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Full text of "Revue philosophique de la France et de l'étranger"

Go ogle 



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PARAISSANT TOUS LES MOIS 
DiniQÉE PAR 

TH. RIBOT 



VINGT-SIXIÈME ANNÉE 



LU 



(JUILLET A DÉCEMBRE 1901) 



FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET €'•> 

i08. BOULKVARD S AINT-GEHilA IN. 108 



V 




Leland Stanford, 




REVUE 



PHILOSOPHIQUL 



DE LA FRANCE ET DE L'ÉTRANGER 




COULOHHIERS 
Imprimerie Paul BRODARD. 



REVUE PHILOSOPHIQUE 

DK U FRANCE KT DE LRïRANnrn 

f>AllâH»A)tT rOQI LU MM 

Dirigé* par TH. RIBOT 
Cliaciiio ntimAro aonsteni 

1" Pltul«uM spUcIp" di» fond ; 

t« Doi Ar « rcndufl dw nouTMmx ouvnatfca phtloiii 

phitfiiri fi' " : 

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^<t« pouvani »«fVir (Iv mmtcriaui 

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et BlrAinKpr, 33 franc» - I.n 1 .; m 

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FÉLIX AI.CAN. ÈDITBUK 



IIIULIUTUEIHE un PlIlLOâMPillB OOSTEMPODA»' 
H«CCBlf« |*Hbttr«tlaB» 1 

L'ANNEE SOCIOr.O(rIOU 

P.i n d» E. Dl • ' 



L'ANNÉE PlIILOSOPniUUE 

Puhllée Bon» N 'ii<-^'-f|r,ti ,\t> p PHjLQif 

AnclHM I ■ e. 

( wl. i.i-1 5 rr.i 



SOlnt Augustin, r^^ l^l'he JnUm m\un?l. I ml. in-ll (1« lA call«c- 

lion te* gmmt i tr. 

ilunr le prt'ient numéro.) 

Audition coiorée et phénomènes connexes obsonrès 

cbex des AcoIi«rs, [<«f J. m «^> ■•>• r ,..,., ^^ Cun^gt, iiu (;co4ti. 

\ volum» iu-li) 4 (p. 

JssïïT^uFTësïhëtlQUB àe Lotie, ;■..* % sitauihiv 

i volune In-lï 2 'r 



LKS BASES NATLRKLLKS 

DE LA GÉOMÉTRIE D'EUCLIDE 



I. — ISIHODUCTIOS. 

Dans la hiérarchie des connaissances IMaton assigne avec raison 
aux mathématiques une place intermédiaire entre les connaissances 
philosophiques et celles que nous acqui';rons par rintermêiiiaire des 
sens. Le philosophe présente lios posinlats, le matliéniiiticien eu 
déduit des propositions, le naturaliste dccuii', ùl'aiilodes iJOiceptions 
des sens, si tel postulat et, partant, telles propositions qui en ^■ont 
déduites, répondent à la réalité des choses, 

Quand la portée de nos organes des sens eut été con&idérablt'ment 
augmentée par l'invention du télescope, du microscope et d'autres 
instruments de pr-cision, et que, par suite, les méthodes d'invesli- 
galion, {jràceà l'application de l'analyse mathématique à l'élude des 
phénomènes physiques, eurent atteint un haut degré d'exactitude. 
les naturalistes purent accompiii- loiir tâclie avec un succès inespéi'é 
et ré.sf)udre maint prolilùnie do la vie et do l'univers. 

La question île l'originij de nos idées do l'espaee iif l'ut pni'iéo 
qu'au couiiiienuetnent du siècle deniitM' dans le dnniaine de l'iiives- 
tigatioii exacte, et plus s|)i''ciaUMnetit dans celui lio l.t psychulngie 
expérimentale. Le déhal si'-eulaire entre les écoles itliildsitpiiiques 
sur le proLIèiiie île respa<-e puitail eu r.'altti'- suree dilcuinn' : uns 
représentations géOuiélri<[nes sniit-elles hasées iiubjuiunritt sur 
l'expérience de nos oi'gaues des sens, ou nous .-out-ellis ili.nint't.'s par 
certaines idées et concepts iiilii'ieuts à rmtro es[trit. La (N'cisinu 
entre ces deux ultei-nalives ne [suuvait èlre donnée ipie par la 
p?\ehu-pliysioIogie. C'est aux ijhysinluj^istes aussi qu'aijpailenait la 
lijche de montrer pourquoi les sensations de nos ur|;aites ne 
rev-'-lent que des lormes géonn'triques détortuim-es. 

On sait, en ellet. avec quel sueeès d'éniinenls pliysiii!ojji.-.|es se 

>onl ulTurcés, au siéde dernier, de i-eiuplii- CLate t.H-lie. 11 sulliia ici 

de citer les- utjujs de l'uEkiuje, Joli, Mullei', honders, llidnilioll/. e( 

llering. Si pourtant ils n'ont [las réussi à donner une solution déliui- 

ToMK LU. — JiiLi.Er l'.mt. ! 



2 REVUE PHILOSOPHIÛtlK 

tive du problème, cela tient surtout à ce que leurs études se sont 
portées presque exclusivement sur le sens de la vue. Ainsi leurs 
solutions ne sont-elles valables que pour l'espace visuel. La vraie 
solution ne se trouvait ni dans le sens de la vue, ni dans aucun des 
cinq sens connus, mais dans un sixième sens, le sens de l'espace. 
Ce sens le plus primitif et le plus répandu a écbappé à l'attention 
des savants parce que son action est presque ininterrompue^ et que 
ses impressioiïs, toujours de la même nature et de Ut même intcnsitéy 
nous donnent des notions sur les propriétés invariables de Vespace 
infini de l'univers. Ses sensations sont celles des trois directions : 
la sagittale ou lougiludinale (avant et arrière), la transversale (droit 
et gauche) et la verticale (haut et bas]. Sur ces trois sensations de 
direction sont basées nos notions des trois étendues de l'espace et 
des trois dimensions des corps solides qui s'y meuvent. 

Les sensations de ces directions sont tes plus habituelles; elles 
sont si uniformes et si précoces que le plus souvent elles échap- 
pent à notre attention. Au cours de l'ontogenèse, peut-être même de 
la phylogénèse, elles sont devenues tout instinctives, inconscientes. 
Nous croyons aisément les notions de ces directions être innées, et 
même le physiologiste se demande à peine, d'où elles proviennent. 
Et quand on s'enquiert de leur origine, la réponse est toute trouvée : 
l'origine en est dans nos sensations de mouvement. Une simple 
réilexion montre pourtant l'erroné d'une pareille explication : la 
direction précède le moKvenient. La notion de la direction voulue 
doit déjà exister pour que les niouvemetits musculaires nous y 
dirigent. 

D'ailleurs l'expression, sensation de mouvement, est bien vague et 
indéterminée. Certaines sensations comprises sous ce nom n'exis- 
tent pas en réalité, et celles que nous percevons ne peuvent nulle- 
ment nous renseigner sur la direction du mouvement exécuté '. 

En réalité les sensations des trois directions fondamentales nous 
sont données par un organe spécial, ad hoc. Cet organe, comme 
mes études expérimentales poursuivies pendant trente années l'ont 
démontré, a son siège dans le labyrinthe de Voreille. 

En analysant de plus près les étranges phénomènes provoqués 
par Flourens, en opérant sur des canaux semi-circulaires, je fus par- 
ticulièrement frappé par la régularité absolue, avec laquelle une 
lésion ou une excitation d'une paire de canaux provoquaient chez 
l'aniïnal des mouvements dans le plan où cette paire était située. La 
situation anatomique des canaux semi-circulaires dans trois plans 

I. Voir le cha[»itre H de mon iHiiile (Ii3j. 



DE CTON. — RE LA CÈOHÉTHIE trEUCHOE 



3 



perpendiculaires l'un h l'autre, répondanL aux Lrois étendues de 
l'espace, avait également éveillé mon ntlentmn. Je suis bientôt par- 
venu, au moyen d'opéralions sur certains canaux, à contraindre les 
animauxi pigeons, grenouilles el autres, à n'exécuter leurs mouve- 
jiienls que clans des diri-ctions déterminées d'avance. Une position 
ijiaccoutumée de la lèteT arlïlîcielliïTnent produite, ainsi que des 
troubles daiis le champ visuel, provoqués ik l'aide de lunettes pris- 
matiques, occûLsionnèrent chez l'animal des désordres moteurs aita- 
lupues. 

Dès mon premier exposé de ces expériences j'émettais L'hypo- 
Ihèse *(ue le^ canaiix »eTni-çïrcu{aircf; jofidient un rôie itnpot'lant 
dan» h fonnaiion fh} nos twllons de l'espnve (I). 

La découverte de l'inlluence dominante qu'exercent les canaux 
semi-circulaires sur l'appareil moteur de ro'il (toute excitation d'un 
canal provoque des raouvumenls du globe oculaire, déterminés par 
l'axe lie ce canal), suivie bientiH (18711) de la démonstration que le 
labynnllie de l'oreille est à méuie d« déterniîner et de régler les 
forces d'innervation du système musculaire tout entier, confir- 
mcrenl la justestse de Vltijputhksi- de 1873 ('2i. Des recherches ulté- 
lieures me permirent enlln de démontrer délinitivenient l'existence 
dans te labyrinthe de l'oreiEte d'un organe particulier qui nous 
tournit trois sensations difTérentcs de Tespace, Les sensations de cet 
orjjaiie servent anx aiiiinaux à orienter leurs mouvements dans les 
(rois directions de l'espace et k localiser les oLjels dans le monde 
Mlérieur. L'homme les utilise en outre pour la formation de la 
notion d'espace ii trois étendues. L'ensemble des sensations de nos 
autres organes des sens, en tant qu'elles se rapportent à la disposi- 
Itoii dans l'espace des objets qui nous environnent et à la position de 
DOtrc propre corps dans cet espace, sont projetées sur un sjslème 
JdéoJ des trois coordonnées reclangulatres, fournies directement par 
les 0«iisaliuns du labyrinthe [3]. 

L'existence démontrée d'un tel organe rendait possible la solu- 
Ltion d'une [larlie de l'important problème de l'espace, de celle qui 
'jusqu'alors avait été l'écueil contre lequel venaienl échouer toutes 
les etplicalmns proposées par les philosophes et les mathémati- 
.ciens ; Pourquoi l'esprit humain se voit4l forcé d'arranger toutes ses 
r«ensiitionâ dans le cadre d''un espace â trois dimensions? 

Im possibilité d'appliquer les résultats de mes recherches k la 

>lulion entière du problème de l'espace était déjà indiquée dès 

^l'année i87S- Mais il était préférable de laisser peu h peu l'opinion 

s'hAbitucr à la nouvelle théorie, qui allaita rencontre des idiies reçues 

dtfpuua des milliers d'années. Il valait mieux, aussi laisser à d'autres 



4 REVUE PHlLO&OPKlQCe 

expérimcnlajeursr le temps de vérider et d'élargir les bases expéri- 
mentales de celle tht_^orie. L'exactitude matérielle de mes résuliats 
fut bienlôl coufirtnée de plusieurs eûtes. Ce nouvelles et impor- 
tantes constatatioDS sont même venues à l'appui de ma thèse. Je rap- 
pellerai, par exemple, les recherches d Yves Delage sur la funtUon 
des otocysies comme arganes d^orieniation, qui démontrèrent que 
chez les Invertébrés ces olocysles jouent le même rù!e que les 
canaux demi-cJrculaires chez les vertébrés; je Tavais déjà prévu dès 
l'année 187t< ' i4). La discussion ne portait pendant des années que 
sur l'interprélalion à dûnner ans phénomènes observés. Mais, grâce 
à de nouvelles investigaUons, un accord presque unanime s'est fait 
sur les deux faits dominants de ma théorie ; 1* le labyrinthe est le 
siège d'un sens spécial, en débats du sens acoustique, et ce sens 
sert à r Cl rien talion des animaux dans les trois directions de l'es- 
pace; 2' il exerce dans ce but une action déterminante sur la force 
des innervations de tout !e syti'ine musculaire. 

D'autre piirl, durant ces dernières années, ]a Géométrie des 
espaces nou-euclidJensa pris un esâortout ri fait inattendu, et le pro- 
blème de l'espace présente, grîloe ît cela un uspect tout nouveau. 
Les malliL-malicJens, qui depuis des milliers d'années s'etTuri;aient 
de recherclier des preuves pour les bases de la gèomèlrie d'Euclide, 
dont la eertilude ne tut jamais mise en doute par eux, firent subite- 
ment volle-tace. Pour la plupart des fondateurs Je lagéométrie non- 
euclidieune ces axiomes ne sont plus valables que pour des formes 
d'espace déterminées. De nouvelles lorines d'espace ont été imagi- 
nées par Loliiitulievsky et riiemann-Helmboltz auxquelles les 
axiomes d'Euclidc noseraient plus applicables. Pour ces rormesd'es- 
pace on revendique depuis, dans la solution du problème de l'espace, 
une valeur égale i celle de l'espace euclidien. 

En prenant les fondions du labyrinthe comme point de dépai-t 
pour la solution du problème de l'espace, nous avons donc dû 
accorder une altsntian toute particulière aux solutions proposcâ& 
par le.^ adeptes les plus éminents de la nouvelle géométrie o imagi- 
naire a. Nous avons été amené ainsi ù coiisai-TOr dans ce travail 
une étude du quelque étendue à la géomélrie uon-euclidienne, pour 
autant, bien entendu, qu'elle a Irait au problème général de l'espace. 



1. A rapiiclcr auasi les obscnnlïons de James, Slretif, Kreldl et auLres sur les 
3r)iin>â-ijkiml;!ti telles de BaviU sur les souris Jap4>nai8e3, tl« Lyon ■et Loeli sur 
les piuis&ujiâ. ctn. Un résume ccinipIeL de touLti^ ies recl]i:ri^lii;s Taile-silans ccUe 
directi'.'ii t-t^ trouve dans mon .irlick. le se^s ut l'espace, itatt^ le Itidioniiuirt 
tSe }'Ui/*uif(i<fie (1« l.:hiirles Ftichct, l. V. Mes recTierrLes. posl^rjcures â l'année 
]|lïa, Turciil publiées dnns ies iravuiiK S, Ti, ',, j), l) eL 10. 



I>E CYON- 



I>£ L,\. CbiUHLTniE U ELCLIJIE 



h 



La lâche principale de celle élude est de prendre pour base les 
/oQClîuns bien élablies du labyrinthe, afm de décider si les notions 
sensorielles des propriétés de l'espace extérieur s'accordent avec 
les pruposjiions de la géométrie d^EucIide ou avec celles de la 
gtomèErie de Lobatcbcvsky et de Hiemann-llelraholt^- Nous avons 
eotrepris celle Uiclie avec la conviction que sa solution est intime- 
in£nl liée h la solution du problème de l'espace lui-même. 



II. — J-irAT ACTUEL DU PHDBLÈUE: DR 1,'ESPACE. 



A. Lespace a-l-il une existence réelle propre, indùpendante de la 
matière qui se rneut en lui, ou s'identilie-t-il avec cette dernière? 

B. Sur quoi repose la. nécessité pour l'esprit huntain d'envisîiger 
Ve&pA.cù comme ayaul trois dimensions ; d'où vient rimpoËH^ibilile 
de disposer les impressions de nos sens sous une forme autre que 
celle forme géomAiri(]ue? 

C. Quelle est l'origine des axiomes géométriques d'Eucllde et sur 
quoi repose leur certitude apodicUque, puisque leur exactitude n'a 
jamais pu «'-tre dcniontrôe? 

hans €e5 trois questions tient tout le problème de l'espace, quels 
que soient les aspecla qu'il oit revêtus au cours des siècles. Des 
phi loso[) lies, des matltt''maticiens et des phyeiologisles on! cherché à 
résoudre de prèl'érence l'une ou l'autre de ces questions, selon le 
hiit spi^cial que visaient leurs recherches. Bien que le nombre des 
soluliutis soit incalculable uni peut les ranger sous deux catégories 
bien distinctes : les empiriques et les nalttu'sfcï. 

I^ocbe, qui renonça .^i donner une définition île l'espace et de 
rt-lenduc, aduietlail rt-xislence d'un véritable espace vide oli se 
meul la mulière. Notre connaissance de cet espace nous vient des 
expéncnoes de nos or-janes sensoriels, en particulier de la vue et 
liu louchi'r, Adversaii-e résolu dee idées innées, Locke peut être 
«xmsidérê comme le créateur de la théorie cnipirufue de l'espace. 

herkcley rejeta la nolioii d'un espace réel et préiendit que notre 
conC4>pliori de lespuce provenait d'expériences lournies par le mnu- 
vemenl : « Ksi-il pcig^ible que nous ayons l'idée de l'éleiidue avant 
d'avoir accompli des mouvements? En d'tiulres leiines, un homme 
qui n';i jamnis accofiipli do mouvements pourrait^il f^e représenter 
des objets situés Èi une certaine distance l'un de l'autre'.' (t-) u 
Ainsi formulées, ces deux questions contiennent déjà t'ji oco toutes 
le» salutioDs que donnent au problème les adeples modernes de la 
Ibéorie empirisle. tant philosophes et matiiêmaticiens que physio- 



6 REVUE PHILOSOPHIQUE 

logistes, à cette difTérence près que les physiologistes admetl 
pour la plupart la réalité de l'espace absolu. 

Kant fit faire ud grand pas au problème en formulant sa célè 
théorie aprioristique de l'idée de l'espace. Il la conçut à une épo 
déjà avancée de sa carrière. Kant admettait au début l'existé 
d'un espace absolu, tout à fait indépendant de la matière. Dans 
ouvrage paru en 1768 : liaisons premières de la différenciation 
objets dans l'espace, il regardait môme l'existence de l'espace objc 
comme une condition préalable nécessaire à l'existence de la matii 
Mais déjà en 1770 il formula une doctrine tout opposée qui tro 
son expression définitive dans la Critique de la raison pure (17i 
Celte doctrine domine encore aujourd'hui tout le problème ; nou; 
reproduisons telle que Kant la formula : 

1 1» L'espace n'est pas une notion empirique tirée d'expérien 
extérieures. Pour que je puisse avoir la sensation de quelque ch 
se trouvant en dehors de moi (c'est-à-dire dans un autre endroit < 
celui où je me trouve moi-même), comme aussi pour que je pui 
me représenter plusieurs objets h côté l'un de l'autre, autrement 
occupant des endroits différents, il faut que les représentations 
l'espace soient déjà au fond de mes notions. » 

« 2" L'espace est une représentation a priori qui est au fond 
toutes les notions extérieures. On ne peut pas se figurer qu'il n 
pas d'espace, mais bien qu'il n'y a point d'objets dans l'espî 
L'espace n'est pas un concept général de relations entre obji 
mais une pure idée. » 

Comme argument principal en faveur de l'apriorisme de n( 
idée de l'espace. Kant présente Vapodicticité des axiomes géoi 
triques qui passent pour absolument exacts, bien que cette exa 
tude n'ait jamais pu être démontrée... « car les propositions géoi 
triques sont apodicliques, c'est-à-dire qu'on a conscience de I 
nécessité, ainsi : l'espace n'a que trois dimensions; mais de te 
propositions ne peuvent être empiriques, ni tirées de l'expérienci 

La doctrine de Kant présente ce grand avantage qu'elle résout, 
parait résoudre, le problême de l'espace. Les trois questions forr 
lées au début de ce chapitre se trouvent résolues d'un coup. A 
on peut lui reprocher de n'être qu'une hypothèse, un postulat doi 
faudrait démontrer l'exactitude et, qu'en outre, elle n'explii 
rien. 

Un postulat l'out être d'une grande utilité au philosophe ou 
mathémalicien pour des déductions et des développements ul 
rieurs. Le naturaliste qui s'efforce d'expliquer le mécanisme 
phénomènes doit réclamer des preuves da bien fcmdé de ce postu 



DE CYON. 



DR LA Ct^UHËTRIE D'EUCUIIK 



Aussi recherchera'l-U avant tout l'origine et les causes organiques 
J* l'idée tl pyiori, 

U wîulton du problème opposée h celle de liAiil a été déve- 
loppée sysiéinaliquemenl au siècle dernier par J. Stuart Mill {{':>). 
Ui'll toiite:?te avec raison aux sciences malhématiques une certitude 
ïilus grande que celte présentée par les sciences expéri ment aies, 
l^lbéorles aux développemenls purement matliématitiues ont dû 
•l'abord élre confirmées par rexpérience pour pouvoir prétendre à 
1* utTlilude. Les détinilions gf'ornétriques ne présentent qu'une 
waclilude relative. Les axiomes sont, iil est vrai, admis par tous, 
mais n'en est-il pas de même pour beaucoup de vérités des sciences 
pirenieiu expérimentales'? Pour Mil) les définitions ne sont que des 
g'^'iwralisations de certaines perceptions d'objets extérieurs : le point 
6*tie minuiiurn wisibiir; la ligne, à dimension unique, est l'abstrac- 
^'otid'un trait h la craie ou d'un fil tendu; le cercle complet est la 
'*Cni(ltii;ti(ni lie la noupe transversale d'un arbre, Les détinilions 
géométriques ne peuvent donc prétendre quu une validité approxi- 
matjve. 

*^ïi rc-connalt aisément ce qu'il y a de risqué dans une pareille 
^Buin^nlHtion. Les définiltonsde la géométrie d'Euclide se rapportent 
^u point idéal sans étendue, à une ligne qui est une longueur sans 
'"eeur, il une droite idéale qui peut être prolongée à l'infini, etc. 
** points^ les lignes, les droites, etc. réds, sur lesquels se l'ont nos 
*P*riences ne possèdent pas ces propriétés. Comment alors de ces 
*P^riences grossières aurait-on pu -tirer des conclusions idéalisées 
^^duiniul à des axiomes absolunn-nt exacts? Pour échapper à l'ob- 
^ *^tîon, Sluarl Milt a recours h Tassûciation d'idées entre des notions 
-'•Jjuurs lices ensemble. Mais il doit reconnaître qu'il est très malaisé 
^ séparer de semblables notions, quand les sensations forrespon- 
*ntes ne se présentent jamais sèparémenl à l'esprit humain. 
., Néanmoins les pliilosoplies et les mathématicienst pour démontrer 
.^^figine empifirjtte de la géométrie sont contraints de recourir à 
**^^nlisafiQn des expcriences fournies par les objets réels. Une 
Y***ïUle idéalisation est-elle justiflable? « Les axiomes sont-ils tirés 
. ** l'expérience? demande F. Klein (16). On sait que Helm- 
^'l* sV.8t prononcé pour l'affirmative de la façon la plus catégo- 
. '^lUe, Touletois son explication semble, sous un certain rapport, 
^*-"OinpIi>ic. Quand on y réfiéchit, on admet volontiers, h la vérité, 
"^*^ l'eïpérience a;l une part importante dans la formation des 
***''>tn;cs, mais on remarque que Ileliuholt?. passe, sans l'examiner, 
- ' ■enl le point qui intére^e avant tout les mathématiciens. 

- .a^a il'uu procédé que nous employons dans toute discussion 



8 KEVUE PUILOSOPIIlQtlB 

théorique des données empiriques quelconques, et qui peut sembl^^ 
toute simple à un naturaliste. Ou, pour m'exprimer d'une manièr^^ 
plus géuérale, je dirai : Les résultats d'observations quelles qu'elle?. 
soient ne sont valables que dans des limites d'exactitude déterminée s 
et dans des conditions spéciales; en posant des axiomes noua reoo-' 
plaçons ces résultats par des énoncés d'une précision et d'une* 
généralité absolues. C'est sur cette c idéalisation > des données 
empiriques que repose selon moi la nature essentielle des axiomes, i 
Klein est donc loin de trouver toute naturelle XidéalHalion des 
expériences faites sur des objets réels. Il n'en admet la nécessité 
que dans la physique théorique. Mais les axiomes de la géométrie 
euclidienne jouissent d'une certitude absolue, tandis que les hypo- 
thèses de la physique théorique n'ont qu'une valeur temporaire. L'ori- 
gine de ces axiomes doit donc se trouver ailleurs et nullement dans 
l'idéalisation de faits empiriques. Tant de mathématiciens éminents 
de toutes les époques se seraient-ils appliqués avec autant de zèle à 
réchercher des preuves pour le onzième axiome d'Euclide si Vidéa- 
Ixsatxon d'expériences brutes avait été une base suffisante? A l'aide 
de quelques traits de craie ils auraient pu trouver des preuves en 
abondance. 

Ce défaut de cuirasse dans les théories empiriques a dû frapper 
les grands penseurs qui les soutenaient surtout pour échapper à 
la thèse de Kant. Ainsi, par exemple, Taine, après avoir essayé de 
déduire avec toute la rigueur possible nos idées géométriques des 
sensations de mouvements, aboutit-il ailleurs \i. une tout autre 
manière de voir : Le temps eut te père de l'espace, ce qui veut dire, 
sans doute, que la coïncidence des sensations analogues produit la 
notion de l'espace. Mais une pareille coïncidence peut tout au plus 
conduire à la notion de la distance, non ;i celle d'espace et moins 
encore d'un espace h trois dimensions. 

IH. — Les vobmes d'espace non-euclid[ennes et le problê.me 

DK l'espace 

Quelle est l'origine des axiomes de la géométrie d'Euclide et sur 
quoi repose leur certitude apodictique? Telle est la question dans 
l;i solution du problème de l'espace qui préoccupe surtout les mathé- 
maticiens. Le onzième axiome, dit des parallèles, a, dès l'antiquité, 
frappé les mathématiciens par son caractère particulier, c Pour la 
théorie des parallèles nous ne sommes pas plus avancés qu'ËucLide, 
C'e.st la partie lio}itense des mathématiques, qui tôt 0U.tard.deTlrmvj 
prendre un autre aspect », dit Gauss il'* " ■^ '■ ^'■ ^- ' ■"" ' ^ Hi H M hii 



DE CYON. — lUi U GÉOHCTHIE |i'eUCMI)E 



9 



"'Orne, ou, comme on le désigne a préseul, le cinquième postulat» 
«ï formulé L-hez Euclidi» comme suit: <c SI une ligne droite coupe 
<iiu\ autres lignes droites siluOes sur le m^me plan, en sorte qu'elle 
'sssedes angleâ inlérieurs du même côté, moindres que deux angles 
*?roî|s, ces deui lignes proEongées à Pinfini se rencontreront du coté 
Off Jes Jeu?c angles sont moindres que deux angles droits d. Comme 
OQ le voit, celte proposition Fondamentale ditTère des autres axiomes 
'lu'EucIiile a a^'ec raison prE'sentés comme a notions oonimunes n. Il 
abfâiuiri. ci\ appa.reQt:e du moinîs, d'être démaulré preuves à lappui, 
£.es lentatives faites pour trouver ces preuves ont abouti â la créa- 
tion de la. gconictrû: imaginaire ou la géométrie dr^ formes d'espace 
«o »* -eii4( il /in* I n es . 

^ous présenterotjs ici un bret'l)isiorii|ue de la foriiiation de celte 
gêoniétrio. pour autant qu'elle tûuclie direclGinenl au prublème de 
resp:ica. 

1-e cèk'Ljre m.iHiêniaticien Legemîre essaya de prou\er 1 axiome 
des parallèles en démontrant rcxactilude atisolue d'une pjoposittûû 
éfiuivalente : la somme des angles d'un triangle est égale L deux 
ï>»^'g'eâ droits. Il [éussit en eGFei à protivor que cette soriinte ne peut 
£»lre ;?(«.■) 'jntmlr- <:]\iQ deu\ angles drfiits. l'ar contre, cxs elTorts pour 
prouver qu'elle peut èire plus petite échouèrent. Vers -ItL'tO, le grand 
ïnattiéoialicK-n russe Lobatchesvky ['iU) tenta une aulre méthode de 
iJfjniiijslration. DiïvelniJiianl un puslulat opposé à cet a.vionle, il 
clierclm s'il ne se heurleruil pas à des contrad jetions insurmonlubEes 
et 'i'JI ne pourrait jias, parcelle voie, démontrer la validité de l'axiome. 
Ma là ses dL-dui:lions svnttïélitiues le conduisirent !t ce résuHat inat- 
tendj, rpi'^il n'existait pas de telles coiUradictions, En elîei, on pou- 
vait imaginer une l'orme d'espace, où la somme des angles d'un 
triangle était (jIus pelile que den\ angles droits^ oîi par coiiséquent 
i'axiomc d'Euchde et les théorèmes auxquels il &ert de base ne 
Beraientplus valables. Presque à la même époque ijue Labatchesvky, 
uncapibiiie d'artillerie hongrois, Johann Flulyai, ttuîdépar son père, 
arnî et ancien condisciple de Gaus^, arrivai! au ménie résultat. Ainsi 
fut créée la nouvelle géométrie Imaginaire. 

Dans la. seconde moitié du siècle dernier, la géométrie non eucli- 
dienne prit un nouvel essor quand, eu 1854, Riemann eut démontré 
la possibilité d'une troisième tortue d'espace, U[ie forme sphérique, 
oU l'axiome des parallèles J'Euclide est également inapplicable et où 
la somme lies angles d'un triangle peut être plus (jramitt que deux 
angle-^ droits. l>ans une variante de celte forme <l'espace. le dguz.ième 
axiome d'Kuclidc sérail égalenient inexact : deux droites y peu\'ent 
'fermer un esiiace, c'est-à-dire s'y croiser plusieurs fois. liieniann 



10 IlEVUE P|T|I.OSaP{IiatJE 

(31) ppiî pour base de ses déductions une expression algébrique, la 
mesure de courbure (RrCirnmungsmaass] qui serait le fondement 
essentiel de toule géométrie; c'est une expression jjar laquelle on 
donne la distance de deux points dans une direction quelconque, et 
eu premier lieu de deux points à une distance infiniment petite l'un 
de l'autre. Riemann pose comme axiome que dans tout espace où le 
libre mouvement de corps solides est possible, cette mesure de 
courbure a une valeur conatante. 

La l'orme d'espace dy Kieuiaou a surtout èt(^ étudiée parHelmholtz. 
Parlant des trois propositions sur le libre mouvement des corps 
solides' MetmhoUz f-labtit par voie de la géoroélrie analytique la 
grande portée de la mesure de courbure de Hiemann. Helmhollz a 
également accepté comme axiome le postulat posé par Hiemann que 
l'espace pouvait être considéré comme une grandeur de dimensions 
multiples (Zahlenmannigtaltigkeit). Le résultat dominant des raison- 
nemeiits analytiques de Heimbolt?. fut que les différences entre les 
diverses formes de l'espace se caractérisent par leur mesure de 
courbure Knjmmungsmaass). Par une conférence retentissante faite 
à Heidelberg en 1871.' (19), il sut attirer l'attention générale du monde 
savant sur la iiûu%'elle géométrie. Celle géométrie non-euclidienne 
admet donc aujourd'hui comme ègaletiient possibles trois formes 
d'espace. Elle les caractérise de la manière suivante ; i" la forme 
euclidianiw, on l'axiome des parallèles est exact, et où la somme 
des trois angles d'un triangle est égale à deux angles droits et la 
mesure de courbure est égale à zéro; 1" l'espace de Lobatchevsky, 
où la somme des angtes d'un triangle est jtlus pelite que deux droits; 
la mesure de courbure a un s'tyne négallf\ II" l'espace de Rie- 
mann-IIetniliùUz, où la somme des angles d'un triangle est pins, 
tjrande que deux droits et où la mesure de courbure a un signe 
positif; dans une variaute de cette forme deux droites pourraient 
aussi renfèrniar un espace. La forme d'espace d'Euclide est, selon, 
Riemann, un eapact-pian; la forme de Lobatchevsky est désignée 
par Heltrami sous le nom de pseudo-sphérique ; la forme de Uie- 
mann-Helmboltz est l'espace sptiérique- 

La création de la nouvelle géométrie devait forcément influencer 
la solution du problème de l'espace. Gauss, qui avait déjii entrevu la 
possibilité d'une géométrie indépendante du onzième axiome, avait 
même prédit qu'elle aurait pour coiiséquence la solution de ce pro- 



1. Ces propusÊlions, cr>[iiniG l'a (lèmDnLrÉ !c proTesseur Wassilief (de Kflsao}, 
sont idenliquffs à. i^c-IJes iloml, s'ii'lail déjà servi avec sui^cÈ», en JSSO, un phi- 
losophe allemand, Ueberweg, pouf dtduiru tes basca de la géomélrie par \oie 
nnalyUique (IBI. 




DE CYON- — JiE LA CliOMÉTRIE ii'EtCLIDE 



41 



Uème, ou au moma qu'elle lui donnerait un aspect tout nouveau. 
OlBis la partie de sa correspondance qui traite de la nécessité d'une 
géâiD'^trie non-eur,lidionne, on trouve de nombreuses indications sur 
la manii^re dont celte solution devra s'opérer. Nous en reproduirons 
quelqu6g-une&. Il écrit à Olbers ('28 avril 1817} : k Je me persuade 
de plus en plus que la nécessité de notre géométrie ne peut être 
démontrée, du moins par L'esprit d'un homme à Teâprit d'un homirie. 
Peut-tlttre dans la vie future comprendrons-nous cfi qu'il nous est 
irafKissibledecomptendre maintenant, la nature da l'espace. Jusque-là 
nous deoona comparer la iJéométrie- à la Mécanique etnon à VAriih- 
mirtiçut', (/ui nnl fuudt-^e sur dvs combhtatsoiia à priori ». 

Il résulte du passugn en italiques que Gauss ne recoiinuissait pas 
& ia géoniL'trie une origine aphoristique. Il s'en tenait plutût à 
l'opinion que Newton formulait en ces termes : 

« Fundatur ij<itur (leometria iii praxi MechaDJca et isihil aliud) 
quatn Mechanicae universalis par:^ illa quae artem mensurandi accu- 
rate propoEiit ac demoustrat. » 

c ... Je ne sais pas si je vous ai df\jà exposé mes idées k ce sujet, 
écrivait Guuss à Liyssel. le 29 janvier Ib^O. 

« Ici ausâi j'^ii consolidé plusieurs points, et ma conviction s'est 
encore rallérmie qu'on ne pourrait sintplement déduire la géomé- 
trie it pAnri n... « Nous avouerons avoc humilité, (.-ci'it-il au inéJïie, 
le 9 avril IKIlO, que si le nombre est un pur produit de notre esprit, 
l'espace est pour notre esprit une réalité à laquelle nous ne pouvons 
eertainetnent prescrire des lois ù prioiù (17, p. 201). 

En plusieurs endroits Gauss se pronojice iietleinenl contre la 
doctrine de Kant. uoliimment dans sa lettre â Woirgang de Bolyai 
|6 mars 18:^i). «,„ L'impossibilité de décider à priori entre ^\ de S. 
prouve de la façon la pJus claire que Kant avait tort d'affirmer que 
l'espace n'était qu'une forme de noire intuition. J'ai indiqué une 
autre raison non moins valable dans uu petit lr;wait publié par 
G'^ltt)tgi»rlie (ieltiftrle Anzeiijmt A'è'Al. ch. vi, p. C3.">. t> 

Lobatcbevsky, h qui il fut donné de présenter la solution vers 
laquelle tendaient les recherches de Gauas, avait de (a doctrine de 
Kant une opinion analogue. 

a La vénli> n'est pus inhérente aux notions géométriques; comme 
les lois ph>3tques elle doit être conlirmce par l'expérience, par des 
obsçn'ations astronomiques. » 

t... Dans la nature, dit encore Lobatchevsky^ nous ne percevons 
h proprement parler que le mouvtment, sans lequel les Impressions 
des senA sont impossibles. Toutes les autres notions, par exemple 
les notions géométriques, étant empruntées aux propriétés du 



13 REVUE PHILOSOPHIQUE 

mouvement, sont acquises par notre esprit artificiellement, et par 
conséquent l'espace n'existe pas séparément »... « Nos premières 
notions sont acquises par les sensations ; on ne doit pas ajouter foi 
aux notions innées (20). » 

En un mot Lobatchevsky pense, comme Gauss, que les vérités 
géométriques sont déduites de l'expérience et qu'aucune certitude 
apodictique ne leur est propre. 

lUemann se prononça d'une façon tout aussi nette en faveur de 
l'origine enipirique de nos notions de l'espace. Il en voit la preuve 
dans ce fait « qu'une grandeur de dimensions multiples e^^t suscep- 
tible de diflférenls rapports métriques et que l'espace n'est par suite 
qu'un cas particulier d'une grandeur de trois dimensions > (21). 

Par conséquent les axiomes « ne peuvent se déduire des concepts 
généraux de grandeur, mais que les propriétés par lesquelles l'es- 
pace se distingue de toute autre grandeur imaginable à trois éten- 
dues ne peuvent être empruntées qu'à l'expérience ». 

Dans la conférence, déjà mentionnée, sur l'ori^îine et la significa- 
tion des axiomes géométriques, Helmhoitz a eu recours à plusieurs 
reprises à la géométrie non-euclidienne pour combattre l'origine 
ù priori de nos notions de l'espace. 

« Du moment que nous pouvons nous figurer différentes formes 
de l'espace, l'opinion qui veut que les axiomes géométriques soient 
les conséquences nécessaires d'une forme transcendentale et à 
priori de notre intuition dans le sens kantien du mot, devient insou- 
tenable T> (19). 

L'origine purement empirique de ces axiomes est donc prouvée, 
selon Helmhoitz, de la façon la plus indubitable par la possibilité 
d'imaginer des espaces pseudo-sphériques et sphériques, oii les 
axiomes d'Euclide ne seraient pas valables. 

Ces opinions unanimes des créateurs de la géométrie imaginaire 
sont-elles réellement justifiées? Ont-ils vraiment réussi à réfuter 
l'origine « priori ou nativiste ' de nos notions de l'espace et à en 
prouver l'origine empirique? En d'autres termes Gauss, Lobat- 
chevsky, Hiemann et Helmhoitz ont-ils fourni une solution réelle- 
ment satisfaisante du problême de l'espace dans le sens de la thèse 
empirique? La réponse à ces questions est négative. Ni sur la 
réalité de l'espace absolu, ni sur la provenance de nos représenta- 
tions de l'espace à trois dimensions, ni sur l'origine des axiomes 
d'Euclide la géométrie non-euclidienne n'a apporté d'éclaircis- 
sements décisifs. 

1. Ces lieux hypoUitrscs ne sont pas uécessah-emcnt idenliques. 



DE CYON. ~ DE LA GËOMETRIE! D ËUCLIDB 



43 



Pour Causs l'espace est une réalité; Loltatcliev&ky préteod 

jû d l'espace n'existe pas séparémeiU i>; Helmhùitz, ii qui Torigine 

ireinenl Iransceadentale des formes non-euclidiennes île i't'E[jaci? 
n'a pu t^chapper, convient même que l'espace peut être transcen- 
denliil; eu n'est i^ue pour les axiomes qu'il rcv&ntlique encore une 
tmginp empirique. >fais, dans ses études complémentaires sur cotte 
question provoipiéea par une polémique ardente avec ]es .adeptes de 
Kant, HelnihoUz n'a pu fournir des preuves expérimentales qu'eu 
faveur des a^iioines d'Euclide. I] a dû nn^ime convenir que l'espace 
phyaique.-c'est-iitlirii accessible ;i nos st-ns, concorde parfaitement 
avec lesdoniK'es de la géométrie euclidienne. 

Ainsi Ileiititiollz reconnaît |19, p. ii3i« que tous les systèmes pra- 
tiques de mensuration ijéojriélriquie oi'i les trois angles de grands 
triangles rectitignes ont étû mesurés isùlément, notamment tous les 
systèmes de mensurations astronomiques, qui donnent une valeur 
éjgalêà zijro aux parallaxes des étoiles lixes éloignées,... confirment 
empiriquement l'axiome des paraLlébeset montrent que dans notre 
espaœ, et avec nos mélhûdes de mensuration la mesure de cour- 
bure ne dilTère pas de zéro. » 

D'ailleurs sommes-nous vraiment en état Je nous former une 
représentation nette de l'espace sphérique et pseudo-spliérique, 
ou plul(!»t des perceptions que nous aurions si nous étions tout à 
coup placés dans nn tel espace'!^ L'es tableaux que nous fait 
Helmliullz. de ces perceptions et que Klein appelle avec raison a un 
mélange de vrai et de faux » ne constituent pas des preuves. Les 
■ séries de sensations o qu'un monde sphérique ou jiseu do- sphé- 
rique nous donnerait, s'il existait, sont déduites tout à fait arlitraire- 
meut. Elles sont aussi prublématiques que l'existence même de ce 
monde. Ces déductions obtenues par la méthode purement abstraite 
de l'analyse nV'Iaient pas faites pour réfuler l'origine Irnnscendenlale 
des notions et des axiomes de l'espoce euclidien. An contraire, elles 
pourraient plutôt servir aux Kantiens d'ar^^'umeut en fLiveur de la 
conception ù priori, car jusqu'à présent les foi mes d'espace de 
Hiemarm-lleimIioltKtradmii-ttent point de déiiwn!'t>'uiio>i3 j'ar l'cj^pé- 
rienee. Elle» n'ont pas non plus une origine empirfçue. 

IKautre part, les créateurs; de la géométrie non-euctidienne ont 
reconnu r^ firesnetucut l'impossibilité d'expliquer, au moyen de celte 
géoiriritrie, le.-* causes qui nous forcent h limiter nos notions de 
l'espace il trois dimensions. 

4 II en est autrement des trois dimensions de l'espace. Tous les 
moyens <l'ont disposent nos sens se rapjjortanl à un espace à trois 
dtinensionâ et la quatriênte dimension n'étant pas une simple varia- 



14 nEVUE PHILOSOPHIQUE 

tion de la réalité, mais quelque chose de tout à fait nouveau, nous 
nous trouvons, par notre organiaalion physique mèmey dans l'impos- 
sibilité absolue de nous représenter une quatrième dimension > 
(19, p. 29). 

Ainsi Helmhoitz reconnaît que t'espace à n dimensions de Riemann 
est inaccessible à la perception des sens. Il est, par conséquent, un 
simple produit de l'esprit et non de l'expérience- 

Récemment, Téminent mathématicien Poincaré a, dans plusieurs 
études, exposé d'une façon magistrale les rapports de la géométrie 
non-euclidienne avec le problème de l'espace (23J. 

Poincaré prend pour bases de ses considérations psychologiques 
sur les fondements de la géométrie, d'une part, les prétendues sen- 
sations de mouvement, surtout de mouvements oculaires; d'autre 
part, les développements donnés aux recherches de Helmhoitz par 
Sophus Lie dans le troisième volume de ses Groupes de transfor- 
mation (24). 

Ce que Poincaré dit au sujet des sensations musculaires, de 
l'impossibilité où nous serions d'avoir conscience du mouvement 
des corps solides, si notre œil et nos organes' du loucher n'étaient 
pas mobiles, de la non-existence des sensations de direction, etc., — 
tout cela est en contradiction flagrante avec les données physiolo- 
giques les mieux établies. Sa psychologie de l'espace, en tant qu'elle 
repose sur le mouvement de corps solides, se rapporte en réalité à 
l'espace visuel et non à l'e.ipace réel. Elle se trouve déjà réfutée par 
le fait que des aveugles-nés possèdent des notions d'espace assez 
complètes ' . 

Les lois des déplacements des corps solides dans l'espace 
visuel ne peuvent nous renseigner que sur les distances et nulle- 
ment nous donner des notions sur l'espace réel. Elles peuvent 
encore moins nous imposer la notion d'un espace à trois dimensions. 

Déjà en -1850 Ueben.veg déduisait de l'analyse des mouvements 
l'homogénéité, la continuité et l'infinité de l'espace d'Euclide. Les 
études de Sophus Lie sur les groupes de transformation ont déduit 
avec bien plus d'ampleur les mêmes propriétés également pour les 
formes de l'espace non-euclidien. 

Mais malgré leur très grande valeur au point de vue des mathé- 
matiques pures, les travaux de Sophus Lie n'ont pas réussi à 
démontrer ni l'origine empirique de notre notion d'un espace à 
trois étendues, ni celui des autres formes géométriques. 

Pour s'en convaincre il suffit de citer les conclusions tirées par 

1. Voir 33, cil. ii. 



DE CYON, — flK U GÉiIMÉTHIE d'eUCIJÛI! IS 

Poincarê da son exposé de la doctrine de formations de groupes : 

• La notiuD Je ces corps idéaux (les ligures géométriques) est 
tirée de loules pièces de noire esprit, et rexpérience n'est qu'une 
occasion qui nous engage à l'en faire âorltr » (25, p. 545). l'oincaré 
se prononce aussi calègoriquenient dans le sens tlfi la conception 
kantienne au cours d'une iHude pins récente : 

K Geomfitry i& not an expérimental science ; expérience fomns 
raereiy Ihe occasion for our reilectingiipon the geometrical ideas, 
which pre-exist in us » (23, p. M). 

A cette occasion Poincarê dé i:l are avec raison qu'il est en accord 
qoinplet avec HelmhioUz et Lie : 

«t-J dilTer £rom them in one point only, but probably the ditTerence 
is îû the mode of expression only and at bollom we are cfjm- 
pletely in accord » {'l^y iO}. Ce point a trait à une objection faite à 
HelmhoUz et Lie: 

K Hul your group présupposes space; to coiislruct it you are 
oblt^ed to assume a cnntinuum ol' tlirce diimensions. You proceedas 
îfyou already t:new analytical geonietry. » 

La dilTcTence entre jn-e-suppone» et pre-e.fisi n'est pas, en eflet, 
bien essentielle. 

O retour forcé des représentants les plus éminents de la géo- 
métrie noo-euclîdieniie vers les notions géométriques « pnoA 
préexistantes ou innées montre de la façon la plus décisive que les 
nk'iliiéinaliL'iens sont aussi impuissants que les philosophes empi- 
riques iiexpJiquer à l'aide de raouvemenls des corps solides les ori- 
gines véntables des axiomes d'Euclide et surtout de notre notion 
d'un espace à trois dimensions. 



IV. — L'Ohigikb physiologique des définitions 

ET DES AXIOMES D'EU€L1DE 



Lorsqu'un suit au cours des siècles les eftbrts réitérés des matlié- 
maticiens pour prouver les axiomes d'Euclide^ et plus particulière- 
menl leonzièraeaxiorae, on constate que la notion « direction » est le 
f Leitmotiv •• de la plupart des solutions proposées. Jusqu'au milieu 
du XIX* siècle, niathêinaticiens et philosophes se sont servis de 
Oietle notion, en apparence si claire, pour formuler leurs théories les 
plus satisfaisantes. Même, plusieurs promoteurs de la géométrie non- 
eudidienne espéraient encore baser sur la ce direction » l'axiome des 
parallèles. Dans ses premiers essais géométriques Lohatchovsky 
ddfîoissait les parallèles, comme on l'avait lait avant lui, « les lignes 



16 REVi;g t>IltLl>!>orHlQtIK 

de tuante direction i '. Dans les passages de l'œuvre posthume et de 
la corresprjndance de GausSj où il est que&lion des premiers fonde- 
ments de la ^éomûtrie^ on a souvent recours h la a direcLion » 
qufind on i-herche iLu-igine de laxionie des pariiH^'Ies. l>ans les 
célèlires arlicltis de la Quarliu-hj {ieviea\ par lesquels sir John 
Herscliel {'■21} prit une purtdépîaivo i lu poléiuiiiue entre Stuart Mill 
et Whewell, nous Usons : « La seule notion claire que nous possé- 
dons lie la ligne droite est l'uniforinilé de la directirjn, car ['espace, 
dans sa dernière analyse, n'est qu'une quantîlê de distances et de 
directions. » 

Le pliilusophe Uebenveg, a|>rès avoir tenté, dans son travail déjà 
cité, de déduire aiialytlquemenl les principales formes géométriques 
de mouvemenls àm corps solides, passe à la fin à une conslruclion 
synlhélitjue de la géométrie, en prenant pour base la notion de la 
direction qu'il cherche à ilélUiir. Une très femarquable tetilativG de 
résoudre le pruhl/'me de l'espace à l'aide des sensations de direction 
fui encore celle de Hîehl {2S). Malheureusemenlj Itielil voulut expli- 
quer lessensaLiotisfle djreclion par de problpmaliiiues sensations de 
mouvenienl,elcela lit échouer sa tentai ive. Récemment ; en IJ^SIO) Hey- 
mans reprit l'idée de Uiehl, qu'il essaya de développer d'une facoa 
des plus iiiLcressanlcs [2Hi. Mais nos travaux des années 'lS7ili-187S, 
sur l'existence d'un organe spécial qui nous tournit les sensations de 
direction, étalent inconnus ù Heymans, Réduit aux seules sensa- 
tions de niotivement il ne pouvait réussir mieux que son devancier. 

Si, il r^iide de tu notion de direction, on ne pouvait aboutir h 
aucune solution décisive, cela tenait à ce que mathématiciens et 
philosophes ne parvenaient pas à donner unedsPinilion saligfiLisante 
de la « direclion n. Chose étrange, la plupart attachaient une impor- 
tance capitale ù une pareille dédnilion. Gausg voulut, il est vrai, 
réagir contre cette tendance, el le passage que nous allons citer 
montre qu'il avait trùs justenieul pressenti l'oiîf^iue physiologique 
de la noMon de direclion ; 

... <L La dilVérence entre droite et gauche ne peut pas être définie, 
mais seideinenl iiidjijui!?e; il y a entre elles une corrélation aiialogueh 
celli' qui e.siste entre douv et amer. Mais : omnc sitnile cdncjfcaf ; la 
dennére enmparaison n'est valalile que pour des êtres qui pos- 
sèdent les organeij du goût, la première existe pour tous les 
esprits, ;iU.\(jut?ls la perception du monde matériel est accessible; 
deux esprits de cet urdre ne peuvent pourtant s'eulendre tfirec- 
tenient sur droHe et gauche que si quelque objet individuel et 



I. Voir Wag^lli^fl- {26. p. aa-J). 



DE CYON. — [lE LA CéctMJÏTRlE n*ei;CLtrg 



J7 



matériel vient jeter entre eux un point. Je rfta dlrectÊment, car A 

peu! aussi s'entendre avec Z au moyen de ponts matériels Jetés stic- 

cessivement entre A et B, H et C, etc. J'ai indiqué brièvement 

dans les 0-'-t(inffische Gekhrle Anzeigcn, 1831. p. G35, quelle en 

est la portée en métaphysique, et j'ai ajûuLiï que j'y trouvais la 

réfutation de la chimère de Kant que l'espace serait uniquement 

une forme de notre intuition... (I7J (Lettre h Schumacher, du 

!*févnerl«lUi. 

Ce& p.Trates du plus éminent mathématicien du siècle dernier 

bpnorraient presque servie d'épigraphe ù. notre étude, car on y 
_ Irouire Je fond même de la solution donnée ici au problOme de 
■'«tpaco. 

Uidireclions 'jancheçl droite (de même que devant et arrière, 
luul et has) sont des sensations comme doux et ainei\ foiige et 
wi. La dtfVërence entre ces sensations ne peut pas être tiéflnie, 
liais seulement indiquée. Les n ponts » qu'il s'agissait d'Êlalilir 
entre les dilTi-renls esprits» afin qu'ils pussent s'enlendre sur les 
ilireclions et arriver h une solution du problème de l'espace, ces 
ponîs sont jetés par les travaux qui ont reconnu l'esisEence d'un 
oi;^iie de sens particulier, destiné à nous donner dos sensations 
de ilii-ectton de trois qualités différentes a lesquelles nous rendent 
«Msaihle le monde matériel », 

Ces idées ai claires de Gauss sur l'importance de la s. direction » 
cfans le problème de l'espace n'ont été révélées que tout récemment 
par la putilicalion de ses oeuvres posthumes. Elles n'ont donc pas 
pu empi/cher que, faute ds définition^ la « direction » ne fût presque 
bannie de la géométrie dans la solution du problème de l'espace, au 

Kroiil (Je ta notion de Uislance. 
Déjà l'rukios avait essayé de démontrer le onzième axiome en 
îinplaçant la divection par la distance. En développant l'idée de 
l*roklos on arriva ù la définition des parallèles * comme lignes équi- 
distanlet^ » au lieu de a lignes de la même ilireclJon iv développée 
par Lobatchevsky après Jacobi et autres. 

La disiance est redevable de sa victoire actuelle sur la direction à 
la physiologie on, plus exactement, h l'optique physiologique. En 
CITet la notion de la itiàtance comme grandeur métrique repose sur 
l'eslimalion visuelle (Augenmaass). 

Eo étudiant par voie analytique les mouvements des corps solides, 
ou prend en considération presque exclusivement l'espace visuel. 
Pour ces éludes la notion de distancL' a donc pu fournir une base 
ungible. Kt lorsqu'on chercha ensuite à appliquer direcictneut les 
expériences de l'espace visuel à la connaissance de l'espace absolu, 
TO^K LU — (901. 2 



18 hevl'e philosopuiqce 

la distance devait forcément remplacer la direcUoD '. Âufsi Helmholtz 
combaltait-il la légitimité de l'emploi de cette dernière notion : 
« Comment définirait-on !a direction^ sinon précisément par la ligne 
droite. Ici nous tournons dans un cercle vicieux... 19. p. SSiîi. 

Nous pouvons moins encore définir exactement les sensations de 
doux et amer, de rouge et vert que les trois directions tundamen- 
tales sagittale, transversale et verticale). Néanmoins les notions des 
couleurs et des directions sont pour nous complètement claires. 
A i'aide de ces notions, M. Young, Maxwell. Helmholtz el autres ont 
pu formuler la théorie des couleurs: pourquoi n'en pourrait-on faire 
autant pour la géométrie? 

Le présent essai, le premier qui tende à ramener les définitions et 
les axiomes d'Euelide û leur origine physiologique, aux sensations 
de l'appareil des canaux serai-circulaires, ne pourra donner que des 
indications générales sur l'origine des notions qui avaient ser\'i à 
les formuler. Aussi sommes-nous loin de considérer comme définitîts 
les détails de noire démonstration. Si nous réussissons ù faire par- 
tager notre conviction que ta géométrie d'Euctide a pour bases natu- 
relles les perceptions des sens de l'espace, le développement ulté- 
rieur de cette démonstration ne tardera pas à être donné par des 
géomètres compétents. C'est pourquoi nous ne considérerons ici 
que quelques formes fiéométriques d Euclide les plus importantes. 

La ligne droite est définie ainsi par Euclide : « La ligne droite est 
celle qui est également située entre ses extrémités » Traduction 
Kûnig. H- 1 - R^cta Unea est. quoeciinque t\i-ae']ui> liunctis in ca iit'ts 
iacet. La traduction allemande que donne bsrenz. aussi d'après le 
texte grec, a le même sens : < Eine gerade Unie ist diejenige. 
welche zwischen allen in ihr befîndiicben Punkten aut' einerlei Art 
liegi * ». 

La notion de la lifine droite qu'Euclide a voulu définir apparaît 
clairement : une ligne située <i'une seule façoii. ou é;;a!emenl. par 
rapporta tous ses points; cela signifie une ligne qui ne dévie ni se 
courbe d'aucun cùté, c'est-à-dire qui conserve la même direction. 

I. Comprenant fort bien i^ue la géométrie <ies forme? non-euclidieRnes de 
l>spa'-< doit KstfT purement iransi-emlenlate et sjiî^ ,\ii.-un r.ipfkirl avec 
l'espérience île no:( niui. plusii^urs p^^t)?an^ 3Utori>«: >ie cette çiORii-trie défi- 
rent ê>raleraent renonter i\ !i !f!<*«»t>'. .\in#i Kiltinj dit : • I»e même ^ue la 
géométrie a du écarter la noli-m de direoti>>u dan$ le ~'>n$ emjiloye p<:>ur 
l'axiome des parallèles, de même la notion de distance iViikiu- notion fondanieo- 
tale ne pourra être maintenue el par milite re f>oiim è[r<- tuen utile j'Otir les 
formes d'espace n>.n-eiioltdii.-nnrs dan? le sr-n? ?irtct • j-j . 

i. Ctariu- profiOïe ene>^re une autre Iradiiclion : 

• Nullum punolum intermedtum ati extremi> «ursuiii au' deor>uni ";■.* 'iMi" re/ 
itlitr flfclfiiiio tubiallat. ■• 



DE CYON. — DE LA GÉOMÉTRIE Ik'EUCLHiS 



i9 



Igné droite esl la ligiie de direclion constante, comme dl&ait 
wc raison Uebenveg;. 
('«piiilusophe essaya de donner k La délinîtton uoe base plus stvic- 
Kiïienl scienlillque, en d^'cluisant la direclion du mouvemenl des 
torpsiolides. « Nous nommons droite la ligne qui, dans sa rotation 
«rtûurde deux pninis fixes ne sort pas d'elle-même ». Sans compter 
que la ruiaiion présuppose déjà la notion de direction, cette origine 
ni! pfiil l'Opondre h la définilion d'EuL;lide, car celui-ci a certaine- 
metil de propos délibéré exclu la notion de mouvement de son pre- 
nuer livre. Celte exclusion indique assea clairement que la notion 
du mouvement était ('trangére aux idées qui l'inspiraient dans ces 
dilltiiliions. Les idées devenues familièi^es aux non-euclidiens, prùce 
il «l'iaines hypolliêses émises seulement au cours du siècle dernier, 
n'ont pu L'viderameot exercer une action sur Euclide. 

Oninvûiiue, il esl vrai, Taxiome de la congruence comme preuve 
qu'Eucliile, dès son premier livre, avait déjà, eu en vue le mou^■e- 
nient. Mt-me, s'i3 en était ainsi, cela ne prouverait nullement que 
daii ses autres délinitïons il s'inspirait des notions analogues. En 
rialflé la cuiigruence n'est basée i[ue sur la similitude. Gomment 
^'Mprimeraxionie d'Euclide sur la conj^ruence? « Qum sibi m.uluo 
coiigi-uiint sunl;equalia. « < L^s grandeurs qui coïncident sont égales 
tri scjiiblaliîes » iKiinig'. Loreny. traduit: n Wa.s einander drcki ist 
eifloiDiljTjjleicb- n Lambert : 4 AusgedehnteGrussen,die«it/'ejji*;nf/tfr 
paiten sind einander gleicti yt i3âi. 

0(i vuil-on lu l'expérience tirée des nnouvemenls? Si la conçruence 

av.itt|iûurliaserespérieiicedu mouvement, elle nous serait inconnue 

encore aujourd'hui, car s où l'expérience mon tre-l- elle des t:hoses 

quicomciilent ou ménïc qui soieut égales? b demande très justement 

Albert Krause i3ô'. Une parlaite cûngruen<.'e des corps solides est 

iinijossilile, et ce n'est que sur des corps solides rjue l'expérience 

peut Sf'appuyer. En réalité la seule parl'aile congruence que nous 

connaissons est celle qui est produite dans notre conscience par la 

fusion de deux iniuges ou de deux, directions identiques. La notion 

de la ctjugruetice nous vient peut-être jusiemeiit d'une lasion pareille. 

Au fond on ne trouve dans les délinitions et les axiomes du premiei' 

livre d'Kuclide que les notions de direction et de position. 

Nous avons exposé ailleurs (33) ' le fonctionnement normal du 
tabjrrititlie en tant qu'^organe périphérique de» sensations de direc- 
tion, t:t montré le mécanisme intime par lequel ces sensations pro- 
voquent des monveinents oculajres. 



I. Ouijiiirv 1. 



30 ^^^ REVCE fHILflSfUTHOL'E 

En même temps que Tanimal percoil une sensation de dtreclîo 
simultanément avec la sensation du son ou du bruit provoquée par 
la même cause extérieure 'vibration de l'iiîf), la même excitation de 
nerfs anipullaires produit des mouvemcnls oculaires destinés <l -i 
diriger son regard dans In d'treciinn perdue, afin d'en découvrir Itfl 
cause. Si ce mouvement ne suffisait pas pour diriger fa ligne 
visuelle dans cette direi:*lion, des mouvements de lu. tête et, éveo- 
tuellsmeot, du corps entier iDlerviennent,dâtermmés eux aussi pa 
les canaux demi-circulaires. 

Le chemin le plus court qui conduit dg la source d'excitation des 
nerfs de l'ampoule au point oii a lieu la perception de la direction 
est lii ligne droite de celte direction. Cette ligne droite coïncide avec- 
la ligne visuelle iHliclvIinie). Elle est limitée dune pari pai* le poin 
d'excJtaLinn, d'autre pari par le point de perception; elle en indiquai 
ainsi la iHslance. 

La dircclion idéale comme telle n'a pas des liraîtes^ elle peu 
s*étendre à ritifini. Aussi pouvons-nous dans notre esprit proloneer 
de deux côtés la ligne droite, en suivant la direction à laquelle elle, 
correspûod. 

C'est cette propriété de la ligne droite idéate, déterminée par son' 
origine uiémet qui explique et justifie la seconde demande d'Euclide : 
c Toute liKne droite peut toujours être prolongée en direction 
droite ». PsyL-holùgiquement, d'après le mécanisme exposé^ on 
pourrait dire ; I-a ligne droite est la perception intuitive d'une sen- 
sation de direction. 

Cette origine de la notion de ligne droite détermine également sa 
qualité d'être la ligne la plus courte entre deux points (Arcliimède) 
et justifie aussi la définition de Legendre : « La droite est le plus 
court chemin d'un point à un autre». On a reproché à celte délini- 
tion de nécessiter la définition préalable du c/ienim : l'origine phy- 
siologique de la tiiircfion en indique directement le sens précis. 
Ainsi donc, la définition de Legendre corresjiond encore tteaucoup 
plus exactement à forigine physiologique de la droite idéale. 

Par la seconde demande citée plus haut, Kuclide montre peut-être 
encore plus nettement que par sa déiinition que la notion de la 
droite est déterminée par l'intuition (Anschauung) de la direction. 

Le douzième axiome le fait d'une fa^on non moins convaincante : 
• Deux droites ne peuvent pas renfermer un espace », ou deux 
droites ne peuvent se croiser qu'une fois et divergent ensuite 
<L rinlini. Ceci résulte directement de la projeclwn en liehors de 
deux sensations Je direction différente, il suffit de lîxer un instant 
notre attention sur deux directions de qualité difTérenle pour avoir 



il- 

1 

in 

I 
1 



DE CYON. — ne LA GÈO.MtTRIE D'EUCLIDE 



tilude qu'elles ne peuvent plus jamais se rencontrer. Celle cer- 
résuUe de nos perceptions mêmes, 
ts preuve la plus évidenle que la notion de la ligne droite, 
LBjrinie ligne de direction constante et comme chemin le plus court 
eQla- deux poinU, a son origine dans les sensations du labyrinthe 
de l'oreille, nous la trouvons dans ce fait : non seulement l'iiomme, 
Biais tDua les aainiaux qui possèdent cet organe, et citx sPAUement, 
wmnaiiifHi ta ligne dri/ile comme ie chanin U pl\xs cûtirt. lisse riiri- 
gfintavcç la plus giande précision dans la ligne droite pour parvenir 
M le phis rapidement possible à leur but. Par contre les animaux 
^y auiqiids nmiique cet orijane spécial et qui s'orientent à l'aide de 
■ leur vu€ ou de leur odorat seulement soni incapables de suiiTe la 
I liijnMlmic. 

L yu'oû ol>8erve. par exemple, les pigeons voyageurs quand ils 

^H Ktouroentau colombier Mes chiens (|uand ils traversent une rue, 
^^rles bûtes poursuivies h la chasse, et l'on verraavec quelle sùretii ils 
^H cavenl, en cliangeant brusquement de direction, prendre ladiagouale 
t»ur raccifurcir leur chemin. Par contre les animaux, même ceux 
1«i, comme les abeilles et les founnis, sans labyrinthe, s'orientent 
pourtant à la perfection, ne se meuvent qu'en arcs ou en demi-cer- 
cles. La liyne droite leur est inconnue-. 

Chez, lu première catégorie d'animaux, des défauty innés ou acci- 
denk'lsdes canaux semi-circulaires peuvent entraîner l'absence ou 
lï perle de celle connaissance de la direction en ligne droite. Cela 
s'oliserve chez certaines souris dansantes japonaises et chez les 
lamproies', comme che?. les pigeon*, les lapins, les grenouilles et 
autres animaux qui avaient subi certaines rnutilations du labyrinthe, 
et ct'b. même quand leur vue est resté intacte, 

L'humme peut perdre la connaissance de la ligne droite momen- 
lâut^iiieul ou pour un temps plus ou moins lony par suite de mala- 
ditudu liibyrinlhe. d'inlo.vicatlon ou de mouvements inaccoutumés, 
tels .|ue le balancement, la rotation prolongt'e autour d'un axe 
lodgiiiidiiial ou de loule autre cause accidentelle qui, par suile 
PTvitni ù troubler l'harnionie des rapports normaux entre le sens 
»le IVspace et celui de la vue *. 

!■ Voir tVluttc (0, 

1- It |iliii]iiiil «letf aMrap«-inckUcl)es Sbtil busèa aur cette ignurancG Je la li^jne 
dnii«. 

3- C«< ctri!« & unâ ou Jeux tlimensiana, c'esl^à-dirc tjui ne connaissânl qu'une 
«tu ddut directions de rc&pnçË, ne se meuvent jsTnBÎs en li^jnc liroilc, mui^ en 
■ip:Air« el en. ctrcte. 

*'■ Vitir «ur ta |>urtie pIiysialogi«tue Je ces rapports les chaptlrËS consAL-rta 
dmt iti«i travaux 4, 5, 6 «L 1 au verligft:, h lu rolalton el auK observations ^ur 
Ut KKurJs-miiifls. 



M BEVOB PHJLOSûpmmiK 

Leg expériences et observations innombrables qui ont établi ces] 

faits d'une façon indiscutable n'admettent qu'une seule inteipréta- 
tion : nos notions de la ligne dlroîle, cette ligure fondamentale de la 
géométrie d'Euclide, proviennent des ssnsations de direction du 
labyrinthe. 

Une fois que la dérmition de la ligne droite idéale se trouve] 
expliquée par son origine physiologique, les difficultés que présen-j 
lait jusqu'ici l'axiome des paraUèles d'Euclide disparaissent : sont] 
parallèles les lignes droites qui, situées dans le même plan, ne saJ 
rencontrent d'aucun des deux cùtés, ii quelque dislance qu'on les 
prolonge. I^s tentatives des mathématiciens pour préciser celtej 
définition et démontrer l'exactitude de l'axiome XI, quienestSacon-| 
séquence, se heurtaient A une difficulté capitale, à 1 impossibilité dej 
démontrer que les lignes tnicées étaient vraiment des droites idéales 
situées dans un plan, telles qu'Euciide les exigeait. C'est aui 
notions de direction ou de dislance qu'ils avaient le plus souvent' 
recours pour pouvoir donner celEe démonstration : sont parallèles 
les lignes qui ont une seule et même direction, ou tes lignes paral-^ 
lèles sont celles qui dans leur parcours conservent la même dis-^ 
tance entre elles '. 

Gomme nous l'avons vu, ces deux notions, ramenées à leur vraie 
signification physiologique, ont été déterminantes puur l'origine 
de la dérmition euclidienoe de la ligne droite. Ceci indique par 
conséquent ta même origine naturelle à la déHnition par Euclide 
des droites parallèles. S'il en est ainsi, la notion des parallL'Ies doit 
être connue également aux animaux et aux enfîinLs. En ell'et, les uns 
etles autres savent très Lien que les directions et les chemins paral- 
lèles ne peuvent se rencontrer* Dans les jeux des enfants entre eux ou 
avec des animaux et dans la poursuite de ces derniers on constate 
facilement ceci ; ranimai, poursuivi sérieusement ou par jeu, 
cherche dans sa fuite à garder la înéuu- diredion que celui qui le^ 
poursuit; tandis qu'au contraire celui-ci cherche à saisir le fugitif eafl 
déviant de la direction parallèle et en prenant la diagonale, i^uand 
le poursuivant change de direction, le poursuivi choisit lui aussi la 
même direction et cherche en même temps par le coup d'oeil àM 
rester à égale distance du poursuivant. Quand le jeu a lieu dans un 
espace limité, on s'3perf;oit que la poursuite s'opère en zigzags-. 
Or, si le poursuivi n'était pas persuadé qu'en gardant la direction 
paiallèle une rencontre est impossible, il aurait, pour échapper à Ifta 



1. Voir ci-dûssus. 

2. Sur le j-mi des animaux cn zigraffs voir, entre autres, l'ouvrago très inl*- 
ressanL de (iroos (3i, Die Sp(>/e iler Tftiefp). 




DE CYON. — DE I.A CEOMICTKIE H EVCLTDE 



23 



poursuit^ choisi plulût une direction opposée h celle du poursui- 
vint, 

II ne peut être question chez des animaux d'idéalisation ou 
d'alifllractioa d'expériences faites antérieurement. La notion des 
parallèles leur est donc donnée directement par i'intuiiirin des sens. 
Ces observations nous donnent un nouvel exemple de la colla- 
borilion hai-raonieuse du labyrinthe de Toreille avec l'organe de la 
voe, sur lequel sont basés les rapports entre l'espace réel et l'espace 
Tisuel Les nerfs vestibulaires jouent dans ces rapports le rôle déler- 
nijnanl grSce à leur action sur les neifs oculomoleurs, f^ notion 
ie& trois direclictns de l'espace doit déjà, exister pour que notre 
ûriwilalioTï dans l'espace visuel soit posailile. 

LoTiûticin de ïinlinitr de la ligne droite, telle qu'elle roÈiilte de 
la secDinie deman'ie d'Euclide (^voir p. 18) a été également uti- 
lisée pur plusieurs malliématiciens pour démontrer Taxiorae des 
parallèles, Ainsi que nous l'avons vu cette demande est également 
une Lcutiséquence directe de la notion de direction idi-uk; telle 
qu'eMe nous est donnée immédiatement par les sensations du 
liliyrinthe de t^oreille. 

La ilétinitlon du plan donnée par Kuclide : « une surface située 
"J'uae seule façon entre toutes les lignes qui se trouvent en elle », 
esli^nj'jdérée par tous les géomètres comme analogue à sa déllni- 
lion lie la ligne droite. Avec notre connaissance actuelle de l'origine 
pl'ïsiolojriiiue de la notion de la Itgne droite» Il ne serait pas diffi- 
^le de déduire la notion du plan de sensations des directions 
identiques, peri:ues par les extrémités des nerfs situés tous dans 
le plan d'un fteul cantd semi-circulaire. Les propriétés du plan 
P'jurronl sans dilftcuUé s'accorder avec une semblable origine de 
nos tipréseatûtious de ceUe forme d'espace. 

La iiLition ile l'angle tel qu'Fîuctide le tléliDit nous est donnée par 
iotuiliou directe de [a même manière : unaitgleplan est Vinclinahon 
de deux lignes qui se rencontrent dans un plan sans ^tre situées en 
ligne droite. îndinaison ne peut dire autre chose que diljci'ence 
iU cfijV'iwi}. car les mots l'n H^nc droite n'admettent que la seule 
significatioo : en drreftion droite. Ueberweg, qui dans la partie syn- 
Ui''lique de son 1res important travail a donné tant d'exemples d'in- 
tuition vraiment extraordinaire, formule de la manière suivanteoelle 
détiDilioEj d'Kucliiie : « La dilTérence des directions de deux lignes 
parlant d'un point s'appelle angle ». Il & suffi ii Ueberweg d'avoir 
présente A l'esprit la notion de direction, lorsqu'il déduisit les formes 
d'trapace d'Euclide, pour deviner presque que cette notion provient 
de» sensations. Car même avec la connaissance actuelle de rori- 



^ REVUE PIlELO^OpniOUK 

gtiie physiolcigique de la nûlion de direction on ne pourrait eléfiair 
l'angle d'une façon plus juste. Il sulHra de remplacer « parlant d'un 
point » piir « se rencontiant en un point », puisque nous projetons 
nos sensations à l'extérieur. 

La position des canaux se mi -circulaires en trois plans perpendicu- 
laires l'un à l'-iulre a pour conséquence que l'idée de laugle droit 
nous est donnée directement. Aussi la définition de cet angle 
préci'de-t-eUe chez Euclide celle des autres angles, aigu et obtus. 

11 ne serait pas difficile de ramener à une origine analogue les 
autres définitions du premier livre d'Euciide. La notion du cercle 
pourrait par exemple (}tre déduite de la rotation des globes oculaires, 
ûu éventuellement de notre tète et de notre corps autour de leur 
axe longiludioal, au moment de la déleroiinalion de la direction 
ressentie. 

Nous ne nous arrêterons un moment qu'à la délinition euclidienne 
du point : 

Vu putul est ce qui ne pettt être divisé. On a proposé diverses 
autres définitions : les extrémités d'une ligne se nomment points 
[Legendre); le point est Je lieu oiideux lignes se coupent (Blanchet). 
Ces dernières peuvent stins difllcullê, après ce que nous venons 
d'exposer, élre ramenées à leur origine naturelle. Cependant celle 
d'Euclide nous parait encore la plus exacte au point de vue physio- 
logique. On lui a reproché d'être trop générale, et de convenir aussi 
à la conscience, à l'intelligence ou à Tslme', Mais, peut-être, ce 
reproche même faiE mieu.t ressortir la nolion qu'Euclide avait en 
vue en formulant sa déPinitLOD : le point oii toutes les sensations de 
direction se rencontrent est précisément lacon8Cfeiicc(Beivusslsein), 
qui n'adm^'t ni division ni cteiidue. Ce point répond uu point zéro 
d'un système de trois coordonnées rectangulaires. C'est dans notre 
tnoi conscienl que se croisent les trois directions, et c'est là qu'elles 
cliau^enl de si^ne, c'est-à-dire de posilives deviennent négatives : 
dans la direction verticcle le haut passe au bas, dans la transver- 
sale — le droit passe au gauche, dans ta sagittale — l'avant passe â 
l'arrière. Ces changements de désignation de sens de direction n'in- 
diquent en effet ijue la relation entre la direction de l'espace réel ^t 
le moi consci&nt^. 

Lesdéflnitionsd'EuclidejCommeje viens de le montrer, ne sontdonc 
point des ponndati^ ou des hypothèses, mais l'expression des notions 
géométriques qui nous sont fournies directement par les percep- 



I. Vtfirp. ex. nelbieuf, J6, p. 161. 
S. Voir as, cil, 2. 



DE CYON. — UE LA liÉOMÈTFIIE Ip'EICLIDB 



ae 



Aift^ <3c nos sens. Les figures géométriques sonl <les grandcavs 
ttliulea d'espace et non, comme le pensent à lorï les empiriques^ 
A^b torpH géomèh iques idèatisês, Elles s(? prèsenlent déjù i noire 
ccnscience comme fonnes idéttles el ne proviennent pas de rtdéali- 
salion des expériences brûles sur Jes olijels réels. Les tenlalives 
aussi noLjibreuses que vaines pour prouver les axiomes d'Euctide 
écdouérent par suite de l'irapossibilité île démontrer la légitimité 
d'une paTËklle idéaUâatlon. Euclide lui-même basiiit ses définilions 
et Hxiomes (notions communes) sur des notions intuitives, il tint 
donc pour superflu, ou pour impossible, d'en donner la démonsl ration. 
Mais U n'était pas moms eonv»inc:u de leur exaciilude. Les mathé- 
maticiens qui cherchaient la démonstration du onzième axiome le 
fiiisâienl précisément parce qu'eux aussi ne doutaient pas de son 
eïactilude Jibsotue'. La première partie de i'axiome, que deux 
droites sitiiées dans un mtïme plan, quand elles forment avec une 
droite qui les coupe un angle xnlûrieur moindre que deux angles 
droits, t'ianl prolongées, doivent se rapprocher dernandniL ;'i peine 
d'être prouvée- Le reproche qu'on adressait h Euclide était d'avoir 
ajouté, sans fournirdes raisons péremploires, que de telles droites 
situées dans le même plan. siiftisammenL prolonptes, devaient se 
rencontrer à la lui. La raison de celte nécessité se trouvait pourtant 
déjà dans lu. deuxième demande d'Euclide, qui, comnie nous Tavons 
vu (p. 18), est légilimée par l'origilie niéiiie de notre notion de la 
ligne droite. 

Avec là connaissance de l'origine physiologique de la notion des 
parallèles idéales, le onzième axiome d'Euclide auiaii, peut ëtre^ pu 
se formuler ainsi : Si une ligne droile coupe deux autres lignes 
droites non yai-utlèles situées d^ins le même plan, les deux angles 
inl^rieurs que l'ail celte ligne droite seront inlérieurs à deux droits 
du cO(é où ces deux lignes prolongées Unif^senl par se renconlrer. 
A.insi lurraulé. le unzJùme axiome serait devenu une vraie notion 
commune. Mais aurait-il sullit pour démonarer la proposition tiU? 

Les géomètres qui, coiume Ramias, Ctaiiaul, elc-, prétendaient 
qu'il éliiit inutile de chercher â démonlrer ce qui était en soi par- 
faitement clair, partageaient Tavis d'Euclide. D'ailleurs, h présent 
que nous savons que les bases naturelles de la géométrie euclidienne 
se trouvent dans les perceptions de nos sens, les démonstrations 
fournies par Wallis, Lambert, Saccheri et autres- acquièrent leur 
pleine el entière valeur. 

i, ^uclulf» abomnintevo tiiidiraUta, lel esl, par exi^mple, le lUif; ilc lit remar- 
<]uai>lc vIuOp (le Suerheii, \'\m (tes prépuraeurs ût la gËom^trie non-uucLiOieiure. 
2. Kn pArticulîur les preuves [i|naii:Q-gëOTnélrii:|ii«3 de Sitccluti. 



36 



REVUE PBILOSOPIIIQUE 



A ]a, démonstration donnée en "1878 que nos idées ilt!s trois élfitl- 
dues de l'espace reposent sur les sensations de direction de notre 
appareil de canaux semi -circulaires, s'ajoute à présent cette autre 
certitude que les définitions et les axiomes les plus importants 
d'Euclide ' ont aussi leur origine dans les fooctious de cet appareil 
et dans ses rapports physiologiques avec l'appareil de la vue . De 
tout temps, les mathématiciens consi déraient Urfirc-'f ion et la distance 
comme les deux bases fonJamenlales, sur lesquelles doit être (idifiée 
la géométrie : notre démonstration vient d'éiablir qu'elles constituent 
en réalité les bases naturelles de la géométrie d'Euclide. 

Cette origine établit très nettement la dilTérence fondamentale 
entre les formes d'espace de la. géométrie d'Euclide et celles de la 
géométrie non-euclidtenne. Les premiCTes nous sont Imposées par 
les foncLions d'un organe spécinl firs sens. L'expérience de milliers 
d'années a démontré leur certitude absolue. Par là même apparaît 
Ja parfaite concordance des perceptions de- cet organe avec les prû- 
priétês de l'espace qui nous entoure (voirch. 5). 

La géométrie uon-eucliitiemie a par contre son origine dans de 
pures opérations de Vespi'iL Elle ne repose que sur la négation de la 
valeur absolue de l'axiome des parallèles d'Euclide ou, pour employer 
l'expression usuelle, plus précise, sur l'indépendance des formes 
d'espace de cet axiome. Ces espaces ne concordent ni avec 
les diverses perceptions de nos 'sens, ni avec aucune de dos expé- 
riences tirées jusqu'ici de l'espace physique. C'est avec raison que 
Lobatclievsky l'avait dénommée la jiéûmétrie itiiaginauy\ par 
opposition à la géométrie namyelfr d'Euclide. Ses formes d'espace 
sont purement transcendentales et presque inaccessibles îi noire 
représentation. La preuve est encore à faire que ces espaces existent 
dans le monde réel. 

Les mouvements des corps solides dans ces espaces transcenden- 
taux peuvent être déduits anaiytiqtieiïient au moyen d'équations 
variables. Mais les formules algébriques ne peuvent pas prouver 
que [es loiji de ces mouvements trouvent leur applicalioii quelque 
part dans l'espace réel. La possibilité par exemple de la déduction 
des groupes qui correspondent à la géométrie de Lobatchev&ky ne 
prouve ni que la i notion des groupes continus j> nous est innée, ni 
que « l'espace (réel) est un groupe » (Poincaréi. 

La possibilité pour notre esprit iY'nnegiuer des formes d'espace 
indépendants du onzième gxîonie n'infirme donc nullement l'exac- 



1. A pnrlir an la '2'i' pioposition presijuiï louLc la i^toniélriK! d'I^iiclide est 
construite sur le 11* axiome. 



DE CTON' — BE \A GÊOMÊTBIE Ii'KDCLIUE 2" 

Utucle OU la valabilité de cet aviome. Il ne peut par conséquent pas 
slTe sérieusenienL quesltoo d'une équivalence de deux géométries^ et 
encore moins est-il permis de considérer la géomélrie d'£uclid6 
comme un cas Bpéciai iiiypecialfatl selon Klein) d'une géoinélriegéné- 
nile, qui tkil absiraction de l'axiome des parallèles. L'origine natu- 
fvile des axiomes d'EucUdc des perceptions de nos sens indique 
tlairemenl que rifidépeodance técipioque des axiomes (du premier 
/ivre du moins) est tout à lait iHusoire. 

... « Si la représentation de Tespace» a dit très justement Tâurmus, 
/'un des précurseurs de la géométrie non-enclidicnite, peut i^tre con- 
sidérée comme une simple forme des sens eslérieurs, il est incon- 
testable alors que le système d'Euclide est le seul vrai n (35). Oui! 
^n est lêeUenienl ainsi, cela doit paraître hors conteste^ après la 
preuveétablie de l'origine physiologique desdéllnitions euclidiennes 
t/û la droite et des parallèles. 

V, — La solution du problème de l'espace 

£>es trois questions essentielles au problème de l'espace (voir 
P- ^) deux ont irouvé leur solution dans le fait de ramener la 
g^onaéirie d'Euclide à ses bases naturelles. L'espace euclidien est 
lespaiL.g physiologique, c'esl-a-dire que les formes géométriques, 
Qoni, lucUde s'occupe, nous sont données par les perceptions de nos 
'^^s^ sijécialement du sixième sens, ie sens i/i* l't'iipacc, 

L-a Iroisiêrûe question dn problême, celle qui porte sur la réalité 
'^^ l'espace, ne peut guère être discutée par le naturaliste, car une 
^Pôjisi' négative enîraînerait la négation de l'esislence des organes 
''^s sens, de l'entendement luiniain et de celle du naturaliste luî- 
^•-iQe. La loi de eaosalité est le premier fondement de loule con- 
^^issimce humaine. Elle nous contraint de reconnaître l'existence 
^ti fspace réel, sans lequel ne seraient possibles ni les mouve- 
^'^nis des corps solides, ni, en général, aucune sensation. 

ï-o pur phéntiniérialisme de Berkeley ne saura jamais être professé 

r^v le [laluralish-, quelle que soit ladmiraLion que doit inspirer ta 

PJ'<*(cndeur d'esprit et l'extraordinaire babiteté de ce penseur. S'il 

^ y avait d'autre vérité que la vri-iti' }»3tjchifjiii\ tous les hommes 

**®^raienl être du même avis. Or. on ne trouverait peut-être pas deux 

fj^'.'apliyâiciens qui sûtent roinfiliilemfnl d'accord sur n'importe 

i^'Ute queslion théorique de la connaissance. 

Ce n'est certes pas un hasard que les physiologistes n'aient com- 
"leocé il s'intéresser au problème de l'espace que depuis que Kant, 
P*f 11 doctrine de la a Chose en soi », a concilié le système de Uer- 



38 BEVUE PIllLOSOPHIQOE 

keley ave^ les plus éiémentaires exigences delà raison humaine. La 
doctrine de l'origine à priori de nos représen talions de l'espace a 
du moins fourni une base poslti^'e à la discuâsion scientifique. 
On a vu plus haul que Kant it'eut recours à celle doctrine qu'après 
avoir reconnu riuipossiljîlJlé île déduire de l'espérience, basée sur les 
percepUonsdescîiiiï sens commis (à proprement parler même du seas 
de la vue), l'existence de nos idées d'un espace à trois dimensions. 

Celte inipossibililé a aussi ramené à. la doctrine de Kanl les créa- 
teui'S de la géométrie non-euclidienne, bien qu'ils se dùclara&sent 
partisans résolus des idées empiriques. La constatation de l'exis- 
tence d'un sens spéciaJj auquel nous devons les perceptions des 
trois directions de l'espace, a écarté celte impossibilité. Sont innés 
ou prcexisiiints, non pas nos représentations de l'espace ou nos 
idée? géométriques, mais les organes qui nous fournissent ces 
représentations. Les animaux eiuplLtient les notions des trois direc- 
tions de l'espace à orienter ieurs mouvements et à localiser les 
objets extérieurs dans l'espace visuel ou taclile. L'tiomme s'en sert 
en outre pour former la représentation des trois étendues de 
l'espace el des trois dimensions des corps solides. Sur le système des 
trois coordonnées rectangulaires, formé par les sensations des trois 
canaux semi-circulaires disposés dans trois plans perpendiculaires 
l'un il L'autre, l'Iiomme transporte les sensations de ses autres 
organes des sens. 

Ces mois de Kanl : « L'espace n'est pas autre chose que la forme 
de tous les pliênomènes de nos sens extérieurs », n'ont plus de 
valeur dans le sens strict de ces mois. Au point de vue physiolo- 
gique, la pensée de Kant devrait t^tre formulée : Les propriétés de 
l'espace nous sonL données par la/oj-mc des perceptions du sens de 
l'espace. L'organisation physique, ijue llelmbultz présupposait pour 
expliquer Tidée nécessaire d'un espace ;' ti'ois étendues, est basée 
non seulement sur les fonctions de l'appareil péripbériquc des canaux, 
mais aussi sur la capacité des centres cérébraux, auxquels abou- 
tissent les nerfs de l'espace, à percevoir les excitations de ces der- 
niei-s sous la foj'mp. de directions de trois qualités ou modalités 
diffi-n-entes. 

Les trois directions de Tespace perçues correspondent-elles k 
troit étendue» réellea de Vûspace extéi-ieur, ou les trois dimensions 
ne soiil'elles que de^s -propyii'ics re'eiU's de corps tolides'f La struc- 
ture analomique des canaux et leur position réciproque semiblent 
indiquer réellement dans cet organe des sens une certaine concor- 
dance entre 3a nature de nos perceptions et les propriétés de la 
t chose en soi » . Ueberweg, qui ne connaissait pourtant pus l'exls- 



DE CYON. — DE U CÉMÉTKIK DKUCUUE 



SR 



tooee de l'organe du sens de l'espace, pressentait déjù la nécessilê 
d'une telle concordance entre nos sensations d'espace et les pro- 
priétés de l'espace exl(5rieui". « Si ces dernières étaient sujettes h 
d'autres lois que celles que nous pouvons tirer de la nalure même 
de nos perceptions géométriques de l'espace, nous pourrions bien 
édifter une gêomèlrie }ittfe harmonique en elle-m^me, mais non 
une géométrie ai>pîiqwe, et surtout nous ne pourrions paiy donner 
une expitcalion géométrique des phénomènes physiques ». Comment^ 
en effets toutes les mensurations physiques el aslronotniques exécu- 
It-es jusqu'à ce jour auraient-elles pu confirmer les lois de la géomi^- 
Irie d'Euclide, si nos notions des trois directious de l'espace ne 
correspondaient pas à des prûpriélés réelles de l'espace véritable^ 

Cet os|jni'e n'u-l-il que trois étendues, ou ce nombi'e trois tient-il 
aux limites de rorganisation de notre lahyrinihe'? Lies cires po*sé- 
danl un système de quatre paires de canaux pourraient-ils avoir la 
vepyéeentalîon d'une qualrièine étendue de l'espace (non des corps 
solides'? Dans l'état actuel de la science, il p^irait impossible de 
répondre d'une manière catégorique. Mais» eonitne le dit très jusle- 
ment Krause : « au caraclêre de la notion d'espace f^omnif anant 
Irais diveciians jtcfpendicttlaircs, l'une û i'aulfc, une uJéthode algé- 
brique traitant une quaft-ième direction ne changerait absolument 
rien t l3ô . 

Il'autre pari, nous ne voyona non plus qu'un nombre limité des 
vibrations d'éther d'une longueur d'ondes dOlermiriée et nous n'en- 
tendoni des vibrations aériennes que de quelques octaves. Malgré 
cela nous connaissyuy des vibrations d'élher et d'air qui ne peuvent 
exciter ni notre rétine ni nos nei^fs auditifs. Nous pouvons bien 
entendre les ondes hertziennes invisibles et ntir, grâce h. R. Kùnig, 
plusieurs octaves insaisissables pour l'oreilie. Pourquoi donc l'hypo- 
ihése de Newcomb, qui veut que les lois des mouvements dans ta 
quatrième dimension soient valables pour les mouvements des molé- 
cules, ne serait-elle pas conlirméa un jour, peut-être même pour les 
vibrations qui provoquent des phénomènes psychiques? La confir- 
mation de cette hypothèse serait le triomphe le plus éclatant de 
Jtiemann, qui, dans sa thèse célèbre, écrivait : « Il est donc très légi- 
time de supposer que les rapports métriques de l'espace dans Vinfi- 
niment yeiit ne sont pas conformes au!^ hypothèses de là géométrie, 
bt c'est ce qu'il faudrait eETecllvement admettre, du moment 
où l'on obtiendrait par là une explication plus simple des phéno- 
mènes >. 

D' E. DE Cyon. 



30 H&VUB PHILUSOPBIQUE 



BIBLIOGRAPHIE 

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35. AUit'rt Kraiisc. Haut u. Ilelinlioltz, Lalir, 1878. 

lie. Delliii.'iif. l'rolrr/omènex jdiilosophi'/uex de ta géométrie et solutions des 
postulats, Liège, 1860. 



LA MtTIlOUE DÉDUCTIVE EN BIOLOGIE 



11 est extrêmement logique, dans toutes les recherches scienti- 
fiques, de commencer par étudier les phénomènes élémeniaîpes et 
de les étudier ù fond, avant d'entreprendre l'examen des phéno- 
mènâS complexes qui sont la synthèse d'un grand nombre de phi^no- 
raènes élémt^ntaires simples. On resle stupijïait devant le mouve- 
meot d'un glacier qui moule successivement tous les ohstacles 
rêsislaiit;^ semés sur son chemin et tout étonnement cesse quand 
on cniniaît les bettes expériences de Tyndall sur la plasticité de la 
glace. La connaissance des propriétés élémentaires de l'eau con 
gelée nous fournit rinterprélation immédiate d'un mouvement syn^ 
thûliquB t^i extraordinaire qu'on l'a souvenL comparé ii une manifes- 
tai ton vitale ' 

En biologie, comme en méléorolopie, il faut procéder du simple 
au composé- Jl y a des êtres vivants très sin]pleà, les èlrcs dits 
unicHlulaires, ol d'autres élres Lien plus compliqués, liils pi nricei- 
Utlaires* qui sont exclusivenienf- formés d'un très grand nombre 
d'éléments, dont chacuo ressemiile à un être unicelkilairet tant au 
point de vue morphologique qu'au point de vue physiologique. 

Le fonctionnement d'un lel fjrganistne ne peut se concevoir que 
comme une résultante des l'onclionnementâ de ses éléments cellu- 
laires. Il est donc bien certain quc> si l'on connaissait complètf-ment 
le« propriétés élémentaires des cellules, on comprendrait Je phéno- 
uiëoe d'ensemble, lu rie de l'être supérieur. De là riolêrét énorme 
qoî s*altache' h. l'élude approfondie des mianifestations vitales des 
protozoaires el des Protopliytes. 

Mais, pour être iritinimeni plus simple que là vie d'un homme, 
la vkt d'une cellule est déjà quelque chose d'extrêmement com- 
pliqué; elle comprend un grand nombre de phénomènes chimiques, 
accompagnés de manifestations pliysiques et de modifications mûr- 
phùlogiquËS, 1! fiiudrait appliquer â l'élude de l'ensemble de la 
ccUult' la mélliode analytique enjployée pour les organismes pluri- 
c^Jlalaires; il faudrait étudier, séparément, chacun des phénomènes 
élémentaires dont Ja résultante est la vie cellulaire totale. 

MalbeurËUsemenl, la chimie actuelle ne sait pas nous renseigner 




NTEG. — LA MÉTHODE DÉDUCTIVE E> BIOLOGIE 33 

faits avec des données incomplètes sur les éléments 
aire avaient permis de prévoir approximativement 
ns des planètes, 
ation directe des astres permît de constater une différence 
alité et le résultat du calcul et de la constatation de cette 
, le génie de Le Verrier conclut à l'existence d'une planète 
e dont il donna la détermination. Dans cette histoire admi- 
la découverte de Neptune, c'est le phénomène complexe 
a amené la connaissance de l'élément nouveau, parce qu'il exis- 
oàt une relation mathématique entre les révolutions célestes et les 
Rapositions élémentaires du système solaire. 

Esl-i) possible, en biologie, d'établir uno relation analogue entre 
^s phénomènes de la vie cellulaire et les manifestations complexes 
•*« la vie des êtres supérieurs? Si oui, tous les faits d'observation, 
^^ïels qu'ils soient, pourvu qu'ils soient bien observés, pourront 
«t*"« pris comme point de départ de raisonnements déductifs, dont le 
*^si]|tat intéressera quelquefois une partie de la biologie très dif- 
^Srente, très éloignée de celle qui aura été le théâtre même de 
"observation. L'hérédité d'un caractère acquis par un mollusque 
sous l'influence de l'enroulement en spirale pourra nous amener à 
^& connaissance des relations qui, dans une cellule quelconque, 
©xistent entre le protoplasma et le noyau! 

UncT question bien connue des philosophes nous donne un 
exemple de la possibilité de conclure des phénomènes d'ensemble 
&UX propriétés élémentaires des cellules. Les expériences les plus 
précises ont amené les biologistes à admettre le déterminisme 
absolu de toutes les manifestations de la vie élémentaire; or, 
l'homme étant uniquement composé de cellules, tout ce qu'il fait 
Wt la résultan te, la synthèse de ses activités élémentaires; ces acti- 
nies élémentaires étant déterminées, l'homme n'est pas libre. 

k ceci, certains psychologues répondent : l'homme est libre; 
l'observation journalière le prouve; le raisonnement des biologistes 
amène donc à conclure que, puisque la synthèse de toutes les acti- 
nies cellulaires n'est pas déterminée, c'est que chaque activité élé- 
mentaire n'est pas déterminée; seulement, comme l'homme se 
compose de plusieurs trillions de cellules, il suffit d'une très petite 
dose d'indétermination dans chaijue cellule pour (juc la synthèse 
humaine soit largement indéterminée. Il suflit pour cela d'une dose 
d'indétermination cellulaire inférieure aux erreurs ordinaires d'expé- 
rience... 

Voilà un raisonnement dans lequel on conclut du phénomène com- 
plexe au phénomène simple. Les biologistes, sur la foi d'expériences 
TOME ui. — 1001. 3 



32 neVLlE rHILOSOl'HIQUE 

sur la structure moléculaire des gutislances vivantes. L'élude des 
Ironsjorinalions opénJes dans tes milieux de cuUure, sous l'influence 
de la vie des cellules, ne nous donne que de grossiers résultats 
d'ensfinhtv; Tobservalion microscopique nous montre des phéno- 
mènes morphologiques dont te lien avec les phénomènes chimiques 
concomitants ne peut s'ékiLlir dirvctement en aucune manière. Il 
semble donc que l'essence m^me des phénomènes cellulaires doive 
rester lettre close pour nous, jusqu'à ce que la chimie ail fait assez 
de progrès, et que nous devions nous contenter jusque-là d'une 
connaissance générale des manifestations Wates de la vie élémen- 
taire. 

Mais les biologistes peuvent tourner la diFriculté au lieu de se 
résigner à attendre sans comprendre. 

S'il est dangereux de tirer de simples observations hisCologiques 
sur la cellule l'inlerprétation directe des ph6noiTirne& morpholo- 
giques obsei'vcs, s'il est mauvais de chercher dans l'observation. 
même la plus minulieuse, de la karyokinèse par exemple, l'expli- 
cation directe de lu karyokinèse, je suis convaincu, en revanche, 
qu*il est possible, par l'application rationnelle de la méthode dt^duc- 
live, de pénétrer profondément dans les arcanes de la vie cellulaire, 
en se servant, comme point rie départ, non pas seulemenl des don- 
nées histologiques et de i'étude morphologique des modifications 
intracellulaires, mais encore et surtout des résultats de l'observation 
des phénomènes d'ensemble qui se manifestent chez les êtres 
pluricelUilaires les plus élevés en organisation. 

Ceci peut paraître en contradiction avec le principe, exposé plus 
haut, que, en biologie, comme partout ailleurs, il faut procéder du 
simple au complexe. Et, en elTei, si nous avions des procédés directs 
pour faire l'étude complète de la vie cellulaire, nous devrions 
demander aux résultats de cette élude, et k ces résultais seuls, 
rinter]irétalion du t'ait que la barbe pousse à l'homme au moment 
de la puberté, ou que les animaux cavei'nicoles finissent par perdre 
leurs yeux etp;ir donner des petits aveugles, ou que les Euphorbes 
infestées par des Urédinées ne fleurissent pas^ etc., etc. Tous ces 
faits que nous constatons sans qu'aueuu doute puisse s'élever à leur 
sujet, nous ne savons pas les expli<|uer au moyen de propriétés 
connues des cellules vivantes; mais, puisque dans un èlrc complexe 
toute nnuiifeisfatiQn vitale est ifiit; si/nthc^e d'aclivitâf, èiétnentairea, 
ne scrait'ii pas possible d\'tablii% cntrr. ie fait complexe et tes faits 
élémentaires, un lien assùz sûllde pouv ^u£, de l'observation directe 
dt* fait complexe se dâgurfeâi une connaissance nouveVc et plus 
pftOFoNDE des faits iiéinentaires dont le premicf est la synthêsç'? 



LE DANTEG. ~ U Ul^rUOOË DÉUIJCTIVE E» DIO[.OGiË 



33 



Les calculs faits avec des données incomplètes sur les éléments 
(lu système solaire avaient permis de prévoir approximativement 
les révolutions des planètes. 

L'observation directe des astres permit de constater une difTérence 
entre la réalité et le résultat du calcul et de la constatation tic celte 
différence, te génie de Le Verrier coiiclut h l'existence d'une pl.tiièle 
nouvelle dont il donna la déEgrminuLion. Dans cette histoire admi- 
rable de la découvetle de Neptune, c'est le phénomène complexe 
qui aarnen^^ la corinaissance de l'élément nouveau, parce i|u"il exis- 
tait une relation mathémâ.tiqu6 entre les révolutions célestes elles 
dispositions élémentaires du système solaire, 

Esl-il possible, en biologie, dVtablir une relation analogue entre 
les pliéiiomënes de U vie cellulaire et les manifestations complexes 
de la vie îles êlres supérieurs? Si oui, TOtis les faits d'observation, 
quels <]u'ils soient, pourvu qu'ils soient bien observés, pourront 
èlre pris comme pnînt de départ de raisonnemenls déduclifs, dont le 
résultat intéressera quelquerois une partie de la biologie très dif- 
férente^ très éloignée île celle qui aura été le théâtre même de 
l'obsen'alion. L'hérédité d'un caractère acquis par un mollusque 
sous rinfloonce de l'enroulonient en spirale pourra nous amener k 
]a connaissance des relations qui, dans une cellule quelconque, 
existent entre le protoplasma et le noyau ! 

Un^ question bien connue des philosophes nous donne un 
exemple de la possibilité de conclure des phénomènes d'ensemble 
aux priipriélés élémentaires des cellules. Les expériences les plus 
précise:* ont amené les biologistes à admettra! le déleru^inisme 
absolu de toutes les manifestations de la vie élémentaire ^ or, 
t'homme étant uniquement composé de cellules, tout ce iju'il fait 
est h résuItantH, la synthèse de si>s activités élémentaires; ces acti- 
vités élémenlaires étant déterminées, l'homme n'est pas libre. 

A ceci, certains psychologues ri'|>oiidenl : l'homme est libre; 
l'ob&er^-adon journalière le prouve; le raisonnement des biologistes 
amène donc ti conclure que, puisque la synthèse de toutes les acti- 
nttis cellulaires n'est pas déterminée, c'est que chaque activité élé- 
nient:iire n'est pas déterminée; seulement, comme l'homme se 
t'otapose de plusieurs trillions de cellules, il suffit d'une très petite 
doae d'mdélerFui nation dans chaque cellule pour que la synthèse 
Immaine soit lafijentent indéterminée. Il sufDl pour cela d'une dose 
<l'indéterminatiQn cellulaire inférieure aux erreurs ordinaires d'expé- 

Vuiljiijn raisonnement dans lequel on conclut du phénomène com- 
l>Iêieau phénomène simple. Les biologistes, sur la foi d'expériences 
:i>KK ui. — V.i\H. 3 



34 ■ FEVIIE PlttLOSOPHIQL-E 

assez précises, avaient cru pouvoir conclure au diUerniinisme cellu-l 
laire. Les psychologues, se basant sur l'observalion de la liberlë( 
humaine, leur monLrent que leurs expériences ssont défeclueuses. 
Reste à savoir si l'observation de Ja liberté humaine dont partent 
les psychologues est plus inattaquable que celle du de^terminisme 
des protozoaires dont parlent les biologistes; je ne discuterai pas lai 
choËe pour le moment; je voulais seulement monlrer t|ue l'on 
déjà employé, en biologie^ des points de départ consistant en fait 
1res Complexes^ pour arriver, de déductions en déductions, A la con- 
naissance de propriétés élémentaires. Mais, je le répète, si tout fait 
bien observé peut être le point de départ dun raisonnement 
dêductif fécond, du moins doit-il êlre bien obset-vé et inuttaquabtcA 
La première chose à faire est donc d'établir une relation entre] 
les phénonu"*nes cellulaires et les pliénomf-nes d'ensemble qui s( 
manifeEtent cbe?, les êtres supérieurs; cette relation se conçoit 
immédiatement, si l'on remarque que tout être supérieur dérive! 
d'un œuf, qui est une simple cellule, par suite de bipartitions succes- 
sives. Le pbénomùnc delà bipartition', si facile à obsei'ver dans^ 
son ensemble chez toutes les espèces unicellulaîres, n'est qu'uni 
phénomène foifil, dont l'analyse nous échappe; mais du moment " 
que nous le cuiuiciissona très bien en tant que phénomène total, et 
qu'il n'existe ù aucun degré chez les corps bruts, nous pouvons, 
dans une première approximation, le considérer comme la manifes- 
tation d'un ensemble de caractères qui distinguent les corps vivants 
des corps bruts. Puis, pri'uant ce fait d'observ^atioi) comme point de 
départ de déductions qui suivront pas ;'l pas le développement de 
l'être pluricelbdaire, nous arriverons peut-être à en tireriez grandes 
lignes de l'hisloirL* des èlres les plus élevés en organisation. Mais 
sij en faisant cette série de déductions, nous devons nous prt^oi:c:uper 
uniquement do la lop;iiiue de nos raisonnements, nous ne devons 
pas oublier non plus qu'il y a une hypothèse dans notre point de 
départ, et nous devons élro piéparésà n'accepter que sous bénéfice 
d'inventaire les résultats iijtimes de notre investigation. Nous avons 
en elTct étudié la mulliplicalion par bipartition chez des êtres qui 
se composent d'une simple cellule: nous avons constaté la géné- 
ralité des lois qui rceissent cette multiplication par bipartition chez 
tous les êtres uulcellulaires connus; mais nous avons ensuite rai- 
sonné par analogie et apjuliqué lus lois, tirées de l'observation d'élres 
unicellulaires, à l'élude de la segmentation d'un o^uf. Nous avons 
donc implicitenïent. admis que les bipartitions successives de l'œuf 



I 



l. J'^nUnds Je 11 mullrplîcaliuii par bipartition. 



LE DANTEC, — LA «ÉTIIOUE OÉPtiUlVË EPf Biai.OGlE M 

m\ de tout point comparables k celles d'une hatitérie ou d'uD pro- 
iffliaire; or, si les bipartitions de l'œuf ressemWcnC, par beaucoup 
de poinls, auï bipartitions d'une bactérie, eUes en dilTèrent aussi 
[urUQ caractère qui est petit-ètra essentiel, à savoir, l'adhérence 
qui eiistc entre les cellules résultant des bipartitions successives, 
oilhérenre qui est la condition même de la formation d'un être plu- 
ricftlLulaire. 

En raisonnant sur les hla&iomh'rs ' comme sur des cellules ne 
didùnint pas esâeutiellemeot des êtres unicellulaircs, nous nous 
<:ïi>osons donc à une erreur. Mais, si nous noua sommes trompés, 
ci'us aurons lieureuseraenl le moyen de nous en apercevoir. En 
rffeJ, nos déductions logiiiues nous conduiront îi des conséquences 
pusitives. îîi les Mastomères* sont rùellement comparables à des 
tiéiinints celluluires isolés, l'être pluiicellulaire qui provient de 
l'œuf jouira de telles et telles propriétés. Ces propriétés, prévues 
par déduction, nous pourrons les comparer aux propriiHés dlrec- 
tejnejit observées dans l'étude des êtres supérieurs. Alore, ou bien il 
ynuracontradictioD, et, si. nous sommes sûrs de nos raisonnements, 
nousen conclurons que nos prémisses étaient fausses, que les btas- 
tuiiières. diifi'recit esscntiellrmeiit des organismes unicellulaires, et 
ce sera déjà ce résultat intéressant. Ou bien il y aura concordance 
parlaiie, et iiuus en conclurons, au contraire, que notfe point de 
''«partétail bon. 

J< me suis livré à ce travail il v a plusieurs années dé]h dans un 
"*Te iniituli.i : Thcone nouvelle île la lùe', j'ai supptist! que les 
Uasrunicres avaient exactement les propriétés fondamentales recon- 
"ui^scliez les êtres unicellulairos et j'en ai liié, par des déductions 
turl simples, la conceplion d'êtres pluricellulyires Ihêoriques régis 
par un certain nombre de lois rondamenlales. Or, ces lois fondamen- 
talps *e retrouvent (ontc4 chez les Êtres pluricellulaires vrais delà 
"■iliire; je crois même pouvoir afiinner que quelques-unes d'entre 
elW n'étaient pas connues et que, par conséquent, je n'avais pas 
pu me laisser influencer inconsciemiTienl, au cours de mes déduc- 
tiiiu, par la précision du résultat. i>evant celte constaLationj le 
'l"ulû n'était p!us permis; les propriétés élf-mentaires des blaslo- 
"i":rcs ne ditréreiit |ias essentiellement de celles des être unicellu- 
ï*ires. Voilà une première acquisition intéressante, mais elle n'est 
rien atiprés de celles ((u'elle prépare. 

Si, on etTet, avec un point de départ vrai et des raisonnements 

' "u danno lu nom *iù blastomèrf s au?!: cellules qui rëstiUcnt i\c lu B^egmcn- 
Mioii tic l'iruf, Uni 4UU le nombre de ces cellules n'est pas iJevunu Lrop con- 



36 RBVUK PHILOSOPHIQUK 

exacts, nous n'avons pu arriver qu'à des résultats conrormes à la 
réalité, nous ne pouvons cependant nous dissimuler que notre point 
de départ, la propriété de bipartition, était bien incomplet. Les 
résultats auxquels nous sommes arrivés ne peuvent donc être non 
plus que fort incomplets, c'est-à-dire que, pour être entièrement 
vérifiés dans la nature, ils n'en sont pas moins très vagues et très 
généraux. Mais alors, en les comparant à la réalité, en les rappro- 
chant des faits bien observés sur les animaux supérieurs, nous pou- 
vons, soit pour l'ensemble des êtres vivants, soit dans des cas 
particuliers, pour un animal d'une espèce donnée, remplacer les 
résultats généraux de nos déductions par les résultats plus précis de 
l'observation directe. 

Il n'était donc pas utile, dira-t-on, de nous donner la peine de 
faire d'abord cette laborieuse série de déductions dont nous aban- 
donnons le résultat pour le remplacer par celui d'une observation 
directe, réalisée le plussimplementdu monde. C'est ici qu'intervient 
la méthode employée par Le Verrier pour découvrir Neptune. Parti 
d'éléments incomplets, il a obtenu, par le calcul, des résultats 
incomplets et approximatifs; il a remplacé ces résultats par les 
résultats de l'observation directe, puis, avec ces nouveaux résultats 
précis comme point de départ, il a refait, en sens inverse, la série 
de ses calculs et est arrivé ainsi à compléter ses éléments primitfs. 

Faisons de môme en biologie. 

Partis de propriétés certaines, mais incomplètes, des éléments 
cellulaires, nous sommes arrivés à des résultats certains, mais 
approximatifs, au moyen d'une série de déductions qui nous a servi à 
établir un lien entre les propriétés des cellules et les manifestations 
vitales d'êtres pluricellulaires théoriques, voisins des êtres réels. 
RemplaçoEis maintenant ces manifestations théorique» par les mani- 
festations réellea observées chez les animaux réels, et avec cette 
nouvelle connaissance des choses, parcourons en sens inverse la 
série de nos déductions; nous arriverons ainsi à compléter nos 
éléments point de départ, c'est-à-dire à nous faire une idée plus 
précise des propriétés des éléments cellulaires'; partis de la seule 
notion de bipartition, nous pourrons arriver, par exemple, à la 

1. J'ai comparé cette manière de procéder h celle qui a amené Le Verrier ii 
découvrir Neptune. Un autre exemple sera peut-être plus familier à certains 
lecteurs. Les marins, pour faire le point, commencent par marqui;r Piir la carte 
le lien oîi ils su trouveraient si leur cs/ime de navigation clait exacte. Ue ce 
lieu, con>me point de départ, ils font des constructions ftéoinélriqiics (par le 
calcul) en tenant compte de données astronomiijties observées, et ils arrivent 
ainsi à un point plus exact. 



LE DANTEC. — LA MÉTHOUK UÉUUCTIVE EN BIOLOGIE 37 

GQnnaiâsance des relations entre le protoplasme et le noyau, ou à \a, 
wtnpréliension du phônoinène de karyokmèse- 

Uaislti ne sarrélera pas noire investigatiun; une fois en posses- 
siundiinpoonnaissance plus approfyndJe des propriétés des cellules, 
mws rei'otriLiencerons nos déductions avec ces uouvelSes acqui- 
siiions comme poinl de départ; nous réaliserons ainsi, pour les êtres 
sup'fneurs, une approximiition plus grande que la premitre fois^ 
doinjij lie suite; nous ferons in navette entre les êtres uiitcellulaires 
elfe& êtres supérieurs et, à chaque fois» tes premiers nous expli- 
ijiipront davantage les seconds, les seconds nous l'eroul péniitrer 
plu* priifondêment dans la cotinaissance des premiers. 

t^atl^ métiiûiis de ta tiavette, nous pourrons y recourir un aussi 
grand nomliro de fuis que nous le vaudrons et nous arriverons ainsi, 
non seulernenl à préciser de plus en pîus notre connaissance des 
pwpriétés éSémenlaires des cellules et de la substance vivante eu 
fanerai, mats encore a concevoir la biologie toute entière comme 
uri ensemble parfaitement harmonieux dans lequel les grandes 
nolions d'hérédité, d'mdivîduaîité, de sexualité, ont des domaines 
presque entièrement confondus les uns avec les autres. Nous arri- 
'ertins enfin, comme dernière conséquence de nos recherclies, à 
comprendre et à expliquer cette unité si mystérieuse et si imprévue 
lit-' l'aijiiiial supérieur et de Tbomnie. 



^ but de la biologie est la connaissance de la vie dans ses inanL- 
[ felations variées ; la vie est ce quelque chose qui t'ait que nous décla- 
^^mriv'iutt rcrtuins corps à l'exclusion de certains autres appelés 
^■"tits; nous savons quand nous devons dire qu'un corps est vivant; 
3'itrpmenl dit, avant de savoir ce que c'est que la vie, nous savons 
'■ reconnaître partout et toujours; pour arriver à savoir ce que 
^*8t, il sera donc naturel de chercher siniplement ce 'ju'il y a de 
■^"'"iiiun à tous les êtres que nous appelons vivants. 

Mais &i l'appellation commune de corps vivauttt donnée par nous 

l*"ï hommes, aux rhiens, aux poissons, aux crabes, uux vers de 

terre, aux fougères et aux rosiers, nous l'ail prévoir qu'il doit y avoir 

V'^t'jue chose ite comhiun âi tous ces corps, nous ne pouvons tepeu- 

witpaa nous empêcher de constater qu'il y a surtout des dissem- 

''lances entre ces corps. Ces dlsseuibiances sont même telles qu un 

Il non prévenu ne penserait jamais qu'elles cachent une pro- 

jpriéJé commune; un cliien, un ver de terre et un rosier paraissent 

lélredes choses entièrement différentes. 



38 ^H^l^^V htiVVe. t-UlLOSOpHIQUE 

Pour pouvoir parler sans dîlïicult^ de lant d'objets dissemblables, 
à l'étude desquels s'applique la biologie, il est nécessaire de faire, 
dès le dL-but, (juelques oLservaLions générales sur tes ressembla née s 
que présenteni entre eux un certain nombre de ces objets. Ces 
oUservutions seniront à restreindre le nombre des êtres k étudier, 
au moins dans une première approximation; s'il y a, par exemple» 
cent raillions de moineaux, il sLifllra d'êludier un seul de ces 
moineaux, car ce qui est commun aux moineaux, aux chiens et 
aux rosiers, existera certainement dans n'importe lequel des moi- 
neaux. Avant donc d'etïtret* dans Je doniftiitc de In hioU>gic, il faudra 
s'occuper de ce qu'on appelle ïespèce; ce sera une question de pvire 
logique, que de déterminer, entre tant d'êtres vivants, tous indivi- 
dueliement dJITérents, quels sont ceux qu'il est raisonnable de 
classer sous le même nom, quel est le degré de dissemblance qui 
doit au contraire amener k déclarer que deux êtres sont d'espèces 
différentes. 

Celte première élude de l'espèce nous amènera, toujours dans 
le domaine de la logique pure, ,'( nous poser un certain nombre de 
questions fondamentales, à nous demander en particulier s'il fiiul 
accorder à la forme des êtres ou à la nature de leur substance 
constilutiveune importance prépondérante, s'il n'y a pas une relation 
de cause à effet entre ces deux éléments de la description d'un 
être, etc. Il nous sera d'ailleurs impossible de vider la question de 
l'espèce sans, nous occuper des différences sexuelles, de sorte 
qu'avant d'entrer dans notre champ d'études proprement dit, nous 
aurons déjà touché k plusieurs parties fondamentales de la biologie. 

I. — L'ESpiiCE ET LA FORME. 

La notion d'espèce nous parait très simple parce qu'elle nous est 
très familière, et cependant 11 n'y a pas de définition plus contro- 
versée que celle de l'espèce. Les discussions interminables aux- 
quelles ce sujet a donné lieu viennent de ce que, sans y prendr 
garde, on a voulu en même temps définir l'espèce el résoudre toules 
les questions d'origine et de porenté qui se posent au sujet de; 
espèces animales ou végétales. Il y avait cependant une défmitiûa 
de l'espèce pour les substances brutes, ou du moins, on savait telle- 
ment bien ce qu'on disiiil un parlant d'une espèce chimique qu'on 
n'éprouvait même pas le besoin de définir l'espèce. Deux morceaux 
de sucre sont des substances de même espèce parce qu'il y aentrsf 
eux identité de composition chimique, et cela, quelle que soit la 
quantité de subsltmce de chacun des morceaux. On dit donc do, 



1.E DANTEC. — I A «ÉTBOUE DÉDUCTIVE BH BIOLOGIE 



39 



deuï corps bruts qu'ils sont de môme espèce quand il y a entre eux 

identité quâlilalive, quelles que Sùient d'ailleurs les diffCTeiices 
qriaiilitaCives qui les séparent. 

Êfl cherchant avec soin s'il est po&sible de donner de l'espèce, en 

biologie, une définition à la fois précise et ^'énérala, une dérmition 

ioj:ique surtout^ on constate qu'il faut renoncer à niodifier quoi que 

ce soit de la dètinition de l'espèce en diimie'. De même que las 

corps bruts de nième espèce, les êtres v'wants de tnêine espèce sont 

ies élres entre lesquels il n'existe que des différence» quantltativù». 

Et, cela étant étalili, ils devient bien évident qu'il fallait définir 

Tespèce avant d'entrer dans le domaine de la biologie. 

Je ne dis pas que l'espèce, définie par l'identité qualitative, cadre 

ex:»clement avfec les esi>cces telles qu'elles sont limitées aujourd'hui 

dans les traités de botanique ou do zoologie. On dit par exemple 

que les tigres, les chats, les panthères, sont des espèces diOVirentes 

du, mt^nie genre Felis. Cela veut-il dire que l'on peut trouver entre 

les ligres, les chats et les panthères des différences qualitatives? 

C'est une question k étudier, et je dois avouer que, dans l'étal flcluel 

de la chimiet elle n'est pas facile à résoudre. Peut-être d>^couvrJra- 

l-onyn jour qu'il y a seulement des djlïérences quantitatives entre 

f^^ lypes aniinaux et, ;dors, si Ton accepte la délinilion précédente 

de lespêce, il iaudra déclarer que les tiyres, les chats, les pautlièrcs 

rsoni des varifîtés ditrérenteE d'une même espèce Fclis. l'eul-tMre 
même k1êeouvrira-t-on que tous les Fdis ne dilTcrent pas qualiLati- 
^«meni des Canis et réunii'a-t-on les chats et les chiens dans une 
KLfltneeapêce encore plus vaste. Peut-être, au contraire, les espèces 
3ctuft{|ps sunt-elles Irop vastes; peul-èLre Ironvera-t-on unjour qu'il 
ï a Jes différences qualitatives entre les &«s.-î(,'fj3, les êpayuctits et 
k&danmB et dêmembrera-t-on l'espèce chien aetucllc en plusieurs 
espaces plus limitées. 
U.in* l'un ou l'autre cas, on n'en devra pas moins conserver la 
définition logique de l'espèce. En effet, la grande question de la 
biulugic est celle de la vai-iation des f-tres vivants. Cette question 
tie pose de ta manière suivante : nous, sommes certains ipie les êtres 
%-arrent. [nais varient-ils assez pour sortir des limites de Pe^pèce'? SI 
l'on y réfléchit sans parti pris, on voit bien que la question précé- 
dente n'a aucune valeur à. moins qu'on ait donné de l'espèce une 
définition logique, ù priori, avant de riun savoir des propriétés des 
être» vivanU. U y aura dans la classification des êtres vivants un 
grand nombre de groupes à limites conventionnelles, les genres, 

,4. Voir L'Efpcce (Hectie i!e i'mi^. 15 noïemljre loUU). 



40 



KSVUG rKILOSOPHlÛtE 



ordres, familles, etc., d'nne part» les races, variétés», sous-variYtés 
d'autre part; mais il y a un groupenoetit logique et précis, celui des 
êtres à. identité qualttalive, et c'est ce groopement que l'on doit 
appeler i?9p('ee puisque c'est sur la fixité ou la variabilité de V'-spf^e 
que doit pûi-ler toute la grande question du irausl'ormistrie; cette 
question se pose, d'ailleurs- alors de la manière la plus simple du 
HdOnde : k Les êtres sont-ils susceplthles de variations qualitatives! » 

La dclinition qualitative de lespèce. 1res simple i'i énoncer^ suffit 
néanmoins k poser un très grand nombre do questions biologiques 
d'une extriïmc complexité. Klle nous fait prévoir quel sera le rôle 
Ibnduine'ntal de la chimie en biologie, puisque les différences qu'il 
laudra constater seront des dilTêrencea d'ordre chimique. 

Mais, de plus, pour un esprit non prévenu, quel sujet d'étonne- 
ment que le problème de la recherche de différences chimiques entre 
des corps aussi hétérogènes que los hommes, les chiens* les pois- 
sons et les vers de terre? Déjà, dans un homme, que de parties dif- 
férentes, la main, le pied, l'œil, le cerveau, restnmac? Et dans 
chacuno de ces parties, que d'iHéments divers, le [nuscle, l'os, le 
cartilage, le nerf, etc.? (Comment cherchei' s'il y a identité qualita- 
tive entre cet ensemble si compliqua et un autre ensemble égale- 
ment compliqué? Et que signilie cette question de l'espèce biolo- 
gique, si, dacjs un animal comme l'homme, les did'érenlËâ parties, 1& 
pied, la main, l'œil, etc., sont des objets diffévetiis, ne répondant- 
même pas à la délinltion d'objets de la même espèce? Ce sera préci- 
sément le grand résultai de noire étude méthodique de la biologie» 
que d'établir Vanltù attimule, Vuitité humainel Un muscle d'homma 
dilTére beaucoup d'un nerf dbumme et ressemble beaucoup à un 
muscle de chien et cependant le muscie d'homme est de l'espèce 
homme comme le nerf d'homme et est d'une espèce différente du. 
muscle de chien. Nous comprendrons cet apparent patadoie à la tin. 
de notre étude et ce sera précisément la conquête la plus importante 
à laquelle nous conduira notre méthode de la nai'flte. Mais noua 
pouvons déjA nous rendre compte, par un exemple vulgaire, de 
cette unité animale si étrange. Nous aurons peut-être quelque, 
peine à distinguer au microscope des muscles de cochon, des nerfs 
de coclion, du foie de cochon, d'avec des muscles de bu-uf, des 
nerfs de bœuf, du foie de bœuf; mais, si nous les mangeons, nou&. 
reconnaîtrons ilans nos aliments, non seulement que ce sont des 
muscles, des nerfs ou du fuie, mais encore que ce sont des parties 
d'un cochon Ou d'un bœuf. L'analyse chimique que nous faisons, 
avec notre sens de goût est plus délicate que l'analyse optique réa- 
lisée avec le microscope. 



LE DANTEC — LA MÉTHODE DÉDUfTIVE KM BlOI.ÛGjK 41 

Et celle simple remarque nous met immêdiatenfienl cd ^jarde 

Miitre une tendance générait; et JnaLincLive à coasidèrer les dilTé- 

wnces morphûlogiiiues comme plus imporUintes, parce que notre 

lïfis de la vue esl le plus perfectionné de tous. 

Nous voyons, en eflel, que les ressenibliinces morpholLigirjues 

dionnaiites qui existent eulre les muscles de bœuf et le muscle de 

cochon n'empêchent pas de les classer dans des enpîices dîtTt'renles, 

el qu'au contraire, les dillerences morpliologiques énormes qui 

Hparent le muscle de bœuf, du foie de bœuf, n'empêchent pas de 

te» classer dans la même espèce! 

L<a cûrtsidération du goût de la chair des animaux, outre qu'elle 

nous enseigne qu'il y a quetque chose de commun dans les organes 

les i^Iqs divers d'un bceuf ou il'un cochon, nous apprend encore 

rju'il y a un cerliiin rapport enire la composition chimique el la 

lorme spécifique. Nous savons, en effet, certainement, lorsque nous 

connaissons la forme d'un animal, l'orme cocliou ou forme bixuf, 

C(uel sera le grifit di^s tissus du dit animal si nous avons déjà goûté 

h cbair d'un de ses congériêi'eâ. Autrement dît, ix la classilîcation 

parotiienl morpholog:ique que nous sygycre la considération des 

{oroies,. une autre ctassillcation esc parallèle, et celle-Iâ, imrement 

diiinii|ije, celle des substances cavacténstiques du tîoùt spécilique 

lies animaux. Et ce parallélisme est absolu, c'est-à-dire que tout 

animal qui a la forme cochon est composé de substance cociion, et 

que, réciproquement, la substance cochon ne peut être enipruntéo 

qn'à im animal ayant la forme cochon. 

^ nous remanjuons ensuite que tout animal se construit par lul- 
m^me et provient d'un œuf qui faisait partie d'un autre animal de 
moine espèce, nous sommes conduits à penser i[ue la composilion 
'^riitciique de l'œuf, déterminant la composition chimique du corps 
'lui en dérive, détermine en même temps sa forme; de sorte 
<)uavanl raécne dVlre entrés dans le dumaine de la biologie analy- 
IJI'ie, nous pensons à une explication purement chimique de rhéré- 
"ilé. Nous considérons la composition chimique comme un fucteur 
^'X'plmjène essentiel. 

Mais nous devons aussi remarquer que, dans certains cas au 
ï^^'Qs.k production d'un squelette résistant /Ue la forme du l'amnial 
"^ point de la rendre indépendante, dans une certaine mesure, de 
'ï'-uinposition chimi)|ue, c'est-ù-dirç que si, cas absolument hypo- 
Iti^liiiup, la composition chimique d'un être adulte changeait sous 
l'i^nuence de certaines conditions, les grandes lignes de sa forme 
nerfiauperaient pas, à cause du squelette résistant qui lui ."^ert de 
cliaqiente. Cependant, malgré le squeletLêr les détails pourraient 



43 KEVUK PHILOSOPIIIOUE 

être modifiés comme on en voit des oxemplss frappants dans ]es cas 
de parasitisme. 

On appelle parasites des êtres qui vivent aux dépens de la 
substatïoe dïtii être diiïérenl. Les parasites peuvent pénétrer plus 
ou moins prolondément le corps de l'être qu'ils infestent; tantôt ils 
sont superficiels^ tantôt ils sont au contraire absolument noyés dans 
les tissus ùe l'hûle. Indépendamment des troubles plus ou moins 
graves que les parasites peuvent appurter dans la physiologie de 
l'hôte par leur alimentation el leurs déjecLions, ils ont encore quel- 
quefois Un rôle nioi'phojijiie considérable. Et cela se coni;oît inimé- 
diateiiient, rien qu'à la lumière de l'analyse groàsiérti de tout ù 
l'heure, car si ta composition chimique d'un corps détermine là 
forme de ce corps, il est tout naturel de penser que si cette composi- 
tion chimique est modifiée par la présence d'un parasite, ta forme 
pourra également être njodillée. Les parasites nous apparaissent 
donc comme un facteur morphogêue important et il faudra en lenir 
compte dès le début de la biologie. Tout le munde coiinuit les galles 
délerininécs dans les arbres p.ir la piqi!ire d'un insecte qui y dépose 
ses œufs. Le développement parasitaire des larves provenant de 
ces œufs amène l'apparition d'excroissances tout à fait singulières, 
et manifeste ainsi une action morphogëne fort remarquable. Celte 
déformation peut s'étendre à toute la structui'C de Thûte infesté par 
le parasite et se manifester en particulier en un point assez éloigné 
de l'endroit où est localisé le parasite. C'est ainsi que, par exemple, 
les hommes atteints de tuberculose pulmonaire voient souvent se 
grossir gifiguUèrement les e.\Lrémilés de leurs doigts (doi^-t hippo- 
cratique) sous l'influence lointaine du bacille de Koch localisé dans 
les poumons. 

Mais si les parasites ont une action morphogêue très remarquable, 
il est bien naturel, lorsque Ton constate une variation inexpliquée 
de ta forme d'un être, que l'on cherche à expliquer celte variation 
par l'action d'un parasite. C'est ce qu'on a fait, par exemple, pour le 
cancer, pour le goitre, etc. Jusqu'à présent, malgré un grand 
nombre de publications retentissantes et prématurées, on doit bien 
avouer que le parasite spécifique de ces déformations n'a pas été 
trouvé. Mais cela tient peut-être k ce qu'on a cherché ce parasite 
dans les microbes (bactéries ou coccidies) alors qu'il est peut-être, 
tout simplement, de hi ntcmc espèce que l'animai infesU'; le parasite 
du cancer est peut-être un élément des tissus de l'homme qui, ayant 
subi une certaine modification, joue, au sein des tissus ses frères, le 
même rôle qu'un élément d'origine étrangère. 

Quelquu bizarre que puisse paraître cotte hypothèse de l'auto- 



LE OANTEC. 



LA UËTnODE nft&lîCTIVE EN BIOLOGIE 



4;j 



psTMiiJïifw dans le cancer, elle n'est pas plus btr^rre que ce que 
nous conalalons en réalité dans le cas des organes génitaux. Sans 
anliiifUT sur l'étude que nous devons faire ultérieurement de l'ori- 
jïiBC et de la nature de ces éléments, nous pouvons, nous plaçant 
nuiqueraont au point de vue morphologique et spécifique, remar- 
il«er les curieuses choses suivantes : D'abord, dans la plupart des 
es[ièces, dans toutes les espèces supérieures au moins, nous trou- 
Tons Jeux furmes spêciCiques netteipmit disiinc-tcs en général, la 
bmc niàte et la forme femelle'. L'honjriie dilTère de la lerame, le 
I coq lie la poule, etc. , et cependant riiomrne el la femme, le corj et la 
poule sont de nièn^e espèce. Ces diiréreiices entre le m4I« et la 
femelle sont concomitantes de différences dans leurs olémenls dits 
gcnitaux ou sexuris. Donc, si l'on pouvait considérer comme des 
ipurasitcs morpliogènes ces éléments génitaux difTérents, on serait 
[iniroéiliatement renseigné sur la cause de ce dimorphisme spéci- 
Bquc si remarquable. Or, précisément, les expériences de castration, 
d'alilation des glandes géoitaJes, faites sur des sujets assez jeunes, 
Dl prouvé : d'une part que ces glondes pouvaient être coosidêréeB 
'ïomme de véritables parasites, puisque leur ablation n'empêchait 
P'ii r.iiHmal de vivre et de vivre longleinps ; d'autre part que c'était 
îiien l'action des parasites génitaux qui déterminait le dimorphisrae 
scmel, puisque, ces parasites étant élimines ejcpérimentalement, à 
tiii âge assez tendre, on voyait disparaître les caractères sexuels 
Jndaires qui distinguent le mdle de la femelle. 
Il làutlra étudier pluï^ tard la nature de ces parasites génitaux; la 
<tueslirj|j de la sexualité est une des plus dèlicales de la biologie 
jéaèrale^ mais la simple constatation du rnle morphogéne des élé- 
nts sexuels et la connaissance des expériences qui prouvent qu'on 
Jl les considérer comme des parasites, prouvent combien doit 
ft'iirde place, dans loule la biologie, l'élude de l'infection parasi- 
wtique Ion relègue quelquefois au sefond plan. 
En réâumé, de ces quelques considérations générales qui s'impo- 
saient à nous avant que nous pussiona aborder avec fruit Tétude 
^DKlIirtdique de la biologie, nous devons retenir certaines acquisî- 
^«le iniporlantes : 

'"L'espèce, en biologie comme en chimie, doit être déllnie : l'en- 
seraMt'dias étresipii ne présentent qui' des dillV-i'ences quantitatives; 
"^"est l'identité qualitalive seule qui peut limiter un groupe noncon- 
'ttiiliûnnel- 



'- 'J J' a mf^tiiL', ilniiâ beaucoup clV9[>t'ci?3, plir» iIh deux formes spécillqiies; 
i>u aurons h é1udi«r en d'étal! cetlu question a profips de Ik seKli^iliLÉ. 



44 REVUE PHILOSOPHIQUE 

2'* Si l'on définissait les êtres par une description minutieuse de 
leur structure morphologique, la définition serait parallèle à celle 
que l'on obtiendrait en faisant une description complète de leur 
composition chimique (et même, probablement, de la composition 
chimique d'une partie quelconque de leur corps '). Autrement dit, 
puisque l'être se développe lui-même à partir d'nn œuf emprunté k 
un être de même espèce, ta composition chimique des êtres est le 
facteur morphogène par excellence, et ceci fait prévoir une théorie 
chimique de l'hérédité. 

3° L'animal une fois constitué, le squelette, s'il est suffisamment 
résistant, peut iniervenir de manière à empêcher la forme générale 
de varier avec la composition chimique; il fixe la forme dans de 
certaines limites et c'est un point essentiel qu'il ne faut jamais 
oublier dans tous les raisonnements morphogéniques. 

4" Si la forme spécifique est dominée par la composition chimique, 
il est naturel que l'adjonction au corps d'un être de composition 
chimique différente modifie plus ou moins la forme de ce corps. 
C'est ta constatation du rôle morphogène des parasites; ce rdle 
morpbogène peut être très considérable comme le prouvent les 
galles végétales - 

5» Les plus intéressants des parasites, au point de vue de la mor- 
phologie générale, sont les éléments génitaux des êtres vivants; ces 
parasites ont ceci de particulier qu'ils sont de l'espèce même de 
l'être qu'ils infestent : c'est donc un cas d' autoparasitisme dont 
nous aurons à étudier l^s conditions, et il est possible que cette 
étude nous renseigne sur la nature d'autres déformations remar- 
quables du corps humain, comme le cancer et le goitre. 

Ces acquisitions faites, et nous verrons qu'elles étaient nécessaires, 
je vais exposer brièvement l'enchaînement logique des raisonne- 
ments déductifs qui permettent de concevoir l'harmonie des phéno- 
mènes biologiques. 

II. — Biologie générale de l'être. 

Appliquons immédiatement la méthode de la navette. Nous com- 
mençons naturellement par chercher le point de départ. Il y a des 
êtres pluricellulaires et des êtres unicellulaires; les seconds sont 
formés d'un assemblage de parties dont chacune ressemble à l'un 
des premiers. Étudions donc d'abord les premiers. 

I. Cette question est la plus importante de toute la biologie; nous ne la coq* 
sidéroos pas comme résolue par les quelques considérations exposées précé- 
demment, mais 'seulement comme posée. Elle se résoudra lumineusement par 
la méthode de la navette. 



LE OANTEC. — lA MliTHOriE PÉPirCTlVE Ky BIOLORIE -45 

U problème consiste dans la retherche de iôut ce qu'il y a de 
crtmmun aux êtres unîcellulaires ou monoplastidaires, ce quelque 
rhoçe de commun devant être précisément la vie des êtres unicel- 
luijires. J'ai t'ait» en dt^tail, celle êtuJe dans la Théorie nout^elte de la 
m. Ile me contente d'en signaler ici les C'tapes priocipales. 

De la structure microscopique desétresunicelllulairea il est impos- 
sible, au moins de prime abord, de tirer on caractère général. 
D'ailleurs cette structure» en ce qu'elle a d'optiquement constatable, 
ne KinLIe pas modifiée quand on tue ces êtres uniceltulatres au 
moyen iIl^ réactifs fixateurs convpnahles. 

UmoHvenient n'est pas général ; il y a des espèces unîcellulaires 

immobiles; mais, mâme chez les espèces où il existe, U n'est pas 

lîwiliini.', il résulte de réactions chimiques entre la substance de Tètre 

«celles du milieu; il est facile» expt^iiinentalemênt, de modifier ces 

irtactioiig chimiques en supprimant ou ujoniant un fadeur (subs- 

[iMce chimique ou agent physique ilétemiinrunt des activiti's chl- 

|ini<|ue?) tt les mouvements sont modifiés parallèlement. 

Lesphiênomèneâ d ut/t/il»>ir fiiigestioii de substances é!r:inj^éres) 

[desonljjas généraux et s'expliquent par des actions physiques et 

riiimii[iies (tension superficielle en pariiculier). 

t-'rie élude approfondie desétreaunicellnlairesou nionophistidaires 

i^montre que le seul phénomène vraitnent c:cinitnun à tous ci-s êtres 

ivants et vraiment caraclêristiqufi de ces Atres vivants, puisqu'il 

wnnue, non seulement aux corps (jruls, mais même aux u-adavres 

l't^trei^unicellulaires, cVet la muttipikation. 

td multiplication eel un phénomène d'ensemble qui consiste en 
!cci ; un plasilido éteint placé dans un milieu ccinvenable, oit ses 
Muhf'UinceH coit^li fut n'es sont l'objft de rèacttori:i chimi^nes, ce plas- 
iiite Cït remplacé au bout de quelque temps par plusieurs plastides 
fnUques à lui-même comme eonstitulion et comme propriétés. Il 
4 d-ins ces phénomènes d'ensemble plusieurs [larticularltés 
fparêes; d'abord, jihùnontène dtîititqtie pur, il y a assimilation, 
?est-i-dire aufimenlution de la quantité des substances thimiques 
du plastide par l'eflet d'une cerlaine réactîoo chimique; ensuite, 
phemjtuène mofp!njli"ji<fuc qui est sous la dépendance du premier, 
celle fpianlité nouvelle de subslanec^s chimiques, au Yten d'atlecter 
aoc distribution rjuelconque, se répartit en plusieurs masses dis- 
tinctes exademenf compysées comme le pîastide initial. 
Ces deux pitêruimènes sont insépanihlea^ et Ton ne peut les étudier 
jarémenl que par un arlifice qui consiste ù ncyligev, de parti pris, 
manifeslalintis morpholut-iques en étudiant les manifestations 
iremenl chimiques, l'augmentation quanliLative de luules les 



40 



REVUK PHlLOSOPJllOtE 



siibslaoces d'un plastide donné, sous rinnuêaee de rêactioU 
don ne es. 

Mais je fais immédiatemeiil remarqiief que ce qu'il y a de vra 
menl ca raclé ris titiue des plaslides par rapport aux corps bruts, c'ea 
le phéaomèae chimiquâ et hûp le phénomène morphologique; 
crîstalltsalton nous montre, en effet, des corps bruts prenant ua 
Torcne tout h fait déLermioée dans des conditions données et quel- 
quefois au moment même de leur formation: jamais la chimie dfl 
corps non vivants ne nous montre une substance s^ixccroissant aan 
changer de composition^ par une réaction chimique â laquelle ell 
participe: t'ajsiiniiufii'ti ne se manifeste que chez les plastides. 

J'insiste sur cette question pour donner plus de précision à un 
définition primordiale qui n'a pas été bien comprime» celle de la t-i 
^^lenldiVe. 

J'appelle ^'ie vUnu'nttiire |a propriété CEIlUlijt'Ë commune ïi tom 
les plustides; celle propriété coosiste en ce que. pour chaque espéo 
de plostide, il existe un ou plusieurs milieux ebimîquement déûnî 
et tels que» dans ces milieux, les substances du plastide réagissen 
cfaimiquenieRt en tvtsitnilant tes éléments des miheux- On dit ato 
que. dans ces milieux, le plastide est à l'état de vie éUmentain 
mtmifgitee. Aiosi donc» la vie élémentaire esl une propriété chV 
mique, la vie élémeDiaire manifestée est une réaction chimiqua 
n y a bïea des phénomènes morphologiques qui accompa^ent cet 
numtCestalions chmtiques et qui en sont mémo quelquefois une candi 
tioa indispensable, mais ces phénoraênes morphologiques sont par 
ticuliers h chaque espèce au lieu d'être commuas à tous. 

Ail début de mes éttKles biologiques, j'avais surtout le dêâtr à 
m'élever conlre la coqCusîoo r^gretmble que l'on ccKnmet en app^ 
butt do nème nom le^ phénomènes simples et les phênomêae 
romplexes. J« donc dit, daus une première approximalîoo, que le 
êtres unu'vllulaiivs piissédaieul seulement ta rî^ Arwrittaire tandi 
qtw les Urti- plurioellt^aires étaient d<i>ués de (-i«: aucono confusioi 
n'aoïmil dil risuller de cela puisque je spécitîaîs. chaque lus, que I 
cie ^lêmrttioirt «st une propriété exclosiveineiit clâmiquc. Je con 
iriéènds comne basant (uriie des oMnditioms de ta vie elémeniair 
mam09iét tout oa qni. chex ua ^tre «nàcellutaire, é^ait concomilao 
à rai^&iuùlalioo. Teû^out^ percxenpfce, diiez CamAe^ l'iDgeslion d 
substances élnafens. l'oisiiios» péc^ibérMiiM. tes ècfaances entre 1< 
ptoteplarma «C le noyau, en «n uot. Ions les pb^aonèoeâ physl 
qo» 0« OMHpholo^ues. On « Iroar^ qoe ces pbéoomèaes, n'étaa 
pas eesentieUemMit différents des phéoûnéoes aaalosoes chez le 
Mras &wpèriear$ tinfe^tion, abï^M^MM. ctrcuUtioO. il était illégi 



LE DANTEC, — U MÉTHODE DÈllCCTlVE ES H[Or,OGlE 



M 



Vimedene pas les conskiéi'er "commo constituant des pliénomènes 
davle propriïrnent dite. Il y a ib. une question de précision dans le 
langage, et je compte y revenir un peu plus tard, quand la méthode 
ëela navette nous aura instruit sur la nature même des pliénomènes 
fim accompagnent la vie élémenlaire manifestée. Qu'il me suffise. 
pour le moment, dû spêcifLer que la vie êlé}ncnlaii-e est une pro- 
juitlÈ purement chimique; on pourrait dire que Tétude de la vie 
ékmen^ire constitue la biologie amorphe. 

Pour être capables de réagir en assimilant dans certaines condi- 
tions, les êtres uni(;ellulaire5n"en sont pas moins susceptibles, dans 
des conditions dilTL-renles, de réagir comme les corps ordinaires de 
U chimie, en se détruisant en tant que composés chimiques délînis. 
n i' a même beaucoup plus de cas dans lesquels ce dernier mode de 
T'^K(\un se produit, l'assimilation pouvant être considérée comme 
nue réaction exceptionnelle. J'ai donné le nom de cundition n" 1 à 
l«ul ensemble de circonstances dans lesquelles un plastide donné 
a«imile; j'ai appelé condidon n" \î touy lei uulres cas d'activité chi- 
rai^ûp, cas beaucoup plus nombreux et dans lesquels il y a destruc- 
tion dfi substances pla.stiques. 

Enlin. j'ai appelé ciNflUion n" 3 là repos chimique absolu des 
[ila-ii(ff>4; ce repos chimique est-il jamais l'éalisi- d'une manière 
'U"ii4'te, c'est bien difticile à affirmer; le plus souvent le prétendu 
«pos chimique est un cas de deslruction 1res lente. 

La condition n" 1 est, sans coolredit, la plus intéressante de toutes 
puisiju'elle doime la manit'eslation vraiaienl vitale; la condition ti" 2 
réalise la mort élémenlaire ou destruction des plasliries. Mais, si elle 
^epTOlonge pas assez longtemps, cette condition n- 2, réalisant 
ilfilnicluin partifUi! de l'être unicellutaire, produit seulement une 
variation dnns les iiropriétés de cet être. 

