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Full text of "Revue pratique d'obstétrique et de gynécologie"

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Boston 
medical libbart 



8 THE FENWAT 



>i2 



TRAVAUX PRATIQUES 

D'OBSTÉTRIQUE 



GYNÉCOLOGIE 

i<Kr:(iKli-i-|s PENDANT l'année 1903 i>ar lk 

D>^ LUTAUD 

Médecin-Adjoint de Saint-Lazare. 
Membre fondatPiir de la SorifK^ Obstétricale et G.vnéc()lo!îi<|iic de l^arin. 



AVKC LA COLLALORATION DK MM. 



Fan«:oi!RT BARNÈS (de Londres), CORDÉS {de (;<-iièv.-) 
BOSSI (de GAnes). 



PARIS 
A. MALOINE, ÉDITEUR 

HUE I)F, ï/ÉCOLE-DE-MÉnBr.rNK 

1904 







DEC 2 4 1^1 



SOMMAIRE DES PRINCIPAUX TRAVAUX 

CONTENUS DANS CE VOLUME 

VOIR LA TABLE ALPHABÉTIOUE A LA FIN DD VOLIIE 



Obstétrique. 

La compression pubic-manueile comme traitement des hémorragies 

après la délivrance, par le D' Jean Reure »> 

Traitement de la phlegmalia alba dolens puerpérale t> 

Etude sur Tavorlement, par le D' Blondel 13 

T>e la rupture spontanée de Tutérus au cours du travail, par le 

' D' Paquy, chef de clinique à la Maternité 7 

Influence de l'accouchement sur les troubles cérébraux chezrenrant. 

par le D' Paul Tissier, accoucheur des hôpitaux 81 

'De Taccouchement post morten, par le D' Uirigoyen, de Bordeaux. . 1*21 
De la Dilatation immédiate et rapide du col ulé/in, par le profes- 

' seur Bossi 

De Taccouchement rapide avec dé^insertion du cordon, par le 

D' Bogdan, de Jassy *ttr.> 

L'obstétrique nouvelle, par le D"^ Marius Hey lUH 

Ce qu'il faut prescrire au moment d'un arrouchemonl IW 

Les présentations de la face, par le proresseur Charles •22<.> 

Traitement de l'éclamp-ie, par le prrjfesseur Oui, de Lille **32 

Doit-on assurer les femmes enceintes ? par le D"" L. Tissier 2iM 

Accidents et l'omplications graves de Tnccouchement par W 

D' Magniaux ^1)3 

Grosse^^se et érysipèle, par le D' f)livier 364 

Traitement des vomissements incoercibles par l'avorlement, par le 

• D' LambtQon '^)7 



Gynécologie 

lîi'i périnéorrhaphic par interposition, par le D' Pierre Delbel. 

chirurgien des Hôpitaux '•> 

Traitement des méti'ites, par le D' Doléri-5, accoucheur des hôpitaux . 10 
Le curetageappliquc.au traitement de la stérilité, par le D' Lutaud. Î3t 
Sur les lois de la formation des sexes, pur les D" Guiard, Boissard, 

Pierre Robin 37 

Traitement du vaginisme, par le professeur Poz/.i 70 

Symptômes et diagnostic des salpingo-ovarites, par le D" Kournier, 

d'Amiens loi 

Les ptôses génitales par le D' Doléris V(V:{ 

Traitement de la métritc chronique, par le l)-^ Lutaud 03 

Traitement de la dysménorrhée des jeunes tilles, par le professeur 

Bouilly 13C> 

Traitement du prurit vulvaire, par le D' Verchère, chirurgien de 

Saint-Lazare 



Traitômenl de la stérilil^^. paries eaux sulfureuses, par le H' Le Juge 

(le Segraii ;67 

Appendicites et ovaro-salpingites, par le D' Pichevin 201 

Les ptôses génitales, par le D' Paul Reynier, chirurgien de Lari- 

boisière 237 

Métrorrhagie d'origine syphilitique, par le D*" Ozenne ; 355 

Dysménorrhée et appendicilo, par le D' Mérigot de Treigny 387 

Traitement du vaginisme par le massage, par le D' Sarquel 390 



Péliatrie. 



La mortalité des enranls mis en nourrice, par le D' Berthod 31 

Traitement des taenias, par le D' Drevon bft 

Traitement de Tophtalmie purulente des nouveau-nés, par le 

D' Bar, accoucheur des hôpitaux 70 

Règlement sur la vaccination et la revaccination 00 

Traitement de la fièvre typhoïde chez Tenfant 153 

Traitement des pleurésies de Tenfance, par le professeur Tschi- 

gaielT 155 

Ue la laparatomie dans la péritonite tuberculeuse des enfants 213 

Les ulcérations consécutives au tubage, par le D' Albert Delcourt.. 218 

Traitement de la mort apparente du nouvoau-né 313 

La cure de la hernie ombilicale ch«»z les enfants 393 

L'infection typhique chez le nourrisson, par le D' Forzel 394 

Traitement des scolioses, par le D' Dauchez 397 

Traitement de l'eczéma, par le D' Brodier 399 



Médecine légale. 



De l'annulation religieuse du mariage au point de vue médico-légal 

et gynécologique, par le D' Lutaud 15 

Le secret professionnel et les déclarations de naissances 25 

Histoire d'un prétendu nouement d'Esguillette, chez une femme 

mariée, par Couturier, docteur régent (1679) 33 

La déclaration des fœtus et embryons, par le D' Plateau 

Etat sanitaire des filles soumises dans les maisons de tolérance, 

par le D' Butte 170 

Rapport sur un cas d'infanticide par omission, par le professeur 

Brouardel 178 

Les mariages d'épiieptiques au XVII* siècle, par Paul d'Estrées — 189 

L'avortemenl médico-légal, par le D' Ranwez, de Namur 7SH 




Fahcookt BARNES X!QOHJ?l^,j^(vVftjiiiv«' BOSSI 

Médecin en chaf 4e UHaternité Membre <ie ta Société OUifétricàle 'Pro/essetir de Gynécolofie 
de Lofidres. de France, tf- < à l'Univeraité de Gênea* 

/ ■ ■ - • ■ 

RÉDACTEUR EK {ËUEF : 

A. LUTJ(t7D 

MéDBClN AOJOVCT DE SAfifT-LAZAftB, H]BIIBRIWO)IDATSU« UÊ. LA SOCIÉTÉ OBSTiTRIC^bB 
i IT GVNicOXXKildSB DE PAEIS. ' 



Êk \ÊJk O Selon Tièage nous fertins présenior dans le courant du prc 
§% yg I cl rnier lrin|estre, une qjpttance de 6 francs pour le recouvrement 
de rabonnement. 



A NOS ABqilNÉS NOUVEAUX 



Un grand nombre de nos abf^nés nouveaux ayant exprimé le désir de 
posséder la colleciion de la Uevjt', nous avons fait brocher ii leur intention 
les volumes parus jusqu'en 19oJnclusîvement, 

Cette collection qui se com J)se de 14 volumes brochés sera expèdiéi' 
franco à nos abonnés nouvcau^To^ *^ prix de sohcante francs. Elle con- 
tient tous les travaux inàporta^s publiés en obstéirique et en gynécologie 
d(^puis 1886. ' f 



SOMMAIRE: 

Obstétrique : Traitenent de la phleffoaaUa alba doleiw puerpéral«\ ^ -La compreaalon pubio- 

atanueQe comme traitement des hémorragies aprèa la délivrance. 
Oynéo^lOgie : Périnéorraphle par interpoaition, par M. Pierre Dklhet. — Traitementdes raétritea. 

BavUC^ Oritique : L'avortemcnt. — De l'annulation reliçieuae du mariage au point de vue médico- 
létal et gynécologique, par le D»^ Lutaud, membre de la Société de médecine légale do France. 

Seva« dés Sociétés inédioallIS : Le secret profesaionnel et les déclaraliona de naissance (ftetus 

- et embrycoa/, par le D' Li't.vud. ' ' 

5KyKièûe lafAIItlld : La mortalité de» cnf.mtts mis en nourrice prétendus protégés par la loi Roussel 
dépaaao de plus de moitié la mortalité générale des enfants du même âge. \Paul «KHruoo.) 

Tsilétés : Hittoirc dun prétendu noucmentd'csguillette, che* une femme marlée,par M.Colturier. 

FormUlftiTO : Pommade contre les crevasses du aein. (LuTAno.) — Contre la couperose faciale. 
(Lkroy ) — Traitement des crevasses et gerçures. (Morbl-Lavai.lée.) — Badlgeonnages phenique». 
dans la coqueluche. — Cachets laxatifs pour enfants. — Le veratrum viridc contre leclampsie. 
(CoTRK-r ) — Traitement du prolapsus du rectum chez les enfants par les injections de parafhae 
(iCaeewski.) — Le sublimé corrosif dans le traitement de la coqueluche. (C. Calabro.) 



Admimstratim, 47, boulevard Haussmann, PARIS 



iiï 



tm. 



Causules de Corps thyroïde Viijier 



I « O flrr. lO amntiffr. pmr ^mp^mi^* — I>o§ê §rdémëir€ : t à • crafolM ptr Jour. 



0? Rjij£ t»E L'ÉTAT FRANÇAIS 



VICHY 



Administration, «4, boulv. des Capucines, PARIS 

SOURCES DE L'ÉTAT 

ViCHY'CÊLiSTIKS 

toutte. ^ Braieili. — Biakèti — Reins. — tissii. 

VICHY-HOPITAL 

Maladies de Testomac et des intesiins. 

VICHY GRANDET- GRILLE 

Maladies du foie et de l'appareil biliaire. 

ATDII TOUDiniS SOnilEOBIBill U SIIIBtt 



t 



Gra&d Prig' Exp.Uiri». Paris 1900. | 
Ferme d'Arcy-en-Brie {8.-A-M.) 

LAITS PURS 

LAIT MATERNiSÉ ProcMé Oaemi«r. 
Alimentation des tioufeêu-néM, 
BempliiOB le lait de femme. 

LAIT STÉRILISE garantie fiarWte. 
L. NICOLAS (0#>, 22, Rue Paradis, Paris. 

Brkvkté: S.Q.D.Q. — Marouk 0*po«*S 



lir^ 



BNVOI XOTICB 8UB DB1IA.HDB 
BXPAx>inONS BN PAOVINCB 



I 

i 



FARINE LACTÉE NESTLÉ 



Cet aiiment, dont la base est le bon lait, est le meilleur pour ie» enfants 
en bas âg^ : il supplée à l'Insuffisance du lait maternel, facilite le sevrage. 

En outre, pour les adultes oonvalescents ov valétudinaires, cet aliment 
constitue une nourriture à la fois légère et substantielle. 

^. CHRISTIAN, le. Hue du Fare-RoyaU i^aris^et dâMS TOOTES LES PHARMACIES, 
n. les Poctewi sont prié» de ?oBloir Mên SPÉCIFIER le nom NgSTi-E sar lenri ordoaMucet. 



''§!;£|*e''diabetine 



DIABiTlÇUIS 



X.'AIIIÉNORRHfiE, la DYSMÉNORRHÉE, la MÉNORRHAOIB 

cèdent rapidement si Von emploie, à la dote des à i Capsules pa^ jour 

L'APIOLdI^-JORET & HOMOLLE 

RÉaULATEUR PAR EXCELLENCE DE LA MENSTRUATION 



Hé-morrbagies,^ 
Hémorrhoïdes, 



Varices, 



Hètrite, 
Troubles de la 




^oitL-t z^€Lj>i«lexzi.ei3.t ©o^a-laQ-és par 

rHAMAMELIS LOGEAIS dont 
le principe actif HamameUdi: 
est un TONIQUE vascutaire 
trèspuSssantpVéritabie 
5pt.^!ftque de 
affections- 



\ 



nos s 

MODE O'EMkoi : 
Prendre de 20 à 30 gouttes 
3 fois par jour dans un peu 
d^eau^ une 1/2 heure avant les repas, 

DEPOT GËNËRAUi 

X.OG-X:.A.X8« 37, Avenue Marceaa, PAHIB. 



. ON MEOj,~ 

>MSyETRI(^UE 

TRAITEMENT DK LA PHLEGMATIA ALBA DOLENS 
PITERPÊRALE. 

U faudra, chez loule feiKime ayant présenté des élévations Iher- 
I iniques dans les premiers jours de couches, exiger le séjour au lil 

pendant quatre semaines au moins. 

Traitement immédiat, — Dès les premiers symptômes de phleg- 
matia, exigez que la malade reste dans le décubitus dorsal. Elle sera 
soulevée pour tous les soins de toilette nécessaires, pour le passage 
du bassin, pour l'arrangement des oreillers, etc. 

Si vous voulez que vos prescriptions à ce sujet soient rigoureu- 
sement suivies, ne manquez pas de prévenir la famille de leur 
importance et des terribles dangers de Tembolie pulmonaire que 
peut provoquer un mouvement. Pour Taccouchée, soyez plus 
réservé ; qu'elle sache qu'un mouvement intempestif peut lui faire 
courir des dangers graves ; mais mieux vaut lui laisser ignorer les 
accidents moi^tels auxquels elle est exposée. 

De plus, immobilisez le membre en extension. Rappelez-vous que 
l'extension est indispensable. L'hydarthrose du genou accompagne 
souvent la phlegmatia, d'où tendance à la flexion légère du membre 
et parfois rétraction musculaire consécutive; en fixant le membre en 
extension on met à l'abri de cette complication. Vous pourrez, en 
outre, aider à la résolution de l'inflammation, diminuer la douleur 
et favoriser la circulation veineuse, par l'application locale d'une 
solution saturée de chlorhydrate d'ammoniaque (Pinard) et par Yélé- 
vallon du membre. 

Technique de r immobilisation. — «) Vous disposez d'une gouttière. 
— Prenez une gouttière en fil de fer, de longueur suffisante peur la 
jambe et la cuisse. Garnissez-la d'une bonne couche d'ouate dont 
vous augmenterez l'épaisseur au niveau du talon. Au-dessus de la 
ouate, étendez un large taffetas ciré dépassant, de chaque côté et 
largement, les bords de la gouttière. Sur l'imperméable, disposez 
un certain nombre de compresses fines, sïmbriquant comme celles 
de l'appareil de Scultet et assez longues pour envelopper le 
membre. 

Le membre est alors soulevé doucement et la gouttière glissée 
au-dessous, jusqu'à ce que son bord supérieur arrive à la racine de 
la cuisse, hfà membre est alors déposé doucement dans la gouttière. 

Imbibez alors les compresses avec la solution saturée de chlorhy- 
drate d'ammoniaque et enveloppez-en le membre en commençant 
. par le pied, puis rabattez lès bords du large imperméable, afin de 
recouvrir le tout. Ayez soin, ensuite, d'imbiber les compresses 
deux ou trois fois par jour. 



fi REVl E d'obstétrique ET DE GYNECOLOGIE. 

Au bout de quatre à ''Jnq jours, la solution de chlorhydrate 
d'ammoniaque détermine une éruption vésiCuleuse miliaire. Il faut 
alors en cesser l'application, garnir la gouttière d'un linge sec et 
lin et y replacer le membre après l'avoir abondamment poudré avec 
de l'amidon ou, de préférçnce, avec du talc. 

S) Vous navez pas à voire disposition de goullière métallique, — 
Si, chose fréquente dans les milieux pauvres, vous manquez d'une 
gouttière, vous pouvez la remplacer par un sac de balle d'avoine 
ayant la longueur du membre. On peut disposer sur lui un impei- 
niéablc et des compresses longuettes comme on le fait avec une 
gouttière et y fixer le membre avec quelques bouts de bande passés 
au-dessous du sac cl dont les chefs sont fixés en avant du membre, 
au niveau du cou-de-pied, de la jambe et de la cuisse. 

v) Qw® vous ayez employé la gouttière ou que vous ayez eu 
recours au sac de balle d'avoine, mettez, sous le pied, un fort 
coussin, de façon à mettre le membre en position inclinée, le pied 
haut. 

Sommeil. — Si les douleurs sont trop vives, usez, pendant les 
premiers jours, du chloral ou des préparations opiacées pour pro- 
curer du vsommeil à la malade. 

Traitement éloigné, — Un mois après la dernière élévation de 
température, jamais plus tôt, la malade sera autorisée h s'asseoir 
<lans .son lit et à faire quelques mouvements. L'œdème qui persiste 
souvent sera combattu i)ar le port d'un bas élastique. [Echo Médi- 
cal du I\-ord). 



LA COMPRESSION PUBIO-MANUELLE COMME TRAITEMENT 
DES HÉMORRAGIES APRÈS LA DÉLIVRANCE. 

M. Jean Retire consacre sa thèse à l'étude d'un procédé hémosta- 
tique couramment employé dans les hôpitaux de Lyon pour 
combattre les hémorragies de la délivrance, procédé décrit par 
M. le professeur Fochieretqui a sur les autres modes de traitement 
habituellement utilisés un certain nombres d'avantages. Il est 
applicable en particulier aux cas d'inertie de l'utérus, soit totale, 
soit partielle : dans ce dernier cas, les zones de ramollissement 
sont localisées le plus ordinairement à la face postérieure de 
l'organe. 

Voici quel en est le manuel opératoire : La délivrance est faite, 
placenta et membranes ont été expulsés dans leur totalité; l'utérus 
est vide et cependant une hémorragie utérine se produit : on palpe 
l'organe, il présente bien une dureté ligneuse, il n'y a donc pas 
d'inertie totale; on peut alors, en attendant qu'une injection 
chaude, vers 48 degrés, soit prête ou même avec l'intention de s'en 
passer, employer le procédé suivant : l'accoucheur se tient sur le 
rôté gauche de la malade de préférence; il plonge l'extrémité des 



LA COMPRESSION PUBIO-MANUELLE. 



quatre doigts réunis do la main droite en ari*ière de l'utérus, entre 
cet organe et la colonne vertébrale, déprimant ainsi la paroi abdo- 
minai» abordée au niveau de la région ombilicale; la main droite 
doit être dirigée parallèlement à Taxe du détroit supérieur; elle 
peut aussi se laisser guider par la paroi postérieure de l'utérus sfsa 
consistance la rend perceptible, et en suivant cette paroi, descendre 
assez bas peur dépasser les limites de la « portion contractile » 
du muscle utérin : après l'accouchement, en effet, la main peut 
atteindre facilement jusqu'à cette limite, et môme dépasser 
lanneau du Bandi. 

Une fois arrivée à cette profondeur, la main est reportée en 
masse en avant, de façon à comprimer Tutérus contractile dans 
toute sa hauteur, soit contre les pubis, soit contre la main gauche, 
qui est étendue à plat sur la paroi abdominale au-<levant de l'utérus 
et dans la position suivante : elle appuie par son bord cubital sur 
le sommet des pubis, prolonge le plan rétro-pubien au-dessus du 
détroit supérieur et offre ainsi une surface d'appui solide qui peut 
s'adapter à la forme de l'utérus, très favorable en direction et en 
étendue à la compression exercée par la inain droite, qui reporte 
l'organe en avant. 

Ce n'est pas, comme on le voit, un mouvement do flexion de 
l'utérus en avant, mais bien plutôt un mouvement de glissement en 
avant de la portion contractile, et sans déplacement de la 
direction de l'axe de l'organe. C'est, on quelque sorte, une trans- 
lation en masse du muscle dans sa totalité et sa paroi antérieure 
vient se comprimer et buter contre un plan résistant, mais malléable, 
qui remplace la large échancrure que laisse, à sa partie antérieure, 
le détroit supérieur. Et, même en supposant que l'utérus soit à peu 
près complètement dur et contracté, sauf en quelques points de sa 
face postérieure, on s'explique aisément la possibilité d'un tel 
déplacement : le défaut de contraction de toute la portion de l'organe 
sous-jacente à l'utérus contractile, la souplesse du segment infé- 
rieur permettent bien, en effet, d'exécuter la manœuvre sans aucune 
difficulté. 

Cette méthode agit doublement : par compression des sinus pla- 
centaires d'une part, et, d'autre part, par l'excitation de la fibre 
utérine. On peut continuer la compression assez longtemps sans 
fatigue (de 10 à 25 minutes d'après les observations) et on obtient 
souvent par elle seule l'arrêt de l'hémorragie. 

En tous cas, c'est un moyen qui ne nécessite aucun préparatif : 
pas de perte de temps, pas d'instrument, pas d'aide; il est à la 
portée de. tout praticien; une sage-femme même peut pratiquer la 
manœuvre et la continuer un certain temps, car elle ne demande ni 
grand déploiement de force musculaire, ni effort soutenu; il permet 
d'attendre la préparation ou les effets d'autres modes de traitement 
(ergot — injection chaude — injection de sérum artificiel) ; c'est de 
plus une méthode rationnelle, car l'utérus, ne prenant pas de suite 






8 



UEVUE d'obstétrique tT DE GYNÉCOLOGIE. 



après raccouchemenl sa forme globuleuse, est comprimé suivant 
sa moindre largeur, d'avant en arrière ; la main se rend compte à 
chaque instant de l'état de l'utérus, et surtout de cette face posté- 
rieure qu'on ne doit jamais négliger d'explorer; «la compression 
pubio-manuelle comprime encore l'utérus sur toute sa hauteur, 
évitant ainsi les inconvénients des pressions limitées en quelques 
points seulement, pressions qui sont insuffisantes et inefficaces; 
elle ne peut produire de lésion, ne peut occasionner aucun accident; 
enfin — et surtout — tout danger d'infection est ainsi écarté. 

("est un moyen non seulement d'arrêter l'hémorragie après la 
délivrance, mais aussi d'en apprécier la cause, de voir les progrès 
dans le sens de la rétraction, de constater parfois l'insuffisance des 
moyens employés, ("est un élément de diagnostic en même- temps 
(|u'un procédé de traitement. (Journal de médecine et de chirurgie 
praliques, 25 septembre 1902.) 



GYNÉCOLOGIE 



PKRINEORRAPHIK PAR INTERPOSITION 
par M. Pierre Delbet (1). 

Je vous demande la permission de vous exposer très brièvement 
un procédé de périnéorraphie que j'emploie depuis plusieurs années. 
J'ai failli le communiquer au Congrès de chirurgie de 1886. J'étais 
1 nscrit. Quelques instants avant de prendre la parole, j'exécutais 
sur le tableau noir les dessins destinés à rendre plus facile la 
compréhension de ce que j'allais dire, quand un de nos collègues, 
mon ami Ricard, si j'ai bonne mémoire, vint à passer et me pria de 
lui indiquer le but de ma communication. Je le fis en quelques 
mots. Tout de suite, il m'arrêta, me disant que ce procédé avait 
été décrit. J'effaçai mes dessins, je ne fis pas ma communication et 
restai convaincu jusqu'à ces derniers temps que j'employais, sans 
le savoir, le procédé d'un autre. 

Les explications que j'avais données à Ricard étaient tropbrè>es, 
trop incomplètes pour qu'il ait bien pu saisir ma manière de faire. 
En réalité le procédé n'avait jamais été employé par personne, et 
j'ai appris ces jours-ci qu'il venait d'être imaginé à nouveau, tout 
récemment, par un de nos jeunes collègues; c'est ce qui m'a décidé 
à vous en entretenir et à vous montrer ses résultats. J'ai réuni à la 
IvMe 4 de mes opérées. 

Ce procédé consiste essentiellement à interposer entre le rectum 

i 11 (communication à la Société de Chirurgie. (Séance du 19 novembre 
lîK».} 



PÉRyNÉORRAPHIE PAR INTERPOSITION. M 

et levagin^ séparés parla dissection, lesreleveurs de l'anus elles 
débris des muscles périnéaux. 

Je serai très bref . Il serait inconvenant d'insister devant vous sur 
des détails qui seraient nécessaires à un débutant. 

Je fais, avec des ciseaux courbes et pointus, une incision demi- 
circulaire qui suit le limbe cutanéo-muqueux et remonte de chaque 
côté à un centimètre et demi ou deux centimètres du méat urinaire. 

L incision faile, il s'agit de pénétrer dans la cloison recto-vagi- 
nale pour séparer le rectum du vagin. Pour cela, il faut disséquer 
dans la partie moyenne de la plaie. On a d'abord à traverser un 
noyau cicatriciel plus ou moins épais, qui remonte plus ou moins 
haut. Quand on arrive à sa partie supérieure, on rencontre souvent 
des fibres musculaires longitudinalesqui appartiennent au rectum (1), 
mais qui adhèrent au vagin. 11 faut soigneusement les détacher de 
la paroi vaginale. Cela fait, on tombe dans un espace tumultueux, 
d'apparence séreuse parfois, où le doigt pénètre aisément pour 
séparer le rectum du vagin. En un instant^ on remonte jusqu'au 
cul-de-sac périlonéal. 

Ce cul-de-sac je l'ai quelquefois ouvert, et je crois qu'il y a intérêt 
à le faire lorsqu'il descend très bas, ce qui est fréquent dans le 
vieux prolapsus. Kii créant des adhérences artificielles entre ses 
deux feuillets on diminue les chances de glissement. Si l'on ne 
veut pas l'ouvrir, il faut, lorsqu'il descend très bas, le refouler en 
haut pour faire une bonne opération. Le décollement doit aller 
jusqu'au niveau du col utérin. 

Ce temps accompli, je dirige la dissection sur les parties latérales 
vers l'aponévro» dé l'obturateur interne. C'est là qu'on trouve les 
fîbres du releveur de l'anus, toujours très facilement visibles et 
aisément reconnaissables à leur direction. 11 faut les disséquer aussi 
haut, aussi loin qu'on peut. 

Reste à faire la suture. Je la fais toujours à fils perdus, sauf pour 
la peau. J'emploie habituellement le catgut. Mais j'ai vu un cas où 
certainement le catgut s'est résorbé trop. vite. Alors que le résultai 
immédiat était excellent, le résultat éloigné a été médiocre. Aussi 
j'emploie maintenant des catguts forts (et quelquefois, ainsi que je 
l'ai dit à propos d'une communication de M. Gérard Marchand, 
des fils d'argent. On obtient avec ces dernières un périnée d'une 
résistance bien supérieure à celle du meilleur périnée normal, 
mais ils blindent le vagin. Aussi pour les employer» faut-il être bien 
sûr qu'ils ne gêneront ni ne blesseront personne, et cela n'est point 
toujours aisé, car les passions se flétrissent parfois moins vite que 
la peau. 

Le premier fd, le plus élevé, le plus profond, qu'il soit de catgut 
ou d'argent, je le place aussi haut que je le puis sur les releveurs. 
Je le place avec une aiguille coudée et courbe et je le passe en deux 

iTi Je ne croîs pas avoir besoin de dire que je ne met?* joninis le doierl 
flanH le rectum. 



1 



10 REVUE D OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉi:OLOGIE. 

fois. Dans ces vieilles déchirures, les bords internes des deux rele- 
veurs sont trop éloignés FundeTautre pour qu'on puisse les prendre 
d'un seul coup dans la courbe d'une aiguille. 

Lorsqu'on serre ce fil, les deux releveurs, sans qu'il se fasse de 
solution de continuité du côté de Taponévrose obturatrice, se tendent 
comme un rideau qui sïnterpose entre le rectum et le vagin. 

Tous ceux qui m'ont vu opérer ont été frappés du résultat de ce 
temps de l'opération. L'interposition de ce rideau tendu est très 
saisissante. On sent, on voit qu'on a reconstitué une sangle 
cflicace. 

Je place ensuite un ou deux autres fils sur les releveurs en me 
rapprochant du pubis, puis deux ou trois fils, qui prennent, en 
rasant l'aponévrose obturatrice, tout ce qui reste de débris muscu- 
laires entre les releveurs et la peau. La règle est d'affronter tout 
sans laisser aucun espace mort. Aussi les fils de suture suffisent-ils 
à faire l'hémostase ; il n'y a pas besoin de ligatures. 

Je termine parla suture cutanée que je fais toujours au fil d'argent. 
Pour éviter les espaces morts, ce qui est important, car je ne fais 
jamais aucune espèce de drainage, il est bon qu'un fil sur deux 
prenne les parties sous-jacentes déjà affrontées. 

A la fin, on éprouve une certaine difficulté pour affronter la 
muqueuse du vagin à la peau au niveau de la nouvelle fourchette ; 
la paroi vaginale est exubérante. Souvent j'en résèque un lambeau 
transversal. Même après résection, elle reste trop large, elle se 
plisse, se godronne et l'affrontement n est pas parfait. 

Si l'on voulait qu'il le fût, il faudrait rétrécir le vagin en résé- 
quant un lambeau dont le grand axe serait dirigé ^u col utérin à la 
vulve. Mais on obtiendrait ici une suture située dans le planantéro- 
postérieur au travers de laquelle les sécrétions utérines toujours 
suspectes pourraient s'infiltrer dans lépaisseur du périnée. Je crois 
que ce serait déplorable. Jamais je ne fais de résection dans ce 
sens. J'aime mieux avoir au niveau de la fourchette quelques plis 
irréguliers qui s'effacent et conserver cette paroi vaginale qui 
recouvre et protège efficacement le périnée reconstitué. Je crois 
que c'est à cela que je dois de n'avoir jamais eu d'échec. 

Je n'ai eu en vue jusqu'ici que lès ruptures incomplètes. Mais la 
technique que je viens de décrire s'applique tout aussi bien aux 
ruptures complètes. 11 suffit de modifier l'incision pour lui faire 
suivre dans la partie moyenne la ligne cicatricielle de la jonction 
de la muqueuse vaginale à la muqueuse rectale, et de faire un plan 
de sutures perdues sur la paroi du rectum. Je ne veux point insister 
sur ces détails. Je n'ai eu qu'une fois l'occasion d'opérer une rupture 
complète. Cette rupture intéressait non seulement la totalité du 
sphincter, mais elle remontait sur le rectum à trois centimètres 
au-dessus. Le résultat a été parfait. Mon opérée a eu depuis un 
enfant à terme sans que son périnée refait ait cédé le moins du 
monde. 



TRAITEMENT DES METRITES. H 

Le môme procédé pourrait s'appliquer aux fistules recto-vaginales 
mais je n'ai pas eu occasion de remployer dans des cas de ce 
genre. 

Vous pourrez voir le résultat du procédé sur quatre malades 
que j'ai fait venir. Chez toutes, j'ai fait en même temps unecolpor- 
raphie antérieure par un procédé qui m'est personnel ; chez deux 
j'ai fait l'amputation du col hypertrophié, mais je n'insiste pas sur 
ces points, car c'est sur la périnéorraphie proprement dite que je 
veux attirer votre attention. 

Chez deux de ces malades, Agées de 62 ans, j'ai fait la suture 
profonde, la suture perdue au fil d'argent. L'une a été opérée le 
15 avril, l'autre le 24 mai 1902, il y a donc sept mois pour l'une, six 
mois pour l'autre. Vous savez combien il est difficile d'obtenir uue 
bonne contention du prolapsus chez les femmes de cet âge, dont 
les tissus ont perdu toute résistance. Vous pourrez constater ici 
que le résultat est parfait. Par le toucher on sent très bien les fils 
d'argent au travers delà paroi vaginale. Entre eux les tissus n'ont 
pas grande résistance. On a l'impression très nelle que, si l'on 
avait employé des (ils résorbables, le résultat aurait été médiocre. 

Je crois que dans certains cas, où les débris du périnée disjoints 
sont très atrophiés, il y aurait intérêt à faire une sorte de treillis 
de fil d'argent s'appuyant de chaque côté sur l'aponévrose obtura- 
trice. 

Les deux autres malades ont été suturées au catgut. L'une, âgée 
de 52 ans, a été opérée le 5 août de cette année, l'autre, âgée de 
44 ans, la été le 26 août 1901. Chez cette dernière Topération date 
donc de près de quinze mois ; on peut juger du résultat éloigné. 



TRAITEMENT DES MÉTRITES 

(DOLéRIS.) 

En prt^ence de l'ectropion inflammatoire rebelle (vulgairement 
ulcéralion), la tentation est grande d'user des caustiques à titré 
d'essfi au début, à titre définitif quand il s'agit du fer rouge. 

La chirurgie conservatrice doit s'armer du couteau et détruire les 
tissus malades par une section nette. 

L'opération plastique qui enlève est le moyen conservateur par 
excellence. Par un singulier contraste, ici la prudence est dans 
l'action chirurgicale, et la conservation fonctionnelle totale est dans 
le sacrifice d'une partie, non dans les méthodes prétendues pallia- 
tives, j; 

Je suis hautement partisan du traitement plastique des lésions du 
col, dès que le processus tend à la chronicité. Môme dans les cas 
qui paraissent assez simples, l'expérience démontre que les 
moindres de ces lésions sont souvent incurables par tout autre 
traitement. 



12 



REVUE DOBSTÉtRlQUE ET DE GYSÉOÔh&GlE. 






Le traitement doit avoir un triple objectif, corres{\ondartt aux 
trois termes de la pathologie du col utérin : inflammation, îtauma- 
lisme, déformation, 

I. Traitement de r inflammation, — Au début, le traitement est 
simple ; il doit être extra et intra-cervical, 

1° Traitement extra-cervical, — 11 consiste à assurer Tantisepsie 
du vagin par des injections chaudes de sublimé (I p. 1,000 à 
1 p. 4,000}*et des applications de tampons iodoformés qui soulèvent 
le cof-et facilitent la circulation en retour. 

En cas de sécrétions épaisses ou de gondement extrême de la 
muqueuse, on recourt à la glycérine qui produit une action dyali- 
tique utile. Certains vagins s'excorient parla glycérine ; il faut alors 
employer la Vaseline iodoforméc : 

Vaseline 30 grammes. 

lodoforme 10 — 

Camphre 2 -— 

ou, s'il y a des phénomènes douloureux, la préparation suivante : 

Vaseline 30 grammes. 

Salol 5 — 

Chloral 5 — 

•3° Traitement intra-cervical, — Concurremment, recourir à un 
traitement intra-cervical, consistant surtout dans la dilatation anti- 
septique de la cavité et dans des écouvillonnages légers. 

Dans les cas de moyenne intensité, la dilatation répétée, suivie 
du tamponnement antiseptique, peut être utilisée. 

Klle est le plus souvent insuffisante et il faut recourir au hersage, 
fait avec une sorte de scarificateur à lames parallèles multiples et 
tranchantes de 2 à 4 millimètres, au enrage tranchant ou à l'appli- 
cation de certains topiques, tels que la créosote, le naphtol camphré, 
la glycérine iodée : 

Iode 1 gramme. 

Glycérine 2 grammes. 

Lors de lésions plus profondes, il faut faire Tablation de la 
muqueuse au bistouri, suivie de la thermo-cautérisation légère de la 
surface cruentée, ou la stomat optant ie, qui n'est, en quelque sorte, 
qu'une réduction de l'amputation à lambeaux. 

La forme interstitielle scléro-kystique est justiciable de l'amputa- 
tion. 

La ponction et la cautérisation des kystes, qui amènent une délen le 
passagère dans les symptômes, ne sont que des palliatifs de courte 
durée. 

II. Traitement des lésions traumatiques, — Le procédé d'Emmet 
conviendra au cas où la cervicite, étant à son début, est suscep- 
tible de céder à de petits moyens. 



LAVORTEMENT. lîî 



Mais dès qu« rendométrite est profonde, accompagnée de kystes, 
il faut recourir à Vampulalion de Schrœdèr, eA combinant avec 
'opération le large avivcment et les sutures latérales d'Emmet. 

111. Trailemenl des déformations. — 1° Contre \di flexion^ pratiquer 
des séries répétées de dilatation ; 

2» Contre la coRtçilé, recourir à la stomatoplastie ou à la section 
bilatérale ; 

3* Contre Yallongemeni hyperlrophique, pratiquer l'amputation. 

Une cause d'échec du curage est l'existence d'une déviation de la 
matrice : ici l'élément métrite passe au second plan. 

L'emploi de la dilatation et de la curette, en matière de déviation, 
n'est pas négligeable, mais il n'est point curatif. Les insuccès de 
cet ordre ne doivent pas figurer au passif du curage. 

Il en est de même pour les lésions des annexes; salpingites, ova- 
rites, pelvi-péritonites, caractérisées par des processus nettement 
hyperplastiques. Le curage n'a d'effet immédiat certain que sur la 
nuqueuse. 

L'avenir de la gynécologie est dans l'objectif physiologique. Or, 
le cautère actuel, les caustiques violents à demeure sont destruc- 
teurs de la vie physiologique de l'utérus. 11 faut donc rejeter la 
cautérisation intra-utérine. 

Mélrile du corps de Vulérus, — La dilatation est parfois négli- 
geable. 

Métrite puerpérale. — Curéttago, écouvillonnage avec un tampon 
de ouate hydrophile, trempé dans 

Créosote 30 grammes. 

Glycérine 30 — 



REVUE CRITIQUE 



L'AVORTEMENT 

M. le D' Blondel a récemment publié dans le Bulletin de la 
Société d'obstétrique de Paris une statistique de 100 cas d'avor- 
tement (1890— 1902), avortements à toutâge^avortements spontanés 
et avortements criminels. 

Un seul élément les relie : Tous se sont terminés sans un seul 
décès. Daiis 52 observations il y a eu des manœuvres abortives. 
L'adresse d'e notre confrère était connue entre autres d'une accou- 
cheuse de la rue Mont-Thabor qui recommandait à son insu de 
s'adresser à lui « si cela ne se passait pas bien ». 

Blondel trouve comme personnes incriminées par dires des 
malades : 22 fois des sages-femmes, 2 fois des étudiants en médecine. 



14 REVUE D OBSTÉTRIQUE ET DE GYxNÉCOLOGIE. 

6 fois une amie, 1 fois le mari, 1 fois un pharmacien; I fois la 
malade attribuait Tavortement à un médecin (!) ; 19 fois les malades 
prétendaient s'être fait avorter elles-mêmes, 5 fois avec des breu- 
vages, 14 fois par des manœuvres (injections de savon 9 fois, 
exercices violents, équitation et bicyclette 3 lois, aiguille à tricoter 
1 fois, crochet en os 1 fois). 

11 donne ces indications pour ce qu elles valent et déclare tout le 
premier qu'il n'y a pas la moindre créance à ajouter à ce que 
racontent les femmes en pareille matière. Il est très porté à croire 
que celle qui accusait un médecin se vantait, et que celles qui 
s'accusaient elles-mêmes venaient très probablement de chez la 
sage-femme. 

A noter que 3 malades déclaraient avoir connu la sage-femme à 
laquelle elles s'étaient Adressées par des annonces de journaux (1). 
Une Russe, descendue dans un hôtel rue Qambon, et une Amé- 
ricaine descendue à l'hôtel Continental continuaient à recevoir à 
son insu — il l'a appris depuis — la visite de la sage-femme entre 
les siennes. 

Parmi les cas où l'intervention de là sage-feminc était avouée, il 
note d'après les dires des malades : 15 fois l'enii>loi d'une lige de fer 
(hystéromèlre ou aiguille à tricoter?), 10 fois l'emploi d'une sonde 
en gomme avec injection de liquide, toujours extrêmement doulou- 
reuse, parait-il, et 2 fois suivie d'évanouissement ou d'une syncope ; 
les autres fois, les malades ont dit n'avoir pas su ce qu'on leur 
faisait et n'avoir pas vu d'instruments, sauf l'introduction d'un 
spéculum. 

Chose singulière, pas une seule fois il n'a constaté la preuve 
matérielle de ces manœuvres, sous forme d'érosions du col ou de 
piqûres ; au point de vue médico-légal, s'il lui eût fallu donner un 
avis pour fixer l'opinion de la justice, dans aucun cas il n'aurait osé 
affirmer, contre les dénégations de la femme, une conclusion qui 
l'eût fait envoyer devant les tribunaux sans lui laisser aucun doute 
dans l'esprit. Dans les autres cas où les manœuvres furent niées 
énergiquement et où il les soupçonnait néanmoins, il basa son 
opinion sur la marche des accidents et hur l'élévation inexplicable 
de la température et les signes locaux d'infection. Thérapeutique. — 
Sauf dans 6 cas où aucun débris ne restait dans l'utérus, l'auteur se 
contenta d'irrigations intra-utérines au sublimé ou avec K M» O* ; 
sauf dans ces 6 cas, sa conduite fut systématiquement la même : dila- 
tation du col, si elle était nécessaire, exploration de la cavité utérine, 
curetage) écouvillonnage à la glycérine créosotée au 1/3. injection 
(le teinture d'iode, drainage à la gaze imbibée de glycérine chargée 
d'un antiseptique. Depuis 1892 il emploie comme tel Tichthyol au 
lO'' dont il n'a qu'à se louer, car il n'est nullement toxique et paraît 
jouir d'un pouvoir d'imbibition, signalé par Fritsch, qui lui permet 

(l) iSage-fcmnic de 1" clasiio, slérililé, (lis^crélion assurée. 



DE l'annulation RELIGIEUSE DU MAKLVGE. 15 



DE L'ANNULATION RELIGIEUSE DU iMARIAGE AU POINT 
DE VUE MEDlCO-LÉGAL ET GYNÉCOLOGIQUE, 

Par le D' Lutaud, 
Membre de la Société de médecine légale de France. 

On sait que TEglise n'a pas accepté les lois civiles relatives à la 
naissance, au mariage et au décès. Ayant eu pendant plusieurs 
siècles le monopole de l'enregistrement des actes civils, elle n'a pas 
consenti facilement à se laisser dépouiller. Dans un grand nombre 
d'Etats, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis, elle partage 
encore avec le pouvoir civil, le droit légal du mariage. Mais, dans 
les pays où la multiplicité des cultes apporte une certaine tolérance, 
l'annulation du mariage religieux ne présente pas de difficultés 
lorsque les tribunaux civils ont prononcé la rupture du contrat 
matrimonial. 

La loi Naquet, établie en France, depuis près de vingt ans, a été 
accueillie avec une grande faveur par toutes les classes delà popula- 









d'agir à une certaine distance dans la profondeur des tissus. Ln . y!^ 

glycérine, par son action dialytique paraît jouer un rôle essentiel ?5 

dans le drainage de la cavité utérine, et il y reste très fidèle. *^ 

Quant au curetage, il avoue qu'il persiste à le pratiquer, quoi 
qu'on ait pu dire contre lui. 

Depuis quelques années, il emploie le curage digital indiqué par ^; 

M. Budin, comme il emploie son excellente manœuvre abdomino- .-^. 

vaginale pour l'expression du placenta. 11 est même convaincu que, ♦ 

tant qu'il s'est contente du curetage seul, sa pratique risquait d'être 
incomplète, car le doigt permet souvent de détacher des débris ■■ * 

flottants qui très probablement eussent échappé à la curette, et 
qui, rattachés par un mince pédicule, étaient juste assez retenus i^ 

pour rester en place dans l'utérus et pas assez pour échapper au 
sphacèle et à l'injection. 

Mais il persiste À croire qu'après le curage le plus soigné l'emploi 
de la curette demeure encore utile ; elle dépouille plus sArement la 
surface utérine que l'ongle, qui finit par se fatiguer et se ramollir ; 
la petite curette, en particulier, nettoie mieux les cornes utérines, 
quand elles sont prononcées, et met mieux à l'abri des infections 
salpingiennes qui suivent cette voie. Peut-être le traumatisme -^ ♦ 

spécial qu'elle exerce sur la paroi utérine n'est-il pas inutile pour 
réveiller la contractililé de la fibre musculaire, qui est peut-être le 
meilleur moyen de défense de Torgane contre la lenteur de Tinvo- 
lution ultérieure. 

Quoi qu'il en soit, il lui reste fidèle et les résultats qu'il a obtenus 
par cette pratique sont plutôt faits pour l'y encourager. 



16 REVUE d'obstétrique ET DE GYNECOLOGIE. 

lion. Le nombre des divorces prononcés par les tribunaux, atteint 
chaque année plusieurs milliers. C'est une véritable révolution des 
mœurs françaises. 

Ou sait que la grande majorité des femmes délivrées de l'enfer 
conjugal par un jugement civil, ne demandent qu'à être cpnsolées; 
la plupart d'entre elles avaient déjà fait choix, secrètement ou 
ouvertement, du futur consolateur 

Aussi, la loi Naquet a-t-elle contribué dans yne large, mesure à 
augmenter, sinon la natalité, du moins le nombre des mariages. 

Malh&ureusement l'Eglise est intervenue. Fidèle à ses principes, 
elle considère comme nul l'acte civil inscrit à la mairie ; mais elle 
considère comme indissoluble l'acte inscrit sur les registres de la 
Sacristie. Pour elle, les individus mariés seulement d'après les lois 
civiles ne sont que de simples concubins. 

Celana pas empêché le menu peuple de passer outre et la slatis- 
lique, chère à M. Bertillon, enregistre chaque semaine un nombre 
considérable de mariages effectués entre conjoints divorcés r^hez 
lesquels le besoin matrimonial fait braver les rigueurs ecclésias- 
tiques (1). 

11 n'en est pas de même dans la bourgeoisie qui, autrefois vollai- 
rienne, estdevenue aujourd'hui le meilleur pilier du catholicisme en 
France. 

Beaucoup de femmes d'un certain monde préfèrent, en effet, le 
célibat et même le concubinage à un mariage accompli sans les 
pompes de l'Eglise. 

C'est pour obvier à la pénible situation dans laquelle se trouvaient 
ses enfants que l'Eglise, toujours bonne mère, a trouvé un terrain 
de transaction. Elle a cherché dans l'arsenal un peu démodé de la 
jurisprudence ecclésiastique; elle a remanié et mis en vigueur des 
lois qui n'étaient appliquées autrefois que très rarement aux chefs 
d'Etat pour sauvegarder des intérêts dynastiques; elle a enfin 
organisé sur des bases pratiques une procédure qui permet, en 
annulant le premier mariage, (Ven contracter religieusement un 
second. 

Cette procédure avait déjà été codifiée en 1750 dans une Bulle 
du Pape Benoît XIV. Nous reproduisons ce document, essentielle- 
ment médical, qui indique aux experts la marchera suivre pour faire 
les procès en nullité de mariage. 

Comme on le verra, l'Eglise peut annuler le mariage dans les cas 
où l'impuissance du mari est démontrée, dans le cas où l'acte sexuel 
n'a pu être consommé pour une cause quelconque. Enfin on peut 
encore demander l'annulation dans les cas plus rares où la consom- 
mation matérielle a eu lieu sans le consentement de la femme ou à 
son insu. Dans cette dernière catégorie le médecin doit également 

(1) Il y a eu 1G68 mariages de divorcés en 1900 dans le département de la 
Seine i statistique officielle ; un très petit nombre seulement ont été 
efTectués religieusement. 



DE l/ ANNULATION RELIGIEUSE l)V MARLVGE. 17 

donner son avis, car il peut s'agir de viol, d'hypnotisme, de folie, etc. 
Ce sont là en effet, des cas d'une extrême délicatesse sur 
lesquels les tribunaux ecclésiastiques ne peuvent se prononcer 
que sur le rapport d'experts autorisés et possédant toute leur 
confiance. 

Le médecin expert a donc à intervenir dans les demandes en nul- 
lité de mariage instruites devant le Tribunal de i Offtcialilé ; il peut 
fournir des Rapports ou ^tre appelé comme témoin. 

Je crois donc intéresser ceux de mes confrères qui s'occupent de 
médecine légale en leur faisant connaître les cas assez nombreux 
sur lesquels ils peuvent être consulU»s et intervenir utilement. Le 
nombre des demandes en nullité de mariage est considérable ; en 
aidant de ses conseils et en favorisant le mariage des femmes divor- 
cées, le médecin reste dans son rôle social ; n'est-ce pas en effet 
une noble tAche que de soulager les douleurs morales et de favoriser 
la reproduction ? 

Voici le texte de l'Instruction du Saint-Office sur l'application do 
la Bulle de Benoît XIV ; elle date de 1758 et a été publiée en 1793 
dans la Colleclanea Sanclw Congregalionis de propaganda fide, i\ 
Rome. 

Nous publions d'abord le texte latin que nous faisons suivre d'une 
traduction française pour ceux de nos lecteurs qui ont cessé d'ôtrc 
familiarisés avec les langues mortes. On verra qu'il y est traité de 
questions exclusivement médicales. 

Inslrucîio sequenda in conficiendo Processu super viri impofeniia, el 
non secula Malrimonii consummalione, accedenle Ponlifîcis dispen- 
saiione ah accurala observanliaprœscriplionum Bullœ BenedicliXIV: 
Dei miseralione, 

Judex ad hoc deputatus prœ oculis habeat quod examina, quae- 
cumque illa erunt, fieri debent sub juramente (ide, et Cancellarius 
Curiae Episcopalis, vel altéra persona delegunda, interrogationes, 
responsa, et quœlibet acta scripto tradet. facta prius annotatione 
mensis, diei, anni, loci et personœ judicis coram quo conficiuntur 
acta, necnon cujuslibet lestis examinandi. 

Testes singillatim audiantur, et in fine examinis se subscribant 
proprio nomine, vel cum signo crucis quatenus sint illiterati. 

Primus ille conjux audiatur qui Acto est in causa. 

Interrogationes Judicis arbitrio, prudentiœ, et sagacitati relin- 
quuntur ; attamen, pro cjus commoditate, sequentes traduntur, 
quibus alterœ addentur, prount melius in Domino judicaverit, ad 
actorum veritatem, magis magisque eruendam, nimiruni. 

A quanto tempore sese cognoverint sponsi ante Matrimonium ; 
an parehtum consensu, sponte, et mutua voluntate illud inierint. 

An in sequenti nocte, in eadem domo,eodemque cuhiculo et loro 



^.>" 



18 



REVUE & OBSTÉTRIQUE ET DE ÛYN ECOLOGIE. 



f^' 



cubaverint, officiisque conjugalibus ultro, Libenterque o|Manun 
dederint ; an matrimonium consummaverint. 

An ipse examinatus cognoscat, vel suspicatur causas propterquas 
consummare nequiverint, licet iteratis vicibus, ctiam n seqiientibus 
noctibus, an si fuerint ; an id contigerit ob niniam aiigustiani 
cunni mulieris, vel ob imniodicam sui pénis crassitudinem, aut 
propter débilita tem, ita ut nuUa, vel parvi momenti, fuerit erectk». 

An quœ, et quanto tcmporc adhibita fuerint inedicamcnta, et 
quinam fuerint alTectus. 

Quamdiu simul vixerint, et condormierint? Quis primus alteruni 
conjugem deseruit, et an etiam aliœ causœ acesserint. 

An et quibus parentibus, aniicis, vel vicinis secrcto manifestave- 
rint, quod matrimonium non fuerit consommatum, eosquesingilla- 
tim nominet. 

Hœc vel similia etiam ab altero conjuge requiranlur, ut an inter 
se apprime conveniant dignoscatur. 

Deinde testes, qui ab ibsi conjugibus fuerint recensiti, seorsim 
examini subjiciantur. Prius vero, eorumdem parentes audiantur, 
uti prœsumplivi magis informât! ; postea vero famuli, et viciniores. 

Si quis illorum obierit, vel longinquas regiones petierit, rn actis 
immendum crit. 

Interrogationes autem sequentes proponuntur, sed immuntand^e 
pro rerum adjunctis ; 

An cognoscat conjuges de quibus sermo ; an sciât utrum libenter 
mutuoque affectu sese copulaverint, condormierint et matrimonium 
consommaverint ; an sit instructus quibus de causis consummare 
nequiverint^ et an, et quid, ad illas amovendas, experti fuerint; 
utrum, et quœ conquestio inter ipsos extiretit ; que&nam sit fama 
tam apud se, quam apud alios de hac prœtensa non consumma- 
tione. 

Singulorum Testium absoluto examine, duo saltem ex celebrio- 
ribus civitatis physici, medicinam, et chirurgiam callentes, seligan- 
tur, corpus viri inspecturi super ejus potentia ad cœundum cum 
muliere, maxime virgine. 

Nec ille physicus prœtereundus qui forsan antea fuerit adhibitus 
ad viri incommoda medenda. 

Animadvertendum autem ut mediis utatur licitis, et honestis, et 
perscrutandum praecipue utrum iUius viriliasint juxta naturœleges 
accurate conformata ; nimirum an pénis naturalem habeat dimen- 
sionem, promptamque erectionem ad cœundum necessario dura- 
turiam ; an aliquo morbo fuerit afTectus, a quanto tempore, et 
cujusdam caractheris; an fibrae compacta* et consistentes, seu 
potius flaccida?, lassaeque sint; an testes sani, naturalisque magni- 
tudinis, et utrum aliquo vitio laboraverint, vel adhuc laborent; quo 
[n casu morbi caracterem, et causas investigabunt ; an verus, vel 
recens, naturalis, vel acquisitus, et an curabilis^ nec ne alioque 
salutis periculo. 



DE l'annulation RELIGIEUSE DU MARIAGE. 19 

Quibus omnibus diligenler inspectis, singula sub juramento 
scripto tradent, et quid ipsi seniiant de viri impotentia ; an acqui- 
sita, vel ingenita, absohita vel relaliva tantum, ingénue, nulla que 
relicta ambigendi ralione. 

Corpus insuper mulieris, sed maxime illius genitalia raerabra a 
duabus si^Uem obstetricius, in arte et praxi peritioribus ac bonis 
nioribus imbrotis^ inspiciantur, adbibito prius mulieris balneo, si 
necessario praemittendum physici et ipsae judicaverint. Accurale 
observabunt signa integritatem mulieris constituentia, nimirum 
conformationem partium, juncturam, duritiem, rugositatem, et 
colorem ; an hymen sit integrum, vel confractum in totum, vel in 
parte ; hoc in casu> an, et qua naturali causa, seu potius et con- 
gressu exlranei corporis contigerit; an myrtiformes carunculœ 
inveniantur, earumque magnitudinem numerum^ et conformalio- 
nem« aliaque signa ab arte tradita^ integritatem^ aut corruptionem 
mulieris constituentia, sedulo inspiciant. Deinde una quœque 
seorsim singula quse reperint^ sub sacramento, judici, et a cancel- 
lario scripto fideliter tradenda, distincte exponaUet quid ipsa sentat 
de illius iniegritate declaret 

Ëarumdem depositiones pr^dictis Physicis examinandae tradan- 
tur, ut décernant num mulier adhuc intégra habenda sit atque 
matrimonium non consummatum judicandum. 

Verum si aliquod dubium adhuc explicandum sUpersit, opportunis 
ab ibsis Physicis concinnatis interrogationibus, iterum obstetricis 
examinentur, et si nîhilominus anceps Peritorum judicium per- 
manscrit, corpus mulieris ab ibsis inspiciatur, adstante vero 
matrona ^ntiquœ virtulis, nullique exceptioni obnoxia, et ab Ordi- 
nario designanda. 

Ëxpleta inspectione, judicium dabunt Pbysici singulasque pro- 
fèrent rationes quibus ipsorum sentencia innititur. 

Praptereunda taiulem non erit invcstigatio super qualitate Testium, 
audito eorumdem Parocho, vel alia proba, et apprime instructa 
persona, utrum ipsi sint bonis moribus imbuti, ac plenam mercan- 
tur fidem illorum depositiones. 

Omnibus superius recensitis diligentes ab Ordinario collectis, illa 
ad S. Congregationem mittere festinabit, decretorio ejus judicio 
subjicienda. 

Voici la traduction de cet intéressant document : 

TraducUon française de Vlnslruclion du Sainl-Offîce concernant la 
procédure à suivre pour les demandes en nullilé de mariage basées 
sur l'impuissance du mari et la non-consommation du mariage, 

(D'après Tobservance de la Bulle du pape Benoît Xl\,) 

Le juge délégué devra avoir présent à l'esprit que ses examens, 
quels qu'ils soient, doivent se faire sous la foi du serment ; le 



•?0 UKM E D'OBSTÉTUiyUK ET \)E GYNECOLOGIE. 

Chancelier de la Curie Episcopale ou une autre personne doit être 
déléguée pour transmettre par écrit les questions, les réponses et 
tous les actes, en faisant mention du mois, du jour, de Tannée, du 
lieu et de la personne du juge devant lequel sont accomplis les dits 
actes et aussi les témoins à examiner. 

Les témoins seront entendus séparément ; ils signeront au bas 
de l'interrogatoire leur propre nom ou feront une croix dans le cas 
où ils ne sauraient écrire. 

Le conjoint qui est demandeur dans la cause doit être entendu le 
premier. 

Les questions sont laissées au choix, à la prudence et à la 
sagacité des juges ; cependant, pour plus de commodité, les 
questions suivantes sont indiquées ; d'autres pourront y être 
ajoutées selon que, au nom du Seigneur, elles seront jugées utiles 
pour mettre en lumière la vérité des faits : 

Depuis combien de temps les époux se sont-ils connus avant le 
mariage ? 

Est-ce du consentement des parents, spontanément et par leur 
mutuelle volonté qu'ils ont contracté le mariage ? 

Dans la nuit qui a suivi, ont-ils couché dans la même maison^ 
dans la même chambre et dans le même lit ? 

Ont-ils accompli le devoir conjugal spontanément et volontiers? 

Ont-ils consommé le mariage? 

Le conjoint interrogé connaît-il ou soupçonne-t-il .les causes 
pour lesquelles ils n'ont pu consommer l'acte sexuel ? 

Les tentatives ont-elles été plusieurs fois répétées, même dans 
les nuits suivantes ? 

L'impossibilité est-elle due à l'étroitesse excessive des organes 
de la femme, ou à la grosseur excessive du membre de l'homme ? 

Est-elle due à la faiblesse du mari ? 

L'érection a-t-elle été impossible même un seul instant? 

Quels médicaments ont été employés pour remédier à cet état, 
pendant combien de temps et quels en ont été les effets ? 

Combien de temps les conjoints ont-ils habité et couché ensemble? 

Lequel le premier a abandonné l'autre et quelles sont les causes 
qui s'y sont ajoutées ? 

A quels parents, amis ou voisins le conjoint a-l-il déclaré en 
secret que le mariage n'a pas été consommé ? Nommer individuel- 
lement chacune de ces personnes. 

Ces questions ou d'autres semblables seront aussi posées à 
l'autre conjoint, pour reconnaître si, dès le débul, il y a eu accord 
entre eux. 

Les témoins qui ont été réclamés par les conjoints eux-mêmes 
seront ensuite soumis à un examen séparé. Mais avant tout on 
entendra les parents comme devant être mieux informés, puis les 
serviteurs et les voisins les plus proches. Si quelqu'un de ces 



r 



DE i/aNNULATION RELIGIEUSE DU MARIAGE. '21 

témoins est mort, ou habite un pays trop éloigné pour rtrc 
entendu, il faudra l'indiquer au procès- verbal. 

Quant aux questions suivantes on les propose, mais elles pourront 
(Hre modifiées suivant les circonstances : 

Connaît-il les conjoints dont il est question ; sait-il s'ils se sont 
unis volontiers et par une affeotion mutuelle ; s'ils ont cohabité 
ensemble ; s'ils ont consommé le mariage? 

Connaît-il les causes qui ont empêché de le consommer ; §ai(-il 
si des tentatives ont été faites et quelles sont ces tentatives ? 

Y a-t-il des plaintes formulées entre eux et lesquelles ? 

Quelle est l'opinion générale du conjoint et celle des autres 
témoins sur la non-consommation ? 

Après l'examen individuel et séparé des témoins, deux médecins, 
au inoins, parmi les plus célèbres de la ville, connaissant la méde- 
cine et la chirurgie, seront choisis pour examiner le corps du mari, 
pour connaître s'il est capable de pratiquer le coTt avec une femme, 
particulièrement avec une vierge. 

U ne faudra pas négliger de consulter le médecin qui aura pu 
être été antérieurement employé pour soigner les indispositions du 
mari. 

n faudra veiller à ce que ces praticiens n'emploient que des 
moyens licites et honnêtes; il faudra rechercher avant tout si les 
organes de génération sont conformés exactement suivant les lois 
de la nature; si la verge, par exemple, a une dimension normale, 
une érection rapide capable de durer le temps nécessaire pour 
acconiplir le coït, si Torgane a été atteint de quelque affection, 
depuis combien de temps, et quels sont les caractères de ces 
maladies; si les fibres en sont compactes, résistantes, ou plutôt 
flasques et relâchées, si les testicules sont sains, de grosseur nor- 
male, s'ils n'ont pas été atteints ou ne sont point encore atteints de 
quelque maladie; dans ces cas, les médecins rechercheront les 
caractères et les causes de maladie ; est-ce un mal réel, récent, 
naturel ou acquis ; s'il est guérissable et s'il ne met pas la vie en 
danger. 

Tous ces points sont soigneusement examinés; les médecins les 
consigneront en détail, et par écrit, sous la foi du serment, ainsi 
que leur opinion sur l'impuissance du mari, si cette impuissance 
est acquise, naturelle, absolue ou seulement relative; ils le décla- 
reront nettement sans laisser percer aucune ambiguïté. 

Ensuite, le corps de la femme, mais surtout les parties génitales, 
sera inspecté par deux accoucheuses instruites, habiles dans la 
pratique et de bonnes mœurs, en faisant prendre d abord un bain à 
la femme si les médecins ont jugé celte précaution nécessaire. Elles 
constateront avec soin les signes qui constituent la conformation 
norifnale de la femme, savoir : la conformation des parties, leur 
jonction, leur dureté, leur rugosité, leurs plis et leur couleur; si 
l'hymen est intact ou détruit en totalité ou en partie; dans ce cas, 



22 REVLE d'obstétrique ET ,DE GYNÉCOLOGIE. 

si la rupture a été produite par quelque cause naturelle ou ,par 
rintroduction d'un corps étranger, si les caroncules ont bien 
Tapparence. myrtiforme, quelle est leur grandeur, leur nombre, 
leur conformation; elles examineront &vec soin les autres signes 
conaus comme constituant Tintégrité ou la défectuosité des organes 
de la femme. Chacune d'elles transmettra ensuite . séparément au 
juge, sous le sceau du serment, ce qu'elle a constaté pour être 
transmis au cliancelier; elle l'exposera clairement et déclarera ce 
qu'elle pense de l'état d'intégrité des organes génitaux de la 
femme. 

Les dépositions des sages-femmes seront soumises j'i l'examen des 
médecins dont il a été question plus haiit; ceux-ci décideront si la 
femme doit être considérée comme encore vierge et s'il faut déclarer 
que le mariage n'a pas été consommé. 

Mais s'il reste encore quelque doute par suite des dépositions 
concordantes des médecins eux-mêmes, les sages-femmes seront de 
nouveau interrogées, et si le jugement des médecins reste douteux, 
ils devront examiner eux-mêmes le corps de la femme; cet examen 
aura lieu en présence d'une femme d'une vertu éprouvée qui ne soit 
susceptible d'aucune suspicion ; elle sera désignée par l'Ordinaire. 

L'inspection terminée les médecins feront connaître leur juge- 
ment et exposeront en détail les raisons sur lesquelles ce jugement 
s'appuie. 

Enfin il ne faudra pas négliger l'enquête sur la qualité des 
témoins ; il faudra consulter le curé de leur paroisse ou toute îiutre 
personne honnête et instruite, pour savoir si ces témoins sont eux- 
mêmes de mœurs parfaites et si leurs dépositions méritent d'être 
accueillies avec toute confiance. 

Tous les renseignements énumérés ci-dessus ayant été soigneuse- 
ment réunis par l'Ordinaire, le tribunal les transmettra au plus tôt 
à la Sacrée Congrégation pour les soumettre à son appréciation et 
îi son décret. >» 

Les principales questions médico-légales soulevées dans cetle 
instruction officielle sont les suivantes : 

Kst-cepar une volonté mutuelle qu'ils ont contracté ce mariage? 

Ont-ils accompli le devoir conjugal spontanémei t et de leur plein 
gré? 

La consommation du mariage a-t-elle été empêchée par l'étroi- 
tesse excessive de la vulve de la femme ? 

L'impedimentum provient-il de la grosseur excessive du membre 
de l'homme? 

Provient-il de la faiblesse de l'homme et de l'absence d'érection? 

Des médicaments ont-ils été employés pour combattre ces divers 
états? 

Telles sont les principales questions posées par les tribunaux 



DE l'annulation RELIGIEUSE DU MARIAGE. 23 

ecclésiastiques ; on voit qu'elles embrassent une grande partie de 
lanatomie et de la physiologie des organes génitaux. 

Mais Vlnslruclion sur la bulle de Benoît XIV pose non seiilemenl 
des questions : elle fixe aussi la procc^dure en ce qui concerne le 
rôle des médecins et des sages-femmes : \ 

Deux praticiens connaissant la médecine et la chirurgie, seront 
désignés pour examiner le corps du mari et indiquer s il est 
capable de pratiquer l'acte sexuel et plus particulièrement d'accomplir 
cet acte avec une vierge. 

L'Instruction spécifie que cet examen devra porter sur des points 
précis : 

— La verge a-t-elle une dimension naturelle? 

— Est-elle susceptible d'une érection rapide capable de durer lo 
temps nécessaire pour le coït ? f 

— Les fibres en sont-elles compactes, résistantes ou plutôt 
flasques et relâchées? 

— Les testicules sont-ils sains et de grosseur normale ? 

Une fois ces points examinés^ les médecins commis par le 
tribunal devront prêter serment, rédiger un rapport et exprimer 
une opinion sur l'aptitude du coït; s'il y a impuissance, dire si elle 
est congénitale ou acquise, complète ou relative. 

Pour la femme le tribunal fixe également la procédure. 

L examen sera d'abord fait par deux sages-femmes et ce n'est que 
dans les cas douteux qu'il sera ensuite justifié par des médecins qui 
se prononceront en dernier ressort. 

Les sages-femmes commises pour lexamen doivent observer les 
règles suivantes : 

La femme devra d abord prendre un bain (cette précaution est 
encore exigée aujourd'hui). 

Les accoucheuses feront une description minutieuse des organes 
génitaux ; leur examen devra porter : 

Sur la conformation de l'ensemble des parties génitales, leur 
jonction, leur dureté, leur rugosité [et leur couleur {juncluram, 
duriliem, rugosilalem et colore m)» 

Sur l'état de l'hymen (dire s'il est intact ou rompu partiellement 
ou complètement). 

S'il y a rupture de l'hymen, spécifier si cette rupture est due à 
l'introduction d'un corps étranger ou à une cause morbide étrangère 
au coït. 

Décrire minutieusement les caroncules myrtiformes ; leur gran- 
deur, leur nombre et leur conformation. Donner en un mot, tous 
les détails anatomiques permettant de se prononcer sur l'intégrité 
des organes génitaux de la femme. 

Le rapport des sages-femmes aprèsavoir été déposé au Chancelier 
sous la fois du serment, sera ensuite soumis aux médecins désignés 
parle tribunal pour l'examen des organes génitaux de l'homme. 

Ceux-ci doivent rédiger un rapport d'ensemble ; mais s'ils ont le 



24 REVUE DOBSTÉTRigUE ET DE GYNÉCOLOGIE. 

inoiiitlro doute, ils poiivenl avant de conclure demandera procéder 
cMix-ni«^jiies à Texanien de la femme. 

Dans l'état actuel delà procédure ecclésiastique pour la nuDttéde 
mariage c'est ce qui aiieu le plus souvezil. 

Cet examen définitif devra avoir lieu en présence d'une femme 
dune vertu éprouvée qui sera désignée par l'Ordinaire. 

En général il a lieu dans un couvent eten présence dune religieuse. 

Telle est la marche que devront suivre les médecins commis par 
les tribunaux ecclésiastiques pourl'examen des époux qui demandent 
la nullité du mariage religieux en se basant sur le non-accomplis- 
sement de l'acte sexuel. 

Mais en dehors des experts commis par le tribunal derOiïiciaiilé 
les médecins sont souvent appelés par leurs clients des deux sexes 
à fournir des certificats et des consultations médico-légales. Ces 
documents ont d'autant plus d'importance que les experts désignés 
officiellement, ne peuvent par un examen, même répété, juger de 
la puissance sexuelle d'un homme ; même lorsqu'il s'agit de la cons- 
tatation de l'intégrité des organes sexuels de la femme, il peut être 
utile pour l'intéressée de fournirdes détails sur certains états patho- 
logiques antérieurs qui ont pu produire une défloration partielle. 
J'ai été appelé notamment à fournir une consultation sur une dame 
qui était vierge moralement, quoique ne possédant plus sa mem- 
brane hymen qui avait été détruite par une opération chirurgicale. 

Il y a souvent lieu d'expliquer par quelles raisons pathologiques 
la membranehymen peut ne pas être absolument /n/ac/^ alors même 
(jne le coït n'a jamais été pratiqué. 

J'ajouterai que, pour Paris, les médecins experts officiels habi- 
tuellement désignés par le tribunal tiennent le plus grand compte 
des documents et certificats qui leurs sont fournis et appuient le 
plus souvent leur décision sur l'appréciation de leurs confrères de 
la ville. Dans les cas assez nombreux où il m'a été donné d'assister 
des femmes en instance de nullité, j'ai toujours eu la satisfaction 
de voir mon opinion confirmée par les experts désignés par le 
tribunal qui sont du reste choisis parmi les praticiens les plus 
instruits de la capitale. 

Tous les médecins peuvent donc être appelés à faire les consul- 
tations médico-légales relatives aux instances devant les tribunaiix 
ecclésiastiques ; ils peuvent être appelés comme témoins soit pour 
défendre le mari, soit pour soutenir l'intérêt de la demanderesse ; 
leur déposition aura toujours un certain poids et sera recueillie 
par les juges pour être transmise à la Sacrée congrégation de 
Rome qui prononce en dernier ressort. 

C'est pour ces diverses raisons qu'il nous a paru utile d'examiner 
à ce point de vue spécial, les principales causes qui peuvent servir 
debasesaux instances en nullité de mariage, ainsi que la conduite 
des expertises. Ces questions seront abordées dans un prochain 
travail. 



SKCHET PHOFESSIONNEL 



REVUE DES SOCIÉTÉS MÉDICALES 



LE SECRET PROFESSIONNEL ET LES DÉCLARATIONS 
DE NAISSANCE (FŒTUS ET EMBRYONS), 

Par le \y Litaud, J • 

Je [désire appeler de nouveau raileniion de nies confrères 
sur une question qui présente une grande importance pratique ; 
il s*agit de l'obligation dans laquelle se trouve le médecin de 
déclarer lui-même la naissance des enfants dont il a assisté la 
mère dans les cas où, pour une cause quelconque, la famille ne 
peut se charger de ce soin. 

Iln*estpasde médecin qui n'ait rencontré dans sa pratique 
un ou plusieurs cas de ce genre. Il a dû alors se conformer aux 
prescriptions des articles 56 et 56 du Code civil ainsi conçus en 
ce qui concerne les enfants viables : 

Code civil. Art. 55. — Les déclarations de naissance seront faites, 
dans les trois jours'de Taccouchement, à Tofficier de l'état civil du 
lieu : Tenfant lui sera présenté. 

Art. 56. — La naissance de lenfant sera déclarée parle père, ou 
à défaut du père, par les docteurs en médecine ou en chirurgie, 
sages- femmes, officiers de santé, ou autres personnes qui auront 
assisté à raccouchement ; et, lorsque la mère sera accouchée hors 
de son domicile, par la personne chez qui elle sera accouchée. 
L'acte de naissance sera rédigé de suite, çn présence de deux 
témoins. 

On sait qu'à Paris et dans la plupart des grandes villes, la 
présentation de Tenfant n'est plus obligatoire, le médecin de 
Tétat civil étant chargé de la vérification à domicile. . 

L'omission de cette déclaration expose le médecin à une 
peine relativement sévère formulée par l'article 341 du Code 
pénal qui est ainsi conçu : 

Art. 341. — Toute personne qui, ayant assisté à un accouche- 
ment, n'aurait pas fait la déclaration à elle prescrite par l'article 56 
du Code civil, et dans les délais fixés par Tarticle 55 du môme Code, 
sera punie d'un emprisonnement de six jours à six mois, et d'une 
amende de 16 à 300 francs. 

Telle est la loi pour la déclaration des enfants viables. 
Mais, à côté des articles inscrits dans le Code civil, figurent 
des arrêtés qui concc^rnent les fœtus et embryons mm riahles. 



26 REVUE d'obstétriçue et de gynécologie. 

Une circulaire du Préfet de la Seine adressée aux maires de 
Paris le 26 janvier 1882, et qui a été Tobjet de nombreux com- 
mentaires, a la prétention d'imposer aux médecins la déclara- 
lion des produits embryonnaires au-dessous de cinq mois. 

La circulaire fixe les conditions dans lesquelles aura lieu 
linhumation de ces produits, elle ordonne la déclaration dans 
un registre spécial des naissances embryonnaires et établit une 
visite domiciliaire du médecin vérificateur de Tétat civil. Elle 
se terjiiine ainsi : « Je vous prie, Monsieur ie Maire, de prendre 
des memires pour que ces faits soient portés à la connaissanec 
des médecins et des sages-femmes de votre arrondissement, afin 
que personne ne puisse désormais se soustraire à i'obiigation de 
déclarer les cas d'accouchements prématurés nécessitant Vinhu- 
mation de produits embryonnaires, » 

Je ne discuterai pas Tutilité de cette circulaire qui a pour but 
d'imposer Tinhumation de produits embryonnaires qui étant 
jetés le plus souvent dans les fosses d'aisances, pouvaient pro- 
voquer des recherches judiciaires. 

Mais, outre l'obligation qu'elle impose aux médecins, elle pré- 
sente le grave inconvénient d'être incompatible avec Tobliga- 
tion du secret professionnel. Les quelques faits que je vous 
apporte en feront la meilleure démonstration. 

Qu'on envisage les articles du Code civil relatifs aux décla- 
tions de naissance ou les arrêtés concernant les déclarations 
d'embryons, les employés de l'Etat civil demandent au médecin 
déclarant le nom et le domicile de la mère : 

Si le médecin peut taire le nom en déclarant l'enfant, de père 
et de mère inconnus, et en le présentant lui-môme à la mairie, 
il n'en est pas moins sollicité de faire connaître le domicile. 

Or, il est bien évident que le fait de connaître le domicile 
équivaut à peu près à celui de connaître le nom. Les employés 
de la mairie, à qui la déclaration est faite, pourraient très 
facilement, s'ils le désiraient, découvrir le nom de la mère, 
s'ils connaissaient son domicile. Malgré les précautions qui 
peuvent être prises, la mère peut difficilement éviter que sa 
grossesse^ne soit connue dans la maison qu'elle habite. Les 
circonslances particulières qui accompagnent la délivrance, 
les visites fréquentes du médecin ou de la sage-femme sont 
aulunt de circonstances qui rendent la connaissance de l'accou- 
chement ou de la fausse couche à peu près inévitable en admet- 
tant même qu'elle soit habitée par de nombreux locataires. 

11 faut donc, de toute nécessité, que le médecin qui juge à 
propos de ne pas faire connaître le nom de la mère, observe la 



LE SECRET PROFI^SSIONNEL. 27 

môme discrétion en ce qui concerne le domicile, qu'il s'agisse 
d'un accouchement ou d'une fausse couche. 
. On sait» en effet, que le silence professionnel est non seulement 
recomiaaiH}^ au médecin par les inspirations de sa conscience, 
mais rigoureusement ordonné par la loi. 

Si le fait de la non-déclaration d'un enfant de la part du 
médecin peut l'exposer à une peine de six jours de prison, la 
révélation du secret à lui confié, dans rexercice de sa profes- 
sion, l'expose à un emprisonnement d'un mois. Il y a donc encore 
avantage, en admettant qu'il faille goûter de la prison, à ne 
, pas déclarer le domicile. 

L'article 378 du Gode pénal dit en effet : 

Les médecins, chirurgiens et autres officiers de santé, ainsi que 
les pharmaciens, les sages-femmes et toutes au très personnes dépo- 
sitaires, par état ou profession, des secrets qu'on leur confie, et qui, 
hors le cas où la loi les oblige à se porter dénonciateurs, auront 
révélé ces secre!^, seront punis d'un emprisonnement d'un an ù 
six mois, et d'une amende de 100 à 500 francs. 

11 résulte de cet article que le médecin est condamné au 
secret professionnel, hors le cas où la loi V oblige à se porter 
dénonciateur. Hâtons-nous de dire que ces cas sont fort rares et 
se rattachent aux « complots contre le chef du gouvernement ». 

J'arrive maintenant aux faits qui me sont personnels. Les' 
uns se rattachent aux déclarations de naissance d'enfants 
vivants ou viables, les autres aux déclarations d'embryons. Je 
commence par les premiers que j'expose rapidement, quelques- 
uns ayant déjà été publiés. 

Le 22 mars 1881, je présente à la mairie du IX® arrondis- 
sement, accompagné de deux témoins, un enfant que je déclare 
comme étant né de père et de mère inconnus ; on me demande 
le domicile de la mère ; sur mon refus, l'officier ne veut pas 
recevoir ma déclaration en me donnant à entendre que je ne 
larderai pas à siéger sur les bancs de la police correctionnelle 
pour infraction à la loi. 

Sur les conseils d'un avocat, je me présentai auprès du 
Procureur de la République. Après de nombreux pourparlers 
et en présence de mon obstination, celui-ci transiga et me remit 
une lettre ainsi conçue pour le maire du IX® arrondissement : 

Monsieur le maire, j'estime que vous devez recevoir la déclaration 
qui vous a été faite par M. Lutaud, docteur-médecin, de la naissance 
d'un enfant à \wus présente, bien que le déclarant se boruc à faire 



28 REVUE DOBSTÉTUItlCE ET IIE GYNECOLOGIE. 

connaitre qu-e Tenfant est né dans le IX" arrondissement sans autre 
désignation plus précise . 

Pour le Procureur de la République» Roulier, substitut. 

J ai ainsi triomphé pacifiquement des difficultés légales et 
obtenu rinscripiion de l'enfant sans avoir déclaré Ip nom de la 
mère. 

Depuis cette époque j'ai déclaré plusieurs enfants dans les 
mêmes conditions à diverses mairies de Paris, sans rencontrer 
de difficultés et j'ai pensé que, à la suitedu cas que je viens de 
rapporter, des instructions avaient été transmises par le Parquet ^ 
à tous les officiers de l'état civil. 

Mais d'autres faits, plus récents, semblent démontrer qu'il 
n'en est rien et c'est ce qui me décide à vous entretenir de 
nouveau de cette question. 

Au mois d'avril dernier (1902) je présentai un fœtus né viable 
à la mairie du P*" arrondissement ; on refuse ma déclaration 
parce que je suis dans Timpossibilité de faire connaître le nom 
de la mère ; au mois de juillet de la môme année^ je rencontre 
les mêmes difficultés dans une importante commune du. dépar- 
tement de la Seine. Assez inquiet, je consulte un magistrat 
attaché au Parquet qui me dit que, dans son opinion, il est 
nécessaire de faire connaître le domicile de la mère lorsqu'on 
déclare un enfant de père et de mère inconnus. 

La question est donc, en 11103, aussi indécise que lorsque je 
l'avais abordée pour la première fois en 1881; le médecin qui 
sera tenu, de par la loi,- de déclarer une naissance à laquelle il 
aura assistéet qui sera tenu, de parla loi, au secret professionnel, 
peut se trouver fort embarrassé. 

J'arrive maintenant aux faits relatifs aux déclarations 
d'embryons non viables^ c'est-à-dire au-dessous de cinq mois, 
on verra qu'ils présentent également, au point de vue du secret 
professionnel, une importance considérable. 

En effet, la circulaire préfectorale, dont je comprends parfar- 
temenl l'utilité, vise les déclarations de produits morts dont 
l'inhumation est nécessaire ; il s'agit donc plutôt d'un décès que 
d'une naissance. Dans les cas de ce genre, il faut que le fœtus 
soit visité par le médecin de l'état civil et que l'administration 
fasse prendre le petit cadavre au domicile de la mère. 

Quelle sera la conduite du médecin traitant dans les cas, 
assez nombreux, où la femme tient à tenir secret son avorr 
tement ou son accouchement ? 



LE SECftET PROFESSIONNEL, '^J 

Voici quelques exemples qui montrent les difficuliés que 
nous pourrons rencontrer. 

Il y a sept ans, je délivre une je\ine fille d'un fœtus morl- 
né d'environ cinq mois et demi, dans une famille très hono- 
rable du VIII® arrondissement; on me prie de me charger des 
déclarations légales en me suppliant de garder le secret. Je 
me rends à la mairie avec mon fœtus. L'employé refuse d'ins- 
crire ma déclaration et se montre môme très scandalisé de 
me voir apporter un petit « cadavre » dans son bureau. J'insiste 
et demande à parler au maire, homme fort intelligent, qui 
voulut bien consentir à l'arrangement suivant : on convoque- 
rait le médecin de l'état civil ; après l'examen du fœtus, celui-ci 
seraitenlevé par les pompes funèbres qui viendraient le prendre 
à la mairie au lieu de se rendre au domicile de la mère. Ce fut 
notre collègue Plateau qui fit l'examen et les choses s'arran- 
gèrent ainsi. Mais ce n'était pas une solution. 

Un autre fait, plus récent, vint le prouver. Au mois d'avril 
dernier (1902), je porte à la mairie du l^' arrondissement un 
fœtus d'environ cinq mois, né dans des circonstances qui ne 
permettaient pas de faire connaître le nom et le domicile de la 
mère. Refus de l'employé. Je m'adresse au chef des bureaux 
qui crie au scandale, me menace de la loi et m'emmène avec 
mon fœtus chez le commissaire de police. Celui-ci me blâme 
énergiquement pour avoir enfreint le règlement qui donne 
aux pompes funèbres le monopole du transport des cadavres. 
Je reviens laprès-midi à la mairie où le maire après avoir pris 
l'avis du Procuneur de la République, refuse à nouveau de 
recevoir ma déclaration. 

J'ai dû me retirer avec mon fœtus. Pour me mettre à l'abri, 
j'ai fait adresser par huissier une sommation au maire. 

Ainsi la situation est en 1903 ce qu'elle était en 1881 lorsque 
j'ai pour la première fois abordé cette délicate question. Le 
médecin ne peut, sans s'exposer à des poursuites, taire le 
domicile de la mère qui tient à ce que son accouchement 
reste inconnu; d'autre part, s'il fait connaître le nom de la 
mère il s'expose à être inquiété pour rupture du secret profes- 
sionnel. 

J'ai porté le dernier fait à la connaissance de la Société de 
médecine légale. Dans sa séance du mois dernier, elle a été 
unanime à approuver ma conduite et a chargé son président, 
M* Danet, bâtonnier de Tordre des avocats, de faire une 
démarche auprès du procureur de la République à l'effet 
d'attirer l'attention du pouvoir administratif et judicifiire sur 



30 REVUE D OBSTÉTIUQLE ET DE GYNÉ€Oi.OGI£. 

cette importante question. La Société a émis l'c^iùsn que les 
déclarations des fœtus ou enfants mort-Dé» ou viyuil& doiveiit 
être acceptées par les officiers de l'état civil sans que le médeein 
soit tenu de faire connaître le nom et le domicile de la mère. 
J ai tenu à soumettre cette question à notre Société qui 
compte surtout des praticiens et doiit TopiiHâo peut avoir 
quelque poids auprès de l'autorité administrative. 

M, LE PiLEUR. — On peut, il me semble, diviser la commuai- 
cation de M. Lutaud on deux points : 

V La déclarai iondes enfants vivants. — Pour celui-ci nous 
avons gain de cause depuis 1881. Je n'en veux pour preuve que 
ce qui se passe à la prison de Saint-Lazare où nous avons sou- 
vent des naissances d'enfants naturels et même d'enfants légi- 
times. 

Jusqu'en 1885, l'acte de naissance portait, tare indélébile pour 
l'enfant, qu'il était né 107, faubourg Saint-Denis, c'est-à-dire 
d'une mère en prison. 

Sur mon initiative et dès son entrée en fonctions, M. le Préfet 
de Police Gragnon s'entendit avec le maire du X** arrondisse- 
ment pour que tout enfant né à Saint-Lazare d'une détenue, fût 
inscrit sur les registres de l'état civil sous la rubrique né dans 
le X^ arrondissement, sans indication de rue ; 

2** La déclaration des enfants mortSy ou des fœtus depuis 
six semaines de conception. — Déclarer le domicile, c'est 
dénoncer la mère. En pareil cas, Baudelocque disait que l'en- 
fant était né chez lui pendant que la mère venait le consulter, cl 
que celle-ci était partie sans laisser son adresse. Nous ne pou- 
vons avoir continuellement recours à ce subterfuge, et d'autre 
part il faut absolument que la déclaration des foetus ou mort-nés 
illégitimes ou autres soit faite, sous peine de voir se dissimitler 
trop facilement les avortements criminels. D'ailleurs la loi est 
formelle et exige cette déclaration. Les mairies ne pourraient- 
elles avoir un local où seraient déposés ces produits de la concep- 
tion? . 

M. Lltauu — Il serait bon que la Société émît un vœu à ce 
sujet. J'en ferai part à la Société de Médecine légale qui est 
saisie de la question. 

Après une discussion dans laquelle intervient M. Plateau qui 
défend avec beaucoup de bonnes raisons Tadministration ' et 
met en garde contre des facilités trop grandes pouvant couvrir 
des actes criminels trop nombreux, la question de garantie 



MORTALITÉ DES ENFANTS MIS EN NOURRICE. 31 

fournie par deux témoins est repoussée, et M. le Pileur propose 
le vœu suivant : 

La Société médicale de TElysée : Considérant qu'il est de Vin- 
iérét social que la déclaration des fœtus soit faite avec la même 
exactitude que celle des enfants vivants et que bien loin de lui 
créer des obstacles, tous moyens doivent être employés pour faci- 
liter cette déclaration, émet le vœu que : 

1* La déclaration des enfants nés de pire et mère inconnus ne 
soit jamais obligatoirement suivie de l'adresse de la mère. L'affir- 
mation de la naissance de l'enfant dans l'arrondissement, doit 
seule suffire à l'Officier de V Etat civil; 

2'» Le même procédé soit employé pour la déclaration des fœtus, 
et que dans chaque mairie un local soit réservé pour le dépéi qui 
pourrait en être fait. 

Ce vœu est adopté à Tunanimité. 

M. P. Guillonest chargé de le transmettre au Conseil général 
des Sociétés d'arrondissement. 



HYGIÈNE INFANTILE 



Lk MORTALITÉ DES ENFANTS MIS EN NOURRICK 

PRÉTENDUS PROTÉGÉS PAR LA LOI ROUSSEL DÉPASSK 

DE PLUS DE MOITIÉ LA MORTALITÉ GÉNÉRALE 

DES ENFANTS DU MÊME AGE. 

IJ est toujours curieux de constater combien nos lois et institu- 
tions sont en réalité bluff et leurre pour ce qui concerne Thygiènc- 

Nous aimons à croire qu'il n'en est pas de même par ailleurs. 

Toujours est-il qu'il convient d'en avertir obstinément l'opinion, 
afin que chacun apprenne à compter uniquement sur soi pour so 
protéger et se défendre, et ensuite afin que les pouvoirs publics, 
s'ils en ont lé temps et l'argent, s'étudient à perfectionner les 
insuffisances et les irrégularités dévoilées. 

Au congrès international d'assistance familiale, le D'' Rainiondi 
avait déjà jeté un cri d'alarme à propos delà mortalité des enfants 
mis en nourrice et prétendus surveillés par l'Administration. A son 
tour le D' Bertillon, chef des travaux statistiques de la ville de 
Paris, vient de démontrera la Société de médecine publique (l) 

(l^ Voir Bévue d'Hygiène 1902, p. 690 et suivantes et p. pages 1113 et 
suivantes. 



:vî 



RKVLK D OBSïKTHlyLE ET DE GYNÉCOLOGIE. 



chiffres en main, que, en 1897, la mortalité des enfants de 10 à 365 
jours mis en nourrice et protégés par la loi Roussel a été de 203,4 
pour 1,000, tandis que celle des enfants français (protégés ou non) 
était de 128,4 pour 1,000. La mortalité desenfants protégés l'emporte 
donc de plus de moitié sur celle des enfants français : 



ia8.4 soit loo ,|. 
ao3.4 1585 ^^ 



Cette singulière protection qui s'affirme par un excès de morta- 
lité de plus de 50 0/0, tellement qu'elle semble à première vue 
s'exercer à rebours, mérite qu'on y réfléchisse. 

Bjen des gens, en efl*et, pouvaient croire que la surveillance de 
l'administration qui en a la charge était moins illusoire. Des 
sages-femmes, des médecins même, ont pu, en toute bonne foi, et 
parce qu'ils comptaient sur celte surveillance officielle, laisser ou 
faire placer des enfants en nourrice. 

11 convient qu'ils changent de conduite et déconseillent formel- 
lement la mise ou mieux la perte en nourrice, à moins que le 
système des primes d'assurances touchées par lés parents au cas 
du décès de leurs enfants, récemment dénoncé à la Société Royale 
de Médecine publique de Belgique, ne commence à faire des adeptes 
en France — ce qui n'est pas encore, que je sache au moins. 



11 n est pas question de supprimer la loi Roussel — car quelles 
que soient l'initiative et la responsabilité privées, il subsistera bien 
longtemps encore toute une catégorie de nourrissons de nécessité 
pour qui il sera besoin d'une surveillance en dehors des parents. 

Mais celte loi Roussel doit être réformée et modernisée. D'autre 
part il convient que son application soit confiée à des hygiénistes, 
supérieurs à la Politique et à Police, indépendants des Préfets, 
convenablement rémunérés, instruisant par émulation et philan- 
thropie; tandis que l'action actuelle se manifeste surtout par des 
circulaires, des presque sinécures ou des réflexes qui rappellent 
l'alcoolo-neurasthénie avec les sursauts d'un brusque réveil. 

Paul Berthod. 

J; \o\v Bulletin de la Société Royale de Médecine publique de Belgique, 
vol. XIX, p. 294. 



NOUEMENT d'eSGUILLETTE. 3'1 



VARIÉTÉS 



HISTOIRE D'UN PRÉTENDU NOUEMENT D'ESGUILLETTE, 
CHEZ UNE FEMME MARIÉE. 

Rapport médico-légal par M. Couturier, docteur-régent de la 
Faculté de Médecine en l'Université de Bourges (1679). 

L'n jeune homme de trente-deux ans, nommé Jean Auroux, du 
territoire d'issoudun en Berry, à qui la nature n'avait dénié ni la 
juste température, ni la bonne conformation de toutes les parties 
qui pouvaient lui donner une santé assez ferme, et le rendre capable 
de la génération, se présenta, au mois de février dernier, à 
M. de la Chapelle, Docteur en Théologie de notre Université, et à 
cause du Siège vacant, Officiai de notre Diocèse, afin d'obtenir de 
lui la dissolution du mariage qu'il avait contracté, depuis quatre 
ans, avec Gratienne Gaillarde âgée de vingt-cinq ans, qyi, de son 
côté avec ses parents, demandait la même chose que Jean Auroux, 
disant tous que depuis le premier moment de la cérémonie de leur 
mariage, la nouvelle mariée n'avait jamais voulu souffrir les moindres 
caresses de son mari, quoi qu'elle eût paru avoir consenti à cette 
société et quelle n'eût point eu auparavant d'autres amourettes; 
car c'était une simple paysanne des plus novices en amour; ussurant 
même que depuis ce temps-là les seuls mots de mari, de mariage, ou 
les autres termes qui semblaient exprimer les mêmes choses, aussi 
bien que la présence ou la voix de son mari la jetaient dans des 
accidents horribles, ayant alors les yeux tournés et renversés, 
se frappant les cuisses avec les bras et les mains par des mouve- 
ments involontaires, souffrant toutes les secousses d'une convulsion 
universelle, n'ayant pour toute voix que des soupirs et des sanglots 
et étant privée de l'usage des sens tant intérieurs qu'extérieurs. 

Sur celte plainte réciproque, M. l'Official pour rendre la Justice 
avec sa prudence ordinaire, ordonna que j'examinerai le fait avec 
deux docteurs de notre Faculté. On prit lieu et jour pour y procéder. 
L'assemblée fut nombreuse et composée de plusieurs personnes de 
considération, entre autres de Madame l'Intendante qui a toute la 
délicatesse d'esprit dont une personne de son sexe est capable. 
M. l'Official fit d'abord plusieurs demandes à Gratienne Gaillard, 
qui ne comprenaient rien de mari ni de mariage; mais il ne lui eut 
pas sitôt dit : Vous êtes donc mariée? qu'elle tomba dans tous les 
syittptômes que je viens de dire et qui ne cessèrent qu'un bon 
espace de ten^s après que son époux fut sorti de la chambre, en 
sorte même que doutantsiellenese servait point de ruses, et l'ayant 
fait approcher pendant qu'elle dormait, elle en sentit si distincte- 
mont les approches, qu'elle retomba dans les tourments qu'elle 



*U REVUE D*OBSTÉTRïgtE ET DE GYNÉCOLOGIE. 

avait déjà soufFerls; sur quoi ayant interrogé les parents pour 
savoir ce qui se passait ordinairement à cet égard, nous apprîmes 
ç|ue ces sortes de maux s'augmentaient considérablement lorsqu'il 
iTt^tait éloigné d'elle que d'une certaine distance d'où elle le pût 
iipercevoir, quoiqu'elle semblât véritablement ne voir ni entendre 
uucune autre personne. 

Ayant ensuite conféré avec mes Confrères sur c&tte merveille et 
111 étant chargé du soin d'en faire le rapport, ma pensée fut que la 
rause était physique et qu'elle ne dépendait nullement du sortilège, 
parce qu'il y avait lieu de croire que Gratienne Gaillard était tombée 
dans une folie particulière immédiatement après son mariage, pour 
s en être fait alors une idée horrible, en regardant les suites de la 
[lerte de son pucelage, comme autant de supplices, étant assez 
ordinaire aux hypocondriaques de concevoir les choses tout autre- 
î lient qu'elles ne sont, et je conclus que si durant tout le temps de 
cette folie elle avait paru sage en toutes autres choses, ce n'était 
que parce qu'elle ne s'était point représenté à l'imagination d'affaires 
qu elle crût être aussi importantes pour elle que le mariage, de 
façon que rien li'avait pu, d'ailleurs, imprimer de mouvement 
extraordinaire aux esprits animaux, tel que celui qu'ils avaient 
reçu par l'idée effroyable qu'elle s'était faite du mariage, au lieu 
4[u'étant accoutumée dès son bas âge aux diverses perceptions des 
objets ordinaires de la campagne, qui ne l'obligeaient pas à de 
]>rofondcs réflexions, elle raisonnait et agissait à peu près comme 
[es autres en tout ce que cela lui pouvait inspirer de peines ou de 
plnisirs ; ce qu'elle ne pouvait faire lorsqu'elle se représentait qu'elle 
rtait engagée dans un sacrement où elle devait être bientôt dépouillée 
lie ses volontés et de son pucelage, et d'ailleurs sujette à toutes les 
infirmités des femmes; car ces sortes de pensées causant de la 
confusion dans larrangement et dans l'agitation des esprits 
animauj^, les contraignaient à traverser les pores de la substance 
du cerveau d'une manière inaccoutumée et à ébranler ainsi extraor- 
dfnairement les fibres nerveuses, pour causer des mouvements 
involontaires, tellement que ces pores s'étant agrandis a mesure 
que ces mouvements s'étaient réitérés, la dépravation du sens 
commun devint au point que le nom, la présence ou la parole de 
son mari pouvaient causer chez elle un désordre d'autant plus 
grand que dans les fous mélancoliques les esprits animaux sont 
plus gros, plus roides et plus inégaux que dans les personnes bien 
sensées; ce qui fait que par un certain transport d'habitude, ils 
]jeuvent faire un délire particulier à l'égard de certaines choses et 
non en ce qui concerne toutes les autres... 

