Skip to main content

Full text of "Revue historique de l'Ouest .."

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 



B 49898 9 




.'RÏGHTDLfNN 
BEQUEST 

UNIVTLRSITY orMICHlGAN 

GEN£a\L LIBRARV 



REVUE 

HISTORIQUE 

DE L'OUEST 



T. V! . — NUTlCtlS. — VI* ANNÉE, i" LIV. 






Digitized by 



Google 



f 



Vannes. — Imp. E. Lapolye, plage des Liges, 2 



Digitized by 



Google 



REVUE 

HISTOKigUK 

DE L'OUEST 

CpA nAI^f^AffT TOCS LtS />/:/.\ .1/0/^^ 

t>IREtrTKÎJR : 

GASTON UK CARNB 

SEtTtBTAmK DR ÏJi J«>JUCTÏOS : 

COMTE HÉGIS DK L ESTÙURBKlî.LflN 

Tïiisajotiiick : 
J. DE KKHSAUBON 



(^ Année. — r* Livraison. 




BUREAUX DE LA REVUE 

VANNES i PARIS 

£Ugeke lafolye Emile lechevâlîep 

liî90 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



)UUA.'WA'>A>^â 







LE BIENHEUREUX RUAUD 

PREMIER ABBË DE UNVAUX 

ÉVÊQUE DE VANNES 



BIEN que Tabbaye de Lan vaux soit située en plein pays bre- 
ton; je ne m'avancerai pas trop en disant de nos compa- 
triotes qu'ils ignorent presque complètement^ non pas le 
nom du fondateur de Lanvaux, cité dans tous les recueils hagio- 
graphiques, du moins les titres sérieux qu'il possède à leur 
vénération. Aussi les auteurs du nouveau Propre de Vannes, 
malgré l'érudition dont ils ont fourni la preuve, ont-ils omis 
d'insérer, parmi les autres saints mentionnés au deuxième 
dimanche de juillet, le nom du bienheureux Ruaud. C'est 
pour tirer de Toubli sa mémoire et lui faire rendre dans la 
mesure de mes forces, les honneurs qui lui sont dûs^, que 
paraît au jour la présente étude. Le lecteur, à défaut d'autre 
mérite, y notera celui de l'actualité, en raison de la récente 
découverte des reliques du Bienheureux. 

I 

Introduction de V ordre de Cîteaux en Bretagne, 

En H30, quatre religieux de l'abbaye de l'Aumône, au 
diocèse de Blois* vinrent, par ordre de leur abbé, en Bretagne 
pour y fonder une maison de leur ordre, qui était une réforme 

« Diocèse de Chartres, alors fille de Clteaux. 



Digitized by 



Google 



6 LE BIENHEUREUX RUAUD 

de celui de Saint-Benoît. Baldric, archevêque de Dol, à qui 
les religieux firent d'abord visite, les envoya .vers Geoffroi 
Boterel, comte de Lamballe, fils d'Etienne, comte de Pen- 
thièvre. Geoffroi les retint quelque temps auprès de lui ; 
puis, ayant réfléchi que le titre de fondateur d'une abbaye 
serait de nature à flatter la piété de son père, il prit le parti 
de lui adresser ses hôtes. Le comte Etienne les accueillit avec 
honneur et leur laissa toute liberté pour le choix d'un empla- 
cement. L'évoque de Tréguier, qui témoignait une vive joie 
de leur arrivée, fit un appel à la charité de ses diocésains : 
avec les secours qui affluèrent de toutes parts, les moines 
bâtirent en peu de temps, dans la solitude de Plus-Goat, un 
monastère qu'ils appelèrent Béffard,hca,\ise d'un ermite qu^iis 
y avaient trouvé. Non que ce fût le véritable nom de l'er- 
mite, mais parce qu'en ces temps-là les ermites portaient le 
nom de Bégard qui signifie en anglo-saxon mendiant. Le ca- 
lendrier de Bégard met cette fondation, au 10 novembre de 
Tan 1130. C'est le premier établissement de Tordre en Bre- ' 
tagne. 

II 
Fondation de V abbaye de Lanvaux^ , fille de Bégard. 

Au fond d'une vallée arrosée par le Loc et sur les limites 
d'un véritable désert, une noble famille, issue des ducs de 
Bretagne, avait, aux temps passés, fixé le siège d'une fa- 
meuse seigneurie, que l'histoire désigne sous le nom de 
Lanvaux. Dans le courant du XII* siècle, la maison était re- 
présentée par Alain, baron de Lanvaux, comte de Quintin, 

> Landavallis, Lanvaux, B. Maria Landavallensis, Landevallum, de Lan* 
davalle, de Lavancus, Lavantia, de Lanuanciis, Januarius, de Labanciis, 
Layanx, Lanvoz, de Lavans, Lanans, Labans, Louvaz, Lawans, Lanvaus, 
Lauans, (in chron. Brit.), de Lavaris, de Lavanis, Lamias Lamiaus, Lamnas 
(ap. Mart.) Laniaus, Lamiaus, Lamauz, Lanax. Origines eistern- de Léopold 
Janauschek. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LANVAUX 7 

qui conçut le pieux dessein d'établir, sur les terres de sa ba- 
ronnie, une communauté religieuse. Etienne, comte de Pen- 
thièvre, son parent, lui en avait donné l'exemple, en fondant 
Tabbaye de Bégard. C'est à Etienne sans doute qu'Alain s'a- 
dressa pour obtenir des religieux de cette abbaye, alors dans 
toute sa ferveur. 

Au mois de juillet 1138*, le père Ruaud', portant une croix 
de bois et accompagné de trois religieux, sortait de Bégard, 
dont Tabbaye de Lanvaux est la fllle, disent les Annales, filia 
Beyarrfî. Le jeune essaim se rendait à Tappel du puissant 
baron' qui lui destinait un de ses manoirs situé sur les bords 
du Loc, et à distance à peu près égale des deux castels de 
Bihuy et de Lanvaux*. Par malheur, le manoir s'élevait aussi 
presque au sein d'un marais, formé par les débordements 
continuels du ruisseau, et dont les exhalaisons malsaines 
firent dans la suite des temps beaucoup de victimes parmi 
les religieux. Les bons moines, pour le momentané songèrent 
qu'à se réjouir. Leur «èle actif aplanit rapidement les pre- 
mières difficultés inhérentes à toute fondation, et le 11 
septembre de la même année, eut lieu l'inauguration de la 
nouvelle abbaye, la 129», par rang de date, des abbayes cis- 
terciennes, la huitième de l'ordre en Bretagne*. 

Le domaine abbatial avec toutes ses dépendances, prés, 
bois, prairies, métairies, était séparé de Tenclos des barons 
par un ruisseau qui faisait tourner le moulin du monastère. 
Alain de Lanvaux renonça à toute juridiction sur ces biens, 
comme sur le fief dit de Lanvaux, au bourg de Pluvigner, 



* Archives de Vabbaye, 

> Kaaudas, Raandas, Robaldus, Rotaldus, Rozandus. 

* « Alanus, castri de Lanvaax dominas, fundavit atque monachos Bégardo 
de lineâ Cistercii accersitos, mense Julii 1138, illic institui curavit. » JanauS" 
thek et antre«. 

^ Archives de l'abbaye. Le castel de Bihuy appartenait également au baron 
•Abbaye de Bégard, 1130, — du Relec, 1132, — de Buzay, 1135, — de 

Langonet, 1136, — de Boquen, 1137,^ de Saint-Aubin-Kles-Bois, 1137, —-de 

la VieuriUe, il37. 



Digitized by 



Google 



8 LE BIENHEUREUX RUÂUD 

dont il dota rétablissement.Les droits seigneuriaux passèrent 
aux moines, sans aucune redevance féodale, à charge unique 
de prières et d'oraisons*. C'est ainsi que grâce aux libéralités 
du seigneur fondateur et de plijsieurs autres seigneurs du 
voisinage, Tabbaye de Lanvaux fondée pour huit religieux, 
acquit, au point de vue matériel, une suffisante prospérité. 

On peut croire, en ce qui concerne le spirituel, que le père 
abbé n'y épargnait pas ses soins. Et ce devait être, pour la 
population d'alentour, un grand sujet d'édification que le 
spectacle de ces austères religieux, pratiquant dans son 
intégi'ité la règle de saint Benoît, telle que le patriarche 
Tavait établie à Subiaco et au Mont-Cassin. Poissons, œufs, 
lait, fromage, tout cela était exclu de leur alimentation 
ordinaire. On pouvait en user , seulement dans les cas 
extraordinaires, et par charité. Les religieux de chœur 
couchaient sur des paillasses, vêtus de leur tunique 
blanche% et de leur cuculle , se levaient vers minuit pour 
chanter jusqu'au jour* ; et après avoir célébré la sainte 
messe et accusé leurs coulpes au chapitre, occupaient toute la 
journée au travail et à l'oraison, observant partout le plus 
rigoureux silence. 

Le vénérable Ruaud donnait naturellement en tout le bon 
exemple. Ses lumières et ses vertus le rendirent, en peu de 
temps, si célèbre, que, lorsque l'évêque de Vannes Even ou 
Yvon, vint à mourir, le chapitre élut, pour lui succéder, le pre- 
mier abbé de Lanvaux (1143). 



* Arch, de Vabh. ^ Les moines de Lanvaux exerçaient sur leurs vassaux 
de ce bourg la triple juridiction, comme on le verra dans l'histoire de Fab- 
baje ou dans une étude prochaine sur Brandivj. 

> Une tunique blanche, innovation sur les ordres de la sainte Vierge, 
« dame et mal tresse de Clteauz. » 

> Les frères convers admis dans l'ordre de Glteaux et employés au dehors 
au gouvernement des granges, moulins, travaux agricoles, pratiquaient les 
mêmes exercices. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LAN VAUX 



Ilï 

Le bienheureux Ruaud, évêque de Vannes. 

Pour raconter la vie du nouvel évoque, il ne reste qu'à 
glaner, dans les divers ouvrages qui s'en occupent, le peu 
que Ton sait de ses bonnes œuvres ; elles se réduisent presque 
toutes à des œuvres de restitution. 

Le vicomte Alain de Rohan, avec le consentement de son flls 
et le conseil de ses barons, avait donné à perpétuité aux 
moines de Marmoutiers, la dîme de Credin. Ayant appris que 
cette dîme ne se payait pas intégralement, et ne voulant pas 
qu'une question d'argent devienne une occasion de perte 
pour les âmes de ses chers diocésains, l'évoque ordonne au 
chapelain de Rohan, au chapelain de Credin et aux autres 
prêtres voisins, d'excommunier sansre tard les coupables, tous 
les dimanches et tous les jours de fête à neuf leçons, à moins 
qu'ils ne viennent à résipiscence*. 

Le bienheureux se rendit ensuite à Buzay, où se trouvait 
saint Bernard en cours de visite. Cette maison avait été 
fondée, en 1136, par le duc Conan III et sa mère Hermengarde. 
Mais le duc, loin de remplir la promesse qu'il avait faite aux 
religieux, leur avait môme retiré une partie des fonds qu'il 
leur avait donnés'. Les bâtiments demeuraient inachevés et 
l'abbaye paraissait si pauvre que saint Bernard ordonna à 
ses moines de retourner à Clairvaux. Le duc reconnut sa 
faute et dota l'abbaye pour l'entretien de plusieurs religieux. 
L'évoque de Vannes, témoin du repentir du duc, souscrivit au 
nouvel acte de fondation et prit sous sa protection l'abbaye, 

* D*aiilres renToient cette affaire vers 1175. 

* Par exemple, 50 sols de rente sur le marché de Nantes. 



Digitized by 



Google 



10 LE BIENHEUREUX RUAUD 

placée également sous la protection du pape et de révoque de 
Nantes. 

Après avoir assisté à la dédicace de saint Julien du Mans, 
le bienheureux évêque retourna dans son diocèse, où il fut 
mêlé, en 1158, aune nouvelle affaire de restitution. 

Eudon de la Roche-Bernard avait encouru l'excommunica- 
tion pour avoir vexé les moines de Redon et leur avoir enlevé 
trois navires avec leurs hommes et leur chargement. Le 
châtiment lui ouvrit les yeux, et il s'adressa aux deux évêques 
de Nantes et de Vannes pour obtenir son pardon*. Fort bien ! 
A tout péché, miséricorde ! Mais un péché contre la justice 
ne saurait être remis sans restitution. Le coupable dut 
commencer par restituer les navires et leur chargement; 
puis, pour réparer le dommage qu'il avait causé, il donna 
à Tabbaye une somme de cent livres à prendre sur ses reve- 
nus et ajouta la franchise de tout droit dans son port pour 
un navire du monastère*. Alors seulement l'évoque de 
Vannes lui donna l'absolution. Le seigneur de Pontchâteau 
signala son retour à de bons sentiments par une autre dona- 
tion qu'il fît, vers 1160, à l'abbaye de Saint-Gildas-des-Bois et 
dont le bienheureux fut encore témoin. 

Ce sont sans doute ces divers traits et d'autres semblables 
qui lui ont mérité, dans l'inscription placée sur sa tombe en 
1740, l'honneur d'avoir été appelé le justicier, « virrigidœjus- 
titiœ, » homme d'une rigide justice. 

On ne sait si, en acceptant l'évêché de Vannes, il se démit 
du gouvernement de son abbaye, toujours est-il qu'il con- 
tinua de lui faire du bien et qu'il lui donna le village de Ker- 
auguen, situé aux portes mômes du monastère*. 

* Les deux évèqaes étaient intéressés, la Roche-Bernard étant alors du 
diocèse de Nantes, et Saint-Sauveur de Redon, du diocèse de Vannes. 

• Le Mené. Sist, dioc. de Vannes, 

s Village appartenant au seigneur de Grand-Champ ; donation confirmée 
en ilVl par Pierre de Grand-Champ, seigneur du Garo ; plus tard par le che- 
valier de Lisse son gendre, et en 12io, pardameStephaine, veuve du chevalier 
de Lisse. (Arch, Abb.) 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ OB LANVAUX 11 

Le bienheureux évoque occupa le siège de Vannes pendant 
vingt ans (1157-11T7), suivant certains historiens, Bucelin, 
Jean Chenu, Longueval ; pendant trente-quatre ans, s'il faut 
en croire nos Annales diocésaines, depuis 1143 jusqu'à 1177, oii 
il rendit son âme à Dieu. Le chronologiste de Cîteaux lui donne 
57 ans, au moment de son élévation à Tépiscopat. « Anno quin- 
quagesimo septimo ad episcopalem dignitatem ascendit. » Il 
serait donc mort, au rapport des écrivains bretons, à l'âge de 
91 ans, c'est-à-dire, en ne tenant compte que dupassé,le doyen 
des évoques de Vannes, et aussi le dernier saint ou bien- 
heureux qui ait illustré ce siège antique. 



IV 



Le premier abbé de Lanvaux, évéque de Vannes, 
est bienheureux. 

Ce n'est pas aux œuvres de l'abbé de Lanvaux, devenu 
évoque de Vannes, qu'il faut avoir recours pour établir le 
haut degré de sainteté auquel il est parvenu. Ce qui précède 
fait voir assez que sa vie est fort peu connue; et pourtant, 

1 n'est guère possible d'en savoir davantage, attendu que 
ses actes, ignorés de Manrique* et des anciens Bollandistes, 
le sont encore des historiens de nos jours. 

La sainteté du bienheureux fondateur se révèle heureuse- 
ment par les témoignages éclatants qu'en ont rendus ceux 
qui ont eu à traiter ce sujet. Ils sont tous unanimes à recon- 
naître l'excellence de son mérite, malgré leur désaccord sur 
Je jour de sa mort. Les auteurs ont fixé ce jour à trois dates 
différentes : au 23 mars, au 26 juin et au 22 octobre. 

Voici d'abord le témoignage des grands Bollandistes qui 

i c Aeia yiri Ruandi igaota.» 



Digitized by 

■ni 1 



Google 



12 LE BIENHEUREUX RUAUD 

ont adopté le 22 octobre : « Ruandus, Ruaudus, virum, inquit 
Manrique, sanctis cistercien sibus annumerant quotquot de 
eis scripserunt. Ruaud est mis au rang des saints de Gîteaux* 
par tous ceux qili ont entrepris de raconter l'histoire des 
saints de l'ordre, » c'est-à-dire par Vion dans son livre in- 
titulé : Lignum vitœ, par Rusca, dans son ouvrage sur les 
saints éveques de Citeaux, et par d'autres encore. Hugues 
Ménard et Gastellan le citent aussi en ce jour avec le titre 
de bienheureux. C'est la même qualification employée par les 
petits Bollandistes au martyrologe de France; par Robert dans 
le Gallia christianâprimœva (Paris 1656). 

Collin de Plancy, conformément au nécrologe de Lanvaux, 
a placé sa mort au 26 juin et lui donne également le titre de 
bienheureux. Il l'appelle un prélat d'une grande sainteté et 
d'une régularité exemplaire. Ce sont d'ailleurs les termes de 
l'épitaphe posée sur sa tombe, en 1740, lorsqu'on refit le par- 
quet de l'église : 

Hic jacet 

Beatus in Christo pater 

Domnus Rotaldus. vir summse sanctitatis 

et rigidiB justitise, 

Hujus cœnobis primus abbas et rector 

episcopus tum Venetensis 

Qui post multa virtutum monumenta 

laudabiliter édita, 

Anno Domini 1 177, die vero 26 junii 

Obdormivit in Domino 

Et in hâc quam condiderat ecclesifi 

sepeliri voluit. 

« Ci-gît le bienheureux père en Dieu, le seigneur Ruaud, 
hommed'une grande sainteté et d'une sévère justice, premier 
abbé de ce monastère et aussi évêque de Vannes, qui, après 

* D'après ce texte et quelques autres témoignages, je pourrais dire saint 
Ruaud. Je me contente du titre de bienheureux, pour éviter l'ombre il'une 
exagération. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LANVAUX 13 

avoir laissé des preuves éclatantes de ses vertus, s'endormit 
dans le Seigneur, l'an 1177, le 26 juin, et voulut être inhumé 
dans cette église qu'il avait bâtie. » 

L'inscription primitiven'est pas moins remarquable : 

Hàc sunt in fossà Rozandi prœsulis ossa 
Dum vixit gentîs curam Yenetensis habentis, 
Fratribus in parte vixit, hîc iliius arte 
Quando Ghristum laudat, cœlica conclo iaudat. 

« Danscecaveau sont les ossements deRuaud, de son vivant 
évoque deVannes. Il vécut en partie pour ses frères, ici, grâce à 
lui, quand on loue le Christ, c'est le ciel lui-môme qui chante 
ses louanges. » N'oublions pas Garaby* qui le désigne encore 
en ce jour sous le nom de bienheureux. 

Passons au 23 mars, où Henriquez lui décerne sans hésiter 
le même honneur. Le martyrologe de France, publié par 
Andréde Saussay, sur Tordre deLouis XIII, s'en occupedans les 
termes qui suivent. « Obiit beatee memoriœ Rotaldus, ex mo- 
nacho episcopus venetensis, cuî religiosa vita quam in epis- 
copatu intention studio coluit, resque eo in munere divinâ 
gratiâ confectœ, magnam sanctitatis existimationem et vivo 
et defunctopepererunt.» « Le 23 mars, mourut Ruaud de bien- 
heureuse mémoire^ de moine qu'il était, devenu évoque de 
Vannes, à qui une vie pleine de piété et de zèle qu'il mena 
sur le siège épiscopal, et des œuvres merveilleuses accom- 
plies avec la grâce divine, valiirent de son vivant et après sa 
mort, une grande réputation de sainteté. » On ne saurait 
mieux dire d'aucun saint. Le bouquet en la matière nous est 
naturellement fourni par les écrivains de l'ordre. Voici 
comment, au môme jour, 23 mars, le ménologe de Gîteaux 
exalte les vertus de notre bienheureux : 

« In Gailiâ, beatus Ruandus, venetensis episcopus, ex sacro 
ordinecisterciensi assumptus, qui pietatem quam in solitu- 

> Vie des Saints et des Bienheureux de Bretagne, Saint Brieuc» 1830 



Digitized by 



Google 



14 LE BIENHEUREUX RUAUD 

dinibus Gistertii didicerat, usque ad tlnem vitae sanctissime 
colens, ineredibili sanctitatis fulgore radiatur. » 

« En France, le bienheureux Ruaud, évêque de Vannes, de 
Tordre de Cîteaux, qui pratiquant jusqu'à la fin de sa sainte 
vie la piété qu*il avait puisée dans la solitude de Cîteaux, 
brilla d'une incroyable splendeur de sainteté. » Bucelin, dans 
le Martyrologe bénédictin (Augsbourg, 1656) produit le 
môme texte, sauf quelques variantes insignifiantes*. Cette 
mention identique du ménologe de Cîteaux et de Bucelin n> 
pas seulement le mérite d'être d'une importance capitale au 
point de vue qui nous occupe, elle paraît contenir en outre 
un renseignement historique du plus haut intérêt, sur les 
débuts dans la vie religieuse du bienheureux Ruaud. Où 
donc a-t-il puisé cette piété vive qui Ta fait briller d'une 
splendeur incroyable, et lui a valu, d'après tous les auteurs, 
le titre de bienheureux ? In solitudinibus Cistertii, dans les 
solitudes de Cîteaux, c'est-à-dire à la source môme de la vie 
cistercienne, au berceau de l'ordre. Si cette interprétation 
est exacte, il faut en conclure que le fondateur de Lanvaux 
n'a pas été seulement moine de Cîteaux ou moine cistercien, 
mais qu'il a été aussi moine à Cîteaux, qu'il aurait fait pro- 
fession à Cîteaux même. Certainement, d'après la pratique 
ordinaire, le bienheureux Ruaud a été religieux de Bégard, 
mais rien n'empêche, comme le fait remarquer le biblio- 
thécaire de la grande Trappe, qu'après avoir fait profession 
à Cîteaux, il n'ait été d'abord envoyé à l'abbaye de l'Aumône, 
au diocèse de Blois, fondée en 1121, par une colonie de Cîteaux; 
puis à l'abbaye de Bégard, fondée, en 1130, par quatre reli- 
gieux de l'Aumône ; de Bégard à Lanvaux, en 1138, pour fon- 
der la nouvelle abbaye. 

Pour ne rien omettre de ce qui peut servir à la gloire de 
notre saint, je signalerai en dernier lieu l'hommage qui lui 
est rendu par le jésuite Longueval dans son Histoire de 
l'Eglise gallicane. Cet auteur marque l'année de sa mort en 

< Bacelin dit : Quam in ilU) monasterio didicerat. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LANVAUX 15 

1177, sans en indiquer le jour : « deux autres évoques du 
même pays avaient jeté un grand éclat de vertu dans la 
province*... Le second, appelé Ruànd ou Ruaud, a été vingt 
ans évoque de Venues, et quoique peu célèbre pour le détail 
de ses actions, il a égalé, quant à Tessentiel, les plus belles 
vies, remportant avec lui, lorsqu'il mourut en 1177, la véné- 
ration de ses diocésains et la réputation d'un saint- • 

On comprend aisément, à la lecture de ces textes, la 
grande dispute qui, au dire de dom Morice, s'éleva entre le 
chapitre de Vannes et les moines de Lanvaux, relativement 
à la possession du corps du bienheureux évoque. « Pro quo 
seditio magna inter canonicos et monachos de Lanvaux orta 
est. » Les chanoines, à qui il avait donné la moitié de l'église 
de Saint-Patern*, auraient bien voulu, par reconnaissance, 
et aussi pour honorer ses vertus, le faire inhumer dans leur 
cathédrale. Les religieux de Lanvaux ne Tentendaient pas 
ainsi, et se basant sur la volonté du défunt, finirent par 
avoir gain de cause, comme on le verra ci -après. 

Il suffit d'exposer ces témoignages. Ils parlent assez d'eux- 
mêmes, sans qu*il soit besoin d'un commentaire pour en 
faire ressortir la valeur. Qu'il me soit permis à mon tour 
d'y ajouter le mien. 

On sait que la loi du V brumaire, an IV (26 octobre 1795), 
a constitué les archives départementales, en centralisant au 
chef-lieu de chaque département, avec les registres des 
diverses administrations et les chartriers de la noblesse 
émigrée, les titres des établissements religieux. C'est ainsi 
que les épaves des archives de Lanvaux, échappées au nau- 
frage de la Révolution, ont été transférées à la préfecture 
de Vannes, oii il m*a été donné, pendant des semaines entières, 
de les feuilleter à loisir. Or j'affirme qu'il est peu de manus- 
crits qui fassent mention du fondateur de Lanvaux, sans 
accompagner son nom des mots vénérable ou bienheureux. 
Tout cela prouve que le bienheureux Ruaud a laissé une 

* Le premier, c'est saint Jean de la Grille, évêque de Saint-Halo. 
> BollandxsUs, au 22 octobre. 



Digitized by 



Google 



13 LE BIENHEUREUX RUAUD 

mémoire extrêmement bénie, et qu'il ne lui manque rien 
qtioad formant sanclitatis. Mais a-t-il été honoré d'un culte 
dans Tordre de Cîteaux ou dans son abbaye ? Ni les Bollan- 
landistes, ni les autres auteurs n'ont tranché cette grave 
question. Parce qu'ils n'ont pu la résoudre, les Bollandistes 
lui ont refusé une place dans le corps de leur ouvrage, « quia 
veronon constabatde cultu, prœtermissusanobis tune est. » 
Le vieux missel d'Auray, imprimé en 1530, est également 
muet sur ce point, et pour ma part, j'avoue franchement 
n'en avoir pas trouvé trace dans les archives. Peu d'archives 
d'ailleurs ont été autant bouleversées que celles de Lanvaux^ 
par la raison que peu d'abbayes ont subi autant d'épreuves. 
A diverses reprises, des gens cupides, abbés commenda- 
taires, fermiers, partisans plus ou moins sincères de la Ligue, 
l'ont impitoyablement mise au pillage. Pour les malheureux 
moines qui tentaient de s'opposer à ces violences, ils étaient 
ou massacrés, ou contraints de vider la place*. Lors de la 
nomination de l'abbé Auffray en 1614, un diplôme royal 
atteste en particulier que « l'abbaye était depuis vingt ans 
sans habitants, sans fenêtres, ouverte à touô venans. » Quoi 
d'étonnant que, parmi tant de désastres, le culte du bien- 
heureux fondateur ait d'abord été délaissé, puis totalement 
oublié? 

Si le culte public de notre bienheureux demeure enseveli 
dans la nuit de l'histoire, il en est autrement du culte privé 
qui ne lui a jamais fait défaut. Nos vieilles gens se sou- 
viennent encore des jours de leur enfance, où ils allaient, 
sous la conduite de leurs parents, prier sur la tombe de 
celui que les anciens appelaient le sai?it de Lanvatix, er 
sant a Lanvaux, Il y a cinquante ans à peine, les pèlerins 
accouraient fréquemment des paroisses environnantes, 
parmi les ruines de la chapelle, pour y implorer son secours ; 
et il y a des raisons d'espérer, depuis la découverte du 

* Arctdvea de l'abbaye. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LANVAUX 17 

saint de Lan vaux, que cet antique pèlerinage, tant au lieu 
primitif de son inhumation que sur sa tombe nouvelle, peu 
à peu refleurira comme par le passé. 



Le bienheureux Ruaud a été inhumé dans le sanctuaire ' 
de Lanvaux. 

Ce saint personnage que les populations voisines hono- 
raient sans le connaître, nous, le connaissons, nous. Nous 
savons qu'il n'est autre que le bienheureux Ruaud, inhumé 
conformément à ses désirs^ par les moines de Lanvaux, dans 
l'église qu'il avait bâtie : « et in hâc, quam condiderat, eccle- 
siâ, sepeliri voluit. » Il n'en fallait pas moins que sa volonté 
clairement exprimée pour triompher de l'opposition des 
chanoines. 

Les archives de l'abbaye sont pleinement d'accord avec 
l'assertion émise par l'épitaphe. 

Nous savons en outre^ à n'en pas douter, que sa tombe 
n'a pas été creusée dans un endroit quelconque de l'église, 
mais dans le sanctuaire môme. Manrique, Tannaliste de Cî- 
teaux^ le déclare expressément : in sanctuario, dans le sanc- 
tuaire. Les Bollandistes répètent avec lui : in sanctuario. 
Collin de Plancy n'est pas moins formel : t il fut inhumé, dit- 
il, dans le sanctuaire de l'église qu'il avait bâtie. » L'abbé 
Tresvaux et tous les autres auteurs reproduisent la même 
affirmation. 

Et avantde passer plus loin, je ferai remarquer, pour ré- 
pondre à certaines objections, que l'église bâtie parle bien- 
heureux évoque et qui reçut son corps, existait encore au 
.XVIIPsîècle. Il n'yapas moyen d'aller contre les termes de 
l'épitaphe : et in hàc, quam condiderat, ecclesid, et dans cette 

T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, l»* UV. 2 



DigitizedbyGoOgle 



18 LE BIENHEUREUX RUAUD 

église même^ dans cette église-ci, dans Téglise actuelle. » Le 
chœur* de la chapelle a été rebâti en 1488, par l'abbé Olivier 
Mello ; il a été en môme temps allongé et passablement 
élargi, comme il est facile d'en juger par les fondations de 
l'ancien sanctuaire que j*ai retrouvées et mises au jour. Quant 
à la nef de l'église, les archives ne mentionnent nulle part, à 
ma connaissance du moins, qu'elle ait été rebâtie. Un procès- 
verbal de 1661 atteste qu'elle est « caduque et ruineuse. » Elle 
a donc subi bien des réparations, mais de reconstruction, 
point. Et en admettant à la rigueur cette supposition, on ne 
peut soutenir qu'elle a changé de place, sans faire mentir 
l'inscription de 1740 : et in hàc ecclesiâ; c'est dans cette 
église-ci qu'il a été inhumé. » 
, On ne saurait soutenir davantage que le corps du bien- 
heureux a été exhumé d'un premier tombeau pour être, dans 
la suite des temps, transféré dans un tombeau du sanctuaire. 
Ce serait donner gratuitement un démenti à tous les auteurs 
que nous avons cités. Et si l'on ne peut sagement rejeter des 
textes aussi formels, on est forcé d'avouer du môme coup 
que les caveaux (je suis obligé d'en parler ici par anticipa- 
tion) ont dû ôtre construits dans le temps où se creusaient 
les fondations du sanctuaire. Ce raisonnement est devenu 
sans réplique, depuis une dernière fouille que j'ai fait pra- 
tiquer au mois décembre 1889. Cette fouille démontre, ou 
plutôt montre à qui a des yeux pour voir, que le côté sud du 
2" caveau, loin d'ôtre adossé aux fondations du sanctuaire 
primitif, comme je l'avais pensé tout d'abord, constitue ses 
fondations mômes. Comme ce dernier remonte au XIP siècle, 
à plus forte raison les caveaux qui lui servirent de base 
remontent-ils jusqu'à cette époque. D'où il suit que le bien- 
heureux Ruàud, inhumé dès le principe dans le sanctuaire, 
conforûiément à tous les textes, a été dès le principe déposé 



« Par le mot chœur^ on doit ontendre aussi et peut-être uniquement !• 
sanctuaire. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ OB LANVAUX Id 

dans les caveaux, et que l'hypothèse d'une translation, dans 
les siècles postérieurs, est absolument inadmissible. 

Et alors même que pour résoudre plus aisément certaines 
difficultés^ on s'obstinerait contre toute raison dans cette hy- 
pothèse, ilb'en reste pas moins certain que son corps reposait 
dans le sanctuaire au XVIP siècle, puisque les principaux té- 
moignages relatifs à son inhumation datent de ce temps; quMl 
y reposait en 1740, où les religieux ont remplacé Tinscription 
primitive : 

Hftc sunt in fossàRozandi prœsulis ossa. 

Dans cette fosse sont les ossements de Tévéque Ruaud. 

Par cette autre. 

Hic jacet beatus Rotaldus 
Ci-git le bienheureux Ruaud. 

Comme il y reposait en 1789, quand éclata la Révolution 
française. Le 21 mars 1791, un arrêté du directoire départe- 
mental prononça la clôture de l'abbaye de Lanvaux et assigna 
le couvent de Prières aux religieux de Lanvaux, de Saint- 
^Gildas, de Sarzeau et de Eieux qui voudraient continuer la 
vie commune. S'ils préféraient rester dans le monde, TEtat 
se chargeait de pourvoir à leur entretien. Quel que soit le parti 
auquel ils s'arrêtent, encore les moines de Lanvaux sont-ils 
obligés de sortir, et d'abandonner avec Tabbaye tout ce 
qu'elle renferme. Les bâtiments de Tabbaye eux-mêmes, 
vendus comme bien national en 1792, passent en des mains 
étrangères. 

Que sont devenues, depuis ces temps douloureux, les 
reliques du sanctuaire? Ont-elles été préservées, plus 
heureuses que tant d'autres, des fureurs de l'impiété ? voilà 
la question î voilà ce qu'il importe d'éclaircir et de vérifier I 



Digitized by 



Google 



20 LE BIENHEUREUX RUAUD 

VI. 

Invention des restes du bienheureux Ruaud. 

En 1837, M. Carado, recteur de Brandivy, sur l'avis d'un 
vieillard confirmé par la voix publique, que trois tombes 
de religieux, entr'autres celle du Saint de Lanvaux, res- 
taient enfouies sous les décombres du chœur, se rendit le 
30 juillet avec des ouvriers à l'endroit indiqué, pour y opérer 
des fouilles. Il y trouva effectivement des reliques; et bien 
qu'elles fussent éparses en terre sans le lïioindre signe carac- 
téristique, tel que caveau, sarcophage, inscription, il n'en fit 
pas moins faire, le 26 septembre suivant, une cérémonie so- 
lennelle, comme si ces restes avaient véritablement appar- 
tenu au fondateur de l'abbaye. Mais le vague du procès- 
verbal inséré dans les archives de la fabrique, les conversa- 
tions privées de M. Carado qui donnaient un démenti cons- 
tant àla réalité de sa découverte, Tamertume de ses plaintes 
contre le directeur des forges qui s'opposa sottement à la con- 
tinuation des fouilles, l'examen attentif des lieux qui. attes- 
tait qu'elles avaient été mal conduites, l'absence totale enfin 
de la plus légère marque distinctive, tout imprima dans mon 
esprit la ferme conviction que le corps du bienheureux Ruaud, 
en dépit de la croyance générale, attendait encore son in- 
vention. Et comme les travaux auxquels je me suis livré 
sur Tabbaye de Lanvaux appelaient comme un couron- 
nement naturel la découverte du fondateur, je résolus de 
reprendre les fouilles, non plus indifféremment dans telle 
ou telle partie du chœur, comme le fit M. Carado sur des don- 
nées inexactes, mais dans le sanctuaire proprement dit, in 
sanctuario, où tous les documents proclament qu'il a été in- 
humé. 

L'opération d'ailleurs ne présentait pas de grandes difïl- 
cultés. Tandis que les arbres, parmi lesquels il s'en trouve de 
magnifiques, remplissent la nef de l'église qu'ils ont envahie 
jusqu'au chœur, aucun n'a poussé dans le sanctuaire^ et à 



Digitized by 



Google 



PBEMIER ABBÉ DE LANVAUX 21 

Vexception de quelques méchantes ronces et de deux ou trois 
arbustes rabougris,' rien n'est venu profaner ce lieu sacré- 

Les fouilles ont commencé, le Id juin 1888, par une tranchée 
de deux mètres de large sur un mètre de profondeur; partant 
du chœur pour aboutir au sanctuaire, elle devait atteindre, en 
ce dernier endroit, une profondeur de deux mètres. C'est là, 
dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, que mes hommes ont 
découvert, dès le lendemain matin, deux squelettes emboîtés 
pour ainsi dire l'un dans l'autre, et composés, en majeure 
partie, des têtes et des os principaux des jambes et des bras 
dans leur situation naturelle, avec une rangée de gros clous 
toutautour. Les têtes étaient tournées vers la nef. Mais rien de 
caractéristique : ni caveau, ni sarcophage, ni inscription. 
Sans m'y arrêter davantage, je fais enlever les reliques et 
élargir la fosse. Après quelques minutes de travail, un mur 
en granit attire nos regards, mur à moitié démoli et enseveli 
parmi des débris de toute sorte ; pierre, chaux pulvérisée, 
tuile, charbon et môme quelques restes humains. Sous cette 
masse informe, en plein sanctuaire cette fois, à deux ou trois 
pieds au-<lessous du premier^ se dégage, au fond de la fosse, 
un second lot d'ossements, avec les gros os plus ou moins 
collés aux dalles et une tête tournée vers l'autel. Je déplace 
les reliques pour sonder la cavité dans tous les sens, et le 
terrain déblayé laisse voir les bases d'un caveau solidement 
construit en granit, et dont la voûte malheureusement s'était 
effondrée. 

Fermement persuadé que je me trouve en présence des 
restes du bienheureux Ruaud, ma joie est mêlée d^un bien 
vif regret. Pour procéder suivant les règles, il eût fallu, 
avant d'y toucher, provoquer une enquête. Mais l'avouerai- 
je?Je cherchais un caveau; et ce caveau, malgré des son- 
dages répétés, je ne l'ai pressenti, qu'après avoir enlevé les 
reliques. C'est que la fouille, au lieu d'être conduite de front*, 

* Si mes ordres avaient été suivis en mon absence, cela n'eût pas en beu. 
L'enqadte d'aiUenrs ne pouvait avancer à rien, en raison du mélange dont il 
sera parlé ci-après. 



Digitized by 



Google 



22 LE BIGNHBURBUX RUAUD 

s'est faite, en cet endroit comme dans un puits, à travers un 
terrain tourmenté qui, m'induisant en ei'reur jusqu'au bout, 
me faisait croire encore à unr sépulture ordinaire. 

Les reloues enlevées, il ne restait qu'à poursuivre le déga- 
genient du caveauv 

. Une dalle en ardoise qui s'enfonçait sous terre, en excitant 
ma curiosité, me réservait une nouvelle surprise. Quelques 
coups de pioche' donnés à droite révèlent l'existence d'un 
second caveau juxtaposé et renfermant un troisième lot 
d'ossements, avec une tête tournée vers la nef*. Ce second 
caveau est également tout entier en granit, sauf le fond, 
foraiéau chevet de deux-larges ardoises. Pour cette fois, il eût 
été possible d'avoir une enquête sur place. Mais je n'attAchais 
à cette découverte qu'un intérêt secondaire, lequel d'ailleurs 
a cédé bien vite à'ia nécessité de mettre les caveaux à l'abri 
d'un tîoup de- main ; ' 

Le bruit que parmi les ruines de la chapelle je cherchais 
de l'or et de l'arguent s'étant peu à peu répandu, y avait attiré 
uTie grande foule, où Ton remarquait certains visages qui 
respiraient visiblement la maudite soif de For. Je tremblais 
qu'on ne vînt dans la nuit ravager les tombes. Dans ces con- 
dition«i mielixvalait enlever les reliques, en évitant soigneu- 
sement de les» confondre avec les autres. C'est le parti que je 
crus devoir prendre, non sans avoir eu soin d'expédier préa- 
lablement au ^président de la Société polymathique qui s'é- 
tait chargée des dépenses, la nouvelle delà découverte, en le 
priant de serendre à Lanvaux au plusstôt pour en dresser pro- 
cès-verbal. Il y vint quelques jours après. Dans l'intervalle 
et dès que les fouilles avaient touché à leur fin, les tombes 
avaient été violées. Des chercheurs de trésor étaient venus, 
vers minuit, soulever les dalles des caveaux, et, si le chien 
du gfirde, par ses aboiements furieux, n'avait heureuse- 



* La situation des tôtes en sens inverse avait vjvement frappé et intrigué 
les ouvriers. 



Digitized by 



Google 



PREMIER AB^É DE LANVAUX 23 

mtini réveillé .son maître, ces imbéciles n'y auraient pas * 
laissé pierre sur pierre. En supposant que les reliques fussent 
restées en place, tout était profané, dispersé, brisé. 

Les reliques, Dieu merci, sont sous clefs. Les ossements 
des trois tombes forment trois lots distincts ; et chacun d'eux, 
en vue d'une vérification scientifique, est déposé dans une 
caisse spéciale- Aucune tombe par ailleurs n'existe dans le 
sanctuaire ni même dans le chœur. Des tranchées et des 
sondages largement pratiqués jusqu'au sol dur, les 3, 4 et 8 
octobre suivant, sont de nature à dissiper tous les doutes. 

Va-t-on m'accuser d'avoir fait erreur dans la désignation 
des restes du fondateur de Lanvaux ? 

Voici trois lots d'ossements avec trois tombes dont la 
tradition a conservé le souvenir, mis au jour dans le sanc- 
tuaire de Fabbaye, un sans caveau et deux dans des caveaux 
particuliers. Comme ni le chœur, ni le sanctuaire ne renfer- 
ment aucune autre sépulture, Tun des trois est nécessaire- 
ment celui que nous cherchons. A Textérieur, il est vrai, la 
pierre tombale ayatit disparu, pas de marque qui puisse faire 
reconnaître le tombeau; à l'intérieur, nulle pièce indicative. 
Il n'importe. Rappelons-nous qu'en vertu des règles qui pré- 
sident aux inhumations dans les églises, tout prêtre y est 
enterré la tête tournée vers l'autel, et ceux qui ne sont pas 
prêtres, en sens opposé. Or sur les trois lots d'ossements, 
un seul, celui du milieu, qui occupe en même temps le milieu 
du sanctuaire, présente une tête tournée vers l'autel. Donc ce 
personnage seul était prêtre, et les autres ne Tétaient pas. 
Mais quel peut être ce prêtre qui repose à la plgice d'honneur 
du sanctuaire, dans un caveau de granit si finement travaillé, 
sinon le bienheureux abbé de Lanvaux, évoque de Vannes, 
que les documents et la tradition assurent avoir été inhumé 
dans le sanctuaire de l'église qu'il avait bâtie ? Il ne semble 
pas, devant cet accord évident des faits avec la tradition et 
les documents, qu'un doute sérieux puisse s'élever, dans 
un esprit droit, sur l'authenticité des reliques qu'il m'a été 
réservé de découvrir. 



Digitized by 



Google ^ 



24 LE BIENHEUREUX RUAUÛ 

VII 

Les caveaux ne renfermaient pas de cercueils* 

En môme temps qu'un caveau, je cherchais un sarcophage; 
et ce n'est pas,, à vrai dire, un caveau que j'espérais tout 
d'abord mettre au jour, mais bien un sarcophage soit en 
pierre^ soit en plomb. 

Qu'il y ait eu dans notre Bretagne des saints déposés après 

leur mort dans des cercueils en pierre, cela n'est pus douteux. 

Il suffit de nommer, parmi tant d'autres, saint Martin de 

Vertou, saint Mériadech, saint Méen, saint Benoit de Ma- 

cerac, les saints Léry, Héliaud, Herbaud... Ça été, pendant 

plusieurs siècles, le mode de sépulture principalement usité 

pour les personnages de marque*. Je sais bien, qu'au rapport 

de M. de Préminville, cet usage a cessé, vers l'an 900, en 

Armorique. Je sais aussi qu'il s'est maintenu, dans les pays 

voisins, certainement jusqu'au XIV* siècle*. N'est-ce pas un 

cercueil en pierre qui reçut les corps, en 914, de saint Loup, 

évoque d'Angers ; en 1122, deSerlon, évêque deSéez ; en 1157, 

de saint Lambert, évoque de Vence ; en 1260, du bienheureux 

Thomas Hélyes, diocésain de Coutances ? N'est-ce pas dans 

un cercueil de pierre que le cadavrede Tempereurexcommunié 

Henri IV, après avoir été exhumé de Téglise de Saint-Lambert 

de Liège où il avait été enseveli en 1106, demeura cinq ans 

sans sépulture? Rien donc n'interdisait de penser que les 

fouilles aboutiraient à la découverte d'un sarcophage de ce 

genre. 

* Les détails qui suivent sur les oeroaeUs, les insignes, les mélanges de 
reliques sont tirés des Bollandistes, Viet des Saints ^ ouvrages spéciaux. 

s En certaines localités, pour tous ceux qui avaient quelques ressources. 

s Môme jusqu*auXVII* (de Caumont), mais mon intention n*est pas de faire 
un cours archéologique. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LANVAUX 25 

A défaut d'un cercueil en pierre, il y avait de fortes raisons 
de compter sur un cercueil en plomb, les cercueils ea plomb, 
ditKerdanet, ayant remplacé pour la sépulture des grands 
hommes les cercueils en pierre. Il est en outre vrai de dire 
que les cercueils de plomb ont été employés à toutes les 
époques, et pour me bornera quelques exemples pris à tra- 
vers les âges, c'est dans un cercueil semblable que fut dé- 
posé au premier siècle de l'église, saint Front, apôtre de Péri- 
gueux ; au IV«, l'empereur Maximien-Hercule' ; au IX', saint 
Léonard' ; au XV% Simon de Gramand, cardinal-évôque de 
Poiliers et sainte Françoise d'Amboise. Cet usage n'était pas 
inconnu à Lanvaux, où les travaux nécessités par le perce- 
ment du canal destiné au service des forges, en coupant le 
cimetière de l'abbaye en deux, ont mis à découvert plusieurs 
cercueils de plomb. 

Mais non ! *au lieu de ces indestructibles sarcophages qui 
eussent conservé intact le corps du bienheureux Ruaud, les 
religieux de Lanvaux, à Timitation de ce qui avait été fait 
pour saint Gilduin* et pour plusieurs autres, construisent 
tout exprès dans le sanctuaire un caveau en pierres, où ils 
déposent, dans un cercueil de bois, les restes de leur vénéré 
fondateur. La présence de gros clous parmi les décombres 
autorise là supposition d'un cercueil en bois, et il est aisé 
de concevoir, qu'après avoir passé plus de sept cents ans 
sous terre, il n'en soit pas resté de traces. 

Et ce cercueil n'a pas de quoi nous étonner, si Ton réfléchit 
que ce n'est pas le seul exemple que nous présente le 
XII* siècle. Le bienheureux Robert d'Arbrissel, lorsqu'il 
tomba malade, en 1117, disait aux personnes qui l'assistaient : 
« Je vais mourir, préparez pour ma sépulture, un cercueil de 

* n se pendit à MarseiUe, et fut mis par Constantin dans un cercueil de 
plomb, enveloppé d'un autre cercueil de marbre. 

> En vériflant ses reliques au XV> siècle, ou trouva trois cercueils, Fun en 
plomb pour les cendres ; le second en terre cuite pour le chef et les osse- 
meota;le troisième en bois presque pulvérisé. 

s Mort en 1077. 



Digitized by 



Google 



26 .^ LE BIENHEUREUX AUAUD 

bois. » Au siècle suivant, en 1280, le fameux Albert.lç Grand 
fui également inhumé dans un cercueil de ce gepre. Outre 
que ce mode de sépulture contenait à l'humilité du saint 
évêque, il n*éiaitdonc pas le moins du monde en opposition 
aveq les mœurs de l'époque. 



, VUI 
Les caveaux ne renfennaient aucune pièce indicative. 

Ce qui ne les contredit pas davantage, c'est l'absence de 
toute pièce indicative, inscription, crosse, anneau parmi les 
reliques des caveaux. Car pour tirer dç là un argument 
sérieux, il faudrait prouver que tous les prélats ont été in- 
humés avec la crosse, l'anneau ou une inscription quelconque. 

On n'y réussira jamais. 

On n'y réussira certainement pas pour Tinscription. 

L'inscription se met au-dessus des tombes et non au dedans. 
Lorsqu'on lève un corps de terre, qu'on le dépose dans une 
châsse, lorsqu'on cherche à vérifier les reliques d'unç châsse 
ou d'une tombe, c'est en ce moment qu'il est dressé géné- 
ralement de la cérémonie un acte authentique destiné à être 
enfermé avec les ossements. Gela eut lieu, par exemple, en 
1052, pour rouverture de la châsse contenant les restes pré- 
cieux de saint Denys l'Aréopagite. Or, il n'est pas question 
ici de translation ; et si les reliques ont jamais été l'objet d'une 
vérification, comme elles n'étaient pas destinées à sortir du 
caveau pour être exposées à la vénération de;» fidèles, la 
pierre tombale qui recouvrait le môme caveau tenait suffi- 
samment lieu d'authentique. 

Il est fâcheux assurément que la pierre ait disparu. Qu'y 
faire ? Je soupçonnerais môme les moines de l'avoir déplacée 

au moment de leur dispersion, d'autant que c'était le vrai 



Digitized by 



Google 



PRBMIBR ABBÉ Dl£ LAN VAUX 27 

moyen de soustraire les restes de leur vénéré f ond^t^ur à 
une profanation possible. Est-elle entrée dans la suite, >avec 
les matériaux de Tég^lisie et des bâtiments claustraux, dans 
la coostmction de la verrerie ou des forges? A-t-elle. été 
portée au bourg, lors des premières fouilles de 1837, puis 
brisée sur le chemin pour y servir d'empierrement, comme 
d'aucuns Tosent affirmer^? Il est malaisé de le savoir 
au juste. J'ajoute que mes ouvriers ont trouvé^ parmi 
les décombres , quelques fragments de pierre tombale , à 
caractères gothiques , si je ne me trompe. Quelqu'un 
pourra-t-il'y trouver un sens? c'est possible. Toujours esttil 
que disséminés ça et là parmi les ruines, ils ne sont pas en 
état de fournir une indication, à ce point de vue, décisive. 

Sera-t-on 0lus heureux avec la crosse et l'anneau? Si 
l'on rencontre beaucoup de prélats inhumés avec ces in- 
signes, on en voit d'autres ^ussi ensevelis sans eux. Saint 
Godefroi, évoque d'Amiens, racheta l'anneau pastoral de saint 
Honoré, que son prédécesseur avait vendu, et il le rapporta 
à son église. Puisque cet anneau a pu être vendu et racheté, 
il n'a pu être enseveli avec saint Honoré. Gervais, mort ar- 
chevêque de Reiins, en 1067, avait une crosse d'or du poids 
de trois livres et demie. Il eri Bt présent aux moines de saint 
Rémi pour les Indemniser de quelques dommages qu'il leur 
avait causés. Saint Robert, abbé de la Chaise-Dieu^ déposa en 
mourant son bâton pastoral entre les mains de la statue de 
l'KnfahWésus,commé pour lui résigner à perpétuité la supério- 
rité deson abbaye. L'abbaye de Gormeri ayant voulu se sous- 
traire à la dépendance de Marmoutiers, le papeordonna qu'à la 
mort de I*abbé de Coî*meri, son bâton pastoral serait apporté 
sur le tombeau de saint Martin, où celui qui serait élu en sa 



* n parait que cette pierre représentait un personnage avec une crosse . 
19e «erait-ce pas la pierre tombale primitive? En ce cas, rien de plus déplo- 
rable qoa la perte de cette i pierre qui nous aurait fourni vraisemblablement 
un spécimen des monuments funéraires du XU^ sièclo, où il était, ordinaire 
J*Jiooorer, par des épitaphes en vers, les personnai^es marquants. 



Digitized by 



Google 



28 LE BIENHEUREUX RUAUD 

place, viendrait le prendre par ordre du doyen et du chapitre. 
Donc, ces prélats n'étaient pas inhumés avec leurs insignes. 
Il y a plus : sous prétexte que les dépendances des évéchés 
et des abbayes constituaient des flefs, certains princes de la 
terre, enlevant au clergé, aux fidèles et aux religieux leur 
droit d'élection, exigeaient qu'à la mort du prélat on leur 
remît sa crosse et son anneau, qu'ils donnaient ensuite à 
celui qu'ils choisissaient pour lui succéder. C'est à cette 
pratique que saint Annon dut sa nomination à l'archevêché 
de Cologne (1055). « L'empereur Henri était à Coblentz, 
lorsque les députés de Cologne vinrent lui apprendre la mort 
d'Heriman, leur archevêque, et lui présenter son bâton pas- 
toral, le priant de leur donner un digne prélat. L'empereur 
ne crut pas pouvoir faire un meilleur choix, que de nommer 
Annon à ce grand siège, et il lui donna aussitôt le bâton pas- 
toral qu'on lui avait apporté*. » 

Les terribles guerres de l'investiture n'ont pas €fu d'autre 
motif que la nécessité où se sont vus les souverains pontifes, 
pour sauvegarder les dignités ecclésiastiques, de dépouiller 
les monarques d'un prétendu droit qu'ils avaient usurpé. 

Il ne sera pas inutile d'ajouter, en ce qui concerne notre 
bienheureux évoque, que sa crosse pouvait fort bien être 
en bois. Comment ce saint prélat, qui était en môme temps 
de Tordre de Ctteaux, eût-il osé la porter d'or et d'argent, à 
une époque où les croix d'or et d'argent étaient rem- 
placées à Cîteaux par des croix de bois, où les chandeliers des 
autels étaient en fer, et les ornements sacerdotaux eux- 
mêmes, dépouillés de leur riche broderie? Une croix de bois 
devait suffire à la simplicité du bienheureux Ruaud. Or, en 
supposant que cette crosse de bois fut déposée dans sa 
tombe', il va sans dire, que longtemps avant l'invention de 



* LongueTal» Ut. XXI. 
• * Saint Papon, archcréque de Trêves, avait été inhumé avec un bÀton 
pastoral en bois (1047). Le bâton des évéques, dit Déric, n*a été d^abordque 
de bois. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LAN VAUX 29 

nos reliques, elle était tombée en poussière. En tout cas, 
Vobjection tirée de l'absence d'insignes, c'est-à-dire de la 
crosse et de Tanneau ne vaut rien : il n*a pas été possible de 
les trouver dans le caveau, si on ne les y a pas mis*. 

Si par insignes, on voulait entendre les habits pontificaux, 
d'accord. € Chaque mort, dit M. de Caumont% conservait les 
insignes' de sa dignité. Ainsi Tévôque était enseveli avec ses 
ornements pontificaux. A l'exemple des évoques qu'on 
qu'on inhumait avec leurs habits pontificaux, les prêtres et 
les autres membres du clergé jouissaient de l'honneur d'être 
ensevelis avec les insignes de leur ordre'. » 

H est clair qu'on a suivi, à l'égard du premier abbé de 
Lanvaux, évoque de Vannes, l'usage général. II a dû. être 
inhumé dans son .habit de moine, recouvert des ornements 
pontificaux. Mais, de même que la crosse en bois, tout cela 
s]en était allé en poussière depuis longtemps, et Ton ne 
pouvait sérieusement compter sur les fouilles pour en 
exhumer le moindre débris. 



' n me Tient à Tidée qae la crosse et l'anneau sont restés à Vannes : con- 
traint de céder le corps du prélat, le chapitre s'est rejeté sur ses insignes 
qu'il a dû retenir à titre de compensation. 

» De Caumont, 6» partie, Cours d'antiquités monumentales, 

^ Gomme les membres du clergé, les laïques étaient inhumés sous les 

Tétements de leur condition; les empereurs avec leurs ornements impériaux. 

Par exemple, Constantin lut déposé dans un cercueil d*or, sur lequel on plaça 

la pourpre impériale et le diadème ; ^^ les rois avec les insignes de la royauté ; 

comme Guillaume le Conquérant. Cependant lorsque les Huguenots ouvrirent 

êon cercueil dans l'espoir d^y trouver de l'or, ils n'y trouvèrent que les 

ossements du prince. Gela confirme ca que j'ai dit touchant les évêques, qu'ils 

étaient inhumés aTec leurs insignes, c'estr2i-dire, avec leurs habits pontificaux, 

fias toujours avec la crosse et l'anneau. 



Digitized by 



Google 



30 LE BIENHEUREUX RUAUD 

IX 

Les caveaux renfermaient un mélange^» 

Ce qui est plus grave, c'est un mélange d'ossements cons- 
taté, après un minutieux examen, par le docteur de Glosma- 
deuc dont la compétence en ces matières est indéniable. Et 
c'est sur ce mélange qu'il s'est basé pour émettre l'opinion 
qu'à une époque qu'il lui est impossible de préciser, les 
caveaux ont été ouverts pour y introduire des ossements 
étrangers. Cette opinion a pris le caractère d'une conviction 
absolue, lorsqu'il s'est trouvé en face d'un tibia, enfoncé par 
son extrémité supérieure dans un mortier très dur, qui 
remplit le crâne du caveau de droite. Ce qui n'a pu arriver 
naturellement ni à l'occasion de la fouille, mais par le fait 
d'un homme qui a jeté le tibia dans le caveau où déjà se 
trouvait le crâne. Ce cas ne serait pas particulier à Lanvaux ; 
il s'étendrait, au rapport du môme docteur, à presque toutes 
les tombes du même genre qu'il pst fort rare de rencontrer 
.'ntactes. 

Il faut avouer, d'ailleurs, que pour une raison ou pour une 
autre, les mélanges d'ossemenis sont de tous les temps. Les 
reliques de saint Goueznou, évêque de Léon, déposées pôle- 
môle parmi les autres dans la sacristie, ne purent être re- 
connues que par un miracle. Que les exemples d'un pareil 
sans-gêne soient rares, on le conçoit. Ce qui ne Test pas, 
c'est de voir les mélanges se produire dans les châsses 
par suite d'un dérangement accidentel des reliques, ou 
d'une confusion survenue parmi les étiquettes, ou du peu 
de soin apporté à renouveler ces étiquettes, lorsque le temps 
les a usées. A Saint-Magloire de Paris, dit Dé rie, des rou- 
leaux de parchemins qui indiquaient les 'noms de plusieurs 
saints sont effacés ; d'autres ne sont plus lisibles. Le trésor 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LANVAUX 31 

de Locmîné renferme quelques têtes de saints, dont une cer- 
lainemeat de saint Colomban. Laquelle? on ne sait pas. Et 
pourtant les authentiques, paraît-il, sont en règle. Qu'importe ? 
On est fondé à dire des reliques qu'elles sont mélangées, du 
moment que les étiquettes ne servent plus à les discerner. 

Les mélanges furent surtout nombreux sous la Réforme et 
sous la Révolution française, où les fidèles souvent n'avaient 
pas d'autre moyen pour sauver les reliques de valeur. C'est 
l'exemple qu'ont dû suivre, à Tune de ces époques troublées, 
les religieux dé Lanvaûx. S'il fallait choisir entre les deux, 
j'opinerais volontiers pour la Révolution. Dans le cas où le 
mélange eût été produit au temps de la Ligue, est-ce que l'ins- 
cription de 1740 n'y aurait pas fait une allusion quelconque? 
Pourtant, cette inscription est très précise etse rapporte à un 
seul personnage. Ce serait donc à la veille de la fermeture de 
l'abbaye par le igbuvernement révolutionnaire, que les moines 
se sont vus obligés, pour abriter ce qu'ils avaient de plus 
précieux, de recourir à l'ouverture des caveaux. 

Pour ouvrir les oeveaux, ils ont dû fracturer la voûte, et 
sans se donner la peine de la relever, pressés sans doute 
qu'ils étaient par le temps, ils ont trouvé plus expéditif de 
combler les tombeaux, après avoir pris au préalable la pré- 
caution, dans le but de garantir les ossements, de les couvrir 
d'une couche de chaux éteinte. La couche de chaux dont ils 
sont presque tous empâtés, autorise cette supposition*. 

Il n'est pas vrai de dire, dans cette hypothèse, que la 
voûte, après avoir été relevée, se soit d'elle-même effondrée. 
Par le fait, un pareil ébranlement ne pouvait avoir lieu sans 
amener à la surface du sol des crevasses plus ou moins 
sensibles. Or,aucun affaissement ne s'est offert à mes regards. 
lundis que la nef a été complètement bouleversée soit par 
r 

< fl j ? d'autres exemples. Jean de Montluc, évêque de Die, Ût au temps 
de la Ligue renfermer dans sa tombe et couvrir de chaux lés reliques de 
saint Etienne. — Dans le caveau de drmte. citait un nwjrtier d'arpile. 



Digitized by 



Google 



32 LE BIENHEUREUX RUAUD 

des chercheurs dfe trésor, soit par des expériences d*obus que 
le directeur des forges y faisait sans scrupule, le sol du sanc- 
tuaire est demeuré intact jusqu'aux fouilles de Tan passé. 



X 

Le mélange renferme les reliques du bienheureux Ruaud. 

Cela est de toute évidence, à moins de supposer qu'en 
introduisant dans les caveaux des ossements étrangers, les 
religieux ont enlevé, dispersé ou détruit les ossements pri- 
mitifs. Ce qui est absurde. 

Qu'à une époque troublée, je le répète, la pensée soit 
venue aux religieux d'ouvrir les caveaux du sanctuaire pour 
y abriter des reliques, rien de plus sensé. J'ai rapporté que 
l'évoque de Die avait espéré, par ce moyen, garantir de la 
fureur des huguenots les reliques de saint Etienne. 

Qu'après avoir ouvert les caveaux, ils^ aient succombé à 
la tentation d'emporter, comme souvenir, des parcelles du 
corps de leur fondateur, cela se conçoit de môme et explique, 
jusqu'à un certain point, la présence d'ossement^ dépareillés 
constatée par l'examinateur. Mais de prétendre qu'au mo- 
ment d'y jeter des reliques pour les préserver de la destruc- 
tion, ils aient du môme coup emporté ou dispersé le corps 
out entier du bienheureux, cela est contradictoire. Ils ne 
l'ont certainement pas emporté au temps de la Ligue, puisque 
l'épitaphe de 1740 dit en termes formels : 

Hic jacet beatus Rotaldus, 
Ci-gît le bienheureux Ruaud. 

Ils ne l'ont pas fait davantage au moment de leur expul- 
sion, en 1790 ou 91. Pour quel motif l'enlever? Tout en pro- 
fessant pour leur fondateur une vénération particulière, ils 
ne lui rendaient pas de culte. Quand bien môme il eût été 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ DE LAN VAUX 33 

Vobjet d'un culte, mieux valait encore le laisser sous terre. 
On était à une époque où Ton enfouissait les trésors : on ne 
les dél errait pas. Ç*eût été volontairement, sciemment, Tex^ 
poser à une profanation inévitable. Ils ne pouvaient agir de 
la sorte, sous peine d*étre insensés. Et quelle raison avons- 
nous de croire les moines plus insensés que les autres ? Non. 
Ils ont introduit des ossements dans les caveaux du sanc- 
tuaire pour assurer leur conservation; et ces ossements ont 
été si bien conservés qu'on les a retrouvés : voilà la vérité. 

Et comme d'autre part, il faut tenir pour certains les trois 
points qui suivent : 

Premièrement, que le corps du bienheureux Ruaud a été 
inhiuné dans le sanctuaire de Tabbaye qu'il avait fondée ; 

Deuxièmement, que les restes du bienheureux Ruaud y 
reposaient au XVII* siècle, en 1740, et au moment de la Révo- 
lution ; 

Troisièmement, que le sanctuaire de Lan vaux ne renferme 
aucune autre tombe ; 

Cette conclusion s'impose : 

Les restes du bienheureux Ruaud se trouvent en tout ou 
en majeure partie parmi les ossements extraits des caveaux 
de Lanvaux, et pour préciser davantage, parmi les ossements 
du caveau central qui présentaient, seuls, la disposition li- 
turgique que nous avons ci-dessus mentionnée. 

Conclusion rigoureuse s*il en fut. Il n*en est pas moins 
vrai qu'elle laisse subsister le mélange, et que ce mélange 
est on ne peut plus malencontreux. Il est venu gâter une 
belle découverte qui eût sans cela produit à nos yeux, qui 
sdit? peut-être avec les restes authentiques du bienheureux 
fondateur ecclésiastique, les restes du fondateur laïque, je 
veux dire, du baron Alain de Lanvaux, probablement inhumé 
dans le caveau de droite, d'un pied plus long que le caveau 
central*. 

* Le carean du bienheurdox est long d'environ 1*»94 et large de Om,78 ; le 
2« caTeaa est long de 2*,25 et large de 0",90. Les eaveanx sont creusés à 
T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, !'• LIV. 3 



Digitized by 



Google 



34 LE BIENHEUREUX RUAUD 



XI 

Inhumation au cimetière de Drandivy des reliques de Lanvaux. 

Devant rimpossibilité matérielle de distinguer les reliques 
recherchées, il ne restait plus qu'à procéder de nouveau à 
rinhumation des ossements extraits du sanctuaire de Lan- 
yaux. Mais pour réserver l'avenir, et dans Tespoir qu'un 
document inédit viendra taire un jour la lumière sur ce 
mélange, je les ai déposés séparément dans trois petits cer- 
cueils et fait dresser de leur inhumation le procès-verbal 
que voici : 

Nous^ soussignés, certifions avoir assisté à l'inhumation 
dans le cimetière de Brandivy, près du mur situé au levant, 
des reliques extraites du sanctuaire de Lanvaux, et nous 
rapportant aux déclarations de M. Tabbé Guilloux^ vicaire à 
Brandivy, sur la provenance de ces reliques, avons enfermé 
dans le cercueil contenant les ossements du caveau central, 
une lame de zinc avec ces mots : ossa partim beati Ruaudi* ; 
dans le cercueil contenant les ossements du caveau de 
droite', une lame de zinc avec ces mots : ossements du caveau 
de droite ; dans le cercueil contenant les ossements trouvés 
à gauche du caveau central, une lame de zinc avec ces mots : 
ossements hors caveau. Nous constatons, en outre, que ces 
trois cercueils en chêne occupent au cimetière de Brandivy 



rentrée du sanctuaire primitif, celui du bienheureux, au centre, en face 
du maltre-autel. A la vue des restes de ce sanctuaire, vieux de tant de 
siècles, abritant encore les caveaux, on se dit : « qu'un oratoire ferait bon 
effet sur ces antiques et sacrées fondations !..«..> 

^ Ossements en partie du bienheureux Ruaud. 

* La droite d^in homme 'qui regarde vers TBSst. 



Digitized by 



Google 



PREMIER ABBÉ OE LAN VAUX 35 

les mêmes positions que les différentes sépultures occupaient 
au sanctuaire de Lanvaux. » 

Brandi vy, 3 décembre 1888. 

Suivent les signatures de plusieurs ecclésiastiques. 

La fosse commune a été surmontée d'une inscription dont 
le critique le plus méticuleux ne saurait contester la justesse 
et la légitimité. Voici cette inscription. 

Ici reposent 

Parmi d'autres ossements 

Les précieux restes du bienheureux 

Ruaud, 

Fondateur de Tabbaye de Lanvaux, Tan 1138 

Elu évoque de Vannes, Fan 1143, 

Mort Tan 1177 

Et 

Inhumé 

Selon sa volonté 

Dans le sanctuaire de son abbaye. 

Ces reliques 

Découvertes le 12 juin 1888 

Ont été transférées 

En ce lieu 

Le 3 décembre de la même année. 

La môme inscription, à part quelques modifications néces- 
saires surmonte les caveaux de Lanvaux. Les nombreux 
étrangers qui viennent les visiter, pour peu qu'ils sachent 
lire, apprennent de la sorte, par quelques mots placés sous 
leurs yeux, quand et par qui a été fondée l'abbaye, et ce que 
sont devenues ^es reliques du vénéré fondateur. 



Digitized by 



Google» 



36 LE BIENHEUREUX BUAUD, PREMIER ABBÉ DB LAN VAUX 



XII 

CONCLUSION 

Et maintenant, la parole est au bienheureux Ruaud. 
Exhumé contre toute attente après tant de siècles écoulés, 
c'est à lui qu'il appartient désormais de plaider sa cause et 
de confirmer par des signes sensibles son identité. Plusieurs 
offrandes, certains faits sont propres à inspirer confiance. 

Que du haut du ciel il daigne jeter sur tous ses invocateurs 
un regard favorable! C'est mon vœu, c'est toute la récom- 
pense que je souhaite de mes efforts. 

Abbé GuiLLOux. 



Digitized by 



Google 



NOTES D'ICONOGRAPHIE 

Les thèses bretonnes illustrées, aux XV II" et XVIII* siècles, 

(Suite.) 



I. — Thèse dédiée au Chapitre et Doyen de Nantes, 

IL ne reste de cette thèse que l'écoason dn Chapitre. Une clef et une 
épée en saatoir ; le tout entouré de branches de laurier. — La gra- 
vore n'est pas, signée mais peut être attribuée à l'époque de Léonard 
Gautier, et a dû être gravée au commencement du XVI^' siècle. 

(Bibliothèque national, P. G. 2.) 

II. — D'AndPHERNBT, premier Président de Bennes. 

Telle est la note manuscrite que le collectionneur a mise au bas d'un 
énorme ôcusson soutenu par deux lions, qui porte : Ecartelé au 4 
et 4 d'hermines et cPargent, au 9 et S de sable à V aigle éployée (Targent, 
becquée et menibrée Sor^ armes de la famille d'Amphernet. Le tout 
entouré du collier de Saint- Michel avec la devise : Sunt for lia fortibus 
opta. Cette devise n'est point signalée par M. de Courcy. — M. de Carné 
ne cite non plus aucun d'Amphernet parmi les chevaliers bretons de 
l'ordre de Saint -Michel. Il est à remarquer aussi que René d'Amphernet, 
président à mortier au Parlement de Bretagne en 1620, ne fut pas 
premier président. — Non signé. 

{Bibliothèque nationale, P. C. 1.) 

m. — Gabriel Constantin, doyen de l'église d'Angers. 

[Annot. man,) 

Il est très possible que cette thèse soit plutôt angevine que bretonne. 
Cependant Tabbé Constantin mourut doyen du Parlement de Bretagne. 
Baaacoop des livres du château de la Lorie, vendus à Rennes en 1887, 



Digitized by 



Google 



38 NOTES d'iconographie 

portent sa signature. Cette famille s'était fondue par les Marmier, dans 
le Fitz-James, derniers possesseurs de cette terre. 

Ecusson entouré de génies ou d'anges qui se termîDent par une riche 
gaine de fleurn et de fruits, et portant tes armes de la famille Constantin : 
D^azur au rocher d'or mouvant d^une mer d'argent, — Signé : Roussel. 

{IHblxothhque nationale, P. C. 2.) 

IV. — SÉBASTIEN DE RosMADEG, évêque de Vannes [Annot, 
man.) nommé en 4624, mort en 4646, 

Une très grosse femm 3 revêtue du manteau d'hermines, qui doit symbo- 
liser la Bretagne, présente à une autre très grosse femme, qui tient une 
croix et doit figurer la Religion, un grand écusson, très beau comme 
déploiement d'armoirie?, mais déplorable comme gravure. On n*a même 
pas respecté le sens traditionnel dans lequel les hachures doivent être 
exécutées pour représenter les couleurs, et tous les fonds semblent 
être de sinople, tant les lignes sont de biais. Nous rectifions d'après 
Farmorial de M. de Courcy : 

Sur le tout : Paie d^nzur et d^argenty qui est Rosmadec, avt 4 d*axur 
à quatre mâcles d'argent qui est Molac (les armes véritables sont : 
De gueules à sept mâcles d'argent) ; au 2«. d!azur à une tour d'or qui est 
Tyvarlen ; au 3«, d'azur à trois coquilles d'or qui est Plessis-Josso ; au 
4«, d^hermines à trois chevrons de gueules qui est Plœuc (le graveur les 
a chargés de m&cles) ; au b^ de gueules h la fasce d'hemines qui est la 
Chapelle ; au 6*, d'azur au lion d'argent qui est Pont-Croix ; au7«, d'azur 
à trois jumelles d'or qui est Lesperver (dont les vraies armes soni de 
sable) ; enfin le 8« quartier porte une bordure de ituîcles, plus une figure 
impossible à déterminer, tant le graveur y a mis délaisser aller La 
devise porte : Hoc non viduata quid optem : — qu'on peut traduire ainsi 
en l'appliquant àPévêque de Vannos : tant que je le posséderai, qu'ai-je 
à désirer ! Souhait flatteur pour le personnage, qui mourut en effet sur le 
siège de Vannes. 

L'auteur de ce bel ouvrage a signé : G. Ladamb, inve. et fecit. 

(Bibliothèque nationale, P.C. i.) 

y, — Le même {vers 4 640), 

Le fragment d'une seconde thèse dédiée au même prélat, porte 
récusson décrit au numéro précédent, entouré de lourds ornements et 
d'une draperie soutenue par deux anges. Signé : Fjrbnb. 



Digitized by 



Google 



NOTES D*IGONOaRAPHIE 39 

Firens était un assez médiocre graveur qai florissait à cette époqae 
et ne s^eet pas dîstingaé dans ce travail. 

(Biblioihèque nationale, P. G. 1.) 

VI. — Christophe Budes. (Annot, mon.) 

Ëcnsson des Bades. * D'argent au pin de sinople^ accosté de deux 
fleurs de lys de gueules. Mais dans ce morceaa de thèse il porte une va- 
riante : les deux fleurs de lys sont reléguées an canton senestre, et au 
coin dextre sont juxtaposés un croissant et une merlette. 

Tout ceci nous indique qu'il s'agit bien de Christophe Budes, époux en 
1625 de Renée Bouilly. Il fut conseiller au Parlement en 1624 et garde 
des sceaux de la chancellerie de Bretagne. La branche du Tertre-Jouan 
à laquelle il appartenait, chargeait en effet ses armes au canton, dextre 
d'un croissant de gueules. On y a ajouté une merlette, en souvenir de sa 
grand'mère maternelle, Isabeau de Galiac. ou d*Annè de Gallac, grand- 
mère de son père qui portaient cet oiseau dans leurs armes. 

L'écu est entouré du collier de Saint-Michel, quoique M. de Camé ne 
nomme pas Christophe dans ses biographies des chevaliers de cet ordre. 
Il est peu probable qu'il s'agisse ici de son père Jean, capitaine de l'arrière- 
ban de Saint-Brieuc, chevalier de l'Ordre en 1617, et, par la nature de 
ses fonctions, moins apte à recevoir la dédicace d'une thèse, que son fils, 
le conseiller au Parlement. On peut donc croire que Christophe a été dé- 
coré lui-même de l'Ordre du Roy, ou qu'il a entouré son écusson de cet 
insigne, en mémoire de son père — usurpation, qui, je crois, a été assez 
en usage à partir de cette époque, et dont j'ai vu beaucoup d'exemples. 
— Il faut dire que le collier est très décoratif et, soit en sculpture, soit 
en peinture, accompagnait très bien un écusson. 

(Bibliothèque nationale. P. C. 1). 

VIL — Pierre Cornulier, évêque de Rennes (Ann. man.Jy 
de 1619 à 1639. 

Il ne reste de cette thèse qu'un écusson très simple aux armes de la 
maison de Cornulier, surmonté de la crosse, de la mitre et du chapeau, 
et entouré de simples enroulements de feuilles de laurier formant des 
médaillons, dans chacun desquels se trouve une lettre de la dédicace sui- 
vante : Pêlro CornuHero, 

Cette gravure, d'un style plus ancien que l'époque où elle fut gravée 
doit être du commencement de l'épiscopat de Pierre Cornulier, et lap- 
pelleraic plutôt la fin duXVI* siècle ; elle est signée : Fiibms. 

(Bibliothèque nationale. P, L. 2.) 



Digitized by 



Google 



40 NOTES D'ICONOGRAPHIS 



VIII. — Pauoon db Ris, premier président de Rennes. 

(Ann, man.) 

Même ornemtntatioa que la précédeiue; enroalemento réguliers de 
palmes et d'olivier, formant des médaillons» dans chacun desquels est 
une lettre de la dédicace: Jiexandro^atoofitd. Au centre, écusson de 
premier président surmonté du mortier : au 1 et 4 d^argenl à la serre 
de' faucon de guêuUs ; au 2 et 3 d'argent au taureau de saHe — En bas. 
un antre écusson portait d^azur à deux léopards d'argent^ probablement 
celui du personnage qui a soutenu la thèse, et qu'on ne peut déterminer 
d*une manière certaine. I^a note manuscrite fait une erreur : Alexandre 
Faucon de Ris n'est pas le premier président au Parlement de Bretagne, 
qui s'appelait Glande. Il fût conseiller le 11 mars 1592, et quitta la 
Bretagne pour devenir premier Président i Rouen de 1608 à 1626. Il 
est évident que cette thèse lui fut dédiée pendant qu'il siégeait dans 
cette dernière ville. — Signé : Fiebns. 

(Bibliothèque nationale. P.C. l.) 

IX. — GiLLis HucHBT DB LA BÉDOYÈRB, procureur général 

au Parlement de Rennes. (Annot. man.J 

Ecusson énorme, entouré de lourds lambrequins, surmonté d'qn casque. 
Au dessus un lion en cimier. Supports : deux lions Sur le tout : d^argent 
à trois huekets de sable, écartelé aux 4 et 4 d*azur à six biUettes percées 
dPargent qui est La Bédoyère, aux 2 et 3 d^argent à trois coqs de sable 
qui est du Gleuz de Redillac, dont était l'ayeule de Gilles. Le tout en- 
touré du collier de Saint-Michel . 

M. de Garné ne cite qu'un membre de cette famille qui ait été décoré 
de l'ordre du Roi. Il était arrière-cousin de Gilles ; il n'est guère probable 
que le procureur général ait voulu se parer des plumes du paon. On 
peut donc supposer que l'annotation manuscrite est fausse, et qu'il 
b'agttici de Briand Huchet, chevalier de l'ordre en 1648, bu que Gilles 
Huchet l'a été lui-même ; ce que nous ignorions. 

Briand épousa en 1623 Louise Rabinard du Piessix-Gintré, et fut le. 
premier auteur de la branche de ce nom. Il mourut après 1668. 

Gilles Huchet de La Bédoyère procureur général en 1 63 1 , épousa en 1 622 
Louise Barrin et eut postérité, d'où est sortie la branche de La Bédoyère. 

Cette gravure est signée : Noblit, f. 

{Bibliothèque nationale. P. G. 1.) 



Digitized by 



Google 



NOTBS d'iconographie 41 



X. — Thèse de Vabbé de Bruc. 

Noos sortons enfin des simples écussons, si sottement matllés par 
Tamateor anonyme dont la Bibliothèque natioaale a hérité, et nous 
abordons nne rare et saperbe pièce, mais dont il faut cependant chercher 
les membres épars (dtsjecta membra I) dans plusieurs recueils. 

La collection des portraits de la Bibliothèque nationale, classée par 
ordre alphabétique, contient celui de Tabbé de Bruc découpé absolument 
comme une image faite pour amuser les enfants ! 11 e«t cité dans le P. 
Lelong. Le personnage est de profil, dirigé à droite, agenouillé, la main 
éloYée en l'air, et en bas cette note manuscrite : c tiré d'une thèse de 
théologie soutenue et dédiée le 6 février 1634 au cardinal dj Richelieu. 
Gravée par Laskb. » 

Noos avons retrouvé, non pas» hélas ! le reste de la thèse, mais de no- 
tables fragments dans le volume de la Bibliothèque, côté P. G. 1. Elle 
devût étr<) magnifique, mais elle est tellement mutilée que Ton ne peut 
guère dire tout d'abord, si la planche était unique. Cependant la signa- 
tare M. Lasne fMitet exeudit qu'on lit dans la partie supérieure, et D. A. 
G. inv. M. Lasne ex aux.., (le reste contenant Tadresse est coupé), que 
Ton voit dans la partie inférieure, nous fait supposer qu'elle se composait 
deux morceaux. 

Le fragment supérieur représente dans de très graLdes proportions, 
Hercule soutenant le monde de concert avec le roi Atlas. C'est une gra- 
Tore vigoureuse et d*un très bel effet : elle signifie évidemment que 
Richelieu était l'Hercule aidant le roi de France à supporter le poids de 
ronirers. 

Au-dessoas de cette belle page se trouve la dédicace à Richelieu, avec 
ses armes des deux côtés soutenues par des génies. Elle est signée : Hbnri 
DB BauG. 

Puis venaient les propositions de la thèse encadrées, tout autour par 
douze jolis médaillons ovales représentant les travaux d*Hercule. On a 
enlevé ce texte, et si bien découpé les deux colonnes de médaillons, qu'il 
n'en reste plus que huit. Par ceux qui ont échapp)§ au naufrage, on 
voit que les travaux du demi-dieu étaient habilement môles à ceux du 
grand ministre. Ces médaillons représentent : 1<* Albion Nepiunius ewn 
fraire repressus. Le triomphe d'Hercule sur Albion fils de Neptune, qui 
n'est pas on de ses plus célèbres exploits, semble bien vouloir re- 
présenter le triomphe de Richelieu sur les Anghiis par la prise de la 
Rochelle ; ^ Le taureau de l'ile de Crète ; 3» La lutte avec Antée ; 4* Les 



Digitized by 



Google 



42 NOTES d'iconographie 

I 

colonnes d'Hercule ; 5* Stemit rebelles. Qe qui, sans autre désignation, 
s'applique encore plus à Richelieu qu'à son modèle ; 7^ Des captifs 
chargés de chaînes accompagnés de cette devise : Amant sua vincula ; 
Enfin, 8® le Dieu dans un petit temple circulaire et au-dessous l'inscription 
rfiueageies, qui s'applique fort peu à Hercule, et beaucoup à Richelieu 
soi-disant poète, fondateur de l'Académie française et auteur de Mirame. 

Enfin tout en bas, à gauche, se retrouve le portrait de Tobbê de Bruc 
déjà cité, à genoux et levant les bras vers son protecteur. 

Cet abbé était fils de Jean II de Bruc, 8'' de la Guerche et Monfplaisir, 
procureui; général syndic des Etats, et de Marie Venier.II fut aumônier du 
Roi, et abbé de Saint^Gildas-de-Rhuys, dit M. de Gourcy ; l'abbé Tres- 
vaux dit qu'il assista aux Etats de 1632, comme abbé de Saint-Gildas-des- 
Bois. — Il mourut peu après avoir passé sa thèse, en 1635. Une généalogie 
delà famille de Bruc «ajoute à ces titres, celui de Conseiller d'état, d'abbé de 
Bellefontaine, au diocèse de laRochelle, et d'Orbay, danscelui de Soissons. 
— Une aussi belle thèse méritait bien ces multiples récompenses. 

XI. — Philippe Cospean, évêque de Nantes, (Annot. man,) 

Ëcusson soutenu par deux anges dont l'un tient la mitre, l'autre la 
crosse. Un ange voltige sous le chapeau qull soutient avec grâce. Des lis 
poussenttout autour, et sont accompagnés de la devise: Paseiiur inter lilia, 

Ecarlelé au 4 et 4 d'azur à trois bouierolUs dor , au i et S d'or à la 
croix alésée de gueules. 

Cette gravure n'est pas signée. — Philippe Cospean fut évéque de 
Nantes de 1621 à 1635, puis de Lisi^ux, jusqu'à sa mort, en 1646. 

(Bibliothèque nationale. P. C. 2.) 

XII. — Daniel Hay, abbé de Chambon, [Ann. man.) 

Ecusson ovale, entouré de cartouches portant le lion d'argent des 
Hay sur fond de sable, surmonté d'un lambel d'argent, l'écusson est 
accompagné de la mitre et de la crosse. La prudence et la justice le sou- 
tiennent. — FiRBNs, excudit. 

Daniel Hay, né en 1596, académicien en 1635, mort en 1671, fut abbé de 
Chambon, on ne sait trop à quelle époque. Il est Hkcheux que ce fragment 
ne soit pas daté et qu'il ne soit pas plus complet, car on sait si peu de 
chose sur cet obscur immortel, comme l'appelle M. Eerviler, que ce 
serait au moins un détail de plus à ajouter à sa biographie. 

(Bibliothèque nationale P. C. 2.) 



Digitized by 



Google 



NOTES d'IGONOGRAPHIK 43 



X[II. — Thèse cTYves Philippe. 

Cette pièce est conserTée à la Biblîothèqne nationale, dans rœuyre de 
Rousselet. Elle est dMiée an Parlement de Bretagne. Son ornementation 
très nche et tr^s compliquée, en fait un morceau intéressant, et prouve 
qa*elle fat sontenue avec une grande solennité an collège des Jésuites de 
Rennes. 

C'est une planche grand in-folio. A la partie supérieure, la Justice 
préside, la Sagesse et la Religion sont à ses côtés. Au-dessous de ce groupe 
se Ut cette devise : Justitia prœsidety adjutrice pietate, comité sjpientid, 
La France siège auprès de la Religion ; la Bretagne auprès de la Sagesse. 
Elle est reconnaissable à son manteau d'hermine, et porte le collier de 
Tordre national de TEpi. ^ En haut, à gauche, sont les armes de la France, 
et à droite, sur la même ligne, celles de Richelieu leur font pendant. 

Sons les pieds de la Justice est un petit médaillon avec Tinscription 
Rhedones, où Ton distingue une vue de Rennes. Malgré les proportions 
restreintes, on peut y reconnaître notre ancienne tour de Thorloge, 
accompagnée de bien des clochers I 

La partie inférieure de la thèse se compose d'abord de la dédicace : 
Augustitsimo sanctissimoque Britannix aremoricarum Senatui, addic- 
iissimi Philosophi Colleçii Sanlhomani Rhedonensis Soc. Jesu. » — Yves 
Philippe était probablement Télève le plus distingué de la classe, et 
quoique sa personnalité soit aciùellement fort oubliée, il fut évidemment 
choisi pour représenter ses condisciples et donner à l'auguste et très 
saint Parlement de Bretagne, une haute idée de leur savoir, et le dernier 
écho de ce jour de gloire conservé dans cette intéressante pièce, a porté 
jusqu'à nous le nom d'Yves Philippe de Tréguier. 

Cette partie inférieure est encadrée de huit médainons ovales repré- 
sentant les huit autres évèchés de Bretagne, à gauche : Nannetes, Curio- 
sopites, Dolenses (où l'on reconnaît bien les tours de la Cathédrale,) 
Leonenses ; à droite : Veneti, Maclovienses, Briocenses, Trécorenses. — 
Au-dessous de ces médaillons et encadrant avec eux le texte de la thèse, 
on voit à gauche l'Abondance et à droite. Neptune avec cette inscrip* 
tion : ' PoicU partem opère in ianlo soloque saloque — Solo se trouve 
sous TAbondance, Sologne sous Neptune Cette énigme Intine est assez 
inoompréhensible. Tout en bas enfin, le nom du répondant : Yvo Phi- 
Hppus Trecorensis, in logico Rhedonensis lycœo, anno 1635, mense Julio, 
die XV horis solitis. — Pais : Armorici patres dont jura, et au coin 
gauche un génie supportant les armes de Bretagne — Un autre à droite, 
supporte celles de Rennes. 



Digitized by 



Google 



44 NOTES d'iconographie 

On voit cpi'il y a bien des choses dans cette thèse — et qa'en outre, 
elle a pour nous le mérite d'être bien spécialement rennaise. Malheureu- 
sement le dessin est peu gracieux, la gravure très lourdement exécutée. — 
Rousselet qui l'a signée ne s*est pas signalé dans cette grande composi- 
tion GBoiD. R0U8SELBT9 sculp. 

{Bibliothèque nationale. Ed. 40) 



XIV. — Robert Gupip, évêgue de Léon, (Annon, man.) Cet 
évêque occupa le siège de Léon de i65 7 à 1648, et celui 
de Dolde i64.S à sa mort en 1657. 



Grand écusson soutenu par deux anges debout, portant mi-parti cPa" 
sur au lion éPargent tenant une crosse, ce qui est probablement le blason 
du chapitre de Léon , mi-parti ft'axur à trois trèfles émargent. M. de 
CiOurcy donne pour armes à Robert Gupif : cPargent à trois trèfles de n- 
nople. Mais la gravure est si mal faite, que toutes les erreurs peuvent s*y 
rencontrer. De plus, les deux anges sont aussi disgracieux que possible. 
Signé : Roussel. 

(Bibliothèque nationale. P. G. 2). 



XV. -— Le maréchal de Guébrund. 



Il ne r^ste de cette thèse que la partie supérieure. C'est un magnifique 
portrait du héros à cheval, revêtu de la cuirasse. Un génie le couronne 
de lauriers. Deux tutres soutiennent dans les airs un écusson où le bla- 
son des Budes est au premier quartier, et sur le tout celui de la famille 
de Gouvran (d'or à sept mâcUs d^azur) dont le maréchal descendait par 
les femmes. 

Au fond est une bataille où il est au premier plan, et naturellement 
dans de très petites proportions. Mais Tartiste pour le rendre bien re- 
connaissable, a eu soin de figurer même à cette distance Templàtre noire 
qu'une ancienne blessure le força de porter à demeure sur la joue. Cette 
gravure est tellement rognée,qu*iln'y a pas de signatures. M.de Snrgères, 
dans son Iconographie bretonne, cite deux portraits équestres du maréchal. 
L'un de Greg. Huret, l'autre de Moncomet. Je n*ai pu les comparer 
entre eux, mais je ne crois pas que ce soit un de ceux la. 

{Bibliothèque nationale. P. C. 1.) 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 45 



XVI — François de Kergroaoèz, chevalier breton[Ann,man, 

ËCQsaon mi-parti foicé émargent et de gueules, mi-partI échigueté 
éTargent et d^azur entouré du collier de Saint-Michel. Âutoar de Técn 
sont groupées la Force, la Paix, la Science, la Renommée Celle-ci em- 
boache comme toujours ses trompettes, d*où sortent sur nin ruban 
flottant ces mots : Légitime c^tantihus sic sperare lieet. Signé : Firbub. 
François de Kergoradès épousa en 1621 Claude de Kerhœnt dont les 
armes sont accolées aux siennes dan» cet écusson. M de Carné le cite 
parmi les chevaliers de Saint^Michel qui paraissent douteux, puisqu'il 
n^est mentionné avec ce titre dans aucun document contemporain. Ce 
frontispice de thèse prouverait la réalité de sa nomination dans l'ordre. -— 
A moins qnMl n*ait, aussi lui, conservé autour de son écusson le collier 
que reçut son père en 1598. La devise Légitime certintihus, etc. ... si 
elle ne s'applique pas aux légitimes et scientifiques combats du répondant 
à la thèse, pouvait bien faire allusioa aux services du père de François de 
Kergroadès qui combattit vaillamment pendant la Ligue pour le parti du 
Roi. Au reste il existe un assez beau portrait de ce second François 
gravé par Michel Lasne vers 1646, qui prouve que ce seigneur avait 
continué lanotoriété paternelle. Il est représenté en cuirasse,avec Técharpe 
blanche. — Malgré sa vie toute militaire, il était parait -il, assez lettré 
pour qu'on lui dédiât des thèses. 

(Bibliothèque nationale. P. C. 1.) 

XVn. —Gabriel de Beavweav yEvéque de Nantes.(Ann.man.) 

Il n'existe plus de cette thèse que Técusson de Tévèque: d'azur à quatre 
lions cantonnés de gueules, armés de couronnes d^or. - Il est de très 
grande dimension, et signé : Humbblot, sculp M. de Beauveau occupa 
le siège de Nantes de 1635 à 1668. 

{Bibliothèque nationale. P. G. 2. 

XVIII.— Achille de RAKLAY^évéquede Saint'Malo.{Ann.man.) 

Simple écusson sans signature aux armes de l'évèque : d'aryen/ h deua 
pals de sable. 

(Bibliothèque nationale. P. C. 2.) 



Digitized by 



Google 



46 NOTES d'iconographie 



XIX. —Jean Glé, S^ de la Costardaye, Vicomte de Médréac, 
[arm. man.) —Fragments de deux thèses. 

1^ Ecusson d*asuf à cinq glés ^u s<mris d'argent, (Les véritables armes 
sont d'o» à einq glés de gueules,) Sur un vitrail de l'église de Pleomeleuc 
où les Glé possédaient la seigneurie de la Besneraye, il n'y en a que 
trois. 

Pour supports : Mars et Minerve. — Hdmbblot, fecit. 

2* Même écusson écartelé. Au i^"^ d'azur à cinq glés d'argent^ au 2« 
mi- parti d'argent et de gueules à deux léopards d'argent de Vun en Vautre 
qui est la Gostardaye, famille fondue dans Glé ; au 3* A'azur à 7 Hllettes 
d'argent^ une bande d'hermine brochant sur le tout, qui est Perron — 
au 4" émargent à trois hameçons de gueules qui est Jarnouen, s' de Viilartay 
et de Beaurocher en Guenroc. Ges deux derniers quartier indiquant des 
alliances que nous n'avons pu retrouver. 

Nous pensons que ce vicomte de Médréac doit être Jean Glé. seigneur 
de la Gostardaye, mort avant 1650, époux de Marie- Anne de Montigny, 
et père de Gabrielle Glé, dame du palais de la Reine, qui épousa le frère 
de la duchesse de la Vallière. Le graveur a pris si peu de soin d'indiquer 
exactement les émaux qu'il a mis partout des fonds de siaople, sans 
s'inquiéter delà véritable couleur des armoiries. 

[Bibliothèque nationale. P. G. 1.) 



XX. — Henri du Refuge. « Abba^ Maurigniacensis et Sancti 
Eparchi. » (Morigny au diocèse de Toul et Sàint-Cybard 
dans celui dAngoulême). 



Henri dd Refuge était Qls d'Bastache, ambassadeur ^n Scisse et en 
Hollande, et petit-ûls de Jean, conseiller au parlement de Bre- 
tagne — 11 fut conseiller à celui de Paris, et mourut en 1667. Gette 
thèse, dont la partie héraldique subsiste seule à la Bibliothèque 
nationale, est conservée tout entière à la bibliothèque Sainte-Geneviève. 
L'écusson de la famille du Refuge qui portait : d'argent h deux fasces de 
gueules^ deux bisses affrontées d*azur en pal, a pour supports les deux 
bisses, guivres ou couleuvres démesurément grandies et ressemblant à 
d'horribles pieuvres. Elles accompagnent aussi une foule de choses, un 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 47 

ûambean» un faisceaa» un calice, une balance — et sur le tout les insignes 
d'abbé, la mitre et la crosse. —La thèse est dédiée à l'abbé du Refage 
par un personnage étranger à la Bretagne. 

{Bibliothèque nationale. P. G. 2. — Bibliothèque sainte-Geneviève, 
recueil de thèses,) 



XXI'. — Thèse dviauguration du Palais du Parlement • 
à Rennes. 

Cette belle thèse est un morceau capital pour l'iconographie bretonne. 
— - Ce n'est point un raccord de deux gravures banales préparées d'à- 
Tance et applicables à tous sujets. La planche est d*unseul morceau, et 
ht circonstance pour laquelle elle fut exécutée était trop importante pour 
que les Jésuites, si soigneux d'embellir leurs solennités, n*aient pas em- 
ployé toutes les ressources de l'art pour en conserTer la mémoire. 

£n haut de la plancha et au-dessous de l'écusson de France se trouve 
la dédicace : Augustissimo Armoricœ senatui, Logici Rhedonenses P. P. 
1654. — Le fond de la partie supérieure de la gravure est occupé par les 
soubassements du Palais de Rennes, avec le perron tel qu'il existait 
autrefois. 

La Justice, l'Abondance et la Paix descendent du ciel, portées sur des 
nuages, et au pied de ce perron, le premier président accompagné de deux 
autres magistrats, invite poliment les déesses à y monter et s'apprête lui- 
même à les suivre, ou peut-être à les précéder pour leur faire les 
honneurs du sanctuaire. 

Au premier plan, la Bretagne en manteau d'hermines et ornée du col- 
lier de l'épi, s'incline avec respect, et s'apprôte aussi à prendre possession 
de rédifice. Deux femmes la suivent, Tune montrant Técusson d'hermines, 
l'autre portant les clefs du monument. Cette ornementation symbolique, 
tous ces personnages s'apprôtant à entrer au palais, nous prouvent que 
c'est au moment de son inauguration et pour célébrer la prochaine prise 
de possession, que ces exercices scientifiques ont eu lieu. C'était un di- 
vertissement sérieux et très approprié à l'événement qu'il s'agissait de 
fêter. Le parlement fut définitivement installé le 8 janvier 1655, et les 
joutes philosophiques sont datées du i*' juillet précédent'. 

* En effet, on lit dans les registres des délibérations du corps municipal de 
Rennes pour 1654, et à la date du 15 août : « Le syndic représente que le 
père Préfet assisté d'an antre père Jésuite étaient en la grande salle et de- 
mandaient à être oiiis, a requis qu'on les eust fait entrer» Ce qui faict a 
eaté. Le P. Préfet a dict que Mercredy prochain se fera les jeux publics aux 



Digitized by 



Google 



48 ' NOTES d'iconographie 

Tout autour de cette grande planche sont, disposés, avec beaucoup de 
goût, les 105 écussons de tous les mngistrats de la cour suprôme vivant à 
cette époque. Cet ornementation d*un grand intérêt héraldique, est très 
riche et curieuse. — Deux renommées, qui ont un peu Tair de faire des 
exercices de trapèze, soutiennent cette guirlande en haut, et deux autres 
âgures de femmes les accompagnent dans le bas. Un élégant génie letient 
dans ses mains tous les rubansqui relient les écussons. 

Tout au bas on lit : Has thèses propugnabunt in aula coUeg. rhed. soc. 
Jesu ai»n. 1654 die I et Jul. 

ŒoiD. PiNczoN Rhed. Guido. Esme Brioc, 

Car. db la Boubxière Dol, Guido. Pinel Macl. 

Franc, db Bblouan Venet, GutL. db la Nob Brioc. 

Franc. Pinczon Bhed, Guil. de la Noub Andeg, 

Guido. de la Villéon BtHoc. Guil. Maudbt Rhed. 

Guil. Nicolas Treoor. Joan. Stbnou Trecorensis, 

HiLAR. DE FoRSANz Macl. JuL. BucHÉ Costrobrietisis. 

Jacobus. Gallays Brioc, Jul. Couppbl Rhedonensis. 

Jac. Gutardet Venet. Lud. Gentil Rhedonensis, 

Joan. db la Noë Brioc. Mauric. de Kbrmoyban Trecorensis. 

Joan. de Kerboulart Venet. Mich. Gosnbllb Nannetensis, 

Joan. Dbsclaux Tolos. Mica. Rouillé Dinanensis. 

Joan. Dbsmarchix Mcu;l. Oli. Charpentier Nanti. 

Joan. Feudé RTied. Petrus. Aubréb Rhed. 

Joan. le Drouzbc Trec. Pe. le Bez Rhed. 

Joan. Lottaux Castrob. Pe. Pommeret Rfisd. 

Pe. Terrien Brioc. 

Tuss. DU Moustbrou Trec. 

Vinc. Furet Brioc. 

Yvo. Coroller Trec. 

Yvo. EvENOu Trec. 

Ala. Guyart Macl. 

Pb. DR LA Lande Rhed. 

Jésuites de la manière accoustumée et est venu de la part de leur compagnie 
prier MM. de la C*« de vouloir assister comme étant leurs fondateurs, et ont 
représenté les plasquarts : Lesquels ont été remerciés par M. de la Hurlaie 
président de la dite assemblée, et arrêté que Thuissier de la ville, et officier 
porte-casaques, iront mercredy avec leur hallebardes garder la place de 
MM. de cette C*« qui s'y voudront trouver. » 

Ce passage s'applique évidemment à notre thèse, quoiqu*elle porte une date 
antérieure Cl«r juillet). Il est évident que la cérémonie aura été retardée par 
quelque circonstance rarticulière, sans qu'on ait cru nécessaire de changer 
Jri date sur les placards déjà imprimés. 

J*ai été heureux de pouvoir signaler cette curieuse pièce à M. de Surgères 
pour son excellAite Iconographie bretonne ainsi qu'une autre thèse aussi 
ti^lJe, soutenue par les élèves du Collège de Vannes et dont nous verrons plus 
loin la description détaillée (n» 31). Après de nouvelles recherches, j'ai 
riécouvert à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, un second exemplaire de 
celle-ci, mais en moins bon état. 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 49 

Cette thèse est signée : G. Lbbrun fecit. Lebrun en a gravé asse^ peu, 
et cet exemplaire, qui fait partie de ma collection est une première 
épreave. On voit les essais du burin qui n'ont pas encore été efiRiu^és sur 
les marges. La gravure, assez lâchée dans les figures allégoriques, est 
plus soignée dans le reste. 

Mais ce qui lait l'intérêt principal de cette pièce, c'est qu'elle nous 
donne un portrait inconnu du premier président de Gucé et le premier 
en date. Le seul qui ait été décrit jusqu'ici est une charmante et rare 
gravure de Landry datée de 1661 après la mort du personnage. Celui-ci 
a été fait pendant sa vie. Mais comme il est probable qu'il n'a pas été 
poser à Paris, il est certain que les deux estampes ont été faites d'après 
la même peinture. Le premier est moins soigné que le second, mais 
tous les plus petits détails des cheveux et de la coiffure se trouvent repro- 
duite dans les deux pièces, et indiquent leur origine commune. 

Lw deax autres présidents qui accompagnent Henri deBourgneuf Gacé 

sont évidemment Christophe Fouquet et Claude de Marbœuf, présidents 

à mortier à la même époque et dont la ressemblance est assez conforme 

atu deux portraits gravés qui existent d'eux pour qu'on puisse être certain 

de cette attribution. Ce sont aussi deux portraits inédits jusqu'à présent. 

(A suivre.) 

O* BB Palys. 



^ ^,| ^ NOTICES. — VI* ANNEE, l'* LIV. 



Digitized by 



Google 



r 




RECHERCHES 

SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 
DE L'ANCIENNE PROVINCE DE BRETAGNE 



l/a _ xh Siècle 



§ 3. — Septième siècle. 

LE septième siècle de Tère chrétienne, qui fut un siècle de 
merveilleux épanouissement pour la sainteté et pour les 
ordres monastiques, n'a point été non plus sans gloire, 
sous le rapport littéraire. La Bretagne,en particulier, lui doit, 
si je ne me trompe, sept écrits tous hagiographiques d'un réel 
mérite : ce sont les Vies originales des saints Samson, Paul 
, de Léon, Patern, Malo et Judicael avec celles des saints Brieuc 
et Gildas. Pourquoi suis-je obligé d'ajouter que quelques- 
unes d'entre elles paraissent perdues sçins retour. Deux aussi 
ont reçu récemment les honneurs de l'impression ; ce sont 
celles des saints Brieuc et Samson, avec un fragment de 
celle de saint Judicaôl*. Je vais néanmoins m'appliquer à 

* La Vie de saint Brieuc a para dans les Analecta Bollandiana, t. ii, 
pp. 161-190. 

Celle de saint Samson, id. t. vi, pp. 76-96. 

Le fragment de ceUe de saint Judicaël, id. t. lu, p. 158. 



Digitized by 



Google 



RE0HERGHE8 SUR LES ORIGINES UTTÉRAIRE8 51 

faire connaître brièvement les unes et les autres, dans la 
mesure de ce qui sera possible à ma faiblesse, en commen- 
çant, comme il est juste, par celle de saint Samson, le 
plus illustre des thaumarturges de la Bretagne. 



1. — Première vie de saint Samson, évêque de Dol 
(28 juillet 560-580.) 

La vie de saint Samson, dont je veux parler ici, n'est pas 
celle que Mabillon et les Bollandistes ont donnée au public 
en la déclarant originale, car sans vouloir diminuer en rien la 
valeur et le mérite incontesté de l'écrit, qui a obtenu la pré- 
férence de ces savants, il me semble cependant qu'on Ta 
surfait en le présentant comme- primigenius. L'auteur lui 
même, en effet, est le premier à avouer qu'il n'est qu'un 
écrivain de seconde maiii et un abréviateur*. Quant aux 
passages qui passent pour originaux aux yeux des critiques, 
auxquels je fais allusion, ils ne sont tout simplement, j'en 
suis convaincu, qu'un extrait presque textuel de Tanonyme, 
sur lequel j'appelle en ce moment l'attention. Celui-ci était 
véritablement contemporain. Il est possible qu'il n'ait pas 
été disciple du saint mais il avait au moins conversé avec ceux 
qui avaient eu cet honneur, et leur devait la connaissance de 
presque tout ce qu'il raconte. Son récit, déjà plus étendu que 
celui du second biographe, offre en outre beaucoup plus 
d'intérêt pour les Bretons d'Armorique, car l'auteur a 
consacré la moitié de son travail à raconter les actions 
et les miracles de Samson sur le continent, tandis que son 
abréviateur n'en parle qu'en passant obiter, et ne s'étend 
guère que sur la première période de la vie de son héros. 
Ce qui expiique, d'ailleurs, pourquoi cette vie originale 
n'a pas obtenu plus de faveur jusqu'à présent, c'est qu'elle 

« Voir le double prologue des livres 1 et 2, no 9 du livre secondi etc. 



Digitized by 



Google 



52 RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 

n'avait été étudiée que sur des manuscrits à la fois interpolés 
et incomplets*. Une meilleure fortune m'était réservée. J'ai 
eu, en effet, l'avantage d'en retrouver plusieurs exemplaires, 
exempts de lacunes et d'interpolations*. Il y a plus, j'ai pu 
avoir entre Ifes mains la copie littérale qu'en transcrivit au 
douzième siècle, pour son propre usage, le célèbre Baudry . 
de Dol, l'un des successeurs du saint, en se contentant de 
l'orner d'une préface et de quelques annotations*. Je revien- 
drai sur ce sujet au paragraphe suivant, quand il s'agira de 
préciser l'âge de la vie (imprimée) de saint Samson. Mais on 
devine déjà sans peine, combien il était important de publier 
intégralement le document, dont je m'occupe en ce moment. 
Le style, à part quelques néologismes et quelques longueurs 
ne manquent de correction, ni de clarté et d'élégance. 

II. — Premières vies de S. Paul de Léon et de S. Malo. 

IjCS premières vies de ces deux saints ne sont point arri- 
vées jusqu'à nous, mais nous savons par Wrimonoc et par 
Bili qu'elles n'étaient pas sans prix. Le premier nous apprend 
en effet que les faits et gestes de l'apôtre breton du Léon 
avaient été retracés, avant lui, par^un ancien auteur, peut- 
être par un contemporain ou un disciple du saint. Cet écrit 
original, n'était plus de mode à son jugement, au neuvième 
siècle, et c'est pourquoi il essaya de le rajeunir en lui don- 
nant, n est vrai, une nouvelle forme*, mais aussi en lui em- 
pruntant et à lui seul toute la substance des faits. Ce qui 
prouve assez combien ce document avait de valeur réelle. 

« V. Biblioth. Plopiac, p. 464. Acta SS. Bolland., t. vi, Julii. p. &7d, etc. 
> V. Biblioth. Nationale. Codic. latini, n»« 5323, 10,87?, 12,600, 14.651 ; 
français, 22,3Z1 ; bibl. d^Angers, n* 719. 

* Ibid. (Paris), latini n* 5350. Ce manuscrit ne renferme absolument que 
le texte de Baudry. 

* « Paul! Aureliani gesta primitus veteri constructione depicta sunt, sed. 
aucta TÎdeantur nostro floruisse labore. » Vie de saint Paul, prolog. Analecta 
J?oZtefwf.,t. I, p. 212. 



Digitized by 



Google 



DC; l'ancienne province de BRETAGNE 53 

Btli, qui retraça également au neuvième siècle la vie de 
saint Malo, affirme à son tour que le premier biographe de 
ce saint évoque vivait longtemps avant lui, et était entré 
dans de grands détails sur la naissance et les pérégrinations 
de son héros» grâce aux renseignements qu'il tenait de té- 
moins oculaires. Mais il ajoute aussi avec douleur que plu- 
sieurs, après ce premier biographe, reprirent le même thème 
et ne craignirent pas d'interpoler et de corrompre l'écrit en 
question*. Deux conclusions importantes ressortent de là : 
ia première, que l'anonyme en question était très rapproché 
du temps de saint Malo; la seconde, que les lettrés ne man- 
quaient pas au pays, puisque Malotrouvait tant de biographes. 



III. — Première vie de S. Gildas. 
(29 janvier 570?) 

L*a première vie (d'origine armoricaine), aujourd'hui perdue 
de saint Oildas-le-Sage, remonte-t-elle à la môme date du 
septième siècle ? C'est une question, mais je me sens porté à la 
résoudre affirmativement. Une sorte de certitude morale ré- 
sulte pour moi des détails parfois minutieux qui sont con- 
signés dans l'anonyme du onzième siècle, auquel nous de- 
vons une seconde vie du môme saint. Car cet anonyme, de 
l'aveu de tous les critiques, étai^ un homme embrasé du zèle 
de la vérité, incapable de feindre et de tromper, et d'autre 
part^ il est impossible que de tels détails, tant de noms de 
lieux et de personnes aient été conservés par la seule tra- 
dition orale. Cet anonyme a donc eu entre les mains des mé- 
moires écrits, c'est-à-dire, une vie antérieure, et nous se- 

« Loago tempore, antequam nos orti fuissemus, aliua seqaens viiam, pere- 
gTÎDationem, atque in multis locis habitationem S. Machutis, episcopi in libro 
Adeater atqoe fideliter, sicut ab aliis sapientibus audivit et didicit, scribere 
cttraTÎt. Sed postea muitis eam scribere tantantibus, eam nos esse vitiatam 
▼îdemos, etc. (Vie de saint Malo, par Bill. Prologue). Rennes, Plihon, 
«884. in-8*. 



Digitized by 



Google 



54 RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 

rions sans doute pleinement renseignés par lui-même à cet 
égard, si le Prologue de la vie en question de saint Gildas 
ne nous avait point été ravi par les injures du temps. 

L'auteur y renvoie d'ailleurs formellement^ au moins une 
fois,lorsqu'il affirme qu'il a pour garant de ses assertions une 
relation véridique*. Car, dans la cirtjonstance, il ne peut être 
question que d'un document écrit. 

Ce qui vient d*être dit de saint Paul et de saint Malo avait 
trait à des écrits inédits ou perdus du septième siècle. 
Revenons maintenant à ceux, qui ont reçu les honneurs 
de l'impression, savoir : les Vies des SS. Brieuc, Patern et 
Judicaël. 



IV. — Vie de saint Brieuc 

On a vu plus haut que saint Cieux a droit d'être regardé 
comme le premier biographe de saintBrieuc,mais que son écrit 
ne nous est point parvenu. Le travail fut heureusement repris 
de bonne heure en sous œuvre par un anonyme, qui, sans 
être très circonstancié, est entré cependant dans certains 
détails du plus haut intérêt sur la naissance du saint, sur les 
années qu'il f»assa auprès de saint Germain d'Auxerre, sur 
son double et fécond apostolat en Irlande et en Armorique. 
Si cet écrit ne porte point avec lui de date précise, on peut 
cependant affirmer avec certitude à son sujet qu'il est anté- 
rieure la translation à saint Serge d'Angers (v 850) du corps 
de saint Brieuc*. De plus, la simplicité et la correction du 
style jointes à une certaine élégance, toutes qualités assez 
rares au huitième siècle, m'ont amené à penser que cet ano- 
nyme pouvait appartenir aux dernières années du septième 
siècle. 

* Sicut Teridicâ relatione didicimus. {Vie de saint Gildos^ n® !9). 
» Vie de saint Brieuc, n. 58. 



Digitized by 



Google 



DE l'ancienne province DE BRETAGNE 55 

V. — Vie de S. Patern, évT:que de Vannes 
[16 avril 550-560). 

La Vie de saint Patern, de Vannes, publiée d'abord par les 
Bollandisies d'après d'anciens légendaires, vient de l'être 
tout récemment d'une manière bien plus correcte sur les 
manuscrits par Rice Rees*. Elle a pour auteur un anonyme, 
dont la date est assez incertaine, et dont la patrie est môme 
douteuse, en sorte qu'on ignore s'il est originaire du pays 
de Galles ou de notre Bretagne. Sans prétendre ici résoudre 
cette double question, je me contenterai de faire remarquer 
que cet anonyme est relativement bien sobre sur l'article des 
prodiges et des miracles, si on le compare aux autres hagio- 
graphes gallois et irlandais : c'est pour cela que je le crois 
armoricain. 

En second lieu, la simplicité au moins relative du style de 
cet auteur, semble également annoncer le septième siècle. 
Quoi qu'il en soit d'ailleurs de cette double question, ce qui 
n'est guère contesté, c'est que cet auteur paraît digne de faire 
autorité, c'est que son écrit est l'unique source où sont venus 
puiser et où devront puiser tous les biographes passés et 
futiu-s de saint Patern. Sans lui, nous n'aurions jamais su que 
saint Patern était né à Vannes même, bien que sa vie monas- 
tique et ses premières années d'épiscopat aient eu pour 
théâtre le pays de Galles. Ce ne fut en effet que dans la der- 
nière moitié de sa vie que Patern, appelé par le comte 
Guéroch, revint sur le continent, et continua à Vannes son 
ministère épiscopal, qu'il avait inauguré dans l'île de Breta- 
gne. 

I 4cta SS. t. 2 april. — Life of the Gambro-British saint. 



Digitized by 



Google 



50 RBGHBRCHBS SUR LES ORIQINEft LITTERAIRES 

VI. — VlE^DE SAINT JUDIGAEL 

(i7 décembre 660), 

La Vie de saint Judicaôl, qui abandonna les honneurs et la 
dignité royale, pour embrasser Thumble profession de moine, 
doit appartenir à la fln du septième siècle. Car bien qu'écrite à 
une époque où le saint était déjà l'objet d'une fête annuelle au 
jour de sa déposition, elle a néanmoins pour auteur un con- 
temporain, qui avait manifestement vécu dans la familiarité 
de son héros, depuis son entrée dans le cloître de saint Méen. 
Les détails qu'il donne sur les derniers moments, sur la mort 
et la sépulture du Père vénéré (Patris nostri) annoncent 
en effet un témoin oculaire. Cette vie est d'ailleurs écrite avec 
autant de piété que d'élégance, de simplicité et de correc- 
tion, à part quelques passages un peu obscurs, ou qui sentent 
l'enflure ou l'amplification. L'auteur n'a malheureusement 
exquissé que quelques épisodes d'une vie qui aurait pour nous 
tant d'intérêt. Combien il est à regretter par exemple qu'il 
n'ait pas raconté avec détail la vie royale de Judicaôl. Or, il ne 
lui consacre qu'un petit nombre de lignes, et encore unique- 
ment pour prouver combien était vif et profond l'esprit de foi 
et de religion qui animait le fils aîné de Juthaôl et de Pritelle. 
L'auteur était théologien et se plaît à le montrer ; il connaissait 
à fond l'Ecriture sainte et la cite souvent en la paraphrasant. 
Cet écrit, dont un court fragment a été récemment édité comme 
Appendice, à la Vie de saint Méen* fait donc honneur à la 
Bretagne, et suffirait à lui seul, au besoin, à prouver que ce 
pays comptait^ au septième siècle, des écrivains d'un vrai 
talent. En preuve, j'en citerai le passage suivant, où la délica- 
tesse du sentiment se trouve jointe, si je ne me fais illusion, 
à la sublimité de la pensée et aux grâces du style. Il s'agit de 
la mort du saint. 

* Analeeta Bolland, t. 3, p. 160. 



Digitized by 



Google 



DE L' ANCIENNE PROVINCE OB BRETAGNE 57 

u La bienheureuse âme de Judicaël, nous dit Thagiographe, 
» quittant l'enveloppe du corps, s'envola paciflquement vers 
» Dieu, qu'elle avait toujours cherché et désiré. Il y eut alors 
o deuil et joie à cette occasion, mais dans des lieux différents. 
B Les anges, en effet, tressaillaient d'allégresse dans le ciel 
« en voyant leur troupe bienheureuse s'augmenter. Sur la 

• terre, au contraire, les hommes ressentaient de la tristesse 
»> en songeant qu'ils n'auraient plus désormais cet homme 
*• vertueux au milieu d'eux et dans leur compagnie. Cepen- 
r^ dant, pour ceux d'entre eux, dont l'intelligence était plus 
>. élevée, leur douleur était mêlée de joie : car ils se disaient 

* qu'après tout c'était un patron, un avocat qu'ils avaient 
» envoyé devant eux adn de plaider leur cause auprès du 
» Seigneur*. » 

L'auteur de cette vie était religieux de l'abbaye de Saint- 
Méen, la chose est indubitable, et on conclura naturellement 
de ce fait que le fondateur de cette abbaye ne s'était pas 
borné à former ses disciples à la piété et à la vertu. Il avait 
apporté un zèle analogue à leur apprendre les lettres divines 
et humaines et n'y avait pas trop mal réussi, témoin l'ano- 
nyme dont il est ici question, témoin aussi les saints Lery, 
Blocau, Maêlmon, Garoth, qui, après avoir été disciples de 
saint Méen, s'empressèrent à leur tour de fonder de nou- 
velles écoles afin d'étendre l'œuvre, d'évangélisation et de 
civilisation inaugurée par leur maître. 

DoM François Plaine. 
('A suivre. J 



• « Beata illa anima exiyii de corpore, et ivit ad Deum, quem semper opta- 
▼erat et qaœsiverat^ emigravit in paca Mox uno eodemque tempore luctus et 
gaudinm agebatar, sed diversis locis, diversisque partibus. Cives namquo 
angelici in boni gregis augmentatione gaudebant, in terris vero homines 
pro tanti viri solatio aibi perdito condolebant. Hii autem, quibus altior 
ijteiat sensas, non utique sine gaudio congemebant, quoniam intellectu 
auûon ridebani se prœmisisse tantam patronam, qui proipsis valeret inter- 
eedere ad Dominum. » (Vie ir^dite de saint Judicaël, vers la fin). 



Digitized by 



Google 



L'ABBAYE 



DE 



BOIS-GROLLAND 

EN POITOU 

(Suites) 

xm 

Liste des Abbés. 

I. — Pierre Pilate, 1109, signe la charte de fondation, avec 
le titre d'abbé de Bois-Grolland. 

II. — GiRAUD achète de Vital de la Chaume remplacement sur 
lequel fut construit le monastère, locum in quo domici- 
lium monachorum mdificatur. — Comme les religieux n*ont 
pu s'établir à Bois-Grolland avant d'y posséder une habi- 
tation, Jean Besly avait raison d'écrire à André Duchesne : 
Vous savez que Bois-Grolland a été fondé en il 44. Cette 
affirmation n'empêche pas Aimery de Beuil d'avoir été le 
fondateur de l'abbaye, lorsque^ en 1109, il accorda aux bé- 
nédictins d'importants domaines et les revenus qui devaient 
assurer leur existence. 

III. -'- André, cité dans une charte particulière, 

« Voir la livraison d'août 1889. 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de B0I8-0R0LLAND 59 

IV. — AiMBEY !•' qui reçut un don de Guillaume de la Mothe. 

V. - Bbwoit I". Pendant son abbatiat, Aimery de Beuil fit à 
l'abba^'e plusieurs donations importantes, lesquelles furent 
confirmées par Guillaume de Chantemerle, gendre d'Ai- 
mery de Beuil. 

VI. — RoBHRT. Guillaume de Chantemerle, seigneur de Poi- 
roux, et Maxence, son épouse, obtiennent par leurs ins- 
tances et par leurs libéralités que les religieux, jusqu'alors 
soumis à la règle de saint Benoit, adoptent celle de saint 
Bernard. 

Vil. — PiBRBB II, 1206, transige avec Tabbé et les moines de 
rOrbestier. 

VIII. — GoillaumbI»', 1210-1243^ reçoit des dons de Guillaume 
d'Apremont, de Savary de Mauléon, de Pierre de Luçon, et 
une fondation de messes d' Aimery de Thouars. 

IX. — AmHBY II, 1249. 

X. — Maubicb I»' 1249, cité dans une charte de Pontenelles. 
XL — Bbnoit II, 1266, cité dans une charte de la Grainetière. 
XII. — Goilladmb II, 1290. 

XIIL — PiBBRB III, 1327. 

XIV. — Louis, 1385. 

XV. — PiBBBB IV, 1402-1421.. 

XVL — Maurice II, Bricet, 1421-1461 . 
XVII. — Thomas, 1462-1467. 
XVUI. — PiBmRB IV, 1467-1485. 

XIX. - Mahti5, 1485-1491. 

XX. — Jeah Babbarin, 1511-1513, appa^t^nait à une famille 
itaiienne connue en Poitou et en Angoumois depuis 

plusieurs siècles et alliée à un grand nombre de familles 
nobles de la Vendée. 



Digitized by 



Google 



60 l'abbaye de bois-grolland 

Mathieu Barbarin de la Resnière était maire de Poitiers 
en 1608. Isaac Barbarin du Bost, conseiller au Présidial en 
1645, avait pour devise : Mediis tranquillus in undis. Pierre 
Barbarin de Joussé était Président au Présidial de Poitiers 
en 1658*. 1 

En J787^ Barbarin de la Martinière, membre du Tiers- 
Etat> faisait partie de la commission intermédiaire- de 
TElection de Confolens'. 

Barbarin des Couteaux, capitaine de cavalerie, signe au 
mois de mai 1814. avec les officiers des armées catholiques, 
une adresse au Roi Louis XVIII*. 

Blason : dazur à 3 barbeaux d'argent ^ celui du milieu 
regardant à, senestre et les deux autres à dextre. 

XXI. — Ambroise des Hbbbiers, abbé de la Réau en 1525, et de 
Bois-Grolland, en 1535, était fils de François des Herbiers, 
seigneur de TEstenduère, Vauvert etc. et de Marguerite 
Bodin, fille de Nicolas Bodin, seigneur de la Rollandière et 
de demoiselle Louise Boucher. 

Blason : de gueules à 3 fasces d'or. 

XXII. — François Richblbt, 1539-1547. 

Dans la biographie du grammairien César Pierre Richelet, 
né en 1631, on trouve que son père était procureur et son 
grand père avocat au parlement de Paris. Il est probable 
que Tabbé de Bois-Grolland appartenait à cette famille. 

XXIII. — Guillaume Cathus, 1550-1561, était fils de Jean 
Cathus, seigneur des Granges, capitaine de Talmond et de 
Marie de Nuchèze, veuve d'Antoine du Fouilloux. La 
branche des Granges s'éteignit en 1660. Elle avait été fondée 
par Charles Cathus, qui devint seigneur des Granges par 
son mariage avec Marie Maynard, fille de Jean, chevalier, 
seigneur de la Cornetière et de Jeanne Ancelon. Devenu 

* Histoire du Poitou^ par Thibaudeau, tome m. 
« Id. id. id. 

* Echos du Bocage vendéen^ 5* année, N* 11, page 46. 



Digitized by 



Google 



L ABBAYE DE B0I9-GR0LLAND 61 

veuf, il épousa en 1470, Jeanne Ghasteigner» dame de Gui- 
ncfoUes paroisse de Saint- Vincent sur Jard. De ce mariage 
naquit Louis Cathus, seigneur de Lassy, capitaine de 
Talmond. 

La famille de Cathus a donné en 1185^ un sénéchal à la 
Gamache, en la personne de Maurice ; un de ses membres, 
Hugues, figure au combat des Trente avec le titre d'écuyer ; 
Jean, capitaine de Talmond, accompagna François !•' en 
Italie et fit la campagne du Milanais. Il avait épousé Marie 
du Vergier, fille de Guy, seigneur de la Rochejacquelein, 

Blason : de gueules fretté de vair de 6 pièces. 

XXIV. — Christophe du Roossbau^ 1564-1598, appartenait à une 
famille noble de TAngoumois. 

Thibeaudeau mentionne M. du Rousseau, marquis de 
Payolle, président de Télection de Niort. 

Blason : de gueules au chevron d argent accompagnés de 
5 besans de même, au chef d argent chargé de 3 losanges de 
gueules. 

XXV. — RbnéPidoox, 1609-1640, conseiller au Parlement, abbé 
deBreuil-Herbaud et ne Valence, descendait d'une ancienne 
famille de Poitiers, originaire de Châtellerault, qui compte 
parmi ses membres des médecins célèbres et des échevins 
de la ville de Poitiers. 

François Pidoux fut médecin d'Henri II et de François II 
qui Tanoblit. Il exerça les mêmes fonctions auprès de Ca- 
therine de Médicis , de Charles IX et de sa princesse, 
Marguerite. Il avait épousé Catherine Lemaître, remar- 
quable par sa beauté. Son fils Jean, sieur de la Maduère et 
du/ Tillou, fut médecin des rois Henri III et Henri IV. De 
son mariage avec Françoise Bobé, il eut cinq enfants, dont 
une fille mariée à Charles de La Fontaine, ancêtre du célèbre 
fabuliste. Malebranche descendait par sa mère de la famille 
Pidoux. 



Digitized by 



Google 



62 l'abbaye de bois-grolland 

Pierre Pidoux, trésorier de France, maire de Poitiers, 
1575. Devise : Virgo et spes nostra fac videatur in gloria. 

Jeaii Pidoux, conseiller assesseur civil, maire en 1618. 
Son fils fut lieutenant général au siège de Ghâtellerault. 

François Pidoux, médecin, maire de Poitiers. Devise ; 
Hoc ligno servata salus. 

Blason : d'argent à 3 losanges frettés de sable 2 et 1 . 

XXVI. — PiERBB DB Bertrie se démit en 1657, entre les mains 
du Roi de ses fonctions d'abbé de Bois-Grolland et de 
Belleval. 

XXVII. — PiBRBB VI i)B Barribhb , 1657. Les auteurs de la 
Gallia Christiana lui donnent le titre de coadjuteur de 
TEvôque de Montauban. 

Comme les biographies ne me fournissaient aucun ren- 
seignement sur cet abbé, j'écrivis au secrétaire de Tévôché 
de Montauban et voici la lettre que je reçus de M. Tabbé 
Daux , missionnaire apostolique et historiographe dio- 
césain : 

« Mon frère, secrétaire-général de l'Evêché, me commu- 
» nique votre demande relative à Tabbé Pierre de Barrière 
» (1657). 

» Je viens de terminer le 2* volume de THistoire de notre 
» diocèse, et je n'ai jamais trouvé ce nom attaché à quelque 
*» coadjuteur de nos Evoques. 

» A la date ci-dessus^ nous avions sur le siège épiscopal 
» le grand Pierre de Bertier, qui d'abord coadjuteur de 
» M»' de Muriel, lui succéda mais n'eut jamais de coad- 
» juteur. » 

« .... Dans le cas où vous tiendriez le renseignement 
» dont vous me parlez du Gallia, méfiez-vous ; cet ouvrage 
» est très fautif, surtout dans ce treizième volume nous 
» concernant et fait à la hâte au moment de la révolution. 
» J'en ai publié une rectification avec compléments en ce 
, » qui nous concerne, et chaque jour je trouve à y retoucher. » 



Digitized by 



Google 



l'abbaye UE BOIS-GROLLAND 03 

XXVIII. — Jban db LiNOBNDBs — 1657-1665 — né à Moulins, en 
1596, fut d'abord précepteur du comfe de Morat, fils naturel 
du roi Henri IV. Son talent oratoire lui valut la place d'au- 
mônier de Louis XIII qui le nomma, en 1642, à l'évêché de 
Sarlat. Devenu, en 1650, évoque de Mâcon, il montra beau- 
coup de zèle pour l'administration de son diocèse, publia 
des statuts synodaux et signala son épisoopat par plusieurs 
fondations pieuses. Il obtint l'abbaye de Bois-Grolland en 
1657 et mourut à Mâcon, après avoir été député de l'assem- 
blée du clergé. 

En 1627, Jean de Lingendes avait prononcé Toraison 
funèbre de Victor-Amédée, duc de Savoie et, en 1643, il fut 
chargé de prononcer celle du roi Louis XIII. 

A cette époque, la famille de Lingendes ^tait dignement 
représentée. L'abbé de Bois-Grolland avait deux frères : 
Nicolas, maître d'hôtel du roi, qui alla en Espagne pour y 
négocier le mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche ; 
Emmanuel-Prançois-Philippe^ conseiller du roi et son pré- 
dicateur ordinaire, qui était doué d'un talent oratoire fort 
distingué et que l'on a souvent confondu avec l'évoque 
de Mâcon. 

Deux de leurs cousins furent aussi des hommes remar- 
quables. Jean de Lingendes, ami de d'Urfé, hôte habituel 
de l'hôtel de Scudéry, fut placé par Titon du Tillet sur le 
Parnasse Français ; son frère Claude, membre de la société 
de Jésus, fut recteur du collège de Moulins et l'édition des 
Orateurs chrétiens a publié un grand nombre de ses dis- 
cours. 

Blason : d'azur au chevron dCor acconipagné de trois glands 
de même. 

La famille de Lingendes possédait les seigneuries de 
Ctoauveau, deChezelle, de la Pouge, de Cindré, deBouterot, 
de Ghîllot, cte Vaumas, ainsi que les châtellenies de Cha- 
veroche, de Moulins. 



Digitized by 



Google 



64 l'abbaye DK BOIS-GROLLAND 

XXIX. — Jacques dbGbavbllb — 1655-1679,— appartenait aune 
famille de Normandie qui compta, en 1556, Tun de ses 
membres parmi les conseillers au Parlement. 

Blason : d'azur au chevron d* or accompagné de trois crois* 
sanis d'argent, 

XXX. — Gabriel Le Obis, 1679-1703, chapelain du Roi, tréso- 
rier de Téglise de Sens, était originaire de la Normanjdie. 
Sa famille possédait les seigneuries du Clos, du Val, de 
Lanrinou (près Landerneau). 

Plusieurs contrôleurs des deniers et miseurs de Lander- 
neau appartiennent à cette famille, ainsi qu'un docteur en 
médecine, Guillaume, sieur du Clos, 1696. Elle a fourni un 
célèbre chef de chouans, lieutenant, puis successeur de 
Boishardy, en 1793, et un courageux ecclésiastique qui sol- 
licita Thonneur d'assister le Roi martyr, au moment de son 
supplice. Devenu prédicateur ordinaire du roi Louis XVIII, 
il mourut en 1819. . 

Blason : d argent à la bisse d'azur ^ mise en pal ^ surmontée 
dune colombe de sable (Armoriai de 1696). 

XXXI. — François Boutard, 1703-1728^ naquit à Troyes, en 
Champagne, au mois de novembre 1664. D'après les conseils 
de Montausier et de Pléchier, il entreprit la traduction des 
écrivains de l'histoire auguste, mais il se borna à une dis- 
sertation sur le caractère de ces écrivains. Incertain de la 
voie qu'il devait suivre, il accepta d'être gouverneur de 
M. Villepreux, fils de M. Francine. Vers cette époque, il 
composa, à la louange de M"* de Maintenon, une ode qui 
eut peu de succès. Il se livra ensuite à la poésie latine où il 
réussit mieux. Les louanges '^qu'il reçut enflèrent son or- 
gueil, il se crut un nouvel Horace. Sa prétention était de 
ressembler à son modèle, non-seulement par le style et les 
sentiments, mais encore par la taille, la tournure et les 



Digitized by 



Google 



l'abbaye db bois-grolland 05 

traits du Arisage. Il s'intitulait Venusini pectinis hceres — 
vaies Boroodinvm 

Une circonstance contribua à la fortune de Boutard. Tous 
lesans,M"* deMauléon envoyait à Bossuet, le jour de sa 
fête, un certain nombre des plus beaux pigeons qu'elle se 
plaisait à élever. Le futur abbé de Bois-Grolland eut l'heu- 
reuse inspiration d'ajouter à renvoi des pigeons une ode 
latine pour révoque de Meaux. Celui-ci désira faire con- 
naissance avec l'auteur, il le reçut à Germiny où, à peine 
arrivé, Théritier du poôte de Tibur se mit à chanter les 
beautés et les charmes de Germiny, de Marly et de Trianoii. 
Pour l'en récompenser, Bossuet lui fit obtenir du Roi une 
gratification de 1 000 livres, puis une pensioi> de pareille 
somme quand Boutard eut recules ordres sacrés ; enfin, en 
1703, il lui procura l'abbaye de Bois-Grolland et une pl^ce 
à l'académie des inscriptions e^ belles lettres. Dans sa recon- 
naissance, l'abbé académicien célébra par des odes tous les 
événements glorieux du règne de Louis XIV, mais il n'ou- 
blia pas son bienfaiteur et il traduisit en latin la relation 
sur le Quiétismff, ainsi que VHistoire des variations, 
Boutard mourut le mars 1729. 

XXXIl. — Gabriel de Conioah d'AhceKay, 1728. — Sa famille, 
originaire d'Ecosse, possédait les seigneuries deLermiteau, 
de Cangé, la baronnie de Riz-Chauveron, dans la basse - 
marche: les seigneuries de la Clartière. paroisse de Pres- 
nay; de la Rousselière, paroisse de Frossay ; de Ja^sson, 
paroisse du Port-Saint-Père, — de la Ville-Orion, paroisse 
de Carantoir. Sept générations dans le ressort de Nantes. 
Ancienne extraction de chevalerie, réf. 1669. 

La famille de Conigan a produit, Jean, capitaine de 
Melle en Poitou, chevalier, de la retenue de Jean Chandos, 
en 1365 ; Robert, capitaine des gardes-écossaisses, tué au 
sièg-e de Liège, en 1468; Jean, chambellan du Roi et bailli 
de Chartres, en 1487, tué au siège de Navarre ; Marguerite, 

j.^ Vj. _ NOTICES. — Vl« ANNÉÇ, 1" LIV. O 



Digitized by 



Google 



66 l'abbaye DE BOIS-GRÔLLAND 

damô d'honneur de la reine, en 1581; Pierre, gouverneur 
de Tours, gentiliiomme ordinaire du duc d'Alençon, 
frère du Roi, en 1581 ; Antoine, gouverneur d'Amiens, en 
1591; Roger, abbé de Pornit, mort en 1648; Louis, curé- 
prieur de Siint-Germain-en-Laye. frère et héritier de 
l'abbé de Bois-Grolland. 

Blason : (Targer^t, empairlé de sable, éca^telé dCazur^ à 
3 fermauxd or. (Sceau de iSôS.) 
XXXIII. — Mathiko Gaoiron de la Bâte*, 1729, — prêtre, doc- 
teur en théologie, prieur commendataire de Saint-Thomas 
de Château-Thébaud, reçut, en 1729, Tabbaye de Bois- 
Grolland 

Les registres de Tévôché de Nantes font mention de 
M. Gautron de la Bâte pendant trente-six ans, de 1702 
S 1738. 

Il fut successivement chanoine de l*in signe église de 
Nantes, vicaire-général et officiai des illustrissimes et ré- 
vérendissimes Gilles de Beauveau , Louis Tressan de la 
Vergue et Ghristophe-Louis-Turpin Crissé de Sanzay. Pen- 
dant deux vacances du siège épiscopal, il remplit les fonc- 
tions de vicaire capitulaire, et plus tard celle de trésorier 
de la cathédrale'. 
XXXIV. — Loois-Emèrite du Baillbol, 1742, — prêtre, abbé 
commendataire de Barette (diocèse de Bourges), vicaire- 
général de Rhodez. 