>'inis ne Savons encore rien de la structure chimique des cel- 
lules; nouà ne savons pascorninent se maniCestera, dans unètreuni- 
cellul'iire. celle destruction partielle enlrainwnl la variation; mais, 
oointnc chaque cellule nous parait un ensemble complexe et non une 
musse homogène, nous devons [lenserquc celle destruction p;u-tielle 
n'atteindra pa'*, suivant les cas, loiUes les parties de la cellule avec 
la Kii^me intensité eLdêlermiotra,par cûns<^cjuent. une variation dans 
la ifuantité relatii'e de ces parties. La condition n" 2 produira donc, 
[quand eili? n'ira pas jusqu'î!! la mort éléinentaïi-c. une variufton 
' quant itativc de la cellulo. Or, notre délinition de l'espèce nous a 
amené» â concevoir comme diirérant quantitativemott les diverses 
d'une même espèce. Tout en re--^tanL dans te vague, nous 
toujours supposer que nous avons défini citaque cellule 



48 RRVL'E PHILOSOPHIQUE 

d'une espèce par des coefficients quantitatifs en nombre sutfisanl- 
Chaque cellule de l'espèce aura donc un signalement complet, donné 
par ses coefficients quantitatifs, et toutes les propriétés personnelles 
de cette cellule seront représentées par cette liste de coefficients. 
Nous devons donc penser que la destruction partielle d'une cellule 
par la condition n° 2 modifiera une partie au moins de ses coefficients 
quantitatifs, et cela nous permet un langage suffisamment précis, 
sans que nous sachions, dans l'état actuel de nos connaissances, sur 
quelles parties de la cellule portent ces mesures quantitatives qui 
permettent de définir une cellule et de la différencier d'avec toutes 
les autres. Nous ne savons pas si ce qui est important, à tel ou tel 
point de vue, dans une cellule, c'est le rapport quantitatif de ce que 
nous appelons les éléments figurés (cytoplasma, noyau, etc.)) ou au 
contraire le rapport quantitatif d'éléments non figurés entrantdans la 
constitution du cytoplasma, du noyau, etc. La méthode de la navette 
nous apprendra tout cela en temps opportun. Mais sans rien, pré- 
ciser de ce que représentent nos coefficients quantitatifs cette notion 
de leur variation à la condition n" 2 est néanmoins déjà très utile. 
J'ai montré tout le parti que l'on peut en tirer, en étudiant les 
variations de virulence de la bactéridie charbonneuse'; une notion 
très importante qui se dégage de cette étude est que les variations 
quantitatives résultant de la condition n" 2 sont héréditaires^ c'est- 
à-dire que si une destruction partielle, à la condition n''2, détermine 
une variation quantitative d'une cellule, cette cellule, transportée 
ensuite à la condition n" 1, se multiplie avec ses nouveaux carca- 
tères quantitatifs, iusqu" il ce qu'une nouvelle condition n° 2 inter- 
vienne. C'est ainsi que M. Pasteur, ayant obtenu les vaccins char- 
bonneux par une variation quantitative dans certaines conditions, a 
pu conserver indéfiniment cette variété de bacilles dans des cultures 
convenables. 

Pour la bactéridie charbonneuse, dans laquelle l'observation 
microscopique ne décèle aucune hétérogénéité remarquable, la 
question ne se pose pas de savoir si la variation quantitative corres- 
pondant à l'atténuation de virulence s'exerce entre les coefficients 
des éléments figurés ou entre les coefficients de substances chimi- 
ques non figurées. Mais pour les protozoaires, les amibes et les infu- 
soires, par exemple, on peut se poser une question analogue. Non 
pas qu'il y ait chez ces êtres une propriété chimique comparable à 
la virulence, mais nous pouvons nous demander si une variation 



1. La baclériilie charbonneuse, assimilation, varialion, sélection (Encycl. des 
aide-mémoire Léauté). 



LE DANTEC. 



LA MÉTilOllK UÉDCCTIVE EN HIOLOCIE 



49 



ei^riinenlale dans la structure morphoiogique d'un protozoaire 
i:tte une vnriéLé nouvelle ayant un cerluin intérêt. C'est ce qu'étu- 
diËnt. quoique non inslituàes dans ce but, les expériences de méro- 
imif.. Si, d'un, coup de kncelte, on détacha d'un protozoaire un 
raotceaa de cytoplasma, par exemple, il reste une cellule ayant des 
propcirLtons nouvelles de cyloplasma et de noyau, en ce sens qu'ii y 
aniuins de cytûplaftmâ par rapport à ta substance nucléaire. Celte 
nwvejle cellule est-elle le point de départ d'une vur'mlê nouvelle? 
ou doit-on, au contraire, la considérer comme une Éorle de bouture 
ami h (iropnêlé de reproduire idenUquenient l'être d'où elle pro- 
vient par nmliîatjûn'.' Nous ne connaissons pas, mallieureusenient, 
ileprtttir aussi sensible que la virulence pour les protozoaires, et 
c'est encore la méthode de la navette qui répondra à rette question ; 
ceiiendanl. les expériences de raérotoinie ont une conclusion immé- 
diate de haul« importance- Je me contente de signaler cette con- 
clusion, que j"ai démontrée ailleurs' en détail. Il y a un rapport déter- 
miné entre la composition chimique des plastides et la tormed'équi- 
i(l*rBde leur vie Oléinenlaire manifestée. 

Voiliiléjà un cf^rtain nombre d'acquisitions importantes; je vais 

les récapituler, car elles vont être le point de départ de notre pre- 

mit^resùrie de déductions vers les êtres supérieurs pïuricellulaires. 

!" U seule propriété qui, dans une première approximation, nous 

pfmieltede caractériser les êtres unicellulaires ^ivunls, par rapport 

juï rtïrps bruis, est la propriétéde jnnlliplication fi tu conthtion:. n" 1. 

OartB cwlte propriété de niulliplication, il y a à distinguer d'abord 

une propriété d'ordre clïimiijue, la vie ëlémentaii'ey qui se manifeste 

l'aasfUiitntio}i h la condition ti" 1, et une maniftsldlion morpbo- 

Wî'liifl coiicouîilantej savoir^ la division en piastides identiques au 

preniier. 

■^ Dans toute condition d'activité chimique autre que la condition 
D* 1. les plaslides se comportent t'ouime des corps Liruts et leurs 
sob^ances se détruisent en tant que composés chimiques définis. 
Si cette destruction à la vondHion n" H se prolonge assez longtemps, 
ellcî''i<ndiiit à la mwt èlémeniairn \\'ii plasliJe; si, au conti'aire, elle 
s'arrdte ï temps, elle détermine seulement une variat'wn q\tanttta- 
Ifivqoe nous pouvons représenter par des changements de coetfi- 
crenlâ numériques, quoique nous ne saciiions pas encore à quel élé- 
mrnl oonstitulif de la cellule se riipportent ces coefficients. 

GniX*; variation quanti talive est héréditaire, c'esl-û-dii'e que le 
nouveau plastide ainsi obtenu se multipliera à la condition n° A en 



I. Thivrif nouvcUe de lu tcV, cliaii. xii. 
TMK LU. — 1001, 



50 HEVCK PnilvOSOPHlOllR 

conservant ses noiivelies caractériatiques, aulrement dit, qu'il don-] 
neta naissance à dé nombreux pla^tides ayant tous ses nouveaux 
coefticienls quantitatifs, el ceci, jusqu'à ce qu'intervienne une nou- 
velle variatijm, c'est-à-dire une nouvelle condition n" "2. 

On conçoit ainsi qu'une sCTie aUernative de coudiUons n*" ! et da] 
conditions n" "2 (el, dans la nature, il arrive souvent que ces deui 
conditions se superposent), donnera une niultipHcationde plastides| 
avec des variations quantitatives aussi nombreuses qu'on voudra l( 
supposer. 

li" Enfin, ta chimie d'une espÉ'ce unicellulaire domine sa morpho-' 
logie, à la condition de vte élémentaire manifestée. 

VqlIù ce qui doit nous servir de point de départ dans l'étude des 
êtres supérieurs. 

L'être supérieur pluricellulaire procèded'un oeuf, c'est-ànJire d'ui 
corps, qui, au point de vue morphotogiiiue et à bien d'autres égardsj 
enciire, ressemble à un iMre unicellulaire. Cet œuf jouit en particu- 
lier de la propriété de muUiplicalion h la condition u" 1, mats bien 
des phénomènes accessoires en)|Jt-chenl celle mulliplicnlion de se 
manifester comme chez, les monoplastides isolés. D'abord, on nej 
constate pas toujours au début, orj conalate mC^uie fort rarement,! 
une augmentation de volume de l'u'uf, parce que, à côté de ses subs- 
tances plastiques ou vivantes, l'œuC contient des substances alimen- 
taires mortes, appelés réserves, et aux dépens desquelles se produi I 
l'assimilation dans les substimçes vivantes ; de sorte que le résultat 
de cette assimilation peut très bien ne pas se manifester par un.j 
accroissement de volume total de l'œuf. 11 y a donc déjà une parifl 
d'hypolhtec diins le fait que nous considi-rons l'œuf comme secom- ' 
portant, au point de vue cliimique, de la même manière qu'uii^ 
monoplastide isolé; nous n'avons aucun moyen direct de le vérilier.J 

Et nous voyons déjà combien il est indispensable, dans toute la 
biologie, de bien distinguer ce qui, d.ms une cellufe, est substance 
vivante ou plastique de ce qui, dans la même cellule, est substancaJ 
filimentaire ou squelettîque. Tout ce que nous avons dit des raono- 
ptastides tsiAés es( vrai de leurs substances plastiques ou vivantes ; 
elles seules sont actives dans tous les phénomènes que nous avoa 
étudiés. 

Deuxième complication; Icé; cellules successives qui résultent d 
la multipiication de l'it^uf, au Heu de se dissocier comme chez le 
monoplasLides, restent agglomérées par un ciment spécial el for 
ment ainsi des masses plus ou moins compactes. De cette particu 
larité il l'èsuUe d'aliord qu'il nous est imiwssible de vérifier que ceS; 
diverses cellules ont toutes les mêmes propriétés; de plus, des cel 



LE DANTEC 



U UfJHODl-': DËDUCTIVP. F,\ RIOLOËIB 



51 



llules agglomérées d'une manière étroite ne peuvent pas prendre la 

me qu'auraient des cellules libres, de sorte que le phénomène 
[bi(Hf|)hiil'.'giqiie r|ui accompagnait l'assi mi talion chez les êtres uiii- 
ïlluiaires ïâolés, savoir la formation de cellules toutes de même 
^Tpparence que la premii'Te, ne se manifeste pas dans la segnienta- 
liQDJcf'i'uC. Eniîn. par suite de leurs situations diverses par rapport 
au milieu, cellules plus profondee ou ceiUiles [)Ius superijcielles, la 
corwitlinn w l peut ne pas être toujours rbalisée pour les divers élê- 
ineakJe l'assocLition ; il y a alternatives d'assimilation et de des- 
inii'iion, et ces alli^rnalives ne sont pas les mêmes pour toiitûs les 
cdutes, de sorte que les variations quantitatives qui en rô-sultent 
peuvent être spéciales à chaque plastide. De là une hétérogénéité 
«ilï^mpqufs p^eut encore acc-roitre l'occurrence de divisions inrgairti 
ckz certaines cellules placées d'une manière non symétrique dans 
Ifiaocialion '. 

Kii riisumé, (levant la complexité extrême des phénomènes du 
iléveloppement lie l'u'uf, notre analyse menace de rester tout à lait 
inrampliie. Xous y suppléons par une hypothèse que les déductions 
^i-riliei-orit. s-avoir que, malgré toutes les eoniplicalions qui résul- 
Ifiut lie la formation d'une a>]!gloméralion pulyplaslidaire, tous les 
pturnùiBiînes qui se passent dans les cellules sont ^saul" la particu- 
lanlôinème de l'agglutination de ces cellulei^ eriîre elles de même 
'•nlre que ceux dont nous avons pu faire l'analyse complète chez k's 
^tresuni-cellulairi's libres^ 

Ktl'on peut se dire que celte hypothèse est bien hasardée lorsijue 
Jaacoastute, chez un homme par exemple, les dill'érences extrêmes 
qui Réparent les éléments des divers tissus: un élément musculaire 
pmit aussi difTérent d'un élément nerveux qu'une amibe l'est 
<f«ue voriireiia. Et, néanmoins, cette hypotlièse que je fais ici expli- 
pteriiptil, parce que j'espère arriver, au cours des déductions ullé- 
^vuru>, à montrer son bien Ibndé, on la fait implicitement sans s'en 

ïteren disant que I homme est composé de cellules et que le pro- 
|ire est une cellule, car on a l'habitude de raisonner, en bio- 
sur les choses qui portent le même nom comme si ces choses 
lient comparables. 

J*artonsdonc de l'o'ur comme d'une cellule qui jouit de toutes les 
jropriétL-s communes auv êtres unicellulaires.et en outre, de celle de 
>niier lieu à une ag^îlomération d'éléments agglutinés. J'ai suivi, 
■ns la Théorie naitrclle rlr ia rie, les pliiinomènes les plus généraux 
du développement qui a I'ikuT comme point de départ. Ce dévelop- 



TAAiric ntuecUe de lu ne, clintu xvui. 



S2 -'- • KEVl'E PHILOSOPHIQUE 

pement conduit à une accumulation de cellules appelées cléments 
hihtologiques et constituant un être supérieur doué de vie, dans 
Leqûelles éléments histulogiques passent par des alternatives de repc» 
fonctionnel (condition n" "H) et de fonctionnement condition n" i). 
Le résultat d'ensemble de ces alternatives de fonctionnement et de 
repos cellulaires est précisément ce qu'on appelle la vie de l'être 
supérieur considéré. Or, les éléments en question baignent dans un 
milieu 1res limité, le milieu intârieur de l'être. C'est dans ce milieu 
qu'ils puisent leurs aliments et déversent leurs excréments. Pour 
donc que les éléments bistologiques ne soient pas tous condamnés à 
la mort élémentaire, il faut que le milieu intérieur soit constam- 
ment renouvelé, — débarrassé des substances excrémentitielles et 
fourni de substances alimentaires, — et, en cherchant bien, on 
constate dans une première approximation que ce renouvellement 
du milieu intérieur est précisément la seule chose commune à loua 
les êtres pluricellulaires doués de vie; c'est donc, par définition, la 
vie elle-môme. Mais ce renouvellement du milieu intérieur résulte 
d'une disposition spéciale des éléments histologiques, disposition 
spéciale qui seule permet le renouvellement et le détermine fatale- 
ment, dans un milieu convenable; c'est ce qu'on appelle la coordi- 
nation; et l'on peut donner de la vie deux définitions différentes, 
suivant que l'on considère la rie propriété ou la rie phénomime. La 
vie propriété c'est la coordination ; la t'i'e phénomène, c'est le renou- 
vellement du milieu intérieur résultant de l'activité des éléments 
coordonnés. 

Ce »]u'il y a de plus remarquable, ce qui fait que la vie phénomène 
continue assez longtemps, c'est que précisément, en vertu de la loi 
d'assimilation fonctionnelle', la vie phénomène entretient la vie 
propriété, consolide la coordination au lieu de la détruire; les 
organes se développent par le fonctionnement. 

La loi d'assimilation fonctionnelle est la plus importante acquisi- 
tion de notre méthode déductive dans cette première approximation. 
Elle se vérifie dans tous les exemples de la physiologie et cela 
donne une première preuve indirecte de la solidité de nos pré- 
misses, puisque ces prémisses nous ont conduits rapidement à la 
découverte d'une loi ignorée, tellement ignorée même que la loi 
opposée de la destruction lonctionnelle est encore enseignée partout. 

L'ne série de considérations très simples conduit de même à la 
découverte de lois bien connues : l'existence d'un étal adulte, le 
balancement organique, la corrélation, la fatalité de la vieillesse des 

i. Théorie nouce'le tir li tic. cliap. xsi. 



LE DANTEC, 



lA MtTEIODh: OËDL'CnVIÎ E> BIOLOGIE 



53 



élres supérieurs, et donne, en même temps, de ces lois, une inter- 
Ijrrtalwn fort élémenuire. 

Jj lulion de la vi>' conduit naturellement à celle de la mort qui, 
Mijvint 3es détînitions admises en toul temps, est la cessation ou la 
/ïiide la vie. La mort est donc, suivant la .dsïfinltion dela^vie que 
l'wiaura adoptée 'vie propriûlé ou .vie pnénonnène), [a ileslruclibn de 
latiiorJiûatinn ou la cessation du renouvelleinonl du milieu nnlé- 
rie'ir, t-'t il est évideuL que ces deux délinitions sont équivalentes, 
caria destruclion de lu coordination entra'me naturellement l'arrêt 
du renouvellemenl dont la coorditiation est la tûndiiioii indispen- 
sable; iJr rafme. l'an'êt du renouvellement entraine la ilestruclion 
deiawiûrilinatiûn, puisque la coordinatioû n'est réalis4!'e quo.grtLce 
i îa vie éléinenlaire des éléments Ijistotogiques et que celte vip: éJê- 
mentaire dispiirail quand le renouvellement reste longteh/j}s sus- 
pendu. ' ^ : I 

Je souligne longlempa, parue que, de ce qui précède, il appert 
irûHiédiatement que la mort peut être un phénomène momentané. 
La (Ipsti'uction de Ij coordination est réparable dans certains eus; de 
BJt^'iiu.si Tarrêt du renouvellement du milieu intérieur ne dure pas 
trop longtemps, les phénomènes destructifs qui en résultent . peu- 
vent ne pas t'treassfez consfdéraMese! ne pas entraîner la disparition 
Je la cooidination qui s(,'L'a bienlOl rclotilie dans son ensemble par 
l'zsgirnilation ronctionnelte. On donne le nom de syncope à la mort 
qui n'est pas définitive'. 

Nous nous sommes contentés, dans cette première série de déduc- 
["lus, d'établir un lien très grossier entre tes ôlres unicelluiaires.et 
It^ fires supérieurs, en constatant que ces derniei's se forment avec 
IÎI1& simple cellule pour oiigine, et d'une accumulation de plus eu 
piosrflinpticte d'éléments histolopiques très comparables iï de sim- 
ptia ctillules. Cette accumulation, tnlervenant dans les conditions 
<il'aclivilé des diverses cellules agglomérées, détermine des alterna- 
tives d'assimilation et de desLructioii d'où résultent des variations 
'IWiitttatives, et cela suffît à expliquer lesditrérences que l'on cons- 
tal« chez an adulte entre les cellules parentes telles que l'élément 
^uicujaire, l'élément nerveux, réiément épithélial. 

.Vous aurons à comprendre, dans une seconde séria de déductions, 
comment il se fait que cette accumulation de cellules soit précisé- 
ment douée de la coofdinalion qui constitue la vîe, niais nous 
devons, d'ores et déjà, considérer, sinon comme démontrées, du 
Woias comme vraisemblables, les prémisses hypothétiques des- 



• I. l'«itf*v4ioR 'le la »iO'-( iH^r. Einjf/chi'é'iiijite), novembre ISHW. 



84 nEïUs raiLo^opHiQUE 

tiuellef? nous sommes partis. Nous pouvons donc, dés maintenant 
avant de faire faire h notre navelle le ctiemïn inverse du chemin 
parcouru, observer directement les animaux supérieurs et constater 
chez euît des particularités que notre première série rie déduclions 
navait pas fait prévoir; cela nous amènera peut-être ix découvrir 
chez les êtres unicellulairesdes propriêËèsqui nous avaient écliappé| 
jusqu'ici. 

Une des observations les plus frappantes, et <|ul se fait naturelle--] 
ment avant lûules les autres, est celle de la forrne spécifique des' 
animaux ^iupé^leu^s, Deux n-ufs de même espèce, deux œufs de 
grenoiiilîet par exeinple, nous conduisent à des adultes de même 
forme, malgré les conditions très dillérentes de leur dévelûppe- 
inent; autrement dit. ei ta description chimique de deux œufs fait 
classeï' ces deux œufs dans une même espèce, la descriplion mor- 
phologique des deux êtres qui proviendront de ces deux œufs fera 
(également classer ces deux L'tres dans une même espèce. Ceci 
s'exphquera ultérieurement quand nous entrerons dans le domaine 
de rhcK'dité, mais la simple constatation du lait précédent nous 
amène dcjà à prévoir confusément que, chez les titres pluricellu- 
laires comme chez les monoplastides isolés, la composition chi-| 
ralqiie domine la morphologie. Je le répète, cela est encore l'ortl 
conlus dans notre connaissance, car nous serions hien embarrassés, 
pour le moment, de dire ce que c'est que la composition chimique 
d'un corps d'apparence aussi liétérogène qu'une grenouille, qui 
contient des muscleii*, des neifs, des os, etc. Mais cela nous amène 
néanmoins à entreprendre des exp^Tiences pour vérifier l'existence 
de ce rapport. Si nous pouvons détruire partiellement cette forme 
spécifique sa»;» tuer l'unimai, qu'arrivera-t-il de cette mutilation^ 
Les phénomènes diffèrent suivant les espèces animales. Chez lesunéS,! 
par exemple chez. les étoiles de mer, les planaires, k's hydres, les 
lézards, les tritons, etc., il y aura, au bout d'un certain temps, récu- 
pération de la forme spécitique totale; rêtoite de mer régénère soi 
bras coupé, le lézard sa queue, le Irilon sa patte. Chea d'autres 
espèces, au contraire, cliez les poissons, les grenouilles, les manirai-' 
fêreSf etc, il y a seulement cicairisaliuu de la blessure sans qu'il 
ait jégénération du memlire coupé. Un homme à qui Ion coupe ui 
bras devient manchot. Fyut-il conclure de Vd. que la propriété 
laquelle est due la réj(ênération dans les animaux du premier groupe 
n'existe pas chez les animaux du second groupe? Cela serait d'au- 
tant plus étrange que la grenouille, par exemple, qui ne régénère] 
passa patte, est voisine du triton qui la régénère. Il me semble plu3| 
logique de croire que celte propriété est générale, mais que deaj 



LE DANTEC. 



u Mt^TiioDR iiëùl'ctivf: es OIOLOCIG 



5.5 



'Coodilioiis accessoires Tont qu'elle ne se manifeste pas de la même 
iffloiére dans tous les cas. Ces condilions accessoires, nous lea 
uwjvons immédiatement dans le rOle joué par le squelette, rôle très 
rarialile avec les espèces. 
Gan lea triions, les Itizarda, etc.» nous sommes (urci-s de croire 
'[ue la lûnne spécifique est une l'orme fatale pour un animal en 
iriJD lie vivre; cheï: les animaux f^^ans régénérai ion, hûur devons 
penstif (\u'}\ en est de même, mais que le squelette, étayant les 
pâlies molles, permet à plusieurs formes d'équilibre dilTéreates 
de se réaliser- Néanmoins, il ne faut pas nous dissimuler que nous 
laiitiiis une hypothèse en raisonnant pour toutes les espèces comme 
« elles étaient douées de la propriélé de régénération que nous 
œitsiaions chez qiieîques-unes d'entre elles. Celte hypolhèse se 
justifi<3ra ultérieurement. 

.Nous admettons dgnc, pour le momûnt, que, tant que ta vie existe» 
lefnrnie spécifique, sauf intervention d'un squelette résistant, reste 
tstûle. Or, tant que la vie exislej il y a, par définition, renouvelle- 
ment ilu milieu intérieur, c est-ù-dire que cet état de choses est réa- 
lisé, dans lequel la ^'îe élémentaire des tissus se conserve. Mais la 
oonservalion de la vie élémentaire des ti^ssus revieoL à [a conserva- 
tion de leur cnmposîlion chimique, et notre conclusion prend, de 
willp derpiére remarque, une force plus considérable : U y a un 
r^yport enlre la cuntpiml'wn chi/ni'jtu- et la foi'me spécifique. 

Gliez les éires ufticellulaires, nous avons observé des phéno- 

ménfftiout à fait analogues. Si l'on mutile un protozoaire d'un coup 

6 buuelte, toute partie de Tânimal conservant un morceau de 

jDoyiti] juuit de? la propriété de n'êirtî pas atteinte par la mon élcn^en- 

[tairv, e'esl-ii-dire, comme je l'ai démontré directement par des 

ctils colorants, de ne pas perdre sa composition chimique. Or il 

'■ préseiite chez les protozaires exactement les deux mêmes cas que 

it. les métazoaires. Presque toujourif, l'animal mutilé qui n'est 

[piu alteinl par la morl élémentaire récupère sa forme spécitique, 

Mis, dans un cas, chez les Parainvcies étudiées par M. Balbiani, il 

« cicatrisation sans régénéralion. Quoique ce dernier cas soit 

(iHiiijue jusqu'il présent, il suffit à rendre plus complet le parallé- 

«nie entre les proloïoaires el les mélazoaires au point de vue de la 

Irtiuiralinn des muLiiations et il va nous permettre de tirer de l'étude 

[de» nk't'izoaires une conclusion bien inattendue sur les protozoaii'es. 

JCLu les métazoaires, la conservation de la vie, entraînant la 

raliOQ de la composition chimique généi'ale du corps, con- 

■ dans La conservation de la coordinaiion qui permet et assure le 

ivellement du milieu intérieur. Nous avons donc le droit de 



LE I1AI4TBC. — 3.A. KÙiaOUE UÉUUCTIVE BK BlOLOf-IE 67 

de ÏJiiiinial soit niodirti''. El c^ci sera à retenir pour rêtude de l'béré- 
diié des caractères acquis. 

Le môme, lorsqu'au cours du développe menl individuel, il se 
I>ri»iki[ des mLHuiiiûfpitof^rn, c'esl-â-dire des transformations réa- 
lisixisavec dejitntt^ttoH de cerlaines parties préexistantes, nous ne 
puutToiiâ jamaÎÂ songer à attribuer ces mèlamorpboses à des causes 
lioii-s, ijiénie si leurs maDîfestations paraissent plus parliculiê- 
renwiit localisées encei-taînes réglons de l'organisme. Par exemple, 
la mOlamorphose d'une chenille en papillon, mélûmorphose dans 
laquelle l'armature tuccale broyeuse se transforme en armature 
huccak siiceusj?, ne sera pas un phénomène pins général à l'orga- 
iiiîfueque la métamorphose du ver blanc ou hanneton, mètaraor- 
pbiise dnns laquelle l'armature buccale semble cependant respectée. 
Ums les tit'ux cas, des causes généi'ales de transforma t ton agiront; 
jii;iis.tlaTisle premier, ces causes générales modifieront la forme delà 
liouclie, qu'elles respecteront dans le second. Nous sommes doue déjà 
Waartle contre les inlerprétation^ des métamorphoses qui auraient 
une forme locale, et nous pouvons prévoir une particularité qui 
a wmhlé éluujiante dans la mécanique de ces métamorphuses. 
tftrig un insecte, comme dans un homme, il y a des tissus fixes 
ou lie rcnstruciio» et des éléments migrateurs. Il est bien certain 
<jue iDrsiiu'une cause générale, rjHelte quelh- soit, détermine une 
métantorphose, localisée ou étendue, ce sont les tissus de constrite- 
tioii des parties détruites qui doivent être atteints dans leur vitalité. 
Vuanl aux éléments migrateurs, ils ne sont liés aucunement k la 
formt; ^léiiérale du corps et paj- con&êquent ne sauraient soutîrir 
»lin.'OtemenL de la modification de celte Forme'. On peut donc pré- 
yoit qu'ils Bc nourriront des débris des tissus de construction 
ronJamnés à la mort élèmenîaire, et l'on a constaté, en etl'et, une 
phagocytose intense dans les métamorphoses- Mais toutes lesconsi- 
dénliuns précédentes nous amènent à rejeter immédiatement les 
interprétations dans te.squelles on considère la métamorphose 
cotnine résultant de l'acti^'ilé d'un agent spécial qui exciterait les 
jifiagocytes h manger les tissus de construction de certains organes 
condamnés; la phagocytose, dans les métamorphoses, est la résul- 
tante et non la cause d'un phénomène qui est général et non local. 



{La fin prochainement). 



F. Lt DantëC. 



I. Si, [iiiur moUillcr r^ri^liit^rluri: d'inie moi^cii. ûii dnU ilL'tiLiirt.' <:erlalDS 
af>]MrieincHtj de ci^tle maî'^an, i'.^ seront nnlurellfnienl ]<!b niiirs, les iloiâons 
ilr tes opparli^mëiiU ■^ui seront JcLruilâ; mais a'il y a îles niuudioa ou des 
pu<t:9 d*»!^ fti mAûon, clk-s ne seront pas clireclâmcnt intéressés par la modi- 
flcBtion <lr i'ari'liiitecliiru. 



LA MUSIQUE DESCRIPTIVE 



On m'accordera, je pense, que Ve.trpi'tiaiion est une conditioa 

essentielle de toute beaiitë.dans Tart en général, et dans Ja musique 
en particulier '. A vrai dire, il ne suffit pas 5. une (euvre d'i^tre 
expressive pour être belte; it faut encore que ce qu'eUe exprime ïût 
pour nous quelque valeur. L'artiste doit ùtre un homme supérieur 
aux autres, ou tout au moins dilTérent des autres, il doit avoir dans 
son esprit uu dans son cteur quelque chose qui ne soit pas dans 
tous les esprits et dans tous les cœura. Le don irexprimer est vain 
pour qui n'a rien ii exiiritner. Un honmit qui parle bien e:5t insipide 
s'il parle pnur ne rien dire. Un peintre qui sait bisu pçindre est ■ 
médiocre — c'est-à-dire pire que mauvais — a'iï ne nous montre 
dans la nalure que ce que chacun y voit. Le musicien nous révêle 
son ilme; mais si s<jn ilme ne renl'ermc rien d'intére&sanl, â quoi 
bon nous la rèvélei*'? 

Si l>xpi'essjon n'^st pas tout, eUe est indispensable. Il n'y a pas 
de beauté sans expression, 'l'out art est un langage, et toute œuvre 
d'art est un signe; c'est l'intermédiaire sensible par lequel J'arli&te 
nous communique quelque cliose de lui-même. Sans les divers lan- 
gages — langages naturels : la mimique, la physionomie, Ja parole; 
langages aitificiûls : l'écriture, les alphabets des muets et des aveu- 
gles, le symbolisme algébrique et tous les algoEÎthmes; langages 
arlisliques, qui sont en partie artificiels, m.iis surtout naturels : 
pnisyance expressive des formes, des couleurs, des mouvements et 
de& sons, — chacun resterait isolé dans son for intérieur, ignoré des 
autres et les ignorant. Le plaisir esthétique, c'est le plaisir de sortir 
de l'isûlement individuel, d'i'C happer ii la prison du moi; l'artiste 
Dous charme en nous enrichissant d'idées^ de sensations, de sen- 
timents nouveaux pour nous; il ajoute son âme à la nôtre; notre vie 
intérieure devient par lui plus intense ou plus nuancée. Peu importe 
d'ailleurs ce qu'il exprime, pourvu qu'il fasse surgir en nous quelque 
chose qui n'y était pas, ou qui y sommeillait. 



I 

i 

I 



1- Vuii' tiion ËwdJ .sur ta r^in,<itî/i€otit/n lies tiioicfi. 2* (larlie, cti. ES (Alcaû, 
I81IS), Jp prends le mol expressiMn ilnns son sens le iilus général de faculté d'^x- 
primei: 



GOBLOT. — LA ML'SIOCE DESCRIPTIVE 59 

l'un des plus imporlants problèmes de l'esthétique est donc de 
déterminer les lois de l'expression éf, d'en expliquer le mêca- 
Ei^me. On s'est souvent demandé pourquoi telles formes, telles 
couleurs, lois mouvemonle, tels sons, telles combinaisons de formes, 
dccouteui:^, de mouvenienls, de sons, nuns alfectent d'une manière 
sjrcahteou iti'sagrcnble. C'est mal poser le problême. Entre les élé- 
uienls dont l'artiste dispose — les sons de la gamme s'il est musi- 
cm, les couleurs de sa palette s'il est peintre — il ne choisit paa 
le» combinaisons agréables, mais les combinaisons ejipressii.es. Les 
r^^les de TMarmonie ne sont pas Ibndéeii; sur le caractère agréable 
fitiiJt'sagn'-able des sensations auditives, mais sur leur signification. 
Aiiirement, les combinaisons d'intervalles se rangeraient en série, 
•iepuis les plus douces jusqu'aux plus rudes, et lo compositeur choi- 
sirait de préférence les premières. H en est tout autrement. Une 
liarmoïiie trop consonante est plate et vide; les dissonances sont 
i* vie de la musique; les plus audacieuses, employées à propos, 
sont excellentes. Ou peut faire entendre simultanément toutes les 
Doiesde la gamme, et d'autres encore. Blessez, décbirez mon oreille! 
jt'rfirâique votre bruit est harmonieux, s'il signilie quelque chose 
et m'inlèresse. Une faute d'harmonie n'est pas belle, parce qu'elle 
ie signifie rien, sinon que l'auteur est malhabile, on que l'exécutant 
"liJit une fausse note. Mais si les règles de l'harmonie sont violées 
i'iienlitknnellennent pour produire un elTet qui ne pourrait être 
"bleau autrement, ce peut être un trait de génie. C'est une loi bien 
wtiniie que. saut quelques exceptions, on doit éviter les qiibUes 
iincin et surtout les quintes siiccfîssit'es ; elles produisent à l'oreille 
"aellGi rude et désagréable, qui provient sans doute du heurt de deux 
loiiaiili'S difi'érentes. Cependant Alexandre Georges, pour dépeindre 
'cfiriDd soleil qui tlambe, n'a pas craint d'aligner, dans le passage 
""iivant, non pas deus, mais treize quintes successives : et de 
iiJpéler ce mùme effet cinq fois dans l'espace de quatorze mesures. 



P*rçiotine, que je sache, n'a jamais protesté contre la rudesse si 
"•îprpssivc de ce passage, qui blesse l'oreille à peu près comme la 
lu(jiiure du suleil blesse les yeux. 

Autre exemple. De toutes les modulations, la plus difficile à réa- 

li*« est celle qui passe d'un ton majeur au ton majeur qui a deux 

:ili^>»dc plus ou deux bémols de moins. Jl en résulte une sorte de 



60 REVUE rMILOSOI'lllQUE 

malaise. 11 faut que la modulalion soit très indirecte pour que" 
loreille accepte le nouveau Ion. Cêpeniiarit on la pratique tri-s bien, 
sans aucun intermédiaire, ii condition de là redoubler," et de répéter 
trois fois le nit^me thème en montant d'une seconde majeure : 



■> Ti 



C'est qu'un ubtierit ainsi un effet 1res expressif. On dirait un per- 
sonnage c]ui réitère, avec une exaltation croissante, la même affir- 
mation autoritaire ou passionnée, et qu'à chaque fois il avance d'un 
pas, en une attitude de raeûiice ou de dcÉi. Qui ne se rappelle l'elfet 
intense d'une telle gradation au V*^ acte des Huguenot», quand les 
martyrs redisent par trois fuis, en montant d'un Ion, le début du 
choral de Luther : 






KcA - itj tï^ ' TAja- C\ti' ' Vtùt^f tittti^JO f^nmc^ii^^ - 



L'effet de cette modulation redoublée est indépendant du tlième. 
Joue/, ou chantez trois Ims de suite le premier vers de Jai 'ht Oon 
tabac en fa, en sof, puis en la, et vous donnerez l'impression gro- 
tesque d'un jeune coq qui se mot en colère, et se dresse sur èes 
ergots en hérissant son plumage. 

De tely eETets sont naturellement d'un emploi rare, parce qu'ils 
sont violents. Lorsque la situation ne comporte pas tant d'énergie, 
il est préfiiTahle de procéder par une simple marche d'harmonie 
sans aucune modulation. Iteprenons notre premier exemple : 



tr 



GOBLOT- — TA WISIQI'K PESCIllPTEVE 61 

t^înât écrit, ii n'exprime plus que la progression naturelle d'un sen- 
Umenl normal. 

' On voit par ces exemples que la rudesse, la dureté, riinpression 
jféniblo produite par certaines combinaisons sonores c'est pas une 
raison [lûiir les interdire. On peut luoir besoin li'une dureté; od 
pijul v'uuloii' pn>duire une impression désagréable. Il ne l'aiidralt 
donc pas enseiijrjer, comme on le fait ; Ceci est tktfûmiii, pennh ou 
liiJr're. s. En harmonie, disait îteethoven, tout ce qui n'est pas 
dê/eiiifu par les coTniiiandcment:? de Dieu et de i'Kglise est per- 
mit- » 

Un l>oii traité pmii'jue d'Harmonie devrait nous apprendre que 
Ici înlervalle, telle succession d'intervnllcs nous impresatonna de tolls 
tnonièiv. Un traité ilicorique (ri!artnonie devrait faire connaître la 
raJâûQ explicative des impressions produites. En un mot, l'Harmonie 
musicale est utie science psychologique. Cette science est loin 
ilVtre c'OTislituée; h peine est-il possible de l'entrevoir. Nous 
sommes trop mal informés de nos propres sentiments, trop impuis- 
sants à les saisir, â. les reconciâitre et b. les nommer, trop ignorants 
(le leurs causes et de leurs lois pour savoir comment on les excite, 
oit le^ apaise. Le savoir dont Aman se vante, lotsqu'il dit d'Assuérus : 

Je sais fiir quel); rcssurL)^ nri le ]>i.iii9-(C. oii Le mi-ne, 

e^tun savoir tout empirique, et les plus habiles manieurs d'hommes 
cnsontli. Le phénomène proprement psychologjque^o'i.je veux dire 
ta sensation auditive coosciente. n'agit pas directement sur le phé- 
numèije psyLîludriKÎque s^fmthnent ; car. si cela clait, le problème ne se 
{loserait pjs; un tel mode d'action n'aurait rien de mystérieux pour 
nous, puisque nous le saisirions immédiatement dans notre con- 
«cioncc. C'est dans les profondeurs de notre être inconscient, c'est- 
i-«Iire organique, et prini^ipalement nerveux, qu'il faut chercher la 
rcbtton entre les sensations et les émotions^ entre ce que nous 
tentons et ce que nous i-esseittons. Qu'on admette la théorie physio- 
■ -■ I j -„ d'après laipiûlle un sentiment n'est qu'un ensemble de sen- 
- -- interoi's^— ou que l'on considère les sentiments comme des 
pb<^iioménes spéciliquement distincts, mais d'ailleurs étroitement 
li*is h des modilicattons vi-îtérales. circulatoires, etc., et il des sen- 
ûliotis internes, il faudrait, dans un cas comme dans l'autre, cher- 
ctiereurniuent et pourquoi certaines comliinaisons sonores agissent 
«UT les viscères, sur les vaisseaux, sur les centres moteurs. Nous 
c*oatiais*ons encore mal les Tonctions et môme la structure de ror- 
ganc auditif; surtout, nous ignorons presque complètement les 
connexions des noyaux doriKÏne du nerf auditif avec les autres cen- 



0i REVUE PH1U)!iOPJIIQi;S 

1res cériJbraux. Une psycliologîÊ musicale serait donc aujourd'hui 

une entreprise prématurée. 

Jl est cependant possible de faire des observations intéressantes 
en aliurdant la que.stion par les deux eûtes qui s'offrent à nos prises, 
le son perçu, rémolion resseulie, et en renonnaoi provisoirement à 
expliquer comtiieiU eelJe-ci est provoquée par celui-là. Sans péné- 
trer au cteur de la tîitficuHê, c'est déjù beaucoup de la circonscrire, 
Hehnhûltz» dans sn. Théorie ;j/ii/sioJo;;i</i/(! de la iMusique, a pris pour 
point de départ l'étude du son et de l'organe auditif, et a cherché à 
en lirer l'esplicalion de cerl-iines lois de la musique. Essayoos à 
notre tour do prendre la ijueslion par le cOif opposé, de noter 
réiDolLon produite en nous pur des fragments choisis dans les 
œuvres des maîtres, et de découvrir par quels procédés musicaux 
cette èmoljon est otiLen.ue. 

Pour cela, il faut d'abord diviser la question- 

Tantôt la musique est ospressive sans qu'on aperçoive aucun 
inlermêdiaire cotti'cienl entre le son et le sentinienl. Schumann, 
ayante exprimer, dans h Parmlis el la Pni. l'angoIsse d'un jeune 
homme qui meurt de la lièvre, fait entendre sans préparation cette 
dissontince hardie : en mineur, un accoi'd de si\te de la inédianle, 
avec retard simultant^ de la sixte par la. quinte augmenté*^ et de 
l'octave par la septième niajeure : 



J«^ WdiiiAi mifli , 



i^T^ ^SoLjéiL. 



UefTel est poignant- Ici, aucune idée, aucune image entre h per- 
ception du sou et rêmolion qu'elle détermine. J'appelle musique 
émotive toute musique qui provoque ainsi t'émotiou sans aucun 
internicdiaire conscient. 

Tantôt, au izonlraire, la musique suggère une idée ou une icnage,. 
et c'est cette image qui, à son tour, nous intéresse ou nous émeut. 
Ici, il tjiut encqre distinguer entre la musique imilafii-e, qui 
reproduit artiilciellement les bruits de Ut nature, et la musique de*- 
cripdve, qui suggère l'idée de choses visibles, de choses qui ne ton t 
pas de bruit, ou qui les suggère sans imiter le bruit qu'elles font. 

Les trois genres peuvent d'ailleui-s se rencontrer dans le môme 



GOBLOT. — U ML'SIÛLiE U&SCRIPTIVB 63 

inorceaut djuig la m^me phrase et jusque dans le même accord. 
Mais en anaiys.int un fragment musical jusqu'à le râsoudre en ses 
effet» $imptf!^^ il sera toujours facile de dire de clmcun d"eux s'il est 
tmitatif, descriptit ou t'-motif. 

A vrai dire, si nous connaissions mieux (e mécanisrae neuro-psy- 
chologique de l'acUon des sons sur les senUinenU. la dilÏÏTence 
onire la musique descriptive et la musique érniilive ne para.itrait 
peuiiMre plus aussi profonde; nous indiquerons nous-mème, plus 
loin, comment l'étude de la prenûère pourrait être un acliemine- 
menl vers l'intelligence de la seconde. La distinction est néanmoins 
assez nette puuc jjuuvoir être utilisée au moins provisoirement. 

Les trois genres se trouvent ri^unis dans l'Andante de la Sym- 
phonie pustortile. Il s'inlitnie -Scène «Il hoi'il du Ruit^i^eaH. Naturel- 
lement, il s'agit d'une scc'ne d'nmour, tliême éternel leinent jeune 
que toijs les auteurs ont traité, qu'ils traiteront toujours, parce que 
les bomines ne se lasseront janiais de l'entendre. La mélodie se 
déroule avec abandon, dans l'ampleurd'une lonjîue mesure àdouze- 
huiti qui la Caisse planer, et ne lui permet de prendre terre qu'à de 
longs intervalles, au bout de douze temps ientenieut battus. Cette 
mélodie «éveille et exprime des sentiments; c'est de la musique 
émotive: Cependaut le di'but de la phrase se compose de groupes 
tïe douilles croches, comment^anl après le frapper du 4" temps de 
chaque mesure, et si^parés par de longs lnter^'alles que l'aceompa- 
^einent seul remplit. Ce sont des soupirs amoureux. Le chant qui 
suit n'a plus rien de descriptif. 

L'accompagnement est de la description pure. Il s'énonce d'ahord 
seut, et. par une double appoggialure sur chaque temps, marque ce 
quadruple balancement qui sera le rythme du morceau jusqu'à la. 
lin : 



Nous sommes prévenus par le litie qu'il s'agit d'un ruisseau, 
Nous n'avons donc pas de peine b. reconnaître dans ces sons liés et 
<iOOtcniis. procédant par petits intervalles, les molles ondulations de 
l'eau. Puis, dès ta seconde (bis, tt jusqu'il la fin» les accords de deux 
CkOtes dont ce dessin se compose sont dtîdoubics 



64 REVUE PHILOSOPHIQUE 

et les ondulations nous apparaissent comme plissées. Ici se présente 
un détail d'instrumentation que Gevaert appelle une c trouvaille 
des Muses ». Cet accompagnement, joué par la masse des seconds 
violons et des allos, est doublé au grave par deux violoncelles soli 
avec sourdine. La sourdine du violoncelle est peu employée dans 
l'orchestre. L'effet en est ici très délicat. Écoutez attentivement, et 
vous croirez voir les ondes et les plis de la surface se réJléchir dans 
la profondeur des eaux. 

P^n même temps apparaissent des trilles des premiers violons — 
je ne parle pas de ces longs trilles d'une mesure qui marquent et 
prolongent chaque cadence; ceux-là appartiennent à la mélodie, et 
semblent un emprunt fait à Mozart, — mais de ces trilles d'un ou 
deux temps, qui çà et là courent sur le chant. Ce sont des frissons. 
Frissons des brins d'herbe, frissons du feuillage, frissons de l'eau 
courante, on ne saurait dire, mais qu'importe? 

A neur d'eau comme h fleur de peau, 

Les Trissons courent... 
Us rendent |ilijs doux, plus tremblés, 
Les aveux di^â amanla troublés; 
Ils s'i'parpillcnt dan^ le» blés 

El les ramures. Maurice Uui.u.\.tT. 

Frissons charmants Siins doute, et combien différents de ceux du 
froid, de la fièvre ou de lu peur! Différents aussi des frissons de la 
peau sous les caresses, des frissons des lèvres sous les baisers, qui 
sont plus lents, plus profonds et plus graves. 

VoiUi la musique ilescriptivi', 

Enlin, quand la phrase mélodique s'est déroulée dans toute son 
ampleur et s'achemine sans hâte vers la cadence finale, voici qu'elle 
reste suspendue ' ; l'accompagnement se tait aussi . Et l'on dirait que 
les amants, les yeux dans les yeux, se contemplent, ou, lèvres 
contre lèvres, se tiennent embrassés, en un silence qu'interrompt 
seul le chant des oiseaux dans le bois : alors, à deux reprises, la 
tlûte, le hautbois et la clarinette font entendre le ro.ssignol, la caille 
et le coucou, après quoi la mélodie conclut par la cadence attendue. 

Voilà la musique îmittttive. 

Disons d'abord quelques mots de la musique imitative. 

L'imitation, môme dans les arts du dessin, n'est jamais une lin, 

1. La suspension n'a («as lieu sur un accord exigeant impérieusement une 
suite ; cela eût signilié tout nuire chose, à savoir ({ue les amants ont été surpris 
par <)uiïli|iie visileiir indiscrcl. La plirasc présente une modulation au ton de 
la dominante, et la suspension a lieu sur une cadence à la dominante de ce 
nouveau (on, cadence qui comporte naturellement un repos, mais n'a pa? un 
sens conclusif, parce que c'est une c<idence h la dominante, et parce que ce 
n'est pas Iv ton initial. 



GOBLOT. — H ÎIUsrQLH DESCIllPTIVE ftS 

toujours un moyen. En musique, elle est un moyeti tout â fait 
'■eces^oiré. Plus artificieuses qu'artistiques sont ces cûmpositiona 
où t'uu entend le grondement du loanerre, le fracas des vagues, le 
sifflement du venl. Le musicien y descend au rang du raacbinidte. 
i'ai connu, à Pau. un guitariste Espagnol d'une virtuosité vraiment 
extraordinaire; u'était un aveugle qui giignait sa vie en donnant des 
leçons et en jouant à la terrasse des cafOs. Nous le faisions parfois 
venir. Assis tout près de lui, car les snns de l'inslrumenl sont 
faibles, nous écoulions son grand morceau : la Bataille de Sala- 
matufue. Il commençait par des appels de clairon, suivis d'une 
marche militaire. Puis il sonnait la charge, et nous décrivait la 
iDL'Iée. Il ne se bornait pas h pincer les cordes, il les frottait, glissait 
ilessus les doigts de la main gauche pendant qu'elles vibmienl, les 
croisait Tune sur l'autre, utilisait jusqu'au bois de son instrument; 
el par touies sortes de moyens ingénieux, il imitait le tambour, le 
canon, le cliquetis des armes, le sifllement de^ balles, le galop des 
chevaux, les plaintes des blessés, etc., après quoi 

Comme il sonnu la chui^e, il sonnaîL La victairc. 

C'était amusant, cela n'avait rien d'artistique. L'imitation ne tient 
qu'une très pelile place dans l'art musical. Dien que ta musique ne 
soit qu'un bruit, elle n'imite qu'exceptionnellement les bruits natu- 
rels. m*-Mnequaml ils.'agit de décrire desscéiiesde la nature Jl existe, 
dans les <inuvres des maîtres, de beaux n orages >, de belles k tem- 
pôtes »; elles sont dévritt-s bien plus qu'imitées- Quand elle s'y 
rencontre, l'imitation y est discrète, et ne vaut que par la manière 
dufit elle est amenée. L"orchestre ne simule pas le bruit, du vent ou 
des vaguer; il en dessine le mouvement. 11 nous euiporte éperdu- 
nieal dans un tourbillon de sons; il donne une ànie aux éléments, 
et en exprime la rage tioslile et folle, ou bien la grandeur imposante 
et sinistre. Il tait sentir, et, au besoin, il ferait voir, plulOt qu'il ne 
fait entendre. 

Auâsi est-il tout .k fait inutile que l'imitation soit exacte; et, de 
fait, elle ne l'est jamais. Il sutlit que les bruits imités soient recon- 
naissaliles; il suflit qu'ils le soient pour des auditeurs avertis i>ar le 
progranïme. Un in'tnolu ile contre-basse et de tinïbâlê rend très 
mal, maU assez bien, le grondement du tonnerre. Une gaintne cbro- 
fiiatique ne ressemble que de très loin au sifflement du vent, mais, 
pourvu qu'elle soit convenablement placée, il n'en faut pas davan- 
tage. « Oh' monsieur, cette symphonie pastorale! médisait une dame 
en sortant du concert; cet oi'age! ce chant des oiseaux! Comme c'est 
bien iraité! «Encore une gui n'a pas compris, pensai-je en moi-m^me. 

TOME LU. — 1901. j 



66 



REVIB Pflll.QSUf|||QUB 



La musiquo émotive est l'essence mènie de l'art musical. Mais je] 
n'en parlerai guère. Nous ne sommes pas eDcore en mesure de l'ex- 
pliquer- Nous nous y acheminerons peut-élre en essayant de pêne»! 
trer la psychologie de la musique descriptive. Comment, avec deâ] 
sons. peut-oQ décrire des choses vî»ibles?Quelles sont, à cet é^rd, 
Iës ressources de l'art musical, et quelles en sont les limites? Telle 
est ia question que je me propose d'examîaer. 

Ëvidemment, la musique ne peut pas donner Tidée des forme&i 
visibles- Si parfois elle suggère des images d'objets figurés, c'est en 
verlu d'assacialiutjs toutes cuntingentes. Comme l'expression ver- 
bale dans le langage ordinaire, lexpresslon musicale doit éveiller 
en l'auditeur une idée ou un sentiment délerminés, identiques pour, 
quiconque n'est pas alTligé de surdité musicale, et précisément) 
l'idée ou lu sentiment que l'auteur a voulu exprimer. On dit souvent] 
que la musique est un art vague, et l'on veut même trouver dans 
ce qu'elle a d'indéfini, de mystérieux, le seciet de son cliarnie le 
plus captivant. Quelle erreur! La musique est un art précis, unj 
langage adéquat — pour qui sait le parler cl pour qui sait le com- 
prendre. Elle dit avec exactitude et clarté ce qu'elle peut et dûil 
dire. Mais elle ne dit pas tout. Elle ne nous apprend pas comment est 
lait le uezde Don Juan ou la bouche de Dona Klvire : c'est afTairâ, 
aux arts du dessin. Le peintre, en revanche, ne saurait faire parlei 
ses personnages. Un portrait peut être € parlant » par sa physî* 
Domie; il nous dit : Je suis gai ou je suis triste, — je vous aime ot 
je vous bais, — je suis bon ou méchant, noble ou vil, idéaliste oi 
sausuel, quelquefois avec une telle intensité d'expression qu'oi 
Bretonne presque de ne pas entendre sa voix. Mais on ne l'enlend] 
pas. La musique nous la fait entendra. Persuane n'a eu plus clair^j 
intelligence des limites des différents arls que Richard Wagner. Il ai 
découvert que ces limites sont des frontières communes, et que, làj 
où s'arrête le domaine de l'un, commence le domaine de l'autre. 

Puisque la musique ne peut pas figurer des objets, il est souvent] 
nécessaire, dans les leuvres descriptives, que l'auditeur soit mis ai 
£â,it par quelque indication. C'est naturellement le rôle des paroles 
dans la musique chaulée, de l'action sçénique dans le drame 
lyrique; dans la musique instrumentale» l'indication est donnée par] 
une courte notice, par une épigraphe inscrite en léte de la parLîlionp] 
et (idèleraent reproduite au programme, ou bien par un simple litre. 

Mais, sans iigurer les choses, la musique peut en décrire le mou- 
vement. Deux sortes de moyens concourent ■> la représentation.] 
musicale du mouvement. Le premier est le rythme. 



GOBLOT. — LA MUSIOOE UESr.HIJVTIVE ST 

Toute succession de phénomènes peut être rj'thmée. S'il n'y a 

«d'analogie entre un mouveinenl et un soo. il peut y en avoir 

Eiîre le rythme d'un mouvement et un rythme sonore. Or beâu- 

caup tte mouvements naturels sont rythmés, et la inusi(jue peut les 

demri? ea imitant leur rythme. Les barcarolles et tes berceuses 

mi des imilations musicales des oscillations de la barque et du 

iiurDCfla. Et l'iniilation peut déjà, avec des moyens si simples, 

«llràdreun haut degré de précision. Gabriel Fauré a écrit une pièce 

fls<]iijw sur anie poésie de Suliy-Prudhomme : Lee Herceaax, Le 

•^i'an! :iyu3 parle des bateaux tjue la houle berce le long du quai et 

desjjffceaux rjue les femmes balancent à la maison; au moment de 

'I^'iller le port, les grands vaisseaux 

Sentent leur tnaase relenue 

par Vàoie des loinlains bercCBUi. 

L'fioconjpagnement imite le rythme du berceau : 



etefinest pas un berceau quelconque; c'est le vieux berceau breton^ 
en bois de ch'fne, en forme d'auge, qui repose sur le sol par deux 
ais arrondis; et comme les courbes en sont toujours ma! ajustées, le 
Knïuvemeot n'e?it pas égal : un coLé arrive a\"ant l'autre au bout de 
u course. La main gauche fait une syncope au milieu de la mesure, 
ïandis que la main droite continue son élan, et voilà le rythme 
d'un vieux berceau breton paplailemenl imité, 

La \al5e en n- bémol de Clinpin pix'sente un curieus efl'el qui l'a 
Ûitsurnoinmer la vaiav. du Ctticn. Le dessin mélodique est un groupe 
de quatre croches répété un grand nombre de fois, et ce dessin à 
deui temps se joue sur l'accompagnement ordinaire de la valse à 
mis temps. Il Y a donc deux ryttimes qui ne concordent pus. On a 
itttivé que cela ligurait le mouvement d'un chien qui saute pour 
itlraper sa queue : 



REVUE l>RIL0SaPH9QlB 

C'est, en effet, le mouvcmenl d'un èlre qui tourne rapidemecl sur 
lui-même el retient à la même position par rapport à son cor 
mais oon par rapport à l'observateur. Telle ne fut pas, très prol 
hlement. rinleBlion de Chopiu. Il a voulu exprimer le tournoiement 
et ausài le verlige d'une valse si rapide qu'on ne saurait la dai 
qu'en imagination. 

Le second moyen dont \a. musique dispose pour décrire le 
vement est l'ordre et la grandeur des intervalles mélodiques^. Sur la 
portée, la mélodie ligure aux yeux un dessin simultané, une ara- 
besque qui monte, descend, remonte, par des inllexions molles oil_ 
brusques, graduées ou .voudainea. Chantée ou jouée, la mélodie 
fleure â l'oreille un dessin successif, une arabesque qui se meut Oez 

dit montet- et descendre une gamme; on appelle les sons lutuisoi 

bm; la voit de femme ta plus aigué s'appelle soprano ou ^fsstis; 1^ 
voix ta plus grave de l'homme s'appelle bosse. Les sons graves on-^ 
éié ainsi nommés par les Grecs, pai'ce r|u'ils paraissent lourds 
tendent vei-s le bas. Il semble que les sons soient soumis â l'actic 
de la pesanteur- que les uns s'éiévenl et que les autres tombent- 
relève dans Baudelaire une expression caractéristique. 11 s'agit i 
Prélude de Lohengrin. < Je me souviens, écrit-il, que, dès les pi 
mières mesures, je subis une de ces impressions heureuses qil 
presque tous les hommes imaginatifs ont connues, par le rêve, dï 
le sommeil. Je me sentis dèliviv des liens de la pesantetty '. ■ N'ou^ 
savonst en eEïet, que Wagner a voulu figurer, dans les plus hautes 
régions des espaces célestes, l'apparition des anges qui apportent Si 
la terre le Sainl-GraaI. Et ce sont des notes suraiguës, de^ sons 
moniques des violons, puis une espèce de chœur, joué exclusivera^ 
par les violon», divisés en buit parties, dans les plus hautes not 
de leurs registres, La descente sur la terre du chirur céleste 
rendue par des sons de plus en plus graves, comme la disparliU 
progressive de ces sons graves représente sa réascension vers 
régions êthérées. 

Les sons paraissent monter ou descendre; c'est un fait. Il 
difliciJe de l'expliquer. On a essayé d'y voir une habitude dérn 
de la notation usuelle qui représente la hauteur des sons par la p< 
tion des points sur la portée. Mais l'impression e::;t trop profonde 
trop générale pour s'expliquer par une cause si superficielle et 
récente. Serait-ce que les sons aigus sont ordinairement pri>duî 
par des corps petits et légers, les sons graves par des corps vol( 
mineux et lourds? Mais ce n'est pas toujours vrai. On a dit encf 



I. L'art romantif/ue, p. -21$. 



GOBLOT. — U MUSIOUE DESCniPTJVE 



6& 



qiales sons aigus vieDnent ordinairement, dans la. nature, d'objets 
km plaws. tandis que des sons graves sortent des. cavernes, des 
kuibiis et prolonds, Mais le tonnerre se fait entendre dans le cielj 
leinûrinure d'utie source, le chaot dun grillon sorlenl de terre, 
hoslavoix humaiae, a-l-on dit encore, les notes graves semblent 
iwifiner ilans la poitrine, les notes aijjUi'S dans la têle. Tout cela 
D*»l pas satisfaisant. On n'explique pas, par ces rapproL-licmeots 
gressiers, une iiiûpression rjui esL très précise, sensible même pouf 
Je petits intervalles, plus sensible (le fait a son importance! pour 
nn milervalle de demi-ton que pour un intervalK? d'oclave. Il est 
probable ,|ue la véritable explication se trouvera dans les connexions 
encore mal connues des éléments de notre appareil nerveux. 

Presque tuules nos émotioas tendent à déterminer en nous des 
nwpïetnents. Mais l'éducation nous rend économes de nos actes. 
ta plupart de ces raouvernenis sont réprimés, surtout chez l'homme 
idultt et civilisé, comme nuisibles, dangereux ou simplement inu- 
t'b. Il en est (]ui ne s'actièvent pas, d'autres se réduisent à une 
laible incitation à peioe perceptible au dehors. Il en reste encore 

(*s«ï pour constituer tout ce qu'il y a d'expressif dans nos gestes, 
ilins notre physionomie, dans nos altitudfs, Les intervalles inélo- 
rfiques ont éminemment cette propriété de provoquer des impul- 
sons de mouvement qui, même réprimées, laissent en nous des 
seiisiiliûiis internes el des images motrices. On poujrait étudier 
SïfNTiiiientaleraent ces faits si l'on avait 'a sa disposition un être 
humain ijue des circonstances particulières, sans altérer ses sen- 
ialions D) leurs réactions motrices, rendraient tout spontané, comme 
on autnmale sentant, qui n'aurait pas de mouvements inlenlion- 
nellernenl produits ni intentionneUement réprimés. A ce titre, les 
réactiunn molrices provoquées par les intervalles mélodiques chez 
uo sajet hypnotisé peuvent ûlre fort instructives. 

Mais il tiiiit être extrêmement circonspect â l'égard de toutes les 
expéhencesd'hypnoiisme. L'interprétation en est toujours suspecte; 
on n'esL jamais sur que l'opérateur se soit suffisamment prémuni 
•cvotre les suggestions involontaires. Pour ntoi, je ne saurais être 
«oovaincii que par des expériences faites par moi, sans aucun 
témoin, sur un sujet qui n^aurait Jamais été endormi par aucun 
autre, — et encore! Bien entendu, je n'aurais pas le droit de pré- 
tendre que mes résultats fussent acceptés par autrui. Une convic- 
tion scientilirpie ne doit pas être un acte de foi. 

Kt quand il s'agit d'expériences prmiquées par M, le colonel de 
Rochas, avec quelle réserve ne convîenl-il pas de les accueiilirl 11 
Douft prévient lui-même que son sujet est * entraîné », qu'il l'a pro- 



70 



hEVUE PUILOSOPUIQUE 



meaé dans lôs ateliers des scufpteurs et des peintres et jusque dans 
des soupers d'artistes et de iournalisteâ. 11 proteste contre la mal- 
heureuse idée qu'eut un de ses amis de le produire en public, mais 
il nous raconte lui-mâme uoe série d'exhibitions préparées et plus 
ou moins Ihéûlrales. Puis j'avoue qu'en présence d'un homme q\ 
ee montre si pressé de faire inlervenîr la science des brahmes 
des mages, le « corps astral net i re\:tôriorisation de la sensibilité 
je ne me sens pas sur un terrain solide. 

Aucune exp«5rience d'hypnotisme ne saurait être admise conat 
une preuve scienUfiquement valable; mais lùule expérience d'b; 
noUsme mérite d'être recueillie et examinée ù titre de renseîgi 
ment. Or, dans celles de M. de Rochas, il y a au moins un l'ait inté— - 
restant. 

Les sons de la gamme déterminent chez Lina, son sujet, des rêac - 
tiona motrices constantes. Ces réactions sont indépendantes de l£ . 
hauteur absolue des sons fsauf pour les sons très aigus et Irè- ^ 
graves); elles d^petident uniquement des degrés de la ganim^= 
ce qui concurde avec les principes essentiels de la musique. ^^=' 
on joue ou citante lentement une gamme ascendante, celle d^i^M- 
majeur par exemple, le premier son provoque un frémissemei^^ 
du corps tout entier, notamment des pieds. Avec le réy ce frémisse 
Sèment se lucalise dans les genoux et les cuisses; avec le mi dai^E 
l'abdomen. Le fa et le toi amènent des mouvements des mains ^M 
des bras. Le la agit sur le thorax et les épaules. La note se^^ 
sible détermine invariablement un t'r(>missement des lèvres. Si o 
continue n monter une seconde gamme, il y a d'abord un momen:^ 
de confusion, puis la même série de réactions s'observe. En rede^^ 
cendaiit la gamme» on retrouve les rn&mes manifestations dan.; 
l'ordre inverse, et la tonique grave di>termine un frémissement d( 
pieds '. 

Ces expériences ont porté sur un sujet unique ' ; on ne peut 
risquer â en (ii'er des conclusions, el surtout gurdons-nous d'èdiiii 
une tliéorie. Cependant j'observe sur moi-même certains faits con^ 
cordants. L'introspection, même en psychologie expérimentale, 
encore le guide le plus sûr. Il y a des dessins mélodiques qui voi 
labourent les enirailles^ qui vous secouent des pieds à la télé. Di 
l'accompa-gnement du /toi i/es Aimeit, la main droite fait entendi 



I. Voir àt Itoelias. Les lenlîtnenti, la must^ut et le ffeate, 'w-i". GrenobH 
Fallut; el IVj-riii. i'JQû 

3. M. Dauri^ii.- a pu observer sur il'aiilres sujets dea fniU cunoonlanis. inaig 
ib ne is rappiirtent pas h la lacalitisljoii ^ea sons de In goinine. Voir Rcvw. phi 
lonpkifUi, octobre ivao. 



GOBLOT. — I.A ML'SIQUE IHÎSCRIPTIVE 71 

îft; «oies répétées : c'est le frisson, ou plutôt c'est le tremblement 

^deltt lièvre, fjui se confond ici avec le tremjilement de l'épouvante; 

pponcianl lu main gauche fait une gamme qui part de lu tonique 

pour aboutir â la docninanle après avoir touché la sus-dominante : 



X 



-jJ me semble sentir quelque chose qui court en moi depuis le$ pieds 
itpi'au tfiorax; et quand un Instant après le mÔme passage eet 
|tépété/ji'«n("ïsi)«)o, je sens le même frisson, mais plus profondj plus 
intérieur, dans les moelles. 

Jeueâuis pas convaincu, pourtant, que les degrés de la gamme 
fliem, pour ainsi dire, chacun son siège délerminié dans notre corps, 
M 9'éelielonnenl régulièrement depuis les pieds jusqu'aux lèvres. 
Ce ituj me parait plus certain, c'est qu'ils ont une relation, encore 
bien obscure, avec nos sensations rl*équilil)re^ si olisciires elles- 
Bit-mes, Au cours des mouvements si variés que nous exécutons, 
nous changeons constamment la position de notre centre de gravité; 
^cepetidaiu nous gardons notre équilibre par des compensations 
ipproimées. inconsciemment guidés par des sensations presque 
saisissables. II paraît y avoir une relation entre cf*s sensations et 
iilegrés de la garjime. L'une des premières questions à résoudre, 
i ÏWyc^liijlogie musicale, serait celle-ci : Comment se fait-il qu'il y 
lit «ne note de la gamme, et une seule, la l.onlt|ue» un accord et un 
^leiil, l'accord de tonique, qui donne l'impression d'un sens achevé, 
Nbien qu'il est impossible de s'arrêter définitivement sur une autre 
(Ou sur un autre accord? — C'eati h mon sens» que cette note 
accord répondent à une sensation ou à un sentiment d'équi- 
libre stable et de repos, tandis que les autres répondent à des sen- 
wtiotisde mouvement. Le musicien qui nous remue, qui nous agite, 
lui nous tail prendre une série d'attiluilea ^ réelles ou iranginaires 
"- ue peut pas nous abandonner sans nous avoir ramenés à une 
jitlitude de repos. 
Jesuis arrivé à ces vues par des considérations purement musi- 
8, en cherchant à résoudre des fragnienls harmoniques el niélo- 
li^fies en leurs ejfels simpies et en, analysant les impressions res- 
'>tie<>; et il se trouve qu'elles sont de nature h apporter quelque 
fEtraifre à deux fails auxquels je n'avais pas d'abord songé: le 
premier, c'est l'étroite relation de la musique avec la danse; le 



n 



AevcTB I>niLU$nPÛIQt-B 



second, c'est que les canaux semi-circulaires, qui semblent jouëri 
un rôle important dans notre sens de l'équilibre, ^ont unis à 
roreilie interne au point de ne faire avec elle qu'un seul et même 
urgane. i 

Un dessin mclodique donne l'idée d^un mouvement parce qu'iti 
nous ÎQcile nous-mêmes à nous mouvoir. Littéralement, la musique 
ne peut décrire les choses visiLles, mais elle les suggère; elle les 
suggère par leur mouvement, en déterminant en nous la velliiité 
d'exécuter un rnouveroent semblable. 

Les eiVels du dessin mélodique se combinent avec ceux dul 
rj'thme. Le berceau se soulève et redescend sous la main qui le, 
balance, et l'accompagnement de Fauré (voir ci-dessus) passe du 
grave sur le temps fort à laigu sur le temps faible. Il en est de 
niôrne dans toutes les berceuses et dans les barcarolU's. La valse de 
Chopin décrit;, par son rj-thme, le mouvement du chien qui tourne; 
le dessin mélodique, lui aussi, lourne aulour de la dominante, la. 
prenant par-dessus et par-dessous alternativement, en évitant d6; 
l'attaquer sur le temps fort. 

Le rythme ù trois temps convient pour décrire un mouvement, 
circulaire. Au temps fort, le corps pose; au temps faible, il setj 
soulève^ dans le rythme ternaire, il se soulève deux fois avant de 
retomber. Si les trois temps sont divisés et fort entendre &i\ notes 
égales, le mouvement commence i paraître continu, et il est circu-j 
laire si le dessin mélodique revient sur lui-même en formant un.] 
circuit fermé. Il ne reste plus qu'à éviter le poiut moW. Pour cela, Iq 
dessin mélodique, arrivé au tempa fort, doit avoir du mouvement 
pour le dépasser : ou fera donc en sorte que le tempe fort ne coïn- 
cide ni avec la note la plus grave, ni avec les noies qui donnent 
l'impression du repos, comme la Ionique et la dominante. 

C'est ainsi que Schubert a figuré le mouvement du rouet : 



-P . r-1 



JL 



Dans cette pièce» la description d'une chose matérielle est un 
puissant moyen d'expression morale^ Marguerite, en filant, songe à; 
son rêve, à la passion qui la trouble, et Bon chant s'exalte progres- 
sivement jusqu'au cri. puis elle se calme et revient à son travail. 



GOBI.OT. — l.V MfSlOWH DKSCRII'TIVE "(3 

Pareitlement le rouet s'agite el s'emporle, puis s'arrête brasque- 
meat pour reprendre un mouvenient plus modéré. 

La puissance descriptive du dessin mélodique est si réelle, elle 
obéît à une logique si précise que les compositeurs renconirent les 
mêmes dessins quand ils veulent décrire les rn^^mes choses. On sait 
qQ« la lêe Mélusine est une sorlo de sirène, une fée des fontaines 
el dfti cours d'eau, tantôt femme et tanttM poisson. Mendeissolin, 
dans son ouverture intitulée MiHusinc, a figuré par le dessin suivant 
le mouvement ondoyant rie cet être fantastique : 



^ i ' ^ ' 4=^-' 



Wagner, dans la première scène de l'Or du Ithin^ nous fait 
assister, dans les profondeurs du fieuve, aux ébats d'êtres analogues» 
les Kixeî ou Filles du ïthin. L'orchestre, pendant toute la scène, 
fcU sentir les ondularions du lleuvê, el cJiaque fois que l'une ou 
l'autre des Xixes traverse, descend ou remonte en nageant, pour 
aguicher le Nibelun^î ou pour le fuir, son mouvement s'accompagne, 
à l'orchestre, précisément du même dessin mélodique. Wagner, 
avec son imagination musicale si féconde, n'avait certes pas besoin 
de faire des emprunts à ses devanciers; en tout cas, fauteur du 
Jttdamne dans lu ■mitsi»i%ie ne se serait pas adressé u Meodelssohn. 
C'est ti une simple rencontre, qui s'explique par t'identité du mou- 
venient h exprimer. 

Cependant l'eau qui coule a été décrite de mille manières diffé- 

renies.; il ne faut pas s'en étonner ; Feau a mille manières de couler. 

Le ruisse-'iu île la Sij}nphome pasiovaie est presque une rivière, aux 

eaux molles et lentes. Dans la Truite de Schubert, c'est l'eau vive. 

alerte dun torrent de montagne. Kn cunrant sur son lit de pierres, 

eïle se creuse de plis prulonds, se hérisse de crêtes saillantes, et 

ces plis et ces crêtes, «e croisent obliquement en miroitant. Schubert 

a rendu cela par des accords brisés *. 



Haydn, décrivant la création des eaux, nous fait voir successive- 



74 RBVIIE PaiLO^OPHrQUE 

ment le mouvement tuiuuttueux des flots de la mer, le cours lent et 
calme des lleuves, puis, en une des pa^es tes plus charmantes qu'il 
ait écrites, le ruisseau joyeux d'uci vallon paisible. I-a nn^lodie, 
chantée par une voix de basse, avec des réponses des Hûtes. du 
hautbûis et des violons, exprime le cLarme et la paix du paysage; 
de longues notes tenues des cors contribuent encore à TefTet. 
Tout cela est de ta musique émotive. Mais que signifient ces Iriolets 
des premiers violons? le murmure, le babillage du ruisseau? L'imi- 
tation serait vraiment par trop lointaine. Non, c'est le mouvement 
alerte et doux de l'eau qui court, ou, ce qui re\*ient au même, iesi 
jeux de la lumière sur sa claire el mobile surface. 

On est souvent tenlé de voir une imitation là où il y a, en réalité, 
description- Uaccompagnenient du Tilleul, de Scbubert. imîle-t-il, 
par ses accords de sixte en triolets, le bruissement du feuillage? 
Écoutez un tilleul agité par la brise, et la musique de Schubert, et 
vous verrez qu'il n'y a aucun rapport. Mais vous reconnaîtrez le 
mouvement doux, fin, profond des leuilles d'un tirbre toutfu et fris- 
sonnant. 

La musique peut décrire des mouvements plus complexes. 
Haydn, dans les Saisons, nous montre les tours et les retours du 
chien de chasse qui quête deci, delà, jusqu'au moment où il arrête, 
puis le départ de l'oiseau qui s'envole. C'est tout à fait saisissante^ 
et, même s:tns paroles, avec un simple titre, on comprendrait. ■ 
Elle peint aussi les mouvements humains. Dans le Mesate, Haendel ■ 
écrit un court i-écilatif sur ces paroles : « Et tous ceux qui le - 
vo)'aient se moquaient de lui et le persidaieut, et hochaient la fête,fl 
et disaient : n (suit un chœur Tugué : Si tu es le fils de Dieu, des- 
cends donc de cette croix!). Ce récitatif est accompagné de traits des- 
instruments & cordes qui rendent les convulsions du rire et 
haubisements d'épaules. Il est impossible de s'y méprendre. Le tra-l 
ducteur franraia a remplacé l'expression « hochaient la tête » parj 
u haussant les épaules o. Ce n'est pas une inexactitude- 
Dans le même oratorio se trouve un chœur sur ces paroles 
« Leur renom se répandit en tout pays (il s'agit des apôtres), et leur 
parole à toutes les extrémités du monde, » La dernière partie de lai 
phrase se chante sur une gamme ascendante puis descendante,! 
Énoncée d'abord par les ténors, reprise en style l'uguè par chacune) 
des autres parties tour à tour, puis par plusieurs parties ensemble, 
par mouvement direct, par mouvement contraire, donnant unai 
impression de ilol qui se répand, de marée montante qui va tuondei 
toute la terre; el voilà trailuite snus une forme concrète et visible 
cette idée abstraite : la propagation de la Toi. 



GOBLOT- — LA HrSIOCe DESGBlPTn'E 



75 



Je ne prétends pas que la peititum du mouvement épuise toutes 
ies ressources de la musique descriptive. On peut utiliser des ana- 
lofiâs plus ou moins lointaines. Des sons graves, foris et prolongés 
conviennent lorsqu'îl s'agit de corps lourds, gros, massifs. Ce&t sur 
les Dotes les plus graves d'une voix do basse que, dans la Création, 
Haydn nous parle du gros bétail foulant le so] d'un pas pesant : 



;anl que les instruments à archet accompagnent aur \& quatrième 
corde. 

Des notes aiguës et brèves représentent des corps petits et légers, 
Â. Georges décrit la Pûussîêye par des notes piquées (sauf au der- 
'3iier couplet ofi l'accompagnement lîigure le mouvement tourbillon- 
nmit di- la poussière). Dans l'Orage de la Sijmphunie pastofate, des 
notes piquées représentent les larges gouttes de la pluie, et ces 
Dotes ne forment aucun dessin, de même que les gouttes de pluie 

ÏiMnbeni ians ordre. Ce n'est plus une averse d'été, mais une mono- 
^^ pluie de printemps, rayant finemi^nt Tespace, qu'A. Georges a 
ferite par des notes aiguës en batterie : 



V l- ' 



^ 



^ 



mB linal de la W'alkyrie nous fait voir des nuages d'éUmceiles par 
'^^ notes piquée^s très aiguës et très rapides : 

^ M^— . , 



M 



et le passage des étincelles aux "flammes, rendues un peu plus loin 
pjr de rapides nrpêges. est parraitement intelligible. 
Oa pourrait multiplier les exemples. IL faudrait fairg une éUidù 



TB 



REVUE PHILUSOI'NIOUK 



Spéciale duTi procédé de descripliao, presque aussi important à lu; 
seul que le dessin muglcal du mouvement : la peinture musicale de la 
couleur par l'harmonie et 1 instrumentation. Mais nous louchons ici 
à un sujet très vaste qu'il nest possible que d'effleurer. On compare 
ordinairement la mélodie au de:^in. l'harmonie au coloris; les 
Allemands appellent les timbres les couleurs des sotis^ Klangfarben, 
Rien n est plus juste. On dit qu'une musique est * colorée )• quand 
elle présente une grande variété de sùnorilés brillantes, « grise » 
quand elle est faite de sonorités effacées et monotones. Je ne veux 
citer, à ce sujet, qu'un seul exemple. L'altération ascendante d'une 
des noies de laccord parrait produit Timpression du passage de 
l'ombre à la lumière, ou d^une lumière faible à une lumière plus 
vive. L'accord majeur succédant fi l'accord mineur (ex. Ai peut être 
considéré comme une alEéraiir<n ascendante de U médiante; or on 
sait que le majeur esl clair et que le mineur est soTTibre. L'alléralion 
de la Ionique donne l'accord de quinte diminuée qu'on peut trans- 
former en septième de dominante *ex. D) ou en septième diminuée 
{ex. C.)par Tadjonction d'un quatrième son. L'attcralicn delà quinte 
donne l'accord très brillant de quinte augmentée (ex. D) ; 



%. 



Jl> 



IJaps tous ces cas, le second accord est éclatant relativement aa 
premier. 

l 'n fragment de choeur des tiahons de Haydn nous offre une appli- 
cation de ces principes; les huit premières mesures de ce chœur 
(n° 12 de la parlilion) décrivent le lever du soleil. Comme il s'agit 
de quelque chose qui monte, les patlies supérieures procèdent par 
progression ascendante. L'intensité croissante de la lumière est 
représentée par un crescendo : les Instruments entrent les uns après 
les autres; il en est de même des trois voix soiî; le choeur éclate 
avec toute la masse orclseslrale au moment où l'astre parait. Mais 
c'est surtout le chois des accords qui dépeint léclat grandissant du 
jour : l'harmonie est laite d'une série ik- modulations passagères 
amenées par des altérations d'accords de quinte, portant tantôt sur 
l'un, tantôt sur l'autre de leurs inleivalles. 

Cette analogie des sons et de la lumière ne semble pas s'expliquer 
par les faits connus d'ai/rfifioa colùrée, car ils sont exceptionnels, 
variables d'un sujet à Taulre, et résultent d'associations tout acci- 
dentelles. II s'agit ici, au contraire, d'imtiression.s communes et 



OOBLOT. — LA MUSIQUK UESCRIPTIVE II 

constantes. La relation entre le son et la couleur a vraisemblable- 
ment pour intermédiaire des sensations internes, conscientes ou 
subconscientes. Les divers accords, les divers timbres nous aflec- 
tent et nous impressionnent de diverses manières ; il en est de 
même de l'ombre, de 1& lumière et des couleurs. Il parait y avoir 
analogie entre les sensations et sentiments vagues et profonds 
qu'éveillent en nous les sensations auditives d'une part, et d'autre 
part les sensations visuelles. 

Il est certes difficile, mais combien il serait intéressant d'étudier 
le subtil mécanisme de ces relations entre le sens auditif, et les sen- 
sations de couleur et de mouvement. C'est, au fond, presque toute 
l'esthétique musicale. C'est plus encore; car, ainsi que le remarque 
avec raison Helmholtz : c II y a peu d'exemples qui se prêtent plus 
que la théorie des gammes et de l'harmonie k élucider quelques-uns 
des points les plus obscurs et les plus difficiles de l'esthétique géné- 
rale. > Ce n'est pas encore tout; l'intérêt de ces questions ne se 
borne pas à l'esthétique. Les problèmes psychologiques que nous 
avons touchés ici sont considérables. Notamment la relation entre 
les sensations musicales et les sensations d'équilibre et de mouve- 
ment se rapporte au problème de la perception de l'espace, et c'est 
peut-être l'une des meilleures manières, en tout cas c'est une 
manière assez neuve d'aborder ce problème. 

L'esthétique musicale est aussi une bonne méthode pour étudier la 
psychologie des sentiments. Cette étude sort des limites que nous 
nous sommes tracées. C'est surtout la musique émotive qui pourrait 
sur ce point éclairer les recherches des psychologues. Mais on peut 
se demander si la musique émotive est essentiellement ditTérenle de 
la musique descriptive. La musique nous émeut surtout parce qu'elle 
nous remue, au sens le plus littéral du mot. La véritable distinction 
entre l'une et l'autre, c'est que la première est subjective^ et ne nous 
fait rien chercher au delà des impulsions de mouvement qu'elle pro- 
voque en nous; la seconde, au contraire, nous excite à objectiver 
nos images motrices pour en faire des mouvements d'objets exté- 
rieurs, objets que la musique ne saurait figurer, mais qui nous sont 
indiqués par les paroles, par une épigraplie ou par un titre. 

Edmond Goblot. 



REVUE GÉNÉRALE 



LE MOUVEMENT PÉDOLOGIQUE ET PÉDAGOGIQUE 



I. Pidflogie : A. Binel, L'An»ée }jîijchoi<i<i\tfue 19(10 (Mémoires originaux et 
coraptes-remlus |ii.'ilolûyiqiies), — J--W- D^ahl. hfUnUftn in Ediia/'ort. Br, 
toi P-. Nt'W-VO!*k, i'JU'O. — llivitrin lii FUmû/Iii, t'mliifjOffiu t Sdfnze affifti, 
aoiU-(lé)-ei»bre IDiltt. — Die Kinitfrfehler. 5* nniiée, 1", .^-a' Tascif ules^ 6" année. 
— /fec, tut. fie PMiiffiJifie coiupaialnf!, janvier lllfl]. — liuUelin de ta Société 
iitife fmiir l'r.ludt jisijcltohii^i^ue de Venfitfit, 0''iubrt'- janvier Ifllll, — Puid'iloyy, 
erl. i»nr 0, Clirisiiïan, fasc. 1-3. juillcl-janvier luai, Î93 p, — C, Cesca, PrUt- 
cipii i/i pedantff/M ijénénile, t vol. \'ii \i., lUUO. 

1!. Pi-'ilni/oi/ic : .M. Mauxion, L'Educniioti par fiiuliliciion el Uis thniries jiédaffo- 
ffiffiii^-f de (ftrhart, 1 vol., IS7 p., iu-lS, Paris. IDOl. — (ï. GenlilL-. Vtntei(/i*a- 
mi^nt'i -deUft Fitosofia ne Licei, 1 vol. '235 p.. Milan, i'JOb. — M, [ternes, L'ei4- 
nf.i'jHKiiieiil moral sucirii dnns l'Ë.n,ieii/nciii*iil xecunduhi! en Frniire (In Eux. 
necQiid., nov.-dccemtire l'JUÛ), — Ll;irlii, L'imoeisit^ et lix népntilii/ue (In Hev. 
Pfflrfffi;,, ilcc, 1000). — 0, lie (iroL'f. ProMmes de pliihioptiif pogitim : l'En- 
neifffifnpnl irile{}ral, 1 vol. in-IK, Itifl jk, Paris, iÙM. — H. Mdrion, P/t*jfho- 
Ivgie de ta Ptinnie, i vol. în-I8, 3I>7 p.. l^arib, l'JUU. — K. Uaiâson. La Heligiùn, 
la M„itile tt la Sd^iee : leur can/tit dant tédusatian vanltmporain^^ 1 toL 
SOS p., l'iiris, IVOO. 

Dans le discoura qu'il pronoiivait à l'ouverture du dernier congrès 
interniUioriftl cIl- p.'ïj'chologie ', M. Kibnt notait en quelques traits fort 
exacts I Litipurtnucâ ât )a dirËutiûn prises par les recherches sur \s, psy- 
ciioiogie de l*&tiranl. M^ilhâUffiUaeniciiL le progrès cri cot ordre d'i^tudes 
continue i a affirmer surtout hors de l'rance : les crainie-i que noua 
exprimions ici même' il y a di^Jà longlt^mps paraissent trop juatifiées 
«t la conti'ibutiou apportée par milrti pays nu développement de la 
pédagogie objective et théorique ou pédologie reste bien insuffi- 
siLiite^. 

1, Voir Rfi^av tt:wnttf'{\it du 22 seplcnitire IflilO el Saue philosophique de 
floveTTiLr^ IfittU. 

2. llenue jihilomjfihujue de jiiilleit 1893, 

a. BeliiVntil le ntaigre bilan • ries L'unimiinkalions pijdagoeiqiics fsiLeB au 
Gongr^!! ., i]. MHrjJlKT doil ooncliti'e à rejjret - ffue iiûua ne nous ociL-upons guÈrc 
en France de la psvcliolo|,'iii de l'Brirnnl • {Bullelii} </r la Société pour l'étude, etc. 
n'a, p. aaj. Qoniparez la BiLliogrûphie des récents ifnvaux pédol&gifiufs aux 
acnérrif^ain» in /'ni(/i>/gyy [janvier Iflûl). l'tiSPcllciile Revue que vient dç Tonder 
O. Clirisman, l'infatiguLiLcrondateur el vulgatiâaleur de La ijédulggie<;n Aoiâri^ue. 



BEVUE GÉNÉRAIS. — MOUVEMENT PKOOLOCIQCB ET PÊDAGttClQUK 79 



I 



tPouriant le laboratoire de psycliologie physiologique <ie la Sor- 
)an« nous fournit encore txUe année quelques travaux de pédologie. 
lont 1« double mérite d'êlre à peu près lea seuls que l'Kcole (rançnide 
iiiprodaits et (II! démontrer une fois da plus l'intérêt scfentifiqne et 
jirati[|ue des recherjjhea dont l'institution s'impose dans toutes les 
uiLiversitéa. 
M. ISiuet reprend et conip3êt<' sou ûtude ' sur lu consoDimation du 
iQ dans ses rapports avec le travail intellectuet, étude que nous 
lotn discutée LUI même. Fourait-on admettre comme un^ Eoî déinon- 
elr rii|}port établi par M. B. entre l'accroisâgment du travail inlel' 
Ifctiiel et le ralenli^seuK'iit (le 1'a.ppélit, ayant pour conséquence celui 
ée la nutrition? Nous avions note U rareté et la conriieion des docu- 
meulK présentés. l'omiBsioti des conditions concordâmes et sans doute 
iulluciLtes (variations de température, saisons. menuR, différences 
''éludes, examen» préparés, etc.), qui risquaient de Tausser Ica 
résultats obtenus. Cette Fois on ne prcsente encore qu'une seule 
liïuillc do documents, mais délailli^^c iiveL: soin et aecumpagnée 
tie irnpliiiiques très claira. On pri^cise maintenant lea ralaiions que 
nous nviûiiB prévues et que l'obscrvatinii vêrilio entre la consomma- 
Ifon ilii pam d'une part et l'elnt du ciel, les variations de tenQpérnturc. 
riniluence des sorties, des promenades, des exerciees de gyinnatique. 
Celle des jotirs de eomposition donne lieu aussi à des ronst;itatîons 
précises dont il faudra désormais tenir f;rand eontpte. Voilii jetée sur 
le*A|«niours de la question une lumière nouvelle et précise. — Mais 
riijpnthitse principale, énoncée dog-matiquement sous forme de loi, 
Mt'elleri^riliée':^ 

.M. B. doit consEaier, conArmant sur ce point les laits observés 
ptr iiOHs-mémcB, que^ les jours décomposition, la. moyenne de consom- 
iD.ill(pn aujmeiKe, « résultat qui, dit-il, n'est point d'accord avec noa 
prévisions n. Tout en notant unediminution sensible en juin et juillet, il 
ajoute que •' les chiffres sont trop peu nombreux pour permettre de 
prendre une conclusion ferme ■■ et il rectjnnaitra lînaEemciït o qu'il est 
trcs vraisemblable que le travail (ntellectuel de préparation dcB 
examens diminue la consnimmation du pain n. 11 n'est donc plus ques- 
tion de I<Jt : en déclarant qn'd aboutit « â. une vraisemblnnec <i plutôt 
qu'A une démonstration, M. B. conLIrme pleioeincnt notre propre dire, 
i savoir que, dans l'état actuel de nus cuuiiniRsanceâ, on ne peut for- 
muler aucune lot sur le= rapports du travail intellectuel des norma- 
liens et de l'appctit. Nous ne soutenons pas du tout la thèse contraire, 
ttue nous prête gratuitemient M. 13.^ mais nous disons qu'en une 

I. Voir notre tnalyse cl discussion, ÎD Hevtte phil., ro'»- )B98, Ann^ p*i/cho- 
Mt», et flfp. pAi/., juin IflO», p- 01J4-5. 



RO 



IIEVUIÎ PHILOâOPHIQUB 



maIttîPe aussi complexe il faut, avant de dog-inaLher! î" poser nettement 
le problème; cherchô 'J" pousser Tanalysc des coiicomilniiLs aussi loin quES 
possible, — et le mémoire actuel de M. H. nous donne sur re point ur* 
commencement de saLisfaclion; 3" réunir des documents nombreux, et; 
M. B. prépare de nouveaux mémoires. Aprèa les travaux de ChniiveaiA 
et de ses èk'ves sur rfînerçètique musculaire, ceux de Lugn.ro. Vaa e t. 
Pug-not sur le^ modincations des cellules nerveuses qui deviennon. c 
souâ l'iulluence de la fatigue hypochrocDatlsées et tiypochrocnopliiles , 
après les expériences concluantes de Manouclltin sur ralr>Liphic et L^ 
renHementen boules dos dentrites dos cellules pyramidales de l'êcore ^e 
après épuisement, il ne s'iig'it pas sans doute d'tHiiblir que le «ur~- 
travLtU, physique ou intellectuel, délermîne une djstroplue priifond^^. 
Il est L'Vident que, ai In prêparalinii à un examen etiLr.TÎnc nécessaire - 
ment le surmen.i^e, il se produit un ralcnitissemerit da \ix nutritiOTi. ^3% 
cette consL'quortco rationnelle on la confirme en fuit par les coii&tut^*' 
tions que rourniss^ent 1l>s documenta relatifs à la consoaimation (3. u 
pain. Maia ce raiâutinementiEiiplique deux postulais conteslable» 
l"la prifparatioii â un examen — il ne s'agit pas de concours, — clar"»* 
une L'L^ale bien organisée et qui peut espacer le travail «n li'oi'« antiêe s. 
[l'exige paa n^-oeasaircniËiit un surmonaË^c, au moins en cequtcoucerti ^ 
les bons éliivcs. Quant auxautres, qui ont peu ou point travaille, ilsoviC 
dea rcscrvea de force — et il n'est pas évident que le coup de collier 
final f doive les Opuiser *; -1" en îidmcttant que U diminution de l'up- 
pêlil soit prou vlc, puisque lo surriioiiage intellectuel peut n'être pas né- 
feasalremeiit en cause, pourquoi n'iittribucrail-on pas une iiilluence à 
l'émotion, d'autnnt plus profi^nde que le candidat est un émotif ou, 
nyant nioina travaillé, redoute davantage un échecV Est-ce que la 
crainte et le cortôge affectif qui l'aocompa-^He et le suit ne vont pas pro- 
duire de^ effeta sensibles d'inhibition? L'&xaminite, pour ne pas [jguret 
dans les recueils nosographiques, n'ost pas un mal réel et redoutable? 

Et ce facteur c-moLif n'cst-il pas distinct du facteur intellectuel? ILJ 
facit Kisoler si vnus voulez Ttire admettre que la diminution de 
l'appétit a pour seula cause la fatigue ititellccluelle. Donc orienter leaj 
recherches en vue d'établir une loi entre la nutrition et le travail] 
intellectuel de préparation a un examen, c'est mal poser la queBtàon. — 1 
M, R. était mieu\ inspiré quand il visait à utdîser ses documents pourl 
rechercher les effets du (ravidl prolongi- sur h\ nutrition. Pourtant Jlj 
fitut onctH'o éviter niic cquivoquû : si les effets du travail prolongé] 
étaient nécessairement cpuisantsjl n'y aurait pas d'éducation possible.] 
D'aprùs la théorie très vraï&emblable d« Tanzi, les prolon^fements des 
cellules nerveuses soumises à un travail rcpéic s'allongent et entreat 
plus facilement en relation avec les arborisation!^ termlnalcB de» neu- 
rones voisins. Les contacts ancieiia ïîoitt mieux assurés et de nouveaux 
s'établissent, e1, par suite de ce3 modilicatioiis Uistologiques d'un 
organe, considéré dans celte hypothèse comme essentiellement mal- 
léable, selon le mot de Alathias DuvaC, le pror^rùs est possible. Cette 



4 




SËVUE GÉNÉRALE- — HOUVEHEHT rÈOOLOfilOUF; ET PÉDACCIGIQL'E 81 

|p«rlrnpliie d'ordre physiûtûgîquâ n'âxigfi-t-ellé pas un déploiement 
UtdiUià qui (toit, ce R<L>mble, accroître, et non diminuer l'appétit. 
dMiiflie tendent â le pmuï'er des faits dont M. B ne tient pas compte 
«que nnu3 avons fappoftéa ' ? 

Queïquc srtii le sort délinitif réservé à la théorie du neurone indé- 
pendant, provisoire coRiriiie toutes les hypolhcsoE, njoulons quâ l'ao- 
tienne psycholci^'ie avait depuis longtemps, l'n iitilisanl l'introspection, 
tioi^ cea effet!: de l'exercict;, que la nïèthode objective explique et 
cnniirme. tfur ces tranarormaliona cellulaires fotictionnellea qui doî- 
ïeni plutôt entraîner une suractivité de la nutrition, les expériences de 
M. U, sur l'atlention fournissent die nouvelles et utiles indications et 
il ÎAudra élre solidement documenté pour soutenir celle thèse originale 
<\W lo travail intellectuel prolong^é ralentit l'appi-lit. — étant bien 
siitrntlu t)uc l'fxercice n'est pas la [îitiçue, qu'on ne doit pas équivo- 
!|utr sur l'épilhtte <• prnlon^'é u — qu'on peut travailler pendant toute 
une ;iimi!e scolaire sans fiire fatiLTué ei l'emploi du temps est bien 
fulouiic. Sinon la question ne se pose plus, elle est depuis longtemps 
l^ïoluit, la fatiigue intellectuelle est Ia plus déprimante de toutes*. Et, 
peur Tina tant, M. lî. le reconnaît d'ailleuis, la documentation est inauf- 
fisante, la diminution proçressive ne ressort pas de l'examen de l'unique 
taWefl^J étudié, .^erait-elle établie qu'elle ne prouverait pas fi-rand'choae 
pwcequc l'appétit et la nutrition font deux, le bilan de celte derniiTe 

iltablissant vraiment par lea variations de croissance et de poid3\ et 
nul jjarco qu'on donne la moyenne, non de totaux composés d'élé- 
nEniEcoropanbles, mais de véritables mo&aiques. Toutes l^s obser- 
vations ofit clé faites en b!oe sur des jeunes g-en? qui, pour être louB 
'«wnLiiHeiia , ne représentent paa nioii)9 chacun des individualités qu'il 
fillsit exaijiinet* n,ii point de vue de !.a propathie ou de l'anlipathie à 
linappÉtencc. Ils sont d'acres diffcrents : les uns sont en pleine crois- 
ance, et l'on connaît l'inlluence par déminéralisation qu'exerce la 
Boïre de croissance, ni^me bénigne. Les autres approchent de la 
vin|^i.rme année, et La moyenne qu'on nous propose, indépendamment 
"le* inconvénients que CI. Bernard reprochait à toute moyenne phy- 

I- Voir Hf\>w phif. de nov. ts^S, 

I. VolH lin mili^iir qui prend ■ un éltvc ranné • et il croit utile et nouveau 
•ir cnni>ULi<r mi ilynamomt'tre que ce • vanné t'prouvc une çran<Jr diminution 
de for« musculaire - -. le Ci>nli-aire eiH élê miraculeux- Seuiemenl il iilentifie 
• le tllnnà|^v • ai] travail firolon^e et croît vuir dans ses expèrÎEnL'cs un moyen 
ilr mesurer l'etTet du travail InLelIcctuel prolongé e>ur la turce musculaire. D&n^ 
i'eipèiie il n<^ g'aiîtssait pa:^ d'une prolon^'Ation mais «l'uQ exiis de travail ^ 
«•t U ronimunicftiiou dont noHs parlons iirouvu Ljpi*iuea)'-'al qu'uo «xcts de 
InTAÏl *sl fmipnnE —, i?e qui est in^onleslable. bien que la ré^iwlaciec <1«8 
oertt panir^se ilc i)eaiicau|) supérieurii h relie îles niniâi'lss (voir l'ajinlvËP du 
Jl^mUirr do Jole>kn, iii llt-r. pliil., m&rs l'iOl). 

S, Sf, B. >>ït 4'4illeur» préoccupé de ce point : il a conaïaié <iue Ï7 élèves de 
3* année ont, du (• mai nu ^1 juillel 1900, perdu en moyenne S k, ISA , soit environ 
33/1000 d« leitrs (loïds {liuU. di^ lu Soe., et<^., p. 37, n° S). Nous avnns «ij^nalé 
{Rer. phit., juin 1900, ji. r.:t4) les résiilL!Lt<< ulilctins par Ijj:ii;itir[f. 

TO» ut. —■ 1901. G 



fis 



ItEVUK rHllX)M01>illl}llE 



^ologique, est prise surde? totaux qui donnent la ooiisomnaatlDn g^i 
baie faite par des enfants de '^m^e ans et des adolescente de dix-neuf? 

comme si une diCférence àe trois anne<?3 n'avait pas ici une îraportaDOe 
telle que pareille combinaison de chiffres risque de ne plus expri 
aucune réalilo. 

Si nous formulons ces réservea, ee n'est pas pour apprendre h ]* 
tflor de l'humoristique préface de \a Fatigua inteUi.'ctrn'Ue la comptexi' 
de ces pi-obléines bl0^agjcl>psJ'chltjuei. c'eaC pour monlFer qu'nu lieu 
de requérir contre le travail Lntelleciuel et tes programmes — coiJiiqA 
un \n Tait h louL proposa depuis quelques annéeâ — au ^-rand détnv 
ment dus études et des enfanlâ. médecins et piida^'O^'u^s pourraient se 
montrer moins airresaifs. Quand des savants comme M. li., apidiquant- 
à uiJ seul de ces problèmes toutes les ressources d'un talent d'espêri- 
mentaleur éprouvé, reconoajsaent n'avoir obtenu que des vnnsem— 
blaiices — et quand celles-ci mêmes soulèvent encore tant de diffi— 
OuKéa — , il serait utile que les ii^norants consentissent enlin a 
reconnaître, sinon qu'ils no saveiit rien, ce quu seuls peuvent av 
les hommes trèe instruits^ au moins a comprendre qu'il y a lieu de 
montrer désormais plus hésitant. 

Dans hi même Anni'i; ptiyrhoiQiJifiUP sig-niilons encore lea râcherchi 
de M. \i- sui< des mélhodeK qui <■ permettront Uu jour prochain ^h 
doniLor une nieaiirû dâ l'intclli^'ence des individus », U mot me&ur 
étant pris ici dails le sene de classement. On mettrait ;Unsi les péda 
^a&à et lespère-H de famille à m^me de résoudre cette question ca 
laie entre toutes : Mon enfant est inintelligent. Le mémoire intitu 
« Attention et Adaptation « décrit les premiëfes recherches faite* 
par M. U, dans tjctte voie après «voir pris deux sjroupea de cinq èlève« 
d école primaîic. les uns intelligenis, les autres ininloiUifents, il 
institue une série d'expériences ingénieu-ses qui no se inimcncnt p&A 
comme tant d'aulrea à des problèmes h résoudre, mais oîi Ees erreui 
commises en exécutant le trnvail demandé dépendent de la constiti 
tion moniale dea sujets étudius. Il y a eu des essais infructueux : pi 
contre d'autres sont vraiment typiques. La numération des petïl 
poin's , le tempa. de réaction, I:l cupie de ehilTres prumettmei 
d'abord des tests de dilTcrenciation très nette onlre les deux groupei 
Mais, point cnpïtnl, celle-ci diminue et, le plus souvent, s'el'fnce au 
épreuves j^uhséquentes ; les intelligents, d'abord lents ii s"adapler, rai 
trapent au bout de quelque tempe le premier grûupf, sauf peut-être e 
ce qui L'onceine l'analyse rapide d'un dessin vu à travers un obtur: 
tenr fonctionnant à l'in-itarir- 

On savait depuis long'temps qu'en moyenne lea élèves intellig^en 
s'adaptent beaucoup plus vile qua lea autres. Maïs cette «érie d 
recherches, fondues aur des expériences d'où l'on a soigneusemei 
exclu les ehancea de simulation it de (rUfiuage, tendent à établir l 
facilité vraiment étonnante des JnÊntelligents s. rattraper les élève 
mieux doués, pourvu qu'on sache les diriger méthodiquemeDt; c'< 



REVUE GÉNÉRALE, — »IOLVESIE^T Pl^DOLOCIQUE ET fJ^dACOGlOlE 83 

déjà un point considirable. Las mêmes recherehes paraissent encore 
lu premitT abord nous To-urnir un crâténum pour mesurer le déve- 
hifi^ineEit de l'intellig^ence ; presque toujours â la première expérience 
ane diffepenLnntion très nette s'est produite. Pnr exemple, s'il s'îigit 
d» barrer cerlaines leltres, les intelligents ont conimis en moyenne 
lîn^-cinq erreurs et les mintelti^'^ents en ont fait 102, soil quatre fois 
[hlus.et daviinla^e. 

I'uiirlïi>tce8réâul:tat9,st frappatitsqu'ila soient, noua paraissent encore 
iisouUibles. D'abord M. B. ne s'îllusionne-t-il [tas sur Ui facilité rela- 
tive tles expériences instituées? Elles n'intéresBent pas. dil-il. hi faculté 
de comprendre, mais ilnjoute "qu'elles supposent des actes d4 mémoire', 
ïurtnuîct des nctes de comparaison ». Ces derniers ne sont-ila pas au 
premier chef di's actes intelieetuets'^ Ensuite, pour ndopter les conclu- 
«nnt si tentantes de M. H., il faut dibsiper une cnueo d inqoiéltide cette 
lois Irèâ çtuvc. Il :l classé les enfante d'ajjrcs [es renseignements à lui 
louriiis par les instituteurs : sans contesler le tact pédag'ogtque de ces 
iriaitre^el la viileur des renseignements détaillés qu'ils ont l'ournis, 
JwiitHiiH ac<-'epler pour exactes et infaillibles leurs appréciations? Est-il 
^■^wlument certain que tel étèvw du premier groupe n'aurait pns pu 
^HjJBurer d&ns te second, et faudra-t-il. non sans quelque étOLinenient, 
nppeitr.'iM. B., auquel on a pUilôt fait des reproches tout opposés, que 
ratHcnatiuti subjective qu'il a jndi-% un peu méconnue ^luratt dû être 
wtooftflrmêe par le recours aux prcicédég objectifs? 

Putaqii'il expérimentait sur un groupe 1res restreint d'étêves, qu'il 
*T»ll trailleurs â sa disposition l'ouliHag^e d'un laboratoire, il aurait 
»L'' prudemment en reclierchant ai les enfants donnés pour inintelli- 
KtniA [;ar exemple étaient artlii^és de queîques-unes de ces Lares héré- 
^fatïea ou acquises dont la présence eût conlirmé le diagnostic porté 
iTrnitli tuteur. Les réyressifs sont des anormaux : l'anomalie dont ils 
•"ni ;iiLeints a des déterminants objectifs. On nous les présente comme 
'liiiitflliirents parce qu'ils aont mal notés pflr Un iriatiluteur ; la caution 
'st iTMinienl instilli^anle. Pourquoi n'a-l-on pas ri?chercbé, aver tout 
'* détail (lussiMe^ les antécédents de<> p:irentâ et les conditions de 
oillieu sociales 1^ Poui'quoi n'a-t-on pas constitué la fiche de L'bacun 
^Jeiinea i^Arçons^ en indiquant la liste des maladies infimtiles (inal- 
•tmiiations congénitales et i la naissance, modo d'alimeniation, trou- 
tlsa de la dentition, de ];» croissance, de la marciio et du Uxngajre, 
'"avulsions. TActiitisme, liâvre» éruptives) et autres i fièvres typhoïde, 
••^^riBiine.elc. u dont ils ont été atteints? Pourquoi n'a-t-on pas relevé 
'Cl iAdicïtions aniht'upométriqiies essentielles permettant de dépister 
■wiapps btréditaires ou acquises dont ils peuvent être porteurs'/ dan» 
^mher dans les exai^érations lombroaiennes. il faut admettre que la 
'=Vitnun sur le même individu d'un certam nombre de stig-Diatês soma- 
^uti fournit des indices prêuieux sur «la mentalité, 

l'our conbiituer ces deux groupes d'Intalligenls et d'inintelUg-ents 
^u'il allAit soumettre à des exercices identiqucâ en vue d'obtenir des 



84 BEVUE riIlLOSOPHIQliE 

tests diffërentiels, M. 6. n'utilise aucun des procédés qui lui permet- 
taient de corroborer objectivement les notes de l'instituteur : on peut 
alors contester la valeur du classement préalable et frapper de suspi- 
cion tous les résultats obienus. Il est fâcheux que l'omission de 
données anlhropolo<;iques positives sur chacun des dix enfants étu- 
diés laisse planer le doute sur un ensemble d'expériences qui d'ailleurs 
demeurent, à titre de sufrgeslions, aussi intéressantes qu'originales. 
Reprises plus méthodiquement et répétées sur plusieurs séries de 
groupes, elles font prévoir des résultats fructueux appelés à réaliser 
en pédologie des progrès considérables. 

Le recours aux investigations positives en matière pédologtquee 
s'impose do plus en plus, et, au laboratoire de Meizt ' s'ajoute dès main- 
tenant en Italie celui que le D'' FizzoU vient d'ouvrir à Crevalcore. Lz^ 
description nous en est donnée par la Hivista. di Filosofîa, Pedagogia ^ 
l$cienze .i/'/îtit, recueil où s'ajoutent à do remarquables études psycho « 
logiques de Villa, Benini, del Greco, Ardigo, Alemanni, des revue - 
bibliugraphiquesaussiexiictes qu'instructives dans lesquelles les travaur ^ 
français tiennent le rang le plus honorable. Partant de ce principe qu ^i 
la pôdiigogie scientifique doit trouver dans la psychologie expérK 
mentale, l'anthropologie générale et spéciale et la physiologie d 
système nerveux, un secours cssent'el, M. P. indique la techniqu^B 
et l'utilité de l'examen .inthropologique, physiologique et psychiqi^M 
de l'enfant en même temps qu'il fait connaître un certain nombre d'a^E 
pareils dont il est l'auteur Leur emploi permet d'obtenir la physic= 
nomie psychique individuelle de l'enfant. Ses appareils nous sembleo 
d'un maniement facile et les moyens qu'on nous indique pour détev~' 
miner la mémoire et le sens des proportions, pour éviter l'automatisnn^ 
dans l'exercice de la lecture et développer la jnémoire des image* 
motrices scripturales, méritent d'être connus. Il semble qu'on ne se 
fait pas la moindre idée chez nous du travail qui s'opère dans la voieda 
la pédagogie scientifique chez nos voisins transalpins. Il y a là ua 
peuple jeune, avide de savoir, plein d'initiative, qui se tient admirable- 
ment au courant de toutes les découvertes, qui veut en tirer parti et, 
de ce côté-là, nous nous réservons encore de bien désagréables sur- 
prises si nous nous obniinons à ignorer ou à méconnaître les change- 
ments qui s'opèrent si près de nous. En attendant nous n'avons pas 
en province un seul laboratoire comparable à celui du D' P. et où la 
collaboration du médecin et du psychologue pourrait produire les 
meilleurs effets *. 

Les expériences de laboratoire restant limitées à un trop petit nombre 
de sujets, il faut y joindre les enquêtes dont les essais faits en France 

i. Année psychologique, tflOO, p. 594. 

2. Excellente occasion de réaliser celle |>énètration des facultés dont on parle 
lanl et de préparer cet enseigncnienl tjuî comprcndrail. selon le vœu si justifié 
du proT. Grasset, « tout ce qu'un médecin doit savoir en philosophie et un phi 
losophe en physiologie et pathologie du systÈmc nerveux. ■ [flet-. pAt/., mars 1901.) 



KEVUE GÉNÉRALE- — MOUVEHE.NT PÉûflLOGIQUE ET PËUACOGIQIE 85 

•U moyen de questtons vik<,'-ueâ ou trop diltlicïlea et sur un nombre 

beaucoup trop lîotisîdéralile d'élirves n'ont pas donné jusqu'à présent 

de résultats apprêr^iablea '. Aioutons avec M. liinet que le personnel 

Jitîniaire parnit eiicofe peu prép-iré et lïiéme disposé â coopérer au 

pro^crùs (le In pédologie, ilont perscniie ne semble jui^cju'a présotit avoir 

jug^â propos fie lui expliquer la nature et l.i portcg *. Pourtant la 

méthode des questionnaires a fziit ses preuves : si on SAit la manier 

ivK les précautions voulties.on peut, ménre en France et ilm mainle- 

nnit, obtenir, comme nou? le montrerons bient<'it, des réatiltits satis- 

higants. Toutefois rAmériciue nous montre par une série coiilinuo de 

succès le profit qu'elle sait tirer des enquêtes pédologiques. Voit'i une 

élude sur la Dature, 1g but et la purtée de l'ImitaiioEi d^ins l'éducation 

publitL' par M. Jasper \ewton be;ihl : après les travaux décisifs de 

Tirde, de \V. Jai]i>L's, de Morgan ^ de Gai ton et de Ijuj-.iu, on se demande 

ceqii'oii pouvait iipprendre de nouveau sur la question et, en effet, dans 

Icsdaux premiers tlmpitrea de son livre >t. D. ne fait^uêre que résumer 

luti^ue:iieiit seft prédt'cesseur^. \rais ces données [{ént-rales une fols 

pwes il a. recours â la inùlbocledos questionnaires pourtlr^er En. portée 

de l'imitaiiDn k l'école. Comme il suie Interroger et qu'il s'adresse à 

des «nfantï. à des étudiants et à des profeBseurs habitués â répondre 

ïlirêponiire sérieusement, (les complémenta précis et précieux n la 

tWunc jj'éiiêmle suryrîisscnt uninécliatemetit. Oilons-en quelques-uns : 

ûfl l'enquête faîte par M. D. il ressort que les jeunes enfants iniilent 

pimôt les L'randes personnes que leurs uamaradca ; qu'à partir de douze 

uis, lU s'imitent entre eux niciis en prenant toujours pour modèles les 

plOîâ^os, et parmi ces derniers les garçons choisissent les plus éncr- 

S>i|uesel les lilles Jea plus Himaiileo. Ils imitent ausai leurs prulesseurs 

"parmi rem-ci les plus calmes. Dans tous les ordres d*enaei<rnement 

il îtat letur compte de CQlie aptitude essentielle à l'imitation sans y 

''oir, cotnnre on le fait le plus ^rnivent, une preuve de passivité et une 

«uaedû retard. Que 'v professeur soit dif,'ne d'être imité et. selon la 

«marque de W. JameH, il n'aura plus de ce chef aucune responsabilité 

icmiiKire, .Si, au contraire, sa mélhodo est mauvaise, il est évident que 

JenJaiU perdrji lieaucucip de temps et de peine, et ^E. Ù- prouve ijiie par 

/* lurtout s'expliquent le surnienage et I:l trop longue durée des 

éluilcs. U aufllt d'avoir consulté méthodiquement les intéressés, 

d*tVOir t'Onetaté L'unanimilé de l'imitation pour comprendre qu'elle 

(SI, comme tout ue qui est natureU bonne et prolitable, â condition 

que l'éducateur renseigné par i'expéiience suive et dirige h» nature au 

^^S Vwir Hffiie intilat/offûiue, nvril I8!>9 «1 13 jjiavfer lllOO. en^uéle Chabot et 
p^Iïvn*. — Voir ausai Anm-e (•»i/':bolo-jhfiiF. ipoti, p. 53* et giiivflriks- 

} .:ii|ur5. Ils sont pmcciii:» i\t très bons t^on&ciU mix i^orrËspondiinls. 

- '{tj'ils sont u<jni|ins : iinus dirons liieolét noii9-m6nm Wi •lilli<^'iilli;s 
noua avons rencetiirâe^ au cours d'une eniiufte régionale faile l'an «Icr- 



86 



RBVLE PHIU)SOpmQUE 



lieu de la conlrariêr aous prêlext« de développer prémat are ment ui 
personnalicê abstraite et artilictelle, 

Mais, pour obtenir des résultats util&s p^r la métbode des eiiqaêU 
encore faut-il comprendre que le nombre • no fait rien à l'afTaire •, 
les enquêtes portant sur des milliers d'enTants prêtent aux objecttoi 
que nous avons indiîiu^es, celles qui s'étendent à un eercio très restreint 
de sujets peuvent être, elles aussi, porraîtement alàriles. Comme erem- 
ple d'enquête inutile, naïve et compliquée, on pourrait citer celle que 
Dclitscli ptiblio sur l'amitié chez les enCanta d'école primaire. Il a'a| 
étudié que "i^ élèves et. malgré des tableaux et des graphiques aue 
bien dessinés qu'inutiles, son mémoire prouve que rien ne saura 
remplacer la précision et l'esprit psycEiologique. Har contre, dans 
même reiiueiî die Kinderft^hli'r^ nous trouvons une étude très bien fati 
sur les résultats fournis par le recensement des enfants anormaux 
Suisse ', uuâ critique précise et avisée du livra de K^msies sur l'hj 
^iène du travuil à l'école en prenant pour base les mesuras de 
fatigue. Rien n'en t^aranlit l'exactitude. Comment, en efTût, apprécM 
ex-ictement la rapidiic de travail de deux enfants auxquels vous doi 
nerez la jnèm& opération à faire, puisque rien ne prouve qu'ils t^oi 
tous deux également attentifs et que l'un ne peiiae pas à tout auti 
chose qu'à l'opération proposée, de sorte que Lelut qyl commettra 
plus d'erreurs sera peut-être celui qui se sera le moins fatigué. 

Sur les rapports de la médecine et de !a pédagogie, sur l'hystérie 
la motllité mfantile, sur les bases pliysiologiques d'une éducation ph^ 
sique des anornmux, nous trouvons des dissertations utiles; niavi 
cette fois, ce sont surtout les questions de psye|iolofT>o nurmalo 
subjective qui eont traitées avec originalité, Ufer, à. propos des je^ 
et des jouets d'enfants, met très bien en lumière )a période où ■ 
petit enfant a. surtout pour jouets l'uuie, la voix, les mouvements ^ 
ses mains, la pantomime a l'aide du laquelle il reproduit les mouv~tf 
ments qu'il a pu observer. 

Ziegler décrit en traits Curieux et typiques l'égoïsme de l'enfaHJ 
unique, attribué d'ordinaire à ta faiblesse trop naturelle des parents 
et qu'G l'observation des faits permet d'expliquer benucoup plus com- 
plètement, l/enfant unique s'Iiabitue à l'isolement, devient insociable, 
silencieux, inactif. Faute d'exercice et d'occasion d'avoir à compter 
avec autrui, sa personnalité s'atrophie, toute idée de partatrc et de 
solidarité s'alfaiblit, il n'a même plus à mériter une affection qu'il ne 
partage a-vec aucun autre- Le sentiment de la responsabilité fait 
défaut. Il a beau avoir des camaradea, ceuï-ci ne sanraient remplacer 
les frères et sœurs, car l'amour fraternel va plua à fond et a des objets 
bien autrement importants que la camaraderie. Dans un paya d^ Qia 



I. Voir m tien. phil. tJiiLlIi.^ )90(l| iiotre analyse. — Sur cntle qucsUoa i:OTisidé- 
rable Ans anorma-xw, une enqufle et une étuilc sur Il'b questions intéressant \«i 
soiirds-miivtb {Ci^ngrès intcrn.) i.Uns la trâs ulite Hfv. int. tfe Pédagogie campa- 
rafiLif du 2ï jMvicr iwOl. 



REVUE GÉNÉRALE, — MOUVEKEST l'litlOUM;rQUE ET PÉDACOCIQUE 87 

UQiqiHs comme le outre, et au mom^^nt où l'on indiqua tant àe paUintifs 
pour remédier à la dépopulation, peut-être Beraît-il utUe de creuser ce 
ipoint et de montrer auK parenLs quello tristesse leur prépare l'égoiaiDo 
«l'un enfant unique, 

£ii>niatons eiillii, mais d'un mot, comme plutôt médicalee que pédo- 

l0f[iques, les coiiférecices qui ont signalé les premières séauoes de ta 

â^OBiélê générale allemande de Recherches pédagorriques Crétie à léna 

^ftï cncme temps que, sur l'initiative de M. Buisson, utait instituée à Paris 

tane sociclé analiigue > qui a dtsorniaiâ son iSulielin. On y trouve des 

^aommumLaiiO'n^ qui sont toutes d'un très heureux auifure pour l'ave- 

ni r M. Baudrillart, à propos du dessin et des tei,-ons de choses, établi 

iA«aparal]ùtt- frappant entre la méiliode à priori empluyée en France 

ﻫ»ur déterminer le programme d'uQ enseignement, et les procédés de 

l^ pédulo^ie américaine. Chez nous on <;herclie l'objet du dessin en 

*^i, et ou en déduit un programme adriliqne. Résultat ; l'enfant 

cj^Jl ajtrie à dégainer avant l'ccoie en sort avec uplë baille prononcée 

I>Ollr le dessin. l'Jn Amérique, on observe les barliouillat;es enlanltns, 

■*»^ oii«rche i-e que voit rcnTant et ce qu'il aime â reproduire et on 

• tierce en conséquence. Résultat * l'enfant américain aime a dessiner 

•■■^•iil l'école, et après l'éoole il continue à dessiner. On a déjà étudié 

t*^ucoup les dessins d'enfiinls: il y a là une mfne d'ol)8erv.ltîona â 

*"airflqui est loin d'être êpuisùe, comme le montrent très bien M. BineteC 

"Nt me KerL'Omard, apT^is Perex, Passy «l Sully, Signalons encore deux 

t-r-isiniet-eïsaiit'.'s t^tudes iur U pédologie amùricains par Mlle Fuster', 

*t un travail sur la crocssunco en poids et en stature chez les enlaiita 

• t lei ji'unÉS gens^ tr:ivail qu'on dfevra rapprocher des très importantes 

^*ctii;rche« de Burk "^ ; M. Douchez, après avoir, en collaboratiori 

*VtftM. Itaudrillard. pesé -.'(>'.) enfants do ii à l"i ans, conclut que la 

trûissjucc on poids a lieu piititipalcment de juillet à janvier, sau( 

«■xw [liions attribuablca suns doute, d'api'ts fauteur, nu surmenage 

Sailli tl y a e^anjeii- tlllc se ralentit de juillet à avril pour redevenir 

Pl'U'i sensible d'avril à juillet. IL semble d'autre part que l'accroisse- 

^ml de stature se fait en pariîe aux dépens de l'accroissement en 

poid»; eile Jitteint bou maximum quand ceKo derniorc subit un arrêt 

relatif, La cnjissanue ihoi'acique a son [[jiiiimum d'octobre à janvier et 

•■cceriluB de janvier à avril et de juillet a octobre. 

''^ cause de la pédagogie vraiment objective, que nous dèi'endons 
K-'i iltpuiB plus de cinq ans, parait donc dénnitiveiDCnt gagnée. La 
iDKiitalilé enfantiiir commence à se dêgagi-r et on ne vi-ut plus être 
^'àiii, L-oinmc le note Uibot d'un mot décisif, ■ à l'intorprèter en 



'■Vnir Hefur ptnL. juillet 1900. 

*■ ''«iiicur »i(cniilc entrt- nuLres l'aripariliun du Lu revue Ffiidoh^ie fonJée 
?•"" Uinsman. lonl noiiïi uYoïriâ tléjÀ Tait cuiinsltru i>:i fnuv. 18U8) les reniJir- 
H^Abw, ir.tv.itiT. Les trois fasciculfs publiés méritent une Élude (itJlaiUèe; ni>us 
) ff'ifDiJnjn». 

)■ Voir Mvuv. péd. dADS Hev. pMt., juiftet tUÙ. 



BKVIÎB PnitOSOPTIIQtïK 

adultes, avec neâûcoup de contre-sena possibles, UCOTVlpnC trop on : 

peu ' ». 

De es progrès, enJin réalisé, les manuels récents portent te témoi- 
gnage probant, au moins ii l'étranger. Dans ses ijrincîpes de pédagogie 
générale, M. Giovanni Ccsca distingue nettement la pédagogie comme 
art iil comme science, marque la place des sciences auxiliaires, et, 
aprûs avoir montré la Qi^cesitté, la possibilité, mais aussi les limites 
de l'éducation humainef met en lutûière le concept vraiment complet 
de l'éducation, tt comprend à la fois l'adapljttion des organismes à 
l'ambi^hnce, rinllucnce de l'évolution sociale sur l'individu et la série ■ 
d'actions conscieaiL'S et intentionn^Ues, vnriabluâ d'ailleurs avec la ^ 
civilLsa.Uoii du mocnent, qu'excrc&nt des Adultes, piarents ou maîtres, 
sur renTant qui se développe. SI. C, aurait pu faire aussi una part aux 
actions que les enfants exercent mutuellement les uns sur les autres; 
d'ailleurs, rlans une; série de chapitres très clairs, présentant une syn- 
thèse bien (aiE*^ des connaissanoea acquises, il étudje l'éducation pro-- 
prement dite au point de vue du milieu (famille, école, société), dui 
sujet, Tenfant dont il faut préserver l'unité dt; développement psy-' 
uhique, ~ de ses lins, — ultiitaires, politiques et éthiques, — de se»' 
formes et moyens. Il n'husite p^s à. rangée l'inj^truction parmi tes plus 
puissants, et iv lui accorder une réelle valeur éducative, pienant ainsi 
nettement pnrii entre les deux opinions opposées sur l'inlluence édu- 
cative do t'instructioii. 



II 

La conlrovense, qui a son importance, elle vienL il'ûtre soulevée de 
nouveau avec une autorité particulière, dans l'nuvrn^e créa persuaâLf 
et documenté de M. M. Mauxion, sur L'EduCalion par t'insiruciioit et 
les tliéuries pAtlagogiques de Herbait. Sans insister £ur la bio£;raphie, 
la métaph^'âique, la psychologie, la morale et la philosophie religieuse 
de Herbart. résumées en triiils rapides mais exacts et frappanli? dans 
une excellente introduction, indiquons les raisons qui légitiment en ^ 
somme la thèse herbardenne, plus souvent réfutéo qu'étudiée. SaosB 
doute lu valeui' d'un homme se mesure à aon vouloir : ïs, cultuT» 
morale eat, avec In discipline, Tauxiliaire indispensable de l'éducateur, 
et se contenter d'une instruction purement formolls en dédai^^nan 
l'expérience, c'est » prétendre remplacer îa uSarLé du soleil par !« 
lumière d'une boui;ie '>. Mais, si Ton veut donner à l'humanité un 
même ànie, et r.i[;hcminer vera un état de civilisation eolidaire, le fac- 
teur essentiel de cette éducation humaine ne sera pas \ù sentiment, 
aveugli^, individuel, subjectif, mystérioux, bon tout au plus à nous 
constituer uriit! caricature de caractère, mais un système de représen- 
tntiona réglées sur la nature des choaei, obtenu par l'action, qui crê 



i. Tti, Bibâlr Einai auf l'imaf/inalîon créairke. p. 81. 



REVUE GENERALE, — MOUVEMENT PÉOOLOGIQl'E ET PÉDACOC[f}L'£ 89 

Itvéntahle volonté et donne une concepLion toujours pLua claire d'un 

Iiilûl comniitn. Les itli^cs seules donneront des ri'glea universelles 
u^table.-! d'orgiiniser une société humaine. 
1^ piroblètiie essenti^t de l'éducation consiiste donc dan» l'organisa- 
iJDn il une îiiatructjci] rap pi roi' liant les hojnmeii par lest idées, dîfsolvmit 
par l'expansion des concepts l'égoisme univeraol, cl multipliant entre 
tUl les points de contact. Pour îitteindre ce but, il faut d<5velopper 
l'inlérfC mulitipte : tandis que l'intérût exclusif subordonne tout a 
l'égoiSRiê, lu cultuie multiple, déveltippant harmoniquement toutes lea 
(ormes de l'intérêt lempiriciuc, sympathique^ spéculntî/, aocîal, esthû- 
tiquE, religieux), détruit les dmigers de IVxclu&ivisiii'e, et combine 
l'élude des sciences poâltiVËs et murnles. en vue d'une eiposi-'e&lhê- 
lique iLii monde, làclie essontielle de l'éducation. 

Ou évitera le double danger de l'eiiiSeigtieincnE multiple. Le surme- 
lu^'eoijla dispersron de l'esprit, sans mutiler en rien les ijtudeâ si, 
pïrU clarté, l'on »ait rendre le travail facile et fructueux, par l'asso- 
ctitjtiii, pousser rélève en de libres conversations à combiner divei'se- 
raeiii lei rléuienta étudies, jjar la systématisation, donner un exposé 
qui ni:iinlitrrin,e rent;li:iineuient des connaissance* acquises, par la 
mélhode.enlinpoijaserroiifantâ effectuer un travail personnelj applica- 
tioTi personnelle Ot active de l'instruction donnée. Ce sont les qoalre 
moments de l'enaei^'rtement : il sera descriptif, analytique, synthétique 
clûclif. L,'aii,ilyse prépara l'œuvre de rabslrattoti, la synthèse fondée sur 
iespopterice la systématise ; elle permet au point de vue moru! d'ins- 
titué; un traitement continu de l'enfant, et tout renseignement 
I aboutit à la constitution normale d'un idéal humain. 
Uno lois tie plus on a redit avec iiocrate, Platon, Pascal et tant 
^Mlres, que bien penser mène à bien ayir. qu'un eiiir&inetneTit 
looral réduit â une culture même intense du sentiment et de t'habi- 
luiie est insulHsant, que joint â une instruction ijénëraiCt bien dirigée, 
U iieiiâùt le véritable instrument de moralisnlian, et qu'en lin de 
oomjitH, pour faire son devoir, il faut commencer par le connaitre. 
La théorie herbartienne de l'éducation par 1 instruction appuyée sur 
un flystéme fortement lié, conserve une vak'ur et un intéiêt qui jusLi- 
^^Uient mptenjent le très heureux e.\posé que lui a. consacré M. M. et 
^H'ioilueacc que l'fierbairiânie continue h cxert.'er. Est-ce â cltro que la 
^■bâfl contraire qui a compté de spencer a O&rgcmann ' de nombreux 
^oèfenscurï, doive être entièrement abandonnée'/ 

Oti ne saurait inéconuaitrc les excL's de l'ituelleclualisme qui a 
paru Ignorer !n puissance fondamËiitale et la valeur du sentiment,, le 
r^Ie de L'imiljïlion et de la ropetilion, tout le mécanisme de la mora- 
ltlô> On Jiain'^ultcrenient exagéré l^u-apidité de Taetion exercée par lins- 
truotiuu £ur le dêveloppemenl de la moralité et on se serait évité de 
cruelles déiilluaionA si on n'avait pas prêté utie Borte de vertu occulte 



Vuir notre analjai: île sa. • Sociale Pedagogik, • Bevutphîi. avril l04t. 



90 



JiEVtK rniLesopTiiQta 



et iflagique â l'adûptiûii de M ou tel programme ct'«tuâ«s. Mai» il 
râste pourtant vrai que la rciirés«ntatiOii est aussi fondamentale que 
le »en[imenï. que celuj-ci évolue en corréUiioQ étroite avec celle-1», 
qu'il ['évoque, i'eipliquo dans la mesure du pc^sible, lantùt )e fortîOe 
«t tantôt le disaout, liji danne une tin, et par là continue, selon l'expreo- 
sion consacrée, à rainer le monde, Si les contradicteurs de Her' 
bart cûntesteût CL'ite inllueQce prépondérAnta du sybtéme des repré- 
aentationa sur celui du sentiment, en citant par exemple l'inDuencc. 
pourainsi dire insensible, dxercée sur la sensibilité commune par les 
dêcouvorles de la science moderne qui paraissout, en eiTet, n'avoir] 
rien chanj^è aux préjugée, au:\ routines, aux é^oïsmes individuels oui 
collectifs du vulgaire, on peut répondre qu'ils omettent une conditioBJ 
importante. Ils concluent Irop vite à l'action inellicace de l'instruc- 
tion sur lu Eenaibllité, qui est récliCv mais très lente, comme l'a très 
bien moiitt-i; Hiiffdinft. en élucidant la Un sui^'anle qui concilie très 
bien la thène des Herbîirtienfi et des Spcncèricns : - Le pro^rè^i intel* 
lectuel devance l'cvolutËon de la vie alTectIvo et en évoque la repré- 
sentation plus facilement que les seotinieiUs qui s'y rattachent. ■ 
L'instruction agit, miiis lentement, et on n'a plus h. dt^montrer que les 
uctions lentes sont précisément les plus certaines et les plus indes- 
tructibles. Il JAut do[)c croire à l'éducatioM par l'iustructirm, qui 
d'ailleurs est restée indispensaljle pùur mettre reiif.iitt au coura.nt des', 
progrès antérieurs de l'espèce, Ulais l'enseignement éducatJI. tout eaj 
ayant une grande efficacité, n'agit qu'à la longue. 

Le plus important de tous oit évidemment rensci'-'nement philoso- 
phique : c^indis qu'en France quelques-uns, pour des raifions de parti, 
voudraient le voir réduU, on con<,'Oit que tous les éducateurs soucieuxi 
de l'avenir cLercbenl au contraire à l'étendre, Plusieure cooyri's jnter-j 
nationauj;, s'înspirant de» théories émises par M, Fouillée, ont réclama 
non seulement sun maintien dans l'ensci^ni^mL'nt secondaire français, 
mais un remi.mieraent des proijrammesen vue d'instituer une éducation 
sociale et civique vraiment eiTicace. 

Cette tliëae, dont In. valeur e^t évidente, comporte une con&équeiu 
qui s'impose : il faut que les prol'esaeurs eux méraea, comme 
réclament avec tant de r.aison, apré>j MarJon el Fouillée, la commission 
d'enquéie aliisii que MM. Ueruûs et iJarlu. rei.'oivent d'abord une 
culture péda;;o^Lque réelle. Il est bon que l'ère di' l'empirisuie et ds 
la routine soit déllnitivetTient close, et qu'avec la sullisance de Tin- 
suni!>;mcc on n'an'cctc plus de laisser « aux primaires seula » le soii 
d'apprendre leur mùlier. 



1, HâtTdin^, pKjù/iofof/ie^ qU;., fi. 391) ilc In Ir&d, franc 

S. Voir le rappon d« M. Bt^rnês au C''jnf:i'i's ds t'Edirp^Hon sociale* Bntt. 
l'Ens. Sficuntl., iiov.-iiéi:. l!>CiU: le rapp. <1l> M. Boiilroi[x au Con^. inlern. de l'Eu?. 
s\ip., ël lA ili^t^ui^ifiqn à U a>^aiice rlu 1 aniU ISUH; enlîn. l'Etutlt: àv M. Uarlii 
Biir i'i'ith: ttniit h Démacratcç (fi^i- prrl- e-f pai{. du ir, ijtiv. ISOO) el le plan^ 
d'enseignement sueîat qu'iJ y expoae. 



^ 

^ 



^ 

r 



BEVUE GÉNÉRALE. ~ MOL'VKMBPrr PËMLOGIQUB ET PÉDACOG[QUE M 

Los même» préoccupations se font jour en Italie où M. GioTutini 
Gentile consacre à renseignement de la philasophie dans les lycées 
une étUfIc éloquente et pressante. Le lecteur français, à part un 
:xpo«e historique de l'orgaaisation très insuffisante de l'enscig-aernent 
-philosophique (deus heures par Ëemninei dans les trois classes supù- 
neures dps lycées itaEîens, ne peut guère relrouver dans ce livre que 
leearjumenta qui lui sont tràs familiers; M. G. n'en a pas moinâ plaidé 
arec talent une cause trêe juste, a établi la nécessité de rênfûrcer e-t de 
ip«Ëiïljs«r l'eiLseignemeat de la philosophie, de supprimer l'ûbllg'^Uion 
du manuel à lire en classe, — du texte imprimé dont, par contre, nous 
dcdaignoEis trop rusage en France. U a développé non sans quelque 
VHjniiiitiDe méridionale, mai» Jiussi .ivcc une émotion communLcative, 
tuidées récemment exposées devant ta Commission prtrlennentaire par 
MM, Jaurès. Itelot, Uotitroux, en faveur de l'eiiseig-nemcnt qui est par 
eicellenee celui qui éveille î'esprit- Kt s'il pnrait à. quelques-une trop 
Ile, il n y a. pas lieu de s'en itiquiéler, car, seltm l» formule qu'il 
unie en l'approuvant à M. iJarlu, h on ne peut pas faire leco- 
Domie d'un idi-al moral et aouiai u, 

Bt quelle que soit récolo plijlosophiquo dont on se réclame, il faut 
m idéal à l'éducateur comme nous on trouvons la preuve manifeste 
•loni le pemarqu.ible diHcoupssur l'Eïifieipnemi'Jil tntê(jr3l l-I la philo' 
tujilif' iiosilivf prononcé par M. de Greef à la séaneâ solennelle de 
Kalrée de l'université nouvelle de Bruxelles. Après une très utile 
iiialygH! du fameux plan de Condorcetqui reL^lame notamment, point 
trop Ignoré, TinstructLon universelle égale pour les garçons et les 
(lllea et donnée en commun par les mêmes maîtres', et une vue 
<I'enseinljle *iir révolution suivie par la pédaûio^ie Cûntemporaine 
devenue lyn jurande partie une application de la psyclio-phyBiolog'ie, 
I auteur montre comment il appartenait aux Irois précurseurs du socia- 
IfBine contemporain, Owen, Fourier et Auguste Comte, de dégager 

tieal aoL-tal en matière d'cducalion. Il ne s'agit pas, on clfet, de trans- 

lliellpe seulement des coiinaissances : il faut adapter l'enfant aux condi- 

iioas ambiantes et par conséquent l'enseignemenC doit se conformer 

i*M jttuctnres soi-iales. En mt^me temps celui-ci a une fonction ini- 

liatrict, et, a seB degrés les plus ék'vés, il a surtout pour mission dor- 

'Wispr le prOi-TÛs tei^hnique, scientifique et moral. Dè3 lors, à une 

Eté qui prctend être ou d(,'venir vraiment égalitmre ou déniocra- 

titpic doit Correspondre un enseignement intégral qui no divise plus 

l^s individus en classes mais impliijue la transmission de tout le 

Mvoir .i quiconque a le désir et la capacité, suivant dt^s méthodes 

«pproppiéfs à la^e de uhacun. Grâce à régalité, à L'univeraiiiité et â 

lûiegralité de l'ensetgDement comportant pour tous l'accès à la série 

iféranchlquc des connaissances humaines, est assuré le progrès futur 



I. Voir Ri bol K Bapp., conclusions {Renue. pAtf., jniltet IflM); — BcniêB et 
iriu, iùe. cit. 



92 



ttV/aZ F^BILOÂOPHIQUE 



de rhuninnitê par la scleetion continue de toutes les variations avan- 

Cageitses à l'individu et à l'espèce. E'Ius le cbamp de culture sera vaste, 
plus le choix sera facile et prulilajjle. On s'élonne du développement 
exti'aordinairs pris par l'induâCri^ nllQmftiide depuis IK70. L'Allemagne 
a ^00 écoles CûmiAerciiales et plus de EOO écoles industrielles; la Fr&QCe, 
quinze [ois moins. 

On d«vitie aisément les objeoLionâ : vous allez former de? déclasses. 
Ils sont au contraire le fruit de l'antagonisme des cUsses. La dignité 
du travail manuel sera relevée par le fa.it mume de rcnBetguemenC 
intégral et l'équilibre des prol&ssions se rétablira, Le prolétariat intel- 
lectuel a pour cause une organisation sociale vicieusf^ et nullement ta 
pléthore dea étudiants. Dans la féodale et bourgeoise Alleniag:ne on en 
compte 132 pour 100 iiOO habiciuts. En Bcl|^ique la porporlion est toiiibêe 
de 93 à Tij. Partout renseignetneiit supérieur reste le privilège d'un 
petit nombre comme si, â.l'olLgarchie nubihaire ou linancieref n'avait 
pas succédé utie démocratie esi;.jeant l'inalruetion progressive de toua 
les citoyens. — L'enaeigni.m)eiit intégral sera eoûtetijt. — En effet, il 
doit être gratuit, c'est-a-dire entretenu exclusivement par les subsides 
d« la collectivité et le» dons volontaires. Maiâ «t il faut se tenir prêt à 
consacrer à l'enseignement en général, avec même quelque chose en 
plus, tout le budget des culti's et tout le budifet de la s'ucrro «^ ~ On 
ne trouvera pas le temp-i voulu pour te recevoir. Mais chacun pourri», 
s'il en a le coût et Va vocation, poursuivre jus4u'au degré le plus élevé 
la série de ses études, pendaiil toute aa vie, grâce au système du demi- 
temps et à la rédociioii de la journée de travail. — On Fera des théo- 
riciens, et que deviendra renseignement protesaionnel? Autre erreur. 
Une éducation complète, et tout être humain y a. droit, comporta un 
coté proressiûniiel et un cûié théorique. J^'ensËignement sera profes- 
sionnel même au degré le plus vleve, c'est-à-dire dans ct.'tte classe qui, 
suivant Le vœu de Comte, se destinera parliculiùrument par l'étude des 
généralités les plus hanies a Ui science pure et à la philosophie. — Il 
risque alors d'âtre purement utilitaire. Loin de là. L'eiueignemenl 
Intégral seul peut et ùoït donner â l'hommo' une conception synthé- 
tique et rationnelle, morale et sociale, c'est-à-dire une philosophie. 

A l'idéal grossier réalisé par le catéchisme, il substitue un idéal de 
plus en pluâ déliui et lumineux, conforoie à l'esprit scion tiHque 
moderne, idéal nécessaire pour aasurer les progrés futurs de la dérao- 
cralie, idéal ilhmité coiiuue la science qui progresse toujours et qui 
tratialorme, par la oo-êducation, l'nntngonisms de l'homme et de la 
femme l'n un régime égalitaireet juste, le mariage, fusion de capitaux 
et de coffres-forts appartenant à une mondaine et à un spécialiste, en 
uue association vraiment morale, et la. société tout entière, où t'aitai- 



1. Il Rbl juste iJij niiif r 1)116 M. Compayré avait Irfts nettement dégAgé ce point 
dsns BOJi chiJe Bur Ci>ndvi'Cet, Tatleyrand el la pcdng^ogîe révotulionnaïre {Hii- 
toire critiifue, «te, lomc lli- 



REVUE ÛÉNERALE. — «OfVKHKM rÉDOLOCUlUE ET PËllACOCl^UE Oi 

blissenienï des caractères tient en grnntle partie à l'excessive spécjali- 
Uligii, en une rt^pulïliciue Universelle et paciliqiie d'hommes vraiment 
iumains. • IL faut savoir oser, disait Voltaire; la philosophie mérite 
qu'on ait du courage. « 

Ad moment où M. Bertrand, dans un livre auquel a élt^ consacré 
ici niâme une très imporlnnlc élude, n'prend cette question de l'ensei- 
gnemont intégral, où. d'autre part, le socialisme en f&it un article 
(<ipiUl de son programme d'ikctlon et répond, comoïe on vient de le 
l'îir. itvee iiulant d'élocjueiice que de précision, aux oliJBctiOns super- 
ficielles dont s'eat trup longlemps contentée l'ianorancS Ou l'indiffé- 
rence, il n'est pUi3 permis de c'ejcLef d^ns l'ombre des vngiies utopies 
leproMême de renseignement de tout à tous âous réserve des âàlec- 
lmu3 nécessaires. Il cti est de mcnie de cetie prave et impérieuse 
gestion de Inco-éducalioii que iovs les pëdologucs ont dèrinitivement 
résolue à l'élranirer, et qu'il faudra pourtant nous décider à poser 
bienii.it, avec te sérieux et l'ampleur qu'elle conjporie. 

M^iin Mahun avait deji sur ce point laissé nettement entrevoir 
sps \acs dans une étude nécessairement tj-os brève ' ; moraiiste à 
l^sprit ouvert, au cœur délicat, poussant jusqu'au scrupule une par-» 
laite sincérité scîentilîque qui n'exclut pas le sentiment des nuances, 
" ^taildeceux qui devûii.'nt être amenés, par le cours même de leurs 
^l'-id«i et le mouvenienl des idées sociales. ;i examiner ce grave pro- 
t''*>ïie. Une tnorl prématurée, maia qui a laissé bien vivant son sou- 
veriir dnns lô cœur de tant d'amis connus et inconnus, l'a empêché 
(fahorder cette question. Orrice à Mme Marion et à M. Darlu, nous 
•voiïi du moins la plus [grande partie des levons où il préludait par 
inne ('<rjrfiolo'jie dtr U femme aune théorie de l'insiruotion et de l'édu- 
'cftti-iti féminines, 

Apre» tant de bavardasses p^êudo-psycliologJqueB sur. « l'éternel 
fetniiiin B. peut'étro ne restait- il que l'essentiel à dire, et on en a le aen- 
titoeat très net, en étudiant cet ouvrage. C'est un livre inachevé, incom- 
plet, cnaiïi qui, sur bien des points, provoque des ré 11 ex ions définitives. 
'Wyrelrouvc, comme dit fort bien M. Darlu, nvec u la plupart des qua- 
lilësquo le lecteur était nocoutumé à gotiter dan.i les autres écrits de 
Marion. b saveur franche du style, la délicatesEe et la mesure du goût, 
et surtout celte générosité des sentiments, qui était ici une condition 

ttodispensable pour rencontrer la vérité et pour la dire ». C'est ta 
fmme. non celle de la légende, de l'histoire du théâtre ou du roman, 
mais la femme réelle, la F'rançaise contemporaine, celle qu'il importe 
de bien connaître pour la bien élever, que M, M, veut étudier. H 
recourt dahord à l'histoire, qui lut fournira la loi générale de l'évo- 
lution de la condition féminine, à la biologie, qui détermine les carac- 
lèriia anatomiques, physiologiques de la femme, à la pédologie, qui, 



..,i. Grandi Enetfcîoyédit, art. Co-^E>ticArto:i. 




m ^^^^V ItKnà ÎHIL0S0PHI4LE 

diff« renc inniTe nitttire'] de TacquiB, dégage le dèveloppêmën fp syeb îque 

de la petite Aile : sur ces données positives H'vlève une théorie de la 
sensibilité, de l'intelligence et de la v&lontô iêminiiies. ayant pour 
conséquence lo^^nque una orientation spèci&le du mourenient fémi- 
niste en vue de lixer la condition actuelle et lea droite de la ferume. 