Au reste, il n'est que trop probable qu'il y avait lieu de mettre 
iiratienne Gaillard au nombre des hypocondriaques ; car nous 
apprîmes d'elle-même qu'en se promenant dans un verger, peu de 
temps après être fiancée, elle s'imagina voir cent cinquante corbeaux 
*]m la voulaient manger, ce qu'elle prit pour un méchant augure de 



FORMULAIRE. 



;r> 



son mariage... ce qui fit le commencement de cette folie particulière, 
c est-à-dire de l'horreur qu'elle eut ensuite pour Je mariage. 

Quelle que soit la bizarrerie de cet événement, on peut, à mon 
avis, en tirer deux conséquences assez probables : la première, est 
que rhumeur mélancolique est capable de causer les plus étranges 
dérèglements de Tesprit, et par conséquent des actions corporelles 
qui en dépendent; la seconde, qui n'est qu'une conséquence <le la 
première, est qu'il ne faut pas penser, avec le peuple, que tous les 
phénomènes extraordinaires soient au-dessus de la nature et que 
les philosophes se doivent dégager de ces sortes de préjugés, afin 
de se mettre en état de désabuser, par des raisons physiques, ceux 
qui croient trop légèrement aux sortilèges. 

(Extrait du tome 1, p. 439 des Nouvelles découverles sur loules les 
parlies delà Médecine, recueillies en Vannée 1679; par N. D. B. (Nicolas 
de Blégny), chirurgien du roi, maître et juré à Paris. Paris 1671) 
chez Laurent dHourry, sur le quai des Augustins, à l'image Saint-Jean. 

Cette publication qui porte pour faux titre : Le Temple dEsculape 
ouvert pour la révélation des secrets de médecine,peui être considérée 
comme le premier journal de médecine édité en France ; elle se 
continua pendant quelques années, sous la direction du charlatan 
N. de Blégny, mais en changeant plusieurs fois de titre.) 



FORMULAIRE 



Poifimad* oontr* Im or«vatMt 
0u Min. 

LUTAUD. ' 

Menthol j aa , j.» 

Salol i *^^ ' ^*^- 

Huile d'olives 10 — 

Lan«iline GO — 

Pour onctions après chaque 
étée. 

Contre la ooupêpotê faolalo. 

(Leroy).* 

Soufre précipité ) 

(ilycérine purifiée . . . / f^^ 

Craie précipitée Sa * ^ 

Eau de laurier-cerise. \ ® 

Alcool rectifié ) 

M. S. A. 
Pour appliquer tous les soirs sur 
la face. 

Traltamêiit dat optvattot et 
garguptt. 

(MoREL-La VALLÉE.) 

Onction glycérinée sur les mains 
qu'on recouvre ensuite de gnnts de 
peau a%'ec la pommade : 



Lanoline 100 gr. 

Paraffine liquide... 25 — 

Vaniliine gr. 10 

Lorsque les gerçures sont récen- 
tes, après savonnai^e des mains à 
l'eau tiède, application de la lotion 
suivante sur la face dorsale des 
doigts et de la main : 

Alcool à 90» 80 gram. 

Glycérine neutre . 35 — 

Eau de roses 30 — 

Salol 2 — 

Teinture de musc. Ilgouttes. 
Ou la pâte suivante : 

Oxyde de zinc... 10 gr. 
Triturez avec : 

Glycérine 45 gr . 

Ajoutez : 

Lanoline 40 gr. 

Essence de néroli. Q. S. 

BtdIgêonnagM phéniquét dans la 
ooqueluohe. 

Guida utilise : 
Acide phéniquc cristallisé . . 1 gr. 

Glycérine 15 — 

Solution de chlorhydrate de 

cocaïne à 2 p. 104) 5 — 

Les hadigeonnages doivent se 



m 






36 



REMK I) OBSTETRIQUE ET DE GYNECOLOGIE. 



^^^ 

"^h 



faire Riir la muqueui^e pharvngienno 
ausHitfH après les quinlep.' 

Cachets laxatifs pour enfanta. 

Rhubarbe 0,25 

Sel de Seignette. 0^,50 

Pour un cachet. Un avant chaque 
repa^. 

Le. veratriim viidde contre 
l'eclampsie. — D'après le D' Co 
Irei. le veralum diminue la fré- 
quence des battements eu cœur 
par une action directe sur le 
muscle cardiaque, et il produit une 
paralysie générale des vaso- mo- 
leurs. Sous son inlluence, Jes 
pulsations, qui étaient par 'îxemple 
Il 120, tombent à 60 ou 40. 

Voici la pratique de M. Colret, 
pou r l'adhiinislration ' du vcra- 
Irum : Si le pouls de Itcloni 
ptique bat ù 120 ou au delà, on 
donne d'emblée 20 ou 22 T'ouïtes 
d'extrait (luide de vet*'atru a viride 
en injectiofis hypodermiques. Avec 
un pouls au dessous de .20, l'in- 
jection hypodermicjue variera de 
10 ù 20 gouttes suivant la rapidité 
du pouls. 

On pourrait, faute tle celte 
forme du médicament — extrait 
lluide — employer la teinture aux 
mêmes doses. 

L'injection sous-cutanée demande 
à peu près trente minutes pour ar- 
river au maximum de l'effet 
voulu. Si, dans ces trente mi- 
imtes, l'effet désiré n'était pas ob- 
tenu, on devra répéter l'injection 
à la même dose ou à la dose nlus 
oetile, suivant la nécessité, ou, au- 
Irement dit, suivant la rapidité du 
pouls. 

Il faut maintenir l'effet obtenu 
pendant à peu près vingt^juatre 
heures, et pour cela il faut répéter, 
ù intervalles plus ou moins éloi- 
gnés, le médicament h dose de 5 
gouttes. 

La malade soumise à l'influence 
de fortes doses de veratrura devra 
conserver une position norizon- 
lale; la station denout pouvant H\") 
dangereuse. 

Traitement du prolapsus du rec- 
tum ches les enfants par les injec- 
tions de paraffine. — Karewski (de 
Berlin) a traité avec succès des cas 
de prolapsus invétéré du rectum, 
chez des enfants qui n'avaient pu 
èiro guéris par d'autres méthodes. 



Il s'est servi dans ce but de paraffine 
dure dont le point de fusion variait 
entre 50 et 58 degrés. Le procédé 
était le suivant : après avoir donné 
pendant deux jours de suite aux 
enfants des purgatifs capables de 
nettoyer leur mtestin, on leur faisait 
prendre l'après-midi qui précédait 
l'injection 1 ou 2 grammes de bis- 
muth. Le prolapsus était l'éduit, 
après désinfoclion du champ opéra- 
toire : puis, guidé par le doigt intro- 
duit dans le rectum, on injectait 
entre peau et muqueuse un anneau 
de paraffine dure. Au moyen de 
sous-nitrate de bismuth et d'une 
diète appropriée, on évitait toute 
défécation dans les vingt-quatre 
Jieui-es consécutives. 

Sur huit enfants ainsà traités, âgés 
de deux à huit ans, un seul, dont les 
soins antérieurs ou consécutifs à 
l'opération furent défectueux, ne fut 
pas guéri ; les autres le sont depuis 
deux à six mois. Dans trois cas seu- 
lement, plus d'une injection fut 
nécessaire (deux dans deux cas, 
trois dans raulre.) 

Le sublimé corrosif dans le ti '- 
tement de la coqueluche. — (C. Ca- 

LABRo). — L'auteur a traité 5(i cas 
de coqueluche en employant le su- 
blimé. La méthode consiste ù baa.- 
geomier la gorge des patients sous 
un mélange de la composition sui- 
vante : 

Sublimé corrosif 0,50 

Chlorure de sodium 

(chim.pur) 0,10 

Eau distillée 1.000 » 

Mélangez et prenez. 

Toutes les parties accessibles du 
pharynx, l'épiglotte, les amyg- 
dales, etc., doivent être j)^digeon 
nées avec une brosse douce ù long 
manche, que Ton imbibe de la solu- 
tion. Ces nadigeonnages sont répé- 
tés de une ù trois fois par jour 
suivant la gravité du cas. L'auteur 
obtint des succès dans les 56 cas 
par lui traités, 39 malades furent 
guéris après un seul badigeonnage 
quotidien, 17 malades plus sérieu- 
sement atteints reçurent deux ou 
trois badigeonnages nar jour, mais 
furent simultanément traités avec 
les remèdes utilisés ordinairement 
en pareille circonstance. Chez tous 
la guérison survint au bout de pé- 
riodes variant de 10 jours à un 
mois. Comme mesure prophylac- 
tique, ce procédé semble excellent 
à employer. 



Inprlqerie X Porrom. M.Acon, 



EMBRYOGÉNIE 



SUR LES LOIS DE LA FORMATION DES SEXES 
par le D' F. P. 6UIARD, ancien inlerne dos hôpitaux de Paris. 

1 

EXPOSÉ DE LA QUESTION 

Le problème de la procréalion ilea sexes à volonlé a loujours excilé 
le plus vif inlérél. Sa solution est encore ù trouver ; difficultés 
spéculâtes qu'elle comporte. Principal objectif de ce mémoire. — 
LY'ludo des lois qui prësidoiil à la formation des sexes et dont la 
connaissance exacte permellrait à chacun de procrtVr à volonlé 
garçon ou fille a, sans aucun doute, sa place marquise au premier 
rang de celles qui int(»ressent l'humanité tout entière. Pour les 
princes régnants, ambitieux, cela se comprend de perpétuer leur 
dynastie, c'est évidemment une question d'une extrême importance; 
mais on aurait grand tort de croire qu'elle soit indifférente pour les 
bourgeois ou même les prolétaires. Aussi, depuis les temps les plus 
reculés, physiologistes, médecins et naturalistes en ont-ils fait 
l'objet de recherches, de discussions et d'hypothèses de toute sorte. 
Mais, il faut bien l'avouer, aucune des nombreuses théories (jue Ton 
a imaginées pour expli(|uer le uiécanisme du phénomène et en 
préciser les règles n'a jusqu'à ce jour obtenu la consécration 
défmitive de l'expérience. 

11 m'a semblé cependant que Tune d'elles était extrêmement 
logique et séduisante et, depuis plus de quinze ans, je me suis 
efforcé de la soumettra au contrôle de l'observation clinique la plus 
rigoureuse. Malheureusement, le nombre des faits que je suis 
parvenu à recueillir avec la réunion de toutes les circonstances 
voulues pour leur donner un caractère nettement démonstratif est 
resté fort insuffisant. Je n'en compte que tiente-cinq et ce n'est pas 
assez, tant s'en faut, pour servir de base à une loi générale 
indiscutable. 

Je n'ai donc pas la prétention tie vous ai)porter aujourd'hui la 
solution du problème. Si néanmoins je nie permets de vous commu- 
niquer dès maintenant mes idées, mes réflexions et mes tentatives, 
c'est que, je vous le déclare en toute franchise, je n'ai formé rien 
moins que le projet de solliciter votre collaboration et de vous 
inviter à réunir pendant quehpies années tous les cas dont le 
témoignage vous paraîtra significatif. Les difficultés contre lesquelles 
je me suis heuité m'ont, en efl'et, donné la conviction (|u'un seul 
médecin, dans sa sphère d'action inévitablement trop restreinte, 
n'aurait jamais grande chance de mener à bonne (in une pareille 
entreprise. Au contraire, en utilisant le concours d'un ceitain 
nombre de confrères (jui auraient le courage de poursuivre le 

3 



38 REVUE D'oBSTÉTRigiE ET DE GYNECOLOGIE. 



même but avec une infatigable perscHérance, il deviendraitpossible, 
je crois, de multiplier bientôt les observations probantes dans un 
sens ou dans l'autre et la conclusion n'en aurail que plus de force 
puisqu'elle serait la résultante d'investigations plus ou moins 
nombreuses, mais conduites st'part^ment et sans idée systématique 
ou précon(,'ue. 

Il 

RKSL'MÉ DES PRINCIPALES THÉORIES 

Avant d'aller plus loin et de vous parler de mes opinions person- 
nelles, peut-être ne sera-t-il pas inutile de vous rappeler brièvement 
les [U'incipales théories que l'on a formulées et cpii ont plus on 
moins conquis, à diverses époques, la faveur du public. 

Influence allribuée à lorl au tesiicnle, puis à l'ovaire droit ou gauche, 
à la posilion prise par la femme pendant les rapports, — Depuis 
Hippocrate jusqu'à Michel Procope Couteau (première moitié du 
XVIII® siècle), de nond)reux savants ont pensé (|ue le testicule droit 
fournissait Vêlement créateur du sexe masculin et le testicule gauche 
celui du sexe féminin. (À^tte hypothèse, oulre (pfelle est tort j)eu 
satisfaisante pour un esprit scient ilique, a été formellement infirmée 
par des faits, puisqu'on a vu des hommes ne possédant plus qu'un 
seul testicule engendrer des enfants des deux sexes. 

D'autres, parmi lesquels Jaccpies-André Millol (1) et plus tard 
Guillon i)ère (2), ont attribué les mêmes propriétés respectives aux 
ovaires droit ou gauche ^ le droit produisant des ovules m Aies et le 
gauche des ovules femelles. Ils étaient également dans l'erreur ; 
une femme à la(|uelle Péan avait enlevé l'ovaire gauche n'en a pas 
moins accouché par la suite, non pas d'un garçon, mais d'une tille, 
et ce n'est pas la seule observation de ce genre que Ton ait publiée. 

Parlerai-je, après cela, de ceux qui, prenant pour base cette 
dernière théorie, ont soutenu que la position prise par la femme 
pendant tes rapports jouait un rôle décisif? Kn s'inclinant du côté 
dr#it elle procréerait un garçon, i)arce que le sperme pénétrerait 
plus facilement jusqu'à l'ovaire du même côté; en s'inclinant à 
gauche, ce serait une tîile pour le motif inverse (Jacques-André 
Millot). 11 serait vraiment puéril de m'attarder à discuter celte 
opinion, sa fausseté ressortant manifestement des faits indiqués 
plus haut. 

Ovules alternativement de l'un et de l'autre sexe aux époques 
menstruelles successives. — On a encore prétendu (pie les ovules 
correspondant aux périodes menstruelles successives étaient alterna- 
tivement de l'un et de l'autre sexe; «pi'il suffisait par consécjuent de 

1) J. A. Millot. — L'art do procréer les ï^exes à volonté. Pari**, 
germinal an IX (1801 . 
;2 Gi ILLON. — liull. de rArud. des .Science.^, 1?0 août 1877. 



FORMATION DES SEXES. 39 

calculer le nombre des t'»poques survenues depuis la dernière 
grossesse et de faire en sorte que la fécondation coTncidftt avec unt* 
ovidation du sexe désiré, f.es premières conceptions échapperaient 
ainsi à toute loi connue d'avance et utilisable; le sexe de leur 
produit serait toujours exclusivement régi par le hasard ; les 
suivantes seules pourraient être déterminées suivant certaines 
conditions dépendantes de notre volonté. Au point de vue Ihéorirpie, 
ridée ne semble avoir rien de particulièrement ingénieux. Kn tout 
cas, elle n'a pas été sanctionnée par l'observation clinique. 

liôle de l'élal de sanlé physique de la mèreel de suralimenlalion du 
fœlus, — Dans une voie dilTérente, on a cherché à démontrer 
(Orchanski, Paolo Lombroso, A. Cleisz, etc.) une influence directe 
appartenant h l'étal de santé et de bien-être physique de la mère, 
<lont la suralimentation favoriserait le <léterminisme du sexe 
féminin. On a même affirmé, d'une façon générale Girou de Huza- 
reinguesl, que la vigueur relative de l'un des parents exerçait une 
action prépondérante ; d'un homme plein de force et d'une femme 
débile naîtrait un garçon; ce serait une fille, lorsque l.'homme est 
délicat et la femme d'une robuste constitution. 

Mais, aussi bien dans les classes les plus riches de la société que 
dans les plus pauvres, les femmes continuent la plupart du temps 
d'observer à très peu de chose près, avant, pendant et après leurs 
grossesses successives, les mêmes conditions de régime et d'hygiène, 
ce qui ne les em[)êche pas d'avoir, sans aucun ordre, des garçons 
et des filles/ D*autre part, il suffit à chacun de nous de passer en 
revue les familles dont il connaît les divers membres pour constater 
que le sexe des enfants n'est en rien subordonné à la vigueur 
comparée du père et de la mère. 

Cependant, Siebold(l) avait montré, depuis longtemps déj^i (1856}, 
que la guêpe \émalus venlricosus, dont les œufs fécondés ou non 
engendrent indilîéreniment des mâles ou des femelles, produit plus 
de femelles quand son alimentation est extrêmement copieuse. 

Dans le même ordre d'idées, Frédéric Houssay i;2) affirme que les 
plus nombreux phénomènes que l'on puisse retenir pour y discerner 
un déterminisme de la sexualité semblent indiquer que le sexe 
féminin a pour condition une plus abondante nourriture, tandis que 
le sexe mâle coexiste avec des circonstances plus difficiles de la vie 
embryonnaire. Cette conclusion se présente naturellement à l'esprit 
par le' rapprochement des expériences suivantes qui sont assez 
concluantes. En 1873, Mme Tréat (3) observait, en élevant des 
chenilles de papillons, cpie les mieux nourries évoluaient toujours en 

fl) Frédéric Hoi ss.w, professeur de zooloirie el niaîlro do coiiroronreî? 
à l'Ecole normale : « La forme el la vie, 11M)0, p. 810. » 

(2. Loc. cil. et Féli\ Lf Dantix. La sexualité scienliaV (î. Carré el 
C. \aud, édil., p. f)l et (V2. 

3 Frédéric IlorssAV et Félix Le Dantkc. ouvrages eilés plus haut. 



I liilll 



w 



RFAT'E DORSTKTRIQIE KT DE GYNECOLOGIE 



femelles cl les autres en mâles. Giard (1) également rapporte avoir 
i^\r à plusieurs reprises témoin du même phénomène : conservant 
des chenilles, afin d'obtenir leur forme d'Imago, il avait soin, au 
début, de renouveler souvent leurs provisions, puis, dès que les 
premières larves avaient commencé leur métamorphose, il négli- 
genit quelque peu l'élevage. Dans ces conditions, les premières 
lîirves, les mieux alimentées par conséquent, devenaient toujours 
des femelles et les dernières toujours des mâles. 

liorn (1881) et Yung (1882) (2) ont ex[)érimonlé sur des têtards de 
grenouilles, animaux d'une tout autre nature. Yung notamment, 
aynnt donné à des têtards une nourriture plus substantielle que 
eelle dont ils disposent dans les mares, obtint une proportion de 
ff'iiielles variant de 78 à 95 0/0, tandis que la projK)rtion normale 
t^sl de 54 à 61 0/0. 

ITautre part, Cuénot (3) étudiant la génération chez les mailimi- 
fèri*s,cite le casde rats albinos divisés en deux lots dont le premier, 
depuis le plus jeune âge, a été surabondamment nourrie! le second 
ÎM^^unisamment. On a ranc^é en un tableau les portées comprenaid 
iïi\ ]ïetits ou plus, anunaux qu'on peut sui)poser avoir été en 
mi'illeur état de nutrition, et dans un autre les portées de neuf 
[lelils ou moins. Or, il y a eu un léger excès de femelles dans le 
fH'cmier tableau, de mâles dans le second, mais la différence est 
j ]'<»}/ faible pour avoir la moindre signification. 

Aussi, Cuénot conclut-il que, de tous les documents accumulés 
el critiqués, il ressort que, chez les mammifères, le déterminisriie 
(in -^exe est sous la puissance de facteurs internes dont nous n'avons 
p!is ïn moindre idée et que les circonstances extérieures agissant 
sur les parents (âge, conditions sociales, nutrition, primiparilé, âge 
rehdif des spermatozoïdes et des œufs), ne peuvent exercer qu'ime 
iiiniience indirecte et excessivement lointaine. Non seulement 
I licmime ne pourra jamais déterminer volontairement le sexe de ses 
rofuuts, mais il est encore tout â fait incapable, en se basant sur 
ilr^ faits précis et facilement appréciables, de j)rédire â coup sûr, 
nvaiit la naissance, le sexe de ceux qui vont être mis au monde. 

.le ne puis, toutefois, m'empêclier de faire observer que les espèces 
iuiimales dont il s'agissait dans ces diverses expériences s'éloignent 
Cfiiisidérablement de l'espèce humaine, ce (pii ne permet pas d'ap- 
]»lM|uer sans réserve des unes à l'autre l(»s données i)rêcédemment 
i*\|n»sées. 

Théorie du docteur Schenck. — H y a linéiques années, le docteur 

il iM'édéric Hoissav, loc. cil. 

f2) 1(1., lor. rit. 

{2 r.LKNOT. — Sur la délemiin.itlon du sexe chez les .'ininiauxl/^M//. delà 
>t/ . /•>. lielt/e A'A'A'. 4(iV, 5^.')), 18U1». Travail analysé dans ! Awki: iuolo- 
fiiuri', PJOI, p. 212. iCoinptcs rendus de biologie générale pui>iiés sous la 
dii'ci'iion de Vvi.s Dklac.i:. profe-seur h la Sorbonne cl nieinhre de l'Ins- 
tiliit. 



FORMATION DES SEXES -11 

Srbenck, directeur de rinstilut embryologique de Vienne, a émis 
une autre hypothèse dont la presse |)olilique et médicale du monde 
entier a bruyamment rendu compte et qui se rapproclie un peu de 
celle dont il vient d'être question. Pour lui, en eflet, c'était encore 
la suralimentation de la mère qui jouait le rôle i)répondérant, mais 
elle aurait pour résultat la formation du sexe masculin, ce qui est 
justement le contraire du système dOrchanski, etc., etc. La 
. prétendue découverte du docteur Schenok sera jugée à sa valeur si 
je note que le professeur Wirchow, de Berlin, ne lui a jamais 
accordé grande confiance et si j'ajoute surtout qu'en janvier 1900 (P 
la Faculté de médecine de Vienne a déclaré (|ue cette opinion ne 
reposait sur aucune hase scientifique, mais que l'excessive publicité 
dont elle avait été l'objet était indigne d'un membre do l'Universilé. 
Bref, après une enquête disciplinaire, le Ministre a invité le 
docteur Schenck à demander sa mise à la retraite. 

Le sexe du produit dans la grossesse extra-utérine. —A. Rauber(2 
fait observer que, dans la grossesse extra-utérine, les conditions de 
nutrition du fœtus sont beaucoup plus défavorables que dans la 
grossesse normale. 11 a voulu rechercher si ces considérations 
avaient une influence quelconque sur la détermination du sexe. Or, 
sur les vingt cas étudiés par lui, il a observé dix fois le sexe mâle 
et dix fois le sexe femelle. Ces chifTres sont très approximativement 
identiques à ceux que Ton note dans les grossesses normales. Aussi 
l'auteur tend-il à conclure que le sexe est déjà formé dans l'œuf. 

Cuénol (3) pense également que le sexe est déterminé d'une 
façon irrévocable dans l'œuf lui-même et au plus tard au moment où 
cet œuf est fécondé. En aucun cas, on n'a pu mettre en pleine évidence 
un facteur agissant après la fécondation, les deux exemples clas- 
siques des insectes et des batraciens ayant été réfutés par Cuénot 
lui-même et divers auteurs. 11 croit, en particulier contrairement 
aux idées dOrchanski, de Paolo Lombroso, deCleisz,dc MmeTréat, 
de Giard, de Born et de Yung, que l'influence déterminante d'une 
nourriture maigre ou abondante pendant le jeune âge doit être 
absolument éliminée. 

lUUe de l'écart plus ou moins prononcé entre Vàfje des deux parents. 
— 11 n'y a pas lieu d'attribuer plus de consistance au r(Me qui 
incomberait (Boudin) à une différence très marquée entre l'âge des 
deux parents, l'aîné devant transmettre son sexe au produit de la 
conception : il nVst pas mieux établi par l'expérience. 

Les recherches de Giron (4>, bien que favorables à cette hyi)o- 

(\) BassivT. — De la procréation des sexes à volonté. Exposé do la (|ue'- 
tion juj^qu'à nos jours. Toulouse, 1*.K)0, p. 20. 

(2) L'Année biologique lyOl, p. 21i. 

(3) Id., p. 212. 

(4) F. Le Oantec. — La sexualité (scienticT\ p 64. 






42 



REVUE D OBSTETHigiE ET DE GYNECOLOGIE. 



k^ 



Ihèso sont loin dùirc décisives. 11 avait divisé en parties égales un 
troupeau de 300 brebis. L'un des lots fut abondamment nourri et 
sailli par deux jeunes béliers, l'autre fut faiblement nourri et sailli 
par deux vieux béliers. 11 y eut dans le premier lot 60 0/0 de femelles 
et dans le second 40 0/0. La différence des résultats n'est certaine- 
ment pas assez grande pour être tout à fait probante et, d'ailleurs, 
il y aurait lieu de tenir compte dans ces deux séries de cas, non 
seulement de la différence de Tâge des béliers, mais de la nourriture 
spéciale de chaque lot de brebis. 

Inégalilé perfiislanle de la puissance sexuelle entre les deux 
conjoinîs. — On a encore pensé que certains individus étaient doués 
d'une puissance sexuelle tellement accentuée ou tellement amoindrie 
cpi'ils engendrent constamment des produits du même sexe (1). 
Darwin rapporté qu'une jument arabe couverte sept fois par des 
étalons différents ne donna que des femelles. Il n'est pas rare non 
plus de voir des femmes qui n'ont que des filles, d'autres que des 
garçons, même quand elles se marient plusieurs fois. Mais j'estime 
que ces faits, sans aucune indication du moment où s'est effectuée 
la fécondation par rapport au rut ou aux règles, peuvent relever de 
circonstances purement fortuites et ne comportent pas de signifi- 
cation spéciale. 

Autres opinions diverses. — Telles sont les diverses théories (jue 
l'on a invoquées pour expliquer la formation des sexes, celles qui 
ont groupé les défenseurs les plus convaincus ; mais ce ne sont pas, 
tant s'en faut, les seules que l'on ait proposées : on en relèverait 
facilement beaucoup d'autres, pour peu que l'on prît la peine de 
parcourir un certain nombre de travaux anciens ou récents publiés 
sur la matière. La plupart, il est vrai, ne méritent même pas d'être 
mentionnées, tant elles sont fantaisistes les autres se rattachent 
plus ou moins directement à celles que je viens de rappeler. 

Quelques auteurs toutefois, Cleisz par exemple (2), sont d'un tel 
éclectisme et font intervenir tant d'influences variées : prospérité 
publique ou privée, séjour à la ville ou à la campagne, climats, 
saisons, consanguinité des parents, légitimité ou illégitimité de 
l'enfant, intervalles plus ou moins longs entre les grossesses succes- 
sives, hérédité, degré de maturité de l'ovule au moment de la fécon- 
dation, etc., qu'il est vraiment impossible d'efi déduire aucune 
règle pratique. 

D'autres pensent, avec Liégeois, que le sexe dépend de la pénétra- 
tion d'une quantité plus ou moins considérable de spermatozoïdes dans 
l'ovule^ mais que cela ne peut être volontairement rétrié. 

(1) Le Dantec. — La rscxualité (scienlife), p. (il. 

*-?) A. Cleisz. — Heclierche des lois qui président à 1;» formation des 
(Jeux sexes, 1889. 

Et A. Cleisz. — Lois de la création dcs:*exes. Des moyens de s'assurer 
une progéniture mAle, 1895. 



FORMATION DES SKXES. 43 

D'autres admettent (Schirak, Hubor, Réaumiir, Cosle (1), que, 
d^s le moment de leur formation dans Vovaire, les ovules sont déjà 
d'un sexe déterminé, que rien ne saurait modifier ensuite. La produc- 
tion des garçons et des lilles serait ainsi uniquement l'effet du 
hasard et ne pourrait en quoi que ce soit relever des combinaisons 
plus ou moins ingénieuses que la science est capable d'inspirer. 

Nous avons déjà vu qu'à l'heure actuelle, d'après Cuénot, le 
sexe est irrévocablement déterminé dans l'œuf; mais cet auteur 
ajoute aussitôt qu'il en est ainsi au plus lard au moment de la fécon- 
dation. Cette remarque est loin d'être sans importance ;clle implique 
la possibilité qu'un méine œuf produise l'un ou l'autre sexe suivant 
les conditions spéciales où il se trouve lorsqu'il vient à être 
fécondé. 

La procréai ion des sexes est-elle un phénomène fortuit ou subordonné 
à certaines conditions dont nous soyons les maîtres ? — Les opinions 
de Liégeois et de Coste méritent de retenir un instant notre attention. 
Si, pour tel ou tel motif, il était bien certain que la sexualité tlu 
produit delà conception nedépendîtque de circonstances totalement 
soustraites à notre volonté, la question serait d'cnd)lée résolue par 
la négative et il n'y aurait plus ni à discuter ni à poursuivre des 
recherchées toujours longues, délicates et difticiles. Mais, il a été 
jusqu'à présent impossible, même en procédant aux études micros- 
copiques les plus attentives, d'établir sur des preuves positives si 
les ovules humains sont ou non d'un sexe prédestiné. Toutes les 
investigations dont ils ont été directement l'objet n'ont fourni aucun 
indice utilisable. Bien au coniraire : « Quelque idée que nous nous 
fassions du sexe, dit le Dantec (2), nous sommes obligés de 
constater, dés le début, que les deux sexes existent dans l'œuf 
fécondé, par suite de sa formation même. ()ue l'un des sexes y pré- 
domine, dans cei^ains cas, au point de déterminer fatalement, 
dans le sens mâle ou femelle, l'évolution de l'individuqui en sortira, 
cela peut être, mais question de quantité a part, les deux sexes y 
existent,... l'œuf fécondé est, par nature, hermaphrodite. 

D'autre part, les examens les plus méticuleux du sperme, dont les 
conditions les plus variées n'ont pas permis davantage de surprendre 
la moindre différence que l'on prtt faire entrer sérieusement en ligne 
de compte. 

Quoi qu'il en soit, rien n'autorise à soutenir que le hasard seiil 
préside à la détermination du sexe ; cette hypothèse me paraît, quant 
à moi, d'autant plus invraisemblable que nous voyons, dans tout 
notre organisme,, les fonctions physiologiques les moins impor- 
tantes obéir à des lois merveilleusement précises. « Rien n'est livré 
au hasard, dans les règles de la vie, dit Le Dantec (3), tout résulte 

:1) Coste. -— Développement des corps organisés, in-l°. Paris, 1K47, 
p. 31. 

?JF. Le Daxtec. — La sexualité (scienliœ), p. 60. 
i3) Le Dantec. — La sexualité scicnliœ, p.35. 



4 1 HRVrt: n ORSTKTKini E ET HE GVNÉCOLOfilE 

(l'une manière précise (le coïKliHoiis pn'cises ». Aussi l'impression 
prescfue unanime tles auteurs a-l-ellc clé que cet intéressant pro- 
bh'^me devait comporter une solution, que la procréation de Fun ou 
de l'autre sexe était certainement régie par une loi générale dont à 
force d'(Hudes théoriques et d'observations très méthodiquement 
r(»cueillies on arriverait t('^t ou tard à élucider le mystère et qu'alorsi 
en se plaçant dans les conditions requises, on obtiendrait presque 
sûrement à volonté garçon ou fdle. 

Ilypolhèse du professeur Thury, de Genève (18(13). — Peut-être 
l'hypothèse du docteur Thury (1), professeur à la Faculté (ie Genève, 
plus ou moins modifit*e, nousconduira-t-elleau résultat si longtemps 
jmursuivi. Elle est de beaucoup la plus satisfaisante. C'est la seule 
qui soit vraiment scientifique, à mon avis, qui fournisse une expli- 
cation plausible de particularités singulières très frt^quemment 
constatées dans l'espèce humaine (ressemblance des filles avec le 
père, des garçons avec la mère), et surtout qui ait reçu du contnMe 
expérimental sur les animaux un commencement sérieux, de 
confirmation. D'après elle, c*esl delà mal urilé plus ou moins parfaite 
à laquelle est parvenu l'ovule, au moment de la fécondation, que 
dépendrait le sexe de l'être procréé : // serait féminin lorsque cette 
maturité n est pasencore arrivée à un certain degré, masculin quand 
elle ta dépassé. Le même ovule pourrait ainsi (UH'elopper à volonté 
les deux sexes ; il suffirait de régler le moment de l'accoujilement de 
manière à ce (jue les spermalozoïd(^s s'unissent à lui pendant la 
phase correspondante au sexe que l'on dt^sire. 

m 

Hapports réciproques de l'ovulation, de la.menstruation 

ET DE LA fécondation 

Au point où nous en sommes, pour être en mesure de discuter 
s('rieusement les opinions du professeur genevois, nous avons 
besoin de préciser aussi rigoureusement que possible quels sont 
les rapports r(*cipro(pies de l'ovulation, (le la menstruation et de la 
f(Vondation. 

Congestion très accusée pendant les règles de tout Vappareil génital 
féminin : turgescence énorme d'une vésicule de de Graaf mais d'une 
seule, à chaque menstruation ; sa rupture ; corps jaune consécutif — 
Lorstju'on (examine avec attention les ovaires, en dehors des règles, 
on apeiToit à leur surface 15 à 20 petiles saillies de la grosseur d'un 
grain de millet à celle d'un pois. Ce sont les vésicules de de (îraal 
ou ovisacs, dont chacune renferme un ovule. Tous les 28 jours 
environ, une de ces v('sicules devient le siège de phénomènes singu- 

d» Thury. — Mémoire sur la production des scxe^, in-8, Paris et 
(ienève, 1863. 



FOUMATION DKS SEXES 4o 

liers : elle se vascularise, se remplit de liquide, se tconfle et prend 
peu à peu les dimensions d'une cerise ; les deux ovaires, ainsi (juc 
les trompes, l'utérus et tout l'appareil génital, particij)ent à celle 
congestion, augmentent de volume et pendant ce temps on observe, 
à l'oriiicc vulvaire, l'apparition d'un écoulement sanguin dont 
l'abondance est variable et la durée moyenne de 4 à 6 jours. C'est à 
cet écoulement, indice extérieur le plus facilement appréciable et le 
plus habituellement fidèle du travail ovarien qui s'accomplit profon- 
dément, qu'on a donné le nom de menstruation, de régies, d'époque 
menstruelle ou cataméniale, etc. Ces diverses particularités sont à 
peine connues depuis une soixantaine d'années et il n'est que juste 
de rapporter à Négrier (d'Angers) et àGendrin (1839-1840) l'honneur 
de les avoir les premiers constatées et formellement affirmées en 
montrant qu'elles étaient la vraie cause incitai rice de Thémorrhagie 
utérine. 

En général, à chaque menstruation, il n'y a qu'une seule vésicule 
de de Graaf qui soit le siège de cette suractivité nutritive spéciale. 
L'ovaire qui la supporte devient sensiblement plus turgescent et 
plus volumineux que son congénère, et cela dans la [)roportion du 
quart ou même du tiers, d'après les mensurations de Raciborski et 
d'Albert Puech (1). 

Peu à peu la tuméfaction de la vésicule et sa distension arrivent 
à un tel degré que sa paroi se déchire et que son contenu s'échappe 
vers le pavillon de la trompe, entraînant l'ovule toujours situé au 
voisinage du point le plus saillant de la paroi vésiculaire. 

Aussitôt après cette rupture, un corps particulier connu sous le 
nom de corps jaune ou d^ovariule^ sorte de cicatrice, se forme sur les 
débris de Fovisac et en occupe la place. Le nombre des corj)s jaunes 
est en rapport avec celui des époques menstruelles. 

Tout rensenible de ces phénomènes se produit aussi bien en 
l'absence de fécondation et même d'excitation vénérienne {oviilalion 
spontanée) que dans les cas accompagnés de conception, à cela près 
que les corps jaunes de la grossesse augmentent progressivement de 
volume pendant les quatre premiers mois et atteignent presque les 
dimensions de l'ovaire, pour s'atrophier ensuite assez lentement, 
tandis qu'à défaut de fécondation, ils n'acquièrent jamais un déve- 
loppement aussi prononcé, se réduisent en un mois à un petit 
tubercule dur et fibreux et ensuite à une sinq}le cicatrice. 

Quesl-ce que Vovulalion? — Une fois sorti de l'ovisac, l'ovule 
commence à pouvoir être fécondé; mais il est d'abord incomplète- 
ment développé, puis il arrive [)eu à peu à l'état de i)leine maturité 
et enfin, quand il est parvenu au niveau du tiers supérieur de la 
trompe, il cesse d'être fécondable, soit qu'il se désagrège, soit qu'il 

(1) Dépall et GuÉNioT. — Dictionnaire cncyrlopédique de Dcchainbro. 
Article : Menstruation, 1877, p. 680. 



j 



16 REVrt: I)\)BSTKTRIt)UE ET DE GYNÉCOLOGIE. 

s'entoure d'ime eonche albumineiise isolante tic plus en plus 
épaisse. 

Sons le nom d'ovulalion sont compris, à vrai dire, tous les phéno- 
mènes qui précèdent, accompagnent ou suivent la chute de l'ovule 
jus(|u'au moment où il ne i)eut [)lusétre utilisé. D'après les auteurs 
(•lassi([ues, la conception serait encore impossible pendant la phase 
initiale ou préparatoire de la migration ovulaire, c'est-à-dire avant 
la déchirure de l'ovisac. Mais, ainsi (jue nous le verrons bientôt, 
celte opinion est des [)lus contestables, de sorte que je crois pouvoir, 
sans hérésie, me permettre de désigner, dans ce travail, sous le nom 
d'ovulation, toute la période pendant Uupielle un ovule en migration 
est susceptible d'être fécondé. On conçoit sans peine combien elle 
est importante à considérer puisque, en l'absence de fécondation, 
elle représente la vie tout entière de l'ovule. 

Moment de la menslrualion où se produil la rupture de la vésicule ; 
limites extrêmes de la période pendant laquelle est fécondable Vovule 
correspondant. — 11 s'agit maintenant de rechercher, d'une part, à 
(juel moment de la période menstruelle se rompt la vésicule en voie 
de maturation, [)our livrer passage à l'ovule et, d'autre part, à 
quel moment cet ovule commence et cesse de pouvoir être fécondé. 

I)e[)uis les travaux de (^oste (1) et de Gerbe, on admet que chez 
les femelles des animaux vertébrés, la rupture de l'ovisac est le 
signal de la cessation du rut. Chez la femme aussi, d'après 
Ch. Robin C?), cette rupture amènerait promptement la lin des règles 
et c'est alors seulemeni (pie la fécondation coinmen<!erait à pouvoir 
s'effectuer « parce (|ue c'est l'instant où r<euf sort de la vésicule dont 
«< la non-riq)ture enqiéchait auparavant les spermatozoïdes de se 
« joindre à lui ». 

De tout temps, en effet, on a enq)iriquenient reconnu que le 
moment le plus favorable pour la concei)lion coïncidait avec les 
épo(pies menstruelles. Déjà, H ip[)ocrate conseillait auxépoux stériles 
de cohabiter de préférence pendant leur durée. Beaucoup plus près 
de nous, ÏJoerhaave disait : <« Femina» semper concii)iunt post 
" ultima menstrua et vix ullo alio tenqiore », et Haller :« A i)rimo 
" congressii post menses femina» sana» [lossumus tempora gavidi- 
'< tatis démet iri. >» 

A peine échappé de l'ovisac, Tteuf est reçu dans le pavillon de la 
tronq)e d'où il ne tarde pas à s'engager dans son conduit, pour 
descendre vers l'utérus; il met trois ou quatre jours à parcourir le 
premier tiers de la tromi)e. Dès lors, s'il n'est pas fécondé, il se 
recouvre* de la couche albmnineuse dont j'ai parlé plus haut, couche 
(pii augmente piui à peu d'épaisseur au ])oint d'être bientcM absolu- 
ment inq>énélral)le jiour les spermatozoïdes et de s'opjmser à la 

■ 1) OosTi:. — Développeinenl des coqis ortraniscs, in-1", Paris, lS-17. 

•2) (^11. HoBiN.— Dict. enryclojiédiquc de Dcchambre. Article: Féconda- 
tion, I». 3.">1. 



FOIOJATION DES SEXES. 47 

fécoiidalion de loviile qu'elle englobe pendant sa descente dans les 
deux tiers inférieurs de ia trompe et dans l'ulérus. 

Telles sont, au sujet des rapports réciproques de la nienslruation, 
ile l'ovulation et de la fécondation, les notions à j)en près universel- 
lenieid admises à l'heure actuelle. 

L'ovulation, c'est-à-dire la période pendant laquelle un ovule est 
fécondable, n'aurait ainsi qu'une très courte durée, puisqu'elle ne 
dépasserait pas au maximum quatre ou cinq jours, et elle devrait être 
conq)tée à partir de la lin des règles. 

Crilique des opinions précédenles : 1° La fécondalion est possible 
non seulement pendant les quatre ou cinq jours qui suivent les rèqles. 
mais encore pendant toute leur durée et même avant leur apparition ; 
2* Elle peut avoir lieu jusqu'au 10 et /2« jour après leur cessation. 
Longueur totale de la période pendant laquelle un ovule est fécon- 
dable, — Nous avons maintenant à discuter les opinions de nos 
maîtres que je viens de résumer. 

Kst-il vrai tout d'abord que la rupture de l'ovisac soit le signal de 
la cessation des règles et que ce soit alors seulement que l'ovule 
commence à pouvoir être fécondé? ("est évidenunent là, en ce qui 
concerne la procréation des sexes à volonté, un [)oint d'une impor- 
tance capitale ; il constitue la base même et des idées théoriques et 
des applications que Ton peut en faire à la pratique. 

Or, j'affirme, et je ne crains à cet égard aucun démenti, queTovule 
est susceptible d'être fécondé pendant tout le cours de la mens- 
truation et même avant qu'elle ait commencé. Dans le premier cas, 
le molimen hémorrhagique s'arrête pronq>tement; dans le second, 
il ne parait pas. C'est ce que j'ai pu constater plusieurs fois chez des 
femmes qui ne s'étaient pas exposées à concevoir depuis la précé- 
dente période njenstruelle et n'avaient eu de rapports (pj'une seule 
fois deux ou trois jours avant la date présumée de la suivante. Déjà, 
du reste, bien longtemps avant moi, ce fait avait frappé Tattention 
de certains observateurs : Raciborski (1^, entre autres, sur quinze 
femmes qui pouvaient assigner une date précise au début de leur 
grossesse, en avait trouvé cinq, c'est-à-dire le tiers, dont la fécon- 
dation s était effectuée deux ou trois jours avant l'époque habituelle 
des règles. Chez une, la concei)tion avait eu lieu le prenuer jour de 
l'écoulement cataménial; chez huit, la grossesse avait débuté à la 
suite d'un rapprochement sexuel un ou deux jours après la lin des 
règles. PInfin, 'chez la quinzième, la fécondaticm ne s'était produite 
quedix jours après la cessation du flux menstruel. Je ne douter pas 
que vous n'ayez aussi, les uns ou les autres, renc(mtré des exenq)les 
analogues. Au reste, je pourrais encore invo(pier les cas assez 
frécpients de jeunes accouchées n'allaitant pas ou de nourrices qui 
redeviennent enceintes avant le retour de coudies ou la réappari- 

(1; Depall et Clénot. — Dict. encyclop. de r)ecliand)rc. Arlirlo : Mons- 
trualiôn, p. 719. 



48 iiFA iK D'onsTi'rrmoL K E'^ de (iVNÉ(:(>L()(iiE 

tiou des règles. Il est (ioiic avéré que la conception est possible, non 
pas seulement à la fin de la menstruation, mais, pendant toute sa 
durée et même avant sein début. Les assertions contraires, malgré 
la grande autorité des savants qui les ont formulées, perdent toute 
espèce de valeur en présence des fails si probants que je viens de 
signaler. 

Nous ne possédons toutefois aucune donnée nous permettant de 
dire si l'ovule n>st fécondablequ'immédiatement avant l'apparition 
du sang ou s il Test d(\jà un ou plusieurs jours plus tôt. Alors même 
([ue la conception ne pourrait élre imputée qu'à un seul coït précé- 
dant les règles d'une semaine entière, nous ne serions en droit d'en 
tirer, sur ce point, aucune déduction. Tout ce que nous savons, c'est 
(pie, d'après Ch. Robin f 1), les spermatozoïdes ne mettent pas plus 

• delOà 20 heures pour franchir l'espacequi sépare le vagin deTovaire ; 
nous savons encore que le sang menstruel ne les tue pas et ne les 
empêche nullement de progresser ; nous savons enfin, comme l'a 
très bien démontré Van Bénéden, qu'ils [)euvent attendre surTovaire 
la rupture de l'ovisac et la sortie de Tovule en conservant toute leur 
vitalité, non seulement plusieurs jours, mais au delà d'une semaine 
entière. La fécondation pourrait donc résulter d'un rapport de beau- 
coup antérieur à l'époque menstruelle. Malheureusement, nous 
ignorons à quel moment précis de celte période pré-cataméniale 
elle commence à devenir possible. Je serais assez porté à croire que 
la conception peut déjà s'accomplir une huitaine de jours avant 
l'apparition des règles, en me basant sur ce fait que nombre de 
femmes commencent alors à ressentir certains indices prémoni- 
toires, entre autres la turgescence des seins. 

Je m'inquiète médiocrement, d'ailleurs, desavoir si la rupture de 
la vésicule ovarienne coïncide rigoureusement avec la cessation du 
flux menstruel ou la devance d'un certain nombre de jours. Mais, 
puisque très certainement la fécondation peut avoir lieu avant son 

• début et rein[)écher totalement dese produire, il faut bien admettre, 
bon gré malgré : ou que la rupture précède la menstruation, ou que 
les spermatozoïdes sont capables d'arriver jusqu'à l'ovule en 
traversant la paroi encore intacte de la vésicule. Dans Tune et 
l'autre alternative, l'enseignement classique se trouve catégorique- 
ment inlirmé sur un point de la plus haute importance. 

En second lieu, est-il vrai (jue la fécondation cesse d'être possible, 
connue l'enseignait Ch. nobin,au delà du 4'^ ou 5" jour au plus tard 
a|)rès la cessation des règles? Là encore, je suis d'une opinion très 
différente. J'ai déjà cité le cas de Raciborski dans letjuel la concep- 
tion n'avait eu lieu que le dixième jour. Bischoft (2) admettait 
également (pie l'ovule est susceptible d'être fécondé 8 à 12 jours 
après l'ouverture de l'ovisac, rui)ture qu'il croyait, il est vrai, 

1) Ch. Robin.— Dirtioniiaire encyclop. de Dc^chambrc. Aj'licle: Féconda- 
tion, p. 354. 

2) BiscHOFF, Annales des sciences naturelles. 1814, page 114. 



FORMATION DES SEXES 49 

contemporaine de la terminaison du flux menstruel. J'ai recueilli 
moi-même deux faits dans lesquels le coït fécondant s'était eflFectué 
le 10« et le 11* jour. Enfin, s'il fallait encore d'autres preuves, je 
n'aurais qu'à invoquer ce que l'on observe dans la plupart des 
familles juives : tout le monde sait que la religion des israéliles 
impose, à la suite des règles, une continence absolue d'au moins 
une semaine. Je ne crois certes pas que tous les juifs se soumellont 
scrupuleusement à la lettre de ce précepte, mais il en est sans aucun 
doute, ne fût-ce que parmi les rabbins, dont la conduite est stric- 
tement conforme à leurs croyances religieuses et je ne sache pas 
qu'ils soient pour cela moins prolifiques; ils ont même d'autant 
plus d'enfants qu'ils sont plus fidèles pratiquants. N'esl-il pas légi- 
time d'en conclure que la fécondation reste possible bien après les 
délais si restreints que lui ont assignés les auteurs ? 

Bref, si nous ajoutons à la période classique post-menstruelle de 
4 à 5 jours : 1° les 7 à 8 jours de plus que lui reconnaissent BischolT 
et Raciborski; 2° toute la durée des règles soit 4 à 6 jours; 3° ini 
temps de la période pré-menstruelle indéterminé sans doute, mais 
dont l'existence, sinon la durée, ne saurait être contestée, nous 
arrivons au chiffre de 15 à 20 jours et peut-être davantage poyr la 
longueur totale de la période [)endant hupielle un ovule est fécon- 
dable. 

Cela ne signifie nullement que, dans l'intervalle de ces phases jjlus 
particulièrement favorables, les rapports sexuels ne puissent pas 
être suivis de conception. D'après ce que j'ai dit de la longue vita- 
lité des spermatozoïdes dans l'appareil génital féminin, vous 
comprenezqu'ils puissent attendre un assez grand nombre de jours, 
dans la trompe ou sur l'ovaire lui-même, la sortie de l'ovule qui 
accompagnera la menstruation suivante. D'où il résulte (pi'il 
n'existe pas, à proprement parler, pour la femme, d'épocpie entiè- 
rement agénésique. 

Application de ces diverses données à la loi de Thury : sexe féminin 
quand la fécondation précède la menstruation, masculin quand elle 
lui succède. — Le point essentiel de l'hypothèse de Thury consistait, 
on ne l'a pas oublié, à rapporter la procréation du sexe féminin à la 
fécondation prématurée de l'ovule et celle du sexe masculin à sa 
fécondation tardive. Aussi est-il aisé de comprendre combien 
l'espace de temps plus ou moins long pendant lecpiel cet ovule reste 
fécondable et la détermination rigoureuse, par rapport aux règles, 
de son degré plus ou moins avancé de développement offrent d'im- 
portance pour permettre l'application facile et méthodique de la 
théorie à la pratique. Si la durée totale dont il s'agit se limitnit aux 
quatre i\ cinq joiu's (pii suivent l'épofpu* menstruelle, c'est à peine 
si elle en comporterait deux pour la phase d'organisation incom- 
plète (phase du sexe féminin) et deux pour celle de pleine maturité 
(phase du sexe masculin . Mais ces délais seraient tellement réduits 



,N iv^Eû/ 



50 REVCKjpronSTKTRIQlE ET m GYNÉCOLOGIE 

X, [.ta\<Ag ^ 

qu'il deviendrait presque impossible de se placer à coup sûr dans 
les conditions voulues pour avoir fille ou garçon, d'autant plus qu'il 
faudrait évidemment tenir compte des dix à vingt heures quVxige 
l'ascension des spermatozoïdes. 

Si l'on admet, au contraire, que cette durée se prolonge 15 à 
20 jours, les choses se présentent sous un tout autre aspect. L'ovule 
a devant lui une marge suffisamment étendue pour parcourir des 
étapes d'organisation très diflerentcs, depuis un état rudimen taire 
jusqu'à la maturité parfaite. De plus, son évolution, au lieu d'être 
postérieure à la période menstruelle, se déroule à peu près parallè- 
lement à elle. Sa première moitié ou phase féminine commence au 
plus tard avec le début des règles, mais les devance probablement 
d'un ou plusieurs jours, sans que nous puissions, à cet égard^ je le 
répète, formuler des affirmations absolues. De là quelque incerti- 
tude sur le moment précis où s'opère la transformation de la phase 
féminine en phase masculine. Chacune d'elles mesurant en moyenne 
de 8 à 10 jours, la première pourrait : ou bien commencer exacte- 
ment avec la menstruation et alors se continuer pendant toute sa 
durée et persister encore 2 ou 3 jours après elle, de sorte que la 
fécondation, aussitôt que les règles sont terminées, donnerait 
encore le sexe féminin; ou bien la devancer de plusieurs jours, 4 à 
8 peut-être, et se terminer alors vers le milieu même de l'époque 
menstruelle. Quant à la phase masculine, elle ne commencerait dans 
le i)reniier cas, que deux, trois ou quatre jours après les règles, 
tandis que, dans le second, ce serait vers leur partie moyenne. Afin 
de tenir compte de ces diverses éventualités, au sujet desquelles 
encore une fois nous ne sommes pas complètement fixés, il convient, 
si Ton veut éviter le plus possible toute cause d'erreur, de faire en 
sorte qu'aussi bien dans l'une des hypothèses que dans les autres, 
celle de Ch. Robin ou celle qui ferait commencer l'ovulation huit 
jours avant les règles, la fécondation ne puisse avoir lieu que pen- 
dant la phase initiale ou terminale de l'évolution ovulaire que l'on 
vise. Elle devrait donc, pour donner le sexe féminin, précéder de3ou 
4 jours l'époque menstruelle et pour donner le sexe masculin ne 
s'effectuer qu'au bout du même laps de temps après la fin de l'écou- 
lement sanguin. 

Sans doute, la procréation de l'un et de l'autre sexe peut encore 
avoir lieu à des dates plus ou moins éloignées que celles que 
j'indique, mais ne sachant pas au juste à quel moment précis, avant, 
pendant ou après la menstruation l'ovule dont la migration est 
régulière commence à pouvoir être fécondé, atteint le degré de 
maturité qui détermine la transformation du sexe et cesse enfin 
d'être fécondable, ne sachant i)as non plus exactement combien de 
temps les spermalozoïties peuvent conserver dans les organes géni- 
taux de la feumie leurs propriétés fécondantes, nous devons, [)ar 
prudence, conseiller raccomplissenient de l'acte génésique à 
des dislances telles, avaid ou après les règles, (pie les chances cou- 



FORMATION DES SKXKS. 51 

Irairt^s'soicnt réduites au minimuin, quelle que soit 1 époque où se 
puisse placer le point de st'paration des deux phases ovulaires. 

Telle est, dans ses lignes essentielles, la grande loi qui se dégage 
de toutes les notions que nous venons de rapprocher et de 
discuter. 

Mais quelques services que puissent nous rendre les théories les 
plus ingénieuses, en nous indiquant en quel. sens nous devons 
diriger l'étude circonstanciée des faits, il est incontestable qu'elles 
n'acquièrent une réelle valeur qu'après avoir reçu de ces faits eux- 
mêmes la preuve éclatante et réitérée de leur exactitude. L'heure est 
venue maintenant d'exposer ceux qui ont été recueillis et d'interroger 
leur témoignage. 

IV 

Recuerches kxpéhi mentales scr les animaux 

Expériencea exlrémemenl favorables à rhypolhèse de Thunj, de 
Cornar, sur Vespèce bovine, de Barrai, sur l'espèce ovine. — Un grand 
agriculteur du canton de Vaud, président de la Société d'agricul- 
ture de la Suisse Romande, M. Georges Cornaz, de Montel, dans 
le but de vérifier les opinions du professeur genevois Thury, a 
entrejïris, sur Tespèce bovine, des expériences qu'il a tenu à diri- 
ger lui-même, afin tl'étre bien certain qu'elles seraient efTecluées 
avec une rigueur impeccable. Pour obtenir un niAle, il attendait que 
la vache fût en chaleurdepuis deux ou trois jours avant de la con- 
duire au taureau; pour avoir une femelle, il la faisait saillir dès le 
premier jour du rut : dans une série de 29 cas, il eut 29 succès. 

Peu de tenqjs après, M. (ieorgesHarral appliqua le même procédé 
sur les troupeaux de la bergerie, alors impériale, de Gévolles;(](Me- 
d'Or), et il n'eut pas non i)lus un seul échec à enregistrer. 

Observations de Tarnier relatives aux lapines el aux poules. — Le 
professeur Tarnier (1), après avoir mentionné les observations de 
Cornaz, reconnaît (|ue « la loi de Thury lui paraît établie pour 
Tespéce bovine », mais il ajoute qu'elle ne se vérifie pas chez les 
lapines qui. engendrent, sans ordre constant, des mâles et des 
femelles, quelle que soit l'époque du coït, ni chez les poules qui, 
après un seul accouplement, peuvent, suivant Coste, pondre en 15 
h 18 jours, de 5 à 7 œufs fécondés donnant aussi bien les deux sexes, 
qu'ils aient été pondus les premiers ou les derniers. J'ignore si le 
nombre et la valeur de ces expériences auxquelles Tarnier fait 
allusion et si tous les détails qui s'y rapportent ont vraiment assez 
de valeur pour ne laisser place à aucune objection. 

Ce qu'il y a de certain, c'est (jue, depuis Aristote, on a observé 
sur les pigeons qu'après une seule cojiulalion, c'est toujours le pre- 
mier œuf pondu (|ui produit un mâle et le deuxième une femelle ;;2 . 

il Tarnieh.— Traité de l'art des accoucheinenls, 1882, p. 174. 
.'2) Flocrk.vs. — Compte rendu des séances de rAcadémie des science^, 
Paris, 1803, l. LVlll, p. /lO. 



52 HEVl K iV OnSTKTUIOîE KT DE GV.NÉCOLOOrE 

Cependant, je dois ajouter que, d'après Cuénot (1), Tcxamen de 
G5 pontes de pigeons voyageurs a donné 17 fois deux mâles, 14 fois 
deux femelles et 31 fois les deux sexes, chiffre qu'il représente 
comme parfaitement conformes aux probabilités montrant qu'il n'y 
a aucune loi de distribution des sexes, pas plus dans les familles 
humaines que dans les portées d'animaux domestiques. Pour ce 
qui est de la tradition suivant laquelle le premier œuf pondu, quand 
la ponte est bisexuée, produirait toujours un mâle (Aristote, Flou- 
rens), (Àiénot nous apprend que l'examen de trente pontes bisexuées 
a eu pour résultat la naissance de quinze mâles du premier (inif et 
de quinze aussi du deuxième. 

yuoi qu'il en soit, il existe entre ces divers animaux et nous, au 
point de vue de l'anatomie et de la physiologie en général, du mode 
de reproduction en particulier, de telles différences qu'il me semble 
peu intéressant et peu utile d'en entreprendre une étude compara- 
tive approfondie. L'espèce bovine, au contraire, se rapproche de la 
nôtre sous tant de rapports que s'il était incontestable, comme 
l'admettait le professeur Tarnier, qu'elle se reproduisît conformé- 
ment à la règle de Thury, ce serait une donnée d'une importance 
capitale pour la solution du problème du déterminisme des sexes 
dans l'espèce humaine. 

Expériences conlradicloires plus récentes. — Malheureusement, je 
suis bien obligé de le reconnaître, les expériences de Cornaz et de 
Harral ont été répétées depuis et elles n'ont pas fourni, à beaucoup 
près, des résultats aussi démonstratifs. A l'Institut agronomique 
de Proskau et d'Eldena (2), on fit saillir de jeunes vaches aussitôt 
qu'elles montrèrent de Tardeur : à Proskau, on eut cinq génisses et 
cinq taureaux. D'autres vaches, fécondées 24 heures après le com- 
mencement du rut, mirent bas ufie génisse et cinq taureaux. Dans 
le haras royal de Frédéric Guillaume, vingt juments furent saillies 
au début du rut; elles donnèrent onze naissances, cinq femelles et 
six mâles. 

11 y a certes bien loin de ces faits à ceux de Cornaz et de Barrai 
qui, dans tous les cas sans exception, avaient confimié la loi de 
Thury. A quoi tiennent ces résultats contradictoires? Faut-il se 
demander si les seconds expérimentateurs ont procédé avec une 
rigueur moins scrupuleuse, ou admettre que la fécondation pendant 
la période du rut se rapproche trop et ainsi que j'en ai fait la remarque 
plus Iiaut, du point limite qui sépare les deux grandes j)hases de 
l'évolution ovulaire, d'où résulteraient des causes d'erreur faciles à 
com[)rendre, ou bien enfin conclure que l'hypothèse de Thury ne 

(1| CriiNOT. — Sur la délonninalion du soxo chez les animaux ilhil. de la 
Soc. fr. helfje, XXXIl, 402, 525, 181HJ). Travail analysé dans TAnn^k diolo- 
r.iyi i„ lUOl, p. 212. ; domptes rendus annuels de biologie ifénérale publiés 
sous la direction de Ynex Délaye, professeur à la Sorlionne et nionihre 
de rinstilut.) 

[2) \. Cleisz. — \j)\is (le la création des sexe-, 18X), [>. 1.38. 



FORMATION DES SEXES r)!^ 

repose en réalitt^ sur aucune base sérieuse et n'a dû qu'à des coïnci- 
dences fortuites at singulièrement heureuses les premières confir- 
mations qu'elle avait reçues du contrôle expérimental ? C'est de 
recherches nouvelles patiemment poursuivies et conduites avec la 
méthode la plus sévère (ju'il convient d'attendre une réponse 
documentée à ces diverses questions. 

V 

OBSERVATIONS RECUEILLIES CHEZ LA FEMME. 

Argument de Tarnier contre la loi de Thury ; son peu de valeur. 
Nouveaux faits nécessaires : conditions indispensal)les qui en rendent 
Vexéculion difficile et nous empêchent fréquemment d'être bien rensei- 
gnés. — Au reste, sans prétendre que les résultats de l'expérimen- 
tation sur les animaux soient négligeables, il n'est pas douteux que 
ce qui nous importe essentiellement, c'est ce qui se passe dans 
l'espèce humaine. C'est elle avant tout qui doit être notre vrai 
terrain d'expériences et d'études. Recherchons donc ce qu'elle a pu 
jusqu'à présent nous oflrir à constater. 

Nous lisons dans Tarnier (1) que, chez la femme, la loi de Thury 
ne s'est pas vérifiée; il en donne comme preuves que la plupart 
des grossesses commencent après les règles, alors que l'ovule est 
arrivé à maturité complète et que néanmoins la proportion des 
enfants du sexe masculin est à peine plus considérable que celle 
des enfants du sexe féminin : 106 garçons pour 100 filles ». C'est là 
sans aucun doute un argument de très faible valeur : j'ai déjà eu 
l'occasion d'établir (pie nombre de concei)tions s'elTecluenl avant 
et pendant le flux menstruel. 

Il nous faut donc interroger d'autres faits moins discutables; 
encore est-il nécessaire qu'ils aient été recueillis dans certaines 
conditions rigoureusement déterminées, à défaut desquelles ils 
n'auraient aucune signification précise. Or, \o9> Annales scientifiques 
n'en ont jamais publié par séries de quelque importance; c'eût été, 
j'en conviens, une entreprise des plus ardues: en tout cas, jusqu'à 
présent, elle ne semble jamais avoir tenté personne. 

Les observations, en efTet, ne méritent d'entrer en ligne de 
compte que si elles portent l'indication exacte, non seulement des 
dates du début et de la fin des règles, mais encore et surtout du 
coït fécondant, et il est, de plus, indispensable qu'entre deux 
époques successives, ce coït n'ait eu lieu qu'une seule fois. C'est là 
précisément que réside l'une des plus sérieuses difficultés à prévoir. 
Peu de gens sont assez maîtres d'eux-mêmes pour s'imposer une 
continence ou du moins pour n'avoir d'autres rapports qu'en 
usant des précautions propres à supprimer toute possibilité de 
fécondation. 

D'un autre côté, ceux qui pourraient nous fournir des documents 

.1) Tarmeu. — Traité do l'art des accouclioinenls, 188*2, p. 174. 



7A REVUE D'onSTÉTRIQï E El' DE GYNÉCOLOGIE 

pi'i*cis manifestent la plupart du temps une répugnance incroyable 
à confier à qui que ce soit, môme au médecin qiy lésa renseignés, 
tous les détails des mesures qu'ils ont dû prendre ; cela fait en 
quelque sorte partie de Talcôveetles moins pudiques s'efforcent de 
irpu laisser pénétrer le mystère à personne. Peut-être, livré à lui- 
iru^ine, l'homme consentirait-il sans trop de peine à nous dire fran- 
riii'inent la vérité. Mais en général il est retenu par sa femme qu'il a 
ûù mettre au courant et que domino toujours un sentiment de 
ré^ii-rve et de discrétion, respectable certes, mais excessif. 

l'jifin, comme la gestation dure neuf mois et que nos conseils ne 
fionl pas toujours immédiatement appliqués, le temps qui s'écoule 
enire le moment où nous les donnons et celui où l'événement 
pourrait apporter en leur faveur ou contre eux un témoignage 
décisif est assez long pour faire oublier les engagements les plus 
Foniiels que l'on aurait pris de nous renseigner un jour ou l'autre. 

Trenie-cinq observations mélhodiquemenî recueillies par Vauleur^ 
dont qualre en opposition avec la loi de Thury, mais une seule d'une 
manière incontestable. — Parmi tous ces motifs qui sont de nature 
k nous priver des documents promis, je ne sais quel est celui qui 
vient en première ligne, mais, ce dont je ne puis malheureusement 
douter, c'est que, sur plusieurs centaines de jeunes gens arrivés à 
lïi vf'ille de leur mariage et auxquels je me suis donné la peine 
d'exposer longuement toutes les notions qu'ils pourraient mettre à 
picillt, trente-cinq fois seulement j'ai fini par recevoir des informa- 
Hniis plus ou moins circonstanciées. Dans trente et un de ces cas, 
h\ i'('*gle de Thury se trouvait confirmée; dans les autres, elle était 
tm ï^emblait être en défaut. 

(les quelques faits méritent que je leur consacre quelques détails: 
Deux étaient relatifs à des conceptions paraissant avoir eu lieu dès 
les premiers rapports matrimoniaux, les règles étant à peine termi- 
nées. L'accouchement était, en effet, survenu presque jour pour 
j(Kir neuf mois après le mariage et tout permettait de penser que 
lîi grossesse était bien arrivée à terme, que par conséquent c'était 
.sans nul doute l'ovule correspondante la dernière période mens- 
tinielle antérieure au mariage et parvenu à parfaite maturité qui 
n\n\i été fécondé et non pas celui delà période suivante, encore 
dan^la phase initale de son développement. Or, contrairement à la 
loi de Thury, ce ne fut pas un garçon, mais une fille qui vint au 
niiMide. 11 convient pourtant de noter que, dans ces deux ménages, 
les rapprochements conjugaux n'avaient été à aucun moment 
suî^pendus ou accompagnés de précautions quelconques, de sorte 
qiu* rien, sauf la date de laccouchement supposé à terme, ne 
pouvait indiquer si la conception s'était faite aux dépens de l'ovule 
en migration à Tépoque du mariage ou du suivant. Dans l'un et 
1 oulre cas, nous le savons, tes règles ne devaient pas reparaître; 
maïs, dans le premier, la grossesse devait normalement se terminer 
au bout de neuf mois, tandis que, dans le second, elle aurait dû se 



FORMATION DES SEXES ;).) 

prolonger deux ou trois semaines de plus. Il est permis toutefois 
de se demander si l'on est bien en droit d'assigner toujours une 
durée fixe à la gestation et s*il est possible de distinguer à coup sûr 
un enfant ni^à terme <Je celui qui viendrait au monde une quinzaine 
de jours plus tôt. Ces deux faits pourraient donc, à la rigueur, ne 
constituer que des infractions à la règle, plus apparentes que 
réelles . 

Le troisième est également contestable : Le mari désirait vive- 
ment un iils ; il prit les dispositions nécessaires pour que la fécon- 
dation eût lieu deux ou trois jours après la fin des règles. Au bout 
d'une dizaine de jours, certains indices de grossesse commençante 
ayant paru se manifester, il crut pouvoir s'affranchir de tout artifice 
dans ses relations conjugales. Bientôt, les symptômes gravidiques 
devinrent de plus en plus évidents. Mais, l'accouchement, au lieu 
de se faire à l'époque prévue, c'est-à-dire neuf mois et quelques 
jours après la dernière menstruation, ne survint que deux ou trois 
semaines plus tard et se termina par la naissance d'une fille et non 
pas du garçon désiré. 

J'ai compté ce cas au nombre de ceux qui témoignent contre la 
règle de Thury, pour cet unique motif que l'attente du mari ne 
s'était pas réalisée et qu'il n'en dissimulait passon désappointement. 
On m'accordera pourtant qu'il n'avait pas observé à la lettre toutes 
les conditions requises : il avait eu le grave tort de se permettre 
de nouveaux rapports capables d'être fécondants, sans attendre 
rexpiration des délais nécessaires, en particulier à l'approche de la 
menstruation suivante. D'où il résulte, à mon avis, que très proba- 
blement la conception avait porté, non sur l'ovule en pleine maturité 
delà période cataméniale choisie comme objectif, mais sur celui 
de la période consécutive encore dans la première phase de son 
développement. Dès lors, il était absolument conforme à la loi de 
Thury qu'une fille en fût le produit. 

Au reste, il me,paraît intéressant d'ajouter qu\uie seconde gros- 
sesse, celle-là, je dois le dire, involontaire, devait bientôt connnen- 
cer dans ce même intérieur et fournir, à l'appui de la règle cpie 
nous discutons, un témoignage des plus positifs. Un mois après le 
premier accouchement, le mari reprit les rapports sans user de 
précautions spéciales, s'imaginant qu'il n'y avait encore à ce 
moment aucun risque de conception ; mais le retour de couches 
n>ut pas lieu et divers signes de grossesse ne tardèrent pas à 
s'ajouter les uns aux autres. Bref, une seconde fille venait au momie 
exactement dix mois après la première. Dans ce cas, l'ovule avait 
été fécondé avant l'apparition dos règles, donc prématurément, 
c'est-à-dire dans la |)hase iéminine do son évolution. 

Le quatrième lait est le soûl qui soit vraimoni on oj)posili()ii 
flagrante avec la loi de Thury. Ici, comme dans les doux [)romiors, 
il s'agissait encore d'une jeune femme dont les règles n'étaient pas 
revenues ai)rès le mariago et qui, au nouvièino mois révolu, accou- 



^îr.^ 



r^o 



HEVÏ'K D'onSTl^TniniE KT DE GYNÉCOLOGIE 






clia d'une fille. Mais, il y avait eu ceci de particulier que, les premiers 
rapports ayant provoqué des phénomènes de vulvo-vaginite exces- 
sivement douloureux, bien qu'ils ne fussent pas de nature gono- 
coccique, la continence la plus absolue fut ensuite observée pendant 
plusieurs semaines. La grossesse avait donc commencé aussitôt 
après le mariage et la fin des dernières règles virginales, c'est-à- 
dire dans les conditions voulues pour engendrer un garçon. Il était 
impossible que l'ovule de la menstruation suivante fût en cause et 
que sa fécondation précoce eût empéclié l'écoulement sanguin de 
paraître, ce qui aurait expliqué la naissance d'une fille, car les 
circonstances ne permirent la reprise des relations sexuelles que 
bien après la date où la nouvelle période cataméniale aurait dit 
survenir. 

Quant aux trente et un cas dont les résultats ont confirmé 
l'hypothèse de Thury, je crois inutile de les rapporter in-exlenso. 
Il me suffira d'insister sur ce point que je ne les ai considérés 
comme probants qu'à une condition expresse, c'est que la féconda- 
tion ne pûl résulter que d'un seul coït dont la date : trois ou quatre 
Jours avant les règles pour une fille, irois ou quatre Jours après pour 
un garçon, fût indiquée de la façon la plus précise. En dehors de ce 
coït, aussi longtemps que la grossesse n'était pas absolument 
évidente, les rapports devaient être ou totalement interrompus ou 
pratiqués de telle sorte qu'ils ne pussent être suivis de conception. 
J'estime que la moindre négligence à cet égard eiltraîne d'emblée la 
nullité radicale de l'observation. Il en est ainsi toutes les fois que des 
rapports multiples peuvent être relevés dans l'intervalle de deux 
époques. J'accorde qu'il soit parfois possible en pareil cas d'avoir 
des présomptions, mais ce ne sont que de simples présomptions et 
cela ne suffit pas lorsque la solution d'un problème aussi difficile 
exige toute la rigueur de l'expérimentation physiologique la plus 
sévère. 

Voilà pourquoi, dans l'espace de quinze à seize ans, je n'ai 
recueilli que ces trente-cinq faits; trente et un sont confirmatifs et 
quatre plus ou moins contraires, mais un seul sans contestation 
possible. Dans leur ensemble, je crois qu'ils apportent un sérieux 
témoignage en faveur de la loi de Thury. Je n'en suis pas moins le 
I)remier à reconnaître que leur nombre est loin de suffire pour 
trancher définitivement la question. Ce ne serait môme pas assez 
de plusieurs centaines de cas ; c'est par milliers qu'il faudrait pou- 
voir les compter, mais leur réunion est une œuvre considérable qui 
demandera, pour être menée à bonne (in, beaucoup de patience et 
lie longues années. 



Ilessemblance ordinnirenient plus accusée des filles avec 1$ père, des 
garçons avec la mère ; elle vient à l'appui de V hypothèse de Thury. — 
En attendant, peul-élre ne serait-il pas sans intérêt de meltre en 
relief une particularité que Ton a de tout temps observée dans un 



^■^ 



FOHMATION DES SEXES .)/ 

graad nombre de familles ; c'est qu'en général les filles ont plus de 
ressemblance avec le père et les fils avec la mère. Il y a des excep- 
tions sans doute, mais elles ne sont pas très fréquentes. « On a 
souvent remarqué, dit Le Dantec (1 -, que l'enfant ressend)leà celui 
de ses parents qui a le sexe opposé au sien ». Or, les conditions 
((ui, d'après la loi de Thury, présideraient à la formation des sexes, 
fournissent, il me semble, rex[)lication très simple de ce phénomène. 

L'ovule correspondant à chaque menstruation est fécondable, 
nous l'avons vu, [)endard une vingtaine de jours. Si nous supposons 
deux femmes dont les règles, d'égale durée, commencent et finissent 
le même jour et si nous admettons que, chez l'une, la fécondation 
ait lieu le premier jour, non de la menstruation, mais de révolution 
ovulaire, alors que, chez la seconde, elle ne s'effectue que le 
vingtième, nous voyons que le facteur paternel intervient 19 jours 
sur 20, dans le premier cas, et un jour sur 20 seulement, -dans le 
second, pendant que le facteur maternel demeure invariable. 

N'esl-il pas dans l'ordre logique des choses que des conditions 
primordiales aussi différentes exercent un notable «l'etentissement 
sur le produit de la conception ? Evidemment, le premier enfant 
subit beaucoup plus que le second l'influence du père et cette influence 
doit être proportionnelle au rapport qui existe entre le temps de 
l'ovulation pendant lequel agit le facteur paternel et la durée totale 
de cette ovulation, le reste appartenant exclusivenient au facteur 
maternel. Entre les deux phases féminine ou initiale et masculine 
ou terminale que nous avons distinguées dans le développement 
ovulaire, il existe un point limite interujédiaire auquel on peut 
approximativement donner comme formule 10 sur 20. Plus la 
proportion qui représente le facteur paternel s'en rapproche et 
plus tend à s'égaliser la part d'influence des deux parents ; })lus 
elle s'en éloigne et plus la part de l'un augmente ou diminue par 
rapport à celle de l'autre. L'être procréé tout à fait au début de 
l'ovulation doit donc tenir beaucoup plus du père, et c'est une fille; 
au contraire, celui qui est engendré à la fin <loit tenir davantage de 
la mère, et c'est un garçon. Ainsi, dans les deux exemples su])posés 
plus haut, le facteur paternel pourrait s'exprimer par les chiffres 
19 sur 20 pour le premier et 1 sur 20 pour le second, très éloignés 
tous deux du point intermédiaire qui est 10 sur 20. On voit] en même 
temps que la ressemblance est croisée du père à la fille et de la. 
mère au lils. Si elle est plus ou moins accusée suivant les cas, cela 
dépend du moment j)lus ou moins rapproché des coidîns extrêmes 
de l'ovulation où s'etTectue la fécondation. Vers sa |)hase moyenne, 
les divergences s'atténuent, ce cjui permet de conqirendre ((ue 
certains garçons puissent otïrir une très grande similitude avec le 
père et certaines filles avec la mère. 

fl' F. Le Dantec. La sexualité Scientiie), \). 5t. 

Depail et CiKMOT, — Dicl. encyclopédique de Derhambre: Art. : 
Menstruation, p. iVJH. 



58 RKVÏK onSTÉTUinl K KT DE GYNKCOKOGIE 

E '^ ■ ■ 

Je laisse aux philosophes le soin de disserter sur les conséquences 
naturelles de ces données [)hysiologiques au point de vue de 
l'hérédité des diverses qualités physiques et morales ou du génie 
des grands hommes : c'est moins à leurs lîls qu'à leurs filles qu'ils 
ont chance de les transmettre. En tous cas, il m'a semblé que ce 
n'était pas sortir de la question de la procréation des sexes que 
d'exposer ces intéressantes remarques. 

VI 

Les anomalies de l'ovulation. 

Explication possible par ces anomalies de certaines exceptions à la 
loi de Thiinj : Ovulation sans menslruation. — Dans toutes les consi- 
dérations précédentes, j'ai pris comme point de départ et comme 
base du raisonnement le parallélisme qui existe en général entre 
l'ovulation et la période menstruelle. Dans la grande majorité des 
cas, en effet, cette corrélation n'est pas douteuse, ainsi que l'onlbien 
mis en évidence les reclierches de Chéreau, de Percival Poti, de 
Bird, de Roberls, etc. Cependant, d'autres auteurs, Carus, Aran, 
y - Haciborski , Liégeois, Slavianski, de Sinély, Ritchie ont montré 

i (jue, chez de toutes petites filles, un grand nombre de follicules de 

Graaf pouvaient arriver à maturité complète et se rompre sans s'ac- 
compagner d'aucun flux menstruel. Quelques-uns même, Giraudet 
I de Tours), Beigel, Paul Mundé, sont allés jusqu'à nier la corrélation 
de l'ovulation et des règles. Le fait est qu'à l'autopsie déjeunes 
fenmies bien conformées, dont le flux menstruel ne s'était pas établi, 
on a pu constater des traces indéniables d'ovulation caractérisées 
par l'exislence de corps jaunes sur les ovaires. L'un des cas de ce 
genre les plus remarquables a été recueilli par le professeur Gubler 
sur une femme morte à l'âge de 23 ans qui n'avait jamais eu ses 
règles et dont les ovaires ne présentaient pas moins de 17 corps 
jaunes. Des observations du même ordre ont été enregistrées après 
la disparition de Técoulement cataménial sous l'influence de l'anémie, 
delà chlorose ou de toute autre maladie (de Sinéty). Je rappelle 
enfin les cas assez rares, il est vrai, de personnes, ayant eu plusieurs 
enfants sans jamaisavoir été réglées, ainsi que de conceptions sur- 
\ enues après la ménopause. 

Menstruation sans ovulation. — Inversement, Kollikor, (iirwood, 
Goste, Giraudet, Godard, Aschwell, Paget, Gubler (1) ont pratiqué 
un assez grand nombre d'aulopsies dans lesquelles, chez des femmes 
morles pendant la menstruation, il avait été impossible de trouver 
la moindre trace de la rupture d'un follicule ovarien. D'autre part, 
(les chirurgiens tels cjue Spencer Wells, Baker-Brown, Kœberlé, 
Léon Le Fort, Terrier, etc., ont relaté, après l'extirpation des deux 
ovaires, la persistance régulière d'un écoulement sanguin pério- 
dique dont l'abondance et la durée conservaient leurs caractères 
normaux. Si donc il existe ordinairement une corrélation intime 



FORMATION DES SEXES r>9 

entre» l'évolution ovulairc et lo flux menstruel, corrélation ^qu'il faut 
admettre comme la règle très générale, on doit bien savoir aussi 
qu'il y a des exceptions et nous en avçns des preuves irrécusables. 
N'eùl-il pas été, d'ailleurs, bien singulier que les fonctions géni- 
tales chez la femme fussent invariablement exemptes d'anomalies 
quand nous en observons dans toutes les autres grandes fonctions 
de l'organisme et dans les dispositions anatomiques les plus essen- 
tielles ? Toujours est-il qu'au point de vue de la procréation des 
sexes à volonté, nous devons laire entrer en ligne de compte IVven- 
lualité d'ovulations avancées, retardées ou surnuméraires que"| nul 
indice ne révèle et qui sont propres à déjouer tous nos calculs. 

La fécondation dun ovule surnuméraire a pour e/}i*l de mettre en 
apparence ta toi de Thury en défaut, sans t'infirmer en réatité. — 
C'est ainsi, par exemple, que peuvent s'expliquer les grossesses 
gémellaires aboutissant à la naissance d'un garçon et d'une fille. 
Il est alors possible que l'un des ovules étant normal dans sa 
migration ait donné l'un ou l'autre sexe suivant qu'il a été fécondé 
pendant la phase initiale ou terminale de son développement, 
tandis que Faulre ovule étant surnuméraire a été fécondé en même 
temps que le premier, mais dans des conditions inverses de 
maturité, soit qu'il Tait précédé, soit qu'il Tait suivi. Même s'il 'était 
prouvé que, dans un cas donné, les deux jumeaux de sexe difl*érent 
fussent issus d'un seul ovule à double vilellus, ce ne serait pas 
encore un argument décisif contre la loi de Thury. Déjà le fait de 
l'inclusion d'un double vitellus dans un ovule unique ne serait-il pas 
une évidente anomalie et dès lors comment serait-il vraisemblable 
que l'un de ces vitellus fût à un degré de maturité moins avancé 
que l'autre ? 

Mais le point sur lequel je tiens surtout à insister, c'est que la 
migration d'un ovule surnuméraire ne rend pas seulement comj)te 
des grossesses gémellaires produisant les deux sexes, elle permet 
aussi bien d'expliquer certains faits de conception simple dans 
lesquels le résultat parait infirmer la règle, quoique toutes les 
conditions nécessaires aient été rigoureusement observées. Il est 
possible, en effet, que les spermatozoïdes manquent l'ovule normal 
qu'ils étaient destinés à féconder à tel ou tel degré de son dévelop- 
pement et ne rencontrent que l'ovule surnuméraire à [une phase 
l)récisément oj)posée. Alors, au lieu d'une fille on voit naître un 
garçon et vice versa. En ap])arence, ce résultat est contraire à la 
loi ; en réalité celle-ci n'est pas en défaut : il s'est produit seulement 
une de ces exceptions qui, loin d'infirmer la règle, n'en sont 
qu'une application particulière. 

Il n'en est pas moins à présumer que de telles exceptions consti- 
tueront, pour la plupart des observateurs et surtout pour ceux dont 
elles auront déçu les espérances, des preuves qu'ils jugeront irréfu- 
tables contre l'exactitude de la théorie : on peut être certain qu'ils 



(10 REVUE D'onSTitTRIQL E ET DE GYNÉCOLOGIE 

f^T useroQt dès lors pour la coniballre en adversaires iiTéducliblos, 
finl>iianl qu'à chaque instant la physiologie, la pathologie, Tanatomie 
elle-même nous offrent roccasion d'observer des cas plus ou moins 
bizarres qui s'écartent des lois générales, mais dont le nombre est 
iirliine eu égard à ceux qui leur obéissent. Ce qui importe en 
j'éulité, dans toutes les questions que j)euvent soulever les sciences 
luédicales et notamment dans celle qui nous occupe, ce n'est pas 
que l'on puisse rencontrer des exceptions à la règle, c'est desavoir 
i^} vraiment il existe une règle et quels en sont les termes essentiels. 

Vil 

NrRVELLES RECHERCHES NÉCESSAIRES POUR ÉTABLIR SIR DES FAITS 
ASSEZ NO.MBREl'X ET POSITIFS TNE LOI INCONTESTABLE. 

Conviction de Vauleuv. — Je suis, pour ma pai't, ai-je besoin de le 
i\\vr après tout ce qui précède, absolument convaincu de l'existence 
lie rette règle dont le principe a été pour la i)remière fois aftirmé 
pur le professeur Thury. Je crois qu'un rap})ort fécondant pratiqué 
h'fïis ou quatre jours avant les époques produit normalement une 
lillr et trois ou quatre jours après un garçon. Quels que soient les 
|M>ints secondaires au sujet desquels nous restions dans l'ignorance 
je n'en considérerais i)as moins le problème comme résolu dons sa 
(KiiUe fondamentale si des faits assez nombreux nous donnaient 
i erilière certitude que, dans l'immense majorité des cas, on obtient 
H Vfjlonté garçon ou tille quand on observe les conditions ci-dessus 
éiKiricées. 

y^écessilé du concours de plusieurs médecins pour élablir sur un 
(tiiiirc fjrand nombre de (ails la solution définitive de celle importante 
tpte^lion. — Je serais extrêmement heureux que ce sujet parût à 
qn^'Iques-uns d'entre vous digne de tenter leur curiosité et de 
provoquer leurs recherches. S'ils voulaient joindre leurs efforts aux 
riiirns, je suis persuadé qu'en un temps relativement court nous 
pneviendrions à réunir un nombre assez imposant d'observations 
nysud une signification très positive. Nous les soumettrions alors à 
VI »s critiques et peut-être dans leur ensend)le, j)ermettraient-elles(ie 
jMiiler, en le basant sur des éléments d'une indiscutable valeur, un 
jugement favorable ou contraire aux opinions que je viens d'exposer. 

A ceux qui ne reculeraient pas devant une entre|)rise aussi 
înfrrate et laborieuse, je rappellerai encore une fois que seuls 
devront entreren ligne de complètes cas dans lescjuelsla conception 
ne pourra être rapportée qu'à un seul coït fécondant à partir des 
jjri'rédentes règles jusqu'au jour où elle ne prêtera plus au moindre 
iionie. Il faudrait, en outre, que la durée habituelle des époques, 
îîifisi que 1 a date exacte par rapport à celles du coït fécondant fussent 
i ^|^^]et d'une mention très précise. H serait utile, enlin, mais non 
irulispensable, de noter la durée approximative de la gestation et le 
poiils de l'enfardpà sa naissance. 



FORMATION DES SEXES 61 

J'ajouterai qu'il y aurait lieu ira|)[)orter un soin tout spécial à 
recueillir les observations de grossesses survenues, avant le retour 
de la menstruation, chez îes femmes récemment accouchées qui 
n'allaitent pas ou chez les nourrices. D'après la règle, c'est une fille 
qui devrait en résulter. Il importerait pourtant de bien indiquer les 
dates des divers rapports sexuels auxquels pourrait être imputée 
la conception. Un coït unique n'aurait qu'une signilication relative ; 
il pourrait, à la rigueur, avoir eu lieu au moment où un ovule 
effectuant silencieusement sa migration serait déjà parvenu à sa 
phase de pleine maturité et procréer ainsi un garcjon. Au contraire, 
si les rapports se sont répétés à intervalles réguliers et assez fré- 
quents, il est permis de supjioser que Fovule a dû être fécondé 
l)rématurément, c'est-à-dire dans les conditions voulues pour que 
l'enfant soit du sexe féminin. 



VIll 



CONCLISIONS 

En terminant, je résume sous forme de conclusions les principales 
idées que j'ai développées ou discutées dans ce mémoire : 

1<> La |)rocréation de l'un ou de l'autre sexe n'est pas un phéno- 
mène fortuit; elle obéit à des lois qu'il inq^orte de déterminer ; 

2° Parmi les innombrables théories que l'on a imaginées, la plus 
rationnelle, la plus satisfaisante, la plus scientifique est celle de 
Thury qui attribue à la fécondation d'un ovule encore incom|)lète- 
nieul développé, c'est-à-dire dans la première phase de sa migration, 
la genèse du sexe féminin; et au contraire, celle du sexe masculin à 
la fécondation d'un ovule en pleine maturité, c'est-à-dire dans la 
deuxième phase de son évolution; 

3** Or, la migration de l'ovule correspond normalement au flux 
menstruel qui en est la manifestation extérieure. Si donc la fécon- 
dation a lieu avant les règles, elle engendre une fille, et après, un 
garçon, et, pour plus de sécurité, mieux vaut que ce soit trois ou 
quatre jours avant, dans le premier cas, et trois ou quatrejours 
après, dans le second. 

4° D'autre part, il est évident que l'ovule prématurément fécondé 
subit plus longtemps que celui qui l'est tardivement l'influence du 
père, celle de la mère n'étant pas sujette à varier. Ainsi s'explique 
la ressemblance ordinairement plus prononcée des filles avec le 
père et des garçons avec la mère. 

5° Mais l'ovulation n'est pas exempte d'anomahes : elle s'efîectue 
parfois en dehors des périodes menstruelles ; il s'agit d'un ovule 
indépendant et surnuméraire dont l'évolution peut justement 
commencer lorsque s'achève celle de l'ovule normal. Leur fécon- 



62 



UEVIK I) OUSTÉTUIOl E ET DE liYNÉCOLCKilE 



dation simultanée rend compte des grossesses gémellaires de sexe 
différent. Mais, si la fécondation manque Tovule normal et ne porte 
que sur l'ovule supplémentaire, il est tout naturel que le produit 
soit une fille, bien qu'elle ait eu lieu à un moment où, d'après la 
règle, il aurait dû être un garçon. Une anomalie du même ordre, 
précédant au lieu de suivre la menstruation, donnerait un résultat 
inverse. 

6° Ces sortes d'exceptions, sans infirmer la loi, fourniront toujours 
contre elle un argument très sérieux. 11 ne faut cependant pas leur 
attacher plus d'importance qu'elles n'en méritent ; mais il est bon 
de ne pas perdre de vue leur possibilité. Elles ne sauraient empê- 
cher la loi de s'imposer le jour où l'on aura pu réunir en nombre 
suffisant des faits très précis avec indication certaine de la date, 
par rapport à l'époque menstruelle, du coït fécondant, et comparer 
la proportion numérique de ceux qui seront favorables ou conlrai- 
res. Alors, il sera très facile de reconnaître si, oui ou non, les 
observations dissidentes ne constituent que des anomalies assez 
rares et conformes en définitive à l'état actuel de nos connaissances 
en physiologie, mais incapables d'infirmer la règle générale. 



GYNÉCOLOGIE 



TRAITEMENT DE LA MÉTRITE CHRONIQUE 

(LUTAUD. ) 

11 faut d'abord bien s'entendre sur la définition de la maladie. 
J'enttînds par métrite chronique une affection caractérisée anato- 
niiquement par l'augmentation de volume de l'organe, la dilatation 
et l'hypertrophie des glandes, et le plus souvent par la lacération 
ou l'érosion du col. 

Comme symptômes principaux : pesanteur abdominale, douleur 
l)endant la marche, leucorrhée graisseuse, blennorrhagie. 

Deux indications principales : 

1» Modifier le col ultérin et traiter les ulcérations ; 

2" Modifier la muqueuse utérine et les glandes, seul moyen de 
combattre efficacement le symptôme le plus pénible et le plus 
persistant : la leucorrhée graisseuse. 

i" Trailemenl limilé du col. 

La métrite, étant le plus souvent la conséquence de l'accouchement, 
est presque toujours accompagnée d'une ulcération résultant de la 
lacération du col pendant le travail. Je formule dans un article 
spécial le traitement local des ulcérations, érosions et lacérations 
du col. 



TRAITEMKNT Ï)K LA METRITE (:ilRONI^>LK 63 

2*» Trailemcnl de la mélrile proprement dile. 

Les modes de Iraitenient sont nombreux. Je ne fais que signaler 
les cautérisations intra-utérines au chlorure de zinc et le curetage. 
J'ai abandonné depuis longtemps les cautérisations au chlorure de 
zinc, parce qu'elles exposent à Tatrésie du col. Quant au curetage, 
c'est une véritable opération chirurgicale qui ne rentre jjas, à mon 
avis, dans les moyens que le praticien doit employer couramment 
dans le traitement de la métrite chronique. Son application doit 
être réservée pour les cas graves dans lesquels on suspecte dans 
l'utérus la rétention de débris placentaires. On en a, du reste, un 
peu abusé dans ces dernières années, comme on Tavait fait au 
commencement du siècle, à l'époque de Récamier. 

Le traitement que je propose et qui me paraît très simplifié est 
le suivant : 

1° Dilatation graduelle avec la laminaire ; 

2<> Lavage de la cavité utérine avec la sonde à double courant ; 

3» Introduction dans l'utérus d'épongés aseptiques et médi- 
caraentées, et application d'agents substitutifs sur la muqueuse 
malade. 

Ce traitement, qui semble compliqué, n'est, en réalité, que 
l'application rationnelle des divers procédés destinés à ouvrir 
l'utérus, à en modifier la muqueuse et à le débarrasser des produits 
morbides qu'il peut contenir. 

Je reviens, sur chacun des temps qu'il comporte. 

/«"■ temps. — Dilatation. — Je pratique la dilatation préalable avec 
des tiges de laminaire que je laisse séjourner seulement douze 
heures dans l'utérus. Pour être aseptiques, les tiges doivent baigner 
pendant cinq minutes daub une solution de sublimé à I/lOOO. 

Je n'ai pas besoin de décrire ici le modus opcrandi, qui est trop 
connu. Je rappelle seulement à mes confrères qui n'ont pas encore 
l'habitude des opérations gynécologiques qu'il est important, pour 
introduire la tige, d'employer le spéculum et de saisir la lèvre 
antérieure du col avec une pince à griffe. Cette préhension du col 
n'est jamais douloureuse. Une fois le col saisi de la main gauche, 
on exerce une traction plus ou moins forte, qui a pour but non 
seulement d'empêcher le refoulement de l'organe dans la cavité 
utérine, mais encore de faciliter l'introduction, en redressant 
l'utérus et en transformant en un canal rectiligne le canal utérin, 
qui est toujours plus ou moins coudé nu point de jonction du 
col et du corps. 

En procédant ainsi, linlroduclion de la laminaire est facile et non 
douloureuse ; en omettant cette précaution, elle est toujours difficile 
et douloureuse. 

Il faut souvent introduire deux ou trois laminaires, dont on 
augmente progressivement le volume, avant d'obtenir le degré de 
dilatation et l'accoutumance nécessaires pour le traitement. 



64 I\IiVi;E DOBSTÉTIUQI E ET DE GYNÉCOLOGIE 

2" temps. — Lavage el irrilalion de la cavité utérine, —J'attache une 
importance considérable à cette partie du traitement. 

On introduira dans l'utérus dilaté soit la sonde à double courant 
de Budin ou d'Olivier, soit, mieux encore, la sonde à deux branches 
de Reverdin, qui a l'avantage de maintenir les parois utérines 
écartées, et l'on fera une véritable irrigation avec 1 ou 2 litres de 
liquide très chaud (environ 38°). 

J'emploie, de préférence, une soJution de carbonate de soude 
à 3/100, qui se recommande par ses propriétés muco-dissolvantes. 

Lorsque l'utérus est infecté, je préfère la mixture suivante : 

Naphtol 

Salol àà 5 grammes. 

Chloral 

Alcool 250 — 

Une cuillerée à café par litre d'eau préalablement bouillie. 

Le vagin et le col auront été, au préalable, bien désinfectés par 
des injections vaginales avec cette même mixture. 