II était fils de Pierre-Louis du Bailleul, chevalier, seigneur 
et niarquis dudit lieu, baron du Goron, qui servit dans les 
mousquetaires, et reçut 50,000 livres de sa marraine, Eli- 
sabeth Le Peron, duchesse de Chaulnes. Sa mère, Cathe- 
rine Barin, était fllle de Jacques Barin, chevalier, marquis 

^ Ces renseignements sont dus à Tobligeance de M. Tabbé F. -M. Briand, 
secrétaire de Tévôché. 

> Cet abbé était tantôt désigné sous le nom de N. de Basle, par les auteurs 
de la Gallia Christiana, tant<^t sous le nom de N. de la Raste (abbé H. du 
Tems). 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de BOIS-GROLLAND 67 

de la Galissonnière et d'Ëléonore Bidé, dame de la 
Grand ville. 

L'abbé du Bailleul, né le 20 janvier 1709, embrassa l'état 
ecclésiastique, à Paris, en 1734, et, en 1736, fut nommé 
vicaire-général de Tévôché de Limoges. En 1737, il était 
président et député de la chambre ecclésiastique de ce dio- 
cèse, et il reçut Tabbaye royale du Beuil en 1738. L'année 
suivante, il devint grand vicaire de Tarchevôché de Tours, 
et passa, en 1740, avec les mêmes fonctions, à Embrun, où 
il devint archidiacre et chanoine de cette église. En 1742, 
il fut nommé abbé de Bois-Grolland. 

Pendant son séjour à Embrun, M. du Bailleul organisa 
un hôpital militaire qui reçut plus de 500 malades ou 
blessés, tant Français qu'Espagnols, du mois de septembre 
1743 au mois de février 1745. Il ouvrit sa maison aux offi- 
ciers, exemple qui fut suivi par plusieurs habitants. Grâce à 
son Initiative, aucun militaire ne manqua de secours. 

En l'absence de Tarchevôque, il présida l'assemblée pro- 
vinciale d'Embrun, et fut élu député de l'assemblée du 
clergé qui se tint à Paris en 1745. 

Trois ans plus tard, il était nommé abbé commendalaire 
de fabbaye royale de Barzelle en Berry. 

Pendant qu'il était grand vicaire à Rodez, il fut pourvu 
du canonicat et de l'archidiaconé de Milhau. 

Il mourut à Paris, le 18 septembre 1769, et fut inhumé 
dans le caveau de l'Eglise paroissiale de Saint-Paul. Il était 
le dernier représentant masculin de sa fanille originaire 
du Maine, qui possédait la seigneurie de Boismaqueau 
(paroisse de Teille) ; celles de la Rigaudière, du Boisnou- 
veaùetdeJa Goudraye ^paroisse des Touches) évêché de 
Nantes. 

Blason : d'argent à 3 têtes de loup de sable, 

XXXV. — ANioiNh-RKN^ Serjn dlla Cobdinièbe, — remplaça, en 
1748, M. du Bailleul comme abbé de Bois-Grolland et 
conserva cette abbaye jusqu'en 1774. 



Digitized by 



Google 



6S L*ABBAYE DE BOIS-GROLLÀND 

Il était prêtre, chanoine et doyen de l'Eglise de Luçon et 
il mourut le 24 mai 1778, « emportant Tamitié de ses con- 
» frères, l'estime des gens de bien et le respect de tous*. » 

Blason : d'argent au sautoir de gueules. 

XXXVI. — PiBRRE-PaAifçois Ganbau, 1774-1784, — qui était 
syndic du clergé au mois d'avril 1768 et qui conserva cette 
fonctions jusqu'au 24 février 1783. Un procès-verbal de 
Tassembléedu Bureau et Chambre ecclésiastique du diocèse 
de Luçon, tenue le 26 mars 1783, le remplaça en cette qua- 
lité par M. Jean-Claude Rozand, chanoine de TEglise de 
Luçon*. 

XXXVII. — jAcuuBs-ANDaÉ Embry, — dernier abbé de Bois- 
Grolland, 1774-1791. 



XIV 

Un couvent dlJrsulines est établi à BoiA-Orolland. — La Mère 
Sainte-Angèle. (M^^ liouise de Lézardière). 

Onze ans à peine s'étaient écoulés, depuis la dispersion des 
moines, quand, de nouveau, on célébra le Saint-Sacrifice 
dans la vieille chapelle romane où la voix fraîche des pen- 
sionnaires d'un couvent d'Ursulines remplaçait la grave 
psalmodie des Religieux de Tétroite observance. 

Ainsi se trouvait vérifiée, comme elle le sera toujours, la 
promesse de perpétuelle durée faite à TEglise par son chef 
invisible qui est en môme temps son invincible protecteur. 

A son retour de l'exil, la Mère sainte Angèle avait eu la 
pieuse inspiration de réunir en communauté les Religieuses 
que la révolution avait dispersées et qui regrettaient la vie 
du cloître. Pour atteindre ce but désirable, il fallait trouver 

* Citation d'un journal de Tépoque. 

> Renseignements dus à Toblifreance de M. l'abbé Ch. Giraud, vicaire-gé- 
néral de Msr Catteau, évèque de Luçon. 



Digitized by 



Google 



l'abbayb de bois-qrolland 09 

un local convenable et, ce qui était plus difficile, surtout à 
cette époque, réaliser les ressources nécessaires pour en 
faire l'acquisition. 

Le local, inutile de le chercher au loin, Mademoiselle de 
Lézardière le voyait de la Proutière-Bois-GroUand offrait de 
vastes logements et c'était une sorte de réparation que rendre 
cette antique abbaye à sa destination première. Quant aux 
voies et moyens, elle eut recours à une souscription, et 
bientôt, grâce à ses actives démarches et à de généreuses 
libéralités, elle trouva la somme de 18.000 francs, moyennant 
laquelle, elle signa le contrat d'acquisition, le 26 ventôse, 
an XII, avec le vendeur qui était Taide-de-camp Venant 
Pichard. 

Pille de M. Louis-Jacques-Gilbert Robert de Lézardière, 
baron de Poiroux, ancien capitaine au régiment Dauphin- 
Infanterie, plus tard syndic de la noblesse à l'assemblée de 
Poitiers, en r*88, gentilhomme à qui son mérite personnel, 
non moins que sa naissance, avait créé une situation prépon- 
dérante, Mademoiselle Louise de Lézardière avait connu le 
charme des relations choisies et des joies intimes de lafamille. 

Le baron de Poiroux avait de bonne heure quitté le service 
militaire, aân de se consacrer à Téducation de ses nombreux 
enfants qui, intelligents et laborieux, avaient à merveille 
répondu à ses soins. Les jeunes filles partageaient les leçons 
données à leurs frères et c'est ainsi qu'elles apprirent la 
langue latine. 

Quatre des fils du baron de Lézardière entrèrent dans 
les rangs de l'armée; un autre alla à Paris, étudier la théo- 
logie au séminaire Saint-Sulpice ; le plus jeune, à qui Made- 
moiselle Louise devait sauver la vie, se trouvait au château 
de laProutière, quand la proscription révolutionnaire vint 
fondre sur tous les membres de cette famille. 

Mademoiselle Louise avait deux sœurs : Mademoiselle 
Charlotte, le célèbre auteur de la Théorie des lois politi- 
ques de la Monarchie française dont Téloge n'est plus à 



Digitized by 



Google 



* 



t 



70 l'abbaye de bois-grolland 

faire, et Mademoiselle Gilberte. la fidèle compagne de sa 
sœur Charlotte auprès de qui, malgré un réel talent pour 
la poésie, elle remplissait modestement la fonction de secré- 
taire. La baronne de Lézardière (née Babaudde la Chaussade) 
et le maréchal de camp de la Salle, frère puîné du baron, 
complétaient les hôtes habituels du château de la Proutière. 

Animé de sentiments généreux, doué d'une imagination 
ardente, lié avec les économistes alors en vogue, le baron de 
Poiroux aurait voulu supprimer tous les abus et doter la 
France d'un gouvernement libéral, analogue à la constitution 
anglaise ; mais quand il vit son but dépassé et la royauté en 
péril, bien vite désabusé de ses r^ves de réformateur, il fut 
le premier, en Vendée, à organiser la résistance et son habi- 
tation devint le rendez-vous des contre-révolutionnaire. 

f^ complot fut découvert et, pendant qu'on brûlait son 
château, M. de Lézardière était arrêté et conduit aux Sables 
avec toute sa famille. Il allait subir un jugement, c'est-à- 
dire une condamnation à mort, lorsque, fort à propos pour 
lui et pour les siens, survint une amnistie, après l'accepta- 
tion par Louis XVI de la Constitution de 1791. 

N'ayant plus de domicile, le baron se réfugia à Choisy-le- 
Roi chez un ecclésiastique de ses amis. C'est de là, que son 
plus jeune* fils, le vicomte Charles, âgé de 15 ans, se rendait 
à Paris pour avoir des nouvelles qu'il transmettait aux con- 
seillers du roi ainsi qu'à ses deux frères, officiers de marine 
démissionnaires, alors cachés dans la capitale où ils restaient 
dans l'espoir de servir la cause de l'infortuné descendant de 
saint Louis. 

i/extrait suivant des Mémoires secrets du comte d'AUon- 
ville présente d'intéressants détails sur les généreuses 
tentatives essayées par MM. de Lézardière pour sauver 
Louis XVI et l'infortunée Marie-Antoinette. 

< J'avais vu, dans la matinée du 20 janvier, les chefs des 
» fédérés qui me protestèrent qu'on attendrait le général 
< Dumouriez, déjà annoncé, déjà prévenu, et qu'aussitôt son 



Digitized by 



Google 



\ 



L ABBAYE DE B0I8-G ROLLAND 71 

« arrivée à la caserne, le corps entier le suivrait. Paul de 
€ Lézardière alla trouver, ce même jour, le général et en 
« recul la promesse positive et sa parole d'honneur qu'il 
« irait prendre le commandement de ces fédérés à qui il fit 
« dire d'attendre ses ordre^ et de demeurer tranquilles jus- 
« qu'à l'instant où il se rendrait parmi eux ; mais Lézardière 
« était à peine sorti de chez lui quMl partait pour la cam- 
« pagne, rendant ainsi toute tentative de salut en faveur 
« du roi totalement impossible. » 

Le baron de Batz était l'un des promoteurs de la conju- 
ration. Plus tard, le môme baron, le comte de Mercy-Argen- 
teau, Lamark, M. de Jarjayes, un gardien de la reine nommé 
Toulan essayèrent inutilement de sauver l'infortunée com- 
pagne du roi martyr. 

« Ce qu'il y a de certain, c'est que le brave, ardent et loyal 
« Paul de Lézardière, ancien lieutenant de vaisseau, attendit 
•c la reine durant toute une nuit, à la grille de l'égoût du 
«« Palais-de-Justice; qu'il était muni de passe-ports en règle 
•« pour la faire, sous un déguisement préparé, traverser 
« rapidement la France ; que son frère Sylvestre, autre offl- 
« cier de marine, gardait, hors de la barrière de Villejuif, 
« la voiture que j'avais fournie, ainsi que mille écus en or, 
« unique somme dont je pusse disposer. Je ne sais que leur 
« désappointement, leur désespoir, leur fuite. » 

Cette tentative infructueuse fut le dernier acte de dévoue- 
ment de ces braves officiers de marine à la cause monar- 
chique; car ces deux intrépides athlètes du royalisme , 
éloignés d*abord de la capitale» ayant su que leur père était 
arrêté et qu'on promettait de le relâcher à l'instant où ils se 
préseiiteraienl^ arrivèrent dans l'espoir de le délivrer, ce 
qu'ils ne purent obtenir ; ils furent eux-mêmes emprisonnés 

et montèrent plus tard sut l'échafaud : « honorables victimes 

de Ja piété filiale. » 
« Madame de Lézardière, privée, par le massacre des 

« Carmes, de l'un de ses flls, à qui cette excellente mère avait 



Digitized by 



Google- 



72 l'abbaye de B0I8-OR0LLAND 

« pu survivre, fut frappéo de mort subite à la nouvelle de 
« l'assassinat de Louis XVI, et c'est là, c'est àChdisy que je 
« retrouvai Edgeworlh, cherchant à procurer des consolations 
a à Tamitié, après avoir rempli le plus pénible de tous les 
« devoirs. » f Mémoires du comte d'Allonville). 

Depuis longtemps suspecte et, comme telle, activement 
surveillée, la demeure de Choisy-le-Roi fut à la fin envahie. 
Saisis, emmenés à Paris, le baron de Lézardière et ses en- 
fants restèrent prisonniers jusqu'au moment où ils furent 
délivrés par le généreux dévouement des officiers de marine. 

De nouveau fugitif, M. de Lézardière alla, avec ses filles, 
chercher un refuge auprès de Bayeux, dans une retraite où 
l'abbé Edgeworth se tenait caché. Pendant ce temps, le vicomte 
Charles combattait dans la Vendée. Aide-de-camp de Cha- 
rette , à l'âge de 17 ans; fait prisonnier à la suite d'un 
combat où il avait été blessé, on le traînait de prison en 
prison, lorsqu'on l'accusa d'avoir émigré. Sons cette incul- 
pation, qui équivalait à un arrêt de mort, le vicomte fut 
envoyé à Fontenay. 

Instruite du nouveau danger qui menaçait son frère. 
Mademoiselle Louise court chez le ministre, force sa porte, 
lui donne la preuve que l'accusé n'a point quitté la France, 
en obtient une déclaration conforme et munie de cette pièce, 
sans perdre un instant, elle prend des chevaux de poste et 
arrive à Nantes. Mais, là, impossibilité de sortir de la ville 
sans une permission du commandant de la place : Made- 
moiselle Louise va le trouver et le décide, non sans peine, à 
force de supplications, à accorder l'autorisation indispensable. 
Accablée de fatigue, dévorée d'inquiétude, elle arrive enfin à 
Fontenay la veille du jour où la commission militaire allait 
se réunir. Elle put remercier Dieu : son frère était sauvé !... 

L'existence si éprouvée de Mademoiselle de Lézardière 
n'était pas encore à l'abri de cruelles angoisses. De Bayeux, 
son père, toujours menacé, fut contraint de passer à l'étran- 
ger où il vécut quatre années, dans l'incertitude du sort des 



Digitized by 



Google 



l'abbayï de bois-grolland 73 

deux flls qui lai résilient et qui étaient entrés dans rapm.3o 
deCondé. Le 18 brumaire rouvrit les portes de la France aux 
exilés; le baron voulut en profiter, mais il n'eut pas la con- 
solation de revoir ses propriétés, car la mort Tarrdta à son 
arrivée à Nantes. 

Mademoiselle Louise avait assisté à bien des catastrophes : 
instruite par l'adversité, atteinte dans ses aflfections les plus 
chères^ elle renonça à la vie du monde dont, à ses dépens, 
elle avait éprouvé les déceptions et l'instabilité. Elle choisit 
la meilleure part qui, désormais, ne pouvait plus lui être 
enlevée, en embrassant la vie religieuse et c'est pourquoi, à 
son retour en France, elle voulut réunir dans une commu- 
nauté celles qui, à son exemple, avaient consacré leur vie à 
la prière et au service de Dieu. 

Bois-Grolland , une fois acheté, la More sainte Angèle 
(Mademoiselle Louise), songea à employer de la façon la plus 
utile le dévouement des religieuses qui avaient répondu à son 
appel. Durant les années qui venaient *de passer, temps de 
trouble et de guerre civile, Tinstruction avait été fort négligée. 
En fermant les établissements religieux, la Révolution 
avait porté un coup fatal à Tinstruction publique qui partout 
se trouva désorganisée. Les jeunes filles eurent particulière- 
ment à souffrir de cette situation. Ce fut pour y porter remède 
que la Mère sainte Angèle ouvrit à Bois-Grolland un pension- 
nat oh les jeunes filles du pays trouvèrent des moyens 
d'instruction. 

Sous son habile direction, la vieille abbaye devint le chef- 
lieu d'une congrégation dite des Urmlines de Bois-Grolland 
que le gouvernement de TËmpire s'empressa d'autoriser. 
Cette congrégation avait une maison à Napoléon, dite de 
Saint-Gabriel; d'autres au Poiré, à Aizenay, aux Sables 
d'Olonne, ^ Tififauges. La mission des Ursulines était Tins- 
truclion de la jeunesse et le soin des malades pauvres*. 

i Fouillé de l'Evéehéde Luçon, par E. ÂîUery, prêtre, 18C0. 



Digitized by 



Google 



74 L*ABBAYB DE BOIS-GROLLAND 

Mademoiselle Charlotte de Tiézardière, qui habitait la 
Proutière, venait souvent visiter les pensionnaires de sa 
sœur. Alors, c'était un jour de fête, car les jeunes élèves 
étaient autant édifiées de Téminente piété de l'illustre écrivain 
que charmées de la simplicité de ses manières et du gracieux 
abandon avec lequel cette femme distinguée prenait part à 
leurs jeux. 

Quand la Mère Saint-Benoit, première Supérieure des 
Ursulines de Chavagnes eut cédé au Père Baudouin la maison 
qu'elle habitait, la Communauté se trouva fort à l'étroit. 
Désireuse de s'adjoindre de pareilles auxiliaires, la Mère 
Saint- Angèle vint à Chavagnes proposer aux Ursulines de se 
réunir aux religieuses de divers ordres qu el!e avait re- 
cueillies et qui vivaient sous une règle provisoire tracée par 
Monseigneur l'Evoque de la Rochelle. 

La Mère Saint-Benoit se rendit à Bois-Grolland avec 
quelques-unes de ses filles. Elle voulait juger par elle-môme 
des avantages qu'offrait l'ancienne demeure des Bénédictins. 
Mais, à cette époque, pour arriver au vieux monastère, il 
fallait suivre d'affreux chemins pleins de casses et de perfides 
moUières ; le couvent était toujours entouré de grands bois 
et de tristes bruyères, fabulosa loca, comme dit la Gallia 
Christiana, La Mèr« Saint-Benoit et ses compagnes, saisies 
de tristesse et d'effroi, se hâtèrent de retourner à Chavagnes' . 

Bientôt, dans l'intérêt de son établissement, la Mère Sainte- 
Angèle crut devoir transférer son pensionnat à Luçon où il 
existe toujours, et où l'ancienne Supérieure de Bois-Grol- 
land a laissé la mémoire d'une personne aussi remarquable 
par son esprit que par ses vertus. Ce fut sans doute pour 
aider à cet arrangement, car, bien entendu, il avait l'appro- 
bation de l'autorité ecclésiastique, que, le 6 août 1806, 
M. Henry Herbert, vicaire-général de la Rochelle*, se rendit 
acquéreur de la terre de Bois-Grolland qui ne lui coûta 
que 16,000 francs. 

« Notice Fur la Mère Saint-Benoit (MademoîseUe Charlotte-Gabrielle Rau- 
fray), pa^^. 20 et 21. 



Digitized by 



Google 



L*ABBAYS DE BOI8-OROLLAND 75 

l-ta fondatrice des Ursiilines de Bois-Grolland était supé- 
rieure de la communauté de Luçon, quand M»' Soyer, vou- 
lant modifier la constitution établie pnr le P. Baudouin, con- 
voqua en Chapitre les supérieures locales. Les Ursulines de 
Chavagnes s'unirent à celles de Luçon et acceptèrent les 
changements proposés. 
I « La mère Sainte-Angèle (mademoiselle Louise de Lézar- 
I • dière) qui joignait à beaucoup d'esprit naturel l'avantage 
i • d'une brillante éducation, fut maintenue dans sa charge. 
1 B Le P. Baudouin lui disant un jour combien les personnes 
. n qui savaient le latin étaient heureuses de pouvoir lire la 
I » Sainte-Ecriture dans la langue mère de TEglise, elle répon- 
o dit que c'était là une de ses plus douces jouissances: elle 
» était, en effet, très versée dans la langue latine. Son mérite 
« éminent était rehaussé par une grande modestie. Elle s'ap- 
: - plîquait à la pratique de toutes les vertus, mais ce qui frap- 

- pait le plus en elle, c'était sa dévotion envers l'auguste 
♦ Sticrement de l'Autel. — « Rien ne lui manquaitrdisait- 
r elle, quand elle était devant le Saint-Tabernacle. » 

• Eprouvée dans les dernières années de sa vie par de 

■^ longues et cruelles souffrances, privée môme de l'ouïe et 

f • de la vue, elle conserva toujours un calme, une sérénité, 

'» une gaieté qui avaient leur source dans son excellent ca- 

- ractère et bien plus encore dans son union continuelle avec 
\ • le Seigneur. 

\ « Mon Dieu, disait-elle, vous voulez mes yeux, je vous les 

» donne ; je suis toute à vous^ » 
f Le couvent des Ursulines existait encore en 1810, puisque, 

\ en cel/e année, M. Imbert, desservant de Poiroux, aumônier 
', d^ Bois -GroU and, procéda à l'inhumation de la sœur Elisa- 

ihëth-GabrieUe de la Barbelais, religieuse de cette maison, 
en présence de foutes les religieuses de la communauté. 
^4 suivre J- Constant Verger. 



Digitized by 



Google 



L'ENSEIGNEMENT 

SECONDAIRE ECCLESIASTIQUE 

DANS LE DIOCËSe DE NANTES 

APRÈS LA RÉVOLUTION 
fiSOO-iSiÔj 



DEUXIEME PARTIE 



LES ÉCOLES PRESBYTERALES 



JI 
DERVAL 

LE premier nom qui se présente sous notre plume est celui 
de M. Orain, déjà professeur, en môme temps que 
vicaire, avant la Révolution. Ce digne prêtre, vicaire de 
Fégréac, où il passa tout le temps de la persécution, puis curé 
de Derval (1803-1829), est trop connu pour que nous donnions 
môme un résumé de sa vie et de ses œuvres. Aucun nom, parmi 
ceux des saints prôtres que notre diocèse a vus à Tœuvre 
depuis un siècle, particulièrement pendant la période révo- 
lutionnaire, n'est resté aussi populaire que le sien. Sa vie 
d'ailleurs a été écrite, et nous n'aurions rien à dire qui pût 



Digitized by 



Google 



DAjqS LE DIOCÈSB DE NANTES APRÈS LA REVOLUTION 77 

augmenter le respect et l'admiration qu'elle inspire*. Nous 
nous bornerons donc à quelques lignes sur Técole qu'il fonda 
ou plutôt sur les élèves qu'il forma, car on ne peut dire qu'il 
ait jamais songé à fonder une école. 

On l'a écrit* du curé d'Arzanno, le premier maître de Bri- 
zeux : « Traqué de ville en ville, contraint de se cacher dans 
les bourgs de Cornouaille, il devint paysan avec les paysans ; 
et, ne pouvant sans péril exercer le saint ministère, il se 
consolait en donnant des leçons aux enfants de ses hôtes. » 
M Orain avait, de inôme^ été traqué de village en village, et, 
pendant plusieurs années, n'avait eu pour abri que les toits 
hospitaliers des paysans de Pégréac, ou souvent les halliers 
et les bois. Malgré tous les périls, ce prêtre zélé continua 
son ministère ; et, pour se délasser de ses fatigues, pour ou- 
blier pendant quelques instants les terreurs de la veille et 
les dangers du lendemain, aussi bien que les tristesses de 
V heure présente, mais surtout pour parer aux menaces d'un 
avenir qui s'offrait à sa pensée sans églises et sans prêtres, 
s'entoura de jeunes gens et travailla à former des clercs. 
L«es élèves dont les études avaient été commencées avant 
la Révolution, mais n'étaient point encore achevées conti- 
riuèrent de suivre ses leçons. Ce n'était point assez : M. Orain 
fit de nouveaux choix dans la paroisse qui se montrait si hé- 
roïquement fidèle; et ceux dont l'iu iruction était plus 
avancée lui vinrent en aide dans la formation des jeunes. 

Il n'était pas toujours facile de se réunir et de se livrer à 
ces occupations tranquilles. Maintes fois des alertes dis- 
persèrent maître et disciples ; mais lé calme revenu, on se 
réunissait de nouveau et les études recommençaient'. 

Une pareille vie devait former des hommes d'une trempe 
vigoureuse et des prêtres dignes de leur maître. Dès cette 
époque, les élèves de M. Orain montrèrent ce dont ils 

» Vie de M. Orain^ par M. Tabbé Cahour. Cet ouvrage a eu deuxéditioni. 

• Koiiee sur Briseux, par Saint-René-TaiUandier. 

* Cahour, ùp. cit. 



Digitized by VjO'O^ÏC 



78 l'enseignement SECONDAIRe ECjKSLÉSIASTIQUS 

étaient capables et firent pour lui de précieux auxiliaire 
Seul, et dans Timpossibilité de réunir les fidèles, et surtout 
les enfants, pour les instruire do la doctrine chrétienne, le zélé 
vicaire envoyait ses jeunes gens dans les villages, les trans 
formant en catéchistes. Lorsqu'il célébrait la sainte messe, 
il s'en servait aussi, comme de sentinelles sûres et vig-ilantes 
chargées de signaler l'arrivée des Bleus. 

C'est ainsi que furent formés : MM. Rozier, mort vicaire à 
Pégréac; Guihot, mort curé de Guémené-Penfao; Joseph 
Sérot, mort curé de Pierric; Riallain, mort curé d'Issé: 
Motreul, mort curé de Louisfert; Ménagé, mort curé de 
Mouais; Plormel, mort curé de Saint-Jean-de-Corcoué ; Mar- 
chand, curé de Saffré, puis retiré à Fégréac*. 

En 1803, M. Orain devint curé dô Derva!. Les occupations, 
multipliées encore par l'ardeur de sdn zèle, ne lui manquèren ! 
pas dans cette grande paroisse, à laquelle le petit nombre des 
prêtres Tobligea d'unir, pendant de longues années, celles 
de Mouais et de Luzanger'. Mais elles n'avaient pas manqué, 
non plus que les périls, durant les jours néfastes de la 
Révolution ; et pourtant, à cette époque M Orain eut des 
élèves. A la Restauration du culte, il était urgent de former 
des prêtres. Le jeune curé n'était pas homme à s'efifrayer de 
la besogne : il se mit à l'œuvre. 

Derval n'avait pas même de maître d'école' : le recteur en 
tint lieu pendant 25 ans. Mais le plus important n'était pas 
d'apprendre à lire aux enfants de la paroisse. Le nouvel 
écolàtre savait distinguer avec un grand tact ceux d'entre ses 
élèves* en qui la Providence avait déposé des germes de 

» Gahour. Vie de M, Orain. 

' Outre Derval, il desservait plusieurs autres paroisses. Ce furent d*abor\i 
Luzanger et Mouais, qui ne purent ôtre pourvues de pasteurs à la première 
organisation du clergé, puis Pierric, Conquereuil, Jans, Saint- Vincent-des- 
Landes, et Louisfert, qui furent tour-à-tour privées des leurs par la maladie 
ou la mort. Vie de M. Orain, ^« édit, page 296. 

s Les paroisses voisines n'étaient pas mieux partagées : ainsi, vers 1820, 
le seul maître d'école de Pierric était un forgeron, qui remplissait encore 
les fonctions de médecin. — Vie de M. Vabbé Malary^ page 13. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 79 

vocation ecclésiastique, et il n'hésitait pas à entreprendre 
leur éducation complète. Il accueillait mémo ceux des pa- 
roisses plus éloignées qui, poussés par l'inspiration divine 
vers le môme but, venaient le prier de les admettre à ses 
classes. 11 eut toujours, près de lui, plusieurs de ces pieux 
jeunes gens auxquels il faisait faire leurs humanités, sou- 
vent leur philosophie, et quelquefois leur théologie*. 

La modestie était chez lui à la hauteur du dévouement. Se 
défiant de sa science de la théologie, à l'enseignement de 
laquelle ses études ne l'avaient pas préparé, et que d'innom- 
brables travaux Tempôchaient d'approfondir, il s'adressa à 
son émule, le curé de Maisdon^ et lui emprunta ses cours de 
philosophie et de théologie' : preuve remarquable de la 
science du second, comme de l'humilité du premier. 

Nous l'avons dit, les exercices, dans ces écoles primitives, 
étaientloin d'être réguliers : le ministère s'y opposait souvent. 
Celait vrai surtout chez M. Orain, seul desservant de 
plusieurs paroisses. Il étaitobligé à de très fréquents voyages ; 
« ses élèves l'accompagnaient. On récitait les leçons, on cor- 
rigeait les devoirs en marchant. De temps en temps, les 
cours étaient interrompus par la récitation du chapelet et 
quelquefois par des entretiens sur les hommes et les faits de 
K Révolution. C'étaient pour les élèves les plus beaux 
moments de la journée ; malheureusement ils étaient courts, 
et ne duraient qu'un quart d'heure au plus chaque fois'. » ' 

A l'époque des examens, les écoliers de Derval partaient 
pour Nantes; mais ils ne s'y rendaient pas seuls : le vénérable 
curé les y conduisait lui-môme, et, en deux jours, à la tête de 
sa bande joyeuse, il parcourait à pied, à l'aller et au retour, 
les 51 kilomètres qui séparent Derval du chef lieu. 

M. Orain, comme il l'avait fait durant la Révolution, deman- 
dait à ses enfants quelques services, que ceux-ci s'empres- 

• Gahour, op. cU., page 262. 
» M. Cahour, op. cU- 
M Vie de M. Malary. 



Digitized by 



Google 



80 L'enSEIGNEMBNT BECONOAIRE EGGLÉBIASTIQUE 

saient de lui rendre. Leur présence rehaussait à l'église les 
divers exercices religieux : souvent ils remplacèrent leur 
maître dans la récitation du chapelet^ qui se faisait chaque 
soir ; et parfois, revêtus de Thabit de chœur, ils lui présen- 
tèrent les objections dans les conférences que ce pasteur 
modèle donnait à son peuple. 

Rempli pour ces jeunes gens d'une tendresse paternelle, 
M. Orain ne se bornait pas à leur donner Tinstructien ; « il 
leur prodiguait ses soins les plus assiduset les plus dévoués.» 
La médiocrité de sa fortune ne lempèchait pas d'être géné- 
reux à leur égard : plusieurs logeaient au presbytère, et n'a- 
vaient pas d'autre table que la sienne. Lorsqu'ils le quittaient 
pour entrer au séminaire, sa charité les y suivait avec son 
affection : plus d'une fois, la pension, trop forte pour les res- 
sources de leur parents, fut payée de sa bourse*. 

Il procura de la sorte beaucoup de prêtres à l'Eglise 
de Nantes : Voici les noms des principaux : MM. Massicot, 
mort curé de Gétigné ; Orain , mort curé de Noyai ; 
Hamon, mort curé de Petit-Mars; Hamon, mort curé 
de Rougé ; Chaussée , curé de Luzanger , mort retiré 
à Pégréac ; Érard , mort curé de la Chapelle-des-Marais ; 
Brégé, mort curé de Sion ; Brangeon, mort curé du Cellier ; 
Morel, mort curé de Héric ; Bocquel, curé de Vay ; Etienvre, 
d'Erbray; Biochard, curé de Ruffigné, puis trappiste au 
monastère de Gethsémani, aux Etats-Unis ; Allain, curé de 
Crossac; Daniel, chan. hon., ancien curé de Guémené-Penfao, 
mort à Nantes ; Bizeul, mort curé de Belligné ; Plantard. de 
Chantenay ; Julien Malary, ancien curé de Saint-Malo-de- 
Guersac, mort à Pierric; Pinard, curé de la Planche, 
Chailleux, curé de Mésanger ; plusieurs prêtres de Rennes, 
et M. Jans, de la congrégation de Picpus, en Océanie. 

Tous ces prêtres, au nombre de plus de trente, sont entrés 
daas leur éternité; mais le souvenir de leurs vertus et du'bien 

M. Cahour, Op. cU. 

I 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 81 

qu'ils ont fait redit encore Téloge au maître qui les a formés ; 
aussi la mémoire de ce saint prêtre restera-t-elle vivante, 
noD-seulement dans les paroisses qu*il a évangélisées ; mais 
dans le diocèse de Nantes tout entier*. 



III 

LA CHAPELLE-DES-MARAÎS 

Le petit collège de Ja Chapelle-des-Marais a eu sans doute 
un rôle plus modeste que les autres, car nous n'en trouvons 
aucune mention, sauf dans la lettre déjà citée de M«'Duvoi- 
sin ; et nous avouons, pour notre part, que sans cette lettre 
nous aurions longtemps^ et peut-être toujours, ignoré son 
existence. Il nous rappelle deux noms inégalement connus, 
le nom de Le Guen et celui de Mcdenfant. 

M. Yves Le Guen, naquit en Tannée 1755, dans la paroisse 
de Saint'Molf. Après avoir terminé brillamment ses huma- 
nités au collège de Vannes, il vint faire sa théologie à Nantes 
et fut ordonné prêtre en 1782. L'autorité diocésaine l'envoya 
d'abord en qualité de vicaire danslaparoissed'Assérac, puis, 
après quelques mois, dans celle de Batz. La Révolution le 
trouva remplissant encore cette fonction. Sa conduite fut 
alors celle d'un prêtre courageux et fidèle : il rçfusa le ser- 
ment schismatique et résolut de rester dans le pays. La foi 
des populations voisines de Guérande lui procura des re- 

* « Dans le but de procurer des prêtres au diocèse. M. Grain a donné Té- 
Auetition à nn grand nombre d'enfants. Tous n'avaient pas la vocation ecclé- 
siastique ou Ji'j ont pas répondu. Ils ont pris dans le monde des positions et 
àen opinions diverses ; mais il riNn (^t pas qui ne rendent hommage à. la 
vertu de ieur maître et qui ne publient ses louanges. » 
M. Cahotir, Vi^ ^^ ^' Orain. — Pour composer cette courte notice, nous 
n'avons truère fait que glaner dans cet ouvrage. Nous n'avions, en effet, rien 
de nouveau à dire après le biographe de M. Orain, et, si nous en avons parlé, 
* Et nuiauement pour ne pas laisser une lacune dans notre travail. 
^ yi NOTICES. — Vl° ANNÉE, 1" LIV. 



Digitized by 



Google 



82 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

traites assurées : il résida principalement au village de 
Quéniqtien, exerçant le saint ministère avec tout le dévoue- 
ment qu'exigeaient les dangers de cette triste époque. C'est 
là qu'il rencontra M. Malenfant, dont nous devons dire ici 
quelques mots. 

François Malenfant était né à Quéniquen, le 14 juin 1784. 
« Son père était mort depuis deux mois, lorsqu'il vit le jour : 
sa mère était sans ressources. Plus d'une fois, dans ses 
premières années, le jeune François connut les dernières 
extrémités de la misère*; mais sa pieuse mère relevait bien. 
Son bonheur était d'aller prier à la chapelle des Jacobins* et, 
comme le jeune pâtre de Bugloz, il offrait à Dieu, son cœur 
et sa peine... » 

« Dieu veillait sur lui ; il avait mis dans cette âme d'enfant 
une flamme de foi qui ne devait pas faiblir. La grande Révo- 
lution arrive ; la tourmente gronde et, comme une tempête 
affreuse, elle renverse les églises, les autels, les lieux sacrés. 
Semblables aux naufragés des côtes, les prêtres sont con- 
traints de se disperser, de s'enfoncer d^ns les bois ou dans 
les réduits ignorés' » 

Un de ces prêtres confesseurs, l'abbé Le Guen, dont nous 
venons de parler, connut le jeune Malenfant, et devina sans 
doute, dès l'abord, les trésors renfermés dans cette âme 
d'enfant « Veux-tu venir avec moi? » lui dit-il, un soir qu'il 
s'apprêtait à partir pour remplir les devoirs alors si périlleux 
de son ministère. — Non, répondit l'enfant — Et pourquoi ? 
— J'aurais peur des morts, ajouta-t-il, avec la naïveté de son 
âge — Eh bien ! si tu veux me garder des vivants, je te gar- 
derai des morts ; je t'assure qu'ils ne te feront jamais de 
mal. » Ce fut comme un contrat : François suivit le prêtre, 

« II fut réduit à mendier son pain. 

s Les Jacobins de Guérande, couyent fondé en 1408, par le duc Jean V. Ce 
couvent dont on voit encore Tenclos et quelques restes, à Textrémité du fan* 
bourg Biziennôt était peu éloigné du viUage de Quéniquen . 

* Notice sur Af. MalenfatU^ par M. F. Fournier» curé de Saini»Nioolat. 
Semaine Religieuse du 18 novembre 1866. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 83 

et durant tous les mauvais jours lui servit d'enfant de 
chœur*. Avec lui, M. Le Guen « court la campagne, se glisse 
furtivement dans les villages, pour administrer quelques 
mourants ; avec lui il se cache dans les bois, et, confiant 
dans sa précoce discrétion, le rend témoin et complice de la 
célébration des saints mystères^ puisqu'il assistait et servait 
le prêtre, crime irrémissible en ces jours effroyables qui 
rappellent les catacombes et les proconsuls. » 

« Quelles impressions, ajoute le biographe que nous citons, 
durent laisser dans l'âme du jeune François ces scènes in- 
comparables : ces allocutions toutes brûlantes de foi, ces 
serments de fidélité, ces embrassements fraternels au pied 
de l'autel improvisé, ces messes nocturnes recherchées au 
péril de ses jours, ces communions à la veille de mourir, in- 
terrompues souvent par les pas des Bleus et les arrives des 
^ persécuteurs* 1 » 

Après la Révolution, M. Le Guen se retira à Trescallan, où 
il continua son ministère. François Malenfant l'y suivit, et y 
reçut quelques leçons, en compagnie de Joseph Lemeignen, 
de la Chapelle-des-Marais : ce furent les deux premiers élèves 
de M. Le Guen. 

Nous croyons que c'est après avoir reçu à Trescallan les 

« Notes manuscritea de M. Jul. Bertho. 

» Notice de M. Foarnier. — M. Le Guen n'était pas le seul prôtre caché à 
Q^émqaen. U. Giiénel, qitelsL Révolution trouva simple clerc tonsuré aller- 
bignac, son pays natal, et qui, pour partager les travaux et les périls des 
confesseurs de la foi, alla se faire ordonner à Paris, se cachait aussi dans ce 
quartier D trouvait un refuge dans la maison d'un fervent chrétien, appelé 
Yriqueiy et quand il pouvait célébrer la sainte messe, le petit François 
Maienfant la lui servait Une nuit, on vint frapper à la porte d'Yviquel et 
demaDdir on prôtre. C'était un des plus fougueux révolutionnaires du Croisic, 
qui savait M. Guénel présent, et l'appelait au lit de mort de son fils. Craignant, 
an pi^e, les gens de la maison répondirent que le prêtre n'était pas là. Mais 
le inaiheareux insista, et la charité sacerdotale l'emportant sur la prudence 
humaine, M. Guénel se confia à son persécuteur. Celui-ci, jurant de le ra- 
mener fldéiemen t, le guida sur sa bai'que à travers le Traict, et, quand le 
prêtre proscrit eut rempli son sublime ministère, le reconduisit k sa cachette. 
— Hécit de M- l'abbé J. Malenfant, curé de Saint-Jean-de-Corcoué, né à 
Qnénjquen, 



Digitized by 



Google 



xi l'enseignement SECONDAIRE ECCLÉSIASTIQUE 

premiers éléments de la science, que François Malenfant, 
grâce à la charité d'une pieuse dame, qui se chargea des frais 
de son éducation^ fut envoyé au collège de Vannes. Mais sa 
bienfaitrice étant 'morte, le jeune homme désolé dut revenir 
au pays, sans autre perspective que d'apprendre un métier 
pour gagner sa vie. Il frappa à la porte d'un de ses parents', 
chargé déjà d'une nombreuse famille, et lui exposa son dé- 
nûment et sa douleur. Celui-ci était un chrétien de la vieille 
roche : « Je ne suis pas riche, lui dit-il, et j'ai des enfants ; 
mais tu seras prêtre, puisque Dieu le veut. Retourne au 
séminaire, je me charge de toi. «Le jeune homn^e devint 
prêtre et fut reconnaissant. Durant le cours de sa longue 
carrière, il procura à l'Eglise de Nantes plus de cinquante 
prêtres, et, parmi eux, le ^ fils de son bienfaiteur. 

Le séminaire de Nantes n'était pas encore rétabli, et M. Le 
Gueh, le premier instituteur de M. Malenfant, venait d'être 
nommé' à la cure de la Chapelle-des-Marais ; le jeune 
homme l'y suivit* ainsi que Joseph Lemeignen, son ancien 
compagnon de Trescallan. 

M. Malenfant ne fut pas seulement élève à la Chapelle-des- 
Marais, il fut surtout professeur. Son intelligence était 
connue ; son savoir-faire ne tarda pas à l'être : bientôt les 
élèves accoururent de toutes parts. Il en vint de Guérande et 
de la Roche-Bernard ; leur nombre s'éleva promptementà 
vingt ou trente. Leur genre de vie était celui que nous avons 



< Le père de M. le curé de 8aînt-Jean-de-Corcoué, de qui nous tenons ces 
détails 

* Au commencement de l'année 1805. 

' Nous savons certainement par la noticft de M. Fournier et le récit de M. 
le curé de Sdinl-Jean de Corcoué, que M. Malenfant étudia à Vannes ; d^un 
autre côté nous avons appris d^une manière très certaine qu'il séjourna h la 
Chapelle-des-ilarais. Mais nous ne pouvons que conjecturer Tépoque, appuyé 
sur la date de son ordination et celle de son entrée au séminaire ; et nous 
tachons d*tiarmoniser les deux récits qui, d'ailleurs, ne sont nullement con- 
tradictoires. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 85 

décrit déjà : eux aussi logeaient dans le bourg, du z des par- 
ticuliers* et se servaient mutuellement de maîtres. 

Non content de remplacer le bon recteur dans sa chaire de 
professeur, M. Malenfant le suppléait même à léglise, dans 
quelques-unes de ses fonctions ; et il préludait à son futur 
mii^istère pastoral en faisant le catéchisme aux petites filles^ 
qui se préparaient à la première communion'. 

L'école presbytérale de la Ghapelle-des-Marais fut ainsi 
florissante pendant deux années et elle rendit au diocèse des 
services assez éclatants pour que M»' Duvoisin la signalât au 
nainistre, et fit Téloge de celui qui l'avait fondée. Mais cet 
éclat ne devait pas être de longue durée. 

Le séminaire de Nantes ayant été ouvert, le 17 novembre 
1807, M. Malenfant qui était âgé de vingt-trois ans, et dont 
les études littéraires étaient aussi complètes qu'il était alors 
possible de les faire, y entra pour suivre les cours de théolo- 
gie et se préparer à recevoir les saints ordres. 

Ce fut un coup terrible pour La Chapelle-des-Marais : elle 
était vTSiimeni décapitée. Le zélé pasteur continua cependant, 
dans la mesure de ses forces, l'œuvre commencée, que l'ou- 
verture du séminaire n'avait point rendue inutile, et les 
élèves, quoique moins nombreux, ne cessèrent de suivre ses 
leçons'. Toutefois, M. Le Guen, aussi modeste que dévoué, 
ne se croyait pas capable de les diriger dans tout le cours de 
leurs études, et, après leur avoir enseigné les premiers prin- 
cipes de la langue latine, il envoyait ordinairement ses jeunes 
gens compléter leurs humanités et faire leur philosophie 
chez son savant voisin, le recteur de Saint-André-des-Eaux. 

• Tradition recueillie par M. Tabbé E. Lehuio, vicaire à La Chapelle-des 
Marais. 

* Notes manuscrites de M. l'abbé Bertho. 

» Nous en avons 3a preuve dans la lettre de Uv Duvoisin au ministre, qui 
e»t du. 28 février 1809. A cette époque, il y avait à La Chapelle huit élèves, 
deux en seconde et les autres en troisième. En 1811 et 1812, on trouve 
encore quelques élèves ; îi paitir de 1813, il n'y a plus rien aux reKÏstres de 
révéc Jié. 



Digitized by 



Google 



86 l'enseignement segondaikis ecclésiastique 

Bientôt môme il dut renoncer complètement à cet exercice 
de zèle. Le départ de M. Malenfant ; les persécutions diri- 
gées contre Pie VII, par Napoléon, qui firent craindre pour 
les catholiques et surtout les prêtres, le retour des jours 
mauvais; les fatigues endurées pendant la TVrr^wr, et dont 
Teffet se faisait sentir avec la vieillesse ; toutes ces causes 
réunies avaient altéré la santé de M. Le Guen, et rompu 
l'équilibre de ses facultés. Il se plongea, avec une ardeur 
irréfléchie, dans Y éUxde de VApoaali/se;i\ voulut en scruter 
les profondeurs et crut en comprendre les mystères. 

Vers 1810 ou 1812, il se mit à prophétiser pour son propre 
compte. Le pauvre visionnaire apercevait partout, dans les 
vêtements de ses paroissiens, dans les objets de toilette les 
plus ordinaires et les plus simples, le signe de la Bête. Il en 
vint bientôt jusqu'à frapper ceux qui les portaient et à leur 
refuser les sacrements*. . 

Une telle manie cessait d'être inofifensive, et rendait tout 
ministère impossible : M. Le Guen dut quitter sa paroisse, 
vers la fin de 1820. Il se retira à Guérande où il mourut, le 
27 janvier 1822. 

Ces excentricités qui amènent le sourire sur les lèvres ne 
doivent pas nous faire oublier que M. Le Guen, en formant 
plusieurs bons prêtres, a rendu de grands services à l'Eglise. 

Parmi les élèves de La Chapelle-des-Marais, plusieurs, 
séduits par les cris de guerre et les éclairs de gloire, qui 
remplissent l'époque du premier Empire, abandonnèrent 
l'étude pour devenir soldats ; mais un certain nombre d'autres 
gravirent les degrés du sanctuaire, et nous devons les 
nommer. 

Cfest d'abord M. Malenfant, le plus célèbre d'entre eux. 
Ordonné prêtre, le 16 juin 1810, il fut immédiatement envoyé 
à Paimbœuf, en qualité de vicaire. Cinq ans après*, il était 

*• La tradition ra])porte qu'il annonçait que la fin du monde ne viendrait 
pas ayant que les terrains vagues du pays eussent été partagés, et que Ton 
dût vu les vaisseaux aller sans voiles, et les charrettes sans bœufs ni chevaux. 

» Le 7 décembre 1815. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 87 

nommé curé d'Herbignac, où il resta vingt ans. En 1835, il 
fut transféré à la cure de Saint-Similien de Nantes ; et, après 
vingt autres années employées au ministère le plus fécond 
et le plus honoré, il entra au chapitre de la cathédrale. Il 
mourut doyen et vicaire général le' 19 octobre 1866. Une no- 
tice sur sa vie a été publiée dans la Semaine Religieuse, par 
M. F. Fournier, alors curé de Saint-Nicolas, depuis évéque 
de Nantes; nous lui avons emprunté plus d'un trait. 

Les autres disciples de M. Le Guen n'ont pas fourni une si 
brillante carrière ; mais eux aussi ont travaillé dans le champ 
du Seigneur, et font sans doute aujourd'hui une belle cou- 
ronne à celui qui les a formés. 

Ce sont : MM. Joseph Lemeignen, mort curé de la Chapelle- 
Heulin ; Joseph Hervy, mort vicaire à Sainte-Reine ; Etienne 
Mahé, mort curé de la Rouxière ; Marc Delalande^ mort 
vicaire de Saint-Lumine^ de Clisson ; Philippe Perrigaud, 
mort curé du Temple ; Pierre Hervy, curé du Grand-Auverné ; 
René Bodet, mort curé de Puceul : tous ces prêtres nés dans 
la paroisse de La Chapelle-des-Marais ; MM. Tholye, de 
Missillac, mort dans sa paroisse natale, et Bercegeay, d'As- 
sérac, ancien curé de Mouzeil, mort à Nantes. 

Abbé RiGORDEL. 
^A suivre. J 




Digitized by 



Google 



L'ÉPISQOÎPATgNANTAlS 

A TRAVERS LES STÈCLES 
f Suite.*) 



62. — GAUTIER III 

1264 



Gautier III. Cet évoque n'est point entré jusqu'ici dans les 
catalogues, sauf dans Travers, d'où nous extrayons ce qui a 
trait à son court épiscopat. Gautier fut sacré en février ou 
mars 1264. Il eut quelques démêlés avec Guillaume de 
Thouaré, sur le droit de galoi, autrement d'épave et l'arrêt 
du larron. Cette affaire n'eut pas de suite, les intéressés ayant, 
le jeudi après la fête de saint Barnabe (12 juin) 1264, choisit 
Alain de la Forôt et Guillaume Le Clerc pour informer 
par témoins touchant ces droits et vérifier si Tévêque en 
avait prélevé sur les flefs de son vassaP. 

En cette année, un concile tenu par Vincent, archevêque de 
Tours, fut célébré à Nantes. Nous en avons douze canons. Ils 
défendent de promettre un bénéfice avant sa vacance, de 
diminuer dans un prieuré le nombre ordinaire des religieux, 
d'établir des vicaires perpétuels hors le cas de droit, de 
présenter plus de deux plats à l'évoque dans ses visites, à 
moins qu'il ne permette de lui en servir davantage. Ils 
ordonnent de résider sur le bénéfice dont on est pourvu et de 
le servir en personne et défendent de tenir en môme temps 

• Voir la V» année, 6^ livraison. 

' Martêne, thés, anecd., t. m. —Titres de TéTÔché. 



Digitized by 



Google 



JACQUES DE OUÉRANDE 89 

deux bénéfices, qui obligent à la résidence, sauf en toutes 
choses la puissance de l'évoque, Salvâ tamen in omnibus 
diœcesani potestate. Ces paroles du reste insinuent que 
l'évoque pouvait permettre de tenir ensemble deux bénéfices, 
mais le quatrième canon du concile de Saumur, tenu en 1276, 
c'est-à-dire douze ans après celui de Nantes , prouve que 
le concile de 1264 n'a point dit une chose semblable et 
que les mots : scUva tamen.., sont une scolie qui, de la 
marge est passée dans le texte. Le môme concile défend, 
sous peine d'excommunication, de faire payer des droits 
de trait ou de passage aux clercs pour ce qu'ils trans- 
portent d'un lieu à un autre, quand ces choses sont de leur 
crû ou pour leur usage. Il défend enfin d'assigner dans un 
lieu où il n'y a point d'avocats, ni garde qui ne puisse prendre 
conseil, et de tenir en saisie les biens des clercs quand ils 
en demandent la délivrance sous caution de les représenter. 
Grautier mourut sur la fin de 1264, année même de sa nomi- 
nation, ou passa à un autre siège. 

63. — JACQUES DE GUÉRANDE 

1265 - 1267 

Jacques de Guérande^ né en la petite ville de ce nom, au 

diocèse de Nantes, avait été chanoine de Paris et était doyen 

de Tours, comme son avant prédécesseur lorsqu'il succéda 

à Gautier. Il fut sacré dans les derniers jours de janvier 

1284 (c'est-à-dire 126B N.-S.), comme nous l'apprend une lettre 

adressée à l'archevêque de Tours, par laquelle Tofficial de 

Saint-Brieuc excuse son évêque de ne pouvoir assister au 

sacre du nouvel élu de Nantes*. C'était sous le pontifficat de 

C/émentIVet le règne de Jean I*% en Bretagne. Jacques de 

Guérande trouva, à son avènement la régale entre les mains 

« Dom UoTice. F' I, col. 990. 



Digitized by 



Google 



90 L'iPISCOPAT NANTAIS A TRAVERS LES SIÈCLES 

du duc, disposé du reste à exercer tous les droits que 
ses prédécesseurs avaient prétendus à la mort des évoques 
antérieurs, et que le Saint-Siège avait prononcé plus d'une 
fois ne point leur appartenir. L'évoque Jacques pria d*abord 
par des monitions le duc de se dessaisir. Il donna ensuite, aa 
mois de décembre, un mandement aux abbés de Geneston et 
de Pornit pour sommer le duc, de rendre ce qu'il détenait, sous 
peine des censures ecclésiastiques et un autre mandement 
le samedi avant la Saint-Nicolas*, à Tabbé de Geneston et aux 
doyens des climats de Nantes et de Retz, pour avertir juridi- 
quement Jean I" de restituer le vin des vendanges faites de- 
puis la mort de Gautier, et sur le refus qu'en fit le duc, l'é- 
voque l'excommunia, lui et ses principaux officiers'. 

L'évoque de Nantes avait eu précédemment un différend 
avec Gilles, abbé de Buzay, au sujet d'une prairie. Cette affaire 
n'eut pas de suite, les deux parties ayant transigé sur leurs 
droits, le samedi avant le dimanche Lxtare, quatrième de Ca- 
rême 1265'. 

Jacques de Guérande, sur lequel nous n'avons aucun détail 
sigillographique^ mourut le lundi avant la septuagésime, 
6 février, de l'an 1267, et fut inhumé à la cathédrale, 
près des saintes reliques. Par délibération capitulaire du 
17 juillet 1622, son corps fut levé, lorsqu'on bâtit le grand- 
autel, changé de place lui-même vers 1750. Il fut porté dans 
la chapelle Saint-Lazare en la même église\ 

Gaignères* nous a conservé le dessin de la tombe, en cuivre 
émaillé, qui fut placé sur cette sépulture. Jacques, revêtu de 
ses ornements épiscopaux, repose la tête, coiffée de sa mitre, 

« 12 décembre 1265. 

* Titres du Mont-Célesta dans le Oallia Christiana de Sainte-liarthe. — 
Maan, in Vinc. de Pilenis. — Titres du Chapitre. — Histoire de Bretagne, 
t. II, p. 423. — Titres de Tévôché. 

s 14 mars. 

^ Archives du Chapitre, Répertoire de l'Eglise cathédrale de Nantes* 
1568-1786. 

» Archevêchés et évéchés de France, t. cxli, fol. 177. Bibliothèque nationale 



Digitized by 



Google 



JACQUES DE GUÉRANOB 



91 



sur un riche coussin, orné de petits carrés, au centre de 
chacun desquels est une rose. Ses mains sont gantées, la 
droite bénit, la gauche soutient la crosse, dont la voNte est 
tournée en dehors et Textrémité inférieure appuyée sur un 
dragon placé sous les pieds de Vévôque. Le champ, semé 
d'hermines, est encadré par deux colonnes soutenant une 
arcature ogivale trilobée ; au haut, deux anges tiennent des 
encensoires*. La légende est celle-ci : 

Bis sexcentenus annus, decies qaoque senas 

Septimu&est Ghrigti, cum migrât funere tristi 

Hic Jacobus, sanus sensu, Turonisque decanus, 

Divine legis doctor devotus, et segis 

FortiSt canonicns, benedignus Parisiensis, 

Demiim Nânnetensis prsesul, probitatis amicns. 

Septima febrilis mensis lux est requiei. 

Rex pius ac humilis^ Ghristus opem det ei'. 

Son portrait se voyait autrefois (1750) sur une des vitres 
principales de la cathédrale de Tours, par reconnaissance peut- 
être de quelque legs considérable par lui fait pour la 
construction de cette église, à laquelle on travaillait alors, 
ou parce qu'il en resta doyen, quoique évoque*. 

* M. de la Nicollière en a donné le dessin dans un frontispice de son Arm. 
dbss érs. de Nantes. 

* La copie faite par Gaignières doit être fautive, comme l*indique saffi 
samment le manque de mesure et de rime. Dans l'impossibilité' de rectifier 
entièrement cette épitaphe, composée de sept hexamètres et d*un penta- 

'jnëire, M. de la Nicollière propose les corrections suivantes: 



Annnâ bis sexcen tenus 
Septixnus est Christi, 
Hic Jacobus sanus 
Doctor divinae legis, 
Fortis, canonicus, 
Denum XannetCDsis 
Septima febrilis mensis 
ftex pi as ac humilis, 

« 3faan, In Vinc. de Pilenis. 



Decies quoque senus 
Cum migrât funere tristi 
Sensu, Turonisque decanus 
Devotus. et segis 
Bene dignus Parisiensis 
Prssul. probitatis amicus. 
Lux est requiei. 
Ghristus opem det ei. 



Digitized by 



Google 



•92 l'épi?copat nantais a travers les siècles 

Jacques de Guérande légua au chapitre de Nantes soixante 
sols de rente, et au bas-chœur vingt sols, pour sa mémoiro. 
que le Livre des Anniversaires a marquée au 16 janvier. Il 
nomma pour son exécuteur testamentaire, VincentdePilènes, 
archevêque de Tours, qui, étant venu à Nantes à ce sujet, y 
fut très mal reçu par Tagentdu duc*. 



64. — GUILLAUME DE VERNE 

1267-1277. 

Guillaume de Verne appartenait à une famille noble du 
pays de Rays ; cependant aucun auteur héraldique à notre 
connaissance ne Ta mentionné , quoique plusieurs actes 
du quatorzième siècle, au cartulaire de Rays lui attribuent 
une bonne et ancienne extraction. A la date du 13 août 1344, 
ledit cartulaire mentionne un Guillaume de Verne, chevalier, 
comme ayant acquis de Louis de Machecoul et de Jeanne 
de Beauçay, sa femme, tout ce qu'ils possédaient dans la 
chatellenie de Benez, plus une rente sur un hébergement 
situé près de Dompierre, en Aunis. Les mômes concluent, 
en 1347, un nouvel arrangement relatif h cette vente'. En 
1348, messire Guillaume de Verne, chevalier, parait encore 
darus sa charte par laquelle Jeanne d*Eu affranchit les habi- 
tants de Bournezeau du droit de chasse et de garenne*. 

En 1325, Henri de Verne, de Venerio, représentait le cha- 
pitre dans une discussion contre Tévêque Daniel Vigier, 

« La similitude du nom nous a porté, ajoute M. de la Nicol-" 
« Hère (p. 49), d'oii nous extrayons ce qui précède, à mention- 
« ner ici ces deux personnages, vraisemblablement de la 

* Liv. des Ann. Reg. du Chap. Titres de VEgL de Nantes dans VHist. de 
Bret. t. II, p. 422. 

> Cartul. de Rays, par M. P. Marchegay, Revue des Pror de VOuesi^ t. m, 
p. 693. 

» Ibid. t. IV, p. 748 t^t uiv. 



Digitized by 



Google 



(iUIIJ.AUMR DK VKRNK 93 

•f famille de l^évêqae, mais si cette parenté paraît à peu près 
« certaine pour Henri, chanoine de Nantes, nous ne pou- 
• vons émettre qu'une possibilité pour Guillaume. » Elu 
dans les premiers mois de 1267, sous le pontificat du pape 
ClémentlV et le règne du duc Jean le Roux, Guillaume commit 
aussitôt son officiai pour intervenir contre ce dernier, 
C[ui avait encore usurpé la régale pendant la vacance 
et pour lui faire des monitions canoniques. En l'absence 
du duc, ces monitions devaient être publiées sur les places 
publiques et à la cathédrale, afin qu'elles pussent parvenir 
à sa connaissance*. Le nouveau différend ayant été encore^ 
une fois porté à Rome, Sa Sainteté, par bref daté de Viterbe, 
t25 novembre 1267, donna commission au doyen, à Tofflcial 
et à un chanoine de Tours, Guillaume Jourdain, de vidimer 
les pièces du procès. La commission fut notifiée au duc le 
jeudi avant l'Ascension, 10 mai 1268, avec avis qu'il serait 
procédé aux vidimes à Tours, le 20 juin suivant, mercredi 
a.vant la Saint-Jean-Baptiste. L'Evêque se rendit à Tours au 
jour indiqué, accompagné de l'archidiacre de la ville et des 
doyens de Clisson et de la Roche-Bernard. Personne ne se 
présenta pour le duc qui trouva plus expédient de venir à un 
arbitrage. Il fut convenu, sous peine de mille livres tournois, 
de s'en rapporter au jugement de Robert, évoque d'Albano, 
légat du Saint-Siège en France et d'Henri de Viziliac, archi- 
diacre de Bayeux. Après examen des pièces, ces deux ar- 
bitres se rendirent à Paris, le 5 des Ides de décembre 1268, 
le siège de Rome étant vacant, une sentence portant que le 
duc/ pendant la vacance, n'a d'autre droit que celui de garde, 
et lui adjugeant pour cet effet une rente de 10 1.' 

Ensuite le légat, du consentement de l'évoque, donna au 
duc Jean P' l'absolution de l'excommunication par lui en- 
courue en 1264. En conséquence de cet accord, révoque 
Gu///aume, qui s'intitulait' : 

I Titres du chajp. dans THist. de Bret. t. ii, p. 42!. 
• Arcii départ Titres deVév. série G. i. 
ID. MÔr. p'i' ^<>^' *^^^- 



Digitized by 



Google 



04 l'épiscopat nantais a travers les siècles 

Guillelmiis, miseratione divina electus ecclesiœ nannetensis 
confirmatuSy prêta serment au duc le 21 mars jeudi saint, de 
Tan 1269 (N.-S.) : » promettant et jurant, la main sur la poy- 
» trine, estre bon et loyal subjet de mondit seigneur, de 
» son successeur, tant que je vivroy et lui estre obeis- 
» sant et à sa justice. » A cet acte était apposé son signe en 
cire verte, sur lequel on voyait la tête d'un évoque mitre*. 

Guillaume est le premier évoque de Nantes qui ait con- 
senti à faire ce serment. Jusqu'à lui, ses prédécesseurs 
avaient soutenu qu'ils tenaient leurs fiefs et domaines en 
#ranc aleu, et voulaient partager les droits souverains de la 
ville avec les comtes de Nantes. Le prélat espérait par cette 
concession et cette soumission clore Tère de difficultés qui 
avaient rempli les règnes précédents. *" 

L'an 1275, le samedi 5 octobre, avant la Saint-Clair, le duc 
Jean le Roux fit sa fameuse ordonnance qui chance le bail 
des nobles en rachat, mais il laissa ^aux seigneurs la liberté 
de la suivre à regard de leurs vassaux nobles ou de se tenir 
à l'ancien usage. Les principaux seigneurs du diocèse l'ac- 
ceptèrent en janvier 1270, L'évéque n'en voulut point, et ses 
successeurs, pendant plus de trois cents ans, ne l'ont pas 
suivie*. 

Suivant le nécrologe de Geneston, Guillaume de Verne 
mourut le 2 des Ides d'octobre 1277, léguant à son chapitre 
quatre livres, quatre sols de rente pour sa mémoire, que 
l'ancien Livre des Anniversaires a fixée au 26 octobre. 

t Ârcii. départ , Arm. N., case 6, no 26. Travers taxe cet acte de faux, 
mais la présence dans le trésor des dues d*une copie authentique, permet de 
répéter cette erreur. La seule différence qui puisse exister entre Toriginal et 
le "oidimus, c'est que celui-ci est en français, tandis que le premier était en 
latin. (Note de M. de la NicoUière, pp. 48 et 49.) 

* Nosseigneurs du Bec et Gospéan en demandèrent l'exécution au roi, à la 
in du seizième et au commencement du dix-septième siècle et Tobtinrent, à 
la condition d'acceptation par le Chapitre, c'est-à-dire si celui-ci trouvait plus 
avantageux pour l'évi^que d'avoir une année du revenu du fief noble (en cela 
consistait le rachat), que d'avoir la garde du pupille noble, la jouissaïkce de 
ses biens et le soin de son éducation. 



Digitized by 



Google 



GUILLAUIOS DE Y^RNE 



95 



Lie grand sceau de ce prélat, en cire verte, forme ogivale, 
ap pendu sur lacs de parchemin au bas d'une pièce de 1274, 
le représente vôtu des ornements épiscopaux, tenant la crosse 
tournée en dehors, de la main gauche et bénissant de la 
droite. Légende : 6\ GûUlelmiy Dei grcUia^ nannetensis 
Apiseopi. 



J. DE KeESAUSON. 



fLa suite prochainement,) 




Digitized by 



Google 




CASSARD 

CAPITAINE DE VAISSEAU 
1679-1740 

(Suite et fin*). 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Campagne aux îles d'Amérique. Dispositions et condi- 
tions pour l'armement en course de la frégate du Ro7j 
/'Argonaute. 

Cette frégate, jointe à deux autres armées par des parti- 
culiers^ doit aller aux îles de V Amérique, sous les ordres 
de Cassardf faire la course contre les forbans. — Arch. 
duMinist. de la Marine. Campagnes. N* 37. 1716-1720. 

MÉMOIRE du Roy, pour servir d'instruction au sieur 
Cassard, capitaine de vaisseau, dans le voyage qu'il 
va faire aux Iles de TAmérique, pour faire la course 
contre les forbans. 

* Voir la livraison préc<^dente. 



Digitized by 



Google 



GASSARD 97 

Sa Majbsté» ayant agréé les propositions qui lui ont été faites par 
le sieur Gassard, d'armer contre les forbans qui font la course sur 
les costes des lies de l'Amérique; elle luy a accordé la fi^gate l'Ar- 
gonaute, pour joindre à deux autres dont il fait l'armement. 

Elle s*est déterminée à charger le dit sieur Cassard de cette entre- 
prise, p&T la bonne opinion qu'elle a de sa valeur, capacité, expérience 
ei at^tachement pour son service. Elle luy recommande de mettre 
tout en usage pour détruire les pirates qui courent ces mers, et qui 
interrompent entièrement la navigation. 

Par les dernières lettres qui sont arrivées de Saint-Domingue, Sa 
MiÛ^sté a été informée qu'il y avait quatre forbans sur les costes de 
cette isle, contre lesquels le sieur de Blenac avait fait armer deux 
b&timents commandés par le sieur de la Sausaye, enseigne de vaisseau . 

£lle donne ordre aux sieurs de la Varenne et Ricouart, gouverneur 
et intendant des lies du Vent, aux sieurs de Ghateaumorant et ^ 
Mithon, gouverneur et commissaire ordonnateur à Saint-Domingue, 
de luy donner les avis et les secours de troupes et de milices qu'ils 
croiront luy estre nécessaires, et dont il estimera avoir besoin pour 
pouvoir réussir dans son entreprise. 

Sa Majesté ne peut donner au sieur Cassard, des ordres précis sur 
la proposition qu'il luy a faite d'aller enlever les nègres marrons qui 
sont à Tisle Saint- Vincent, parce qu'elle n'est point informée de la 
situation présent-e de c^s nègres avec les sauvages qui habitent cette 
même isle\- et, elle donne ordre aux sieurs de la Varenne et Ricouart 
d'examiner s'il convient, par rapport à l'intérêt des Isles du Vent, 
de faire cette entreprise; et, elle souhaite que le sieur Cassard ne 
l'entreprenne point sans leur consentement. 

Elle leur flaiit observer que quoi qu'il fut avantageux aux Isles |lu 
Vent de détruire ces nègres, il paroi stroit nécessaire auparavant de 
s'y déterminer, d'engager les sauvages à favoriser cette entreprise, 
parce que si elle se fait sans eux, il y a tout lieu de craindre qu'ils ne 
prennent le parti des nègres avec qui ils sont alliés, et que se décla- 
rant contre nous, nous ne tombions dans une guerre qu'il faut éviter^ 
et qui seroit cause de la destruction des habitations des bords de la 
mer de ces isles. Ainsi, on ne doit rien entreprendre sur cela qu'après 
mures délibérations. 

En cas qu'il soit jugé convenable que le sieur Cassard aille contre 
ces nôgres. Sa Majesté souhaite qu'il ne vende aux Isres du Vent que 
les femmes et les enfants au dessous de douze ans, parce qu'il seroit 

T. VI. NOTICES. — VI« ANNÉE, 1" LIV. 7* 



Digitized by 



Google 



W CASSARD 

dangeureuK de mettre dans cette isle ces nègres* qui sont aguerris, 
et qui peurroient aisément retourner de là à Saint-Vincent, li en 
pourra vendre quelques-uns à Saint-Domingue. Cependant, il seroit 
à souhaiter qu'il put s'en deffiB^re ailleurs que dans les colonies fran- 
çoises ; et Sa Majesté marque aux sieurs de la Yarenne, Ricouart, de 
Ghateaumorant et Mithon de hiy indiquer les moyens d'y panrenir, 
si la chose est possible. 

Sa Majesté luy fera observer que l'entreprise contre les nègres de 
Saint-Vincent doit être secrette, et luy recommande de n'en point 
parler, soit qu'il la fasse ou non. 

Si le sieur Cassard trouve des navires anglois ou holiandois faisant 
le commerce sur les costes des isles flrançoises de l'Amérique, Sa 
Majesté souhaite qu'il les arreste, et qu'il les remette au gouverneur 
et intendant de la colonie où il arrivera, auxquels Elle mande d*en 
Mre Instruire les procédures, et de tenir la main k ce qu'ils soient 
confisqués, s'ils se trouvent dans le cas. Sa Majesté luy recommande 
de n'arrester que les vaisseaux contre lesquels on pourra prouver 
le commerce étranger, afin de ne point donner de justes sujets de 
plaintes aux nations étrangères. 

Il leur remettra aussi les forbans qu'il prendra ; et ils ont ordre 
d'en Oirire bonne et briefve justice. 

Sa M«0^té ne prescrit rien au sieur Gassard, sur sa navigation et 
le séjour qu'il fera dans chaque colonie. Elle s'en rapporte à la ma- 
nière dont il croira devoir se conduire à cet égard, tant pour détruire 
les forbans> que pour l'intérêt de ses armateurs. 

Elle luy recommande d'informer le Conseil de marine des opérations 
de sa campagne, par toutes les occasions qu'il trouvera. 

Fait à Paris, le cinquiesme janvier 1717 
Signé : Louis. 
Approuvé : Philippe d'Orléans. 



Mémoire polir le S' Cassard, capi'ame de vaisseau du fîoy, 
et les intéressez en son armement, — Arch du Minist. de 
la Marine Dossier Gassard. 

Ils supplient très humblement Nos Seigneurs du Conseil de 
marine qu'il soit pourvu à leur remboursement d'une somme 

^ Las nègres marons qai sont à Tisle Saint* Vincent ; et qui ont déserté 
prtfqae tous des isles fran^oises de T Amérique. 



Digitized by 



Google 



GAS8ARD 99 

de 732.769 liv. 10 sols 2 deniers, conformément à l'arrest du 
Conseil d'Elat, rendu, Sa Majesté y estant, le 12 août 1715. 



Fait 



Le 2 dn mois de décembre 171 Me sieur Cassard fit un traité avec 
leKoy pour armer en course une escadre de six vaisseaux de S. M. 
contre les ennemis de FEtat ; afin de trouver les fonds nécessaires 
à rexécuUon d'un projet de cette importance, il engagea cinq négo- 
ciants de la ville de Marseille de se charger de cet armement. 

Par l'article 10 de son traité^ le Roy luy laisse, et aux directeurs de 
son Armement, l'entière disposition des vaisseaux et autres bâti- 
ments de l'escadre. 

St par le premier et dernier article du même traité, il est dit que 
cette campagne ne doit être que de huit mois. 

L'objet de l'armement du Cassard, était, suivant son traité, de 
faire la course sur les ennemis de l'Ëtat, et de ne la faire que pendant 
hnit mois : ses fonds étoient proportionnés & son objet, et ses vues ne 
s'étendoient pas plus loin. 

Peu de temps avant le départ de cette escadre, le S' Cassard reçut 
une lettre particulière du secrétaire d'Ëtat, ayant le département de 
la marine, en date du 10 Février 1712, par laquelle il luy marque que 
cette lettre est pour luy seul, et que l'intention du Roy est qu'il exerce 
par représailles tous les actes d'hostilités possibles sur les colonies 
ennemies ; qu'il en fasse sauter avec des mines les travaux et forti- 
fications, maisons, magasins, et tous autres bâtiments sans exception ; 
qu'il brûle les cannes de sucre et autres plantes en campagne ; qu'il 
fasse généralement tous les dégâts praticables dans une terre que 
Ton veut dévaster. 

A la lecture de cettre lettre, le S' Cassard connut tout l'embarras de 
sa situation ; comme capitaine de vaisseau du Roy, l'ordre et la 
gloire de son prince sont préférables à toutes autres veues ; comme 
armateur, le bien de l'armemeàt doit estre son premier objet : s'il suit 
ce qui lui est prescrit par le ministre, il prévoit bien qu'il ne pourra 
tirer aucune utilité pour ses armateurs dans les Colonies où il descen- 
dra, parce qu'il les doit brûler et dévaster, et que ce n'est qu'à titre 
de, conservation qu'on leur fait payer ordinairement des rançons ; 



/^ 



Digitized by VjOOQIC 



100 CASSARD 

s'il les ménage à prix d'argent, il n'exerce plus les représailles qui lui 
sont ordonnées» 

Il ne peut pas faire part des ordres qu'il a receuz aux intéressés 
dans son armement : la lettre n'est que pour lui seul. Et quoiqu'il 
connaisse qu'il va employer les fonds qu'ils luy donnent, différem- 
ment de leur propre intention, il ne s'occupe point des justes repro- 
ches qu'ils auront à luy faire et regardant l'obéissance qu'il doit à 
son Roy comme le premier de tous ses devoirs, il n'est plus rempli 
que des moyens qu'il pourra mettre en usage pour détruire les Colo- 
nies ennemyes. 

Il part ; il arrive aux Iles du Cap Vert, appartenantes aux Portugais ; 
il les attaque et prend la ville principale et le châiteau à discrétion ; 
et les fait ensuite sauter avec les autres fortifications ; il brûle les 
maisons, crève plus de 150 pièces de canon, et ruine entièrement la 
campagne. 

Il remet & la voile, et va attaquer & mille lieues de là la colonie de 
Surinam, appartenante aux HoUandois. Les pluies continuelles l'obli- 
gent de se retirer, et de remettre cette entreprise à une autre saison. 

Il fait route pour l'Isle de Montsera, distante de 500 lieues ; il la 
prend, la détruit, fait sauter les fortifications et brûle entièrement 
la campagne. 

Cette exécution faite, il retourne à Surinam, et après cinquante-cinq 
jours de navigation, il y arrive et ruine cette Colonie. 

11 attaque ensuite celle de Barbiche et celle de Saint-Eustache,tou- 
tes deux hollandoises, qu'il traite avec la même rigueur. 

Instruit que les Hollandois tirent des sommes considérables du 
commerce qui se fait de l'isle de Carassol avec les Indes d'Espagne, 
il va l'attaquer, oblige la ville à une contribution, et dévaste toute 
la campagne voisine. 

Dans toutes ces différentes exécutions, qui l'ont tenu vingt-sept 
mois à la mer, il agit partout en officier, et nulle part en armateur. 
Aussi la perte qu'il cause aux Colonies ennemis a été estimée à plus 
de trente millions, et n'en a produit à l'armement que deux millions, 
deux cent quatre-vingt-onze mille, six cent quatre vingt treize livres, 
dixsols, onze deniers. 

Le sieur Cassard, estant de retour en France, fut fort applaudy de 
la Cour, et fort peu de ses armateurs, qui ne s'appaisèrent qu'après 
avoir vu la lettre du 10 février 1712 : en son particulier, il trouvait 
son dédommagement dans les blessures honorables qu'il avoit reça 
en servant son Roy ;mais pour eux, il n'y rencontroient qu'une ruine 
assurée, s'ils estoient obligés de payer les dépenses excessives d'une 



Digitized by 



Google 



GASSARD 101 

•si longue campagne, si fort au dessus de leurs forces et du fond 
destinée pour le projet d'un armement de huit mois seulement. 

Les officiers et les équipages de cette escadre demandèrent d*estre 
payés au désarmement ; les armateurs inquiétés par eux, et hors 
d'état de les satisfaire, représentèrent très humblement au feu Roy, 
que le sieur Cassard ayant préféré la gloire de ses armes et Texécu- 
tion des projets essentiels qui luy avoient esté confiés pour Thonneur 
et le bien de FEtat, à leur utilité particulière, il étoit Juste que Sa 
Majesté se cbarge&t des prises, rançons et contributions faites, dont 
ils rendroient compte de clerc àmaistre, en les remboursant de leurs 
avances. 

Sa Majesté eut égard à leurs remontrances, et commit, par arrêt 
du Conseil, du 4 mars 1715, M. de Vanvré pour connoistre l'état au 
▼ray des^recettes et dépenses de l'armement du sieur Cassard, faire 
du tout une juste balance, et ensuite donner son avis. 

C'est sur le compte général arrestépar M. de Vauvré, et affirmé 
par le receveur des droits de son Altesse Sérénissime, qu'est inter- 
venu Tarrest du Conseil du 12aoust 1715. 

Cet arrest contient plusieurs dispositions. 

Par la première, il est justifié que les frais de la campagne du sieur 
Cassard, les charges ordinaires des prises et les répartitions faites 
aux ilbustiers et aux habitants des Isles Arançoises qui ont aidé à la 
dévastation des Colonies ennemies, se montent à la somme de 
3,22^7,1^ livres, 19 sols, 7 deniers. 

Par la seconde disposition de cet arrest, il est prouvé que les pri- 
ses et rançons n'ont produit que 2,291, f393 livres, 10 sols, 11 deniers. 

Par conséquent la perte effective faite par cet armement, se monte 
à la somme de 935,462 livres, 8 sols, 8 deniers. 

Ce même arrest, par une troisième disposition, décharge l'arme- 
ment du paiement d'une somme de 30,000 livres prétendue par les 
officiers et soldats qui ont été k l'attaque de Carassol. 

11 faut savoir que le sieur Cassard, ayant été dangereusement 
blessé au commencement de l'attaque de Carassol, fut emporté sur 
son bord, d'où il donna ordre de promettre par un ban à la tête des 
troQpes,la somme de 30,000 livres ; mais c'était k condition expresse 
que l'on prendrait cette place. Au lieu de s'en rendre les maîtres, on 
se contenta d'en tirer une contribution de 1 15,000 piastres, qui furent 
payées en marchandises et en denrées ; ainsi c'est avec grande raison 
que Sa Maijesté en a déchargé l'armement. 

Par une quatrième disposition cet arrest déboute les troupes et 
éqaipages d'une demandede 30,000 l. pour retranchement des vivres ; 



Digitized by 



Google 



102 GA88ARD 

la raison de cette décision est que pendant la plus grande partie du 
temps de ce retranchement, ils ont vécu & discrétion sur le pays 
ennemi. 

Cinquièmement. Sa Majesté décharge ce môme armement d*ane 
somme de 94,61 1 livres, 1 sol, 8 deniers, à laquelle se montoit le 
dixième des prises, contributions et rançons appartenant à TEtat- 
miOor et aux équipages, parce que S. M. les a gratifiés d'une somme 
beaucoup plus considérable, ainsi qu'il sera justifié cy après. 

Enfin, il se trouve que Sa Majesté a fait remise à cet armement 
d'une somme de 237,001 livres 1 sol 8 deniers, à laquelle se montoit 
le cinquième des prises et rançons qui revenoit à S. M. 

Les supplians ont l'honneur d'observer au Conseil, que par le trai- 
té du 2 décembre 1711, S. M. étoit convenue que les avances que 
feroient les armateurs pour agrès, carennes et autres fournitares 
spécifiées seroient prélevées sur le cinquième. Or ces avances se sont 
trouvées monter à 154,983 1. 9 sols, 11 deniers. Donc, ledit cinquième 
se trouvoit réduit à la somme de 82,017, 1. 1 1 sols, 9 deniers, de laquelle 
S. M. a exempté l'armement, parce qu'en premier lieu, ayant eu la 
bonté de recevoir les armateurs à compter de clerc à maistre, elle 
s'est chargée des profits et pertes de l'armement ; et en second lieu, 
parce que suivant ce compte général, et comme il va être expliqué, 
S. M. a obligé les armateurs à payer des sommes plus considérables 
aux lieu et place de cet article. 



Total des parties du payement desquelles le Roy décharge 
les armateurs j en se chargeant de F armement. 

Bon de Carassol 30,0001. 

Retranchement des vivres 30,000, 

Dixième des prises et contributions . . 94,61 1 , 1 s, 6 d. 

Cinquième du Roy 82,017, Ils. 9d. 

236,628. 13 s. 5d. 

Comme la bonté avec laquelle le Roy est entré dans la triste situa- 
tion des armateurs, pourroit donner lieu de croire que c'est aux 
dépens des officiers et des équipages, il est à propos de faire remar- 
quer à Nosseigneurs du Conseil : 1"* que les exemptions des quatre 
articles ci dessus ne sont que desimpies compensations à l'égard des 
armateurs. 



Digitized by 



Google 



GAS8ARD 103 

2* que le Roy a pourru d'ailleurs au dédommagement de lUtai- 
Mijor et des équipages, en leur faisant payer par les armateurs beau-» 
coup an delà de oe qu*ils pouvoient prétendre. 

Pour les Armateurs. 

Pendant cette campagne, qui fat de vingt sept mois, trois bâti- 
ments, firent nauflbuge. Suivant la disposition de TOrdonnanoe du mois 
d'août 1661, titre 4, art. 8, les mcUelQ» ne peuvent prétendre auoun 
loyer : S. M. a voulu que les armateurs aient payés ces appointe^ 
ments. qni se sont trouvés monter à la somme de .âl8,âôl^ 16* 

Qu'ils aient donné des gratifications à TEt^Major 
en compensation, qui se trouvent monter, compris 
ce qui n'a pas encore esté payé, suivant les états 
certifiés, envoyés au Conseil par M. de Bellefontalne, 
qui les a réglés à la somme de 67,490* 12« 6*» 

Auisoldats 5,000 » » 77,490M2« 6* 

Aux veuves 5,000 > » 

*^95,752» 8- 6*» 
Toutes les parties que les armateurs sont déchar- 
gés de payer, qui regardent le Roy, TEtalr-Major et 
les équipages ne montent qu'& la somme de. .... . 236,628* 13' 5<> 

59,123* 15' 1* 



Ainsi ceqne les armateurs ont payé, excède les sommes qui leur ont 
été remises par Tarrest du Conseil, de cinquante neuf mille cent vingt 
trois livres, quinze sols, un denier. 

Il s'agit présentement de faire voir ce que le Roy a fait payer à 
rïtat-MajoE et aux équipages, beaucoup au dessus de ce qui leur 
éftoit dû. 

Pour VEtai'MaJor 

On iuy paie, comme il est justifié cy devant par forme de gratifia* 
cation et d'équivalant du dixième , 67,490* 12" 6^ 

Tout le net produit du dixième des prises 
rançons et contributions de la campagne, monte 
à 94.61 J* 1*8^, dotttilluyen reviendroit la moitié 
quiest - 47,305* 10« lO'* 

Reste 20,185* !• 8* 



Digitized by 



Google 



104 GASSARD 

Ainsi, TËtat^Majoraura reçu audessusde son contingent du dixième, 
20,185M* 8"^ que les armateurs n*ont consenti de payer qu'après que 
M. le Bailli de Bellefontaine Ta réglé de même avec le sieur Casaard . 



Pour les Equipages 

Le Roy leur a fkit gr&ce de leur faire payer par les armateurs, 
contre la disposition de l'ordonnance, les loyers des dégradés qui 
se montent à la somme de :il8.26P 16« 

Aux soldats et aux veuves 10,000, 

228,26P 10« 
La moitié du net produit du dixième qui leur 

revient pour le contingent monte à 47,305» 10* 10*» 

180,956» 5» ti^ 



Ainsi les équipages ont reçu des armateurs cent quatre mille 
neuf cent cinquante six livres, cinq sols, deux deniers au dessus de 
leur dixième. 

Quoique les sommes que les armateurs ont payées à TEtat-MaJor 
et aux équipages, par ordre du Roy, au dessus de ce qui leur estoit deu 
montent à deux cens un mille cent quarante une livres, six sols, dix 
deniers, il est pourtant vray que les équipages qui ont fait un heu- 
reux retour, n'ont rien reçu en équivalant des 47,305» 10« W qui leur 
revient du dixième entre eux et les dégradés^ si ce n'est les dix mille 
livres qu'on donne aux soldats et aux veuves. Us demandent leur 
paiement aux armateurs, mais comme ceux-ci ont rendu compte de 
derc à maistre, et que le Roy, par ses arrêts s'est chargé des profits 
et pertes de l'armement, S. M. y pourvoira, et aura pour ses équi- 
pages tels égards qu'elle jugera à propos. 

On a été obligé d'entrer dans ce détail et d'interrompre l'explication 
de Tarrest du 12 aoust 1715, afin de faire connaître que les ofilciers 
et les équipages ont été traités avec plus de faveur que s'ils avoient 
reçu le paiement des trois sommes dont les armateurs ont été dé- 
chargés. 

Sa Majesté ordonne en outre parce môme arrest que les armateurs 
seront payés comptant par le trésorier de la marine de la somme de 
98,917»4 sols, il deniers pour le remboursement des vivres par eux 
fournis aux équipages dégradés et ramenés des Iles d'Amérique. 



Digitized by 



Google 



CASSARD 105 

Sxeédant des dépenses de la campagrne du sieur 
Cassard monte à 9a5,462* 8« 8«» 

Si les sommes dont les armateurs sont déchargés 
sont évaluées par l'arrêt à rî91,612» 3« 4* 

Ainsi les armateurs se trouvent encore en souf- 
Irancede 543,a50» 5» 4'» 



Sur rindemnité de laquelle le Roy promet de pourvoir incessam* 
ment par ledit arrest. 

Les choses en cet état, le sieur Cassard et ses armateurs supplient 
très humblement Nos Seigneurs du Conseil de Marine de faire ordon- 
ner le paiement des 88,919 1. 4 s. 10 d., qui leur doit être fiait par le 
Trésorier de la marine, conformément à Tarrest du \2 aoust 1715, et 
de leur faire expédier une ordonnance de cinq cent quarante trois 
mille huit cent cinquante livres, cinq sols, quatre deniers pour leur 
indemnité, et pour les mettre en état de payer ce qui reste du aux 
officiers et équipages pour le désarmement. 

Il est aisé de connaître, par ce que Ton a expliqué ci-dessus, que 
Tobéissance du Sieur Cassard aux ordres du Roy, que sa fidélité à 
conserver le dépôt de représailles qui luy étoit confié, et que remploi 
qu'il a fait des fonds des intéressés en son armement, sans leur par- 
ticipation, et contre leur intention, a réduit ces négociants à la der- 
nière extrémité. 

One le feu Roy a vu qu'il étoit de sa justice de se charger luy 
même des fraits de Tarmement du sieur Cassard, puisqu'il n*avoit 
porté le fer et le feu dans les Colonies ennemies que pour la gloire et 
la vengeance de la Nation, au lieu qu'en les ménageant il en auroit 
tiré des contributions qui auroient fait sa fortune et celle de ses 
armateurs*. 



Délibération du Conseil de marine sur l'affaire du sieur 
Cassard. — Arch. du minist. delà roarine. Dossier Cassard. 

Le conseil de marine ayant examiné par ordre de celui de Régence 
les prétentions du S' Cassard et de ses armateurs sur les dédomma- 
gemrats, qu'ils prétendent leur estre deus par le Roy, et celles des 
ofliciers et équipages qui composoient l'armement, contre les arma- 

* De nmpniaevî^ de C. L. Thiboust, place de Cambraj; 4 pp. in-folio. 



Digitized by 



Google 



106 GA88ARD 

leurs, il paroist que la demande de ces équipages d'une somme de 
30,000 1. qu'on leur avoit promis par un bon en cas de jurise de 
Carassol, doit être rejetWè, cette ville s'étant rançonnée, sans pour 
ainsi dire qu'il y ait eu d'attaque, et d'ailleurs les armateurs en ayant 
été déchargés par Arrest du 12 août 1715. 

La seconde demande des mêmes équipages, pour une prétendue 
diminution des vivres, ne paroitpas mieux fondée, attendu que pen- 
dant la plus grande partie du temps qu'ils prétendent que cela leur 
est deu ils ont, été nourris à discrétion dans le pays ennemy, et 
beaucoup mieux traittés qu'ils n'auroient estes dans le vaisseau. 

La troisième demande des équipages qui regarde le dixième des 
prises qui ont été faites, paroist juste. La somme totale x>our ce qui 
les regarde dans ce dixième monte à 47,000 1. dont 10,000 1. ont été 
payées ; et le S' Cassard doit être tenu coiyointement avec les arma* 
teurs à leur ^payer le reste, argent comptant. Quant aux officiers 
qui prétendoient leur estre deu pareille somme de 47,000 1. pour le 
môme dixième, il paroist que les armateurs y ont satisfait, et môme 
au delà, depuis le premier compte qui a été rendu de cette affaire au 
Conseil de Régence, Ainsi il n'en feut plus parler. 

A l'égard de l'article le plus considérable qui est le dédommage- 
ment du par le Roy à ces armateurs, il paroist que dès le commence- 
ment de l'armement duRôy a fait agir le sieur Cassard par ses ordree, 
et que la campagne qu'il lui a fait faire a été de vingt*sept mois» au 
lieu de huit mois, que les armateurs avoient réglé par leur traitté, 
fait avec le Roy lorsque S. M. leur prêta ses vaisseaux. Il paroit par 
les arrêtés de comptes que M. de Yanvré a fait par ordre de S. M., 
que la dépense excède la recepte de la somme de 543,850 1. 8 s. 4 d., 
de quoy on doit ajouter celle de 88,919 l. 4 s 10 d. qui leur avoit été 
donnée comptant sur le trésorier de la marine, pour la subsistance 
des équipages dégradés qu'ils ont ramené ; de laquelle somme de 
88,919 1. 4 s. 10 d. ils n'ont point été payés. Et celle de 94,6 11 1. 1 s. 8 d. 
pour le dixième qu'ils ontpayé ou doivent payer aux équipages, dont 
S. M. les avoit déchargés par arrêt du 12 août 1715, et qui paroissant 
néanmoins légitimement deue, vient à la charge du Roy. Ces trois 
sommes ensemble montant à celle de 727,380 l. U s. 10 d., qui paroit 
légitimement deue, et le Conseil de Régence ayant témoigné souhaiter 
qu'on en diminuât une partie, à cause de la difficulté du temps, le 
Conseil de marine estime qu'on ne peut donner moins que la somme 
.de 625,000 1., laquelle estant payée en billets d'Etat, quoique mise 
dans la classe la plus favorable, sera réduite à la somme de 500,000 1., 



Digitized by 



Google 



GA8SARD 107. 

sur laqaelle on doit observer que les armateurs seront obligés de 
faire plasieors paiements argent comptant. 

Fait et &rresté par le Conseil de Marine, tenu au Louvre, le 
I5juinl716. 

L. A. BB Bourbon. 
Le Maréchal d'Estrébb. 
Par le Conseil : Lachapblle. 



Atrest qui réduit les prétentions du S' Gassard, capitaine 

de tjaisseau, pour raison de l'armement fait d'une 

Escadre de six vaisseaux en 1712 ^ à là somme de 

625^000 l. — Àrch. Nationales : minutes d'Arrest du Conseil 

d'Estaldu Roy, registre, avril, may, juin 1716. Coté E' 1985. 

A Paris^ le 16* juin 1716. 

Ym PAR LE Rot, estant en son Conseil, la Requeste présentée à 
Sa Majesté par le S' Gassard, capitaine entretenu dans la marine, le 
vingt neuf octobre mil sept cent quinze, contenant que par arrest 
rendu en iceluy le quatre mars précédent, le S' de Yanvré conseiller 
en ses conseils, intendant de la marine du Levant, auroit été commis 
à Texamen du compte de la recette et dépense de Tarmement d'une 
escadre de six: vaisseaux ou frégattes, que Sa Majesté luy a confié 
en mil sept cent douze, pour faire la course sur les ennemis de TEs- 
tat, par la balance duquel, arrestée par ledit S'^ de Yanvré le trente 
juin dudit an, les dépenses de l'armement se trouvent excéder le 
produit net des prises, contributions et rançons, faites par ladite 
Escadre, de la somme de neuf cent trente cinq mille quatre cent 
soixante deux livres, huit sois, huit deniers, et que Sa Majesté ayant 
reconnu qu'il estoit de la justice de prendre ledit armement et les 
événements d'iceluy pour son compte, attendu qu'il avoit esté uni- 
quement employé, suivant ses ordres, pour le service de l'Estat, et 
à la destruction des colonies ennemies,seroit intervenu autre arrest, 
du douze aoust audit an, par lequel Sa Majesté, en att.endant le 
par/ait remboursement de l'exédant des dites dépenses, auroit 
déchargé le dit S** Gassard et ses armateurs du payement de trois 
eei]tquatrevin£rtonzemillesixcentdouzeliv.troissols,quatredeniers; 



Digitized by 



Google 



lOS GAS8ARD 

sçavoir : deux cent trente sept mille une livres, un sol, six deniers, à 
quoy montoit le cinquième qu'elle auroit pu prétendre sur les pri- 
ses faites par un armement de course ordinaire ; quatre vin^ 
quatorze mille six cent onze livres, un sol, six deniers qui auroient 
appartenu pourdixième aux officiers et équiqages ; trente mille livres 
& quoy les dits équipages faisoient monter leurs prétentions, sous 
prétexte de rations retranchées pendant la campagne, et pareille 
somme de trente mille livres que demanderoient les soldats, pour 
gratiffication à eux promise par un ban lors de la descente à Caras- 
sol, en cas que la place fust emportée de vive force ; et que par le 
mesme arrest dudit jour douze aoust mil sept cent quinze, Sa Majes- 
té auroit encore ordonné qu'il fust remboursé audit sieur Gassard 
par le Trésorier de la marine, la somme de quatre vingt huit mille 
neuf cent dix neuf livres, huit sols, six deniers, pour le montant des 
vivres pariuy fournis aux officiers majors et équipages des vais- 
seaux nauSragés en Amérique pendant la campagne, jusqu'à leur 
arrivée dans les ports de France. Pour la validation duquel arrest. 
Sa Majesté vouloit qu'il fust expédié touttes lettres nécessaires ; 
seconde requeste dudit S' Cassard, du douze février mil sept cent 
seize, tendante à ce qu'il pleust à Sa Majesté ordonner son payement 
des deux sommes adjugées à luy et à ses armateurs par ledit arrest 
du douze aoust dernier, montant ensemble à six cent trente deux 
mille sept cent soifxante neuf livres, quatorze sols,deux deniers ; sça- 
voir : cinq cent quarante trois mille huit cent cinquante livres, cinq 
sols quatre deniers, pour l'excédent des dépenses au delà du produit 
net des prises et rançons faites par ladite escadre ; et quatre vingt 
huit mille neuf cent dix neuf livres, huit sols, six deniers, pour la sub- 
sistance des officiers et matelots dégradés, depuis la perte des Vais- 
seaux, jusqu'à leur retour dans les ports de France. — Veu aussy 
la requeste du dix mars dernier — au nom des officiers majors et gens 
des équipages, tendante à estre rétablis et reçus, nonobstant le dit 
arrest du douze aoust, à toucher leur part du dixième des prises et 
rançons de la campagne, montant à quatre vingt quatorze mille six 
cent onze livres, deux sols, six deniers. — Troisiesme requeste dudit 
S"" Cassard, du deux avril dix sept cent seize, portant qu'au lieu de 
quarante sept mille trois cent cinq livres, dix sols, neuf deniers, reve- 
nant aux officiers majors pour leur part au dixièsme, il leur auroit 
fait compter en gratiffications ou autrement, jusqu'à la somme de 
soixante douze mille quatre cent quatre vingt neuf livres, «iix huit 
sols dix deniers, suivant l'Estat cer*iffié le neuf mars dernier pare 
S'*Catelin, commissaire préposé au bureau des armements à Toulon, 



Digitized by 



Google 



GABSARD 100 

et que s'il luy estoit ordonné de payer pareille somme, de quarante 
sept mille trois cent cinq livres, dix sols neuf deniers, aux officiers- 
msOors, matelots et soldats, pour prétendue part au dixiesme des 
prises ; il suppliait Sa Mijesté de considérer qu'il seroit pour lors 
en avance de la somme de sept cent vingt sept mille trois centquatre 
vingt livres, quinze sois huit deniers ; au lieu de celle de six cent 
trente deux mille sept cent soixante neuf livres, quatorze sols, deux 
deniers, à quoy son dédommagement auroit esté liquidé par le dit 
arrest du douze aoust mil sept cent quinze, dont il requéroit qu'il 
pleuste au Roy ordonner le remboursement, et le décharger de touttes 
prétentions de la part des dits officiers majors et Équipages. 

Yen les dits arrests des quatre mars et douze aoust mil sept cent 
quinze, la balance arrestée par le S. de Vanvré le trente Juin audit 
an, les requestes respectives cy dessus et autres pièces, ouy le 
rapport, et tout considéré. 

Sa Majesté estant en son conseil, de Tavis de M. le duc d'Orléans, 
Régent, ayant esgard à la requeste du dix mars dernier, pour ce qui 
concerne les officiers-mariniers, matelots et soldats, a ordonné et 
ordonne qu*il leur sera incessamment payé par le sieur Cassard, en 
deniers comptantoiiquittances, la somme de quarante sept mille trois 
cent cinq livres dix sols neuf deniers, qui leur revient pour leur 
part au dixiesme des prises et rançons faites par ladite escadre ; que le 
Roy veut estre distribuée entre eux en la manière prescrite par l'ordon- 
nance de mil six cent quatre vingt douze ; et attendu qu'il a paru à 
Sa Majesté que le dit sieur Gassard a satisfait au payement de tout 
ce qui estoit deu aux aux o fflciers majors» elle Ta déchargé et décharge 
de tonte recherche en cet esgard. Veut au surplus. Sa Majesté, que 
Tarrestdu douze aoust mU sept cent quinze soit exécuté selon sa 
forme en teneur, sans néant moins que le dit S** Cassard puisse, en 
faveur dudit arrest, revenir contre ie payement par luy fait, aus dits 
officiers ms^ors. Ordonne en outre Sa Majesté que pour parfait rem- 
boarsement aud. S' Gassard, des sommes dont ses armateurs et luy 
sont en avance, suivant le résultat cy dessus, montant à sept cent 
vingt sept mille trois centquatre vingt livres quinze sols huit deniers, 
il lui sera expédié une ordonnance sur le S»- Deselle, trésorier géné- 
rai de la marine, de la somme de six cent vingt cinq mille, livres, paya- 
ble les fonds faits ou à faire pour les huit premiers mois de son exer- 
cice de mil sept cent quinze, à laquelle Sa Majesté a réduit et liquide 
toutes les prétentions du lit 8' (:..hi:;.rd au sujet du dit armement. 
Moyennant quoy ledit S. Cassard, ses armateurs et tous autres se 



Digitized by 



Google 



110 GAS8ÀRD 

tiendront contents et satisfaits.St pour l'exécution du présentarrest. 
Sa Majesté ordonne que touttes les lettres nécessaires soient ex- 
pédiées. 

VOTSIN. L. A. DE BOURBON. 

Lb Maréchal d*Estbébs. 



Arrêt qui renvoie devant les juges ordinsiires les 
demandes et contestations restantes à juger entre le sieur 
Cassabd, et les direcletirs et intéressés à ses armements en 
course. — Ârch. du Minist. de la Marine; Dossier Gassard. 
Reg. mat. 387, /• 171. ^ 

13 juillet 1726. 

Veu par le Roy, estant en son Conseil, la requeste présentée par le 
sieur Cassard, capitaine entretenu dans la marine, et contenant 
qu'ayant armé plusieurs vaisseaux de Sa Majesté, en 171 1 et 1712, 
pour fkire la course sur les ennemis de l'État, il se réserva les trois 
quarts d'intérêts, et confia l'administration des dépenses et du pro- 
duit de ses prises et des contributions à cinq négociants de Marseille, 
lesquels ne lui rendant point compte, il les fit assigner à l'Amirauté 
de cette ville, d'où l'affaire portée ensuite au Parlement d'Aix, dans 
la crainte qu'il eust d'essuyer des longueurs et des frais en y procé- 
dant, il obtint un arrêt de Sa majesté, du 13 septembre 1717, qui ren- 
voya toutes les demandes et contestations formées et à former entre le 
suppliant et ses associés pour raison desdits armements, tant devant 
les juges de la dite Amirauté qu'audit Parlement d'Aix, et en toutes 
autres juridictions, circonstances et dépendances, audit le Bret, 
Intendant de justice, police et finances en Provence, et premier Pré- 
sident au Parlement d'Aix, quelle commit pour, conjointement avec 
le lieutenant général et le procureur du Roy au dit siège de l'Amirauté 
de Marseille, et les autres gradués en nombre compétantqu'ilpourroit 
choisir, entendre les parties et les juger en dernier ressort, avec 
deffenses & tous juges d'en plus connoitre, et aux parties d'en con- 
tinuer les procédures devant tous autres que lesdrts sieur Le Bret 
et ses adjoints. Que depuis ce temps, plusieurs chefs de contestations 
ont été instruits etjugés ; mais, qu'en restant encore à juger la plus 
considérable partie, il ne peut en poursuivre la décision devant les 



Digitized by 



Google 



CA^SAftD 111 

mtoes Juges de la commission, non-seulement par les longueurs 
qti*il 4 été obligé d'essoyer, les fms et les dépenses qui en sont les 
suites, mais encore parce que quelques-uns de ces mêmes juges ont 
marqué tant de présentions contre lui, qu'il a été obligé de les 
recaser. Par ces raisons, il supplioit Sa Majesté de renvoyer en jus- 
tice réglée tout ce qui reste à Juger des contestations d'entre lui et 
les directeurs et intéressés en ses armements, cy-devant renvoyés 
par ledit arrêt du conseil du 13 septembre 1717, par devant le Bret 
et autres commissaires, pour y procéder suivant les derniers erre- 
ments. Vu ledit arrêt, ravis dudit le Bret sur Testât des contesta- 
tions dont il s'agit, ouy le' rapport du sieur comte de Maurepas. 
secrétaire d'Ëstat, ayant le département de la Marine, et tout 
considéré. 

Sa Majesté estant en son Conseil, a renvoyé et renvoyé devant les 
jages ordinaires les demandes et contestations restantes à juger 
entre le sieur Gassardetles directeurs et intéressés en ses arme- 
ments de course, cy-devant renvoyés par Tarrest du 13 septembre 
1717 par devant le sieur Le Bret et autres commissaires, dont Texé- 
cution cessera du jour de la signification du présent arrest, pour être 
procédé devant lesdits juges ordinaires et lesdites demandes et con- 
testations, suivant les derniers errements. Fait deffense aux parties 
de se pourvoir ailleurs,^ peine de nullité et de tous dépens, dommages 
et intérêts 

États de services de M. de Bandeville de Saint-Perrier^ 
capitaine de vaisseau. — Arch. du minist. de la Marine. 

AwNi Henry de Bandeville Saint-Perrier, originaire de Paris. 

Nommé Garde marine '— Toulon — le — 24 décembre 1683 

— Enseigne de vaisseau — id. — le — 2 avril 1687 

— Lieutenant de vaisseau— id. — le — l*' Janvier 1692 

— Capitaine de frégate — id. — le — 9 septembre 1706 

— Capitaine de vaisseau — id. — le — 17 mars 1727 
Mort Commandant le Solide — id. — le — 22 novembre 1740 
Cheyalier de Saint Louis, le 5 septembre 1706 

Sur leFleuron, en février 1690 ; —Sur le Hardi,en septembre 1691 ; 
- Sur lePrécteuoffj de mars 1692 à août 1602 ; — Sur VÂrrogant, de 
JMfier 1693 à juillet 1693 ; —Sur le Neptune, de mai, 1697 à septembre 
1697; -Sur Je Trident, de mai 1698 à décembre 1698 -, — Sur leXy«, 
deaTra llQl à octobre 1701 ;— Sur le Fleuron, de mars 1702 à no- 



Digitized by 



Google 



112 CASSARD 

wmbrel702 ;r-S\xrïeConquérarU,de août 1703.àdéd«iibre 1703; -^Sur 
la Fortune^ de janvier 1704 à avril 1704 ; — Sur lé Monarç[ue, de inai 
1704 à octobre 1704 ; — Sur le Nepùtme d'octobre 1710 à mars 171 1 ; 
-^ Sur le Téméraire^ de mars 171;:^ à mars 1714 ; -^ Sur le Toulouse^ 
d'avril 1724 à octobre 1724 et de mai 1727 à août 1727 ; — Sur le 
Saint-Esprit^ de juin 1728 & septembre 1728 ; — Commandant le 
iTép/itr,: (Croisière devant Tripoli et mission à Tunis), de janvier 
1729 à juillet 1729; — Commandant le Solide, de mai 1734 à octobre 
1734 ; — Commandant le Solide (Escadre de M. de la Rochalar), du 20 
août 1740 au 22 novembre 1740, jour de son décès. 

Etats de ëervices de M. J. Cassard, capitaine de vaisseau 
Arch. du Minist. de la Marine. 

Cassàrd Jacques, capitaine armateur. 

capitaine de brûlot, 24 juin 1709. 

capitaine de frégate, 20 janvier 1710. 

capitaine de vaisseau, 25 novembre 1712. 
Retiré avec 2,400 livres 1" décembre 1731. 
Tombé en démence et renfermé à Notre-Dame-des-Vertu3, le 
7 février 1735. 

Mort à Ham, le 21 janvier 1740. 
Chevalier de Saint-Louis, le 28 juin 1718. 

Une note du môme dépôt complète ainsi ces renseignements: 

Sur le Parfait : février 1710, (course) au l*' août 1711. 
Sur le I^eptune : novembre 1712, au mai 1711. 
A a Cour : juin 1714. 
Présent : juin 1714 
Absent à Toulon : mai 1715. 

1717, absent du port. 

1718, id. 
Présent à Toulon, 1719. 

A Marseille, septembre 1720. 

A Toulon, 1721. 

A Paris, décembre 1722. 

1723, 1724. 
Absent 1725, 1726, 1727. 

1728, 1727, 1730. 

S. DE LA NiCOLUÈRE-TeIJEIRO. 



Digitized by 



Google 



NOTES HISTORIQUES 

8UK 

PRIGNY ET LES MOUTIERS' 



CHAPITRE Vn. 



-^\* cent se faire que la plus ancienne église de Prignyail 
\ élé celle dédiée à Saint-Pierre. Prigny ou, probablement, 
*- MiWac, était un fort, un oppidum. Les premiers chrétiens 
qa\ ne se hasardaient guère à célébrer leur culte dans l'enceinte 
des grandes villes, ne pouvaient pas môme en avoir la ten- 
tation dans les simples Vici, et encore moins dans les. forte- 
resseç, où tout était consacré aux exigences militaires. 

k Nantes, le berceau du christianisme doit être recherché 

à Saint-Similien et du côté de Saint-Donatien, tout à fait en 

dehors de l'ancienne cité nantaise, comme à Angers, il est 

connu que les premiers fidèles s'assemblaient en dehors de 

la cité des Andes, dans le cœmeterium transformé en place 

da Balliemeni, et dans le lieu de la Doutre, où se trouvait la 

tb9péile Notre-Dame, devenue leRonceray. 

On peut affirmer qu'à Prigny Téglise Saint-Jean-Baptiste, 
dans l'enceinte même de la citadelle, a beaucoup moins lieu de 
réclamer la primogéniture, que celle de Saint-Pierre qui n'é- 
tait que dans le faubourg. Cette dernière avait été rendue 
au culte aussitôt que les Normands permirent de recommencer 
i habiter ce pays, et, vers Tan 1050, elle était desservie par 

Vdr b IrnaiiOB dt nov«mbre IM9. ^ 

t. VI. — nancmu^ — vi^ année, !»• uv. « . 



Digitized by 



Google 



114 . PRIGNY BT LES MÔÙTIIfiâé 

Even qui y vivait avec ses enfants. Son épouse était-elle 
morte ? était-elle entrée dans un couvent f C'est ce que nous 
ignorons» mais aucun document venu à notre connaissance 
ne la signale comme existante. 

Ses fils ^e, nopimaiçnt : HélioUjj Tanneguy et Haton. Il est 
très probable que, suivant l'usage, Even appartenait à quelque 
famille noble du pays ; c'est peut être lui qui signe en 1048 
la donation, faite à Saint-Serge, du prieuré de Chéméré avec 
Judicaël le Viguier, mari d'Adénor. Il signe 'avec Tévêque 
Budic parce que, sans doute, il était un des intéressés. La 
facilité avec laquelle ce prêtre s'entendit avec le môme Judicaël 
seigneur de Prigny, au sujet de la chapelle Notre-Dame, et 
celle que nous allons lui voir montrer par rapport à Saint- 
Pierre, nous porte à croire qu'il avait d'autres ressources 
pour vivre, que sa cure. Il est peu probable qu'il ait dû à la 
science sa nomination à la cure de Saint-Pierre. Le bon Even 
nous apparaît avec toute la naïveté de son temps, peu cha- 
touilleux au sujet de ses droits, encore moins pour les droits 
de son évoque. 

Disons d'abord qu'en 1062 les ipoines de Redon ne possé- 
daient rien à Prigny. Ce ne fut môme que cette année qu'ils 
reçurent leurs premières dépendances dans le pays d'Outre- 
Loire, à Prossay, Marne etc. (Voir cartulaire de Redon, 
N charte 285). Quiriac signa cette charte avec ses archidiacres 
Auvé et Guillaume et le comte Hoôl. L'indiction i& de cet 
acte court du !•' septembre 1061 au 1" septembre 1062 ; comme 
il est écrit le 25 octobre (8« Kl. novembre), il s'ensuit que, pour 
nous, cette pièce est de l'an 1061, ce qui confirme ce que nous 
avons dit plus haut au sujet de l'ordination de Quiriac. Ce pré- 
lat saisissait cette occasion de se rendre favorable, les moines 
de Redon, jusqu'à ce moment très prononcés contre lui. 

Malheureusement le diplôme sur lequel nous allons établir 
la donation de saint Pierre à l'abbaye de Redon est incomplet. 
Nous l'avons extrait du petit cartulaire de cet abbaye et M. de 
Courson l'a placé 63* dans son appendice, Il commence par ces 
mots... <t Concessit quod inmonasterio Sancti Salvatoris^ ipie 



Digitized by 



Google 



' PKIGNY ET LE» M0ÛTISR8 41E> 

et Hato âlius suus, habitum - Sancti Benedicti suçcipierin. » 
n concéda (sans doute Tabbé de Redon) que lut et son flls 
Haton, recevraient l'habit de saint Benoit. » (Lm.est Even, 
puisque nous le savons père d'Haton). Voici à quelles con- 
ditions cette gracieuseté était faite. « Après qu'il aurait 
donné et concédé, à perpétuité, à Téglise et aux moines de 
Saint-Sauveur, tout pouvoir sur sa personne, et qu'il se serait 
fait leur sujet, ainsi que ses flls Helion, Tanneguy et Haton, 
lequel par l'inspiration divine, quoique le plus jeune, précéda 
ses frères et son père, et devint un de nos moines, en rece- 
vant le saint habit religieux. » 

Ce fragment de charte ne permettrait pas d'avancer qu'il 
s'agit ici d'une démarche d'Even, curé de Saint-Pierre, s'il 
n'avait une suite que nous allons traduire. 

<« Le susdit Even et ses flls réitérèrent leur donation, et 
concédèrent à perpétuité à notre église la possession d'une 
église dans le territoire de Pru«:ny (in territorio pruniacensi), 
fondée en l'honneur de saint Pierre, en môme temps que 
leur propre maison, qui était dans le cimetière, et le jardin 
attenant à cette maison, et en plus cent aires de salines avec 
leurs bossis. Ces ai.es s'étendent du cimetière à la mer\ Les 
susdits personnages nous donnèrent en outre une chapelle 
dans la ville môme de Prugny, fondée en l'honneur de 
saini Jean l'Évangéliste. Les témoins de cet acte furent entre 
autres : Harscuide, notre maire et Tudual de la Gressière. » 
Ici le maire (Major), c'est le seigneur, et ce seigneur, c'est 
celui de Sainte-Ooix ou de Machecoul, pour prendre le terme 
employé depuis. C'est ce môme Âscoide (aliàs : Harscoat) que 
nous avons déjà vii. li semble qu'il faut en conclure que 
Saint-Pierre ne relevait pas du seigneur de Prigny, mais di- 
reclement de celui de Retz. La famille de Judicaël et de 
Gueffier ne parait aucunement dans cette transaction, à la- 
quelle se trouve plutôt. môle le seigneur de la Gressière ; ce 

* € QntB ùre» incipiunt à cimiterio et persévérant usque ad mare. » Ce 
texte nous prouva qa*&u onzième siècle la mer n'était pas éloignée de Téglise, 
rar tnt tares de salines, même aree lenrs bossis, ne Tont pas loin. 



Digitized by 



Google 



!!• PRIONY ST LS8.1iOÛ99Bll8 

qui semble indiquer l'intention bien arrdtée de laisser en 
dehors la famille de Prigny, qui, peut-être, eut facilement 
élevé quelques prétentions sur Saint-Pierre, comme nous 
verrons en effet les abbesses de Ronceray qui succédèrent & 
ces ch&telains, en mettre en avant. 

Un habitant du bourg des Moutiers qui lirait ce diplôme le 
croirait volontiers de date récente, avec ces noms d'aires, de 
salines et de bossis. 

Les salines sont connues de tout le monde, avec leurs 
compartiments qui sont ici nommés des aires, et souvent, 
depuis quelque temps, des œillets, mais les bossis le sont 
moins . Il faut en avoir vu pour s'en rendre compte. Que l'on 
se figure des marais coupés très irrégulièrement par de 
larges fossés. Les bossis en sont les talus, mais avec des 
proportions qui s'étendent & huit ou dix mètres et plus, 
formant des carrés ou des ellipses plus ou moins corrects. 
Chaque année le curage des fossés rejeté sur le bossis le 
hausse et l'élargit. On sème sur ce monticule; du blé, des 
fèves et autres récoltes qui peuvent supporter les brises de 
rOcéan et les rayons d'un soleil sans écran, et le sol imprégné 
d'eau de mer, récoltes moins exigeantes que les arbres, car 
ce pays n'en admet pas. Pour obtenir un peu de verdure, on 
la demande, de nos jours, au tamarin et autres arbustes à 
feuilles persistantes . 

Puisque nous avons parlé de salines, et que le texte .repro- 
duit par nous fait voir que l'industrie et le commerce An sel 
était un des principaux moyen de vivre du pays des Moutiers, 
nous allons dire ce que nous savons sur sa fabrication. L'eau 
de la mer, avant d'être reçue dans les œillets, a besoin de 
chauffer; on IdiTeçoii donc dans un premier espace nommé 
méiière, et on l'y relient au moyen de digues, pour qu'elle ne 
suive pas la marée basse, et aussi que la marée haute ne 
vienne pas rafraîchir Teau de la métière, par xm nouveau 
contingent prématuré. Cette eau de la métière, lorsqu'elle est 
dans les conditions voulue, est introduite dans un bassin 
nommé préxinte, qui entoure le marais salant. C'est delà 



Digitized by 



Google 



naoNT «T LtS MOfiniAS 117 

préxinte qu'elle entre dans les œillets, où en s*éyaporant, elle 
dépose des cmianx de sel. Le droit d'alimentation des 
métières auxétiers, par des canaux, se nomme vivre$. Le sel 
est entassé dans un espace spécial dit : le iesselier ou Uuselier. 

Les moines de Redon ne s'en tinrent pas à l'accord que . 
nous venons de rapporter. « Il arriva, nous apprennent-ils, 
que les fils du prêtre Even; Héïîon et Tanneguy, pris d'un 
zèle divin, vinrent trouver le susdit abbé dans la ville de 
Nantes^ au logis de Main, fils d'Almol, et, comme l'avait fait 
leur p&re, de leur propre gré, ils se donnèrent, avec 
leurs biens, à l'abbé Almode de Saint-Sauveur. > Cet abbé 
gouverna l'abbaye de Redon de 1062 à 1074, et nous voyons 
que c'est au môme Almode qu'Even avait fait sa donation. 

Le curé des Mouti^^rs avait déjà suivi son jeune flis Haton, 
au monastère de Saint-Sauveur, et l'aîné, Hélion, lui avait 
succédé comme curé de St-Pierre. Ce nouveau titulaire était, 
comme son père, pourvu d'une progfoiture. Il destinait le 
plus jeune de ses fils, Simon, à la vie monastique et le 
présenta à l'abbé Almode. II eut pour témoin de cette 
démarche : le vicomte Judicaôl, fils de DroalloI ; le moine 
Gamier ; Justin , alors laïc, mais plus tard élu abbé de Redon 
« et notre maire Hàrcuid, » dit le moine rédacteur. 

Ce DroalloI, dont il est ici fait mention, était fils de Frédor, 
vicomte du Migron. Le moine Qarnier est probablement le 
premier prieur des Moutiers. Justin qui devint abbé de Redon 
était peut-être de la famille de Retz, où son nom, qui est le 
méoie que Gestio, était très fréquent. 

Le curé Hélion eut, à son tour, le goût de se faire 
moine, Jes religieux de Redon ne pouvaient voir ce des** 
sein d'un mauvais œil. Voici comment ils nous racontent 
ce fait : « Quelque temps après, Hélion reçut l'habit de moine 
dans notre abbaye, et remplit ainsi sa promesse, tandis que 
Tanneguy persévéra encore quelque temps dans sa malice. 
Bufln, après des avances de fonds, à lui faites par les moines 
de Saint-Sauveur il se livra lui-même, son épouse et son fils, à 
Qoas. Cela ne l'empêcha pas, dans la suite, malgré nos récla- 



Digitized by 



Google 



mations, d'apostasier furtiTement. Il fut alors tonsuré par 
les moines de Vertou. » On voit que Tapostasie n'était que 
relative; les moines de Vertou trouvaient au contraire 
qu'il était dans le giron de leur religion; mais le rédacteur 
ne ménage pas les termes, il fallait, d'après lui être bien 
pervers pour préférer le couvent de Vertou à celui de Saint- 
Sauveur. « Cependant, ajoute le narrateur, plus tard, Tan- 
neguy se rappela qu'il avait foulé aux pieds sa première 
profession à Saint-Sauveur, et, touché de repentir, il revint 
à notre église et s'y donna de nouveau, avec tous ses biens, 
à l'abbé Justin et à nous, près desquels, il finit ses jours et 
reposa dans le Christ.... témoins, entre beaucoup d'autres; 
Bernard fils d'Harcuîd et Roger fils de Dermonne. » 
. Cette notice curieuse se termine par un passage dont il 
ne nous reste ^^ue quelques mots sans suite. « Après qu'il se 
fut écoulé bien du temps. . . pendant que Simon filsd'Hélion, 
son frère Harvoide et Judicaël.fils de Tanneguy. . • Les sus- 
dittes choses... > Malheureusement, le reste manque et ces 
quelques mots n'ont guère que l'avantage de nous révéler le 
nom du frère de Simon, Harvoide fut peuûôtre curé deSaintr 
Pierre après son père Hélion. 

Nous venons de voir un exemple de ce- qup nous avons 
avancé, comme explication, de ces successions de curés, de 
père-en fils. Lorsque Tanneguy voulut entrer en religion, il 
mit sa femme au couvent. Quant au jeune Judicaël, élevé à 
'Redon, sans doute, on le dirigea vers la vie religieuse; mais, 
quoiqu'en aient dit les moines de cette époque, il était bien 
libre d'embrasser cette voie ou d'en prendre une autre, H 
avait sur ce point des modèles très nombreux. 

Ce qui appuie notre opinion qu'Harvoide fut curé de Saint- 
Pierre, c'est que, lors du passage de révoque Benoit (de 
i079àlll4j au monastère de Notre-Dame de Prigny, il se 
trouvait parmi les assistants un prêtre de ce nom. 

Harvoide profitait du passage àe Tévêque de Nantes pour 
irestituer à l'abbaye de Redon des biens situés à Frossay, 
Châùvé et' Arthon.- Le prélat était entouré d'un nombreux 



Digitized by 



Google 



PRIGNY ET LES MOÛTIEïlS 110 

cortège d'ecclésiastiques et de laïcs. Parmi les premiers : 
Varchidiacre Rivallon ; les doyens Mainfride et Thibaud ; 
Justin, abbé de Redon (1092-1104). Parmi les seconds: Guef- 
fier de Prigny et ses chevaliers, Bocell et Karbonell le Vi- 
guier; en outre, les religieuses Adénor, Amabile et Ameline. 
La date est du 17 juillet 1104. — Lune 10% férié 5% épacte 11% 
indiction 3^, sous le pape Pascal, leroi Philippe, les comtes 
de Bretagne Alain et Mathias. — Or, Tindiction 3* va du 1" 
septembre 1094 au 1^' septembre 1096. L'an. 1104 correspond 
àî'indiction 12«. Est-ce le quantième de Tannée qui est faux, 

est-ce rindiction? ; 

Comme le pape Pascal II, ici nomméPascase, ne fut nommé 
qu'en 1099, qu^ nous savons d*un autre côté que Tabbé Jus- 
tin et le comte Mathias moururent en 1104 ; il faut chercher 
la vraie date entre 1099 et 1104, probablement il faut môme 
retenir l'année 1104, un copiste a pu changer XII en III. 

Il résulte de tout ce qui précède que le curé de Saint-Pierre 
du ftitubourg de Prigny, aujourd'hui connu sous le nom de 
Bourg des Moutiers, en se donnant & l'abbaye de Redon, 
crut aussi pouvoir donner à ce monastère l'église de Saint- 
Pierre qu'il desservait. Comme cet ecclésiastique était riche 
et possédait dans les environs d'assez vastes dépendances, 
il les donna toutes à Saint-Sauveur., Sies OU on firent autant, 
et ce sont les biens de cette famille, qui ont. formé le gros du 
temporel du Prieuré des moines de Redoq, aux Moutiers. 
Nous sommes convaincu que le bon Even o'avait pas hésité 
à confondre la cure et ses biens, avec son propre patrimoine, 
et que révoque Quiriac, eut au sujet de Saint-Pierre des ré- 
damations à faire dans le genre de celles qu'il fit^pour le 
prieuré de Notre-Dame. Mais il dut être beaucoup plus em- 
barrassé alors, grâce aux égards qu*il jugeait à propos d'avoir 
pour les moines de Saint-Sauveur de Redon. Nous essaierons 
plus tard de démêler ce q\ii dut se passer pour cette affaire, 
Vouten établissant qu'il y eut, dès ce moment, une cure Saint- 
Pierre et un prieuréde Saint-Pierre, les deux desservis dans la 
môffle•^Jisa,^ peut-être môme, dans las premiers temps, les 



Digitized by 



Google 



120 PRIONY ET LES MOÛTUSRS 

moines du prieuré furent-ils les desservants de la cure? En 
tout cas, ce partage ne dut pas plaire aux moines de Redon, 
qui n*entretinrent pas longtemps des religieux au bourg des 
Mouliers. Cependant, il y en eut pendant un certain temps, 
et ce fut ce rapprochement des deux prieurés, de Notre-Dame 
et de Saint-Pierre qui fit donner au faubourg de Prigny le 
nom de Bourg des Moutiers, sous lequel il fut connu depuis. 
Resterait bien une question, celle que nous avons laissé en- 
trevoir! Le domaine affecté aux moines de Redon ne relevait 
pas des seigneurs de Prigny, il pourrait s'ensuivre que le 
fief de Prigny, et par conséquent le faubourg de ce nom, se 
terminait à Tenceinte du prieuré de Notre-Dame, autrement 
dit h la rue principale actuelle, celle qui passe devant la 
grande porte de Saint-Pierre. Alors, il faudrait prendre le 
prieuré, et surtout ses dépendances, dans la direction de 
la Sennetière. Les Prés des Bosses, ainsi que la Traite des 
Bosses^ noms qui se sont conservés jusqu'ici, et rappelleraient 
les bossis données par le curé Even aux moines de Redon. 
Gela ne nous étonnerait pas ; l'antiquité se respire à pleins 
poumons à Prigny et aux Moutiers^ pour quiconque en a le 
flair. Cela nous rappelle que, la première fois que nous al- 
lâmes aux Moutiers, mort de faim, après une excursion qui 
avait été notre but principal, il fallut bien songer aux condi- 
tions ordinaires de l'humanité, et chercher une réfection 
chez les indigènes. Un peu au-dessus de l'église, pendait une 
enseigne ; nous entrons. Que fut le dîner? Dieu le sait, mais 
le maître d'hôtel fut surtout de notre goût. Il est mort depuis, 
mais quel plaisir il nous fit. Enthousiaste de son pays^ il ne 
parlait de Prigny qu'avec la conviction la plus entière, on 
sentait qu'il résumait toutes ses antiques grandeurs dans ces 
mots : « Prigny était autrefois une grande ville. » Toutes les 
veillées des chaumières depuis le dixième siècle étaient là. 
Que n'a-t-on laissé ces braves gens à leurs légendes, au- 
jourd'hui la vérité s'en échapperait beaucoup plus facilement 
que des fables de l'Egypte et de la Orèce. 

(Là iuUe prôùhmnêmeni.J Abb^ ÀLi«Àmo. 



Digitized by 



Google 



LES VITREENS 



ET 



LE COMMERCE INTERNATIONAL 
(SuiUJ 



APRÈS force labeurs virilement entrepris et prudemment 
conduits à bonne fin, toujours confiants en leur étoile, 
Stella duce, nos Vitréens reprenaient le chemin de Bre- 
tagne. Avec quelle joie ils étaient accueillis ! Sitôt que les na- 
vires bretons entraient en rade de Sainl-Malo, un exprès 
courait àVitré porter l'heureuse nouvelle. Pour récompenser sa 
promptitude, le prévost de TAnnonciation tirait de son coiTre 
quelque bonne monnaie et notait sur son registre un retour si 
intéressant pour la cité et le pays environnant*; car enfin, avec 
les ducats de Flandre, on achèterait de nouvelles toiles, les la- 
boureurs écouleraient leurs chanvres et le tisserand sûr de ne 
pas chômer, lancerait joyeusement sa navette. De leur côté, 
nos marchands, accommodés de beaux profits, vont faire 
construire de solides et curieuses demeures, si solides qu'au 
bout de quatre siècles elles auront encore la vie dure : cu- 
rieuses, par leur variété, leur relief et, comme telles, destinées 
à faire les délices des archéologues et des artistes de tous les 
pays. 

Ces gens du quinzième et du seizième siècle savent s'unir. 
Nous l'avons prouvé ; mais comme ils sont, en même temps, 

* Extrait du compte d'André Le ttoyer, prévost pour rannée 1476-77. 
T. VX. NOTICBS. — VI* ANNÉE, 1" UV. 9 



Digitized by 



Google 



122 LES VITRÊENS 

libres d'allures et jaloux d'accuser fortement leur individua- 
lité. Regardez leurs logis. Ici, vous trouverez les porches, les 
auvents, les encorbellements à moulures profondes, les 
pignons aigus ; là, les tourelles rondes ou carrées, ou poly- 
gonales, coiffées en pyramides ou en poivrières. Voici ailleurs 
les épais montants de bois et autres pièces d'assemblagre tout 
couverts d'imbrications et terminées par des figures humaines 
pleines de mouvement et d'expression*. Celui-ci a fait sculpter 
sur les poutres d'une façade ce souhait de bonheur : « Pcuc 
huic domui et habitantibus in eê? ; » celui-là a voulu, sur le 
linteau de sa porte, sa marque de marchand d'outre-mer ; cet 
autre placera dans un gracieux abri la statue de sa dame et 
constante protectrice, la douce Vierge Marie*. 

Donc, quand fleurit le commerce international^ tout prospère 
à Vitré. Si c'est chose avérée, demandez-le aux plombiers qui 
martèlent et soudent ces élégants épis pour couronner lucarnes 
et tourelles, ces fantastiques gargouilles pour terminer les 
larges cheneaux*. Interrogez encore ces ymaigiers* évidant 



* Maison située rue Baudrairie, portant le n® 23. 

> Maison sise dans la me de la Porte-d*en-bas. 

s Voir dans la rue Saint^Louis, autrefois, rue du Vieil-Bourg, Phdtel portant 
le n* 29. Il était, en 1850, la propriété de Charles Hardy de Beauvais, ancien 
maire de la ville de Vitré. 

* Ces gargouilles sont citées et dessinées dans le Dictionnaire d'architecture 
de VioUet-le-Duc. L*hôtel qu'elles décorent se volt rue Notre-Dame, n» 13. U 
était également, la propriété des Hardy et fut vendu par eux à. leur parente 
M^is du Velaer, qui le donna aux sœurs de Charité. 

' Plusieurs de ces artistes sont nommés dans les registres p. ^.ssiaux. 
Entre tous, nous distinguerons les Bonnecamp, vraie dynastie de sculpteurs 
et de peintres. André Bonnecamp, ymagier, décédé à Vitré en 1615. H eut 
de Jacquine Coullon : André — Mathurin — Nicolas — Gillette — Anne — 
Jeanne — Jacquinne— Jean— Perrine— Guyonne — Thiennette Hs ont, pour 
parrains et marraines, les Guillaudeu, Becheu,le Moyne.de Gennes,Chevallerie. 
L*un deux, Mathurin, né le 22 juin 1590, fut employé à la décoration du 
grand autel de Notre-Dame dont la première pierre fut placée Tan 1625, par 
noble Isaac Hay, seigneur de la Goderie. Le même Mathurin fut mandé à 
Nantes pour faire le portrait d'André Dubot, maire de cette ville. (Livre doré 
de la ville de Nantes.) Bonnecamp quitta Vitré pour Le Mans, où il peignit 



Digitized by 



Google 



ET LE COMMERCE INTERNATIONAL 123 

avec tant d'art portes, bahuts, dressoirs, et ceux qui décou- 
pent, fleuronnent et cisèlent le fer. Ils y mettent le temps, 
mais en revanche, quels travaux soldés ! Jugez-en par cette 
description ; Elle n'est pas de nous et n'en vaut que mieux : 
« Dans la rue Poterie, celle de tout Vitré où la physionomie 
dumuyen-âge s'accuse davantage, la maison n° 30 recelait 
naguère un vrai trésor : une admirable cheminée en pierre 
finement sculptée. Au centre du vaste manteau, un écusson 
entouré d'une guirlande de feuillages soutenue par deux 
femmes ou plutôt par deux génies ailés. De chaque côté, deux 
bustes en haut relief représentant le maître du logis, Lucas 
Royeret sa femme, Françoise Gouverneur dont les noms sont 
écrits au-dessous de chaque médaillon ; au-dessus, une cor- 
niche puis une frise portée par des cariatides. Au milieu de 
la corniche, cette inscription : « Pax huic domui. » 

Cette cheminée ornait une grande salle très haute d'étage 
et éclairée au levant par deux larges fenêtres garnies de pan- 
neaux en verre blanc, au milieu desquels se détachaient de 
petits compartiments coloriés, véritables miniatures repré- 
sentant de fraîches perspectives. 

Lucas Royer, et Françoise Gouverneur appartenaient à de 
vieilles et notables familles vitréennes qui, durant les quin- 
zième et seizième siècles, avaient fourni plusieurs prévosts à 



°^nts tableaux. (Rev, Arch, du Maine, t. xviii, p. 70), art. signé : Trioir) 

« Le sieur Bonnecamps s'auctorise 
Dédire que Dieu faTorîse 
Notre humanité fragile, 
Et qu'il veut en Part de peinture 
Et le sieur Oyau par sculpture 
Crayonner son humanité. » 

. 3onnecamp, médecin à Vannes, publia à Vannes, chez OuiUaume Le 

imprimeur des RR. PP. Jésuites, un livre de sonnets sur les princi- 

mvstères de la naissance, de la vie, de la mort et de la résurrection 

r Fils de Dieu* (Voir Rev, de Bret, aifnée 1885, art. signé : A. db la 



Digitized by 



Google 



124 LES VITRÉKNS 

la confrérie des marchands d'outre-mer*. A voir cette façon 
d'orner leur intérieur, on peut présumer qu'eux aussi avaient 
dans leurs bahuts historiés, joyaux, fourrures, robes de 
velours, pourpoincts de toiles d'or et d'argent, et Ton songe 
tout naturellement au plaisant propos prêté au bon Henri 
entrant à Notre-Dame le 16 may 1598, escorté d'une foule de 
ces Vitréens superbement accoustrés et de mine quelque peu 
glorieuse : « Ventre-saint-Gris^ si je n'étais Roi de France, je 
voudrais être bourgeois de Vitré. » 

Mais ce sont là choses et gens du seizième siècle, entrons 
chez un marchand du quinzième. 11 a, près notre-Dame', 
pignon sur rue Le rez-de-chaussée de sa demeure comprend 
uniquement l'appartement où il trafique et une porte ouverte 
sur un sombre corridor que nous enfilerons, s'il vous plaît. A 
son extrémité, nous passons sous un escalier de bois déve- 
loppé en spirale et nous voici en pleine lumière, dans une 
sorte d'atrium où s'entassent, d'une part, les toiles destinées 
à l'exportation ; d'autre part, les retours de Flandre ou 
d'Espagne : c'est l'entrepôt. Il est compris entre les apparte- 
ments donnant au nord sur la rue et un corps de logis dont 
vous admirerez les grès soigneusement échantillonnés ; la 
porte aux montants garnis de nervures, à l'arc Tudor, orné de 
feuillages habilement découpés et contournés'. Avant d'en 
franchir le seuil, faites volte-face : l'escalier sous lequel nous 
passions tout-à-l'heure vous apparaîtra avec ses courbes 

« Cinq Le Royer furent prévosts de la confrérie des marchands d*outre-mer 
savoir : André dont nous avons cité le compte , Jehan, autre André, 
Jehan lesOurmeaulx, autre Jean ; ce dernier avait succédé à Gilles Besnardai 
BiUonnière (1635) et eut pour successeur Alphonse Le Corvaisier des Echelles, 
^ehan Le Gouverneur pour Tannée 1523, Pierre Le Gouverneur pour 1543. 
Richard Le Gouverneur pour 1553, furent également prévosts de ladite con- 
frérie. La belle cheminée des Le Royer et Gouverneur ne se voit plus à Vitré, 
elle est la propriété d*un amateur de Laval. M. de la Broise, croyons-nous. 

3 EUe porte le n* 7. La façade de cette maison a été reconstruite et n*offre 
plus d*intérét. 

t On peut encore admirer cette beUe porte. Son archivolte, dit M. Tabbé 
Paris-Jallobert, offre la tentation d'Adam et d'Eve. (Excursion archéologique 
du Congrès dans le ville de Vitré, 1876. 