L'entreprise est vaste, pri^maturée sur bien des pciints où il faut se 
conlentep de simples indîoAliona. Un pareil programme peut-il être ev^- 
outt! dans un esprit purement aeientilique? l'our M. -M., la psychulogi© 
est distincte tuais non JndL'pendante de la murale. « Il est nécessaire de- 
prendre parti du moment qu'on toitche aux choses humaines. J'ai 
donc, je ne mVn oache pas, un parli pris moral Absolu, décidé que j 
suis à prendre mon sujet au eëricux et profondéiEieat pénétré de &o: 
importance, tjuni que puissent noua apprendre l'histoire et la phjaîa- 
logie et In psychologie sur les faiblesses et la misère de la femme, rien 
ne l'empècliera d'être à no» yeux une pcrsonTip.., Différence n'est pas 
inégalité. L'ïiomme et la femme -Bout des hommes et forment ensËmble- 
l'bnmiinitê... Il faut dès lors mettre au-dessus de toute cotiCestatioiir 
le droit de» femmes au respect, n leur droit au devoir " tivec tout ce 
que cela implique* « leur droit à la vérité », n leur droit au dévelop- 
pement de leur raison et de leur pleine humaniti; ". II 5' n d'autre part 
un fait social, l'émancipation universeUe tndéniabEo et dêlinitive do 
la femme, qu'il faut nooepter bon gré, mal gré» et qui postule une édu- 
uatinii de la femme aussi oomplètc que celle de l'homme, t II n'y a de 
salut pour elEea qu'â devenir, il n'y a de salut pour nous qu'à tés 
rendre tout à fuit sérieuses et tout à fait digues de se conduire. ' 

Ces principes posés, et la nécc'egitê d'une uducalion de la responsa- 
biiitû et de la solidaritu étant .adntîso comme favorisant seule l'union 
des cbsses et 1a paix sociale, on entrevoit coinnient M. M. va diriger 
Bon enquett; p^ycholo^^ique. Après iivoir réfuté le paradoxe de Lom- 
broso sur l'insensibilité de la femme et consacré un (.chapitre vraiment 
remarqunblc à t'émotiviLé Eéminiue. distincte de toute autre ea oc que 
chez l'homme l'es distmclions tromijent les pmssions tandis que Ift 
femme couve les siennes, il étudie, en ajoutant à l'ai;jilyae de ï^peuc«r 
des traits heureux et originaux, l'amour-seiitiment et passion, sourcd 
de toutes les vertus et de toutes les fautes féminine-set cm se mêle tou- 
jours un peu «le urainte. riuit uti tableau eoloré, varié, auK touches 
délit-'ates sur un fond exact et pt-nétrant, où, sans fausse .[^.^lanlerîe et; 
sans ridicule exagération, apparaissent, curieusement retr.acées, Les 
tendances égoistes, parmi lesquelles dominent lu vanité, la coquetterie, 
la jalousie et l'envie, ensuite la sympathie, non pas Inconstante, comme 
on le dit, niais exclusive et personnelle, le sons moral diri^ surtout 
vers ce qui se faitet non vers ce qui se doit, le sens esthétique inférieur 
et imitateur, sous l'inllucnce de ces fameux ^ arts d'ugrécncnt • aux- 
quels on réduit la culture artistique de la fenini<^, 

En ce qui concerne l'intelligence, on insiste sur l'esprit naturel do 
la lemme, le plus souvent supérieur à celui de l'homme, dans les 



i 



I 



I 

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I 



BEVUE GÉNÉRALE. — HOCVEMEST PÉMI.OGIOLE ET PIÏ1»AG0GIQUE 95 

diverses conditions sooi&leâ. Comment contester celte supériorité de 
l'nprit naturel chez un élrB auquel on n'apprend rien et qui devine 
[tnul! Sans doute, elle ne s'élève pas facilement aux généralisations 
liiKs et métliodiqiieH. Mais l'y a t-on habituée? Il y a. des sophismea 
témininâ, rigoorancc de la question^ le dénombrement imparfait, la 
^énèrnli?.iticin hiïtivc selon qu'eltc plaît ou dépUit: iullis les hommes 
mC-iU infaillibles? — Ou les accuse de psittacisme. on note leurs 
«WM écrasants dans les examens où la mémoire joue le rôle prin- 
iCipftl. l'ourlant est-ce pour elles qu'on écrivit l'épituphe célùbce : Vir 
l*eft(w iriernona- '-.vpecfnng jut/<>i:nii V " tist-ce poor elles seules que 
fiinthe disait : « I] y a dans ce monde si peu de voix et tant d'échos! « 

Il resie que leurs tiidàniables défauts doivent ôtre corrit;es pn.r une 
cullui* approppiL'e et que leurs qualités nalurellea, retomiuea de tous, 
leur ïïoiit ])Qur le travail intellectuel, prouvé Jusqu'û l'évidence pnr les 
rtalistiqueft des examens, et enfin leur esprit nnturel, et nicme leur 
Iwultif spéciale de conser\Tit4on, leur assurent dans lo progrès întel- 
lecluçlde rbiim.inité uno part égale à celle que l'homnle moyen peut 
l'attriiiuer. 

Il Ml évident que la volonté ohe?: la femme ei^t étroitement soumise 
< la in-naibilité, et la théorie spencérienne sur le mythe de l'instruction 
sdacalhce pourrait trou\"er ici son application îa meclleure. Klle ne 
MUnajl guère la partijillté. tîji justice, a-t-on dif, soulève toujours un 
coimlt) bandeau pour voir ceus qu'il s'agit de condamner ou d'absoudre. 
Klle Égt plus forte contre les grands malheura que contre les petites 
ronlffirlétés. Maia si le défaut d'initiative et d'esprit de suite, si le 
Ctprice, signe du cîirnctère hystérique, et renlêtement créent à i'édu- 
«•leUT dt: irrundea diHicultés, est-il autorisé .i nier se» qualités de 
pKknce et d'eudurance dont une culture méthodique et suivie pourra 
lirar parti pour dégager la femme du sentiment aveugle, de l'imput- 
âon irpéiléchift et de lii sotte obstination '''. En Bomme, lu psychologie 

oiutioniiiste fe<,oit ici une nouvelle confirmation. II n'y a que des 
IMïÉrences dû deg'rés entre elle ei l'homme. Il n'est pas plus vrai de 
Ire qu'elle existe ur^jqucment pour être épouse ou mère, que l'homme 
mr tire mari ou pcre. Ni en liiit, ni en droit ce n'e-st là toute sa des- 

[On comprend ainsi Torig'ine et [a. lé-jiitimité du mouvement fémi- 
;e. Normalement la femme, c^pouse et mère, a droit à plus d'in- 
nùance Pt à plus d'inatructioii que ne lui en lai!îsent les mœurs et 
lois actuelles, [l'autre part, le cûlitiut forcé d'un Irèaj^rand nombre 
illlefi, le mariai^e moralement mauvais et le mariage dans la misère 
piMonl; la question de Ut condiliuii des femmes. Leur droit à être 
admises à égalité de liires et d'iipiitude à toutes les profesÂions et J'ono* 
tiofuest incxintestablê.âuc (oua les points le féminisme a cause ga^^uée: 
M. M. ira>t-il plus loin'/ï^'îl s'agit de la condition politique de la femme. 
Don Mulement Isi quclio» de leur concéder les droits civiques ne se 
le |»M Actuellement, mais leur accès à la vie politique n'Aboutirait^ 




i 



RETTC MTLASdpaïQt'R 

d'jtprt*? M. M., qu'a doubler les dîŒ^ultés préseiite^t. TravAillpr. par 
l'éduL-ation «urtoui et par l'Ain L'Horaiî on de toutes tes lois dcferiuousefi. 
À réaliser r«gu1ité morale et civile, Vég^^e culture intellectucllt}, acien- 
tiUquo et arlUtiqtie. eiiiin l'éirale dignité, rien â« mieux. *> Le progrès 
est Jà, et il 7 ft infînimeni à fnire, et les dangers sont nuU pour la 
famille, pour le raariat^e, pour la population. • 

M;iis le progriiB n'est pus du tout du coté du droit politique. Sans 
doute ■ l'idéal e^^t *|up Ift Ipmme puisse être lé^lemenl loutce qu'elle 
peut être naturellement, mais l'idéal sera toujours aussi qu'elle ne 
wuilte pas tout être, qu'ello ne veuille être que femme... C'eat d'abord 
qu'elle se marie, que. dans la fiiniille unie, nù d'ailleurs il sulilt qu'elle 
«oit rcprL'seiiLce potitiquement par son mari, elle fasse œuvre civique 
«n nous aillant iv î-k^ver dos liummes et dci ciloyerm... l. 'éducation, 
voila la grande politique À Ioîi^'ul^ éclieatice et à longue poriêe. En 
fai'saiit cette polîtique-ti elle tina œuvre iniîninient plus utile qu'eu se 
j«tant dans la mêlée des partis. « Celle conclusion opportuniste eat- 
allc logique, concorde-t elle avec le reste de ce livre, et surtout avet 
le» pnui-îpes mor^iuK post-s dès le di*ljul? M. M., qui Corraine en recon- 
naissant que le surfrai?^ uiiircreel des funimea serait sans dauber le 
jiiur où leur éducaticiii serait excellente, répond de lui-mùme â cplte 
question. En tout tas, nulanl que pouvait le montrer une aiuilys* 
réduite à omettre tnni ds détails heureux, de trAits epiriiueLi, do cite 
lions HUî^gostives et à ne laisser quo vaiçuement tr,ini* paraître la c»»-*' 
rageuse loyauté, lacJarlc. la -^iiiccriCé éuiue. la force per£uaâi\*c dû c^^* 
loçoiia où rnyontie diuis son harmonieuse beauté une âme d "tilite, oti * 
^tnbli, oe semble, que notre liLd^ratiirv de psychologie morale s'e^^ 
«nrichie d'une œuvre qui restera. 

• Il n'y a do vérité pour chacun de nous que celte qu'il s'est faite lu^ ' 
même •.écrit M. BoJsson,.\quion ne peut non plus reprocher la timidil^^ 
(lan* ia pen«éc ou une prudence tn>p i-avamnient diplomatique dao^^ 
ta oliùix de» questions à disi:utftr. On itVn sauratl guère trouver d^^ 
|iltui aeluelil« et aussi de plus Aiicieuue, d« plus importante mais d^ 
plut pAMÎonnante que oeIl« du conHit d«ns l'éducation cootemporatn^ 
d« ta tîetvfion, ta itar^lc <t Ut sScirnce. D.-uis «es quatre conférence^ 
faltcii 'Jenére. l'oa ne sait ce qui wt à louer 1» plus, de L'éloquence de 
|'or»(«w, de U lo!Çlqu« du prdasro^t. ou du couragv du polémiste. 
OfiMntqae l'k&bUude di? l'artinii. d'une action profonde et féconde 
danc r«urcic« d'aï» haute fpnctMn, lui a donné, avec l'esprit de déci- 
Hlaa qol ilédaicfD* tu •ubirKuf«a tinorée^ la rwcUtade du coup d'cei), 
temiutamà pu- 1m taMMauilea aieaMUit de la pratique à rtser le point 
iMfortant at U poaitKMk qu'il faut adlnm. 

Cm qualité* se wol-^Ues ^as iw K tpitttfcbl— à reducatenr qui doil. 
A tout instant. réaoMtr» <Im dUBmM» doM la MlMion imiBêdiaic s'im> 
pOM? Ka es^-il qiù 9onl fbn ftwnt q«« e«U»<i : < Jiu«{a'à quel 
polat aviototThm. religion, t i w » cl aoral» pe«n«ftt-«Ile* ètf« des 



KEVT3E GÉNÉRALE. ~ MOUVEMENT PÉDOI.OGIQL'E ET PÉltACûniQUE \)1 

lurres directrices de l'éducation? > Il y a peu de temps encore la quee- 
bùu ne s« posait même pas, La reljg^ion avait là prétention de nous 
niBilreen relation directe et intime avec le principe réeE de l'Univers. 
J'our tout savoir — et tout transmettre — j| suflisait d'avoir et d'ins- 
pirer h loi. Maia ce domaine du réel, voici que la gcience moderne 
l'envahit et, pn même lempa qu'elle proclame runiversel déterrai nisme, 
cUe supprime le Hurnaturel. La morale elle-même doit rejeter en bloo 
la dogmatique traditionnelle commandant au nom d'un despote divin, 
^B :\lur'<, un conilit londamental surgit : ily n impossibilité pour la science 
^■'ll'a<3 nie tire le surnaturel, il y a impossibilité pour la conscience 
^■d'admettre le dogme, et ce conilit, qui risqua d'c-puiser l'esprit en le 
^Vdiviunt^ qst une souffrance pour l'éducateur, car l'entant n'est pas un 
^Bjauetdans&a main. Il Taut le diriger et par conséquent prendre parti. 
r^ Uppemit-re impossibiliié doit disparaître : ai le catholicisme prétend 
flï di^velopper sans rhumanilt, celle-ci se développera sans lui. La 
I scicnte doit diriger toute réducatioti. elle seule ouvrant le monde réel- 
I Mail le déterminisme est-il le dernier mot des choses, et parce qu'elle 
10 peut en sortir, pouvoiia-noiis et devons-nous avec elle nous récuser? 
i'ÉduL-Ateur ne saurait négliger tout un ordre d'aspirations qui sont 
nctturelles et légitimes. Et alors, après avoir écarté la religion parce 
<liJ 'elle blesse les lois de la raiaon et de la conscience, et refusé l'hég^ 
BWnieà la science pnrce qu'elle Fait abstraction de la finalité e\tra- 
termin^e, allons-nous résoudre le conilit en accordant la. prépondê- 
iilceJtU morale? Le dualisme kantien est contradictoire et insufll- 
«int; il tiboutit à un moralisme qui n'est qu'un caporatisme héroïque. 
La statue kantienne est superbe mais rigide : elle n'a pas d'âme. 
Aucune (les troia doctrines séparées ne peut donc dirî^'er à elle seule ta 
"ïiiBifcet l'action humaines, •.< et, d'autre part, science et con&'cience... 
ViiUIe roc âur lequel est Tondâe toute éducation libérale i^. 
C'est un congé définitif donné à la religion mais non à. la sensation 
ilSgieuac, à cette irrésistible intuition du néant dont le monde intérieur 
itobjeciif nou!î dtnne Ja vision. A défaut de toute solution, te pro- 
iléme etiste, celui du monde et celui du moi, aboutissant tous deux au 
'blùme de Dieu, En toute religion, il y a. une âme constituée par 
'nÎB éléments, une cmotion, une idée, une action tendant [i l'inconnu, i^ 
tra-huinain, à l'idéal. L'esprit religieux, distinct des systèmes reli- 
. l'il ne se traduit que par un ensemble d'aspirations vers l'au- 
là. ver» l& mond<* extra-scientifique, n'a donc rien do contraire au 
iercninisme et au rationalisme. On peut et on doit aans crainte lui 
ire une pUce dans l'éducation : en effet, dos qu'il prend corps, il 
prunte à la. science sa matinre ititellectuelle, à l'art sa matière 
itétique, â la morale sa matière éthique : < Art, morale, science;. 
îfù ta substance même de In. religion de l'avenir. ■ Elfe ne vaudra 
ijve dans la mesure où la feront valoir Part, la science et la mora'e, 
e sera le nom collectif. 
appartiendra, et ce sera son rôle émineul, do lea animer, de les 



tOXif LU, 



laoï. 



m 



REtTÏ PBIIOSOPHIIIUE 



lancer Bans cesae a ta poursuite de Tirinns : elle sera ûnênor^^pê^e^^ 
tuel. Loin de se réduire à un sec et Troid rationalisme, la religion de:^ 
Tavetiir sera « plua riche en crciyanccs, en beautéa, en effieacités^ 
morales, que ne le fut aucune des religions partielles d'autrefois. Son^ 
dogme sera fuit de toutes lea véritéa connues, son culte sera fait de toul^ 

Ce que Fart a trouvé ot trouvera de plus beau pour élever Pâme jUs 

qu'à Dieu^ sa mora,le sera faite de ce que la con&ctence humaine con 

naît de plus bt-au, de plus pur, de plus sain. Loin de tout ramener M 
l'intalle^tion, «Ile est action, elle est amour et vie. " 9 

Et cette œuvre de Iransliguration enmèroetemps que de fusion de i:^ 
pensée philosophique et du flentimfint relisi'euK, n'est pas l'idcaK. 
d'un utopiste, elle cherche à se rénlisor en actes et en institutionsi 
pédagog'iques dans l'école laïque française, dont, plus et mieu^t 
qu'aucun autre. ~M, U. peut învaquer l'esprit et interpréter rorcanisa— 
tion. Pourtant, anns même faire ta moindre allusion à la part essentielle 
qui lui revient dans la grande instîtuttan historique et sociale dont il a^ 
été l'âme, M. lî. parle uniquement de Pécaut. Personne, en eCTet, naH 
pouvait, mieux quelui, mettre en pleine lumière la Jiaute et admirable 
figure de cet éducateur génial qui sut réaliser cette merveille : — trans- 
former Une réunion de jeune? plébéiennes, venant de tous les coins du 
territoire, en un séminaire d'éducalrices et leur inapirer une âme 
reli^i^use en mil^me temps qu^un esprit affranolii du respect aveugla de 
la tradition. 11 faut relii'e et méditer ces extraits des admirables entre- 
tiens de Pécaut. On y entend cet appel incossant à la conscience comme 
à la force religieuse antérieure et supérieure à toutes les rengions. et 
on y retrouve l'acte moral fondé sur sa base véritable ; « Le plus humble 
a besoin de savoir qu'eu faisant son devoir, il est en concordance aveo] 
l'ordre universel et y collabore, o Voilà bien le principe d'unité syn- 
thétique et rassérénante de la vie. la raison dernière de l'action, 
avec elle de la connaissance et de l'amour, 

Soua toutes les diversités et les disputes qui sont l'honneur de la phi- 
losophie de l'ijducation apparaît celle synthèse universelle de la 
ycience el de la Morale, de ïa liaison et de la Conscii^ncB, dans la foi, 
à l'ordre rationnel, que Tavenir r^liseradc plus en plus, qui dès mainij 
tenant assure Tunité de l'éducation moderne etrend vraiment religïeuï 
l'acte de quiconque se dévoue â rhumanitéj parce qu'il jiffirmo l'ordre 
fondamental, n Croire en Dieu ce n'est pas croire que Dieu est, c'est 
vouloir qu'il soit. « C'est vouloir entrer en communion avec le Vrai et^ 
le Bien de tous les temps. « C'e^t pcut-Mrc aussi revenir aux source^fl 
<^t découvrir à nouveau cette choso originale et hardie qui fut la reli-™ 
gion ou rirrélii^fion de Jésus, » Ainsi se termine par un acte de foi nussî 
généreux qu'éloquent o cet appel à la réflexion, cette provocation à 
penser », qu'a voulu tenter M. B, Elle nt' saurait laisser indifférents 
aucun de ceux qu'attirera et que retiendra BÛreraent la lecture de 
pages de ferme doctrine et de courageuse loyauté, 

Eugène Bluu, 



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ANALYSES ET COMPTES RENDUS 



I. ^ Psyçliologie. 

P. Hachdt'Souplet. — Eïamkn PSYCHOLor.iquE des aniscads. 1 voL 

•n-l^. Paris, Schleicher. \':m. 

Celivreû pour but d'attirer l'attention sur une nouvelle méthode à 
emplcyer dacia rétad".- de la psycholog-ie animale : le dressage, que 
l'auteur a pratiqué personnellement pendant de longues années. La 
l»ïon liont un anim:tl =9 laissera dresser, les procêdiiâ qu'il faudra 
employer pour lui (aire exécuter ce que l'on déaire permettront de sa 
«udPe un compte exat^t de ges facultés mentales. 

Qiiiwd l'expérimentateur se trouve en présence d'un animal, il doit, 
prociîdfiiit par élimination, cherclier à établir le plus haut degré do ees 
Cwulirra. Dans ce but, il eaaairra tout d'abord de la pnrsiLas^ion, qui 
•'SL " l'art di' se faire comprendre par ta v(>i\ et les signes, l'nrl de 
pforo([uer, cliex un sujet, des associatioii.'t d'idées » {p. Ijj. On aura 
iinti une aorte de critérium de rintelllyence, car il est êvidt-nt, selon 
l"»ut(*ap, que la persuasion n'est possible que chez les nniniaux intd- 
l'f:^iltii. Parmi lus autres anima^ix, il faudra distinguer usux qui sont 
dregîabies par cn^rcition, c'est-à-dire les animaux que ThoramB peut 
loroer par la coercition de la faim i>u par ciîlle de la peur, à exécuter 
iJi-iteKefcicfH. déterminés «.et ceu\ qui ne peuvent pas être dressés du 
trïuL il, l{achet-S>>uplot cU^se donc ioub les animaux eu trois axté- 
jories; 1» Persuosion possible : iiUirliitjcnce (singe, éléphant, chien; 
oum, lion, chat; ca&tor, fourmi, abeille, sphex: cheval, àne, cba- 
tniiBu, etc.f; '.'" Coercition possible, persuasion impossible : in^-linct 
n, lapin, pigeon, earpe, grenouille, crabr. poulpe; méduse, huStre, 
: il II,; 3" tlxcUaiion seule pLiasiblc,: excitabilili; (protoroairea). 

Voilà une classification iutéressante et originale. Nul doute qu'elle 
ne corrir'sponde parfaitement à une réalité au puint de vue du dra^- 
»»/<>. Mais ce point dp vue coincidc-t-il exactement avec celui de la 
p«jchol'HKieen général'.' Cl- st ee qu'il eiit fullu préalablement démon- 
trer. VI. ri,-B. limite d'une fai,-on illéLcItiinc le terme d'instinct : il n'est 
pas frncorc prouvé que les réuetious de» protozoairds soient des réac- 
tions physico-chimiques ab&ohirtienl simples, et ne présupposant 
aucune prédispoaition organique acquise par l'espèce et transmise 
hércdilairemeiit. IHc pourrait icbs bien qu'une espôce animale p03séd<it 
«(•rLtiu^ iDitJnctâ, mais non !.i capsiciitë d'âtre dressée. Le dressage 



w 



REVUE PflELOSOPHICïlIE 



m&me par coercition, impliqua^ à mon avis, un instinof, et qtipJ^ve 

chose dé pfns : la faculté de retenir des assôcialions nouvelles. Examî- 
nona les faits : M. U -ti. nous en lournk luï-mf me de fort intéressants: 
le dressage du pig:eon, par exemple. Il s'agit d'apprendre h des 
pigeons à venir se poser &ur les épaule» et sur la tète de leur niaîire. 
On commencera par lâcht-r les pigeons dans une chambre vide au 
milieu de laquelle se trouve une colonne surmontée d'un plateau 
couvert de grains; puis, on substituera à la colonne un domestique. 
et le jour suivant, on supprimera le plateau de crains : les animaux 
n'en iront pas moins se poser ^ur la personne qui, le jour précédent, 
tenait le plateau. Si l'on analyse ce phénomène, on verra qu'à P.isso- 
ciatjon iiistîtiotive qui existe entre la perception des grains et ''-"* — 
de voler vers eux s'est subsliluée um- nouvelle association entre "\-»j— j 
vue du dûmeslique et l'arlo de voler. C'est ce pouvoir d'assoeiatit:».-^^ 
que le dressage implictue, et nOn seulement l'instinct, qui ne Tourr^^^^' 
qu'un des êEêments du couple. Je serais donc porté à conclure^ i 

rencontre de M. [I.-S.» que le dressage n'est pas un critérium déo^s ^^ 
saire de l'instinct. 

Il: j^emble aussi qu'il ne soit pas un critérium aurfiaant de l'inï. ^^1 
ligence. Ht, tout d'.abord, quViitcnd-on par intellijïeuce? Pour M. H- — ^. 
« l'animal intdligs^nt est celui dont le cerveau, étant capable «=3e 
garder l'empreinte de perceptions indépendantes du fonctioniienii. — il 
immédiat des autres organes du corps, est manifestement impressionr^^^ 
par la pers»asi(M' « [p. 171. N'y a-t-il pas \k une pétition de principe 
Pouf nous prouver que la persuasion est bien dy nature à noi; 
réwélor rintelligence, l'auteur délïntt l'animal intelligent celui qui es 
inipri-9«ionn^^ par la persuasion. M. H. -8. nous répoJldra, cE non sans 
raison, que le terme d'inte^lligi.;nce étant employé à tort et â iJ'avL'ra, 
il a cru bien fairi' en nûus en proposant une nouvelle déllnition. Mais 
la définition d'un objet ne doit pan. emprunter se» termes à Eu métltode 
mèrai- qui doit si-rvir à t-n vérifier l'existence. Un horloger pourraii. 
dans ce cas. définir l'heurta o h- («mps" que m<'t à tourner autour du 
cadran la grande aiguille de sa montre «, ce qui lui épargnerait les 
soucis du réglage. Qu'est-ce donc qje t'intelliy;encc'i^ On cinploie te 
mot n intelligence • tuntcit au sons iarge, qui comprend la propriété 
d'emmagasiner des souvenirs, de lefl associer, de les reproduire : il 
Faudra dire alors quç même les animaux dressables i^culement par 
coercition sont ]ntelligeuls ; — tantôt ;m sens étroit, qui implique la 
faculté de raisonner, donc do jut;er, d'abstraire et d'apert^croir des 
rapports : et nlnrs nous avons h nous demander si la persu&sioa 
implique lintelligenof dans ce second sens. 

C'e'*t ce que l'auleur semble admettre. M. H. -S., qui tout à 
rheuve faisait reposer la persuasion sur la simpI'Q association des 
fdées, précise peu à peu sa manière de voir et déclare que la persua- 
sion implique une aperception du rapport de causalité : a L'animal 
raisonnable doit coticevoEr la cause et l'effet comme l'hûmuie les 



ANALYSES. — luciiET-ROLi'LET. Examen des animaux 101 

tODçoîti ^t '^' c^ dernier, par une mimique exprcs<)ive, cherche à 
min\trer a la bSte la relation d'une cause avec un elTe[, il facilite chez 
«lie le raisonnement et, en lin de compte, s'il atteint son but, laprfuvc; 
m laite de l'intelli^^'ence cliez le sujet étydii^ » fp. r»;i). On comprend 
i^uel intérêt s'attache â cette étude du premier cvei] des senLimenta 
dusrelatians dans l'animalité, et quel proHt la psychologie générale 
ta pourrait tiror- 
Hecnurons donc lux exemples, malheureusement trop rares, que 
M. Il.-S. nous rapporte, de dressage par persuasion, il semble, au 
■contraiM de ce que pense l'auteur, que tout puissie s'expliquer sim- 
pfement par la création d'associations par contiguïté, créalioji quelque- 
fois très délicate, exigeant de la pnrt de l'animal une certaine aiten- 
t'on, mais nullement une compréhension j^énér.ile de l'acte qu'il doit 
accomplir. Vous voiih?z apprendre à un iriteval à prendra un ohjot 
»vec les dents : ™ Par la mimique, voua indique)", à l'animal an se 
*Pt3Uve l'objet à prendre , voua lui montrez que. pour le porler, il faut 
I* prendre avec les dents; vous touchez l'objet, voua touchez les 
^Icuta..,, Le moyen d*arriver au but est, pour la olieval, do baisser la 
*■**« Tera la terre et de saisir l'objet. Or, aprfis un nombre do leçons 
indèternnrK', il se ttècids h le faiTÊ. Il s'est donc décidé pour l'obéis- 
«ant'e-, j| est persUMlé, donc il est iiUflli^^ml •• ip. LU]. Voilii une bien 
•nt^rcsaanle observation, mais delfiquello le psjchûloj^'ue ne sait pas 
nue tirer, car ce n'est qu'une obaervation. non une expérience ; il eût 
'*llu, d'abord, nous dire esactemi-nt si ca cheval avait déjà fait des 
«xerci«s analogues, ou bien s'il était visri^e de tout dressuge; 
ï^Butie, faire varier le-* circonstances : voir si, ensllbatituacit à l'objet 
lu ;iuiri.- objet, un nouveau dreasafje m'it ètc niîceasaire, etc, 11 n'y a 
'icn ilimpossible à ce que le cheval saisisse tout h coup un rapport 
■J" ciiuwlité entre la mimique de yoa maître et l'acte de prendre 
'objet ; mais, à mon av:s, les faits, teh qu'ils sont rapportés phr 
l^uteuT, ne le démontrent pas abaolunient. De même pour ce qui 
Cfitieerne la fai;on dont un chien apprend à faire avanccv le cylindre 
•iif li'fjui;] il ce tient. Voici un fragment du procès-verbal des premiers 
joiiM du dressag-e : « Furet (fox-terrieri se tient trc-a bien sur le 
cjiindre. Je recommence h Taippeler à moi lorsqu'il est dessus, et il 
©"oiprend qu'ii doit rouU-r l'appareil pour se rapprocher de moi; 
c^ijfmlnnt c»- mouvement est très compliqué, puisque, au lieu de 
porter ses pattes en avant, il faut qu'il lasse comme s'il devait reculer 
p««r avancer.., il a compris ce que je demandais de lui >• (p. Ilj). 
J« «uls peu disposé à voir là un acte d'intelligence proprement dite. 
m rralnicTit ce chien a pu, par un acte de raisonnement, comprendre 
<iue le mouvement en avant du cylindre devait être caus« par un 
noDiement en sens contraire dio l'individu qui marche dessus, il aurait 
pu également, d'après le principe « qui peut plus peut moins a accom- 
plir l^ôoLanément une fonle d'autres actes intelli-^cnls; ce que l'au- 
teur ne nous dit pas. Un peut expliquer le phénomène ainsi : l'animal, 



lOS 



REVUE FHILtiSDPHiaUE 



sur son cylindre, est appelé par son mattre ; il porte son corps en avanj 
po\ir se rapprocher, instinctivement, de celui qui l'appelle. Le centre^ 
de gravité du système étant déplacé, le cylindre roule en avant. Pour 
ne pas glisser à terre (le oliieii a été dressé, le jour précédent^ A rester 
sur le cylindre, le chien, d'une façon purement réflexe, marche en 
arrière, et ce n'est qu"aprèa cette première expérience faite instinc- 
tivement qu'il associera ridée de la progression en avant et lemouve-j 
mcniten sene contraire de ses pattes. I 

C'ûsC donc, me isemhle-t-il. ça dehnr» du dressage que, de prêft!^- 
rence, il faudra ret-hercher si le? animaux raisonnent. Ira-t-on dans 
une caserne pour préparer une étude sur l'intelliyenceï M. H, -S. 
reconnaît liii-mênic que les animaux tes plus intelligents ne sont ps 
les plus faciles h dresser (p. III)). Il répudie donc en quelque sorte si 
propre définiliun de l'intellit^eiiee, qui est l'apLitucte à être dreesé pas 
persunsimi. Et, «n effel, l'auteur de VExarufii pst/choiogique nous cit 
un cettiiin nombre d'observations d'animaux laisséa à oux-ruêmes, qui 
ne sont pas les moins captivantes : celli; du conti qui prend une t'haise 
pour arriver h lu hauteur de quelque friandise et qui, trouvant II 
bois ciré de cette chaise trop glissant pour ses pattes, recourt â l'usAgsl 
d'un vieux cUIffon (li encore il eût fallu répéter, varier l'expérience);] 
robservation du singe qui se fait un cure-dents en uig^uisant un] 
morceau de fer. Ces deux faits sont d'une telle importance, qu'il eùl 
valu la peine d'en entourer la description d'une foule de détails et da] 
renseigniementa sans lesquels il est difficile de se Taire une opinion si 
les n éclairs de raison • de ces animaux. 

Quant à rabstractioa» cette eoudition essentielle de l'intelligence,^ 
M. H.-S, ae croit autorisu à raiimettre. Un ehien peut apprendre 
lupporter au coramand^iment ki f)luK lourde ou la moins lourdt: de 
sept pierres Ug raôrae forme et de mi-me taille qui sont alignéesl 
devant lui ; donc » ce chien a l'idée abstraite du poida ■ (p. 79). Mais, 
on peut '(?\p]iquer la chose sans admettre que l'itlés dv. pûids^ ^ubâisti 
dan» l'eaprit; la loi d'écoiionnc nous oblige à ne pas le croire : ilsuflî^ 
d'admettre que l'ammal a associé les sensations d'effort, etc., au ci 
de <"■ la plus lourde 1 <> et à l'acte de rapporter. 11 n'y a là, puurraiE-oi 
dire, qu'une sorte d\ilfStraction ds fait, mais ne subsistant pas ei 
dehors de l'expùrience sensible. 

L'auteur expose des vues intéressantes sur la pcrsonnaliLc : Si 
chieia est assis seul sur un banc, et qu'on lui crie ; « Ici » il viei 
immédiatement. S'ils se trouvent plusieurs, ils at,tendi;nt, avant tli 
bouger, qu'oit leur ait crié leui- prénom (p- 81,, Sans vouloir nier \i 
sentiment de la personnalitO chez les animaux, cette expérience U 
prouve-t-elle? Le danger, aveo la méthode du dressage, est que l'oi 
riï^que de prendre poiu" un fait primitif er qui n'est que le résulta 
d'un apprentissage artilîciel : on aurait 1res bien pu, je supposa 
enseigner aux chiens ,i accourir même lorsqu'ils sont plusieurs, san^ 
qu'oit leur crie li^urs prénoms. 




ANALYSES. — h\ciiet-soi;het. Exameii des animaux lO'i 

Mentionnons encore le chapitre où l'auteur donne ea théorie des 

iasimctft compliqués des hyménoptères ; il ks considère comme des 

■clés dus primitivement à une volonté intetligeiitti > ^p. I:t0j, etohstal- 

VUvj f n habitudes automatiques; mais il m.- donne pas d'arguments 

posiiifs en faveur de cette hypothOse. combattue pur plusieurs 

Kvleurs. 

Nous ne pouvons discuter ici plus longuement les saggestives expé- 
riences de M. H. -S., qui ont Le très grand avantage d'Être entreprises 
Miisopmion préconçue. M. Hachet-Souplet a aussi une aulre qualité, 
rare aujouT^J'hui, mais qui. dans le cas préBeiit, a presque été poussée 
à iVïws : celle de la brièveté. Beaucoup de faits qui lui paraissent 
peut-i'lre banaux ne le sont pas du tout pour ceux qui n'ont pas 
l'occuiîon, comme Lui. d'avoir sous la main une collection ZQolog^ique 
Vivante et vârlce. &i donc je n'ai pas pu souacrire à toutes les conclu- 
woni que l'auteur croit pouvoir tirer de ses expiiriences. c'est que, 
sans Joute, celles-ci étaient exposées trop sommairement pour être 
\-alaLl«s aux yeuï du lecteur. Espérons donc que SI. Hachet-îJoupU't 
\abii!jii(>t nous doter dun nouveau livre, tout d'observations minu- 
Uetieeinent notées et d'expériences au cours desquelles on aura fait 
T&rJer l'une après l'autre les conditions présentes. Cela facilitera la 
d'«u««ion des théories. Espérons ausai que le laboratoire de ps>xho- 
't'S'* .iiiimaJe qu'il réclame se fondera sous peu, et qu'avec lui la 
P'Kbolûgie animale entrera déûnitivemenC dans la voie expérimentnte. 

EO. CLaPAllÛDE. 



D' Ph. Maréchal. SupiîridhitiS des aximal'x slr l'homme, 1 vot. 
iiili Uo i-2^ pages; f'ari$, Fiachbacliir, I90i]i. 

Montrer que l'idual est uti état d'inconscience, que les facuUcs do 
rsisûttner, d'imaginer, de vouloir ne sont que des pis-alEer, vt que le 
Bonlicur suprême consiste en une sorte d'état de mécanisme absolu ne 
laissant plus de place â l'effort et à toutes les douleurs qu'il implique, 
it V Arertea là do quoi tenter une plume habik-, et je crois bien qu'elle 
paumiit soutenir sa thèsL* saus qu'on puisse jamais lui prouver quclli; 
s tort. 

Mais cr n'est malheureusement pasco qu'a fait M. Maréchal. Loin de 
noui montrer eti quoi consiste la vraie « supérioriti? a et de nous prouver 
que seule» les bêtes \a, possèdent, il se borne à parcourir au galop 
(notre spirituel auteur nous saura gré, sans doute, de cette compa* 
raiion empruntée à l'animaliti^l le champ déjà asses vaste de la p$y- 
chotagie animale, doublant de vitesse lorsqu'il llaire quelque dif- 
ficulté, sautant par-dessus les obstacles, lançant par-ci par-là quelques 
ruades, notamment h DescarJes, * cet imbécile de g-énie ». 

Cettffi méthode a ravaiitaire incontestable de luire défiler en quelques 
JnstJtnts sous les yeuï du lecteur ébloui louti.- une série de fonctions, 
«ens, instincts^ facultés que l'homme ne possède pas, ce qui fait paraître 



iùi 



REVUE rfULOSOfKIQtJR 



qu'il aété bien négligé parclame Nature. M ne ramlrait pas oublier. cepen- 
dant, que cette foute de facuUoB diverses 9e répartissent sur une foule, 
encore plus nombreuse, d'espèces animaEes, et n'est-ce pas déjà une 
preuve de la supériorité de l'homme que d'avoir di'i ameuter contre 
liii, pour la lui disputer, tojtt te règne animarf Noub ne nous umuse- 
Tons pas à. relever tous lea charmants paradoxes de M. Maréchal, la 
façon, par exemple, dont il cherche ;i inontrL-r que le langage des ani- 
maux eat supérieur à Celui de l'horDme, puisqu'il e»t universel, sorte 
de volapiik qui rend inutile pour eux l'usng'e du dictionnaire. L'auteut- 
se moquerait de no\xs si nous le prenions au scHeuri. Son livre, qui 
est un merveSlloux précis de psyLiholotîk' compan^c, ne prétend pas. 
Bans doute, a la profondeur philosophique. N'est pas « imbécile de 
génie a qui veut! 

Eu. Clapahëoe. 



Lemaltre. AUDITION COLÛBÉE ET PHÉNOMÈNES CONNEXES ÛBSËnvÉS 
CHEZ DES ÉCOLIERS; Paris, Alcan, 170 pagL'S, It^O fleures. 

Pour rendre compte du pliénomcne bizarre connu bous le nom 
d'audition colorée, on a recouru à l'association sou» toutes ses formes. 
Le petit livre qu'a écrit M. Lemaître au sujet des synopsies de 
Itodolphe Moine, Pierre Lefort et Jules l'radel, âgés tous trois de 
lil ans environ, fait une si lar^e part aux as^sociations inconscientes 
qu'on fierait tenté de Tintituler, en transposant lexpreâsion de Galton : 
« Des bizarreries de l'imagerie subliminale à propos de l'audition 
colorée, u Quelque curieui^es que soient ces associations, on ne sru- 
rait oublier qu'elles ne peuvent i^tra que la cau&e occasionnelle du 
phénomène : il reste toujours à expliquer pourquoi on ne les constate 
pas chez tout le monde. Or celte explication ne peut être tentée que 
sur la terrain physiologique et même anatomique. Il e&t vrai que 
M. Leraaitre répond : ■ Tout cela e.st d'une logique admirable, mai» 
avant de conclure^ attecidons des expériences plus nombreuses, v 

L'fiutcur a pris soin de noua rensii^l^ner sur la manière dont il a 
recueilli un certain nombre de cas dont Us trois sus-mentionnés ne 
sont que les plus complexes. Au n^oïs de juin hiQO, il a procédé à une 
enquête sur les élèves de la G" classe du collège de Genève. 11 leur a 
dicté le questionnaire euivnnt : 

1" Quelles couleurs trouvez-vous aux voyelles (a, f, i, o, U}, aux 
consonnes ou aux UiphtonËTUts comme im, fin, ot, etc.ï 

i" Quelles couleurs irouvez-vous aux mots, par ex<?n:ple aux nom» 
des jours de la semaine, aux mois, aux chiiTrea, aux saveurs, aux 
odeurs, etc.'i* 

3" Sous quelle forme vous représentez -voua les mois, jours, nombres, 
àsTEs, années, etc. (ligne droite ou courb*.-, cercle, etc.j'C Dessinez, si 
possible, un croquis de cette ou de ces formes. 



AHALY&ES. — LEMAITRE. AudiHon cùtorce JÛS 

(• davez-voiïs quand et à quel âge vous Kvev. vu ces choses pour la 
première fois!' 

Ce qiodç d'investigation^ surtout quand il s'agit d'audition colorée, 
p.»Ut-étre la source d*? graves erreurs dues à la gug'g'Cstion. On serait 
en droit de lui attribuer le pourcentage élevé > J'i O/W, davantage peut- 
être, puis(|ue ce chilTre ne concerne que les élèves possédant des pho- 
lismes et que l'âuteur ne dît pas si les III 0/0 de diagrammes et tes 
'.* U'O de personnilicalioiis doivent i^tre attribués aux mêmes élèves ou à 
des éli-vca dulTLTL'iitefet bien supérieur aux ITi 11/0^ moyenne des recber- 
chea anlériênres. 

Celte enquête .t été faîte sur tes "i divisions de la li" classe, fournis- 
flxnt un total de 112 élèvea. Le questionnaire leur a-t-il étÉ dicté â la 
cnènne heure? L'auteur ne noiie le dît pas. Or, il y a là un point onpitaL 
car l'on sait combien ces travaux extra -scolaire a ont le don de suggérer 
]«s réllexions et dVxcitcr l'imagination des collégiens. 

Quoi qu'il en aoit.nous ne pouvons que féliciter M. Lemaitrc d'avoir 
eorichl la littérature de l'audition colorée de quelques cas nouveaux 
et réellement intéressants, 

J. C. 



Henry Hug'h.eB. — lits Mimlk des Menscuen jiU(i' Ghu\"D volltnta- 
nisciiEii Ps^cHOLoiiiH iFrancïort-a.-M-, Juh. AU, i9(î0). 

Ce volume, qui ne compte pns moins de \'li p. grand in-8", et d'un 

texte trhs serré, est bourré d'analyses psycliologîques, subtilea, inté- 

rcssantes, souvent traduites en formules matliématiques ot eu taljle.iux. 

l^a psychologie, ét-rit M- H. Hugliea, doit se détourner de l'élude de 

l'intelligence pour s'attacher à celle de la volonté. La technique et la 

médecine snnt appelées â occuper désormais les esprits, sur lesquels 

l'art et ta philosophie ont régné jusqu'à ce jour. Comme l'élude de 

l'intelligence, celle de la volonté s'appuie sur une suite de principes 

fermes, ompiriquetneLit découverts et physiologiquement assurés, qui 

a^rvenl a contrôler hypothèses et déductions. Il e^t tenipg de fonder la 

psychologie des mouvements, n^al étudiés encore : dans le concept 

de l'activité, ou de l'énergie, se présente le paralIéliEme, en quelque 

te, entre le monde de la matière et celui do l'ùme. La théorie même 

sentiments ne se ramené plus aux perceptions, comme jadis, maig 

lux mouvements; nos émotions naissent dea mouvements de notre 

^■«orps. ii'étude de la mimique — des gestes =- est la plus propre à 

nnU9 montrer comment les mouvements instinctifs naturels se tians- 

furmeiit en mouvements d'expression symboliques, et elle nous pcr- 

tntrttra d'établir cnlin une classilication systématique des lûanifesta- 

lions «ITeciii'ea. 

A trois de noa contemporains appartient Thonneur d'avoir traité 
scietitiiiqueinent de la mimique : Piderit, Barwin et Wundt. Piderita 
diatiaguâ les mouvements des divers organes; Darwin a considéré 



106 REVIE PHILOSOPHIQUE 

surtout les formes expressives des sentiments particuliers; Wundt 
a scruté l'origine psychologique. II s'agit maintenant de grouper , 
un ensemble les vues de ces trois chercheurs, le médecin, le bio J 
giste, le philosophe. Et telle est l'œuvre à laquelle s'appllc^ i 
M. H. Hughes. 

En une première partie, qui a pour sujet les fondements psyctif>£^ 
giques de la mimique, il examine d'abord la méthode à suivra, < 
compare ces deux manières d'interprétation : la manière individuel! «, 
qui repose sur des raisons physiques et ne s'occupe que des organes 
pris à part et des mouvements particuliers ; la manière générale, ^ '■'> 
tient compte de l'influence du milieu et traite l'individu comor:** 
membre d'une communauté, en rapportant ainsi à une mimique coc:^' 
mune les modifications du visage. Nous arrivons toujours à une fonc:^^' 
initiale, qui est la tendance; la vie de l'esprit n'en est que le dévelo^^^ 
pcment. Le réilexe, l'instinct, le mouvement volontaire, ce sont doi^^ 
là les trois choses à considérer. L'auteur se règle sur cette division, e 
étudiant successivement l'individu, les différences individuelles (Ggurr 
schématique des te}npéraments), l'hérédité et les mœurs, le dévelop-' ^ 
pement' historique, les rapports avec l'art. 

En une deuxième partie, il aborde l'étude des mouvements particu — 
liers du visage : peau de la tète, yeux, nez, bouche, oreilles; en une ^ 
troisième, il traite des mouvements des diverses parties du corps : ' 
tête, tronc, membres supérieurs et membres inférieurs. Il passe enfin 
à l'e.vpression des émotions; cette quatrième partie, qui est la plus 
étendue (elle prend la moitié du volume), débute par une critique des 
« principes de la volonté ». 

11 ne me serait pas possible vraiment de suivre M. IL Hughes dans 
le détail de son travail, qui exigerait une analyse longue et minutieuse, 
et je me borne à recommander ce consciencieux ouvrage. Il est 
illustré de 119 figures, principalement des courbes et des tableaux. 
On n'a rien écrit encore d'aussi complet sur cette matière. 

L. Arhé&t. 



XI. — Histoire de la philosophie. 

Victor Giraud. Essai sur Taine, son œuvns et son influence. 
1 vol. in-8, .l'?? p., faisant partie des Collpctanna friburgensia, publi- 
cations de l'Université de Fribourg (Suisse). Fribourg, librairie de 
l'Université; Paris, Hachette, 1901. 

Sept ans environ se sont écoulés depuis la mort de Taine. Le moment 
n'est pas défavorable pour entreprendre une étude d'ensemble de son 
œuvre et de son esprit. Beaucoup vivent encore qui l'ont connu, et 
presque tous ceux qui pensent aujourd'hui ont plus ou moins subi. 



ANALYSES- — v. GiRAUD. Essni Siir Tainç 



101 



lirtcteinent et indirectement, rintluûnCe de ses ouvrages. D'autro part. 

on iL'UTro est finie, on la connaît toute et l'on a pu voir tes gpandâ 
fcouraiila d'idées qu'elle a pu susciter eu favoriser, ou qui, d'une favon 
ou d'une autre, en ont. i quelque degré, prolité. « En politique, dit 
uue lettre signée par Taine et par Renan, et dont M. Giraud nous 
donae des extraits, en pi^litique Hegel fat de cette école dont le sort 
est d'avoir cterneUeniect raison iel, ce semble, d'èire êterneliement 
biittae|,qui veut tenir t.'om[it(? 4 la fois des n^cesaitéa contradictoires 
iiiliérentes h la naluro des choses^ Il fournit deti nr2:unit;nt6 à lu 
Oeniocratic et au iJroit divin; dea royalistes et des républicnina sor- 
tirent de lui. ■ Je dirais volontiers de Taine, en philosophie, quelque 
chose de semblabLe. A la vérité, ji- ne croi» pas qu'il ait, en tout, 
rlomollement raison, ni qu'il soit éternellement battu, mais on trouve 
*i»ai son (etiTrc^ sans qu'il y ait toujours contradiction, des parties 
i^ut conviennent à de^ esprits tr^s diversement orieACéâ. Un positivisio 
et nn même métaphysicien, un libéral et un disciple de Joseph de 
Hajsire. un catholique^ un protestant et un athée peuvent y puiser de 
ijuoi fortifier leurs opinions. C'est, à mon avis, un signe caractéris- 
tique de rfchesse et d'indépendance d'esprit que de pouvoir sîtttirer 
ainsi des disciples cjui ne sauraient s'entendre entre eux. Kt Taine, on 
cTet, a lieaiicDup et librement pensé. M.iis peut-être aussi n'a-t-il pas 
créé Un syatt-me complet, bien un t^tbien Gerrê. 

Taine a rencontrij beaucoup de sympathie parmi tea criticistee à 

raiis* de Ba vigoureuse campagne contre les entités métaphysiques et 

I* ^intualiisme de Victor Cousin; il en n trouvi" chez tous les amis de 

'■ psychologie expérimentale pour les tendances générales de son 

' wuvre. et il a suscité lui-mi>me ou développé l'amour de l'expêriencû et 

de l'observation chez beaucoup de contemporains; il s'est (ail apprécier 

aiiHsi de quelques représentants de la pensée catholique pour les idées 

Çifimlea manifestées d.-ins son dernier ouvraa:c, l<is Orif^ines di: ia 

Frajicf çoTiti'tnitiiynine; mais au^»!, je peitse, à cause de son -'sprit 

*CJii'atitique et rie son goût do l'observation rii*oureuse quiooiicorde 

''èî bien avec un mouvement de catholicisme scientidque que nous 

ftvonn vu j;randir ces dernières aimées, et qu'il a pu contribuer à dûter- 

, miner dans une certaine mesure. Cette alliance de l'esprit scienti- 

!lï^uo et du besoin dt.> conserver la vieille religion de la France 

[j'accomcnodait trùa bien des recherches rigoureuses de Taine en même 

lemp^ que de sa critique du âpirituali^me classique et da resprit réva- 

itioinnaire. 

C"*5t, je crois, à Ce mouvement qu'il convient df rapporter le livre de 
[. Giraud. Il n'est pas très utib- d'insister longuement sur le^ coii- 
letion» personnelles de M. Giraud, car il ne faut guère que les lai&aei' 
entrevoir avec discrétion; cependant il faut bien les signaler, cnr elles 
ont inspiré au moins ([uelques-uiTios d.-s critiquc>î auxquelles il tient 
fiana doute le plus sur la partie Lfêncrale de l'a-uvre de Trtinc. Disons 
lUt de suite qu'il parle toujours du philosophe de Vlnlelligence avec 



108 



HEVUE rillLOSO?UIQL'E 



ithi 



îBii 



et 



jpect. Son Itvre est 



I 



M 



avec 

cieux, très soif,'nê, fort intéressant. 

Jo reviendrai tout à l'IiL-urt- sur ses appréciations de Taine lui-même, 
sur rhisLoire qu^il a faite de sa pensée 6t sur eea conclusions der- 
nières. Je voudrais dire, auparavant, quelques muls des appendJcej 
agriiftbles, curJËux ou utiles qu'il a joints ù. son travail, et qui sont 
nombreux. Il nous donne d'abùrd une repnïduction du portrait dâ 
Taiiif pnr bonnat, qui, du vivant d& iainf. n'avait ligure dans aucune 
exposition, qui n'avait pas été vulgariso par la pholo^raphte, mois 
que l'on n pu voir l'an dernier à notre exposition univerâelU^, dans tina 
diù:A ËLiUes du Grand Palais, à côte de celui de Renan: il nous donna 
encore une bibliographie rie? œuvres de Taine très congciencîeustïiïieDt 
faite et dans laqut^lle II note plusieurs changeaK^nta iLpportés par Tatne 
aux dïfférentçs éditions de ses œuvres. Quelques-uns de ces chanire- 
ments ne sont pas sans iniportanee. et il est bon qu'ils aient été 
remarqués et indiquéFi; par exemple, l'addition à la troisième édition 
de V { ntclligrnce — et la suppression â la quatrième — de cette noie ; 
a Ce^'i Bi'l le point de vue acieiilîlique, El en nul deux autres qu'il est 
inutile de pré^tenter ici : le point de vul- eatliétiquo et le point de vue 
moral. On y considère non plus les OlémenLs, maîB la direction dcsH 
ChoBês ; OB y regarde l'eff^;! final coranie un but primordial, et c»™ 
nouveau point de vul^ est aussi légitime que l'autre. " Tâiiié paraît y 
entrevoir, un peu ironfiisément peut-être, des vérités fort importantes, 
et il est rei^rettable qu'il n'niL pas eu le temps di- les débrouiller mieux 
OU de les développer. L'indication des rrairments de la correspondance 
de Taine, non destinée à la publicité, et qui ont peru depuis sa mort en 
diverii endroits, est accompagné, de la reproduction de plusieurs pas 
sages de ses lettres qu'on lira avec plalsir. 

.M. C-iraud nous donne aussi une » bibliographie des travaux su: 
Taine u^ classés d'après l'ordre alphabétique ([.s noms d'auleura. Le 
travaux qui ont paru les plus uLiU^a à i-onnaître sont marqués d'u 
astérisque. Puis viennent des extraits de soixante-deux articles de Tain 
non recueillis dans ses œuvres. Ces extraits tiennent une soixan- 
taine de pages d'un texte serré et 1res fin. On n'y trouvera rien qui 
bouleversa nos idées sur Taitie, mais rien non plus qui n'ait quelqua 
intérêt. Je aignati/rai surtout une étude sur VEuprît modi'tne en Atte- 
iriH'ifiie, de Camille .Solden; une lettre au directeur du Jotiriint ct< 
Dé'bats h propos du sens de la fameuse phrase : n Le Vice et la vert 
Èûïit des produits comme le vitriol et le sucre »; une lettre à M„ A. Col- 
lignon àpropoado Sainle-Beuve; une lettre à M- Francis Poictevin, ou 
BOnt appréciées les recherches de style de quelques écrivains contera^ 
poniins; le fragment sur l'associafion pubHé par M. Barr&=! dans le 
Journal et qui devait entrer dans hs OrîtjiTies de la France coi'ft'm-^ 
pors-ine, et, à un autre point de vue, un article sur Alphonse naudçt,fl 
Hector Malot et Ferdinand Fabre, ov'i l'on peut apprécier les quaEités 
et les défauts de Taiuc comme critique Hltéraïre, etc. Ensuite vient 



ui 

ua^ 

1 



ANALYSES- — V. crfiAL'O. Essoï sur Tainfl 



10!) 



une reproduction de la copie dV-ntrée de Taiiie à l'EcoU' normale, et 

enfin, avant ta table alphabétique di-a noms propres cites dans le 

livre de M, Gïraud, un recueil de jug-emeiita divers et rl'evtraits d'ar- 

liclessur Taine- Tout cela encore est intépes.saut et curieux. Jl- siji;iia- 

l«;rsi. entre autres, uni' k-Ltre de Charles liënard, qui l'ut le pro- 

foss**ur de Tiiine au collège Bourbon; la lettre est sévàrc, mais 

contient quelques renswig'nemetite précieux : « Taine est entré flS18)' 

dARS la classe de philosôphJcrj riOrtJUit do rhélt>rîque, niAia déjà pliïlo- 

soplie. j'entends disejpLe fervent du Spinûza. Sa foi au spitiozisiiiL- 

âlaït déjà telle qu'il n'y avait patt à là. changer d'un iota. Il r>- était 

enfermé comme dan^ une forteresse dûJïl. du l'este, il n'est janinis 

aorli. Il n'y avait pns même h discuter là-dessus avec lui. Il a, je 

crois, prolité de mes leçons sur les dirrérenles parties du cours de 

phtlflgophia classique... mais je ne croi^ psfi avoir exercé sur lui, 

quant au fond, la jnoindre inlluence.-- l'our moi, T:hiic n'est pas, à 

proprement parler, un phiîoanphe- Il n. i^té, Ou mains, sous ce rapport. 

îieauicoiip siirrait-,- Ses formules sont vides (race, milieu, moment). Ce 

^fl'i\ a produit sous oe rapport rie laissera pus la moindre trace, — du 

moins u mon avis. C'est autre chose s'il s'agit de l'écrivain, du siy- 

lUte. du poète, comme voua dites... a Je remarque aussi uit jUBement 

^1« Varherot, plus sympalhique. malgré ses réserves : des [rai^menls 

<l'un article de M. Lacîicdier, publié en lSli4, vt une très belU' étude 

(■» M. Ëoutmy, au Ieudem<^in de L.t moct de Tniiiie, a pleinement mis 

'^ lumicro les hautes qufilités du penseur et de l'homme;. 

Arrivons â Tétude même de M. Giraud sur Taine. Elle a. déjà une 

longue histoire et n'a pas été improvisée. « En iJ^lil, dit l'auteur, me 

trouvant alors à rÉcoie noiiuale. j'avaia pu mettre à exécution un 

Pf'iel vieux déjà de plusieurs années, et If^nguement. amoureu- 

«'ttpiil, jav;iis étudié les œuvres de Tairic. Un travail ^sm^z dûvcloppè 

ftau sorti de là. « Ce travail fut comrauniqui! â Taine, qui tut le 

l'^^iiUM-rit^y nota quelques rectîncatiocia ou inclicatious et écrivit â ce 

^ffp!y9 une lettre que M. Giiaiic! trouve, avec rafaon, » curieuge à 

piiiï d'un titre u. « J'aMiue, rliaitit-il, que j'ai toujours aimé, sinon la 

nii'tapiij'dirjLiE'. proprement dite, du moins la piiilosophie, c'est-ii-diro 

Uf Vues &ur l'enseDrable et le fond des choses. Mais le point di' départ 

de mes étudt's n'est pas am- conception à priori, une hypothèse sur 

il nature: c'est unu remarque tout expérimentale et très simple, à 

MTOirqur tout abstrait est un e.vlrflill, retiré et arraché d'un Concret. 

CIS ou iailividu. d;ins leqoel il réside; d'où il suit que, potir le bien 

'olr. il faut l'observer danF ce eus ou i^dl^'idLl, qui est son milieu 

urel; ce qui conduit à pratiquer les monographies, à insister sur 



I. tCilpr^fi M. nJpflud. Taine est entre' sn iai7 dnns la classe de phrtosoi»hîe, 

II <n i^rlM -loïkc en <MtK. Il a pn^si!' ainsi clnns celU': «iassi; la. lin de sn «lix-npii- 

rii-îm' nttBtc et le •■nnim<'iireinenl de sa vinf;tii;ni«'. (In irinxitrc airjinii'uriiiii ;vlws 

d*- jircronl»'. «-t l'oii csl . (lUîLo^Qfilie ■ à ilàs nept ans. (iirfois h aei/e el mf-me 

(|Mjnjic, êi loa a otitemi une ili^punsc pour l'cxAaicn iK' rlii^lori>tue- 



liO 



IIEVDE PHILOSOPHIQUE 



les exËmplâB Circonstanciés, â étudier cihaque général fW daim un oi 
plusieurs spécimetkâ biaii choîaià, et aussi sififniticatifa que poaeJb/e' 
La dûctrme, si J'en aï une, n'est veoue qu'ensuite; la rocihode a pré-^ 
cétliî; c'est pareils que mes recherches se sont trouvées convergentes, * 
Citons encore cette phrase qui précise la position do Toine vis-à-vin 
des croyances religieuses. ■ Pour la religion, ce qui me semble incom- 
]>atibli; avec la science moderne, ce n'est pas te ehrietianii^me, mais 
le caULolici^mc actuel et romain; au contraire, avec le protestantisme 
large et libéral, la conciliation est possible. - Cette otude de M. Giraud, 
a Tormé le noyau de Iel monographie qu'il nous présente aujourd'hui* 
Elle sVst eiirichie peu a. peu par les réflexions et les lectures de 
r&uteur, par les publications posthumes de quelques écrits de TAine, 
par Isâ témoi^^nages que portaient aur lui les survivants qui ravalent^ 
connu ou pluâ ou moins suivi. Elle dmint in &i]jet d'un cours profesû' 
en [897 à l'Université de Iribourg, euGn elle est arrivée à la forme 
que noua lui voyons aujourd'hui. 

Le grand reproche de M, Giraud à Taine, c'est de s'être, à vingt ans^ 
et pcut-ctre plus tôt, enfermé dans un système clos dont il n'avait paal 
aurfiSiimment vérirLé et éprouvé les principes, dont il n'est depuis-^ 
jamais sorti qu'à son corps déTeudant, et qui, à son tiisu, lui fournîs- 
salL des réponses toutes faites a^ux questiouB qu'il reuouvçlait dans Iq 
détail par son patient et dur labeur. On voit que l'appréciation dflfl 
M. Giraud s'accorde parraitement avec l'opinion de M. Cb. Uénard que 
j'indiquais tout à l'heure. En revanchi-, elle s'oppose assez nettement „ 
aux affirmations de Taine lui-nième. ■( li a p'?3i»é trop citCf 
M. Girfiud. Il a ùté trop pressé d'avoir un système, et de trop bonnt 
heure, avant que des réOexione, des lectures sufllsanles, avant si 
tout que l'expérience de la vie et des hommes n'eût fait son œuvre,* 
il en a arri>té, il en a accepté plutôt, d'autrui les lignes direclrlces 
et les thèses fondamentales; et, ces posiuiats de sa doctrine une fois 
lises, jamais plus depuis il n'en a sérîeusemL'nt vérifié ics titres... 
Croyance à l'uiiiversei déterminisme, à la parfaile " adéquation " di 
la. plîilosuphie et de la science, à l'opposition absolue, irréductible, 
entre l'idée religieuse sous sa forme catholique et la science moderne^ 
voilà quelques-uns des principes que, aous l'empire do Spinoza et de' 
Hegel, Taine, à vingt ans, avait acceptés comme si êvideiiCs, qu'il ne 
s'est plus guïJre sourij d'en t;onlrôler le bien fondu, a 

Prévost-Paradol parle dans le mômo sens que Bénard et que., 
M. Giraud. Dés IHJ^, quand Taine n'avait pau encore vingt et un ans, 
il lui écrit : n Tout en cherchant une phîlosûphiû, tu an as une. Ti 
me la montres par i!'c!iappcc3, ^ou]evant un coin de rideau, tanlût de] 
ce côte, tantûtde cet autre, • Qui donc a raison du philosophe, ou. de 
ceux qui l'ont éludîi}? M. Giraud, qui cile le mot de Prévost-Paradol, 
me pLirait le cominenler judicieuaemient. H pense que son observation 
nous révèle * l'habitude constante de Taine. et comme la devise de sa, 
vie intellectuelle... fl s'est dé^'cloppc certes, ajoute-t-il; Il a évoituft] 



ANALYSES. 



CIRAUU. 



Eusa 



i sur 



Tai 



ne 



m 



u&me : Il u'a guèi'e changé; ou plutôt s'il a changé, ce fut à son iiigu, 
wmme malgré lui, et eous la pressiDia des circDnatances ou des faits 
qu'il étudiait. De Eorte que si, d'aanée en année, au lieu île la pré- 
senter « par échappées », il avait exposé dogmatique ment la philo- 
sophie qu'il croyiiil, très sincèrement « chercher a, mai^ qu'en réalité 
tisvait tiiée une fols pour toutes, on ne voit pas sur quels points 
euenliels elle aurait tinalement controdit le sy^^tëme que di^'S vingt 
Mlil avait conçu, n A vrai dire, dés la publication du livre sur les 
phlonophes classiques, le système de Tnine parait bien arrêté dans ses 
WBrides lignes; et mémo sur bien des points de détails. Faut-il doue 
croire que Taine a involontairement confondu, dans ce qu'il dit, 
l'ordre logique et l'ordre chronologique? L'erreur est très possible, 
mèniË i?bez un penseur dont la bonne foi est parfaite et dont la ciair- 
fO)-ance est généralement remarquable, D'ailleura il faut bien recon- 
naître que la méthode implique déjà un ânJ^enible d'opinionâ qui est 
pQ çTiis. d'Stre un ayslëtne. 

lestduuc bien po^aible que Talne ait. trop tôt arrêté son système. 
If este il Ta, à bien dea égarda, agrandi et élargi. M, Giraud penae 
w « méthode d'observation minutieuse et prédse « l'a conduit à 
Kchlr «a pensée de mille aperçus nouveaux et féconds, a Par ce 
réalité a fait comme irruption dans le système. « Et M. Giraud 
lu'elle l'a bi'isé, muis qut! Talue ûtait trop attaché à ses 
Sennes idées pour les abandonner, et qu'il cnnserva le mâme palais 
nvatt construit pour ses Idées, tout en leR laissant de plus en 
B'eu évader pour aller ressaisir Ea plupart des vérités < utiles, 
llafres ou nécessaires o qu'il avait trop légèrement dédaignées 
Bis.Jfi nei pense pas que eeei soit absolument juste. Il est vrai que 
■lue avait eu jadis certaines exagérations, il avait raltachù à aes 
Dcipés généraux un certain nombre d'idées accessoires ou de for- 
ileiconiestableâ qui ne faisaient p.is corpâ avec eux et qu'il a impli- 
lent contredites plus tard. 11 est vimL surtout qu'on avait, pendant 
n longtemps, attaché beaucoup trop d'impoitance h ces psrUea 
sires et caduques de la ibéorie et qu'on en avait même, bien 
ïent, mal compris 3o sens et la portée. Quelques uns îles admirateurs 
Taine l'ont assez tnaladroitement compromia, et si «'était un pou sa 
liiite, c'était surtout la leur. Mais il ne me parait pas que les tendances 
Stle» préoccupacions générales qu'on a pu remarquer en lui et qui su 
«Ont dévoloppées surtout dans la seconde partie de sa carrière philo- 
wphique soient du tout en contradicLinn avec les idées abstraites qui 
>nt comprise son premier système. L'ensemble de l'-œuvre de Taine 
leut présenter, :iu point de vite phjlosopliique, plusieurs défauts, mais 
as celui de i'incohérence, si Ton considère, bien entendu, l'ensemble 
D Bj-atème, car il y a un certain nombre de détails qui ne s'harmo- 
Iwnt pas très bien. 

11 faut tire létude historique qua faite M. tîiraud de l'u'uvre de 
aine, il faut lire ausai son exposé de la ductriue générale et son 



112 



RETOK PHILOSOPHIQUE 



appréciation de rhomme et du censeur. Tout cela est très étuc 
intéressant, conaciencteux. M, Giraud, qui admire Taine. le critique 
avec liberté, mais it expose s'.\. doctrine avec une grande e^actiiuc 
H une boane foi complète, et, tout en faisant ressortir volontiers 
qui, d'après lui. aurait du rapprocher Taine de ses propres opinion; 
il ne dissimule nullement la distance à laquelle Taine s'en est touioui 
tenu, ^on jugement d'ensemble est ù la foi sympathique, iidiPiratI 
et quelque peu sévî^pe. Il reconii!\ît l'étendue et la portée de soi 
înllueuce, i\ juge cstte inlluence bienfaisante à bien des égards, ■ t 
\'ailler, en ua mot. de toute son activité et de tout son pouvoirâ fain 
sortÎT l'idéal du r^el; eÎ c'est bien \h. l'impression dernière que l'oi 
emporte d'un lony contact avee Taine, on ne voit pas de conseil qa 
soit mieux adapté aux besoins et aux aspirations des généraiiou!* noq 
vellcs. Et c'est snns doute pourquoi elles reeonnaiss^ent en lui ui 
maître dont la penaée, dont le souvenir et dont la gloire ne l 
quitteront pas de sitôt. » Si d'ailleurs il le trouve o très grand b, t'i 
proclame que «ce grand esprit est un de nos grands écrivains «. il 
l'admire pas sans réserve au point de vuo philosophique. ~ Pensea 
vigoureux et liardi, pour la force, l'ori^'inalité et l'smpleur de Ii 
pensée abstraite, il a eu chez nous, cela n'est pas douteux, de? é^w 
et des maîtres : il eat peu probable que nos arrière-neveux le main 
tiennent au rang d'un Descartes, d'un Pascal, d'un .\ugU5te ComtO; 
L'égalcront-îls , pour ne parler que de ses conterapnrains. a et 
Ravaisson, à un Renouvii.T, à un Lachelier? A tout le moins, i 
devrunt, ce semble, le placer Immédiatement au dessous. » Mais 
réloge du philosophe ne va pas sans reslrictionï^. l'éloge de riiumift 
n'en comporte pas : a... il eut une âme très nobte, et, quelque effo 
qu'il ait fait pour ne pas mâler sa personne n son œuvre, on le sent 
travers ses livres. Ils sont rares ceux qui laissent une o?uvre considé- 
rable et justement admirée, et dont on peut dire que les écrl 
donnent une idée insullisanle et imparfaite de l'ânie qu'ils recouvcn' 
ei qui les fait vivre, 'l'aine fut du petit nombre de ce\ix-\ik, Chei lu 
l'homme fut supérieur à r<uuvre. » A le prendre dans son ensembli 
sotl oeuvre n'offre peut-Mre pas, dit M. Giraud, des parties sli9 
hautes que colles qu'on trouve dans celle de Pascal, de Uoshuet, d! 
lîoiisseau, de Chateaubriand. peul-C-lre même de Sainte-Beuve et d 
Renan, mais et on n'y Irouverji. pas non plus les faiblesses de cesquatr 
derniers écrivains, n Far la dignité de sa vie, parl'élévalîon habituel 
de ses itlées, par In force el^ l'éclat de son style^ par la richesse d'aspec 
et par la portée représentative de son ceuvre. Hippolyte Taine restei 
dans ce siècle, l'un de ceux qui témoigneront le mieux en faveur de 
probité, de la vigueur et de Lt noblesse de la pensée française. > Et je 
crois que tout le monde peut s'associer à celte conclusion. 

Nous aseocierons-nous aussi aux reserves de M. Giraud sur It 
talent du philosoplie et le systcme général de Taine? t)ans uni 
certaine mesure, Taïnc a eu^ bien évidemment, certains défauts. Or 



AWALysES' — V- ciimiiL ÊMsni sur Taine 



lia 



peut lui reprorher de manquer de soiipEesse, de ne pas manier avec 
bfaucQtip d'aisance les Idées ircnérates abstraites. Il a eu, avec une 
«riiiltie raideur, parfois une cci-Inine tHroiiesse. un :in)oiii" de la n-i^ti- 
hrilé, (!e ta netteté, de ta piôcisiDU qui ■^ pu lui faire rapetisser ijuel- 
ilufB f|iiesttons, ou qui la amen^> à «e «.'omcnLer de sikiiious trop 
niiiplt's et un peu tîiatçres. Ses thû-ories en gardent quelque nhoae 
d'artiliffscl et d'instable. Avec leur précision, leur simplicité, leur 
féïuiarité, il leur arrive assez souvent de n'îivoir pas l'air complète- 
nifitit vraies, on ne lea sent poa assez vîv.intes et ciapabJes de se 
ïïiudiîier pour s'adapter aui faits, et une compaj'aiaon entre Taine Bt 
iienaii forait bien ressortir ce caraptcre, l'eut-ûtre aussi pourraït-on 
Jffjiiter que le système qui. sans Être dépourvu de nouveauté, n'a. 
«peiidaut pas une originalité de premier ordre, est resté bien incorn- 
plïl, Dans Sa mngnifique prige sur T n ssiome éternel u, Taine 
n'envisage guère qu'un Côté des choses, Il en a vu d'aulres, puisqu'il 
l'est phoé ;i un point de vue tout à fait diffèrent, pour étudier, par 
«cmple, l'idéal dans l'art, et qu'une note de l'Inb^Uigmci:, la note 
que j'ai rappelée plus haut et qui n'a fait que passer dans le livre, 
iniiii]i]nit une vision, un peu confuse, sens doute, niaig très forte, 
JordrEis de considérations assez différents et dontilii'a pas tiré, faute 
ils temps, iieut'&tre-ce qn 'il aurait pu en tirer. Surtout il n'apaâ saisi lea 
"ppurts des diff^Tenfa points de vue qu'il indiquait, et cela aurait 
fié nûcoasaire n rîiclit'vemenit de sa philosophie, 

Mti* il reste " très g;r.ind <>, comme le dit M. Giraud nprca M. \.e- 

•"«itre, Bt j'avoue que je ne puis m'assooîer aux critiques de M. Giraud 

wr l'cïprit général du systf'ine et la tendance de Taine à vouloir 

in'.rMuire partout l'esprit scientiiîqiie. Je crois au contraire que c'est 

U Hn«(Jo& i-aiaonsde ea grandeur. Kt j'aurais dë.siré, quand ce n'aurait 

■'< i^iie ifûur loa mieux e^iaininer, et les discuter au besoin, que 

M. GffAud précisât davantage ses critiques. It â'eat défendu, .zivec une 

Ooclesiie qui arrête les objections, de vouloir substituer un aystcme 

tc«liti de Taine, mais il aurait pu développer un pou plus les raisons 

^|ui lui font repous&er celui-ci. >*... De toutes ses théories dit-il, celle 

Çuil piirait le plus dÉflicile d'admettre c>3t, sans aucun doute, sa 

conception de ta science. D'abord (a Science n'^existe pas ; il n'y a que 

At& 1 sciences ^ particulières, qui pi?uvent bien, sur certains pointa, 

comniiitiiquer entre elles, mais qui, à rordinaire, diffèrent les unes 

das autres par leurs méthodes comme par leur objet. Voit-on beaucoup 

depoinln de contatt entre Tastronomio et la pjiysiologie? o Voilà une 

objection qui revient souvent sous la plume des adversaires de la, 

lïcteuce «, Il serait peut-être bon de la modifier ou do l'abandonner, 

ear vraiment elle ne porte guère. Je sais bien que certains philosophea 

du parti opposé ont prêté le tlanc à bien des critiques, par leur façon 

DO peu naïve et crédule de parler de n la Science '>et de lancer en son 

ion, sans y être sufiisamment autorisés, des adirmations aussi dîscu- 

■blcâ que celle do n'impo»^te quelle métaphysique. Mais ce n'est pas 




il4 



REVUE PBILOSOPBIQIE 



aller .111 fiind des choses que d'opposer les sciences à la Science. IT 
s'a^il de Bavoir si» en rait, ii n'y a pas certaines règles générâtes pour 
>o faire des croyances « vraies », ai ces règles ?oiiêrale$ no sont pai 
surlcHit aiipliquéc'3, eous des formes cnnoréles diverses, dans les diffé- 
ront*8 •.(MwnceB. si nous pouvons réellement par d'autres moyçjii 
(intuiliiJM. instincts, loi, etc.) an-iver à \i\ vérité, commeot et pour 
quoi, cl îkveo quelles preuves et quelle» (garanties de notre savoir, 
toute cnij'ancc, pour mériter réellement d'être tenu? pour boiii|i^,xie 
doit pas sip rapprocher autanl que ptissiblo de la croyance scienttfi(jiie| 
ou être JTi^tilitf par des procédés aussi rationnels et sciciitiÛquL's que! 
pOeaibK'. l'our resuudri- la question, il ne sufitl pas de n-vonir aui 
•• ordreuf » dv l'ascal, si on ti'rii pi^ut mieux Eésiitimer lii distmcliou 
absolue. Bt c'est ici que nous diftériTions d'^vi$r M- Oiraud vl moi. 

Oât en cfToi. selon moi, un d<-s grands services que nous a rende 
Tiiinc. iVavoir été un incooipârablo oxcitat<;ur de ce qu'on p4.-at bien 
appob'r, très IcgiUmcmi'ut, 1" « cspnl scicnCilique ». Sa méthode,] 
combinaison de ranalysi^ ^à Uquellt' on peut rattacher robservationei 
IVxpérii'iico) l't dy la synthèse, 0% rvstension univt^raelle de ces pro-| 
cédés, c'o«t peut-être ce qui reste i-ncorc du; plus solide dans boHI 
système, ci ce qui rcpréspnti- son principal apport à là conalitulia 
d^uue philosophie. Je cr.iina que M. Giraud n'ait pas suffisammenl 
(hsislu sur çc» points, quoiqu'il soit bien loin df les avoir passés sfViê 
silence. Kt â la M-ritê, je er&lnâ eodore plus que» ni M. (iiraud n'a pas. 
k mon ^rv, a^i-/ parlé di* Ia méthode. c«ae soit parce qu'ici l'inHuencf 
dr Tiune 11 u jm^ été ce qu'elle aurait du être, ^'t l'esprit d'anal}'^ 
npoureuWt ni l'esprit de synthèse systématique n'ont été surûssin^ 
nent déT«l(ippc». Ceuii qui ont combattu Taine unt trop géiLcrklc' 
ment rtnployt^ un raisonnent ei a abstrait que r&nBlyti', la ■ traduction 
qu«' reoomiuandait TiUne. auriti souvrnt bien gteé. Ceux qui 1'oia| 
suivi ont parfois mérité le ménie reproche ou bien ils m sont ausehé 
i l'obMrvMMn au à 1 e-xpêrtBwotMMD d'une focoa souvent tro| 
«trotte. El le c«s de Taui« nov5 svrkit une oocaaoo d'étudier c« qu^ 
c^aM ait tuât* qvc V • inOneoc*- • d'un homme supérieur et de veil 
«UMBent SOI i4ics et ses procèdes, en se repiandant. $'allèn-nt 
putfofa a* déTOlopft, «'Mnéliorant •■. plm «mceot «ans doute. 
corrompent, com— t Mte xcni pnsqoe loajoiin m se transfornnn^ 
il serait Intéressadtl de V«îr et <• que soat detvnaes, cbex ceux qui 
ONt r«a»e(ill \«m «flÏBU. les priDOipftfea parties de l'oruvre de Taine > 
U* qttftlilé* d* Mtt Mteur. Mais mI» a* peat «tn; recherche ici. 

Fa. PACt4{*K. 



J«Im Martim I. »Kbév, Suser Av>irsTts. I ««L !»-«, 1*3 page^. r^rû 
l*«(v Alcan, 1*.M 

M. l>t>tv J«W« M*rt4« iM«i 4mm ntiiftaU dans U coUeol 
« Ve« ilrAM4k tikthMoflMt ■, mm H màt ixte tiwBIfi «t très 



A1CALT6GS- — J. HAin.1. Smu AuymtiM 



lis 



âaose a«r anat Av^aat». Son llrr* est uim ««Tre d'Admireiour n>- 

MfCtucns at iMtt infiwr Oa pourra, si l'oo Trat. «ritiquer la bcon 

àMtt U a .rnfiiiii «QB mjH. Il ne ooas dQiuie pua va« «tt^ ps^cbolo- 

glqne (ia aûnt A«sastin rt de an «ootcmpeniB* ou danaecrE, il ne 

^lÊttbagnèmm mon plus à Aamter ta doctrine qu*îl rxpove. Il s'est à 

pM pria amêemli de re ch c a r b er dans 1«» œuvres d« safnl Augustin 

M ih éo it aa ci de bs espoaer de sou mieux, clairement et avec «saes 

dt dctaila- ic ne d» pas que d'autres KiaQières de traiter le même 

njci o'eusaefkC pa prvduire aassi de bons livres et qu'on n'ait jamais 

uo rejrret. nuis poiaqoe U. Martin a préfiérè U ^ietitir, nous anncma 

■t'dnUnt motna boaae grâce â noQ9 plaindre quelle correspond, en 

tddiiDe.à on beaoia réel, ^aini Au::u!ii]a, nous dit-it, ne s'est j»tnmis 

mazw de roodenaer en nn livre unique toute sa doctrine. Il *tait 

iJtutaat plus mile de nous donner, par des rapprochements et dea 

ctnibinajsons, réquîvajent possible de ce livre que sainl Aug^usUn n'a 

pu tuil, 

A part la pré£aoe. la coodasioD, une lubie chronolo^que îles priu- 
Tipsux ouvrées de NÙnl Au^stin, une hste des éiiilioiis et des tra- 
ducliurià iJe ces ouvrais, ainsi que des principaux travmx récenl« 
lur fiint Augustin. Toatra-^e de M . Martin st? composé de truis parties. 
U lÉvn- 1" g. pour titre : Connais sauce, et coinprend cinq chapitres : 
I» divers Modes de «oonaissance. )a Formation intellecturlle. )* Cer- 
titude, rinteiligence huoaaine, l'Krreur. Le livre II traite de Diesi. et 
•M cinq chapitroï- de l'Existence de Dieu, delà Nature de Dîeu. de U 
treaiioii, de Dii-u et I [lomme, du souver.iin Bien «t de l'Optimisme; le 
'"7e m, Consacré » la Nature, contient aussi cinq chapitres :aup imire 
tViimaJBsance du monde extérieur, rOrigitie el U Nature du monde 
"■ïiwieur, les Faits surnaturels, les KtToa vivant? cl la tH>cièlc. <>n voit 
ricbe collection de questions philo-'^ophiquee est ainsi .-ilMirdèe 
0- par saint Augustin d'une fac^on plti'^ ou imiiilâ sali^taisaiile. 
tf 1 ubbê Mai'tin a accompli «a tâche avec modestie. Cept-iidant il 
Btbien difficile à un auteur, surtout s'il est liit-mi>ii)e un philosophe, 
^l'effacer complètement devant un autre philosophe si graud iju'il le 
i^^pour exposer, dans un long volume, lesllnk>rie< de eelul-ci, Aussi 
tnHtre-t-on çà et là l'expression des tdt-es chères n l'auicup. idi-es que 
Til eu l'occAsion d examiner et de discuter ici mi-me il y a. quelque 
qia. Ou peut remarquer aussi que certaines opinions de saint 
gMttn sont naines en lumière avec une prédileelioii parliculiLTO, et 
M et choix l'esprit de l'auteur se retrouvi- aussi. Il s<> rutrouve 
•K, «ans qu'un soit jamais porté à trouver qu'il y ait Le moindre 
■, dans la concluston où M. Tabbé Marliu donne iri's b['it^v«mcnt 
fanion sur l'ensemble de l'œuvre de saint Auiruslin, et sur ce qui 
parait le plus conrorme duiiï cette <BQvre &u:e exigences de l'espri t 
kvne et aux résultats obtenus par lui. 
I £i. (Bt-Q, à part Hussuet et Fénelon, l'inspiration réelle de a.ain t 
HUa «*«at bien peu transmise, il est toujours vrai qu'ini^enitible' 



il6 



nwuË rHiLosorHioi^f: 



mont le travail de la réHcxion a constate l'indépendance de In physique, 
le rôle (les idées inaperçues et les conditions mystê rieuses de notre 
connaissance. Déjà, sans le savoir, on dunne raison à saini Augustin 
sur ces trois points; on pourrait encore, sur plusieurs autres» subir 
utilement son influence, a ^ 

Il y aurait à discuter. M. l'abbé Martin félicite saint Augustin d'avoîrfl 
¥u n que nous avons au moins deux modes de connaissance : la oon- r 
nais^-ance intellectuelle, ou spéculative, ou Tnétaphyatque,et la. connais- 
sance (les clioses extérieures; il avait averti que la. connaissance des 
cbo&e» extérieures, la physique ou la science, n'a aucun rapport péces- ^ 
saire avec la connaiasancti inteUectuellc. C'ctaJt U une constAtatioa fl 
de très çrrande importance que la postérité a méconnue... On pourrait, ™ 
aujourd'hui encore, se mettre à l'école de saint Augustin et y apprendre 
à ne jamais donner aucune place.dans les questions de pure doctrine, ^ 
aux hypothèses ni aux d^^couvertes de la science. Si l'an sait convena- — 
blement aujourd'hui qu'il ne fa^ut opposer aux savants ni des principes.^ 
iLbstraits, oi rautorité de l'Ecriture, on est enfin arrivé, liiprês de long^^ 
siècle?, là où en était saint Au^ni&lin. > C'est là sans doute une concep— ^| 
lion dcâ rapports de la science e.i de la philosophie ou do la science et~^ 
de la religion qu'il est intéressant de rencontrer chez saint Augustir^ 
et qui a pu rendre des services, mais elle n'en est pas moins à mon avit ^ 
très contestable, bien quelle plaise cgatement a des savants et à de. 
philosophes- Je crois bfen que si -^lle a été utile, c'est surtout parc-a 
qu'elle a pu aider à arriver a une autre. 

Il est curieux aussi de truuier dans saint Augustin un précurset 
de Leibniz en ce qui concerne l'ntconscient. u 11 a fallu Leibniz, di 
M. Alartin» pour introduire délînitivement dans la philosophie I 
thçorte des perceptions imperceptibles. ^ainL .Vug'ustin avait pari ' 
au&£l nettement que Leibniz, et, pendant de long» siècles, son langag '^ 
n'avait été c-ntendu de personne. ••■ D'après saint Augustin, • l'àme s^fl 
connaît toujours comme pensant l'absolu, mais elle n'a pas toujour ^ 
cons^cience de se eonnailre; CJir, pour rrime, a.utre chose est ne pas ; 
connaître, autre chose ne pas se penser u, Saint Augustin ajoute 
■ L'âme humaine, par lu nécessité de sa nature, n'est jamais sans sa 
souvenir d'elle-mâme, jamais sans se comprendre, jamais sans AVOir 
de l'amour pour elle-même, u 8ans doute l'àme humaine peut exister et 
ne posséder ou n'exercer aucune science ; n Être ne s'idecjtilie pas pour 
nous avec savinr ou avec percevoir, min- vv! f'Upfif, en effet, noua 
pouT'ocis t-tre^ lu^mc si nous ne savons pas, et si, actuellement, noua 
ne percevons pai certaine^; choses que nous avons apprises ». Mais 
peu dprés cette remarque, unini Augu^Liu en exprime une autre 
« l'our l'âme, dit-il, il est perpétuel de vivre, et perpétuel de sa,voi 
qu'elle vil ; il n'est pas perpéiucl, pour elle, de penser sa ^ ie. ni même 
de penser la coimai^sance de ?a vie, car, passant à une idée nouvelle, 
l'âme abandonne ranciennêp et cepeiid^int elle ne Ci-sse pas de 
savoir. M U. Martin lait observer que les deux remarques ne se contr 



ANALYSES. — J. MARTJS. Saint Augustin H7 

^iaeui pas; fiar, en fait, Texislence de jiolro àme ne comporie pas 

aêcessaîrecneiit un état de eonnaissance i-hiire. Assurément lout cela 

Si son prix, bien que la position de la queslioii ait titeii cliangê et 

^'\\ soit possible aujourd'hui de la traitur avec deâ développent en là 

^11 plus riches et plus amplo'S, cc^ dont il serait assez injuste, d'&il- 

irs, (le Taire un grii'f à saint Augustin. Ea tout cas, si c'est là une 

aestton philosophique, il serait excessif de trouver que lu science ne 

eut y intervenir. 

EnfinSI. Martin loue saint Amuslin d'avoir eu n le stnsdu mystère u. 

& dit i{u'au delà des explications tluctrinales les plua justes, l'iatelH- 

enco rêtilanne, sans pouvoir y parvenir, quelque chose de parfait; Jl a 

Bunu&'ii et il a répété « combien il est diflÈcile. sinon parfois impossible, 

ld'itt«iiidru cl de transformer une intelligence philosophique », Il y a 

bien des prublijmës là-dedans; la relativité de la connaissance, lins- 

(inct, la r>^action contre l'intcllcctualisnie. les rapports de l'instinct ou 

dp ta volonté avoc Ir croyance, tout cela s'y trouve plus ou moins 

cuutuséraenl, Je ne puis indiquer ici ce que saint Aug'ustin y a vu et 

ceqii'il en a fonclu, ni discuter ses opinions ou l'interprétation de 

^[a^tlll, maison pourra lire uvcc iatéivt l'c-xposù fait par M. Martin 

"IIS la premitire partie de sou livre des idées ^le saint Aurruâliii sur la 

onnaissaiîce. Peu de lecteurs peut-être, menue parmi les philosophes, 

lit [c loihir et la voLoiitù d'étudier les œuvres complètes de saint 

Luguilin; il est bon d'en trouver la doctrine résumée par un penseur 

illentifet oonacieneioux. Fk. P. 



Amédée Matagrîn, Essai s.lr l'iisthétique ok Lotze [Paris, 

•■'■ Atan. l'.tiili. 

I^ien que je n'aie pas étudié d'assez pri's l'œuvre de Ijolze pour pucter 
"1 jutrcfDçtit approfondi sur l'Fss.ti de SL Matayrin, je n'hésite pas à 
I* l'ci^ommander comme un bon travail. La clarté de l'expopition, la 
'oniiiissaiice des. Bources, et j'ajouterai l'emploi discret d"Une Critique 
comparative, en sont une guflïfiante gar^intie. 
EHûs une première partie, Le Beau, >L Mala^rin lelêve la théorie 
I'0l26 concernant le fondement subjeiclif «t le fondt-ment objectif 
beau. Le point de départ, pour Lotze, est un plicnoniùne psycholo- 
iiluo : les sensations esthétiques sont pour lui une espèce de ce vaste 
reque cuiutituetit les phénomènes de sensibiltté. Mais quelle est 
ilifrcrence epéciliquc par laquelle les sensations esthétiques propre- 
nt dites se distinfe'uent de la sensation en général? Ha réponse à 
«etip qmestîon est que le plaisir esthétique, produit d'abord par la 

Biten^ntion », implique « un exercice varié et facile de nos facultés 
^aentalives i^ et il b'elt'orcc ainsi d'atxorder la théorie des sensua- 
îes, qu'il réduit et corrige, avec celle de Kant. qu'il frimplîlie. 
Qtiel fondement objectif, d'autre part, pourrnns-nous assurer a la 
,ulé!^ 11 faut êvidêmmânt, estime Lotze, que ce que io beau âymbo- 



H8 



REVUE fniLOSOPHtQCË 



lise ait une valeur réelle en boE. Feu nous importeraient lea beUes 
formes qui sj'mbolisent des activît&B vivantâB, si nous ne sAviona que 
ces maiiveiiients peuvent êtri' utLlisés en tant que st;ntin]finLs d'efTort 
ou de (actlité (au point do vue physique), de tension inteJlGCtuell'e ou 
de déteote (au point de vuf mental). Il en rt^vient aidai à trouver beau 
ce qui nous permet un « libre dùveloppemont >, c'est-à-dirâiâ la théorie 
du jeu. n rejL'its d'aillcur.-^ la doctrine kantienno, en tant que lu valeur 
objective du beau n'y semble ctri.' qu'une conséquence do son Coodi'- 
ment subjcciiT, et il n'accepte pas 1' " universalité du jugement csthà— 
Itque ■' invoquée par elle, ri! pourtant le jeu suffit, selon lui, a expli- 
quer l'ituêrct que nous prunons aux manifestations de la beauté, ri rx«3 
suflit pas à expliquer la « vi-nêration » qu'elle nous inspire. Lot^^ 
admet donc; que la beauté est la n forme apparente » du bien: lej^^u 
eatliétique lui parait avoir pour'fôniement une conformiLÉ de l'objet i 
l'idùal mural, et par ce trait — qui ni- se retrouve pua dans nos tlit'ur i^g 
coatempurainee — it appartient toujours, en dëlinitive, à l'école «f« 
Kant et de Schiller. 

Quant à l'idéâ méim:- du beau, Lotze ne peut rtcevoir la solutioïk. dr 
l'idûalismi- platonicien : il n'existe pas, a ses yeux, un idéal universel 
de la beauLè. Il repousse égîilL'ment la doctrine propoi>ée par l'idéali^oiv 
de Hegel. Précurseur di- IVsttuJtique psYciio-pliysiologiqur de Fecliner, 
il n'aci.'i.-pte toutefois p;i5 d.ivantaiîe les doctrincsi purement r^jalistea «1* 
Uerbart. et il combat oette erreur du réitlisme, qui croit que la furrix 
par ell'L'-mcme. suffît à tout expliquer eti esthétique. U tl-sEc un lit^(f* 
lien miuir.é, autant qu'il est un kuntien librt', et si le beau lui appiirA' * 
t3oiiiine liL réulis.'i.tion de l'idée dans la matière, Tidée pour lui, c'ir'sl t^ 
bien, et, semble-l-il, le bien moral. 

Kn somme, le génie propre do Lotze le poussait à porter IVsitliêtiqii^ 
sur le ti-rraln de ta psychologie expérimentale : il ne pouviiit conosvoi*' 
une esthétique où il ne serait pas tenu compte tlee phénomènes îmitLé' 
diats di3 sonsation, et il tendiiit aussi à coo^idérer les étath moteurs 
que la sensation envi-Ioppe, Maie il ne réu&sisfîait pas à se dég&g«t 
tout à fait de la mctaphysiquo ; il llottait encore entre l'idéttlisme de 
Platon, celui di; Kant et cj^IuI ûe Hegel, les corrigeant ou U-s réduisant 
par s» critique, ot substituant au besoin à leur conception une vus 
autre, sans valeur positive. Ce philosophe oriirina! ei profond, écrit 
M. Matiigrin^ se double d'un teohnîeii-o des plus dLsiini;m.'s, n ï>| l'éluda 
de IjOII.2l^ n'a pjis rnutplt'or de 1'u.^uvrti de He^ei, du moins elle est 
supérieure â oetle dei-mêre par l'osactitudi' i-t la simplicité de la 
méthode : Lotze, L-n effet, so délivre de la fanicuse division Inpartile, 
et par là-même n'est pas obllg^é, comme son prodécessour, de faire 
quelque peu violence à la réalité pour la conformer au cadro qu'il lui 
imposi^'. Enlîn Lotze, dont l'éducation efilhétiqUL- dépasse de beiiucuup 
celle de Kânt, ne Iv cèdu^ nullement à Ifcg^el en ce qui uoncernc TétL-adue 
des connaissances techniques, i^ L. Armèat. 






A. !BATA<uiis. Essai sur VfsOit-ilqUfl lie Liitze 119 



Hartmann. Ge 



-EITBH 



tu 



lUH'l'U UliR ItfBTAt'IlYSIK, 
r-ElT Kant, — I V. iu-S. X[[[^008 p. Leipzig. Haat-ke. 1900. 
<J"9 dcuxicme et dernier volume de VhH^Unr': de (a Tnéfap/jysique 
est oonsacrë au J^iveloppement de la mêlnphysiquc depuis Kant, 
Ol>s«fva5« tout de suite qu'a part une courte excursion en Antjlcterre, 
\ l'cctttBJun de l'a^jncsticisme. M., de Uartmann se renfenno c?xçliisive- 
metil ilnns lu spéculation germanique. [>ur.i.nt 1q^< liUtl pages de ce gros 
volihiTie, il ne parle pas une seul» foL» de M. llnvaisson, de M. Kenouvier, 
ou mëcne de M. I-Viuiilée, dont ta méthode devait lui être plus sympa- 
thique. Eiï revanche, que d'obscurs métaphysiciens alleinands il étudie 
■vcc mijiutie! — Cett* hiatûire de \a. pensée métaphysique lui semble 
klïouljr à un résuUat d'importaucc capiffile, la nécessité d'un change- 
menl de méthode. L'ancienne ractaphysiquc avait cru que l'on pou- 
vait construire le système des choses à prinvi aveq une rigueur apo- 
dictiquB. Kant considère encore la métaphysique de ce biais; mais, 
voyant le caractère chimérique de la spéculation antérieure, il renferme 
cette conscience apodictique dans le monde phénoménal. Les fjrands 
I^théislea, Pichte, tàchellini^, Hegei, f?chopenhauL»r, poursuivent, 
l'f^uvre de KaiiC, soit du point d'o vue de la pensce, soit du point de 
vue de la volonté. Les maiérialiates croient encore à ce caractère 
*Po<iict[que, et de mémo les ag-nostiques. Mais l'impossilJîHté d'une 
**"© winnoi-iîïacice devient de ])lus en plus mardreste; le c[>ntcnu de 
* tW'liiphysique se réduit a.veu les matérialistes à rêlernité de la 
^tiireetde la force, .ivec les agnostiqui's à un pur zéro. C'est la 



f*a 



*icilion fi l'absurde de la métliocle apriorisie. Mais la mécapliyaique 



•*! pas condamnée pour cela, rii à l'alrhimie a succédé la ehimie, à 
■■*(^tap|iysique déductive et constructive, produit do Tinin^ination, 
*^'-* l succéder une mètoffhifsiijue imiurtire, se bornanL, uamme les 



te 



^nces de la nature, à dca rrriiti'jiiitihiuuL'i^. Les diverses écoles ont 

*~*le« contribué, néirativemenL. à cette transfurmation de la méthode; 

J" **tttvement. elles ont amené les métaphysiciens à concevoir d'une 

^^^tiJère plus concrète la rc.ilité. A l'ac-livitc pure du paiithoisme 

^*trait ^pensée pure eu volonté pure), le théisme a aubstitué une 

•^Btanfic douée d'attributs; et s'il a eu le tort de In doter de con- 

•^ncp et de persoonallté, it a permis la <'onstruction d'iiU panthéisme 

"~**»cret fondé sur rbypoLhcse d'un ahsnJu inconscient. Le malérîtk- 

^^■ïnj d'un Bijchner a attiré l'attenlinn sur la dépendance de l'esprit à 

5^^ard des fonctions corporelles. L'individualisme d'un r-lirner ou 

•-■ 1 Nietzsche a montré que l'ancien panthcisrae faisait à l'individu, 

*** iiice de l'absolu, une place trop effacée. — La métaphysique de 

*'*^*fJir sera un p;ii)théi»mc moniste et concret, ayant pour base une 

a<s-Ofjç [jg jj connaissance k caractère réaliste [réaliarae Iranscen- 

^**''^'nli.. Cotte métaphysique, l'auteur fa csquiss^-c dès ISCfl dans sa 

^ ^*-'<*-«op/u'e de l'Inamscient, en se conformant à la méthode induc- 

^ * Il l'a développée depuis dans une foule d'essais. 



LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE I^ REVUE 

A. Naville. Xouvi'llr cliissificalion des âi.ietîrex, 2* édition, in-l?, 
Paris, Alcan, 

G. CoMi'AYitÉ. J.-J. Rousseau et Vihluciilion df hi nature, in-18. 
Paris, Dclaplane. 

Li-TaÎ. I.e mystère pniil hume: causeries mOdiades sur la mOTt et 
ia sum'ij. i»-l2, î'aris, Sclileii'her. 

AiH'iiTrr. Essai sur in tliiioriù gimérale de la tuonnnic, in-8, Paria» 
Guiïlaumin. 

E. Halkvv. I.a Ftirm.ition du rudiculisme philosophique, t. I ot II, 
in-S, Paris. Alcan. 

RussuELL, I£.<sai sur IfS fonih'incnls de la gvomêlrie, trad. de l'angl. 
par Cadciiat, in-'*, Paris. CVauthier-Villara. 

H. lîEBH. l'ent-oit refaire runiti- morah: de la f-yance? Paris, Colin. 

A. Fouillée. La réforme de Venscigm-ment par la philosophie, in-lS^ 
Paria. Unlin. 

G. Taudb. L'opinion et la foute, in-S, Paris. Aloan. 

.1. UouitDEAU. L'érotutiotidu )*(jci«/i*itne, in-1;', Paris, Alcan. 

Ollê Lai'HUne. !ji vilalî té chrétien }it\ in-12, l'aria, Ferrin. 

E. BKHiii. Dialogues sociiilislen, in-S, Paris, .lacqucs. 

FiiASEii. 7'/n? Worhaof lierkrleii,'i vol. in-8, Oxford. Clarendon Press. 

O. LiEHMANX. Gednnlien xtnil Thalh^achen, Bd, II, pi. 2', in-8„ 
atrasbur^, Trubner. 

Kries. Ueher dir materiellen Grundlageu des Bewusstseins Er*'c/i«- 
nungcn, in-ti, Mohr, Tiibiniïen. 

K. Joël. I-'hilosophenwoge : AusUlicke und Rilckbliche, in-8, Berlin, 
Giirtncr. 

Palaiiyi. Xeue Théorie den liaumea und der Zeîl, in-8, Leipzig, 
Kn£:cltnann. 

GAETSCHENHErir.En. Gruudziige einer l'uyrholoiiie des Zeîchen, in-8, 
lïecensburt,', Manz. 

TnuMB iJM) Makue. Ilxperimenlelh' Unlersuchuugen iiher die psy- 
cholugisrlien Gru?idtagen der si>rachlichen Annlogiebildung, m-8, 
Leipzig, l-înirelniann. 

H. IIïiSf-iiiiL. l.ogisclio ihilersuchungeii, Hd. 11, in-8, Ilallc, Niemeyor. 

H. Hi:h\vaiiz. Lian sittUchc Lehen, in-S, Hi^rlin, Reutlicr. 

K. Paulsen. l'hilosiiphia militaii>i, genen Materialismus und Nalu~ 
rulismus, in-8. Berlin, Ueulhcr. 

Si:n(i[. /.,■( pAÎnhé nei feiiomeni délia cita, iii-8. Torino, Boeca. 

G. Tauvntino- Il probletna dclln monde, prolu^ione, in-S. Pisa. 
Valunti. 

FiSiciiELl-A. /..'• psicologia nelleSeienze tu»i.Tne,in-8,Messina,Amico. 

Gimmaldi. /.a mente di Galileti Gui ilee i'assu7Ha dal libw Ua motu 
Graviiun », in-4, Napoli. Dctkon-Iiocholl. 

DniiADO. Estudioa de derecho pe.nal prevendro, in-B, Madrid, Suarez. 



/.!• lirapnêtuiie-f/èrniil ; Fklix AUCAN. 



CouIomniicM, — Iimi. I'aul liHOUAHU. 



PSLIX ALCAN, fiDITSTTR 

•'/«.V.Vfc'Vr Wf fMAtm^ : 
U!nUOTRt:QlB DK PIllUlSOPIIIB Cl>STe«l*nBU>;K 

La formation du radicalisme philosophique, ...r 

I. Il M i:\v. li.L--i ■•■■■■■ ■■ -■ ■ : I .■, I . ■,..-,,.,,.. , ,,|ii,i|.ii-i,. 

' ïnnwM* ^ 7 Fr. SO 

oluUoft (Je 7 Ir. M 

L'opinion si la fouis , i^rs. TA»o*-..i^ri-..ii(ni ««r-^^or 

Ul Otll^gn de Proor.s. l ti>L tn4 & fr. 

Hisîoira et solution des problèmes métaphysi- 

QUeS, ,.»r ni '■' ^' MtR. .(. 1 *.iU m-s î fr M 

tu. uiNc: t'">ii- : La i di 1<i ■~. au pur*. ( Ttil. ia~!t... S Tr. 

Les timides et la timi dité, . !.;[ !;.;' ''*""'^^"^'"^i fr. 
NntjnRiiB rlasslffnatlnrj fîfi<; sciences, E.mTp..»- 

/.f Rire. Essai sur la sigoificatioada comique, imr n. bkui*m*:^. 

L'eooiuiionnisme en morale. Etude sur la pbi 

(Jl- H^rî-^rt SpeDCBT. j.sr JUALIXLX, iU.iTri'; Je courr ià ÎL"li. >. . 

e in-S a (r. 50 

Etudes de psychologie, l n^f,:f;.^r..?f.'^.r-.'^:;' '^t^:. 
L'éoQlutlon du socialisme, i;^.^,"^""^.";.: 

SeolallMw oUwiudB «t nihOlatM rii«M. I 3 fr 50 

iMETAPUYSiCS OF EXPERIENCE 

IIV 

SHADWORTH H. HODGSON 

Itjn.h [ - fi iif Expérience, 

IhM-k II. " 1- 

I' ' ' '" -^ ..^'_tuua Autioo. 

ii» !_ - n<A (O tiC lldJ «epAraifl|)|; [>nce : 3"». 

iR'l Co., Paternuàier II'xa, Loni)oht?lew Tork r»i1 Bomkay. 



PËLIX ALCAN. ÉDITEUR 



l'/K.V.Vt.Vf im PAUAlTtti;: 

lUHI.IOTIIKQUK (îftXKHAI.K 

Il Et 

SCIENCES SOCIALES] 

Si 
ZUOK HAY. 4/ 

i'^finr.ntinn mnrrtfn rtnn^ /7//7/7T;?r.c/W.r„<.-inr,..m,.«t,i 

^l^^àe»^9m^ir9,\•^m•^wt■:. i foluoM. 



ï 



i. 



La môthoùB historlQue appliquée aux sciences 
sociales, Z' .•.M.r,r..,«.i„ 

Le socialisme sans doctrines, u miestipn mvriêro m 



Assistance sociale, PauTreâetmendiâaU, [..rP««iMit,iLtiiMl,, 

"■n«1rur, 1 ^■^^lJllJ^l 

/l'^' Congrès internat!"""' de ps.r'''^''^"'" 

.Il '" -■ • - ' ces ei tcxtf II- 



iff premier congrès de l'enseignement dei 

sciences sociales t compte rendu d 

|i' Muijnr'ilr ilr J'(:ti»r-i(f(n*i»rnl MiJ^îal 1 Vt.litmrï ils* 

LES GRANDS PIIILOSOPMKS 



PASCAL, p»r A HAT2PELD 

I 

I au Ijrc^r <lii Bordciur 






La iOglQUe Ûe Leibniz^ daprés des documeuts inédit 

I < llC<l;R4f, cliitrg^ (}£ courg h. l'LaiveriiU de 'louloost. ! iql. rmc 



taaism^.f* — fins. PtM l'kM'M 



U ■mrwia 4» IJ IWAnirelaii an a«««n la nkairdJ osâb Idftfita- t/a 



REVUE PHILOSOPHIOUE 

&E U KaANCE ET DB LÈTnAN(;F.H 

I'AKA'IM».^? IC'EB LIi «OU 

DIriirfrB par TH- BIBOT 
Cbsu^uo numAro Oontinnl : 
1*^ Plucinur» ATtiL'Ie» de tood; 

^ De« araI^^bb ei c«i»pl» rendtin dM nouvcmiix ou^haïM plitliUM)- 
ptd(|ues TrAùt^aii* el Atrnogvrt î 

péy 

\ 

nu 'luLt '-y^e-à idtiu'it^d'Â. 

Prt II'' Vn nti l'jirlt 30 rrsuHi»; it^parliinipnl* 

cl nia.' în s franm 

H'adrtTOBpr ^mnr i . . . < , .m bnnmu lin ]■ Rvituv, 



PËLIX ALCAN. KDITKDK 



Psychologie de f'mentfon. i«rFv ptiuii^^ 

Va tiiliiiii* ln*t ' 



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L'ANNEE SOCÏOLOGinUE 



PnhUée sous la d' 

¥lr I. '. . - ■ 



d€ E. DUHKBtîM 

M'^ri I Jl't.. .- y. I Lk 



i; A \ N H R P H 1 L (J S P 111 V R 

Pvhl: -. la lUrei-Uon ti :LLON' 



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i/t/frfrfiTii* miîirim dfi Pitrit. a tir pr in ti» itilaiitijttf 



,E l'ROCÈS DE LA SOCIOLOGIE BIOLOGIQUE 



Kous avions essayé, dans un article publié ici môme '. de démon- 
trer l'inlVcondilé de la soeioloy'O Ijiolcigique. Celle démonslra- 
^ou a suscitai deux protestations, l'une de M. NoviL-ow \ Taulre de 
r. Espinas^, qui répoodeiiL plus ou moins directement à nos aj'gu- 
'nM?iH:i. Xiius dt-ruLiiiiiuiis la permission de résumer cette discussion 
pour en dégager les résullats. 

La sociologie biologique est stérile. Car îi tel problème sociolo- 
gique défini elle ne saurait apporter de réponse précise. Sasit-il, par 
exemple, d'escompter les conséquences du monvemenl qui entraine 
nos sociétés vers la démùcra.tie? Les prédicliona de Iti sociotopie 
bioJogiquc seraient sans doute pessimistes. Ne voit-on pas, dans 
l'écheUe anirngle, les oi'juiinismes ^e perrectionner aux dépens de la 
liberté et de Tégalité de leurs éléments constituants? On pourrait 
ûoi\iC Otre lente Je condamner, au nom de révolution biologique, 
notre évolution sociale. Mais, ajoulions-noup, une opinion tondée sur 
de pareilles comparaisons resterait sans porlée. Car entre les êtres 
Colleclirs une chose distingue les sociétés : elles sont L'oniposêes 
'èlres conscients; et cela seul impose à leur évolution des condi- 
>ns toutes spéciales. Une sociologie qui négligerait systématique- 
ïnl ce caractcre spéciOque. et refuserait d'en observer directement 
106 constiquoiîces, ne pourrait sortir du vague que pour tomber dans 
[;) " iie. Telle était en bref notre thèse. — Qu'y a-l-oii répondu? 
iit>rd, qu'on puisse imputer à la sociologie biologique une 
tion pour tout ce qui fait pressentir une organisation démoera- 
iC. et des svinpathios pour tout ce qui rappelle le régime des 
tUïS, (|u'ûn puisse l'accuser de tendances arisEocraliques, autori- 
lairv^i et. pour tout dire en un mût, réaclionnaires, c'est ce qui 
lit scandaliser également nos deux auteurs. ^ Jamais nous n'avons 
I, dit M- Hiipinas, que nos conceptions sociologiques pussent auto- 
»r rien qui ressemble â la dictature ou se prêter ù. une justification 
privtlcge. I « M. Bougie a tort, dit M. Novicow, d'aflîrmer que 

' ■■}lf hloto'i!f/ue W {'• li'-'fiTne des Castes, nviil i'JOU, p. 331-332. 
rliti so'ciùingie /linlontijue, oclcbr* IflOO. p. 301-313. 
j. i-.cc- L» "> jMit éire, uti ilii J'osîutai de la Socialo<ite, mai l'JtiO. 

tout UU — AuCT 11)01. 9 



1Î2 



RBVCE PHILOSOPHIOUE 



si la théorie organique est vraie, la liberté humaine est înipossibL 
C'est juste le conlraire. » 

El certes, nous ne prétendons pas qu'une doctrine sociale réa.c^ 
lionnaire décoqle néce&saîreniÈnt de la sttciolrigie biologique. Ce^mï 
notre thèse est justement que, de la science des organismes propre^^ 
ment dits, aucune théorie ïiâ se déduit avec nécessité, qui suit app/r -^ 
cable aux société& humaineâ^. Mais que du moins iJ sorte nalurelEti' * 
ment, de la biologie, des métaphores défavorahJos à la démocrofte. '* 
et que la sociologie biologique oITre ainsi, aux adversaires du mi}ii^4 
vement démocratique, comme un réservoir d'arguments faciles..^ 
c'est ce que nous pouvions soutenir : les exemples ne manquenlpas. 

M. Novicôw met sa confiance dans les naturalistes. Il compte sur 
eux seuls pour '■• renverser les retranchements d'erreurs colossales' j 
dont la métaphysique a encombré la p^ilitiqtie, C*eat ainsi qu'il en] 
appelle très souvent à TautorUé de H;rckel. Mais n'est-ce pas 
tlœckel qui a réédité, avec un commentaire « scientifique »>^ 
XllMmanvirri ^ancia trvi^ gtnuii^ Suivant lui, la tendance du darwi^J 
nisme ne saurait être qu'aristocraElque, nullement démocratique, 
encore bien moins socialiste'- Souhaite-t-on le développement d<5_ 
cetle démonstration? Qu'on se reporte au livre d^un autre naturav 
liste, M. 7Legler\ Il a pris la peine d'opposer point par point aux 
thèses de la démocratie sociale, les thèses du darwinisme Lien 
entendu. Quant aux anathèmes généraux, lancés contre les idées 
égalitaires, ils ne se comptent plus. La plupart des naturalistes qui 
philosophent conviendraient avpc M. Topinard que « les réalités 
objectives de la science sont en contradiction avec les aspirations sul 
jectives de l'humanité' ». Les hommes naissent libres et égaux ei 
droit? C'est là, dit Huxley S « une proposition risible au point de vu< 
scientifique p. 

Veut-on voir ïl présent comment les politiques utilisent ces muni* 
tiens? C'est au nom du a caractère organique » des sociétés qu( 
celui-ci dén^ontre longuement l'inanité des principes de S!>^ Poui 
que l'ordre social reste fondO, nous dit celui-lii ', sur ses « bast 
naturelles », il importe surtout de maintenir les distances entre V 
claKâes. Un autre va plus loin*, et demande la constitution de caste 



!, hfx litHti entre tode'lès hi'*'iaii\ti, p. "(11. 

2. Les jimuvfx du iransfoi-mismc, trad. Soury^ p. UO eL buîv. 

3. Die Snturv>i3.<;eiisr/iaft ii'iil dis Soinaidemocraliache théorie, 

4. L'Ail /fn-'tjntnt/i*; el ia science aOvialf, p. 371). 

5. Dans U lukttiift, iln 31 niarq I^U.i. 

fl, FernËiiit, Lv» jirincipKn de SU et In sciiiice rociate. 

1. Ammon, l'ordre tocial ei ses baits naturelles, Ir. Hultan^. 

8. V, i(Je Lipuuge. 



BOUGLË. — LE PROCÈS Di: LA KOCIOLoClE BLOLUËtuUË 



123 



it spécialisées. En attendant^ on démontre couramment que 
cisisoluLioii raonaixliiste est la seule qui soit conforme aux ensei- 
gnements les plus récenls de la science ' ». Kt il n'y a pour ainsi 
■liir plus aujuurii'lmi de journal conservateur qui n'emprunte ù. la 
biologie, une consécralioa « scientifique u pour ses tbèses clas- 
siques- 

Que maintenant la doctrine particulière i M. Xovicow soit plus 
subtik. plus souple, et pour ainsi dire moins grossière que ces 
ltai;(intô e<>uraate$t nous ne faisons pas difÊcullê pour en convenir. 
M. Novicow concilie en effet, avec une grande admiration pour les 
ùT^isfnes, un curlain souci de lu liberté et de l'égaiitè humaines. 
Sans alianiionner l'apologie de l'aristocralie, il adresse dn moins, au 
fégime des castes proprement dit, des critiques vit^oureuses. Il 
serait donc loin de souscrire à tous les aphorismes formulés par les 
naturalistes, sociologues ou journalisles que nous citons. 

Hais ces divergences mêmes ne viennent-elles pas confirmer 
î'BOtre critique? Elle consistait essentiellement ù soutenir que la 
«cjologie ne peut tirer, d^ la biologie, aucun enseignement nel et 
précis, Or si vraiment une grande distance sépare M. Novicow de 
ttux qui, comme lui — quoique chacun à sa fa^on — invoquent 
r>Btorité des sciences naturelles, cela ne prouve-t-il pas que les 
iDslniclions fournies par celles-ci i la science sociale restent bien 
"sguesft comme élastiques? 

11 suffirait d'ailleurs, pour mesurer cette élasticîtj*, de confronter 
liSûpinioQs des deux penseurs qui défendent contre nous la socio- 
Jogie biologique. L'un est individualiste pur*; pour l'autre, Tindivi- 
ilualismeesl l'ennemi'. Pour le premier le tout n'a d autre fin que 
l'intértL des éléments. C'est dans Je sacrifice des éléments au tout 
(j'ie le second cherche le principe de la morale. Pour celui-ci, la 
pairie est la plus vivante des réalités *; pour celui-lù, pure conven- 
tion'. Tandis que l'un enlin estime qu^il suffit, pour marcher dans 
le sens du profirés. de « déterminer la trajectoire k des forces natu- 
relles, et do s'abandonner à leur courant'^» l'autre juge cette déler- 
miuation insuflisaute et cet abandon imprudent'. N'est-ii pas élon- 

I. Voir la IkUm du M. P. Bour^'el, à. -M. Ch. Moiirrns. clans son EnfUéle mr 
la moirt'T'"?. 

5. /^« tulles entre sucirlrs htimaiarti, \t. 115, TiIiS, 

3. Im jifulùsapliix iacÀuif ilii ?iViri" «Vc/c, Jj. US-*!. 

4. Voir tu yvliliqtiç nationale ft ta t'oUtirjtie humrtnitairr ào^a^ \n t'iiilni. jorialû 
du XViU' ai-'i'te. p- H. 

5. Les tulle» riitre aociilàs humaines, p. V,î. 

6. tbid.. )). ;t6. 

1. fhitù». âoc. du xviii' ffiVr/«, p. U. 



i^i 



nertiE priao^oroiQue 



Dant, si la sociologie biologique esl unedoclrine consistanle, qu'elle] 
conduise ses partisans ix des conclusions aussi éloig^oées, pour ne 
pas dire diamétraleniL^rtt opposées? , 

Mais il serait injuste d'abuser de cetle argumenlatioD. Outrai 
qu'elle pourrait trop aisémenl sâ retourner conlre les sociologues i 
non-or^jnnlcistes, l'organicisme peut en appeler à l'avenir, ^?'il n'esl , 
pas çucoi-e aujourd'liui de taille à nous fournir, pour le proljlèmoM 
que nous posons, une conclusion indiscutable, qui sait ce qu'il ne™ 
fournira pas demain? Qui sait si, comme M. Novicow nous le fail 
espérer, la sociologie biologique ne vu pas. elle aussi, avoir son 
Newton»? Il faut donc essayer d'estimer la ft^cûndilé de la mélhude, 
sans abuser de l'insut'fisaace des résultais acquis. Ajoutons qiiej 
dans la discussion qui nous occupe, si les. résuUats auxquels noï 
deux défenseurs de la sociologie hiologique aboutissent sont sensîi 
tiement JilTèrenls, 1res diiïérentes aussi ont toujoui's été leurs altM 
ludes à son égard. Comme ils ne lui assignent pas le mèine rôlej 
ils ne la défendent pas par les mêmes arguments. 

Force est donc d'entrer dans le détail et de délinir, pour teq 
examiner tour î\. tour, les deux Ibêses qui nous ont été opposées. 



M. Novicow est de beaucoup le plus intransigeant. On sait av 
quelle opiniâtreté, à Tlnslilut international de sociologie, contre la 
presque unantinitti des sociologues, il nminienait ses conclusions ; i 
ff La sociologie sera organicrsle ou elle ne sera pas. — Les phénO'W 
mènes sociaux sont le prolongeniecit des pliénomèn«?s biologiques,^ 
sans aucune solution de conlinuilé. — La sociologie ne peut for- 
muler des lois générales qu'en les empruntant à la science mère, 1 
biologie '. 11 

Or, parmi ces lois que la biologie prête ili h sociologie, en e&t-il 
qui permettent de répondre à la question que nous avions posée, 
de prévoir les conséquences du mouvement démocratique? 

Suivant M. Novicow, nous sommes servis à souhait ; car l'une des 
lois que l'on peut dès à présent considérer comme établie par les 
sciences naturelles, est celle-ci : a l'n être collectif, société ou orga- 
nisme, est d'autant plus parfoiit que la différenciation des fonctions 
y a été poussée plus loin ', n A 1 aide de ce critérium nous pouvons 
dès â présent juger l'orionlalion de nos sociétés. 



1. .inmile* à? l'inititul inleinuliannl ilf.-*(iciol'ii)'ie, V, p. 100. 

2. If.H., V, [1. nr., IWi.. 22^, 

3. ilml., V. p. 314. — Rvv, J>hilQi., arl. cil., p. 3Û2. 



BOUGLÉ. — LE PIIOCÈS SE U SOClOLOfllK DlOLOCKJfE 123 

Ma-is d'abord — avant de transférer celte loi au monde social, et 
pour nous en tenir au monde organique, — devons-nous racf:epler 
comn^e une vérité scientifique définitive, qui resterait désormais 
au-dessus de toute discussion parce qu'elle aurait été élablie en 
dehors de toute préoccupation philosophique, esthétique ou murale 'i 
Si les organicisles se tiennent « aussi près que possible de la bio- 
logie » ils savent que la question prête à la conlroverse. Combien, 
en elTel, il soit dJI'ficile de rester objectif en distribuant des pris, et 
«Je cûHÈlruife, sur des cûnsidcratlons purement scienliliques, une 
^cliellc de perfection, ks naturalistes s'en aperçoivent. Si nous vou- 
'Ions UOBS garder de toute projection anthropocentrique, il semble 
que nous ne puissions mesurer la perfection d'un organisme qu'à 
un seul critère : aux avantages que sa constitution assure à 
l'espèce, en favorisant son adaptation au miliieu et par suite sa 
survis. Or, est-il sûr, de ce point de vue, que la difTérencialion cons- 
titue toujours et partout un avanlag-e? N'a-t-on pus justement 
remartjue que les êtres les moins difrùrenciës se nourrissent et se 
reproduiaenl parfois plus aisément, en raison de leur indilTérencia- 
lion ni^ine? qu'ils s'adaptent plus vite ù certains milieux, et résis- 
tent rriieux ;iux changements de milieux? Au moment des gr^Tndes 
perturbations géologitjueSj ce sont les titres qui ont les besoins les 
rnoins variés et les moins spéciaux qui survivent; et c"gsI à partir 
des formes relativement simples que l'évolution recommence'. D'une 
naniOre |ilus générale, l'^-tre qui se ditrèrencie, en même temps 
qu'il perd de sa plasticité*, perd de sa fécondité ^ et en ce sens on 
luirait soutenir ce paradoxe : que la différenciation est le commen- 
:*'Dient (le la mort. Ce qui est sur du moins, c'est que les eus ne 
'sont pas rares où l'indillérenciation des organismes a assuré leur 
survie. De quel droit continuerions-nous donc U taxer cette indilTê- 
?DCJatiou d'infériorilé? 

£l sans doute cette conclusion se heurte à des liaisons d'idées 
qui cous sont familières. Nous trouverons aussitôt, dans la ■k table 
des valeurs » que nous portons en nous, de bonnes raisons pour 
délDOtitryr la supt-rionté des formes dMFérencièes. Nous remarque- 
rons p.ir exemple que les organismes dont les diverses fonctions 

I.Ccsl w (juele t>' Copc aiip^lBii : ilie law of lUc nns[i«cialiKed. Cf, LeUnntec, 
£)fotii/ieH indtKiiiueite et Nêii''ihté, p. îtiii-'2-H). 

i. flauMsa*. L» F'irnv et In Vie, p. SIO. 

3. CI. lïetape, IM Slrtn-fiir-'/fu pi-olofjlaiiiia W ks tfi^iinft sur l'UérMdi. p. 763- 
Tîtf. Va <ltf-4 iiaUirnlisig^ prcfcrés ()e .M. Novicow, Hicckel s^ellorcail dcjii de 
prout^r, wmtn" Baer. iiue - le progris n'est pas toujours une diiïcfenciAliafl, 
cl iji*e Uyule tlilTérenoiation n'esl [ws tin progri-s - {iliit. dt in CtvaUorx natu- 
r/tt. p. 2iti. 



136 REYCE ffllLOSOPIIlQUE 

sont nettement spécialisées, offrent la plus graocle unité possible 
mWieu de la plus grande varitHé, ou que les produits de leur ao 
vite, s'ils ne sont pas plus nombreux, remportent du moinsen ■ qa 
Iilé»,3oal plus B raffinés ■ et comme plus a exrjuîs' a. Nous obsa 
verons encore que les progrès de la dilTérencialion marchent de t» 
avec le perlecllonnemenl du système nen'eux- Or un système iis^ 
veux perfeclionné est une condition de l'apparition de la conscience 
c'est un portc-Harabeau. Qui dit développement de la dîlTérenciali 
dit donc dé;îagement prochain de la conscience et par conséqu 
progrès en général. 

Mais qui ne sent qu'en raisonnant ainsi nous cédons j\ des pré 
t:upations anthropocentriques? Que le maximum d'unîlé dans l 
maximum de variété, que la finesse des produits, que la clarté de I 
conscience soient des choses lionnes en soi, c'est ce que nous pou 
vons bien décider en vertu de nos préférences eslhùtiques, moralq 
métaphysiques ; c'est ce qu'aucun fait scientifique ne saurait îi Itl 
seul nous prouver. La marche Iriomphale de la biologie dans notr 
siècle est due à ce qu'elle s'est débarrassée et comme délestée d 
l'anthropomorphisme sous loules ses formes, e'esl-à-dtre en parti 
culier du finalisme. Peut-èLre, si elle veut rompre décidéniea 
toute attache avec lui, doit-elle s'abstenir alors de donner de 
rangs, de parler de perfection ou d'imperlecUon *, concepts qui a 
se comprennent guère qu'en l'onction de fins anlérieuremc 
posées. 

Mais s'il en est ainsi, si nous ne pouvons évaluer nettement la pQ 
feclion des êtres que d'après les Jins que nous leur assignons, E 
comprend combien il serait dangereux de prendre la rtiiïérenciatit 
pour « mètre du progrès d de tous les êtres, quelle t|ue soit la 
nature, et de mesurer à ce même mètre la perfection des socîét 
humaines aussi bien que celle des organismes. N'assignons-noî 
pas a celles-là des lins originales? Si, par exemple, nous accordon 

i. Ce sont les eipre-^sjons tiiémeïi l'mptnyée» par MilnG-Edwiirds, Leçong d'am 
lomie, I. 1, 11. li, n, 19. 1 

2, Voir, par exemple, ce quetlil I.e Danleufitiinair/'ii^jifl cf Parwiniena. p. T),:« 
lin traducteur du Ha'cicel (Laloy, frffaee ù fariijtnc île i'tlotnnu'. p. 8)-VârwM 
dit ejicore [jUis expl limite ment (l'Jii/itiuhffie géuértrle. Irail. liiloii, p. J.li) : • OQ 
dil souvfinl. en présence do ce Tail (lu dîlTèruncintiun) (|uc l'ùiotulion des orRi 
iiî?mofl, depuis l«s preniîera lîommenccrtiunls jusiiu'A rxûs juiir*, pcrniiel d 
conBialer un propr^ïs conltnu et un perfÈClionnemun! pro)^i"e*;aîf. C*;t!e côncej 
lion condiiiL a l'em^'iir loiitre laqiielle t-tnil dirigé (oui l'cfTort de la théorie i 
Darwin. Terreur de laWf'Wo'/ie, L'idëede prciffrès. de perrt'cUnnnemenl, impljqu 
iin but yen lequel est dirigé ce pro^r>È«, tiu perfu^IJonneinëcil. aans cela el 
r'n annin ?ens... LVm^loî des lermes de pro^rrL'S, 4i' porrcctioinnen»cnl. clc. 
peiiL ilonc pmviîiiir mit d'un point de vue anlhropfn'cnlriipie : en ce sens 
c'eal nous-inC*mes tjui iutniduisons de la aorte un but dans 1q développemenl 



BOUGLÉ. 



LE E>noci-::s de u sacioLOciE biologique 



127 



qae leur but doit être de garantir le plus posaible de lîberLé et 
dVgalilê il leurs membres, qui nou^ dit que La diirârenciâ.lion — en 
«dmetlanl qu'elle perfeclionno les organismes — sêia encore un 
pMgr^s pour les sociétés? 

C'est ici que jM. Xùvicow triomphe. Notre (Question pourrait peut- 
£lr9 embarrasser lesuaturalistegijui admettâuL que ladin'érsQCiation 
entraîne l'asservissement et l'iriêgalil« croissaute des éléments diffé- 
renciéa. Mais c'est ce que nie notre auteur, — et c'est ce qui lui permet 
(i'atfirtiiêr à la fois lys deux thOses qui senibiaient s'opposer, de con- 
cilier les aspirations démocratiques avec les constatations scienlifl- 
(|ues_ D'une part, en ellet, ilieconnaitra que la liberté et l'égabté des 
individus sont bien la ria des sociétés. Mais il maintiendra en même 
ItirKiJâ .jue pour réaliser r.etle fin, nul moyeu ne peut èlre meilleur 
ijiie la djilerenciation. 
Quepenser de cette synthèse? 

Ui réponse tiendra d'abord, sans doute, à l'idée qu'on se fera de 
latin assignée au!t sociétés, c'est-ii-dire de la liberté et de l'égalité 
(les individus. L'idée que s'en fait M. Novicow nous est connue : c'est 
U conception classique et si Ton peut dire orthodoxe, la conception 
t 'tïdividualiste ». On a pu niontrei- que la doclriue publique de 
Spencer lui vient en droite ligne de l'individualisme de la fin du 
ïViii' siècle. On pourrait montrer, d'une manière analogue, que la 
ÛKtrine politique de M. Novicow expi'ime Tindividuatisnie du milieu 
«* Mx." siècle, qui est une exagération en même temps iju'une sorle 
i'ïmoindrissement du premier '. Chaque individu poursuit son 
•muret, et avec raison. L'État n'est fait ijue pour lie bien des indi- 
vidus. Mais s'il comprend bien son rûle, il faut qu'il s'efface le plus 
Paisible devant eux. Son unique l'onction doit élre de rendre lajns- 
liœ, c'est-à-dire qu'il se gardera d'intervenir pour pallier les inéga- 
lités qui sé|»arL'nt les membres; il laissera faire et laissera passer 
leurs libertés égales -, Un individualisme plus outrant-ier encore que 
celui de Spencer, reposant sur un utilitarisme plus radical que celui 
de Bemham et sur un libéralisme plus absolu que celui de Bastiat, 
ti^IJe est donc la doctrine politique de M. Novicow. 

Acceptons pour un instant cette dnctrlne : est-H vrai qu'elle soit 
/Ogiquement liée à telle ou telle théorie biologique? La thèse indivi- 
dualiste de M. Novicow dérive-t-elle clairement de sa thèse natura- 
Jjsttî? Est-il donc vrai, d'abord, que toute espèce de dilTérenciation 
entraîne, de soi, la liberté et l'égalité ainsi entendues? Est-il vrai 



1. CI H. Michel, i'iiiée di: l'Étal, Li\. IID ; La phihsoiifiie polUitiue, p. 16. 

2. Cf. Le* luiUi oiirir Ui lacici-ti humaines, pasiim. 



128 



HEVCE PlîlLOSûPTIItîliB 



I 



que la difTérenciation dont les organismes donnent le modèle, soit 
favorable à cel individualisme? 

Nous n'avons jamais nié que la difTiérendation pût aller de pair 
avec la liberté et rC'galilé. Nous avons reconou au contraire que si 
un peu do ditTérenciatîon nous éloigne de l'égalité, beaucoup nous en 
rapproche. Nous avons noté de joéme que la distinction des cercles ' 
sociaux peu' s'accompagner d'une sorte de libération des individus ', I 
Mais encore faut-Il préciser la faron dont ces effets s'obliennent 
pour savoir à quelle cause en revient l'honneur. M. NûvIcûw cous 
dit que dans toute société oîi les domaines des dilTérerUes activités 
sont neltement sépnrês, oii la politique^ par exemple, n'empiète pas 
sur l'économie, ni la jusltce sur la culture intellectuelle, là règne la 
liberté '. Mais à quelle condition cette liberté sera-t-elle une réalité? 
Sans doute à la condition que les individus puissent en jouir. Or 
imaginons que certains d'entre eux soient comme emprisonnés danS' 
un des cercles ainsi distingués et, par exemple, que le mode d'acti- 
vilt'' économique qui leur est imposé épuise tout leur temps, toutes 
leurs forces, toute leur vie; pouvons-nous dire encore qu'ils jouissent 
de toute la liberté désirable'.' Ils en jouissent, suivant M- Novicow, si 
ta puissance politique n'intervient pas pour gêner le développement 
de leur pensée. Hel avantage si le même développement est quoti- 
diennetnent entravé par la nécessité économique! Il importe donc, 
pour que les hommes ne soient pas opprimés par ia division du tra- 
vail, qu'il leur aoit possible d'appartenir ti plusieurs des cercles 
entre lesquels la sociélé s'est divisée : ainsi seulement ils pourront, 
dans une certaine mesure^ s'appartenir. A chacun son métier s^ns 
doute; mais qu'aucun métier n'absorbe et ne dévore en quelque 
sorte son homme. Que la participation à une même vie pohtique, 
militaire, intellectuelle, uoilie ceux que la profession sépare et les 
place en un sens» sur le même pied. C'est par là peut-être, remarque 
Schmoller', que la dignité humaine réussit à se sauvegarder dans 
nos sociétés modernes. Mais si elle y réussit, notons que ce n'est 
pas à la ditrérenciation elle-même qu'elle le doit, mais bien k ce que 
nous avons proposé d'appeler la complication sociale. Si une société 
est ainsi faite que ses cercles différenciés s'entre-croisent, elle aide 
à la libération de l'individu. Mais si au contraire elle l'enferme en 
tel ou tel de ces cercles, c'est l'asservissement sans phrases. 

Or, de ces deux formes sociales, laquelle se rencontre chez ces 
organismes supérieurs que M. Novicow nous propose pour 

{. Lf3 Idés l'fffililfiiref. 2' partie, chap. Il cl II!. 

2. Iter. fihilos.. arl. itiU, |i. 36i. 

'iJliundriss derailgemeiaen Volkswirihschaflslehre^ViarUt, liv. III, ch.iretTk 



BODGLË. — LK l'ïiOCES DE LA SOCIOLOGIE BIOLOGIQUE 499 

modèles? Y voit-on les cellules se libérer de la dilTérenciation 

par la participation à plusieurs fondions, et par l'adlit^rence à 

})lusieurs organes? On nous a montré au conlraiie les éléments qui 

recHpIissent une mênie loncUon dans Torganisme, de plus en plus 

•îlroiteinenl rapprochés> soudés, et comme rivés à l'organe qu'ils 

composent ^ Si Tidéal de la sociétciOlait l'imitation de ces organismes, 

< iiilinimenl plus parfaits qu'elle »^ suivant M. Nûvicûw, u parce 

\\\x"i\s sont plus anciens j>, elle devrait dune faire tous les efforts el 

prendre loules les mesures néi^essaires pour parquer les indiTidus 

d^ns !eur spécialité, — ce qui passerait malaisément pour un accrois- 

semeDitle libetté. 

Mais, dlra-t-on, les organismes nous donnent du moins le modèle 
i)e celte libet'lé qui consiste dans la diKùrètion de l'État : la diiVéren- 
cwion y est telle que l'organe régulateur « laisse faire k, sans inter- 
H veair dans leurs rapports, les autres organes. ^ C'est ce qui reste 
^L encore très contestahle. On soutiendrait tout aussi bien que le& 
^V oTganmmes, en se purfecUounant, nous donnent l'exemple d'une cen- 

■ tralisaliou croissante. On se souvient de l'argumentation de Huxley 

■ prouvanl, ctjnlre le n nihilisme administratif », que le a pouvoir 
souverain du corps pense pour l'organisme, agit pour Eui et en mène 
les *lcni€nts avec une LngueLte de fer* ». L'argumentation porte 
encorf contre l'individualisme naturaliste de M. Novicow, comme 
elle iiurtait contre celui de Spencer, Les plus récents physiologistes 
fnaintienRent que « plus nous nous élevons dans la série animale, 
plasnou^ voyons s'aflirmer cette tendance du système nej'veux cen- 
tral à étendre sa domination sur toutes les cellules de l'organisme 
daDS le sens d'une administration unilaire ' ». Ils montrent que la 
centralisation accompagne forcément les progrès de la dilféroncia- 
lion» dont elle sipparalt comme une condition en même temps que 
comme une conséquence. Il nous est donc permis de penser que 
H. Novicow ne retient pas toutes les le^i.'ons de la biologie. Il en 
prend el it en laisse, il oublie les progrès de la cenlralisalion dans 
les organismes pour ne retenir que les progrès de la difTérenciation. 
U oublie la spécialisation de leurs organes pour ne retenir que la 
division de leurs fonctions. Qu'est-ce à dire, sinon qu'une philoso- 
phie préétablie détermine le choix qu'il opère entre les arguments 
que lui ofTre la science"? S'il édifie son individualisme sur le natura- 
lisme, c'est qu'il a préalablement taillé et façonné celui-ci au gré 
de cetui-là. 

I. Perricr, Le* cûitmi^s animnles, p. 6T0, 

ï. Le» SeiriiCfi niilrtiftle.r ei i'Eitucrtiinn, p. 2)8. 

3. Vertt'orn, Pttynivlijgie ffenérule, trad. Edoii, p. 64Ï, 



130 



REVUE PmLOSOPHIQOE 



Qu'au suppîus les deux tendances se laijssenl difficilement ajuster, 
qu'un tîsphl <[ui veut, embrasser Tune et l'autre s'expose à, flotter 
dans l'équivûque, siaoa h lomber dans la contradiction^ on le saJl 
depuis longtemps : et le cas de M. Novicow le prouverait une tbîs de 
plus. Les moments rie sont pas rares où sa pensùe nous paraît ,^j 
difficile à lîxer, balancée qu'elle est, et comme biillottéet d'un pùle ti -^S 
rautre. ^ 

Que pense, par exemple, M. Novicow, de l'aristocratie? Individua — -^^^ 
liste, il tient qu' « aucun obstacle » ne doit empêcher un individu:^- ^ 
d'exercer les aptitudes qu'il possède', de chercher sa voie, d^ ^^ 
donner sa mesure, de conquérir entin la situation qui lui convienL:^^ .^ 
De ce point de vue la perfection de la dîtîéi'enciation consiste, no»- ^i^ 
dans la l'ormation de groupes sociaux diiment séparés, mais danar^an 
l'adaplatirjn personnelle de l'individu à sa fonction; c'est à quoi W 
division par castes apparaît comme a dianiétralfraent opposée* •*- 
Mais M. Novicow se souvient qu'il est naturaliste. Les organismi 
ont un cerveau. Il ne faut pas que les sociétés restent en arrière. El{< 
auront donc un cerveau qui sera constitué, non point cerleti par 
gouvernement, mais par une élite, par une aristocratie, dont 
fonction sera d'élaborep les volitions collectives'; et comme * il i 
peut pas y avoir de fonction spmale sans organe dilTérenciè ' 
nous demanderons que cette classe supérieure soit « nettemer 
dlITérenciée » du reste de la nation. 

Par quels moyens devra s'ulilenir cette diÉTérenciation nette, c' 
ce que noua ne voyons pas clairement'. Les gentilshommes di 
géants de M. Novicow ne sont psis les « eugéniques » des aiilhrop 
sociologues. On ne les reconnaît pas à la naissance'. Il ne seml>-> 
pas non plus que pour ôtro admis dans leurs rang^^ la fortune so r 
absolument indispensable. Leur prédominance ne doit être attachai? 
h aucune espèce de privilège'. 11 faut qu'ils ta doivent semble- 
t-il, à leur seul mérite personnel. Mais alors, si. c'est par les seuls 
mérites personnels que doit se distinguer l'élite directrice, si 
d'autre part aucune loi naturelle ne permet de supposer que les 
supériorités mentales se rencontreront plus fréquemment daas telle 
couche sociale que dans telle autre, qu'est-ce à dire, sinon que ta 
collectivité a le plus grand intérêt à découvrir et k produire au 

i. lier, p/iilox., arUcit,, p. 3flfi. 

2. mu.. î>. 363. 

3. CL l'ijiiaaênci^ et votOnlÉ sociales, p. !HI, lUD et anif. ' 
i. Annaieit de l'triftittil internat iiinal de scciotouxe, V, p. 132, 
5. Cf. Année saciolatf., i, p. ta&'iïj. 
11. Ifeo. philos., Art. ciL., p. ^63, SUT. 
1. CofliCiCfiW vl l'ol'jnU tociaies, p. -13, 48. 



BOUCLE. 



1-E rnocÈs n^ la kûciolocie biolocioue 



ai 



I jour les supériorités partout où elles se iroûvenl, à écarter lous les 

nLsIaeles, de quelque nature qu'ils si(»îent, — économiques ou 

sociaux aussi bien (]uc politiques, — qui s'opposent, à leur ascen- 

Mon: à diminuer, en un mot, les inègaUttfs acquises qui Résultent 

ilii système des classes « nettement dilTcrenciées p? Ne senible-t-il 

pas qu'un voie^ sur ce puint, les Jeux concepUons maîtresses de 

IM. Novicow se disputer et tirailler en quelque sorte sa pensée? 

'Suivant qu'il penche vers l'une ou vers l'autre, il apparaît comme 

«n di^enseur ou comnii* un adversaire de la « politique de classes >, 

M. NovicQW âe sert d'ailleurs, [mur éclairer son idéal, d'un 

exemple qui nous en laissera upercevoirA plein Tiiimbigmlé. Suivant 

lui. le type de la sociiété parfaite, h la fois docile aux exigences do la 

nature *.'l conTorme aux vœux légitimes de Tindividu, c'est l'armée. 

1 L'iiiganisaiion savante, bien pondérée, bien agencée, voilà l'idéal 

Mes urgauicistes, et M. Bougie devra bien reconnaître, par l'exemple 

fsi typiriu.': de l'armée, que cet idéal ne diminue rien en la liberté et 

[l'O^alilL- juridique des citoyens '. n 

Nous n'avons pas attendu d'en être pressé par M. Novicow pour 
reconnaître que l'armée pouvait être, en un sens, une graudo école 
d'épalilé'. Son lercîe de fer^ coupant tous les autres cercles d'une 
iiatitîii, englobe et mêle les élérnents de loules provenances; mieux 
qu'uucirne autre forme sociale, elle tend 5 niveler en même temps 
lu'f' Wûiûer tous ceux, d'où qu'ils viennent, qu'elle fait entrer 
« fïims le rang n. Mais est-ce 1*1 dire que son organipallon, tout 
enliLTe coinniandèe par les luesoins de la {-iierre — abliurréc d'ail- 
lours Jç M. Ncvicow — réalise du même coup l'idéal individualiste? 
*|"e pendant le temps qu'il passe sous lef^ drapeaux le citoyen des 
nations modernes jouit du maximum de liberté qu'il peut rêver? 
L'ancêtre de la sociologie biologique-individualiste, l'adversaire 
|<il»s(in('' de la société de type militaire. SpenaT doit frémir d'hor- 
!ur devant cette hérésie de son disciple. SI élastique que soît 
te concept de liberté, et quelque déûnition qu'on en veuille donner, 
semble difficile de soutenir sans paradoxe que Torganisation de la 
ïfense nationale est aussi celle qui lait la plus large place aux 
ïrtês individuelles. Combien de fois les an ti social isles, alliés 
aturels de M. Novicow, n'ont-ils pas dénoncé, entre une société de 
militaire et une société de type libéral, une opposition irréduc- 
tîble! «En régime collectiviste, disait encore récemment M. Faguet, 



[I, Hev. pfiilof., arl. riL, p. UT2. 

Voir L'urTife H la tk-mi^ti'-iiie. Aa\\% r'O" conffirenC'CS povr ta Bimaefaiie 
IHt^i*'- CT- les Idées êffiiiUnirei, p. 131. 



132 
la iiati 



REVUE PUILOSOl-HIQUE 



est 



II 



place 



régii 



armée 
moindra liberté poUlique véritable '. * 

Quelle que soit la valeur de cet argument classique, il a du moi 
le mérite de rappeler que le niilil-arisine et le libéralisme burle^n 
d'ôtre accouplés. Coiumenl M. Novicow oublie ces rêpugnanc^^ 
essentielles, comment il allie, t l'apoloeie du laîssez-faire, l'adm 
ratîuii pour la réglemen talion Tninulieuse du régiment et pour 
qu'il appelle ailleurs « l'arrreiix joug militaire- », ctimment, après 
avoir rL'cIaraé pour tous les individus régale liberté, c'est à-(3in 
une concurrence universelle desîinée à mettre en relief les ioé^a 
lités perâoimelles, il se réjouit du nivellement de» soldats, conditioK 
d^une coopéraliori complète, destinée ù faire marcher k un momeul 
donné la masse comme un seul homme, c'est ce iju'iE faudrait 
renoncer h comprendre, si l'on ne se souvenait que M, Noviraw, en 
voulant ùtre fidèle au naturalisme en même temps qu'à l'iadi^'i- 
duali^me, ^semble soutenir la gageure de concilier les contradic- 
loires. 