Pour bien comprendre l'action de ces irrigations vaginales et 
utérines chaudes, il suffit de bien découvrir le col avec un spéculum 
et de diriger sur l'utérus un jet vigoureux et prolongé avec la 
solution chaude au carbonate de soude (3/100). On verra aussitôt les 
lissus pâlir, ce qui est dû à une sorle d'ischémie produite par la 
chaleur et par la contraction du muscle ulérin ; puis, en introdui- 
sant le jet dans la cavité du col, il se produira, sous Tinfluencc de 
ces mêmes contractions, une élimination considérable des sécré- 
tions muco-purulentes, qui constituent le symptôme caractéristique 
de la maladie qui nous occupe. 

Ainsi, par la dilatation et l'irrigation utérine, j'obtiens Télimi 
nation des sécrétions morbides contenues dans l'utérus. C'est déjà 
une amélioration considérable, qui suffirait à contenter bien des 
malades. Mais, si l'on veut des résultats durables, il faut faire 
davantage et modifier la muqueuse utérine elle-même. J'emploie 
pour cela l'éponge comprimée. Je sais qu'elle a été condamnée au 
nom de l'antiseptie, mais je voudrais la réhabiliter, 

J" temps:. — Modification de la muqueuse utérine. — Tous les gyné- 
cologues ont remarqué que l'éponge préparée contenait dans ses 
interstices, lorsqu'elle avait séjourné dans la cavité utérine, des 
fragments de sang, de mucosité et parfois de muqueuse. L'éponge 
ne se comporte pas comme la laminaire ; sa dilatation est plus 
rapide, moins douloureuse et elle pénètre jusque dans les i)lus 
petits interstices de la muqueuse utérine malade. C'est un incon- 
vénient lorsqu'elle n'est pas aseptique, mais c'est un avantage au 
point de vue thérapeutique. J'ai donc voulu utiliser celte propriété 
dans un but thérapeutique. 

Pour cela, j'emploie des éponges ordinaires que j'ai soin de faire 
baigner dans une solution de naphtol ou de sublimé au 1/1000, 



THAITKMKNT DK LA MKTRITK CIIRONIOl K '>•> 



jusqu'à dilatation Complète. Ces éponges sont ensuite comprimées 
et taillées en cône par les procédés ordinaires, et conservées dans 
un flacon bien bouché et rempli d'iodoforme ou de salol (je préfère 
l'iodoforme). 

L'introduction seule de cette éponge, introduction rendue facile 
par la dilatation faite au préalable à la laminaire et par l'irrigation 
utérine, constitue à elle seule une médication très utile et très 
active. Après avoir été maintenue en place six ou huit heures, elle 
sera retirée, puis une nouvelle irrigation intra-utérine sera faite. 

J'affirme que ce traitement suffira, le plus souvent, à guérir la 
mélrite chronique de moyenne intensité. 

Mais il est certains cas où la muqueuse utérine a subi de telles 
altérations que le traitement par la dilatation et l'irrigation devient 
insuffisant. Telles sont les métrites fongueuses hémorrhagiques 
dont j'ai parlé plus haut. 

Dans ce cas, j'utilise encore les propriétés de l'éponge, non seu- 
lement comme agent dilatateur et modificateur, mais encore pour 
porter dans les replis de la muqueuse malade leg médicaments 
caustiques et substitutifs. 

Le traitement est exactement comme je Tai déjà décrit : dilata- 
tion à la laminaire, irrigation, puis introduction d'une éponge 
comprimée et aseptique, que j'imbibe pendant deux minutes de la 
sohition suivante : * 

Acide salicyliquc 1 gramme 

Alcool 10 grammes. 

Eau 240 — 

L'éponge ne doit être baignée dans la solution que pendant deux 
minutes, de façon à ce que sa surface seulement soit imbibée. En 
prolongeant l'immersion pendant un temps plus long, l'éponge 
perdrait du reste la consistance nécessaire pour son introduction 
facile dans l'utérus dilaté. 

Une fois introduite, l'éponge est laissée en place pendant six à 
huit heures environ. Elle sera toujours bien supportée. Lorsqu'elle 
est retirée, on pratique l'irrigation telle que je l'ai décrite dans le 
2® temps du traitement. 

Playfair et plusieurs gynécologues avaient proposé d'appliquer 
les médicaments substitutifs sur l'ouate enroulée autour d'un porte- 
topique. Je préfère l'éponge aseptique, pour les raisons suivantes : 

1° Elle peut être laissée en place sans déterminer aucune douleur ; 

2° Elle emplit totalement la cavité utérine en se dilatant et porte 
le topique jusque dans les plus petits replis de la muqueuse. 

En général, une seule application suffit pour obtenir la guéridon ; 
mais, dans les cas rebelles, où le tissu utérin est dégénéré, je 
conseille d'appliquer deux ou trois éponges à deux jours ou trois 
.jours d'intervalle, toujours suivies de l'irrigation utérine. 

Tel est le traitement bien simple et toujours pratique que je 



66 



RFATE D OBSTKTRlOrE ET DE GYNEnOI.OGIE 



conseille à mes confrères qui se trouvent en présence de malades 
hésitant à se soumettre au curetage. Il m'a réussi chez bien des 
femmes qui avaient déjà été curetées par des gynécologues conscien- 
cieux. Cela tient à ce que le curetage, que je suis loin du reste de 
condamner, ne porte pas toujours sur la totalité de la muqueuse 
malade. L'opérateur opère, en somme, à tâtons, et bien des points 
de la muqueuse peuvent échapper au raclage. Par le moyen que 
je propose, qui ne présente peut-être pas le côté brillant d'une 
opération, la muqueuse est soumise dans sa totalité à l'action 
caustique, sans être exposée aux rétractions qu'on a souvent 
observées après l'emploi des crayons de chlorure de zinc. 

Mais je suis loin d'abandonner le curetage qui convient surtout 
aux métrites post-abortives et qui constitue une opération à la 
portée de tous les praticiens. 



PÉDIATRIE 



TRAITEMENT DES TÉNIAS 
(Drevon.) 

Voici les formules \e% plus utiles : 
l'* Tanret : 

Sulfate de pellctiérine gr. 30 centigr. 

Tannin gr. 30 centigr. 

Sirop 25 à 30 grammes. 

Le remède est donné en une seule fois, et on lave la bouteille 
avec de l'eau sucrée que le malade absorbe également. Puis, il doit 
se promener jusqu'à ce qu'il commence à éprouver des vertiges : 
il se couche alors les yeux fermés, évitant le moindre mouvement 
qui pourrait provoquer des vomissements. Trois quarts d'heure 
après : purgation, huile de ricin ou eau-de-vie allemande. Il est 
indifférent d'employer l'un ou l'autre de ces purgatifs. 

Quel que soit le ténifuge employé, le malade devra aller du 
ventre dans un vase rempli au 3/4 d'eau tiède. Une autre bonne 
précaution est d'attendre que le besoin devienne absolument 
impérieux. 
2** Duhourcau : 

Extrait éthéré de fougère mâle.. 1 gr. 50 cenligr. 

Chloroforme 3 gr. 60 centigr. 

Huile de ricin 4 à 5 grammes. 

Huile de crolon • 1/2 goutte. 

Faire 12 capsules à enveloppe de gélatine. 

Les 12 capsules sont prises en 10 minutes ou 1/2 heure dans une 
cuillerée d'eau. Duliourcau conseille de boire le moins possible. 



LA FEMME MEDECIN 



67 



3° Créqui : 

Extrait éthéré de rhizomes frais 

de fougère màle 8 grammes. 

Calomel à la vapeur gr. 80. 

Faites 16 capsules à enveloppe de gélatine. Les prendre le matin 
à jeun, de 5 en 5 minutes avec un peu d'eau. 

Si au bout de 2 heures, on n'a pas obtenu de résultats, prendre 
80 gr. de sirop d'éther, et, s'il y a lieu, 30 gr. d'huile de ricin. 

Mais, généralement, la purgation supplémentaire est inutile, les 
formules Duhourcau et Créqui contiennent déjà un purgatif 
suffisant. 

Chez les enfants on peut employer la formule de Baumel. 

Huile éthérée de fougère mâle. . 2 grammes. 

Essence de térébenthine ) .^^ 

Eaudistillée ] ââ 2 grammes 

Gomme arabique pulv 2 grammes 

A prendre en une seule fois. 



VARIÉTÉS 



LA FEMME MEDECIN 



Cet aimable fantaisiste qui fut Albert Millaud, s'était occupé des 
doctoresses dans une odelette aujourd'hui oubliée et que nous 
avons été heureux de retrouver dans le Centre médical pour la 
communiquer à nos lecteurs. Elle était adressée à Mlle Schultze. 



Donc te voilà doctoresse, 

Sainte ivresse ! 
Qu'il a palpité, ton sein 
yuand, dans le vieil idiome, 

Un diplôme 
Te proclama médecin ! 

Donc, vousle voulez, mesdames ! 

Vous, ô femmes, 
Vous le parfum, la beauté, 
Vous l'amour, vous les caprices. 

Les délices. 
Le charme et la volupté. 

Vous que tous, tant que nous 
Isomnies, 

Faibles hommes. 
Nous adorions à genoux, 
Vous dont la vie était faite 

Pour la fête 
Et les joyeux rendez- vous 



Vous dont la lèvre se pose 

Fraîche et rose 
Sur notre front soucieux, 
Vous chez qui l'on allait rire 

Et s'instruire 
De riens très délicieux. 

Vous vous mettez la cravate 

D'Hippocrate 
El de Purçon le camail. 
Adieu, délice et mystère, 

Le cly stère 
A remplacé l'éventail. 

Vous parlez analomie, 

ma mie : 
Efîroyable assassinat! 
Si l'on vous dit : Je t'adore, 

Dis encore, 
.Vous répondez : Rubinat I 



m 



REVUE D OBSTETRIQLE ET DE GYNÉCOLOGIE 



Sur le carnet aux quadrilles 

Où les filles 
Inscrivaient le danseur brun, 
Vous écrivez des formules 

De pilules 
De kermès et de nerprun. 

Vos yeux faits pour les extases 

Dans les vases 
Plongeront en attestant 



Que la matière « ineffable » 

Est louable. 
Ce sera bien dégoûtant. 

Et quand l'époux que tu leurres. 

Vers onze Jieures, 
Voudra t'embrasser sans bruit, 
Tu lui diras, infidèle : 

On m'appelle 
A la sonnette de nuit... 



NOTES PRATIQUES 



Etlologie de la maladie de Bar- 

low. — M. TiERCELiN, ù, la Société 
médicale des hôpitaux, rapporte 
cinq cas de maladie de Darloiv, ob- 
sorvTS chez les enfants de nuit mois, 
dix-sept mois, vingt-sept mois, 
trois ans et demi et sept ans. 

Dans l'un de ces cas il n'existait 
que de la douleur au niveau des 
membres inférieurs ; dans trois 
auti-es on constatait des phéno- 
intMies douloureux d'empâlemeut 
d(v 1 f'xlrémilé supéi'ieure des fé- 
miu's et des fcngosités gingiv^des, 
enlin le cinquième cas [)résentait 
lu forme hémorrhagique, Lvec pur- 
pura, melrena et hémorrhagies gin* 
givales. Ces cinq malades étaient 
uourris au moj'én de lad slérihsé 
cl d(î farines dites de conserve. 

L'auleur se rallie à l'opinion gé- 
néralement admise qui attribue le 
développement du scorbut nfantile 
à l'alimentation trop exclusive au 
moyen de ces aliments de conserve. 
Enfin, dans aucun de ces «unq cas il 
n'y avait trace de rachiiismi?. La 
maladie de Barlow est donc bien 
du scorbut, et non du rachitisme, 
comme l'ont soutenu certains au- 
teurs. 

Lait stérilisé et cas de maladie 
de Barlow. — M. Guinon fut appelé 
récMMiiment en consultation par 
M. Coffin, pour un enfant de quel- 
ques mois qui présonl'ut de la ui- 
UH'fîU'lion des membres, (l?s ''«d- 
leurs très vives sous rinilu?n:o des 
mouvements (ju'on lui impn ii:r.'.. 
et clicz leciuel on avait tout d'abord 
soupçonné du rhumatisme. Mais il 
y avait en outre un état fongueux 
des gencives, qui n'avait pas ci ail- 



leurs échap[)é à l'examen de M. 
Coffm. et ravait mis en défiance à 
l'égard de la maladie de Ba-low. 
diagnostic que M. Guinon n'hésita 
pas ù attril)rfér au lait stérilisé. Ur 
cet enfapf était nourri exclusive- 
ment ar^_^c un nouveau lait slérdisé, 
dit lait Nectar dont la slérili.sation 
cirK' faîle à une température peu 
élevée, sous pression d'oxigéne. On 
mit l'enfant au régime du lait cru, 
on lui administra du jus de raisin 
et du jus d(; citron, et dès le V jour 
de ce trailement, on cons'ala dans 
l'élat (!(» l'enfant une amélioration 
manifeste, (pu continua à .s'accon- 
tuer de jour en jour depuis lors. 
C'était évidemment le mode d'ali- 
mentation antérieure qai'il. fallait 
incriminer lî\, comme fadeur prin- 
cipal dans la genèse de la maladie, 
et M. (îuinon lira de ce fait celte 
conclusion que le lait stérilisé in- 
dustriellement peut quelquefois 
donner lieu il quelques accidents, 
lorsqu'il est employé trop long- 
temps et exclusivement. 



L'hydrogène sulfuré dans le trai- 
ment des affections cardiaques. — 

Hensen pense que. l'usage de ce 
médicament se répandra de plus en 
plus dans le traitement des affec- 
tions cardiaques d'origine rhuma- 
tismale. L'action de la vapeur ra- 
lentit le pouls. L'auteur ne donne 
pas d'observations cliniques, il se 
contente de constater . les bons 
effets obtenus par l'inhalation de 
l'hydrogène sulfuré. Il pense d'ail- 
leurs que l'action bactéricide de la 
vapeur est insignifiante en ce qui 
regarde sou action sur l'économie. 



Imprimerie X, Perroux, MAcon. 



Fvn I . Ji'^ir."''^* 



GYNÉCOLOGIE 



TRAITEMENT DU VAGINISME 
(Pozzi). 

I. Traitement médical — Antispasmodiques : bain de son, tous 
les jours. 

Traitement hydre thérapique. 

Bromure de potassium. 

Matin et soir, appliquer un suppositoire avec : 

NI. Chlorhydrate de cocaïne gr. 25 

Beurre de cacao 4 — 

N- 2. Extrait de ratanhia 2 gr. 

Beurre de cacao 2 — 

Prescrire comme pommade : 

lodoforme 2 gr. 

Beurre de cacao 2 ~ 

Vaseline 15 — 

Introduire dans le vagin une mèche enduite de cette pommade. 

II. Traitement chirurgical. — Si le vaginisme est dû à Thyper- 
esthésie et à l'étroitesse de la vulve, pratiquer une opération ayant 
pour but à la fois et d'agrandir la vulve et de déplacer la surface 
hyperesthésique, sur laquelle devait s'exercer le premier effort du 
membre viril. 

Voici comment il faut procéder sous Tanesthésie : 

Inciser d'abord Thymen avec des ciseaux, puis faire la dilatation 
forcée de la vulve avec le spéculum de Trélat ; pratiquer ensuite 
de droite à gauche une incision latérale, à l'union du tiers inférieur 
et des deux tiers supérieurs de l'oriflce vulvaire. Cette incision, 
longue de 3 à4 centimètres, dépasse un peu plus en bas qu'en haut 
la ligne d'insertion de l'hymen et forme avec elle une croix. Elle 
meta nu les libres du constricteur et divise leur couche superfi- 
cielle, dans Une épaisseur de 2 à 3 millimètres. 

Enfin, faire la dissection des lèvres de la plaie, de manière à 
produire leur écaftement ; donner ainsi peu à peu à Tincision 
primitive la forme d'un losange allongé, à grand axe parallèle au 
bord de Torifice vulvaire. 

Réunir alors la plaie opératoire de manière à obtenir une ligne 
de suture qui croise perpendiculairement à la direction de l'Incision 
primitive de la vulve. La suture attire la muqueuse vaginale jusqu'au 
niveau de l'angle inférieur de l'incision faite au commencement de 
l*oi>ération. 

Oit obtient de la sorte un agrandissement de la vulve, que Ton 
peut graduer à son gré, et on produit un léger renversement dti 
la muqueuse vaginale en dehors de l'orifice, de manière à soustraire 
au frottement du coït la zone d'où partent les actions réflexes. 



70 UKVIJE D OBSTÈTRIQIK ET DE G^-NÉCOLOGlE 

PROPHVLAXIK 1:T THAIÏEMENÏ DK L'OPHTALMIE 
prnULENÏE DES NOUVEAU-\ÉS. 

(Hau). 

Ces mcsuf'ea prévenlivrs, simples et faciles à observer êl prescjue 
toujours efficaces se résunienl dans les quelques prescriptions 
suivantes. (Thèse de M. le D"* Sevray.) 

1** Désinfecter les organes génitaux de la mère avant Taccou- 
chement, dans les cas de blennorragie, de leucorrhée, ou de vagi- 
nite granuleuse, au moyen d une injection abondante, faite avec 
un liquide antiseptique, tel que le permanganate ou le sublimé ; 

2" Dès les premières douleurs faire prendre à la parturiente un 
grand bain savonneux ; 

3* Pendant le travail, protéger l'entrée du vagin au moyen d'une 
compresse de gaze antiseptique placée à l'orifice vulvaire, et recou- 
ver te elle-même d'une couche d'ouate (cette précaution devra 
surtout être prise avec grand soin lorsque les membranes seront 
rompues) ; 

40 Ne faire le toucher qu'après une désinfection soigneuse, des 
mains et ne le répéter que le moins souvent possible ; 

5° Eviter avec grand soin d'ouvrir les yeux de l'enfant dans les 
explorations et manœuvres obstétricales (jui peuvent être tentées ; 

6*» Aussitôt après la naissance, avant la section du cordon, alors 
que Fenfant n'a pas encore ouvert les yeux, les lui nettoyer minu- 
tieusement sur toute leur surface extérieure avec un tampon d'ouate 
employé à sec ; puis laisser tomber entre les paupières en tr'ouvertes 
une ou deux gouttes de nitrate d'argent à 1 pour 150 ; 

7« Après la section du cordon, nettoyer l'enfant avec un mélange 
à parties égales d'alcool à 90°, de glycérine et d'eau, supprimant 
tout bain, sauf ceux qui auraient un but thérapeutique ; 

8<* Veiller tout spécialement, pendant les premières semaines, à la 
propreté la plus rigoureuse des objets de toilette. Ne jamais se 
servir, pour la face, des linges et éponges utilisés pour le reste du 
corps. La propreté la plus rigoureuse sera également exigée de 
tous ceux qui donnent dés soins à Tentant. 

— Si, malgré toutes ces précautions, l'ophtalmie vient à se 
déclarer, il faut agir au plus tôt et recourir au trailemenl suivant : 

1* Faire plusieurs fois |)ar jour dans Tœil malade d'abondantes 
irrigations, au moyen de l'entonnoir laveur de Kalt, avec du 
permanganate de potasse à 1 pour 2,000, suivant la virulen'^.e du 
pus et la tolérance des tissus malades ; dans certains cas, on devra 
associera ce traitement quelques cautérisations légères au nitrate 
d argent; 

2° Si laffection est unilatérale, protéger lœil sain au moyen d'un 
léger pansement occlusif placé sur l'œil malade; 



FORMATION UES SEXES 



71 



3* Isoler tout enfant atteint et prévenir son entourage de la 
contagiosité de la maladie ; 

4** Désinfecter ou détruire tous les linges ou autres objels (|ui ont 
pu se trouver souillés. 



EiVlBRYOGÉiNIE 



DES (LVUSES OUI FAVORISENT LA rOtniATlON 

DES SEXES. 

RECHERCHES CLINIQUES 

Par Al. BoissARD, accoucheur à la maternité de Fhùpital Tenon. 

Je vous prie de m'accorder quelques instants d'attention et vous 
demande de répondre à la communication si intéressante et si 
documentée que vient de faire mon ami le docteur Guiard parue 
dans le n** précédent ; cette question de la sexualité m'intéresse, en 
effet, depuis longtemps, et je puis d'autant plus facilement prendre 
la parole à cette occasion que le docteur Guiard a bien voulu me 
communiquer son travail ; je vais donc apporter ici les résultats de 
mes recherches personnelles. 

Je féliciterai tout d abord le docteur Guiard sur le titre même de 
sa communication qu'il n'a pas intitulée : De la procréation des sexes 
à volonté, comme on le fait trop souvent quand on aborde ce sujet ; 
cette expression « Procréation des sexes à volonté » doit être abso- 
lument rejetée, non seulement parce qu'elle n'est pas scientifique, 
mais encore parce qu'elle a un côté charlatanesque ; j'intitulerai 
donc ma communication : Recherches des causes qui favorisent la 
formation des sexes. 

Tout d'abord, je crois pouvoir affirmer que nous ne connaîtrons 
jamais les lois qui régissent ou déterminent la sexualité, et je crois 
pouvoir appuyer mon dire, en formulant les objections sui- 
vantes : 

1® Objections tirées de Vordre métaphysique et sociat. 

Si les causes qui président à la détermination du sexe nous étaient 
connues, il s'ensuivrait un bouleversement général des conditions de 
'existence civilisée ; très rapidement l'humanité se trouverait aux 
prises avec des difficultés extraordinaires, qui mettraient enjeu son 
existence même; on assisterait non seulement à la naissance de 
problèmes sociaux nouveaux, mais encore à l'éclosion de luttes 
fratricides. 

11 semble donc qu'il y ait un rapport préétabli entre la sexualité 
masculine et féminine, une auto-régulation ; ce rapport est nécessaire 
pour l'harmonie des lois de l'cxistonce; il est la base de l'humanité 



72 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

et de la civilisation ; je crois donc pouvoir affirmer que cette auto- 
régulation reste au-dessus de nos connaissances et qu'elle ne saurait 
être changée par la volonté de l'homme. 

2° Objections Urées des lois de l'hérédité. 

Nous savons tous, sans pouvoir en donner une explication, que 
la puissance génératrice de garçons ou de filles se transmet hérédi- 
tairement; il y a longtemps qu'on a remarqué qu'il y avait des 
familles à garçons et des familles à filles ; je puis, entre autres faits, 
vous rapporter l'exemple suivant î 

La famille A... se compose de trois enfants, une fille aînée, une 
fille cadette et un garçon ; la fille aînée se marie et a 5 garçons et 
une fille; la cadette mariée donne le jour à 5 garçons, lefils n'a qu'un 
enfant, un garçon. 

Des 5 garçons de la fille aînée, trois se marient qui ont 7 enfants, 
5 garçoiis et 2 filles; quant à sa fille, elle donne le jour à deux 
garçons. 

Ainsi donc, dans celte famille, il y a eu 11 enfants du sexe 
masculin et 7 petits-enfants du sexe masculin, soit 18 mâles sur 
21 enfants. 

Est-ce que celte même loi ne «e constate pas pour certains pays 
el pour certaines races ? 

3° Objections tirées des lois de fonctionnement social. 

Les statistiques démontrent qu'après une grande disparition 
d'hommes succède une grande natililé masculine : les vides, en un 
mot, sont remplis par la sexualité qui se trouve momentanément en 
déficit. 

Ces différentes objections générales démontrent, il me semble, 
que les lois qui déterminent la sexualité sont au-dessus de nos con- 
naissances el doivent échapper au pouvoir de Thomme. 

Si ces lois nous échappent, il n'est pourtant peut-être pas impos- 
sible de chercher si certaines conditions ne favorisent pas plutôt 
une sexualité de préférence à l'autre ; la loi de Thury, que vous con- 
naissez bien, semble en effet iirésentcr une parcelle de vérité, ou 
plutôt démontrer que l'étal dans lequel se trouve l'ovule au moment 
de l'imprégnation intervienne comme facteur dans la détermination 
du sexe : cet état particulier est le degré de maturité de l'ovule au 
moment de l'imprégnation ; si l'imprégnation se produit sur un 
ovule jeune, le produit de conception est du sexe féminin ; se pro- 
duisant sur un ovule vieux, c'est-à-dire avec son complet dévelop- 
pement, le produit de conception est du sexe masculin: comment 
expliquer autrement la différenciation sexuelle chez les petits d'une 
même portée après une seule imprégnation ? 

Il ne faut pourtant pas trop exagérer la valeur de la loi de Thury, 
ni en généraliser les conditions : nous savons en effet que cette loi 
ne s'applique pas à toutes les espèces, et que même elle n'est pa» 



FORMATION DES SEXES 73 

absolument constante pour la même espèce, ce qu'on pourrait pro- 
bablement expliquer en avouant que nous ne connaissons ni la durée 
de la maturité de l'ovule, ni celle de sa fécondabilité. 

En somme, le problème qui nous occupe consiste à rechercher 
quelle sera la sexualité, selon que la fécondation portera sur un 
ovule jeune ou sur un ovule sinon vieux, du moins ayant atteint son 
complet et parfait développement. 

Nous savons que les ovules ne sont pas d'un sexe prédestiné : les 
ovules fécondés sont hermaphrodites; l'embryon présente au 
début de sa formation une phase d'indifférence sexuelle ou plutôt 
de bisexualité ; quelles sont donc les causes qui produisent Fatrophie 
et la disparition des éléments anatomiques qui sont chargés du 
développement du type féminin tandis qu'il y aura prolifération des 
cellules qui président à la formation ou à la production définitive 
du type mâle ? 

Partant de cette idée qu€ la fécondation d'un ovule jeune donne 
naissance à un produit du sexe féminin, il nous reste à assigner le 
moment où s'est opérée la fécondation : une fois que nous aurons 
déterminé les cas de fécondation portant sur l'ovule jeune ou sur 
l'ovule vieux, il ne nous restera plus qu'à constater quelle sera la 
nature du sexe dans l'un ou l'autre cas. 

Il est reconnu que le produit de conception peut provenir soit 
d'une fécondation qui suit les règles (ovule vieux), soit d'une fécon- 
dation qui précède la menstruation (ovule jeune) ; en un mot, si 
l'ovule fécondé appartient à la dernière apparition des règles, il y 
aura fécondation post-menstruelle, s'il appartient à la première 
suppression des règles, il y aura fécondation pr^-me/is/rue//e. 

J'ai donc cherché à déterminer les cas où il y avait fécondation post- 
menstruelle et les cas où il y avait fécondation pré-menstruelle, et 
dans chaque cas j'ai noté la nature des sexes ; on comprend facilement 
qu'il soit plus facile de déterminer les cas de fécondation pré-mens- 
truelle que les cas de fécondation post-menstruelle. 

Comment établir que la fécondation a été pré-menstruelle, c'est-à- 
dire qu'elle a eu lieu dans les jours qui précèdent la première dii»pa- 
rition des règles ? 

J'ai réuni sous quatre chefs les preuves cliniques de fécondation 
pré-menstruelle, et dans tous ces cas, j'ai noté le sexe du produit de 
conception. 

A. Du sexe dans les grossesses pseudo-prolongées ou de 10 mois ; 

J'ai rencontré à la maternité de l'hôpital Tenon quantité de femmes 
enceintes se présentant pour accoucher, parce que d'après l'époque 
de leurs dernières règles elles se croyaient à terme; or, en fait, ces 
femmes à ce moment n'étaient enceintes que de huit mois; le volume 
de l'utérus, le volume du fœtus permettaient d'affirmer que la 
conception remontait non à la dernière apparition des règles, mais 
bien à la première disparition, et j'en' avais la preuve par ce fait que 



74 UKNl'E D'onSTKTniQLE ET DE GYNÉCOLOGIE 

la grossesse continuait encore Irois semaines; Faccouchement d'un 
enfant à terme se produisait à la dixième époque correspondante des 
dernières règles; il y avait donc eu conception pré-menstruelle; je 
vais prendre un exemple pour bien faire comprendre ma pensée : 
Une femme ayant eu ses dernières règles le 13 février se présente le 
13 novembre pour accoucher «e croyant tout près du terme ; en fait 
à ce moment par le développement du fœtus on reconnaît qu'elle 
n'est enceinte que de huit mois ; la fécondation n'a donc pas suivi 
les dernières règles, mais a précédé la première disparition qui est 
du 13 mars; et de fait,i*ctle femme n'accouche que le 10 décembre 
d'un enfant à terme; il y a eu fécondation pré-menstruelle, la femme 
n'accouchant qu'aux environs de la dixième époque manquante des 
règles ; je ferai observer que dans ces cas, je note, pendant la gros- 
sessCyl^ nature du produit de conception, donnant unefîche spéciale 
"^ à la femme ; après l'accouchement je vois si l'observation au point 
de vue du sexe annoncé se vérifie ou non. 

Comme corollaire de ces cas, il faut y joindre les observations où 
les femmes paraissent accoucher à terme d'après Tépoque corres- 
pondante des dernières règles, mais qui, en réalité, accouchent à 
huit mois, comme le démontre le poids de l'enfant qui est de 400 à 
500 grammes au-dessous de la moyenne; dans ces deux ordres de 
faits, il semble donc permis d'affirmer que la fécondation n a pas 
suivi la dernière apparition des règles, mais a précédé la première 
suppression; sur 37 cas se rapportant à cet ordre de preuves, et où 
jai noté, pendant la grossesse, le sexe probable du produit de 
conception, il y a eu 21 filles et 16 garçons. 

B. Du aère dans les grossesses gémellaires bi-vilelUnes avec sexes 
croisés : 

11 est une variété de grossesse gémellaire assez rare où la 
conception, au lieu d'être simultanée, est successive, quoique dans 
la même période intermcnstruelle; la fécondation, au . lieu d'être 
le résultat de la polyspermie ou de porter sur un ovule à deux 
germes, la fécondation, dis-je, porte successivement sur deux ovules 
qui présentent un degré différent de maturité ; or dans les cas où 
les sexes sont croisés, on observe, au moment de l'accouchement, 
la naissance d'un garçon dont le poids dépasse de 500 à 600 grammes 
celui du deuxième produit qui est une fille, preuve que l'émission 
de l'ovule dont elle provient a été postérieure à la fécondation du 
premier ovule qui a donné naissance à un garçon ; il est donc encore 
permis de conclure que l'ovule pondu et fécondé le second, c'est-à- 
dire pré-menstruel, évolue suivant le type féminin; les faits de ce 
genre sont rares et difficiles à observer, j'en possède pourtant 
quelques-uns, entre autres la fiche 945, où le garçon pesait 
600 grammes de plus que la fille; le garçon était à terme, la fille ne 
l'était pas; la fécondation pour celle-ci avait été pré-menstruelle. 

Ç. Du sexe dans la conception pendant l'aménorrhée^ — Je ne me 



FORMATION l>KS SKXKS /.> 



suis occupé que des conceptions pendant rainénorrhée qui accom- 
pagne Tallaitemenl, laissant de côté rami^norrliôe do cause patho- 
logique. 

Il m'a paru très intéressant de noter dans ces cos quelle était In 
nature du produit de conception, mais pour que ces observations 
aient une valeur absolue, il faudrait que les nourrices non réglées 
s'exposassent à devenir enceintes tous les jours, c'est-à-dire dès le 
débutde la maturité, de la fécondabilité de l'ovule; de celte rn(:oii 
l'imprégnation ne pourrait porter que sur un ovule jeune; quoi (jn'il 
en soit de cette restriction nécessaire, j'ai observé 16 cas de con- 
ception pemlant l'aménorrhée. Or, sur U\ cas, il va en 11 tîlle*<cl 
5 garçons. 

D. Du sexe iorg de la conceplion chez les nouvelles mariées. — Dans 
les cas semblables qui ne peuvent avoir de valeur que dans la 
clientèle de la ville, on peut parfois avoir des données positives sur 
répoque où s'est produite la fécondation ; or il est intéressant de 
noter quel est le sexe, suivant que la fécondation a eu lieu après la 
dernière apparition ou avant la première disparition des règles; 
ces cas ne peuvent s'appliquer que chez les nouvelles mariées qui 
deviennent enceintes sans avoir revu leurs règles depuis leur 
mariage; dans ces faits ia nature du produit de conception m'a 
paru également dépendre de l'époque du mariage par rapport à 
l'époque des dernières règles. 

Fixons le fait par exemple : une jeune fdle a ses dernières règles 
le 5 mars, elle se marie le 25 du môme mois, et devient enceinte de 
suite comme le prouve l'absence des règles qui auraient dû venir le 
5 avril ; c'est bien là un cas de fécondation pré-menstruelle ; or ces 
cas favorisent la sexualité féminine; on peut donc dire que si le 
mariage a lieu 15 ou 20 jours après les dernières règles, et s'il y a 
eu fécondation de suite, c'est-à-dire dans les 8 jours qui précèdent 
la prochaine époque des règles, la sexualité est en général du type 
féminin. 

Ce fait avait frappé depuis longtemps l'esprit des masses, et vous 
connaissez le dicton populaire qui dit que les garçons font souvent 
injure à leurs mères nouvelles mariées, tandis que les filles 
retardent, parce que déjà coquettes elles font leur toilette; si les 
filles retardent, comme on dit, n'est-ce pas une preuve que la fécon- 
dation n'a pas porté sur l'ovule des dernières règles, mais sur 
l'ovule de la première disparition des règles, ce qui revient à dire 
qu'il y a conception pré-menstruelle? 

Kn résumé, j'ai cherché à reconnaître les cas où l'imprégnation 
avait eu lieu dans les jours qui précèdent /« première disparition des 
rdfjles, et non qui suivent la dernière apparition, c'est-à-dire, les cas 
de fécondation pré-menstruelle, et j'ai noté dans ces cas quelle est. 
au point de vue du sexe, la nature du produit de conception. 

^'ai pu air^si obtenir 53 cas qui m'ont fourni 32 filles et 21 garçons; 



76 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

je poursuivrai cortaincment ces recherches, mais je crois pouvoir 
conclure que si la f(^condation porte sur un ovule jeune, le produit 
est plus souvent du sexe féminin; en un mot, l'âge de l'ovule fécondé, 
c'est-à-dire son degré de maturité paraît être un facfceur qui préside 
h la formation du sexe et détermine la sexualité suivant le type 
féminin. 

Qu'il me soit permis, en terminant, d'élever le débat, et de porter 
la question sur un terrain plus général en faisant une excursion 
dans le domaine philosophique; l'ovule jeune, au début de sa matu- 
rité est une cellule incomplète, imparfaite puisqu'elle n'a pas encore 
acquis tout son développement, qu'elle n'a pas parcouru son cycle. 
C'est pourquoi cet ovule, cette cellule encore imparfaite, lorsqu'il y 
aura fécondation donnera naissance à un être faible, inférieur, c'est- 
à-dire à un produit du sexe féminin, à petit squelette, petits muscles, 
petit cerveau; c'est là, croyons-nous, une démonstration anatomo- 
physiologique do la débilité de la femme qui, provenant d'une 
cellule à développement inachevé, doit se présenter comme un être 
qui n'est pas fini. 



OBSTÉTRIQUE 



A PROPOS D'UN CAS DE RUPTURE SPONTANÉE DE 
L'UTÉRUS, AU COURS DU TRAVAIL, 

Par E. Paquy. 
Chef de clinique à la Maternité. 

La femme P. J..., âgée de 31 ans, entre à la Clinique Baudelocque 
le 15 novembre 1900 à 5 h. 15 du soir. 

C'est une secondipare, elle est accouchée spontanément une pre- 
mière fois à la Clinique Tarnier le 4 juillet 1898 : enfant vivant 
présenté par le sommet, à terme. 

Elle a eu ses dernières règles du 26 au 28 février 1900. Apparition 
des premières douleurs le 15 novembre à 9 heures du matin. Une 
sage-femme prévenue se présente chez la parluriente à midi, constate 
que la dilatation est complète et rompt les membranes. Il s'écoule 
une certaine quantité de liquide amniotique de coloration normale 
La sage-femme engage sa cliente à faire des efforts d'expulsion. 
Mais à 2 h. 1/2, voyant (lue la tète n'a aucune tendance à s'engager, 
elleTait appeler un médecin qui conseille le transfert à l'hôpital. 

A 5 h. 15 du soir, la femme arrive à la Clinique. Son état général 
est bon. Pouls 108, température 37<>. L'utérus remonte à 36 centi- 
mètres au-dessus de la symphyse. Au palper, on constate que la 
tète fœtale se trouve au niveau du détroit supérieur, le dos à gauche. 
Les bruits i\u cœur IVetal sont normaux. Au toucher, on trouve une 



UN CAS DE RUPTURE SPONTANÉE DE l'uTÉRUS 77 

dilatation complète, les membranes rompues. Le liquide amniotique 
est coloré en vert. Sur la tète fœtale on sent une bosse sero-snn- 
^uine volumineuse qui occupe l'aire du détroit supérieur. Le doigt 
arrive très facilement sur le promontoire. Le diamètre P. S. P. 
mesure 9 cent. 5. 

Immédiatement au-dessus du pubis, on sent une tuméfaction 
[paraissant siéger au-dessous de la paroi musculaire, remontant un 
peu au-dessus de la symphyse et débordant latéralement la ligne 
médiane de 6 centim. à droite et à.gauche. Le cathétérismé ayant 
démontré qu'il ne s'agissait pas de la vessie pleine, on pense qu'on 
se trouve en présence de cet œdème du segment intérieur de Tutérus 
qu'on rencontre si souvent h ce niveau chez les femmes en travail 
ayant un rétrécissement du bassin. 

Cette femme ayant accouché une première fois spontanément à 
terme, son état général ainsi que celui de son enfant étant satis- 
faisants, on décide d'attendre encore quelques heures avant de 
pratiquer une intervention. 

A 8 heures du soir, je vis cette femme pour la première lois. Les 
contractions utérines étaient régulières, mais il n'y avait aucune 
tendance à rengagement de la partie foblale. Les membranes étaient 
rompues depuis plus de cinq heures, la tète inclinée sur son 
pariétal postérieur, la suture sagittale était à un centimètre environ 
de la face postérieure de la symphyse, paraissait fixée et n'avait 
aucune tendanceà descendre dans l'excavation. Je pensais qu'on aurait 
tout à perdre en attendant plus longtemps et je me disposai à prati- 
quer la symphyséotomie. 

Les préparatifs nécessaires à cette opération demandèrent une 
heure environ. La femme avait été rasée et transportée dans la 
salle où on devait l'opérer sans que rien d'anormal ait été cons- 
taté dans son état. Tout à coup, au moment où on allait com- 
mencer l'anesthésie, nous vîmes la tuméfaction signalée quelques 
heures auparavant au niveau de la région hypogastrique, augmenter 
de volume, atteindre l'ombilic, gagner la partie latérale gauche de 
l'abdomen pendant que l'utérus était refoulé à droite. Le pouls de 
la femme monte à 120, elle pâlit et se plaint d'une douleur violente 
au niveau de la partie inférieure de l'abdomen. On applique immé- 
diatement le sthétoscope au niveau dq dos du fœtus et on ne perçoit 
plus les bruits du cœur. Sous nos yeux, une rupture utérine venait 
de se produire. 

L'enfant était mort, et la tète fœtale était toujours au niveau du 
détroit supérieur, il fallait l'entraîner avec rapidité par les voies 
naturelles. La femme est anesthésiée et on pratique une basiotsipsie 
qui permet d'extraire facilement un fœtus du sexe masculin pesant 
3,000 grammes sans matière cérébrale. 

Aussitôt après^l'extraction du fqptus, une main introduite dans la 
cavité utérine reconnaît l'existence d'une|déchiruresoiis-péritonéale 
de la paroi antérieure, s'étendant à gauche et" située immédiatement 



78 REVUE D^OBSTÉTRIQIE ET DE GYNÉCOLOGIE . 

au-ticssous du boni iiiférieiii' du |>laceiita inséré sur la face anté- 
rioure de Fulérus. A Taide do la dflivraiMM» artificielle, ou extrait un 
placenta pesant 330 grammes. 

L'intervention que nous venions de pratiquer nous avait permis 
de contrôleur notre diagnostic. Il s'agissait bien d'une rupture 
utérine qui ne pouvait être traitée que par une laparotomie. 

Elle fut pratiquée séance tenante. A l'ouverture du ventre, noiis 
trouvâmes Futérus à droite, et à gauche un énorme hématome <bi 
ligament large, du volume d'une tète d'enfant de 3 à 4 ans. Il n'y a 
pas de sang dans le ventre, la déchirure est sous-péritonéale. On 
place' à droite et à gauche une ligature sur les utéro-ovariennes, on 
sectionne le ligament large au-dessus et on rejoint les deux brèches 
par une incision transversale grâce à laquelle on décolle la vessie de la 
face antérieure de ruiérus. On prolonge l'incision sur la partie anté- 
rieure de l'hématome de façon à ouvrir le péritoine et à le vider des 
caillots qu'il contient. Il esl impossible de pratiquer rhystéreclomie 
abdominale totale, il semble plus prudent d'amputer lutérus au- 
dessous de la déchirure, de faire des ligatures sur les vaisseaux 
béants et d'extérioriser le moignon probablement infecté. On fait 
un surjet au catgut sur le ligament large gauche. On place un drain 
et une mèche de gaze stérilisée dans le cul-de-sac de Douglas, qui 
sortent par la plaie abdominale en arrière du pédicule. Suture de la 
paroi. Durée de l'opération 35 minutes. 

A minuit, injection sous-cutanée de 500 grammes de sérum salé. 

Le 20, état général bon. 

Le 21, lavement. 

Le 23, purgatif. Le soir la malade s'alimenle. 

Le 24, premier pansement, on enlève la mèche de gaze. 

Le 27, on supprime le drain. 

Le 29, on enlève les fils. 

Le 11 décembre, la femme va bien. Llle pari 'en bon état le 19. 

En résumé nous nous sommes trouvés en présence d'une rupture 
spontanée, sous-péritonéale du segment inférieur|derutérussurvenue 
chez une femme secondipare en travail depuis 12 heures environ. 

Quelle a été la cause de cette rupture? Le bassin de cette femme 
est rétréci suivant le diamètre antéro-postérieur du détroit su|)é- 
rieur, le diamètre promonto-sous-pubien ne mesurant que 9c. 5. La 
léle fœtale orientée suivant le diamètre transverse n'a pu franchir le 
rétrécissement malgré des coni raclions utérines énergi(|ues. Elle 
s'est arrêtée au niveau du délroit suj)érieur, inclinée sur son pariétal 
postérieur, puisque la suture sagittale se trouvait à l centimètre 
environ de la face postérieure de la symphyse, le pariétal antérieur 
buttant et comme accroché au-dessus du pubis. 11 en est résulté une 
compression de la paroi anlérieure de l'utérus, serrée entre la tète 
fœtale et l'arc antérieur du bassin, d'où ^ihio de la circulation et 
infiltration œdémateuse du segment inférieur de lutérus. Nous 
rappellerons en eflct, que lors de V^rrivée de roi te femn^e à Bî\udo- 



IN f.AS DK nUPTinK SPONTANÉE DE l/UTÉRUS 79 

looquo on avait constaté la prt»souco au-dessus du pubis d'uno 
tumeur mollasse, pâteuse, paraissant siéger au-dessous de la 
paroi musculaire de l'abdomen. C'est là, comme l'enseigne Pinard, 
un des facteurs pathogéniques de la rupture spontanée de Tulé- 
rus. 

En eflfet, chaque fois qu'au cours du travail de raccouchement un 
point quelconque de la filière pelvi-génitale : segment inférieur, 
col, périnée, sïnfiltre et s'œdématie, il faut s'attendre à une déchi- 
rure au niveau du point où siège l'œdème : tout tissu infdtré est un 
tissu qui a perdu son élasticité et qui se tiéchirera, comme du 
papier mouillé, sous l'influence du moindre elTort. Par conséquent 
ici, nous croyons qu'il faut attribuer la rupture qui s'est produite 
spontanément au cours du travail, h Tintill ration œdémateuse de la 
paroi utérine. 

Cette rupture pouvait-on l'éviter ? Oui, sans doute si on avait 
pratiqué la symphyséotomie, dès que cette femme est arrivée ù 
Baudelocque. On aurait certainement pratiqué cette opération sans 
attendre, si cette femme avait été primipare. Mais nous savions 
qu'elle étaitaccottchéé une première fois d'un enfant vivant, à terme, 
né spontanément, et étant donné qu'elle n'était en travail quedepuis 
quelques heures nous crûmes qu'il fallait l'observer encore avant de 
pratiquer l'agrandissement momentané du bassin, espérant que 
sous rinfluence des contractions utérines la tête fœtale arriverait 
à franchir spontanément le détroit supérieur rétréci. 

Après la rupture et la mort du fœtus il n'y avait plus qu'une 
seule chose à taire : vider l'utérus le plus rapidement possible, c'est 
ce qui a était fait. Mais après, devions-nous, après avoir constaté 
qu'il s'agissait d'une rupture sous-péritonéale, nous contenter de 
«Irainer et de tampo mer la cavité utérine? Nous ne le croyons pas. 
Nous pensons que chaque fois qu'après l'extraction du fœtus 
l'accoucheur a la preuve qu'il existe une rupture de l'utérus, son 
devoir est d'ouvrir le ventre. En eiïet, si les non-interventionnistes 
ont publié un certain nombre d'observations de rupture utérine 
qui ont guéri sans opération, nous croyons que cette conduite fait 
courir à la femme les plus grands dangers et les quelqties cas où 
on a pu s'applaudir de s'être croisé les bras ne sont rien en compa- 
raison de ceux où on a laissé mourir des fenmies sans essayer de 
leur porter secours. Le ventre' ouvert, on aurait pu songer à faire 
une opération conservatrice et à suturer les bords de la plaie 
utérine. Nous ne nous sommes pasarrétésà ce dernier manuel opéra- 
toire : il existait un énorme hématome du ligament large qui 
avait décollé le péritoine sur une grande étendue, le sang infiltré 
nous aurait gêné pour faire les sutures et on aurait pu craindre 
que dans ces tissus contus, infiltrés, il se produisît une hémor- 
rhagic secondaire. On pouvait encore redouter la suppuration du 
caillot sanguin par infection secondaire. Pour toutes ces raisons, 
nous avons cru qu'une seule opération était indiquée : l'amputa- 



80 REVUE d'obstétriqi'e et de gynécologie 

lion iitéro-ovarioiinoavecextt'»riorisationdu moignon otdrainngo par 
la voie abdominale de la cavité deriiémalome. 

Un heureux concours de circonstances nous a permis d'aider notre 
accouchi^e à se tirer d'affaire. Il n'en est mallieureusement pas tou- 
jours ainsi. Sans parler des cas où l'abondance de l'hémorrhagie est 
telle que la femme meurt presque subitement sans qu'on puisse 
lui porter secours, il y a une variété de rupture utérine, encore 
assez mal connue qui comporte presque toujours un pronostic 
fatal et dont nous voudrions dire quelques mots. Deux autres 
cas observés par nous, nous permettront d'essayer de mettre en 
relief les faits auxquels nous faisons allusion. 

La première de ces deux observations a trait à une femme de 
42 ans, qui était accouchée déjà neuf fois à t^rme. Six autres gros- 
sesses s'étaient terminées par des avortements. Cette femme albu- 
minurique eut au cours de sa dernière grossesse, pendant le hui- 
tième mois, un décollement prématuré du placenta par hémorrhagie 
rétro-placentaire. Cette hémorrhagie se produisit le 8 mai 1900 vers 
8 heures du matin et elle n'arriva h Baudelocquc qu'à 2 h. 1/2 de 
l'après-midi, inondée de sang, la face très pâle, le pouls incomplable. 
Par le toucher on arrivait sur un col dilaté comme deux francs, au 
niveau duquel on sentait des cotylédons placentaires. Nous rompîmes 
les membranes espérant que l'hémorragie cesserait ; il n'en fut rien 
et l'état de celte femme devenant de plus en plus mauvais, nous 
dilatâmes à l'aide des doigts et avec la jiius grande facilité, le col 
ce qui nous permit d'extraire à l'aide du forceps un fœtus mort de 
1,800 grammes. Le placenta décollé fut expulsé derrière le fœtus. 
Injection chaude intra-utérine. L'hémorrhagie paraît arrêtée, il 
s'écoule à peine quelques gouttes de sang noir. 11 est à ce moment 
trois heures : l'état général ne me paraît pas trop inquiétant et je 
quitte la clinique. Un quart d'heure après mon départ, la femme 
pâlit, il s'écoule par le vagin quelques cuillerées de sang noir. Elle 
meurt à trois heures et demie. 

A l'autopsie, nous constations aussi, au niveau du segment 
inférieur, une déchirure partant de l'insertion vaginale et se pro- 
longeant en pointe sur toute la hauteur du segment inférieur et 
intéressant une veine utérine droite, l'artère est intacte. Cette 
déchirure n'intéressait que la paroi utérine, le péritoine était intact, 
à son niveau il y avait unx^ ecchymose, mais pas d'épanchement 
sous-péritonéal. 

La seconde observation est celle d'une femme de 34 ans, qui 
accouchait pour la quatrième fois. A la dilatation complète, il se 
produisit, lors de la rupture des membranes, une procidence du 
cordon qui ne put être réduite. La sage-femme de garde fit immé- 
diatement une version podalique et put extraire facilement une fille 
vivante de 3,200 grammes. Délivrance arlificielle, au cours de 
laquelle on ne constate rien d'anormal. Tout va bien pendant 
quelques instants, puis lout à coup la femme pâlit, vomit, le pouls 



INFLUENCE DE L ACCOUCHEMENT ANORMAL 81 ' 

devient imperceptible, le visage s'altère, se cyanose, et cependant il 
ne s écoule pas de sang par la vulve. La situation s'aggrave de plus 
eu plus, et la femme meurt avant qu'on ait eu le temps d'inter- 
venir. 

A l'autopsie, on trouva encore, comme dans le premier cas, une 
tissure de la partie postérieure du segment inférieur, commençant 
au niveau de l'insertion vaginale du çol et s'éteudant à gauche 
jusqu'à 8 centimètres du bord inférieur du segment inférieur. La 
paroi utérine n'était même pas intéressée dans toute son épaisseur. 
Aucun vaisseau n'avait été déchiré. 

Laissant de côté la causQ de la rupture qui, dans ces deux cas, 
a été nettement traumatique, on peut se demander pourquoi ces 
deux femmes sont mortes aussi rapidement. Dans les deux cas, il 
est impossible d'incriminer une hémorragie, puisque dans la pre- 
mière observation, il n'y a eu de déchiré qu'une veine dont la 
rupture a occasionné un léger suintement sanguin et que, dans la 
seconde, il n'y a pas eu d'hémorragie du tout. Nous pensons qu'ici 
il faut très largement tenir compte des déchirures nerveuses. Rein 
a démontré (1) que sur tous les lilets nerveux, afférents et effé- 
rents des plexus utérins, il y' avait de très nombreuses cellules 
ganglionnaires. De plus, Gawronsky (2) en a signalé à la face pro- 
fonde de la muqueuse utérine et sur le plexus qui entoure les fibres 
musculaires. Nous croyons donc que les lésions de ces cellules 
ganglionnaires et de ces filets nerveux jouent un grand rôle dans 
les cas où on constate une mort rapide, précédée de phénomènes de 
.*ichock, d'inhibition, sans qu'on puisse établir une relation de cause 
à effet entre la gravité du traumatisme et l'intensité des phéno- 
mènes observés. 



LNFLUENCE DE L'ACCOUCHEMENT ANORMAL SUR LE 
DÉVELOPPEMENT DES TROUBLES CÉRÉBRAUX CHEZ 
LENFANT. 

M. le D' Paul Tissier a cherché à résoudre, par des documents 
statistiques^ la question de savoir dans quelle mesure un accouche- 
mentanormal, c'est-à-dire prématuré ou déterminé par une opération 
obstétricale, etc., pouvait être la cause de troubles cérébraux ulté- 
rieurs chez l'enfant. Si Ton prend en bloc un groupe de sujets 
atteints de lésions cérébrales remontant à l'enfance, tels que des 
idiots, des épileptiques, des hémiplégiques, des paraplégiques et 
des hydrocéphales et qu'on considère les conditions dans lesquelles 
s'est fait l'accouchement qui leur a donné naissance, la réponse ne 
paraît guère douteuse. En effet, sur 900 malades examinés dans ce 
but dans le service de M. Bourneville, M. Tissier a vu que, dans 

(1) Ann. de la Société de Biologie. PariH 1882. 

(2) Cenlralbl. f. gynœk. 18U4. 



8'2 HE\ LE DOBSTÉTHIQl E ET DE GYNÉCOLOGIE 

une proportion de- 22 0/0, une anomalie dans raccoucliement sVtait 
produite, tandis que dans la statistique générale de la maternité 
Baudelocque, par exemple, on ne rencontrait une anomalie obslé- 
tricale que dans 11,65 0/0 des cas. Les accouchements anormaux 
semblent donc élre deux fois et <lcmie plus nombreux chez les 
ieitols que chez les enfants sains. 

Si on prend en particulier chacun des désordres cérébraux élu- 

diés,^ on voit que l'idiotie simple, les paralysies spasmodiques, 

l'hydrocéphalie peuvent indiWrcmment être la conséquence de ces 

'lésions obstétricales, suns qu aucune anomalie spéciale puisse être 

rendue responsable d'accidents spéciaux. 

D'autre part, en étudiant en particulier les anomalies de Taccou- 
rhemcnt fmHaaiuxé, on voit que c'est Taccouchement prématuré 
qui est responsable, dans Fa pftrsteski proportion, des accidents 
constatés ; et ce n'est pas pour la simple rafsw» %uê le développe- 
ment inti'a-utérin a été interrompu avant terme ; c'est pîuWt fMyrcc 
que l'encéphale, ses vaisseaux et ses enveloppes, encore trop 
friables et insuffisamment protégés par le crâne mal ossifié, sont 
davantage ex|)osés aux Iraimiattsmes inévitables de l'accouchement 
le plus normal. 

Mais il est un point en particulier (pii ressort bien des recherches 
de M. Tissier : c'est qu'il est une cause ayant une influence impor- 
tante, complexe et particulièrement liée aux anomalies deraccou- 
chenient : ce sont les distrophies héréditaires imposées aux fcetus 
par les infectionsou les intoxications des ascendaids (alcool, plomb, 
tuberculose, syphilis, etc.). 11 n'est pas douteux que dans la grande 
majorité des cas, linloxication des parents ait dû combiner son 
action ù celle du traumatisme obstétrical. Elle peut agir à trois 
moments et de trois facjons dilTérentes : 

\^ Avanila naUsance, — L'intoxication héréditaire peut provo- 
quer ou tout au moins favoriser raccouchement prématuré. On 
sait que l'accouchement prématuré est d'ordinaire causé par 
l'insertion vicieuse du placenta, ou l'albuminurie maternelle. Mais, 
de plus, l'action de la syphilis sur la naissance avant terme n'est 
plus à prouver depuis les travaux du professeur Fournier, et les 
preuves s'accumulent chaque jour pour établir l'influence nocive de 
l'alcoolisme sur ce point, 

2* Pendant VaccouchemenL - - Linloxication héréditaire peut 
déterminer une fragilité spéciale des vaisseaux qui cèdent plus 
facilement à l'excès de pression du sang au cours du travail naturel 
ou anormal. Cette dystrophie héréditaire causée par l'intoxication 
des pai-ents ne soulève plus d'objection : Morel, Sanson. Magnati 
et Legrain, Lancereaux, Sollier, T'éré, pour ne citer (pie les princi- 
jiaux auteurs, sont unanimes à lui reconnaître celle influence. 

^ Après VaccouchemenL — Quand l'hémorrhagie est constituée et 
le traumatisme cffeitué, le tissu cérébral d'un enfant frappé |)ar 



DÈr.LAUATION DE NAISSANCK KT SECRET PUOFESSIONVEL 83 



l'iiiloxicaiion héréditaire réagira iFune tout autre façou que les 
éléments nerveux d'un enfant sain. 

Un enfant né en état d'asphyxie et même présentant des convul- 
sions ne fera pas forcément (le la sclérose cérébrale ; il pourra résorbe r 
ses hémorrhagies et réparer les dégâts, comme nous le voyons chez 
Tadultc. Mais il ne le pourra que si une prédisposition morbide 
héréditaire ne termine pas autour des points lésés une réaction 
inflammatoire qui aboutira, quelquefois h longue échéance, à 
l'atrophie des cellules cérébrales. 

En résumé, les troubles cérébraux de renfantconsécutifsàl'accou- 
chenient anormal, sont imputables au traumatisme cérébral direct 
et aux hémorrhagies int: acràniennes par congestion ; ces lésions 
sont préparées, favorisées et complétées par l'action des dystro- 
phics héréditaires. 



VARIÉTÉS 



DECLAHATION DK NAISSANCI-: KT SECHKT PROFESSIONNEL 
Une proposition^ par M. le D*" Blecumann. 

Communication faite à la Société médicale du IX* arroudissiMuent 
de Paris. Voyez le numéro précédent . 

Je vais vous exposer un cas de déclaration de naissance qui amis 
le docteur X.., dans un grand embarras. Ce confrère m'a raconté 
ce qui suit : 

Un jeudi, à trois heures de l'après-midi, il a accouché une 
demoiselle d'un enfant de sept mois, né vivant. La mère et la sœur 
assistaient à cet acte : les deux femmes étaient affolées, car elles 
ignoraient la grossesse. Le docteur X. . . a été prié de tenir l'accou- 
chement secret et de se charger de placer l'enfant. 

A six heures du soir, le docteur X. . . est retourné chez l'accou- 
chée ; il fut convenu que Tenfant serait placé, à onze heures, dans 
une couveuse du boulevard Poissonnière; en attendant, l'enfant 
était nourri au lait et à l'eau sucrée. A neuf heures, le confrère fut 
rappelé auprès de la jeune mère et il constata que l'enfant élait 
mort. 

Le docteur X. . . se trouvait dans une situation embarrassante; il 
ne savait que faire du fœtus sans violer le secret professionnel. Il 
est, en effet, impossible dtr déclarer un fœtus suivant la loi sans 
divulguer le secret i)rofessionnel : le médecin de l'état civil doit 



84 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

constater le décès au domicile de la mère et un employé des pompes 
funèbres doit y passer pour enlever le cadavre. 

C'est dans cet état d'esprit que le Dr. X... s est adressé à plusieurs 
confrères, notamment à MM. Lutaud et Berthod. M. Lutaud, très 
renseigné sur- cette question — puisqu'il s'en est déjà occupé en 
1881 — a conseillé au Dr. X...'de déposer le fœtus à la mairie, au 
bureau des déclarations de naissance. — M. Berthod, homme 
modéré, fut d'avis d'aller trouver le médecin de l'état civil pour 
s'entendre avec lui. 

Le docteur X..., connaissant les tribulations du docteur Lutaud 
et ses difficultés à placer des fœtus — puisqu'il fut obligé d'envoyer 
à un maire du papier timbré prour refus de recevoir une déclara- 
tion — se décida à suivre le conseil du docteur Berthod. Le lende- 
main, vendredi, il se rendit chez le médecin de l'état civil qui 
voulut bien lui prêter son concours. Il fut convenu que le corps 
serait porté chez le docteur X.., qui ferait la déclaration en son 
nom et à son domicile. — Ainsi fut fait. 

Le samedi, un employé des pompes funèbres venait enlever le 
fœtus ; il apportait un cercueil en bois blanc de 50 centimètres de 
longueur. L'employé fut maladroit car il dit à la concierge et à la 
bonne qu'il venait chercher un enfant mort. Pour un peu notre 
confrère aurait reçu des compliments de condoléances de la part 
de ses voisins... Ainsi, pour sauvegarder l'honneur et les intérêts 
d'une famille, le docteur X... a pris à sa charge les ennuis de cet 
enterrement. 

Sur ces entrefaites, j'eus l'honneur de parler à M. le professeur 
Brouardcl, à la réunion de Tassociation des médecins de la Seine, et 
je lui racontai le cas du docteur X... M. Brouardel approuva com- 
plètement sa manière d'agir ; il avait fait de même dans un cas 
pareil, avec le docteur Charpentier. — M. Brouardel m'a autorisé 
à mentionner le fait. 

Je vous ai exposé les tribulations de notre confrère ; je pense que 
vous approuverez son « modus faciondi », mais je crois aussi qu*il 
n'est pas possible de l'adopter comme règle de conduite. En eiTet, 
pour qu'un médecin puisse agir de la sorte, il faut qu'il soit marié 
et ne craigne aucune indiscrétion. Les uns, ayant des filles à marier 
ne voudront pas se charger de l'enlèvement d'un fœtus de leur 
domicile ; d'autres ne voudront pas se mettre en désaccord avec le 
code pénal. 11 est donc désirable que l'on s'occupe de cette question 
avec beaucoup d'activité et de persistance. 

A cet effet, j'ai l'honneur de vous proposer, soit de nommer une 
commission qui étudierait la question dans le but d'établir une 
règle de conduite pour les nombreux cas où le secret professionnel 
ne permet pas de faire connaître le nom et le domicile de la mère ; 
soit de déléguer quelques membres de notre Société auprès du 
procureur de la Hé()ublique et du préfet de la Seine pour obtenir 
d'eux, chacun en ce qui le concerne, l'autorisation de déposer un 



DÉCLARATION DE NAISSANCE ET SfiCkEt t»ROPE8SIONNEL 85 

fœtus, OU dans un local spécial à la Mairie, ou à la Morgue, ou au 
Dépôt mortuaire. 

La constatation du décès pourrait avoir lieu par le médecin de 
l'état civil, à l'endroit désigné. 

C'est à M. Lutaud que revient l'honneur d'avoir porté cette ques- 
tion à Tordre du jour en 1881. Tout récemment, en avril dernier, il 
a repris cette question à la Société de médecine légale de France. 
L'intervention de M. Lutaud a donné lieu à une intéressante 
discussion à laquelle ont pris part des jurisconsultes éminents et 
des médecins très distingués. 

Cette discussion s'est terminée par un ordre du jour de 
M. Constant, ainsi formulé : 

«« La Société de médecine légale de France charge M. Danet, son 
président, de présenter de nouveau à M. le Procureur de la 
République et à M. le Préfet de la Seine les conclusions du rapport 
de M. Rocher sur lesquelles elle a émis un vote unanime en 1897. » 

Cet ordre du jour est resté stérile. 

Comme je vous l'ai déjà dit, la Société de l'Elysée a, il y a un 
mois, émis un vœu pour faciliter la déclaration de naissance. 
Chacun de nous peut se trouver dans la situation très embarras- 
sante que je vous ai décrite : aussi, importe-t-il, dans notre intérêt 
général, que nous sachions à quoi nous en tenir. Je vous prie donc 
de vouloir bien prendre ma proposition en considération. J'ai le 
ferme espoir que nous arriverons à un bon résultat et que notre 
Société aura le mérite d'avoir fait aboutir cette question. 

Au point de vue moral, on trouvera moins de fœtus dans les 
ruisseaux. Au point de vue pratique, les médecins ne seront plus 
obligés de se livrer à des démarches compliquées et peu en rapport 
avec la dignité professionnelle. 

M. Lutaud. —J'ai entendu avec le plus vif intérêt la communication 
de M. le D"^ Blechmann et je remercie mon confrère d'avoir bien 
voulu faire connaître mes travaux antérieurs sur cette question 
dont je m'occupe depuis plus de vingt ans. 

Je n'hésite pas à féliciter le D*" X... qui s'est astreint à de pénibles 
démarches pour sauvegarder le secret professionnel qui lui avait 
été demandé par sa cliente; mais je considère cependant que les 
moyens qu'il a employés ne sont pas dignes de notre profession. 
Au lieu de tourner la difficulté en faisant une déclaration inexacte, 
j'estime qu'il aurait dû simplement user du droit que possède tout 
médecin de déclarer des naissances sans faire connaître le nom et 
le domicile de la mère. 

Ce droit gui existe pour les «nfants vivants qui doivent être pré- 
sentés à l'orlicier de 1 état civil, existe a fortiori pour les embryons 
et fœtus nés viables. Dans ce dernier cas (qui est celui du l)"" X...), 
Tobliffation du secret est encore plus stricte, puisque le produit 
doit être inhumé pour satisfaire aux exigences des arrêtés préfec- 
toraux qui veulent empêcher les produits embryonnaires d'être 
jetés dans les latrines, comme cela a lieu le plus souvent. 

Or l'inhumation ne peut avoir lieu par les voies ordinaires, 
lorsque le domicile de la mère doit reste^r inconnu. C'est pour cette 
raisen que j'ai porté aux mairies les fœtus que j'étais astreint de 



{-'|jp,i V'. 



n 



86 



REVUE D OBSTETRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 



déclarer dans les cas ou j'étais leuu au secret professionnel ; j'ai 
presque partout rencontre la plus vive résistance. 

In de nos confrères les plus honorables, accoucheur des hôpi- 
taux, a été l'objet d'un rapport de police et mandé auprès du Préfet 
pour avoir simplement fait son devoir. 

Il est temps que cette situation cesse. Si la loi nous oblige à faire 
les déclarations de l'état civil lorsque la famille ne peut se charger 
de ce soin, il est de toute justice que nous puissions avoir les 
bénéticos de cette situation et conserver les secrets des familles. 

La Société de médecine légale à laquelle j'ai soumis cette ques- 
tion à plusieurs reprises a été unanime à approuver ma conduite. 

Aussi vous proposerai-je, au lieu de nommer une commission 
dont les travaux prendraient trop de temps, d'exprimer un vœu que 
je transmettrai aux i»ouvoirs compétents. 

M. Kt'DLiTz demande si les mêmes facilités seraient accordées 
aux sages-femmes. 

M. LiTAi o répond <iue, en ce qui concerne les déclarations de 
naissance les sages-femmes sont mentionnées à côté des médecins 
dans l'article 56 du Code civil. 

M. Olivier estime qu'il y a lieu d'aboutir en votant la proposition 
de M. Lutaud qui serait chargé de la transmettre aux pouvoirs 
publics. 

M. LK PRKsinENT. — Voici la proposition de M. Lutaud: 

La Société médicale du /A"" arrondissement émet le vœu que les 
médecins puissent déclarer aux officiers de l'état civil les naissances 
des enfanlSf fœtus et embnjons sans être astreints à faire connaître le 
nom et le domicile de la mère dans le cas où ils sont liés par le secret 
professionnel. 

Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité. 

M. BoissARD. — Je n'assistais pas au commencement de la discus- 
sion, mais je dois dire que je n ai jamais rencontré de difficultés 
dans les mairies lorsque j'ai déclaré des fcetus sans faire connaître 
le nom et le domicile de la mère. 



travaux: originaux 



HKCHERCHE EXPÉRIMENTALES SI H L'INFLUENCE DE CER- 
TAINES LÉSIONS NERVEISES DE LA MÈRE (MYÉLITES, 
NÉVRITES) SUR LA VITALITÉ DU FCJETUS. 

par le D»^ L. Bitte. 

L'étude des rapports de la mère et du f(etus soulève des questions 
de la plus haute importance tant au point de vue de la physiologie 
(ju'au point de vue de la pathologie et de la thérapeutique. 

Ces questions, non encore élucidées pour la plupart, méritent 
au premier chef d'attirer l'attention des expérimentateurs ; et, en 
elTet, il est probable que c'est l'expérience presque seule qui nous 
permettra un jour d'explitiuer un grand nombre des problèmes que 
la clinique n'a fait que poser jusqu'ici. 

Une première question se pose tout d'abord et domine toutes 
les autres; c'est celle de savoir si le f(i*tus est un être vivant de la 



Srn LA VITALITÉ Dl F(IKTl S S7 

même vie que la mère, une sorte d'organe supplémentaire, ou bien 
s'il n'est pas plutôt un être complètement indépendant, une sorte 
de parasite vivant aux dépens de l'organisme dans l'intérieur 
duquel il se développe. 

Cette question, fort controversée autrefois, jiaraît maintenant 
résolue et de nombreuses expériences viennent plaider en faveur 
de la vie propre du fœtus. 

H y a déjà nombre d'années, j'ai étudié avec mon regretté maître 
et ami le D' Charpentier, l'action que pouvaient exercer sur la 
vitalité des fœtus certaines modifications du milieu intérieur de la 
mère. C'est ainsi que, dans les cas d'asphyxie lente de la mère par 
diminution de l'apport d'oxygène ou par soustraction d'oxygène à 
l'hémoglobine à l'aide d'ingestion d'acide pyrogalliquc. dans des 
cas d'hémorragies graves et rapides de la mère, dans l'intoxication 
expérimentale de la mère par l'urée, nous avons pu constater que 
les fœtus succombaient avant la mère. 

Dans des expériences plus récentes, j'ai montré de mon côté que 
si la mère résistait plus longtemps que le foetus, dans certains cas, 
cela paraissait tenir surtout à ce qu'elle s'emparait de l'oxygène 
accumulé dans les tissus du fœlus qu'elle utilisait à son profit, aux 
dépens de ce dernier. 

A la suite de ces recherches purement physiologiques, j ai 
pensé qu'il y aurait intérêt à pénétrer dans le domaine de la 
pathologie expérimentale et j'ai voulu étudier l'influence que pou- 
vaient exercer certaines maladies de la mère sur la vitalité du fœtus. 
Dans cette première communication je me suis borné à constater 
les efi'ets que pouvaient produire sur la vitalité du fœtus certaines 
lésions nerveuses expérimentales (névrite du sciatique, meningo- 
myélite). 

Pour cela, soit par piqûre, soit par compression, soit par injec- 
tion de quelques gouttes de substances irritantes introduites dans 
l'épaisseur des nerfs ou -de la moelle épinière, j'ai provoqué chez 
des lapines voisines du terme des lésions nerveuses dont j'ai noté 
les conséquences. Puis tantôt j'ai laissé les animaux vivre jusquay 
moment de la mise, bas, ou bien, craignant de les voir manger 
leurs petits en mon absence, je les ai sacrifiés deux ou trois jours 
avant l'époque problable du terme pour pouvoir constater l'état de 
vitalité des fœtus. 

Mes expériences sont au nombre de quatre : une névrite du 
sciatique, trois meQingo-myélites.Kii voici la relation : 

KxpÉniENCK 1. — Lajnne. — Xérrilc du sci(ili(/uf\ — Mifêliic par 
propagaiion. — /^ersialancc de la vie des fi élus. 

Le, 26 avril à 4 h. 30, on découvre le sciatique gauche de la lapine 
et on injecte dans l'épaisseur du nerf quelques gouttes d'une solution 
alcoolique d'huile de croton au 1 100. 'YW. avant l'injection .W I. 



1 



88 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

Après rinjection on observe une paralysie avec raideur du membre 
infréieur gauche. La patte reste étendue. 

27 avril. — La paralysie du membre inférieur gauche est très 
accentuée. Il y a en môme temps incontinence d'urine et des matières 
fécales. 

"28 avril. — TR. 39^ 2. Le membre inférieur droit est aujourd'hui 
parésié. Paralysie des sphincter anal et vésical. 

29 avril. — TR. 37°. Paraplégie complète; la lapine traîne en 
marchant son train postérieur qui est inerte. 

30 avril. — TR. 36** 2. L'animal est plus malade qu'hier; les trois 
quarts postérieurs du corps sont flasques et paralysés. 

On sacritie la lapine et on trouve dans l'utérus des petits encore 
vivants de trois semaines environ. 

L'autopsie montre que la moelle épinière est en bouillie dans ses 
doux tiers postérieurs; il en est de même du sciatique lésé. 

Viw névrite intense du sciatique avec myélite siégeant dans les 
deux tiers postérieurs de la moelle a donc été sans influence sur 
les fciîtus qui vivaient encore très bien quatre jours après le début 
de la maladie. 

Les lésions de la moelle seule sans névrite vont nous donner des 
résultats analogues ainsi qu'on va le voir par les trois expériences 
suivantes. 

ExpÉKiENCE IL — Lapine pleine. — ^Méningo-my élite expérimentale. 
Paraplégie complète. — Les /œttis vivent encore 30 heures après la 
production fie la lésion. 

Le 31 mai, on prend une lapine pleine presque à terme dont la 
température rectale est de 40° 2 et à 10 heures du matin on lui 
injecte dans la moelle rleux ou trois gouttes de notre solution 
éthéro-alcoolique d'huile de crolon à 1/100 à l'aide d'une aiguille 
introduite dans le canal médullaire, au niveau des dernières vertèbres 
dorsales. 

Cette opération se fait avec la [)lus grande facilité, sans qu'on soit 
obligé d'inciser la peau, pourvu que l'on ait soin de conduire 
l'aiguille le long du bord inférieur de l'apophyse épineuse d'une 
vertèbre. 

L'animal pousse des i-ris violents au moment de l'injection, après 
laquelle on note presque immédiatement une paraplégie complète. 

Le I"' juin à 9 heures du matin. - - T. R. 39°. Paraplégie complète. 
Malgré cela l'animal paraît avoir un élat général assez bon, il est 
vigoureux et marche même assez vite rien qu'à l'aide de ses pattes 
de devant. 

A 4 heures du soir, TR. 38° 6. — Craignant que la lapine ne 
succombe pendant la nuit, nous ouvrons l'abdomen et nous 
trouvons dans les cornes utérines cinq petits presque à ternie, et 
un mort, depuis longtemps déjà, car il est macéré. 

L'àutopsie montre que la moelle épinière, au niveau de la région 



SUR LA VITALITÉ DU FOETUS 89 

dorso-iombaire, est complètement en bouillie dans une étendue de 
4 à 5 centimètres. 

Il résulte donc de cette expérience que l'existence d'une myélite 
intense avec paraplégie complète et ramollissement de la moelle 
dans une assez grande étendue n'avait pas pu déterminer la mort 
des fœtus trente heures après la production de la maladie. L'expé- 
rience suivante du même genre va nous donner le même résultat. 

Expérience III. — Lapine pleine. — Méningo-myélite expérimentale. — 
Paraplégie complète. — Abaissement thermique considérable. — Les 
fœtus continuent à vivre quarante-deux heures après la lésion. 

Le 2 juin, à 4 heures du soir, la température rectale de la lapine 
étant à 39® 6, on injecte, à l'aide d'une aiguille creuse introduite dans 
le canal médullaire au niveau des dernières vertèbres dorsales, 
quelques gouttes de la solution éthéro-alcoolique d'huile de croton 
à 1 : 100. 

Presque immédiatement paraplégie complète. 

Le 3 juin, à 10 heures du matin, TR. 38® 9. — Paralysie complète 
delà vessie et du rectum. — Paralysie absolue de toutle-train posté- 
rieur. — Les muscles abdominaux sont paralysés et laissent bien 
sentir les fœtus qui sont au nombjre de trois. 

Le 4 juin, à 10 heures du matin, TH. 30° 7. — Même état. 

Craignant que la mère ne succombe en notre absence, nous 
ouvrons Tabdomen. Après avoir sectionné l'utérus, nous y trouvons 
trois fœtus bien vivants, remuant dans la poche amniotique, les 
vaisseaux ombilicaux présentent une dilTérence de coloration très 
nette, la veine plus rosée que les artères qui sont bleues. 

L'autopsie montre que la moelle est en bouillie au niveau de la 
piqûre. 

Cette expérience vient confirmer les résultats obtenus dans la 
précédente, et nous permet de conclure que le ramollissement de la 
moelle épinière avec paraplégie complète et hypothermie considé- 
rable, ne détermine pas la mort des fœtus presqueà terme. Près de 
deux jours après l'injection du liquide irritant dans la moelle, les 
fœtus étaient parfaitement vivants dans Tutérus. 

Dans l'expérience suivante nous n'avons pas ouvert l'abdomen et 
avons attendu l'expulsion des fœtus par le vagin. 

Expérience IV. — Lapine pleine. — Méningo-myélite provoquée quinze 
Jours après la fécondation. — Les petits sont mis au monde vivants 
9 jours après la lésion expérimentale. 

Le 28 mai à 5 heures du soir, injection à l'aide d'une aiguille 
introduite dans la cavité médullaire au niveau des dernières vertèbres 
dorsales de deux gouttes de solution éthéro-alcoolique d'huile de 
croton à 1 p. 100. 

TR. avant Tinjeclion, 39° 9. 

Immédiatement après l'injection, paraplégie absolue, abdomen 



90 HE\L E D OBSTÉTRIQI K El' DE GYNÉCOLOGIE 

étalé. L animal traîne son Irain postérieur à Taide de ses membres 
antérieurs. 

Le 29 mai. — TH. :Jt)<> 4. Même état. 

Le 30 mai. — TH. 39° 2. Paralysie de la vessie. Rétention d'urine. 
L'urine recueillie en comprimant la vessie est analysée et ne contient 
pas de sucre, peut-être des traces d'albumine. 

Le 1" juin. - TH. 39° 2. Même état. 

Le 3 juin. — TH. 39* 2. La vessie est remplie d'une grande 
quantité d'urine non albumineuse, maiscotitenantde petites masses 
transparentes analogues à des grains de tapioca cuits. 

In peu de pus dans Tœil droit. 

Léo juin. — TH. 38'' 7. Paraplégie, paralysie de la vessie. 

Le 6 juin. — TH. 38° 2. On trouve dans la cabane six petits bien 
vivants que la mère a mis au monde dans la nuit précédente. 

Dans cette expérience, pendant laquellela lésion nerveuse expéri- 
mentale a pu exercer pendant neuf jours son influence sur la vitalité 
des fœtus, ceux-ci sont néanmoins nés à terme et ont résisté comme 
dans les expériences antérieures aux modifications éprouvées par 
a maladie expérimentale de la mère. 

n résulte de ces expériences que les lésions expérimentales du 
' système nerveux de la mère, dans les conditions où elles ont été 
produites, n'ont pas provotpié des troubles suffisants pour amener 
la mort des ftetus. yu'il s'agisse de névrite du sciatiquc ou de 
méningo-myélitcs produites chez des lapines pleines un certain temps 
avant le terme, jamais je n'ai observé la mort du fœtus avant celle 
<lc la mère, contrairement h ce que j'avais constaté dans d'autres 
eonditions expérimentales indiquées au début de ce travail. 

Ces études qui portent seulement sur le système nerveux méritent 
je crois d'être continuées et étendues. 11 appartient aux laboratoires 
annexés aux maternités de poursuivre leurs recherches dans cette 
voie. 



HYGIÈNE 



HÉGLK.MLNTATION SUR LA VACCINATION 
KT LA REVACCINATION OBLIGATOIRES 

L'article G de la loi relative à la protection de la santé publique 
est ainsi conçu : 

•< La vaccination antivariolique est obligatoire au cours de la 
première année de la vie, ainsi que la revaccination au cours de la 
onzième et de la vingt et unième année. 

« Les parents ou tuteurs sont tenus personnellement de la dite 
mesure. 

« Un règlement d'administration publique, rendu après ayis de 
l'Académie de médecine et du Comité consultatif d'hvgiène publique 



de France, fixera leï^niesiiresnccessili'etiparl afïpliPuUurk ilupn-si'iii 
article. »» 

1/arlicle 27 ajoute : 

•« Sera puni des peiiirs jrru-fpïN o Tarlifle 171 du Ctitlu |»rrinl 
quiconque aura comtiits une cntilravoniiim rni\ ]1rf^^^rri|l1i<lll^ lU's 
rèfrfenienlssanilMÎnfs priHu<^s aux ni tit^let;... (î, ^ 

Conformément iict^s dispusitinns, U^ CuiniliM-ruisuHnlir irinpriiï^ 
publique de Fraiiï^e a *Mi: iuviK-^ h pivpmvr 1rs rliMiM*tjls il iiij pt"<ijoî 
<le réglementati4*jL upplirahlt^ U la vnrriiialtiiti rt u la rcvacciiinli^jn 
obligatoires, et imus ci-iiyiHis utile de me tire sous les yeux de nos 
lecteurs Je rappi^H prt'^serde au nniii d'une rnm mission eompnsér 
de MM. Bourges, NiUler el PmusL 

11 ne s'agit pas diuis resp^cc de crêej- de loules pièces une av^w- 
nisation nouvelle: il resvsoH ilailleurs des disfussions devnul les 
Cbambres que telle uVsl pas rinlculion des pouvoirs publies. Il 
parait d'abord indîspensulde. étant donné le danger dt' En sypbitis 
vaccinale, d'autoriser cxclusiveiiierd l'usntre i\i\ vnceiii animal. Or 
les sources de vaei'i 11 ;miiual sont mmihreuses eu Friinee. Kn di-'fïoj's 
de TAcadéraie de luédeeuie i\ Paris, il existe *léjà des iusliluls 
vaccinaux régiouaiîx n hordeaux, Lyon. Marseille, Lille. Saird- 
Ktienne ; des insliluls niiiilnires ii Alger, liorilejiux, LluVIims, Lytuu 
Marseille et au \"âl-ile-ilrAce: enlio *les élnblissenienls piuvés n 
Montpellier à Paris el h 1<jurs fournissent de vneeiti noinlire de 
départements, rnssistanre pulilii|uetle In Seine el pitisieurs grandes 
administrations. 

Déjà plusieurs départements ont organisé avec lieaueoup de 
succès la vaccination gratuite et distrihuenl le vaccin d'une niniiière 
très satisfaisante aux méilecins et niix sages-fei unies. 

Il existe donc à Tijeurc aettielle des ressmirces nmllifdes qu il 
n'y a guère qu'à uliliser. des organisalious |iresque suflrsantes ipjil 
suffit de généraliser. 

Les instituts vaccinaux tels qu'ils roiiclionueid aujuurd'liui 
peuvent se mettre en mesure de sîdisfjiire nu surcndt de demandes 
qui sera la conséquence de IVqipliealinn de la nouvelle lin, sans que 
TKtat soit obligé d'instituer d'autres iMnldi^seinents Vîireiuiiiix. Il 
n'est pas nécessaire non plus de créer des fonctions nonvelles et de 
recourir à des vai-etualciirs diktat ; l adniînislralion départemeulnle 
trouvera aisément dnns cUatpie circuuscripliiui. connue itIu se 
pratique déjà sur iiu grand nombre de jMiints, nn médeciii dis[)iïsr 
à se charger desvnecinatidnsgraluiles. 

Far contre, n est nécessaire tlinstii lier un éjaldissï^uienl d Klal, 
chargé de contrôler les vaeeins délîvjvs par les ililTéreids misMIuIs. 
d'eidretenir la virnleuee des senieiiees vueeîmdes el île perfei*- 
lionner la vaccine. 

Ainsi, sans grands frais nnu\eauv, en utilisnnl les ressources dont 
on dispose déj;i, il scrn possible de salisfîni** nux exij^ences de lu 
nouvelle loi. 



92 REVUE d'obstétrique et ras GYNÉCOLOGIE 

1. Mesures cowcbrnant la vaccine. — Article premier. — La 
vaccination et la revaccination sont exclusivement pratiquées au 
moyen du vaccin animal. 

Celui-ci est prélevé directement sur la génisse inoculée ou utilisé 
à Tétat de pulpe glycérinée. Dans le cas où l'application d'un nou- 
veau procédé serait proposée, elle ne pourrait avoir lieu qu'après 
l'approbation de l'Académie de médecine et du Comité consultatif 
d'hygiène publique de France. 

Art. 2. — Le vaccin est fourni soit ()ar des établissements publics, 
soit par des établissements privés, placée les uns et les autres sous 
le contrôle de l'Institut supérieur do vaccine mentionné à Tarticle 4 
ci-après. 

Art. 3 — L'organisation du service de la vaccine dans chaque 
département est effectuée par le Conseil général conformément à 
l'article 20 do la loi. Cette organisation comporte notamment la 
fourniture du vaccin, les séances de vaccination, le mode de dési- 
gnation et de rétribution des médecins qui en seront chargés. 

Art. 4. — Un Institut supérieur do vaccine, situé à Paris et placé 
sous le haut patronage scientifique de l'Académie de médecine, est 
chargé de l'entretien et de la recherche des bonnes semences 
vaccinales, des moyens de perfectionnement de la vaccine et de la 
vaccination, et du contrôle des instituts vaccinaux publics ou privés, 
particulièrement en s'assurant de la valeur du vaccin qu'ils 
fournissent. 

Le directeur de cet Insl i tut est nommé par le ministre de l'Intérieur. 

L'organisation et le fonctionnement de l'Institut supérieur de 
vaccine sont déterminés par arrêté ministériel, sur l'avis de l'Aca- 
démie de médecine ot du Comité consultatif d'hygiène publique. 

L'Institut adresse chaque année à l'Académie un rapport sur le 
fonctionnement et les résultats des opérations vaccinales, accom- 
pagné d'une statistique du nombre dos vaccinations et revaccinations 
pratiquées dans les départements et spécialement dans les villes de 
plus de 20,000 habitants. Le cadre de cette statistique sera arrêté 
par le Comité consultatif d'hygiène publique de France. 

IL — Mesures concernant i.a vaccination. Art. 5. — Dans 
chaque commune ont lieu annuellement une ou plusieurs séances 
de vaccination gratuite annoncée par voie d'affiche rappelant les 
obligations légales et les pénalités encourues. Dans les quinze 
jours qui suivent l'apposition des affiches les parents sont tenus 
de déclarer à la mairie leurs enfants en âge d'être vaccinés ou 
revaccinés. La même obligation incombe aux tuteurs pour les 
enfants dont ils ont la garde. 

Art. 6. — Dans les localités où sévit à l'état épidémique une 
maladie contagieuse autre que la variole, les séances de vaccination 
sont remises à une date ultérieure. 

Les personnes habitant une maison où s'est montré un cas de 



REVACCmATION OBLtGATOtI\E 93 

variole ou de maladie contagieuse au moment de la vaccination ne 
se rendent pas à la séance et sont vaccinées à part. 

Art. 7. — Les listes des personnes dont la vaccination ou la 
revaccinatiou est obligatoire sont établies, comme il est spécifié plus 
loin, par les soins des municipaliU'^s. 

Art. 8. — Les médecins vaccinateurs indiquent en regard de 
chaque nom la date de la vaccination et ses résultats, soit que le 
sujet ait été vacciné au cours d'une de» séances visées à Tarlicle 5, 
soit qu'il produise un certificat délivré par le médecin ou la sage- 
femme ayant pratiqué cette opération. 

Art. 9. — Si le médecin vaccinateur ou le médecin traitant estime 
qu'à cause de son état de santé le sujet ne peut être vacciné au 
moment de la séance de vaccination, il délivre un certificat consta- 
tant cette impossibilité. Ce certificat est produit à la séance et 
mention en est faite sur la liste, en regard du nom de l'intéressé. 
En pareil cas la vaccination est pratiquée ulti^rieurement dès qu'elle 
est jugée possible. 

Art. 10. — A la suite de chacune des séances de vacci nation des 
certificats individuels sont délivrés aux intéressés par le médecin 
vaccinateur conformément aux modèles ci-joints. Le certificat de 
première vaccination n'est délivré qu'au bout d'un espace de temps 
suffisant pour constater que l'inoculation a été faite avec succès. 
Dans le cas d'insuccès, la vaccination doit être renouvelée le plus 
tôt possible et au plus tard à la prochaine séance de vaccination. 

Art. H. — Les listes des personnes soumises à la vaccination ou 
à la revaccination obligatoires sont établies de la façon suivante : 
1" Pour la 1'" vaccination y la liste comprend : 

a) Tous les enfants ayant plus de 3 mois et moins d'un an le jour 
de la séance de vaccination, nés dans la commune et relevés sur le 
registre de l'état civil ; 

b) Lesenfants de même âge nés dans une autre localité et résidant 
dans la commune ; 

c) Lesenfants plus âgés qui n'auraient pu être vaccinés antérieu- 
rement pour une raison quelconque ; 

d) Ceux qui, antérieurement vaccinés, doivent subir une nouvelle 
vaccination, la première n'ayant pas été suivie de succès ; 

2^ Pour la !'• revaccinaîion, la liste comprend, d'après les rensei- 
gnements fournis parles directeurs des établissements d'instruction 
publics ou privés, tous les enfants inscrits dans les écoles qui ont 
atteint leur onzième année au moment de la séance de vaccination 
et ceux, quel que soit leur âge, qui n'auraient pas subi la vaccination 
ou la première revaccination. 

Les enfants qui reçoivent l'instruction à domicile doivent être 
signalés dans les mêmes conditions et portés sur la liste. 

3* Pour la 2* revaccination, la liste comprend toutes les personnes 
qui ont atteint leur vingtième année et résident dans la commune. 



91 



UEVIJE D OBSTETUIOI E ET BE GYNECOLOGIE 



Les intéressés doivent fournir un certificat de re vaccination clans 
le premier mois de leur vingt-deuxième année. 

Art 12. — Les parents et tuteurs pour les entants soumis à la 
vaccination primitive et à la première revaccination, et toute 
personne à partir de sa vingt- deuxième année pour la deuxième 
revaccination doivent, sous les peines portées par la loi, justifier à 
toute réquisition des autorités publiques qu'il a été satisfait par 
eux aux obligations- de la loi. 

.\rt. 13. — A l'issue des gpérations vaccinales, une copie des 
listes est envoyée dans chaque arrondissementau préfet ou au sous- 
préfet, qui signale les contrevenants à Tautorité judiciaire. 

Il est adressé au ministre à la fin de chaque année une statistique 
des opérations pratiquées par lépartement. 

Art, 14. — Au moment où un étranger fait à l'autorité fran(:aise 
la déclaration prescrite soit par le décret du 2 octobre 1888, soit 
par la loi du 8 août 1893, il devra justifier qu'il a été vacciné (s'il 
est majeur qu'il a été vacciné au plus tard au cours de sa vingt et 
unième année). L'étranger résidant en France qui a fait la déclara- 
tion légale est soumis, pour lui-même et pour ses enfants, aux 
prescriptions du présent règlement. 

Au rapport que nous venons de reproduire sont annexés, en 
outre, les modèles de certificat de vaccination et les modèles de 
liste de sujets ?\ vacciner et à revacciner. 

Il a été approuvé parle Comité consultalifd'hygiène, en assemblée 
générale, le 13 octobre 1902. 



FORMULAIRE 



Le condurango contre le cancer. 

Médicament employé (parfois avec 
succès ?J dans les cancers inopérables. 

C'est la racine du Gonolobus Con- 
durango (Amérique du Sud), em- 
ployée comme contre-poison du 
venm des serpents. 

Vojci diverses formules : 

l"» Extrait mou gr. 2ô h 1 ^r. p. j. 

Vin :iO gr. par join\ 

2" Ecorce de coiulurango 

blanc 15 i?r. 

Eau 300'- 

Faire macérer pendant 12 heures 
et réduire par énullition h 150 gr. 
Deux cuillerées à bouche par jour. 
3" Ecorce de condurang<» 

pulvérisé b^ gr. 

Acide chlorhydrique. . . W g'*"» 
Sirop d'ecorces d'o- 
ranges amères 150 gr. 



Deux cuillerées à bouche par jour. 

Lo Condurnn^o est encore im des 
meilleurs médicaments contre le 
cancer inopi'rable ; il semble calmer 
les douleurs et favoriser la diges- 
tion. 

Traitement de l'acné Juvénile. 

(L. Haocy). 

1" S'abstenir totalement de caTé, 
café au lait, thé, liqueurs, alcools, 
vin, charcuterie, poissons, coquilles 
de mer, crustacés, gibier, truffes, 
pûlés, fromages, aliments épicês, 
oseilles, tomates, crudités. Ne pas 
trop manger de beurre et de graisse ; 

2" Prendre au commencement de 
chaque repas un des cachets sui- 
nenls : 

Bicarbonate de soude gr. 30 

Masrnésie calcinée — 20 



FORMULAIKE 



95 



Poudre de caecara sn- 

grada — 15 

Benzonaphtol — 15 

Pour un cachet. F. >». a. 20 racheta 
>«einblables; 

3° Nettoyer la figure avec do*» 
tampons d^ouate hydrophile et de 
Teau aussi chaude aue possible cfui 
aura bouilli avec 10 f^rainmes de 
son et une cuillerée ù soupe de 
biborate de soude par litre ; 

4" Le soir faire un savonnage des 
points malades avec du savon au 
naphtol ; y passer ensuite de Teau- 
de-vie camphrée ; 

5° Puis mettre sur les boutons 
pour la nuit un peu de la pommade 
suivante dans laquelle on augmen- 
tera ou diminuera la dose de vase- 
line suivant PefTet produit : 

Naphtol S camphré.... gr. 30 

Résorcine — 20 

Savon noir — 20 

Oaic préparée — 50 

Soufre précipité 1 — 50 

Vaseline pure — 20 

G« Le malin, après la toilette, 
pa^iser sur In figure du mélange 
suivant : 

Borate de soude 10 gr. 

Kther sulfurique camphré. 40 — 

Eau distillée de rose 100 — 

— distillée 150 — 

CQfitP» !• flèvp» gangllonnslp» 
dttt ontentt. (Combv). 

Onctions sur les ganglions avec 
le Uniment : 

Baume tranquille 20 gr . 

(Chloroforme 2 — 

Laudanum 2 — 

Ou avec la pommade iodurée : 

lodure de potassium.. 2 gr. 

Vaseline 20 — 

Contp» !• ttomstlto aphtout* d«8 
•nfantt. 

(HlTTINEL). 

Le chlorate de potasse doit élre 
donné in tus et extra. 

a) Solution pour lavage de la 
cavité buccale : 

Chlorat e de potasse 4 gr. 

hau distillée 200 — 

Teinture de myrrhe .... 3 — 
Mêlez. Usage externe. 
I>) Potion : 

Chlorate de potasse 1 gr. 

Eau distillée 90 — 

Sirop de groseilles 10 — 

F. s. a. Donner à Tenfant, toutes 
les deux heures, une cuillerée à 
café de cette potioi). 



L.\NCKRE.\rX., 

P<»udre de scille \ 

— de scammonée. t *.% i „.. 

- de feuilles de ( ^*^ ' 8' • 

iligitale / 

Pour vingt pilules. Prendre quatre 
pilules pendant trois ou ou ({uatre 
jours en augmentant la doge jusqu'à 
six à huit. (Cesser plusieurs jours, 
reprendre si la diurèse et la régu- 
larité du cœur sont insunisantes. 

Cttntr* U Oalaotoprhée. 

(Lutald). 

On a des chances de diminuer la 
sécrétion lactée en employant ta 
mixture suivante : 
Sulfate d'atropine. gr. 001 millig. 

— de magnésie 90 grammes. 
Infus.de gentiane. 240 — 

F. s. a. A prendre par cuillerées 
à bouche toutes les deux heures. 

Traltoment médloai û% la inétpitt 
•iguê. 

Le régime alimentaire coiisislera 
à prendre, dans la journée, environ 
2 litres de lait, absorbés par petites 
tasses. On pourra permettre égale- 
ment les bouillons, leau de Vichv, 
etc. 

L'indication . principale est de 
calmer, avant tout, les douleui*s. 
La phénacétine permet d'obtenir ce 
résultat, en môme temps qu'elle 
combat efttcacement la flevre. 

On l'administrera de la façon 
suivante : 

Phénacétine gr. 25 

En un cachet. 

Prendre un de ces cachets, toutes 
les six heures exactement. 

Les douleurs sont également très 
diminuées par les fomentations an- 
tiseptiques laudanisées. faites sur 
la paroi abdominale, de la façon 
suivante : 

Une feuille de ouate hydrophile 
de largeur appropriée est ployée 
dans I eau chaude, exprimée avec 
une serviette et arrosée, sur l'une 
de ses faces, avec XL à L gouttes 
de laudanum de Sydenham : on 
place cette feuille (le ouate sur 
l'abdomen et on la recouvre d'une 
bande de tafTetas gommé. Cette 
sorte de cataplasme antisepliçiue 
est renouvelée suivant les besoins, 
nuit et jour. 