Digitized by 



Google 



ET LE COMMERCE INTERNATIONAL 125 

élégantes, sa rampe à pans coupés, ses sveltes supports, son 
emmarchement dissimulé par des panneaux fouillés où les 
ceps de vignes chargés de leurs grappes^ les feuilles de 
chardon s*enrouIent, s^étalent et accompagnent Técusson qui 
porte la marque du maître*. Montant ou descendant cet 
escalier, celui-ci pouvait, d'un coup d'œil, embrasser tout ce 
qui se passait dans l'entrepôt et donner des ordres en consé- 
quence. Il pouvait encore mieux exercer sa surveillance du 
haut des paliers établis le long des parois est et ouest, véri- 
tables galeries dont les appuis-main portaient soit sur des 
balustres, soit sur des panneaux couverts par le sculpteur 
d'étoffes gracieusement pliées et repliées*. N'est-ce pas le lieu 
ou jamais de répondre à ces deux questions : Aux époques de 
prospérité quelles quantités de toiles pouvaient, chaque année, 
sortir d'un pareil entrepôt ? A quel chiffre s'élevait annuelle- 
ment le total de l'exportation vitréenne?Il doit vous souvenir, 
lecteur, que les prévostsde la confrérie des marchands 
d'outre-mer percevaient, sur chaque fardeau de toile expédié 
en pays étranger, certaine somme de deniers. Partant, pour 
opérer leur recette, ils se trouvaient obligés de noter exacte- 
ment les charges exportées par chacun des confrères. Ouvrons 
donc leur livre de comptes, assurés que nous sommes d'y 
puiser les renseignements qui nous intéressent. Pour un 
motif personnel parfaitement avouable, nous choisirons le 
compte d'un marchand entré dans la confrérie l'an 1573. Ils 
étaient nombreux les aggrégés de cette année ; voici leurs 
noms. C'est une longue nomenclature qu'il faut subir pour se 
figurer l'empressement des Vitréens à devenir membres delà 
dévote association. Vous mettrez à l'écouter, lecteur, votre 
coutumière bonne grâce. 



f Les débris de cet escalier se Toient au musée archéologique de la ville de 

Vitré. Il a été dessiné à diverses reprises et reproduit dans plusieurs Revues. 

> Ces panneaux sont en partie conservés au musée archéologique de Vitré. 

L'entrepôt dont nous parlons a disparu. l\ est remplacé par une cour inté- 

îienre. 



Digitized by 



Google 



126 LES VITRÉENS 

Jean Nouail, étant prévost, furent reçus et enregistrés au 
dit an 1573 : Guy Geffrard* — René Morel — Pierre Guillandeu 

— Michel Nouail — René Marays — Guillaume de Gennes* 

— Jean Le Moyne Breardière — Michel Le Moyne — Ploridas 
Le Moyne — Jean Geffrard — Jacques Guy — Marceau Ron- 
ceray — Pierre Clyneau* — Jean Le Royer — Pierre Prain et 
femme* — Etienne Lambaré et femme* — Joachim Le Gocq et 
femme — ■ Jeati Herauldière et femme — Georges Seré* et 
femme -- François Billon et femme' — Guion Le Couvreulx 
et femme — Jiilian de Gennes et femme — Mathurin Ronce- 
ray et femme — Julian Le Gocq et femme — Pierre Ribretière - 
et femme — Jacques Jolais et femme. 

* Guy Geffrard de LentiUere, Tun des principaux ligueurs de Vitré ran- 
çonnés par Montmartin en 1574 (voir dans le Jowmal historique de VUré^ 
p. 35. Prise de Vitré par les huguenots). 

* Guillaume de Gennes de la Cordionnais, fils de Guillaume et de Gilette 
Le Gouverneur. Il avait épousé Jeanne Nouail. U est actuellement repré- 
senté par M. Félix de Gennes, maire de la Chapelle-Erbrée, près Vitré. 

« Pierre Clyneau, sieur de Droigné.fut Prévost de la confrérie pour Tannée 
1598 et député aux Etats de Bretagne tenus à Rennes en 1595. Sa fille Mathu- 
rine Clyneau, épousa Estienne Frain de la Poultière. 

* Pierre Frain de la Poultière, mari de Julienne Lambaré etpèred*Etienne« 
fut chassé de Vitré par les huguenots en 1589, s'en fut à Rennes demander du 
secours, et obtint une sauvegarde du duc de Mercœur en 1597. Il est de nos 
jours représenté h Vitré par M. Edouard-Paul-Joseph Frain de la Gaulayrie. 

* Etienne Lambaré, beau-frère de Pierre Frain, fit société de commerce avec 
son gendre Michel Le Bigot de Montlevrier. Il compte, parmi ses petites* 
filles, Jeanne-Marie Guillaudeu de laLouvelais, mariée au Président de Langle 
représenté de nos jours par le comte Augustin et le vicomte Alphonse de 
Langle. (Voir Mémoire généalogique, p. 40 et dans nos tableaux généalogi- 
ques en cours de publication, le tableau VI.) 

* Marié à Jeanne Le Clavier; de lui descendent les Seré de Lorviniere, du 
Mesnil et de la Fleuryais, de la Pasquerie, de la Villemartere et de Rieux. 
La branche de Lorviniere s'est fondue dans de Robien, de Guehenneuc de 
Boishue, Le Noir de Garlan. La branche de la Fleuryais, du Mesnil et du Teil 
8*est alliée aux Charil, Frain, de Gennes, Malherbe, Langle de la Gail- 
lardière, de la Porte, etc. Elle est représentée dans le Finistère par M. Vin- 
cent Seré, arrière petit-fils de Gilles-Joseph Seré, marié èi d»« de Crec'herault. 
Les Pasquerie de la Villemarterre et de Rieux se fixèrent à St-Malo et ont 
produit J. Seré, maître aux Comptes, des secrétaires du Roi, un Conseiller au 
Parlement de Paris, un lieutenant aux gardes françaises, un mestre de camp 
de cavalerie, un chevalier de St-Louis, etc. 

' François Billon avait épousé Etiennette Séré, sœur de Georges. 



Digitized by 



Google 



150 fardeaux 


45.000 


id. 


62 id. 


18.600 


id. 


50 id. 


15.000 


id. 


90 id. 


27.000 


id. 


120 id. 

Ses 


36.000 
156.400 a 


id. 

innei 



KT LE COMMERCE INTERNATIONAL 127 

Eh bien,ran de ces dévots et entreprenants expédie, en 1575, 
quarante-six fardeaux, à trois cents aunes le fardeau, 
soit 13.800 aunes. 

En 1577 

En 1578 

En 1579 

En 1580 

En 1586 



Soit une moyenne annuelle de vingt-cinq mille neuf cents 
aunes. 

Du particulier, passons au général, et cédons la parole à qui 
de droit. De 1570 à 1575, écrit M. de la Borderie, la moyenne 
annuelle de l'exportation vilréenne est de sept cent vingt-trois 
xnillesix cent soixante-deux aunes; de 1575 à 1580, elle monte 
A un million cent cinquante-deux mille huit cent quatre-vingt- 
dix aunes. Pour l'année 1586 seulement, elle atteint un million 
cinq cent quarante-cinq mille quatre cents aunes* . 

Il s^agirait maintenant de savoir le prix de Taune à Vitré. 
Là-dessus, faute de documents, nous serons muet ; mais à 
l'aide d'un compte rédigé en langue espagnole vers la fin du 
XVI' siècle, nous essaierons de déterminer le prix de vente 
en pays étranger. 

« Diesy seis varasde Vitré, a 60 maravedis la vara monta 
28 reaies. » 

Cinq pieds cinq pouces, six lignes faisaient la vare. L'aune 
de Bretagne étant de 50 pouces ; 16 vares représentaient vingt 
aunes et quelques lignes. Les vingt-huit réaux comptés pour 
prix des 16 vares de Vitré sont réaux de vellon*. 

* Le Calritu'sme à Vitré, chapitre X. Influence du mouvement calviniste 
sur la prospérité de ]a ville de Vitré. 

* Reale de vellon. Ce n'est en Espagne qu'une monnaie de compte comme 
en France ia livre ou le franc. Il faut quinze réaies de vellon pour faire la 
piutre de Plata ou d'argent, en sorte que la piastre étant à soixante sols de 
France ia rëaJe de vellon ne vaut que quatre sols de la môme monnaie. 
(dietiûnnaire universel de commerce, par Jacques Savary). 



Digitized by 



Google 



128 LES VITRÉENS 

Il en faut quinze pour faire la piastre; laquelle vaut soixante 
sols de monnaie française; nos vingl-huit réaux représentent 
donc cinq livres 12 sols. Cette somme divisée par vingt donne 
le prix de l'aune savoir: cinq sous, cinq deniers*. Admettez que 
le total de l'exportation, en 1586, se soit vendu sur ce pied, 
vous obtenez pour 1,445,400 aunes, quatre cent vingt-quatre 
mille neuf cent quatre-vingt-cinq livres; or, la livre en 1586, 
valait trois francs quatre vingt-trois centimes', ce qui donne, 
comme valeur inirinsèque de l'exportation, wn million six cent 
vingt-sept mille six cent quatre-vingt-douze francs. Désirez- 
vous connaître la valeur comparative? — Quadruplez, c'est le 
moins que vous devrez faire. 

Ces beaux calculs sont probants pour cannevas de Vitré. 
Remarquez toutefois que l'entrepôt d'unVitréen contient bien 
d'autres toiles: ballots de Laval, de Rouen, de Navalles. 
« Iten ciento y noventa varas de naval non batido a dos 
reaies y très quartillos vara, monta 523 reaies' » qui font trente 
quatre piastres ou, en monnaie de France : cent quatre livres 
douze sous. 190 vares représentant 247 aunes de Bretagne, 
Taune de navales se vendait en Espagne de huit à neuf sous, 
le double à peu près des toiles de Vitré 

Assez de chiffres pour l'heure ; et gagnons, s'il vous plaît, 
cette belle porte que nous avons remarquée dès l'abord. 
Mystérieusement et à la reculée, comme disaient nos pères, 
elle ouvre en un magnifique appartement digne d'une demeure 
seigneuriale. Dans l'entrepôt, nous étions au centre de 
l'activité du marchand vitréen. Ici, nous sommes dans le lieu 
de son repos. Aussi s'est-il appliqué à l'orner au gré de son 
humeur. La cheminée est solide, de proportions heureuses, 
mais sans luxe d'ornementation. C'est au-dessus de vos têtes 



* A saToir si ces 16 vares de Vitré se sont vendues à une époque de hausse 
ou de baisse 7 ^ En 1636, 40 ans environ après Tarrôté de compte ci-dessus, 
Taune de canevas était estimée dix sols. (Inventaire de Jean le Fort). 
» Voir Cheruel Dictionnaire des Institutions de France, 
» Extrait d*un compte de la fin du XVI* siècle, signé : Estbvan Frain, 



Digitized by 



Google 



ET LE COMIffKHCE INTEBNATIONAL 1?9 

cfu'îl faut admirer : chaque poutre, chaque soliveau du plafond 
est de main d'ouvrier. Sous des moulures profondes et va- 
riées, Taspect massif et anguleux de ces pièces de bois 
dispai^tt. Ainsi parées et allégées comme carènes de navire, 
elles témoignent et de l'habileté du constructeur et de Texcel- 
lence des matériaux employésV Au lieu du badigeon qui les 
recouvre, supposez-les polychromées avec art ; imaginez les 
liantes lisses appendues aux murailles ; autour de Tàpparte- 
xnetit, les meubles à grand effet : lits à colonnes, dressoirs, 
cofli'es garnis à profusion de clous en cuivre formant entrelacs, 
45ou.roûnes, corbeilles et fleurs de lys*. Jetez et embrasez dans 
Vâtre un faix de bois de hôtre et, avec nous, vous jugerez que 
là, entre amis, femmes et enfants,aprL'S avoir besogné tout le 
jour, il faitbon deviser touchant les diverses fortunes courues 
sur terre et sur mer. 

Prain. 
(La suite prochainement.) 



s Cette salle a conserTé son YÎeil aspect. 

* L'inreotaire de Jean Li Port des Longrais marié en premières noces à 
Julienne de Montalembert, en secondes noces à Gilette Le Faucheur, men- 
tionne plusieurs de ces coffres dits : « garde-robes de Flandres couvertes de 
cuir doré arec leurs soubassements de noyer à godrons. » Le même inven- 
taire nous montre entassés dans ces coffres, pourpoincts de satin, noir, de 
satin blanc, haut de chausses de velours à fleurs noires : manteaux de drap 
d'Espagne, etc., puis pour garnir les lits : ciels brodés avec les rideaux 
d'ëtamine verte à grands luissans et crespine de soie verte. 

Ce Jean Le Fort fut le père du Jésuite Pierre Le Fort recteur du collège 
Heari IV à La Flèche de 1079 à 1683. mort à Paris en 1718 âgé de 90 ans. 
(Ze Collège Henri IV ^ par de Rochemonteix t. i, p. 212.) 



Digitized by 



Google 



*J ^ ëjfjPMWfr^^^ ^Jm^^HLei''f ^^^«ï^^^SâKw'* «t^ 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBK - D'ANGERS 

(LE CARDINAL DE DENONVILLE) 
(1493-1 540') 



Nous touchons à Theure où Charles de Hémart parvient 
au point culminant de sa destinée. 
Le roi François I", dont Testime et Taffection pour 
son ambassadeur, n'avait fait que s'accroître en raison des 
services qu'il rendait à sa politique en Italie, avait déjà 
récompensé Charles par une pension payée sur la cassette 
royale : nous ignorons à combien se montait cette pension, 
mais les gratifications de cette nature étaient ordinaire- 
ment de 2 ou 3,000 livres par an. 

De plus, le Roi avait autorisé l'évôqiie de Mâcon à vendre sa 
charge de conseiller au Grand-Conseil, devenue inutiledepuis 
que le prélat, séjournant à Rome, ne siégeait plus dans ce 
tribunal de haute magistrature. Elle fut acquise en décembre 
1536 par Messire Charles de la Rue', au prix de 7,000 Iv. 

* Voir la liTraison de décembre 1889. 

* Prieur de MondouviUe. 



Digitized by 



Google 



TJN ABBÉ DE SAINT- AUBIN d' ANGERS 131 

I^'évfique de Mâcon se plairgnart souvent que les émolu- 
ments de sa charge d'ambassadeur, — montant à 7,300 livres 
par an — lui suffisaient à peine à représenter dignement la 
France à Rome^ oh la dépense était grande alors, car Rome 
était à cette époque le centre de la civilisation européenne^ 
le milieu où convergeait tout ce qu'il y avait de riche et de 
g-ran*' ians le vieux monde. Dans une de ses' lettres à Mont- 
morency, il lui démontrait qu'il jouissait à peine de 10,000 
livres de revenu et qu'il, avait des dettes. Il avouait quelque- 
fois confidentiellemeLt/ au Gcrand-Maitre qu'on le laissait 
mourir de faim, — les annuités de son traitement étant tou- 
jours six mois en retard, — et qu'il ne trouvait plus de crédit 
chez les marchands d'^ Rome. Il le suppliait, en conséquence, 
de ne rien négliger à . on proJ9t auprès du Roi pour obtenir 
quelques nouveaux bénéfices. C'est alors que, sur la propo- 
sition du gouvernement français, Tévêque fut nommé dans 
Tété de 1535, comme nous l'avons dit, abbé de Saint* Aubin 
d'Angers, maison dont la manse abbatiale pouvait bien valoir 
de S à 10,000 francs de rente. Peu après, une autre abbaye de 
moindre valeur, celle de Blanche-Couronne, près Savenay, 
au diocèse de Nantes, lui avait été donnée. Enfin des lettres 
de collation du pape Paul III, en date du 24 octobre 1537, con- 
féreront h, Charles de Hémart. l'abbaye de Notre-Dame de 
Caumont, au diocèse de Mirepoix, laissée vacante par le décès 
de Philibert de Lanjeu, évoque de Mirepoix, dernier titulaire 
de ce monastère*. Les revenus de ces divers bénéfices étaient 
évidemment destinés à un entretien plus large de l'ambassa- 
deur du roi de France à Rome. 

Mais le Roi désirait voir parvenir son ambassadeur à la di- 
gnité cardinalice. C'était surtout le chapeau, que ce prince en- 
visageait comme la plus juste 'et la plus digne récompense 
qu'eût méritée M. de Denon ville, par lo dévoûment, les vertus 
et les capacités dont il avait fait maintes fois la preuve, pen- 

* Prieur de MondouviUe. 



Digitized by 



Google 



132 UN ABBÉ DK SAINT-AUBIN d' ANGERS 

dant la durée de sa mission auprès du Pape. Il écrivait au 
Souverain Pontife à ce sujet : 

<* Très-Saint-Père, Votre Sainteté a pu clairement juger 
jusqu'ici tant par lettres que je lui ai écrites, que par les pa- 
roles que je lui ai fait porter, combien je désire que l'évoque 
de Maçon, mon ambassadeur devers Elle, parvienne à la di- 
gnité cardinalle, et ne fais nul doute qu'Elle n*aie très bonne 
souvenance de Tespérance qu'Blle m'en a continuellement 
baillée. Et combien que ce soit chose que j'ai toujours tenue 
et tiens pourasseurée, néantmoins, Très-Saint-Père, j'ai bien 
voulu de rechef écrire ce mot de lettre à Votre Sainteté pour 
la supplier et requérir tant qu'il mest possible, qu'Elle veuille 
bien avoir telle et si bonne souvenance dudit évoque de Ma- 
çon^ à la première création de cardinaux qu'Elle fera, que la 
chose puisse sortir son effet, ainsi que singulièrement je dé- 
sire. En quoi faisant outre l'obligation qu'en aura perpétuel- 
lement ledit évoque de Mâcon envers vous, vous ferez chose 
que tiendra et réputera en très grande grâce. 

Votre humble et dévot fils, 
François'. » 

Antérieurement déjà, au dire de Ribier, le prince dans une 
lettre au cardinal du Bellay s'était « exprimé en paroles ex- 
presses du désir qu'il avait de la promotion dudit évoque au 
cardinalat plus que nulle autre*. » L'exaltation de Charles 
Hémart,déjà décidée par le Saint-Père, in petto, devait passer 
à l'état de fait accompli et promulgué avant la fin de cette 
même année. 

Par son courrier du 22 décembre 1536, envoyé en France 
sous la protection du duc de Faenza — parce que Tarabas- 
sadeurdela cour de Vienne, n'avait voulu lui délivrer un 

ft Bibl. NMuss. Fonds franc, n* 5145. p. 105. 

* Mém, d'Etat de Ribier, tome I. Ces mémoires ont été composés d*après 
les papiers du connétable Anne de Montmorencj. 



Digitized by 



Google 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN d'aNGERS 133 

sauf-conduit pour passer en Lombardie — M. de Denon- 
ville faisait parvenir au Roi la liste des onze cardinaux nom- 
més par Paul in dans le consistoire des Quatre-Temps, tenu 
le jour môme à Rome, et parmi les noms de ces nouveaux 
cardinaux se trouvait celui de M. l'évoque de Mâcon. 

« La présente sera seulement pour vous dire, informait-il 

le grand maître Anne de Montmorency, que ce jour d'huy 

Notre-Sainct Père a faict et créé onze cardinaulx du nombre 

desquels, à Tinstance du Roy, il m'a faict cet honneur me 

compter, dont je vous ay bien voulu advertir, comme mon 

ancien seigneur et patron, me tenant pour asseuré qu'en 

serez très aise, comimede l'exaltation de celui qui sera tant 

qu'il vivra desdyé à vous faire service. » 

Les bulles de nomination de M. de Denonville à la su- 
prême dignité ecclésiastique se trouvent annexées à la 
correspondance du prélat. Elles sont rédigées en termes 
flatteurs. Le Saint Père y parle de la façon très louable dont 
le titulaire a géré jusqu'alors le diocèse de Mâcon ; mais il 
s'étend surtout sur la doctrine éclairée, l'intelligence supé- 
rieure, l'intégrité parfaite, la prudence, la diligence et la 
circonspection, non moins que sur la grandeur et la dignité 
avec lesquelles ramba,ssadeur a conduit les affaires souvent 
ardues de la France, vis-à-vis le Saint-Siège, depuis que le 
Roi l'a accrédité auprès de la Cour de Rome. Il fait allusion 
aussi à la fidélité inébranlable du prélat, dans ce temps de 
persécution contre la foi orthodoxe où le Pape n'avait pas 
de plus grand désir, affirmait-il, que d'offrir aux dissidents 
de justes moyens de rentrer dans le devoir, comptant sur 
les lumières de ses cardinaux pour l'aider à y parvenir. 
De plus ces bulles autorisent le titulaire à conserver tous 
ses titres et privilèges antérieurs, Tévéché de Mâcon^ Tabbaye 
de Saint-Aubin d'Angers, l'archidioconat de Coutances, le 
prieuré de Montdésir, au diocèse d'Amiens, et toutes les places, 
fous Jes bénéfices^ toutes les prébendes, toutes les dignités 
à revenus lucratifs qu'il possédait au jour de son élévation à 
Ja pourpre romaine. 



Digitized by 



Google 



134 UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN d'aNGEHS 

Vingt prélats signèrent ces bulles sur lesquelles le chan- 
celier^ cardinal Farnèse, apposa le sceau pontifical avec la 
formule aussi humble que grandiose : 

Paulus Episcopus servus servorum Deù 

Revenons à notre résumé des lettres de l'ambassadeur. Il 
annonce ainsi au chancelier du Bourg sa promotion au car- 
dinalat 

XL— Rome, 22 décembre 1530. — «Est survenu une nouvelle 
dont je ne veux faillir vous avertir, estimant qu'en serez très 
aise comme mon bon seigneur. C'est qu'il a plu à notre Saint 
Père, contrôle vouloir et empêchement des Impériaux, créer 
cardinaux Messeigneurs l'archevêque Cispontin, l'archc- 
vôque Théatyne, les évêques de Payence, de Carpentras, le 
fils du duc de Candie et deux qu'il a réservés in pectore^ Tun 
desquels on dit devoir être à la dévotion de l'Empereur, et 
Tautre de Sa Sainteté, du nombre desquels Elle m'a fait 
l'honneur Je me mettre. — Dieu me fera, s'il lui plait, la grâce 
et me donnera le moyen de vous pouvoir, en ce degré, faire 
service selon la volonté que je vous ai portée et porterai 
toute ma vie. 

Chahles, cardinal, évoque de Mâcon. » 

La dignité dont venait d'être revêtu le cardinal de Denon- 
ville paraissait rendre difficile son maintien à l'Ambassade 
de Rome. Une fonction, qui le maintenait sous la dépendance 
du souverain, semblait incompatible avec la haute mission 
pouvant incomber au membre d'un Conclave, dont la réunion 
devait avoir lieu d'un moment à l'autre. Il était inadmissible 
qu'un agent officiel du roi de France pût, le cas échéant, 
exprimer un vote indépendant sur le choix extrêmement 
grave d'un nouveau Pape, alors que la question romaine 
prenait une prépondérance si grande sur les intérêts du roi 
et de l'empereur rivaux. La Cour dç Paris, qui comprit de 



Digitized by 



Google ' 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN d'ANGERS 135 

suite cette situation, proposa donc, par déférence pour le 
cardinal, d'envoyer un nouvel ambassadeur à Rome. Mais 
révoque de Mâcon témoigna d'un si grand chagrin à quitter 
son poste, qu'il fut différé pendant quelques mois à lui 
nommer un successeur. On se contenta d'adjoindre à l'am- 
bassadeur un coadjuteur avec pleins pouvoirs de le remplacer, 
en cas d'urgence, et promesse deJui succéder ultérieurement 
lorsque le Roi en déciderait à son gré. 

XII. — Rome, 16 février 1537. — Le prélat proteste de son 
entier dévoûmentauRoi et aux affaires de son pays, qu'il veut 
continuer à servir, nonobstant sa promotion au cardinalat. 
€ Quant à mon retour à la Cour, ajoute-t-il, ce sera quand il 
plaira au Roy me rappeler. » Mais il demande une augmenta- 
tion de son traitement d'ambassadeur, et le maintien de sa 
pension sur la cassette royale, « car cette nouvelle dignité où 
il a pieu à Dieu m'appeler, assure-t-il, m'a faict endepter de 
quatre à cinq mil escuz ; » et s'il n'est pas secouru de fonds, 
s'il ne reçoit pas le remboursement des avances qu'il a faites, 
et de son année de traitement non encore parvenue> il lui sera 
difficile de faire honneur k son maître dans la nouvelle posi- 
tion qui lui est créée. 

Xin. — Rome 18 février 1537. — Le Pape a créé cardinal le 
légat Paul, anglais de naissance, et l'envoie à Cambrai, puis 
en Angleterre pour tâcher de catéchiser le roi Henri, et le ra- 
mener, si possible, à l'obéissance papale. lUui adjoint l'évoque 
de Vivonne, Jean Matheo. Le cardinal de Garpi et le sénateur 
romain Charles de Nable ont été désignés pour être envoyés 
comme Légats auprès du roi François. 

Il résulte jusqu'ici de la correspondance du cardinal, que 
Paul m ne s'était pas éloigné de la voie que lui traçait ses 
hons sentiments pour la France ; mais la Cour de Rome allait 
se voir dans la nécessité d'inaugurer une politique nouvelle 
dès le commencement de l'année 1537. La rivalité aiguë des 
deux maisons de France et d'Autriche permettait aux Turcs 



Digitized by 



Google 



136 UN ABBE DE SÂINT-ÂUBIN d'aNGERS 

d'accroître leur puissance en Europe, d'une manière inquié- 
tante, car les armées chrétiennes, occupées à s*entre-déchirer, 
n'opposaient pas une efficace résistance aux plus audacieuses 
entreprises des Barbares : au contraire, ceux-ci se croyaient 
soutenus par la bienveillance tacite du plus occidental, c'est- 
à-dire du moins exposé des deux souverains. Aussi, leur 
flotte ravageait-elle de plus en plus les côtes du bassin mé- 
diterranéen. En 1536, elle avait déjà abordé en Calabre, et dès 
le mois de janvier de 15:37, elle menaçait directement Rome 
et Venise, ce qui jetait toute lltalie dans une terrible anxiété. 
Paul III prenait donc des mesures pour mettre les Etats-Pon- 
tiflcaux sur le pied de la défense, et pour protéger Rome. Il 
songeait surtout à former, sous sa direction suprême, une 
ligue dans laquelle entreraient avec Venise les deux grands 
Etats en lutte, la France et TEmpire. Préalablement, il s'effor- 
çait de réconcilier François et Charles, quitte, s'il n'y pouvait 
réussir,. à se jetter dans les bras du plus puissant et surtout 
du plus intéressés des deux à rabaissement de la puissance 
ottomane. 

XIV. — Rome il janvier 1537. — Le cardinal disait : « Je ne 
laisseray à vous advertir par la présente de ce que je puis 
vous escripre sans chiffre, et premièrement que Nostre-Sainct 
Pèrç et toute sa court est en grande peur du Turcq, voire 
telle qu'ilz pensent qu'ilz seront contrainctz d'habandonner 
cette ville, et pour y obvyer, sa dicte Saincteté a arresté 
d'envoyer deux prélatz, l'ung au Roy, et l'autre à l'Empereur 
pour les exhorter encores plus estroitement qu'il n'a point 
faict de faire paix ensemble, et davantaige a conclud mettre 
sur le clergé de toute l'Italie deux décimes, et sur chascun 
feu du temporel du siège apostolique ung escu, faisant 
compte que le tout reviendra à quatre ou cinq cens mil escuz ; 
délibéré aussi d'envoyer par tous les royaulmes chrestiens 
indulgences et plénières rémissions pour faire prier Dieu 
pour ladicte paix. 
» Les dernières nouvelles que Messieurs les Vénitiens ont 



Digitized by 



Google 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN d'aNGBRS 137 

icy publiées dudictTurcq sont d'Adrianopoli, du vingt-huic- 
tiesmo de novembre, disans que Barberousse estoit allé à 
Constantinople pour advancer larmée, laquelle nesepourroit 
monter plas de cent cinquante gallëres, et deux cens navires» 
dont les ceux ne serviront que porter les chevaulx ; et que 
ledict Turcq estoit en délibération de faire la plus cruelle 
guerre qu'il flst oncques par mer et par terre à l'Empereur, 
et ne cesser qu'il ne l'eust chassé d'Italie. Aussi qu'il debvoit 
envoyer un sien interprète nommé Jannet-Bey vers lesdictz 
Vénitiens à ce qu'ils eussent à eulx déclarer amys de ses 
amys et ennemys de ses ennemys, et que autrement il leur 
feroit la guerre de toute sa puissance. Geulx de Naples sont 
en une merveilleuse peur, et faict le Viroy fortiffler la ville 
et forteresses maritimes. » 

XV. — Rome, 24 janvier 1537. —La terreur du Pape est à l'ex- 
trême, il fait préparer ses logements à Bologne pour aller y 
passer le carême, dans la crainte de n'être pas en sûreté à 
Rome, du fait de l'invasion des Turcs. Le Saint-Père se fait 
vieux, « le bonhomme se porte- bien, mais il est septuagé- 
naire et plus, et ne faultespérer avec luy davantage que d'ung 
homme vieil et caduc; » il est donc très prudent de se faire 
des amis en Italie en prévision d'un conclave. L'Empereur ne 
néglige rien pour se faire des partisans en Cour de Rome, il 
va jusqu'à donner des pensions aux domestiques du Pape. 
Le roi de France ne fait rien, ne distribue aucune largesse, 
ne rend aucun service, et le goût du lucre rejette beaucoup 
de ces gens-ci dans le parti opposé. Il y a même des mécon- 
tents : le cardinal Prani se plaint de n'avoir rien touché en- 
core de l'abbaye que le Roi lui a donnée. C'est un homme 
puissant, il faut le ménager et, conséquemment, lui servir ses 
revenus. Dans le Piémont, les troupes françaises se livrent 
au désordre et au pillage ; cela est du plus déplorable effet. 
L'évoque de Porli, partisan déclaré de l'Empereur, est passé 
en Espagne pour négocier le mariage de la fille naturelle de 

T. VI. — NOTICES. — VI* ANNEE, 1'* LIV. 10 



Digitized by 



Google 



138 I?N ÂBBÉ DE SAINT-AUBIN d' ANGERS 

Gharles-Quirit avec Corne de Médicis. Enfin, à Taurore de la 
nouvelle année, Tastre de la faveur semble se tourner en 
Italie vers l'Empereur, sans garder un rayon pour la France. 

XVI. — Rome, 9 février 1537. — Le bruit court que les Turcs 
en grande force remontent le Danube, et vont mettre le siège 
devant Vienne. Les Vénitiens arment une grande flotte pour 
les combattre sur mer. Le Pape, dont la terreur ne s'apaise, 
compte aller séjourner après Pâques à Mantoue dans l'espoir 
d'y réunir le Concile. Le Souverain-Pontife a toujours à cœur 
les intérêts de la France en Italie. Son amitié pour le Roi lui 
a suggéré la pensée d'un mariage entre une princesse fran- 
çaise et le duc Gôme de Médicis. Si ce projet, aboutissait, ce 
serait un grand succès pour le Roi et une arme puissante 
contre l'Empereur ; le duché de Florence serait acquis à la 
cause française. Le Pape est d'avis que le Roi envoie des 
troupes en Lombardie afin que Florence se déclare pour lui, 
ce qu'elle est prête à faire. Il en serait de môme des Suisses 
dont les cantons catholiques sont nos amis et qu'il faut savoir 
entretenir par quelques largesses. Quant aux cantons luthé- 
is, il n'y a rien à en attendre. 

XVII. —Rome, 6 avril 1537.— L'Empereur intrigue beaucoup 
pour gagner l'amitié du Souverain-Pontife, non pas à cause 
de l'estime qu'il lui porte, mais bien pour obtenir de lui l'au- 
torisation de prélever des impôts sur les biens du clergé dans 
ses Etats. Aussi vient-il d'offrir Novarre à Pierre-Louis Far- 
nèse (fils du Pape, né avant l'entrée de son père dans les 
ordres et créé par le S. -P. duc de Parme), et celui-ci désire- 
rait l'accepter à moins que le Roi ne lui offrît une plus belle 
position en France. Le Pape^ indécis, ne sait quel conseil don- 
ner à son fils. Il a cependant déclaré à l'ambassadeur que 
Pierre n'accepterait rien des Impériaux sans l'autorisation du 
Roi. € Bien me semblerait, appuie le cardinal, cousidérant 
le désir qu'a S. S. de l'élévation de sa maison et prospérUé, 
qu'il n'y aurait pas grand mal lui offrir quelque bon état en 



Digitized by 



Google 



UN ABBÉ DE SALNT-AUBIN d' ANGERS 139 

France, car après sa mort on trouverait bien occasion d'en 
échapper» et cependant qu'il vivra, on pourrait par ce moyen 
divertir S. S. de ne se précipiter aux offres que lui fait l'Em- 
pereur. » 

On voit par ce conseil que l'excellent prélat, à force de vivre 
dans le pays de Machiavel, commençait à en épouser la doc- 
trine. Mais il redevient tout à fait Français, lorsqu'il se félicite 
de la mort du marquis de Saluées, traître à la France^ tué par 
un coup d'arquebuse à l'assaut de Garmignol. 

Et il ne dissimule pas son indifférence pour tes mœurs 
italiennes lorsqu'en quatre lignes et sans commentaire et il 
raconte que « en ung festin qui fust faict à Florence fut tué 
le duc Alexandre par ung sien parent nommé Laurens de Mé- 
dicis, qui estoit le plus favorit qu'il eust. » 

XVII. — Rome i4avril 1537. —L'influence de l'Empereur se 
faisait sentir de plus en plus dans l'entourage du Pape, et la 
versatilité de la Cour de Rome commençait à inquiéter le 
cardinal ; il disait môme que le Pape se serait déjà ouver- 
tement prononcé pour l'Empereur, s'il ne craignait de voir la 
France secouer l'obéissance papale, et son prince l'entraîrit ^ 
comme l'avait fait le roi Henri VIII en Angleterre, dans le 
gouffre de l'hérésie. Son Eminence Révérendissime avait- 
elle eût vent de quelque parole imprudente, quelque menace 
ambiguë à son égard ? On le pourrait supposer, lorsqu'Elle se 
dit prête à se mettre en route, recommandant à la Cour de 
Paris de ne point laisser partir le légat, cardinal Carpi, avant 
qu'il n'ait lui-même regagné la France, rappelant le procédé 
un peu trop italien, employé envers un de ses prédécesseurs, 
qui fut enfermé pendant un an au cliâteau Saint-Ange, sous 
le pontificat de Jules II, cet adversaire du roi Louis XII. 
Pq^ le Pape a consenti à contribuer pour 20,000 écus par 
js, pendant 4 mois, pour les besoins de l'Empereur, et main- 
^/^nt il paraît favorable au projet d'union de la fllle de 
^*i*les avec Côme, le nouveau duc de Florence. 



Digitized by 



Google 



140 UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN d'aNGERS 

Cette légère panique de Tambassadeur non moins qu'une 
assez longue et grave maladie dont il venait d'être atteint, et 
qui l'avait tenu au lit depuis rentrée du carême jusqu'à 
Pâques, décidèrent François I"à nommer le coadjuteur pro- 
jeté, lequel eut Tordre d*agir conjointement, pour la gestion 
de TAmbassade, avec son Eminence, et de prendre conseil 
d'Elle en toutes choses. Le choix du monarque était tombé 
sur messire Georges de Selve, évêque de Lavaur et son am- 
bassadeur déjà, depuis quelques années, auprès de la Répu- 
blique de Venise, où il fut alors remplacé par Tévêque de 
Rodez, Georges d'Armagnac. 

Marquis de Brisay. 
("A suivre.) 



Digitized by 



Google 



L'ENSEIGNEMENT 

SECONDAIRE ECCLÉSIASTIQUE 

DANS LE DIOCÈSE DE NANTES 

APRÈS LA RÉVOLUTION 
f1800'1815'J 

DEUXIÈME PARTIE 



Les Écoles presbytérales 



m 

SAINT-ANDRÉ-DES-EAUX 

L'humble bourgade dont nous inscrivons le nom en tôte 
de ce chapitre devra à l'un de ses pasteurs l'honneur 
d*iine page glorieuse dans les fastes du diocèse de 
Nantes. On comprendra donc facilement que nous commen- 
cions cette courte notice consacrée à l'école de Saint-André, 
par quelques détails biographiques sur Thomme qui la créa. 

A Voir la livraison précédente. 



Digitized by 



Google 



142 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

M. Joseph Moyon naquit dans la paroisse de Montoir 
au village du Pin, le 11 mars 1739*. Il entra dans Tétai 
ecclésiastiQue, et fut pourvu d*un bénéfice simple, le légat 
Jean Martin^ situé dans sa paroisse natale'. Ordonné prêtre 
en 1763, il devint vicaire de Saint-Nazaire. 

La cure de Saint-André-des-Eaux, voisine de St-Nazaire, et 
peu éloignée de Montoir, étant devenue vacante, M. Moyon 
se présenta au concours. D'après Tabbé Tresvaux^ Tabbé 
Moyon choisit cette paroisse « de préférence à plusieurs 
autres qui vaquaient également et qu'il pouvait avoir. » Il fut 
installé dans son bénéfice le 13 juin 1774*, « en présence de 

' « L'onzième jour de mars mil sept cent trente-neuf, a été baptisé pa. 
nous, Recteur soussigné, Joseph, né de ce jour, fils de Luc Moyon et de 
Perrine Ollivaud. Sont parrain, Joseph Ollivaud et marraine, Marie Jonaud 
sous le seing de la dite marraine, le parrain a déclaré ne sçavoir signer. 

Signé : Moreau, recteur. 

(Extrait des registres paroissianx de Montoir.) 

Trois ans auparavant, était né, dans le même village Etienne, Chaillou 
qui devait être, comme Joseph Moyon, député à la Constitiiante, 

> Le revenu de ce bénéfice était de 70 liv. ; il était chargé d'une messe par 
semaine, ce qui, d'après une note de M. Moyon, réduisait son produit à 31 liv. 
'^Arch. dép. District de Guérande, fonds de Saint-André-des-BIaux. 

' Hist. de la persécution en Bretagne, II, 493. 

^ « L'an 1774, le 13« jour de juin, environ les onze heures du matin, en 
présence de nous Alexis-Augustin Gorgette, notaire royal et apostolique de 
la cour et diocèse de Nantes, soussigné, et des témoins cy-après nommés, 
Missire Joseph Moyon, prêtre, cy-devant vicaire de la paroisse de Saint-Nazaire, 
de présent à la cure de Saint-André-des-Eaux, près Guerrande, lequel, en 
vertu des provisions lui accordées par notre saint Père le Pape, en datte du 
six des ides de mai dernier, et du visa lui donné par Illustrissime et Rêvé- 
rendissime Pierre Mauclerc de la Muzanchère, seigneur évêque de Nantes, le 
six présent mois de juin, signé Brunet, chanoine secrétaire, dans lequel visa 
il est fait mention que ledit sieur Moyon a signé le formulaire d'Alexandre 
VII, suivant l'intention du Roy, a pris et appréhendé en personne la .réelle, 
actuelle et corporelle possession de ladite cure de Saint-André-des-Eaux, 
près Guerrande, de ses dépendances avec tous ses droits, profits, rentes, re- 
venus etémolumens y attribués, pour nous être de sa compagnie et sur son 
réquisitoire transportés dans l'église dudit lieu de Saint-André-des-Eaux. où 
étant et y entrant, ledit sieur Moyon, revêtu d'un surpely et d'une étoile, a 
pris eau-bénite, sonné une des cloches, s'est rendu au grand et principal 
autel de ladite église, s'est mis à genoux, y a fait prières et oraison, chanté 
le Ve ni Creator, icelui autel baisé, ouvert le tabernacle, donné la bénédiction 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 143 

Missire Sébastien Bureau du Fiefheulin, prêtre, recteur de la 
paroisse de Saint-Nazaire, et Pierre Terrien, prêtre, recteur 
de la paroisse de Montoir, témoins à ce requis et appelés. » 

L'assistance était nombreuse et installation tçès solen- 
nelle, à en juger par les signatures du procès-verbal. On y 
trouve, avec les deux témoins cités plus haut, MM. « Lom- 
meau, ancien recteur d'Escoublac ; Audrain, recteur de Batz; 
Leborgne, procureur-fiscal de Saint-André ; Etienne Godard, 
prêtre vicaire ; J. Masson, J. Claverie, Aoustin, vicaire de 
Montoir; J. Halgan, prêtre; C. Thuaud, prêtre; P. Ollivaud, 
diacre ; Lorieux, Hardouin de la Bernardière ; P. Monfort, 
prêtre, vicaire de Batz ; J. Rouaud, vicaire de Céans ; Luc 
Moyon et Gorgette conseillé. » 

M. Moyon s'occupait de gouverner sa paroisse, méritant 
par son zèle et son intelligence, l'estime de ses confrères, 
quand furent convoqués les Etats généraux. Il fut Tun des 
lô commissaires, élus le 2 avril 1789, pour la rédaction des 
cahiers ; le 20 du même mois, les quarante électeurs, choisis 
par le clergé, l'envoyaient à l'assemblée de Versailles, avec 
M. Chevalier, recteur de Saint-Lumine-de-Coutais, et M. Mai- 
sonneuve, recteur de Saint-Etienne-de-Montluc*. 

avec le saint ciboire, fait aspersion d^eau bénite, visité les fonts baptismaux* 
entré dans an des confessionnaux, monté en chaire et pris place au chœur, 
ensnittê transporté à la maison presbitérale dudit Saint- André-dep-Eaux 
dans laquelle ledit sieur Moyon est librement entré, ouvert et fermé porte 
et fenêtres, bu et mangé, fait feu et fumée, entré dans le jardin et y a mar- 
ché, arraché herbes, coupé branches d'arbres, fait émotion déterre, ainsi 
qae sur les antres domaines de ladite cure, et générallement fait tous actes 
reqnis et nécessaires pour acquérir bonne et vallable possession de tout, tant 
an spirituel, qu'au temporel, dans laquelle nous l'avons mis et induit, sans 
aucuns troubles ni oppositions de personne, venues à notre connaissance, de 
toQtqnoy avons donné lecture à haute et intelligible voix, au peuple assem- 
blé, avis la principale porte et entrée de ladite église, le tout fait en pré- 
sence de Missire Sébastien Bureau du Fiefheulin, prêtre, recteur de la paroisse 
de Saint-Nazaire, et Pierre Terrien, prêtre, recteur de la paroisse dé Mon- 
toir, témoins à ce requis et appelles... » — Arch, de ?Vr. Registres des 
Insintiations. 

' A Versailles, il logeait avec M. Chevalier, et le député suppléant Lebreton 
de Ganbert. recteur de Sain t-Si milieu de Nantes. —M. Kerviler, Notice sur 
M. C^aWer, dans la Revue historique de VOuestj mars I8864- 



Digitized by 



Google 



144 . l'enseignement secondaire EGGLÉSIâSTIQUE 

On connaît les débuts de cette assemblée, et les malheu- 
reuses divisions qui éclatèrent entre les trois ordres. 
M. Moyon, d'accord avec la plupart de ses collègues bretons', 
crut devoir se réunir au tiers-état. Mais bientôt son âme 
droite et sacerdotale fut effrayée par la tournure que prenaient 
les événements. Le pillage de la communauté de Saint-Lazare 
(nuit du 12 au 13 juillet) ; la sanglante révolte qui eut pour 
dénouement la destruction de la Bastille; la révolution opérée 
dans la nuit du 4 août ; les nouvelles des provinces annonçant 
chaque jour des émeutes et des incendies ; la crise religieuse 
que faisaient prévoir les cris séditieux de la rue, les déclama- 
tions des philosophes et les motions de l'assemblée : tous ces 
signes avant^coureurs d'un bouleversement social dégoûtè- 
rent nos députés, et, vers la fin du mois d'août, MM. Moyen, 
Chevalier et Maisonneuve donnaient leur démission, ainsi 
que leurs collègues de Rennes, MM. Hunault et Guillou*. 

M. Moyon rentra dans sa paroisse et y reprit son humble 
ministère*. Mais la Révolution marchait vite. 

Les défenseurs de la Religion, n'ayant pu se faire entendre 
dans l'assemblée, publient la déclaration du 19 avril 1790. 
Les catholiques des provinces s'en émeuvent, et plusieurs 
envoient leur adhésion à la Déclaration. Une adresse à l'As- 
semblée nationale fut signée par une partie du clergé rennais, 

* S«ize, sur yingt-deux curés de Bretagne, votèrent, le 24 juin, pour la 
Térification des pouvoirs en commun. 

' R. Kerviler. Notice sur M, Chev alier, d&ns la Revue historiqtie de V Ouest, 
n« de mars 1886. 

« Le 4 janvier 1790, M. Moyon présidait la dernière assemblée du général 
de la paroisse, où Ton arrêta : 

10 Que rassemblée générale des citoyens actifs de Tendroit se tiendrait le 3 
février suivant, à 8 heures du matin, dans la chapelle qui est à rextrémité 
du bourg ; 

2* Que la valeur locale des journaliers étant de dix sous, ceux qui en 
paient 30 d*imposition sont, dans la paroisse, citoyens actifs, s'ils réunissent 
les autres conditions ; 

30 Que le nombre des paroissiens étant de 1213, les officiers municipaux 
seront au nombre de 6, y compris le maire. — Notes de M, Vabbé Gallard. 



Digitized by 



Google 



DàNS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA HÉVOLUTION 145 

une àatre par cent cinq ecclésiastiques du diocèse de Nantes\ 
Parmi les signataires, nous trouvons M. Moyon, recteur de 
Saint-André-des-Eauy, ancien député de l'assemblée natio- 
nale, et Tun de ses voisins, M. Lévesque, recteur d'Assérac. 

La Constitution civile est votée, et Louis XVI, égaré par ses 
conseils, sanctionne le décret. Le 25 janvier 1791, les muriici- 
palitës sont chargées, dans chaque commune, de veiller à son 
exécution. Aussitôt,les révolutionnaires mettent les ecclésias- 
tiques en demeure d'obéir à la loi, convoquent les électeurs 
pour donner des successeurs aux prêtres fidèles, et installent 
des iTitrus partout où il leur est possible d'en établir. Ces dif- 
férentes mesures prirent toute la première moitié de cette 
année 1791, et il est facile de comprendre k quel point elles 
troublèrent le pays. 

M. Moyon refusa le serment. Il n'en fallait pas davantage 
pour attirer sur sa'tôte la persécution, d'autant que sa valeur 
personnelle et son influence donnaient beaucoup d'éclat k ce 
refus. 

Comme il est facile de le concevoir, il n'était bruit alors, 
dans le clergé, que du serment exigé et de la conduite à tenir 
en d'aussi graves circonstances. Dans toutes les réunions^ la 
question était soulevée, et les raisons pour ou contre savam- 
ment discutées. Ceux mêmes qui s'abordaient pour la première 
fois plaçaient tout naturellement la conversation sur ce ter- 
rain ; et quand arrivait un ecclésiastique en voyage, on s'em- 
pressaitautour de lui pour connaître l'opinion des confrères'. 

Le recteur do Saint-André ne manqua pas d'être consulté. 
Sa piété, ses lumières, Texpérience que lui avaient donné 
vingt-huit années de ministère ; le choix honorable que ses 
collègues avaient fait de lui pour l'envoyer à Versailles ; son 
séjour dans cette ville, au milieu de tout ce que le clergé de 

* « Oa remarque avec surprise qu*aucun prêtre de la viUe de Nantes n'y 
figure, si ce n^est le vénérable M. Alno, supérieur de la communauté de Saint- 
Clénient, et M. Monnier, aumônier de rHôtel-Dieu.»(Tresvaux,op cit. tomei7l. 

' Voir, à ce propos, les Mémoires déjà cités de M. Aguefsse. 



Digitized by 



Google 



146 l'enseignement secondaire ecglésiàstiqtte 

France comptait de plus distingué par la naissance, la science 
et les dignités; sa connaissance des projets et des arrière- 
pensées^des meneurs de la Constituante : tous ces motifs 
avaient augmenté son influence dans le district de Gqérande, 
et Ton venait de toutes parts solliciter ses conseils, M. Moyen, 
qui n'avait pas prêté le serment, n^ pouvait le conseiller aux 
autres. Il mit toute l'ardeur de son âme sacerdotale à en 
détourner ses confrères. 

Les révolutionnaires s'en émurent. La lutte dut être d'au- 
tant plus vive, sur ce point du diocèse, que l'un des curés 
voisins, et non des moindres, M. Charles Le Masle, recteur 
d'Herbignac, était l'un des tenants du schisme. Après avoir 
lui-môme prêté le serment, il y détermina ses vicaires, et ce 
n'est pas le calomnier que de croire qu'il voulut y porter les 
prêtres du voisinage : on sait en effet que, malgré son âge 
avancé, il eut l'ambition de devenir évêque et accepta le 
siège constitutionnel du Morbihan. Il est certain que dans le 
district de Guérande plusieurs se laissèrent d'abord sé.duire; 
et qui s'en étonnera, s'il réfléchit à l'hésitation de plusieurs 
prêtres éclairés et à la pression exercée? A Guérande, on alla 
jusqu'à offrir de l'argent à certains ecclésiastiques peu fortu- 
nés, et nous savons d'une source qui paraît sérieuse*, que 
l'un d'eux reçut 75^ pour prix d'un serment, qu'il rétracta 
d'ailleurs en rendant le denier de Judas. 

M. Moyon s'efforça de ramener dans le droit chemin ceux 
•qui s'en étaient écartés. Ses efforts ne furent pas sans effet. 
Les deux vicaires d*Herbignac,en particulier, rétractèrent leur 
serment : l'un, M. Gabriel-Armand Boulo, passa en Espagne, 
et nous le trouvons sur la liste de M. Guénichon ; l'autre, 
M. Durand, resta dans le pays et répara son erreur d'un moment 
par le courage qu'il déploya dans l'exercice du saint ministère. 

* Pierre Guihéneuf, maire de Crossac, mort en 1844, et qui, & Tépoqae da 
serment, était âgé de 21 ans et venait de terminer ses études au coUège de 
Vannes. U entendit cet aveu de la bouche d^un ecclésiastique, dans le pres- 
bytère de Crossac, en présence du recteur, M. Perraud (Notes de M. Bertho). 



Digitized by 



Google 



DÀM& US DI0G2:SE de hantes APRiS LA RÉVOLUTION ^i47 

Cette influence, désastreuse pour le parti schismatique, dé- 
solait Vadministraiion Guérandaise,. qui résolut d'y mettre un 
terme. 

Déjà, sous prétexte que . leurs démarches, ou leur « pré- 
sence » occasionnait des troubles, . le Département avait dé- 
crété l'arrestation de plusieurs ecclésiastiques et un certain 
nombre de prêtres fldèles avaient franchi les portes du châ- 
teau de Nantes. Le Directoire de Guérande crut qu'il pouvait 
oser rincarcératioa du recteur de Saint-André. 

Le2i août 1791, it se réunit, à cet effet, en séance extraor> 
dinaire*. Nous citons le procès-verbal : 

a Sur les représentations multipliées' qui ont été faites, que 
le sieur Moyen, recteur de Saint- André, s'occupait journelle- 
ment de susciter des ennemis à la Constitution décrétée par 
l'Assemblée nationale, et sur la nécessité prouvée d'écarter 
cet homme dangereux de sa paroisse et de plusieurs autres 
ou il a de riûfluence. ^ 

« Le Directoire, ouï le procureur-syndic, arrête qu'à l'ins- 
tant il serafaii une réquisition au commandant de la Garde 
nationale de cette ville de commander vingt-cinq hommes de 
sa troupe pour partir, ce soir, à neuf heures, et se rendre à 
Saint-André-des-Eaux pour se saisir de la personne du sieur 
Moyen, rectetfr audit lieu, et le conduire ès-prisons de Guer- 
rande, pour enstritte le faire transférer au Château de Nantes 
ou telle autre maison d'arrêt qu'il plaira au Département de 
la Loire-Inférieure lui assigner*. » 

L'audace du Directoire de Guérande n'allait pas jusqu'à opé- 
rer au grand jour : on craignait sans doutje l'influence du rec- 
teur, et l'on préférait ne pas risquer bataille. 

* M. Cailîo présidait, assisté de Af ^. Janet Retél, Le procureur-syndic 
était If. Chottard. 

s Parmi les dénonciateurs de M. Moyon, il faut citer le vicaire d'Escoublac, 
PhelippeS'Beauregard^ qui avait porté ses accusations contre le plus ter- 
riUe de ses adoer5atre;,jusqu*à T Assemblée nationale (Notes de M. Gallard^. 

* Areh. dép. — Dist. de Guerrande, fonds de Saint-André-des-Eaux, dos- 
sier de M. Moyon. 



Digitized by 



Google 



.! 



148 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

A neuf heures donc, la troupe se mit en marche vers Saint- 
André. Elle arriva au milieu de la nuit dans cette paisible 
bourgade, et se saisissant du pasteur qui, sans songera 
conspirer, prenait tranquillement son repos, elle l'entraîna 
« ès-prisons de Guerrande. » 

)-*a joie fut vive au sein de la coterie révclutionnaire de 
Tendroit ; elle perce à chaque ligne de la lettre adressée par 
le Directoire au Département. La pièce est trop curieuse et 
montre trop l'arbitraire qui dirigeait déjà les actes de Tadmi- 
nistration, pour que nous ne la citions pas textuellement. 

«.Messieurs, 

. « Nous vous envoyons un ci-devant inviolable, la perle des 
curés de notre district, M. Moyon, recteur de Saint-André- 
des-Eaux. 

« Il y a très longtemps que nous eussions désiré vous faire 
ce présent ; mais la crainte que son absence n'eût excité dans 
sa paroisse des mouvements désastreux, nous a fait tempo- 
riser jusqu'à rinstant où il ne nous a plus été possible de to- 
lérer le désordre qu'il occasionnait dans toutes les paroisses 
voisines, et qui font craindre une insurrection totale. Nous 
avons cru qu'en éloignant le flambeau nous pouvions plus 
facilejient apaiser l'incendie. Nous avons reçu maintes fois, 
au sujet de ces désordres, des avis qui tous nous faisaient 
connaître que ce lâche déserteur du poste où l'avait élevé la 
confiance de ses confrères, ne cherchait qu'à contrarier dans 
nos contrées les sages vues de nos législateurs. Il a môme 
porté la mauvaise volonté au point qu'il a essayé de détour- 
ner plusieurs électeurs* de se transporter à Nantes, et dont 
l'un, (Gliarles Blanchot), nous a fait sa déclaration à ce sujet. 
Il a aussi constamment refusé de publier les lois. 

a Si la séduction dont il fait depuis si longtemps usage, 
n'avait pas réussi au gré de ses désirs, nous aurions sans 

* Les électeurs du département devaient se réunir à Nantes le 25 août, 
, \ pour l'élection des députés à rassemblée législative. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRES LA RÉVOLUTION 149 

doute les preuves les plus completles du danger de la pré- 
sence de cet hypocrite. Mais il a subjugué les esprits et a dis- 
simulé ses démarches à un tel point, qu il ne nous a pas été 
possiblede rien savoir^de constaté. Au surplus, la voie publique 
raccuse constaDtiment, et les plaintes que nous avons reçues 
de tous côtés nous ont paru suffisantes pour le faire arrêter. 

« Plusieurs membres du Directoire qui vont à Nantes en 
qualité d'électeurs vous donneront un état plus détaillé des 
motifs qui nous ont fait agir*. » 

M. Moyon fut dirigé sur Nantes et y arriva probablement le 
23. Il fut immédiatement écroué au château. Son arrestation 
èlaitabsolument illégale. Le refus de serment avec sédition 
ou coalition, l'immixtion dans des fonctions supprimées, la 
continuation d'un service ayant pris fin étaient bien dos dé- 
lits prévus par la loi et punissables ; mais, outre que M. Moyon 
n'avait rien de tout cela à se reprocher, les tribunaux seuls 
a\aient le droit d'instruire et l'administration ne pouvait 
prendre sur elle d'opérer une arrestation*. Mais qu'importait 
la légalité? 

Arrivé au château. M. Moyon s'attendait à comparaître de- 
vant des juges et à subir un interrogatoire ; n'entendant 
parler de rien, il écrivit le 26 août aux administrateurs du dé- 
partement : 

I Je suis détenu au château par vos ordres, depuis plus de 
quarante heures. Je demande, Messieurs, que conformément 
à la loi, vous ordonniez qu'on procède à mon inten'ogatoire. 
Sijeréclamecette justice, ce n'est pas tant parce que la loi 
m'yaulorisey que parce qu'il me tarde de me justifier, en vous 
prouvant la légalité de ma conduite. 
» Signé : J, Moyon, recteur de Saint- André-des-Eaux. » 
Un ne donna pas de juges à M. Moyon; car il eût fallu 



* Arth. dép. — Même fonds. Lettre du 22 août 1790. 
'A.U]lié : JHstrici de Mathecoul^ pag. 168. 



Digitized by 



Google 



150 l'enseignement SÉGONDAIHE ECCLESIASTIQUE 

l'absoudre. On lui envoya une condamnation* Il reçut Tordre 
ou de ne pas quitter Nantes, ou de sortir du département. Ce 
dernier parti lui sembla préférable, et il écrivit aussitôt ce 
billet : « Je soussigné, recteur de 8aint-André-des-Eaux^ 
déclare aux administrateurs du département de la Loire- 
Inférieure qu'en conséquence de Foption qui m'a été donnée, 
je me retirerai dans le district de la Roche-Bernard ; je les 
supplie de me donner un sauf-conduit pour m'y rendre. 

» A Nantes, ce !•' septembre 1791. 

» Signé : J. Moyon, recteur de Saint-André-des-Eaux. » 

En faisant ce choix, M. Moyon n'avait pas d'autre but que 
de se rapprocher de son troupeau. Le district de la Roche- 
Bernard, en dépit des décrets de l'assemblée, faisait toujours 
partie du diocèse de Nantes, et M. Moyon était assuré d'y 
trouver des amis ; de plus, quelques paroisses, comme Férel, 
n'étaient qu'à une petite distance de Saint-André. 

Ce premier exil d'ailleurs ne dura pas longtemps, car nous 
retrouvons M. Moyon dans sa paroisse, le 19 novembre 
suivant». 

Comme desservant non remplacé, M. Moyon avait droit à 
un traitement. A la date du 25 juillet, le Directoire de Nantes, 
toujours empressé de vexer les prêtres insermentés^ lui adres- 
sait un compte notablement réduit. A peine de retour parmi 



« Le Directoire, ouï le procureur-syndic, arrête que les portes du château 
de cette yiUe seront oavertes au sieur Moyon, auquel il est ordonné, pour les 
considérants résultant des pièces susdatées, émanant du district de Guerrande, 
de rester dans cette ville de Nantes où de sortir du département, à son choix. 

s Dans sa notice sur M. Moyon, Tabbé Tresr>aux a écrit : « IL..' 6*attir& 
ainsi la haine des autorités constituées, qui le firent arrêter et le gardèrent 
assez longtemps en prison à Nantes. La municipalité dé sa paroisse le récla^ 
ma plusieurs fois sans pouvoir <)btenirsa liberté On le relâcha eafin....» On 
voit qu'il y a du vrai dans ces lignes ; mais il y a du faux. M. Moyon ne 
fut que onze jours en prison ; mais il fut peut-être deux mois exilé. Si les 
démarches de sa paroisse sont réelles, elles ont eu pour résultat d'abréger cet 
exil, mais non sa détention. 11 est certain que le 19 novembre 1791, la pr^ 
gence de M. Moyon était tolérée dans sa paroisse, puisqu'il ^rit aux Autori- 
tés et date sa lettre de Saint-André. , 



Digitized by 



Google 



DÂNS.IiB DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA REVOLUTION 151 

ses paroissiens, M. Moyon, qui trouvait déjà suffisante la 
réduction opérée sur son traitement par la contribution 
paifiQt%que\ ftt parvenir ses réclamations aux Directoires 
de Guerrande et de Nantes. 

A cette réclamation qui nous intéresserait médiocrement, 
s'en joignait une seconde d'un tout autre intérêt. M. Moyon 
écrivait: 

a k cesdemandes j'en joins d'autres, Messieurs, que vous 
ne trouverez pas moins justes et sur lesquelles je vous prie 
aussi de faire droit. 

« Au milieu de la nuit du vingt-deux août, je fus saisi 
dans mon lit, et conduit le lendemain au château de Nantes ; 
le Directoire du district de Guerrande me demande 88 livres 
>our avances faites pour ma saisie et mon transport à Nan- 
tes*. Ce serait une injustice, Messieurs, dont vous n'êtes pas 
eapables de me faire supporter les frais. 

^ Dailg^nez jeiter les yeux. Messieurs, sur les plaintes de 
quelques électeurs de Guerrande et sur les* dépositions de 
cinq ou six de mes paroissiens, faites devant vous le vingt- 
six août dernier, et vous verrez que loin d'avoir été convaincu 
d'aucun délit, mes accusateurs furent confondus. lisse virent 
réduits à une accusation vague, à dire que j'étais dangereux 
poiff la chose publique dans mon canton. De ma prison, je 

* Son traitement annuel montait k 1^70 br. et le 25 juillet, en Tautorisant à 
toncher ce q^ui lui était dû pour le commencement de Tannée^ on le prévenait 
qa*il faudrait déduire « les deux premiers termes de la contribution patriotique, 
aatroir : 71 1t. 50 pour le premier, et 95 Iv. pour le second, sauf la déduc- 
tion de ce qu'il justifiera avoir pajfc ii y valoir, et sans préjudice de ce qu'il 
peut devoir pour cause de ses retenus patrimoniaux.» — ^Irc^. dép, — C'était 
bien la peine de suppnmer la dlme et les corvées. 

9 Arrêté du directoire du dép. du Cher, du 3 aoftt 1792. 

Art. 8. — < Le» frais d arrestation et de noarriture des ecclésiastiques qui 
contreviendraient au présent arrêté en ce qui les concerne seront acquittés 
sur leur pension, 8*iLs en ont une, ou à. défaut sur les fonds affectés aux 
dépendes du culte. » Cité par M. Louis Au(fiat : JJn déporté éûéguede Saint* 
Brieue. Revue Aist, de l'Ouest, janvier 1887. On le voit, à Bourges comme à 
Guérande, on s'entendait k faire des économies. La Nation n'avait-elle pas 
doaoé Vexemple en «poliant le clergé! 



Digitized by 



Google 



152 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

vous demandai inutilement à être interrogé, pour connaître 
ensuitte etmes dénonciateurs etles plaintes portées contremoi. 
Ma justification eût bientôt été complette si on avait daigné 
m'entendre et observer les formes. Après onze jours de déten- 
tion un officier de la garde nationale, en m^ouvrant les portes de 
la prison, me dit que j'étais condamné à demeurer dans la 
ville de Nantes ou à sortir du département. Tout illégal, 
injuste et nul en lui-môme que me parût un tel jugement, je 
m'y soumis : je crus, à cause de la fermentation -du moment, 
devoir respecter jusqu'à la défiance des chefs de l'adminis- 
tration, quelque rigoureuses que fussent les mesures que 
semblait leur dicter contre moi l'intérest delà chose publique. » 

« Je n'ai été convaincu d'aucun délict et je ne pouvais l'être, 
puisque je n'ai rien fait contre la loi. Etant innocent à ses 
yeux, je ne dois pas être puni. 

€ Je demande 4**, Messieurs, que conformément à la loi, mon 
traitement me soit payé jusqu'à mon remplacement, sans 
aucune retenue, ni pour les frais de ma saisie et de mon 
transport à Nantes, ni pour le temps de mon absence de ma 
paroisse*. » 

Nous devons penser que le directoire de Guérande» qui 
avait mis tant d'acharnement à poursuivre M. Moyon, ne vit 
pas d'un très bon œil son retour à Saint- André, et qu'il le sur- 
veilla de près. Il n'y manqua point, et les moindres incidents 
lui furent un prétexte à de nouvelles poursuites. L'occasion 
désirée ne se fit pas attendre longtemps, et le 9 janvier 1792, 
le directoire de Guérande se réunissait encore à propos du 
recteurde Saint-André. M. Gh. Jan présidait la séance et parmi 
les membres présents, nous trouvons un M. Leborgne. Nous 
aimons à croire que ce n'est pas le même qui signait, en qua- 
lité de procureur fiscal, la prise de possession de la cure de 
Saint-André par M. Moyon. Mais qui sait? Le temps avait 
marché depuis lors, et 1774 était si loin I 

* Arch, dép. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 153 

Quoi qu'il en soit, le procureur syndic, Chottard, fait son ré- 
qursitoire.Le bruit public lui a fait coundlire quePierre Griffé, 
fi\Sj capitaine de navire, au Croisic, et Marie-Madeleine 
Raphaël, lieBatz, ont été mariés le 21 novembre dernier, par 
M. Jean (Joseph) Moyoq, recteur de Saint-André-des-Eaux. 
Ému de cette irrégularité, il a fait consulter le registre de 
cette paroisse où l'acte de mariage parle de formalités remplies, 
mais non spécifiées. De plus, la permission de bénir le 
mariage a été donnée par François Monfort, prêtre sans qua- 
lité pour la donner, puisque c'est Jacques Thébaud qui est 
curé de Batz. Enfin on donne, dans l'acte, la qualité de noble 
homme « à des hommes à qui Tancien régime lui-môme Tau- 
rait refusée*.» L'ordre public a été troublé, la loi transgressée, 
le procureur syndic demande que Ton surveille le recteur 
incriminé, que l'on délibère à ce sujet, et dépose un extrait 
du registre de Saint- André, signé Lescard, vicaire. 

Cette fois, le directoire avait beau jeu, car, sauf la compé- 
tence', la loi était pour lui, M. Monfort en effet, le curé légi- 
time de Batz, avait été remplacé par V'mirwsThébautyÇii il exis- 
tait des peines contre la co/4/mwâ://on d un service ayant pris 
^rt;en outre, tous les /«VreA- étaient supprimés. L'assemblée 
doime acte au procureur-Syndic et promet de faire toutes les 
démarches nécessaires, demandant à qui de droit « de faire 
un exemple en faisant annuller ce mariage avec ^clat, et en 
faisant punir les sieuçs Moyon et Monfort suivant les ri- 
gueurs de la loi. Ce dernier pour avoir continué ses fonctions 
quoique remplacé, et le premier pour avoir eu égard à la per- 
mission dudit Monfort et donné des qualités aux parties*. 

^ < L'expression noble homme, inscrite dans un acte de Tétat civil, est 
tout justement un certificat authentique de roture. Avant 1789, dans les con- 
trats et les actes de l'état civil, les gentilshommes prenaient les titres dVcwj/er 
ou de »)emre. Noble fiomme était le titre que prenaient les bourgeois de 
quelque importance ; honorable homme celui que prenaient les petits bour 
geoia, les marchands, les artisans. » Ed. Biré. Correspondant y livraison du 
10 août, 188 7, pag. 562. 

'Les tribunaux seuls étaient chargés de poursuivre. 

^ Ar(h.dép, — Dossier Mojon. Lettre du directoire de Guérande, du 15 
janTicr 1792 . -^ 

T. VI. — NOTICES, — VI* ANNÉE, 1" LIV. H 



Digitized by 



Google 



154 ju'ensàignement secondaire ecclésiastique 

Los délibérations du directoire de Guérande n'étaient pas 
seules à menacer la libertci de M. Moyon. L'assemblée légis- 
lative avait porté, le 29 novembre 1791, un décret ordonnant 
la surveillance des prêtres vtsermentésy et le Département 
avait encore renchéri sur cette sévérité. Le 9 décembre sui- 
vant, U publiait un arrêté dont le troisième article était ainsi 
conçu ; « Que tous les ecclésiastiques non sermentés, quels 
qu'ils soient, qui, par leur conduite, leurs discours ou leur 
présence, inspireraient la désobéissance aux lois, Téloigne- 
ment du culte salarié par la nation, et l'esprit de sédition et 
de révolte^ et qui abuseraient des choses les plus sacrées pour 
égarer les esprits, seront conduits au chef-lieu du déparle- 
ment, pour y résider et constater leur présence comme ci- 
dessus (tous les jours àmidi)V 

M, Moyon, adversaire résolu et inlluent de la Constitution 
civile, était dans ce cas ; il dut se cacher. Nous ne le suivrons 
pas dans ces nouvelles traverses d'une vie qui semblait devoir 
être si paisible ; car la tradition ne nous en apprend que fort 
peu de chose. Nous pensons toutefois que, dès l'abord, les 
poursuites furent assez vives, et nous en trouvons une preuve 
dans ce fait que M. Moyon et son vicaire, M. Lescard, se ca- 
chèrent pendu.nt quelques temps, à une assez grande distance 
de Saint- And ré. Le recteur trouvait alors un refuge soit au 
château dii la Bt'etesche, en Missillac, soit à celui de la Baronie 
en Saint-Dolay, mais à un kilomètre seulement du bourg de 
Missillac. Il y employa ses loisirs forcés à composer un Cfl- 
téchmne pour prémunir les fidèles contre les dangers du 
schisme» 

M. Moyon demeura une année dans cette situation ; mais 
les poursuites devenant de plus en plus ardentes, et sa noto- 

* Cité par M. A» LaUié, op. cit. page 202. 

1 Not«s de M. Qaîlard et de M. Bertho, Cet ouvrage fut imprimé et répandu. 
Ne aérai t-ce point ce Catéchisme à Vusage des fidèles de la campagiie^ dont 
parla M. Lalli^ dans le District deMacftecoul (pag.204), et que Tadministra- 
tîûii signalai t ii toutes les municipalités comme un écrit séditieux f Mais dans 
ce cafi, M. Moyoû l^aurait composé durant les d^ux mois de son premier exil» 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 155 

riélé lui rendant sans cloute \ incognito très difficile, ii résolut 
de passer en Espagne, où la plupart des prCtres du voi- 
sinage avaient été déportés. 

Vivement traqué partout, il se dirigea vers le Croisic, pour 
s'y embarquer. On l'attendait pour lui faire un mauvais parti. 
Grâce à uq déguisp^ment, il monta, sans être reconnu, sur le 
bâtiment qui devait le transporter en Espagne. Une fois au 
large, il entonna le Venicreator, auquel s'unirent les gens du 
bord, au grand ébahissement des patriotes^ spectateurs déçus \ 

de l'embarquement*. ' ! 

Le vie de M. Moyon en Espagne fut celle de tous ses con- 
frères, vie de privations, de tristesse et d'espérance. Dès que 
le calme fut rétabli et la persécution apaisée, il rentra en 
France et revint à Saint-André'. Le 27 janvier 1803, il prêtait 
serment dans la cathédrale, au gouvernement établi . 

Comme toutes les autres paroisses, Saint-André-des-Eaux 
avait beaucoup; souffert pendant son absence. L'église avait 
été complètement « dégradée » par les troupes, et le pres- 
bytère, abandonné pendant de longues années, était inha- 
bitable. Au point de vue spirituel, la paroisse avait aussi 
souffert ; moins que d'autres cependant : trois prêtres* en 
effet y avaient passé à peu près tout le temps de la Révolution, 
y exerçant le saint ministère. Depuis 1795, les cérémonies du 
culte avaient même été accomplies publiquement, dans des 
maisons particulières, ou dans de vastes prairies. 

M. Moyon, malgré son âge et les fatigues endurées, se mit 
avec ardeur à la réparation de toutes ces ruines. Il voulut en 
même temps réparer les ruines du sacerdoce. 

* Notes de M. Gallard, On lit dans TresTauz, op. cit. : < U était .déjà 
embarqué lorsque des gendarmes vinrent pour Tarrôter à bord du navire sur 
lequel il était monté Prévenu à temps, M. Moyon se sauva dans un canot et 
échappa ainsi à leurs poursuites. Il put ensuite se rembarquer, et se mettre 
en sûreté, en partant pour TEspagne. » 

' A la fin de 1800, d'après Tresvaux, 

' Mellmet, op. cit. XI, 156. 

^ ^* Lescard, vicaire, de Saint- André ; M. Rouaud, originaire de cette 
"^tte paroisse, et M. Lévêque. — Arch. dép. 



Digitized by 



Google 






156 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

Au chevet de Téglise paroissiale, s'élevait un vaste bâti- 
ment. C'était Tancien auditoire*. En attendant que le pres- 
bytère fût restauré , ce local fût cédé au desservant, et 
M. Moyon s'y installa avec plusieurs élèves qu'il groupa 
autour de lui. 

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs. 
Ajoutons seulement quelques traits particuliers à cette école. 
L'objet de l'enseignement était plus étendu que dans les 
autrtes petits collèges (sauf Maisdon). Aux études classiques 
s'ajoutèrent des éléments de philosophie et des notions théo- 
logiques préparatoires aux cours du grand séminaire*. Nous 
pouvons môme ajouter que si M. Moyon comptait, parmi ses 
écoliers, plusieurs commentants, il donnait surtout ses soins 
à des jeunes gens plus avancés. Ce que nous avons dit de 
M. Le Guen, ce que nous dirons plus bas d'un autre curé 
voisin montre que la plupart des jeunes gens, étrangers à la 
paroisse de Saint-André, qui allaient suivre les leçons de son 
pasteur, avaient déjà fait quelques études sous la conduite de 
celui de leur propre paroisse. D'ailleurs, en parcourant les 
listes des séminaristes conservées aux archives de Tévêché de 
Nantes, seuls documents officiels, et encore incomplets, qui 
puissent nous guider, nous constatons que le plus grand 
nombre des élèves de M. Moyon étaient étudipnts en 
philosophie. ^ 

Le règlement était celui que nous avons exposé, et laissait 
aux élèves beaucoup de liberté. Le lever avait lieu à cinq 
heures. Les élèves de M. Moyon étant tous destinés à la clé- 
ricature, et, pour la plupart, des jeunes gens, leur journée 
commençait, comme dans les grands séminaires, par une 
demi-heure d'oraison. Cet exercice se faisait en commun 



* On appelait auditoire le lieu où le seigneur de la paroisse rendait ou faisait 
rendre la justice. L^ancienne église de Saint-André a été démolie vers 1880, 
et il ne reste plus de Tauditoire que quelques pans de murs, dont on s^est 
servi pour établir une remise et une écurie, joignant la mairie et Técole 
communale des garçons. Note de M. Gallard, 

> Notes de M, Gallard. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 157 

dans une des chambres du presbytère ; Monsieur le curé le 
présidait; et les sœurs tertiaires de la paroisse y étaient 
admises : toutefois ces dernières se tenaient un peu à Técart, 
en dehors de la chambre. Quelle pieuse simplicité ! Et pour- 
tant ces souvenirs ne manquent pas de poésie. Ne semble-Mi 
pas que Brizeux, une des gloires de ces humbles écoles près- 
bytérales, ait pénétré jadis dans la demeure du curé de Saint- 
André et qu*il ait peint au naturel le simple tableau que nous 
venons de décrire ? 

Cependant la nuit tombe. Enfants et domestiques. 
Quelques voisins, amis des pieuses pratiques, 
S'assemblent dans la salle, et leur humble oraison. 
Encens du cœur, s*élève et remplit la maison ; 
Et la journée ainsi, pieuse et régulière, 
Comme elle a commencé finit dans la prière*. 

Comme partout, la classe du matin se faisait au presbytère^ 
à dix heures ; et celle du soir, souvent par les chemins. * 

« On a peine à comprendre, remarque celui qui nous a 
transmis ces détails, comment le vénérable curé pouvait faire 
face à tant d'obligations qui lui incombaient dans son pres- 
bytère, à Téglise, dans l'étendue d'une paroisse marécageuse/ 
et môme dans les paroisses voisines avec lesquelles, la répu- 
tation de ses lumières et de ses vertus lui créait de nom- 
breuses relations*. » Mais de quoi n'e*st pas capable le zèle 
d'un saint prôtre,stimulé par les besoins pressants des âmes ? 

Il est difficile de connaître exactement le nombre des éco- 
liers qui suivirent les leçons de M. Moyon. Une note, que 
nous avons sous les yeux', prétend qu'il n'en eut que sept. 
Mais c'est une erreur manifeste. On s'expliquerait difflcile- 

< Mariât édition Lemerre, p. 84. 

» Notes de M. Gallard* 

9 Ceti3 note nous a été fournie par M Gallard, d*ordinaire pourtant très 
exact ; mais il avait été lui-même induit en erreur par des élèves qui n'avaient 
eonnn que les darnières anné3s de Técole, ot dont les souvenirs sur ce point 
étaisnt nécessairement incomplets. 



Digitized by 



Google 



i58 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

ment la célébrité relative dont a joui Técole de Saint-André 
et !e cas qu'en faisait M«' Duvoisin, si elle n'avait eu qu'une, 
action aussilimitée. Dans les registres de révôehé, dont nous 
avons déjà parlé, on trouve, à Saint-André, quatorze élèves 
pour l'année 1806, et pour Tannée 1811, un chiffre à peu près 
égal : ce qui nous donne à penser que tel était, en moyenne, 
le nombre des élèves de M. Moyon. Si nous ajoutons que ce 
respectable pasteur remplit les fonctions de professeur de- 
puis son retour d'Espagne jusqu'en 1813, on aura une idée des 
services qu'il rendit au diocèse de Nantes. 

Voici, parmi les élèves de Saint- André-des-Eaux, qui furent 
prêtres, ceux dont les noms sont parvenus h notre connais- 
sance : 

MM* François Delalande, mort curé de Marsac, et son 
frère Marc, mort vicaire de Saint-Lumine-de-Clîsson ; Pierre 
Fourré, curéde Jans; Etienne Mahé, mort curé de la Rouxière; 
Gilles Moyen, mort curé de Cordemais ; Philippe Perrigaud, 
ancien curé de Saint- Joachim, puis, pour cause de santé, curé 
du Temple ; François Pelaud, mort curé de Donges ; Joseph 
Hervy,mortà Sainte-Reine; rabbéGouray,curédePontchâteau 
et restaurateur vénéré du calvaire élevé par le bienheureux 
P. Montfort, mort dans sa paroisse, en 1857 ;tous ces prêtres 
avaient déjà commencé leurs études, soit à la Chapelle-des- 
Marais, soit à Saint-Joachim, soit à Sainte-Reine, lorsqu'ils 
allèrent à Saint-André. La plupart d'entre eux firent, dans 
cette dernière paroisse, leur rhétorique et leur philosophie, 
et de là entrèrent directement au grand séminaire, 

Nous devons ajouter d'autres noms encore : MM. Julien 
Mahé, mort curé de Couôron ; Jean-Marie Mouchet ; Christien , 
curé de Missillac, mort à Nantes ; Jean-Marie Bertho, mort 
curé de Plessé ; Deniaud, curé de Mouzeil ; Faugaret, curé de 
Dûulon ; Geoffroy, curé de Saint-Lyphard, ces trois derniers 
nés à Saint-André, et morts dans leur paroisse natale ; Peltieo 
mort curé de Savenay ; Henri Orillard, chanoine honoraire 



Digitized by 



Google 



DANS LS DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 159 

directeur du petit collège de Ctiauvé, mort dans cejte maison ; 

Bigaré, également chanoine honoraire, mort curé du Croisic. 
Il y aurait sans doute beaucoup d'autres noms à citer, 

surtout si nous ajoutions les noms de ceux qui n'embrassèrent 

pas Tétat ecclésiastique* nous croyons toutefois cette liste 
suffisante pour faire apprécier le bien qu'opéra M. Moyen, 
et pour justifier cette notice, un peu longue peut-ôtre, mais 
qui nous paraît méritée. 

En 1811, M. Lebastard, dont nous parlerons plus bas, 
ayant pris la direction du collège de Guérande, le recteur de 
Saint-André songea h fermer son école. Cependant il attendit 
encore un an avant de prendre une résolution définitive. 
Lorsqu'il vitTabbé Macé succéder à M. Lebastard, il n'hésita 
plus^ Le maître ne devait pas survivre longtemps à son 
école. 

Très actif, malgré son grand &ge, il donnait, pendant les 
vacances de ses élèves, des retraites ou missions dans les 
paroisses voisines. Il revenait du Croisic, après avoir accompli 
cette œuvre de zèle, quand son cheval s'abattit sur la butte 
•de Saint'Servais* ; sa santé en fut gravement ébranlée. Il 
mourut à Saint-André, le 31 octobre 1813, et fut inhumé, deux 
jours après, dans Thumble cimetière où si souvent il avait 
prié*. 

Il nous reste peu de choses à dire, pour compléter ce por- 
trait. Aussi sincèrement modeste qu'il était profondément ins- 

* L*aii d'eax, nommé Deniaud, deYint soldat et eut une jambe emportée par 
le premier boulet lancé par Tennemi k la bataiUe de Wagram. Il mourut à 
Saint- André. 

' Notes de M.GaUard. —Nous devons toutefois ajouter que les registres de 
l'évèché, pour Tannée 1813, font encore mention de quelques écoliers résidant 
à Saint-André. 

* Entre Escoublac et Guérande. 

* « I4 2 novembre 1813, tu le certificat de décès, a été inhumé le corps de 
M. Joseph Moyen, curé-dessenrant de cette paroisse, fils de Luc Moyon et de 
Perrine OUÎTaud, son épouse, en présence de MM. Crossais, de Saint-Nazaire, 
Ouénel, desservant d'Escoublac, Orseau, de Saint-Sébastien, Durand, curé 
d'Herbignac, et Christien, vicaire de Guérande. >— Extrait des registres 
^ la paroisse de Saint- André-des-Eaux . 



Digitized by 



Google 



160 



L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE ECCLESIASTIQUE 



ruit, M. Moyoa refusa, dit-oa, plusieurs fois, d'échanger 
pjurdes p53itioa3 plus brillantes sa chère petite paroisse de 
Sairtt-Anlréi et. après Tavoir évangélisée avec amour, il vou- 
lut y mourir. 

Sachante n'était pas moins remarquable : on le vit, durant 
des années de disette, mendier de porte en porte, pour les 
pauvres, des secours qu'il faisait ensuite distribuer avec ordre 
et discernement à son presûytère. Aussi, était-il devenu Tar- 
bître et le conseiller de ses paroissiens dans la plupart des 
difficultés qui s'élevaient entre eux ; et, plus d'une fois, ses 
décisions, toujours marquées au coin de la justice et du bon 
sens^ furent confirmées par les hommes de la loi ou les tri- 
bunaux. 

Ce que nous avons dit du recteur de Saint-André montre, 
avec ses lumières, la grandeur de son zèle et de sa charité 
Un trait le peindra mieux encore. 

Dans la paroisse natale de M. Moyon, un malheureux 
prêtre avait donné, durant les jours mauvais, les plus afifreux 
scandales. Après avoir prêté le serment schismatique, accepté 
sans institution canonique, la cure de Crossae, attristé les 
âmes fidèles par le spectacle de ses orgies, et pris part à 
toutes les violences, exercées dans ce pays, par une bour- 
geoisie profondément révolutionnaire, Guillaume Sambron 
avait mis le comble à ses crimes et à son déshonneur 
en contractant une union sacrilège. La mort de la mal- 
heureuse* qui n'avait pas rougi d'accepter sa main et le réta- 
blissement du culte catholique semblèrent ouvrir les yeux à 
ce misérable. 

M. Moyon, qui était trop éclairé, trop charitable et qui avait 
trop souffert pour ne pas être indulgent, Taccueillit avec bonté 
et s'cfTorf^a de le faire rentrer dans la voie du devoir. Il eut 
avec lui de nombreux entretiens', lui fît faire une retraite, au 

* Saoubron rengagea, au lit de mort, à se repentir de sa faute, 
s C'ét[iit le jeudi, jour où M. Moyon donnait congé à ses étudiantsi, que 
Sanihroh venait à Saint-André. Les entretiens avaient lieu souvent à la 



Digitized by VjOOQIC 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 161 

presbytère de Guérande, sous la direction de M. de Bruc, de- 
puis évoque de Vannes, et le conduisit lui-même à Montoir, 
faire amende honorable devant les témoins de ses scandales. 
Tel était M. Joseph Moyen, recteur de Saint-André- 
des-Eaux. Une si belle figure ne devrait pas être vouée à 
l'oubli; et pourtant dans ce diocèse de Nantes, est-il beau- 
coup de fidèles, estril beaucoup de prêtres qui: savent même 
son nom ? Il est dédommagé, nous n'en doutons pas, dans le 
sein de Dieu, qui récompense les humbles. Mais de plus la 
modeste paroisse, dont il a été le curé pendant près de qua- 
rante ans, est rtstée fidèle à son souvenir. « Les gens du pays 
ont tant de respect pour sa mémoire, qu'ils vont prier sur sa 
tombe et l'invoquent comme un bienheureux* . • 

Avant de terminer le chapitre de Saint-André-des-Eaux, 
nous devons ajouter un mot. 

Dans beaucoup de paroisses, les membies du clergé, se fai- 
sant tout à tous, se transformèrent en simples maures (T école, 
enseignant à lire aux petits paysans. C'est ce qui arriva à 
Saint-André. M. Lescard*, vicaire de M. Moyen, vaillant con- 

lacristie, et retardaient parfois le catéchisme. Un jour que la séance avait été 
plas longue et Vimpatience des enfants plus vive, M. Moyon dit à Cis derniers 
que c'était un malheureux prêtre égaré pendant la Héfolution ; mais qu*il 
fallait bénir Dieu parce que sa grâce Tavait touché et le ramenait dans le bon . 
chemin. Il leur fit easuite une grande et belle instruction qui resta profon- 
dément gravée dans Fesprit de ces enfants. » U parait que ce prêtre, un jour, 
se présenta à la cure demandant M. Moyon. Celui-ci était à dîner, en compa- 
gnie de plusieurs confrères.' On lui annonce Sambron : « Prépare un couvert,! 
dit-il à son domestique. L'assemblée fut surprise et le manifesta. Biais le 
recteur imposa silence, et tous se turent, pendant qu'il priait avec instance le 
nouTeau venu de prendre part au dîner. — Notes de M. Vabbé Geoffroy, 

» Tresvaux, op, ciL p. 494. — M. Moyon a laissé deux ouvrages. Nous avons 
cité le premier; le second n'est qu*un recueil de traits édifiants compilés 
pendant l'émigration. Ces deux opuscules ont été déposés èi l'évéché par 
M. rabbé Deniaud. — Notes de M Gallard, 

^ M. Lescard, né au village de Sav>ines^ dans la paroisse de Montêir 
(aujourd'hui de celle de Méans, bien que toujours de la commune de Montolr), 
fot d'abord marin et commença ses études à 18 ou *20 ans. Nommé vicaire à 
^Qt-Ândré, il y resta jusqu'à sa mort qui arriva le 12 mars 1820. A la mort 
de M. Moyon, il avait refusé d'être son successeur. U n'exerça jamais le saint 
ministère ailleurs qu'à Saint- André ; lorsqu'il mourut, il y était vicaire depuis 
«0 ans. Ce fut seulementcinq ans avant sa mort qu'il cessa défaire la classe. 



Digitized by 



Google 



162 l'enseignement secone^aire. ecclésiastiquk 

fesseiir de la foi et prêtre aussi dévoué que modeste, se fit 
instituteur, et notre Université^ 

Si parva licet componere magnis, 



donna bientôt Tinstruction secondaire et l'instruction pri- 
maire. 

M. Moyon, à défaut de presbytère, s'était logé dans Taudi- 
toirô ; M, Lescard, lui aussi, chercha un gîte où il put. Les 
misères de la Révolution, pendant laquelle il avait souvent 
dormi à la é/^//^^/oî7^, l'avaient habitué à ne pas se montrer 
difficile. Il fit réparer une chaumière à ses frais et s*y logea. 

Tous les ans, depuis la Toussaint jusqu'au mois dô juillet 
(époque des première^ communions), il faisait la classe à une 
quarantaine de garçons. L'exercice commençait entre huit et 
neuf heures, et durait deux heures. 

Ceux qui tenaient à une instruction un peu plus complète 
revenaient dans l'après-midi. M. Lescard leur consacrait 
encore deux heures, puis faisait avec eux une promenade 
dans la campagne, récitant son bréviaire ou faisant une lec- 
ture, pendant qu'ils étudiaient leurs leçons. 

L'instruction qu'il distribuait était surtout religieuse. On 
savait l'apprécier : aussi, avait-il des élèves de Guérande 
[même de la ville)^ de Montoir, de Saint-Nazaire et de Saint- 
Lyphard, 

L'école de M. Moyon s'alimentait surtout de celle de son 
vicaire, et c'est ainsi que tous deux concouraient à la même 
œuvre de eMg et de réparation . 

Abbé Rigordel. 

(A suivre.) 



(S/S4^ê/S 



^ Tout ce qui concerne M. Lescard est dû aux soufenirs de M. Oeoffrof- 



Digitized by 



Google 




L'ABBAYE 



DE 



BOIS-GROLLAND 



EN POITOU 
(Suite et fin'). 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 

I 

Reçus qui témoignent des sacrifices que s'imposaient les 
Religieux pour Ventretien de leur chapelle. 

Par devant les Gon*" du Roy, Notaires de Sa Majesté au Cbâtelêt de 
Paris soubsignez furent preseus les sieurs Pierre Labbé, marcbani 
tapissier de cuir doré, demeurant rue Saint Ânthoine paroisse Saint- 
Panl. Et sieur Laurent Hurlot, m^ peintre à Paris demeurant sur le 
quay Pelletier parroisse Saint-Geryais. Lesquels ont reconnu et con- 
fessé airoir reçu cbacun d'eux en leur particulier du Révérend père 
prienr de l'abbaye de nostre Dame de Bois Grosland par les mains de 
noble homme M. Pierre Ollivcau, advocat en Parlement Senescbal de 
la Tille et principauté deTalmond,à ce présent logé rue Serpente, à 
la Boze Blarche, parr"' Saint-Seyerin. C'est à fçavoir ledit Hurlot la 
somme flf* quarante sis li\res pour la vente de doux tableaux l'un de 

i Voir la lirraison de janvier 1890. 



Digitized by 



Google 



. I 



164 l'abbaye de bois-grolland 

saint Fiacre, et Vautre de saiate Luce de sa façon, pour Tusage de 
l'Eglise de ladite abbaye de Bois Grosland, ordre de Gisteaux et Gler- 
Taux en bas Poistou^ qu*il luy a aujourd'huy livré ensemble la somme 
de quarante sols pour les frais qu'il a convenu faire pour rouler lesdits 
tableaux affin de les envoyer en ladite saint Enetz, et ledit sieur Pierre 
Labbé, marchand tapissier en cuir doré, cçlle de douze livres dix sols 
pour la vente dellivrance de deux devans d'hostel de cuir doré drappé 
façon de Brocatel pour ladite Eglise dont ils ont quitté et quittent 
ledit sieur Prieur et promettent garantir envers et contre tous. Et a 
ledit sieur Senesçhal déclaré que ledit sieur Prieur a fait achepter 
lesdits tableaux et devans d'bostel pour d*autant satisfaire à Tarest de 
Nosseigneurs du grand conseil. Et transaction faite en conséquence 
entre ses autheurs Prieur et Relligieux de ladite abbaye. Et feu 
Monsieur l'abbé Gravel, abbé de ladite abbaye ayant succédé à feu 
Monsieur Tabbé de Lingendes aussy abbé de ladite abbaye. Et pour 
ladite garantie lesdits Hurlot et Labbé esUsent leurs domicilies en leurs 
demeures, promettant obligeant renonçant. Fait et passé à Paris ea l'es- 
tudedudit notaire soubsigné. L'an mil six cent quatre-vingt-sept le dou- 
zième jour dudit mois de mars et ont signé fors ledit Labbé, qui a dé- 
claré de sçavoir escrire ny signer de ce enquis en la minute des 

demeurée à Taboue Vun desdits notaires soubsignez. Pour coppie. 

4 nov, iê86. — Par devant les notaires gard'" du Roy au châtelôt 
de Paris sous®* furent présents les sieurs Jean-Bap»* Loir m* orfèvre à 
Paris, dem* sur le Pont au Change à l'Image S'-André, parroisse S<- 
Jacques de la Boucherie ; Jacques Brou, m^ brodeur, et m^ chazublier 
à Paris, dem* à Paris rue de la Barillerie, parroisse susdite 8»-Jacques 
de la Boucherie ; Pierre Greneau, m^ fondeur en cuivre et laton, dem' 
rue de la Ferronnerie à l'enseigne du Grand Cornet, parroisse des S"- 
Innocents, Louis-Charles Duhin pegaeur tabletier à Paris, dem' rue des 
Ârcis parroisse S'-Médard, Mathieu Le Blond, m^ en taille douce dem, 
rue S'- Jacques en la maison de Teaseigne de la Cloche d'argent par- 
roisse S'-Benoist. Lesquels ont reconnu et confessé avoir chacun eu 
leur particulier du R. P. Dom Pierre Jan, prieur de l'abbaye de 
Nostre-Dame de Boisgrolaml, ordre de Citeaux, filiation de ClermoDt 
les sommes cy après pour les marchandises cy après spécifûées que 
ledit sieur prieur pour ce présent dem' ordinairement à ladite abbaye 
estant de présent à Paris, logé rue du B>ut de Brie, parroisse S*-8erDin 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de bois-grolland 165 

a déclaré avoir achepté des sieurs susnommez pour servir à l'ornement 
de réglise de lad. en exécution de Tarrest de nosseigneurs du grand 
Conseil de sa Majesté, rendu le vingt septième février 16' quatre-vingt-un 
entre les prieurs et religieux de ladite abbaye et les héritiers de feu 
H** Jacques Gravel, abbé commandataire de ladite abbaye; c'est assavoir 
ledit sieur Loir la somme de deux cens quatre-vingt-huit livres pour 
Tentes délivrances par luy £aite audit prieur d'un calice^ un bassin et 
canettes le tout d'argent blanc cizelé ; ledit sieur Braud celles de quatre 
cens quatorze livres cinq sols six deniers pour vente et délivrance par 
luy faite d'une chasuble devant d'austel et chappe à fonds blanc 
semée de ilenrs de diverses couleurs le tout de soye. Plus une autre 
chazoble avec son devant d'austel à chappe de satin noir dont les 
Offrais sont de satin blanc, plus une chazuble et devant d'autel de mo- 
hère verte. Plus une autre chazuble avec son devant d'autel et chappe 
violette de soye façon de damas. Plus une autre chazuble à devant 
d'autel de brocard rouge, à fleurs blanche^ le tout garny à l'exception 
de reniement noir de galon et parrement d'argent faux. Plus un devant 
d'autel d'oripeau vulgairement appelé cuir doré le tout généralement et 
rendu fait etfoumy comme dit est audit sieur prieur avec un estuy de 
cuir pour mettre lesdits calice bassin et canettes d'argent. Ledit sieur 
Greneau la somme de quatre-vingt-douze livres pour une grande croix 

avec six grands chandeliers et le tout de cuivre généralement a 

anssy fourny vendu et livré audit sieur Prieur. Ledit Dubin, ébéniste, la 
somme de quatorze livres quinze sols pour deux crucifix d'y voire dont les 
croix sont d'ébène avec six chandeliers de bois vernys de rouge avec 
anBsyuQ crucifix d*yvoire sur une croix de bois verny de rouge aussi par 
luy fonmy vendu et livré audit sieur Prieur. Et ledit Le Blond la somme 
de six livres dix sols pour vente et délivrance par luy faite audit sieur 
Prieur a trois canons, trois évangiles et trois lavabos, le tout par lesdits 
siears sus-nommez, fourny et livré comme dit est audit sieur prieur à 
plasienrs et diverses fois, depuis un mois en ça. Desquelles sommes par 
eux reçues ils acquittent et descharges chacun en leur particulier ledit 
sieur Prieur et tout autorisent et promettent l'en faire tenir quitte 
«nvers et contre tous. 

Reçu fait et passé à Paris en l'estude. 

L'an 46* quatre-vingt-dix, le quatrième jour de novembre avant 
iiiidy et ont signé la minute du présent demeurée à Baglan, notaire. 



Digitized by 



Google 



L 



166 l'abbaye de bois-grolland 



II 



Résumé des Papiers Cerisier et Rentier en argent et en 
grains deûs à Vabaye Royale de Boisgrolland commen • 
çant en Vannée i729, complété parles renseignements 
trouvés dans le Papier Terrier, des seigneuries de la 
même abbaye. 

Paroisse de Poyroux. 

Mon^"" le curé de Poiroux doit sur ses dix jouraaux de vigaes franches 
dans notre fief de Rémartia ea S^-Hilaire de Talmoad, par chaque 
année deux sols de rente. — 2 s. 

Les Coudres. 
M. de U Salle, doit sur une noué de son village dea Goudres. — 2 s. 

La Proutière. 

Le dit S% doit sur sa maison de la Proutière (rente quéritive.) — 
12 boisseaux de seigle. 

Le Village du Bois. 

Doit le terragedont toutes les terres sont sujettes, au sixte des fruits 
y croissant par labour. — 12 sols àNoël^ 13 b, 1/2 avoine, 4 livres 
cire, i chapon. 

TensLucien : M. Buor de laGoupperie, tenancier en 1748^ confirmé 
par plusieurs déclarations ; — en mai 4620, Josué Bodin, S' du Pontet 
Louis Gaudin et autres coteneurs ; — juillet 1698, Claude Caudin ; — 
S juilkt 1658, Bodin, chevalier, sieur des Gousteaux ; — le 19 avril 
16'ï8 ; — JacqueBeleau, écuyer ; en 1667, arrentement à Pierre Jons- 
set, ^^ en 1680, transaction du 15 septembre passée pardevant Robin 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de bois-grolland 167 

et Gaadin, n*** de Poiroux, eatre Oliveaa et la commaaauté aux coq- 
dîtions d-dessns éaoacées, parce que les teaeurs, n'emblavaient plus 
que lesgîtes des Goudres, autrefois déchaînés du terrage. 



Brétomeliève. 

Ce Tillage est sujet à la sixte partie des fruits. Les propriétaires sont 
teaas de fournir à l'abbaye deux hommes de Bien par semaine et sujets 
au gaet et reguet. — i2 s. 6 d., iO 8., 25 s., 4 b.\de froment. 

Bq août 1753, le s' Angibaudière rendaveu de sa maison audityillage. 

Jain 1755, Pierre de Bien, s' de la Conr rend aveu à sa maison audit 
TiUage. 

Mai 1738, Charles Gheyris, s^de la Cour, rend aveu de sa maison 
andit village. — 22 sacs avoine, 2 chapons, 

G«cy est soutenu par une déclaration du 13 avril 1550, de J. B. 
Garcireau, et Nicolas et J. F. Martin et leurs parsoniers en fief des Reli- 
^eax et abbé de Breïl-GroUand. Ledit village est sujet au pascrel des 
GoroTisei Bestesbelines à raison de 1 denier depacrage par chacune et doit 
par chacune deux, toutes les semennes, un homme de bian à la soumission 
des religieux et abbé. Tiennent toutes les dites terres dudit village et 
landes de M'^des Gregs, et autres terres du S*' de Garnauld et d'autres 
es- terres de la Jarrière*. 

Village de la Perochère. 

Il doit outre le terrage des terres qui sont dans le fief de Tabbaye, qui 
est de iiix gerbes une, la rente de. — 9 b. de seigle. 

Le 17 may 1749 M"" Lidie de Kerveno, rend aveu de ses terres de la 
Perochère, et reconnaît ôtre sujette audit devoir. — 3 chapons, i poule^ 
5 sols. 

Déclaration de Pierre Serin (26 avril 1750). _ 

9 Louis Gantet (21 may, 1748) qui exploite le moulin et 

reconnaît devoir — 4 6. de seigle, 

« Ce fief a été concédé par la dame Péronnelle vicomtesse de Thoars, 
comtesse de Beaon^ dame de Talmond. 



Digitized by 



Google 



168 



L ABBAYE DE BOIS-GROLLAND 



La Maison neuve. 

Ce TÎllage exempt du terrage, doit une rente annuelle et rendable 
par transaction du i 9 juin 1688. — 3 b, de seigle, i b, avoine. 

M. Vincent, chirurgien deTalmond. — 6 deniers, 

M"'* Bignonneau, veuve G uinoizeau, rend aveu par une déclaration 
ûu 5 mars 1760 la lande appelée Prise des Bignonnoaux, aujourd'hui 
Maisonneuve, — 3 sols, i/2 livre cirCy 8 sols^ 2 deniers, 

Luc Brbac (décl*»" duH juillet 1760). — 2 chapons, 8 sols, 4 den. 

Pierre Bigaonneau rend le Rondet(7^may 4755). — 8 sols, 4 den. 

Le Pay. 

Ce village, outre le teriage de plusieurs jardins et pièces de terre, 
doit en argent par an. (Les héritiers de M. de Bou rehaussée). — ^ s. 
6 den., b den,, i chapon, , 

24 juillft 1754. M'^ Claude Paris possède des terres dans les 
MalteSf le marais de la Gerbaudière, à Jousse, à Bourtroussé [6ef de 
de Rémartin- Vignes) à la Mullenîère. — îd, par journal, 3 b, seigle. 

Déclarations de 1620, 1645 et 1658 par Jean Boursequin, N^' qui 
avait acheté le 6 mars 1633, d'Isaac, marchand, tous les droits, parts 
%t portions, noms, raisons, actions, domaines et héritages et hiens 
mcublea du dit village du Pay, sujet à plusieurs cens et devoirs qu'Isaac 
n'a pu déclarer. 

La Noûheries. 

Ce \illage ne doit pas le terrage^ mais seulement sur un certain 
canton de terre appelé le Rondet de Bois-Grolland ; il doit en argent. 
— 2 s. den., 2 chapons, 24 b, seigle, 24 b, avoine, 

BîHaud etparsoniers^ Pierre Giraudeau et parsoniers 4751 , Pierre 
GiraudeaUj du Gué-Châtenay, Magdelaine Brianceau, possédaient une 
partie du village. En 1749, Marie Le Geay, figure pour une pièce de 
terre. — Déclaration de 1602, rendue par Renée Ghartier, tutrice de 
Pierre Giraud, S' delà Clerye, et par Nicolas Gouchaud, Thomas 
Joacbim Crié, René Maussion, Jacques et Vincent Mathé, Laurence 
Etienne Âviars. — Déclarât^'" de 1658, par Jean et Catherine Maussion, 



Digitized by 



Google 




l'abbaye de BOIS-GROLLAND 169 

et lears cotenears qui sont le S*' de Lézardière, André Miogaet,,8' de 
la Gariière, Pierre Giraud, 8' de la Glerye^ les héritiers de feu N. 
Crié. — En 1751 , le S' Jaunastre de la Bataillière rend sa déclar*" pour 
le Rondet. 

Jousse. 

Dans ce village, une pièce de terre (rOnche du Châtaignier) doit 
une rente annuelle de — i sol, 8 den., i chapon. 
Les héritiers de M. de Bourchaussée. — 3 deniers. 
Déclarations, en 1620, parN. et Denis Bignonnean; 

» en 1 633, par Fçou Sorin et Michel Berton ; 

» en 1658, par P'* Bernard, 8' de la Maison-Neuve, et 

» par Nicolas et Catherine Bignonneau ; 

» en 1754^ par le S' Paris. 

Les Mattes. 

Sont plusieurs prés joignant la rivière de Poiroux sur quoy est dû 
par an. Modo Brizard, charpentier à Poiroux, Raphaël Pothier, Bignon- 
neanx et autres {rOye blanche apprétiée à dix sois). — ^ 3 ch&ponSf 

1 oye blanchSf 2 sols. 

Déclarations : par Marie Le Geay (1749), Jacque Guillet (môme date), 
M** de Ktrveno (môme date), M'^^ Claude Paris (1754), Luc Brizac 
(1750). Dans ia déclaration de M* Le Geay figurent le 8^' de Poiroux 
et René Bignonneau. 

La Mauvaisinière» 

Ce village, outre le terrage, doit par an. — 12 b. avoine, 3 sois, 

2 chapons. 

Modo M»' La Vergne Grefifau, M"' Berton, V de M. Berton, p' de 
Taimont. Modo, Mademoiselle Perenne, V* Pépin. 

Item le Paquier des Ouailles qui est de 1 3 brebis avec uno ou un 
mouton, mais nous ne les prenons que de deux ans en deux ans, M. le 
Baron de Poyroux, prenant le reste. La pièce de terre dite La Longeay 
esi terragée avec le baron. Déclaration : Louise Perrayne (19 may 1738). 

T. VI. NOTICES. — Vl« ANNÉE, 1" LIV. 12 



Digitized by 



Google 



170 l'abbaye de bois-grolland 



La Brethomellière. 

Ce village doit, outre le terrage, — 3 Z. 7 sols. 

On prétead aassi le paquier de toutes bettes bellines à 1 dealer par 
chacune. Modo faimichaud de Talmont, Martin greffier deTaimont, 
Ruchau (de Grosbreûil). -^ 2 chapons, 22 bodj avoine, 4 d, from>, 
2 hommes de bien par semaine, guet et regnet. 

Ce yiUage, sujet au terrage de la sixte partie des fruits, doit ^^Î3 8.6 d. 

Pour une charretée de bûches, — ÎO s. 6 d. 

Plus, — 25 s., 6 d., kb.from^, 22 r. avoine, 2 chappons^ 2 
hommes de bien. 

1753, le S' Angibaudière. — 1755, Pierre de Bien, 8' de la Cour ; 
en 1738, Charles Ghevris. 

Le village du Bois. 

Possédé par les héritiers de M. Dhilleret^ lequel avec ses parsoniers, 
doit par transaction de septembre 1680, le terrage, plus. — Î3 b. î/2 
avoine, i2 sote, 4 livres cire, i chapon. 

M. de la Boucherie doit par an, -^ 3 b. avoine. 

Les héritiers de M. Dbilleret, ^6b. î/2. 

Les Goudres (Jacques Soret), — 2 6. 

La Rouillière, — i b. i\2. 

Jousse (Pierre Genteau), — i b. 1/2 d. 

Rentes en argent. 

M. de la Boucherie. — 6 sols. 
Les Goudres. •» 4 sols. 
La Rouillière. i sol, 6 den. 
Jousse. — i sol, 6 den., i chapon. 

Cire. 

M. de la Boucherie et les héritiers Dhilleret, chacun — 2 Ztures. 
Les héritiers Dhilleret, — f chapon. 



î ■ 

É Digitized by CjOOÇIC 



/ 



l'abbaye de bois-grolland 171 



Les Coudres. 

Outre les 3' de rente noble et partie de la rente da village du Bois, 
comme possédants partie des terres, doit de pins, le terrage sur une 
pièce des Gendres ; il y a longtemps qn*elle n'a été ensemencée, aussi 
le terrage se perd. 

Nota : La Rouillière possède partie des terres du village du Bois et 
ainsi et doit partie des terrages et des renttes, de plus une pièce de 
terre nommée le Rondet sur quoy on doit le terrage. 

La Menullièi^e. 

Cette métairie doit par an, mesure de Poyronz, queritif. Déclaration : 
héritiers de M. Bou rehaussée, modo, M. Brice; modo, M. Paris (4854. 

La Bataillière. 

Gettemétairiedoitpar an, queritif mes. de Poyroux modo. Le sieur 
Jonatrepar ses enfants. —-3 6. seigle. 

M. de la Bataillère, a donné, le 1*' septembre 476i, un nouveau 
titre de cette rente par devant M* Paistre, notaire. 

LaGodelliàre. 

Métairie qui doit par an. — 7 sols. 

Modo la veuve Bitaudde Talmond. — i/2 liv. cire 

Modo Jean Grelaud et Pierre Guilbaud. 

La Mercerie. 

Ce petit téoement situé près La Nouherie, est sujet à 3 den, par an. 
Déclaration du 8' Paris, 24 juillet 4754. 

Paroisse de Grosbreûil. 
Le seig^ d^ '^ Boucherie, outre ses parts et portions de rentes du 



l 



Digitized by 



Google 



172 L ABBAYE DE BOIS-GROLLAND 

TillageduBois, derEmerière. de la Gaborinière, de la Pavriniêre, etc, 
doit âO sous de realte sur le jardin appelle de la Géoffralière et le 
lerrage d'une pièce de terre appelée l'Écu-de-Cor, vis àTis le chemin 
entre deux, — * 1 L 

La Caillière. 

Ce village, outre le terrage de touttes ses terres, la dîirae des agneaux 
et des pourceaux plus de deux botes bélines, ua denier ; d'un vaù, un 
denier ; d une veîle, demi denier, doit en argent quinze sous deux 
deniers. — i>^ sols 2 b. 

Déclaration de ûomique Guilbaud (4 juin 1764). 
> Nicolas Le Roy (14 juillet 1748). 

iÊ Les teneurs, de la Gailletière (16 juin 4620). 

En 1631, Jean-Armand de la Gailletière donne aux religieux la loge 
au Roy contenant 16 boisselées ; en échange il reçoit 17 boisselées si- 
tuées daiiR la gaîgnerie de labour de la mélairie de la Geoiïralière et 
et sujettes au sixte du terrage et à 12 den. de cens. 

En 169Q, le 16 mars, fut fait le gaulement et arpentage de la Caille* 
tière qui contenait 90 boisselées à la mesure de Poîroux la boisselée 
étant de 124 gaulées et la gaulée de 12 pieds de longueur, les Religieux 
avaient, au tiers, la gite des Palain'de 196 gaulées, le jardin du grand 
pré(fiO g^} et b giste du grand pré, (68 g*') en tout 4 B^" Tenanciers : 
P. Guilbaud, P, Godet^ Guillanteau, Etienne Poiroui, Maussion, 
Arnault, etc. , , 

Echange fait par acte du 15 octobre 1643, avec le S' MeygneUj 
S^ de Garnaud, et les Religieux au sujet des droits respectifs. 

René Auberl, 3^ de Garnaud, a rente à Ch. Bodiu, S^ de la Bou- 
cherie, ea maison et deppendances sise à la Géoffralière , tout ainsi que 
Tavait le S' Gobard, maréchal à titre, le tout sis dans le fief de Fi. G. at 
de la Boucherie à certains cens et devoirs. 

IS août 1658. Déclaration non signée par laquelle Charles Bodin 
advoûe tenir le ténement du cul de l'or et le jardin joigoant le jardin de 
la Geofl'ralière que possédait le S^ de Garnaud, dans notre fief avec un 
ténement de landes situé d'un côté es landes de la Favrelière et d^^ua 
côté et d'un bout un chemin qui conduit de la GoufTralière aux Gara- 
duères lerrageabte au sixte. 



Digitized by 



Google 



l'abbaye DK dOlS-GROLLAND 173 



Les Jarries Noires. 

Oatre le terrage, les tenears doivent par aas. — iO sous. 

Modo René Massé Maréchal. 

Item une livre de cire dont on ne paie qne les 2/3. 

Item. 12 n chapon dont on ne paie que les 3/3. 

Partie c^ne le ténement a été réduit au domaine de la maison. L'arren- 
temeat <io ce domaine, qui est de 7 septrées, a été fait, le 7 juin i561, 
parGoillaumeabbéde Bois-Grolland, en l'absence des Religieux qui 
ne ToQ^ I>oint ratifié. 

Le ^d juillet 1760, René Massé, maréchal, et Louis Massé se 
plaigaeTZfct; au sénéchal de Fontenay de ce que Catherine Izembart, V* de 
Dominicivie Guilbaud, marchand, et Louis Reuchaud, demeurant à la 
Gaille^i^r^, ont clos une portion de laudes dont depuis plus de 30 ans 
les plu^ixants avaient la jouissance en commun. 

L'Émérière. 

^ "^îll^e doit par an deux rentes : une quéritive de douze boisseaux 
seigle XEtoins un quart, combles, et de 6 boisseaux ràz, mesure de Poy- 

ronx. j[2 5 seigle, 6 b, seigle, 15 6. i/4 auoine, 2 chapons, 2 

bécasses vives, il, 8 s., 8 den, 
Teixariciers : M. de la Boucherie, la veuve Leveque de Talmond, 

Bnancea.\xj[, Mercier, Ruchaux et les Arnauds du môme village. Le 

8' JoUy ^^g Sables, le S' de S'-Bry (un Bodin). 

La Foresterie. 

^'^niage doit par an. — î b. seigle, i b, avoine, 4 sols. 
^^^aiste en maisons, airaux, vergers, bois, prés, avec un autre 
^•ûiine étant en bois, landes, auquel il y a un autre appelé la 
onctie- Oorin. — i chapon. 
^^'^^'Uts : M. des PreteiièrejB, Michel Martin, Jean Prouteau. 
*^ ^"^65, Thomas, abbé de B. G. arrenta ce ténement à Etienne 
^^ ^^ec un autre domaine consistant en bois et landes où il y a 
^^Uche appelée la Nouche^Dorin, tenant d'une pirt à la Brosse 



Digitized by 



Google 



174 



L ABBAYE DE BOIS-GROLLAKD 



Gourioti, de l'autre à la Forest de rEmérièrR, d^autre au Pief-Chalott^ 
d'autre au Fief-Philypon-Beraud, du prieure de N.-D* de S* Cire, 

La Primaiidzère* 






Ce village doit, de cens, 5 sole, et de rente, 5 sols. — f (3 sois, Î2 fa. 
awine. 

Teneurs : Bucbaud et la V* Ruchaud (de p' h''* la Forent). 

La Proiitellière . 

11 est dû dix sous de devoir noble sur une pièce de terre« le ClâUSis^ 
dêpeudantde cette métairie — JM^*' de la Prautellière qui doît le terrag^ 
de lapièce des Cotîsteaux, et de celle des Moines , modo. M"* niémenceaTi. 

Coppie d'un aveu fourny par le sieur de la Beuatonnière eu 1473, à 
Philippe de Co mines » prince et seigneur de TaliuOEid : 

a Itom, tienneiit de moy sous le dit hommage oeui qui ^'ensuivent : 

({ i"" L*abbé de Breil f^rolland a foy et hommage plain et trois sols 
« de service par chacun an, en chaque feste de S^ Jean-Baptiste et à 
a Rachat, quand le cas y advient à eause des cens, droits, devoir et 
c terrages qu'il a et prend par chacun an sur le» teneurs de la Boutière 
m et Proutelière, à cause de la Roussel ière pour raison des teneurs 
> dyceui. > 

Aireu rendu, en 1481, par Pierre, abbé de B. G,- 1 Alain Bastard, 
ieîg^ de la Benastonière. 

Eo janrier 1 587*011 les Prouteau vend la Rousselière à Pierre Prou teau* 

NùÎB : Selon toute apparence, la Proutelière, quoique membre delà 
Bousseiière, doit son nom aux Prou team qui en étaient possesseurs. 

24 avril 4602, — Déclaration de M^* Perrayne, S' de la Housselière. 

12 may 16?Û. — Aveu de André Raviron, pour la pièce des Clouais, 

13 juillet 165 S. — Jacques Clemenceau, B' delà Clémencière, avoue 
tenir dans la dite Rousselière tout ce que Raviron y possédait. 

La Dorinière. 



Ce village doit, à No?l — 2 chapons. 
Modo Jacques Guitlebnud, la \* Brossa rd, Cla^jde Brossa rd, Jo5«» 
Plom-Modo Rocher. 



Digitized by 



Google 



^T^r-'- 



L'ABBAYE DE BOIS-GROLLANO 175 

La Favrelière. 

Qe yillage, outre le terrage, dont nous en avons de deux sortes, l'un 
airec M. de Salle, qui de 12 gerbes terragées en prend 7 et nous 
en lusse 5 ; l'antre que nous levons seuls. Doit de rentte en argent par 
année. — i4 sols 4 den. 

Item. — 2 chapons 2/3. 

Item. — ib. 2/3 seigle. 

6 juillet 4750. Déclarat^B de M. Gh. Bodin deSaint-Brîs pour une 
métairie et plusieurs pièces de terre. Môme année, décl** de René 
Godet, — Charles Masson, — André Gabanne, Jacques Vrenou, Jacques 
Rocard. Déclar<»« du 23 juin 4645, et du 22 juillet 4658, de Jacque et 
de Gharles Bodin, écuyers. S" des Couteaux, et de la Boucherie rela- 
tÎTement à 20 septrées de terre du ténem^ de la Favrelière — 1552 
et 1602. 4 S contrats sur parchemin constatant que les rivières sont au 
fief de.Boîfr-Grolland. 

Aveu, rendu par André Aadoyer, S' de la Benatonière au baron de 
Poyroux dans lequel est cet article : et tient sous mon dit hommage, 
D^* Jeanne Âmaury de la Boucherie la 3* partie des terrages des bleds^ 
chanvras, lins et potager des villages de la Gaborinière, et Favrelière, 
partant le 8*' de la Maronière, modo fief Chalon^ lequel prend le résidu^ 
lem deux parts déduit et réserve un huitaîn que prend Tabbé de Bois- 
Grolland. 

La Gaborinière. 

Doit outre le terrage qui est de deux sortes^ comme à la Favrelière, 
15 sols de devoir noble, un chapon, et partie de la rente du village du 
Bois, paroisse de Poiroux. — Le seig' de la Boucherie, Jean Roquart 
et consorts. — 15 sols, i chapon. 

Aveu de 1750 par Gh. Bodin de Saint-Bris. — Déclar*^ de 1620- 
4645-1658 par le seig' de la Boucherie, de 4602, par les Rocards et 
antres parsoniers. 

Paroisse de Sainie-Flaive. 

Le seigneur baron du Gué de Bainte-Flaive, doit par an 12 livres six 
sons en argent, y compris le« dix livres seize sous p' notre portion du 



Digitized by 



Google 



176 



l'abbaye de B0I8-GR0LLAND 



terrage de^ lias et pour le paquier des bétes bellines sur le fief commun 
pour s'exempter de nous les mettre ea maias^ compris 8 sous d'une 
parti 3 poules, trois pains et 5 deniers chacun. La baronie est sujette à 
rachat par mutation de Seig' abonné à 10 fr. sans préjudice des autres 
renttes. 

Dans le papier censier de 1729, les religieux réclamaient des articles 
autrefois payés, savoir. — 68 b. seigle, 160 b. avoine, 12 s, 6 dL 3 d, 

3 i. de rente pour la Brosse-Jamon-Maltière ; 

33 3. pour Vmanyer Yairant, à cause de L^Aumondière, qui payait 8 s. 
M^^' Laurence Richard, femme René Thomasset, écuyer, s' de la Con- 
tenière ; la Parrîe Ghevaudière, 8 sous (R* et P. Pérusseau, Jacques 
Gâteau s' du Verger, le sieur des Essards La Rebourgère, 8 s. 
(Vincente et Claude Potiers et autres) La Gbauyière-Guibert (8 s.) 
Jacques Brochard, et ses enfants. 

Déclaratiou du 21 août 4563, par Joachim B'ouchier ; s' du Gué, 
signée par M. Tyradeau. — Antre de 1602, par Jean Fouchier, écuyer 
s' de Loges ; — de i633, par Jacques Fouchier, de 1658, par dame Ma- 
rie Dorin, comme tutrice de Monsieur Galixte Fouchier. —M. et M"« de 
laRarotière transigent avec l'abbé de B. G. qui s'opposait à la vente de 
la Baronnie du Gué faite après saisie par le duc de la Vieuville. 
.», 

Bourdigale. 

Ce téuBment doit ensemble avec le seig^ B^° du Gué — 6(ib seigle. 

Teneurs ; M. Ranfray, n'« et procureur de Luçon, M. Laliére, M. de 
Lecure, Biguonneau, mercier, Becherol François Segnon, écuyer, s' de 
la Gautonnerie pour le domaine de Bouchereaux. — 58, b. seigle, 

Guillaume Cathus, abbé de Bois-Grolland, transigea, le 13 avril 1 561 ; 
&i un accord avec les teneurs de Bourdigalle ; mais cet accord ne fut 
. pas Boumisaaz Religieux, et fut cassé par sentence du %\ mars 1611. 

La Gourdière. 

Cs village doit par an.. — 8 b, seigle. 

Teneurs : Laurent et Nicolas Bessy, Louis Guibert et leurs parson- 
niers plus tard : D*^* Catherine Payneau, V J" Maigneau, Pierre 
Jolain - Paquereau . 

En 1710/ sentence rendue au siège delà Principauté-Pairie delà 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de bois-gholland 177 

Roclie««ur-Yon, en faveur des Religienz contre M'* Ménard, chevalier, 
S»' Baron du Gué de 8**-Plaive. 

Paroisse de Giroûard. 

II est dû sur U maison noble du Vieux-Ghaon — 20 b. seigle. 
£n 1625, Claude Robert, écayer, S' de Gaon, refusa de payer cette 
rente^ mais il y fut condamné par la cour de Paris, le 5 septembre 1625. 

Paroisse de la Chapelle- Achar t. 

L«' abbaye y possédait le fief de la Pouêssière qui payait la rente de 
30 sous. — 30 sous. 

Déclaration de Girandeau, Giraudin, Marchand, Penisson. 

f 633, M'* Jacques Foucher, Biron du Gué de 9<* Plaive. 

1753, M** Louis, îhevalier de f^escare, tuteur de M»* Louis-Marie- 
Joseph, marquis de Lescure, rend foy et hommage en la personne de 
Pierre Mercier, sénéchal de la B"'' de S^ Ftaive, par procuration spéciale. 

Paroisse de Beaulieu. 

Le fief Brebion est à foy et hommage plain et à 5 den. de service. 
A 40 sons d'abonny pour rachapt. 

Charles Gay Demianne rend aveu ce fief, le 9 mars 1750. Avmi du 7 
juin 1503 par Joachim Girard, sieur de la Gues>8ière. 
Ba 4658, par dame Marie de Saligné. 

Paroisse d'Avrillers. 

La métairie desGhamps» dépendant de la maison noble de Boisseau, 
doit sa rente noble de. — 8 b. seigle. 

Pour le grand et le petit Auzinière, qui sont deux pièces de terre, 
contenant ensemble 20 boisselées, (P. Marin de la Guîgnardière) M. du 
Chaffanlt. 

Déclaration de Nicolas Garendeau, Antoine Ramband. J. Villen- 
caa, Etienne Pineau, M^^* de Boisseau, les Morats. 

Le téoement des Terres Blanches, (près la Levraudière) contenant 
22 boisselées (René Joly, 8» de Levraudière). — 16 b. froment. 

En avril 1748, Charles Dardeten fait Taveu. 

Louis Guérin. M. de la Martinière. 



Digitized by 



Google 



' 178 L'ABBAYE DE BOIS-GROLLAND 



Fief de Bois-Grolland (paroisse de Givre, et autres adjacentes). 

Eq avrîH 2 81, Guillaume d'Apremont, pour terminer des, contes- 
tations pendantes entre lui et les Religieux de Bois-Grolland, 'donne à 
ceux-ci dans le fief du Bois-Guichet, iout droit, toute justice petite et 
grande jusqu'à 60 sols seulement, sauve la haute justice et le pur 
empire et le pouvoir du glaive qu'il s'est réservé. 

En mars 1300, Raoul d'Apremont confirme cette donation. 

4 7 may 4 478. Acte en parchemin^ constatant que le sénéchal de 
Poirout, tenant ses assisses dans un airaud situé au bourg de Saint- 
Benoît, le prieur de Bois-Grolland, Nicolas Couchaudj s'y opposa 
parceque le lieu dépendait de la seigneurie di^ Bois-Guichet, ce que le 
sénéchal reconnut et il n'acheva les assises que par emprunt et avec }c 
consentement du prieur. 

Fief du Pont-Vien. 

En 1620, Georges Goiiin, Nicolas Caradu, Pierre Hillairet, Jean du 
Parcq (1737-4748)^ François Romillé, François Commailtaud (I65B). 
18 sols, i l. cire, 1/îO agneaux, 2 sols 1 den. 

Paroisse dOlonne. 

L*abbaye a plusieurs droits de cens, -rente et diïme ^ur diËTérêat^ 
marais^ bossis, terres labourables dans, la paroisse d'Oloane et h^^ 
d*Olonne. 

Les marais Coquaz (42 aires) dixme entière. — 5, d. cêns. 

Teneurs : Jean Petiot, S' de la Poitevinière (17 may ilÂO) 1609 et 
1658. — Perrine de la Chaume et de la Vigne. 

Possèdent des terres dépendantes des marais Coquas : 
^' Les S" Louis Thilandeau, Louis Guignardeau, V" Breigneau, 

*: Meunier. 

> i 

J 

^*« Tempes sujettes au terrage. 

S] 

Le Grand-Bossie ; — un au»re Bossie. 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de bois-qrolland 179 



Marais de Laurière (80 aires de marais salants). 

1633. François Veillon, — D'^* de Brettée de l'Erière, Dame Lorteau 
des Sables, — Jeanne Henriot, — M. de la Bourdelière, prôtre, — 
Gabriel Bandry d'Asson (1751) Louis Thilandeau. «^ i/2 dixième, 
7 den. de cens. 

Pour Ias terres labourables (Garât, Pruhôme, Tilandière et autres) 
1 bois l/â from' sur le pré des Noues (8' Jeannet de la Jarie des 
Sablos) i livre cire. 

Le Petit'Ronsin (100 aires de marais salants) . 

L,a Touche-Boivin, Les terres sujettes au terrage à la sixte partie 
qui se partage avec la chapelleniede 8^*-Gatherine deBeaulien. 

Terteurs : Pierre Guigaard ; la fille de défunt Ghamproux des 
Sables, héritière de Dame Habillé, en t750; Pierre Bouhier 
Bourlabé. 

Le Grand'Ronsin (200 aires de marais). 

Dame Morisseau — M. de la Gaudinière — M""" Joulin, V* de 
Breîgaeau. 

Marais Moizan (96 aires de marais). 

André Boubieu de Bergerie. '■— Les Sœurs de l'hôpital des Sables. 
— 2 s. 6, d. i/4 de livre de cire. 

Marais Parèro. 

Marais de la Chère foisière (S' h' de Talmond). 
Il doit S bois fèves rendables à Bois-Grolland. M. Jacques Gaudin 
' (des Sablée) Jean Grudé, M. delà Tigerie^ procureur de Talmond, 
^ M* Marchais, 
\ 
I Paroisse de St-Hilaire de Talmond. 

Le ûef de Bois-Grolland (vigne), aliks : la Gitière, complantable au 



Digitized by 



Google 



i80 



l'abbaye de bois-grolland 



:-J 



1 



I 



trois et tous les teneurs sont sujets à un denier par jour et ga^nerie 
Le village des Courpes, près la Gistière [dixme des agneaux -: 
gorons). — 31., 8 sols rente. 
Le marais de la Gherfroisière. ^ 8 b. de fèves. 
Le ténem^ des Grands violiers. — 2 6. de from^, 

» de la Grenonne ou Lausac. — 2 &. ^ sols de /'romV 
» de Gatebonrse; — i/2 b from}. 
Le fief de S** Hermine. — 2 den. 
Le fief de Vigne des Bardonnes. — 2 den, . 

» de Rémartin. — i/4 de fruits 

Le Trail de la Sornière — /2 «., 6 den, 
Mairais de la Gerbaudière. — 2 den. 
L'aumônerie, (de voir noble) etc. — i t sols. 
Le pré Simon. «- îî sols, 5 den. 

» de la Rivière des Gervois. — 2 soZs, i den. 
» Bruneau. -> 2 sols, 6 den. 
» des Grillières. — 2 soU^ 5 den. 
» la Maslonne. — 20 sols. 
Teneurs: Jacques Ferré, 4747.— Nicolas Bonet, Pierre Donc, 
Jean Garât, Jacques Herbert, Georges Nourrisson, Mathurîn Ârsaul, 
Jean Magneau, Nicolas Bignonneau, Thomas MaroiHeau, Pierrt 
Boizard, Jacques Mousnier, Marguerite Mornei, Jean MouilleroQ, Jeac 
Mouilleron, Jean Benatier, Pierre Martineau, Renéo Jarry, Marie 
Gharriau, Louise Guilbaud, François Joily, Yalentin Boizard. Msrif 
Guiet, André Gueneau, Pierre Davy, Ructiaud, Frappier, Marctiay, 
Louis Gandin, Pierre Massé, Joseph du Bois, M^ Joi^eph Bodin, Sou- 
lard Louis (1749). 
La Sornière, La Noue-Aymon. — 17 s. 6 den. 
M. le curé de Poiroux, p' la vigne de Bémartia, Cens. — 2 &• 
Les pépins de Talmond (pré de la Sornièrfi), modo M, des Beft«- 
lières, 12 sols^ 6 den. 

Le s' de la Roblinière (terres de Maslonne). — 20. 

Les héritiers de Bourchaussée (M'* des Sources, Gaudin et aulf«^ 1 

M"« de la Collotière de Talmond, modo M. Massé. — 2 s. 6 den. 

Ville de Talinond. 
Dans la ville de Talmond, les religieux possèdent un fief qaî consU^ 



Digitized by 



Google 



1 



i 



1 



L* ABBAYE DE BOIS-GROLLAND 181 



sn plusieurs maisons sajettes à des devoirs en argent dont plusieurs 
«ont en bonne possession et d'autres dont on n'a pas fait la recherche. 

Champ-Bouchard . 

Le f S maylGIS^ Magdelaine Peletier, déclare aux religieux tenir 
plosiexirs boisselées de terre dans un fief appelé le Champ-Bouchard où 
' les dits religieux, ont le droit de prendre la quarte partie dans le ter- 
rage, les 3 autres parties revenant au Prieur des Eaux qui est seigneur 
da fief. 

4 737. Déclaration de Jean du Parc, relativement à TErahbaye 
I d'Hillairet 1752 art. du Pont-Vien. 

Paroisse des Clouzeaux. 

Ténement des Yergnes tenu à la rente de. — 40 sols. 
M. des Salines, p' la métairie de l'Embertière et M. Beauregard- 
Motirin, pour le village des Laveaux — 2 chapons. 

Longeville . 

Par sentence rendue aux requêtes du palais de Paris, 26 avril 1623, 
et transaction du 14* de juillet, môme année, François Gourdeau, s' de 
la Fleirière, s'engage à payer aux religieux pour la maison nohle de la 
Baugerie, une rente annuelle de — 5 Iv. 

En I753,J"*-M^* Marchand, dame du Brandeau,M"« de laGarrellière, 
M' du Brandean. 

Pont Méthayer. 

lies teneurs du champ Guillard doivent par an — 13 b, froment. 

Les tenenrs du Glavelot, (avec maison) par an — 2 ^ 2 chapons. 

* Plus le foin pour nourrir les bœufs et chevaux qui vont chercher la 

rente en froment. — M. de la Moricière. -* M. de la Gorbinière. — 

^ M. de la drernière. — Jug*du 14 juillet 1729 contre Anne Leroux, 

ép^deM' Charles Reignon. 
< Pirmiles taaeurs du champ Guillard, figure André B. S' de Lan- 
> iirëèr0(23ocl^'* 1738). 



Digitized by 



Google 



182 



L AH BAYE DE BOÎS-G ROLLAND 



La Caroiière. 

Sise dans le fief du Doyen du Bernard, doit — 2'b. frome 
La seigneur de la Roehette, Jacques Jamon. et Tonâsaînt 

Bont assignés par ïes religieux^ p^ payer La rente noble* et i 

foncière, du© sur la dite terre, 

Teneurs de ta. C3.rouère : hL Jacques Briuaceauda Bemurd 

Garnier« — M. Buor à Angles. 

Le FrancAei, (10 journaux de vig^ne)* 

Veuve Buchetde Lonj^evittê. — Vincent Garnier. — 3 I. 
M» Jean Elie Buor, pour la moitié du Franch*ït» — 5 L Cil 



Fief du Sable, 



I 



Donné à l'abbaye, en i382, 9 nov" par Pierre Bouchet^ éc 
Davaud par un tire sur parchemin. 

Le fîef du Sable fut arrenté au 3r de la Baugerie — 5 Iv, 

Autres revenus - — 13 au. 

Le 8' de la Plorencière a partie en commun d'un comptant. - 

LsL ChûpeUe'Achstrd* 

Le fief de la Fouessière, Rliàg; de la Fokerie, [maisons» 
terres), — î t. fù s. 

Claude Jacquert, Jean Cbevratix (des Sables) . 

Ce ténement confronte aux landes de la Noue (Fief de la Mottt 
aux terres de la commanderie de Bourgneuf, et au:c terres di 
dîèr«. 

Teneurs de 1750 : pier ^ Giraudin, Gh, Pénisson, M. Mi 
auparavanl : Giles Cha""^s> Pierre Bnrcîer, Gilles VrignoQp 
Martin^ Jacques Ghanvea i, Michel Ghsbot. 

Chaillé, 

La Ravonnière, teneur de M' de la Lardîère, Jamet» Gi 
Jean Baron, et autres parsonniera* — 30 smiê, 
Jean Bouron. — René Henaudin, M' Bemitr, — ^ 6, BBigU, 



Digitized by 



Google 



^ - - -^ * 



L ABBAYE DE B0I8-GR0LLAND 183 

En juia 1750, Nicolas Gatteroa^ Philippe Ghausoa, et leurs co-hé- 
ritiers, propriétaires en partie du village et tellement de la Rayonnière^ 
reconnaissent devoir ladite rente. 

Saint' Vincent-sur- Jard. 

La Minée (4boi88elée8). — i b, froment. 

Déclaration de Magdeleine Leveque. — Les héritiers Pépias de 
Talmont. 

La même Mag' Leveque, déclare une boisselée au fief de la Gre- 
nonne. — 5 sols. 

Le fief de Brenusson, sujet à rachapt, doit par ans — ÎO sous» 
Mon' de laGarcellière (des Sables) Louise Perroteau, (1751). 
En 1516, François Gosen, écuyer, 8' de Brelesayre. 
En 1602» Tabbé Pidoux, poursuit Jacob Pierre, et Jean des Forges, 
écuyers, sieurs de la Gabinière et St-Vincent-de-Jard, pour en obtenir 
le paiement de leur cens et devoir noble sur la Minée près le village de 
laTigerie. 

Le 20 octobre 1535, Àmbroise des Herbiers, abbé de Bois-Grolland, 
baille des terres auprès de la seigneurie de la Brunière. 

Saint'Hil&ire de la Forest. , 

L'abbaye possédait dans cette paroisse, outre la ferme de Biard, le 
fief et seigneurie de TErablaye qui est de son annexe et divisée en 
plusieurs ténements nommé les Elays, le champ d'Àvans, les Encloses, 
le Ghauzeau, le Ghamp-Ghamp, etc. — 6 d., i patn blanct plus le 
terrage. Teneurs : 1749, M* Hidien André Joussemet. -^ 6 chapons, 
W saz d'avoine. 

Anne Butaud, Buet, de Gaumont (1750), Michel JoUy, Robert de 
Gré, Louis Biailleet Louis Gaudin (1750) Catherine Birotheau, René 
Baritaud etc. 

La maison presbytérale doit — 20 s. 

La maison de Tlsleau, près l'aumônerie ou les religieux recevaient 
leurs rentes, héritiers des Pépins, M. des Bertelières. — î l. 6 d. 