Ksl-il besoin d'ajouler, d'ailleurs, que cet idéal individualiste, tel 
qu"il est formulé par M. Novicow, n'est pas celui auquel nous pen- 
sions, quand nous chercliions ù dêtinir les iisplratious des sociétés 
modernes"? 

Le laissez-faire est insuffisaut pour assurer à tous une liberl-â 
véritable. Veut-on seulement que chacun âoit rétribué suivanl s 
œuvres '? Un État qui ne serait qu'un tribunal n'y saurait sufflre. 
faut qu'il exerce, A c<Hé de sa magïslrdture purement judiciaire 
une magistrature économique, pédagogique, philanthropique, 
foui qu'il poursuive ou inieuK encore prévienne autant que p9 
sible l'injustice, non pas seulement dans ses causes prochain?^ 
mais dans ses causes lointaines*. En on mot, si nous devons relen > 
f rindiviilualiisnie-tin » qui impo6t> aux sociétés de respecter et «J^ 
seconder le développement des |>ersonneâ humaines, nous ne pou- 

l. Voir PntUfmvt fn^Ulititf»., «van upropo». p. i. — [] tH T«i .)ue il&ns le 
cours il II m^m« tralivini!. M. Kokik^I «ti^inimlre aboiiduntu«nl, itérés U. firuncLière. 
ijii'T l'«riiifD v\ I» 4vni<H-rAlit- • ^iiitt i-n^mtile • (^ iJSÏ. Ilus DoUins rguc c'csl 
•iiHoiil |tArf-a •«Ut' M. tV">'> AHflIcnil saiu doute W • uâuvAls cMè > de U 
tlfmtwraUr i|ti'ii r«|sivnK'ii<- >-«^ <lpui wnuos. d«s deux t«iidu)ccs •joil OUtinECtLc 
tt«ni tr iiiuiitcliicnl (truuirrAlitittc, k taoduwe écalilairv cl U tenilancf; lib>èrii)e 
ip. viMS); il mt«nlr>- btrn i>>minvnt r>amè«»«MUp««-aiitr«i{». 128) qui i>sl auâsi 
U (Jii» ilaniti*ivti.r. iiiiBi-" niittictnriil r^immvnt ramMMTt la seconde, cplk qu'il 
ImiHirtprait iwiroilrtviis u>a\. i^uinni M. Fft|V«t. de rentctUv Aujourd'hui en 
Iionnvur. 

S. Lmltm f^tre amWM», j^ ZUL 

1. l*Ml U|[4*, U /wf»rr f«r ritM. Cf. k brodban réccnlc de U. Michel : 




S Qous arrêter à a t'iiiLlividiialisme-moyen » qui semblerait les 

aux lois d'une lulte sans merci. Toutes ces îdres nous sont 

lilières. Elles constiluent l'atmosphèie morale d'aujourd'hui. On 

ul ilire (|irelles sont le rësullat Je plus clair des expériences du 

.' siècle, El comme elles sonL soutenues par les mouvements 

onlaii^s des fornfies sociales, elîes commandent avec une puis- 

iDKce indiïniablc !a rt*-organisation rélléfliie des socit'tês- 

Mais M. Novicow n'en a cure. H sait de science certaine — car il 

il l'avoir appris de !a biologie — ijue ces idées sorl des ulopies 

irréalisables. El comment la mise au jour des profondes raoines que 

iM «lopins plongent dans les lails sociaux pourrait-elle le troubler, 

|iuisr]uc d'autres faits beaucoup plus n scientitiques s, tirés de 

l'voluiluri iiiilnne de (a série animale, justirienl sa certitude'? En 

iité, il ne peut voir dans ces aspirations qu'ueuvres néfastes de 

prit tûétaphysiriue, o le pire ennemi du genre humiiiu' s. De ce 

iol de vue il apparaît que l'histoire des nstions contemporaines 

est eti somnnc qu'inie Ionique aberration. Le patriotisme auquel 

elles s'attardent est aussi antinalurftl que le socialisme auquel elles 

ideni ; conventions, flclions, philosophie que tout cela! Tel est le 

êilam tlçs rêalilés iiisloriques auquel peut conduire l'admiration 

litôs bîolo^'iqucs. 

où l'on voit que la sociologie scientiliquo de M. Novicow est 

icnLiellement une morale, et qu'il est préoccupa déjuger des faits 

'J3UK liipii plutôt que de t^es connaître et de les comprendre. Sa 

'*^'jlogie hiologiquG dëmontre-t-elle — comme certains moments 

^ discussion qu'it soutient avec nous pourraient le faire croire 

que révolution sociale se déroule en fait parallèlement à IVvolu- 

LtiLilogique? Nullement- Noire évolution est le plus souvent pré- 

itÉe par lui comme une déviation : un long elTort pour contra- 

^ Wa luis naturelles. Mais M. Novicow sait que ce ne sont lu que 

■s vagues êphémèreSj soulevées par le vent des erreurs qui p;is- 

W. « i^ jour où la théorie organique sera universellement 

Wiie B, les nations rentreront dans le droit chemin, et recom- 

nceront â imiter les organismes. (Ju'eRl-ce à dire, sinon que la 

théorie organique ne nous décrit pns et nous ex|ili([ue encore 

iHûitis le chemin qu'elles ont suivi eu fait, mais pre&crit le cliendn 

■çu'eifes devraient siiivre'.' qu'elle çst en un mot l'illustiâtion d'un 

ftiéal Lien plutût que la reproduction d'une réalité? 

(Joe d'adleurâ cet idéal soit loin d'être le seul capable de s'dxpri- 
m-er en langage biologique, que ce langage se mette au contraire 

i. Cf. le yivca V Je» Luiles entre actiHé» hiimainti. 



à 



134 REILE PHILOSOPHIQUE 

beaucoup plus aisément el comme plus naturellement au servie?^ 
teadances toutes dilTérenles, nous avons essayé de le rappeler. St 
M. Novicow réussit à ajuster à sa politique ultra-indivlduatisLe, 
cosmopolite et libérale, le même manteau qui couvre le plus ordi- 
nairement ici rÊtatisme, là l'itristocralisnie, et plus récemmen 
enfin Je naLionalisme, cela prouve simplement que le manteau es 
assez large et assez souple pour se prêter à toutes les l'ormes. 
M. NovicMW nous aurait ainsi démonlré la fécondité pratique de 
socJotOKîe biologique, — inépuisable réservoir de métaphores 
l'usage de « toutes les palabres politiques et sociales > '. Mais esl 
elle aussi féconde scientifiquemeol'? Tjeot-elle en réserve, pour )a^ 
description;, la classilicalioin et l'explication des faits proprement 
sociaux, des formules précises? C'est ce qui resterait^ nous semble- 
t-il, à démontrer. 



Dans sa défense delà sodologie biologique, M. Espinas est beau* 
coup moins tranchant que M, Novicow. L'auteur des St^ciëtds ani> 
maUi serait bien loin de présenter la sociologie comme un sîtnph 
prolongement de la biologie. H veut seulement, « en sûciologm 
rassis, mais impénitent ' >, îniervenir entre les partis adverses, lou 
deux^ extrêmes : il ne garderait pas le bloc de la sociologie bioli 
gique, mais il veut du motus en sauver quelques parcelles. 

Que M. Espinas ne veuille pas être compté au nombre des orga 
nicisles pufs, c'est ce qui n'ëlonnera personne ; le contraire eût é 
étrange. Car on a pu remarquer que. depuis ses premiers Iravau 
le progrès ininterrompu de la pensée de M. Espinas Féloignait de 
sociologie biologique. 

Dès les Sûciéiés animaks cette tendance est visible. Il ne faudrait 
pas en elTet que le sujet lit illusion sur la méthode. Il s'agit ici 
d'auimau.>:, mais d'animau.\ en lant qu'esprits bien ptutât que d'an) 
maux en lant qu'organisâmes, L'ouvrage veut sans doute servir d 
t lien entre les sommités de la sociologie et la biologie propremen 
dite ï. Mais on s'aperçoit vite qu'à part les grandes divisions gêné 
raies, il prend relativement peu à la biologie proprement dite. S'il y 
a ici transfert de concepts, c'est de la psychologie à la sociologie bien 
plutôt que de la biologie à la sociologie. C'est le caractère spiritu^ 
de la famille, puis de la peuplade chez les animaux qui sont mis en 

I. CesL ['•.*;! |ire»!iiOn 'Iul' .M, Eâpinoâ emifiloie pour caractériser E^s prélcnJue^ 
• sociolQ'tïi':'!' • 411L ne soiU i:|ue ilts itii^orïes puliUqiics. Iiâlivc nient habillée» «lu 
science. • {Iltviif jthilo»,, art. ÙL, p. iOU). 

3. ArUciU p. lUU. 



BOUGLÉ, -^ i,E PRÛCfeS nB U SOC|ÛI,0(iIE UIOtUGlUL'E 135 

relief. C'est en un mot « par analogie avec la conscience humaine » 
nue la société aninaale est dêlinie; si d'ailleurs l'auteur classe les 
Ëyciéléseo général parmi les êLres vivants, il les spécifie en disant 
qu'elle-^ sont des t org'antsmes d'idées » V La formule nous invitait 
a chercher les lois constitutives des sociétés ailleurs que dans 
Idiide (les organismes matériels. 

Miiis un pouvait du moins croire, à lire certains passages des 
f!n<:u-tèi animales, que l'auteur admettait des associations sans 
conscience. S'il refusait de parler de sociétés d'astres — ce dont 
M Niivicow ne se prive pas, — il parlait de sociétés de cellules". 
Mais M. Espinas précise aujourd'hui sa pensée " : il élargissait alors 
atiusiveiiienl les ternies. Malgré tes liens non pas seulement maté- 
riels, mais fonctionnels, ijui les unissent, les cellules ne sont pas 
vraiment associées dons le blastodême; car ces liens reslenl pliy- 
Bit»i-chimiqiies, et il n'y a pas d'association sans lien psychique. 
Us sociùlc's se dislin^^uent des blastodèmes non pas seulement 
[larce iiii'elles sont des composés doubles, mais parce qu'elles 
rréuIrcDl de combinaisons mentales : séparés par l'espace, leurs 
nlelnlll^es sont réunis par l'esprit. 

^i>r lia autre puinL encore, et non sans importance, la pensée de 
Mtre auleur s'est développée dans un sens défavorahle à la sociologie 
Mogiqiie. H s'agit du rapport de la i^cience h l'action, de la socio- 
logie;'! [amorale et à la politique. Ce qui a incité M. Kspinas â abor- 
iliir la sociologie en 1871. c'est i'espoir de prévoir quelque jour, par 
uneiortniiissance approfondie des lois de ta nature, les vicissitudes 
l^uture» (le telle ou (elle sociélt_' *. Combien il a rabattu aujourd'hui 
d& tel espoir. U ne le dissimule pas. a De quoi demain sera-t-il fait? 
^yi<^i notre réponse : Il sera lait de ce que nous voulons'. » La 
Kience ne dicte pas ses lins à l'art. Klles découlent d'un idéal dont le 

l*'"x.ilépend lui-même de la liberté de chacun. 

IVoîi l'on peut mesurer la distance immense qui sépare M. N'ovi- 
et M. Espinas : celui-ci est bien loin de demander i l'évolution 

i^l&gique la clef des évolutions sociales, puisqu'il accorde aujuur- 
•l^'ui, à l'avenir des sociétés, une marge d'indéternïination que ne 
leur reconnaîtraient pas, sans doute, nombre do sociologues non- 
orgMii.:isles. 

X. l'IijpiQas ]i^est donc pas si « impénitent >. U est revenu plus 



, et. Les Soei^fét oiHif^alei-t p. 3S3 si;q. 
, .^^itiétej animtiif», [t, *ll ^'i'). 
. Krr. fihiÀQg., nrl. cil., p. 1<>3. 

Art. cit.. |). Utf. 

la S'l>fl:m luciale du xmi' tiicle, p. 15. 



136 



REVUE PurLOSOPHtÛtlE 



d'une fois sur ses pas, — ce qui est tout à son honneïï 

chaque fois — ce qui est Eout à notre avantage — pour marche:^ 

dans notre sens. ■ 

Pour quelles raisons M. Espinas veul-il donc malgré tout, au li e ^ 

de trancher déiinitivenienl Ja chaîne, retenir la soL-tolotjie dans 
splK-re d'influence de la biologie"? C'est qu'il craint que si on 
les attache solidement îi des rèaHlès concrètes et matérielles 
sociélés ne perdent à nos yeus toute consistance : leur être pro 
va comme s'effeuiller entre les doigts d'une psychologie tout int_^:3 
vidualisie, parce qu'elle est en son fond spiritualiste. Le spiriti»fc^3 
lisme sous toutes ses formes — catholique ou socialiste, leibniti -^ 
ou néo-kantien, — voilà l'ennerni de la sociologie. Obsédé pur M 
respect de rame substantielle, il ne peut sortir de l'individu. L'es^ W 
lence distincte et séparée des réalités sociales reste pour lui !■_ r 
pierre de scandale. Or c'est la clef de voi"ite de Ja sociologie. Si c^ H. 
avoue i|ue cette existence n'est qu'un mirage, elle perd toute raî^sO 
d'être. C'est là pour elle — comme l'indique le titre tragique «i 
l'article : fitre ou ne pas ftli'e, — une question de vie ou de me» a~l 
Il apparlient aux sciences naturelles de défendre leur sœur cadet. *e 
la science sociialet contre les retours offensifs dei l'esprit mélaptTi>'' 
aique. l'aire saillir les points d'attaclie liiologiqnes de.s phéuomèK:»^! 
sociaux, ce sera rendre palpable et comme ^■isible h Vœ'A nu l^tZ' 
réaliLé concrète. A 

Sous ce raisonnement il est aisé de distinguer deux thèses : J^ 
Ihêse proprement sociologique : « Les sociétés sont des réalités d(^^ 
tinctes des individus n, et lathcse spécialement biologique : « ^•«fl 
réalité des .'sociétés repose sur une base organique. » Or ne peut-or^^ 
admettre l'une sans Tautre? Et si l'on veut au contraire les soinler' 
étroitement l'une à l'autre, si l'on veut délinir la réalité des phéno- 
mènes soclaus par des phénomènes biologiques, ne risque-t-on pas 
d'elfacer, bien loin de la mettre en relief, ta spécâricité de la soct 
logie? 

t^juels sont en eiïet, entre le sociologique et le biologique, li 
« traits d'union » distingués par M. Espinas? C'est d'abord 
famille. C'est ensuite la nation. 

Toute sociéLé est composée de familles. Or la famille naît d'u 
rapprochement des sexes. Les sociétés ont donc pour base un ph 
nomèiie biologique. 

Mais prêcisénienti en tant que biologique, ce phénomène peut 
être rangp parmi tes phénomènes sociaux'.' M. Espinas le reconnaît 
" Aucun l'ait biologique ne devient immédiatement social. Un inter^ 
médiaire est exigé, c'est te phénomène psychologique- » La com- 



BOnOLÊ. — LE PHOClïS OE LA SOCIOLOGIE BIOLOCIQUE 137 

tnunicalion matérielle ne suffit pas k créer une association : H y faut 
une communication mentale. C'est ce « circuit » psychique^ non le 
contact physique, qui est socialement l'important. Le 4 convictuâ 
sexuel» necûnslilue doni; pas parlui-mùme une société. Et sans 
aucun doute ce maximum de rapprochement physique qui est l'ac- 
t'Ouplement tend plus que tout autre à provoquer, chez, les êtres 
accouplés, des phénomènes psychiques interdépendants. Mais 
li'abord. — outre qu'on peut concevoir des cas où un accouplemenL, 
purement et comme idéalement pliysique, n'inslituerair. vraiment 
aucune association, — la nature des phénomènes psychiques qu'il 
éveille, qui l'accompagnent, le précédent ou le suivent, est bien loin 
d'être déterminée par les caracti'M'es physiologiques de l'acte. L'his- 
toire de l'amour, à. laquelle M. Espinas fait allusion ', en serait la 
preuve éclatante. Le contact des épidermes peut liieo être i'occa- 
sion de faits sociaux; mais pas plus qu'il ne détermine leurs formes, 
il ne délinit leur essence. C'est dire que cette base organique des 
soti-étésoe vous révélera pas grand'chose sur ses superstructures. 
C'est ce qui résulterait d'ailleurs clairement de l'exemple même 
choisi par M. Espioaspour prouver l'importance sociale des phéno- 
nènes organiques : « on peut se demander si le fait dominant dans 
ihisloire de la France îiu xrx" siècle n'est pas la diminution de sa 
Ltaliié. « 

Qu'est-ce à dire? M. Espinas veut-il par là nous faire entendre 

liun phénomène d'ordre biologique, dont les sciences naturelles 

[lleiiilraietit l'esplicatioii, expliquerait h son tour, du moins pour 

une grande part, la destinée de la l-'rancy au xix» siècle'.' La thêso 

Vûurrall se soutenir si l'on croyait encore, avec Spencer, que Tinfé- 

CfinditL' des civilisés résulte de quelque modification organique — 

lîiine diminution de raclivité génératrice correspondant mècani- 

[îoeineiit h l'accroissement de l'activité intellectuelle — el si l'on 

wail prouver que les Fram.-ais, parce qu'ils sont les plus civilisés, 

plus a intellectuels s, doivent être aussi, en vertu d'une fatalité 

ihjsiûlogique, les moins prolifiques. Mais la théorie est aban- 

lïonnée. On sait aujourd'hui que si les Français sont moins féconds, 

c'csl parce qu'ils le veulent, et s'ils le veulent, cela s'explique par 

Is présence en eux de certaines idées, d'une certaine conception de 

la vie, du devoir et du bonheur^; el la présence de ces idées à son 

tour s'explique d'un côté sans doute par la diffusion de certaines 

doctrines, mais sans doute aussi, el pour la plus large pari, elle 

tient aux mille influences directes et indirectes des formes sociales, 

\. p. *M. 

, et. Parodi. A pà-npoa de In dépapalalion {Ihaue de Méiaph., t8yT, p. 3.0O-3IÏSJ. 

TCtHX LU, — iQor. lit 



138 



tlBrUE PniLOSOPElIQUB 



et çii particulier de Vorganisalion familiale, éeonomiffu^, ou poK- 
Liciue. Ce que cet exemple nous remet donc en mémoire, c'est la 
domijialion sociale du mental sur le physique : ce qu'il nous fait Je 
plus cJaii'eraent comprendre, c'est que même lorsqu'il s'apïl de 3a 
dûpopûlaljont une sûciologie serait liien pauvre qui derj^mieraità 
l'analyse des faits organiques qui leur servent de base, le secret ilu 
développement des faits sociaux. 

Au surplus, si Von voulait mettre en lumière ce qu'il y a de pro- 
prement social dans la Famille, il faudrait aller plus loin. Oii nô 
devrait pas se bornera montrer quel'uniondessexes, queM.Espinas 
nous présente comme l'origine de la faniille. ne touche à la socitHé 
i|ue par les pliéncnnènes itsjcliologiques i(ui raccompagnent : parmi 
ces phénomènes psychologiques, tous n'intéressent pas égalenjentle 
fiociologue. Son objel d étude, ce ne sont pas, indistinctement, tous 
les sentiments que l'homme peut éprouver à l'égiird de la femme; 
ce sont spécialement les sentiments que l'individu, sous telle et 
telle pression sociale, se croit tenu d'i^prouver, les convenlinûs 
;iu\i[uelles il se plie, les règles en nn mot qui s'imposent à lui lors- 
qu'il prend l'emme- L'aspect social de la nutrition n'est paslelail 
de manger, mais la façon de manger. L'aspect social de la repro- 
duction n'est pas la rencontre sexuelle, c'est la cohabitation à laquelle 
saut tenus l'homme et la femme. Tant que celte cohabilalion ne 
nous apparaît, pas, non seulement comme durable, mais eotnme 
obligatoire, c'est-à-dire lant qu'elle n'est pas imposée ei garantie par 
la société ambiante, il i*eui bien y avoir accouplement, Il n'y a pas 
mariage proprement dit. C'est seulement lorsque les relations 
sexuelles prennent cette forme, remarquait M. Durkheim '. qu'elles 
intéressent le sociolnr-ue : car seulement alors elles deviennent un,È 
« institutiun sociale n. La zoologie nu rien à nous apprendre sur les 
ûri^'ines du mariage ainsi entendu. Ainsi à mesure qu'on voudnnll 
mieux dégager ce qu'il y a de spécifiquement social dans rin$titu-| 
tion de la lamille, on scrail amené -"i tenir de moins en moins do] 
compte de son n adhérence à la réalité biologique »- 

L'argument que M. Espinas lire des caractères de la nation scra-j 
t-il |jlua probant? 

\u rebours de M. Novicow. M. Espinas estime que la cause de la 
« sociologie naluralisle ou naturelle » est intimement liée A celle dt 
a politiques nationales'' ». Au milieu des projets de solidarité uni-' 
verselle et absolue, elle persiste à affirmer l'inévitable séparation de 

1. Origine ffu ■marioge dana friyèce /lumaine, A'aprbs Weastermarck [Herur phi' 

tosfp/iitjup, XI, ja;i:"j. ]», 6)4), 
s. Arl. oil., |i, 41»). Cf. Ift l'iiihf. êociale tiii xvtii" aiéclet p, 25 cl suJv, 



BOUGLË. — 3. F. fîtUCKS ItK LA SÛOIULOCIË lllOLOGIQtl!; 



139 



cos 4 moi soriiiux irréductibles >. Leur existence n'est pas seule- 
luenl le fait dominant «le noire liisloii-e; elle est, pourrait-on dire, le 
\h\[ CMslilulif de la sociulrgie. Car on dehors de la nation il n'y a 
pas d'être social véritable. Les seules sociétés qui puissent être con- 
sidérées comme dffs èlres sont celles dont les membres sont unis, 
tnin[xiir des conlr-ats débattus eulre volontés réllécliies, mais par la 
coDVérgence naturelle d'incllnaiions inconscieiUes, pour tous les 
niip'Jrtsde la vie '. Or les nations seules comprennent l'intégralité 
il?s rapports sociaux, dùmestîques, ëconomiquùSi esthétiques et reli- 
gieux, Uaulre part, ce n'est pas !i roup de volonlés individuelles, 
c'esl sous l'empire de sentiments tradilionnels que L-es rapports se 
mi organisés dans leur sein. Les nations sont donc les seules 
fticiêlés vraiment Complètes et spontanées. A ce litre elles conçti- 
liieiil les véritables objets de h sociologie. Or cliercbez sur quoi 
I rcfrase leur rôalité, vous verrez aussitôt saillir leurs « profondes 
^■pciQc; biologiques- t- 

^p Nous ne méconnaissons nullement l'importance sociologique toute 
Fipécjftle des groupements nationaux. Mais de lu à reconnaître qu'ils 

■ Miisljluenl seuls le véritable objet d'études du sociulo^'ue, il y a 

■ lûij). Que d'abord — des sociétés animales aux sociétés liumaines 
I |<nniitiYes, et de ces sociétés primitives à la plupdrt des sociétés 

orieutales d'aujourd'hui, — de nombreux groui»ements spontanés 
rrt'lariiont son attention, qui n'oii (rien de commun a\ec les groupe- 
ments vraiment nationaux, M. Espinus le sait mieux que personne. 
Mais ensuite et surtuat, devons-nous rejeter les sociétés ililes arlili- 
ciejli?£,cu contractuelles, ou vijlûi]iaire.<, bors des cadres du la socio- 
logie? Le conseil serait dangereux. 

Si les sociétés contractuelles doivent jamais se ÂubsliLuer, sur 
tous les points et pour toutes les Jonctions, aux sociétés naturelles» 
o'ésl ce qui n'est pas pour l'instant en discussion =. Ce qu'il y a de 
BÛT on attendant, c'est que de pareilles s(«:iétéi existent, c'est 
iju'eU'Os ont leur nature propre et leurs effets f:péciaux, c'est qu'au 
^eia d'une société d'actionnaires, d'une coopéialive ou d'un cercle 
noodain, des interactions s'écliangent aussi bien i|u'au sein d'une 
ribo, que ta sociologie n'a sans doute pas le droit de néglijjer. Elle 
lidrait abusivement son cbanip d'action si elle croyait devoir 
1 -ttrà chaque fois que des volontés léflécljies entrent en scène, 
indme &i les sociétés complètes, soutenant l'individu de loules 
façons et l'embrassant pour ainsi dire tout entier, sont évidem- 

' I il., p' +61'- 

i^i::si ccUe question pmtiijiie i)uc M. I^s[jinas &uulùre ù lu Du du «un uticlu 



140 



HEVOS E^HILOSOPIIIQtJE 



ment les pîûs imposantes de toules» il a'est pas nioins nfCMsaire 
d'étudier ^i part ces sociétés partielles, chaque jour de plus ea plus 
nombreuses, qui, ne touclianl qu'à un cOlé des individu?, nerépOD- 
dent qu'à certains de leurs besoins ou ne commandent qu'à une part 
de leur aeliviLé. Et sans doute celles-ci n'existent pas sans celles-Jà, 
C'est au sein des sociétés complètes et spontanées que prenoeat 
naissance les sociétés artifjcielles ou partielles. Mais du moins, une 
fois cotir^ttiuées. elles aussi durent, elles aussi âoiit des réalités doat 
il faut tenir compte. En le^ rayant de nos papiers nous ferions peut-' 
être la partie belle à Torganicisme, mais nous risquerions aussi âe^ 
mutiler la. sociologie proprement dite. 

En admellanl d'ailleurs que nulle autre végHtalion sociale n€si>it 
comparable à celle de ces arbres séculaires qui sont les nations, oiJ 
prend-on que leurs racines soient spécialement a biologiques»? 
Soutiendrait-on que la nation n'est que la famille prolongée et 
agrandie, et que Ja communauté' de sentiments dont elle vit reposa 
ains.i, h son tour, sur une communauté organique'.' Mais nous ne 
saurions prêter une pareille Ihéorio à M. Espinas. Il a jusietneol 
attiré ialtetUion sur les caractères qui si^parenl radicalement, ebez 
les animaux mêmes, un peuple d'une famille. Les deux former 
sociales sont pour lui non seulement distinctes, mais antagoniques *■ 
Le développement des sentiments proprement familiaux ne saurail 
expliquer la formation de peuplades ; il y faut Taclion de aeutinieal* 
originau^t qui., ne résultant pas des liens du sang, sont ea,pali!eB 
d'unifier des individus de souches dilTôrenles. Ce qui est ainsi 
déinûntni des sociétés animales est vrai a fortiori des sociiilél 
humaines. En proportions iritiniment supérieures, celles-ci usent 
des multiples ciments de l'et^prit, qui tiennent étroitement assemUlés 
les matériaux ethniques des provenantes les plus diverses*. Cô 
serait donc chimère que de cliercher plus longtemps dans l'unité' 
de race la base organique de la nation. 

Mais, dira-t-on, s'il n'est pas nécessaire, pour qu'un certainl 
nombre d'individus constituent une nation, qu'ils soient descen-j 
dants d'une même souche, du moins faut-il qu'ils soient porieiit 
d'un méine legs. Qu'ils participent à une même masse de représen- 
talions, d'émotions et d'impulsions inconscientes, c'est la condilioi 



J. Cf. hei* Sûcietés auinmlfs, p. 3Ûi.3ci8. 

£L. Nous croîoiis inulik' ile raasenihlej" une Fois de plus Ses preuves sur ».*.. 
quelles se fonde celte asserLion. Nous lesavons tJévelopiiéj's Ailleurs. Voir ta fAt-l 
li/scffiliie lit' i'auUxtfmifiame dniis nos CoHférencts pour In Démocratie frQHeaftt\ 
ou ta Banijueroule tle la Philosophie des ractt dana l£t Uevue lociaÈKte d'Avrîlj 
18911. ' 



BOUGLK. 



LE PftDCÊS DE U SOCIOLOGIE BI0L0CIQU1-: 



141 



tins qm non de la lormalion d'une conscience collective '- D'accord, 
pliais en quoi l'existence de ce trésor mental prouve-t-elle l'adhé- 
ence de la nation aux réalités biologiques? A'oulcz-vous dire que 
M idées, senltments et résolutions, ces façons de penser, de sentir 
^He vouloir s'enregistrent et s'incarnent en quelque sorte dans les 
rgonismes individuels^ et se transmetlenti de père en fils, par 
lièrédilc? 

Si l'on s'en tenait à certains passages des ^Sociétés animalps^ on 
ourmt attribuer cette opinion à M. Espinas. Mais il y a lieu de 
'croire que sur ce point aussi ses klées se sont modinées. Sans aller 
jiBiiu'à traiter de romans, comme le fait Wundt, les théories qui 
dmetteût l'incorporation organique et par suite la transmission 
bèrédilaire des idées sociales, on accordera que le progrès même 
sciences naturelles nous ijivjte h expliquer le moins de choses 
ssible par les vertus occultes et incertaines de l'hérédité. Weiss- 
'înana exagï'rait sans aucun loute quand il niait qu'aucune qualité 
aciiuisK pût être héréditairenient transmise. Certaines nioditlcations 
wm Mpati[es de reparaître chez les descendants quand elles ont 
Litîwté profondément l'organisme des parents, au point d'intéresser, 
^■»urraii-on dire, non seulement le soma, mais le plasma'. Mais 
^Vhéi-édité de modificatiou.'^ organiques ausâi ténues, aussi instables 
^«relativement aussi superficielles que celles qui correspondent aux 
l^uisilions de l'esprit, est autrement prohl^'inalique ^. Vraisembla- 
ilenienl la gynéralion n'tnculque pas plus au (ils la pensée du père 
tfsjiene lui inculque son langage. L'action de réducatlon, au sens 
lu mot, est ici beaucoup plus claire que Taction de rhërêdité, 
liens étroit. 11 est d*une mauvaise niélhoLle d'expliquer la perpé- 
iitii de lime d'une nation par une transmission physique, dont 
>êntion reste obscure et douteuse, quand elle s'explique aisé- 
înl par une transmission proprement sociale, dont l'opération est 
flisnjj'slêre. 

Si sans doute nous connaissons toute une phraséoEogie vaguement 
•logique destinée à confondre ces deux ordres de faits : mais d 
(aul la laisser aux littérateurs du nationalisme, L'hérédité des « ins- 
tincts sous-jacents », la a voix des mortsquiparlent en nous :n sont 

^ftitrt. du, p. iifl. 

^Hcr Le Dnnteu, Lnmurckienn et Pai-vinieni, 

^VVoir l*s conftTPticus lie Al, Mqnonvfjcr, l^t KpHtudti H bi acUv (fti^rus acien- 
^^v«. !8dt): |>lu9 riïirvmtntnl Vhiâice a^phai'ufue et la paetitia-sopiohffie dans la 
^^pr th tUfoie à' Anihi'oi'uli);ti>' de Ptrrù (aoiU et sepL IHQ'9). Noub avons essayé 
jmiiflri- r>>Cr d« (<ronv>eE- par l'onulyst; d'un ■ cas iirlvilégié • l'invraiscniblapCe 
le la lranBiiii*'S"On de* «tualLLés acnuise-i pjir ('e?;«rcii:e de telle ou telle profes- 
■failft el rnees dans la Gi-ande Itevue du 1" auril 1901J, 



des causes "nïyslTqjues. dont h contemplation ne poB irait qu* 

détourner la sociologie de l'analyse des instruments spécifiques de^ . 
l'unité sociale. De la parole au livre, de la coutume au code, de l'us— ^ 
lensile au monument, de lu recette k la cérémonie, il y a là rniU» M 
choses sociales dans lesquelles s'incarnent, en dehors des organisme ^= 
indivIdueU, les pensées du groupe, et par lesquelles elles se révê^^^^ 
lent aux consciences individuelles. Leur chercher il toute force U" ^ 
suppoi L organique, c'est donc encore une fois méconnallrc la naturr:^ 
propre et la l'ai.'Oû de vivre des réalilés sociales, L'obsessioû d^^ai 
réalités biologiques n'introduit dans la sociologie que confusioiz^H 
parce que la réalité propre des pliéiiomèncs sociaux est en son foi^Kz^ 
d'ordre psychique et non pas organique. 

Mais s.i nous penchons vers celte conclusion, ne risquons-noi 
pas de retomber dans les errements spiritualistes? La méthode intrf 
Bpectlve remise en honneur, en heu et place de la recherche obje 
tive, et par suite la sociologie proprement dite submergée par u^^^r: 
psychologie tout individuelle et a priot-i, l'esprit socratique en «=_—:; 
mot revenant s'installer dans notre maison pour en chasser lesp^^c— 
scientillque, voiUi ce que semiite craindre par-dessus tout M. Espin^^L ^ 
Un symptôme au moins devait le rassurer : c'est l'attitude adoptt^ 
par une école qu'il connaît bien, puisque son inllucnce a sans dou^E 
contribué fi. h former : celle qu'on pourrait appeler l'école de Boff^ 
deaux, dont M- Durkheim est aujourd'hui le chel incontesté, et doo^^ 
VAnnée sncioloijitpie est Toriiane. 

M. t>urk]ieiin et ses collaliorateurs, dont quelques-uns ont été ses 
élèves, se sont, proposé de prouver par l'expérience, en commen- 
çant à ordonner dans i'Aimce les matériaux de toutes sortes néces- 
saires h la conslruction sociologique, la possibilité d'une sociologie 
objective. Or est-ce sous les auspices de !a biologie qu'ils ont placé 
leur travail collectif? Est-ce h elle qu'ils demandent de définir l'ea-J 
pêcc! de réalité qu'ils revendiquent pour les faits sociaux? 
redoutent-ils d'accorder que celte réalité est d'ordre psychique? Au' 
contraire M, Durkheim répétera que «la vie sociale est faite de repré-, 
senlations ' d ; bien plutôt que comme une chose matérielle, c'es 
comme une chose « hyp&rspiriluelle » qu'il nous ta présente*. Di 
leur côté, MM Manss et Fauconnet, dans un article qui formuU 
comme le programme de Técole', concluent que « le fond intime dt 
là vie sociale est un ensemble de représentations w et qu'en ce seni 



4. Préface de Ift niiuviilli.' «'ililion îles Hi\/le^ de f^ mélhaiie xociolojj'ujue . 

2- Hev,de MeUiph,, mai ISyB, UtpréifitiiHQns itnlitidueUcs et i-Ffuit-seutatiofi 

eoUerfivttu, p. 503. 
3. Arl. SocMorjif dans la Gfcinde Eneycloiiéilie. 



BOUGLÉ. — I.E PlIOCÉS Itr: LA SCICI0M3CIK OIOLORIQL'E J43 

on pourrait admellre que <i la sociologie est une psychologie ». 
Dirons-nous donc tju'en acceplanL de pareilles Tormiiles cos ailleurs 
j'inlerdiscnt de reconnaître la spécificité des faits sociaux? On sait 
ïec (luelle netteté au contraire ils la proclament. Si la vie collective 
alpuur M. Dui-khdm * hyperspirituelle t., ce n'est pas qu'elle pro- 
oijge purement et simplement, c'est qu'elle dépasse la vie person- 
nelle; elle ne résulte pas d'une reproduction, mais d'une combi- 
lison des Tiits de cûpscience individuels, d'oii se dégage quelque 
Ctoe d'entièrement nouveau '. Si on peut j,dnieltre que la sociologie 
fâl une |iàyi:liolot;ie, c'est <i ii condition expresse d'a.iQUter, disent h 
leur l«ur MM. Mausset Fauconnet*, que celte psychologie est spéci- 
(iiiuemeut distincte de la psychologie individuelle. Les octiuiis et 
tloua (des conacienees personnelles i dégagent des phéromcnes 
■^ychiqut-s d'un genre nouveau. » Nous disions de noire cùté que si 
lespliL^namènes sociaux restent en leur fond des phénomènes psy- 
<'hiiues, puisqu'ds rèsullent de EMnleraclion des consciences imlivi- 
^dwlleg, te sont du moins des phénomènes psychiques « originaux, 
fi'une espèce spéciale », que !a simple inspection des données de la 
MUscionce individuelle ne pouvait faire prévoir" », et que, par .-iulte, 
fi elle ilevait se servir dL^ la psychologie, la sociotogie devait aussi 
etWment s'en distinguer'. Nous essayions donc tous de montrer 
l'Ion pinivait dêsouder en quelque sorte la sociologie de la biologie, 
5'i» la dissoudre pour autant dans la psyclïolo^ie individuelle. 
El sans doute, s'il s'agissait de trouver la foi-mule abslraiieet déll- 
D'iii'cdes rapports qui doivent unir la psychologie et la sociologie, 
fu(-olre siTait-il dilliciie -^ tant ces termes sont Qottanls ' et cou- 
flaiJ'équivoL^ues — d'accorder sur tous les points ceu.\ qui pré- 
Wdcnt ainsi travailler en commun ù la constitution d'une socîo- 
■ie objective et spocilique. Mais on peut heureusement travailler 
ti rûmmuti sans attendre ces formules définitives; il sulfil qu'on 
sWiIeiide sur le sens el la méthode de la recherche. Puisque les 
ails sociaux sont distiucts des faits de conscience individuels, le 
Mciologue resterait vainement penché sur sa conscience, il ne sau- 
ntl apercevoir au fond du puils intérieur le déroulement des faits 
«octaux, leurs formes variées, leurs causes propies. Qu'il s'agisse 
M^^^re, de classer ou d'expliquer les institutions, une méthode 

I. Hev, ilf Mvla/ili., mai 1893^ arl. ciU, p. 303. 

-_'. /-*«?. cit., |i. 171. 

X Aant^e lOCcai., \, p. tll-15K. 

4. Cf. Sjfiol-yjre, P^f^holoifir il lt'tti"ii-e daas In f^nue lie Métaph,. IfiOfi, p, 3flî). 

i. M. ^-ptiioîlc ri:mnri|iic JHSknieiU dans L'aflicl* lue noiis jisi utijnit. Cf.. M 

(uf rfit M. Uurkli^jim, Ilei\ de Metoph., mai I8'J8, p. 2(J2, en noiCt 



iU 



REVUE PHILOSUPHIgiFË 



introspective est donc fatalement insufliaante; on n'invente pas les 
réalilés sociales, on les découvre en les observant o du deîioiïi b^ j 
dans les faits historiques. Pas plus que d'une u biologie transposée >■ 
la sociologie ne sorlira d'une psychologie « construite p, mais bîers- 
ptutOt d'une « histoire analysée i»'. Tels sont, nous semble-t-îl, le=ï 
principaux postulats communs aux collaborateurs de VAnnôe soeic 
hgiquey et tels sont, croyons nous aussi, pour le travail sociologique 
les postulats sulïisants '. 

Il nous semble en ciTet qu'on atta.cherûit b. tort une important 
vitale ù. des questions générales ainsi posées : k Sous quelle forme v 
la conscience collective"? Oîi en est le siège 'i' ijuel en est le sujet? 
— Est-il vrai que de la réponse que nous ferons aujourd'hui ù et 
questions dépende la destinée^ l'être ou le non-étre de la sociologi- 
et que par suite noire tâche la plus urgente soit de préciser, sur 
points noire cn-do commun? Nous estimons au contraire que 
sociologie se fait tort auprès de beaucoup de bons esprits et rebu 



1, La Soiioiof/ie (fioh;/i'fue et ie r^^imt i/« disCfî, in fine. Va autro collai 
rateitr de Y.iiin/e Mi-hUtifjiijU^, G. nichard, dans la Heine jthilaa., 1901, su réclai 
de oetUc (lerni*rL' forimile. (ArL suv li-s Ifrolh rie ia criUque .wcioior/iijtte.) 

2. SI, jiour prédsur culte fni;on (Le ii!^!!!)) rend ce la ruclicrclic sociologique, 
me suifl pcrmL» de renvû^Ër rrirqucmirtËiit h meâ propres articles, c'est q 
J'avais A n^ctîTiur nne iiiLcrprtLalion m/illenduc de mes idées. 

M. Espinas, m; cUsHonl [larmi les [iseudo-sncioliogiiei* qui iisiir[>cnt, sur 
couvcrLiirc de leurs uiivraues, le titre tic sociolOFtii^. ilêcrLl ainâi mon altiludf 
larL- L'jt., p. i'ii) i ■ L'nulJ'e (nous rû(t)ii)iie} (|ii'il trouve dans une psyi.-hologij 
a priori [la sienne [icuL-i-tre^) tons lei; élémenls d^uncconn&ïsasnce sufrj&antc îles 
sociétés (M. Bougie). • 

On a vu assez €LBirs.men(, (lar kti dF>cUrulJons nombreuaes ijue je viens de 
rappeler, comLien uii« p4ri.?jlfc prétention êlail ékiigné'? de iJi'm pftnîrannne, 

Gominenl ?'eKplÊque dono t'inlcrprélalion de SI, R:!pina3? Ticnl-clle h ce que, 
dans mon éliitle sur les idi^es ètfatifuirit, j'ai contenu que je procédais ci firiori- 
en délimilAut le sens précis ijub ttts mots devaient conserver au COUr» de cet 
éVgdeî Maïs qu'on en i-otivienne ou non, lout le inoJidc pro-èile Atnsi à 
Tnomfnt de la recherebt.-, et M. ICypioas tout le premier, lorsqu'il demande 
exiimple. si lu tviiL' sié<:l& a étiï ou non j^ocinllsLe. iViùr ee qu'ubserve jusleniui 
b ce sujet 31, Fn&ut;t dans ves l'rafiiihtn-s pnHtiqia-s, p. 137.) 

Dira-l-on que, uni; foi? mon prol!tK'm& pose et niotl oIjjcI délliii, j'ti u 
encore dans les dilTirr^nLu cliapilres où je reelierelie les i-o^ndiLions socîolo)>i([ii 
lavorablcs au déve1o[)pi!]iLutil ûa idi'eâ â^nlilalrest du mu |)sycbologîc a priori' 
CliACUn (Ifi ces c'IinpiLres cutilteiit il esl vrai, à ci^ilé d'une partie coiii|jCiscë 
rapp-^rts historiques, une partie compoaéâ d'analyiiea ps^cholofiîque?, cellOË- 
deatiiiècs h fournir comme la contre-tpreuve en même temps que rcïjilicatbo 
de ceux-là. .Mais Je ne vois pas encioie que j'aie dans ces «nalvse&, inveutni un 
psjchologie. Les notions psyclici]ogic|ue.s, d'Qilleu^^i 1res sini|ile!!, dont j'ai us 
me sont communes arec lùiit le monde, rejtosnnt ^nr des lait? d'expérience ■) 
tout le monde a pu fonslatcr. El je rnç suis d'ailleurs servi le plus souven 
pour les rajipcler, dViempIcs eus aussi empruntés à E'Iiîsloire. 

.\0 moment d'ailleurs où 51. lisiiinas nio reprcR'Iic ainsi d'être trop psjch 
logue.J'ouvre un livre lout récont de M- Palaûte {i'rid* fie SociûlojfK}, qui m'» 
tiiiae d'âtre trop m^cani^te--^. 



3 



BOUGL.É. — LR ?ROCÈS DE U SOCIOLOt^lË nlÛLOGrûLE 



145 



bien des lionnes volontés en ayant t'air de n'être, en efTet, trop sou- 
vent, qu'une dissertation plus ou moins abstraite, êmaiUÔe de méta- 
pliores biologiques, sur la fa^-on dont vit et existe à part la con- 
science collective ou l'ilme des foules ou le Volksgeist ', Si l'on veut 
imwer les esprits à recoimaîire la réalité propre des faits sociaux 
— fit par suite le droit de cité de la sociologie, — il vaut mieux 
user, pour ainsi dire, d'un mouvement tournant et comme eiivelop- 
fonl, el compter sur les analyses détaillées plus i|ue sur les aCrirnia- 
lions générales. 

H. Espinas note justement que l'indiviilu dépend de la société en 
«sens qu'un ensemble de relations domestiques, iuridicjues, éco- 
nomK[uos, passées et prochaines, fait de chacun de nous ce qu'il est'. 

^nl;^te encore qu'une conscience collective est constituée par la 
tvergonce d'un certain norabro de tendances, elles aussi de natures 
iTte dii'erses. Suivons donc chacune h chacune ces tendances 
■iverjes et montrons comment elles forment faisceau; oljservons 
■toi l'une après l'autre ces diverses relations dont Tensemble déler- 
ihiftehsitualii^nd'un individu, prouvons-lui que telle idée politique, 
Wsenliment religieux, telle habitude économique, qu'il trouve en 
lui, lui vient pourtant du dehors, et qu'il est le lieu de passade de 
nombre de forces dont il n'est nullement la raison d'être, multiplions 
En un mot les analyses spécialc^i; c'est ainsi que nous multiplierons 
Mlourde nous le sentiment de la réalité sociale. Si nous nous enten- 
iloDs sur cette méthode de travail, noua aurons plus fait sans doute 
pour ravancement de U soriologic que si nous étions seulement 
tombés d'accord pour reconnaître, h la soclétL* en général^ telle ou 
Ifiile I base organique ». 

Eri entrant ainsi en contact avec le détail des faits, on peut dire 
^Winnèe sociolo!fii{ue a commencé o à montrer ce que la soclo- 
Î<H"« (luit et peut devenir », et comment, sans retotnlier dans la pure 
^"""'liiiun. elle n'était pas * condamnée ù rester une branche de la 
philosophie générale ' ». Kn rassemblant, pour les coordonner syslé- 
ffluiliquement, les résultats des recherches définies de rhistorien, du 
slatisli(:ien, du juriste, de l'ethnographe, elle détermine les points 
de convergence de ces disciplines spéciales, elle organise la soeio- 
||îe ■ du dedans et non plus arbitrairement du dehors* o. Déjà, du 

^E'ctst pOitirf)iiui noua [irnpoiinti'i diiris nutre thf-sc de tnire Lr^vc a cc9 <lis- 
PSona pr<èala>>)i-s el intenniaables (Le* Uiêng tifaiilaire». p. 1)1)1, 
S. ArL cil., p. *r,». 

>. Pitrklieiin. Pi-éfacc «le* HvQifx de tu mélhotîr sodolojjique. 2' é<\. 
I. I>. Herr, dans une nnle aîi I? bnl iiaursuivi {?l les r^âulloLs nlli'inils par 
t€ «ont 1res jusle ment caraclËrisés iSntfa crUitjtiirs,^â mai i'J9i. p, t2!J-U1}. 




146 



REVUE PHILO» OPKIQL'K 



milieu même des matériaux rassemblés se laissent apercevoir, 
chaque année plus neitea el plus lermes, les grandes lignes de l'édi- 
fice. Les rapides progrès de ce travail de coordination, il ne saurait 
èlre queslion de les retracer ici; nous n^ pouvons que renvoyer le 
lecteur îii ta série des Années. Ce que nous tenions seulement à faire, 
remarquer dès maintenant, c'est que, pour la cunduîte de ces opé-l 
rations si utiles à la sociologie, la biologie n'a été d'aucun secours. 
Si f^n prend la peine de rechercher quels principes ont dicté la sépa- 
ration puis l'organisation interne des difTérentes sections de l'Année, 

— sociologie rehgieuse, morale et juridique, crimiiielle, écQnûraîquë,j 

— pour quelles raisons on a constitué à part une section pour la mor-J 
phologie sociale et plus récemment pour la leclinologie, — fondu a\ 
contraire la sociologie criminelle et la stalislique morale, — distingua 
dans îa souiolui^ie économique, non pas seulement les t-conoini^ 
générales et les économies spéciales, mais les systèmes économi- 
ques, les régimes el les lormcs de la production, — on s'apercevra 
que la ihëorie organic|ue n"a nullement contribué û la di-couverte d« 
ces raisons ou h l'établissement de ces principes. Nous ne trouvons 
plus rien ici qui soit décalqué des divisions classiques de la science, 
naturelle. 

Pour savoir comment les dilTércnls phénomènes sociaux se dlslia-j 
guent et se relient, on a cru bon de le.'* regarder en ïace, et non plus 
ii travers le prisme simplifloâteurdes analogies biologique^. Pas plui 
qu'elle n'a servi ù la dériuitiou de la réalité sociale, la hioUjgie a't 
servi à la classificalion et â lacoonlioalion de phénomènes sociaux. 

Nous avons examiné l'une après l'autre les deux thèses présentée* 
pour la tléfense de la sociologie biologique : la thèse radicale et h 
thèse opportuniste, la thcse individualiste et la Ihèse nationale. HJ 
noussemtile quecetesamen a conlîrmé ce que l'opposition même i)< 
ces deux thèses permellail de pressentir : le vague et l'élasticité des 
concepts prêtés par la biologie k la sociologie. 

Ils peuvent encore rendre des .services pratiques : ils illustrent 
commodément tel ou tel idéaî — l'exemple de M, Nuvicûw nous l'a., 
rappelé. Mais peuvenl-ils rendre aussi des services scicntJliques'l 
aidpr ii connaître, duns leur originalité, les réalités sociales*? I^s 
remarques mêmes de M. Espinas ne nous en ont pas convaincu. 

Nous avons observé au contraire qu'en fait, bien loin de devoir U 
vie à la théorie organique, la sociologie s'organisait sans elle» ea\ 
dehors d'elle, et qu'ainsi, bien mieux que par tous nos raisunue- 
ments, l'infécondité de la sociologie biologique se démontrait ei 
quelque sorte par le mouvement sociologique. 

Mai lfl(H. C. BOUOLÉ. 



LA 

PHILOSOPHIE DE LA GRACE 



Introduction. 

Les philosophes de noire Ifinps qui s'occupent du prolilÈrae reli- 
gieux ne l'abordent jiimais de Iroiit. Tant qu'on ne fera ijue disputer 
sur rimpossiLililû oCi se trouve riiomnie, avec des sensations et des 
catégories, do penser rAhsolu, on est siir de manquer la psychologie 
du tait religieux. Au lieu des délerminailions qui tendent il intro- 
duire en nous le dehors, il s'agit, pour la conscience religieuse, de 
s'exftrimer quelque chose t|ui ne peut passer de rindéfini ou défini 
q^ue p-ir "ne action du sujet sur tui-niéme; et ce genre da détermi- 
nations est Irup imman(?nt pour qu'on puisse lui donner le nom de 
m. Connaissance n. L'Absolu n'a pas en nous des formes arriHées qui 
permettraient de le signifier â d'autres consciences; on n'a de 
chances de le rencunlrer qu'à l'état de a volonlë ». déjà présent k 
rame avant qu'elle ait pu se le représenter; commandant même 
toute» les démarches par oii nous lâchons en apparence de <léfinîr 
les tîhoses, mais en réalité de nous dL^fintr il nous-méme et de faire 
cesser ce prëlendu a tourment de l'infini n qui n'est que l'obsession 
des d«>sirs obscurs. Si la détinilion du fait religieux est encore i 
trouver, c'esl qu"on ne s'est pas nsse?. rendu compte de celle pré- 
cesi^ioD du désir sur toutes les déterminations du moi et qu'on n'a 
pas rattaché l'excédent qu'il y a dans la croyance sur la connaissance 
ii on a besoin * aussi primitif que le vûuIoir-vi\Te, quoique autre- 
rneot orienté. Nous ne craindrions pas d'é^lre démenti pur tous les 
savants qui s'appliquent à l'histoire des religions» en disant que 
|ue système religieux représente avant lout un effort orifiitial 
la conscience pour appréhender le bien et pour l'assurer prali- 
quemeat au dedans d'elle-même. L'acte religieux ne doit être 
regso-Jè qu'indireclement comme un ellort contre la relativité de la 
connaiss;tnce : il ne tend qu'à calmer la volonté qui souhaite plus 
qu'elle ne peut, et à lui faire oublier dans le repos de la foi sa dis- 
proportion d'avec la lEaison. 



148 



REVUE !>H1L0S0P}IIÛUB 



Cette excessîvité du désir humam c|ue nous pourrions appeler 
religieuse et Tesseoce même de toute religion, s'est dunDé carrière 
dans des créations spéciales {légendes, mythes» symboles, etc.), 
qui allaclient J'historien, mais On d'ordinaire !a philosophie perd 
son pouvoir critique, comme sur ces constructions mentales que la 
fantaisie elTrénée fait surgir en nous pendunt le sommeil. On ne cri- 
tique pas pour leur valeur scientlllque les diverses costuogODÎes ou 
théologies qui ont défrayé le besoin de surnaturel chez tous les 
peuples ; mais on les apprécie rien que moralement ou esihi'ti^jue- 
ment. — Pourtant il y a eu une çeuvre de sysiétnalisation religieuse, 
une philosophie du surnaturel, qui prétend olïrir à la fois la séduc- 
tion des choses rêvées par le désir et la cohérence des choses peO' 
sées rationiielloment. La Scolastique, en effet, nous a donné un & 
théorie de la gnlce de même précision que les autres parties de 
cette th^éologie rationnelle; et l'on ne sauroit trop s'y attacher, à 
cause de sa position centrale dans le sysli-me religieux appelé 
< Christianisme s, à cause aussi de son rôle dans la vie morale d'un 
très grand nonihre d'hommes. C'est cette gi-îlce qui hullueina 
Pascal; et dans son mysticisme tant de fois étudié il ne faut ■pu 
chercher autre chose. La question, si envahissante en philosophie, 
de Topposition de Tètre el du devenir, a été transposée, pour une 
grande partie de Thumanité, dans ia question religieuse n des rap- 
ports entre le monde et Dieu » : or celle-ci n'a jamais eu de solution 
plus précise (reste à savoir si c'est aussi la plus morale} que celte 
notion de gi';'ice, oîi Ion voit l'inïmobile volûiité d'où tout est sorti 
se rejoindre avec elle-même dans le Ghrial. — EnQn la philosophie 
de l'action qui a subi tant d'oscillations entre le naturalisme des stoï- 
ciens, purement moral, et celui d'Épicure, purement physique, reçoit 
de la part de la Scolastique une itiiei'priHalion aussi nçltemeot 
opposL-e à l'une qu'à l'autre de ces deux théories du bien. Commentl 
pourrait-on dédaigner les conséquences morales du sumatnralismej 
et se désintéresser de savoir si la perfection el le bonheur pourraieni 
se respirer de plus haut, non seulement que la sphère du méca- 
nisme, mais que celle même de la liberté? 

Notre dessein n'est pas de traiter de la grilce didactiqueraent et er 
conservant les articulations de la doctrine scolastique : nous prtjfé-1 
rons garder des points de vue d'un intérêt plus général, d'où il serait 
permis d'apercevoir, sans aucun parti pris, ce qu'il y a d'humaine- 
ment bon dans l'idée de grâce el digue de tout respect. La nature. 
la liijerté, la société, l'intellieence : tels sont les quatre points da 
vue où il convient de se placer pour découvrir ces cl5ments rie ri^ 
morale que nous voudrions intégrer sous le titre de < Philosophiû 




RÉCÈJAC. — L\ pmtosopmE DR U CRaCE 



149 



lelagTflco ïi. — Il ne s'agifa dans cette première élude que de la 
{onvEalion à établir entre le&deux termes » Nature et GrAce ». 



t 



PREMIÈRE PARTIE 
La nature et la grâce. 

$<uriiJiKt ; I. L"i>r«|re Je \n Nature. — ||. Le dualisme d'or(ir«a erlre ■ Nalure ■ 
cl • fJràce -■ — III. Le miracl*? et l'ordre de la N'aliire, — !V. Mornlil^ de la 
fci nu inirat'le. — V. nomaienL il i!navii;nlJe poser la i|ueâlinn du siirnutnrel. 



Nous n'avons pas à reprendre ici !e problème des causes finales, 
laot de fuis discuté, mais rien qu'à dégager de ces discussions l'idée 
die < Nature » avt^c assez de précision pour que l'idée de € surna- 
tiirç] 1 se trouve par là mf me définie, ou du moins qu'elle appa^raisse 
imlionnelle et appréciable rien qu'à titre de sentiment. 

Le reproche qu'on adresse au principe des causes finales^ de ne 

réusâirqug dans une partie des faits et de perdre louts signiikalion 

pour l'ensemble de l'expérience» n'esl pas Fondé- Si ta préoccupation 

de Ja finalité s'impose dans le domiiine des sciences biologiques, 

tandis que dans celui des autres sciences on s*inlerdit même d'y 

penser, il ne faut voir là que des exigences de méthode qui n'ont 

rren i voir avec la conception que nous essayons, bien on mal, de 

nous former sur l'ensemble des choses. CI. Remard a IWrt bien 

rendu cette diversité entre le point de vue biologique et le point de 

\ue physique, en disant que pour la biologie on se Irouve « placé en 

dehors de l'organisme animal n et qu'un est ainsi tenu « d'en voir 

l'ensemble », mais qu'en physiquii on reste nécessairement ù Vinfi;- 

rieur de Cuiiircf^-, réduit à < étudier les corps et les phénomènes 

isolément »'. Le « tout n des choses ne pourrait être apen.-u que du 

dehors; mais comme nous y sommes engagés essentiellement, cette 

intégration où nous jouons un rôle analogue, sans cloute, ù celui des 

inDnîment petits dans notre propre organisme ne peut qu'échapper 

à notre conscience. 

Le mol E nature » n'a aucun sens pour la pensée mathématique; 
car l'unité profonde qu'exprime ce mot est bien loin de celle qu'on 
atteint en supposant aux choses un fond abstrait de continuité qui 
se détruit dès qu'on veut y introduire des déterminations plus vives 
qu6 celles de la quautilé. Le continu spatial, abstrait de la percep^ 

I, Im wcienot erpérimenlnli', p. fi!). 




ISO 



IIEVCIB Plltl.l>SOPiirQUB 



tioD vive d^ choses, peut Lien nous aider dans une certaine raesui 

à IrioiTipher de la conlusion des sena; mais il est très loin de cel 
unité sous-jaccnte aux phénomènes qui doit nous rendre compte 
la fois de leur variiHii hors de nous et de leur accord en nou 
même- Dans l'eapoce, comme dans le temps, les laits ne trouve' 
A se placer qu'après leur réduction ii l'honiogêne; et, en gêticr^H . 
nous ne pouvuns rien transposer du monde dans noire entend ^^ 
ment sans le tlènatui'er. Pour atteindre au sentiment cjue tend *■ 
exprimer œ mot t nature b, il Taudrait s'établir im sein du coDcre# * 
et là même trouver quelque unité qui nous permette de penser les^ 
choses aussi vivement que nous sentons nos actions, en nouii- f 
même, suurdre d'une même volonté. Cette unité qui rapprocherait 
les choses, non moins étroitement qu'elles le sont dans l'espace, 
mais saris porter atteinte â leur naïveté, cVst la linalité. 

Mais il faut bien avouer que la (inalité, selon 1" interprétation idéa-' 
liste, qui est la plus commune, n'a pas des fondements rationnels., 
Placés, comme nous l'avons vu, k l'intérieur de l'univers, nous nej 
pouvons «juiller +;elte position pour nous assurer que toutes lesj 
causes s'unissent dans une volonté. On a eu heau dire, dans celtej 
interprétation idéaliste, qu'on est libre de s'arrêter h n'importe quel 
degré de la finaUté et de prendre comme point d'arrêt, dans îal 
réRressiou de notre pensée, une fin qui n'est que moyen dans l'ordre 
universel' : ce faux absolu auquel on prétend s'arrêter tait retomber 
la linalité au rang des notions simplement bonnes poui' assurei' l'in-j 
tégratton des idées dans un entendement comme le nétre et dépout 
vues de toute valeur transcendautale. 

Si notre raison veut se prendre elle-même pour l'absolu, il faut 
qu'elle le fasse franchement et que, dépassant d'emblée le rôle dt 
€ régulatrice b de la vie et de la connaissance, elle affirme que tout, 
dans ce monde sensible et au deJîi, n'existe ou n'arrive que poufj 
elle-même. C'est, en eflet, cette dernière aflirmation qui se trouvi 
au fond de la conscience religieuse; et nous verrons dans une autr 
élude comment s'y prend l'esprit pour quitter sa position à l'inté- 
rieur de l'univers et arriver à croire qu'il échappe au devenir. 
suffi! à présent de savoîi' que cette initiative ne vient pas de 
raison pure. L'jlme que nous connaissons, la ndtre^ n"a qu'une font 
tlon bien déterminée : organiser moralement la vie et physiolog-î- 
quement le corps où elle habite. Il faut donc la considérer comme^ 
une cause seconde, supérieure sans doute !i celles i|ui agissent dana_ 
lû8 corps des animaux ou des plantes, mais « de même ordre s. 



1. L>ai:ti«lîor, Du fùademrnt de Fimiaciion, 2* litt., p. M. 



BÉCËJAC. — L\ flUI-aSrtPilIE IlK i.\ cn.vcK 



En ramenant ainsi la pcnéce humaine an miîme ordre que la eon- 
SL'ietice animale nous ne voulons pas préjuger !a (question de ses 
rjppfirts feligieux avec Dieu, mais simplement conserver Taccep- 
iwn exacte de ce mol n ordre ». Toutes les causes, eu ellet, se 
irouveDt comprises dans ce réseau d'iiùlions et véaclioiis appelé 
< nature ï, dont nous n'apercevons ni l'origine, ni la fin: or pour 
que noire àme soit Tondue à se crriire supérieure à un tel ordre, il 
(audriiH. ni plu* ri raojas, qu'il lui lût permis de voyager à travers 
les fornies ou espèces diverses qui se réalisent dans le monde et de 
ilfveitir à iim gré reulèléchie d'une plante ou d'un animal quel- 
cuijque. Il faudraîl int-me qu'elle en put sortir délinitivemeuL, Ce 
n'est qu'à ce prix, disons-nuus, qu'elle verrait AShez clairemenl ce 
'[ti'il y a au fond des œuvres vives de ta nature pour synthétiser 
1^11 m Dieu les volontés innomhraliles qui coopèrent, chacune à sa 
rramére. à un soi-disant « but divin » : en attendant, on aura beau 
argumenter h:iLilement sur l'autonomie de l'esprit, notre Ame ne 
i^oilse pi-eiidre que pour une « idée direclrice t> qui s'exprime dans 
uiirorps parLiculior et dans un L'jraclère original seulement dans la 
mesure oï'j les circoiistaoces 1 obligent à se préciser. Notre pouvoir 
"le rtJtlexioQ ne s'élève pas au delà de certaines analogies entre cette 
'piivpp (l'iirpantialion qui est notre corps el les autres qui s'accorn- 
p'isseQt hors de nous; el, quoi qu'on ait dît de la raison comme 
<pnissance archi tectonique a, cette puissance est très insutnsante 
fanil il s'agit du problème des causes finales, — Nous venons de 
^'(^ir, li'ailleurs, que le sentiment d'ordre qui nous viendrait de la 
tiiQsidiTatîon malliématique de l'univers, est loin de nous faire 
"sîisIlt à la causalité divine. Pendant que nous sommes occupi-s à 
'■'J'ûttJLV en dps rapports de quantité les phénomènes de ta nulure, 
E^ source vivo de ces phénomènes disparaît de plus en plus; et les 
EÎiftses. au lieu de se révéler à nous comme des volontéSi ne 
I f'-raicnl que s'abimer dans une continuité désespérante, si nous 
i l'Viùiig )i;Ue, soit de revenir è la vie spontanée, soit de nous élever 
I ■ilaç-'Hception religieuse de la nature. 

lient liien possible, en elTel, que le concept de te Nature s ne puisse 
rt'u&sjr que religieusement; mais, d'un autre cùtè, on aurait tort do 
Vûiifutr fonder sur ce concept la valeur de l'Induction àcienlinque. 
On n'es I pas réduit à la seule conception idéaliste de la finalité; mais 
il y a une autre conreplion, réaliste ou évolutionnisle, qui sul'lit â 
ixpliguer la nécessité des liaisons causales. A la causalité de l'Idée, 
rni nous force de prêter un commencement au monde et d'attri-^ 
lier aux choses des « raisons séminales » dont le litîu mctaphy- 
le n'ett pas facile ù découvrir, on peut substituer la n causalité 



152 REVUE PHILO^OPniQUB 

du Besoin ï- L'unité physiologique des êtres vivants, qui nons 
invite à croire que leur type a piéexislê dans une pensée, u'a, 
d'autre cause, d'aprC^s rÉvolutioanisnie , que cette stimulaUof 
aveugle qui se montre dès les premières dilTérenciations de la' 
matière vivante. L'ne telle cause ne pourrait s'appeler uae « idée 
que si elle s'accompagnait d'une intuition de quelque avantage à 
réaliser et si elle se surpassait elle-même, dans ta suite de ses effets, 
rien qu'en vertu de cette intuition : mais c'est plutôt le contraire 
qui arrive, en tant que la vie quand elle semble innover ne feit 
qu'obéir à des changements physiques dont la contingence se 
rellyte dans la complexité m^me des œuvres organiques. La seule 
unité que nous ayons à constater au fond de ces œuvres, c'est une 
volonté de durer n'importe comment, qui triomphe par sa sou-j 
plesse même ei qui ne mérite point le nom d'Idée, mais celui df 
« Besoin *. 

L'être, selon celle conceplion» se confond avec le deveiiir; 
Fabsolu n'est que lii nécessite où sont les choses, une fols délînif 
chacune par rapport à tout le reste, de ne pas se détruire ellea^ 
mêmes. Le besoin ne précède pas l'ôlre. comme 1 idée, mais ii 
porte en lui-même inséparablement : c^est lui, par son aveuigl 
volonté d'être « quand même », qui pousse Coules choses au plus- 
être, c'est-i-djre au init'ux, et qui force ainsi le monde à s^éclairt 
du dedans, non du dehors comme veulent les partisans de la Pi 
science. Il ne s'agit pas ici du sentiment religieuï ou esthétique de 11 
Nature; mais simplement de reconnaître que l'incondiLioiinel donl 
nous parlent les évolutionnistes, cette a volonté de durer n qui 
suCIlt il pousser tout au mieux, pourra nous fournir une idé< 
d' 4 Ordre » aussi solide que celle qu'on emprunte d'ordinaire û 
Cause transcendante au monde. Nous y trouvons, en effet, tout* 
les conditions de slabiUlé et dorîginaiilé que l'on réclame poul 
fonder le raisonnement înduclif : 1" de stabilité, en tant que 11 
Nature ne défait jamais les liaisons empiriques qui l'ont pronom 
dans l'être et qu'entre deux choses qui se succèdent immédiate^ 
nient, la première se rapporte à la seconde comme à un « ptus- 
élre ï" qui peut, ù ce titre, lui servir de « raison ji dans notre esprit; 
^' d'origiualité, parce qu'ainsi les êtres n'arrivent pas dans 11 
monde par voie de répétition ou d'indifTéreoce, mais par voH 
d'adaptation et de progr^^s. 

Ce [inalisroe de l'Ëvolulion, moins transcendant que la causaJitc 
de la Pensée absolue, en quoi cède-t-il donc h celle-ci? Ce n'est pas] 
en nécessité, nous venons de le voir. Serait-ce en moralité? et' 
craint-on qu'il diminue dans notre conscience la bonté des choses 



RËCÉJAC. — LA PIIILdSOPIIIE IIR U CIIACE 133 

en les détachant d'un InTini qui les avait portées dans un silence 
élernel à l'état de raisons sL-minales? En tout cas nous ne perdons 
rien de la Bonté vraie doot noire conscience s'est enrichie histori- 
quement; nous fie sacrifions rien du lîii?n qui anime présentement 
tous les lîlresscjus forrae de plaisir ou de vertu; et quant aux possi- 
fi^ililés du Bien à venir que par la foi on voudrait emprunter à 
rAlMïulu, nous verrons qu'elles n'avortent puinl dans une <1rne qui 
croit à l'immiinence du Bien dans les l'Iiosss, mais que nous avons 
au contraire tout à perdre en concevant Dieu extérieur au monde. 
— L'idée du ( surnaturel n est radicalement inconclliaLle avec 
rtivolutionnisme. Le surnaturel dans cette philosophie, c'est tout 
ce cjui arrive ;"i chaque instant sous nos yeux et dans noire con- 
aicience; c'est la poussée de Désir et de Vie qui monte incessamcnenl 
de la matière et se lait jour dans la conscience; c'est toute initiative, 
qu'elle soit Amour. Sainteté ou Génie. U faut Isien convenir que 
c'est dans un tout autre esprit que la Scolastique, distinguant le 
monde de sa cause, a réservé ainsi deux orJres, la Nature et la 
Grâce, entre lesquels il n'est pas facile, comme nous allons le voir, 
d'éUkbIJr des rapports bien déllnis. 

n 

Le Naturalisme conaîstc dans le refus d'assigner un terme au 
rieventr cl, tout en admettant qu'il y a de Tordre dans les choses, 
de mltacher cet ordre ii quelque (in extt^rieure 'd ces choses mêmes. 
« Ka-taralisme > n'est pa^ Déterminisme, au sens de continuité 
malh'^inatique entre les phénomènes; c'est un Déterminisme plu^ 
largo qui met la vie dans ri\;ire cl, n'imposant à la Nature d'autre 
nécessité que de ne i*as renoncer i!i ses propres uL-uvres, assigne au 
Progrès un champ iiidéfini. Le Surnaturalisme n'hésite pas. an con- 
tr.vire, ■* nitaoher l'Ordre des causes réelles à un Absolu que nous 
ne demandons pjs qu'on nous définisse, mais dont il nous importe 
de savoir s'il est leUenient au-dessus de la Nature que nous ayons à 
chanter d'Ordre pour y arriver. Nous demandons si la Finalité se 
trou%'e. là, si brutsquemonl rompue que nous rencontrions non seu- 
lement les bornes de la pensée discursive (qu'on peut après tout 
fruticliir par uo acte de foi), mats des bornes encore plus infran- 
chissables. 

U laut reconnaître que te surnaturel, dans la doctrine scolasliquo 

cocnmc dans toutes les religions un peu avancées, ne cherche sa 

ip du cMé de la vie intérieure, o(i il y a des chances |ioiir qua 

. uvttê s'amoii)dLi:isc, sinon pour qu'elle cesse tout à fait. I^ 

Tovx en. — l'JQl. Il 



m 



IlEVUE i>uilo^ûï>iiiqi;ë 



surnature, en elFet, succède h la nature en lant que la finalilé vient 
à se réJlt^chir disliiicternent dans notre conscience et que l'ordre, 
s'ap paraissant â luî-mênie par-dessus la confusion des phénomènes, 
devient Raisoii. Ka supposant que le pro^îrès continue au delà de te 
monde de notre espdrience, il faudrait, sembie-t-il, que ce dit (laii; 
le même sens; et œl avancement en idéalité, vers un étaloùl'or"! 
ne ferait que s'apparaître â lui-raÔme plus distinctement, loin d .il- 
lÉi'er notre esîîence, qui est la Raison, ne ferait que la fortifier U 
surnalurei, eolin^ peut-il être autre chose que le « surhociine», 
c'eal-ù-dire rachèveraent de l'esprit dont il y a en nousdesprt'niiccs 
certaines [ce que saint Paul appelle si bien t-);v àr.%i.yT,i t&j lUtv- 

Il semble bien qu'ainsi il ne saurait èlre question d'un dualt'^r^' 
d'ordres. Mais il faut prendre g:arcle de confondrtt la notion pliil" 
phique de grâce, celJe de Leibniz par exemple, dont le nalural: 
ne s'elTaroiicherait point, avec ce terme final auquel la scolasii ■ 
propose de suspendre les aspirations de la conscience religi"-'i: 
Que le moyen le plus sur pour gagner en clarté intellectuelle st-i^ 
de savancer dans la moralité et qu'il y ait corrékilion eulre b 
force intuitive de l'esprit et son dégagement des sensations, ciju 
vantes parce que confuses, il n'y a [h. encore qu'un progri^s int<41i- 
^ible : tout idéaliste consentira que la conscience puisse ainsi s? 
délivrer de la matière et se « suruaturairser s à l'intérieur pur 
simples ofTorls de liberté. Mais il ne faut pas faire riulencr 
mots : le a surnaturel n. au sens où ce mot a été créé par la sci^i 
tique, exige proprement une superposition d'ordj'es; et si las]. 
tualisatîon de l't^tre continuait dans le même sens, comme i' 
entendu les philosopbes, c'e^t-à-dire en raison et en aulonoiiJiL. 
faudrait dire que la tinalit*' n'est pas ijilcrrompue ni l'ordre change 
d'aucune ta(;oii, aussi loin que puisse aller celte transcenJaiice 
de l'e&prit par rapport à lui-inènie. Entre ces deux, régiens ihij 
possible, l'une ofi nous sentons que l'esprit évolue iirésenleiacnt 
avec elTort, l'autre qui dépasse encore toute expérience, mais o^ 
notre esprit a confiance de trouver le i règne des fins », il y 
■ encore unité, tWolution^ substantielle continuité. |[ n'y en a plu*! 
au contraire, entre la a nature o, cotnme on Tentend dans tuut,^ 
philosophie spiritualiste, et la u gr(lce », telle que la Scolastique l'^ 
délinie** Bien que l'ordre appelé « nature n et l'ordre api 



1. ICii. Ilûm., Vlî], 23. 

i. Avimt d'alk'v {ilus ly£n, nous donncrana ce texte il'un Mnniiel Ivii airlat 
nie Tliénlii};ip ^i-olanUijine : il est a,nwi cvplicJUs • SiijiErnaliiiiilc .ib^mlii 
îLlud cal r|ua(] nljquu tnudo ssuiiural exigent,) a ni et vires ciiju»lLbet aut Uttii 



BËCËJAC. — U PIULO&OPDIEI: de U GRACE 



1S5 



< graoe > doivent se rejoindre dans une cause commune, us abîme 
aussi infranchissable îi'étend entre eux qu'entre le néant et l'èlre, 
ilél] elern&U ceux qui voadi'aient espérer que la vie intérieure mène 
àDieusiïrement, rien que par des voies déraison et de libre amour. 
Comment la nature et la grâce s'amûrcent aux mêmes sources et 
tiooriant ne se rencontrenE pas à rinlérieur de de Dieu qui les porte 
èmioemment en lui-même? Il n'y a que la scoluslique pour avoir 
iaveiilé luûe pareille explication. Hju'on en j^gû. Il n't-cliappail pas 
atulliéolog^iens que ce monde de notre expérience ne peut avoir sa 
Jèsinence divioe qu''autanl que iaconscîence bumaine, où les choses 
«■■ommencent à être en soi, se trouve à son tour orientée vers Dieu 
«en voie d'y retourner libreinetit : mais on trouve chez ces mOmes 
tliéGibgieQs let il faut observer de près ces textes tristement curieux) 
qu'auliint est vif dans l'humme le besoin de Dieu, autant il est 
fULfiiiiâsant :i faire un pas vers lui '. D'où il suit (mais on n'a pas 
pm garde sans doute à. celte conséquence irréllgieusej i(ue la 
tiiiure est fondée sur une déception divine, invincible; et que les 
n>eilleur§ d'entre les hoinraes. en étal d'aspirer le plus vivernenl 
par le cœur et le génie vers l'infini, ne sont que plus malheureux 
ïTeaSrei'oir clairement Celui qu'ils n'atteindront jamais. Sans doute, 
Ionique nous restera l'assurance que l'ordre naturel des choses 
n'a [las été cun<.'u par uny autre Bontii que celle où l'on veut nous 
[cuhsrÂOus le nom de v grâce » des réserves de bien et de vie meil- 
leure^comtnent l'homme reli^'ieux ne seniiruit-il pas, dans son âme 
lil^renieiit sacrifiée, qu'il y a passage de lui à Dieu'^' et puisque J'es- 



taliitn-, n'fn»oturft <!e f'actù vft'atm nerf etiam creabrUn; aUpie aii«i' suth respectti 
lu'uiifirirci.iiijrali* i;sl, res ilia in nuHa h'jjtolhe^i, tiiam i-r ùmiiip''iieHlia Dei. 
flert [wviciii iKituralU. Ta!<> >:^l sufiernilurale praju-ii' dirluiii. • {InsJîlutioneu 
^'•*'Ai>(jiaE ad umm i<eriii»unurum atlaptir. niictnie A. Boiiai. 10* éd., L. III, 

I. • lnipa§'Siljilu esl IjBalitiidinem hômiaU esse in aUr|uo bono criiillo. NiliU 

-' ijuiclnre Tolunlnlem liorninis, nisi boniiin univursiile, i|tioitni>n invenLlur 

■|ito rrealo ivtï soliiiii irt Oco [S. Thomas, S. lli,, 1' i", i|. II, a. 81. Honto in 

'.t \n^n pi>li;sl esse liealus, si conâiderËtui' id in ijuu ^tlC(.'ialile^ bcaLiLudo 

- it, 5iïitii!tï[ Visio ilivinJ!.' e^senliiu <i])., r\, V, a. 3^. Videie l)eum ptr çsgen- 

iijnf ïit î-uprn nnUirrtni. ntm iuliim hominiif. -itui clbin oiutiîs «reatuni' (ili., q. 

V. «- J)- On ''t- ''"^'1 i\An^ ces nùmes arli^k-B du la Somniu que l'iLtmitnu sans 

J« fïrArc vv\ c^i^iable i('i-]j<:is >le (lUffliiuc ttonlitiur, uliqualÉd beiLlitiidirtiei piirlki- 

uatjo in hac vila. Jialieri (intest (ilj., 4, V, a, SU mois cVsl préiMsûmenl celle 

5fnij<l.' dt Liualuliori du Itrjnliiîur aiiqurl riiomnie ne fait qu'appli^iiier se^ U-vres 

f,,; ni, <\u\ iiuus iriijuiOLe. >uui3 savons i|ii'jl s'agil ilu nq'os de U Itai^on 

^ffi ' ': "l auijNcI elle aâpîro Ht; tmU sou adivilu iJïlAgiiAl:ilt: {i\. 111, .1, :>) et 

<|(ic piu» ODi^ i^me esl tiiuialtmienl tivatucé?, plus ini]uièl>e e)«l sa rei;lteri'^E^ de 

Oicu. (>lU3 iiiipatienle sh doiilmir «lu ne le point trouver, [1 TauL donc Ja GMi'u; 

et ta drnire, saiia I;iqiielle li Nature pourrait bien n'âlre c|u\in pur mal, c'est 

oniquemeol d'un coup d'Ai'hiire que nous pouvons laUendre- 



156 REVtlE PHILOSOPHIQUE 

prît, ai loin qu'il aille, reste toujours consubslanlîel à lui^m^mf, 
quelle farce pourrait séparer moralemenl la nature et la grtce, 
l'honime et le surhomme? El pourtant la Scolastique a pris des prfi- 
cautions' infinies pour que la conscience huntaîne, si par \assii 
elle ne trouvait pas dans le sentiment même de sa générosité use 
force de foi plus grande que celle des dogmes, ne puisse jamais se 
reposer dans la puis religieuse : il est impie, nous dit-on, de croire 
que la gi'ùùc du Tûiil-liûri va silremcnl aux meilleurs parce qu'ilt 
sont meilleurs et qu'ils ont le mieux supporté ici-bas IVpreuvf du 
bien, a Élection n, « décret m, u arbilrc alisolii », vnilà commenl 
s'appelle l'acte qui nous transpose de l'ordre de la nature iIm* 
l'ordre de la griice : s'attribuer quelque part d'initiative danswflle 
opèraMûii, c'est un pur blasphème. Si le nom de o mérite o se re»- 
cûnlre dans collo lliéorio scûlaslique di^ la grûcc, il n 'apports pjs la 
moindre atténuation au dualisnae elTruyant que nous venons ilo 
dire. Qu'on en juye : « Deus prM-ordinavil se dalururn alicui gli"- 
riam ex meriLis et pyxordimii'il se daiurum alicui fjraiiaiu »( 
jnerefehtr gloriam »\ Le mérite iui-mi}me est un elTet de cûndss- 
cendance divine, mais non une transcendance humaine par Ibotm 
et la raison. 

Nous ne faisons pas encore l'étude morale de la grâce; raais.au 
point de vue qui nous occupe, il faut noter exactement jusqu'où *» 
ce dualisme des a deux: ordres ». Nous ne demandons pas qu* le 
passage de la nature à la grâce s'explique dialectiquemenl à notre 
conscience, comme s'expliquent les liaisons du devenir; et non* 

i. y. Ili, r p.v n- XXIlt, a. s. — Vok'i PO résumé la nloi-lrinp de Ift Prudrilinl* 
tîon, einptunlei: a la Somme LliéuluKiijue. Lu pn-deslifialiun fii r<'lp^lii>n t' 
d'ouU'ç ronJeiriL'iit dans l.-i jiciiati; liJvint i^ue S'Aninur (ililectiù;. '*r rainO"'- 
en Dieu ccimiiic un nous., cnnaisLfl à voulciirdii bien à quelqu'un; tuai? il y »cH* 
difléruiice entre l'amour divin el Jf nûlri;. iijue le tnUre e^t Kiiiûlr (lar It wn'J- 
niAiit d'un bien di-jÀ prù^ciil lî&ui celui que iioiis aimons «t i]ik' celui 'le l***"* 
nullement cscilê du dcliors, <i« fait qu'introduire dans un *;iijtl It bien '("i M 
étflil i-adii-alcmcnl absout (ib.. a, li;. S'il ne ^'agissait dans ce IbxIh ijkc de ''^^ 
des èlruSj il aeraïl iliflicile. va cffeL qiu" iJieu s'y déciilalaiilremml rjuc palW 
amunr absi.>lumeitL iiratuiL (ii}'|>athi^st; iii^uL nous n'<;xnmint>iiâ pas ici la valcutli 
mais il s'ncîl de choLf^ir des snjeU libres fl raisonnables pour le rifl el «tni 
l'Oleelion ijivini; se préseitlc nfcessaircmi'iil roniuie un Iriomplip ili? InfimlatlJ 
sur ]c Merilc, de la l'uissani^e sur la Umiitt', de I'arl>ilr(; ilb:^olll sur te lilii 
arbiLrc : - Ucus pru-ordinavil m dalumui alicui eralioiri ul mcrcnMyr clomi 
(ib . a. S). * Ce ilcrnicr U:\.lc morilre elaîrcmeril qrc les crises du liicn au «i 
de In LiticrLé ii-e uupri^nia inliirè! Iiumain) n'oni pna réussi à l'eiDip'CirLcr an» yv» 
•le Iq. ScoUsli>|uc sur l'inLérùL ^acsrdijtal de Virl/tlrc "li-mlu et sur t« eonoa 
lh>)!ocruLiqui.> de • l'ùuvoir -. En vain nûLr*.' conietence morale ss déclarf IrouLili 
le Bonheur n'est [i^is plus di'i fi riiomme, une fuis rri.-i\ ijne Dieu ne lui dei 
de le Créer. - Ne<[in; taineu propler lioe eal îiiiquiLaB a|iuit Deiim... boc en 
esticL rentra jijshli:i' rationi^m si |)rnïde&lJn.i.lîonî» elTvctus ex dcLjîLo rctMerr' 
et non darelur es gral-ia • (ii)„ a. 5, ad a"). 



RECEJAC. 



LA CilILOSOPEllE IIE LA CH.VCE 



iSI 



enlÊ^ndons laisser â la foi toute la liberlé qu'elle rédame pour 
s'«5^laiicer vers le Tout-lion, rien que par un pressçnlicnenl moral 
^u'il est au fond des choses. Mais quand on nous propose, pour sortir 
de l'ordre naturel et pour entrer dans l'ordre de Ja grâce, une* élec- 
tion » où la moralité n'a de signification, ni déterroinaale, ni condi- 
tlonnell'e let lel est le sens de ces mots : Deus pnpordinavit se 
dî&lurum alicui gratiain ut raereretur gloriam), il y a là plus que Ja 
part d'inconnu qu'il convient d'abandonner à la loi. Puisque le mot 
■ surnaturel n veut dire que l'esprit en s'appuyant éternellement sur 
\uï-rnOme ce Ir-inchira point, par voie de mérite et d'idéalité, la 
transcendance qui le sépare de Dieu, sa cause et sa lin, c'est li!i un 
dualisme qu'on ne saurait comparer à celui même de « raalière et 
esprit 1, qui divise le plus radicalement les systèmes en philoso- 
Viiïe. — Qu'on s'attache ici à lu précision scolastique : ce « ilécret 
de grâce », comment pourrait-il i?lre aussi « gratuit n qu'on nous le 
propose, sinon parce qu'il refuse de se justilier, non seulement 
ilftvanl notre raison discursive, mais encore devant lui-même? Puîs- 
([o'il nous est interdit de croire que c est sur la justice intérieure (le 
6eul absolu înconEeslaLle entre tous les hommes) que se fonde l'ar- 
bitre divin, il faut bien demander quel est cet amour ic gratuit t qui 
se place au-dessus de larnour « moral ». Quel est donc ce Dieu qui 
dépasse rinlioité du bien par une autre infinité qu'on se refuse à 
désigner autrement que par le nom de « pouvoir absolu »? Arrivés 
il cet endroit, les idées s'embrouillent et les principes vacillent ; on 

ttt'a plus que le vertige des mois. 
Selon les théories incertaines de révolultonnisme, au plus profond 
de la nature nous savons du moins que veille el agit sans cesse la 
causalité du besoin, plus obscure sans doute que celle de l'idée, 
IHiis fju'on peut se reprtisenter comme un Dieu qui se rôvèle 
humainement par la bonté et le g*^nie. Certes^ on peut dédaigner ce 
vague surnaturel qui n'éclate pas, comme l'autre, mais qui thvieiti 
Jeatcineni dans la patience des siècles : mais ne reculons-nous pas 
bien, en deçà d'une pareille conception, quand on uuus parle, au- 
dessus du monde de notre e>:périence, d'un Dieu qui ne s'unii à 
fKrdS que parce qu'il n'y a plus, ni de son ciité ni du nûtre, aucune 
nisoii de le faire? Après tout, quand nous disons que le besoin est 
aveugle, c'est nous qui le sommes : en vérité toutes les aspiratione 
de la nature se juslilient; el quand nos elTorts ne tendent qu'à la 
seconder, nous sommes sûrs que nous allons faire un pas décidé 
ver» le » plus être u ou vers le « mieux s. Mais, contrairement à 
cette théorie de l'immanence, poser un absolu tellement extt-rieur 
aux choses que ce que nous appelons de ce nom en uous-mèmes, 



45.8 HF-vuE pniiûsopniQiE 

l' % en soi b de la raison el du devoir, n'ail rien de commun avec 
lui, qu'eat-ce donc ù tous les points de vue? Loghiuement, n'est-ce 
pas faire reculer l'idée de « nature » dans un sens contraire ii celui 
fi'ordrel Moralemeot, n'est-ce pas dire que toute la valeur d'un 
acte consiste dans le refus de se justifier? 

On se demande si le fatalisme a été aussi loin dans celle voie. 
Le Fatum garde peut-être dans son fond obscur quelque ;1rïïe dç 
bieu qui ne peut s'expliquer à une conscience comme la nôtre; et 
celle doclriiie, après tout, ne prtHend point valoir hoTsde ce nionde^ 
puisqu'elle se donne les mômes limites que le déterminisme des 
événements. On ne connaît aucune défense qui ait accompapné la 
doctrine fataliste de se rendre le destin intelligible à soi-mênie au 
moyen des oracles ou dans quelque extase religieuse. Mais l'acte 
d'élection ne laisse aucune permission de ce genre. C'est au delà de 
ce monde des phénomènes, dans la rt-gion même où toutes les phi- 
lûÊophies et toutes les religions ont réservé une place t l'espérance. 
que la scolastlque a placé les arrêta de la prédeslination. N'olre 
cœur, gêné ici-bas par des apparences de fatalisme, cherche h 
placer plus haut ses affirmations de liberté : or lâ-haut il y a, d'après 
la Scolaslique, non seulement des apparences de fatalisme, mais 
une nécessité à la fois conscieiile et esclusive, arbitraire et êlcr- 
nelle. La prescience sur laquelle s'appuie l'élection, ce n'est pas 
une science plus capable que la nûtre de voir idéalement les choses 
dans leur raison suffisante; ce n'est qu'une priorité de la volonté 
sur la raison^ du fait sur le droit, de l'idée de pouvoir sur celle de 
bonté. 



iir 



L'opposition logique h l'idée de a nature >, c'est l'idée de s grAce >, 
telle que nous venons de l'exposer; mais le miracle est loin 
d'exprimer une semblable opposition et la Scolaslîque l'a fort bien 
compris lorsqu'elle a choisi le terme de i surnaturel relatif » pour 
désigner les exceptions au déterminisme des phénomènes. Tandis 
que la grice (le surnaturel absolu) reste tout à fait inconcevable 
pour notre raison, le miracle n'est pas le pur iiTalionnel; et il faut 
même penser qu'if trouve en nous des alTinités plus que superfi- 
cielles pour que la croyance s'y soit obstinée. 

La nature, nous le savons, n'est qu'un « ordre o; et les déroga- 
tions au déterminisme, s'il y en avait, n'atteindraient pas ie lien 
inductif qui confère à l'ordre ea vraie signification et aux lois natu- 
relles leur nécessité. Ce lien, si diflérent de la concomitance ou de 



RECEJAC. — L:\ riilLOSOPIllE DK UA r.llACE loi» 

Ja sitDple répélilion, ce n'est, oson^-noas dire, que l'impossibililé où 
se trouve notre Conscience de rien concevoir au dehors à moins di? 
le ramener à sa propre unité aclive, à s^l volonté- Nous troyons 
pai*ticiper, en effet, à la causation de toutes chuses en les pemsiinl; 
et si rien de nouveau ne peut s'Intégrer h nous sans qu'il nous 
paraisse jaillir d'une mcnie source que ce qui nous est déjà connu, 
qu'est-ce donc que cet implicite d'où tout uous semble provenir 
idéalement et moralemeiil? « Nature », n est-ce pas « Volonté *? et 
l'unité active qui nous constitue n'est-ellc pas également l'un et 
l*aulre? Nous n'avons point à re^'enir sur le principe des causes 
finales; mais nous remarquerons i[ue le miracle, à cause précisé- 
ment de ce sentiment de liberfé qui l'emporte dans la Causalité sur 
la continuité mathématique, ne viole pas plus l'ordre de la nature 
que les séquences abstraites du dêternnnisine ne sont cet ordre 
raétae. Quoi qu'on dise, c'est faire de la métaphysique et opposer 
simplement un sealiment à un autre, que de protester contre la 
croyance au miracle. Le croyant profile de son ignorance invin- 
cible sur le problème des destinées pour établir au fond de la nature 
el sous les liaisons du devenir ses propres tendances, plus ou 
moins égoïstesj et nous verrons que c'est par ta uniquement, tn 
lanl qu'il xnimque de moralité, que le miracle n'est p;is acceptable. 
IjB savant, rien qu'imbu du déterminisme, se garderia d'y mellre 
quoi que ce soit : mais lorsqu'il prétend dêj;agor ainsi des choses 
une plus pure vérité il faut qu'il sache qu'il se refuse simplement 
& les « penser » et qu'à, moins de s'emprisonner dans le symfao- 
iisRie desséchant des mathématiques, H faut introduire la tendartrc 
dans le mouvement^ la volonté au fond fies phénomènes '. 

l^ conscience moderne parait toute imprégnée de naturalisme; 
mois, quoique cette disposition morale soit due h. rinlUience de la 
ilis4:ipHnc scientifique et au prestige des découvertes, il ne faut pas 
perrfre de vue l'énorme différence qui distingue une méthode Ll'une 
doctrine. Quand le savant a exprimé avec toute la précision qu'il 
p«ut souhaiter les conditions d'un phénomène, il n'a plus rien à 
attendre de son déterminisme : mais s'il se déclare ii lui-même que 
ce point de la nature qu'il acboisi pour objet de son étude n'a qu'un 
contact mathématique avec les autres points, s'il professe qu'au 



1. T«l «si bien l'avis de Cl. Uern^rd. ■ La naliire Je Lou? les ptlfnom^nes, •\u'\\fi 
«oient TÎInui ou KtinÉrairN, nous pt^Ei- ooni|ilMemenl iniionnue. La connaissance 
,«j.- <~ --!«'ir« înlim« des choses «xiueraiL pour le pliénoméne !e plus simple l;i 
■ nce de l'uniiera entier... ('fioniiM y teiul yiir sirn.trmffii,„.U atruit dti 
ift .:, , .ijvai3 pour la science i|uc la rali^oiti on rL'xuérience vint èloufTiT le scil- 
Ontpni iiu i'aspiralion vers l'abaulu..,. Le «enlimeoL a loujcnirs l'inilîalire, i| 
vaiofidrv l'idée a priori ; c'est l'intuitlun. ■ {Lu So. expérim.. p, OH, 6T, 80.) 



160 IIEVL'E fHILDSOPUIQL'E 

terme d'une régression vers des èlOmenU simples qu'i! n'ulteirdrt 
jamais se irouve l'indifTérence de l'inconscient, il faut au moins 
qu'il saclie qu*il ne fait ainsi que du senliment; tout h fait çorûaiie 
un autre homme, sons l'empire d'habitudes diirérentes, vernit nne 
ï sympalliie » «Jans l'aUraclion et un a drame t dans Igs phases de 
la lune. Ain.-^i le Naturalisme, ciilendu eumme doctrine, ne saurait 
être quUm •' parti pris k contre !es causes finales, tout à fait comme 
le surnaiuralisme est un a parti pris » d'achever en soi-roême fa 
conscience iutégrale des choses, au risque de faire sombrer ladna- 
lilé dans ranlhropomorphisme. 

La Grâce, on a pu s'en convaincre par les pîloyables explicatioiu 
de ta Scolastique, n'est pas une c idée », mais un sentiment. Or, 
comme sentiment, îl ne Taul pas séparer la Grâce de la Foi aa 
miracle; et c'est en ramenant h Jeur unité psychologique ces deux 
éléments de croyance, faussement distingués par la Scotaslique^ 
qu'on se rapprochera de roriginalité tant de fois méconnue du fait 
religieux. Le sentinienl de la ilrdce n'a pu provenir que du setilî- 
ment iXiuucltevabh: qui accompagne les désirs de l'èlre libre ol qui 
nous lait croire û un Inlini nu dedans de nous: mais ce senlimeut 
ne peut sorlir de son obscurité et se définir à lui-même que sous Is 
l'orme de 4 foi au miracle >. L'inOni moral ne commence à s'aflimer 
en nous clairement qu'au moment où il commence à prendre 1^ 
dessus sur le sentiment du Déterminisme, c'est-h-dire quand nous 
sentons qu'il y a de la Bonté au fond du Devenir et non de l'indiflé- 
rence, de la Finalité et non la continuité mathématique qui revien* 
à l'inconscient. Or, si Ton nourrit en soi un le! sentiment, ousin» 
plement qu'on le laisse croître à son gré, on en viendra â ne pi 
senlir que celte présence Jt? l'idéal dans l'être, de la Bonté dans 1 
Nature; et si une telle force d'objecUvation du Dien, une telle foi a 
triomphe «fu Itien sur la Matière, se passe du miracle, du inot 
elle e.st essentiellement une disposition à croire au miracle, oi* 
intrusion hardie de la Liberté dans la Nature. Le miracle, es effo' 
c'est l'apparition nue du Bien^ ^n irruption k travers les conditic^i 
du Devenir que le Déterminisme déclare indissolubles, mais q 
restent sulionlonnées, dans la conscience du croyant, li l'original > 
et ù la tioiaé de ll-lrc. 

Ici il y aurait un vif intérêt k oljserv«r dans l'histoire du mys' 
cisme un t\c ces étals de conscience vécus péellemenl, oii le suni^ 
turalisnte s'a^irme avec une si naïve audace que notre conscien^^ 
moderne, qui ne sent plus guère de la Nature que la moDotoiûe <^^ 
ses sueoesi^ions et la ténacité de ses lois, croit avoir alTaire à t^"^ 
Krmçois d'Assise, par exemple, qui arrive par un lo*»J 



RÉCÉJAC. — LA t-UlLiiSOPHEh; OE U CUACE 



{Bl 



entraînement mysiique h ne plus sentir dans les choses que U 
pareille de l'Être, à vivre avec les ioseeles, les fleurs, le feu même 
et tous les éléments qu'il ^jppelle ses « frères 3 et ses ce sœurs », 
dans une faTuitiarîté d'tiallucinê, à clianïer ttes psaumes en compa- 
gnie des oiseaux, persuadé que dans leur Lruit confus éclate le même 
lyrisme reli^jieox que dans ses paroles, la mùme harmonie immaté- 
rielle des idées. On sent combien ici nous sommes loin des effusions 
simplçmpnC « poêtîqu»^* » de sjmpathie avec ta Nature : l'Art et la 
Religion peuvent bien se toucher h leurs sources, mais entre leurs 
effets respectifs dans la conscience et dans la vie il y aura toujours 
ie même infini qui sépare le dilettantisme Je ta foi '. La Foi seule, 
cITel, peut nous mettre dans la situation culminante d'oii les 
loses n'apparaissent plus que comme des tliéophanies ou des 
fulgurations », selon le mol do Leibniz, de la Bonté qui n'a pas à 
onîuller hors d'elle-même, avant d'agii", le droit et la Kaison des 
lli'Bes, mais qui n'obéit qu'en jouant aux lois qu'elle se donne h soi- 

ijn pourrait, avouons-le, établir aussi bien un contraste qu'une 
|iclniliié entre t:tit étal mystique dont François d'Assise vient de 

Qus ûH'rir un type raie, et la foi au miracle. Leur ressemblance 

àvcbolo^iqije- c'est que liinie s'y affranchit fortement du senli- 
ttipnl de iJélerminisme qui nous opprime vul^jaireraent et va jusqu'à 

îus fairo croire, sous prétexte de science, qu'il n'y a rien de plus 
profond dans les frémissements de la Nature que des réactions 
lïêcaoiques et des équivalences. A cet êgard^ l'âme du croyant vul- 

aire ttt celle d'un mystique achevé rumine François d'Assise pro- 

steHi également contre l'insignifiance des vues dites « sclenllU- 
|uee B : mais l'une se liorrie à pressentir derrière chaque événe- 

Biit une intervention de Dieu rien que possible et extraordinaire; 
ïndis que l'autre s'obstine ;i croire que celte intervention a lieu k 
W»*ju:a instant, que rien ne se meut et ne désire ici-bas que parce 
?u"il est plongé dans une conscience unique qui reste partout en 
,Mnimuité avec elle-même. — Mais, d'un autre cûtc, puisque ces 
Kux états de conscience se fondent uniquement sur le sentiment 
''u îîien. n'y a-t-il pas dans la Foi au miracle un défaut d'Optimisme 
,411 ta met bien au-dessous de celte croyance absolument naïve ii la 

Dntédiiruse en toutes choses'? Le miracle, après tout, n'est qu'un 

'■i^irljlc dèlinjr à la fois le [luitte el le iiniiir|«ii' » sin hoiniiiii i|iii prend nu 
»rifm rt'nivcrs •; et IL rgoiilc : - r'ost suus r:fl npporl "lue IVète >'t Pro- 
r>ik ni' toii[ i|u'ii(i, " Valea •■„. .Maîj le Vales- Prophète a «aisi re niysiere sacrA 
Hm 'lu r.^t^' mofJil; le Vatcs-Piifrle, ilu crtU pilliélitiiie -. E^w héros, voaJ. III. 
' 'lerftn -■(imme [loèle.) 



lâî IIE1V[JË l'flll.USOPI|[QUK 

appel de la conscience, en détresse de scepticisme ou de découra- 
gement* qui se tourne vers Dieu éperdt'iineiit, qui l'invile ii h 
donner ;i elle, soit comme un s[ip)>lémeut d'Évidence quanti l'ah- 
solue vérité lui échappe, soit comme un supplément de Boniieur 
quand les événements toarnent contre ses désirs. La cunscieuci- 
des vrais mystiques éprouve simplement une présence de Dieu dans 
les chrtses, sinon parfaite, du moins en voie de s'achever; ellpC'im- 
munie donc plus joyeusement et avec quelque chose de iv. cranquil- 
litè stoïcienne àla Bonté objective oii toutes choses sont ploni^tes 
aussi bien que dans l'espace. Ne lisons-nous pas que François d'.Vs- 
sise s'éloigna des sacrements volontairement et pendant do Umi^iies 
périodes de sa vie? 11 n'éprouvait plus, en efTet, aucun he^iii de 
recourir aux moyens extra-naturels de converger avec Dieu lorsque 
passait en lui l'Esprit que les prophètes et les oiseaux ne font que 
chanter sur des modes dilférents. Peut-être François d'Assise fct-il 
ainsi plus prôs de Spînozi que de Thomas d'Aquin. 

Quoi qu'il en soit de ces états mystiques qui, seuls, représentent 
la religion eilective et sincère, historiquement on trouve que le 
surnaturel intérieur et la loi au miracle ne vivent pas séparcnieat. 
Faut-ll rappeler qu'avant la Scolastïque, la Grdce et le Miracle 
n'élaienl qu'un même IHit et qu'un se fût bien gardé de djstintuuer 
dans le Mystère chrétien un aspect purement intérieur du yuriu- 
turel et un autre aspect, extérieur et moins essentiel? Jésus élailii 
la fois, inséparablement, la (îir'^ce et le Miracle : arrivé sous la con-] 
duiled'un astre révélateur, au milieu d'un chant céleste, il n'élan 
qu'une vivante déclaration de Paix entre Dieu et les hommes, ui 
se Sauveur » rendu authentique par sa naissance d'une Vierge et pai 
sa résurrection encore plus miraculeuse. Ce ne fut que plus tart 
et quand ta foi au mystère intérieur de Jésus, cest-à-dire au rap- 
prochement par le Verbe de l'àme et de Dieu, fut enracinée dans U 
conscience clirétienne, qu'on put songer à séparer le Miracle de U 
Grice. On regarda le miracle comme une simple confirmation dOii|| 
les guosliques et les saints, après tout, n'auraient pas eu besoin 
maïs, pour les simples, ces deux élémenls continuèrent de furnif 
ensemble la « foi au Christ p, comme une idée ne fait qu"un avec U 
mot qui la maintient dans notre aperception. Il convient d'ajouleî 
ici que la Scolastique prit parti pour les simples et que, sans cela 
rÉglise e^^^ Gomproniis son prestige social et son existence même. 

Certes i! ne plaît à personne aujourd'hui, rationaliste ou croyant, 
de soumettre à la discussion le mystère de Jésus. Cette individualité 
insérée dans le contexte historique des choses, mais qui ne tient 
substantiellement qu'à l'Absolu, d'où elle est sortie par une extase 



RÉCÉJAC- — LA PHILOSOPHIE DE LA CBACE 168 

de la Vierge, où elle est rentrée par des voies irretrouvables, ce 

n'esipas du toul un sujet de critique^ mais rien qu'un objet de foi. 

Si riiistoire ne retrouvera les traces d'un pareil fait, puisqu'il se 

donne pour inti-rupoyel, ni la Ratson ne peut s'opposer h une thèse 

ctiHime enWe de « l'Union hyposlalique » qui ne (end, après tout, 

qu'a souder l'idëal nu réel l'Esprit au corps) par un lien de comiitt- 

ilantkttite plus fort que tûus ceux qu'un a nommés « influx |>hy- 

«qiie, harnjoQte préétablie, etc. » '. 

lue pareille conception ne peut se sauver qu'à l'état de sentiment 
o« lie « loi » : aussi la Scolaslique a peut-èlre compromis le Chris- 
liaiiiamB par ses tentatives d'expliquer ce mystère qui avait ravi 
l'humanité et qui ne cesse point de plaire infiniment ù, beaucoup de 
consciences. Avant la Soolastique, la rpalilé Inimaîiie de Jésus fut 

rroiseieri ijuestion par cei tains esprits qui pensèrent qu'on n'avait 
iju'i gagner ù immalérialiser celte apparition de Bonté et de Paix 
avec Dieu qu'est l'Évangile' : c'était une idée funeste; maïs on fit 
bien pis encore quand on voulut résister h ce Phênoménisrae chré- 
tieti par une dialectique non moins suLtile que celle qui fut mise en 
.ï'U^Te plus lard contre la négation arienne de la consubslantialité 
dciésusavec son Pt-rc. On s'engageait ainsi dans une « physiologie 
de l'Incarnation » où la cùnscience moderne s'est perdue' : prise 
entre les précisions du Dogme et ses habitudes de MiHhode scienti- 
fique- elle a renoncé h s'oLjecliver sérieusement ce Christ qut solTre 
à nous comme une sorte de parenthèse dans le contexte du Devenir 
et que l'on prétend maintenir tout à la fois en continuité historique 
avec tout le reste et en rupture violente des conditions positives de 
l 'existence. 



!V 

Si l'on a rru que la pensée religieuse pouvait prétendre à la même 
valeur ohjeclive que les choses conçues ralîonnellement, quand on 
a proposé cet argument en raccourci c qu'il y a plus de surnaturel 
daD^ l'idée de Dieu que dans toutes les religions ensemble* », on a 
commis là une grave confusion. S'il y a quelque chose de conce- 

1. • tlnia Incarnat] on is Importât maximam uniLaLem... pra>cjnînet tinilAti 
Domeftti-.-«sl m&jârquam itnio aitlma' «l coriionâ. • (S. th., 3* p.. 11. <). D. a.) 

S. Au 1" siècle, \i seci? ap|n-lée rfatis l'Hisloirt eccUsiMstlquie des - l^li.-inla- 
sÎB&ie« • un des ■ tlofi.-tcs • ëL où l'on trouve le» noms ilo Simon le Mage, 
M«rrioo,Mi\ii^s. l'iifs Lur<t, la secte des - Gnci£lii|ues >. parmi lesijiiL-ïs l Saturnin, 
BaEili'lc, VAlvnttn. 

B. V. Somma lli., r p„ q. V. VI, XXVII1-\XX11I. 

i. P«Ji«'iir, Uiscotira de récc|>Uon k l'Acailéinie française. 



164 '^^^^■~ UËVUE PriiLOi^OPniQL'R 

vable dans ces mois, c'est sans doute qu'il y a équation enlre le 
possible (ou le samaUirel si varié des religions) et Tindui (ou l'uiè* 
de Dieu), Or, une pareille énoncialion n'entre point dans notr^l 
entendement et ne trouve place que i-iarmi les affirmations (tu t^en- 
limeDt. Au point de vue des miracles, oi!i Ion s'était placé, on a 
voulu dire par li siropleinenl que les conditions du devenir n'en- 
ferment pas rfitre lui-même et que la Causalité présente dans ta 
Nature est inconditionnelle, nslreinle à cette seule loi de ne ;j«s w 
détruire elîe-mcme en renonçant au Bien. 

En elTet, comme il n'y a que le néant qui ne puisse entrer abso-| 
lumentdans notre esprit, la seule notion incontestable du nérefiait 
c'est le contraire du néant, ou l'iîlre ; ce qui revient '^ dire que DieuJ 
peut tout, excepté de détruire ce t/di eut et de l'Aire reculer le mofidej 
vers le moins-être ou vers le pire. L'identité des choses, en effet. si| 
on les cûnsidêre dans leur ensemble et non au point de vue i^iroil 
d'une conscience qui se sent impuissante ii affirmer a la fi>i3 Aet B| 
sous le mc-me rapport, ce n'est que celle loi suprême « que rien d< 
ce qui est vienne k n'être plus >■, Or celte même loi est aussi U 
seule raison que nous puissions assignera la production des chosc^i] 
considérées dans leur liaison active et naturelle, non sous 
simple rapport Je succession : si h'wn que les deus principes d'uicf*'' 
lité et de raison suffîsantt' arrivent à se confondre, sans de j^raod^ 
elTurlsde dialectique» dans l'idée do Dieu. — Le Possible éf;al&rï«^' 
linl, en tant qu'il n'a d'autres limites que le Nécessaire; orleuéc^^ 
saîre n'est que ceci : a que l'être ne nie pas l'iStre », ou : c que ** 
Progi'ès soit au fond des choses comme leur loi, tout à la h*^ 
d îUi'titHé et de raison », 

Or la Foi, abstraction faite des formes particulières sous te-»' 
quelles elle affirme le miracle, ce n'est psycliologiquemeot ri^'^ 
autre chose que ce que nous venons de dire. La Foi est raffiriu^- 
Uon souveraine du Bien, ou le sentiment que l'infinité appartient 
la Conscience et au Progrès, par opposition h l'indilTérence absoluP| 
du Mécanisme. Plus simplement, la Foi esl la croyance que Dieu 
n'est le Tout-Puissant que parce qu'il est le Tout-Bon. 

Le fond de la conscience religieuse, osons-nous dire, n'est paS' 
autre chose; mais il esl intéressant de l'apprendre d'elle-mêjne^ pir| 
Torgane d'un croyant éminent entre tous. Sur quoi, demande 
saint Piiul, taul-il faire reposer liérinilivemenl l'éleclioù divinî 
d'Abraham et la constitution religieuse du peuple Juif qui en a èl4 
la conséquence? Sur l'ampleur de celle conscience auguste qui n'i 
pas craint de s'affirmer que le Hien domine l'f^tre, non d'une fc 
Vague, mais par cet acte de loi très précise c que son désir d'avoH 



BECEJAC. 



LA rillLOSOPlItE DE I.A CrtACE 



163 



un fiis pourrait l'emporter, dans l'Esprit qui crée et nature les 
choses, sur lo Déterniinisnne des phénomènes n, Abraham eut le 
génie de c croire « ; et croire, c'est afin mer que l'Ordre ne consiste 
pas dans des répéUlions élernelles, mais dans des liaisons pratiques 
qui n'oDt d'autre suite que ratTiour, nj d'autre nécessité quct de ne 
pas détruire ce ijtii est, de ne pas clian^'pr l'esprit en inconscience, 
la Itberlèen servitude, la joie en définili^e tristesse \ Qu'on examine 
de près le texte de saint Paul, si énergique; n'est-ce pas bien cette 
signification de transcendance du moral sur lo physique qui est 
dans la Fol? et quelle autre chose eût pu être comptée à Abraham 
l'oinine d'une valeur plus granJc que toutes Les aflirmallons pra- 
tiques de moralité dont une vie peut s'enrichir, sinon l'énergie de 
ce sentiment du « Dien tout-puissant ï? En un mot, la Foi surnalu- 
ralise la conscience parce qu'elle l'arroclie h toutes ses habitudes de 
Méthode et de pensée discursive et parce que, dépouillani Ha Nature 
de ses lois apparentes et les êtres de leur matière, elle vu saisir au 
fond des choses leur dme de bonté par une intuition qui nous vaut 
mieux que lu connaissance de tout le reste. 

Saint Paul ne donne pas au secund « Testanicnt », qui succéda A 
lu Religion juive, un autre fondement : faut-Il donc s'étonner qu'il 
ait voulu syniliëtiser les deux reJij^'ions par son énergiqtie concept 
tioa de la Foi, laissant même dans ses écrits de nohîes traces de ce 
libéralisme religieux plus fort que toutes les divisions de race, de 
iculte et de tradition'? Croire au Christ, voilà ce qui justifie; non la 
loi, ni Tabstinence. Or, croire au Christ, c'est s'aftiimcr à soi-même 
que le Dien, qui n'apparut jamais plus éminemment qu'en sa per- 
.sonne, est encore plus Dieu que la causalité du Itevetiir; c'est, de 
içon précise, ne pas douter que le vrai l)ieu par qui tout arrive en 
ce monde a pu ressusciter le Christ, en tant qu'il fut son aîné d'entre 
_taas les vivants par la bonté et la vérité de son ;'ime '. It n'y a que 
ireux qui reculent devant celte, altirmation « que le Possible, en tant 
que Pouvoir du Bien, égale l'Inliiii *, qui n'oseront croire au mys- 
tère de Jésus. 



f.ii»*»B*-j"r,-' iKp. nOJTKt IV, i, a, H, t;î, 18, 10, 3(1, âl.l 



llMtfV flX 



«tx'sûv. (Kp. UOni., iV, n-2i,) 



t66 



RSVUE PBILOSOI 



Omettons le &Hé historique de ces affirmations religieuses 
(chaque floligion ne diffère des autres que par re cùlû et tire son 
originalité du miracle qui lui a servi à. préciser la Foi commune au 
Dieu caché dans ta Nature), pour nous aKaclier ù leur prokmde et 
(^énrrale i^ig^i^catiDn. L'éaoncialion te que Dieu peut taul » ou 
€ qu'il y a équation entre le Possible et l'Être » dépasse toutes les 
énonciations régulières, fondées sur quelqu'une des catégories logi- 
ques du jugement. L'acte do Foi s'accomplit dans une autre région 
de la conscience que celle qu'on nomme u entendement > et ne se 
renferme pourtant pas dans la « sensibilLté v : il setublc faire jaillir 
entre les deux et de plua haut une apparition (nous verrons qu'il y 
a toujours quelque image dans l'esprit croyant ou mystique} qui a 
cette originalité de justiller le désir à ses propres yeux aussi claire- 
ment que la Raison se démontre des vérités. C'est bien ù. cela que 
revient l'explication de saint Paul : la Foi substanllalise le Bien, 
dit-il, et le fait passer de l'état de déair â celui de réalité '. — Il y 
a, en effet, dans tout désir, à nnoins qu'il s'éteigne au premier pas, 
quelque chose qui tient du miracle. Le « possunl quia posse viden- 
tur ï n'est après tout qu'une ombre ou, si Ton vent, un rudiment 
de la Foi religieuse : c'est un sentiment de puissance qui se déclare 
dans riiomme au moment où il veut et se conquiert lui-mi^me su 
son propre duule, qui s'accroît par cette déclaration oième et di 
succès en succès nous conduit au sentiment que la Vie, comme le 
Désir, est infinie, ou « que tout est possible, sauf le néant s. Com- 
bien plus active sera cette intuition, lorsque la cnjiscience a.ura pu 
prendre son point d'appui, non dans l'indëtini de sa propre imture. 
mais dans celui de la Nature universelle! C'est pour ces molils que 
nous appelons la a Grùce b un sentiment^ non une « idée b. Ce 
le Désir ou le Cœur qui demande à la raison ces affirmations d'i^lr 
et de Dien qui sont le fond vraiment respectable de toules les reli 
gions; c'est le Cœur aussi qui suscite les images où ces affirma 
lions prennent leur fixité pour vivre et rester en nous comme les 
idées dans des mots, images ou visions que nous devrons étudier k 
part avec le plus grand soin. 

Mais II resterait à savoir si la consctenee religieuse, lorsqu'il' 
précise sa croyance au Bien par des affirmations historiques d 
miracle, nVilTusque pas la Raison qui voudrait que Tidêe de t'Êt 
ou du Bien reste supérieure, dans son abstraction, aux détermina- 
tions sensibles sgus lesquelles un risque de rainoindrirt — Pour 



(Ep. Hbbr., XI, I.J 



RECEJAC. 



U PIlILOSamiE DE I.A CtlACË 



IfiS 



îlîs pourrait l'emporter, dans l'Kspi'it qui crée et nature les 
choses, sur le Bêlerminisiïie des phénomènes s. Aljraham eut le 
géme de a croire i; et croire, c'est aCIirnicr que l'Ordre ne consiste 
as flans des répélilions éternelles, mais dans des liaisons pr^Tliques 
il n'ont d'autre suite que l'amour, ni d'autre nécessité que de ne 
ssdêiruire ce qui est, de ne pas changer l'esprit en inconscience, 
1 liberté en tierviuuleja joie en définitive tristest-e '. Qu'on examine 
le prb le texte de saint Paul, si éneri^ique ; n'est-ce pas bien celte 
^giiiPication de transcendance du moral sur lo physique qui est 
snsla Foi? el quelle autre cliose eût pu C^ire comptée à Abraham 
OTiinie d'une valeur plus grande que toutes les atlirmatioiis pra- 
tiques de moralilc doql une vie peut s'enrichir, sinon l'énergie de 
sentiment du a Bien tout-puissant b? En un mot, la Foi surnalu- 
alise la conscience parce qu'elle l'arrache à toutes ses habitudes de 
ÉéttiiiiJèel de pensée discursive et parce que, dépouillant la Nature 
h ses lois apparentes et les êtres de leur matière, elle va saisir au 
WiJdes choses leur àme de bonti^ par une intuition qui nous vaut 
nt'mn que la connaissance de tout le reste, 
Saint Paul ne donne pas au second u Testanient », Lfui stiCL-éda A 
Religion juive, un autre fondenienl : Taut-il donc s'élouiier qu'il 
Bit voulu synthétiser les deux religions par son énerRir|ue concep- 
liiin lie la Foi, laissant même dans ses écrits de nobles traces de ce 
llb>émligrne religieux plus fort que toutes les divisions de raôe, de 
"ciille el (le tradition *? Croire au Christ, voilà ce qui justiTie; non ta 
_loi,rji l'ahslinenee. Or, croire au Christ, c'est s'affiimer à sot-mi'me 
juele Bien, qui n'apparut jamais plus éminemment qu'en sa per- 
Dnoe, est encore plus îlieu que la causalité du Devenir; c'est, de 
3ti précise, ne pas douter que le vrai Dieu par qui tout arrive en 
! monde a pu ressusciter le Christ, en tant qu'il fut son aîné d'entre 
nis les vivants par la bonté et la vérité de son Ame '. II n'y a que 
jx qui reculent devant cettn aflirniation «: que le Possihlc. en tant 
îe Pouvoir du Dîen, égale l'Infitii ». qui n'oseront croire au noya- 
de Jésus. 



i^ip 



w.v. |E|>. Iloril.. IV. 1. a. 9, 13, tS, 19. SU, 21.) 

» vix^s.-.. lE^ itoiii., IV, a^at.) 



168 



HEVUE riIlLOSDPUIQUe 



mais de donner le dessus i des int&ntiotis privées, qui ne s 
après tout que des intèrâla, sur la Fia uQÎverselle dont nous | 
pouvons rien savoir, sinon qu'elle l'emporte en bonté sur tout à 
que nous aimons. Ainsi la Foi ne saurait aller à rencontre de ^ 
Science, à moins qu'elle ait des raolils d'une évidence encore plii 
grande que celle des axionies qui président à la Connoissanc 
rationnelle. La foi, en effet, n'est pas absiDlument exempte d 
méthode : elle se fonde elle aussi sur des asionies qu'il ne faï 
jamais perdre de vue, au premier rang desquels il faut compU 
celui-ci ; ■ qu'il n'y a pas d'autre absolu en nous que la Liberté i 
Or^ quand nous dévions de la science nous tombons dans l'erreiil 
mais quand la Foi s'écarte de sa voie propre et perd de vue s* 
axinmes elle ne peut que nous entraîner dans le péché. 11 y aun 
quelque chose de plus grave dans cette proposition ; «r Je Miracle i 
doit pasaiTiver n, que dans celle-ei : « le Mir-icle ne peut pas arriver 
Or noi^s verrons plus tard ce qu'il faut penser des raisons moral 
du Miracle- 



V 



Nous n'essaierons pas ici de justifier l'excessiviié par laquelle 
Désir humain se (ransTonne en religion, c'est-à-dJre en sentiin* 
de e grùce m et de « mtraclo », iii de la révoquer en doute. Po 
achever celte première ttude sur les rapjjorts de la GrJce et de 
Nature, il faut s'arrêter à la conclusion préparée par tout ce q 
nous avons déjà dit a qu'il n'y a point là dualisme d'Ordres >, m 
rien que Transcendance, la plus remarquable, si l'on veut, t 
puisse entrer dans notre esprit sans en violer ressentie 
unité. 

l'jâycliolûgiquenienl et selon l'acception la plus g(5nèralo, l'Ori 
consiste dans l'aperceplion d'un rapport qui ne fait que se répé 
identiquement entre des termes diffèrenis. iiussi noiiibreux que * 
voudra : ainsi les choses aperçues dans leur rapport de coexistes 
forment l'Ordre appelé « Espace &; aperçues dans leur rapport, 
succession, eties Ènrment l'Ordre du a Tein[)s d; aperçues dans U 
rapport de (Inalilé, elles forment l'Ordre de la * Nature «. Ce c 
l'on a appelé « Mécanisme s ne constitue pas un Ordre spéc 
car il n'y a point l.'i une apeiception distincte de celles f]ue nt 
venons de nommer pour unir toutes cbuses dans notre c<l 
science. 

Certes, la linalilé est un sentiment plus intL'rieur encore qua 
intiment d'êlenduc et de durée et nous nous retrouvons en 



BËCËJAC- — tA l'HIUJ&OE'HiK LE LA C»AtK 



ÎOG 



plus nous-mème dans ce fond d'aclivilé signifia p.ir le mot a: Nalure n 

que sous les formes de la repréacniaLion malhétiiatique : et pour- 

(jiii)i donc reculer devant cette conséquence que t penser les cliases 

l'est les tirer ù soi » et que « Ion n'arriverait jamais [jar voie de 

iprésenlalion matliématique U retirer quoi que ce soit du néant »? 

y a des tf purs * de rintellectualisnifî qui crient k l'anlh ropomor- 

ibisme dès qu'on veut donner quelque priorité à TArte sur l'iîlre, 

ï la Vuiiinté sur l'Entendement : mais on se demande de rjuoi its se 

8Ml donc épris et s'ils ont vUj plus profondément iiue l'obscur 

êm, quelque loi qui domine la coiiscience et quelque intuition oii 

le s'amorce. Sans doute les réactions élémentaires pai' oii !a vie, 

puur nous, commence ne sont d'abord qu'indistinctes et rien <|ue 

iDisalions Confuses; mais celte confusion même ne nous avertit-elle 

de U priorité du vouloir sur le voir'? I,a Kéllexion, qui vient 

plus l.ird éclaircir les sensations, ne s'oppose à elles que comme 

uue initiative plus grande et comme uno intervention plus directe 

"le l'auiunomie divine? 

Qu'au-dessus de notre pensée réfiéclue il y ait d'autres inter- 
veoiionsdc la Volanlé et qu'elle se fasse jour dans des états d'inté- 
rilé et d'autonomie aussi avancés par rapport à nous que nou^ le 
Kommes par rapport aux bètcs, c'est la question m^me du u surna^ 
lurel B fjite nous venons d'ébaucher et qu'il faudra reprendre sous 
's titre nouveau de i Liberté i. En nous bornant ici à l'idée de 
■^'■ilure, nul no voudra nier» mais nul n'essaiera aussi de prouver 
1"e l'activité naturajite s'étende à des ijl-uvj'cs encore plua vives que 
^Csde la conscience humaine et que l'Esprit se reconslitue, par 
^!i '"e monde de notre expérience» dans une intégration plus large 
[ilus sùro que ce que nous nommons présentement n. mémoire, 
leiidcment, etc. », Touteiois â ceux qui le croiraient de foi il est 
eniit, au nom même de la conservation de ce que nou^ possé- 
isen ncus de raison et de moralité, de parler là. d'Ordre a nou- 
Teati 1 ou d'opposer esscntu-llement ces réserves inconnues de 
Bnuheur i. ce qui nous en échoit présentement. Si la Grâce ne fai- 
sait suite à la Nature, ni dans le Temps, ni par cette large unité du 
« Progrès qui identifie toutes choses dans notre pensée, ce serait 
tfonc que tout recommence absolument au delà de la Nature et que 
da notre existence présente rien D'est assez bon pour rester sûre- 
roenl après la mort? N'e sêrions-iïOUB pas conduits par cette idée 
fanatique de la Grâce à ne plus croire qu'au néant et ne fau- 
drait-il pas lui préférer la foi positiviste au Progrès impersonnel, 
indéfini? 
- La Foi religieuse, à moias de se détruire elle-même, ne doit 

TOME LIL— laOt. iS 



170 



REVUE PIIILOSOPHIQL'B 



affirmer dans son audace d'optimisme que la transcendance, c'êêP 

ù-tlire un changement, dans les conditions de la Pensée de la Vie, 
qui s'accorde avec celle loi de « progrès continu ■ qu'il faut regarder 
comme le iTai principe naturanl des choses. Cerles, dans ces 
limites, qui voudrait s'opposer, rien que par mauvaise humeur et 
sans motif d'aucune sorte, aux chimères si habilement forgées parfl 
un Leibniz sur la vie future? Que noire moi, qui s'approprie dans" 
les conditions actuelles du Déterminisme des éléments malériels 
(dont tiprés tout la définition nous manquej, rencontre au momenl 
de la mort d'autres éléments el d'autres conditions pour se formel 
comme un résumé organique de ses expériences acquises; qui 
notre caractère, ce résidu moral de la vie, se survive dans cet orga-^ 
iiisme nouveau; el qu'enfin la cité mystique de la Qràce s'édifie de, 
tous ces êtres qui restent « nâtres b par identité d'origine et p^ 
amour : il n'y a là, si l'on veut, qu'un rêve philosophique; mais 
notre liaison, pourtant, s'y reconnaît encore. N'usant de pareilleftj 
imaginations qu'à litre de divertissement ou bien pour repousser 
moralement les visions mortelles du désespoir^ notre Raison doit] 
se poser, eUe-même^ non ces fictions, au-dessus de ce qu'on a appelé] 
ambitieusement « Mécanisme universel >. 

La Raison, eu effet, n'admet point sincèrement que la Natui 
n'ait une a (in » cju'au sens négatif de ce mot, c'est-à-dire qu'elle sa) 
hâte vers l'oubli et nous entraîne avec tout le reste dans l'incon- 
science éternelle; mais elle croit de foi humaine que la Nature est 
un n Ordre " el qu'elle a donc une k Un ï au sens positif. L'idée di 
Fin, sans doute, appelle celle d'Absolu ; et, comme la. « fin absolue >i 
ne peut entrer etrectivement dans notre conscience, nous ne con-j 
cevons pas autrement la finalité des choses qu'à titre d'hypothès&j 
nécessaire, comme nous admettons l'Un au-dessus du multiple^,] 
l'Acte pur avant le mouvement ; aussi le nom de « sentiment » nous] 
semble-t-il préférable à celui dV idée :» pour désigner aussi bien laj 
Nature que la Grùce. La Nature n'a pas besoin, pour «l-tre l'Ordre] 
que nous sentons invinciblement, d'aboutir à un état d'immobilitAj 
contraire au Devenir : rien ne nous empêche de croire que l&j 
Transcendance s'accomplit au sein même de la Nature eL que la] 
conscience se survit là même [ivec toules ses acquisitions sub-| 
slanlielles. Le Ciel n'est pas un autre Ordre que la Nature, mais 
un état où les choses atteignent leur fin naturelle et s'y absor-j 



du moi empirique, ijue nou^ craignons tant, ne doitj 
1 nous ce sentiment de « GrAce >^ qui est le fond solide ■ 
:e religieuse. Il sufOt, mais il faut que la Raison &ur-| 



BâCËJAC. — lA PBILOSOPBIE DE LA GRACE 171 

vive à notre ruine organîqae avec tout ce que nous avons pu y 
ajouter d'éternel, c'est-à-dire à la fois bon et nouveau : c'est cette 
foi au Bien et à la non-régression de l'Être qui nous promet la vie 
dans riafini. Pour s'assurer de ne pas mourir, il suffît d'avoir créé 
quelque cboae : or nous verrons qu'il n'y a « création », pour uous, 
qu'au dedans de nous-méme et par des affirmations solides de 
Liberté. 

E. RÊCÉJAG. 

{La fin prochainement). 



LA MÉTHODE DÉDUCTIVË EN BIOLOGIE 



{Suilr r'f fiiiK] 



IIL 



UlûLOGIE GÉNËRALG DE LA REPHODUCTIOM. 



Après avoir étudié la bhologie g^énérale de l'^^tre» il faudrait étudier 
celle de l'espèce; mais 11 guffil d'otiserver un instaiil la nalur« pour 
apprendre tjue le& mimbreux individus qui composent aciuellexneul 
les espèces, proviennent d'au 1res individus anlérieurs par le phéno-1 
mène de la repi'ûduclion. L'étude de la roproducliou constitue 
donc ta transition normale entre la biologie de l'ùtre et celle de 
l'espèce. 

Tout le monde a observé des cas de reproduction dans le rt-gne 
uniinal et dans le rèyne végétal- Il suflU d'avoir fait un peu de 
jardinage pour savoir que beaucoup de phnts se multiplient pa' 
hotttiti-es. l'our reproduire les pommes de terre en particulier, oi 
coupe certains morceaux de la plante, les tubercules, et on U 
enfouit : et c'est comme cela que les pommes de terre se conserve! 
depuis qu'elles ont été aduptées en Europe pour la consommation. 

Chez les animaux^ et surtout cbez les animaux inférieurs, oi 
cûAstate des phénomènes qui correspondent esaclement au boutu- 
rage des végétaux. Nous avons déjà vu qu'il sullit de couper une 
hydre en plusieurs morceaux pour que chaque morceau redoAne 
une hydre complète, et nous savons que ce phénomène de règàiét-a- 
tion s'est manileslê à nous comme une conséquence de la propriélc 
générale chez les êtres vivants, de l'existence d'un rapport entre la 
forme spéciOque et lacomposition'chimique. 

Un mode de reproduction analogue à celui du bouturage est celui] 
de la multiplication au moyen de cellules spéciales. Chacune de cesi 
cellules» spore, ouf partliénogénélique, représente une bouturf 
réduite îi son minimum de volume et jouissant néanmoins de 11 
faculté de se développer dans un milieu approprié. Il ej^t bien' 
certain que rexplicationjdu bouturage sefa donc appropriée égale-^j 
ment ^la muUiplîcaliuu par spores. 



t. Voir le numéro préci^dcni de la Revue. 



LE DAN TEC. 



LA UKTUUbE tlâ[lL'i:riVË en niOLOCllil 



173 



Il se préseole une autre complication dans la reproduction nor- 
male des animaux et de^ plantes en gcnèral, daiifi la reproduction 
par œufs fécondés ou par fjravtes; c'est que, rians ce mode de repro- 
duction, la cellule unique ciui est le point de déport de l'animal ou 
do la plLintule provient de la fusion de iIcuj: cellules dont chacune 
était, pour son compte, incapable de développement. La formation 
de ces deux cellules primitives et leur fusion dansl'aele de la fécon- 
dation constituent les phénomènes de se^uulilé. Mais, l'œuf fécondé 
qui résulte de cet acte sexuel se développe pour donner un être 
nouveau, d'une manière qui ne fHffère pas essentiellement de celle 
dont se développent les spfires ou les œufs parUiénogénétîques. 
Uonc, pour étudier Tessence même du phénomène de la reproduc- 
UoD, îl faut d''abord Tétudier dans tes cas plus simples ou il n'y a pas 
sexu;ilitê. Si nous comprenons comment un œuf parthénogèué- 
tique donne naissance ii un puceron, nous comprendrons de même 
comment ce!a est possible pour un œuf fécondé, mais nous réser- 
verons pour une étude ultérieure, la cuniplicalion due à la sexualité* 

On donne le nom û'IIérMitii h celle pailiculariié fondamentale 
(jui se manifeste dans ia mulliplicalion des êtres vivants et qui fait 
que cette multiplication mcrilt? le nom de reproduction. Cette 
particularité a de tout temps paru très mystérieuse et l'on a invoqué 
pour re\plïq!ier des proprîélés spéciales do certaines cellules spé- 
ciales. £ri réalité, l'hérédité est aussi générale que la vie; partout 
où il y a vie, il y a hèrêdiLé. Il est donc logique d'essayer d'expli- 
quer l'hérédité rfe la mèint.' manirre que la vie. 

Nous a\ons commencé la biolojfie par l'étude des êtres unicellu- 
laires; nous avons ensuite été conduits h la notion d'êtres pluri- 
cellulaireâ, par la considération de la multiplication d'uns cellule 
dont Il's bipartitions succe5si^'ei donnent naïâsance â; des éléments 
qui restent agglomérés entre eux. Donc, puisque nous n'avons 
ciini;u les êtres supérieurs que comme des agglomérations dérivant 
■1 une simple cellule, nous n'aurons pas i nous étonner de ce qui 
étonne le plus dans rhérédilé, savoir, que l'honïme ou le ver de 
ïerrrï se reproduit par une simple cellule. Un premier œuf ayant 
donné l'homme, il est naturel, s'il parait dans l'homme un œuf 
identique au premier, que Ce second œuf, dans des conditions 
convenables donne à son tour un homme nouveau. 

Sûuâ aurons donc à étudier : 1 ' Comment un LPuf. simple cellule, 
sms aucune complication apparente de structure, donne-l-il nais- 
sance à une agglomération celluSuire aussi admirablement coor- 
dcnaée qu'un animal supérieur ou un homme? C'est le problème de 
féctttutiùn individucUej et ce problème est le même, que l'œuf pro- 



I 



tr% IIBVDE PHILOSOPniQUE 

«(«WM (l'une fécondation ou soit primitivement une cellule simple 
lit .-Dnii'ïi'le. 2" Comment, dans cet assemblage de tiastis divers «^ui 
i^ouiaitut! l'animal adulte, peut-il se produire une ou plusieurs 
twliules identiques à la cellule initiale de laquelle cet animai est lui- 
tuiin-à pi-oveiiu? C'est te problème de rhérêdiLê; il est plus sm[y\e i 
truilur Jaii^ le ras de la génération agarae que dans celui lie la 
gêiiûration sexuelle. 

.Vu cuui"s d'une première approximation, nous avons M^h vu 
ijn.'AsW'i'emunt comment une simple cellule pouvait donner naîs- 
«aiico à une agglomération complexe et nous en avons dédui* 
coitjùnes lois intéressantes; il faut maintenant reprendre avec plus 
du >oin celle liistûire de l'évolution individuelle en introduisant, 
IMiui* nous guider au milieu des Yariations si complexes des élénienls 
hislolojîiques provenus de l'œuf, l'admirable principe delà sélection 
udUnvIle. Nous établirons ainsi, entre les élre& unicellulaireset les 
autinnux supérieurs, un<; relation beaucoup plus étroite que 13 
premiîire et nous trouverons le moyeUf par l'application de l^ 
mC'thode de la navette, de pénétrer plus profondément dans la coo - 
n.'iis-iaiiGe de la nature intime di-s^lres vivants. 

l'our tous les êtres unicellulaires (|ue nous savons cultive 
aujourd'hui, en liberté, dans de:^ bouillons purs, nous sûmm&^ 
Rtlrs qu'il existe certaines conditions dans lesquelles la multiplies' 
lion cellulaire a lieu sans aucun changement de propriétés» autre* 
ment dil que, dans ces conditions très précises» toutes les cellules 
d;.^rLVunt d'une cellule initiale sont rigo^treusement identiques à /^ 
f>i-i'mit-re. C'est Ik le phénomène d'assimilalion débarrassé deloutP 
t'oiuplication étrangère'; c'est le seul que nous puissions définie 
d'ui»^ manière précise et cest par lui que nous sommes forcés, sOus 
liemu «tiinprécJsion, de définir lu vie élémentaire^ même chez des 
élriM qui ne nous le présentent jamais sans complication super- 
piwéc. Ju ne suuraÉs trop insister sur cette remarque qui est la base 
s\if liMito la Biologie, 

Truiluihiins ce phénomène dans le langage courant : La vie êlé- 
uwuilulrts manifestée sans complication étrangère, se traduit par 
Vh<iriU*U* abo^uf, puisque tous les descendants d'une cellule initiale 
nnli, ail aucune cause de trouble n'intervient, reçu eiactement en 
liiHUtitl'' '"-'M propriétés rigoureuses de l'ancêtre. 

I. Iw III) i'iiniUt('rL< pas ciimme une camplicaiian élraiigire le phAnoniÈite mor- 
)ikttlv»)|li|>iti )!•( illvj^iiiti cellulaire qui act^ampagnu loujniirs rassiinilalrôn. maig 
hit«*i' HtlMt'l cfi iiliéiiûinî'^ne en lanl que pliénonnêne chimique. Je veux parler 
%»tt>ï'liiti|U ilii» (;uiii]>lîcalian'^ qut sonl austcplîblcâ de masiluer la vraie nnlui-i* 
9ktUJi(>(>l» ili' l'nHsliiiilalii'n. 



I^ DAKTEC, — LA MËTHOn^ DÉOIJCTIVE EX BIOLOGIE 175 

Nous sommes dune amenés à considérer vie L^liimcnlairÉ tnani- 
ffsU'e et hrridité abnulue comme des choses inséparttfilci, et cela est 
encore plus vrai que nous n'aurions pu le croire d'abord puisque, 
jous l'avons vu précêdement, les comfticalions étrangères donl je 
riens de parler sont, en réalité, des plîènomclînes tion vilau.c, des 
lainileslalions des propriétés des substances vivantes dans des cir- 
constances oii ces substances vivantes se comportent comme des 
substance* brutes; en un mot, ces cumplications étrangères sont 
lies phéuctnènes de destnœtion inoîeJcuïaifc, c'est-à-dire te contre- 
pied du phénomène d^a^sîmilation. 

D'où nous pouvons conclure que, si les phénomènes purement 
vitaux se manifeslaient contlnuelleraent dans la nature, sansl'inter- 
veation des causes destructives étrangères à la vie, rtiérêdité abso- 
lue serait la règle; il n'y aurait pas de variation. 

Mats d es( facile de voir que ceEa est impossible; par suite mémo 
de la vie élémentaire manifestée daJïs toute sa pureté, les conditions 
[rêUisées dans les milieux où se poursuit cette vie élémentaire ch<xn~ 
Jfflit. Je ne m'étends pas ici sur celle question que j'ai déve]oppée 
iiUeurs. Dans la nature, la vie élémentaire manifestée ou condi- 
lion fi" 1 alterne toujours avec des phénomènes de destruction ou 
de condilion n " 2; le plus souvent raâme, il y a superposltlou de la 
condition n" l et de condilion n" 2, c'esl-à-dire que des facteurs 
elrangers interviennent pour détruire partiellement les substances 
vivantes au fur et à mesure qu'elles se produisent. Il en résulte, 
comme nous l'avons vu précédemment, d'incessantes variations 
■/UdfifituJiues, 

tes variations quantitatives se produisent en particulier au cours 

deTévolulion individuelle d'un mOtazoaire et c'est â elles que nous 

devons de voir se former ici un muscJe, là un cartilage, là, un ni:^rf, 

i}uoti]t)e tous ces éléments hislologiques si dilTérenls, descendent eu 

droite ligi]e, par bipartitions successives, d'un ancêtre commun, 

fiantdonnée la cûinpleNÎté inouïe qui résulte de ces variations, le 
problème de l'évolution individuelle est loin d'être simple. On com- 
prend cependant que si un oeuf, se développant dans des conditions 
données, a donné un poulet, un autre œuf identique, se développant 
dans des conditions identiques donne également un poulet, car, 
avec le même point de départ et les mêmes conditions d'expérience, 
il est naturel que toutes les mêmes vicissitudes, si étonnamment 
complexes qu'elles soient, se reproduisent dans le même ordre et 
comme conséquence naturelle les unes des autres. Si donc nous 
comprenons comment ua œuf identique à Toauf initial peut se pro- 



pmUMOPHIQDB 

. le fnUtoie de l'bérédilé ne noas pant 

k pnblème de l'évolution individuelle 

Jr iaïvtère. Comment, d'un œuf qui n'a 

, et par une série de variations dé$ord 

snt coordonné que le poulet peut 

^«Mt-â exister dans la nature un corps doué 

• sit jrqnelque chose qui dirige la productioi 

i ■lini lleuse ? 

it, grâce àla sélection naturelle, les val 

tonnées; ou plutôt, si elles sont dérordi 

)iat de vue du résultat obtenu, comme 

kt- >r Uement dirigées en vue d'un but détem 

i<»ivtuttat qui, merveilleusement expliqué par 1 

OLvec un raisonnement d'une simplicité extt 

»4»i>4vaDt d'avoir seulement changé le nom de h 

kvutr remplacée par sélection naturelle^ pour pk 

Àii^. .orit' auvent ailleurs.' de l'admirable principe de] 

i-^L- pas y revenir ici. D'ailleurs, son auteur n'a 

Ikiueraux éléments histologiques au cours de 

■uiutii'tf et j*ai montré que, s'il avait eu l'idée de le 

^ Joute devenu Lamarclcien. La sélection naturelle 

Ne et, sans aucun développement, nous alloi 

■ t Ofi; 'tans l'évolution de l'individu. 

.t< Lit[.viriitions qui conduit de l'œuf à l'adulte est 

\iud suite très complexe de variations quantitati\ 

■ ^uaiitiEatives ne sont pas livrées au hasard; elU 

'»ii»nt. ijéiorminées par les conditions réalisées en 

^.-.Ijim'-ration cellulaire provenant de l'œuf, et cet 

-■• tloijx. natures; d'abord, les conditions extéri 

'!'.>iis qui, dans le cas des animaux supérieui 

, ji vific?!' peu, sans quoi l'embryon mourrait; ensi 

. uiWrioures : ces dernières conditions dépendent à 

tUv ta iJriicture générale de l'agglomération au momen 

1.1 struclure générale de l'agglomération à ce i 

>.uJit>dc ce qu'elle était un moment auparavant et i 

.^ .,. M «rvuioolant jusqu'à l'œuf. Ce sont donc les propri 

^,^ .^1^ ttaïas des conditions extérieures données, dirigent 

^jJi^ipiB^iies du développement. 

^^^^ynhilons ex térieures constituent ce qu'on appelle l'éc 

l« */ Darwiniens, Paris, Alcan, 1900. 



LE DANTEC. — LA MÉTnODK tlÉDCCTlVE ÏS DIOt.OCIE 



177 



sens large; les pi-opriétês de Tteuf, ce qu'on appelle riiérêdilô. 

' développement est donc le résultat de l'héréditil'etde l'éducation; 

BÎ l'éducalion est coQstanlQ pour tous les êtres d'une espèce (ioeu- 

itioTi normale des œufs de poule par exemple), c'est donc riièrêdilé 

Bulequi peut être considêrt'e comme dirigeant le développement 

, ccmme produisant les dilVérences individuelles. 

Est-ce à dire pour cela que celte îidmirable coordioatian du pous- 
jjùa Suit une conséquence directe des propriétéb de IVpul' de poule, 
ue chaque complication du mécanisme du poussin soiL en quelque 
Drle prévue dans Tœuf, et se produise du premier coup, sans 
ItonnenaenL? Cela est possible assurément^ nous verrons mâme 
\m les pliênomènes du déveluppement doivent être considérés 
fcns quelques cas comme absolument continus, et comme ne pré- 
BDtant jamais de production inutile appelée à disparaître; mais si 
elaestuinsi actuellement, aujourd'hui que t'hcrvdité sVsî ttc pltis en 
iiiap^-écisêe au cours d'une grande suite de générations, nous avons 

droit d'admettre, pour comprendre comment s'est réalisée celte 
Ehnsfi merveilleuse, qu'il n'en a pas été de même de tout temps el 
|i)u"il a pu se présenter autrefois, dans l'évolution individuelle de 
Brtaines espèces, des sortes de l;Uonnemenls^ des adaptations suc- 

sives avec destruction de parties préexistantes, un peu comme 
Ella lieu aujourd'hui pour les espèces qui présentent des niéta- 
norphoses. 