U est utile de faire, en outre, deux 
ou trois fois dans la journée, des 
onctiops douces sur la région lom- 



•^ 



96 



REVUE d'obstétrique ET Dfe GYNÉCOLOGIE 



bo-sacrée, avor. la pommade sui- 
vante : 

Acide salicylique 6 gr. 

Lanoline 6 — 

Essence de menthe. . . — 20 
Axonge 50 — 

AussiMt que l'état dcH malades 
le permet, on leur fait prendre, 
deux fois par jour, un bain de siège 
amidonné. 

On leur fait, deux fois par jour 
également, une injection vaginale, 
à 40» ou 45<», avec de l'eau boriquée 
à 3 pour 100. Ces injections doivent 
être faites doucement, sous une 
faible pression, pour ne pas réveil- 
ler les douleurs. 

Après quelques jours de ce trai- 
tement, il devient possible d'intro- 
duire le spéculum sans occasionner 
de douleurs, et, dès ce moment, il 
y a un grand intérêt à compléter le 
traitement qui précède à l'aide des 
pansements vaginaux calmants et 
décongestionnant s . 

On place successivement sur le 
col utérin, deux petits tampons de 
ouate hydrophile, imbibés l'un de 
chlorhydrate de cocaïne à 1/20, 
l'autre de glycérine boriquée à 
5 pour ceiït. 

L'existence d'un gros eclropion 
ou d'une ulcération du col contre- 
indique l'emploi local de la cocaïne 
dont l'absorption trop rapide ne 
serait peut-être pas sans danger. 
La potion de Rivière trouvera 
son indication dans l'état nau- 
séeux. 

On maintiendra la. liberté du 
ventre par de petites doses de ma- 
gnésie calcinée prises avec îe iail. 
Le repos absolu au lit est in- 
diqué tant que persiste l'élément 
douleur. 

Traitement des vaginites. 

(LUTAUD.) 

Introduiredansle vaginun tampon 
de ouate imbibé du mélange sui- 
vant: 

Eau de chaux 100 gr. 

Baume de Gurjun 5 — 

Glycérine 15 _ 

et le laisser vingt-quatre heures en 
place. 

Faire des injections avec les solu- 
tions suivantes : 

Chloral 20 gr. 

Eau 200 — 

pour le vaginite inflammatoire. 
Permanganate de potasse. 0ff.l5 

EàUdistlllée 500gr. 

ou : 
Sulfate de cuivre 25 — 



E«'iu. 1 m. 

pour la vaginite blennorrhagique. 

Acide salicylique lirr 

AlcooIàW'.. 10- 

Eau distillée 100 — 

ou : 

Sulfate de fer lOgr 

Eau J)00 -* 

pour la vagitine chronique. 

Une cuillerée à bouché dans deux 
litres d'eau chaude pour deux litres 
de licfuide. 

Bains de siège prolongés avec le 
spéculum grillagé. 

TIsene oontre Teoiéme. 

Bardane i 

Gentiane 1 

Pensée sauvage \ AA 3gr. 

Saponaire l 

Séné épuisé par l'alcool. ) 
Bicarbonate de soude 2 gr. 

A faire bouillir pendant un quart 
d heure dans un litre deau. 

En prendre une tasse le malin. 

Cette tisane est également utile 
pour combattre la constipation chez 
les femmes enceintes (Lutaud-. 

Dyspepsie des nourrisiene 

(Malbec). 

1" Si l'enfant est au sein, régula- 
riser les tétées, surveiller l'alimen- 
tation de la nourrice. Changer de 
nourrice. 

Si l'enfanl est au biberon, couper 
le lait avec quelques cuillerées 
d'eaa de Vais ou de Vichy. S'il y a 
diarrhée, avec de l'eau de chaux. 
Lait stérilisé. 

Après chaque tétée, donner une 
cuillerée de la potion suivante : 

Pepsine ] gr. 

Acide lactiçiue 2 — 

Sirop de limon 20 — 

Eau distillée go _ 

Traitement dee ooliquet 
selpingiennes. 

(VAUCAinE). 

Lavements, cataplasmes lauda- 
niséssurrhypogastre(10àl5goutt«8 
de laudanum de SydenhamU 

Onctions sur le ventre avec la 
pommade : 

Extrait d'opium j ^^ i „« 

- defielladone. \^^ ^ ^^' 

Vaseline ■ 25 — 

Onguent napolitain.. . 5 — 
Application d'une ou de deux 
mouches de Milan sur le point dou- 
loureux. 

Application de glace sur le ventre 
(interposer une flancll«). 



FORMULAIRE 



•7 



Pointes de feu. 

Pui^atifs salins ou lavements 
frais additionnés d'une cuillerée de 
glycérine. 

Dilatation du col au moyen de 
tiges de laminaire ou de dilatateur 
métallique. 

Pansement sur le col avec un 
tampon d'ouate imbibé de ; 
Laudanum de Sydenham.. 2 gr. 

Salol 10 — 

Glycérine neutre 200 — 

Suppositoire : 
Chlorhydrate de 

morphine gr. 01 centigr. 

Beurre de cacao. 4 grammes. 

Pour un suppositoire. 

Injections très chaudes anti- 
septiques. 

PomniMl* oontr« les brûlur^t. 

(Wendt.) 

Lanoline \ .. ,7 

Eau distillée....! ^a »' g»- 

Blanc de baleine 4 gr. 

Chlorhydrate de co- 
caïne • 2 gr . 

M. 

La solution do KolItohop^oontPO 
loo uloérotlont tuboreuloutot. 

Voici la formule de cette solution : 
Phosphate de chaux... 50 gr. 

Eau distillée 500 — 

Ajouter acide phosphorique dilué 
q. s. jusqu'à solution parfaite et 
illtrer. Finalement, on additionne à 
la colature avec : 
Acide phosphorique dilué 60 gr. 

Le pansement des ulcérations 
tuberculeuses avec ce topique est 
le suivant: 

1* Irrigations des plaies et des 
tistules avec ce liquide ; 

2* Dans rintervalle, recouvrir les 
plaies avec de la gaze imbibée de 
ce liquide, continuer le traitement 
jusqu'à cicatrisation des ulcéra- 
tions. 

Troftomont do\' Thémoptyslo choz 
l'onfont. 

Potions : 
Alun en poudre gr. 50 c. 



Eau de Rabel . . 
Extrait de ratanh ia 
Sirop 'del'oses . . 
— de cachou. 
Infusion de roses 

rouges 

Par cuillerées^à dessert, de demi 
heure en demi-heure. 



. XX gouttes. 
2 grammes. 

àâ 30 — 



160 



Ou: 
Perchlorurede fer^ Ogr. 40 à 1 gr. 
Sirop de cannelle 30 grammes. 
Eau distillée 100 — 

Par cuillerées à 1 bouche toutes 
les demi-heures. 

Ou : 

Ergotine l^gramme. 

Sirop de ratanhia... 10 — 
Eau distillée 100 — 

Par cuillerée à dessert toutes 
les heures. 

Dosogo du ohlorol dant'Ja ooquo- 
luoho ohoz lot onfantt. 

(Joffroy) 

Le médicament par excellence de 
la coqueluche est l'hydrate de chlo- 
ral. Sous quelle forme, à quelle 
dose et à quel moment doit-on 
l'employer ? 

Il faut donner une préparation 
qui soit bien acceptée par l'enfant. 
C'est là une condition essentielle. 
M. Jofîroy conseille^la poudre dans 
la gelée cle groseille. 

Aux petits enfantsTde 15 mois'à 
2 ans il donne de 0,75 àJSO centi- 

frammes dans un jour. A ceux de 
anç il donne 1 gramme et aux 
plus âgés de 1 gr. 50 à . 2 gram- 
mes. 

Quant au moment de Tadminis- 
l ration, cela a une grande impor- 
tance. 11 faut donner le médicament 
le soir et le matin. De la sorte on 
ménage le sommeil et on procure, 
le matin, lorsque ;les quintes seront 
passées, encore quelque temps de 
repos. 

Lo teppino oontro la ooquoluoho. 

(Ta LA mon). 

L'auteur associe la terpine à l'an- 
tipyrine ou à la belladone quand 
les quintes sont intenses et répé- 
tées, par exemple sous la formule 
suivante : 

Terpine 1 gr. à 1 gr. 50 

Antipyrinc 1 » 

Sirop de fleurs d'oran- 
ger 30 « 

Eau de tilleul 60 >» 

Linlmont oontro lot brûlupoo. 

Huile d'olives... \ . . „ 

Eau de chaux. . . J ^*^ ^ parties. 

Salol , .. , ,. 

Laudanum Syd. ^^ ^ P^»**'*^- 

Pour badigeonnage et recouvrir 
d'ouate. 



1 



98 



IlE\l'E DOUSTÉÏUIQLE ET DE GYNBCOLOOIE 



NOTES DE PliATIQUE 



Le soufre dans le iraitement de 
ia dysenterie. — Daprès les expé- 
rimces do Richmond, dnns plusieurs 
ras de dysenterie on s'est foi-t bien 
trouvé âe remploi combiné de 
iipéra et de l'opium. Ouelquefois 
rependant, ces aeux médicaments 
ont éléromplèlemenl inactifs,tandis 
«pie le soufre agissnit dans tous 
tous les cas : effet iTipide, nmendc- 
incnt d^8 symptômes, pas de re- 
chutes ni d»; tendance à la chroni- 
rilé parles altemativesde diarrhée 
et de constipation, tels sont les 
avantages que l'on a retirés de ce 
traitement. De plus ce médicament, 
n'occasionnantpas de vomissements 
comme l'ipéca était mieux supporté 
par les malades. Le malade est 
mis à la diète et celle-ci est conti- 
nuée huit jours après la dernière 
selle diarrhéique. On administre 
i)^v. 30 de poudre de Dower. Dans 
les cas de dysenterie cbroniauc 
on abandonne le traitementà l'ipéca 
et à l'opium. 

I/auleur termine en disant qu'il 
recheixha soigneusement les aminés 
dans les selles, mais que jamais il 
ne put les découvrir. 

Régime d'un enfant raohitique 
de deux à six ans. — Premier rr- 
/)a«, 7 heures du matin. Pain et lait, 
ou bouillie de gruau, potage au lait, 
pain et beurre ou œuf à la coque, 
un peu de gras de porc ffat bacon). 

Deuxième repas, lih. Tasse de lait 
avec biscottes ou pain et beurre. 

TroiAlcme repas, 1 h. 30, Tartines, 
purée de ponune de terre, poisson 
frais ou viande llnement divisée, 
pudding au lait, pruneaux, marme- 
lade de pommes. 

Quatrième repas y à 5 heures, l.ait 
pur ou lait et cacao. 

Cinquième repas, une demi-heure 
avant le coucher. Pain et lait. 

L'enfant sera dehors tant que le 
temps le permettra, mais il ne devra 
se tenir sur ses pieds ou marcher 
qu'avec l'autorisation du médecin. 

Il devra avoir le jus d'une orange 
ou des légumes verts frais au moins 
trois fois par semaine. 

Si des appareils ont été prescrits, 
ils doivent être enlevés le soir et 
réappliqués le matin. On prendra 
toutes les précautions pour éviter 
les plaies. 

Aucun enfant ne prendra de thé 
ou de café. Aucun aliment ne poro 
pris en dehors des lepas. 



Nouveau procédé pour arrêter 
une épistazis. — Le ir Matthews 
propose le moven suivant. A l'aide 
il'unc sonde cfemi-flexible, un cor- 
don bien huilé est introduit dans I» 
narine aussi loin qu'on le juge né- 
cessaire. La sonde est alors en par- 
lie relin^e et, par le bout libiv. on 
sou file de manière à gonfler le cor- 
don, qui est lié ensuite en arrière 
du catliéter, et transfonné ainsi 
en un ballon-tampon dont la pression 
s'exerce également sur toutes les 
parties de la cavité nasale. 

Ouand on veut le retirer, il sufllt 
de le dégonfler; il s'extrait alors 
facilement sans entraîner les cail- 
lots nouvellement formés et sans 
provoquer une nouvelle hémonagie, 
ce qui manaue rarement de se pro- 
duire quand on se sert de gaze 
ordinaire. 

Plus original et plus élégant que 
la vieille sonde de Belloc î {Aîéd, 
moderne ). 

Lessérums anti>scarlatineuz. — 

Les sérums anti-scarlatineux se 
multiplient depuis quelque temps. 
Il nous en vient d'Autriche, il nous 
en vient d'Allemagne, Il nous en 
vient du Canada. Nous avons le 
sérum de Moser, le sérum d'Aran- 
son, le sérum de Charlton. Ce qu'il 
y d'admirable, c'est que nous ne 
connaissons pas le microbe de la 
scarlatine, mais ce détail n'arrête 
pas les inventeurs de aérums. Les 
résultats obtenus devraient cepen- 
dant modérer leur ardeur séroUié- 
rapiquc. 

Avec le sérum d'Aranson, Ba- 
ginsky obtient à ferlin une morta- 
lité de 11 pour 100. Le sérum de 
Charlton, sur 15 cas traités à Mont- 
réal, donne 2 décès, soit 13 p. 100. 
Le sérum de Moser, employé dans 
le service d'Escherich, a donné une 
mortalité de 14 p 100, quand il est 
utilisé le troisième jour; de 23 p. 
100 quand il estinjecté le quatrième 
jour ; et de 40 p. 100, pour les cas 
traités le cinquième jour. 

C'est beaucoup pour une maladie 
dont la mortalité est sans doute 
très variable suivant les épidémies, 
mais ne doit guère dépasser 10 p. 
100 dans les conditions moyennes. 
.\ Paris, les statistiques des enfants 
traités dans les pavillons de scar- 
latineux accusent seulement une 
mortalité de 8 à9p.l00. 

Celte note éninne de la Médecine 



NOTES DE PnATlyiE 



99 



Moderne, journal pasiorien ; cette 
critique provient sans doute de ce 
que les sérunis nouveaux feraient 
concurrence à la rue Dutot. 

Les iineotions soui-cutanées 
de ■copolamine et de morphine 
en obstétrique (Lam binon). — 
Steinbùckol a proposé pour Tusage 
olist4^trical un mélange do scopo- 
larninc en injections sous-cutonces. 
Voici la formule employée : 
Hp. Scopolamine Iiydrobro- 

mic 0,003 

Morpliin. muriat 0,01 

Aq. slillat 1,00 

Injecter le contenu d'une seringue 
de Pravaz sous la peau de la partu- 
ricnle, pour.obtenir un effet sédatif. 

Lors des premiers essais de Fau- 
teur, il a fait des injections du 
contenu d'une demi-senngue. Deux 
heures plus tard, il renouvelait cette 
dernière dose. 

Chez les primipares âgées, h 
bassin normal dont le travail est 
irrégulier, on constate, grâce à 
l'usage de cette méthode, de l'eu- 
phorie, des douleurs régulières et 
souvent un accouchement normal 
sans inter\'enlion opératoire. 

Voici les opérations pratiquées 
par Steinbiickel, une acmi-heurc 
après rinoculation des produits pré- 
cités, sans causer de douleur à la 
patiente : sutures périnéales, dila- 
tation du col, curage utérin après 
l'avorlement. Au surplus, dans les 
grandes interventions opératoires, 
Il est utile de pratiquer ime injec- 
tion sous-cutanée d'un mélange de 
morphine et de scopolamine avant 
de produire une narcose profonde, 
soit par les inhalations de chloro- 
forme, soit par celles d'éther. 

Le sublimé corrosif contre la 
coqueluche. — C. Calabro a traité 
:t6 cas de coaucluche en employant 
le sublimé. La méthode consiste à 
badigeonner la gorge des malades 
avec un mélange de la composition 
suivante : 

Sublimé corrosif 0,50 

r.hlorure de sodium chim. 

pur; 0,10 

Kau distillée.... 1.000 » 

Toutes les parties accessibles du 
pharynx, Tépiglotle, les amygdale;?, 
doivèntétre badigeonnées «avec luie 
brosse douce à long manche, que 
l'on imbibe delà solution. Clés badi- 
geonnâmes sont répétés de une à 
trois fois par jour suivant la gravité 
du cas. L auteur obtint des succès 
dans les 56 cas par lui traités : 39 
malades furent guéris ai)rès un 



Traitement des bémorragieB 
par le clUorare de calcium (Seb- 
TniNON). — La valeur hémostatique 
puissante du chlorure de calcium 
administré par la voie gastrique ne 
lui a pas encore conquis le suffrage 
des praticiens : on ne peut que le 
regretter car il est rarement infi- 
dèle. 

11 réussit là où le perchlorure de 
fer, l'antipyrine, l'orgoline, les in- 
jections rli'audes n'ont rien pu; il 
est donc à souhaiter de le voir 
entrer dans la médication cou- 
rante: son prix très peu élevé, son 
extrême solubilité, en font un médi- 
cament à la portée de tous. 

Le (>a(:|3 trouve son indication 
dans les hémorragies de toute sorte 
et dans toutes les maladies présen- 
tant le syinptùme ou la complication 
hémorragi({ue. Il n'est pas jus- 
qu'aux mélrites hémorragiques qui 
n'en aient retiré de bénéfice très 
appréciable, ainsi que M. Paul 
Camot a pu l'observer dans un cas 
(avec ^uérison), ainsi que M. Berti- 
gnon I a expérimenté »dans trois cas 
deux guérisons et une amélioration ; 
dans ce dernier cas, Thémorragie, 
très abondante, était due à un 
cancer du col à forme fongueuse. 
L(» curettaçe n'ayant rien fait, le 
i'.ni'A* réussit. 

Les cas qui comptent le plus rlc 
succès sont certainement ceux qui 
relèvent de l'hémophilie, ('.outre les 
hémoptysies tuberculeuses le (laCl* 
a donné' de bons résultats. 

Les hématémèses. les hématu- 
ries, les entérorrhagies sont arrêtées 
rapidement par le CaCP. M. lierti- 
gnon cite le cas d'un malade 
atteint de purpura aigu généralisé 
(peau et muqueuse), où T'ergotine, 
le perchlorure de fer, la limonade 
citrique avaient échoué, guéri par 
le Caa«. 

" Les hémorragies de l'eslomnc el 
du tube digestif supérieur, dit 
M. V. Carnot, ne sont pas justi- 
ciables du traitement par le sérum 
gélatine ; car la gélatine est ainsi 
transformée par le suc gastrique. 
Dans ce cas alors, nous nous 
servons du CaCI* qui réussit fort 
bien. »• 

M. Albert Mathieu a traité des 
hémorragies intestinales de la lièvre 
typhoïde par les grands lavements 
cnauds et le CaCH en potion el en 
lavements). 

L ergotine médicament pro > 
Dhylactlque et spécifique de la 
nèvre puerpérale. — Soit estime 
que pour le praticien qui opère à la 



m 



REVUE D^OBSTÉTRIQUE ET DE GYNECOLOGIE 



campagne, Tergotine représente un 
médicament précieux dans le traite- 
ment de la lièvre puerpérale : sous 
son influence, les espaces lympha- 
tiques de Tulérus se resserrent, et 
les tissus plus compacts, moins 
infiltrés, forment une barrière cjuc 
rinfection franchira plus difdctle- 
ment. Après épuisement de TefliBt 
médicamenteux, l'utérus ne revient 
toutefois pas au volume (pi'il pré- 
sentait avant l'administration de 
Tergotine. Quand la malade pré- 
sente déjà de Thyperthermie, Tergo- 
tine combat cette dernière. 

Pour s'opposer à la résorption de 
produits purulents, l'auteur admi- 
nistre l'ergotine dans toutes les 
alïections où il craint cette résorp- 
tion (abcès, phlegmons pyémiques, 
etc.). Le méaicament présentant en 
môme temps des propriétés to- 
xiques, il serait préférable, d'après 
l'auteur, d'injecter au lieu de sérum 
physiologique, de l'ergotine aux 
mciividus cachectiques devant subir 
une intervention opératoire. 

L'auteur dispose d'une trentaine 
de cas de fièvre puerpérale traités 
par l'ergotine : parmi eux, il en est 
plusieurs graves, où l'intervention 
rut tardive. Tous ont guéri. 

Après les accouchements nor- 
maux, l'auteur prescrit l'ergotine 
comme moyen prophylactique 
associé à l'antiscptie. 

Elle favorise également l'involu- 
tion utérine et constitue un auxi- 
liaire précieux des injections vagi- 
nales chaudes. 

Leformol contre la coqueluche. 

(DE Lamallerée). — L'auteur n'a eu 
qu'à se louer de cette médication, 
qu'il institue de la façoD suivante : 

Faire évaporer, sur une lampe 
ù alcool, une pastille parafonnique 
toutes les heures, et garder rigou- 
reusement la chambre; pas autre 
chose. Le traitement est simple, 
précieux pour la catégorie de ma- 
lades auxquels il supplique, et 
donne des résultats très 'alisfai- 
«ants. 

Il ressort, en effet, d'uno ving- 
taine d'observations publiées par 
M. de Lamallerée dans le Centre 
médical, que, dans les U à 72 
heures, les vomissements cessent, 
de même que les quintes de toux; 
ces dernières étant au début du 
traitement de 18 à 37 par 24 
heures, tombent à 2 ou 3 après 48 
heures au plus. Quatre fois seu- 
lement elles ont persisté, variant 
entre 5 et 6 après ce laps de 



temps, et deux fois le traitement 
n'a rien donné. Les vomissements 
suivent une marche semblable, 
mais plus rapide encore. 

Sur les 22 cas, M. de Lamallerée 
a eu 2 insuccès complets, 4 résul- 
tats tardifs, et 18 guérisons com- 
plètes en 8 jours, convalescence 
comprise, et sans traitement régu- 
lier après les 72 premières xiCures 
bien entendu, c'est-à-dire que les 
enfants avaient repris leur vie 
ordinaire. 

Mais, pour obtenir ces résultats, 
il faut rigoureusement se mettre 
dans les deux conditions suivantes: 
1' prendre le malade dans les 8 à * 
10 premiers jours de la coqueluche 
déclarée; 2* astreindre le malade 
•à la réclusion rigoureuse à la 
chambre bien fermée. On laisse 
l'enfant libre de jouer tout ù son 
aise dans la pièce choisie, et elle 
doit être à une température cons- 
tante de 18 à 20*. 



Le chanvre indien contre la 
chorée et la coqueluche — Nous 
avons indioué récemment' les résul- 
tats favorables qu'un médecin an- 
glais, M. T. Burton, dit avoir obte- 
nus dans la chorée de Sydenham 
et dans la coqueluche, par l'usage 
interne de l'extrait fluide de can- 
nabis indica. Notre confrère relate 
maintenant trois nouveaux succès 
remarquables dus à cette médica- 
tion. 

L'un de ces faits concerne une 
fillette de onze ans, atteinte de 
chorée de Sydenham, rebelle & l'ar- 
senic, ainsi qu'aux préparations 
opiacées, et tellement grave que la 
mort par épuisement j«ara:ssaii 
imminente. Chez elle. Vil gouttes 
d'extrait fluide de chanvre indien 
administrées en une fois, ont suffi 
pour supprimer les convulsions 
choréiques. 

Dans les deux autres observa- 
tions, il s')agissait de coqueluche 
chez un garçon de vingt-deux mois 
et chez une petite fille de cinq ans, 
qui, sous rinfluence de l'extrait 
fluide de chanvre indien, ont guén 
en quelques jours. Le premier 
recevait II gouttes de cet extrait 
toutes les trois heures, la second'*, 
en prenait V gouttes toutes Ici 
quatre heures. 

Les trois petits malades ont par- 
faitement bien toléré le chanvre 
indien, qui n'a jamais provoqu'' 
chez eux le moindre trouble cépha 
lique ni entravé rappétit et 1 
digestion. {Bulletin médUcal.) 



Imp. X. Perroox, MAcon. 



GYNÉCOLOGIE 



SYMPTOMES, DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT DES SALPINGO- 

OVARITES. 

(FouRNiER, d'Amiens). 

Le salpingo-ovaritc débute de deux manières : brusquement, par 
des douleurs dans le bas-ventre, un peu de ballonnement, des 
nausées ou des vomissements, comme une pelvi-péritonite, et à ce 
moment, la fluxion péri-utérine est souvent telle qu'on ne trouve 
qu'un empâtement très douloureux à droite ou à gauche, à la suite 
d'un accouchement ou d'une blennorragie rapidement envahissante. 
Un repos au lit de quelques jours et, au bout de dix jours ou trois 
semaines, tout semble rentrer dans Tordre. Insidieusement ^\^. àéhni 
est bien plus fréquent de la sorte, car il s'agit d'une maladie dont 
la marche est chronique. Les antécédents de métrite peuvent 
manquer, la malade n'ayant pas accordé d'attention aux signes peu 
accusés d'une métrite légère. 

Signes fonctionnels. — Une fois constituée, l'afTection dure 
longtemps et se révèle, comme la métrite, par le syndrome utérin. 
Les douleurs siègent surtout dans le côté et plus souvent à gauche, 
s'irradient aux reins, au sacrum, au coccyx, à la hanche, reviennent 
de temps à autre sous la forme de-«^ques iubaires, et parfois il se 
fait une débâcle, une vomique du pus dans la cavité utérine : j'en 
ai observé un cas il y a quelques mois. C'est, en somme, dans le 
côté, un peu au-dessus du milieu de l'arcade de Fallope, que les 
malades accusent leur douleur, dès qu'elles fatiguent, dès qu'elles 
marchai ou descendent un. escalier. La menstruation est modifiée 
d'une manière assez inconstante : dysménorrhée, puis métrorragics, 
puis aménorrhée ; ce n'est pas là une- succession toujours bien 
observée. La leucorrhée n'est pas beaucoup plus caractéristique, 
parce, qu'elle tient davantage à la métrite concomitante et s'il y a 
parfois un flot de pus, il est difficile de dire s'il vient de la trompe 
ou de l'utérus. Les troubles à dislance, dyspepsie, névralgies, 
constipation, dysurie, diarrhée glaireuse, neurasthénie môme, n'ont 
pas encore une signiflcation énorme, car nous savons que la rétro- 
déviation les détermine souvent et qu'une simple métrite peut y 
suffire. Si bien que, de tous ces signes, c'est encore la douleur, 
quand elle est précisée par la malade, qui est le meilleur, et encore 
combien infidèle ! 

Signes physiques, — N'accordez aux signes fonctionnels qu'une 
importance pronostique, n'y croyez pas trop au point de vue du 
diagnostic. 11 faut vous mettre à la recherche de l'organe malade, 
et je crois pouvoir affirmer que ce diagnostic n'est pas très facile, 
si on n'a une très grande habitude des examens gynécologiques. Le 
spéculum, l'hystéromètre ne servent à rien ici, c'est une question 
de mains. Lé gynécologue doit être familiarisé avec les organes 
génitaux pour parvenir à préciser son diagnostic. 



t 
^ 



102 REVL'E D'onSTKTRlQl E ET DE GYNÉCOLOGIE 

La palpalion peut parfaitement vous révéler une douleur qui 
siège juste au milieu d'une ligne allant, au-dessus dq ligament de 
Poupart, du pubis à l'épine iliaque antéro-supérieure ; c'est là qu'est 
l'ovaire. Parfois même, vous percevez à ce niveau une tuméfaction 
évidente. Il m'est arrivé d'y sentir un gonflement dû à la défense 
musculaire comme dans la salpingite ; mais combien souvent la 
douleur provoquée sur ce point est douteuse, nulle parce que les 
ftimexcs sont prolabés î 

Le toucher vaginal au moyen de l'index peut vous révéler un 
empâtement de l'un des culs-de-sac, vous faire percevoir un cordon 
tondu qui est la trompe abaissée, un ovoïde qui est l'ovaire. 

Soit, tout cela est jirécieux à constater, mais il ne faut pas trop 
compter sur cette constatation. Et le vrai, le seul, l'unique moyen, 
pourrait-on dire, c'est le palper bimanuel. 

Le palper blmanuel, c'est la palpation et le toucher combinés. Pre- 
mier point, délimitez bien l'utérus; votre index vaginal sent le col, 
le relève, le pousse en tous sens; voire main abdominale doit recon- 
naître ces oscillations que vous imprimez à l'utérus par l'intermé- 
diaire de son col. Après avoir bien nettement constaté sa situation, 
sa forme, son état inflammatoire, son volume, passez au second 
point, recherchez les annexes, d'abord d'un côté, puis de l'autre : 
l'index gauche renseignera parfois mieux sur les annexes gauches. 

Il est bon aussi que vous les délimitiez entre ces deux mains. La 
salpingile calarrhale mobile est une trompe douloureuse, trop 
grosse à son extrémité externe, souvent recourbée, moniliforme, 
déplacée ; l'ovaire adjacent est très sensible, augmenté de volume 
rt irrégulier. Un ovaire normal n'étant pas beaucoup plus gros 
qu'une grosse amande, voyez si celui-ci est du volume normal ; 
reconnaissez la trompe à ce que, par l'une de ses extrémités, elle 
fait suite à une corne utérine. La salpingite kystique est nettement 
ime petite tumeur, comme un œuf plus ou moins gros, séparée de 
l'utérus par un sillon, en apparence indépendant de cet utérus. 
Qu'elle contienne du sang, de l'eau ou du pus, ne comptez pas sur 
la sensation de fluctuation, parce que vos mains sont séparées de 
t'es organes par trop d'autres tissus pour que vous puissiez affirmer 
f e flot ; ne comptez pas davantage sur la douleur, parce que les 
kystes tubaires sont rarement douloureux, mais cherchez bien si 
cette tumeur se rattache à l'utérus par un prolongement. Les 
adhérences voisines de périmétrite et de périsalpingite sont utiles à 
reconnaître parce que vous saurez ainsi s'il y a de l'inflammation 
concomitante du péritoine. Vovaire malade est moins facile à 
délimiter que la trompe : d'abord parce que souvent la trompe 
gonflée ou kystique se présente avant lui, puis parce que, si son 
volume est normal et si même il est prolabé, il est difficile de dire 
s'il est ou non sclérokystique ; il faut, néanmoins, tâcher de le 
reconnaître et, avec une certaine habitude, on le trouvera bientôt. 

Diagnostic. — 1<* Avec d^autres lésions génitales. — Une mélrite 



TRAITEMENT DES SALPINGO-OVARITES 103 

est un utérus douloureux au palper bimanuel ; les trompes n'y sont 
pas intéressées dès le principe. Un prolapsus des ovaires et des 
trompes n'entraîne pas toujours la salpingite et, dans ce cas, les 
annexes ne sont ni volumineuses, ni douloureuses. Une rélroflexion 
est plus difficile d reconnaître, parce qu'on peut prendre le fond de 
l'utérus pour des annexes prolabées et enflammées : bien suivre sur 
les côtés le bord utérin qui se coude au niveau de Tisthmc, déli- 
miter le col, constater l'absence de corps, en avant, î\ la place 
habituelle ; percevoir la continuité sur la face postérieure entre 
corps et col ou, au contraire, en cas de salpingite prolabée, perce- 
voir le sillon de séparation : mobiliser, si c'est possible, les annexes 
sur l'utérus : voilà ce qu'il faut faire. Les fibromes du col siégeant 
en arrière sont mobiles, reliés au col. Les kystes de l'ovaire, qui 
sont petits, sont facilement confondus avec la salpingite, mais ils 
sont fluctuants et indolores. Vhémaîocèle réfro-utérine ne devient 
dure que tardivement. 

2" Avec des lésions d'organes voisins, — Ventérocèle adhésive 
(Doléris) est une anse intestinale descendant derrière le cul-de-sac 
postérieur du vagin et qu'on peut confondre avec la trompe et 
l'ovaire tombés en cet endroit. La psoîtis est très douloureuse et 
d'un siège plus élevé. L'appendicite, qui d'ailleurs peut coïncider, 
a un siège d'ordinaire plus élevé sur la ligne allant de l'ombilic à 
l'épine iliaque ; le point de Marc Burney existe souvent ; les anté- 
cédents sont surtout intestinaux ; mais on peut bien s'y tromper, 
témoin le cas que j'ai opéré ces jours-ci et dans lequel j'ai trouvé 
l'appendicite à gauche de l'utérus. Les zones hyslérogènes, dont le 
siège est dans la région ovarienne, sont hyperesthésiées au frotte- 
ment superficiel de la peau de cette région, calmées au contraire 
par la pression profonde. Le frottement détermine la boule et la 
crise. 

3<* De la forme et de la cause. — Un kyste tubaire, que ce soit 
hydro, hémato ou pyosalpinx, n'est pas douloureux comme une 
salpingite catarrhale récente et sera plutôt encore confondu avec 
un kyste de l'ovaire. Il importe, en conséquence, de bien délimiter 
trompe et ovaire aussi souvent qu'on le peut, et c'est ainsi qu'on 
arrive parfois à reconnaître même les ovaires micro-kystiques. 
Comme conseil en passant, je vous recommande de ne pas vous 
décourager trop tôt dans ces recherches ; le palper bimanuel est 
très diiiicile, mais avec du temps et dé la patience on finit par 
savoir l'utiliser. 

L'accouchement, la blennorragie pourront, en quelques cas, être 
reconnus à l'origine de ces lésions annexielles ; les antécédents 
intestinaux feront penser à l'infection du colibacille ; de même, les 
adhérences intestinales. La tuberculose sera soupçonnée quelque- 
fois quand les lésions très accusées évolueront sans grandes 
secousses ; les lentes suppurations pelviennes y font penser et la 
recherche du bacille dans la leucorrhée est parfois concluante. 



1 



["îf»* 



104 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

Avant de passer au traitement, il est nécessaire que nous insistions 
sur les rapports de la salpingite et de l'appendicite. 

Appendicites el salpingites. — Cette question n'est mise au point 
que depuis quelques années. Pozzi avait déjà pensé à cette relation 
entre les appendicites et les salpingo-ovaritcs droites et nous avons 
vu qu'on a incriminé le transport microbien de la part des lympha- 
tiques du ligament infundibulo-pelvien. Bouilly a parlé, en 1897, de 
la difficulté'du diagnostic entre ces deux maladies, mais ni lui, ni 
Richelot, ni Hirst, Armstrong, Cleveland n'y voulaient voir autre 
chose que des coïncidences. Par contre, dès 1894, Wiggin y voyait 
une relation de cause à effet ; Delagénière publiait, en 1900, 26 cas 
d'appendicites chroniques coïncidant avec des affections utéro- 
annexielles; Faure, en 1901, en relate des cas aigus; Quenu citait un 
cas où l'extrémité de l'appendice était enchâssée dans le pavillon 
de la trompe. 

En ce qui me concerne, j'ai opéré un certain nombre de ces cas 
dès 1900 et j'en ai signalé quelques-uns que vous avez pu voir et 
dans lesquels il y avait adhérences intimes entre l'appendice et la 
trompe, l'extrémité de l'appendice étant- le plus souvent la seule 
partie adhérente. Il est difficile de dire si l'infection passe de 
l'appendice à la trompe ou inversement, mais on peut affirmer qu'il 
ne s'agit pas, comme on l'a dit, de pelvipéritonite localisée à ces 
organes et déterminant une simple coïncidence. S'il en était ainsi il 
n'y aurait pas simplement des lésions appendiculaires (portant 
surtout sur l'extrémité de l'appendice) et salpingiennes, il y aurait 
d'autres lésions de voisinage : or, il y a des cas où ces lésions de 
voisinage manquent complètement. 

Le diagnostic entre appendice et salpingite est déjà difficile : dans 
lo premier cas, la douleur siège à mi-chemin entre l'épine iliaque 
antéro-supéricure et l'ombilic, dans le second cas elle est décelée 
l)lus bas, au-dessus de l'arcade de Fallope. - Quand il y a coïnci- 
dence des deux lésions, la douleur provoquée occupe tout le côté 
droit, la fosse iliaque droite depuis le point deMacBurney jusqu'au 
pli de l'aine. Je ferai remarquer que deux cas se présentent : P Si 
la salpingite est plus intense et domine la situation, le diagnostic de 
l'appendicite concomitante est fort difficile, parce qu'on peut 
toujours penser qu'il s'agit de l'inflammation salpingienne propagée 
alentour ; 2'^ si au contraire l'appendicite domine la situation, le 
diagnostic est plus facile parce qu'au palper la douleur maxima est 
haut située et que cette douleur va en diminuant de haut en bas; 
pendant ce temps le doigt vaginal décèle à son tour une très vive 
douleur salpingienne et on a reconnu les lésions salpingiennes par 
l'exploration bimanuelle. On en arrive ainsi à conclure qu'il y a 
deux maxima de lésions, avec un intervalle où la douleur est 
moins accusée. Enfin, il ne faut pas omettre que l'appendicite 
détermine des troubles digestifs importants : nausées, vomisse- 
ments, anorexie, qui mettent, eux aussi, sur la voie. 



TRAITEMENT DES SALPINGO-OVARITES 105 

Traitement médical. — Il faut, dans les salpingo-ovarites, savoir 
être médecin et chirurgien à Toccasion. Et d'ailleurs les occasions 
sont aujourd'hui fréquentes où il est difficile de saisir nettement les 
indications véritables des affections abdominales ; nous rencon- 
trons constamment des médecins trop timides et des chirurgiens 
trop hardis. Or, ce qui devrait être affaire de raisonnement scienti- 
fique est encore trop souvent affaire de tempérament individuel, 

A) Trailemenl médical.— Le traitement des salpingo-ovaritesi 
aiguës, c'est celui de la métro-salpingite, celui de Tinflammation 
pelvienne à son début, dès l'apparition des signes très douloureux, 
du gonflement, de la fièvre. 

Le repos dans le lit, voilà la première condition à remplir, indis- 
pensable, le repos absolu comme dans une appendicite ; en second 
MeuV antisepsie ; en troisième lieu la glace sur le ventre. L'antisepsie 
consiste en injctions vaginales chaudes, abondantes, mais sans 
force, rinjecteur étant maintenu très bas, ou même, si on peut le 
faire, les injections intra-utérines, à la manière de Fritsch, qui 
accorde à juste titre, je crois, une certaine importance curative à 
ce genre de désinfection : puissantes dans l'infection puerpérale» 
pourquoi ces injections ne seraient-elles pas utiles dans l'infection 
blennorrhagique ? Traiter ces infections à l'état aigu avec une 
suffisante minutie, c'est les juguler et rien ne vaut d'arriver à 
temps. 

Malheureusement, on arrive bien plus souvent en retard, soit que 
les lésions aient été méconnues en leur commencement, soit 
qu'elles aient d'emblée revêtu la forme chronique. Vis-à-vis de ces 
salpingites catarrhales ou parenchymateuses, vous n'êtes pas 
désarmés : essayez la dilaîalion de l'utérus, faites avec la laminaire 
ou les bougies de Hégar une dilatation et un pansement^ une injec- 
tion intra-utérine, un attouchement de la muqueuse, de temps à 
autre, à la teinture d'iode; lavez la cavité utérine, drainez-la, mais 
en prenant deux précautions : la première est de savoir ne pas trop 
tourmenter l'utérus, d'agir avec prudence, sinon il se révolte et les 
abcès salpingiens apparaissent, grossissent ou se rompent; la 
deuxième est d'être très antiseptique, très prudent, très minutieux. 
Chaque fois, on applique un tampon à la glycérine sur le col. En 
somme, on traite l'utérus comme s'il s'agissait d'une vieille métrite, 
dans le but d'atteindre, par propagation de guérison, les trompes 
enflammées. On y arrive parfois, au début do la salpingite, quand 
elle n'est pas enkystée, et on peut obtenir, par cette antisepsie intra- 
utérine, la régression des trompes par un mécanisme d'ailleurs 
ignoré dans son essence. Il faut savoir ne pas appliquer ce traite- 
•ment quand il s'agit de kystes tubaires, hydro-hémato-pyosalpinx, 
car ce traitement utérin ne servirait de rien ; il faut savoir encore 
s'arrêter à temps, quand on ne constate aucune modification favo- 
rable. Je crois, pour ma part, qu'une cause importante des échecs 
auxquels on aboutit souvent est qu'on manque de patience et qu'on 



106 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

veut trop faire d'un seul coup, de sorte que les organes se révoltent 
et que des poussées aiguCs apparaissent. 

Le massage est dangereux ici ; le cathétérisme des trompes n'est 
qu'à rétude. 

Le Trailemenl chirurgical ressort de la grande chirurgie abdo- 
minale. 



EMBRYOGÉNIE 



SUR LES LOIS DE LA FORMATION DES SEXES 
par le D' Pierre Robin. 

M. Guiard, dans son intéressante communication, ainsi que 
M. Boissard dans sa réponse, admettent tous les deux la loi de 
Thury sur la procréation des sexes, en faisant chacun cependant 
dans une mesure plus ou moins forte, des restrictions, au point de 
vue de la généralité de cette loi. 

D'après cette dernière loi, c'est de la maturité plus ou moins 
parfaite à laquelle est parvenu Tovule, au moment de la fécondation, 
que dépendrait le sexe de l'être procréé ; il serait féminin lorsque 
cette maturité n'est pas encore arrivée à un certain degré, masculin 
quand elle l'a dépassé. Telle nous la formule M, Guiard dans sa 
communication. N'ayant pu me procurer le travail do Thury, je 
m'en tiens à ces termes, qui expriment un rapport entre la maturité 
de l'ovule, l'époque de la fécondation, et le sexe de l'être procréé. 
Le dernier de ces termes est la solution du problème dont les deux 
premiers sontTéquation; aussi je suis très étonné devoir, qu'il n'est 
question nulle part, ni chez M. Guiard, ni chez M. Boissard, du 
rapport qui peut exister entre la maluralion de Vovule et sa fécon- 
dation. M. Guiard nous donne des résultats très intéressants et 
éminemment importants sur les rapports qui existent entre l'ovu- 
lation, la menstruation et la fécondation. Nous apprenons que la 
fécondation est possible avant, pendant et après les règles. Ces 
dernières cessant aussitôt que la vésicule de GralTest rompue, 
rendant l'ovule libre. 

De ses observations cliniques, M. Guiard conclut en attribuant à 
la fécondation d'un ovule incomplètement déoeloppéy c'esi-h-dire dans 
(la première phase de migration) la genèse du sexe féminin ; au con- 
traire, celle du sexe masculin à la fécondation d'un ovule en pleine 
maturité, c'est-à-dire dans la deuxième phase de son évolution. 

M. Boissard estime que Y imprégnation d'un œuf jeune détermine 
l'œuf dans le sexe féminin, le sexe masculin étant dû à l'imprégna- 
tion d'un ovule vieux. Dans toutes ces conclusions, résumant leurs 
observations clini(|ues, fort complètes et très bien documentées, 
>LM. Guiard et Boissard ont établi un rapi)ort entre la fécondation 



i 



FORMATION DES SEXES 107 

duD ovule, la menstruation et le sexe de 1 être ([ui va naître, sans 
nous parler de la maturité dé Tovule. 

Je tâcherai de vous montrer tout k l'heure le danger que présent o 
dans cette théorie remploi des expressions : ovule incomplètement 
développé, ovule en pleine maturité, ovule jeune, ovule vieux, la 
maluralion d'un ovule ne dépendant nullement de son âge. 

Maintenant si nous voulons ramener le problème aux ternies 
même de la loi de Thury, il nous faut étudier les rapports qui 
existent entre la maturation et la fécondation de Tovule, puis nous 
chercherons si ce rapport peut s'introduire dans les conclusions de 
MM. Guiard et Boissard. 

Chemin faisant, nous verrons si d'autres facteurs n'entrent pas en 
jeu, qui, modifiant les conditions précitées, conduisent à une 
nouvelle théorie. 

Enfin, comme les plus belles théories doivent être sanctionnées 
par la clinique, nous verrons si cette théorie peut nous conduire à 
l'explication des conclusions positives et négatives tirées des obser- 
vations fournies par la clinique. 

Vous connaissez certainement mieux que moi, la maturation et la 
fécondation d'un ovule, je m'en tiendrai aux seuls faits nécessaires 
pour la compréhension du sujet qui nous occupe. 

Comme tous les phénomènes que nous étudions sont d'ordre 
physico-chimique, se passant entre corps d'une composition 
chimique très complexe, nous admettons, sans pouvoir l'affirmer 
dans l'état actuel de la science, qu'il y a concordance entre les 
manifestations objectives constatées microscopiquement ou ma- 
croscopiquement et les réactions chimiques qui les produisent. 

Par son volume, la structure de son contenu et la nature de ses 
membranes, l'œuf humain est extrêmement semblable n celui des 
autres mammifères. Toutefois, d'après les recherches minutieuses 
de Nagel, l'œuf de l'homme conserve sa transparence à tous les 
moments de son développement, son vitellus ne contenant pas de 
gouttelettes brillantes. 

Pour que la cellule œuf(]c l'homme puisse être fécondée, elle doit, 
au préalable, subir toute une série de transformations réunies sous 
le nom de phénomène de la maturation. 

Sans entrer dans le détail de ces phénomènes, on peut considérer 
comme une loi générale que les œufs, encore pourvus de leur 
vésicule germinalive, ne sont jamais aptes à être fécondés ; que, 
pour qu'ils aient cette aptitude, leur vésicule germinative doit 
toujours avoir disparu et avoir été remplacée par un noyau 
OTuIairc, ou pronucleus femelle, très petit, formé aux dépens de ses 
parties constitutives. Enfui, pendant que ces phénomènes s'accom- 
plissent, il se forme toujours des cellules polaires. 

Chez l'homme la fécondation est interne^ aussi est-il très diriicile 
d'étudier le phénomène complètement. Voyons cependant s'il n'y a 
pas un moyen d'arriver quand même à établir une loi de la fécon- 



108 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



dation, qui nous renseigne sur le rapport qui existe entre la 
copulalion exîerne des deux cellules sexuelles mâles et femelles et la 
fécondalion caractérisée en dernière analyse par la fusion du 
pronucleus femelle avec le pronucleus mâle, 

Fécondalion chez les Echinodermes (1). — Chez ces représentants 
du règne animal, lorsque les œufs très petits et transparents sont 
pondus dans la mer, ils sont à maluralion complète ; les cellules 
polaires sont déjà formées, et l'œuf contient un petit noyau 
ovulaire. 

Une fois la copulation externe des deux cellules effectuée, c est- 
a-dire une fois que le spermatozoïde a pénétré (sauf la queue) dans 
l'œuf, il s'accomplit dans le vitellus un ensemble de phénomènes 
réunis sous le nom d actes internes de la fécondation; et la féconda- 
tion ne peut être considérée comme achevée que lorsque les phéno- 
mènes ultérieurs qui ressortissent de la division nucléaire com- 
mencent à se produire, et cela dans tous les cas. 

Fécondation de V œuf des nematodes (2). — Chez l'Ascaris megalo- 
cephala, nematode parasite du cheval, les sexes sont séparés, la 
copulation et la fécondation de l'œuf s'accomplissent à l'intérieur 
de l'appareil génital femelle. 

Au moment ou s'opère l'union des deux produits sexuels l'œuf 
lui-même n'est pas encore arrivé à maturité; il possède encore sa 
vésicule germinative, mais il ne tarde pas à entrer dans la période 
de maturation. 

Après avoir formé ses noyaux polaires, les deux pronucleus 
mâles et femelles s'accolent sans se fusionner, et l'vieuf entre dans 
une période de repos. Ce n'est que plus tard, au moment de la 
segmentation de l'œuf que l'union des deux noyaux sexuels, qui est 
le terme extrême de la fécondation, a lieu ; c'est-à-dire lorsque s'est 
formé le premier fuseau de segmentation à la constitution duquel 
ils coopèrent dans la même mesure. 

Fécondation chez les vertébrés, — L'exemple nous est fourni par 
le plus inférieur l'amphioxus lanceolatus. Lorsque l'œuf se détache 
de l'ovaire, il n'en est qu'aux premiers stades de la maturation, 
comme c'est le cas chez la plupart des vertébrés. Après la dispa- 
rition de la tache germinative, il a formé le premier fuseau de 
direction et môme la première cellule polaire, qu'il expulse à la 
surface de son vitellus. 

Mais il ne peut expulser la seconde cellule polaire que lorsque la 
fécondalion s'effectue, ce qui semble être aussi le cas chez tous 
les vertébrés sans exception, et chez une foule d'invertébrés. 

Ces phénomènes semblent s'accomplir aussi d'une façon générale 
de la même manière dans le règne végétal. 

Aussi est-on actuellement en mesure d'établir une théorie de la 
fécondation (page 57 Ilerlwig), 

<i Lors (le la fécondation, il s'accomplit des processus morpho- 



FORMATION DES SEXES 109 

logiques nettement visibles. Le plus important et le plus essentiel 
d'entre eux, est Tunion de deux noyaux procédant de cellules 
sexuelles diffërentes : le noyau ovulaire et le noyau spermatique. Il 
se produit de la sorte un fusionnement de quantités équivalentes de 
substance nucléaire chromatique mâle et femelle. Par contre, 
d'après Boveri, les centrosomes de la première figure de segmen- 
tation dérivent exclusivement du centrosome du noyau sperma- 
tique, c'est-à-dire, en dernière analyse, de la pièce intermédiaire du 
spermatozoïde. 

Les phénomènes qui se passent au cours de la fécondation, jettent 
aussi une pleine lumière sur la signification des phénomènes de la 
maturation des produits sexuels et particulièrement sur la division 
de réduction qui s'accomplit alors (voir p. 43). La formation des 
deux cellules polaires aux dépens de l'œuf non mûr et les deux 
divisions successives, sans phase de repos intermédiaire des 
spermatomères empochent, de la façon la plus simple que, lors du 
fusionnement des deux noyaux qui s'accomplit au moment de 
l'acte de la fécondation, il se produise une niasse de chromatinp 
et un nombre de segments nucléaires doubles de la masse et du 
nombre normaux nécessaires pour l'espèce animale en question. 

Grâce au processus de la maturation, la masse de substance 
chromatique nucléaire mâle, comme la masse de substance chro- 
matique nucléaire femelle, ainsi que le nombre des segments 
nucléaires dont chacune d'elles provient, se trouvent réduits à la 
moitié de ce qu'ils sont dans un noyau normal. C'est seulement par 
la fécondation, qui « consiste en le fusionnement des deux noyaux, 
que la masse totale de substance chromatique nucléaire et le 
nombre total des segments d'un noyau normal se trouvent recons- 
titués. 

La maturation des produits sexuels a donc, à tout point de vue, 
le caractère d'un processus préparatoire à l'acte de la fécondation. 

En résumé : La fécondation consiste dans l'union de deux noyaux 
de cellule : Tun provient de la cellule mâle et l'autre, de la cellule 
femelle. 

Comme vous le voyez, Messieurs, dans le rapport entre la matu- 
ration et la fécondation, il n'y a rien de livré au hasard. L'ovule 
a une période plus ou moins longue de fécondabililé, mais le phéno- 
mène se passe toujours dans les mêmes conditions pour un nirme 
individu. 

Si donc, chez la femme, l'ovule est fécondable avant, pendant ou 
après les règles, c'est-à-dire alors qu'il est encore dans la vésicule 
de GralT, dans le pav lion ou dans le premier tiers supérieur de la 
trompe, nous sommes en droit d affirmer que la copulation de 
l'ovule et du spermatozoïde se fait après l'expulsion du premier 
noyau polaire et avant celle «lu deuxième, et la fécondation com- 
plètement terminée au moment de la segmentation do l'œuf seule- 
ment. 



1 10 REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 

Il est donc complètement inexact de parler de la fécondation d'un 
ovule incomplètement développé ou en pleine maturité, jeune ou 
vieux, puisque le phénomène est constant dans ses rapports pour 
tous les individus. 

Si nous voulons envisager la période de técondabilité qui parait 
assez longue chez la femme, il faut remarquer que Tovule reste 
pendant toute cette période dans les mêmes conditions de consti- 
tution, parce que nous avons à faire à une cellule incapable, n'assi- 
milant pas, par conséquent ne pouvant subir de variations orga- 
niques qualitatives. 

Cependant, si nous admettons pour uu instant que cet ovule 
subisse l'influence du temos pendant sa période de fécondabilité, 
conséquemnient nous sommes obligés d'en faire autant pour la 
cellule mâle, et nous devons nous occuper aussi de la jeunesse ou 
de la vieillesse du spermatozoïde, plastide également incapable, 
conservant dans un milieu approprié toutes ses qualités pendant un 
temps plus ou moins long. 

CommQ vous le voyez, l'introduction du développement plus ou 
moins complet de l'ovule dans l'étude de la procréation des sexes, 
est une erreur, qui se cachait derrière le rapport existant entre la 
durée de la fécondabilité de l'ovule et l'époque des règles. 

Tant que l'œuf n'est pas une cellule capable d'assimilation, et alors 
seulement devenue susceptible de division nucléaire, ce qui ne se 
produit qu'à la fin de l'acte de la fécondation, le problème de la 
détermination du sexe n'existe pas chez l'homme. 

Il est évident que souvent chez d'autres représentants du règne 
animal, le sexe paraît déterminé dans l'œuf, puisque comme dans 
les expériences de Yung sur les Têtards il reste toujours des mâles 
irréductibles ; mais, dans ce cas-là, nous avons à faire des êtres 
dont l'espèce n'est pas aussi bien ûxéo que la nôtre par leur évolu- 
tion phylogénique ou généalogie ancestrale. 

Ou bien si l'influence de îa nutriiion chez les Têtards, de milieu 
comme chez la muxque qui, libre est mâle, et devient femelle loi*s- 
qu'elle vit en parasite, ont une importance telle que l'œuf de l'homme 
subisse également ces différentes influences, nous sommes fatale- 
ment amenés à envisager quelles sont les conditions de milieu et 
de nutrition dans lesquelles se produit l'évolution de l'œuf au 
moment où se forment les blastomères. 

Avant d'aller plus loin, maintenant que nous connaissons la cellule 
femelle et les différentes modifications qui se passent en elle 
jusqu'au moment de la fécondation, je crois nécessaire d'étudier 
rapidement les relations qui existent entre l'ovule mûr et le sperma- 
tozoïde. 

Afin de rendre plus tangibles les intéressantes et importantes 
relations qui existent entre l'ovogeurse et la spermatogenèsc dans 
le rogne animal, je ne «!rois pouvoir mieux faire i\uc de vous donner 



FORMATION DES SEXES 111 

la représentation graphique imaginée par Boveri dans son compte 
rendu sur la fécondation. 



im w 



-r. ^ X ^ îi* 



^ ^*:A h il 



im 



um-M^-h \\ 



fi 







Arbre généalogique des diverses générations successives de cellules (|ui 
s'accomplissent lors de la spermalogenèsc (A) et de l'ovogenèse (B). 

ci* œuf non mûr (ovulomère) tjui se divise en une cellule ovulaire 
lllle CI*, et la première cellule polan^epz*. La première de ces deux cellules 
se divise à 8on tour en une cellule ovulàire pelite fille, nui est l'œuf 
mûr e/3 et en la seconde cellule polaire pz^ ; la première cellule polaire 
peut aussi se diviser en deux (3 et 4). 

« La figure ci-conlre représente, sous forme de deux arbres 
généalogiques^ les diverses gémirations de cellules qui s'accom- 
plissent successivement, d'une part lors de la spermatogenèsc (A), 
et d'autre part lors de l'ovogenèse (B). Dans la zone germinative, la 
cellule spermatique primordiale A, et l'ovule primordial B, désignés 
par le chiffre I, engendrent, par divisions successives rapides, une 
deuxième (II), puis une troisième (111) génération de cellules. A la 
suite de cette multiplication réitérée, les huit cellules formé(»s ont 
perdu leur pouvoir de multiplication, et entrent dans un stade de 
rei^os de longue durée; on peut dès lors leur donner un nom spécial, 
et les appeler spermatomères ou ovulomères Pendant la phase de 
repos (zone d'accroissement), les ovulomères surtout s accroissent 
beaucoup en incorporant une quantité de vilcllus; c'est ce qu'on 
indique dans le schéma A et B, pour l'une des huit cellules seule- 
ment, en représentant une verticale qui va en s'épaississanl pro- 
gressivement du haut en bas. Les spermatomères et les ovulomères 
ainsi modifiées (1), passent ensuite au stade de maturation, pendant 
lequel elles récupèrent leur pouvoir de division et fournissant deu\ 
nouvelles générations de cellules (II et III). Les crllulos de la 



4 '.y 



;*' ■ 






>* 



112 REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



*" dernière génération constituent d'un côté, quatre spermatides, qui 

se transforment directement dans la suite, en autant de spermato- 
^; zoïdes et, d'autre part, elles constituent les trois cellules polaires ou 

corps de direction (2, 3 et 4) et un œuf mûr (ci'). » 

« Les cellules polaires sont des œufs abortifs qui, à la suite d'une 
dernière division, se forment aux dépens de l'ovulomère, de la même 
façon que les cellules spermatiques (spermatides) se forment aux 
dépens de la spermatomère. Mais tandis que lous les produits de la 
division de la spermatomère deviennent des spermatozoïdes, 
capables de féconder, un seul des quatre produits de la division de 
l'ovulomère devient un œuf, dans lequel se trouve accumulée toute 
la masse vitelline au détriment des trois autres produits qui restent 
rudimentaires et constituent des cellules polaires. (Trailé d'embryo- 
logie. Oscar Hertwig.) 

L'ensemble de toutes ces considérations permet d'affirmer 
l'équivalence des deux produits sexuels, l'ovule et le spermatozoïde, 
qui, par leur fusion, donnent une cellule capable d'assimilation, 
peuvent se segmenter pour donner lieu à la formation d'un nouvel 
individu. Quel sera le sexe de cet individu? Rien, avant le phéno- 
mène de la fécondation ni pendant l'accomplissement de ce phéno- 
mène nous permet de nous prononcer. Aussi tous les auteurs sont- 
ils d'accord pour considérer l'œuf comme hermaphrodite. Il semble 
bien ressortir de nombreuses observations, que les gros œufs 
donnent des femelles et les petits œufs des mâles. Mais, comme le 
dit M. F. Le Dantec, d'autres facteurs d'ordre physique ou 
chimique doivent intervenir, sans qu'il soit possible encore den 
préciser la nature exacte — je reviendrai plus loin sur cette 
question. 

Macroscopiqucment, dans l'embryon humain, le sexe ne se recon- 
naît guère avant la huitième semaine, beaucoup plus tôt histologi- 
quement. 

Quelles sont donc les conditions qui permettent au tissu sexuel 
primordial de se développer dans le sens mâle ou dans le sens 
femelle? Si nous pouvions donner une solution à ce point délicat, 
il ne serait plus difficile de comprendre l'évolution mâle ou femelle 
du soma. 

Au début de son évolution, le soma possède évidemment un 
hermaphrodisme qui lui permet de se développer suivant le type 
mâle ou femelle. Cherchons donc quelles sont les influences qui 
peuvent modifier cet hermaphrodisme somalique. 

Les organes sexuels sont considérés actuellement comme des 
parasites du soma, créant par leurs sécrétions internes (virulence 
sexuelle) le dimorphisme sexuel, ce qui permet de distinguer mor- 
phologiquement un homme d'une femme ; les cas de castration sont 
suffisamments probants pour la démonstration de cette influence. 

Ainsi nous sommes bien obligés d'admettre avec M. Le Dantec 
qu'en même temps que le soma subit l'influence de la sécrétion 



FORMATION DES SEXES. 113 

interne de Torgane sexuel, le soma ofTre lui-même des conditions 
favorables au développement des glandes sexuelles. Pour M. Le 
Dantec, l'ensemble de ces conditions favorables présentées par le 
soma pour favoriser le développement, soit d'un organe femelle^ 
soit d'un organe mâle, constitue ce qu'il appelle la sexualité 
somaiique qu'il faut bien se garder de confondre avec celle dos 
organes génitaux. 

Ces sexualités sont chacune réciproquement sous la dépendance 
l'une de Fautre, mais ne peuvent ni ne doivent être considérées 
comme équivalentes. 

Cette propriété sexuelle du soma serait justement les conditions 
favorables permettant aux tissus sexuels de se développer dans 
Tembryon. 

Je m'explique : alors que Tœuf est hermaphrodite, et qu'aucun 
élément sexuel n'est encore apparu (supposons pour fixer les idées 
que nous avons à faire à un futur individu du sexe mâle), le soma 
aurait déjà acquis des propriétés sexuelles somatiques mâles, qui 
favoriseront ici le développement des orgaaes sexuels mâles, les 
organes sexuels femelles n étant pas aptes à vivre dans les conditions 
de ce milieu. 

Les blastomères d'abord, les premières ébauches du fœtus ensuite 
ne sont pas sexuées, elles constituent un soma qui jouit simple- 
ment d'une sexualité somatéque qui déterminera l'évolution des 
tissus sexuels, soit vers le type mâle, soit vers le type femelle, sui- 
vant que cette sexualité somatique sera mâle ou femelle. 

Il nous reste donc à rechercher quelles sont les conditions qui 
peuvent influencer ce soma et créer en lui les conditions favorables 
au développement du tissu mâle ou femelle, en un mot loi donner 
l'une ou l'autre sexualité somatique. 

Pour cette recherche, admettons que la copulation des organes 
externes sexuels se passe alors que l'ovule est encore dans la 
vésicule de GrafT, les observations cliniques permettent cette hypo- 
thèse. 

La maturation de l'œuf va se terminer et le second noyau polaire 
(œuf rudimentaire) sera expulsé ; en même temps la segmentation 
de l'œuf commence. A ce moment, les globes polaires, constitués 
exclusivement par de la matière femelle, sont encore appliqués 
contre l'œuf et vont se trouver emprisonnés dans la coque albumi- 
naire qui isole l'œuf du milieu extérieur. La segmentation de l'œuf 
va donc se faire en présence des globes polaires, ou œufs rudimen- 
taires. 

Il n'est donc pas illogique d'admettre que cette substance femelle, 
constituée en grande partie par de la matière chromatique influe 
les blastomères et leur donne des qualités de sexualité somatique. 

Ces globes polaires agissent-ils simplement par leur présence, ou 
bien leur diffusion s'effectue-t-elle dans l'œuf, mystère ! Mais comme 
ce sont des cellules incapables, il est certain qu'elles ne se 



1 14 REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 

segmentent pas et qu'elles disparaissent très vraisemblablement 
par résorption. 

L'influonce démontrée du tissu sexuel sur le dimorphismcse?CueI, 
nous autorise à admettre que cette influence des globes polaires, 
substance femelle, crée dans le soma du jeune embryon les 
conditions favorables au développement du tissu femelle, c'est-à- 
dire lui donne une sexualité somaiigue femelle. 

Au contraire, si l'ovule est expulsé de la vésicule de Graff avant 
sa copulation avec le spermatozoïde, aucune couche albumineuse 
ne le protège, et ses noyaux polaires disparaissent. 

L'ovule va être sollicité dans ce cas-là par un grand nombre de 
spormalozoïdes. Un seul pénétrera l'ovule, les autres, restant 
accolés à sa surface vont jouer le même rôle vis-à-vis du soma, 
résultat de la segmentation de Tœuf ; ils vont être résorbés et la 
difl'usion de leur matière mâle influencera le soma embryonnaire en 
lui donnant une sexualité tomalique mâle. 

Le dernier globe polaire est bien expulsé alors que la fécondation 
s'effectue, et l'on peut admettre qu'il reste accolé à l'œuf retenu en 
même temps que les spermatozoïdes par la coque albumineuse ; 
que devient alors son influence de cellule femelle ? 

Dans le cas où il y a plusieurs spermatozoïdes, elle est probable- 
ment neutralisée par la plus grande quantité de substance mâle. 

Cependant, si l'on admet, chose possible, qu'un seul sperma- 
tozoïde soit en présence de l'œuf, et que la fécondation s'eflfectue, 
le globe polaire restera seul en contact avec l'œuf et déterminera 
encore dans le soma la sexualité somatique femelle. 

Dans le cas de fécondation dans la vésicule de Grafi", il pourrait so 
faire qu'un grand nombre de spermatozoïdes y pénètrent et neu- 
tralisent l'influence des globes polaires ; mais ce fait doit être 
l'exception, d'abord parce que la paroi de la vésicule est sans doute 
perméablQ ! D'autre part le chemin à parcourir par les sperma- 
tozoïdes est très long pour arriver à l'ovaire et la solution de conti- 
nuité qui existe entre cet organe et le pavillon constitue une région 
où beaucoup do spermatozoïdes s'égarent. 

D'après cette nouvelle théorie, si nous tenons compte des rapports 
cliniques existant entre la déhiscence de la vésicule de Grafl* et 
les règles, nous pourrions dire que les fécondations pré-mens- 
truelles donneront des filles et les fécondations post-menstruelles 
des garçons. Copendant si un grand nombre de spermatozoïdes 
pénètre dans la vésicule, ce sera un garçon au lieu d'<me fille ; ou 
bien si un seul spermatozoïde féconde un ovule ayant conservé ses 
globes polaires, après son expulsion de la vésicule, ce sera une fille 
au lieu d'un garçon. 

Si dans cette théorie nous envisageons le cas où des sperma- 
tozoïdes se trouvent fournir une quantité de matière mâle exacte- 
ment équivalente à la matière femelle, du ou des globules polaires, 
suivant le siège de la fécondation, nous assisterons à l'évolution d'un 



FOUMVTIOX DKS SEXKS. llij 

soma hermaphrodite, les deux tissus sexuels pourront donc se déve- 
lopper simultanément dans ce soma, nous assisterons à la naissance 
d'un hermaphrodite- 
Cette théorie ne tient aucun compte du milieu dans lequel s'effectue 
le développement de l'embryon, qui conserve tout le temps son auto- 
nomie, sans vouloir nier cependant le retentissement de la nutri- 
tion ou des accidents pathologiques de la mère sur révolution intra-' 
utérine du jeune individu. 

Aussi serait-il intéressant d'étudier l'application de cette théorie 
sur des individus qui ont un développement extra-utérin. 

Les objections faites à la théorie que j'ai l'honneur de vous 
exposer seront sans doute nombreuses, j'en retiendrai surtout une 
qui m'a été faite par M. F. Le Dantec, au cours d'une' conversation 
que j'ai eue avec lui, au sujet de ce qui se passe dans le cas bien 
connu des abeilles. 

« La reine ayant été couverte par le faux bourdon au moment 
du vol nuptial» a une réserve de spermatozoïdes dans un réceptacle 
devant lequel passe l'ovule, avant d'être pondu. Chose merveilleuse 
ce réceptacle s'ouvre de manière à féconder les ovules que l'abeille 
pond dans les cellules destinées à élever des reines ou des 
ouvrières, mais reste fermé quand l'abeille pond dans les cellules 
destinées aux mâles, de telle manière que c'est un ovule non fécondé 
qui devient un faux bourdon » (F. Le Dantec, la Sexualilé,) 

Comment expliquez-vous ce cas ? me disait mon savant interlo- • 
cuteur. Que justement un œuf parthénogénétique qui doit donner 
un mâle, donne au contraire une pondeuse d'œufs parthénogéné- 
tiquesy la reine, ou bien une ouvrière quand vous ajoutez de la 
substance mâle, le spermatozoïde du faux bourdon, à cet œuf 
par Ihénogéné tique mâle ; puisque vous attribuez, me disait-il, à la 
substance mâle le pouvoir de déterminer la sexualité somatique 
mâle, et à la substance femelle le pouvoir do déterminer la 
sexualité somatique femelle ? Pour répondre à cette puissante 
objection, suivie d'ailleurs de nombreuses autres, il me faut envisager 
la parthénogénic dans son ensemble. 

On dit qu'il y a parthénogenèse chez certains êtres lorsque dans 
certaines conditions, des éléments cellulaires, qui ressemblent par 
leur mode de formation à des éléments sexuels, sont capables 
d^assimilation et donnent naissance à des individus d'apparence 
Rormale, sans qu'ils aient besoin d'être complétés par l'acte de la 
fécondation. (F. Le Dantec, La Sexualité.) 

Eh bien, je crois qu'il y a une erreur d'interprétation dans le 
phénomène appelé parthénogenèse ; en réalité, la parthénogenèse 
n'existerait pûs^elle cacherait simplement des phénomènes d'auto- 
fécondation chez des êtres hermaphrodites vrais, les dilTérenciations 
sexuelles qui se produisent au bout d'un nombre plus ou moins grand 
de générations, étant le résultat de l'influence de la sexualité somati- 
t/ue sur un des deux organes génitaux existanlensemble dans le soma. 



1 16 REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 

La sexualité somatique pouvant être deHerrainée chez ces indi- 
vidus inférieurs par les conditions des milieux extérieurs. 

La parlhénc genèse ne serait qu'un cas particulier de F hermaphro- 
disme chez des individus dont la sexualité somatique pourrait subir 
Vinfluence du milieu extérieur. 

Pour m'expliquer je prendrai les exemples cités par M. F. Le Dantec 
dans son livre si remarquable, La Sexualité. 

Voici, par exemple, des puces d'eau de Ve^pèce Daphnia psittacea. 
L'œuf fécondé donne un ir^dividu parthénogénétique P/* qui pond 
des plastides capables L/*> ; chaque plastide Lj" donne naissance à un 
individu parthénogénétique P, qui donne des plastides capables L/1 
et ainsi de suite, pendant fort longtemps, tant que les conditions 
alimentaires sont favorables. Mais si les conditions deviennent défa- 
vorables, la production des plastides capables L cesse presque 
complètement et, au lieu d'individus parthénogénëtiques P, on a 
des individus mâles M donnant des spermatozoïdes et des individus 
femelles F (femelles éphippiales) donnant des ovules femelles 
appelés œufs durables. 

A mon avis, voici comment il faut interpréter ces phénomènes 
successifs . L'individu P/» considéré comme parthénogénétique est 
un individu hermaphrodite vrai, qui pond un plastide capable L/® 
parce que ses deux organes génitaux mâles et femelles, à évolution 
synchroniqueont donné un ovule femelle mûr, et un spermatozoïde 
en même tempSjla fécondation s'est faite dansTinlérieurdeTindividu, 
et ce plastide capable L/" est tout simplement un ovule fécondé. 

Cet ovule fécondé évoluant dans un milieu convenable, donne un 
individu P, hermaphrodite qui pondra encore des ovules fécondés 
ou plastides capables L, et ainsi de suite. 

Mais si les conditions deviennent défavorables au développement 
d'un soma à sexualité neutre ou soma hermaphrodite, qui permet le 
développement simultané des deux organes génitaux, au lieu 
d'individus hermaphrodites (parthénogénétiques disait-on) on a des 
individus mâles M et des individus femelles F, parce que les condi- 
tions de milieu ont provoqué l'apparition de la sexualité somatique 
mâle chez les uns et la sexualité somatique femelle chez les autres, 
permettant à l'organe mâle de se développer chez les mâles M, et 
à l'organe femelle de se développer chez les femelles F. 

Prenons maintenant l'exemple de VHydatina senta (F. Le Dantec, 
La Sexualité), petit rotifère doué d'un dimorphisme sexuel très 
accentué. Partons de l'œuf fécondé 0. Il donne naissance à un 
individu qui dans tous les cas produit des œufs parthénogénétiques, 
des plastides capables L. Chez l'hydatina le plastide L n'est jamais 
fécondé et se développe parlhénogénétiquement, mais dans certains 
cas, il donne un mâle vrai, dans d'autres une femelle vraie, quelles 
que soient les conditions de milieu. Il y a donc deux types d'œufs 
parthénogénétiques L/"» et L/'dont l'un, plus petit, donne naissance 
à un mâle vrai, l'autre, plus gros, à une femelle vraie. Chose 



FORMATION DES SEXKS. 117 

remarquable, les deux types L/°* et L/f ne se rencontrent jamais 
chez le même individu ; il y a des individus pondeurs de plastides 
L/" exclusivement et des individus pondeurs de plastides L/' exclu- 
sivement. L'individu provenant de l'œuf fécondé O peut donc 
appartenir à deux catégories, celle des pondeurs de mâles P/", ou 
celle des pondeurs de femelles P/^ absolument comme Tindividu 
provenant de Tœuf fécondé de Thomme peut appartenir à deux 
catégories, celle des mâles et celle des femelles. 

J*envisagerai le phénomène ainsi. L'individu provenant de Tœuf 
fécondé O est un individu hermaphrodite, dans lequel Taulo-fécon- 
dation peut se produire à cause du synchronisme existant entre 
révolution des organes génitaux. 

L'œuf fécondé in situ L sera mâle L m ou femelle L f parce que 
consécutivement à la fécondation ou simultanémentà cette dernière 
ce sont les globes polaires, matière femelle, ou des spermatozoïdes, 
matière mâle, qui ont provoqué la sexualité somatiquc, mâle ou 
femelle. 

Ne voyons-nous pas en effet les œufs mâles plus petits que les 
œufs femelles? Ces derniers ayant déjà subi uneévolution différente, 
à l'intérieur de l'individu pondeur, évolution qui a ï\\(^ définitive- 
ment la sexualité somatiquc. 

Le plastide capable Lestdonc,non pas unœuf parthénogénétique, 
mais bien un plastide capable, résultat de Tauto-fécondation d'un 
pronucleus femelle, par un pronucleus mâle, ayant subi, dans son 
évolution intra-individuelle, l'influence de certaines conditions pro- 
voquant la sexualité somatiquc mâle, caractérisée et fixée par le 
volume plus petit de l'œuf, dans un cas, et la sexualité somatique 
femelle, caractérisée et fwé^ par le volume plus gros de Tœuf dans 
le second. 

L'auto-fécondation se faisant toujours dans les mêmes conditions, 
chez le même individu, les œufs pondus par cet individu sont tou- 
jours doués de la mémo sexualité somatique, donnant des individus 
du même sexe. 

Je prendrai enfin comme dernier exemple, celui de Tabeille. 
Partant comme pour l'Hydatina senta de l'œuf fécondé O, il donne 
dans la première individualité, des plastides L déséquilibrés, mais 
capables, qui sont les œufs parthénogénétiques. A ce moment, de 
deux choses l'une. Ou bien, un élément mâle incapable jS, vient 
s'ajouter au plastide capable L, et redonne un plastide ( L-fiS) iden- 
tique à 0, et alors le cycle est fermé : le nouvel œuf sera le point de 
départ d'une série de bipartitions identiques à la première ; ou bien 
le plastide capable L, se développe seul, et alors, indépendamment 
du soma qu'il produit il donne naissance à des éléments inca- 
pables /S. 

Je ferai remarquer tout de suite que le plastide (L+]3) deviendra, 
suivant la nourriture qui lui sera fournie, soit une ouvrière habi- 
tuellement stérile, soit une reine pondeuse d'éléments capables L. 

8 



n 



1 18 IIKVLE d'uUSTÉTRIQLE ET DE GYNÉCOLOGIE 

Considérant toujours la parthénogenèse comme un cas particulier 
de l'hermaphrodisme, voici comment les choses se passent : 

L'œuf fécondé 0, donne un individu hermaphrodite, la reine, 
nous nous occuperons tout à l'heure du cas des ouvrières. 

La reine hermaphrodite produit des ovules et des spermato- 
zoïdes ; mais ici» le synchronisme n'existe pas d'une façon parfaite 
entre l'apparition des ovules et des spermatozoïdes, de sorte que, 
certains ovules sont fécondés, d'autres ne le sont pas. 

Les premiers, qui sont fécondés par les spermatozoïdes de l'or- 
gane mâle développé chez lu reine (en même temps que son organe 
femelle), au moment de la ponte, alors qu'ils passent devant 
le réceptacle contenant les plastides incapables fi n'exercent 
aucune action chimiotactique sur ces plastides incapables mâles, 
aussi sortent-ils sans être fécondés, c'est pourquoi ils sont appelés 
œuls parthénogénétiques, ou plaslides capables L. Nous venons de 
voir pourquoi ils sont capables, reste à savoir comment il se fait 
qu'ils donnent toujours, quel que soit le milieu où ils évoluent, des 
individus du type mâle. Cela tient évidemment à ce fait, que l'auto- 
fécondation à 1 intérieur de la reine hermaphrodite se fait dans des 
conditions telles, que la sexualité somatique du jeune individu est 
suffisamment fixée dans le sens mâle, au moment de la ponte, 
pour que son soma continue à se développer dans le même sens, et 
favorise l'apparition de l'organe mâle, producteur de plastides 
incapables j3. 

Au contraire, l'ovule dont le développement ne s'est pas trouvé 
synchrone de celui d'un spermatozoïde, reste non fécondé, consti- 
tuant un plastide incapable femelle, qui exercera une action chimio* 
tactique à l'égard des spermatozoïdes contenus dans le réceptacle, 
et favorisera la sortie d'un de ces éléments incapables, qui, 
s'unissant à lui, donnera un ovule fécondé capable . 

Tous ces ovules fécondés capables n'auront pas le même sort. 
Les uns, abondamment nourris, verront leurs organes génitaux 
mâles et femelles se développer produisant une reine hermaphro- 
dite. Dans ce cas-là, les deux sexualités somatiques mâle et femelle 
se sont développées simultanément, soma hermaphrodite. 

Les autres, au contraire, mal nourris, ou moins abondamment 
nourris, ne verront aucun de leurs organes génitaux se développer, 
leur sexualité somatique est restée neutre, dans ce cas-là les 
individus adultes sont des ouvrières, habituellement stériles. 

Quelquefois cependant l'on voit des ouvrières pondre des œufs, 
et dans ce cas-là, comme il est matériellement impossible qu'elles 
reçoivent des spermatozoïdes du faux bourdon, puisqu'elles n'ont 
pas de vol nuptial. Tous les œufs donnent des mâles ce qui est 
conforme à notre façon d'envisager les phénomènes : la nourriture, 
dans ce cas-là, donnée à la jeune larve, ou toute autre cause que 
j'ignore, ont laissé se produire la double sexualité somatique, de 
sorte que l'ouvrière au lieu d'être stérile est devenue hermaphrodite, 



FORMATION DES SEXES. 119 

c^me la rêi&e (quant à ses organes sexuels seulement puisqu'elle 
é'én distingue toujours morphologiquement). L*auto-fécondation 
intra-individuelle s'est produite avec le même défaut de synchro- 
nisme que chez la reine, il y a donc eu des ovules fécondés et des 
ovules non fécondés, autant de véritables ovules femelles. 

Les ovules fécondés dans des conditions semblables à celles qui 
ont présidé tout à l'heure à l'auto-fécondation chez la reine, ont 
fait encore ici évoluer la sexualité somatiquc du côté mâle. Les 
ovules non fécondés ne sont peut-être pas expulsés ou tout au moins 
se détruisent parce que ce sont des plastides incapables. 

L'instinct de Tabeille n*a donc plus rien à faire au point de vue 
de louverture de son réceptacle, c est Taction de l'ovule femelle 
qui provoque la sortie du spermatozoïde* Le défaut de synchro- 
nisme entre la production des ovules et des spermatozoïdes expli- 
querait Talternance des pontes d'œufs fécondés mâles et d'ovules 
femelles se fécondant en passant devant le réceptacle à spermato- 
zoïdes. Cette alternance fixée dans Tinstinct des abeilles, correspon- 
drait naturellement h Falternance des l«7ges à mâles et des. loges h 
reine ou à ouvrière dans la ruche, comme Ton pense Geddes et 
Thomson. 

L'expérience de Dzicrzon qui coupant lés ailes d'une reine avant 
le vol nuptial, vit que cette reine n'était pas fécondée et ne pondit 
que des faux bourdons; n*est-ello pas une conséquence de ma 
théorie sur la parthénogenèse ? 

Hansen fit féconder des reines d'une variété allemande par de 
faux bourdons, d'une autre variété italienne, et obtint ainsi des 
femelles hybrides à caractères empruntés aux deux variétés 
parentes, mais des faux bourdons de variélé allemande pure. N'est-ce 
pas là une démonstration expérimentale de mon hypothèse, la reine 
allemande hermaphrodite pond des œufs résultat de l'auto-fécon- 
dation, ce sont des faux bourdons de variété allemande pure. Tandis 
que les ovules allemands femelles fécondés par les spermatozoïdes 
contenus dans le réceptacle et venant de la variété italienne donnent 
fc>ut naturellement une femelle hybride. 

Les difTérentes parthénogenèses, parlielle, saisonnière, juvénile, 
s'expliquent toutes également très bien et d'une façon lumineuse, 
lorsque Ton considère la parthénogenèse comme un cas particulier 
de l'hermaphrodisme, en tenant compte de l'action indéniable du 
milieu sur la sexualité somatique. L'hermaphrodisme serait la règle 
chez tous les individus, le défaut de synchronisme dans l'évolution 
des organes sexuels créant la sexualité. 

Aujourd'hui je m'en tiendrai là de cette incursion dans le règne 
animal en suivant toujours le même raisonnement vous arriverez 
à éclaircir des faits dont l'explication était difficile. D'après cette 
nouvelle théorie, vous comprenez. Messieurs, combien est difficHe 
la procréation du sexe à volonté, chez les individus à développe- 
ment intra-utérin, l'impossibilité d'agir en faveur d'un sexe ou d'un 



l'^O UEvuE d'obstétriqle et de gynécologie 

antre est évidente dans l'état actuel de nos connaissances. Cepeiv^ 
dant il ne faut pas désespérer ; chaque jour tes biologistes apporteot 
des faits nouveaux, les chimistes nous apprennent à connaître 
mieux la constitution de la matière, en même temps que les physi- 
ciens nous éclairent sur les réactions physico-chimiques des 
éléments mis en présence. 

Aussi, de même que beaucoup de mystères d'hier devenus des 
vérités éclatantes aujourd'hui, espérons que bientôt nous aurons 
pénétré les arcanes de la fécondation . 

Cette opinion, tout opposée au pessimisme de M. Boissard, 
réconfortera peut-être les chercheurs et leur redonnera, j'espère,du 
courage. 

A ce propos, je demanderai la permission à M. Boissard de lui 
répondre deux mots au sujet des objections qu'il fait à la possibilité 
de connaître les lois qui régissent ou déterminent la sexualité. 

A Tobjection tirée de Tordre métaphysique et social, je répon- 
drai que la métaphysique ne s'appuyant que sur des principes 
subjectifs, les objections qu'elle peut fournir sont toutes à priori^ 
et basées sur aucune observation précise. 

La science de l'être pour l'être est un cercle vicieux, une impasse 
où nous ne devons nous pas laisser entraîner, ce serait la négation de 
la méthode expérimentale si bien étudiée par Bacon. Les phéno- 
mènes que nous étudions se passent entre éléments inorganiques 
qui, mis en présence, réunis, arrangés, combinés ensemble, restent 
immuablement soumis aux lois physico-chimiques, conservant 
partout et toujours chacune de leurs propriétés, bien que 
constituant des corps organiques vivants ou morts, d'aspect et de 
propriétés bien différents aux leurs. L'homme peut, dans une cer- 
taine mesure, modifier les circonstances ambiantes, ajouter ou 
supprimer certains éléments, certaines forces pour réaliser des 
phénomènes nouveaux, ou répéter ceux déjà connus, mais il ne 
peut influencer les propriétés des corps ni les réactions physico- 
rhimiques qui régissent leurs combinaisons. 

Quant à la volonté de l'homme, en admettant qu'il ait un libre 
arbitre et qu'il puisse toujours conserver la même décision, il 
faudrait pour assister au cataclysme que redoute M. Boissard que 
tous les individus (hommes et femmes^ à compter d'aujourd'hui ne 
désirent et ne fassent que des mâles par exemple ; mais il est habi- 
tuel qu'après un garçon, on désire une filte dans un ménage, et si 
certains couples n'aiment que les garçons, d'autres n'aiment que 
les filles. 11 nous faudrait compter aussi avec la passion sexuelle, 
s'exerçant en dehors de toute idée de procréation, qui donnerait 
tantôt une fille, tantôt un garçon les coïis étant faits sans obser- 
vation d'aucune règle, puisque les participants les espèrent stériles. 

Les familles à garçons ou à filles sont au contraire des cas favo- 
rables \\ l'étude de <îette intéressante question, là plus qu'ailleurs, 



ACCOL'CHEMENT « POST MORTEM » 121 

les observations peuvent être prises plus documentées et partant 
plus exactes. 

QaanI à VobjecUon tirée des lois du fonclionnemenl social, en 
écartant d'emblée la question des causes finales, il est plus rationnel 
de penser qu'à cause du manque de mâles, les femelles ont des 
désirs plus grands, plus fréquents, qui occasionnent et favorisent 
Texpulsion de Tovule de la vésicule de GrafT, ce qui favorise la 
fécondation dans les conditions qui donnent le plus souvent clos 
mâles. 

Que M. Boissard me pardonne de ne pas être encore de son 
opinion au sujet de la prétendue intériorité de la femme, vis-à-vis 
de rhomme, la démonstration anatomo-pathologique qu'il nous 
donne de l'infériorité féminine est causée par l'expression dange- 
reuse d'ovule jeune et d'ovule vieux. 

L'ovule cellule incapable à partir du moment ou il est fécondable 
jusqu'au moment où il ne lest plus, étant dans Fimpossibilité 
d'assimiler, est une cellule senescente qui ne peut que perdre en 
valeur quantitative et qualitative, par conséquent l'ovule jeune est 
plus parfait que l'ovule vieux, c'est donc l'homme, résultat de la 
fécondation d'un ovule vieux, qui devrait être inférieur anatomo- 
pathologiquement parlant. 

OBSTÉTRIQUE 



DE L'ACCOUCHEMENT « POST MOHTEM ». 

Quand un fait d'expulsion d'un enfant hors des parties génitales 
d'une femme morte vient à se produire, les assistants en sont ordi- 
nairement troublés; mais l'émotion est encore plus grande quand la 
naissance a eu lieu, comme on dit, in sepulchro, après rinhumation, 
et que cette naissance est constatée au bout d'un certain temps à 
l'occasion d'une expertise médicale ou de l'ouverture du cercueil 
pour une raison quelconque. 

Dans ce cas, l'opinion publique s'émeut rapidement, les imagi- 
nations se donnent libre carrière ; on admet d'emblée que la femme 
a été enterrée vivante, qu'elle s'est délivrée dans le cercueil et que 
bientôt ont succombé à une mort atroce, la mère et son enfant nou- 
veau-né. Sur cette présomption, acceptée sans la moindre hésita- 
tion, on base des accusations graves et quelquefois des poursuites 
judiciaires dangereuses comme dans l'affaire qui vient d't'trc appelée 
récemment devant un des tribunaux de notre département. Nous 
ne voulons ni décrire ni discuter les faits de la cause à laquelle 
nous faisons allusion ; mais à son occasion nous croyons intéres- 
sant de rechercher, au point de vue scientifique bcul, ce que l'on 
sait et ce qui est démontré relat vement à l'accouchement posl 
morlem. 

La littérature médicale offre un certain nombre d'observations 



122 REVUE d'obstétriqle et de gynécologie 

de ce genre, qui ne se produisent pas toujours dans les mêmes 
circonslapces. 

D'abord, tl peut arriver que la femme soit simplement à la lin de 
la période agonique ou en état de mort apparente quand i'accou» 
chement se termine. Les accoucheurs savent, çn effet, que dans les 
accès éclamptiques par exemple, le travail peut marcher rapidement 
et qu'au moment de la mort, quelquefois un peu avant ou un peu 
après, on voit l'enfant être expulsé mort ou vivant. Voilà un pre- 
mier point indiscutable admis par tous. « Si, par quelque cilrcons* 
tance inopinée et subite, il arrive qu'une femme périsse très 
près de la fin d'un travail naturel à tous égards, elle accouche 
ordinairement après la mort. » (Lcvrel, Art. des AccouchemenU, 
1766, p. 92.(1) 

(( L'expérience a démontré que l'enfant a été expulsé vivant hors 
du corps mort de sa mère, mais ce cas est rare et on ne doit pas 
trop compter sur ces sortes d'exemples. »> ( Jacobs, de Gand, Ecole 
pratique des Accouchements, 1785, p. 240.) 

On admet donc que des enfants aient pu être expqlsés vivants du 
corps de la mère mourante ou en élat de mort apparente, précé- 
dant de peu d'instants la mort véritable. Dans ce cas, la circula- 
tion fœto-matcrnelle a pu persister plus ou moins longtemps, la vie 
n'ayant pas complètement cessé. C'est ainsi que les phénomènes ont 
dû se passer dans les observations suivantes : 

i( Un inquisiteur espagnol avait fait pendre, le 14 juin 1551, une 
femme, quoique enceinte. Quatre heures après la mort de cette 
malheureuse mère, encore attachée au gibet, deux enfants vivants 
tombèrent de son sein. » 

« Thomas Barlholin (1673) raconte qu'un enfant vint au monde 
deux jours après la mort de sa mère. » 

« La femme de François Arevallos (de Sueffo) tomba malade au 
terme de sa grossesse et fut enterrée. Le mari, arrivé quelques 
heures après, voulu revoir sa femme : à peine a-t-on ouvert le cer^ 
cueil qu'on entend les cris d'un enfant qui fut retiré vivant et sain. » 
fSue, Essais historiques sur fart des accouchements, p. 239.) 

Pour expliquer les faits qui précèdent, il faut admettre que les 
femmes sont restées plus ou moins longtemps en élat de mort appa- 
rente. 

Dans un second groupe de faits, l'expulsion du fœtus a lieu dans 
les heures qui ont suivi la mort de la femme, du premier au troi- 
sième jour. Dans ces cas, les fœtus ont toujours été trouvés morts, 
la persistanccjde l'hématose fœtale ne dépassant pas une durée de 
(juinzo à trente minutes et même moins quand la mort de la femme 
est précédée chez elle d'une période d'asphyxie, le sang maternel 
emprunte Toxygène au sang fœtal, et que le fœtus succombe avant 
la mère, co qui explique la rareté de la naissance d'enfants vivants 

il) Barthe, Journat des Curieux de la nature. 1685-1686. Helianthue. 
Recherches : observations l55 et suivantes. Journal d Allemagne, 2 dé- 
cembre. Observations 141 et suivantes. Jean Mathéus. 



ACCOUCHEMENT « POST MORTEM »> 123 

même à la suite d'une opération césarienne faite immédiatement 
après la jnort de la femme asphyxiée. 

Au contraire, si la femme a succombé à un traumatisme, si elle 
est empoisonnée par une substance, comme Toxyde de carbone par 
exemple, qui empêche Fabsorption de Toxygène du sang fœtal par 
les globules du sang maternel, qui ne fonctionnent plus, Tenfant 
pourra survivre quelques instants à sa mère et être expulsé ou extrait 
vivant. L'enfant ne peut survivre donc que quelques minutes après 
la mort de la femme et cela seulement dans certains cas exception- 
nels ; mais, quoique mort, il est quelquefois chassé hors de Tutérus 
par les contractions de cet organe qui persistent plus oii moins 
longtemps. Les observations que je vais citer en sont des exemples. 

Hoyer parle d'une femme, morte en travail, mise dans le cercueil 
et prête à être enterrée, qui rendit, avec bruit, un fœtus et une 
grande quantité d'humeurs. 

Hartmann a vuuncas semblable. Ilarvcy cite une dame anglaise,' 
morte en état de grossesse, et dont l'enfant fut expulsé le joursuivant. 

Richter a publié un cas d'accouchement posl moriem au huitième 
mois de la grossesse, 1863. 

Hunter, deux autres cas, dans les mêmes conditions. 

Bartholin, Fodéré, Bemfer, Tourdes en ont aussi relaté. 

Schenk {Journal cTHufeland, 1821), a vu un accouchement se faire 
du deuxième au troisième jour après la mort delà mère. 

Le troisième jour après la mort d'une jeune femme, la garde 
entendit un grand bruit qui se produisit dans le cadavre. Un méde- 
cin appelé tout de suite trouva que la morte venait d'accoucher de 
deux jumeaux encore enfermés dans les membranes, qui étaient 
intactes. Les fœtus n'offraient aucune trace de putréfaction : le 
placenta seul offrait u A commencement d altération. Harmann, The 
Edimb, med. Journal, n^ 6, nouvelle série.) 

Les naissances survenant ainsi quelques heures ou même un ou 
deux jours après la mort de la femme s'expliqueraient de la fagoii 
suivante : Bichat a démontré que tous les organes ne meurent pas 
en même temps, et que l'utérus peut expulser le produit par sa 
force de rétraction quelques instants après le dernier battement du 
coeur. Leroux a senti cet organe so contracter un quart d'heun* 
après le dernier soupir. Osriander, ayant pratiqué Toporalion césa- 
rienne sur un cadavre, vit la matrice se rétracter comme sur \v 
vivant (Chailly-Honoré). 

Suivant Tayler Smith, la puissance de laclion réflexe s'exerce 
encore quelque temps après la cessation complète des mouvements 
respiratoires, etBrown-Séquard, suivant sa théorie connue, explique 
la contractilité posthume par le contact du sang non oxygéné sur 
la fibre musculaire. Cette théorie est très discutée à l'heure actuelle, 
mais le fait de la persistance de la contractilité est démontré, alors 
même qu'elle ne serait pas due au contact du sang non oxyp^éné sur 
le tissu musculaire utérin. 



124 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



La contractilité et la rétractiiité peuvent donc amener Taccou- 
chement po$t morlem d'enfants morts déjà depuis quelques heures 
ou même davantage. Mais il est à remarquer que ces naissances 
posî mortem ont toutes été observées au sujet de femmes ayant atteint 
le huitième ou le neuvième mois de la grossessè> et cela se com- 
prend, ainsi que Le^ret Tavail déjà fait remarquer : il faut, en efFel, 
que le col de la matrice, le segment inférieur, le vagin, les parties 
molles de l'excavation et du périnée aient déjà subi une préparation* 
suffisante pour que la contractilité utérine ne soit pas réduite à 
l'impuissance du fait de leur résistance. 

Enfin, la naissance pos/mor/em, in sepulchro^se produit encore 
plus tard, quand non seulement la femme est morte, mais encore 
quand la contractilité utérine a elle-même disparu et alors de nou- 
velles conditions rentrent en jeu pour produire le phénomène qui 
nous occupe. C'est sous l'influence de la putréfaction cadavérique 
que l'expulsion du fœtus s'opère dans ces cas, à une date plus ou 
moins éloignée du moment de la mort. L'accord est unanime à ce 
sujet. « Si l'accouchement se fait tardivement après la mort de la 
femme, il suffit pour l'expliquer de faire intervenir le relâchement 
des fibres de l'orifice utérin et la putréfaction, car celle-ci engendre 
des gaz qui distendent l'intestin, refoulent les parois abdominales, 
compriment l'utérus, la vessie et le rectum, et forcent ces réservoirs 
à se vider. » (Tarnier etChantreuil, 1. 1, p. 576.) 

« Dans quelques cas d'accouchement post morlem, il n'est pas 
démontré que l'utérus ait même agi le moins du monde, et on sup- 
pose à tort que la difficulté de l'accouchement après la mort est 
aussi considérable qu'auparavant. » (Duncan, Mécanisme de l'accou- 
chement, 1876.) 
{Journal de médecine de Bordeaux, 22 février 1903.) D' L. Hirigoyen . 