Maison Foulard. — 18 s. 

Maison Benatier. — 3 s. 

Maison Mathaiin Martin, située en la basse ville, au canton des 



Digitized by 



Google 



1S4 l'ABBAYË Dïi BOIS-G ROLLAND 

Forgêg, tenaat da côté à la grande rue qu^ coudait du caoton des 
Forges au Vignaud en 4620, Pierre Perraioe, chiruiTgien. — 3 s. ôd. 

Jardin Tailliard (héritiers Guyet), —* 2 s. 3 d. 

Les héritiers Nicolas Girard, p' la maison Toaroois [Tavermerj. — 
3B-9d, 

MaieoQ occupée par Michel G^iiet. — 2 s. 6 den, 

7 décembre 4 J51, Jean Drceau, read 2 chambres basses avec un ^ 
autre chambre servant de boutique avec jardia et deppendances, — 
20 solSj pLuB le marais Gerbaudière. — 2 sols. 

MaiiOD Diuot^ tenant an chemin par lequel on va et vient de Gadoret 
à k halle (Uinot, Biaise Morilleau, M"'*' Boizard. — 8 s. 

Maison Cherberotte et Le Qnay Gherberotte (R. Dinot) 6 a. 

Maison de Grudé (Benjamin) S' de la Doubletière. — 5 «. 

V* B^rton, Raclet, fille du S** Martin pour une maison. — Sa. 3 d. 

Racletdcla Sauvagëre, le S'' de Puimicb au, propriétaire près du 
fief de S'* Hermine, 

Le B' des Roullin (maison du Gué de Gherberotte). — 6 a. 

L'abbaye de Bois-Grolland possède un fief près le village Briliouet 
dans les paroisses de 8*- Aubin et de S*-Etienne, consistant en terrage, 

cbampars, droit de ventes, honneurs et autres émoluments de fief. 

■ 

Prèz des Nouches, près (VOlonne. — 1 liv. cire. 

Teneurs : OUveau, François Le Pelletier, Bignoaneau, Boivin, les 
darnes du Lis Babarin, le S' de la Gharmerie, de la Jarrie, Jeannet, 
M*°' Langevinière. 

Champ-Chardon, près Olonne. Teneurs : Jean Bourjard et Bouli' 
neau de la Ch;iume; Proteau et du Puy des Sables. 

Terres des Glorif ttes. — Ténement du four aban. du village de la 
Roulière — les cheminez de la Rouslière. Teneurs : Garats, Pru- 
dome Tibaudière, Jean Gourcier de la Banduère, Bonhier de la 
Berge ire* 

Titres prouvant que les religieux sont propriétaires des marais de 
Laurière. — Déclaration de Jean Buchet et de Jacques Richard (1620) 
— Martin, abbé de B.-G. en 1485, arrente à Marc Gourcier 6 boissa- 
lées de terre en Olonne. 

Nous sommes propriétaires d'un marais salant situé en l'Isle 



Digitized by 



Google 



L*ABBAYe DE BOIS-GROLLAND 1S5 

d'Olonne, appelé le marais de Bois-Grollaad coalenant 94 aires. 
Bq oatre, 12 aires ea marais Macé, proche et daas le fief et seigneurie 
de Bresauire, aliitê : Tlsle d'Olonae, desquels marais René PidoTix,abbé 
de Bois-GroUand, rendit aveu, à d*^* Marie Maîstre, mère et tutrice de 
Loaie Roussay, S** de la Fretière, et du fief de Bressnire, en date du 
94 juin 4604, et signé R. Pidoux, J. Gharlin et J. Serin, ik la requête 
dadii abbé et couvani par lequel il déclare que ledit marais, est sujet 
au fief de Bressuire à sixte partie des fruits croissants sur les bossis et 
la dixme du sel au prieur de Vendôme. 

Nota, : qae nous avons 42 aires de marais salants dans le mirais de 
la Jallotière proche le village de Laurière dont nous sommes propriétaires . 

Paroisse de L&iroux. 

L'abbaye possède dans cette paroisse la Maison ^no5Ze du Poiré 
dans la haute justice de Poiroux, d'où dépendent plusieurs ténements 
ou fief qui sont le ténement de Bnchenois, sujet à la sixte partie des 
fruits y croissant comme bleds, chanvres de potage plus la dixme des 
aigneauz et gorets et des laines, savoir : de 13 toisons, une par an, et 
de 8 deniers de cens à Noêl.^ 

Oéclaration : En 1651,Gharle de la Boucherie^ 3r du Guy ; — 1637, 
Gabriel de la Gantinière, tuteur du 8*' du Guy; 1676, — Jeanne 
Ricbmrd, y* de Jacques Coutochoau, sieur de la Milletière ; — 1737, 
Maihurin Baradeau et Jean GuilUon* 

Ténement de Villeneuve (sixte partie de fruits et à 2 1. de cens). 

Tellement de Juchegrolle (sixte partie des fruits, dixme des porcs et 
agneaux, 4 chapons et 5 sols de cens) 1750. Décl<^ de Marie-Jacqueline 
Mesnard, V* de M'* François Duchesne, Qi' du Mesnil. 

Le prieur de Lairoux, doit un chapon à cause d*un pré. 

Le 8<'' de la Touché an blanc. — ^ chapons. 

Le 8' François Gitoys {k 749) Gharle Rouillé des Sables — / chapon. 

Marais de Champagne. 

Matbarm David , Marie Amaudet. 

Marie et Suzanne Clavier, femme de Jacques Bernard, 8' de la Mé- 
r. vr. — NOTICES. — vi» année, 2* liv. 13 



Digitized by 



Google 



18(5 l'abbaye de BOIS-G ROLLAND 

raadière (1678). uq boisseau de froineai : Jean Perron, M' de Gousize a 
été condamoé à payer la rente. 

Dit des Assis. — dépendant du Poiré, près le Marais Sauvage, entre 
le chenal de la maison de la Nonnerie tenant à TEtrier du bois, et au 
marais des paroissiens — Â.ndré Bretin doit par an 9 1 . 

^En 1469, les religieux, appelés aux grandes assises de Champagne, 
prouvent que leur marais est franc et non sujet au rachat. 

En 1536^ Ambroise des Herbiers, abbé de B. 6. arrenta ce marais à 
Thomas Gallois. 

Les religieux ont le droit de faire faucher dans un pré qui relève de 
la métairie du Poiré une journée de trois faucheurs. 

Titre en parchemin de 1316, d'un don fait à frère Symon du Poiré. — 
Donat"*" à l'abbaye de B. G. de la moitié d.'une te«*re contenant 7 b^>, 
proche la maison du Poiré — et le frère a acheté l'autre moitié. 

En 1405, Jean Gueffard, vallet, 8<' de la Joussenière, donne aux 
religieux. 4 journtftix de pré. 

En 1445, Jean de Ghateaubriant au lieu d'un septrée de froment, 
donne plusieurs morceaux de terre avec des droits seigneuriaux pour 
affranchir sa rente. 

En 16 79, le roi de France ayant imposé la commune de Gurzon à 
une imposition de 1500 fr. Les habitants de Gurzon voulurent imposer 
les religieux et prétendirent qu'ils avaient usurpé un marais. 

Les religieux ne refusèrent pas de contribuer à l'imposition, mais 
ils réclamèrent contre l'accusation mal fondée et dirigée contre eux 
d'avoir usurpé des terres, et ii ce sujet ils firent preuve de leur légitime 
possession en produisant les titres de donation faite par Aimery de 
Béni I, par son serviteur Renodus, par Gilbert de Mauvergne, Guy de 
la Poçonnerie et sa femme Alix — par la femme de Jean de Jard, 
Elizabeth, etc.. . 

Guillaume de Mauléon a donné le 5* du marais de Gurzon aux Reli- 
gieux, qui en ont toujours joui et la preuve qu'il leur a toujours appar- 
tenu, c'est que lorsque les habitants de Gurzon firent une tranchée 
pour l'écoulement des eaux, ils demandèrent l'autorisation de travailler 
à l'abbé de Gravelle qui la leur accorda. 

Les droits de l'abbaye furent reconnus dans l'accord fait entre les 
habitants manants de la paroisse de Gurzon, et ceux de Lairoux, au 
sujet de contestations qu'ils avaient pour le marais commun de Gurzon, 



Digitized by 



Google 



L*ABBAYE DE BOIS-GROLLAND 187 

coQtestalioQ OÙ pararent les Religieux (4 & septembre 1693). L*iinpo- 

sitioQ fat répartie de la façon suivante : 

Les habitants de Lairouz payèrent. — 5)0 U 

Ceux de Garzon. — 206 1-^5 sols. 

Et les religieux. ^ 120 L ^ Total : H6G L, 5 sols, 

9 

Ryé. 

Le fief que possède Tabbaye dans cette paroisse leur est devenu par 
le décès de dame Liesse, femme de Pierre Morand, cheval'. 

Dans Taveu fait au Roy, Tabbé de fi. G. déclare que l'abbaye pos- 
sède dans la paroisse de Notre-Dame de Ryé, une petite maison Bou- 
rine appelée la Ligence des Ri' do B. G. avec 4 sols de rente et 5 
boisseaux tant oignons qu'ails. 

Titres en parchemin de 1244, 1245, 4246, ~ donation de Guillaume 
d'Âpremont (voir au cartulaire). 

Bn 1535, Âmbroisedes Herbiers, abbé de B. G., dQnne à ferme per- 
pétuelle à Goutony, paroissien de 8' h»' de Ryé 4 journaux de pré 
étant landes, sis en la paroisse de Ryé pour en payer par an la somme 
de 5 sols rendable à la maison appelée ligence des religieux et pour 
payer la sixte partie des fruits y croissant. 

La Rouillière. 

Faisant partie des terres du village du Boi?, est sujette au devoir et 
terrage. 

Fief de la F redonnière . 

Dans l'aveu rendu aux commissaires du Roy, l'an 1521, l'abbé de 
B. G. avoue tenir l'hostel qaétairie et Borderie de la Frédonnière et des 
appartenances de jardins et garennes situés dans la p- de Saint-Martin 
de la Jonchère, qui peuvent valoir par an 90 septiers de bled, 28 s. en 
deniers, 4 chapons par pré et pâturage contenant 25 arpents sajets à 
être inondés des eaux douces et salées 5 ; par terrage de bled, un 
septier ; par comptant de vigne, 5 pipes de vin. 

1385 Louis, abbé de B. G. donne à Jean Gaillard, une maison située 
en la ville de la Jonchère p' la somme de 40 s. de rente annuelle. 



Digitized by 



Google 



-ri'.^,. 



188 l'abbaye de bois-grollawd * 

En 1397, Jean Grignon, valet, 8f' de la SigoïgQe, doane à l'abbaye 
une pièce de terre sise dans son fief proche de la Fredonnière. 

4320, René Chabot, donne une pièce de terre moyennant 2 s. de 
service par an et rachapt selon la coutume du pays. 

1402, Pierre, abbé de B. G. donne à noble homme Pierre Bochet, 
président en la cour de Parlement, le bois des Pommeries^ tenant au 
bois*de la Boucbetière et au bois de LaHer, pour 25 s. de rente 
seulement, et de terrage lorsque ledit bien sera mis en terre labourable. 
Par contre échange, le dit Bochet, donne au dit abbé et religieux toutes 
les terres biens et meubles qu'il possédait à la Maugardière, à la Voisi- 
nière et à la Buotière. 

1448, Maurice Bricot, donne à Laurent Bruet, une pièce de terre 
près du Port de l'abbaye et de la terre à la confrérie de sainte Catherine 
de la Jonchère Le même abbé donne à Brethomé Landais, une pièce 
de vigne sise dans le fief à la Dame^ 6 boisselées dans le fief arrondea, 
la vigne sujette à 5* partie des fruits par droit de terrage et dizme 
seulement. En retour : Landois donne au couvent tout ce qui lui 
appartenait dans la paroisse de Poiroux, maisons^ vergers, terres^ préz 
bois, landes, rentes en deniers et autres choses quelconques. 

1470, 4471, 1481, 4466 et 4453, Pierre etOlivier Poictevins, 
advouent tenir à' foy et hommage, plus à 5 sols de rachapt abandonné 
deux petits fiefs, dépendant de la Prédonnière, les grandes et les petites 
chafifaudères, sises près la Jonchère. Il constepar Tadveu que le fief 
dépend de la seigneurie de la Sigoigne. 

En 4491, Martin, abbé de B. G., donne à Thomas Barrinel, le 
ténement des rois moyennant 2 raz d'avoine et la 17"^* partie des fruits. 

En 1513, Jean est abbé de B. G., en 1550, Louis Begaud (sans 
titre] donne des terres sujettes à la dizme et au terrage. 

En 4579, Nicollas Fruncheteau, vend à Claude Hillaret, seigneur 
de la Bailliere, 13 journaux de vigne, dans le fief de Bariteau, près le 
village de Fontaine sujet à la 4 partie des fruits y croissant. 

1^14. Accord, diaprés lequel le prieur de Bois-Golland, près Pouzauges, 
s'engage à payer annuellement au couvent deB.-G. 3 mines de froment 
pour le ténement de Marchieil, 

Fief du Boisguichet (paroisse du Giver.) 

Transaction de 1281, par laquelle Guillaume d'Apremont, chevalier, 
5g' de Poîroux, donne à Tabbé et aux RI* de B. G. tout droit, justice 



Digitized by 



Google 



l'abbaye de bois-grolland 189 

petit» et grande jusqu'à 60 sols, seulemeat, dans le fief du Bois Guichet, 

sauve la haute justice et le pur empire et pouvoir du glaive qu'il se 

réserTB. 

iSOO^GoufirmatioQ de ce qui précède par Raoul d'Apremont. / 
Le sénéchal de Poiroux, reconnaît en 1475 qu'il ne peut tenir ses 

assises sur la terre de la juridiction des religieux de B. G. 

1438, Maurice, abbé de B. G., arrente à Nicolas Martineau la maison 

de la Dutière et ses appartenances. 

1511, Jean Barbarin, abbé de B. G., donne à M* Etienne Robet, 
une maison au bourg de 8* Martin de la Jonchère. 

1391, Contrat par lequell? journaux devigne sis à la Bouchardière, 
près le fief du S^'^jde Dissay, sont sujettis à ladime. 

1463, Thomas, abbé de B. G. donne une pièce de terre à Thomas 
Vrignaudy par'* de Saint-Syre, et dans le fief du Hois-Guichet, mo- 
yennant 1 b. froment, une poule et le terrage au huit. 

1592, Michel Boursegu in, fait aveu pour 12 boisselées de terre. 

Aveu de Jean Ghanay en 1 524^ pour une sabline, etc. 

Aveu de Jean Bourreau en 1538, maisons à la Mainbourgère , par* 
de 8*-Martin du Gyvre. 

Aveux de Mathurin Roy, Jean Yerry, Pierre Gouïlleaud, Guillaume 
Remans, Lotis Rousseau^ Clément Piccorit, Guillaume Yrignaud, 
Jean Boursequin, André Porcher, Clément Sarrasin, Nicolas Bre- 
iinean Jean Hervé, Pierre Jarry, Menoteau, Nicollas Folliot, Vincent 
Roy, Pierre Chanelou, etc. 

En 1438, l'abbé Maurice donne à ferme la terre de la Dorin, et 
antres parcelles à Jean Hillaret et Morisset. 

1512, Jean Barbarin, abbé de B. G. arrente des terres à M* Etienne 
Robet. 



Fief de laSigoigne. 

Titre en parchemin datte de Tan 1360 contenant le don du fief de la 
Sigoîgne fait par noble dame Jeanne de Broussay, dame du Mauberon, 
aux RI' de B. G, 

Advenx dudit fief vendu au Seigneur de S' Sornin duquel il relève 
depuis l'an 1441, jusqu'en l'an 1594, 

Les Reli* déclarent lui devoir : primo : le dit fief à foy et hommage 



Digitized by 



Google 



190 l'abbaye de bois-grolland 

plaÎQ et à rachapt quand le cas y advient ; une paire d'éperons blancs, 
et 2 sols de service. 

Dans ce fief (p** de la Jonchère], le dit abbé a droit de terrage à 
raison de la moitié de la dix et septième des fruits y croissants par 
labour, terrage qui peut valoir par an dix septiers de blés, plus le 
droit de complanter les fruits de certains fiefs de vigne. 

Le dit abbé possède à domaine dans le fief des morettes une pièce 
de vignes les deux pars blanches et Tautre chauchée. 

Les teneurs du village de la Sigoigne doivent 29 s. et 25 b. de 
froment, plus doivent les Roupelins 2 sept, bled moitié froment moitié 
meture^ plus 4 3 chapons trois quarts et une poule — plus une mine 
de meture et 6 deniers de service que doivent par chacun an, les 
RI*, abbé, et couvent, d'Angles à cause du fief Loubet — plus le tiers 
des profits de la foire de S^ Gyre qui peuvent valoir par an 2 sols — 
plus il a le droit dans ladite seigneurie de bailler jnstage et mesure 
à ceux qui vendent vin audit lieu de S' Gyre ledit jour de la foire et 
droit en la 3* partie dudit justage. 

Olivier Poictevin, S«^ de la Florentière tient à foy et hommage 
plain, un fief sous ledit abbé, les Grandes et Petites Chaffaudières, 
sujettes à une paire d'éperons blancs de service et à rachat aboné 
qu^r-i le cas y advient à 25 sols. 

Sur toutes lesquelles choses ledit abbé a droit d'assises et juridiction 
basse pour tous les droits qui en dépendent. 

1455. Maurice, abbé de B. G. donne à jamais à Maurice et à 
Laurent Buxchris et à Etienne Ferré, certaines maisons et terres 
siluées dans le village de la Sigoigne moyennant par an, la rente de 
4 septier de froment, 4 septier meture, 4 raz avoine et une poule. 
Goncession à Guillaume Normant, par l'abbé Pierre, en 1409. 
Déclaration de Jean Frontenet, Guillaume Gabouin, Pierre Bouchage^ 
Jacque Bréchet, Pierre Ghaillé, André Booiin, Joachim Garache, Louis 
Fèvre, Pierre Ferron, etc... 

Le Seigneur de S*-Sornin devait sur la terre des Fossés un chapon. 
-- Sur d'autres terres, uu autre chapon — 8 raz avoine, un quart 
froment et la poche — 4 bois* froment et sur des prez étant de la 
Chenellie, 6 deniers, etc. . . 

Fèves. 

8 boisseaux de fèves étaient dus par les teneurs des marais de^ la 
Cherfoisière paroisse de S^-Hilaiie de Talmond. 



Digitized by 



Google 



• l'abbaye de bois-grolland 191 

Teneurs: Jacques Gaudia des Sables, M* Jean Grpdé, M. de la 
Tigerie, proca/ear de Talmond, Modo, ses héritiers. Modo, maître 
Marchais. 

Pré Simon (par, de St-Hilaire de Talmond). 

Rente noble^ féodale et solidaire, à Noël. — 5 soUf 
Modo, Jeanae Magaeau, V* Bigaonneau, Mathurin Arnou. 

Fief Sainte-Hermine. 

Vigae sur laquelle est dû par an, devoir ooble à Noël. — 2 sols. 
Modo Pierre Boisard, laboureur, Jacque (ruyet. 

Pré des Grillères. 
Jean Maroilleau. — 5 sols, 

La pièce des Closaux et Drossails. 
Veuve Guigaaiseau et Luc Brisard, solidaires. -* 8 sols, 'à den. 

La Vricjnolle. 
V Guimoizeau. — 8 solSy 8 den. 

Pré de la Fontaine. 

Il est dû la rente solidaire de — 2 sols^ 2 d. 
Luc Brisard et veuve Guimoizeau. — i chapon. 

La Vigne. 
Luc Brisard, cens. — 8 den. 

Le CloS'Robert. 
M. Gueffier, dem* à Paris. — 60 l. 



Digitized by 



Google 



192 l'abbaye de bois-grolland 

M. l'abbé Mandret, paie cette reate. — - M. Donat, de la Rochelle, a 
acheté ce bien de M. Gaeffier. 

Le Clos à l'abbé. 

M^^* Lamotte-Corju, M. da Gherpreau, mari de la susdite, 24 8., d., 
plas une livre de cire. 

Le Fief Gàhan . 

Rente féodale de — 221. 

M. de Bergerion M"* de la Dive, solidaires, àlaGrassière et i 
Sainte- Foy. 

Champagne. 

M. de Selinès. — 9 1. 

Ck)NSTANT Verger. 



PIN. 



Digitized by 



Google 



L'EPISCOPAT NANTAIS 

A TRAVERS LES SIÈCLES 
( Suiie'J 



65. — DURANDUS 



1278-la9a 



♦ ♦♦ 



DuranduSfDurannus, Durand,— dit de Rennes, du lieu de sa 
naissance, était trésorier, c'est-à-dire sacriste de l'église de 
Nantes et celui môme que Guillaume de Verne commit en 1269 
pour faire des monitions au duc, lorsqu'il fut élu évoque 
de Nantes en 1278. Il n'eut pas, comme ses prédécesseurs, le 
chagrin de se voir brouillé avec le duc à son avènement au 
siège ; il eut au contraire, la consolation de recevoir à abso- 

« Voir la VI* année, l'» livraison. 



Digitized by 



Google 



194 l']épiscopat nantais a travebs les siècles 

lution le jeudi saint (30 mars) de Tan 1279, Olivier de Clissou, . 
Gérard de Ciiabot et Guillaume de Rochefort, vicomte 
de Donges, excommuniés par son prédécesseur. La cérémo- 
nie se fit suivant la coutume alors observée à Nantes pour 
les pécheurs publics*. En mars 1285, Durand baptisa à Saint- 
Plorent-le-Vieil% Jean fils d'Arthur de Bretagne et de la 
vicomtesse Marie de Limoges^ Le jeune prince qui fut plus 
tard le duc Jean III, né à Chasteauceaux le jeudi de la pre- 
mière semaine de carême, 8 février, ou le lendemain, d'après 
la Chronique de Meillerai, fut tenu sur les fonts de baptôme 
en qualité de parrain, par Jean de Bocat, ou Boxât, abbé de 
Paimpont. 

Quatre ans après, l'évoque de Nantes autorisa avec plusieurs 
autres prélats de la province, Charles II, roi de Jérusalem 
et de Sicile, à chasser entièrement les Juifs, les Lombards, 
les Caourcins et les autres usuriers des provinces de l'Anjou 
et du Maine, et, en raison des pertes que lui causait cette 
expulsion, ils lui cédèrent, pour un an seulement, la levée de 
six deniers sur tous les gens des deux provinces servant à 
gage, et trois deniers sur chaque marché*. 

Durand s'excusa en 1291, on ne sait pourquoi, d'assister 
à la consécration de Guillaume Le Maire, évoque d'Angers. 
L'année suivante, en janvier, il assistaau concile de cette ville, 
qui ne flgiire pas entré dans la collection des conciles et où, 
sur l'ordre du Pape, il fut délibéré du recouvrement 
de la Terre sainte. Il mourut, d'après l'obituaire de la 

* Cet usage a continué jusqu^à Antoine de Créqui, premier du nom, Tan 
1562, époque à laquelle cette coutume cessa, le chapitre voulant faire la 
cérémonie en l'absence de l'évêque, au préjudice de Gilles de Qand, évêque 
de Roufînne. son grand vicaire. (Titres du chap. dans VHist. de Bret. t. xi, 
p. 424, — OrdUu Nannet., 1263.) Extrait de Traven». 

s Saint-Florent-le- Vieil n'était alors d'aucun diocèse, après avoir appar- 
tenu longtemps à celui de Poitiers, et ensuite à celui d'Angers. 

s n était arrière-petit-fllt de Jean Le Roux, dont son père, Arthur, était le 
petit-fils. 

« Chambre des comptes de Paris. — Hist, de Sablé, p. 411. 



Digitized by 



Google 



DURANDUS 195 

cathédrale.leinardi6mai 1292. Le nécrologe de Géneston, place 
samort en 1288 ; Du Paz et les Frères Sainte-Marthe la reculent 
jusqu'en 1294. Dom Morice et l'abbé Travers s'en réfèrent à 
Tobitoaire de Nantes. Selon Albert de Morlaix, Durand mourut 
à Fougeray (alors du diocèse de Nantes et aujourd'hui de 
Rennes), oii Ton a conservé, écrit le chanoine Guillotin 
de Corson, une vague tradition de sa mort; son corps rap- 
porté à Nantes, reçut la sépulture près du grand autel. Ses 
ossements, découverts en 1618, furent déposés derrière le 
grand autel^ vis-à-vis du lieu où ils étaient auparavant. 

Cet évoque n'eut aucun démêlé avec les ducs. Les grosses 
sommes qui lui furent payées pour dédommagements stipulés 
à ses prédécesseurs lui permirent d'augmenter les revenus 
de TEvêché. Il acquit le jeudi avant la Toussaint 1281 
(30 octobre), pour la somme de soixante-dix livres, les 
dîmes de blé, vin^ lin, agneaux, chanvre, etc., que Jean 
Gaffln possédait à Valiez dans le canton d'Escoublac. 
Il réunit à son domaine, en 1283, quelques dîmes de la pa- 
roisse de Treillières et à l'évêché^ au mois de septembre 
1291, quelques petits fonds qu'il acquit de Guillaume de 
Perrière, variété et de sa femme, du consentement de leur fils 
aîné, dans la paroisse de Cbefsail, (Ste-Luce)* ; il augmenta 
les domaines de l'ancienne maison de plaisance des évéques 
de Nantes' de petits fonds d'une valeur de trente-sept livres, 
soit quatorze à quinze marcs d'argent. Le même évêque, et 
ce fut son plus riche acquêt, acheta pour lui et ses suces- 
seurs, de Jehan, seigneur de Machecoul, trente livres de 
rente sur les dîmes de Saint-Cyr. 

Durand de Rennes fit usage d'un sceau sur lequel était re- 
présenté un évêque bénissant, tenant la crosse tournée en 
dehors. Légende : t S, Durand i, Dei gracia Episcopi nanne- 
tensis. Le contre-sceau représente dans le champ une mitre 

* Titres de TEvêché. 

s Chefsail, ou platdt, Le Chassais, était situé en la paroisse de Sainte- 
Lttce, autrefois appelée elle-même Chefsail. 



Digitized by 



Google 



196 l'épiscopat nantais a travers lks siècles 

de profil, cantonné de quatre roses. Légende : contra 5. Du- 
randi Epi nannet. Ce sceau est en cire verte et est apposé sur 
queue de parchemin à un acte de 1283*. 

Chez les anciens, la rose était (c'pst M. de la NicoUière qui 
parle) le symbole du secret ; de là Torigine du proverbe : Sub 
rosây par aljuaion à une chose devant être tenue secrète*. Il 
faut donc voir dans les quatre roses de ce contre-sceau, la 
consécration de cette particularité, plutôt qu^un ornement de 
fantaisie. 

Une famille Durand, maintenue d'ancienne extraction en 
1668, et assez richement possessionnée dans les paroisses 
d'Ercéen la Mée etThourie (évêché de Rennes), de Rougé (évô- 
ché de Nantes), qui donna à Villeneuve un abbé mort en 1407, 
pourrait bien être celle de notre évoque. Suivant M. deCourcy, 
elle portait: d argent à neuf losanges de sable, 3. 3. 5. Le 
procès-verbal des églises rurales de la baronnie de Château- 
briant en 1663, donne à un sieur Durand, seigneur de la 
Minière et du Rouvre, un écusson losange (Tor et de gueules, 
comme il a été reproduit sur les vitraux de l'église de Rougé'. 

66. — HENRI II DE CALESTRIE 

1-293-1297 

Henri II de Calestrie, — originaire de Tréguier, fut élu en 
1292 et sacré Tannée suivante à Tours, par l'archevêque 
Regnaud de Montbason. C'était pendant la vacance du siège 
à Rome. Tous les évoques suffragants de la métropole hono- 
rèrent de leur présence cette cérémonie*, Thibaud de Pouancé, 
révoque de Dol excepté. 

« Archevêchés et Evéchés de France. Collection Qaignières, t. cxxi. Biblio- 
thèque nationale. 

* La recherche du blason par Ménestrier, Paris, 1673, p. 2&7. 

s Bulletin de la Société archéologique de Nantes^ pp. 77-78 et suivantes. 

^ Ces évéques étaient, pour la Bretagne : Guillaume de la Roche-Tangui, 
de Rennes, — Quillaume de Kersauson, de Léon, — Robert du Pont^ de 
Saint-Malo, — Geoffroy de Tournemine, de Tréguier, — Alain Morel, de 
Gomouaille, — Guillaume Guéguin, de Saint-Brieuc, — et Henri Tors, de 
Vannes. 



Digitized by 



Google 



HfiNRi ni 197 

Les renseignements généalogiques et sigillographiques 
font complètement défaut sur ce prélat. Il fut, en i295, témoin 
de la fondation faite le lundi 15 août, à Morlaix, de la collé- 
giale de Notre-Dame-du-Mûr^ par le duc Jean II, en présence 
de Geoffroy de Tournemine, évoque de Tréguier (et dans le 
diocèse duquel se trouvait le nouveau chapitre), de Guillaume 
de la Roche-Tangui, évoque de Rennes, Thibaud de Pouancé, 
évèque de Dol et Guillaume de Kersauson, évoque de Léon. 

Henri de Calestrie mourut à la fin de 1297. Le duc Jean II 
tenait cette année-là, les revenus de Tévôché en son pouvoir, 
par droit de régale, ce siège étantvacant. Henri a donné 
quatre livres de rente au chapitre pour faire sa mémoire, qui 
fut fixée au 15 mai, d'après le Livre des Anniversaires. 

Nous ne pouvons ici adopter la thèse de M. de la NicoUière, 
qui. refuse de placer un autre Henri, après celui dont nous 
parlons; rejetant Travers et tous les auteurs qui ont admis 
Henri III, il trouve que la similitude de date, sinon de nom 
pour la mémoire des deux prélats, dans le Livre des Anni- 
versaires, prouve une identité de personnage. S'il n'y avait, 
en effet, que cette raison, nous serions, nous aussi, disposé à 
ne pas admettre Henri III, mais ce n'est pas sur cet argu- 
ment que s'appuie Travers,mais bien sur la tenue en régie des 
revenus de Tévôché par le duc Jean II en 1298, ce siège étant 
vacant. Or, de fait est cité aux archives du château de Nantes, 
arm. 5, B, n." 17, Hist. de Bret., t. u, p. 1225. C'est aussi la rai- 
son qui nous décide à insérer le suivant dans le catalogue. 

67. — HENRI m 

1298-1304 

Henri 111 — fut élu en 1238 sous le pontificat de Boniface VIII 
et le règne en Bretagne du duc Jean IL Sacré en janvier 1299, 
il assista aussitôt après au concile tenu à Ghâteaugontier par 
Tare hevôque deRouen en présence des évôquesde la province. 
Il eut une contestation à ce concile, avec Tévêque de Saint- 



Digitized by 



Google 



198 l'épiscopat nantais a travers les siècles 

Malo pour la troisième place à la droite de l'archevêque : elle 
fut occupée par Robert dePont-fAbbé, qui en était alors titu- 
laire, Henri se contenta de protester pour ne pas troubler l'as- 
semblée et aussi pour réserver ses droits. L'évêque de Nantes 
se trouvait à Paris en 1301, et y souscrivit avec les suffragants 
de Tours, le dimanche de la Passion (19 mars), la réponse que 
le clergé donna au roi Philippe le Bel, qui l'avait consulté 
sur la conduite à tenir envers Boniface VIII et de la ma- 
nière dont il pouvait défendre les droites du royaume contre 
les entreprises de ce pape\ 

Henri approuva la bulle Unam Sanctam^ en 1302 et mourut 
deux ans après, le 15 octobre, d'ieiprès Tobituaire de Gènes- 
ton. Sa mémoire était fondée à ce jour au livre des anniver- 
saires. En 1304, on trouve un décret de Tévôque Henri rappelant 
qu'il a élevé un autel dans la cathédrale, en l'honneur de 
sainte Anne et assignant une rente de 20 livres au titulaire de ce 
bénéfice, à la condition qu'il sera prAtre et sera résidant {Arch, 
départ, série G. I.) 

Nous avons de cet évoque plusieurs statuts synodaux : 11 y 
accorde entre autres 10 jours d'indulgence à ceux qui, véri- 
tablement contrits et confessés (il n'ajoute pas absous et 
communies), assistent les dimanches et fêtes, à la cathédrale 
ou aux paroisses, à la messe depuis le commencement 
jusqu'à la fin, et se tiennent dévotement à genoux, depuis l'élé- 
vation de l'hostie jusqu'à celle du calice': Le successeur 
d'Henri renouvela ses statuts. 

* Gest. Guill. Le Maire, spicil. areher>,, t. x. 

* Dapaa, Hist. du différend de Philippe^le-Bel avec Boniface VIII, p. 86. 

s Cette élévation ne «^entend point de ceUe qui se fait aujourd'hui après 
consécration, mais de celle qui se fait avant le Pater, à ces paroles : Omnis 
honor et gUnia, élévation autrefois plus sensible et la seule élévation du 
calice qu*on fit alors. 



Digitized by 



Google 



68. — DANIEL VIGIER 



1305-1337 




Daniel Vigier. — Ce prélat, qui appartenait au chapitre de 
Nantes, lorsqu'il fut élu évoque, était né en la paroisse de 
Guémené-Penfao, dans le diocèse, d'où le nom de Guémené a 
souvent été ajouté à son propre nom patronymique le 
Vayer, Veyer ou Vigier. 

Tout porte à croire qu'il appartenait à la famille Le Vayer, 
possessionnée dans les évôchés de Rennes, Vannes et Saint- 
Brieuc et d'ancienne extraction, qui portait : de gueules, à la 
bande accostée en chef de 2 étoiles et en pointe dun croissant, 
le tout dot, 

La branche aînée de cette maison s'est fondue dans Budes 
en 1507*. La généalogie de Bruc nous apprend que Philippe 
Le Vayer, sœur de révoque de Nantes, ayant épousé Pierre 
de Callac, maria sa flUe Adelice à Guillaume de Bruc'. En 
1261, Pierre Vigier, chevalier, avec Théophanie, sa femme et 
Guillaume, son fils, fit un accord avec Tabbaye de Melleray, 
au sujet de certains droits'. Ces trois personnes devaient être 

* Arm. de Bret., par P. de Courcy, t. ii, p. 475. 

* GénéaL de Bruc, Nov, unw. de France, par Saint- Allais, t. x, p. 335. 
« Biblioth. nsftion. Blancs^Manteaux, vol. xxz^i. 



Digitized by 



Google 



200 L*KPISCOPAT NANTAIS A TRAVERS LES SIÈCLES 

I 

de la famille de Tévèque, Daniel, Tun des évêques les plus 
remarquables qui gouvernèrent ce diocèse, fut élu et sacré en 
1304, sous le pontificat de Benoit XI et le règne de Jean II en 
Bretagne. Il dut nécessairement faire travailler à sa cathé- 
drale pendant son long épiscopat. Aussi, M. de la Nicollière 
pense-t-il pouvoir, sans cependant rien décider, lui attribuer 
un des^écussons de la tour absidale de la cathédrale, élevée, 
on se le rappelle, en 1208, par Geoffroi Pantin. Cet écusson, 
dont les émaux sont frustes, porte sur fond de — une fasce 
de,., accompagnée en chef de 2 étoiles ou molettes dC éperons, 
et en pointe d!un croissant surmontant une étoile ou une mo- 
lette de,.., pièces héraldiques qui se rapprochent beaucoup, 
on le voit, de celles de la famille Le Vayer, citée par Courcy. 
Le mercredi après la quadragésime, 23 février 1306, Daniel 
érigea le canonicat de Pierre d'Esvignéi, en dignité de doyen 
du chapitre, érection qui rendit le doyen, curé du bas chœur 
pour tous sacrements. 

La çrande affaire agitée depuis près d'un siècle entre le 
clergé et les ducs Pierre Mauclerc, Jean I, Jean II et Arthur II, - 
au sujet du past nviptial, ou tierçage, que Ton appelait le 
jugement des morts, qui donnait au clergé le tiers des 
meubles d*un homme et d'une femme à leur mort, ainsi qu'à 
l'occasion de quelques autres droits ecclésiastiques et de 
dîmes inféodées, se poursuivait vivement alors, et prit fin 
vers l'an 1308. Le clergé de Bretagne députa à cet effet 
l'évéque Daniel et Nicolas de Guémené, curé de Saint-Mars- 
de-Coutais, dans le diocèse, vers le pape Clément V, qui, du 
au consentement des députés du clergé et de ceux du duc 
Arthur II, de la noblesse et du peuple, fixa le past nuptial à 
trois sols pour les personnes aisées et à deux sols pour les 
autres. 11 réduisit le tierçage au neuvième des meubles ; c'est 
le droit curial appelé neume, réduit lui-môme par les arrêts 
du Parlement, de 1562, 1602, etc., au neuvième d'un tiers, ou 
à la vingt-septième partie des biens meubles des seuls rotu- 
riers pour les lieux où les curés n'ont point de dîmes, e^ 



Digitized by 



Google 



DANIEL VIGIER 201 

lorsque le tiers des meubles restants, les frais funéraires et 
les dettes mobilières payés, se monte à quarante sols monnaie 
ou quarante-huit sols tournois, selon qu'il fut arrêté entre les 
parties. 

Après son retour d'Avignon, Vévôque de Nantes unit en 
1311 les deux doyennés de Nantes et de la Chrétienté q ui com- 
prenaient toutes les paroisses du diocèse entre FErdre et la 
Loire, et allaient de la ville jusqu'à TErdre.Il obtint également 
du pape Clément V, un rescrit qui partageait les 21 pré- 
bendes du chapitre en sept sacerdotales, sept diaconales et 
sept subdiaconales. Peu après ce règlement, il se rendit au 
concile de Vienne, en Dauphiné, où il fut traité de Tabolition 
des Templiers. 

Après la conclusion du concile, Daniel revint à Nantes eh 
1312, muni de quatre brefs du Souverain-Pontife. Le !•% du 
23 juin, donnait à l'évêque de Nantes le pouvoir de commettre, 
durant trois années, quelque ecclésiastique pour récon- 
cilier les églises polluées*. Les trois autres, du 29 juin 
suivant, lui accordaient les droits : 1* d'avoir près de lui, pen- 
dant 3 ans, trois chapelains dispensés de résider à leurs béné- 
fices, prébendes, cures, etc., tout en en percevant les fruits ; 
V de choisir, à partir du jour de la date du but, un confesseur 
séculier ou régulier, jusqu'à Noël inclusivement; 3* de créer 
deux notaires apostoliques dans le diocèse'. 

De deux autres bulles du 3 et du 13 juillet 1312, et datées de 
Vaison, la première unissait les revenus de la paroisse de 
Saint-Cyr-en-Rays à la mense épiscopale, qui, selon l'assu- 
rance de révoque, ne passait pas la somme de millq quarante 
livres petits tournois de revenu annuel' ; la seconde confir- 
mait le partage des prébendes. 

Il existe aux archives départementales, titres de Tévêché, 

« Labbé Concil, t. x, part. 2, p. 1544. ^ 

3 Titres de TETÔché. 
T. VI. — NOTICES. — VI» ANNÉE, 2« LIV. 13 * 



Digitized by 



Google 



202 l'épiscopat nantais a travers les siècles 

série G I, une sentence du commissaire apostolique Bertrand 
deSentio et datée d'Avignon, le 6 juillet 1320, annulant une 
citation irrégulière du prieur de Saint-Géréon, Pierre de 
Girouard, qui disputait à Daniel certains droits de juridiction^ 
déclarant que révoque de Nantes ne peut être cité que devant 
le métropolitain ou le pape^ et que Téglise de Nantes ne 
relève que d'eux. 

Le !•' août 1321, le pape Jean XXII renouvela et confirma 
la bulle de Clément Y\ Deux ans auparavant, les Carmes 
s'étaient établis à Nantes. En 1325, révoque Daniel forma la, 
collégiale de Nantes par l'érection de plusieurs chapellenies 
de réglise Notre-Dame en canonicats. L'évoque et les officiers 
du duc eurent, dans les mêmes temps, plusieurs altercations 
pour les droits et prééminences de fief. 

« Du lendemain de la Saint-Michel 1336, on trouve la cession 
» d'une maison sur la chaussée de Barbin, faite au sieur évoque 
» de Nantes, pour 300 Iv. à lui deues pour la ferme des moulins 
» de Barbin. » (Archives départementales, iiiTes de l'évôché, série 
G I.) Daniel Vigier fit avec le duc Jean III un arrêté de police, 
pour chacun ses hommes et vassaux, le samedi après la Puri- 
flcation (3 février) de l'an 1336 ; on en a un collationné 
authentique du 30 septembre 1438, parmi les papiers de la 
ville> sac A, bis. 

L'évêque Daniel mourut le 12 février 1337, après avoir gou- 
vwné l'église de Nantes pendant trente-deux ans. Il fut 
inhumé dans sa cathédrale contre le second pilier de la nef, 
à gauche en entrant, près de la chapelle paroissiale de Saint- 
Jean-Baptiste. Son tombeau, construit en pierre, était recou- 
vert d'une table de marbre noir, sur laquelle « autour de 
sa représentation, gravée au trait, » se lisait Tépitaphe 
suivante : 



1 Le pape Clément V, mort le 20 avril 1314 fonda dans l'église de Nantat^ 
son anniversaire, pour l'entretien duquel il donna 40 sols de rente au cha- 
pitre et 40 sols idem au bas-chœur. Le livre des anniversaires Taûzé au 28 mai. 



Digitized by 



Google 



^ïr 



DANIEL YIOIEA 203 

Anno Domini MCCCXXXVII, die veneris XII mensis fe- 
bruarii, obiit reverendus pater et dominus Daniel Vigerii de 
Guimeneio, Nannetensis diocesis orundus, qui pet trigenta et 
duos cum dimidio, rexit laudabiliter ecclesiam Nannetensem ; 
cujus anima in pace cum sanctis angelis requiescat. Amen*. 

Il a fondé à la cathédrale un anniversaire avec vigile des 
morts, tous les lundis du mois, à six cierges aux vigiles et à 
huit cierges à la messe, un mémoire pour ses parents le 7 
août et un anniversaire solennel à douze cierges devant 
Tautel et deux dans les chandeliers. Il a donné pour ce ser<- 
vice dix livrés monnaie de rente annuelle et trente-neuf 
livres aussi monnaie pour les trois autres anniversaires'. 

D*après le registre du chapitre de Saint-Pierre, ces anni- 
versaires étaient flxés aux premiers lundis de février, mars, 
avril, mai et juin. 

Nous avons de Vévêque Daniel des statuts donnés par dom 
Martène, dans son Trésor des Anecdotes, t. m, publiés depuis 
par dom Morice, 1. 1, p. 1382. Ils sont du commencement de 
Tépiscopat de Daniel, avant le concile général de Vienne, en 
1311. 

fLa suite prochainement. J J. de Kersauson. 






• Archevêchés et Évéchés de France, coUect Gaignières, p. 180, Bibî. nat. 
? Livre xnannscrit des anniyersaires. 



Digitized by 



Google 



LE MARIAGE DU PÈRE DE LE SAGE 

20 Septembre 1665 



. . A l'heure où sur l'initiative du zélé directeur de la Revue 
illustrée de Bretagne et d'Anjou, l'on s'apprête à élever sur 
Tune des places publiques de la ville de Vannes, une statue 
il Alain-René Le Sage, Tune des gloires littéraires de la Bre- 
tagne au XVIP siècle , nous croyons être agréables aux 
lecteurs de la Revue historique de r Ouest en rapportant idi 
Tacte de mariage du père de l'illustre écrivain, que npup 
avons eu la bonne fortune de rencontrer dernièrement dans 
les anciens registres paroissiaux de Notre-Dame de Redon.et 
que nous avons tout lieu de croire complètement inédit. 

« Je, Gilles Mancel, prêtre, curé de la paroisse Notre-Dame de 
Kedon, certifie, que ce vingtième septembre mil six cent soixante- 
cinq, Noble homme Claude Le Sage, s' ^e Kerbistoul, avocat en la 
court;, greffier de la juridiction royale de Rhuis et damoiselle Jeanne 
Brenugat, de cette paroisse, après les fiances et la première publi- 
cation de leur futur mariage canoniquement faite sans opposition et 
empêchement, et au moyen de la dispense de deux autres bans de 
leur dit mariage, de Monsieur le vicaire général de Vannes, du 16 
dudit mois, signé : Le Gallois, et plus bas : Par mondit sieur vicaire 
Général : iVicoto^ro, secr.; — et qu'Honorable homme yanL'OWmtff, 
marchant et damoiselle Françoise Brenugat, sœur germaine de la 
dite Jeanne, tous deux de cette paroisse, après les fiances et la pu- 
bUcation des trois bans de leur futur mariage, canoniquement faite 
sans opposition ni empêchement, ont été les uns et les autres, à 
même jour et heure espousez en Téglise parochiale Notre-Dame de 
Redon, par moi susdit curé, présent, qui les ai conjoints en mariage, 
ayant au préalable reçu leurs mutuels consentements auxdits ma- 
riages par parole et de présent. Témoins les soussignés ; Et ai donné 
aux mariés susdits la Bénédiction nuptiale devant le saint sacrifice de 
la Messe, suivant Tordre prescrit paiynotre Mère la sainte église. En 
foy de tout quoi, j'ai signé lesdits jours et an que devant. Mancel; 

— Claude Le Sage ; — Jeanne Brenugat; — /. Ollivier; — ^rançoise 
Brenugal; ^ Renée Brenugat ; -- Suzanne Le Sage; -^ Bouscailhou ; 

— Brenugat; — Fouscher; — Authueil; — Boue Graincou; Legoff^. » 

C'est de ce mariage que devait naître à Sarzeau, trois ans 
après, le 8 mai 1668, Alain-René Le Sage, ondoyé dans cette 
paroisse le lendemain 9 mai, y baptisé le 13 décembre de 
ladite année et mort à Boulogne-sur-Mer le 1"' novembre 1747. 

C** Régis de l'Estourbeillon. 
» Ane. reg. par. de Notre-Dame de Redon, 



Digitized by 



Google 







CHARTES INÉDITES 

TIRÉES DES ARCHIVES DE PAMPELUNE ET DE SOjMA 

Relatives à Du Guesclin et à ses compagnons d'armes 
(texte et commentaire) 



LES États de Navarre chargèrent, au siècle dernier, 
Liciniano Saez, moine bénédictin de ]*abbaye de Saiiit^ 
Dominique de Silos, de dresser un inventaire des 
documents conservés dans les archives de Pampelune. 
Ce religieux, qui remplissait dans son monastère la 
charge d'archiviste, ne fut pas effrayé par la grandeur de 
l'entreprise, et sut la mener à bonne fin dans l'espace de 
quelques années. Tout en inventoriant les chartes de l'an- 
cien royaume de Navarre, réduit depuis 1512 à l'état de 
simple province espagnole, il faisait transcrire, par des 
copistes placés sous ses ordres , les documents qui lui 
paraissaient le rIus intéressants, et propres à servir à l'his- 
toire du pays. Il composa ainsi une dizaine de volumes 
grand in-4'', de pièces de toute sorte, depuis les traités 
d'alliance, lettres, mandats, diplômes royaux, ordonnances, 

T. VI. — NOTICES. — Vl** ANN4b, 3« UY. 14 



Digitized by 



Google 



2 GBAHTS8 tNÉOITFS 

jusqu'aux simples montres d'hommes d'armes, comptes «de 
recettes ou de dépenses, etc., et il en enrichit la bibliothèque 
de son monastère*. 

En i835| les bénédictins de Silos durent se disperser, au 
moment de la supprQssion de tous les ordres religieux en 
Espagne, ^et devant la menace d'une expulsion à main 
armée. Les précieux manuscrits, dont nous venons de 
faire mention, restèrent sous la garde du dernier abbé, 
dom Rodrigue Echavarria y Briones, qui fut alors pourvu 
de la cure de Silos. Il remplit ces modestes fonctions, 
qui lui permettaient de veiller sur sa chère abbaye, 
jusqu'en 1854, époque à laquelle il fut nommé évêque de 
Ségovie. Ce digne prélat, voulant mettre à l'abri une partie 
des richesses amassées par ses prédécesseurs, emporta avec 
lui les volumes relatifs à Thistoire de la Navarre ; il les fit 
renfermer dans un certain nombre de caisses cadenassées, 
qui depuis lors furent gardées en dépôt dans le palais épis- 
copal dh Ségovie. 

Nous n'avons pas à raconter ici comment, en 1880, une 
expulsion vint repeupler l'antique abbaye qu'une expulsion 
avait rendue déserte un demi-siècle auparavant, ni comment 
les fils de Saint-Benoit, chassés de France> reprirent posses- 
sion ^'i monastère de Silos. Il nous suffira de dire qu'aucun 
effort n' • été épargné pour reconstituer l'ancien patrimoine 
de la famille monastique. Il y a des pertes qui n'ont pu se 
réparer, il est vrai, comme celle de cotte Bible incunable, 
vendue peu avant l'arrivée des expulsés français, et ra- 
chetée tout récemment par un bibliophile anglais au prix de 
93.000 fr. Le précieux dépôt gardé à Ségovie aurait pu subir 
le même sort, ou du moins ne pas faire retour à Silos, surtout 
depuis la mort de M»' Echavarria, survenue en 1876. Mais 



' On doit à ce religieax différents ouvrages ; 1^ Tratado de las Monedas del 
Hey Enrique III, — Madrid, 17^6^ in-fol.— 2« Tratado de las M(ynedas del 
Hey Knriqtie IVjun correspoadeoQÎa con las del Rej Carlos V.— Madrid, 180&, 
in-fol. •» 3« Apendice à U Cronica del Hej Juan II, 



Digitized by 



Google 



A 



RELATIVSÔ A DU QUB9GUN 3 

les intealions du pieux Prélat, bien connues de son entou- 
rage, furent respectées ; et, à la suite de négociations, dans le 
détail desquelles nous ne croyons pas utile d'entrer, les 
volumes copiés il y a plus d'un siècle, par les soins de dom 
Liciniano Saez, à Pampelune, furent réintégrés au monastère 
de Saint-Dominique de Silos. Le R. P. Dom Marins Férotin, 
qui a succédé à dom Saez dans la charge d'archiviste, a bien 
voulu nous signaler daps cette importante collection cinq 
chartes concernant le séjour de Du Guesclin et de ses com- 
pagnons d'armes en Espagne. Les trois premières sont rédi- 
gées, en espagnol et les deux autres en français. Nous avons 
pensé que tout ce qui touche au vaillant Godnétable doit avoir 
de Tintérôt pour les lecteurs de la Revue historique de tOuest^ 
que la scène se passe d'un côté ou de l'autre des Pyrénées*. 

Nous donnerons les chartes qui nous occupent dans l'ordro 
chronologique, en les accompagnant d'un sommaire étendu, 
et de commentaires destinés à les rattacher à l'histoire gêné- 
raie de cette époque. Il nous a semblé que le sommaire offre 
cet avantage sur une traduction littérale, d'éviter au lecteur 
l'ennui résultant des longueurs, des répétitions etde la rédac- 
tion parfois incorrecte et monotcjtie de certaines de ces pièces. 

Nous y joindrons une ordonnance royale de beaucoup pos- 
térieure (20 juil. 1384), extraite des archives de Soria, ^^^ il est 
fait mention de Du Guesclin. y> 



* Nous profitons de cette occasion pour leur apprendre que M. Siméon 
Luce, que nous avions choisi comme arbitre entre Froissart et Pedro de 
Ayala, dans notre dissertation sur du Guesclin et le drame du château de 
Montie],a eu Tamabilité de nous écrire pour nous faire savoir qu'il approuve 
nos conclusions tendant à justifier Bertrand du Guesclin de tout reproche 
de trahison. Nous sommes heureux d*avoir reçu cette approbation de 
la part du juge le plus compétent que nous pussions choisir. C'est un peu- 
& son instigation que nous publions les documents suivants, que nous croyons 
pouvoir donner comme inédits. Cette fois encore, nous soumettons à sa bien- 
veillante appréciation les conjectures que nous aurons lieu d'émettre au 
cours de notre étude, son titre incontesté d'historien du connétable et ses 
travaux antérieurs lui donnant toute autorité pour rendre un arrêt définitif 
en celle matière, « 



Digitized by 



Google 



CHARTES INÉDITES 



!•• CHARTE 



Le premier document que nous reproduisons est une lettre 
datée du 8 mars, et que nous croyons devoir rapporter à 
Tannée 1366. Dom Saez ajoute une note constatant que la 
copie est faite d'après Toriginal. L'auteur ne signe pas ; il 
écrit de Tudela, ville du royaume de Navarre, sur l'Èbre, 
et s'adresse à un ami dont nous ne connaissons pas davan- 
tage le nom. 

Sommaire : L'auteur de la lettre annonce que les Anglais 
viennent de passer (par la Navarre), pour entrer en Caslille, 
non sans beaucoup d'honneur et de profit pour le Roi (de 
Navarre). Le jour même où il écrit, dimanche ^ 8 mars, 
Bertrand du Guesclin s'est présenté aux portes de Tudela, et, 
dès qu'il sut que le Roi n'y était pas, il s'éloigna dans la 
direction de Gascante, pour y camper. Ses partisans se sont 
déjà emparés de vive force de celte place, d'Ablitas, de Mar- 
chante, de Monfeagudo; ils les ont ruinées à tout jamais ainsi 
que les localités des environ?, à l'exception de Corella. G est 
pourquoi il (l'auteur de la lettre) se propose de partir le len- 
demain matin , avec Messire Euslache-Jean Testador et 
d'autres compagnons, pour joindre Bertrand du Guesçlin et 
le comte de la Marche à Gascante, dans le but de les y rete- 
nir, si possible, jusqu'à la venue du Roi. Il charge le destina- 
taire, de faire parvenir en toute hâte au Roi la lettre incluse ; il 
confie le tout à un jeune homme au service de Pierre Ezquerra, 
Il lui recommande encore de trouver un bon nlessager, qui 
marche jour et nuit, pour rejoindre D. Garlos, car il convient 
que celui-ci soit à Tudela le jeudi suivant (11 mars). Enfin il 
le prie de demander à Barthélémy Darre qu'il veuille bien 
donner à Pierre .Ezquerra l'argent qui lui revient, de peur 
d*6tre puni par le Roi\ 

* C%\U dernière phrase ne laiiae pal d*étre un peu obicitre* 



Digitized by 



Google 



to 



UELATIVKS A DU OUESOLIN 5 

€ Caro et buen amigo. Sabet que abemos dellTrado coq Iob An« 
gleses à grant hpnrra et proveoho del Seyanor Rey et se pasan todos 
ÇQta (en la) Gastieylla assi sabes que oy dia domingo maynana Tinp 
mosen bertran claquih a las puertas de Tudela de que toda gent abia 
k saz que flBLzer et luego que sopo que el Seynnor Rey no era en 
tudela fue aloiarse à Gascante, maguera antes abfan tomado otroB 
por fuerza Cascante ablitas murcbant montagut et todos los otros 
logares de la alyala salvando coreylla los quoales son gastailos et 
èstruitos à perpetuo et por esto cras dia lunes maynana 3rmos al 
dicto monsen bertran et al comte de la marcha et à otros por faaser 
los retener ata (hasta) la venida del Seynnor Rey si podemos 
Mosen Eustaces Johan Testador et yo con mas compaynàs. 
Et por esto le ymviamos esta letra al Seynnor Rey la coal traye el 
mozo de peru Ezquerra que es muyt apresurada. Por que vos 
ruego si nunca abedes à fazer por mi que ayades un buen man- 
dadero que vaya a mas andar dia et noche al dicto Seynnor Rey con 
la dicta letra car conviene que eill sea en tudela en este Jueyea 
primero veniente. Otro si vos ruego que de mis partes le man* 
dedes à bartholomeo darre que à peru Ezquerra li quera pagar de 
su asser que eill à en eill car si el Rey lo 7aylla en Pomplona por 
mengoa de la dicta asser podria ser malament represo dios sea 
goarda de vos. Scripta en tudela domingo VIII dia de Marzo. > 

Commentaire : Nous croyons devoir faire remonter cette 
lettre à Tannée 1366^ où le 8 mars coïncide en effet avec un 
dimanche. De plus, nous savons que le comte delà Marche 
(Jean de Bourbon) accompagna du Guesclin dans sa pre- 
mière expédition au-delà des Pyrénées, qu'il retourna en 
France dès le mois d'avril, et qu'il ne repassa plus les monts. 
Quant à la. mention qui est faite au début de la charte des 
troupes anglaises, nous pensons qu'il faut entendre cette ex- 
pression des compagnies anglo-gasconnes , qui formaient 
environ les deux cinquièmes des contingents, auxquels com- 
mandait Bertrand. 

Mais ici, nous nous heurtons à quelques difficultés, qui 
peuvent se formuler ainsi : Comment du Guesclin fut-il 
obligé de traverser, dans cette circonstance, le territoire de 



Digitized by 



Google 



6 CHARTES INÉDITES 

la Navarre? et comment, d'autre part,admettpe qu'une partie 
de son armée ait effectué ce passage sans être entravée, alors 
que nous le trouvons lui-môme obligé de se frayer un chemin 
les armes à la main 7 Quels furent en un mot les motifs d'une 
pareille agression dirigée contre les États d'un prince, allié 
du roi d'Aragon ? 

La lettre qui nous occupe fait allusion à un épisode, dont 
on ne retrouve pas la trace, croyons-nous, dans les chro- 
niques contemporaines. Mais avec ce que nous apprend 
l'histoire, et ce que nous savons du caractère et des habitudes 
de Charles le Mauvais, il nous semble facile de tenter une 
explication du message en question et des circonstances qui 
s'y rapportent. 

Les grandes compagnies, pour se rendre d'Aragon en 
Castille, devaient remonter le cours de l'Èbre, qui leur offrait 
un débouché tout naturel. Mais en suivant cette route, la plus 
directe et la plus facile, il leur fallait traverser la ville de Tu- 
dela et une enclave de la Navarre. Arrivé près de la frontière, 
du Guesclin dût obtenir de Charles le Mauvais le droit de 
passage par ses États, moyennant une forte indemnité, que 
semblent viser ces mots du début de la lettre « à grant 
hourra et provecho del Seynnor Rey. » Obligé de s'arrêter 
sans doute pour prendre possession du château de Borja, 
que le roi d'Aragon Pierre IV venait de lui donner, il 
laissa les bandes anglo-gasconnes prendre les devants, et 
celles-ci s'écoulèrent en Castille, sans rencontrer la moindre 
résistance. Mais quand il se présenta à son tour devant 
Tudela, les choses avaient changé d'aspect : la ville lui ferma 
ses portes et les Navarrais le traitèrent en ennemi.* Alors le 
vaillant capitaine voulut leur apprendre qu'on ne se jouait 
pas impunément de lui, et il s'ouvrit un passage à main 
armée en ravageant tout le pays environnant. N'oublions pas 
que nous avons affaire, dans la personne de Charles le Mau- 
vais, à un prince, qui appliquait un siècle à l'avance les prin- 
cipes de Machiavel ; qui faisait traité sur traité, ne se croyant 



Digitized by 



Google 



;• 



RELATIVES A DU GUCAGLIN 7 

jamais lié et cherchant avant tout son intérêt; nch trompant 
d'ailleurs personne^ malgré toutes ses habiletés ; incorrigible' 
cependant, et exposant jusqu'au dernier jour ses États et sa 
personne môme à de terribles représailles. Si le lecteur ac- 
ceple jusqu'à présent nos conjectures, il est probable que le 
roi de Navarre, après avoir trouvé son profit dans Tindemnité 
payée par les grandes Compagnies, aura craint de se com* 
promettre davantage aux yeux de Pierre le Cruel, pour le cas 
où la cause de celui-ci viendrait à triompher. Afin de donner 
à ce prince une preuve de sa bonne volonté, il aura voulu 
tenter tout au moins d'arrêter la marche de Tarrière-garde 
de Tarmée de du Guesclin. Une pareille tactique est tout à 
fait conforme à celle qu'il employa Tannée suivante, à la veille 
de la bataille de Navarrette, lorsqu'il vendit au prince de 
Galles le passage au travers de ses Élats, et se fit enlever en- 
suite par Olivier deMauny, pour n'être pas obligé de prendre 
part à la lutte entre les deux frères*. 

Le ton de la lettre qu*on vient de lire est tout-à^fait conforme 
à l'interprétation que nous donnons, en l'absence d'autres 
documents sur ce curieux épisode. L'auteur, qui semble être 
le gouverneur de Tudela, n'accuse point du Guesclin de 
a'ôlre livré à une agression injuste,ou d'avoir manqué à la pa- 
role donnée ; il constate seulement que celui-ci vient de ruiner 
plusieurs places des environs. La lettre est d'ailleurs rédigée 
avec circonspection, de manière à ne compromettre personne, 
si elle venait à être interceptée par l'ennemi. On peut croire 
que Charles le Mauvais avait primitivement donné rendez- 



> Peut-être aussi Charles le Mauvais Toulut-il, dans cette circonstance, tirer 
▼engeance des déprédations commises par les compagnies bretonnes, lors de 
leur passage par Montpellier. Il ne faut pas oublier en effet que, en vertu du 
traité conclu le 6 mars 1365, le roi de Navarre cédait à Charles V, Mantes, 
Meulan et le comté de Longueville, en échange de la seigneurie de Mont- 
pellier. Or, le nouveau comte de Longueville n*était autre que Bertrand du 
Guesclin, à qui le Roi de France était redevable de la victoire de Cocherel, 
et de la prise de Mantes et de Meulan. On s*explique facileipent les griefs 
que le roi de Navarre pouvait avoir contre le chef des Compagnies, d*après 
ce qui précède. , 



Digitized by 



Google 



8 CHAKTES INEDITES 

VOUS le 8 mars à Bertrand, à Tudela môme, puisque celui- 
ci se présente à cette date devant les portes de la ville, dans 
l'espoir d'y rencontrer le roi de Navarre, et qu'il se dirige 
vers Gascante, aussitôt qu'il apprend l'absence du prince. 
D'autre part, nous voyons que le rédacteur du message 
projette d'aller trouver le lendemain Bertrand, et qu'il veut 
ménager une entrevue, le jeudi suivant, entre son maître et 
le chef des compagnies blanches à Tudela, dans la crainte 
sans doute de voir les hostilités se prolonger. Il est plus 
probable que cette conférence n'eut pas lieu : Charles le 
Mauvais ne devait point ôtre pressé de se trouver en présence 
de du Guesclin. De son côté, Bertrand, après avoir donné une 
verte leçon aux Navarrois et à leur Roi, se préoccupa sans 
doute de rejoindre au plus tôt son avant-garde. Quelques 
jours après, c'est-à-dire le samedi 14 mars, nous le retrou- 
vons en Castille à Calahorra, auprès d'Henri de'Transtamare*. 

Barthélémy Darre, dont il fait mention ici, est cité dans une 
autre charte du 17 septembre 1366, avec le titre de receveur 
delà sénéchaussée et bailliage de Pampelune : «Recebidor 
de la merindat et bayllia de Pomplona. » 

Complétons ces détails par quelques notions sur les lieux 
dictés dans la carte : Tudela est à une distance de 26 lieues 
au sud de Pampelune ; c'est de beaucoup la plus importante 
hes places mentionnées'. Nous voyons que du Guesclin ne 
s'attarda pas à la prendre de vive force. 

Cascante est un bourg de la Navarre, qui comptait au 
quatorzième siècle environ 4C0 habitants. Il faisait partie du 
domaine royal, depuis la vente faite en 1271 par don Pedro 

* MariaDa lui fait prononcer dans cette circonstance un lon^r discour», 
pour engager don Enrique h prendre le titre de roi, contre Tavis de 
plusieurs de ses conseillers. La harangue est reproduite in extenso et a 
une vraie forme oratoire. Nous craindrions d'allonger indéfiniment ce 
commentaire, en donnant la traduction du discours en question , qui 
rappelle ceux de Tite-Live. 

> Le roi Sançhe Vil, qui y mourut en 123*. IVntouva de remparts et en fit 
une véritable forteresse. Cette ville est devenue passagèrement le siège d*un 
évéché, kla findu siècle dernier : sa population es^t aujourd'hui d«i 9000 Amp^. 



Digitized by 



Google 



1^ 



HGLATIVeS A DU GUBSGLIN 9 

Sanchez de Monteagut au roi don Eatique. Cette localité est 
située à deux lieues au sud-ouest de Tudela, dans la direction 
de Borja. 

Ablitas, village tout proche |du précédent ; Charles le 
Mauvais en avait disposé, quelques années auparavant, en 
faveur de Martin Knriquez de Loarra (1349), Tan de ses 
principaux officiers. 

Murchante (ou Marchante) et Monteagudo (Montagut) 
étaient deux localités peu importantes, faisant partie du 
territoire dépendant de Tudela. 

Corella, bourg de la Navarre^ à 4 lieues nord-est de Tudela, 
compte actuellement 400 habitants. 

L'auteur de la lettre, en parlant de Cascante, Âblitas, Mur- 
chante et Monteagudo, dit que ces localités viennent d'être 
ruinées à tout jamais ; mais il exagère beaucoup, puisqu'elles 
existeat toutes encore à l'heure actuelle, et que> dès 1378, 
Charles le Mauvais fit don de la première de ces places à 
Bernard de Foix. 

2* CHARTE. 

Sommaire : La seconde charte est datée du 28 octobre 1366 
(Eslella*, à trente-cinq kilomètres S. 0. de Pampelune, sur la 
route, qui mène à Logrono). Charles le Mauvais, roi de Navarre 
et comte d'Ëvreux, enjoint aux employés chargés de ses finances 
de tenir compte à son trésorier, don Garcia Michel Delcart, 
des sommes que celui-ci vient de payer par son ordre,à savoir : 

1* Onze cent quarante florins d'or, donnés & messire Ber- 
trand du Guesclin, chevalier, comme avance sur une somme 
plus considérable qu'il doit recevoir du Roi, soit les deux 
tiers de la somme promise. 

29 Cinq cents florins d'or à messire Rémon, seigneur d'Al- 
balierra, chevalier. 

* Ccftte ville oompte aujourd'hui 0000 habitante, et est le chef-lieu d*un 
partido judiciaire. 



Digitized by 



Google 



10 CHARTES INÉDITES 

3* Cinquante florins au môme, pour couvrir les dépenses 
du voyage qu'il doit entreprendre pour aller trouver le roi 
don Henry, de la pari du roi de Navarre. 

4'' Six florins d'or à Dominique de Santa-Gara^ messager à 
pied, envoyé au môme pour rapporter sa réponse. 

La charte est scellée du sceau royal et porte la signature 
de « Peralta » pour le roi*. 

c Karlos par la gracia de dios Rey de Navarra et conte devreui 
(d'Evreux). A nuestros bien amados et ûelles Gehtes de nuestros 
comptes salut. Nos vos mandamos que à nuestro bien amado et fiel 
thesorero don. Garcia Miguel Delcart recibades en compte et rebatades 
de sus Receptas sin diflcultat nin contradicho alguno las sumas et 
quantias ynfrascriptas que eill de nuestro mandamiento à eill fecbo 
de boca ha dados et delivrados à los que se siguen; Primo à Monsen 
Bertran de Claquin Cabayllero en rebatimiento de mayor suma que 
debe recebir de nos por el dono et retenida que tiene de nos : onze- 
zientos et quoaranta âorines doro por dos partldas, ytem à Monsen 
Remon Seynnor da Albatierra Caballero por el dono et retenida que 
tiene de nos : cinco cientos florines doro. Ytem al dito Seynnor de 
Albatierra por ftizer sus ezpensas en yr de part nos en mesageria a 
Rey don Henrric cinquoanta donnes. Ytem à domingo de Santa 
Kara mandadero à pié inviado por nos al dicto Rey por retornarnos 
la respuesta de la dicta mesageria seis florines doro. Por testimonio 
desta nuestra carta sieyllada con nuestro sieyllo. Dat. en Esteylla 
XXVII dia de octubre layno de gracia mil trecientos sisanta et seis. 

For el seynor Rey. 

Peralta. 

Commentaire : Huit mois environ se sont écoulés depuis le 
passage des grandes compagnies par la Navarre, et les évé- 
nements ont quelque peu modifié les dispositions de Charles 
le Mauvais à Tendroit de du Guesclin. Dans cet intervalle, en 
effet, Henri de Transtamare a été couronné roi de Castille 
(5 avril), tandis que Pierre le Cruel après s'être enfui de 

* Une note indiqne que la copie a été faite sur la charte originale, où le 
▼oit encore Tempreinte du sceau. 



Digitized by 



Google 



Il 



( 



RELATIVES A DU OUBSCLIN 11 

Burgos à Séville, et avoir vainement sollicité Tappui du roi 
de Portugal, a flni par se réfugier auprès du prince de 
Galles. La lutte, un instant suspendue entre les deux frères, 
est sur le point de s'engager de nouveau. Le 23 septembre, lo 
Prince Noir, don Pedro et Charles le Mauvais ont signé à 
Libourne un traité, en vertu duquel le roi de Navarre permet 
au premier de traverser ses États, moyennant le paiement 
de 200000 florins d'or et d'autres avantages. 

De son côté, Henri de Transtamare cherche à se procurer 
des renforts, et il envoie à cet effet Bertrand du Guesclin 
auprès du roi d'Aragon et du duc d'Anjou. 

Le document que nous publions nous fait voir clairement 
que Charles le Mauvais, fidèle à sa politique de bascule et de 
neutralité apparente, veut ménager les deux partis en pré-^ 
sence, dans l'incertitude où il est du résultat de la lutte. 
Quelques semaines après les négociations commencées à 
Bayonne, nous le voyons entrer en rapport avec les chefs des 
Compagnies : les sommes qu'il leur alloue indiquent assez 
qu'il attend d'eux quelque service, car il n'a pas l'habitude 
de faire des libéralités qui ne lui rapporteront rien. Sans 
nul doute, ayant appris le voyage projeté par du Guesclin, il 
le charge de faire des ouvertures de sa part soit au roi 
d'Aragon, Pierre IV, soit au duc d'Anjou, ou enfin de l'ex- 
cuser auprès de Charles V, de la nécessité où il se trouve 
de livrer passage aux troupes anglaises. Et de fait, sa posi- 
tion est assez critique, placé qu'il est entre deux feux : il 
ne peut guère refuser le service que lui demande le flls du 
roi d'Angleterre ; mais il craint^ d'autre part, de mécontenter 
le roi de France et ses alliés, en prenant trop ostensiblemonl 
parti pour Pierre le Cruel. 

C'est pourquoi, en môme temps qu'il donne une mission 
confidentielle à Bertrand du Guesclin, il députe le sire Rémon 
d'Albatierra vers Henri de Transmatare. Ce seigneur n'est 
autre apparemment que Guardia Reymond, chevalier sei- 
gneur d'Aubeterre. l'un des ch^fs des compagnies anglo- 



Digitized by 



Google 



12 CHARTES INÉDITES 

gasconnes, dont M. Siméon Luce a si heureusement retrouvé 
le nom dans ses recherches aux Archives .nationales. (Voir 
Chroniques de Froissart, t. vi, p. LXXXI^ note 3). Il ne tarda 
pas & suivre en Aquitaine les Compagnies rappelées par le 
prince de Galles, et il combattit sous Tétendard de celui-ci 
à Navaretle.^ Charles le Mauvais ne put du moins l'accuser 
de trahison, puisqu'en passant d'un camp dans l'autre, il 
demeurait toujours son allié. Une charte du 12 mai 1866 fait 
allusion à un autre messager envoyé par Charles le Mauvais 
àdon Enrique (Archives de Silos. Manuscrit 16). --Ces négo* 
ciations préliminaires devaient aboutir au traité de Santa- 
Cruz de Campezo, conclu au début de Tannée 1367. (Voir 
Zurita, Mariana, Ferreras^ etc.) 



3* CHARTE. 

Sommaire : Ordonnance de Charles le Mauvais, roi de Na- 
varre, comte d*Evreux, datée de SangUesa* le 10 février 1367, 
par laquelle ce prince charge son trésorier, don Garcia Miguel 
Delcart, de rembourser à Lope Ochoa, gouverneur du château 
de Caparroso, les frais occasionnés par Tinternement d'Olivier 
du Guesclin dans ledit chiteau, durant Tespace de trois mois 
et treize jours. 

Ces frais comprennent les dépenses extraordinaires faites 
à cette occasion, la nourriture du prisonnier et des deux 
gardes chargés de veiller sur lui nuit et jour, à raison de 
deux doubles pour le premier et de trois mesures de froment 
pour les gardes. Il est fait mention également de la construc- 
tion d'un poste fortifié, pour compléter la défense de la place, 
à la requête de Martin Xemeniz, capitaine du château de 
Caparroso ; cette construction s'élève à la somme de 136 sous 
et sept deniers. Ces dépenses, engagées à la requête du tréso- 

* Sangiiesa, petite ville de 2000 àmet» k 9 lieaeSf S. E. de Pampelune, proche 
delà ffoatière d'Aragon. 



Digitized by 



Google 



r\\ 



KÎSLATIVE3 A DU GUESCUN 13 

• 

rier royal, ont été examinées et vérifiées par les auditeurs de 
ta Chambre des comptes. Les frais d'entretien sus-indiqués, à 
raison de deux doubles et de trois mesures de froment, 
s'élèvent à la somme de quarante livres, treize sous, trois 
deniers. II est dit de plus que la coutume met à la charge du 
trésor les réparations des châteaux du Roi, jusqu'à concur- 
rence de cent sous ; que . l'architecte royal a approuvé la 
construction du fortin et la dépense ainsi motivée. Le gouver* 
neur de Caparroso avait d'ailleurs reçu de la bouche du Roi 
Tordrede pourvoir à Tentretiendu prisonnier; il a juré queles 
frais étaient tels qu'il le disait. Bp conséquence, ordre est 
donné de payer à Lope Ochoa la somme de quarante livres, 
treize sous, trois deniers, et de plus cent trente-six sous et 
sept deniers. Pour toucher cette dernière somme, le gouver- 
neur devra produire Tordre donné par le capitaine du château 
de procéder à la construction du fortin, et l'approbation de 
l'architecte royal, tant au point de vue de la dépense ainsi 
engagée, que pour le coût des travaux exécutés. Les auditeurs 
de la Chambre des comptes auront donc soin de porter ces 
frais à titre de dépenses, et de les déduire du montant des 
recettes du trésorier royal La charte est scellée du sceau 
royal, et signée au nom du roi, par un de ses officiers ou se- 
crétaires, appelé Miranda. 

La pièce suivante est un mandat par lequel Nicolas Le 
Lièvre, suppléant du trésorier royal, ordonne à don Mathieu 
Le Soterel, receveur de la sénéchaussée et bailliage de Tu- 
dela, de payer àLope Ochoa, gouverneur du château de Capar- 
roso, la somme de quarante livres, treize sous, trois deniers 
plus six livres'trois deniers* pour couvrir les dépenses dé- 
crites dans la charte précédente. Le ' receveur susdit devra 
porter les frais de construction sur son compte ordinaire, et 
faire mention de l'avis conforme de l'architecte royal et du 

* Cette dernière somme a'est pas tout à fait conforme à la dépente signal a 
poar le même objet dans la charte précédente : il 7 a un écart en moins de 
|f«is souf et d*an denier. 



Digitized by 



Google 



14 V CHARTES INÉDITBS 

mandatdu capitaine deCaparroso.Pourlui (Nicolas Le Lièvre), 
il se charge de faire inscrire ces dépenses, en les appuyant 
de son propre mandat^ et du reçu que donnera le gouverneur. 

Pampelune, le 28 février 1367. 

Dans la troisième pièce,Martin Xemeuiz de Beortegui, capi- 
taine de Caparroso, donne ordre àLope Ochoade Lerga, gou- 
verneur de la môme ville, de faire construire un poste fortifié 
pour la défense du château et pour suppléer à Tabsence de 
mur d'enceinte. En foi de quoi, il appose sur ledit mandat le 
sceau de son neveu Ferrand, à défaut du sien propre. (Cette 
dernière pièce de comptabilité est Tune des deux requises 
par Tordônnance de Charles le Mauvais. La date manque). ' 

« Karlos por la gracia de Dios Rey de Navarra conte deureux 
(d'Bvreux). A nuestro bien amado Thesorero Don Garcia Miguel 
Delcart Salut. Como ante dagora. Lope Ochoa Alcayt del nuestro 
Castieillo de Caparroso nos ovies suplicado que eyll por nuef^^ ' 
mandamiento fecbo à eyll de boca recibio et tovo preso en goarda à 
Mosen Oliver Claquin, por espacio de très meses et trece dias el quoal 
abia proveido de corner et beber et de lo que necesario li era et por 
causa deyll abria tenido mas de compaynaset fecho mayores ezpensas 
de lo que facer non debia et asi bien aber dado al dicbo mosen 
Oliver dos doblas et à dos compaynones que continuadamente lo 
guardaban, très Kaflces de Trigo segunt que por las partidas de la9 
expensas dadas por eyll parecia. Otro si obies dicho et suplicado 
que eyll por mandamiento de Martin Xemeniz capitan por tiempo en 
la dicha villa de Caparroso fezo facer una garita et combatiment en 
el dicho castieillo la quoal era muy necesaria. La expensa de la 
quoal le abia costado cien trenta seis sueldos et siete dineros de 
Karlines prietos las quoales dichas partidas et coantias obiese supli- 
cado ser ly mandadas pagar et nos obiesemos ynviado mandar à 
nuestros bien amados et ûeles oydores de nuestros comptos que 
visto el ténor de la dicha suplicacion et las partidas de las expensas 
dadas por eyll nos ynviasen dicir por su carta lo que lis semeyaba 
et si lo que el dicho alcayt demandaba era justo et deira pasar o no 
âûn que nos proveyesemos sobre aqueilio de remédie. Et los dichos 
maestros de comptes vlsto et considerado todo lo que el dioho Alcayt 



Digitized by 



Google 



tlBtAtlVES A DU GUESGUN 15 

% 

demandaba et las expensas por eill fechas è^ cauâa del dicho Mosen 
Oliver las quoales montaban con dos doblas dadas al dicho Mosen 
Oliver et con très Kaûces de trigo dados à ios dichos dos hombres 
qui de dia et de noche guardaron al dicho Moden Oliver ultra lur 
provision en Ios dichos très meses et trece dias quoaranta libras 
trece sueidos très dineros las quales dichas quantias digan à eillos 
semeyiiar sy de nuestro mandamiento las fezo aber seydo fechas à 
saz razonablement et eran de pasar maguer las dos doblas et très 
Caûces de Trigo dadas por eyi sen (sin) nuestro especial manda- 
miento que no eran pasaderas de rigor et quanto à la ezpensa de la 
dicta garita que era uso et costumbre de todos tiempos en la theso- 
reria que Ios Alcaytes qui facian reparaciones en nuestros castieil- 
los eran creydos ata (hasta) cient sueidos, et que mostrando relacion 
del maestro de nuestras obras la dicha Garita ser necessaria et que 
tanto costo o podia costarcomo eill dice que podia pasar las dichas 
expensas segunt que por la relacion ynviada à nos por Ios dichos 
maestros de comptes parecze. Nos seyendo eierto que el dicho Alcayt 
'*• yo en el dicho tiempo al dicho Mosen Oliver et lo proveyo de lo que li 
era necessario por nuestro mandamiento à eyil focho de boca et asi 
bien por su sagrament aya dicho et deciarado eyll aber dado las dichas 
dos doblas al dicho Mosen Olivei* et Ios dichos très Kafices de Trigo 
à Ios dichos dos hombres que io guardaban. Mandâmes nos que ai 
dicho Lope Ochoa Alcayt dedes et paguedes las dichas quoaranta 
libras trece sueidos très dineros de Karlines prietos de expensas 
fechas à causa del dicho Mosen Oliver o le assignedes en lugar do 
brevementpueda ser pagado et asi bien vos mandâmes que les dichos 
cient trenta seis sueidos et siete dineros de mesiones por eill fe- 
chas en la dicha Garita paguedes o asignedes pagar aqueillos al 
dicho Alcayt mostrando mandamiento del dichô Capitan como li fue 
mandada lacer et certificacion del maestro de las obras como era 
necesaria facer en el dicho logar et costo tanto. Et à nuestros bien 
amados et fleles oydores de nuestros comptes que las dichas par- 
tidas et quantias de dineros vos reciban en compte et dedugan de 
nuestra recepta por testimonio desta nuestra carta seyllada con 
nuestro sieyllo et del recognoscimiento que del dicho Lope Ochoa 
pareztra. Datum en Sanguesa V* dià de febrero layno de gracia Mil 
CCCLX siete : Por el Seynor Rey èi nuestra relaci\)n et de Don Martin 
Miguel de Sangnesa fd. Miranda, > 



^^1 



/Google 



Digitized by " 

^ 



16 CHARTES INCITES 


< Nicolas le Lièvre Thenient del Thesorero de Navarra. A dou 

Matheo le Soterel recebidorde la Merindat et Baillia de Tudela salut. 
Mando tos que de los dineros de qualquiere Recepta dedes et pa- 
guedes à L(^e Ochoa alcayt del Castillo de Caparroso los quoales ei 
Seynor Rey le manda pagar por ciertas expensas que eill fezo por 
espacio de très meses et trece dias que eill tovo preso en goarda a 
Monser Olirer Claquin en el dicho castieillo quoaranta libras treze 
sueldos très dineros de Karlines prietos. Item II dedes et paguedes 
por los expensas que eill fezo en el dicho castillo por mandado de 
Martin Xemeniz Capitan del dicho logar en fa.ce runa garita et com- 
batiment en el disho castieillo et seis libras et trece sueldos seis 
dineros et vos poniendo en nuestro compte ordinario las expensas 
de las dichas obras et en reportant relacion del Maestro de las 
obras del Seynor Rey con las partidas et mandamiento del 
dicho Capitan yo las fare recebir en compte las sobredichas quan- 
tias por testimonio desta mi carta et del recognbscimiento que del 
dicho Alcayt recibredes. Dat. en Pomplona XXVIIJ* dia de febrero 
Ano Domini M* CCC« LX**septimo. 

Martin Xemeniz do Beortegui Capitan por el Seynor Rey en la villa 
de Caparroso. A Lope Ochoa de Lerga Alcayt de Caparroso de part 
de la Seynoria vos mando ei de mis partes vos requiero que vos 
fagades letra vista vreu ment eii el Castieillo de la dicha villa una 
garita por razon quy obies defension en el dicho castieillo este por 
razon que no ay muros que puedan andar aderredor et portesli 
monio desto pusi en este mandamiento el sieillo de mi sobrino 
ferrando à falta que no ténia el mio conmigo. > 

D'après ces pièces, Olivier du Guesclin aurait été prison- 
nier du roi de Navarre durant un espace de trois mois et treize 
jours. Nous nous trouvons ainsi ramenés àladute même de la 
charte précédente, dans laquelle Charles le Mauvais fait allu- 
sion à la somme de onze cents florins d'or donnés comme 
à-compte à Bertrand du Guesclin. Nous pouvons croire,d*après 
cela, que le roi de Navarre jugeant des autres d'après lui- 
môme^ et se déflant de ceux avec lesquels il traitait, voulut 
prendre des sûretés, et qu'il garda Olivier du Guesclin comme 
otage, tandis que le frère de celui-ci se rendait auprès du roi 



Digitized by 



Google 



RELATIVES A DU GUESCLIN 221 

d*Âragon etdu duc d'Anjou, pour leur demander des secours. 
La mise en liberté du premier dut probablement coïncider 
avec le retour de Bertrand en Espagne. Un mois plus tard, le 
13 mars 1367, Charles le Mauvais, d'accord avec Olivier de 
Mauny, capitaine de Borja pour le compte de B. du Ouesclin, 
se faisait arrêter et interner dans ledit château, afin de 
pouvoir attendre la Ru de la campagne sans se déclarer 
pour l'un ou l'autre des deux adversaires en présence. 
Faut-il établir un lien entre ce stratagème et la négociation 
qui semble avoir précédé ? C'est fort possible, mais nous en 
sommes réduit sur ce point à de simples conjectures. 

Le château de Caparroso est situé sur la route qui conduit 
de Pampelune à Saragosse à 60 kilomètres de la première de 
ces villes et à 44 kilomètres de Tudela. Le bourg, qui compte 
actuellement 1 800 habitants, est dominé par une colline, 
au sommet de laquelle on aperçoit le vieux château féodal 
de San Martin. C'est là, très probablement, que fut interné 
Olivier du Guesclin. 

Nous voyons par l'analyse de ces documents le soin avec 
lequel était tenue la comptabilité du roi de Navarre, et com- 
ment il savait exiger des pièces justificatives de toute sorte à 
Tappui des dépenses concernant le trésor royal. Notre Cour 
des comptes actuelle n'a rien inventé sous ce rapport. 

Nous avons remarqué, en passant^ que Nicolas Le Lièvre, 
suppléant du trésorier royal, ne compte plus que six livres, 
treize sous et six deniers pour la construction jugée néces- 
saire à la défense du château de Caparroso;il réduit ainsi la dé- 
pense de trois sous et d'un denier. Nous avons là une nouvelle 
preuve du contrôle sérieux, exercé en matière de finances, à 
la cour de Charles le Mauvais. Il est probable que cette 
diminution est conforme à l'estimation que devait donner 
l'architecte royal, et qui ne nous est point parvenue. 

fA suivre J. Dom du Coctlosquet. 

T. VI. — notices. — Vl» ANNÉE, 3*^ LIV. 15 



Digitized by 



Google 



NOTES D'ICONOGRAPHIE 

Les thèses bretonnes illustrées, aux XVI h et XVII h siècles, 

! 

(Suite.) 



XXII. — M'* de La Meilleraye. 

Thèse dédiée à Armand de la Porte, M'* de La Meilleraye, 
Grand'Maitre de Vartillerie de France. 

Le personnage est en pied, de 3/4 dirigé à droite, en costume romain, 
sous un portique à colonnes. Au-dessus, sont disposés des trophées et 
un bouclier sur lequel sont ses armoiries : De gueules au croissant d'her- 
mines. Elle est dédiée au Grand-Maitre par Charles Armand de Maupas 
du Tour, sans nom de graveur ni date. 

(BibL nat. vol. de Thèses entières). 

XXII (bis). — Thèse dédiée à André Hughet de la Bédoyère. 

Cette pièce de dédicace est sur satin blanc. Elle porte pour tout orne- 
ment dans la partie supérieure, un très grand écusson, surmonté de la. 
couronne du comte et entouré de palmes. Il porte au i*" et 4« : dfaxur à 
6 Miettes persées d^ argent ^ 3, 2. 1, qui est la Bédoyère -, au 2* et 3* : d'ar- 
gent à S bandes jumelles de gueules, armoiries que je ne sais à quelle 
famille attribuer ; et sur le tout : mi-parti d'azur à S huchets de sable qui 
oMt Huchet, et d^or à 5 molettes de gueules qui est Le Duc du Petit bois. — 
En effet André Huchet de la Bédoyère, vicomte de Loyat, né en 1623» 
conseiller au Parlement en I6i8, et procureur-général en 1650, avait 
épousé Marie Le Duc du Petit bois. 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 223 

La dédicace est ainsi conçae : lUustrissimo nobilissimoque viro 
Domino D. Andre<B Huchet. vice comiti de Loyat, Gastelanol de la 
Bédoyëre. Domino des Croix, equiti torquato, régi a secretioribus çon- 
siliis et in tota Aremorica vindici publico ac cognitori generaii régie. 

Après quoi se lit un petit discours latin à Téminent magistrat, et ces 
mots : Obseqnentissimus et addictissimus cliens Petrus Oresve Monti- 
fortensis. — Gomme signature à gauche : Babré F. et à droite un chiffre 
entrelacé A. H. qui doit ôtre celui du graveur. 

On remarquera que André Huchet est qualifié < eques torquatas » 
Gependantonn*a pas mis le collier de l*ordre autour de son écusson.— Nous 
avons déjà au numéro IX, en décrivant la thèse dédiée à Gilles Huchet, 
père d'André, signalé le collier de Saint-Michel qui entoure ses armoiries. 
Ge sont donc deux nouveaux chevaliers de cette famille à ajouter au seul 
dont parle M. de Game. 

Nous n'avons aucun détail sur ce P. Oresve de Montfort ; c'était un 
protégé de la famille de la Bédoyère, seigneur de Talensac, où les Oresve 
étaient très nombreux. lis ont donné leur nom dans cette paroisse au 
village de la Ghapelle-ès-Oresve. 

Les conclusions de la thèse remplissent la partie inférieure de la pièce 
et sont entourées simplement d'une maigre petite dentelle de relieur. 
Puis tout en bas : Harum conclusionum ventatem propugnabit Petrus 
Oresve Montifortensis, in lycœo Collegii Rhedonensis societatis Jesu. 
(La date est effacée). Formis Dyonisianis. (Jacques ou Matburin Denys, 
imprimeurs rennais de 1637 à 1692). 

(Cette thèse est conservée chez Madame la vicomtesse de Farcy, née de la 
Bédoyère, à Rennes) 

(Bibl. nationale. Vol. de thèses entières). 

XXIIL — Thèse de Joseph Geffrard. 
(Musée archéol, de Rennes.) 

Certe thèse sur satin blanc, très fraîche, est conservée parmi les es- 
tampes du Musée archéologique de Rennes. Elle se compose, dans sa par- 
tie supérieure, d'une jolie gravure signée : J. Boulanger fecit^ dont le 
sujet est la Vierge tenant l'Enfant- Jésus qui la couronne. 

L'autre partie contient les « Gonclusiones philosophie» >. En Las : Bas 
thèses Deo duce, tueri conabitur Jcsephus Geffrard, Aremoricus, die domi- 
nicaS* Augusti, ann. Dom. 1664. Arbiter erit Franciscus Le Barbier 
licenciatus theologus et emeritus philosophie professer. Pro actu publico 
et laurea artium, in Marchiano. (Au collège de la Marche.) 



Digitized by 



Google 



224 NOTES d'iconographie 

Ce Geffrard doit être Joseph Geffrard du Plessix, époux en 1674 de Renée 
Bilion, fiU de Mathurin GefiTrard» maître aux Comptes et devenu lui- 
même auditeur aux Comptes en 1686. Cette famille porta plus tard les 
titres de Geffrard de la Motte, comtes de Sanois, et produisit des officiers 
de mérite qui ont fait parler d'eux à la fin du dix-huitième siècle. (Frain 
de la Gaulayrie : les Familles de Vitré, p. 124.) 

XXIV. — Thèae de Jan Mehaignerye. 

Il ne reste plus de ce placard que les armoiries de François d'Argouges» 
premier président au Parlement de Bretagne auquel la thèse est dédiée. 
— C'est un énorme écusson très lourd et très laid tenant une demi- page 
et portant : Ecarlelé d'or et d'azur à trois quintefeuilles de giteules bro- 
chant. — Le graveur n*a pas signé et il a bien fait. Au bas, les noms de 
Jan Mehaignerye, aremoricus, et la date du 24 juillet 1667. C'est évidem- 
ment Jean- Baptiste Mehaignerye, sieur de la Fosse, bachelier en théo- 
logie, devenu prêtre de Rennes et présenté par Tabbé de Baint-Melaine 
pour la cure de Pocé, dont il fut Jpourvu le 28 mars 1672. Il occupa jus- 
qu'en 1679, ce bénéfice, qui nous semble bien modeste pour un homme si 
savant. — {Pouillé de Rennes, I. V. p. 504). 

{BibL Sainte Geneviève^ recueil de thèses.) 

XXV. — Thèses dédiées à M^' de la Barde, évêque de 
Saint'Brieuc, de i641 à1675. 

1* Il ne reste de cette pièce que Técusson très simple du prélat, sommé 
du chapeau et entouré des fiocchi ; coupé d'or et daiur, F azur chargé dune 
molette dor et Tor deS coquilles de sable, — Jollains incidit. 

2° Le môme écusson. — La Religion et la Force, figures de très grandes 
proportions, soutiennent des deux côtés les glands du chapeau épiscopalet 
ont Pair de tirer un cordon de sonnette. Deux anges apportent des ra- 
meaux d*olivier et des palmes. Mêmes armoiries que le précédent numéro. 
Pièce non signée. 

3® La France, couronne en tète et revêtue du manteau royal, pré- 
sente à la Religion un médaillon ovale soutenu par deux petits anges 
éveillés, dans lequel se trouve un portrait : est-ce celui de Tévêque de 
Saint-Brieuc ? Ce serait alors un portrait complètement inédit, car 
jusqu'ici on ne connaissait de Mf de la Barde que le beau portrait de 
Nanteuil. Mais il ressemble tellement peu à ce dernier que je n*ai pas osé 
le signaler à M. de Sorgères pour l* Iconographie bretonne, La thèse est 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 225 

signée assez iliisiblement, 1668 ou 1648 : Jollun. Gomme le portrait de 
Nanteail est de 1657» si celai-ci est dé 1648 et plus jeune de dix ans, les 
traits de réVèqae ont pa changer pendant cette période. Mais j'avoue que- 
je n*ai pu l'y reconnaître. 

La Religion a une tournure peu heureuse. Deux anges soutiennent 
aussi Pôcusson de la Barde, écartelô cette fois des armes de sa mère qui 
était Bouthillier [cTaxur à trois losanges d'or posés en fasce). Deux autres 
apportent dans les airs assez gracieusement le chapeau et la crosse. Il est 
malheureux que le reste de la thèse ait disparu. Le portrait présumé 
de révéque en faisait une pièce importante, c*est justement dans 
l'espoir que ces lignes pourront tomber sous les yeux d*uu collectionneur 
possédant l'estampe tout entière, que nous décrivons ces fragments et 
tous les autres de ce genre conservés à Paris. 

{Bibl. nationale. P. G. 2.} 

XXVP. — Thèse dédiée à Armand du Cambout, duc de Coislin. 

Ecusson portant : de gueules à trois fasceséckiquelées émargent et d'azur —, 
ayant pour supports deux levrettes d'hermine. — Au bas, règne une ba- 
lustrade dont les deux extrémités sont terminées par un écusson d'azur 
au croissant d'or surmonté de deux étoiles de même. Ge sont évidemment 
les armoiries du candidat. Les émaux sont désignés si inexactement dans 
ces gravures, qu'on ne sait trop à qui attribuer ces insignes ; ils peuvent 
appartenir aux familles bretonnes Gabard ou Arthur de la Gibonnais. Je 
pense qu'il s'agit ici plutôt d'Alain Arthur, conseiller au parlement en 
1695 : Jacques Gabard le fut dès 1665, et la premièredate s'accorde mieux 
avec la vie du duc de Goislin duc et pair en 1663, mort en 1702. Il avait 

épousé Madeleine du Halgouët. 

(Bih. nationale. P. L. 2.) 

XXVn. — Thèse de François Lohéac. 

Gette belle thèse in-8^ est encadrée à la bibliothèque Sainte-Geneviève-, 
sa partie supérieure représente un groupe très mouvementé que, d'après 
la singulière et laconique dédicace c Rapto. » nous pensons être le ravis- 
sement de saint Paul. 

Elle a été soutenue au collège de la Marche le 97 juillet 1681, par 
< PrancisGus Lohéac, clericus Quimperliensis. » Nous n'avons aucun détail 
sur ce personnage. 

Sans nom de graveur. 

(Bibl, Sainte-^Geneviève). 



Digitized by 



Google 



226 NOTES d'iconographie 



XXVIII. — Thèse de René Moreau. 

La partie supérieare de ce placard est une belle gravare de Gantrel, 
d'après Seb. Boardon. Elle représente la Sainte-Famille, groupée assez 
agréablement. Le paysage da fond est bien traité, et, sur lepremier plan, 
une fontaîT^ ou barbottent de petits canards et où une femme lave 
quelques liages, forme un gracieux tableau : — Seb, Bourbon pinx 
Sieph, G'inlrel exe. Le milieu de la thèse a été coupé. On a conservé et 
recollé seulement les noms du répondant : Renatus Moreau Maclovientis. 
die sec. mensis Aug. 1681. Je pense que ce René Moreau pourrait bien 
être le propre père du fameux Pierre-Louis Moreau de Maupertuis. Il 
fut chevalier de Tordre de Saint-Michel, député de Saint-Malo au conseil 
royal du coiim3rce,et.devint. vers 1717, un des premiers directeurs de la 
compagnie des Indes Son fils, qui devait illustrer son nom, naquit en 
1698 ; on voit que les dates se prêtent parfaitement à nos suppositions. 

{BibL Sainte-Geneviève, Recueil de thèses.) 



XXIX. — Thèse cT Antoine Marteau. 

Voilà encore un bel exemple d*une feuille de grand effet, composée 
d'une gravure de maître, à laquelle on accolait un texte imprimé pour la 
ciconstance. 

La dédicace est Ftr^mt matri. C'est en efifet la Vierge et TËnfant-Jésus 
d'après Le Poussin. — N. Poussin Andêïiensis pinxit ; — Malbour£ ex- 
Cour d'Albret : Venetiis divis. — J. Pksnb delineavit. 

Le répondant est de Vannes : Antonius Marteau, natus Venetiis. Le 
jour de U solennité est le 29 juin 1681 , « qui divis Petro et Paulo sacer 
est. > Mais on a trouvé que cette tournure latine n'était peut-être pas assez 
élégante, et on a biffé ces derniers mots pour les remplacer par ceux-ci : 
c Divis Petro et Paulo sacra. » 

In prellœo Bellovaco (Au collège de Beauvais.) 

L'absence de tables di)n 3m 5 propres djins le PouilU de Vannes de 
M. Tabbé Luco, nous a empêché dd nous assurer si cet Antoine Marteau 
avait continué avec quelqu'éclat sa carrière ecclésiastique dans le diocèse 
de Vannes. 

{Bibl, Sainte-Geneviève^ Recueil de thèses). 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 227 



XX?Ç. — Thèse de M*' de Coislin. 

Henri-Charles du Gambout de Goislin c parisinns, » quoique breton 
d'origine, était né en 1663. Il était premier aumônier du Roi, quand il 
soutint cette tbèse au collège de Navarre, le 26 juillet 1682. Cest une 
énorme pièce non signée, représentant N.-S. prononçant les paroles : 
Rendez à César ce qui est à César. — C'est à ce personnage qu'est adressé 
le discours latin dont nous avons donné plus haut un frigment. Toute la 
Cour assista à cette thèse : c'était, du reste, Tusage de faire cette politesse 
aux personnes qualifiées. Heureusement qu'il y avait des intervalles de 
repos, et à chaque argument, les personnes que ce divertissement sérieux 
n'intéressait plus, pouvaient sortir. On s*y faisait des politesses, et aussi 
des impertinences. M. Kerviler dans ses excellentes études sur les aca- 
démiciens bretons et spécialement dans celles consacrées aux Coislin, a 
fort heureusement rappelle les anecdotes de Saintp-Simon qui donnent bien 
la physionomie de ces assemblées. Henri-Charles de Coislin devint 
évoque de Metz, où il se distingua par sa splendeur et son intelligente 
générosité, puis membre de TAcadémie française, et c'est en sa personne 
que s'éteignit le duché de Coislin. 

{Bibl. Sainie^eneviève. Recueil de thèses). 



XXXI. — Thèse du Collège de Vannes. 

L'ornementation remarquable de cette thèse, soutenue & l'occasion des 
exercices annuels des philosophes du collège) a été inspirée par celle dé* 
ente au n* XXI. Le Parlement était exilé à Vannes à cette époque, et 
les Jésuites de cette ville, imitant leurs confrères de Rennes, furent 
heureux de dédier ce magnifique hommage à l'illustre Compagnie qu'ils 
avaient le bonheur de posséder dans leurs murs. Ces thèses sont les deux 
pièces les plus importantes que nous ayons rencontrées et celle-ci, comme 
la première, nous donne trois portraits complètement inédits. C'est un 
placard grand in-folio : tout en haut l'écusson royal ; au-dessous, le 
tr6ne de la France où elle est assise en manteau fleurdelisé avec le 
soleil de Louis XIV comme fermoir. — A sa gauche, la Bretagne 
agenouillée porte le manteau d*hermine, la couronne et le collier 
de répi. — Derrière elle, deux femmes tiennent l'une l'écusson 
d*hermiBe, l'autre une clef, celle de la science probablement. Ce groupe 
est imité de la thèse n* 21. — De l'autre côté sont trois magistrats en 



Digitized by 



Google 



22S NOTES d'iconographie 

pied: la gravure des tôles est beaucoup plus fine et plus soignée que 
celle du reste de l'estampe, et la ressemblance est évidemment cherchée. 
— Le premier est Louis Phelypeaux de Pont-Ghartrain, premier prési- 
dent en 1667. Gela est absolument certain par la comparaison avec les 
autres portraits qu*on possède de lui. En signalant cette pièce à M. de 
Surgères, nous n'avons pu malheureusement lui donner la môme cer- 
titude pour les deux autres magistrats, et nous ne voyons aucunement 
quels noms on peut mettre sur ces visages. Gelui de Pontchartrain n'avait 
été décrit nulle part. 

Sur des pilastres, autour de ces personnages sont disposés, comme dans 
le n° 21 , une centaine d'écussons» qui représentent les armoiries des membres 
du Parlement vivant à cette époque. Malheureusement le dernier rang de 
droite est entièrement rogné. Les procureurs généraux et gens du roi sont 
au bas. 

Partie inférieure : On lit d'abord la dédicace : Augtutissimo Aremo- 
ricm Senatui; Logici Venetenses PP. anno 16S5 ; puis un pbtit discours latin 
adressé aux magistrats ; aux deux coins du bas sont deux figures 
debout, qui ne sont pas très bien caractérisées par leurs attributs : un 
empereur tenant dansisa main une victoire, et une femme tenant un glaive ; 
la signature rognée porte.... lin. Et., Gantrel, c. privilégie Régis. 

Viennent ensuite les noms des répondants : 

Caro de la Bobssièrb, Calacensis. Joseph, de Trévegat, Venetus. 

Christophe Feus GARNiBR,2^0donffn«ù Jull. Jh. Primaîoua, Rhoton. 

Feu* CouAisNON. Nannetensis. Lud. Vincent du Vbrobr, Venetus. 

GuiLLBLnu de Nourquer, Ploer^- Nicolaus Pbzron, Guemenensis, 
mellensis^. Olivarius Bdsson, Bhedonensie. 

Jacobus. Oillo, Venetus, Oliy. Gibon da Grbsso (sic.) Venetus, 

J0ANKX8 Gabon, Leonensis. Rbnatos. F. Lb Doyen. Rhotanensis, 

JoAN. Gbrvasius Furet, Briocensis, Yvo Loudeac, MacUmensis. 
JoAN. Hya. de Valleauz. Rhedo, Joannbs Lb Gubnnb. Brecencis, 
JoAN. Jul. Chevicar, Venetus, 

(BibL Sainte-Gen, Recueil de thèses.) 

XXXl.fbis) — Thèse dédiée au Parlement de Bretagne par les 
physiciens du collège de Bennes de la Compagnie de 
Jésus. 1690. 

Nous ne connaissons malheureusement cette thèse, qui doit être fort 
belle et curieuse, que par un imprimé conservé aux archives départemen- 
tales dllle-et- Vilaine. (B. I.) G*est une plaquette in-4* intitulée : < Expli- 

* Ce Guillaume de Nourquer disputa le prieuré de Maxent à dom Jean dee 
Pierres et en prit possession en 16S8. Ouillotin de Corson. Fouillé de Rennes. 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 229 

cation deTapparail pour la thèse dédiée an Parlement de ' Bretagne par 
les physiciens du collège de Rennes de la Compagnie de Jésus. A Rennes, 
chez M^ Denys. imp. et lib. 1690. » 

Ije Parlement de Bretagne, après la révolte dn papier timbré, avait été 
eiilé à Vannes en 1675, et lorsqu'on 1690, le Roi, cédant aux supplications 
da pays, le rétablit à Rennes, les Jésuites voulurent montrer par plusieurs 
belles cérémonies la joie qu'ils éprouvaient de cet heureux retour. 
D'abord,il fut prononcé une harangue sur ce sujet à l'ouverture des classes, 
puis on joua une tragédie, et la P. Provost, professeur de philosophie, 
dédia au Parlement la thèse dont voici l'appareil : € Action de gr&ces au 
« Roi pour le retour du Parlement à Rennes : le fond de la thèse offre 

< aux yeux la face du beau palais que la ville de Rennes a fait bâtir au 
€ Parlement. On voit d*un côté le Roy accompagné de Monseigneur et de 
c Monsieur. DeTautre côté, la Justice avec les Vertus,ses compagnes, qui 
« représentent le corps du Parlement. En dessous, le Génie de la ville 

< supplie le Roy de faire retourner la Justice dans son palais, ce que le 
c monarque lui accorde avec un air plein de bonté. 

« Le bas de la thèse est un ordre d'architecture soutenu de quatre 

< grands pilastres, et enrichi des écussons de M. le premier Président, 
« de MM. les Présidents et Conseillers, et de MM. les gens du Roy. » 

On voit que l'ordonnance de cette thèse est imitée de celles des n^ 21 et 
31. — Elle est moins intéressante pour riconograohie bretonne, puisqu'elle 
ne contient pas de portraits inédits, mais elle donne aussi la vue du 
Palais, le tableau héraldique complet des membres du Parlement vivant 
alors, et enfin le Génie de la ville de Rennes. Nous regrettons de ne pas 
savoir quels signes caractéristiques Tauteur avait donnés à ce dernier petit 
personnage. 

Quoiqu'il nes'agisse plus de gravure, nous ne pouvons passer sous si- 
lence, la description de la grande salle du palais de Justice décorée pour 
la cérémonie, et les inscriptions latines tirées de l'Ëcriture sainte où se 
trouvent les allusions les plus frappantes à Theureux événement qu'il 
s'agissait de fêter. 

« La salle où la thèse a été soutenue esc une des plus belles du 
c royaume. Elle a plus de cent pieds de long... et était tendue de belles 
c tapisseries qui servaient de fonda tout l'appareil. 

c Le thé&tre au fond de la salle pour les soutenans, représentait la 
€ grande façade du Palais telle qu'on la voit gravée danfi la thèse, flanquée 
4 de ses deux pavillons. — Au fond de la salle, comme au lieu le plus au- 

< guste. la corniche était surmontée d'un attique avec, sous un dais royal, 
• le portrait de Louis le Grand ; d'un côté, la Justice, de l'autre, la Force. 

< Au-dessos, les armes du prunier Président et des Présidents. Tout 



Digitized by 



Google 



230 NOTES d'iconographie 

c autour, celles de MM. du Parlement. » Le tout accompagné d'une foule 
d'inscriptions élogieuses, et de devises ingénieuses exprimant la joie du 
retour du Parlement, entr'autres celles-ci : 

Restituam judices tuos ut fUerunt prius êi eonsiliaros tuos sicut anHqui- 
tiu. Post hœe vocaberis urbs fidelis, (Isaîe» c. 10.) -^ Je rétablirai tes juges 
comme ils étaient auparavant^ et tes conseillers comme ils ont été autrefois , 
et tu seras désormais nommée la ville fidèle : 

Et erit opasjustitix pax et securitas usque in sempitemum et sedebit po- 
pulus meus in tabernaculis fidueiœ in requie opulentâ. (Is., cap. 32 ) 

U ouvrage dé la justice sera une paix et une assurance éternelle, pendant 
laquelle mon peuple^ sans crainte^ jouira dans ses maisons de Vheureuse 
abondance du repos. 

Il est bien malheureux qu'on ne connaisse plus un seul exemplaire de 
celte belle pièce. La longue description conservée aux archives ne donne 
môme pas le nom du graveur dans l'œuvre duquel elle est peut-être en- 
fouie à la Bibliothèque nationale. — Avis aux chercheurs ! 

XXXII. — Thèse présidée par Sébastibn de Guemadeug^ 
évêquede Saint-Malade i670 à 170ê. 

Nous citerons seulement cette thèse présidée par ce pauvre évéque que 
M"** de Sévigné appelait si irrévérencietisement une « linotte mitrée, > 
pour donner au moins une bonne idée de sa science théologique, et aussi 
parce que les enroulements de feuillage et d'architecture qui entourent le 
sujet principal sont vraiment magnifiques. Ce sujet est le mariage de la 
Vierge, par Gantrel ; mais le répondant, Balthazar de Fourcy, abbé de 
Saint-Wandrille^ au diocèse de Rouen, en l690,n'appartientpasànotrepays. 

{BibL Sainte-Geneviève.) , 

XXXIIl. — Thèse de Jean-Prangois-Paul Le Febvre de 

Gaumartin. 

L'abbé de Gaumartin « Parisinus, » était alors abbé de Notre-Dame de 
Buzay en Bretagne, depuis 1679. Il manqua même d'y être exilé, raconte 
Saint-Simon, pour la mystification qu'il fit éprouver en 1695, étant di- 
recteur de l'Académie, à M. de Glermont-Tonnerre, évêque de Noyon. — 
Louis XIV lui en garda rancune, et l'abbé de Gaumartin ne put être 
évéque qu*en 1718, où il obtint le siège de Vannes. Il fut sacré à Dinan, 
pendant la tenue des fameux États de 1718, et, au bout d'un an, passa au 
siège de Blois. 



Digitized by 



Google 



NOTES D IGONOORAPHIK 



231 



Le sujet da tableaa principal de sa thèse est une grande et belle gra- 
vure de Gantrel à nombreux personnages ; elle représente N.-8. pronon- 
çant ces paroles : c Si vous ne devenez semblable à un petit enfant, voi^ 
n'entrerez point dans le royaume des cîeux. » 

Gantrel, se , Guilbbau, pinx. 

(Bihl. Samtê'Genêviève. Recueil de thèses.) 

XXXIV. — Thèse dédiée d M" de Kervilio par les élèves du 
Collège de Tréguier. 



L'exemplaire de cette pièce que j'ai pu voir est sur satin blanc, et 
destiné à être offert à lëvôque qui présidait Tacte* . Elle se compose du 
grand portrait in-folio du prélat gravé par Montbard, au-dessous duquel 
est un élégant cartouche portant la dédicace, un discours en latin, et les 
c positions » de la thèse. Cette dernière partie est encadrée de dejjx 
belles consoles très ornementées se rattachant gracieusement au cartouche 
supérieur. 

Viennent ensuite les noms des répondants : 



EgiJias TiLLY. 
Carolui Floch. 
Claudias Lb Carf. 
Enflamus Lb Bidbau. 

Feus BONABBS. 

Feut Calvbz. 
Fcw GuTOZi. 
Feui Hbnry. 
F Lboubrn. 
FcM Lbprovost. 
Guillelmus Dbribn. 
Guill. Lbmbblb. 
Qaill. ScoLAN. 
Henricus Lucas. 
Jaeobut Garec. 
Joannes Lbpa&quiro. 
Leogestln Daoorxb. 
LudoTic. Lb Calbnnbt 
Ludovic. Lbpappb. 



Trecorenset. 



Ludovic. TouLLBLAN, Trecorentis. 

Ifatheus Lbprbsts, Trecotinus. 

M.-Maaritia8 DA00RN,Clerieu8 Trecor. 

Manritius Le Bihan. i „ 

{Trecorens. 
Maantius Nicol. S 

Oliyarius âdblin, Dolensis. 

Oliyarias Lediouron. 

Oliyarius Lbtibg. 

Petras Cavan. 

Petrus GovBT. 

PhilippuS SCARAZIN. 

Kenatus Nourt. 



Thomas Priobnt. 

YVO BOSGAJOU 

Yto db TRooorv. 
Yvo Lb Guiribc. 
Yto Lb Mo al. 
Yto Lbpbstrb. 
Yvo Savidan. 



l 



. Trecorenset. 



« Cette pièce est conservée dans la belle bibliothèque de M. le comte I^ 
Gonidec de Traissan, héritier de Tévéqae de Trégaier, et heureux possesseur 
de plusieurs autres belles thèses qu'il a bien voulu me confier et que je dé- 
crirai plus bas. 



Digitized by 



Google 



232 NOTES d'iconographie 

Respondebont cam Deo duce ^diebos tb, 26, et 21 Junii, anno 1699. 
vespere et mane. 

Urbiter J. Houabnay, presbyter pbilosophie, professer in collegio 
Trecorensî. 

Noas ferons remarquer, à Fhonnenr du collège de celte petite Tille de 
Tréguier, qu*il y avait en 1699, trente-buit répondants capables de discuter 
en public et en latin. Gela suppose des études remarquablement fortes, 
une classe bien nombreuse et l'absence de cette queue d'élèves ignorants 
qui ne sert qu'à faire nombre, et que le professeur n'interroge pas, parce 
qu'on ne lui répond jamais. 



XXXV. — Ihèse des élèves du collège de Rennes fi 699), 

Cette thèse, en la possession de M. Le Gonidec de Traissan, est malheu- 
reusement collée à rintérieur d'une armoire. L'armoire, il est vrai, 
est fort belle. — Elle est d'un intérêt spécial pour Rennes puisqu'on y 
trouve la signature de l'imprimeur Yatar; malheureusement si les 
gravures sont presque intégralement conservées, ce sont justement les 
noms des jeunes répondants rennais qui ont été coupés. £lle se com- 
pose de deux parties ; la partie supérieure deûm.56 sur Om.90c. représente 
Tadoration des Mages, d'après Raphaël : Pictum a Raphaële urbineto 
Romœ, in Palatio Vaticano. — Paris, chez Vallbt. graveur du Roy, rue 
Saint-Jacques : au buste de Louis XIV, avec privilège. 

La partie inférieure de ffm.46 sur Om.56, collée sur la marge du bas de 
cette gravure, contient la draperie accoutumée ou plutôt une sorte de pa- 
villon soulevé par deux anges, et encadré de deux pilastres ornés sur 
l'un desquels se retrouve la signature : Guillblmus Vallbt. Sur le haut 
de cette draperie est la dédicace qui se rapporte au sujet supérieur : Régi 
Regum. — Et au-dessous le texte de la thèse en 28 articles. Tout an bas : 
Uas conclnsiones, Deo duce, et auspice Deiparâ, propugnabunt physici 
Rhedonenses, in aul& Gollegii Rhedonensis, Societatis Jesu, die (la date 
en blanc) Julii 1699, serotinis horis. — Rhedonis apud Franciscnm 
Vatar, Régis et collegii typographum. 

Sur la môme armoire est une autre moitié de thèse dont il ne reste 
plus que la partie supérieure représentant Tagonie de N.-S. — Seb. 
Bourdon pinxit : Paris, chez Vallet, graveur du Roy, me Saint-Jacques, 
an buste de Louis XIV. G. P. R. 

(Château de la Baratière. Vilré). 



Digitized by 



Google 



NOTES D'iCONOGRAPniE 233 



XXXVI. — Thèse de Scipion Jérôme Béoon, évèque de 

Toul. 1703. 

Placard grand in-folio dont la partie supérieure représente la sainte 
Vierge, Tenfant Jésus, saint Joseph et saint Jean en adoration : le texte 
qui remplit tout le bas de la pièce est encadré par deux anges dont le corps 
se termine en consolés. Cette ornementation plus large que la gravure du 
haut, a été rapportée et recollée par les marges. En dessous, Jérôme Begon 
a fait graver ses propres armoiries : D'azur au chevron d'or aceompagné en 
chef de deux roses et en pointe d^un liondargent. - La thèse est présidée 
par François de la Roque, docteur en théologie de la faculté de Paris, 
chanoine de Meaux. Tout en bas sont les noms du répondant : 8cipio 
Hieronymus Begon, Brestœns, clericus Leonensis. 1762. » L'acte fut 
passé en Sorbonne. — Cette pièce n'est pas signée. 

Scipion- Jérôme Bégon, fils de Michel, commissaire général de la marine 
à Brest, naquit dans cette ville le 30 septembre 1681 . Il devint évèque et 
prince de Toul en 1721 et mourut en 1747, laissant une grande répu- 
tation de savoir, de générosité et de vertu. 

. (Bib. nationale. Thèses entières, 2« vol ) 

XXXVIL — Thèse de René Le Sauvage. 1708. 

Voilà encore un personnage très inconnu qui s'est donné le luxe d'une 
bien belle thèse : Elle est dédiée : € Vesuntinorum Ârchiepiscopo. » Â 
Tarchevèque de Besançon qui se trouvait être alors François-Joseph de 
Grammont, 1697*1717. — Je ne vois pas quels rapports pouvaient exister 
entre le puissant prélat et le jeune clerc Rennais qui lui dédiait cet acte, et 
signait Renatus Le Sauvage^ acolythus Rhedonensis II y a bien une 
famille Le Sauvage, citée par M. de Gourcy, mais elle semble éteinte à 
l'époque dont nous nous occupons. — 11 est vrai qu'il y avait deux jeunes 
gens réunis pour rendre cet hommage à Tarchevôque : le 28 juillet 1708, 
la thèse devait être soutenue aussi par c Michael Granger de la Borde, 
Blesensis. Tous deux étudiaient chez les Jésuites au collège Louis le 
Grand. La gravure représente un sujet assez difficile à déterminer. C*est 
un évèque en mitre, chape et crosse, bénissant un enfant agenouillé devant 
lui sur les marches d*un autel. L*enfant est trop jeune pour représenter 
un des deux étudiants, il faut croire à quelque symbolisme local et 
bisontin dont nous n*avons pas le secret. 

Cette pièce est signée : Jos LcporaE inv. rue Saint-Jacques à l'image 
saint Maur. {Bib, nationale. Thèses, entières 2« vol ) 



Digitized by 



Google 



234 NOTES d'iconographie 



XXXVIII. — Thèse ^'Olivier Joseph Le Gonïdec. 

Cette pièce de m. 95 sur m. 60, représente dans sa partie supérieure 
Nôtre-Seigneur chassant les vendeurs du Temple ; la dédicace qui se rap- 
porte à cette scène est : « Vindicanti gloriam domus Dei. > Les signatures 
ont été à moitié recouvertes par la gravure inférieure ; on lit encore cepen- 
dant : GoiLBAULD pinxil : chez I. F... (pas de nom de graveur.) 

La partie inférieure est encadrée de deux colonnes torses, entourées de 
feuilles de vigne, du modèle dit du Temple de Jérusalem. La draperie 
qui porte le texte est suspendue par trois nœuds sur Fun desquels, celui 
du milieu, est la dédicace citée plus haut, en bas de cette draperie est 
un cartouche destiné à recevoir des armoiries et où on a collé postérieu- 
rement celles de la famille Le Gonidec de Traissan. 

Tout au bas on lit : Has thèses Deo duce, auspice Deipara et prœsidi 
S. M. N. F. Franciscus Brûlé, sacre facultatis Parisiensis doctore theologo 
et coUegii prœmonstratensis priore, tueri conabitur OUvarius-Josephus 
Le Gonidec, clericus Trecorensis, nec non ejusdem Ëcclesiœ Trecorensis 
canonicus. Die lunas vigesimâ tertiâ mensis Octobris, anno Domini 1724 
a septimâ ad meridiem. In collegio prasmonstratensi. Pro tentativa. 

Cet Olivier Le Gonidec quitta son bénéfice et la théologie, pour épouser 
1® Catherine de Lezildry, dame de Trecesson, 2° Madeleine de la Bigo- 
tière de Perchambault, dame de la Baratière en 1757, et mourut conseiller 
au Parlement de Bretagne. 

[Bihl, du châUaude la Baratière], 

XXXVIII (bis). — Thèse dédiée à M»' de la Fruglaye. 

Cette thèse de dédicace sur satin blanc, bruni par le temps, mesure 
1*08 de hauteur sur 0,73 de large. La partie supérieure est remplie toute 
entière par le beau et très rare portrait de Mf de la Fruglaye* (Evéque de 
Tréguier de 1732 à 1745), gravé par Gabs et peint par Roussel. — Au- 
dessous se trouve Técuseon du prélat : d'argent au lion de sabUy armé 
et lampassé de gueules, — Au-dessous est la dédicace : Illustrissime ac 
Reverendissimo Domino D. Francisco Hyacintho de la Fruglaye de Ker- 
vers, episcopoet comité Trecorensi, régi ab omnibus consiliis, etc.. 

Reliés très habilement aui ornements du portrait se trouvent plus bas 



* Depuis trente ans, ie ne Tai va passer en vente publique qu'une 
seule fois I 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 235 

les encadrements desc Questions » de la thèse; c'est ane élégante draperie 
relevée à droite par la mitre surmontée de la croix pastorale, et à gauche 
par le chapeaa i glands surmonté de la crosse. Le tout est entouré de 
feailles d*acanthe et d'enroulements d'ane élégance extrême. On prendrait 
dans toutes ces gravures de bien beaux motifs d'ornementation. An reste, 
le tout est signé comme le portrait, pir un artiste de valeur : Gars, à 
Paris, rue Saint-Jacques, au nom de Jésus, 

Aubas on lit : Has thèses Deo duce et auspice Deipara, et prcBside, 
Petro Derrien, presbytère Trecorensis, baccalaureo Sorbonico et théologie 
professore, tueri conabuntur. 

LuDovicaB-MAiUA-EifMANUBL«HYPOLiTCs DB BizuN DQ Lbzart, PlcsUnensis 
clericus. 

Yvo Oanbl, Quimperviensis clâricus. 

JoAjfNBs Plobn, Kermerchensis elerieus. 

Mathcbus Mallbdaxt, Plancoensis clericus. 

GuTDo lb LAGADsCf Kcrmerchensis clericus. 

Laurbntuis Briand, Logu\fvxencis clericus. 

JoANNBs Daoorn, Plougueilctisis clericus. 

Frakciscos Hbrp, Loguyvienvis, 

GuiLLEbMos Carn, Plougatiovensis . *" 

Yvo Bbuzit, Plouganovensis . 

In schûla theologica Tregorensis diebus... septembris anno 17 34. Tre- 
goriSt ex iypis Pétri Le Viel, typographiœ nec non bibliopolœ diocoueos et 
collegii. 

On a déjà vu {n<» 34) pjir la thèse dédiée à Mi' de Kervilio, que le collège, 
de Tréguier avait Thabitude de ces joutes brillantes, et que dans cette 
petite ville, sous l'inspiration de révè|ue qui en était la vie, on avait le 
soin d'en laisser pour la postérité de remarquables monuments. 

Cette belle thèse est conservée chez Madanie la comtesse de la Fruglaye, arrière 
petite»nièce de tévêque de Tréguier et m'a été communitiuée par Vobligeance 
de Madame la marquise de Sécillony sa fille, 

XXXIX. — Thèse de J. B^ Houée du Breil. 

Cette pièce est magnifique et remirqaible.nent conservée. Chose rare 
elle a encore toutes ses marges Elle se compose de deux morceaux. La 
paitie supérieure représente la mort de saint Louis. C'est une belle scène 
pleine de mouvement et d'éclat ; malheureusement l'épreuve n'est pas 
très bien venue ou bien elle a été fatiguée par un lavage mal fait. — Le 
nom du graveur a disparu : on voit seulement le reste de l'adresse 



Digitized by 



Google 



236 NOTES d'iconographie 

nie Saint-Jacques à Paris. — I-a thèse est jdédiée : Régi Patri herot 
ehristianissimo, 

La partie la plus remarquable est c^lle du bas. Ui^ manteau royal fleur- 
delisé encadre le texte, et rejoint un riche entourage de palmes où se 
jouent des anges portant les insignes royaux. Tout au bas, et entourée de 
bannières, de turbans et de trophées turcs est représentée la Sainte Cou- 
ronne d'épines, et au-dessous les noms du répondant. Joan.*Baptiste 
Houée du Breii, Dolensis, in aulâ col. Rhed. Jetu, die Mercurii, 10, Aug 
1735, a secundacum medioad ves peras. Rhedonis, apud Jos. Vatar ejusdem 
collegii typographum. — Ces derniers mots imprimés après coup, sont 
entre deux aigles de beau style. 

CSette estampe, où Jos. Vatar n'a eu qu'à ajouter son nom, est une des 
plus remarquables de celles que j'aie vues, par la grâce et la richesse des 
ornements de la partie inférieure, Jean-Baptiste Houée qui soutint cette 
thèse, fut pourvu en cour de Rome de la cure du Lou du Lac, en prit 
possession le 2 mai 1753, et y mourut en 1771. Une aussi belle thèse, , 
eût mérité à notre avis, un bénéfice plus considérable ! 

(Oontervée chez M, Jugtuly maire de Mont fort ypetit-nêvêu de J.^B. Houée 
du Breil.) 

f 
XL. — Thèst de J^ du Bois. i75S, 

Je note ici cette thèse qui n'est qu'un simple placard grossièrement 
imprimé sans gravure, et par conséquent ne rentre pas dans mon sujet, 
parce qu'elle fut présidée par Charles Richard de la Pivredière, professeur 
de droit civil et soutenue devant la faculté de Rennes par Joseph du 
Bois « Nannetensis ». — Je la cite donc comme spécimen et pour montrer 
la différence des thèses de droit en province et des belles thèses de 
théologie de Paris ou des grands collèges provinciaux. — Toutes les 
magnificences étaient réservées pour ces deux dernières , et je n*ai guère 
vu à Paris que celles-là. 

Celle de Joseph du Bois porte en haut, pour tout ornement, un horrible 
frontispice gravé sur bois, représentant les armes de Rennes, surmontées 
d'une main tenant un livre et autour : Insignia Facultatum juris Rhedo- 
nensium. 

En dessous : D. 0. M. — et Id texte sur deux colonnes. Si les questions 
de droit civil c de emptione et venditione > n'ont rien d'extraordinaire, 
en revanche celles de droit canon sont au nombre de dix, et toutes conf- 
érées à développer Tétat de la doctrine sur l'autorité et Vusage du Pal' 
itiim.De auctoritate et usu pallii. Je doute que les séminaristes actuels 
puissent répondre aussi pertinemment sur ce sujet religieux que les étu- 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 237 

(liants du XVIII^ siècle. Cet acte fut passé à Rennes à sia; heures du matin 
en 1738 (il est vrai qud c'était le 9 août, époque où il fait chaud, et où les 
journées sont longues.) — Pro baccalaureatu Rbedonis in publias ju- 
rium schoiis. Et en bas : Typis mandavit GaiLLBLMUs Vatar, régis, su- 
premiB curiad consul tissimarumque Facultatum typographus. 

(De ma coliectlon). 

XLfbisJ, — Thèse de Jean-Baptiste Chanïpion de Cicé. 

Nous n*avons vu de cette thè^e que la partie inférieure : le rideau qai 
contient les questions théologiques est soutenu par deux anges ou génies 
de grande taille, assez lourdement gravés, et peu gracieux. Au bas, eutre 
deux troncs d'arbres et massifs de feuillage sur lesquels ils ont Pair d'être 
grimpés, on a réservé la place de TécussoiLde la famille de Gicé : D'azur 
à trois écussons bandés d!' argent et de gueules, et deux sauvages pour 
supports. — La dédicace de la thèse, en tète des propositions, est « Divi- 
nitus vocato > : Â celui qui a été divinement appelé. Elle se rapporte au 
sujet supérieur qui a malheureusement disparu. Est-ce saint Paul converti 
par un coup de foudre, est-ce plutôt saint Jean-Baptiste, patron du 
candidat ? Les mots peuvent s'appliquer à une foule de Saints. 

Au bas du texte on lit : Has thèses, Deo duce auspice Deiparâ et prœside 
S M. N. Illustrissimo et Reverendissimo Ëcclesiœ principe Bemardino 
Francisco Foucquet, sacisB facultatis Parisiensis doctore theologo, socio 
Sorbonico, Ârchiepiscopo principe Ebredunensii (Embrun), sancti Romani 
Imperii Tiicamerario et principe, lueri conabitur Joannes-Baptista 
Maria Champion de Gicé, clericus Rhœdoneus, die Martis decimâ septimâ 
mensis Novembris, anno Domini 1744, a prima ad sextam. In Sorbona. — 
Pro tentativa. Â Paris, chez Hecquet, graveur, rue Saint-Jacques. 

Ce placard, dans son entier, devait avoir près d'un mètre sur 0,75. Il 
fait un certain effet, mais le dessin est médiocre. 

J.-B. Champion de Gicé,né en 1725, sur Saint- Aubin du Rennes, devint 
évèque de Troyes en 1758, puis d'Auxerre ; député aux Etats- Généraux en 
1780, il mourut en émigiation en 1805. Il existe de lui pans la suite de 
Le \achez un portrait gravé qui est extrêmement rare. Cette thèse appar- 
tient à M. le vicomte A. Le Mintler de Saint-André. 

XLI. -7* Thèse du Collège des Jésuites deQuimper, i752. 

Je renvoie à la description détaillée de cette thèse par M. Trévédy, 
dans le « Bulletin de la Société archéologique du Finistère. » 
On n'avait pas fait tant d'efforts d'imagination à Quimper qu'à Vannes 
T. VL — NOTICES. — • VI' ANNÉE, 3* LIV. 16 



Digitized by 



Google 



238 NOTES d'iconographie 

et Rennes (numéros 21 «t 31,) et nous retrouvons ici encore le placard en 
deux morceaux recollés. 

La partie supérieure, -sans nom de graveur, représente le groupe de la 
Sainte Famille. — La partie du bas est uu tableau encadré, nous dit 
M.Trévédy, sans plus de détails. 11 est regrettable, aussi qu'il ne nous 
ait pas donné les noms des trente répondants qui participèrent i cette 
joute brillante. 

Ce n'était pas à. proprement parler une thèse soutenue pour obtenir 
quelque grade. C'était évidemment un de ces exercices publics établis à 
la fin de Tannée scolaire pour contrôler la force des études. — M. Trévédy 
ajoute avec raison qu'il serait tout aussi difficile actuellement de réunir 
trente répondants parlant latin, que de leur procurer trente auditeurs. 
J'ai toujours pensé en lisant le récit des représentations d'Eschyle et de 
Sophocle faites en grec au collège de la chapelle Saint-Mesmin, et où 
toutes les autorités, préfet, général et magistrats, suivaient le texte sur 
la brochure, qu'il n'y avait aucun d'eux qui pût le comprendre, sauf 
Mr Dupanloup, les professeurs du collège, et peut-être les acteurs. 

In aula Corisopitensi Societatis Jesu, diebus % 4, 7, 9. et il Augusti. 
horâ tertia serotina. Anno, 1752, 

(Thèse illustrée du collège des Jésuites à Quimper 1752), par M. Trévédy 
Bulletin de la Soc. archéoL de Quimper, juin 1886. 

XLI fbisj, — Thèse de J. B. du Boisbasset. 

Voilà une de ces pièces que j'ai appelées les ordinaires et qu'on pour- 
rait appel 1er économiques. C'est ainsi qu'elles se transforment à la fin du 
dix-huitième siècle et qu'elles s'éloignent de plus en plus de la majestueuse 
ritiiesse de celles du grand siècle. 

C'est un modeste placard in-8<* ordinaire, avec une petite gravure de 
saint Jean-Baptiste, non signée, une simple image de livre de piété. La 
dédicace est c Patrono suo. » — Elle est présidée par Jacques de l'Ecluse 
curé de Saint-Nicolas-des-Champs et soutenue par J.-B. Robinault 
du Bois-Basset, diacre de Saint-Brieuc, « diaconus san. Briocensis. t En 
Sorbonne, le 20 janvier 1753. 

Ce jeune diacre était probablement fils d'autre J.-B. Robinault du Bois- 
basset, qui bâtit en 1724, la chapelle de ce manoir en la paroisse de Saint- 
Onen*. — Les Robinault portaient : de sable à V aigle éployée d'argent 

*■ Cette pièce ne mérite guère ane description. Mais enfin puisqu'elle est 
conservée à la Bibliothèque Sainte-Qeneviève, nous ne pouvons être plus 
difficile qu*elle ^ (Abbé G. de Corson. Fouillé de Rennes). 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 239 

becquée et membrée (for. Une des branches de cette famille, celle des sel- 
gnetirs de Saint-Régeant a produit le fameux compagnon de Gadoudal 
dans l'affaire de la Machine infernale. 

XLII — Thèse du Musée de Rennes. 

Nous ne citons cette thèse que pour mémoire^ car elle ne rentre pas 
dans notre sujet, n'étant pas bretonne. Mais elle est conservée au musée 
de Rennes : elle devient donc un peu des nôtres. 

Elle est imprimée sur satin blanc et la partie supérieure représente 
Joseph nourrissant l'Egypte. — Goypbl inv. Elle est dédiée à Louis Mo- 
reau de Beaumont, maître de requêtes au Ck>nseil d'Etat — Déballes 
consoles enguirlandées encadrent le texte. — Au bas, sont les armoiries 
de Louis Moreau : d'argent au chevron éTazur accompagné en chef de deux 
roses de gueules, en pointe d^une tête de nègre. Le répondajit était Nicolas 
Fleuriot Jusseensis. — (Oe Jussey près Vesoul). Elle fut soutenue le 
23 août 1753 au collège des Jésuites de Besançon, 

Les Moreau de Beaumont et les Fleuriot n'ont rien de commun avec 

les familles qui portent ce nom en Bretagne. 

(Musée de Rennes.) 

XLIII. — Thèse de Lug-Olivibr Seré. 

• 

Premier état. — La partie supérieure de cette estampe représente la 
Visitation de la sainte Vierge. Elle monte les degrés qui conduisent à la 
demeure de sainte* Elisabeth. Celle-ci lui tend les bras. Zacharie 
parait an dernier plan. De petits anges volent gracieusement au-dessus 
de la Vierge. De chaque côté des « Gonclusiones philosopha. ,. 
ex iogicâ, ex morali, ex metaphysica, » s'élèvent deux pilastres can- 
nelés qui encadrent le texte. Enûn, en bas, on lit les noms de Lucas- 
Olivarius Seré, sodalis Viiriacœus, in aulâ collegii Rhedonensis Soc, 
Jesu, die mercariis 25 Julii. ann. Domini 1753, hora post meridiem ses- 
quisecunda. Pro actu publico — et la mention : Rhedonis apud Jose- 
phum Vatar. ejusdem collegii typographum. — Ce nom et celte adresse 
imprimés sur le cadre à ce destiné, et envoyé tout préparé de Paris, 
comme bien on pense. 