C'est la sélection naturelle qui va nous faire comprendre cela. 
Supposons une espèce en voie de progrès, c'est-à-dire dont l'héré- 
iilHétertnine seulement en partie révolution individuelle, certains 
wfectionnemciits de la conslituliûn de VùXVù étant encore dus à 
^'acIioD directe des conditions de milieu; supposons même une 
spÈce dont t'hérédiié est encore assez rudïmentaire pour que Tédu- 
iition ait une énorme influence dans révolution individuelle'. 
Qu'arrivera- l-il ? La coordination de l'adulte * n'étant pas complêle- 

enl prévue dans l'hérédité, il se formera, au cours de l'évolution 
^individuelle, un grand nombre d'éléments inutiles à celle coordina- 

QO; les variations successives des éléments hlstologîques issus 
'^ l'œuf seront tout à fait désordonnées. maisl''oydre s'établira naiu- 
f filment. 

En effet, cette évolution individuelle, cette série de bipartitions 

. '■ ■^uîrpmonl dil, une espère tjui, s'ôtanl développée jiisqiie-iù i]niis «(es con- 
JO'iimt iluiiiiL'e-i^, est aniunée t se dévtLopper tians îles coriilillgos nouvelles; 

"O«ïallon joue aiat^i un rôle bien plus considératjle. 
^ **J'?nlrnda 1a coordinatioit (lêcetsailFe pouf asSufer le renonvellsmenL du 

Hwlieu iiiiéficur ilans les conditions &p«cl(llej ûil QOUS nous plaçons el où l*Èdu- 

^"On 4 guB itnportiincc priinordJalc. 



ITS 



REVUE l>HtL0SO^HIÛUE 



aL'compagnées de variations, qa'esl-ce, sinon le rêsulUiE de la vie 
élémeiilaira manifestée Ues éléments histologiques; mais cette vie 
élémentaire manifestée des éléments hîslologiques ne peut se con- 
tinuer qu'autant que la coordination de Teasemble de l'agglouiéi'a 
lion assure le renouveUement du milieu intérieur; si donc il s 
produit des élémeinta inutiles ou nuisibles à C€Ue coordination, d 
lieux dioses l'une : 

Ou bien la coordination sera détruite, la vie cessera et révolutioi 
individuelle aussi; tous les éléments histologiques seront cundamn 
à, la mort élémentaire, c'est ce qui arrive très souvent; il ne Tau 
pas croire que» dans la nature, tous les œufs viennent it bien quan 
ils se développent dans des conditions nouvelles pour l'espèce; 

Ou bien, le renouvellement du milieu intérieur s'elTecluern néan^ 
moins, par le moyen de Tactivité des éléments coordonnés et alors 
les autres éléments, ceux qui sont inutiles ou nuisibles h la coordi- 
natiouv seront éliminés naiurellement par la sélection naturelle, de 
aorte qu'au Lout iPun asse?. grand nombrg des générations passées 
dans les mêmes conditions de milieu, ces éliminations se répétant 
constamment de la même manière finiront par être réglées par un^- 
hérédité de plus en plus précise^ ainsi que nous le verrons lors de 
lV4ude «le rtiérédité des caractères acquis. 

A une évolution se faisant par (àtonncmenta avec adaptation pn 
gressiveàdes conditions nouvelles, succédera, ô M longue, une évi 
lution parfaiiement précise et adaptée d'avance à ces conditions. Et 
ceci se continuera jusqu'à ce qu'un nouveau changement dans les; 
conditions de milieu entraîne la nécessité d'une modincation nou- 
velle dans la coorJination. modification nouvelle qui deviendra 
héréditaire à la longue, et ainsi de suite... 

On peut énoncer d'une autre manière le râle de la sélection natu- 
relle entre les tissus au cours du développement dans des conditions 
nouvelles pour l'espèce. J'ai exposé ce raisonnement ailleurs et Je 
n'y reviens pas; il conduit par une nouvelle méthode & la loi d'assi- 
milation fonctionnelle. (Voir Lamarckiens et Dani'hiiens.) 



Ces raisonnements rapides ù(.i\j^ permettent de concevoir d^ 
comiDent l'évolution individuelle est, chez les espèces bien adaptées, 
presque complètement dirigée par l'hérédité, c'est-à-dire par l'ea- 
serahle des propriétés de l'iHuf. Mais ce n'est là, que la première partie 
du problème; nous avons maintenant à nous préoccuper de ce qui 



LE DANTEC. — LA SIÉTHOUE IJÊDCCnVK BK BIOLOGIE 



179 



institue rhéréclilii prfjpreineniL dite, savoir le fait que, dans un être 
Ijlurieellulaire provenant d'un œuf, il se produit un on plusieurs 

éments identiques à l'œuf duquel est provenu l'être considéri' lui- 

\ime- Cette question parait fort compliijuée au premier abord, cai* 
variations quantitatives qui conduisent aux divers tissus semblent 
lolumenl désordonnées ou, du naoins, nfi paraissent réglées par 
sélection naturelle qu'au point de vue de la coordination qui 
ure le renouvellement du milieu intérieur de l'être. 
Sous avons été amenés précédemment à considérer les propriétés 
èlres d'une esptce en général et des cellules initiales de ces 
es en particulier, comme pouvant se représenter par des coefli- 
mbî quantitatifs, dont une série caractérise complèteutvnt un indi- 

îdu de l'espèce donnée. Nous devons donc concevoir le problème 
rWïèdité de la manière suivante ; Peut-il se former, doit-il se 

■rmer naturellement, dans un être provenant d'une cellule carac- 

isée par des coelficients donnés, une ou plusieurs cellules ayant 

iactemeot la même série de coefficients que la cellule initiale d& 

'fltre?llest évident en effet que, si cela a lieu, chacune de ces 

tellyles, isolée du corps de l'être et placée dans des conditions con- 
i, reproduira un être identique au premier. 
On peut concevoir de diverses manières l'esistence d'une ou de 
uiiieurs cellules identiques à la cellule initiale, dans le corps d'un 

Ire vivant. Premièrement, il peut n'y avoir eu dans le développe- 
nt (le l'être aucune variation quantitative, mais seulement des 
rialicins apparentes ou variations purement morpliolofftques; alors 

s'importe quelle cellule détachée du corps de l'être reproduira l'être 

m enljer. U est évident que si cela a lieu ce n'est pas chez les 

* supérieurs dans lesquels les différents tissus se distinguent 

'■fitemenl par des caractères qui ne sont pas seulement morpho- 

deuxièmement, on peut se demander si, parmi toutes ces cellules 
^"■Ifant de bipartitions successives et soumises ;'i des variations 
''t-^j-données, quelque^î-unes ne sont pas iniranileuscincnt respec- 
«■^s par la variation au point de se multiplier telles quelles au milieu 
^ 'issus dilïérenciéa et d'arriver ainsi îi constituer des éléments 
^l'i'oducteurs identiques à rêlêment mitial. 
^■p^ esit, indépendamment des particules représentatives, la 
^*'^He de la continuité du plasma germinatif de Weissmanu. 

'^ est évident que celte conservation de cellules intactes au milieu 
"* Cellules variables aurait quelque chose de miraculeux; on ne 
^P'i([ue d'ailleurs, quand on l'admet, que par un ratsounement 
^■^logique qui suppose une providence désireuse d'assurer la 



180 



riKvuE miLosoriiiQOR 



jt 



reproiJuclion ; nous nç nous y arrêtons Jonc pas, d'autanl pluâ qui 
les faits ne vérillcnl pas cette liypothésc. 

Troisièmement, on peut considérer tous les éléments du corp 
comme subissant des viiriations et admettre r^ue, eni^uile, quelques 
uns de ces éiéments, se trouvant placés dans des cii 
spéciales, retournent au type de l'élément initial sous l'intlueac 
de conditions locales. C'est celle Iroisii^me hypothèse qu'il fat 
examiner avec soin. 

Elle paraît au premier abord Jjîen peu vraièemblalile- Les coefFJ- 
cients caractériâliques d'une cellule sont quelque chose d'êmine»?- 
ment dL'Iicatel précis. Songez donc qu'il y a des dilTérences quûnt/- 
talives entre les o-ufs de deux poules différentes et que ces ditTûrenccs 
quanlitalives doivent représenter les diirérences qui exislenl entre 
les deux poules elles-mêmes! Kt cependant, nous voyons bien que 
les poules peuvent transmettre hérédilatrement à leurs petits leure 
qualités individuelles, quoique les tissus de la poule soient OmineTQ- 
ment différenciés. Comment se fait-il. si des variations quantita- 
tives sont intervenues dans toutes les lignées cellulaires au point 
de fabriquer des muscles, des nerfs, etc., que dans un endroit 
spi'-cial de rorganisme il puisse se produire naturellement un élé- 
ment ayant de nouveau exactement les coefficientâ de la cellule 
initiale? 

m nous nous en tenions a l'étude de la poule, nous aurions bien 
des chanceâ de ne pas nous tirer de ce pas difficile; commencoDs 
par deâ ca,s plus simples ; 

Les E/iijotiias sont des plantes bien connues de tous ceux qui" 
s'occupent de jardinage; elles sont célèbres surtout par leur grande 
aptitude h la reproduction par bouturage. Un jardinier habile peut 
multiplier à volonté ses bt'gonias en se contentant do mettre sur de 
bon terreau, dans de bonnes conditions, de petits morceaux de 
feuilles d'une de ces plantes. 

Or. les boutures ainsi faites avec de petits amas de celluk*s 
pris en un point quelconque d'un bégonia ont la propriété non 
Bulement de reproduire un bC-gonia, mais encore de reproduire 
3Ï1 bégonia idvntiqui'j comme qualités individuelles, a celui qui a 
fourni le petit morceau de feuille. Autrement dit, le nouveau 
bégonia obtenu aura les marnes coetTicients caractéristiques que 
celui duquel il provient. Et cependant^ le premier pouvait être 
venu d'un œuf, le second est venu d'une ou de plusieurs cellules 
diffémiU-M deTceut. N'y a-t-il pas 1^ quelque chose de contradictoire 
avec notre conception des coefficients quantitatifs déterminant 
l'individu ? Une analyse superficielle pourrait le taire croire, maïs 



LE DANTEC. — LA UÊTIKIDE HÉDUCTIVE KM BIOLOCIK 



181 



en y réfléchissant bien on trouve dans cette apparente coitlradic- 
tiiii) uneiJèe neuve, et intéressante. 

Nous avons àéjh été amenés pruicédemment à concevûlr Vnnité 
tpccifujue A'im être, c'esl-ii-dire à nous rendre compte que, malgré 
les JiffiTentes coi isiik^ râbles existant entre ]es tissus, tous les tissus 
d'uQ codion sont de l'espèce cochgn. 

Xuus sommes conduits maintenant à quelque chose do plus 
précis ; non seulement tous les tissus du Légonia sont de Tespèce 
bégonia, mais encore, dans toute l'étendue de la plante, Us portent 
kiiiTncti-i-ifiiiqtie ■iiidiviiluelle^ cflracltrisliquB qu'ils manifestent 
en iu montrant capables de reprodaice un bégoniii identique à celui 
tuiuel ils itppartiennent- 

II y a donc ijtwîffui^ chose Je cûmmun h tous tes éléments si divers 
iJ'uubét'unîa, et ce quelque cliose de commun est précisément ce 
gai nous a permis de parler, assez conrusèment d'abord, du rapport 
dera composition qualitative à la l'orme spécitlquo, puis plus préci- 
(étamt ensuite du rapport de la compuyition quantitative b. la l'orme 
iuJiviiiuelle. 

Ceci, nous le constatons expressément cliez le bégonia; nous 
pourrions diro la même chose pourl'hi^dreel pour tous les animaux 
«Jltiriênrs qui se reproduisent par petites boutujes; mais nous ne 
îiiGriûQs le constater chez le poulet, chez le chien ou chez l'bornme 
«U'iamais, avec un morceau de poulet on n'a pu reproduire un 
pcuiet. Cest donc; en introduisant une hypothèse, qu'il faudra véri- 
fier ultérieurement, que nous admettons l'existence de quelque 
chose de commun ù tous les éléments histologiques d'un poulet, de 
ipidque chose qui caractérise tous les éléments hisloloyiques d'un 
poi}la par rapport aux éléments correspondants de n'importe quel 
jUtre poulet. Ce quelque chose de commun, nous l'appellerons le 
JwfWmoijie îiértîditaire dos éléments histologîques d'un même 
individu. 

Nous pouvons rem:arquer immédialemenl que l'existence de ce 
patrimoine héréditaire a, en même temps, quelque chose de prévu 
tt *|iie!que ciiose d'irnprêvu. En elTet, tous les éléments histolo- 
Çnjues d'un même être dérivant, par bipartitions successives, d'ua 
iDéme K\it\ i] est naturel qu'ils aient en commun quelque chose qui 
naiique aux éléments histologîques composant un autre être et 
Mrirant d'un autre œitf. Mais d'autre part aussi, puisque c'est par 
ionA quHniitatiws que les éléments histologîques arrivent à 
r les uns des autres, on peut se demander comment ces 
ioné qnrtniUalives respectent un caractère quaniUal'if qui 
iQun k tant d'éléments divers. 



183 ~^^^H~ »BVI1£ fniLosoi-HiauE 

Ceci paratt an premier abord paradoxal el nous voyons dïéjîi conr «jî 
bien nous avons eu raison de laisser dans le vague lu dêleriuiDalio» 
des éléments mensurables riue représentent nos coefflcienls quanti:; 
Latils, puisque, dès h préseiil. dou& concevons qu'il peut se produii 
au moins deux, espèces de variations quaoliiatives, indépendant* 
l'une de l'autre, la variation individu qui diOTéreocie un individu 
son voisin et ta variation tiasti qui diiréreneie les divers tissus d'w' 
môme individu et leur laisse en commun le caractère iodividueL 

L'élude de l'hérédité des caraolères acquis nous permettra ■ 
préciser celte nolion et de montrer, en même temps, le bien fow^^ 
de notre hypothèse, mais nous pouvons déjà concevoir commen^ /;; 
se IbiL que le caract'l-re quaiUitatil individuel reste commun à to^j 
les L'Iéments histologiques, malgré leurs différences. Nous avons "^-, 
en elTet, comment la sélection naturelle, guidée par la nécessité di 
la coordination (sous peine de mori)^ adapte chaiiue tissu à sa fonc-j 
tiou au cours de l'évolution individuelle, el ne laisse subsister qu'un 
muscle là oii il faut un muscle^ qu'un nerf là où un nerf est tittleatij 
renouvellement du milieu intérieur. Ne pouvons-nous pas, quoique] 
plus vaguement d'abord, considérer aussi commû une causa d^ 
sélecLion naturelle le rapport de la forme individuelle à la cot 
position chimique'' Autrement dit, puisque telle composition chîJ 
mique entraîne i'alalement telle forme d'éiiuiiibre, ne poavons-nou( 
pas concevoir que, réciproquement, telle fûrrae d'équilibre du corf 
entraîne la nécessité de telle parLicularité de composition chimique 
dans tous les éléments qui la constituent et i]ue ce iiatrimoif 
hvvvditairc commun à tous les éléments du corps soit prêciséinenl 
condition d'adaptation à la vie dans ce corps? On concevrait aloi 
que la sélection naturelle fit impitoyablement disparaître tout éH 
ment qui, par suite d'une variation dans le patrimoine hérédîtairt 
ne serait plus adapté à la vie dans le corps ctjnsidéré. La sélectit 
naturelle entretiendrait donc l'unité de composition dans l'indixidi 
Ceci, nous le pressentons seulement maintenant; l'étude de Théi 
dite des caractères acquis nous permettra d'approfondir ceti 
manière de voir. 

Avec riiypollièse à laquelle nous venons d'être conduits, la ques 
lion fondamentale de riiéréditéest bien facile à résoudre. Dans 
bégonia, quoiqu'il y ail des éléments reproducteurs spécialisés, 
morceau quelconque d'une feuilîe est capable de reproduire 
bégonia. Ou'esl-ce que cela veut dire'? Il y a là deux clioses dis 
ItDcleâ : d'abord, la prcfpriété qu'a ce morceau de feuille, en vei 
de son palrimoine héréditaire, de ne pouvoir faire partie que iVmH 
ajfglomcration cellulaire ayant la forme et les caractères du bègouii 



184 



HKVLE t^HlLOSOPHIQL'K 



dilê des caractères ncffins va nous parailre toute simple, 
qu'est-ce qu'un caractère acquis? C'est quelque chose ^ 
rorganisme, n'était pas prévu par l'héréciitè; c'est une iti( 
de l'orpariisme causée par l'inllueDce directe des condition 
rieures. It est bien é\'îdent n priori, que lous ces caractère 
pas acquis aussi profondément par l'organisme; les uns t 
gers, L-ê sont des caractères apparents» n'enlrainanl aucm 
cation réelle dans la structure de l'être et disparaissant ;- 
disparaît la cause extérieure qui les avait dèterniinés. T'" 
bure ilu dos d im homme sous un faix; elle disparaît . 
Ces caraclt-rea ne sont donc pas» à proprement parle 
lères ac(ft(is. Il faut réserver ce nom de caractères acqn 
lications définitives, à celles (jui ne disparaissent paî^ 
qui les a produites. C'est seulement pour ces caractèt 
acquis que se pose la question de savoir s'ils sontsu*' 
transmis hértl-ditairetneiit. 

Mc-me dans ces caractères réellement acquis^ U y 
tion il faire;, tous les caracltiTes ne sont pas acqui 
eu ce sens quil peut y avoir des caractères locaux 
généraux. Et cette dernière affirmation semble 
cord avec ce que nous avons dit plus haut, i"! pr 
phoses, par exemple, h savoii (]ue l'oreanlsm 
que des modifications d'ensemble; mais la conir 
parente. 

Supposons, en effet, que nous coupions uu " 
Suivant l'espèce â laquelle appartient Is fu;. 
mènes consécutifs ù la muLilalion seront dilî' 

Si ranimai est un triton, paresemplCi la |i . 
et nous verrons aiusi t]ue le caractère ré- 
n'est p-is (tcquis, puisqu'il disparait pai 
membre coupé, dès que réquilibre total d' 
se rétablir. 

Si l'animal est un liomme, au contraire, ' 
sera pas. Faudra-t-il en conclure que le i 
ment différent dans les deux cas'.' Non- 
rences qui existent entre les diverses > 
vue de la régénération des membres, - 
sifitelette dans ces diverses espèces. S^- 
le triton, cela prouve que, malgré \'v\ 
qui semble fixer la forme de l'organ. 
saurait être une forme d'équilibre 
forme normale, absolument comme 



LE DANTËC. — LA HfimOIlB UÉUUCTIVE EN BIOLOGIE 



18S 



squelette De joue i|u'uii rOle secondaire dans la conservation de h 
forme du corps; il est sous la dépendance de celle forme pluli'it 
<|U*ell6 n'est sous la sienne. Chez l'homme, au contraire, la forme de 
manchot est une forme d^éiiuilibre possible et durable. Pourquoi? 
Crtivez-vons que» brusquement, par rablûtîfin du bra,Sj il se fiiil une 
modllicaCioii générale de l'organisme, telle que tous les élémenlâ 
hisiologiques du corps aient pris un nouveau patrimoine Itérédi- 
Itirtf coriespondant à cette forme de manchot? Croyez-vous qu'il y 
ait dans [out le dirps un nûu%eau caractère chimique qui rende 
faUaie celte forme d'équilibre désymélrique? 

N'est-il pas bien iilus vraisemblable d'admettre que le squelette ' 
résistant et non plastique est hn-même, chez l'adulte, une des 
causes eflicientes de la forme totale du corps et que les parties 
molles, quoique guidées elles-màmes dans leur morphologie par 
leur patrimointî liéréditaîrc, n'en épousent pas moins, d'assex près. 
la forme du squelette qui leur sert de charpente? 

Si vous faites une bulle de savon^ elle sera spherique dans l'air 
libre et se déformera au contact d'un grillage solide (expériences de 
ï'Jateau), dont elle épousera plus ou moins la forme i[uoique conser- 
tunt sa propriété d'ètro sphériquesi on la dégageait de ce sque- 
telle. 

Eh bien, l'homme correspond îi. une lîull9 adaptée à un grillafie 
donné ; si on modibe le grillage, la forme de la bulle change; si on 
coupe le bras h l'homme, on lui enlève un peu de son squelette et la 
Jbrrae de l'homme change. 

Il pourrait donc y avoir chez l'homme un caractère acquis réelle- 
ment local? Pas le moins du monde, si l'on y rélléchit bien, et la 
compar-iisoti prL'cédenleaveG les bulles à grillage de Plateau, nous fait 
jirvcisêfnenl contprendre que te sq^ielettc doit cire cotisiddré comme 
uWtfKC flt(}sc 'l'éti-anijei- n t'hoiiirne, comme le grillage est étranger 
la bulle, tîi donc la propriété d'être manchot est un caractère 
oc-al. ce n'est pas un caractère acquis au frens que nous avons 
élini plus haut- Nous appelions en efTet caractère acquis un carac- 
frro réalisé par rinduenco directe d'une cause étrungcrf ù Vlioimufi 
t persistant après que cette cause a cessé d'agir; or, dans l'homme 
lant-'hol, la cause de la mutilation /ipj'.sîsfo; c'est l'ablation du sipie- 
*Lte (lu bras. On ne peut donc pas dire qu'en devenant manchol. 
tiommc a acquis un ciiraclère local. 
El «ncnie, nous voyons aisément que nous ne pouvons plus con- 

1^ iVnlvDds nA(iir«IICJi)cnl par si]iictcUia loalca les pnrlica rcsiâlnncc:; rorwÈC!* 
le anttï t40C<'5 non vivanlcs, lanL dans Ivi oa >|ii4.-1i;ï CenrJuns, iri^nilirancs, i?lc. 

TO»c LU. — l'JOt. 13 



186 



ItKVUS PUILUSOPHIQUE 



cevoir qu'un caractère acquis soit local; il peut y avoir des câusea 
locales de modifications inorpliologiques, mais les modillcatioEis 
li:»c;iles ne peuvent persister, en dehors derinllueDce de ces causes 
locales, qu'autant i]u'elles ont entraîné une loodification tjenerttleàe 
l'organisme, modification générale telle que, la cause locale dispi- 
raissant, la forme d'équilibre de l'organisme conserve la inoJifiM- 
lion iocale réalisée précédemment. 

Autrement dil, étant donnée l'idée que nous nous sommes liil 
du rapport de Is. l'orme indivîduetle à la composition chimique, c'est' 
à-ilire au patrimuinc hérMUalfe, nous ne pouvons plus coûCMûi 
qL,!i'un caractère soit réellement acquis s'il n'est pas iuscrit flarsiej 
patrimoine héréditaire. Kt cette série de raisonnements ne ncu 
prouve, pas qu^il pui.sse se produire, dans la nature» une rtelli 
acquisition des caractères pur un organisme; elle nous prouve 
seulement que, si un organisme acquiert réellement un caractère, 
au sens que nous avons défini plus liant, ce caractère ser» par là 
même inscrit dans It? patrimoine héréditaire et sera, pur em- 
sd'iiuenl, transraissible aux descendants de l'organisme en >pes 
lion. 

11 est bien certain que nous pourrons toujours nous tromper, p&r 
l'observation directe, en admetCant qu'un caractère est récllemmt 
itcijHis par un organisme, puisi|ue. conime dans le cas de l'iioinm^ 
manchot, il pourra persister telle cause efficiente, élrant'i>re * 
l'organisme, et que nous ignorerons. Mais en revanche, nous M 
nous tromperons pas si nous constatons que celte modification ■esl 
transmise héréditairement. Alors nous serons sûrs que le caraclère 
en i|uestion u été réellement acquis par l'organisme, au sens pn'ci-' 
i|Lie nous avons défini plus haut, c'est-à-dire qu'il s'est fait daiifiU 
composition chimique générale de l'organisme une modiQoitiOO 
générale qui a rendue fatale la nouvelle forme obtenue, en deh 
de Taclion de la cause étrangère sous rinfiuence de laquelle e!i 
avait été obtenue d'abord. 

La question importante est donc pour nous de rechercher si, 
réellement^ il peut y avoir dans la nature, transmission héréditaire 
d'un caractère acijuis'. Or. it suffit d'observer attentivement pour 
s'en convaincre. Seuls Weissmann et son école ont nié ta transnù 
i*;bili[é des caractères acL|uls, parce que leur système d'jntiTprë 
lion de rhèréditc ne l'expliquait pas. 



1, Que ce sOit en ^énùralioii a^nuie ou en (jcncratiun ^vxuclli;; nous vern 
en eITtiL plus loin, que dans le$ css de s«xiiallii^, inlervient sculeniCTit iin« 
plietilion qui iiùi que le cnra>^lL>re acquis par un parent csl IraEistnis^ible mi 
vann que sa lran£>inïssion sotl falnle. 



LE DAHTEC. — LA MÉTHlllIE DÉUCilTIVI-: EN BIOLtlCJE -187 

Or, après les raison ncnienl s rjue nous venons de faire, l'observa- 

lioD (Je la tratismission d'un caracrière acquis pn^sentô un intêrCt 

uipUaL Elle nous donne en elTei In. preuve n pu$tefion de cette 

nnitéAè cûmpoâilion de l'individu ijue nous avùiig admis d'abord 

ïfec- quelque raison mais aussi avec une part d'hypoliièse. El non 

lUlemenl elle nous donne la preuve de cette viïriLû fondaiiiontolo 

le, dans un organisme issu d'un œuf, il y a un patrimoine 

Wrdlinire commun A lûus les éléments du corps, patrimoine héré- 

liitaire ijui représente ce que nous avons été appelés à considérer 

jwdêbul. d'une manière assez vague, comme la composition chi- 

ique générale de ce tout si hétérogène; non seulement nous 

mrjes certains maintenant que ce patrimoine héréditaire est en 

"ïliEion directe avec la forme générale de l'individu, ce qui étend 

■I ■ lièremont te rapport de la morpholDgie ii la composition chi- 

H.j'abord établi chez les pratozû;iires,â la suite des expériences 

liemerotomîe; mais encore, chose tout à fait imprévue, l'observa- 

liornjei'hérédit»^ d'un caractère acquis noua démontre que si, sous 

linHuence de conditions étrangères â l'organisme, cet organisme 

"i]niert une modilicatlon réellement indépendante de ces conditions 

iJlnn^ères cl persistant après leur disparition, la modîficalion 

QÎse, même si elle parait locale, csi aénvmlc. Autrement dit. le 

loiniî héréditaire est modifié, ce qui était ccitain. puisqu'il 

^■-11 relation directe avec la lorme individuelle, mais il e$tmodifiét 

"fctt même manièt'â, dans tout l'organisme. 

En effet, le quelque cliose de commun à l'ensenildû du corps a 
à\s^a en tant que caractère commun à. tous les éléments, puisque, 
*Mï cota, la forme générale du corps lîVurait pas changé; mais il 
pourrait se faire que ce caractère eût été conservé dans certaines 
JMrtie» du corps, remplacé dans d'autres, par un second caractère 
dïH'i-nia^ dans d'autres encore par un troisième, et ainsi de suite, 
■!-J-dire que Tensemble du corps ne présenterait plus cette 
.1 j^énéité de slruclure caractéristique d'unétre provenant d'une 
cfiJulé. Si cela était, la forme nouvelle du corps serait-olle hérédi- 
Utre'' Év'nieinmeni non^ car si celle forme noui^elle résulte d'une 
Juxlapo^itîon de parties hétérogènes, caractérisées chacune pour 
son compte, par un caraclêre commun, ce caractère commun ne 
iJélârnitnc (>as à lui seul la forme acquise. 

AotnîmeDl dit, si l'on détache du corps ainsi modifié, divers 
norci*-au^ cap-nbles de se reproduire, ces divers morceaux, doués de 
rimoînes héréditaires Jillérents, donneront naissance h des êtres 
iffirenis dont aucun ne produira le caractère acquis par le parent, 
puisque l'observation nous onseigno que les canclères acquis 



188 



RK^UV. PUILO!iOP1IIOI:e 



peuvent être héréditaires', nous serons obligés Je penser que, dans 
tous les cas oîi ils le sont, ils ont èlé acquis por le parent d'une 
raaaîëre Itomogéne ; autrement dit, que TiDdividu, déterminé avon^ 
l'acquisition dû ce cataclère, par i:|iie]que chose de commun à toi 
les éléments, aura été remplacé par un aulie individu, égalemei 
déterminé par quelque chose de commun à tous ses éléments. 

Gnlce h notre série de raisonnements» nous pouvons donc tirer 
Tobservalion de l'hérédité des caraclères acquis, la démonslratic 
de ce fait que l'utûir de ranimai n'est pas seuleincnt congânilaU 
mais peut aussi èire modifiée dans Éon eiisemlile sans cesser 
présenter le caractère d'unité. 

Et ceci montre le bien l'ondé d'une hypothèse, faite plus haut' 
passant, savoirque, si h composition chimique déterminait la lorr 
individuelle, la forme individuelle pouvait au*si être considéra 
comme rvglatU, d'une manière unil'nrme, la composition chiuiiqi: 
du corps; il n'est donc jïûs indilTèrent pour un tissu qui ctt ii l'inl 
rieur d'un animal, d'avoir ou de ne pas avoir le paChmoinc héréditaii 
(le cet animal; la possession de co patrimoine e&t une conditit 
essenliolle de conservation pour le tissu considén'*; s'il n'a pas 
patrimoine héréditaire, il sera en état d'inlV-riorilé et de dcstructioi 
jusqu'à ce qu'il Tait acquis, autrementdit, la séleclioniialurelle poui 
jnter\ cnir pour conserver, dans tous les cas, l'unité de coiilpoâitit 
chimique d'un indi^'idu, soit i chaque reproduction, au cours dj 
l'évolution individuelle, soit au moment des variations sous l'ii 
fluence du milieu. 

Nous pouvons donc nous rendre compte dès maintenant de ce qi 
se passera dLins les phénomènes si curieux de la yrelTe, mais noi 
étudierons cela eu même temps que la question de l'individualité 
Avant d'aborder celle question, et pour lui donner toute la pétiéi 
lité qu'elle comporic, nous devons taire une incursion dans 
domaine de la vie cellulaire, suivant la méthode de la navette. 

Tout ce que nous veuans dire au sujet de l'hérédité descaractéi 
acquis en particulier, nous l'avons dit pour les êtres supérieurs i 
pluriceltulaires, mais il sulUL de passer en revue tous nos raisounï 
nicnls pour constater que nous ne nous sommes jamais servis de. 
propriété de pluricellularité; nous avons seulement dit que le palrî 
moine héréditaire existait dans tous les morcfaux Aa l'animal, sai 
spécifier si ces morceaux étaient des cellules ou des ai.'eïo^éf'aliOD 



*, Ndu» iMiïQnnons ici conitiia si les carjcti;reB actiiiiit Otaîmil nxV-s «n va 
lo fdniïralion. Et en i-éalilL' t'est lùcn le i^at dana la naliirc, car si l'on cei 
bn i\iipli\atMy les caraclLTCs acr|Liis cuiHirne liQilicUcniciiL hvtvOîlairtfs. c'e 
lia ne îunl '[uc [larticllcmcnl nciiuïs ou ^s^s ilans le ^ilrimoinc imliviilt, 



LE DANTE C. 



LA MÉÏIIOUE Ïll-IJLXTIVK EN OIOLOCIE 



189 



de cellules. Si donc nous transportons nos résultats, et cela est par- 
f;iiten)ent lègitirne, duis le domaine des êtres vivants les plus 
simples, les protozoaires et les prolophytes, nous sommes amenés 
tout JintUrelleinânt, û concEVOÎt* l'unité de composition chimique de 
la celtuie, c'esl-à-dire l'existence, dnns toutes les parties vivantes 
lie la cellule, tl'un patrimoine indivii^uel coinparuLjle i\ celui qui 
existe dons tous les tissus d'un être supérieur. 

Le çylûplasma, le noy;ni, ta nuclêùlc et en général tous les 
élémenlâ Hgurés de la cellule, ser;iient donc cûmpai"a,lj]es a. de 
Ttirilaliles tissus dont l'activité synergique entrelient les échanges 
qui permettent les réactions de la vie n-lèmetiiaire manifestée de 
J'élre tout entier; et dans ces él^imenls figurés d'une même ceElule, 
pxtâterjit maSgrê leurs dissemblnnces morphologiques, un carac- 
tère quantilalU' coninjun. le palrimoine individuel ou liérédilaire. 
Cela nous empêche donc d'accorder une créance quelconque aux 
lliOorios qui,, comme celle de Weismann, locdliseitt dans une partie 
<Iu noyau le véhicule de l'hëréditL^ 

C'est de ce c^aractêrequantitalit' commun que nous avons constaté 

les variations dans le cas de Tatiênuation de virulence des bactéries. 

C'est ce caractère quuiiliLalif commun qui lait que, dans les expé- 

|rîenccs de reêroI<:pmiê, tous les morceaux nuclécs de protozoaires 

régûuÈrent des Hvçs coxnplets, outre lesquels nous ne pouvons 

îler aucune dilTérence, quoique chacun d'eux dérive d'une masse 

de subâiance contenant, on proportions très variables, Je noyau et 

le cyloplasma. 

J'ai signalé ailleurs' le puradoxe apparent qui existe dans celte 

'-lïilalion de l'Indépendance de deux variations ijuantitaLives, la 

;_jlion tissu et la variation individu, et j'ai montré comment 

l'on vient h, bout d$ celte contradiction Hctive qui permet, au con- 
traire, de plonger plus profondément dans la connaissance de la 
structure intime des êtres vivants. J'y reviendrai un peu plus tard 
rn passant en revus toutes nos acquisitions actuelles. 



I^ d*'-nDitioD de l'individu - devient une chose toute simple après 
cette L'onstatalion de Texisleuce de l'unité individuelle. Un étro 
provenant d'un œuf serait-il donc toujours un individu, puisque 
le palrimoine héréditaire est commun â toutes ses parties? Le mot 



i. Voir tttvuf fifuhst'ijIiKjufT lan\\cr el fcvrier l'JUl. 



190 



REVUE PilILOSOPUlQUE 



individu n'aurait alors aucune raison d*étre, puisque cet t^Ere 
venant del'u!uf peut être morcelé en plusieurs parties distincte? 
continuant de vivre cliatune pour son compia et conser^'ani, si 
toutes vivent dans les mènes condlllODS, Le même patrimoiae héré- 
ditaire. J 

Il est bien Tacile de se rendre compte que la seule (lêfinîtioefl 
logique de l'individu est la suivante : l'individu d'une espèce donnée -> 
est la plus haute unité morpliologique fatalement hért'ditaire. Il ser^ 
donc bien facile de savoir» en présencîe d'une agglomération vivante 
si c'est un individu ou une colonie. Le patilinoine héréditaire s^er 
Iiieu commun ii tuule l'agglomération, si aucune modîlïcationi n'es 
intervenue, mais ce patrimoine représentera-t-il la forme de Taegh 
mération tout entière ou seulement d'une partie plusieurs fois" 
répétée dans l'agglomcration? Uant; le premier cas ragglomératiûa_ 
sera un individu ; clans le second, elle sera une colonie. 

l'ar exemple, une agglomération d'hydres provenant du boui 
geonnement d'une hydre est une colonie parce que c'est la furmi 
hydre et non la forme de lu colonie conaïdéièe qui est déterminé^ 
par le patrimoine héréditaire contmiin à toute T agglomérat ion. Dai 
un arbre, l'individu {l'individu asexué, car il y en a d'autres)* 
compose d'un entre-nœud, d'une feuille et de son bourgeon, poi 
la môme raison que précédemment. 

J'ai consacré à la question de findividu un autre article de 
TîfL-ife jihîlosaphiqite et ja n'ai pas h. y revenir, mais on voit combît 
cette question est connexe de celle de l'hérédiiê'. En partîculiei 
l'unité qui ré&ulte d'un caractère acquis ne s'étend que dans U 
limites de l'individu. Un caractère peut être acquis par un individu" 
d'un arbre sans l'être par l'ensemble- On connaît celte parlicularili^ 
du lierre, que les rameaux extrêmes dans les vieux plants soi 
dressés et ont des feuilles différentes de celles d'un jeune berrt 
eli bien, une bouture l'aile avec l'un de ces rameaux eslrémes^^donnl 
naissance à un plant nouveau qui conserve ces caraclères partïci 
liers et qui dilTère pai- cûnséquenl du résultat d'une bouture fait^ 
avec un rameau normal de la même plante*. 

C'est aussi k cette question de l'individu que se rattache le pi 



I. Un n'-alil^. il nous b m^mc éié [mpoisMe iS'tludicr ra<:qi]îsiLion ifi; 

Mirâcti^ru lii^R-dUaire sans nous appuyer sur l'iinilé jddividuelfee; il aurait Mil 

ce QjantQut, donner la d^liiulion dv l'indiviiiu. 

'^c rùmllul e$l liiircTetit :ivec le lioux; cela: prouve scuieEneal rjue, d» 

HT, le (^Bia'^lËre spéi-ial h «■crtitins individus csL en rapjjmrl avtc lour sJliii 

>an>s la coloniu^ il y o doiti.*, ilatis k tioux une lejiilaa'^ç à rindivîtJualûl 

'i>ik. [es canclèrcs dû6 feuilles exlrémcs ne soiil pas de v«riUibles câr 



LE DANTEC. — IJ. MÉrjroUE DÉDUCTIVE EH DIOLO&IE 



nu 



blême de la greffe. Quand on grefTe, sur un. homme, un mot'ceau de 
peau emprunté à un autre homme, que devient l'unité individuelle? 
Nous devons penser qu'à la longue elle s'ét&bUt et que lo patri- 
moitie hL-réditaire devient commun à l'ensemble; maïs en général, 
Jes greffes humaines sonl Irop peu importantes pour apport<.'r une 
(nodificalion considérable à l'individu qui en eal l'objet, el puis, il ne 
faut pas oublier que, chez l'homme, l'absence de régénèratiun d'un 
membre coupé prouvant l'importance du rùle du squelette, le lam- 
beau greffé pourra à la rigueur, conserver, de ses caraclèrcs indi- 
viduels primitifs, ceux que le squelette fixait. 

Dans Li greffe végétale, on soude seulement, de manière à les faire 
profiter du ml^me torrent circulatoire, jjiusïeuïs individus d*uii plant 
h }4uskurs indit'idus d'un autre plant. Il est donc bien naturel que 
l'un Ile ne s'établisse pas dans l'ensemble formé par le pûrte-gj'effe 
et le greffon. Telle agglomération végétale ayant la forme d'un arbre 
pourra se composer, h la base, d'un grand nombre d'individus 
d'aubépine, et au sommet d'un grand nombre d'Individus de nèjUer. 
Ce qui nous inlérossût ce s^ral'étudg d$ l'individu au niveau duquel 
s'est faite la soudure et des rameaux qui naîtront de cet individu. 

Eh bien, dans le fameux in-fïu'r de Brouvaux, l'individu soudure 
a donné des rameaux qui présentent des caractères intermédiaires 
À ceux df l'aubépine et du néllier; il s'est formé dans cet indiWdu, 
UD nouveau patiimoine hèrédilaire qui a été la base de l'unité nou- 
velle, résultant de l'union de deux demi-individus difTérents. Et je 
fOC' demande même si cette formation d'un hyhrhie de greffe entre 
le néflier et l'aubépine, ne tendrait pas ù faire considérer ces deux 
plants comme dépourvus de difTérences (ft^aHtaUves. 



Cetlâ production d'un individu intermédiaire à deux individus 
donnés nous amène naturellement h l'étude de cette complication 
nouvelle de la reproduction, dans laquelle chaque individu nouveau 
i|oi aiJparalU résulte de deux individus préexistants; je veux parler 
des phénomènes de sexnaliLé. 

Nous avons déjà vu précédemment que les éléments génitaux 
pouvaient i^lre considérés comme des parasites morphologiques 
clélerininant les caractères sexuels secondaires; nous devons main- 
tenant les étudier au point de vue du phénomène même de la repro- 
duction. 

t/éluilénle l'hérédité nous a amenés i savoir que, dans tous les élé- 
metil£ histologigues d'un individu, et en particulier dans ses élé- 



^^- "HIV a&VVE raiLOâOPHIÛUK 

ments reproducteurs, existe un patrimoine Jn^rédiTÊTire commun q »^> « 
peut se représeiUer par îles coelTicienls quantitatifs cayacUrhtijvr- 
de l'individu, que ce patrimoine héréditaire correspoDtle à il« 
caractères coiîgénilaux riu ù des c-aractùres aciiuis. 

liûns te cas de la reproduction asexuelle, chaque élément repr- 
ducleur est capable do se développer par lui-même et donnera 
conséquence, un nouvel individu qui, sauf modifications sous TL ~rii- 
lluence de l'éducation, aura le même patrimoine héréditaire que fl ^ c:^ y 
parent et lui ressemblera de très près. Dans le cas de la reproducli-^on 
sexuelle, il arrive que chaque élément reproducteur, sous l'intluer». <;e 
de phénnEnénes spéciaux appelés phénomènes de inuturatioin, devi^^ q t 
incapable d'assimilation et de bapartilionsi mais sans perdre /<(=» t^| 
ceta sou pittrintoine ItêrêdUair^^ ses coefficients dû Composition i^if^Kn^ 
litative, ainsi que le prouvent les phénomènes ultérieurs. 

Les éléments sexuels nit'trs sont de deux sortes : on le« appelle 
éléments mîUes et élénjenls femelles. Ils ont la propriété de s'aiLirer 
et de se compléter, c'est-i-dire que, s'étanl allirès et TusioaDëfi 
Tuii avec l'autre, ils donnent naissance ù un élément capable d'iissi- 
titilatton et de bipartition. Cet élément ou ceu! fécondé donne nais- 
sance» par son développement, à un être nouveau dont les caractères 
sont, soit ceux du père, soit ceux de la mère» soit quelques-uns 
du père cl quelques-uns de la mère, soit encore des caractères nou- 
veaux ; cette remarque nous permettra peut-être d'établir le rappari 
entre lepalrimolne héréditaire de Pceuf et ceux des deux p^irents- 

Avant d'entreprendre cette étude» nous devons d'abord nous 
demander comment il se fait que les éléments reproducteurs devien* 
nent, ù la itiaturAtion, incapables d assimilât ion< Les oxpériencesile 
mérotomie nous ont déj:i, tout h l'heure, mis aux prises avec uoe 
question analogue; nous nous sommes demandé si l'impossibilité de 
la vie élémentaire manifestée chez les mérozoîtes dépourvus d'un 
Iragmenl de noyau, était due h l'absence d^une substance chimique 
essentielle aux réactions de l'assimilation ou à l'absence d'une partie 
importante du mécanisme celtulaire. chargé d'assurer les échanges 
avec le milieu ; en d'autres temps, nous nous demandions si, dans 
ces tuérozoites. nous constations l'efTel de l'absence d'une substance 
ou de l'absence d'un organe. 

Le même problème se pose au sujet des éléments sexuels; pour 
quoi, qu.ind ils sont mCirs. ces éléments sont-ils incapables d'assi- 
Mulatinn" Suui-ïls incomplets dans leur structure chimique on dans 
leur mécanisme? Sont-ils composés de substances dont l'ensemble 
chimique incomplet n'est pas susceptible des réactions de rassimila- 
lion ou de âubstances eulièremeat vivantes mais dj^pM^ces d'uDC 



LE DANTEC. 




L\ Nh^Tiiuot: UEnucTivE En uini.ociE 



mani'^re qui les empêche d'être le siège rïe ces réactioDS assimila- 
tri i:cs'' 

Les morphologistes et les biochimistes ont répondu diETéremment 
û cellt* »|uestiQD suivant ijue lu tournure de leur esprit les portait 
:j attribuer plus ou moin-; d'imporiance aux phénctménes fi^rés ou 
i«x. pliénomônes noa ligures. Avanl d'accepter l'une ou l'uutre des 
[lier prêta [ions, iL faut passer en revue tous les faits bien connus qui 
niUteiii en laveur de l'une ou l'autre. Voyez d'abord les laits d'ordre 
[■morphologique : 

On décrit daos réiêment l'emelle mùr, un cytoplysma et un pro- 
nudèus remplie, pronucléus qui dilTèi'o. par certains caractèi-es 
mocplio logiques, d'un noyau do cellule ordinaire; on n'y voit pas 
Affeentt-QSùinr^ or le eenlrosome est visible dans tfaites les biparti- 
tions karyoltinéLiques et semble y jouer un rôle im])orlanl. 

Au contraire, on diJciit dans l'élément mâle, on cytoplasma 
prasflueimE. un pronucléus tnile et un cenlfçfimte, 

ttuii la conclusion assez, naturelle pour un morphologisie, que, ce 
i^Bi mpèche réiêment remelie d'assimiler et de se diviser, c'est 
'sbsejjc'e du centrosome quo fournit l'élément mâle à i'œuf fécondé; 
nuiicela n'cmpécliait pas d'accoidcr une grande imporlance aux 
^•^Uî pronucléus dunt In fusion donne le noyau de l'oeuf. 

Voici maintenant les faitâ d'ordre chimique; ils peuvent se résumer 
■«us la constatation de ( éijuiraieuce des deux seses au point de vue 
'lêrpdjtaire, c'esL-i-dire que. si l'on étudie an nombre as^ez -;iand 
iJeas ile fécondation, un constate que les produits tiennent autant 
<<? wraclères du cûtè paternel que du cAié maternel; aulrement 
liiC encore, le patrimoine hérédilaire de l'œuf fécondé a autant de 
cfiarjces d'emprunter au patrimoine du père qu'au pairinioine de la 
raére; il fout donc rejeter d'emblée toute explication de la se.^uali[é 
fii .^yslématiquemeni, donnerait aux éléments mâle et femelle des 
j .J. _^ essentiel lemeot différents, dans la constitution de Tteuf, au 
pomt de vue Léréditaîre. 

ftemarquons que, ù ce point de vue, nous n'avons pas le droit, 
ft-pi'Mfi de rejeter la théorie morphologique qui considère l'introduc- 
tion du centrosome mâle dans rêlément femelle, comme le pliéno- 
rnène qui met en branle le dévelloppemenl. 

Si, en elîet, l'rfjiuf se constituait ainsi, par une sorte de greUe de 
Ueux éléments cellulaires incomplets, il se passerait dans cet œuf, 
ce qai s'est passé dans l'individu soudure du néllier de Bronvaux, 
l'unité individuelle se réaliserait, l'œuf acquerrait un patrimoine 
Ijùrûdilaire commun au cytoplasma, au noyau, au centrosome, 
luaife'rè leurs origines diil'èrenteâ et l'on concevrait que ce patrimoine 



iîï4 



VeWK miLOSOPHIOCK 




iermèdtaire k ceux du père el de la mère, s«*.ns" 

nuaino iirèfcrence essentielle pour l'un ou l'autre; ceci esl uiiecon^ 
séquence de notre concepiion de l'unité cellulaire primiLve 
actiuîse. Auciino diEÎL^renc!;e essenlielle ne résulterait, dans les è'M 
nicnts sexuels considérés comme vêbi'Cule de riiêrédjlé. de 
structure hijitoto(jiqve JilTêrente. La fécuiidalion serait comparabL. 
la suudure de deux individus histologiquementincomptcls, donll"" ul 
paasyderait les tissus qui m;uK|uer;iieiU u l'autre, Il se formerait, ilv 
celle siiudure, un nouvel individu doué de l'unité de composiLion 
cbimiiiue comme un individu ordinaire, ainsi que nous l'avons vu 
plus haut. 

Dans celle concepliou de la fécondation, la maturation rendrait, ies 
ûlt-cncnls incapables de développement par la deslruclion de la coor- 
dination qui permet les éclianges avec l'extérieur (renouvellemenl 
du milieu inléi'ieur). 

Mais il iv.'us resterait ù nous demander quelle est la cause de eesi 
phénô mènes si curieux de mutilation cellulaire qui se produit {fe 
temps en temps dans presque toutes les esjtiiffs connuts; et, surtout. 
nous ne c^ompivndrions pas comment des Olénieala qui ne différenl 
que par des caractères morphologiques, peuvent, par leur présence 
dans le corps du parent, déterminer ce dimorphîsme sexuel a 
reiiiun[uabie. 11 e^I plus naturel de penser qu'une ditlérenee chi- 
mJiquu existe entre les éléments sexuels et que cette dîlTéreuce chi- 
mique régit, non seulement le dimorpbt&me des éléments sexuels, 
tuais encore l'apparition des caractères secondaires mâles ou 
femelles chei les ^tres qui contiennent ces élêmenls. 

Appelons d'ailleurs  xunre aide les résultats des expêrienoâ^ 
entreiTiïW's sur les éléments génitaux. 

Au moyen tl'un^ imimersion dans on bain déshydratant, Ld'ba 
r«uducapal>Ies d« s« ik'velopper sans fécoadalioQ ieà ovules d'oursin;j 
\ifi» expériences plus n*c«nles oot étendu le phéoûmène à un gnm^ 
nombra d'espaces «nimales. 

Saaa »Skf |ilas loin dans rinterpirétatioQ de c« résuttat rer 
qoable. nous TOvotts i|u*il anéantit d'emblée U théorie morpholo- 
fique lie \% Hooàdalioo ptr introdtKtiûa dn e^ntrosom^ ntUe- 

Les expériHiees de Méraynuc oot dooné sar la nature de la fécoi 
daiÀMt de^i iodicatioas pleural pciècieuses. t'n morceoQ de cyt< 
idMUii iNitlmn mtoe dépoum dn noran. allÎTe le spermalo/^td^ 
H U recoft à 9fm iattmar; le rànriUt de cette lusioo se déreloppï 
dMUQW ttu omf normal. Les sperMutoeptdejc «m trop petits poui 
^Imi «ni pu pMisttr «ur eux l'ex pét i otu correspoadaote. c'est-à- 

e ma nmm ^ et voir à un tiK'iveau 



-a?ba 

irsin; J 
;nui^ 



LE DANTEC. — LA HtTHOUE UÉDUCTIVE EN BIOLOGIE 195 

de spermatozoïde peut féconder un ovule ou un morceau dovule: 
mai^ ce que nous savons de rûquivalence liérédîiaire des deux sexes 
BûLi ^ amène ù penser que le sexe femelle ne doit pas être plus pri- 
riiS^\é que le sejte mule au point de vue de la mêrogonie. 

G^lte simple remarque sulïït à rendre plus probable poiii- nous la 
thê^^wie chimique de la sexualité; je ue reviens pjs surcelle théorie 
qu& j'ai exposée d'ailleurs '; je dirai seulement qu'elle parait au 
pre BTriier abord en dèsat'curd avec les expériences à^ Lœb. car si 
ro%"«-»le diffère du spermatozoïde en ce qu'il est coinpoisê de sub- 
stacxces différentes des siennes, on ne voit pas comment une simple 
iléèïi îdratation remplacerait les substances milles déOcienles et 
indispensables à Tassimilution. Cette objection serait londée si lu 

ktunilion chimique totale des ovules sur lesquels Ldd) a opén^ était 
_ inoQlrtV'' : celle maturation chimique revient, nous le savons, j'i 
une Tonte de sub&lanceâ mules qui disparaissent dans le milieu et 
DVât pas toujours absolument synchrone de la maturation morpho- 
logique. Il eslCorl possible que la déshydratation de Lceb arrête celte 
fou Le Je substances mâles et, empêchant l'oeuf d'atteindre la matu- 
nt»> ciiimique, le rende capable de parthénogenèse; c'est ainsi que 
j'ai expliqué la pseudugftmie dans le livre, cité précédemment, de Lu 

1-e fait d'une maluralion chimique incomplète se rencontre d'ail- 
leurs chez l'abeille oii J'ovule, qui n'est janiais qu'a moitié mûr. peut 
■e développer avec ou sans fécondation *. 



^^tte question du sexe nous amènerait maintenant Ix. l'étude des 
P"«ciûnièQes morphologiques intracellulaires; ce que nous avons vu 



de 1 



«Jnitë cellulaire nous a conduit h considérer les éléments lÏEurés 



de i^ cellule comme dépendant simplement de la lorrae d'équilibre 
T ^ dûlucni prendre les substances cellulaires pour assurer le renou- 

'■ 4a ttJcuaiité. (Coli. tciejitif.) Carré el Xaud. 1000. 
. * Et encore, mf-me s'il ttail iJéniontr^ ijiru lus oviilt's sur lesquels a opéré 

* éljiient chiîiitqmiinent miira, t'esL-ii-dite diipuurïus tle loulf Iracc de 

■ indle. ou pourrail ciincevoir r|ue, sous l'inCluencc Oe certain'? pliânu- 
itotiiiiie?. dvB Hubslanices femelles aii chariRunl en substances mâles, 

, ""Il "i 1» dilTéfL-nce enlfe aubïlan<;Ë!» mâles et femelles étnil une dissymé- 

ifcoltculaire. 

^' r nuasi : Le tlKPelopppinrnt des crufs meryrs {Revue Ëncijclopédî'fii^f iUOU, 
' Giard a niipliqué Le mi^nie nom de pscuiia-gamie au phciii'OinL'nc! de 
..;■- le I': li.sùc. bioi., S janvier 1901. 

• fuir : CUérMiie du ttxt, dans les Miscellanécs Liolggiqiies dËtliëes au 
•ur Gitint. 



196 REVUE PIULOSOPHIQL'E 

vellement du milieu intérieur qui autorise l'assimilation; cette partie 
des conditions de la vie élémentaire manifestée pourrait donc s'ap- 
peler, comme chez tes métazoaires, la coordination ou la vie de la 
cellule ; mais si cette appellation est logique, elle est inutile et peut 
entraîner ft des confusions; il vaut donc mieux accorder à la cellule 
la vie élémentaire manifestée seulement; on se comprend sufOsam- 
ment ainsi. 

Si, pendant la période d'accroissement, les éléments figurés de la 
cellule sont distribués d'après une coordination définie, tout change 
au moment de ta division cellulaire; j'ai donné ailleurs une interpré- 
tation sexuelle des phénomènes si curieux de la karyokinèse *. Je ne 
reviens pas ici sur ces explications auxquelles conduit la méthode de 
la navette. Je voulais seulement montrer, dans cet article déjà long, 
que la méthode déductive, convenablement appliquée à la biologie, 
permet de devancer les conquêtes de la chimie des protoplasmas, à 
condition que l'on se serve, comme points de départ, aussi bien des 
faits bien observés dans le domaine des métazoaires les plus élevés, 
que des connaissances les plus élémentaires acquises dans l'étude 
des êtres unicellulaires. 

Il sera utile aussi de montrer de quelle importance peut être la 
méthode de la navette dans l'élude des manifestations psychiques 
des êtres supérieurs et j'espère pouvoir montrer comment Tunité 
individuelle, mise eu évidence d'une manière si imprévue chez les 
animaux et chez l'homme, est susceptible de jeter une vive lumière 
sur des phénomènes profondément mystérieux jusqu'à, présent, 
comme les faits de suggestion et de télépathie. 

FEUX Le Dantec. 

1. Inlciftivliilion neTueUe de In Kitn/okhi^se, dans Vllérédité, clef des phéno- 

tiii-n-s biolo;ii'iWS. (KeL: ;/éii. scifncfs, juin 1000.) 



ANALYSES ET COMPTES RENDUS 



I. — Psychologie normale. 

Fr. Paulhan. — La psychologie de i.'iNVESTfON (1 vol. in.!2 de In 
Bibliothèque de phiiosophie cordemporainc), 

t-'inveniion est une création intellectuelle. Elle résidofl en l'èclosion 
d'une idée syuthélique formdtï p.-ir la combinaison nouvelle d'éléments 
exislAnt dôjâ au moins en partie dans l'eapril v. Toute création doit 
être ■ prëparéi; ». Pour que Newton découvrit Ja loi de la gravitation 
universelle en voyant une pomcnc tomber, il a fallu tout autre choso 
que la chuta de la pomnve. La pomme en tombant a jouO le rôle d'unu 
cCincelle élecH-ique quand cette étinceLie permet à un mclanse de 
ilûvenir corobinaison. La prccxiatcnce du lucliinçe étnit dès lops indis- 
pcnsablc. Et c'est ilans uni; prcexistciice de ce genre que consiste la 
préparation de l'invention. 

L'invention est sans nul doulo une œuvre do rîntelli'^enee. Mais elle 
rostcraîL filérile sans En paiticipalion des faeuLlés clfectivc^^ Ainsi plus 
d'un écrivain a dans ses Câi-lons des l'Ccueils de laits. Il se doute bien 
4|UO CCS faits si;rviront un jour s quelque cliosei â quoi? il l'ignoj'e. 
»urvii?nnc un iiccidcnt dont le hasard le letid témuin. Il entend un 
cri. U apcr(;ûit un visage que la douleur fait grimacer,., et voila tout 
un anoAs de faits qui sort du carton et qui, en Earts.nt. se coordonnant. 
ft'or^'aniscni. 

Oa a dit de l'oeuvre d'nrt qu'elle ùiait un jeu. M. Paulhan ajoute 
I qu'elle liait " d'un jeu personnel et indépendant d'éléments ps>- 
cliiquc^ », Kt nous i-ctrouiona Ici la fameuse conception atomique de 
rintcllisencîc. si curieuse et â certains égards si attirante, â laquelle 
notre^ auteur mérilorait d'avoir attaché son nom. Aussi bien, s'il t'st un 
|ir<:jli>l^n)e que cette théorie aide n faire avancer mieux que d'autres 

»l*««l-il pas, entre tous» le problème de l'inventionî Inventer n'est-ce 
in^s, tout d'aburd, arrani^cr, puis déranger, Olitniner, puis réintégrer, 
«léfaire, puis refaire et encore tout défaire? Tanlnt on refait pour obéir 
à une idée qui à force de Kubsislcr dans l'esprit dessine ses contours 
avec une netieié progressive. C'est l'idée qu'on s'est faite- de Tensemblc 
qui cliripo ce va-ct-vicnt des niat^Tiaux. 'l'antut c'est une forme dcs- 
smév par Je iiasard et duc à un rapprocticmont dos plus automatiques 
qui f.tit jaillir ridéo) dirij^cantc. Tantôt l'idée mène au mot. El tantijt 
c fît le eontriiirc, On sait le joli mot prête à M. Cardinal- M'""^ Cardina) 



i98 



REVUE rBIlOSOPRIOtlE 



l'écrit fi une amfe : " .r.tvaîs deux filles, l'une qui devait bien tonm^f, 
l'autre qui devait mal tourner. Hé bten? C'est celle qui devait bi<i 
tourner qui tourne mali et c'est l'autre qui tourne bien... ► Et M"" C; 
tîinal ajoute : a Dit par moi, cela n'a l'air de rien, mais dit f»i 
M. Gartiinalî... ■ J'aimorais savoir ce que pense M. Paulhan de 
manière (eOnfiCienL& ou nmi) dont a été inventé ce paaso^e. Pour m 
je me flgitre l'nutâur venant de trouver la formule de Cardinal. 
L'avait primiliveinent ju^'ée plaîs^inte. Il la relit, tl ù. maintenant 
doute. Et co doute lui su^gùre aussiint le commentaire de M"' C: 
dinal. Je no aaia, je le rcpùte, comment les choses ont eu lieu^ mai -n t} 
me paraît invpaisembl.iblc que ce passage de Ludovic llalû^y n'ait pas 
étii inventé comme en deux temps et ne doive, en partie, sa naissiLncB 
au liasard. 

Nous oussions aimé disposer d'assez de place pour saîvre d'un pti 
moins préLMpit(^ ta marche des idées de M. Paulhan. Mais il nous taut 
arriver à ta partie du livre la plus forte et la plu? personnelle. Ceil 
celle où l'auteur étudie le a développement de l'Invention ». 

Qu'est-ce qu'une invention qui ■ sù développe t.? 51. Paulhan estijii^. 
avec beaucrmp de vraisemblance, que " des deux conditions du génie, 
la naissance et le développement de l'invention, In seconde n'est, en 
somme, que la répartition de l'autre sur l'autre même. Le développe- 
ment eet une série de petites inventions plus ou moins syatùmalieées 
entre elles et dépendant l'une de l'autre. Dans la plupart de cei inven- 
tions prises [solémcnl, U nouveauté n'est pas très gr.tndc... Eîles con- 
tribuent, do la même fai^-on que les autres, mais avec moins de Tore* 
■etd'intensilè, \ la foi'mation de l'œuvre totale .1, Pourtant si uneinveO' 
tion résulte d'une multiplicité d'inventions partielles et successives. 
peut'On parler du « développement » proprement dit? M. l'aulhai; 1* 
croit. Il est d'ailleurg, el, en cela, beaucoup l'approuverunl, de ceii* 
qui rejettent la thèse d'une évolution par une Torce interne et nccc*' 
sa-ire, dana un chemin Iracé d"«\'ance. M. F-'aulhan uat un UcterniinîsW 
ennemi du prédéterminisme. 

Une lois sa position marqucct l'auteur va, quand m<îme, repi-çadre 
le mot d'évolution J&nt il fixera le sons. Il admettra un développement 
de l'invention « par êvoliilion « dans tous les cas où l'inventeur «élar- 
gira sans revenir en jirrière ". où iï partira du centre pour aller a 1» 
circonrérence, où st^^s jiereonnng'es ne lui apparaiti'ont jamais de profil 
avant de s'ùtru montras 'i lui de lace, où IVbauche précédera toujours 
la composition des détails, bref, où l'œuvre d'art aura tout l'air de 
naître a la maniùro d'un vivant, où selon, l'heureuse expression de 
Gabriel .Séailles, le ffénie semblera continuer la vie. 

M. Faulhan s'est souvenu de t'e^p^ession et des idées qui la justi- 
liont. Mais il n'accepte pas que ce soit la même choge pour l'artiste 
d'enfiinler une œuvro et, pour la nature, do ïairo éol«re un germe. U 
note avec une indiscutable justesse la. part très g-rande de l'instinctet 
de la routine dans la nature, qui, somme toute, ae répète et ne varie 



ANALYSES. — F. iMUi-HAP. La psijchoiogie de fitivenlion 190 

Ijanials ses plans a moina qu'elle ne produise dans la diftorme. Au 
coniraire, c révolution d'une invention on tant qu'invention est une 
chose nuuvellt, non Hsôc. non ort^anisée d'aViince, préparée quelque- 
fCciis p:irun€ Eonçuo série de f.iii3 scniblnbles à quelques égnrdâ, mats 
l3)';ii complètement régularisée par une longue répétition. Elle est 
l'expression d'une tran^rorniation. non d'une constitution entièrement 
i]\.ihc •. Et c'e^t pourquoi, même dans lea cas oiî une invention se 
veloppe par évoluLion, i| eat rare qu'elEc soit toujours absolument 
leiDpto lie lâtonriemcnls et cî'iiicei'tiLuiles. L'homme qui invente n'est 
liêccsfcftJrL'ment le contraire de valui qui raisonne. Le raiaonnc- 
snln'eat pas toujours l'ennemi de la crùation spontanée, a I! en déter- 
Lfiiîno les conditions, il en limite à l'avnnce lo champ, vt il la prépare 
ori^anisant ta séteclion qui, parmi toutes les idées diversement 
Toqui.'es. retiendra celle qui ^'adapte h la circonHlance présentt^. • Il 
■t telle invention qui donne l'impression d'un rnisûnnement suivi : 
un traiiment symplionique de Ueotlioven. par exemple, nous ùineut 
ïr Itinité de conception qu'il ré.T.li'3e et pat- 3a suite d'idées qu'il 
revtlc, Mais peut-on dire ici que le rrvisonnement a joué un rôle'/ 
i^.PauItian oserait peut-être l'iilfirraei'. Nous hésiterions à lo souLenif- 
Car, en bien des cii'con élances, il nous csta.'iscii: impossible de distinguer 
Itcttemcrt entre l'impression * d'un rnisonncineiit suivi o eL celle d'une 
orce qui se dépluie librement. _M. Paulhan, lui, sait distinguer. Mais 
I ncuB, nous nous en reconnniasons incapable, c'est que, préctsômen!, 
^us une foi-ce bc dii-pSoie avec liberté, plus elle se développe sctns avoir 
liobstacle à vnincre du Tnflme de déviation n craindre. EL alors l;i 
'itKrtu de son développement lonaiste dans l'obL-issauce à une sorlu 
tlf loi intérieure dont l'artiste n'isjnore point le contenu, i."il reste, 
îuiiidméme, in.ipte à en énoin^^er la formule- 
Nous dison9 ceci bi^n plulût pour commenter que pour contredire. 
Auiiirplus, nous éprouvons à lire M. Paulhan la satisTaction très vive 
decflui qui retrouve mises au point par autrui les idées qu'il lui est 
jrriïé maintes fois dû rencontrer dans son propre esprit. Par exemple, 
si BOUS eroyons un peu plus i\ l'Inconscient, fl.ina la production artîs- 

N tique, ipie ^I. l-*aulh;in no paraît j' croire, nous peusona comra,e lui que 
■t inciinscicnt travaille avec mcthudG et en vertu d'un automatisme 
&ÎU1S. Quand Ueelhoven compose, il compose « du Beethoven ., et 
ceU veut dire qu'il invente dans un genre qui e^t le sien, qu'il s'imilc 
Itii-mênie, qu'il mbéit h. une sorte de routine, (jjand dûns les dernièrea 
pages du troisième acte de Sicfjfricd nous nous liuurons réentei^dre 
un fragment du Preislied des Maîtres (Jmicteurs, je ne crois pas 
jm'il faille s'en prendre à une volonlu préméditée do Hichard Wagner, 
^p maître n'a point fait exprès de se répéter. Mais il a'esi répété parce 
^QHI était lui, parce que se créer une personinalUé, c'est revêtir une 
.Ûientité et que U où rien no se répète, il n'e^t pas d'identité véritable. 
cas d'iOTcnlion par évolution, lo lecteur Ta sans doute deviné. 
loin d'obtir partout aux mêmes rèijles et do reproduire partout 



200 



HBVUE PHILOSOPIIIQL'E 



le même type, 8i rien n*y est rigoureusernçnt prêdL-terrniniî. c'est que 
tout a'y fait, le plus souvent, par épigéntise. l'ar suite, il est des cir^ 
constances où Ton bésîle entre le mot a évolution * et le mot ■ mé\A- 
morphose », car on ne sait pas toujours, du premier coup, lequel est 
le plus exact. 

D'.iutrGS fois on le sait. Quand un :irtiste se mettant à l'œuvre pour 
composer un solo d'alto, écrit une symphonie î quand, sans quitter lui 
m3.lière sur l^iquellâ il tr:tvaiLle, il chang'e lo },*^enrc de Tœuvre. on nej 
peut plua dire qu'il y ait invention par cvolutioii. Et de telles méEû-( 
morphoses ne sont point rares. 

Mais peut-on parler de métamorptioso au sens plein du tcrmefj 
Jamais ou prc^sque jamais dans une ccuvre qui se transforme ne dts-| 
pnrait toute trace de la forme primitive. On est donc en droit dol 
reconnaître jusque dans cette raùtamorplioso un élément d'évoluliOD 
et, par suite, on doit se tenir en garde contre la tentation d'opposer 
partout et toujours le duvoloppement par évolution au développement 
par mctiimOrphose. 

Il est une ;iulre l'orme de développement, » un composé de l'ûvolu- 
tion et de la lransr>ormntton : c'est une sorte de transformaEiouj 
avortée ■►. La conception dovie. Et c'est, d'après M. Paulhan, Tincvi-j 
table cas de toute invention un pc^u coni^idcrable. Certains éléments 
se développent jusqu'à s'Iiyperirophîer, pour ainsi dire. Us en viennent 
à opprimer les autres, à lea recouvrir. p;ir suite à les rendre inutiles, 
et à on imposer rùlîminnlinn. Alors c'càt lo h'irs-d'œuvre qui c]evicnt< 
le sujet. Et L'on peut ici, de plein droit, parler de déviation. Car, d.m»| 
tous les cas de ce genre, le hors-dVcuvro promu garde quand m£me 
quelque trace de son humble origine : il ne sera jam4iis qu'une sorte 
de pnrvenu. I^t les clairvoyants de la critique ne s'y lidâscront jnmftit 
prendre. 

Nous arrêtons ici, trùs priis d'aiElcura des dernîùres pa^es, l'analyse 
d'un livre qui n'est peut-être pas uu livre, j'entends d'un ouvrajîo aas* 
semblable à un recueil de notes bien ordonnées, nouvcut même coor 
ilonnées. L'ouvrage n'est donc p;is sans défauls. Mais les défautâ soni 
du sujet, pour le moins autant que de L'iiulcur, si mi^me ils ne te sonI 
beauLOup plus. M. l'uulhan n'a pas eu rambïtion de résoudre son pro- 
blème, car il sait mieux que personne que l'heure de le résoudre, 
n'est pas encore venue. Mais il a voulu apporter sa contribution, si 
provision de faits. Et c'est de quoi les sages qui savent attendre ont 
le devoir de le remercier. 

Lionel DAUntic. 



W. Wundt. — ViJLKEnpsïGHOLOGiE- Erster Band. i)i<i Sprncht 
Zweiter Theil. Leipzig. En^elmann, 1^)00, 041; p. 
Wiindt termine, avec ce volume, la proraîêre partie, consacrée attl 

langage, de son nouvel ouvrage. Il a ûté rendu compte, dans le num«r»| 



202 



REVUE rHILOSOPMItiUK 



immédiatement clea rapports du cunCL-pt à l'ensiîinble de la pensée 
Dans nos Inngiies modernes, les- formes spécLales des Cas ont à fe\x 
prb& dtspjrii, mais non les cas c^ux-mémes; uu contraire, ces laii^u» 
sûnt très riches un cas, en ce sens que, grâce û d&s prépositioat, dits 
dépassent de beaucoup les Hmites imposées par les formes de» oftU 
dans les langues anciennes à l'expression des cas. 

Le verbe, d'aprèa Wondt, exprime un état iZustsnd), si l'on donne 
a ce mot le sens larg? qu'il a pria dans les sciences; il faut ententire 
alors par là à la fois le repos et le mout'eraent, la pagstx'itê et l'aclivilé, 
IVtat qui persiste et le changement d'état. Si l'on dnirno au mot un 
Bens plus étroit, on peut dire que la fonction spéciTiquc du verbe est 
d'e\priniei" des états et des phénomènes {Ztislà)trif uud Vorgànt^nj. 
Le verbe ao diatingue du oorti par deux caractête& : d'abord^ en ce 
qu'il le suppose déjà donné, tandis que le nom peut logiquement ctn 
ccn^'u coniRld indépendant de lui ; en second lieu, en <:e qu'il iaipllCfUf 
le concept de Ceinps, dont il eat fait abstraction au contraire lorsqu'il 
s'^igit d>L' nom. 

Les particules «prépositions, adverbes, conjonctions) se distirETuenl 
des interjections en ce que ■celles-ci sont des sons vwaux naturels- 
Elles se divisent en deux classes, les particules primaires et les parti- 
cules secondaires. Les partiLTules priraaireâ. se présentent des Trintrillû 
comme mots invariables; les particules secondaires sont sorties d'uulrei 
formes verbales, b^n généra,!, les parlicuies primaires paraissent atoir 
ou prinntivemcnt pour fonCliOn soit d'accentuer d'une nianiére înteT' 
jectionneJlc te mot ou la partie de phrase auxquels elles venaient sià- 
joindre, soit d'indiquer un objet: en ce sens on peut les diviser tf^ 
emphatiques (inlerjeclionnelle&l et déman£trative«: NVundt. touiefcis, 
croit possible qu'à l'origine toutes les particules aient été erapliatique^i 
ultérieurement, les partictilcs eirphaliques di^par^iiss^nt et il ne reste 
que des particules démonstratives. Wuodt croit que dans toutlaofugc 
il .1 cxi^i^té des particules primaires, irréductibles à d'autres ejpèctiS 
de mots, 

Ch. VU- L.1 cotistruction (p. Oiruilîlli. — l^s divisions principales de 
ce chapitre eont consacrées à la phrase comme forme générale du Uu' 
gage, au\ diverses espi^es de phrases, aux cLémeotâ constitutifs de U 
phrase i. sujet, prédicat, etc.<. à la séparalion des parties du discoun 
(Qum. verbe, attribut, adverbe, etc.), aux formes des phrases, à l'oKbt 
des parties Af la phrase, au rythme el à la modulation dans la phrase 
jk la forme extcrnr dans le langage et à la forme interne. Wucdt, apré 
&*4tre «ippUqutï À délinir la phrase, distingue trois genres prineipau 
do phnues : 1« phrase exolunatire, la phntse énonoUtive. et U phras 
int^rrogmUve. La phrftw exclamative «xprime une èmoiioti et e 
paroatQ par conséquent d« l'intcri^ction: ou peut eu dUtiaguer deu 
««pèoes : l»s phrM«s Kfleoiires iG^f&ibf^itzeu et les pfaraae* optaCjTi 
iWunsehtàtie); 1» preniitTfâ^ sunt rexpr»sion d'an s«ci liment auqu 
M n joint %QO«a« excitation de la Toloaio \qu*l hontmtî ma^rr 



ANALYSES. — W. WUNUT. Vôlkeipsyckoloif if 203 

lé!)', tes phras'es optiitives (ou ïmpérativcii) expriment au oon- 

ireà la fois un sentiment et une volitîon; leur fcirtne adéquate est 

l'impwalif iIu verbe. Les plirages êtionciatives se rapportent, Cjuant à 

leur contenu, à ([uclque chose d'olïjeclif; d'une part, elles peuvent 

upriiner la liaison de l'objel et de aes propriétés; comme ces pro- 

Jriétës, ainsi que l'objet même, sont désignées par des noms (iioma 

lubslantifs ou noms adjectifs], les plirases appartiennent alors au type 

lainitlat: d'autre pflrt^ elles peuvent exprimer, non plus des propriêLèa, 

PLUS des états ctian^eantsdes objets; le moyen naturel d'e\primereea 

iMs chung'eants étant le verbe, les pUraseFt unonciativeR prennent alors 

leiype verbal. Les phrases interrogûiives fb divisent elles-mêmes eit 

dttix espèces, correspondsnt à ce que Wuindt appelle In. question 

iutïitïtive lZ\\>eifi'isfrsgi') et la question positive (Thatsachenfrujc} '- 

âsR? un cns, la question sera suivis sinipleinsnt de la réponse oui ou 

■mm, ou, du moms. s'il n'en est pas ninsi, tout ce qu'on ajoutera sera 

diisuperl]u fL'/icufi' a-(-^(fe aoTmè?]; dîins l'autre cfia, la réponse oxpri- 

ra«a (les idées qui n'étaient nullement contenues dans ]a question 

iQuand Chnriomtigne eat-il mort ? — En Stfj). 

".H, VIII. L'écoUition du sens (p. k^U-riyOj. — Wundt étudie printî- 
pileiaciil ICi propriêlus générales du chang-ement de sens, par exemple 
wnrtippiïrt nu. chanL^cment phougtiquc, et les diiïérents genres d'c\pli- 
Mtion qui en ont été prûpo«éB. il considère surtout, dans sa propre 
IhC-orie, ce qu'il appelle l'évûlulion indépendante, cesC-:\-dire indépen- 
sé des chaQjremetits phonétiques que peuvent éprouver lea mois- 
nmbat la doctrine qui conclut qim les motâ primitits auraient été 
^nèfAl, quant au sens, des verbes, et que lea objets auraient élc 
"ïlwrd aornmés d'après les propriétés ou les activités qu'on y pouvait 
itulcr; d'après lui, s'il faut admettre une priorité ponr un g'i-iu'e 
ttfminé de mots, c'eal la cnté^'orie des noms d'objets qui doit Être 
iMidôrée comme primitive, attendu que la distinction de l'objet parmi 
Ijui l'cnlourc précède nécessairement celle de si-s propriétés et de 
changements d'état. Il distin^roc deux eus principaux de révolution 
pendante : l'évolution rtigoLière et révolulion singulière; \a pre- 
'ii^rs comprend tous ccg chan^^emenli de l.i sii^'nilÎL'atiûn des mots qui 
ijarAissent dans une tangue sous riniluence des changements d'aper- 
■an qui b'j produisent d'une manière ;zénerate; Wundt diâtineuc 
tcas principaux de ce changement régulier : te changement par 
rc«ptioD assimilante ou changement asâimiLatif, et le changement 
complication simultanée ou changement complicatiC; le premier 
'Ultc du fait qu'une représentation nouvelle ajicrt.'Ue comprend des 
nieiiig directs et des élèmentB repnidu.its entre lesquels s'uxerce 
iBMsiniilatiou réciproque; le scconrl consiste dans le transfert d'un 
4'utio repréaenlalion à une autre qui appartient à un domaine de 
'^[ilalions entièrement diLTércnt. Quant à l'évolution BiiiL'ulii'fr, 
.premi 1r8 clian.:;^ements de sens dus à des circonslaiircs indi- 
fil«8 ù un lieu Ou à une époque; Wundt y établit égale- 



204 



meSOE PHlLfkSOPHIQlE 



lement plusieurs divisions et subdivisious. Wundt termine e© Chapftr" ^ 
en raCEachant les ciiuses de l'évolutjûrï du. sens aux phcnomènes d«~ 
i'associationi el de l'aperception. 

Ch. IX. L'origine i!u hing3;is (p. î8i-'il il. — D'après Wundt. quatre^ 
théories principales ont ùté proposées relativement à l'origine du Eiin- 
gage : la théorie de l'origine artificielle ou de l'invention par l'homme: 
Ia Théorie ûp roriffino divine ou du triracle: la thôorie de rimltation, 
il^iprcs laquelle le Inngagc aurait été fornit par J'ionlaiiori lïumédîatiji 
ou niédialc. au moyen de la voix, de phénoioèiieg extérieurs, pari 
exemple des son's: et la théorie de sons vocaux natureEs, d'après laquelloi] 
le langage fierait sorti de sons émotifs émis par l'homme en présence] 
lies objets. Après avoir fait I.i critique de ces théories, W'iindt exposa] 
la stonne propre, qu'il appelle théorie du développement ff-^niwicblungs 
Iheorie]. Pour lui, le langage n*a pas romineneé iâ un motneDl donnê,| 
mais il se relie d'une manière continue à l'ensemble des mouvement 
d'expression qui caractérisent la vie animale, et e^t simplement li 
foi-mo de ces mouvements adéquate à ce déféré do développemcQt ût 
la vie animale qui correspotid à l'apparition de la conscience humaine; 
la conscience humnine. dit'il, ne se conçoit pas plus en elTet sans U 
langage que le laugajre sans la conscience humaîtie. Le langagej 
d'après Wundt, csï vraisemblableiuBiit sorti des gestes. Ce qui es 
directement signîtlcatif dans l'expression vocale primitive, ce n'est pas 
le son même, c'est le geste vocal, c'eat-à-dirc le mouvement d< 
organes articulatoires: ce mouvement, comme les autres ^cstea. ce 
en partie indîcalil', en pâ.rtie imitatif; il accompagne d'abord les mot 
vemenig d'expression des mains et du reste du corps. Le sfesle vi 
entraîne comme conséquence le son ^ocal; celui-ci n'est qu'indirect* 
ment significatif, et il n'y a jamais eu, affirme Wundt, Uo relatiol 
étroite, évideule, entre lui et le sens. Le langage s'est développe pr 
mitivement en même temps que le geste et comme parti» du gestes 
n'est que peu p peu qu'il s'en est séparé et est devenu un moyci 
d'expression indépendant, 

Tetles sont, très incomplètement rosuméciî, les idées principale 
exposées par Wutidt dans ce second volume. Ce volume est remal 
quable. en outre, par les qualités dialectiques et critiques que Wunc 
y dépluie, p.ir la multiplieité des divisions et subdivisions des phëoc 
mènes qui y soiil: propo^iés, par la précision, parfois un peu exagéré) 
peut-être, des delinitttms. Le nombre des faits cités est parfois itisuf 
Hsantp et la clarté de resposition en gouffre ; on doit aussi sig^naler uni 
lacune, c'est qu'il n'est aucunement parlé dans tout l'ouVrage do l'écrij 
lure. A parlées réserves légères, on ne peut qu'admirer la vigueur of 
la profondeur qui d'un bout à l'autre caractérisent rou%'rage. 

B. BOL'nnoN* 



j\NALYSES. — cnsSTAST[>owsKY. Phénomènes psychiques SOS 



II. — Psychologie pathologiqiie. 

Clazistantinowsky. — Phênoménks PsvcHiyUES. Moscou, 19(K). 
[jCis. obsessions sod-t encore peu ùtiidiéea, et cependant elles se pré- 
sent*^ »"it si souvent! M- Constantinou-aky analyse les principaux travaux 
£t tl««3ories sur lobsession, li'aprcs ïuczek, l'obsession n'est autre 
chQ^^ que [es idées mnla-dives qui naissent dans la conscience du 
fii^Vn-âe, UDmme rhosea qui lui sont ttrangèrea ; mais la cotiscieiic& 
i\u caractère maladif de ces idées s'établit chez |e malade lorsejue ia 
^usaiiofi maladive a déjà ditiparu et non pendant que cette seiiBaliuii 
«e loatiifeste. Stiicker prélend que le délire au commencement n'est 
aMire chose qu'une obsession. Cramer élargit davantajie la nntion de 
Vobsesflion. qu'il explique comme hallucinations parLielies do Tappa» 
tciidç la parole et du setis musculaire. Pour Wille, tant que le malade 
oatiifeslfl une obsession, i par conséquent un phénomène maladif 
d'itnl la nature et !a signification lui sont parfaitemeiit claïreâ ». et 
eiut? «a volonté cependant ne réussit pas à vaincre, tant qu'il conserve 
aâSM de pouvoir sur aoi-nième pour aJiueltre qtie les id^-ca lui sont 
clrsiigiTea et qu'il les considère tl'un point de vue oJjjcctif, — un pareil 
tDAlodc n'est pas encore atteint d'aliénation mentale. Mais si l'obses- 
iion provoque chez lui des actions irrésistibles, insensibles, involoO' 
taires. aiors toute son individualité psychique se rapportera au monde 
ejsCcneiir, commB celle d'un malade atteint de délire- ttea actes 
deviennent en contradiction avec la réalité, et par conséquent nui- 
sibles à lui-mémL' et à son entourage. C'cât un malade, un nUéiié. 
Berger envisage l'obsession t;omnie une névrose émotionnelle. Pour 
âander, Féré, elle n'est quu la forme syslématitjue de l'èmûtivilc 
morbide. Westplial a bien mis en lumière les dilTèrentes causes de 
l'angoisse conconiitnnte. C'est d'abord une sorte de violence que l'idée 
fa.ll à l'esprit âa l'Individu; elle occasionne un ralentiEscnnent dans 
la courant des autres représentations, et chaque rcCiird, chaque 
entrav^î dans le mécaniamc psychique, selon le degrô de leur înien- 
•itê, font naître un sentiment de mécontentement, d'nng^oisse ou de 
crainte. 

I) y a austii obsession » avec conscience u : la conscience du sujet 

doïiieure lucide. KrafTt-Ebinfi;, Wille» Régis, Séglas décrivent l'appa- 

ritioo de l'obsession soub forme d'attaque ou de crîsi'S.dans lesquelles 

le pasaag^e de l'idée à l'action pr^jduit un sentiment dt.- satisTaction, de 

contentement. Wille aobaervè l'apparition d'un état de tristesse assez 

prolonge chez les individus dont l'objet (le contenu) de l'obscssioa 

n'était ni Absurde ni insensé, mais simplement erroné, contredisant la 

réalité, et Wille reconnaît que dans de pareils cas il se développe une 

vt^riiablc aliénation mentale sous une forme mélancolique. Beaucoup 

'eurs aiTimient que dans « taroUedu doute m les malades ne passent 

<i9, ou avec beaucoup de diirtcullc, à l'action. 



âllh nUVUE PIlILUSnPBlQUT; 

Les aliénisle?, se plaçant soit nu point de vue psychologique, soit au 
point de vut- physiologique ou clinique, sont arrivés à grouper les ^ 
obsessions en trois classes : obaessicna intellectuelles, émotives etfl 
impulsives. Krafft-Ebïus: les considère comme une forme de dégéné- 
rescence psychique sur un terrain ueurasthénique. .Séglas .ncceptedeux 
(ormes de l'oljseesioii : dégénérative el accidentelle. Il apporte aussi 
deux éléments nouveaux : ta divi&iun de la coiiscicnct:; une sorte 
de dédoublement de la conscience, et les halluciuattons. 

En AUetnagne, on a ËSsayê d'expliquer l'obsession pur la ^oie psy- 
chologique. Grashey trouve qu'on a intrùduit dans le domaine ât 
l'obsession beaucoup de symptômes disparates et qu'il faut le limiter^ 
cunsldùrablement, mais, par ses nombreuses diviaions, tl ne fait qu* 
l'obscurcir. Pour \VesCpti:tI, l'obsession est une imajre qui Burg-it dan^ 
la conscience pendant l'état normal de l'esprit et k la suite de Reni 
[ions sensuelles normales, mais ne saurait être éloignée de la eot 
science à causa de l'altération maladive des sensations u-onsécutiv* 
au prncèa inti'llectuelg. La d<!'linition psycliolo'îique de Ziehenat e^C 
presque identique. 

Tous snnt d';LCi.'ord que, dans tous les cas dos obsessions, il exis( 
plus un moins une prédisposition héréditaire et qu'en général on. pâu| 
admettre la formule dounée par Tambiirinî : l'obsesaion constitue 
Tornie élémentaire du cadre de la dé^éncr^seence menCalu. L'idée obs 
duiite surgit dans la sphère intellectuetle, les phénomùnes de 
crainte dans celle de^ sens. Les sentiments de frayeur ou d'ati^'oi^f 
sont dcK phénomènes secondaires et pas toujours inévitables. 

En somme, M. Constantinowsky ne fait que passer en revue \t 
pi^iiicipâles théories sur rûbsession, il n'y ajoute rien de personne 

OSSIP-LOURIK. 



H. Triboulet et F. Mathieu. — L'alcool et l'alcOOlisme (I v( 
ln-8^ 251 p. Carré et N;iu>i, l'arls, lOlKl). 

L'étude de l'alcoolisme a une doid>la importance au point île vi 
psj'Chu-patliolOïfique : en effet, un très grand nombre d'aliénés so^ 
de* alccioUqucâ, et, d'autre part, l'nttion do l'alcool sur l'orîranîsi 
humain, de mieux on mieux connue, étend le champ de nos obaei 
lions, de nos expériences. On peut donc re^^retter que rihvc»tig-âtii 
métliodique el impartialo des effets de l'atcool ait trop souvent cêdél 
pas, di\ns ces dernières années, à des cnastat-ilions rapides suivies 
'uiiol usions hâtives en vue de la « propagande antialcoolique 
M.M. Thboulel et Mathieu ont eu le méiile de mettre en lumiôre U 
fcvantaires de l'alcool (nutrition, chaleur, excitation momentanét 
lUSBÎ bien que aes înoonvénienls furrêt des processus normaux, refr 
dis^eitient, ralentissement de la nutrition, dépression générale). Ils 
bien montré la différence entre les réRullals obtenus expcrinientnU 
ment sur des animaux: par l'ingestion d'alcools purs, et les effets pr 



ANALYSES- *- TRltiofLET ET MATHIEU, L'alcool et l'alcoolisme 

diitU sur t'hommc, nvsc son régime iiltmentaire si varié, par l'alcool 
dilu^ (uni à de l'euu ol à, de nûinbr6U3.e3 substAiices, dunt quelques- 
unes jouent un rôle utile, dans les >< boia^sons nlooolLques », telles que 
le \in, l.t bière, le cidre). Ils ont étudie à part, comme il convient, 
l'iiituiicntLou aiguë et l'intoxicatîon chronique par abus de l'alcool; 
et i^s "iil ttabii des distinctions trtjs importantes entre les effets par 
doses iitassive» et les clïets pa.r in<,''estion pc^riodiquo d'alcool pris en 
rop gr&nde quantité cliac|ue fois. Leur ouvrage abonde en utiles 
ciiments. 

Nous ne nous altarderoos pas sur la description des procédés de 

SncatîDn et sur In délinition scîentitlque des divers alcools et boîs- 

OIU uicnûSiques (p. l-4î4}. Il suflit de dire que l'action toxique d'un 

llcool Ëni d'autant p9u» grande que sa (ûrmule atomique est plus 

filmée, et qu'il n'est pas fait d'exception pour l'alcool mûthjUque 

moins dangereux que l'alcool cth^Iique. lequel est le principal agent 

|tû\ique dAijs toua les apiritucus. Un litre dc' cognac, de kirsch, d'eau- 

ie-ïit! de cidre ou de prtmes, do mai'C, suffit à tuer de 'jr> à 09 kilo- 

frammes d'animal vivant : l'alcool éthyliqut; qui entre dans la compo- 

lition de oes boissons tue à lui seul Ij4 Jiil. Ill^r 

Talcool agit surtout par dùshydrutation. Or il se répand dans tout 
l'orwalame et notamment dans le '^ang, dans le foie et dans le cer- 
ïu. Partout, n l1 paralyse l'irritabilité, la sensibilité, la uontrautiJlté, 
Fautivito de la ceElule vivante d ; son action sur le Hystéme vaso- 
Utilextr entraîne des cont^eËtions; sa combustion se lait au détriment 
ie l'hiSmatosc : le j^-lobule sanguin est détruit et rhémoglobioe précî- 
Pitiie (p. HS aqq). Dans la substance nerveuse, il déâhydrale La cellule 
' 1> ciévroglie ; Il moditië la circulation capillaire, amène des congés- 
Bons lot'ales qui, fréquemment répétées, produisent la sclérose céré- 
braJe :;[jn action irritante fait que leâ mcniugea s'épaississent. U 
Imrgatiise les segmeats nerveux en attaquant surtout les gainea de 
lijilinu, La a névrite segmentaire périaxile u atteint d'abord les 
ris de ta vie de relation, puis le^ nerfs de^ muscles extenseurs des 
lembres inférieurs et de l'avant-bras. L'alropliie, la déformation des 
neabres a'ensuivi^nt {p, 85 sqq, IM, \'iù)- 

Noas pnsaonv Boua silence les trop nombrL-ux troubles de la diges- 

Oû, du la uircuifllion, de la sécrétion et de l'escpétton, -dnCrainés par 

P*l"lj.ilé de l'alcool. Il i.iut signaler toutefois que le vin semble aur- 

îul attaquer la veine purle et lo foie; les eaux-de-vîe, la muqueuse 

l'estomac, le cerveau et les raéningea, les eseences diverses, les 

"ellules nerveuses. Toujours l'alcool provoqua un refroidissement qui 

peut être considérablo el amener la mort, une insensibilité (aneslhési© 

" *îiilgè!îit!) parfois complote pour certai[ios rég^iona du corps. 

I-iiooolisme est aigu ou chronique. AigU, il entraîne d'abord la dis- 

■nijon de toute prudence, de toute réserve; il rend loquace et coq. 

""Km L'ino ueriïasi; puis, à l'exubérance du premier moment succède 

engourdisfiemcQt dea centres supérieurs avec excitation médullaire, 



AKVUS t^JtlLOSOPHlQUE 



en[in se produit une déchéance musculaire plus ou inoms oomple t 
accompagnée d'anesthcsie ou de retard dan» l'aperception des sens: 
tions. LVccoutumance à Talcool peut augmenter la résistance dt ^^ 
sujet à l'intoxicalion, empêcher la production dt- la plupart des phèno^^ 




^ 



ïâ 



m^iie? niorbides habituels. 

L';i!eooIi3me chronique peut rester quelque temps latent. La cbloro- '^ 
Formisatitin ou une fièvre aigui; lo décèle parfuis, quelquelois il se ^_ 
manifeste eeulement pnr la pituito matinale (p. 137 ~^qq)' Quand il *^ 
cetiae d'OEre latent, lo lïinlade éprouve, le soir, des douleurs, de& four- 
miltemenls, des crampes, dt's cauchemar», et, le matin, des vertiges et 
des tremblements, l'uis vieiinent la paralysie des meiribres inférieurs, 
le pseudo-limbes, incoordination des mouvements avec douleurs Ifrnei- 
nanteâ uL fulgurantes: plus tard, la para.lysie se généralise. les libres 
des nerfa oculaires s'atrophient famblyopie par abuB de looissons dis- 
tiUées). 

Au point de vue psychologique, on constate dans ralcooHsme chro- 
nique : l'irritabiliCé suivie d'abrutissement et d'incohérence, Texcitabi- 
lité suivie d"anaIg:ésio et d'anesthésie, l'irrégularité des habitudes 
permettant toutes sortes d'iœpuUions^ la perte de la réile.vion et delà 
volonté; le tifiirium tremens, actif, hallucinatoire, terriOant, la manie 



^Dt 



I 

~M* 

m^ 

aiguc ou le délire subaigu avec idées de persécution et rêves pro- — *:* 
fessionnels ; les attaques épilepLiformes (surtout dans i'absînthisrael ou 
hystérirormeâ (p. 157 sqq). 

L'hérédité alcoolique* est, comme toute hérédité dans la dégénéres- 
cence, susceptible d'engendrer des troubles différents ; des obsessions 
immorales, des tendaltc<.-s perverses ifolie morale). Il y a cependant 
parfois transmission héréditaire du goût pour tes boitisons alcooliques 
at du (leiiriiim Iremens. 

Au point de vue thérapeutique, MM, Triboulet et Mathieu doman- 
dent la créaiion d'asiles spéciaux pour les alcooliques; ils préconisent 
un " traitement mor:il u par les distractions et 1& travail musculaire 
régulier, au iteîn de l'abstinence des boissons fermentées. Ils espèrent 
que six à huit mois d'internement Eufllraient au maximum. Ils récla- 
ment d'énergiques mesures pi-ophylactiques et, instruits par l'espé- 
rienoe des monopoles en Suisse ou en Russie, ils sont plutôt partisane 
d'une prohibition eysCémalique, quand, du moins, » la propagande 
antialcoolique aura sullisamment éclairé le peuple ». 

G.-L. DUPRAT. 



IIelen Këller SouvENiB ijiistuire iVflèlène Kelier, 2« fasc.), 1895- 
1899, 8tl p., in-l* Washington, Voila bureau. 

Dana une suite d'articles écrits pour ceux qu'intéresse Féducatior) 
les sourds et des aveugles, le bureau Volta expose sommairement 
luelles ont été les études d'Helen Kelier jusqu'à son admission au 




^^^m ANALYSES- — Histoire d'Hélène KùlUt 

^^^Hde lîadL'lirfe, et par quelles méthodes ou a réussi à instruire 
lp^HP|mne sourde-avcugEe- muette. 

llcleû Keller a eu la révélation du langage le jour oit elle a'eat 
ifrtrcue qu'un mot servait à. désigner une chose absente, la suppléait, 
lu représentait : elle s'est ensuite rendu compte que ce mot. à. son 
tour, pouvait être remplacé par un i,'roupe de si^^nes; et eulin que ceî 
iigDcSi étant mobiles et tr:inspasal>les, pouvaient Bervir à former 
lUUes mots. Dès lora elle comprenait l'écrilure et la lecture. Ses 
igri's furent ensuite plus rapides que ceux des autres sourds : et 
iD professeur, mtss Sullivan, l'attribue à ce qu'au lieu de lui expli- 
<Hiert>as ù pas toutes ses lecture?, on la laissait, comme elle s'y plai- 
imt, iJevIiiei- par elle-môme le plus lïrand nombre des significations 
(erhates qu'elle ne connaissait pas encore. 
Ju.S'que'l.i, tout se bornait à des conversations manuelles par des 
[ions tactiles. Pour lui apprendre à parler, trois ans après ses 
miéres notions d'un alptiabe>, on lui lit toucher les lèvres prononçant 
ttiota : elle apprit ainsi à en reproduire olle-m^'me les mouvements, 
» conversation avec elle devenait possible, les explications plus 
fïciles M plus rapides. Cependant nombre de mois lui échappaient 
«tcore : les auteurs en donnent^ à la page 39, une liete intéressante à 
losulter. 

Ainsi pourvue de nos ractlités pour racquialtlon, et l'échange des 
Wps, h. Keller pouvait compléter son instruction : on lui apprit 
lem l'anglais, quelques éléments de français et d'allemand, assez de 
Jn et de grec pour comprendre Cicéron et Virgile, Xénoplion et 
m&re : ce qui est un résultat fort appréciable. Elle oonnait entière- 
ot t't.néid'!! et quelques Kglogues : elle a lu le l" livre de VOdyssée, 
1", M', lll'. I.V et XVI' Chants de ('//ûido.avcc quelques parties dii 
dernier. Enfin on lui a appris de l'algcbrc et de la ^'É'oméirie ; par 
ils procédés ce» notions ont-elles pénétré dans «on intelligence? 
iMtion de haut intérêt, pour le psycholo,gTie t les rapporta Bont 
heureusement très sobres de renseignements sur câ point et ne 
us donnent guère que les résultats obtenus. 
Au début, son professeur de mnllit-nialiques la trouve assez fermée 
AUX notions algébriques : les ét|nalions du premier degré la dépassent; 
I elle ne pL'ut transposer lea (acteura ; elle connaît mal lef^ fractions; le 
plus petit multiple, le plus [^'rand commun diviseur lui échappent : 
m^oi'e, elle &l- trompe souvent dans ees additions et soustractions • 
M. Keith commence par bien lui faire saisir le» difrérences et ressem- 
blances entre l'arithmétique et ! altiêbre : et dès la seconde leçon elle 
comprend comment il faut lire 

,iî — (/ji _ 2a*— [Se' -f ï'yj — i^i't' — Àb» -j- c»>lj 

Au lïout de très peu do temps, non scellement elle pouvait retenir les 
ê<Iuitions avec leurs compUcatîous de lettres^ signes, exposants et 



210 



ne VITE i-BiLosopinQnE 



coefficienia, mais encore elle était capable de faire mentalement lea 
opérations nécessaires pour les résoudre : elle nes'aidatt de récriture 
en lîraiJle que dans les cas très complexes, pour ceptiiines vêrirications. 
Troi,^ mois Après, eHe en èlait aux simplincAlions suivantes : 



j* -f !t* jr* — u 






a* — I 



« + 



« - 1 



8ÎX mois apr^a sea de^buts, elle coonaïasait l'algèbre, sauf les équi 
lions du secuDd degré, les valeurs aégativea, les proportions et ui 
partÎQ de la théorie des exposants. Après les vacances et la revisioT 
de la rentrée^ on lui ap|irend h résoudre tes équations du socood 
degré par la forinule (ï — a) {X — b\ ^o. Quand elle stit comment, de 



, , . , ... — 'f it »^ 6- ^ -lai-, elle apprit 
a.ï' + 6,v -i- c — nous tirions x — 5- ' *^^ - 

aussitôt, avec une étonnante rapidité, à résoudre ces équations : sUi 
tout elle voyait très vite Ri .v était une quantité positive ou nég:aliTe. 

Ijes équations au carré U'teral quadx'Alic) l'ont arrètéa quelqi 
temps : bIIë a dû s'aider du Uraille, Eea erreurs Ont abondé, imais &\ 
bout dû quelque temps le travail est devenu rapide et assuré. — 
tliéoric dea expcis.arits, dcâ quantités négatives, des proportions, u1 
Eouffert aucune diriicultê : seules les formules contenant comme expo 
sants des fractions ou des nombres premiers ont encore donné lieu 
des erreurs. 

En géométrie, les diflicultéa étaient accumulées • d'abord il a falU 
donner à l'aveugle et sourde une idée aussi exacte que possible dv 
poinr. de la litrne, etc., et lui faire comprendre, à l'aide de fils et d( 
bandea munis de repères, ce que sont les directions. les parallètea. U 
angles, etc. Mali^rê tout, sa conception des dimensions et des formel 
tirée dea seules perceptions tactiles, est restée bien pauvre : du nooiai 
on l'a débarrassée dea idtSea fausses et préconçues qui l'obscurcis^ 
saient '. 

\^i première opération conaiataît à apprendre le théorème : ensuite 
fl. Kùlfer construisait la ligure à l'aide de bandea : si cette fig'ure étnil 
bonne, elle ajoutait les lettres et rêsolv.iit alg-ébrtquement : ensuit 
ette analysait et cherchait tes relations pour trouver les preuves; 
cette analyse demandait de nouvellca constructions pour arriver à 
démuni^trution, elle les établissait de même. C'est d'ailleurs la titéLhoc 
usuelle : seulement, pour H. Keller, tout était plua diflîcile à cause dj 

I. L'inrapacilë à s*-' représcinler mire espace est soiivi.-nt Iclie qu'on non 
lîitait lin avuiipte de naissance incai.flble! de jamais ctuiipren.ire mie mardi 
en cercle le ramenait a soa point de déparl. ni fotnmcni àt Taisatt le tour «Td 
arbre. (J. P.J 



ANALYSES- — Histoire triTêlme Kelîei' 



lit 



n piiuvretc! d'intuition et parce qu'elle .ivnit une tendance à faire 

Jppcf il Ba iqémoire plutôt qu'aux eorubjnnisons mentales capables de 

produire &up plate I» preuve du thdorfeine (étudié. Surtout, la fjro&se 

difficulté est qu'elle ae butait parfois à une notion fausse, où elle res- 

(lait obstinément jusqu'à ce qu'on re'ussit à s'apercevoir de son erreur : 

xlors il fallnit la Faire remonter nux principes jusqu'il ne qu'elle 

échappiit à cette erreur. 

En travaillant ainsi, H. Iveller .-iv.iiC appris, en juillet I89S, le prc^ 

lier livre de géométrie : d'octobre IH'JÔ k février I81>9, elle vit tous ]es 

luires livres : pour le deruier, on put faire usage d'un manuel où 

figures et lettres ét.aienl en relief, ce qui facilita les progrès. 

AÎD);], quoique l'algèbre eût singulièrement atliné son intuition tac- 
tile, la trcométrie éléinenlairo fui pour la 3ûurde-avcLiy;lc une étude 
^H plus nrdues : et cela se comprend sans peine. Il lui fallait avoir 
•■a l'esprit présents à la fois les lettreB, les ligures, les théorèmes, les 
(lémcnst ration s, les constructions et les diverses phases du raisonne- 
^t\i\ ; rguelle dillieulto pour des Tacultés représenlativea limitées 
;jre,«quc aux images Ltclilcs. Aussi (allait-il eaîsir toutes les simplifi- 
cations posaibissi Ct cependant M. Ketth peut apporter commecxcmple 
des problèmes de g-éométrie que résout H. Keller, le Huivant, fait en 
cinq minutes. 

t Soit un CtircLe de ?<) pouce» de diamètre (A6) : p&r un point E du 
■ diamètre, à 4 pouces de la circonfcicnce, passe une corde CD pcr- 
a pecclicul&ire au dÎAmotre. Quelle e^t hi longueur de cette corde? Et 
quelle est la longueur des deux cordes CD et CA, tirées de l'extié- 
mité C de la perpendiculaire aux deux extrémités h et A du dia- 
mètre. 



en = !•! 



CK = V'iLiX EH = \'-H\ X l = i vS^ • 



En résumé, II. Keller, sourde et aveugle, a réussi â apprendre en 

buit mois ce qu'il faut ronnaitre de i,'ree et de lailii pour lire les pages 

d& Cicéron, de Virgile et d'Homère inscrites à l'esaimcn d'iidmlssion 

du coHège RadcUfTe : elle a appris en treize mois les éléments de 

iêe grecque; et en treize mois, raliièbre élémentaire et la géométrie 

lloilB. L'examen d'adl^issioci au collège RadcUITe équivaut à celui du 

"collc^c Harvard, l'un des plus célèbres des Êlata-Unja. 

En terminant ce qu'il appelle « cette liistrun; ée lutte et de victoire e 
t/ihtori/ o/ sti'U^glv amf vîciai-ij), le dernier professeur d'il. Keller, 
yt, K^itli, observe que les mathématiques sont la seuls partie du pro- 
gramme où sa jeune éiêvu ait du s'attarder plus que les autres : qd a 



21 â ll£Vt?E PIIILU:>0[>1I1QUB 

VU plus haut à quelles difficullés se heurtait ce jeune esprit totalemônf 
privé d'imagCB et de perceptions viâueltes. 
' D' Jkan Phiuppe. 

MM. P. TiionAS l.h-tiii. </f-' se. oUfinlct, 25 no«, iîlU')) et L, Arsopip {in 'Juiti' 
laifit^ i" cIl'c. twOU) ont ciaininé réecmmeni \in« jeune aTeugtl^soo^d^.■■muelle, 
H' ttaitsnnct *.L, Bridpman le devint h \\e\%\ nus, H. Relier à dix-biiil niuis, M 
M. Otirvr'hL t, tmis btis el Oemi). Cette jeune lilte. Marie Heurlin. née en ItiSS^ 
a l'iô ê4Etii|ui.'e, ronime M, Obrtfdlil, par le* rvligleuBea de LarniLy ; ncLuflletnrnl 
elle àail parler tactilement, lirp n écrire on points, i-l porlcr orafociionl. Soi 
sens oiractif est (rîi& dévElo|ipé : quant au toiK-lier Fictif, - c'est eu lui cjne si 
concentre presque tonte l'aCtivilK ite l'esprit - iP. Th.i. Pour lui apprendre 
parlcT, son <l'diicatricen «yant rcm.iriiii<> ([n'clle ue se séparait presque jarnni 
j'uti petit l'outcau <le poclie appurlé rie clie* elle, le InJ enkva : • Marie se TAi-h*^ 
Lu relipiuusi: le lui rendit un instniiL et lui mil Icb mnin-î l'une sur l'antri.', l'une'' 
(^'Oiipanl L'autre, ce qui e«t l^ âi^ne nbré^é puur désigner un couLt'au citez l«s 
sciuf^Js-miicts ; puis eUe lui reprît rol>j«t: l'enfam s'irhin. mais, di^s i|u*el]e ïûIj 
l'iiJce Ac reTaire elïe-mérnp le ^îk""' qui 'ni nvoil r'té npfiris.on lui ecrxlil Im 
4:(vutenu (l<!^linitiv(fi!iU'uL. Le premier pas élaiL /ail : fcnfanl tivail eani}.iri» gu'H il* 
avaii jci rap/jorl entre le sîijmi tl l'ohjet • [L, Arnoul'l'j. — Ajoulnns <)in: |r 
jeune âouriJ(^-mui:i(le-avcLi(;te n*3 jamais, en rOfe, ni vu, ni vnLendu, ni p;irld, 
oraleincnl (en quoi flic ilitriru ern-orii de ses etunpagnes) ; ette a conservé Ji? 
soiiTenirs antèrieiirs fi son cdiiculiori, 

On annrjitre, sur les pracêdès du son étlucation. antérieurs n ceux employés 
pour H. Kelkr, une étude précise : il va san^iJire que le« point? r&ra>ctêi'istir[uei 
seront signalés ici. 

Vf i. PmurpE. 



T. Cl. Spencer, — Edm-ation of the }'ut'blo chUd (Columbia Uni- 
versity), 'JS p,, iii-8'\ Mac Millau, V Aveuue, New-York- 

C'est une nionor,'r,aphie qui commence par la géographie et l'histoir 
de la terre des PuebloSj et qui espose ensuite, d'après des document! 
ëthnalogîquea oï autres, comment se perpétuent en des formesj 
ÎD^muable» leui's nnuurs, leur industrie, leur religion , Abordant 
ensuite la question même de l'éducation, 1 auteur s'clTorce de montrei 
comiUËtit le milieu physique et social où elle «st coadïmiiée à vtvre,| 
arrête dâ.U3 son dèvcloppcmunt cette race depuis longtemps rêfraclairel 
à toute innovation. Il n'indique d'ailleurs aucuri moyen pratique dej 
remédier k cet état de chùses. 

L'ouvrage ee termine p^r une bibliographie asaez complète. 

J. I>. 



D' P. J. Mobîus. — Uehkh Kntautung (Gretufr, dcff neru. und set 
knl'-i>em. Vol. III. Berguiann, Wièsbaden, 1900, p. 95-1-23). 

La déLTênérescence consiste en une déviation considérable et perma-| 
-fute, transmise ou susceptible de transmission héréditaire. Elle peul 
■»ar ronsêquent ou congénitale ou acqui.se, soit dans la vie fœtale» 
ins le cours de l'existence. On t^at habituii depuis Morel â con-j 
les dûgc[)ére^ccnt;es h<iréditaircs avec celles que sont acquises. 



ANALYSES- — i. MOBics. l'eber EntaHiing 



313 



Ccpeadant ks efîets de ces dârnii^rës peuvent être saiiâ cesse aCténués 
au cours de l'héréditc pnr des unions répétées aveo des personnes 
^^aÏDCs (p, Ss-^TJ. On a, à la fois, tort et raison d>dtnettre des dégéné- 
rescences partielles ; l'organisme est un. mais coinpiirabl'.- à un Ktat^ 
et chaque êlL>ment y a une certainn indépendance-", U n'y a pas de 
Ucgénérescence toule, jnais seulement déséquilibre on manque d'har- 
tnunie entre élùmenta dont les uns sont sains, les autres anoi-maux. 
Ues causes premières de la dégénérescence sont obscures ; il n'est pas 
prouvé que runton de consanguins l'entraîne et le mjinquo d'aflinité 
des gcriUes peut bien êLii* une dejj sources de co ma! ip, 'JT-itlU]. 

i-,a délimiLation du ilomnine de la dagénéresccnce asl la cho^e la 
plaâ importante. Dans gutiUe mus^urc faut-il qu'il y ait déviation pour 
que L'on soit jùgâ dégùuûcé? Les vas-iulions sont consldérAbles daiiâ 
l'espèce humaine : il en est do deux aortes, les unes corporelLes, les 
aatrcs mentale?- Où commence la déviation morbide'.' l-ea anomalies 
physiques soiu depuis lonylentps l'objet de remarques vulgraires et 
scienlilîques ; mais comment apprécier les variations paychiquiis^ Il 
ne faut attendre aucun secours de la psycholog'ie normale qui est 
encore trop loiiii de eoimoitre Yiiidividn normal (p. 1U'2-]U3!. Un cer- 
tain degré de toutes les tendances hum;i.ineB est nécessaire à l'état de 
santé : comment déterminer à quel momi'nt il y a excès ou défaut'^ 

Il faut dnnc se réBigner à juger de la mentalité d'après l'aspect 
extérieur de la personne, souvent trompeur d'ailleurs. La lajdf ur phy- 
sique d'abord peut être l'indicci de la laideur morale; coile-ci peut £tie 
rendue apprét:iable par uite extrême brutalité, une grande Oruautéj etc. 
(p. 1 1*2-1 1J;. La forme de la tête peut, en dehors dt- toutes les exagéra- 
tions de la cranioscopie, déceler la dégù'nérsacence ; cependant les 
l)«tes et h:$ sauvages ont plus de régularité dann tout le co'rps que les 
civthst^s, dont la partie droite de l'appareil musculaire et le CL^rveaii 
gAQcbe sont plus développés que les pnrties correspondantes (p. IIJ'2 
et 1 li). La mauvaise conlorraalion des oreiller et du nez, la structure 
dos mâi'lioires et du palais, l'implanlaLion des di-iiLs et leur chute, 
l'aspect àvs mains, peuvent fournir des iridiées de dégénérescence. 

Mobius rend un juste liomma^c aux travaux faits par Mag;imu «n 
vue de distinguer les états coR&tilulils des syndromes psychiques de 
la dégêr.éreHCence (folie intcrmittontc, paranoïa, mélancolie, hypocou* 
drïi*. obscssitins, phobies, hystérie, névrose, etc.). Les maladies ruetl- 
tab'£ »ont des épiphénomènes, des manifestationg secondaires d'une 
tuaiodic qui sans elles n'en existe pas moiiis <p. J I(>-1]7). L'étude se 
termine par des considérations sur lei^ dégénérés criminels et les 
homraes de génie : ta crjmtitnlité et la génialilé supposLmt des rela- 
tions anormales entre l'individu et ses semblables augsi bien qu'entre 
les diverses fonctions de l'individu. 

G,-L. DupaAT. 



314 ftEVUt; r-uiLasorHiQUE 

L. Loewenfeld. — SOMNAMiiuMiiuus und Spihïtismus iGrenifr. 
des Neri'en-und SeelEnlebens. 1. Uergaman, Wicabaden, lOifO, p. l-â];, 

L'auteur s'est efforcé de décrire d'un côté les ùtats soran*mbuliques, 
d'autre parties faits si vnriiSa de spiritisme, de ramener autaot que pos- 
sible ceux-ci à ceux-là, et de inonlrer qu'il n'y a aiieunç raÏBOn d'id- 
mettre layent mystérieux que supposent le» théories splrites. 

La partie re^Jfttivc aux diffiSrentea formesde aomaambulisme ;p. i-'H) 
constitue un exposé méthodique et clair des phénonicnes générili;- 
ment bien connus que l'on dêcfit sous les nome de noctambuliâine et 
de somnambulisme HOit hystérique, «oit hj'pnotique^ spoiiliitié ott pn- 
vnic{ué. Les faits ordinairenieot signalés î^ont rApprocbé.-) du sommeil 
et dâaréveâip.'J): dans icsummeillégsr leeroves lunnquent d enchitiiic' 
nient log^ique, de vxileur Intellectuellie (p, '.'], dans le Eommetl proM 
il se produit une activilÉ mentale plus proche en un eens de celiedclii 
veille, c'est-à-dire à éléments plus cohérents bien que peu nombrew, 
d'une logique plue serrée, m^us étroitement limitée îi un petit cercle 
d'idées ou d'images (p. ,'], C'est avec ce dernrer genre de rôvesquele» 
faits somnambuBiqucs présentent te plus d'analu^ie : on conauil i)i«iL 
des exemples d'actes accomplis avec sûreté, d'opérations mentalps 
d'une haute valeur intellectuelle effectuées pendant le sommeil prolimil 
et d.ina Tetat de somnnmbulisme ia(. p, 4-fi). L'état anormal sedietiaens 
de l'état normal parce que dans le premier les rsprésentationâ eQçm- 
drent des actes au lieu, de ^'arrêter comoie dans le second au »ladi! 
purement intellectuel; en outre, dans le somnambalistne, le réiri'ciut- 
ment du champ de la conscience fait que l'attentioii peut Hfi ren* 
forcée aur certaines données sensorielles, peut accroître ainsi l'acuilé 
de certains servis et pernicttro des opérations que l'on ne saurait accom- 
plir dans l'état de santé (p. 'MOl. Loewenfeld ;ie croit pas avec Oitl« 
delaTourette au rapport direct du somnambulisme avec rhystéric Bii^n 
dos personnes qui dans leur enfance ont eu den attaques de soinnaai- 
bulisme, présentent plus tard des maladies nerveuses tout autres qOt 
l'hystérie. Cependant il y a un somnambulisme hystérique. diiïereDt 
quant à l'aspeet du noctainlmlisme : un y constate du délire, des tnXii- 
formations ou des dédoublements de la porsonnalitét des hallucina- 
tions (p. hJ-la>. Quant au somorimbulisnie provoqué découvert par le 
marquis de Puységur, élève de Mesmer, en 1 THi, il relève de l'Ii^piio^t 
avec ses divers degnWct ses traits cnraotéris tiques : limitation de l'jn 
tivitê associative, suggestibilité anormale, aneethésiââ et hyperesthi 
sies, etc. îp. ]fj-17). On peut, la chu.^e est connue, provoquer A' 
hallucinations, des an^slhcsies, des illusions, de»; plicnoniénes v 
tnires varié?, de l'auiomatismË, des modilLcatioas de la personuab 
avee alternance de moi diCTérents, des el'féts posthypnotiques, el 

(p. m-'-j). 

Les faits de spiritisme 80 ramènent à &îx genres principaux: la I 

dite (hellsehenvisîon des objets cachés ou sensations visuelles obtenue! 
les yeux fermés], la tratispositiun des sens (sensations de l'ouje ou de 



tte 



HKVUG: PHILOSOMllOUK 



m. — Sociologie. 



Ludwig Btein. — An der Wendk des JAtmsiiUNDEJiTS, Vensicti 
BiNEn Ivfi.TUKi'HiLOSGPtnÊ. 1 vol. in-H" de tii-Î15 p. Kribourg^ en Itrià- 
gau, J. €. n. Mohr {['aul t^iebeck), \WJ. 

M. Stein nous avertit, dans son AnRnl~prOpns. que les vingt esMÎi 
réunÎB pat' lui dans ce volume constituent une philosophie i!e la civi- 
li>i!ilto)' t^lle qu'elle se trouve réalisée danâ l'Curope occidcnutc f-i 
i'Aniérique, Cet ouvrage Lut suite à l'ouvrage sur (a ÇutYdoj» 
Socisile (Dio sociale Frage im ijjchte der Philosophie). L'auieur = 
clioiai la forme de l'ossai, aj bien appropriée au génie allcinantl. 
parce qu'elle convient à merveille « <Jes recherches encore si nou' 
vellcB. Mais cette forme n'exclut pna l'unité d'une pensée sy^ténutitiuc. 
M. Siein se rattache, en effet, au ciiticisme èvoiulionniitQ, lequel * 
pour cûroUnire VoptiiJiimnii swinL — Les essais, dont quatre seule" 
ment paratssent ici pour lu première fois, se divisent en deux eroupes. 
Les U113, bistorâques, ont pour objet d'établir la contitiuilé du ■Jév«- 
loppement do notre Civilisation; les nulres, systématiques, la si^nili- 
cation et fe but de ce développement. — L'évolution littéraire a*cft 
pas laissée de côté. D'après M. Slcin, la poésie doit devenir de plus «c 
plus scientifique, et cesseï' d'être mijtUotu'jiqii'i, à une époquu où le* 
savants s'inquictant de plus en plus de la /orme, et où des pljtlosojjbeî. 
tt.'^Is que èchopenliauer et Nietzsche, sont, dans leur prose, plui ytièuf 
que les poètes. 

I, Au seuil du sièclr, — La formation de l'esprit s'explique p»' 
l'évolution biologique. Squs l'action de l'intérêt, l'organisme devient 
apte â des fonction:s mentales âupérleurea. La notion du temps s'^i- 
pltque par cette méthode génétique; et elle s'clargii av^c l'iiorK"^ 
intellectu&l. N'ous comptons par siècles, taïkdjs que l'homme priialii' 
comptait par jours. — C'est pourquoi, au seuil du siècle, se posEJ» 
question : Quel est le bilan de ce siècle? Cette question a deux face» 
Qu'est-ce que le passé a produit? Qu'est-ce que l'avenir doimeM^lJi 
seconde question dépend de la première. L'unique méthode possibie 
est Ifi méthode hUiorique. — La nature en elle-mânic est mueltL>; l'tiif- 
toirc seule peut nous instruire. Seule, rtiistoire a un sens, une tiualil» 
immanente-, le seul objet qui puisî^e nous intéresser, c'est la conscienoc 
dans son développement. C'est pourquoi toute luctaphysique doit i\it 
njctuniée; nous ne pouvons que répéter sous une autre forme leasoW- 
lions anciennes. Ce n'est pas â dire que Dubois-lleymond ou Speni:»] 
aient gain de cause; il ne faut pas dire , hjnontbimvs, mais Ignora-' 
unis. — Cette étude hcs1orique,fnit*.-d'uii point de vue d'ensenible.noua 
révélera les tendances de rbistoire. La connaissance philosûphiqa« 
est une connaissance probable; l'avenir la cQnlli'merû. ou la dénieotira 
— ['sycbologiquemeiit, l'inlellectualisme est la doctrine véritable; Ici 
représcnta.lions sont les armes lorgés par l'organisme dans la lutte 



AMAl.TSEa. — L. siEis. Ati dcf Wentle de$ Juhv$liundtift$ 217 

pour la vie. De cet intellectualisme découle un optimisme social; l'in- 
teiligtîTice se généralise avec révolution, se démocratise. — JloraSe- 
ment, ritistoire nous indique loa impèra.tifs de l'avenir. — Epistèmo- 
loeiquement, le point de vue de Kntit se trouve concilié avec celui do 
Darvin et de Spencer dans le criti^cismc dvolutïonuiste. Les ronctioos 
crue ni les organes ; l'intellect, avec ses formes et s*J3 cattiOfopîes, est 
le produit d'une évolution ; maïs ces formes et ces catégories consti- 
tuent simplement une inlerprêtatinii de la nature par lo conscience. 
Les lois de ïa nature sont les lois de la pensée; et les lois de la pcnséa 
te ramt-nent, en définitive, à la loi de causaiilé, sous la forme du 
rappurt de principe â conséquence (loi de rainon suffisante), La valeur 
dû laconnaîssance est ainsi reUtiVf. 

2. Un jubilé <fe deux mille cinq Cents ans. ^ Il s'agit du jubilé de 
notre piùlosophie occidentale, l.iqaelle peut être rnpportée â une 
origine !ixe (Tlialùs), et a suivi une nurche continue et déteritiînéo. ^' 
L'auteur passe en revue los diverses disciplines issues de cette philo- 
wphif.avÊC leurs vicissitudes. Il montre, en finissant, que le problème 
apitalà l'heure actuelle est un pmblyme humain, yociologie. philo- 
pliie sociale, morale sociale, étudJL'nt l'homme s^ociaI dans son ùtri\ 
'vs ïon devnir, dans sa demnée. — Malgré l'épiiaphe que lui vouait 
wçucre le D^ Wahie, la philosophie n-j doit pas périr. Si la science a 
pOQr objet le réel, la philosophie a pour objet le crnii et chaque 
m, îiy&nt sa vérité, aura sa pliilosophie. 
3. Le pi'incipetle l'éoolution dans l'histoire de l'esprit. — La phîto- 
*>phie, pour répondre à ses délrncteursi a emprunté aux snîenccs de 
1> nature leurs méthodes, Amsi La psychotof^io s'est modeEce do nos 
juius Ëiir la physiologie. Bucklc a montré qui; l'histoire de la civilisiN 
tlcvait s'expliquer par un citchainemeut cigoiireux de c:iusi'a et 
'•IFeta. Uariiviii, cit expliquant la vie par la toi de l'évrdutiûn, a cnn- 
lUes philosophas :\ tranâfonner la conception de Bucklc. L'histoire 
la civilisation s'explique tout ensemble parla causalité et par l'àt-o- 
'tion: m;kis c'est l'ôvolutioii qui constitue le principe vraiment aclif, 
elle inipliquL- une (*?/*'Li/n;7M' iitunmninie. Il faudrait les facultés 
nlaleg rl'uTi LeJbaiti! pour suivra le» applications de ce principe dans 
tj( Iti diuinaino de l'esprit, lin attendant un second Lcibnilu, les Lra- 
TOilleurs modestes doivent appliquer le principe dans une sphère res- 
Ireinle. Et M. dtcin s'efforce do montrer Iw rûle de l'uvolution dans 
loire di' ta pensée à r<i'pûquo de la Rt'naïssance. Il êlahlit que le 
•en â>!e n'est pas une époque de sta^^naiion itUelHectuelle, qu'il n'y 
a pa*) à la lïenaissAnce de f^éuération spotitanée, et que l'apparenoe 
de disûDiiiiouiié vient dt- la nature de ];t llnalitc, Ltquclle est iimna- 
H <*nl<F. et par suite relative au.\ besoins actuels de chaque période. 
^l'histoire de l'esprit est déterminée par l'inslincf ifc conscrt'afton. 
1- t-a premif^re aftpnrition de la philosophie grecpie c'ip; ies .43'alie,<. 
::lû de cette loi d'ùvolution est établie par l'histoire de la 
■ arabe. Ou se convami; par là de l'exislcnci' d'une duuble 



Toua Lit, 



IBOl 



1! 



218 



REVQE imiLOSOPmClIlE 



continuité : l'une hi's(orique, puisque cette philosophie F^râtuch* * 
rarÈstotélisme et au aéO'platoiiisme^ l'autre fr^r/î^uc, puisque à un 
mûme moment (milieu du ix" siècle) cette filitiiîori se retrouve dma 
les trois grands centres intellectuels r Pana, Constantiiiople, lîagilad. 

5. La continuilé de la philosophie grecque chm les penseurs AT-ibes. 
— Ce cinquiùme essAi établit encore que la continuité {oi;jiquf est 
aussi réelle que la continuité hialoriquc, et que loute phiiosoplueest , 
uno tentative pour rL^soudre les éternels problûiues d'une maTiièreJ 
conforme â Yesprit de l'époque. 

li. Exemple typique de la coittinuHé logique dans l'histoire dt l'a- \ 
prii. — Les idées obéie^sent, cûmmc les organismes, aux loii de I3 
lutte paui'U vie. Mais il est des problèmes qui reparaissi>nt êlernellfr 
ment : lel celui du détsrniinisnie ; ce flont les prohlèmes philosophique! 
par excellence. La question du dôlerminisme se dOguise sou^ [oiilc» 
les fornies, philO:sophiqucs et religieuses. Rt leg mêmes solutions ^e 
reproduisent, alors m'&me qu'entre les penseurs qui les adoptent 1I gis 
peut y avoir de communication intellectuelle. \ul exemple plus frap* 
pant de la *:oniinuii': logiqui\ C'est ainsi qui? la solution de IV'Ca*io- 
nalisiHe. et la morale de Viniention qui s'y rwliacbe, se retruuvenL 
dans les nièraes termes chez tes Stoïciens, chez l'Arabe Al Asvlinn. 
chez 11' mystique Ilichard dt' Hainl-Victor, chez Malebranclie et chu 
Geulincx.Ûr il i?st Certain qup Al Aftchari n'a pas puûonnaitrela théom 
stoicienne, et i\ est infiniment peu prnbablo que Geulîncx et Mal«- 
brmchc se soient inspirés de cette théorie. — Ainsi révolution mentale 
obéit partout aux mêmes loi», et les mcrncB Termes de pcugée se repro. 
duii^'ent en conséquence — Pour ce qui est de la valeur de cette tnornlei 
occ-iisionalislc de l'intention nu point de vue de la philosophie STSlè-I 
matique, elle représente sans doute I» morale idéale dc l'avenir, 

1. Pour servira la mélhodolatjie <ie la fHogrî>phique. — La biocraphit ' 
est peut-être le plus ancien d^ tnus les arcs, et c'est de tous Le muinfj 
assujetti à une technique. El jiuiirlant eetlc technique est nècessaiT 
si l'on veut réaliser la Jouble fin de la bioyniphie : servir un intét 
hUtoriquo, servir un intérêt moral et pèiiagti'jiquc; l'exemple mon 
de la pcidagogie eat très instructif a cet égard. — Pour ce qui est 
but historique, toute biOEfapbie est soumise au.v m&mas rèirlcs; mi 
les règles changent, à l'ég^ird du biu moral, en r.iison du sujet trall 
La psychologie d'un philosophe u'est pnj celle d'un mihlniie ou d'u 
poêle. — La biographie est particulièrement utile, lorsqu'il e'neili 
hiiatoiro de la philosophie. Uetracer une série de pensées, en faisant' 
abstraction du ïin"/ieu<[ui l<s a rendues possibles, est peut-iître légicinie 
aux yeux du savant, mais non ixuxyc.u,v du lecteur. Celte vérité devient 
sensible, si l'on coniparo à VSH&ioii-f dv /a phUosophii;, si abstr,iiti.'. 
de Windebïind, l'ouvraï^e de Th. Gumperz sur le& Pe»isc7irs fl/--, -, 
dans lequel les doctrines de ces penseurs .sont rattachées â l'ensemble 



de leurs conditions, en particulier à leurs condit 
8. Lu dernih'a <fiume de Frédéric Kielzsche. 



économique 
Celte dernière œuv. 



ANAiYSEfl. — L. STEis. An der Wende des Jalwshunderla SiU 

lAnticiirisl, composiée â la veille de la folie, ne dî^'ùre des œuvres 
pKcêdenïes que par aoii calme plus grand el sa clarté. C'est une coti- 
ilamnalion décidée du Christianisme. Juriaisme et Christianisme ont 
torrompu I» nature par l'idée de la pîti'i. Vullà ce que proclame 
Nifldsclie, fort de son darwinisme. Mais ce dar\viiii3m& laisse de coté 
un élément eapitni de l'évolution, l'élisraent spirilnvL C'est un d&rwi- 
nmttteà la Jules Verne. Le rûle de la pitié est bienfuiannt; la pîlii) est 
donc bien dans le sens de in nature. Judaïsme et Christianisme n'ont 
pas modiliê le cours des phoBes : ils n'ûnt fait qu'exprimer leur évolu- 
lioij naiurelle. — L'idéal de Nietzsche, le retour à la bêlf Woiu/e, est 
'in idéil de réaction. Cette Aspiration à une vie purement physique 
?^t incompatible avec le niveau moral actuel. Le rêve de Nietzsche, la 
pipaulé de César Horgûa, est un rcve purement réiroj,'fade. Ce n'est 
p» le Surhomme qu'il faut chercher, mais VHomme. 
'^- FrédéHc Sieizsche comme i philosophe cia^xique ». — Ktude 
r un essai de M. .Mois Riehl dana la collec;lioil des Ciassî^^U'is de la. 
itfimpiiip de Frommann. — Nictusclic n'a aucun droit à être regardé 
me un philosophe clsasique. Comme le montre M. Rielil lui- 
imev Nietzïiclie est avant tout un arListe, un homme qui a de la ^'éniia- 
llté (plutôt encore qu'un homme àé *énîè]. Il pose des queationB, 
niilis il n'en résout aucune. Il n'a pas de système, pas de philosophie. 
lippoct'de par aphorisraes, et t'est ca qui le rend populaire, à t'ég^al 
'!« âchùpemhauer. Mais Schopenhauer^ à oôté dâs P&terQA, a fait le 
hAk comme Volunlé. 

Id-La ïiatHre el ("objet de la socioIoyiV. — Kn toutes choaes, la 
(ïque devance la thénrie. La sociologie exiat&it comme science, 
ivsftt que l'on scnquit de sa méthode. Les discussions mêmes rela- 
tives à cette méthode prouvent qu'elle est bien vivanle. — L'objet de 
1* iociulogie e5t aussi étendu que ractîvilé oolleclive de 1 homme. 
CDuiistiLue une philosophie de l'humanité, et son vrnl nom serait 
il(wup/iiâ 60Cia/e. — Celte philosophie sociale a trois objets : l'cvis- 
ice sociale, le decenir social, te deuon-é/re social. Ainsi la sociologie 
i/erme toutes \e?, stîiencea morales, rti^scrîpliri's. r.xplicaiivfs, nor- 
ites. — ■■ Le devenir soL-ial est ;iuBsi l'tjbjet de VHistoirp. Mais 
toire se rapporte â Vindividfiel; les événements historiques n^ ae 
èi«nt pas. La soi^iolo^ie n'est pas une science ds l'individuel; mais 
n'^st pas non plus une science de fois, comme les sciences de la 
. Rlle tient le milieu, et elle sboutUh des Bppro.ximatîons empi- 
Le devenir social n'est pas régi par U causalité mécanique 
(saoM et effets mais par la cau'ialité télèoloy^ique (moyen et fini; il 
•'■fit, d'ailleurs, d'une télëoloçie immanente. — Aussi la métaphore do 
ror{/âni£ine fioctaJ est-elle inexacte. L'emploi de la méthode btofogi'que 
en grande partie défectueux. La méthode propre de la sociologie 
la méthode empirico-inductive (Histoire comparée). C'est, on par- 
ti«T, pour la détermination du detoir-étre nocial que la méthode 
o^que est insuEIÏsante. Elleùl^bliraît une nèeessitii fat&le (Miissen), 



sso 



REVUE PHILO SOPHIQL'E 



non un devoir-élre ilSollen). — L'étude du devenir des ecnlfriunti 
humains est particule renient imporiante pour 3a déterminsllorii du 
rijthnic Êûcial, 

il. Lf prubtèine phHosophiqiw de l^Jiociél^ huma.ine.~ Laniiirrhc 
des. idées cunslitue-t-elle un cycle fermé et renaissant? Ou faut-il 
croire avec LeibniLz qu'elle constitue une spirale? M, 'Sleiiï ent dt 
cette derniùre upiDian. — Les Lhëories relatives au problème socialEe 
conlirment dans cette vue. Nous ne posons plus les que-slione^lelt 
même façon que dans L'antiquité ou au moyen ù^e. Ce n'est plusUi 
rùgne de VmUoriUi de l'État, ou de l'autorité de rKi^Uae, maisiielft 
liberté. — H n'y a de liberté que pour l'homme, et l'homme sucui;] 
la liberlt!' provient de la richesse cruissanle de la vie inlérieurc, 
laquslk diminue ta certitude des connaissances et supprime le meca- 
iiisme des lois nJiturclleB. L'idée de l'vvnluiion nous permei: de imt\ 
retracer I& formation de cette liberté, et de comprendre Je paMsaj.-pjliij 
colhctinisme mcdiçvîil au régime moderne de In pcrKoiitufilf; a' 
la coîLstance psychique iiid(>fectible a succédé In nana^t/it^.' psychique 
îndélinie. — Mais le g:rrtn[l problème sociologique se pose alors. N'ï] 
Q-t-ïl pas un militiu entre l'accroisEemcnt stxns terme de la persanni* 
iité, lequel engendre l'anarc/iisme, et le rfespo/tsinede l'KlaE, la pivdû- 
mlnance de Hiumanité sur Vindicidu? M. Stein croit que vc milieu] 
cxislc, et que seule la c0[iciïiatii'>n de ces deux extrêmes peut faire del 
la marche des idées sociales cette spirale dO[it il parlait au dubut. Lui' 
m6iDe, dans son ouvrage sur la Question socisle, o. indiqué U soluliQD] 
du problème. — Eiï somme, le pointde vue philosophique n'est pluîli 
mynie qu'autrefois. Au problème de Yùire {Métaphysique) et à celui lii 
la conna.is.'iS.nce (Thn^one de la connaissancn?) a suctàdé ccluidu dewir-l 
élT'c social lëocLologic). L'homme, v'îl n'est plus au centre de l'unirent] 
est au centre de la spccutatloJi philosi'>phiqitf;, 

il. Le but de la vie et l'or'janisatwn de lu vie. — Analyse il'o^ 
ou\'raga du professeur Otto Stock. — De môme que nnf^ui're la llwd 
de la connnJsEancCt la sociologie a pour mot d'ordre actuel le rcto 
à Kaiif, mais au Kaiit de la Fiaison pntiiiue, — M. Htock veut rèpcitidrï 
à ces questions ; La vi&a-t-cllo tin but? Ce but est-il unique et absolaï 
Comment atteindre ce but? — Il n'y a pas plus d'anarchie dans 
monde moral et social que dans la nature ; U vio a un but. Les divet 
dis se subordonnent à une fin unique. Cette fin unique est autonur 
Elle consiste dans la volonté du bonhevr. — Le moyen primordij 
pour réaliser cette fin consiste dans l'allirmalion nifïnte de la vi 
Mais la vie liucnaine est avant tout la vie inlcUectuelte. La volonté' 
bonbecirse ramène à la vohuU- île conH:iilre. Stock est un ratiOT 
lista décidé, et, tout en cvitatil le mot. un philosophe de VAufhl^^yuj 
Il a'oppose nettement par là à la tendance issue de Xietzsche et dét 
loppée par les philosophes du bonleonrd, tendance qui place 
instincts de la brute nu-dessus do la raison. 

i;^. L'élUiquê daruint'^to et socialislE, — A propos d'un ouTraea 



ANALYSES. — L. STEi:<, An der Wende rffs Jahrshvndeyt$ 291 

Wollmtton : Sysldvie de ta conscience morale. — Lo concept de l'èvo- 

luiion est l'idéo maîlresBe (le tiûlre époque; l'avenir l'appliquera aux 

sciences de Tespril, cocniiic elle l'eat déjà aux sci«'ilcËs do la nature. — 

W'otUu.'iim se rAttâchc à la fois h Kant, à Darwin, à ïi;irxj et îL ^cut 

concilier criticiâizie,évDliitionnisme et socialisme. — La.iiiora.leeat pûur 

lui la science de la vie morale, et le dévelupp>enient de In conscience 

<Damin) précède laconanissanc;» logique de la règle des mœurs (Kant). 

Mais Woltmann a le tort de ramener trop Kant à Flfiton, et, en ressua- 

c'Uïtit Leil>nit2, ïichelling et Hegel, de fênliscr dans la nature las lois 

de l'esprit et Iji linalité. L'étude de Hume serait un remède excellent 

coalpc cette tendance raélnplivsique. — Le développement de l'esprit 

eiâv la conscience est conditionné par le facteur économique : n Sans 

UdiKifjue. dit Woltmann, pas de logique ». Marx est concilié par là 

■TM KanC. Mais Woltmann n'est pas infeodt^ au marxisme orthodoxe. 

^118 U pratique, il est plue proche de Lasealle. Dans la théorie, il 

.d'hec pas e::ïi;lusif comme Marx; Il admet, dana les rapport;) entre le 

iWeur cconomique et le facteur idéal, la catégorie do l;i réciprocité. 

U. Loi de ta jfalure et toi morale. — Dca deux objets qui excitaient 

la vétiéralion de Kani, le ciel étoile et la loi morale, le premier est 

connu siifUsaniment duns son ensemble, te second ne l'est p&a 

cDc^re. El c'est pourquoi à l'étude des sciences de la nature doit 

siicrc'iler pour l'instant l'étude des sciences moi-ales. La renaissance 

actueiJc delà philosophie n'est autre chose que cet intérêt croissant 

accordé à l'Elhique et À la Sociologie. Tel est lo sens provieoîre du 

prini&l de la raison pratique. — C'est bien à tort que Knnt met sur le 

même pied les loin de la nature et la loi murale; celle-ci a forme 

ceJiea-lù. C'est par analoLi^ie avec Tordra établi dans les relations 

bumnines.que la p^n^ée est arrivée par degré» à organiser Ee monde. 

Les Iota de la [ia.iurc sont des nécessités de peoser, Kant a r.iison en 

eo point; mnis ae sont des nécessités acquises par expérience, il a tort 

sur cet autre point. Et la valeur des loi!; n'est pas atténuée par lu, 

mais aasuréo^ l«s lois ne valent que pour la conscience: mais, formiics 

p»r la conscience, elle valent absolument pour elle; et, si elles vaJ'icnt. 

c'est avec l'évolution même de la conscience. — Ives lois morales 

n'ont pas ce carifctère absolu. Elles n'expriment pas une contrainte 

mécanique et logique, mais un devoir-J} trn téléologique, Ln. grande 

méprise de Kant a été de placer le devoir dans l'absolu, de faire une 

lihijsiqtœ des mœurs. Cette métaphysique, qui est l'Kthique elie- 

. .'-, ne peut être qu'un aboutissement. Les buts de l'action ne peu- 

Tent être découverts qiio par la Sociologie usant de la méthode hts- 

Sorique. 

15. La pédagogip expérimentale. — En dcpit do la valeur des tra- 
vaux des pôdagogistea. la pédagogie n'a pas fait un pas réel depuis 
llrrbart. Cela tient àun défaut de mcthod,^. La pédagogie en est encore 
aux di.«ussions apéculatives portant sur la ;'a.leur comparée des opi- 
nions. Or oe sont des faits qu'il faut apporter. La pêdagogio de 



Ïâ9 



hEVUË PlIILOSOI'lIltiUB 



l'avenir sera expêrimenlate. En la rendant telEe, on aern bien dam li 
tradition de Pestalozzî et de Housseau, comrao dt* Locke. -* f,t 
M. Hteiii montre par l'exeinplG l'excellence de celle luuthctde, euL'iLppii- 
quant au problème du fiurmeji.ige scolaire. 

lii. L'aiinrchie intiHlsctu^He. — On revient beaucoup actuellement 
â r^tude de la logique formeUe. et cela avec raison. St la lopiquo de 
récole est inuUK- à ceux qui possèdent la logique naturelle, elle < st 
indispensable à ceux qui n» la possèdent pAs. et qui, sans le n'.mrt 
de cette étude, tombent dati* Vanarciiie inteUcclveltc. — L'aniirchie 
politique a sïl source dans l'anarchie intellectueîle, et celle-ci cliiiniinr 
iictuellcment, comme en témoigiie l'état de la littérature et de lu p!ii- 
lijisopbie, oiî chacun veut être maître, où seul N'ietzsche, roi de l'aiiar 
ctile et ennemi Juré de la lo>;ique, a, tait coole. La maxime dc»jftin#f 
PBt la maxime nietzscliéenne : n Rien n'e&t vrai, tout eut permis. * A 
cette anarchie, l'étude de la fot;;ique ne peut que reniL-dier- 

17. L'.-nvirchîc si^ntlmfinf.'ilp. — Le mysticisme suit partout la pWt- 
sophie comme son ombre. C'est que l'aime humaine est double, enitH' 
dément et sentiment. Lel psychologie actuelle, Intellactualiâte ou. 
volontariste, ne voit dans le sentiment qu'un fait secondaire: in»lsl* 
sentiment s'est révolté à toutes lee époques contre la raison, la reli^KKi 
contre la philosophie, la croynnca contre la science. Celte prêdotni 
nance du sentiment constitue le principe de Vctnarchie. — Ce nijii 
ci.^mc anarcJiislo p«t aussi .nnciicn que ta civilisation, tantôt sous fort 
naJve, tantôt sous forme rt-Jléclne. De nos jours, il trou%'e Un terra 
particulièrement favorable en France: nulle part ailleurs, et surto 
en Allemagne, le succès d'un Ilrunetièrc et de sa " double vcriti- • 
Berait possible. — L'anan-cliie prévaut dans tous les domaines. p< 
tique, roli^'ion, art, sfioncL'H morales et rafime sciences de la natu 
(Mùtagiiomttriode ZiiUner, spiritisme, mysticisme biologique, pliiloi 
phie do la nature de Spencer, homéopathie, kneippisme, eto.). — Ofl 
anarchie sentimentale eet le grand danger que court notre civtlisatit 
Il faut que rintellcctiialisme s'arme contre le sentiment, et ((u'il më 
en œuvre, pour sauver notre civilisation, la scienc*: et la techiiiq 

18. foplimisme religieux. — La lutte est éternelle entre les r 
giorkâ qui aHirnicnt la vie et celles qui la nient. L» mosaïume esi 
type des premiL^res, Iç boitddfiùme^si le type dew secondes. Le con 
entre l'optimisme et le pessimisme est de nature sentimentale, non de 
de nature intellectuelle; rr>piiirpismj' n'est pas une conception philo- 
sophique , inaig une croyance religieuse. — Le mosaisme est ainsi 
l'expression même de Toptinîtsme; c'est lui qui, sous In fornie dl 
tiiÉssianisme, a su affinner le perfeclionnemeut futur de l'buiuaiiite.-fl 
a mis l'â^e d'or au terme et non au principe. Et il est tout naturel qtu 
les fondateurs du socialisme, Lassalle et Marx, soient de rnre israêiite. 
— Aussi quel contraste entre la Giviliaatiop vivante que dominent les 
idées mosaïques, et la civilisation morte que dominent tes idées boud- 
dhiques, ri^urope et l'Inde! — Le contraste entre les espérances d'Xar 



ANALYSES. — L. STEis. ^it tler XVmde de* Jalirshunderts 223 

et sa lïestinée tragique n'est pas un démenti h roptimismc. l.a courbo 
iIp ['fiistoire est une spirale. « hicHnula wsurgcl <>. L'antisémitisme 
actuel n'nura qu'un temps. 