Yater. — De parla hominis post morlem malris. Witlemb., 1724. — 
ToRALLi. — Dissertation sur l'accouchement après la mort, 1804. — Kerga- 
RADEc. — Questions d'embryologie médicale et théologique {Annales 
d'hygiène, t.XLlIl). — Meli.— Délia proprietà vilali delV Utero gravido dei 
parti che avvengono dopo la morte. Milan, 1822. - Deneux. — Recherches sur 
la cause de V accouchement après la mort. Paria, 1822.— Nielhe. — Dissert, 
de partupost mortem. Berlin, 1827. -— Maizier. —De partu post matris mor- 
temspontaneo. Berlin, 1834. — Most. — Parlas post mortem matris, Leipzig, 
18'40. 



LA DKCLAHATION DES FOETUS ET EMBRYONS, 
Par M. Plateai . 

Il nnive assez fréquemment aux médecins de Téial civil de 
rencontrer dans les familles, à roccasion de l'accomplissement de 
leur mandat, des difficultés, des ennuis, des désagréments plus ou 
moins sérieux, à propos de la constatation des naissances et|des 
décès. 

Je ne veux parler évidemment ici que des difficultés qui sont le 



FOETUS ET EMBRYONS 125 

fait des médecins traitants, non pas à cause de Tignorancc où il est 
tout naturel qu'ils soient des règlements administratifs, mais bien à 
ca\ise de la non-ignorance où ils croient être, et par suite des ren- 
seignements erronés qu'ils donnent avec assurance aux familles et 
dont celles-ci pâtissent. 

Quel que soit le soin jaloux avec lequel le médecin de lï*tat civil 
arrange les choses, quelle que soit sa bonne volonté do « sauver la 
face » de son confrère, il n'en est pas moins vrai que ces ennuis 
retombent forcément sur le mauvais conseilleur, dans l'espèce le 
médecin traitant. 

Ce sont ces raisons qui m'ont fait vous demander la permission de 
vous rappeler en quelques mots les notions utiles aux praticiens 
touchant les naissances et les décès. De ces notions les unes sont 
indispensables à bien connaître, la loi sur la déclaration des 
naissances, par exemple; d'autres, à propos des décès, peuvent être 
très utiles et touchent à des points délicats de déontologie. 

Naissances. — Code civil. Art. 55. — Les déclarations de naissance 
seront faites, dans les trois jours de l'accouchement, à l'officier de 
l'état civil du lieu : l'enfant lui sera présenté. 

Art. 56. — La naissance de l'enfant sera déclarée par le père, ou à 
défaut du père, par les docteurs en médecine ou en chirurgie, sages- 
femmes, officiers de santé, ou autres personnes qui auront assisté à 
l'accouchement; et, lorsque la mère sera accouchée hors de son 
domicile, par la personne chez qui elle sera accouchée. L'acte de 
naissance sera rédieé de suite, en présence de deux témoins. 

L'omission de cette déclaration expose le médecin à une peine 
relativement sévère formulée par l'article 346. Code pénal qui est 
est ainsi conçu : 

Art. 346. — Toute personne qui, ayant assisté à un accoucheuient, 
n'aarait pas fait la déclaration à elle prescrite par l'article 56 du 
code civil, et dans les délais fixés par l'article 55 du même Code, sera 
punie d'un emprisonnement de six jours à six mois, et d'une amende 
de 16 à 300 francs. 

La pénalité émise par l'article 346 du Code pénal est également 
applicable à la non-déclaration d'un enfant mort dans les trois jours 
de l'accouchement et pour lequel il n'a pas été dressé d'acte de 
naissance. (Cour de cassation, 2 août 1844.) 

On sait qu'à Paris et dans la plupart des grandes villes, la présen- 
tation de l'enfant n'est plus obligatoire, le médecin de létal civil 
étant chargé de la vérification à domicile. 

L'Arrêté préfectoral du 28 décembre 18G8 institue C(* nouveau 
service pour le 1" janvier 1869. En voici les extraits intéressant les 
praticiens. 

Article premier. — A partir du 1*='* janvier 1869, les parents qui 
désireront faire constater à domicile la naissance d'un enfant. 
devront en faire la demande par écrit dans les vingt-quatre heures 
de la naissance à la mairie de leur arrondissement, avec indication 
des noms, prénoms et domicile des parents, la date et l'heure de la 
naissance et.Ie sexe de Tenfant. 



126 RBVUË d'obstétrique et db ûynégolûoie 



Ârt. 2. — La constatation à domicile sera faite sans frais d'aucune 
espèce pour les parents par un médecin de l'état civil... Les 
demandes adressées par la poste aux mairies pour obtenir la conata* 
lation à domicile seront considérées comme non avenues et aucune 
suite n*y sera donnée. 

... Après le délai de vingt-quatre heures à partir du moment de la 
naissance, les parents ne pourront plus demander la visite du 
médecin. L'enfant devra être présenté à la mairie comme par le 
passé (1). 

Les parents qui ne désireraient pas profiter de la faculté qui leur 
est ofTerte de faire constater à domicile la naissance qu'ils ont à 
déclarer, ne sont aucunement tenus d'en user; ils restent libres de 
présenter Tenfant à la mairie, comme par le passé, au moment de la 
déclaration. 

La circulaire suivante explique bien ces diverses formalités : 

« 26 janvier 1886. 

« Monsieur le Maire, quand une personne se présente à la Mairie 
de son arrondissement ou de sa commune pour déclarer la naissance 
d'un enlant, il est d'abord, et seulement, pris note de cette déclara- 
tion : le lendemain ou le jour même, suivant Theure, le médecin de 
rétat civil se transporte au domicile de la mère du nouveau-né pour 
y constater le sexe de Tenfant et ce n'est qu'après celte visite, — 
laquelle remplace dans la pralique la présenlalion de Venfanl à 
l'officier de Vélal civile — que l'acte de naissance peut être dressé. A 
cet effet, le déclarant doit se présenter de nouveau à la Mairie, 
accompagné de deux témoins. » 

Décès. — La loi n'oblige à aucune formalité le médecin à l'occa- 
sion d'un décès survenu dans sa clientèle. Par conséquent, si la 
famille ne vous demande rien, ne dites rien. Elle se renseignera 
près des personnes compétentes, bureau de décès à la mairie, 
employés des agences de funérailles, etc. Mais quelquefois, le 
médecin traitant croit pouvoir donner des conseils qui, s'ils sont 
erronés, mettent le médecin de l état civil, par suite la famille, et 
enfin le médecin traitant dans une position plus ou moins désa- 
gréable. Je veux faire allusion à l'ensevelissement, et même à 
l'habillement du décédé. Dernièrement encore, nous avons eu 
à constater le décès d'un consul étranger lequel, sur l'avis formel 
du médecin Iraitanl, avait été avant notre arrivée, sitôt le décès, 
revêtu de son costume officiel, tunique boutonnée, épée au côté, 
toutes ses croix, etc. Or, les règlements sont formels. On ne doit 
pas toucher à une personne décédée. Voyez l'ennui de cette forma- 
lité pénible, qui a consisté à déshabiller, très discrètement cependant 
et dans une très légère mesure, le cadavre ainsi habillé. Nous avons 
passé un temps considérable à calmer la famille, à lui expliquer les 
formalités, et à la convaincre que notre confrère pouvait être un 
excellent médecin et ignorer cependant les règlements. Des faits 
analogues se représentent assez fréquemment. 

(1 ' Cet article, un peu draconien, n'est pas ordinairement appliqué» 



FOETUS ET EMBRYONS 127 



Voici quelques extraits des arrêtés préfectoraux sur la matière. 

Arrélé du Préfet de la Seine (25 janvier 1841). — Art. 3. — L ense- 
velissement des corps des décédés, leur mise en bière, leur inhuma- 
tion, et en aénéral toute disposition dont ces corps pourraient être 
tobjet, ne devront avoir lieu qu'après l'expiration complète d un 
délai de vingt-quatre heures, à partir de la déclaration ou décès, à 
moins qu'il ny ait dissolution commencée et constatée par le 
médecin vérificateur qui sera tenu, en ce cas, d'insérer au procès- 
verbal de visite les motifs sur lesquels se fonde la déclaration que 
l'inhumation est urgente. 

« Les raisons qui ont déterminé cet arrêté sont que, dans le cas 
où le décès ne serait qu'apparent, un ensevelissement trop précipité 
aurait pour effet de mettre obstacle à l'inlluencc des causes qui 
pourraient rappeler à la vie, et que, sous ce point de vue, Tenseve- 
lissement ainsi que la mise en nière doivent être assimilés, dans 
leurs conséquences, àFinhumation elle-même... » 

Cette crainte des ensevelissements précipités a inspiré à plusieurs 
reprises, des circulaires préfectorales dontje vous citerai les extraits 
qui intéressent le corps médical. 

Circulairedu 13 août 1842. — « ...Des exemples densevelissemeut 
précipités se sont présentés assez fréquemment, et ils doivent étce 
principalement attribués à l'ignorance des lois et règlements. Il est 
indispensable que MM. les Médecins vérificateurs fassent toujours 
à ce suict les recommandations les plus expresses aux familles, et 
même aans le cas où ils trouvent V ensevelissement déjà pratiqué^ 
qu'ils invitent les assistants à ouvrir le linceul et à mettre le corps 
dans les conditions favorables au retour de la vie, tant que le délai de 
vingt-quatre heures n'est pas expiré. 

« ... Un assez grand nombre de médecins vérificateurs négligent 
encore de faire démnilloter les jeunes enfants; sans ce soin, il ne 
saurait y avoir une vérification sérieuse... » 

Circulaire du Préfet de la Seine, 25 juillet 1844 (Rappel des pres- 
criptions ci-dessus). ... J'appellerai particulièrement votre attention 
sur la manière dont la visite des corps doit toujours être faite. J'ai 
su que des médecins vérificateurs se contentaient quelquefois de 
découvrir la face du décédé, et de déclarer sur les seuls indices 
qu'ils y découvraient que la mort était réelle. Mais ce n'est pas ainsi 
que la loi a entendu que les visites devaient être faites... 

Il est facile. Monsieur le Maire, de déduire de cette disposition de 
la loi que le simple examen de la face ne suffit point pour indiquer 
avec certitude la cause vraie de la mort, et qu'il est nécessaire que 
le médecin fasse l'examen du corps entier; l'expérience, d'ailleurs, a 
démontré la sagesse de cette prescription. 

Le corps d'un décédé doit donc être toujours examiné d'une 
manière attentive et complète... 

J'arrive maintenant à un point qui vous intéressera plus que ces 
formalités et prescriptions administratives. Je veux parler des 
rapports entre les médecins traitants et les médecins de l'état civil, 
et des conflits qui peuvent surgir entre eux. Il peut arriver qu'un 
médecin croie avoir à soupçonner le médecin de l'état civil d'une 
appréciation critique touchant le traitement delà personne décédée. 
Quoique évidemment très rare, ce fait a dû se produire, car plusieurs 
circulaires préfectorales ont rappelé (^ MM. les Médecins vérifica- 



142 REVUE D'OBSTÉTRIOrE ET DE CYNÉCOLOOTE 

avec certitude la cause vraie de la mort, et qu'il est nécessaire que 
le médecin fasse Texamen du corps entier; rexpéricncc, d'ailleurs, a 
démontré la sagesse de cette prescription. 

Le corps d'un décédé doit donc être toujours examiné d'une 
manière attentive et complète... 

J'arrive maintenant à un point qui vous intéressera plus que ces 
formalités et prescriptions administratives. Je veux parler des 
rapports entre les médecins traitants et les médecins de l'état civil, 
et des conflits qui peuvent surgir entre eux* Il peut arriver qu'un 
médecin croie avoir à soupçonner le médecin de l'état civil d'une 
appréciation critique touchant le traitement delà personne décédée. 
Quoique évidemment très rare, ce fait a dû se produire, car plusieurs 
circulaires préfectorales ont rappelé « MM. les Médecins vérifica- 
teurs des décès qu'ils doivent s'abstenir do tout jugement sur la 
direction des soins donnés par le médecin qui a traité la maladie. 
Une critique mémo modérée de leur part aurait le double inconvé- 
nient de porter préjudice à celui qui en est l'objet et d'augmenter 
les regrets de la famille. Les égards réciproques que se doivent les 
collègues sont un motif suffisant pour leur imposer la plus grande 
réserve ». 

Il m'est difficile d'admettre qu'un médecin soit assez oublieux 
des lois les plus élémentaires de la déontologie, et je dirai même 
de la plus simple probité, pour profitep de son passage momentané 
et forcé dans le sein d'une famille, pour tenter de nuire à son 
confrère, le médecin traitant, en critiquant plus ou moins ouverte- 
ment ses prescriptions médicales. Mais le seul soupçon qu'un fait 
pareil puisse se produire doit nous faire tous chercher à en éviter 
l'occasion possible. Le médecin de l'état civil, pour formuler la 
cause de la mort, s'entoure des renseignements qui lui sont fournis, 
soit par la famille, soit par les ordonnances. C'est alors qu'un geste, 
un mot malheureux peuvent attirer l'attention de la famille, laquelle 
d'ailleurs pose souvent des questions insidieuses au médecin de 
l'état civil. Or, cette crainte d'appréciation ou de critique serait non 
seulement dissipée, mais même n'aurait pas l'occasion de naître, si 
le médecin traitant voulait bien, quand il y penserait, ou quand 
cela lui serait possible, écrire lui-même le diagnostic qui serait 
transmis au médecin de l'état civil. Alors i)lus de demandes de 
renseignements, plus de recherches dans les ordonnances, plus de 
réflexions possibles. D'ailleurs, cette question a déjà été soulevée 
dans des sociétés médicales et voici, entre autres, lé vœu de la 
Société du 5« Arrondissement : 

u Le médecin traitant, pour faciliter la tâche du médecin de 
l'état civil, fera bien de donner par écrit et sous enveloppe fermée, 
les renseignements indispensables (maladie en cours et cause pro- 
bable de la mort). » 

Beaucoup de nos confrères ont déjà pris cette habitude et adopté 
celte manière de faire. 



FOETUS ET EMBRYONS 143 



M. TissiER. — J'entends me tenir strictement à ce qui concerne 
les fœtus et embryons non viables. Sans méconnaître l'intérêt qu'on 
donnerait à la discussion en y incorporant la question des enfants 
mort-nés ou mourant dans les heures qui suivent la naissance, je 
craindrais, en élargissant le débat, de me buter à des embarras 
d'ordre légal qui n'existent pas quand le sujet est nettement cir- 
conscrit ainsi que je l'indique et qui retarderaient peut-être une 
solution définitive quant au premier point litigieux : déclaration et 
dépôt des fœtus ou embryons vertus au monde avant six mois. 

La limite est, il est vrai, difficile à déterminer. Des fœtus, supposés 
de 5 mois 1/2, 5 mois 3/4 peuvent être considérés comme viables et 
môme vivre grâce aux couveuses ; car l'âge précis d'une grossesse 
est toujours incertain et le poids fœtal ne le peut fixer sans restric- 
tion. Ces petits êtres de 900, 1,000 et 1,100 grammes qui — par grande 
exception — ont survécu plus ou moins, avaient peut-être, malgré 
leur exiguïté, plus de six mois et par suite plus de résistance et 
d'aptitudes vitales que ne comportait leur apparence. 

D'ailleurs, sans tant d'ambages, nous nous comprenons tons 
quand nous parlons des produits d'avortement, c'ost-à-dire des 
avortons sans vie, qu'ils aient six semaines ou près de six mois, 
indépendamment des minutieuses distinctions d'Age qu'on a voulu 
spécifier. 

Or, aucune loi ne nous conlrainl à faire déclaralion des fauss(*s 
couches. Si l'on veut disputer et dénaturer le sens dos mots, il sera 
toujours facile aux fervents des subtilités d'aj)pliquer aux avorte- 
ments par interprétation les articles 56, 57 et 58, les paragraphes do 
la loi du 23 prairial an Xll, du 4 thermidor an XIII, le décret do 
1806, etc., etc., qui visent la naissance, Tcnfanl, les cadavres do 
corps humains. 

Toutes ces arguties juridiques échappent à nos connaissances do 
profanes; mais nos maîtres en médecine légale et les juristes nos 
conseils n'ont pas écrit inconsidérément et sont catégoriques : rien 
dans le Code ne concerne fœhis ni embryons. 

Seules des ordonnances préfectorales, dans un but fort compré- 
hensible do salubrité et de prophylaxie criminelle nous invitent à 
déclarer les avortomonts pour que les débris soient examinés et 
recueillis administrativement. Nous n'avons pas i\c sérieux motif à 
ne pas nous prêter à l'exécution de cette mesure dhygièno et do 
police non plus qu'à contester leur bien fondé. Toutefois, dans les 
circonstances où la divulgation du domicile porterait préjudice, 
pour nous conformer à l'esprit dos arrêtés, nous ferons la décla- 
ration en soumettant nous-mêmes les pièces au contrôle du médecin- 
expert. Celui-ci donnera l'ordre d'inhumer. 

Où devrons-nous donc apporter ces pièces ? A la mairie. A cet 
égard le consensus est général : tous les médecins ont, en de telles 
occurrences, agi semblablement. L'ancien président de la Société du 
ÏX**, le docteur Boissard, disait à la dernière séance de février qu'il 



144 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

avait, on toulo candeur ot sans hositor, dans ces situations délicates, 
l)orlé directement les fœtus à la mairie. Le préfet Floquet l'indiquait 
déjà dans sa circulaire de 1882 (responsabilité médicale, Brouardel, 
p. 200) ; M. Pasquier dans son rapportde 1885 fait également allusion 
à ce transport et à ce dvpôt ; dans les circulaires de 1886 et 1888, que 
nous rappelait le docteur Plateau, nous lisons même chose ; le 
docteur Morache, professeur de médecine légale à la facultés de 
Bordeaux, écrit : « La divulgation lésant sérieusement le secret des 
familles, les médecins et sages-femmes sont autorisés à déposer les 
embryons directement aux mairies ». (Grossesse et accouchement, 
p. 231). 

Cette démarche est si naturelle qu'il ne vient à l'idée de personne 
de ne pas la faire. Nous allons en effet là où nous devons faire la 
déclaration pour que les bureaux préviennent ensuite le médecin 
inspecteur puis les pompes funèbres. Nous épargnons des déplace- 
ments et la municipalité s'acquitte des formalités complémentaires. 

Malheureusement, il faut compter avec nos hôtes {car, ici, nous 
sommes installés dans leurs locaux) et ces messieurs, « ignorants et 
heureux de se donner de l'importance » (Morache, p. 229), se sont 
mis en tête de nous contrecarrer sans qu'on sache et sans qu'ils 
sachent peut-être pourquoi. Plusieurs maires se sont rangés à leur 
suite. Aussi les propositions de MM. Pasquier et Brouaî'del, des 
préfets. Floquet et Poubelle n'ont pu aboutir. 

C'est cette opposition, irréductible, qui constitue Tunique pierre 
d'achoppement où nous nous heurtons. 

Dans ces derniers temps un de nos excellents et plus sympathiques 
collègues s'est constitué l'avocat de la mauvaise cause et la soutient 
par une série d'arguments invoqués précédemment dans les réponses 
des maires au préfet Poubelle, qui me paraissent loin d'être 
péremptoires. 

Notre ami Plateau, heureusement, n'a pas réédité la facétieuse 
affirmation que le passage à domicile du médecin vérificateur puis 
de l'employé des pompes funèbres, même sans uniforme, s'opérait 
toujours inaperçue, sans que personne put même la remarquer. 
Mais lui et ceux qu'il représente ont recours tout d'abord à des 
considérations d'ordre divers, un tant soit peu dilatoires. 

1° Ils nous reprochent, si nous transportons des débris fœtaux, 
l'enfreinte au monopole des pom[)es funèbres dont nous nous ren- 
drions coupable et le délit justiciable des rigueurs judiciaires que 
nous commettrions. Kussent-ils raison, ces méfaits n'ont trait 
qu'indirectement à la question principale qui nous occupe. Mais je 
crois bien qu'ils ont tort, d'après les renseignements que je tiens 
de la direction des inhumations et du commissariat de police. Les 
pompes funèbres, en effet, ne souffrent pas d'intermédiaires entre 
elles et le four crématoire ou la fosse commune, mais restent indif- 
férentes aux premières étapes et prennent à domicile, à la morgue, 
à la mairie, au poste ou sur la voie publique les débris qu'elles 



r 



FOETUS ET EMBRYONS 145 

revendiquent seulement pour les conduire à la dernière demeure ; 

2*» En second lieu viennent la préoccupation de savoir quel est le 
médecin qui fait la déclaration et l'apport, puis lapiu-éhension 
excessive des difficultés que comporterait l'établissement d'identité 
dudit médecin. Je ne comprends guère de telles craintes. Nous pos- 
sédons tous des cartes avec ou sans i)liotographies, paraphées de 
notre signature ; en outre, nous exerçons la plupart du temps dans 
la circonscription de notre arrondissement et nous avons, précisé- 
ment dans les cartons de notre mairie, une fiche signée [)our faci- 
liter la légalisation de nos certificats. Rien n'empêche au surplus, 
s'il faut dissiper des méfiances, que le médecin ne soit requis de 
justifier de ses qualités ; 

3** Y a-l-il vraiment lieu de s effrayer des dangers qu'entraînerait 
l'extension aux sages-femmes et à tous venants de nos privilèges? 
Je ne sais ce qui arriverait si le droit que nous réclamons était 
concédé à d'autres. Pour l'instant, nous avons à nous occuper de 
nous, médecins, qui sommes en cause. Je ne verrais ce[)endant pas 
d'inconvénient majeur à ce que les sages-femmes établies, excipant 
de leurs titres et diplômes, pussent jouir de prérogatives analogues 
aux nôtres. La situation des accoucheuses n'est jias sensiblement 
différente de celle des médecins et les sages-femmes lïoiinéles, s'ac- 
quittant avec probité de leurs fonctions, sont loin d'être l'exception. 

Quant aux déclarants quelconques, j'admets qu'on se nionlre vis- 
à-vis d'eux moins bien disposé, lis n'ont pas en effet nos strictes 
obligations professionnelles et ne donnent j)as à priori les garanties 
que nous offrons. Enfin l'idée dirigeante du législateur, en nous 
privilégiant (art. 378), fut de pousser, dans un intérêt général et 
dans leur propre intérêt, les femmes enceintes vers les médecins ou 
sages-femmes pour la sauvegarde de la santé. 

Mais encore une fois ce sont toutes considérations d'à-côté qui ne 
se rapportent qu'indirectement au but que nous poursuivons; 

A? Notre collègue a soulevé une objection plus importante. Il est 
frappé, comme nous tous, du nombre inliniment considérable des 
avortements provoqués impunis et se demande si les facilités qu'on 
nous accorderait de cacher le domicile des avortées, ne couvrirait 
pas des pratiques suspectes et ne multiplierait pas les tentatives 
criminelles déjà nombreuses. J'estime qu'il se trompe Les fausses 
couches frauduleuses ne seront pas plus déclarées (prelles ne le 
sont. Si, par malheur, quelque praticien se trouvait strictement 
engagé dans une affaire interlope, soyez sûrs qu'il se garderait 
d'appeler sur lui l'attention. C'est, au contraire, en donnant toutes 
facilités pour la déclaration et la réception des fœtus qu'on réduira 
le nombre des avortements totalement clandestins et qu'on pourra 
circonscrire et rendre plus efficaces les investigations judiciaires. 

En quoi est-il si nécessaire d'autre part que le médecin de l'état 
civil aille vérifier dans un appartement privé? Ne se rendra-t-il pas 
compte tout aussi bien des particularités à noter hors du domicile? 






146 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

Nous n'imaginons pas, en effet, qu'il songe jamais à étayer des 
conclusions sur Taspcct, les hésitations, le trouble de Tentourage : 
c'est le pur et simple examen des pièces qui le guide ; autrement 
quel singulier rôle il assumerait ! 

A ce point de vue d'ailleurs il ne faut pas se faire trop d'illusions 
sur la valeur des vérifications. Seules la macération et la momifi- 
cation des fœtus ont signification pour dissiper un doute. Hormis 
ces cas, jamais ou presque jamais, en dépit des allégations généra- 
lement admises, l'exportise ne pourra fournir de base sérieuse pour 
fonder la moindre accusation ni formuler de réelles suspicions. 
Chaque fois le doute s'impose attendu que rien ne différencie de 
l'avorton expulsé par manœuvres du produit d'une fausse couche 
naturelle. Les érosions tégumentaires, les lésions des membres, les 
perforations peuvent être le résultat des pressions ou tiraillements 
de tissus embryonnaires fragiles pendant leur passage à travers le 
détroit cervical. 

Si vous n'en étiez pas convaincus, lisez le chapitre consacré à ce 
sujet dans l'Avortenient de P. BfQuardel (p. 210) et relisez, entre 
autres, une communication de mars dernier à la Société de méde- 
cine légale. Le D' Bonnaire, en effet, avait été surpris des traumas 
. apparents observés sur un fœtus expulsé devant lui et ses élèves, à 
l'hôpital, tout spontanément, sans violence extérieure ni intervention 
d'aucune sorte, dans un cas d'avortement des plus naturels. Pour 
achever de s'édifier, le T>^ Bonnaire fit dos expériences avec des 
fœtus récoltés dans son service (il n'en manque pas à Lariboisière I) 
et constata que des petits produits fœtaux de 3 à 4 mois, simple- 
ment chassés par la i)aume de la nuiin ù travers l'orifice circulaire 
formé par les doigts, on présontalions latérales, subissaient parfois 
un éclatement soit de l'abdomen avec issue de l'intestin, soit de la 
cage thoracique d'où s'échapjTaient les viscères ou bien avaient les 
membres partiellement détachés du tronc. Ces lésions, simulant à 
s'y méprendre des blessures par instruments perforants ou crochets, 
ne tenaient qu'à la gracilité de la texture fœtale et se produisaient 
sans un effort à pou de chose près égal à celui de la contraction 
utérine. 

N'était la crainte du paradoxe, on irait jusqu'à soutenir que ces 
lésions fœtales, tonuos jadis [)our révélatrices d'agissements cri- 
minels, doivent au contraire éloigner les soupçons. L'acte condam- 
nable consiste, surtout maintenant, dans la simple provocation des 
contractions, dans la mise en train de l'avortement. Ensuite le 
complice se dérobe et se garde de reparaître, laissant l'expulsion 
s'effectuer seule, sans sa participation, au dommage peut-être, de 
la principale intéressée. 

Inversement, au cours d'une fausse couche exempte de toute 
pratique coupable, on ne recule pas, à recourir à l'homme de l'art 
cfui, selon les règles, intervient avec promptitude et pourrait pen» 
danl l'extraction léser le produit de conception. 



FOETUS ET EMBRYONS 147 

N'ignorant rien de ces détails, je suis bien sûr que les médecins 
de rétat civil, prudents comme nous les connaissons, même dans 
les cas les plus troublants, ne se sentent guère en état de conclure, 
d'après Texamen anatomique (leur seul et unique recours) à une 
présomption de manœuvres abortives. Ils ne sortiraient pas d'em- 
barras par un refus du permis d'inhumer, lequel refus n'est, à vrai 
dire, qu'une accusation déguisée qu'on doit prendre garde de for- 
muler à la légère. Ou bien alors, pour être francs, que ces experts 
refusent toujours le permis, attendu que jamais l'examen des 
pièces ne leur donne certitude d'une fausse couche naturelle. 
Convenons-en : leur inspection, de pure forme, n'est pas plus pro- 
bante que la signature qu'on appose dans les bureaux à des milliers 
de papiers qu'on ne peut connaître. 

Ce n'est pas non plus l'examen simultané du placenta, dont on a 
parlé, qui les pourrait éclairer. Laissant de côté les idées aban- 
données de Gallard et Leblond, le placenta abortif est assez géné- 
ralement chassé 3, 4 et 5 jours (selon le stade de grossesse) après 
l'expulsion fœtale ; il est fréquemment en lambeaux, sorti seul ou 
bien extrait à l'aide des doigts ou d'instruments. 

D'ailleurs, n'est-ce pas la conduite obligatoire, une fois le premier 
temps de la fausse couche accompli, d'aller par tous les moyens 
chercher un délivre qui stagne dans l'utérus? La constatation de 
manœuvres dans ce deuxième temps n'implique donc pas en quoi 
que ce soit le soupçoii d'agissements blâmables? 

Des objections opposées au transport et dépôt dans les mairies 
des débris oculaires par le médecin traitant, que reste-t-il? 

Un argument: la résistance inflexible du personnel des mairies et 
de certains représentants de l'autorité publique qui ne veulent pas 
chez eux de morgue. C'est leur grand mot ! 

Alors on cherche ; on pense que, la déclaration faite, nous pour- 
rions porter le fœtus soit au dépôt mortuaire (cimetière Montmartre 
ou la Villette) soit dans l'un ou l'autre des cimetières parisiens, soit 
à l'hôpital où le médecin vérificateur irait à son tour les inspecter 
avant que les pompes funèbres s'en saisissent. 

Notre confrère Plateau de son côté propose que, toujours après 
déclaration, nous puissions garder les fœtus, que les mairies 
repoussent, à notre propre domicile où viendraient successivement 
et le médecin de l'état civil et les employés des pompes funèbres. 

Avant tout, il nous faut une solution quelle qu'elle soit. Toutes 
ces combinaisons nous donneraient satisfaction en cela qu'elles 
permettraient de ne pas révéler le secret qu'avant tout nous voulons 
ne pas trahir. Mais à quoi bon tant de complications, tant d'allées 
et venues inutiles? Il serait si simple, quoi qu'on dise, de déposer 
aux mairies ces fœtus qui, somme toute, tiennent fort peu de place; 
qui ne sont pas des foyers de pestilence, comme on le prétend, et 
qu'il faudrait mieux, s'il en était ainsi, ne pas laisser dans une 



148 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



maison privée, au voisinage de puerpérales, ce qu'on ne craint pas 
pourtant de nous recommander. 

11 ne me paraît pas admissible qu'avec un minimum de bonne 
volonté, on n'arrive à découvrir dans les communs de la mairie, 
sous une remise quelque recoin où serait placé, dans la sciure de 
bois phéniquée si l'on veut, le carton ou l'enveloppe scellée dans 
laquelle le médecin aurait enfermé son dépôt. 

M. LuTAUD : Je suis fort à l'aise pour répondre aux critiques un 
peu acerbes, mais amicales et courtoises, faites par notre collègue 
Plateau aux arguments que je vous avais apportés dans votre séance 
de janvier en faveur d'une proposition que vous avez bien voulu 
adopter. 

En effet, depuis ma communication, de nouveaux faits auxquels 
j'étais absolument étranger, sont venus démontrer l'importance de 
la question que j'avais soulevée et l'embarras dans lequel peuvent 
se trouver les médecins qui, tout en désirant se conformer à la loi 
et aux arrêtés préfectoraux, veulent en même temps sauvegarder 
le secret professionnel auxquels ils sont tenus. 

Vous venez d'entendre M. Tissier qui s'est vu l'objet des plus 
étranges suspicions et a été astreint à de pénibles tribulations, 
parce qu'il avait apporté et déclaré un fœtus dont il ne pouvait 
faire connaître le nom et le domicile de la mère. 

A la Société médicale du IX'' arrondissement (séance du 12 février' 
M. le docteur Blechmann a rapporté un fait non moins instructif 
relatif à la déclaration d'un fœtus viable ; notre confrère a dû trans- 
porter le fœ»tus à son domicile jiour qu'il puisse être e^xaminé par 
le médecin de l'Etat civil et inhumé. A Tunanimité cette société à 
émis un vœu^emblable à celui que vous aviez voté dans votre séance 
de janvier. 

J'estime donc que le vote de janvier dernier fait le plus grand 
honneur à votre société et qu'il a trouvé un écho favorable dans 
tous les milieux médicaux. Je serais donc fort surpris si, suivant le 
conseil de M. Plateau, vous veniez à vous déjuger. 

J'aborde maintenant le fond de la question que je vais examiner 
à nouveau très brièvement. 

Je remercie d'abord notre confrère de nous avoir apporté dans 
la dernière séance tous les arrêtés, circulaires et règlements con- 
cernant la matière. Je le fais avec d'autant plus de plaisir que ces 
arrêtés me paraissent indispensables et que c'est pour nous y être 
conformés que nous avons eu les désagréments que vous connaissez. 
Ils ont pour but, en irnposant la déclaration aux médecins dans les 
cas où la famille ne peut se charger de ce soin, d'empêcher qu'on 
jette à la voirie les fœtus viables ou non viables ; il s'agit non seule- 
ment d'une question de salubrité, mais aussi d'une question de 
police judiciaire. Les magistrats ont voulu que les fœ^tus déclarés 
puissent être examinés par les médecins de l'Etat civil qui peuvent 



FOETUS ET EMBRYONS 149 

refuser le permis d'inhumer dans les cas où ils soup(;onnent un 
crime. 

Aussi acceptons-nous avec ])laisir le devoir qui nous est imposé, 
mais nous ne pouvons accomplir ce devoir qu'en nous conformant 
à la stricte observance du secret professionnel. 

Ai-je besoin de vous rappeler que la discrétion professionnelle 
est pour nous tous une loi morale bien plus qu'une loi civile. Quel 
est celui d'entre vous qui refuserait son assistance à une fille, à une 
veuve qui veut tenir son accouchement secret ? 

Le législateur Ta tellement compris qu'il a permis la déclaration 
d'enfants do père et de mère inconnus et qu'il nous a confié la charge 
de la déclaration à défaut du père (article 56 du code civil). 

Cet article de la loi est essentiellement utile et humanitaire. 11 a 
pour but de garantir l'assistance et le dévouement médical à des 
femmes que la crainte du déshonneur eût pu conduire au suicide ou 
à l'infanticide. C'est une loi de pitié qui a élevé le rôle du médecin 
en lui confiant l'honneur des familles, qui protège les malheureuses 
contre l'abandon et la solitude ; qui leur assure des soins et des 
consolations que le médecin est trop heureux de donner, alors même 
(|u'il ristjue sa réputation. 

J'estime donc que la loi qui m'autorise à apporter à une mairie 
un enfant vivant sans faire connaître sa mère, doit également 
m'autoriser à faire la même déclaration lors(|u'il s'agit d'un fœtus 
viable ou non viable. 

Aucun arrêté préfectoral, aucune circulaire ne saurait m'obliger 
à faire connaître le nom d'une femme qui m'a confié son secret, 
aucune loi humaine ne pourra mempécher de donner mes soins à 
une femme et à sauver son honneur. C'est un privilège (jue nous 
devons revendiquer hautement. 

Comme la sinq)U» déclaration d'une naissance fœtale par le méde- 
cin est sans valeur si les pièces ne sont pas présentées, il faut donc 
de toute nécessité présenter à l'état civil le fœtus. 

Quels que puissent être les inconvénients d'ordre administratif, 
cette présentation est indispensable ; si elle est nécessaire pour 
Tenfant vivant, elle l'est plus encore pour le fœtus puisque celui-ci 
doit être iidiumé et que cette inhumation ne jjourrait avoir lieu 
chez la mère dont il faudrait faire connaître le domicile. 

Je ne vois du reste aucune impossibilité pour l'état civil à 
recevoir un fœtus dans les cas exceptionnels où le médecin doit 
faire une déclaration de ce genre ; on sait qu'un bureau des pompes 
funèbres existe dans chaque mairie. Mais c'est une question secon- 
daire dont je laisse la solution aux soins de l'administration. 

Ce qui est essentiel, c'est que la déclaration imposée par les lois 
et règlements puisse être faite en taisant le nom et le domicile de la 
mère. 

J'arrive maintenant à l'objection j)lus délicate présentée par 
M. Plateau. Notre confrère semble croire que la présentation du 

10 



150 REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 

. fruit de la conception à la mairie par un médecin ou par une sage- 
femme serait de nature à augmenter le nombre déjà si considérable 
des avortements provoqués. 

Je pense au contraire que si la déclaration était posssible dans 
les conditions que j'ai indiquées, nul ne pourrait s'y soustraire et 
que l'examen légal des fœtus par les médecins de l'état civil per- 
mettrait plus souvent de déceler les cas suspects. 

J'estime en outre que, lorsqu'un médecin apporte dans une mairie 
sous sa garantie personnelle, un fœtus ou des pièces anatomiques 
qui doivent être soumises à la vérification d'un de ses confrères, 
il y a fort peu de chances qu'il y ait des manœuvres criminelles 
derrière cette présentation. J'ajouterai que la visite quotidienne 
(jue font les médecins de l'état civil dans les mairies de Paris et des 
grandes villes permettrait à ceux-ci de faire à leur aise, et plus 
facilement (jue lorsqu'ils se rendent en ville, les constatations légales. 

C'est du reste ainsi que j'ai procédé sans rencontrer aucune 
résistance dans cette même mairie, du VIII* arrondissement où 
mon confrère Plateau a bien voulu faire les constatations légales et 
où les pompes funèbres sont venu chercher le fœtus. La seule objec- 
tion que me fit alors M. Plateau se rapportait à l'absence du pla- 
centa dont l'examen seul pouvait révéler des traces d'avortement 
provoqué. Quoique l'objection ne me paraisse pas fondée au point de 
vue médico-légal, il serait très facile d'ajouter à la circulaire pré- 
fectorale la roconunandation expresse d'apporter tous les débris 
fcetaux, y compris le placenta, dans les cas où cela est possible. 

Je me résume. Je reconnais l'impérieuse nécessité de la déclara- 
tion des fœtus et embryons, que celle-ci soif faite par la famille ou 
par les médecins ou sages-fennnes ; je demande simplement (|ue 
dans les cas, fort rares, où le médecin doit faire cette déclaration, 
il puisse concilier les devoirs que lui impose Tadministration avec 
les exigences du secret professionnel. Or la présentation du produit 
(le la conce[)lion aux officiers de Télat civil nous parait le seul 
moyen d'arriver à ce résultat. 

Je termine en faisant remarquer ù M. Plateau el à tous ceux ([ui 
s'intéressent à l'hygiène publique que, telle qu'elle est, la circulaire 
préfectorale n'est pas appliquée. 11 existe dans chaque mairie un 
registre spécial pour recevoir les déclarations de fœtus et embryons. 
J'ai consulté ce registre dans un arrondissement qui compte plus 
de 150,000 habitants ; savez-vous combien il y avait eu de fœtus 
déclarés i)ar mois ? 6 en moyenne, alors ^ que le chilTre des 
fausses-couches se chiffre j)ar centaines! J'estime donc que la pro- 
position que j'ai apportée ne peut que renforcer la valeur de 
la cii'culaire en rendant l'application possible dans tous'les cas. 

J'es[)ère donc que vous ne reviendrez pas sur le vœu que vous 
avez émis dans voire séance de janvier ; vous maintiendrez ainsi 
un des plus nobles privilèges de notre profession qui, s'il met par- 
fois en cause notre responsabilité, nous permet de secourir des 
souffrances morales et de sauver l'honneur des familles. 



POBtUS ET EMBRYONS 151 



M. Plateau. -- Une solution qui a été déjà proposée et mise en 
pratique, et à laquelle on pourrait ajouter une modification que je 
crois utile, consisterait en ceci : 

L'accoucheur au lieu de le porter à la mairie, emportera le fœtus 
chez lui, et c est là que le médecin de l'état civil procédera à la 
constatation. Les pompes Tunèbres l'enlèveront ensuite et sans que 
personne puisse seulement soupçonner quoi que t'e soit, en prenant 
quelques précautions. Vous savez que l'employé des P. F. ne porte 
aucun signe de ses fonctions, ni costume, uniforme, etc. La voiture 
n'a, non plus, aucune marque distinctive. L'administration n'a 
plus à s'inquiéter de la provenance réelle du fœtus. Il vient de chez 
M. X..., il peut y être né. Baudelocque, MM. Brouardel et ^Char- 
peuticr ont agi ainsi dans des circonstances analogues. L'accou- 
cheur est assuré de voir le secret absolu garanti à sa cliente et lui 
rend ainsi le service signalé que, actuellement, les règlements admi- 
nistratifs proscrivent, comme M. Lutaud et d'autres depuis en ont 
fait la désagréable expérience. 

L'accoucheur pourrait aussi, après la visite du médecin de l'état 
civil, porter le fœtus, muni du ceriifical légal, sx la mairie, au bureau 
des P. F. d'où il serait enlevé. Et on pourrait, à ce sujet, réveiller 
un vœu endormi depuis une quinzaine d'années dans les carions de 
l'administration, vœu émis par la commission d'assainissement, 
que j'ai cité dans ma communication à la dernière séance. 

P. S. — 1- Circulaire du préfet de la Seine, 10 février 188G. 

... Pour donner satisfaction au vœu émis par la commission 
d'assainissement il suffirait donc, quand la famille désirerait ne pas 
*kî faire connaître, que les embryons fussent portés par un médecin 
ou une sage-femme a la mairie de rarronclissement où des boîtes 
st»raient déposées à l'avance par les pompes funèbres pour les rece- 
voir. Le préposé des P. F. assurerait leur enlèvement par les voitures 
qui font ce service à domicile. 

J'ai l'honneur de vous prier, Monsieur le Maire, de me faire savoir 
si l'amélioration proposée par la commission d'assainissement peut 
être facilement réalisée. 
Veuillez, etc. 

Paris, le 27 mars 1888. 
Monsieur le Maire, 

Par une circulaire en date du 12 janvier 1886, je vous ai demandé 
si vous consentiriez à ce que des boîtes fussent déposées dans votre 
mairie pour y recevoir les embryons qui pourraient être apportés 
par des médecins ou des sages-femmes. 

Vous m'avez fait connaître les motifs qui à vos yeux supposaient 
à r application de cette mesure dont le but était de permettre à des 
praticiens de venir à la mairie déclarer un produit (embryonnaire 
de moins de quatre mois de gestation, sans être obligé d'enfreindre 
les règles du secret professionnel... 

J'ajoutais que ce vœu avait été rejeté, puisque depuis quinze ans 
il n'y avait pas été donné de suite. 



I^vi^ ^■'^- 



- V 



152 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



J'tHais clans reri'eur : adminialral ivemeni il n'y a pas eu rejet ; le 
vdMi n'est pas repoussé, pas enterre : il sommeille siniplenienl. 

On peut donc [)enser (jue radministration accei)tei*ait sans trop 
(le répugnance ni de diflicuUés (pi'il fût déposé au bureau des P. F. 
dans les mairies un pelil paquet soigneusement enveloppé, conte- 
nant un embryon dûment muni de son certificat légal, c'est-à-dire <lu 
permis d'inhumer du médecin de l'état civil. 



THÉRAPEUTIQUE 



TRAITEMENT DU PIUHIT VILVAIHE ET DES AFFECTIONS 
PARASITAIRES. 

(Vehchère.) 

Avant tout, il convient de traiter la cause, qui jieut être très 
variable, c'est-à-dire, suivant les cas, combattre la métrite, la 
vaginite, enlever les polypes urétraux, faire disparaître les parasites 
(oxyures), traiter le diabète, etc. On ne considérera le pruritcomnie 
idio{)athique, c'est-à-dire d'origine nerveuse, que si l'on ne peut 
incriminer une cause locale ou une atTeclion diabétique. 

Comme traitement local, on emploiera d'abord des lotions émol- 
lientes suivies d'api)licatioii d'une poudre inerte, sous-nitrate de 
bismutb, oxyde de zinc, isolés ou mêlés à parties égales avec du 
talc pulvérisé. 

L'eau très chaude en douche vulvaire, les grands bains tièdes 
prolongés donnent souvent de très bons résultats. 

Brocq recommande, si le grattage a déterminé un état d'irritation 
des parties, d'employer des lotions additionnées d'un 'peu de bro- 
mure de potassium (l/50() ou l/2(Kj) on de chloral (1 à 2 0/0) ou 
encore de borate de soude, d'hydrolat de laurier-cerise ou de quel- 
ques gouttes d'essence de menthe. 

Le sublimé est certainement l'agent le plus efficace contre le pru- 
rit vulvaire. 

Bichlorure de mercure 2 grammes . 

Alcool 10 — 

Hydrolat de roses 40 — 

Eàu distillée •. 450 — 

Les lotions sont réi)étées matin et soir. Les premières, causant 
une cuison vive, seront suivies d'un lavage à l'eau fraîche. 

L'acide phénique rend aussi de grands services. 

Les solutions do cocaïne en lotions ou en applications perma- 
nentes n'amènent qu'une sédation momentanée. 

On a encore employé des j^unnades contenant du bromure de 
potassium, de l'extrait de belladone, etc. 

Dans les cas rebelles, l'électricité soit galvanique, soit faradique. 



TllÉRAPEUTl^rK l.'vî 



ont donné Tune et l'autre des résultats satisfaisants. Il en est de 
môme des scarifications linéaires quadrillées. 

Comme moyens généraux de traitement, on emploiera contre le 
prurit idiopathique le bromure de potassium, les valérianates, 
parfois l'antipyrine, l'hydrothérapie, les douches froides. 

Parmi les parasites que Ton peut rencontrer à la vulve, citons 
y oïdium albicans, qui a été constaté chez les très jeunes enfants 
athrepsiques, malpropres, chez les vieillards cachectiques et parfois 
chez les jeunes femmes sousl'influence de la grossesse. 

On le combattra au moyen de solutions de sublimé tièdes à 1/1000 
(sans alcool), de lavages avec des solutions alcalines concentrées. 

L'acné varioliforme de Bazin imollusciun conlagiosiim) est très 
fréquente à la face externe des grandes lèvres, dans les plis génito- 
cruraux, etc. 

On a proposé des applications de savon mou de potasse, de tein- 
ture d'iode, de pommades mercurielles, naphtolées, tous moyens, 
qui déterminent une indamniption superticielle exfoliante du derme 
et de Tépiderme. 

Dans les cas d'éruptions très confluentes, aux éléments volumi- 
neux, Hrocq conseille d'essayer des lotions astringentes, telles que 
les solutions d'alun, de sulfate de fer, etc. 

Le traitement chirurgical est le plus simple et le plus efficace. On 
vide la tumeur par la compression avec une pince à disséquer et 
Ton en cautérise la base avec la pointe tVun crayon de nitrate ; pu 
peut encore exciser la tumeur au niveau de sa base avec des ciseaux 
courbes. On supprime la douleur en anesthésiant chaque élément 
avec un jet de chlorure d'éthyle. Le thermocautère (pointe fine) 
permet aussi de détruire complètement la tumeur ; mais il faut lui 
préférer le galvanocautère à peine douloureux. 

Les oxyures qui ont émigré vers la vulve sont facilement détruits 
par les lavages à l'eau salée, à la glycérine pure. Les pedi c uli sonl 
détruits par des lotions de vinaigre additionné de sublimé (1/300. 
On calmera l'irritation consécutive par l'application de cold-cream ou 
de vaseline boriiiuée. Il ne faut pas employer les pommades mer- 
curielles, en raison des dangers d'absorption du mercure par les 
régions couvertes de poils. 

On peut aussi employer le naphtol en suspension dans l'huile 
d'olive : 

Naphtol B 5 grammes. 

Huile 50 - 

Deux applications par jour. 

DKS ANTIPYRÉTIQUKS DANS LK THAITKMKNT DK 
LA FIKVRK TVPHOIDL CIIKZ LKS ENFANTS 

Jusqu'à 1881, dans le traitement de la fièvre typhoïde chez les 
enfants, la médication avait consisté en bains froids et en l'adminis- 
tration de quinine et de salicylate de sonde. La mortalité était de 



154 REVUE D'OBSTÉTRlQrE ET DE GYNÉCOLOGIE 

0,4 %. Avec le cours des années, le rôle de Ihydrothérapie fut de 
plus en plus restreint 

Depuis cette époque,c'est à rantipyrine,à. Tantifébrine et à la phé- 
nacétine qu'Hagenbach a eu recours chez petits typhoïdiques. Les 
bains furent donnés plus rarement et à température moins froide. 
Sur 94 malades, il n'y a eu que deux décès, soit une moiiaiité de 
2,13 %, qui est la plus basse qui mt été citée dans Tenfance (ménin- 
gite basilaire et perforation intestinale). 

Arvtipyrine. — Hagenbach recommande les doses suivantes : 
administrées en une ou deux heures : de 50 centigrammes à un 
gramme, de 2 à 5 ans ; à 1 gr. 50 de 6 à 8 an& ; de 1 à 3 gr. de 9 à 15 
ans. Il a à peu près renoncé à Tantipyrine qui occasionne souvent 
des vomissements et rès fréquemment abolit l'appétit. 

Antifébrine. — Au-dessous de 2 ans, de 5 centigrammes à 10 centi- 
grammes ; de 2 à 8 ans, de 10 à 20 centigr.; de 9 à 15 ans, jusqu'à 
30 oentigr. La rémission fébrile, généralement très marquée à ces 
doses, persistait jusqu'à neuf heures de temps. Frissons, cyanose 
et vomissements fort rares. Chez les pneumoniques et les sccu'lati- 
neux, remploi de l'antifébrine doit être beaucoup plus réservé. 

Phénacétine, ~ De 2 à 5 ans, 10 à 20 centigr.; de 6 à 8 ans, 20 à 
40 ; de 9 à 11, 20 à 50 ; de 12 à 15 ans, 30 à 50 centigrammes. Sueurs 
et cyanose assez fréquentes; après l'emploi de ce médicament : 
trois cas d'exanthème. 

En somme, chez les enfants, la phénacétine est préférable à l'anli- 
pyrine, mais est très inférieure à l'antifébrine. 

L'action fébrifuge de ces trois médicaments dépend osscntiello- 
mcnt de la période de la maladie et de l'époque de la journée où 
ils sont administrés ; le soir et à une période avancée de la fièvre 
typhoïde, il faut de moindres doses pour obtenir le môme résultat 
qu'au début de la maladie et à la période quotidienne d'augmenta- 
tion de la fièvre. Tous trois sont inoffensifs et sans phénomènes 
accessoires fâcheux, si l'on s'en tient aux doses ci-dessus. L'anti- 
pyrine convient le moins chez les enfants, à la fois à cause de son 
mauvais goût, des nausées, des vomissements et des éruptions 
qu'elle détermine ; dans beaucoup de cas, elle sera administrée 
avantageusement en lavements. C'est l'antifébrine qui a donné 
les rémissions les plus durables sans causer d'exanthème. 

Quoiqu'il arrive, l'emploi des antipyrétiques demande à élre 
surveillé chez les enfants. 



TRAITEMENT DES PLEURESIES PAR DES INJECTIONS 
DE LIQUIDE PLEURETIQUE. 

Par TSCHTGATFTF. 

Cette méthode thérapeutique d'auto-serothérapie avait déjà été 
proposée il y a quelques années par le profossonr Gilbert. Voici 

cunineMit \o médoriii russe en formule rnpplirntiini. 



THÉRAPEUTIQUE 155 



On ne pratique les premières injections j^u'après s'être assuré 
que les recherches macro et microscopiques avaient montré 
rcJssence de pus dans le liquide pleurétique. Ce liquide est injecté 
entre les omoplates ; dans les injections suivantes, il Ta injecté 
dans le tissu cellulaire sousrcutané de la ligne axillaire. La quantité 
injectée a varié d« 1 à 4 ce, suivant la période de la maladie. A 
rencontre de M. Gilbert, l'auteur a été obligé dans tous les cas de 
répéter l'injection de deux à quatre fois. 

Après la première injection sous-cutanée, l'auteur n'a pas observé 
de réaction générale de température ; au contraire, dans le cas de 
pleurésie rhumatismale, il se produisait le lendemain un «ibaisse- 
ment de température suivi d'une nouvelle élévation le troisième 
jour. Après une nouvelle injection, la température s'abaissait de 
nouveau, sans plus se relever pendant l'évolution ultérieure de la 
maladie. Parfois, il y a eu cependant de légères élévations ; l'abais- 
sèment ne se produisait qu'après la quatrième injection et ne retom- 
bait qu'après douze jours. L'exsudat commentait à se résorber 
tantôt immédiatement, tantôt le surlendemain de Tinjection. Mais 
en tous cas, l'augmentation progressive de l'exsudat, observée 
avant les injections, s'arrêtait ; les Injections répétées rendaient la 
résorption plus rapide. 

L'état général des malades s'améliorait considérablement ; la 
quantité des urines augmentait notablement (de 700-800 gr. par 
exemple elle montait à 1800-2000 gr.). Aucune complication n'a été 
observée du côté du cœur et des autres organes. La guérison sur- 
venait nu bout d'un laps de temps plus ou moins long en rapport 
avec le moment où le traitement a été commencé : si le traitement 
a été institué pendant la première semaine de formation de 
l'exsudat la ohute d-e la température et la résorption de l'exsudat sn 
produisait au bout d'un laps de temps variant de dix h douze jours. 
Quand les injections n'ont été faites que trois à quatre sema^'nefl 
après le début de la maladie, la guérison n'est survenue qu'après 
deux h trois semaines. 

Voici les conchisions de l'auteur : 

1*» La méthode préconisée par Gilbert est absolument inoffensivo: 

2*> Dans les pleurésies séro-fibrineuses d'origine rhumatismale, 
on n'observe aucune réaction de température ; dans les pleurésies 
séro-fibrineuses ou tuberculeuses, il se produit une légère éleva- 
lion, disparaissant rapidement ; 

3« L'augmentation progressive de l'exsudat s'arrête immédia (o- 
ment après les injections, et dans la majorité des cas des pleurésies 
séro-fibrineuses la résorption commence immédiatemennt ; 

4*» T^i durée du traitement est de deux semaines dans les pleu- 
résies séro-fibrineuses ; la pleurésie est d'autant plus rapide que les 
injections ont été commencées plus tôt. 

L'auto-serothérapie nous semble aussi rationnelle si ce n'est plus 
que les méthodes qui consistent h emprunter du sérum aux ani- 
maux. Elle est inoffensive et mérite d'être essavée. 



156 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



FORMULAIRE 



Potion antihystérique. 

(GnASSET.) 

Hydrate de chloral 4 gr. 

Bromure de sodium 4 — 

Extrait de jusquiame... gr. a'* 
Extrait de chanvre in- 
dien gr. 04 

Julep gommeux 64 gr. 

F. s. a. une potion, dont on fait 
prendre à titre d'hypnotique de 
deux à quatre cuillerées. On les 
administre d'heure en heure ou de 
demi-heure en demi-heure, le soir, 
ii partir de dix heures, aux hysté- 
riques agités. . 

Le lactate de strontiane 
dans Tantisepsie intestinale. 

(IllT.HAPD.) 

Voici les formules que l'on peut 
employer : 

1* Lactate do strontiane.. 100 gr. 
Eau distillée 500 — 

Une cuillerée h bouche (contenant 
.3 grammes de lactate) matin et 
soir. 

2* Lactate de strontiane.. 75 gr, 
î^irop d'écorce d'orange 
amère 500 — 

Une cuillerée à soupe (20 gram- 
mes de sirop renfermant 3 gram- 
mes de lactate) cinq h six fois par 
jour. 

V Bromure de strontium. 20 gr. 
Eau distillée 300 — 

Une cuillerée h bouche, deux h 
quatre fois par jour. 
• Enfin, le nitrate de strontiane. 
soluble également, peut être porlé 
sans inconvénient à la dose de 15 d 
20 grammes par jour. 

Tpalt«m«nt d« r«oiéma 
d« la vulva ou du topotum 

Faire des lotions tièdes, deux 
fois par jour, avec le liquide 
suivant : 

Infusion de feuilles de 

mauve 900 gr. 

Bromure (Je polas. ( aa r 

Borate de soude. .. j aa o — 

Ilydrolal de menthe 100 — 

Appliquer ensuite la ponunade 
suivante : 

Huile d'olives i * » o« 

Lanoline 1 ^'^ ^0 gr. 

Menthol 3 — 

Oxvde de zinc 6 — 



Saupoudrer la partie malade: avec 
Sous-nitrate de bismuth. ^ 

Poudre de lycopode ^ AA 10 gr. 

Talc pulvérisé ' 

Contre la Coqueluche. 

ViLLEJEAN. 

Bacine de polygala 50 gr. 

Opium brut 1 — 

Eau bouillante 400 — 

Faites infuser pendant six heures 
et ajoutez : 

Analgésine 12 gr. 

Su(M'o blanc 800 — 

Le sirop élant refroidi, ajoutez : 

Teinture de scille gr. 25 

Elher sulfurique gr. 10 

Eau de Heur d'oranger. 50 gr. 
.^irop de sucre... Q. S. pour 1 htre. 

Doses : 2 cuillerées à café pour 
les enfanls entre 2 et 3 ans: aug- 
menter d'une cuillerée par anné(î 
d'ûge en plus. 

Traltamant da la dytménoprhéa 
(L. Matmet.) 

I. Bechercher si le;* souffrances 
ne résultent pas d'un obstacle méca- 
nique. — La thérapeutique est 
celle de la cause. 

IL II s'agit d'une dysménorrhée 
fonclionnelle. 

Au moment des régies, lavement 
évacualeur suivi d'un lavement cal- 
iiiant. 

(Contre la douleur : 
Antipyrine 1 gr. 

Pour un cachet n' 9, 3 par jour, 
on : 

Camfùire monobromé. ... gr. •25 
Extr. d'opium 1 gr. 

Pour une pilule n" 12, 4 par jour. 

Les bromures, le valérianate 
d'ammoniaque, les leinlures do 
viburnum et de piscidîa. les pom- 
mades gaïacolées donnent souvent 
de bons résultats. 

On retire aussi un grand bénéfice 
d'une saison h Plombières, A Luxeuil 
et à Vichy où l'installation des 
douches ascendantes ost des mieux 
comprises : on y peut roncurrem- 
nient traiter sa clialhèse. 

Mais les douleurs survenant au 
moment des régies ne se manifes- 
tent pas uniquement dans la région 



MEDICATIONS NOUVELLES 



1Ô7 



ovarienne. 11 faut craindre les né- 
vralgies, les migraines, les douleurs 
d'estomac. Un traitement qui nous 
réussit très bien, est le suivant : 

La veille du jour où les règles 
doivent apparaître (sensation de 
pesanteur lombaire, vagues dou- 
leurs', laxatif léger, le soir injec- 
tion très chaude. 



Crayons è ralumnol, oontra la 
gonorphéa urétrala ou vaginala. 

Alumnol 25 cent. 

Fécule de riz 2 gr. 

Sucre 3 gr. 

Ong. de glycérine. 50 cent. , 

Mucilage m gouttes. 

Eau distillée VIII — 

Pour dix crayons. 



MÉDICATIONS NOUVELLES 



La teinture de «Rudbeckia 
Serotina» dans le traitement 
médical des adénites cervicales.— 

Le mélange de teinture de Thuya 
et (VEchinacea a été indiqué par les 
Américains comme un remècfe puis- 
sant, héroïque, contre les suppura- 
tions de tout ordre, « Le mot Echi- 
nacea parait avoir été employé, dit 
le D' Artault, de Vevey, pour éga- 
rer les recherches. Aucun horticul- 
teur ou botaniste ne serait capable 
aujourd'hui de renseigner sur ce 
genre de plante : le nom mémo 
n'existe plus depuis loncrtemps et 
est tombé dans l'oubli. Je me suis 
donc, à propos, souvenu d'avoir été 
jadis préparateur de Bâillon, et j'ai 
retrouvé (jue le fameux genre Echi- 
nacea avait été créé par un bota- 
niste allemand pour un groupe de 
Etantes de la Louisiane, qu'aucun 
otaniste n'admit jamais et nu'on a 
fondu dans le genre Rudbecida de 
Linné. Or si les Rudbeckia sont des 
plantes de la partie méridionale 
des Etats-Unis, ils poussent tout 
de même fort bien chez nous ; l'es- 
pèce angustifolia que les Américains 
préconisent et gardent avec un 
soin jaloux, au point d'en refuser 
des échantillons ou même dos 
graines, peut elle-même résister à 
nos hivers on pleine terre, mais il 
n'y on a que très pou. En revanche, 
une espèce très voisine, qui n'en 
diffère que par la taille, fleurit cou- 
ramment en France : c'est le Hud- 
heckia Serotina, dont la variété pur- 
purea est recherchée pour ses 
fleurs. Ençénéral, les plantes d'une 
même famille jouissent do proprié- 
tés analogues, à plus forte raison 
dos plantes appartenant au mémo 
genre et aussi voisines que ces doux 
Ru'lbeckia. Aussi ne fus-je point 
surpris de constater quo la teinture 
do Rudbeckia Serotina donne dos 
résultats analogues à ceux du pro- 
duit américain on question, associée 
ou non h la teinture do Thuya. » 



L'acide oxalique comme emména- 
guogue. — Marsh considère l'acide 
oxalique comme un des meilleurs 
oniménaguogues. Il l'a employé 
dans un nombre considérable de 
ras, et toujours avec succès, quelle 
que soit la cause de l'aménoiThée. 
(jO. qui constitue sa supériorité- sur 
tous les autres emménaguogues, 
r'(\st l'absence de toute saveur et de 
loule action irritante sur l'estomac, 
la certitude de son action. Il le 
recommande aussi comme calmant 
dans la cystite aiguë. Il prescrit 
dans ces cas la solution suivante : 

Acide oxalique 1 gr. 

Sirop d'écorces d'oranges. . 30 — 
Eau de pluie ou eau dis- 
tillée q. s. p. f 120 — 

M. D. S. — A prendre, par cuil- 
ierCe à café, toutes les quatre 
heures. 

N. B. — Il ne faut se senir quo 
de l'eau de pluie ou de l'eau dis- 
tillée : l'eau de fontaine ou de 
riviiTo dormorait avec l'acide oxa- 
lique un précipité d'oxalate de 
clinux. 

Le salol contre le rhumatisme et 
la blennorrhagie. — Ce médicament 
antipyrétique est surtout utile 
contre le rhumatisme articulaire 
ai^u, il est mieux loléré et plus faci- 
leniont obsoi'\'é que le salicylate de 
soude: il produit rarement des bour- 
donnements d'oreille. 

Par lui-même, il ne détruit pas les 
mirroorgonismes, mais son action 
niiliseptiqMO résulle de son dédou- 
bloniont. Il est fort usité en chirur- 
gie pour le pansement des plaies et 
la plupart des praticiens ont substi- 
tué son emploi j\ celui de l'iodo- 
fonne. 

Dreyfous l'a recommandé contre 
la bibnnorrhaf?ie, guidé ]mv cette 
idée que les produits du dédouble- 
mont, de ce médicament devaient 
rendre l'urine as(^ptique et ajzir sur 
les goiwrncciis: il a même prétendu 
que le salol peut guérir un écoule- 



158 



REVUE D'OBSTÉTniOlE ET DE GYNÉCOLOGIE 



nient en trois jours, surtout si l'on 
adminisli*e on même temps du 
cupahu ou du cubèbe. 

Ce môme praticien a émis l'opi- 
nion que le salol était appelé à 
rendre de réels services en réali- 
sant, par une médication interne, 
l'antisepsie et l'asepsie des organes 
urinaires, ce qui est préférable à 
l'antisepsie chirurgicale ou externe. 

Pharmacologie et posologie : On 
administre le jsalol en cachets de 
50 centigrammes ù 1 gramme; la 
dose est de 2 à 4 grammes par jour, 
qu'un remploie, soit comme anti- 
pyrétique, soit comme antirhuma- 
lismal, soit comme antiseptique 
(dans la flôvre typhoïde, le catarrhe 
de la vessie, etc.); mais la dose 
peut, sans inconvénient, être por- 
tée A G ou 8 grammes par jour. 

Contre la blennorrhagie, la dose 
est de 3 à C grammes. 

On peut encore l'administrer en 
potions: mais, dans ce cas, il faut 
conmiencer par le dissoudre à 
chaud dans une petite quantité 
d'huile d'amande douce, avec la- 
quelle on prépare une potion hui- 
leuse. 

Contre la blennorrhagie, on peut 
employer des capsules de baume 
de copahu snlolé ou d'essence de 
santal salolé, 

La santoninoxime comme vermi- 
fuge. — Ce médicament est obtenu 
on chauffant 5 parties de santonine 
avec 4 parties de chlorhydrate d'hy- 
droxilamine et 3 ù 4 parties de 
chaux, en présence de l'alcool. Le 
rendement est de 80 pour 100 du 
poids de la santonine employée. 

n se présente sous la forme d'ai- 
rruillos soyeuses, blanches, inso- 
lubles dans l'eau froide, peu so- 
lubles dans l'eau bouillante, solu- 
bles dans l'alcool et l'acide acétique, 
fondant fi 21G degrés; lévogyros. 

Préconisée comme vermifuge et 
p(iuvant remplacer la santonine: 
peut être administrée à dose deux 
ou trois fois plus Iprtes que celle 
dernière sans causet* d'accidents. 

Le guarana contre la migraine 

(Pemberton Peake). — L'auteur re- 
commande le traitement suivant 
flos accès de migraine : dès l'appa- 
rition des phénomènes prodro- 
miqucs (rétrécissement du champ 
visuel, bourdonnement des oreilles, 
etc.) le malade doit s'interdire tout 
travail, il prend 1-2 grammes de 
T>ûto de guarana et un peu de bouil- 
lon, se met au lit et tâche de 
dormir. Si le sommeil no survient 
pas, il reste tranquille au lit jusqu'à 
ce que se déclare le mal de tête : 
cV^t alors qu'il boira un grand 



verre de tlié. Il est préférable de se 
distraire un peu (par la conversa- 
tion ou la lecture) plutôt que de 
rester absorbé dans les idées noires 
provoquées par la douleur. Ce trai- 
tement abrégerait de beaucoup la 
durée de l'accès. 

Salicylate de mercure dans la 
syphilis (A. Lezius). — L'auteur 
s'est trouvé bien tde l'emploi du 
salicylate de mercure en injections 
sous-cutanées. Il se sert de la pré- 
paration suivante : 
Salicylate de mercure — 1 gr. 
Vaseline liquide 10 — 

S. — A injecter toutes les se- 
maine une seringue de Pravaz, 
égale à gr. 1 de salicylate de mer- 
cure. Il a traité en tout 25 sujets, 
dont quelques-uns n'ont subi anté- 
rieurement aucun autre traitement, 
tandis que le reste avait déjà reçu 
d'autres préparations hydrargy- 
riques. Les résultats furent assez 
satisfaisants; la roséole disparaît 
ordinairement après 2, dans 2 cas 
après 3 injections. Les exanthèmes 
papuleux, de même que les plaques 
muqueuses de la gorge, cèdent 
ordinairement à 3 injections. Les 
condylomes de la région anale et 
pubienne demandent pour leur 
guérison 4 ou 5 injections. En 
moyenne, les sujets vierges de tout 
Iraitomont sortirent guéris après 
G injections; les récidives dispa- 
rurent ordinairement après 3 injec- 
tions. Les réactions locales, au lieu 
d'injections, ne laissèrent pas d'être 
faiblement accusées. Pas ou très 
pou de phénomènes d'intoxication. 
L'auteur préfère le salicylate do 
mercure à tous les autres sels inso- 
lubles de mercure. En effet, le sali- 
cylate de mercure est doué de pro- 
priétés curatives très prononcées, 
tout on provoquant une réaction 
locale minime et ne présentant que 
dos dangers d'intoxication de peu 
d'importance. 

Traitement des condylomes (Wal- 
Do). — Beaucoup de condylomes 
est conservée sèche par l'applica- 
tion do poudres : celles qui m'ont 
le mieux réussi sont le calomol ou 
l'acide borique pulvérisé. Dans 
quelques cas, un astringent, comme 
l'acide lannique, peut amener la 
guérison; mais un grand nombre 
de cas requiert des moyens plus 
radicaux. 

Dans les cas plus graves, tous 
les traitement doivent avoir on vue 
la destruction de la base 'de la 
tumeur. J'enlève le condylome avec 
d<\s ciseaux ol je cautérise la base 



NPTES DE PRATIÇUE 



159 



avec de l'acide phénique pur ou de 
l'acide nitrique. On peut aussi 
se servir d'autres escharrotiques. 
i^orsque les masses sont très 
larges, il faut employer le thermo- 
cautère de Paquelin. Parfois l'hé- 
morragie a été extrêmement diffi- 
cile à arrêter, et alors il subsistait 
invariablement une plaie doulou- 
i*euse qui confinait le patient au lit 
pendant plusieui's jours ou même 
plusieurs semaines. 

L'éleclrolyse peut être employée 
dans les cas récents et ne présente 
guère d'inconvénients. Dans les cas 
vraiment sérieux, je crois que le 
galvano-cautère est, parmi tous les 
moyens spéciaux, la meilleure mé- 
thode, car elle ne donne pas d'hé- 
morragie et son emploi est suivi 
de peu de douleur. Pendant qu'on 
opère, le patient doit nécessai- 
rement être soumis à l'influence 
d'un ancsthésique. Après avoir 
enlevé les condyloraes, il faut 
soigner la cause qui les a engen- 
drés, si on ne veut pas les voir se 
développer de nouveau. 

Traitement médical de la fis- 
tule anale. —D'après le D' Artault 
on poul parfaitoment guérir les 
flslulos anales inopérables pour 
imo raison quelconque par un Irai- 
temenl purement médical, général 
cl local. 

On fera dos injeclions au moins 
Irois fois par semaine, sinon chaciuo 
jour, avec la solution suivante : 



Acétate neutre de cuivre cristal- 
lisé 1 ou 2 gr. 

Eau distillée 100 — 

et on en irriguera largement toutes 
les anfractuosltés du trajet lls- 
iuleux; puis on en fera appliquer 
constamment et renouveler des 
compresses, maintenues si c'est 
nécessaire par une garniture. 

En outre, on combattra le terrain 
lubierculeux soit en faisant au 
malade des injeclions d'huile ^aïa- 
colée, soit en le mettant au régime, 
soit en lui donnant les pilules sui- 
vantes qui vont bien avec le régime 
local : 
Acétate neutre de cuivre cristal 

lise 1/4, 1/2 ouO,Olccnligr. 

Extrait de feuilles de 

noyer f). S. pour une pilule. 

A prendre le malin à jeun. 

L'auteur insiste sur ce délail, 
acétate neutre de cuivre crUialtisé. 
car il est alors chimiquement pur, 
et qu'il en a observé d'ordmiûre, 
fourni malgré la prescription expli- 
cite, qui provoqua des accidents. 
Comme l'acétate de cuivre com- 
mercial est parfois arsenical, il y 
a donc intérêt h «Mre prévenu. 
Aussi faut-il toujours être prudent, 
et c'est pourquoi on recommando 
toujours au malade de fu'ondro 
d'anord un quart de contiirrammo 
dacétale neutre do cuivre cristal- 
lisé, pour augmenter nrogrossivo- 
inont si ses suscoptibilités orgn- 
ni<[uos no sont pas mises on éveil. 



NOTFS DE PRATIQUE 



Traitement de la pelade. 



M. le llanly conseille au début ] 
une ini'.diralidii parasiticide : il 
prescrit do laver pondant quelques 
joui-s, malin ot soir, le cuir chevelu 
avec une solution de sublimé au 
500*. puis de frictionner les points 
ninlajies avec la pommade sui- 
vaiilo : 

Ciuiiphro 1 gr. 

Turbit minéral 2 — 

Axongo 30 — 

M. s. a. 

Plus tard il n'emploie cette pom- 
made que le s{»ir : le malin il i 
ordfnmo fie frirtionnor avec un dos 
liniinents excitants que nous ve- 
nons (l«î mentionner. 

Colle méthode est fort ralionnelli^ 
et mérito d'être uliliséo lorsque 
Von a à traiter des pelades mani- 
fo^loinont contagieuses : on don- 



uovii dans oos cas un soin tout si)é- 
fial h la circonsoripLion dos plaques 
par l'épi lalion. L'emplâiro de Vig(» 
iiiôrile d'èlre recommandé dans les 
niènies cirronstancos. 

Tels sont les moyens que nous 
conseillons d'employer. 

Nous devons cependant men- 
tionner quelques aulros procédés 
qui somblont assez rationnels ot 
qui ont été préconisés, soif on 
Franco, soit à l'Etranger; ce sont : 

Los courants continus, les sina- 
pisnies, les lotions éthéréos. les 
lointures d'aronit, de piment, de 
vératrino, l'huilo de inaois, de ^'ou- 
dron. l'huile de crolon (dont on doit 
intonliro l'usaj/e parce qu'elle peut 
li(^n du follicule pileux^ le savon 
alr'noli(]uo (l(^ ])fi|ass(\ l'acide sali- 
cyli(]uo. l'acidi^ i)liôniquo, topique 
o'xoollonl quand il est bien manié et 
qui pout rendre de réels servicîos. 



160 



I\EVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



Duhring prescrit des frictions avec 
une brosse dure imbibée de : 
Acide phéniquc liquide . 1 pr. 75 

Alcool 50 — 

lUiile de ricin 7 — 

Essence d'amande am^re X gouL*" 
M. s. a. 

Robinson et R. Crocker recom- 
mandent surtout la chrysarubinc 
incorporée à de Taxonge ou h un 
mélange d'huile et de lanoline dans 
la proportion de un dixième ou de 
un quinzième; on en frictionne 
matin et soir les parties malades. 
Mais il faut ne s'en servir que sur 
le cuir chevelu et encore dans ce 
cas est-elle parfois mal tolérée et 
donne-t-elle lieu à l'apparition 
d'éry thèmes et d'inflammations 
vives. Cette substance serait, d'après 
lui, un des topiques les plus effl- 
caces : elle aurait l'avantage d'être 
ii la fois un parasilicide et un stimu- 
lant. 

Enfin on a beaucoup employé la 
pilocarpine à l'intérieur et h l'exté- 
rieur. A l'intérieur on a adminisiré 
la teinture de Jaborandi. et fait des 
injections sous-cutanéos de p>io- 
carpine. A l'extérieur on a vanté la 
nréparalion suivante avec laquelle 
on frictionne matin et soir les par- 
déterminer de l'alopécie • irrémé- 
diable par suppuration et deslruc- 
lios malades : 
Extrait fluide de Jaborandi 

réduit à moitié nar l'é- 

buUition l partie 

Axonge 4 -— 

Quelle que soit la méthode de 
traitement que l'on choisisse, il 
faut se souvenir des deux règles 
suivantes qui dominent la médi- 
cation de la pelade : il faut irriter 
le cuir chevelu autant qu'il est pos- 
sible de le faire, étant donné la 
.su.«iceptibilité du malade et les 
obligations de la vie; mais l'action 
irritante ne doit jamais dépasser 
la vésication superficielle; il ne faut 
jamais produire ni une suppuration 
diffuse, ni une pustullation folli- 
culaire et périfolliculaire, de peur 
d'amener la destruction du bulbe 
pileux, ce qui serait suivi d'une 
alopécie définitive. 

Uu procédé pour recueillir 
et examiner l'expectoration des 
jeunes enfants (G. VariotI. Au- 
dcîssous de cino on», les enfants ne 
crachent pas d'habit«vV, sauf dans 
la coqueluche, et 1 <... a proposé dos 
moyens divers pour recueillir leur 
expectoration, lorsque l'examen 
microscopique ou baclérlologicjue 
pourrait éclairer le diagnostic, par 
exemple, dans le cas de. pneumonie 



centrale, de bronclio- pneumonie 
suspecle, etc. 

On est allé chercher Texpecto- 
ralion jusque dans l'estomac par le 
calhélerisme de l'œsophage, et 
récemment on a recommandé l'exa- 
men des fèces pour y retrouver les 
l)acilles de Koch. Dans la plupart 
des cas, même chez les nourrissons, 
on peut recueillir l'expectoration 
venant directement de l'arbre aérien 
par une méthode bien plus simple 
que les internes de mon service, 
sur mes conseils, emploient avec 
succès. 

Pour provoquer l'expulsion des 
crachats, il suffit, avec l'ahaisse- 
langue, de loucher l'épiglolte ou la 
muqueuse pharyngée; il se produit 
des secousses iletoux et Ton voit 
apparaître au fond du pharynx des 
crachats plus ou moins abondants 
qui sont recueillis aisément avec 
un tampon de colon hydrophile, 
car la bouche restant ouverte for- 
cément, l'enfant ne peut pas déglu- 
tir. Dans la broncho -pneumonie 
l'expecloration obtenue par ce pro- 
cédé est le plus souvent Jrès 
abondante. Dans la pneumonie 
franche on recueille des crachais de 
consistance gommeuse riches en 
pneumoco(iues. (l'est lA une véri- 
table ressource pour le diagnostic 
de la pneumonie centrale si souvent 
obscure chez l'enfant. 

Il est rare (fu'on ne réunisse pas 
du premier coup par celle ma- 
nœuvre à faire cracher un enfant 
dans son pharynx ; mais il n'y a 
vraimentpas d'inconvénients sérieifx 
«^ réitérer cette manœ>uvre qui est 
bien plus simple que le cathélê- 
risme œsophagien. (Annaleit de méde- 
cine, !•' mars 11)03.) 

Traitement de la goutte mili- 
taire par le massage (Carle). — 
On exécute ce massage à l'aide du 
doigt introduit dans le rectum ; sa 
durée doit être de 3 minutes ; et il v 
a avantage à masser de la périphérie 
au centre en commençant par des 
frictions douces que l'on rend peu 
à peu plus énergiques. On a créé 
divers instruments pour remplacer 
le doigt du chirurgien : le plus 
connu" est celui de Felecki, qui se 
compose d'une pince métallique 
allongée. On combine fréquemment 
l'électrisationet le massage: l'ap- 
pareil de Ilodge que l'on usité pour 
ce faire est simplement un doigt en 
caoutchouc A l'extrémité duquel se 
trouve une mince feuille de platine 
dans laquelle vient s'épanouir un 
faisceau de fils conducteurs. Le 
massage ne doit pas être employé 
immédiatement au cas de prostalîte 



NOTES DE PRATlyiE 



161 



subaiguc. Dans rénorme majorité 
des cas, il sera préférable d'attendre 
tout en établissant un traitement 
local et général a|»proprié à l'in- 
tensité des symptômes. II n'en est 
plus de même quand il s'agit d'une 
i»rostatile chronique et latente que 
peuvent seuls révéler le loucher 
rectal pratiqué par un doigt 
connaisseur et la recherche des 
microbes après massage prosta- 
tique. Dans ce cas. il faut appliepicr 
le traitement par massage, vider la 
]»rostate, évacuer les exsudats et 
cautériser. On commence par faire 
uriner le malade et de suite après, 
si le malade le supporte bien, on 
prati(]ue un grand lavaere vésical 
avec du permanganate de potasse 
à 1/2000, du i)rotargol à 1/2000 ou 
tlu biiodure de mercure a 1/1000. 
On laisse dans la vessie 200 à 250 
grammes du liquide injecté. Si 
I urèthre est rétréci, il est bon de 
l)rocéder ti sa dilatation, car la sté- 
nose laisse derrière elle une jmche 
où s'accumulent les exsudats et (]ui 
empêche leur évacuation en dehors 
de la miction. On passe ensuite au 
massage proprement dit. Puis les ; 
exsudats étant alors accumulés 
dans le cul-de-sac prostatique, il ! 
est utile de procéder à un nouveau , 
lavaife de la vessie si celle-ci ne 
contient plus de liifuide. Kniin, le ! 
dernier temi)s de la méthode : 
consiste dans la cautérisation par 
instillation dune solution ai)pro- ' 
priée au niveau de l'uréthre prosta- 
tique : l'auteur donne la préférence 
au nitrate d'ai'gent nue l'on em- 
ploiera à doses faibles dont on 
augmentera progressivementlc litre. | 

Emploi des lavements alimen- j 

taires. — Dans un cas d'hypers- | 

thénie aiguë paroxystique ou pério- i 
dique, et l'indication étant un repos 

stomacal absolu, l'eau en boisson | 

étant même proscrite, puisqu'elle ■ 

excite la sécrétion chlorhydrique, , 
A. Hobin a prescrit toutes les six 

heures un lavement désaltérant de . 

250 grammes d'eau bouillie à 30-, j 

donné chaud, le lavement froid i 

excitant la sécrétion gastrique, à ! 
garder. Une heure après, le lave- 
ment alimentaire : œufs bal tus n* 2, 

peptones liquides deux cuillerées à , 

soupe, solution deglucose (A 20: 100) t 

100 grammes, chlorure de sodium 2^ ' 
pepsine à titre 100 1, laudanum de 

Sydenham 11 A IV gouttes. Mal ; 

supporté, il faut ou augmenter le ; 
laudanum ou supprimer les peptones 
ou le chlorure de sodium. Si la soif 

est intense soit un peu plus d'eau i 

dans le lavement désaltérant, soit ! 

répéter celui-ci, soit faire rincer la ' 



bouche avec l'eau de Vichy, soil 

Quelques petits morceaux de*^ glace 
ans la bouche. 

Traitement des abcès froids par 
les injections d'eau ozyirénee. -— 

M. le D' Fanon, médecui-major, 
propose d'utiliser l'eau oxygénée 
dans le traitement des abcès froids 
par les p^mctions avec injecti(ms 
modillcatricos. 

L'auteur estime qu'il est préfé- 
rable d'évacuer le pus avant de 
pratiiiuer l'injecliem modillcatrice. 
Sa pratiçiue ne diffère en rien de 
celle nui est suivie pour le traite- 
ment ues abcès froids par la méthode 
de Vemeuil léther iodoformé' : 
ponction au trocart au point le plus 
déclive de la tumeur — en évitant 
avec soin les points où la peau 
serait fortement anuncie, - écoule- 
ment du pus, puis injection d'une 
certaine quantité d'eau oxygénée 
neutralisée parle biborateou le 
bicarbonate de soude. L'injection 
est faite lentement, avec prudence, 
car aussitôt en c<mtact avec le pus, 
l'eau oxygénée se décoinj)ose et 
donne lieu à un dégagement d'oxv- 
^ène qui dilate la poche de l'abcès. 
Si l'on voit (jue la poche est trop 
tendue, on laisse échapper |)ar le 
trocart un peu de la mousse qui 
sesl formée: d'ailleurs il est bon, 
au bout d'un instant, de l.nsser 
écouler le licjuide de cette première 
injection; il entraine ave<- lui une 
certaine quantité de pus et fait un 
véritable lavage de la poche. On 
injecte unenouvelle quantité d'eau 
oxygénée et. après avoir pris soin 
de constater cjuc la peau n'est pas 
trop distendue, on relire le trocart 
et Ton fait un léger pansement 
compressif. 

L'ne ou deux injections renou- 
velées à une semaine d'intervalle 
suffisent pour la guériscm des 
j)etits abcès ; un abcès de la gros- 
seur d'un œuf ou même du poinj^ 
exi^e de trois ;\ nuatre injections. 

L emploi de l'eau oxvgénée a 
sur celui de léther iodoformé des 
avantages sérieux : injection indo- 
lore, pouvoir anlisej)licïue supé- 
rieur à celui de riodoforme, toxi- 
cité nulle; enfin, absence de deux 
inconvénients justement reprocliés 
à l'éther iodofonné : son odeur 
désagréable et le danger résultant 
de l'inllammabilité très grande des 
vai>eurs d'éther, 

Il semble donc que l'eau oxygénée 
puisse être utilement substituée à 
l'éther iodoformé comme agent 
modillcateur dans le traitement des 
abcès froide et pour amener la 
cicatrisation des trajets tistuleux. 



162 



REVUE D*0B8TÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 



L'allaitement maternel à l'Aca- 
démie. — Très inléreseantc joute 
oratoire (24 mars] entre les accou- 
cheurs à propos cle rallaitement au 
sein. 

Il s'agit des modifications à la 
loi Roussel. Après M. Porak, 
M. Badin a brillamment réfuté les 
arguments de M. Pinard. 

« L'argumentation de M. Pinard, 
dit-il, pourrait se résumer dans 
celte formule : « Le lait de la mère 
appartient à Venfant. » 

Partant de cette idée, il demande 
(lue la durée d'allaitement imposée 
à la femme ([ui veut se placer sUr 
lieu soit portée à un an. 

Or, cette proposition est peu pra- 
tique et éminemment dangereuse 
en ce sens que l'obligation imposée 
aux lllles-meres de garder leur en- 
fant sept mois avant de se placer 
romme nourrice a déjà pour consé- 
f^uence d'amener trop souvent ces 
femmes à abandonner leur enfant. 
Celte loi, au reste, est violée partout, 
à la clinique Baudelocque que di- 
rige M. Pmard comme dans toutes 
les maternités de Paris. 

En se piquant de logique, il fau- 
drait étendre son application aux 
nourrices sur lieu. 

Au reste, l'expérienre ne monlre- 
t-elle pas qu'une nourrice peut 
donner le sein à deux enfants ? En 
outre, depuis l'usage du lait stéri- 
lisé, l'allaitement mixte ne rend-il 
pas journellement des services. 



La commission a fait œuvre utile 
et prévoyante en assurant à l'enfant 
rallaitement maternel pendant trois 
mois. 

C'est là un résultat appréciable 
et louable à tous les points de vue. 
Une tr\)i) grande exigence dans cet 
ordre d'idées, risquerait de nous 
conduire à un échec certain et plein 
de danf|[ers. 

M. Pinard se défend énergique- 
ment de violer la loi Roussel ^ la 
clinique Baudelocque parce que les 
nouriices qu'il y utiise gardent leur 
enfant. 

L'Académie émet par 17 voix con- 
tre 16 le vœu suivant : 

1" Que toute personne qui voudra 
se placer comme nourrice devra se 
munir d'un certificat constatant que 
son enfant est vivant ou décédé, et, 
s'il est vivant, marquant qu'il est 
âgé de sept mois réuolus, 

2* Qu'une indemnité d'allaitement 
sera allouée aux femmes pauvres 
pour leur permettre d'élever leur 
enfant 

Remarque curieuse, le public des 
tribunes oi'i l'on entend si mal mais 
d'où, en revanche, on voit à mer- 
veille, a pu constater ciue la moitié 
des memures de TAcademie se sont 
abstenus de prendre part à ces 
scrutins (jui visent cependant des 
questions si importantes pour la 
santé publique. 



VARIÉTÉS 



LA DEPOPULATION 

Donc va tinter iine fois de plus la cloche d'alarme: aux oreilles 
penaudes — ou dures — des ménages stériles et des célibataires 
sans entrailles; aux oreilles fièrement redressées, encore, des bons 
citoyens qui alignent un crescendo de rejetons! 

Que -rEsprit-Snint, jspécfalie^ment indiqué pour intervenir en 
pareille matière, descende et féconde — tout d'abord — ces cerveaux 
oxtra-parlementairos, et que nous apprenions d'eux comment con- 
jiu'er le mal et bien nous y prendre! 

Dépopulation! mot d'éi>ouvante et d'angoisse qui fait songer ù 
quelques steppes sans Ames, à des sables sans êtres qui vivent, à 
des mondes déserts ou ensevelis!... Dépopulation n'est heureuse- 
ment pas encore le mot qui convienne à l'état de notre belle France. 
Tant »s'en faut, car, si l'on use de ce terme faute d'un autre aussi 
frappiuit et aisé, mais plus exact et adéquat à la situation, il n'en 
est pas moins vrai que le nombre de nos citoyens — à la mamelle 
ou électeurs — s'accroît encore; en moindre proportion eeulement 
qu'aux lenips passés, moins aussi qu'il ne se fait chez les peuples 



VAH1BTÉ8 163 



voisins et surtout les peuples lointains et barbares: en quoi est le 
mal et d'où vient Tinquiétude politique et patriotique? 

Aux autres nations, les Français, et les Parisiens à leur tête, 
donnent l'exemple et la mode: si cela peut nous être une consolation, 
sachons qu'en dépopulation encore nous serons imités. Nous le 
sonmies déjà. La perfide — et toute intellectuelle — semence, nous 
l'avons à peine semée qu'elle germe, — chez les Germains mômes, 
ruce prolilique: leurs statistiques aussi accusent une décroissance 
dq la nataUté. 

L'égoïste calcul, la théorie, la mode feront le tour du monde: et, 
disons-le tout de suite, eux seuls sont en cause. Si le coq gaulois 
et les autres volatiles symboles des nations ne chantent plus que 
d'une voix blanclie, — s'ils laissent le prestige des innombrables 
neveux aux simples et simiesques Jaunes et aux Nègres candides— 
si j'ose dire, l'habit ne faisant pas le moine, — c'est que tel est leur 
bon plaisir! 

11 est donc bien moins besoin d'injections de Brown-Sequard ou 
autres à notre sang toujours vigouret, que des principes moraux 
à notre égoïsme. Extra-parlementaires, frappez là ! Brandissez 
les foudres de l'impôt sur le célibataire, dégrevez progressivment 
le papa prolifique et promettez-lui, même, non plus celles du martyr 
mais les académiques palmes! 

De bonne besogne vous aurez fait, certes, en adoucissant les 
charges des familles nombreuses. Quant au reste, essayez toujours, 
soyez éloquents et, sénateurs! donnez-nous un miraculeux exemple. 

Si vous clamez dans le désert, pourtant, je n'en serais pas très 
surpris. Parce que le... j'menfoutiste se... j'menf... de votre morale 
patriotique comme de toute autre; parce que le triste misanthrope 
vous répondra sans conteste que la vie est mauvaise et qu'il n'est 
point si bien prouvé que l'existence soit un ciiarmant cadeau à faire 
à un enfant: parce que l'économiste avisé vous demandera d'abord 
de faire un peu de place à ces nouveaux petits Français sur notre 
France où gagner son pain devient de plus en plus un problème, où 
l'on parle de toute part d'encombrement, dans ce siècle où une 
machine remplace cent bras, où Ton vous offre comme salut et 
comme avenir: l'expatriation!... 

Extra-parlementaires, soyez extra-persuasifs! Mais si votre com- 
mission restait stérile, je m'en consolerai de par l'œuvre de 
collègues à vous, dont peut-être vous ne soupçonnez pas l'aide, 
travaillant avec vous contre la dépopulation, et de bonne manière. 
(]cs auxiliaires, n-e vous déplaise, ce sont les médecins! 

Cenx-là sans doute ne font pas des enfants à peupler des conti- 
nents nouveaux! Mais s'ils donnent, je pense, la vie avec parci- 
monie, ils empêchent ceux qui vivent de retourner trop vite dans 
l'autre monde. Et, pour le dire sans ambages, messieurs du Sénat, 
ils vous font, ils font i\ tous l'existence plus longue! 

Vous avez bien lu! Cet éloge de la médecine si dénigrée, si mo- 
quée, n'e.st pas un lapsus, une coquille. La vérité est que, parallè- 
lement aux progrès de l'art de guérir et, plus encore, de prévenir le 



164: REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



mal, à.quui s'efforce riiygiène, parallèlement augmente la durée de 
l'existence humaine: pour ne pas remonter au déluge, sachez qu'au 
commencement du siècle -dernier la vie moyenne était de 29 ans. 
En 1850, elle fut de 36 1/2; en 1900, de iO passés! 

Et ce n'est pas, j'hnagine, que la lutte pour la vie soit devenue 
plus facile, que vos aliments soient moins sophistiqués, ni que la 
manie des apéritifs tende à disparaître! 

La vérité est que des lois de protection entourent la première 
enfance et diminuent de façon notoire ce triste chapitre de la 
mortalité humaine. 

C'est que s'organise la lutte effective contre les contagions, contre 
le lléau qui décime: la tuberculose... C'est la prévention des épi- 
démies. C'est la leçon journalière du médecin moderne qui, dans 
son ordonnance, inscrit quelque courte formule pharmaceutique et 
trois pages de régime! , 

Ce qui est fait n'est rien, certes, à côté de ce qui reste à faire. 
Mais des ligues sans, nombre. — officielles ou non — se dressent 
contre l'ignorance et pour la santé publique. Des révolutions — la 
vie du collégien, du pensionnaire! — s'imposent. Elles sont à 
Tordre du jour. 

Cette façon de lutter contre la dépopulation, outre qu'elle me 
paraît plus efficace, a toutes m<îs sympathies. Je souhaite d'ail- 
leurs la meilleure réussite à la comission extra-parlementaire et 
notamment qu'elle convainque les jeunes époux qui limitent à 
l'avance le nombre de leurs rejetons h i, 3, 2, lou zéro! 

Je souliaite aux moralistes et prédicants d'être écoutés: je me 
permets seulement de leur rappeler qu'ils n'aient point trop à 
invoquer la corruption populaire; Malthus a ses disciples surtout 
dans le meilleur monde! 

Ainsi le démontrent les statistiques. Plus un héritage est fort, 
moins il y a de progéniture à kî partager. Plus la contribution 
personnelle-mobilière est élevée, moins il y a d'enfants dans un 
ménage. 

L'almanach de G(Hha nous indique pour une famille de la vraie 
noblesse française, 2 enfants 3/10! 

La comparaison des quartiers de Paris enseigne tout net que si 
l'on trouve 41 naissances pour 1,000 habitants dans certains fau- 
bourgs où l'on ne fréquente guère la messe ni le prêche, c'est seu- 
lement 19 pour 1,000 que nous donne, dans le VI«, le VII«, leVIIP, le 
milieu riche et pratiquant... 

Adonc, esprits moraux de la société et des classes dirigeantes, 
journaux religieux et bien pensants qui vitupérez les pratiques 
scélérates et l'immoralité du Siècle, regardez-vous et ne vous 
oubliez pas dans vos prières! 

Et si vous ne préférez le silence de Conrard, attendez-vous à vous 
entendre répondre, tout comme à Fontenoy, "messieurs de raristo- 
cratie: «Tirez les premiers!)) D' CLERC, de Nice. 

imp. X. Perroux, M\con. 



OBSTÉTRIQUE 



DILATATION IMMÉDIATE ET RAPIDE DU COL UTÉRIN 

La dilatation digitale et coni-digitale du col utérin lorsqu'il sagit 
d'obtenir une rapide évÉïcuation du contenu utérin est insuffisante. 

Notre éminent collaborateur, le professeur Bossi, de Gênes, 
vient d'inventer un nouvel instrument pour obtenir en un laps de 
temps minimum une dilatation suffisante du col, lorsqu'il existe 
une indication médicale d'interrompre la grossesse. 

Ceux des.: cliniciens qui ont employé le dilatateur de Bossi 
s'accordant à déclarer qu'avec lui on obtient une dilatation rapide, 
sans décbirure du col ni du vagin. 

L'appareil de Bossi se compose de quatre fortes br€mches s'écair- 
tant sous Tinfinenoe d'une vis munie d'un volant; cette vis occupe 
Taxe de Tinstrument. L'appareil présente une courbure pelvienne 
comme le forceps. L'instrument très robuste pèse environ 
600 grammes; il porte un cadran inscrivant la marche de la dilatar 
tion. La structure de l'instrument est as.sez compliquée car il 
fallait arriver à ce résultat que l'ouverture de l'instrument ne 
provoquât pas de dilacérations dans le vagin. 

Pour employer le dilatateur de Bossi, l'opérateur place la femn'ie 
dans la position obstétricale, fait une toilette soignée des organes, 
aseptise l'instrument et l'introduisant en le guidant sur deux doigts 
placés dans le vagin. La femme doit être anesthésiée surtout quand 
il existe des crises éclamptiques. 

L'opérateur peut garnir les branches à introduire dans le col de' 
petits capuchons en caoutchouc coupés dans un tube à drainage. 