Luc-Olivier Seré, fils d'autre Luc Seré du Mesnil et de Françoise de la 
Porte, était élève distingué, paraît-il. Ce titre de § Sodalis » d'après 
M. Trévedy, veut dire qu'il était membre de la Congrégation établie au 
Collège ; de plus en 1755, il était au nombre des danseurs du ballet allé- 
gorique, la Patrie, donné sur le théâtre du collège, et dédié aux Etats de 



Digitized by 



Google 



240 NOTES d'iconographie 

Bretagne. — Il remplit aaési le rôle de Tempereur Septitne dans la tra- 
gédie de Maxime, martyr, représentée aa même collège le 23 août de la 
mémo année ; puis, il devint contrôleur des domaines et épousa en 1776 
mademoiselle Hardy, veuve de I. B. Frain de la Qaularie. 

Deuxième état, — Un élève qui avait eu tant de succès au collège, ne 
pouvait se contenter d*un seul tirage pour sa thèse. Aussi Luc-Olivier Seré, 
se donna le luxe que je n'ai rencontré che£ aucun autre, de la faire im- 
primer en deux états différents. 

Cette seconde estampe est semblable à la première pour le texte et les 
ornements, et n*a de différence que dans la gravure supérieure qui 
représente Notre-Seigneur chez Marthe et Marie. Celle-ci est aux pieds de 
Jésus, Marthe est debout présentant sa requête ; au fond des serviteurs 
montent et descendent un escalier monumental. Cette pièce à Tavantage 
d'être signée :. à Paris, chez CàRs, rue Saint- Jacques au nom de Jésus. 

Je tiens ces détails de Tinépuisable complaisance de M. E. Frain de la 
Gaulayrie, heureux possesseur de ces thèses et de deux autres aussi belles 
que nous décrirons plus bas. 

XLIV. — Thèse de Vabbé de Montigny. 

Placard in-f? très simple. — La partie supérieure est ornée seulement 
d'une .petite gravure représentant sainte Anne avec : à Paris chez 
Crépy, rue Saint- Jacques à Saint-Pierre. Cette gravure est d'un style 
plus ancien que l'année 1754 où Tabbé de Montigny faisait imprimer cette 
thèse. Grépy, en effet, était né plus de cent ans auparavant, et cette planche 
avait dû servir depuis longtemps pour les paroissiens ou missels. 

La dédicace à sainte Anne porte : Auroram illnminanti. Puis, viennent 
les questions théologiques et en bas : Bas thèses Deo duce, auspice 
Deiparâ et prœside 8. M. N. Jacobo Duany augustiniano sacrœ Facultatis 
Pariensis doctore theologo, tueri conabitur Fidelis-Franciscus-Suzanna 
Le Mercier de Montigny, acolythus Rbedonensis, die veneris vigesima 
secunda niensis Februarii, anno Domino 1754, a septimà ad meridiem, in 
regiis sancti Augustini schoLis. Pro tentativa. 

Les quatre ordres mendiants avaient chacun un collège à Paris pour 
les étudiants de toutes nations. Celui des Augustins en était un. 

Ce François de Montigny posséda, en 1756, le petit bénéfice de Sainte- 
Anne de la Bosserie', célèbre lieu de pèlerinage en la paroisse de 
Romagné. Il était du pays, habitait le village de Bonnefontaine, et 

* Abbé G. de Corson, tome v, p. 695. 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 241 

c'est pourqaoi, sans aacua doate, il dédia sa thèse à la patronne du pays. 
Il devint chanoine et vicaire-général de Gahors dont était alors évèque 
un breton d'illustre origine, Bertrand du Guesclin. 

(De ma colteetion). 

XLV - Thèse de M»' Le Mintier. 

Cette thèse soutenue le lendemain de celle de M. de Montigny est 
toutà&itdu môme genre, et peut être rangée, comme elle, parmi les 
très modestes. Elle ne mériterait pas ces quelques lignes de description, 
n'était le nom du répondant. 

In-folio ordinaire, en haut une petite gravure, signée aussi : Grbspy 
ex. CUTI privilegio Regio : Sancta Maria, Mater Dei ; dédicace : Virgini 
Matri; en bas, après le texte et sans aucun ornement : lias thèses Deo 
duoe, auspice Deiparâ et pneside S. M. N. Petro Varé, sacrœ facultatis 
Parisiensis doctor theologo socio Sorbonico, nec non Régi a concionlbus 
ordinario tueri conabitur Âugustinus-Renatus-Ludovicus . Le Mintier, 
presbyter Sancti-Macloviensis, die sabbati vigesima tertia mensis fe- 
bruarii, anno Domini, 1751, inSorbonâ, — Pro tentativa. 

Augustin-René Le Mintier, né en 1729 àSevignac, fut reçu docteur en 
1757. Après avoir été vicaire-général de Mgr. de Girac, à Saint-Brieuc et 
Rennes, il devint évoque de Tréguier en 1780, et mourut en émigration à 
Londres, le 21 avril 1801, laissant le souvenir d'uner haute vertu. 

{De ma collection). 

XLVI. — Thèse de Pierre de Gennes. 

La partie supérieure représente N.-8. au puits de Samarie, entouré 
d'une foule de peuple amenée parla Samaritaine. (Pas de nom de graveur.) 
— Quatre anges tiennent gracieusement soulevée la draperie sur laquelle 
est imprimé le texte : Thesed Pbilosophicae ex logica, ex morali, ex me- 
taphysica ; en bas : Harum conclusion um ad veritatem Deo duce et 
auspice Deipara propugnabit Petrus-Maria de Gennes de la Vieuville 
Vitriocens eodalié, convictor, regiae academiae assessor, in Henricœo 
Flexienti collegio societatis Jesu, die mercurii 4 Augusti 1756, hora ses- 
qui secunda serotina — Pro actu puhlico. — Flexiœ apud viduam Lu- 
dovici flovius urbis et Henricœi collegii societatis Jesu typographi et 
bibliopoIaB. (Pas de nom de graveur.) 

Ce Pierre de Gennes était d'une famille considérable de Vitré qui a 
produit nombre d'hommes distingués. Celui-ci est désigné sous le titre 



Digitized by 



Google 



242 NOTES d'iconographie 

de « sodalis, » c'est-À-dire comme noasTavons vu, membre de la Congré- 
gation établie au collège, et de « Reglae academise assessor.» C'est-à-dire 
membre de T Académie, composée des plus brillants élèves. Pierre-Ignace 
de Gennes de la Vieuvllle, fils de Félix et de Gaillemette Charil, épousa 
Anne Hardy, soeur de Marguerite, mariée en premières noces à J -B. 
Frain de la Gaulayrie et en secondes à Luc-Olivier Seré du Mesnil, dont 
nous avons décrit la thèse au numéro 42. 
Remarquons aussi qu'elle est signée de la veuve de Louis Uovius. 
(Cette thèse appartient à M. E. Ftain de la Gaulayrie.) 

XLVn. — Thèse de Bonaventure Appervé. 

Ce personnage dont le nom nous est parf itement inconnu, dit qu'il 
est de Rennes, il faut donc Tea croire, et en considération de sa ville 
natale, décrire son modeste placard . 

In-folio- — E)n haut une très mauvaise gravure de petites dimensions 
signée : Maldourê, exe. à Paris, chez Malbouré, rue Saint-Jacques, à 
rimprimerie de taille-douce. 

Cette gravure représente saint Thomas d*Aquin au moment où N.-S. 
lui adresse ces paroles : « Thomas, vous avez bien parié de moi. > La 
thèse lui est dédiée : Ooctori seraphico ; puis vient le texte et le nom 
du répondant : F. Andrœas-Bonaventura Appervé, minorita Rhedonœus. 
Il a dû soutenircette thèse le 22 juillet 1758, de sept heures du msttin à 
midi, in scholis Ooctoris subtiiis. — « Pro minore ordinaria. » Elle était 
présidée par Nicolas Soucelier, religieux augustin, docteur de la Faculté 
de Paris. 

Nous n'avons aucun renseignement sur cet Appervé qui était proba- 
blement religieux du même ordre, et nous pensons que le collège du 
docteur subtil, (Duns Scott) devait être celui des Augustins. 

XLVII {bis). — Thèse de Benjamin de Cornulier-Luginière. 

Ce placard, en deux morceaux, haut de 0,84 et .arge de 0,54. porte en 
tète une gravure représentant la sainte Vierge, debout les yeux baissés, 
les bras croisés, la tôle penchôe à droite, foulant aux pieds le dragon, et 
soutenue d'un énorme croissant. — L'exécution du s. jet est assez ordi- 
naire, et le nom du graveur est absent, caché peut-être par la partie infé- 
rieure de la thèie recollée sur la marge de tableau. 

La dédicace est : Cast£ Kedemptoris mairi. 

Puis viennent sur trois colonnes les « Thxses philosophicœ : ex proie - 



Digitized by 



Google 



NOTES D ICONOGRAPHIE ^ 243 

gomenis^ex logicâ^ cxmetaphysicâ et ex pneumatohgiâ^ entourées d'une 
bordure ornementée. 

On lit à la suite : Has thèses, Oeo duce, et auspice Deii>ar& prœside 
Jeanne- Baptisfca Arnauld, oratorii Domini Jesu philosophi» professore 
nec non Artium Doctore ; tneri conabitur Benjaminns Ck>rnulier de 
Lucinière, Nannetœus. Die mercurii 26 mensis Julii, ab horâ secundâ 
promeridianâ ad vesperam. Anno Domini 1758. 

In aula collegii Nannetensis prœsbyterorum Oratorii Domini Jesu. 
Pro actu publiée. 

£n dehors da cadre ; Nannetis, ex typographia AndresB Querro, jurato 
academise et collegii typographi. 

Jean-Baptiste Benjamin de Gomuller- Lucinière né en 1740 après avoir 
fait ses études à l'Oratoire de Nantes, devint conseiller au Parlement de 
Bretagne en 1863, puis président en 1784. — Son petit-fils, M. le comte 
£. de Gomulier, possebseur de cette thèse, a fait dans la généalogie de sa 
maison, publiée en 1889, un sympathique portrait de ce magistrat émi« 
nent aussi remarquable par son intelligence que par ses hautes vertus. 

Cette thèse passée à l'Oratoire de Nantes, nous fait désirer vivement 
que Ton puisse retrouver celle qu'à dû soutenir Fouché quelques années 
après. — Ce placard, qui, vu l'époqud où il a été mis au jour (vers 1780) 
devait être trèâ vulgaire, tirerait un grand intérêt du nom du répondant 
et de sa destinée ! 

XLVIII. — Th^se de F abbé de La Frbslonnière 

Voici un nom plus connu que le précédent, très connu même en Bre- 
tagne ; mais la thèse n*en est pas plus belle, et c'est aussi un simple 
placard in-^P, au haut duquel se trouve une petite et mauvaise gravure de 
paroissien signée : à Paris chez Malbouré, rue Saint- Jacques. Elle 
représente N.^S. et la Samaritiûne, avec cette dédicace se rapportant au 
sujet de l'image : Aquam vit» gratis danti. — Puis vient le texte sans 
aucun ornement, et en bas les noms du répondant qui sont la seule chose 
intéressante de la pièce : Louis^François de Freslon de la Freslonnière, 
presbyter Nannetensis,^et la date 9 novembre 1759. — La thèse présente 
cette particularité qu'on ne dit même plus le nom du président. Mais le 
malheureux candidat doit être sur la sellette a sexta matutinâ ad sex- 
tam vespertinam. On voit bien que nous sommes enSorbonne et pour 
la Sorbonnique. 

Louis-François de Freslon, né en 1730. fat ordonné prêtre en 1755 
dans la maison de Sorbonne dont il était docteur, et devint grand-vicaire 
et prévôt de réglise de Reims, sous l'épiscopat d'Armand de Rohan- 



Digitized by 



Google 



244 NOTES d'iconographie 

Guémené. Député de cette Aglise à rassemblé^ générale du clergé, il fut à 
la fin de la réunion le 4 juillet 1762, pourvu des abbayes de Sainte-Croix 
de Guinguamp et de Saint-Nicolas-de- Verdun. — Il avait même été dési- 
gné pour révêché de la Rochelle. — Mais ayant|fait aux Ëtats de Bretagne 
quelque opposition qui déplut à la Cour, sa nomination n'eut pas de suite. 
Il mourut en 1812. 

(Cette thèse et la précédente font partie de ma collectiùn), 

XLIX. — Thèses de quatre prêtres Bretons. 

Quatre pièces sur lesquelles je n'ai pas d*autres détails que cette note 
prise dans un catalogue de la librairie Voisin, du mois d'avril 18d8 — 
« Ces thèses furent soutenues en Sorbonne par Jean Floch, du diocèse de 
Léon, Guillaume Goroller et Goerges Girault de Keroudou, de celui de 
Quimper : elles sont ornées en tête de sujets religieux gravés. — Ce 
doivent être des placards tout simples comme celui de l'abbé de la Fres- 
lonnière et autres décrits ci-dessus. 

L. — Thèse de Mathurin- René Séré. 

Malgré les progrès du dix-huitième qui abandonnait les traditions du 
passé, nous revenons pour un instant aux belles thèses et aux magni- 
fiques gravures C'est encore ces bonnes et vieilles familles de Vitré 
immuables dans les anciennes coutumes, qui vont nous en fournir des 
spécimens. Et c'est encore M E. Frain de la Gaulayrie qui est l'heureux 
possesseur de celle-ci. Elle représente dans sa partie supérieure l'adora- 
tion des Mages, d'après Rubens. et est signée : à Paris, chez Cars, graveur 
du roi, rue Saint-Jacques. — C'est une superbe pièce r le nom du peintre 
et celui du graveur suffisent au rnste pour montrer ce qu'elle doit être et 
le choix intelligent qu'a pu faire Mathurin Séré. Il n'avait pas voulu 
déchoir des habitudes de sa famille. — Car il était fils de Luc-Olivier Séré 
du Mesnil et de Françoise de La Porte, et frère d'un autre Luc Séré dont 
nous avons décrit plus haut (numéro 43) les remarquables thèses. 

Au-dessous de l'Adoration des Mages, le texte des « conclusiones ex 
universà philosophià, » est encadré à droite par la Foi, portée sur un 
nuage et tenant un calice au dessus duquel rayonne l'hostie ; à ses 
pieds, le dragon renversé, vomit des fiammes; à gauche, la Philosophie ap- 
puyant sa tête sur sa main droite, a les yeux fixés sur l'hostie où elle 
doit prendre ses inspirations et ses lumières ; l'idée de cette très belle 
ornementation est aussi remarquable que l'exécution; en bas, on lit : Has 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 245 

thèses, Deodace et auaptce Deiparâ, propugnabit Mathurinos Renatus Séré 
daMesnil, Vitriacœus sodalis convictor in regio Henricœo Flexiensi 
collegio Societatis Jesu, die veneris 1 7 jalîi, anno Domini 1761, hora sesqui 
oetava matatiaa — Pro acia pabbco. Fiexiœ apad Lodoricam de La 
Fosse, solam régis, urbis et Henricœi collegii Societatis Jesn, typ. et 
bibliop. 

On voit que depuis 1756 date de la tnèse de Pierre de Gennes (n^ 46), 
la veave de Louis Hovins n'était pins imprimeur libraire du collège et 
de la Tille de La Flèche, puisque Louis de la Fosse revendique ces titres 
pour lui seul. (Solum régis urbis, etc..) — Que voulait dire le titre de 
c Sodalis convictor > porté par le répondant ? Nous pensons que ce de- 
vait être quelque charge d*honnear dans la congrégation, convictor veut 
dire commensal. Je pense que c sodalis convictor > devait être le premier 
degré dans Tafisociation, comme qui dirait approbaniste. 

Mathurin Séré avait été admis au collège de La Flèche comme petit ne- 
veu de Sébastien de La Porte, conseiller du roi, doyen du collège des 
médecind de Rennes, lequel, par testament, avait donné aux Jésuites ses 
presiers maîtres, sa seigneurie de Bonnes «à charge de nourrir et d'ins- 
truire deux pensionnaires de .sa famille. (E. Frain de Gaulayrie. Mém. 
généal. général, p. 200. etc.) Mathurin Séré s'embarqua comme enseigne 
et mourut à la côte d'Angola. 

(Cabinet de M. E, Frain de la Ckiulayrie,) 

LL — Thèse rf^ M»' de La Laurengie. 

Nous ne citons cette pièce que pour mémoire et parce que le répondao t 
devint évêque de Nantes en 1784. Mais elle n'appartient pas à la Bretagne, 
La gravure représente Moïse sauvé des eaux. Elle fut passée en 1762 
par Gh. Eutrops de la Laurencie de Villeneuve, acolythus Saut onensis, — 

(^Btbl. nationale, vol. des thèses.) 

LIL — Thèse de Robert lb Gonideg. 

Voici lechantdu cygne et, pour terminer cette longaeénumérati on, Tune 
des thèses les mieux conservées que nous ayons pu voir. Elle a encore ses 
marges à toute grandeur et absolument intactes, elle se compose de deux 
morceaux recollées, et le tout forme un énorme placard double in-folio, de 
1-20 suri". 

La gravure supérieure représente, comme la précédente. Moïse sauvé 
des çaux. G'estune fort belle gravure sans nom d'auteur ni de libraire. Gcs 



Digitized by 



Google 



246 NOTES d'iconographie 

indications sont peut-ôti'e cachées par le bord supérieur de la gravure du 
bas. 

La planche inférieure un peu plus large, est d*une exécution moins 
soignée. Elle représente une draperie tombant d'un cartouche sur lequel 
se trouve la dédicace se rapportant comme toujours au tableau supérieur : 
f ex aquis salutis > Le texte est encadré de deux pilastres très ornés. 
C'est une thèse de philosophie dont les « positioties t sonTlmprimées sur 
trois colonnes, en bas est rindication : Has thèses, Deo duce et auspice 
Deiparâtueri conabitur Robertus-Joannes Le Gonidec, ciericus Treco* 
rencis, die lunœ vigesima quarta mensis Julii, anno Domini 1780, ab horâ 
sesquisecunda ad vesperam Ëxorcitatîonem aperiet selectissimus condis- 
cipulus Jacobus-Maria Ferrand de la Banquière, subdiaconus Monspessu- 
lanus, in prœclara artium Facultate magister Ârbitei*erit Thomas Maria 
Royou, e Régla societate licentiatus, theologus et philosophi» professer. 
In aulâ collegii Ludovici magni. Piro actn publico. 

C'était, comme l'on voit, un exercice littéraire et scientifique, soutenu 
par un des brillants élèves du collège. — Ce Robt^rt Le Gohidèc mourut 
prêtre, après avoir refusé l'évôché de Tréguier. Sa thèse présente cette autre 
particularité bretonne, c'est qu'elle fat présidée par Thomas Royou, frère 
du fameux publiciste Gotentiu Royou, gendre de Fréron, et professeur de 
philosophie au collège Louis le Grand où il dut compter parmi ses élèves, 
Robespierre et Camille Desmoulins, en même temps que Robert lie 
Gonidec. 

Au dos de cette thèse est écrit : Â Madame la comtesse de Traissan, 
à Vitré; dont les descendants la possèdent encore. 

(Château de la Baratière. Près Vitré.) 

LIIL — Thèse de M«' de Poulpiquet: 

Je prends la description de cette dernière pièce dans la brochure déjà 
citée de M. Trévédy : c'est une pancarte de 1 m. de haut sur 67 cent, de 
largeur, plus les marges Elle est divisée en deux parties égales, en haut: 
est une gravure reproduisant le tableau du Poussin, les apôtres Pierre 
et Jean guérissant le paralytique à la porte du temple. Elle est sismée : 
Raymond, sculp. — Malbour* excudit, rue Saint-Jacques, au-dessus de la 
fontaine Saint-Benott. 

Au-dessus, est un tableau encadré de môme dimension, au milieu 
duquel est figuré un voile. Au bord supérieur dans un élégant cartouche, 
on lit les mots « Petro sananti, » dédicace à l'apôtre représenté dans la 
gravure au-dessus. Sur le voile, sont imprimées les propositions de la 



Digitized by 



Google 



NOTES d'iconographie 247 

thèse de théologie qui a pour sujet les sept sacrements. Au bas est écrit ; 
Ua^ thèses. Deo duce, et auspice Oeipara. taerl conabitor Joanaes Oomi- 
nicus Poulpiqaet de BrescanyeU presbyter Leonensis. decembris 178%. 
C'est le futur évoque de Quimper de 1823 à 1840. 

Telles sont les piècjs brolonnes que nous avons pu d«i- 
couvrirV II est clair qu'il en existe baaucoup d'autres dans les 
archives et bibliothèques particulières. Nous serions très 
heureux, si ce petit travail pouvait donner à d'autres la 
pensée d'augmenter le catalogue, et s'il faisait apprécier da- 
vantage ces souvenirs du passé. — Après une trop longue 
éclipse, on verra qu'ils sont, comme le disait Toinette, très 
propres à parer une chambre, voire même une galerie, et on 
les y conservera avec soin. 

Lb Comte de Palys. 



* On nous a signalé une importante collection de neuf thèses bretonnes ; 
toutes, sauf une seule, soutenues à Vannes et signées des imprimeurs, de 
cette ville. Elles sont conservées parmi les remarquables trésors de tout 
genre de M. Tresvaux du Fraval, à Laval. -^ A notre regret, et malgré de 
bienveillantes instances, nous n'avons pu aller les examiner, et nous ne 
pouvons malheureusement en ajouter la 'description ^ celles que nous 
venons d'énumércr. 




Digitized by 



Google 



NOTES HISTORIQUES 



SUR 



PRIGNY ET LES MÔUTIERS^ 



CHAPITRE VIII. 



Saint Jean Baptiste de Prigny. 

Nous venons de raconter ce qui se passa au sujet de 
Saint-Pierre-des-MoûtiQrs, qui était une église déjà 
vieille quand Judicaôl et Adénor firent leur première 
fondation vers 1050. — A quelJe époque remontait l'église de 
la ville même de Prigny ? C'est ce que rien, à notre connais- 
sance, ne peut faire conjecturer. Nous la supposons postérieure 
à Saint-Pierre, parce qu'elle était dans Tencein te mêmede cette 
ville. Comme il nous semble certain que les premières églises 
furent établies dans les faubourgs^ Saint-Jean dut venir 
après Saint-Pierre. Que ce sanctuaire ait précédé les Normands 
ou qu'il n'ait été bâti que depuis leurs ravages, son but 
évident fut de servir de chapelle au gouverneur du château. 
Il est peu douteux qu'il y ait eu un château, avant l'invasion 

« Voir la livraison de janvier 1890. 



Digitized by 



Google 



PRIGNY £T LES M0ÛT1£R8 249 

normande, mais ce château possédait-il une église ? Nous 
l'ignorons; ce qui est certain, c'est que, lors de sa restauration, 
les châtelains ne négligèrent pas de se donner, et un lieu de 
prière, et un prêtre pour y exercer le saint ministère. On 
voit aussi par les quelques documents qui nous restent, que 
ce lieu de prière avait les privilèges attachés aux églises 
paroissiales. 

La juridiction de cette église ne s'étendait pas loin, et ce 
détail est pour nous la preuve que les murs de Prigny furent 
postérieurement construits sur une petite section d'une 
paroisse préexistante. Si cette paroisse reçut le nom du 
nouveau castel, c'est que ce manoir concentra, dès son 
origine, toute l'importance de ce petit territoire, importance 
qui s'est depuis déplacée au profit du faubourg des Moutiers, 
supplanté à son tour par Boùrgneuf, lequel doit de nos jours, 
comme les Moutiers, admettre la vogue d'une simple fillette 
qui, sous le nom de la Bernerie, laisse loin derrière elle ses 
deux devancières. Nous venons de nommer Boùrgneuf ; il a 
dans son temps infligé de vrais affronts à ce pauvre Prigny 
dont Tenceinte avait vu ses moellons employés à ses roturières 
constructions. Bien plus, il se peut que le village des Sables, 
qui a bien son cachet d'ancienneté, ne soit grossi que des 
ruines de son suzerain et nous ne voudrions pas certifier que 
les Moutiers eux-mêmes n'en profitèrent pas. 

Au onzième siècle, il n'en était pas encore ainsi. Tout au 
contraire, une noble famille était installée dans le donjon qui 
dominait l'antique Millac, famille puissante par la bienveil- 
lance des comtes de Nantes, et par ses illustres alliances. Le 
chef de cette famille se nommait Barbotin h l'époque où 
nous allons nous placer. C'est assez dire que cette époque est 
postérieure aux premières démarches faites en faveur de 
Notre-Dame, mais antérieure au voyage de l'évêque Quiriac. 

Il y avait alors à Saint-Jean-Baptiste un curé nommé Hélye; 
probablement, il avait vieilli au service de la paroisse, qui se 
composait des châtelains,de leurs chevaliers,écuyers et autres 



Digitized by 



Google 



250 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

servants, ou varlets, et des corps d'état indispensables dans 
une agglomération quelconque et, en plus de ceux que récla- 
mait une place fermée, exposée à se voir investie. Nous ver- 
rons'tous ces artisans signalés dans un document de cette 
date reculée. 

On était alors peu flatté d'être spirituellement desservi par 
un prêtre séculier. De tous côtés, les églises étaient conférées 
aux réguliers ; les évêques le voyaient avec peine, mais sans 
pouvoir s'opposer au torrent. Les restes de science ecclésias- 
tique et de zèle sacerdotal s'étaient réfugiés dans les couvents. 
Le seigneur de Prigny, sans doute, manifesta son désir de 
voir le service divin exercé par des religieux près de son 
manoir,et le curé de Saint-Jean se prêta aux vœux du Seigneur, 
comme le curé de Saint-Pierre le fit de son côté. Mais, nous 
lavons déjà remarqué au sujet de Saint-Pierre, le Seigneur 
de cette dernière église n'était point le sire de Prigny. Les 
barons de Retz préféraient les moines de Redon auxquels ils 
avaient déjà donné Notre-Dame-de-la-Chaume, tandis que les 
seigneurs de Prigny s'étaient tournés du côté de l'abbaye do 
Saint-Jouin-de-Marne. Il est bien probable qu'en cela, ces 
nobles personnages étaient déterminés par quelques anté- 
cédents et que Saint-Jouin, à quelque titre que soit^ pouvait 
mettre en avant des droits que la tradition avait conser- 
vés, mais dont nous ne retrouvons pas tracé. 

Nous devons le titre sur lequel nous nous appuierons pour 
établir la donation de Saint-Jean- Baptiste à Saint-Jouin, au 
prêtre Gilles Audebert, « bachelier et discret recteur de 
l'église paroissiale de Lusesgne^ es Thouars, chanoine pré- 
bende en l'église collégiale de Saint-Pierre-de-Thouars » Cet 
ecclésiastique déclare avoir transcrit en français « Certains 
vieux titres des églises de Prugné. » 

Nous en extrayons ce qui suit : 

« Hélye, prêtre de l'église de Prugny . a as.socié avec 

* Nous Be savons quel lieu désigne ce moi. 



Digitized by 



Google 



PRIGNY ET LES MOÛTIERS 251 

/ 

luy les moines de Saint-Jouin-de-Marnes en les dîxmes et 
aultres revenus de la dite paroisse de Prugny, mais à cette 
condition que, si la nécessité le requérait, fust admis audit 
monastère, nourry avecq eux et il pust être dudict Saint- 
Jouin. 

En reconnaissance donc de ce bienfait ledict Helye a donné 
et délaissé aux Moynes les deux parts de la chapelle de 
Prugny dédiée et nommée du confesseur saint Jean-Baptiste, 
avec deux parts semblablement de dixme du pain et du vin 
qui se recueille au dict lieu, au manoir de Prugny. Et quant à 
Tautre tierce partye de la dicte chapelle et dixme dudict lieu, 
la réserve pour luy môme ; mais a voulu que tous les moynes 
puissent prendre audict lieu toutes les dixmes des veaux, 
agneaux, pourceaux, layne, lin et aultres choses semblables 
et aussi les deux parts de la dixme du sel aux salines de Bar- 
botin, dépendantes dudict lieu et château propres dudict Sei- 
gneur, toutes choses qu'il en tenait oultre le sein de la dicte 
église. Et davantage a voulu que les parts et possessions 
qu'avaient en propriété les dicts moynes, du pourraient advoir 
après eux aux environs de Prugny, en tant que luy tous- 
chant, demeureraient exemptes de toutes dixmes. L'accord de 
cette fraternité fust arresté audict lieu et château avec Bar- 
botin, ses frères Garsire, Babuin, Mandeguerre en la maison 
duquel le tout fust passé. Tous les aultres frères témoings, 
desquels les noms sont après : Gobin, Guerry de Saint- 
Etienne, Girard de Saint-Philbert, Prezeau d'Oultre-Loyre, 
Tudual de Pornic. » 

On voit qu'Hélye avait soin de ne disposer que des biens 
qu'il tenait du seigneur de Prigny. Il ne lui appartenait pas, 
en effet, d'aliéner le propre de l'église. C'est donc un temporel 
de prieuré qui se constitue ici, comme nous l'avons vu pour 
Saint-Piebre, mais bien distinct de celui de*la cure. 

Gueffier n'est pas nommé dans cette pièce où l'on donne 
cependant le nom de deux frères de Barbotin que nous ne. 
lui connaissions pas : Garsire et Babuin, mais ce dernier doit 



Digitized by 



Google 



252 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

être le môme que Babin. Peut-être, Garsire est-il le même que 
Gueffier dont le chanoine Audebert aurait mal lu le nom. 
Mandeguerre est également nommé dans la Charte de 
Gueffier à Tabbesae Richilde. C'est dans sa maison que fut 
rédigé l'acte en question. Son nom semble indiquer un 
héraut d'armes. Il peut se faire qu'en temps de paix ce genre 
d'offlcier servît parfois de greffier, greffier fortement épe- 
ronné, ne sentant pas le pédagogue. Le document que nous 
donne Audebert est une notice qui comprend tout le temps de 
l'établissement du prieuré de Saint-Jouin à Prigny. Les 
moines firent bâtir en ce lieu où s'y accommodèrent une 
maison qu'habitèrent les religieux envoyés pour former cette 
nouvelle obédience, sous l'autorité de Rivalon leur premier 
prieur. 

« Et, continue la notice^ advint quelque temps après, que 
le dict Hélye tomba en maladie et, touchant le bénéfice qu il 
s'était réservé, donna et délaissa en propriété aux moyncs 
Tautre tierce partye qu'il s'était réservée en ladite chapelle et 
dixmes, ainsi qu'il avait donné au temps précédent les deux 
àultres partyes. Et depuis toutes ces choses furent recencées, 
estant alors Symon* abbé de Saint-Jouin, au iyeu et chasteau 
de Prigny en la maison desdicts moynes et présence du 
prestre Hélye et de Rivalon, moyne qui estait pour lors prieur 
du Iyeu. Symon, parent du prestre Hélye, accorda. les mômes 
choses que Hélye avait faicles,à la vue de plusieurs témoings 
qui là estoient présents au dict Iyeu, la'ics et moynes. Parmi 
ces témoins au moins une trentaine de noms, on remarque 
Testard et Debec, prestres. 

Et afBn que ceste accord fust valable par l'autorité de 
l'Evesque, ledict Rivallon, moyne, en pria Quiriac, evesquede 
Nantes qui donna pouvoir et permission de continuer l'église 
que ledictRivallon avait commencé de faire édifier en l'honneur 

* On trouTe un Simon, abbé de Saint-Jouin, qui succéda en 1037 à Tabbé 
Géraud et gouverna jusqu^en 1086, où il eut pour successeur Alaric (Gai- 
Christ., t. II. col. 1275. 



Digitized by 



Google 



PMONY ET LES M0ÛTÏER8 253 

de saint Nicolas, et bénit le cymetière et les alentours de la 
dicle église oyant et voyant plusieurs témoings : Rivallon, 
moyne ; Manard ; Guillaume, archidiacre ; Barbotin, Garsire 
son frère, Alduin, Symon, Baudry, Alain et plusieurs 
aullres'.» 

Ainsi la chapelle ou plutôt Téglise Saint-Jean-Baptiste, 
vieux sanctuaire avec titre paroissial, donné aux moines de 
Saint-Jouin et situé dans Tenceinte môme de la ville avait de 
suite paru insuffisante à ces religieux qui en construisirent 
une autre dédiée à saint Nicolas, en dehors des murs. 

Les anciens lexles donnent ordinairement le nom de cas- 
trum ou ^'oppidum aux agglomérations entourées de mu- 
railles. Aujourd'hui, nous distinguons le chlltean de la ville; 
il n'en fut pas toujours de môme et Prignyest désigné tantôt 
comme un château {castrum), tantôt comme une ville (oppi- 
dum). Ce que nous nommons château était alors le Donjon^ 
et possédait- une enceinte spéciale plus resserrée. Saint- 
Jean était dans Tenceinte la plus vaste, Saint-Nicolas se 
trouvait en pleine campagne et les religieux pouvaient 
s'y adjoindre tout un domaine. Il est probible que c'était 
mômî le vrai but de ces moines de Saint-Jouin, en se 
construisant une nouvelle chapelle, car si petite que fut celle 
de Saint-Jean, elle de vailsufflre amplement pour la population 
de Prigny, si Ton en juge par le pourtour de ses anciens rem- 
parts et par ce fait que Prigny n'avait, pour ainsi dire, pas 
de caîapagne. En outre, les moines n'étaient pas complètement 
les maîtres à Saint-Jean-Bapliste. Nous l'avons vu, Hélie 
n'avait donné que ce qu'il tenait de Barbotin qui y consentait, 
ou môme, peut-être, le lui demandait; il n'avait pas donné, 
et n'en avait pas le droit, le temporel de la cure, qui restait 
bénéfice distinct. 

Quiriac, qui avait heureusement limité les droits de Redon 
et du Ronceray semble avoir agi dans le môme ^ns à l'égard 

Voir aux archives de Nantes, Prigny. 
T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, 3* LIV 17 



Digitized by 



Google 



254 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

de Saint-Jouin et réussi à sauvegarder la distinction entre la 
cure et le prieuré. 

Les moines eurent-ils dès lors une arrière-pensée? Toujours 
est-il que, nous venons de le voir, ils étaient àpeine installés, 
à Prigny, qu'ils se bâtissaient une église privée. Quiriac ne 
semble pas avoir mis d'obstacle à ce que ce fût un moine de 
Saînt-Jouin qui fût recteur de Prigny, mais il retint la colla- 
tion de la cure. Quant à la présentation, elle appartenait 
sûrement au seigneur de Prigny qui s'en était dessaisi en 
faveur de Saint-Jouin. On comprend que l'abbé de Saint- 
Jouin dut faire porter son choix sur un de ses moines, tandis 
que son abbaye eut assez de sujets pour remplir tous les 
postes à sa disposition. 

Pour mieux différencier leur prieuré de la cure, on donna 
au premier un autre patron, ce qui n*avait pas lieu quand le 
prieuré était desservi dans l'église paroissiale. Le nouveau 
sanctuaire ne pouvait manquer, vu les goûts du temps, qui 
sont encore uii peu en vogue, de faire le vide dans l'église de 
la paroisse. Comme complication en faveur des moines, le 
curé de Saint-Jean leur était entièrement dévoué. Peut-être 
sentait-il qu'il était un peu trop le chapelain du Seigneur ? Et 
c'était souvent le cas des curés de cette époque. Quiriac, au- 
quel cette servitude ne plaisait point, alla jusqu'à permettre 
que le service de la paroisse se fît à Saint-Nicolas, de sorte 
que Saint-Jean, tout en restant de droit l'église-mère, et en 
continuant à conserver son titulaire comme le patron de la 
paroisse, ne voyait plus guère son recteur célébrer l'office. 
Quelque temps, sans doiite, on continua de dire la messe à 
Saint-Jean pour les châtelains, mais, en somme, cette église 
n'était plus que la chapelle du château, tout en gardant ses 
droits. Nous verrons que cet éfat de choses ne fut pas très 
durable et que Saint-Jean récupéra ses droits ; seulement tant 
que Prigny demeura place de guerre, l'évoque ne vit pas de 
mal à ce que le culte fut célébré à Saint-Nicolas: On laissa» 
du reste, le bon vieux rei^teur aller à Saint-Jean-Baptiste bu à 



Digitized by 



Google 



PRIGNY BT LKS MOÛTIERS 255 

Saint-Nicolas, comme il rentendait; c'était une transaction. 
Lorsque Hélie fut mort, Quiriac alla plus loin, il permit aux 
moines de Saint-Nicolas de bénir un nouveau cimetière, en 
dehors des murs. L'ancien entourait Téglise Saint-Jean 
comme on le voit encore aujourd'hui. 

Barbotin avait eu quelque zèle pour son église Saint-Jean, 
mais son frère et successeur GuefBer, tout entier à la fonda- 
tion faite par sa mère au faubourg de Prigny, dit Les Moû- 
tiers, semble s'être bien peu préoccupé de l'église du château. 
Les moines en profitèrent, forts de Tapprôbation épiscopale : 
tant qu*à Prigny personne ne réclama ; tout le service 
divin se fit à Saint-Nicolas ; aussi, voit-on plusieurs titres où 
il n'est question que de Saint-Nicolas de Prigny, sans aucune 
mention de Saint-Jean. Ce transfert se fit tout naturellement, 
révoque conférant la cure au prieur, les choses pouvaient 
du reste marcher ainsi tant qu'il y aurait des moines à Saint- 
Nicolas, mais s'ils avaient voulu se donner un vicaire perpé- 
tuel, il était peu douteux que l'évoque aurait objecté qu'il lui 
appartenait de nommer le recteur de Saint-Jean qui conservait 
son privilège d'église paroissiale. 



CHAPITRE IX. 



Premiers temps du prieuré de Notre-Dame. 

Adénor, fille de Judicaël, le fondateur du prieuré de Notre- 
Dame, gouvernait ce petit monastère avec bienveillance. Elle 
étaiteafamille,sesvassaux étaient ses compatriotes, et,on peut 
croire que parmi ses religieuses, elle avait plusieurs parentes. 
Il y en avait au moins une, sa nièce la fille de Giraud de St- 
Philbert, que l'on trouve nommée Adénor, comme sa tante et 
son aïeule. Adénor de Saint-Philbert alla faire son noviciat à 
Angers, mais il est peu doutouxqu'elle revint aux Moûtiersoù 



Digitized by 



Google 



256 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

elle succéda peut-ôtre à sa tante. Ces bonnes prieures n'étaient 
pas dures pour leurs fermiers, et les sœurs de Tabbaye du 
Ronceray trouvèrent, à la fln, que grâce à cette faiblesse, il 
s'établissait des abus. C'est ce qui provoqua des réclamations 
de leur part, comme on le voit constaté par la suite d'une 
notice dont nous avons donné le commencement au chapitre 
cinquième. Ce titre, après avoir rapporté la donation de Jean- 
Grosse -tôte, ajoute : « Mais bien que le nombre des habitants 
du bourg et le bourg lui-môme, autour de la susdite église 
s*accrussent, quelques-uns des meilleurs manants (mansio- 
nariit) avec la connivence des religieuses de Tobédience, ne 
payaient point leurs redevances au temps convenu. Nous 
avonsdonc voulu faire savoir à tous, que, dans le bourg, il 
n'y a pals une maison qui ne soit usagère de ladite église, si les 
dames du lieu veulent l'exiger, si ce n'est la maison du chape- 
lain (recteur) de Saint-Pierre, Even et les prêtres ses succes- 
seurs, tantqu'ils habiteront cette môme maison ; mais s'ils ve- 
naient à placer dans cette maison un autre locataire, ce dernier 
serait usager entièrement comme les autres, parce que c'est 
ainsi que Judicaël^ Nihel et les autres, propriétaires de cette 
terre l'ont donnée, à perpétuité, à Notre-Dame et tout ce qui est 
consigné dans cette charte, avec les dites coutumes, comme 
eu^-mômes la possédaient, sans réclamations, et, comme 
nous l'avons touché brièvement, ils ont bâti, dans le lieu sus- 
dit, une église en l'honneur de la Vierge Marie, mère de Dieu 
et l'ont donnée à perpétuité au monastère d'Angers, consa- 
cré à la Bienheureuse Marie, mère de Notre-Seigneur, pour 
le sakt de leurs parents, et ont mérité d'ôtre placés dans le 

sein d'Abraham, Isaac et Jacob. Per eum qui venturus est 

Amen. » 

Ce titre et ceux que nous avons donnés au chapitre V pour 
début de cette notice, se trouvent au Cartulaire du Ronceray, 
rôle III, charte 20, et rôle IV, charte 83. — Edition Marchegay, 
charte 430*. 

Nous le répétons, tout le fond de ce récit est vrai, mais le 



Digitized by 



Google 



PRIGNY ET LES MOÛTIERS 257 

narrateur ne s*est pas contenté d*inscrire les actes tels qu*ils 
étaient, il a intercalé des explications fâcheuses et changé les 
noms selon qu'il croyait devoir lire une écriture avec laquelle 
il n'était pas familier. Ainsi, comme nous l'ayons signalé, 
quand il parle plus haut de Juhel, flls de Juhel, il faut lire 
Nihel. Ce dernier est celui que nous venons de revoir à 
rinstant. 

Les religieuses du Ronceray' connaissaient leur époque; 
elles avaient eu soin de mettre leurs titres en règle. Nous 
venons de voir que les donations de Nihel avaient été plu- 
sieurs fois répétées. Le 3* rôle (charte 21«) y revient d'une 
façon solennelle (V. Marchegay, 431). — « In nomine Domini... 
Moi, Nihel. j'ai fixé dans ma mémoire ces paroles: Donnez et 
il vous sera donné ; c'est pourquoi, en vue du salut de mon 
âme et de celle de mes parents, j'ai concédé et donné à 
l'église Notre-Dame de Prugny, soumise à l'église Notre-Dame 
d'Angers, tout ce que Ij'avais dans le terrage* du Masier' de 
Prigny près de la mer. J'ai donné aussi à la susdite église 
la dtme des vignes de la terre que j'avais en ce lieu ainsi que 
celle des fruits des moissons en un mot, de toutes choses, 
au vu et au su des prêtres Hervé' et Even, Geoffroy Bocell ; 
Odelin de Bonnié ; Pépin^ flls de Glamier ; Gamier, fils de 
Dorin et Even, son frère ; Tréhoret ; Rainauld*, fournier et 
Chrétien, son frère ; les religieuses Adonorie, Mabilie et 
Ameline de Baugé. » 

* Le terrage était un droit plus ou moins considérable prélevé sur les fruits 
et grains d*un terrain déterminé. Ce droit est quelquefois nommé c?uimpart 
(Campi pars) ; celui qui levait cet impôt se nommait terragier (terragiator). 

s « In terragio Maserii Prugniaci ». On nommait maseria (masière^ une 
maison avec quelques terres : nous dirions une borderie ou une closerie ; nous 
pensons que le masier est ici pris dans ce sens et signifierait une sorte do 
métairie de Prigny. 

* Hervé était aumônier des sœurs du prieuré. 

* Nous ne pensons pas qu*il iaiUe confondre le fournier (furnerius) avec 
le boulanger (pUtor). Ce dernier faisait cuire le pain, tandis que le premier 
n'était qu*an préposé au four banal où cliacun venait faire cuire son pain 
et payait un droit à cet officier. 



Digitized by 



Google 



258 PRIGNY ET LES M0ÛTIER8 

Ces trois religieuses étaient sans doute le personnel du 
prieuré de Notre-Dame des Moûtiers, au moins en tant que 
dames de chœur, Adonorie n'est autre qu'Adénor ; Mabilie est 
peut-être la religieuse de ce nom qui succéda en 1119 à 
Tabbesse Tiburge et fut peu de temps à la tète de sa commu- 
nauté. Dos lors, cette obédience du bourg des Moûtiers avait 
\me grande valeur aux yeux des religieuses de la Charité 
d'Angers et jouissait aussi d'une grande faveur dans le pays. 

Une noble jeune fille de la famille de «Retz fit profession 
dans l'abbaye angevine. Sous Tabbesse Tiburge, elle avait la 
charge (ÏAumônière, Anne de Retz était en même temps 
prieure de Seiches, line des plus belles dépendances du 
Ronceray. Les nombreuses chartes où nous la voyons figurer 
témoignent de son zèle pour la prospérité de la maison. 

Le prieuré des Moûtiers n'était pas sans avoir ses diffi- 
cultés ; nous les trouvons mentionnées dans la charte 432* du 
cartulaire de M. Marchegay. Malgré tout .ce que avons déjà 
faitconnaItre,ce document estencore utile.Lorsqu'on Taoralu, 
il semble, qu3 la physionomie des débuts du prieuré de N.-D. 
des Moûtiers sera suffisamment connue. Il nous révèle toute 
une chicane suscitée par Niel, fils de Niel, aux religieuses 
que ses parents avaient protégées, et pour des biens dont il 
avait approuvé la donation. Voici cette pièce. 

« Lorsque Adénor, fille de Judicaôl l'ancien, de Prugny, con- 
sacrée religieuse, eût tenu pendant un grand nombre d'an- 
nées le monastère de Notre-Dame de Prugny, comme son 
père et sa mère, d'accord avec son frère, Niel l'avait con- 
cédé en toute tranquillité', pendant leur vie et après, certains 
de ses frères se prirent à chicaner (subclamare) et à réclamer 
les biens de ce monastère comme faisant partie de leur héri- 



* « Gum Âdenor ! fiUa JudiqueUi vetuli de Prugniaco,Deo yidelicet dicaU 
3anctimoniali8, monasterium Sanctse Mariœ Prugniacensis per multos annos 
ut pater ejus et mater sua eum flratre suo, illad ei coDcesseraot. » Ce 
texte nous montre que le premier Nihel était frère de la première Adénor et 
non de son mari Judicaf^l. 



Digitized by 



Google 



PRIONY fn LB8 MOÛTIBRS 259 

tage patrimonial. Ils s'efforçaient de réduire en propriété 
séculière ce que leur père et leur mère avaient donné en toute 
charité* à Téglise pour le salut de leurs âmes. 

A leur malveillante suggestion, Niel, leur neveu, fils du 
susdit Niel, envahit une partie des biens, due à la donation de 
son père et adjacente au monastère. Ce jeune homme finit 
par s'entendre avec sa tante Adénor*. Il fut prouvé que 
cette part qui était venue de Niel, père de ce Niel, resterait, 
après la mort d'Adénor à Notre-Dame d'Angers et aux sœurs 
résidante Prugny. 

Quant à certaine autre portion qui, bien que donnée par Ju- 
dicaël et son épouse, avait été quelque temps distraite, elle 
resta aux mains d'Adénor comme elle y avait étÀ précédem- 
ment. Cependant, de peur que quelque parcelle du domaine, 
désormais acquis par une tranquille possession, ne soit arra- 
chée par Terreur de la postérité, nous avons jugé à propos 
de remettre ea mémoire ce qui regarde chaque portion. Que 
nos descendants sachent donc <iue Judicaël, père dAdénor, et 
Niel, père de Niel, avaient en commun ce monastère de Notre- 
Dame et le faubourg qui est aatour de ce monastère, avec la 
prévoté de ce môme faubourg, les autres coutumes, les reve- 
nus et le péage des foires. L'en et^ l'autre concéda, avec le 
susdit monastère, tous'^es biens, libres, comme eux-mômes 
les possédaient, à Adénor. Judicaôl donna en outre, de son 
propre, à sa fille, la pièce de terre dans laquelle le monas- 
tère lui-môme est bâti, libre du ban (bidenno) et de toute 
réclamation, avec un quartier de la terre d'Hubert Le Roux 
d'Avare, libre comme les autres biens excepté un septième et 
la moitié du district prévôtal. 

• « In eleemosynam. » Le droit connaissait alors ce qne Ton nommait 
franche aumône. Un bien donné & Téglise ou à quelque couyent en franche 
aumône était exempt de toute redevance (Dicf, de Durand de Maillane aux 

mots « tenure » et « aumône ». 

* Le chroniqueur parsiste dans sa confusion des deux Adénor. Puisque 
Niel père était frère de la mèrn d* Adénor, Niel le jeune ne pouvait être que 
le cousin-germain de cette dernière. 



Digitized by 



Google 



200 PRIGNY ET LEB M0ÛTIER8 

De môme, Niel fit donation à sa sœur de deux parts de la 
dîme des trois pièces de terre de Guérin de la Gressière, qiii 
faisaient partie de son bien propre, ainsi qu'une borderie de 
la terre de Guillerme, gendre d^Arembert, qu'il donna libre 
de tous devoirs, si ce n'est la dîme qui est en entier 
accordée à Saint-Pierre, afin que les autres biens sus-énoncés 
restent libres et quittes de toutes coutumes vis-à-vis Saint- 
Pierre. Le même Niel donna de nouveau à sa sœur, pour 
Thonneur de Notre-Dame, la moitié d'une saline, libre, et 
toute sa part de la dîme maritime et des poissons ou oiseaux 
de mer qu'il avait aussi avec Judicaôl. Après qu'Adénor eut 
possédé longtemps ces biens, dus à la charité des susdits per- 
sonnages, tout en ayant à supporter des tracasseries de la 
perversité de ses frères, elle fit enfin sa paix comme nbus 
venons de le dire, par l'accord qui précède avec son neveu 
NieU au sujet de la part qui avait été à lui. 

Toutefois, Niel ne fît pas ces concessions gratuitement et 
avec les mains vides. Il fallut lui compter trente-cinq livres de 
deniers, un cheval et une coupe d'argent, plus deux onces d'or 
pour son épouse Pélronille avec la promesse de recevoir la 
mère de ce Niel, comme religieuse, dans le monasière de 
Notre-Dame d'Angers. Cette transaction fut ratifiée dans le 
couvent de Notre-Dame de Prigny, où Niel posa sur l'autel, en 
gage de sa concession, le couteau d'HervtS l'aumônier de ce 
couvent; en présence de ce môme Hervé et d'Adénor, ainsi 
que de sa nièce, l'autre Adénor fille de Giraud de Saint- 
Philbert, laquelle prit sur l'autel ce couteau qu elle emporta 
pour l'utiliser à Noire-Dame d'Angers où elle était religieuse. 

Les témoins de cette affaire furent : Geoffroy, Mandeguerre 
et Judicàël, fils d'Aufred, qui étaient présents lors de la pre- 
mière donation faite par JudioafJI i'anciea et Niel, père de Niel. 
En outre, furent présents ; Rabeàu, fils de Péréné ; Odelin de 
Bugno (du Bijnon): Albouin et Pépin, fils de Glamaok ; 
David, fils d'^ Barbotin ; Ivan,pr6tre ; Jarnosuen,flls de Goslen 
de Frossay ; Simon, fils de Bernon et ses frères, Pohard et 



Digitized by 



Google 



PRIONY ET LES MOÛTIERS 261 

Jean ; le vicomte Aufred et son frère, Jarnoguen ; Geoffroy fils 
de Judicaôl ; Péan, servant des dames, surnommé Puceur 
(puceola): Sarrazin, soldat ; Tannegui et Habon, flls du prfttre, 
Ivan (Even) ; Benoit Chaudmorceau ; Ivan' flls de Dorin ; Ivan, 
flls d'Oncbauld et son frère Leferme ; Chrétien, flls de la four- 
nière; Haimeric Bouchereau ; Jean Touchefaîte' ; Guérin, flls 
de Pincel)ouche. 

Avec Niel se trouvaient : Péan, flls de Rodald ; Gautier, flls 
de Bérengaire ; Rodald, flls de Choallon ; Girand Malpelit, du 
château nommé Touvoie {Tollens Viam), » 

Telles furent les dernières réclamations de la famille de 
Prigny. Dans la suite, les Dames du prieuré furent les véri- 
tables seigneurs de tout le petit territoire connu sous le nom 
de Bourg des Moûtiers, sans préjudice toutefois de la suze- 
raineté des seigneurs de Retz, suzeraineté indiquée par la 
redevance nommée Diner cTAscoide, 

Ces réclamations de la famille Niel ont pour nous un avan- 
tage : elles nous font savoir que c'était du chef de son épouse 
Adénor que Judicaôl possédait Prigny, puisque nous voyons 
le frère d*Adénor investi de tout un domaine dans cette 
paroisse, domaine sur lequel il avait même le droit de Justice. 
Cela nous expliquera la disparition complète de cette contrée 
des descendants de Judicaôl, après Gueffier. Sans doute ils 

* Ce surnom rappeUe un très vilain droit des Ducs de Bretagne, le « droit 
de Pecoy » qui se prélevait sur le^ épaves des navires brisés surlaV^cUe. Cétait 
une bonne aubaine pour les riverains qui considéraient comme leur appar- 
tenant tout ce que la Providence leur envoyait ainsi. Le Duc de Bretagne se 
donnait de garde dâ l.iisâer passer un tsl bienfait, sans y prendre la pirtdu 
lion. Ot abus en amena un autre, là où les instincts sauvages étaient plus 
prononcés. Loi'sque au milieu des épaves U se rencontrait un survivant de 
l'équipage ou des passagers, on lui faisait parfois un triste sort, c'était un 
maudit de Dieu, disait-on. 

s Une preuve de plus que ce chroniqueur met souvent du sien, c'est qu'il 
se permet dp réformer à chaque instant les noms propres ; ainsi tous les Even 
deviennent pour lui des Ivan. On voit que de son temps les Moscovites 
commençaient à se faire connaître. Philippe-Auguste épousa une princess* 
russe. 

' Un tel hoxame ilerait être ua géant. 



Digitized by 



Google 



262 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

allèrent tenir d'autres fiefs, à moins que la guerre n'ait suffi à 
les anéantir. Le territoire se trouva ainsi féodalement divi- 
sé entre le prieuré de Notre-Dame qui exerça son droit de 
Justice et posséda les droits seigneuriaux sur la paroisse 
des Moûtiers, et la famille de Retz, qui, grâce peut-être à 
quelque nouvelle alliance avec celle* de Prigny, fut, après 
Gueffler, directement Seigneuriale dans la paroisse du château 
de ce nom. et suzeraine d*après des droits plus anciens 
dans celle des Moûliers dont les Dames lui faisaient hom- 
mage. 

Outre ces difiQcultés que Ton peut dire intestines, les reli- 
gieuses du Ronceray en virent surgir d'autres tout à fait 
inattendues. Ces Dames croyaient avoir reçu un bénéfice 
abandonné ; elles avaient fini par obtenir l'autorisation de 
TEvêque de Nantes et pouvaient compter sur une possession 
paisible. Leur espoir fut déçu. 

Un diplôme du Cartulaire du Ronceray nous révèle tout un 
différend avec les moines de Luçon (Ed'*" Marchegay, Chartes 
433-438). Ces moines de Luçon avaient porté plainte à Rome 
dès le temps duTape Alexandre II qui gouverna l'Église de 
Tan 1061 à l'an 1073. Ils attaquaient les Sœurs de lâchante 
d'Angers parce que, disaient-ils, elles détenaient un prieuré 
qui appartenait au monastère de Luçon, à Prigny. Le Pape 
prit en considération les réclamations de l'abbaye de Luçon. 
On lit dans le précepte qui fut rédigé à ce sujet : « Nos chers 
fils, l'Abbé et les Moines de Luçon. nous ont adressé une 
plainte dans laquelle ils nous font savoir que vous détenez un 
prieuré qu'ils affirment leur appartenir. » Ce document était 
envoyé aux religieuses de Notre-Dame d'Angers. Le Pape 
leur disait en outre. « Comme il ne convient pas que votre 
religion usurpe illicitementce qui ne vous appartient pas, 
nous faisons savoir à toute votre communauté, par nos res- 
crits apostoliques, et lui ordonnonsde restituer, sans délai, 
auxdits abbé et frères, le susdit prieuré, pour qu ils le possè- 
dent en paix, à moins que, devant nos vénérables frères les 



Digitized by 



Google 



PRIGNY ST LES MOÛTIERS 263 

évêques de Poitiers et de Nantes, ou Vun d*eux seulement^ 
si Tautre est absent, vous ne prouviez pleinement la justice 
de votre possession. Nous avons en effet donné ordre à ces 
mêmes évoques, si vous ne voulez accepter ni Tun ni Tautre 
d'eux, de mettre la partie adverse en possession du susdit 
prieuré, sans tenir compte d*aucun appel. 

Tusculum le XI* de Kl. de Mai »w (Rôle VI. c. 55). 

Nous croyons que la charte suivante donnera mieux la 
suite de cette affaire que tout ce que nous pourrions chercher 
à établir, c'est la 434* de M. Marchegay; «... Moi Gueffier 
flls du Viguier Judicaél, j*ai cru devoir rappeler comment 
Téglise de Prugny fut jadis ruinée^ puis retrouvée^ et 
restaurée et ensuite donnée & des religieuses, ce que nous 
affirmons contre les moines de Luçon qui le dénient 
injustement. 

Que nos contemporains et leurs successeurs sachent donc 
que la dite église, comme les gens du pays le racontaient, 
bâtie dans l'antiquité en Thonneur de la sainte Mère de Dieu, 
fut détruite dans les incursions des Gentils, mais, de notre 
temps rétablie par mes parents, le Viguier Judicaêl et son 
épouse, Âdénor, et cédée, ainsi que toutes ses dépendances, 
avec une de leurs filles nommée Adénor, qu'ils avaient 
consacrée à Dieu dans le monastère de Noire-Dame d'Angers. 
Or, Notre-Dame d'Angers a possédé longtemps cette église 
sans réclamations, du consentement de Quiriac, alors évoque 
de Nantes, jusqu'au jour oh Benoît, évêque de la môme ville, 
(1070-1111) se rendant au concile de Saintes, fut hébergé chez 
les moines susdits qui en profitèrent pour émettre une pre* 
mière fois leurs prétentions (1096 ou 1097). 

Lorsque le prélat fut de retour, les religieuses furent citées 
en justice. Je parus avec ces Dames dont l'église fut confiée à 
ma protection par mes parents. 

* « Posteà verô r^f)erta et rdstanrata » Ce mot reporta semble indiquer 
que cette chapelle fat retrouvée au milieu d'un amas de décombres, ce qui 
prouve que le faubourg de Prigny, dit : les Moûtiers^ était une agglomération 
considérable quand jes Normands y Tinrent. 



Digitized by 



Google 



264 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

Bien que nous n'ayons jamais décliné le jugement et qu*aui 
contraire nous nous soyons rendus à plusieurs synodes:Oa 
assemblées ecclésiastiques, les moines insistant, Tévèque a, 
de nouveau, donné jour à chaque partie pour terminer ce 
différend ; mais ne voulant pas trancher seul une cause de 
cette importance, ce pontife a résolu de la porter à Tours, où 
Tarchevéque, les abbés et autres personnages décideraient 
la question. L'évêque en prévint les moines et de vive voix 
et par lettres, mais par lettres comme de vive voix, les 
moines répondirent qu'ils n'iraient pas à Tours. Quant aux 
religieuses et à moi, quoique cela nous fût pénible, nous, 
avons accepté le terme fixé par Tévêque. Si donc cette 
querelle qui devrait être terminée, venait à se renouveller 
avec les moines qui attendent ma mort, j'ordonne à tous 
ceux de ma famille qui existeront alors et aux religieuses,, 
d'afilrmer que les choses sont telles que je le dis par les 
présentes et de donner à l'appui tous les témoignages que 
demandera la justice Taïque ou ecclésiastique, savoir que les 
religieuses ont possédé sans réclamations ladite église 
pendant plus de trente années. J'atteste en outre la fausseté 
du témoignage que les moines mettent en avant, que deux 
d'entre eux, Renaud et Gilbert, ont habité cette église, par 
suite d'une donation de mes parents. » Cette charte finit 
ainsi d'une façon abrupte. Nous ne ferons aucune réflexion 
à son sujet avant d'avoir pris connaissance du jugement 
porté sur cette cause par différents légats et évoques. Nous 
le trouvons dans un diplôme du Ronceray. 

Par ordre de monseigneur Richard, évoque d'Albe et 
légat de l'église romaine, dom Rainaud, abbé de Luçon et 
et Thiburge, abbesse de Notre-Dame-de-la-Charité d'Angers 
vinrent dans la cour de l'évôché de Nantes. En face des juges 
siégeant, l'abbé de Luçon se plaignit de cette sorte : — Nous 
demandons justice canonique au sujet d'une église de Prigny 
que nos prédécesseurs ont eue, dont ils ont été investis, qu'ils 
ont tenue et dont ils ont été dépouillés sans jugement cano- 



Digitized by 



Google 



PR16NY £T LES M0ÛTIER8 265 

nique. — A cela Tabbesse répondit. — Nous ne savons rien de 
voire investiture et de cette spoliation dont vous parlez ; ces 
chosesont-eiles jamais eu lieu?... Ce quenous savons, c'estque 
nous possédons celte église du chef des évèques de ce diocèse, 
que nous possédons également les biens que les seigneurs de 
ce territoire nous ont donnés en aumône et que chaque année 
nous en payons le cens^^ c'est-à-dire un besant d'or. Pour ce 
qui tient à ces points, nous avons nos privilèges ; et nous 
tenons par une possession tranquille et sans réclamations 
ces biens depuis trente années et davantage. — L'abbé de 
Luçon interrogé, par qui et dans quel temps, à quelle époque 
il avait été dépouillé, ne connaissant ni. le temps de l'inves- 
titure, ni celui de la spoliation, ni les personnes ayant pris part 
à ces actes, la sentence fut rendue devant toutes les personnes 
présentes et promulguée d'après le sentiment du pape 
Gélase qui dit : — « Il convient aussi d'ajouter pour le cas où 
celapourrait se présenter, quesilesbiensd'uneégliseou môme 
d-un diocèse tombaient en mains étrangères, on devra consi- 
dérer comme droit perpétuel un état de choses qui a duré 
trente années^ parce que, au-delà de trente ans il n*est permis 
à personne d'appeler au sujet de ce que la légalité exclut. » 

Gomme les moines avaient la présomption de s'élever contre 
cette autorité et prétendaient que les sœurs n'avaient point 
tenuce prieuré pendant trente années sans réclamations légi- 
times et souvent répétées, mais ne pouvaient faire connaître 
ni le temps, ni le lieu^ ni les auteurs de ces légitimes récla- 
mations, on définit que Tabbesse aurait à prouver sa posses- 
sion trentenaire par trois témoins compétents. Ces trois 
témoins se levèrent, hommes nobles, personnes honnêtes 
dont voici les noms : Laibodede Saint-Philbert, Rodald, son 
frère, Rainaud l'Agnelet et beaucoup d'autres honorables 
habitants de ce territoire, prôts à prouver canoniquement la 
tranquille possession des religieuses pendant trente années. 

Cette sentence fut rendue le 15* des kl. de mars (15 février), 
dans la ville de Nantes, au chapitre de saint Pierre, Philippe 



Digitized by 



Google 



266 PRIGNY ET LES M0ÛT1ER8 

étant roi de France (1060-1108), Alain, comte de Bretagne 
(démissionnaire en 1112), la 2* férié de la semaine de la Septua- 
gésime (ce qui désigne Tan 1104). En présence de Marbode, 
évêque de Rennes (1096-1123), Justin abbé du monastère de 
Redon, Gautier abbé de Saint-Serge (lf02-1114), Brice abbé 
de Vertou et les archidiacres de Nantes Rivallon et Geoffroy 
avec tout le chapitre de Saint-Pierre ; puis les laïcs : Priol du 
Migron et Giraud de Bégon, Rivallon de llghariaco, Herbert 
de Ghantocé, Rainaud TAgnelet^ Geoffroy Bonnier, Mainard de 
Derval,Mauvoisin de Nort (de Enort), Ascoide de Saint-Pierre, 
Guido de Daon et plusieurs autres qu'il serait trop k>ng 
d'énumérer. » {Ronc : V. 61.) 

Le tonde cette notice est loin de déceler dans les juges et 
surtout dans le rédacteur de ce procès-verbal des partisans 
de Tabbaye de Luçon, car les religieuses du Ronceray furent, 
très heureuses de pouvoir invoquer la prescription. Les récla- 
mations des moines de Luçon remontaient au temps du pape 
Alexandre II qui mourut en 1073 II est très probable que si les 
lettres émanées de lui n'eurent pas leur effets c'est que la mort 
l'empêcha de tenir à leur exécution. Les moines de Luçon 
n'ignoraient pas que la famille de Prigny et celle de Retz, son 
alliée, étaient entièrement dévouées aux religieuses du Ron- 
ceray. En outre, s'attaquer à cette abbaye, c'était provoquer le 
comte d'Anjou qui était en môme temps comte de Touraine. 
Ces moines avaient refusé d'aller se faire juger à Tours, peut- 
ôtre par qu'ils craignaient l'influence du comte. D'un autre 
côté, Gu .Der nous apprend que Ton attendait sa mort. Ge ne 
fut sans doute que, déconcertés par sa longévité, que les reli- 
gieux Poitevins se décidèrent à produire leur attaque. Il était 
trop tard en 1104. La prescription trentenaire existait contre 
la bulle d'Alexandre II qui, du reste, n'avait fait qu'ordonner 
une enquête. Les moines de Luçon furent joués par les bonnes 
Sœurs. Quant à croire que jamais ils n'avaient possédé Notre- 
Dame de Prigny, c'ôst difficile, et les juges ne le crurent peut- 
être point» c'est pour cela qu'ils se renfermèrent strictement 
dans la prescription. 



Digitized by 



Google 



PRIONY ET LES MOÛTUERS ^ 267 

Luçon, fondé jadis par des moines de Noirmoutier, peut- 
être même par saint Philibert, avait été un monastère frère 
de celui de Déas (Saint-Philibert de Grandlieu] etcette dernière 
abbaye posséda au neuvième siècle de nombreuses dépen- 
dances dans le pays de Retz^ les moines de Luçon durent se 
regarder comme les successeurs deSaint-Philibert-de-6rand- 
lieu. Mais les Normands avaient brisé tous les liens dans une 
ruine universellei L'abbé Rainaud est un des premiers abbés 
que Ton connaisse depuis que Luçon avait repris quelque 
importance. 

Quoi qu^il en soit, le jugement rendu à Nantes fut expédié à 
Rome par Tévèque Brice qui succéda en 1112 à Robert. On 
voit qu'il s'était écoulé du temps avant que l'on prit cette 
décision. Le pape Paschal II le notifia à l'abbesse Thiburge 
(qui mourut en 1120). Sa lettre rappelle le débat de l'an 1104 
(Marchegay 436). D'après le Pape, c'est la vigueur de labbesse 
qui a fait rendre la sentence précédente : « ex cujus judicii 
executione strenuitas tua iricennalem ejusdem Prugniacensis 
ecclesiœpossessionemquietam,absquereclamatione légitima, 
vestro monasterio permansisse tribu legilimis testibus 
approbavit. » Le Souverain Pontife ne fait que ratifier le 
jugement en question et décrète que « la susdite église de 
Prigny reste au monastère de Notre-Dame d'Angers, sauf 
toutefois la révérence due à l'église de Nantes, dans le diocèse 
de laquelle ce sanctuaire est construit. » Les moines de 
Luçon tinrent à réparer par leur obstination^ la le^our qu'ils 
avaient mise à réclamer. Le pape Lucius III {iiii ;fll85) eut 
de nouveau à s'occuper de leurs prétentions sur le prieuré de 
Notre-Dame, et sa bulle nous fait voir qu'Eugène III (1145- 
11&3) et avant lui Urbain II (1188-1199) en avaient également 
été saisis par les sœurs du Ronceray qui obtinrent chaque fois^ 
confirmation du verdict rendu. L'évoque de Nantes était 
alors Robert 11(1170-1185) qui, lui aussi^traite ce vieux procès 
qui lui semble suranné. « Moi Robert^ par la grâce de Dieu 
évêque de Nantes, à tous ceux qui liront cet écrite je veux 



Digitized by 



Google 



268 PRIGNY ET LES MOÛTIERS 

faire savoir que l'abbaye de Notre-Dame de la Charité 
d'Angers possède une maison conventuelle à Prugny, comme 
je Tai appris des lettres de Quiriac, évoque de Nantes, depuis 
une centaine d'années et plus, d'après la supputation des 
temps. J'ai su de môme par les lettres de monseigneur Brice, 
d'heureuse mémoire, troisième successeur de Quiriac, et 
dont je suis le quatrième, que, lorsque en sa présence, la 
possession du susdit monastère fut débattue entre l'abbé de 
Luçon et Tabbesse de Notre-Dame, celle-ci prouva par de 
légitimes témoins qu'elle avait reçu l'investiture de ce 
monastère et .l'avait tenu, sans réclamation aucune, en paix 
et tranquillement, pendant trente années, et que lui-môme, 
après avoir pris Tavis d'un grand nombre de personnages 
prudents et discrets, en avait adjugé la possession aux 
susdites sœurs. C'est pourquoi j'ai trouvé convenable de 
ralifler par l'autorité de mon sceau, ce qui, dans les temps 
reculés, a été sanctionné par des hommes sages et discrets. 
(Marchegay, 438.) 

Travers pense que Kobert accorda cette lettre aux reli- 
gieuses du Ronceray lorsqu'il alla assister à Angers au sacre 
du nouvel évoque, Raoul de Beaumont. (1178.) C3 document 
peut être considéré comme la clôture de ce différend. Il ne 
nous enlève pas plus que les précédents, la conviction que 
l'abbaye de Luçon était en réalité fondée dans ses prétentions 
d'avoir jadis, au moins par des moines de son ordre, c'est- 
à-dire, fllsde saint Philbert, possédé Notre-Dame de Prigny. 
L'abbé Rainaud, qui tut un homme très recommandable, ne 
s'imagina point un beau matin, sans nulle raison, d'affirmer 
que sa congrégation avait possédé cette chapelle et ses 
successeurs se fussent arrêtés plus tôt dans leurs poursuites 
s'ils n'avaient pas eu quelques titres. Malheureusement, ces 
titres étaient périmés et nous ne rappelons ce fait qu'au point 
de vue historique, parce que, pour nous, il indique que les 
moines de Saint-Philbert desservirent Notre-Dame de Prigny 
avant l'arrivée des Normands. Si ces moines avaient profité 



Digitized by 



Google 



PRIGNY ET LES MOÛTIERS 269 

delà bulle d'Alexandre II, la sentence n*eât sans douté pas 
été la môme, car en 1073, les Sœurs n'avaient pas trente années 
de possession. Il- faut convenir ici que- là prescription ne 
manqua pas de justice. Les moines de Luçon n'avaient point 
réclamé la chapelle pendant qu'elle était en ruine : ce fut 
quand elle avait, été reconstruit^ dans de^plus belles propor- 
tions, lorsqu'elle était richement dotée, qu'ils se mirent à le 
regretter. Encore une fois, il était trop tard. 

(A suivre.) 

Abl?é Allard. 




T. VI* — NOTICES. — Vl* ANNÉE, 3" LlV. 18 



Digitized by 



Google 



LES VITREENS 

LE COMMERCE INTERNATIONAL 
(Suite). 



DE l*entrepôt vitréen, les canevas partaient pour Nantes 
et Saint-Malo chargés sur chevaux et mulets ou bien 
encore sur de lourdes charrettes ; le tout restait sou- 
vent empêtré en quelques bas fonds. Fort heureusement, Ton 
marchait en troupe et sur le parcours, Taide ne faisait pas 
défaut. Ici et là se trouvaient en efifet de riches campagnards* 
adonnés à la culture et au commerce^ tout disposés à prêter 
main forte à leurs confrères tf»i marchandie. Il arrivait aussi 
que sur le tard, au détour dtf chemin, au milieu d'un bois, 

• Les GaUays de Livre, les da Feu, S*" du Rochdr-Pailet, les Chénevière 
d^Yté. les Boavier de SWean-sur-Vilaine faisaient le commerce maritime 
aux XVI* et XVII* siècles. Dans son testament daté de 1581 GoiUaume Gai- 
lajs charge ses exécuteurs testamentaires de mettre Targent de ses enfants 
à profit arec de bons marchands, qui vous répondront toujours de la princi- 
pale somme, en TOUS baiUant une moytié du profit. {Mœurs et coutumes des 
fàmiUes bretoiuiss^ U ii p. €1.) — Un acte de Tente daté du f S octobre 1675 
constate que Jean CheacTiére, sieur de la Heuserie et Philippe BouTior, sieur 
de la Paignière étaient en Espaigne Ters 1674 ; le premier confesse devoir à 
BoBTier la somme de douze cents livres qu*il lui avait empruntée an pajs 
d*Bspaigne. Le 3 janvier 1679, André Séquar faisant et agissant ponr 
11* P. BoBTier, S^ de la Paignière estant à présent au pays d*Bspaigne, prit 
possession de maisons à lui vendues par GheneTÎère. (Gommnniqué par 
M. Tabbé Porgei, vie. de S^ean-sur- Vilaine). Les Bouvier de SMean-s<ir> 
Vilaine ont produit deux procureurs fiscaux du marquisat d*Espinay, un au- 
mônier de Mr de Vaurèal, êv. de Rennes, un a\ociit. 



Digitized by 



Google 



LES VITRËENS ET LE COMMERCE INTERNATIONAL ,271 

des larrons opérant en bande et au dire de quelques-uns 
étrangement protégés, tombaient à rimproviste sur le .con- 
voi ; alors, il fallait livrer bataille. Comme il convient de mé- 
nager nos moyens^ n'insistons pas présentement sur ce genre 
d'aventures. Voilà nos gens rendus à bon port et heureux, 
assurés qu'ils sont de goûter bon gîte et le reste ; car à Saint- 
Malo et à Nantes toute une colonie vitréenne se met à leurs 
ordres, soit pour entreposer les canevas, soit pour indi- 
quer sur la rade un navire bien construit, habilement 
commandé, sur lequel, si le cœur leur en dit, ils iront en 
Flandre ou en Espagne. — Véritable voyage d*agrément 
direz-vous ; on s'en allait bellement le long des côtes, atterris- 
sant tantôt pour décharger une partie de la cargaison, tantôt 
pour renouveler les vivres. Matelots et passagers étant nom- 
breux sur les navires de ce temps, une agréable animation 
régnait constamment à bord. La mer, à la vérité, se livrait à de 
brusques et terribles soubresauts ; mais, le Maître après Dieu 
du navire la connaissait si bien ! Il avait suivi tant de fois la 
môme route ! A défaut de cartes imprimées, voyez comme son 
Portulan est net, exact, agréablement dessiné. Pour le tracer 
sur velin, le géographe mit en œuvre l'or, le carmin, Tazur, 
le noir et le vert émeraude ; à Taide de Tor et des deux pre- 
mières couleurs, il peignit ces roses des vents fleurdelisées 
intentionnellement disséminées sur la carte. De ces divers 
centres, il fit rayonner mille lignes qui se croisant, couvrent 
la terre et les mers de figures géométriques. Au sud de l'Ir- 
lande, dans le golfe de Bristol et à l'ouest des côtes de France, 
le long des terres flamandes, picardes, normandes, bre- 
tonnes et poitevines, ces triangles, ces trapèzes portent des 
numéros dont le sens nous échappe. Au travers du réseau géo- 
métrique, treize serpenteaux d'or et d'azur courent vers les 
points géographiques précédemment indiqués. Chacun d'eux, 
à son point de départ occidental, est distingué par une lettre 
que nous retrouvons à l'angle du Portulan, suivie d'indica- 
tions précieuses dont voici quelques spécimens : 



Digitized by 



Google 



272 LES VITRÉBNS 

D. Courant d'azur allant vers le cap Land*s end : fond ver- 
meil et pièces de coquilles épaisses. 

R. Gourant d*azur dirigé vers Audierne : fond plus doux, 
grandes coquilles rompues et à terre vase. 

L. Courant d'or vers Belle-Isle ; sable gros et à terre branches 
comme courait. 

Une bordure de vert émeraude rehaussée d'or, dessine 
le contour des rivages dont les approches sont ainsi étudiées. 
Le long du littoral, le géographe écrivit à Tencre noire les 
moindres «riques distinguant au carmin les h&vres de 
quelque importance. Il couvrit d'or ou d'azur les lies dont la 
mer est constellée. Il fit en un mot, œuvre de savant et 
d'artiste. 

Sur la foi d'un tel guide, on pouvait, pensez-vous, tendre 
ses voiles et voguer en paix. Les gens du quinzième et du 
seizième siècle, n'y allaient pas avec tant d'assurance. S'ils 
partaient en nombre, c'est qu'ils savaient que de ces criques 
profondes figurées sur leur carte manuscrite', des pirates 
pouvaient s'élancer sur eux à l'improviste. Ce cas échéant, 
tout marchand devenait ou matelot pour aider à la manœuvre, 
ou soldat pour défendre ses intérêts et sa vie. N'a-t-on pas 
écrit avec autorité : « Le célèbre axiome la force prime le 
droit avait largement cours aux quinzième et seizième siècles. 
L'impunité semblait assurée aux nombreux forbans qui fon- 
daient tout à coup, comme de voraces vautours sur les 
marchands, heureux quand les ravisseurs n'attentaient pas 
à la vie de leurs victimes, afin de couper court aux poursuites 
ultérieures. » Nos Vitréens ne furent pas exempts de pa- 
reilles.mésaventures. On en donnait dernièrement la preuve, 
en exhibant à la Société archéologique d'IUe-et- Vilaine une 
procuration signée en 1573 par les marchands de Vitré, pour 



' Nous avoni trou/é dans TiiiTeii taire des meubles et papiers da Vitréen 
Jean Le Fort, cette intéressante mention : « Une carte marine montée 
•t quatre tableaux. -^ Trois actes en langue espagnole. — Facture de quatre 
ballots de toile de Laval contenant ensemble 3630 rerges d'Espagne. 



Digitized by 



Google 



ET LE COMMERCE INTERNATIONAL 273 

rechercher des toiles que des corsaires leur avaient enlevées 
dans les eaux du Portugal. 

1573, c'est l'année où le huguenot Montgommery s'empare 
de Belle-Isle ; Tannée, où de l'aveu du gouverneur de Nantes, 
les hérétiques de La Rochelle entravent la liberté commerciale. 
A braver des croiseurs aussi bien intentionnés , les 
marchands catholiques s'exposent à tout perdre. Qu'importe? 
plus de périls à courir, plus d'honneur à gagner ! et aban- 
donnant peu à peu les brumeuses régions, nos Vitréens vont, 
de plus en plus nombreux, cueillir des fruits d'or au jardin 
des Hespérides. 

Dès le commencement du quatorzième siècle, les Espagnols 
fréquentaient les havres de Bretagne. Vous platt-il de vérifier 
l'exactitude de cette assertion, prenez Tenquôte sur la Vie et 
les miracles de saint Yves ; le 120* témoin vous dira la triste 
aventure d'un certain Ibérien, nommé Michael de Ponte-Ra- 
bie. Dans cette revue môme, on vous a montré, textes en 
main, qu'en 1566, les biens et denrées des marchands espagnols 
estant à Nantes, valaient 30.000 escus. Si vous ouvrez le Livre 
doré de cette même ville il vous livrera les noms d'une 
tribu de naturalisés appliqués à honorer leur. patrie d'adop- 
tion. Des ports bretons, les . Espagnols pénétraient dans l'in- 
térieur des terres. En sa chronique rimée. Le Doyen affirme 
les avoir vus acheter à Laval force toiles 

Dont il demeurait grand argent 
Qui soutenait beaucoup de gens. 

et d'autre part les Magon se chargent de nous apprendre 
qu'originaires d'Espagne, ils se fixèrent tout d'abord à 
Vitré au XIV* siècle, pour aller ensuite édifier à Saint-Malo 
la belle fortune que vous savez. 

Ainsi renseignés sur les établissements espagnols en 
Bretagne, il nous serait agréable de nommer les Vitréens 
qui les premiers osèrent s'aventurer vers la péninsule et y 
foniji^r (}es comptoirs ; mais pour ce faire, les documents 



Digitized by 



Google 



274 LBS VITRÉENS 

nous font absolument défaut. Dans le livre de la Confrérie» 
nous trouvons bien- qu'en l'année «519, André Gholet, négo* 
ciait en Espagne. Rien de plus ; pour le reste» nous sommes 
réduits aux conjectures. Voici, à notre avis, les plus ration- 
nelles. Au quinzième siècle, et aux débuts du Xyi% quel- 
ques Vitréens seulement négocient et passent en Espagne, 
Nantes, Blavet semblent être alors leurs principaux ports 
d'expédition. La majorité se porte en Flandre par Saint-Malo.- 
Vers 1560, c'est l'inverse. Les protestants vitréens, c'est-à- 
dire la minorité de nos négociants, continuent les rela- 
tions commerciales avec la Hollande et l'Angleterre ; nos 
négociants catholiques, montés sur les navires de Saint-Malo, 
de Nantes, de Morlaix, voguent vers les rivages Andalous et 
fixent leurs résidences, les uns à Cadix, et à Puerto-Santa- 
Maria ; les autres à l'embouchure du Guadalquivir, en San- 
Lucar de Barrameda. 

A San Lucar, les palmiers balancent leurs gracieux rameaux; 
non loin, de grands bois de pins pignons fournissent d*épais 
ombrages. De là àSéville l'enchanteresse, les navires d'un 
fort tonnage peuvent aisément remonter le fleuve.'; il est donc 
loisible à Olivier Malherbe, à Richard Le Gouverneur, à 
Etienne Prain, à Morel et autres Vitréens de ne pas encourir 
ce reproche 

Quien no ha visto Sevilla 
No ha visto maravilla. 

A Puerto-Santa-Maria, la senteur parfumée des orangers 
embaume les jardins, et dans les bodegas, le Jere^, abonde î 

Placée à l'extrémité d'une langue de terre, enserrant dans 
une ceinture de murailles de hautes constructions revêtues 
d'enduits blancs ou roses, la ville de Cadix, au dire des 
Espagnols, resplendit sous les feux du soleil comme un pla- 
teau d'argent posé sur une mer de Saphir. Bref, en toutes 
ces cités andalouses, la vie apparaît aux Vitréens bruyante 
et joyeuse. 



Digitized by 



Google 



ET LE COMMERCE INTERNATIONAL 275 

A ce séduisant tableau, il est pourtant quelques ombres. 
L*Espagnol entend conserver le monopole du eommaree dos 
Indes. On le trouve là dessus d'une sueceptibUili^ d'une 
jalousie oppressives. De plus, entre te Roi tote cbf^Uen et le 
RxH très catholique, les relations diplosuatiqiftea sont parfois 
terriblement twdues et nos traflcants eu souffrent au point 
d'entretNiir Tambassadeur de France dans un état d'irritation 
perpétvrifeb « Dans tous tts ports écrit-il^ ce sont quotidien- 
nement des arrestafticNOts arbitraires et des vols flagrants. A 
Valence^ de pauvres gens munis d'un sauf-conduit de Phi- 
Hppe II> sont cependant arrêtés. On accepte les sept mille 
ducats qu'ils offrent en garantie» mais on les chaîne de 
chaînes, on les jette dans une affreuse prison où^ exténués de 
faim, ils attendent la mort dans l'impossibilité de trouver un 
écrivain qui leur ose ou veuille dépêcher un ordre de justice 
pour la défense de leur cause. A Garthagène, procédés ana- 
logues. Près de Gibraltar» um navire français appartenant au 
oonsul d'Henri III et qui faisait la négoce avec le Maroc, est 
capturé par te eapitaiue don Francisco de Vargas et par l'au- 
diteur desrGiialères» don Juan de Mendoza. Ils mettent tous les 
hommes à la cale et à la chaîne, sans leur vouloir donner un 
morceau à manger des victuailles qui estoient en leur vais- 
seau; àBilbao» on intercepte, et vole la correspondance de nos 
marchands, on lès maltraite, on les condamne à périr et ces 
brutalités ne s'accomplissent pas brusquement dans un coup 
de colère ou de convoitise, elles durent des années'.» 

Pour affronter un pareil régime, vous connaissez les res- 
sources des Vitréens: leur ténacité bretonne, leur nombre, 
leurs liens de parenté et de confraternité religieuses, t Puisqu'il 
faut endurer misères, se disent-ils, mieux vaut pour nous 
peiner en un pays où notre sainte religion est universelle- 
ment Tespectée, où nous pouvons suivre ses belles cérémo- 

^ Voir : Xe père dé madame de Rambouillet. Jean de Viveonne, sa vie 
et ses ambassades près de Philippe ÎI et à la cour de Borne, par 1« Vicomte 
Guy de Bremont d'Ara. P P 120. 111. 



Digitized by 



Google 



276 LES VITRÉENS 

nies, où, pendant nos veilles laborieuses, nous entendons El 
Sereno lancer à Notre-Dame cette gracieuse salutation, Ave^ 
Maria purissimûl Là du moins, à notre lit de souffrance ou de 
mort, nous recevrons, avec le pardon de nos fautes, les su* 
prômes consolations qui en découlent. » Et sur ce pieux rai- 
sonnement, ils restentdix, quinze ans en Espagne; quelques- 
uns y meurent courageusement, après avoir donné à leurs 
hôtes un témoignage de leur ferme foi, un dernier souvenir à 
leur petit Vitré, une dernière marque de confiance à leurs 
compatriotes. 

De Timagination, du sentiment, tout cela ! Souvenons-nous 
que nous sommes de Técole documentaire et ouvrons aux 
' lecteurs les archives de Notre-Dame. 

Elles témoignent qu'en Tannée 1575, un Vitréen, Jean Les- 
caubert, fils de Guillaume et d'Armelle Hubert* se livrait à 
San-Lucar de Barrameda à de fructueuses opérations corn- 
merciales» il avait la bourse bien garnie, ses créances étaient 
sûres. Le trente octobre de la dite année, par prévoyance ou 
se sentant mortellement atteint, il mandait près de lui Jérôme 
Sanchez Le Noir et lui dictait en langue espagnole ses der- 
nières volontés. Emportées à Vitré, elles furent traduites en 
langue française par Guillaume Mazurais, sieur de Chalet. 
Jean Lescaubert y disait donner à Guy Ronceray, S' du Tilleul, 
pleins pouvoirs pour recevoir de Pierre Orout, de Saint-Malo^ 
250 escus d'or à douze réaux Tun, afin d'acheter un fonds de 
terre lequel serait baillé au chapelain chargé de célébrer trois 
messes chaque semaine en Téglise Notre-Dame, à l'autel de 
VEcce homo. Ldipretniëre de ces messes devait être dite au 



• N'était-ce point une nièce de Pierre Habert» chanoine de la Madeleine 
doyen de Vitré, recteur de la GhapeUe-Erbrée, dont la statue et le tombeau 
se voient au bas côté nord de notre yieille église, en la chapelle de Notre- 
Dame de Pitié. Cet ecclésiastique avait fondé en 1488 « une chaifellenie 
pour estre à perpétuité et il toujours desservie en la dite église Notre-Dame 
eji la chapelle ou sera mins et assis une image de Monsieur S^ Hubert et upe 
de Notre-Dame de Pitié. » (Voir le rapport sur les Excursions arch, du Congrès 
de Vassociation bretonne tenu à Vitré en 1876 par Tabbé Paris-Jallobert.) 



Digitized by 



Google 



ET LE COMMBBCK INTERNATIONAL 2Ï7 , 

Jour de mercredy pour les âmes du purgatoire en générai ; 
la seconde, au jour de vendredy, à Tintention des âmes des 
parents et bienfaiteurs du testateur ; la troisième, le dimanche 
à son intention. Pour chapelain, le prêtre le plus proche et le 
plus docte de son lignage serait préféré ; à défaut d un parent, 
le clergé de Notre-Dame, les trésoriers et les principaux 
catholiques de la paroisse devaient choisir le plus vertueux 
et le plus capable. 

Guy Ronceray accomplit fidèlement son mandat et avec les 
beaux escus soleil qu'il bailla à Robert Ringues et à Jean de 
Montalembert, trésoriers de Notre-Dame, ceux-ci achetèrent 
la closerie de Ghampcour qui leur fut cédée par Pierre Gly- 
neau, sieur de Droigné. 

Traducteur, exécuteur testamentaire, acquéreur, vendeur, 
débiteur, tous étaient marchands d*outre-mer. Mazurais fut 
en son temps procureur syndic des bourgeois, député aux 
Etats de Bretagne. Guy Ronceray devint miseur de Vitré; Jean 
de Montalembert et Pierre Glyneau présidèrent la confrérie 
de rAnnoncitition. Ge dernier représenta ses concitoyens aux 
Etats tenus à Rennes en 1505. Les Grout, enfin, comptaient à 
Saint-Malo parmi les plus enfreprenants et les plu3 braves. 

Donc, malgré son aridité, ses formes vieillies, vive le docu- 
ment ! puisqu'il nous permet 4e peindre au vif les Vitréené, 
d'apprécier leurs relations, et d'admirer une fois de plus la 
vivacité de leur foi^ 

Prain. 
{La suite prochainement,) 



■/'TV" 



Digitized by 



Google 



^mB 






RECHERCHES 

SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 

DE vkmimm province m Bretagne 



/« — A'/* ^/éc/e 



§ 4. — HuiTIÈ3k{£ SIÈCLE. 

LE' huitième siècle, époque de transition et sans 
caractère tranché, n'a jamais passé pour un siècle de 
gloire, soit au point de vue de la sainteté, soit au 
point de vue des lettres et des arts. Personne ne sera donc 
surpris de voir qu'il ne fournit pas au présent travail un 
appoint considérable.; Je ne trouve, en effet, à mentionner que 
la seconde Vie de saint Samson avec la première Vie de 
saint Martin de Vertou et les Vies (uniques) des saints 
Hervé, Méen et Hermeland, et encore la date de plusieurs 
de ces écrits pourrait-elle être contestée. 

11 y a lieu de croire cependant que Tétude des lettres con- 
tinua d'être en honneur sur toute l'étendue du territoire 
armoricain, et [que de nouvelles écoles furent fondées en 
divers lieux. 



Digitized by 



Google 



RECHERCHES SUR LES ORIGINES UTTÉRAIRRS 271) 

I Ainsi; les débuts de^ ce siècle nous montrent au centre de 
!âe la Bretagne les disciples de saint Méen : Garoth,Maëlmon, 
•Elocau, Léry, etc., fondant à Caro, à Talensac, à Sajint-Léry 

et ailleurs des prieurés-écoles y où la jeunesse du pays 
venait se former et recevoir éducation et instruction. Par 
malheur, tout cela n*est connu que par la tradition, à part les 
détails fort curieux, mais trop incomplets, qu'on trouve 
dans la vie (en partie inédite) de saint Léry' . 

Les qualités, qui distinguent la vie de saint Hervé, nous 
sont également une preuve que Tétude des lettres n'était 
nullement négligée alors dans le Léon et la' Gornouaille. 

Pour récole de Dol, elle n'était pas moins florissante que 
celle de Saint-Méen, témoins saint Thurial et le second 
biographe de saint Samson, qui s'y formaient à cette date. 
Les études n'étaient pas cultivées avec moins de succès dans 
le pays de Nantes. Nous en avons pour garant le mérite 
littéraire si incontestable des deux anonymes qui ont écrit 
les vies de saint Hermeland, abbé d'Aindre (25 mars 720) et 
de saint Martin de Vertou (24 octobre 581)? Je puis en 
dire autant du pays de Vannes appuyé sur les rensei- 
gnements que nous fournit à cet égard le biographe con- 
temporain de saint Convoyon et de ses disciples, Tauteur 
des Gtsta sanctorum Rotonensium^ . Cet auteur ne nous laisse 
point ignorer, en effet, que le fondateur de Tabbaye de Redon, 
et ceux qui se rangèrent les premiers sous sa houlette 
appartenaient presque tous au clergé diocésain de Vannds, 
mais en ajoutant qu'ils n'y étaient point entrés sans avoir 
fait préalablement des études sérieuses, et sans avoir acquis 
une connaissance étendue des lettrés divines et humaines. 

II mentionnait en particulier un religieux, nommé Doethgen, 



* V. BoUand, de Sancto LaurOj 30 septembre, et les actes manuscrits de 
saint Léry, dans le fonds des Blancs-Manteaux. 

'Cet écrit a été inséré dans lenAeta Sanctorum, O. S. Benedicti ; IV* sec u- 
lum parte secunda. Ce document a reparu dans les Preuves de Bretagne^ 
t. I, pages 234 ei suivantes. 



Digitized by 



Google 



280 RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 

qu'on surnommait scriptor (écrivain), évidemment parce 
qu'il avait composé différents ouvragesV Lui-môme nous 
affirma que Virgile, Homère et Cicéron étaient pour lui des 
auteurs familiers', et sans doute il n'était pas seul dans cette 
catégorie. 

Tels sont les renseignements, qu'il m'a paru bon de donner 
sur rétat de Finstruction et des lettres en Armorique au 
huitième siècle, avant d'aborder l'étude des trop rares docu- 
ments écrits d'origine armoricaine, que cette même époque 
nous a légués. J'en viens maintenant à cette partie de mon 
étude, et le premier auteur, qui se présente à moi dans l'ordre 
des temps, n'est autre que l'anonyme, auquel nous devons 
la seconde vie de saint Samson. 

Seconde vie de saint Samson. 

J'ai déjà dit pourquoi j'appelle seconde vie du premier 
évàque de Dol, celle que Mabillon et les Bollandistes ont pris 
pour un écrit original (Vita primigenia). Mais il sera peut- 
être à iiropos de déduire ici un peu plus au long les raisons, 
qui militent en faveur de cette opinion. 

En voici quelques-unes. En premier lieu, cet écrit est 
dédié à un évêque, nommé Tiarmaôl (Tigernomaglus); on a 
supposé contre toute vraisemblance qu'il s'agissait là d'un 
disciple de saint Paul de Léon, disciple qui n'eut qu'un épisco- 
pat éphémère de quelques mois^. Mais c'était chercher midi à 
quatorze heures, comme on dit vulgairement, car en réalité, 
Tiarmaël ou Armahel a occupé le siège même de Dol ; il n'est 
autre que le précepteur de saint Thurial (v. 710-721). 

En second lieu, ce biographe mentionne un autre successeur 
de saint Samson, saint Leucher*, et bien que nous manquions 

« Gesia, SS. Rotonens. lib. 2, n* ô. 

• Ibid*^ proL du livre 2. 

ï Mabillon ; Acta SS. 0. S. B. t. i, p. 151. 

* lùid., n*i&, p. 173. 



Digitized by 



Google 



DE l'ancienne province DE BRETAGNE 281 

de tout autre renseignement sur ce personnage^ il est cer- 
tain cependant par les anciens catalogues qu'il n'a pu gou- 
verner Téglise de Dol que dans le courant du septième siècle, 
c'est-à-dire, après la mort du prétendu évêque de Léon : 
Tigernomaglus. 

En troisième lieu, si on relit attentivement le prologue de 
cet anonyme^ on acquerra la preuve manifeste qu'il n*est 
qu'un écrivain de seconde main, et un abréviateur.Car il en fait 
l'aveu lui-môme', etsi,allant plus avant, on confronte son texte 
avec celui de Tautre anonyme, que j*ai appelé le premier bio- 
graphe de saint Samson, on demeurera convaincu que c'est 
récrit de ce dernier qui a servi de base à Tautre anonyme, et 
auquel il a emprunté parfois textuellement toute la subs- 
tance de ses récits. 

Ceci soit dit uniquement dans Tinteniion de rendre à 
TunetàTautre anonyme ce qui lui appartient en propre. 
Car, d'ailleurs, mon but n'est nullement de nier le talent et 
les qualités du second biographe de saint Samson. Tout au 
contraire, je me plais à reconnaître qu'il écrit le latin avec 
autant de simplicité que de clarté et de correction. Il entre 
môme sur la vie et les miracles de son héros dans beau- 
coup de particularités, que l'on aime à rencontrer chez les 
hagiographes, et son travail serait du plus grand prix, si 
nous n'avions rien de plus circonstancié et de plus capable 
de faire autorité sur un thaumaturge aussi renommé que 
Samson de Dol. Somme toute cependant ce qui a fait jusqu'ici 
la principale valeur de cet anonyme c'est que l'écrit de son 
devancier était méconnu ou ignoré, mais désormais il ne 
doit plus ôtre ainsi, ce dernier ayant obtenu récemment les 
honneurs de l'impression. 

* Pro sedalis ac pulcherrimis litteris, qaas cathoUcè et iiidubitaiiter.... 
conscriptas reperi, hœc paucissima admodam varba m^moriatis Uttsris tra- 

dere conatui soin Pauca de multis coUigens (ProL in libr. primum) ; 

V. aussi le Prologae du lib. 2 et Id n« 8 de ce second livre. 



Digitized by 



Google 



282 RECHERGHBS SUR LES ORIGINES LIITÉRAIHES 



§ 2. — Vie de saint Méen (21 juin 640). 

Saint Méen (MevennusJ, parent et disciple de saint Samson, 
a été à la fois Tun des pères de Tordre monastique en Bre- 
tagne et Tun des pionniers les plus actifs de la civilisation 
chrétienne dans la partie centrale de cette province. 

On a publié tout récemment une vie ancienne de ce saint 
abbé*. Bien qu'il soit difficile de donner une date précise à 
cet écrit, il paraît cependant sans nul doute antérieur aux 
invasions normandes et à la translation du corps du saint. 
On la conclut avec certitude de ce que Tauteur ne fait aucune 
allusion à ce double événement. Il y a plus : il garde le même 
silence sur un grand incendie, qui dévora (vers 800) les ai*- 
chives de son monastère', et Tàurâit mis selon toute appa- 
rence dans l'impuissance de rédiger sa biographie; s*il avait 
écrit après ce sinistre déplorable. Enfin un passage (n^ 13) 
rappelle manifestement les jours de Charles Martel et Ten- 
vahissement des biens d'église par les courtisans et les 
hommes d'armes : c'est celui dans lequel Tauteur proteste 
avec une rare véhémence coptro cet abus sacrilège de la force 
et de la puissance. Tels sont les motifs qui me portent à placer 
au huitième siècle la composition de cet écrit. Mais on ne 
saurait non plus le faire remonter plus haut, car rien ne 
donne à entendre que Tauteur fut contemporain ou disciple 
du saint : bien au contraire, un passage (n* J9) paraît 
emprunté à la vie de Judicael, disciple du Saint. 

Au point de vue littéraire, le biographe de saint Méen n'est 
nullement dépourvu des qualités, qui donnent du prix à un 
écrit hagiographique. Il manie la langue latine avec facilité, 
et son style, à part quelques néologismes et deux ou trois 



' Analecta Bolland^ t. m, p. 141, tirage à part chez MM. Plihon etUerré 
à Renne». 

' Preuves de Bretagne, t. i, p. 3v5. 



Digitized by 



Google 



^•f??^'' 



D£ L^ANGIËNNE PROVINCE DE BRETAGNE 283 

passages un peu obscurs, ne manque ni de simplicité et de 
concision, ni d'élégance et de clarté. Ge qu'on regrette le 
plus en le lisant, c'est qu'il ne soit pas entré dans plus de 
détails sur la jeunesse de son héros, sur la fondation de 
l'abbaye de saint Méen, et sur les nombreux travaux apos* 
toliques dont elle fut accompagnée. Tel que, cet écrit ren- 
ferme néanmoins tout ce qu'on sait authentiquement sur 
un thaumaturge dont le culte a été des plus, étendu dans 
les âges de foi. 

S^. — Vie de saint Hervé (16 juin 620). 

' Hervé, fleur de sainteté d'un rare éclat, et d'un parfum 
exquis^ est d'autant plus vénéré en Léon et en Goi'nouaille, 
que, bien qu'issu d'un père qui appartenait par sa naissance 
à la Bretagne insulaire, il a lui-môme reçu le jour dans les 
environs de Saint-Pol-de-Léon, et n'a peut-être jamais dépassé 
ce pays et la Gornouaille pendant tout le cours de son 
existence. 

La vie admirable de ce saint fut retracée de bonne heure 
par un anonyme, qui possédait assez bien la langue latine et 
récrivait avec pureté. Get auteur était du pays et paraît ne 
rien avancer qu'en connaissance de cause. Gependant rien 
ne prouve qu'il fut contemporain ou plutôt il ne dit pas avoir 
vécu avant le huitième siècle, puisque de son temps la fête de 
tous les saints était déjà honorée d'une vigile*. Mais, d'autre 
paurt, vouloir le rejeter jusqu'au dixième siècle, semblerait 
peu logique : car sa relation ne renferme pas un seul mot qui 
ait trait aux invasions normandes et à la translation du corps 
du saint. Bien au contraire, il donne à entendre que de son 
vivant le pays breton était divisé en plusieurs principautés 
indépendantes les unes des autres (Léon, Gornouaille, etc.)> 
' ayant chacune un comte à sa tète : ce qui était effectivement 

' Vie iivédUe de saint Berve^ n» 3. 



Digitized by 



Google 



284 RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTERAIRES 

Tétat du pays au huitième siècle et depuis Tabdication d2 
saint Judicaël,tandi3 que du temps de Nominoé et de ses 
successeurs immédiats, tout le pays obéissait à un seul chef, 
à un roi. 

Si on m'objectait que le biographe y parle du comie Evcn, 
le fondateur de Lesneven, qui d'après D. Lobineau n'a vécu 
qu'au dixième siècle, je répondrai que Terreur est id, du côté 
de notre savant historien. Je reviendrai bientôt sur ce per- 
sonnage à propos de la vie de saint Goulven. 

La vie de saint Hervé est restée jusqu'à présent inédite, 
mais on a lieu d'espérer qu*elle ne tardera pas à figu- 
rer dans les Analecta Bollandiana. On en trouve d'ailleurs, 
des fragments textuels assez étendus tant dans l'ancien 
Sanctoral de Quimper, déjà plusieurs fois cité ici que dans 
les bréviaires imprimés de Nantes, de Léon et de Rennes des 
premières années du seizième siècle. 

§ 4. — Premiers vie de saint Martin de Vertou 
(24 octobre 580). 

Saint Martin de Vertou n'est pas un nom sans gloire dans 
l'hagiographie, bien qu'il ait des homonymes plus illustres 
que lui. La plus ancienne vie de ce saint ne paraît pas cepen- 
dant l'œuvre d'un disciple et d'un contemporain, au moins 
rien dans son contexte ne l'indique, mais elle est indubita- 
blement antérieure à l'année 843 et aux invasions normandes, 
l'auteur nous affirmant que de son temps le corps du saint 
reposait encore à Vertou, tandis qu'à la date indiquée il fut 
porté à Saint-Jouin-de-Marne. 

Le style de cet écrit, bien que correct et parfois élégant, 
manque cependant de simplicité et de concision ; puis l'au- 
teur ne nous a laissé qu'une esquisse au lieu d'une biogra- 
phie détaillée, dont le fondateur de Vertou était si digne. 
Cette vie a été donnée au public par Mabillon ; pour les 
nouveaux BoUandîstes', ils lui ont préféré, bien à tort, si je 

« Acta SS. 0, S. Benedictii 1. 1, p. 35i. Acta Bolland , t. x*oct. p. 800, etc. 



Digitized by 



Google 



RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 285 

ne me trompe, un texte, qu'ils intitulent : Vita aniiquissima 
et qui n*est autre chose qu'un extrait, assez informe, de la 
seconde vie du même saint (neuvième siècle], extrait destiné 
à servir de légende liturgique pour la fête du saint. 

§ 5. — Anon. de Nantes : Vie de saint Hermeland* 
(25 mars 720). 

J*arrive maintenant à la vie de saint Hermeland (25 mars 
720). Celle-ci est l'œuvre d'un contemporain et appartient 
sans conteste possible au huitième siècle^ car ello fut écrite 
vers l'époque (740) de la translation du saint, et les Bollan- 
distes l'ont imprimée sur un. manuscrit de l'année 767. 

Hermeland, issu d'une noble famille de Noyon, puis moine 
de Fontenelle en Normandie, enfin fondateur d'un monastère 
dans les environs de Nantes, a trouvé un biographe, digne 
de lui, dans la personne de cet anonyme, qui appartenait, selon 
toute apparence, au clergé nantais. Rien n'indique, en effet, 
qu'il fut disciple du saint, ni môme moine de l'abbaye 
d'Aindre; et cependant il est manifeste qu'il n'écrit qu'en 
pleine connaissance de cause, après avoir interrogé avec soin 
les familiers du saint et compulsé les archives de l'abbaye*. 
Sans cela il n'eût pas été à mâme de connaître soit les 
incidents qui signalèrent la fondation d'Aindre, soit surtout 
ce qui concerne la naissance du saint, sa jeunesse et 
sa vie monastique à Fontenelle, etc. Le style de cette vie, 
bien que parfois un peu diffus, se fait cependant remarquer 
par l'élégance et la correction. Quant à l'esprit de piété, dont 
Tauteur était animé, il éclate à chaque page, principalement 
dans celles qui sont consacrées à raconter la mort du saint, 
et les premiers hommages religieux, dont il devint l'objet au 
lendemain de son bienheureux trépas. 

(il suivre). Dom Fr. Plaine. 



* Vie de saint Hermeland^ prolegom., n* 17 et passim. 
T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, 3* LIV. 



19 



Digitized by 



Google 




UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN D'ANGERS 

(LE CARDINAL DE DEN ON VILLE) 
(1493-1 B40') 



VI 



XIX. -^ Rome, 24 mai 1537. — Monsieur de Lavaur arriva ici 
mercredi au soir et vendredi fut baiser les pieds de Notre- 
Saînt-Pèrc_ où je l'accompagnai. Ce m'est un grand secours 
pour ayder à conduyre les affaires du Maître, car il est bon et 
notable personnage, et bien expert aux affaires. » 

XX. — Rome, mai -*- juillet 1537. — Les beaux jours ont 
ramené la terreur des Turcs. Pendant qu'on fortifie les places 
des côtes, \ ndant que le Pape exerce ses troupes, rassemble 
une armée de 20,000 hommes, fait sien tout le revenu du 
Chapeau et impose encore les Cardinaux pour subvenir aux 
frais de la défense de Rome, la flotte turque tient la mer dans 
les eaux de Gallipoli et n'attend que le moment favorable pour 
lever l'ancre. André Doria est descendu jusqu'à Messine à sa 
rencontre, mais il ne peut lutter contre elle, étant beaucoup 
plus faible. L'Empereur lève aussi des troupes et en garnit les 

« Voir la livraison de mars 1890. 



Digitized by 



Google 



CN ABBÉ DE SAINT-AUBIN D ANGERS 287 

côtes d'Espagne pour s opposer à Hn'vasion des Turcs. Entre 
temps le cardinal Borghèse est mort, tout aussi bien que 
Pierre Francisque de Viterbe, ce dont le Roi n'aura rien à 
perdre, car « ils ne luy portaient guère bonne dévotion. » 

XXI. — Lettre du Cardiaal-Evique de Màcon au roi Frari" 
cois /•'; 

« Sire, par le secrétaire de Monsieur de Monl pesât, qui partit 
dlciavant-hier^nousvous avons écrit bien atnplement de toutes 
occurrences de deçà, et par la présente que nous envoyons à 
Monsieur de Rhodez, à Venise, pour vous la faire tenir, il vous 
plaira entendre ce qui est depuis survenu. Sa Sainteté a repré- 
senté au consistoire que la tenue du concile qu'elle a convoqué 
est traversée par la guerre qui est entre Vous et l'Empereur, 
et qu'à ceste cause il est besoin pour ôter cet empêchement 
qu'elle s'efforce encore, comme jusqu'ici elle a fait tout ce 
qu'elle a pu pour vous accorder, ou bien de vous y faire venir 
par admonitions et nouvelles exhortations^ ou bien faisant 
office de juge comme Elle était délibérée de faire par excom- 
munications et censures contre celui qui ne vo'^drait se sou- 
mettre à la raison ; voire môme, si Elle le trouvait obstiné, de 
se déclarer pour celuy qui serait le plus raisonnable, lui 
aydant non seulement de ses forces spirituelles, mais aussi 
des temporelles, après avoir toutefois tenté non seulement la 
voie d'accord, mais la suspension des armes, ce qu'il lui sem- 
blait devoiret pouvoirfaireattendreTéminentp .il où se trouve 
la Chrétienté, et voulant au cas où le dit accord ne pourrait 
en suivre vous contraindre l'un et l'autre, non seulement à la 
dite suspension d'armes, mais à vous convertyr contre les 
infidèles, surquoy Sa Sainteté voulait bien avoir l'opinion de 
MM. Révérendissimes les Cardinaux; la plupart desquels ont 
été d'avis qu'attendu la déclaration faite par les Luthériens, 
en la dernière diette qu'ils ont tenue, de ne vouloir assister 
audit concile s'il se célébrait en Italie, et les déclarations faites 
par vous et l'Empereur, Sa Sainteté devait user du temps. 



Digitized by 



Google 



\ 



388 UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN D^ANGBRS 

C'est-à-dire différer encore d'assigner le lieu du concile jus- 
qu'aux calendes de septembre, et qu'entre càet là, possible? le 
temps apporterait l'expédient que l'esprit humain ne pouvait 
pour cette heure comprendre, et tous ont convenu que le con- 
cile pour toutes les difficultés susdites cependant ne s'étendra 
ni prorogera. Et quant au fait de l'accord et suspension 
d'arm(îs, Sa Sainteté devait attendre la réponse que l'un çt 
l'autre feriez parce qu Elle vous a fait requérir d'envoyer 
chacun devers Elle deux hommes d'autorité pour traiter le dit 
accord, et que cependant Sa Sainteté pourrait concerter le 
moyen de procéder en cette affaire avec cinq ou six de Mes- 
seigneurs Révérendissimes les Cardinaux, soit par douceur 
ou par rigueur, combien qu'il leur semblait qu'encore qu'Elle 
connut le tort de l'un de vous deiix. Elle ne devrait pourtant 
user d'armes et de forces temporelles à rencontre d'icelluy, 
rencontrant les inconvénients jadis advenus non seulement 
au Saint-Siège, ains à toute la Chrétienté, des partialités des 
feus papes Léon, Adrien et Clément. 

€ Surquoy Sa Sainteté a arrêté et conclu d'user du bénéfice 
du temps, et différer l'assignation du lieu pour tenir le Con- 
cile jusques aux Calendes de septembre, auquel temps, si 
autre chose ne survient, elle a délibéré de se mettre en che- 
min pour aller à Bologne, et se gouverner quant au fait du 
dit concile ainsi que Dieu l'inspirera et selon l'avis et opi- 
nion desdits Sieurs Révérendissimes, sans toutefois donner à, 
penser à Vous ni dit Empereur, où Elle différerait et proro- 
gerait le dit concile, que ce fut pour adhérer à vos passions 
et volontés. 

« Et quant au dit accord, Sa Sainteté a répété ce que plu- 
sieurs fois Elle en a dit, à savoir que non seulement Elle. avait 
délibéré de contraindre Vous et l'Empereur à la suspension 
d'armes, mais aussi à les convertyr contre les pires ennemis 
de la Foi, disant toutefois quant à se déclarer contre celui qui 
lui paraîtra déraisonnable, que ce sera la dernière chose 
qu'Elle fera, car Elle veut comme Elle a fait ci-devant, -obser- 



Digitized by 



Google 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN DANGERS 289 

ver sa neutralité sans y déroger en aucune manière, bien 
qu'Elle veuille faire son office sans avoir respect aux passions 
désordonnées de Vous et de l'Empereur. Puis a dit Sa Sain- 
teté que son Général sera ici demain avec partie de ses gens 
de guerre, et qu*Elle espérait que les forces s'élèveraient à 
deux légions pour le moins. 

« Sire, nous supplions Nostre Seigneur qu'il vous donne 
en parfaite santé et prospérité très longue et bonne vie. De 
Rome, ce 12' jour de juillet 1537* 

« Vos très humbles et très obéissants sujets et serviteurs, 
Chakles, Cardinal, Evoque de Mâcoa. 
Georges de Selve, Evéque de LavaurV» 

C'est à la plume de Ribier que nous devons la conservation 
de cette importante dépêche. Il Ta transcrite au premier 
volume de ses Mémoires d'Etat, afin de faire voir la part que 
prenait à cette époque le Saint Siège, dans la gestion môme 
des affaires des plus grandes Puissances du monde. Cette 
lettre n'est pas, pour nous, intéressante seulement à ce point 
de vue. Elle révèle dans Tâme et dans la conscience de 
l'homme, qui en est l'auteur, et dont nous écrivons l'histoire, 
un sentiment supérieur à celui qui jusqu'alors avait été le 
mobile dominant de toutes ses actions. C'est moins en effet 
l'ambassadeur qui parle en fidèle serviteur du Roi, prenant 
avec soumission les ordres du Monarque, décidé à employer 
tous les moyens pour en assurer l'exécution, c'est le Prince 
de l'Eglise, c'est le futur membre du Concile, c'est le Cardinal 
qui défend la cause de la Catholicité inquiète, mise en péril 
par la dissension des princes, ses plus fermes soutiens. 
L'Eglise Catholique traverse en effet, à ce moment difficile, 
un temps d'épreuves. Pendant qu'au sud elle est menacée 
directement par la matérielle et sanguinaire violence des 

* Mémoires d*Etat de Ribier, tome I. 



Digitized by 



Google 



200 UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN d'aNGERS 

Musulmans, au nord elle a besoin de se défendre moralement 
contre les fauteurs de Thérésie dont la doctrine fait de rapides 
progrès et cherche à la frapper au cœur. Il lui faut dans un 
concile général combattre cette doctrine funeste, la condam- 
ner avec toute la majesté dont elle peut s'entourer ; ou, par 
une discussion habile et des concessions possibles faites aux 
dissidents, parvenir à un apaisement souhaité par tous les 
fidèles, et faire ainsi rentrer dans son giron maternel les 
âmes égarées d'un très grand nombre de ses enfants. Déjà ce 
concile a été convoqué à Bologne, puis à Mantoue, et les 
guerres incessantes dont l'Italie a été le théâtre en ont empê- 
ché la réunion. Le Pontife Roi cesse d'être libre dans la 
gestion de son Eglise Universelle, et l'entrave qu*il subit lui 
vient des deux Princes qu'une orgueilleuse rivalité met sans 
cesse en contact, se refusant à toute réconciliation. — Ce 
n'est plus entre les deux rivaux que le Cardinal se place, son 
rôle n'est pas ici de chercher à influencer la politique du Saint 
Père, c'est au nom des intérêts les plus sacrés de la Catholicité 
toute entière qu'il plaide la plus noble cause auprès du Fils 
aîné de TEglise. 

Mais que faire avec les puissants du siècle ? Les exhorta- 
tions des Cardinaux, les menaces non dissimulées de Paul III, 
ne produisirent que plus tard leur effet, et bien que la paix fut 
signée à Nice entre l'Empereur et le Roi, en 1538, ce ne fut 
qu'en 1545 que le Concile put-se réunira Trente pour juger les 
Luthériens, 

Et les Turcs menaçaient toujours Tltalie comme on va le 
voir par les lettres suivantes. 

XXII. — Rome 6 août 1537. — La flotte turque tient la 
mer aux alentours de Malte, André Doria n'est pas 
assez fort pour l'attaquer, il se contente de la harceler, 
non sans succès. Dans le courant de juillet il s'est empa- 
ré de deux galères et trois galiotes turques. Les der- 
nières nouvelles annonçaient qu'il avait capturé cinq galères 



Digitized by 



Google 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN D*ANGER8 291 

portant des vivres à la suite d'un combat meurtrier où beau- 
coup périrent de part et d'autre. André Doria fut grièvement 
blessé au genou. Il a dû se retirer à Messine pour guérir ses 
blessés et réparer ses vaisseaux. Barberousse, amiral turc, y 
poursuivit le Génois avec trois cent voiles, mais* sans l'attein- 
dre, et vint faire une démonstration menaçante dans le golfe 
de Tarante et jusque devant Otrante, où il tira nombreux coups 
de canon. — « Le vice-Roy partit de Naples le vingt huictièsme 
dudit mois passé avec six ou sept mil hommes a pied, et le 
plus de chevaux qu'il a peu mettre ensemble, et leur a fait 
prendre le chemin de Brindisy, estimant que le Turcq y doib- 
ve faire son plus grant effort, pour n'estre le port du dit lieu 
bien fortiffié. Nostre Sainct Père est après à s'armer, et a 
ensemble en ceste ville jusques au nombre de six mil hommes, 
et a délibéré d'en faire lever quinze pour fournir Parme, 
Plaisance, Ancosne, Civitavesche, Hostie et Tarraccine, et 
cherche argent de tous côtés par nouvelles impositions, oultre 
les impositions nouvelles qui sont mises sur les victuailles ». 

XXIII. — Rome 10 août 1537, — « Monseigneur je ne veulx 
vous taire une nouvelle des choses de Florence, encores 
qu'elle soit fâcheuse et de mauvaise digestion pour les 
affaires du Roy. C'est que le premier de ce mois Philippe 
Strozzi, Bartholomée Valory et autres ayant mis ensemble 
troys mil hommes et iceulx renforcez de troys autres mil qui 
les debvoient suivre, avoient faict si bonne diligence qu'en 
quatre jours ils estoient venuz de Bolongne à treize milles 
près de Florence entre Prato et Monte Murlo, délibérez de 
faire quelque bon exploict. Mais la fortune leur fusl tant con- 
tï îire que ayant divisé leur avant garde de l'arrière garde, et 
s'estans esloignez l'un de l'autre de plus de dix milles, ilz 
furent descouverts par ung espye, qui soudain en advertit 
Alexandre Vitelle, Pierre Colonne et autres de dedans, les- 
quelz sortirent incontinent de Florence avec mil hommes de 
pied, et cent cinquante chevaulx, et appelèrent quinze cents 



Digitized by 



Google 



292 UN ABBÉ DE SATNT-AUBIN D'ANQERS 

Espaignolzéstans au dict Prato, et se délibérèrent donner la 
bataille a la dicte avant garde où estoient peu d'hommes avec 
les ditz Strozzy, Valory et quelques de leurs enfans, ce qu'ilz 
feirent, et la rompirent et fracassèrent. Et s'estans retirez les 
dictz Stro2zy et Valory avec quelques gens à Montemurlo, 
après avoir repoussé troys assaulx des dictz Vitelle et Co- 
lonne, avant le quatriesme se rendirent à composition, et 
furent menez prisonniers au chasteau de Florence. Il est dit 
que le dict Strozzi en sera quitte en payant ; mais- que Valory 
est pour y laisser la teste ». 

Marquis de Brisay. 
(A suivre,) 




Digitized by 



Google 



DEUX BULLES INEDITES 

Du XVI' Siècle 



LB R. p. Roy, professeur darchéologie au grand Sémi- 
naire de Poitiers, a bien voulu me communiquer 
deux bulles inédites, qui intéressent notre région 
et qui lui ont été remises par un curé du diocèse de 
Poitiers. Après avoir transcrit leur teneurje décrirai et com- 
menterai les sceaux de plomb qui les authentiquent. Il m'a 
semblé qu'une étude sur ce sujet, qui n'a pas été abordé 
parmi nous, a sa place naturelle dans une Revue destinée & 
l'histoire locale. 



Fréter don* Raphaël GotOQer*^, Dei gratia sacrœ Domas hospitalis' 
sancti Joannis Hierosolymitani et Mîlitaris Ordinis SaQCti Sepulchri 
Dominici' Magister hamilis pauperamque Jesa Xpi custos, Religioso in 

^ Du latin domnuSi qualificatif qui est resté dans tout Tordre monas* 
tique, mais qui ici a encore une signification nobiliaire {Gtornals araldico, 
t. xvis p. 16). 

* bis, Raphaël Gotoner fut le 58« grand maître de 1660 à 1663. 

s Cette dénomination subsiste dans certains lieux dits du Poitou, où dei 
terres possédées par l'ordre se nomment encore l'Hâpitau. 

> L'ordre militaire du Saint-Sépulcre arait été uni & Tordre hospitalier de 
Saint- Jean- de-Jérusalem. • 



Digitized by 



Google 



294 DEUX BULLES INÉDITES 

Xpo nobis cfaarissimo fratri Ëmerico de la Sausay*, nostr» dict» Domiis 
Yenerabilis* Prioratus Aquitanis'^ armorum sarvienti ac militi ma- 
gistrali, salatem in Domino eempiternam. Yirtutam tuanim mérita 
multiplicesque animi tui dotes necnon laudabilia obsequia per te 
Religioni' nostrœ pnestita et quœ in dicta sedulo prsstare non desinis, 
promerentor ut ea tibi libéra liter concedamns quœ tnif comoditatibas 
fore conspicimus opportuna. Gum igitur in yim praeeminentis nostrœ 
magistralis contulerimus et concesserimus Religioso in Xpo nobis 
charissimo fratri Guido de la Brunettière Duplessis'^» commendam 
nostram de Gueillant'^ dicti Prioratus Aquitani», retenta ac reservata 
super fructibus et redditibus dictœ commendœ de Gueillant summa 
seu pensione annua librarum trecentarum et octoginta Turon. in 
supplementum quintœ partis yaloris einsde^m commendas uni Tel 
pluribus fratribus nostris nostro arbitrio danda, constituenda et 
assignanda : Hinc est quod pnemissorum meritornm tuorum intuitu et 
contemplatione suasi, ex pnedicta summa librarum trecentarum et 
octoginta per nos, ut praefertur, retenta, summam seu pensionna 
annuam librarum ducentarum et triginta Turon. super fructibus et 
proventibus prœdictsB commendœ de Gueillant, de nostra certa scientia 
et speciali gratia, tenore prœsentium, tibi^ tua yita durante, concedi- 
mus, donamus et assignamus. Teque pensionarium perpetuum eiusdem 
Gommendas in dicta summa facimus, crtamus^et esse Tolumus. Prœci- 
pientes dicto fratri Guido de la Brunettière Duplessis, moderne hujus- 
modi Gommendœ de Gueillant commendatario et suis in eadem succès- 



1 Le nom est écrit de trois manier»! différentes : de la Sattsay, qui fait 
présumer la forme moderne de la SaiMsaie ; Sauzay et Santay. 

3 Vénérable est le qualificatif ecclésiastique des lieux pies. 

^ bis. L'ordre de Malte, en France, comprenait trois langtAes : la langue 
de Provence, subdivisée en prieurés de saint Gilles et de TotUouse ; la langtêe 
l'Auvergne et la langue de France^ qui comprenait les prieurés de France^ 
de Champagne et d'Aquitaine, Les autres langues pour les autres nations 
étaient Italie, Aragon, Casiille, Allemagne et Anjleterre (Guélon, Hist, de 
la SauvetcUt p. 9). 

' Religion se dit encore à Rome d*un ordre religieux. 

3 bis. M. Genesteix, qui prépare une histoire du prieuré d* Aquitaine, me dit 
que .Guy de la Brunetière du Plessis Geté, fut commandeur du Quéleant 
de lt>64 à 1694. 

^ ter 1a nom de cette commanderie s'orthographie Le Quéleant^ paroisse 
de Moitron (Sarthe). 



Digitized by 



Google 



DU XVI* SIÈCLE 295 

ftoribas, in yirtute sanctse obediantiae ac sab pœaa cootra eos inllicta 
qui jura nostri commaais sBrarij coatuooiacîter soWera récusant, ut 
siogalis annis in capitulo proviaciali dicti Prioratuft vt\, .eo non celé» 
brato, in festo Nativitatie sancU Joannk Baptîst», patroni nostri^ 
dictam pensionem librarnm ducentarum et triginta Turon^ ut prie* 
mitcitur, infallibiliter^ Omni ezcnsatione^ mora, dilatione et oppositione 
cessante et postposita, tibi vel quibus légitime commiseris realiter et cum 
efTectu ezolvant et numorent. Mandantes in Tim dictas obedientie uni- 
versis et singalis dictâe Domus nostrœ frtitribus, quacamque auctoritate, 
digaitate officioque fttngentibus, prœsentibus etfutoris^ ne contra prœ- 
sentes nostras liiteras atiquatenus facere vel venire pr8e8nniaiit> sed eas 
studeant inidolabiliter observare. In cnjns rei testimonium buUa nostra 
magtstralis plùmbea prseaentibus est appensa. Datum Melits in Gon- 
ventu nostro die quarta mensis decembris roillesimo sexcentesimo 
sexagesimo primo. 

Sceau de plomb. 

Sî/r le repli : Reg** in Cancell». Fr. D. Emmanuel Arias vice 
cancell*. 

Au dos ;Pensio magistralis ducentarum et triginta Turonen: 
super fructibus comm<*« de Guelllant pro fratre Emerico de 
Sanzay. 

Au-dessous, d'une autre main : Pantion de deux cent Iran te 
livres. 



II 



Frater don Nicolaus Gotoner^ Dei gratia Sacrœ Domus hos- 
pitalis Saacti Joannis Hierosolymitani et militaris Ordinis Sancti 
Sepulchri Dominici Magister humilis pauperumque Jesu Xpi custos et 
Nosconventus Domus eiusdem, Religiosoin Xpo nobis charissimo fratri 

< Nicolas Cotoner, frère de Raphaël, fut le 59* grand maître de 1663 h 1680 
{VArt devénfter les dates, éiit. de iSlS, t. ii, p. IIG.) 



Digitized by 



Google 



296 DEUX BULLES INÉDITES 

Emerico de Sauzay, uostr» dictœ Domus Venerabilis Prioratus 
AquitaniaB annoram servienti ac Militi Magistral!, salutem in Domino 
sempiternam. Yirtatam' . • . .' praestita et qu» in futurum te prœsti- 

turum confidimney promerentur ut. • Gam alias Religiosus in 

Xpo Nobis charissimos frater Lancellottus de Ghouppes, Gommendae 
nostrœ de Blisson *^, dicti Prioratus Aquitaniœ Gommendatarius *'^y 
tibi dedisset binas annuas pensiones, aliam nempe scutorum octoginta 
quinque, ^acatam per obitam quondam fratris Glandij de Herbier la 
Standure et alteram scutorum quadraginta quinque, vacatam per 
obitam quondam^ iratris Leonis de la Motta Gheuvron, super fructibus 
prflBdicts commendœ de Blisson, quam ex gratia Magistrali possidet, 
prout in pablicis instrumentis pênes regios notariés Bertgonneau et 
Montenay, sub die XXIX decembris et mente maio 1662 respective 
rogatis fusius continetur. Gumque nuper idem Gommendatarius frater 
Lancellottus de Gouppes', memoratas binas annuas pensiones, constitu- 
tiones et donationes, ratificaverit et confirmayerit, illasque denovo tibi 
dederit, constituent et assignayerit super fructibus eè redditibus praedict» 
Gommendœ de Blisson, prout de hujusmodi confirmatione et nupera 
donatione, constitutione et assignatione, per publicum instrumentum 
pênes acta dicti regij notarij Bertgonneau in civitate de Poictiers 
sub die secunda decembris anni proxime elapsi 1663 rogatum^ 
latius constat et apparet Nobisque propterea bumiliter supplicari 
fecerit ut pro majori rerum prœmissarum robore, buUas de huju^ 
modi pensione in forma solita et consueta expediri mandaremus. Hinc 
est quod prsemissorum meritorum intuitu et contemplatione suasi, 
invicem maturo et deliberato consilio^ de nostra certa scientia prsBdictas 
binas summas seu pensiones annuas ad scuta centum et triginla in 
totum, ut picfertur, ascendentes, super fructibus et proventibus 
prsedicts Gomm^ndœ de Blisson tibi modis et formis ac conditionibus 
corn quibus illae cibi de novo constitutœ et reassignatœ fuerunt, tenore 
prsBsentium conceclimus, donamus et assignamus. Teque pensionarium 



* Jeiupprime les passages répétés de la bulle de 1661. 

* bis. Le Blizon est situé dans l'Indre, paroisse de Saint-Michel-en-Brenne. 

* 1er, M. Genesteix, que j*ai consulté pour Tidentiflcation des noms de lieux 
et de personnes, m'assure que la liste des commandeurs du Blizon n'existe pas. 

s Quondam répond k feu, 

\Sic. De Chouppes doit être la vraie orthographe. 



Digitized by 



Google 



DU XVI* SIÈCLE 297 

perpetaum dicts Gommendae ia prsfata summa scutonim centum et 
triginta lacimas, creamus et egse volamaft. PrœcipienteB dicto fratri 
Lancellctto de Ghouppes, moderoo commendœ de BHbsoq commenda- 

tario et suis paxoQÎ noUri, dictas binas annnas pensiones 

scutoruni centum et triginta, nt prœmittitur. . . . Datnm Melitc, in 
Tonvertu nostro die qniita mensis maij millesirao sezcentesimo 
sezagesimo quarlo. 

£1 lugar^ : de Gran Ganciller. 

Fr. don fran. de Torre Pac^heco et Gardenas c. 

Sceau de plomb. 

Sur le repli : Reg" in Cancell*. Pr. D. Emmanuel Arias Vice- 
cane. 

Au dos: Pensio scutorum centum et triginta super fruc- 
tibus CommendaB de Blisson pro fratre Emerico de Sauzay. 

Au dessous, dune autre main : Pension de cent trante 
(éçus) de l'an mille six cent soixante et deux. 



III 



Ces deux bulles sont absolument identiques, quant à la 
rédaction : elles ne le sont pas moins pour la forme et le 
scellement. 

Elles sont écrites sur le côté doux* d'un parchemin reetan- 
gulaire^ rayé et piqueté aux bords, car le calligraphe Ta 
tendu préalablement sur un châssis, comme il se pratique 
encore à la chancellerie apostolique. 



'Gomme les bulles pontificales. 
» Haut. : 0,M; larg. : 0,36. 



Digitized by 



Google 



298 DFUX BULLES INÉDITES 

La rédaction, conforme à un formulaire qui servait dans 
les circonstances analogues, est en latin, peu intelligible peut- 
être pour l'intéressé, puisqu^au dos on a répété la rubrique 
en français, probablement après la réception du diplôme 

<^ magistraL > 

L'eri-lôtc, désignant le grand-maître, est en fausse gothique: 
le re3te de l'écriture est celle du temps, un peu haute, ferme 
et très listtile, pour les lettres du moins, car les mots sont 
surchargés d'abrévialions qui en rendent la lecture pénible 
pour qui n'est pas familiarisé avec le style de* la chancellerie. 
On y trouve indifréremment la diphthongue *iî ou Ve cédille. 
La ponctuation est fidèlement observée. 

La seconde pièce seule portti la signature du grand chan- 
celier, sans préjudice descelle du vice-chancelier, qui fait l'ex- 
pédltion. 

La première bulle, datée de Malte, le 4 décembre 1661, 
accorde k frère Émeric de la Saussaie, « servant d'armes » 
et < chevalifsr mrt^stral, -^ une'« pension de 230 livres tour- 
nois, » à prendre sur la « comaianderie de Gueillant, » dont 
le titulaire est Guy de la Brinietière du Plessis, et payable 
chaque année lors du chapitre provincial ou, à son défaut, 
an jour de la Nativité de saint Jean- Baptiste, patron de Tordre 
(2i juin). Gomme cetlc réserve sur les a fruits et revenus » 
pouvait molester le commandeur chargé de servir la pension, 
Injonction lui es 1 faite « en vertu de la sainte obéissance, » 
sous les* peiiie^ w portées contre les « cutitumaces. » 

La seconde bulle, datée également de Malte, le 5 mai 1664, 
est adressée au même commandeur, à qui est c assignée » 
et « constituée » une ^t double pension, » montant en total à 
w cent trente écus, * Elle est prélevée sur la commanderie 
de Blisson et provient de frère Lancelot de Chouppes, qui 
tenait, l'ur.e, de frère Claude de Herbier la Standure et l'autre, 
de frère Léon de la Motte Chevron, comme il résulte des 
actes notariés passés à Poitiers en 1662 et 1663. 



Digitized by 



Google 



DU Xvi* SIÈCLE 299 

r 

Le sceau de plomb ou bulle proprement dite* , de trois 
centimètres de diamètre, pend, au milieu du rebord infé- 
rieur de la bulle, par une cordelette de chanvre. Il est plat, 
circulaire, effigie et inscrit. 

Sur la face, on voit le Christ, étendu sur un sarcophage, 
dont la table est perlée et le devant décoré d'arcades. Il 
croise ses mains au-dessous de sa poitrine. Sa tête, placée 
à gauche', est entourée d'un nimbe crucifère et derrière se 
dresse une croix processionnelle, à branches ancrées. Aux 
pieds se balance un encensoir en boule, soutenu par trois 
chaînes* . Au-dessus s'aligne une construction, avec cou- 
pole centrale, fenêtres et arcades, qui figure le Saint Sépulcre. 
De la coupole pend, à trois chaînes, une lampe ou pot à 
feu, de la forme dite gabaia^ *". 

En exergue et en gothique ronde : f HOSPITALIS HIERV- 
SALEM. 

Le style de la face en reporte l'exécution au XIII* siècle ; 
le revers, au contraire, est contemporain de la bulle* . 

Sur la bulle de 1661, le grand maître, fiârbu et tête nue, 

f bis, M. VaUier cite Tusage des bulles, au moyen-àge, pour les archevêques 
d'EmbruD, les évoques de Gap, de Die, de Valence et de Saint-Paul-troi8-Ch&- 
teaux, les seigneurs de Montélimar et les dauphins eux-mêmes. » (Le bras de 
saint Amoul et les bulles des évéques de Gap, p. 7). 

^ La gauche du sceau^ à Tinverse de celle du spectateur. 

' n suppose, en haut, la main d'un ange pour le tenir. L'encensoir est un 
honneur, k la fois funèbre et divin. 

' bis Cette lampe pourrait aussi rappeler le feu sacrV. « Pendant de longs 
siècles, le Samedi saint, en présence du clergé et du peuple, une des lampes 
qui surmontait le Saint-Sépulcre à, Jérusalem, s'allumait miraculeusement. 
Après avoir allumé les lampes de Téglise, on communiquait ce feu nouveau 
aux fidèles pour leurs maisons. Ce prodige se manifesta la première fois après 
la conquête de cette ville par les Sarrasins, et on vit un signe de la divinité 
de la religion aux yeux des infidèles. Attesté par les historiens contempo- 
rains, il a été raconté par Urbain II, lorsqu'il vint en France prêcher la 
croisade. Ce miracle cessa seulement lorsque la ville retomba aux mains des 
infidèles. Le clergé grec, tous les ans, cherche k reproduire ce miracle^ par 
une supercherie odieuse (Dom Quéranger, Année liturgique. Passion, 
599-600). 

La façon dont a été frappée la Bulle, indique qu'elle se compose de deux 
rondelles, obtenues séparément, puis rapprochées . 



Digitized by 



Google 



300 DEUX BULLES INÉDITES 

est agenouillé sur le sol inégal du Calvaire. Il porte un man- 
teau sur sa tunique talaire et tient, des deux mains jointes, 
un dizain, dont on n'aperçoit que trois grains et la houppe 
terminale* . Il prie devant une croix à double croisillon' , 
plantée sur la colline et accompagnée des deux lettres alpha 
et oméga. On lit autour en majuscules romaines : RAPHAËL 

COTONER. M. M ' DOM. 