\d. La phîlasapkii' de la pnix. — Article dédié aux membrea de lu 

conTùpencétle La Haye. — Il est en opposltiuii immédiate avec un arLïcIc 

publié dans La Itimtsche Kinidschau par le j^énèral de lioguslawskj 

[«l qui contient une véritable pliilosujjhle de- la guerre. Il s'agit ici, 

noD, d'en appeler x des autorités, car lea deux partis ont éor^Llement 

las leurs, mais à des argumenta. — Au point de vue snclolo(iique, il 

n'est pds vrai que la guerre soit essentielle à l'humanité; la philosophie 

de SVviilution nous montre dana la guerre une catégorie purement 

tthlDTÏqve-ia. liifif seule, dont la s^nerre o^st une forme transitoire*. 

«ûBtitue une catécorie psycholojii^ue et inJéracinable. — Au point de 

y»*.' pnlnfioijjqut: et mojviJ, il est InexaL'l que la [fuei'L'C soit l'uiûque 

Boyen d'educution; voyez, par exemple, la Hollande et la Suissf, — 

Au point de vue politiqiie, il ne faut pas reyurder la souveraineté d'un 

Eut comme quelque cliose d'absolu, et s'ijisurgei' par s\iite contre la 

dlmiiigjtinn de (ruuverainetu qui r(!'sulterait de l'arliitrage. — Au pûrnt 

(1« vue U'chiiique, la multiplifation même des armements amènera 

/orctnieiit à une entente. — Au pointde vue éi:onDmi'}iiiî enlln, il n'est 

pu exact que le dËsarmement ait pour eflet inévitable le bouli^verse- 

utejit industriel, car nul ne songe â un désarmement immédiat et 

complet. 

fit. /,«•» fflc/ies poliiiqves et^ociales du vingtiàinçÂiècte. — Ln tâche 
ptftitt'ii'r du vin^'tième siècle doit consister essentiellement à Taire 
prédominer dans le monde entier la civilisation occidentale. Le facteur 
dominant de cette civilisaLion est, à cette heure, la race germaitiquei 
elle est le prceent, comme la race latine est le passe, et petit-ètre la 
race «lave l'avenir. Maîsi'hégémonte de la race germanique ne signifie 
pas l'oppreatiion des autres typefi. Si le svi]i* siècle fut l'ère du 
cùsuiOpûiiti^ntt'tCl ie S[S° ["ùre du ïiafîtJJialîsme, le SX" doit réconcilier 
ces deux tdéi^s essentielles. — Mais celle l:'tclie poCiiiVjue implique uno 
tÂche sociale. L'histoire même de noire siècle nous indique l'impé- 
ratif du sifecle prochain ; la réalisation de la paix sociale. Commeiit 
la réaliser/ Nile collectivismodc Marx, ni l'individualisme de Nietzsche 
o'y peuvent réussir. La critique à laquelle se trouve actuellement 
soumiâ le marxisme est très propre à faciliter la solution du problème. 
Celte solution doit être un moyen tci-me, qu'exprime assez nettement 
U formule suivante : Socialisme (/es institutions, individu atiem'i des 
personnes. Au aocîalîsmc internationaliste de Mars ne pi'éfère-t-on 
pas déjà le Bocialisme nationaliste ûa Lassalle. — (.'l'tCe étude, elles 
précédentes, noua indiquent nettement le eenF^ de l'histoire, qui est 
l'r.valliitivn du tupe humain. Le vingtième siècle sera une «re de 
rationalisme ; noua sommes à une époque d'Aufhlœrunf) sociale. 

J. Second. 



ni:vuE UES périodiques étrangers 



ArchiT far ËjstémSLtisctiâPhilasopbie. 

Toiiii_- VI (t90Ù), fiiS p. 

A. Mlilleh. 1,0. mél^physifiU^ de Teichmûlhr (trois artictes). — 
ydon TeichmùUcr. la question de l'éire, poiM de départ de loule spé- 
culation philosophique, semble être la question que la métaphysique 
a !c pIuÉt négligée- Le concept de l'être ne peut venir ni des inluitioas, 
ni des activités de l'àmc, ni des imprefisions sensibles, ni de !a con- 
science immédiate et paiticnliérc; on ne peut le trouver qut.> dans le^Ê 
domuiiie dos idées qui. pur une évolution graduelle, 5e traiisfnrm^Rl^l 
on concepts. Teiohtnidler conib.at la limitation kantienne de rfntiiirm^ 
à l'iiituilion Een^ibEe et dêlinit ce qu'il enlend pnr intuition inteliei.; 
(uelleison caractère spécilique consiste en ce que les concepts ralioti 
nele, Comme unitéa do relation ou points de vue, supposent auti-« 
cliose que C6 à quoi ita £i- rapportent, et réunissent tous ces points d« 
vue dLins un ôtat de conscience unique. Une analyse à ta fois gram- 
maticale et logique montre que le mot Ctrc ne peut signilîcr Autre 
chose que le moi. 

Le moi n'a aucune raison de supposer des objets extérieurs, puis- 
qu'il &'appnrait à lui'même comme une unité absolue de tous les 
contenus et do toutes les activités; c'est donc à de nouvelles considé- 
rations qui! faut recourir pour déduire une pluralité des êtrcâ. Les 
activités de l'àme doivent êlro distinguées en connaissance, volonté et 
nclion molrice; en outre, la pensée procède d'après la loi de raison 
sultisanti'Ct de coordination. Le désir et lé vouloirpostulent un monde 
extéi'icui' i^amme raison sufGsanle de l'introduction de la qualification 
de bon et de mauvais d:ins Timpression sensible. Une seconde sourc 
du concept de monde extérieur est ta comparaison d'une impressio 
sensible avt.-c un souvenir. L'ue iroisième est l'expérieiico constant 
qu'une foule de repr<3$cn1atioQs naissent en nous sans nous. Teich' 
millier réfuie ensuite l'hypothèse qui ferait résulter d'une inïlucn 
Mlérieure ce concept do monde objectif. 

l.e moi n'est pas seulement connaissant, comme il le serait s'il n'cla' 
quu lu sujet-oljjel: il est aussi voulant, mouvant et sentant; par 
Teichmiillfr, comme d le dit lui-même, se sépare de toutes les d 
trines idcaliï'lt-s. depuis l'ialon jusqu'à Hegel. L« moi ne nous 
connu par concept quo d'une mauière séméiolîquc, et par là Vinluitioi 
intcllcctuello se concilie avec l'indépendance des trois Tacultês d» 
l'Amo avUre» que Uv p<>nséc. 



HEVUE UKS rt^HlOligQCRS ÉlRADGEns S2S 

Le moi étant ninsi défini une substance en relation avec l'être idéal 
et rétre r^el, celle relation permet de donner do l'accident une délîni- 
nitîon précise «t dt; lui reconnsitre une réalité que tant de doctrines 
lui dénient, ce qui n'est pua sîins intérêt su point do vue ihûolo^ique. 
Ub pensée êtatit amenée i présumer par anrilogie avec le moi l'exia- 
teîice d'èlres extérieurs, la quosLion se pose de leurs relations réci- 
proques, et avec elle diverses qucsliona particuIiL'res, celles de la 
cause, de la vie, des lois de la naCure. La question du non-être, qui a 
erabarraBsé tant de philosophaB^ trouve dans le système de Teioh- 
lEiùller une sDluliun aisée ; le non-être est ce qui n"a pas d'existence 
substantielle, dans le double sens trofrirmaiion temporelle et d'iiHlr- 
mslion intemporelle qu'exprime le mot être. 

L'idée de temps est la conscience d'un ordr<^ des représentationi 
l'aprês leur rapport à la réalité, rapport meauré par les quotients 
intctiâité; le temps est une perspective des représflntationa ordon- 
ii9. non d'après leur contenu idéal, mais d'après Ja suite subjective, 
celle, inlçnîpcirelle de nos acilvilés. Ce temps eaC indêlini dans ses 
im&dimeneiûns. le p.ieaé, le priisent et le futur. TeiKhmtJlIer établit 
tiire le tcHipa et la durée une distinctton qu'il y a. lieu de signaler, 
6b que ces termes donnent lieu, au moins pour le lecteur français, 
une possibilité d'tquiA'oque. Cette distinction, pûrallèle à celle de 
Mpiicect de l'étendue, en faisant de la dufuc la quantité du tcmpâ, 
i"ive à donner à ce mot durée précisément ïe sens qu'a le mot 
mpB par opposition ii durée dans la langue, par exemple, de 
. Bergson, 

la représenlation de l'espace nous est fournie par les sensations de 

vue H du loucher, dont la dijsposition dans tes trois dimensions 

aibolisc l'aclivitê synthétique de la conscience; comme tous les autres 

'ncept>4 relatifs au monde extérieur, l'espace est une perspeetlve. 

l'anteur rcsurne ensuite Ja déduc-tion des trois dimensions et l'analyse 

l'idée de mouvement. Le problème capital du mouvement, savoir 

comment un même objet peut dans le même instant être et n'être pas 

dans un même lien, ae résout par Sa dlstinclion du temps et de la 

durée, de la mesure subjective et de la mesure objective du temps. Le 

mouvement n'est que le symbole de notre activité synthétique de 

r«pr<)sentatiori dans le domaine des sensations inetiles et visuelles 

coordonnées au reste de notre vie réelle. Le mécanisme est une 

erreur log'ique résultant du rôle de purins attribué aux sL'ns autres que 

Ia vue et le toucher, à cause du nombre infiniment plus considérable 

de sensations que noua fournisseot ces deus derniers, lu vue en pai- 

ticulier; hi physique n'est qu'une symbolique, Vi'nant enfin à l'idéû 

d'objet, 'reichmiiller tic voit dans la substance qu'une projection de 

la seule substance quo nous connaissions, le moi, avec ea volonté. 

son iction et sa pensée. — Cette métaphysique, coDclut Teic-hmCitlcr, 

n'est pas quelque chose qu'il ait inventé : c'est le résultat de I'cvoIm- 

iua religieuse jusqu'au chrialianisme, qui a éveille ta phitoaipliie en 



226 



REVUE PHIt-OSOPHlQUB 



donnant une valeur au sujet pensant- i Entre parenthèses» cette vue-^ 
juste en etle-m^me, aurait peut-être besoin d'êliQ complêlce : la direv — ' 
tiun subjective f\e In philosophie moderne vient pcul-êti'e aussi de c^9 
que, penriant tout le moyen âge, les solutions des problèmes objectifs 
étant imposés par la révélation, ia philosophie, réduite presque exclu^ — 
Ëivement h la loL'îque, a élê amenée à accorder une attention partlcu — 
lière aux opérations de la penâéc, germe d'une théorie de la connais-^ 
sance.) ■ 

— A cette étude consciencLeuse et qui montre bien l'enchaînemeaV 
systématique des diverses thèses métaphysiques de Teichirtullcr. ora 
pourrait peut-ctrc reprocher de s'en tenir â une exposition en quelque, 
sorte statique. L'auteur n'a pas cherché à dctcrniintr quelles induence 
ont incliné Teichmilller h son âj-siéme plutôt qu'à tout autre. L'i 
iluence chrétienne signalée par Teichmiiller n'est peut-être qu' 
justification apportée aprè^ coup, avec In plus entière bonne foi, p^^ 
un chrétien â son système déjà constitué. En tout cas, même si c'e «■ 
un élément eonstituoint do aa pen.'îL'e philosophique, d scmbJe qu'c^^ 
pourrait en signaler en particulier deux autres^ sans parler d'U^z- 
inlluence appréciable de bescartes. On remarque, en ulïet, d^iû» l'utuc^^ 
même de l'auteur, qu'au milieu de toutes Le» critiques adressées p^s 
TeichmuLler aus philot^ophes antérieurs, Leibniu n'est pas maln^eni 
et que le nom de Schopciiliauer n'est même pas mentionné. Ne pou 
rait-on pas retrouver sur la métaphysique de Teintimiiller uneinlluen* 
du volomaiïsme de ^chopcnhauer. et de J'intelletinalismc de LeibtiiiCi 
qui part lui aussi de l'Ame pour constituer le concept de la motiad 
et qui unit éiroitement en celîe-ci percûptio et appetilust 

L. UOLnscHMiUT. K'nnf.- la « R^fulation tle Cklt'nlisme u (9" et dei 
nier articlo). — L'auteur discute pied à pied l'opinion de K, l-'iscbi 
qui déclare îucoQciliables les deu.\ éditions de laf^riffijue rie fa FiaiS' 
pure. Il nesl pas plus, question dans la seconde que dans la premièi 
de Iwire des i:hos.e3 extérieures desnouménes et de l'espace Uiie cho» 
Le croire, c'est prentlre une distinction purement logique pour TafifiJ 
matioii d'une exiâtcni<e réelle distincte, équivoque verbale conU 
laquelle Kaiit lui-même a pris &oin de prémunir. L'aiitéur termine pi 
une ri-futaciouduB critiques adressées parK. FlsCHEK à t'interprétAtia 
donné par Axoldt de la Réfutation de Cidé^lisme. 

E. BïiLLATv. Le problème de la conscience élucidé et evpow a 
moyen </c la théorie de /a connaissance (deux articles). — Celle «Mudi 
malgré d'incessantes répétitions en termos identiques qu'on ne &at 
rait prendre pour des dcvcloppeuients. trouve moyen d'être à ce 
nébuleuse, méine au point de vue de l'expression grammaticale, 
se demande si cette obscurité est voulue pour dufuner l'illusion de 
nou\'e;iuté et de la profondeur, ou si elle ne provient pas «ïmplem 
de ce que l'auteur n'est pas arrivé à prendre nettement conscience 
sa pensée, d'ailteurs forleni>_-nt imprégnée des théories d'AVËNABiLS 
de Mach. Ceci dit simplement pour notre défeDae personnetle^ au 



HEVL'B aE& PÉmui>IQi:ES ËTHAnCI-IIS "iH 

nous n'aurJot)» pas aaiei les id^es (Iiret;triûes de l'auteur, qui cepen- 
liil ndus Ecmbt«i)t être lea Buivatites. 
Le proMèjne de la ConBCienco ressortit à la théorie de la ccnnais- 
Miice: It est séparé par un fossé inTr.'tnchissable de la psychologie 
sous Efl Forme empirique actuelle, qui ne peut s& constituer oomme 
■cience indépendante qu'en vertu du postuUt que la conscience est 
quelque chose d'indiipondant, en opposition avec le monde objectif. 
Y a-t-il lieu de maintenir cette opposition? La perception forme un 
contenu de la conscience qu'il va falloir pOFjt'r comme une seconde 
(otiBcicnce â côté de U cynspieriiLie éïémentatre, Ua ilmoriB de rénergie 
«fL'CiCqut- l\os sens, inspirée par l'idéalisme kantien et développée par 
J- UuLLER, FicK, HELmholtz, a réulisà le progrés de moderniser et 
tl'iliiéliorer le dualisme mëtuphyijique du sujet et de l'objet; mais elle 
n'.T pas été Aeubz loin : il fallait détruire ce dualisme. Le principe «te 
J. Millier ; « La sensation rè&uile cîe l'entrée de la ronscience, nuu 
d'one qualité ou d'un état du monde extérieur, mais d'une qusilit^ ou 
d'itn ^lat de nos nerCsT occasionné par une cause extérieure u, tout en 
ifiminu^ni la distance entre le «ujet et l'objot, laisse toujours subsistiT 
un dualisme, sinon entre notre conacience et le monde extérieur, du 
moins eiUre notre canâcicnce et noa sens. Kous ne connaissons pas 
fins Je rapport de l'état organique causé par une coupure, à notre 
dùuleur rjue le rapport à cctle douleur du couteau qui la produit. La 
sensation n'a de eL^nsque par hon opposition avec notre monde interne 
'uhjectif et actif, et non par bu participation i\ ce monde. Ci* que nous 
iDWiiit la eouficience, ce n'est ni un monde interne subjectif ni un 
mimtle externe objeclif. inaia roppusttîcin des deux, caractériséa l'un 
pr h corporéilé, l'aulre par l'activité. Il faut combattre la tendance 
i aiinbuer une réalité nu monde internu subjectif par opposition à la 
;>liràoiiiénalitô du loondé objectif; le premier n'est pas moins phéno- 
nèiml que le second. Si le monde extérieur, dont hi corporéitâ a'op- 
[**L' il l'activilL- de la conscience, peut cependant se trouver en 
baruionie avec elle, en quoi la supposition d'une activité physique 
w riGtre monde inlrmi- roniprsit-etle l'harmonie cnli'c celui-ci et la 
MDKciGnce? Xotrc monde subjeciif so fonde sur l'actïvitj spontanée 
ae notre ri-présentation» sans égard à sa dépendance, invoquée 
JWqil'ici, à l'égard du monde extérieur corporel. Pourquoi est-ce seu- 
l^Didal dans la conscience que nous percevons ce ipoude extérieur'' 
Carporéitii et activité ne peuvent être éclaircies et conçues que par 
iïUr ûppoeition comme objets de notrfî perception. Ce qu'il faut expli- 
lïwr, ce n'est ni l'apparence physique en soi ni la conscienci' on fiOi, 
lOUSila conscience de l'apparence physique. L'objectif n'est pas en soi 
IWDIlUï objet, le subjectif n'est pas en soi comme sujet., mais lOUs deux 
W prennent vie qu'à l'intérieur de la conscience de l'apparence phy- 
■qw, et par suite leur réalité, comme celle du monde externe et du 
■onde interne, se réduit à leur oppcsitiuii. La conscience de l'appa- 
physiquo étant conçue comme une unité indissoluble, il ne peut 



iiH 



REVUE pmLOSOPUJQIlK 



.plus être quealion un distinguer un acle do perception et un objet à9\ 
perception; à rinlêrieup Ji- la conscience, noua retrouvons entre impri-'i 
sions [objeolivcsj et senlimeiita (subjectifs) une diffirence Identique »| 
ceUq de corporéité et d'iicLivîté; et nous ne prenons conscience de nos 
sentiments et de nos impressions que par leur opposition réciproque, 
fait dernier, qu'on ne peut que eonslater sans l'expliquer. Ceci nousj 
(.•xplique pourquoi, êlrea conscients, gras d'impressions et de senlî-l 
menls, noua nous percevonâ nous-mêmes, Aussi bien que le monda 
extérieur, comme une fêalité physique, s.iisissable. 

— On voit par cette exposition que le centre de cette ctude réside daos 
roppoeltion des idée? de Lorporéité et d"*cti^ité. Malheureusement, ni 
l'une m l'autre de ces idée? n'est dè'inie nulle part. Le contraire 
logique 4'actlvité n'est paa corporéité, mais passivité; corporéité serait 
douo synonyme de paBsivîtê; dana d'autres passages, ce mot sembla 
interprélé dans le sema de l'atomisme; dans d'a,utres encore, dans lo 
sens du pprcipi de Berkeley. Laquelle de ces interprétations est celle 
de L'Auteuc, il ne le décUrc nulle part; et s'il les admet toutes comme 
également vraies, il aurait bien dû donner les motifs d'une tdentîGca' 
tion qui o'e&t pas do soi ovidcnle. A partir do la page ?0t, corporéité et 
activité aeioblent conçues comme: respectivemetit atialogues id'aîlleuri 
avec d'énormes dilTêrencesl ii ruii et au multiple, à l'immuable et ut 
changeant. Â l'Ctro et au devenir ces preitticrs philosophes grecs :maisj 
pour emprunter une expression h. co passage même, ces conccpii 
restent sous le voile. 

Celle dernicre conception de la corporéité et de l'activité aurait pu 
Ôtre le résultat d'une vue plus qu'ingénieuse. Trouvant dans la con- 
science l'idéo d'apparence physique dont il semble bien difficile de 
contester l'existence, on aurait pu se demander quelle était la formt 
primitive et iraniL-diate de cette idée, et pour co\a chercher sous quelli 
forme elle s'était présentée chez les premiers philosophes qui ont spê; 
oulé Bur la nature. Telle ne semble pas avoir été l'intention do l'auteurJ 
et on ne saurait lui en faire un g^rief, cftr une telle recherche &erai| 
bien plus du domaine d'une psychologie g'éncllquo que de la théorie 
de la coiin:ii5sancc- Mats alors, pourquoi passe-t-il brusquement di 
point de vue de la théorie de la connaissance à celui d'une métaphy- 
sique presqu*' mystique, à une sorte de révélation de riLieonnais5a.b!eT, 
Il y a l.\ un mélange extrêmement savoureux de l'idéalisme postkantiei 
et dei spéeidfttions des physiçiena d'ionie : mélan^ et non déduction^ 
malheun'usL-'mL'nt : car l'auteur passe du point de vue subjectif ai 
point (Je vue de l'absolu sans le moindre intermédiaire dialectique- 
U vtablit une sorte de trinité de concepts : inonde substantiel (existen- 
tiel*, npparentie {ErnchetJiung), con^cienct-; le monde substantiel 
Oktsle eu sot. au delà de la conscience; par le fait d'être connu par 
conscience, il devient mnttde physique ou apparence, et la conscience 
se réduit à cette constatation du monde substantiel; le rapport di 
rnppnrcnee au monde substantiel engendre la phénoménalité de li 



HBVUE DES PÉRIOUIQUES ÉTRA^iGEItS 



9i9 



^^rcî «^e rapport d«_' celle apparenca à la conscience entendre l'immé- 

dia.***-^ "^^ ''^ consiMsiice, lincoi'e urie fois, H y n Jîi des formules 

cO^ci*^**^ qui laÎBgent entrevoir clio?. J'auteur des pensées snns doute 

ex'irè'n>*"i-'ient intéressantes; malhaureusemeiiEf le lion dû toulos ces 

forioi^*'^^ nous échappe. 

Vl.ï^'-KlNPBTEK. Répome. — Au Biijet d'ufio critique de la doctrine 
de M*(^ii que lui attribuait IUumann tArchie, V, 3). 

%V. FuEïTAG. Sur ta L-onc*?ption. du Vhistoire de Ran/tc et une défi- 
nition appropriée de l'hisloirc Ideux articles). — Cette étude un peu 
toulTue, maistri'sinlcres.'îaiHe, commence par essayer de dégager t'idêe 
quo Itaniie s'est laitt- de l'Jiistoirt', d'une piirt eri s^ppiiyant sur SCS 
déclarations expresse^ et de l'autre en remontîint de ses travaux histo- 
riques aux idées implicites qui les ont dirigés. Selon Ranke, Thiatoir'L- 
a pourobjet, non l'évolution des idées dominantes de l'humanité (par 
opposilïrjin à la conception hegelii^tine], mais les peuples, st-ule rénlité 
véniable; mais en mémo temps dans la vie même des peuples s'expri- 
ment des tendances id^-ales dont la connaissance conâtltue l'tntéri't 
essentiel de rhistoire. L'auteur cherr lie a déuiièl'er. i, travers lesexpr^es- 
Btouf! vari&bles et parfois contr^idictûiires de Rank<.-, sa théorie sur les 
deux oppositions fondamentales dont l'Eiistoire a à s'occuper : celle des 
i'it-e» jj'ciicTales et du fait particulier, celle de la liberté et de la néces- 
>Uo. 11 rcfule lefj critiques adressées à Ranke par Lamphecht en les 
cipliquant par uoL'confusion îtijui^tilLéedeB idées de RatU'Cc avec celles 
do NV*. do HuyaoLDi, et critique la conception de l'histoire de Wînoel- 
S^N'D el les deux conceptions aucu-e^sivca de Rickert; puis, après une 
distinction entre les deux intérêts de la recherche historique, intérêt 
esthétique et intérêt pratique, il énonce la délinition de l'histoin- qui 
lui semble appropriée a son ohjet. L'histoire étant détînie In science 
fie l'homme, il y u lieu de distinguer deux sens de ce mot; dans le prc 
nner ou sens larâ!<ï, rhifitoire a pour objet d'une p.irt l'universel ou le 
social, t'inllutînce du milieu, d'autre part dans l'individuel non ce 
qu'il offre de typique (coci étant du ressort de la psychologief, mais 
œ qu'il Y il on lui di- nouveair, d'oppoaé au typique; dans le second 
ou 8«ns r'_'3treint, elle étudie ractioii réciproque de l'individu et de la 
société, la résiKtance de la persouriulitû individuelle à l'inïlueiice du 
milieu el l'inlluencc modificatrico qu'elle excr>ce sur ce milieu. 

Eo* DE Hamtmann, Lu coticepl de Vinconscieni. — Pour remédier 
aux «équivoques résultant d'emplois values du mot inconscient^ l'au- 
|«ar «listingue diH'érents sens de ce mot^ aux points de vue E^ucccsEifs 
cio la théorie de Ux connaissance, de la physique, de la p^^ychologic et 
<J« tn métaphysique, et distin;L^ue pnrmi tous cea sens celui que lui-inème 
stUtche â ce mot dans ses différents ouvrages, au moins au fur et a 
fnesure qu'il a précisé sa pensée dan.; des éditions successives. 

K Mallv. .\bstra.ction et connaissance de la ressembhncer — Le 
but decctta étude e^t d'examiner la théorie de l'abstraction proposée 
pmr H. CotiNEUUS dans son travail sur le3 qualilôsde formr iCi-stalt- 



3^0 HEVUE PHlLUlîUtKiQCK 

qimlit&ten) comme une tentfilive de conciliatiori entre Inlbéoriçiiï 
l'abstraction de G. E. Miïllbr et la théorie de ^Iejkong sur les(iL>j>li 
d'un ordre plus èlem (hôherer Ordnung}. Selon l'auteur, l'hypolhtes 
de CorneliuH. que le jugG^ment de resaemblanoe entre A et B suppu^t 
une représontation abstraite de l;i ressemblnnoe et ne se pruduitqUt 
par lii connaissance de l'o.ppai'teiiance du coupEe A-H au groupe dei 
couples X-Y déjà connus comme ressemblants, présente les dûfauW 
suivants : aile n'est pas coniîrmê'e par l'expérience; &Ue impliquai 
conditions soit trop diflicilemcnt réalisables pour avoir chanoe d'ttru' 
suffisantes, soit absolument impossibles; elle renonce complètemeoi 
{tu [ait mome qu'elle doit expliquer, la généralité des repréeeutationj 
et des jugements. 

J, BEiiOMAr^N. Lvx princtpes du la raison pure [l'"" art,). — I«l 
principes d'identité et de contradiction n'ont la valeur de critères du 
véritô qur pour les jugements portnnt sur des choses réellement fil!-] 
taiitee, et ne l'ont directement que pour les jugements anîmialifs. 
posBibililt! de jugements afilrraatifs analytiques et cantradictoirui, 
nèceasaire à ces principes, ne semble difficile à, admettre à pretniuKl 
vue que par une canfusion entre les points de vue subjectif et ubjectil; 
la distinction de ces deux points do vue permet de concevoir qu'un 
justement analytique ne soit pas une pure tautolog^ie; il en résulte qo» 
Iës jug'ements mathéniatiques sont analytiques, cl non synthôciques 
comme le veut Kant. Les jugemcTils analytiques ou contradictoires tit 
nous permettent aucune couc^tusion sur la rè;ilitù des obj>-i^ aux(]ii«l> 
lia s'appliquent; mais On peut faii-e correspondre au princip-' cI'idcn-1 
tité le principe leibni2.ien de râi.<^on âuffisante et au principe deconira-' 
diction celui que l'auteur appelle principe de répugnance, qui scnùenl 
contenus to^is deux dans cette formule développée du priiicipi^ ^ 
raison suffisunle ; tout rapport réel énoncé dans unjugemont asserio-i 
rtque vrai sur une chose individuelle a l'esaencc individuelle dewtwj 
cliose pour raison suffisante. Cçs principes étant dea principes fit l*j 
raison pure, en tant qu'ils constituent la nature des choses conin 
objets possibles di- jugemi?nts vrais, l'auteur se propose d'eu reoboF 
cher l'Gsseiioeet de voir s ils sont les seuls principes de la raison pUP 
L'auteur combat l'objection qu'on puurrait élever contre ces prir 
ûipes au nom des rapports et de 1;l mutabilité des ctinses, par une argu 
meutution qui lui permet do ramener au principe de rai'^on Buflisant 
le principe de causalité, même sous cette forme ulargîe : Toute pertll 
tanCe tomme toute modiTication d'un état d'une cliofie eat l'effet d'i 
cnuso et ^e produit iiécessairi.'metil. au moment oiï elle se produit: 
il déduit patalliclement du principe de répugnance ce qu'il npp«lli 
le principe' d'empêchement IVerhinderung), qu'il y aurait piïiil-êtrei 
avantage à appeler principe de causalité néi^'ativû. Les jug<r(n«i 
d'existence eiix-mômes. si on les énonce sous la forme qu'ils doivi 
avoir, à savoir : le monde contient cette chose, et le Jug-ement d'exil 
tence portant sur lo monde JuJ-ménis, qui nigniQe que dans 



heVUE DBS PÉRIUrKCtCEâ ÂTttANGERS 



331 



période de temps qui bc termine au moment actuel do son existence, \c 
monde avait une possibilité de duror à pariir de ce moment, com- 
portent l'application des principes de raison auffisante et de répugnance. 
et par suite dea principes dérivés de causalité et d'i^rapcclierHenl. — 
Tandis que lea principes de raison sufiisantc et de rèpugnanci.' sont 
des principes ontolog^îques correspondaut aux orilèrL'S absolus de 
vérité que fournissent les principes logiquos d'identité et de coutra- 
diclion, il n'y a pas de principes ontoloj^iques correspondant aux cri- 
tères relatifs de vérité que fournissent les principes iogiquos de la 
cunséquence et du tiers exclu. On peut, il est vrai, formuler des prin- 
cipes ontologiques de ce ^cnre ; mais ils n'ont aucune valeur propre et 
ne sont que des consêqueiiceâ des principes de raison sufOsante et de 
répugnance. — l'out cela., à notre aviâ, est de très belle acolastiqU'â : 
ceci n'est nullement un blâme, mais Bimplement une congtatatlon. 

!l. KLErxpjîTEH. ComiJn-'iW formuler le principe de l'iaf^rlie? — 
Exposé dos considératiouR qu^ amùnont l'uutour à proposer de ce prin- 
cipe la formule suivante, aprùs celtus do Nkc'Mann, Mach et L, Lanue : 
Il est posBible de dérmir un système de coordoiinôes et un mouvement 
nurmal par riipport auxquels se meuvent uiiifortnéraent en li|cne droite 
tous les rurps pour lusquelson ne peut définir une exception à ce prin- 
cipe tl'tine niauiùre univoque et conformément eiux principes actuels 
de la physique. 

M. DeSïOim. ÈtudaB (l'astkéliqus. — IV. La connainsaiice lie 

Vàtne ffitf le poète. — Les conditions qui permetient à un homme de 

8« libérer de toutes les limitations de b& conscience individuelle pouf 

entrer danâ Tânie d'niJirui sont une mémoiro fldéU' et vivante de ^a \ï& 

passée, qui lui permet d'éprouver des états de conscience tels que ceux 

c^ui carncto-risent l'enfant i-t la femme p.ir opposition à l'homme mûr, 

cl rima^'JnatîonquL lui fournit de nouvelles expériences et lui suggère 

lie nouvelles personntililés, I-es créations Imaginatives opposées à la 

rtalité foriiR-ni le point de déport réel de la connaissance de l'àme par 

te ^<te. le fond du travail poétique (au sens le plus larg^e) consiste à 

T4pporter n des personnalités étrangùreij li-s expêrieucea intimes 

V^^n'inneEIes à l'auteur^ par une sorte de transsubslantîntion oïL il 

«aswm la conscience de soi, qui lui permet de s'opposer le oarac- 

fcfÇ «traiiger comme un objet. Aprcw une série de remarques assez 

pjMet, pas très neuves, et sans ^rand lien entre elles (sur l'atti- 

tatU ori^anique du potite en travail, sur les principales form&s de 

cmetéres, sur Id reU'itiun réciproque de rinspiratioii et de l'exécution, 

Jm^ue à celle dy l,i pensée et du lantrag*- sur la rôle prépondérant 

«entimcnt dnn^ la vie des peuples comme dans cello des individus), 

riu(4»ur ternime en opposant l'art à la mclaphysique, à la science et à 

'4 réalité. 

G.-H, LUQUET, 



LIVRES DEPOSES AU BUREAU DB LA REVUE 

M. Foucault- La Psychophysique-, in-8. Paris, F. AIcaq. 

Ch. RsNiOUViEiu Histoire et ^-olitlion des prohlime» méinpfiy'iiqiii!^ 

in-8, l'aria, F. Alcan. 
D' Hautes RKKr,. Les timides vt la, limiditû. in-S, Paris, R Alca 
Annuies île l'InsUUU inlfrn.iUoniU du sonwlorfie, lome VII, in- 

Paria, Gîard ^-t Brîï'rL'. 

E, ûE y mntAl'BiS. I.'id'}e sùcùilfi ait [ht^Alre. i[i-1iî, Paris, Stock. 
J.-J. VAN DiiiHVLiEr. /iïui/cs (iû psycliotogie, in-l'J, Paris, K. Ak: 
llATzrEL-o- Pasciil \Co\h'CX[oa Lçs granttii philosuphts/i), ia-s, Pjii 

F. Alcînii, 

pACriCU èî. J. i nlrodiicHùn. h la p6yf.hologi& dt's myetujut'S, in-lj 
Partîi. Oudin. 

/*■" ConfjrH international des sciences eociales : comptes rendi 
in-S, Fui'is, !■. Alcun. 

G. DE pAWLOWSKi. PkUusophÎGihi (rsvtnl, iti-S, Psris,Gi,ird et Drièr 

M. uE Fleuay. Les grané-'i synpU'jmcs neurjjst/u'iuyut's. io-6. Pari 
F, Alcan, 

IIalLKUX. L'ébotuiioiininina en morale, in-12, Paris, F. Alcan, 

E. I.AMY. La femme de demaîjf, in-t'i, t'aris, Pernn. 

Skirnobos. /.,*t ^n^^l/^^lde hii^toriquc appliquée .lux Bcienceé sociuU 
iii-H, Pans, F. Alcan. 

Vida Moohe. Tlie cthictti aspecl of Lotze's metaphysic, in-S, Ni 
York, Mac MilKin. 

Maube. ExperiTni;!it''lf^p>i'jf-'ii'ilofjische Uiilersuchvngeii liber 
Urtheit, in-8, Leipzig, EnçelrriBiin, 

tJTCiMPF. Ikiii&fjs iitr Aku&tik und Mitsihwisstnschaft^ 3 f/p/f, iû^ 
L(.'it)zit'. Baril), 

W. WuNDT. C. Th. f'echner ; Hefli\ in-S, Leipzig. Eiigelmann. 

E. DK MaiuNi. Si-iieines di soùiotoijia. iii-ï/rorino, LiniotiL* t-pograticd 



CORRESPONDANCE 



Mon cUer ami, 
C'est uni; bonne fortuno d'ctre i^nalysé et jugé par M. Blum. tt 
sul^ très heureux diu compte rendu très complet et tris minutiei 
qu'il a donné df mes derniers travaux â la l{i-vfn.' ijmMet lOlPl). JeD. 
permets Éiiulenipnt de lui sig-ualer une pi-tile quL'^lion, qui préscni 
quelque importaiico pour la'tiiêoiie, et sur l.iqiii]ili> jo le cioia nu 
informé. Il regiTtte qit'îiyant a faire dfs reclivrclii-s sur deux î^roupe 
d't'lt'ves in^g-aux par i'itUelligenfe, je mon sais remis aux institutcui 
pour la formation do ces froupes, au lieu de ma serx ir dr-a ciornét 
beaucoup plua sûres qui m'auraient été fournies par la céphaloniétri 
ou l'examen des aligmatea physicrues. Je viens précisément tl« lei 
miner et de publier (dnns le vol. VU de mon Année p^achotrujiqui 
une clucEe sur la céphalométric comme moyen de dia^'ntjslic'iawl 
leolual, et l'observation m'a prouvé que cette métliodo. sans éir» 
rejeter complètement, no confirme point, tant s'en faut, les espérAnoe 
• H. Dlum. 

Bien cordialement. 

A, BiNET. 



Lr jiruii/iétarie-fferant r Fini ALUAN. 



Cualuianiiari. — lii^p. l'*i;u bKOCAKL). 



PBLIX AL.OAN. ÉDXTRtIR 



UIOUOrOËOLK hU t*UIU>SOHlUi: CONTEMPOnAINR 

La formation du radicalisme ptiHosoptiique, p.r 

) ■■ s 7 rr. 60 



L 



' la fouis f |Utr «. laSDE* 4e rin«ltfal, ikror«tKi«br 
.. 5 fr 



rn.^ 



Histoire et solution des problèmes métaphysl- 



QUBSf (.«r <ii. ti»:\ui vii:u. .k i 



" ' Hj). iii^ 7 (r. SO 

Psychologie de l'idiot et de l'imbécile, p. 's»m.u:u 



Essai sur l'indioiduaiisme, ■ vorin-il. 2 rr. u 



par K. F0« aXIÈttC. 



Z^j timides et la timidité, . ZllU 



|iar le 1)' IIAR1 t:.\BER1i. 



5 rr. 



Nouoelle classification des sciences, e :viviij.K. 

•: ■ ' ■' I - I .>' . - i.-teuc«a &(n'.ia)f». <i rL'iii*'«f»iU lie tientif*. 
/■ .-, I *i^l in-l: 2 fr. 50 



l'/dée spirituafiste, ,''v,VTî:^*^' 



Ar nOISIIt^j* M\% resnv vi AitKOienl^c. 

2 rr. 50 



Essai Si idioiduaiisme, !^..4l!'"^;S!!Jï"f./,V;'î:!: 

» .. ^ . 2 rr. 50 



Pf 



■la onnintttnia i""- fî. rAIJMITK. «jçr*iïf ilfl i>hlt.j*fl|.h.. 

3 (r. &0 



Psychologie d'une Oilie. Essai «wr Bruges, i.,r n fikrïak. 

!•■ * \l III. 1 ',1.1 ii\-\ ^ Aeit liihi::,ii:i-ju/' (tf filiiiijMji'hifi.i/iUciiinfijtnt. %(t.iO 



'ÉVOLUTION DU SOCIALISME 

Par Je«u BOORDEAU 

■ p» ftvïfKv art XdJf itUrh. — T/'i/urf W ^nt/»» «ocl-iIltAw 

. ,?. - U 
- t« 

/•-.^nr.'. - If tii.titiÛMe ft 
> Imt. 
3fr.50 

<it«l «llotnanils nt nîMIistc* russoa :i' i-ilitiun. 

J fr. 60 



i 



LES 

PROJETS DE RÉFORME DE L'ENSEIG>iEMENT 






I 

La récente enquôte parlementaire sur la réforme de renseigne- 
ment secondaire, constitue le document le plus complet et le plus 
intéressant que l'on puisse consulter sur l'état actuel de notre 
enseignement et sur les résultats qu'il produit. Le psychologue qui 
voudra connaître les idées qui régnent en France sur cette fon- 
damentale question, devra se reporter aux six gros volumes uù 
ont été réunis les rapports des personnes consultées. Professeurs 
de l'Université et de l'enseignement congréganiste, savants, lettrés, 
coDBeîllers généraux, présidents des chambres de commerce, etc., 
y ont exposé librement leurs idées et leurs projets de réforme. 

Après l'examen de ces volumes, le lecteur est bien fixé, non pas 
certes sur les réformes k ellectuer, mais au moins sur l'état mental 
des personnes qui les ont proposées. Elles appartiennent toutes à 
rélite intellectuelle généralement désignée par l'expression de 
classes dirigeantes. Les qualités comme les défauts de noire race 
se lisent à chaque page de celte enqnéle. [I faudiuit au ])lus subtil 
des psychologues de longues :uméos d'observation pour découvrir 
ce que ces six volumt's lui enseigneront facilement. 

Bien que tournant toujours dans un cercle itifrarichissable pour 
des Ames latines, les projets de réformes ont été innombrables, II 
n*en est pas un seul cependant sur lequel ou ait réussi û se mettre 
d'accord- C'est avec la même abondance de preuves supposées irré- 
futables que de très autorisés personnages ont soutenu les opinions 
les plus contradictoires. Pour les uns, tout est sauvé si l'on sup- 
prime l'enseignement du grec et du latin. Pour d'autres, tout sentit 
parfait si l'on fortifiait au contraire l'ensei'inemont de ces langues. 
du latin surtout, car, assurent-ils r le commerce avec le génie latin 
donne des idées générales et universelles ». Des savants éniinenls 
qui ne voient pas très bien en quoi consistent ces idées « générales 
et universelles », que personne d'ailleurs n'a jamais essayé de définir. 

TOKE LU. — SEi-TCUBRK l!JOl. Ifï 



234 



tieVUE PHILOSOPHIQUE 



réclament l'ensëigneinenL exclusif des sciences, ce ù quoi d'autres' 
savants non moins éminenls s'empressent de répondre que l'ense»- 
g-nement exclusif àes sciences, c'egl-â-dire ]a généralisation dej 
l'enseignement dit moderne, nous plongerait dans (a barlKirie intel-' 
lecluelle. Chacun réclame au profit de ses idées personnelles le bou-; 
levei'Sement des programmes. 

On n'avait cependant pas attendu les résultats de renqu*>te| 
actuelle pour les cban^'er, ces inlbrtuuys programmes, oiusesj 
supposées de tous les maux. La Iransforination de l'orgamsatioD 
tradilionn*^lle de noire enseignement a été répétée une demi-dou- 
zaine de fois depuis trento ans. L'insuccès constant de ces tenta- 
tives n'a cependant éclairé personne sur leur inutilité. 

Cette puissance merveilleuse attribuée à des proprammes Ht 
une des matiirestâlicins les plus curieuses et les plus typiques Jb 
cette incurable erreur latine, rjni nous a coûté si cher depuis un 
siècle, consistant à croire que les choses peuvent se rél'oriner 
par des programmes ou des institutions imposes en bloc â, coup de 
décrets. Qu'il s'agisse de politique, de colonisation ou d'éducJilion. 
ce funeste principe a toujours été appliqué avec autant d'Insucc^ 
que de constance. Les constitutions nouvelles destinées fi assurer 
le bonheur des peuples ont été aussi nombreuses et nalurellemeot 
aussi compliHemenl inutiles que les progianimes destinés a assurer] 
leur parfaite éducation. Il semblerait que les nations latines ta' 
peuveiil manifester de persévérance que dans le maintien de leurs 
erreuis. 

Les seuls points sur lesquels les dépositions de l'enquête se 
soient trouvées parfaitement d'accord, sont relatifs aux résultats de 
notre inslruction et de noire éducation. L'unanimité fut à peu prés 
complète pour déclarer ces résultats détestables. Les effets étant 
trop visibles, chacun les a discernés sans peine. Les causes étant 
beaucoup plus difficiles â découvrir, on ne les a pas aperçues. 

Tous les déposants ont raisonné avec ces iraditiomielles idées de 
leur race dont j'ai monlrti ailleurs l'irrésistlbie force^ Il fallait tout 
l'aveuglement que de semblables idées engendrent, pour ne pas 
concevoir que les programmes ne sont pour rien dans les tristes 
résultats de notre éducation, puisque avec des programmes à peu 
près identiques, d'autres peuples, les Allemands par exemple, 
obtiennent des résultais entièrement différents. 

Elle sort terriblement all'aiblie de cette enquête, notre vieille 
Université. Elle n'a même plus pour défenseurs les professeurs 
qu'elle a formés. Leurs profondes divergences sur toutes les ques- 
tions d'enseignement, l'impuissance des réformes déjl!i tentées, les 



G. L£ BON. — LES [>HUJETS 06 HÉFflRME l>E L*E«SEIGNEMKr*T â^S 

eriiÊtucls cliangementa de programmes, montrent qu'il n'y a plus 
ra.tnI'L*lio&e h attendre de noire Université. Elîe représente .lujaut' 
'liuiun navire désemparé, balloté au hasard des vents et des llois. 
ttcâennble ne p Eus savoir ni ce riu'elle veut ni ce quelle peut. 
Ile tourne ;>a[is cesse dans des réformes de mols^ sans comprendre 
Kjtfïses méthodes, son esprit» ont considérablement vieiili et ne 
orrespomlenl ù aucune des nécessités de l'îlge actuel. Elle ne fait 
Hijsiin pas en avant sans en faire immédlntêment quelques-uns 
m aiTiérc. Un jour elle supprime renseignement des vers latins, 
[nais le lendemain elle le remplûi;e par l'cUude de la métrique 
latïne. Klle crée un enseignement dit moderne, oti le grec et le 
\axi!) yjul rLNiiplacés par des lan^'ues vivantes, mais ii^s langues 
■*ivdnu*3. elle les enseigne comme des langues mortes en ne 
s'<WLi|iant que de subtilités littéraires et grammaticales, en 
»one (jiraprès sept années d'études il n'y a pas un élève sur cent 
Ca[i.itile iIl' lire trois lignes d'un journal L^trangcr sans être oblige de 
slitrilier tous les mots dans un dictiûnnMJre. Elle croit faire une 
féfoimi' considérable en acceptant de supprimer le diplôme du 
bacc;il;uu*éat, mais immédiatement njle propose de le remplacer par 
an atilre diplûrne qui ne ditïérera dii premier que parce qu'il s'ap- 
pelirm certificat d'études. Des substitutions de mots semblent consti- 
ni*-*r I:i niesun* [kossible des réformes de l'Université. 

Ce qui' l'Université ne voit malheureusemenl pus du (outj ce que 
I autt*urs de l'enquête n'ont pas vu davantage, car cela était hors 
es limites du cercle infranchissftble des idées de race dont j'ai 
arit' l'Iiis haut, c'est que ce ne sont pas les programmes qu'il iaut 
[xan^^er. mais bien les méthodes employées pour l'enseignement 
es matières de ces programmes. 

EH---S sont détestables, ces traditionnelles méthodes. Il y a 
fOK'»*"<ps *Tue d'emitii-nts écrivains, tels que Taine et bien d'autres, 
Diil «iit iivec force. Dans un de ses derniers livres, rillusrre historien 
vait déjà nitinlrê que noli'e Université nous conduit lentement à 
ne d»'-''-<denc0. 

0^ Il i-tait là pour la foule que boutades de philosophes. L'enquête 
aulhlotiienl prouvé que ces boutades sont de terribles réalilés- 



H 



t*At farile de voir les inconvénients d'un ordre de choses quel- 

>nqu'', institution ou éducation, et d'en ïaira la critique. Cette 

ili(|itc nt'gative est à la portée d'intelligences très modestes. Ce 

li n'pt'l p^ du tout û. la portée de telles intelligences, c'est devoir 



G. LE BON. — r.ES PROJETS PE RtFOIlME DE I/KSSEIGMlMEXT ^37 

ïn nous propose de donner uux élèves, si tHrotleinent empri- 
snnës et surveillés^ un peu de cette înitiattve, de celle inciépcn- 
dance qu'ont les élèves anglais- Très bien eacore. Mais camnient 
olitenir des directeurs des lycées de tels essais, quand nous lisons 
dunsl'eniiuète que les trihutmux onL accablé de dommages-inlèréts 
ruineux de malbeureux proviseurs, parce que des Enfanta auxquels 
ils avaient voulu lulsser un peu de liberté s'étaient blessés dans 
leurs jeux? 
i tlae des plus naïves réformes proposées — biea que ce soit une 
lie celtes qui ont rùuiii le plus de snlTrûRes — conststeroil h &iip- 
|jriiiierle baccalauréat. On le remplacerait par sept àtiuit baccalau- 
ti'9\s, dits examens de passage, subis ii la fin de chaque année, afin 
d'empêcher les mauvais élèves de continuer h perdre leur temps au 
Ijwti. Très excellente peut-être en théorie, celle proposition, mais 
combien illusoire en praticjue! La. statistique relevée par M. Lsuisson 
nous montre que pour 5000 bacheliers reçus aanuellemcnt, il v u 
51X10 rléves évincés, c'est-îi-dirc 5(X)U jeunes gens qui ont perdu 
entièreiiieiil leur temps. Cela donne une bien pauvre idée des pro- 
fesseurs et des programmes qui obtiennent de tels résullals. Mais 
ïOil-oii les lycées, qui ont tant de peine !i lutter contre la concur- 
ceiice des tHaltlissemenls congréganisles. et dont les budgets sont 
itwjûurs en délicil, perdre rjiXXJ éKrves par on? Les jurvâ qui pro- 
tiûiiceraient de pareilles exclusions — dont profileraient bien vile 
les établisse nients rivaux — seraient l'objet de telles imprécations 
de la pari dos parents, d'une lelle pression de la part des pou- 
vcirs publics, qu'ils seraient vite obligés de déployer assez d'in- 
dulfiience pour que tous les élèves conlinuent leur5 études. Les 

S ''^•"^5 redeviendraient donc bieiit'H exactement ce qu'elles sont 
urd'liui. 
nuiras n'*formatecr:s nous proposent de copier réducation 
MiK'iiise, si inconlestabïenisnt supérieure à la nélre par le dévelop- 
pemeiu qu'elle donne au caractère et par la façon dont elle exerce 
l'iiiilialive, la volonté, et aussi — ce qu'on oublia généralement de 
rumarquer — la discipline. La réfonne, théoriquement excellente, 

ril f<nit i fait irréalisablf. AJa[p1.ée aux besoins d'un peuple qui 
elle certaines qualités hérêdilaires, comment pourrail-elle con- 
''enir a un peuple possédant des qualités tout h fait dilTé rentes*.' 
L'eisai d'ailleurs ne durerait pas trois moit^. Des parents français à 
quJOQ enverrait du lycée leur Jils tout seul, sans personne pour lui 
prendre son ticket à la gare ou le fiire monter en omnibus, lui dire 
Jeinellre son pardessus quand il Fait froid, le sLii-veîlIer d'un a-il 
pillant pour l'empêcher de tomber sous les roues des trains en 



m 



tlBVUE rillLOSOI'lllOLie 



marche, d'être écrasé dans les rues par les voilures, ou d'avoir" 
œil poché quaoïl il ]nue librement à la balle aveu ses caai<ir%d 
ces parents-là n'existent pas tn France, Si leurs pûles rejefe 
étaient soumis au régime de îediicalion anglaise, faisant liï( 
devoirs quand ils veulent et coinjne ils veulent, se livrant sans si 
veiilance aux jeux les plus dangereux, sortant <i leur guise, etc>. f 
réclamations seraient unanimes. Aux premiers accidents, les parea 
pous:^craient d'épouvantables clameurs, et toute la presse se» 
avec eux. Le ministre serait immédiatement interpellé et oblif 
sous peine d'être renversé de rétablir les anciens règlements. J' 
connu une respectable dame qui eut une série de violantes cria 
de nerfs et menaça son mari de divorcer parce que ce dernier avai 
sur mon'conseil^ proposé d'envoyer leur fils, qui venait de lermira 
sa rljétoriquc, passer ses vacances en Allemagne pour appreiiit 
un peu l'allemand. Laisser voyager seul un pauvre petit garçon ( 
dix-huit ans! Il fallait ûtre un père tout à fait dénaturé pouravo 
conçu Un aussi homicide projet. Le père dénaturé y renonça d'nj 
leurs bien vite. 

El peut-être n'avait-elle pas tout .^ fait torl, la respeclabîe daa] 
quand elle doutait des aptitudes de son fils â se diriger seul da 
un tout petit voyage. Ne possédant ces aptitudes, ni pal' hérédité 
par éducation, ou les eùt-il acquises? 

Si les Anglais n'ont besoin de pei^onne pour les diriger, ci 
qu'ails possèdent par leur hérédité une discipline interne quî la 
permet de se gouverner eux-mêmes. Il n'y a pas de peuple pi 
discipliné que les Anglais, plus respectueux des traditions et l 
coutumes établies. Et c'est justement parce qu'ils onteneus-raén 
leur discipline qu'ils peuvent se passer d'une lulelle conslao 
Leur éducation physique trûs dure entretient et développe ^ 
aptitudes hérèdilaires. mais non sans que le jeune homme aï 
courir des risques d'accidents, auxquels aucun parent français 
consentirait k exposer sa timide progéniture. 

Il faut donc se bien persuader qu'avec les idées régnant 
France, fort peu de choses peuvent être changées dans m 
système d'inslniction et d'éducation avant que l'esprit publm 
lui-méine évolué. 

Laissons donc entièrement de cûté nos grands projets de réforq 
ils ne peuvent que servir de muliére à d'inutiles et vains iliscof 
Considérons que nos programmes ont été transformés bien des 
sans le plus faible bénértce. Considérons surtout que les Allemai 
qui ont des programmes bien peu diiïérents des nôtres, ontt 
sachant s'en servir, réalisé en cinquante ans des progrèÉ 



G. LE BON- — LES PROJETS DE IlÉFORMK DE L'eNSE!GSE>1EST 2^9 

llqiies et industriels qui les ont mis à la lête de lûos les peuples. 
Envisageons ces. faits indubitables, et, en y réfléchissant suffisam- 
ment, mas tîoirons peut'êlre par découvrir un jour que tous les 
programmes sont indifférents, mais que ce qui peut être bon ou 

».Q]auvais, c'est la façon de s'en servir. Les programmes ne signifient 
rien, ceaoQt les méthodes de les utiliser qui impurtenl, 
I Uélatlliés ou sommaires, les programmes d'instruction se résument 
Ml ceci : apprendre à des jeunes gens les rudiments des sciences, 
delïliliéralure. de l'histoire, et la connaissance de quelques langues 
iQciennes ou modernes. Des méthodes qui n'arrivent pas à réaliser 
nateî Lui sont défectueuses, et on pourra changer indéfiniment les 
programmes, les allonger d'un cûlé, les raccourcir de l'autre, sans 
f|ue les résultats soient meilleurs. Le jour où cette vérité sera bien 
«nujihse. les professeurs commenceront à entrevoir que ce sont 
urii méthodes et non ler> programmes qu'il latidrait chanj^er. Tant 
u'elle [i aura pas assez pénétré dans les cervelles pour devenir un 
JnoLile d'action, nous persisterons dans les mimes erremenls, et 
fsODiie n'apercevra que Tinslruction peut, comme la langue 
, constituer la meilleure on la pire des choses '. 
ajustement parce que louLe réforme essentielle doit viser, 
iwn les programmes mais les mètliodes, que tous les projets pro- 
posés au cours de i'enquéle olfrent si peu d'intérêt. Jls ne reprcsea- 
tïnl que des redites ressassées depuis longtemps. Si l'on pensait 
nalgrr' loul qu'il est facile de créer des programmes ayant quelque 
^PpareTice de nouveauté, je conseillerais de se reporter ans. résultats 
'îfrteniis dans le concours du corailé Dupleix. 

î>oiis les auspices d'un universitaire devenu acadt-micien, le 
W]il^ Dupleix avuil fondé trois imporLantsprix en argent, annoncés 
f*r tous les journaust pour le meilleur mémoire sur un ■ projet de 
■^^orme de l'enseignement secondaire a. 

Les résultats, d'après le rapporteur de la commission, ont été 
ab&olument navrants, et les mémoires pi-ésentés, d'une infériorité 
("Ofiiplole. Pour ne pas avoir l'air de refusée la totalité des pris, on a 



■Au puînl d« vue des d^iesiabltts résultais iqu« piiulproduire une îiislruclion 
^1 t>l>t|iléi' aii\ Ltcsiirns t\'a» pmiple, et pour jiiper dan^ qiiella iikestire cIIh 

"'"iuiljhre et rtemuralisc chu\ qui l'ont rei;iie, on ne saurait trop méditer l'es- 

Irtiinre mile sur ime vusie w^lielle |"np lu* Anulais dans l'intic. J'oti ni eKpoBé 

' Pif'iiîUils dans un discours d'InQU^Mintiiin i|iti!.i'ai prononc^^ au conféré» colo^ 

'tft 18X11, <lunt J'étais lin des [iraaitlenis (Voir tii'itiip xrieuUfiqu", aoftl )SS9). 

ti rv»iini4 kâ parljes eâsenli«U«s dvins la noLiveMe édition <li: iiion livre. 

i'niUtationt ttr ilmii: Lf! syslênip d'instructiofl et d'édurtiUon riui lilait 

pll«nlpoiir d*s Aiifîltkis. vt (|iic, |iar curiséqucnt, ils oui i^ ni iiiiiivùiriti.[>lii]uer 

liage hiea Iliudous, s'est nioatri: luulï Tait déteatable pour ces deraîei's. 



340 



HETDË PHILOS OPIIiaUB 



donné une récompense au travail le moins mauvars, tout en > 

que tt ce qui dans ce mémoire a trail aux programnies esl malheu- 

reusement snns grand inlérét ». 

Je ne saurais trop répéter d'ailleurs que ces programmes n'oût 
aucune importance. Tout ce que Ton peut dire d'uiile sur em se 
résume à ceci, que pins ils seront courts, meilleurs ils seronl. Uii 
programme complet d'instruction ne devrait pus dépasser vïngl-cinq 
lignes, sur lesquelles plusieurs seraient consacrées à dire que 
l'éSève ne doit apprendre dans chaque science qu'un petit nombre 
de notions, mais les apprendre tout à fait à fond. 



ÎU 



Très perauadés de la souveraine puissaoce des programmée, !&= 
auteurs de l'enquête ne seraLIent pas avoir soupçonne que les 
méthodes employées pour ensei g rinces programmes eusseiil 
quelque importance. Aucun ne parait avoir entrevu que ce iiesaiil 
pas les programmes, rnais les méthodes, qu'il faudrait chauger, ce 
qui appliquerait naturellement le chaufrement de Téducalion df* 
professeurs. 

Quelques éducateurs commencent cependant à soupçonner, fort 
confusémentd'ailleurs, que c'est précisément sur ce point si népltg^ 
que devraient porter les réformes. Parmi leurs travaux, je citera' 
surtout letude d'un ancien professeur de noire Iniversilé, M- Fouillée, 
^iiii\ièe&o\ificel.ilre : L'Échêc pcdagogiquë drs !ettrésfl des savants *• 
Il y raille spirituellement ces doctes philologues, formés par l'élud* 
des subtilitiL'S de grammaire i savantes et puériles », qui enseif,'iienl 
gravement k leurs élèves la mesure des vers de Plaute, el obligent 
reofaiil Èi apprendre par cœur les difTérences esislant entre la paS" 
tourelle, la lialJetle, le servanlois et la falrasii?. Il nous montre!^ 
même système appliqué dans l'étude des sciences, a. Ce qui domina 
ici encore, c'est la mémoire et la routine scientifique, le moulin 9^ 
équalions qui marche tout seul, la nomenclature chimique appris 
sur le bout des doigts, la nomenclature botanique bien clouée dans 
les basetj du cen'eau », 

« Que demandez-vous aux candidats? ajoute M. Fouillée. Des 
noms, des litres d'ouvraties, ûes apprécialiuns apprises par cœur. 
Vous appelez cela de l'éducation! Vous appelez cela de l'ins- 
truction! » 

De tout cet inutile fatras de choses apprises par cœur il ne reste 




1, Revue politique et parlemeniaiiVt IQ mars 19H. 



CLE BON. — LES VIIOJETS UË IIÊKOnMË W. L'ËNStlti^RME:^ T âU 

rien, atisolumeat rien, dans la mémoire, sis mois après l'examen, et 
il n'en peut rien rester. Taine l'avail écrit il y a déjJi longtemps» 
M. Lippmann l'a répété devant la caramission d'enquête en i-acon- 
lant qLi'il a fallu, à la Sorbonne, dans les cours prt'paratoires au 
cerlii^cât des sciences physiques et naturelles suivis par de Futurs 
iDPiiecins déjà tiachêliers es Sciences, a ijut ne savent faire nî une 
division ni une r6glc de trois », charger un professeur de leur 
enfeigner les mathëmatiques tUémeotaîres. Ces malljèmatîques 
lilémenlaires, iea élèves les avaient sues sans doute le jour de 
!'«xanien, comme ils avaient su la liste des rois achéraéiudes et 
la préparation théorique d'une quautitù immense de produits 
chimirjues. Tout cela appris â la liàle avait été oublié immédîa- 

< Lisex, dit M, Fouillée, les dépositions des savants devant la 
commission d'enquête parlementaire ; le résultat tinal qu'ils cons- 
taleut, c'est la prolonde ignorance scientifique des (.'lèves due à la 
(noJigieus^e ineptie des programmoi^ de sciences, ii la inéLliode 
ncieuse d'enseignemenl. Parcourez la plupart des cours classiques, 
Dit d'histoire, soit de géographie, soit de grammaire, suit de liltê- 
iltirç, soit de sciences, vous verrez que les trois quarts reprcsen- 
nt comme valeur éducative et même instructive : zéro. » 
S^ie* causes de l'élut intérieur de notre éducation ont échappé k 
irtdes observa leurs, la mauvaise qualil*^ de celle éducation 
iaignalée bien des fois depuis longtemps. Il y a près de trente 
squeM. Henry Deville, dans une séance publique de TAcadéniie 
Sciences, sexprirnatt ainsi : ar Je fais partie de ^l'^i^■e^sité 
ep^is longtemps, je vais avoir ma retraite, eh bien, je le déclare 
ûi^heinent, voilà en mon àme et conscience ce que je pense : 
Juiversilé telle qu'elle est organisée nous conduirait â l'ignorance 
solue. » 

l^s la même séance, l'illustre chimiste Dumas faisait remarquer 
l'il < avait été reconnu depuis longtemps que le mode actuel 
l'enaeignetnent dans notre pays ne pouvait être continué sans 
jlevenirpour lui une cause de décadence». 
El pourquoi ces jugemeols si sévères, prononces tant de fois 
l'Université par les savants les plus autorisés, n'ont-lls 
i produit d'autres résultats que de perpétuels et inutiles chan- 
gements de programmes? Quelles sont les causes secrètes qui ont 
toujours empêché toute réforme utile d'être réalisée'? 
Parmi ces causes» il en est qui tiennent aus idées — irréduc- 
Jes — puisqu'elles l'ont partie de l'àme de notre race — (|ue nous 
>ns sur Téducalion, Ces idées nous rendent capables de cora- 



3i2 



IIBVUR E^IIILOSOPIUOLE 



prendre Jes effets, mais ne nous perraettetit pas de toucher h 
causps. Alûcs m^me cependant que ces idi*es ne seraient pas îrTi 
ductibîe;*, il sufi'iL, pour ccj m prendre combien sont à peu prè^ irréa 
lisal'les toutes réformes réelles de noire sysième d'enseignement|' 
de î^oDjier que ces réformes devraient être appliquées par d 
professeurs formés par les mélhoiJes Je notre Université, et cons 
queminent incapables d'en appliquer d'autres ni même d'en coTO' 
prendre d'autres. 

Et ici nous louchons au nœud vital de la réforme possible 
l'enseignerneiU, bien que dans les gros volumes de renquéteje n'ai 
trouvé aucuue observation sur ce point fùndamental On a couvei 
de fleurs les professeur-j et de malédictions les programmes, c'est 
peu près le caofr^ii'e qu'il aurait fallu faire. 

Jl s'est rencontré cependant, en dehors de Tenquéle, queJqo 
rar$5 esprits indépendants pour signaler la très faible valeur péd 
gogique des professeurs de notre Université. Elle frappa d'.iilleu 
les étrangers qui ont visité nos établissements d'instruction 
assisté h quelques levons. M. Max Leclerc cite à es propos 
article de la ficL'nr Internai îunule de l'Enseignement^ ùù se Irou 
consignée l'opinion d'un pruEesseur étranger (jui a visité, à Paris « 
en province, beaucoup de nos établissements d'éducation. Il ■ a re»3 
contré beaucoup d'hommes instruits... très peu de profesi-eurs d 
d'éducateurs p. Quant au personnel de proviseurs, censeurs^, prin-t^i- 
paux, il Ta trouvé « peu éclairé, prétentieux, maladroit et él 
d'esprit t. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que de telles critiques oo 
été fornmïées. Vuiçî ce qu'écrivait il j' a trente ans M. Bréal, proteâ 
seur au Collèye de France, sur notre corps enseignant. 

Le corps universitaire était, mu tSlO. n peu près l'expression âH 
idées de la société. En 1818, il éLiil déjà si arriL-ro qu'un observateui" 
étrang-iT pouvait écrire ; » Li; tiorps dti-s professeurs en France fis' 
devirnu tetleraent slattonnairCi qu'il serait impossible de trouver une 
autre corporation qui, en ce temps de progrès génêr.il» surtout chei 
la nation la plus mobile du monde, se mainLicnnu avec :iutant da 
fintifaction sur les routes battues, repousse avec autaciC de liauteur b\ 
de v;>iiité toute uiathode ètniu^jère. et voie une révolution Haas l6 
cliangement le plus insigniliant. ■> Depuis que le livre d'où aoua 
extrayons ces liy^nes a été publié, vingt-quatre ans se sont ùcouléi; 
le portr.iit qu'on y trace de Itlniversîtô est resté exact sur bien d 
poiiiLs» mais les dk^fauts se sont exa^éréa et les lacunes accusé 
davantn:;e. 



G. LE BON. — LES r^RQJET.-i HE riliFftnSE PE t.'RΫSEIC?IK«B?(r Î43 

A quoi lieut rinsuflisance pédagogique incontestable des profes- 
Murs de notre Universîti*? Simplement aux méthodes qui les ont 
formés. Us enseignent ce qu'on leur a enseigné, commis on le leur a 
enseittoé, et il serait injuste de le leur reprocher. 

yiie peuvent valoir, pour l'inslruclion et l'éducation de la jen- 

ncôse.lêsprotessieurs pri'piirés pLir les méthodes universitaires, c'est- 

i-ti(fepar l'élude esclusive des livres? Ces malheureuses victimes 

du filus [léformant régime inlellectue] auquel un homme puisse 

iïK jtjutiiis, n ont jamais cjuilté les bancs avant de monter dans uae 

cllijre : lianes des îyc<^es, bancs de l'Écîole normale ou bancs des 

Facuit'és. Ils ont passé quinze ans de leur vie ù subir des examens et 

àfirépartrdes concours^ A TÉcok' normale « leurs devoirs sont lit- 

iénitci]ieni taillés pour chaque jour. Tout se passe avec une rëgula- 

rilé t'crasante. Les programmes des examens ne laissent pas une 

«tribre de mouvement a ces malheureux. esclaves de la science ». 

Lcifr int'moire s'est épuis/i^e en efforts surhumains pour apprendre 

«rccRurce qui est dans les livres, les idt'-es des autres, les juge- 

is des autres. De la vie, ils ne possèdent aucune expérience^ 

liant jamais eu à exercer ni leur initiative, ni leur discernf^ment, 

ailnir volonté. De cet ensemble si subtil qu'est la psychologie dun 

Huit, its ne savent absolument rien. Ils sont comme le cavalier 

^Kpériinenté sur un cheval diïficile. Ils Içnoront comment se faire 

pjtijprcndrti de l'être r(u'ils doivent diriger, i|iiels mobiles peuvent 

VI r sur lui o(i la façon de manier ces mobiles. Ils récitent comme 

tfofeaseurs les cours que tant de fois ils ont récités comme élèves, 

Jpijumient ^Ire facilement riimplacês dans leurs chaires par de 

*n]ples phonographes. 

Pour arriver à être pror^sseur. il leur a fallu ;ipprendredes choses 

i>ïiquées et inutiles. Ge sont les mêmes choses compliquées et 

iks c|u'il5 répéleront dev;mL leurs élèves. En Allemagne, où 

i^iisfi institution des concours n'existe pas, on juge les pro- 

l^teetirs par leurs travaux personnels et par leurs succès dans 

'''iseij;nt*fnent libre, ofi ils doivent le plus souvent di'buter tout 

d'aWirJ. En France, on les juge par l'amas de choses qu'ils peuvent 

t lier dans un concours. Et, comme le nombre des candidats est 
ipnnd, alors que U- imtnbre de places est petit, on raftlne encore 
eoeraens. poureii éliminer davantage, t'elui qui saura rériler sans 
ItfOncher le plus de furmuleSi qui aura entassé dans sa tète lu 
[rfu* grande somme pnssibte de pui'Tiles chinoiseries, de sublililés 
cieotilique^ ouï,'i'.Miimatii:alês, l'emporlera sûrement sur ses rivaux, 
ïiut récemment encore, un des examinaleurs des concours d'agré- 
lU M. Jullicns faisait reman^uer, dans Une des séances du 




â46 



REVUE PHILÛSOPIIIOUE 



conseil supérieur de l'instruction publique, que le jury d*agrijgaLli>n 
était elTrayé t de l'efTort de mëmûire imposé aux. candidats. Il peiiic 
que si In iDémoire est un admirable inslriimeut de travail, elle u'ësl 
qu'un instrument au service de ces qualités maîtresses du professeur 
qui sont l'esprit critique, la logique et la mrlliûde, la mesure cl I& 
tact, la pénétration, l'inspiration et l'ampleur des vues, la. simplicité: 
et la clarté dans l'exposition, la correction et la vivacLlé de l& 
parole ». 

Il avait certes raison de se livrer à des réflexions semblables, c« 
bon jury, mais de là à un effet quelconque il y a loin, et pendant 
longtemps encore, avec le régime des concours, la mémoire sera li 
seule qualité utile à un candidat. Il se gardera soigneusement — 
même en eût-il le temps et Incapacité ^de tout travail un peu ftr- 
sonnel, sachant bien qu'à tous les degrés, rien n'est plus mal vu ile 
la part des examinateurs. 

Quand un homme a. ainsi consficrc quinze ans de sa vie à entosaT 
dans sa tète tout ce (|ui peut y être entassé, sans avoir jamais jolé 
un coup d'œil sur le monde extérieur, sans avoir eu à exercer «ne 
seule fois son initiative, sa volonté et son jufiement, à quoi r-i^t-il 
bon? A nen sinon à faire Anonner machinalement à de malliourcux 
élèves une partie des choses inutiles que pendant ai longtemps il a 
ànonnées lui-même. On cite assurément^ parmi les professeur* de 
rUniversité, quelques esprits d'élite qui ont échappé aus. tristes 
mélliûdes d'éducation auxquelles ils ont élé soumis, comme on cite, 
pendant les épidémies de peste, quelques luédedns qui échappent 
aux alleintes du lléau- Combien rares de telles exceptions! 

L'Université vil pourtant sur le prestige exercé par ces escep- 
tions. Mais si l'on observe la foule des prolfesseurs, on constate qu" 
eu est bien peu qui aient échappé à. Taction du déprimant rcginafl 
qui les a formés. Que de sujets jadis itUelligenls, annihilés jWUf 
toujours,, et bons tout an plus à aller au fond d'une province faïro 
réciter des. leçons ou Élire passer des examens avec la corlUuil* 
qu'ils sont trop usés pour être capables d'entreprendre autre cliosfli 
dans la vie. Leur seule distraction est d'écrire des livres dits el^ 
mentaires, piles compilations ûii s'étalu h chaque page la faiblesâi 
de leur capacité d'éducaleur et ce gofit des subtilités et des clitis^ 
inutiles que l'Université !eur a inculqué. Us croient taire preuve «^ 
science en compliquant les moindres ijuestiuns et en rendaut oIj 
cures les plus claires. M. Fouillée, qui parait avoir fait une éliu 
attentive des livres écrits par ses collègues, a publié d'învraiseï*^ 
biables échantillons de celte littérature scolaire. Un des plus curiei 
est celui de ce professeur dont l'ouvrage, deslinè à l'enseigneme 



1-^ BON. — LKS l'aOJETS DE HÈFOIIME IJE l'eMSEIOEMEM 246 

^Qndaix-c des lycées, est revêtu de l'approbation des plus hautes 
ulocit-^s universitaires. 

JL^'aïUteuir déclare avoir volontairement supprimé les termes et les 

■j^usB'toris qui auraient pu effraj-er l'inexpérience clca enfiiiils : c'est 

ji^fti^Oi il leur parle loiii^uemcnt fie l,t césure penthëmimêre, qu'on 

iTCtop'**^*' quelquefois par une césure heplhémiuière, ordinairement 

jg^^.o[llpîfcgtiée d'une césure trihcmimére. Il les initie aux synalL-phes, 

B,ttiL i^POCoques et aux aphérùsL'S, et il les avertit qu'il a adopté la 

jcinsion. par anaccuse et supprime le clioriatnbi-e dans les vers to^aédi- 

quea- Il leur révèle aussi Us myslùn^s du quaternaire hypermàtre ou 

diinéire hypercatalecltquc ou encore cunêiisyllabo alcaique. Que dira 

du^ers hoxaraètrc dactylique, catalectique in dissylabum, du proci- 

\einKiuti[jije lêtraïuotre caLalecliqui?, du dochniiade dimétre, et de la 

sif>*i<^'' troi^hajque hyppon3ctt>eime, du dystîquo trochaique hyppo- 

niciéen/ 

M. Fouillée cite encore un autre professeur f|ni, dans un livre 
fl'ensçjgnement élémentaire, sVtend largement sur la méthode 
[HJur documenter une pièce de théâtre, en voici un extrait ; ic On 
wnsultera d'abord le répertoire général 20* vol,, B. N., inven- 
"ûireTf. 5337 — ô54i.> »►, etc. Suivent trois pages d'indications sem- 
blalïtes! 

Us livres de sciences sont c.ûni;us d'après Ibs fiiëmes principes. 

^8 pourrais donner comme exemple un Iniité de physique récrit 

Vvyia agrégé de l'Univecsilé pour les candidats iiii certificat des 

«iïQces phyi^lques et naturelles, lesquels, comme il a été dit plus 

haaî,saveQt b peine — d'après leurs professeurs — faire une règle 

lie trois. Lauleiir s'est donné nn mal extraordinaire pour bouri-er 

son livre h chaque page d'oqualtons et d'intégrales totalement inu- 

|lil«. Dans un supplément destiné U apprendre les manipulations, 

le^é^nl!1tion3 ne sont pas davantage épai-j(iii;es. Pour l'opération si 

BJfnple du Calibrage d'un tube, Tauleur a trouvé le raciyen de rera- 

ïfer trois pages serrées d'équations. Ce professeur est assurément 

rertaiiï que pas un élève sur mille ne comprendra quelque chose ù, 

rfs calculs, mais qu'est-ce i|ue cela peut bien UU faireV 

Si donc nos professeurs donnent un si déplorable enseignement, 

î'e&i tju'ils ont été formés par l'Université dont les méthodes sont 

itiat A fait défectueuses. En fuit, je le répète, ils enseignent ce qu'on 

ïur acnseigné et de la fa«;on dont on lo leur a enseigné. Tant i|ue 

les professeurs de Facultés se recruteront comme ils se recrutent 

aujourd'hui» rien ne poun-a être modifié dans noire enseignement 

iniverstlaire. 

C'est en grande partie parce que le système de recrutement des 



aî6 



HEVUË PUILOSOPItlOCE 



professeurs est en Allemagne absolument différent du nAire.iiue 
renseignement ù lous les degrés y estçL supérieur. Nos voisins, on! 
troiu'é le secret d'obliger le^ professeurs des Facuitès ii s'inlériîsaer 
h leurs éSèveseLi se mettre à leur porLée. Lu tbrnriiale est tout à fail 
simple. Ce sont les élèves qui paient les professeurs de ces Faculié!, 
et, comme il y a pour chaque ordre d'éludeg plusieurs professeurs 
libres, relève va vers celui qni enseigne le mieux. La concur- 
rence oblige donc le professeur à s'occuper soigneusement de ses 
élèves. Il sait que c'est seulement lorsqu'il aura réuni aulourdelui 
beaucoup d'élèves, et publié des truvuux personnels, qu'il [lourra 
être appelé à devenir le titulaire d'une clmire importatile, dont le 
principal rapport consistera d'ailleurs toujours dans les rétributions 
payées par les élèves. Le professeur de Faculté est chez nous urr 
fonctionnaire k traitement lUe, qui n'a absolument aucun intérC-U'i 
captiver l'esprit de ses élèves ni à. se plier à leur intelligence, Pna 
n'est besoin d'être très psychologue pour comprendre que s il était 
payé pyr eux» son intérêt entrerait immédiatement en jeu, el (ju^ 
Rous rinHuence de ce très puissant mobile d'action, il serait vile 
obligé de traiisfanner entièrement ses méthodes d'cnseigtiemeûl' 
S'il ne savait pas les transformer, il aurait bientôt des concurr&nls 
qui l'obligeraient à changer oti à disparaitre, 

Malheureusement, une rêfornie aussi capitale, la seule qui nmè* 
nerait la transformation de notre enseignement supérieur d'obonl, 
et, par voie de conséquence, de notre en"seig;neint;'iil secondaitt 
ensuite, est rudicaleineut impossible avec nos idées latines. Les liie» 
rares tentatives faites dans ce sens par l'initiative privée oui éti 
l'objet des perâécutious de l'Universilé aussltûl qu'elles ont pÉussi. 
Elle ne lolére que celles qui ne réussissent pas. Je me souviens 
qu'il y a une vingtaine d'années, le D' F'*' avait ouvert puur las 
étudiants en médecine un cours privé d'anatomie, auquel ils ne 
pouvaient as&isler qu'en payant fort cher, mais oii ils étaient si'irs 
d'apprendre ce qu'on leur enseignai), alors que dans les cours ofS* 
ciels de la Faculté ils apprenaient fort peu de chose. Bleu que ces 
derniers cours fussent enliéremenl gratuits, les étudiants lesdt-ser- 
laienl pour le cours payé. Le D' F***, ainsi que ses élèves, fut l'objet 
de telles persécutions de U part de la Faculté, qu'après une dizalM 
d'années de lutte il se vit réduit à fermer son cours, malgré m 
succès toujours croissant. 

Xous voici loin des programmes et de leur réforme. Le lectet 
doit commencer & comprendre combieu est vaine et inutile tou< 
l'agitation faite à propos de ces programmes, et combien ÏDUtiEi 
Dussi les monceau.'c de pages publiées à ce propos. Les pro^rammi 



G. LE BON. — LES PttÛJErS DK EU-iFURME DE l'ENSEIGNEMEST 947 

ne sont fiue des fuçades. On peut les changer â volonté, mais sans 
ino*lilier pour cela ti^utes lesclioses invisibles el profatidey cachées 
derrière elles. On s'en prend aux façades parce qu'on les voit faci- 
lement. On n'essaie pas de loucher à ce qui est derrière, parce (|iie 
.ie plus souvent on ne le discerne pas. 



IV 

[Se n'ai cessé de répéter dans ce qui précède que ce qu'il iaudrait 
'iiiùJilîer — en admL-tlant que de telles modiricalions soient pos- 
^l»tes en Fraiic;c — i-e ne sont pas les progriimmes» inyis les 
Hhodesd'enseignement.^ Le sujet est d'une importance essentielle, 
cependant il n'a pas él»^ li'aiié par les prolessetics tjui tint déposa 
[■âans Tenquêle. Si leur lui d;ins les programmes est immense, leur 
jfci dans les méthodes d'L-dueiition est toulii fait nulte. Formés eqx- 
[fiiièities par l'emploi exclusif de (certaines méthodes, ils ne soup- 
kontienl pas quM [juisse en exister d'autres. 

Cfl fini m"a le plus frappé dans la leeture des six gros volumes 

i^e l'enquête, c'est l'ignorance totale où paraissent ôtrc tant 

[d'hommes éminents des principes psychologiques fondamentaux 

ir lesquels dm'raietit repuser l'instruclinii el l'éducation. Ce n'est 

Sa certes qu'ils manquent d'iriée directrice sur ce point. Ils en 

une si universellement adnuse, si évidente à leurs yeux, qu'il 

îmble inutile de la discuter. 

>^lto idée directrice, buse classique de l'instruction et de l'éduca- 
'on laline, est la suivante : c'est uniquement par la mémoire que 
fw* connais! sa ne es entrent riaus l'entendement et s'y ûxenl. Cl-sI 
[^Dc uniquement en s'adressant à la mémoire de Tenfant qu'on 
ut l'ûduquer et l'instruire. De là l'importance des bons pro- 
niTimes, |iéres des bons manuels. Apprendre par cœur des lec-oos 
Mlles manuels doit donc constituer le procédé essentiel de recsei- 
Ignemçnt. 
Celte conception con>tilue certainement la plus dangereus,e et ta 
Jia nùfasle de ce qu'où pourrait appeler les erreurs fondamen- 
ftal«3 de rUniversité. i)o la perpétuité de cette erreur chez les 
EQples latins découle l'indiscutable infériorité de leurs méthodes 
dlDSlructioti etd'édncaiinn 

Ce sera pour le ps^chuinj-ue de l'avenir un sujet d'étonnement 
pralond que tant d'hommes éminents, pleins de savoir et d'expé- 
rience, &e soient réunis pour discuter sur les réformes à introduire 
dias l'enseiftnement, et qu'à aucun d'eux ne soit venue l'idée de se 
de» questions comme celles-ci : comment les choses entrent- 



248 



itBVUE PHILO&OPUIQUB 



elles dans l'esprit, et comment s'y fixeitl-elles? Que reate-t-îldec« 
qui enlre dans l'entendement Ui.îquement par la mémoire"? L« bagage 
mnémonique est-il un bagage durable? 

Sur ce dernier point —la ptTsistance du bagage ranëmoaifiue- 
il semble que la lumière diU être faite depuis longtemps. Elle est 
faite en tout cas déflnitiveraent par l'enquête. Puisque les rapports 
des professeurs les plus aulorisês sont unanimes à cooslater rjue les 
élëves^ ne savent plus rien de ce qu'ils ont appris quelques mois 
après qu'ils ont passé leur examen, il est expérimentalement prouv* 
que les connaissances qu'on essaie de fixer dans Tentendement uni- 
quement par la raénJDtre n'y restent le plus souvent que tn^s jieu de 
temps. 

Jl est donc certain que le principe universitaire sur lequel reposent 
notre instruction et notre éducation est mauvais, et qu'il faut ea 
rechercher d'autres, Les auteurs de l'enquête auraient rendu de réels 
services en remplaçant par l'étude critique de ces autres mèlhodies 
leurs byzantines discussions sur les modifications à faire suljtram 
programmes. 

Sur quelles bases psychologiques reposent les méthodes qui per- 
mettent de fixer d'une façon durable les connaissances daos l'enten- 
deiïienl? 

Ces bases psychologiques de l'instruction et de l'éducation sool 
précises et peu nomtireuses. Indéfiendantes de tous les prûpramrnes, 
elles sont applicables à tous. On ne les trouve guère formulées dans 
les livTes, mais beaucoup d'éducateurs ont su les deviner et 1© 
appliquer. C'est justement pour cette raison que nous voyons les 
mêmes programmes produire, suivant les peuples et les lieux, dfis 
résultats extrêmement dilTorenls- Rien ne diirèro en apparence, 
puisque les programmes sont les mômes, mais tout dîtft're en 
réalité. 

L'éducation peut être définie tout entirre par une formule i]iie 
j'ai répétée plusieurs fois dans mes ouvrages : Varl de l'aire j«i»jer 
te conscient dans l'incomrient. Lorsque ce passage eslelVectué, IVdù- 
caitiir a, par ce seul fait, créé chez l'éduqué des rélleses nouveaux, 
qui détermineront ses lagons de penser et d'agir. 

La méthode gônérala qui conduit à ce résultat — faire pas^Ër iQ 
conscient dans l'inconscient — consiste à créer des associations 
d'abord conscientes^ et qui deviennent inconscientes ensuite. 

Quelle que soit la connaissance à acquérir : parler une Isngu* 
monter à bicyclette où à cheval, jouer du piano, peindre, apprêndi 
une science uu un art, le mécanisme est toujours le même. Il fuu 



G, LE BON. — LKS PnOJtTS DE IlÉFOIllIE Il£ I.'eNSEJGSEWEST 249 

nioyen d'artifices divers, l'aire passeï- le conscient dans rincou- 
ci^nl par rétablissement trassociations qui deviennent ensuite des 
relie xes. 

i^T-a rarination de !a morale elle-même — or pourrait dire : surtout 

k^êcljûppe pas à celle loi. La morale n'est si;rieusemenlcon?titu4''e 

jand elle est devenue inconsciente. Alors âeuleineiit elle peut 

'irde guide dans la vie. Ce n'esl pas la raison, quoiqu'on puisse 

is*r, ijui remplirait un tel Tûie; les enseignements des livres 

eocore moins. 

Les gcttéralilésqui précèdent sembleronl, je pense, suiflsamment 
irviUerites en cr; qui concerne queltjues-unes des connaissances que 
l'û tnen lionne es. Le bicycliste, le pianiste, réctiyer, qui se souvien- 
nent de leurs débuts, se rappellent par quelles dirïiculti^s ils ont 
ié, les elTorts inutiles de leur raison tant que les réflexes néces^ 
Ires n'étaient pas créés. Leur application consciente ne leur don- 
it ni l'équilibre sur la bicycleiie ou le cheval, ni Thabileté des 
ci'igta sur le piano. C'est seulement lorsque-, par des répclllions 
Paasocialiens eotivenables, des réJlexes on! été fixés, et que leur 
ïvail est devenu inconscient, qu'ils onl pu monter ù bicyclette, à 
beval, ou jouer du piano. 

Or, ce que les éducateurs de rjce latine ignorent {généralement 

itn : 1" ijoe le mécanisme régissant l'enseignement de certains 

i s'applique invariablement à tout ce qui peut senseigner, 2" que 

wmi Içs procédés divers qui permettent d'élablir les associations 

tr^lrices de réllexes, l'enseignement par les livres et la mémoire 

peut-être le seul qui ne puisse conduire au résultat cherché. 

Bittcun sait que l'on pourrait étudier pendant réteroilé les règles de 

musique, de Téquitation, de lu peiutui'e, Otre capable de réciter 

»D« les livres composés sur ces arts, sans pouvoir jouer du piano, 

ïnter à cheval ou ruanier des couleurs. 

Pour de lels arts, il u'y a pas de contestation possible, mais 

pminense domaine de TinâtrucLion itppuralt comme souniiâ a des 

fort dilTérentes. Ce n'e&t «nie le juur ou le public et les prû- 

irs commenceront à soupçonner que pour toute branche de 

;ignEmcnl c'est alisolument la même cIiusk, que les mélliodes 

luelles de notre éducatton latine pourront se transî'ormer. Nous 

îrt sommes pas encore lu, mais dôs que Inpinion sera orientée 

ces idées, i! sul'lira, je pense, d'une vingtaine d'années de dis- 

:iAions et de poïéniiques pour que l'absurdité de notre enseigue- 

ïot purement mnémonique éclate it tuus les yeux. Alors il s'écrou- 

de lui-même, comme les vieilles institutions que personne ne 

lent) plus. 

toMJi LU. — rJtJ]. 17 



m 



IlEVUE PElILtISapHIQt'E 



Actuellement il n'est peut-être pas un professeur de l'UnivcT 
sur ceol h qui les idées qui viennent d'ûlre sommairement e%pù^ 
ne sembleront absurdes. L'enseieneraenl pur les livres, même p| 
les notions les plus pratiques, comme l'apdcttUuret par ^xemj 
apparaitle seul possible. Le meilleur élève, qu'il s'agisse d'un lyc^ 
d'un pulytechnicicn, d'un licencié, d'un éj&ve de l'Êooîe centralaj 
l'École normal*', ou de toute autre école, est celui qui récite le mi 
ses manuels, (ludiques expériêDCes montrées à dislance, queJq 
manipulations sommaires, semblent à rUniversïté le maximum^ 
conce^^sions qu'on puisse faire h réHucalioii expérinienlale. Toi3|| 
qui ressemble, même de loin, .lu travail manuel, est tenu en profl 
mépris. On provoquerait un rire de pitié chez la plupart des proj 
seurs en leur assurant que le traxail des doigts, si peu impori 
qu'il suit, exerce beaucoup plus le raisonuemeut que !a rècilî 
de tous les traités de logique, et que c'est seulement par le ti 
manuel — c'esl-à-dire en dcfinitivc par l'expérience — que se cr 
leô associalions au moyen desquelles les notions se fixenl^ dans I| 
prit. On les étonnerait fort en essayant de leur persuader qt 
homme qui connaît bien un métier manuel a plus de jugementJ 
lo^^ique, d'aptUode à rcfléchir que Ee plus parfait des rhétoricî^ 
l'abriqués par l'Université. A la lecture de tous les systèmes pli 
sopUiques, je préférerais, pour Tonner lesprit, ces petits livres 
II- yrand physicien Tyndall, apprend à de jeunes écoliers à fai 
avec le matériel qu'iU ont sous la main, les expériences scienlifiqi 
les plus délicates, à la L'oudition, bien entendu, que le livre ne ser 
h l'êlôve qu'à, réaliser les expériences qui y sont indiquées et noi 
être appris par coeur. 

Il ne laudrait pas supposer que les sciences dites expé 
mentales puissent seules être enseignées de celle façon, t 
langues, l'histoire, la géographie, la morale, etc.. en un mol tout 
qui fait partie de l'instruction et de Féducalion, peut et doit ^l 
enseigné par des procédés analogues. 

L'expérience doit toujours précéder la tbéorie. La géographie, p 
exemple, ne devrait être abordée que lorsque l'élève, muni d'i 
morceau de papier quadrillé, d'un crayon et d'une boussole 
pocite, aurait appris ^ Taire la carte des régions qu'il parcourt di 
ses promenades, et appris ainsi à comprendre ce qu'est figuration 
terrain, comment on passe de la vue perspective du sol — la se 
quL- rn-il puisse donner — ii sa représentation géométriijue. Qui 
les notions ne peuvent entrer dans l'esprit par la méthode exp4 
rneiilale directe, il faut remplacer les livres par la représentation 
ce qii ils di'crivenl. Un élève qui aura vu, sous Torme de projectio 



G.'U'E BON. — (-ES PROJETS KK nÉFORME RE [.'ESSEIGSeUKXT HTA 



ûe ç^otographtes ou de collections dans les musées, les débris des 

îTic.i&nû'es civilisalions, aura une idée aulremenl nette et aoirement 

iJuraUe des choses de l'histoire que celle r^u'il puiserait dans les 

ilescriptions des livres. 

Les Anglais et les Allemands sont allés très loin dans cette voie, et 

fet pourquoi leuf enseignement, dont les pmpramrnes sont sou- 

i!it identiques aux noires, est excellent. Les maîtres les plus savants» 

Isqiïelord Kelvin, ne croient pas dérofi'er en rédigeant des lei.^ons 

émenlaires, où bIb montrent aux élevés comment, avec les olijets 

plus simples, Ils peuvent réaliser les expi-riences les plus 

ïînles,^ mesure des longueurs d'ondes delà Euniiôre, parexempJe. 

El c'est justement parce que les éducaleurs an^'lais et allemands 

très bien su appliquer les principes qui précèdent, queTinslruc- 

rju'ils donnent est si supérieure à la noire, bien que leurs pro- 

immes soient à peu près identiques. Ils savent parfaitement qu'il 

lislp |iûur toutes choses denx méthodes d'enseignement totalement 

,iiifr«reiiies. qui errent dans l'espril de l'élt've des modes de penser, 

raisonner el d'ayir toialemenl dilTêrents. 

l'une, purement théorique, consiste à ensei^jner les choses ora- 
'etnpnt ou par les Itvrr^s; l'autre met d'aburd l'élève en conlacl 
"K les n^alités et n'expose les théories qu'ensuite. La première 
falftclusivement ado|itée par les Latins, la seconde par les Anglo- 
%[ins. Le jeune Latin nppi*endra une t;irrg:ue avec une grammaire 
fldcï (iictiunnaires, et ne la parlera jamais. Il apprendra ]a physique 
fi*] lelÈe autre science avec des livres encnre; jamais il ne saura 
"laiiterun instrument de physique. S'iî devient apte à appliquer ses 
''"iJnjisKirices„ ce ne sera quapn^s avoir refait toute sou éduca^ 
'Mû. Ln jeune Anglo-Saxon n'ouvrira guère de prammaires el de 
"t'Hiftnnaires. Il apprendra une langue en la parlant. H apprendra la 
ijTsique' en manipulant des instruments de physique, une profes- 



l-An^Uis e) AltemOTxîs sont bien à'^rrort] sur In Ufliilt valeur del'enseiffne- 

li^xfvrinnîTital. kI. grhi!i' (i riitiitnioiilé ili-g consinirlniirsi, ilîi ont |>ii meltre 

f're k's it),nJci* iIl's criraiils.A dea prix insitinilianU, îles colIrcLions irinsLrn- 

n^l'i i\f pliysique, de rhimie, de iiiei:a[ii>|U'.', ek., «|ut Jour pcrmtrLtenL de 

w*iLiilf« ■.•xi>i-rim<:nlnlcniËnl. les prfjlili;nies les filus (ti((jc:ik-s. Pour ne |iArl«r 

'T'" 'Ift lu pliy!?ii)in% JB rilËi-aï uol' iirillft-liun ilniiporuLls que j'.TÎ nciii;](^e par 

:i' Pniif 311 frfiiics, mi a tmil ce qui l'onci-rne l'oplique. > "-nnipri^s la p<jla- 

' &I la dilTrarlîon (lldiie d'o|>tk^U'i3. JuiUilles. prifmfr, riKiLtiriui d'analyse 

■«^■ffirnlr) c'est-i-'lipiC UTift collection li'otijets rjui. construits en Ki-fl-fice, avec le 

Juu Oea a|i|iarf;tU lie nos constniileuirs, cùiller.i!l |iliis d'un millier de francs^ 

Poof 3i> Traifs. un n loul ce i|iii concerne l'élcclncilè. Le \iU\s siiiivent l'éli-vo 

àvU /«IiriijuiT liji-ni^nie le» fnMlnimunl^ arec le mnlCrlel (]iii lui e.st livn?. La. 

fen*fhure '|iii les nccoinp^pne lui po^c environ "fUl [ir'>lil(Tnes n rescuidci.' i|MÈ 

iniiliarm>iiHrnifiil |ilii» d'un lii'uiiciù. I^n voii':i i]iiul'iiii;^-iin!' : M'L'siirer la rL*^.j:t- 

tâacc d« la ticbîne <l'un galv;inonië(re, d'un Éli>m[iiil ttiermo-ctcciriini:, la r^sis- 




3Bâ 



REVUE I-IULOSOPIJIQCB 



sion quelconque, celle d'ingénieur par exemple, en la pratiquaut, 
c'est-à-dire en commeiii;^nt par enirer comme ouvrier dans «ii ate- 
lier ou chez un construtieur. La théorie viendra ensuite. C'est [laT 
des ruéttiodes si simples que les Anglais ont créé cette pépinière de 
savants et d'ingénieurs qui comptent parmi les premiers du monde. 

Si l'on voulait résumer d^un mot les dilléreuces fondamentales qui 
SL^parentren&eignemeni latin de l'enseignement anglais^on pourraii 
dire que le premier repose uniquement sur l'étude des livres, alors 
que le j^econd reposa presque exclusivement sur l'expérience. Les 
Latins croient à la loule-puissance éducalrice des lei;ons, alors que 
les Anglais n'y croient pas du tout. Ces derniers veulent que l'en- 
fanl,désle début de ses études, s'instruise surtout par l'expérience. 
a J'engage lorLemenl les 'jeunes gens, écrit Samuel lîlakie, prufos- 
seur à l'Université d'Kdimbourg, à commencer leurs éludes par 
l'observation directe des laits, au Iteu de se borner aux eiposte 
qu'ils trouvent daos les libres... Les sources originales et réelles Je 
la connaissance ne sont pas les livres; c'est la vie même, rexjJ»'- 
rleiice, la pensée, le sentiment, raction personnelle. Quand i» 
homme entre ainsi muni dans la carrière, les livres peuvent combler 
iiuijiile lacune, corriger bien des négligences, fortifier bfcn iJ« 
points faibles; mais, sans rexpérieoce de la vie, les livie.* sodI 
comme la pluie et Je ruyon de soleil tombas sur un sol que nulle 
charrue n'a ouverl. » 

Ces deux méthodes d'éducation peuvent être jugées par les résul- 
tais qu'elles produisent. Le jeune Anglais, ù sa sortie du colt^^. 
n'n aucune dillicullé pour trouver sa voie dans l'inriustne, les 
sciences, raf,'ricullure ou le commerce. Tandis que ncjs bacbeli^fs- 
nos licenciés, nos ingénieui-s, ne sont bons qu'à exécuter des démons- 
trations au tableau. Quelques années après avoir terminé leur^du- 
cation, ils ont totalement oublié leur inutile science- Si TÉlal ne tf* 
case pas, ce sont des déclassés. S'ils se rabattent sur rindustrie,ifs 
n'y sont acceplés que dans les emplois les plujâ inOmes. jusqu'ûc6 
qu'ils aient trouvé le temps de refejre entièrement leur àlucali-Wr 

tftnC'î inlérieiire O'dne |ijli', Cumljiner iliîs résislances de i, 2, 3 ohm«, «tf. 
Fubriiiuer avpc le nifilL'riel livre un spcclroacfipe el dt-ltrmiaer les raie» "lo 
iiiélau\ iiiCHïiik'so.BnIa. Fabrjiiiier un polariscupo, un «tcxIanL h rèHfxion, 'ifl 
appareil ilt illCtrûclion, nne lOD^ut-vuii t<^rreslrû ii relicitle» el mi^sun-f «rti 
grossiiaeimînt. iLeclLerciier ai «JL'ii lames de verre oni leurs facus paralleies-^W- 
La tuiiniurc tin l'f,'s|irit Inlin psL ioiiL à. (ait coalrairR. NoLn? ensffign''menL ne 
se coiiifioài; guère n»ie île dunii>it!^Lratious f/iiLcH au tableau. Le pliysitirn aniîiii* 
\V. Tlioiiison sifînûlflit récciiuiient eelle lisbiUide fl« tins ivrofesscuis de physvqut 
de loiil vouJuîr iiieUi'o sous rtiniif d'êquiilions. ce t|iii L|j.^|iiense <I>t|iorimfnl*r 
tit <JC pornprendrc. alort^ que les pTus ilJuslrcs pliyslcioris art^Lai^ ctierchc»! tau- 
jours à oblËiiJr la repréïi<!nlaLion mécanique de leurs théorie» ks plus savanles. 



&■ X-kE BON- — LES IMIOJETS DE llfJKUlI.tlIi: DE L'EM)îE[GrtKML:>T 253 

te à quoi ils ne réussissent gut:re. S'ils écrivent des livres, ce ne 
a&ol fine de pâles rééditions de leurs manuels, aussi pauvres dans 
Ulorme que dans la pensée. 

Donc, qu'on supprime l'enseignement riu latin ou qu'on ne le sup- 
prime pas. qu'on lui substitue l'enseignement des sciences ou tout 
autre enseignement, il n'Importe, le résultat fnial sera louiours le 
toÉme, car les niéthudes fonJamentales d'enseignement n'auront 
pus changé. On n'aura toujours créé que des déclassés, bourrés 
ffiotnenlanénieat de mots et de formules inutiles, qu'ils oublient 
hiendit, incapables de se conduire, de juger et de raisonner. S'iran- 
gine-l-on que c'est parce qu'un enseignement sera qualifié de pra- 
tique qu'il le deviendra? Ne voit-on pas que les professeurs ne 
Peuvent changer la tournure de leur esptit et enseigner ca qu'ils ne 
savent pas? 



Ce n'est pas à Tinstruction seulement, mais fx l'Oducation aussi, 
qoe la méthode expérimentale doit être appliquée. Plus encore de 
rWgcation que de l'instruction, on peut dire qu'elle est complète 
HUletiient lofsque du conscient elle est passée dans l'inconscient. 
I^^qaaliLés du caractère : volonté, peraévérance, initiative, etc., ne 
«rat pas tilles de rai5onnement& ubstraits et ne s'enseignent jamais 
par lies livres. Elles ne sont fixées que lorsque — héréditaires ou 
acquises — elles sont devenues instinctives et écliappent enliéreraenl 
^ la sphère du raisonnement. La morale qui discute est déjà, une 
pauvre morale^ une morale qui s'évanouira ag premier souffle de 
. l'intérêt, Ce n'est pas par le raisonnement, et c'est le plus souvent 
Kcoulre lifs suf^geslion^ du raisonnement, qu'on expose sa vie dans 
■jdirerses circonstances ou simplement qu'on défend sans intérêt de 
^nobles causes. 

Toute» les qualités du caractère ne se donnent malheureusement 
|MS piir l'éducation- Il y en a d'iiéniditaires, conséquences d'un lung 
passé. Ce sont les qualités de race. Il faut des siècles pour les créer. 
et des siècles aussi pour les modifier. 

Xfais si l'cducation ne suffit pas ;\ créer toutes les qualités, elle 

peut au moins développer, dans une certaine mesure, les aptitudes 

n'existant qu'à un faible degré. Il devrait être de toute évidence que 

cette formation du caractère ne peut se faire par les préceptes des 

JivreSt mais uniquement par l'expérience. 

Le principe général des méthodes h employer est en réalité 
I simple. Veut-on, je suppose, donner aux élèves l'habitude de 




254 HEViE PmUOSUPIIIQLB 

rc*aerraiion el celle tîe la précision, qualiiës si HitljleineDt dévelo|^ 
pées chez les l^tios '? Cela se ieia simplement dans des promeiudiis. 
où cbaïue oLjet fourDit matière à des obsei^'alioos préci»eâ. Nous 
commenceroos par habituer J'élève à ne regarder qu'un iléiui 
déienniné J UD ensemble, fût-ce &implemeul les feoélres ries mai- 
sons ùu la forme des voilures qu'il rencoolre. el U le dccriK 
ensuite avec précision, ce qui esig« de sa part Lieaucoujp tl'âtieiiiioD, 
Au bout de quelque temps, il percevra les muindres iliirérenceseii* 
tant cutre des parties de choses presque semblubJes. Oq pasem 
ensuite a un autre dêlaU des m^'oies objets. Après quelques seinaiuts. 
il aura appris à vuird uo coupd u-i^c esl-ù-dire mconsciemmeûtjeil 
dîïTérêncesexiaUnt eotre des groupes de formes auprès de^i^uel^ il 
eût passé jtdis «ans les discenier. Si alors, au Ueu de ces comptei- 
tions ridicules de slyJe où on lui fait décrire des tempêles 
qu'il n'a pas vues, des combats de héros qu'd ne connaît que par 
les livres, on lui lail exposer ce qui l'aura frappé dans une smpii 
promenade, on sera tout surprix deâ babiludeâ d'observation, dii 
précision, et, plus lard, de réflexion, ain^i acquises. Je n'ai pu 
employé d'autre méthode pour apprendre très vite, en Orient, dans 
de& riions inexplûrèes. couveiles de DaoDuinenls peu différeiiitàen. 
apparence par le sljle. à distinguer des Tairard les analogies tlJes] 
différences de ces nionuments, ce qui m'a permis de comprtJiilr? 
ensuite (évolution de toute l'architecture locale. 

Ce sont là, niiillieureu5enient, des nirihudes d*enseig^riem<;nl quel 
ne comprennent guère nos universitaires. J'ai eu uceosioii île niel 
rencunlrer en voyage, dans uo des plus curieux pa^s de rËimi}te. 
avec quelques normaliens que j'ai pu oUteiver. Ilej^aniaierii-iisJB 
pars, ses habilaiils, ses monuments** llelas^ non. Ils cfaerL-banBl 
dans de savants livres des jugements tout faits sur le& paysages, b 
mœurs et les arts qui passaient sous I^;s yeux, et n'avaient mém 
pas l'idée de se créer de tout cela une compréheDsign perstiaiorUf^ 

Ce que l'Éducation du caractère deiixait le plus développer cki 
l'élève, ce sont les qualités i[Ui lui manquent. Pour celte ruisuD. 
l'éducation qui convient  uti peuple ne saurait convenir à uu aiiliv- 
U semble que La fatalité ait voulu que notre régime ne vise qui 
développer nos défauLs nationaux au lieu de tendre à les etTaccr Us 
LatiDs possèdent très peu d'espnt de solidarité ', fort [jeu de syrapi 



t. Qne l'on compare, par exemple, la tenue des joumaiiY anglais aprts 1« 
fanniliaolc» deCaites in^igceâ i>ar une ^wi^nèe de pajrcwiftaui &rnireâ «iicHi» 
dans l« TraosTodl, « ceiit; Jes jounuux français «prfes l'>ècb«ulTk>urfit ilc L.aii((M>i 
AucuBjoum^ tugl&U n>Â.saya d'ébranler le Gour«rneni£uL Noub reaver 
le pdtre CD quel(|ue« beure». 



G. LE BON. — I.i:>i l'ilOJKTS UK HÉKORHE UE l'£SSE1C>E>(EM 355 

liiie les uns pour les autres^ el nous nous empressons d'étouffer les 
traces de solidarilé qu'ils possèdent et de développer leur époisme 
par cel oUieux réjrime de prix et de concours, si justement con- 
darfinii depuis lungtênips paf les Anglais et les Allemauds. 
UsLalias ne possèdent que très peu d'initiative, et nous leur 
iposons un régime de surveillance pernianeute, de vie r^eli^'e. de 
fvoira h heures fixes, qui ne leur laisse pas, daps leurs dix ans de 
scolaire, une seule minute où ils aient ù prendre la plus légère 
'.mm, la plus modeste iniliaUve. Comment auraient-ils appi-isà 
gouverner, puisqu'ils ne sont pas sortis sans maîtres un seut 
ir? Leurs prolesseurs, aussi bien que leurs parents, considéreraient 
imtne irès redoutuLle de leur laisser prendre rinitialtve de monter 
uison omnibus pour aller visiter un rausée de Paris ou de Ver- 
illiis 

Le$ Lalins ont fort peu de volonté, mats comment en posijèdie- 
'•^nt-ils puisque jamais ils n'ont eu à vouloir quelque c^h'ise? 
fnkiiu, ils soDt din},'és en loul par leurs professeurs et leurs 
ils. I>êveaus hommes il& réclament bieû vite la tutelle de 
^lai, et sans celte tutelle ils ne sauraient rien entreprendre. 
LeLiliri est intolëi-anl et sectaire, il oscille de f iniransigeance clé' 
■ileù l'inlran^rgeance jacobine. Mais comment en seraJl-il auirc- 
il,pHisqu'ilne voit au tour de lui qu'inlulcrimce? Intolérance Idjrc- 
'OSeusu et intalérance religieuse. C'est toujours avec mépris qu'il 
ikniUrailerles opinions d'aulrui. Piofesseurs universitaires et pru- 
UT* congrèganisies sont saturés de l'esprit sectaire et n'ont de 
commun que la haine réciproque qui les anime, Ce n'est pas avec de 
sentiments qu'ils pourraient guider leur élèves dans ces régions 
ities des causes où la coniprôhension de la genèse des croyances 
iplace la haine el l'invective. L'intolérance est peut-être le plus 
liMe durant des Latins, celui contre lequel une Université un peu 
irée, possédant un peu d'esprit philosophique, devrait réagir 
ue jour. La perte en bloc de Icui^ colonies n'a pas amené Les 
ipognols ù faire trêve aux perpétuelles discussions qui les déchi- 
rent L'Italie donne le même spectacle. k\ France également. Il sera- 
I blerail que la notion de patrie et de solidarité, si puissante chez les 

■axons, s'etFace de plus en plus chez les races latines, 
un point fondamental de l'éducation. l'enselfinement de la 
mie, que nous avons à peine eitleuré. Son importance est ussez 



VI 




3SG RRVUe miLOSOPHlQUE 

grande pour que nous lui consacrions un paragraphe spécial. Le 
DÎveau moral d'un peuple, c'est-;i-dire la façon donl il observe m- 
laines règles de conduite, marque sa place dans t'éclielle de la d^v 
lisalion, et aussi sn puissance. Dhs que la morale se dissocie, tous 
les liens do rédiflce social se dissocient également. Les régksile 
conduite peuvent varier d'un temps ;i un autre, d'un peujjle .'i iw 
autre, mais pour un temps donné et un peuple donné, elles doivent 
être invariables. 

L'éducation morale doit Ôtre^ comme l'enseSpnemenl général dont 
j'ai parlé, uniquement basé sur l'expérlenee. 

Toute éducation serait insuffisante si le maitre ne sarail pis 
apprendre à l'élève à disliiiRuer nettement ce qui est bien de» 
qui est mat, et lui inculijuer une chire notion du devoir. 

Coniment arrivera-l-H â un tel résultat? Sera-co au moy^iids 
règles de morale apprises par cœur et de sentencieux discoursin 
faut vraiment avoir une bien grande ignorance de la constiluliaa 
mentale d'un enfant, pour supposer qu'on puisse exercer ainsi âur 
sa conduite l'influence ta plus légère. ■Seia-ce au moyen de prinapeê 
religieux, c'est-à-dire par des promesses de récompenses ou des 
menaces de punitions dans une vie future? Des perspectives aus^ 
lointaines — même quand les hypothèses religieuses spraieni its 
vérités déraontfées — n'ont jamais eu «^ur la conduite d'un enfsDt 
une action quelconque. D'ailleurs, ces hypolliùses apparaisMnt 
aujourd'hui sans fondements, et l'enfant en grandissant rait|)rpnilra 
bien vite. Que deviendront alor^ les principes de morale qui 
n'avaient d'autre appui que ces fragiles bases? 

Les sources où nous puiserons les éléments de l'éducntinn imoIs 
de l'enfant doivent être empruntées surtout à son expérience pt'i- 
BOnnelle. L'expérience seule instruit les hommes, et seule aiiss^Hls 
peut instruire les entants. La réprobation gL'uérale qui suit wriaiis 
actes, l'approbatioo qui s^altache à d'autres, monlienl t>ienli'it 1 
l'enfant ce qui est bien et ce qui est mal. I/expêrience lui iiiiJiqu* 
les suites avantageuses ou fâcheuses de telles ou telles actions.** 
les nécessités qu'entraînent les rapports avec ses semblables, sur- 
tout si on a toujours soin de lui làire supporter les conséquence* 4« 
ses aclé;;. et réparer les dommages qu'il a causés. Il taui '\i^ 
apprenne par lui-même que le travail, l'économie. l'ordre, la loyauU! 
le gotlt de l'étude, ont pour réÉuUat final d'accroUre son bien-^tre 
de satisfaire sa conscience, et portent ainsi en eux leur récompense 
C'est seulement quand respérlenceaagi sur lui, que le maître pea 
intervenir utilement en condensant sous forme de préceples tel 
résultats de cette expérience. 



G. LE BON. — LES PBOJETS l)E HÉFOIIMI-: IJE L'ENSEIGXfillKNT 2&7 

L'éducalioQ morale n'est complète que cjuand l'habitude de Taire 
le bien el d'éviter le mal est devenue inconsciente- Malheureuse- 
laent elle parvient rarement à. un tel résullat. II n'y a gUL-ra que 
rij^rèdilé qui puisse créer une morale assez puissante pour êtm 
jn consciente, 

L-'éducation morale doit surtout apprendre ù l'individu à se gou- 
rerntir luf-méme et .\ avoir un respect inviolable du devoir, ti'est Sl 
ca but essentiel que tend l'éducation anglaise, el il faut avouer 
qu'elle y réussit parfaitement. Le souci constant de ceux qui la 
dirigent est d'habituer l'entant ù distinguer lui-même le bien et le 
il et à savoir se décider tout seul' alors que nous ne lui appre- 
ntis qu*â se laisser conduire. Il faut avoir observé de près deux 
^fanls. l'un français et l'autre anglais, du même ige, en présence 
^*»nc difficulté, les irrésolutions de l'un, la décision de l'autre, pour 
>mpreDdre la difîérence des résultats des deux éducations. 
Un des plus puissants facteurs de l'éducation morale est le milteu. 
îs suggestions engendrées par îe milieu jouent un rûle tout à fait 
prL'pufidéranl dans l'éducation de l'enfant. Sa tendance à l'imitation 
slifaulant plus forte qu'elle est inconsciente, C'est par la conduite 
Jesélres qui l'entourent que se forment ses régies instinctives de 
^ffiJuite et ffue se crée son idéal. « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai 
m lu es D, est un de nos plus sagps proverbes. L'enfant estime ce 
li'il voit estimé et méprise ce qu'il voit méprisé. Ces suggestions 
uliips d'abord, se transformeront chez lui en des réflexes qui seront 
ûïés pour la vie. De là le réle immense — utile ou funeste — des 
arents et des professeurs. L'éducation inconsciente, créée par l'en- 
tourage el lie milieu, est la plus import;inte de toutes les formes de 
Jl^ftieation. 
Pleins de soins pour leurs enfants, les parents latins sont de Irôs 
nsufilsanls moralisateurs. Ils ont trop de faiblesse pour posséder 
Kiucùup d aulorité, et leur défaut d'autorité réduit beaucoup leur 
EStige. Conscients de cette faiblesse, ils mettent le plus tôt possible 
iljcée leurs enfants, persuadés que les professeurs sauront leur 
ipteer l'éducation morale qu'ils se sentent impuissants à donner. 
»i«le lycée est généralement un triste milieu d'éducation morale, 
ïez les élèves, la seule loi reconnue est celle du plus fort. Lesurveil- 



I. ■ On ilinneii IViiTanil nnglnij, écrU M. Mnv Lcclerc, ^onnance en luî-tnéinc, 

le llTrnnl de bonn4> tictire à ses scuIes TorcE^, on tait naître le sEalLiiient de 

Irvtpuii'xnljilil*^ on lui laissant, une fuis prévenu, te ïlioii «nlre le bien et. le 

I. rv'il (.lit E<* mal il ^upp-ontra la peine <le sa faute oci le.^ cnnsêriuencca de sou 

On lui inspire l'horreur lin mensonge, on le croit toujours sur parole 

t'a preuTc qu'il s meul). • 



S58 



ttEvuE nidosoptirnuK 



lanl n'est pour eux rni'iin ennemi qu'ils subissent et pour lequel ils 
professent une anlipaihie que ce dernier leur rend d'ailleurs iarge- 
menf. yuunl aux professeurs, ils considèrenl que leur unique tiHe 
est de faire leur cours sans avoir à s'occuper en iiucune lafoa d^' 
moraliser leurs cirées. « Quand le professeur, écrit M. Fouillée. oun 
dit qu'il faut aimer sa fajnilleot mourir pour sa patrie» il &era au bout 
de sa morale. » Il n'y aura même que les Iri-s zi^Iés qui iront aa>*>i 
loin. Les autres se munirent eu général fort sceptiques pour Lùut ce 
qui eoricerneiJe telles notions, et garJent îi leur égard un dédaiguei» 
silence, ou se bornent à d'ironiques allusions sur l'incerlitinte des 
idùes murales. Très rompus aux méthodes de chtique négauve, iIn 
pos-^édent irop peu d'expérience des hommes et des choses pour 
comprendre que ce n'est pas à l'enfant qu'il faut enseigner des JnMr- 
tirudes. Ils oublient trop souvent que leur rôle n'est pas de cooi- 
battre, lùt-cc siinpllonienl par un mêprisîint silence que lajeum^ 
compieni] fort bien, les traditions et les sentiments qui eant la lHi« 
m^me de la vie d'un peuple et sans lesquels il n'est pas de sockli 
possible. Avec une philosophie moins livresque, et par conEéi|ucDt 
plus haute, ils verraient vite ijue si la morale, comme lu sciencf, 
comme toute chose en un mot, ne possède au point de vue philoto- 
phique qu'une valeur relalive> celte valeur relative devient quelque 
chose de Irî-s absoiu pour un peuple donnée à un moment donné. ot 
doit être rigoureusement respecté. Une société ne peul darer 
que lorsqu'L'Ile possède des sentiments communs, et surloul im<diijl 
commun, capable de créer des régies morales admises par tousse 
membres. 

El peu importe la valeur Ihêorique de cet idéal et de la mmh 
qui en dérive, peu importe qu'il soit conslilué par le culte it'? U 
patrie, la gloire du Christ, 1^ grandeur d^Allah, ou pai- toult! aultf 
conception du même ordre. L'acquisition d'un idéal quekunqiif » 
toujours sufn adonner à un peuptû des senlimonts commui;s,iN! 
intéi'tîts communs, et à le conduire de la barbarie à la civdi--iali«jii. 
C'est sur cet liérilage de traditions, ou, si l'on veut, d^ préjuge* 
communs, que se fonde cette discipline intérieure, môredelouia 
les règles morales, et qui dispense an subir ta loi d'un maJtie. Mk'Uï 
vaut encore oboir aux morls qu'aux vivants. Les peuples qui ne 
veulent plus supporter la loi des premiers sont condamnés à suliirU 
tyrannie des seconds. Heliésaux êtres qui nous précèdeul. nous lai- 
sotis tous partie de cette chaîne ininten'ompuequi conslilué uneract 
Un peuple ne sort de la barbarie que lorsqu'il a ud idéal à défenfln 
Dès que son idéal a perdu sa force, il ne forme plus qu'une poil& 
Bière d'individus sans cohésion et il retourne bientôt à la barbirà 



El. I-J: bon. — LES PROJETS OE nÉFODME DE L'EKSiïlGîiEill£.\T 5o0 

Ce^ idéal à défendre est toujours fils du temps et jamais de nos 

TOVonlès- Ne puuvonl le créer par noire volonté, nous sommes con- 
iamnès à l'accepler sans chercher à le discuter. 

La philosophie a trop détruit de choses pour t]ue beaucoup 

4"\déals aient survOcu à ses coups. Il iinus en reste un cependant 

cunslilué par la nolion de patrie. C'est à peu près le seul i|ui 

deiiiL^uré deLuul sur les vestiges des rclittious et des croyances que 

k temps a. brisées. 

Celle notion de patrie, qui, heureusement pour nous, survit encore 

dâijs b inajorilc des ;imes. représente rhc^rilage de sentiments, de 

trajllions, de pensées et d'inlérùts communs dont je parlais plus 

\hnl Elle est lie dernier lien qui maintienne encore l'existence des 

[Sociétés latines. Il taul, ries l'enlance, apprendre à aimer et a délendre 

cetiilêul de la Patrie. On ne doit le discuter jamais. C'est parce que 

IpeiKlaiil près d'un srècle les universités allemandes l'ont sans cesse 

fialté ijue l'Allemagne est devenue enfin si forte et si grande. En 

Aagleierre, un tel idéal n'a pas besoin d'Olre enseigné, parce qu'il est 

[jlspms longtemps solidement fixé par rhéri:dité dans les ûmes. En 

rir|ue, où l'idée de patrie est encore un peu neuve et pourrait 

ébranlée par l'apport constant do sang étranger — si dange- 

rWQîpour les pays qui ne sont pas assez loris ptiur l'absorber — il 

Wnalitue un des points les plus fondamentaux de renseignement, 

Inde ueux sur lesi|uela les éducateurs insistent le plus. 

' Lfue le profe.'iseur, écrit l'un d'eux, nouUlie jamais qje chaque 
*lfve est un citoyen aniériciiln, el que, dans tous les enseigne- 
ments, et en particulier dans celui Je la géographie et de l'histoire, 
c'est îa question Je patriotisme qui doit dominer^ alln d'inspirer 
* l'eiilant une admiration presque sans bornes pour la granJe 
OMion qu'il doit appeler sienne. » 

Ce ne son! plus malheureusement de telles idées qni semblent 
«Joinitier che?. nous. L'idée de patrie parait à beaucoup une vieillerie 
i^uelque peu méprisable. Un universitaire émlnent, membre de 
' Académie françaiseï a marqué en termes 1res forts — longtemps 
ïvaui de verger dans la politique — ce vice profond. iJuanJ on n'a 
ps assez de philosophie pour comprendre les nécessités qui ont créé 
un idéal, il l'aul au moins ne pas oublier iiue, sans la notion de 
pairie, il n'est pas de société possible. Critiquer l'idée de patrie, vou- 
loir supprimer les aimées qui la délendent, c'est se condamner à 
suZiir ies invasions des ennemis qui nous guettent, les révolutions 
iglaotes, les Césars libérateurs, c'est-à-dire toutes les lormes de 
tie basse décadence par laquelle tant de peuples ont vu dore leur 
ICoire. 



60 IlEVUE PniL0S01>«l(]t]R 

La destinée de la plupart «Je nos grandes enquêtes parlemeoUires 
est de bienlûL disparaître rtans la poussière des bibliothèquesi don 
elles ne sortent plus. Il m"a fallu une forte dose de patieoce poui 
lire attentivement les six ûnormes volumes de î'enqnêie, ei 
j'imagine que bien peu de mes contemporains ont eu cette patignce. 
Les questions d'éducation et d'instruction ont une telle irapDrUnce 
qu'il m'a semblé fort utile de retirer de celte gangue volumineuse 
Ifiis parties les plus ess&rilielles, de les classer avec njéthodueNV 
jouter cette introduction. Tous les textes reproduits émanent di 
personnage-s autorisés, les seuls dont la parole ait quelque itiDuenca 
dans un pays aussi hiérarcliisè que le nôtie, tes seuls qui paisseni 
agir sui-ropinion des foules et la réformer. 

Cette réforme de l'opinion est la seule qu'on puisse tenter aujour- 
d'hui. C'est seulement quand elle sera complète qu'une réforme lîfi 
l'éducation devÎL'ndra possible. 

Les dilTicullés d'une telle Ltlcbe sont immenses. Elles ne sonlpu 
insurmontables pourtant. Il n'a jamais fallu beaucoup d'ap'jtra 
pour ci'éçr les grandes religions qui ont bouleversé le monde, mais 
il en a fallu quelques-uns. Tout le mouvement d'où est sortie IVn- 
quëte qui a si profondément ébranlé rUniversilé a eu pour uniqi>8 
point de départ la campagne vigoureuse d'un homme daclîoQ é^e^ 
gique, l'explorateur BonvaloJ. S'il n'a pas su montrer neltemeûl 
la voie à suivra, pas plus d'ailleurs que les six volumes de l'eniu^Le 
ne l'ont montrée, tl a au moins fait voir combien était funeste ceiifi 
que nous suivions. Nouveau Pierre l'Ermite, il a su secouer l'iniliffé- 
rence du public, et les noms les plus éminents de l'Universilé se 
sonl bienliit rangés modestement derrière îui. prêts à démolir l'idole 
dont ils avaient été jadis les plus ardents défenseurs. 

C'est uniquement sur l'opinion qu'il faut agir maintenant : C8 
jour-là notre antique système d'éducation s'écroulera d'un seul couji, 
comme ces monunietits tiop vieuJi qui gardent une apparence de 
solidité tant qu'on ne les touche pas. .\lors seulemieol nous îlou^ 
rons espérer quelques réformes et essayer d'obtenir ce que d'autis 
peuples, tels que les Allemands, ont obtenu avec leurs proresseurs- 

L'éducation seule pourra faire remonler aux Latins cette pen'f 
rapide de la décadence ciu'ils descendent à grands pas. Elle ^t 1* 
dernière chance de relèvement qui leur reste. Sous peine de ^wnc, 
ils ne doivent pas la laisser perdre. Ce que les étrangers onlsufâirt, 
noua pouvons te réaliser. Ils avaient médité longuement, eL ufus 
devons méditer aussi, le mot profond de LeibnîK : « Donne^-moî 
l'éducation, et je changerai la face de l'Europe avant un siècle. > 

Gustave Le Bon. 



LA 

"PHILOSOPHIE DE LA GRACE 



DEUXIÈME PARTIE 
La liberté et la gra.ce. 



StHiMAini; : I. Bapporls vn\n- • SiirnalureL - cL - Original •. — 11. La sAinlclé. 
— Ul. Lcà orit;incs de la Grckd. >- JV. Coiitlil d'iniliulivi: enlre la tirkce. «l la 
4bcn£. 



I^ question de la « grâce w ne doit pas même être poséet si Ton 

b*e>ti pas tuen assuré qu'il y a dans l'iioiiime des lails de liberté; 

mais, d'un autre îîijtê, tant qu'on ne se sera pas débiirrassé fi-anche- 

[inenUu miracle; de la liberté, on devra accorder quelque attention 

aBiuffûrls de l'homme pùuf s'élever i une vie it surniilurelle ». La 

Cûnscieiice d'avûir une fois rompu la conLinuilt* entre nous et les 

causes secondes renl'erme trop d'audace pour que l'iiomme puisse 

tftrner ensuite ses aspirations à la vie présente ; le sentiment d'au- 

lûiiomie conduit i celui d' t immorialiié a. 

Û«i est assez d'accorJ aujourd hui que, si le dèdntéfessemertt 

[*>fatl la valeur d'un t'ait positil, on n'aurait plus besoin de prouver la 

plberMi; mais on ne s'avise pas de chercher le dêsiniéres:sement à 

'ptai riiiiinieiilaire et ii cet endroit de la conscience oïi il se déclare 

pour la première fois. La Ibrme élémentaire du désintéressement, 

^'e«t l'attention. On peut bien donner ce nom d' i attention », 

comme a tait Condillac, aux réactions qui suivent immédiatement 

le» impressions des sens ; mais si l'attention est rendue ainsi coex- 

lemvti h toute la conscience, il faudra clioisir un autre nom pour 

'■\nrimer l'acte par lequel un sujet dêtacbe ses impressions de leur 

.: ^y- organique et cesse de les subh', pour prendre devant elles 

i. Voir le numiro d'uoAi 1&4L 



302 



HEVUlf rHItUSÙPHIQtlE 



l'attitude théorique. En vain a-t-on prétendu que les faits regard ^ 
comme du n désintéressement p ne se montrent que tort lard et 
sont qu'une extrême complication des besoins élémentaires i 
désintéressement se déclare dans l'iiomme avant même qu'il sac^ 
parler. Il y a assurément des formes pius élevées du désintér 
ment que celle de suspendre tout â coup son appâtU devant 
poignée de cerises pour se dire à soi-même riu'il y en a « trot. 
ou qu'elles s«nl « rondes »; mais c'est pourtant à ce point de dép» 
et dans le pouvoir que nous avous déposer entre les choses 
rapports qui ne regardent plus la sensibilité qu'éotalent h la foi 
rétlexîiin t-l la liberlê, La pensée est avant tout un détachement tfi 
sens; mais par Ik même c'est une délivrance et une égression h 
de tout le reste de la nature. 

Le ML'canisme a beau représenter la force comme universelle 
homogène, celle ci nous apparaît au moins b deux reprises avec des 
caractères vraiment nouveaux. Une première fois, dans les rétlexes, 
au lieu de In continuité que Ton remarque entre des mouvements 
qui ne font que changer de direction, il se produit des « interrup- 
tions » de ntouvemeal. aussi courtes que l'en voudra, mais m ti 
force déji se subjective et d'où elle repart en courants cenIrifugM, 
imprégnée de conscience et de volonté. Ensuite, dans les actes qui 
impliquent n'flrxion il y a beaucoup plus que cette initiative titiscare 
de l'être qui. sans se dégager encore des excitations d'origine péri- 
phérique, a Cependant le pouvoir d'y répondre par des mouvefiients 
appropriés. S'il est vrai que rien ne nous invite à titre de besoin et 
pour notre conservation» à considérer dans le soleil qu'il est rcKwi» 
dans une pierre qu'elle provient de telle couche de terrain, elc* 
c'est que notre esprit passe â l'état spéculatiT de son propre raituvc- 
menl et tout autrement que l'animal se décide à l'appétilion; c'«s*' 
qu'il montre, par exception à tout ici-bas^ une inquiétude t lib^ 
raie », laquelle ne ressemble pas plus à l'inquiétude d'un chien q^' 
cherche de quoi manger que celle-ci ne ressemble à l'inquiétiufs 
d'une balance qui a perdu son équilibre. Lorsque nous arrive pouf 
la première fois, :i travers l'obsession animale des besoins du pre-* 
niier Age. inrvle rfe ftensêr^ OU, si l'on veut^ de nommer tes objets', 
et que nous réussissons h objectiver nos im:]ge3 mieux que !«& 
bêles ne peuvent le faire dans leur vision des choses étroitement 
utilitaire, c'est un éclair d'idéal qui s'ouvre la voie en nous. li y a 
'no première poussée de Ve^prit qui aspire à « savoir » les choses 
on ù en vivre seulement. Né à la liberté par ce détachement dd 
ilr vivre, l'homme ne sera libre dans la suite de ses détermi- 
iis qu'à proportion que s'y retrouvera cette initiative dèsinté- 



R±CÊJAC- — LA PaiLOSOWllE DK LA CilACK 363 

isée ou cette appétition intellectuelle, Or, la voie ainsi frayée, par 
genre de spoQtîinéilé que nous n'hésitons pus à regarder comme 
la seule intervention fcrtaine de l'Absolu en ce monde, ne se fer- 
mera plus; et notre ime où l'idée a pu se faire jour et briller un 
seul ÎDslant restera ou verte à toutes les possibilités du progi-ès, de 
la I grâce ». disent les mystiques. Mais avant d'aspirer à sauter 
brusquement hors de soi-même, dans une région appelée a surna- 
irelle u. il laudrait savoir jusqu'où l'bomiue peut aller seul, rien 
a'aiec les ressources dû sa liberté. 

La science, qui est le ptus solide résultat de la réflexion^ nous fait 
jiénélrer dans les œuvres vives de la nature; et nous y gagnons r-es 
ieux grandes choses : 1" de découvrir et d'applii^uer aux besoins de 
la civilisation les lois naturelles; '2" de nous émanciper progressive- 
metitde la superstition qui opprime les consciences où la causalité 
choses n'a pas achevé de s'expliquer. Cependant est-il bien sûr 
lue la civilisation partout ditVuse et la conscience scientifique de 
lunivers nu laisserait point encore peser sur nous des liens de 
ïj'linté et la désir d' « autre chose n'ï Nous savons combien en 
élaphvriique il l'aut se méfier des indications du désir; mais nous 
sltrons sur le terrain des faits on disant qu'il y a dans Sa conscience 
DOdcfne une tendance intellecluelJe au positivisme et une tendance 
orale .'i la liberté qui ne s'accordent pas, H faudra que l'une des 
EUS cède k l'autre; soit que l'on ne parle plus de liberté avec ce 
inatistiie ou, si l'on veut, avec cet accent religieux qui montre plus 
^lialLichement à certains biens qu''à la vie même; soit que 1 on ren- 
Ke aux savants leur positivisme h, titre de simple méthode et que 
pa continue de croire malgré la science à ces a vjvendi rausas » 
iJii Jio trouvent de place que dans la pénombre qui fait suite en 
UÉQUX concepts bien définis. 

On ï nié l'originalité des idées et en particulier des idées morales 

les ramenant à des associations aussi variées mais aussi fatales 

^e les éfforls d'adaptation par lesquels se maintient la vie. Sans 

'attacher ici ù cette discussion usée, on nous permettra de nous 

payer sur une distinction très instructive que saint Paul a expri- 

' entre l;i loi et la ijrâcc : nous ne connaissons rien qui montre 

lieuK l'initiative du sujet dans la création des idées morales. La 

[loi I [jour saint Paul ne représente que renonciation banale des 

ixitnes qui resteraient extérieures, lettre morte, bonnes enfin 

qu'il nous faire pécher, si l'on s'en tenait à cette expression 

rialo qui ne vient pas de plus loin que la bouche des parenlâ, du 

Stre, du magistrat- Mais à cette « loi u qui lui paraît justement 

rueuse, en tant qu'elle voudrait porter au fond de l'Orne des 



SG4 



HEVtiK PHILOSOPHIQUE 



jogempnis incompris el tes y faire régner au même Ulre que les 
pures atlirniations de notre sincérité, il oppose sous le Doixi die 
u grlce » d'autres déclarations qui ne parlent que de notre iniliaiivo 
intellecLuelte; et ces! h ces intimations directes de l'esprii (saml 
Paul dit a l'Esprit-Saint <) qu'il réserve le droit de régner, nçu 
qu'en vertu de leur libre origine, sur noire BensiUlilé, sur nos 
désira et sur notre vie (out entière '. Va-t-il y avoir ainsi op[jiJsilJuii 
entt'e la loi et h grâce, comme l'ont cru certains nnysliques <3pris 
d'individualisme jusqu'à prêcher l'anarchie? Noa : la grâci?, c'cslla 
loi même, maïs c'est la loi qui arrive dans une conscience avef la 
cEarli: que ne sauraient lui donner les prescriptions littérales; tiiule 
faite d'amour, parce que chacun l'approuve en la créant, et de 
libf^rlé» parce que dons ce qu'elle conmiande fa raison se reconnaît 
elle-mêtne. — On ne s'attache pas assez, croyons-nous, â ce pan- 
voir d'inJtialive morale qui ae Lruuvo trop souvent relégué, danslefi 
études psychologique.s, au-dessous des autres facLeurs de la mon- 
lilé, hérédité, inllueiiees du milieu^ etc. : mais il y a des liornjrits 
[les magistrats et les conlèsseurs, par exemple) qui pourraient nms 
dire lI quelles intuitions on peut s'attendre de la part d'une oun- 
sdence qui consent h rentrer en soi-même, à ce foyer d'aulonûmie 
dont parle suiul Paul et d'où nous expulse l'insincérité habrluellu 
des conventions et des pussions. Sans nous attarder sur ce sujet, 
recueillons avec soin cette vérité qu'il y a des invilattons monles 
qui prtM-édenl dans l'homme tous les effets de l'éducation; qnùna 
pu les considérer, à cause même de leur originalité et de leur 
manque de liaïâOii avec le reste de notre Listuire intime, mmlX 
des laits n surnaturels >; qu'enliu elles sont le plus solide \i^i' 
gnage de notre spoNtauéité intelleclueile el la source de aolre 
liberté, qui ne se saisit bien elle-même que dans les oppositionsile 
la âens.ibilité et du devoir'. 

i. 'lH»v 7»? !>"^ ^ pr, *il»0* ïï»»T» ^Mt ri ^«î *«)tW niCI. «VTM MJK'W 

Ijt^irtt launtc <in ^iiv tAvin., II. II;. — Nb^a; Ef Kxp^o*,!^*, r*3 ntt'r'i^, * 
C*9«cïM)iS. {Ihid., V, ^), — *Alu ri;* i^sfr^v «Ci fyvtr). tî p*, {is «Qjitv ^>' 

l|L«^R«wxfi.if^'rf.> Vil,', 8', — 'A^Ti ri OfCttx n)i9Jtf tv^ v«> K>cv)iitiTjw*K' 

««tift Tto« Hjv:. 4J*w.. Viii. i«y. 

nwcww ke cAv^ltn nlêceriqae 4es dernin ii on clei Ciiinoriui'te-. c'ell l^r 
•on M«n<4«e «l>*lie«c« qae U lai moms lunlirait 4tti»r. . Ce a'cât pa.t où\P 
KJmmcv. mait bîM |d«IM ttfttn îfnMnBcc d« loat cp i|ni esl rafliè dva iio* 
dc'toir» H $o«ii — U o4« p«r f«x,4ai Ie4 û*csUt de U fiMvw nir.-ni.' ,!■■>- mm 
Umt «IttibuMu. • H. 4e Ri^wctT qvi rMP»^ «rite «ipfBkm <1^ l, du 

Mil W >lie* t pÊÊ IMT COOMUSMOt «XBCi*, te SAMCliM l|ai s'ttltxrbr i M 



RÊCÉJAC: — U PUCLOSOPHIE LE U GRACE 



56S 



lorsque Kant a déniii la liberté o une causalité intellectuelle » que 
pensait-il autre chose? C'est principalement en sentant que je dois 
(^ue]e m'aperçois moi-même comme une cause distincle de toutes 
les autres, comme un 4 esprit & : cette spontanéité spéciale qu'on 
ijoranie l'i-sprit ne se déclara nulle part aussi vivement que dans les 
feits d'obligation et de moralité. Ici en effet l'idée sort de son rôle 
irement représentatif el prend un rùle actif dans la vie, semblable 
, celui qu'ont les causes réelles dans le monde. Le mot «t évidence ». 
suffit plus désormais à exprimer les elFets de l'idée; caf elle fait 
'êlTorlpour sortir de la conscience et se montrer dans la conduite, 
lout coinnie la force invisible apparaît dans les phénomènes bien 
^lés. ta liberté, c'est la fmalité s'ap paraissant à elle-même; c'est 
nue idée qui s'extériorise au cours d'actions diverses, mais unifiées 
aoraleraent. comme la Vie s'affirme dans les éléments qu'elle orga- 
liae? Telle est, croyons-nous» l'acception positive du terme kantien 
tdei causalité intellectuelle i>. 

Or nûus ne craindrions pas d'interpréter la « grSce » de saint Paul 
Nans ce sens naturaliste et kantien d' a autonomie spirituelle ». De 
|ilyus les caractères qui peuvent élever un genre de faits de conscience 
lu-dessus des autres, aucun n*eal plus considérable que celui d'inté- 
horitéou d'indépendance du dehors. Une fois que l'homme a saisi 
[fti lui-même quelques .signes de cette indépendance et de cette 
Iwiginaliié, il ne doit plus s'en dessaisir, même sous prétexte de se 
FîalLaclier à Dieu : ou plutôt il n'a de chances de se surnaturaliser 
Uu'en retrouvant, au deJa de tout ce qui lui est venu du dehors et 
|»6storganisé dans son cerveau» la naïveté de son moi et ses points 
N'attache avec l'Absolu- Quant aux conditions miraculeuses que l'on 
[•coutume de prêter à la grâce et par oti elle ferait esceplion aux 
*t de la pensée discursive, nous les écartons provisoirement; 
[lûats elles ne sauraient empocher ce que nous venoûs de dire» que 
JïîncoDtrer Dieu, c'est se retrouver soi-même par un triomphe de 
f "liberté sur tout le reste de noire individu. 

Nous voudrions surtout avoir établi que, si l'homme se laissait 
*SpLiver il quelque prestige que ce fill, capable de gêner sa sponta- 

Mviconcurnecerlaiacs catégories d'obli gai ions, elle verra sa rorc^e se décupler 
rafiporL h d'autres ■ i/Irr. fthil., ocl. inUD, p. 1140}. On se demande par que) 
|Jfiiilfge - certaines calégoneà d'ûblJguUons - garderont Utiile leur topce ow 
intmv m (irendront une piim grande dan? noire conscience, pendant <]iie li'a 
[■Hrvi ft'cvAnouironl h la clnrlé de la Scîi-nct;. Si c'est l'ignoruncc des Tondo'- 
ÏU du Devoir qui noiiâ It^ rend lacr^spnurrjuoi vouloir sortir de cet agnosli- 
qui fuit nolrt! sur,'Hriiét ou bien t»»r qncllt Corce, autr-i que la seierme, 
l'^bn In tril^clion tionl on nous parle i\e • r'crl&înes calcgurics ^c «levoira • 
iloivenl survivre nui aulres? — En tiiominp', cette ignorance de la suiirce iJi: 
«bli;iaCions, {)u'G3t^c<^ autre chose que rorit;inalité des idées inoraLesT 

10H1 Ul. — 1901. IS 



«&4 



hEVUE PHILOSOPUIQLIE 



jugements incompris et les y Caire rèf^ner au même titre que les 
pures atlirmations de notre sincérité, il dispose sous le nom de 
u grâce s d'autres déclarations qui ne partent cjue de Dotre inili&Livâ 
intellectuelle; et cest à ces intimatious directes <ie fespriL (sainl 
Paul dit « rEsprit-Saiiit ii) qu'il réserve le droit de régner, rien 
qu'en vertu de leur libre origine, sur notre sensibilUé, sur nos 
désirs et sur notre vie tout entière '. Va-t-il y avoir ainsi opposilidu 
enlise la ]oi et la grûce, comme l'ont cru cerluins ruysJiquts fjirii 
d'individualisme jusqu'à prêcher l'anarchie? Non : la grâce, c'eslla 
loi inème, mais c'est la loi qui arrive dans une conscience avecU 
clarté que ne sauraient lui donner les prescriptions litiérales; toute 
faite d'iiraour, parre que chacun l'approuve en la crèanl, et ds 
liberté, parce que dans ce qu'elle commande Ja raison se reconoaU 
elle-nième. — On ne s'attache pas assez, croyons-nous, à c« pou- 
voir d'iniliaiive morale qui se trouve trop souvent relégué, dansies 
d'tudeâ psyctiologiques, au-dessous des autres facteurs de la mora- 
lité, hérédité, influences du milieu, etc. : mais il y a des hûinaies 
[les magistrats et les confesseurs, par exemple) qui pourraient nous 
dire à quelles intuitions on peut s'attendre de la part d'une con- 
science qui consent à rentrer en soi-même, à ce foyer d'autonomie 
dont parle saint Paul et d'uij nous expulse l'insincêritc haliiluelie 
des conventions et des passions. Sans nous attarder sur ce sujpl, 
recueillons aveu soin cette vérité qu'il y a dûs invitations morales 
qui précèdent dans l'hoinme tous les effets de l'éducation; (ïtioiia 
pu les considérer, à cause même de leur originalité et de ïfur 
manque de liaison avec le reste de notre histoire intime, comme 
des faits u surnaturels b; qu'enfin elles sont le plus solide témoi- 
gnage de uott'e spontanéité intellectuelle et la source de nO'lre 
liberté, qui ue se saisit bien ellc-m<^me que dans les oppositions ilfl 
la sensibilité et du devoir". 