Dans l'introduction il doit respecter l'intégrité des membranes 
quand celles-ci existent et agir toujours avec douceur. 

Dès que l'instrument est introduit, on donne un tour de volant 
pour bien le fixer et on attend ensuite l'intervallo de petites contrac- 
tions pour donner de nouveaux tours de vis. Au reste, l'opérateur 
doit agir plus ou moins vite suivant les indications du cns, suivant 
la résistance du col et suivant l'énergie des contractions utérines. 

Dans Taccouchement prématuré on peut agir lentement et même 
laisser l'instrument en place pendant quelque temps en le soutenant 
par un bandage. 

Dans les accouchements à terminer rapidement, l'accoucheur 
maintient la femme dans la position obstétricale avec toujours 
les doigts maintenu? contre le col. Bossi a pu obtenir des dilatations 
complètes en 15 minutes, voire même en 7 minutes. 

Pour retirer l'instrument, les doigts doivent maintenir la 
muqueuse vaginale écartée des branches pondant qu'on détourne 
la vis. 

Si on doit alors appliqiier le forceps il faut 1^ faire immédia- 
tement. 

11 



166 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

Voici, d'après un récent kavuil du docteur Audion, les indications 
de cette dilatation rapide : 

Ces avantages reconnus à la dilatation mécanique immédiate 
amène son auteur à la considérèV comme la méthode de choix\ 
non seulement pour la terminaison rapide de l'accouchement chez 
une femme malade en travail et déjà très fatiguée, mais aussi pour, 
l'interruption de la grossesse dans les cas de complication médicale 
grave : sécurité, courte durée de l'acte opératoire, économie des 
lorces de la malade, telles sont les qualités de ce procédé, qui se 
trouve indiqué quand la vie de la mère ne peut être conservée qu'au 
prix d'une évacuation rapide de Vutérus (pneumonie grave, septi- 
cémie et fœtus mort, éclampsie puerpérale intense), ou bien quand 
une cardiopathie, la tuberculose pulmonaire, affaiblissent assez 
une femme enceinte pour faire prévoir que, si on laisse arriver la 
grossesse à son terme, la malade succombera épuisée pendant le 
travail ou. dans les suites de couches. 

Il est à peu près impossible de soumettre ces indications à des 
règles fixes et détaillées; le sens clinique de chaque praticien devra 
le guider plutôt qu'un exposé didactique au lit de la malade : ces 
indications, en effet, varieront dans divers cas différents d'une 
môme complication médicale de la grossesse, suivant : 

P L'intensité et l'extension de la lésion anatomique; 

2<» La résistance de l'organisme maternel dans chaque cas par- 
ticulier; 

3° L'imminence du péril qui menace cet organisme; 

4« Le pronostic envisagé au point de vue du produit de conception; 

5° Le milieu clinique où se trouve la malade : une intervention 
môme difficile étant toujours abordable dans un hôpital où toutes 
l-os aises sont ménagées au chirurgien, tandis que Fopération ia 
plus simple sera toujours à redouter dans un logis pauvre où la 
propreté comme les aides manqueront totalement ou seront 
suspects; 

60 Les conditions sociales, psychologiques et familiales de la 
parturiente : notre conduite, en effet, vis-à-vis de la femme d'un 
ouvrier, mère déjà de plusieurs enfants, pourra être toute différente 
de celle que nous tiendrons à l'égard d'une dame riche, n'ayant pas 
encore d'enfants, mais en désirant, môme après avoir été instruite 
par nous des dangers auxquels l'expose la continuation de sa 
grossesse. 

Néanmoins, Bossi a divisé les indications de sa méthode en trois 

groupes : 

1» Cas où la provocation arti[icielle de Vaccovx^hement prématuré, 
ou bien Vaccéléraiion du travail sont reconnues nécessaires. 

La supériorité de la dilatation mécanique immédiate sur les 
autres méthodes plus longues, et qui nécessitent des manœuvres 
pénibles où l'assistance d'une garde, d'aides chinirgicaux lui paraît 
évidente, surtout quand l'accoucheur doit opérer seul dans un 
milieu pauvre : un long et pénible travail qui eût peut-être mis ^n 



DILATATION DU COL UTERIN 167 



péril la vie de la mère devra être, grûce à elle, évité, s'il s'agit par 
exemple d'une tuberculose pulmonaire avancée, d'une lésion grave 
non tuberculeuse de l'appareil respiratoire, d'une néphrite avec ou 
sans éclampsie, d'une cardiopathie menaçante, d'une mala»lie 
cutanée étendue et invétérée, d'une anémie pernicieuse progres- 
sive. 

2^Cas itisticiablcs de V accouchement forcé. Le dilatateur de Bossi 
rendra les plus grands sei-vices quand la vie de la mère on colle 
du fœtus dépendront de la rapidité de l'évacuation de l'utérus : 
éclampsie grave, femme en travail, atteinte de tuberculose pulmo- 
naire ou d'une affection cardiaque graves, placenta prœvia, sténose 
anatomique du col, sténose cicatricielle du col; femme agonisante 
ou morte et fœtus vivant. 

3® Cas (remprisonnement du placenta au-dessus d'un col utérin 
non dilcUable par les moyens usités habituellement. 

La dilatation mécanique immé^liate peut résoudre même ccllo 
grosse difficulté. 



GYNÉCOLOGIE 



TRAITEMENT DE LA STERILITE PAR LES EAUX SULFU- 
REUSES DE LUCHON, par le Doc.teur Le Juge de Segrais, 
médecin consultant à Luchon. 

Nous avons extrait de ce travail d'une monographie ayant trait 
ù certaines affections utérines soignées à Luchon. Ce travail nous 
avait été conseillé par notre cher et regretté ami, le professeur 
Tamier. Il avait été frappé des résultats avantageux que certaines 
de ses malades avaient obtenus à Luchon. Il les avait observés et 
constatés également chez des malades qu'il avait eu occasion de 
voir avec M"« Alliot, ancienne sage-femme en chef de la Maternité 
il l'hôpital des Cliniques et lorsque nous lui avons dit notre inten- 
tion de publier des observations intéressantes sur ces cas parti- 
culiers d'affection s' utérines, il nous y avait encouragé et avait bien 
voulu nous donner des indications précieuses sur ce qu'il fallait 
faire ressortir de ces observations et sur les particularités cliniques 
qu'il fallait signaler. 

Nous désirons dire ici toute la reconnaissance que nous conser- 
vons à la mémoire de cet excellent confrère si dévoué à ses amis, 
lorsqu'il leur avait donné son affection, si honnête, si loyal et qui 
savait si bien reconnaître ce qui avait été utile à ses malades, de 
même que ce qui leur avait été nuisible. 

Tarnier avait été, dans le cas actuel, très satisfait de voir les 
améliorations survenues dans l'état général de malades qu'il cher- 
chait à remonter, état qu'un certain tempérament diathésique avait 
appauvri et rendu misérable. Elles avaient subi l'influence du prin- 



1()S REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 

cipe sulfureux qui entro dans le torrent circulatoire, s'introduit 
dans toutes les parties de l'économie, modifiant toutes les fonctions 
vitales qui sont accrues : circulation, respiration, peau, système 
nerveux épurant, réconfortant, régénérant l'organisme tout entier; 
et c'est ainsi que ses malades avaient vu la santé leur r-evenir et 
leurs désirs les plus chers s'accomplir. 

Ce sont là les faits physiologiques et cliniques que Tarnier nous 
avait engagé à signaler à l'attention de nos confrères et qu'il trou- 
vait utile et avantageux de leur faire connaître dans l'intérêt de 
leurs malades. 

Nous les avons résumés aussi fidèlement et exactement que 
possible, sans rien exagérer. Puissions-nous y avoir réussi ! 

Stérilité ! Ce mot veut dire en botanique, état ou qualité d'une 
plante qui ne porte pas de graines; en médecine, état d'une femme 
qui, pour une cause quelconque, ne conçoit pas, ou d'un homme 
qui, bien que puissant, émet un sperme dépourvu de sperma- 
tozoïdes. Donc chez l'homme, une seule cause, facilement démontrée 
par le microscope; chez la femme, un grand nombre de causes 
qu'il est important au gynécologue de connaître, mais que nous ne 
pouvons décrire dans ce travail où nous n'avons eu en vue que les 
causes de stérilité provoquées par un état particulier de l'économie, 
comme la chloro-anémie, le lymphatisme, 'arthritisme, la syphilis, 
la neurasthénie, états qui amènent des désordres dans certains 
organes, particulièrement dans l'utérus et ses annexes, comme 
l'ovarite chronique, l'altération de la structure de l'ovaire, les 
adhérences, l'inllammation péri-utérine, les inclinaisons ou les 
flexions de l'utérus, le catarrhe utérin et la leucorrhée. 

La fécondation devient difficile, sinon impossible, dcuis la plupart 
de ces cas. Souvent, si elle a lieu, elle ne suit pas son cours, et 
l'avortement qui en est la conséquence, amène à son tour des com- 
pliraiions qui viennent s'ajouter aux causes premières. 

De toutes les médications mises en pratique pour combattre les 
différentes diathèses, aucune n'a plus de réelle efficacité que les 
eaux sulfureuses de Luchon, qui présentent des sources variées, se 
divisant en individualités très marquées d'après leur action géné- 
rale sur l'économie. 

Ces sources sont tantôt douces et à sulfuration légère, d'autres 
un peu excitantes; d'autres douces, sédatives et à sulfuration un 
peu forte; d'autres ont la propriété de laisser leur soufre se séparer 
et former une émulsion blanche; d'autres sont très excitantes et à 
sufuration forte. 

Il arrive qu'il s'opère sans cesse dans ces conditions des décom- 
positions et des recompositions chimiques qui produisent de l'élec- 
tricité en quantité notable, comme l'a dit Lambron, cet observateur 
si sagace et si habile : 

« Il se forme, dit-il, au sein de ces eaux un fluide qui n'est pas 
sans agir sur nos organes, d'autant plus qu'il éprouve des change- 



TRAITEMENT DE LA STÉRILITÉ 169 

ments incessants, la vapeur que Feau dégage prenant Télectricité 
positive tandis que le liquide se charge d*éectricité négative. )> 

On peutnse rendre compte quelle action puissante ce fluide magné- 
tique combiné avec le principe sulfureux doit avoir sur Téconomie; 
comment il peut agir en provoquant des réactions sur certains 
organes affaiblis par des maladies chroniques, en leur imprimant 
une activité plus grande et en augmentant Télément globulaire du 
sang. Cette action est encore plus sensible sur Tutérus qui, par sa 
constitution anatomique et physiologique, devient très facilement 
le siège de congestions et de fluxions. Le travail périodique qui se 
fait à rétat normal est facilité et augmenté par l'action excitante de 
Teau sulfureuse, et Ton peut comprendre facilement quelles ressour- 
ces thérapeutiques variées, les sources de Luchon peuvent offrir 
si Ton sait les adapter suivant les constitutions et les tempéra- 
ments qui varient si souvent chez la femme, suivant le degré 
d'impressionnabilité que présente chaque malade, et suivant le 
temps qui se sera écoulé depuis le début de la maladie. 

Beaucoup de nos confrères ignorent combien ce traitement,. fait 
dans de certaines conditions à Luchon, serait utile et favorable à 
leurs' ^alades; d^autre^ pensent qull faut essayer «d^abord le 
traitement local, pansements, cautérisations, curettage, etc. 

Quoi qu'il en soit, après les bons résultats que nous avons 
observés depuis ces quinze dernières années à Luchon, nous nous 
permettons de leur suggérer de conseiller un séjour à Luchon à 
leurs malades, et s'ils constatent une notable amélioration dans 
leur état général et dans Tétat local de l'affection utérine dont 
elles souffraient, ce sera pour eux une indication précieuse de 
leur prescrire une autre' saison l'été suivant. Nous n'avons pas 
voulu publier un grand nombre d'observations que nos confrères 
n'auraient ni le temps, mi la patience de lire; mais par celles que 
nous rapportons, ils se rendront compte des avantages réels que 
leurs malades retireraient d'un traitement fait d'une manière 
rationnelle pendant deux à trois ans consécutifs à Luchon. 

Les guérisons de stérilité que nous avons été à môme d'observer 
comprennent : 

1® Des cas de jeunes femmes mariées depuis vingt mois à qunh c 
ans, chez lesquelles la fécondation n'a eu lieu qu'après une à 
deux saisons; elles étaient atteintes de chloro-anéniie, de lymplia- 
tisme, d'arthritisme; 

2*» Des cas où deux à trois grossesses s'étaient présentées, suivies 
de fausses couches après le deuxième et troisième mois; 

3« Des cas où après une seule fausse couche les femmes étaient 
devenues stériles pendant quatre à huit ans. 

Tous ces cas ont présenté des grossesses après une, deux à 
trois saisons, grossesses qui ont parfaitement évolué et qui se 



-^^ 



170 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



sLinL terminées par la naissance de beaux enfants. Nous pourrions 
y njouler quelques cas où il n'y avait plus eu de grossesses depuis 
r?fpL et huit ans chez des femmes qui venaient à Luchon pour 
bnigner des affections rluimastimales de la gorge, des bronches et 
lit) la peau et qui se sont trouvées enceintes à leur grande surprise 
ni :50uvent à leur grande contrariété. 

Peut-être pourra-t-on objecter que ceux qui concernent les trois 
il-^i nières catégories ne peuvent être considérés comme des cas 
<h! stérilité absolue : cela est possible; mais si la conception avait 
I II lieu chez ces malades, elle avait été suivie d'avortements 
,siîccessifs qui, à leur tour, avaient occasionné la stérilité, stérilité 
i\\iï avait résisté à des soins parfaitement donnés et intelligents, 
h des traitements variés, qui paraissait devoir persister et qui 
iinvait cessé qu'après une cure à Luchon. 

Ce que nous désirons faire connaître et tenons à prouver, c'est 
1 .ici ion obtenue par les eaux sulfureuses, aidée par une certaine 
[»yjL,'iène chez des malades dont l'état de santé était tel qu'il n'y 
nvriit eu jamais de conception, ou chez lesquelles, s'il y en avait 
l'ii, la grossesse n'avait pu arriver à son terme, et la stérilité 
paraissait êtr€ tout à fait acquise. 

PROPHYLAXIE SOCIALE 



KT\T SAiMTAIRE AU POINT DE VUE DE LA SYPHILIS DES 
MLLES SOUMISES DANS LES MAISONS DE TOLÉRANCE 
DE PARIS DEPUIS 1872 JUSQU'EN 1903 INCLUS 

Par le D*" L. Bltte, médecin du disfiensaire de Salubrité 
de la ville de Paris. 

Chargé en 1885 de la statistique médicale du dispensaire de 
srihibrité, j'ai continué, même après avoir cessé ce service lors de 
iiin nomination comme médecin titulaire, à relever chaque année 
l état sanitaire des prostituées. A la fin de l'année dernière 1902 
j ai été agréablement surpris de constater que, pendant toute 
Tannée, il n'y a avait eu, parmi toutes les filles des maisons visitées 
hebdomadairement, qu'un seul cas de syphilis signalé et quatre cas 
irautres affections vénériennes (blennorrhagie, gale). En présence 
ilLinétal sanitaire aussi excellent j'ai pensé qu'il était intéressant, 
^i|>rès avoir signalé le fait, d'étudier l'état sanitaire de ces filles 
(Ic^puis un assez grand nombre d'années et d'essayer de rechercher 
It's causes de son amélioration si elle était constatée. 

Après la guerre, après la Commune, les archives du dispensaire 
i(yant été brûlées, le service médical n'a recommencé à fonctionner 
îiornialenient qu'à partir de 1872. C'est pour cela que je n'ai pas 
liiil remonter ma statistique plus haut. 

Voyons donc depuis 1872 le nombre de maisons de tolérance à 
Tnris et dans sa banlieue, le nombre des lilles qui les ont habitées 
* haque année et enfin le chiffre des maladies syphilitiques 
constatées. 



ETAT SANITAIBE DES FILLES SOUMISES 



171 



Eiat numérique des maisons de tolérance de 1872 à j902 inclus. 

Les documents statistiques que j'ai pu obtenir m'ont permis de 
noter que depuis 1839 jusqu'en 1862 le >jiombre des maisons de 
tolérance à Paris et dans la banlieue avait oscillé entre 220 et 196, 
A partir de 1862, ce nombre décroît graduel- 
lement et arrive en 1870 au chiffre de 152 (134 
dans l'intérieur de Paris, 18 dans la banlieue;. 
Le tableau suivant montre la diminution pro- 
gressive et rapide des maisons de tolérance 
depuis 1872 jusqu'en 1902. 

NoMbre de (lllei de inaUoii 



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15 




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•0 l»r jasTier 
et châqae «Bnée. 


.Nombre de ta* do ky|>]iilU 
coBstaU» ehaqne aon<'c. 


1872.. 


1092 


261 


1873.. 


1126 


338 


1874.. 


1040 


288 


1875.. 


1152 


283 


1876.. 


1160 


263 


1877.. 


1170 


250 


1878.. 


1127 


238 


1879.. 


1343 


242 


1880.. 


1107 


199 


1881.. 


1057 


174 


1882.. 


1116 


160 


1883.. 


1030 


75 


1884.. 


%1 


70 


1885.. 


913 


55 


1886.. 


914 


54 


1887.. 


926 


50 


1888.. 


772 


54 


1889.. 


691 


68 


1890.. 


663 


65 


1891.. 


682 


54 


1892.. 


5% 


40 


1893.. 


540 


49 


1894.. 


580 


32 


1895.. 


536 


35 


1896.. 


550 


22 


1897.. 


509 


15 


1898.. 


4% 


15 


1899.. 


479 


14 


1900.. 


490 


23 


1901.. 


504 


8 


1902.. 


429 


1 



On voit que les maisons de tolérance qui, 
en 1872, étaient au nombre de 138, sont tom- 
bées l'an dernier (1902"* au chiffre de 48. 



172 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

La population de ces maisons a naturellement diminué dans les 
mêmes proportions et voici indiqué dans le tableau ci-dessous 
Teffectif des filles soumises en maison au commencement de chaque 
année à partir de 1872 jusqu en 1902 inclus. J'y ai ajouté le 
nombre de cas de syphilis constatés chaque année cbez ces filles. 

La lecture de ce tableau permet de constater que, en trente 
années, reffectif de la population des maisons de tolérance a 
diminué de près des deux tiers comme il fallait s'y attendre à la 
suite de la suppression d'uu grand nombre de ces maisons. 

Le nombre des cas de syphilis a de même diminué progressive- 
ment pourjarriver presque à néant (un cas en 1902). 

Mais ce qui était plus intéressant c'était, non pas seulement de 
noterlescas desyphilisqui devaient naturellement diminuer puisque 
le nombre des filles baissait, mais de voir si, en établissant le 
pourcentage^ on obtenait une modification en bien ou en mal. 

Le graphique suivant que j'ai établi nous montre, non pas 
combienjles Jmédecins du dispensaire ont constaté de cas de 
syphilis chaque, année chez les filles de maison, nombres qui 
viens de donner plus haut, mais combien il en a été signalé pour 
100 filles en prenant comme efTectif le nombre de filles présentes 
dans les maisons au I''' janvier de chaque année. 

Ce n'est donc pas et je le répète le nombre de syphilitiques 
constatées chaque année qui est indiqué dans le graphique, mais 
le nombre de syphilitiques pour 100 filles de maison. C'est ainsi 
que s'il y a 1000 filles de maison dans une année et qu'on n'ait 
observé que 10 cas de syphilis, c'est 1 pour 100 que nous inscrivons 
sur le graphique. 



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174 REVUE d'obstétrique eY de gynécologie 

L'examen de ce graphique montre nettement qu'à partir de 1873, 
le pourcentage des syphilitiques a rapidement diminué jusqu'en 
1883 (de 30 0/0 en 1873 il tombe à 7,2 0/0 en 1883). A partir de ce 
moment il est resté à peu près stationnaire, avec augmentation 
pendant l'exposition de 1889, jusqu'en 1894, puis il a baissé avec 
une légère augmentation à l'année de l'exposition de 1900 pour 
atteindre un chiffre extrêmement minime 0,23 0/0 en 1902 puisqu'on 
n'a constaté cette année qu'un seul cas de syphilis sur 429 femmes 
présentes aU 1" janvier de l'année. 

A quoi faut-il attribuer cette amélioration considérable de létat 
sanitaire des filles de maison chez lesquelles on trouvait 30 0/0 de 
syphilitiques en 1873 tandis qu'il n'y en avait plus qu'à peine 1/2 0/0 
trente ans après en 1902? 

C'est un problème diflicile à résoudre, mais je ne veux pas me 
borner à le poser. Je crois qu'il faut pour expliquer cette grande 
amélioration de l'état sanitaire tenir compte de deux éléments : 
d'abord et en première ligne les grandes découvertes pastorienne, 
qui ont eu partout leur répercussion et pénétrant jusque dans le 
monde des prostituées leur ont donné des habitudes de propreté, 
de soins hygiéniques minutieux qu'elles négligeaient auparavant. 11 
n est pas douteux qu'à l'heure actuelle les filles prennent un bien 
plus grand soin de leur corps qu'il y aune vingtaine d'années ; elles 
craignent beaucoup plus la contagion et font toutce qu'elles peuvent 
pour l'éviter, non pas parce qu'elles ont peur de contagionner, cela 
leur est égal mais parce qu'elles craignent d'être retenues à S t-Lazare. 
Je crois aussi qu'il faut tenir compte, dans une certaine mesure, 
pour expliquer l'amélioration constatée, d'une instruction un peu 
meilleure des prostituées. La loi sur l'enseignement primaire obli- 
gatoire a exercé son influence jusque dans les classes les plus infé- 
rieures et ceux qui, comme moi, ont pu comparer le niveau intellec- 
tuel des filles il y aune vingtaine d'années et maintenant, ne doivent 
pas hésiter à pencheY» en faveur de la nouvelle génération. Je ne 
veux pas dire que le niveau moral s'est élevé, loin de là ; mais le 
niveau des connaissances s'est accru et les filles comprennent mieux 
qu'autrefois l'intérêt qu'elles ont à être saines et propres. 

Ce sont ces deux facteurs qui à mon avis doivent être les causes 
principales de l'amélioration constatée ces dernières années dans 
l'état sanitaire des prostituées et en particulier des filles de maison. 

A côté de ces deux principales causes d'amélioration^ il en est 
une autre moins importante mais qui doit cependant entrer enligoe 
de compte. 11 résulte en effet des renseignements que j'ai recueillis 
que les matrones sont beaucoup plus exigeantes qu'autrefois pour le 
recrutement de leur personnel. Suivant l'expression imagée de 
M. Guillet, le sympathique sous-chef de bureau qui a la direction 
du service administratif du dispensaire, elles n'acceptent plus les 
roulures. Un état moral un peu moins mauvais a eu pour résultat de 
rendre meilleur l'état sanitaire. 



nECIfERCHES SUR LES PROPRI ÉTÉS THÉRAPEUTIQUES 176 

UiXHERCHES SUR LES PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES DE 
L'ACIDE VANADIQUE GOMME TOPIQUE EN GYNE- 
COLOGIE. 

Par MM. Albert Le Blond, médecin de Saint-Lazare 
et Ch. David, interne à Saint-Lazare. 

Nous venons exposer ici le résultat des expériences auxquelles 
nous nous sommes livrés depuis le début de Tannée 1902 sur rem- 
ploi thérapeutique de Tacide vanadique. Nous n'avons pas l'intention 
de faire aujourd'hui un exposé complet des résultats que nous 
avons obtenus ; nous voulons simplement préciser, dès h présent, 
les principales indications de ce médicament et insister en parti- 
culier sur son application comme topique qui n'avait pas, croyons- 
nous, été signalée jusqu'à ce jour. Nous nous réservons de publier 
ultérieurement, avec observations à l'appuil un travail d'ensemble 
sur ce médicament que nous croyons appelé à un très grand 
avenir. 

Le vanadium, métal découvert en 1806 dans les minerais de fer du 
Taberg, est depuis longtemps utilisé par l'industrie comme oxydant 
Mais son introduction dans la thérapeutique est de date relative- 
ment récente. On avait jusqu'à présent, après les travaux de Helouïs 
I-yonnet, Martz et Martin, employé les vanadates de soude, de fer, 
de lithine, etc. L'acide vanadique lui-môme n'avait guère éU) 
employé. 

Deux chimistes, MM. Witz et Osmond, ont démontré la singulière 
propriété que possède Tacide vanadique lorsqu'il se trouve en 
présence d'une matière organique et d'un corps oxydant. Il oxyde 
la matière organique, reprend ensuite de l'oxygène à la matière 
oxydante pour l'abandonner de nouveau à la matière réductrice et 
ainsi de suite. Cédant et reprenant tour à tour de l'oxygène, pas- 
sant nécessairement de l'état d'acide hypovanadique à celui d'acide 
hypervanadique, il établirait un mouvement de va-et-vient d'oxy- 
gène analogue à celui que Beinz et Schulz ont décrit à propos de 
l'arsenic (Amozan). C'est à cause de ce phénomène, que MM. Witz 
et Osmond ont donné à l'acide vanadique le nom très expressif de 
« médicament navette )>. Donc, l'acide vanadique est un oxydant 
très énergique et qui possède la faculté de se régénérer indéfiniment 
Aussi les moindres doses suffisent-elles à produire des actions thé- 
rapeutiques matiifej3tes ; éliras agissent^ comme de vérîta-bles 
ferments, servent de véhicule d'oxygène. 

M. Laran a, en collaboration avec MM. Bernard et Pécourt, repris 
réfude des propriétés chimiques de l'aride vanadique. Cette étude 
lui a permis de faire, avec des produits parfaitement déterminés et 
chimiquement purs, une étude approfondie de la foxicité et des 
propriétés physiologiques de l'aride vanadique et des principaux 
sels de vanadium, nu laboratoire de M. Franchis Franck, avec la 
collalKiration du T)^ Hallion, chef du Lnlxiratoire de physiologie 



176 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



pathologique du Collège de France. Ces divers travaux ont démontré 
que les sels de vanadium n*é talent actifs que par Tacide vanadique 
qu'ils renferment et que, par ailleurs, ces sels étaient instables et le 
plus souvent impurs; il était donc rationnel de partir de l'acide 
vanadique chimiquement pur, le seul principe actif et qui puisse 
être facilement dosé (1). 

D'autre part, les expériences de Laran sur le cobaye tuberculeux 
lui ont permis de conclure que l'acide vanadique enraye d'une façon 
manifeste la marche de la tuberculose, par transformation fibreuse 
des lésions. 

C'est en partant des expériences du D' Laran que l'idée nous est 
venue d'expérimenter à notre tour l'acide vanadique dans notre 
service de Saint-Lazare. Mais, jusqu'à présent, on ne TavaH essayé 
que comme médicament interne. Nous avons contrôlé nous-mêmes 
ses bons effets dans le traitement de divers états cachectiques. Mais 
nous avons pensé qu'il pourrait également donner de bons résultats 
comme topique dans les Y>iaies cutanées ou muqueuses acci- 
dentelles, chirurgicales ou pathologiques. Enfin, élargissant notre 
expérimentation, nous l'avons essayé comme modificateur des 
sécrétions muqueuses pathologiques. 

Donc nous avons expérimenté cet agent thérapeutique de deux 
façons différentes : d'une part, en ingestion par la voie buccale, 
d'autre part, comme topique en lavages et en pansements externes. 
Pour répondre à ces deux indications, il nous fallait deux solutions 
différentes. Pour l'usage interne nous nous sommes servis de la 
« solution d'acide vanadique du D' Laran, liqueur incolore, inodore, 
sans saveur, dosée h 0,0015 milligrammes du principe actif par 
litre d'eau. Pour l'usage externe nous avons employé une solu- 
tion beaucoup plus forte à laquelle, afin d'éviter toute confusion, 
nous avons donné le nom d'oxydasine pour rappeler sa principale 
propriété : cette préparation est de couleur jaune d'or et contient 
0,50 centigrammes d'acide vanadique par litre d'eau. La première 
a été administrée à la dose moyenne de deux cuillerées à soupe par 
jour. Quant à la seconde, nous ne l'avons pas employée pure 
(racide vanadique, très actif, agit à des doses extrêmement faibles), 
mais diluée : étendue de trois fois son volume d'eau ou de glycérine 
ce qui nous a donné une solution contenant 17 centigrammes de 
médicament pour 1,000, ou diluée au dixième, ce qui nous a fourni 
une solution de 5 centigrammes par litre. Les solutions aqueuses 
nous ont servi pour les pansements cutanés; aux muqueuses nous 
avons réser\'é les solution? glycérinées. 

Tout d'abord, administrée à l'intérieur, la solution d'acide vana- 
dique nous a donné de très bons résultats dans le traitement de tous 
les états anémiques et cachectiques et en particulier de la tuber- 
culose pulmonaire. Nous avons observé après son administration 

(1) Hallion et Laran. 1. Comptes rendus'de la I Société' de Biologie. 
Séance du 24 juin 1899.) — 2. Laran. Recherchesisur l'acide vanadique. 
— Société de Biologie. (Séance du 19 février 1898.) 



RECHERCHES SUR LES PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES 177 



un réveil ou une exagération de Tappétit suivis (i*un relèvement 
rapide des forces et d*une augmentation notaJjle du poids. 

C'est surtout en excitant l'appétit par une action directe sur la 
muqueuse digestive et en imprimant une activité plus grande à la 
nutrition que l'acide vanadique est utile dans le traitement de la 
tuberculose pulmonaire, de la chlorose, de la neurasthénie .Mais 
en outre il est probable qu'il favorise directement la cicatrisation 
des foyers tuberculeux en produisant du tissu fibreux de réaction. 
Nous avons deux observations particulièrement concluantes à cet 
égard: il s'agit de deux femmes tuberculeuses. Tune au premier 
degré, l'autre au deuxième degré, dont les lésions locales ont subi 
une amélioration rapide sous l'influence de ce traitement. 

Comme pansement externe de lésions cutanées, nous avons expé- 
rimenté la solution d'oxydasine dans des maladies très différentes: 

Plaies simples, plaies d'anthrax, maux perforants; 

Lésions tuberculeuses, lupus, abcès froids ulcérés; 

Lésions syphilitiques secondaires végétantes et hypertrophiques, 
gommes ulcérées; 

Ulcères variqueux, eczémas, enfin chancres mous. 

Dans presque tous ces cas l'acide vanadique nous a donné une 
cicatrisation très rapide. Il active en effet la régénération des tissus 
et leur permet de lutter contre les éléments microbiens. Cette 
action cicatrisante a été surtout remarquable dans tous les cas 
d'abcès froids tuberculeux ouverts ou dans les gommes syphilitiques 
où nous avons vu guérir nos malades en Fabsence de tout traite- 
ment spécifique. Seuls les ulcères variqueux ont souvent longtemps 
résisté et il est utile dans ce cas de remplacer de temps à autre 
dans les pansements la solution habituelle par l'oxydasine pure qui 
stimule un peu les tissus atones. 

Ces pansements sont absolument indolores, n'éveillant pas la 
moindre sensation désagréable ; ils ont toujours été parfaitement 
bien supportés. 

Enfin nous avons surtout expérimenté l'oxydasine dans les 
inflammations des voies génitales de la femme, notre service de 
Saint-Lazare nous fournissant pour ces affections un vaste champ 
d'études. 

Dans les vaginites, la solution glycérinée au 1/3 nous a donné de 
très bons résultats ; disparition de la rougeur et du gonflement de 
la muqueuse, diminution puis suppression rapide de tout écoule- 
ment. 

Nous avons guéri un grand nombre d'uréthrïtes au moyen de 
badigeonnages de Furèthre avec la môme solution, dans un laps de 
temps de trois semaines en moyenne. 

Enfin nous avons traité 17 endométrites d'intensité variable par 
des écouvillonnages répétés tous les deux jours avec notre solution 
à 0,17 centigrammes d'acide vanadique p. 1000 (oxydasine au 1/3) 
et nous les avons guéries en trois à six semaines. 

Ce médicament a toujours été parfaitement bien toléré et quoique 
la guérison n'ait pas dans quelques cas été plus rapide qu'avec 



178 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

d'autres agents thérapeutiques nous croyons cependant que celui-ci 
peut leur être préféré à cause de sa propreté parfaites, de son 
absence d'odeur, avantages qui seront estimés des malades de 
ville auxquelles répugnent l'aspect de richthyol ou l'odeur de la 
créosote, etc. 

En résumé, l'acide vanadique chimiquement pur nous parait être 
un excellent médicament qui mérite une large place dans notre 
arsenal thérapeutique tant à titre de stiniulant général que de 
topique local. 

Il possède tout en étant antiseptique un pouvoir cicatrisant qui U) 
rend supérieur ù tous les autres pansements dans le traitement des 
plaies cutanées. La dose la plus favorable pour cet usage est de 5 
centigrammes par litre d'eau obtenue en diluant au 1/10 la solution 
d'oxydasine. Il peut rendre de grands services en gynécologie; on 
doit employer la solution obtenue en ajoutant à leur volume d'oxy- 
dasine deux volumes de glycérine, ce qui équivaut à 17 centi- 
grammes d'acide vanadique pour 1,000. 



PÉDIATRIE 



RAPPORT SUR UN CAS D'INFANTICIDK PAR OMISSION (1). 

Je .soussigné, Paul Brouardel, professeur de médecine légale à la 
Faculté de médecine de Paris, commis par M. F..., substitat ck* 
M. le Procureur de la République, près le tribunal de première 
instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance 
ainsi conçue : 

(( Vu les articles 32 et 43 du code d'instruction criminelle et le 
procès-verbal dressé le 18 décembre 1881 par M. le commissaire do 
police de Boulogne constatant l'envoi à la morgue du cadavre d'iui 
enfant nouveau-né du sexe féminin dont est accouchée la fille L..., 
laquelle est actuellement consignée à THôtel-Dieu, 

« Commettons M. le Docteur Brouardel, à l'effet de procéder à 
Fautopsio du cadavre, de rechercher les causes d^î la mort, de pro- 
céder également ù la visite de la fille L..., et de constater tons hi- 
dices de crime ou délit. » 

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 20 dé- 
cembre 1881 et H l'examen de la fille L... les 21 et 29 décembre 
1881. 

I. — Autopsie d\m nouveau-né le 20 décembre 1881. 

Le cadavre celui est d'un enfant nouveau-né du sexe féminin. 15 
iuesure dans sa longueur totale 52 centimètres et pèse 3 kilogram- 
mes 150. Le cordon ombilical encore adhérent à l'ombilic mesure 

■1) Nous publions ce rapport comme pouvant servir de modèle à no*» 
confrères appelés ii éclairer la justice dans un cas semblable. 



■ir-"» TV-» 



INFANTICIDE PAR OMISSION 179 



30 ceiitimètrcs et parait tivoir été arraché, il ne présente pas un4i 
ligne de section nette, il ne porte pas de ligature. 

Cet enfant est vigoureux, les cheveux sont dévloppés et les 
ongles affleurent les doigts. On ne trouve aucune trace de violence, 
d'ecchymoses, de coups d'ongle, de contusion sur la peau de la face 
et du cou. Dans le tissu cellulaire souscutané du cou il n'y a 
aucune suffusion sanguine. Pas d'ecchymoses sous-conjonctivales. 

Sous le <Miir chevelu .se trouvent des ecchymoses ponctuées mul- 
tiples. 

A la partie postérieure de la région occipitale se trouve une bosse 
séro-sanguine assez, volumineuse. 

Il n'y a pas de fracture des os du crâne. 

Le cerveau est très congestionné. Les membranes qui entourent 
le bulbe et le cervelet sont infiltrées de sang. 

Dans l'arrière-bouche, le larynx et le pharynx, on ne trouve pas 
de corps étranger. La trachée contient un peu de mousse rougeàtre. 

Les plèvres pariétales sont tatouées par un certain nombre d'ec- 
chymoses sous-pleurales. Les poumons sont couverts d'un piqueté 
d'ecchymoses sous-pleurales. Jetés dans l'eau ils nagent ainsi que 
leurs fragments. Ces derniers pressés sous l'eau font sourdre à la 
surface du liquide un certain nombre de fines bulles d'air dont la 
réunion forme de véritables plaques de mousse. 

Les cavités du cœur sont pleines de sang liquide. 

Le foie est gros et parait sain. 

lis reins et la rate sont sains. 

Les dernières parties du gros intestin sont remplies de méco- 
nium. 

Le point d'ossification du fémur est très développé, il mesure 
environ 4 rniUimètres de diamètre mais snns continuité avec la 
diaphyse du fémur. 

La mAchoire inférieure présente cinq alvér)les nettement cloison- 
nées. 

Conclusions: — 1° Le cadavre soumis h notre examen est cehii 
d'un enfant nouveau-né d usexc féminin, arrivé au terme normal 
de la gestation ou près du terme normal, sûrement à huit mois et 
demi. 

2*» Cet enfant a largement respiré. 

3*» Il a ingurgité une certaine quantité de sang et de matières 
fécales. Il est donc resté après sa naissance un certain temps la fac 
plongée dans les liquides et excréments perdus par la mère au 
moment de l'accouchement. 

4^ La cause de la mort est le résultat d'une asphyxie .Celle-ci peut 
avoir eu pour cause une submersion incomplète, telle que l'immer- 
sion de la face dans les liquides perdus par la mère pendant le tra- 
vail de Taccouchement 

5" Cet enfant ne porte sur le corps aucune trac^ do violcMicc. 




180 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



11. — Examen de la Rlle L... Ies21 et 29 décembre 1881. 

La fille L..., Agée de vingt et un ans, est grande et vigoureuse. 
Elle déclare jouir habituellement d'une bonne santé et n'avoir eu 
qu'une seule grossesse. Elle nous déclare que dans la nuit du 16 au 
17 décembre elle aurait été prise subitement d'nue douleur assez 
vive dans le ventre, puis qu'elle serait accoucbée. 

Presque aussitôt après cet accouchement elle se serait endormie 
et en se réveillant aurait aperçu son enfant placé entre ses jambes 
et ne donnant plus signe de vie. 

Elle déclare toutefois qu'elle aurait entendu son enfant crier sans 
préciser le moment où ce cri aurait été poussé. Eli ne saurait pas 
comment le cordon a été rompu. Elle aurait perdu peu de sang cl 
serait venue à l'Hôtel-Dieu presque aussitôt emportant le cadavre 
de son enfant avec elle. Le délivre serait sortit presque de suite et 
une fois à l'hôpital, elle aurait perdu beaucoup de sang. 

Lors de notre première visite le 21 décembre nous avons trouvé 
la fille L... au numéro 10 de la salle Sainte-Madeleine. Elle avait h 
ce moment un peu de fièvre et perdait un peu de sang. Les seins 
(contiennent un peu de lait. On trouve très peu de vergetures sur le 
ventra Le corps de l'utérus dépasse de deux travers de doigt le. 
pubis. Le bassin est large. Cette fille nous déclare ne pas avoir 
d'appétit et très peu de sommeil. 

Aujourd'hui 29 décembre elle se lève, mange et dort bien et 
ne perd plus de sang. La fièvre a complètement disparu. L'utérus a 
repris sa position normale. 

Le récit que la fille L... fait de cet accouchement présente plu- 
sieurs invraisemblances. L'accouchement n'aurait provoqué qu'une 
seule douleur. Il faut remarquer que cette fille est primipare, que 
l'enfant était très volumineux, qu'il existait dans la région occipi- 
tale une bosse séro-sanguine. Cette bosse prouve que l'enfant s'est 
présenté par la tête, et que le travail de l'accouchement a certaine- 
ment été assez prolongé (Plusieurs heures probablement). 

Le sommeil qui se serait emparé de la fille L... après son accou- 
chement ne pourrait s'expliquer, s'il a réellement existé, que par 
l'épuisement causé par un travail prolongé. Il semble peu probable 
que ce sommeil ait envahi instantanément la fille L... car elle .*=iaii 
(pie son enfant a crié, et elle a eu le temps d'arracher le cordon. 

De nos diverses constatations, il résulte : 

1° Que la fille L... est récemment accouchée. 

2° Que le travail de l'accouchement a eu une durée assez longue, 
que l'on pe\it estimer à une heure au moins. 

3° Qu'il n'est pas démcjntré et qu'il semble peu probable que le 
sommeil impérieux se soit emparé de cette fille assez rapidement 
après l'accouchement, pour qu'elle ait été dans l'impossibilité de 
donner à son enfant les soins nécessaires pour l'empêcher de périr, 
asphyxié par immersion de sa face dans les liquides provenant do 
l'accouchement. 



FORMATION DES SEXES 181 



EMBRYOGÉNIE 



A PROPOS DE LA LOI SUR LA FORMATION DES SEXES 

Ala suite des importants mémoires de MM. GuiardetBoissard, 
que nous avons fmbliés dans nos précrédents numéros, M. le 
D^ Ni'ot a adressée la Société médieale du IX'' arrondissement 
de Paris, uae lettre qui doit figurer parmi les documents de 
nature à élucider cette question : 

Mon cher ami, 

C'est avec le plus grand intérêt que j'ai lu votre communication 
à la Société du IX*' Arrondissement sur les Lois de la Formalion 
des sexes. 

En terminant, vous faites appel aux observations intéressantes 
que pourront vous envoyer vos confrères et vous vous déclarez 
prêt à les enregistrer scrupuleusement, alors même qu'elles 
seraient en opposition avec celles que vous aurez recueillies. 

Je n'en ai que deux à vous fournir, mais j'en suis particulièrement 
sûr. Les voici : 

La première concerne un de mes amis les plus intimes. Après 
trois ans de mariage, désirant avoir un enfant ou plutôt une enfant, 
il eut un rapport, le 4" jour des règles, alors que l'écoulement 
sançuin était presque mais pas entièrement terminé. Résultat : 
neuf mois après, naissance d'une lîlle. 

Ce cas vous donne évidemment raison. Mais que direz-vous du 
suivant ? 

Une jeune femme désirant un enfant et n'en ayant pas encore après 
un an de mariage, me consulte à ce sujet. Elle présente un certain 
degré d'atrésie de l'orifice externe du col. Sept ou huit jours avant 
l'époque menstruelle, qui est attendue pour le 5 janvier 1900, je fais 
pendant 4 jours consécutifs la dilatation lente du col au moyen de 
laminaires. Le soir même du dernier pansement et le lendemain, la 
jeune femme a des rapports avec son mari. Les règles ne viennent 
pas à leur date habituelle. La conception s'est elTectuée et il n'est 
pas possible qu'elle ait précédé mon intervention qui l'aurait sans 
aucun doute interrompue. L'accouchement a lieu juste 9 mois après 
et met au monde... un garçon. 

Je vous laisse le souci de commenter cette observation intéressante, 
je dirais presque mathématique, vu l'exactitude absolument rigou- 
reuse des faits, et suis heureux de vous serrer la main. 

Votre afTectionné, 

D' NiTOT. 

Du premier de ces faits je n'ai rien à dire, puisqu'il vient à l'appui 
des opinions que j'ai soutenues devant vous. Quant au second, il 
paraît évidemment témoigner contre elles. Reste à déterminer quelle 
est au fond la véritable signification qu'il comporte. 

En dernière analyse, la théorie dont je me suis lait le défenseur 
repose sur deux idées fondamentales : l'une, de beaucoup la i)lus 
importante, qui attribue le déterminisme du sexe au degré plus ou 
moins avancé de maturité de Tovulo, l'autre, secondaire, qui a 
simplement pour objectif la recherche des indices extérieurs par 

12 



182 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

lesquels se manifeste la migration ovulai re. Or, ces indices peuvent 
être ou inconstants ou infidèles sans qu'il soit permis d'en conclure 
que la maturité ovulaire ne joue aucun rôle. 

Je crois, pour ma part, jusqu'à preuve du contraire, que l'évolu- 
tion de l'ovule, ainsi que l'admettaient Coste, Ch. Robin et tant 
d'autres, succède habituellement à la menstruation et n a guère 
qu'une durée de 4 à 5 jours ; je crois, par suite, que sa phase 
féminine se déroule ))endant les deux premiers jours qui suivent la 
fin des règles et sa phase masculine vers le 4*^ et 5« jour. En assi- 
gnant, comme date au coït fécondant, pour avoir une fille, le 3« ou 
4<^ jour avant les règles et pour un garçon le 3*-" ou 4« jour après, j'ai 
voulu réunir le plus de garanties possible contre une déception. Je 
me serais peut-être rapproché davantage de la vérité en plaçant vers 
le 3*= jour»après la cessation de l'écoulement sanguin la ligne de 
démarcation entre les deux phases féminineet masculine de l'ovule. 
Mais, s'il est vrai que ces rapports chronologiques de l'ovulation 
avec la menstruation peuvent être admis comme une règle générale, 
il n'est pas moins certain, je ne saurais trop le répéter, qu'il y 
a des exceptions et même qu'elles sont assez nond^reuses. Je 
rappelais, à la fin de ma dernière communication, que Léopold 
avait constaté au 5*^, au 8% au 12*, au 18% au 26" jour après le 
commencement de la dernière menstruation, c'est-à-dire en tout 
temps, des follicules qui venaient manifestement de s'ouvrir. 

Si nous admettons que dans le second cas du I)'' Nilot^ cette ouver- 
ture ait eu lieu du 20 au 25" jour par exemple, il nous devient facile 
de comprendre que la fécondation avant les règles ait engeiidré un 
garçon et ce fait et parfaitement conforme avec la théorie qui subor- 
donne le sexe à la maturité ovulaire. Malheuivusement, jusqu'à ce 
jour, nous n'avons pas d'autre indice extérieur que T hémorragie 
menstruelle pour nous renseigner sur l'époque oili il est probable que 
se produit la rupture de l'ovisac, et cet indice que je crois habituel- 
lement fidèle est loin d'être infaillible ; il peut même devenir 
trompeur, comme le montrent les constatations faites par Léopold. 
La chose est assurément très regrettable et il en résulte que la 
procréation de l'un ou l'autre sexe comportera toujours des chances 
contraires plus ou moins nombreuses. Je n'en persiste pas moins 
à penser que ce serait faire un grand pas-dans la recherdie delà 
vérité que d'acquérir la preuve que le sexe du produit de la con- 
ception est ou non régi i)ar le degré de maturité de l'ovule au 
moment où il est fécondé. 

M. BoissARD. — Je ne voudrais pas prolonger outre mesure cette 
discussion malgré tout l'honneur qu'elle fait à notre société, mais 
ayant promis de continuer mes recherches, je viens vous rapporter 
une nouvelle observation qui me semble extrêmement intéressante; 
vous vous rappelez que parmi les faits cliniques que j'ai rapportés 
et que j'ai réunis en quatre groupes, j'ai particulièrement insisté 
sur la conception au cours de l'aménorrhée ; je vous ai montré par 



OPHTALMIE DES NOUVEAL-NÉS 183 

des chiffres que lorsque la fécondation avait lieu pendant 
l'aménorrhée, la sexualité féminine l'emportait de beaucoup sur la 
sexualité masculine ; en un mot sur ces conditions les filles étaient 
beaucoup plus fréquentes que les garçons et je vouS disais que, 
les rapports sexuels étant fréquents, la fécondation atteignait un 
ovule jeune, au début de sa maturité, d'où formation d'un fœtus du 
sexe féminin. 

Cette manière de voir les choses est confirmée encore par cette 
nouvelle observation recueillie dans mon service à la Maternité 
de Tenon. 

Il s'agit d'une grande multipare qui a eu 14 grossesses ; or, du 
28 juillet 1885 au 6 juillet 1902, cette femme n'a jamais eu ses 
règles, étant toujours en état de grossesse ou d'allaitement ; 
pendant ce laps de temps elle a eu 12 grossesses qui se sont 
terminées par la naissance de 9 filles et de 3 garçons, venus soit à 
terme, soit avant terme. 

Ce nouveau fait vient donc encore à l'appui de ce que j'ai avancé, 
à savoir que la conception survenant au cour de l'aménorrhée 
physiologique favorise la sexualité suivant le type féminin, par 
cette raison que l'ovule a les plus grandes chances d'être fécondé 
dès le commencement de sa maturité. 

REVUE DE THÉRAPEUTIQUE 



TRAITEMENT PREVENTIF DE L'OPHTALMIE 
DES NOUVEAU-NP.S 

Il faut prendre les précautions suivantes : 

1** On fera des injections vaginales avant raccouchement, lorsque 
des pertes blanches abondantes feront craindre une contagion pour 
renffimt. 

2*> Chez tous les enfants, immédiatement après la naissance, 
avant le bain, on lavera les paupières avec une sol. i lion antisep- 
tique, au moyen d'un linge fin très propre, ou mieux d'un petit tam- 
pon d'ouate hydrophile. On se servira soit de la solution d'acide 
phonique au 1/100*», soit de parties égales d'eau bouillie et de liqueur 
de Van Swieten, soit d'une solution qui sera formulée ainsi : 

N» 1 : 

Sublimé 0,10 centigr. 

Acide tartrique 0,20 — 

Eau distillée 200 gr. 

Aussitôt après les paupières seront, entr'ouvertes et on fera tom- 
ber dans chaque œil, avec un compte-gouttes, une baguette de 
verre, ou simplement un bout de pnpier, une poulie du collyre 
suivant : 



184 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



ît^- 



N° 2, flacon coloré : 

Nitrate d'argent 0,20 centigr. 

Eau distillée 10 gr. 

Les formules 1 et 2 pouriont être délivrées aux sages-femmes; 
il suflira de faire suivre l'ordonnance de la mentiqn pour les yeux. 

Ces flacons devront toujours être apportés par les sages-femmes 
en môme temps que les objets indispensables pour l'accouchement. 

3<> Si, malgré ces précautions, les premiers signes de gonflement 
et de sécrétion se produisent, on devra immédiatement appeler le 
médecin q\ii seul pourra faire les cautérisations nécessaires. 

4° Lorsqu'on sera obligé de soigner une ophtalmie purulente, 
on mettra soigneusement de côté tous les objets qui serviront au 
pansement. — Après chaque lavage de l'œil, on brûlera les linges 
ou la ouate qui ont servi. — On se lavera convenablement les mains 
avec du savon et on les trempera dans une solution toujours pré«- 
parée à cet effet, solution d'acide phénique an l/iO« ou liqueur de 
Van Svvieten pure. 



TRAITEMENT DES TUMEURS VASCULAIRES PAR LES 
INJECTIONS D'EAU BOUILLANTE 

John Wyeth propose une méthode originale pour traiter les néo- 
plasmes vasculaires. La cautérisation suffît, d'après lui, pour les 
pc tites tumeurs ; celles qui ont un volume modéré sont justiciables 
de l'électrolyse ; mais, lorsqu'elles atteignent des proportions consi- 
dérables, la méthode sanglante expose à des hémorragies redou- 
tables et la perte de substance qui suit l'extirpation est difficilement 
compensée. C'est alors que l'auteur a sa méthode. Avec les précau- 
tions aseptiques usuelles, l'eau chaude est puisée directement dans 
un récipient et poussée dans les tissus angiumateux au moyen 
d'une seringue en métal munie d'une aiguille appropriée. Dans les 
tumeurs volumineuses, on enfonce l'aiguille profondément et on 
pousse XXX à lx gouttes ; on la retire alors d'un ou deux centi- 
mètres et on fait une nouvelle injection jusqu'à ce que la tumeur 
soit solidilîée. L'euu doit tMre à une température suffisante pour 
coaguler l'albumine du sang et des tissus. QucUid la tension déter- 
mine en un point quelconque un ecrtain degré de blanchissement 
on doit cesser l'injeclion à ce niveau. Pour traiter les petites' 
tumeurs de la face on peut employer une aiguille fine et faire à la 
périphérie des injeclions de quelques gouttes d'eau à 90 degrés. 
Los injections sont répétées tous les huit ou dix jours et on doit en 
surveiller soigneusement les effets. Quand il s'agit d'anévrismes 
circoïdes ou de gros angiomes caverneux, l'eau doit être maintenue 
pendant toute la durée de l'opération à son point d'ébullition. L'au- 
teur de la méthode y parvient en utilisant un appareil en métal 
revêtant la forme d'un tube dans lequel Teau est maintenue à la 
température voulue par un brûleur de Bunsen. 



TRAITEMENT DES HÉMORROÏDES 185 

TRAITEMENT DES HÉMORROÏDES 
(Raynaud.) 

Je rr^ suis d'abord convainou, dit Tauteiir, que le froid, en 
général, ne procure qu'un calme tout à fait passager et relatif. Dès 
que cesse Faction de ce froid, déjà ennuyeux par lui-même et pro- 
duit soit par des lavements d'eau à 0*», soit par un tampon de glace, 
il se produit une réaction très vive, une véritable congestion de la 
région anale, et la souffrance à peine disparue reparaît plus forte 
que jamais. 

Rien ne donne donc aux malades le soulagement qu'ils réclament 
avant tout, comme la chaleur et une chaleur intense. 

Les bains de siège, les bains généraux atteignent en partie ce but, 
mais leur température ne peut être assez élevée pour créer uii 
résultat bienfaisant immédiat et de longue durée. 

Pour moi, voici comment je procède quand je me trouve en pré- 
sence d'hémorroïdes externes : 

J'ordonne au malade d'allumer un morceau d'amadou gros conimo 
une pièce de 40 sous et de le mettre au fond d'un vase de nuit sur 
lequel il s'asseoit, en lui recommandant de supporter la chaleur 
qui s'en dégage le plus longtemps possible. T.e premier morceau 
d'amadou étant brûlé, on a recours à un second, puis à un troisième, 
s'il le faut, et ainsi de suite pendant cinq minutes environ. Le 
résultat immédiat est la suppression de toute douleur, et comme ce 
procédé est loin d'être dangereux, il est permis au patient de le 
renouveler à discrétion et de s'éViter ainsi des souffrances parfois 
intolérables. Le résultat éloigné est la flétrissure des hémorroïdes 
qui semblent, pour ainsi dire^ ratatinées et desséchées, comme un 
objet quelconque que l'on exposerait devant le feu; et je dois 
ajouter que ce résultat éloigné me paraît devoir s'obtenir au bout 
d'une dizaine de jours au plus. 

Puisqu'il n'existe pas de petits moyens lorsqu'il s'agit de venir en 
aide à ceux qui souffrent, j'ai cru devoir signaler les bienfaits d'un 
morceau d'amadou enflammé, sans prétendre avoir été le premier 
à le divulguer. 

Le D' Dannoise indique un procédé encore plus rapide : il lui a 
éfé enseigné par son vieux maître, le D' Durlns (de Tours), qui le 
tenait lui-même de J3retonneau. 

Tous les matins, tamponner les hémorroïdes douloureuses av«^c 
de l'eau alcoolisée aussi chaude que possible (un verre d'alcool à 
90° pour 1 litre d'eau). Aucune hémorroïde ne résistera à ce moyen; 
si la douleur est très vive, on répète plusieurs fois par jour ce polit 
manège. 

On peut remplacer l'alcool par de l'eau de Cologne, de l'eau-do- 
vie camphrée, du rhum dans les mômes proportions. 



186 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



VARIÉTÉS 



LES MARIAGES D'EPILEPTIQUES 

La manie de la réglementation hygiénique et sanitaire asservira 
fatalement le peuple français à ce que j'appeUerai la Médecine 
cVEiai. Le Docteur Lutaud l'a démontré ici môme, avec sa verve 
coutumière, dans un récent article sur les dangers de la tubercu- 
lophobie. Pour peu que cette nouvelle Terreur continue k sévir, le 
tuberculeux se verra retranché de la société, comme Tétait le 
lépreux au moyen âge. Le xx« siècle aura ses tuberculoseries comme 
le xv« avait* ses léproseries. 

La rage du fonctionnarisme aidant, le système de préservation 
ou d'élimination prévaudra dans tous les cas de maladies réputées 
contagieuses; et l'Etat en confiera l'application d'office à des inspec- 
teurs qui viendront contrôler à domicile le diagnostic et le traite- 
ment du médecin de la famille. Nous ne serons plus chez nous . 
ce sera l'inquisition obligatoire de l'hygiène publique. 

Est-ce donc là l'idéal du régime sanitaire ? Non certes, mais bien 
plutôt une conception étroite et abusive de l'omnipotence adminis- 
trativvo qui relève surtout des errements de l'ancien régime : car 
autrefois l'Etat s'arrogeait le droit, dans Tintérôt général — il le 
prétendait du moins — de se prononcer souverainement sur toutes 
les questions qui intéressaient la santé publiqua 

Les papiers des Joly de Fleùry — une dynastie célèbre de pro- 
cureurs généraux au xviii* siècle — nous fournissent un exemple 
caractéristique de celte ingérence de l'administration en des 
matières qui échappent à sa compétence. 

Si l'on veut bien se rappeler qu'au bon vieux temps les curés ou 
desservants de paroisses avaient seuls qualité pour tenir les 
registres de l'état civil, on ne s'étonnera pas qu'un prêtre de pro- 
vince ait pu écrire la lettre suivante à Joly de Fleury, procureur 
général auprès du Parlement : 

(( Monseigneur, 

« Je me vois forcé de marier deux personnes majeures, gens 
pauvres, attaqués d'épilepsie, le garçon et la fille. Dans ma 
paroisse, qui n'est que de cinq cents communiants, on en compte 
jusqu'à douze affligés de ce mal, ou qui l'ont été de fraîche 
mémoire. Il est triste pour moi de voir se perpétuer des malheureux 
de cette espèce; et si on les laisse se marier, le nombre en deviendra 
prodigieux. La famille du garçon s'oppose, mais inutilement, au 
mariage. 

(c Je vous supplie, Monseigneur, de prescrire ce que j'ai à faire 
dans cette circonstance. Il y a déjà une publication. La chose 



LES MARIAGES d'ÉPILEPTIQUES 187 

presse. Si vous daignez m'honorer d'une réponse, mon adresse est 
à M. Antin, docteur en médecine, à Mayenn-e, pour faire tenir au 
curé de ChAlon. 

« Je suis, avec le respect, etc. 

<( Antin, curé de Châlon. 

«( A Châlon, , le 10 mai 1780 (entre Laval et Mayenne). » 

Il est vraisemblable qu'avant de s'adresser au magistrat, le curé 
Antin dut demander conseil à son parent, le médecin de Mayenna 
Celui-ci ne put que se dérober et inviter l'ecclésiastique à se pour- 
voir ailleurs. Le régime autocratique sous lequel vivait alors la 
France, n'eût jamais toléré que l'autorité médicale, subordonnée, à 
cette époque, aux décisions de l'Eglise, se prononçât exclusivement 
sur une telle question. 

Le procureur général répondit en ces termes au curé Antin : 

c< J'ai reçu. Monsieur, votre lettre du 18 de ce mois, par laquelle 
vous me marquez qu'un garçon et une fille, tous deux majeurs, 
sont sur le point de se marier, que l'un et l'autre sont attaqués 
d'épilepsie, que la famille du garçon s'oppose au mariage, qu'il y a 
déjà un ban public; et vous me demandez ce que vous devez faire 
dans- une pareille circonstance. 

(( Lorsque Fépilepsie est antérieure au mariage, cette maladie, si 
elle est constatée par des enquêtes et par le rapport des médecins 
et des chirurgiens, devient un empêchement dirimant, attendu 
qu'il importe à la société qu'une pareille maladie ne se perpétue 
point. D'ailleurs, il se peut arriver que \e garçon ou la fille soit 
guéri de cette maladie, et que l'autre en reste toujours attaqué; et 
on ne doit pas souffrir que le lit nuptial devienne un objet d'horreur, 
d'effroi et de saisissement pour celui qui aurait l'avantage de 
guérir. 

« Il est de principe que, quand l'un des époux tombe dans 
une maladie contagieuse, il y a lieu à la séparation forcée. L'épi- 
lepsie est une maladie contagieuse qui donne lieu à celui qui n'en 
est pas attaqué, de se séparer; et il pourrait arriver que si l'un des 
deux conjoints était attaqué de cette maladie immédiatement 
après la bénédiction nuptiale et avant que le mariage eût été 
consommé, on prononçât la dissolution du mariage. 

« Ainsi, il ne paraît pas que vous puissiez, par quant à présent, 
procéder à la célébration du mariage. Vous devez faire part de ma 
lettre à mon substitut au siège royal où ressortit votre paroisse, afin 
qu'il convoque à sa requête l'assemblée des parents, voisins et 
amis da garçon et de la fille, à l'effet de recevoir leur déclaration 
sur le genre de la maladie du garçon et de la fille, dont sera dressé 
procès-verbal par le juge et pour que le^aî'con et la fille soient vus 
et visités par médecin et chirurgien qui seront nommés d'office, 
lors des atta/]ue.s de la maladie, à iVffot de constater le genre du 
mal et si c'est l'épilepsie ou mal caduc, dont sera dressé procès- 



188 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

verbal du rapport par lesdits médecins et chirurgiens et si du 
procès-verbal de rassemblée des parents, voisins et amis et du 
rapport des médecins et chirurgiens il résulte que le garçon et la 
fille, ou Tun des deux, sont atteints d'épilepsie, vous ne devez pas 
passer outre à la célébration du mariage, parce qu'une maladie 
contagieuse, donnant lieu à une séparation de corps forcée est un 
motif pour ne pas unir par mariage des personnes qui sont atteintes 
d'une telle maladie. 
(( Je suis, Monsieur, etc. 

JOLY DE FlEURY. » 

Cette consultation juridique, qui conclut à Tinterdiction du 
mariage ou à la séparation des époux en cas de maladie conta- 
gieuse, appelle quelques réflexions. Elle fait état, bien entendu, de 
Texpertise médicale; mais cet élément d'enquête ne lui suffit pas. 
Elle se détermine surtout d'après des considérations d'intérêt 
général; elle est môme empreinte d'une certaine sentimentalité 
qui trahit l'influence, alors si pénétrante, de l'esprit philosophique; 
mais elle n'en invoque pas moins le droit supérieur de la société — 
qu'il s'appelle raison d'Etat ou salut public, peu importe — pour 
intervenir dans la vie privée de l'individu. 

Cette thèse était défendable sous une monarchie absolue. Mais 
aurait-elle force de loi aujourd'hui ? Et il ferait beau voir un juge- 
ment de tribunal s'opposant à la célébration d'un mariage, parce 
que les intéressés seraient tous deux épileptiques. 

Il nous serait cependant réservé d'assister à de pareils spectacles, 
en ce siècle de liberté, de progrès et de lumière, si les pouvoirs 
civils se mettaient à la remorque de certaine école qui veut tout 
régenter au nom de l'hygiène publique. Ce n'est pas que nous ne 
soyons des premiers à recommander et à encourager les mesures 
de prophylaxie indispensables à notre organisme social; mais 
encore faut-il qu'elles soient compatibles avec le respect dû à la 
liberté individuelle. Autrement, c'est la porte ouverte à l'arbitraire 
et à la tyrannie. Les Joly de Fleury seraient remplacés par 
MM. X..., Y..., Z..., princes de la science officielle, absolutiste et 
intransigeante. Si les générations futures étaient condamnées à 
piisscr, clans tous les actes de leur vie, sous ces Fonrchos Caudines. 
le certificat de santé, exigé par certain auteur dramatique pour la 
célébration des mariages, deviendrait lui-même insuffisant. Les 
fianeés de l'avenir seraient astreints au cérémonial en honneur 
dans les Compagnies d'assurances sur la vie. LTn médecin-inspec- 
teur, ('émargeant au budget, viendrait ausculter et scruter les 
c( futurs »; et ceux-ci ne seraient <f conjoints »>, qu'autant que le 
personnage officiel leur aurait délivré le « bon pour mariage ». 

Rien ne favoriserait plus rapidement l'avènement des « unions 
libres » que cette application logique de la Médecine (VEtat. 

Paul d'Estrée. 



LA DÉPOPULATION 189 



LA DEPOPULATION 

Donc va tinter une fois de plus la cloche d'alarme: aux oreilles 
penaudes — ou dures — des ménages stériles et des célibataires 
sans entrailles; aux oreilles fièrement redressées, encore, des bons 
citoyens qui alignent un crescendo de rejetons! 

Que -rEsprit-Saint, jspécîaWment indiqué pour intervenir en 
pareille matière, descende et féconde — tout d'abord — ces cerveaux 
extra-parlementaires, et que nous apprenions d'eux comment con- 
jurer le mal et bien nous y prendre! 

Dépopulation! mot d'épouvante et d'angoisse qui fait songer à 
quelques steppes sans âmes, à des sables sans êtres qui vivant, à 
des mondes déserts ou ensevelis!... Dépopulation n'est heureuse- 
ment pas encore le mot qui convienne à l'état de notre belle France. 
Tant s'en faut, car, si l'on use de ce terme faute d'un autre aussi 
frappant et aisé, mais plus exact et adéquat h la situation, il n'en 
est pas moins vrai que le nombre de nos citoyens — à la mamelle 
ou électeurs — s'accroît encore; en moindre proportion seulement 
qu'aux temps passés, moins au^si qu'il ne se fait chez les peuples 
voisins et surtout les peuples lointains et barbares: en quoi est le 
mal et d'où vient l'inquiétude politique et patriotique? 

Aux autres nations, les Français, et les Parisiens à leur tôle, 
donnent l'exemple et la mode: si cela peut nous être une consolation, 
sachons qu'en dépopulation encore nous serons imités. Nous le 
sommes déjà. La perfide — et toute intellectuelle — semence, nous 
l'avons à peine semée qu'elle germe, — chez les Germains mêmes, 
race prolifique: leurs statistiques aussi accusent une décroissance 
de la natalité. 
.L'égoïste calcul, la théorie, la mode feront le tour du monde: et, 
disons-le tout de suite, eux seuls sont en cause. Si le coq gaulois 
et les autres volatiles symboles des nations ne chantent plus que 
d'une voix blanche, — s'ils laissent le prestige des innombrables 
neveux aux simples et simiesques Jaunes et aux Nègres candides— 
si j'ose dire, l'habit ne faisant pas le moine, — c'est que tel est leur 
bon plaisir! 

Il est donc bien monis besoin d'injections de Brown-Sequard ou 
autres à notre sang toujours vigouret, que des principes moraux 
à notre égoïsnie. lixtra-parlementairos, frappez là ! Brandissoz 
les foudres de l'impôt sur le célibataire, dégrevez progressivniont 
le papa prolifique et promettoz-lui, même, non plus celles du martyr 
mais les académiques palmes! 

De bonne besogne vous aurez fait, certes, en adoucissant les 
charges des familles nombreuses. Quant au reste, essayez toujours, 
soyez éloquents et, sénateurs! donilez-nous un miraculeux exemple. 

Si vous clamez dans le désort, pourtant, je n'en serais pas très 
par l'opinion, se décidant à ouvi-ir uîie (uiquélo cl nommer une 
commission. 



190 REVUB D*OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 

surpris. Parce que le... j'menfoutiste se... j'menf... de votre morale 
patriotique comme de toute autre; parce que le triste misanthrope 
vous répondra sans conteste que la vie est mauvaise et qu'il n'est 
point si bien prouvé que l'existence soit un charmant cadeau à faire 
à un enfant: parce que l'économiste avisé vous demandera d'abord 
de faire un peu de place à ces nouveaux petits Français sur notre 
France où gagner son pain devient de plus en plus un problème, où 
l'on parle de toute part d'encombrement, dans ce siècle où une 
machine remplace cent bras, où Ton vous offre comme salut et 
comme avenir: l'expatriation!... 

Extra-parlementaires, soy.ez extra-persuasifs! Mais si votre com- 
mission restait stérile, je m'en consolerai de par l'œuvre de 
collègues à vous, dont peut-être vous ne soupçonnez pas l'aide, 
travaillant avec vous contre la dépopulation, et de bonne manière. 
Ces auxiliaires, ne vous déplaise, ce sont les médecins! 

Ceux-là sans doute ne font pas des enfants à peupler des conti- 
nents nouveaux! Mais s'ils donnent, je pense, la vie avec parci- 
monie, ils empêchent ceux qui vivent de retourner trop vite dans 
l'autre monde. Et, pour le dire sans ambages, messieurs du Sénat, 
ils vous font, ils font à tous l'existence plus longue! 

Vous avez bien lu! Cet éloge de la médecine si dénigrée, si mo- 
quée, n'est pas un lapsus, une coquille. La vérité est que, parallè- 
lement aux progrès de l'art de guérir et, plus encore, de prévenir le 
mEil, à quoi s'efforce l'hygiène, parallèlement augmente la durée de 
l'existence humaine: pour ne pas remonter au déluge, sachez qu'au 
commencement du siècle dernier la vie moyenne était de 29 ans. 
En 1850, elle fut de 36 1/2; en 1900, de 40 passés! 

Et ce n'est pas, j'imagine, que la lutte pour la vie soit devenue 
plus facile, que vos aliments soient moins sophistiqués, ni que la 
manie des apéritifs tende à disparaître! 

La vérité est que des lois de protection entourent la première 
enfance et diminuent de façon notoire ce triste chapitre de la 
mortalité humaine. 

C'est que s'organi.se la lutte effective contre les contagions, contre 
le fléau qui décime: la tuberculose... C'est la prévention des épi- 
démies. C'est la leçon journalière du médecin moderne qui, dans 
son ordonnance, inscrit quelque courte formule pharmaceutique cl 
trois pages de régime! 

Ce qui est fait n'est rien, certes, h côté de ce qui reste à faire. 
Mais des ligues sans nombre — officielles ou non — se dressent 
contre l'ignorance et pour la santé publique. Des révolutions — la 
vie du collégien, du pensionnaire! — s'imposent. Elles sont à 
l'i^rdre du jour. 

Cette façon de lutter contre la dépopulation, outre qu'elle me 
paraît plus efficace, a toutes m^s sj^mpathies. Je souhaite d'ail- 
leurs la meilleure réussite à la comission extra-parlemeîitaire et 
notamment qu'elle convainque les jeunes époux qui limitent à 
l'avance le nombre de leurs rejetons à 4, 3, 2, lou zéro! 



LES ABOUTIONNISTES 191 

Je souhaite aux moralistes et prédicants d'être écoutés: je me 
permets seulement de leur rappeler qu'ils n'aient point trop à 
invoquer la corruption populaire; Malthus a ses disciples surtout 
dans le meilleur moncje! 

Ainsi le démontrent les statistiques. Plus un héritage est fort, 
moins il y a de progéniture à le partager. Plus la contribution 
personnelle-mobilière est élevée, moins il y a d'enfants dans un 
ménage. 

L'almanach de Gotha nous indique pour une famille de la vraie 
noblesse française, 2 enfants 3/10! 

La comparaison des quartiers de Paris enseigne tout net que si 
Ton trouve 41 naissances pour 1,000 habitants dans certains fau- 
bourgs où l'on ne fréquente guère la messe ni le prêche, c'est seu- 
lement 19 pour 1,000 que nous donne, dans le VP, le VIP, leVIIP, le 
milieu riche et pratiquant... 

Adonc, esprits moraux de la société et des classes dirigeantes, 
journaux religieux et bien pensants qui vitupérez les pratiques 
scélérates et l'immoralité "du Siècle, regardez-vous et ne vous 
oubliez pas dans vos prières! 

Et si vous ne préférez le silence de Conrard, attendez-vous à vous 
entendre répondre, tout comme à Fontenoy, messieurs de l'aristo- 
cratie: uTirez les premiers!» IK CLERC, de Nice. 



LES ABOLITIONMSTES 

Le 6 juin dernier, la branche française de la Fédération abuli- 
lionniste internationale tenait, sous la présidence de M. Yves 
Guyot, son assemblée générale, à laquelle les récents événements 
donnaient une saveur d'actualité très particulière. 

Dans la salle de la rue Cadet, des hommes appartenant aux 
partis politiques les plus opposés étaient venus entendre les 
orateurs. Beaucoup de femmes également, venues là très sim- 
plement et sans malsaine curiosité, dans le out seul de protester 
contre ce qu elles envisagent comme un outrage à la féminité tout 
entière. 

Dans un bref historique de la fédération, M. Yves Guyot rappelle 
quels en furent, en France, les fondateurs. 

Quelques-uns de ceux-là sont encore près de lui, les autres ont 
disparu, remplacés par des forces jeunes et prêtes à l'action. 

Avec une documentation aussi exacte qu'éloquente, il montre 
rillégalité, l'inutilité et la nuisance du système. Il retrouve, pour 
flétrir les procédés de la police, la vei^^e qu'eut autrefois le <( Vieux 
petit employé ». 

Après lui, Mme Avril de Sainte-Croix, seci'étaire générale, 
présente un rapport sur les travaux do la fédération pendant le 
dernier exercice. Elle montre les pouvoirs publics d'abord sourds 
aux protestations des abolitionnistes, mais poussés enfin à l'action 



fSsfv" 



192 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



Elle montre également les grandes associations ouvrières et 
autres s'intéressant à la question, comprenant qu'il est impossible 
de ne pas s'associer à ceux qui veulent la destruction d'une insti- 
tution qui est une honte pour la République. 

Elle remercie également les journaux qui ont, en ouvrant une 
enquête, beaucoup fait pour éclairer l'opinion. 

Le docteur Queyrat, médecin à l'hôpital Ricord — et un des trois 
signataires, avec les professeurs Gaucher ot? Landouzy, de la 
motion demandant à Bruxelles, au congrès médical, le retour au 
droit commun pour la prostitution — est également très écouté 
et très applaudi lorsqu'il' démontre l'inutilité des mesures vexà- 
toires et illégales de la réglementation. 

M. Charles Wagner, dit que nous devons respecter les sources 
de la vie, et ne pas donner à la jeunesse le spectacle démoralisant 
d'un Etat déclarant la nécessité d'une u pourriture officielle. La 
réglementation de la prostitution est la pustule qui nous montre 
que quelque chose est pourri dans le corps social ». 

Après quelques mots de M. de Meuron, délégué du comité 
central de la Fédération, M. Francis de Pressensé, député socia- 
liste du Rhône, apporte k la cause abolitionniste Tappui de sa 
parole autorisée. Il regrette que, jusqu'à ce jour, le parti socialiste 
ne se soit pas assez préoccupé de l'injustice qu'est la réglemen- 
tation. 

Mieux que personne, les ouvriers doivent savoir que l'état éco- 
nomique actuel est le grand facteur de® démoralisation® et® de 
prostitution et que la fille inscrite est le paria de notre époque, 
plus malheureuse que ne le furent, dans l'antiquité, les femmes 
vouées au culte de l'amour. 

Sur l'estrade, à côté d'hommes connus, se trouvaient des dames, 
ainsi que de nombreux médecins. 



MÉDICATIONS NOUVELLES 



APPLICABLES A LA GYNECOLOGIE ET A LA PEDIATRIE 



Le chloralamide comme hyp- 
notique. — Produit d'addition du 
chloralel de ia formaniide ; impro- 
prement appelé chloralamide^ at- 
tendu que le cliloral, qui est un 
aldéhyde, ne peut pas former d'a- 
mide ; cristaux incolores ; soluble 
dans iO parties d'eau et 1 partie 1/2 
d'alcool ; saveur It^gèrement amère, 
mais non caustique : se dédouble 
vers 60 degrés ; fond î\ 110 degrés ; 
sans réaction sur le nitrate d'argent; 
non décomposé par les alcalis d'où 
il résulte qu'on doit éviter de l'ad- 



ministrer dans des potions alcalines. 

ThérapeuUque : On considère le 
chloralamide comme pouvant rem- 
placer le chloral en qualité d'hyp- 
notique. Il n'exerce aucune action 
nocive sur le cœur et sur le rein. 
Son usage ne détermine aucune 
accoutumance. 

Pharmacologie et posologie : Ad- 
ministrée soit sous forme de poudre, 
soit en solution vineuse, soit en 
potion, à la dose de 2 à 3 grammes, 
|)rise le soir en une seule fois, à 
l'heure du sommeil. 



MÉDICATIONS NOUVELLES 



193 



Le Rétinol comme balsamique. 

— Ce corps désigné quelquefois 
sous le nom de Bêsinol, est un 
hydrocarbure liquide résultant de 
la distillation sècrie delà colophane; 
il se forme en même temps d'autres 
hydrocarbures (rétinyle, rétinaphte 
et métaphtaline). 

Il se présente sous la forme d'un 
liquide brun ou jaunede consistance 
crasse ; légèrement amer : réaction 
îaiblemeiil acide due à des traces 
d'acide pinique. Ce corps dissout un 
grand nombre de substances actives 
(huile de cade, salol et naphtol 
camphrés, baume du Pérou, etc.). 

Employé en Amérique, en cap- 
sules, pour le traitement de la 
gonorrhée ; usité aussi pour le pan- 
sement des brûlures. Il jouit des 
Eropriétés antiseptiques des autres 
alsamiques. 

On le préconise contre la vaginite 
à divers degrés ; introduit à l'état 
pur dans le vagin, il recouvre la 
surface d'un enduit antise))tique; 
on se sert de tampons imprégnés 
de cette substance. Ces tampons 
sont bien tolérés et ne déterminent 
ni irritation, ni douleur; 

On peut encore confectionner, 
avec le rétinol, des ovules vaginaux, 
qu'on prépare en mélangeant ce 
corps à saturation avec de la colo- 
phane ; ces ovules peuvent être 
additionnés de tan ou de borate de 
soude. 

Traitement des sypliilides par 
la chaleur. — Le D' Kalachnikoff 
a traité par la chaleur plusieurs 
individus atteints de syphilides et 
d'ulcérations syphilitiques de la 
peau. 

La résorption des syphilides et 
la cicatrisation des ulcérations 
s'efTectuent dans des temps variant 
de 5 à 20 jours. 

Des observations recueillies, l'au- 
teur tire les conclusions suivantes : 

La chaleur est un puissant agent 
local favorisant la résorption des 
syphilides de la peau. 
'Le temps nécessaire pour la 
réception varie suivant les apti- 
tudes spéciales des malades. 

Les syphilides peuvent reparaître 
sur les régions traitées par la cha- 
leur, mais à un degré très modéré, 
relativement aux régions non 
traitées. 

Le glutinopeptonate de sublimé 
contre la sjrphilis. — (Chlorhydrate 
de peptonate double de gélatine et 
de suDlimé). — Cette substance se 

Présente sous la forme d'une poudre 
l anche soluble, se conservant bien. 
Hufler l'a employée pour la médi- 



cation hyiwdermique dans les acci- 
dents secondaires et tertiaires de 
la syphilis. H a fait plus de 1,300 
injections; les résultats obtenus 
sont très bons. 

On n'a observé que 8 cas de réci- 
dive. Et encore ces récidives ne sont 
survenues que chez des sujets qui 
n'ont eu que peu de glutinopepto- 
nate injecté (de 10 à 12, au lieu de 
la moyenne de 20 seringues), ou 
qui ne se sont pas traités régulière- 
ment. En tout cas il faut continuer 
les injections au moins pendant 
quati-e semaines pour se mettre à 
l abri des récidives. 

Les injections sont faites avec la 
solution suivante : 

Chlorhydrate de glutinopepto- 
nate sublimé (à 25 % de sublimé) 

solide 4 grammes. 

Eau distillée (ou de fontaine; 
q. s. p. f. 100 cent. c. 
M. D. — Filtrez (en cas de besoin); 
— chaque seringue de Pravaz con- 
tient gr. 01 de sublimé. 

.S. — A injecter une seringue par 
jour. 

Les injections sont très peu dou- 
loureuses; dans la plupart des cas, 
elles sont môme absolument indo- 
lores. On n'a jamais obser\'é d'abcès 
à la suite de ces injections; huit 
malades seulement ont présenté une 
légère inliltration au lieu d'injec- 
tion. 

Les manifestations spécifiques 
(surtout les plaques muqueuses) 
disparaissent en peu de temps. 

L'acide salicylique comme tœnl- 
fuge. — Ozezowski a employé 
l'acide salicylique comme taenifuge, 
et avec succès : 

La veille, suppression du repas de 
midi. Le soir, le sujet absorbe 30 
grammes d'huile de ricin, et, le len- 
demain nititin, 15 grammes. Une 
heure après, on lui fait prendre 1 
gramme d'acide salicylique, puis 
d'heure en heure, trois autres 
grammes (un gramme par prise), 
c'est-à-dire en tout 4 grammes. Si 
une heure après la dernière prise 
d'acide salicylique, le sujet n'a pas 
rendu son ver solitaire, on lui fait 
absorber une nouvelle dose de 15 
grammes d'huile de ricin. Il est rare 
que le lœnia ne soit pas expulsé à 
la suite. 

De l'emploi du chloral comme 
hypnotique chez les cardiaques. — 

Pour vérifier l'action hypnotique 
du chloral hydraté- chez les car- 
diaques, rejeté par les uns comme 
dangereux et roroiiiniandé par 
d'autres qui n'ont eu qu'fi s'en 
louer, N.-A. Vérechtchaguine a 
I prescrit ù 21 malades (7 insuffi- 



194 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



sances mitrales, 11 insuffisances 
aortiques, 1 rétrécissement aortique 
et 2 rétrécissements mitraux) le 
chloral hydraté, à prendre, pendant 
plusieurs 'jours consécutifs, (à la 
dose de 1 gr. 85-2 grammes par 
jour ; les malades recevaient en 
même temps des toniques car- 
diaques — digitale et adonis ver- 
nale, — ce qui masquait un peu 
l'action propre du chloral. Pendant 
toute la durée de l'observation on 
nota chez les malades la tempéra- 
ture, le pouls, la respiration, la 
pression sanguine (sphygmoraano- 
mètre de Basch\ la quantité de l'u- 
rine et le poids du corps. 

Les résultats obtenus sont satis- 
faisants : à la dose de 1 gr. 20, 
1 gr. 80, l'administration du chloral 
hydraté fut suivie IdTun sommeil 
tranquille, scuis que le cœur s'en 
ressentît défavorablement. 

La stérilisation de l'eau salée et 
son emploi chirurgical. (Tavel.) — 
La solution employée est la solu- 
tion physiologique, à 7 pour 1,000, 
portée à l'ébullition pendant une 
heure. Les motifs qui ont fait adop- 
ter ce liquide sont les suivants : 
d'abord, les solutions salées ont un 
pouvoir antiseptique positif; .puis 
l'adjonction de sel à l'eau élève son 
point d'ébullition, ce qui a de l'im- 
portance en vue de la stérilisation; 
en outre, l'eau salée dissout plus 
facilement le sublimé que reau 
ordinaire ; les mains des chirur- 
giens sont ainsi mises à l'abri des 
altérations qui résultent habituel- 
lement de l'emploi prolongé et 
réitéré des solutions antiseptiques. 
Enfin, tandis que l'eau irrite les 
tissus et nuit à leuns propriétés 

Shysiologiques, l'eau salée, en 
iluant les sucs de l'organisme, ne 
leur enlève peis leurs propriétés 
bactéricides, et ne nuit en aucune 
façon à la faculté de résorption de 
certains organes tels que le péri- 
toine. 

Pilocarpine contre l'ôclampsie 
poBt-parturiente. — Il y a déjà 
plusieurs années, M. Strisover rap- 
ports 6 cas d'éclampsie post-partu- 
riente traités avec succès par des 
injections sous-cutanées oe pilo- 
carpine. Le môme a traité avec 
succès quatre nouveaux cas d'é- 
campsie. Il se sert de la solution 
suivante : 

Chlorhydrate de pilocarp. gr. 06 
Eau distillée 30 ^r. 

M. S. — A injecter une seringue 
de Pravaz à chaque accès d'éclamp- 
sie jusqu'à disparition du myosis : 
tout le temps que persiste le' rétré- 
cissement des pupilles, on ne peut 



se croire à Tabri d'un nouvel accès. 
L'affaibli ssenient de l'énergie car- 
diaçiue ne contre-indique pas l'em- 
ploi de la pilocarpine. 

Tratement des ulcères ( Bedford 
Brown). - L'auteur recommande 
pour le traitement des ulcères et 
des plaies gangreneuses. les applica- 
tions d'ouate imbibée de la solution 
suivante : 

Sulfate de zinc 3 gram. 75 

Eau distillée i-^ 600 — 

Acide sulfurique dilué 15 — 

La ouate doit être changée tou- 
tes les 3 heures. La première ap- 
plication de ce pansement sera 
précédée d'un lavage des parties 
afl'ectécs à l'eau cnaude (43*,3 -C). 
Cette solution est douée de pro- 
priétés antiseptiques et fait rapide- 
ment disparaître la fétidité. 

L'huile grise dans le traitement 
de la syphilis. —On désigne, sous 
le nom d'huile grise, une prépara- 
tion mercurielle dans laquelle le 
mercure est à l'état de division par- 
faite et tenu en suspension dans 
un corps gras liquide. 

Préconisée par Lang (de Vienne» 
en 1887, elle a bientôt rallié comme 

g artisans : Neisser, Brousse et 
AY, JULLIEN, BaLZER, BARTHÉLÉMY, 

Thibœrge, etc., qui, successivement, 
ont modifié la première formule 
indiquée par Lang. Nous n'insis- 
terons pas sur les anciennes for- 
mules. La plupÉurt des Syphiligra- 
Fhes se servent aujounrhui de 
huile grise stérilisée, préparée par 
Charlard-Vicier et titrée à 40 % 
de mercure. 

L'huile grise de Vigier à 40 % est 
livrée de préférence en petits fla- 
cons stérilisés d'environ 2 cent, 
cubes et de 4 cent, cubes; im centi- 
mètre cube correspond à gr. 50 
centigrammes de mercure, et une 
division de la seringue de Pravaz 
à gr. X)25 milligrammes. Mais, 
pour avoir un dosage exact, on ne 
saurait trop engager les médecins 
à se ser\'ir de la seringue spéciale 
du D^ Barthélémy. Cette petite 
seringue est divisée en 15 divisions. 
Chaque division correspond exacte- 
ment à 1 centigramme de mercure 
métallique, qui est, pour l'adulte, la 
dose quotidienne minima. — L'ai- 
guille, en platine iridié, a 5 centi- 
mètres de longueur. Pour les per- 
sonnes grasses, il faut préférer celle 
de 7 centimètres, afin que l'injection 
soit bien faite en plein muscle. 

On chauffe légèrement le flacon, 
pour liquéfier l'huile grise qui doit 
être concrète, et on agite. — On 



MÉDICATIONS NOUVELLES. 



195 



llambe VaiguiUe, on charge la se- | 
rinpue stérilisée {par la suite la 
seringue étant consacrée spéciale- 
ment à ce genre d'iniections, il est i 
inutile de f$térilis&r le corps de la 
seringue, qui reste aseptique, le 
mercure étant lui-même un anti- 
septique puissant), et après net- 
toyage soigneux de la peau, par le 
savonnage ou bien au moyen de 
Teau au sublimé, de l'alcool pur et 
de Téther, on enfonce, d'un coup 
brusque, l'aiguille, presque per- 
pendiculairement, en plein muscle, 
& une profondeur moyenne de 5 
centimètres; s'il ne sort pas de sang, 
on adapte la seringue chargée et 
on pousse lentement l'huile, de fa- 
çon que toute la dose reste bien au 
sein des tissus et qu'il ne s'en glisse 
pas, même une goutte, dans le tra- 
jet de l'aiguille, car toutes les nodo- 
sités sont dues à la présence de 
rhuile en dehors des masses mus- 
culaires. Cela fait, on retire l'ai- 
guille d'un mouvement rapide, et, 
après avoir rompu le parallélisme, 
on place, sur l'oriflce de la piqûre, 
une rondelle d'emplâtre ou épi- 
thème borique de Vigier, 

Les injections doivent se faire 
dans la région fessière : 

V De préférence au Point de Bar- 
thélémy, çitué sur le milieu d'une 
ligne allant de Vévine iliaque anté- 
ro-supérieure à Xextrémité supé- 
rieure du pli inler-lessier, et qui 
répond h peu près exactement au 
bord externe du muscle grand {es- 
sier. — Cette zone a la forme d'un 
croissant dessiné par la saillie de 
ce muscle, et dans ce disque et 
croissant on peut facilement juxta- 
poser les trois piqûres alternatives 
qui constitutent, pour chaque fesse, 
la série moyenne, c'est-à-aire 6 in- 
jections. 

2* Au point de Galliot, situé à 
l'intersection d'une ligne horizon- 
tale passant & deux travers de doigt 
au-dessus du grand trochanter et 
d'une ligne perpendiculaire qui est 
parallèle au pli in ter - fessier et 
passe à deux travers de doigt en 
dehors de lui. 

V Au voint de Smimoff — à un 
travers de doigt en arrière de la 
partie supérieure du grand trochan- 
ter {région rétro-trochantérienne). 



A* Au point de Foumier, qui cor- 
respond au 1/3 supérieur de la fesse. 

Il ne faut jamais piquer en pleine 
fesse, qui constitue la zone dange 
leuse des nerfs et des gros vais- 
seaux À éviter, ni dans la partie in- 
•BUi 9[ paissB.s aiianbBi ans aanau'^j 
lade. 

Les doses à iniecter. — Elles sont 
forcément variables, selon les cas, 
le sujet, le poids, les périodes et les 
accidents. — Pratiquement, elles 
doivent être faites par séries de 6, 
espacées de 8 jours. Après 6 semai- 
nes de traitement, on accordera 
semaines de repos au malade. 

La dose moyenne de chaque 
injection est, pour Vhomme adulte, 
tous les huit jours, 8 centigrammes 
de mercure métallique, ou 8 divi- 
sions de la seringue Barthélémy. 
(La dose double, comprenant la 
totalité de la seringue, a été faite 
sans inconvénient, chez l'homme 
adulte doué de bons reins et d'un 
bon foie, dans les cas graves ou 
l'hémiplégie, par exemple, était me- 
naçante). — Pour la femme, 6 à 7 
centigrammes. — Pour Veniant, au- 
dessous de 3 ans, 1 centigramme. 

Pendant la première année, on 
traitera 8 mois sur 12; six mois sur 
12 pendant la seconde, et -4 mois sur 
12 pendant les troisième et qua- 
trième années. — Les années sui- 
vantes, de temps en temps, selon les 
accidents et les indications, en 
-moyenne une année sur guatre. 

Dans le cours de certaines gros- 
sesses, il peut être utile de prati- 
quer, dès le début de la gestation, 
une piqûre de 77 centigrammes tous 
les mois, à condition qu'il n'y ait 
pas d'albumine. 

Faites dans ces conditions, les 
injections d'huile grise sont tou- 
jours parfaitement supportées. La 
douleur est nulle; la piqûre de l'ai- 
guille est insignifiante, si on a le 
soin (le l'enfoncer d'un coup brus- 
que. La douleur consécutive n'existe 
pas, avantage inappréciable, «i l'on 
songe aux douleurs provoquées ;^ar 
les autres sels mercuriels insolu 
blés, en particulier par le calomel. 
Quelques malades accusent simple- 
ment un peu d'engourdissement de 
la jambe pendant 24 à 48 heures. En 
tout cas, aucun n'est jamais obligé 
d'interrompre ses occupations. 



* • " "^ '^ 



196 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



FORMULAIRE 



Traitement médical des fibromes, 

Aux femmes atteintes de fibromes 
utérins, on fait prendre, le matin, 
à jeun, 50 centigrammes de poudre 
de Sabine, en une seule fois, et cela 
pendant plusieurs années, en sus- 
pendant l usage du remède pendant 
trois semaines tous les deux mois. 
— Séjour au lit, pendant toute la 
durée des règles. — Sous l'innuence 
de ce traitement, les douleurs ces- 
sent \ le corps fibreux diminue ; les 
bcgoms d'uriner s'éloignent ; la 
constipation disparaît et les mens- 
trues s'établissent régulièrement. — 
Pendant la belle saison, cure de 
six semaines h deux mois de durée, 
aux eaux thermales chlorurées, 
telles que Salins et Salies-de-B6arn. 

Contre la pigmentation des 
femmes enceintes. 

Beurre de cacao \ .». ^r, „^ 

Huiledericin ) ^^ '^ ^'^• 

Oxyde de zinc pur gr. 30. 

Oxyde mercuriq. jaune. . . gr. 15. 

Essence de rose goutte . 

M. D. S. —A frictionner deux fois 
,par jour, les parties du corps 
affectées. 

Coi^tre là coqueluche. 

(Bêall:) 

Th;ymol 1 gr. 20 

Acide phénique 15 gr. 

Essence de sassafras ) 
— d'eucalyptus... / 

Goudron liquide } àâ gr. 50 

Essence de térében- l 

thine J 

Ether. 4 3 gr. 75 

Alcool q. s. p. f . 90 gr. 

M. D. S. — Verser 30 gouttes 
environ sur un mouchoir que vous 
mettrez autour du cou de l'enfant ; 
renouveler l'application toutes les 
deux ou trois heures. 

Dans les cas graves, remplacer 
les inhalations par l'administration 
à l'intérieur de la potion suivante : 



Acide phénique gr. 20 

Bromure de sodium.... 3 gram. 

Teinture do belladone... 20 goût. 

Glycérine 10 gram. 

Eau distillée... q. s. p. f. 60 gram. 

M. D. S. Adonner, toutes les deux 
à trois heures, une cuillerée à café 
(enfants de trois à quatre ans). 

Contre le coryza des enfants. 

(Atkinson). 

Chlorhydrate d'ammo- 
niaque 4 gv. 

Sirop de scille ) .^A |a ,_,. 

Sirop d'ipéca 1 ^^ ^^^'^ 

Teinture d'opium cam- 
phrée 2 gr. 

Siropdetolu q. s. p. f. 120 gr. 

M. D. S. — A prendre, par cuil- 
lerée à soupe, toutes les trois 

heures. 

Suppositoires contre la dys- 
ménorrhée. 

(Lltalîd) . 

Phénacétine gr. 20 

Extrait de chanvre in- 
dien gr. 015 

Extrait de belladone. gr. 015 

Beurre de cacao 5 grammes. 

Pour un suppositoire en intro- 
duire un tous les soirs, à partir du 
cinquième jour avant les règles. 

Contre les coliques menstruelles. 

Acétate d'ammo-. 
niatjue 6 grammes. 

Infusion de fleurs 
de sureau et co- 
quelicots 120 — 

Eau de fleurs d'o- 
ranger 14 grammest 

Sirop de morphine. 20 — 
Mêlez. — 2 à4 cuillerées parheure, 

contre les coliques qui précèdent 

ou accompagnent l'écoulement des 

règles. 



X. pcnnoux, maçon 



OBSTÉTRIQUE 



^OBSTÉTRIQUE NOUVELLE 

Dans un travail où il se propose de fixer les idées actuelles sur 
le mécanisme de l'accouchement normal, le D' Démelin s'exprimo 
ainsi : « Il est permifs de se demander si Ton parviendra ô 
s'entendre sur un vocabulaire unique pour tout le monde (1). » 

Pourquoi se désespérer ? Le travail désiré n'est-il pas déjà 
très avancé à voir le soin que les maltrea accoucheurs apportent 
ù conser\''er à chaque mot son acception propre, à chaque définition 
sa rigueur scientifique? La tradition se perdrait-elle? — pas une 
page du travail de l'auteur qui ne témoigne du contraire. En voici 
la preuve : 

« L'analyse anatomique, écrit l'auteur (page 186), montre le 
pelvis obstétrical divisé en deux départementâ superposés ou 
plus exactement réunis comme les deux fragments d'un tuyau 
cylindrique soudés à angle droit, La circonférence de soudure 
étant oblique,.. »» 

Comme en termes précis ces choses-là sont dites! 