Le revers varie à la bulle de 1664. La croix est la mème^ 
mais avec V alpha seulement. Le grand maître, agenouillé, 
tient un dizain à deux grains et une houppe : il est suivi de 
cinq religieux, dont la présence est justifiée par le texte 
Nos conventus et la légende dont il ne reste que le com- 
mencement et la fin : f BVL [la magistri) ET CONVENTVS et 
qui se développe entre deux rangs de grènetis. Le revers de 
la bulle variait donc, suivant qu'elle était donnée par le 
grand maître seul ou par celui-ci et son couvent. 



IV. 



Les bulles des grands maîtres ont été étudiées plusieurs 
fois' ***. Il ne sera pas inutile de comparer celles du moyen- 
âge avec les deux relçitives au prieuré d'Aquitaine. 

* JLes cheyalien de Malte ayaient remplacé la récitation de Toffice divin 
par ceUe, beaucoup plus courte, du chapelet. 

' Cette croix, qui figure la vraie Croix conservée à Jérusalem, est derenue 
l'insigne du patriarcat. 

> La bulle a souffert en cet endroit, mais il est facile de suppléer arec le 
début du diplôme : Magnus magister sacr» damtts hospitaXis, 

^ bis. Parmi les ouvrages récents, il importe de citer le suivant : Les Sceaux 
des archives de Vùrdre de SairU-Jean de Jérusalem à Malte, par Delaville- 
Le Roulx/ 1887, in-8*. 



Digitized by 



Google 



DU xvi* SIÈCLE ;301 

• Les plus anciennes remontent aux XII* et XIII* siècles. Là 
Jtevue archéologique, t. xxxi, p. 55-57, en donne deux de cette 
époque. La bulle de frère Jean porte sur la face, non pas 
€ un malade couché dans un lit de Thôpital saint Jean, » 
comme Taffirme Tauteur de Tarticle, mais bien le Christ lui- 
môme dans son tombeau. Au revers, la croix à double croi- 
sillon est accostée des lettres « et w et surmonte un M go- 
thique, qui n'est pas expliqué* . 

Sur le contre sceau du patriarche de Jérusalem, Guillaume, 
en 1265 (Douet d'Arcq, Collect, de sceaux, t. u, p. 454). la 
légende permet de reconnaître sûrement le Saint Sépulcre' : 

PVf SELCRVM XPI VIVENTIS . 

Les Mélanges de numismatique, t. ii, contiennent un article 
de MM. de Vogué et Lambros, qui, planche IX, n" 21, figurent 
le plomb du grand maître Gaufridus Lerat (1195-1206), où 
Ton observe la croix double, flanquée à droite de Voméga^ et 

' Pour M. Schlamberger (Rex>, arch.^ t. xzxi, p. t50), ce que Ton a pris 
€ pour un M gothique » serait « la représentation du crâne dWdam. » Je ne 
puis admettre cette interprétation que la forme même du signe contredit. La 
lettre existe réellement, elle n'est donc point une erreur d'interprétation ; 
mais elle est la dégénérescence d'un type primordial, que les artistes avaient 
cessé de comprendre et qu'ils reproduisaient en conséquence d'une manière 
fantaisiste. 

' Les Templiers (Douet d'Arcq, t. m, p. 242) faisaient usage, en 1255, 
d'un sceau où la coupole désignait le Saint-Sépulcre : 
t SIGILLVM TVMBE TEMPLI XPI. 

Chassant {Dict, de paléographie pratique) donne ces deux variantes : 
S. MIUTVM XPI 
S. MILITIB TEMPLI 

' En Afrique, h, Thévedte, fut découvert dan.s une basilique le sarcophage 
de Palladius, évéque d'Idicra, qui mourut b. Constantine en 484. « L'iscrizione 
e sormontata da una oroce avente all'angolo destro inferiore la lettera 
oméga. E ourioso d'osservare che l'altro corrispondente a mano sinistra non 
contiene Valfa, corne generalmente s'osserva. Fu detto che cio dériva dal 
fatto essere morto il vescovo lontano dalla sua diocesi. » {Bullet. di arche 
Dalmata, 1889, p. 17). La croix n'a donc que Vomega sans alpha et cet oméga 
est ù. droite, La raison alléguée ici, quel'évéque est mort hors de son diocèse, 
ne me semble guère plausible. 

T. VI. — NOTICES. — VI' ANNÉE, 3" LIV. 19* 



Digitized by 



Google 



302 DEUX BULLES INÉDITES 

au-dessous est une espèce de tête de mort. Planche X, n» 27, 
la croix s'élève entre A [alpha) et M, qui n'est qu'un oméga 
renversé. Planche VI, n' 59, A disparaît et M seule subsiste 
du côlé gauche, sur la bulle Orsini ; au n» 6, M prendla forme 
gothique bouclée. Sur le sceau de Foulques de Villaret (1307 
1359), la croix double surmonte une M fermée, avec deux 
pointes qui ressemblent aux deux yeux du crâne (n** 22). 

Douet d'Arcq écrit (t. m, p. 243-244), à propos de deux 
bulles des « hospitaliers de Jérusalem, » qui scellent un di- 
plôme donné à Rhodes en 1356 : « A droite, une foule de 
chevaliers Csept têtes *), agenouillés devant une croix pa- 
triarcale, accompagnée des lettres « w. Sous le pied de la 
croix, un M couché, f BVLLA MAGISTRI ET CONVENTVS. 
— Revers. Sous un toit d'architecture gothique, d*où pend 
une lampe, un personnage nimbé' , couché sur un tombeau, 
au chevet duquel est une croix pattée' , ayant à ses pieds un 
encensoir, f HOSPITALIS HIERVSALEM. » 

La bulle de Philbert de Naillac (1396-1421) est figurée aux 

* yj compte huit têtes, dont trois en queue. 

> L'auteur hésite \\ tort, car le nimbe aurait dû le renseigner suffisam- 
ment et surtout s'il avait constaté sur de bonnes empreintes qu'il est timbré 
d'une croix. M. de Vogué, p. 184, se contente de dire « personnage couché, » 
ce qui est bien vague, quand, en iconographie, une plus grande précision 
est possible. 

' La croix est une coutume liturgique, qui a subsisté jusqu'à ces der- 
niers temps, dans le rite gallican. Le baron de Guilhermyen a cité un exemple 
dans ses Inscriptions du diocèse de Paris, t. ii, p. 366. En 1677, Etienne 
Le Qoust, marchand, est inhumé dans Téglise de Saint-Ouen-l'Aumône. 
Entre autres recommandations faites par lui, son épitaphe rapporte celle-ci : 
il avait fondé un' salut, le jour de saint Jean -Baptiste et, 

A LA FIN DVDIT SALVT DE PRO 

FVNDIS ET ORAISONS DANS LA CHAPELLE DE LA VIERGE 
OV EST ENTERRÉ LEDIT DEFFVNCT LE GOVST OR SERA 
MIS LA BELLE CROIX AV feOVT DE LA REPRÉSENTATION 
DES MORTS ET DEVX CIERGES ARDENS... . 



Digitized by 



Google 



DU XVI* SiftCLlî 303 

n" 29, 47, 49, •ISO. La croix double est accompagnée de la 
lettre A à gauche, une seule fois et, trois autres fois, de M 
sous la croix et, aux n»» 30 et 51, de la lettre G, sur la bulle 
d'Antoine. 

Au n" 45 de la planche V, A est à gauche de la croix, sans 
pendant, sur la bulle de Philippe. Enfin, sur les monnaies 
des XIV« et XV siècles, les lettres sont A, B, G, M, P., indif- 
féremment. 

Tout cela est évidemment fort compliqué et il faudrait 
peut-être d'autres éléments encore pour pouvoir se prononcer 
librement. 

Raisonnons sur ce que nous avons sous les yeux. II y a 
plusieurs variantes : d'abord alpha et oméga, dont la signi- 
Qcation est incontestable et bien connue en iconographie. 
Mais il s'y opère deux changements: A esta droite ou à 
gauche ; à gauche, il n*a pas son pendant (pi. V, n* 45 ; pi. X, 
n" 29). Puis w se retourne et devient M (pi. X, n° 27 ; pi. VI, 
n^fiO). Est-ce cet am^g'a mal fait ou renversé qui aurait donné 
ridée de M sous la croix, laquelle alors n'a plus l'initiale ou 
la finale del'alphabet grec? C'est possible (pi. V, n" 47, 49,50). 

Mais une autre version s'impose et elle a pour garant 
l'autorité de M. Schlumberger. Planche IX, n** 21, la croix a, 
adroite, Y oméga, à gauche V alpha a disparu, mais son exis- 
tence n'est pas douteuse ; enfin, au dessous, un crâne qui ne 
peut être que celui d'Adam*. Ce crâne (n* 22) devient M bouclée 
au quatorzième siècle, mais avec deux points rappelant ses 
deux yeux : à la fin du même siècle, M subsiste seule (n** 47, 
45, 50). Qu'en conclure? Que nous avons là le point de départ 
et les deux transformations successives. L'acheminement 
à la déformation est très apparent de 1307 à 1319 rotez les 
deux points, il n'y a plus qu'une lettre inintelligible au lieu 
d'un crâne. 

* X. Barbier de Montault, Œuvres complètes, t. ii, p. 494, au mot Adam 



Digitized by 



Google 



1 



304 DKUX BULLlîS INÉDITES 

Mais, à gauche de la croix, voici d'autres lè*trés,B,.G, P. 
M. de Vogué interprète GGenisalemme, Pourquoi cette forme 
italienne? G^roso/êma serait encore plus plausible. 

L'initiale donnerait-elle alors le lieu de la frappe ? B pourrait 
donc devenir Bethléem, P Palestina. J'avoue toutefois que je 
n*ose m'aventurer sur un terrain si peu solide. 

X. Barbier de Montault, 
Prélat delà Maison de Sa Sainteté, 




Digitized by 



Google 



t 



\a Rerue hUioriqv^ de t Ouest a été le moi» Her- 
Tiier fia juin), hîen criidlement éprouvée par la 
raorU aussi subite qu" imprévue, de M. Joseph ér, 
MUNTl DE KEZÉ, âgé de i8 ans, fils aîoé de notre 
f her ooïi frère M. Claude (ie Monti de Resté, archiviste 
de la lle}*ae, el l'un di* ses foûdateurs. A peine au 
sruil de la vie, et alors que l'existence la plus 
heureuse semblait lui sourire, il a été enlevé en 
quelques heures a l'alîeilîoii des siens. Dans cea 
tristes drconsUnif^es, la Pevae historique de f Ouest 
tient à assurer de nouveau M. (ïlaude de IVlonti 'de 
Rezé et sa famille de toulf la vive pari qu'elle a j»rise 
à leur profonde douleur. 



Quelques jourfi après, le â!i juin, un nouveau 
deuil, ausHÏ cruel qu'inattendu, venait attrister Ions 
nos coeurs ; notre sympalhique et zélé eonfnVre, 
M, Raoul LE QUEN uEN TREMEUSE, était emporté 
presque subitement par une méningite. Aussi 
profondément dévoué à toutes les œuvres littéraires 
et scieutifiques qu'aux œuvres sociales et rclig'ieuses, 
il avait été Tun des premiers fondateurs et des 
bienfaiteurs fie la Ueime historique de F Ouest, h 
laquelle il n'avait cessé de témoigner le plus vif 
intérêt. Elle ne saurait donc oublier ce caractère si 
noble, ce cœur si généreux et si loyal» et c'est avec 
une profonde tristesse qu'elle s^associe aujourd*hui 
à l'immense douleur de sa famille et de ses nom- 
breux amis. 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



LES 136 NANTAIS 

RELATION INÉDITE DE LEUR Y0TA6E A PARIS EN 1794 
Par 1« Comte Bernardin-Marie de la GUÈRE 

AVEC INTRODUCTION. NOTES & NOTICES 

Par le oomte Alphonse de la GUÈRE 

AVEC LE CONCOURS DE MM. RENÉ KERVILER^ COMTE RÉGIS 
DE l'bSTOURBBILLON , HENRI LE MEIGNEN. • 

INTRODUCTION 

LE voyage à Paris des 132' Nantais envoyés par Carrier au 
tribunal révolutionnaire de Paris est Tun des épisodes 
les plus importants et les plus dramatiques de Tbistoire 
de la Terreur à Nantes. Il est pourtant mal connu, sinon dans les 
faits matériels de ses cruelles péripéties, du moins dans ses 
causes et dans Tappréciation de la situation politique de ses prin- 
cipales victimes. 

Une relation^de cette lamentable odyssée fut imprimée à Paris 
presque aussitôt après l'acquittement des prisonniers restants. Elle 
a pour titre : Relation du voyage des cent trente-deux 
Nantais envoyés à Paris par le Comité révolutionnaire 

* Us partirent 132, mais à Angers on en relâcha 4 qui furent remplacés par 
4 antres. Total 13«. 

T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, 4* LIV. 20 



Digitized by 



Google 



306 INTRODUCTION 

de Nantes (Paris, sans Dom d'imprimeur, an II, in-8*, 45 p.) ; 
elle est signée de dix noms seulement parmi lesquels ceux de 
'\nilenave, de Dorvo et de Pineau du Pavillon', et datée de Paris 
<K maison BeIhomme,rue Charonne, faubourg Antoine, le l**" mes- 
sidor an II de la République française, une et indivisible. » 
Bien qu'un grand nombre d'éditions en .aient été tirées aussitôt 
après sa première publication, elle est devenue assez rare, et 
Verger l'a reproduite dans ses Archives curierÀses de la ville 
de Nantes. Elle est précédée d'un avertissement ainsi conçu : 

« Cette relation n'était point destinée à Timpression. Quelques- 
uns d'entre nous l'avaieut rédigée comme on rédige des notes 
sur les événements les plus remarquables de sa vie, c'est-à-dire 
sans soin et sans prétention. Tant que le Comité révolutionnaire de 
Nan^s a exercé, dans cette commuae et dans le département de 
la Loire-Inférieure, la pui&sance la plus arbitraire, la crainte bien 
légitime d'exposer à sa fureur nos familles entières nous a imposé 
la loi du plus rigoureux silence. Pleins de confiance dans la 
justice nationale, nous avons dû étouffer nos plaintes, mais au- 
jourd'hui qu'il est bien prouvé que le comité de Nantes a épuisé 
sur nous tous ses moyens de nuire, nous devons à la vérité, à la 
justice et à l'humanité, de déclarer toutes les persécutions aux- 
quelles nous avons été en butte. » 

Cette relation empreinte d'un assez vif esprit républicain est 
généralement attribuée à Villenave. Il est, en effet, fort probable 
qu'il en fut le principal rédacteur et qu'il eut pour collaborateur 
Phélippes de Coëtgoureden de Tronjolly, cet ancien substitut du 
procureur du Roi près le présidial de Rennes, qui, devenu pré- 
sident du tribunal révolutionnaire de Nantes, avait d'abord exé- 
cuté, sans mot dire, les ordres de Carrier et s'était fait ensuite 

« Sur tous ces personnages, nous donnerons ci*dessoù8 des notices 
détaillées. 



Digitized by 



Google 



INTRODUCTION 307 

l'accusateur de son ancien patron*. Phélippes n'avait pointt 
fait partie du voyage des 132, mais lorsqu'il se décida à se faire 
raccnsateur de Garrieri c'est-à-dire quelques mois plus tard, il se 
constitua prisonnier, fut expédié seul à Paris et joint pour le 
procès aux 133 Nantais. Or l'œuvre de ces deux transfuges de 
l'ancien régime a été jusqu'à présent la seule base des appréciations 
des historiens. Il en est résulté des erreurs capitales. Je n'en veux 
pour preuve que ce passage d'un compte-rendu de M. Anatole 
de Earthéïemf , un des érudits parisiens qui connaissent le mieux 
la Bretagne et ses annales les plus intimes, présentant aux lec- 
tears de la Revue de Bretagne et de Vendée^ en 1862, le 
livre de H;. Gampardon, un historien lui aussi fort consciencieux, 
archiviste aux archives de l'Empire, sur VHistoire du tribunal 
rétolutionnaire de Paris : 

c J'ai rarement vu, dit M. de Barthélémy d'après M. Gam- 
pardon, quelque chose de plus navrant que le récit du voyage de 
Nantes à Paris des malheureux Nantais que le Comité révolution- 
naire expédia le 27 novembre 1793. C'étaient cependant des 
républicains qui avaient fait leurs preuves^ qui avaient 
même obéi à quelques-uns des ordres de Carrier. Un beau 
jour^ celui-ci ne les avait plus trouvés ni assez purs^ ni 
assez zélée. Leur voyage dura quarante jours, au milieu des 
souffrances de la faim, de la soif, du froid, exposés aux insultes 
et à la mort violente, enfermés à leurs longues étapes dans des 

* François-Anne-Louls Phélippes de TronjoU^ appartenait à une ancienne 
famiUe qui figure aux réformations et montres du XV* siècle, en Bourgbriac 
et Plésidy, et qui portait « de gueules à la croix endentée éC argent », mais 
qui ne comparut pas à. la ré formation de 1669. Petit-fils d'un échevin de 
Rennes, il fnt juge-garde de la monnaie de Rennes en 1775, avocat du roi 
au présidial en 1778, lieutenant^colonel de la milice bourgeoise, député de 
Rennes aux États de 1784, et son zèle révolutionnaire lui valut en 179S la 
présidence^ du tribunal révolutionnaire de Nantes, Il mourut en 1818. 



Digitized by 



Google 



308 INTRODUCTION 

locaux insalubres où une simple paillasse était payée jusqu'à dix 
livres par nuit. Ils n'étaient plus que 97 à leur arrivée : la dé^ 
magogie leur faisait payer durement le concours dévoué 
quelle leur avait prêté. A leur tête était Phélippes de Tron- 
jolly qui, après avoir invectivé les aristocrates à la fin du dix- 
huitième siècle, se vantait en 1808 d'être d'extraction noble. 
Il ent la chance d'être oublié avec ses compagnons d'infortune 
jusqu'à la réaction de thermidor et, après la chute des terroristes, 
il futTun des plus ardents à dénoncer ce même Carrier, à qui le 
15 germinal an II, il écrivait : « Personne ne te rend plus justice 
que moi qui suis patriote et répablicain. . • Je ne me consolerais 
pas d'avoir perdu la confiance d'un représentant tel que toi. » 
C'est le courage du roquet devant le loup enchaîné. — li. Cam- 
pardon donne les noms des malheureux républicains nantais qui 
auraient fait une fournée^ si Robespierre eût encore régné ; il 
entre dans des détails complets sur leurs interrogatoires. Le grand 
crime qui leur était imputé était d'appartenir à la faction scélérate 
du fédéralisme. Grâce à l'éloquence de Tronson-Ducoudray, les 
Nantais furent acquittés, et le comité révolutionnaire de Nantes 
dut à son tour venir rendre compte de sa conduite au tribunal'. > 
A ce compte, il faudrait considérer les 136 Nantais comme un 
groupe de Girondins au petit pied, parallèle à celui des 36 admi- 
nistrateurs du Finistère, reconnaissant pour chef Phélippes de 
TronjoUy, et assez peu récompensés de leur zèle à se faire 
pardonner leurs tentatives de fédéralisme, même en sacrifiant à 
Carrier, pour avoir été jugés dignes des dernières vengeances de 
la Montagne. Le malheur, — où plutôt les malheurs, car cette 
théorie rencontre beaucoup d'obstacles insurmontables, — c'est 
d'abord que Phélippes de Tronjolly n'a jamais fait partie du voyage 

* Rêvue de Bretagne et de Vendée^ 1862, 1, p. 300. 



Digitized by 



Google 



INTRODUCTION 309 

des 132 Nantais commencé le 27 novembre 1793 et continué 
pendant tout le mois de décembre, attendu qu'un mois après ce 
départ, il fonctionnait encore comme président du tribunal lévolu- 
tionnaire de Nantes ; — c'est ensuite : qu'il ne fut jamais le chef 
politique de ce groupe fort hétérogène, dont il avait fait incarcérer 
un grand nombre de titulaires^ comme suspects, longtemps avant 
^u'on songeât à les adresser au tribunal révolutionnaire de Paris ; 
— c'est enfin que, loin de former un groupe politique, ces mal- 
heureux ne se connaissaient même pa&et que plusieurs d'entre eux, 
fort éloignés des opinions républicaines, n'étaient que de simples 
< aristocrates ou contre-révolutionnaires. Au moment de partir, 
tous ces malheureux se regardent et constatant qu'ils sont pour 
la plupart étrangers les uns aux autres : « Nous nous examinions, 
dit Villenave : notre surprise était extrême : nous ne nous con- 
naissions point : nulles relations, d'aucune espèce, n'avaient existé 
entre presque tous. » Il est certain que ni les Bodin des Plantes, 
ni les de Biré, ni les Bruneau de la Souchais, ni les Charette de 
Boisfoucauld, ni les de l'Estourbeillon, ni les Onfroy de Bréville, 
ni les Espivent de la Villeboisnet, ni les de la Guère, ni les 
Luette de la Pilorgerie, ni les Sarrebourse, ni les de Monti, 
ni les de Menou, pour n'en citer à la volée qu'une douzaine, ne 
pouvaient être soupçonnés de complicité avec les Dorvo et les 
Sotin. Pas davantage ne pouvait Terre Tex-constituant Pel- 
lerin, qui jadis, à la déclaration des droits de l'homme, avait 
opposé la déclaration de ses devoirs, qui avait donné sa démis- 
sion de cléputé pour ne pas voter la constitution civile du clergé, 
et qui depuis avait été enfermé au ch&teau de Nantes parce qu'on 
l'accusait d'avoir mal parlé de la garde nationale en défendant 
les religieuses des Couëts ... Et Bernède, arrêté 4 mois avant 
l'arrivée de Carrier à Nantes pour avoir donné asile à un prêtre ! 
Et Duchesne, et les deux Pichelin, et tant d'autres I 



Digitized by 



Google 



310 INTRODUCTION 

La vérité, c'est que ce procès historique est à réviser. M. de 
la Pilorgérie ayant présenté quelques unes des considérations qui 
précèdent, dans IzRevUe de Bretagne et de Vendée^ quelques 
semaines après le compte-rendu de M. de Barthélémy, celui-ci 
reconnut avec franchise que ses paroles avaient dépassé sa pensée 
lorsqu'il avait écrit : « C'étaient cependant des républicains : » il 
déclara qu'il aurait dû écrire : « il y avait cependant ps^rmi eux des 
républicains^ > Cela ne nous suffit pas ; et bien que M. Wallon, 
dans sa récente Histoire du Tribunal révolutionnaire de 
Paris^ ait mieux apprécié les choses que M: Campardon, en 
disant : « On imagina une conspiratioi^ : royalistes, fédéralistes, 
patriotes tièdes et riches surtout, étaient de droit conspirateurs : 
on en dressa une liste à l'aide d'un almanach et des registres de la 
municipalité^. • . >, nous pensons qu'il importe d'examiner de près 
le dossier de chacun des 182 Nantais. 

L'occasion nous en est fournie par une relation jusqu'ici inédite, 
qui émane du comte Bernardin-Marie Pantin de la Guère, un des 
aristocrates que nous mentionnions tout à l'heure et qui nous a été 
communiquée par un de ses descendants. Il est intéressant de la 
comparer avec la relation de Villenave : nous allons donc la 
publier tout d'abord pour bien établir les faits entre le départ et 
le jugement ; puis nous tâcherons de reconstituer la Biographie 
des 132 : nous ferons suivre cette Revue de la publication des 
audiences du tribunal révolutionnaire de Paris, et nous conclurons. 

Mais il est bon dç ne pas terminer cette courte préface sans 
dire quelques mots de ce que nous croyons d'ores et déjà être 
Fexpression de la vérité. Carrier arriva à Nantes le 8 octobre 
1793 ; les prisons contenaient déjà beaucoup de suspects ; il les 

' Revtie de Bretagne et de Vendée^ 1862, 1, 492. 
• WaUofli, Bist. du Tnb. révoluU, V, 329. 



Digitized by 



Google 



INTRODUCTION ^H 

en fit bienU^t regorger et la question se posa alors de savoir 
comment on s'en débarrasserait. La première noyade eut lieu le 
17 novembre 1793, la seconde le 7 décembre ; l'envoi des 132 
Nantais à Paris, le 27 novembre, juste à égale distance entre ces 
deux monstrueuses opérations; fait donc partie du système gé- 
néral : se défaire des prisonniers en masse ; car pour les 132 
Nantais, il parait bien prouvé qu*ordre avait été donné au citoj'Bn 
Boussard, commandant le bataillon d'esoorte, de les fusiller en 
route. Aucun d'eux ne devait arriver à Paris ; sept jours après 
leur départ, Goullin s'exprimait sur leur compte comme s'ils 
n'existaient déjà plus. « Une citoyenne, dit une note de la rela- 
tion Yillenave, s'étant rendue à la municipalité pour y demander 
quelques pièces justificatives pour l'un de nous, il lui fut ré- 
pondu : « Vous prenez un soin désormais inutile : ce sont des 
hommes qu'on a sacrifiés : ils ne sont plus. » 

Or les propos antérieurs de Carrier sont bien connus : Tous les 
riches, s'ècriait-il à la Société populaire de Nantes^ tous les 
marchands sont des contre-révolutionnaires ; dénoncez-Les moi et je 
ferai rouler leurs têtes sous le rasoir national. Il est des fanatiques 
•qui ferment leurs boutiques le dimanche; dénoncez-moi cette 
espèce de controrrévolutionnaires et je la ferai guillotiner. . . » 
Et à celle d'Ancenis : <k Je vois partout des gueux en guenilles : 
vous êtes ici aussi bétes qu'à Nantes ; l'abondance est près de 
vous et vous manquez de tout ; ignorez-vous donc que les ri- 
chesses de ces gros négociants vous appartiennent, et la rivière 
n'est-elle pas là* î » 

Ecoutez encore cette déclaration de Yillenave : « Quelques 
jours avant le départ des Nantais pour Paris, Nau, d'abord né- 
gociant, bientôt banqueroutier, ensuite commissaire bienveillant 

Berriat Saint-Prix, la Justice révolutionnaire^ p. 36. 



Digitized by 



Google 



312 INTRODUCTION 

du Comité, se rendit à la maison d'arrêt de TEsperonnière, fit 
appeler dans le jardin sept à huit d'entre nous, et là, en présence 
de l'olBcier de poste et d'un capitaine des grenadiers de la légion 
nantaise, il leur parle en ces termes : Cest maintenant ici la 
guerre des gueux contre ceux qui ont qvslque chose. Je 
vous conseille de vous exécuter : faites des sacrifices ; le 
temps presse. Il est question d'un voyage de Paris ; et 
d'ailleurs l'aventure des 90 prêtres qui viennent d^être 
noyés est unmotif suffisant pour vous déterminer promp^ 
tement. — Nos camarades surent braver la mort, plutôt que de 
consentir à racheter leur liberté ou leur vie par une l&cheté, et, 
jusque dans les fers, ils montrèrent un orgueil républicain. » 

Tout cela est caractéristique : arrestation en masse des suspects, 
et parmi les suspects les principaux sont les riches et les négo- 
ciants : puis proscription, noyades et fusillades, aussi en masse, 
pour se partager les dépouilles des victimes. C'est bien la guerre 
des gueux contre ceux qui ont quelque chose. 

Pour multiplier les arrestations et se donner des apparences 
de châtiment légitime. Carrier et le Comité répandirent, peu de 
jours avant l'expédition, le bruit d'une conspiration contre les re- 
présentants du peuple et contre les autorités constituées. Le 
22 brumaire, la générale fut battue, la garde nationale rassem- 
blée; des canons furent braqués sur plusieurs places; un grand 
nombre d'arrestations eurent lieu. Un témoin* dut en opérer, 
sans motifs, à l'égard de parents et d'amis. Cette expédition était 
ainsi racontée dans une note insérée au Moniteur^ : 

* Bulletin du tribunal révolutionnaire^ déposition de Sarradin, 
n® 78. p. 3. Et tout cela parce que quelques prisonniers avaient Jeté 
le riz qu'ils ne pouvaient avaler. 

> MoniteuXi 1*' frimaire an II, p. 245. 



Digitized by 



Google 



INTRODUCTION 313 

I 

c Ce matin oa a battu la générale pour prévenir un complot 
qu'on a découvert ; il ne s'agissait rien moins que d'égoi^er les 
représentants du peuple qui sont ici et toutes les autorités cons>- 
tituées ; mais gr&ce aux b^s patriotes qui dominent toujours dans 
notre ville, ce complot a été déjoué. » 

Le surlendemain, le Comité révolutionnaire de Nantes prenait 
l'arrêté suivant : 

« Liberté, Indivisibilité, Egalité. » 

• Le Comité révolutionnaire instruit, par divers rapports una- 
nimes, qu'un grand complot se tramait dans le sein de cette 
ville ; que les jours des administrateurs, des représentants du 
peuple, de tous les républicains même étaient menacés ; convaincu 
par des écrits saisis sur les brigands, que plusieurs ennemis inté- 
rieurs et opulents avaient alimenté et alimentaient encore de leur 
or et de leur correspondance la rébellion de la Vendée. 

« Considérant que pour couper le fil de communications aussi 
funestes, et faire avorter les projets liberticides, il était indispen- 
sable de frapper des coups prompts et révolutionnaires ;• . • 

c Considérant qu'il ne suffirait pas de se saisir des conspirateurs ;.. 
que leur présence plus longue dans cette cité pourrait entretenir 
l'espoir des malveillants, etc. 

« Arrête, 

« Article P'. Il sera dressé une liste exacte de toutes les per- 
sonnes suspectées d'avoir trempé dans ce complot. 

« Art. Ily III. — (Arrestation de ces personnes par les 
M&rat etc. .., scellés sur leurs appartements). 

« Art. IV, V, VI. — (Dépôt à rEsperonnière et puis translation 



Digitized by 



Google 



314 INTRODUCTION 

à Paris, à t' Abbaye, (cela fait songer aux massacres de TÀbbaye) ! 
des persODùes arrêtées, sous la conduite de deux commissaires 
civils). 

« Art. VII. — n est déclaré aux^ersonnes arrêtées que si 
elles font le moindre mouvement pour s'enfuir, elles seront 
fusillées Bt leu*^ biens confisqués. Cet ordre sera exécuté irrémis- 
siblement ; à cet effet l'appel sera fait deux fois par jour. 

« Art. VIII. — Ceux qui se seront soustraits à l'arrestation et 
ne se constitueront pas prisonniers dans les trois jours, seront 
réputés émigrés et traités comme tels. 

• Art. IX. — (Relatif à la sanction du représentant du peuple), 
c Nantes, 24 brumaire an II. 

€ M. Grandmaison^ Goullirif Richelot. 

« Nous, représentants du peuple près l'armée de l'Ouest, sanc- 
tionnons la mesure ci-dessus. Nantes, 6 frimaire an II. 

Carrier et plus bas : Goullin\ i 

Le 6 frimaire, par deux arrêtés, le comité nomma, pour com- 
missaires civils près le convoi, Bologniel un 4e ses membres, 
et Nau, de la trop célèbre compagnie Marat ; et comme inspec* 
teur général,avec les pouvoirs lès plus étendus, Etienne Dardare. 
Et le convoi partit. J'ai dit que l'on comptait bien qu'il n'arri- 
verait pas à destination. Voici en effet ce qu'on peut lire à la fin 
du mémoire de Tronjolly, adressé à la Convention nationale pour 
l'accusation de Carrier et de ses complices : 

• Je reçois à l'instant, écrivait-il, la pièce suivante ; je me b&te 
delà livrer à l'impression. Elle aurait seule suffi pour justifier 

' La Justice révolutionnaire (Berriat Saint-Prix, p. 49. 





Digitized by 



Google 



INTRODUCTION 316 

mes poursuites contre le comité, dans mes fonctions d'accusateur 
public près le tribunal criminel du département de la Ltàn* 
Inférieure. 

< J'ai été dénoncé, incarcéré, mis au secret pendant cinq jours, 
lié, garotté, couvert de fers et traduit au tribunal révolutionnaire, 
de cachots en cachots, etc. 

« Quel est mon crime? J'ai poursuivi des assassins, des con- 
cussionnaires, des inl&mes agents de Biobespierre, j'ai vengé la 
Nation et la nature. 

« Par qui ai-je été dénoncé ? par les monstres que je poursuivais . 

« Je demande à être interrogé, jugé. J'ai des révélations imp6r« 

tantes à faire. Depuis trois mois, je n'ai pu me faire entendre ; il 

est temps que la loi prononce sur le comité révolutionnaire de 

Nantes et sur toutes ses victimes. 

> J'ai étaibli ma justification, et j'ai fait connaître une pérWe des 
crimes du Comité révolutionnaire, dans les mémoires que j'ai 
adressés à la Convention nationale, aux Comités de salut public 
et de sûreté générale, à la Commission des tribunaux, à celle des 
revenus de là République et au Tribunal révolutionnaire/ Ce 
mémoire est sous presse. — PnâLiPPSs. ■ 

Et il ajoute cette pièce : 

« Au nom du Comité révolutionnaire de Nantes : 
€ Le commandant temporaire de Nantes est requis de fournir 
de suite 300 hommes de troupes soldées ; pour une moitié se 
transporter à la maison du Bouffay, se saisir des prisonniers dé- 
signés dans la liste ci-jointe, leur lier les mains deux à deux, et 
se transporter au poste de TEsperonnière ; l'autre moitié se porter 
aux Saintes-Claires, et conduire, de cette maison à celle de TEs- 
peronnière, tous les individus indiqués dans la liste également 



Digitized by 



Google 



316 INTRODUCTION 

ci-Joiûte ; eafia, pour le tout, arrivé à rEsperoonière, prendre en 
route ceux détenus à cette maison d'arrêt, et les fusiller tous 
indistinctement^ de la manière que le commandant jugera 
convenable. . 

. » Nantes, le 5 frimaire, Tan deuxième de la République fran* 
çaise, une et indivisible. 

« Sig'né : J.-J. Goullin, M.Grandmaison et J.-B.Maingust. 

» Cet ordre est revêtu du cachet du Comité révolutionnaire 
de Nantes. 

» Ce Ms^inguet et autres exécrables agents du Comité révo- 
lutionnaire de Nantes sont. . . libres! plusieurs sont mes dénon- 
ciateurs ! — Phéuppbs. « 

Boussard, le commandant du détachement, n'exécuta point ces 
ordres sanguinaires, et fut incarcéré à Angers pour y avoir déso- 
béi. Arrivés à Saumur, les prisonniers durent y séjourner quelque 
temps, parce qu'on était persuadé qu'ils ne devaient pas aller 
plus loin, et qu'on dût aller demander d'autres ordres à Nantes. 

Nous en savons assez maintenant pour'entamer la ReUtion du 
comte de la Guère : je ne donnerai pas ici une longue notice 
sur ce personnage : je la réserve à son rang dans la galerie 
des 136. Qu'il me suffise de dire que Bernardirt'M&rie de 
Pantin^ comte, puis marquis de la Guère^ appartenait à 
une ancienne famille originaire de Pantin près Paris, dont une 
branche, fixée en Bretagne, fut déclarée noble d'ancienne ex- 
traction par arrêt des commissaires de la Réformation, en date 
du 19 août 1669, et possédait la seigneurie de la Guère démem- 
brée de celle d'Ancenis. Né à Ancenis le 5 juin 1747, il avait 
.été sous-liêutenant au régiment de Penthièvre-infanterie en 176^ 
lieutenant en 1771, capitaine en second en 1779, capitaine 



Digitized by 



Google 



INTRODUCTION 317 

commandant en 1787, et lorsquîl donna sa démissioD, le 
15 septembre 1791, il était, depuis le 13 février^ chevalier de 
Saint-Louis. II avait épousé à Orléans, en 1790, Thérè.^e-Del- 
phine-Alix de Brouville, et il n'émigra point ; mais il dut subir 
souvent des visites domiciliaires au château de la Guère, où lui 
naquit une fille le S décembre 1792 : on rapporte même que, lors 
de Tune de ces expéditions, les patriotes coupèrent le cou à un 
malheureux perroquet qui s'obstinait à crier : Vive le Roi ! Membre 
du comité royaliste qui s'organisa à Ancenis en juin 1793, pendant 
l'occupation de la ville par l'armée Vendéenne, il devait être na-* 
turellement désigné aux vengeances de la Montagne. Nous 
allons en voir les conséquences. 

René Kervileb. 



Digitized by 



Google 



VOYAGE DES 136 NANTAIS 

Dl 

NANTES A PARIS PAR ANGERS & ORLÉANS 

Du 2Û septembre 1793 au 5 avril i79U 

PAI LE COiTE BERIAIIII-iARIE lE LA BUIRE 

Ex-noble et cbevalier de Saint-L.oui8. • 



LE 20 septembre, vieux style» j'étais chez mon frère* à la 
Guère^, depuis le / 7 août; environ midi, arrive un 
détachement d'infanterie et de cavalerie pour fouiller 
un bois dans lequel on présumait qu'il pouvait y avoir des 

« * Philippe-André Paatin, marquis de la Guère, capitaine dans le 
régiment Royal-Dragons^ marié le 7 décembre 1774, avec Hyacinthe- 
Geneviève Thierry de l& PrévaUye, fille de messire Pierre-Bernardin 
Thierry, marquis de la Prévalaye, commandeur de Tordre de St- Louis» 
chef d'escadre, commandant le port de Brest (frère du chevalier de la 
Prévalaye, maréchal de camp), et de dame Jeanne-GenevièTe de Ro- 
bien • ; — Le marquis de la Guère né le 13 février 1746, est décédé le 
7 mai 1813, ayant eu pour fille unique : Marie- Adélaïde de la Guère, ma- 
riée en 1790 à son cousin Lonis-François-Jean Pantin, comte de Lan- 
demont, colonel, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, auquel elle ap- 
porta la terre de la Guère. Le titre de marquis passa ainsi directement 
et légitimement à son frère et à ses petits neveux. (Laine, Histoire des 
Chevaliers de Saint-Louis, ^ Mazas. Etats militaires, p. 92. 
— Les Familles françaises à Jersey pendant la RévoliUion, par le 
comte R. de TEstourbeillon). 

^ « La Guère (anciennement la Guyére — terre de Guy — d'après 
les vieux titres du chartrier}» démembrement de la baronnie d'Ancenis 



Digitized by 



Google 



VOYAQB DES 136 NANTAIS DE NANTES A PARIS 319 

malveillants* de cachés. On ne trouve personne,îon vient 
à la maison. J'étais à table avec ma femme% un|de mes 

avec les prééminences de la paroisse d'Âncenis et la terre des Salles en 
la paroisse de Mesanger et le fief des Salles en Saint-Géréon, qui vin- 
rent dans la famille Pantin parle mariage de Marie des Salles, héritière 
de sa maison, dame desdits lieux^ femme vers 1460 de Jacques Pantin^ 
fils puisné de Pierre» seigneur de la Hamelinière, etc., capitaine et 
gouverneur pour le roy Louis XI, du chasteau de Saint"Florent-*le- 
Vieil, et de Catherine de Savonniôres, tige des seigneurs de la Guère 
jusqu'à présent. {Mémoires du président des Etats de Vitré. Laine, 
Saint-Âllais, d'Hozier, etc.) Une partie de ces terres étaient déjà Tenues 
dans la famille par le mariage de Jean P. de la Hamelière, vers 4378, 
avec Jeanne d'Ancenis*6arbotin, dame de Barhotin, la forôt du parc 
Laudémont, etc. 

* Il est inutile de remarquer que, pendant tout le cours du mémoire, 
le style n^est pas tout à fait conforme aux idées personnelles ou aux opi^ 
nions du comte de la Guère, mais qu'il se ressent du peu de liberté que 
rauteuravait, lors de la rédactionide ces notes. La plus vulgaire prudence 
obligeait à voiler les sentiments et à dissimuler les moindres indications 
afin que ces confidences ne pussent enfantér.de nouveaux malheurs. 

* Bernardin- Marie de la Guère avait épousé, le 16 août i 790, Thérèse- 
Delphine Alix de Brouville, fille de messire Pierre-Simon-Etienne^ 
Toussaint Alix de la Picardière, sieur d'Outreville, de Menainville, etc. 
en Beauce. La famille Alix parait remonter à Claude Alix, convoqué à 
l'arrière ban des nobles du baillage d'Aval de Salins ea 1451 et 1561. 
Pierre Alix, chanoine de Besançon, ' prieur de Sainte-Madeleine de 
Salins, nommé par le pape à l'abbaye de Saint-Paul de Besançon en 
4632, mourut l'an 1677, laissant une histoire manuscrite de son abbaye, 
qu'il avait gouvernée pendant 44 ans. Une branche vint s'établir à 
Orléans. M""^ la comtesse Brossaud de Juigné, née de Trimont, 
possède un beau portrait de François Alix dont le Journal de 
VOrléanais du 7 mai 4784 a publié un fort curieux articjLe nécrolo- 
gique dans le style ampoulé de l'époque. François Alix, écuyer, doyen 
du présidial, mort le 24 avril 1784 dans sa 86' année, était né en 1698« 
Les armoiries delà famille Alix étaient d'azur au chevron d'or accom* 
pagnéde trois alerionsde même, mais en 1756, le duc d'Orléans lui 
donna en souvenir de son estime : d'azur au grand A d'or, de même 
accompagné de 3 fleurs de lys d'or. M** de la Guère était la sœur de 
M'^'.da Juigné quieutponr enfants le comte François Brossaud de 
Juigné, marié à W^* Alsacie de Trimont, et Caroline, mariée au comte 
de Bmc-Livemière. 



Digitized by 



Google 



320 VOYAGE DES 136 NANTAIS 

neveuxS et le citoyen Pionneau marchand de vin d'Ancenis 
qui était venu me payer du vin que je lui avais vendu'. On 
me dit qu'il fallait allef à Ancenis; je m'y rendis escorté de 
la troupe. En y arrivant, je priai le commandant de me 
laisser aller chez mes sœurs', où je descendis avec un gen- 

* Uae des sœurs de Tantenr, Marie-Aimée- Adélaïde Pantin de la 
Ouère,néele 9mars 1 7 53, avait épousé messire Henri-François Aousseau, 
cheralier, seigneur de i'Orchère et de la Meilleraye, âls de M'* Jacques R. 
cheTalier, seigneur de TOrcbére, marquis de la Meilleraye, qui portait 
d'azur àlafasce d'or, accompagnée en chef de deux tètes de lion et 
en pointe de 3 besants de même 2. i., et de dame Rose Simon de Vou- 
vantes qui portait : de sadZe au lion d'argent, armé et lampassé de 
gueules (Notes de Bernardin- Jean, comte et marquis de la Guère, filsde 
Tauteur). Elle eut 7 garçons, qui tous moururent à l'âge d'homme sans 
avoir été mariés. Le plus jeune, Ozée, fut noyé vers 1828, en allant de 
Niort à Nantes par un bateau à vapeur qui sombra malheureusement. 
C'est un des fils de Madame de la Meilleraye dont il est ici question. 

' A cette époque la terre de la Guère était composée par tiers de 
bois, de terres et de vignes. 

' Outre la marquise de la Meilleraye^ l'auteur avait pour sœurs 
I* Jeanne- Angélique delà Guère, née le 10 novembre 1743, morte 
sans alliance ; 2^ Julie-Françoise de la Guère, née le 4 novembre 
1744^ morte sans alliance ; et 3* Marie*Renée-Hyaciatbe de la Guère, 
née le 8 novembre 1748, morte aussi sans alliance. Elles habi- 
taient ensemble une maison d'Ancenis dans les environs de la Davraie 
qui leur rappelaient les souvenirs de leur enfance et ceux de leur 
famille. Biles avaient été élevées aux Ursulines d* Ancenis où leur 
grande tante Marie-Angélique Pantin de la Guère était morte re- 
ligieuse ursuline en 1755, avec une grande réputation de vertu, 
tandis qu'au i V siècle Jacques Pantin de la Guère, chapelain des 
châteaux d^Ancenis et de Varades en avait été l'aumônier. Ogée 
dans son Dictionnaire de Bretagne donne la description de la fon- 
dation de ce couvent en 1642, et raconte la visite qu'y fit c Sébastien- 
Philippe Pantin, seigneur de la Guère, gouverneur des ville et château 
d'Ancenis, avec les plus distingués de la ville d mais il fait une légère 
confusion : Sébastien-Philippe Pantin, officier de dragons, tué en 
Allemagne au mois de septembre 1693, par un capitaine de hussards 
qu'il avait fait prisonnier et auquel il avait laissé ses armes, était 
marquis de la Hamelinière et c'est sous son frère Charles, qui fut garde^i 



Digitized by 



Google 



DE NANTES A PARIS 321 

4arine. J'y restai un moment,- après lequel je priai ledit gen- 
darme de me conduire au district pour connaître le motif de 
mon arrestation. On ne m'en donna aucuns'. On me dit 

marine sous le titre de chevalier de la Hamelinière, que cette terre fut 
Tendue après être restée dans sa famille depuis 700 aps. Le personnage 
dont il est question doit être Gilles Pantin, seigneur de la Guère, du 
Verger, de l'Isle Valin etc., qui, né en 1589, porta les armes pendant 
40 ans^ sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV. Le 24 mai 
1621, il eut commission du premier de ces princes pour lever une com- 
pagnie de cent hommes de pied français dans le régiment du baron de 
Kerveno. Il eut une semblable commission, le 18 mars 1622, pour 
lever et commander une compagnie de cent hommes de pied français 
dans le régiment de Martignes. Il commanda une antre compagnie d'in- 
fanterie qu'il eut aussi charge* de lever par commission du duc de Yen* 
dème^ gouverneur de Bretagne, du 20 janvier 1625. Les Etats généraux 
de Hollande lui donnèrent une commission, le 9 avril 1631, pour com- 
mander une compagnie de cent cinquante hommes de pied français sous 
la charge du prince de Martignes, dans la guerre que le Stathouder, 
allié de la France, soutenait contre les Espagnols des Pays-Bas. Il fut 
fait capitaine et gouverneur des ville, château et territoire d'Ancenis, 
par provisions du 12 février 1636. Le roi, pour récompenser ses ser- 
vices, lui fit don, pour en jouir pendant dix ans, de son droit de dixième 
sur les mines de Bretagne, par lettres du 22 mai 1646. Il Qt aveu et 
dénombrement des fiefs et seigneuries de la Guère, le 9 mai 1648, à 
César, duc de Vendôme, baron d'Ancenis. Il avait épousé par contrat 
du 36 mars 1625, Françoise Laurens, dame de la Noê-Laurens, de 
Passay et de Léraudière, morte en 1681 (Laine). Il contribua beaucoup 
4 la fondation du couvent des Ursulines d'Ancenis, quelques uns le 
regardeat môme comme son principal fondateur. On conserve au 
château de la Guère deux gros volumes de ses mémoires et comptes de 
sa campagne de Hollande. L'endroit connu sotts le nom de l'Esplanade, 
est le champ de manœuvre où il exerçait, devant le château de la Guère 
les volontaires Bretons. M. E. Maillard a répété l'erreur d'Ogée dans 
•on Histoire d'Anctnis, et confond Sébastien-Philippe avec Gilles de 
la Guère. 

* Il estprésnmable que Bf. de La Guère dût son arrestation âla haute 
t^osition qu'il avait dans le pays, â sa naissance, â sa fortune mais 
aussi à la capture par les représentants du peuple de papiers compro^ 
mettants. (Voir plus loin la Notice biographique de M. Papirl de la 

T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, 4* LIV. 21 ■ 



Digitized by 



Google 



322 VOYAGE DES 136 NANTAIS 

seulement que c'était par mesure de sûreté générale, que ça 
ne serait pas long et que dans quinze jours je pourrais pré- 
senter une requête pour mon élargissement. 

Ne pouvant obtenir d'autres réponses, je mè retirai avec 
le gendarme chez mes sœurs, chez lesquelles le citoyen 
Maussion, lieutenant de gendarmerie, vint me dire de me 
rendre chez Gautron, aubergiste d'Ancenis. J'y fus; en arri- 
vant je demandai une chambre. On me dit que je ne pouvais 
pas en avoir de séparée ; qu'il fallait entrer dans celle où il 
y avait plusieurs détenus gardés par un caporal et quatre 
hommes. J'y entrai, je trouvai les citoyens Lebec, Papin', 

Clergerie.) Berriat de Saiat-Prix a publié p. 36. [Justice révolu* 
tionnaire) les excitations de Carrier à la Société populaire d'Ancenîs : 

(( Je vois partout des gueux en guenilles, tous êtes aussi botes qu'à 
Nantes ; Tabondance est près de vous et vous manquez de tout ; 
ignorez-vous donc que les richesses de ces gros négociaats vous appar- 
tiennent et la rivière n'est-elle pas là ! » 

Le peuple fui révolté, dit-il, deTentendre prêcher une telle morale. 

Le pillage, voilà le motif de bien des arrestations à cette époque. 

* Pa'*tn de la Clergerie (Louis-François), — né à Ancenis, 
le 14 novembre 1738, était fils d'un procureur fiscal du marquisat 
d' Ancenis, dont quatre frères avaient été tués à la bataille de Fonte- 
noy. 8*étant fait recevoir avocat au Parlement, il devint sénéchal du 
comté de Sérent et de la baronnie de Montrelais, sur les marches 
d'Anjou, et fut choisi par la communauté d' Ancenis pour son député 
aux Etats de Bretagne en 1788, et son délégué à l'Assemblée de 
la sénéchaussée de Nantes, en 1789» pour les élections aux États- 
Généraux. Secrétaire de la Grande Assemblée électorale de la Loire- 
Inférieure en avril 1790, pour l'organisation des administrations 
départementales, il rédigea l'adresse de cette assemblée au Roi et fut 
élu membre du directoire du département. Il fut encore secrétaire de 
l'assemblée de mars 1791^ réunie pour l'élection de l'évéque constitu-' 
tionnel ; et le 28 août, il fut élu député de la Loire-Inférieure à 
l'Assemblée législative par 143 voix sur 179. Il y fit partie du Comité 
des assignats et monnaies, siégea parmi les modérés, et présenta à ses 
collègues^ en février 1792, un ouvrage sur les banques de secours. 
Non réélu à la Convention, bien que les élections départementales 



Digitized by 



Google 



DE NANTES A PARIS 323 

Rouainé, Coi net prestre, Cornet huissier, Gorrichon bou- 
cher, Blanchet commerçant de bestiaux, Bregeon principal 
du collège, Pleuriot d'Omblepied\ les citoyennes Barbot, 
Feuillet, Brochet et la femme du citoyen Legrand aîné ; nous 
passâmes la nuit tous dans la môme chambre, fort gônés et 
sans pouvoir dormir. Le jour étant venu, on nous prévint 
que nous allions ôtre envoyés à Nantes^. En conséquence, 
chacun flt ses petits arrangements pour partir. Nous nous 

eussent lien à Ancenis, il fut m«mbre, au mois de juillet 179?» comme 
le comte de la Guère, du Qomité organisé sons lé patronne de l'armée 
royalisto, pendant Toccupation vendéenne, pour aviser aux mesures de 
prudence et pour approvisionner Tarmée : le registre des délibérations 
da ce comité ayant été saisi par les représentants Gillet et Gavaignac, 
après la reprise d'Ancenis, Papin fut arrêté et condamné k mort. Mais 
il était en ce moment dangereusement malade, son exécution fut 
ajournée et ce sursis le sauva, pendant que sa malheureuse femme» 
réfugiée en Anjou, était arrêtée par une colonne républicaine, conduite 
à Angers et fusillée le 15 février 1794. L'ordre rétabli, Papin fut nommé 
président du tribunal de première instance d' Ancenis, fonctions dans 
lesquellps il mourut à soixante-quatorze ans, le 25 mars 1814. 

Il ne faut pas le confondre avec un de ses cousins^ Jacques, Papin de 
la Glergerie, qui fut aussi avocat et qui devint, en 1794, président du 
tribunal criminel de Tarmée de Hoche, séant à Nantes, puis, en 181 1, 
juge au tribunal cifil d'Ancenis, et enfin juge de paix dant cette ville 
où il mourut, en 1829, laissant un fils, président du tribunal civil de 
Nantes, qui donna sa démission en 1830, pour ne pas prêter serment 
au gouvernement de juillet. (René Kerviler, Cent arts de repréêen- 
tation bretonne, 2* série, Assemblée législative p. 88, 89). 

' Flbubiot d'OMBLBPiBD était Tami intime de M. de la Guère, c'est 
lui qui est ainsi mentionné dans la relation de Villenave : « Le citoyen 
Fleuriot, natif d'Oudon, passa la nuit, couché sur la tombe de son 
père. » p. 3. 

' Si l'on veut savoir de quelle façon les prisonniers étaient traités à 
Nantes voici quelques détails que j'emprunte è la Revue historique de 
VOuest (3* livr. %• année, septembre 1886.) 

« Un habitant de Rouans affirmait à celui qui a recueilli ces notes, 
que, se trouvant à la même époque dans une prison de Nantes^ il ne 



Digitized by 



Google 



324 VOYAGE DES 136 NANTAIS 

.mîmes en route à onze heures du matin, escortés par cinq 
gendarmes, jusqu'à Oudon, qui furent relevés par huit autres 
qui nous conduisirent au département, dans la salle du comité 
de surveillance où nous trouvâmes le citoyen Prancheteau, 
président, et deux autres membres qui nous demandèrent 
nos noms et les motifs de notre arrestation. Nous donnâmes 
nos noms ; mais nous ne pûmes déduire aucuns motifs, 
parce que nous n'en avions pas, et nous ne connaissions pas 
même de raison qui put nous détenir. Quand on eut pris nos 
noms^ on dit qu'il fallait nous conduire aux Saintes Claires 
je suis resté jusqu'au 6 frimaire ou 26 novembre, vieux style 

recevait chaque jour, ainsi que tous les autres prisonniers, qu'un mor- 
ceau de pain, grand à peu près, comme lapadme de la main. » 

€ L'un des prisonniers (enfermés au Bouffay), Jean Halgan, a raconté 
plusieurs fois le régime qu'il subit au Bouffay^ et ce récit fait frémir. 
Le lit se composait de quelques bottes de paille ; mais le temps et la 
malpropreté avaient broyé cette paillasse et l'avaient remplie de ver- . 
mine. < Elle était si brisée, disait notre témoin, qu'on la rouablait avec 
les poux. » Une fois tous les vingt -quatre heures, un chaudron rempli 
de riz était apporté aux prisonniers. Chacun d'eux était muni, non d'une 
écuelle, ni d'une cuillère, mais d'un morceau d'ardoise, large comme 
une pièce de six francs ; et ils ne pouvaient, sous peine de mort, plonger 
qu'une seule fois ce morceau d'ardoise dans le chaudron. Une telle exis- 
tence était pire que la mort. Un jour, un fort vigoureux breton 
venait de prendre sa maigre ration, qui disparut en un clin d'oeil : dé«* 
voré par la faim et fou de désespoir, il s'écria : € Mourir pour mourir ! 
J'en prends une seconde fois. » Au moment où il retirait son ardoise 
chargée de riz, un des surveillants lui asséna sur la tète un coup de 
massue qui fit jaillir sa cervelle de tous côtés, et le malheureux tomba 
roida mort au milieu de ses compagnons d'infortune. Un autre détail, 
contre lequel la délicatesse se révolte mais qu'il est cependant boa 
d'exposer, montre mieux encore les souffrances des prisonniers. Le 
geôlier de la prison nourrissait un porc dans une des cours. A peine la 
personne qui lui apportait sa pitance avait-elle tourné le dos que les 
prisonniers se précipitaient, en se la disputant, sur cette vile et dégoû- 
tante nourriture. On s'en aperçut au dépérissement de l'animal, et les 
prisonniers n'eurent plus, du moins à certaines heures, la permission 
de descendre dans cette cour. » {Une famille de paysans sous la Ter^ 
reur, par M. E. R.) 



Digitized by 



Google 



DE NANTES A PARIS 325 

époque à laquelle je fus transféré, moi quarante-sixième, à 
la maison del'Eperonnière^, sans vivres, ni effets ; je man- 
geai un peu de pain que j'avais mis dans ma poche, et m'é- 
tendit la nuit sur le matelas d'un de mes compagnons d'in- 
fortune, M. Caillaud de Beaumont. 

Le 7 frimaire^ ou mercredi 27 novembre ^ 793 vieux style, 
le sergent ou un caporal de garde vint, avant la pointe du 
jour% nous avertir de nous lever tous et de nous habiller 
promptement, que partie de nous allaient être transférés. 
Aussitôt que nous fûmes levés, nous apperçûmes ce jour des 
voitures à la porte de TEperonnière et dans la cour de cette 
maison d'arrest un détachement de gendarmerie rangé en , 
bataille. Nous descendîmes environ^ sept heures et demie 
dans le jardin ; on nous ordonna d'entrer. Là, le citoyen 
Boussard, commandant un des bataillons de parisiens destiné 
à nous servir d'escorte nous lut une liste composée de cent 
trente-huit citoyens qui devaient partir, il ne s'en trouva que 
cent trente-et-un' qui furent en état de le faire. Leurs noms 
se trouvent à la suite de ce récit, les sept qui restèrent savoir : 
les six premiers pour cause de maladie sont les citoyens 
Plammingue, Bertrand de Cœuvres, Laflton, Tourgouillet, 
LincheetPleury, et le septième, qui eut le bonheur de rester, 

* Ainsi commence la relation de Villenave : « L'an deuxième de la 
République Française une et indivisible, le 7 frimaire, (27 novembre 
1793, vieux style,) nous sommes partis de la maison de l'Ëperonnière, 
située à Textrémité de la ville de Nantes, sur le chemin de Paris^ au 
nombre de cent trente deux, conduits par un détachement du onzième 
bataillon de Paris, que commandait le citoyen Boussard. » — Cette mai- 
son de TBperonnière qui tire peut-être son nom du fief de TEsperon-* 
nière sis en la paroisse de Belligné, à 4 lieues d'Ancenis, est située sur 
la route de Paris, à la hauteur de Saint-Donatien dans le 2* arron- 
dissementy et actuellement occupée par le couvent des dames du Sacré- 
Cœur : [Plan de Nantes par E. Robert.) 

' Réveillés dès cinq heures du matin^ dit la Relation Villenave. 
' Pantin de la Guère doit faire erreur. Ils partirent au nombre 
de 132. 



Digitized by 



Google 



326 VOYAGE DES 136 NANTAIS 

parce que la veille il avait été transféré de TEperonnière, 
maison surlaroutede Paris, aux Saintes-Glaires, estle nommé 
Gérard, perruquier. La liste une fois connue, on enjoignit à 
ceux qui devaient partir de faire .leurs préparatifs de voyage 
et de descendre promptement dans la cour, ce qui, ayant été 
exécuté^ sur ce que plusieurs déclarèrent que n*ayant pas de 
souliers, parce qu'ils n'avaient pas été prévenus du voyage 
que Ton se proposait de leur faire faire assez à temps pour 
pouvoir en faire venir de chez eux^ ils ne pouvaient entre- 
prendre la moindre route en sabots, le commandant donna 
sur le champ ordre d'aller chercher des souliers*. 

Pendant les entrefaîtes, il nous fit ranger sur deux lignes, 
et après nous avoir comptés et s'ôtre assuré que nous étions 
tous présents, c'est-à-dire ceux qui devaient partir, il nous 
avertit de prendre garde de nous écarter de nos rangs, sans 
quoy nous serions attachés ; et que si quelqu'un de nous pa- 
raissait vouloir ou cherchait à s'échapper, il serait à l'instant 
fusillé'. Il nous enjoignit ensuite de nous défaire de nos 
rasoirs, couteaux et ciseaux. J'ai remis deux rasoirs et un 
couteau. II nous dit que quand nous serions arrivés à notre 
destination, ils nous seraient remis ; plusieurs tirèrent les 

* La consigne nous défendant de rentrer dans les chambres, ceux qui 
restaient nous jettèrent par les fenêtres nos couyertures ; c'est tout ce 
que nous pûmes emporter ; quelques-uns avaient eu la pr.^aution de 
descendre leurs paquets. Toute communication, ayant le départ fat 
refusée ; on repoussait nos femmes éplorées, nos parents consternés. 
Pour la première fois les tyrans furent, sans le Touloir, humains par 
l'excès môme de leur barbarie ; ils nous épargnèrent l'horreur des 
adieux. Une épouse ne pouvant voir son mari, lui écrivit sur un chiffon, 
au dos d'un très court mémoire de blanchissage : Tofficier de garde 
porta le scrupule jusqu'à refuser de remettre ce billet^ dans la crainte 
que les chiffres ne fussent des caractères secrets, (p. 2. Ae^ah'on de 
Villen&ve) 

' On voit que les prescriptions du Comité étaient exécutées à la lettre 
car M. de la Guère se sert des propres termes de l'arrêté qu'il ne pou- 
vait connaître. 



Digitized by 



Google 



DE NANTES A PARIS . 327 

instruments de leur poche^ et les portèrent eux-mêmes au 
commandant ; d'autres tel que moi les remirent aux volon- 
taires qui les mirent dans un sac à ce destiné. Depuis nous 
n'avons pas entendu parler de ces ustensiles*. 

Les souliers apportés et distribués à ceux qui en voulurent 
• prendre, on appela ceux que leur âge ou leur infirmité mettait 
dans rimpossibilité d'aller à pied et on les fit monter dans 
les voitures que Ton avait fait venir à cet effet. Je fus du 
nombre jusqu'à Angers. On nous donna ensuite l'ordre de 
nous mettre en marche. Il était alors onze heures', et, dans le 
trajet de la maison de l'Esperonnière à la barrière de Paris, 
nous eûmes le déchirant spectacle de voir que Ton refusait 
à nos femmes et à nos familles la consolation de nous dire 
adieu et de nous embrasser. N'étant pas de Nantes, je fus 
seulement témoin des tendres adieux qui se firent de la part 
des personnes qu'on voulut bien laisser approcher. Le fils 
Poydras fut du nombre ; il m'attendrit à un tel (point) ainsi 
que son infortuné père, que les larmes m'en virirentplusieurs 
fois aux yeux. Nous arrivâmes le môme soir à Oudon, environ 
huit heures' ; nous fûmes déposés de suite dans l'église où 
nous étions destinés à passer la nuit sur la paille. Là, après' 
nous avoir distribués du lard pourri* que nous fûmes obligés 
de jçtter, du pain fort noir et très dur et d'assez mauvais vin, 
on nous donna à chacun une botte de paille sur laquelle nous 
nous couchâmes ; avant de me coucher, j'écrivis à ma femme 
pour l'instruire de mon sort et lui demander quelques se- 

^Goaforme à la relation de Villeaive. 

' Midi d'après Villenave. 

' « Vers les neuf heures du soir, au milieu de l'obscurité la plus 
profonde, en marchant dans la boue, et n'ayant pris, depuis le matin^ 
ni repos ni nourritare. Relation Villenave. » 

* On nous distribua du vin^ du pain noir et du lard rance, si mauvais 
que les volontaires s'en servaient pour graisser leurs souliers, fîe/a- 
iion Villenave). 



Digitized by 



Google 



328 VOYAGE DES 130 NANTAIS 

cours, et la prévenir que le citoyen Conrad gendarme, était 
chargé de ma lettre ; et de lui remettre un porte-manteau plein 
d'effets ; il remit bien la lettre, mais le porte-manteau a été 
perdu. On avait eu soin auparavant de faire un appel nomi- 
nal pendant lequel il se débita entre nous que le citoyen 
Hernaud, l*un de nous, était absent, et qu'il avait trouvé 
moyen de s'échapper*. 

Comte de la Guère. 
(A suivre ) 



* La relation VilleDave ne donne pas son nom que M. de la Guère 
nous révèle mais cite celui qui s'égara et revint parmi les prisonniers ; 
« à la descente d'Oudon, Tun de nous disparaît, il était également facile 
à tous les autres dé séchapper. Le chemin était si mauvais et la nuit 
si noire que soldats et citoyens tombaient pôle-méle dans les fosGfés et 
s'entraidaient à se relever, Tiger l'un de nous s'égara; une vieille femme 
lui offrit un azylesûr ; il refusa cette offre et se fit conduire à Oudon. » 
(p. 3). 



'^^iÇÏ^^ 




Digitized by 



Google 




LIS GRANDS ÉCUÏiRS HEREDITAIRES 

DE BRETAGNE 



LE titre de Grand Ecuyer est donné pour la première fois 
par le P. Anselme à un Breton, Alain de Gouyon, 
nommé par Louis XI après 1461*. Mais^ si ce titre appa- 
raît seulement alors dans la langue officielle^ il semble qu'il 
existât auparavant dans le langage usuel. Ainsi Tanneguy du 
Châtel, vicomte de la Bellière, dont Alain de Gouyon fut le 
troisième successeur, prenait ce titre en 1455' ; et Monstrelet 
le donne à Jean Poton, seigneur de Xaintrailles, prédéces- 
seur de du Châtel, nommé par lettres du 27 juillet 1429\ , 

Du reste, depuis longtemps, depuis 1294 d'après le P. An- 
selme, il y avait auprès du Roi un officier remplissant les 
fonctions que nous voyons depuis dévolues au Grand Ecuyer. 
Le P. Anselme nomme cet officier premier ecuyer de corps, 
et lui donne le titre d'abord de maître, puis, à partir du 
quinzième siècle, de grand maître de l'écurie. 

* Les Grands Officiers de la Couronne, T. ii, p. 1281. 

• M. Chsrubl. t. I, p. 332. — n s'agit du second Tanneguy, neyeu du 
premier, grand préTÔt de Paris ; on les confond trop souTent. Exemple : De 
Thoax dit que Tannegay (ronde) présida aux obsèques de Charles VII, en 
juillet 1461 : or Tanneguy était mort sénéclLal de Provence, en 1449. C'est le 
neveu, mort seulement en 1477, qui fit TaTance des frais des funérailles 
royales* 

1 M. CuRUBL. (T. iM*, p. 332) rapporte le récit de Monstrelet à 1415. La 
date est erronée puisque Xaintrailles ne fut grand ecuyer qu'en 1429. 



Digitized by 



Google 



330 LBa GRANDS ÉGUY£R»^ÉR*DITAIRES 

L'auteur compte dix-sept maîtres ou grands matfares de 
récurie avant Alain de Gouyon. 

Mais lisez leurs noms, obscurs d'abord, puis appartenant 
à la haute noblesse, et vous serez convaincus que Toffice, 
humble au début, a été progressivement relevé, agrandi, 
anobli. Roger, le premier de la liste, en 1204, et du nom de 
son office surnommé^ Lécuyer, était assurément un mince 
personnage auprès du seigneur de Xaintrailles et du vicomte 
de la Bellière*. 

La différence des noms marque la transformation accom- 
plie en ces deux ^ëcles. Toutefois il restait aux grands 
mattres de l'écurie devenus grands écuyers un degré à 
franchir. 

Cent ans après Alain de Gouyon^ les grands écuyers 
faisaient encore partie de la Maison du Roi^, Henri IV les fit 
monter au rang des grands officiers de la Couronne ; et, à 
partir de ce moment, le grand écuyef ou, comme on disait, 
Monsieur Le Grande fut un des premiers officiers de TEtat. 

Voici quelles furent à différentes époques les principales 
prérogatives du grand écuyer. 

11 accompagne partout le roi : dans les cérémonies, il le 
précède immédiatement, portant Tépée royale dans un four- 
reau de velours azuré et fleurdelysé. De même aux entrées du 
roi dans les villes. Quand le roi tient un lit de justice, le grand 
écuyer siège à droite, sur un tabouret, au bas des degrés du 
trône, tenant Tépée de parement. Enfin aux pompes funèbres 
des rois, il porte encore leur épée. 

Le grand écuyer a la disposition des charges de la grande 
et de la petite écurie, et de tous les officiers qui en dépendent. 
Il règle et ordonne les dépenses de Técurie. Autrefois môme 

* Cette transformation dans la dignité se voit dans d*autres institations. 
Ex. Les sergenteries féodées du duc de Bretagne considérées d*itbord « comme 
basses et serviles » furent, avec le temps, ambitionnées par des gentils- 
hommes. Lobineau dit qu'elles n'appartenaient plus qu'à diS gentilshommes, 
▼ers 146t, p. 680, 853. HiiviN : Questions féodales, p. 259. 

' Qn le voit par un règlement de Henri IH, de 1582. 



Digitized by 



Google 



DB BRETAGNE 331 

« SOUS sa charge étaient les rois et hérautv d'armes. » Phis 
tard a nul ne peut sans sa permission établir un manège ou 
une académie*» » Anciennement le grand touyer avait les 
postes et relais ; mais Henri IV, en augmentant les honneurs 
du grand écuyer, diminua ses émoluments ; et, depuis lor^ , 
le privilège des postes et relais passa au contrôleur des 
finances. Le grand écuyer garda son ancien privilège d'avoir 
à la mort du roi « tous les chevaux et harnais de toute sorte. »' 

Enfin le grand écuyer prétendait « aux dais ou poêles sous 
lesquels avait marché le roi aux entrées dans les villes ; » 
mais ce droit était contesté. 

Si nous sommes entré dans ces détails, *c*est que nous 
allons trouver le grand écuyer en Bretagne avec des hon- 
neurs et des droits analogues. Chose singulière ! Ce nom de 
grand écuyer c'est un breton, Tanneguy du Chastel, qui 
semble l'avoir importé en France ; et il a pris place dans la 
langue officielle ^n Bretagne avant d'apparaître dans les lettres 
patentes des rois. Nous trouvons le nom en usage chez nous 
dès 1442. Mais, en Bretagne, la charge de grand écuyer n'est 
pas, comme en France^ à la nomination du souverain. Un de 
nos ducs en créant le titre, Ta attaché à une seigneurie ; et 
le titre passe comme un attribut de cette terre à ses pos- 
sesseurs successifs. C'est ce qu'expriment les mots souvent 
répétés : Grand Écuyer hirédital ou héréditaire. 

L'époque à laquelle a été créé le titre de grand écuyer héré- 
ditaire, la seigneurie qui en fut pourvue, lés possesseurs 
successifs de cette seigneurie — voilà ce que nous allons 
rechercher. 



• Académie..,. Se dit aussi des maisons, logements, et manèges des écnyers, 
où la noblesse apprend à monter à cheval et les autres exercises qui lui 
conyiennent.... T«ivouz. 



Digitized by 



Google 



332 LES GRANDS ÉCUYBRS HÉRÉDITAIRES 



II 



• S'il fallait en croire d'Argentré, les grands écuyers de 
Bretagne dateraient au moins d'Alain Fergent. Notre vieil 
historien expose l'organisation judiciaire qu'il attribue au duc 
Alain, et il décrit comme suit l'ouverture d'un parlement 
général sous le règne de ce prince, c'est-à-dire encre 1084 
et 1112*. 

« L'assiette et ordre f ust que le duc s'assist en son estât 
royal; à sa dextrè, un peu plus bas, le comte de Nantes, Geof- 
froy, comte de Penthièvre, celui qui fust tué depuis à Dol ; 
Estienne son frère; aux pieds du duc le chancelier; ducosté 
du chancelier, le sieur de Guémené tenant un coissin et sur 
icelui une couronne à hauts fleurons d'or ; de l'autre costé 
du chancelier, le sieur de Blossac, grand escuyer portant 
Tespée ; après les seigneurs du sang, l'archevesque de Dol 
qui estoit Baldrîc, vivant pour lors. . . à la senestre les neuf 
barons d'Avaugour, de Léon, de Vitré, de Fougères, de 
Gbasteaubriant, de Raiz, d'Ancenis, etc. » 

M. Daru, que M. Guizot a nommé l'historien le plus judi- 
cieux de la Bretagne', a reproduit sans observation « la pa- 
tente » que d'Argentré avait « transumptée »; il Ta sans hé- 
sitation acceptée pour authentique'. — Est-ce que l'anachro- 
nisme ne saute pas aux yeux?— Le cérémonial décrit par 

< D*ARoiNTRi. Livre III, ckap. 107. C'est par erreur que M. Daru, Jlist, 
de Bretagne (I, 317) renroie au livre IV, chap. 45. 

■ Hist, de France, racontée âmes petits enfants, II, p. 84. 

' En deux endroits : T. 1^^ page 45 en note. M. Daru Tinvoque comme 
preuve de Texistence de Conan Mériadec; et il la donne t. 1*' p. 317. L'il- 
lustre auteur est tombé en quelques autres méprises. T. 1^ p. 66 et 67 note 
2, il dit : « Le dominicain Albert, qu'on a surnommé Le Grand... » T. II p. 
307, il répète la même erreur. — T. II, p. 109 ; il écrit : « Les Bretons nom- 
maient les Anglais ar Saox, Vennemi, » Or Saoz au singulier, saozon au 
pluriel, veut dire anglais^ saxon* Marohanot, 'Tristan le Voyageur, t. II, 
p. il4), a transformé le mot de Saoson en celui de lesJausons (!) 



Digitized by 



Google 



' DE BRETAGNE 333 

d*Argentré ne semble-t-il pas bien solennel pour le onzième 
siècle? N*est-il pas emprunté à une époque très postérieure?... 

Voici des objections contre l'authenticité de cette pièce. 

Le texte nomme parmi les seigneurs présents aux Etats 
Gsffroy, comte de Penthièvre, qui fut depuis tué à Dol, et 
Baldric, évoque de Dol. Or GefTroy était mort quinze années 
avant que Baidric fut évoque. Geffroy périt en 1003* et Baldric 
ne devint évoque de Dol qu'en 1108*. 

L'acte donné par d'Argentré mentionne « les neuf, barons 
de Bretagne. » Or les neuf barons sont une invention du duc 
Jean IV, à la fin du quatorzième siècle'. 

EnQn, à supposer que le nom de Guémené-Guingamp 
existât au temps d'Alain Fergent, le sire de Guémené n'au- 
rait pas porté le cercle royal du duc; ce droit ne lui fut 
accordé que par le duc Jean V, le 16 septembre 1420*. 

Une seule de ces objections ne suffit-elle pas ? N'est-il pas 
démontré que la pièce donnée par d'Argentré et acceptée 
de confiance par Daru comme authentique et contemporaine 
d'Alain Fergent a été fabriquée après le 16 septembre 1420, 
et qu'elle est, comme dit Hévin, « une marchandise de contre- 
bande*. » 

Depuis le temps d'Alain Fergent jusqu'au quinzième siècle, 
nous ne rencontrons dans l'histoire aucune mention du 
grand écuyer : Il semble bien, en effet, que c'est de Jean IV 
et surtout de Jean V que date la création des charges de 
cour en Bretagne. 

Après la mort du comte de Montfort, Jeanne de Flandre 
partit pour l'Angleterre avec son fils, depuis Jean IV (1345*). 

* LOBINBAU, p. 10^. 

*GàlliaChrisiiana,\lV,p.\ùiS. 
s Hbyin. Questions féodales p. 330, n* 6. 
^LoBunBA.n, p. 352. 
' Questions féodales, p. 330 n* 6. — Voir aussi p. 21, no 27. 

* Un ouTrage destiné à l'instruction de la jeunesse et couronné deux fois 
par r Académie française ^le Littoral de la France) t vient de révéler que 
« la célèbre comtesse de Montfort » est morte au chitean de Plaisance 



Digitized by 



Google 



334 LES GRANDS ÉGUYERS IIBBÉDITAIRBS 

Ctelui-ci fut élevé à la cour d'Angleterre, calquée sur Je 
modèle de la coiir de France. Le roi Edouard s'était déclaré 
tuteur du jeune comte de Monlfort; il le retint longtemps 
auprès de lui : et c'est seulement quand il eut vingt-cinq ans 
que le futur duc eut la permission de rentrer pour un temps 
en Bretagne, avec la très humble titre de gouverneur pour le 
roi d'Angleterre*. 

A sa mort, le 2 novembre 1399, Jean IV laissait quatre 
enfants mineurs. Deux ans après^sa veuve, Jeanne de Navarre^ 
donnait sa main au roi d'Angleterre Henri IV ; elle emmenait 
ses filles*à la cour d'Angleterre et confiait le gouvernement 
de ses Ris au duc de Bourgogne qui les conduisait à Paris. 
Jean V resta à la cour de France jusqu'à sa majorité de 
quinze ailsqui survint aux premiers jours de 1404. 

Ce séjour des ducs Jean IV et Jean V dans les cours 
d'Angleterre et de France a pu leur donner l'idée de se former 
une maison sur le modèle de ces cours. D'ailleurs, avant de 
mettre so ipille en possession de son duché, le duc de Bour- 
gogne non-seulement avait pris soin de lui nommer un conseil 
pour aider son inexpérience, mais il avait organisé sa maison. 
. Cet état de la maison de Jean V nous a été conservé*. La 
cour de Bretagne semble une réduction de la cour de la France. 
Tous les officiers qui occupent une charge auprès du roi se 
retrouvent auprès du duc de Bretagne, depuis les chambel- 
lans qui tiennent le premier rang, jusqu'aux valets des 
lévriers et les fauconniers. 



près de Vannes, le 17 juillet 1440 » (11, p. i&Oj. C'est nous dire qu'elle est 
morte cent onze ans après son mariage, en 1329. •— La comtesse de Montfort 
morte k Plaisance k cette date était la première femme de François !•*, 
duc de Bretagne, alors comte de Montfort. 

« LOIINBAU» p. 33t. 

* Le duc de Bourgogne a omia le fou et l'astrologue ; mais ila Tont Tenir 
sans tarder, et ce jour-là la maison sera complète. Lobiniait, Pr. peur Vas^ 
trologien, col. 1261-12S4 (années 1461*liQ2). —Pour le fol. coK 929 (année 
1419) 1184 etc. — Le vicomte de Rohan avait aussi un fou en U54. Col. it93 



Digitized by 



Google 



DE BRETAGNE 335 

Or dans la longue liste des officiers de la cour de Bretagne, 
nous ne voyons pas figurer le grand écuyer. . . Et la raison 
en est simple : nous avons vu que, à cette époque, le titre de 
grand écuyer n'existait pas à la cour de France'. 

J. Trévédy. 
Ancien président du tribunal de Quimper. 

(A suivre). 



> Le grand chambeUan n*est pas non plus nommément désigné, bien que 
messire Armel de Chàteau-Oiron, an des chambellans, semble avoir en, dài 
cette époque, une sorte de primauté. — Lobinxau* Pt. col. 814. 



il«'. 




Digitized by 



Google 



L'ENSEIGNEMENT 

SECONDAIRE ECCLESIASTIQUE 

DANS LE DIOCÈSE DE NANTES 

APRÈS LA RÉVOLUTION 
fiSOO-iSiô'J 

MUXIÈME PARTIE 



Les Écoles pnesbytérales 



MAISDON 

LE petit collège dont nous allons parler a jeté plus d'éclat 
que tous les autres ; il n'est sans doute pas de prêtre 
au diocèse de Nantes qui ne connaisse son existence 
et qui n'ait entendu louer, par les anciens du clergé, le digne 
Monsieur de Maisdon. 
La célébrité relative de cette maison s'explique par sa 

* Voir la livraison prâcédente. 



Digitized by 



Google 



lënseionemënt secondaire egclésiastiqub 337 

durée assez prolongée, puisqu'elle a fourni des prêtres pen- 
dant vingt-sept ou vingt-huit ans ; par le grand nombre de 
ceux qui y ont commencé leurs études ; surtout par la valeur 
de celui qui Ta fondée et dirigée. 

Nous n^avons point Tintention de faire ici la biographie 
complète de ce prêtre remarquable autant que modeste; car 
pour être complet sur ce sujet, il faudrait être long. Nous 
ne renonçons pas à ce travail ; mais le cadre de la présente 
étude exige que nous nous bornions à faire Thistoire de son 
école. 

Toutefois, quelques détails biographiques sont nécessaires. 

Joseph Courtais naquit en Tannée 1751, dans la paroisse 
de Tilliers'. A dix ans, il perdit son père, à quinze, il était 
orphelin. Sa famille était honnête et chrétienne, mais plus 
riche de vertus que de biens', et Joseph dut connaître dès sa 
jeunesse, avec les souffrances et les larmes, les privations et 
la gêne. 

Tilliers avait alors pour pasteur M. Fonteneau^^ prêtre 
vénérable, dont le souvenir^ était encore vivant dans sa pa- 
roisse, un siècle après sa mort. C'est lui qui dirigea le jeune 
Courtaié vers le sacerdoce, et, comme il appartenait à une 
famille aisée, c'est lui sans doute qui lui procura les moyens 
de poursuivre et d'atteindre le but qu'il lui avait montré. 

La ville de Beaupreau possédait dès lors un collège qui 
jouissait d'une grande réputation et attirait des jeunes gens 
de plusieurs diocèses, prinqipalement de celui de Nantes^. 
Joseph Courtais, après quelques études préliminaires faites 
dans sa paroisse natale, y fut envoyé, et y poursuivit le cours 



* Alors du diocèse de Nantes, actuellement de celui d^Angers. 

> Joseph Courtais avait trois frères et trois sœurs. Des papiers de famille 
nous apprennent que, en 1785, le curé de Maisdon vendit sa part d'héritage 
à l'un de ses frères, pour la modique rente de 9 dont la Teuve Courtais se 
libéra, en 1825, pour la somme de i80 francs. 

> Mr Angebault, mort évêque d'Angers, était neveu de M. Fonteneau. 
^ Lettre de M. Darondeau, supérieur du collège, en data de 1762. 

T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE, 4* LIV. 22 



Digitized by 



Google 



338 L£NSEIGNEMENT SECONDAIRE! ECCLÉSIASTIQUE 

de ses humanités, en compagnie des deux Bouyer, ses com- 
patriotes^ bien connus dans la paroisse de Saint-Clément de 
Nantes, qu'ils gouvernèrent longtemps. 

De Beaupreau il partit pour Angers, où il Ot sa philosophie ; 
puis il vint à Nantes étudier la théologie. Sa tournure rus- 
tique, ses longs cheveux, son air simple et modeste, son at- 
titude silencieuse le firent mal juger de ses émules qui se 
promirent, en le voyant, une facile victoire ; et déjà les 
malins s'égayaient à ses dépens. L'erreur ne dura pas long- 
temps, et la première fois qu'il prit la parole pour répondre 
aux interrogations du professeur, il s'annonça comme un 
maître. 

Après un court préceptorat il fut ordonné prêtre et nommé 
vicaire à Aigrefeuiile ; mais au bout de quelques mois, il fut 
transféré à Sainte-Croix dé Nantes, où il remplit les mômes 
fonctions durant six années. Les devoirs de son ministère 
ne rempôchaiffnt pas de poursuivre ses études, et c'est à cette 
époque qu'il'^outint, devant la faculté de théologie, sa thèse 
de doctorat. 

Pe ll^^mpa après (1784), il obtint au concours la cure de 
M . .u.^.. ''^' tait une des paroisses les plus importantes et 
les plus riches du diocèse de Nantes ; elle était en môme 
temps l'une des plus chrétiennes : avec son intelligence et 
ses forces, M. Courtais lui donna pour jamais son cœur. 

Bien que la Révolution en eût diminué l'importance, il ne 
consentit pointa la quitter; et il devait y mourir, après l'avoir 
gouvernée pendant quarante- trois ans. On sut du rerte l'ap- 
précier, et le seul nom de Monsieur de Maisdon, qu'on lui 
donna dès lors et qu'il conserva jusqu'à sa mort, parmi le 
clergé et le peuple, nous dit assez la considération dont il 
jouit, depuis son arrivée dans cette paroisse jusqu'à son der- 
nier jour. 

Les occupations pourtant nombreuses qu'impose la direc- 
tion d'une paroisse étendue et chrétienne, ne suffisaient pas 
à contenter le zèle de cette âme sacerdotale. Bientôt, M. Cour- 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 339 

tais, que la Providence avait également bien doué pour les 
travaux du ministère et ceux de l'enseignement, établit un 
cours de sciences dans son presbytère, de concert avec 
M. Bouyer, sou ancien condisciple devenu son vicaire, qui 
enseignait la philosophie^ Cet établissement n'était pas dû à 
la seule initiative du recteur de Maisdon : les principes hardis, 
téméraires, pour ne pas dire plus^ des Pères de TOratoiré 
inspiraient depuis longtemps des craintes h tous les esprits 
sérieux, et le nouveau collège, destiné à prémunir la jeunesse 
cléricale de Nantes contre des tendances dangereuses^ devait 
être une succursale du Séminaire, dirigé par les Sulpiciens. 

Tout en professant^ M. Bouyer travaillait pour son propre 
compte, et c'est à cette époque qu'il soutint sa thèse de doc- 
teur. Le président de cette séance solennelle était au choix 
du candidat ; M. Bou/er n'alla pas chercher bien loin, et c'est 
sous la présidence de son recteur que le vicaire de Miaisdon' 
subit les dernières épreuves du doctorat. Heureux temps que 
celui où les études théologiques étaient en tel honneur, et où 
un simple presbytère de campagne pouvait offrir ce spectacle! 

C'est au milieu de l'ébranlement général cauq^ par les 
débats de l'Assemblée Constituante que M. Co* . .. "yrait 
à ces travaux (1789-1790). Les événements, en se précipitant, 
n'allaient pas tarder à les interrompre et à disperser les 
écoliers de Maisdon. 

M. Courtais et ses deux vicaires refusèrent avec écl^t de 
prêter le serment schismatique. Ces derniers, avec un très 
grand nombre de prêtres nantais, passèrent en Espagne les 
années terribles ; quant au recteur, ne voulant point aban- 
donner le troupeau confié à ses soins, il resta à son poste et 
brava tous les dangers de la persécution. 

Comme toutes celles de la Vendée, la paroisse de Maisdon 
fut parcourue dans tous les sens par les armées révolution- 



* Notice sUUistiquô et historique sur la commune de Maisdon^»» par 
M. Petit dM Roehettes, maire de Maisdon, première pvUe, note V, 



Digitized by 



Google 



340 l'enseignement secondaire ECGLisiASTIQUE 

naîres ; le plus grand nombre des maisons, furent brûlées,: 
ainsi que le presbytère et Téglise*; beaucoup d'habitants furent 
massacrés, et nous savons une famille qui perdit Irente de 
ses membres pendant la guerre civile*. 

M. Courtais n'en remplit pas moins, à cette époque^ tous 
les devoirs du ministère, s'exposant presque continuellement 
àlâmort pour soutenir ses paroissiens dans la foi et la vertu, 
surtout pour baptiser les nouveau-nés et assister les mou 
yants. Le récit de tous les travaux qu'il accomplit et de tous 
lés. périls qu'il courut sérail sans doute intéressant; mais, 
nous l'avons dit déjà, ce serait dépasser le cadre de ce travail, 
et nous aimons mieux ne pas l'entreprendre que de l'effleurer. 

Les périls passés et le calme revenu, M. Courtais rentra 
dans, sa.dçmeure* et reprit, d'une manière régulière, , ses 
occupati.ons pastorales. Il ne devait pas tarder à rouvrir, et 
plus grande que jamais, sa porte aux écoliers, 
r Les dangers mômes de la persécution n'avaient pas em- 
péché,M. de Maisdon de jeter un regard attristé sur l'avenir 
de la religion en France, et de songer aux moyens de combler 
les vides du sacerdoce. Il voulut dès lors procurer des mi- 
nistres à cette Eglise désolée, et se mit aussitôt à l'œuvre. Il 
réussit à former quelques étudiants en théologie, et dès que 
le calme fut un peu revenu,^ avant le Concordat, il put en 
envoyer plusieurs à Tordination. « J'ai connu, écrit un de 
ses anciens professeurs, un curé de DongeSy M. Procourt qui, 
après avoir servi dans Tarmée vendéenne, avait été instruit 
par lui, et fut ordonné à Paris avant le Concordat. » Ce ne fut 
pas le seul sans doute, car le zèle de M. Courtais donna des 
inquiétudes au Directoire exécutif de Clisson qui le signalait* 

* Le 4 avril 1794. 

* La faxniUe Pineau, — Mémoires manuscrits de M. Tabbé Pineau, élève 
de. M. ConrUtis, mort curé-prieur de Saint-Etienne-de-Gorcoué. M. Pineau est 
bien connu par son rôle politique en 1832. 

* Comme locataire, car le presbytère avait été vendu et ne fut racheté 
qu'en 1800. 

^ Lettre du & messidor, an V. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA flÉVOLUTION 341 

' au département « comme endoctrinant les jeunes gens pour 
les disposer à se faire prêtres. >» 

Nous comprenons quel redoublement de zèle il dut 
apporter à cette œuvre capitale, quand la pacification reli- 
gieuse lui en facilita les moyens, et lorsqu'il lui fut possible, 
en comptant les prêtres qui avaient disparu, de mieux con- 
naître les bejsoins de l'Eglise. Il rechercha alors de tous côtés 
et réunit dans son presbytère des étudiants, leur enseignant 
les éléments de la langue latine. 

Les besoins de TEglise étaient pressants, en effet, et il 
fallait aller vite. Aussi les premiers élèves de M. Courtais 
n'étaient-ils pas des enfants, mais des jeunes gens déjà un 
peu âgés, de bonne famille^ pieux, raisonnables, d'un jugement 
droit, et décidés à n'étudier que poiir l'état ecclésiastique. 

Quelques mois suffisaient pour leur apprendre un peu de 
latin, et, au bout de cinq ou six ans, plusieurs de ces jeunes 
gens étaient prêtres, non pas remarquables sans doute par 
leur science, assez instruits cependant pour remplir les 
devoirs du saint ministère. Un certain nombre de paroisses 
furent ainsi pourvues de sujets uniquement formés par 
notre bon curé. 

En effet, M. Courtais donnait un enseignement plus com- 
plet que celui du recteur de Saint- André ; et, pendant quelques 
années, sa maison comprit les cours du grand comme du 
petit séminaire. On vit môme des jeunes gens déjà ordonnés 
prêtres, mais*dont les études théologiques n'étaient pas ter- 
minées, suivre ses leçons ; et, parmi les élèves de Maisdon, 
en 1809, nous trouvons quatre prêtres et un diacre*. 

Les mêmes besoins faisaient naître partout les mêmes 
désirs, et les prêtres survivants de la Révolution n'avaient 
pas de plus grande préoccupation que de se préparer des 
collaborateurs et des successeurs. Mais tous n'avaient pas 



* MM. Yves Dupuis, Michel Durand t Pierre-René-Léon FanteTieau, Jean 
Bonnet, prêtres ; François-Marie Bercegeay, diacre. — Archives de VévécKé. 



Digitized by 



Google 



342 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

les ressources de M. Gourtais ; et point de collèges ni 'de sé- 
minaires encore ! aussi quelle bonne fortune quand un curé 
mettait sa science et son dévouement au service de la jeu- 
nesse cléricale ! On voyait aussitôt les élèves accourir de 
toutes parts. C'est ce que Ton vit à Maisdon. 

Les curés qui avaient découvert des vocations et qui déjà 
avaient donné quelques leçons de latin aux jeunes gens 
choisis, les envoyaient à Maisdon pour étudier la philosophie 
et la théologie. Les confrères voisins surtout^ plus à même 
d'apprécier )e mérite du charitable maître, lui envoyèrent 
des étudiants pris parmi les plus vertueux de leurs pa- 
roissiens. 

Mais la réputation de M. Gourtais attira bientôt sur son 
collège l'attention des plus éloignés. La Vendée, naturelle- 
ment, Maisdon et les paroisses environnantes, Aigrefeuille, 
le Loroux-Bottereau, la Chapelle-Heulin, Saint-Fiacre, Château- 
Thébaud et Vertou lui fournissaient beaucoup d'élèves ; peu 
de temps après Touverture de la maison, ils arrivèrent de 
l'Anjou, de plusieurs points éloignés de la Bretagne, du 
Poitou, et môme de la Saintonge. Dès 1802, le presbytère de 
Maisdon était devenu un véritable séminaire , et le bon 
pasteur voyait , réunis autour de lui, une cinquantaine de 
jeunes gens de différents âges, partagés en plusieurs classes, 
depuis la huitième jusqu'à la théologie inclusivement. 

Il ne faudrait pas cependant, pour se faire une idée de la 
vie qu'on menait à Maisdon, se reporter à «los séminaires 
actuels. Rien ne leur ressemblait moins que ce séminaire 
improvisé. 

On observait cependant, autant que possible, les règles de 
ces saintes maisons. Voici quel était à peu près l'ordre de la 
journée. 

Le lever avait lieu à 5 heures, et tout le monde, la toilette 
terminée, se réunissait dans une salle commune. Un des 
élèves récitait à haute voix la prière, qui était suivie d'un 
quart d'heure de méditation. On assistait à la sainte messe, 
puis venait le déjeuner, suivi de Tétude. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 343 

Chacun étudiait en son particulier, apprenait ses leçons et 
faisait ses devoirs, soit dans le dortoir, soit dans les jardins. 
Pendant ce temps, le curé s'occupait du soin de la paroisse, 
confessant les fidèles et prolongeant sa méditation au pied 
des saints autels. 

Il est évident que la classe ne pouvait être à heure fixe. 
Quand M. le curé revenait de l'église, il appelait ou sonnait 
la cloche, et l'essaim de se rassembler aussitôt au réfectoire 
qui servait en même temps de classe. Il était ordinairement 
neuf heures du matin, et, depuis ce moment jusqu'à la fin de 
la journée, le maître dévoué était à ses élèves. Tout à son 
devoir et à la charité, il ne prenait pas même le temps de 
déjeûner : un morceau de pain et un fruit à la main, il com- 
mençait par les classes inférieures, puis il parcourait les 
autres jusqu'à midi. « Ainsi, remarque l'auteur d'une notice 
manuscrite, après avoir le matin professé la huitième, avant 
dîner, il terminait par la classe de rhétorique. 

Bientôt, seul chargé de quarante à cinquante élèves, 
M. Courtais, malgré sa bonne volonté, ne put suffire à tout, 
comme nous l'avons dit déjà de toutes les écoles pres- 
bytérales, il adopta le système d'enseignement mutuel. Les 
étudiants en philosophie et en théologie faisaient la classe 
aux commençants ; mais c'était toujours sous l'inspection du 
curé qui examinait et corrigeait lui-môme, plusieurs fois la 
semaine, les devoirs de tous ses écoliers. 

A 11 h. 3/4 avait lieu, comme au séminaire, l'examen par- 
ticulier. C'était un élève qui le présidait. 

A midi, le dîner, suivi de la récréation toujours partagée 
par le maître. 

L'après-midi était consacrée à la philosophie et à la 
théologie. Si des malades appelaient M. Courtais à leur 
chevet, les classes en souffraient peu. On voyait le bon 
M. de Maisdon, monté sur un cheval*, escorté d'une partie 

' De bonne heure, ses jambes infirmes lui rendirent la marche difficile. 



Digitized by 



Google 



3 44 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

de ses élèves, faire, tout en voyageant, réciter les leçons, 
expliquer les auteurs, ou bien discuter une question de phi- 
losophie ou de théologie. Rien ne ravissait les paroissiens 
de Maisdon comme de le rencontrer ainsi entouré de ses 
enfants. 

A la fin de la journée, après la récréation qui suivait le 
souper, lecture spirituelle, faite ordinairement dans, la vie 
d'un saint ; puis, la prière du soir récitée par le curé lui- môme. 

On le voit, le règlement n'était pas trop compliqué ; c'est 
qu'à Maisdon les règles sévères n'étaient pas plus néces- 
saires que les sanctions rigoureuses. M. Court ais avait une 
grande autorité sur ses élèves, et sa parole, ou plutôt le seul 
désir qu'avaient tous ses enfants de le satisfaire et de devenir 
des hommes de Dieu comme lui, suffisait à maintenir partout 
un ordre parfait, a II ne punissait jamais, écrit l'un d'eux*, 
il grondait rarement, mais quand il le faisait, c'était avec 
une très grande sévérité. On le respectait beaucoup, on 
l'aimait singulièrement : il était au milieu de nous comme 
un père au milieu de ses enfants. » Et un autre : € C'é- 
tait sans doute grâce aux prières du saint homme que 
toute cette petite famille de jeunes gens se conduisait si 
bien. On ne manquait jamais d'aller tous et tous les jours à 
la sainte messe, quoique personne ne vous y forçât; on s'en- 
gageait les uns les autres à aller à confesse, et personne 
ne manquait à ce devoir. Il en était de môme pour les 
études, on étudiait par religion et par raison. Jamais on 
n'entendit personne dire un mot qui put ofïenser la mo- 
destie, et il était rare qu'il y eût quelque dispute sérieuse 
entre les clercs. » 

Nous le répétons, pour juger l'école de Maisdon et 
toutes nos écoles presbytérales, il ne faut les comparer à 
aucune autre : personnel, règlement, méthode, tout est 
spécial. L'objet de l'enseignement l'était aussi, en ce sens 

**M. Bouyer, mort ruré de Saint-Donatien de Nantes. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 345 

qu'il était très restreint. Chez M. Gourtais, on se bornait au 
latin, au français, à quelques notions de littérature et de 
philosophie : c'était tout. Les circonstances l'exigeaient : le 
temps manquait pour faire davantage. 

De plus, comme nous l'avons dit, beaucoup de nos écoliers 
arrivaient à Maisdon pour étudier la philosophie et la théo- 
logie, après avoir fait leurs humanités dans les presbytères. 
Hélas ! souvent le bon vieux prêtre qui les avait formés était, 
les ans en sont la cause ^ un peu brouillé avec ses classiques ; 
en outre, nos pauvres écoliers, choisis parmi des jeunes 
hommes de vingt ans appliqués depuis plusieurs années aux 
travaux de la campagne et dopt l'instruction avait été fort 
négligée pendant la Révolution, n'étaient guère préparés à 
ces nouvelles occupations, et leur intelligence s'ouvrait moins 
facilement à l'étude ; enfin les leçons rapides et intermittentes 
qu'ils avaient reçues d'un pasteur absorbé par les soins du mi- 
nistère étaient le plus souvent insuffisantes : aussi la plupart 
ne possédaient-ils qu'une légère teinture du latin. 

Ce devait être une peine profonde pour le savant curé, ce 
lui fut aussi une occasion de montrer son dévouement : après 
avoir donné la journée aux occupations du ministère et du 
professorat, il consacrait ses nuits à rédiger en français des 
traités de théologie morale'. 

Nous avons ces traités, écrits en classe sous la dictée de 
l'auteur, par M. Fonteneau, qui étudiait la théologie à Maisdon 
en 1805 et 1806 et qui est mort curé du Loroux-Bottereau ; 
il y en a dix-neuf : les traités des Actes humains — des Lois 

— du Péché — du Décalogue — de la Justice — des Contrats 

— des Sacrements en général — du Baptême — de la Confir- 
mation — de l'Eucharistie — du saint Sacrifice de la messe — 
de la Pénitence (auquel il faut joindre un petit traité en latin 



• Denzda c«s traités, s*il tant en croire un ancien professenr de Maisdon, 
la Justice et les Contrats^ sont de Mf DuYoisin ; tons les autres sont dus à 
M. Courtais. 



Digitized by 



Google 



\ 



\ 



L 



34(5 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

de Absolutiom) --de rExtrôme-Onction — de TOrdre — du 
Mariage — des Censures — des Irrégularités*. 

Ces différents Irailés sont courts, mais ils renferment tous 
les vrais principes et sont remarquables par leur lucidité. 
Les écoliers de Maisdon, ainsi formés, pouvaient bien, pour 
la plupart, n'être pas des savants, mais ils possédaient une 
science iliéologique très suffisante, et comme ils étaient 
humbles, pieux et ordinairement d'un jugement très droit, 
ils ont rendu de grands services au diocèse'. 

Le docte évoque de Nantes savait les apprécier, et le trait 
suivant nous montre quel cas il faisait du mérite et des ser- 
vices de M. Courtais. Un jour que celui-ci dînait à l'évêché, 
le prélat lui demanda s'il aurait quelques jeunes gens à lui 
envoyer pour la prochaine ordination. — Oui, Monseigneur, 
répondit le bon curé, j'en aurai encore quelques-uns, je Tes- 
père. -^ Alors, élevant les yeux au ciel, révoque prononça 
ces paroles : « Quand je présente à Dieu des sujets formés 
par vos mains, mon cher curé, ma conscience est tranquille, 
etje bénis la Providence qui dirige une œuvre aussi sainte 
et aus^i charitable. » 

Il ne faudrait pas croire cependant que tous les étudiants 

' M. deMa^i^^don dictait, en latin, à ceux d*entre ses écoliers qui avaient 
oommf^ncé leurs études chez lai, et qui étaient généralement plus instruits 
[les imités dogmatiques et des cahiers de philosophie. Nous ignorons s'il les 
uvait rédigA;^lLLi*méme. On signale, dans sa bibliothèque, une théologie dog- 
laatique f*n k folumes, composée, dit-on, et dictée par M. d*Auchemouillé, 
flulpicien, autrefois professeur renommé du Séminaire de Nantes. Peut-être 
faisiit-elle 1g fond des cours de M. de Maisdon, bien que celui qui signale 
cfltoUTra^^e oe le dise pas. Cependant nous avons sous les yeux le traité de 
verâ Reii§iùne, dicté par M. Courtais, et nous le croyons son œuvre. C'est 
qu'on y rcconnait, sinon la main, du moins l'inspiration de Mv** Duvoisin. Le 
cours pubHét sur le même sujet, par le savant professeur de Sorbonne, est 
îis^ez souvent copié pour que nous comprenions que l'auteur l'avait sous les 
yeoï, le suivait pas à pas, et ne s'en écartait guère que par la nécessité 
d*iitre pluK précis. 

> Ce nV^t pas à Maisdon seulement qu'on était réduit à ces expédients. Les 
écoïier* de Derval et d'ailleurs se trouvaient dans les mêmes conditions, et 
nû-is avons vu plus haut que M. Orain, aussi confiant dans la science de 
M. Courtais que défiant de ses propres lumières, lui avait emprunté ses 
eahi^ri de philosophie et de théologie. 



Digitized by 



Google 






DANS LE DtOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 347 

de Maisdon fussent des élèves médiocres. Plusieurs, au con- 
traire, étaient fort remarquables et occupèrent, dans la 
suite, des positions très importatites. C'était un bonheur 
pour le savant maître quand il voyait autour de lui de ces 
:ntelligences d'élite, et il les cultivait avec amour. Il disait 
parfois que pour faire un prêtre il faut trois choses : saijiteté, 
science et santé. S'il s'appliquait, par ses exemples et ses leçon?, 
à former ses jeunes gens dans la sainteté, s'il veillait à leur 
conserver les forces qu'ils devaient mettre au service de 
Dieu, il ne négligeait pas la science. 

C'est pour encourager les efforts de ses enfants, et sans 
doute aussi en souvenir de ce temps déjà lointain pu lui- 
même se livrait à ces joutes théologiques, qu'il voulut faire 
soutenir une thèse publique. 

Le 28 août 180r7, c'était fête au presbytère de iMaisdon et 
jour de grande joie pour le vieux docteur. M^ Paillon, évoque 
de la Rochelle et de Luçon, faisait une tournée pastorale 
dans les environs ; il se rencontra avec l'évêque de Nantes 
dansla modeste enceinte de notre petit collège. Cette ren- 
contre n'était pas imprévue ; les prêtres voisins, môme ceux 
de la ville, en avaient été informés ; aussi se pressaient-ils 
nombreux autour des deux prélats. 

Un élève, M. Michel Bouyer, depuis curé de Saint-Donatien, 
adressa aux pontifes quelques paroles de bienvenue. « Quoi- 
que nous ressentions vivement, dit-il, la joie qui pénètre ici 
tous les cœurs, noiis ne pouvons nous défendre d'une cer- 
taine frayeur respectueuse qui nous saisit malgré nous. Et 
quel autre sentiment pourrions-nous éprouver, en voyant 
siéger dans cette auguste assemblée, ce qu'il y a de plus dis- 
tingué dans tous les ordres ? Nos premiers regards tombent 
sur deux princep de l'Eglise qui rendent à leur dignité tout 
l'honneur qu'ils en reçoivent. Avoir à louer des prélats uni- 
versellement révérés, en qui les talents, l'érudition et les 
vertus se réunissent; avoir à parler de l'art oratoire de- 
vant ces maîtres de l'éloquence qui ont fleuri dans la pre- 



Digitized by 



Google 



348 l'enseignement secondaire egcli^siastique 

mière école du inonde, dont la plume nous a donné tant de 
savants ouvrages : c'est une tâche bien supérieure à nod 
forces. Nous ne sommes devant vous. Nos Seigneurs, que des 
enfants ; à peine savons-nous bégayer. Ce qui nous rassure, 
c'est que Thumanité, la douceur et la bonté qui vous caraé- 
térisent vous font accueillir les petits comme les grands ; 
vous nous en donnez aujourd'hui une preuve éclatante, en 
paraissant au milieu de nous pour encourager nos premiers 
essais- Nous n'avons à vous offrir, avec l'hommage de nos 
profonds respects, que le désir de mériter par de nouveaux 
efforts votre protection et vos suffrages. 

« Nous vous devons ici un tribut particulier de gratitude et 
d'amour, illustre et vénérable Pontife, à qui nous avons le 
bonheur d'appartenir par des liens si étroits et si précieux. 
Aimé de Dieu et des hommes, votre mémoire est partout en 
bénédiction et votre nom retentit dans tous les cœurs. Vous 
êtes notre père, et que de fois Votre Grandeur a jeté ici sur 
nous ses regards ! Qu'il nous est doux de répéter que nous 
sommes vos enfants ! Daigne le Ciel, propice à nos vœux, con- 
server à l'église de Nantes un pasteur qui en fait la gloire 
et Tornement. » 

M. Grégoire, mort curé de Machecoul, soutint ensuite une 
thèse sur le traité de l'Eglise. « C'était chose inconnue pour 
le nouveau clergé, écrit quelqu'un* qui recueillit plus tard les 
échos de cette fôte, aussi une foule nombreuse de prêtres ac- 
coururent-ils à Maisdon pour être témoins des efforts du 
candidat. Les exercices furent présidés par M«' Duvoisin lui- 
môme, dont la science, tempérée par la bonté, souriait à ces 
joutes qui lui rappelaient, bien faiblement sans doute, les 
grandes et fortes études de cette Sorbonne dont il avait été 
autrefois la gloire ; mais le bon pasteur encourageait de sa 



• M«f An^^ebault. — Lettre da 3! octobre 1858. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APFtÈS LA RÉVOLUTION 349 

voix bienveillante ces essais timides encore qu'on applau- 
dissait comme une espérance*. » 

* Nous croyons bon de reproduire ici Targument de la thèse, composée 
ppni*être par M. Courtais lui-même : 

Oratio de Ecclesid Dei. 

Ëcclesiam divinitus institutam potentissimo Dei prsesidio conservari argu- 
mento est constans ejus et inconcussa stabilitas. Variée variis temporibus a 
tartareis faucibus in orbem emersernnt alternantes sectœ; eas, postquam 
plus minusve celebritatis obtinuerunt., extinctas tandem vidimus et obli- 
vione consepultas. Cur non easdem vices experta fuit Christi Ëcclesiaf Hoc 
sane tam splendidum, tam singulare beneficium non débet, nisi summse 
Dei potentiœ, quàcincta semper ac munita superbas inferi portas vicit ac 
contrivit. A Domino facium est istud^ et est mirabile in oculis nostris. 

Re etenim verà, longe plaribus, quam ceterœ omnes simul institutiones^ 
▼exationibus conflicta est sola Christi Ecclesia. A mille et octingentis annis, 
quot pericula subiit! quot certamina sustinuit! quoties àprimis incunabulis 
ferro persecutorum appetita ! quoties haeresibus et schismatibus discissa ! 
quoties ftliornm suorum scandalis oppressa doluit ac ingemnit ! Ëam tamen 
quibuslibet erroribus ac tempestatibus superstitem intuemur. In ter huma- 
narum rerum vicissitudines, inter populorum ruinas, inter innumeras im- 
periorum conversiones, stat immota rupes. Hanc. nec conjurata principum 
potentia, nec obstinata dœmonis improbitas, nec impiœ novatorum moli- 
tiones» nec hœreticorum fraudes, nec fldelium corruptela, nec temporis diu- 
turnitas, evertere valuerunt. Quemadmodum aquœ dilûvii super orbem 
effusœ arcam non obruerunt, sed in sublimiori loco posuere, ita etprocellœ 
tôt atque tempestas, quibus agitata fuit fidissima Relîgionis christianise custos 
Ecclesia, ad illud unum profecerunt, ut noTos ipsi triumphos novamque ma- 
jestatem adderent. Flax>erunt ventU et irruerunt in domum illam, et non 
eecidit : fundata enim erat super flrmampetram. 

Quis, delectam hanc Christi sponsam semper lacessitam, nunquam autem 
▼ictam inspiciens, in perpetuis ipsius victoriis divinam opem et juge mira- 
culum non agnoscat? Quis cum Judœorum sapientissimo non fateatur divi- 
num opus illud esse, cujus in excidium omni molimine incubuerunt hostes 
christiani nominis infensissimif Hoc scilicet proprium est, ut tune vincat 
eum lœdetur,., non eradieahiiur, nec cadet quibuslibet tentaiionibus, 
donec veniat consummatio» 

Nihil ergo nobîs optabilius contingere poterat, quam ut causam Ecclesiie 
coràm Ecclesise prindipibus defendere liceret ; ad id movet nos potenter et 
excitât exemplum vestrum, illustrissimi prœsules : vos Ëcclesiam ut ministri 
virtutibus ornastis, doctrinâ defendistis, zelo propagastis, ipsius decori ac 
ornamento ingenium, labores, aliasque tum natnrse, tum grati œdotes vovistis, 
consecrastis ; vos Hilarii œmulatores Ecclesise causa sarumnas et exilium 
perpessi : vos, totâ plandente Gallià, positi k Spiritu Sancto epitcopi regere 
Ëcclesiam Dei, factis et scriptis illibatum fidei depositum cnstodistis : vos 
Ecclesise gallican» decus, eam tôt ictibus dilaceratam Cathedna Pétri 
religastis: vos sanandis ejusdem vulneribus indefessâ. virgilantiâ allaborastis. 



Digitized by 



Google 



350 l'eNSBIONEMBNT SEGOXQAiRE RGGLÉ8I ASTIQUE 

La plupart des étudiants de Maisdan étaieat externes ; plu- 
sieurs prenaient leur pension dans le bourg, chez des parti- 
culiers. Cependant un certain nombre , venus de loin , 
logeaient au presbytère. La maison fut bientôt trop étroite : 
on eut recours à un bâtiment voisin, l'ancien prieuré, pour 
y placer les plus raisonnables. 

Il en fut ainsi pendant les six premières années à peu près ; 
mais lorsque le séminaire de Nantes fut complètement orga- 
nisé, M. Courtais dut modifier son collège. Il cessa d'enseigner 
la théologie, la philosophie et môme les humanités, se bor- 
nant désormais aux classes élémentaires. Il accueillit alors, 
avec ses séminaristes, quelques étudiants qui ne se desti- 
naient point à l'état ecclésiastique, et que leurs parents, de 
familles honnêtes mais de fortune médiocre, ne pouvaient 
placer dans les pensions de la ville. 

Les écoliers de Maisdon, sauf de rares exceptions, n'étaient 
plus alors que des enfants ; le système de liberté presque 
complète, suivi jusque-là sans inconvénients avec des jeunes 
gens raisonnables, devenait impossible. Il fallut exercer une 
surveillance plus étroite et arlopter la discipline des collèges 
ordinaires. Quelques dépendances de la maison curiale furent 
disposées en dortoir; une salle d'étude fut construite en 1813; 



Te, prœsul illuitrisBime, cujus atispiciis actas iste noster inchoatur, te 
meriio patronuiu Ecclesiœ concélébrant Kapellenses ; quantum enim Ecole- 
sia tibi debeat, facta clamant et monumenta. Liceat igitur et nostras de 
Ëcclesiâ thèses et corda noatra devovere. 

Nec te hic ingrate patiar siientio prsetermissum, lUustrissime prœsul et 
pater, cujus in fronte nitet, spirat in moribus, Yivit imis infixa Religio. 
Unum erat quod ardentius optabam, ut mihi filiis tuis annumerari contin- 
^eret; vota mea simul ac cognoYisti, simul et beneficus implevisti. Debitis 
tibi pro tanto beneiicio gratiis imparem me fateor, publicum tamen me- 
nions animi monimentum, Telim, accipere non dedignerit. Te utinanoi 
gaudere diu fruique possit Ecclesia Nannetensis. 

Hanc habuit orationem Ilenatus Grégoire^ auditor Josephi Courtais^ Ec 
clesise succursalis de Maisdon prœpositi, in conspectu DD. Joannis-Baptistse 
Duvoisin, Nannetensis Ëpiscopi, et DD. Gabrielis-Laurentii PailloUy Rupel- 
lensis Episcopi ; anno Ghristi millesimo octingentesimo septimo, die vero 
vigesim octavà mensis augusti. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 351 

enfin un professeur fut désormais attaché à rétablissement, 
et chargé de suivre partout du regard cette turbulente jeu- 
nesse. 

A ce moment, suivant l'expression dont se servait le véné- 
rable pasteur lui-même, les écoliers de Maisdon étaient pour 
ainsi dire à Tessai. On pouvait ainsi juger à peu de frais de 
leurs dispositions, et, après deux ou trois ans, s'ils parais- 
saient vraiment appelés au sacerdoce, on les faisait entrer 
en quatrième au petit séminaire. Le professeur faisait à ces 
enfants les classes inférieures ; quant à M. Courtais, il se ré- 
serva toujours celle de cinquième. 

Nous n'avons rien à ajouter sur le collège de Maisdon à 
cette époque : il ressemblait à tous les autres, pour Tordre 
des exercices et la méthode d'enseignement. Toutefois, on 
comprendra, sans que nous en donnions des preuves, qu'on 
y vivait, plus que partout ailleurs, de la vie de famille, ce qui 
n'est certes point un défaut et nous explique, avec d'autres 
raisons, le souvenir persévérant que tous les élèves en ont 
gardé. 

« J'ai passé deux ans chez le bon et respectable curé de 
Maisdon, écrivait un de ces derniers*, trente ans après la 
mort de son vieux maître, et, quoique j'aie connu, depuis, 
plusieurs établissements bien mieux organisés et beaucoup 
plus brillants, soûs tous les rapports, j'ai toujours conservé 
un précieux souvenir de cette maison, qui a été pour moi 
comme une transition de la vie de famille à la vie véritable 
du collège. Les excellents condisciples que j'y ai rencontrés 
me l'ont rendue bien chère ; mais rien n'a tant contribué à 
lui donner une place si distinguée dans me3 affections, que 
la douce image de ce saint vieillard, qui est restée dans ma 
mémoire comme un des plus* beaux types de la vertu sacër- 



* M. l'abbé Gouraud, mort chanoine et vicaire général de Luçon. —Lettre 
du 10 novembre 1857. 



Digitized by 



Google 



a52 L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE EGCLÉSIASflQUE 

dotale. En vérité, parmi tous les prêtres si distingués avec 
lesquels j'ai eu le bonheur d'avoir quelques rapports, à peine 
erl est-il un ou deux qui aient su m'inspirer un sentiftient 
aussi inaltérable de profonde vénération. » 

Le presbytère de Maisdon était devenu un véritable petit 
séminaire, réunissant de 40 à 50 élèves. Pour entretenir un 
personnel si nombreux, i' fallait des ressources. Où les 
prendre? Nous avons dit la pauvreté des écoliers et le prix 
dérisoire de la pension. D'ailleurs la question pécuniaire 
n'était qu'accessoire et ne faisait jamais obstacle à l'admis- 
sion d'an élève qui avait du goût, et qui paraissait avoir des 
dispositions pour l'état ecclésiastique. 

Que pouvez-vous me donner ? disait l'excellent homme, en 
s'adressant aux parents, ou môme aux enfants. - Un setier 
de grains, répondaient les uns,— unebarrique de vin, disaient 
les autres, — plusieurs : un peu d'argent. — C'est bien, vous 
viendrez, ou vous m'amènerez votre enfant. —Souvent même 
les parents ne pouvaient remplir les modestes obligations 
qu'ils avaient contractées ; mais ce n'était jamais un motif 
d'exclusion. Lui-môme n*a-t-il pas souvent, le premier, dimi- 
nué cette maigre rétribution trop forte encore poar des 
paysans dans la gêne ? — Tiens, reprends ceci, disait-il 
parfois, lorsqu'on lui versait le prix convenu, ton père n'est 
guère à Taise. » Nous pouvons ajouter, hélas ! que plus d'une 
fois des parents sans délicatesse abusèrent de la générosité 
du maître : leurs enfants n'en recevaient pas moins la nour- 
riture et l'instruction. / 

 ces premières dépenses s'en ajoutaient d'autres : de tous 
côtés on accourait chez le bon curé ; les parents des élèves, 
lorsqu'ils venaient voir leurs enfants étaient toujours hébergés 
gratuitement ; les prêtres voisins et, pendant les vacances, 
les séminaristes aflluaient au presbytère : la table de M. Gour- 
tais, pourtant très large, était toujours complètement garnie. 

Nous avons dit où la charité de ces vénérables instituteurs 
trouvait des ressources ; nous ne le redirons pas. Un mot 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DB NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 353 

cependant à l'éloge des paroissiens* de M. Courtais. Pleins 
de respect et de vénération pour un tel pasteur, les habitants 
do Maisdon lui venaient en aide, et, suivant Texpression d*un 
témoin, remplissaient généreusement sa cave et son grenier, 
La Révolution avait supprimé la dime ; ils la payaient quand 
môme ; tant que vécut M. Courtais, il reçut du vin en abon- 
dance, età peu près régulièrement, le /r^n/î^me pour les grains. 

L'étable et la basse-cour fournissaient le lait, le beurre et 
la viande ; le jardin, les légumes et les fruits ; et le modeste 
traitement du desservant, grossi des quelques écus apportés 
par les élèves plus aisés, venant s'ajouter à ces faibles res- 
sources, M^^ Courtais faisait marcher la maison et nourrissait 
tant bien que mal ses quarante ou cinquante convives'. 

C'est M"' Courtais^ en effet, vertueuse, intelligente et 
dévouée comme son frère, qui remplissait les fonctions d'éco- 
nome. On avait pour elle presque autant de respect que pour 
le pasteur, et, au dire de ceux qui l'ont connue, son nom mé- 
rite d'être associé à celui du frère vénérable qu'elle a toujours 
encouragé et soutenu dans l'exercice de sa charité. 

M. Courtais poursuivit son œuvre pendant près de trente 
années, tout en travaillant avec zèle et succès au bien spiri- 



* Nous doTons mentionner, parmi les principaux bienfaiteurs de notre 
école, M. le chanoine Goguet de Boisfiéraud, Quand on demandait au bon 
curé comment il faisait marcher sa maison. « La Providence de Dieu est 
bien grande, répondait-il ; puis» quand je n'aurai plus d'argent, je suis sûr 
d'en trouver, si M. Tabbé de Boishéraud en a dans sa bourse. » Nous lisons 
dans les notes d*un ancien élève de M. Courtais : « Il était lié d*une étroite 
amitié avec M. Tabbé de Boishéraud, chanoine de Nantes, et propriétaire de 
la Guérivière^ aux portes de Maisdon, avec lequel il vivait dans la plus 
aimable communauté de goûts et de pensées. M. Qoguet de Boishéraud, 
ancien émigré et chevalier de Saint-Louis, avait, avant d*étre revêtu du sacer- 
doce,' vécu avec l'élite de la société. U avait épousé M^i* du Bois de la Fer'" 
ronnière, fille de l'ancien et dernier seigneur du Lorouz. Rien n'égalait la 
bonté de son cœur, son affabilité, la haute distinction de ses manières, le 
charme et la variété de sa conversation. Prêtre, il savait aUier à la sainteté 
des devoirs le ton et l'urbanité de l'homme de bonne compagnie. La mort 
seule sépara les deux amis qui reposent à côté l'un de l'autre, sous deux 
modestes tombes, dans le cimetière de Maisdon. » 

* Plus tard, le professeur lut entretenu aux frais de l'évéché. 

T. VI. — NOTICES. — VI" ANNÉE, i* LIV. 24 



Digitized by 



Google 



354 l'enseiqnbmbnt bbgondâire ecclésiastique 

tuel de sa chère paroisse. L'âge ne ralentit pas ses travaux,; 
et sa vieillesse^ qui fut longue, ne connut pas le repos. Au 
mois d'octobre 1829, il fut atteint d'une paralysie ; après de 
cruelles souffrances, supportées avec une résignation admi- 
rable, il mourut saintement, le 7 décembre suivant. 

Le vénérable curé de Maisdon est assurément un des types 
les plus parfaits du prêtre affable et poli, simple et digne, 
instruit et pieux, légué par l'ancien régime aux premières 
années de ce siècle. Telle est du moins l'idée que nous en 
donnent ceux qui l'ont connu. « Il est, écrit' M. Péret, ancien 
supérieur du Séminaire, de ces quatre bu cinq prôtres 
qui m'ont donné par leur vue et leur commerce une impres- 
sion de religion d'une nature particulière : le premier, feu 
mon vieux et vénérable curé, revenant de l'exil pour la foi, 
et m 'apparaissant pour la première fois à l'âge de cinq ans ; 
le second, M. Duclaux, supérieur du séminaire de Saint- 
Sulpice; le troisième, M. Gourtais, et le dernier, M. Mongazon. 

« Je n'entreprendrai pas d'analyser le détail des cir- 
constances qui me donnaient cette impression de religion. Il 
y avait dans la physionomie et la conversation de M. Gourtais, 
je ne sais quoi de grave, de digne, de bon, de sage, de doux, 
de modeste, et qui ravissait, en mettant entièrement à Taise, 
et laissant un parfum de grâce très sensible. Saint Jean, dans 
sa vieillesse, devait avoir beaucoup de ce type. » 

Son vieil ami, M. Agaisse^ curé de Ghâteau-Thébaud, le 
peignait en trois mots : il disait que, dans le cours de sa 
longue carrière, il avait trouvé des hommes également ver- 
tueux , d'autres également savants , d'autres également 
aimables, mais qu'il n'avait jamais rencontré personne qui 
réunit au môme degré toutes ces heureuses qualités. 

Avec sa belle taille, son port majestueux, le sourire gra- 
cieux qui errait toujours sur ses lèvres, sa figure radieuse, 
couronnée de cheveux blancs dès sa jeunesse sacerdotale, sa 

^ Lettre du 12 décembre 1857. 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA EÉVOLUTION 335 

voix sonore, son vôtement simple et pauvre^ mais propre et 
décent, sa politesse exquise, son abord accueillant, quoi- 
qu'une timidité excessive gênât le bon curé dans son expan- 
sion, il inspirait à tous un sentiment profond et durable, mé- 
lange indéfinissable de respect, de confiance et d'admiration. 

Pourtant, cet homme si grave et si digne savait, dans son 
amour pour Tenfance, s'abaisser jusqu'aux plus petits et 
prendre part à leurs jeux. Il n'ignorait pas qu'il faut des jeux 
à la jeunesse, et qu'il n'est rien de plus nuisible à la disci- 
pline d'un collège que ces enfants philosophes qui dédaignent 
les plaisirs de leur ftge, et, dès quinze ans, ne savent plus 
s'amuser. Tant que ses jambes le lui permirent, il était le 
premier à engager une partie de barres^ et les anciens ont ra- 
conté souvent qu'il ne le cédait à personne pour courir et sau- 
ter sur les landes de Maisdon. Ils aimaient à rappeler surtout 
les joyeuses pipées dans les bois, aux jours des grands con- 
gés, et les pèches miraculeuses dans la Moyne, 

Nous l'avons dit, cet humble curé de campagne était un 
savant : il possédait à fond toutes les matières qui faisaient 
l'objet de son enseignement; et telle était la puissance de sa 
mémoire', qu'il pouvait expliquer tous les auteurs sans le 
secours d'un livre. Nous avons pu juger nous-méme, par ses 
écrits, de sa cbnnaissance des sciences sacrées, en particulier 
de l'Ecriture sainte ; il possédait également les auteurs pro- 
fanes et savait par cœur toutes les odes d'Horace. Les sciences 
ne lui étaient pas étrangères, etTun de ses professeurs n kyant 
point étudié la physique, il se proposa pour lui en donner des 
legons. 

M. de Maisdon ne laissait pas cependant d'étudier encore, 
et nous pouvons nous faire une idée de son ardeur et de son 
dévouement à l'éducation de la jeunesse cléricale, quand 



' U avouait lai-même ii*a?oir jamais oublié ce qa'ii avait appris une fois. 
Qu*on juge de ce que» aprèa avoir étudié toute sa vie, il devait savoir 
soizaBte«dix-huit ans ! 



Digitized by 



Google 



'; rzj 



356 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

nous le voyons, à Tâge de soixante-douze ans, apprendre le 
grec pour l'enseigner aux autres*. 

A tous ces travaux intellectuels s'en joignaient d'autres 
non moins accablants. Chaque dimanche à la grand'messe, 
le recteur faisait un prône court mais substantiel ; en carôme 
il donnait à son peuple, avec son vicaire qui posait les ques- 
tions^ des conférences dialoguées. Or M. de Maisdon ne 
prêchait jamais sans avoir écrit ses instructions et les avoir 
apprises. Bien plus, au sortir de la Révolution^ dès que les 
paroisses furent réorganisées, il forma avec ses confrères 
une sorte de compagnie de missionnaires. Maisdon et les pa- 
roisses voisines furent évangélisées successivement : C'est 
M. Gourtais qui toujours était Tâme de ces travaux ; c'est lui 
seul que Ton chargeait des conférences. 

Ces conférences nous restent, en partie du moins, et elles 
démontrent, avec la science du bon curé, son amour du 
travail et de Tordre. Nous avons en ce moment sous les yeux 
quatre volumineux manuscrits contenant soixante-deux ins- 
tructions dont quelques-unes, fort longues, devaient néces- 
sairement être partagées en plusieurs discours. L'un deux 
porte une date sur son premier feuillet, 1794. La vue de cette 
date nous a ému ; mais, en tournant le feuillet^ nous avons 
éprouvé une émotion plus vive encore. La première confé- 
rence porte pour titre : le Credo, la foi et Tobligation de con- 
fessQf^ publiquement sa foi. L'obligation de confesser sa foi, 
môme au prix de son sang : quel sujet, en 1794 1 

Pour juger du caractère de M. Courtais, il suffirait presque 
de parcourir ces recueils. Toua les discours qui les composent 
sont écrits de sa main, et tout y répond à l'idée que nous 
nous étions faite de leur auteur. Ces jurandes marges blanches, 

* M. de Courson, changé par Monseigneur des écoles ecclésiastiques, avait 
ordonné de renseigner aux élèves de cinquième et M. Courtais, qui s'était 
réservé cette classe, se mit aussitôt à l'œuvre. En très peu de temps il fit 
assez de progrès pour dire à son professeur : « Je suis dans l'admiration de 
cettte belle langue ; j'en saisis bien le génie, je regrette que mes occupations 
ne me permettent pas de l'étudier à fond. » 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 357 

cette écriture soignée qui fait penser aux vieux manuscrits 
copiés par les moines, ces alinéas bien marqués et numé- 
rotés, ces divisions et subdivisions, ces questions précises, 
ces réponses claires, ce style sobre, didactique, simple sans 
être bas, qui néglige les ornements de la rhétorique pour se 
borner à Texposition des vérités dogmatiques ou morales ; 
ces objections pratiques, quelquefois piquantes, mais jamais 
sceptiques ni railleuses^ tout, dans ces manuscrits, nous 
révèle le savant théologien^ le moraliste un peu sévère^ sans 
cesser d'être exact, le pasteur expert dans Tart d'instruire les 
simples. On sent le docteur sous Thumble curé de campagne, 
car il y a là vraiment plus qu'un catéchisme solidement 
expliqué : c*est un cours de théologie mis à la portée des 
ignorants, et dont le ton, quelque abaissé qu'il soit, pour être 
au niveau des auditeurs, ne laisse pas de convenir toujours 
au sujet qui est traité et à l'orateur qui l'expose. 

Il semble qu'avec toutes ces qualités, qui sont plutôt celles 
du théologien que du prédicateur et qui ne laissent guère de 
place à réioquence, ces discours n'étaient pas de nature à 
passionner le peuple. Nous savons cependant que leur auteur 
obtenait de véritables succès, et que, durant le carême, oxx 
accourait de toutes les paroisses voisines aux conférences de 
M. de Maisdon. Preuve que les questions les plus ardues de 
la théologie intéressent le peuple chrétien, quand elles sont 
clairement exposées*. 

Cette science, unie à une vertu éprouvée, ainsi qu'au sou- 
venir de ses héroïques travaux durant la persécution, avait 
donné une grande influence à M. Courtais. Non-seulement 
ses anciens élèves continuaient de le consulter et de lui sou- 
mettre leurs difficultés ; mais tous ses confrères allaient à lui 

* Noas devons signaler deux antres ouTrages mannsorits' de M.' Gonrtais, 
qui sont entre nos mains : !• Considérations utiles et nécessaires att» 
prêtres, et spécialement à ceux qui sont chargés de la conduite des àmes^ 
œuvre de zèle et d'éraçlition composée en 1800 ; 2^ Amour et tendresse de 
N,'S, JésuS'Christ pour les hommes , et ingratitude des hommes pour 
N.'S, Jésus'Chrtstj au très saint Seulement de l'autel. 



Digitized by 



Google 



358 l'enseignement secondaire ecclésiastique 

pour recevoir lumière et conseils. Son humilité donnait encore 
plus de valeur à cette science. Il gardait ordinairement le 
silence dans lès réunions, à tel point qu'on Teût pris pour un 
homme de médiocre intelligence. Il ne se mêlait pas môme 
aux discussions théologiques. Mais quand on lui demandait 
son avis sur le cas proposé, il Texposait clairement, et chacun 
s'inclinait devant sa décision*. 

Le mérite de M. Courtais était connu de ses supérieurs qui 
lui offrirent plusieurs fois des postes importants; mais le 
vénérable recteur les refusa toujours. L'autorité diocésaine 
voulut alors, d'une autre manière, reconnaître ses services et 
mettre ses talents en relief ; des pouvoirs plus étendus con- 
sacrèrent l'influence que M. de Maisdon avait déjà conquise. 
Dès 1815, pendant la vacance du siège, il reçut, avec plusieurs 
autres, la charge de vîiiaire capitulaire ; et, à son arrivée, 
M«' d'Andigné , son condisciple de Beaupreau , le nomma 
chanoine honoraire et vicaire général. 

Prêtre zélé, M. Courtais se fit encore remarquer par sa foi 
royaliste. En 1815, les généraux vendéens, en lutte contre 
Napoléon, avaient établi leur quartier général à la cure de 
Maisdon ; et chaque matin, MM. Bascher et de Kersabiec 
servaient, en uniforme, la messe du bon curé. 

Bientôt, le comte de Suzannet tomba mortellement blessé 
à la bataille de Rocheservière. Le général étant mort des 
suites de sa blessure, fut inhumé après le retour des Bour- 
bons, dans réglise de Maisdon. Ses compagnons d'armes, 
officiers et soldats, et un immense concours de fidèles se 
pressaient à ses funéirailles. M. de Maisdon, gravissant les 



* Un ancien confrère de M. Courtais à Sainte-Croix, qui avait embrassé et 
soutenu plus qn*aucnn autre le schisme, et à qui le Concordat n*aTait pas 
enlsTé toutes ses préventions contre les prôtres fidèles, Guibert, premier curé 
de Saint'^iioqueSt reconnaît les qualités de M. de Maisdon, et, dans des notes 
manuscrites, conservées à la bibliothèque de Nantes» il dit que M. Courtais, 
rentré dans sa cure» en 1802, après s'être tenu caché pendant toute la guerre 
de la Vendée, « y jonit à juite titre de la réputation d'un saint prêtre et 
d'un savant théologien. » 



Digitized by 



Google 



DANS LE DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 359 

degrés de sa modeste chaire, prononça, au milieu de #'émo- 
lion, réloge funèbre du généreux Vendéen* • 

L'attachement de M. Gourtais à la légitimité et les services 
qu'il avait rendus aux officiers vendéens lui méritèrent 
l'honneur de recevoir, peu de temps avant sa mort, la duchesse 
de Berry. Dans son voyage en Vendée, la princesse passa en 
effet par Maisdon ; elle assista à un service célébré par le 
pasteur pour l'ftme du comte de Suzannet, et daigna s'asseoir 
à sa table, dans le réfectoire et sous les yeux étonnés des 
écoliers de Maisdon. 

Le temps est la pierre de touche qui sert d^épreuve aux 
réputations ; le temps n'a pas nui à celle de M. Gourtais. 
Mieux que l'estime de ses supérieurs, que la confiance 
de ses confrères^ que le respect et l'affection de ses enfants 
et de ses paroissiens, le souvenir persévérant que l'on 
garde de lui nous dit ce qu'il a été et la place quil a 
occupée, non seulement à Maisdon» mais dans le diocèse tout 
entier. Le clergé nantais ne prononce son nom qu*avec res- 
pect; ceux qui l'ont connu ne sciassent pas de redire son 
éloge, et à voir l'ardeur et lefeu qu'ils y mettent, on comprend 
que c'est le cœur qui parle. La génération qu'il a formée 



' « Nons nous rappellerons toute notre tie le service que nous y avons en- 
tendu pour le repos de son âme ; Toraison funèbre prononcée par un Tieux 
prôtre de la Vendéev-'ami et confident du général; sa veuTe abîmée de 
douleur, prosternée près de son tombeau ; les paysans soldats appuyés sur 
leurs armes et répandant des pleurs : toutes ces choses ne sortiront jamais 
de ma mémoire. » — • Vicomte Walsh. Lettres Vendéennes^ tome II. A Tissue 
de la cérémonie, le yicomte Walsh insista auprès de M. Gourtais pour avoir 
son manuscrit ; mais Phumilité du bon curé ne put jamais se résoudre à 
affronter la publicité. Quelques jours après, un journal de Paris publiait la 
pièce presque in extenso, et rapportait à llaisdon. M. Walsh, doué d*une 
mémoire prodigieuse, avait pu reproduire à peu près textueUement le dis- 
cours. La désolation du pauvre curé, à cette nouvelle, était amusante à voir 
Quelques années plus tard, ce même discours fut publié en brochure ; nous 
en avons un exemplaire. Voici le titre : Eloge fUnèbre de Monsieur le 

comte de Suzannet prononpé dans Véglise de Maisdon, par M. Cour-- 

tais, euré de cette paroisse et vicaire général de Nantes, le 3 septembre 
i8i5, — Paris, Adrien Egron, imprimeur de S. A. R. Monseigneur le Dau« 
phin, rue des Noyers, n*27, 1825. 