1, '<l-:aï f^p ïfi'iv, Ta (lïi, va[t6M ï-^ovr» çijffft ^i th'J vô^^Au ftovei, oÙtw -rfliiMp 
ïxoi'ti iattTOï; ili'i vijio; (H'jrn,, 11, i*). ^ f<{i|iQ; is nap:iiT|i"Jîï. iva itlitti«T^ ^ 
««pâîi'uifia. (Ibitl., V, iU). — 'Ai.iji -rnv â(i.^p:iav tiix tp'w». e! [tij iti "spûi V 

4u.aptiaviitpâ. (/ù/rt,. Vil, 1. 8;. — 'Auto tô Tcvï-J[i.3mji(txpT<jpcl tm ïtvpj(iàiii]]i»né^ 
iffjiEv t«v« t+Eoi. {Ibid.. VIII. ]«). 

a. L'tie cUrJËtiSe niilithéBP n In ll»frse pnuli.nîenni-, i^'esl celle qui conwsl*'* 
rumcner le ci eacli-ri: cnLi-Koriijui' «les devoirs u un i^fîel d'i^rnomnci;: cal l^u 
fion nuiiitgui? il'i-vliludc*: <jiiti la lui nous pjiFailraîL divirir. • Ce n'est pn> iioln 
BcjenrG, mais bivn !>l!iiliM notre itin^'irancc d« tout ii- ijui csL cacUé dans cot 
devoir» uL soi:$-ËnU'nJu |:^Jr ouy, i|tji tes inve&ltl de \:i force iiionile i|ii<- fl»": 
luur uKribiions. - M. de lloberly qui rapparLe ci-'Un- oiiiiilnn dt M. >iuinicl. da 
Berlin, njuiiCc : ■ l'ourHajl, cl n siippoticr ii|ui: nuire igiiorjini?); rlus faits hiitofujui 
«uil reuiplarcc pitr leur cunnAiâi>(iii«'e vxaclc. Kl saiiKliuii (|iii s'nll.tt'lir à ti 
dcvoifi Ëit s<^ry-l-oll<j unimindrie? je pefis^, pour ma f>arl, i^ae, si «Ile s*«(Tacc < 



RECEJAC. 



U PUILOi^Ut'HIE ME LA CHACE 



265 



Lorsque Kant a défini la liberté k une causalité intetlectuelle» que 
îïisail-il autre chose? C'est principalement en sentant que je dois 
oe je m'aperçois moi-même coiiime une cause dislincte de toutes 
;s autres, comine un « esprit b : celle spontanéilè spéciale qu'on 
lomme \''!:ipn( ne se déclare nulle part aussi vivement que daas les 
aiU d'obligation et de moralité. Ici eu efTet l'idée sort de sou rûle 
}urËfnent reprësenlalir et prend un rOle actif dans la vie, semblable 
icelui qu'ont les causes réelles dans le monde^ Le mot « évidence ». 
Qesuirit plus désormais à exprimer les effets de l'idée; car elle fait 
effûrl pour sorlir de la conscience et se monlrei* dans ta cônduile, 
(oui comme ta force invisible apparaît dans les phénomènes bien 
réglés. La liberté, c'est la finalité a'apparalssanl à elle-même; c'est 
une idée qui s'extériorise au cours d'actions diverses, mats unifiées 
OloraiemeLitt comme la Vie s'atlirme dans les élêmenls qu'elle orga- 
nise? Telle est, croyons-nous, l'acception positive du terme kantien 
de «causalité intellectuelle u. 

OviiQius ne craindrions pas d'interpréter la o:grJlce s de saint Paul 
Janscesens naturaliste et liantien d^ « autonomie spirituelle ». De 
tous les caractères qui peuvent élever un genre de faits de conscience 
lu-dessus des autres, aucun n'est plus considérable que celui d'inté- 
fioriléou d'indépendance du dehors. Une fois que l'homme a saisi 
50 lui-même quelques signes de cette indêpendatice et de celle 
Higinaiité, il ne doit plus s'en dessaisir, même sous prétexte de se 
attacher à Dieu : ou plutôt il n'a de chances de se surnaturaliser 
pi'eo retrouvant, au delà de tout ce qui lui est venu du dehors et 
''est organisé dans son cerveau, la naïvelé de son moi et ses points 
'«Uache avec l'Absolu. Quant aux conditions miraculeuses que l'on 
coutiune de prêter il la grâce et par oii elle ferait exception aux 
lis de la pensée discursive, nous les écartons provisoirement; 
tais elles ne sauraient empêcher ce que nous venons de dire, que 
Encontrer Dieu, c'est se retrouver soi-même par un triomphe de 
1 liberté sur tout le reste de notre individu. 

Nous voudrions surtout avoir établi que, si l'homme se laissait 
JpUver h quelque prestige que ce fût, capable de gêner sa sponta- 

1 qui conctfrne cerUitics calî'gOrtes O'obligalions, elle verra sa force se décupler 
ir n(>porl * d'aulres • (/ïet<. phil., oi:t. IftOO, p. ;)ii)). On 9e demaniie par qu^l 
'irflège • rerlaines cnlûgories J'obligaliniiB . garderont touLe leur force «m 
Snic en [irpntjrdnl une [»(iis cranili- ilnns nnlrc ton science, pendant c|uu N-s 
Im s'évADûuiroËil À la clarté de la Scioncc, Si c'est l'ignorance àm TrinU^ï- 
inlA du Devoir i^ui nous le-i rend rucr«t,[tùiij'qucit voutoirsortir de cet sgnoati- 
me qui rail noire: sécurili-^ ou bien par iiuelk Torce, antrt^ que In science, 
Tera Is séleution donl on ni>U9 |i<irle de • rerLaînes catégories de devoirs • 
doivent survivre aut aulreâ! — Iwi somme, cette ignorance de la source de 
Ifbligalîcns, qu'esi-c^ nuiLre chose que J'originaliLé des idées mumles; 

Tom Ml. — 1901. 18 




REVU£ PRILOSOPBIQUB 



néité mentale, il tournerait ainsi le dos au bien (ù Dteu) qui n'a â'il 
fiDÎtés qu'avec ce quîE y a en nous de vif esprit. Une fois que 
l'homrae a commencé par ratteotion, celte générosité élénaenl&ire 
qui rend possibles toutes les autres, à s'émanciper des besoins illi 
béraux, s'il allait ensuite lier ce pouvoir de « scruter l'inconng 
par la croyance à quelque Absolu purement lîmËtaiif de la raisoa 
s'il se soumettait à l'idée d'une volonlt^ divine dont le seul caractèp 
• évident serait d'enfermer la mître dans des défenses arliitraires, 
perdrait à la fois, dans ce Taux dieu, le principal de son esprii el 
meilleur de son cœur. — Au fond, est-ce autre chose que cell 
démission intellectuelle qui se trouve désignée dans rÉvangilesuu 
le nom de a péché contre l'esprit ï? Il n'es! pas possible, en effet 
d'entendre par Y i esprit » autre chose que celle plus pure initialiw 
qui nous distingue des bétes; el si (comme il semble) la personna- 
lité, au lieu de finir k nous, s'accroit indéliiiiment au-dââsus ili 
nous, comment s'abais serait-on U croire que la divinité n'a. pat à 
plus vif souci que de se dérober à nos recherches? Qt comment M 
pourrait-il que ce qui la rend « divine » fôl uniquement cet csdJ^ 
rittme dont parlent toutes les religions, c'est-à-dire ucie souverat* 
neté jalouse qui exclurait du fiel tout ce qui garde de roriginalilèe 
veut rester a en soi b? Assurément,, la bonne foi n'est pas nioins 
vie de notre esprit que la liberté; ou même la liberté ne se démiil 
elle pas au même instant que se mêle à notre conscience qnelqu 
envie de faire paraître ce qui n'est pas? Il est donc vrai (selon l'or 
dinaire interprétation de ce texte évangétique) que tout acte d'iosm 
cérité mérite, au raeins quand il est poussé à l'extrême, d'être qu" 
lifié de « péché contre l'esprit ». Mais l'oppression d'un al)soU 
extérieur â nous-méme et son antagonisme avec notre autonoiiiii 
intellectuelle ne serait pas un moindre mal que l'insincécilé : ell 
mérite au même titre d'être appelée k péché contre l'esprit ' >. QM 
la conscience indigente que nous sommes s'élance vers Dieu 
désir, la recherche généreuse, ou même !a libre prière : inaisqn* 
jamais pour y arriver plus vite elle ne songe â s'aliéner, ni neu "J* 
ce qu'il y a en nous de naturel, au profit d'un absolu qui ^^^^ 
moins que nous-méme esprit et liberté. Il n'était pas inutile d'^W- 
blir cet axiome avant de nous avancer plus loin dans nos rechen^lwa 
fiur la griice. 

1. Malh.. ?ill. 3i, 3;!. 



RECEJAC. — LV PHILOSOPHIE DE LA CRACK 



ÏÏ(i7 



H 

^'ant fait remarquer que « si l'oji considère la morale diréUenne 
pai" BoQ c^ié philosophique et qu'on la rapproctie des écoles grecques, 
"1 peut les caractériser en disant que les idiïes des cyniques, des 
ipicuriens, des stoïciens et îles chrétiens sont la simplicitili de la 
liJJ€,ra prudence, la sagesse et la sainUtà* ». Il nous faut relever 
Ile prétention du Christianisme à la sainteté, car l'idée de grôce 
n'a pu naître que d'une telle prétention. La conscience chrétienne 
apparaît, en effet, dans l'histoire comme une préoccupalion domi' 
nanie de s'immuniser, par un concours de grilce et de volonté, de 
cerLaines servitudes auxquelles les sloiciens eux-mêmes n'avaient 
pas soQgé à se soustraire ; et II faut voir en elle, au-dessus encore 
«te b charité, le souci de epirllualiser la vie au mépris même des 
loistio lu nature. Il s'agit donc de savoir si cette ambition qu'on a 
noaiinéû « la sainteté » n''est que le dernier mot de la moralité ou 
bi«n sil s'y cache autre chose. 

L'Idéul stoïcien, qui tendait à transporter dans la vie une perfec- 
tion nui est au fond de la nature et que notre réflexion y découvre de 
plus en plus, pouvait bien donner lieu h une ambition morale iodê- 
fifie. Notre capacité de bonté el de justice pourrait bien, dans cet 
oMrç d'idées, s'accroître comme notre connaissance; et pour une 
Iraetjui ne s'abandonne pas moralement à moitié chemin l'axiome : 
iTu dois, donc tu peux a, pourrait bien se renverser ainsi : o Tu 
P€w, donc tu dois s, c'est-à-dire, « tout le bien que la raison te 
iWcûuvre s'adresse par là même à ta volonté et le devoir se confond 
4'&c le progrcs b. Or ce n'est pas cet entraînement de la volonté 
P«rrintelligence qui est au iond de l'ambition chrétienne et qui a 
Wsciié ridée de grâce. La grflce chrétienne n'est pas une réserve 
^e bonté et de justice qui vient combler un déficit de notre volonté, 
* réparer les défauts de l'existence ; elle est un état d'union atîec- 
Itveavec Dieu qui détache l'homme de la vie et qut doit aboutir in 
"ne apothéose. On ne saurait trop remarquer que l'exquise moralité 
dei saints n'est pas une (in, niais rien que la condition d'un état 
plus d+îsirable encore et que, si Dieu pouvait s'unir d'amour à des 
ftjps d'une valeur moindre, c'est a ceu>:-ci et non aux saints qu'il 
ÛuJrait ijorter envie. Cette distinction, qui parait subtile, n'est pas 
du tout ti négliger; mais il s'agit une fois de plus de Vètection divine 
#t de ses consêqusDces morales. LVHat de grâce n'est un état de 



,CriL lUmon /n-»!., Lrad. Bariii, p. 33S, tiok-. 



â6â riEvus pniiQsopn]Qu& 

sâinlelé que parce que Dieu doit purifier lout ce qu'il veut louoi 
(ainsi l'exige la raison des païens eu:f -mêmes]; meis il veut av 
loul, d'une volonté qui refuse de se justilier, s'unir à des êtres q| 
a choisis avant de les créer et dans lesquels par conséquent îB 
trouvait alors rien de plus tuuchant ijue le xiéanl*. 

On ne saurait omettre cette dislinclion entre l'absolu moral 
l'absolu religieux : l'un est un libre vcku qui réussit el qui s'acci 
par l'évidence de ses succès; l'aulre n'a de chances de vivre (| 
l'état de mystère et de pur irrationnel. Les images subtUes sa 
lesquelles nuus apparaît loul progrès à réaliser ne montrent d alw 
qu'instabilité et semblent fuir devant nous; mais, cotatne les hyp 
thèses dans un esprit qui s'avance dana la science, elles se précm 
à mesure que nous osons y croire et produisent, dans Toixlreéfl 
nomique, moral, etc., des improvisations qui tiennent du niiracl 
Mais l'objet poursuivi sous le nom de grùce ne doit pas son impR 
cision aux mêmes causes : la gràcej loin que résotérisme s'y Iroui 
accidenlellemenl et comme un Tait regrettable, est tenue de i 
dérober complètement k la conscience sous peine de u'èlre plj 
rien. La gnice n'est ■ gratuite ■ (elle nest grûce) qu'autant q| 
l'électiOTi divine se refuse à toute prévisiûû, explication ou Juslî 
cation. — La nature n'a que des mystères relatifs où c'est notre i 
el notre honneur d'enfoncer de plus en plus par la volonté etj 
science; mais une fois que l'on a émis l'idêo du « surnaturel »i 
faut pour la soutenir qu'on aille franchement jusqu'à séparer, J 
Dieu, la pouvoir de la raison, la volonté de l'entendement. Ou bij 
il y aura toujours quelque moyen d'aller h Dieu sans sortir de nûfl 
même et rien qu'en nous fondant sur notre Identité d'esprit airi 
lui, ou bien roppositiou entre nature et surnature est la pb 
méchante idée qu'oa ait conçue (si niËme on peut la concevoir).] 
elïet, îl est permis de croire qu'au fond de nos divisions hurafiip 
les plus protondes il n'y a que de» malentendus qui tomberaia 
devant une plus grande évidence : mais la séparation que l'idée j 
surnaturel met entre Dieu et nous reste défmitive, infranchissatiH 
la puissance des idées. Si la sainteté est fondée sur l'élection, il t 
a plus â. espérer de nous concilier Dieu par les plus touchai 
mérites; mais si elle est fondée, comme la simple moralité, sur^ 
idées claires et de libres efforts, c'est [|u*il y a en nous de l'ai 
«*t nue la liberté peut aboutir à Dieu. 

li dire, comment la religion pourrait-elle vivre d'un 



ttâ cal ôâfËK cÎAir i Deiis iirivorUinavil se diituruoi alicui Graliot 
glorisra (S. lli.. 1% p- XXur, q. a. 5). 



RECEJAC. — LA F-II[L0S0I>II1E r»K UA CItACE SbB 

risme aussi rigoureux que celui de. réleclioQ gratuite? Mais juste- 
ment le mystère dans lequel s'enferme la grilce, n'étant qu'un doute 
absolu, permet à chacun de croire qu'elle lui sera dévolue et de 
vivre comine s'il en était ainsi. L'élan se trouve ainsi donné à la 
fois vers la sainteté de la vie thors de laquelle nul n'oserait penser 
_,que Dieu puisse aimer les :imes) et vers ce ciel qui se cache poéli- 
lement dans le mystère de la prédestination. — Le désir mystique, 
enefTêt. réunit TirTiprécision du senfiment poétique aux précisions 
delà foi morale. Le même caractère d'inachevable se retrouve dans 
l'idéal esthétique et dans )a perfection morale; mais avec cette pro- 
'foodedilTérence que la poésie se plaît essentiellement dans ce loin- 
ftaln oïl les choses gardent la permission d'être plus belles qu'en 
féalité, tandis que le bien se fait rechercher rien qu'avec sincérité 
el précision, lui-même et non ses images. La poésie a cela de 
[Commun avec la religion et de contraire à la science qu'elle s'atlache 
IMmconnn pour liii-mG-me et qu'il lui semble qu'en fuyant devant 
,>i0U3, il nous emporte dans Tinlini : ainsi il y a de la poésie dans 
iTétho des lieux vastes oîi l'on peut croire que la voix ne cesse pas 
'parce qu'on ne l'enlend plus, dans les lointains horizons qui font 
, Mitre en nous l'illusion d'un Jour étemel el jusque dans certaines 
[ituges de la mort qui nous permettent d'idéaliser celte horrible 
cliQge et de penser que la conscience, comme lu lumîilTe, ne tait 
lueciianger de place. La foi morale au contraire se rapprorhè de 
,1a science par son ëloignement du jnystère, par la luUe incessante 
jcûnîre les causes qui nous dérobent l'idéal de liberté et de paix, et 
[li nous osons nous obstiner à cet idéal inachevable, c'est en nous 
'ondanl bien plutût sur nos minces mais sûres conquêtes de chaque 
[jour que sur Tinconscjence el l'inconnu des choses. — Or il y a à la 
idans la conscience religieuse le besoin des illusions poétiques 
I et IV'nergie de la foi morale : d'un côté elle s'entraîne ("i la poursuite 
lùiens célestes qui n'ont jamais été vécus par personne mais qui 
|llredl de là tout leur charme; et, d'un autre cùlé, elle se soutient 
par le sentiment des actions généreuses. Il n'est pas toujours facile, 
iUsivrai, de distinguer laquelle de ces deux influences l'emporte 
CI de savoir si l'idée de « grâce « s'accompagne dans chaque con- 
lacience de plus de dèsinicressement ou de plus d'égolsme; mais ce 
1^1 oocis occupe ici, ce sont les théories, non les aberrations person- 
lielles du sentiment, et nous voudrions savoir st la scolnstiquo, dans 
înition du surnalurej, n'a fait céder la nécessité des lois natu- 
qu'à la primauté de l'idée morale, au sentiment du bien. 
L'idée de sainteté, il faut l'avouer, renferme moins une préoccu- 
pation de moralité transcendante que celle de privilège religieux ou 



270 



BEVUE PHllOSOPmOUE 



de jniracfe psychoh'jique . La moralité i surnaturelle k se croît plus 
ultérieure encore que les iruvres vives de notre voloQlé et prèleDil 
résider dans une région de ï'àvne oii ne saurait arriver aucune Uilil- 
tratiùn des mèritei» personnels. La sainteté, c*est la grUce qui ^leol, 
non pas s'ajouter, mais se svbstil\ier à la liberté. Qu'on en juge pur 
ce texte : « It doit y avoir proportion entre les effets et les causes. 
Or, la moralité humaine procède d'énergies naturelles auxuuellea 
Dieu suhstitue, chez ses élus, les (énergies surnaturelles de la grâce. 
lE faut donc qu'ià ces énergies surnatureiles réponde une moralité 
divine; et ainsi les vertus morales viennent» chez les saints, non df 
la nature, mais de la grâce'. » Nous sommes donc avertis que les 
actes du plus pur désmtéresseraeat ne font pas faire à Thomme un 
pas vers Dieu et que la valeur morale (issue de nous-ménie) est tel- 
lement liéti^rogène à la sainteté ;iâàue de Dieui qu'aucun alliage n'eîl 
possible entre elles,— Ceux qui n'ont pas pratiqué la scolastiquc tic 
se doutent pas jusqu'oU va ce dualisme de la grAce et de la Jilierté, 
Dieu perdrait s\i divinité, en effet, s'il ouvrait son ciel ù des vertus 
qui ont étê^ ne fût-ce qu'un instant, les œuvres vives de nuire 
volonté, Dieu, ne pouvant couronnej- que sa grâce ni rien admettre 
dans son ciel qui lui soit étranger, a soin de nous reprendre i U 
base et de remplacer notre moralité la plus élémentaire par "les 
vertus infuses ^ Avant que le saint puisse naître en nous il faut qiw 
l'homme en soit sorti délinitivemeiit ; el pour bien assurer ce Irioraplie 
du surnaturel, la scolastique a porté le fer h cet endroit précis où 
noire nature puise ses énergies : elle a fait reposer la sainteté sur 11 
renonciation absolue à commencer par soi-même aucun acte utile 
pour le ciel. La seule initiative qu'on ail Kiissée à la libertô, c'ësI 
de se nier clle-raénie radicalement et sans aucuti espoir de jamais 
se reprendre. « Les semi-Pélagiens croyaient que par les Iwps 
désirs qui forment ta prière on mériterait la grâce des lionnes 
œu\Tes et ([ue Dieu l'accordail à ceux qui faisaient ainsi les pre- 
mières avances par les forces du libre arbitre... C'était la quintes- 
sence du pélagianif^me*. t 

Celte (i:-uvre que la grâce accomplit dans les âmes, que pouvons- 
nous donc espérer d'en savoir? Rien. L'état qu'on nomme « état^ 
gr.Vi> * ou it sainteté » n'a pas môme ces demi -transparences qui 
permettent de deviner un caractère sous les coniradîclions incta- 
sanlus du sentiment. On ne peut comparer l'ésotérisme de la saiu' 

1. s. Ui.. l* 2". q. LXUI. ». 3. 

3, • Itleu Ciniliaiit \ucAri vîCant n.-l(!rnam quîd his meriUs iMMlditur quie dnWi 
conlulît homitii * (S. Anç., thr cotreptiinu- et ijmcia. e. XIIÎ). 
i. t^strurl'ifn 4ur la Hràt:F. Avignon, IIU. Inlro*^. historique. 



RÉCÉJAC' — L,\ PHILO&OPniE HE LA RRACE 



mi 



celui de la divinité dana le Glirist (et nous verrons plus 
rien n'est plus indivulgablej : Dieu seul pourrait se recon- 
is ces états dont Tori^ine ne se trouve ni dans la Nature, 
.liberté. « Qui peut savoir ce qu'il y a dans un homme, à 
lire en lui par identité de conscience? de même il n'y a 
fit de Dieu i(ui connaisse ce qu'il y a en Dieu. Or l'esprit 
bvoDs, nous !e tenons de Dieu et non pas de ce monde a 
ir.,ll,10-lj). D'aillem-È» il n'y a qu'à examiner séparément 
psychologiques dont l'étal de grâce est censé composé et 
ÇU le nom de « vertus théologales d et do « vertus infuses n : 
loit bien vite qu'il n'y a pas même b. essayer de les définir, 
Dns, parmi les vertus théologales, la « charité », qui est 
tment spécifique de la sainteté, celui auquel aboutit toute 
B surnaturelle de la grâce. Comment pourrait-on définir 
îrence spéciale de l'àme h Dieu, puisque les modes sous 
la divinité se présente h l'inteltigencet pour, de là, 
f à la volonté, ne rentrent dans aucun genre connu de 
liions, ni parmi les faits de u perception », ni parmi ceux 
option». L'élude des exhibitions mystiques qui fournissent 
ît B à la « foi » devra nous occuper quand il s'agira des 
àe la grâce avec l'intelligence : la seule remarque qui 
place ici, pour préciser les rapports de la Grûce et de la 
*est que l'ésotérisme de la charité n'est pas seulement un 
iccompagne accidentellement, mais un élément qjii iafait 
Bêntinient de réleclion divine, on l'a vu, se fonde sur le 
ï)solu et ne se contente pas même des voiles épais qui 
i moralité indiscernable à nos faibles yeux. Or c'est bien 
Inétrabilité de l'étal de grûce qui constitue aux yeux de 
feu croient favorisés le caractère de privauté que désigne 
iharité d. Saint Paul dit hardiment que le sens divin des 
a le terme auqueF est suspendue la finalité universelle, 
toule versement cosmoSogique qui doit substituer tout à 
clarté du jour celle de la réeélalion des amis de Dieu '. 
(pinion que l'on ait sur Ja valeur d'un le! état d'esprit» il 
(r que. celui qui a pu s'y mettre el qui est persuadé, non 
H conjecture mais de foi, d'entretenir des relations de pri- 

1. 

Ri ffuvMÎ.'iysi 5/Bt T5"j vuv. Où jioviv Ss. ày)i x*i aÙTtit Tr,v ctnap;(lav 
»; t/ùïti;, ï-ii T,|j.tîî «-jTol (« iaw-ûi; TTsv;i''»u.Ev, vTcbdl^iav ànfrÈt^i* 



272 



REVUE PHILOSOPUIQUE 



vauté avec un Dieu vivant en qui se cachent les secrets de la ïinalité 
du monde, est entré ainsi dans une mentalité exceplionnelle : il se 
produit dans cet hoinine une suractivité d'imagiiialiun et de senli- 
menl qui nous r<.*serve de grandes surprises. 

IL Maia après avoir renoncé à connaître les rapports de « cli»-' 
rite ï que la grAce noue entre l'âme et Dieu, on se demande »»> 
moins par quels signes d'exquise moralité celle présence divjrm « 
s'exprime dans la vie des saints; car il faul bien enfin que la sain»* 
lelé, aussi surnaturelle qu'on la suppose, soit vécue et qa'el*. ^ 
prenne réellement cimtact avec nos mwurs, avec notre voloot^^O 
Quel raoyen avons-nous donc de discerner la sainteté de la moraliC— -I 
naturelle? Celte différence esl-elle qualitative ou quantitative? Noi^*-^ 
savons déjà, il est vrai, que les vertus morales n'ont pas la mén*^ '^ 
origine chez les saints que chez les autres hommes; que le coi^^" 
rage, ta tempérance, etc., sont chez les uns des vertus infmes ^^ 
chez les autres des vertus acquises; mais c'est cela nit>me qui noi^ s 
préoccupe et nous avons recherche; dans les textes quelle dilTérenC" -^ 
sépare exactement le courage infus du courage acquis, la temp^^* 
rance infuse de la tempérance acquise, etc. • Les vertus acquise- -a 
sont-elles de même espèce que les vertus infuses? Là-dessus il fao» l' 
remarquer qu'il y a deux manières de distinguer les vertus spécifï- 
quement : la première, c'est de s'attacher proprement à leur sign ï- 
(Ication morale ou à la difTérence de leurs objets (secundum for- 
mées ratioues ohjectorumi; (a deuxième, c'est de regarder la iln â 
laquelle elles tendent. Or, quant à la première distinctiun, si nous 
regardons, par exemple, la signiQcation morale de la tempérance- 
nous trouvons que c'est de modérer nos appétits; et il est évident 
que celle modération n'est plus la même lorsqu'elle n'est dictée que 
par la raison que lorsqu'elle est inspirée par la sagesse divine 
(secundum regulam legis divinn?). Quant à la deuxième différence - 
on dira, par exemple, que la santé, quoique restant toujours en se?* 
le mâme bien, n'est plus de même espèce quand elle tend à con 
server une nature d'homme que lorsqu'elle tend h conserver un 
nature de cheval : ainsi, quLiiid il s'agit de vertus, il faul din7 
qu'elles ue sont plus de même espèce, selon qH'ellen résident dans fl 
des citoyens ifiti reikvent de soriél^s diffêri-nfes [dîversif? sunl VÎT- " 
tûtes civium secundum quod bene se habent ad diversas politias). 
Donc les vertus morales qui se trouvent « infuses o dans un homme 
en vue d'en faire un citoyen du ciel, ne sont plus de même espèce 
que les vertus *. acquises v^^ par lesquelles un homme estreadu apte 
au bon accomplissement des fonctions sociales. » (S. th., i>» 3**, 
q. LXIll, a, 4}. 



RÈCÈJAC' — W PniLflSOPHlE DE U CHACB 

'On est quelque peu élourili par celle comparaison de la moralité 
ïvecla santé, qui conduit à rejeter les vertus libres aussi loin des 
r'erlus B infuses » que la vie d'un cheval est au-dœsous de la vie 
t'uij homme. Sans nous arrêter h cette conséquence, examinons sur 
<txc[ fondement on nous propose de distinguer la saïutelé de la 
loralité naturelle, h savoir a que les vertus infuses s'orientent vers 
es fins spéciales b. Cette orientation ne saurait atteindre, évidem- 
i^nt, l'objet même des vertus et Tentité morale qui distingue la 
srnpéranqe du courage, le courage de la justice, reste toujours la 
kême : mais l'on se demande alors anxieusement ce qu'il faut 
mËndre par ces mois ■n que les saints tendent par leurs vertus à 
evenir citoyens du ciel, tandis que les hommes se contentent des 
fTela naturels et sociaux de leurs efforts ». Voudrait-on dire que la 
aïnlelé l'emporte sur la simple moralité^ en tant qu'elle ferme les 
■eux sur les effets d'ordre social qui résultent de la justice, par 
ïxempEe; et qu'elle renonce i la bonté pour etle-raL^me, c'eat-à-dire 
^urses eîTela de bonheur humain (in ordine ad res humanas; th.), 
ae voulant sincèrement (ju'une chose, l'union céleste a\'ec Dieu? 
^uod sint cives sanclorum et domestici Del; ib,) Qui ne craindrait 
Bors qu'après s'être détournée des fins précises qui donnent leur 
^ns eC leur prix aux idées de justice, de courag-e, etc., l'ambition 
tSe la sainteté ne vienne Ji faire descendre les cci'urs au-dessous 
ii^me de la simple moralité, à moins que l'excellence de cette 
'(«T-p tant condamnée ne prenne heureusement le dessus? Sî le 
eniiiiient de la grâce doit avoir pour résultat de nous faire perdre 
IcoQtact avec la vie ou même de rendre ce coniacl moins immédiat, 
[il laut s'en méfier : notre continuité avec Dieu ou, si l'on veut, 
olre passage de l'esprit au sur-esprit a pour condition première 
piupwous allions jusqu'au bout de nos libres ressources et que nous 
«Jons rendre à la vie tout ce qu'elle peut donner â nous-méme 
[il'fiijrineur et de bonheur à autrui. 

^i.iiu lieu de celte distinclion obscure que nous venons de relever 
Entre les vertus naturelles et les vertus infuses» on voulait s'attacher 
''"Vremière distinclion, qui est exprimée dans la Somme en ces 
lBriije.s, u la raison ne nous conduit par- la tempérance qu'à la santé 
aii corps et de l'esprit [ut non noceat valetudini corjjoria nec impe- 
«'iat rationis actum), tandis que la sagesse divine tend à opprimer le 
coTp% et à enchaîner ses appétits (quod homo casliget corpus suum 
et ÏQ serviiiitein redigal ; i>i.) », nous nous trouverions ainsi amenés 
la discussion morale de l'ascétisme. Or ce qui nous intéresse pré- 
ïlement, ce n'est pas de discuter la valeur morale de rascétismet 
de comparer moralement ses difVérenies l'urmes, cynique, sloï- 



^74 nevuE pbilosopkiqlg 

cienne du chrétienQg; maïs de savoir s'il y a dans l'ascétisnie cbré- 
tien des signes probables du surnaturel intérieur ou du miracle de 
la ^Tflee. 

Dans la vie des saints peut-on espérer de rencontrer de$ l'ait* ijiii 
aient vraiment le caraclère de miracles psychologiques, des actes 
qui surpassent la liberté aussi clairement que celle-ci surpasse Ii 
spootanéiLé des instincts? Telle est exaclenient la recherclie (jue 
nous voudrions l'aire. L'ascétisme chrétien s'est déGni uetLomeot 
sous ces trois formes : pauvreté, obéissance, chasteté. D n'y a pis 
ici à preiulre parti entre l'esprit chrétien, qui est une démissitm 
complèle de la liberté entre les mains de Dieu, et la conscience 
moderne, qui aspire à s'introduire dans TÂbsolu par la llbetté 
m^ine ; nous ne cherchons que des faits, dans l'histoire des iuaes 
vouées à l'ascétisme chrétien, du genre de ceux que Bacon appelsit 
s cruciaux ï^ pour savoir où Unit la liberté et oCi commenw ii 
grâce. Or on chercherait vainement dans le vœu d'obéissance ou 
dana celui de pauvreté des signes d'activité spirituelle qui aunouf»- 
raient une intervention du sur-csprtt : la volonté de l'homme s'étwil 
dessaisie, d'un cùté, de loute parlicipalion à la richesse et, d* 
Tautre, de toute appétitiûu intellectuelle, on ne voit plus à quoi lo 
énergies de la grâce pourraient encore s'appliquer. A part t'uoion 
mystique de la charité qui reste encore k définir, ce désistemenl 
des fins extérieures qu'on résume dans le raot t richesse *, «t "l^s 
fins intérieures, qu'on résume dans le mot « liberté m, ne laisse plus 
subsister dans ï'Ame des sainia aucune raîsoci dagir. L'état de pas- 
sivité auquel ainsi on est conduit na rien de commun avec le con- 
cept de 4 vtïrtu 0, qui est avant tout un effort libéral, une conqurtfc 
de laréllexion sur l'inconscience. 

Les écrivains religieux s'attachent de préférence à la cliastel* 
quand ils veulent célébrer le triomphe de la grâce sur la nature -i' 
n'y a pas à leurs yeux de signe plus positif de la présence de Difti 
dans ses saints. La volonté, dit saint Paul, n'a pas le pouvoir d« 
résistera ces vœux de la chuir qui sont aussi impérieux qufiCfiOt 
du devoir et si la force de l'esprit arrive à. s'aifirmer jusque-1& ilaM 
une vie humaine, ce n'est qu'à une intervention surnaturelle qu'il 
faut l'attribuer', i Puisque j'ai à parler de la grlce de Dieu, ilit 
son tour saint Augustin dans son livre â Valentin et à ses raoïûes 
c'est à votre profession que j'emprunterai mon preuaier argument 
car vous ne seriez pas réiniis dans cette vie de continence, si vou 
n'aviez dédaigné la volupté.,, ce que nul ne peut faire humainemen 

I. t>. nom,, vil, 14-28. 



RECEJAC. 



U DIlLOSnPIItE DE LA GRACE 



278 



uja ceux-là seuls qui ont reçu la grâce V » Or oa ne peut se dis- 
riser, pour l'étude du miracle inlêrieur dont il s'ogit ici, de dis- 
guer soigneusement les effets de coiitinencte qui peuvent résulter 
iTorts méthodiques et une autre imEnunité qui surpasserait toute 
idence humaine, mais pour laquelle ce mot de a continenre » ne 
•ait plus assez précis. L'occupation intellectuelle, le régime, la 
ection constante des images, etc., doivent araeaer un état d'ame 
eu près impénétrable aux désirs sexuels : c'est la part gu'il faut 
"«à la méthode dans la chasteté. Mais l'ambitioD mystique vise 
is haut et il s'agit pour elle d'une vLr^îiijité de « grAce », plus 
érieure que celle qui ne défend et qui ne vil après tout que d'art ot 
ruses. Il faut donc savoir si l'esprit, placé avec les sens dans la 
«imité que nous connaissons, peul espérer, par la grùce. non 
ilameuC de vaincre leurs sollicitations, mais même de les ignorer : 
st dans une immunité de ce genre que le surnaturel éclaterait^ 
lisque, de quelques prodiges que soit capable la liberté, elle ne 
ïut aller sans doute ^jusqu'à extirper défiiiilivemeut ce dualisme de 
faison et des sens, où elle prend elle-même sa raison d'être. Y 
•t-il donc des états oh l'esprit peut se répondre à lui-même que les 
ïcilaLions sexuelles préparées dans l'organisme pour monter au 
«rveau comme celles de la soif ou de la faim, ne le toucheront pas, 
ûîisqu'ellesserontrêtorquéesmiraculeusement avant d'avoir franchi 
iseuLl de la conscience'? Tel est au juste le problème à résoudre- 
Or Il n'y a qu'un cas où nous pourrions &ire éclairés sur cette 
inmunité miraculeuse, c'est quand, la réflexion venant à s'absenter, 
'4iiie des c sainis n se trouve, comme toute autre, entièrement 
ivrée il ta spontanéité de l'imagination : par exemple, pendant le 
""Dimeil. Les excitations que redoute l'élu de Dieu sauront-elles 
■'"ri, sous l'influence de la grice, discerner les vagues frontières 
*^ l'esprit et des sens et rebrousser diemin avant d'avoir jeté le 
■touille dans une conscience où ne doivent entrer que les éraoLions 
wlacharilé divine"? On avouera du moins qu'il ne saurait y avoir 
■plus belle occasion d'apprendre ce que Dieu entend faire pour 
BiBrl'iinc de ses élus tout à lui, sans qu'ils aient avec ce monde 
^pas&ions qn'un contact de pensée et d'ascétique mépris. Or, à ce 
'"j^l, Dùus nous contenterons de citer une page des Confessions de 
■io' Augustin où l'on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, de la 
^ttUité avec laquelle cette âme cherche en elle-même les traces de 
giéce, ou de la candeur avec laquelle elle finit par s'en remeiire 
mne foi, fondée après tout sur la liberté. « Vous voulez, Sei- 



«/«• Cratia el Uf>. arltilrio, cap. IV. 



276 



ItEVUE pHiLOSOPUIQUB 



gaeUT, quB je m'abstienne dô tout comnisrâe cbaraeK.. Mais dans 
ma mémoire vivent toujours les images de certaines cliosea ei ces 
images m'assiègent, fuihlement quand je suis éveillé, si vivfcmeDt 
pendant le sommeil qu'elles entraînent à leur suite la voluplèet 
même cette sorte d'actes auxquels j'ai renoncé. Telle eal leur puis- 
sance d'illusion sur mon Ame et sur mes. sens, que ces fantômes d'as 
choses qui ne réussissent pas à me séduire quand je suis éveillé, 
me st'dulsent pendant le sommeil. N'e suis-je donc plus moi, '^é- 
gneur. k ces moments?... On est alors ma raison qui sait résisler 
pendant la veille à ces séductions? se ferme-l-elle avec mes veut? 
D'oii vient ijue souvent nous résistons même à travers le sommeil 
et que, nous souvenant de nos chastes promesses^ ces faniùm'PS'flc: 
volupté ne peuvent nous arracher notre coiisenlemenl ! Résistance 
aussi fictive sans doute qu'est nul notre conBentemenl ; car, me 
fois éveillés, que nous aifons consenti ou non à ces chose», nous 
reprenons notre tranquillité de conscience et nous noua sentons 
irresponsables, non tnutetais sans gémir de pareils faits, quelle 
qu'en soit la cause. Votre main, Dieu tovl -puissant, nest-HU pi^l 
assez forte pour guérir ces maladies et ne poux-ez-roufi par un^^'j 
abondance de gmre élouffpr ces rêves lubriques qui agitent tDSrt t 
sommeil? Oui, vous augmenterez voire générosité pour que mot» 
Ôme ne s'insurge pas en songe contre les résolutions qu'elle mai^-j 
tient éveillée; pour que, non seulement ne se reproduisent plusces 
honteux phénomènes qui commencent par des représentations aûi- 
malee et s'achèvent par un écoulement charnel, mais que mon &m\ 
en repousse môme les premières suggestions'. » Si la logique pou- 
vait abandonner ses droits, on se bornerait à Tadmiralion devant 
cette conscience qui va se perdre si naïvement dans Tantinomle 
la gi'ilce et de la nature, ne voulant rien céder de son idéal m>t 
tique de chasteté, ni déguiser les faits ou il vient échouer. Il y 
dans ces mots: « Numquid lune ego non sum. Domine Deus meo&?.J 

Saepe etiam in somnis resislimus ; et tamen tantum jnleresl 

cum aliter accldit, evigilaufes ad conscienttis ri-ijaiem redeatuus, 
ipsaque distantia reperiamns nos non fecisse » [ib.) un retour 
offensif de la raison contre la prétention à des miracles de sainteté. ' 
C'est bien le libre arbitre qui reste au fond de cet aveu comme la 
seule entité qui puisse rendre la vie a bonne » ou n mauvaise t; 
quant h rintervention miraculeuse de la grftce, arrivée au mot 
ou elle devait s'affinner, elle se nie elle-même ingénument pai 
bouclie même de ses a saints i. 

I. Coiif., 1, y, c, 30. 




RECEJAC. — LA PBILOROI'IIIË DF- LA, CRACE 9|T 

Ainsi nous avons poursuivi le sumalurel jusqu'aux limlles oCi la 

conscience se perd, entraîné toujours plus loin par les promesses 
que renferme ce njot prestigieux de «. sainteté v, mais ne saisissant 
|ajïiais un Iamb>&au d'expérience oîi ëcrlale quelque autre inilîalive 
flueceJles de la vie et de la liberté. Il n'y a plus à douter que nous 
somines en présence d'un n mirage tnlellecLuei » et que sous le 
nom imposant de œ sainteté » la moralité humaine el naturelle ne 
fait que se déplacer dans la perspective des idées, encore plus 
ruyinleque celledesimages. ^Arrêtons-nous. Après tout, la notion 
scotastique de grâce n'est qu'un elTort particulier de la volonté 
bumaine pour se donner issue hors de l'expérience sensible. Quand 
cnéme cet effort aurait échoué, on n'en peut rien conclure sur l'ori- 
gine de la volonté elle-même; et si vraîineut elle nous lie plus pro- 
JonJénieut h l'Ctre que les phénomènes, qui ne sont qu'écoulement 
succession, il y a peut-être pour ta liberté d'autres recherches ii 
re pour savoir dans quel sens elle peut s'unir à. Dieu. Nous 
[imiDËs du moins clairement avertis qu'elle n*a pas à sortir d'elle- 
nétn^, et que rien ne lui a porté malheur comme ce surnaturel 
oral qui commence par séparer radicalement ce qu'il s'agirait de 
ippmcher. la liberté et l'absolu, 
ibonne volonté, sans quitter les fins précises de la vie, trouve- 
'peut-être l'apaisâment de cet excès du désir qui a tourné en 
1 jF&(e P, dans la conquête inlassable d'un bonheur a humain t>, il 
Ivrai, et qui se vit au jour le jour, mais qui dans Tenaernble n'est 
moins intini que le ciel. 11 n'y a peul-ëlre en nous d'inlini que 
1 bonté. 



m 

Nous sommes forcé par l'unité de la doctrine scolastique de la 

grâce de passer des idées aus laits et de nous attacher ù ce qu'on 

irrait appeler* l'aspect histodquo de la grâce ». Il y a en effet 

IBS la théorie de la grâce deux questions : l'union de la nature 

^■tine avec \à nature humaine dans la personne de Jésus, qui a 

ncu le nom d' « hypostatique »; et l'union mystique de Dieu avec 

Jè( autres hommes, Or^ on n'est pas libre de séparer ces deu.v ques- 

tùin», car elles ont été conçues expressément Tune pour l'autre, 

/.'rniâiiation de grûee qui a lieu dans la conscience ordinaite n'est 

inl. selon la théorie scolastique, un fait indépendant de cette 

lation hypostatique qui a eu lieu dans la cunscience de Jésus 

|ui a, poui- cette seuk fois, atteint l'élre humain tout entier jus- 

seà sources physiologiques. Dans k propagation de la grilce il 



Ï78 



BEVUE PHlLOSOPaïQUE 



y a comme une question d'essence et d'espèce : c'est-à-dire que te 
faits surnaturels qu'on désiigne ordinairecnent par le mot c ^ticei 
ne sauraient pas plus arriver dans une àme directement el sins 
paâser par l'ûme du supK^me a saDcUlié n que la vie ne saurait se 
montrer, dans la oaiore, eji abrupto el en dehors de la conlinuilé 
spécifique qui nous ratlacbe h nos parents. Jésus est l'Élu, iionseu- 
leraent au principal, mais au stngalier : Il a dû exister el èLr&aint 
pour lui-même dans la pensée divine, avant qu'aucune autre élec- 
tion ait été prononcée. Il n'y a rien dont nous soyons plus expressé- 
ment avertis que cet axiome, qui est :\ lui seul Icut lechristiaiiismB: 
I se perdre en Jésus pour se sauver en Uieu ». L'bomme doit se 
surnaturaliser, non par des actes de pergonnelle sagesse, mais ea 
B*agrégeaot simplement à, Jésus qui est la sagesse incréée, l'èl» 
remonté à ses sources pur des tares du devenir '. 

C'est le moment de remarquer que la conception chrétienne dd 
Monde tend h la Fois â produire en nous un grand sentiment d'unité 
et Ji étoulFer celui de liberté- On perd, pour être admis au consoc- 
tium divin, tout espoir d'acquérir aucun mérite par ^i bonne volonté ; 
et nous verrons bient()t combien Turent vdns les derniers etforisilft 
la scùlasttque pour sauver l'idée du libre arbitre du naufrage où la- 
doctrine de la grûce l'avait précipitée. Mais, d'un autre côté, si Ion 
a une fois admis cette doctrine, il n'y a rien peut-être qui puis» 
mieux remplacer l'intuition de llnalité où notre raison voudrait sus- 
pendre toutes les démarches de la nature. A Ténigma du monde li 
scolastique a répondu par l'idée d'élection ou de grâce. Daos k 
pensée dlviae, nous dit-on, les choses n'ont été conçues cofliilK 
possibles qu'A condition de garder, au sortir de Dieu, toute lasaiû- 
teté qu'elles y ont à l'état d'exemplaires éternels : Bieu, en d'autres 
termes, o'a pu créer le monde qu'en le voyant sanctifié £t Ir&vert 
son Verbe. Dieu donc a subordonné éternellement la matière à \t, 
conscience, non à celle qui nous est échue si faiblement k nous- 
fnâme^, mais ù la conscience érainenle du Christ qui a pu, seiiie, 
comprendre le monde comme Dieu même et rendre aux choses Id 
sens divin que notre raison cherche éperduraent. Le Christ, ainsi, 
est un lieu de conciliation universelle, oii Dieu peut descendre puis- 
qu'il y a fait arriver d'abord sa propre sainteté, où nous pourfon* 
le rencontrer rien qu'à ta condition de renoncer k notre insunîsauce 
persunnclle. 

Mjdlieureuseiiient cette dernière condition est plus difticile qQ4 
r c union hypostatique » et l'unité parfaite des choses que l'Oï 



I. I. K}<. Cor., I, Sl-ai; HJ, 11, il-Hx Col., I. 19-19. 



RECEJAC. 



LA PHlLOSOPillE DE LA GAACE 



279 



[avait trouvée s'écoule par là pitoyablement. C'est qu'en effet il y a 

de l'absolu dans la liberté; et comme nous en sommes bien mieux 

a&ïurés que du fait de l'élection divine, les meilleui's d'entre nous 

se die mande l'ont par quel autre moyen qu'un accord très franc de 

volontés il est [jcrniis à l'homme de se rencontrer avec Dieu. Voit- 

oabten, en effet, comment l'intenlion divine de ramener le monde 

isa Cause par !e Christ pourrait s^accomplir, si la grâce ne pouvait 

ffficuper dans le monde que la. place évacuée par ta libertfi'l Comme 

il ne peut y avoir qu'un seul Absolu, entre l'initiative de l'élection 

elcelle dit libre arbitre il faut que l'une ou l'autre remporte : or, si 

in'esl roriginaljlé de l'action humaine qui succombe sous le pouvoir 

ab^u^ ce pouvoir a beau porter le beau nom de < grûce ï, nous 

sentons bien que Dieu, loin de ramener à lui la matière par la con- 

6cienc'e,ne saisira plus dans ces êtres dépourvus d'initiative que de 

april éteint nu « des ciidavres d'dmes d. L'initiative qui lait de 

fls des s esprits s se réduit, nous l'avons vu, â bien peu de chose, 

»u lièlaehemetjl intellectuel suffisant pour compter ses dix doigts; 

mais c'est pourquoi précisément il suflit ik» la moindre abdication 

eliecluelle pour que nous perdions cette prérogative essentielle 

des «: esprits t. Si le faible poids d'idéal qui vient rompre 

liiîlïbre de nos délibérations provient d'une autre cause que 

^us-tnt-me (et la uotion de grice ne peut subsister que sur cette 

othâse), c'est toute la Liberté et notre esprit même qui s'écliap- 

ont par cette fente impereeptiblo. Nous ne voyons pas que cette 

luittalive, d oit dépend toute notre personnalité, puisse éire divisée i 

J'anùaliîe entre la grûce et la volonté; et nous aurons â examiner 

Wenlijt les thèses diverses de la scolastique à ce sujet. 

Xoiis devons poursuivre en ce moment la notion de n grâce origi- 
ne» dans le Christ. Si au premier moment du Christianisme l'idée 
^' f incarnation du Verbe » s'est trouvée à l'état de croyance spon- 
tanée que chacun devait se préciser X sa manière, cette idée a été 
•fëlinie jusqu'à TexciL's par quinze siècles do travail scolastique. Or, 
•li point de vue où nous sommes placés, il y a deux choses à distin- 
l8Uftr dans la doctiûne de l'incarnation : 1° l'union hypostaiique, 
l'I'iesliou de pure métaphysique qui pourrait bieu survivre dans la 
l^'>i des àraes éprises d'iuflni moral; 2" la conceptiou miraculeuse de 
M*8o». question scientifique où le déterminisme se trouve attaqué 
l'îe Uinl de c<Més & la fois qu'il n'y aurait pas une plus grande somme 
|*1« miracles dans toutes les rellRiuns ensemble que dans celui-là 
•ul, Attachons -nous distinctement à ces deux points. 
1. L'union bypôstatïque repose, d'un côté, sur une psychologie de 
it divin qui s'est exprimée dans le dogme de la Trinité; 



KRVUE PHH.OSOPniQUe 

el, de l'autre, sur une relation du créé el de Pincréé qui doit seal 
nous occuper ici, Le lien d' a hypostase » qui unit (la Scûlïisti«iue J 
qui consubstaniialise) l'hommu et Dieu daos le Ctirlst> c'est ploJ 
non seulement que l'unité nominale dont nous inveslissonâ l4 
choses que nous voulons penser ensemble, mais même que l'uni' 
réelle el physiologique qui ûuus constitue. La « Raison > est regaj 
dée comme le type et la source même de toute unité, en tant q^ 
c'est à eilê que nous devons de rassembler étroitement (de cou 
prendre] nos représentallons sensibles, tandis que chez l'aDÏni 
elles restent h Tétat de conscience diffuse, associées rien que poi 
les besoins du « vivre x, comme des sentiments et non comme d 
idées. Or on s'est efforcé d'aller encore plus loin que cette unité! 
l'intellect et l'on a prétendu que dans la pensée divine les choses, 
disliïiguenl à la fois plus vivement et â'îdeniiQenl plus strictems 
que dans notre conscience. On a donc appelé « hypostase » ce! 
Unité divine dont notre personnalité n'est qu'une feible imîtatiO! 
et la Scolastique l'a choisie pour délînir l'union du Verbe avec fin 
mantté. Le Christ* c'est l'homme qui se rattache htjpostatiquemt 
au A^vo; et qui se trouve ainsi doué de personnalité à un deg 
unique, surôminent h tout ce qui n'est pas Dieu. L'on comprend; 
sans peine que la Grlce ne puisse exister en qui que ce sort 3 
même titre que dans ce Christ et qu'en lui la Religion se ramaa 
tout entière comme dans sa source. 

Or il ne semble pas qu'on puisse élever contre l'union byposti 
tique aucune objection qui ne porte en même temps contre la pn 
sence de la Raison en nous-raème : il n'y a l.'i qu'une difTérenced 
degrés. Ainsi, à moins que l'on cesse d'entendre par a Raison > uû 
certaine initiative irréductible aux instincts, il faut bien en venir i 
quelque sorte de miracle qui, pour arriver aussi souvent qu'il yi 
des hommes en ce monde, n'en dépasse pas moins toutes les prévi- 
sions du Mécanisme. Aussi trouvons-nous fort juste que cerUio^ 
positivistes se servent ironiquement du mot < surnaturel t poul 
désigner toute théorie qui tend k maintenir ronginalité de l'espii 
parmi tous les faits d'ordre biologique; et il faudrait peut-être i"* 
prendre son parti, h condition simplement de ne pas se compra 
mettre avec des théories du surnaturel qui n'auraient pas lesuprèDl 
respect de la Raison et de la Liberté. 

Mais, d'un autre cùté, comment la déftrtition scolastique que no( 
venons de voir pourrait-elJe se soutenir et ne pas tomber au-dessai 
des plus vagues hypothèses, à moins que celte présence hyposi 
tique du Verbe dans le Christ ne vienne à s'e:tprimer par queltj 
«i^iwqui nous ferait entendre ce qu'il y a U^ de plus que la présen 



HÉCÉJAC- 



A PHILOSOPHIE bt LA CHACE 



281 



5 la Raison en nous-même?Sans cette fiif^Jii/rcation, difficile k iraa- 
iner, la présence du VerLe dans une autre conscience que nous- 
lèmene restera-t-elle pas aussi cachée que Test (jour un animal la 
réaence de la Raison dans l'homme? iians doute on serait ditïposé, 
ne fois ([ue l'on a reconnu qu'il y a de l'incoTiiniensurable entre la 
rison et les sens» à croire qu'au-dessus de nous l'esprit cesse de 
apercevoir sous des modes représentalits et que par des intuitions 
irectes il reti'ouve son en soi; mais^ du moins, comment ponrrons- 
Ous nous introduire dans celte conscience du Sur-Esprit? Puisqu'il 
4 actuellement: beaucoup d'hommes qui hésitent sur l'oxislence de 
'Or propre Raison, quel nuiyen aurions-nous de nous assurer ration- 
sUenientde cette présence plus directe de l'esprit en Jésus qu'en 
its^niéme? — Aussi» historiquement, nous trouvons que l'union 
fpûsta tique a pris les allures d'une affirmation mystique et d'un pur 
ttilimeat, avant même d'être une théorie. De la propre conscience 
Wésuâoùelleadù salfîrmer premièrement, cette croyance a lâché 
^'extérioriser par deux sortes de sifrnes. Tune sensible^ qui est le 
{racle, et l'autre intérieure, qui sultit, dit S. Augustin ',aiis fjnûstï- 
im et aux saints. Sans nous arrêter à l'imprudence psy-L-holog-ique 
lia permis de dire que Dieu attire d'abord l'attention de !a foule 
ir son œuvre par des coup^ d'ccUii et que la foi s'insinue à la suite 
ï l'élonnement, il faut remarquer que la révélation extérieure, ou 
> miracle, et l'intérieure, ou la Gnose, se rencontrent ù leur terme, 
ai est du' confesser cjue Jésus est né de la A^'ierge et quil c>it Dieu à 
B lilre, L'Union hyposlatique n'est donc plus rien, ainsi, qu'un 
DÎncle et sort du domaine des idées pures pour rentrer dans celui 
les faits. Le Christ est une vie allumée directement au foyer de 
l'K8|]fit, un mouvement rùel issu de l'acte pur : il n'y a que cela de 
surnalurel dans le Ckiristianisme ou du moins tout le reste en 
dmule substantiellement. 

11. N'ous avons déjà montré que ce n'est pas contre Técueil du 
Ij^lCnninisme scientilîque que vient échouer la foi au miracte, mais 
ffifitre le principe de a raisui* sultîsante ». L'irrationnel religieux ne 
"^uselFraio que moralement, c'est-à-dire par sa prétention d'éluder 
Ittloisnalurellespour quelqueraotif de moindre bonté que celle qui 
préside h l'évolution universelle. Nous avons donc cherché sur 
)iii!lle afOrntatlon morale repose 1» Ihêorie scolastique de l'union 
|^^Bfti([ue ; et l'excoplion divine qu'elle contient n'upparait 
pRHque sur l'idée d'une corruption île la Nature connue dans lit 
radition sous le nom de t péché orij,'ine3 », C'est à celle idée qu'il 



yiilUatv •''■f'ii'ntii, c. S.l\. 
TOMR Ul. — Ifl'Id. 



in 



38a 



REVUE PHILnSflPillQCE 



convient de s'attacher pour apprécier le miraole dont elle esl 
l'arson suffisante : aussi lenons-nous à la rapporler, avec la pri) 
sîon riiûme des textes, a II convenait au Verbe (r.ivoir une m^ 
vierge. Puisqu'en nousnit-nne le verbe menial est conçu rien qu'ai 
pureté, à plus forte raison la conception du Verbe parfait ne pouvi 
être impure. En outre, puisque l'humanité du Christ devait ser 
d'inslrumenl k l'abolition du péché, dans celle humanité le pf'( 
ne pouvait trouver place. Or, pour que (a cliaiv du f.'/irr'sl 
>trxe'n;>te dti péché originel^ il faltaîl tjn'cUe ne pvovmt pofi tiu i 
prochement »exu('t t't île la concupUcet^ce qui en €st inséparable 
\tr. theol.. 3* p. XXVIII, (]. I, a.} — Ln première dos doux r;iiso 
qu'on vient de lire n'est que l'exagération de cette vérité : tu'U 
il point de dignité dans linsUnct, mais seulement dans la RaisO 
On comprend en elfiit que la seulû maiiière d'introduire dans not 
existence le Sur-Esprit, c'était d'en violer franchement les con 
Irons et de consentir par la foi k cette chose inconcevable qui 
liômiiie soil con<;n par un acte de pensée. Sous celte forme la R 
au Christ échappe » toute discussion; mais la tendance <]ui s^ 
trouve ù inculper la Nature, non de réaliser incomptèlemeiit la pSl 
tection, mais ds véhiculer le péché avec la vie même dans rhumaiiil 
entière, doit être regardée comiTue te point mortel de la Scolaslir|iii 
Ce n'est pas la Loj/ique simplement rjui s'y perd; c'est Tidèe lii 
Bien qui s*j' évanouit. L'idée de Grûce. croyons-nous, pourrait 
sauver sous forme d'une autonomie transcendante h la Liberi 
comme celle-ci est transcendante 'a i iti-stinct; mais sous celle fornw 
d'opposition ei à'cj^cêption au péché universel elle ne saurait viv 
dans les consciences mêmes qui s'imaginent y «.'rolre- 

La notion scolastique du surnaturel (et c'est la seule remari|ii 
que nous ferons sur un sujet aussi vieilli) s'est fondée sur un é^ 
rement de la conscience primilive qui avait proclamé, dans su 
effroi du mal. une prédominance do lu colère divine sur la bout 
naturelle des choses. Nous n'aurions pas le droit de parler ainsi, 
le péché originel n'était que ce mythe psychologique qui tendrait 
regarder comme une lare d'atavisme les confusions étranges de 
l'udeur; mais laScolastique a trop bien défini le mode de transmis 
^.lon de ce péché pour «lu'on puisse s'y tromper, t On a donné, ili 
S. Thomas» sur la transmission du péché originel plusieurs ei^ 
Cations. Certains ont prétendu que TAme de l'enfant contraCt 
directement la souillure de l'âme des parents..,; d'autres, que q"i 
un mal physiologique qui sô transmet comms la lèpre H non u 
hérédité spirituelle .. Mais ces explications se Irouvenl en d^fai 
on tant qu'elles no parleni que d'une lare d'atavisme uu lieu d' 




RECEJAC. — I.A PHILOSOPHIE IliS L\ ^RXCE 



S83 



itûfcthiUti qui emporit! avec elle l'idée de mat voiontaire, l'Idée de 

Lhitiiiient La seulo explication qu'on puisse admeUre, c'est ijue le 
dfeïOidre moral (iiiordinalîoi se trouve imputé à chaque homme» 
coroiDe un fait « la fois volontaii'*-. et non perscmnel. Ia volonté 
4*AiliiQ conlinue d'agir en nous, couiine noire volonté étend aea 
ilél«niiiuatioos à luus los membres de notre corps. ï (S, th., 1" 2", 
p. LXXXI, a. 1). — Il n'y a donc plus aucuo doute ; au Tond de 
l'idée de Grdce se trouve celle d'une çoléra divine qui se réveille 
euclement au moment où le frêniiaseraent de notre vie commence 
ims leij flancs maternels et (|iti précise contre chacun de noua 
l'arrôl imprescriptible de culpabilitô. L'Élection divine ne se trouve 
jusliEée que par ce dogme ; elle est avant tout (t Exception > et 
ilestloujûLirs généreux de la part de Dieu de ne pas aliandonner à 
leur originelle nitjijhanceté dea êtres qui s'éveUlent h l'esislence par 
BU péché. 

Telle est la raison de moralité trnn^^cendante sur laqu&He la Sco- 
bstique a prétendu appuyer le miracle fondamental du Christia- 



IV 



nous resterait à apprendre comment s'accomplit la rencontre 
Grâce et de la volonté : non point que nous voulions déjà 
ier rêliidedes exhibitions sous lesquelles on nous dit que Dieu 
roduit dans l'intelligence et mllue sur la molivation des actes 
lins; mais il faut savoir si celte iniliative suniattirelie^ qui est 
ïue l*on pourrait le moins supprimer dans Pldée de Grâce, nous 
let de Conserver la tn'jire, qui seule nous investit de persouna- 
La difficulté d'accorder le libre arbitre avec TÉlection divine 
|le tourment de la Scûlastique : U querelle entre ThomiaLes et 
listes n'a pu aboutir et la do<Jtrine oflicielle de 3a CrSce, lais- 
celte page en blanc^ permet à chaque croyant de s'en tirer 
le jl voudm sur la manière dont Dieu se f^lisse en nous sans 
atteinte à notre liberté. Il faut, nous dit Bossuet. n tenir 
tment les deu\ bouts de la chaîne » : croire également à la ^ra- 
absulue de lÉÈection et ît l'initiative parfaite du libre arbitre- 
deux axiomes, l'un supporte toute la Religion de Bossuet; et 
lire sert de fondement à la murale : mais malheureusement la 
ïc <lon[ on nous deinaride de a: tenir ibrtcmenl les deitx bouts » 
pas, car il n'y a point de continuilô concevable k Dieu 
»e entre la souveraineltt de la grâce et la franchise de nos 
ïlé.*. Il y a de l'absolu dans la Liberté, ou bien ce mot doit dis- 



S84 



nKviîB: ?ini.osopHiQiJE 



paraître de toutes les lanjîues; mais si nous avons l'initiative absoïij 
de nos acies, c'est que la Grâce ne s'y introduit pas du dehors 
qu'elle suiccède en nous, mais non pas sans nous, à ijuelque effl 
d'attention et de générosilt^; c'est que les conquî'tes de Ja Libei 
qui sejnblenl par leur caractère imprévu nous jeter hors de no 
nkémes, en réalité nous y font rentier davantage. M alh eu reusera 
ce surnaturel philosophique et la Grâcô ont entre eux plus de di 
rences que de ressemblances. 

Contenions- nous ici de relever sommairement les explicatK 
que le génie scolastique a proposées pour résoudre Fantinoniîe i^ 
avait fait sur^M^ir lui-même imprudemment entre la GL"ùce et 
Liberté : il y a, dans cette poussière d'arguments qui n'iotéres: 
plus personne, un etîùrt douloureux de la conscience contre 
bonté native, et rien n'est consolant comme de le voir (échouer. 

Sous sa forme primitive et jusqu'au xvi' siècle ta doctrine à 

GrAce n'a eu pour le libre arbitre d'autres ménagements que c 

que La Fûntiiine prêle au loup envers l'agneau, c'est-à-dire q 

toutes les revendications du sens commun, qui n'entend fonder 

idées d'obligation, de mérite, etc., que sur la liberté, on oppo: 

cet aphorisme de la force divine : « Tu quis es, ut respondi 

Deo '? » — Saint Augustin ne s'appuie pas moins franchement qu 

saint Paul sur Tidée de Pouvoir absolu et va jusqu'à enseignercd 

trois choses : 1" que les forces du libre arbitre ne suffiraient rnfiH 

pas ù, nous préserver personnellement des actes humainemeo 

réputés crimes^; '■I" que toute ûme, n'aurailelle pas niCme asse 

vécu pour former une seule pensée, soulTrira éternellement, si eU 

n'a pas été touchée par Teau sacramentelle '; 3'* que l'acte de II 

création et celui de la prcdesli nation ne font qu'un, de telle mani^ 

que les éEus comme les réprouvés ne sont tirés du nombre des poS' 

sibles qu'avec l'intention expresse qu'ils soient voués au ciel ou 

l'enfer *. — Saint Thomas n'apporte qu'un adoucissement illusoirt 

à la doctrine augustinienne de la Grâce. Sur le premier point il W 

fait que répi^ler avec plus de précision « que l'homme ne peut. avM 

les seules lorces du libre arbitre, rester longtemps sans péchei 

gravement contre la loi naturelle » '. Quant aux enfants morts saoj 

i. t:p. nwn., IX. 2<i. 

2, |M <;■■'■ ■'"■•'.-.•a, c. M. —Cf. Tlieolûg. Tolos,, auclore Uamal, 1. III, p. l 

* - iiy dtcit illos pnrvtilos in ilamnalioiic omniuni levissi 

L < «ps iKi'j-uat in diilinienria an ets ul nuJli esseoL <|uwn 

m i'X|>c<l)rcl;«:l iileo prolllelur (l'dînire se Don passe qutc» qiul 

". piv«a. " (TliCOl. Toi., l. ILl. (.. 1G3.) 

u. fl ijFnUiï, \. \^ fi, !l. — De Pr.i^Jeslîrml. âanclomin, c. IS 
', i\. UX. &. 8. — Cf. Th. Tolcis., L. III, p. 1«3. 



RÈCËJAC — LA PUILOSOPHIK llK U GIIACE 285 

baptême, il leur accorde, hors du ciel, une vague existence, une 
ijoie lî'èïre », encore mùiii>; délinie que celle que Leibniz attribue 
aux monades élémentaires '. Enfin saint Thomas ne se préoccupe 
pas plus que saint Augustin^ en ce qui concerné le sort des 
réprouvés, d'accorder la prescience divine avec la liberté ; ils se 
trouvent à la fois réprouvés avant de naître et damnés par leur 
ipre faute '. 

An'^'lons-noLis seulement à cette troisième conséquence de TÉlec- 

âoQ divine. Quand Dieu prévoit les péchés d'un homme et qu'il 

iile à ce momenl même qu'un tel homme « soit », il n'en reste 

moins pur, nous dit-on, des désordres qu'il aperc;oit dans sa 

iencè; mais, au contraire, quand c'est un saint qui arrive dans 

«islence, non, seulement Dieu prévoit sa sainteté, mais la pres- 

iente, de théorique quelle était pour le pécheur, devient ici pra- 

,e et sanctifiante; de telle sorte que dans la partie qui se joue 

bas c'est notre liherté qui met seule tout l'enjeu et c'est la Gnlce 

^pragne toujours. Or c'est précisément celaqu'il faudrait éclaircir. 

(tui^le est cette diCTérence entre : 1° l'action créatrice par laquelle 

"' 'n est introduit nu dans l'existence, avec un pouvoir d'initia- 

11- lequel Dieu n'aura rien à prélever pour sa Grâce; et 2" Tac- 

i™ gratifiantii par laquelle un être se trouve à la fols créé et 

K7H\ï avant de naître d'une sainteté où la Raison ne s^iurait prÔ' 

tîndre? Les hommes^ nous dit-on, ne ttevii?mient pas saints, ils 

lenaiss***!/; et comme il n'y a aucun doute que ces élus remontent h 

Eoyer divin, on peut dire qu'ils n'ont eu avec ce monde aucun 

réel. Le monde où nous sommes, en elTet, n'-?sl que le régne 

contingence : tout y arrivL", tout y devient. Il faudrait donc 

er ces âmes c prédestinées », qui ne font hors de l'Esprit 

qu'une fausse sortie, non comme des hommes qui s'élèvent 

la Liberté juscju'au rOgne des fins, mais comme des apparitions 

'Alisolu qui personncllemeni n'existent pas. 

alors pourquoi ce Panttiéisnie ne vat-ll pas jusqu'au bout et 

il de l'absolu hors de Dieu, c'est-à-dire quelque sentiment 

innalitè et de Liberté'.' Quelle signification nous oblige-t-on 

Idonner à cette Liberté par oîj ceux qui ne sont que dei hommes 

croient « subsister t, moins que Dieu sans doute, mais plus que tout 

le re&le? (in nous a dit que l'homme rien que libre n'a point à. 

compter sur soi-même pour arriver au repos divin et que pourtant 

i) y aspire invinciblement : c'est donc que la Liberté est un pur mal 

I. > lia ni rneliufi sit ois sic esse quani niiUo modo esse • [['2". q. LXXXHI. 
1.8. m.. I". q. XXllIïl'â". q. CIÏ. a. ». 




el la faute d'être sorlig de l'inconscience sans nous assurer hM 
ravant que nous pourrions atteindre jusqu'à Dieu'? — Le génie ! 
lastique aurait beau l'elourner subtilement les textes de la doct 
de la Prédestination, rien ne saurait affaiblir l'impression d'in; 
tristesse qui s'en dégage. Le libre arbitre n'est qu'un mort qui 
force de vivre. Noire croyance aux possibilités du Bien, ù Vi 
du cœur, n'est que le souvenir d'une libertc qui tut vraiment i 
Adam ce que nous la croyons en nous-mêmes» une participaLi 
la cauiiatilé divine; mais celte liberté véritable a été fcappée à i 
par le désir de la science (étrange renversement psychologiqi 
et ce qui nous eu reste n'est qu'une illusion assez semblable 
réVË dans lequel on se sentirait à la fuis mort et vivant, forcé à 
liou et retenu par des entraves de plomb. Voici un de ces texte! 
conduiraient, si l'on y insistait, au délire religieux. « Comme 
la divine Providence qui destine les hommes â la vie éternel 
appartient aussi h la Providence de permettre que cerlains en a 
frustrés... La réprobation ne suppose pas seulement la pre.'îcii 
que tels hommes seront damnés, mais elle signilie que Dieu d 
à cette prescience quelque fondement, de telle sorte que la n 
ballon suit vraxmvnt son œuvre. De m^me, en eHet, que la prs 
tination implique une volonté d'accorder la gr-tce et la gloire 
ensemble, la réprobation implique la volùnté de yierm^Ure 
quelqu'un tombe en faute et l;i volonté de le damner après 
feute. B (S. th.. I', q. XXIII, a. :}.; cf. t"^., a. I.) 

La théorie augustinienne cl thomiste de la Grâce était de m 
& compromettre le dogme catholique devant ta conscience mode 
on le senltt bien au xvi'* siècle ei les Jésuites entreprirent d'ac 
moder cette théorie aux goù(s nouveaux pour l'évidence 
liberté. Pascal, plus franc, essaya simplement d'étoulTer les «1 
du Rationalisme et de serrer davantage les consciences sous V 
myj*lère de la Ordce. — L'oeuvre des Jésuites était difficile, lis 
pliquèrent, en somme, â démontrer (|ue la Pensée divine a plus 
manières d'embrasser son objet et que, la volonté ne Inisanl 
sui:vre l'entendement, Dieu pourrait bien vouloir nos dcstinéet 
féi'etnrnenl, selon qu'il nous regarde, dans sa Presoiepcet ca 
de simples événements du monde, ou bien qu'il pénétre pa- 
vue spéciale jusque dans notre complexité morale et distingua 
nos caractcres. Ij, doflrine de la Prescience divine jusque 
vigueur dans l'École n'admettait que la distinction entre ta ù^ 
sanca des possibles (ce qu'on appelait ta simple mteUigo<c^ 
connaissance des faits ou des a futurs contingents s (ce qu'^ 
mait la vi&iûn) : le Jésuite Molina distingua, le premier. 



RECEJAC. 



LA l>tllL0I^01>l!IE [)E lA CItACG 



287 



sième forme de la Prescience divine, qui n'élait ni la connaissance 
métaphysique ni la connaissance historique, mais une inlujlton spé- 
ciale par laquelle Dieu pénôtre dans notre liberté et se niconie à 
lui-même noire hisloire morale mieux que nous ne saurons jamais 
le îiire. Celle invention tliéolûgique prit le nom de a science 
moyeniie s. 

Or, k l'uiJe de cas distinolionii, on pouvait démontrer que Dieu 
choisit pour le Ciel des êtres qui ne sont pas encore et qui cepen- 
àini iiiérilent cette Élection. Toutes les régions de l'Enlendenient 
divni, en eiret. ne doive» L-eiles pa^ tommuniciuer entre elles par 
ueique sorte d'identité semblaLle ît ce que nous nommons en nouià- 
f conscience Ȕ et ainsi la science moijcnnc ne sg trouve pas 
ratremcnt divisée du reste de la prescience que pourrait l'être en 
Buua la raiàun d'avec les sens. L'unl(]ue et vrai Uieu, à qui abou- 
lisisenl nécessairemeut tûutds ces données de la Prescience, décrèie 
pn dernier ressort que personne ne participera ii son Royaume qu'il 
n'ait crée pour cela même : voilà la part du Pouvoir absolu. Mais 
Dieu pourtant enferme dans son décret un sous-entendu aussi eon- 
siilêrable que ce décret même, en tant qu'il ne dirige son l^leclîon 
'|Utî ver:i les êlrea qui lui upparaisseut dans sa science moyenne 
cotame devant tourner leur initiative vers le Bien : voilà la part de 
U Justice. Nous n'avons pas à relever l'étrangeté de ces o. ileif^rês 
dans la Prescience «» ni rartilice de cette conscience k triple t'nnil 
qu'un a voulu introduire dans l'unité divine; mais II faut voir une 
Syrie lie retour ûiTenaif de la liaison dans cette concession du Moll- 
listne c que la Prédestination suppose la prévision des mérites et 
[ qu'elle en tiépeud d '. 

' f^'n craiynii bientôt que cette subordinatioii de FÉlection divine 

^ux méritefi humains, bien qu'elle n'ait lieu que dans l'unité de 

^'entendement divin, ne lit descendre Dieu de la splière où la 

neltgiiOii a besoin qu'il reste inaccessible; et de nouveau la doc- 

'f'n© de la Grâce se mit à osciller de l'idée de liberté h celle d'élec- 

"Ofl, de l'idée d'élection à celle de liberté. Nous ne rapporterons 

yt^'une seule de ces variations^ la plus importante, connue dans 

''isloire des dogmes sous le nom de «, Congruisine ». 

0*aprÈs le Molinisme, la Grâce, quoi qu'on dise, demeure èubor- 

'^Onée au libre arbitre : comme la «: science moyenne n, après tout, 

se sépare pas du reste de l'enletidement divin, il faut bien que 

indivisible de volonté par lequel Dieu choisit ses élus soit 



fn^fruciiaiiK nur lu Crdc. [t. 3L'. Cin trouve k ce niâine endroil un eiposè 
LÎr 4)uc |iossiLh[e îles tliÈunea ijuc nous rapportone. 



388 



JtËVUË t>UlLO!iOpmQl]f 



* 



motivé rlêfinitivement par le mérilo qu'il aperçoit, ù IVral au mriiii«cr^3\ï 
de désir et d'inittalive imperceptiHi^, dans chacun de ses élus. Pa,^^sat 
un curieux retour rjfîensîf, le sentiment Je Libéria venait d» tiie 
reprendre le dessus sur celui rie Pouvoir absolu, puisque per&uDu» «r^iie 
n'auruil osé dire que celte luvenlion moliriisle de ta a scienc» .^-^ ^^ 
moyenne » tendait k mettre sur le compte de Dieu cette éiiormil».» j|^ 
■ tju'ayant discerné les caraclères il décide de donner précisémcii,»--» ,|| 
en grâce aux méchants ». Ou so mil dune à faire un usage aouvea' -^^^ 
de Is < science moyenne s, a(in de rendre ù Dieu ce pouvoir âb&ûlE .^j^ 
qui paraissait compromis, non sans raison, s'il se glissait dans " 
théorie de la Grâce la moindre antéoédence du mérite sur l'iillectioK^ 
— Le Mûlinisme se transforma ainsi : it On peut supposer que Die^ <j, 
avant toute chose, cItoisiL griituitement ses élus; et que par ^j 
science moyenne, qui lui fait connaître ce qu'un cbacim ferait a*"/? 
était placé dans telles ou telles circonstances et s'il était aidé *A* 
telle gr;lce, Dieu se dêlermîm; à placer celui qu'il veut 8uuv6r dant 
des cireonsfances f\anoriibks et k lui donner ces grâces dont il a 
prévu qu'il ferait un bon usage » '. Une conjparaison, h la lecture lie 
ces lignes, s'olîre involontairement à notre esprit. Dieu se comporte 
à l'égard des hommes qu'il veut réprouver, ou (ce qui est le même) 
qu'il ne veut pas sauver, tout à lait comme les brigands qui épieni 
l'endroit et l'heure où ils pourront surprendre leur victime ; sachant 
paruR concours de science moyenne et de vision qull y a des con- 
jonctures où nous ferions valoir généreusement l'énergie surnatu- 
relle de sa grAce et d'autres oCi notre volonté engourdie la laisse- 
rait perdre, Dieu choisit des conjonctures du premier genre quand 
il s'agit des élus et des conjonctures du deuxième genre quand ÎL 
s'agit des « autres ». Ainsi l'indépendance divine se trouve abso- 
lument sauvegardée dans le choix des élus; mais en même temps 
les u autres » que les élus devront reconnaître qu'ils n'ont été 
perdus que par leur faute. Or la Gnlce ainsi n'est qu'un lacet que 
Dieu jetlR aux imprudents pour les lier dans leur péché au moment 
même où ils sont constitués créanciers d'un don malicieu.\, i{ui les 
compromet parce qu'ils ne l'ont pas vu venir. 

Les tentatives que l'on vient de voir pour concilier la Grâce avec 
la Liberté montrent suffisamment que cette conciliation est impos- 
sible. I) faut que l'une de ces deux idées chasse l'autre. — Pendant 
que domina linÉluence Ihéologique, il y eut d'illustres efforts pour 
k la Liberté son ràle dans la vie intérieure; et les noms de 
lène, d'Abailard, de maître Eckart, etc., rappellent ces 



•41 la Oi^ce, |>. 32 el 33. 



REVUE CRITIQUE 



LA SUGGESTlBILITt 



Le livre quQ M. Ginet vient de tuire paraître nous intéresse cd 
sieurs manitircB, tout d'abord comme étude sérieuse d'une quesU 
intcrQ99Q.nte, mnis aussi et surtout peut-être, pour Ia méthode qiL. 
est nppliquée et les vues gt'iiêrales sur tii psycbolug'ie, ses procédé 
ses rôsultats dont il est comme une mniiÉFeatation. qui l'ont inspiri^ 
qu'il veprésente. 

La question étudiée par M. Binet est celle de K> suggesUbiH » 
'< Apprécier la suggcstibilitù d'une personne, dît l'auteur, sans aw"«3' 
recours à. l'hypiïotisaLiOn nu à d'iiutrca manœuvres ftnaloffuea. tel ^** 
&U8si briùvement indique que possible, le sujet de ce livre. > Tout 4| 
reconnnissunt l'hypnotisme pour a une méthode de premier orc^^ 
pour la pathologie mentale ^ >L Binet lui trouve dea inconvènien' 
pratiques très graves, aussi a-t-jl employé des méthodes qui n'ooi 
rien de commun avec lui. Les ayant appliquùeH dans les écoles il **" 
leur a reconnu que des avaulage» au point de vue pùdagogiqu<ï 4 
parfois les eiiipérieDCes auxquelles il a tioumls les clÈves ont pu C' 
riger en eux une Buggieslibilité eïcessive. 

Après un ohapitre consacr»; h un historique développé de la qii 
lion, M. Binet arrive ri ses propres expériences. Les premières ont *' 
faites dans une école primaire do Parie. Elles ont pour but rêtuclc ' 
rinflueQCie d'une idée directriee. Oette idée directrice oVat lo sujet * 
l'expcrienoB qui ta cont,;oit par auto-BUgSTesIion. M. Binet a voi' 
écarter ici tuula inlluenee morale provenant do l'expiirimentaieu 
C'est l'expériejice même qui donne à l'élève l'occasion de se fùro»' 
l'idée dont il fuut apprécier l'inllueDce. En voici le principe : 0^ 
montre à un élève successivement et isoloitiient plusieurs Ugnea àt 
longueur croissante, on l'invite h les examiuer et à les reproduire d( 
mémoire npréa un entiraen de quelques secondes. Si l'accroi&seraciil 
des lignes est Iri-s net, Irèa npparent. il doit frapper Tosprit. s'ici»' 
posera lui comme idée direiîtrioe. et l'élùve s'attendra bientôt, avan 
de voir une nouvelle ligne, à ce que cette lig'ne aott plu* longue que 1 

1. A. Biniïl. Lit sttu<ifi!itîf'iiUé, t vnl. iii-fi. de In Hiblialhèque de juMa'jogit 
Ue p»'jcholtiifif, 3yi p., l*n,Fis, Schluiclier frfcres, jyflû. 



REVUE CRITIQUE. — LA SUCCESÎiniLITli 291 

précédente. C'est cette idée dont il s'agit d'éprouver la force: on lo lalt 
en intercalant drvns in séria des lignes présentées, à l'élèv* quoii]ues 
ligues qui ne dépassent pas en longueur cellcg qui les précèdent. Par 
exemple M- Uinet a adopté, après lALcuiEieiiienl^ une FiérJe de i^ Lr^ne,s 
ayant respectivement pour hjnt^ucur : l'J. '21, ï(î, IS, 50^ fifl. 7?, 7?, 81^ 
S'i. 90, 90 milliinotres. On voit aÎBément les quatre pièges tendus à. 
l'élëve. 

Je tiC puis entrer ici dans tous les détails de l'expértenco. Ils sont 
tDiiiUtieuaement coiigus, aveo benucomp de précautions, et aussi fort 
claircnient itidiqués. Je dois me borner à donner en gros tes rcsul- 
Ma, Us paraissent bien niontr«r nctlemc^nt une iniluencc réelle do 
l'Idée, L'accroiiaement de lon,E"ueuc des lif,'neB a élc perçu et plus ou 
nioins e^tacteoicnt indiqué dana tou? les cas sauf un seul. Les élèves 
oai reproduit ces accroissements en les diminuant, et cette diminu- 
tion fl. été d'autant plus forte, en général, que la long'ueur absolue des 
"gries était plua grande. 

Quant aux iiynes-piègss, elles ont été faites en moyenne, par 
^ f^lève. plus grandes que la lig'ne ppÉL-édente à laquelle elles étaient* 
^1^ lait, égales. Parmi les J5 aujets, aucun n'a bu éviter Les ï picgett 
tendus, 3 ont évité. 2 pièges, et 7 en ont évité 1. Ces 10 élèves sont en 
K<^iléral pnrnii les plus figés, Quant aux 3h autres, « il n'est pas juste 
de dire que tous ont subi complètement la HU^^eÈtion, le plus sou- 
vent, comme Cel.i résulte de nos ohiffres de moyenne, ils ont donné 
"Usi lignes'piègcs un accroissement de longueur moins grand qu'aux 
autres lit^nes. Ils ont composé, en quelque sorte, entre une perception 
«xacrte et l'entrafnemcnt de la suf^ge&tion. C'est le cas du plus },'rand 
nombre; mais les différences mdividuellea sont nombreuses, presque 
iiidélinies. Comment en tenir compte? Nousî pansons que ptiisqu'il 
• aK't de ligi;es. qui se meaurent au millimètre prés, et puisque !a 
igge&tion opère en amenant des allongements mesurablea de ces 
'^ligrtes, il est possible de donner, par un ehilTre précis, la mesure de 
» !Ugi;eBlibilité de chacun. <• Et M. Binet examine avec beaucoup do 
*0'ilet d'ingéniosité les dilTéretits cas qui se présentent et les inter- 
P*êtations qu'on peut en donner. 

lljjna une seconde série d'expériences, ftiito avec 12 des mêmes 
clpves, les lignes montrées successivement sont au nombre de M^ la 
pi'cmlèrê a l*J millimètres, la seconde 24. la troisième 'jli, la quatrième 
^\ et toutes lin autres, de la cinquième h la trente-sixième, ont l'-O mil- 
iimHrçg do longueur. Aucun des sujets n'a pu se garder de dépasser. 
en l'indiquant, la dimension réelle dos lignes proposées. Chez les élèves 
ïf» plus sugççstibles on obtient des résultats qui peuvent paraître sur- 
preaknts; chez UJ élèves l'iniluence do la suggestion a fait plus que 
doubler la longueur de la ligne monlrL^e. L'un d'entre eux, pour repro- 
duire mie ligne de (i centimètres, en a fait une de 30. M. Hinet examina 
«ncore minutieusement lea régullats obtenus, il les commente longue- 
tOADt et donne aussi de forts intéressantes remarque» sur les détails 




HEVUE PHILOSOPHIQDE 



de l'eîipérieiice, les rectinoations qu'on amène l'cU've à f»ire. »ei 
réponse» aux interrogations, etc. .le cite un pîtisag* qui, en monirant 
quelques-uns des résultats obtenus, niontfc aussi les réseires que 
compoplç toujours leur iiiterprçlation, réserves que M. Btnet signale 
souvent lui-niùme avec une sa^acitë qui, si elle restreint la portée des 
eipérionces, donne la preuve de l'esprit urîlique de rcxpêriEoenUtietir. 

a A la première question posée : Èlea-vous c-ûutenl de ce qw mut 
Avez, fftiti 11 est bien rare de râcevoir une réponse në^AtiVe. La ({uei- 
tion est trùâ vague, elle a du reste une tournure ôplimist'e, et l'etifaot 
répond d'habimde d'un ton silifait ; n Oui, monsieur •■. -Si on continue 
en précisant un peu ; PenF&z-vOus Avoir commis de& errt'ursl AloTS 
l'enTïnt devient plus réLléchi, quelque peu fioucisux, mate en géoM 
il ne me répond pua encore; ce qu'on lui demande n'est pas vin 
oUIr pour lui. 11 faut préciser davantage et lui dire : .4ue:-i^ati« fait 
tKis lignes trop courtes OU trop lontjues'f C'est K\ le mot décisif ; i part 
les élèves qui réellement n'ont commis que de» erreurs in3ig^nilÎR.aUik 
la majorité <lea autres répond sans hésiter : a J'ai fait les lignes trop 
longues. B Bien rares sont ceux qui lex trouvent trop courtes, 

« Cet aveu semble démontrer que le sujet :i eu une demï-eonscieiicc 
ds l'itliusion que 9a suggestion a produite, mais celte iiiterprélaticmnft 
me paiait pas absolument démontrée. Je croie que, quelque pri^ciiutton 
qti'oîi y mette, on su^geslioane un peu l'enfant en lui demandant s'il 
a f.iit des ]ii.rnes trop courtes ou trop longues. Uien entendu, j« nu* 
garde d'accentuer un des qualifîcatirs, et je les prononce tous les deui 
avec le même ton de voix; mais par là j'attire l'attention de ïetiUn% 
très fortement, sur un« erreur relative à la longueur des li^es, )e 
l'aide par conaé-queiit a prendre conscience de son erreur, et cdi" 
conscience qu'il en a maintenant, rétrospectivement, grfice » n- 
demande, mo parait être beaucoup plus nette que celle qu'il a pu ;i^' ' 
au moment même où il traçait les lignes. Je ne puis rien aflîrmep. i"' 
chant des phénomènes aussi intimes et aussi Fuyants; je note scu' 
ment mon impression personnelle. Par l'interrogation tnétliodiquc. ■ 
crois qu'un renforce un élat de conscience très faible, comme — (]u 
me permette celte comparaison de photographe " en développa 
une plaque impressionnée on complète l'action de la lumière buro: 
plaque. ■ Tout cela est fort intéressant, et même, h divers poinb 
vue, plus instructif, jo crois, que l'expérience même. 

Une troisième aéne d'espériencea sur l'iniluence de l'idée dir«tri^f 
a été faite avec des poids, su moyen de 15 boites en carton ditr'-Vc; - 
mont charpée». Une boite pesait :'0 çramcnes, une antre *0, une m' 
tii\ une autre ftO et les on^e dernicn-s I{M). Le sujet soupèse sun i 
aivement les ICÎ boîtes en disant pourchacune s'il la trouve plualourd* 
ou plus légère que la précédente, ou bien égale à elle par le poiil*. 
Aprùs avoir achevé \a série, il la recommence en comparant par "!« 
p«»6es alternées chaque boîte avec la précédente; enfin, cet cicrci« 
UnDini. il doit apprécier en grarames le premierr poids, puis partir 



REVUE CRITIQUE. — LA SUCCEStlUlLITÉ 



393 



du pûîds réel de l.i boite qui lui est donne par rexpérlmentateur pour 
^êraluer en grammes le poids de toutes les boîl«i$ qu'il soupèse encor^t 
pijul comparer entre elles comme dans 1a sérî^ préccdei^le. 
La sorîe suggestive des poids ,% été un pou moins eflicaL'e que la 
nie sitjgesiive des ligne?; dans fîi premiLTe s^rie des expériences la 
îgesiJQii d'accroissement s'est fa,ît sentir dans les deiis tiers des 
li-'ements; dans lo truisiérae tiers des cas il y a eu des jugements 
*xacl8, ou jugements d'égaivlé, et, en nombre un peu moiiidre, des 
jugeniiedls de dûeroîssnnce^ Dans la geiïoiide série L'élùve, obligé de 
lixci- plus fortement son attention sur les ptiida, est dans des condi- 
tions mailleureB pour luUer contre la aup-jestion. L'illusion de Tac- 
cpoiîsemeiit des poids a été moins fnjrte. Enfin la troisJL-îflû épreuve 
Q') pas indiqué un progrès dana le sens de l'exactitude, cille a été un 

Eu meiLlL'ure que Id, première, mais beaucoup moins bonne que la 
conîie. M. Diuct pense, pour expliquer ce fait, que a prcoccupt;» par 
Iteèvaluiition en grammes, 1(îs enfants ont perdu un peu de la Liberté 
•I esprit qu ils avaienc préi^édeniiHent pour comparer les poids; ils ont 
fait cette comparaison dans un état de disiratîtion nienlale, au tout au 
"'Oins avec une attention moins forto et moins exclusivement portée 
tiQr \-^ aEnsution des poid^; et il en est rësultè que les enfants sont 

t Venus plu» dociles â la suggestion d'accroissement des poidsi du 
Irueiit que le contrôle, qui s'appuyait sur la perception exacte des 
iiis, s'est aff^ii}li. il est naturel que la sUi,rgestion, délivrée de ce 
■^Ontrûle, ait acquis pilua de force, w 

■Jusqu'ici M. Bniet u C'indié une id^e directrice formée fipontanément 
cl^tï le sujet d'aprèi des faits réels, et l'inHuence de celte idée. C'est 
**i somme ce que tout le monde cunnait, ou à peu près, et a eu 
***Uvent l'occasion d'observer sons forme de préjuges et d'idées pré- 
totiçues. U se produit dans lous ces cas une eorle d'induction irrégu- 
'*^l'e, de raisonnement inslincUf,, d'association par analogie quM est 
''Sez curieux, sans doute, de provoquer expérimentalement et de voir 
'^ former soua nos yeux. M. Binet aborde ensuite un sujeL tout diffé- 
*ï»l, à mon sens, celui de l'aclion morale de rexpérimeuCateur. Nous 
^irnies transportes ici dans un autre domaine, et sans doute on peut 
Mil CLMinir sous le: nom de su^gêstiufi riniluenec de l'idée directrice 
|rint1uenca morale île rexpêrimentateur, mais il est boa de recon- 
*îlpe que le même moi s'applique À des choses (|ai, tout en ayant 
^'^lains poiuts commutas, sont, au foi^d, très différenteis, et je regrette 
lue M. Utnet ne se soit pas davantage appliqué à élucider cette diffé- 
•^Qcc. n me semble que l'i^tude de la sugi,'aaiion y eù[ gagné. Quoi 
LM.'i| ç[) aoit IL faut féliciter M, liinet de ne pas s'être laissé arrêter par 
*« critiques des psycholog'ues qui ont cru nécesBaïre d'éliminer 
'^Ute étude do l'aftion morale pour donner à leurs ret^herctiea un 
'^taotère scientiUque. 8eulemeiiL je crois bien que rinlluBrice morale 
Il exercée déjà dans la |ireniièrc' série des expériences quL- je viens 
Ljcsumer. Cela me parait reasorlii' des détails donnés par M. lîiiiet 



%D4 nSVUH PRILUSÛPHIQUE 

lui>m^mt:>. Je reviendrai tout à l'heure aur ce peint, et je cosUoie 
mon roHuniè. 

Les auçt^stiona mornleâ qui ont servi à inllucuccr les sujets sont 
de deux espèces : « le^ unes si^nL contradictoires; elles ag-îascnt sur !« 
sujet après que lui-même a eïppiraé son opinion, et elles consi^lenl ii 
contrecJirL' «etle opinion pour le forcer à rabandomier. Les suyi^ei- 
tloiis [le la seconde eapéco sont direotrices; elle!) sont fonniUcM 
avntit que te sujet ait (ait (.'unnaitre ann opinion. Par là elle'- tm- 
seinblent aux idées directrices dont nous nous sommes ocL'upès dans 
les chapitres précédents; elles, en dilTèrent en ceci quelles eupposent 
une [K'iinn porKOiinelle, une gugizestiDii proveriA.tt d'une personnaliic 
ëtrftnyere, tandis que les idées directrices que nous avoils lîêcntM 
Jusqu'ci sont l'œuvre mânie du sujet et conatitient dea auto-sugg»- 
tions 1*. 

U. Binet fait d'nbord des su;;^e^liDns coniraJictoircs f^ur de^ roc» 
de couleurs. Il montre aux élûvea une série de rcutiles t|e papier 
colOTL', leur fait nommer la couleur, pui« deux ou trois fois parsePie, 
il cuntreilit l'élève, « .le faisais une suggestion, dit-il, en gen<^raliii 
moment où je montrais la deuxième et hi Iroisiènit? t'ouleur; j'atlcn- 
duis que t'eninnt eût dit le nom de chacune de ces rouleurs, qu'il eût 
dit uerl- alors au moment où l'ulëve. uprès avoir dit ce nom, fi'.ipprf- 
tait il l'écrire, ja prenais la piirole pour dire : noiiy bleu. Je me SUl* 
nttAi?:]iô à toujours prononcer la même pnrold. et toujours Avec h 
mi'ine aocenl ; je disais cela d'une voix blanche, Eans aLL-iMiluer, itvcc 
négli^L-nee, sans élever la vûix et surtout sans regarder In figure it 
l'enfant, et sans regarder ce qu'il écrivait sur la feuille de papier. " 

Aprrs avoir reçu U su};;^sCton les éJèveâ doivent écrire le nom de h 
couleur. OénéL-atemcbt la suggestion produit son cfTer, et la ^r:inda 
miijorîté d'entre eux écrivent le nom de Ia couleur qu'on leur » sug- 
gérée. Et même cet elTvt (-e prolonge ; «■ Lorsque J'en vient de sug- 
iiërer une eoulour bleue et qu'on prés>ente ensuite à rélôve la couleur 
Nitivnnle, il » une tendance, pour satisfaire rexpcrîmeniaCetiT, i 
trouver que ocLlo nouvelle couleur est bleue; mai$ tl'Huire part Ib 
nuance verte de cette couleur est plus forte, plus saisissante que mil" 
de la couleur préoèilcnte, par conséquent l'élève est porto à résilier 
eontre la suj^yestiout et a appeler verte la nouvelle couleur qu'on Id' 
présAnte. Suivant les csmelëres, le résultat de ces deux tenilanc^ 
Vflirie ; il y a des élèves qui s'affranchissent tout de suite de la suggM' 
lion, dis«nt vert pour la t^uleur qui suit immédiatement U ceideur 
supp^rée; il y en n d'ftulrcs, iu comrairê. qui appellent bleue la, cou- 
leur suivante et peuvent même appeler bleu^- '2, 3. 4 des couleurs sui- 
vantes. • 

l!ne sf^ptmdc séria d'expiJriences porte sur dea suggestions oontfi 
dicttiircs r«ilniivtis aux longueurs do lignes: d«]i4 une troisième »énl 
M. Itiuet csiaie, «u contraire. I* suggestion directrice. Il montre euo 
ccsBtvfimfint à l'enfant des lignes qui ont toutes la même longuen 



REVUE CRITIQUE. — I.A SUGGESTIBIUTË 3S^ 

80 minimttresi. Mais il annonce la seconde comme plus long-ue» fâ 
>isit.'inâ comme plus petite, et nmsi âo suite, en altermAOt. La grande 
majorité des curants obéît encore h In suggestion. Cette Biigrgestion 
verbale & une force siip^pieurc h celle de ranto-sugiçestion et IG enfants 
îur?3 l'ont co m platement subie- Maia^ ici encore, les difTêrenoea indi- 
viduelles de suggfstibilitij ont ûté Lrùs rorLes. 

Le chapitre suivant est consacré fi des suggestions par inlerroga- 

l'iire, Le3 premières expérienues sont faites oraleim'nt et portent sira- 

plenoeut sur lo forçjige de !a mémoire. On montre ù des t'iûves un 

tiarton sur lequel sont colI>és des objets : un sou, une étiquette, un 

l'^uton, lin portrait d'homme, une çravure représentant des individue 

qui *e pressent devant une grille enlr'uuverte et un timbre-poste. On 

ciche ensuite le carton et rêlëve doit dire les objets qu'il y a vus; on 

J^l demande simplement d'en faire l'énumération. C'est la première 

fftrtiei de l'expérience. Dans la seconde partie. <\\ii constitue l'eiïpé- 

fittnce de mémoire forck^e, on pose à l'enfant sur tous les objets, collés 

iiii- le carton. Si questions, M- lîinet consacre une ireniaine de pagea 

*<lêcririî et à corametiter ces expériences. Le résultat général est que, 

«1 demandant ainsi nux sujets, de répondre à des questions précises, 

^1* les ;imèno à commettre do nombreust'B erreurs, B.in3 (|u'on ait 

d'aîlletirs chcrclié â les suggestionner dans un sens ou dans l'autre. 

Uk mémoire forcée est bien plus sujette & erreur que la mémoire 

îporlanèe. 

M, Uinet a reprïa soufl une autre forme l'espùriencB de mémoire 

ircèe. Il r.i compliquée et développée par des expériences de sug^ea- 

ilon. Cour cela il a ccrit trois questionnaires. Le premier ne vise que 

V forçag-e de la mémoire. Les questions y sont posées avec précision 

laaia non de raaniûre à intlucncer re=;prit dans un sans ou dans l'autre. 

Le second eut destiné ."i produire une demi suggestion. La Torme des 

questions y est persuasive; on conduit doucement S'élève à ]'erreur_ 

1 Apruposdu bouton collé sur le carton, on demande, paf exemple : « Le 

hntilan n'est-il pas fixé au carton avec du fd? « Le troisième «[ueation- 

TiairÈ C9t destiné à produire des suggestions très fortes. On y adnael 

iTtiplicitement comme vraie l'erreur qu'on veut imposer. P^r exemple, 

toujours à propos du bouton collé, on demande : « Il y a. quatre trous. 

l^tielk' est la couleur du Cil qui passe par ces trous, et qui fixe le 

Iniutun nu ^.^arton? > Pour L- portrait, qui est noir, on demande : « Rst-^il 

.bran (gncù ou bleu ïoncé? « etc. 

Le résultat a danné. pour le premier questionnaire, uno moyenne 
ie il.û erreurs, et ii.1,5 réponses exactes; pour le deuxième, hi 
erreurs de suggestion el 89 résistances; pour le troisième, 87 erreurs 
le su^-gostion et ">(j rê^isranees; ii élèies avaisnt répondu au premier 
liieilionnaire. Il au second et tl autres an Iroùsième. Ici encore, 
7TCme on pensait s'y nttendro, [es différfincen individuelles se sont 
lonlrées considérables. A propos du troisième questionnaire, par 
exempie. 2 sujets ont commis seulement 5 erreurs, et ;i en ont commis 



996 neviE pHiLosopinQue 

H. Au reste ces résultats g^înérau-v soi^e forcément un peu groisicr-, 
M. Uinet précise et déx'^loppe les données fie rexpérienre eu çiarain^iW 
lea réponses écrites qui rûvc'Icnt des dôlails intérea&ants sur l'cUt 
maniai des êliNvcg, et pcrraettcnt, sinon d'arriver n d'aulrea Iw 
g'éni^ralcs, au moii]s da comprendre bien mieux l'esprit dea élèves. 

Pour dcterminer rinfluenGo de l'âge sur la euggestibililé, M. Bineti 
refait ses eKpcrîeneo:^ sur l'2 élèvesmaitres de l'école normale d' insti- 
tuteurs Je Versailles. Les erreurs par euggeslion ont été ires ncm- 
breuaes encore. 

Après les questionnaires, M. Binet a employé l'imitation. Voici com- 
ment il l'a f&Lt : J'ai pris, dit-il, comme expùrieace sur rimitationjïi 
expi^rteoces que je venat3 de faire d«rniûrcm«nt ^ur l'interrogahiin 
en les modifljint un peu: au lieu d'interroger un oléve isolé surun 
des objets que je venais de lui miintrer, j'ai iuLerrogé 3 élèves réimi» 
dans la ini^nie pièce et ra'isaiii: l'e-vpèrienctï ensemble; la répunse dr 
relui qui prend le premier la parole inllue nécessairement sur lesdeta 
autres; et ceux-ci peuvent soit rejeter celte réponse et faire eiu- 
mCiUes acte de jugement, soit se dispenser de ce petil effort etrépétef 
la r.cpOnâB du camarade. » Celte expérience sur la psychoK'gie dci 
groupGS a, d'aprù^s .M. Bioet, bien mis en lumière li-oia faits imporuat). 

° 1° Les enfants, ciant rapprochés dans un groupement de huvi, 
n'ont montré aucune solidarité, chacun répondant pour lui-même, d 
surtout cltacun cherchant à répondre le premier; 

il 2" Par le fait seul du groupement, les élèves deviennent plussii^ 
gcBiible:^. et cette au^'inentatiDiL de sug';^e&tlbjlité provient de ciii»^ 
complexes : le di^sir de répondre vite, la disposition au fou-rire, elc . 

* 'i" Beaucoup d'enfantâ imUeni les rL-ponaps des autres entanU. 
Cello contagion de l'exemple conslitue un des caractères les plus ras^ 
quéa de la psychologie des groupes. •• De nouvelles expérienoes uDt 
conflnné cies conclusions. 

Entln les dernières expériences de M. Bînet BOnt relatives à la tuf- 
gestion de mouvements. Je n'entre pas ici dans le détail de ce$ exp^- 
ric^nces. Il serait un peu long d'en expliquer le principe et U diapo- 
sition. Les résultats obtenus par M. binet lui paraissent avoir «ttibil 
qu'il est possible d'étudier rapidement sur dea élèves d'école L'autonif 
lisme du mouvemt^nt et — ce qui a son importance — que cet 
automatisme no p irait pîis coïncider avec rautomalisme du jugemeiiL 
On voit certains enfants être très suggestibles en ce qui c incerne le 
jugcuieitt et Tètre très peu pour les mouvements ou, inversemvtit. »< 
laissi-r suggérer des idées bien moins que des mouve.nents. Ea 
revaiiulie, M. Qinet pense qu'on peut ironsidérer, au mains provisairo 
meut. Comme vrai, que « le dévclioppement de rautomatisme pour I» 
mouvements âtinples est un signe probable d'automatisme pour U4 
mouveincntâ plus compliqués 

L'uuvragc de M. Binet se Lermino par quelques pagea de oùada 
«ion. L'auteur présente son livre comme « reiécuiion d'une tout 



REVUE CRITIQUE- 



LA SUCGESTIBIUTÉ 



397 



petite partie d'un plan beau'C'Oup plus gL^néral. Ce plan. diC'il, auqjuel 
je travailie depuis bien des année!>, et pour lequel j'amasse des maté- 
riaux dont la plupart n'ont pas encore été pnbWés. consiste à établir la 
psycholo§:îc expérimentale des fonctions supcrisiires de l'esprit, en 
I vue îl'ufie différeuciatioji des individus. » Et il examine quelle contri- 
bution ses études sur la suçyestjbilité apportent à la psycholog'ie 
individuelle. Deux questions se posaient : <> la première peut se 
(oriuuler ainsi : rnppréoiation de Ja suggeatibilité dea individus est- 
«llo pussiblf, eu dehors des pratiques de l'hypnotisation? En d'autres 
Itriiies, peut-on savoir si une personne est suggeatible, et à quel 
degré cUe l'est, sans avoir besoin de rendormir? » Et la seconde ques- 
CiotL, I bieti distiticto de la première, consiste à se demander si ces 
opre»v63 de suggeaLitiliié quâ tioua avons imng'inées, ou si d'autres 
«preyveB qui restent à ijnaginer, sont sig^nificativcg. « 

Sur le premier point >E. Uineteft afJirmtUif, Il pense avoir démontré 
«qu'on peut faire de lasugg:c9tion sana hypnolisme, pard'SS méthodes 
î^liirnent inoffeosives, des méthodes atoJaires, vraiment pédagogi- 
'i'KB'. Lc!s expériences qu'il a taites i permettent un classement dee 
^dividus, par rapport au point sur lequel l'épreuve porte, et on arrive 
éterminer par exemple qu'une personne A est plus auggestible 
l'une personne D. et moins auggestible qu'une personne G... Nos 
its (ie suggeatibililé ne font pas seulement le classement des 
TCs; ils permettent de déterminer, pour chacun des sujets, diffê- 
ta peints importants, comme la promptitude â se corriger, Taptr- 
S à se rendre compte de ce qu'Us sentent; et par l'appel qui est fait 
introspection, noua sommes parvenue a saisir quelques parties du 

isme encore bî obscur de la suggestion, u 

Mainlenant reste h. savoir si ces tests eont « signîtlciitifs n. « On 

Psui se demander, dit M. lïinet. el tel sujet A qui, dana une de nos 

fuvfts^ a été- très au^geslible, le serait autant pour des épreuves 

lérentes, ou pour les mêmes faites à d'autrss occisiona; cm si d'une 

iai&r& générale, dans sa vie réelle, ce sujet A n'est pas moins s.ug- 

ble qu'un sujet B, qui cependant a'est montré bien plus réfraclajre 

iios lests de suggestion. C'est une question très importante, et très 

icila à résoudre; presque tout eat encore à faire. ■• Et M- Binet 

lc[ue la voie qu'il faudra suivre, à son avis, pour s'approcher au 

"loina de la solution de ce problème. 



i'»\ lichê d'indiquer les lignes générales de l'ouvrage de M- Binet et 

d M (lire les principaux résultata. Je voudrais maintenant l'apprécier. 

EljeiQehâte de dire quo le résumé, l'analyse qui déllgurent toujours 

plus ou moina un livre, ont été dans ce ens-oi particulièrement périt- 

l*U, Le livre dont je parlais vaut beaucoup par les détails et jc^ n'ai 

lifitmé une idée Bufiisante ni de la préeiaion et de la minutie des expé- 

■ ni de Taboodance et de la richesse des commentaires très 

^-3. A tous ces ijgards, l'ouvrage de M. Binet mérite de g^rands 

TO«I LU. — IflOI. 20 



SOS KBVL'E PHILOSOPHIQUE 

éloges. Ajoutons qu'il est très clair et qu'un lecteur attentif lelitsisî* 
ment malgré la multiplicité des fait^ et des réllexions. 

Maîntenant il me faut indiquer las réserves que je dois faire. D'abord, 
et sans quitter le point de vue strictement expérimental, il IDfi xtii* 
en certiiiny. cas, quelques dôuloB. M. Biuet a pensé à heaticoup ti'objfc- 
tions. il a pris beaucoup de précautions pour que ses expériences 
fussent aussi concluantes et aus^i satiâfiisantes que possible. J'estinii 
que, dans une niesiire très honorable, il ii atteint son but. Gep'^nduiil 
U certitude expérimentale est cncnme toutes les ccrtîrudes, il est di!l>- 
cila de l'atteindre, particulièrement lorsqu'il s'agit de phénomènes un 
peu compliqués, et il cbt peut-être possible de signaler, çâ et ih.nn 
point fujble. En voici deux que j'ai cm n^connaitre. Il est fort poasibif 
que l'expérience ne soit pas viciée par ce que je Tonstdère comme une 
dérectuosilê, mais il peut, sauible-t-il, rester quelque doute. Dans lu 
expênenoes laites sur le souvenir des objets qui sont lizéa sur un 
carton^ il y a intérôt à ce que L'enfant, qui a subi l'expérience, Jifisoit 
pas trop bavurd avec les autres. • Les erreurs une fois reconnues, d't 
M. Binet, Texpéricnce est terminée, L'enfant quitte le Cabinet (lu Clirw- 
tour; toujours te Directeur lut ri^commande expressément de tiepu 
raconter à gcs cam;irades les objets qu'il a vu« sur le carton- Cotiej 
recommandation est Taita sur le ton le pluii sérieux, et le Direi^ifnj 
s'est chargé do savoir, par une enquête discrète, si les prescrîpiion 
avaient été suivies- » « Enquête discrète « est un peu vatrue. On nime-j 
rait être plus assuré que le ton sérieui du Directeur a fait tout «ml 
effet et que les enknts n'ont pas parlé, mais la cerlitudc qu'oD *») 
peut avoir me parait bien plutôt ce qu'on appelle une « cerUtads] 
morale » qu'une certitude expérimentale- Et cela va un peu conni 
l'esprit général des recherches de M. Binet. 

On pourrait trouver aussi, je crois, que len expériences sur l'iŒiilî-] 
tion ne uioLtcnt pas toujours sufiisiininient en lumièrie, ue rendeolj 
pas &B&&Z indubitable le fait même qu'il s'agît d'étudiée*. Je rappel!' 
que M. Binet réunit ses élèves par groupes de trois pour les iQle^| 
rog«r et reclierche dans quelle mesure la réponse du premier dicKj 
la réponse des deux autres. Il signale lui-même certains cas comn 
douteux, et met n hor;^ de cause les questions dans lesquelles on pf*] 
un dilemme : par exempte la question suivante : le monsieur 4ilj 
portrait a-t-il la jambe droite croiace sur la jambe gauche, ou bien U] 
jambe gauche croisée sur la jambe droite î — Ou encore : « le portrùi^ 
est'il brun Toncé ou bleu foncé? L'élève, pri^i par la suggestion, El 
obligé d'opter entre ces deux alLernalives; si trois élèves d'un mtc 
groupe désignent la même jambe ou la même couleur, ce peut ëtF 
eaûs doute l'effet d\me imitation, mais ce peut-être aussi une coiaC 
dence fortuite, car le nombre des. variations possibles dans les répons 
est très restreint; Jl est préférable de laisser en suapcns rititerprcl 
tion de ces rcponsea, et de no pas les mettre sur le compte de l'ioïkt 
tioQ. i' La remarque est très juste, mais on pourrait, je crois, la gct 



REVUE CRITIQUE. 



LA SUCGESTiBILITË 



ayft 



Comment simrons-nuus si une rcpuns« venant api'è3 une autre 
ftuencce par CL'Ue-ci? En cerlains cjts des ciruonsdinces spiicinlea 
Dit iiouâ le faire n.dineU]'c, par e\em[>le ai les deux rûpouaes 
'oné<!5 et quB l'crrËtir ijuVIleH rtînTermenC soit ussez siiin^ulii^re, 
croire légîtimeniient qu'il y a eu imilation^ en raison de la 
babilitû qu'il y a à Cë que deux sujets commettent îndépen- 
t la mènrc erreur, Fi elle prcsonto des difUcultés scnslblëii. 
CD d'flutrcs c-is I'intcrpri.'tauon devient bien diflîcile, au moins 
JDeso rapporte qu'aux résultats visibles de l'expérience. M. BincL 
n aux élùves un t-arton sur lequel sont tixûs six objets, puiâ 
bêle carton et pose aux étèveadifférenlL-s questionR, Les deux der- 

Sont rapport â un septième et à un liuitième objet qui n'existent 
arrive parfois qau les Irois êltves d'une sépie répandent qu'il 
pas de- septième ni de huitième objet. M. Ëtnet en ce c;is uole 
mîtations. Il en conclut que n plusieurs lilèves peuvent s'imiter 
tant à la suggestion ». C'est dire en d'autrcfi termes qu'tine 
ion peut faire i?'cliec à une autre. Kl je crois bien que cette 
ioit est juste, bien plus juste que surprenante^ mais l.i voie par 
y arrive M. Dinet n'est peut-être pas Irréprochable. « Je ne 
as. dit-il. que si tes ti-oia élèves de certains groupes ont 
i|Kïur lo Beptlème et pour le huiiiùme. objet: qu'il n'y eu .iv.iic 
par imitation, « Pourquoi donc? Il pourrait bien arriver que 
ves réunis se rappellent qu'il n'y avait que six objets sur te 
qu'on leur a montré. Alors même que le fait sernii rnre. il 
It pfts impossible, et il y a bien li une source d'incei'tituîle 
jcpérienco. Mais voici autre chose entîore; alors même que 
nses diffèrent nous ne pouvons paa savoir s'il n'y a pas eu 
ion- Par exemple pour le huitième objet les trois élèves répondent 
ejvement une fois que crt objet (imaginaire) est une personne, 
me, une femme. M. liinet ne marque ici aucune imitation, 
ant d SB peut bien, et même il est ,i priufî vraisem- 
le le premier en indiquant une per^ûnnC a suggéré aux deux 
l'idée d'un êtr<j humain. Le second aurait imité L>n précisant ]a 
', le troisième aurait imité aussi le premier en rca^ïiss.-iQt 
e second. En somme nous ne navons pas 1res birn, e.xpéiinien- 
U. quand il y a imitation et quand il n'y a pag imitation; K's 
sont souvent un peu suspeds, et p.irrois iU te sont beaucoup. 
t peut dire que les détail-i de l'expérience, la physLunomie des 
leur altitude ou leur geste le renseignent .iHsez sûrement. Il 
lois des remarques de ce gt-nre et il tire souvent un bon parti 
ibserv.ttions. Il se peut donc qu'il ait très bien vu 6t qu'il ait 
u fond dans la plupart dt^s cas douteux. Seulement nous n'eti 
tne. du tout la (certitude expérimc^ntate. Lit M. Binct ne me 
tas d.inB une situation beaucoup plus avantageuse que celle 
pies observateurs qui noua disent ce qu'jls ont observé sans 
1 expérimenta!, ai nous croyons à açg conclusions, c'est parce 



300 KBvtJK PiiiLosor^icmE 

qu'il nùils aura personnellement inspire confiance, parce que DOut 
aurons cru recon[i:iitro on lui un bon observateur, capable de voir et 
de comprendre, bien plulôl que pour les chîlTres qu'il nouâ apporte 'Sl 
1q5 résultats iiiipersonneEs de ses expériences. 

Si maintennnt noua en venons à ce qui est proprement interprél»- 
tion des Taits. j'aurai encnrc à faire plusieurs réserves, et il nwj 
eemble que toutes ces réser\'ea converg-eiit et nous acbemiiient verulij 
même conclusion. 

Dans la première partie du s.on Lrn.vai], M, Uiiit^t a tâché d'élimiasr] 
de ses expérieticea toute iiilluence moral»,' de rexpérîmentatour bw 
le sujet, .l'ai dît que je conservais quelques doutes sur le résultai. 
Il me semble en effet qu6 les dcLails lies faits indiquent plutôt un* 
cotnbinaison d'inlluence morale et d'aulO-suggt-'Slioii. lis ne rèvî-ui.' 
pA8 seulement la tendance îi se conformer à une tdéedirectrii^e ^puii- 
tanument format.', à se servir délit? pour comprendre et pour iiilcr- 
prêter les donnûes de l'expérience, de manière à arriver Ainsi iât$i 
généralîsalîons abusives et fausses. Us paraissent montrer nuasi, cli«| 
rélibve, un ccriain besoin de mouler sa propre pensée sur la pensé* 
de celui qui la dirige. C'est en ce sens au moins que jo serais porii* 
comprendre certains faits ci certaines répon^e^ des enfants cit^^i 
pjir M- Binet. 

On se rappelle que les enfants entraînés par l'augmentaticn il<j 
'ongueur des premièree li^tic-a qu'on leur montre, cùtitiDuent ri attri- 
buer des valeurs croiHsn.ntea à des lignes qui restent, en fait, égtlHJ 
à celle qui les procèdent dans la scVie. Us ne restent pas, Usil 
souvent, sans s'apercevoir de celle tcndancs ii l'erreur. On IflUT] 
denl.uide ; « Pourquoi nvez-vous continué à faire des lignes 
longues après que vous vous êtes fiperçus que vous vous irumpîcîî'; 
Beaucoup d'enfants bésitynl à répondre, rougissant, ou répondent qi^jj 
ne sa,vent pas. Quelques autres donnent un motif, et Texpér 
devient alors fort intéressanto. Un enTant faisait ses lignes loujtf 
trop grandes n pour que cela fjisse plus beau ": un autre répoQiI ■ 
« parce que j'avais peur qua vous rae les fassiez roconimencer ^J 
fl Cette réponse, ajoute M. lîinet, laisse deviner une crainto de mill 
faire, de tléplaire au profe&seur, en faisant des corrections qui allért"' 
raient la rcgularilé de ia copie, a Un autre n s'arrête au milieu li'unPl 
expérience pour me dêûlander s'il est permis de marquer des poiatAl 
vers la marge. Il s'imaginait donc que c'était défendu:' Ce senlimeUM 
de crainte a dû bien probablement pêiser sur plusieurs de uos sujett^j 
il a été avoué par quelques-uns. u En effet un élève, interrogé su 
ses raisons de faire les lignes trop longues après avoir reconnu 
eri'eur, répond ; « Parce que je n'ai pas osé revenir (vers la marge). 
D. Tu pensais donc que c'était défendu"^ R. Non, monsieur. » M. Dît 
parait admettre que toutes les raisons données par les enfants sor 
de simples prétextes trouvés apr^'s coup, pour expliquer une impulsit 
dont la oauâc (auto-suggestiou par inllueuoe de l'ictéo direcirïcf 



REVUE CRITIQUE* 



LA SUCeiîSllPILITÊ 



301 



beuraït incûnnue. CsUâ explication doit bien rendre Cainjpte 
krtie deâ failâ, mats les réponses des enfants et les remarques 
de M. I3in«t, cette crainte dâ déplaire, celte Inquiétude sur 
citsme purait bien, indiquer aussi qu'il y a chez le sujet une 
I préoccupation de ce qu'on attend de lui,, une envie de répondre 
F plus ou moins bien compris du dir^ct^ur de l'c^ïpéricnce. 
[moins le doute est-il possible. Les expériences s ub se q niantes 
Muet présentent des détails qui appuient, je crois, cette con- 
[ un élève plus â^é déclare : n Quoique les dernict-es lignes 
Dt paru, plus courtes, je n'aurais pas osé pétrugrader n. Une 
ille iitterrogée plus en détail sur l'expérience de auggealtun 
, poids témoigne de sentiments analogues. « A la sixième 
I', elle demande : a tl no peut pas y en avoir trois ég'uux? Ils 
Ir égaux tous, u .In ne réponde rien. A la huitième épreuve, elle 
ITB ; « Ça no fait rien que tous soient égaux? •> Ces divei'seH 
is... nouâ montrent déjà que le sujet a. en quelque sorte 
t'une permission pour dire que Icâ poids sont égaux. Cet ëi.it 
Btagulier, nous le connaissons diijÀ; nous l'avons rejicontrô 
M expériences sur \^^ lignes chez plusieurs clèves d'^ïcolo 
L.. ■ lit M. lîînet, aprcs^ avoir cité l'interrogatoire du sujet, 
• On remarque aussi que l'enfant a en conscience qu'elle 
jt plus de difliculté h donner des jugements d'cgalitij qu'à 
',dcs jugements de supériorité. Celte diniculté était surtout, 
t-il, de nature morale; c'était comme une défense imaL;inairc, 
It une crainte vague. C'est sous cette forme spéciale que la 
Ion a agi, c'est de uutte manière que ridéi; suggérée a atteint 
L'enfant n';i. pas eu Lt proprement parler la conviction que les 
Sgmeotent régulièrement du premier au quinzième; ùliv ii 
LU cotitraict?, et l'a dit à plusiicurs reprises, que beaucoup des 
I semblaient égaux; mais elle a été empêchés d'afllrmer cette 
par l'eiTet d'un sentiment de crainte; le mécanisme de la sug- 
,0 donc été émotionnel, n J'incline à croire qu'il y a en tout 
élément qui n'est pas tout à fait analysé. Le sujet sç mêfie-t-U 
Bnt de l'intention de l'cxpérimentali-'ur? Cherche-t-il, sans 
n rendre compte, à lui plaire ou tout au moin^ à iis pas 
r d'une ligne de conduite qui lui parait plus ou moins corres- 
^ l'état do celui-ci? Il est très vraisemblable qu'il se forme 
iveraent et un peu inconeciemnieut cette idée que certaines 
l'agir valent mieux que d'autres. I-t il me sembla difficile de 
absolument, dans ces expépiences. l'iiilluence do rexpérimen- 
le riullueace dû l'idéi- directrice sponlanément formel! et de 
rgiçrestion. 

t»te les expénences do M. Ginct n'en scra.jent pas pour cola 
intéressantes, l'eut-ôtro lei Eeraient-elles mèjne d.avantnge 
Be rapprochant davantage de la ^'ic normale, que le défaut 
ezptjrience» artificielles est de trop négliger en un sujet 



303 HEVUK F'IlILOSDPHlQtK 

OÙ c«H(i' JiégligeiiCR ust plus lâi-hruse qu'allli-'urs. Il ust sùreii cH'^ 
que, ddiis uii»? fouliî do cas, ritiHucncf Ul-s itlÉes que nous avOW 
cOTiçucs aous-inèmç?, celle ùes préjugéB, des. géiienUtsatioriK Itm 
fnttfs, etc., i-st trîra fortement iiilluencéL-, dans un sens ou dans l'autB 
par rinHuence pi;rsonnelle de ceux a qui iiuu* avons ufFaire. Il * 
assez fréquuiit que l'on se laisse d'autitnt mieux conduire [lar un 
idée t^^nêrnl'? ou par un prujtigié qu'an lo sait [inrlagé pnr l&s pei 
sonnes qui noua wcûuleiit et qui ii()prJcîeiont nulri- conduile. IL n*l 
pas sans ifxeinplG, au coiitraîri-, que le d^sir de contrarier, de choqn 
prûd.ui&e un eCTet analogue. Quc1l{U4.'s auteurs se^oilt visibJement plg 
lietirli-r tes sentimenta du K-cteur. Il est irés diffioilo. lorsqu'un homa 
t|uokfinque loinbe dans l'erreur par excès de généralisation et pa 
iiilluence do l'idée tlxe, de dira jusqu'à quel point son erreur a été catiid 
par l'état d'esprit de ceux avec qui il est eu rapport. L'expérience (I 
M- Dinet (end bien â séparer les deux facteurs: le (auteur individw 
et le fuaieur social, il ne rac parait pns qu'elle y aboutisse complèw 
m:'nt. Maifl si, par elle-même, cllt^ n'a peut-iJire pas lout à failli 
eignilîtratinn que l'auteur lui dojinc, elle est pL^écteuse pa.r les tiéiail 
qu'ellu II (jrovoquL-B et qvii, oui, se rapprochent beaut^oup plus de ïl 
vie normale^ sont plus pris n sur le viT» et ont d'ailleurs donne à M. Bini 
rûccasiou de fuire des ofiservulinns întéressanteFi Et d'utiles remii 
ques. 

J\irrJvo enLin h ce qui m'a |jaru le principal défaut de l'ouvri^ 
dcfaul que l'auteur, }ù m'erapri'sse de le dire, a reconnu, nu muiase 
partie. Il e&t vrainient trnpaymbniiqufi. Le but de toutes Ces feclicrcht 
psychoLogiquea était d'arrivei- à mesurer, aana recourir i.ux uiance^uvn 
hypnotiques. In sugyestilïtlité des enfants. Pour cela on fait diverse 
expériences sur certaines (ormes de suggcsttbilitc, mais ces form 
diverses ne doniient pas des i-iisultals concordants, et liirsqu'elles 1 
donnent, rien lu' garantit qu'elles représentent suHisamment l'fi 
Bomble de Ia vie de l'esprit, et d'autre part ces formes etles-mêtni 
sont appréctûes au moyen de proeédéa spéciaux^ do eoeirtciente c[tl 
ne représentent pas d^une inaniL^ro indiscutable et sulUsanunGnCpTi 
cisy les pliénûniènes qu'ils sont chargea de condenser. 

Certaines mLiisures sont bien arbicra-iros, ût il faut rendre eitctf 
celte Juâlice à .M. Binet qu'il en a g-énèralement a?s€t bien vu li 
inconvéniejitB. P^ir exemple, dansiez expërieuees sur la. mémoire ^nTci 
une erreur d'inveniioii (celle où l'élève prtsentc comme doûtti 
par le souvenir une image sans rapport visible avec la réaliic 
conaidérée conimo ayant une ïmportauce double de l'erreur par logiriM 
ou ruuiine (celle qui est suçgcrée par cerl.-iines lialiitudea dVspnt, tel 
est Ir? Tait tl'(-'^xpli:[uer la fisation du bouton sur le carton par 
épin-;le ou par un lit imaginaire). La pretnière erreur est plus çrav 
cerlaine égards, mais il n'y a paa de raison pour considérer celte di 

4 'Al. 

rence comme exprimée par le riippon | plutôt que par a ou ^. Le$ c 



REVtïE CRITIQUE. — Ll StirCESTlBILITÉ 

ï, ici, risquent plmùl d!'ég:arer l'expérimentateur que de l'aiiïep 
réelieinPiit, II y aurait à dire aussi sur le choix des coeflicients de 
SUïSL'slibilité, M. E^inct étudie l'inlîuenee morale de l'expérîincnlnleur. 
Il suggère à l'enfant qu'une couleur est bleue alors qu'elle ei^t verte 
at que l'enranl la voit comme telle. Souvent la suggestion rûusait et 

Cl inlluence s'exerc-e encore sur l'appiéciation des couleurs qu'on 

iitiïrc ensuite, quelquefois rélève appelle bleuca 2, il ou 4 des cou- 
kurs euiviintes. a Comme cet effet de su-jjjcstlon, dit M. BinCt, eb 
pr^SDiite sous une foriiiQ numûrique, nous l'avons pris comiiia base 
ducalcul lie la «uggûstibililâ; lâ âugg-eâtibitilé prendra donc les coef- 
ûcnaoLstl, i. 2, 3, etc.. suivant le nombre do couleurs subséquente* 
qui subissant l'elYet de la suggestion. » 

yue mestire-t-on réellement avec ce? chiffres V D'abord il faut 
rerniirqiier que le'* ëlèvea •• n'avaient été dupes d'aucune illusion; i!s 
8;n':iieut fort bien qu'ils n'avaient pas écrit le» vrais noms de cou^ 
K'ur« ». C'est par obéiïisancc qu'ils avaient accepté la suggestion. Mais 
pourquoi avaietit-ila obéi? Par devoir, par inaliuct de subordination, 
pariympaLbie et bonne volonté, par paresse? Un ne sait trop. Les motifs 
pïiivent être Irijs variabhis et l'iaipartauce de l'élément sujrgeation y 
*il li't's différent d'un élùve à l'autre. Ll- chifft'e ne dit rien dû cela 
vt par conséquent ne nous apprend en somme pas grand'chose. De 
piufl. il serait sans doute abusif d'admettre qu'un élève est trois fois plus 
"ottgestible qu'un Rutre parce qu'il a répété deux fois de plus l'indi- 
Miion de la couleur bleue. Mais idors vraiment le chiffre ne parait 
pat L'on&efver une raison d'être suHia.T.nte. Il ne correspond pas asses 
*L rûalUé psychologique. 

Aa reste-, je puis laisser parler M. Biuet sur les îuconvénientsi des 
Oesures. 11 les a souvent vus otsignaliîs, seulement leurs jivantagcs lui 
itnlparu. sans doute, dépasser leurs inconvénients l'C il n'a pas nssez 
tenu compti- de ceux-ci. Il écrit nprès avoir ciçposé sa méthode au 
*jel de l'action morale et de sou inlluence aur l'iipprôi^iation des 
«|pi« : (( Le mode' dt' calcul que je viens d'indiquer impliqui' une 
■iitr» hypntlioBc beaucoup plus sjravc et que je cruis même erronée; 
CMI que du moment qu'un sujet ne cban^e point tn liions qu'il n 
Bbord choisie, et y perat&te malgré la suggeDlion, On doit lui donner 

note a et II* considérer ctmime ayant êch;i|>pé h In suggestion. 

:-ce bien vxsicK'f âana doute, vi- sujet n'a point modilié son opinion 

ins le sens do la suggestion, mais il n'i>n résulte paa qu'il n'ait pas 
influencé par la suggestion, p Et M. Binct établit iii^cnîcusemcQt 

ily a^ des distinctions à faire dans la suggestibilité; on peut être 
iullwencé par la suggestion, sans &lre influencé dims le een» de la 
«lif^est Ion », Cela est très vrai, et c'est en quoi, en effet, le symbo- 
lisme de la notation parchifTres est défectueux et risque souvent d'fitre 
Irompeur, même si l'expérimentateur prend, comme M. Binetf la 
pré^AUtioD de dire que ces chiffres ne donnent pas une mensuration 
«en table dra aptitude? psychologiques et que tous les chiffres dont on ao 




30i BEVUe PBItOSOPHIQl'B 

sert n Bont des chitïrea de classement et non des chilTrea de muosun- 
tioR II. Ce n'eat pas eeulemeat la mensuration qui reete IrÈs dim- 
teuse, c'est en bien des cas le classement lui-même, comme ou vie&l 
de le voir. D'ailleurs il n'est pas stias incoQvénients de se servir île 
cbiffrea ayant une aigiiirtcatiuii aussi restreinte, l'oppositlûD entre li 
précision de rexpreBsien et le vajtrue relatif de ce qu'on veut exprimct 
peut sait tromper &oJt décourager le lecteur, et même fauteur, et 
je ne sais pas non plus si l'on peut opposer si nettement le doB&e- 
ment et la mensuration; le classement implique, en somme, un&neii- 
BumCiou approxiniAtive. 

31. Binet nous dit encore, à propos de l'idée directrice et du CDelTiciieat 
de suggestibilUé qu'il choisit, i qu'un c;liitïre brutal est loin de rèautaer 
lidèlemeiit toutes les nuaniîes d'une expérience de psychalygie i, Kl 
plus loin eoLjore : n ... quelle que soit la. manière dont on cJimbiM 
ces différents éléments, il faut être bien persuadé qu'ils ne sau- 
raient rendre lu physionomie de rexpérJence, ni surtout son (and 
intime... il est certain que l'on éprouve quelque embarras à expKmer 
pjxr uti chîrTre brutal toutes les osciElations d'une pensée; le ciiiilTr« M 
peut avoir qu'une précision trompeuse; comment an elïet pourraic-il 
résumer ce qui aurait besoin de plusieurs pages de description! Noui 
croyons nécessaire d'insister fortement sur cetto question; Ji sug- 
gestibilité d'uuo personne no peut pas s'eïpriioer enuéremeot par uo 
chiffre, alors îoême que ce chilïre corj-espoud exactement au de^ré de 
sa suggestibilité; il faut en outre compléter ce chilTre par la destnp* 
tion de tous les petits faits qui cotnplèle l» phy^ionomtc de l'expé- 
rience. <• Celii est tros ju^te et cela est bien dit, mais c'est à peu piM 
reconnaître que la partie importante de l'expi^rienue^c'est moiiislcxpé' 
rienoe elle-même que les observations k la manière ordinaire, qu'elle 
donne l'occBsion de faire. 

Il rùsulte à mon avis de tout ce qui précMe que les réâult&ts ds 
expérience;^ de M. Uinet, avec leurs Cocfflcients de sUg^estibiiUé, tl 
malh'ré la richesse des observations secondaires, ne représentent [*! 
auflisammcnt la vie njeUe de l'esprit, l'aptitude particulière qu'elles 
oiît pour but de révéler et de mesurer. Le manque de précision réeïa 
y est trop con'^tant, malgré les apparences rigoureuses qu'ils revêienl 
et les risques d'erreur y sont trop multipliés. Mais f»llut-îl les aeoeplei 
tels quels comme irréprochables, nous n'eu serious pas beaucoii|i plu* 
avancés. C'est que, en effet, alors même que ces résultats représen- 
teraient fidirienieut et complètement les fragments de vie psycho- 
logique sur lesquels ont porté les recherchée de M. Diuet. ccf 
fragments à leur lour sont très loin de représenter aufnsaram«ntlll 
vie d'ensemble qu'il nous serait important de connaître et à laquelht 
surtout nous faisons allusion quand nous parlons de la sug<i:e8tibiiill 
d'un enfant. 

D'abord la âuggestibilitê n'est pas la môme pour un même enfi; 
selon la uature de l'expérience faite. 11 ne faut donc pas, K Ce polot 



REVUE CRITIQUE, — I.A, SUliGKSTruILlTI^ 303 

S, parler de la suggestilHlUé d'un élève mais plutôt de ses sug- 
B^îlités, car il peut ùtre cl Llf éretnment intluençable aeion qu'on 
Be de l'inlluencer sur tel ou tel point et nous ne pouvons conclure 
^e qu'un éi^^ve a été euggeslible dans certaines expériences 
'il le sera égalenient dans d'autres. Par exemple, deux élevés 
i s'étaient monlrùs peu suggestibles pour les lignes ont été assez 

Ïes à Ea sug-j^estion par les poids, a Je supposa, tJit M. HineC, que 
i élèves^ peu fiuggestibks pour les lignes, l'ont été autant pour 
oids, lu. cause «n est dans la nature des sensations qui sont 
ervenues dans ces expériences; il «st possible qu'uno personne 
laisse suggestionner en ce qui concerne certaines sensations et ne 
lajsgo pas sugij'estionner pour d'autre». » Nous trouvons encore un 
Tant qui, apr^e s'être comporté n eu vrai automate pour tout ce qut 
Bfierne les Idées directrices o^ a, au contraire, n bien résisté h. l'action 
BnnelLc ». D'autres aus»t ont lutté contre l'action personnelle plus 
m ne \o [aîBait prévoir leur attitude précédente, Kn revanche, Uiï 
me garçon, qui avait fait preuve antérieurement de beaucoup d'es- 
llcntiqu'e, a subi, avec une ^'rande docilité, l'actioo personnelle a. 

È, la sugij;esLion des mouvements auboonsctenta donne des résul- 
qui ne cuncordent pas toujours avec ceux des. autres expé- 
es : * Poire, l'enfant le ptus sug^estible pour le ju^'ement, est ici 
moins automate, et au contraire, r>elans, si peu su{|!g«stible dans 
domaine du ju^'ement, est ici parmi les meilleurs automates. Ce 
it noua laisse soup^-onner que ces deux genres de su'jffe'îtibiliié ne 
ùvent pas être parallèles comme développement. •• Et M. Uinet cou- 
Dt, à la lin du chapitre, que l'aulomatisme des mouvements a ne 
krait pas coïncider avec l'automatisme du jugennent ", 
Il ne semble donc paa que l'on puisse, au moyen d'expériences 
pëciales, porter d'une façon constante un jugement sur la augges- 
i^lilù générale d'un enfant. M. Dinet, comme on a pu le voir tout 
l'heure, a parfaitement compris que la question n'était pas résolue ; 
presque tout, dit-il, est encore a faire ». Il espère qu'on résoudra 
*> diftîcultéa II en employant différents moyens, il faudra, par 
*Ki»plê, rechercher ei les personnes qui sont très bypnolisabSes 
OOt plus sensibles à nos testa que les personnes qui Ëunt 1rèa 
'CrActaîres à l'iiypnotisme; on verra ausai si, pendant les états de 
*)Rinjimbulismc' qui produisent une augmentation nutoire de la sug- 
^ttibilité, les personnes deviennent plus sensibles à nos tests que 
«odant leur état de veille; je pense aussi qu'il sera utile de faire 
||recherches analogues sur certains imbéciles et idiots qui parais- 
^ très auggestibiçs. Il y a là tout un programme de recherches 
^Uont pleines dis promesscB, J'ai moi-mÔme commencé » attaquer 
ffitiultc, mais en prenant une autre voie. Répétant dcB épreuves 
Ulîârentes de euggestibdité sur les mêmes sujets, ji'aj reclierclié 
'SUg^estibilité varie avec la nature des épreuve». Uieti que cette 
qu'indiquée dans notre livre, et qu'cili? méritât d'être 



806 ItKVUfi P3|l|J)¥UI'illUtlË 

pousscû plu3 loin, elle fournit dé}\ d'utiles indications; Paplitude 
mouvenaLMïts subconscLCLits. nous l'avona vu, parntt îadèpendï» . 
des autres furraes de suggcstibilité : mais je répète que ces étii<ï 
sont à peine ébauchées, u 

Certes, Il'S expérieiici'S indiquées parM. BLnet pourraient donner 
résultais inti:r€^Bants, mais outre que certaines d'rntre elles ruiii 
dtiiaent l'Iiypanlisiue, il ne me semble pas qu'elles soient de natui^ 
rûaoudre cumplélement la question générale qui importe le plus a 
seulement au point de vue pratique, mais nu point de vue de la p 
chologie individuelle : Quel nipport exî^te-t il entre tes auj^grestibilj 
Bpéoluleit que révèlent lea expêrlenoes et la su^gesttbilitè d'un indivr 
dans sa vie rétdle et normale? 

Il mo semble que si Ton fait uni> analyse même aommaire d«s d 
nées gcnéraies de robscrvation, procédé dont M. Uiuet se méfie, à nj 
avis, beaucoup trop, on entrevoit bien des dilficuStés. La suggesiibifji 
dans la vie réelle et normale, dépend au moins en partie d'un cnseniâ 
de (endaiïcea Bi>cîales, difTéremment combinées selon les occasioa 
qu'unt- expérience de Ijiboratoire ne met g-uère en jeu et dont ri a 
poaailile qu'cllL- ne permette guère de prévoir l'inlluencL'. Nous ftroi 
tous remarqué et c'est une observation banale, que chacun de Hou» 
des points particulièrement sensibles et que si l'on veut l'influencer 
faut ^'adresser de préférence h. tel ou tel senCimetit, ou bien encore 1 
prendre <tans telle du telle circonstance déterminée (à jeun ouaprJ 
un boik repas, quand il est heureux ou afEligé, etc.)- Il semble bicnrjU 
les plus suggcfitibles mérnes nt; sont pas également inlluen^^ables siJ 
tûu» les points et de toutes les façon* et que ménu^ auprès des ratiio 
fluggeatibles on puisse, en s'y prenant biefi, intervenir ave-c elïicacîW 
Mais il paraît vraisemblable que c'est Tobservation directe du c*rw 
tère de chacun de noua se manifestant dans les conditions de \ivi 
normale qui peut le mieux nous renseigner directement là-dessus c* 
nous fournir les bases des plus légiitimes inductions. De ce qu'un tnd 
vidu ae sera laissé tromper dao-i l'appréciation d'un poids, ou n« pcS 
guère L'ji conclure qu'il sera facile, par exemple, de lui faire rompre U 
mariiig-e. Les sentiments en jeu dans l'un et l'autre cas sont Iropdtff* 
rents et il trop d'égards, pour que le passage de Tun à l'autre soît p* 
Bible, ifûis si nous avons vu agir cette personne dans ta Vie, si noti 
connaissons des personnes qui lui ressemblent par des traits de c&ra 
tère dont nouâ aurons pu comprendre la signtlication et la puni 
peut-être pourrons-noiis hasarder prudemment une hypothèse et l 
attribuer un caractère plus ou moins marqué de vraisemblance- ■ 
ne aer.iis pas surpris qu'un inalitmeur, en voyant agir chaque jouri 
élèves de sa classe, soit mieux rensel^^ne sur leur su^gestiblll 
réelle, sur celle qu'il importe le plus de connaître, pour peu qu'il sât( 
observer, qu'il ne le serait par les expérieuoeB spéciales les plus inr 
nieuses qui resloraient toujours trop en dehors di? la vie normale. 

En tout cas, si l'on peut jamais trouver une expérience vraioi 



BEVUE CRITIQUE. 



U Jît'CCBSÎIBlLITÉ 



BigTiificaiivc et d'une portée très générale, ct.- qui ne me paraît pas vrai* 
8einl>l.ible, mais ce qui estpossibîe à la rit|"uenr,on nepourfiiit en savoir 
la valeur que pp>r de longues observacions portant sur la vie normale. 
Ce n'est que par une minutieuse comparniBun dos résultais de Pexpé- 
rienc« apôciale d'une part, et de l'observuLJuii ou de l'expéi'imenltilion 
faite aur le sujet dans les coudilions ordiniLires de la i ic d'autre part, 
que l'on pourrait L^onclure que les rêaultatK de la première peuvent 
s'appliquer à la seconde t't que la personnalité est bÎGn réellement et 
exâclOiueiit représentée par la rêactiuii partielle provoquée et enra- 
gistrce par rexpérimenta.tion. 

Noua L-a riivenons donc toujours nu même point et il me semble que 
loulËs lea objections que nous suggère le livre de M. Binct nous poussa 
v^TS la même concluaion : que l'observation do la vie psychologique 
oormale, dont je ne mécoanais. pas les inconvénients, est nécessaire b. 
Hk psycholog'ie et que son importance, quand il s'agit de ronctiotti psy- 
^piiques compliquées, l'emporte sur celle de<t expériences de labora- 
Hoire. M. Binet la dédaigne trop. Cependant il la recommande par/ois 
I *t s'en sert lui-même. M. R;»uli ' lui a déjà reproché dans sa très Inté- 
re&BEiTitB critique des méthodea de quelques représentsints de la psy- 
chologie expérimentale, de condamner chez les autres des procédés 
qu'il omptoio aussi et auxquels j'ajouterai qu'il doit une grande partie 
lie cê qu'il y a de bon et d'intéreasant dans son ouvrage sur la sug- 
Kestib^hté. 

% revanche, M. Dtnet n'ôvite pas toujours len écueiU où le conduit 
1^ uianicrt.- dont il comprend, avec d'autres psychologues, la p^ycho- 
lû^ie Gipérimeniûle- 
jjj U lui nrriVB d'aboutir simplement à des vérités connues que toute 
la riijueur de ses expiiriences ne peut rendre beaucoup plus certaines 
parce que l'observation simple les a déjà sullisamment vèrillées, ou 
'lûtiaeher trop d'imporlance à des remarques cîoat la méthode expé- 

Irimeiitale peut tîlabjir a^sex rigoureusement la vérité, mn-is qu'elle 
^^ nauraît rendre bien slg-nifieativea et bien !éiiondes, Kn efTet, que 
** en[a.nts soient suggeatibles et que les uns soient plus sugyes- 
^Mès que les autres, je le pensais bien et ja n'en suis pas Bensible- 
I^ont pfus canvaÉncu après avoir lu son livre. Que d'autre part l'un 
"fille eui ait fait en moyenne ses lignes plus longues qu'un aulre 
PoiiWm«raenl à ce qui lui était suggéré, c'est là un fait qui n'a pas une 
P^nde importance et qui ne serait très intéressant que s'il était rcelle- 
lîipnisignilioatif à l'égard du reste de la vie mentale, et malheureuse- 
ineiu nous ne savons pas dans quelle racsutv il l'est et nous n'avons 
lu»R)ëmc le droit d'espérer qu'il le sera beaucoup. 
Jo ne voudrais pas qu'on en put lirer cotte conséquence que l'ou- 
lù de M. Uinet me pjiraît inutile. J'y ai trouvé, au contraire, 



t- Voir Rauh. De lu mithmir: Jatti la jMychnlogie des sfnliwfnlt, — J'ai rendu 
.foniple de ce livre dans la /Eei'us phiiosopfiique [1><^'J, i" scraeslre). 