Département! Combien l'accoucheur galant ajoutera-t-il à ses 
grâces en disant à sa chère parturiente : « Votre département 
inférieur s'agite trop, madame. » Ce terme vous a aussi un parfum 
administratif délicat. — Tuyau, un peu réediste, rappelle la fumis- 
terie, mois, (t tuijau cylindrique dont deux fragments se soudent 
à angle droit, suivant une circonférence » est parfait de précision 
géométrique. ' / 

Le cylindre, nouveau siècle, a de l'allure; il renie sans façon 
son proche cousin, bien décrépit, dont parlait autrefois le 
géomètre Legendre : qu'an rectangle avait engendré en tournant 
autour d'un de ses côtés immobiles et qui, impuissant, avait reculé 
devant une conjonction à angle droit suivant une circonférence. 

Autre surprise, page 191. 

Avec Balandin, sectionnons un bassin suivant un plan passant 
par la dernière vertèbre sacrée et les deux épines sciatiques. »... 
« cette coupe montre quatre massifs osseux séparés par quatre 
rég'ons de tissu mou. »... « or, cette coupe étant calquée et reportée 
sur une feuille de papier en grandeur naturelle, si l'on vient à 
inscrire entre les dessins des massifs osseux un ovoïde de papier 
transparent représentant exactement le décalque d'une circon- 
férence... » 

Cet ovoïde m'émeut; cet œuf, inscrit dans un quadrilatère et qui 
représente exactement le décalque d'une circonférence, est une 
révélation. 

Une rédaction aussi soutenue dans cette élégante précision fait 
présumer de la valeur intrinsèque du travail dont il est temps de 
donner une brève analyse. Aborder cette tâche est une témérité. 

(1) Archives de thérapeutique — 1" Qiaî 1908. 

13 



198 REVUE D'OBSTÉTUIQLE El' DE GYNÉCOLOGIE 



(( La tète, écrit l'auteur (page 188), dont les grands diamètres 
aiitéro-postérieurs étaient d'abord en rapport avec les transverses 
du bassin, tourne pour faire descendre ces diamètres antéro- 
postérieurs dans un des diamètres obliques du bassin, le gauche 
\e plus souvent. Pourquoi tourne-l-elle? Elle arrive en transverse 
au contact avec la face concave de l'axe antérieur pelvien. Elle 
offre à cette concavité une convexité de rayon plus grand; aussi 
touche-t-elle cet axe en deux pofnts et non davantage, situés de 
chaque côté de la ligne médiane, tandis que, dans l'intervalle de 
ces deux points, il reste un r/dc, entre la tête et l'axe antérieur. 
Ces deux points de contact ne peuvent donner qu'un équilibre 
instable, et les surfaces sont glissantes; aussi, sous l'action de la 
puissance (utérine) et de la résistance (due à l'arc antérieur) cet 
équilibre est-ii vilc^. ro.'ipu; la této tourne, nécessairement à la 
recherche d'mi équilibre plus stable, obtenu lorsqu'elle occupe le 
diamètre oblique du bassin, par la raison quà ce moment l'adap- 
tation se fait presque parfaite entre la c-oncavité de l'arc antérieur 
et la convexité correspondante de la tête, adaptation de forme 
produisant alors une multiplicité de points de contact qui fixe 
l'équilibre (Fochier). » 

Reprenons cet exposé. 

La tête touche en deux points et non davantage l'arc antérieur 
pelvien et se trouve en équilibre instable, dites-vous. Mais la tête 
ne se réduit pas à cette portion antérieure; ell-e s'étend latéra- 
lement et aus"5i en arrière. Quels sont ses rapports avec les régions 
latérales et postérieure du canal pelvien? Et l'utérus, que 
devient-il? La tête peut être incluse dans la cavité utérine; elle 
peut avoir franchi l'orifice du col. Incluse dans la cavité utérine, 
elle est en contact avec la paroi utérine el non avec l'arc antérieur 
pelvien; le segment inférieur de la matrice soutient €dors la tête 
fœtale et dans le sens exact du mot en ne peut pas dire que 
l'équilibre est instable. 

Quand la tête a franchi l'orifice du col, elle est encore soumise 
à l'action de la matrice qui s'exerce sur le tronc de l'enfant. Mais, 
acceptons l'hypothèse de la tête en équilibre instable sur l'arc 
antérieur pelvien ; si l'équilibre est rompu, un mouvement de 
rotation ne peut se produire que sous l'influence d'un couple. 
Quels sont les éléments de ce couple? Où sont les deux forces 
parallèles et de sens contraire qui agissent sur la tête fœtale pour 
amener sa rotation. Dire que la tête cherche à adapter sa convexité 
à la concavité de l'arc antérieur pelvien n'est pas une explication 
scientifique, la tête ne cherche rien; elle obéit à des forces qui la 
font progresser; qui lui impriment les mouvements nécessaires 
pour obtenir ce résultat. 

Si elle s'accommode, comme disait le professeur Pajot, c'est 
qu'elle est sollicitée par des forces dont il faut expliquer l'action. 
La constatation d'un fait n'est pas son explication. 

Il y a douze nns, nous avons donné, après une étude minutieii- 



AU MOMENT d'uN ACCOUCHEMENT 199 

sèment faite, une explication mathématique du mécanisme du 
mouvement de rotation de la tête, ou plus exactement de l'ovoïde 
fœtal. Dans les bulletins de la Société obstétricale et gyné<:ologique 
de Paris on trouvera les objections qui furent formulées et les 
réponses à ces objections. 

Pour nous, quand la tête est fléchie, le menton en rapport avec 
le sternum, la tête est immobilisée sur le tronc; elle ne peut pas 
tourner sans entraîner le tronc et réciproquement : tête et tronc 
forment bloc. Le grand mouvement de rotation interne n'est pas 
localisé à la tête fœtale, ne peut pas Tôlre. Pour arriver à bien 
comprendre son mécanisme et à l'expliquer, il convient de l'étudier 
dans son ensemble et pas uniquement dans un de ses effets. Il 
faut donc tenir compte des rapports de l'ovoïde fœtal avec les 
parois du canal à traverser et ne pas noter seulement ceux d'un 
des pôles de cet ovoïde. 

A la fin de son travail, l'auteur propose une .terminologie 
nouvelle, très ingénieuse. N'ayons garde de le distraire du fregma 
et du Nasion. 

Marius Rey. 



CE QU'IL FAUT PRESCRIRE AU MOMENT D'UN 
ACCOUCHEMENT 

Tout médecin appelé à faire ou à surveiller un accouchement, 
s'il ne veut pas être pris au dépourvu, doit écrire sur une ordon- 
nance une liste des objets et substances nécessaires qu'il remettra 
à la garde ou aux parents de l'accouchée {Presse médicale^ 6 sep- 
tembre 1902). 

Voici en outre les objets nécessaires : 

l*' Bassin plat ou mieux cuvette de bidet en faïence à fond plat; 

2" Injecteur en métal émaillé pouvant se tenir à la main, s'ac- 
crocher au mur, se poser sur une table, d'une contenance de deux 
litres, avec deux canules en verre, droites, à bout olivaire, non 
percées à l'extrémité de l'olive, seulement sur les côtés, 1 m. 50 de 
tube caoutchouc; 

3** Deux toiles cirées blanches très souples de 1 mètre sur 
1 mètre pour garnir le lit; 
4<» Bande de flanelle de 1 m. 10 de long sur m. 60 de large; 
5® Ouate ordinaire non glacée, 5<30 grammes; 
6<> Epingles anglaises en acier, grand modèle, une botte; 
7" Grand bain de pieds ou petite baignoire pour le bébé; 
8® Cruchon pour servir de boules-chaufferette; 
9® Petit pinceau de blaireau-, 



2<X) REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

10® Deux ou trois brosses à ongles en chiendent, neuves» 
Reproduire sur chaque boîte ou fiole l'ordonnajice la concernaBL 
Placer en évidence Tétiquetle (( poison » : 

1^ Bichlorure de mercure 12 grammes. 

Acide tartrique finement pulvérisé 15 — 
Solution alcooliséq concentrée de 

bleu de méthylc 1 cent, cube 

Mêler la masse au mortier et diviser en 50 paquets, 1 paquel 
pour un litre d'eau tiède bouillie. 

2° Permanganate de potasse en poudre. 15 grammos, 

3® Poudre de salol 25 — 

4® Poudre d'acide borique 300 — 

En 15 paquets, 1 paquet pour un litre d'eau bouillie. 
5<> Paquets d'ouate hydrophile stérilisée 

de 125 grammes. 

5 à 6 paquets par jour. 

6<» Vaseline boriquée 40 grammes. 

En deux pots distincts. 

7® Farine de moutarde 500 grammes. 

Dès le début des douleurs le médecin devra donner les ordres 
suivants : 

1^ Administrer à la malade un lavement d'eau tiède; 

2® Donner une injection de sublimé; 

3» Faire chauffer de l'eau jusqu'à ébullition en abondance, et la 
laisser refroidir dans un vase ébouillanté recouvert d'une ser- 
viette; 

4° Préparer le feu dans la chambre et dans la chambre voisine; 

S'» Débarrasser la chambre de tous les objets encombrants et 
fragiles, et des tapis, y apporter une table pour disposer les 
médicaments, une ou. deux vsuvettes, un seau de toilette, les 
brosses à ongles et le savon, plusieurs brocs remplis d'eau 
bouillie froide et chaude, le bassin et l'injecteur; 

6<* Apporter à proximité un gros paquet de serviettes et de draps; 

7^ Préparer le lit avec les garnitures imperméables; 

8** Natter très serrés les cheveux de la malade; 

9<» S'assurer du bon fonctionnement des lampes; 

10° Préparer le berceau. 

{Bulletin de thérapeutique, 30 avril 19n:i,) 




APPENDICITE ET OVARO-SALPINGÏTE 201 

GYNÉCOLOGIE 

APPENDICITE ET OVARO-SALPINGITE 
par R. PicHEviN 

Je ne veux pas envisager la question de l'appendicite et des ovaro- * 
salpingites dans son ensemble. Aussi bien l-es relations qui existent 
entre Fappendice et les annexes de Tutérus ont-elles été déjà traitées 
à maintes reprises et d'une façon magistrale, au point de vue 
symptomatique. Vous connaissez tous les difficultés qui peuvent 
surgir dans la pratique^ quand on est en présence d'une femme qui 
souffre dans le bas ventre, à droite, d'une façon plus particulière. 
Tantôt on est en présente d'une appendicite. Tantôt il s'agit d'une 
ovaro-salpingite. Dans d'autres cas, il existe en même temps une 
inflammation des trompes et des ovaires. 

Les éléments principaux du diagnostic différentiel ont été sou- 
vent donnés. Il n'y a rien à y ajouter. 

Jo désire simplement vous exposer quelques cas que j'ai bien 
observés et qui peuvent jeter un peu de lumière sur la pathogénie 
de certaines annexites et de quelques ovaro-salpingites. 

Il est tout d'abord un fait que l'observation journalière apprend 
et que les statistiques précisent, je veux parler de la fréquence 
moins grande de l'appendicite chez, la femme. Sur ÏOO malades 
atteints d'une inflammation de l'appendice, on trouv-e 22 femmes et 
78 hommes. 

Dans cette question de fréquence de l'appendicite, la prédomi- • 
nance du sexe masculin ressort manifestement du simple examen 
des chiffres précédents. 

Cependant, a priori, il ne devrait pas être ainsi. La femme est 
exposée comme l'homme, aux mômes causes d'appendicite. De plus, 
ses annexes droites en rapport, comme il sera bientôt dit, avec 
l'appendiice vermiculaire, .peuvent propager l'inflammatâon des 
organes génitaux vers cet organe ruâimentaire. Il semblerait donc 
que la femme dût être plus souvent atteinte d'appendicite que le 
sexe masculin. Or, il n'en est rien. C'est le contraire qui est exact. 
On verra que l'on a trouvé, une ingénieuse mais peu exacte hypo- 
thèse pour expliquer ce fait en apparence paradoxal. 

Au cours des laparotomies les opérateurs furent frappés de la 
coexistence des lésions appendiculaires etl ovaro-salpmgiennes. 
D'autre part, en 1892, Clado attira l'attention sur les liens qui unis- 
.sent, selon lui, l'appendice aux annexes droites de Tutérus. Il 
écrivait dans sa communication à la Société de Biologie : « En 
relevant l'appendice iléo-cœcal, on peut voir qu'il se forme un repli 
péritonéal partant du méso-appendice pour se continuer avec 1« 
bord supérieur du ligament large. )> Ce ligament serait constant 
chez la femme. En 1895, Durand confirmait cette donnée anato- 
mique. 



202 REVUE d'obstétrique et de 0YNÉC01X)GIE 

Clado décrivant les lymphatiques de Tappendice fait remarquer 
que ceux-ci suivent le méso-appendi'ce et vont se jeter dans le gan- 
glion appcndiculaire. a En injectant ces lymphatiques, soit avec 
des matières colorantes, soit avec le mercure, deux fois j'ai pu cons- 
tater une communication évidente avec les lymphatiques utéro- 
ovariens, c'est là un point fécond en déductions pathologiques.., » 

On remarquera que Clado n'a constaté ces anastomoses que deux 
fois. En 1897, je disais que de nouvelles recherches étaient néces- 
saires pour confirmer l'existence de ces lymphatiques. 

D'un autre côté, on signalait la fréquence de la situation basse 
de l'appendice chez la femme ( 5 0/0 des cas Fergusson. Barnsby 
32 0/0. LaXforgue 20 0/0). Cet organe vient se placer, dans un cer- 
tain nombre de cas, dans le Douglas; parfois situé moins profon- 
dément il se met simplement en contact avec le ligament large 
droit. 

Les relations celluleusos, séreuses, vasculaires qui unissent 
l'appendice ii l'ovaire et à la trompe du côté droit, les rapports de 
contiguïté des annexes utérines et de l'annexe intestinale expli- 
quent, disent certains autours, le retentissement de l'inflammation 
appcndiculaire aux trompes et aux ovaires et vice versa. 

Treub eut une conception origmale. Elle avait l'avantage de 
donner l'explication ûe la moindre fréquence de l'appendicite chez 
la femme, malgré les étroites^ relations anatomiques qui unissent 
l'appendice à l'ovaire et la trompe droites. 

Ce gynécologiste disait : Si la femme est relativement préservée 
des attaques venues du tube digestif et qui agissent sur l'appendice, 
c'est que les micro-organismes qui pénètrent dans ce dernier organe 
trouvent une voie de décharge toute ouverte. Ils suivent la voie 
lymphatique et passent du côté des organes génitaux internes par 
les lymphatiques qui font communiquer l'appendice avec ces 
organes génitaux internes. L'appendice serait ainsi garanti contre 
l'inllammation. Par conire, ajoutait Treub, les femmes auraient 
dos paramétrites consécutives au transport dans le petit bassin des 
germes pathogènes contenus dans l'appendice. 

Si cette théorie était vraie, et elle ne l'est pas, je m'empresse de 
le dire, les femmes qui ont subi l'ablation des annexes droites 
devraient être plus souvent exposées à l'appendicite que celles qui 
conservent l'intégrité de leurs organes génitaux. En coupant les 
voies de communication lymphatique entre l'appendice et les 
annexes du côté droit, on devrait déterminer une accumulation de 
microbes dans l'appendice et par le fait de la suppression de la 
décharge microbienne, donner lieu, dans un certain nombre de cas, 
à une inflammation annexielle. 

Je n'ai observé qu'un cas d'appendicite chez une malade qui 
n'avait plus ses annexes utérines du côté droit. Je vous demande la 
permission d'exposer cette intéressante observation qui est un 
exemple très rare d'évacuation du pus appcndiculaire par le vagin. 

J'avais pratiqué par la voie vaginale l'ablation de l'utérus et des 



APPENDICITE ET OVARO-SALPINGITE "203 

annexes à une femme encore jeune. J'avais laisse» dans la cavité 
pelvienne un ovaire qui m'avait paru sain. Cette opération qui 
remonte à 6 ou 7 ans avait donné un excellent résultat. Je, n'avais 
plus entendu parler de la malad-e depuis longtemps, quand je reçus 
un mot d'un confrère qui me priait de me rendre près de mon 
ancienne cliente atteinte, m'écrivait-il, de troubles péritonéaux dont 
l'origine était du côté de l'ovaire. Le rendez-vous était fixé à tro^'s 
ou quatre jours. 

Quand je fus auprès de la malade, la situation m'apparut d'emblée 
très grave. L'aspect de la patiente, son amaigrissement, ses dou- 
leurs, l'élévation thermique très marquée, la fréquence de sou 
pouls, les vomissements, sa langue sèche et rugueuse indiquaient 
le danger que courait cette femme atteinte depuis 10 ou 15 jours 
d'une crise aiguë. Le début des accidents avait eu l'instantanéité 
classique. Dans la fosse iliaque droite, empiétant sur le flanc droit 
ci aussi sur la région hypogastrique, existait une énorme collection 
liquide qui soulevait la paroi abdominale. 

Le toucher vaginal me fît constater l'existense d'un dôme très 
élevé, très tendu, formé par la paroi vaginale. La fluctuation était 
perçue a ce niveau quand on pratiquait le toucher bi-manuel, mais 
lu collection ne bombait pas du 'côté vaginal. Les doigta avaient 
peine à atteindre la voûte vagina'e élargie et très haut située, 
maintenue probablement dans cette situation élevée par les an- 
ciennes adhérences consécutives à l'hystérectomie. 

Le diagnostic n'était pas douteux. Il s'agissait d'une appendicite 
et non pas d'une inflammation annexielle. L'ovaire laissé seul 
en place ne pouvait pas avoir été silencieux pendant des années et 
rentrer subitement en scène avec cette violence et cette brusquerie. 
En outre, la collection était nettement abdominale. 

J'avais vu la malade vers 6 heures du soir et je devais l'opérer le 
lendemain matin, quand dans la nuit elle perdit par le vagin plus 
d'un litre de pus d'une extrême fétidité. 

Le pus fut évacué par le lieu de moindre résistance. La cicatrice 
vaginale fut la soupape de sûreté qui s'ouvrit spontanément et qui 
sauva peut-être cete malade d'une péritonite généralisée suraiguë. 

Des dilatations vagino-abdominalcs n'assurèrent pas l'évacua- 
tion de la collection purulente. La nécessité s'imposait d'ouvrir la 
collection par la voie abdominale. Je constatai de nombreuses adhé- 
rences autour du caecum et me contentai de l'évacuation, sans 
rechercher l'appendice. La malade guérit bien. Mais au bout d'un 
certain temps il se produit une fistulette abdominale qui pénétrait 
assez profondément dans le ventre. 

Je dus pratiquer une seconde laparotomie pour aller à la- 
recherche de l'appendice, cause de la persistance de la légère 
suppuration et du retour de quelques douleurs. L'opération 
démontra que c'était bien l'appendice qui était en jeu. La fistulette 
aboutissait à cet organe. Il n'y avait rien ailleurs. 

Si je vous ai cité un peu longuement cette observation, c'est 



204 REVUE d'odstétrique et de gynécologie 



qu'elle est un rare exemple d'évacuation d'une collection appen- 
diculaire par la cicatrice vaginale consécutiv«e à une hystérectomie. 

C'est aussi pour insister sur ce fait que la suppression des annexes 
n'est pas une cause fréqu-ente d'appendicite, comme on serait tenté 
de le croire si on adoptait la théorie de ïreub. J'ajoute que les 
paramélrites d'origine intestinale, admises par cet auteur, sont 
plutôt rares. 

Mais, pour renverser Thypotèse do Treub, il est d'autres 
arguments plus décisifs. 

Le ligament appendiculo- ovarien qui n'est, en somme, qu'une 
dépendance du ligament suspenscur de l'ovaire (His. Waldeycr), 
ce ligament se continue avec le mésosalpinx. Au niveau du 
détroit supérieur, le péritoine présente quelques replis peu 
importants, visibles chez le nouveau-né. A droite, Treitz a décrit 
le repli qui se rend sur le mésosalpinx sous le nom de plica 
génUo-entcrica. C'est le même repli décrit sous le nom d'appcn- 
diculo-pelvien. Mais ce ligament, d'après Rieffel, n'existerait pas 
chez la femme adulte. Ce résultat négatif confirme les travaux 
de Bérard, de Bamsby et de Souligoux, qui n'ont pas rencontré chez 
la femme ce pli péritonéal. 

Quant aux anastomoses entre les lymphatiques de l'appendice 
et ceux des organes génitaux, ils n'existent pas. Les lymphatiques 
de l'appendice, comme les derniers travaux de Cunéo et de 
Marcille l'ont démontré, n'ont aucune communication avec ceux 
des ovaires, des trompes ou de l'utérus. Ils suivent des voies 
différentes et se rendent à des ganglions différents. 

Il faut donc chercher ailleurs l'explication de la fréquence 
relative des adhérences de l'appendice aux annexes droites, comme 
on peut le constater au cours des laparotomies pour ovaro-sal- 
pingites. 

I. — L'ovaro-salpingite peut simplement coïncider avec Tannexite 
et réciproquement, sans qu'il y ait nécessairement un rapport de 
cause à effet entre ces deux affections. Il n'est pas défendu à une 
femme atteinte d'une inflammation annexielle chronique, par 
exemple, d'être subitement atteinte d'une appendicite qui a pour 
cause les microbes ordinaires et les causes vulgaires de cette 
maladie. 

Une femme atteinte d'appendicite depuis un temps plus ou moins 
long, peut avoir la blennorragie, une métrite gonoccoccique et une 
inflammation annexielle du côté droit 

J'ai eu l'occasion d'observer des faits de ce genre. Une malade 
qui avait un long passé pathologique du côté du gros intestin 
(colite muco-membraneuse, troubles dyspeptiques, corde colique), 
présentait nettement une appendicite à forme chronique. L'organe 
était gros et nettement douloureux au point de Marc Burnay. Mais 
je constntais en outre, du côté droit, une masse ovaro-salpingienne, 
séparée nellenient de l'épaississemcnt appendiculaire. Je concluais 



APPENDICITE ET OVARO-SALPINGITE 205 

qu'il y avait en même temps une appendicite et une inflammation 
annexielle. 

La lapar(3tomie faite dans la position de Trendelenburg, fit 
reconnaître la coexistence des deux lésions et leur indépendan<re. 

II. — Dans la majorité des cas, c'est Tannexite qui est le 
primuni movens, c'est elle qui produit l'inflammation de l'appen- 
dice. 

Point n'est besoin d'invoquer des communications- lymphatiques 
spéciales entre l'appendice d'un côté et les trompes et les ovaires 
de l'autre. De même que l'inflammation tubo-ovari^nne détermine 
des adhérences des trompes et des ovaires avec une frange 
épiploïque, avec l'épiploon lui-même ou l'intestin, de même la tubo- 
ovarite est susceptible de se propager à l'appendicite par contiguïté 
des tissus. 

Il a été dit plus haut que dans un certain nombre de cas 
l'appendice se trouvait proche ou en contact immédiat avec les 
trompes et les ovaires. Cette éventualit-é permet de saisir ïa 
pathogénie de l'appendicite secondaire. L'inflammation se propage 
(!c proche en proche, le long du péritoine, et atteint l'appendice 
qui est à petite distance. Des fausses membranes s'établissent 
entre la partie périphérique de l'appendice et la tumeur ovaro- 
salpingienne. Il se peut que dans ces fausses membranes se pro- 
duisent des lymphatiques de nouvelle formation, suivant une loi 
générale constatée dans les néo-membranes inflammatoires de la 
cavité abdominale. 

L'appendice peut être atteint simplement par sa pointe ou être 
engloba dans toute sa longueur. Les lésions qui débutent à la 
périphérie, se propagent de dehors en dedans et peuvent être 
très marquées du côté de la muqueuse. D'où le précepte d'enlever 
tout appendieo qui présente des adhérences même légères avec les 
ovaires et les trompes, ce qui est peut-être exagéré. 

Les constatations anatomo-pathologiques, les résultats de l'explo- 
ration abdominale au cours des laparotomies, l'histoire de la 
maladie démontrent, dans un certain nombre de cas, que l'inflam- 
mation a bien commencé par les annexes. 

Au point de vue bactériologique, les investigations peuvent 
aboutir à une précision plus grande. C'est ainsi qu'on a pu trouver 
autour de l'appendice malade, des gonoccoques qui avaient d'abord 
provoqué une inflammation blennorragique des annexes droites. 

Dernièrement j'ai pu constater la marche de l'inflammation des 
trompes vers l'appendice. Il s'agissait d'une femme qui avait fait 
une fausse couche, peut-être criminelle, et qui avait été apportée 
à la salle Lenoir, dans un état alarmant. Le curage avai été fait. 
L'amélioration avait été nette. Quand tout ù coup la malade eut 
une phlegmatia alba dolens gauche et, quelques jours après, une 
embolie mortelle. 

A l'autopsie, on constata les lésions veineuses très marquées à 
gauche (phlébite énorme, etc.); à droUe la trompe augmentée de 



20fi REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



vulunie, suppiirée, otait très adh^renle à Tappendioe un peu aug- 
iiicnt<^ de volume et enflammé. Autour de l'appendice existait une 
grosse collection suppurée. L'appendice et la trompe étaient accolés 
intimement. Quand on voulut les séparer on put remarquer que 
les parois tubaire et appendiculaire étaient ulcérées et que les 
deux organes communiquaient. 

•Voilà un cas où l'infection puerpérale avait atteint graveniei)t 
la trompe. 

L'inflammation s'était propagée à l'appendice. 

IIL Plus rarement l'appendicite peut être la cause d'une annexite. 

La paramétrile, d'origine appendiculaire, est exceptionnell-e. (le 
qui existe moins rarement, c'est l'appendicite à forme pelvienne. 

Je n'insisterai pas sur cette variété bien décrite. L'appendice 
siège parfois derrière l'utérus et a un siège pelvien. Je le répète à 
des.sein. Il est évident que l'inflammation appendiculaire aboutit 
parfois à une suppuration dont le siège peut être le cul-de-sac de 
Douglas. 

Mais je n'envisage pas cette éventualité d'inflammation appendi- 
culaire à forme pelvienne. Je n'ai en vue que l'anncxite proprement 
dite consécutive à l'appendicite. 

Dans un certain nombre de cas, c'est l'appendice qui a nettemcnl 
commencé. L'ovaire et la trompe ont été pris secondairement 
comme on peut le constater au cours des laparotomies et des 
autopsies. La succession des lésions peut être appréciée nettement. 
On a trouvé parfois le coli-bacille de l'appendicite dans la collection 
tubo-ovarienne. 

J'ai donné des soins à une malade dont l'histoire mérite d'être 
exposée avec détails. Sans doute il ne s'agit pas, dans ce cas, d'une 
annexite proprement dite. Mais la netteté des constatations anato- 
miques, au cours de la laparotomie, permet de saisir les voies de 
la propagation inflammatoire de l'appendicite malade vers les 
organes génitaux. 

11 s'agissait d'une femme de 25 ans environ, vigoureuse, bien 
constituée, mère de plusieurs enfants et qui fut prise tout h coup de 
douleurs modérées dans le bas-ventre et de quelques vomissements. 

Cette malade n'avait jamais eu aucun trouble gastro-intestinal. 
Elle n'avait eu aucune manifestation du côté de son appareil génital 

Les accidents douloureux localisés dans l'hypocondre gauche, 
réveillés par la pression, s'accompagnaient de quelques vomis- 
sements. La température vespérale ne dépassait pas 38**. Le faciès 
n'était pas altéré. 

L'examen bi-manuel ne donnait que des renseignements insuf- 
fisants. Une certaine sensibilité au niveau de la paroi abdominale, 
surtout à gauche, rendait l'exploration difficile. Du côté du vagin 
et du col utérin il n'y avait rien qui pût mettre sur la voie du 
diagnostic. 

La malade continua a vaquer à ses occupations pendant deux 
ou trois jours, ne se plaignant que de douleurs vagues dans le bas- 



APPENDICITE ET OVARO-SALPINGITE 



207 



ventre, d'un état nauséeux, âe quelques rares vomissements. Les 
selles étaient à peu près régulières. 

Le quatrième jour les douleurs spontanées qui existaient déjà 
du côté de l'abdomen devinrent plus vives. La constipation s'établit. 
Quelques vomissemenfjs verdâtres sa manifestère^it. 'Le faciès 
n'était cependant pas mauvais et la température ne s'élevait guère 
au-dessus de 38<>2. 

La pensée qui m'était venue et qui se précisait de plus en plus 
c'est que nous étions probablement en présence d'une appendicite. 

Cependant j'essayais en vain de réveiller la douleur par la pres- 
sion au point classique. Sans doute il y avait une certaine sensi- 
bilité dans le bas-ventre, du côté de la fosse iliaque droite, mais 
le siège de la douleur était nettement du côté gauche, dans la fosse 
iliaque et surtout dans le flanc gauche. A gauche la pression un 
peu profonde n'était guère supportable et la paroi abdominale était 
en pleine vigilance musculaire, dès que la malade redoutait l'explo- 
ration. 

Cette jeune femme fut soumise au traitement médical de l'appen- 
dicite et tenue en sévère observation. 

Nous étions disposés à opérer, mais nous pensions, mon maître 
le Professeur Le Dentu et moi, qu'il était bon d'attendre. Le 
diagnostic d'appendicite ne se présentait pas avec un degré de 
certitude suffisant pour permettre l'intervention immédiate. Nous 
crûmes qu'il était prudent de suivre la marche des accidents et de 
se décider suivant les circonstances : opération d'urgence si les 
symptômes s'aggravaient, opération à froid ou même pas d'inter- 
vention si l'état allait en s'améliorant. 

Les jours suivants la douleur spontanée et celle qui était réveillée 
par la pression s'atténuèrent. Les vomissements ne tardèrent pas 
à disparaître. La température oscilla entre 37 et 37o6. Le faciès fut 
excellent. L'état général bon. 

L'exploration bi-manuelle devenait plus facile. Il me semblait 
qu'à droite et à gauche dans le bas-ventre il y avait un défaut de 
souplesse et je me demandais si les annexas n'avaient pas été le 
point de départ de cette poussée péritonéale à laquelle nous avions 
assisté, sans pouvoir découvrir le point de départ de l'inflammation. 
• Le siège de la douleur était, dans les jours subséquents, nette- 
ment à gauche, et non plus dans le flanc, mais seulement dans la 
fosse iliaque. Quant au point de Marc Burnay, il n'existait pas et la 
pression dans toute la zone appendiculaire ne réveillait aucune 
souffrance. 

Comme la température ne s'abaissait pas à 37°, comme la douleur 
ne disparaissait pas et augmentait môme quand la malade, malgré 
nos recommandations, se levait pour aller au cabinet, comme il 
nous semblait percevoir un empâtement vague dans le bas-ventre 
et que les souffrances étaient plus vives par la palpation bi-manuelle 
nous nous décidâmes à intervenir. J'hésitais entre une appendicite, 
diagnostic du début, et une inflammation annexielle à marche 



^ .-Il 



208 REVUE d'obstétrique El DE GYNÉCOLOGIE 

insolite, et- quand jo pris le bistouri pour faire la laparotomie, je 
n'étais pas éloigné de croire que je me trouverais en présence d'un 
cas bizarre et d'une inflammation dont le point de départ me cause- 
rait une surprise. 

La laparotomie faite dans la position de Trendelenburg me permit 
de constater qu'il s'agissait d'une appendicite, mais accompagnée 
do quelques lésions fort intéressantes, je crois. 

L'appendice vermiculaire, doublé au moins de volume était flxé 
à la fosse iliaque par d'assez épaisses fausses membranes. Replié 
sur lui-même, dirigé parallèlement au cœcum, son extrémité libre 
en haut, l'appefidice rouge, congestionné en certains points était 
enveloppé d'une couche grisAtre de fausses membranes qui l'appli- 
quaient solidement à la fosse iliaque d'une part et le faisait adhérer 
à une anse d'intestin grêle que l'on put détacher assez aisément. 

Partant de l'appendice, une traînée inflammatoire très nette se 
dirigeait du côté du ligament large droit L'ovaire était blanc, mais 
la trompe droite très rouge, très vascularisée sur toute son étendue; 
pas augmentée de volume, tranchant par sa coloration sur le reste 
du ligament large. La vascularisation si intense se continuait très 
nettement sur la partie supérieure de l'utérus, passait sur l'aileron 
supérieur du ligament large gauche. La rougeur atteignit à gauche 
quelques anses intestinales, la fosse iliaque et le péritoine pariétal 
sur une assez grande étendue. 

Ce qu'il y avait de plus caractéristique, c'était le contraste qui 
existait entre la partie supérieure des ligaments larges et de 
l'utérus d'une part, la moitié inférieure du corps de la matrice et le 
reste du péritoine du petit bassin, d'autre part. La zone transver- 
sale supérieure étendue d'un côté du bassin à l'autre, tranchait 
par sa rougeur excessive avec le teint mat de tout le reste du péri- 
toine qui tapissait le petit bassin. 

J'ajoute qu'il existait dans le péritoine deux cuillerées à soupe 
environ d'un liquide légèrement louche, indice de la réaction de la 
séreuse. 

J'attire l'attention sur ce fait que la rougeur constatée sur l'aile- 
ron supérieur n'était pas nettement limitée aux trompes, mais 
s'étendait le long du méso-salpinx, et du péritoine voisin. La vascu- 
larisation dépassait la trompe elle-même qui avait conservé sa 
forme normale et son volume. Nous n'étions pas en présence d'une 
salpingite, mais d'une inflammation du péritoine qui enveloppe la 
. trompe et s'étend sur la partie supérieure du ligament large. 

Je le compris si bien ainsi que je n'hésitai pas à réséquer l'appen- 
dice et à laisser en place les annexes. Les deux ovaires ne parurent 
absolument sains et^ à mon avis, l'inflammation était simplement 
péri-salpingiennô. 

En somme, je crois que j'ai assisté chez cette malade à une 
première attaque djappendicite. L'inflammat on s'est rapidement 
propagée, sans ordre bien défini, de l'appendice au péritoine 
avoisinant la trompe droite, de là à la partie supérieure de l'utérus, 



TRAITEMENT DE LA MORPIIINOMAME 209 

Il la partie supérieure du ligament large gauche et enfin à certaines 
portions du péritoine revêtant la cavit/i abdominale du côté gauche. 

Je ne voudrais pas tirer de l'exposé de ce seul fait clinique une 
conclusion ferme. Il me semble qu'il mérite de fixer l'attention et 
qu'il est de nature à montrer que les infections qui se font du côté 
de l'appendice peuvent avoir du retentissement du côté du petit 
bassin, ce qui n'est pas douteux. 

L'inflammation semble se propager superficiellement Elle peut 
dépasser la ligne médiane, franchir l'utérus, gagner le ligament 
large de l'autre côté et de là se propager au péritoine de la cavité 
abdominale. 

La douleur spontanée et réveillée par la pression que l'on consta- 
tait du côté gauche de l'abdomen était simplement due à Tinflam- 
mation péritonéale dont le point de départ se trouvait être l'appen- 
dice. Et chose bizarre, l'organe primitivement atteint était le plus 
silencieux ou, du moins, de beaucoup le moins douloureux. 



LE TRAITEMENT DE LA MORPHINOMANIE PAR LA 
SUPPRESSION BRUSQUE OU RAPIDE. 

M. LUTALD. 

Quoique tout semble avoir été dit sur le traitement de la morphi- 
nomanie, j'ai pensé intéresser mes confrères en leur présentant 
quelques faits nouveaux venant à l'appui d'une thèse que je soutiens 
depuis longtemps, à savoir qu'on peut sans inconvénient supprimer 
brusquement la morphine chez les malades adonnés à cette intoxi- 
cation et que le traitement par la suppression brusque ou rapide 
doit être préféré dans l'immense majorité des cas. 

Il faut évidemment distinguer deux catégories de morphi- 
nomanes : 

1<> Ceux chez lesquels l'intoxication chronique a une origine 
thérapeutique, où l'emploi du médicament est justifié pour 
combattre l'élément douleur ou pour atténuer les troubles, consé- 
quences d'une affection organique incurable; dans ces cas j'estime 
que la ' morphine doit être employée systématiquement par le 
médecin et que son usage peut être continué pendant des années 
sans inconvénients; 

2® Ceux chez lesquels l'emploi de ce médicament n'est justifié 
par aucune affection organique ; dans cette catégorie nous 
rencontrons surtout des femmes, hystériques et dégénérées pour 
la plupart, qui se sont adonnées au morphinomanisme par dépra- 
vation, par genre: ces malades, comparables aux alcooliques, sont 
loin d'être intéressantes ; elles se recrutent dans les milieux 
prétendus intellectuels et surtout dans la haute galanterie; ollos 
nous demandent de les guérir, mais elles arrivent toujours à so 
soustraire à nos efforts thérapeutiques par la ruse, la suporrhorio 
et le mensonge. Elles guérissent du reste difficilement; et vous les 
voyez presque toujours récidiver dans les cas fort rares où vous 
îirrivez à les débarrnsser de leur manie. C'est à cette cntégorie de 



1 



210 iiEvuE d'obstétrique et de gynécologie 

malades qu'on doit appliquer le traitement par la suppression 
brusque. 

J'ai cru comme tout lo monde à la légende, encore très vivace, 
qui consiste à croire (jue la suppression très rapide de la morphine 
pouvait donner lieu chez ces dégénérés à des accidents d'une 
effroyable gravité; les malades éprouveraient des sensations 
atroces se manifestant par des douleurs et des angoisses terribles; 
les supplices de l'enfer seuls seraient comparables aux affres 
ressenties par les malheureux morphinomanes sevrés de leur 
poison. 

Ce tableau m'avait toujours semblé exagéré et invraisemblable. 
Une observation très précise, que je vais vous résumer, m'a 
démontré qu'on pouvait^ sans inconvénient grave, supprimer 
brusquement la morphine chez les malades de cette catégorie. 

Mme D..., âgée de 39 ans, mère de deux enfants, est devenue 
morphinomane par le mauvais exemple de son mari, morphino- 
mane lui-môme. 

D'un naturel exalté, cette malade ne tarda pas à s'injecter chaque 
jour des doses considérables de morphine : 75 centigrammes par 
jour. 

Appartenant à une famile riche, elle fut l'objet des soins les plus 
assidus. On consulta plusieurs sonunités médicales de Paris, aucun 
d'eux n'a prescrit l'internement. 

Un de mes confrères conseilla les injections de cocaïne pour 
combattre l'action de la morphine et le séjour dans une petite 
station du Midi, où une surveillance pourrait être utilement 
exercée. L'effet de cette médication ne fut pas heureux. On arriva 
bien ù réduire la dose quotidienne de morphine à cinquante centi- 
grammes par jour, mais il se produisit des symptômes de folie 
aiguë. 

Appelé près de cette malade, je la trouvai dans un état d'exci- 
Uition dangereuse nécessitant l'internement. Je la ramenai à Paris 
surveillée par deux infirmiers vigoureux. L'emploi de la cocaïne 
étant supprimé, l'excitation cessa pendant le voyage qui avait 
duré vingt heures. 

Après une consultation de MM. Motet et Legrand du Saulle, 
l'internement fut maintenu et la suppression brusque de la 
morphine fut appliquée. 

Huit jours après sa séquestration, la malade ne prenait plus de 
morphine et ne présentait plus aucun phénomène morbide. 

La suppression brusque de la morphine n'avait donné lieu à 
aucune compli<îation. 

Après avoir été maintenue en surveillance pendant quelques 
semaines, cette malade fut rendue i\ sa famille complètement guérie 
de la morphinomanie. 

Cette observation qui remonte à 17 années présente un double 
intérêt. Non seulement elle démontre qu'on peut supprimer la 
morphine brusquement chez une malade qui en prenait de fortes 
doses depuis» sept ans, mais elle m'a permis de signaler un des 
premiers les désastreux effets produits par la cocaïne. Ces effets 
ont été parfaitement étudiés depuis ; aussitôt qu'un individu 
remplace la morphine par la cocaïne, il devient délirant. Cela a été 
du reste une heureuse circonstance dans le cas que je viens de 



TRAITEMENT DE LA MORPIUNOMANIE 211 

signaler puisqu'il a nécessité rinte^rneinent de rua olienle et sa 
guérison rapido qui n'aurait jamais été obtenue sans retle cir- 
constance. 

Ainsi voici un fait évident. De nombreuses observations ont 
été recueillies et publiées depuis dans la thèse de mon ami le 
D' Deering. Ces fails se rattachent pour la plupart h des femmes 
dégénérées, arrêtées pour queUpui délit, et sevrées subitement de 
morphine malgré leurs gémissements; ces femmes (mt guéri sans 
éprouver aucun syjnpt<3me grave. Je saisis cette occasion pour 
demander à mon confrère Le Pileur, qui a longtemps dirigé une 
prison de femmes, s'il a vu ses morphinomanes sevrées en proie 
aux accidents terribles qu'on s'est plu à décrire. J'ai fait une 
enquête auprès de quelques médecins anglais qui soignent des 
prisonnières et des internées; ils m'ont tous affirmé avoir supprimé 
rapidement la morphine chez leurs pensionnaires sans que celles-ci 
aient manifesté des symptômes graves et perceptibles, si ce n'est 
le cortège de plaintes, de supplications et de gémissements dont 
les femmes sont prodigues lorsqu'elles se heurtent contre une 
résistance qu'elles espèrent briser et qui cessent lorsqu'elles 
rencontrent une volonté bien arrêtée. 

Ma conviction était déjà faite lorsque j'eus l'occasion, en 1893, 
de faire quelques observations fort intéressantes sur le traitement 
de la morphinomanie par la méthode brusque chez des malades 
occupant un rang élevé dans la hiérarchie sociale. 

Il s'est trouvé à cette époque un médicastrc non diplômé. Espagnol 
de naissance, qui prétendait avoir un sccrel pour guérir la morphi- 
nomanie en quelques jours. Ce Grand d'Espagne avait établi son 
quartier général à l'Hôtel Terminus et organisé une publicité en 
règle. Il garantissait la guérison en huit jours moyennant la somme 
très rondelette de cinq mille francs, payée d'avance. Il eut des 
clients et, ce qui est certain, il les renvoyait au bout de huit jours, 
ne prenant plus de morphine. Le bruit de ces guérisons fut aJors 
assez retentissant pour attirer l'attention de deux maîtres éminents, 
les professeurs D. et P.; le professeur D. eut même l'imprudence 
de constater par écrit une de ces guérisons, ce qui permit au char- 
latan de se servir de son nom; le professeur P. voulait lui confier 
une malade de .sa famille. 

Comment opérait le médicastre de l'Hôtel Terminus? Il prétendait 
avoir un secret et donner à ses malades des goulies anti-morpJii' 
H/V/ï(,c5, dont seul il connaissait la composition. 

Uno de mes clientes qu'il a guérie (temporairement hélasl) m'a 
lionne la clef du mystère. 11 était fort simple et consislail 
simplement à appliquer la suppression brusque. Voici conuneiil 
il procédait : 

Le guérisseur, homme jeune et vigoureux, s'enfermait avec sa 
malade et. ne lui donnait, en fait de morphine, que quelques gouttes 
d'un liquide quelconque dilué dajis de l'eau. Aux premières 
demandes de morphine, il répondait par des paroles aimables 



1 



312 REVUE U OBSTÉTRIQliE El' DE GYNÉCOLOGIE 

mais énergiques; aux gémissements il répondait par des insultes; 
aux supplications il répondait par la flagellation et môme par des 

Au bout de quelques jours de ee régime de cellule et de carcere 
(liiro les malades étaient guéries et demandaient ù quitter une 
demeure aussi peu hospitalière. Comme personne n'entrait jamais 
dans la chambre où était appliquée cette étrange thérapeutique, 
je m' puis garantir l'absolue authenticité de ces détails qui m'ont 
Hé do[jnés par une malade; mais ce qui est certain, c'est que les 
clieiiLK sortaient de THôlel Terminus ne prenant plus de morphine 
et que le traitement copsistait évidement dans la suppression 
brusque obtenue par la coercition. 

On peut donc très rapidcmrnl guérir les morphinomanes, mais 
il faut pour cela une condition que les malades n'acceptent presque 
jamais?, c'est Vinternemeni. Par ce mot j'entends l'assimilation du 
morpliiaomane à l'aliéné et son admission dans un asile dans les , 
conditions légales où se trouve l'aliéné. Or cela est presque toujours 
impossible. 

Jo sais bien qu'il y a un grand nombre de maisons de santé libres 
nù les morphinomanes entrent volontiers; mais on y applique 
gi^^ai-ralement le traitement par la suppression lente qui donne lieu 
aux lergiversatîions, aux complaisances qui accompagnent les 
cures chez des malades riches qui peuvent toujours quitter la 
maison quand il leur plaît. 

Je terminerai cette note en vous communiquant une observation 
récente où j'ai pu obtenir la guérison de la morphinomanie chez 
une jeune femme par le système du médicastre de l'Hôtel Terminus. 
Dans ce cas c'est le mari qui a été le thérapeute et a appliqué 
rigoureusement le traitement. 

.1 iù donné mes soins, en 1897, à une fort jolie Américaine, miss P., 
céli biliaire, pour une affection gynécologiqtua Elle avai|. alors 
21 fins. En 1892 je reçus la visite d'un jeune homme qui vint me 
cnnsuiter sur la santé de sa femme que j'avais soignée autrefois. 
Il s'agissait de l'ex miss P. que j'avais perdue de vue et qui était 
devenue madame D. 

Le mari m'explique que sa femme est devenue morphinomane, 
qu'elle a séjourné inutilement dans un grand nombre de maisons 
de santé en y. dépensant beaucoup d'argent, etc., etc. 

Le tableau qu'il me fit, joint à ce que je savais de la malade, me 
démontra qu'il s'agissait d'une de ces formes dont la guérison est 
impassible par la persuasion. 

J'eus l'idée de conseiller la coercition maritale. Le mari, qui en 
avait assez et qui ne voulait pas abandonner sa femme à cause 
de sa fortune, accepta mes conseils et voulut bien tenter l'expé- 
rience. 

La malade désirait guérir, elle prenait des doses élevées de 
morpliineif avait beaucoup maigri et ét-ait couverte d'abcès. Elle 
voulut bien consentir à recevoir mes soins qui consisteraient dans 
la diminution graduelle des doses et l'emploi d'un sérum spécial 

Toutes les mesures furent prises; on licencia le personnel féminin 
et niL seul valet de chambre fut conservé dans l'appartement pour 
seconder le« efforts du mari, si cola était nécessaire. 



PERITONITE TUBERCULEUSE DES ENFANTS 213 

Le traitement fut commencé le 21 novembre au soir; à 9 heures 
eut lieu dernière piqûre de 0,25 de morphine. Il fut convenu que, 
sous aucun prétexte, on ne ferait d'autres injections que celles 
d'une solution de sérum de Cheron. 

La journée du 22 se passa bien; le mari fut tendre et affectueux; 
le 22 au soir la malade veut sa morphine; pendant toute la nuit : 
plaintes, gémissements, etc. Je vois le mari le '23 (sans entrer 
dans la chambre) et l'engage à la résistance. J'entends à travers la 
porte des jurons et des imprécations comme je n'en avais jamais 
entendu de la bouche d'une femme; la langue anglaise, employée 
dans ce cas, ne permettait pas, heureusement, aux voisins de rien 
comprendre. 

Vers le soir du 23, la malade, fatiguée de crier, s*endort quelques 
heures; dans la nuit elle consent à manger. On avait injecté toutes 
les quatre heures cinq centimètres cubes de sérum. 

Le 24, elle consent à me recevoir; elle est très abattue et parle 
péniblement; elle accepte un peu de nourriture. A partir de ce 
moment elle est résignée et consent ù s'alimenter. Quinze jours 
plus tard elle a pu quitter Paris en bonne .santé. 

J'ai revu cette malade avec son mari au mois de mai dernier; 
elle n'est plus morphinomane, mais elle n'est pas contente; j'avoue 
qu'il y avait de quoi. Au lieu d'une femme jolie, élégante, à la taille 
svelte, je me trouve en présence d'une matrone énorme et informe. 
Elle avait gagné 30 kilos en huit mois : « Non seulement je suis 
devenue laicTè, me dit-elle, mois je suis hébétée, hors d'état de faire 
aucun effort physique et intellectuel; autrefois, lorsque j'avais fait 
ma piqûre, je faisais sensation en entrant dans un salon, je passais 
pour vive et spirituelle; aujourd'hui je suis complètement éteinte. )> 

Telle est cette observation intéressante à plus d'un titre. Elle 
démontre évidemment la possibilité de la guérison brusque, mais 
elle met aussi en évidence un autre fait que j'ai souvent constaté : 
c'est que la morphine, prise à doses moyennes, constitue pour 
quelques malades une sorte de stimulus, un élément de vitalité 
qu'on peut dans certains cas considérer comme nécessaire. 

J'oi connu nombre de malades morphinomanes et hystériques 
qui jouaient dans la société un rôle sinon brillant, du moins 
présentable et qui ne sont devenues que de tristes épaves lors- 
qu'elles ont été privées de ce stimulant habituel. 

Il y a là quelques réflexions que je soumets à votre appréciation. 
Quant à présent, je me borne à affirmer un fait : la possibilité de 
guérir la morphinomanie par la coercition très rapidement et sans 
donner lieu à des accidents graves. 



PÉDIATRIE 



SUR LA VALEUR DE LA LAPAROTOMIE DANS LA PERITO- 
NITE TUBEi^CUI.EUSE DES ENFANTS 

Depuis que Konig, en 1884, fit connaître les résultats excellents 
et inespérés de la laparatomie dans la péritonite tuberculeuse des 
enfants, il y eut chez les chirurgiens un engouement de plus en 
plus marqué en faveur de cette opération. Le succès de l'interven- 
tion était général. Dans la suite, quelques auteurs préconisèrent 

14 



r'i^.-'-.^-W' 



^ 



214 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

des modifications de cette méthode : simple ponction évacuatrice 
i de l'abdomen (Mosetig); ponction suivie d'un bandage compressif 

du ventre (Mader); double ponction de l'abdomen et lavage du péri- 
toine avec la cavité péritonéaïe {Folet). D'une façon générale, on 
considère la laparotomie comme le meilleur, et même le seul 
moyen de guérison de la péritonite tuberculeuse. 

Mais Schramm nous fait connaître que jamais la simple ponction 
ne lui a permis d'obtenir de bons résultats iWien Me,t Woch., 
n®" 8 et 0, 1903); les améliorations obtenues par ce procédé ne sont 
que passagères. 

Dans ces dernières années, quelques auteurs amoindrirent cette 
action curative de la laparotomie; les cas de péritonite tuberculeuse 
apyrétique avaient une grande tendance à la guérison spontanée, 
et la laparotomie activait seulement la guérison (Ruggi). D'aprèa 
Borchgrevinck môme, la laparotomie, sans influence sur la périto- 
nite apyrétique, serait* d'un elïet fâcheux sur la péritonite fébrile; 
les opérés guériraient dans 63.6 p. 100 des cas, et les non-opérés 
dans une proportion de 81.8 p. 100. 

En présence de ces controverses, il est nécessaire d étudier à 
nouveau la question, non pas par l'expérimentation animale, mais 
par la comparaison d'un grand nombre de malades médicalement 
ou chirurgicalement traités, et suivis pendant un minimum de 
deux ans. 

Le docteur Schramm nous apporte quarante-cinq observations 
d'enfants, entre un et douze ans, atteints de péritonite tuberculeuse. 
Vingt-cinq d'entre eux ont été traités sans opération, c'est-à-dire : 
localement, par des frictions abdominales faites au moyen de sels 
résorbants : iode, ichtyol, iodoforme,' cataplasmes; en même temps, 
l'alimentation était très réconfortante, et on donnait de la créosote, 
de l'arsenic, etc. 

Chez les vingt autres enfants, on pratiqua la laparotomie. 

Dans la première série, la mortalité fut de 36 p. 100; elle était 
occasionnée par la tuberculose généralisée ou la cachexie. 

Elle ne fut que de 10 p. 100 dans la deuxième série. 

Mais cette différence est encore plus sensible, si l'on étudie les 
différentes formes traitées dans chaque catégorie, La forme de 
péritonite, qui offre le meilleur pronostic, les plus grandes chances 
de guérison, est la forme exsudative, dans laquelle tout le péri- 
toine viscéral et pariétal est semé de tubercules, gros comme des 
pois, soit gris, soit presque caséeux, dans laquelle les anses intes- 
tinales sont plus ou moins agglutinées, séparées par un exsudât 
séreux plus ou moins abondant, mêlé de flocons muqueux. Il y eut 
vingt-huit cas de ce genre sur dix-sept médicalement traités, six 
moururent; sur onze opérés, il n'y eut qu'un seul décès. 

Dans la deuxième forme de péritonite, peu ou pas d'exsudat 
liquide; le péritoine est très épaissi; les anses intestinales sont très 
accolées; à la palpation, on sent de nombreux gâteaux, souvent 



^*^^r 



PERITONITE TUBERCULEUSE DES ENFANTS 215 

assez gros. Sur sept cas médicalement treutés, deux moururent. 
Aucun décès pour les six malades opérés. 

Quant à la péritonite ulcéreuse, qui constitue la troisième forme: 
un malade non opéré mourut; sur trois opérés, il y eut un décès, 
après une résection intestinale, suivie de listule stercorale; un 
autre patient quitta l'hôpital avec une fistule purulente; un troi- 
sième fut guéri. 

L'auteur put suivre vingt-trois de ses malades sur trente-quatre 
qui quittèrent l'hôpital soit opérés, soit guéris. Sur les dix malades 
traités médicalement, huit moururent dans le courant de la pre- 
mière année; mortalité : 80 p. 100. Sur les treize qpérés, trois suc- 
combèrent, d'où la mortalité de 24.6 p. 100. 

En somme, la laparotomie fourçit une survie de 75.4 p. 100. 

Si donc, dans la forme exsudative, le pronostic est meilleur, la 
guérison spontanée reste exceptionnelle, quoique possible, chez les 
enfants du moins. Les deux autres formes sont très graves; néan- 
moins, la laparotomie permet de sauver quelques malades. 

Ces bienfaits de la laparotomie ont été attribués à l'action, soit 
de l'air, soit de la lumière, soit de l'oxygène, soit encore à l'excita- 
tion bienfaisante du péritoine par le traumatisme opératoire. On a 
pensé également aux antiseptiques, à Télimination des toxines 
contenues dans l'exsudat. D'autres auteurs, enfin, ont attribué les 
effets curateurs de l'opération à l'hypérémie intense qui apparaît 
sur le péritoine malade après l'ouverture du ventre. Ce phénomène, 
dit Schramm, est particulièrement manifeste dans la forme exsu- 
dative, où le péritoine, au bout de quelques secon(Jes déjà, prend 
une teinte rouge-cerise; il se produit d'une manière d'autant plus 
rapide que l'exsudat est rapidement évacué, que les conditions de 
pression abdominale changent avec rapidité. Ce rôle du change- 
ment de pression est démontré par l'expérience : en effet, quand 
la laparotomie est pratiquée avec lavage concomitant à la solution 
saline physiologique, la pression intra-abdominale varie peu, et les 
chances de guérison sont minimes. C'est pour lai môme raison que 
la laparotomie se montre plus efficace que la simple ponction du 
ventre, simple ou bien avec insufflation d'air, ou encore lavage à 
l'eau salée. De môme, les résultats de l'opération se montrent 
meilleurs quand il existe fort peu d'adhérences entre les anses 
intestinales et que le liquide, évacué rapidement, permet à l'hypé- 
rémie de se manifester plus intense. Cette hypérémie active dure 
jusqu'à vingt minutes, puis elle fait place à une hypérémie passive, 
veineuse, qui persiste pendant vingt jours environ (Hildebrandt). 

Cette hypérémie persistante et cette infiltration séreuse du péri- 
toine et de ses tuberculeuses constituent le remède véritable, 
comme la stase veineuse produite dans une articulation veineuse 
par la bande élastique de Bier. Cette infiltration séreuse du tuber- 
cule amènerait directement la disparition des bacilles, la dégéné- 
rescence t la résorption des cellules épithéliales et des cellules 






216 



REVUE d'obstétrique El' DE GYNÉCOLOGIE 






rondes; seul persisterait le stroma conjonctif. Les séreuses ne sont 
pas, en elTet, de bons terrains de culture pour le bacille tubercu- 
leux; qu'il vienne d'un ganglion, de l'intestin, des trompes, il y 
provoque la formation du tubercule par son action spécifique, mais 
sa virulence diminue bientôt, et l'hypérémie passive le tue rapi- 
dement. 

Dans la forme adhésive, la laparotomie agit surtout mécanique- 
ment, en rompant les adhérences péritonéales; son action hypéré- 
mique, avons-nous dit, est moindre; aussi les résultats sont-ils 
moins favorables. Enfin, dans la troisième forme, l'opératibn agit 
comme l'incision d'un abcès; elle ne sert qu'à évacuer le pus. 

Voici quelle est la ligne de. conduite du D' Schramm dans le trai- 
tement de la péritonite tuberculeuse. Au dénut de la maladie, il 
s'efforce de remonter l'état général du malade par la nourriture, 
l'hygiène, l'air frais, les bains iodés, le? bains de mer; en môme 
temps, il prescrit des frictions abdomin.'iles biquotidiennes avec de 
la pommade à l'iode, à l'ichtyol, ou vitme de la pommade mer- 
curiell€. Si une amélioration notable m se produit pas au bout de 
quelques semaines, il pratique la laparotomie. 

Dans la forme séreuse, il incise la pai'oi, à la région sous-ombili- 
cale sur une longueur de huit à dix centimètres; le péritoine est 
incité largement pour permettre un écoulement rapide de la séro- 
sité; des tampons de gaze vont chercher les liquides du petit bassin; 
ensuite il fait les sutures ; le pansement est assez loche pour no 
pomt entraver Thypérémie active. 

Au bout de trois ou quatre jours, le liquide se reforme en pelilo 
quantité, et parfois se résorbe les jours suivants. 

Mais souvent il y a récidive, et l'on pratique alors une deuxième, 
une troisième laparotomie, qui amènent généralement la guérison 
('.('•iinitive. Il est bon d'attendre au moins trois semaines avant 
d'inciser à nouveau. Scramm dut intervenir à nouveau chez un 
seul malade. 

Danp la deuxième forme il faut, après ouverture du ventre, 
libérer lentement et prudemment les adhérences intestinales, 
négliger les endroits où Ton redoute une ulcération de la muqueuse. 
On risque de déchirer l'intestin et d'avoir une fistule sîorcorale. 
Puis on frotte énergiquement les anses intestinales avec de la gaze 
iodoformée et l'on suture l'abdomen. Dans la troisième formo, il est 
bon de drainer à la gaze iodoformée. 



REVUE CRITIQUE SUR LES « LOIS DE LA FORMATION- 
DES SEXES ». 

M. GuiARD. — Permettez-moi, je vous prie, de vous soumettre 
encore une observation dont les diverses particularités offrent 
peut-être quelque intérêt pour la solution du problème que j'ai eu 
l'honneur de pos«r devant vous. J'en suis redevable ù mon vieil 



FORMATION DES SEXES 



217 



ami et camarade d'internat, le D' Antony Martinet, qui a cru 
devoir me la communiquer, après avoir pris connaissance de mon 
mémoire et de la discussion qu'il a suscitée dans notre Société. 

Il s'agit d'une jeune femme, mariée fin octobre 1901, dont la 
menstruation avait toujours été parfaitement régulière. Malgré 
un rapport à la date du 23 mars 1902, ses dernières règles sont 
arrivées le 24 et ont duré comme d'habitude jusqu'au 30; ensuite 
il n'y a eu de coït que le 6 avril, car le lendemain cette dame partait 
seule pour un assez long voyage. 

.En avril, les règles ne reparaissent pas; il n'existe cependant 
aucun des symptômes généraux du début de la grossesse. Mais 
le 5 mai, l'exploration permet de constater une légère augmen- 
tation de volume de l'utérus; le 31 mai, cette augmentation s'est 
accentuée, les seins se sont tuméfiés; la grossesse ne parait pas 
douteuse; elle devient ensuite de plus en plus manifeste et continue 
d'évoluer jusu'à la fin dans les conditions les plus normales. 
L'accouchement, un peu pénible, survient le 17 janvier 1903 et 
donne naissance à un gros garçon. 

En sommé, voilà un fait dans lequel la conception ne peut ôtre 
imputée qu'à un seul coït à la date du G avril, la dernière mens- 
truation ayant eu lieu du 24 au 30 mars. C'est donc le 7" ou 8« jour 
après sa terminaison que l'ovule parait avoir été fécondé. Il était 
par conséquent arrivé à la fin de sa phase masculine. Dans ces 
conditions, le produit, conformément à la loi de Thury, devait être 
un garçon. 

On pourrait m'objecter néanmoins que la fécondation ne s'est 
peut-être pas effectuée sur-le-ehamp ou du moins dans les dix à 
vingt heures qui ont suivi le dernier coït, mais à une date ultérieure 
indéterminée pouvant à la rigueur s'en écarter d'une quinzaine de 
jours. Dans cette hypothèse, la conception pourrait avoir porté, non 
pas sur l'ovule des dernières règles parvenu à la fin de son 
évolution, mais sur celui de l'époque menstruelle suivante à peine 
au début de la sienne. Il faut noter, en effet, que la gestation s'est 
prolongée 287 jours, durée sensiblement supérieure à la moyenne 
qui varie entre 274 et 280. 

Si toutefois ces retards de la fécondation sont théoriquement 
possibles, nous sommes loin d'être fixés sur leur réalité, sur leur 
fréquence et sur leur étendue. Rien ne nous permet 'surtout 
d'affirmer qu'ils se soient produits dans tel ou tel cas donné. 

D'autre part, ainsi que je l'ai rappelé en discutant les observations 
de M. le D*" Boissard, si la durée de la gestation oscille en général 
de 274 à 280 jours, si quelquefois elle se réduit à 260, nous savons 
aussi qu'elle peut normalement se prolonger jusqu'à 290. C'est ce 
qui resort d'observations recueillies par centaines dans lesquelles 
il a été possible de préciser rigoureusement la date du coït 
fécondant 

Je ne crois donc pas qu'il y ait lieu d'invoquer, pour le cas du 



218 REVUE D*OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 

D*" Martinet, l'hypochèse d'un retard de la fécondation. Il fournit 
dès lors un témoignage très nettement favoral)le à la loi de Thury. 

Gela ne doit cependant pas faire oublier les constatations si 
importantes de Léopold établissant que la rupture de Tovisac, loin 
de coïncider constamment avec la fin des règles, est possible à un 
moment quelconque, depuis le 5« jusqu'au 26<» jour après leur début. 
D'où il résulte que, si elle a lieu très tardivement, du 20* au 25* jour 
par exemple, il peut très bien arriver qu'en se proposcuit d'engendrer 
une fille, c'est-à-dire en pratiquant le coït fécondant immédiatement 
avant l'époque menstruelle, on tombe par hasard sur un ovule 
déjà en pleine phase masculine de son évolution. Aussi, l'obser- 
vation stricte des préceptes qui s'appliqueraient au cas normal 
peut, lorsque la menstruation et l'ovulation se trouvent franchement 
dissociées, n'aboutir qu'à un résultat contraire à la loi, sans que 
l'on ait pourtant le droit d'en conclure que son principe essentiel 
soit en défaut, puisque, en réalité, môme dans ces conditions toutes 
particulières, la détermination du sexe est toujours subordonnée 
au degré plus ou m.oins avancé de maturité de l'ovule. 

M. RosENBLiTH. — A l'époquc où je faisais des accouchements, je 
calculais le jour probable de la délivrance d'après la table obsté- 
trique en usage, c'est-à-dire en soutirant à la date des dernières 
règles 3 mois et en ajoutant 7 jours. Le calcul était presque toujours 
exact lorsqu'il s'agissait d'un garçon. Au contraire, lorsque c'était 
une fille il y avait toujours quelques jours de retard. Ce retard 
nous l'avons constaté dernièrement chez la femme d'un de mes 
amis et confrères, doctoresse elle-même. Cette dame a eu ses 
dernières règles du 17 au 21 mars 1902. D'après le calcul elle devait 
donc accoucher le 2G décembre de la môme amiée. Or Taccou- 
chement a eu lieu le 17 janvier 1903 et ce fut une petite fille. Ces 
faits sont, je crois, en faveur de la loi de Thury. 



LES ULCÉRATIONS LARYNGÉES ET TRACHÉALES CONSE- 
CUTIVES AU TUBAGE, par le D' Albert Delcourt, docteur 
spécial de l'Université, adjoint du service! des maladies de 
l'enfance à l'Hôpital Saint-Pierre. 

Les ulcérations que l'on observe parfois sur la muqueuse tra- 
chéale consécutivement à la trachéotomie, siègent généralement 
à la paroi antérieure de la trachée, au point où se trouvait l'exlrc- 
niité inférieure de la canule. 

Dans les cas traités par le tubage, les ulcérations sont situées le 
plus fréquemment : 

1® A la commissure antérieure du larynx, au niveau du point 
d'attache de l'épiglotte; 

2*' Au niveau du ventre du cricoïde; 

3** Au point où se trouvait l'extrémité inférieure du tube, et danâ 
ce cas, elles siègent sur la paroi antérieure de la trachée. 



I 



LES ULCÉRATIONS LARYNGÉES 219 

Ces ulcérations peuvent avoir une influence considérable sur la 
iJifirche de la maladie. Elles peuvent : 

P Etre le point de départ de lésions profondes, suppuratives, 
inetlaiit la vie du malade en danger; 

2^ Créer un état spasmodique réflexe de la glotte suivant le mode 
que j'ai indiqué dans un travail récent; 

,1** Déterminer à leur pourtour des infiltrations œdémateuses; 

4** Donner naissance à des bourgeons charnus qui diminuent le 
calibre du larynx et de la trachée et dont l'organisation fibreuse, 
ultérieurement pourra amener un rétrécissement du larynx grave, 
sou\^nt définitif. 

Ces linéiques considérations suffisent pour démontrer le danger 
des iiïrérations laryngées et trachéales et combien il est important 
de les éviter. Cela n'est évidemment pas toujours possible, mais 
tous les efforts doivent tendre vers ce but qui sera plus facilement 
atteint si l'on prend certaines précautions, relativement : 

1* Au calibre du tube; 

2° A la durée de l'intubation; 

^î** An procédé .1o détubation. 

I. Calibre du liihe. — Nous avons dit plus haut que les ulcérations 
laryngées, observées parfois après le tubage, siègent au niveau du 
ventre du cricoïde. C'est, en effet, par l'anneau du cricoïde que la 
partie renflée ou ventre du tube est serrée et maintenue dans le 
larynx. On comprend parfaitement que la compression déterminée 
h ce niveau puisse amener une irritation de la muqueuse, une des- 
quamation de l'épithélium et consécutivement produire une ulcé- 
ration légère ou profonde. Plus la compression est forte, plus 
Tulcération a de tendance à se former rapidement. 

Il est donc utile d'employer le tube correspondant exactement à 
Tâgc de l'enfant et non pas le tube du numéro supérieur de la filière, 
ainsi que le veulent certains auteurs. 

n faut tenir compte du gonflement des muqueuses que l'on 
observe dans la plupart des cas et des fausses membranes qui, 
tapi.^sant les parois du larynx, réduisent la lumière de cehii-ci. A 
mesure que la maladie s'achemine vers la guérison, que les fausses 
membranes se détergent sous l'influence du sérum antidiphtérique; 
rinfllt ration œdémateuse de la muqueuse disparaît. Lorsque le 
larj^nx revient à l'état normal, le tube qui, primitivement était serré 
dans le conduit laryngé, s'y trouve maintenu avec moins de force. 
Aussi, à ce moment observe- t-on très souvent le rejet spontané du 
tube, dans un accès de toux et l'enfant qui s'est ainsi débarrassé de 
ns. canule, dans la plupart des cas, ne uolt plus être retubé. 

Ce n'est que dans les cas très rares où le tube est expulsé plu- 
sieurs fois, immédiatement après l'introduction, que l'on est en 
droit de recourir à un tube d'un calibre supérieur à celui que 
comporte l'âge de l'enfant. 

IL Durée de Viniubation. — Plus le séjour du tube dans le larynx 
sera de longue durée, plus les ulcérations auront de chance de se 



220 REVUE d'obstéirique et de gynécologie 

produire. Cependant si le tube est de dimensions correspondantes à 
celles du larynx, on est étonné de voir dans certains cas jusqu^où 
peut aller Textrônve tolérance de cet organe à l'égard des corps 
étrangers. 

Meslay (1) a signalé le cas d'un enfant qui fut tube douze fois et 
chez qui le tube resta en place pendant 600 heures. Cet enfant 
mourut de tuberculose; à Tautopsie le larynx était absolument inta( t 
et ne présentait pas trace d'érosion. 

Bokai, Variot, Levrey et Piatot, etc., ont également publié des 
observations de tubages prolongés pendant longtemps, sans lésion 
laryngée ou trachéale; j'ai pubhé aussi deux cas d'intubation pn^- 
longée pendant dix jours, et 284 heures (2). Mais ces observations 
d'intubations prolongées sont moins concluantes que celles rap- 
portées par Meshiy; car dans le6 cas d'intubations prolongées qui s« 
terminent par la guérison, on peut se demander précisément si des 
ulcérations laryngc'^es et trachéales n'ont pas été la cause de lu 
durée plus longue du traitement. Et de fait, il doit souvent en 
être ainsi. 

L'examen laryngoscopique étant presque toujours impraticabS- 
chez l'enfimt, les renseignements que l'on peut avoir sur l'éU*! 
d'intégrité de la muqueuse laryngée sont généralement très vagues. 

Pour éviter autant que possible la formation des ulcérations 
laryngées, il est bon de détuber le malade au bout de 36 à 48 heures. 
Généralement après ce laps de temps, l'enfant peut respirer libre- 
ment; néanmoins si le tirage se reproduit, on patientera et on ne 
procédera à la réiutubalion qu'après avoir épuisé tous les moyens 
thérapeutiques que l'on doit employer en de telles circonstances : 
compresses chaudes, vapeur d'eaui antispasmodiques, etc., etc. 

III. Procédé de délubalion. — Nous avons vu que les ulcérations 
trachéales consécutives au tubage ont conmie siège la paroi anté- 
rieure de la trachée, au point correspondant à l'extrémité inférieure 
du tube. Elles sont dues : 

1® A Yaclion dxi décubUus, agissant par la compression de la 
muqueuse; 

2" A Virrilation causée par le tube et principalement due au s 
frottements répétés que subit h\ muqueuse trachéale pendant ]es 
accès do toux; 

3** A la prcssum (orlc exercée au moment de la détubation par le 
procédé appelé énucléation de Bayeux. 

L'action du décubitus et des frottements exercés sur la muqueu.se 
par l'extrémité inférieure du tube est évidente. Ce sont également 
les mômes facteurs qui interviennent dans la formation des ulcérn- 
tions à la suite de la trachéotomie. 

La canule de la trachéotomie étant recourbée, son extrémité infé- 
rieure vient buter contre la paroi antérieure de la trachée; le tube, 
l')ut en étant droit, produit les mêmes effets, mais atténués. 

I.e point important qu'il faut donc dégager est celui-ci : au point 

(1) Meslay. Hev. méd. des mal, de Venf,, 18ÎK>, p. 332. 

(2) Traitement des maladies de l'enfant, t. II, p. 842. 



LES ULCÉRATIONS LARYNGÉES 221 



correspondant à Vexirémité inlérieure du tube, la muqueuse tra- 
chéale a une tendance à s^irriter, perdre son poli, et consécutivement 
n'ulcérer. Cela découle des constatations nécropsiques que nous 
avons faites sur des larynx provenant d'enfants tubes dans le 
service de médecine infaniile^ à Saint-Pierre. 

Il est inutile de donner le détail de ces observations. Ces faits ont 
dtt% rlu reste, observés par tous ceux qui se sont occupés de tubage. 
Leur explication n'a pas été donnée d'une manière satisfaisante 
parco que, me semble-t-il, on a oublié dfc faire intervenir un fadeur 
itiipnrtant : la méthode employée pour extraire le tube. Un sait que 
la tul)e peut être enlevé de deux manières : 

1° Au moyen de Vappareil spécial d'O'Dwyer; 

2« Par le procédé de Bayeux ou énucléaiion. 

La première manière n'est pas toujours facile à apliquer; chez 
lea enfants en-dessous de 2 ans, le tube a une lumière très étroite 
t^t il est parfois difficile d'y introduire le bec de Tinstrument. 

Le procédé de Bayeux est, au contraire, très facile, mais nécessite 
remploi d'une pression assez considérable, du pouce, puisque l'on 
doit f chasser le tube hors de la trachée, comme on expulse un noyau 
fie cerise en le pressant entre les doigts. Au moment de l'énucléa- 
lion, l'extrémité inférieure du tube est comprimée entre le pouce et 
1p plan résistant constitué par la colonne vertébrale. 

Paur ma part, j'estime que cette manœuvre peut déterminer des 
lésions de la muqueuse trachéale; ces lésions se produiront d'autant 
plus facilement que déjà, par suite du décubitus, l'intégrité de cette 
muqueuse n'est plus parfaite. 

Ce n'est pas là de la simple théorie; ces vues s'appuient sur des 
observations nécropsiques qui ont leur valeur. 

TK'S les premières autopsies d'enfants tubes et décédés dans le 
Èîervjce de médecine infantile, nous avons été frappés de la fré- 
quence de ces ulcérations trachéales; nous les observions aussi bien 
che^î les enfants qui avaient été tubes pendant plusieurs jours que 
chex ceux qui n'avaient séjourné dans le service que pendant 
qitelques heures. Ces ulcérations trachéales existaient presque 
Ifiujuurs il est vrai, en mônic temps que des ulcérations du cricoïde; 
cependant, dans trois cas, le cricoïde était indemne, alors que la 
Iracliée était lésée. Or, étant donné que le tube est fixé par le ventre 
du f ricoïde, c'est au niveau de ce cartilage que la compression 
acquiert son maximum d'intensité, tandis que l'extrémité infé- 
rieure du tube est à peine en contact avec les parois trachéales. 
Logiquement les ulcérations doivent se produire, au cricoïde, plus 
rapidement qu'à la trachée; nous nous sommes donc demandé si 
rëuucléation est un procédé inoffensif, ainsi que le déclarent Variot 
et Glover (1). 

[( Mous avons expérimenté sur le cadavre, disent ces auteurs, et 
ûï\ énucléations successives du tube laryngien n'ont pas paru 
b\ciiif>eT la muqueuse de la région sous-chordique intracricoïdiennel 

(1) Alb. Delcourt. Journ. médic, 1902, 



222 REVUE D*OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 

ni la muqueuse trachéale. Et ils ajoutent quelques pages plus 
loin : Quant à Vénucléation des tubes par pression du pouce pré- 
trachéale souS'Cricoîdienne^ nous n'avons pas à revenir sur les 
résultats fournis par Texpérimentation cadavérique qui démontre 
Vapparenie innocuité du procédé, au point de vue des lésions 
traumatiques qu'il pourrait déterminer. » 

Nous pensons aussi que l'innocuité du procédé du Bayeux n'est 
qu'apparente, certains auteurs, du reste, ont déjà attiré l'attention 
6ur ce point. Parlant de l'énucléation, Froin (2) dit : <c Dans la 
majorité des cas, surtout s'il y a résistance de la part de l'enfant, il 
faut comprimer fortement le ttibe entre le pouce et la colonne 
vertébrale pour le chasser. Il en résulte soit des érosions de la 
muqueuse trachéale, soit des efforts et des vomissements souvent 
très prolongés et quelquefois même des spasmes laryngés mortels 
(Masséi). Quand le cas n'est pas urgent un extracteur est préfé- 
rable. » 

Nous n'avons jamais, pour notre part, vu se produire d'accidents 
graves après l'énucléation que l'on pratiquait couramment et que 
Ton pratique encore parfois dans le service de médecine infantile à 
Saint-Pieire. 

Quelquefois, cependant, le tube long est allé se loger dans 
l'arrière-nez où il n'est pas toujours facile de l'atteindre. Mais, c'est 
là un incident banal, sans importance. Cependant les expériences 
iîe Variot et Glover ne sont pas concluantes pour démontrer l'ipno- 
cuité apparente du procédé de Bayeux. Autre chose est de détuber 
un enfant indocile, opposant une résistance parfois très vive. Dans 
ce cas l'effort devra être bien plus considérable et une seule énu- 
cléation pourra déterminer des lésions que dix énucléations 
.successives ne produiront pas sur un cadavre. 

Ces différents points que je viens de signaler et les inconvénients 
parfois sérieux qui peuvent résulter de l'énucléation ne suffisent 
pas pour faire rejeter complètement le procédé de Bayeux qui, dans 
certains cas d'urgence, peut rendre de grands services; étant d'une 
application facile il est à la portée de tous et les débutants sont 
enchantés de pouvoir énucléer. A Paris, dans certains services, les 
infirmières elles-mêmes, quand cela est nécessaire, peuvent détuber 
par le procédé de Bayeux. 

Quant à nous, nous envisageons toujours avec crainte l'inter- 
vention de gens dont la compétence est illusoire et dont le sens 
clinique est plutôt rudimentaire. 

Nous pensons que l'énucléation, lorsqu'elle est pratiquée par des 
médecins au courant de la méthode, ne met pas la trachée à l'abri 
rie lésions dont les conséquences sont difficiles à apprécier. A plus 
forte raison, croyons-nous que, faite d'une manière abusive par des 
mains inhabiles, elle constitue un danger. 

(2) Froin. Presse médicale, 23 avril 1901. 



TRAITEMENT DE L ANGINE GRANULEUSE 223 

C'est pourquoi nous sommes d*avis qu'il vaut mieux employer^ 
pour enlever te tube long, Veoatracteur d'O'Dwyer en réservant le 
procédé de Bayeux pour les cas d'extrême urgence. 

Si Ton craint Tobstruction du tube ou si, pour des raisons 
spéciales, on veut mettre ceux qui surveillent Tenfant à môme de 
pouvoir le débuter, il suffit de laisser le fil h demeure. J'ai eu 
l'occasion d'appliquer ce procédé en ville, sans le moindre incon- 
vénient. 

Lorsque l'enfant n'a que quelques dents, il suffit de fixer le fil à 
la joue au moyen d'un peu de collodion ou de sparadrap; si l'enfant 
est plus âgé, on fera passer le fil entre deux dents; une surveillance 
ultentive empêchera le malade de tirer sur le lien. 



TRAITEMENT DE L'ANGINE GRANULEUSE 
(Moure^ de Bordeaux.J 

Pendant les poussées inflammatoires, quelques bains de gorge 
alcalins, des gargarismes borax-bromure» avec ou sans cocaïne, 
suffisent pour amener une amélioration passagère ou définitive, 
suivant les cas. 

Contre les formes chroniques, M. Moure a employé avec avantage 
les badigeonnages de l'arrière-gorge une fois ou deux peir semaine, 
faits sur la solution suivante : 

Iode gr. 25 

lodure de potassium » 30 

Laudanum de Sydenham 3 )> 

Glycérine pure 120 » 

Le malade peut encore utiliser ce liquide pour se gargariser ou 
se baigner la gorge, en mettant une cuillerée à café de ce topique 
dans un demi-verre ou un verre d'eau tiède, suivant sa suscep- 
tibiUté. 

D'autres fois, la teinture de gaïac, employée sous la forme de 
gargarismes, donne également d'excellents résultats. On prescrit 
alors de la façon suivante : 

Borate de soude 6 gr. 

Antipyrine .' 4 » 

Teinture de gaïac '. " 5 » 

Alcool de menthe 5 » 

Glycérine neutre 145 » 

On peut également mettre une .cuillerée à café de ce liquide 
dans un demi-verre d'eau tiède pour bains do gorge ou se servir 
de ce topique employé pur en badigeonnage, sur la paroi pharyn- 
gienne une fois ou deux par semaine. D'une manière générale, 
on ne doit faire usage des badigeonnages que pendant les périodes 
de calme; le gargarisme seul suffit au moment des poussées 
subaiguës. 



*22i REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

Une fois les choses rentrées dans Tordre, il sera ordinaire- 
iiurit utile de terminer la cure par une saison thermale sulfu- 
ra' use, arsenicale ou akaline, suivant Tétat général de chaque 
hmlado. 

f>e point important dans toute cette thérapeutique est de 
veiller au bon fonctionnement de la muqueuse nasale ou nasu- 
pliaryngienn-e et de bien s'assurer que ce n'est pas dans ces 
CRvitf^s qu'il faut chercher l'origine des soi-disant granulations 
aijxrïuelles on a jusqu'à ce jour accordé une importance vérita- 
lilvment très exagérée. [Jour, de méd. de Bordeaux.) 

VARIETES 



SILHOUETTES DE FEMMES. -^ ETUDES PSYCHOLOGIQUES, 
LA BELLE GABRIELLE. 

Les deux femmes illustres qui viennent d'être libérées méritent 
pur leur attitude d'attirer l'attention du psychologue et du médecin. 

Nous ne parlerons pas de la première, Marie Fenayrou, qui a 
l>uysé l'ôge des passions et est protégée par sa maternité après 
avoir payé sa dette. 

Mais que dire de la seconde, cette belle Gabrielle qui quitte sa 
pii^on avec cette auréole de grôce et de beauté que les reporters se 
plfiisent ù nous décrirel 

n En apprenant qu'Elle était libérée, dit Nozière, je sentis mon 
cu'mr se dilater : ce n'était pas en vain que j'avais eu confiance 
(In lis la justice immanente. La malheureuse a subi treize années 
(le détention, mais le gouvern-ement s'est enfin décidé à la relâcher. 
Que lui reprochait-on? L'homme qu'elle aimait l'avait obligée ii 
ail lier dans un guet-apens un riche viveur; par pure plaisanterie, 
t'Ilt^ avait passé au cou de ce joyeux compagnon un lacet qiû 
riHrungla. Elle n'avait été que l'instrument aveugle du crime. I^ans 
Ifi .suite elle était devenue l'auxiliaire énergique de la justice et lui 
avait livré le meurtrier. Son attitude devant la cour d'assises lui 
avait concilié la sympathie de la foule; car elle était jolie et ses 
ytîux étaient doux et innocents comme son prénom. Elle fut 
cf.'ptiiidant condamnée à passer un quart de siècle au bagpe. Mais 
fJi'H mesures de clémence adoucirent cette peine. Elle fut seulement 
enrermée dans la plus ouverte des prisons. Elle y travmllait en 
cnjjipagnie d'ouvrières libres qui lui contaient les nouvelles du 
jfiifr, qui mettaient ses lettres à la poste et lui apportaient les 
rvpuiises. Nous savions que son existence était paisible; mais ceux 
(|iiî subissent l'iniquité ne connaissent pas le bonheur, et nous 
attendions avec angoisse l'heure de la réhabilitation. » 

L'attitude de Gabrielle dans sa prison avait du reste, été exem- 
plaire. La limpidité et la pureté de son regard, la ch'3teté de son 
TiHiintien, la douceur de sa voix lui avaient attiré toutes les S3nii- 



LA BELLE GABRIELLE 225 

pathies du personnel. Les \jisiteurs considéraient comme une 
' faveur de lui être présentés et elle avait pour tous un mot ciimable, 
gracieux, presque protecteur. Les Bonnes Sœurs lui réservaient 
toutes leurs faveurs parce qu'elle était d'une rare piété et faisait 
retentir, dans la chapelle, une voix mélodieuse dont les échos, 
avant de monter au ciel, adoucissaient Tàme des humains. 
Gabrielle était pleine de cette tendresse, à la fois mystique et sen- 
suelle, qui amollit les cœurs les plus durs. Les journalistes nous 
ont constamment parlé d'elle pendant sa détention et l'un d'eux 
a consacré sa vie à obtenir sa grâce. 

Enfin, la voilà rendue à la grande société parisienne. Le jour de 
sa libération a été une fôte dans les milieux de haut goût. 

(( Elle se laissa interviewer; elle donria son opinion sur l'élat 
politique de la France, sur les prochaines élections de l'Académie 
française, sur la mode, sur les funestes effets des courses, sur la 
moralité des femmes, sur la direction des ballons. Elle exprima 
le désir de dîner en compagnie d'hommes célèbres. On se hûtii 
d'organiser un petit banquet dans lé restaurant ù la mode. Les 
lettres, les sciences, les arts, le commerce, la finance, l'armée et 
m^me la magistrature y étaient représentés. Elle s'étonna qu'on 
eût choisi, pour lui offrir ce repas, un endi^oit un peu frivole : le 
voisinage de jeunes femmes maquillées et trop élégantes lui déplut. 
Elle constata cependant' que tout le monde la regardait avec 
sympathie. Les maîtres d'hôtel et les garçons avaient signalé à 
toutes les tables ;sa présence. Sous les lumières tendres des 
lampes électriques les femmes se penchaient vers leurs amis et 
chuchotaient : « C'est Elle! C'est Elle! » Quand elle se leva pour 
porter un toast, tout le monde se tut et l'on put entendre distincte- 
ment ses paroles. 

Elle remercia les hommes courageux qui avaient travaillé pour 
obtenir sa grâce. Elle rendit hommage aux médecins et à l'hypno- 
tisme, aux écrivains qui excitent la foule à la juste pîtié, aux 
peintres et aux sculpteurs qui entretiennent en France le culte de 
la beauté, aux manieurs d'argent qui respectent la frivolité, aux 
juges et aux soldats qui appliquent et défendent des lois douces et. 
indulgentes. Elle termina son discours en invoquant l'éternelle 
justice. Tandis qu'elle vidait sa coupe de Champagne, les hommes 
les femmes lui lançaient des fleurs. Elle défaillait sous les 
pivoines neigeuses, sous les roses lourdes de parfums et, songeant 
au rude compagnon qui l'avait entraînée en Amérique et qu'elle 
avait ramené sur la place de la Roquette, elle murmura, toute 
rftveuse, sur un air de Gounod : 

Ah! s'il était icil 
• S'il me voyait ainsi! 

A cette intéressante description de M. Nozière, serait-il permis 
an psychologue d'ajouter quelques réflexions? 

.Savez-vous jpouj'qnoi tous ces hommes recherchent la belle 



^ 



226 



REVUE D'OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 



Gfitbrielle?. C'esti parce qu'ils sont friands de sensations, c*est 
parce qu'ils éprouvent, en présence de cette femme étrange, encore 
jeune et jolie, le désir de la possession; c*est parce qu'ils supposent 
que les joies de cette possession différeront des banales caresses 
de la maîtresse ordinaire. Ils veulent savoir, au risque de courir 
le môme danger, par quels savants artifices, cette femme a pu 
passer au cou la corde à un amant tout en lui faisant éprouver 
les suprêmes délices de l'amour. 

Voilà pourquoi les hommes raffinés et blasés recherchent 
Gahrielle; voilà pourquoi cette aimable libérée ne sera pas embar- 
rassée pour trouver des amants somptueux et célèbres. 

Dans les milieux dits supérieurs, chez les êtres gorgés et blasés, 
tout ce qui permet d'espérer des sensations sensuelles inédites 
sera toujours recherché. 

jy MINIME. 



MÉDECINE PRATIQUE 



Traitement du goitre par les 
injections d'éther iodoformé. — 

Mosetig propose les solutions sui- 
vantes : 

I. Iodoformé 1 gram. 

Ether j ^^ ^ 

Huile d'olive ) ^A 7 gram. 

II. Iodoformé 1 gram. 

Ether 5 gram. 

Huile d'olive 9 gram. 

On injecte une seringue de Pra- 
vaz dans chaque goitre et même 
davantage dans les goitres énor- 
mes. Les séances sont répétées tous 
les 3 ou 6 jours. 

Influence de la constipation sur la 
qualité et la quantité du lait des* 
femmes, par le D' G.-C. de La Ber- 
NARDiÈRE. — Beaucoup de mes Col- 
lègues ont peut-^tre remarqué 
comme moi, l'influence qu*a la cons- 
tipation sur la sécrétion du lait des 
femmes qui allaitent et c'est cette 
influence que je vais faire remarquer 
de nouveau, car si la chose est im- 
portante pour la santé de la femme 
qui allaite, mères ou nourrices, elle 
l'est encore beaucoup plus pour le 
bébé. 

Tous mes CoUègues savent,comme 
moi, que la constipation est telle- 
ment commune chez les femmes, 
que le cas contraire est presque une 
exception, et si eUe est toujours 
fâcheuse dans l'état ordinaire de la 
vie ou dans certaines affections de 
la matrice ou des organes voisins, 
elle l'est aussi beaucoup chez les 



femmes qui allaitent, car si l'intes- 
tin est obstrué par des matières 
durcies, il n'a plus libre son mouve- 
ment péristal tique, qui '^ousse le 
chyle dans les vaisseaux lactés, 
alors la sécrétion du leiit ne se fait 
plus ou se fait irrégulièrement, et le 
lait n'étant plus poussé naturelle- 
ment dans les vaisseaux lactés, 
s'échauffe et devient rare. 

Je ne saurais donc trop conseiller 
aux médecins et aux mères de 
famille de vérifier de temps à autre 
les selles de la nourrice, si ce n'est 
pas la mère elle-même qui allaite, et 
si c'est la mère elle-même, elle doit 
aussi examiner les siennes et les 
faire examiner afin de connaître si 
ces selles sont régulières ou non et 
si elles sont dures ou liquides, et 
la mère de famille fnc doit peis 
hésiter & connaître ces détails, 
quelque répugnants qu'ils puissent 
lui paraître, car il s'agit de la santé 
du bébé. 

Si la constipation existait & Tétai 
permanent ou même accidentelle- 
ment, il ne faut pas attendre qu'elle 
soit opiniâtre pour la combattre, il 
faut la combattre par des lave- 
ments d'eau boriquée chaude, 2 litres 
tous les matins, et ceci tout le 
temps que la constipation e;cistera, 
car il faut Que le mouvement péris- 
tallique de l'intestin de la femme qui 
nourrit se fasse, ainon naturelle- 
ment, au moins artificiellement; 
l'exploration du rectum avec le 
doigt doit être aussi pratiquée toutes 
les fois que cela sera utile. 



MEDECINE PRAT11^)UE 



227 



Traitement de la Ivoncho- 
pneumonie des enfants. (Saint- 
i^iiiLippE.) — Au point de vue du 
Irailemenl de la broncho-pneumonie 
(les enfants, il y a deux indications, 
une légitimée par un élément fixe 
la bronchite; l'autre par un élément 
mobile, la lésion pulmonaire; mais 
cotte dernière prime de beaucoup 
la preriiièro, car la poussée con- 
gestive peut être subite, étendue et 
entraver l'hématose au point d'a- 
mener la mort en peu d'heures. 

C'est contre l'élément congestif 
qu'agit la quinine, administrée par 
la bouche, le rectum ou sous la 
pf au. Le sulfate de quinine se donne 
dans du café noir ou avec l'extrait 
de réglisse. Chez les enfants petits 
et indociles, on a recours au lave- 
ment ou a la pommade; mais ces 
préparations sont lentes h agir et 
ptni fidèles. Il vaut mieux faire 
j>}nélrer le médicament par injec- 
tions sous-cutanées tl'après la for- 
mule suivante : 
(Juinine (Chlorhy- 

iWtiie de) — 2 à 4 grammes. 

(îlycérine 10 grammes. 

Eau 10 grammes. 

On oeut introduire ainsi de 0,20 à 
0,40 centigrammes de médicament 
en injectant deux seringues de la 



solution, qu'on tiédit si elle se 
trouble par le froid. 

La quinine forme le fond du trai- 
tement, mais on lui adjoint les mou- 
ches de Milan, au niveau des divers 
foyers de râles, .ou le vésicatoire. 
L'auteur les fait môme suppurer 
quelque temps. 

Dans le catarrhe suffocant on a 
recours aux sinapismes, aux vési- 
catoires larges, aux ventouses 
scarifiées, aux sangsues, en mesu- 
rant l'intervention ù l'âge de l'en- 
fant. 

Comme médicament supplémen- 
taire on peut se servir de l'alcool a- 
ture de racines d'aconit (V à XX 
gouttes en vingt-quatre heures; 1 à 
2 gouttes toutes les heures) dans 
le sirop d'ipéca composé, dans la 
bronchite intense; dans le sirop de 
quinquina ou le punch si l'état géné- 
ral >est mauvais. 

Contre l'excitation, pas d'opium, 
mais des bains tempérés et un peu 
d'antipyrine; si la toux est auin- 
teuse, des fumigations. 

Dans les cas très intenses, la 
quinine et l'aconit le cèdent ù la 
caféine en injections sous-cutanées, 
puis à la digitale et â l'alcool. L'oxy- 
gène en inhalations fait bien mieux 
que les injections d'éther. 



MÉDICATIONS NOUVELLES 

APPLICABLES A LA GYNÉCOLOGIE ET A LA PÉDL\TRIE 



Le bromure d'éthylène contre 
répilepsie. — Donath recommande 
cette préparation bromurée dans l'é- 
pi lepsic p^jur éviter les inconvé- 
nients inhérents au bromure de po- 
tassium et qui se manifestent sur- 
tout quand on l'administre à dose 
très élevée. Les résultats obtenus 
sont satisfaisants et ce médicament 
est appelé à rendre des services 
signalés toutes les fois que, pour 
une cause ou une autre, le bro- 
mure de potassium sera contre-in- 
diqué. 
Bromure d'éthylène.. 5 grammes 

Huile d'olive q. s. p. L une 

émulsion à 
5 0/0. 

S. — A donner (aux adultes), 2-3 
fois par jour, XXX gouttes envi- 
ron dans 1/3 de verre d'eau sucrée; 
chaque troisième jour on élève la 
dose jusqu'à atteindre XL-L-LXX 
>?outtes par dose. Les enfants de 10- 
12 ans commencent par dos doses 
de X-XX gouttes répétées 2 fois en 
2i heures. Ces do.ses correspondent 
d gr. 1 — gr. 3 de bromure d'é- 



thylène (2-3 fois par jour). La dilu- 
tion avec l'eau sucrée ou avec du 
lait est indispensable, le bromure 
d'éthylène en émulsion huileuse à 
5 0/0 irritant fortement la muqueuse 
stomacale. On peut se servir aussi 
de la préparation suivante : 
Bromure d'éthylène.. 5 grammes. 

M. D. S. — A prendre, 2-3 fois par 
jour V-X-XV gouttes dans 1/3 d'eau 
sucrée. Agitez énergiquement la so- 
lution avant d'en faire usage. 

Aux sujets très irritables on peut 
prescrire des capsules gi'lalinéos 
dont chacune contient : 
Bromure d'éthylène . . III gouttes 
Alcool VI gouttes. 