Digitized by 



Google 



360 L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE ECCLÉSIASTIQUE 

aura bientôt complètement disparu ; mais son nom vivra 
dans la mé moire de son peuple, et elle sera vraie longtemps 
encore Tinscription gravée sur son tombeau : In omni ore 
quasi mel edulcabitur ejus memoria. 

M. Courbais, dans les trente dernières années de sa vie, a 
travaillé, dit-on, à la formation de plus de cent prêtres. On. 
n'attend pas de nous que nous les énumérions tous ; il serait 
difrtciled'en connaître les noms. Et pourtant ne serait-il pas 
à désirer qu'on pût les réunir tous et les conserver, comme 
un livre d'or, dans ce vieux presbytère de Maisdon, qui 
« transmettra aux générations futures de nombreux sou- 
venirs, parmi lesquels le plus précieux sera celui du collège 
GourtaîSj qa'il a abrité dans sa modeste enceinte^ ». 

Nous pouvons cependant nommer quelques-uns de ces 
prêtres; ce sont : MM. Sécher, curé de Maumusson ; Pineau, 
curé-prieur de Saint-Etienne-de-Corcoué ; François Gorme- 
, rais, curé de Vertou; Baudeloche, Leroy, Rabaud et Poisson, 
prêtres dans le diocèse de la Rochelle; Arnaud, curé de 
Prossay ; Baron, Duranceau, Brillouet ; Chiron, curé de Saint- 
Père-en-Retz ; Grelier, curé de Saint-Mars-la-Jaille ; Richard, 
curé de Vallet ; Maillard, curé de Rezé; Ponteneau, curé du 
Loroax-Bottereau ; Ponteneau, curé de Remouillé ; Grégoire, 
curé de Machecoul ; Bouyer, curé de Saint-Donatien ; Leray 
et Caillé, missionnaires diocésains de Saint-François-de- 
Sales; Caillé, prêtre de Saint-Sulpice; Leto\irneux, curé de 
Saint-Hilaire-du-Bois r Bérué, curé de Grand-Champ; Galon, 
prêtre à Sain È-3i mi II en; Perdriau, curé de Couffé; Grasset, 
curé de Sautron ; François Courtais, curé de Maisdon, après 
son oncle; Fierabras, curé du Clion ; Héry, curé de Doùlon ; 
Métaireau, curé de Couffé ; OUive ; Arlais, curé du Pin ; 
Delalande, professeur au petit-séminaire de Nantes ; Perraud, 
curé de Campbon; Thuaud, aumônier à Saint-Gildas-des-Bois ; 
Perrion, petit neveu de M. Courtais, curé de la Bernerie ; 

* Nùtic€,i . pur M. PetJi des Rochettes. 



Digitized by 



Google 



^J*' 



DANS LB DIOCÈSE DE NANTES APRÈS LA RÉVOLUTION 361 

Leroy, mort diacre; Lefi*ère, fondateur de r œuvre des ramo- 
neurs^ à Nantes ; Gandouin, ancien vicaire de Grossac ; 
Hillereau^ curé de Nozay, précédemment vicaire général de 
son cousin M<' Hillereau, à Gonstantinople; Guihal, chanoine 
honoraire, directeur du collège et curé de la paroisse de 
Chauve ; Gouraud, chanoine et vicaire général de Luçon ; 
Blanchard, chanoine honoraire, supérieur du collège de * 
Machecoul, puis de celui de N.-D. des Gouëts ; Allard, doyen 
du chapitre de Nantes ; 

Tous les prêtres que nous venons de nommer sont allés 
rejoindre dans l'éternité le vénérable curé de Maisdon. Parmi 
ceux qui vivent encore, nous pouvons nommer un de ses 
paroissiens, M. Guibert, chanoine honoraire^ ancien curé de 
Vieillevigne, et deux de ses petits-neveux, M. CoUrtais, ancien 
curé de Gouêron, rentré dans le diocèse d'Angers d'où il est 
originaire, et M. Merlaud, curé du Pallet'. 

Abbé Rigordel. 
{A suivre). 



* Par ses grandes qualités et les immenses services qu'il a rendus au dio- 
cèse de Nantes, M. Goortais a mérité mieux que cette simple et courte notice. 
Un de ses anciens élèves, M. Tabbé AUard, doyen du chapitre, l'avait com- 
pris, et guidé par son cœur reconnaissant autant que par ses souvenirs et 
les notes quUl avait recueiUies, il allait sans doute tracer un portrait res- 
semblant de son premier mattre. La mort ne lui a pas permis d^acbever son 
œuvre. Plusieurs personnes ont déjà exprimé l'espoir que ce travail serait 
complété et mis au jour. Malheureusement, il ne s*agit pas d'un travail à 
compléter, mais d'un travail à faire, M. AUard n'en ayant pas commencé la 
rédaction. C'est surtout à l'aide des documents transmis au vénérable cha 
noine que nous avons esquissé cette étude ; toutefois, nous comprenons que 
cette ébauche ne suffit pas & payer la dette que le diocèse de Nantes a con- 
tractée envers ce bon et digne serviteur. Peut-être essaierons-nous un jour 
de faire mieux, et c'est dans cette intention que nous prions les personnes 
qui liront ces lignes et qui posséderaient quelques documents sur le respec- 
table curé de Maisdon, de vouloir bien nous les communiquer. — Depuis que . 
ces lignes ont été écrites^ Dieu a rappelé h. lui MM. Guibert et Merlaud. 



Digitized by 



Google 



HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX 

DE JEAN COUSIN 



Habent sua faia picturœ. 

LE Cinquantenaire de la Société archéologique de Tou- 
raine est une véritable fête régionale^ qui vaut aux 
provinces limitrophes les avantages d'une exposition 
rétrospective d'art. Rien n'a été épargné pour donner à celle- 
ci un vif intérêt, et nous engageons fortement les amateurs 
àf visiter cette exposition, qui se distingue par la méthode 
rigoureuse de son organisation et par un choix d'objets de 
premier ordre. L'art tourangeau^ auquel il a été fait une large 
place — nous ne saurions nous en plaindre, — est représenté 
notamment par les œuvres de calligraphie, si remarquables 
à l'époque de Charlemagnc, et par les tapisseries et soieries, 
qui ont fait de Tours la rivale de Lyon, et forment ici comme 
le cadre d'une belle collection de tableaux. Laissant à d'autres 
la tâche délicate de présenter au public les trésors que ren- 
ferme cette exposition, nous allons droit à cinq petits ta- 
bleaux de Jean Cousin, peu entourés de la foule, mais goûtés 
des délicats ; nous voulons esquisser leur histoire commu- 
nément ignorée, d'après les papiers de famille de leur pro- 
priétaire, M. 0. Bouvyer, qui est un descendant du grand 
Mattre français. 



Digitized by 



Google 



HISTOIRE HE CINQ TABLEAUX DE JEAN COUSIN 363 



Lltalie^ le pays privilégié du soleil et des arts, avait eu ses 
Raphaël, ses Michel-Ange et ses Léonard de Vinci, et la 
France, le sol où se rencontrent et s'harmonisent le plus par- 
faitement les manifestations diverses du génie humain, vivait 
encore sur les traditions de Tart gothique. Les miniatures 
de Jean Fouquet avaient éclairé d'un rayon, inconnu jusque 
là, la pensée et la palette de nos artistes, mais le grand art 
n'avait pas chez nous de lettres de naturalisation. Des 
peintres italiens avaient apporté avec eux des tendances 
f&cheuses et, sur les pas du Rosso, Técole de Fontainebleau 
allait mettre en vogue le goût brillant, mais factice, qui 
manque de la naïve simplicité, cachet propre des grandes 
œuvres. Il était réservé à Jean Cousin de s'approprier Télan 
donné par la Renaissance italienne et de le diriger au profit 
de l'école française, en le maintenant dans les traditions na- 
tionales, de toute la puissance de son génie lucide, mâle et 
résolu. 

Le nom de Jean Cousin remplit le seizième siècle, de l'au- 
rore au couchant. Le célèbre artiste naquit au village de 
Soucy, près de Sens, vers l'an 1500*. De bonne heure, sous 

' On ii'«st paa d'accord sur l'époque de la naissance et de la mort de Jean 
Cousin. Quelques-uns prétendent qu'il est né en 1492; d'autres le font naître 
en 1500 ou 1601. 

Cette opinion, qui est confirmée par les titres de famille, nous parait dcToir 
être admise. Pour ce qui est du décès, la divergence n'est pas moins grande. 
Un certain nombre d'auteurs ont écrit que l'artiste mourut en 1560, entre 
autres Balthazar Tayeau, l'auteur de V Histoire de Sens, dont le manuscrit 
copié et revu par Maulmirey, échevin de cette Tille en 1572, et possédé na- 
guère par M. Quan^, archiviste de l'Yonne, rapporte qu'il mourut le 

jour de MDLX, « aussi riche de nom que de bien. » — Mais il faut re- 
marquer que cette mention tout à fait yague est en contradiction formelle 
avec des pièces authentiques. Les comptes de Fontainebleau, de 1563, men- 
tionnent « une pierre de marbre > à Jean Cousin ; on sait que le maître ma- 



Digitized by 



Google 



364 HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX 

le toit paternel, qui était modeste, il montra d*étonnantes 
dispositions pour le dessin ; bientôt les divers genres par 
lesquels la main de Thomme traduit l'expression de la pensée, 
du sentiment et du beau, lui furent également familiers. A 
Tinstar des Michel- Ange et des Léonard de Vinci, auxquels 
on Ta comparé, Cousin dépassa tous ses contemporains dans 
la peinture, la gravure et la statuaire ; comme ces mattres, 
joignant la théorie à la pratique, il écrivit de remarquables 
traités sur le dessin et la perspective. Son génie lui valut 
l'honneur de succéder en France à Léonard de Vinci, et d'oc- 
cuper la charge de peintre royal, près de François P' et des 
rois qui suivirent. 

Le talent de J. Cousin lui assura en outre de brillantes al- 
liances. Il épousa Marie Richer, dont le père était en faveur 
auprès de François I*' et fut ambassadeur en Danemarck. 
L'artiste, ayant eu la douleur de perdre sa femme, se remaria 
à Christine Rousseau, fille du lieutenant-général au baillage 
. de Sens. La mort lui ravit encore cette seconde compagne et, 
vers 1537f Cousin épousa Marie Bouvyer. 

La famille Bouwyer (comme on écrivait d'abord) est 
originaire d'Outre-Manche où elle a encore de nobles repré- 
sentants. Un de ses membres, nommé Jean, vint en France 
sous Charles VIII, entre les années 1420 et 1430, c'est-à-dire 
à l'époque décisive de la lutte qui durait depuis plus de 
cent ans. Il se fixa en Bourgogne, dans le voisinage de Sens, 

niait égaleiii«nt bien le eiseaa et le pinceau. La même année, J. Cousin 
exécuta, moyennant 720 liTres, les décorations pour l'entrée de Charles IX à 
Sens. Enfin un des tableaux du Maître que nous nous proposons d'étudier, et 
qui offre toutes les garanties d'authenticité, porte la date 15S2, de la main de 
Tartiste. Ces preuves trouvent une confirmation éclatante dans les papiers 
de famille et les Mémoires laissés par les descendants môme de Jean Cousin, 
dont les premiers avaient bien connu la fille du peintre. Félibien a écrit 
a?ec discrétion : « U m'a été impossible de savoir en quelle année il est 
mort, seulement qu'il vivait en 1589, véritablement fort &gé. » D'après les 
papiers de famiUe, il mourut en 1590, à Paris, dans une « maison sise en la 
rue Desmarets. » Un auteur a prétendu que Cousin fut inhumé dans la salle 
basse de la SAtNTB-CHAPXLLs, près de laquelle se serait trouvé son atelier. 
C'est aux registres paroissiaux qu'il appartient de résoudre cette question. 



Digitized by 



Google 



UB JEAN COUSIN 365 

et acquit la propriété de Monthard, au village de Soucy. A sa 
mort^ en 1470^ Jean laissa son domaine à son fils Henri qui 
se maria deux fois. De son premier mariage, Henri Bouvyer 
eut deux garçons, Etienne et Henri, deuxième du nom ; ce 
dernier, qui épousa Marguerite de la Hache*, avait cessé de 
vivre en 1542, et c'est Talné qui hérita du fief patrimonial 
lors du décès du père, arrivé en Tannée 1525. Disons de 
suite que Etienne P% seigneur de Monthard eut lui aussi 
deux fils, Simon I*', mort en 1590 au siège de Sens conduit 
par le roi de Navarre, et Etienne U qui s'alliera avec la âlle 
de Cousin et auquel nous reviendrons. De son second 
mariage, Henri P' eut un garçon et une âlle ; le fils, Jean II, 
devint curé de Coucy, chanoine de Sens, et mourut le 
15 avril 1585; la fille, appelée Marie, est précisément celle 
qui donna sa main à Jean Cousin. 

Les visites fréquentes et sans doute aussi le séjour de 
l'artiste au manoir de Monthard, ont porté les biographes à 
penser que Cousin naquit au cl^âteau de Monthard'. Il est 
certain qu'il vint plus d'une fois au castel et même le décora 
de vitraux, après que l'édifice eut été rebâti sur un plan plus 

* Dans sa vie des peintres, Félibien dit que Jean Cousin fit, sur vélin, le 
portrait de Marguerite de la Hache, femme d'Henri Bouvyer. La famiUe le 
conserva longtemps avec un culte jaloux et, à ce propos, Tun de ses membre. 
M. Charles-Octave Bouvyer, a écrit: 

« Je possédais aussi ce portrait, en miniature, de forme ovale et de gran- 
deur de bracelet on de médaillon de cou. \l était extrêmement curieux pour 
le costume et surtout admirable par la fraîcheur et la vie de la figure, e^ 
pour la conservation et la vivacité étonnante depuis un temps si considérables 
Au-dessous du nom de Marguerite de la Hache écrit derrière sur le vélin, on 
lit qu'eUe décéda le 1*' décembre 1S64. La coiffure et Thabillement annonçaient 
Topulence, mais Tétat de son mari m*est absolument inconnu. Il a malheu- 
reusement été perdu ou plutôt volé lors de l'apposition du séquestre, en 1792, 
dans mon cabinet, à Tépoque de mon émigration, et j*ai eu le chagrin de ne 
plus le retrouver à mon retour en France, en 1819. Je Tavais fait mettre dans 
un petit cadre de bois doré ovale, soutenu dans sa partie supérieure par un 
nœad de même ; il était attaché dans ma bibliothèque. » — Papiers de 
famille communiqués par M. Octave Bouvyer, receveur principal des contri- 
butions en retraite, à Tours. 

* Ce. Blanc, Histoire des Peintres, — Horsin Déon, De la conservation 
des tableaux, p. 133. — Misl. Galerie des grands hommes, Jean Cousin, p. 7. 



Digitized by 



Google 



366 HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX 

vaste. Mais il est probable que ses parents habitaient dans 
une ferme attenant au flef de Monthard et que Jean Cousin y 
vit le jour, et non pas dans le bâtiment qui, depuis plus d'un 
demi-siècle, appartenait à la famille Bouvyer. 

Cousin eût-il des enfants de sa première femme, Marie 
Ri cher, et de sa troisième épouse, Marie Bouvyer? Peut-être ; 
mais on ne lui connaît pas de rejetons de cette souche, et 
nous n*avons point à étudier ici cette question qui est étran- 
gère à notre sujet. Un fait incontestable, c'est que sa seconde 
femme, Christine Rousseau, réjouit le cœur de l'artiste en lui 
donnant une fille qui reçut au baptême le nom de Marie. Sans 
doute le grand peintre eût préféré un garçon auquel il pût 
passer sa riche palette et qui eût continué la gloire de son 
nom et de ses œuvres^ mais du moins il légua à sa fille le 
patrimoine le plus enviable, celui d'une existence toute de 
génie et d'honneur, car selon le témoignage d'un contempo- 
rain, le maître c mourut plus riclue de nom que de biens*. » 

Ce patrimoine ne devait j^s sortir du cercle de la famille ; * 
le 5 septembre 1552, Cousin avait la joie de marier sa fille 
bien-aimée à son neveu, Etienne Bouvyer II. Six enfants 
vinrent égayer ce foyer domestique et apporter un rayon de 
soleil au front du grand-père qui se chargeait de rides vé- 
nérables^ A son tour l'aîné des fils, Jean III, demanda et obtint 
la main de Saviniennede Bornes que nous ne tarderons pas à 
retrouver aux côtés de son mstri. Savinienne était fille de Guy 



« B. Taveau, UisL de Sens, ms. 

> Etienne Bouvyer II, avec lequel Cousin fut toujours très lié, s'était laissé 
séduire par les doctrines de la Réforme ; sa demeure fut saccagée et lui- 
même courut quelque danger, lors des représailles exercées contre les 
huguenots de Sens par les catholiques de cette viUe, en 1562. Etienne 
mourut le 2 décembre 1612, non sans.revenir au catholicisme, que ses six 
enfants et leurs descendants n'abandonnèrent jamais. Ajoutons que le pro- 
testantisme fut aussi ombrasse par une petite nièce de Cousin, Rachel, fille 
de Simon Bouvyer, qui fut tué le l*^ mai 1590 en combattant contre Henri IV, 
qui assiégeait Sens. Sa femme, Jeanne Ferrand, se fit huguenote ainsi que sa 
fille, Rachel ; après la mort de son père, Rachel épousa le protestant Ezéchiel 
Boucher, alliance qui amena la ruine d'Etienne II et la vente du domaine 
de Monthard. 



Digitized by 



Google 



DE JEAN COUSIN 367 

de Bornes, écuyer, seigneur de la Basiie et gouverneur du 
château de Villeneuve-r Archevêque ; elle était proche pa- 
rente de Pierre de Bornes, Tunpdes quatorze notables tués, le 
!•' mai 1590, au siège de Sens ; vers 1760, il existait encore 
deuK personnes de ce nom etde cette descendance. Nous avons 
hâte de quitter ces détails généalogiques^ d'ailleurs néces- 
saires à Tintelligence de ce qui va suivre, pour arriver aux 
tableaux de Jean Cousin. 



II 



L*Œuvre du maître se compose en grande partie de sujets 
peints sur verre, et Ton sait si, dans ce genre, il a conquis le 
premier rang. La Bourgogne montrait jadis avec fierté les 
belles verrières, dans lesquelles la puissance du dessin riva- 
lise avec Téclat du coloris. Beaucoup d'entre elle? ont été 
détruites, et ce n'est point ici le lieu de reprendre le groupe: 
ment des œuvres de l'artiste, fait par M. Ambroise'Didotdans 
son Etude sur Jean Cousin. Qu'il nous suffise de signaler, 
parmi les verrières qui sont certainement de la main de Cou- 
sin, celles de la chapelle de Vincennes où sont figurées V Ap- 
proche du Jugement dernier et Y Annonciation de la Vierge. 
Peut-être faut-il reconnaître que le travail des vitraux n'a 
pas été favorable au développement de notre école de pein- 
ture au seizième siècle : Téclat métallique et diaphane que 
l'artiste était obligé de donner à ses personnages, remplaça 
lestons de chair et la morbidesse de la vie, tandis que le 
dessin cessait d'être fouillé et que l'intention allait se substi- 
tuer à Tobservation et à la franchise du modèle. Mais Jean 
Clousin sut préserver son vigoureux talent des atteintes fâ- 
cheuses qui se font sentir chez presque tous les peintres, ses 
contemporains : le génie n'a-t-il pas des ailes qui relèvent 



Digitized by 



Google 



368 HISTOIRE pK CINQ TABLEAUX 

dans la sphère supérieure et le maintiennent en dehors du 
courant des idées et des préjugés, des vues et des travers de 
la foule? Sans parler de ses antres œuvres, il suffit, pour s'en 
convaincre, de rappeler les deux tableaux le 'Jugement der- 
nier et Eva Pandora, peints le premier sur toile et le second 
sur bois : dans celui-là, que de puissance et d'originalité de 
conception, quelle hardiesse et quelle science d'exécution! 
dans celui-ci, quelle merveilleuse alliance de la grâce la plus 
achevée et de la simplicité la plus aimable ! Le Jugement 
composé pour Téglise des Minimes de Versailles^ est aujour- 
d'hui au musée du Louvre ; VEva, qui a dû orner tout d'abord 
le château de Monthard, est actuellement la propriété de M. 
Ghaulay, à Sens. Nous inclinerions à voir dans Eva le portrait 
de Marie Bouvyer, de môme que l'artiste s'est représenté 
dans un personnage du Jugement. 

Au témoignage des contemporains^ le maître peignit un 
bon nombre d'autres portraits ; malheureusement la plupart 
ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Du moins en est-il encore 
cinq qui jouissent d'une parfaite authenticité ; exposés naguère 
à Âgen et à Paris, ils forment en ce moment une des princi- 
pales attractions — et elles sont nombreuses — de l'Expo* 
sition rétrospective de Tours. Les artistes ne peuvent nous en 
vouloir d'attirer leur attention sur ces portraits de famille, et 
les critiques d'art ne nous sauront sans doute pas mauvais 
gré d'avoir raconté, d'après des notes sûres et inédites, la 
fortune et les hasards courus par ces chefs-d'œuvre. Un chant 
du Tasse ou de Milton trouve des commentateurs empressés 
qui s'évertuent à ne rien perdre de ce qui concerne le maître: 
pourquoi l'œuvre de Jean Cousin, le prince de la palette fran- 
çaise au XVI* siècle, ne jouirait-elle pas, j'allais dire du môme 
privilège, si ce n'était un droit du génie d'attirer tout à lui ? 

Ces portraits figurent le beau-frère de tiousin, le chanoine 
Jean Bouvyer, sa fille Marie, son neveu et gendre Etienne 
Bouvyer II, son petit-fils Jean Bouvyer III, avec la femme de 
ce dernier, Savinienne de Bornes ; ils sont peints à mi- corps 



Digitized by 



Google 



DE JEAN COUSIN 369 

sur bois et à l'huile ; leur dimension, presque carrée, est de 
cinquante centimètres de haut sur quarante centimètres de 
large. Jehan Bouvyer II, curé de Soucy et chanoine de Sens, 
beau-frère et ami de Jean Cousin, est vêtu d'une soutane noire, 
la tête couverte d*un bonnet carré, aplati sur le sommet, et le 
menton rasé ; la main droite tient un livre rouge, sur lequel 
la gauche est appuyée. Ce portrait^ cité par Félibien dans sa 
Vie des peintres, est le plus remarquable pour la vérité et la 
perfection du dessin.' Etienne Bouvyer porte une sorte de 
soutanelle noire, avec co^ blanc et serré ; une petite toque 
noire, penchée du côté droit, recouvre des cheveux noirs et 
courts, il a les moustaches et la barbe en pointe, dans la 
main droite il garde une branche d'arbuste qui ressemble à 
rdivier. Marie Cousin, flUe de Jean Cousin et femme d'Es- 
tienne II, est habillée de noir, la tète entourée d'une sorte da 
coiffe d'étoffe de même couleur qui, aplatie et rabattue sur le 
front et les tempes, pend par derrière en forme de voile ; 
elle aies cheveux blonds, la poitrine couverted'un fichu blanc 
plissé et froncé autour du cou ; elle tient dans la main droite, 
par une anse passée dans l'index, un petit panier à ouvrage 
d'osier ou de paille ; elle porte au doigt une bague et deux 
anneaux d'or, dont un rehaussé d'une petite pierre. 

Le fils d'Etienne et de Marie Cousin, Jean Bouvyer III, a 
la tête nue, le front large et élevé, les cheveux châtains, la 



• Saivant les Mémoires de M. Octave Bouvyer, « il y avait autrefois, dans la 
sacristie de l'église de Soucy, une croisée sur laquelle J. Cousin avait peint le 
portrait de Jehan Bouvyer II, d'abord curé de Soucy, puis chanoine de la 
cathédrale de Sens. Ce pieux ecclésiastique avait fait à ces deux églises 
plusieurs fondations et dons, selon les titres des années 1576 à 1594, notam- 
ment à la cathédrale, d'une grande chasse d'argent, sur laquelle il était re^ 
présenté en relief, dans la même position que sur le vitrail, avec seê armes 
et une inscription indicative ; elle a été la proie des révolu tioQnaires, lors de 
la spoliation du riche et précieux trésor de cette antique métropole. J*avais^ 
ajoute-t-il, plusieurs fois vu cevitraUdans ma jeunesse. Ce bienfaisant pas- 
teur y était peint presque de grandeur naturelle, en surplis, les mains jointes 
et k genoux, aux pieds de Jésus-Christ sur la croix, son bonnet carré et Té'' 
«usson de ses armes posés à terre. Je suis retourné exprès à Soucy en 1821. 
pour revoir ce vitrail; )'ai eu le chagrin de n'en plus retrouver aucun vestige. » 

T. IV- — NOTICES. — VI' ANNÉE, 4* LIV. 25 



Digitized by 



Google 



370 HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX 

barbe blonde et rase, les yeux bleus et légèrement bordés de 
rouge, Cl comme d'une personne qui avait la vue tendre. » Il est 
vêtu d'une sorte de soubreveste noire, à manches larges, 
plissées et tailladées à la partie supérieure, avec deux collets 
de toile blanche d'inégale finesse, rabattus en pointe sur le 
hautdela poitrine. A la différence des autres portraits, ce ta- 
bleau a les angles décorés de fleurons en grisaille, semblables 
à ceux dont J. Cousin faisait un si fréquent usage dans ses 
vitraux; en outre, à la droite de la tête, paraissent les 
armoiries de Jean III, telles qu'elles étaient au vitrail de 
Soucy, au bas du portrait de Jehan, son grand oncle, et sur 
la châsse donnée par lui; enfin au-dessus du cartouche est 
peinte la date 1582. Quant à Savinienne de Bornes, femme de 
Jehan III, elle est coiffée en cheveux blancs fort touffus, 
€ crêpés sur la face », rabattus sur le haut du front et sur- 
montés d'un ruban noir qui descend en pointe sur le milieu 
de la tête ; elle porte au cou un collier et une petite croix de 
jais ; sa robe noire est à manches tailladées dans le haut du 
bras, et coupée carrément sur la poitrine, qui est couverte d'un 
fichu blanc. Ses armes particulières sont également peintes, 
mais du côté gauche, dans un écu losange ; la cordelière qui 
entoure le blason, aura été ajoutée après la mort de son mari 
auquel elle a survécu. Ce tableau est entouré d'une sorte 
d'ovale, formé par un contour grisâtre mais sans fleurons. 

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans ces portraits les 
tons veloutés du chef de l'école vénitienne, ni la grâce enjouée 
d« Paul Véronèse. Us se distinguent par le caractère général 
que l'on remarque dans le Jugement dernier. Une grande 
sobriété dans le dessin et le coloris, des contours nettement 
accusés au point de paraître un peu secs, des carnations sans 
recherche d'effet de façon même à sembler un peu mono- 
chromes, en un mot de la vérité et de la simplicité, telles sont 
les qualités qui brillentdans ces portraits de famille. Pour ne 
pas avoir su faire la part des retouches et pour s'en être 
rapporté à des photographies prises, non sur leâ originaux 



Digitized by 



Google 



DE JEAN COUSIN 371 

mais sur de mauvais dessins, /nuelqu'un a pu mettre en doute 
rauthentici té dès tableaux ; mais le doute s'évanouit en face 
des œuvres mûrement étudiées. Un critique, justement 
apprécié, a écrit que ces portraits « fermes, naïfs et vrais 
comme ceux de Glouet, révèlent les qualités de l'ancien açt 
français ; ils nous montrent Jean Cousin correct et scrupu- 
leusement copiste de la nature, ennemi de toute convention 
et fort éloigné de ce sentiment noble et élevé, mais devenu 
banal, qui caractérise Tart uUramontain'. 

Le lecteur connaît maintenant le sujet et le caractère des 
tableaux de Jean Cousin : il nous reste à les suivre, de Tate- 
lier de l'artiste jusqu'à la demeure de leur propriétaire actuel, 
M. Octave Bouvyer, rue de la Psallette, à Tours. 



m 



 la mort de Jean Bouvyer, curé de Soucy, en 1555, son 
portrait passa naturellement aux mains de son neveu , 
Etienne Bouvyer II, époux de Marie Cousin. Lorsque la fllle 
de Jean Cousin décéda en 162ô,son portrait, avec ceux de son 
mari et de son oncle, devinrent la propriété du fils aîné, Jean 
Bouvyer III^ou tout au moins de sa femme, Savinienne de 
Bornes; car il paraît que le mari mourut plusieurs années 
avant elle. Ce précieux patrimoine, enrichi des portraits de 
Jean et de Savinienne, fut ensuite recueilli par leur fils, 
Etienne Bouvyer III (1600-1090) qui épousa, en 1628, Edmée 
Luyson. Claude Bouvyer, né de cette dernière union, se plut 
. à réuniret à rédiger les souvenirs de sa famille, au premier 
rang desquels il plaçait tout ce qui avait rapport au grand 
artiste. La tdche était d'autant plus facile et offrait d'autant 

' Gazette des Beaux» Arts i décembre \B^6. 



Digitized by 



Google 



I 



p 



373 HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX. 

plus de garantie de vérité que son père avait intimement 
connu Marie Cousin, et que lui-même ne vint au monde que 
douze ans après la mort de la fllle du Maître. Ce sont ces 
notes , transmises de génération en génération en même 
temps que les portraits, qui servirent de documents certains 
i l'un des petits-neveux pour la rédaction des Mémoires, 

Notes et portraits, se prêtant une mutuelle garantie de 
propriété et d'authenticité, furent transmis à Claude-Octave 
Bouvyer (1689-1776), fils de Cosme Bouvyer et d'Elisabeth 
Poney. Claude se maria deux fois, mais nous n'avons à nous 
occuper ici que de son premier mariage, contracté en 1713 
avec Marguerite Le Riche. Celle-ci lui donna un fils, Claude- 
|*i Charles Bouvyer, écuyer (1723-1785), qui s'unit, en 1754, à 

^ Madeleine-Simone de Saint-Pierre. De Claude-Octave les 

•v' portraits vinrent à Claude-Charles qui les légua à son fils, 

^' Charles-Octave Bouvyer. Né en 1755, Charles épousa, à l'âge 

^ de vingt-trois ans, Noôl-Marie Blanchet et occupa à Sens, où 

; ses ancêtres avaient continué de résider, un poste de rece- 

> veur général des gabelles. Héritier vigilant des traditions et 

des objets de famille, Charles-Octave consigna ses souvenirs 
sur un registre considérable, et c'est à ce volume demeuré 
aux mains de son petit-fils Louis-Octave Bouvyer, que nous 
devons les détails précis et rigoureusement exacts, qui pré- 
cèdent et suivent, sur l'odyssée des tableaux, en particulier 
depuis le commencement de la période révolutionnaire jus- 
qu'au moment présent. 

Les descendants de Jean Cousin, avons-nous dit, se trans- 
mirent ces trésors avec un respect d'autant plus profond que 
c'étaient des œuvres du maître vénéré et des portraits de 
famille. Les critiques d'ailleurs ne perdirent pas ces œuvres 
de vue, et au dix-septième siècle, Félibien, pour lequel l'his- 
toire des arts n'avait presque pas de secrets, écrivait : « On 
voit encore dans la ville de Sens plusieurs tableaux de sa 
main (J. Cousin) et quantité de portraits, entre autres celui 
de Marie Cousin et celui d'un chanoine nommé JeanBou- 



Digitized by 



Google 



DB JEAN COUSIN 373 

vier ». A son tour, quelque trente ans plus tard, de Piles en 
eut connaissance et c*est d^eux qu'il disait en 1699 : « On 
voit dans la ville de Sens quelques tableaux de sa façon (de 
J. Cousin) et plusieurs po^traits^ » 

Au dix-huitième siècle, les tableaux sont encore à Sens 
dans la famille Bouvyer dont Tun des membres va nous ren- 
seigner avec certitude. « Mon grand père Claude-Octave qui 
vécut quatre-vingt-sept, ans et neuf mois, dit l'auteur des 
Mémoires, les avait reçus de ses ancêtres et toujours religieu- 
sement conservés. A sa mort, en 1T76, ces cinq portraits 
étaient passés à mon père, Talné et le chef de la famille, mort 
en 1785^ et enfin de lui à moi son fils unique. Leur authenticité 
est donc bien réelle. Ils ne sont jamais sortis de la famille, 
môme pendant la tourmente révolutionnaire. > Mais com* 
ment ont-ils traversé cette période houleuse sans disparaître, 
au milieu du naufrage de tant de choses précieuses ? C'est 
un point qu'il est d'autant plus à propos d'établir qu'on ne 
tarda pas à perdre la piste des tableaux dans le monde artis- 
tique ; quelques-uns allèrent môme jusqu'à écrire qu'ils avaient 
passé la Manche'. Mais heureusement il n'en est rien : ils 
n'ont pas quitté le sol qui leur a donné le jour, et font le plus 
bel ornement du salon d'un descendant de Jean Cousin, dont 
nous avons déjà mentionné le nom. Voilà les points de départ 
et d'arrivée; il importe de renouer les deux extrémités delà 
chaîne, car, indépendamment de l'examen des tableaux qui 
suffit à établir leur authenticité, il est intéressant de les suivre 
dans leurs pérégrinations. Nous y trouverons une preuve de 
plus que le chancelier Bacon avait bien raison de dire que 
si les œuvres de peu d^importance disparaissent dans le cours 
des âges, les travaux considérables surnagent et finissent 
par échapper au naufrage. 

Charles-Octave Bouvyer avait reçu de ses ancêtres et nour- 

• Félibien, Histoire des Peintres, — De Fï\ea, Abrégé de la vie des Peintres. 
> Clément de Ris, t. ii, p. 35. 



Digitized by 



Google 



374 HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX 

rîssait fidèlement le culte de tout ce qui est noble et beau, 
râmôur de la Religion, de la Patrie et de la Famille. Il vivait 
à Sens, partageant ses loisirs entre les soins du foyer do- 
mestique et les relations d'amilié. La conservation des la- 
b'ieaux de J. Cousin ne tenait pas la place la moins large 
dans sa vie, toute d'honneur et de fidélité. — « Signalé, dit-il 
dans ses Mémoires, comme aristocrate par mon vote à l'as- 
semblée de la noblesse du bailliage de Sens au mois de mars 
1789; m'étant ensuite déclaré otage de Louis XVI et de sa 
famille, au mois de juillet 1791, ce nouvel acte de dévouement 
me mit bientôt ea butte aux persécutions des Jacobins de 
ma ville natale. Pour m'y soustraire, j'émigrai au mois d'oc- 
tobre suivant; le séquestre fut mis sur mes biens et dans ma 
maison de Sens, dès le commencement de 1792 ; leur vente 
totale s'ensuivit promptement ei opéra ma ruine entière et 
celle de ma famille. » 



IV 



Que vont devenir les portraits au sein de l'anarchie qui 
menace de tout envsihir? — Rassurons-nous : M"' Bouvyer 
ne quittera ni la ville de Sens, ni sa maison. <* Lorsque le 
District, continue l'auteur des Mémoires, fit l'inventaire de 
mon cabinet et de ma bibliothèque, ma mère et ma femme 
eurent l'adresse de /aire observer que ces cinq tableaux, 
étant de vieux portraits de famille, ne produiraient aucun 
profit à la nation et les réclamèrent. Le bonheur voulut que 
les membres heureusement fort ignares et incapables d'ap- 
précier ces tableaux, obtempérèrent à leur demande. » En 
1799, ils étaient encore à Sens, en la possession de la femme 
de Charles-Octave Bouvyer, au témoignage de M. Tarbé, le 



Digitized by 



Google 



DE JEAN COUSIN 375 

maire, qui écrivait : « On voit dans la ville de Sens plusieurs 
.tableaux et quantité de portraits.... Nous en connaissons 
trois qui sont chez la citoyenne Bouvyer : le portrait de Jean 
Cousin exécuté par lui-même, celui du chanoine Jehan Bou- 
vyer, et enfin celui de Marie Cousin, safllle unique'. » Tarbé 
aura pris pour le portrait de J. Cousin, celui de son gendre, 
Etienne Bouvyer. Après avoir cité ce passage, Larousse* a 
.donc tort d'ajouter que « ces portraits ont disparu. » 

Le danger ouvre l'œil et rend prudent ; les tableaux de 
J. Cousin avaient couru un trop grand péril pour que 
M"* Charles Bouvyer ne les mit pas en lieu sûr. Aussitôt le 
départ des commissaires, elle les détacha du cabinet de son 
mari et les renferma dans une caisse de façon que personne 
ne put en avoir connaissance. Dans la suite, jugeant qu'ils 
seraient mieux gardés chez ses enfants, elle demanda à sa 
fille Anne et à son gendre Jean Duclos, installés à Paris, de 
les recevoir chez eux. La maison avait changé, mais le culte 
pour les portraits du Maître demeura le môme. 

Cependant le calme était revenu dans notre pays ; Charles 
Bouvyer, qui avait vécu en Allemagne, au prix de lourds 
sacrifices dont il a confié le curieux récit à ses Mémoires, 
rentra en France au mois de mai 1819. Un de ses premiers 
soins fut de s'informer de ses tableaux ; quelle douce joie 
pour lui de les retrouver chez son gendre sans qu'ils aient eu 
à subir la moindre avarie ! Cependant sa femme avait reçu 
en héritage un domaine situé sur les bords de la Loire, com- 
mune de Vouvray, près de Tours, et appelé le Petit-Bois. 
Charles Bouvyer vint s'y fixer dans la solitude, emportant 
avec lui le trésor dont il avait été trop longtemps privé. 
Au Petit-Bois, comme à Sens, et cette fois sans redouter la 
perspective d'une saisie ou d'une spoliation, il installa dans 
son cabinet les portraits de ses aïeux, faits par le plus illustre 
d'entre tous. C'est dans cette retraite qu'il rédigea les 

< Almanachde S^n* (1799), p. 193. 
» Dictionnaire^ éàit. 1869. 



Digitized by 



Google 



376 HISTOIRE DE CINQ TABLEAUX 

Mémoires auxquels nous avons fait plusieurs emprunts, et 
qui contiennent d'intéressants détails sur la période révolu-» 
tionnaire et la vie des émigrés^ aussi bien que sur Tétat des 
esprits sous la Restauration. Au soir de sa vie, faisant un 
retour sur la fortune des portraits, Charles Bouvyer se plut 
à dire et à écrire, comme résumé absolument sincère de leur 
histoire tour à tour pacifique et tourmentée : « Leur authen* 
ticité est donc bien réelle. Elle était en outre constatée par 
d'anciennes notes, collées derrière les tableaux et indicatives 
des noms de chaque portrait. Vu leur état de vétusté et de 
détérioration, j'y en ai substitué de nouvelles plus détaillées 
après les avoir fait nettoyer et placer dans des cadres de bois 
brun, semblables à ceux dans lesquels ils étaient autrefois et 
qu'on avait enlevés pour pouvoir les cacher et emballer plus 
facilement*. » 

Outre sa fille Anne, dont il a été question, M. Bouvyer 
avait encore deux autres enfants : Eloïse, née en 1780 et 
mariée à M. François Grégoire, et Jean-Baptiste-Octave 
Bouvyer» né en 1782 et qui avait épousé en 1809 Louise- 
Sophie Mulet. Tout naturellement, d'après les traditions 
domestiques, c'est à ce dernier que devaient revenir les 
tableaux. Sentant ses forces s*affaiblir, ^ il avait soixante- 
dix-huit ans, — M. Charles Bouvyer fit, le 13 décembre 1833, 
son testament dans lequel on lit : 

<c Je lègue à mon fils tous les portraits de famille peints 
sur bois ou au pastel, celui de Jean Cousin gravé (estampe 
d'Edelinck) et la vue de la maison de Soucy qui nous a 
appartenu et qui a été bâtie par lui, et les deux portraits 
de saint Pierre et de saint Paul à cadre octogone ; tous objets 
transmis depuis plusieurs générations à Tatné de la famille' •>. 



« M. A. Didot a donc eu tort d'écrire : « cet portraits sont coniervéi d&nt 
leurs anciens cadres en bois simple ; derrière chacun 4*euz est écrit, par 
Cosme Bouvyer, né en 1652, les noms et qualités du personnage peint par 
Jean Cousin. » — Etude sur Jean Cousin^ p. 59. 

s Papiers communiqués par la famille Bouvyer. 



Digitized by 



Google 



DB JEAN COUSIN 377 

Enfin dans ses Mémoires il jugea à propos de mentionner 
de nouveau sa volonté expresse, en ces termes : « On 
remettra à mon fils (Jean-Baptist^-Octave) mes portraits 
peints ou gravés, tous autres portraits de famille peints sur 
bois ou au pastel.... transmis depuis plusieurs générations à 
Talné de la famille. » 

Jean-Baptiste Bouvyer, qui occupa une charge importante 
dans le service des contributions indirectes, eut huit enfants 
dont quelques-uns moururent en bas 4ge. L'aîné, Louis- 
Octave, né en 1810 épousa, en 1843, Zoô-Léonie Herpin, d'une 
très honorable famille de Touraine, qui lui donna quatorze 
enfants. Après avoir exercé les fonctions de receveur prin- 
cipal des contributions indirectes à Agen, M. Louis-Octave 
Bouvyer occupa le môme poste à Tours. Et maintenant sem- 
blable aux patriarches de la Bible, il a la joie de voir sa vieil- 
lesse entourée de l'amour de sa digne compagne, de la cou- 
ronne d'honneur de ses nombreux enfants et petits enfants, 
et des sympathies universelles. Mais aussi^ fidèle à donner 
l'exemple du respect pour les ancêtres, le dernier des héri- 
tiers de Jean G«)usin enveloppe les œuvres du maître d'un 
culte que les années n'ont fait qu'accroître ; il n'a d'égal 
que la religion qu'il a su inspirer à ses enfants vis-à-vis de 
ces portraits de famille, car il ne m'appartient pas de soulever 
ici le voile discret qui recouvre les autres vertus domestiques 
de ce charmant intérieur. Gomment d'ailleurs accorder 
trop de vénération au génie qui, au dire d'un contemporain et 
d'un compatriote, « peintre fort gentil et excellent d'esprit, 
a montré par les belles peintures qu'il a délaissées à la pos- 
térité la subtilité de sa main, et a fait cognoistre que la France 
se peut vanter qu'elle ne le cède en rien aux gentils esprits 
qui ont été es aultres pays* ? » 

L.-A. BOSSBBOBUF. 

Secrétaire général de la Société archéologique de Touraine. 
* Taveau, Histoire de la ville de Seiis^Us. 



Digitized -by 



Google 



LE CLERGE 

DU 

DIOCÈSE DE NANTES 

t 

EN 1791 

000%000— ^ 

CHAPITRE r^ 

Etat des esprits en 1790. — La Constitution civile du clergé. — Illusions 
et tendances de ses auteurs. — Son succès dans les classes moyennes 
dévouées à la Révolution. — Elle reste inappliquée pendant 
plusieurs mois ^Premières mesures de T Administration départe- 
mentale de la Loîrè-Inférieure contre les prêtres soupçonnés d*hos- 
tilité aux innovations* religieuses. — Décret du 27 novembre 1790 
sur le serment. — Lettre du département au Comité ecclésiastique 
sur les difficultés entrevues. — Premières adhésions à la Constitution 
civile du clergé, — Brochures favorables et contraires. — Saisie du 
mandement de M. de la Laurencie, évêque de Nantes. — Proclama- 
tion du Département relative à la prestation de serment. — Les 
prêtres non remplacés autorisés à rester en fonctions par TAssemblée 
constituante. — Démarche de l'Université de Nantes. — Prestation 
de «serment à Nantes. — Discours de M. le curé de Sainte-Croix. — 
Nombreux refus de serment dans les campagnes. — Inquiétudes des 
administrations sur le maintien de Tordre. — De l'état des esprits 
dans le parti opposé à la Constitution civile. 

En faisant table rase de toutes les institutions de Tancienne 
France, il était impossij^le que la Révolution ne rencontrât 
pas des adversaires parmi ceux dont elle blessait les intérêts. 
A moins de méconnaître les conditions de la nature humaine, 



Digitized by 



Google 



LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES EN 1791 879 

il faut convenir que le clergé et la noblesse avaient parfai-: 
tement lé droit de regretter les privilèges qui contribuaient à 
leur bien-être et à leur considération. Tel était pourtant Ten- 
thousiasme, qui soulevait alors les esprits et les C(!Burs, que 
l'on pouvait enti*evoir le marnent prochain où, sur le terrain 
de rintérôt public, s'opérerait la réconciliation des intérêts 
privés. Dans l'ordre dé la noblesse, les plus mécontents s'é- 
taient bornés à protester par Témigration ; et l'attitude pai- 
sible du clergé séculier et régulier montrait assez qu'il se 
résignerait au dommage apporté à ses intérêts temporelsk» 
quand l'Assemblée nationale vota la Constitution civile du 
clergé, destinée à devenir peu après le brandon de discorde 
le plus funeste qui ait jamais été jeté au milieu d'une société 
occupée à se reconstituer. 

On dit quelquefois que les opinions transigent plus aisé- 
ment que lesintérêts; cela n'est pas vrai des opinions reli-r 
gieuses, et la guerre aux consciences ne profite jamais à ceux 
qui la font. Malgré ses rigueurs, la persécution commencée 
pour établir le culte constitutionnel, et continuée pour 
anéantir tous les autres cultesF, sans même en excepter 
celui-là, ne réussit pas. C'est l'honneur de la vieille France 
catholique, que les victimes aient lassé leurs bourreaux. 
Mais, comme si le crime de la persécution était de ceux qui 
ne peuvent s'expier, on a vu, depuis cette époque, la Révo- 
lution en porter la peine, et il ne lui est pas plutôt donné de 
triompher un instant dans notre pays, qu'elle se trouve fa- 
talement amenée a reprendre contre les catholiques les erre- 
ments qui ont causé sa première défaite. 

Il n'est pas étonnant que, dans une assemblée composée 
en grande paftie d'hommes de robe, bercés dans les idées 
d'un gallicanisme exagéré, il se soit trouvé une majorité 
pour rêver l'établissement d'utie église nationale. La manie 
de. tout refaire» l'idolâtrie de la souveraineté populaire, la 
chimère de la symétrie, purent aussi n'être pas étrangères 
au succès d'un système où les ministres du culte recevaient 



Digitized by 



Google 



380 LE GLBHGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

leur investiture du corps électoral, de la môme façon que les 
autres représentants de l'autorité civile. On espérait, disait- 
on, introduire ainsi l'harmonie dans les diverses parties du 
corps social. C'était une des nombreuses illusions de ce 
temps-là, mais la pire de toutes consista à s'imaginer que le 
clergé et les fidèles de France accepteraient sans difficulté 
la rupture des liens qui les unissaient au Saint-Siège. 

Il est plus difficile de s'expliquer comment tant de gens 
éclairés, sceptiques pour la plupart, se passionnèrent pour 
l^tablissement du culte constitutionnel, à ce point que, pendant 
près de deux ans, il ne fut guère question d'autre chose dans 
les Sociétés populaires et les Administrations. La prétendue 
réforme n'avait rien pourtant qui fut de nature à séduire les 
flmes; les dogmes, et la morale catholique étaient conservés, 
et les changements ne portaient que sur certains points de la 
discipline ecclésiastique relatifs à l'institution des évoques et 
des prêtres. Comment les patriotes, — c'est le nom que se 
donnaient les partisans des réformes — arrivèrent-ils à se 
figurer que l'existence du nouvel ordre de choses pouvait être 
compromise, parce que les fidèles s'obstinaient à ne donner 
leur confiance qu'à leurs anciens pasteurs ? Sans doute, il y 
avait chez eux une foi superstitieuse en l'infaillibilité de l'As^ 
semblée constituante, et la Constitution civile du clergé leur 
parut une chose excellente, par la raison qu'elle émanait de 
législateurs qui avaient détruit l'Ancien Régime, mais il semble 
que Topposition qu'ils rencontrèrent aurait dû éclairer des 
gens intelligents sur les dangers de l'innovation, et ce fut tout 
le contraire qui arriva, ainsi qu'on le verra dans le cours de 
ce travail. 

L'espérance de ceux qui avaient cru que la Constitution ci- 
vile serait aisément acceptée ne devait pas durer longtemps. 
La discussion qui avait eu lieu à l'Assemblée constituante 
avait déjà éclairé bien des gens, quand* le Roi manifesta sa 
répugnance, en faisant attendre sa sanction qu'il ne donna 
que le 24 août 1790, plusieurs semaines après le vote définitif. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 381 

De toutes parts aussi Ja loi avait soulevé des protestations, et 
c'est alors que. l'on commença à s'apercevoir que, rédigée en 
vue d'une adhésion paisible du clergé et des fidèles, ses 
dispositions les plus importantes n'avaient pas le caractère 
impératif nécessaire pour s'imposer à tous, et quô, pour la 
mettre en pratique, des articles additionnels étaient absolu* 
ment nécessaires. G^est ainsi que pendant plusieurs mois la 
Constitution civile du clergé, bien qu'elle eûtété promulguée, 
demeura à l'état de lettre morte. 

Cette situation ne pouvait se prolonger indéfiniment et, 
dans la séance de l'Assemblée constituante du 5 novembre 1790, 
un membre mettait le comité ecclésiastique en demeure 
d'appliquer la loi ; il lui fut répondu qu'il ne tarderait pas 
à obtenir satisfaction. 

Les administrateurs de la Loire-Inférieure, animés d'un 
zèle patriotique très ardent pour entreprendre sur le clergé, 
n'avaient, durant Tannée 1790, pu trouver que deux 
occasions de le faire : ils avaient privé de traitements les 
prêtres qui avaient adhéré à une Adresse à VAssemblée 
nationale^ rédigée par le curé deSainte-Lumine, etils avaient 
détruit le chapitre de la Cathédrale et ceux des Collégiales ; 
de plus, irrités des résistances opposées par l'Evêque de 
Nantes à la suppression des paroisses voisines de la cathé- 
drale, ils Tavaient dénoncé à l'Assemblée nationale, en la 
priant d'ordonner des poursuites contre lui. 

Le décret qui donnait satisfaction à ceux qui demandaient 
la mise en pratique de la Constitution civile, fut voté le 27 
novembre. 1790*. Il assignait divers délais dans lesquels les 
ecclésiastiques fonctionnaires publics, devaient prêter le 
serment sous peine d'être déchus de leurs fonctions, I^e Roi 
ayant, après ime certaine résistance, consenti le 26 décembre 
à sanctionner ce décret, il devenait exécutoire, dans le 
département de 4a Loire-Inférieure^ au milieu du mois de 

* Duvergier» Collection de lois, ii 59. 



Digitized by 



Google 



382 LR CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

janvier 1791. Ajoutons qu'aux termes d*un autre décret, 
en daté du 4 janvier*, le serment devait être prêté purement 
et Simplement, sans préambules, explications ni restrictions. 
' La crise de la prestation, ou plutôt du refus du serment, 
commença donc, dans la Loire-Inférieure, avec Tannée 1791 ; 
elle devait durer longtemps, parce que l'obligation du 
serment, imposée d'abord aux seuls prêtres ayant charge 
d'âmes, fut étendue successivement à d'autres catégories 
d'ecclésiastiques, et môme aux religieuses, et, aussi, parce 
qu'il ne fut jamais possible de pourvoir de prôtres asser- 
mentés toutes les paroisses du nouveau diocèse réduit exac- 
tement aux limites du Département. 

Si Tes riiembres des diverses aidmînistrajtions avaient, à un 
certain moment, partagé les illusions des députés sur la faci- 
cilitô d'établir le nouveau régime ecclésiastique^ ce moment 
était passé, et ils apercevaient clairement les difficultés de 
toutes sortes qui allaient se produire. Comme s'il eût dépendu 
du Comité ecclésiastique de l'Assembfêe nationale d'aplanir 
ces difficultés, le procureur syndic du Département lui 
écrivait le 11 janvier 1791 ': 

« Le délai de huit jours pour le serment prescrit, va 
s'ouvrir et devenir fatal contre les présents ; or, leà vicaires 
•généraux et les supérieurs du séminaire sont présents ; et, 
malheureusement, nous avons presque la certitude de leur 
refus de se conformer à la loi ; ils encourront donc la peine 
qu'elle a prononcée, c'est-à-dirè la déchéance de leurs 
fonctions-; mais alors s'opérera une suspension totale de 
l'octroi des dispenses et des autres actes journaliers delà 
juridiction ecclésiastique. Le séminaire se trouvera sans 
chefs. . ; Mais ce n'est rien encore. Si les curés s'obstinent 
pareillement à refuser le serinent; si leurs vicaires, trop 
doéiles au mauvais exemple, les imitent ; si, pour les sacre- 
ments, leis secours sont suspendus, si de^ moribonds.. ^ J® 
n'ose achever ; tant d'horreurs ne doivent pas être supposées, 

<£od. II. 142. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 383 

mais les choses sont possibles ; le remède sera de procéder 
à Télection de nouveaux curés ; les nouveaux curés auront 
besoin d'une mission, et de qui la recevront-ils ?I1 n y aurait 
point de vicaires-généraux ; enfin, il n'y aura point d'évôque... 
déjà son nom et ses dispositions vous sont connues. . . On le 
dit à Pampelune. » Il y a lieu, ajoutait le procureur-syndic, de 
se demander si cette absence doit lui procurer le bénéfice du 
délai de deux mois que le décret accorde aux ecclésiastiques 
absents du royaume, ce qui reculerait d'autant Tépoque de 
sa déchéance, et, par conséquent celle de la nomination de 
Son succes.seur\ 

On lisait bien, dans certains journaux, que Tabbé de Bernis, 
ambassadeur à Rome, avait écrit que le Pape ne tarderait 
point à approuver la Constitution civile du clergé' mais l'atti- 
tude des évoques ne permettait guère d'accréditer sérieu- 
sement un pareil bruit. On louait aussi très haut le patriotisme 
de quatre bernardins de l'abbaye de Buzay venus au dépar- 
tement protester contre « la rébellion des ennemis de la patrie 
et le refus inconcevable âes évoques de prêter serment et 
offrir de remplir les fonctions curiales et vicariales, dans tous 
les lieux où le pouvoir civil... voudrait les leur confier'. » 
On répandait partout une brochure intitulée Lettre à mes 
concitoyens des campagneSy dans laquelle Pierre Mourain, 
l'un des administrateurs du département, exposait que 
révoque de Rome était un évoque comme les autres, et où il 
faisait ressortir les avantages temporels que curés et vicaires 
retireraient d'une répartition plus égale des traitements, qui 
atteindraient, pour les curés, le chiffre d'environ deux mille 
Jivres*. Tout cela était peine perdue et ne réussissait point à 
augmenter le nombre des partisans du schisme. 

* Corresp. du procureur-syndic. du Dép. {• 64 {Arch. dép.). 

* Journal de la Correspondance de Nantes du 16 janvief 1791 p. 518. 
'Dép. 15 janvier 1791 f» 3 {Archives départementales). Ces bernardins 

étaient Baudoin, Bresdon, Bourgoinjj^ et Lenseigne. 

* Petit in-8o de 15 pages daté du 11 janvier 1791, s^gné M. Nantes A. J. 
Mallasais. Mourain devint député de la LégislatiFe en 1791. 



Digitized by 



Google 



384 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

Prêtres et fidèles, au contraire, lisaient avec avidité, et se 
passaient sous le manteau^ les brochures imprimés à Paris 
chez Crossart et chez Guerbart, et surtout le Mandement de 
JW revécue de Nantes, portant adoption de l'Instruction 
pastorale de M^ fEvêque de Boulogne sur l'autorité spirituelle 
de V église. « Nous vous présentons cet ouvrage, y disait M. de 
la Laurencie,avec d'autant plus d'autorité qu'il a été adopté par 
un grand nombre de nos confrères de Tépiscopat. » L'évéque 
de Boulogne, M. Asseline, avait en effet épuisé le sujet, et il 
était difficile de faire plus net et plus complet. Cet écrit de 
36 pages in-4'*, sorti des presses de Guerbart, imprimeur- 
libraire à Paris, se terminait ainsi : « Donné au Lude, où des 
circontances particulières nous ont obligé de nous retirer, le 
25 novembre 1790. » Il était signé : Ch. Eutrope,év. de Nantes. 

11 avait circulé pendant plusieurs semaines, échappant à 
tout regard profane, quand, le 14 janvier, il tomba aux mains 
d'un membre de la Société des Amis de la Constitution qui 
courut aussitôt le dénoncer à la Municipalité comme un 
libelle dangereux. Deux officiers municipaux^ Lemeignen et 
Beaufranchet, se rendirent à Tévôché pour fai^^e une perqui- 
sition qui amena la saisie de seize exemplaires. MM. Lemarié 
ôtd« Billorgues, chanoines, et M. Langevin, secrétaire de 
révèché, durent subir un interrogatoire, duquel il résulta que 
M. de la Laurencie était bien l'auteur du mandement*. Le 
Conseil général de la Commune délibéra, ôt^ « pénétré d'in- 
dignation contre ceux des ministres de la religion catholique 
qui se permettent de l'outrager, en répandant des maximes 
séditieuses, qui tendent à tromper et à égarer les fidèles», 
décida que les deux écrits, (le Mandement et l'Instruction) 
seraient dénoncés à MM. les juges du tribunal de District, 
faisant défense à tous curés, vicaires, religieux, de les pro- 
pager^ sous peine d'être poursuivis comme perturbateurs 



* Pièce originale {Arehine du greffe). 



Digitized by 



Googla 



EN 1791 385 

du repos public*. » Presque au même moment ce mandement 
était dénoncé à Paris au Comité des recherches', et saisi à 
Paimbœur, à la suite d*une perquisition chez le curé de la 
paroissn 8aint<*LouiSt M. Donatien Delaville, devenu suspect 
aux yeu^ de la Municipalité^ pour avoir, le dimanche 
précédent^ fait connaître du haut de la chaire sa résolution 
de ne pas prêter le serment'. 

Une procédure fut commencée par le tribunal du District 
de Nantes ; des curés , des supérieurs de couvents furent 
mandés au greffe pour y être interrogés : M. Goat^ curé de 
Saint-Donatien, M. Lesourd de l'Isle, curé de Sàinte-*Rade- 
gonde^ M"* Marie de la Bourdonnaye, supérieure de la 
communauté de Saint-Charles, le frère Josaphat, supérieur 
des Frères de la Doctrine chrétienne, et même le père 
Sauveur (René Baudouin], gardien des Récoilets, et M. An- 
drieux, curé de la Madeleine de Clisson, que leurs sympathies 
bien connues pour les idées nouvelles auraient dû mettre à 
Tabri du soupçon. L'évèque et son secrétaire, M. Langevin, 
furent décrétés de prise de corps pour ne s'ôtre pas rendus 
à l'assignation. Toute cette procédure fut simplement commi- 
natoire* car je n*ai point retrouvé de jugement qui ait statué 
sur le délit^. 

Le 15 janvier, on afficha une longue proclamation de Tad- 
ministration du Département relative au serment qui allait 
être demandé à tous les prôtres exerçant des fonctions pa^ 
roissiales. Les auteurs affectaient une confiance qu*ils étaient 
loin d'avoir.. . ; on y lisait : « Quelques personnes^ alarmées 
de Tabsence de T Evoque de Nantes, ont pu remarquer avec 
inquiétude les menées sourdes et la distribution furtive 



* Ordre du 14 janfier 1791. Signé dtt maire Kenrégan. Journal de la 
Correspondance de Nantes. T. vu p. 515. 
. > Le 15 janvier. Eéimpression du Moniteur^ vii-13S 

> Journal de la Correspondance y]i-518. 

« Papiera de procédures du tribunal de Diitrict de Nantes {Archives dU 
greffé). Comparutions '21 janvier 1791. — Décrets de prise de corps 9 février 179L 
T. VI. — NOTICES. — Vl* ANNÉE, 4* LIV. 26 



Digitized by 



Google 



386 LE CLERGE DU DIOCESE DE NANTES 

d*écrits incendiaires décorés du titre de mandements, mats 
une juste confiance doit nous ranimer et dissiper ces 
frayeurs, qui seraient injurieuses à la saine partie du clergé. 
On doit éloigner jusqu*à Tidée d'un soupçon qui tend à com- 
promettre les sentiments connus et le zèle patriotique de nos 

respectables curés Nous pensons qu'il leur tarde de 

faire, au pied des autels, en présence des fidèles et du Dieu 
de vérité, cet acte vraiment religieux et digne de la divinité, 
puisque c'est un hommage à la Patrie... croiront^ils que leurs 
consciences le réprouvent, comme un crime ? La conscience ! 
la religion ! prétextes, sacrés qu'on voudrait placer entre la 
toi et la désobéissance! Mais c'est un abus sacrilège de mots, 
et cette excuse ne peut appartenir qu'à Ja mauvaise foi et à 
l'ignorance. » 

Après une discussion sur la formule du serment, la procla- 
mation continuait ainsi : « La religion n^est point en danger ; 
le peuple, prêt à mourir pour sa défônse, né s'armera pas 
poilr la querelle de quelques hommes .qui, .dérobant le voile 
dé cette vierge pure et céleste, voudraient en couVrîr les 
visions, les faux scrupules de leur conscience^: et: peut-être 
les inspirations d'une honteuse cupidité. » , 

Toutefois, comme on ne pouvait espérer que tous les 
prêtres, sans exception, se conformeraient à la loi, les admi- 
nistrateurs rappelaient^ en terminant, aux officiers muni- 
cipaux qu'il était de leur devoir « d'empêcher qu'il fut dit ou 
fait aucune injure ou violence, même aux ecclésiastiques 
dissidents*. » 

. Cette proclamation était à la fois mensongère et hypocrite : 
mensongère, car la lettre^ qui a été citée tout à l'heure^ 
démontre que Ton savait très bien que les dispositions du 
clergé étaient très différentes de celles qu'on lui prêtait ; 
hypocrite, puisqu*en affectant de prêcher la modération 
envers les prêtres, qui feraient usage de leur liberté en 

• Départ. L. 15 janv. 179! (• 18. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 387 

refusant le serment, on les dénonçait à l'opinion publique 
comme de mauvais citoyens dont la résistance était inexcu- 
sable. 

Le district deClisson, effrayé des conséquences du mécon- 
tentementque la cessation de l'exercice du culte allait exciter 
parmi les populations qui Tentouraient, demanda à ce mo- 
ment au Département « d'enjoindre auit recteurs et autres 
fonctionnaires >' qui refuseraient le serment, de continuer 
leurs fonctions jusqu'à leur remplacement. Un pareil ordre 
devant certainement encourager les refus de serment, il était 
naturel que le département blâmât le district de Clisson de 
ravoir sollicité, mais il était si évident qu'en fait les choses 
se passeraient ainsi, que cette administration, en déférant 
Tarrôlédu dislrictde Clisson à l'Assemblée nationale, déclara 
que, malgré leur apparente nécessité^ il ne pouvait approuver 
de pareilles mesuresV • 

L'Assemblée constituante fut plus libérale; elle comprit 
que l'exercice du culte ne pouvait être interrompu sans de 
graves inconvénients, et V Instruction sur la Constitution civile 
du clergé^ promulguée en forme de décrut lu 20 janvier 1791', 
décida qu'il ne fallait regarder comme perturbateurs du 
repos public que « ceux des prêtres qui, élevant autel contre 
autel, ne céderaient pas leurs fondions à leurs successeurs. 
G'estcette dernière résistance que la loi bl conde^mnée, jusqu'au 
remplacement rex^cice des fonc^tions est censé avoir dii et te 
continué. » Aux termes de Y Instruction, tous les prêtres non 
remplacés étaient donc autorisés à demeurer en fonctions, 
et comme c'est à peine si, dans la Loire-Inférieure, on pourra 
réussir à remplacer la moitié d'entr'eux^ les autres seront 
fondés à se prévaloir de ce texte pour continuer l'adminis- 
tration de leurs paroisses. 

La première, et l'on pourrait dire la seule adhésion col- 
lective à la doctrine du serment, fut celle de l'Université de 

• Départ. L. 18 janvier 1791 f. 24. 
' Duver^'. Collection de loùsU^ 176. 



Digitized by 



Google 



388 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

Nantes. Le 21 janvier 1791, les membres des Facultés de 
théologie, de médecine, et des arts, ayant à leur tôte le doc- 
teur Lefebvre, se présentaient à THôtel-de- Ville, et étaient 
accueillis par un nolabte, remplaçant le maire absent. 

(( LTJniversité, dit le recteur, vient reinercier publique- 
ment l'Assemblée nationale de ses importants travaux sur 
la Constitution civile du clergé, et reconnaître que le régime, 
qui lui est prescrit, est littéralement celui que le divin fon- 
dateur du Christianisme lui avait assigné, et dont Tesprit 
d'ambition et d'intérêt TaVait détourné. . . » 

« ... Ce n'est qu'avec la plus vive indignation que l'Uni- 
versité a appris les déclamations insensées et furieuses que 
se permettent des prêtres égarés par les regrets de la perte 
de leur^ biens et de leurs privilèges, et elle se hâte de mani- 
fester son improbation . . . L'Université vient jurer d'être 
fidèle à la Constitution... » 

Le serment des médecins importait peu, mais ce qui don- 
nait à la démarche des membres de l'Université une grande 
importance, c'est que, dans le cortège du recteur, figuraient 
plusieurs prêtres, qui étaient, pour la faculté de théologie : 
MM. Delaville, curé de Sainte-Croix , et Lebreton de Gaubert, 
curé de Saint-âimilien ; pour la faculté des arts : Lenoble, 
préfet de l'Oratoire, Desperel, professeur de logique. La- 
chaud, professeur de rhétorique, appartenant tous les trois 
à cette lîiême congrégation. Le procès-verbal mentionne 
plusieurs autres professeurs de l'Oratoire, qu'il est inutile 
de nommer ici, parce que la question de savoir s'ils étaient 
engagés dans les ordres sacrés me semble fort douteuse. 

Le notable donna lecture d'une lettre de M. Lefeuvre, curé 
de Saint-Nicolas, dans laquelle il annonçait que, le dimanche 
suivant, 23 janvier, il prêterait le serment prescrit par le 
décret du 27 novembre, en compagnie de ses quatre vicaires 
et de huit prêtres de chœur, de son église. 

Le procureur de la Commune lut à son tour une liste de 
prêtres, dès à présent disposés à.prêter le serment, et com- 



Digitized by 



Google 



EN 1791 389 

prenant deux carmes, un trinitaire, un bernardin et les trois 
maires-chapelains de la cathédrale'. t 

Le dimanche, 23 janvier 1791, expiraient les délais dans 
lesquels les prêtres devaient se prononcer sur l'acceptation 
ou le refus de serment. 

A Nantes, M. Lebreton de Gaubert, curé de Saint-Simi- 
lien, et plusieurs de ses vicaires ; le curé de Saint-Nicolas et 
tout le clergé de sa paroisse ; M; Delaville, curé de Sainte- 
Croix et plusieurs de ses vicaires et Vôtres habitués, prô* 
tèrent le serment. 

Ce dernier prononça môme à cette occasion un long 
discours dans lequel il reprit et développa tous les arguments 
que Ton pouvait donner en faveur de Torthodoxie du serment. 
Ce discours mérite d*ôtre lu, car il est, à cause du caractère 
respectable de son auteur, qui ne fît à vrai dire que traverser 
le schisme sans s'y arrêter, Tun des signes les plus remar- 
quables du trouble des esprits à cette époque. M. Delaville ad- 
mettait comme un principe que l'Assemblée nationale n'avait 
pas prétendu toucher au spirituel, alors que le contraire résul- 
tait avec évidence d'une foule de faits, sans parler des dispo- 
sitions elles-mêmes de la Constitution civile. Vainement 
M. do Bonnal, évêque de Clermont, avait demandé à la tribune, 
de prêter son serment, « en exceptant formellement les objets 
qui dépendent essentiellement de Tautorité spirituelle, » sa 
demande avait excité un véritable tumulte dans l'Assemblée, 
et il avait élé sommé de prêter le serment pur et simple, 
en portant adhésion, non seulement à la constitution poli- 
tique, mais aussi à la constitution civile du clergé'. M. Dela- 
ville allait fort loin dans sa démonstration, car il admettait 
aisément lé remplacement des évoques institués par dos 
évêques élus, et traitait de propos ridicules les dires de ceux 
qui prétendaient que, dans le nouvel ordre de choses, les 

^ Broch, in-8% Nantes^ Malassis, 1791. Journal delà Correspondance^ 
t. vm, 2« suppl. au n* 35, p. 571 . 
* Séance du 2 janvier 1791, Joum, des Débats, n* 508 . 3. 



Digitized by 



Google 



390 LK CLERGÉ DU DIOCÈBE DE NANTES 

prêtres assermentés n'auraient plus de pouvoirs. Ce discours, 
de même que ceux prononcés par quelques autres curés, fut 
publié par le Journal de la Correspondance de Nantes ; il 
fut, en outre, imprimé en brochure pour être distribué*. 

Le dimanche 23 janvier, et les deux dimanches suivants, 
le serment ne fut prélé que par des curés et des vicaires 
fonctionnaires publics. Les reUgieux, qui avaient quitlé le 
cloître et qui étaient disposés à se rallier à l'église constitu- 
tionnelle, attendaient généralement pour apostasier qu*on 
leur offrit les cures vacantes, ce qui ne pouvait tarder bien 
longtemps. Sauf d'ans deux ou trois paroisses,, à Vieillevigne, 
où il y eut une véritable émeute, contre laquelle on déploya 
le drapeau rouge', et à Basse-Goulaine', où, le maire somma, 
publiquement dans l'église, le curé et le vicaire de prêter le 
serment, la journée du 23 janvier se passa sans incidents 
graves. Quelques prêtres, malgré les termes très nets du 
décret du 4 janvier, jurèrent avec restriction, et n'en furent 
pas moins considérés par leurs municipalités comme ayant 
satisfait à la loi, décisions, qui ne furent pas ratifiées par le 
Département, et contre lesquelles protestèrent les prêtres 
eux-mêmes. Un journal osa prétendre que, les délais expirés, 
des prêtres disposés à se soumettre, le curé de Chantenay, 
et celui de la Ghapelle-sur-Erdre notamment, n'avaient point 
été admis le faire*, mais le nombre des assermentés était trop 
petit pour que le département élevât une pareille prétention, 

^ Brochure in-8« d« 29 p. Nantes, Malassis, et Journal de la Correspondance 
n«*G(u 26 janvier 1791, p. 586 et 30 janvier 1791 p. 31. On trouve aussi dans 
«ce journalles discours prononcés dans la même circonstance par Breny, 
recteur de Saint-Père-en-Retz, n* du 4 février 1791, p'. 55; par Denghin, 
curé de Saint-Jean-de-Boiseau, n* du H février p. 12S;par Samson, curé 
d*Ancenis, n*du 11 février ; parMaupan, recteur de Moatrelais, n» du 23 fé- 
vrier 1791 p. 189. — Mentionnons aussi, pour mémoire, les lettres en faveur 
du serment, de Méchin,et les discours de Mabille et du curé de Saint-Nicolas 
n** 2G février, p. 176, 2 et 4 mars, p. 235 et 250 ; et le discours de Pichon, curé 
de Drefféac. (Catalogtie de la Bibliothèqtte de Nantes n* 37,961). 

* Département L. 25 janvier 1791, f». 43. 
' District de Nantes, 24 janvier 1791. 

* Chronique de la Loire^Inférieure du 9 février 1791, n» 15. 



Digitized by 



Google 



m 1791 :^i 

D'ailleurs ces deux curés protestèrent, eux aussi, dès qu'ils 
purent le faire, contré Tintention qu^on leur avait prêté de se 
soumettre à la loi. Les délais furent d*ailleurs prorogés 
par un décret*. 

Dès le 25 janvier, le département constatait Tinsuccès de sa 
proclamation, et attribuait cet insuccès à Tabsence de 
révoque « et à l'incertitude, ou plutôt à la crainte qu'il ne 
voulut pas se soumettre au serment* » et il écrivait, peu 
après, au ministre de Tintérieur : « Nous avions e3péré 
jusqu'ici pouvoir maintenir la tranquillité, mais nous voyons 
que le serment à prêter par les prêtres^ et le refus de plu- 
sieurs d'entr'eux de s'y conformer, agitent les habitants des 
campagnes ; quoiqu'il ne se soit pas encore commis d'excès, 
on remarque des attroupements qui pourraient devenir in- 
quiétants, si nous ne disposions d'une force capable d'en 
imposer. Nous vous prions de nous expédier, le plus tôt 
possible, un régiment de troupes de ligne, persuadés que ce 
nombre suffira pour le moment'. » Ces craintes étaient 
prématurées, car l'immense majoi<ité des curés et des vicaires 
étaient restés dans leurs paroisses, et les attroupements ne 
deviendront inquiétants que lorsqu'il s'agira de chasser les 
anciens prêtres et de les remplacer par des intrus. 

Quelques-uns cependant ayant cru devoir quitter leurs 
églises après le 23 janvier, le Département s'occupa de les 
faire remplacer, et, le 31 janvier, le lendemain du dimanche 
où la messe paroissiale avait manqué, à Ghantenay, à Saint- 
Colombin, à la Chevrolière, à la Chapelle-sur-Erdre, pluaieurs 
lettres furent adressées aux pères gardiens des Carmes et des 
Capucins pour les prier d'envoyer des religieux dans ces 
paroisses. Un certain père Martin, carme, ayant été désigné 
pour Saint-Colombin, on écrivit à M. de laTullaye, vicaire-gé- 
néral, pour le prier de lui accorder les pouvoirs nécessaires*. 

■ Déecet du 18 mars 1791. DuTer^. ColL de lois, II, 263. 

• Départ. L. ^5 janvier 1791. 

> Registre Comptabilité et gnerre, 3 février 1791 f. 23. 

* Direct, de départ. Correspond. Si>crétariat, f* 29. 



Digitized by 



Google 



392 LE cle.;gé du diocèse de nantes 

A en juger par le nombre assez considérable de lettres^ 
qui se trouvent encore dans les dossiers, pour avoir été 
saisies lors des arrestations de prêtres, la correspondance 
des membres du clergé entr'eux dut être fort active durant 
cette période de la crise du serment. Ceà lettres ne présentent 
qu'un très médiocre intérêt; elles témoignent seulement de 
la vivacité des sentiments qui animaient les esprits départ 
et d'autre. Le goût de la chanson est passé, mais il était alors 
très répandu, et j*en ai trouvé une fort longue d'une versifi- 
cation très incorrecte, sur l'air : ma tendre musette^ où les 
prôlrés les plus connus du diocèse, apostats et fidèles, avaient 
chacun leur couplet. 

En voici quelques-uns : 

Monsieur Lescan* bien sûr. 
Ne prêtera pas serment, 
11 préfère, on assure, 
Verser jusqu'à son sang. 

Monsieur Lepré', bon prêtre, 
Ne veut non plus jurer. 
Il préfèr' reconnaître 
Celui qui Ta créé. 

En priant sainte Ursule, 
D'intercéder pour lui, 
Il est dans sa cellule, 
Au pied, du crucifix. 

Un maudit apostat 
Pour exhaler sa bile. 
Envoyé des Etats, 
Prêcherait révangile ! 

Sans pouvoir de l'Eglise, 
Ck>mment agirait-il? 
Inf&me marchandise 
C'est le père LatyP ! 

' Dmçtear da Séminaire de Saint-Clément. 

• AnmAnier des Ursulines. 

• Oratoritn, député aux Etats généraux. — Papiers saisis à Mauves le 21 
août i79t par le commandant Schiitt. {Arch. dép,). 

• 



Digitized by 



Google 



EN 1791 393 

En définitive, si l'on se reporte à un état officiel envoyé au 
comité ecclésiastique le 20 mai 1791» et comprenant les prêtres 
fonctionnaires publics du département, moins ceux du district 
de Nantes, que j'ai comptés moi-môme, il y eut 153 prestations 
de serment, dont une quinzaine au moins avec des restric- 
tions qui en changeaient le caractère, et des rétractations, 
plus ou moins promptes^ dont le nombre augmentait tous 
les jours. 

l"" District de Nantes^ sur 171 prêtres, 45 assermentée. 



2» 


— 


d'Ancenis, 


66 


— 


20 


3» 


— 


Blain, 


38 


— 


5 


4» 


— 


Chftteaubriant, 


40 


— 


8 


5« 


— 


Giisson, 


72 


— 


10 


e» 


— 


Guérande, 


60 


— 


25 


7» 


— 


Machecoul, 


58 


— 


8 


8* 


— 


Paimbœaf, 


48 


— 


20 


9» 


— 


Saivenay, 


43 

614 


— 


12 
153 



En envoyant ces résultats au Comité ecclésiastique, le 
procureur^syndic écrivait : « L'administration désirerait que 
ce tableau présentât des résultats plus consolants pour les 
vrais amis de la patvie et de la religion ; heureusement les 
autres départements ne sont pas dans une situation aussi 
afflgeante, et il est notoire que la plupart offrent, dans un 
tableau inverse, le nombre des bons dominant sur le nombre 
des méchants. x> 

Des prêtres et des religieux des diocèses voisins, et des re- 
ligieux du diocèse de Nantes, augmenteront dans une pro- 
portion assez notable le personnel de TÉglise constitu- 
tionnelle, mais jamais, comme on le verra, on ne réussira à 
trouver assez de sujets pour pourvoir, de curés seulement, 
sans parler des vicaires, la moitié des paroisses rurales. 



Digitized by 



Google 



394 I.E CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 



CHAPITRE II 

La suppression des chapitres et le remaniement des circonscriptions p V- 
roissiales demandés à M. de la Laurencie — Son refus — NouTeik 

* sommation adressée à ce prélat — La Société des Amis de la Cons- 
titution ou club des Capucins-— vOéoret rektif à des érections et à 
dea aappTeisioni4ej[iaioÎMe8 «-Ikuterras des administrations pour 
r^rganisAtioo de la paroisse cathédrale ^ l^e Département décide 
qu'on nommera un snccessear à M. de la Laurencie — Premières 
électiona des curés constitutionnels — Rareté des sujets — Dé- 
chéance de M. da la Laurencie proaoncée par le Déparlement — 
BleetioQ 4e Minée 61 son arrivée à Nantes — Sa demande de reculer 
Tépoque de sa pnsa do possession — Difficultés que présentent 
l*in9tallalÎQQ et le eaaintiea des curés élus dans les paroisses ^ La 
persécution, cansèqtteaoe inévitable de l'introduction du cul.e cons- 
titutionnel dans la Loire-Inférieure. 

L'administration du Département n'avait pas attendu la 
promulgation du décret sur le serment, pour e:ltiger le con- 
cours de M. de la Laurencie à l'application de certaines 
dispositions de la Constitution civile du clergé. Dès la fin de 
novembre, elle Tavait mis en demeure de prononcer la sup- 
pression des chapitres et celle de plusieurs petites paroisses 
avoisinant Saint-Pierre, dont les territoires devaient, dans le 
nouveau plan, former la paroisse cathédrale. 

Les chapitres avaient été supprimés malgré les protesta- 
tions de révoque, mais on n'avait pu réussir à former la 
circonscription cathédrale, à raison de certaines formes de 
procédure qui exigeaient le concours du prélat. M. de la 
Laurencie était parti de Nantes, peu de jours €iprès cette pre- 
mière mise en demeure, et Ton pensait, qu*aux termes de la 



Digitized by 



Google 



EN 1791 395 

loi, i\ y avait Heu de la renouveler ; mais alors il n'y aurait 
plusd'obstacles à la réussitederopération,undéeret addition- 
nel à la Constitution civile,* ayant, en prévision du refus de 
concours de révoque, autorisé à passer outre, après que ce 
refus aurait été formellement constatéV La suppression de 
de ces petites paroisses apparaissait d'ailleurs comme d'autant 
plus urgente, qu'aucun de leurs curés n'ayant prêté serment, 
il n'y avait, provisoiremerit, aucun moyen légal de fermer 
leurs églises ou d'y introduire l'exercice du nouveau culte. 
Déplus, la loi disait positivement que la paroisse épiscopale 
devait être organisée avanttoutes les autres. 

Le procureur syndic invita le District, par lettre du 30 jan- 
vier, à préparer sans délai le travail, et, dès le 3 février, cette 
administration, par exploit de l'huissier Ruelle, requérait 
le concours de l'évoque pour l'étude de la nouvelle circons- 
cription, et lui notifiait, le lendemain, que ses membres se 
transporteraient, le 7 février, à Tévéché, à 10 h. du tnatih, 
pour travailler avec lui*. Ce n'était que pour la forme qu'on 
agissait ainsi, car on savait parfaitement que l'évêque ne 
se trouverait pas au rendez-vous. Au môme moment, un 
membre du club des amis de la Constitution séant aux Capu- 
cins dénonçait bien haut « la conspiration des ministres 
d'un Dieu de paix, qui voudraient faire tomber les patriotes 
sous le couteau du fanatisme, à la lueur de l'embrasement 
de nos cités*. » Le 24 février, le Déparlement enregistrait 
le travail du District, et l'envoyait à l'Assemblée nationale 
pour qu'il fut converti en loi. Cinq des anciennes paroisses 
de la ville étaient conservées : Sainte-Croix, Saint-Nicolas, 
Saint-Similien, Saint-Clément et Saint-Donatien. Trois nou- 
velles étaient formées : !• La paroisse épiscopale de Saint- 
Pierre comprenait le territoire de huit paroisses supprimées : 
Saint -Jean, Notre-Dame, la Collégiale, Saint-Laurent, y 

^ Duvergier Collect. de loUt n* ^••« 

'Pièces originales. Délib.du Districtde Nantesdu 4 février 17U1 (Arch, Dép,), 

' Journal de la Correspondauce de Nantesdu G février 1791, p. 77, 



Digitized by 



Google 



396 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

Saint-Dénis, Saint-Vincent, Saint-Léonard, Sainte-Radegonde, 
Saint-Saturnin ; 2° Notre-Dame, formée d'un démembrement 
des paroisses de Chantenay et de Saint-Nicolas, avec siège 
provisoire à Téglise du Sanitat et succursale à Téglise des 
Capucins de THermitage ; 3* Saint-Jacques, avec siège à 
l'église des bénédictins de Pirmil et succursale à la chapelle 
de Toussaints. Les paroisses de Glisson étaient également 
remaniées et réduites à une seule*. 

Les églises des paroisses supprimées furent fermées ; toute- 
fois,pour organiser la paroisse épiscopale, il fallait un nouvel 
évoque, et, avant de le nommer, il fallait déposséder de son 
siège celui qui l'occupait. Déjà les électeurs des districts de 
Nantes et de Paimbœuf avaient été convoqués pour le 20 
février, à Teffet d'élire des curés à la place de ceux qui avaient 
refusé le serment. Mais la désignation des prôtres asser- 
mentés, c'était l'histoire dû tonneau des Danaïdes, la liste 
n'était jamais romplie ; on avait beau faire des élections 
elles étaient toujours à refaire, et à la fin de 1792, il y aura 
encore des paroisses que les électeurs n'auront pu réussir 
à pourvoir. Tantôt le môme prêtre était nommé dans plu- 
sieursparoisses par différents districts, tantôt celui qui était 
nommé ne voulait pas de la paroisse pour laquelle on 
l'avait désigné ; souvent aussi celui qui avait pris posses- 
sion de sa paroisse demandait à la quitter, et, telle était la 
mobilité de ce personnel assermenté, qu'il serait facile de 
démontrer, en dépouillant les trente procès-verbaux d'élec- 
tions qui ont échappé à la destruction, qu'à l'exception des 
anciens curés qui furent maintenus dans leurs paroisses après 
leur serment et des curés de la ville de Nantes, on ne trou- 
verait pas dix des nouveaux élus qui aient séjourné six mois 
mois dans les paroisses où ils avaient été envoyés. 



' Département 24 fémor 1791. Décret du 3 mars Journal des Débats et des 
décHtSt N» 637, p. U. Voir aussi pour plus de détails : M. Tabbé Grégoire, 
Etat du diocèse de Nantes^ et Semait^ religieuse du diocèse de Nantei,n* du 
5 fémer 1887. Département Q. arrêté du 29 avril 1791. 



Digitized by 



Google 



BN 1791 397 

La certitude morale que M. de la Laurencie ne consentirait 
jamais à prâter le serment résultait de son attitude, et de la 
publication de son mandement saisi le 14 janvier, mais 
comme il continuait à ne pas donner de ses nouvelles, et 
qu*il était possible que la promulgation du décret relatif au 
serment fut postérieure à son établissement à l'étranger, ce 
qui eut augmenté beaucoup les délais, les administrateurs 
hésitaient à prononcer officiellement sa déchéance pour 
cause de refus de serment. 

Le 19 février, le procureur-syndic du Département se 
décida à exposer que, depuis trois mois, le diocèse, privé de 
son chef, était dans un état de désorganisation effrayante. Il 
ajouta que la terreur et Tularme étaient dans les campagnes, 
et qu'il était à peu près certain que M. de la Laurencie était au 
Lude et non en Espagne, comme le bruit en avait couru ; que, 
par conséquent, son refus de serment était certain, et qu'il 
y avait lieu de convoquer les électeurs pour lui donner un 
remplaçant. 

Le Département admit ces conclusions, et, le 21 février, 
décida en principe que les électeurs seraient convoqués pour 
le 20 mars, date qui fut peu après avancée d'une semaine ; 
afin aussi d'avoir des renseignements précis sur le séjour de 
M. de la Laurencie au Lude, un membre du Département 
reçu t la mission de se rendre dans la Sarthe'. Il résulta de 
Tenquête que M. de la Laurencie avait séjourné environ 
six semaines au Lude, et, qu*au milieu de janvier, un di- 
manche, il était sorti en voiture du parc du château du Lude 
et avait pris la direction de Tours. 

Une lettre du 28 février, adressée aux neuf districts, en- 
joignit de convoquer les électeurs ^ui devraient se trouver 
réunis, le 13 mars, dans la cathédrale, afin d'assister à la 
messe, et procéder ensuite à l'élection d'un évêque. 

Minée, élu le 13 mars, sacré à Paris le 10 avril, arriva à 

* Département. Délibération du 24 février 1791, folios 130 et 142.. 



Digitized by 



Google 



398 LE CLERGÉ DU DIOCESE DE NANTES 

Nantes le 15 du môme mois et vint demander lui*mômo au 
Département que la cérémonie de son installation fut reculée 
au dimanche de la Quasimodo, i* mai, c< afin, dit-il^ que les 
prêtres réfractaires ne prissent pis prétexte de son instal- 
lation pour abandonner Leurs fonctions, ce qui, dans la quin- 
zaine de Pâques, gênerait extrêmement le peuple et pourrait 
porter les âmes faibles et séduites à des excès et compro- 
mettre la tranquillité publiqueV » 

Cette demande fut accueillie favorablement par le Direc- 
toire, sur la proposition du procureur-syndic, qui fit con- 
naître en même temps que M. Minée, aussitôt après cette 
cérémonie, s'occuperait de la formation de sa paroisse épis- 
copale, de Torganisation des paroisses nouvelles à établir 
à Nantes^ et conférerait Tinstitution canonique aux curés 
élus. Alors^ ajouta-t-il, il n'y aura plus de raison pour que 
les municipalités tardent à installer les curés qui leur ont 
été attribués par les électeurs, et, « si le clergé était assez 
téméraire pour méditer une coupable résistance, la loi dé- 
ploierait alors toute sa rigueur*. » 

Les dépositaires de Tautorité croient volontiers que la force 
triomphe de toutes les résistances. Parce qu'ils avaient aisé- 
ment dépossédé M. de la Laurencie de son siège^ et l'avaient 
remplacé par Minée, les administrateurs de la Loire-Infé- 
rieure s'imaginaient qu'ils réussiraient à imposer aux pa- 
roisses rurales des prêtres constitutionnels à la place de 
leurs anciens curés. La situation pourtant était bien diffé- 
rente : M. de la Laurencie avait quitté volontairement son 
diocèse, et Minée avait été reçu et intronisé dans une grande 
ville où les partisans des idées révolutionnaires étaient nom- 
breux et puissants ; dans les campagnes, au contraire, il 
faudrait déposséder des prêtres aimés et estimés, qu'aucune 
loi n'avait privés du droit d'habiter leurs anciennes paroisses, 



' Département. L. 17 avril 1791, f« 65 
> Eod., 27 avril 17»l. (• 86. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 399 

et ceux, qu'on devait bientôt nommer des intrus, y arri- 
veraientdéconsidérés d'avance aux yeux de populations sin- 
cèrement catholiques, et, par conséquent, hostiles aux 
nouveaux arrivants. 

Il est évident que les administrateurs ne se doutaient pas 
à ce moment des difficultés qui allaient surgir de tous les 
côtés. Ce sera d'abord la pénurie des assermentés, parfois 
leur indignité manifeste, souvent la résistance des parois- 
siens à les recevoir et à les conserver au milieu d*eux, mais 
ce sera surtout la nécessité à laquelle on sera amené d'in- 
terdire Texorcice du culte aux prêtres réfractaires. Dans la 
voie de la persécution la pente est rapide^ il est rare que les 
lois suffisent aux besoins du moment, l'arbitraire intervient 
toujours, et il marche devant les lois> que Ton fait de plus en 
plus sévères, pour consacrer ses premiers actes. On croira 
suffisant d'éloigner les prôtres de leurs anciennes paroisses, 
et Ton s'apercevra que, partout où ils vont, ils sont respectés, 
entourés et sollicités d'exercer leur ministère. Les mesures 
deviendront progressivement plus restrictives de leur liberté, 
jusqu'au moment où la loi de la déportation n'ayant pas 
réussi à débarrasser complètement, comme on Tespérait, le 
territoire français de tous les prôtres non assermentés^ on les 
fera mourir sur Téchafaud. 

Comme on le verra, dans les chapitres qui vont suivn\ 
l'histoire du diocèse de Nantes à partir du mois de mai 1791. 
n'est pas autre chose que Thistoire de la persécution exercée 
contre les prêtres fidèles et soufferte par eux avec un admi- 
rable courage. 



Digitized by 



>y Google 



400 LE CLEIIOÉ DU DIOGKSE DE NANTES 



* CHAPITRE III 

GoQtinuatioa de rezercice da culte par les prêtres non assermentés* — 
Des suppressions de traitements — Opinion de Mirabeau. — Pour- 
suites exercées contre les prêtres depuis le commencement de l'année 
479i« — • Affaire du curé de Gasson, — Interdiction aux prêtres non 
assermentés de desservir les chapelles et prieurés. -^ Le serment 
imposé arbitrairement aux prêtres de chœur de Sainte-Groix. — 
Attaques violentes^ haineuses^ etinconyenantes du journal La Chro- 
nique de la Lçire-Inférieure contre le clergé fidèle. — Saisie 
dans le couvent des Saintes-Glaires de brochures contraires à la Gong- 
titution civile. — De la conduite tenue en cette occasion parles diverses 
administrations. 

Jusqu'aux premiers Jours de mai, les prêtres de la Loire- 
Inférieure, qu'ils eussent ou non prêté le serment, avaient 
continué, comme par le passé, rexercice du culte, mais 
cette période de tolérance provisoire n'avait pas été exempte 
de tracasseries pour ceux qui étaient .soupçonnés d'hostilité 
à l'église constitutionnelle. Le Département avait continué 
de refuser arbitrairement le traitement à ceux qui avaient 
signé V Adresse à F Assemblée nationale, et des poursuites sans 
raisons sérieuses avaient été exercées contre certains autres. 

La suppression du traitement de ces prêtres n'avait pas 
grande importance, parce que les traitements en argent, ou 
plutôt en assignats, ne devaient commencer à courir que du 
1»' janvier 1791, et surtout parce que l'on éleva la prétention, 
un peu plus lard, de cesser de rétribuer tous les prêtres qui 
n'avaient pas prêté serment. Le décret du 8 février 1791* qui 

' Duvergier, Coll. de fois, II. 197. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 401 

avait attribué une pension de cinq cents livres aux prôlres 
remp^acés ne fut jamais qu'un leurre. « Déduction faite du 
quart pour le tion patriotique, du prorata des contributions 
et répartions, cette pension se réduisait à rien, ce qui fit que 
le plus grand nombre ne daigna pas môme en faire la de- 
mande'. » Aussi Mirabeau disait-ii avec beaucoup de raison : 
« Nous nous occupons prodigieusement trop du clergé, nous 
ne devrions nous occuper d'autre chose dans ce moment que 
de lui faire payer ses pensions et de le laisser dormir en 
paix*. » 

Dos poursuites avaient été exercées contre le curé de Saint- 
Donatien et M. Gely, diacre de Saint-Léonard, pour avoir 
catéchisé des enfants « dans un sens oppposé à l'exécution 
des décrets (6 janv. 1791); contre MM. Ollivier frères, Tun 
curé, l'autre vicaire de Sautron ; sur le bruit qu'ils avaient 
déclaré, le 16 janvier, qu'ils ne prêteraient pas serment, la cure' 
fut, le 21, envahie par un piquet de gardes nationales ; une 
visite domiciliaire eut lieu, et ils furent décrétés de prise de 
Corps ; an long mémoire signé d'un homme de loi fut rédigé 
pour démontrer l'absurdité et l'illégalité de cette arrestation; 
contre MM. Fournier et Cassard, curé et vicaire de Basse- 
Goulaine. Le District avait donné tort au maire, qui les avait 
sans raison sommés en public de prêter le serment', et 
Ton n'en instruisit pas moins contre eux. MM. Bertho, curé 
du Pont-Saint-Martin, et son vicaire M. Crabil, M. Léaulé, 
vieaire de Saint-Aignan» furent aussi l'objet de poursuites 
pour des faits toalogues. Il est probable que si les dossiers 
des huit autres tribunaux du département avaient été con- 
servés, comme l'ont été ceux du district de Nantes, on trouve- 
rait les traces de beaucoup de poursuites semblables\ Ces 



* Manuscrit d« M. Chevalier, caré de Sainte-Lamiiie, sar la Bévolulioné 
s Journal du Débats du 2 mars 4791. 
, ' Dist. de Nantes, 14 janT. I79J . 
^ Dossiers du trib. de district de Nantes (Arch. du greâe.) 

X. IV. — NOTICES. — IV* ANNÉE, 4« UV. 27 



Digitized by 



Google 



402 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

instructions, n'aboutirent pas faute de preuves, ou plutôt 
faute de textes de lois qui s'appliquassent aux faits in- 
criminés. 

Le curé de Casson, M. Fremont, au contraire, eut l'honneur 
d'être deux fois jugé pour un double délit. Il était accusé : 
l^'d'avoircaloraniéla municipalité de sa commune en publiant 
une lettre dans taqaelle il disait que cette municipalité avait 
inexactement enregistré un prétendu serment qu'il n'avait 
pas prêté; S^" d'avoir, coaim[i électeur, refusé de se rendre au 
scrutin pour le choix de Minée, en disant que personne 
n'avaitle droit de donner un successeuràM. de la Laurencie. 
De nombreux témoins furent entendus ; la procédure est très 
volumineuse, elle tribunal donna deux fois raison à Taccusé'. 

Il y avait encore un certain respect de la loi dans le fait 
de renvoyer ces prêtres devant les tribunaux; la magistra- 
ture, quand elle conserve le respect de ses fonctions, est la 
meilleure garantie des libertés civiles, mais les administra- 
teurs, dont la mission était d*exécuter les lois, prétondaient 
les interprétera leur guise, et môme, au besoin, en édicter 
de nouvelles. C'est ainsi que par deux arrêtés du Départe- 
ment, Tun du 1" février et Tautre du 3 mars, ils ordonnèrent 
aux prêtres et desservants de cesser le service des chapelles 
et prieurés, et enjoignirent au Général de la paroisse. 
Sainte-Croix de congédier les prêtres de chœur qui étaient 
dissidents à raison du serment. « Considérant, porte 
l'arrêté, que quoiqu'on ne puisse pas strictement regarder 
les prêtres de chœur comme fonctionnaires publics, le fait 
par quelques uns d'entr'eux, de refuser le serment que les 
autres prêtres de cette paroisse ont prêté, ne peut qu*ôtre 
suspect et pris en maiivaise part et devenir une source dan-. 
gereusede divisions et de scandale*. ?» La loi du 7 mai démon- 



* Dép&rt, L. 1 «t 21 mars 1791, n*« ti4 «t 193 — JQgemeaU d6J 112 et 28 
avrïL Présid. Dâ]avill«» 
' DâpartâmeDt L. 3 mars 17*1 P» Ui* — Ordre dVïécutîoa par le nistricl. 



9 

Digitized by 



Google 



EN 179t '' 403 

trera, peu après, rillégalilé de ces arrêtés, car elle dira, en 
propres termes, que le défaut de prestation de serment ne 
peut ôtre opposé à aucun prôlro se présentant dans une 
église, seulement pour y dire la messe, et que les édifices, 
consacrés à un culte par des sociétés particulières, ne seront 
fermés que lorsqu'il y aura été fait quelques discours conte- 
nant des provocations directes contre la Constitution civile 
du clergé. 

Malgré le caractère ouvertement hostile de ces mesures, il 
faut reconnaître cependant que les gens du Département 
étaient fort en retard sur Topinion des Sociétés populaires, 
où couvaient, contre l'ancien clergé, ou pour mieux dire 
contre le catholicisme lui-même, des haines et des fureurs 
qui imposeront aux administrations la longue série des 
mesures violentes qui vont se succéder. 

La Chronique delà Loire'Inférieure,orgQ,ne delà Société des 
amis dn la Constitution, séant aux Capucins, disait le Ôavril (n« 
31). « Les prêtres prêchent la désobéissance à la loi... déjà ils 
ont fait couler le sang, témoin les malheureuses affaires de 
Nlmes^ du Morbihan etc .... étonne les a pas ôtés du 
milieu de la patrie à laquelle ils font la guerre. Justice, 
justice.... la conservation de Tétat est incompatible avec 
la leur ; il faut qu'un des des deux périsse. » Dans ce môme 
numéro les patriotes étaient invités à surveiller la maison 
de M"* Pournier, la sœur du curé de Basse-Goulaine, où se 
réunissaient chaque jour plusieurs prêtres désignés par 
leurs noms ; et de môme que Marat donnait toujours l'a- 
dresse des gens qu'il dénonçait, afln, disait-il, qu'on pût aller 
les assommer, la Chronique indiquait, dans le numéro suivant 
du 9 avril, que M"* Pournier demeurait vis-à-vis de Saint- 
Saturnin. 

Plus inconvenanC, et non moins méchant, était YAvis 
suivant : « Nous croyons devoir prévenir, les petites bonnes 

* Duyerg. Collection de lois. II. 353. 



Digitized by 



Google 



404 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

vieilles et déterminées bigotes, que quarante à cinquante 
jeunes gens, bien forts et bien vigoureux doivent, munis 
de verges bénites ou non bénites, se disperser dans tous 
les quartiers de la ville, le jour de l'arrivée du nouvel évoque 
et de celui de son installation, pour administrer le fouet à 
celles qui auraient l'imprudence de faire des sorties, que 
pourrait leur suggérer leur imbécile hypocrisie. Si vous avez 
le malheur de mépriser notre avertissement et de vous laisser 
trousser le cotillon, vous pouvez être certaines de notre 
aptitude àrendrecomptedelajoupnéedestfw/5/bw^^^^5. » Etplus 
loin : « Quand le peuple voit que ceux qu'il a commis pour 
rendre justice en son nom, restent inactifs, il se fait, justice 
lui môme: gare les derrières (ici quelques lignes que je ne 
veux pas transcrire) — ils auront le fouet, et nous nous 
moquerons d'eux, et ça ira*! » Ces menaces, 'au moment où 
on les publiait, pouvaient n être qu'une vilaine plaisanterie, 
inais elles servaient à envenimer la querelle des partis. 

Un autre jour, c'était le récit d'une prétendue réunion de 
prêtres respectables dans laquelle on faisait jouer un rôle, à 
la fois lâche et ridicule, à M, Guenichon, vicaire de Saint- 
Nicolas et chapelain du Commerce, qui, après avoir prêté 
serment, avait écrit le 28 mars à la Municipalité, une lettre 
qu'il avait fait imprimer, et dans laquelle il se rétractait en 
termes qui montraient que l'humilité et le repentir pouvaient 
avoir leur dignité*. 

Toute licence était donc laissée à la presse patriote, mais il 
s'en fallait que la tolérance fut égale pour le parti opposé, et 
les tenants des anciennes institutions religieuses et politiques 

' Chronique de la Loire-Inférieure 13 avril 1791 n« 33 p. 329. 

s N* 34, 16 avril 1791. — L*aumônerie du Commerce avait son siège à la 
Chapelle Saint-Jalien, située sar la Fosse. Une assemblée, composée de 
«oixante-quinze négociants, prononça la déchéance de M. Guenichon de ses 
fonctions, à la suite de sa rétractation. Une autre assemblée générale du 
Commerce, tenue le 9 mai 1791^ sous la présidence de M. Paimparay^ et 
composée de cinquante-neuf personnes, élut, le 9 mai, pour le remplacer, un 
bénédictin dePirmil, nommé Bonnard. Département, 14 avril 1791.— Procès- 
verbal d'élection original. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 405 

n'avaient que le droit de se taire ; de leur part^ la discussion 
la plus modérée était un outrage, et la critique un acte sédi- 
tieux. C'est ainsi que les autorités menèrent du bruit autour 
d'une saisie de brochures dont ils firent à dessein une grosse 
affaire, afin, sans doute, de regagner les bonnes grâces de la 
Société populaire, en soulevant l'opinion contre Tancien élergé. 

Le 19 avril, la nouvelle se répand en ville qu'il y a au couvent 
des Saintes-Claires, une imprimerie clandestine, et que c'est 
de celte imprimerie que sortent les brochures hostiles' au 
clergé constitutionnel. Deux offlciers municipaux, le substitut 
du procureur de la commune, et un commissaire de police, 
font aussitôt une descente dans la partie extérieure du cou- 
vent réservée aux religieux directeurs. Ils trouvent à table 
quatre récollet-, les PP. Basile Lyonnet. Archange Dodet, 
Jean-Baptiste Menière, et Philippe Debrest, dit frère Nicolas, 
frère lai, et deman lent s'il n'y a point dans le couvent des 
brochures délictueuses. Les pères répondent qu'en effet, une 
dame bien mi.<e leur a apporté, dans lajournée, un paquet de 
brochures, et qu'elles sont dans la bibliothèque. Le nombre des 
brochures trouvées n'est point indiqué au procès-verbal ; 
voici leur titre : Lettre de MM, les recteurs des divers cantons 
du diocèse de Nantes y au sieur Julien Minée ; Les provinces au 
Roi, Le procès-verbal mentionne, en outre, la découverte, 
chez le frère Nicolas, d'une Ordonnance de M. de la Laurencie 
donnée à Gand, le 28 mars, et relative à l'élection de Mmée. 
L'abbesse, mandée, assure de manière à se faire croire, qu'il 
n'y a dans la maison aucune imprimerie, et signe : sœur 
Adélaïde de Saint-François. Rien de plus dans le procès- 
verbal* . 

Le bureau municipal délibère, et constate « combien il est 
douloureu.x que pareille découverte ait été faite dans un mo- 
nastère qui ne vit que des bienfaits de la piété, dont Jusqu'ici 



' Pièce originale. (Archives du greffe.) 



Digitized by 



Google 



406 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

il avait paru le plus grand elle plus pur modèle » et prononce 
l'expulsion de la ville dés quatre récollets*. 

Le lendemain, c'est le District qui s'occupe de Taffaire. On 
lit dans le registre de celte administration : <c Les brochures 
incendiaires trouvées chez les trois religieux, qui n'ont point 
craint de trahir la vérilé, en assurant n'en point avoir, sont 
la preuve la plus complète de leur incivisme et de leur désir 
de provoquer une contre-révolution, etc.,etc.» et il ordonne l'é- 
loi^nement des Récoliets de l'étendue du district de Nantes. 
Mais Téloignement ne doit pas ôlre leur seule peine : « On ne 
peut considérer l'assemblée, trouvée dans le logement des 
trois religieux, que comme une coalition formée pour s'op- 
poser à l'exécution des décrets... les différentes brochures 
saisies ne permettent pas de s'y méprendre et forcent de les 
qualifier de perturbateurs.... ils doivent, en conséquence, 
être assignés devant le tribunal du district.... quand M. Minée 
sera installé, il nommera un prôtre pour la desserte du 
couvent^ » 

Le Département enchérit sur le District : « à l'heure ou la 
Municipalité a envoyé ses deux commissaires visiter la 
demeure des quatre religieux desservant la communauté de 
filles de Saintes-Claires, la réunion de sept personnes, dont 
trois absolument étrangères à cette maison, était déjà fort 
suspecte ; leur embarras, à l'asl^ect des commissaires de la 
Municipalité, et, par dessus tout, la découverte d'un tas de 
libelles tous plus dangereux les uns que les autres, encore 
tout humides de la presse^, qui venait de les enfanter, ont 
manifesté que ce lieu ne révélaitqu'un foyer d'aristocratie, et 



' District de Nantes 21 avril 1791. 

a Bureau municipal de Nantes, 20 avril. {Archives municipales). 

^ Les trois personnes étrangères, et l'humidité des exemplaires sont de 
pures inventions du département ^ on prétendait aussi qu'il y avait une 
imprimerie chez les Carmélites des Goiiets ; le procès-verbal de l'inspection 
du couvent constate que les commissaires n*ont trouvé aucun ustensile qui 
put servir h imprimer. Dossier des Couets^ bibliothèque de Nantes, n« 
37, 970, 



Digitized by 



Google 



EN 1791 407 

peut-être la fabrique obscure d où émanent les écrits fana- 
tiques' ». Les écrits furent déclarés calomnieux par le tribunal 
qui autorisa en môme temps l'accusateur public à informer 
contre leurs auteurs, imprimeurs et distributeurs*, mais cette 
poursuite fut abandonnée. Quant aux récollets, ils étaient 
partis de Nantes le vendredi saint à quatre heures du matin, 
assez péniblement, car le père Basile avait la goutte ; à la 
Seilleraye ils avaient rencontré, M. Tabbé Rivière, qui les 
conduisit chez M*** de Bourmont, à une propriété qu'elle 
possédait au delà d'Ancenis'. Plus tard, le procureur syndic 
du District, Julien Lefebvre écrira : «.les diflférentes visites 
et descentes qui ont été faites chez les dames Saintes-Glaires 
ont déjà répandu sur cette affaire plus de bruit qu'elle n'en 
méritait*. » 

A en croire la Chronique de la Loire-Inférieure, sa corres- 
pondance^ à ce moment, ne contenait que des dénonciations. 
« Dans tous les coins du département, disait-elle, re;iragée 
bande des réfractaires s'agite en tous sens pour troubler la 
paix;... à Thouaré, ce sont les quatre coquins, qu'on a 
chassés des Saintes-Claires, qui colportent des libelles incen- 
diaires... citoyens, prenez garde à vous, au nom de la patrie 
au nom de la liberté, redoublez de courage et de zèle*, a 
C'est sous l'empire de cette surexcitation de l'opinion que 
l'on allait procéder à l'installation des nouveaux curés. 



» Dép. L. 22 ayrU 1791 f*. 85. 
s Jugement du b mai 1791 (Arch. du greffe). 

s InteTrogatoire subi par TabbéRiTière à la Municipal. 9 mai 1791 (Arch. 
municip.) 
4 Lettre origin. du 21 août 1791. Corresp. du Dict. de Nantes. 
*No 38, 30 avrU 179^1 . 



Digitized by 



Google 



408 LE CLERGÉ DU DIDCÈSE DE NANTES 



CHAPITRE IV 

Prise de possession du diocèse par Minée. — Répugnance des carés 
élus à se rendre dans leurs paroisses. — Le clijb des capucins de- 
mande qu'il soit interdit aux prôtres non assermentés de continuer 
de résider dans les paroisses qu'ils desservaient. — Installation du 
curé de Carquefou. — Résistance violente des habitants. — Lettre 
du Département au Ministre de la guerre pour lui demaoder des 
troupes devenues nécessaires pour Tinstallation des curés. — Saisie 
de pièces relatives à la prétondue conspiration des prêtres réfractaires. 
— Installation de <^uré8 dans diverses paroisses. — On continue de 
déplorer la rareté des assermentés. — Réunion des Sociétés popu-* 
laires^ dans Téglise Saint^Denis. — Elles demandent la fermeture 
des chapelles, l'obligation du serment pour tous les religieux qu 
enseignent, l'expulsion du département de tous les prêtres réfrac- 
taires. — Arrêtés ordonnant le remplacement des religieuses de 
Saint-Gharlts et l'évacuation du Séminaire de Saint-Clément. 

Minée avait été installé solennellement le premier mai, 
jour de la Quasimodo ; le moment qu'il avait indiqué, comme 
étant celui où il serait en mesure de transmettre des pouvoirs 
aux curés élus, était donc arrivé. Le personnel de son clergé 
n'avait point augmenté; le nombre des rétractations égalait, 
s'il ne dépassait, celui des nouveaux serments prêtés par des 
mQines désireux de devenir curés. Rien que pour le district 
de Guér^nde, une lettre, adressée le 18 avril 1791, à M. Mo- 
nier, prêtre de THôtel-Dieu, nous apprend que sept prêtres 
de la région, dont le curé de Guérande, ses deux vicaires, et 
le vicaire de Lavau, verraient de se rétracter. 

Les curés élus, commençant à comprendre combien leur 
situation serait fausse et gênée, dans des paroisses où les 



Digitized by 



Google 



EN 1791 409 

anciens prêtres pouvaient prétendre maintenir leur résidence, 
ne montraient aucun empressement à prendre possession 
de leurs fonctions. Les meneurs de la Société populaire des 
(Capucins, qui étaient c3rtainoment les dévots les plus zélés 
du troupeau constitutionnel, s'en émurent, et, soit, qu'ils 
eussent été instruits de celte répugnance par les curés eux- 
mômes, soit qu'ils l'eussent étë par Tintermédiaire de 
révoque, ils résolurent d'y apporter remède. 

Le 7 mai, cette société mettait en discussion les mesures à 
prendre pour faciliter l'exercice de la mission des nouveaux 
pasteurs, et, à la suite de cette discussion, une pétition qui 
la résumait était adressée au Département pour lui faire con- 
naître « que l'insurrection des campagnes voisines ajoute in- 
finiment à la douleur des prêtres nommés par le peuple^ et 
que la plupart d'entr eux, sans effroi, dans une si belle cause 
qui produit partout l'héroïsme, témoignent une répugnance 
insurmontable à parvenir à l'exercice de leurs fonctions 
curiales par l'appareil des forces publiques, toujours contras- 
trant avec l'esprit de bienfaisance qui les anime », et que le 
seul remède à cette situation est d'écarter de leurs paroisses 
les prêtres réfractaires. Il est vrai, pousuit la pétition, qu'un 
membre a prétendu que l'application de ce remède pouvait 
difficilement se concilier avec la loi ; mais, « la première de 
toutes les lois, le salut du peuple, et surtout d'un peuple 
fanatique, commande cet acte de prévoyance,» et le Dépar- 
tement sera invité ?i; rédiger une proclamation « pour obliger 
les prêtres réfractaires à se retirer dans les villes, ou au moins 
à cinq lieues de leurs résidences, afin de leur ôter l'ascendant 
qu'ils ont sur nos frères des campagnes*. » 

Aucune mesure ne pouvait, mieux que celle là servira 
démontrer l'impopularité générale du nouveau culte, et Tim- 
puissance où l'on était de l'imposer autrement que par la 
force. Aussi le Procureur-général-syndic, dans son réquisi- 

* Pièce originale. (Archives départementales). 



Digitized by 



Google 



410 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

toire sur cette pétition,. n'engagea point le Département à y 
adhérer, « nous ne pouvons dit-il, faire ce que le législateur 
n'a pas fait, » et l'on devrait selon lui se borner à exhorter 
les prôtres à s'éloigner. Constatons, pour une fois, car nous 
n 'aurons guère occasion d'en rencontrer de nouveaux exemples, 
ce scrupule de légalité, dont la portée fut atténuée par l'envoi 
delà pétition à l'Assemblée nationale. Cette assemblée était 
en môme temps, suppliée « de prendre en très grande consi- 
dération les motifs de sûreté et de tranquillité publiques, qui 
sollicitent une loi prompte et générale, pour l'éloignement 
des curés, et autres fonctionnairespublics, de tous les lieux 
où ils devront être remplacés, comme le seul moyen de 
prévenir l'effusion du sang, et, les horreurs d'une guerre 
civile et religieuse. » Il était dit, en outre, dans la délibération 
que « s'il y avait des troubles, le salut du peuple et Tintérôt 
commun, commanderaientde s'assurer de la personne, des 
prôtres, pour otages de la tranquillité publique et du rétablis- 
sement de Tordre*. » 

Il y avait du reste une autre raison pour que l'Administra- 
tion départementale hésitât à s'engager dans la voie où 
prétendait la pousser la Société populaire, c'est qu'elle 
n'avait pas, sur le fait allégué de la répugnance des curés 
à se faire installer, d'autres renseignements que ceux donnés 
par la pétition. Voici en effet ce qu'elle écrivait à l'évoque 
le lendemain de sa délibération, et ce qu'elle aurait, ce 
semble mieux fait de lui écrire la veille : « Messieurs de la 
Société populaire nous annoncent que MM. les curés nouvel- 
lement élus refusent de se rendre dans leurs paroisses, pen- 
dant que les curés qu'ils remplacent y resteront, et que ce 
refus est Tun des obstacles à l'installation des nouveaux 
fonctionnaires dont plusieurs s'en sont ouverts à vous. Nous 
vous prions de vouloir bien vous assurer par vous-môme de 
la façon dont ils se sont expliqués*. » 

* Rag. du Direct, de Dép. 9 mai f791. Cette délibération est reproduite 
dans le Jownal de la Correspondance de Paris à Nantes^ t. xx pp. 175 et 190. 
» Correspond. Dép. Secrétariat, 10 mai 1791, f© 03. 



Digitized by 



Google 



KN 1791 411 

Le premier curé installé dans le dislriôt de Nantes fut tin 
ancien prêtre de chœur de Sainte-Croix, nommé Julien 
Nicolas, qui avait été*élu curé de Carquefou le 20 février, et qui 
avait, dès le lendemain, fait connaître son acceptation. L'ins- 
tallation eut lieu le 8 mai, et fut accompagnée de violences 
qui fournirent un ample sujet aux déclamations des patriotes. 
Dès le 6 mai, le Département avait ordonné renvoi d'un déta- 
chement à Carquefou, et les gardes nationales avaient été 
reçues à coup de pierres lancées par les hommes et surtout par 
les femmes. Les troupes avaient riposté par des coups de 
fusil, et une fille avait été blessée*. Quoique rien n'eut semblé 
de nature à établir la complicité du curé et du vicaire, MM.Héry 
et Bonnet qui furent poursuivis seulement un mois après 
pour propos séditieux', le rédacteur de la Chronique jeta feu 
et flamme contre eux et leurs pareils : « Vous seuls, prêtres 
réfractaires, êtes des scélérats, le sang des malheureux que 
vous avez séduits et trompés, que vous ave^z sacrifiés à la 
rage du fanatisme le plus abominable, demande vengeance 
à TEtre suprême'. 

On n'étaitqu*au début, etlesadministrations reconnaissaient 
que l'intervention des troupes serait indispensable pour les 
installations Le District de Nantes prenait l'arrêté, suivant 
pour fixer la solde qui leur serait allouée : « considérant que 
le placement des nouveaux curés ne peut s'effectuer qu'avec 
la force armée ; que cette sage précaution est nécessaire... 
Qu'il est d'ailleurs de la véritable justice de pourvoir à la 
nourriture des gardes nationaux qui se déplacent.: etc*. » 

Le Département écrivait au Ministre de la guerre Dupor- 
tail :« Nous avons eu, dimanche, une insurrection dans la pa- 
roisse de Carquefou^à l'occasion de Tinslallation du curé cons- 



' Dép. ô mai, 8 août 1791. — Chronique de la Loire^Inf. du 11 mai n« 41. 
3 Assignation du 9 juin 1791, à comparaître devant le tribunal de District» 
à la requête de Oorvo. 
» N<»41, p. 390. 
♦District de Nantes, 9 mai 1891. 



Digitized by 



Google 



412 LE CLERGÉ DU DIOGÈSB DE NANTES 

titulionnel. Les autres curés craignent le moment de leur 
installation et ne s'y prêtent qu'à la condition d'être soutenus 
d'une force respectable. Ceux mômes qui ont été installés, 
s'apercevant de la fermentation de leurs paroisses demandent 
à y être soutenus* » Les administrations des autres districts 
ne trouvaient pas que la situation fut meilleure dans leurs 
régions. Celle du District d'Ancenis, exprimait la- crainte 
que les municipalités ne donnassent leur démission plutôt 
que de prêter leur concours aux installations. Le nombre 
considérable de pétitions, adressées aux administrations par 
les municipalités, pour demander le maintien des anciens 
prêtres, rendait cette crainte assez vraisemblable. 

Le bruit courut alors à Nantes, que les pièces de conviction 
de la conspiration des prêtres réfraclaires étaient enfin 
trouvées. Le club des Amis de la Constitution des Cordeliers 
avait été avisé de l'arrivé d'un ballot pesant vingt-deux 
livres, à l'adresse d'un imprimeur nommé Louis, demeurant 
à l'entrée de la rue de la Fosse et très suspect d'aristocratie. 
Un commissaire de la Municipalité, averti par des membres 
du club se transporta au bureau de la messagerie, y trouva 
le paquet qui fut décrit et scellé, et qu'on ouvrit le lendemain 
après avoir donné défaut contre Louis, appelé. Ce paquet 
contenait plusieurs exemplaires des Actes des apôtres^ jour- 
nal fort ardent dans ses attaques contre la Révolution^ ainsi 
que plusieurs exemplaires du bref du pape du 13 avril 1791 : 
Charitas quœ, docente Paulo Apostolo,patiens et benigna et 
quelques autres brochures, parmi lesquelles une lettre de 
Burke. Delà, le commissaire se rendit à l'imprimerie de Louis 
qui était située rue de Gorges ; on posa des sentinelles à la 
porte, et, comme la porte était fermée, on pénétra au moyen 
d'une clef que procura un employé des Devoirs. On trouva 
une demi feuille d'épreuve de Y Instruction donnée par Mon- 
seigneur Vévêque de Langres aux curés et vicaires, imprimée 

* Correspondance : Comptabilité et Guerre f* ôO. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 413 

à Paris chez Guerbart, et lo bref da Pape du 10 mars 1791'. 
Ce bref du 10 mars, comme celui du 13 avril, portait con- 
damnation de la Constitution civile du clergé, mais il était 
plus spécialement destiné aux évoques et prêtres, membres 
de l'Assemblée nationale, tandis que Tautre élait adressé 
« aux cardinaux, archevêques, évoques, au clergé. et au 
peuple de France". » La saisie de ces pièces ne pouvait servir 
à démontrer l'existence d'une conspiration. 

II serait à peu près impossible de déterminer le nombre des 
curés qui, à la fln du mois de mai, avaient pris possession de 
leurs paroisses, mais on peut affirmer que ce nombre était 
encore très petit. Dans le district de Nantes, on avait pourvu 
Carquefou et Saint-Aignan, (8 mai), Basse-Indre et Héric (15 
mai), Saint-Herblain, (22 mai) Clisson, la Chapelle-sur-Erdre, 
Pont-Saint-Martin (29 mai). La paroisse de Saint-Clément de 
Nantes conservait encore M. Fontréaux, faute d'un rempla- 
çant. L*oratorien Latyl, élu le 28 février, avait refusé cette cure 
de môme que le bénédictin Soulastre, élu le 15 mai. Minée 
pressé par une pétition, en date du 30 mai, du Général de la 
paroisse,dans laquelleles marguilliers reprochaient à M. Font- 
réaux de n'avoir pas fait la procession des Rogations, ni 
donné lecture de son mandement', se décida, le 1" juin, à 
nommer deux prêtres constitutionnels pour desservir cette 
cette église, en attendant qu'on trouvât un curé*. Dans les 
autres districts on n'était pas plus avancé ; d'Ancenis, on 
écrivait à Minée : « Nous sommes cruellement tourmentés de 
l'impossibilité de remplacer les curés réfractaires faute de 



' Procès-verbaux origin, 9, 10 et 11 mai 1791. (Arch. du greffe.) La dénon- 
ciation du club des Corieliers est signée : Perochaud^ Bureau, Pérou ty et 
Pompon. 

^ Voir Histoire de V église de France pendant la Révolution par Jager, t. 
Il, p. 200 — J'ai eu entre les mains un exemplaire du second bref, annoté 
par Bercegea^:, curé constitutionnel de la Chapelle-Launay ; il était in-8« de 
28 p. et sortait de Vimprimerie de VAmi du Roij rue Saint-André-des-Àrts. 

' Pièce originale. 
Département Q. 91 mai et 2 juin 1791. 



Digitized by 



GoQgle 



1 



414 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

sujets.... VOUS voudrez bien nous indiquer incessamment 
ceux des prôtres de votre diocèse qui ont fait le serment, et 
dont on puisse faire, en sûreté de conscience, le choix pour 
les remplacements. Nous attendons vçtre réponse avec im- 
patience pour convoquer les électeurs.» La môme adminis- 
tration, se tournant vers révoque de Maine-et-Loire, lui 
écrivait peu après : « Sur vingt-quatre recteurs, et autant de 
vicaires que nous avons sur retendue de notre district, trois 
seulement ont accepté* »>. Le curé de Chauve, district de Paim- 
bœuf, M. Barbier, écrivait le 26 mai qu'il n'y avait pas encore 
eu de remplacement dans son district^. Il se trompait, car 
le 22 on avait installé le vicaire du Pellerin Valton, dans les 
fonctions de curé de cette paroisse. 

Près de trois semaines s'étaient écoulées depuis que le Dé- 
partement avait demandé à l'Assemblée nationale de voter 
une loi autorisant les administrations à éloigner de leurs pa- 
roisses les prôtres réfractaires et l'Assemblée nationale 
n'avait eu aucun égard à cette demande. Nullement décou- 
ragé par cet insuccès, le club des Capucins députa, le 24 
mai, plusieurs de ses membres pour obtenir du Département 
un arrôté ordonnant définitivement la fermeture des cha- 
pelles; et, n'ayant pas été exaucé, il organisa une manifesta- 
tion, qu'on s'efforçade rendre assez imposante pour que, cette 
fois, le département ne put se soustraire à la pression exercée. 

Le 27 mai, une réunion importante de patriotes, compre- 
nant des membres des autres sociétés populaires probable- 
ment, avait lieu, avec l'agrément de la Municipalité, dans l'é- 
glise Saint-Denis, et trois cent vingt citoyens y signaient une 
pétition adressée au Département et k Tinvitant à arrôter les 
progrès du fanatisme. » 

Cette pétition constate Téloignement général des habitants 
de la campagne, et des femmes de la ville « des lieux saints 
entretenus par la nation » ; on y déplore que, seules les 

' District d'Ancenis, Correspondance *27 mai et 4 juin 1791 f** 25 et 29. 
* Lettre originale saisie. 



Digitized by 



Google 



EN 1791 415 

chapelles particulières et les maisons religieuses attirent 
la foule. « C'est de ces antres terribles que partent les 
libelles, les brefs du Pape, les mandements du ci-devant 
évêque... Les curés constitutionnels se dégoûtent de leurs 
positions, et les ecclésiastiques, que le civisme appellerait 
à les seconder, découragés par l'appareil menaçant des ré- 
voltes impunies, refusent d'accepter, et laissent encore aux 
rebelles Texercice de leurs fonctions, auxquelles ils se- se- 
raient livrés, s'ils eussent été appuyés par des moyens fermes 

et sévères Toutes les sectes connues jouiront, et doivent 

jouir parmi nous, de toute liberté d'exercice ; mais souffrir 
que, dans notre sein, une poignée d'insolents et de conspira- 
teurs déchirent, par un abus condamnable de la liberté, Tunité 
de notre sainte religion et méditent, sans relâche, sous le 
mônne prétexte, les projets de ruiner notre constitution, c*est 
manquer au serment de fidélité que nous avons fait à Tune et 
à l'autre*. » 

Dans une chanson du temps» intitulée La Constitution en 
vers, il y avait un couplet, qui traduisait si bien ce dernier 
passage de la pétition, qu'on me pardonnera de le citer : 

Tous les cultes seront permis. 
Et même celui de Moïse ; 
De Mahomet le paradis 
Sera vanté dans mainte église. 

Gomme à présent dans nos cantons, 
D'ôtre conséquent on" se pique. 
De toutes les religions 
Nous exceptons la catholique. 

Les pétionnaires concluaient en demandant : 
1« Que le serment fût exigé de toutes les personnes vouées à 
renseignement,et, qu'à défaut de le prôter,elles fussent obligées 
de renoncer à l'enseignement de la jeunesse et leurs établisse- 

* Pièce originale. 



Digitized by 



Google 



416 LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE NANTES 

menls fermés, parce que « toute congrégation, qui nese soumet 
pas aux supérieurs reconnus par la loi, c'est-à-dire au clergé 
des paroisses, est une coalition dedissidentsauxquels la nation 
doit refuser tout établissement. » 

2* La fermeture de toutes les chapelles particulières et de 
celles des maisons religieuses. 

3* Le retrait, par Tévéque, de tous les pouvoirs aux ecclé- 
siastiques non assermentés. 

4** L'expulsion du département de tous les prêtres 
réfrac taires. 

Il y eut sans doute plusieurs rédactions, de cette pétition, car 
le texte de la Chronique est un peu différent de celui-ci, et 
ce journal mentionne que, dans la rédaction primitive, on 
avait ajouté au paragraphe relatif à l'expulsion des . prêtres 
« qu'il soit permis de courrir dessus comme sur Tennemi*. » 

Le Département, loin de blâmer Tillégalité de ces vœux, et, 
avant même d'avoir délibéré sur la pétition, y adhéra deux fois 
en ordonnant que les dames de Saint-Charles qui, depuis 
deux cents ans, donnaient Tinstruction gratuite à deux cents 
jeunes filles pauvres seraient remplacées, à cause de leur 
refus de serment, par des dames que M. Minée nommerait 
pour le service des écoles', et en transformant en caserne le 
séminaire de Saint-Clément. 

Les dames de Saint-Charles avaient, la veille, refusé de 
sonner leur cloche au passage de la procession des Rogations 
présidée par Tévôque' constitutionnel, mais on ne pouvait 
même pas relever un grief semblable contre les membres de 



• Chronique de la Loire-Inférieure, l»' juin 1791, p. 436 et 44u. 

s Département ^ 31 mai 1791. ^ Les dames deSt'iint-Charles formaient une 
congrégation dont les membres ne faisaient pas de vœux, et dont rétablisse- 
ment était situé en face des croix des saints Donatien et Kogatien. Abbé 
Grégoire, État du diocèse de Nantes en i 790, p. 69. 

' I^ettre de M. Bûché, curé de Juigné, à une religieuse de Pouancé, cette 
lettre ayant été saisie, Tauteur fut poursuivi devant le tribunal de Château- 
briant et acquitté le 7 juillet 1791. (Ârch. du greffe). Il avait même été em- 
prisonné. (Goudé, Hist. de Chàteaubriant, p. 253). 



Digitized by 



Google 



EN 1791 417 

la communauté de Saiat-Clément. Leur maison spécialement 
affectée aux retraites ecclésiastiques, était, depuis plus d'un 
siècle, dirigée par des prêtres de Saint-Sulpice, qui ne pou- 
vaient ainsi être considérés comme chargés d'une fonction 
publique. En informant le Ministre de Tenvoi de militaires 
dans cette maison^ le Département reconnaissait qu'il avait 
hésité, avant de prononcer, pour refus de serment, la dé- 
chéance des prêtres qui l'habitaient, mais* que « le cri public 
de la ville lui faisait un devoir de les écarter, parce qu'ils 
étaient attachés à des maximes très opposées à la Constitu- 
tion, et qu'ils étaient fortement suspectés de les propager*. » 
Ce que le département appelait le « cri public de la ville » 
et regardait comme une force avec laquelle il croyait devoir 
compter^ n'était pourtant encore que l'opinion de quelques 
meneurs de clubs ; à plus forte raison sera-t-il intimidé,quand 
il entendra une poignée de misérables, excitéscontre des reli- 
gieuses, pousser contre elles de véritables cris. 

Alfred Lalué. 



• Corresp. du Dép. Comptabilité et Querref i^'juin 1791, fbB, 



T. VI. — NOTICas. — VI* ÀNNÉK, A* UV. 2» 



Digitized by 



Google 




RECHERCHES 

SURLES ORIGINES LITTÉRAIRES 
DE L'ANCIENNE PROVINCE DE BRETAGNE 



/e _ xh Siècle 



§ 5. — Neuvième siècle. 

LE siècle de 'Gharlemagne fut, on le sait, une époque 
glorieuse à tous égards et en particulier, une époque de 
grande efflorescence littéraire et artistique. La Bre- 
tagne môme bretonnante ne resta point en dehors du mou- 
vement général, bien au contraire, elle paraît y avoir participé 
dans une large mesure. 

Et d'abord les écoles publiques, môme primaires, y devaient 
être répandues ; témoin ce passage où Wrdisten affirme que 
les enfants y étaient envoyés dès le plus bas âge' . 

En second lieu, la magnifique bible, dite A'Anau-Warethy 
qui fait aujourd'hui l'un des joyaux archéologiques de notre 
Bibliothèque nationale de Paris, (sous le numéro Latini 82), 
et passe pour un merveilleux spécimen de calligraphie, nous 
prouve aussi que la culture artistique portait alors des fruits 

* Quidam parrulorum soient tœdere... Cum in scholamix parentibuscongre- 
gati mittuntur, etc. Vie de saint Ouénolé, liv. 1, oh. 5. 



Digitized by 



Google 



RECHERCHES SUll LES ORIGINES LITTÉRAIRES 419 

en Bretagne, car elle fut entreprise (vers 840) aux frais et sous 
ladirection dudit Anau-Waretli (nom assurément breton), sei- 
gneur d'Anast (Maure), qui voulait en faire don à l'abbaye 
de Glanfeuil. 

J'en appellerai en troisième lieu au témoignage de Bili, le 
biographe de saint Malo. Cet auteur nous assure, en effet, 
que de son temps Técole épiscopale d'Alet avait à sa tête le 
vénérable Grégoire, littérateur du plus rare mérite et peintre 
dun talent sans égal\ 

Bili lui-môme, sorti de cette école, nous a laissé une 
œuvre qui lui assigne un certain rang d'honneur parmi les 
hagiographes du neuvième siècle. Enumérer maintenant les 
autres hagiographes bretons de l'époque, ce sera montrer par 
des faits que sur toute l'étendue de la presqu'île armoricaine 
il devait y avoir des écoles fréquentées et de puissants foyers 
d'instruction. Ces écrivains, en effet, se cetrouvent aussi nom- 
breux ou plutôt plus nombreux au fond de la Bretagne, dans 
le Léon et la Cornouaille, qu'à Nantes, à Vannes, ou dans 
toute autre partie du pays. De là, l'idée d'adopter un certain 
ordre local dans cette énumération, en prenant pour point 
de départ Dol et les bords de la Rance. 

§ 1", — Vie DE SAINT Magloire (24 octobre 590) et trans- 
lation DE SON corps a Léhon (v. 840). 

Je regarde comme Dolois d'origine l'anonyme auquel 
nous devons la seule vie étendue de saint Magloire qui aitvu le 
jour jusqu'à présent'. On conjecture que cet écrivain appar- 
tient aux premières années de ce siècle par ce qu'il ne fait au- 
cune allusion à la translation du corps du saint (830-850) de 
Sœrk à Léhon. Mais on ne saurait non plus la placer plus 
haut, puisqu'il fait un emprunt textuel à l'hymne de Paul 
diacre (780-820) en l'honneur de saint Jean-Baptiste'. 

* Vie de saint Malo par Bili, déjà citée, dédicace 'i 

* Mabillon : Acia S. S. S.13. t. i; — Acta SiS. Bollandiana, t, x. (octobre. 

* Vie de saint Magloire n» 32. 



Digitized by 



Google 



420 RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 

Cet anonyme avait de l'érudition et il n'ignorait môme 
pas la langue grecque. Les anciens poètes lui étaient égale- 
ment familiers (n** 13, 26, etc). Cependant il a commis une 
bévue assez peujustiflable, lorsqu'il a supposé que saint Sam- 
son jouissait du titre de métropolitain dans Tîle de Bretagne, 
avant de traverser l'Océan (n. 1). Cet écrit est d'ailleurs 
très incomplet comme biographie. Deux ou trois miracles 
de saint Magloire, devenu abbé après avoir abdiqué la dignité 
épiscopale, en font presque tous les frais. Cela tient sans 
doute à ce que les documents originaux lui faisaient défaut. 
Il avoue lui-môme qu'il raconte ex relatu religiosorum homi- 
num, ce qui indique une simple tradition orale*. Je ne puis 
séparer du biographe de saint Magloire, l'anonyme, moine 
de Léhon selon toute apparence, qui a raconté la trans- 
lation du corps du môme saint de l'île de Sœrck au monastère 
de Léhon, récemment fondé par Nominoé. Ce récit, publié ré- ■ 
cemment offre un grand intérêt comiLc» peinture de mœurs et 
ne peut appartenir qu'à un contemporain et à un témoin 
oculaire. Il ne nous était parvenu que mutilé dans la Chronicon 
Briocense, heureusement on a pu le reconstituer à peu près 
dans son intégrité, et tel quel, il a reçu les honneurs de l'im- 
pression'. De Dol à Alet la distance n'est pas grande, je puis 
donc la franchir sans difficulté et y retrouver l'hagiographe 
Bili, que le lecteur connaît déjà à moitié, mais le moment est 
venu de le mettre encore mieux en lumière. 

§ 2. — Bili : Vie de saint Malo. 

Bili, auquel appartient la meilleure vie de saint Malo que 
Ton connaisse, était diacre de /'-Bj^/wed'/l/e/' lorsqu'il entreprit 
cet ouvrage. Ces fonctions le tenaient attaché de très près à 
la personne des évoques de cette ville* et l'avaient mis à 

« Vie de saint Magloire, n* 2. 

> Analecu Bolland, t. tiu, p. 370-381. 

s Vie de saint Malo, dédicace. 