3ÛÔ 



REVUE PHtLOSOfRlQUK 



une gi:>an<l'e quiioticé d'observations intéressantes et d'imporuntea 
remarques. Il y a de bonnes observations sur les autoriiaires t^tles 
aupgestibles (p. 71, d'excellenis interrogatoires des élèves, des appels» 
l'incrospection dont tes résulrats convenableuient itilerppiîlés sout pté- 
cîeux, etc. Les conclusions de M. Binet sur les dangers de Tinterroga- 
toîrc et ka piigos qu'iS recouvra et où pout loinlier celui qui le fait 
subir devraient être médiléea piir tous ceux dont la fonetion est 
d'arriver à des vérités en interrogeant des personnes. On n'Appelier 
jamais trop l'atlentioii sur les si nombreuses causes d'erreur qu\ ris- 
quent d'cgarer celui qui cherche à se faire une Opinion sur uîl agcro 
homme. Les expérienfces mûmes a.uxquclles on peut adresser les cri-' 
tiques que j'ai dites »oni. très souvent curieuses et presque toujuur 
bien menées. Elles peuvent apporter des matériaux importants pour 
des recherches dirîgces d'uprèa d'autrea principes et instituées sur ut» 
base plus larg^e. Enfin, j'ai plaisiE* à reconnaitre que M. Blii&t a montra 
preijquc constamment do remarquabEes qualités de précision et d« 
finesse, qu'il a trt-'s loyalement indiqué Uii-même ce qui lui paraissii.il 
douteux, à ce point que. pour le critiquer, je me suis presque toujaurS 
appuj'é sur son propre témoig^nage. Mais surtout, ce dont je lui sUti 
gre, c'est d'avoir Tait preuve d'un sens de la réalité psychologique pâf 
lequel tl dépasse de beaucoup la partie rigoureuse orient oxpérim^nlftls 
de son œuvre. Les expériences lui ont fourni rnccas.ion d'observation» 
et di! remarques fort intéressantes cl il a bien compris la coinple^it^ 
de la vie psyehiqut;. Si l'on ne letrouve pas assez cette vie sous Im 
synibolee, trop souvent infidèles sans doute ou imparfaits, des chiffcM 
qui expriment les résultats des expériences, oti la retrouve bien JiM- 
lysée et très souvent bien interprétée diins les commentaires des exp<!- 
riences mémo ou des interrogatoires. Nous rencontrons alors CClW 
obscrviition de l'ensemble de l'esprit qut me parait supérieure auiiif"' 
faces des expériences tro^j spéciabs et si bl-s résultats ne conduisenE 
pas toujours M. liinet à des vues d'une généralité suffisante, ll« ont 
toujours leur prix on eux-mêmes. 

Il est regrettable que 51. Binet la méconnaisse trop chez le? ïUlret 
6'il est toujours courtois, il ne me semble pas toujours bieii jusU. 
Ayai^t à s'occuper par exemple du rire, il prend soin de nous diretjue 
les expériences, qu'il a insliluécs d'ailleurs dans un autre but, 'fi'i"' 
niraient une bonne méthode pour l'étude de la psychologie du nrc. 
élude qui reste encore à faire, puisque jusqu'ici elle n'a éli traiwe 
que théoriquement w. Voilà les travaux de Spencer, de Dumanti il* 
M. Hergsoii et de bien d'autres déclarés, d'un mot, à peu pr6sinulliffl> 
Oertes.jeiic pense pas qu'il n'y ait rien de neufà dire sur la quesCioû' 
et les expériences de M. Binet pourraient être le point do depurtdo 
recherches intéressanteB. Mais cnlio, nous avons déjà le droit d'iïo'f 
certaines idées sur le rire, et si les théories émises à ce sujet soRtiUf 
plusieurs points coiitestables, il ne f.iut pas espérer que rinterpr^'latidl 
dea cxpérieDces indiquées va se trouver, du premier coup, irréprv* 



REVUE CRITIQUE. 



L\ SLICGE^TIBILITÉ 



309 



e el déritiitive. Pourquoi, surtout, dire qu'on n'a (rajlé la question 

théoriquement »? Ceux qui s'en sont occupés ont fait eux-mêmes 
baervationâ ou ont prolité dea observations des autres, ils ont 
bé à les analyser et à en dëgagei* des rapports exactenient comme 
[■ait aVcû des expériûnces préparées exprès, et ai celles-ci pour- 
l avoir certains avantages spéciaux, elle» auraient aussi l'incon- 
Qt d'être moins spontanées, d'ftre peut-être trop préparées par 
qui doit les interpréter, d'expi-imer moins nettement, moins fran- 
ent la vie réelle de l'esprit. A propos de limit.-xliou, je fais une 
rque analogue. " En inscrivant l'imitation piirmi les principales 
rs de la suggeatibiiité, dit M. Binct, je ne me ïuis pas inspiré 
SB théoriques qui ont étc' exposées en si grand nombre dans ces 
htea années, sur le mécanisme de l'imitation, ses lois, s* phîlosû- 

il est bien rare que les idées théoriques fournisseat une issue 
|ue vers rexpéj-imentalion et ceux qui cherchent à perfectionner 

résuitals cxpérimonlaux ne gagnent pas beaucoup à feuilleter les 
iges des auteurs qui travaillent en dehors de robservatlon el de 
irimentAtion ». Où sont-ils ces auteurs qui rnslent si résolument 
llehars de l'observation "'i Je connais bien un philosophe qui a 

l'imitation une large place dans aa philosophie, mais vraiment 

ne me aérait pas venue qu'il n',ivâic rîen observé. -le puis ne pas 
toujours de soik avis sur E'intcrprétation des fait!*, mais je ne puis 
itrifl qu'il n'ait pas observa beaucoup de faits et qu'il n'ait large- 

cherché à prolUer des observations des autres. Autre chose 
e. M, Binet commence boii premier chapitre pi^r ces mots : « Toutes 
ie qu'on cherche à cUsser les cnractères d'une manière utile, 
a des observations réelles et non d'après des idéea â pri'Vi, on 
nené à faire une large part à la aug^estibilité u. M. Binet suppose 
^Iro trop aiaêment que ceux qui n'ont pas fait une part assez 
selon Sun goût, k la sug^esttbililé dans la classilication des 
^ères n'ont pas faits d' < observations réelles ». Eit pour ceux qui 
larlis d' a idées .3 priori '• encore serait-il juste de se demander 

idées qui sont .1 priori par rapport à la classiGcation des carac- 
ne aojit pas, si on les considère au point de vue de la psycholo^'ie 
aie, ïondées &ur des observations et des expériunces. (U peut y 

d'ailleurs d'autres expériences que les expériences de labora- 
I U faudrait se demander aussi si la classification des caractères 
^nerait pas, en ce cas, h être rattachée étroitoment h un ensemble 
fl générales sur la p^iycliologie. Ces idées ne fournissent certes. 
1 moyeu de se pa-sser des observations ou des expériences, elles 
int un moyen de ]ea organiser et de les comprendre, un cadro 
oit rester souple, et qui peut être provisoire — où les disposer 
le sorte que, en même temps que la tentative ainsi faite permet 
lisser une systématisation de tout ce que l'expérience au sens le 
arge du mot noua apprend sur les différente caractères, elle noua 
«ai un moyen de cnnlrûler la valeur do nos idées paycliologlques 



31Û 



HEVUE PHILOSOPtimUE 



en les confrontant avec cetLc expérience, avec un ensemble de faits 
assez différents en somme fEe ceux qui nous avaient servi à les cons- 
truire. Bt si je crois bibci voir le^ avantages de c:e procédé, j'apêri^ois 
auasi les inconvutiienta de Tautre. Si Ton \M\ti ûè quelques observa- 
tions, toujours forcément îaC'jiniplètes, sur des c&ractèreapour esquisser 
une classITication, il nrrivc à peu près fatalement que l'on donne tri>p 
d'importance i un trait ou à quelque? traits qui nous ont particulièfe- 
ro^nt frippés et que l'on négligu d'autrea élémonts aussi imptirlants, 
plus iin portants parfois, et dont il aurait fallu tenir compte pour obtenir 
una cla^siiicHtioi:) qui uo soit pa^ trop spéoinle et trop étroite. M. Binei, 
par exemple, est frappa par ]'impartanL':e de ia sugs^eatibilité. C'eat \k, 
en effet, ini uaraot'ùre important. Mrls il en est d'autres qui |e soutj 
autant. Et d'autres ptiychologues, que des rsiËOïki. particulti^res aurAÎenij 
conduits à les remarquer de préférence, pourraient écrire aussi bien ;j 
« m Ton cherche à. clai^ser tes caractères d'une manière utile, d'aprèa 
des observations réelles, etc., on dnit fftirô une grande part à Ja fran- 
chise H, je supposé, ou txa courat^e ou à la. sensibilité. Car les traits itej 
manquent pas qu'on pourrait prendre pour point do départ d'ua travail] 
de ckiasiricalion. 

li me semble que oertaina psychologues tendent depuis quelques! 
années à s'engager dans une voie un peu trop étroite. Ce n'est pointJ 
que leur métliode, il f.iut bien s'entendre sur ce point, me sembla] 
mauvaise en elle-même. Elle peut donner, elle n déjà donné des résul- 
tats intéreBsants et qui resteront; elle en donnera sûrement d'aulr», 
mais, appliquée exolusiveinent en psychologie et surtout appliquée 
exclusivement aux reuherclies sur li^s fonctions les plus clevéos de 
l'esprit, sur uclles qui font de t'homnic, d'une part un véritable indi- 
vidu, de l'autre un fitro soci.il, elles risquent de trop écarter le psycho- 
logue do la rOalité et de la vie. ia t-roîs qui! est (ri:3 bon uttc le* 
psychologues s'habituent h voir ;iu delà de leurs préférences {icr:$on-| 
nelles ou des procédés que leurs aptitudes spéciales ou leurs i^oûts 
leur font choisir de préfërenco pour leurs travaux. Chacun p«ut gagner 
à. savoir proliter des procédés dont îl ne se sert pas lui-mûnie. dos 
recherches qu'il ne peut lui-même entreprendre, .'i no paa condamner 
les portes par où il ne veut ou ne pi,-ut passicr, La division du travail 
est une excellente chose, mais c'est surtout â condition qu'ello n'en- 
traîne pas la division de^ travailleurs, 

Fn, Paulhan. 



ANALYSES ET COMPTES RENDUS 



I. — Morale. 

Arsène Dumont. — La morale basiSe sun lv démographie. Paris, 
Schleicher. 1901. in-l3, x-ISl pages, 

De toutes pnrla o3i cnnst.itB une i crise morale ». Ij'impiiissance des 
religions et des métaphysiques, dans l'cKiivre intlispensahle de direc- 
lîon pratique de la imiUituttp» fait vivement souhaiter rt'tnblis'^ement 
de rè^îlea de conduite vraimeni objectives. M. Arsène Dumont croit 
pouTùir demander à la démographie l'indluatiotl sûre, scientifique, 
des sanctions apportéas par U nature aux actions individuelles, aux 
moeurs collectives. Ces aaiicUona, qui ne sauraient Être i[uc F^octaEes, 
— qui ne sont par coihséqueiit ni le bonheur, ni la SDulTrancci, mais 
« l'augmentation ou la diminiLtion de la valeur sociale u, l'acc-roiss^- 
miîiit en • nombre, activité, densité, jeunesse, amour, espêfance a, — 
entraînent approbation ou condamnation des tntjiurs corn^spondantea 
(c(. p. 65. 73, 17. S2, ni). 

Telle est Tidée préifominante de l'ouvri^ge. écrit dans une langue 
claire et visibienient dans un dessein de vulg-arisatîon. On jucut se 
|dem;intli>r si ies maux et 1g3 biens que l'auteur considère sont les seuls 
nt|ue le moraliste uit à i^unsidérei-, ■ La. mort, le suicide, tout rciùur à 
ï'iiiorgBnique ; la procréation, la multiplication de la vie, du sentiment 
et de la pensée », sont ^ans doute lea seules « Bandions a que la démo- 
graphie permette do cunstaler; mais le degré de systématisation sociale 
et i-eliii dcquiHbre mental ne sont pas â dédaigner. 

M- Arsène Dumoni sjg-nale à bon droit les maux de l'individualisme 
et de la conctirrence (aupmentiiïton du nombre des isolés, des déra- 
cinés et des désespc'rcs, p. il); l'importance du dévoluppemcMil intel- 
lectuel et du culte du vrai en vue du développement de la riHirnIîté 
(p. W-M9); la nécessité de « auecédanéa écoiiomi([uea et esthéli'iues a 
à t'ai cou lis me, dont on a « exi^géré la gr-wité en tant que nnidadie 
natiûaale ■ {p. 1511 çi 137). 11 sligmalisc avec vigueur les préjugés théo- 
logiiJUiîs et montre le cltiricalisme trop souvent uni aux autres causes 
de dciQoralisatiuri, (ellçs que la miaûre, Sexués de travaii, le défaut 
d'hj'g^iine. Son livre apporte une idée intéressantt; pour la. momie 
sociale, uiais il postuLi; plus qu'il ne démocitro, en faisant da l'îLCcrois- 
aétaeiït en densité de \n population le principal critère du progrès 
moral collectîT, 

G.-L. DUPHAT- 



IMS 



REVUE PHILOSOPHIQUE 



Gftston aaîllard. — Une vre gontempoiiaihk. Paris, Schleichér, 

1900. 

8ij'avAi9 à prègenter U critiquB littéraire de cet ouvr&ge. je repro* 
cherai3 à M, Gaillard son entrée en matière un peu longue et laboricuGe, 

le iriiinqua d'air et de lumière dans ses pn^es trop compactes, le pas* 
eaife coiiltnijel on il se pEait d'un portrait individuel ù une peinture 
générale, d'une sorte de II représentatif h un nou-s explicatiT^ quelque 
abus enfin de citations d'auteurs, qui sont toujours intéressantes, 
qui risquent de donner a l'ensemble un aspect de mosaïque. Jo craii 
bien que ces défauts ne détournent de lui plus d'un lecteur, et ce ser 
dommage, car les pages qu'il noua offre sous ce litre heureux. Une vi 
contemporaine, sont pleitics de bonnes choses, de réJleïions délicate 
ou déneusâs, et je ne sache pas qu'on Ait rien écrit, sur TcTeit de 
l'enfant par exemple, de mieux observe et de mieux dit. .Mats je doii 
m'en tenir ici à la critique philosophique : l'ouvrA^o en relùve par le 
vues qu1l enferme sur l'éducation et par le caractère social prêté à se 
héros. 

A l'égard de l'éducation, je ne trouve qu'à louer dans la partie cri'J 
tique du travail. La partie constructive, en revanche, y demeur 
va^uc, et, quelque valeur que Ton accorde aux idées de M. Gaillard efl 
cette matière, il faut pourtant tenir oomple des nécessites qui s'il 
posent à tout systiime dinatrucUon publique. 11 me semble parfois U 
méconnaître, .l'jtjoule qu'il me parait incliner aussi vers un individuaJ 
lismo excessif, lia trop fréquenté Nietzsche pour que sa propre pensô^ 
n'en ait pas reçu quelques atteintes. I'a.t plus que Nietzsche, il ne s'al 
tache vraiment à découvrir un juste état d'équilibre entre la volont 
individuelle et la volonté «Ociale. Il aboutit ainsi k concevoir des règle 
différentes de conduite, que chaque homme se ferait confarmémeat 
sa nature personnelle. 

L'opposition qu'il entend existerait seulement, si je ne me trompe 
entre une « moralité * de conventio]; et les principes tirés de la « pli] 
sique », c'est-à-dire de l'expérieDce raiaonnée do chacun de nous ; el 
sur ce large terrain, l'accord demeure possible. Mais à quels péril 
pareille méthode nous expose! Une fois munis de certaines permisaioi 
philosophiques, — inutiles pour les uns, dangereuses pour les autre; 
^ combien dV'sprtts médiocres, et de malades d'esprit, se voudra.ieal 
hausser ridiculement au rang d'Stres exceptionnels, toujours inuUltj 
sables ou fâcheux! I.a dig'nité et rindépendanue do l'homme n'exige 
point cette estime exagérée de soi-mëmie ,. dette fatuité du « héros fatal 
deâ romantiques;. Ici, d'ailleurs, ma critique dépasse, je le sais, Il 
pensée de M. Gaillard, et je n'aurais g^arde d'invoquer des raisons 
philistin contre un ouvrage dont j'apprécie les mérites. 

L. Arhéat. 



ANALYSES. — iiEiinAtiP pfiiiEZ. Afcs deux cluzls 313 



II. — Psychologie. 

Bfirn&rd Pérez. — Mes tiEux CHvkTâ. FnASUENT db i'sïchOlooib 
COMPAHEE. Paris, F. AlûAn, 1900. 

M. Bernard Péfez nous ûlTr& une deuxième édition de Mes deux i:h<its, 
fr.tymeiil de psychologie comparée. A celte édition il a joint une pré- 
face et une post-face en vers, en fort bons vers, dont le plus sévère 
p^il'Q50phe ne sera point ofrensL» : ils viennent d'un sentiment délicaft 
et respirent une métn.nco|ic sansftinertutue. Non seulement cette étude 
est intiiresaante en elle-inônie. et reste d'une agréable lecture; mais 
elle nous donne l'cxcniplQ de la mélhode que M, Bi^rnard PéresL [tltait 
sqi\re dans sa psychologie de l'enfant , métliode qui consiste il partir 
d'exemples familiersi. de faits directement observés, pour en établir 
ensuite la théorie, autant que cela devient possible, et sans se guider 
sur une thèse qu'on veut démontrer. — Kn môme temps que Mes deux 
cttitls, je signalerai la rêirapresaion de Irûia Autres ouvratrea de l'auteur. 
/ 'enfiinl de trois à sept ans; L'éducation intetlectuelte et ^éducation 
moritls dès Je berceau. 

L. AltBIÎAT. 



D' Hermann Gaâser. — Tfie cincdLATION IN THE NEflvous SYSTËif. 
Plaltoville. Wisconsin, Journal Publish. C°, 1901, in-1'7, loli pages. 

IfO désir de ramener à l'unité la variété des phénomènes nerveux 
qui servent de bAse à la vis mentale, devait suggérer l'idée d'une 
eirculntion de Véti6ryie nerveuse, analogue à la circulation du sang» 
Sous Tie voyons pas bien cependant ce que la p5ychophy=iiolo5iÊ peut 
[fier â des travaux comme celui-ci, dans lesquels la conception 
kele vfl^ue et na se présente m^^me pas comme un moyen de synthé- 
ir un plus ou moins grand nombre de vues scientiirques. 
I Les centres nerveux n'ont pas d'activité spontanée. Ils reçoivent 
leurs forces du dehors, par l'intermédiaire des organea nerveux péri- 
phériques a (p. %). Les sens apportent des Tormea variées d'énergie 
•C produisent ainsi la cîroulation dans le système nerveux (p, 'iS), 
lue sensation étant lo résultat d'une réaction des nerfs sensitifs 
îee forces extérieures (p. 149). a La fonction suprâme de l'écorce 
ïbrale est l'ajustement, l'organisation en une unité mentale, des 
lOrabrables sensations qui lui parviennent '■ (p. 148). Ainsi naissent 
conscience, l'esprit et les riJactions motrices de l'organisme tout 
Hier, avec ses émotions agréables ou pénibles (p. US, tt3, 92, â'î, etc.). 
tnergie nerveusBcirculantdouzefoiaplua lentement dans lasubstance 
r|ue dans la substance blanche, la première jouo la rôle d'organe 
. teur (p. W). D'ailleurs, la rapidité du courant varie avec chaque 
; la théorie de l'cnergie spéciliqua des nerrs, de J. Muller, est ici 
-ous une autre forme {p. 61). 



314 



HBVUE PIIII.OSO?ni(ltJE 



L'auteur s'autorise des travaux récenU d'Apathy et de Delhe poar 
déclarer l'hypothèse tîea neurones, qui est gênante pour lai, 4 phy^îa-^ 
logiquement improbable et psychologiquement împosaible • (p- 86-$TlH 

L'ouvrage manque d'ordre, de clarté et de véritable valeur scienti- 
fique, malgré la préteilllon qu^a l'auteur de présenter une application 
nouvelle du principe universel de la conservation de l'cnergie- 

O.-L, DUPKAT. 



in. — Histoire de la philosophie. 

i° Antiquité et moyen Age. 

A.Ouèrinot. — KeCHEkchëSsuii l'Origine de l''iuëedeDieu u'^prï 
LE Rjg-Veu*. 1 vol. gr. in-S*, 3j(i p. E. Leroux, éditeur, Paris, iïtOO. 

L'ouvra.g'e de M. Guérlnot soulève une foule de question de linguîii 
tique et de philologie dont ce n'est pas le lieu de s'occuper ici. Je 
voudrais examiner après lui qu'uu point de logique, incident si l'ai 
no voit que l'objet principal da âûu livre, nuûs d'intérêt capital poi 
qui veut, en matière d'ori^nes relig'ieuiies. porter ae& regards au deii 
du cercle relativement étroit qui limite le domaine indo-européen. 

Tout l'eTfort de M. Guérlnot consiste à montrer comment Viii 
mythique des divinités du Véda est sortie, avec toutes les figures qc 
s'y rattachent, de auggestéona purement verbales — autrement dit il<il 
métaphores, La démonstration qu'il a tentée nous semble des plojj 
fortes et exclure par là la nécessité de causes parallèles ou adventiCM 
qui oonslituent, à mon sens, des liypothûses piirfattement InutiJf 
L'auteur ne l'a pas entendu ainsi, et clans plusieurs passages de 
livre,, il admel un senlimeikt prualablle d'ordre religieux ou m}stii|^ 
qui aurait préparé d'abord et corroborti plus tard, du moioa en ce c^w 
regarde l'Inde ancienne, le développement rnylhologiqup proprei» ^^.^j 
dit. Or, et je le repaie, non seulement nous sommes ici en prése xracv 
d'une supposition que n'implique pas, loin de là, l'ensemble ào Ip 
théorie présentée par M. Guérlnot. mais des considérations lo^iq»**^ 
de la plus ha.ute importance semblent de tiaturo à faire écarter ait ^'>' 
lument l'Admission gratuite d'un sentiment du divin antérieur à l'ic:^ *^ 
mythique du dieu. Celte Idée, en effet, en tant que mythique, c'est--''' 
dire considérée abstraction faite de la foi dans une révélation, repiv^j 
sur l'imaginaire ou sur un objet qui. comme tous les mythes, échaf 
auï sens et à la perception. De tel* objeta, est-il besoin de le dire, »* 
sauraient précéder dans l'isprit de celui qui les conçoit le nom qui le 
désigne. S'il est possible à la rigueur d'acquérir, par l'abstractic 
d'abord et la mémoire ensuite, la notion permanente d'un objet sea* 
•Ibic dont le nom est ignoré, toi n'est pas le cas de l'invisible ou dl 
l'ImpereopliUle i ici le nom seul apporte la notion; il en est la caus 
unique et nuoesbaire, et sans lui ui mythe ni mythologie ne sauraienl 



A.NALYSËS- — t!i. ituiT. La philosophie de la Naiurc ^15 

nduire. Il est inutile d'insister sur ce qui est l'évideace mfime, 
Tavùîr quVn pareille matière le ssntiniaiit n's. pu précéder la notion, 
et qiifi Ib. notion de «on côté n'u pu précéder le nom? 

Tdaia d'où sort-il ce "oni qui tout h !ii t'ois couvre et crëe le mythe? 
3'H n'a pas d'objet réeU ciotnment expliquer sa propre rèalito? Noua 
xjurrions donner la parole à M. Guârïnut pour nous, l'apprendre, dût-il 
j&r là Be réfuter lui-même. Avant d''éLre l'oiiibre d'une ombre, !e nom 
flVthicjue & été, à l'inatar do tous lea autres, celui d'un objet concret 
que la métapliore, prise au propre, a pour ainsi dira BBcamotê. Si je dis 
eis parlant d'un général victorieux, •> CO lion qui a tërraseé le^i ennemis u, 
cpan expreseioi) n'a de réalité que tant qtic j'entrevois le général der- 
rière le lion; dèa l'inatant où je ne le verrais plus, le mot Iron ne 
couvrirait qu'une erreur verbale ou un mythe. 

U en a été ainsi {et M. Guértnot nous le montre très bien dans tout 

le cours de son livrei' des dévua védiques : personnifications métaplio- 

rtquea des (Tammes sacrées, ils ne sont que ces flammes mêmes ou 

bien encore, et plus tard,,,, tout l'édiUce imaginaire et mythique qui 

s'est substitut], de la manière qui vient d'être ditt*, À Ift rëalJCti con- 

cMe et sensible désignée d'abord par li? mot *lpva., 

Ciîci noua fait voit- nun seulement Terreur rie M. Guérinot, niEtîa 
celle de Herbert Spencer, par exemple, et de la plupart des folk-Ioristes, 
lui s'imaginent qu'un mythe ■est en situation de-naitre indépendam- 
Bont du nom qu'il portu, et que le nom néûCssaire à ta génération 
|u iiyiiiB peut être autre qu'un nom concret appliqué d'abord à la 
J»lité lingibta et passant de là, si les ctrcon&tance» s'y prêlent, à la 
létaphorti mytbogène, c&usfi première dos religions par l'intermé- 
plaire des mythologies. 
Je tsrDainerai en deux mots : d'abord pour déplorer qu'on tienne si 
8^ dfl compte en général des relations étroites de la logique et du lan- 
'S*etde3 conditions nêcessaire:i qui en résultent au point de vue de 
angine, de la nature et de l'évolution, des idées; ensuite, pour ft?Ii- 
iter M, Guérinot d'un travail laissant peut-être à désirer à différents 
pardfl. et tout partiouUèrsrasnt â celui quo j'ai voulu si^^naler, mais 
lui représente l'accomplissement d'une tâche considérable et où se 
DUVent exposées avec force et clarté dea Ihcoriea qui seront justifiées, 
HUÏB BÙr, par les progrès mâmes do la Bcience à laquelle il est 

Dn Sacré. 

Paul Regnaud, 



Cb. Hnit. — La philosophie de la Natuhe chbi lei5 AN(;iens. Fon- 
KmciintJ, l^aris, ISOI. 

Un pareil titre inscrit sur un énorme volume in-S" de 587 pages a de 
quoi effrayer le lecteur, et t'on pourrait penser que cet ouvrage a sa 
destination exclusive dans la bibliothèque ûq quelques éruditâ. Ce 
kit uns erreur : le livre se lit sans fatîguâ. C'est une pfomenade, à 



3! 6 



ftEVlTE PIIILÛSOÏ>HIQUe 



laquelle nous convie rnuteur, en im slyle clair et aisé, à travers loules 
les formes de la pensée antique qui se rattachent à l'idée ou vu scoti- 
mcnt de la nature, religion, poésie, science, métaphysique, morale. 

Le souci du rùle de la. nature dans ïo, peiieée religieuse est loii^ 
d'abord l'occaaion d'une série d'iîLudes sur les Ilébreui, les Perses, le* 
AseyriL'ns, les Phéniciens, les Ijgypliens, les Chinois et les HmdoilB- 
Puis, au yortir de cette revue d'histoire des religions d'Orient, nc»i> 
pénétrona dans le mande gréco-roniflin ; et C'est d'abord, aprùs quelque 
relierions ^^éiiéruiles sur ta podâie des mytliss anciens, un ehapitre d' 
littérature qui s'offre à noua, nous faiâ^knt parcourir les œuvres d'IK 
mère et d'Hésiode, la poésie lyrique, la poésie dramatique. Xé[i>upbi:> 
Platon. Tliéocrite; et à. l'ionse, les prosateurs latins avant Auguste 
puis Lucrèce, Virgile, les poètes élcgiaquea. Horace, ManiUus. Oiicl. 4 
Lucain, Sénèque, Pline, etc. L'étude du sentiment de la nature, C 
que l'a retlété la poésie grecque et latine, se trouvant ainsi achevé 
nous abordons iiveB l'auteur la pensée plus n(AIe, plus tniellectue! 1-^ 
BcientlOque et philosophique. La science hellénique est caractéri»'^ 
en opposition avec la science orientale; puis commence l'examen de 
métaphysique de la nature avec les anciennes cosmogonies, et plua p 
CLsément avec les philosophes antéBocratiques, Thaïes., Anaximand 
Anaximènc, Diogone d ApoUonic, Pylhagore, XênophaUe» Parménici' 
Heraclite, Ëmpédocle, Démoorlte, Anaxag^oi'e. Vient ensuite la grar»< 
époque, Socratc, Platon, Ariatote, suivie elle même d'une étude raf^ 
deâ iStoiciens, des Épicuriens et des Alexandrins. 

^fai^. en outre de la philosophie de la nature, la science ou I< 
sciences do la nature Ont unti place importante dans l'histoire du moi 
gréco-romaîn. I/auteur y insiste dans un chapitre Consacré aurtol 
aux savants greos, à l'e^îprit qui les anime, n leurs tendances, s'zrri 
tant tout particulièrement et avec inlinîmcnt de raison aux trav*a« 
d'Arïslole- Une dernière étude sur >' lia nature et le monde mora.1 
traite d'une part de droit et de Législation, d'autre part d'éduca.t.iol 
et de morale. 

On no saurait Bonger ici à entrer davantage dans le fond même uff 
cet ouvrage. Le nombre des sujets traités, des questions disculéeâ ot 
simplement posées, des penseurs, des savants, des poètes, des philû" 
sophes, étudiés en des pages plus ou moins rapides, est coasidérabk • 
Iv livra se lit, mai& ne se résume pas. Il semble que l'auteur ait eU 
avant tout te déàir d'ôtie complet, ëur tous les points auxquels 11 
touche, il fait de nombreuses citations, empruntées à la plupart de 
ceux de nos contemporains qui ont abordé les mêmes problèmes; el, 
fflême dans le texte, il lui arrive fréquemment de laisser la parole i 
quelques-uns des maîtres de la philosophie contemporaine, renont^ut 
volontairement et modestement k une originalité personnelle. Ce n'GBt 
pas cependant que sa pensée nous échapppe, et qu'il ne prenne le plui 
souvent une altitude précise. D'une fac;on générale, c'est celle d'un, 
adepte du spiritualisme classique, acceptant plutôt ses traditions, mais 



ANALTSES. — H. DEHENBouiic. Le$ Iraducleurs arabes 317 

sans attachement exclusif, et consentant volontiers à ouvrir les yeux 
aur les thèses les plus rccentes. Il n6 partage pas rengouecient de beau^ 
coup de ses contemporains pour les vieux mythes grecs; il aime peu 
au fond les tendaiicea d'un DémoiiTite; et. quant à Maton qui, on 1& 
sait, lui tient parlicûlièretnent à cteur, il le voit un peu trop à travers 
son spiritualisme chrétien; inais n'importe, il montre pour la pensée 
grecque, pour ses litonnements, pour ses efforts, un véritable amour; 
il reconnaît vn elle l'initiatrice de l'humaniLé dans l'œuvre delà sciencfl 
«t <1« la philosophie, et c'est là peut-âtre ce qui donne lo plus d'intérêt 
à Scftn livre. 

bisons enfin que si celui-ci paraît à la fois peu condensé et trop 
''•^iziide, s'il parwurt co[nplB.i9aiDnient une foule de questions, plutôt 
*li*e d'en saisir une étroitement, ou de présenter â nos méditations 
H*elque thèse importante sur l'hietoice de la pensée ancienne, c'est 
OïOîna routeur qui doit être reaponsalile, que l'Institut. L'Académie 
*ie«3 sciences morales avait demandé « qu'on espoaât historiquement 
leg doctrines, les noliona, les thûorîea des anciens sur la nature, et 
^u'on les cherchât non seulement chez les philosophes, mais dans les 
religions, tes mythologie», chez les poètes, chez les savant*, chez les 
tnofalistes b. C'est à ce programme extrêmement vasta qu'a voulu se 
conformer M. Huit : l'Académie, en couronnant son travail^ a jugé 
It'îly avait réussi. 

G. MlLHAUD. 



^ïsrtwig Derenbourg, — Les trai^l'cteubs araues D'AUTEt:Ra 

SHEes ET L'aUI-EUH MU&LLSIAN des 1 Ai-UORISMES DES PlitLOSOPHES », 
'■^trnit des Mélangea Weil.) 
"-^fea AphoTÎ'imes des philosophes conatituent un recueil en arabe, 
l*** comprend des sentences et dt-a maximes attribuées aux philosophes 
K'**Os de l'antiquité et, à propos d'Aristote, une série d'épisodes qui 
'"*t jiDur héros Alexandre, L'opinion générale, dit M. Ilartwtg Dcren- 
'"^rg, est que cet ouvrage est du médecin chrétien Aboù Ziaid llotiain 
*"^ Ishah Al-'Alïâdi, placé en 8j-2 dv notre ère a Bagdad, â la tôtc d'un 
l)ilU*çay ofiîeîel de traductions qui lit coiinaitre aux Arabes Hippocrate, 
G*li€n, Oribasc, Paul d'Eginc, Dioscoride, les œuvres des philosophes, 
MB astronomes, des matbématicjenâ, des iiatui'alisles K>'6Câ, même la 
ve^sion dos éepîantc. M. Steînschneider a étabh que la plus ancienne 
^tê^clion des Aphorisnies a été écrite en arabe, qu'elle n'est plus 
ïpriflcDtée que par les manuscrits tOO de VEscurial et C'A de Munich, 
que les versions hébraïque, éthiopiL-nuo et O'spaij'nolo en dérivent direc- 
t^Vient et n'ont été remaniées qu"t>n ce qui concerne Tordre et la dis- 
position dfs chapitres. Les traduciiyns éthiopienne et espagnole, te 
jHàihafa falàsfa labib^n. Et Ubro de los Buenos provcrhio^ que 
dixicroji ios philo>iophos, sont anonymes ; la version hébraique {Moits- 
fsré Itsffiiosù/ini) est l'œuvre de Jehoudjih Al llariztde Lune) (vers IJOU!. 



.318 



REVUE PHI1.0!iO?HI{|i;& 



On possède de celle-ci de nombrfusea copias; elle a eu trois édîtiom, 
à Kiva di Trento (ÎjJjil, à Lunèville (181)4). à FrancforL-sur-le-Mem 
(lh!^tij. Le docteur A. LoewenChat. l'auteur de la derniers, en & puUié 
une traduction allemande (IHSfi). 

L'original arnbe a-t-il ûtti rédigé par Honain ibo IshaU? Nom 
savons qu'llonâin avait oomptisé les Traits rares des philosophe'i c! 
dos sages, oi Aphorismes des maîtres anciens, que pluBieurs citiiiwns 
tiréea de ce livre pur Ibn Abi Osaibia se retrouvent dâne les Apho- 
rismee. que lu traducteur aspagnoL attribue oeux-d â Iloaaia. Auguil 
Millier^ en s'appu^'ant sur des iiHusiane au Coran, au soùrisine et it 
risLamIsmo, a. 8f;utciiu que les Apiiorismps ne pouvaient être l'anvrc 
d'un diucre chrétien. M. Steinachneider estime, au contraire, qu'un 
historien, transporté à ttai^dad, ayant beaucoup voyage, rt honora 
d'ailleurs en pays musulman, a pu subir l'iiilluence du monde au iU 
vécu. M. H. Oerenbourg a repris la thèse d'August Muller. Il fait 
remarquer d'abord quo Honain est rappelé plusieura fois, avec la for- 
mule Honain a dit v, et non nvec la formule « l'auteur a dit VjdoiUs» 
servent d'ordinaire les éûrivÂins arabes qui se cilent ëux^niémeâ. l^ii 
outre llonahk dtsp.'imît complètement lorsqu'on arrive s. la légenilii 
arabisée d'après le pseudo Uallisthène, d'Alexandre ■au:ideiiJt oûm««- 
Enlin le manuscrit de l'Ccicurial, écrit en ma^frêbiD d'bispagne enlISS' 
nous apprend que les AphorU}7iç$ des philosophes nous sont parvenus 
avec nombre d'additions par « Mohnmmad Ibii Ali ibn Ibrahim Ahmiil 
Ibn Mohaitimad Al-Ansàri ■>. Je crois accomplir un acte de justice, clil 
M . H. Derenbourg', en évoquant un nom oublié, que Casiri, effrayé par 
la difficulté du dé<:hirfrement avait laissé de côté pour y substituer 
celui do Honaiu ». Sur Al-Anaiiri, ce contemporain d'Averroès et de 
Maimonide, nous n'avons aucun renseignement; nous ne savons mÈiSf 
pas s'il Tut un érudit au courant des lettres grecques. C'est à ci>up sûr 
un musulman, mais aussi un esprit tolérant, puisqu'il a cité â plusieurs 
repriâes le traducteur chrétien, le médecin Aboû Zaid Hooaiii ibi> 
Ishak. 

Fajmçojs Picavkt. 



Ludwîg: Stein. — D&S EnSTB At]FTt<A.TËK DBR GRIECHiSCeiBN Phil/)' 
SOf'Uls U}>tTE:li ûB Arabbrn, Sonderubdrch aus ectn Archiv f. g. d- 
Pa^« VU, 3IJI. 

M. Ludwigmein a. montré que 1a Mutazilile Ibrahim ben Saj^u 
An-Naz£am est le premier philosophe, parmi les Arabes, qui se suit 
appuyé directement sur la philosopiiie irrecque. An-Nazzam a limité 
la toute-puissance de Dieu pour justiOer sa justice; il a maintenu la 
liberté humaine pour expliquer la nature du mal. Et iU'a fait en des 
termes que Voltaire a presque reproduits, sans connaître d'aiUeun 
son prédécesseur arabe. Or cette théorie se trouve dans la pbiloBOphil 

1. M. DensutKiurg ûnatxz ua rB-c-sîmilé iokgral du titre. 



lIXTSES- — BAUMCARTMEii. Die PhUoâophie des Alanus, etc. 319 

r 

iufl, surtfiut chez Alexandre d'Aphrodise, dont Honain beti laaac, 

Iteraporutn d'An-Nazzam. a traduit ei^ aralie plusieurs écrits, 
Uexandre d'Aphrodite, il faut joindre Porphyre. Les deux philo- 
te furent, pour les Arabes, ce qu'ont été Boèce et le pHeudo- 
É t'Aréopag'Jte pour les scolaatiquGB occidentaux. Abul Houdail 
te Une doctrine des attributs^ qui a sa source dans la philoso- 
precque. Avec lui et ses successeufs musulmans cette doo 
preDd une forma théolo^ique. Elle se présentera sous forme 
Imutique chez Spînùzu. Clle reparaîtra avec des données biolo- 
|B chez Srdmann et Fisctier, chez EîaM:kËl et Agassiz. 
Sn si Ton considère, dit M. LudwEg ^tein. les Mutakallimin, les 
lophes orthodoxes qui s'oppoaent aux Aristoti^^liciens et consti- 
|-à proprement parler tes scolasliques de l'IsSam, on voit encora 
I s'ijispirent, comme leurs adversaires, de la philosophie grecques 
à Demociite, comijattu par Ariatote, qu'ils empruntent leurs 
i DeE ntomistiquea, L-}t par Maimonide celles-ci^ surtout celles des 
^rja» qui se prwocKUpent de l'action réciproque des atomes et 
^quent paf un influxus physicus., ae tranamcttent, eommâ l'a 
[ M. Stein, dans un travail que nous aVûns pri^cédemment analysé, 
(*aux occasionaliates du .xvip siècle, Cordemoy et GeulitiL'x. 

philosophie arabe, sous ses formes orthodoxes et sous ses 
Bétêrodoxes, continue la philosophie grecque et contribue à la 
SonnJutTC aux philosophes modernes. 

F. PiCAVBT. 



Bungaiinei. — Dee Philosopkib des Alanus de Insulis^ m zu3a.u- 

Lnge mit dbn anschauungkn des 12 Iahrhonderts uaugestellt. 
ttje :ur Ge-ichlchle dp,T Philosophie des MUtelixUers, hgg. Voo 
bker et Hertiingt ^^à ii» h. 1» MÙiiister]^ 

n un important travail que celui de M. Baumgartner sur Alain 
pie. Le personnage non seulement représente, coiticne Jean do 

EUry, la première période qui linit, de Thistoiro de la scolastique 
ntale, mats encore il coiina.it quelques-une» des oeuvres qui 
liraenter et fortifior la pensée dans la seconde période, dont le 
Bâcle est le moment le plus brillant. Poète et dtalecliL,'ien, polé- 
et théologien, Alain a été rangé p.-^r Uauréau entre les mystiques, 
umgarlner coralut Ilaqréau sur ce point; après avoir relu soi- 
eœent les textes, comparé les raisons données par Hauréau et 
qu'apporte M. Baumgartner, nous serions assez disposé avoir 
ilain un mystique, sinon un mystique tel que le décrit Hauréau. 
itroduction — trop courte i notre avis — mais extsellente, expose 
ion ensemble, dans ses sources et son influenoe ultérieure, la 
sphie d'Alaiu. Puis M. ëauragartncr fait contialtre ce qu'il appelle 
[que et la théorie de la cûnnatssai^ce, les cûneepts et l&ii lois 
,£8, la cosmologie, l'anthropologie et la psychologie, la théo- 



320 RBVtlE PHILO.SD[>HIÛUE 

logie d'Alain de Lille. L'inconvénient de cette méthode, qui fait entier 
d'ancienoes doctrines dans des cadres modernes, cj'est qu'on repW'P 
ïDQJna bien l'auteur dans aoi^ milieu, c'est qu'on est parfois teutù de 
trouver dans une pbra&Q de portée inaignitiante, la sntulioii d'une 
question qu'il ne s'est pas posée. L'avantage, c'est qu'on montre bien 
— aux néo-thomistes et à ceux que préoccupent leurs travaux — coia- 
ment on peut, sUr îeB questions actuelJos, retrouver et suivre dilu 
leur développement historique les doctrines qu'ils veulent faire revivrt 
ât adapter aux besoins de l'heure présente. A ce point de vue, M. Biim- 
gartner est un bon guide; il suit bien, dans les prédécesseurs «t (luit 
les Buccenseurs, l'évolution d'une idée. En particulier il fait bien vnir 
comment, en logique, Alain se rapproche et s'tiloigne d'AbélariJ. 
comment en psychologie et en métaphysique, Alain est péripatéticien 
et l'est amtrenient que IcB hommes du ïiir siècle, spécialement pour« 
qui conceriiç la matière et la forme. A noter aussi ce qui a rapppriî 
la polémiqua contre les Cnlhares, à l'iniluence de saint .\ugu6tiD surli 
psychologie et du uombre pythagoricien sur la cosmologie d'Alain. 
Avec M. Biiumgartner, on connaitra bien Alain, morne si l'on veQt Is 
replacer dans le cadre purement médiéval, car il loLirnira tous la 
matériaux ncaeBsairi.>s à qui voudra l'entreprendre. 

F. PlCAVET. 

Max. Doctor. — Die Philosophie des Josef Ibn Xa,ddik, nach ibbb 

ÛUELLEN, ISSBESONDERE NACH IHHEN HeZIBHCJNGEN ZU DEN LAriTËHIX 

BnuPEKN, UNn zu GesibOl lntbusucht (Beitrêge de Bmvmksr A 
Hertling. Bd II, H. 'I}. 

Entre Ibn Gebirol, mort vers I0<i9et Mairaonide, mort en 1201, M. Mu 
Dûctor place Rabbi Josef ben Jakob ibn Zaddtk, mort en lli'.l, qui lui 
juge à Cordoue en mOme temps que le père de Maimonide. C'éUitun 
talmudiate et un érudit, un potste. mais surtout un philosoplie. Il.iv«it 
compose en ;irabe une logique qu'on n'a pas encore retrouvée, un 
Microcosme dont dos traductions hébraïques existant à Oxford, âHAja* 
bourg, à Alunich et h. Parius. C'est ce dernier ouvrage qu'a étudia 
M. Max Docior. L'idêû maitrease. qu'on peut signaler déjà chei Ht 
prédécesseurs et qui prend une si grande place dans notre Occident, 
c'est que rhomme présente des analogies avec l'univers — Ee mar™- 
cosme — avec les éléments, les oiinéraux, les plantes et les aiiinv,iut 
M- Max Dqclor en signale le but, le caractère et le point de dépurtjel 
sources, les rapports avec l'Encyclopédie de& Frères de la pureté et 
Fons cilu' de Ibn Oeblrol; il étudie sa théorie de la connaissance, 
psychologie, sa philosophie de la nature, sa dactrine de la volon' 
divine, et de IV-manation. Les chapitres les plus iutéressants. pour 
historiens de la i&eulnaliquc qui se placent à un point de vue abâoi' 
ment impartial, sont ceux uli est montrée l'inlluence des prédéccsse 
de Zaddik et notJimment des néù-platoniciêns. 

F. PiCAVET. 



IHAXYSES. — A. PiAGY. Die phiîôtiûphischen Ahliandlungtin, elù. ifât 

^' If&gy- — Die philosophischen Abiiamdlunobn des JVquë ben 
lSHA.y alKindi, zdmehsten Mâle vollstandig (Beid-âf/e d'' Baeumber 
eLde Hertlitig) hgg-, Ud II. h. ô. Munster. 

lie docteur Albino Niig'y a publié quatre traitêa philosophiquea d'AL- 
Kiudi : l" lAbîT de in.U'Uectw, "i" i.iber de souitio e^ ui^i'one; 3" Liber 
*'^ 'fuinque ^^ssi^nUif, 'f I.iber mtt'oductorius in artetn logiae dtmons- 
^''àlioms, cotlectus a Mnhomelh discipitto Alquindi philosoplii. Il y 
■ Joint une introduction et des notes. Longtemps on a considéré comme 
PGi»(ii]3 les ouvrages philosophiques d'Al-Kindi -— ie contiemporain de 
'^an 3cot Krigiîne, — Jourdain avait déjà appela l'altentcon sur les tra- 
itïciions latines de intetlfctii, de somno; Hauréau avait donné une 
otice sur la seconde, Wiiatenfêld avait cité, parmi les traductions de 
'^lard de Crémone, le f.iber de quinque essejiliis; personne n'avait 
i^ntionné le Liber inWoducloriu&. M. Nagy nous a rendu le service 
3 faire connaître, avec tou& lâs édairciSEements désirables, ce qui 
ï«Jt nous instruire sur les théories philosophiquea d'AI-Kindi, dont 
rirtuencc a Hé grande chez les Arabes et Jes Juifs, comme chiiz les 
ï<alastiqueB de l'Occident, L'autlientîcité des deux premiers opuscules 
>fc incontestable. Il y a plus de dilHcuItës pour les deux autre;s. Le 
Ckisième, qui contient des extraits du traité de physique, attribué par 
^ catalogues à Al-lvindi, semble; bien eucort lui appartenir. (Juant 
-i. quatrième^ M- Nagy inclinerait assez à y voir uciecBUvre d'Al-Parabi, 
►Vit en reconnaissant que celui-ci n'a pu être qu'indirectement un 
i^sciple d'AI-Kindi. 

]L.e de inlellectu — dont nous avons les traductions identiques de 
«rard de Crémone et de Jean d'Espagne — nous donne la première 
^■ôorie, chez les Arabes, de Tintellect, avec ses quatre divisions célèbres 
*-•■ moyen âge, inlelk-ct en acte et intellect en puiasrmce, intellect 
Cïjuia (Éiiï)irr,TOiJ et intellect actif (notïjîvx'j^). Il dénote une iiilluence 
^o-plulonicienne et doit être comparé aux traités analogues d'Alexandre 
'^ Aphrodiee, qui en est la source, et d'AI-Farobi, qui en fait son point 
l« départ. Le d^ somno et visione est un ouvrage ocigitial, non une 
''sitluction d'Aristote. Tel que nous l'avons, c'est vraisemblablement 
*iie tr.kduction de Jean d li^spagne et do Dominique Gundissalvi. 11 sera 
^^naparé utilement uvec le de anftns d'Avicenue, la Paraphvain? iJ'Avep- 

^sau lie «eiisu ef sensalu^ le traité traduit de Thébreu en lalin, Je 
IQO et vigilia ûc Salomon ben Moses de Melgueil. Son inlluenca 
pfûfûndéuieat marquée dans le de fiOifiiuJ et vigitu d'Albert le 

»nd. Le l.ibnr de quifique essentHs porte sur les Cinq concepts fon- 

Imentaux de la physique d'Aristote ; aW.iy eïSoî. t-iroc. iiivT,(f,;, ypivoç. 
en retrouve plusieurs passages dana l'Encyclopédie des Frères de 

ipuretè, publiée en arabâ par UieterÙcJ. 

Le Litt€r introdudorius in artcm logicm demonstvstwnis traite, 
d'oprè» l'école porphyrietine, do la division et de la résolution, de la 

inition et de la dêinonstration, des conclusions défectueuses et des 
lliionB de la conclusion exacte. Il y a — avec appel, non Beulemeot 



32^ 



REVUE PIlILnsOPniQUG 



à Aristote. niais à GalLen et niix NéOpEalonîcienB, àû la nécessité dei 
malhéniatiquies comme disciplioe propédeulique, — des queslîans prise 
CQttime exemples de controverse'. Il &e termine par une conclusîoi 
mystique, où le but de la loj^ique est ideiitiliô h. celui de la ibora.l< 
Cette conclusion est en acoord avec les théories d'Al-Farsbi. 

On ne saurait trop remercier M. Nagy de cette publication qui inté- 
rea^e Autant la scolastîque de l'Occident que celle du inonde arabe 
musulman. 

FnAXÇOIS PiCiVBT. 



?" Temps modRrrtcs. 

Franz Ton Baader. —Les bnseiqnem&nts sechsts de Martine» oi 

PaS(>uallv, précédés d'un^ notice sur le marh'în^sisrne et le marti^ 
nisme. Bibliothèque rosicrucienne. Paris, Chacornac; 1 vol. iii-I2 
cxiiit-33 page». 

Il ne (aut pas. nous dit l'auteur de la notire, confondre Martinàl 
avec Saint-Martin, son disciple, autre personnag-e illustre dans U 
anniiles de lu Franc-Maçonnerie. Le inarttiiêsiame est donc uni; cho! 
et le mnrtinisme en est une autre. Martine», qtij mourut en 1773, éLiit 
paraît-il, n à In loia juif et chrétien, et fil revvvre l'aneienne allianc 
non seulement dans ses fornieB, mais avec ses pouvoirs magiques. » 
en est résulté^ outre divers ouvrages^ ces Ën,seîgnem6nt& secrets, doa^ 
on nous donne aujourd'hui la publication. Noua y apprenons, eat 
autrijB ohosas, que, « noua qui vivons ênoore de la vie terrestre, pou-" 
vous nous mettre en rapport sensible aveu les morts ». Pasqualty, du. 
reste, tiijgli^e de noua en indiquer lo moyon : c'est vraiment dommagvrJ 
Un dos principaux enseignements de cet auteur est celui-ci : " L'boniai«( 
a à remplir, dans lu région spirituelle, la même fonction corgiorisatricv. 
produisant la troisième dimension, que la terre dans la région raaiê-| 
rielle. el on ceci on peut (rouver la clé du secret de son raclang-e, ds 
sa complexité et de l'union indissoluble qui en résulte avec la Terrt 
principe. ■* Martinèa paraît aussi attacher un ^'rand prix à cetle âtt- 
tinctii>n entre l'individualité et la personnalité qui a, fourni depuis une 
si brillante carrière. Un somme ce sont là quelques pages de verbiage, 
métaphysique qui ne pourraient avoir d'intérdt que si leur auleor 
était en même temps psychologue, et il ne l'est point. Cet opuscule, 
qui a le mérite d'être court, a fourni à « un chevalier de la rose-croîs-' 
santé », l'occasion d'une lontrue et savante préface où l'on ne nom' 
Iftisae rion ignorer non seulement de Martinès et de Saint-Martin, | 
mais de la Franc -Maçonner le de leur temps. Les curieux et les êrudlt 
trouveront proSt â la lire. 

ANDSÉ GODFERlfAUX. 



ANALYSES. — V. TfiWER. The relation of Berkeley^s, vtc. 393 

Cari V. Tower. — Tke »nLATio?f of Derkelev's later to ho 

knUBR IDEALISM. t br. in-S" de 11 p. Ann Arbnr, 1899. 

Cette brochure «st une thèse préBenlée à Cornell University pour 

grade de doct&ur en phiJosophie. — M. Tower observe, dans son 
frodxiction, que lîerUeley n'.i paa construit de système à proprement 
rl«r, et que sa philosophie présente deux a.specte, J'un négatif, 
rnmatérinlTsme de la première période, l'autre positif, VIdéaltsme 
ttonicien de la aecontie périodo. Ces deux aspects n'ont pas été 
lfiu9 par lui en une doctrine unique. Et c'est au côté n^^atif de 
ite philosophie que l'on a'est ensuite attacii^. On a considéré Berkeley 
lime un einpiriste. Pour juger de la véritable nature de cette philo- 
Se, il (aut examiner la position prise par Berkeley à l'égard dea 
très philûaophies. Et d'abord^ il convient d'étudier son iiominslisme. 
Ce nominalisme est opposé à la doctrine de Looke relative aux idéea 
itra.îtes. Le lansaee e-^t la grande eource d'erreur, et c'est au lan- 
^e que \es idées labstraites doivent leur naissance. Berkeley ne nie 
• les représentations grnérale&, mai» il ne peut admettre un contenu 
rticulier de conscience, uuii image, qui n'aurait rien de défini, non 
is qu'une faculté sans analogue avec celles des consciences inCé- 
ureB, (On voit poindre ici, dans le troisième dialogue enlre Hylas et 
liionoAr, l'idée de l'évolution.) — Mais, dès les principes de fa con- 
:issance humaine, Berkeley assigne à la connaÈssance les notions 
tittersellcs pour objet; ces notions sont particulièreB dans leur con- 
na, universelles par les relations qu'elles impliquent. De 11 le carac- 
Te personnel de connaiaaanoe. Mais de là aussi l'inexactitude de cette 
wertïon fréquente : Berkeley négateur des droits do l'universel. 
elo»h accuse Berkeley d'avoir donné des idées une théorie purement 
é^ativo. Le développement de la phîloBophie berkeleyenne comporte 
ne théorie positive. 

Ita théorie des idées abstraites ong'ageaît Berkeley dans l'Immatéria- 
$fÙ9, Car qu'est-oe que la matière sinon un nOm hypnstasîé? Il se 
Duit déjà la question kantienne : quel est le sens du mot RéAlité'f 
s sont les Idées qui me représentent le Réélit La philosophie 
ienne. avec sa séparation de l'idée et de la chose, et le dévelop- 

ment donné à. cette phitoaopliie par Locke daii^ sa. théorie do la 
onnaissance, devaient en^'ager plus avant Berkeley dans cette voie. 
'oor Locke, la connaissance porte uniquement sur les idée»- L'ancord 
w tdi-e» avec l'CTpérienee sulTit à leur assurer une valeur objective, 
^laiité'j secondes et quaïitûa primaires sont également d'ordre idéal, 
lais les qualités primaires ont leurs correspondants hors de l'esprit 

as la subslance maLériella, Berkeley, objectiviate au sens de Locke, 

supprimer celte contre-partie matérielle des qualités primaires, en 
kidanl de la méthode même de LocUe. Les qualités secondeif, d'après 
lui-ci, «ont idéales, parce qu'elles sont relatives et en réalité com- 

xrA. 11 s'agit donc d'établir la relativité et la complexité des qualiié? 
Fniairus. — La Théorie de la Vision, prenant le mot idée au sens de 



324 



BEVUE PHlLOSOPHigUE 



sensation, établit uue distinction radicale entre les idées de hvwrt 
celles du toucher, La grandeur, la llguce, le mouvement, ne som pm 
la vue que des qualités secondes, suggestives des idée» tacliles;îl 
idées visuelles doiveiitétreregardées comme inconscientes. — Les 
litês premières, à l'égard du toucher, sont ég'alemeut dôcompoMbI 
eii sensations relatives à rGaprit-, et. dès lors, le concept de choss 
disparaitre, soit nu «ens vul^nJre, soit au sens philosophique 
substrat. Mais il y a une tlistinoUon à faire entre les idées en\iea: 
comme sensations (sensations proprement dites et imagêsL L'idée, 
sens de percept. implique un ciiraotère d'univars^lité, dont le ra| 
à l'esprit Gubjectif ne rend pas suffisfimment compte. De lit,, le pi^*!? 
à l'esprit objectif, raison de celte universnLité. — Les idées ioni p-f 
sives; l'esprit est actif. Le ciractère inoffLcaca de l'esprit indiviilurli 
regard des idées qui ont dans les sens leur origine montre bien dH ion 
quecc£ idées sont imprimées en nous par un esprit s upcrieur. Orfidu^ 
ment, au mot idée se trouve substitué le niot phénomène, qui e^pnn^ 
cette relntiou k uti monde supérieur. Et cette relation est pleinr.;':»! 
accentuée dans la Siris. où la notion platonicienne des archéiypust 
établie clairement. Mais cet archétype, ou nodon, nest pas w 
ohîmère; il eat en rapport étroit avec les idées-sensd^tions et les idiet 
percepts qui l'ont suggér<5; et la dernière philoBophie de Berlielff, 
Bon rationalisme, n'est pas étrangùre à sa première philosophie, 
empirisme. 

Les idées des divers sens sont hétérogènes entre elles; elles' 
peuvent avoir pour cause une matière inconcevable. Leur liaison, 
a pour effet la constitution de l'exporienoo, est ainsi purement 
traire et symbolique; elle repose sur rexpérience et l'habitude. Mû 
principe do cette liaison est l'activité syntbiïtique de Tesprit, teli^ 
la Siri.s va la déiiiiir. — .Si. dans les premiers ouvrag-es, la nature 
un langage arbitraire dépendant de la L'OfoiWr^ de Dieu, dans ta Si 
elle devient un langage iniinnnef, et l'espril objectif est conçu cO: 
raison plutôt que comme votoitté. Le monde est considéré comiii< 
tout organique animé par une raison, qui se trouve ainsi imnis.A' 
aux phénomènes. Mais cette nouvelle conception n'est on accord 
la première, la conception eiupiriste, quo si la critique des Pri'r 
n'exclut pas la possibitiié des Tu>ti'o)iii, c'est-à-dire des connai 
générales, ~ Lorsque Berkeley nie l'existence des idées abstraites, 
nie pas l'existence des idées générales, lesquelles se résumeai d 
mot relittion. âans doute, il n'admet pas une ci>nnaissaiK*c qui n'aunl 
pas le particulier pour objet; mais il n'admet pas non plus que !'<■ 
puisse hypoistasier» comme le fera Hume, les sensations; celles-ci n) 
de sens que par leurs relations mutuelles, leur rapport â l'esprit 
donc par les catégories universelles do la raison que s'explique l' 
rience; et lîerkeley en vient tout naturellement, dans la Siri^, à 
mission d'idées iiméfs, véritables fbrmivs Gouatitutives. — ly-Aua les 
miores œuvres, Berkeley conduit l'esprit à la manière de Locke, c« 




dung der Religion 3â5 

ent. Mais, par degrés, il 

it n'est pas connu par une 

.fttssance de l'esprit est une 

11^ une distinction entre un 

prit, ainsi conçu comme actif 

purentô à l'Universelle Raison, 

iice de Dieu doit être regardée 

r uiiilier la connaissance des 

n'est pas sans rapport avec la 

kelcy n'est pas en contradiction 

n'a jamais fondu ses idées en un 

oi un critique tJOmme Green a pu 

F de réduire touis pensée à la sen- 

', itSBe n'est pas seulement -perci-pi; 

J. Second. 



's Bbobundung oeb Religion, ein Kri- 
de xii-8'2 p. — Leipziar, Wilhelm Engel- 

n'eut moins que le iviii' le sentiment de 

peut le caractériser par la rupture avec la 

tbsolue dans la raison. De là, la critique à 

îllgion à cette époque. Rt M. Mengel nous 

ïnceptions religieuses de V Aufkl&rungsphi- 

le la religion naturelle a la religion positive 

qui est liistoriquc dans la religion. La philo- 

\ai est le produit de Ce mouvement, et il y a 

|ns à cet êgLtrd entra la pensée de Kant et celle 

ïr luette philoiiophie religieuse de Kant, qui est 

le tout entier, ce n'est pas tant à la. Religion 

raison, œuvre explicative du christianisme 

resser, qu'à la Critique de la raison pure, a la 

ratique. et aw^. Fondements de la métaphysique 

Ixaminer, en elTet, quelle liasc Kant a pu trouver à 

is sa philosophie de la connaissance, soit dans sa 

milieu du débat entre le scepticisme et le rationa- 
le. U n'a pas réconciliéi comme on l'affirme, ces 
^vue, Car il cherclla à ruiner par son propre rationa- 
le rationalisme des rùàtaphyaiciens- La théorie de la 
pose sur un postulat, un véritable préjugé, celui de la 
o de la raison. C'est pourquoi il cherche à fonder une 



320 



HEVUE PHILOSOPHIQUE 



l»l 



connaiasance nnicerscilf: et n'-cessaire, acrçptant pour établi qu(? 
connaissanco scientifique doit glTrir ces deux caraclères. La mi^lho"^ 
synthétique de la Criliqve de la raisOTi pure ne dilTùrc pas, à C^] 
é^ard. do la niéthfjde analytique des Prolégoviènes. De ce point de\uÉi 
11 réruLc i'eiiipirisme, et il foiiUc son idéalisme traiiscendautal, lequfi' 
otiftTKve l:i >.:uinn£iissânce dans les pliônomêiies, la soumet â l'itidis' 
sable coiiCDiirs de l'intuition sensible. Le concept de la ciiose e.n 
de Vincondilionné, est introduit comme explicatiùn obligée, mais 
logique du système défend d'appliquer en rien à ce pur concept 1 
catégories de k conïiaisH.ance, de le concevoir comme réel. Il eH donc 
jmpcssibte de fonder sur la théorie de la connaissance une pbilosoptût 
de la religion. 

La philosophie monde repose sur le même préjuge que ta phSIow- 
pbie spécululive, le citroctère Absolu de la raison. Dt; la, le rejet df 
toute théorie enipirifite de l'action, la nature purement formelle Ae U 
loi morale, roppustiion ctUi^rc entre les sens et l'enlen dément. Du? là. 
Vautonomie absolue de l.i volonté rnisoniiable, l'idcntiliiration de oéi 
deux termes volotilii et raîson^ la liberté fondée sur la coiiformilu i 11 
loi morale et distin^'iaèe radicalement de l'indilTérenoe. De là, la Ci'ii- 
oeptîon d'une fi'* ^^ 1^ moralité, qui n'e^t autre que la Volunté raison- 
nable elle-même, et la conception d^une idée de l'humaiiité mon point 
sensible, mais inteUigiblc), ain^i que d'un régne des fins, c'cflt-à-dÎK 
des volonté^ libres. Tout est formel dans la morale d^ Kant : la rj - 
suTlit à fonder l'aiMion; la volontiî est jdentiiiée avec la cfiose fi-. ■ 
Nul moyen d'éCablir sur cette morale une philosophie relitfieusc. 

Pourtant, c'est h la raison pratique que Kant demande les fonde- 
ments de la religion. Si la tiioriiUte est autonome, elle ne peut se n-'*' 
User que grâce h des postulats, celui de rimmortalité et celui de I exia- 
tence de Dieu. Le souverain bien, accord do la vertu et du bonijeur, 
exige l'intervention de ues deux vérités. La relig'ioii. il faut le recou- 
naitre, De découle pas nnaiytiquement de la morale; mais il y a entre 
religion et morale une synthèse nécessaire. Cette synthèse est ezigM 
par le système tout entier. La sensibilité n*a pas une existence moiat 
réelle que l'eniendement. ];i nature que l'esprit; il faut réconcilier Mi 
termes oppo?îés, et c'est la Lliéorie du souverain bien qui les récon^ 
liera. — Mais celte religion est purement naturelle, et l'élément hisi 
rique est, aux yeux de Kant, entièrement symbolique. Le vérital 
Christ, tout homme le porte en eoi, — La synthèse éthico-religleuse 
d'allleura impossible, étant données les prémisses du système. Coii' 
voir l'absolu comme volonté raisonnable, c'est contredire la doctr 
criticiste de la Chose en troi\ laquelle est inconnaissable. Subordo 
la réali$;'vtion de la bonnw volonté à l'existence de la vie tuture. c" 
contredire la doctrine de la liberté, laquelle est conformité à la 
absolue et ne peut dès lors se réaliser par degrés et se trouver soum 
à la loi phénoménale du temps. Concevoir Dieu comme législateur 
la loi moratc, c'est contredire la thiL^se de l'autonomie de la volonté. 



ANALYSES. ~ i- BupRors. Charles Secréta^i 337 

•Tiûrmti eriticiste conséquent, moralité et religion ne peuvent exprimer 

^U'^ Tidéa)^ le rêve, non le réel. Schiller et Lange ont très bien vu 

Cetle impossibilité de réaliser l'inconnaissable. 

Ainsi ai Is philosophie de U conc^iaisBancc ni la philosophie morale 

li'ojît la vertu, dans le système kantien, de fonder la philosophie reli- 

gieuBC. Du moins Kiint a-t-il eu le mérite dMndiquer la véritable 

jnéthade reli|j:ieuse, de nittucher la pensée religieuse h. la pensée 

morale, étant donné que la spéculation noua amène à l'absolu mitia ne 

nous permet pas de le connaître. H a même indiqué parfois le liçn qui 

unit la pensée religieuse à la pure conscience morale. Ij'échec de sa 

tentative est imputable en grande partie au caractère purement ratio- 

jialiBCe àe son temps. 

J. iSEGONtl. 



3' Pèi-iode contemporaine. 

J. Dnproïx- — Charles yECFfiiTAN et la philosophif: Kantienne. 
I br, da ^1 p. [Fixtrait de la Revue de théologi'^ et de philonophii:}. 
paris, Fisclibacher, 1901). 

L.a brou^hure de M. Duproix a surtout pour but d'établir, cOntrâ 
M- Htlloii. que la philosuphie de Secrétaii repose sur l'expijrience, et 
ne cotiiâlfite pas >en une simple déduction de principes métaphysiques. 
Cette interprétation s'appuie aur les ouvrag'i^s postiirieurs à \i\ Philoso- 
p/ïie de ia liberté^ en particulier sur les Rscheiches de la mi^thodeei le 
principe de la morale. Le* doctrines métaphysiques de la Philosophie 
cfe /a Liberté peuvent être, d'ailleurs, envisagées comme des induction:; 
de l'expérience ; et c'est ainsi qu.e M, Duproix les présente de manière 
h. établir une pleine conséquence entre tous les éléments du système. 
Oette interprétation ^éncVale fait voir, d'un côté, urie grande ressem- 
blance entre la fin poursuivie par ^ecrétan et celle que Kant s'était 
proposée; elle tait voir, d\LUlre part une différence radicale au point 
<ie vue du caractère des deux doBtrines, différence qui se résume en 
ces lermes : la morale Kantienne est formaliste, la morale de ^ccrétan 
donne un contenu au devoir. C'est donc avec raison que l'an rattache 
tîtîcrétai» il la Critique da la raiann pruUquc; c'est à tort que l'on voit 
en lui un disciple fidèle de L'impéralil Kantien. Kant^ épria uniquement 
de j» raison pure, & laissé de côte la question de l'acoord entre les lois 
A priori et le réel. Secrétan a mis cette question au premier plan; et le 
problème moral est posé par lui de la manière suivante : « Comment, à la 
loi fornielle du devoir, trouver une matière qui soit adéquate? » (p. 11]. 
Au li«'i de condamof^r, comme le (ait Kant, toute recherche empiriete 
 un résultat utilitaire. Secrétan demande à l'expérience, à laconnais- 
yj^ncie de la vie, de donner au dei>Oir-é(re un sens que la raison pure 
est incapable de lui fournir. C'est que l'unique devoir-Ùtrc, l'unique 
principe à priori, est à ses yeux, oelui-ci : a Deviens ce que lu es dans 



333 "^^^H" RBVCK PHILOSOPHIQUE 

ta nature essentielle i. C'eat-i-dire que ce deroir-^lrv eal ud au€^ 
aspect du princip» d'idâtititë, qu'il suppose une nuture, donc a^ 
théorie du réel. La morale est solidaire' d'une \ue d'ensemble sur [■^^ 
dhoses, d'une mêtaphyaiquo; et uotte mctaphyaique doit se fonâersi 
Texpériânce. M. Duproix dous explique très neltement en quoi ellecoï 
sLBte, comment elle est avant tout une réfutation dci l'intellectuatlsi: 
admis pâ,r K&nt. et comment elle met 1» volonté h la racine de ï'èin 
voyant dans la l'dii science psychologique une simple rêHexion decett- 
voionlé aur cllemôme. L'activité supérieure de cette volonté est 
raison, laquelle se traduit, dans l'ordre théorique, par l'intelligeoc 
et, dans l'ordre pratique, par Ja conscience morale; de là harmoai 
entre les deux a<;tivit6s de la raison ; de l.î. aussi, possibilité d'échapper 
au déterminisme de l'intelligence, autrement que par le postulat gratulM 
des néo-criticistea, et d'assurer à 1» liberté morale sa réalité. L'exp^aB 
rleiïçe devrfl. noua instruire des Lionditions dans lesqueUes celte liberté-* 
est réalisable. La Bolidaritci dans le temps et l'e-spaca et la sympathie ■• 
aont les deux g-randâ fdits qui permettent de donner un contenu n K_ . 
loi du devoir; et la reii'OnikAisaance même de Oos deux faits soulève 
problème des rapports entre l'individu et respèce. L'étude de ces raj 
porls nous montré qu<;l est le réalisme de Secrétan, et aussi comme; 
â mesure que l'on s'élève à rhumaititê l'importance de l'individu 1 
parait s'aocroitre. comment dans l'humanité la personne devient pr^ 
pondérante, comment enfin une métaphysique universelle de la voIoii.Ce 
et la proclamation indudive d'une volonté divine permettent d'achev-er 
l'explication de l'activité morale, harmonie du tout et de l'organe libi 
qui coopère à la perfection du tout. D'autre part, l'attitude prise ps 
éeorétnn lui permeti toujours en opposition avec Kant, de ne pas attri- 
buer au devoir un caractère individuel, mois d'assurer à la morale Ufll 
caractère social. De là, la pri^oininence accordée i\ la charité sur 1a] 
justice, films que la liberté de chacun ait it en soun'rir. 

Ainsi, d'un bout à l'autre, SecréLan est opposé à Kant, et préréfSÎ] 
oelui-ci : fl ^a démarche philosophique, au regard de la méthode cri' 
licistB, oonatttue un retour à la réalité, c'est-à-dire à Thumaine vérité i, 
(p. êO). M. Duproix va jusqu'Â instituer un parallèle entre les dfitlj 
hommes. Scicrétan, a nature débordante » (p. â8), " un oeil toujoun 
ouvert sut le monde extérieur » ip, 80J, « ne s'oublie point en (ui- 
même dans une contemplation stérile « (Ibid). « Il a pi-i3 cotilnct a^rt 
les hommes, il a tenté de leur communiquer un peu de cette naniiBB| 
qui jaillit en son àme d'apôtre » (p. 86}. Kant, « replié sur ]ut-méiae>| 
Cp, 87), K sort de l'htimanité, délaissant ses semblables pour entrer «ill 
néant où i] li^lève la Iut;ique iormelle a la dignité de métaphysique H 
(p. "Ctl. Kt, pour uiieux corser le parallèle, M. Duproix cite la célèbr 
do Miciieiet sur la « scolastique vivante ». Lui ferons-nou 
ir que cette patire est tout juste le contraire des faits» et qii 
it l'être le plus sociable du monde et le moins enfermé dans 
<si(Iuo'^ Mais ce qui nous inspirerait surtout un doute, c'< 



ANAiYsËS- — K. riATznoFT, Ernest Benan 



320 



te point de départ de Secrétaii, la réfutation de l'JntâlLectualmme et la 
théorie de la volonté. Qu'est-ce que la volonté primordiale, et que 
'ignille cette rénexJOD de la volonté sur elle-même qui constitue l'éveil 
le Inconscience psycholog'ique ? D'autre part, quel caractère impé- 
■atil peut aivoir cette loi de la volontcS, unique à priori de la morale? 
ï'êat une lenda^nce nalurtliû, une force; et cette tendauce n'est asai- 
af Ittbie en rien à l'impèratïE racionnel de Kant. La « volonté de puis- 
h.CDe B de Nietzsche est beaucoup plua près d^ la volonté de Secrétan 
'**« la raison pratique de« Kantiens, tiecrétan a si peu rendu adé- 
'ULSles la mutière et la forme de la moralité qu'il a tout ramené à la 
tière, â la nature. Enfin, ei la morale Kantienne est s\ essontietle- 
pxzient individualiste, d'où vient, comme le montrait récomment 
B. Voliinder dans un article des lianlsludien, que Icb néo-Kanticiia, 
fa revenant à Kant, ont évolue naturellement vers le sociatisme, et 
les théoriciens socialistes ont évolué naturellement vers Kunt ? 

J. 3EG0ND. 



iDird Platztioft. — EliNBST RstfAX. Dresden uud Leipzig, 
iltfllasiier, 1900, 

Pwl He&ael. — Thomas Cablyle. Stuttgart, FromEnans, l&Ol. 

I réunis Ces deu^c études biographiques, parues en des collections 

Hérftntes et portant le nom de deux hommes qui ne se ressemblaient 

piire, Kruest Kenan et Thomas Carlyle. La première forme le 

i>lumB tX des M&nnsr der Zcit; la seconde, le volume XI des From- 

fm KUisiker fier PhilosophiG. 

t. Maixliofc avertit, en son avant-propoa, que son travail but 
Bfln, entrepris avec un vif sentiment d',idmiration. pourra paraître 
r(ant peu bienveillant dans ses conclusions. Une critique appro- 
iie l'a rendu plus «évère envers Bon modèle, mais non pa& injuste : 
ipatbic reste acquise ■ au Kcnun de 1848, à l'homme, au tra- 
lur, au patriote, à l'écrivain délicat des derniers joura ». Renan 
dit-il, pensait être un homme nouveau; il restait au fond un 
ame ancien, et c'est parce qu'il en eut conscience et ne sut pas se 
tidor entre deux conceplLona antagonistes du monde, qu'il chercha 
[reFuge dans le scepUcismo. Il nous montre en lui le Breton et le 
ïn; il la suit attentivement dans sa vie et dans ae% ceuvres. Je 
rrsjs tirer de cette étude bien des citations intéressantes; Je me 
te à celle-ci ; 
T Kenan voulut k tout prix faire impression. Aucun moyen na lui 
iieœblait trop petit pour frapper le lecteur et obtenir le succès. Il 
tAuoba entièrement, avec le temps, dans la dépendance de son public. 

PI tout avantage se paye un jour ou l'autre. Une douce méchanceté, 
ironie voilée de tendresse, un discret abandon, un éclat de rêve 
sur toutes choses dans bqs pcÊnturos, furent son moyen; les 

TOMB LU. — IftOf. 22 



stso 



(te VUE PHILOSOPHIQUE 



appUudlssemenis de l'E^urope cuitivéei sa récompense; le serieiu et 
l'énergie da U pensée, aon sacrifice... Renan n'est que le otrluosede 
1» philosophie. A tous les instruments il sut faire rendre de doux 
.sons, animer ce qui ctait mort, adoucir ce qui était dur» donner de 
l'attrait à. ce qui n'en avait point. Et les hommes récoutêrent, re 
grand churnieur, avec dea rirea ou des larmes, de Tamour ou de U 
faaine, selon que le voulait son cuprice; ils le suivirent en Iroupt 
nombreuse, captivés par sa molle sagesse et par les soûs enchaiiteuTi| 
de aa musique. Maia quand vint le soir, et qus la nuit fut torabéejl 
les abandonna. La chanson caressante se tut: ils ne virent plusauMrj 
d'eux que le désert, la solitude, la faim et robscurité. La troapa, privai 
de Hon conducteur, se presse en désordfe. et tournée vers le ciil 
regarde, muette et découra;?ée, dans la grande énigme, oon en>nnj 
réRuiuâf de l'exiatecice, dans les ténèbres d'un avenir plein de nye- 
tère. a 

l.e TlwJnss darlyle de M. Hensel est une étude non moins sèriecirt, 
et très sympathique, M. Hensel raconte Carlyle plutôt qu'il ne le eri-l 
tique ; seséorîtïi, dit-il, ne sont autre chose que l'eipresston viaibledl 
FOU caractère. Sa doctrine même ne comporte pas la diacuBsion.cardli 
ne repose pas sur la subsLruction solide d'une théorie de la coniua") 
sance, elle n'est que TafTirmaLion d'une conviction toute persoiindk 
un jugement absolu sur le sens et le but de la vie. Ce que Carl}tei| 
représenté en Angleterre, c^est l'opposition ddclarée à cette vue an^lli* 
que les connaissances pratiques peuvent aulîire, en l'absence detouU| 
haute conception du monde, à régli^r les problèmes de l'eitsl^nc 

Je m'attarderais volontiers à donner quelques extraits de ce Ca'lnl^ 
aussi bien que du (fenan. Je me borne à recommander l'une et l'auin 
études; les lecteurs français y trouveront quelques pages d'biEiolr 
plus particulièrement instructives pour eux. 

L. Ariii^t. 



Grâce Neal Dolsoc. — The philosopht or Friedbicu Nietzsch 
Ne-«--York. Macmillan Company^ 190L 

Cette étude porte le n" 3 des Cornell SttLdies m Philosophy, Il et 
devenu nécessaire, pen^i-' M. Dolson, de donner au public oméric 
une idée des doctrines de NieUache ; il le fait en peu de pages, ie plu 
clairement possible. Le succès de Nietzsche lui semble venu d'abûC 
dn ce qu'il a su donner une forme à la fois philosopEiique et littémiC 
\ ta passion d'individualisme qui était dans l'air et qui a ini 
nombre d'écrivains en ce dernier quart de siècle. Mais quelle e«t. 
juste, la signification de sa philosophie? Je me bornerai à releverj 
réponse très claire de M. Dolson â Cette question principale. U rth 
à Nietzsche toute originalité en esthétique. Ce qu'il a apporté de 
veau, dit-il, ne se trouve que dans sa morale. Encore y procède^ 
d'une façon arbitraire. 11 ne s'occupe pas de justifier U volonté 



ANALYSES- — M. K, L. FlSCHEft. Der Antichrist 33t 

Itfïation qu'il éri^e en principe souverain; son individualisme à 
Ehrïoe ne s'embarrasse jamais des réalités sociales. Peu importe le 
;>^au; l'individu en %a force n'eat pas seulement juge du bien et 
l'^l, il est à lui-même son unique fin. L'exercioe de la puissance 
on pas la jouissance — demeure la chose essentielle, et cette 
(fie ne saurait donc être considérée comme une forme particulière 
l'bédonisme. Nietzsche, d'ailleurs, évite le piège où tombent les 
ro^ts inconséquents de l'Individualisme. 11 ne traite pas l'individu 
lat'^â l'iiabitatit d'une île déserte ; il le laisse parmi les hommes, et il 
I aie point l'existence des sentimunts de pitÏL^ de sympa.thie : mais 
(5 sentiments, le héro^ de sa morale n pour devoir de les étouffer, et 
BB autre» hommes ne aoni faits que pour servir ses propres fins. S'il 
le rfktUcbe à Rousseau par ce retour à un étAt de nature^ le sauvage 
'Ae Rousseau était du nioinst le n bon sauvage >*, doué des vertus que 
S'itstzsctie mép. ise. Si, d'autre part, il emprunte quelque chose à Dar- 
win J évolution qu'il suppose tend à la brutalité, et n'enferme aucune 
[idée de Bolection ou de perfectionnement. Son système, c'est l'égoisme 

BK qualiQ cation naturaliste ou payoliologique ; son surhomme 

liste par excelLnnce. 
isojnme, la volonté de domination est le point central de sa doc 

Be;maîs cette doctrine reste vague^ sans applica lion poFEÎble, et ton 

iiJU'On peut invoquer en sa faveur est qu'elle marque une franche 

ion contre l'abaissement des personnes amené par notre civilisation 

lilfiire. Jusqu'ici, on avait envisagé l'égoisme comnie un simple fait; 

MCthe l'élevé à la dignité d'un idéal ; si étroit, si incomplet que soît 

liystème, c'est en cela qu», plus que Max Stirner^ il a été novateur. 

L. AnnÈAT. 



Ip. Dr. EngelljBrt Lorçnz Fischer. — FniEDRiCii Nietzsche. — 
■ ASTicHiiiST » jN [jca NEuEsriîh Philosophie. Regensburg, 
1901. 
IgT. Fischer a jugé nécessaire de ûompléter pa^ une réfutation des 
rines de Nietzsche son grand Ouvrage, Le triomphe de la philo- 
\ie chrétiemie. Cette rcfutation est bien conduite, et l'êminent 
ic montre sa supériorité d'esprit en ne se départant jamais, envers 
rioletit adversaire du Christianisme, d'un sentiaiênt d'admiration 
les mérites de l'écrivain, et de pitié pour les misères de l'homme. 
Çuelquea lecteurs, parmi les chrétiens eux-mêmes, ^'étonneront sans 
iii)\jie des interprétations si différentes que peut recevoir l'enseigne* 
JWat de Jésus, en ce qui regarde l'égntité des hommes, par exemple. 
D oe faut pus oublier pourtant que le Christianisme dérive de plusieurs 
nuretm, et qu'il a enveloppé trop étroitement ta civilisation occîdeo- 
lUfl pour avoir des principes inconciliables avec les besoins des 
)B. Il est donc possible qu'il apparaisse à l'esprit sous des ligures 



333 



REVUE PHILOSÛPHIÛCE 



as^sez diverses, selon le moment cm le milieu. Nietzsche l'a considi 
S0U3 l'aspect qui luiétuit le plus antipathique; et il ne pouvait m^oqu 
d'être injuste, parce qu'il nllait aux axtès. Peut-être n'a-t-il pusété,* 
somme, et quoi qu'en pense Mgr. Kischer, le plus redoutable des ena 
mis, s'il en a été le plus bruyant en ce dernier quart de siècle. 

Le véritable dan^^er ne vient pas, pour rKgiîse, de telle ou tel] 
œuvre particulière, mais du tour nouveau des IntelUgenC'eB, de l'usU 
Béculaire qui attaque, li'ansforme ou détruit toutes les iustitutioii 
humaines. 

L. AjirÉaT. 



Fp. de Sarlo. — La filosoi-'ia sr-iESTmcA. Loescher, Rome, Ï900. 

Voici la conception générale de ce travail, à notre avw, parfois m 
peu trop systématique. La philosophie scientifique CBt tout ensetnili 
naiuraiisme et agnosticisme. Elle a un triple fondement ; 1° riniuiiiofl 
iDCcanique des choses, l'idée que notre esprit a atteint le faîte àt (■«a 
développement avec la détermination de la mécanique des chos'-i; 
2'> la délinition de la valeur de la connaissance humaine en se rappor. 
tant aux réeultats de la psychologie physiologique; 3* l'îdée de r«TO- 
lution avec la méthode évoltttive et génétique. 

Pour rendre bien compte de La manière dont la phiinsophîe siiiwty 
fique s'est constituée, l'autâur s'est attaqué aux personnalit^a sut- 
quelles se rattachent, comme à leurs centres, les recherches diripei 
dans la incL^aiiique-aj:i;noatique,gnoBO psychologique et évolutive, Cflit* 
Ces points de vue qu'il examine les idéea fondamentaleâ du Du Ms' 
Reymond, d'HelmhoUz et de Darwin. Ce sont là des savants et d" 
philosophas) sur lesquels on s'imagine que tout a été déjà dil : 
M. de Sarlo, qui les juge 6t même les critique avec corapétecire "' 
impartialité, nous prouve, encore une fois, le contraire. 

Sa conulusion est la suivante : La philosophie scientilique a eu pour 
rôle de mettre en lumière quantité de problèmea dont il était impositU* 
de demander la solutior] aux procédés des sciences particulièKf '■ 
d'où l'intervention nécesBaire des. philosopheg, C'est de la pénétnlino 
de la pensée scientifique par la méthode et lea conceptioRF df 1* 
philosophie critique que sont parties les directions le^ plus vilalNde 
la spéculation actuelle. 

BEHNAUn PfinSZ. 



C. Zuceanta. — ûbigini della morale UTiLt-TAfiiA dellq St. Milt- 
Hoepli. i^^S. — La moralb utilitakia dello ht. uill. IB'.19, Hoeplii 
Mtlano. 

L'auteur, dans le premier travail, cherche les Drigines d« la cnorill 
filuartlentie. Il s'agit principalement de Bacon, de Hobbes. de Lucke. 

liacon, par sa manière toute spéciale de cousidérer les choses 



ANALYSES- — c. zucc^^NTË. Orlgini délia morale uiUitaria 333 

Ùson de leur utilité, fut un des principaux initiateurs de l'utilitarisme. 
1 s'Étuit surtout préoccupé des recliercLea de mèLbode el des sciences 
physiques. Ce fut Hobbes qui applîquii. renipipisme de Bacon à la 
morale, et il en donna une théorie prc&que complêle, Ijocke, par sus 
travaux de pédagogie el d'étliique, et, d'uni': manière ^énôraU', par aca 
e&acepLionB cur la nature et l'origine ùe& idées de toute flortc, montra 
une tendance franchc^ment utilitaire. Les aentioi'eritalistQa eux-mêmes, 
comme Shuftesbury, Hutcheson. sont lldèies h celte tradition en 
quelque sorte de tempérament naiional; comme le sensualiBme (voir la 
PkUmophie expérimenlal€ en îl'dlle de M. Espinas) seinble ôtre une 
cira parties les plus caractéristiques du tempérament italien. Liîurs 
hcrttjers les plus en vue sont Hums, Paley-, Bentbam, sur lequel l'in- 
fluence d'Helvétiua fut d'ailleurs conaidérabEc. En résumé, utilita- 
narae etassociationnisme, voilà les deux étiquettes sous lesquelles tl est 
piïtmis de ranger tout ce qu'il y a eu de nglablo dans les divers repré- 
stntmts de la philosophie anglais.e. 

11. Dans I» seconde élude, plus volmntneuae et plus importante que 
IapTi>mièpû, M. Zuceante analyse en détailla morale da Stuart Mi!I, t^n 
U CH>[npïtrant aux théories d'Arislote, de Benlhâm, de Spencer et 
feutres. Sa conclusion^ vis-à-vis de l'auteur qui le préoccupe évidem- 
meai, peut se résumer à p&u prèâ comme il &uit : 

Uclef de voûte d'un tel système, dit l'autuur, ne peut âtre que le 
platei'r. Cependant il n'agit pas seul dan:9 le système de ïlill : il colla^ 
hore naturellement avec \' associai ion r Celle-ci fait naître quantité de 
faits, el d'opérations qui paraîtraient n'avoir avec le plaisir qu'un rap- 
port éloigné. Elle est, pour le grand utilitarUte anglaîB, le véritable 
ï»cteup de la morale,. 

Il y a cependant là quelque chose d'extérieur et de mépanique; 
Stuart Mill a essayt^ do le dubarrasaer de cet élément, sans peut-être y 
tvuir réuast. Il a cherohé a introduire dans le ayatème oe qui man- 
^}■tt\\ chez Benlham, Xinlérioritè. Il n^avait pas vu que l'association 
*5t elle-même un processus extérieur mécanique; M. ïuccante ne 
I sxpUque pas assez. Somme toute, toujours d'après ce dernier, l'aâSO- 
ciitlioaoisme n'a plus aujourd'hui l'autorité d'il y a quelques années. 
Personne ne dirait aujourd'hui, écrit-il, comme Stuart Mill, que la loi 
â'asaociation est pour la psychologie ce qu'est pour rastronomie la loi 
d'attraction unÎTerselle. 

Pour Ktuart Mill, l'esprit n'est pas une substance. Aussi a-t-il oublié 
laiis&i .Ifor.iie (.l'a-t-il tant oublia que cela?) la valeur do l'indivldua- 
\té et de la liberté (liberté tout au moin3 apparente, ajoutorions-noua). 
1 oe voit dans l'hommii qu'un composé de déaîrs et d'aversions, de 
Isisira et de douleurs. Par suite de cette méconnaissance de la valeur 
! J'iodividu, il a été forué d'exagérer !a valeur da la collectivité. Au 
orâliate, par lui-mâme impuissant ou à peu près, vient en aide le 
^jelaleur, l'État : c'est de celui-ci, en définitive, cumrae puur Ilubbes 
îlvèlius, et même comme pour Bentham, que l'individu, pour 



33î REVUE PHILOSOPHIQUE 

St. Mil!, tient sa vertu, par tout un pusemble d'intluences et d'institu- 
tions, dont la plus nég'ligeable n'est pas l'éducation. Stuart Mill va jus- 
qu'à prétendre que ta Bjrmpatliie, les tendances altruistes, de tcjut« 
U^ûn cullivéies et développées, acquerront peu à peu l'efficacité d'une 
reli;2:ion. Daaa cetis conception de révolution éihique, M. Zuccuite 
voit un nouveau irécanieroe, appliqué à l'hûmme pour l'amûliorer <t 
le reikdre meilleur- (Qu'importe le mot, ni la chose avait le pouvoir de 
le r<>Ddre, en effet, meilleur, plus libre, en un mot, plus homme? 

B&HNAnD PËIiEZ. 



NEL, PBÎUO CESTENAmO DELI-A MORTE nr NlCOLA SPEUALIERI (CoClfe 

renze, saggi ed articoH conrniemorativi], I vol. m-'i'= tie 111 p, Romi 
(Vatelli Uocca, 18{lîl. 

Le monument commémoratif de la mort de Spedalteri n'ayant 
être érigé à Rome à la date voulue (2G novembre 18^.1), le Comité 
tenu du moins à ce qu'un monument d\m autre genre suivit de prèa 
centenaire du philosophe de» droits de i'tiomme; et M. Gidseppe Cii 
BAU, le iélé promoieurde la célébration du centenaire, s'est emploj 
à réunir eti un volume une série de conférences, d'essais critiques 
d'articles, tous consacrée à la mémoire de Spedalieri. Une proclami 
tion à la jeunesse italienne, rappelant quelle fut l'œuvre de Spedaliei 
quels ennemis il rencontra pendant sa vie et après sa mort, et combif 
a été tardive In justice qui lui était due, ouvre ce volume. — Dans uaj 
conférence sur la pensée de Nicola Spedalieri et le XVIII^ siècU 
M. Vadala Papale f^it ressortir le caractère révolutionnaire de la thè( 
de Spedalieri. mais en même temps son caractère scientifique; hiatt 
rien et juriste, 8pedalieri combat la thèse de Rousseau sur l'état 
nature et l'égalité naturelle des hommes; il insiste sur le côté ratïoon^ 
de la société; il prélude à Bentham, à Spencer, k Homagnoei. M. Vis 
CBN20 Lilla traite de la réforme religieuse civile de Nicola Spet 
lieri; il monlre comment Spedalieri vit dans le christianisme Vaïl\ 
naturel des droits de l'homme, s'élevant avec force contre ralllaace 
la religion et du despotisme; il fait voir en lui un rationaliste coosj 
quent, et détruit la légende des deux tendances opposées que Vt 
croyait trouver chez Spedalieri, impiété et bigotîEime, M. Natoli, ai 
sa conférence : Nei pareniaU rfî î^icola Spedalieri; fait ressortir 
caractère italien de la doctrine des droits de l'homme et de I3 souvi 
raineté du peuple, et rattache les théories de Spedalieri à celles 
Thomas d'Aquin et de Marsile de Padouc. — Les essais critiques 3i>| 
aignéa ; Fran^esco Guardionk {-^'icol^ SpedsUeri et les m droits 
l'homme »), Giuseppe Cimbali {Le premier cevtenaire de ta mort 
Nicola Spedalieri, où l'auteur insiste sur Taudace de ce thi^oloçit 
qut usa. fonder le droit sur les lois rtalurelles des choses), Marii 
Mabtinez (iVicoIa Spedalieri et Alfred FûitiUée, où l'auteur rapprocha 



ANALYSES- — Nel primo centenario di N. Spedalieri 33S 

avec certaines insinuations au moins inutiles, la tentative de Fouillée 
pour concilier la thèse organiclste et la thèse contractuelle de la ten- 
tative analogue de Spedalieri, en donnant la préférence à la logique 
plus rigoureuse du philosophe italien), Favitta (Deux philosophes : 
Spedalieri et Afamiani), Abatb-Longo (La souveraineté d'après Spe- 
dalieri), Arbib (Un précurseur du XVllî" siècle). — Notons, parmi les 
articles, celui du Fanfulla délia domenica : Spedalieri à, la recherche 
<r-uTie chaire. — Le volume se termine par une bibliographie des attaques 
diriges depuis un siècle contre Spedalieri. Nous y lisons ce jugement, 
peu mérité il nous semble, sur Romini : « Grand magasin de sagesse, 
mais esprit des plus mesquins et tout imbu encore d'idées médiévales ■ . 

J. Second. 



REVUE DES PÉRIODIQUES ETRANGERS 



Thë pftyûhological fieview. 

|,Jaîiv,.nav. lyuû). 

II. Mi'iNSTËROEfii; : Psychologie al atomiam (Atontisme psychique 

Nos setisatîûnB de couleur, de goût, itiusculâiree^ etc.. sûDtW/« 
le dernier élément de conscience, siiûple, ou bien coraposèes d'^Jc-l 
meiil-s plus simples encore? Le rù!e actuel du peycholog^ue est ài\ 
rechercher ^\ l'on peut pousser plus loin l'analyse du [jhênomèûf 
menlal; en procédant ainsi, il verra que les i^ensjLtioas simples, qui 
nous paraissent radicalement différenciées, sont eu réalité furmèea 
toutes d'éléments semblables : le goût et l'odorat ne diffèrent pw| 
plus en leurs éléments que deux sons de hauteurs différeiiWâ.Maû 
ces atomes diffèrent par leur qualité, tandis que les atomes di 
physicien sont radîoaleraent identiques, sauf par leur place 4«ni] 
l'espace. 

F. VEnHOEFF : Shadow images on the retina (Ombres portm suf\ 
l& Tétine). 

Cette quflBtion très ancienne, a été étudiée par Scheiner, l.e 0*< 
priet^ley, Tupper. Le Conte... St Von regarde par le trou d';iiy:uilli 
d'un carton, vertical devant l'œil, et que l'on place sut le rsypn 
visuel, antre l'ccil et le carton, une tète d'épîngle, sprcs avoir dJspoM. 
derrière le carton, une surface blanche bien éclairée on voit àqudqut 
distance, derrière le carton, l'image agrandie et renversée de laliK 
d't'pintrie. Ou plutôt c'est l'ombre de cette tête, portée sur la retint 
Mais il faut ajouter aux explications précédentes que le renversemenl] 
de la tète d'épingle dépend do la distance du trou : si l'iEil est ad&ptftj 
à la plus proche vision, et que le carton soit placé au delà, l'imii 
apparait droite; elle disparait quand le carton vient h limite raivii 
de l'adaptation. Si, maintenant, l'on prend une feuille de papi' 
blanc, où Ton fasse une petite marque noire, et que l'on s'en serve ' 
comme du carton précédeniraeiit décrit, on verra la marque barréfl 
d'un trait blanc par l'ombre de la tête d'épingle» si toutefois on p«ut, 
à volonté, relâcher son accommodation, 

C. WisLSER, W. RicHARDsON : DifiTuBiOD ofthd motor impulse Du- 
sèminstiûn de l'inftu.x mQU'ur). 

Moins un mouvement est parfait, adapté, plu? il y a d'êaer^ 



REVUE DES PËRIODIQUKS ÉTRAKCKRS 



337 



întitile ment dépensée à tort et à travers. Les auteurs ont easayé 
*|'eni"^45"i3trerde8 mouvements du bras pour détermîjier cette énergie : 
fis ont "VU ainsi que chaque rnouvement d'un muscle retentît sur ses 
voist'^^ GR tout sens, mats surtout retentît sur les muscles habitués 
à agi*" OL-vec lui. Les auteurs se proposent de développer et de pré- 
ciser cs^s coucluaions. 

Ma^hc*. Washeiuhn : Th6 colûf changes of the wbîtë light aftor 
j^iaagoa ceatral and peripheraL {Changements in couleur des images 
^fiH&à'^ijttitio.s, centralp& at pétipliériquûs). 

Si l'on regarde une surface blanche, comme un champ de neigre 

sfios le soleil, pendant une quinzaine de secondes, et que l'on ferme 

les yfïux, on voit, peu aprèa l'image consécutive, une autre image d'un 

t)\anc bteu, piiis verte, enfin rouye. Ces couleurs chai^gent d'ailleurs 

^kon l'intensité de réelairage et la durée de lu vision. Il n'y a pas 

4QCore d'explication ^atisTaisante de ce Tait. 

■Si Tiaaintenant on examine les images du bord de la rétine, on les 
vûii plus petitos que celles des centres, sans les couleurs de celles-ci 
[pourvu qu'on les évoque dans l'obscurité) et enûn pendant moins 
longtempa, 

l»'' J.-USTROW signale Timportance du pseudoscope, lorsqu'il s'agit de 
nwtitrerque rinterprét.T,tion des positions dans la troisième dimension 
p*Ut être retournée qunnd on change le point de vue des deux rétines; 
wiitietrumcnt complète donc le rôle du stéréoscope. 

î'JscirssjoNS ET DOCUMENTS, Sur l'article de-StumpI h propos des 
«Hioiions [H. Gardiner). — Comment les idi^es générales naissent d'un 
f'^^upe de perceptions (IL Stanley). — Sur une explication des images 
'^""sécutives [^.-l. l-'ranzj. — Sur l'immortalité de l'àme. 

•'■ Dewet : Psychology and Social practice [Psychologie et nie 
^i^ile). Examen des rapiiorts de 1,% psyciiolog-ie et da Im pédiigogie, et 
^* services que celle-là peut rendre pour l'éducation et le dressage 
l'enf^int, qui est autre chose qu'un homme en petit. 

Association des psychologues américains (VllI" réunion annuelle} : 
Hç longue discussion, sans conclusions déflnitives, est consacrée 



examiner comment on doit actuellement enseigner la psychologie. 



_., ^..^^.^..^. .„ j...^ ^.^, 

'^Ht données les transfm-mationa profondes que lui font subir les 
"•^Uvelles méthodes. -^ Parmi les communioationa : 

*• Un calculateur prodige, étudié par Lïndley et Bryan, qui ont pris 
**s mesures anthropométriques, mesuré aea capacttés sensorielles 
't nioirlces. étudié son type do mémoire et d'imagination, sa rapidité 
^^ calcul, les conditions de cette rapidité et surtout ses méthodes, très 
O'imbrcuses et qu'il sait parfaitement expliquer en. montrant comment 
'l y est arrivé. 

«■" Kxanien des écoliers (Kirkpatrick) : ces recherches ont montré 
lu na ne peut conclura des mesures prises qu'après avoir bien saisi 
comment se fait le développement des facultés, car il arrive parfois 



3â8 



REVUE PHILOSOPHIOIIB 



que les cléments mfêrieujii contÉnuenl de se développer alorique 1 
éliEments siipcrieurB sont arrêtés. 

3^ Lee méthodes pour mesurer U Taligue mttnlaSe fBoItont. \.j* 
cepoles estbégiométriques s'él^rgissent-ils sous l'inlluence do 
fatigue, comme le prétend Griesbach? Et toute Fatigue peut-t^lle ar* 
flon symboLe dans la fatigue muscuEaire? La méthode de Gnesliacl 
paru faillible; quand à. l'ergographe, il permet d'apprécier tou^ 
fait la Fatigue physique, mais la Fatigue intellectueUe lui échappe. 

'1" Y a-t-il un espace auditif indcpendant? iPîcrce). Acluirlleni^ 
dans l'état normalj l'espace auditif est suborddiiné à l'espace l&c-ti 
et surtout visuel; tuais l'auteur protend que lés localïsalioas inlra-c| 
niennes, provenant de soii^ jumeaux aux deux oreilles, ne pcuvc 
«"expliquer que par un espace auditif spécial. 

5° La doctrine kantienne de l'aperceptioa et des catégories] cfa< 
Kant, nV'st pas aus&i simple qu'on le suppose souvent, mais compKn 
des processus divers. 

6" Les éléments de la conscience (M. W- Calkins). Examen dei 
éléments psychiques s^imples, qu'on ne peut analyser : t" scnsaliiHij 
ou éléments; de réalité); i" attribula (éléments arfectifs); :3* nctifi 
(oonacienee de soi, etc..) 

G. -S. KullSîitOn : The crîteiion ot sensation {.\farqttc de snus- 
tiûn). 

A quoi reconnniseoRB-ntJUB qutj nous avons une sensation lie réa- 
lité? Le psychologue s'en réfcre toujours à ce principe que les Mpi* 
jiGntations des choses en lui sont autre chose que les choses clles>lll^lQMt 
ee qui suppose ce principe indémontré ; nous vivone au milieu 4iiii 
monde extérieur. 

Noies : A. Lloyd, Psychologie et phy^que. 

C. Lloyd Morgan : On the relation of stimulus to sensation in 
TlBual împresBioua (Relalions de t'excitalion à la seusalivn dÂm 
les impres.<io)}s visuelles). 

Pour graduer les impressions luuilneuseB, Kireolimaon a employé i^^ 
disques décrits dans ,lrn^r. Jovrn. of psychol, 0^'97, p. S'*''!-'-^'* 
en employant un dispositif analogue que M. Morgan veut : 1" id'*i'' 
trer que les impreBsions visuelles vont sans Bcoouisse brusque «1" 
blanc au noir en passant par le gris; 2* déterminer le degré d'es^'* 
tation nécessaire pour donner les diverses sensations allant du roic 
au blaiie, et Texprimer en courbea graphiques; 3° fixer la relalionu' 
Texcitation à la. i^ensation. 

En combinant sur le disque les divers degrés de blanc sur foui 
noir, il obtient une gradation da teintes grises, la photographie in 
disque en rotation lui donne à peu près l'impression produite f ur U 
rétine; l'examen des sensations complète ces données. Ou TOil 
ainsi que sur la courbe d'accroisBemcnt des sensations, des accrol» 
semcQts égaux de sensation (lO-'i^O-r-lû) résultent daccrûisaemei 
d'excitation en progression géométrique. MaU la oourbâ n'e&t pas 



pour le ùleu ou le roujçe qxm poi 
ftchner n'est donc, de toutes façons, qu'une approiimaiion. 
L. Sot-oMONs : A new esplanation of Webers law (Une nouvelle 
:plic4ition de ta foi de V\^et/frj. 

C'est l'expo&é d'une nouvdl'e théorie du aeuU de lu sensation, 
iggérée par ce fait : lorsqu'à une pression s o» ajoute bruîiqucment 
M pression (/, la pression ds est perdue ptus forte directement 
a eUe-même, el non par celto lîompai-aiBon i\ la précétlciite, sur 
usuelle Wundt funde son explication de la loi de Weber. 

Va seuil e^t ei bien variable que deux excilaticms dilTËrentes doivent, 

pour paraître différentes, varier encore autrement que par rapport à ce 

aenH. C'èfii qu'il faut, pour expliquer ces différences, se rappeler la 

variabilité des processus cérébraux, les Huctuations de l'atteniion, etc. 

Le sïuil varie comme le produit de l'c:!citation et le pouroeiitag^e de 

vtriabllilé de reioitabilité, etc. Ce qui explique que le seuil ne soit 

pas the, mais encore la variété non seulement de jugements sur les- 

quels j'appuie la méthode dea erreurs moyennes et celles des cas vrais 

et Taui. 

U- Meteh : Eléments of psychologicel theory of melody {Élè- 
vienls d'une Ihénrie psychologi^jue d*.* t& tnélodie). 

Eu entendant l'un prés de l'autre deux sons différents, nous éprou- 
vons tin certain sentiment, indescriptible, mais considéré comme un 
'^i' mental élémentaire; c'est ce fait qu'il s'agit d'expliquer. L'opi- 
"' ou commune considère l'échelle diatonique (21, 27, 30, 3'^..,) comme 
« tase de toute musique ; ainsi, Ramean après Zarlinu et a^'ant 
aelmholtz. C'est ce qui a empêché jusqu'ici le dêvâloppemeiil d'une 
Scorie scientifique de la musique^ parce qu'un a «xolu le nombre 7, 
dont Poole avait cependant entrevu l'Importance. 

Ce sont les tons comme '2 : 3 qui forment mélodie, encore est-ce le 2 
qui a la préférence. L'échelle musicale complète ne comprend pas autre 
ctïûBe que des puissances de C, 3, 5 et 7, que l'auteur représente aim- 
pleinent par les chiffres dont elles sont la puissance- ti^n notant ainsi 
fliveraes mélodiee, il constate que les mélodies eont elles-mêmes décom- 
POEabJes en mélodies partielles, et que les mélodies almples ou corn- 
Pisxes, sont de deux espèce»; celles gli intervient une pure puissance 
■•ïS, les autres. Celles-ci n'ont pas de tonique. 

lie ses recherches et de ses cousCatiitions, il conclut que non seule» 
^€nt rien ne justifie l'exclusion du nombre 7, mais encore que 
lie nombreux faits, obligent à l'admettre dans Une théorie scieuLilique 
lie la musique. 

A. KiRKPATFiiCK : Individual tests of ficbool ohildren (Épreuves 
iniimdneiles dans les écalrs). 
L'une de ces épreuvËs, consistait à faire regarder aux enfants dos 
tarhêa d'encre ; ils devaient dire ce qu'ils y voyaient représenté. Les 
pJua jeunes étaient les plus alTirmatifs, peut-être parce que le sens cri- 
tique de leurs senaationa et images n'était encore guère développé. 



340 



hevle rniLosopRiQUE 



L'auteur discute les résultats et déclare que les vérîtnblea tCBtssw 
latres sont ceux qui peuvent s'appliquer aussi bien à l'adulU qn'i 
l'enfiint, ^t à toute ta classe à la fois. 

Discussions eL notea. — Description d'uo obturateur pneumaiiqoe 
pour Taire passer uu oltjet flûUs les yeux durant un tempe dûCint 
[R. Mac Oougatl). — Remarques sur la perception du temjps pir U 
conflcierjce ; le lempa subjectif parait, à l'auteur, représenter la forme 
primitive de la consoience de soi (II. Stanley). 

Me Keen Cattell : On relations of time and space înTision^Ftrli' 
tions 1ÎU ismpti et de t'espace dans U vieîoii). 

Étude do la manière dont se comporte Timago des objets quand IVa 
ae meut et quand les objets se meuvent- D.ins ce dernier cas, «i în 
objets à la suite se meuvent si ra.pidement que Tceil ne puiest Im 
suivre, ils tut paraissent éparpillés et sont vus simultanément; la p«^ 
C^ption qu'on en u diffère d'ailleurs avec chaque individu, mais plui 
on répète l'e^cpériBiice, plus cette perceptiou indîvitluelle s'affirmu. IéH 
phénomènes do fusion et de perception de couleur sont dajlleafl 
plutôt ciii'ébraux que rétiniens. Knfîn ces recherches montrent que»Jt 
perceptions ne sont pas des cupîes d'objets e.^tériours, mais des Adap- 
tations à [los besoins. 

WooDWORTH KT THORNDtKE : Jug«ments of magnitude faf coo- 
parifton wilh a meutal Standard {JuijeiUL'ids su?- les dimensitfti 
d'après des repères meniauxi. 

Les estimations ont été faites sur des poids et ear des longueun, 
Les résultats montrent : 1° que les jug'ements par ces comparii^Bi 
médiates ne concordent pas mieux avec la loi de Weber que le« jup' 
mentB par comparaison immédiate; 2" que dans ces cotnparaiHXi' 
médiates {d'après des repères mentaux) quantité dVIéments titrée 
que les dimensions des objets, viennent influencer le jugement, 

A. l'iERCE : Or new explication for the illusoTy moTementi 3«*s 
loy Helmhgltz on the Zolloer dlagram (.Youreffe e,ic/'[(''a'ic>'i Ji= 
iliusiuns de mouvement sur f^ dÎRgraniine de ZôUner), p, ïri6-3'6. 

Des explications précédentes, celle de Thiéry tombe parce (fi"^ 
suffit d'agiter le diagramme devant les yeux pour reproduire l'Ill"' 
alon; celle de Helmholiz est combattue par ee fait, qu'il n'yapwl* 
ohani^emeut d'inclinaison des obliques durant l'illusion ; entîn, J^^ 
appuie à tort son explication sur l'influence des angles, car ritb^ù» 
persiste lorsqu'en retranchant la verticale, on supprime les angle*. 

L'explication proposée par M. P... fait intervenir des mouvemi^Qt^ 
d'excitation sur la rétine : la preuve est la correspondance dw mou- 
vements réels et des mouvements d'illusion: la (a^>on dont la covnt 
de ces mouvements est subordonnée au degré d'inclinaison de buntJ 
obliques; l'impressiyn que donnent ces mouvements d'un passȤi 
d'excitations visuelles sur la rétine. C'est d'ailleurs le seul tnûye 
d'expliquer dans quelle direction se tpeuvent les colonnes : dau 
sens de leurs obliques. 



REVUE ni^S PÉRIODIQUES ËTRANGEHS 34f 

Matit W> Oaleins : Eléments of conscious complexes (Étéments 
^Tn.ple.vp« de conscience), p. 17. 

On oonçoit la peychalogie tantôt comme l'étude des activités et dee 

relations de la L^onscience, tantôt comme l'étude du contenu de la 

conBCîence, &ans examiner cslle-ci en cHe-méme. Ces deu:x points de 

•vue ^ïarâieBeot â'exclurti : il n'en est rien ; mais pour s'en rendre compte, 

\\ faudrait procéder à un classement tnéthodique dea faits psychiques : 

l'auteur en propose un. 

Notes et- discussions, — A. propos de la distinction établie entre des 
iraatres Bensitivea et motrices M. H. lîawden, dans une discussion très 
loiieue et bien docu mente' e, s'eiïorce de montrer qu'il faut dire, en 
ijchologïe, itnaî^es sensitivea, et, en pfiysîolofrie , images motrices. 
IttÎB on ne doit pas mêler les deux points de vue comme on le fait 
itnniunément dans la olassincation des apliaâies. On parle de mo' 
Un, ii:juel3, auditif)!, sans a'apercQvoir qu'un visuel, ou un auJitir, 
pêuL pus ne pa.3 être, à un certain moment de son aoLe mental, un 
loleur, sans quoi Tîmagei resterait inachevée, ^eulemetit on peut être 

enent moteur. 
^- STEtATno?4 ; A new â^termiaatÎDn of thâ minimum visible aad 
b«aring on localisation of tiie binocular depth [Uns nouvi.'Ue 
^^'-minalion du minïTRuni pei-ce^jtible et de son in/Iuence sur ^a 
"^a'i'sad'oii et la profondeur}, p. 'ryMSb^ 

^'ti & récemment encore fixé îk 50 ou GO' la distance nécessaire pour 
cvcirune différence de situation : les expériences de M. S... rédui- 
'Ql Cet anijle à 7". Cela auffit pour avoir la vision stéréoscopique. 
**' dire que la sensation de relief tient à peu de chose, ou plutôt pro- 
fit U'ctémenta complexes. Il semble y avoir iDterféf'encQ d'innom- 
Wes intensités différentes de sensations rétiniennes; et, sans doute, 
M est de mèoie pour toute perception d'espace. 
K DuNLOP : TIlq efrect of imperceptible ahadows on the juge- 
oeit of distance lEffet d'ûmbrcb imperceptibles sur l'appréciation 
'i'srtisfû lices). 

Qiielle est l'iniluence d'une es.câtation imperceptible? Par divers pro- 
cédés consistant à graduer l'ombre eous laquelle est vue une tligura 
•le Muller-Lyer, 7^1. D... a constaté que cette figure, même lorsqu'elle 
l'eat pai perçue, agit sur Tappréciation des loniofucura et le ju^i^ement 
itnooa en portons, Cependant, l'auteur ne se prononce pas déliniti- 
Ttment ^vanc plus amples expériences. 
tt DoDiiE ; ViflTial perception duriug eye movement (Perception 
"ielle durant les ïnouueineuts de Vceil), 

biuteur veut démontrer, par queli|U08 expériences, que toute per- 
CBplion claire d'un objet, durant que l'ooil se meut, est une illusion. 
"est pendant \e repos de rœil que se produit l'excitation qui dêtermi- 
iiflra In perception, mais tandis qu'il se meut, l'cetl est probablement 
■oeiUièsique. en tout cas, beaucoup moina sensible, car une b-indo de 
CQuleur ùmple est vue beaucoup moins nette, et plusieurs oouleuri 



34â 



nSVtlB PBILOSQPIIIQUE 



juxtaposées donnent una impression indécise. Il semble donc que Ie«] 
excitations qui ont lieu au passage des divers points de la réttne,| 
soient simplement déclinées à préparer l'excitation efficace du point; 
qui sera sensibilisé quand l'œiU su repos, Hxera. 

E. Thofindike : Mental fatigae {Im fatigne menisle). 

I. C'est une étude de la fatijgue mentale chez l'adulte et ]'écolter:| 
Tauteur discute chemin f^iisant tes méthodes employées jusqu'à présent 
et letifa rùsultata. âea expériences, faites par caicuU mentaux, idij 
ont montré que la Tatigue trouble peu les résuUata. Notre mot fatigue 
désigne d'attleurs un ensemble d'états mentaux beaucoup plus com- 
plexes ([u'on ne dit g'énèr&lement, s'il y a à la fois de la difticulté à réa>j 
User les associations, de Tabeence d'inhibition, de la confusioa nien*J 
taie, de la fatigue des yeux, etc. Au point de vue subjectif, ce n'est qu< 
de la répugnanes à tenter l'effort menlat; or, ce sentiment n'est 
du tout la mesure de notre inaptitude k réaliser l'effort mentaL 

II. Des expériences analogues, reprises dans les écoles, pour savoii 
si Le travail de classe fatigue l'intelligence de TenfanC, lui ont tuontrâ| 
qu'il y a peu de difTérence dans les aptitudes mentales au début et à li 
lin des classes. En faisant multiplier des nombres , corriger âe%\ 
épreuves d'imprimerie, reproduire de mémoire des séries de chiffresif 
de lettres, de syllabes, de dessins, compter des punctuatioDs, etc., onj 
voit qu'il y a peu de différence, et que les résultats se balancent ou 
peu près, jUeste à savoir ai |e travail de classe avait été assez înt«iïa*J 
pour épuiser ou môme fatiguer Tactivité mentale doâ enfanta.) L'au- 
teur signale d'ailleurs quelques-unes dos erreurs â éviter dans ces 
expériences : mesurer la A-olonté au lieu de la CApacité mentale, ne 
pas tenir compte de ta facilité plus g-rande que présente un travail 
auquel on est habitué, laisser intervenir dans les expériencçe un élé- 
ment nouveau qui serve de stimulant mental... 

III-IV. En mesurant la iELtîgne engendrée par la répétition d'un même 
acte, comme de barrer certaiLnes lettres toutes fois qu'on les rencontre 
danâ une lecture, les résultats ont été à peu près les mômes. A 
fln de ses expériences, l'auteur s'est demandé ai Ton avait le droit de 
mesurer la fati^'ue mentale par la fatigue physique, comtne on l'a fait 
après Mosso : quelques expcrlencea lui ont fait conclure qu'elles Dsj 
dépendent pas l'une de L'autre. 

II.-O. Wappen : Compte rendu du IV" Gon^é^s interaatioual daj 
Psychologie {Hev. pkihs. Cf. n" de nov, 1900^ 

Mafiv \V. Calkins : An attempted experimsnt In psychologioal' 
Œsttaetics [Recherches expérimentales sur le sentiii>ei\l esthétique). 

Pour commencer l'analyse de ce sentiment complexe, l'auteur 
montre à des enfants deux pliolograpliiea et une image colorée; on 
s'attendrait à ce que les plus jeunes préfèrent toujours Tiinage colorée :i 
en réalité, ils préfèrent souveiit des figures en noir, et se décid«n( 
souvent par d'autres raisons que l'impression que leur causent le*' 
couleurs. C'est surtout aux détails que s'attachent les plus jeunes : kf 



REVUE DES PÉrilODlQt:ES ÉTIIANGERS 



343 



mesure que Von avance en âge, l'expression de la physionomie prend 
plus d'iinpoctaDce. 

C. Sbashouk and m. Williams : An ilIuBion of leDgrth [Une illu- 
sion de tongueur). 

En étudiant rilliiaion de longueur éprouvée en regardant des carrés 
déterminés, les auteurs onl constaté que l'une des premières causes 
de cette iltusion «si dans Je mouvement rapide des yeux parcourant 
\a% lifftires; il y faut joindre le contraste des deux lignes, l'une longue 
£ CourlËi les jeunes enfants surtout surestiment la différence 
dux lignes, parce que c'est une illusion d& jugement, ât que 
c>'« illusions s'atténuent avec l'expéricncH; enlln , quand les deux 
lignes no sont ni dans le môme plan ni dans la même direction, il s'y 
ajoute un troisième élément queWundt appelle la tendance à, mouvoir 
les yem plutôt dans la. direction da la pliia grande ligne. 

Noles et discuRHions, — Fonctions différentes des cônes et des bâton- 
nets dans la rétine; les bûtonneLs sont les organes de la vision, achro- 
matique seuEe; les couleurs n'agissent que sur les cônes (C.-L, Fraq> 
kUn). — Discussions de Tarticle de M . Pierce analysé uî-dessus 
(C.-H. Juddj. — Discussion de l'article de M. Stratton sur la perception 
de l'espace iWerhcEff). — Un appareil â réagir (Gergstrom). 

Df J. Philippe. 



Nous recevons le n" I (jiiillet) des .-Irc/iirrs de Psychoiogie de la 
Suis»'' Toittuniie, publiées par nos deux collaborateurs. MM. Tu, 
Ki^unNOV et E. CLAPAnÉoE (Genève. Eggiraann). Elles paraitront â des 
époques indéterminées, formant un volume de 400 pages au moins. 

Nous reviendrons sur cette publication dont voici le sonimatre : 
Flournoy. Le cas de Ch. Boiuiet : hallucinations visuelles chez un 
Vieillard opéré d6 la cataracte. — î^emailre. Deux cas de pcrgonniH- 
eation. — Boubier. Lâs Jeu^i de l'enfant pendant la classe. — Clapa- 
rêde. Expériences sur la vitesse de soulèvement des poids. — Fair- 
batiks. Note sur un phénomènu de prévision immédiate. 



CORRESPONDANCE 



LES BASES NATURELLES DE LA GËOHËTRIE D'EUCLIDE 



Monsieur le Directeur, 

M. de Cyoti, dans son importante étude sur les Bases naturelles de 
la géométrie d'F.uclida^ se demande si le nombre trois, que nousattri* 
buons iiux dimensions de l'espace, est dû uniquement à ce que tel est 
le nombre de nos paires de canaux semi-circulaires ou s'il a, dans la 
nature, une raison d'être plus profonde. 

Il me semble qu'une remarque due à Delbœuf et qui doit être fami- 
lière auv lecteurs de la lleoue philosophique, dans laquelle il la 
publiùe, permet d'apporter un argument assez puissant en faveur de ' 
la seconde hypotliéae. 

Le philosophe liégeois a en effet montré que l'impossibilité de Kuper-'- 
poser nos deux mains et en général deux objets symétriques par np> 
port à un plan est due simplement au fait que nous ne disposons pas 
d'une quatrième dimension : celle-ci permettrait le retournement de 
l'un des deux objets, qui serait alors superposable à l'autre. 

Que nous ne puissions pas faire systématiquement ce retournement, 
cela s'expliquerait par le seul fait de notre privation d'intuition de la 
quatrième dimension; mais il seml>le que, dans les mouvements non 
diri<;és par nous, le rcluurnement devrait se produire, absolument 
comme cela a lieu pour des fii,'uros planes agitées sans être astreintes 
à rester ditns un plan fixe. Or, jamais on n'a vu un solide dissymé- 
trique »u transformer par lo mouvement en son symétrique. 

C'est tiinsi qu'en chimie on distingue la dissymétrie moléculaire de 
la dissyniètric cristalline par le fait que la dissolution ne fait point 
évanouir lu pouvoir rotaloire dos corps à molécule asymétrique, tandis 
qu'elle met lin à ce pouvoir lorsqu'il n'est dû qu'à la forme des cris- 
taux. Ur, il sulUrait que les tétraèdres asymétriques eussent la possi- 
bilité de se mouvoir dans un espaïc à quatre dimensions pour que la 
solution devint semblable à celle d'un mélange d'acide tartrique druit 
et d'acide tartrique jjauche. 

Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l'expression de mes meilleurs 
sentiments. G. LechalaS. 

1, Vtiii- If iiiinit^ro ilc .luillfl di' la Iteitte. 



I.I- propiiélaire-gérant : Fkux ALCAN. 



CoulomniLuri, — liii)i, Taul UUODAKD. 



rÊl.IX ALOÂN. ÉDITEUR 

V/feV\K.Vr DS PAItAimS 

BIIII.IIITHÊailK UB l'HlLOBUPHIK CU.\TEMPOnAÏ>K 

La formotlon du radicalisme phiiosophique, p.r 

C ll.klX.% V irfi l'Kxrik' J«?i sKiencc» (nilillcjuca. 

•j» J'. 7 fr. M 

■vclyii.- -, ^.:.^,.^ .le rs(»a latfl- 1 vol. In.*. 7 it. SO 

f/ i'.'UniOn 6t ia fOUid, ^ar «. TAKOe, da CïiiMtLul, l>ror««ur 
(iolu^K ii« t^r* it«. < vol. m-g , s ff 

\:ssai sur i'ineii dicfuaiisme. t .o.'Tn-'?2. '^''*!"""!^'yr.. «, 
^^/ classification des sciences, k ^ITiM.t. 

/*■ ' rt/ r^fontttif!- ! «ol. in-li 2 (r. 50 

'idée sptraualt ste. ■TIi.Ty':;;':"!:".? ;.'^.'^","^"^ 

wg/^ tfg sociologie. r:"'.,rf/*^:^y''^."^'^':''^rf';!% 

iilUUOnilUjLli I>'illSTr>IH[£ l^OMKMHURAINU 

EN CHINE 

MŒURS ET INSTITUTIONS: HOMMES ET FAITS 
P«r Maurice COtTRANT 

* n.i, In-m - . - î ri-. 50 

lUltl.IOTlUCOUK CfCN^CItALt: 

huit 

SCIENCES SOCIALES 

DIC& MAT, fCnfnckirv Rf'iii^rAl Jir )'i^o>lir -Ivi llautEi Ëtiuin »<]':iaJa«. 

'éducation morale dans {'Unioersitét 

La méthode lus torique appliquée aux sciences 

sociales 1 1 ..♦n. «fr 

iff socialisme sans aocirmes. l* qucauon ouvrière «i 

.i.]'.wr -■ i'H i\'.i-i!r,ili.' t-l (id NiJliV'llIc-ZtldflJtJ ,..,t' \ Ml ll\. .< -t ■,-,■ 

Assistance sociale. Panvr^sot aiendiaaU, t'.irriitiiHTRAi!!i«. 



LA BASE PSVCH0L0G!OUE 

DES JUGEMENTS LOGIQUES 



INTRODUCTION 

'1. Il y a un contracte tlét^iilé ealr& la considërâtion Logique ât la 
ition psychologique du iii^me raisonnement. 
tOigique examine ie5 questions suivantes : Quel sera le carac- 
d'un raisonnement? Comment faudra t-il en formuler le résultat 
ir qu'il &oit valide et pour qu'il pui^ise servir de membre du 
isonnement continu? Dans la logique on forme tout raisonnement 
la manière la plus claire, la plus simple et la plus maniable 
lible. On voit ainsi le plus facilement la validité du raisonnement 
l'application en devient ainsi plus facile. On établit lesconceplious 
Mnbinées dans un jugement, la nature de la combinaison et la 
litïre de faire entrer le jugement comme membre d'une con- 
HOO. Dans l'exposé, syslymatif|ue de la logique on traite géné- 
lement chacun de ces points à part en commençant par le plus 
iple, les éléments isolés, les conceptions. 
Celles-ci doivent être bien définies pour que le jugement, combi- 
lisoii lies conceptions, soit clair et net. De même chiique jugement 
Mt éire exactement défini pour bien connaître les conclusions 
l'on pourra tirerde plusieurs jugements donnés. Cet exposé systé- 
.^era plus exact si la logique forme sa propre notation pour 
I), i les conceptions et leurs combinaisons. La logique aristoté- 

|M«8 développe une telle notation encore souvent employée dans 
Ibéorie syljogistique, Plus tard Leibniz, lîoote et .levons ont 
>rè une notation plus conséquente rendant possibles la simplid- 
Uon de la théoria syllogjstique et l'esprcssloQ très exacte des rela- 
ïofl réciprucpics des conceptions, d'où tout un algorithme logique. 
ha, logique revêtit ainsi, sans doute, — fait dont tous les logiciens 
a'ajiercoivent pas ^ une autre forme que celle où se meut le 
lEiement réel. Mais il en est ainsi déjà, dans la langue ordïnaire. 
eHct, lu cours de nos pensées n'est pas en réalité absolument tel 
"^e la langue le représente, La structure de la langue amène un 

TOHB LU. — OCrOSElC ilJOl. 23 



846 JIËVUE fHILasÛpHlQliK 

autre arraDgeraenl et une autre combinaison àùs pensées que ceui 
que présentent celles-ci dans leur évolution, La Jogique oe faiitlonr 
que remplacer la langue plus riche, mais plus vague^ de Ions lei 
jours par un langage plus serré et pEus précis. Tanlûl la conMruciûB ' 
logique et la construction grammaticale s'accordent, tantôt ellwl 
difTèrent. Il est donc impossible de transfiî-rer, sans plus detaçooi, 
sur le raisonnement ce qui est bon pour l'expression de la langue. 
La propûsilioii grammaticale peut contenir plus d'un jugeinwl 
logique, autant, peut-être, qu'elle contient de mots : ce n'est rju'ïuj 
moyen de l'accentuation qu'on découvre quel est, de tûus les juj 
ments possibles, celui qu'on prononce dans le cas particulier, 
même oîi la proposition a la forme In plus simple, on peut doiii^rûj 
le sujet yrammalical, c'est-à-dire la personne ou la chose do"l 
énonce quelque chose, dans la pvopitsil'ton, est aussi le ttujei logiq 
c'e&t-à-ilîre la pensée d'où part te ruiscni\cmen! , le /emnnHs.t 
du raisonnement, et nalurellemenl aussi, si le prédicat pruwni 
ticat, c'est-à-dire ce fini est énoncé dp guclqu'un dm de qncUju€<lH 
dans ta pruponUion, est aussi le pri^dical logique, c'est-à-dire 
pensée ve^s laquelle le raisonnement se meut, le tcyminus aii qntn 
On peut encore douter de la nature de la relalion des deus \)Ci 
flxée dauji: la propa&ition. Aussi la fcrmulation logique est-elle sou^ 
vent nécessaire pour apporte!- de la clarlc ; elle sera partiouli 
renient indispensable à l'e^xamcn approfondi de la validité 
conceptions el des jugemeuts- 

Mais, comme la grammaire, la logique s'éloigne du raisounemon 
réel. Pas plus que la construction grammaticale, la formation lygn] 
ne présente l'image des voies par lesquelles les pensées et te 
combinaisons se trouvent dans ta. réalité. La forraulalinn to^i<|uei 
le développement psychologique sont deux. La logique eur 
seulement les conditions de la validité des pensées; mats ces 
tiens ne sont pas satisfaites de but eu blanc : il faudra passer* 
bien des voies sinueuses avant de pouvoir réaliser sur les diirmfiti 
terrains Tidèat simple et clair de la logrique. L'examen deselTuitâi 
raisonnement pour atteindre cet idéal otTre un intéri5t îndépeiiilaD 
et qui n'est pas seulement psycholojjique mais aussi d'impotUi 
pour la thi'-orie de la connaissance. 

2. 11 faut^ sans doute, que les formes logiques soient posâblfl 
psycbologiquement : au moins le raisonnement humain doit pouvo 
les réaliser approximativement d'après sa propre nature; ellps 
pourront être que des formulaires convenables pour les résutl 
auxquels arrive le raisonnement dans des conditions EavorabSes 
vertu de ses propres lois. Quand même c'est en grande partie 



HÔFFDINQ. — lIEii JLi(;EHKSTS I.OGtQUES 347 

les douleurs et par des dOceplions que l'homme a découvert 
commi'iit grouper ses idées pour penser juste, ce n'est pas un hasard 
que, pour Olre valable, le penser humain doive s'exprimer en cer- 
ininos furtiies déterminées. La base psychologique' des lormes 
Jogicjues sera d'un grand iatêrét pour la théorie de la connaissance; 
le caracIL-re seul de cette base pouvant donner la ri-ponse définitive 
h la question de la nature et des limites de notre connaissance. Si la 
rôfation entre les fornies loffiques et le raisaiinement actuel était 
extérioiirB et accidentelle, si ces Ibtiiies étaient tout arbitraires, 
puuvanl (''tre remplacées par d^âulres ou établies seulement par des 
postulats, la conception de Tunivers à laquelle l'homme arrive en se 
servant de ces formes pendant rélaboration des observations 
données serailaccidentelle et fortuite. Si, au contraire, la conception 
du monde suppose, dans ses traits essentiels, une élaboration des 
observaliooÈ rendue possible seulement par la nature même du 
raisonnement, la conception de l'univers repose, non pas sur des 
postulats ex tonjués extérieurs, mais sur la nature même delhomme 
on lanl que nous la connaissons. Sur ce point latiiéorie de la con- 
naissance nous ramènera toujours à la psychologie. 

La doctrine fondamentale de la philosophie critique c'est que 
toutes lias counaiseances reposent non seulement sur les. données 
de l'observation, mais aussi sur les formes et les conditions de 
notre réreptivité et de notre activité! Il s'ensuit qu'un examen 
psychologique de ces formes et de ces conditions, desquelles fait 
partie aussi la base du raisoimement. est nécessairemeot dans l'es- 
prit ile la philosophie critique. Cependant, cet examen fut longtemps 
écart'- sous la tendance dogmatique qu'avaient encore le fondateur de 
colle philosophie et les premières générations de ses disciples, Kant 
Cra)t,'naiL qu'en accentuant la base psychologique de la théorie de la 
connaissance, on n'en fil une science empirique dont les résultats 
ne pourraient élre que des hypothèses sans nécessité absolue. Aussi 
éc*r(a't-il, dans son exposition, cette base le plus possible '. 

Loe knntiens même qui, comme Fries^, voyaient clairement que 
Itt Ihéorie de la connaissance nous ramène, en dernier lieu, à une 
hase empirique étaient trop pris dans leur admiration de la systé- 
matique du niattre puur entreprendre un nouvel examen. Sans 
doute, en accentuant la base empirique de la théorie de la connais- 



L 



M. (i 4v t'Aca-Jèniie royale lUa 3cien(.i.-s d rfi^s leiires i)c Danemark, r,^ si'ric;, 
■ n «Ipt liîUre'», t. IX, n* 1, p. iïn>3l. Traduclion nllemande dans Arcluu fur 
'-. drr l'htl., viil. Vil). — IlislnirE de lu phihu'jphie mmlerne, 11, ft. ii de 
.... «lAiioiMe (Traii. Altem., Il, p. 51j. 
3. tiutoire df ta philo$ophK moderne. II, p, 231 (Trail. alleiiif, 11, 269-; 



348 REVUE PRILOSOPillQUB 

sance, on approche le criticisme plus près du posiflvismequ'Linej 
pourrait être suivant Kanl lui-même. Muis il est ausâi Lrèâ oéces^aire 

lié soumettre à un examen les relations de ces deux, écoles pltitusa- 
pbiques. D'aprcâ l'idée de son fondateur le posiitivîsme voulail m 
pas être empirisme. Dans sa conception, rentendemenl ne reiWMil 
pas seulement sur des Influences extû'neures mais sur un trarsil, 
déterminé par la constitution de l'être t|ui connaît. La théorie lielj 
connaissance du positivisme est biologique'. Mais elle r'ajfaséi 
complètement êlaJjorée, et dans la théorie de la connaissanct; i^ui i 
surtout parlait au nom du positivisme, dans la Ihéorie diîveJopprti 
par Stuarl Mil! dans son ^yaiem of Lo'jic', on a essayé d'appliquef 
l'empirisme avec une conséquence inconnue j usqu'alors. Il y a dw 
toute raison d'entreprendre un examen qui pourra, en loul caJ 
d'un cilté, contribuer à élucider les relations des deux éc*les |lhill)•^ 
aophiques. Le jugement logique est une fonction tellement essea- 
Uelle de notre entendement que l'examen qu'on en pourra (&iRJ 
se prêtera bien ù l'élucidation des relations entre le point de 
psychûlogico-biûtûgique et le point de vue puremeol logique. 

Le commencement d'un tel e.yamen a été fait, il y a lunt^lcnipj. 
Toute une série de logiciens modernes, k commencer par Schlwj 
mâcher et Trendelenburg lont voir une conviction de plus en pi»] 
forte de la nécessité d'une élucidation nouvelle des reSalioos enW| 
la conceplion psychologique et ta conception logique du raisoniw-j 
meut. Parmi les derniers travaux sur ce sujet je nommerai eeiutl* 
MM. Sigwartj Hosanquet, Kroman, lîenno-Erdmann et .lerusslen 
Ce qui a attiré l'altentiou, c'est surtout le jugement logùjue cûmise 
l'élément central de la logique et comme Télément par lequel h] 
logique renvoie le plus direcleraent à la psychologie. 

On trouve, comme Kant, que le penser logique s'exprime avecîij 
plus de clarté dans le procédé du jugement, en soutenant qî 
celui-ci n'opère pas toujours avec des conceptions finies, mais 
les conceptions n'arrivent à leur acco m plissement entier goe 
Topérution du jugement mémo. Aussi fait-on des jugements la! 
de la logique tout entière, en considérant les concepiious cotnr 
les éléments des jugements et les conclusions comme des c^r 
Daisons de jugements. — Je renvoie aussi h. ma L^ygiqne formt 
(en danois^ 3' édition, 1894). J'y ai retenu, sans doule^ l'ordre 



1. Histoire de la fhilai'ifphe 7H0'ierrte, M, p. 3ÎI-3SS (Tfsd. atlem.. 11> p. 
SUft). Son sculemeni Coni(e, mais Spencer aussi est partisan d'une theorif 
lu connaissance biolugique : même livre, i3ft-t38 (Trad. aUeiii.. n. p. :>34'S)4L 

i. Uûioire de la phitotaphit fnoderne. II. p. 369, 375-179 (Trad. alJem., U. 



BÔFFDIHG. — DES JUGCMEnTS IQCIQUES 

tîoDnel de la conception, du jugement et de la coDclusion, maïs j'ai 
lûnstaté que la formaiion de concepLions et la formation de juge- 
ments sont en réaiilé un seul et même procédé, avec celle dilTè- 
rence qju'ù la formation de canceplionston appuie sur la conscience 
des élëittents du contenu donné tandis qu'à la formaiion de juge- 
ments on appuie sur Ses rdafions du ces éléments. 

Cependant il en reste encore des points qui demandent à être 
éclûircis. Je pense qu'un examen approfondi psychologique du 
procédé du jugement pourra amener une définition plus exacte des 
relations entre le jugement logique et les procédés plus élémen- 
taires de la connaissance et, dans le jugement même, des rapports 
entre le sujet et le prédicat. Un tel examen approlondi constatera, 
sans doule, à la fois l'intime coimex.ion réelle entre la log'tque et la 
psychologie et la disparité fondamentale entre les points de vue 
desquels elles regardent le raisonnement. 



iNTuiftûN ET Jugement. 

3. Vu l'état flottant de la terminologie psychologique, je commen- 
cerai par l'indication de l'emploi que, dans la suite, nous ferons de 
quelques-uns des termes psychoEogiques les plus Emportants '. 

Penser (ou raisonner) c'est daa& le sens étendu du mot comparer. 
Dans ce sens on pourra appeler « penser * le plus simple discerne- 
ment tel quMl se manifeste dans toute sensation, La reconnaissance, 
môme dans sa forme lit plus simple, la plus inunédiale et la plus 
.«ponlanée est aussi une espèce de penser. L'association d'idées 
peut é!re nommée raisonnement associatif à. cause du rûle prin- 
cipal qu'y jouent la reconnaissance et la ressemLlance. Par opposi- 
tion à ces formes assez primitives le penser ou le raisonnement 

I. On trouvera la miême terminologie dans ma Rs^cAoiojne (Trad. fram:. \W<H, 
voir sur lout V et B, fi, 2-11, eL dans mxi LO'fii'juf fO}ini>il?, ;§ ). I^a remaïqiit; suivank* 
terriri >Je cuntribution & une liynoiiyiniijiic : quelques auteurs (Bminvn, William 
tlamilt'in, Kromani étundent auLaalle jugeiTtt.^iil que moi j'cLends la comparaison 
(on le jfTH^ft ilfiit» un sphh gtendu]; «J'aiitres (Kant. HeiHio Erdmnnn, Jodl) se 
Mrvcnt (lu Lerme jugeinent (!omme je li; fnU. moU ou h peu prj;s, rsalreitruant, 
crperidanl, le ccmlenu du penser nu conlenu du jugement, le penser indiquant 
le penser propre ou r*cL. Si je (rouve opporlun du me servir du (firme penser 
dans lin ^cn^ étendu, c'e$t en p^rti^ que j'y gagne une expression de l'nflinitë 
qu'il V a eaLre Ions les procédËâ de la conni^ïssanee des. plus hn» aux |iii)s Élevés, 
«o partie ijuti, dan» l'usai^e commun, le mol de punssr prund un ucns ta's 
<t«fi<lu, Le aens le plus étetidu du mût penser scr&il celui atiqi^cl il serait 
«mplu^é pour indi<[uer Laiis les procédé!} di la conscience en général : c'est 
rasage qu'i!u Font Descartes el Bpinoza. 



350 



R8VCE PHILOSOPHIQUE 



pt'ûprement tlU : le raisonnement lo<jique repose sur la «limtLQTi 
expresse — volontaire ou involontaire — de l'attention vers les 
t'U-inents du contenu tle la conscience el les reîatiorts r^cifiroquM 
de ces éléments. Le contenu même Je la conscience sM't.iblil ]jar 
les l'ormes les plus primitives du raisonnement. Le raisormeraeiil 
logicjue c'est la réllexion comparative de procédés de consL^iiweel 
de résultats de conscience déjîi formés : réilexion qui n'importequ'en 
rendant clair el nel à la conscience tout ce que contiennent cesdon- 
nées. Ces données se corrigent peut-i!:lre pendant ce procédé On rai* 
sonnement qui écarte ce qui ne s'accorde pas avec ce quiêsl(cC'<ifino 
valable en unissant, d'une façon plus exacte, les êlémenu qui » 
tiennent et formant peut-élre des combinaisons toutes nouvelles. 

4. Dans un cerlaln sens le raisonnement logique n'est ï^ai pro- 
ductif: il ne fait que rendre cynscieii/c-s des données impUciiesJaii 
conscience même. Les conceptions, les jugements el les confiiisioBi 
logiqueîs sont de nouvelles lormes du contenu de Ja conscience. U 
raisonnement logique fonctionne toujours sur une base réelle, m 
point de départ liisturiquement donné- Tout ce qu'il peut Eairec'est 
de tirer de ce point de départ toutes les conséquences |>osâil>les; 
aussi ne produit-ii rien de nouveau tjue la clarté, les conséquences 
et les rectifications de la validité du contenu, rendues possibles pu 
ces conséquences. Le raisounement logique nous apprend lecfjnieffl't 
rénl de nuire savoir. C'est en tirant des conséquences ignoras d" 
nous jusqu'alors, quoique existant déjà dans le contenu de nuWt 
conscience, que nous nous apercevons parfois du fait de savoir pïti* 
que nous n'avions cru savoir; d'autre part nous nous ap^i 
du lait de savoir moins que nous n'avions cru savoir, si mn\> 
vrons des éléments incompatibles ou des combinaisons sans valwir- 
Le raisonnement logique consiste dans une transpoiUion du ftmtnw 
de la coHscienct: en des formes noiivailen et qui font ressortir, plfl* 

clairement que dans les procédés priniiUCs de la connaissanoe. 
ridenlité du raisonnement avec lui-même. 

Cette identité est la loi fondamentale du raisonnement lopqiM 
dont elle détermine le caractère formel. 

Le raisonnement logique commence en dirigeant l'attention ?u 
les éléments du contenu de la conscience : ce procédé s'appeil 
analys'). L'analyse suppose que le contenu de tu conscieurc aoii rjim 
poac, car on ne peut analyser que ce qui est composé. Le conten 
composé delà conscience 5 analyser peut se présenter comme u 
tolatitv satsissable d'un coup d'œil ou, ea tout cas, de très peu 
moments, et il peut aussi se présenter conirae une scrie dont l< 
membres se suivent indénniment. J'appelle intuition une totali 



HÔFFDING- — OES JUGEMENTS LOCIÛUES Sot 

t^Wérnents de la conscience siinuîtanès, ou ne durant que très peu 

de momeals- Plus la succession doinine de manière ù faire des éJé- 

meats non plus les membres d'une totalité mais lea membres d'une 

série, plus Viosockition prend la place de l'intuition. C'est donc par 

une inluition ou par une association que commence le raisonnentent 

io^fjae; d'un cOté, il est limité par les iiituilions et les association» 

doïmées^ de l'autre cûté, par les conceptions, les jugements et les 

coaclusions tout faits. Nous commencerons par Texanien de ses 

relations à rintuiliûn. 

Si les logiciens modernes sont portés h considérer le jugement 
coif*ixie le procédé logique central» cette manière de voir a cela de 
juste que le jugement est, de tous les procédés logiques, celui qui 
pTêseule I analogie la plus frappante avec l'inluilion, qui est la base 
ininne de tout raisonnement loj^iqua. Pur jugenieiit nous entendons 
ici la Corme du raisonnement logique qui établit vne combinaison 
consciente et déterminée entre les éléments de la conscience. Des 
^Minenls dilTérents ont déjà été combincis dans l'itîfHt'ticin-; mais cette 
'Combinaij5on est le résultat de procédés plus élémentaires que 
feux du roisonnemenl logique, de procédés qui ne sont pas direc- 
tement l'objet de la conscience : l'intuition se formant inconscieta- 
"ïent et spontanément ce ne sont pas les p