4 Ibid. Lib. 2. c. 18. 



Digitized by 



Google 



DE L'ANCIENNE PROVINCE DE BRETAGNE 421 

môme non-seulement de compulser à loisir tous les docu- 
ments relatifs à la vie et aux miracles du saint, mais encore 
de se transporter sur divers points du pays, et de recueillir 
un nombre plus ou moins grand de renseignements vrais 
et traditionnels. Or, s'il fut heureux de rencontrer sur sa 
route une vie étendae du thaumaturge relatant en détail 
toutes les pérégrinations du saint Evoque et écrite par un 
homme d'un sens profond*, il constata aussi avec douleur 
que plusieurs biographes postérieurs l'avaient ensuite altérée 
et corrompue'. Ce fut précisément pour réparer les dom- 
mages qu'avaient dû faire de telles interpolations à la 
mémoire du saint Confesseur, que Bili résolut de prendre la 
plume et de rédiger un abrégé fidèle et suffisamment com- 
plet de la Vie modèle qu'il avait sous les yeux*. De là les 
deux livres sur la vie et les miracles de saint Malo, où l'au- 
teur embrasse à la fois et retrace assez au long la nais- 
sance du saint (vers 510), Téducation religieuse (520-535), les 
pérégrinations en compagnie de saint Brandan, le passage 
en Armorique (vers 550) et les fondations monastiques autour 
d'Alet, avec Tépiscopal de quarante années (570-610), le séjour 
à Saintes, la mort et la sépulture, enfin les miracles posthumes 
tant à Saintes qu'à Alet, y compris ceux dont Bili a été 
témoin oculaire. 

Ce simple aperçu dit assez quel intérôt hors ligne doit 
offrir un document hagiographique de cette nature. Le 
côté littéraire, sans être la partie brillante de l'hagio- 
graphe, n'a point cependant non plus été négligé par lui. 
A part, en effet, quelques passages obscurs , certaines 
fautes de grammaire, peut-être deux ou trois répétitions 

* Longo tempore, antequam orti faissemus, alius sapiens yitam pere- 
grinationum, in multis locis habitationum sancti Machutis scribere caravit 
(Prol. de la vie de saint Malo). 

> Postea multis hano Titam scribere conantibus, in multis vitiatam^esse 
Tidemus. 

* Nos seeundum exemplar illius prioris scribentes. .. emendare cnpientes 
...ibid. 



Digitized by 



Google 



422 RKCHERCnKP RL'R LES ORîr.ïNES LITTÉRAIRES 

fastidieuses, cette vie se lit avec autant dHntérôt que de 
profit et le style de Bili est ordinairement clair et concis, 
correct et élégant. 

Sans sortir du diocèse d'Alet, nous allons nous diriger vers 
l'abbaye deSaint-Méen, pour y chercher Tauleur (probable) 
d'une pelile vie de saint Léry. 

§ 3. — Vie de saint Léry (30 septembre 700). 

Saint Léry (Laurus), qu'on croit être le prêtre Laumorinus 
qui administra les derniers sacrements à saint Judicaël, son 
protecteur ef son ami*, avait fondé, sous la dépendance de 
Tabbaye de Sainl-Méen et à une petite distance, un prieuré 
auquel il annexa une école, selon l'usage des disciples de 
saint Méen. Cet homme de Dieu mourut, selon toute appa- 
rence, dans les premières années du huitième siècle et laissa 
une mémoire entourée d'une telle vénération que son tom- 
beau devint l'objet d'un pèlerinage fréquenté et le saint 
l'objet d'une fête annuelle ; rest à l'occasion de cette fête que 
fut prononcé le sermon panégyrique qui me fournit l'occasion 
de cette notice, car c'est grâce à lui que nous avons sur ce 
saint quelques renseignements authentiques, malheureuse- 
ment bien peu circonst'inciés. L'auteur de ce panégyrique se 
contente en effet de résumer en quelques lignes la vie et la 
mort de Léry, sans doute parce qu'il parlait à des auditeurs 
pour qui tout cela était connu. Il ne s'applique qu'à mettre en 
relief un miracle qui, arrivé tout récemment, offrait alors le 
plus haut intérêt. Aujourd'hui les choses ont changé ; ce 
prodige nous laisse froids, tandis que nos vœux seraient 
comblés, si nous avions une biographie un peu étendue de 
saint Léry. Une conclusion assez importante ressort néan- 
moins de cet écrit. On y voit, en effet, que l'école fondée par 
le saint dans une infime localité continuait alors à subsister et 
comptait même de 30 à 40 élèves, chiffre considérable pour la 

• Vie inédite de saint Judicftël, vers la fin. 



Digitized by 



Google 



DE l'ancienne province DE BRETAGNE 423 

population. On en conclura sans peine que Tinstruction était 
alors beaucoup plus répandue dans nos campagnes que ne 
se le figurent ceux qui s'imaginent qu'elle est un bienfait de 
1789. 

Quant à la date du sermon panégyrique en l'honneur de 
saint Léry, elle ne saurait être reportée au delà de Tannée 
878 et des invasions normandes, qui amenèrent la translation 
à Tours du corps du saint : mais, d'autre part, cet écrit ne 
peut ôtre non plus antérieur aux (Iremières années du neu- 
vième siècle, l'auteur y faisant allusion à l'introduction de la 
liturgie romaine en Bretagne. Le style de ce panégyrique ne 
manque pas d'élégance, mais cette qualité n'exclut non plus 
ni Tenflure, ni la redondance des épithètes, ni une recherche 
trop sensible de l'effet. La vie de saint Léry n'a été éditée que 
partiellement par les Bollandistes. Heureusement on en re- 
trouve un texte meilleur et plus complet dans les CoUectanea 
de dora Lobineau et de ses confrères*. 



{4. — Martyre de saint Gohard (24 juin 843). 

De l'abbaye de Saint-Méen, je traverse Rennes sans arrêt 
pour arriver d'un seul trait à Nantes, et encore ici la moisson 
est bien maigre. Elle se borne en effet à la relation du mar- 
tyre de saint Gohard. Ce document n'est qu'une sorte de 
procès-verbal, il est sec et laconique comme tous les docu- 
ments de ce genre, mais aussi, comme eux, il inspire pleine 
confiance et mérite de faire autorité. Il a été publié récemment 
dans les mémoires de l'Association bretonne*, et la Chronique 
de Nantes, dont il sera question bientôt, en a fait usage con- 
jointement avec les vies de saint Philibert et de saint Martin 
de Vertou pour raconter le môme martyre. 

• Biblioihèque ncUionale, Blss. franc, n- 22, 321. Selon Du Gange (V« OerUes 
cet anonyme serait le premier à avoir donné au mot gantes le sens actuel de 
réunion d'hommes ou de gens. 

* Année 1881, session de Ch&teaubriant. 



Digitized by 



Google 



424 RECHERCHES SUR LES ORTGINES LITTÉRAIRES 



§ 5. — Ecole de Redon. 

De Nantes, poursuivant notre course à travers la Bretagne 
à la recherche des hagiographes bretons du neuvième siècle, 
je n*ai plus guère désormais qu'à longer le littoral jusqu'à 
Tréguier. Notre première station sera Tabbaye de Redon. 

Elle paraît avoir été à cette date l'école la plus florissante 
de toute la péninsule» celle qui compta le plus grand nombre 
d'hommes versés dans les lettres, bien qu'un seul fruit de 
cette culture littéraire soit arrivé jusqu'à nous, à savoir les 
Gesta SS. Rotonensiuniy déik mentionnés en passant, mais 
sur lesquels il nous faut maintenant entrer dans plus de 
détails. Ce document est dû à un anonyme dont la contem- 
poranéité est indiscutable, car on le voit à diverses reprises 
acteur et témoin occulaire dans les faits qu'il raconte*. 

Cet anonyme écrit avec jutant de simplicité que d'élégance. 
Bien que profondément nourri de la lecture des anciens 
poètes et des orateurs romains, il ne cite guère que l'Ecriture 
Sainte, mais pour celle-ci, il se plaît à en enchâsser de très 
nombreux passages dans son récit. 

Les Gesta SS. Rotonensium sont divisés en trois livre s 
nettement distincts. Le premier contenant d*abord une des- 
cription des lieux, offre ensuite un résumé assez étendu des 
faits qui ont accompagné la fondation de Saint-Sauveur de 
Redon (823), des persécutions que le B. Convoïon et ses dis- 
ciples eurent à subir, des démarches auxquelles ils durent se 
livrer pour obtenir protection contre l'injustice. Ce livre ne 
nous est parvenu que mutilé, le début et Içs premiers cha- 
pitres nous font défaut. 

Le second livre nous offre une suite de notices détachées, 
consacrées chacune à retracer à grands traits les vertus et 

• Ho8 lanctos Yiros bene novi, qui me a pueritia nutrierant et in scientia 
Dei edacaverunt (Prologue du lirre second) ! Qure vidi et audivi non debeo 
reticere, ibid. 



Digitized by 



Google 



DK l'ancienne province DR BRETAGNE 425 

les miracles des premiers moines de Redon. Rien de pieux 
et de touchant comme ces relations courtes et concises, mais 
pleines de moîHIe et de substance. Le livre se termine parle 
récit de là translation à Redon des corps des saints Marcellin 
et Hypothême, et de la déposition assez pou légitima par 
Nominoô des évêques bretons accusés de simonie. 

Le troisième a trait aux miracles qu'opéraient, au neuvième 
siëole^ àRedon, les reliques des saints Marcellin, pape et 
martyr, et Hypotliôme, évoque d'Angers, dont la translaticm 
avait été racontée dans le livre précédent. On y rencontre 
plus d'un détail qui touche à Thistoire générale de l'époque. 
En outre, ce qu'il importe de remarquer, c'est que la biogra- 
phie du saint pape Marcellin y est mieux esquissée qu'elle ne 
l'est nulle part ailleurs, sans excepter les Acta Sunctorum, 
les Bollandistes n'ayant pas eu connaissance de l'écrit dont 
nous nous occupons ici. 

Ce troisième livre ne devait pas se terminer sans nous offrir 
le récit des derniers moments et de la mort de saint Gonvoîon 
(28 décembre 868*). Malheureusement cette partie n'est point 
arrivée jusqu'à nous, mais on peut y suppléer sans trop d'in- 
convénients, grâce à la relation postérieure du même évé- 
nement que nous en a laissée un autre anonyme, qui vivait, 
croit-on, ^u onzième siècle' et dont je dirai quelques mots en 
son temps. 

Après ces détails sur le premier anonyme de Redon, il est 
tempsde reprendre ma course pour me transporter à Vannes 
où s'offre à moi le biographe de saint Guenaël, qui devait 
appartenir, selon toute probabilité, au clergé vannetais du 
neuvième siècle. 

§ 5. — Vie de saint Guenael (3 novembre 600). 

La vie et les miracles de saint Guenaël, disciple et succes- 
seur immédiat du premier abbé de Landévennec, puis fon- 

* Préface du IWre 9. 

> Preuves de Bretagne t. I, c. 23*2 et 233. 



Digitized by 



Google 



426 RECHERCHES SUR LES ORIGINES LITTÉRAIRES 

dateur de plusieurs monastères tant dans la grande que dans 
la Petite Bretagne, n'ont pas du être recueillis avant le 
neuvième siècle, puisque l'auteur termine sa relation en 
mentionnant ce que fit Nominoé pour relever le culte de ce 
grand saint. Maison ne saurait non plus reculer au-delà des 
années 850-870 la date de rédaction de cet écrit, car l'auteur 
n'y fait pas la moindre allusion aux ravages des Normands 
et à la double translation à Lehon (vers 880) et à Corbeil (vers 
Ô30) des reliques du saint abbé. Quant à l'auteur, il est resté 
anonyme, mais il y a lieu de croire qu'il était vannetais 
d'origine, car c'est dans ce pays que saint Guenaôl passa ses 
dernières années et reçut une honorable sépulture, c'est là 
aussi que Nominoé se plut à l'entourer des marques de véné- 
ration dont je viens de dire un mot. Cet auteur écrit le latin 
avec une simplicité et une clarté qui n'excluent nullement 
l'élégance de la diction. Son air de candeur et do bonne foi 
nous est en outre un sûr garant qu'il n'avance rien sans bonne 
preuve, mais comme son écrit manque de prologue nous 
ignorons cependant à quelles sources il a puisé ses rensei- 
gnements. Cette vie était connue depuis longtemps des hagio- 
graphes, témoin la mention qui en est faite au 3 novembre 
dans Muneratus et les autres compilateurs d'Usuard, mais 
elle n'avait jusqu'à présent été livrée à l'impression que 
par D. Hugues Ménard*. 

Les Bollandistes viennent tout réceniment de lui 
donner place dans leur tome I de novembre, avec des addi- 
tions et des compléments qui ne seront pas inutiles, car ce 
document laissait à désirer sous le rapport de l'étendue, il 
était trop incomplet. 

De Vannes et de saint Guenaôl, j'arrive à Quimper et à 
saint Corentin. 

(A suivre), Dom Fr. Plaine. 



* Martyrol. Benedictinum addit. ad. 9 novembre. 



Digitized by 



Google 



ÉTUDES SUR UNE PAROISSE BRETONNE 



BRANDIVY 



INTRODUCTION 

EN publiant ce travail sur Brandivy, je le propose sans vanité à 
l'imitation de mes confrères. 
Que le prêtre fasse de l'exercice du saint ministère et de 
rétude des matières ecclésiastiques sa principale occupation, on le 
conçoit ; arracher les ftmes au démon pour les conduire à Dieu, 
c'est son devoir et son unique raison d'être. 

Mais si, en vue de donner à son esprit une détente, il met à profit 
quelques loisirs pour s'appliquer, dans la mesure de ses moyens, à 
la recherche des antiquités de sa paroisse et du voisinage.qui songera 
à l'en bl&mer ? On est curieux de savoir ce qui s'est passé à l'étranger, 
serait-il criminel ou malséant de savoir ce qui s'est passé chez soi ? 
Notez qu'en se livrant à ces investigations locales, le prêtre ne court 
guère le risque de déserter le domaine qui lui est propre. Les anti- 
quités ecclésiastiques côtoient toujours et pénètrent même les 
antiquités profanes. Tant la vie de l'Église était débordante avant 
89 ! Tant le sentiment religieux dominait ou absorbait toute vie 
publique ou privée, populaire ou féodale. 

Et qu'on ne s'avise pas, pour couvrir à cet égard son indifférence 
ou son inaction, de se forger mal à propos des difficultés insurmon- 
tables ! Les sources de renseignements sont plus nombreuses et 
plus faciles à exploiter qu'on ne s'imagine. 

En premier lieu, les archives communales. — Le clergé tenait avant 
89, ces vieux registres, il les a parsemés de notes historiques d'un 



Digitized by 



Google 



428 BRANDIVY 

grand intérêt. G*est à nous,prôtres,qu'il convient principalement d'en 
extraire ces trésors. Mais le temps presse ! les mites sans pitié dé-* 
vorent les feuilles, et l'on peut prévoir l'époque où des pages 
entières deviendront illisibles. 

Puis les archives des familles. — Chaque maison possède comme 
un dépôt sacré, oit sont enfermés avec soin une foule de documents 
précieux. C'est dans ces sacs, caisses, boites, tiroirs qu'il n'est pas 
rare de mettre la main sur des titres de famille, des baux de ferme, 
des inventaires de ménage, des déclarations de tenue avec « tenans 
et aboutissans », sur un tas de petits papiers qui vous rejettent à 
plusieurs siècles en arrière. 

Encore ici que les amateurs se dépêchent. Plus redoutable que la 
mite, un agent destructeur de la pire espèce commence à pulluler 
dans les campagnes : le petit savant. Rien de terrible pour les vieux 
papiers comme un pareil homme. D'un air suffisant autant que 
dédaigneux, il semble scruter les manuscrits ; il ne voit rien et ne 
veut rien voir, en dehors des pièces qui intéressent directement 
le sol. Sans égard pour l'axiome populaire : < ne zaibrant quel ba/ra^ 
ces papiers ne mangent pas de pain, » il porte une sentence qui ne 
souffre pas d'appel. Sur cette sentence, un triage est opéré, le 
froment est remis dans le sac et la paille prétendue jetée au feu. 
Que de pièces anéanties de la sorte ? 

En troisième lieu les légendes. — Les légendes toutes seules ne 
peuvent faire l'histoire, mais elles aident à en éclairer les côtés 
obscurs. Leur antique ft'aicheur n'a pas été jusqu'ici sérieusement 
entamée. Comme de graves altérations ne peuvent tarder à s'y 
produire en face de la politique de plus en plus envahissante, le mo- 
ment semble venu d'en composer des recueils. Or, pourcett-é besogne, 
nul n'est plus apte que le prêtre. Le prêtre est en général sorti du 
peuple et ses légendes ont bercé son enfance ; par le fait de son mi- 
nistère^, il vit en contact journalier avec le peuple et il possède sa 
confiance. 

Cette triple source épuisée, il faut que le chercheur intrépide aille 
fouiller une quatrième : les archives de la Préfecture. C'est là 
qu'il peut donner à ses recherches une extension extrême. Il y peut 
en particulier, si le but qu'il s'est proposé Ty convie, compléter ou 
rectifier, à l'aide des manuscrits de M. Galles, ce qui se rapporte 
aux seigneuries ; à l'aide des travaux de Rosenz weig, ce qui con- 
cerne la vie civile et ecclésiastique ; à l'aide des registres des Direc- 
toires, les récits traditionnels sur l'époque révolutionnaire. 

Ce n'est pas que de la sorte on obtienne, à proprement parler, une 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 429 

histoire. Une histoire comprend un récit unique ou une suite de 
récits où domine un principe d'unité. Or quel principe d'unité ren-;- 
coAtrera^t-on parmi les faits d'une seule localité ? Ce qu'on obtient, 
ce sont tout simplement des études historiques. Outre qu'elles sont 
fort intéressantes au point de vue local, ces études forment la base 
nécessaire d'une histoire générale. L'histoire générale, voilà le but ! 
L'étude locale, voilà le moyen! J'apporte une petite pierre à la 
construction de l'édiâce. Que mes confrères en fassent autant. Je les 
engage à entrer dans cette voie, résolument, chacun à sa façon et 
suivant la tournure de son esprit. Les études locales sont à l'ordre 
du jour. Ne laissons pas aux laïques toute la gloire de ces travaux, 
d'autant plus que ces travaux, s'ils se font sans nous, se feront 
quelquefois contre nous. Qu'on se garde de mépriser le moindre 
détail ! Un détail insignifiant pour une localité peut avoir sa valeur 
pour les localités voisines. Si la raison secrète de certains faits nous 
échappe, tâchons de les éclaircir par de bonnes hypothèses. Peut-être 
quelques-unes paraîtront-elles tout d'abord haidies ou singulières, 
qu'importe ? il suffit qu'elles servent de jalons aux chercheurs de 
l'avenir. Lorsque les matériaux seront au complet sur les divers 
points du diocèse, le Dieu des sciences ne manquera pas, pour les 
rassembler de toutes parts, de susciter un esprit d'élite. Cet ouvrier 
prédestiné taillera ces divers matériaux à loisir; il les disposera 
d'une main discrète et savante ; il en fera sortir un ouvrage qui 
n'aura peut-être pas son semblable dans les autres contrées. 

Telle est la pensée qui a inspiré la composition de ces études. Elles 
sont divisées en cinq parties qui traiteront successivement de 
Brandivy au point de vue ecclésiastique et seigneurial, de Brandivy 
sous la Révolution, des voies anciennes à Brandivy et aux alentours, 
de quelques mœurs et usages bretons. Ces diverses parties n'ont 
d'autre lien entre elles que le titre général,en sorte que chacune d'elles 
forme un tout distinct et complet. Non que je me fasse la moindre 
illusion sur le peu d'importance que peut offrir cet essai ; pris à part, 
cet essai est un détail. Pour l'apprécier à sa juste valeur, c'est l'en- 
semble de l'édifice à construire qu'il faut considérer. Aussi j'affirme 
en toute franchise que s'il devait rester isolé, ce travail particulier 
ne verrait jamais le jour. 

J.-M. GUILLOUX, 

Vicaire. 



Digitized by 



Google 



PREMIÈRE PARTIE 



BRANDIVY ECCLÉSIASTIQUE 



Tous les faits, toutes les légendes qui de près ou de loin se 
rapportent à cette partie peuvent aisément se grouper sous un des 
titres qui suivent : patron de Brandivy, trêve ou paroisse, cha- 
pelles et croix, clergé. 



PATRON* 

BHANDivY se compose de Bran et de Divy% ce qui veut 
dire : colline de Divy. 
En fait d'étymologie, rien ne semble plus correct. 
Bran, Bren, au rapport de tous les auteurs, signifie colline, 
montagne. Or, non-seulemeiit le bourg de Brandivy s'élève 
sur une hauteur, mais encore toute la paroisse forme un 
terrain montagneux. 

Pour ce qui est de Divy, Tinterprétation n'est pas moins 
évidente. Un titre de 1634 désigne le patron de la localité sous 
le nom de saint Davi. Or, Davy et Divy sont un seul et môme 
personnage, évoque de Ménévie, mort vers Tan 544. « Les 
lieux qu'on appelle Saint-Divy, proche Landerneau, et Pol- 
Davy auprès de Douarnenez nous rappellent, dit Déric, la 
mémoire de ce saint prélat. » Il est permis d'ajouter que la 

« Titulaire serait le terme exact, mais le mot patron, est plus de la langue 
courante. 

B D'après la légende, il se compose de Ber, deu ui. Un enfant cherchait des 
nids, arrivé à une brousse, il entend un oiseau qui s*enTole et il s*éciie 
Berrr. deu ui. c'est-k-dire berrr, deux œufs. D*où Ton a fait Berdevy. 



Digitized by 



Google 



BRANDI V Y 431 

ville épiscopale de Ménévie porte depuis longtemps le nom 
de Saint-Davy, du nom de son fondateur* . 

Si l'on objecte que Brandivy s'écrivait en 1447, Brandevi, 
qu'à cela ne tienne. Devy est une des formes du nom de 
notre saint. Ce qui le prouve, c'est que l'église, bâtie au lieu 
où fut célébré un concile qui vit briller sa science et sa 3ain- 
teté, fut nommée en son honneur Lan-Devy-Brewi, et que 
saint Lily, son disciple chéri, fut nommé Gwas-Dewy. 

Une difflculté sérieuse reste à résoudre, relativement à 
saint Ivy qui paraît avoir, à une époque que j'ignore, sup- 
planté saint Divy. Le nom de saint Ivy est écrit en gros ca- 
ractères sur la croix paroissiale ; rabt)é Cillard, de son côté, 
le reconnaît comme patron de la localité. Mais c'est une er- 
reur, et cette erreur orovient d'une confusion qu'il était si 
facile, à défaut de documents, d'établir entre les deux noms. 
Si saint Ivy avait été, dès le principe, le vrai patron, pour- 
quoi n'eût-on pas écrit et prononcé Branivy? Le besoin d'eu- 
phonie n'obligeait pas, en la circonstance, à intercaler le d. 
Alors môme que cette raison ne vaudrait rien, nous pouvons 
invoquer le titre de 1634 qui désigne le patron sous le nom 
de saint Davi^ qui est le môme que Devy et Divy, comme 
nous l'avons ci-dessus prouvé. Ce titre est antérieur d'un 
siècle à l'affirmation de Cillart; or, pour connaître la vérité 
sur ces sortes de questions, ce sont les vieux titres qu'il faut 
consulter, ce sont aux plus anciennes orthographes qu'il est 
nécessaire de se rapporter. 

Ce qui confirme cette opinion, c'est que l'abbé Cillart lui- 
même, en parlant de saint Ivy, le qualifie d'évôque inconnu. 
Ainsi Cillar conserve au patron son titre d'évôque. Mais 
évoque de quel siège et de quelle époque? Il n'en sait rien. 
Il connaît un saint Ivy, moine du septième siècle ; mais il ne 
rencontre nulle part un saint Ivy, évoque. Voilà l'auteur du 

' Un Yillage de Brandivy s'appeUe Méné-Dayj quia exactement le même 
aexkB que Bran-Divy. — A signaler Ker-Davy en Pluvigner, sur les limitea de 
Braadiyy. 



Digitized by 



Google 



432 BRANDIVY 

fouillé ddiiis l'embarras ! La difficulté se serait évanouie, s'il 
avait connu le titre de 1634. Ce titre lui eût fait voir que le 
vrai patron de Brandivy portait le nom de Davy ou DIvy, ou 
Devy, et que ce saint avait, au sixième siècle, illustré le siège 
de Ménévie dans la Grande-Bretagne. 

D'où il résulte que saint Divy a été le patron primitif de 
Bran-Divy et qu'il a imposé à la localité son nom*. 

Une question fort intéressante serait de savoir à quelle 
époque une chapelle sous le vocablo de Saint-Divy, serait 
venue couronner ces hauteurs. En Tabsence d'un texte, d'un 
document, il est impossible de rien préciser. Tout ce qu'il 
est permis d'avancer, c'est qu'elle doit remonter au-delà du 
douzième siècle. C'est avant le douzième siècle effectivement 
qu'il était de mode d'accoler un terme celtique, comme Bran, 
Ran, Plou, Guic, Landt, Loc ou Lot... au patron d'une 
chapelle, d'une localité, d'un canton de terre, d'un monastère. 

Non pas que cet oratoire primitif fût en pierres, les cons- 
tructions lapidaires, au moins dans les campagnes armori- 
caines, au rapportde la notice de Jublains, datent seulement 
des dixième et onzième siècles ;ce ne devait être qu'un humble 
bâtiment fermé par des claies et construit avec de la terre et 
du chaume, d'après la méthode suivie à la môme époque pour 
les maisons en Armorique, en Bretagne et dans d'autres 
contrées. 

' Cela n*eijt pas toujours vrai, uiors môme qu*eii décomposaut le nom d'une 
localité, on y retrouve celui du patron. Le nom des terres en effet, quand il 
Devient pas d*un événement marquant, est ordinairement t'ré de la si- 
tuation des lieux, du voisinage d*une forêt, d'un cours d*eau de quelque 
accident caractéristique. Or, on est aisément porté adonner pour patron à 
un lieu le saint dont le nom offre quelque ressemblance avec le nom de 
ce lieu. C'est pour cette raison que saint Melaine a pu être choisi pour 
patron dePlouguelen, saint Corneille de Carnac,sainte Agathe de Plumergat, 
saint Jean d'une chapelle bâtie au village de Lésurgant en Plescop.... C'est 
d'après le même principe qu'on invoque N.-D. de la Vérole à Brech, saint 
Corneille pour les bestiaux, saint Clair pour les yeux, saint Abibon (en breton 
Diboen) pour la délivrance des Ames du Purgatoire et des femmes en travail 
d'enfant ; sainte Avoie pour les enfants enviés. Les enfants qu'on jalouse 
sèchent sur pied ; on ne peut les guérir qu'en promettant une poule blanche 
à saiités Avie et en envoyant Tenfant iniei « voiei » en pèlerinage k sa chapelle... 



Digitized by 



Google 



^w^ 



BRANUIVY 433 

Suivant Tusage presque constant à cette époque, la cha- 
pelle s'élevait au bord d'une voie ancienne, le hent Conan, 
qui traversait tout le Broroérec de la Vilaine au Blavet et dont 
on retrouve encore par-ci par-là quelques vestiges. 

On croirait volontiers qu'elle a été dans le principe, affectée 
au service d'un hospice. D existe au bourg de Brandivy, un 
champ dit n parc en hospUal », où les laboureurs prétendent 
avoir retrouvé des vestiges de maisons, des ardoises. Cette 
dénomination indique d'ailleurs dans les autres paroisses un 
établissement hospitalier; pourquoi n'en serait-il pas de 
môme chez nous ? Que ce fût un hospice, ou un prieuré, ou 
un poste de moines sur le hent Conan^, son existence serait 
une raison de plus pour croire à la haute antiquité de la cha- 
pelle de Brandivy. 

Si une chapelle n'a pas cessé, depuis une lointaine époque, 
de se dresser sur cette colline, saint Divy a cessé malheureu- 
sement de la protéger. Troublés par la fâcheuse confusion 
survenue entre saint Divy et saint Ivy, nos gens ont voulu 
se donner un patron connu et ils ont pris saint Aubin. 

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que le changement , ne peut 
remonter au-delà de cinq quarts de siècle et que les habitants 
n'en ont conservé aucun souvenir. Tous sont persuadés que 
saint Aubin, le patron actuel, a été de tout temps le patron 
de la localité. Est-ce que cette tradition ne porte pas à croire 

' On remarque sur la même voie, le Moustoir en Pluvigner, le Moustoiric 
en Plumergat, Lomenec et le Moustoir des Fleurs en Orand-Champ : tous 
établissements avec « le parc en Jwspital, » échelonnés sur un espace de 20 
kilomètres. Lorsque dans une de leurs courses du neuvième siècle, les Nor- 
mands ravagèrent la Bretagne jusqu'au Blavet, ils durent suivre ce chemin, 
en ruinant tout sur leur passage. Que le sol de la Bretagne ait été avant le 
neuvième siècle couvert de moustoirs, d'hospices, on le conçoit facilement 
d'après ce que Albert le Grand rapporte de saint Tugdual : « le Saint alla faire 
nn tour par la province, préchant et édifiant les monastères, lesquels il peuplait 
de religieux de son monastère de Saint-Pabu qui ét^t comme le chef et le 
principal de Tordre, lequel en peu de temps se dilata et amplifia de telle 
sorte qu'il n'y avait guère de paroisse où il n'y eut quelque monastère ou au 
moins quelque hospice de son ordre. » C'est le cas de dire : « Ab uno di^ce 
omnes. » 

T. VI. — NOTICES. — VI* ANNÉE 4* LIV. 29 



Digitized by 



Google 



131 BRANDIYY 

qu'il y a constamment, à un titre quelconque, joui d'un culte 
spécial et que par suite la substitution s'est d'elle-même opérée? 
Toujours est-il que le choix du nouveau patron ne s'est pas 
fait sans motif. Ce motif quel peut-il être? S'il était permis 
da se livrer à cet égard à quelques conjectures, voici ce qu'on 
pourrait hasarder : 

Saint Tugdual est de temps immémorial le patron de Grand- 
Champ. Grand-Champ môme s'appelle vulgairement Guergam- 
TiiaVy qu'on prononce simplement Grand-Champy Guergam, 
par Thabitudo qu'ont les Celtes de tout abréger. Tant de vil- 
lages par ailleurs portent son nom, comme Tol-Goôt ou Tual- 
Goët dans les vieux titres, Ker-Dual, Ca-Dual, Loc-Pabu... 
que ce canton peut être considéré comme le domaine de 
saint TugduaL 

Or Tugdual et Aubin étaient contemporains. Une amitié 
étroite les unissait, depuis que Tugdual, se rendant à Paris, 
fil à Angers une visite à saint Aubin, évoque de cette ville : 
saint Aubin l'accompagna le reste de la route, et lui servit 
d'introducteur auprès de Childebert... Voilà ce qui explique 
dans une certaine mesure le choix du nouveau patron de 
Brandivy. Le souvenir de cette antique liaison s'est offert à la 
pensée ; en se mettant sous le patronage d'Aubin', on a eu le 
dessein de lui ménager une petite place sur le territoire de 
son ami Tugdual. 

L'explication, si elle n est vraie, est du moins vraisemblable. 



4 n ut curÎGUx d'obseryer que deux tumulus de Plumergat s'appellent 
Scarradur^Botteu Guergam^TuaU que les menhirs de Plumergat, Brandivy, 
Grand-Champ, Plaudren, sont dénommés : Men fall Guergiiam^Tual c'est à 
parier, dit CiUard, que Rabelais a emprunté à ce pays le titre de son insipide 
roman. — Lu lé^^ende de Qargantua est fort répandue dans nos campagnes. 

t La fontaine dn bourg n'est pas dédiée au patron, mais à Notre-Dame des 
Neiges, d^vëaue pour nos gens Notre-Dame de la Force, parce que les mots 
bretons qui slgniAent neige et force se prononcent de la même manière. On 
j lave les pUda des enfants, dans quel but, le yocable le dit assez. La statue 
de Kotre-Daïuâ décore le rétable du sanctuaire. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 435 



IL — TRÊVE. 



Brandi vy n'était pas paroisse avant la Révolution, mais une 
simple trêve taillée dans la paroisse de Grand-Champ. 

Les chapelles tréviales ou succursales sont aussi an- 
ciennes que Téglise elle-même; et Ton peut affirmer que 
dans le principe, chaque diocèse n'était ou n'avait qu*une 
paroisse , la paroisse de Téglise mère ou matrice ou 
cathédrale, dont les autres églises étaient des dépendances, 
des succursales^ des trêves. C'est ainsi que nos peuples de 
Plumergat et de Baden ont conservé le souvenir des moines 
ou prêtres Bruno et Talyert dét^hés de Vannes pour faire 
le service religieux dans ces localités. Peu à pendes paroisses 
se formèrent au sein du diocèse et eurent des titulaires 
flxes^ età mesure que les besoins du culte augpientaient, des 
trêves s'établirent dans les paroisses trop vastes pour la 
commodité des habitants. La chapelle tréviale n'est donc pas 
une paroisse proprement dite : parrochia distincta non est; 
mais une chapelle de secours auxiliatrix tantum. >» Les trêves 
étaient jadisdesservies par un vicaire ordinairement amovible, 
que le recteiir choisissait et faisait agréer à Tévêque qui lui 
donnait des lettres de vicariat. Telle était la doctrine 
d'Alexandre III rplative à l'érection des trêves : Mandamus 
ut ecclesiam ibi œdifices, et in ea sacerdotem, ad prœsenta- 
tionem rectoris ecclesUs matrkis, instituas. » 

D'où il résulte que les curés deBrandivy étaient à la nomi- 
nation du recteur de Grand-Champ. 

Si le recteur de Grand-Champ choisissait les curés de Bran- 
divy, il les payait aussi, non plus en sa qualité de recteur, 
mais à titre de gros décimateur*. La portion congrue de chaque 

* Le rectearde Grand-Champ dlm&it à la 33* gerbe sur toute Fétendue de 
sa paroisse. Uabbaye de LaoTaux percevait aussi un trait de dime sur 
quelques terres de Brandiyy, comme on le yerra ailleurs. 



Digitized by 



Google 



436 BRANDIVY 

curé avait été fixée par la déclaration du roi de 1686 à la 
somme de 150 livres. L'article 3 de Tédit du 13 mai 1768 porta 
cette somme à 250 livres. Voilà le traitement que recevaient 
les curés en France et par conséquent les curés de Bandivy, 
il n'avait rien d'excessif; l'administration savait pourtant 
le réduire encore en le frappant d'un impôt de 22 livres*. 

Bien que le recteur de Grand-Champ désignât et soldât les 
curés deBrandivy, il n'a pas érigé la trêve même. Il était en 
son pouvoir de sotlliciter cette érection ; le droit de l'opérer, 
suivant le décret précité, appartenait à l'évoque. Or^ à quelle 
époque précise remonte la trêve de Brandivy? M. Luco 
dans son Fouillé, la signale dès le quinzième siècle. Certains 
passages des archives portent que l'abbaye de Lan vaux était 
fondée dans la trêve de Brandivy, paroisse de Grand-Champ. 
A-t-on le droit absolu d'en conclure que la trêve était érigée 
dès le douzième siècle qui vit naître l'établissement de Lan- 
vaux?Non, car en disant que l'abbaye était fondée dans la 
trêve, les auteurs ont peut-être voulu indiquer simplement 
qu'elle était située dans la trêve, au moment où ils traçaient 
ces lignes : or les manuscrits sont du dix-septième ou du 
dix-huitième siècle. 

Quant aux archives tréviales, elles ne vont pas, du moins 
à ma connaissance, au-delà de 1618, et elles témoignent 
qu'à partir de cette époque, la trêve était à peu près cons- 
tamn\ent desservie par un curé et par d'autres prêtres se- , 
condairfes qui signent indifféremment, prêtre auxiliaire, 
prêtre de Brandivy, prêtre de l'église ou de la trêve de Bran- 
divy. La présence de plus d'un prêtre, pour le service de 
la trêve, ne saurait étonner ; une note du 1" septembre 1779 
mentionne 536 communiables qui représentent bien une popu- 
lation de 800 âmes. 

Les baptêmes, les mariages, les inhumations s'y faisaient 
comme dans une paroisse ordinaire. Il n'existe pas de traces 

1 Taine. 



DTgitized by 



Google 



'VF^ 



%; 



BHANDIVY 437 

d'une visite épiscopale ou archidiaconale i Brandivy même. 
L'autorité ecclésiastique trouvait plus simple de. donner 
ordre au curé de se rendre avec ses registres tel jour, soit 
à Plumergat, soit à Piuneret, soit à Pluvigner, Grand-Champ, 
Plaudren, Plescop, Kerango, lorsque les archidiacres s'y trou- 
vaient en cours de visite ou les évoques en tournée de con- 
firmation. A partir du 30 mai- 1601, date de la première 
approbation', l'examen en était rigoureux et régulier : il le 
fallait bien, puisque le prêtre était officier de l'état-civil. 
M. Le Guelnout, en 1701, reçut injonction de se conformer, 
pour Tenregistrement des décès, aux modèles contenus dans 
les ordonnances synodales du diocèse ; Julien Oliviéro, en 
1712, de suivre exactement les modèles des statuts synodaux. 
En 1762, une note ordonne au curé Mathurin Le Gorvic d'en- 
registrer ponctuellement les enfant morts-nés ; et ailleurs : 
« enjoignons au sieur curé de faire mention des fiançailles, 
dans les actes des mariages. » 

On ne procédait pas à la célébration du mariage, avant 
d'avoir fait les trois publications, dûment constaté qu'il n'y 
avait aucun empêchement civil et canonique. Une disposition 
spéciale concernait les mineurs. Le prêtre ne pouvait les 
unir que sur le vu d'un décret de mariage rendu par la juri- 
diction compétente. C'était, pour la justice seigneuriale dontle 
mineur relevait, une petite source de revenus. Un permis de 
se marier, délivré en 1735 par la seigneurie de Largouët, popte : 
(( vacations à M. le Sénéchal : 3 livres : ; vacations à M. le pro- 
cureur : 3 livres; au greffe, pareille somme; le papier 
outre payé. » 

Les visiteurs n'ont jamais hasardé la moindre observation 
relativement au lieu des inhumations, elles se faisaient ordi- 
nairement dans le « cœur ))fiicj ou la «nèfle» f5ec^ de la chapelle, 
et presque jamais dans le « simetière » fsicj jusqu'en 1719. A 
cette époque la peste s'étant déclaré dans la province, le Par- 

> La première visite de paroisse dont on a trouvé la trace est de juillet 1540, 
à Ménéac par le grand vicaire de Saint-Malo (Archives d^partementnlesi). 



Digitized by 



Google 



438 BRANDIVY 

lement défendit la sépulture dans les églises, sauf pour les 
seigneurs ayant un droit d'enfeu bien établi. L'édit eut à 
lutter avec l'usage à Brandivy jusqu'en 1733, où il l'emporta 
d'une manière définitive*. 

A propos d'inhumations, il convient aussi de mentionner 
un enterrement solennel de reliques qui eut lieu le 2 août 
1701 : « Ont été enterrés les ossements trouvés dans le 
reliquier del'église trévialede Brandivy, au nord de la susdite 
chapelle, messire François-Georges' célébrant en présence de 
messire Yves Morgant, recteur de Grand-Champ, prêchant, » 
Cette note nous apprend pourquoi les ouvriers ont mis au 
jour un si grand nombre de reliques, lorsqu'ils ont creusé au 
nord les fondations de la nouvelle église. 

Les registres rapportent le décès des prêtres, comme le 
décès des siniples fidèles, en exceptant toutefois Christophe 
Lp Boulaire qui mourut en décembre 1743 dans la fleur de son 
âge, à 33 ans. Par son testament olographe, en date du 
21 octobre 1743, il nomma Jean Le Turnier, curé de Grand- 
Champ, son exécuteur testamentaire. Outre de nombreux 
legs dont Tun de 20 écus à l'église de Brandivy, et un autre 
d^an tonneau de seigle aux pauvres de la trêve, il fit une 

t L*u8age d*enterrer dans les églises était général. A I^anguidic, il cessa dès la 
Un de février 1716— En 1733, plusieurs furent encore inhumés dans Téglise 
de Saint-Nolf, «tous par violence » disent les registres — Même année 1733, 
maître François le Thieis, sénéchal de la juridiction de la Chesnaye en 
Oraq^-Champ est inhumé, selon son désir, dans le cimetière. Les fils y con- 
sentent pour le bien de la paix, sans préjudice pour leur droit d*enfeu. — A 
Plumergat, on inhume dans Téglise paroissiale jusqu'en 1740; dans la 
chapelle de la Tri ni té jusqu'en 1762. — A Pluvigner, inhumations dans Téglise 
lie Notre-Dame des Orties et dans celle de Saint-Guigner jusqu'au milieu 
de 1762. 

(]et usage, opposé peut-être à une bonne hygiène, n'avait rien de contraire 
aux principes de la religion chrétienne. C'est le pape Saint-Grégoire qui ouvrit 
les églises aux corps de tous les fidèles en général. Le pape Saint-Nicolas, au 
no uvième siècle, rendit une décision semblable. Cet usage cependantne se 
Ij^én^ralisa pas en Bretagne avant le onzième siècle. Jusqu'à cette époque, si 
Ton en croit dom Morice^ on enterrait dans les cimetières. 

' François-Georges, originaire de Plougoumelen, alors curé de Grand- 
Chiimp, plus tard, de 1763 à 1767, recteur de sa paroisse natale. 11 y avait 
defl familles de ce nom à Brandi vv. 



Digitized by 



Google 



BRANDI\r\" 439 

fondation de messes, à 12 sols la messe, dont les honoraires 
devaient être fournis par deux perrées de bled à prélever sur 
un héritage qu'il avait au Tolgoët. Le nombre des messes, 
dont les honoraires restaient invariables, devait être déter- 
miné suivant l'appréciation du bled. On serait mai venu à 
s'exclamer sur la maigreur de cette fondation que je trouve 
pour ma part relativement généreuse. Car, à en juger par 
divers exemples^ le taux des honoraires à cette époque, ne 
dépassait pas une moyenne de six à sept sols*. Trop heureux 
les prêtres, lorsque la fortune venait ajouter quelques six 
sols à la modicité de leurs ressources ; et Ton ne saurait trop 
louer l'introduction des honoraires, puisque cet usage qui 
s est glissé dans les mœurs vers le XIP siècle, a contribué 
dans une large mesure, à atténuer la misère du clergé 
des campagnes*. 

Une autre fondation qu'il faut signaler encore, c'est la 
chapellenie que François Lamour, curé de Brandivy (1676- 
1681), fonda dans l'église de Bihuy.JIl la dota des édifices d'une 
tenue à domaine congéable qu'il possédait au village môme 
deBihuy sous le monastère de Lanvaux, propriétaire foncier. 
Les registres n'en disent mot; et cette omission est assez 
naturelle, la trêve n'en ayant pas eu le bénéfice. 

Les baptêmes se faisaient, comme partout, aussitôt après 
la naissance ; et on ne voit guère que les seigneurs de la 
Grandville qui aient eu recours aux ondoiements. Il n'était 
pas rare, particulièrement au XVIP siècle, de voir les prêtres 

A ce sujet on rapporte qae des gens de ce pays se rendirent en pèlerinage 
à ane chapeUe dont ils tronvèrent le prêtre sur nne aire à battre, les manches 
retroussées, en train de gagner sa subsistance. Étant^encore à jeun, il con- 
sentit volontiers h, dire la messe, et lorsque les pèlerins lui présentèrent 
l'honoraire d'usage : Hélas, s'écria-t-il, à la vue des six sols, pour une journée 
passée à battre ici sous un soleil brûlant, c*est k peine si j'aurais cela. » 

> Les recteurs de Grand-Champ passent pour ayoir été durs, aune certaine 
époque, envers leurs prêtres. On raconte dans le peuple que quand la soupe 
était prête, on déposait leur écuellée sur un billot à la cuisine. A eux de la 
prendre ou de la laisser. Le rectenr mangeait dans la salle avec ses amis de 
la noblesse. 



Digitized by 



Google 



440 BRANDÎVY 

servir de parrains aux enfants de leurs paroissiens. C'est un 
trait de mœurs qui distingue les deux époques. Autant la 
chose semblait naturelle alors, autant elle paraîtrait extraor- 
dinaire aujourd'hui'. 

En 1729, un grand malheur vint frapper la trêve. Un in- 
cendie qui dévora tout le bourg le quatrième jour de juillet, 
à l'exception de la résidence vicariale, consuma entièrement 
réglise elle-même qui ne put être relevée de ses ruines qu'au 
bout de trois ans. Les baptêmes se faisaient depuis lors dans 
réglise paroissiale de Grand-Champ « jusqu'au troisième de 
septembre que la sacristie de Brandivy fut bénie pour y dire 
la mess© et baptiser. *> Malgré la violence de l'incendie, il y 
n lieu d'être surpris que la chapelle, assez éloignée des autres 
habïLaUons, fût devenue la proie des flammes, alors que 
suivant la tradition la maison des prêtres • était épargnée. 
Est-ce que par hasard une partie de la chapelle était en bois ? 
■Aussitôt après la reconstruction de l'église, on procéda à la 
bénédiction d'une première cloche dont le parrain fut 
Franr^oisLe Dréau, recteur de Grand-Champ et la marraine 
Bonne-Paule d'Espinose, petite fille de Marie Descartes, douai- 
rière de la Grandville. Une seconde cloche, bénite deux ans 
après (1734) eut pour parrain Alexis de la Chapelle, fils d'un 
conseiller au parlement de Rennes, et pour marraine Made- 
moiselle Guymart d'Auzon. Parmi les signatures apposées à 
cette occasion, on remarque celle du P. Descartes jésuite, le 
môme probablement qui dirigea h Rennes dans la voie de la 
vertu, les premiers pas du B. Grignon de Montfort. Cette 
cloche, appelée Jeanne-Constantiney pesait 161 livres. 

Après le fléau du feu, le fléau de Torage, à 50 ans il est vrai 
d'intervalle. « Le 1" septembre 1781, Plaudren, Locmaria, 
Grand-Champ et autres lieux jusqu'à Brandivy ont été abymés 

1 l^uîa Lamour aété parrain trois fois en 1665, en toat cinq à six fois 
François Lamoar, trois fois en 1678, en tout 5 à 6 fois aussi. Jean Guillard, 

GîLléfl RjOf JeanPerrin, Olirier Jehan no ont également tenu des enfants 

sur 1^8 fonts baptismaux. 



Digitized by 



Google 



BRANDIV^' 441 

par une pluie de grêle. La grêle était si forte qu'elle a cassé 
les vitres des églises de LocmariéE et du Burgo et du presby- 
tère. Les blés noirs et mil et chanvre sont tellement hachés 
qu'ils n'ont été bons à rien ; les pommes et poires ont été 
trouées et mortifiées; quantité d*oiseaux ont été trouvés 
morts ; pies, geais, mauvis, lapins, lièvres et des loups ont 
été tellement blessés qu'ils sont restés sur le carreau. Le 15 
du même mois nous avons eu le môme grain, mais il ne nous > 
a pas fait tant de mal. » {Arch.* par.) 

En 1789, survint un troisième fléau, pire que les deux pre- 
miers, je veux dire la Révolution. Dès 1790, les tréviens de 
Brandivy, persuadés qu'une ère de liberté s'était levée sur le 
monde, adressaient au Directoire, en vue de s'affranchir de 
Grand-Champ, une demande d'érection en commune. La péti- 
tion fut repoussée. L'année suivante ils furent plus heureux 
dans une démarche qu'ils firent pour être autorisés à s'em- 
parer d'une cloche de Lan vaux. Le 21 mars 1791, un arrêté 
du directoire départemental avait prononcé la clôture de 
l'abbaye. Les cloches étant devenues sans objet après le 
départ des religieux, « vu la requête du général de la trêve 
de Brandivy, par laquelle il propose d'échanger une cloche 
fendue de la dite trêve avec une de celles de l'abbaye de 
Lanvaux, le Directoire est d'avis de consentir à l'échange 
proposé. » 25 octobre 1791. 

Elle ne devait pas servir longtemps. L'exercice public du 
culte cessa bientôt en Brandivy comme ailleurs. Les inhu- 
mations, m'a dit un vieillard', avaient lieu de nuit dans la 
chapelle de Brenedan ; le cathéchisme se faisait dans la cha- 
pelle de Saint-Laurent ou dans une carrière qu'il n'a pu me 

* Un orage éclata en 1889 sar des paysans piémontais occupés aux travaux 
dw champs. Plusieurs sont blessés et le sang coule sur leur visage. Une 
fillette de onie ans et un garçon de quinze ont eu le cr&ne brisé et sont morts 
peu d'heures après. Les arbres ont été brisés, les récoltes détruites, les vitres 
des maisons cassées et les toitures fort endommagées. Certains gréions 
pesaient un kilogramme. {Univers.) 

'Joseph Bertho dont le srrand'père Aubin Bertho était trésorier de Brenedan. 



Digitized by 



Google 



442 BHANDIVY 

désigner. Le trésor de Téglise était en môme temps dispersé. 
La grande croix en argent de saint Ivy fut ensevelie dans le 
Loc*h, en face de Eerberhuel ; elle y perdit les glands des bras, 
brisés non par la force du courant, mai & par la rapacité de 
quelques ignobles individus qui l'avaient découverte. C'est 
probablement à la suite de ce crime que Josselin', le dévoué 
sacristain, la retira de la rivière et la dissimula soUs un 
rocher, au-dessus de Tétang du Scouëc. L'ostensoir fut caché 
dans les flancs de la montagne de la Grandville, du côté 
tourné vers le bourg. On le vit dans la suite dit la tradition, 
briller pendant plusieurs jours, comme un beau soleil. Mais 
on ne sait pas si c'était l'ostensoir lui-môme qui brillait de 
la sorte ou son image, car on croit qu'il avait été volé. 

Lors de la réorganisation du culte, M^ de Pancemont trans- 
forma la trêve en paroisse. Content d'avoir un pasteur, Bran- 
divy renonça en l'an XII à la prétention d'y ajouter un maire. 
La mairie d'ailleurs ne pouvait manquer d'arriver à son 
tour. Sur les instances de la population, un décret daté du 
4 juin 1862 érigeait la paroisse en commune. Le môme décret 
détachait de Grand-Champ pour les annexer à la nouvelle 
commune, outre le grand village de laForôt avec ses dépen- 
dances', les villages du Cordier, du Boterf, de Kerbignon et de 
Saint-Laurent. 

Avant les annexions de 1862, le territoire de Brandivy, par 
rapport à l'étendue, n'avait pas dû varier depuis des siècles. 
La tradition signale cependant quelques modifications du 
côté de Plumergat.La terre de Coetroz, manoir isolé et formant 
comme une pointe au cœur de Brandivy, avait jadis appartenu 
à la trêve. Comment la séparation s'est-elle faite, la légende 

^ n se noya plus tard dans le Loc*h,en yoalant noyer son poulain. Les pou- 
lains, à cette époque, n*avaient pas de râleur. 

* La trêve de Locmaria a passé par les mêmes phases que Brandivy, en 
1790, 1802, en l'an XII. Seulement son érection en commune n*aeu lieu qu'en 
1889. Locmaria possédait avant 89 une confrérie de saint Isidore. 

s Annexion très utile en raison des comi» dont la vente qui a eu lieu 
peu après a rapporté près 25000 fr. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 4^3 

va nous le dire. Le châtelain tombe un jour malade et réclame 
naturellement le curé local. Celui-ci refuse d'assister une 
sorte de pestiféré. Le serviteur court à Plumergat dont le 
clergé se montre moins récalcitrant. Les sacrements reçus, 
le châtelain dit au prêtre : c Je ne sais ce qu'il adviendra de 
moi, mais quoiqu'il arrive, j'entends désormais que mon ma- 
noir avec ses dépendances cesse d'appartenir à Brandivy et 
relève entièrement de Plumergat. » Ainsi fut fait. Le 
peuple ne se doute nullement que le hent Conan qui passe 
derrière le Coetroz, formait et forme encore une limite natu- 
relle entre Plumergat et ce côté de la paroisse de Grand- 
Champ. — Par contre la trêve aurait acquis les villages dp 
Kerhézo et de Kerméliard. Ce qui donne à cette tradition 
quelque apparence de fondement, c'est que le Goh Ilis qui 
passe pour avoir été le berceau de Plumergat, est situé sur 
les terres de Kerhézo et dépend actuellement de Brandivy. 
Quant à l'intérieur même du pays, il a dû subir, dans le 
cours des siècles, une profonde transformation. A en juger 
par les noms de nos villages, on dirait qu'une vaste forêt 
l'aurait jadis enveloppé : Tels sont : Coë1>-uhan, Tual-Coôt, 
Viol-Coôt, Coët-queneah, Coôt-el-Gon, la Forêt de Lan vaux'. 
A mesure que les éclaircies se produisaient, on fondait 
des villages; ceux-là vraisemblablement peuvent compter 
parmi les plus anciens'. On n'en connait qu'un dont les ori- 

Remarquez que la Forêt de Lanvaux (Lanyas saltus au XIl^ siècle) 
joignait celle de Fleuranges et de Camors, que suirant la tradition générale 
une grande forêt a occupé l'emplacement actuel du bourg de Grand-Champ, 
comme tonteales landes qui Tenvironnent, que le nom de Plumergat revient à 
celui de VATgoé%{bois). 11 en est de même des landes des autres pays, soit que 
ces Tastes forêts remontent au temps des druides, soit qu'elles datent seule- 
ment du onzième siècle où les hauts barons, ditGirault, détruisirent les habi- 
tations et les cultures dans les campagnes pour établir des territoires de 
chasse. 

s Pour montrer combien Forthographe des noms change je citerai le village 
de Kerican qu'on écrivait en 1447 : Keriezcant, c'est-à-dire viUage de Jescant, 
nom d'homme dont !a forme en vieux breton était Incant. Ainsi on a dû 
dire d'abord Ketindcant {Chrestomathie bretonne] — Plunian s'écrivait en 
Pulunyan; le Scouëc en 1445 : ScltAsensouch, 



Digitized by 



Google 



444 BRANDIVY 

gines liuiôsent être fixées d'une manière approximative : le 
village noble des Granges qui doit remonter au douzième 
siècle. C'est sous ce nom du moins qu'on désignait à cette 
époque les grandes fermes établies par les moines de Cîteaux 
pour leurs exploitations agricoles. Le plus ancien village 
connu est celui de Kerauguen, donné par le B. Ruaud à son 
abbaye de Lanvaux. 

Par contre, quelques-uns ont disparu. On peut citer no- 
tamment Brenedan sur lequel Tabbaye de Lanvaux percevait 
des rentes en 1527* ; Lestrenic dont les ruines se dressent encore 
près du Peuntenio, aux bords de la voie ancienne de Loc- 
miné à Auray ; le Cholec, maisonnette avec quelques pièces 
de terre, donnée à une fille-mère coupable d'assassinat sur 
son enfant et qu'un seigneur de Kergal, dit la tradition, réussit 
à arracher à la mort ; on peut ajouter le moulin de Tabbaye de 
Lanvaux. Je laisse de côté les ruines de quelques manoirs et 
enclos extraordinaires, par exemple, le Castel-Guen; il en 
sera question dans une étude spéciale. 



m. — CHAPELLES 

L'église de Saint-Divy n'était pas isolée. Çà et là s'élevaient 
au sein de la trêve des chapelles privées ou seigneuriales 
qui semblaient former à la chapelle patronale comme une 
couronne d'honneur. C'est à leur étude que nous allons con- 
sacrer le premier paragraphe de cet article, le second para- 
graphe traitera de la chapelle frairiale de Saint-Laurent, an- 
nexée à Brandivy en 1862'. 

Chapelles seigneuriales, — Les chapelles seigneuriales re- 
montent aux premiers siècles de l'Eglise, a Si quelqu'un, dit 
le concile d'Agde, tenu en 506, veut avoir un oratoire particu- 

« U existait encore en 1724. 

> Je laisse de cdté Tabbaye de Lanvaux, réAenrée pour un travail spécial. 



Digitized by 



Google 



^^r 



BRANDIVY 445 

lier dans sa terre^ on lui permet de dire la messe pour la 
commodité de sa famille sauf à Pâques, Noël, Epiphanie, 
Ascension et Pentecôte et autres jours solennels qu'il faut 
célébrer dans les villes ou dans les paroisses. » C'est un 
canon qui a été reproduit par beaucoup d'autres conciles*. 
Celui de Ciermont tenu en 535 ajoute qu'aux jours solennels, 
les prêtres et diacres non attachés au service de la ville ou 
des paroisses et qui demeurent dans des maisons de cam- 
pagne se rendront auprès de Tévôque pour célébrer avec lui 
ces solennités. Mais ne sont-ce pas là de vraies chapelles 
seigneuriales desservies par un chapelain au service du 
seigneur? Or lisons-nous dans lo concile de Ciermont de 1095, 
(Canon XVIII) « un seigneur ne pourra avoir pour chapelain 
que celui que son évéque ou Tarchidiacre lui auront donné 
pour directeur de son âme. » 

Ces oratoires particuliers, si communs autrefois, portaient 
le nom de saintes chapelles. Cette remarque a été faite par 
les petits Bollandistes, à l'occasion delà construction de la 
Sainte-Chapelle de Paris, destinée à recevoir la couronne 
d'épines. Elle est qualiliée de sainte, disent-ils, non précisé- 
ment à cause de sa destination particulière, mais parce que 
dans les siècles de foi les grands seigneurs, à l'exemple des 
rois de France, avaient toujours dans leurs demeures ou aux 
environs une chapelle dite sainte^ et pour le service de la cha- 
pelle, un chapelain. C'est conformément à ces habitudes chré- 
tiennes que nos seigneurs de Brandivy se faisaient construire 
une sainte chapelle, où de temps en temps un prêtre célébrait 
le service divin. 

La chapelle de Kergal avait un service régulier, assuré 

par une fondation seigneuriale. Elle se trouvait à l'angle 

sud-ouest du jardin, situé lui-môme au midi du manoir. Un 

. chemin couvert, dont on voit encore des vestiges à l'ouest 

* Par exemple, premier d*0rléans en 511; deuxième d*0rléans en 533 ; con* 
cile de Ciermont en 535 ; dans la réponse du pape aux qjiestions de Pépin 
• le Bref, en 745... 



Digitized by 



Google 



446 BRANDIVY 

du jardin, y conduisait. Comme elle tombait en ruines vers 
le milieu du dix-huitième siècle, son mobilier avec sa cloche 
fut transporté au château, et son service, depuis lors, se 
faisait à Téglise paroissiale. Le chapelain était présenté par 
le seigneur et nommé par Tévôque. Jusqu'à la translation du 
service au bourg de Grand-Champ, un des prêtres de Bran- 
divy devait en était probablement le titulaire*. 

A un petit kilomètre deKergal, sur les hauteurs qui do- 
minent le Loc'h, s'élevait jusqu'à ces derniers temps la cha- 
pelle de Notre-Dame de Brenedan que des ifs protégeaient 
contre les vents d'ouest, et dont les matériaux ont été em- 
ployés à la construction du presbytère. 

C'était, paraît-il, la chapelle domestique du manoir de Ker- 
david qui se dressait en face, sur le territoire de Pluvigner'. 
Du moins le terrain sur lequel elle était située relevait de 
cette seigneurie. Pour s'y rendre, les seigneurs avaient à 
passer le Loc'h sur un pont dit « Pont er Gai », soit que le 
pont ait été construit pour le service de la chapelle, soit 
qu'il remonte à des temps antérieurs. Nos chouans et nos 
déserteurs connaissaient ce passage et l'ont utilisé en bien 
des circonstances pour échapper à leurs ennemis. La cha- 
pelle était dédiée à la sainte Vierge : on l'y honorait sous le 
vocable de Notre-Dame de Brenedan et sa protection était 
invoquée contre le feu. Saint-Gildas y jouissait aussi d'un 
culte ; il tenait un livre en main et des larmes inondaient 
son visage. Le livre et les larmes s'expliquent par l'ouvrage 
en forme de plainte que le suint a écrit sur la désolation de 
sa patrie. 

Au sujet de la Vierge de Brenedan, deux légendes mé- 
ritent l'attention. 

*■ Jean Le Gai, minoré du diocèse, avait obtenu ce bénéfice en 1778 (Luco). 
— La cloche de la okapelle dont il est question ci «dessus fut cachée, pen- 
dant la Révolution dans un pré à Touest du manoir ; au retour de l'ordre, 
elle fut tirée de sa cachette et portée au bourg ; dans la suite une dM 
chapelles de Pluvigner en fit Tacquisition. (Tradition). 

> Dans le courant du dix-septième siècle, les seigaeurs de Kerdavld s'ap-» 
pelaient de Lessard {^Archioes de Brandivy), 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 447 

Des soldats républicains, faisant patrouille à l'époque de 
la grande Révolution, arrivent à la chapelle de Brenedan. Ils 
y entrent, et, remarquant la statue en bois de la sainte Vierge, 
décident qu'elle servira de cible. Ils la portent en dehors, 
Tassujettissentà un arbre, et un soldat tire. On ne tira pas 
deux fois. Une apparition effrayante mit en fuite tous ces 
gredins qui ne se crurent en sûreté que rendus à la ville 
d'Auray. 

Une autre fois, ce fut un berger de Kerdavid qui s'avisa de 
prendre la statue et de la poser en long sur le Pont er Gai, 
pour lui servir de passerelle, une pierre tombée ayant fait 
le vide en cet endroit. L*enfant rentra au logis, en proie à 
une fièvre ardente, et cette fièvre ne voulut lâcher prise, que 
lorsque, sur Taveu de son crime, les parents de Tenfant se 
dépêchèrent de remettre la statue en sa place. 

Une fontaine qui coule aux flancs de la montagne est ornée 
d'une multitude de croix. L'eau est bonne contre la fièvre, 
par l'intercession de Notre-Dame dont la statue est encore 
là^ rongée il est vrai, par le temps. 

Cette chapelle, dans le style de la chapelle de Miséricorde, 
à en croire ceux qui l'ont vue debout, lui est néanmoins de 
beaucoup antérieure. Miséricorde a été commencée enl600, 
tandis que les archives de Lanvaux font mention de Notre- 
Dame de Brannadan, dès Tan 1447. 

Je né terminerai pas sans rappeler que le 27 avril 1774, 
eut lieu dans l'église de la Trêve, la bénédiction, par le rec- 
teur de Grand-Champ, de la cloche de Brenedan nommée 
Yves et Jacquette. Le parrain était Yves Pouliguen et la 
marraine Jacquette Le Ray. 

Le 2 septembre 1782, une autre cloche fut bénite dans l'é- 
glise de la Trêve pour la mémo chapelle, par le curé Claude 
Plaissix, par permission et commission de l'évêque. Elle fut 
appelée : Josephe-Marie-HélènCy des noms du parrain Joseph 
Le Mentec, de Plunian, et de la marraine, Marie-Hélène 



Digitized by 



Google 



448 BRANDIVY 

Cheviller, du Troguern. Aubin Bertho, procureur de la cha- 
pelle était présent*. 

La troisième chapelle domestique de Brandivy était celle 
de la Grandville ; elle est encore debout et contiguë au châ- 
teau. Des réparations sérieuses vont bientôt la mettre en 
état d'abriter les célèbres stalles de Lanvaux. Transférées 
au bourg après la destruction du monastère, ces stalles sont 
devenues, depuis une quinzaine d'années, la propriété des 
châtelains de la Grandville. La sculpture en est fort remar- 
quable et le sujet représenté vraiment original. Dans un 
premier tableau, un renard en chaire prêche un auditoire de 
poules qui l'écoutent attentivement; dans un second tableau, 
le renard cède à la nature, prend une poule et s'enfuit ; un 
dernier tableau représente le renard poursuivi par les poules, 
atteint et mis par elles à la broche. Le feu est allumé, une 
poule apporte du bois, un coq tient dans ses pattes un souf- 
flet, un autre tourne la broche. Cayot-Delandre voit, dans 
ces diverses scènes, une réminiscence de la fôte des fous, 
pour ne pas dire une satire contre le clergé qui finit par 
Luther et la Révolution. 

Une quatrième chapelle seigneuriale est celle de Saint-- 
Nerven, démolie en 1783. On en voit encore les ruines. 

Avant de clore ce paragraphe, il ne sera pas inutile ae 
rappeler l'attention sur une chapelle dite de Saint-Gildas et 
Saint-Nicolas^ en Pluvigner, vendue le 25 avril 1254 aux 
religieux de Lanvaux par l'abbaye de Saint-Gildas-des-Bois. 
L'auteur du Pouillé ne sait où placer cet édilSce. Tâchons de 
venir à son secours. A proximité de l'abbaye de Lanvaux, se 
trouvait et se trouve encore une belle fontaine en pierres de 
taille, dite Fontaine de Saint-Nicolas ; au-dessus de la fontaine, 
deux prés, dont l'un est appelé le Petit-Pré de Saint-Nicolas, 
et l'autre le Grand-Pré de Saint-Nicolas. N'est-on pas fondé 
à conclure que la chapelle de Saint-Nicolas s'élevait dans le 

* Le fils d^Aubin f'appelait Ivy : Aubin et Uy furent patrons , à différentes 
époques, de la localité : très rares dont les Brandifjens qui ont porté ces noms. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 449 

voisinage? Ajoutons que le filet d'eau qui forme la limite de 
Brandivy et de Pluvigner, traverse les deux prés et arrive à 
la fontaine située dans Pluvigner. Donc la chapelle pouvait 
également se trouver sur le territoire de cette paroisse. A 
cela, il n*y a qu'une objection, c'est que les moines avaient 
établi dans l'église môme de l'abbaye, une confrérie de Saint- 
Nicolas. On peut y répondre : les moines avaient transféré 
la confrérie dans l'église abbatiale, après la démolition de la 
chapelle qui lui servait de siège. S'il en est ainsi^ la chapelle 
de Saint-Nicolas ne devait pas ôtre une chapelle seigneuriale, 
à moins qu'elle ne fût dans le principe la chapelle des barons 
de Lanvaux. 

Ce serait peut-être le lieu de dire un mot du Goh IliSy que la 
tradition assure avoir été l'église primitive de Plumergat, 
b&tie en remplacement d'un temple païen et dédiée à sainte 
Agathe. Une sorte de terrasse couverte de trois ou quatre 
tumulus, la présence de deux grosses pierres, celtiques ou 
non, sur la plus importantede ces buttes, le nom même de Goh 
llis, tout annonce évidemment que quelque chose d'extraor- 
dinaire s'est passé en cet endroit. Mais on ne le saura jamais 
au juste, à moins que des fouilles n'obligent ces monticules 
à livrer leur secret. En attendant qu'un amateur fournisse les 
fonds nécessaires, occupons-nous de Saint-Laurent. 

Chapelle frairiale de Saint- Laurent. — Ainsi qu'on l'a déjà 
dit, la chapelle de Saint-Laurent faisait^ jusqu'en, 186?, 
partie de la paroisse de Grand-Champ. Son annexion à 
Brandivy ne laisse pas d'être assez naturelle. La localité 
a, de temps immémorial, rendu un culte au saint martyr. 
Nous en avons pour garant d'abord le témoignage de l'abbé 
Ciiiard, qui dit : Brandivy, hameau; patrons : saint Yvy^ 
saint Laurent', puis l'établissement très ancien au bourg de 
Brandivy, d'une foire en son honneur. Cette chapelle était et 
est encore frairiale. « Les frairies forment comme une division 
territoriale, basée sur un sentiment religieux, des traditions 
de famille et des usages locaux ; elles ne se. retrouvent que 

T. VI. — NOTICES. — Vl« ANNÉE, 4* LIV. 30 



Digitized by 



Google 



450 BRANDIVY 

dans les pays qui parlent breton ou qui le parlaient avant le 
neuvième siècle. » Partant de ce double fait, M. le comte de 
l'Estourbeillon ne craint pas d'affirmer leur identité avec les 
anciens clans bretons. Mon dessein n'est pas d'approfondir 
ce sujet, une autre digression m'attire, elle n'est pas moins 
propre à piquer la curiosité du lecteur. 

C'est en effet le seul village de Grand-Champ qui ait pris 
le nom du patron de la frairie en le faisant précéder du terme 
saint : Sant, Les autres villages qui ont pris le nom du pa- 
tron, l'ont fait avec un qualificatif celtique, par exemple : 
Bran-Divy, Loc-Berhet, Loc-Pabu, Loc-Miquel, Loc-Maria, 
Loc-Meren, et pour donner un exemple de plus, bien qu'il 
soit situé en dehors mais à proximité des limites de l'an- 
cienne paroisse de Grand-Champ, Loc-Gueltas. 

Or à quelle époque a-t-on commencé à négliger la termi- 
nologie celtique pour adopter le terme sant ? Voici l'explication 
qu'il est possible de donner à cet égard. 

Dans les dix premiers siècles de l'Église^ les fidèles 
appelaient les saints par leurs noms, sans qualificatif; le 
terme saint, seuit, n'était pas à la mode : on disait : Laurent^ 
Julien^ Rémi ; et non : saint Julien^ saint Laurent, saint Rémi. 

A partir du X* siècle^ la mode paraît changer. C'est que 
sur la fin de la seconde race des rois de France, commence à 
s'établir la coutume de donner au baptême des noms de saints*. 
C'était sûrement un moyen d'attirer sur les enfants leur 
protection ; c'était un moyen non moins sûr d'exposer souvent 
au mépris des noms vénérés : grave inconvénient auquel il 
importait d'obvier. Le sens chrétien et populaire ne demeura 
pas à court ; pour distinguer les bienheureux entrés dans la 
gloire de ceux qui, sur la terre, portaient leurs noms sans 
toujours imiter leurs vertus, il imagina de leur appliquer, 
dans le langage ordinaire, le terme révérentiel sai7it. Telle 
me paraît être la vraie raison, l'origine réelle de l'usage qui 
nous occupe. 

* Longue val. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 451 

Deux causes ont contribué au XIP siècle à le généraliser. 
D'abord, une certaine douceur de mœurs qui s'est répandue 
à cette époque de restauration civile et religieuse, dans toutes 
les classes de la société : on comprend en effet qu'un peuple 
poli aime à se servir de termes polis pour désigner les 
personnes qu'il juge dignes de sa vénération. 

Ensuite, la défense portée par Alepcandre IH d'accorder ù 
personne les hoaneurs d'un culte public, sans l'autorisation du 
Saint-Siège; au Pape est réservé le droit exclusif de déclarer 
bienheureux ou saint un serviteur de Dieu. Ces termes 
acquièrent de la sorte une signiticàiion plus précise: ils 
deviennent inséparables du nom du chrétien que le Pape a 
placé sur les autels et propose pour modèle au monde. 

Voilà pour la France et pour la chrétienté en général. 

Pour ce qui est de l'Armorique, certaines observations sont 
nécessaires. Comme ailleurs, on disait Tuai et non saint Tuai. 
Une légère différence concernait les vocables. Tantôt le nom 
du patron d'une localité s'employait sans qualificatif comme 
Guénin, Guettas... tantôt on l'accompagnait d*un de ces 
termes celtiques : Plou, Guic, Land, Ran, Bran, Loc ou Lot, 
Ker, comme Plou-Guigner, Land-Pabu, Mel-Ran . . De plus 
l'ancien usage s'est prolongé jusqu'au XII® siècle. Du moins 
la terminologie celtique paraît s'être maintenue jusqu'alors. 
On s'accorde à reconnaître que c'est vers cette époque que 
le mot Plou a cédé la place au moi paroisse et que la plupart 
des autres termes tombent en défaveur. La disparition de la 
terminologie celtique paraît un indice d*un changement 
parallèle qui s'opère dans le langage. Outre les raisons géné- 
rales que nous avons signalées tout-à-l'heure, ce changement 
s'explique en Bretagne par des raisons spéciales. 

Avant le XII*' siècle, les saints prolecteurs de la Bretagne 
élâient en général d'origine bretonne ou armoricaine. Tant 
qu'ils s'en tenaient aux vieux saints du pays, nos pères ne 
se pressaient pas de leur appliquer le terme sant\ on était de 
la famille et on ne se gênait pas pour appeler chacun par 
son nom. 



Digitized by 



Google 



452 BRANDIVY 

A partir du Xll* siècle, ce sont les saints d'origine étran- 
gère qui remportent\ La plupart des chapelles qui s'élèvent 
depuis lors empruntent leur vocable à Téglise grecque ou 
latine. Ces saints nous arrivent escortés du qualificatif 5a?i/. 
A mesure que des chapelles se fondent en leur honneur, il 
est tout naturel de conformerle vocable à l'usage régnant. Cet 
usage aurait donc commencé chez nous par les saints 
étrangers; on Ta peu à peu étendu aux saints d'origine bre- 
, tonne ou honorés d'un vieux culte dans le pays. C'est ainsi 
que non-seulement l'emploi des termes celtiques a cessé en 
Bretagne, mais encore qu'ils ont été maintefois transformés 
en faveur du nouveau qualificatif^ par exemple Loc-Goual en 
Pluvigner est devenu 6«m/-Goî/a/; Ker-Arfna, Satités-Annay 
Lot-Yvyj Sainte- Avùk\ 

Mais le breton a la tôle dure, et il ne renonce pas aisément 
à ses vieilles habitudes. Pendant que de nombreuses chapelles 
se construisent sous le vocable de Saint-Colomban, Saint- 
Laurent — . quelques autres conservent certains qualificatifs 
celtiques. 11 suffit de mentionner, outre les nombreuses cha- 
pelles de Loc-Maria et de Loc-Miquel répandues un peu 
partout, Lûc-Jean en Ker^ignac et en Moréac, Loc-Adour ou 
Amadour en Kervignac, Loc-Perrech en Locmariaquer, Loc- 
Perhet en Grand-Champ, Ker-Goual en Plœmel. Cela prouve 
que le terme tant est loin d'avoir remporté une victoire 
absolue, que le peuple s'obstine dans son antique simplicité. 
Ce qui le prouve encore mieux, ce sont deux chapelles cons- 
truites en PluvJgner, au XVI* siècle, sous le vocable de 
sainte Brigitte et de saint Mériadec le peuple ne laissa pas 
de les désigner par le nom des titulaires, de dire simplement 
comme par le passô : Berhet, Mériadec. 

Cet usage avait des racines si profondes qu'il s'est conservé 
jusqu*ànos jours. Est-ce qu'on ne dit pas encore couramment 

* LtBcau««s «n soût : L'affaiblissement graduel de la natonalité bretonne, 
rinvaiiion progrt^ssive des mœurs françaises, rinfluence des Croisades, la 
fiÂcesmtâ di> remplacer les reliques que les Normands avaient détruites ou 
dïsporsées.*'* 



Digitized by 



Google 



BRANDI V Y 453 

en breton : Damb de Verhet, allons à Brigitte? Damb de 
Veriadec, allons à Mériadec? Damb de Vihuy, de Verthé- 
lamy, de Viquel ? Est-ce qu'on a cessé de prononcer i7w Patern, 
ilis Pierre ha Paul (en Brech) ! On voit qu'à Tégard des saints 
dupays, Tomission du terme en question se pratique aisé- 
ment. Pour ce qui est des saints étrangers, il y en a peut- 
être dont Iç peuple prononce le nom avec une telle familiarité : 
Je ne les connais pas. Et à l'exception des saints apôtres Pierre, 
Paul et Barthélémy qui appartiennent d'ailleurs à l'église 
universelle plutôt qu'à une église particulière, du glorieux 
saint Michel qui s'est pour ainsi dire brelonisé par son 
apparition sur le mont Tumba, de la Vierge Marie qui est 
notre Mère, de Magdeleine dont le nom est devenu synonyme 
de certains établissements de salubrité publique, il parait 
avoir«été de mode depuis longtemps de faire précéder le nom 
d'un saint étranger du terme exprimant sa sainteté. 

D'après ces principes, il est tout naturel que la vieille 
église érigée à Brandivy en l'honneur de saint Laurent^ 
soit désignée sous le nom de « sant Laurence. » Je ne sais 
pas la date de sa construction. Peut-être serait-il facile^ en 
se basant sur des renseignements généraux, de la fixer 
d'une manière approximative. J'y renonce, et je préfère 
mettre au jour les circonstances qui en ont accompagné la 
fondation : elles entrent de plain pied dans le domaine de 
la légende. On rapporte qu'à Kerbignon s'élevait d'abord 
la chapelle du saint, les habitants résolurent un jour de la 
démolir pour en bâtir une neuve sur une éminence voisine. 
Mais ils comptaient sans leurs bœufs devenus indociles aux 
ordres de leurs maîtres, ces braves animaux prirent d'eux- 
mêmes le chemin qui conduit à la chapelle actuelle et déchar- 
gèrent en ce lieu les matériaux. La vérité est que la charrette 
versa; et c'eût été un vrai miracle qu'elle ne versât pas dans 
un casse-cou pareil. Môme histoire pour Saint-Servais en 
Plumergat, bâti dans im bourbier. Gomme la charrette 
s'embourbait toujours, le paysan pensa que le saint 



Digitized by 



Google 



•iOi URANDIVY 

voulait y avoir sa chapelle; et pourtant, peut-on faire autre 
chose dans un bourbier que de s'y embourber? Il serait aisé 
d'ailleurs de produire des exemples sérieux en faveur de 
l'instinct de? animaux qui ont joué un grand rôle, non seule- 
ment dans Téreclion des chapelles, mais encore dans l'inven- 
tion des reliques ou des statues des Saints. Pour Thonneur 
de son nom et la gloire de ses serviteurs, le bon Dieu a bien 
le droit de se servir de tous les instruments. 



IV. — CROIX 

Concurremment avec ces nombreuses chapelles, sept" croix 
en pierre et une en bois érigées sur divers points du terri- 
toire, attestaient avant 1789 la prise de possession du sol de 
Brandivy par le christianisme. Quatre autres ont été cons- 
truites postérieurement à la Révolution. 

La plus importante, sans contredit, de ces dernières est la 
croix de mission érigée au cimetière de Brandivy, le 2 juillet 
1837, par les soins de M. Carado. ' 

La croix qui se dresse à la bifurcation du chemin qui mène 
au moulin de Scoôc, porte la date de 1818. Elle est due à un 
meunier de la Grandville, désireux de témoigner à Dieu sa 
reconnaissance d'avoir échappé à un danger qui menaçait 
sa vie. On prétend qu'à l'endroit où elle s'élève, le meunier 
qui s'attardait quelquefois dans l'unique auberge du bourg, 
rencontrait un lutin qui lui faisait régulièrement la conduite, 
jusqu'au pont dit Pont erLan où il s'efforçait de le précipiter 
dans l'eau. Une fois môme, le lutin eut la complaisance de 
le conduire jusqu'au moulin pour y faire un vacarme épou- 
vantable. Dans sa détresse, le malheureux meunier eut re- 
cours à M. Chanio qui lui conseilla sans doute la plantation 
de la croix. 

C'est également pour se délivrer de bruits et do tapages 
nocturnes, qu'il y a une cinquantaine d'années, on a érigé 



Digitized by 



Google 



BRANDÎVY 455 

la croix du Tolgoët. Un homme y menait une vie si scanda- 
leuse que le démon se mit de la partie ; et c'est par la croix 
seule, qui a la vertu de mettre en fuite l'esprit malin, que 
Ton parvint à débarrasser le village de cet hôte désagréable. 

La croix du Cordier^ qui s'élève entre trois chênes, m'avait 
paru dans le principe plantée contre le druidîsme et en rem- 
placement de quelque monument celtique : idée suggérée 
par le souvenir d'un magnifique dolmen que j'ai remarqué 
sur le chemin de Plaudren à Saint-Jean-Brévelay, entouré 
de trois chênes. Informations prises, il'a fallu en rabattre de 
ces prétentions et lui attribuer une origine plus modeste. Un 
paysan du Cordier, vers 1830, trouva une pièce de cinq francs, 
et s'engagea à ériger avec cette somme une croix. La chose 
devint aisée , puisqu'il fit lui-môme le travail , et comme 
le champ voisin s'appelait le champ des trois chênes, il planta 
autour de la croix trois chênes qui lui ont donné son nom. 

La croix dite de Landévant se dresse dans la lande de Mou- 
quinio. En ce qui concerne l'emplacement et une partie des 
matériaux, cette croix est antérieure à la Révolution ; elle 
lui est postérieure dans sa forme actuelle. C'est qu'elle a été 
abattue pendant cette période néfaste et reconstruite au re- 
tour dfe l'ordre. La croix proprement dite, fut posée sur une 
haie, un peu au-delà de l'entrée du bois de châtaigners qui 
forme l'avenue de Kergal ; elle y est encore*. 

Sur les sept autres croix antérieures à la Révolution, trois ont 
réussi à dépasser le centenaire de 1789 : une d'elles s'élève dans 
les terres de Kerhézo ; une autre, sous le nom de croix de Deul- 
laderiy à l'est du Foliorch'; la troisième, sur une haie voisine 
de la motte féodale de Bihuy. Quatre croix ont disparu dans 
le courant du siècle. M. Douillard, mort l'an passé, a emporté 



* Quelques ans attribuent la croix de Landévant à un jeune homme de la 

paroisse de Landévant, qui faillit être assassiné en cet endroit. Faut-il les 

en croire? On sait que le peuple cherche et trouve atout une explication. 

Au village du Foliorch est une vaste carrière d'où la tradition assure 

qu^ontété extrait en partie les matériaux de la .tour de Sainte-Anne. 



Digitized by 



Google 



456 BRANDIVY 

en 1885 celle du cimetière. Architecte de Tég^lise paroissiale, 
il l'avait demandée et facilement obtenue pour prix de ses 
travaux. Elle orne en ce moment l'entrée de l'avenue de 
son château de Beauregard, en Saint-Avé. Une autre se voyait 
sur le chemin charretier de Kerican au bourg, elle était 
en bois ; la troisième, au nord de Kergal sur la butte du Tout- 
Du; la quatrième auprès du taillis de Rohu. Il reste encore 
de cette dernière la pierre de recouvrement dans laquelle 
était planté l'arbre de la croix ; et cette pierre que les pillards 
ont épargnée, portée dans la haie voisine, est transformée en 
passerelle. Je ne sais rien de la date ni des circonstances de 
leur érection. 

De toutes ces croix qui précèdent la Révolution, une seule, 
la croix de Rohu, se dressait dans le voisinage d'une voie 
ancienne, la voie de Locminé à Auray. 

Faut-il conclure de ce voisinage d'une voie ancienne à la 
haute antiquité de la croix dont il s*agitP Le fait est qu'au 
moyen-âge, l'érection des croix avait lieu généralement sur 
les grands chemins, et que cette règle, en raison de leur 
salutaire destination, offrait peu ou point d'exception au 
douzième siècle : c Si quelqu'un, dit le concile de Clermont 
en 1095, poursuivi par ses ennemis se réfugie auprès de 
quelque croix sur les chemins, il doit y trouver un asile as- 
suré comme dans une église'.» C'est pour ménager de ces 
asiles aux voyageurs, observe Longueval, qu'on avait érigé 
d'espace en espace des croix sur les grands chemins. 

Me sera-t-il permis d'ajouter que certaines croix marquaient 
môme des cimetières, comme il résulte d'une ordonnance 
rendue en 1116 par Jean, évoque de Saint-Brieuc, pour pres- 
crire aux paroisses de faire des cimetières, et pour interdire 
les inhumations auprès des croix placées sur les grands 
chemins ? 

* Réminiscence des temps paTens de Rome, où Tesclave menacé par son 
maître trouvait un refuge assuré dès qu*il pouvait se placer derrière la statue 
de remi)ereur. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 457 

Toujours est-il que la disposition du concile de Clermont 
ne contribua pas peu à les multiplier à une époque où les 
guerres locales, si meurtrières, étaient à Tordre du jour. 

La grande peste qui décima TÀrmorique et surtout la Basse- 
Bretagne en 1598, a poussé également à Térection de croix 
nombreuses. Celles-ci furent appelées (Croez er vocen) parce 
qu'elles firent reculer le fléau. Mais on aurait tort de pré- 
tendre, avec un auteur, que toutes les croix qui ornaient jadis 
les carrefours datent de celte époque. La vérité est qu'on a 
planté bien des croix avant les ravages causés par cette 
peste* comme on en a planté depuis. Est-ce que Térection 
des croix ne tient pas à la nature môme du ciiristianisme, 
fondé sur la croix du Calvaire ? 

Si rien ne prouve que la croix de Rohu est due à cette peste, 
rien ne s oppose cependant à ce qu'elle remonte au dix-sep- 
tième siècle. Elle s'élève en effet au bord d'une bifurcation 
de la voie ancienne qui passait à Test de Ménétavid. Or cette 
voie nouvelle, manifestement creusée pour tourner la côte, 
des titres nous la montrent pratiquée dès 1673*. 

Quoiqu'il en soit, il est étrange que sur les trois grandes 
voies qui traversaient anciennement Brandivy, on ne puisse 
signaler que la croix de Rohu^ Les autres s'élevaient au bord 
de sentiers ou de chemins particuliers, à part celle de Ker- 
hézo, dressée en plein champ. 

Parmi les vieilles croix qui restent, celle deKerhézo seule, 
est à peu près intacte ; celle de Folioreh est passablement 
mutilée, et celle de Bihuy sans pied. Les restaurations de 
croix. Dieu merci, sont à l'ordre du jour. Les zélés recteurs 
s'occupent avec un soin pieux, dans leurs paroisses respec- 

' Saint Budoc érigeait des croix par les boargs et chemins. Saint Brieuc, 
de retour en Grande-Bretagne, en plaça une à Tendroit où saint Judoc 
rendit la vue à un aveugle 

* Peut-être lors du transport de pierres qui s*est fait, si la tradition est 
exacte, du Folioreh k Ker-Anna. 

s Je n'y comprends pas celle du bourg, qui faisait partie du cimetière situé 
à proximité du hent Conan, 



Digitized by 



Google 



458 BRANDI V Y 

ti ves^ non-seulement à ériger des croix nouvelles, mais encore 
à relever celles que la malice des hommes ou les ravages 
du temps ont renversées. Cette dernière œuvre n'est pas la 
moins méritoire. Ces vieilles croix en ruines datent souvent 
de tant de siècles î Tant de souvenirs intéressants peuvent s'y 
rattacher I 

V. — CLERGÉ 

Ce qui précède fait assez voir que rien n'a manqué à Bran- 
divy de ce qui est nécessaire pour donner à une localité une 
physionomie religieuse. Mais Tâme, le principe inspirateur 
. du culte, le clergé en un mot, nous n'en avons pas encore 
parlé. Il est temps d'aborder cette étude qui doit terminer la 
première partie : Brandivy ecclésiastique. Mon dessein est 
d'accorder à chaque prêtre une petite notice, ou à défaut de 
notice, une mention particulière*. Tous ont été à la peine, il 
convient que tous soient à l'honneur. Comme en outre la 
Trêve est une dépendance de la paroisse et que les curés de 
Brandivy n'ont exercé le ministère dans la localité que sous 
la direction des Recteurs de Grand-Champ, ce ne sera pas un 
hors d'œuvre de citer, au moins dans une note au bas 
de la page, les noms de ces derniers, ni même d'orner cette 
sèche nomenclature de quelques faits remarquables qui ont 
signalé leur administration. Tel est l'objet de cet article. Le 
lecteur voudra même me pardonner si quelques erreurs iné- 
vitables se glissent dans cette énumération. 

Martyr anonyme des Sept- Trous 

Un prêtre de Brandivy portait le viatique au village des 
Granges. Au moment de quitter le Parc-au-Duc pour entrer 

* Les détails qui vont suivre sur les curés de Brandivy ont été . tirés ou 
des archives tréviales^ ou des arcJiives départementales^ ou du Fouillé de 
M. Luco, ou sont dus à rextrême obligeance de l'auteur du Fouillé. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 459 

dans le bois des moines, deux hommes s'élançani d*un coin 
où ils étaient embusqués, lui barrent le passage et réclament 
la sainte hostie. Avant de tomber entre leurs mains, le prêtre 
par bonheur a le tempsdelaconsommer. Furieux de cette action 
et dans l'espérance impie de commettre encore la profanation, 
les barbares se hâtentde couper la tôte du prêtre , laquelle sau- 
tant sept fois fait sept trous où Therbe ne poussa jamais. Un 
bourgeois incrédule de Vannes, pour mettre la légende à 
répreuve, a fait bêcher le sol : le lendemain les sept trous 
reparurent aux regards étonnés. Comme la surface de la 
terre présente l'apparence d'une tombe, j'ai dirigé des fouilles 
en cet endroit dans l'espoir de retrouver quelques restes du 
martyr. Les fouilles n'ont pas donné de résultat. 

Si son corps ne s'y trouve pas, sa bienfaisante influence 
ne laisse pas de s'y faire sentir. Les malades, les fiévreux en 
particulier, accourent de toutes parts au lieu de la sanglante 
immolation. Les nombreuses croix de bois plantées en terre 
en guise d'ex-vo/o^ ainsi que la voix publique, attestent que 
le saint prêtre, martyr du devoir et de l'Eucharistie, n'est pas 
invoqué en vain. 

La tradition est unanime sur ces divers détails. Où git la 
difficulté, c'est de préciser l'époque à laquelle remonte le 
cruel événement. Le peuple assure d'une commune voix que 
c'est sous la Révolution. Mais laquelle ? Il ne peut être 
question de celle de 89, puisque le prêtre qui desservait Bran- 
divy à cette époque est mort en 1821. Il s'agirait d'une Révo- 
lution antérieure à celle-là, comme me l'ont insinué deux 
vieillards, dont les parents sont nés et ont vécu dans le voi- 
sinage des Sept-Trous. Les circonstances du crime font 
penser au seizième siècle, fameux par les attentats sacrilèges 
des huguenots, qu'une haine satanique semblait animer 
contre la divine Eucharistie. C'est pour cette raison que la 
série des prêtres de Brandivy s'ouvre par le martyr des 
Sept-Trous. 



Digitized by 



Google 



460 BRANUIVY 

1618-1626. — Rolland AuBBRT, curé. Diacre à Vannes le 
20 décembre 1614 Dimissoire du 15 décembre 1615, pour 
recevoir la prêtrise. 

1626 1639. — LouYS Le Cheviller, curé. — Lacune dans les 
registres de 1639 à 1653. 

1653-1662. - Jean Guillart. De. 1614 à 1618, un Jean Guil- 
lart était prêtre à Brech. J'ignore si c'est le même person- 
sage. 11 cesse d'être curé en 1662 pour devenir prêtre 
demeurant à Brandivy. La Trêve comptait de son temps deux 
autres prêtres : Jean Perrin, originaire de la paroisse de 
Rieux et résidant à Brandivy, et Gilles Ryo, originaire de 
Grand-Champ et prêtre de la Trêve. Le bon Gilles Ryo ! il 
enregistre souvent ses baptêmes de la sorte : « flls légitime et 
naturel ». Il ne se doutait peut-être pas que quand un flls est 
légitime, il est aussi naturel, mais non vice versa. Il devait 
être chapelain de Kergal. Louys Lamour qui apparaît en 1660^ 
lorsque disparaît Tabbé Ryo, remplaça Jean Guillart comme 
curé*. 

1662-1667. • Louys Lamour, curé. Originaire de Naizin, 
chapelain de Kergal. Je crois qu'il passa de Brandivy à 
Grand-Champ pour devenir, de 1690 à 1695, recteur de Saint- 
Vincent. Brandivy avait toujours ses trois prêtres, le curé 
Lamour, Jean Perrin et Jean Guillart, auxquels venait se 
joindre de temps en temps François Perrel, originaire de 
Plumergat et « prêtre de la communauté de cette paroisse ». 
Il y avait des Perrel en Brandivy. 

1667. Yves Papillon, curé. — De 1668-1674, nouvelle lacune 
dans les registres. 

• Hecteup de Grand-Champ : 1589-1622 ; — Bertrand Ctuymarho ; 1622- 
Î624 ; — Bertrand Gujmarho neveu du précédent : 1624-1625 ; — Claude de 
Kerméno : 16n«1625 ; — Julien le Mordant : 1646-1669 : Michel de Moissac : 
« le premier jour de juin 1669, fust posée la première pierre en la tour de 
réalise paroissi.ile de Grand-Champ, et béniste par Michelle de Moissac, coii- 
8?iller, aumônier du roy, chanoine d'honneur de l'église cathédrale de Vannes 
et recteur de Grand-Champ. {Archives départementales). 



Digitized by 



Google 



'W^ 



BRANDIVY 461 

1674-1675. — C'estQuillaume Audo qui fait tous les baptêmes 
Il soussigné : prôtre de Brandi vy et curé de Grand-Champ. * 

1675-1676. — Julien Nicolazo. Il signe indifféremment 
prêtre de Brandivy et curé de Brandivy. — Je ne sais pas 
trop si c'est à titre de curés ou de simples prêtres délégués 
que ces deux derniers ont exercé le saint ministère. 

1676-1681. — François Lamour, curé. C'est le môme qui 
s'était servi des édifices d'une tenue qu'il possédait à Bihuy 
en 1680, pour y fonder une chapellenie. — Pendant ce temps, 
Olivier Le Cam et Nicolas Raguenez se disent prêtres dé la- 
dite Trêve. 

1681-1687. Olivier Jéhanno, docteur de Sorbonne. Julien 
Jéhanno, son frère, également docteur de Sorbonne fait de 
son temps plusieurs baptêmes à Brandivy. Julien devint rec- 
teur de Lanvaudan en 1689 et y mourut en mai 1700'. Olivier 
Baniel exerçait aussi le ministère sous Olivier Jéhanno. On 
retrouve plus tard Olivier Baniel, curé de TIle-aux-Moines, 
puis de 1699 à 1707, recteur de Sulniac. C'était un des mis- 
sionnaires du diocèse. 

1687-1688. —Joseph Maillart, curé. Après la disparition 
de Joseph Maillart (avril i688), François Riguidel, Julien 
Oliviéro et Michel Séveno font successivement le service de la 
Trêve, jusqu'à la fin d'avril ou au commencement du mois de 
juin où arrive René Fablet comme curé. 

' Charles le Bel, recteur de Grand-Champ. 1669-1688. 

« Le 17 juillet 1683, fut enterré le corps de Julienne Pan, femme de Marc 
Brien, meusnier des moulins de Kerrio, laquelle étant morte subitement 
ayant cependant fait une confession générale, autant que le temps le peut 
permettre et receu rextréme-onction, fut ouverte en notre présence pour lui 
tirer deux enfants, pas plus longs qu'une paume de main, qui receurent le 
saint baptême ; les ayant vu remuer et en vie : lesquels ont été inhumes sé- 
parément du corps de leur mère et placés parmi les enfants que nous croions 
dans la gloire, parce qu'ils sont morts avant Tusage de raison^ après la ré- 
ception du saint baptême. » 

Signé : Charles le Bel, recteur de Grand-Champ. (Arc/iice*' départementales). 



Digitized by 



Google 



462 BHAN'DIYY 

1688-1700. — René Fablet, curé. 11 y avait des familles de 
ce nom en Brandivy. Je ne sais pourtant pas s'il y est né. Nous 
trouvons encore sous ce curé, Olivier Le Cam, puis Vincent 
Fravalo dont il sera bientôt question. 

1700. — Victor Gargasson, curé. — Mort à 37 ans le 27 
juillet 1700, et enterré le lendemain près de l'autel. 

1700-1701. — Vincent le Guelnout, curé; devenu en (1703- 
1704) curé de Mouterblanc. 

1701-1702. — Guillaume Pommeraye, curé. 

1702-1710. — Henri Le Coustumer, curé. Dimissoire du 18 
septembre 1696 pour recevoir le sous-diaconat à Saint-Malo: 
prêtre au Mené le 6 mars 1700; chanoine de la collégiale 
de Guémené, pourvu par l'ordinaire le 16 mai 1714. 

1710-1719. — Julien Oliviéro, curé. En 1719, il devint curé 
de Grand-Chaiiip, où il mourut à 71 ans le 18 septembr^e 1755 ; 
il fut enterré le lendemain au cimetière « très digne prêtre et 
ancien curé. » 

1710-1730. — Vincent Fravalo, curé. Ordonné prêtre au 
séminaire le 19 septembre 1693. 11 mourut à 71 ans le 3 janvier 
1631 et fut enterré le lendemain au cimetière*. 

Sous Vincent Fravalo, Pierre Le Roy signe prêtre de Bran- 
divy ou de Téglise de Brandivy. 

ilôi'ilSS, — Pierre Le Roy, cure, fils de Louis et de 
Louise Le Douarin, de Naîzin, tonsuré et minoré au Mené 
le 24 septembre 1718; au Mené encore, sous-diacre le 
3 juin i719; diacre le 25 mai 1720; prêtre le 21 septembre 

* Recteurs de Grand-Champ : 1G88-1696, Charles Geduin de la Doblaye. 
— 1696-1715 : Hyacinthe Morice Thierry de la Prévalaye. « On ne saurait 
assez pleurer la perte d'un si grand homme n'étant guère avancé en ù,ge. 
Dieu, a voulu récompenser ses grandes charités à Tégard des pauvres. Etant 
allé le voir en 1705, sa gouvernante meditqu^ily avait quelquefois à. sa porte 
plus de 500 pauvres » {Note du rect, de iSaint^Vincent). — 1713-1737 : François 
Le Dré&u,' originaire de la paroisse. 



Digitized by 



Google 



BHANDIYY 463 

1720. On le retrouve curé de Moustoir-Remungol en 1744. 
Prieur commendataire de Saint-Nicolas-du-Blavet, il mourut 
à Naizin et y fut enterré le 18 août 1756. De son temps, et 
sous le curé suivant, Jean Brient, prêtre auxiliaire. Il y avait 
beaucoup de Brient à Brandivy; j'ignore pourtant si Jean 
Brient en est originaire. 

1733-1740. — François Le Dréau, flls d'Yves Le Dréau, 
notaire des Regaires et de Largouôt, et de Françoise Le 
Thieis, de Grand-Champ, tonsuré et minoré au Séminaire le 
23 septembre 1719; là, sous-diacre le 7 juin 1720 ; diacre au 
Vincen le 19 septembre 1*722 ; prêtre au séminaire le 13 sep- 
tembre 1723. Il fut plus tard chapelain des dames de la Re- 
traite à Vannes, recteur de Landévant et de Carnac où il 
mr.urut le 7 avril 1756. — Manquent les années 1730 et 1740. 

1740-1743. — Jagqubs-Alexis Le Tallec, fils de François et 
de Louise Pichodon, né dans la partie du bourg de Quim- 
perlé qui appartenait au diocèse de Vannes, reçut tous ses 
ordres au Mené, tonsuré et minoré le 19 septembre 1733, 
sous-diacre le 18 septembre 1734 ; diacre le 24 septembre 1735; 
victorieux au concours du 28 mars 1743, il devint recteur de 
Plumelin où il mourut âgé de 3V ans, le 16 août 1750. II fut 
inhumé le lendemain au cimetière de sa paroisse. De son 
temps, Ch. Le Boulaire, prêtre auxiliaire. 

1743. — Chrystophe Le Boulaire, flls de JuKen et d'Y- 
vonne Ferel, né au Feuntenio (Brandivy), le 9 février 1710 ; 
tonsuré et minoré et sous-diacre au Mené, le 26 mars 1735 ; 
au Mené encore, diacre le 17 mars 1736, et prêtre le 21 sep- 
tembre 1737. Il mourut à Brandivy le 8 septembre 1743 et fut 
enterré le 10 près de la croix du cimetière {voir plus haut), 
La croix dont il s'agit orne actuellement l'entrée de l'avenue 
de Beauregard, en Saint-Avé, comme on Ta déjà indiqué. 

1744-1749. — François Thomazic, flls de Charles et d'Yvonne 
Conan de Locmaria Grand-Champ; tonsuré et minoré au 



Digitized by 



Google 



4fU BRANDIVY 

Mené le 23 septembre 1730; au Mené aussi sous-diacre le 
17 mai 1781, diacre le 7 juin 1732, et prêtre le 24 avril 1734. 
11 fut curé de Locmariade 1736 à 1744. En octobre 1748, Alain 
Pouliiiuen apparaît comme prêtre de la Trêve*. 

1749-1750. — Alain Pouliquen, curé. Il mourut au manoir 
de Kergal (Brandivy) où les Pouliguen étaient fermiers, le 
21 août 1750, à Tâge de 38 ans. Le lendemain il fut inhumé 
au cimetière. 

1750-1754. — Thébaud René-Duvau, curé, fils de Jean-Jo- 
seph et de Marguerite Charpentier de Saint-Salomon (Vannes); 
minoré au Mené, 30 mars 1748; au Mené, sous-diacre le 21 sep- 
tembre 1748, diacre le 15 avril 1749, prêtre le 20 septembre 
1749. Il était simple prêtre à Theixen 1764, lorsque, le 13 août 
de celte année, Tévêque le pourvut de la chapellenie de Saint- 
Julien en Berric. 

1754-1759. — P. M. Prigent, curé. 

1759-1761. — Augustin Barday, fils de Marc et de Françoise 
Le Métayer, de Bubry, et neveu d'Augustin le Métayer, rec- 

' « Recteur de Grand-Champ (1782-1749) : Claude Vincent CiUard de 
Kerampoul, fils de François, sénéchal de Rhuys, né le 10 août 1686. « L*an 
de grâce 1747, le 30 novembre, fut faite par nous messire J. F. Henri de 
Jumel, abbé de Belle-Perche, grand-chantre de la cathédrale et vicaire général 
du diocèse, la bénédiction et nomination solennelles, premièrement de la 
grosse cloche de la paroisse, pesant environ 1442 livres, nommée Angélique 
fie Saint^TugdtAal ; secondement de celle de la chapelle de Burgos, pesant 
environ 340 livres, nommée Rose de SairUe^Marie du Burgos ; troisièmement 
de celle de la chapelle domestique frairienne du château de Kerleguein, 
presbytère de cette paroisse, nommée Marie de Saint-Gobrien : Toutes trois 
sans compères ni commères, ayant habilement prétexté qu*on en avait dté 
leurs armes, qui n*y avaient point été mises ; les dites bénédictions et nomi- 
nations en présence et aux acclamations de tous les paroissiens et des 
soussignants. 

Signé. Joseph Evain, curé ; P. Jocet-Kervilers ; Claude- Vincent Cillard de 
Kerampou), recteur de Grand-Champ. 

Le 29 avril 1749, inhumation dans le cimetière de Grand-Champ, de messire 
Claude-Vincent AUart, décédé le 27 au presbytère de Locminé, la levée du 
corps ayant été faite et le renvoi dudit Locminé jusqu^au presbytère 
Grand-Champ, par le sieur Evain, curé de ladite paroisse, et le sieur du Tay, 
prêtre de la même paroisse. (Archives départementales). 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 466 

teur du Plélauff, tonsuré à la retraite des hommes, le 2 fé- 
vrier 1755 ; minoré à Tévéché, le 16 mars 1755; sous-diacre 
au Mené, le 20 septembre 1755 ; au Mené diacre, le 3 avril 1756; 
prôlrc à la retraite des hommes, le 18 septembre 1756, rec- 
teur de Meirand, où il mourut, âgé de 60 ans, en 1790. 

1761*1764. — Mathurin Le Gorvig, curé. Dis de Jean et de 
Jeanne Margarin^ de Saint-Jean-Brévelay ; tonsuré à la re- 
traite des hommes, 14 janvier 1753 ; minoré et sous-diacre 
au Men'é, 21 septembre 1754, diacre à Tévôché, le 16 mars 
1766; prêtre au Mené, le 20 septembre 1755. En 1774, il 
devint recteur de Merlevenez. Ayant refusé da prêter ser- 
ment en 1791, un arrêté du directoire départemental lui 
donna trois jours ainsi qu'à son curé Guillemot pour quitter 
Merlevenez et se rendre à Lorient où il fut interné. Le dis- 
trict d'Hennebont le qualifle : « fanatique imbécile mais point 
caché; il dit à qui veut l'entendre que t#ut patriote est 
damné*. » 

1764-1784. — Claude Plaissix, curé, fils de Guillaume et de 
Françoise Le Ray, de Noyal-Muzillac, tonsuré à la retraite 
des hommes, le 4 septembre 1758 ; prêtre au Mené le 19 sep- 
tembre 1761. En janvier 1797, il vivait caché en Noyal-Mu- 
zillac, se défendant par écrits, affiches, contre les accusa- 
tions de violences portées contre lui, par exemple d*avoir 
frappé du bâton ceux qui payaient Timpôt, les prêtres 
soumis à la loi... En 1802, il devint recteur d'Houat et prêta 
serment le 21 octobre de la même année. 

Je relève sur le registre cette note du curé Plaissix en 
présence d'un enfant à baptiser « les uns écrivent Le Ray, 
les autres Le Roy ; choisissez : le père ne sçait lequel 
prendre » Ce père n'avait pas d'idée. L'embarras se pourrait 
à la rigueur concevoir de nos jours ; mais en ce bon vieux 

* François Dréano, recteur de Qrand-Ghamp de 1749 à 1760 ; Yres Morgan, 
recteur de 1760 à 1763. 

T. VI. — NOTICES. — VI® ANNÉE, 4« LIV. 31 



Digitized by 



Google 



466 BRANDIVY 

temps, tout autre à sa place eût d'emblée et sans la moindre 
hésitation choisi d'être : le Roy. 

1783-1786. — Guillaume Briendo, originaire de Grand- 
Chamip, fils de François, laboureur, et de Magdeleine Esnery 
(alias Mathurine Hémery), ordonné prêtre en septembre 1774. 
Du temps de Briendo et sous le curé précédent, la Trêve 
comptait un autre prêtre, Michel Pouliquen ; né au manoir 
do Kergal le 7 mai 1746, il décéda le 15 novembre 1785, chez 
son père au village de Troguern et fut inhumé le 17 au 
cimetière* . 

1786-1802. '— François Udoux ou Udou ou Turudoux ou 
Uroudoux, né à Plumelin le 26 mars 1741. L'enregistrement 
des décès et des naissances cesse avec 1790. 

On sait cependant d'une façon certaine qu'il desservait la 
Trêve l'année suivante. Des ordonnances de paiement déli- 
vrées par le directoire en 1791 « au profit du sieur Udoux, 
vicaire de la Trêve de laBrandivy »ne laissent aucun doute à 
cet égard*. Il la desservait encore en 1792, comme le prouve un 

* Louis-Raoul, sb Pluicbliau recteur de Grand-Champ de 1763 à 1794. — 
22 avril 1764, Bénédiction par messire Louis Raoul de la cloche de la cha- 
pelle de Saint-Michel, nommée Françoisê-Yvonne de Saint^Miehel ; — 9 mai 
1769^ bénédiction par le même de la seconde cloche de iravail deLocmaria; •» 
12 octobre 1777, bénédiction par le même de la seconde cloche paroissiale de 
Qrand-Ghamp. 

Sous Tadministration de Tabbé Raoul, de nombreux forfaits furent commis 
dans la paroisse de Grand-Champ: — 1775, poursuite contre les assassins 
de Marc Robinot en la paroisse de Grand-Champ ; — 1776, poursuite contre 
les meurtriers de Jean le Gleuher; — en 1783, contre Julien Le Turnier du 
Bourg de Grand-Champ accusé du meurtre de Jacque le Treste, en 1785 ; 
enquête relative à un vol commis dans Téglise paroissiale. Le recteur Raoul 
crut devoir lui-même écrire une lettre en faveur d*un prétendu Iraudeur. 

Brandi vy n*en fut pas exempt* Une petite fille fut exposée dans la nuit du 
19 au 20 juin 1774 et baptisée le 24 juillet sous condition. Jamais on n*a pu 
découvrir ses coupables parents. ^ Tugdual Robino fut trouvé mort le 4 
octobre 1785. Il fut enterré le lendemain avec la permission des juges de 
Largouëi. On crut à un assassinat. 

' A propos des mandats de paiement^ il est curieux de signaler les pro- 
cédés dont usait le directoire à. Tégard des chefs de paroisse. Après la spolia- 
tion du clergé, il était accordé à chaque recteur un traitement fixe de 1200 
livres. Comme Tancien système des dîmes et impôts continuait en 1790, 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 467 

recours en décharge d'iippôts non justifiés qu'il adressa le 4 
février au directoire du district. Voici la réponse qui lui fut 
faite : « Vu la lettre du sieur Udoux, curé de la Trêve de 
Brandivy , du 4 février dernier, par laquelle il se plaint d'avoir 
été imposé à la municipalité de Grand-Champ à la somme de 
30 livres pour capitation ; attendu qu'il a été imposé 3 livres 
au rôle de Brandivy et qu'il a payé suivant la quittance ci- 
jointe; vu les observations de la municipalité de Grand- 
Champ du 13 de ce mois... le directoire a déchargé Udoux 
de la somme de trois livres à laquelle il a été imposé au rôle 
supplétif des fouagesde Brandivy, arrêta au surplus qu'Udoux 
paiera les sommes de 10 livres et de 18 livres auxquelles il se 
trouve imposé au rôle supplétif de la capitation pour les six 
derniers mois de 1789 et au rôle de la capitation de 1790 » 14 
avril 1792. 

le directoire dans le courant de Tannée suivante, calculait du fond de son 
cabinet les dépenses et les recettes de chaque titulaire, et d'an trait de 
plume ramenait le traitement au taux légal. 

En Toici deux exemples. 

Comptes du Heur Plaissix, curé de Plouhamel. 

Recettes : 1579 liyres. ^ Dépenses : frais de récoltes fto Ut. 

— Portion congrue du Ticaire. . 350 

— Vingtièmes et fouages. . . 72 

Total : . 442 Hv. 

L'Etat lui reste rederable de 163 livres nécessah'es pour compléter le trai- 
tement. 

Comptes du sieur ' QuériCy recteur de Plumergat, 

Recettes : 2964 livres. — Dépenses : frais de récoltes 200 liv. 

^ Portion congrue de 2 vicaires. . 700 

— Vingtièmes. ....... 49 

Total 949 liv. 

Le sieur Quério reste reliquataire à TEtat de 8ib livres, laquelle somme il 
lui est ordonné de payer de jour à Fautre entre les mains du receveur du 
district. 

Les simples auront peut-être envie de s*extasier devant ces beaux scrupules 
d'égalité. Qu'ils répriment leur envie ! On sait que ces mêmes administrateurs, 
alors qu'ils réservaient toutes leurs faveurs aux intrus, menaient 
contre Dieu, ses temples et ses fidèles ministres, une Traie guerre de sauvages : 



Digitized by 



Google 



468 BRANDIVY 

Il n'en pouvait être autrement. Il s'agissait d'un prêtre 
dénoncé dès 1791 pour ses sermons contre la constitution 
civile du clergé, et condamné de ce chef à plusieurs reprises, 
avant septembre 1792, par le tribunal civil de Vannes. Quelle 
idée aussi avait l'abbé Udoux, prôtre insermenté et réputé 
hostile aux institutions républicaines, de se plaindre d'un 
déni de justice ! A l'époque pu nous sommes, ses pareils ne 
pouvaient plus se considérer comme citoyens français : ils 
étaient tout simplement matière à déportation ; et parce que 
le peuple, blessé dans tous ses sentiments religieux et 
patriotiques prenait naturellement parti pour les proscrits 
contre les proscripteurs, voilà que le clergé non assermenté 
est rendu responsable de tous les troubles qui agitaient le 
département. Messieurs, dit le 7 février 1792 un adminis- 
trateur devant le Directoire,il n'est plus temps de se dissimuler 
que la tranquillité publique est menacée... Les prêtres seuls 
sèment la division... ils trouvent et égarent le peuple. » Le 
procureur syndic s'écrie à son tour dans la séance du 16 mars 
1793 :« La journée d'hier .nous a prouvé que le fanatisme 
était le mobile des gens de la campagne, égarés par les 
prêtres non assermentés et non déportés. Quelles grâces le 
district de Vannes n'a-t-il pas à rendre aux citoyens qui sont 
parvenus à arrêter quelqu'un de ces prêtres pernicieux! 
de ces êtres, la cause des troubles qui nous agitent! 
Cependant ces citoyens demeurent sans récompense, no- 
tamment ceux qui ont arrêté, dans Séné et presque au 
moment de l'insurrection, un prêtre et un sous-diacre... 
Le décret du 14 février accorde cent livres d'indemnité 
à ceux qui arrêteront des prêtres qui doivent être dé- 
déportés. » Conclusion ! Il requiert qu'on accorde 100 livres 
au détachement qui a opéré ces arrestations. 

Les menaces n'avaient pas le don d'émouvoir l'abbé Udoux. 
Il resta vaillamment à son poste, se bornant pour remplir 
plus aisément les devoirs de son ministère à user de certaines 
précautions que nous avons ailleurs indiquées. Sa fière atti 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 469 

tude, à moins qu'il ne faille attribuer ce sobriquet à des habi- 
tudes de langage que je ne connais pas, lui valut d'être sur- 
nommé Er meut. Je ne sais pourquoi, lors de la réouverture 
des églises^ il ne fut pas maintenu en place, ni ce qu*il devint 
après le Concordat. Il mourut simple prêtre en 1821. 

1802-1806. — Claude Plaissix, premier recteur de Brandivy* 
Claude Plaissix, fils de Guillaume, couvreur, et de Jeanne 
Le Barillec, originaire de Noyal-Muzillac'. Curé de Baud et 
victorieux au concours, il prit possession, le 20 février 1781, 
de la cure de Plouhamel qu'il administrait encore au moment 
de la révolution. Le 13 février 1791, le maire de Plouhamel 
annonce au procureur syndic d'Auray que le recteur et Joseph 
Le Borgne, son curé, ont refusé le serment à eux demandé en 
ce jour dans la sacristie par la municipalité. La dénoncia- 
tion n'eut pas. de suites graves pour le moment. Le 19 juillet 
suivant, deux commis des douanes nationales l'accusent 
« dans une agression par lui faite au sieur Le Pèvre, tambour 
des grenadiers du neuvième régiment, d'avoir traité de 
canailles et de scélérats les membres de l'administration dé- 
partementale... » Là-dessus le directoire qui n'aimait pas foute 
vérité, prend la mouche « arrête qu'il sera intimé à Plaissix 
de quitter dans les vingt-quatre heures sa paroisse, pour se 
retirer dans trois jours en la ville de Lorient, faute de quoi il 
sera conduit hors du département par la force...; arrête : 
a que les électeurs du district seront convoqués pour pro- 
céder à son remplacement. » L'assemblée électorale fut con-' 
voquée en effet, le 20octobre, dans l'église Saint-Gildas -d'An- 
ray. Son choix se porta sur le même M. Plaissix ; il refusa 
d'ôtrerecteur constitutionnel. Transféré à Brandivy, lors de 
l'organisation ofBcielle du culte dans le diocèse, il bénit, le 
1" avril 1804, sous le nom de Jeanne-Françoise, la grande 
cloche paroissiale, dont le parrain était François Bodic, du 
Pavision, et la marraine Jeanne Le Ray, du manoir de Kergal. 

' Différent de Claude Plaissix^ fiU de Gaillaame et de Françoise Le Ra> 



Digitized by 



Google 



470 BRANDIVY 

— M. Plaissix ne cessait de tonner en chaire contre le vice 
capital des bretons, et une force physique peu commune lui 
fournissait, au dehors, le moyen de mettre ses actes en har- 
monie avec ses paroles. A la vue des ivrognes, il ne se con- 
tenait pas, il tombait sur eux à coups de canne, à coups de 
fouet, ou à défaut de ces armes, à bras raccourcis, en criant : 
« Fitrej Fitrela ! C'est ainsi que vous vous ravalez au-dessous 
« des brutes? » (J'ignore ce que valaient les sermons de 
Claude Plaissix, quel effet ils produisaient sur les coupables 
en question. Il m'est avis, du moins, que pour opérer ce 
genre de conversion, son autre argument n'avait pas une 
moindre efficacité. Le 2 mars 1806, Jean-Claude Chanio, vi- 
caire à Pluvigner, prend sa place. Il exhibe à son prédéces- 
seur^ Tacte de son institution canonique et l'acte de prestation 
du serment de fidélité, prescrit,par la loi du 18 germinal an X, 
et le requiert, en vertu de la délégation épiscopale de le 
mettre en possession. Claude Plaissix dresse de la cérémonie 
un procès-verbal qu'il signe ex-recteur de Plouharnel. Plou- 
harnel lui tenait toujours au cœur. 

1806-1828. — Jean-Claude-Chanio. Originaire de Pluvigner, 
M. Chanio était allé en Portugal pendant la Révolution. II 
est devenu légendaire sous le nom de Dom YeharCy et sa mé- 
moire est restée parmi nous aussi bien qu'aux alentours en 
grande vénération. Il ne pouvait pas prêcher; sitôt qu'il 
ouvrait la bouche pour instruire son peuple, les sanglots lui 
coupaient la parole, il se contentait de dire à peu près comme 
saint Jean sur le déclin de ses jours: c Mes enfants, aimez- 
vous bien ; ne faites pas le mal, soyez fidèles à vos devoirs...» 

La maison des prêtres de la Trêve n'était qu'une pauvre 
masure^ semblable à la plupart des maisons habitées par 
les curés ou vicaires perpétuels, pendant que les titulaires 

* Ds.ni les temps antérieurs à la révolution, le mot dom était accolé au 
nom de baptême des prêtres sortis du temple tandis que les prêtres issus de 
la bourgeoisie et de la noblesse recevaient le titre de Monsieur, comme si 
les deux noms en définitive n*avaient pas le même sens. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY • 471 

des paroisses se prélassaient à Tabri de leurs beaux manoirs 
dans un doux farniente. Le lierre lui servait de toit et la pluie 
y pénétrait de toutes parts. « Mais, dom Yehan, vous ne pouvez 
demeurer dans une maison sans toit. Laissez-nous la recou- 
vrir. — Er mod ce (c'était, paraît-il, son propos) un jeune me 
succédera, et il bâtira un nouveau presbytère; pour moi, ce 
lierre me platt ; le merle y fait son nid et me recrée de son 
doux citant. » — La solitude lui allait bien, et il vivait en véri- 
table ermite. G*est lui qui balayait sa maison, si elle était 
parfois balayée ; c*est lui qui faisait sa cuisine et se donnait 
la peine d'aller dans les maisons voisines, un vieux sabot à 
la main, mendier un peu de feu. Ni cuisinier, ni cuisinière. 
Pourquoi cet embarras de ménage ? — Ce qu'on raconte de 
ses austérités paraîtra incroyable. Point d'oreiller sur sa 
pauvre couchette : uue grosse pierre en tenait la place ; sous 
ses vêtements un cilice, ur rochet ran^ disent nos paysans, et 
quel cilice, grand Dieu 1 un objet d'horreur ; à peine Teût-on 
osé toucher avec des pinces. M. Ghanio avait en effet ce trait 
de ressemblance avec saint Benoît Labre et d'autres per- 
sonnages religieux, plus communs qu'on ne croit ^ : Je veux 
dire qu'il s'était constitué le pasteur et le berger de sa ver- 
mine. Dès qu'une de ces affreuses petites bêtes paraissait 
au bout de ses manches, il s'empressait de lui faire rebrousser 
chemin : « er mod-cé^ disait-il, rentrez là-dedans, vous êtes 
bien là. » Non qu'il eût pour cela le culte de la vermine. Ce 
qui l'eût rendu sectateur du boudhisme qui défend à ses 
adeptes de mettre à mort les insectes acharnés sur eux. Dom 
Yehan les souflrait, les cultivait par esprit de pénitence, pour 
mortifier sa chair : et personne ne niera, je suppose, que 
ce ne soit là un genre terrible de mortification. Comme si 
les rigueurs ne lui eussent pas suffi, il s'appliquait à les aug- 
menter encore par le régime alimentaire le plus insipide qui 
se pusse concevoir. Du moment qu'un prêtre se charge de sa 

, Ck)mme ce Cordelier du quatorzième siècle dont la statue se dresse 
encore dans la cathédrale de Quimper, et plus récemment Tabbé Le Gloahec 
prêtre à Locmariaqner et, sous la réTolntion, fameux chef de chouans. 



Digitized by 



Google 



472 BRANDIVY 

cuisine, c*est une nécessité qu'elle soit médiocre. La cuisine 
de dom Yehan dépassait les bornes de la simplicité. Un 
seul, trait en donnera Tidée. Le fond du régime consistait 
en un hideux pain noir,, où grouillaient souvent les vers. 
Pour jBibsorber une aussi répugnante nourriture ce n'était 
pas trop en vérité de Testomac d'un dom Yehan. Il a donc 
bien raison de se passer de domestiques. Où rencontrer un 
personnel, pour arriéré qu'on le suppose, qui s'accommode' 
d'habitudes si peu humaines ? 

Pour y faire diversion, Dom Yehan aimait de temps à autre 
à s'asseoir à la table de ses paroissiens ; on cite telle et telle 
maison qui lui fournissait à peu près régulièrement un repas 
par semaine ; ou encore^ il couï^ait la campagne à la recherche 
des enfants, bergers et bergères, auxquels il apprenait à lire, 
refusant de les admettre à la première communion, si leurs 
progrès dans la lecture laissaient à désirer. En ce cas, il ne 
rentrait pas non plus pour manger ; il se rendait à la ferme 
voisine pour prendre part au maigre repas de la famille, quel 
qu'il fût. Il ne songeait pas à se montrer exigeant, encore 
qu'une bonne bouillie de mil obtint ses préférences. Tout ce 
qu'on lui servait d'ailleurs, sans ôtre somptueux, constituait 
manifestement un régal auprès de ce qu'il mangeait à domi- 
cile. — De telles excentricités aiguisaient la verve des con- 
frères ; les railleries en toute rencontre pleuvaient drû sur le 
malheureux: Pourquoi se singulariser de la sorte. Vit-on 
jamais un si horrible chrétien ?. . • Notre homme laissait dire 
et rire , et il ne continuait pas moins, en dépit des moque- 
ries, de servir son Dieu à sa manière. — Dieii avait béni le 
saint prêtre, en lui accordant, dit la tradition, le pouvoir de 
chasser les démons. 

Dom Yehan était devenu vieux. Quelques individus grin* 
cheux ayant porté plainte contre le vénérable pasteur, il dut 
donner sa démission Au désespoir de ses paroissiens, il se 
retira dans son pays natal, à Pluvigner,où il mourut le !•' sep- 
tembre 1829, à l'âge de 68 ans. 



Digitized by 



Google 



BRANDIVY 473 

iSZ^iSBS. — Julien Gàrado, natif de Qùénin, fut élu rec- 
teur en sa place. Il a bftli le presbytère de Brandivy avec les 
matériaux de la chapelle de Brenedan, tombée en ruines. Le 
2 juillet 1837, il procédait à Térection de la croix de mission, 
et le 17 septembre des stations du Chemin de la Croix. 
Le 17 septembre encore il exposait à la Vénération des fidèles 
une parcelle de la Vraie Croix avec un morceau du manteau 
de saint François d'Assise ; ces précieuses reliques lui avaient 
été données par M. Deshaies, ancien curé d*Âuray^ supérieur 
des Sœurs de la Sagesse. Démissionnaire en 1868, après avoir 
dignement administré sa paroisse quarante années durant, 
il est mort à Brandivy le 1*' mai 1872, âgé de 84 ans et a été 
inhumé au cimetière. Le souvenir de M. Carado est demeuré 
inséparable d*un long bâton, presque aussi long que sa per- 
sonne, qu'il portait au cours de ses voyages et promenades ; 
il s*en servait pour mesurer la taille des petits enfants. La 
plupart de nos gens se souviennent d'avoir été mesurés par 
lui. 

M. le Bouar qui succéda à M. Carado, délaissa bientôt 
Brandivy pour Landaul. Ce qui équivaut à troquer cinq centi- 
mes contre un sou. — M. Ehanno, à qui revient le mérite 
d'avoir, à travers une hostilité sourde ou déclarée, agrandi 
le presbytère et construit le jardin, fut nommé recteur en 1869; 
il mourut à Brandivy et fut inhumé à Plaudren, son pays 
d'origine. — Bn 1876, M. Le Fischer, mort et inhumé à 
Brandivy^ lui succéda. En 1884, M. Guidou, dont le zèle actif 
a rebâti Téglise paroissiale et approprié la chapelle de Saint- 
Laurent devint recteur de Brandivy. Une noble châtelaine 
qui a tant contribué par ses largesses à la reconstruction 
de l'édifice paroissial, a voulu couronner ses bonnes œuvres 
en fondant au bourg une communauté religieuse. Des filles 
de Kermaria viennent de prendre possession, le 11 avril 1890, 
de la maison qu'elle leur a destinée. Dès que les obstacles 
seront aplanis, elles ouvriront une école libre. 

L'insuffisance d'un seul prêtre pour le service de la paroisse 



Digitized by 



Google 



474 



BRANDIVY 



ayant été constatée, on résolut de créer un vicariat. En 1846, 
est arrivé comme vicaire Tabbé Chapelain, mort recteur de 
Saint-Géran ; en 1848, l'abbé Paul, aujourd'hui recteur de 
Theix;ea 1854, Tabbé Hervé, recteur actuel de Noyalo; en 
1871, Tabbé Tanguy, encore vicaire à Moréac ; le 20 septembre 
1874, l'auteur du présent travail. 

Abbé GuiLLOU 




Digitized by 



Google 




UN ABBl DE SAINT-AUBIN D'ANGERS 

(LE CARDINAL DE DENONVILLE) 
(1493-1 B40') • 



VII 



XXIV. — Rome, 28 septembre 1537. — L'évolution du Pape 
est un fait accompli. La menace continuelle des Turcs a 
obligé Paul III à se réconcilier entièrement avec l'Empereur, 
età signer une alliance défensive avec lui. On a célébré en 
grande pompe une messe papale, pour remercier Dieu de cet 
événement qui ramène un pea de sécurité dans Rome, et 
Ton fait des prières publiques pour obtenir la défaite et la 
dispersion de la flotte ennemie. Donc les Cardinaux ont pris 
part à cette manifestation religieuse, dans Saint-Pierre^ et, 
en sortant de l'église, est arrivée la nouvelle que les Turcs 
avaient été repoussés à Tassant de Gorfou, et que, s'étant 
rembarques précipitamment, ils retournaient àConslantinople. 
De son côté, Doria et ses vaisseaux, maltraités par la tempête, 
remontent vers Gônes. 

I Voir la livraison de mai 1890. 



Digitized by 



Google 



478 . . UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN D^ANGERS.. 

XXV. — Rome, 3 octobre 1537. — Le Saint Père se sentant 
débarrassé des Turcs, veut faire tourner son alliance avec 
TEmpereur au profit de la paix. Il veut la négocier lui-m6me 
entre Vienne et Paris, et quand il sera parvenu à réconcilier 
les deux monarques, il pourra enfin ouvrir le concile où 
l'urgence se fait sentir de traiter les affaires des Luthériens. 
Le Pape se rendra prochainement à Vicence, que la Répu- 
blique de Venise lui a offerte, et dont il va prendre posses- 
sion ; les Cardinaux raccompagnent et M. de Denonville est 
prié d'être du voyage. 

XXVL — Rome, 19 octobre 1537. « Le vingt-quatriesmedu 
mois passé tomba de nuit tant de foudre et tempête à Milan, 
qu'il n'est de mémoire d'homme d'en avoyr veu de semblable. 
Dieu veuille que ce soit un tel présage contre les Impériaux 
que ce fust contre nous, quand pareille tempeste tomba sur 
le château de Milan ! » Mais cet orage apporterait-il au con- 
traire la paix dans ses nuages menaçants ? On se prend à 
l'espérer, car les symptômes les plus sérieux commencent à 
se manifester dans ce sens. C'est Venise, d'abord, qui a 
rejeté les offres d'alliance de la Sublime Porte, et reste étroi- 
tement unie avec le Saint Père pour ménager les négocia- 
tions à suivre entre le Roi et l'Empereur. Elle a fait connaître 
à l'ambassadeur de France, M. de Rodez, ses intentions à ce 
sujet. Elle s'en est ouverte également à l'ambassadeur autri- 
chien. On en parle jusqu'à Vienne, où la reine Marie a de- 
mandé la mission d'aller en faire la proposition elle-môme à 
la reine de France, en Flandres. L'Empereur paraît disposé 
à la paix; épuisé d'argent et de soldats^ il voudrait pouvoir 
consacrer ce qui lui reste à la défense commune de la chré- 
tienté, contre les Turcs. Il chargera le Saint Père, une fois le 
principe de la paix accepté, de régler les conditions d'un ar- 
rangement, confiant en Paul III plus qu'en tout autre pour 
lever toute difficulté entre les parties ennemies. Voilà donc 
le Souveraiif Pontife devenu l'arbitre de la situation entre 



Digitized by 



Google 



UN ABBÉ DE SAINT-AUBIN D'ANGERS 477 

TEmpire et le Royaume de France. — Le bruit s'est répandu, 
dans les hautes sphères politiques, que Gharles-Quint ne 
serait pas éloigné de rendre le Milanais à François l*'. Mais 
cette parole n'a été dite qu'à la légère, c est un jalon jeté pour 
guider les négociations^ il ne faut pas y ajouter plus d'im- 
portance, et si le Roy veut parvenir à un traité avantageux 
il ne lui faut pas diminuer ses forces; qu'il les augmente 
plutôt et qu'il envoie de nouvelles troupes en Piémont, « car 
il n'y aura chose qui fasse venir l'Empereur plustot à la 
raison. » — Si la paix est faite, le concile sera convoqué à 
Vienne au mois de mai prochain. 

XXVII. — Rome, 23 octobre 1537. — l.es Vénitiens hésitent 
à faire la paix avec les Turcs ; ils attendent, pour accepter ou 
rejeter les propositions du Sultan, que la paix soit décidée ou 
la guerre reprise entre le Roi et l'Empereur. Si la paix se fait, 
ils continueront à faire partie de l'alliance du Pape et de l'Em- 
pereur contre les Turcs, mais à condition que le roi de France 
y entrerait. Dans le cas contraire, ils se tiendront sur la ré- 
serve, et ils ont fait connaître leurs sentiments à cet égard 
à Sa Majesté impériale. Gharles-Quinj; a répondu qu'il n'avait 
rien tant à cœur que la paix, et que pour l'obtenir plus aisé- 
ment, il irait, s'il le fallait, jusqu'à rétrocéder le Milanais à la 
France^ moyennant que le Roi rétablisse le duc de Savoie 
dans ses Etats. Le Souverain Pontife serait chargé de traiter 
de la paix dans ces conditions. Un événement récent et inat- 
tendu va précipiter les négociations, et peser plus activement 
encore sur les décisions du Pape et de la République. Le gé- 
néral des Vénitiens a été battu par les Turcs en Dalmatie, ce 
qui fait craindre plus vivement que jamais une formidable 
descente de Musulmans en Italie. — Le cardinal Gamberlin 
est mort après une maladie de sept jours, laissant cinquante 
mille ducats au Saint Père. 

XXVIII. — Rome, 17 novembre 1537. — La défaite des Vé- 
nitiens en Dalmatie a produit, comme on le craignait, une 



Digitized by 



Google 



478 UN ABBÉ DB SAINT-AUBIN D*ANGEHS 

démonstration offensive de la flotte turque dans l'Adriatique, 
Par bonheur les mauvais temps Tont obligée i quitter ces eaux 
peu sûres, et on la dit en marche sur Gonstantinople. C'est 
encore une panique de passée. Mais la Cour de Rome retombe 
dans son indécision, et la ligue contre les infidèles traîne en 
longueur. — « Cette ligue est en danger de s'en aller en fumée, 
parce que l'Empereur y vient fort froidement, demandant au 
Pape contribution de la tierce partie de la dépense. Sa Sainteté 
est toutefois contente de contribuer la dicte tierce partie, 
moyennant que l'Empereur et la seigneurie de Venise con- 
sentent que Sa Sainteté loue tel subside qu'il luy plaira sur 
le clergé de leurs pays. » Quoiqu'il en soit, l'Empereur ravi- 
taille ses armées e^t paie la solde. Il a fait passer d'Espagne, 
en grand secret, 150.000 ducats qui sont destinés à être remis 
au marquis de Quastfpour l'entretien des forces impériales. Le 
Pape, qui en a confié la nouvelle à l'Ambassadeur, ne dit pas 
si c'est contre le Turc et contre le Français que l'Empereur se 
prépare. 

XXIX. — Lettre du cardinal de Denonville à Monsieur le 
cardinal de Tournon, conseiller intime du roi François I". 

<c Monseigneur, nous avons esté tous consolez entendans 
par vos dernières lettres la bonne diligence qui se faisoit à 
préparer les forces du Roy pour faire passer de deçà, consi- 
dérant la nécessité de Pignerol et de Thurin, lesquelles 
places, ainsi que Ton nous dict par deçà, ne pourroient 
guères plus se soustenir ; et ayant communiqué à Sa Sainteté 
ce que vous nous en escryvez et ce que nous avons eu par 
lettres du Roy, touchant la qualité des forces et grandeur 
d'appareil. Elle nous a monstre de s'en réjouir estimant, 
comme elle dict, que cela puisse plus servir à conclure la 
paix que autre chose. 

c Et si Sa Sainteté, par le passé, nous a toujours monstre 
avoir désir de la dicte paix, maintenant elle en a monstre 
et monstre plus de semblant que jamais, se fondant princi- 



/ Google 




UN ABBÉ DK SAINT-AUBIN D' ANGERS 470 

paiement sur l'occasion qui se présente de l'entreprise du 
Turcq ; et ne fainct point de dire que celuy à qui il tiendra que 
la paix ne se face, vouldra estre cause de faire perdre ceste 
belle occasion à la chrestienté, et n'évitera que ung cfaascun 
se tourne contre luy ; et de f'aict, de sa part^ Elle se monstre 
délibérée en tel cas d'employer toutes ses forces spirituelles 
et temporelles contre le récusant la dicte paix, et tient que la 
seigneurie de Venise soit pour faire semblable déclaration ; 
et de faict, il est assez vraysemblable que icelle seigneurie 
ayant à continuer la guerre contre le Turcq, se trouvant en 
ceste nécessité, si elle ne peult avoir les deux princes en 
compaignie contre le Turcq, s'attachera de toutz pointz à celuy 
qui lui donnera son ayde et condescendra du tout à sa volonté. 
« Et voulant Sa Sainteté tout esclaircir duquel des deux 
vient Tempeschement de la dite paix, Elle désire s'abboucher 
et venir à parlement avec Tung et avec Vautre, dont Elle les 
envoyé rechercher par Messire Baltazar de Florence et 
Messire Fabio Mignarello, qui partirent d'