S. — A prendre, 2 à 3 fois par 
jour, 2 â 4 capsules. 

La stypticine antiphlogistique 
local (Kai'fmann(. — L'auteur a 
essayé avec succès les pommades 
de stypticine à 10 0/0 contre la fu- 
ronculose^ Dans les différontes der- 
matoses inllammatoin's, il a em- 
ployé des bâtonnets composés de 



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228 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 






mode d'application, compresses de 
stypticine 0,05, |?élatine blanche 1,5; 
des pommades à 5 ou 4 0/0; comiTie 
gaze enduites de pommade, appli- 
quées sur le poi(nt intéressé, main- 
tenues sans ouate par des bandes 
ou des languettes d emplâtre adhé- 
sif. Contre les ulcères la stypticine 
agit comme antiseptique et comme 
desséchant. L'auteur a guéri en 
quelques jours deux cas de balanite 
ulcéreuse avec une pommade com- 
posée de stypticine 2 et lanoline 
100. Il ne faut pas dépasser ce litre 
dans les plaies étendues pour évi- 
ter l'intoxication. Son indication 
principale réside surtout contre les 
dermatoses aiguës, et surtout de 
caractère infectieux. Les petits fu- 
roncles disparaissent en quelques 
jours avec dos pommades à 5 0/0. 
La stypticine na au'un effet pure- 
ment local; elle n empêche pas la 
pouss(*e de nouveaux furoncles. 
La même pommade peut être em- 
ployée avec suc(x\s dans le traite- 
ment des poussées éiysipéloïdes 
ou des lymphangites. Là guérison 
demande une huitaine. Les panaris 
légers guérissent en deux ou trois 
jours sans incision. L'épididymite 
en est amendée; mais on n'obtient 
rien dans la blennorrhagie. Le re- 
mède a donné aussi d'excelents 
résultats dans un cas de barlholinite 
blennorrhagique. Dans trois cas de 
trichophytie avec abcès la pommade 
de stypticine a donné- de bons ré- 
sultats dans un temps relativement 
assez court. Il faut y joindre par- 
fois l'incision et les attouchements 
au crayon de stypticine. L'auteur 
a obtenu de bons résultats dans 
l'eczéma aigu des adultes : mais 
elle n'en donne aucun dans l'eczéma 
chronique; de même dans deux cas 
de zona des lèvres inférieures; la 
guéridon sur\'ient complète., en 
deux h cinq jours. Les résultats 
contre l'acné sont nuls. Les enge- 
lures s'en trouveraient bien. Au 
résumé, médicament à conseiller 
dans les inflammations aiguës de 
la peau» contre-indiguô dans les 



chroniques {Journal des mal. cuia 
nées, mars 1903 ». 

Les isijections sous-cutanées 
d'atropine comme hémostatique. 

— M. Bierwirlh a obtenu, par des 
injections hypodermiques de trois 
à six dix-milligrammes d'atropine, 
une hémostase rapide dans plu- 
sieurs cas d'hémoptysie, d'épistaxis 
et d'hématémèse rebelles k l'ergo- 
tine et autres moyens usuels. L'hé- 
morragie s'est toujours arrêtée au 
bout de dix minutes. Chez un ma- 
lade, l'injection a dû être **pétéi; 
trois fois; chez tous les autres, une 
suie injection a suffi pour arrêter 
délinitivement la perte de sang. 
M. le docteur llausmann (de Méran'. 
s'est aussi servi avec succès des 
injcclions d'atropine dans les 
homcplysies. D'après un autre mé- 
decin allemand, M. le docteur Tacke 
(de WeseU, l'atropine employé*» 
hypodermiqucment serait un bon 
moyen pour combattre les pertes 
menstruelles trop profuses. 

L'effet hémostatique de ï'atropfne 
s'explique par un mécanisme tout 
opposé h celui par lequel agit l'er- 
gotine. Tandis que celle-ci fait con 
tracter les capillaires, l'atropine, an 
contraire, les dilate en paralysant 
les nerfs vaso-constricteurs, auir,i 
que l'a montré Graham Brcwn. Ka 
augmentant ainsi la quantité de 
sang dans tout le système capillair- 
l'atropine en diminue l'afflux vers 
le lieu de rhémorragie, fr^r'orise ui 
coagulation et amène l'hémostd»} 

L'acide osmique contre le goi- 
tre. (AuERBACH). — L'auteur injecli? 
, tous les 2 jours dans l'épaisseur de 
I la masse cliamue un demi-centign 
I d'acide osmique en solution dans 
l'eau disullée, et fait un massage 
I quotiaien pendant 15 minutes. Il 
I administre en même temps l'iodure 
I de potassium h l'intérieur. Au bout 
I de trois semaines, il a constaté une 
I diminution de moitié de la tumeur 
j et la disparition ues symptômes 
I subjectifs. 



MÂcon, imp. X. Perroux. 



OBSIÉTHIQUE 



ERRKURS RKLATIVKS AUX PRESENTATIONS DE LA FACE 

> 

Comme les préjugés, les erreurs ont souvent la vie longue et se 
perpétuent en dépit des faits les plus probants. 

11 eu est ainsi notamment des présentations de la face, que trop 
d'accoucheurs continuent ù considérer comme difficiles et dange- 
reuses. 

Qu'elles soient anormales, raies, extraordinaires, on ne peut 
le contester puisque, en moyenne, il n'y en a guère que 4 cas sur 
1.000 accouchements, d'après nos statistiques de la Maternité de 
Liège, conformes du reste en ce point à celles des autres auteurs. 

Mais si les présentations de lai face sont si peu fréquentes, cela 
ne veut pas dire qu'elles soient contre nature, mauvaises, entourées 
de difficultés, recelant toutes sortes d'embûches et de périls,comme 
cela semble ressortir encore de récents écrits sur ce sujet. 

Il y a seulement quelques remarques à faire, que les praticiens 
ne devraient jamais oublier. 

D'abord, le diagnostic est aussi difficile par rexiunen'du veiiUe 
qu'il est aisé par le toucher dès que la face est accessible. Malheu- 
reusement la partie fœtale reste élevée et d'habitude déviée jusqu'à 
la seconde période du travail et c'est donc à un moment déjà avancé 
que la présentation est reconnue par ce mode d'investigation. 

Si Ton n'est pas un dilettante du palper, on croit jusqu'alors à une 
présentation ordinaire du crâne parce que l'on sent la tête dans 
rh3q)ogastre, soit exactement au milieu, soit un peu déviée, toujours 
assez mobile. 

Quand le diagnostic de présentation de la face a été posé, soit au 
début du travail par le palper, soit plus tard par le toucher, on ne 
doit pas avoir peur et s'imaginer qu'il faut intervenir; on doit, au 
contraire, être persuadé que tout marchera à souhait, comme dans 
une présentation du sommet. 

On se gardera bien de faire quoi que ce soit, ainsi aider à la dila- 
tation, rompre les membranes, stimuler les contractions, essayer 
de transformer la face en sommet, soH par l'extérieur (manœuvres 
de Tamier), soit par l'intérieur (méthode de Mauriceau), soit par le 
procédé mixte de M. Pinard. Tout cela est très joli sur le manne- 
quin, mais échoue presque toujours sur le vivant, et c'est inutile. 
Ce sont précisément ces tentatives qui rendent la situation sérieuse 
et peuvent toutes la faire grave. 

On ne doit. pas plus intervenir dans la mento-poslérieure que 
dans Toccipito-postérieure ; neuf fois sur dix le menton revient en 
avant, tout seul. Il en est de môme pour la variété fameuse du 
front, appelée à tort par quelques-uns présentation du front : celte 
inclinaison se réduit presque . toujours spontanément si Ton ne 
trouble pas les phénomènes naturels du travail par des manœuvres 
intempestives. 

15 



230 REVUE d'obstétrique El' DE GYNÉCOLOGIE 

• — ■ — 

Vo»ià la règle. 

L'exception, qui se présente une fois sur dix environ, c'est la 
nécessité d'intervenir, parce qu'il y a un accident quelconque ou un 
défaut dans la marche régulière du travail... exactement comme 
dans les présentations du sommet. 

Comment intervenir ? En deux mots, voici : si la face est encore 
mobile ou refoulable,on a recours à la version podalique; si la face 
est engagée, on applique le forceps et on ramène tou\ouTS le menUm 
en avant. 

Les autres conseils sont trop banaux pour exiger des développe- 
m(înts : examiner avec prudence, afin d'éviter les lésions de la face, 
ne pas laisser le cou appuyé trop longtemps contre la symphyse 
pubienne, ne pas presser sur le périnée, se hûter d'extraire le tronc, 
ne pas montrer tout de suite le nouveau-né à la mère, etc. 

— Dans les huit derniers jours, nous avons eu dans le service 
deux présentations de la face qui se sont terminées l'une et l'autre 
rapidement et sans accroc notable. Nous allons les relater en quel- 
ques lignes, pour venir à l'appui de ce que nous venons d'avancer. 

Le 22 janvier 1903, arrive à la Maternité, à dix heures du matin, 
Marie H..., h terme de sa première grossesse et en travail. C'esl 
une servante de 20 ans, forte et bien constituée. La tète est à Thypn* 
gastre et le dos est à gauche ; le maximum des bruits cardiaques 
est à gauche aussi. Le col est effacé et dilaté comme 50 centimes, 
on ne sent pas la partie fœtale par le toucher. 

La patiente est envoyée en ville, chez M™« Sinnen, parce que tous 
les lits sont occupés à la Maternité. 

A midi, la dilatation est comme cinq francs et on reconnaît leâ 
saillies de la face à travers les membranes : c'est une mento-posié- 
rieure droite. 

A quatre heures, la dilatation est comme une grande paume de 
main ; les eaux s'écoulent spontanément. 

A quatre heures et demie, la dilatation est complète et on engage 
la femme à pousser. 

A cinq heures, la rotation se fait et le menton revient directement 
on avant. 

A cinq heures et demie, la face est expulsée, suivie bientôt du 
tronc. Il y avait autour du cou une circulation assez serrée. 

Cette dernière circonstance explique l'asphyxie moyenne du nou- 
veau-né, un gros garçon pesant 3.500 grammes et mesurant 50 cen- 
timètres. Quelques soins parviennent à le faire parfaitement res- 
pirer et crier. 

Périnée intact, délivrance naturelle, utérus bien rétracté. 

Voici les principaux diamètres de la tète fœtale : OF, 11.7; BP, 9: 
MS, 12.2; SMB, 10; SOM, 12.7; SOB, 10. 

La face est bleue et présente une énorme tumeur séro-sanguine 
Celle-ci avait disparu le troisième jour. 

Dès le lendemain, le nouveau-né prenait le sein. 

La mère et l'enfant se portent bien aujourd'hui. 



PRÉSENTATIONS DE LA FACE 231 

— Le deuxième cas se rapporte à l'épouse F..., âgée de 36 ans, 
ménagère, lymphatique. 

Celle femme, de laille moyenne et de bonne conformation, a déjà 
eu trois enfants à terme et un à sept mois; deux vivent encore. Tous 
les accouchements se sont faits par le sonunet et facilement. 

Elle vient, le 22 décembre 1902, à huit mois de sa cinquième gros- 
sesse, parce qu'elle ressent des douleurs abdominnlcs. 

La tête fœtale est dans la fosse iliaque gauche; elle est ramenée 
au détroit supérieur et maintenue par un bandage. 

Le 28 décembre, la menace du travail prématuré n'existe plus 
et la femme quitte rétablissement. 

Le 16 janvier 1903, elle revient avec un col dilaté comme un franc 
et des contractions. Cette nouvelle menace cède au repos et la 
femme sort lé 21. La tête est resiée à Vliypogasire, mobile, mais 
bien en rapport avec le détroit supérieur. 

Le 24 janvier 1903, réponse F... revient pour la troisième fois, à 
neuf heures du matin. Cette fois, le travail est avancé et la dilata- 
tion est comme une petite paume de main. On parvient jusqu'à la 
partie fœtale qui est encore élevée et mobile : on reconnaît la face 
ù ses multiples inégalités. Le menton est en rapport avec la fosse 
iliaque droite et le front regarde du côté gauche. 

Les contractions sont énergiques; à onze heures et demie, la 
dilatation est complète et les eaux s'écoulent, souillées de 
méconium. 

La patiente pousse et à midi elle accouche d'un enfant du sexe 
masculin, pesant 3.555 grajnmes et mesurant 51 centimètres, très 
bien portant. 

Délivrance normale bu bout de vingt minutes. 

La période d'expulsion a été tellement courte que la face n'a pas 
eu le temps de se déformer : il n'y a pour ainsi dire rien. 

Voici les principaux diamètres de la tête fœtale : OF, 11.7; BP, 
9.6; MS, 12.1; SMB, 10.3; SOB, 9.5; SOM, 13.5. 

A l'heure actuelle, la mère et l'enfant se portent bien. Allaite- 
ment maternel; rien d'anormal. 

Réflexions, — Quelles ont été les causes de ces présentations de 
la face ? Peut-être est-ce une anomalie d'attitude, des présentations 
primitives de la face, au moins pour le premier cas. Le deuxième 
cas parait plutôt rentrer dans les déflexions par suite d'obliquité 
de l'utérus. 

Ni dans l'un, ni dans l'autre, la tête n'était dolichocéphale et 
l'hypothèse de Hecker ne peut donc être appliquée à aucun des deux 
cas. 

Encore ici, on doit répéter avec le poète latin : Félix qui pntvii 
rerum coanoscere causas ! 

Faisons observer pour terminer que, dans les deux cas, le menton 
tourné en arrière a parfaitement exécuté tout seul la rotation de 
3/8 de cercle qui l'a ramené en avant, sous la symphyse pubienne, 



232 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

comme cela doit toiiiours avoir lieu dans les présentations de la 
face. 

Evidemment, ceux qui interviennent dans tous les cas, parce 
qu'ils le croient nécessaire, ne peuvent pas connaître ces termi- 
naisons simples, spontanées, naturelles. Et, plus ils voient de pré- 
sentations de la face, plus ils les trouvent désagréables, mauvaises, 
dangereuses... parce qu'ils en troublent, chaque fois le mécanisme 
par leur intervention inutile et intempestive. 

Voilà comment se perpétuent les erreurs. 



LES ACCÈS ECLAMPTIQUES 
par M. le D*" Oui, professeur-agrégé à la faculté de Lille. 

Chez une femme arrivée au septième ou au huitième mois de sa 
grossesse, ou bien encore au cours du travail de raccoiichement, 
plus rarem.ent dans les quelques heures ou même les premiers jours 
qui suivent la délivrance, se produisent des accidents nerveux 
caractérisés, par : une période d'agitation accompagnée de contrac- 
tions fîbrillaires des muscles de la face, suvie de oojivulsions 
toniques, puis de convulsions cloniques, le tout terminé par un^ei 
période de coma plus ou moins prolongée. Chez cette femme, vous 
avez constaté antérieurement de l'albuminurife, ou, appelé à la voir 
pour la première fcis, vous recueillez de l'urine et y constatez la 
pré?enci3 de l'albumine. En outre, depuis quelque temps déjà, la 
malade avuU accusé des -troubles du système nerveux : hébétude, 
amnésie, céphalée, douleur au creux épigastrique, troubles de la 
vue, troubles respiratoires, prodromes des accès que vous constatez 
maintenant. Vous avez affaire à un accès éclamptique. 

Indications pathogémqncs et cliniques, — La cause première 
des accès éclamptiques réside dans une auto-intoxication due à la 
formation excessive de poisons dans l'orgemisme et à l'élimination 
insuffisante de ces poisons. La manifestation de ces accès peut être 
isolée ou répétée, simple ou compliquée d'incidents divers. 

De ces notions découlent les indications suivantes : 

1° Diminuer, dans la mesure du possible, la formation des 
poisons organiques; 

2** Favoriser l'élimination des poisons déjà en circulation dans 
l'organisme; 

3° Diminuer la fréquence et l'intensité des accès; 

4** Empêcher les accidents auxquels ils peuvent donner lieu. 

On aura du reste à remplir ces indications dans des cas différents, 
soit que l'on puisse intervejtiir dans la période prodromiquîej, soit, 
au contraire, que l'on se trouve en face d'accès déclarés, ces accès 
eux-mêmes pouvant se produire au cours de la grossesse, de Tac- 
couchement ou des suites de couches. 

Traitement. — Les indications pathogéniques et cliniques 
ci-dessus énoncées sont remplies par un traitement successivement 



LES ACCÈS ÊCLAMPTigUES 233 

prophylactique, curalif, obstétrical et, consécutivement à Taccès, 
hygiénique. 

A. — Traitement prophylactique. — Il convient de le graduel sui- 
vant les symptômes observés. 

I. -Rien ne menace. — Chez toute femme albuminurique, au 
cours de lu grossesse, instituez le régime lacté absolu, de façon à 
réduire au minimum la production des poisons intestinaux et à 
faciliter la diurèse élimînatrîce. SïCfbeillez le fonctionnement de 
Vintes^n et combattez la constipation, fréquente chez les femmes 
enceintes, plus fréquente encore chez celles qui sont soumises au 
régime lacté. Ayez recours aux purgatifs légers et aux laxatifs : 
huile de ricin, rhubarbe, infusion de séné et aux lavages intes- 
tinaux. Exigez le séiour à la chambre, *le repos, sinon au lit, au 
moins sur la chaise longue. Vous diminuerez ainsi la production 
des toxines qui résultent de la contractjpn musculaire. Vous évi- 
terez aussi à votre malade les variations de température; craignez 
pour elle le froid qui a sur le rein une action fâcheuse. 

IL Quelques menus prodromes. — Si, par extraordinaire, vous 
voyez, malgré ces soins, se produire un ou plusieurs des prodromes 
indiqués plus haut, n'attendez pas l'apparition des accès, que vous 
pourrez encore prévenir. Activez l'élimination des toxines, en admi- 
nistrant sans tarder un lavement purgatif, suivant la formule : 

Infusion avec : 

Feuilles de séné 10 grammes. 

Eau bouillante 500 — 

Ajoutez : 

Sulfate de soude 15 — 

ni. Prodromes menaçants. — Si les prodromes deviennent très 
menaçants, pratiquez une saignée de 300 à 400 grammes. En même 
temps, mettez votre malade à Vabri de toute excitation capable 
d'agir sur le système nerveux et de provoquer Tapparition d'un 
accès. Laissez-la au lit dans une chambre chaude, demi-obscure, 
sans bruit autour d'elle. 

Donnez-lui, par vingt-quatre heures, trois à quatre grammes 
d'hydrate de chloral, chaque prise de chloral coïncidant avec 
l'absorption d'une tasse de lait, de façon à diluer largement le 
méSicament et à éviter d'irriter l'estomac. 

Appliquez avec rigueur cette même thérapeutique 'A tous les 
cas dans lesquels se montrent les symptômes de toxémie, même si 
la malade n'est pas albuminurique, ce qui arrive quelqùelois, 

B. — Traitement curalif. — Le traitement curatif s'adresse à l'at- 
taque elle-même et aussi h l'auto-intoxiration. Il est applirnble 
pendant l'attaque et dans l'intervalle des attaques. 

a Traitement de Vatlaque. — L'attaque d'éclampsie est dange- 
reuse en i6|lle-même par les troubles respiratoires et circulatoires 
qu'elle provoque. Il y a donc intérêt à espacer les attaques ou h 
en réduire le plus possible la durée. 



234 REVUE d'obstétrique El DE 1 



Durant Vaitaque. — 1® On prendra d'abord, au cours de Tattaque, 
toutes précautions pour empêcher la femme de tomber dans son lit 
ou de se faire de profondes morsures de la langue, causes d'hémor- 
rhagies parfois graves. Les mômes précautions recommandées 
au traitement prophylactique seront continuées en ce qui concerne 
la chambre et l'entourage de la malade ; 

2° A Tapparition des premiers signes de Taccès, on administrera 
immédiatement du chloroforme, dont on continuera Tinhedation 
jusqu'à ce que tout mouvement convulsif ait cessé et que la respi- 
ration soit redevenue régulière. Pendant tout ce temps, on fera 
maintenir la malade dans son lit en décubitus dorsal. 

D'autre part, dès le début de l'accès, pliez un mouchoir de façon 
à lui donner une largeur de trois doigts. Iptroduisez-le entre les 
arcades dent/ai^es et !tend.ez-le bien, de façon à maintenir la 
langue appliquée sur le plancher de la bouche et à l'empêcher 
de venir faire saillie entre les dents. 

Dans Vintervnllc des accès. — Une fois la convulsion terminée, 
dans la crai;ite d'une convulsion prochaine fn'tes prendre dVimblée, 
dans un bol de lait^ quatre grammes d'hydrate de chloral. Si 
^administration par la bouche est impossible, donnez après 
évacuation préalable de l'intestin, un lavement avec 

Hydrate de chloral 4 grammes. 

Jaune d'oeuf , N*» 1 

Lait 100 granrmies. 

Si ce laV-ettnent n'est pas gardé, renouvelez-le jusqu'à tolérance. 
Le chloral sera continué dans l'intervalle des attaques, jusqu'à 
ce que les accès ne se reproduisent plus. Selon que l'adminislration 
par la bouche sera ou ne sera pas possible, le médicament sera 
do.nné : à la dose d'une cuiller à bouche de sirop de chloral dans 
un bol de lait, toutes les heures ; sous forme de lavement^ selon 
lu formule ci-dessus, toutes les quatre heures. On peuti ainsi 
arriver à faire absorbiez do 16 à 20 grammes de chloral dans les 
vingt-quatre heures. 

Lorsque la sédation des symptômes aura été obtenue, surveillez 
la malade d-c près de façon à lui faire inhaler du chloroforme à 
la moindre menace d'accès. 

b. Traitement de l' auto-intoxication. — Dans cette partie du traite- 
ment, tout l'effort doit porter sur rélimination des toxines, élimi- 
nation que l'on favorise en agissant sur l'intestin, sur le rein et 
sur le sang. 

1) Sur Vinteslin. — Voui> avez donné ou vous dormercz de primo 
abord, le lacenwnl purgalil (^5éné et sulfate de soude) dont la 
foriuule est plus haut. 

2*)Par le rein. — Favorisez la diurèse par l'absorption de laii 
Le lait devra être pris à la dose d'un bol toutes les heures. Dans 
le cas où l'état de la malade ne lui permettrait pas de boire, vous 
pourrez avoir recours à la sonde pour introduire le lait dans Tes- 
tomac. 



LES ACCÈS ÉCLAMPT1^)UES 235 

Ces moyens, associés aux -sédati/fs, suffisent habituellement 
pour enrayer les attaques éclaniptiques, lorsqu'elles ne sont ni 
longues, ni rapprochées, c'est-à-dire lorsqu'on a affaire à une 
forme légère. 

Sur le sang, — Lorsque les attaques sont longues et rapprochées, 
lorsque les troubles circulatoires et respiratoires sont accentués, 
quand il y a ^évation progressive de la température, lorsque, en 
un mot il s'agit d'une forme grave un moy«en'puissant est la saignée 
Faites au pli du coude, une saignée de 500 grammes. Ainsi vous sous- 
trayez à l'organisme une forte dose de toxines (Bouchard) et vous 
agissez favorablement sur los phénomènes de congestion cérébrale 
et pulmonaire. 

Maïs la saignée, en abaissant la tension sanguine, a l'incon- 
vénient de diminuer la diurèse. Vous la ferez donc suivre d'une 
inieciion hypodermique d'eau salée à 7 pour mille. Si vous avez 
relire par la saignée 500 grammes de snng, vous ferez une injection 
de jOÛ granames d'eau salée. 

LHnieclion d'eau salée devra toujours âlrc associée à la saignée, 
et non pratiquée isolément. Le rein, en effet, est souvent, dans 
leclampsie, peu perméable et l'ilnijection de sérum salé, .sans 
saignée préalable pourrait augmenter de façon excessive la ten- 
aio;i sanguine et favoriser l'œdème pulmonaire. 

€. Traitement obstétrical. — L'intervention est variable suivant 
que l'éclampsie survient au cours de la grossesse ou au cours de 
Faccouchement. 

a) Au cours de la gross'esse. — Si l'éclampsie se déclare pen- 
dant la grossesse, contentez-vous de la thérapeutique décjrite 
jusqu^ici. Il y a, m effet, avantage à guérir Véclampsie sans inler- 
romitni la grossesse, l'enfant pouvant survivre et naître vivant 
plus Liird. De plus, l'évacuation de l'utérus n'exerce pas toujours 
une action favorable, les attaques pouvant continuer et même 
devenir plus nombreuses aprè^s la délivrance. Cependant, dans 
les formes très graves il peut y avoir exccpiionnellcment avan- 
l-nge à évacuer rapidement l'utérus par les moyens indiqués ci- 
dessous. 

b) Au cours de V accouchement. — Si le travail se déclare pen- 
dant réclampsie ou si les attaques d'éclampsie ont débuté au 
cours de l'accouchement, il y a tout intérêt à abréger la délivrance. 

1" Il faut favoriser la dilatation par : a) rupture des membranes, 
s'il f.^'xiste une forte tension de l'œuf (hydranmios, grossesse 
gémellaire) et à condition que le fœ^tus se présente lon^ntudina- 
lemcnt ; b) par l'application d'un ballon de Champetier de Ribos 
si aucune partie fœtale n'est engagée ; c) la dilatation manuelle 
^e rnrifice utérin, si le fœtus est engagé dans l'oxcavalicn. 

2<» Une fois la dilatation complcle, on terminera raccouchonienl : 

a) par le forceps, au cas de préscnlation du sonnnet engagé ; 

b) par la version, au cas de pivscntatinn de l'épaule uu de pré- 



230 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

t 

sentetion du isommet mobile au détroit supérieur ; c) par la 
basiotripsie au cas où l'enfant, se prése^itant par le sommet, esl 
mort 

Ne pratiquez aucune intervention autrement que sous anesthésie 
chloroformique complète. En négligeant cette précaution, vous 
lisqueriez de provoquer de nouvelles attaques. 

Soyez rigoureusement aseptiques, étant donné la facilité et lu 
gravité de Tinfection chez les éclamptiques. 

N'usez pas d'antiseptiques toxiques, en raison du mauvais étnt 
des organes d'élimination. Donc, pas de sublimé, pas d'acide phù- 
iiique ; employez le permanganate de potasse, Taniodol, etc.. 

D. — Traitement après les attaques. — Surtout hygiénique, le 
traitement apr^s les attaques peut être aussi actif. 

Dans les cas ordinaires, le régime lacté absolu sera contiimt? 
jusqu*î\ disparition de Talbuminurie ou de tout autre symptôme 
d'intoxication. 

S'il y a encore un peu d'agitation, on donnera du chloral à la dose 
de 3 à 4 grammes par jour. 

Au cas où les phénomènes d'intoxication, tels que coma, dyspn^^c, 
céphalalgie violente, se prolongent, on aura recours de nouveau au 
lavement purgatif; si l'effet produit n'a pas été suffisant : à la 
saignée suivie d'injection hypodermique de sérum salé. (Eclio 
médical du Nord, 1903, p. 202.) 

TRAVAUX ORIGINAUX 



LES PTOSES, 
par M. Paul Reynier. 

Le mot ptosc vient du mot grec Uto<ti; qui signifie chute. 

Pendant bien longtemps, dans la nosographie médicale, ptciijis 
servait seulement à désigner la chute de la paupière et avait pour 
équivalent celui de blépharoptose. 

C'est en 1885 que dans une communication très remarquée faite 
à l'Institut, et suivie de beaucoup d'autres, notre distingué co-nip- 
porteur M. Glénard (1) généralisait ce mot de ptôse, en attirant 
l'attention sur l'Entéroptose, c'esl-à-dire la chute du gros intestin, 
qu'il étudiait au point de vue clinique. Il montrait qu'avec celle 
Entéroptose coïncidaient des troubles neurasthéniques, ilor^ 
dyspepsies, des alTections névropathiques, utérines, qui, daprrs 
lui, rolovaiiMit de ce déplacement de l'intestin. 

Clicrcliant d'autre part la pathogénie de cette affection, il crul 
et croit encore l'avoir trouvée dans un trouble des fonctions du 
fuie, Vhépalismc, qui jouerait un rôle primoi'dial dans la genèse des 
affections névropathiques coïncidant avec l'Entéroptose. 

(1) Glénard, de rEnléroplosc. Lyon médicah 1885, 



i 



VEB PTOflBS. 237 



Les communications de M. Glénard eurent le grand mérite 
d'attirer tout particulièrement Tattention sur ces chutes d'organes 
contenus dans la cavité abdominale^ et de les faire mieux étudier. 

On trouva que le mot de ptôse, associé au nom de Torgane, qui 
se déplaçait, éteiit commode pour désigner ces déplacements; 
comme lui on remploya plus fréquemment, et peu à peu il entrait 
dans le langage scientifique courant 

Nous vlmeo ainsi parler de la ptôse rénale, ectopie rénale, de 
rhépatoptose, chute du foie, de la ptôse utérine, de la splénoptose, 
déplacement de la rate, et même de la chute du cœur. 

Toutefois toutes ces ptôses étaient décrites séparément et on 
ne voyait pas encore bien les liens qui pouvaient les rattacher. 

Cependant, dans Tétude séparée de ces ptôses, on était frappé 
de voir souvent associées d*autres ptôses. Cest amsi que Glénarct 
dans la pathogénio du rein mobile, signalait la coexistence 
fréquente de FEntéroptose, et considérait que celle-ci, primitive, 
jouait le grand rôle dans le déplacement de Torganc rénal. 

Mathieu, 1893 (Etudes cliniques sur le rein mobile, Bull. Soc. méd. 
des h&pitaux), trouvait sur 396 femmes dyspeptiques 85 atteintes 
de rein mobile. 

Bouchard notait la coexistence de Fectopie rénale. Avec la 
dilatation de Testomac 14 % hommes, 28 % femmes. Kilttner la 
trouvait 79 fois, sur 100 ectopies rénales. 

On trouve encore des essais de ce rapprochement des ptosos 
entre elles dans l'étude d'une des ptôses les plus fréquentes chez 
la femme, et par suite une des mieux étudiées au point de vue 
clinique, le prolapsus utérin. 

Dans un article du Dictionnaire Jaccoud, Siredey et Danlos 
insistent sur la coexistence fréquente des hernies, des éventrations 
avec la chute de rutérua 

En janvier 1894, dans une discussion qui s'éleva à la Société 
de Chirurgie sur le prolapsus utérin, je reprenais ces idées de 
Siredey et Danlos, et les développais. Je montrais que la ptôse 
utérine coïncidait non seulement avec des hernies et des éven- 
trations, mais encore avec des déplacements du rein, des 
dilatations de l'estomac, de l'entéroptose. Ces constatations 
cliniques m'amenaient à dire que le prolapsus utérin faisait partie 
de tout un groupe de lésions, qui, par le fait qu'elles coïncidaient, 
qu'elles se retrouvaient toujours ensemble, devaient dépendre 
d'une cause unique. Or, cette cause, je croyais la trouver dans 
un affaiblissement généralisé du système musculaire syniptuma- 
lique d'un trouble du système nerveux, dont je notais k?s 
symptômes chez toutes mes malades, et dont quelques-uns 
s'augmentaient par la sénilité. 

Comme Glénard, je relevais les névroputhies coïncidant avec 
les ptôses, mais tandis que lui les faisait en dériver, je leur faisais 
jouer le rôle important dans la genèse de ces dépacements. 



238 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

QUfClqaes mois après cette communication, M. Tuffler, dans une 
leçon publiée dans la Semaine médicale en juillet 1894, reprenait 
les mômes idées que j'avais énoncées à la Société de Chirurgie, les 
développait et montrant la coïncidence de plusieurs ptôses sur le 
môme individu, l«s rattachait comme moi à une cause générale. 

La môme année, M. Bouilly, dans son remarquable rapport sur 
le prolapsus utérin au Congrès de chirurgie, insistait lui aussi 
sur cette dystrophie des tissus qui jouait d'après lui un rôle capital 
dans rétiologie de la ptôse utérine. 

C'est alors qu'en 1898, rassemblant tous ces matériaux épars, 
je les coordonneiis, les complétais, et je me trouvais ainsi amené 
à ajouter à la pathologie générale un nouveau chapitre, dans lequel 
j'étudiais ce tempérament de ptosique, et montrais que nous étions 
bien là en présence d'une véritable diathèse aussi bien définie que 
celles qui sont depuis longtemps ficceptées. 

Dans une série de leçons faites à l'hôpital Lariboisière, sur les 
ptôses de l'adolescence et de la vieillesse, je faisais voir comment 
cette diathèse se manifeste dès l'enfance par des troubles qui se 
multiplient dans l'ûge adulte, pour s'exagérer dans la vieillesse. 

Nous avons donc bien là le caractère d'une diathèse, qui est une 
disposition générale en vertu de laquelle un individu est atteint 
successivement de plusieurs affections locales de môme nature. 

De ces leçons, la première seule qui servait de préface, et dans 
laquelle j'établissais l'existence de ce tempérament ptosique, et 
passais rapidement en revue les différentes ptôses, que je devais 
étudier séparément, a été publiée dans le Journal de médecine 
interne. 

Aussi est-ce avec joie que j'ai accepté aujourd'hui d'ôtre l\ 
rapporteur de la Société de Médecine et Chirurgie pratiques, et de 
profiter de l'occasion qui m'est donnée pour parler devant voua 
de ce sujet qui a fait depuis longtemps l'objet de mes études, et 
soumettre à votre discussion mes idées personnelles. 

THÉORIE PATHfHÎÉNIQUE DES PTOSES 

En quoi consiste en effet cette diathèse? Quelle est la raison qui 
préside à la chute de nos organes? 

Glénard est le seul qui ait cherché à nous en donner une 
explication. Celle-ci, malheureusement, me parait fort discutable. 

N'envisageant que la chute de l'intestin et celle du rein, il a 
pensé qu'un trouble fonctionnel du foie, Thépatisme, ainsi qu'il le 
désigne, pouvait jouer dansi la genèse de ces ptôses un rôle 
primordial, amenant une déchéance organique plus ou moins 
accentuée. C'est à cet hépatisme qu'il rattache encore les troubles 
névropathiques, dont se plaignent les malades. 

Cette hypothèse a conduit notre distingué confrère à des 
recherches cliniques fort intéressantes, et il nous a donné pour 
le diagnostic de ces déplacements d'organes, des règles précises 
d'exploration, qui sont t^)ujours suivies. 



DES PTOSES. 239 



Maïs sa théorie de Thépatisme est dans bien des cas tout à fait 
hypothétique; il est difficile de la comprendre nettement. Et, pour 
mon compte personnel, je serai très charmé d'entendre notre 
distingué collègue défendre et développer ses idées devant nous. 

Quant à moi, je dois dire que j'ai vu bien des ptosiques dans 
ma vie; j'ai souvent cherché cet hépatisme, et si je l'ai quelquefois 
trouvé chez l'homme, à cause de l'alcoolisme si répandu, par 
contre, chez la femme et surtout chez les jeunes sujets où l'on 
rencontre le plu6 de ptôses, le plus souvent je l'ai inutilement 
cherché. L'âge des ptôses n'est pas, en effet, celui de l'hépatisme. 
Je suis arrivé 6Ûnsi à me convaincre que, quand la ptôse existe 
avec l'hépatisme, il n'y a là qu'une coïncidence, et qu'on ne doit 
pas, dans ce trouble fonctionnel du foie, chercher la pathogénie 
de la ptôse. 

Si, en effet, on peut admettre qu'une lésion du foie déterniiro 
des troubles stomacaux, de la dilatation stomacale, de l'Eiilé- 
roptose du gros intestin, je ne vois pas comment on peut pm- 
celte lésion, expliquer un prolapsus rectal de l'enfance, im 
prolapsus utérin de l'âge adulte, une cystocèle ou des ptôses de 
Tadoiescence, alors que le foie n'est généralement peis malade 
et n'a pas été éprouvé par les infections et ]^<i intoxications. 

Bien plus nébuleuse encore est la théorie de l'arthritisme émise 
par quelques auteurs, qui regardent ces déviations comme le 
fait d'une viciation primitive des humeurs, viciation congénitale 
héréditaire, parfois acquises. Contre cette théorie de l'arthritisme, 
se drosse ce fait que nous trouvons parmi les ptosiques des 
malades présentant des signes bien nets de lymphatisme. 

Je ne me contente pas plus de la constatation faite par quelques- 
uns de la laxite ;icquise ou congénitale des appareils suspcn- 
seurs, hypothèse qui ressemble trop au fameux : (» Voici pourquoi 
votre m le est muette. »* 

Il faut donc bien reconnaître que si jusqu'à présent on constatait 
et admettait l'existence des ptôses, on ne donnait de celle existence 
aucune explication satisfaisante. 

C'est cette explication que j'ai essayé de donner en Î898, 
m'appinant sur les faits cliniques et physiologiques. 

Que nous enseigne la physiologie à laquelle on doit toujours 
revenir pour comprendre les faits pathologiques ? 

Tou.s no3 organes, toutes les pièces de notre squcletic sont 
niîiinlfnus en place par des ligaments fibreux, et l'action des 
muscles. Mais dcuis ce r61c de contention, ces doux fnricurs ont 
une part différente et inégale. 

La moindre part est sans conteste dévolue au système fibreux. 

Il est facile de s'en convaincre en voyant ce qui se passe dans 
le cas de paralysie inftintile, où l'action musculaire disparaît, et 
où le lii,'ament re.sl<mt seul pour miiintcnir les surfaces osseuses 
devient insuffisant, et les laisse se déplacer. 



^:T 



',--v.,- 






240 REVUE d'obstétrique Frr de gynécologie 



Une autre preuve est donnée par les prolapsus utérins qui se 
produisent par le fait d'une déchirure du périnée, nuisant au 
plancher périnéàl musculaire, et où le ligament est insuffisant 
pour lutter contre l'action de la pesanteur qui fait prolaber 
Tutérus. 

Le ligament est, en effet, un lien faiblement élastique qui ne 
peut être en état de tension excessive, car le moindre choc le 
romprait, et qui, par sa nature même, doit à la longue se laiss'^r 
allonger par toute traction continue, comme est celle de la 
pesanteur. 

Tout autre sera l'action du système musculaire. Le muscle, 
par le fait de sa structuie, de son innei valion.. de sa conlraclilité, 
est un ligament actif, intelligent en quelque sorte, qui modifie 
sa tension suivant la force à laquelle il doit résister. 

Il peut, par suite, en s'adaptant aux mouvements, lutter contre 
les déplacements des organes autour desquels il est situé. 

Les muscles remplissent ce rôle de ligaments actifs, grâce à cette 
action toute spéciale du sytème nerveux : 

1« Qui les tient dans un état de contraction permanente qu'on 
appelle le tonus musculaire. Ce tonus existe pour tout muscle 
lisse ou strié; il se manifeste nettement dans l'action des 
sphincters; 

2® Qui préside à cette action coordonnée de plusieurs muscles, 
nécessaire pour produire tout effort, tout mouvement, toute action 
coordonnée qu'on désigne sous le nom de synergie musculaire, 

La paralysie radiale nous montre l'importance de cette synergie 
musculaire. Les extenseurs étant paralysés, ne faisant plus 
contre-poids par leur contraction aux fléchisseurs, et ne limitant 
plus leur action, ceux-ci paraissent ne plus avoir de force et ne 
peuvent saisir. 

Le tonus musculaire et la synergie musculaire sont sous la 
dépendance du système nerveux. 

Il part donc des centres nerveux pour entretenir ce tonus, et cette 
synergie, un influx continuel sans lequel le muscle resterait 
flasque. 

Les centres peuvent donc être comparés à des accumulateurs 
électriques qui dispensent la force nerveuse. Ces accumulateurs 
peu à peu se déchargent, ils ont besoin d'être rechargés par la 
nourriture, le sommeil, le repos. 

Mais de même que pour les accumulateurs véritables d'élec- 
tricité, il existe pour nos accumulateurs, nos centres nerveux, 
de grandes différences au point de vue de la régularité, de la 
marche, de la durée du travail. Nous verrons des centres nerveux 
qui dépenseront leur force nerveuse sur tous les muscles pendant 
de longues heures sans avoir besoin de repos, tandis que d'autres 
seront très vite épuisés au moindre effort, auront un influx 
nerveux par moment insuffisant, et n'arriveront à se recharger, 
par le sommeil, la nourriture, le repos, qu"ncomplètement. 



DES PTOSES. 241 



Le tonus musculaire en souffrira, et s-ur certains points 
â'tiffaiblira, ou s'affaiblira d'une façon générale, comme il peut 
aussi, sur d'autres points, s'exagérer, ou disparaître complô- 
teinent. 

Dans ces conditions le système musculaire jouera mal son rôle 
de contention. 

Lt"^ ptôses alors se produisent lElles portent sur tous les 
organes que le système musculaire maîntient en place. 

Ua côté des articulations, les surfaces osseuses n'éUmt plus 
maiiitenues par le tonus égal desi différents muscles à action 
opposée, qui les environnent, se déplacent du côté où le tonus reste 
Je plus foi*t Ainsi se produiront des genu valgum, des tarsalgies, 
4es scolioses de Tadolescence. 

Du côté des organes abdominaux ce défaut dans J'action muscu- 
laire va encore se faire sentir. 

Ceux-ci ne se déplacent pas et ne subissent pas l'action de la 
pesanteur qui tend à allonger leurs ligaments, parce qu'ils sont 
maintenus, tassés les uns contre les autres, se soutenant mutuel- 
lement' par la pression qu'exercent sur eux les muscles abdominaux 
en état de tonus. 

Ces derniers, par leur disposition, diaphragme, rcleveur de 
laniis, muscles abdominaux, muscles vertébraux, forment en effet 
une sphère creuse à parois contractiles, dans laquelle se trouvent 
enfermés les viscères abdominaux. 

Que les parois de cette cavité deviennent flasques, que la tonicité 
des muscles faiblisse, comme nous le voyons dans la vieillesse 
DU rt la suite de certaines grossesses, la tension intraabdominale 
aloi^ diminue; les organes intraabdominaux tendent à se déplacer. 

Mais comme tous les organes subissent les effets de cette 
compression, celle-ci diminuant, on comprend que plusieurs 
nrganes se déplacent en même temps, et ainsi se trouve expliqué 
ce fait clinique qui avait frappé tant d'auteurs et sur lequel nous 
insistons particulièrement, la coexistence de plusieurs ptôses 
abdominales à la fois. 

Miùs ce n'est pas seulement, avons-nous dit, la fibre striée qui, 
dam son état normal, est à l'état de tonus perpétuel, et joue 
ainsi son rôle de contention, mais encore la fibre lisse. L'atonie de 
celle-ci produira des désordres, qu'on constatera sur tous les 
orftanes à parois contractiles, tels que la vessie, Testomac, 
rintostin, les vaisseaux, qui se laisseront plus ou moins distendre 
par leur contenu, suivant que leurs parois pourront plus ou moins 
n'^sister à la pression. 

Vous voyez d'après cela combien peuvent être variés les troubles 
rfui naissent par l'affaiblissement du tonus musculaire. Cet affaiblis- 
î5ement peut ne porter que sur un groupe de muscles, ou tout 
l'ensemble des muscles de l'économie; d'où des ptôses locales et 
uns ptôse générale. 

Ce sont ces troubles, ces désordres multiples généraux, que 



242 REVUE d'obstétrique pt de gynécologie 

raffaiblissement du tonus musculaire fait naître, qui constituent 
les ptôses dont nous faisons l'étude ici, et dont nous pouvons, 
d'après ce que nous venons de dire, donner la classiflcation sui- 
vante : 

Plchses viscérales, — Comprenant les chutes, des différents 
organes et principalement des organes abdominaux. 

Ce déplacement d'organes se produit soit par insuffisance d(*s 
moyens de soutien, soit parce qu'organes creux, le tonus des parois 
contractiles leur fait défaut. 

Dans les ptôses par insuffisance des moyens de soutien, s^ 
rangent les ectopiesj rénales (néphroptose), les chutes du foie 
(hépaloptose), du gros intestin (entéroptose), de la rate (spleno- 
ptose), de l'utérus (prolapsus utérin), du rectum (prolapsus rectal), 
les hernies de toute nature, où vessie et intestin a^e prolabent 
en dehors de la cavité abdominale. 

Ce sont là les déplacements les mieux connus, ceux que tout 
le monde a en vue quand on parle de ptôses. 

Dans les ploses par insuffisance des parois coniracliles, doivent 
être placées les dilatations de l'estomac, les dilatations intestinales, 
vésicales (cystocèles). 

Dans cette môme classe, je range encore les ptôses vasculaircs 
qui comprennent les varices, les hémorroïdes, le varicocèle, — 
ploses qui sont aujourd'hui acceptées comme telles par beaucoup 
de médecins : je citerai MM. Edgar Hirtz, Hennequin et Censier. 

Les ptôses articulaires comprennent tous les déplacements dea 
surfaces osseuses articulaires par insuffisance dystrophique de 
leurs moyens de contention musculaire. 

Les luxations paralytiques sont les types de ces ptôses arti- 
culaires. 

Mais j'y range encore la scoliose essentielle de l'adolescence, Je 
genu valgum, la tarsalgie. Cette étiquette donnée à ces lésions 
soulèvera certainement les protestations de quelques-uns de mes 
confrères, cependant je n'hésite pas à la donner, car ces lésions me 
paraissent devoir être considérées comme des ptôses. Indubitable- 
ment leur étiologie est la même que celle des ptôses viscérales, et 
leur coexistence chez le môme individu porteur de ploses viscérales, 
montre bien qu'elles doivent être rattachées à la môme diathèse. 

Etiologie des ptôses 

Nous venons de dire que les ptôses étaient dues à une insuffisance 
du lonus musculaire. Or, celui-ci est insuffisant, soit parce que la 
fibre musculaire ne reçoit qu'imparfaitement et irrégulièremejit 
rinfiux nerveux que nos centras doivent lui envoyer ; soit parce que 
cet influx arrive bien, mais trouve une fibre musculaire altérée, sn 
contractant mal. Dans ce cas, on pourrait encore faire jouer un rôle 
au système nerveux, qui tient sous sa dépendance la nutrition des 
tissus. 




DES PTOSES. 243 



Chercher la cause des ptôses, c'est donc chercher la raison de ce 
mauvais fonctionnement de nos centres. 
Or ces raisons sont multiples. 

HÉRÉDITÉ 

Lliéréilité juue sans conteste un grand rôle. 

On îiatt avec des centres fonctionnant mal, et devant toute la vie 
mal fon^tîormer. On naît, par suite, avec la prédisposition à la 
plose. 

J'avais établi ce fait sur ce que j'avais vu des enfants qui dès leur 
enfance présentaïent du prolapsus rectal , plus tard avaient de la 
dilatation stomacale, encore jeunes des hémorrhoïdes, des varices, 
puis de la scoliose; et à l'ûge adulte, on les retrouvait avec des 
hernies de faible^^se, des prolapsus utérins, des reins mobiles. 

Dans les antécédents de ces enfants nous retrouvons toujours des 
tares chez les parents, tares qui donnent la raison de ce tempéra- 
ment morbide. 

En présence d'ime scoliose essentielle de l'adolescence, interrogez 
les parents, cl Kouvent vous trouverez des lésions de la colonne ver- 
trbrale sait chez le père, soit chez la mère. 

Il en sera d^ même de la dilatation stomacale, de l'entéroptose, 
de la tendance au rein mobile. • 

Luten, Guterbock, Ewald, Ochsle ont noté cette prédisposition 
congénitale h la néphroptose, à la dilatation stomacale, prédispo- 
sition que r^econ naissait encore dernièrement Albarran, citant des 
raniillei* diiri^ le8f|uelles on voyait se pro<luire sur la mère, la fille 
ou les deux sœurs une ectopie rénale. 

Moi-môme j'ai eu à noter ces mômes accidents sur la mère et la 
fille, et devant cette prédispostion héréditaire nous trouvons bien 
la preuve d'une diathèse quj se transmet, ou qui se crée par la 
laut-edes parents. 

Ainsi les enfants de.s vieux d'après de nombreux exemples pris 
dans ma clientèle, me paraissent particulièrement prédisposés à ces 
pi oses. 

Dans phisieurs familles où je connaissais les parents vigoureux 
de belle santé, j'étais surpris de voir leur descendance présenter des 
troubles ptosiques. Or, dans ces cas, la seule tare que je relevais 
du côté des parents était la vieillesse. Ils avaient eu leurs enfants 
étant âgés. 

J'ai cité souvent l'exemple de ce frère et de cette sœur que j'ai 
soignés de ptôses multiples, dont les parents étaient morts à 80 ans, 
mais qui étaient tous deux nés alors que le père avait plus de 
cinquante ans, et la mère près de quarante ans. 

Je soigne encore dans ce moment une dame de 70 ans, qui a 
souffert bute sa vie d'un rein mobile, de dilatation d'estomac et de 
prolapsus utérin. Cette femme est née d'une mère âgée de 40 ans, 
d'un père âgé de 60 ans. Les autres frères et sœurs nés bien avant 
elle, alors que les parents étaient dans la force de l'Age, n'ont rien. 



244 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

Il -en sera de môme pour tout enfant naissant de parents fatigués, 
surmenés par les excès de travail ou les excès vénériens, ou dont 
la constitution aura été altérée par les infections intérieures ou 
simplement la misère. 

La syphilis, l'alcoolisme, sont les facteurs les plus puissanliî do 
cet épuisement, qui ne permet plus aux parents de produire tlcf* 
enfants avec une énergie nerv-euse suffisante. 

Vous en aurez comme moi la preuve en examinant au point de vne 
des ptôses, comme je l'ai fait, les enfants naissant dans de pareilles 
conditions. 

Troubles nermîux chez les ptosiques 

Un autre facteur intervient encore dans la genèse de ce tempé- 
rament ptosique. 

Les ptosiques sont tous des nerveux présentant des tares bien 
nettes, héréditaires et individuelles, que trouvera qui voudra se 
donner la peine de les chercher. 

Cette coïncidence des troubles nerveux avec les ptôses a quelque 
chose de tellement spécial, que c'est sur cette coïncidence que je 
me suis en partie fondé pour faire rentrer certaines lésions comme 
la scoliose, la tarsalgie, dans les ptôses. 

Comme pour les ptôses viscérales, on relève pour ces lésions les 
mômes antécédents héréditaires ; et vous vous trouverez presque 
toujours en présence d*enfants ayant un passé nerveux bien établi ; 
enfants d'hystériques, de neurasthéniques, de paralytiques géoL^* 
raux, d'épileptiques. 

IL me parait donc indéniable que le nervosisme joue un grand 
rôle dans la genèse des tempéraments ptosiques, et ceci viejit à 
l'appui de la théorie que nous soutenons d'une faiblesse primitive 
des centres nerveux comme cause initiale de la ptôse. 

Il est facile de constater les troubles nerveux de tout genre que 
présentent tous les ptosiques, et qui en font des malades absolu- 
ment particuliers. 

Il m'a encore été souvent donné de relever dans les antécédent? 
des ptosiques des troubles chroniques de Venfance ; j'ai un certani 
nombre d'observations de reins mobiles où le fait est noté. Mais il a 
pris pour moi une grosse importance, comme il le prendra sûrement 
pour vous, quand je vous dirai que j'ai relevé cette chorée surtout 
dans les antécédents des scoliotiques de l'adolescence. J'ai dans mes 
observations 35 malades où la scoliose a débuté à la suite de ces 
accidents choériques — et un certain nombre de ces scolioses ont 
été suivies, qui ont présenté plus tard du prolapsus utérin et des 
reins mobiles. 

Devant de pareils faits peut-on hésiter à ne pas regarder la sco- 
liose essentielle comme une ptôse due à un troublé nerveux, nuisant 
au tonus et à la synergie musculaire des muscles qui maintiennent 
la colonne vertébrale droite ? 



■'^y 



DES PTOSES. 



245 



Je me propose d'ailleurs dans une conununicat'on ullérieure de 
revenir sur ces faits. 

Tous les auteurs et M. Glénard en premier ont noté les coïnci- 
dences de ces troubles nerveux avec les ptôses viscérales, qu'ils ont 
seules étudiées. Mais tandis que ceux-ci, avec MM. Glénard, Potain, 
font provenir les troubles nerveux des ptôses, je crois qu'on doit 
renverser la proposition, et faire provenir les ptôses des troubles 
nerveux. 

N'avons-nous pas en effet une preuve de l'influence directe du 
système nerveux dans ces dilatations stomacales survenant à la 
suite d'un chaigrin, d'ennuis, de ces paralysies vésicalcs consécutives 
à une opération ? 

Adoptant cette idée, Albarran l'a développée sous une autre 
forme lorsqu'il a dit pour le rein mobile que celte ptôse était un 
stigmate de dégénérescence. Les malades, pour lui, doivent donc 
présenter ces phénomènes d'hystérie ou de neurasthénie sur lesquels 
nous insistons. 

Les faits abondent pour démontrer ce rôle du système neneux 
dans la genèse des ptôses. 

Causes agissant directement sur l'individu 

Si l'hérédité donne pour moi d'une façon incontestable la prédis- 
position aux ptôses, il faut bien savoir que celle-ci pourra être 
enrayée et ne pas se manifestci-, ou ne se manifester que tardive- 
ment par une bonne hygiène, un traitement approprié, comme au 
contraire, elle se manifestera, sera développée et accentuée pnr 
certaines causes adjuvantes. 

La misère, le surmenage, la mauvaise nourriture, le travail 
exagéré, le manque de sommeil, le défaut d'exercice musculaire, en 
somme tout ce qui débiUte l'individu, et par suite débilite son 
système nerv^eux et musculaire, précipite l'appai-ition do ces ptôses. 

Roij: des infections 

Dans ce même ordre d'idées agissent encore nettement les infec- 
tions. Elles jouent pendant l'enfance un rôle primordial, sur lequiîl 
je n'ai pas vu encore suffisamment insister. 

Pendant l'enfance, l'adolescence, Tûge adulte, c'est presque tou- 
jours à la suite d'une maladie grave qu'on voit une ptôse survenir. 

J'ai relevé avec soin les antécédents de toutes les scolioses que 
j'ai eu à soigner, et dont le nombre aujourd'hui s'élève à 158, et 
j'ai trouvé 99 fois la scarlatine, 15 fois la rougeole et 5 fuis la fièvre 
typhoïde comme le point de départ de ces scolioses, qui avaient 
débuté dans la convalescence de ces infections. La coqueluche, les 
affections du poumon ont été par Kirmisson, signalées comme 
origine de ces déviations de la colonne vertébrale. Cependant, dans 
mes observations, cette cause m'a paru moins fréquente que mon 
distingué collègue ne le dit 

J'ai en 1898 signalé au congrès de chirurgie dos prolapsus utérins 

16 



•^46 REVUE D'OBSTÉTRIQUi:. ET DE GYNÉCOLOGIE 



se produisant chez les vierges dans la convalescence de fièvre 
typhoïde. 

En interrogeant des cctopies rénales, que de fois il m'a été facile 
de faire dire aux malades qu'A la suite d'une grave infection 
grippale, typhique, scarlatineuse, elles avaient maigri, avaient eu 
une convalescence pénible dans laquelle elles avaient été très 
faibles, et que c'est en effet à partir de cette époque qu'elles avaient 
commencé à souffrir de leur rein ! 

Dans ces cas, on est en droit d'admetti'e que dans cette infection 
générale, le système nerveux a été louché par des toxines, et qu'il 
en est résulté une dystrophie générale ou partielle, cause de ces 
ptôses. 

Chez les ptosiques on trouve souvent de la tuberculose. Est-ce à 
dire que la tuberculose agisse pour produire les ptôses? Comme 
maladie infectieuse, elle produit en effet des troubles dystrophiques, 
et les ptôses peuvent survenir dans ces conditions. 

Mais il faut bien savoir que le tempérament ptosique donnant 
naissance ù des ptosos. vasculaires, d'où résultent sur certains 
points de l'économie, aux extrémités principalement, des stases 
veineuses et lymphatiques, crée des conditions éminemment favo- 
rables au développement de la tuberculose. Celle-ci serait donc plus 
souvent la conséquence du tempérament ptosique, que la ptôse ne 
relèverait d'elle. 

Influence du traumati^ie 

Le traumatisme peut, dans quelques cius, être la cause occasion- 
nelle qui, chez une prédisposée, fait apparaître la plose. 

Cette cause a été relevée dans nombre d'observations. Poui* les 
hernies de force, elle est indiscutable et admise par tous. 

Pour les ptôses viscérales, on l'admet également dans un certain 
nombre de cas. 

A la suite d'^nc chute d'un lieu élevé le corps restant droit, et les 
talons supportant le poids du corps, on a vu se produire des 
déplacements du rein, de l'utérus. 

Chez des sujets amaigris dont le système musculaire souffre, on 
a vu encore se produire des ptôses à la suite d'un simple effort de 
toux, de vomissement, de défécation. 

M. Brault dans son article sur l'ectopie rénale en cite des 
exemples. 

Le prolapsus rectal apparaît souvent à la suite d'un effort, de 
môme voit-on sous l'influence de l'effort le prolapsus utérin 
augmenter. 

Mais encore une fois, dans ces cas, l'effort n'est que la cause 
occasionnelle de l'apparition d'une ptôse préparée par des troubles 
antérieurs. 



Li ■ Mnmjf9"W 



DES PTOSES. 247 



Influence de la grossesse 



Comme cause occasiomielle chez la femme, la grossesse et 
l'accouchement jouent un grand rôle. 

Par les infections qui peuvent succéder à la grossesse, dons 
lesquelles le système nerveux peut être touche, celle-ci pourra 
provoquer des ptôses. 

Mais c'est surtout par suite des mbdificatior\Si qui se produisent 
sur la sangle al)dominale pendant la grossesse par le fait de la 
distension de cette sangle qui ne reprend pas après l'accouchement 
sa tonicité antérieure, par le traumatisme que subit le releveur de 
l'anus au moment de l'accouchement, par cette destruction 
fréquente plus ou moins complète du plancher périnéal résultant de 
la déchirure de la vulve, que la grossesse devient une cause 
productive de ptôses. 

Pour le prolapsus utérin, pour la cystocèle, ptôse de la paroi 
inférieure de la vessie, pour la rectocèle, ptôse de la paroi anté- 
rieure du rectum, la chose est indiscutable, et avec Trélat, Duplay, 
Chaput, Bouilly, nous avons surabondamment démontré le fait. 

L'influence de la grossesse a été plus discutée pour les autres 
ptôses abdominales. 

Linder, Braùlt faisant remarquer que le rein mobile entre 
autres se voyait chez l'homme, et autant si ce n'est plus chez les 
nullipares (1), arrivent à nier Tinfluence de la grossesse. 

C'est aller trop loin. Les hommes, de même que lés nullipares qui 
présentent des ectopies rénales ont une sangle abdominale insuf* 
fisante, maintenant mal les viscères abdominaux ; et si cette 
insuffisance peut se produire en dehors de la grossesse, cela ne 
veut pas dire que celle-ci par son action dystrophique ne puisse 
être cause des ptôses, qui ne se seraient pas produites sans cette 
cause adjuvemte. 

On ne saurait encore nier l'influence de la grossesse sur la pro- 
duction de ces ptôses vasculaires, les varices, qui se développent 
pendant son cours. 

Il est d'ailleurs à remarquer que tous ces troubles ptosiqiies de 
la grossesse ne se produisent que grûce à une prédisposition. 

Si, dès la première grossesse, vous voyez des femmos ayant une 
paroi ÉLbdomifiale tout à fait flasque, par contre il existe des 
ïemmes, des familles où des grossesses peuvent se succéder, et où 
il ne se produit après ces grossesses aucune tendance au relâche- 
ment de la paroi, ni aux chutes d'organe. Dans ce cas, les muscles 
abdominaux comme le releveur retrouvent après l'accouchement 
leur tonicité normale, et accomplissent normalement leurs 
fonctions. 



(1) Linder donne comme statistique de rectopie rénale 24 nullipares. 
20 primipares, 30 multipares ; Kiillner donne 40 nullipares, 10 primipares, 
44 multipares. 



ff 



248 



REVUE DODSTÉTRIQIE.ET DE GYNÉCOLOGIE 



Influenc •: DU sexe 



Les ptôses se constatent sur Thomme, comme sur la femme. 
Cependant la femme à cause de l'accouchement, de sa vie plus 
sédentaire, moins apte à développer le système musculaire, de son 
tempérament nerveux plus développé, fournit le plus grand nombre 
des ptôses que nous avons à soigner, surtout quand il s'agit des 
ptôses abdominales. 

Toutefois la proportion exacte est difficile à établir. Chaque sexe 
possède en effet des ptôses qui lui sont spéciales. Si la femme a le 
prolapsus utérin, l'homme a le varicocèle, l'allongement du scro- 
tum; maïs en dehors de ces ptôses absolument spéciales, il est à 
remarquer que l'homme a le pas sur la femme pour certaines 
ptôses, tandis que la femme l'a sur l'homme pour d'autres. 

Par exemple, si on trouve la dilatation d'estomac chez Thomme 
et la femme, mais encore plus chez la femme (l)elbet), il est incon- 
testable que la femme est plus sujette aux autres ptôses viscérales. 

C'est chez elle qu'on a noté l'hépatoptose, où la pression du 
corset peut être invoquée pour expliquer cette descente du fo'e, 
dans un abdomen d'ailleurs mal soutenu par les muscles abdo- 
minaux. 

L'ectopie rénale qui se voit bien chez l'homme est également bien 
plus fréquente chez la femme, puisque Landau nous donne 
275 ectopies rénales chez la femme, pour 41 chez l'homme; Kuttner 
584 ectopies rénales chez la femme pour 82 chez l'homme. Bruhl 
réunissant toutes ces statistiques trouve 1,028 ectopies chez la 
femme et 148 seulement chez l'homme. 

L'Entéroptose est également plus fréquente chez la femme que 
chez l'homme. 

D'après Delbet, le prolapsus rectal, résultant également d'une 
faiblesse du périnée et d'une faiblesse du releveur, serait un peu 
plus fréquent chez la femme que chez l'homme. 

Par contre, les hernies de force, comme de faiblesse, se voient 
dans une proportim bien plus grande chez l'homme que chez la 
femme. 

Collc-ci cependant est plus sujette aux scolioses essentielles de 
l'adolescence, les seules que nous, étudions ici ; B. Roth compte 
18.^ scolioses chez la femme sur 200 cas obsein^és ; Kœlliker donne 
la proportion suivante : 577 chez la femme et 144 chez Thomme. 

Par contre, l'homme parait plus disposé aux ptôses vasculaires. 
Briquet considérait que la proportion des varices était 3 fois plus 
forte chez l'homme que chez la femme. 

Age DES PTOSIQUES 

Le tempérament ptosique se manifeste dès la naissance. On naît 
ptosique,*et on peut relever chez les enfants tous les stigmates qui 
peuvent faire pronostiquer les malaises dont ils souffriront plus 
tard. 



DES PTOSES. 249 



Les enfants disposés aux ptôses ont de bonne heure des dilata- 
tions stonaacales; des prolapsus de la muqueuse rectale dus à une 
insuffisance du sphincter anal; ils ont des tissus mous, un scrotum 
allongé comme dernièrement le signalait Broca. 

Ils sont sujets aux engelures dues à des ptôses vasculaires, dont 
on se rend aisément compte en regardant les mains violacées, sur 
lesquelles elles se développent. 

Chez ces enfants, très souvent on trouve des hernies congénitales, 
des ectopies testiculaires, résultant d'un arrêt de développement 
avec lequel coexiste toujours une faiblesse congénitale éminem- 
ment favorable aux ptôses. II est d'ailleurs à remarquer que dans 
les antécédents héréditaires de ces arrêts do développement, on 
retrouve les mômes causes que nous avons relevées dans les anté- 
cédents des ptosiques. Ceci vient encore à l'appui de l'idée que 
nous soutenons, que la diathèse ptosique est due à une sorte de 
faiblesse congénitale des centres nerveux. 

Pendant l'adolescence, nous relevons surtout les ptôses articu- 
laires, telles que la scoliose, le genu valgum, qui, je le répète, sont 
pour moi des affections ptosiques au premier chef, recevant, ainsi 
que je m'efforce de le démontrer, d'un trouble musculaire. 

Prenez en effet l'étiologie du genu valgum, vous verrez que cette 
affection se développe chez les enfants qu'on fait travailler trop 
jeunes, chez de jeunes bouchers, des palefreniers. Ce sont des 
enfants qui ont grandi vite, mais dont les muscles ne sont pas 
encore complètement développés. 

Courageux ou par nécessité, ils font une trop forte dépense 
d'influx nerveux pour suppléer à leur insuffisance musculaire, et il 
arrive un moment où il n'en reste pas assez pour maintenir la 
tonicité et la synergie musculaire, qui empêche les surfaces 
osseuses de se dévier. Celles qui se dévient sont celles qui tra- 
vaillent le plus, celles du genou, de la colonne vertébrale ; il se 
produit des genu valgum, de la tarsaîgie, de la scoliose chez les 
filles. 

Le genu valgum vient chez les bouchers parce que, portant un 
lourd panier sur la tête, pour augmenter leur base de sustension, 
ils écartent les jambes, et font alors travailler leurs muscles adduc- 
teurs qui s'opposent aux déplacements du genou en dedans. Ceux-ci 
devenant insuffisants, le ligament n'étant plus soutenu, cède, l'os 
se déplace et par le fait de cette loi qu'on peut facilement établir 
par les faits physiologiques, Vos déplacé pendant Vaccroissement 
se déforme, sa forme s'ndaptant à sa nouvelle position. 

C'est, comme on le voit, le rajeunissement de la théorie muscu- 
laire que Duchesne, de Boulogne, avait émise pour le genu valgum. 

Pour la tarsalgic, nous avons encore comme sujets des enfants, 
des adolescents qui sont obligés de se tenir longtemps sur leurs 
jambes et de faire travailler les muscles extenseurs, flérhijîsonrs, 
adducteurs et abducteurs pour maintenir le pied, et l'empêcher 
de se dévier soit à droite soit à gJiuche. Lh, l'action synergique 



250 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

des muscles est évidente, nécessaire. Mais, cette action synergique 
ne peut se maintenir que si le tonus de tous les muscles peut se 
contrebalancer. Que la tonicité d*»n muscle disparaisse, diminue, 
le muscle opposé devient prépondérant et fait dévier le pied. Cest 
ce qui se produit dans la tarsalgie, où tous ces troubles fonctionnels 
musculaires se comprennent d'autant plus facilement qu'ils sont 
sous la dépendance de troubles nerveux ; la tarsalgie étant une 
maladie nerveuse ainsi que je l'ai établi chez des malades présen- 
tant des troubles hystériques. (Congrès de Chirurgie, 1898.) 

La scoliose essentielle de l'adolescence est encore pour moi une 
affection relevant de troubles musculaires analogues, et due a ce 
que les muscles vertébraux qui, situés de chaque côté de la colonne 
vertébrale, la maintiennent droite par leur action opposée, se con- 
trebalançant, d'un côté faiblissent. L'action synergique ne se faisant 
pas d'une façon égale, la colonne vertébrale se dévie. 

Le fait que la scoliose essentielle, celle de l'adolescence, est sou- 
vent précédée de troubles choréiformes, come je l'ai noté, ou qu elle 
se développe surtout chez les jeunes filles au moment de la forma- 
tion des règles, lorsqu'il se produit des troubles du côté du système 
nerveux, et que la préparation de cette fonction semble empêcher 
/•olui-ci de veiller au bon fonctionnement du reste de l'économie, 
vient à l'appui de la théorie que nous soutenons. 

Nous aurons encore la preuve que ces lésions sont bien de nature 
plosique, en suivant dans la vie ces malades, et en les voyant nous 
donner le plus grand contingent des ptôses viscérales, ectopies 
rénales, hépatoptoscs, prolapsus utérins, qui se développeront dans 
Tûge adulte, de 20 à AO ans. 

C'est l'Age où tontes ces ptôses se succèdent en effet chez la 
femme. Aux accouchements, la ptosique se révélera quelquefois par 
la faciUté à accoucher presque sans douleur. Mais elle se révélera 
surfont par la flaccidité du ventre qui succède à l'accouchement, 
par son atonie utérine, qui la dispose aux hémorrhagies post par- 
fum aux rétentions de débris placentaires, à la subinvolution 
utérine, due à ce que l'utérus ne revient pas sur lui-même par 
défaut de tonicité utérine. L'utérus mal soutenu par le releveur se 
prolabera en arrière ; rétroversion (premier degré du prolapsus) ; 
puis il s'abaissera, et si la vulve est déchirée, si le pjancher péri- 
néal, comme je l'ai dit plus haut, fait défaut, la descente s'effec- 
tuera plus ou moins rapidement. 

C'est encore l'âge des varic3S, des hernies, et, chez l'homme, du 
varicocèle. 

INFLUENCE DE LA SÉNUJTÉ 

Avec la sr-nilili', toutes les ptôses s'accentuent, ptôses de lado- 
Icscence, de Vàgc adulte, ptôses articulaires, ptôses viscérales, 
ptôses vascuaires. Yous pouvez vous en rendre compte en prenant 
chaque ptôse en particulier. 

La scoliose qui avait progressé pendant l'adolescence (lorsque 



DES PTOSES. 251 



là musculature encore faible était en voie d'accroissement), et 
s'était arrêtée pendant l'âge adulte, au moment où la force muscu- 
laire est à son apogée, va, la sénilité arriveuit, les dégénérescences 
séniles des muscles se produisant, augmenter. C'est alors que les' 
tailles s'affaissent et se déforment à l'extrême ; et je trouve là un 
argument de plus à faire valoir pour la théorie musculaire de cette 
affection. 

Il en est de même du genu valgum ; celui-ci se développe dans 
Tadolescence, pendant l'âge adulte il reste le plus souvent station- 
naire, et dans la vieillesse, ainsi que j'ai pu le constater sur huit 
malades, le genu valgum comme la scoliose s'accentue. 

Il en est encore de môme pour le prolapsus utérin. C'est aux 
approches de la sénilité, vers 50, 60 ans, que l'utérus se prolabe do 
plus en plus, et opérant sa descente finit par faire hernie hors de la 
vulve. 

C'est Tûge également des belles éventrations, des hernies perdant 
le droit de domicile, des varices, des grands prolapsus rectaux. 

Le développement de toutes ces lésions au moment la sénilité 
frappe le système nerveux, où les muscles s'atrophient et subissent 
la dégénérescence graisseuse, montre bien l'influence des lésions 
du tonus musculaire, fatalement insuffisant à cet ûge, sur la pro- 
duction de ces ptôses. 



ASSOCUTION DES PTOSES. — ASPECT DES PTOSIQUES. 

Nous avons à plusieurs reprises insisté sur ce fait que les ptôses 
sont exceptionnellement isolées. 

Tous les auteurs ont été frappés de ce fait. Glénard, Bouchard, 
Mathieu, Tuffier, Thiriar, Landau. 

Nous ne verrons jamais ou que très rarement- une ectopie rénale 
sans trouver une dilatation stomacale, souvent de l'Entéroptose. 
Glénard disait toujours, Ewald et Seuator quelquefois, souvent un 
prolapsus utérin plus ou moins accentué depuis la rétroversion, 
jusqu'à la ptôse complète. 

Vous trouverez encore si vous portez vos recherches de ce côté, 
une colonne vertébrale scoliotique, des varices. 

Or, la coexistence de ces ptôses articulaires, vasculaires sur 
lesquelles j'insiste, ruine toutes les théories données pour expliquer 
autrement que par une diathèse générale, cette association de 
ptôses. 

C'est ainsi que Glénard admettait que le rein mobile était 
entraîné par la chute du gros intestin, primitive. Mais on a objecté 
que le rein mobile pouvait exister sans Entéroptose. 

Landau, Knapp admettent encore que le prolapsus utérin entraî- 
nerait la mobilité du rein. Pour Knapp, dans les prolapsus utérins, 
il y aurait tiraillement des uretères, et par suite retentissement sur 
le rein. 



252 uEvuE d'obstétrique et de gynécologie 

Mais j'ai va Tectopie rénale sans prolapsus utérin, et par contre 
des prolapsus utérins très complets sans ectopies .Toutes ces 
théories naissent de l'examen d'un cas particulier, et tombent si on 
tient compte de l'ensemble des faits. 

En faveur encore de l'idée qu'il existe là une diathèse générale, 
vient l'habitus particulier des ptosiques. 

Ceux-ci ont en effet un aspect caractéristique, qui me fait faire 
souvent devant mes élèves le diagnostic à distance. 

Le type de la ptosique femme est une femme maigre brune, le 
plus souvent grande, aux yeux noirs brilllints, peu musclée, très 
nerveuse, ayant les pleurs et le rire faciles, femme souvent intelli- 
gente, très artiste, donnant à première vue l'impression que la 
lame use ici le fourreau. 

Cependant toutes les porteuses de ptôses ne répondent pas à ce 
signalement. 

A côté de la ptosique arthritique nerveuse existe la ptosique 
lymphatique nerveuse molle à tissus gras, ayant des végétations 
adénoïdes, des hypertrophies amygdaliennes, des engelures, ayant 
peu de ressort, se laissant abattre par le plus petit malaise, et que le 
médecin est obligé de remonter. 

Tandis que la première sera prédisposée aux manifestions 
hystériques, la seconde au contraire aura plus de tendance à la 
neurasthénie. 



troubles stomacaux chez les ptosiques 

On peut dire, sans crainte de se tromper, que presque tous les 
ptosiques ont des troubles stomacaux. J'ai recherché ces troubles 
dans toutes les variétés de ptôses que je vous ai signalées, et je les 
ai constamment trouvées, quelle que fût la ptôse. 

Dans les ptôses viscérales, ainsi que nous l'avons dit au début, 
cette coïncidence de troubles stomacaux avec les ptôses est telle- 
ment fréquente, que tous les auteurs qui se sont occupés de la 
question, l'ont signalée (Glénard, Bouchard, Mathieu, Landau, 
Albarran, Tuffier, etc.). 

Avec l'aide de mon euni, M. Loiseau, pharmacien et chimiste dis- 
tingué, et de mon interne en pharmacie, M. Driget, j'ai fait faire 
l'analyse du suc gastrique de 19 femmes atteintes de ptôses mul- 
tiples, scoliose, rein mobile, prolapsus utérin, éventration; cette 
analyse était faite après un repas d'épreuve pris le matin à jeun. 
Ur, j'ai trouvé dix fois une dilatation stomacale atonique avec plus 
ou moins d'hypochlorhydrie; trois fois, j'ai trouvé un excès d'acide 
lactique dû à des fermentations dans des estomacs qui se vidaient 
incomplètement; trois fois, l'examen m'a révélé de l'hyperchlor- 
hydrie chez des malades présentant des douleurs gastraJgiqucs, 
cl deux fois la présence de globules sanguins dans le liquide a fait 
soupçonner un ulcus rodens. 



DES PTOSES. 253 



Cette lésion ne doit pas nous surprendre, si nous rappelons que 
les ptosiques sont d'après nous des nerveux, et que Tulcère de 
l'estomac relève lui-même du nervosisme ; trois fois seulement 
l'analyse pcurcûssait normale. 

Ces résultats sont d'ailleurs concordants avec ceux qu'on a 
signalés dems Tectopie rénale. Verhoogen et Godard avaient noté 
avec cette ÉdfîecUon la coïncidence des dilatations stomacales, par 
alonie, avec hypochlorhydrie, tandis que Mathieu avait attiré parti- 
culièrement Tattention sur ces crises gastraJgiques avec hyper- 
chlorhydrie, et sur ces crises de vomissements, que présentent 
quelques femmes atteintes de rein mobile. 

Dans les ptôses articulaires, telles que le genu valgum, la sco- 
liose essentielle, les luxations liées aux paralysies infantiles» les 
[roubles stomacaux sont également la règle; et, dans ces cas, on a 
affaire, surtout d'après mes observations personnelles, à la dila- 
Intion stomacale par atonie, avec plus ou moins d'hypochlorhydrie. 

n y a d'ailleurs longtemps que ces troubles avaient frappé tous 
les auteurs qui se sont occupés de ces déviations articulaires. C'est 
do cette constatation qu'est née cette théorie du rachitisme tardif, 
pour expliquer tout ce que nous regardons aujourd'hui comme 
ptôses; or, ce rachitisme tardif dériverait d'une mauvaise, alimen- 
tation due à un estomac et un intestin fonctionn^-nt mal. C'est la 
théorie qu'a soutenue Lorenz, à laquelle s'est rallié M. Kirmisson. 
Qu'il existe en effet des scolioses rachitiques chez les enfants, 
je ne le conteste pas ; mais je crois que pour la scoliose 
essentielle, pour le genu valgum, ce rachitisme tardif, mystérieux, 
ne se manifestant que sur un seul point de l'économie, est une de 
ces explications obscures qui n'expliquent rien. 

La théorie du rachitisme se heurte d'ailleurs contre ce fait que 
c est à la suite d'infections graves, où la moelle a pu être touchée, 
l(mt au moins fonctionnellement que ces ptôses articulaires appa- 
raissent, et que c'est consécutivement à l'apparition de troubles 
liévropathiques, tels que manifestations choréiques, manifestations 
hystériques, qu'on les constate. 

La théorie névro-musculaire, que j'ai développée, peut seule 
répondre à tous ces faits. 

Quoi qu'il en soit nous trouvons encore dans la présence de ces 
mômes' troubles stomacaux, dans les ptôses viscérales aussi bien 
fine dans les ptôses articulaires, un lien qui doit servir à les 
rapprocher, et à les rattacher à la même cause générale, qui fait 
ripparaltre en même temps atonie stomacale et ptôses articulaires 
uu viscérales. 



fA sir'urc. ^ 



254 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



THÉRAPEUTIQUE 



TRAITEMENT DE LA BLENNORRHAGIE (Seidel.) 

L'auteur distingue deux périodes : dans la première le gonoc- 
coque est localisé à la superficie de la muqueuse ; dans la seconde 
il a pénétré plus profondément dans les tissus. 

Dans la première période, M. Seidel emploie les antiphlogistiques 
et la morphine pour calmer la douleur. 

Dans la deuxième période, on s'attaque au catarrhe urélhral et à 
l'action bacillaire. 

Selon que le siège de la blennorrhagie est dans l'urètre posté- 
rieur, on fait des injections avec une seringue ou au moyen d'un 
cathéter. On emploie actuellement les solutions suivantes : 

Nitrate d'argent 0,02 à 0,05 p. 100 

Salicylate de soude 5 » 

Résorcine pure 2 à 3 » 

Hydrate de chloral 2 

Sulfate de (piinine 1 » 

Acide borique 3 » 

Créosote , 0,2 » 

Sublimé 0,005 

On emploie pour l'action directe contre le développement du 
gonoccoque les solutions suivantes. 

Hypermanganale de potasse 0,02 p. 100 

Sulfate ou acétate de zinc 0,2 à 0,5 >• 

Tanin 0,2 à 0,5 

Nitrate d'argent 0,02 à 0,05 

On associe au traitement local les balsamiques à l'intérieur. 
M. Seidel conseille d'employer la même méthode de trailemeni 
dans l'endométrie blennorrhagique de la femme. 

11 pratique des injections intra-utérines au moyen d'un petit tube 
élastique de 5 centimètres introduit dans la cavité utérine à l'aitle 
d'une pince. 

Le traitement de l'épididymite est le suivant : repos au lit, 
compresses froides, vessie de glace, em])liUre de Frieck 

Le traitement de la blennorrhagie chronique est exclusivement 
local. 

Bien déterminer le siège de la blennorrhagie et appliquer les 
substances astringentes ou antiseptiques. Introduction progres- 
sive desondes s'il y alieu. 

La blennorrhagie chronique utérine est traitée de la même manière : 
astringents et antiseptiques liquides, ou incorporés dans des 
suppositoires. 
Finger traite la proslatorrhée par l'iode et la chaleur. 



TRAITEMENT DES ÉPITHÉLIOMAS 



255 



Introduire dans le rectum, matin et soir, des suppositoires, selon 
la formule suivante : 

lodure de potassium 2 gr. 

Iode pur » 05 

Extrait de belladone » 02 

Beurre de cacao q. s. 

pour 10 supposi toires. 

TRAITEMENT DES ÉPITHÊUOMAS CUTANÉS PAR L'AQDE 
ACÉTIQUE CRISTALLISABLE (GuiCHOT.) 

L'acide acétique a eu une certaine vogue à un moment donné dans 
le traitement des épithéliomas, et en 1890 notamment, le D' ArAo- 
zan, de Bordeaux, a cité un bon nombre de faits très encourageants 
pour l'emploi de^ cette médication, et son élève, le D' Rouzier, a 
étudié cette question dans sa thèse avec des faits assez nombreux. 
Depuis, ce médicament est tombé dans l'oubli. M. le D' Guichot 
vient de citer dans sa thèse un bon nombre de nouveaux ça»» 
montrant qu'il pouvait être fort utile ù la condition qu'on choisit 
les cas et qu'on employât l'acide acétique pur, c'est-à-dire cristal- 
Hsable. 

L'acide acétique doit être réservé au traitement des épithéliomas 
cutanés; il a rendu des services incontestables dans le traitement 
des épithéliomas superficiels, à marche lente, à tendance destruc- 
tive peu marquée, sans retentissement ganglionnaire, c'est-à-dire 
contre Tépithélioma à forme verruqueuse, contre les kératomes 
séniles, contre l'ulcère rongeant et contre Tépithélioma plan 
cicatriciel. Mais il aura des résultats moindres, sans être absolu- 
ment contre-indiqué, dans les épithéliomas profonds à allure 
envahissante, avec engorgement ganglionnaire, dans les épithélio- 
mas récidives, enfin, dans les épithéliomas marginaux, lorsqu'ils 
s'étendent à la muqueuse et qu'ils acquièrent de ce chef une mali- 
gnité désespérante. 

La méthode est simple : elle consiste à badigeonner l'ulcération 
épithéUomateuse avec un pinceau trempé dans l'acide acétique 
concentré. Une seule application suffit dans les formes bénignes, 
et dont la lésion est très peu étendue, mais, dans la plupart des 
cas, les badigeonnages doivent être répétés tous les deux jours ou 
même tous les jours. La fréquence du traitement ne constitue pas 
un inconvénient bien grave, car la présence du médecin n'est pas 
indispensable. Le malade peut faire le bad'geonnage lui-même, ou 
le faire pratiquer par une personne de son entourage. D'a-lleurs, 
la douleur qui suit chaque application est peu intense et il n'est 
pas à craindre que le malade interrompe pour cette raison le trai- 
tement. De plus, il n'y a pas de danger bien grand à confier ce 
topique au malade : l'odeur forte qu'il exhale met facilement en 
garde contre l'empoisonnement, qui d'ailleurs ne présente pas une 
gravité bien grande. 

Le badigeonnage suffit; étant donné la facilité avec laquelle ce 



256 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

topique pénètre les tissus, on peut espérer que les racines du nmï 
seront atteintes; par conséquent, il semble inutile de faire des 
injections dajis la tumeur elle-même ou dans sa périphérie. Tout 
au plus, dans les cas d'épithéliomas végétants, pourrait-on, afin 
d*agir d'une façon plus rapide, combiner les deux méthodes, el 
pratiquer des injections interstitielles en même temps que des 
applications externes. 

Pour favoriser Taction du topique, il importe, avant toute appli- 
cation, de débarrasser la lé ion épithéliomateuse de la croûte qu' 
fa recouvre presque toujours. Un cataplasme, un pansement humide 
suffit; et on étend Tacide acétique sur cette surface bourgeonnante, 
ainsi mise à nu. Il est important de badigeonner, autour du bour- 
relet qui limite l'ulcération, une étendue de quelques millimètres 
dfin de détruire les fusées néoplasiques qui pourraient s'y trouver. 
Les parties touchées deviennent immédiatement blanches, le 
malade accuse une sensation de fourmillement plus ou moins désa* 
gréable, mais durant cinq minutes au maximum, et la douleur 
n'est jamais assez intense pour motiver l'emploi préalable d'une 
solution de cocaïne. Bientôt, la zone limitante devient roug^, mais 
ne s'enflamme jamais d'une façon sensible, tandis que l'ulcération 
se recouvre d'une croûte jaunâtre.. Pour empêcher cette croûte de 
dm-enir adhérente, et rendre plus faciles les applications ulté- 
rieures du caustique, il faut recommander au malade d'enduire sou- 
vent la lésion avec une pommade antiseptique ainsi formulée, soit : 

Turbith minéral 2 grammes 

Vaseline 20 grammes 

Jamais l'application du caustique n'a été suivie d'hémorragie ; 
au contraire, le suintement sanguin qui accompagne si souvent 
la chute de 4a croûte s'est arrêté immédiatement sous son influence. 
Ce fait n'a rien d'étonnant ; les propriétés styptiques de l'acide 
acétique sont connues depuis longtemps et l'ont fait préconiser 
contre les hémorragies capillaires presque à l'égal du perchlorurc 
de fer. 

. Dès les premières applications, l'amélioration devient sensible : 
le malade accuse une diminution très notable de la douleur h peu 
près continue qui le tourmentait auparavant et empêchait tout 
sommeil réparateur .Ce fait-là est connu depuis longtemps : Tacide 
acétique avait été d'abord préconisé contre les douleurs cancé- 
reuses que la morphine était impuissante à calm-er. 

En même temps, la suppuration diminue, l'odeur se dissipe, la 
cicatrisation se fait progressivement et la cicatrice, blanche, s^ ri pie, 
se distingue difficilement du tissu voisin. 

La durée du traitement est variable; la guérison a été obtenue 
dans un espace de temps qui a varié de un à deux mois ayee des 
badigeonnages répétés tous les trois jours. Il convient, avec ces 
attouchements, de garantir la conjonctive ou la muqueuse nasale 
du contact des vapeurs acétiques au moyen d'un tampon see nu 
humide pendant la durée de l'application. 

{Jour, de méd. et de chir. pratiques.) 



I 



i/antikamnia 257 



UN NOUVEL ANALGÉSIQUE : l'ANTIKAMNIA 

Tout médicament nouveau, destiné à combattre l'élément dou- 
leur, est bien accueilli pai* le médecin; c'est ce qui s'est produit 
pour ïantikamnia. 

Les anciens analgésiques sont abandonnés depuis longtempe 
ou réservés à des cas bien déterminés; i^s ont le grave inconvé- 
nient, de produire rapidement l'axîcoutumance,; de ralentir les 
échanges et surtout d'affaibbr l'action cardiaque. 

Les autres analgésiques préconisés pendant ces vingt dernières 
années, dont Tantipyrine est le type, n'agissent qu'à doses mas- 
sives et n'ont pas le plus souvent une action sédative suffisante, 
(''est ainsi qu'ils sont sans action sur les névrites aiguës; ce sont 
plutôt des antipyrétiques que des analgésiques proprement dits. 

Tel n'est pas le cas de Vaniikamnia dont l'action anodine, tout 
en étant sûre et immédiate, n'exerce aucun effet déprimant sur 
les fonctions vitales essentielles et notamment sur le cœur. 

Lorsqu'on emploie l'opium, la morphine, la codéine, . les 
bromures, le chloral ou la phénacéline, il faut constîamment 
augmenter les doses ce qui est un inconvénient dans les affec- 
tions de longue durée ; grAce à l'antikamnia, le médecin peut 
obtenir tles effets séda<tifs immédiats! sans produire l'accoutu- 
mance et surtout sans craindre les accidents toxiques qui sont sou- 
vent plus dangereux que le mal lui-même. 

L'fiLntikamnia présente en outre l'avantage d'ag'r d'une façon 
efficace dans toutes les pyrexies, quelle qu'en soit la durée; les 
nombreuses observations recueillies démontrent qu'on peut, avec 
ce médicament, obtenir un notable abaissement de la température 
dans les affections aiguës, notamment dans la fièvre typhoïde, 
la bronchite tuberculeuse et les maladies érupt'ves, tout en amé- 
liorant les symptômes généraux et en faisant disparaître l'élé- 
ment douleur. 

Dans les variétés si nombreuses de céphala|giess dans les 
migraines, môme lai migraine ophthalmique, l'antikmnia apporte 
un soulagement durable. 

Mais c'est surtout dans les névrites rebelles, dont la sciatiquo 
constitue le type, que ce médicament est précieux; on peut l'em- 
ployer pendant longtemps sons inconvénients et Ija iguéri;Son 
s'obtient dans des cas qui avaient été rebelles aux traitements 
ordinaires. 

Enfin l'antikamnia est indiqué dans la goutte et le rhumatisme 
î^rticulaire ou tout au moins dans les périodes aiguës de ces affec- 
tions; dans ces cas, il est infiniment supérieur au saHcylatc de 
soude, à la quinine et à la phénacétine. 

Nos confrères nous sauront certainement gré d'avoir appelé leuf" 
attention sur ce nouveau médicament qui met à la disposition du 
médecin un agent thérapeutique dont l'indic^'tiion se pi^ésente 



25» 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



chaque jour puisqu'il combat d'une façon certaine le plus redou- 
table des symptômes : la douleur. 

L'antikamnia se prescrit sous la forme de petites tablettes com- 
primées (de 0,80 grammes); la dose quotidienne pour les adultes 
varie de 6 à 8 suivant les cas; chez les enfants on peut remployer 
sans crainte à la dose de 3 tablettes par jour. 



FORMULAIRE 



Pastilles contre la migr ine. 

(SCHLUTINS.) 

Phénacéline gr. 5 

Caféine et salicylate de 

soude gr. 015 

Chlorhydrate de quinine. gr. 2 
Chlorhydrate de morphi- 
ne gr. 00 

Saccharine gr. 001 

pour une pastille. On peut les re- 
couvrir de chocolat pour masquer 
le goût. 

Contre l'aménorrhée. 
Herzen. 

Aménorrhée de la chloro-anémie : 

Acide arsénieux gr. 10 

Fer réduit gr. 50 

Extrait de noix vomique 1 gr. 10 
Aloès 3à5gr. 

p. 100 pi!.; 3 par jour avant les 

repas. 

ou: 
Poudre desabine\ 
rue f 
« safranp^«>'-^^cent. 

M aloès.) 

p. 1 cach.; 2 cach. par jour, 
ou: 

Permanganate dei 

potasse jAAOgr. 15 cent. 

Kaolin \ 

Vaseline q. s. 

p. 1 pi!.; 3 par jour. 

Traitement de l'Herpès génital. 

(lutaud). 

Saupoudrer les petites ulcéra- 
tions avec de la poudre de bismuth, 
ou toute autre poudre minérale. Si 
ces ulcérations tendent à persister, 
on les touche soit avec une solution 
très faible, contenant 4 à 8 déci- 
grammes de nitrate d'argent pour 
^ grammes d'eau, soit avec une 
po;nmade renfermant la même 



encore le 

1 graiiiino, 
2 grammes. 



proportion de sel dni-goni pour 
20 grammes de va8elim\ — Ilari!^ Je 
but de prévenir les n'-cidivc?* on 
interpose entre les imjquf'useç de 
Touate sèche ou imbihée île subs- 
tances toniçiu es et aïrlringc^ntetï. — 
Comme traitement géiiériil, dnns les 
cas d'herpès idiopaihiqiie, «m admi- 
nistre un laxatil légion. — Alimen- 
tation non extutante. abâLinence 
d'alcool. 

L'auteur préconisf* 
glycéré au naphtol : 

Naphtol j3... 

Alcool camphré.... 

Glycérine 10 

que l'on emploie pour le ji^ni^f*- 
ment des plaies à la c.imiingne. 

Dans la dacrybcystile, la bien- 
norrhagie, il conseille 1,1 préparation 
suivante : 

Naphtol j3 gr. 50. 
Alcool à 

90 deg. q. s. pour di^>$nndre, 
GIvcérine 

â SO»... 22 gramiues. 
Eau 250 grammes. 

Anesthésie locale par la cocatae 

et Tadrénaline. 

(E. Foisv.) 

D'après l'auteur, riMlJonelîofi de 
quelc|ues ffoutles d'adiV^n/dine k une 
solution de cocaïne iloimemil une 
anesthésie réelle et prolongée. 

Celte méthode s'ap]ilTque î^urlout 
à Tancsthésie des tissus ciinaminé^, 

La solution qui a donné Icf^ 
meilleiirs résultats Ci^t la suivant**: 
Solution de cocaïne atj 1/300 10 ce. 
Solution de chlorhydrule. 

d'adrénaline au 1/1000 .. \ goût- 

Cette solution peut ^Ire prenante 
à l'avance et stérilisée en luhes 
scellés ou faite au muinent de s'en 
servir en ajoutant à lt> grammci? 
d'une solution de cocaïne au 1/200 
les X gouttes d'adrénaline. r<*tte 
solution peut être employée en tola- 
lité ou en - partie selon le nombre, 



FORMILAIIIE 



259 



Tétendueyla profondeur des incisions 
à pratiquer. 

Pour certains cas spéciaux nous 
avons modifié celte formule. 

a) S*il est nécessaire de faire de 
très larges incisions ou d'extirper 
du tissu morbide (extirpation d'an- 
thrax, ablation d'adénites suppu- 
rées), on pourra employer en tota- 
lité le mélange suivant ': 
Solution de cocaïne 

au 1/200 20 à 25 ce. 

Solution d'adréna- 

lineaul/1000 XlIIàXVgout. 

6) S'il s'agit d'ouvrir un panaris 



ou un furoncle particulièrement dou- 
loureux, pour éviter la distension 
des tissus, employer le mélange 
suivant : 
Solution de cocaïne 

aul/100 1 ce. 

Solution d'adrénaline 

au 1/100 IVà Vgout- 

II faut toujours placer le patient 
en position horizontale. 

Cette méthode présente des avan- 
tages considérables pour le traite- 
ment des abcès profonds, des 
phlegmons et même pour Tablât ion 
de petites tumeurs. 



MÉDICATIONS NOUVELLES 



APPLIC.VBLES A LA GYNECOLOGIE ET A LA PEDIATHIE 



La Santoninozixne (C15 H18 02. 
NOH) comme antbeimintique. ^ 
Substance préparée par M. Canniz- 
ZARO par raclion du cnlorhydrate de 
ri lydroxy lamine sur une solution 
alcoolique de santonine h laquelle 
on a ajouté une solution de carbo- 
nate de soude. 

La Sanljoninoxime se présente 
sous forme de cristaux blancs, 
solubles dans l'alcool et dans l'éther, 
se dissolvant difficilement dans l'eau 
et dans les liquides quelque peu 
alcalisés et acidulés. Pomt de fusion 
environ à 162o C; M. Gqppola (Ré- 
pertoire de ptiarm., 1889, 257) a trou- 
vé que la santoninoxime possédait 
la même action sur les vers inlfs- 
linaux que la santonine, mais par 
suite de sa solubilité inférieure, la 
.santoninoxime est de beaucoup 
moins toxique que la santonine et 
par conséquent elle peut bien rem- 
placer celle-ci. 

La dose anthelmintique de la 
santoninoxime est trois fois plus 
grande que celle de la santonine. 

Traitement de la paralysie diph- 
téritique du palais par des infec- 
Jions de strychnine. ~- Le D' 
RosENzwEiG cite 4 cas de paralysie 
diphtérique du voile du palais qu''I 
a réussi ù guérir par des injec- 
tions soas-cutanées de strychnine 
(0 gr. 002 à 0. gr. 003 par injection 
dans la région aorsalel Le 8 déce.n- 
bre 1888, M. R. a été appelé nr\s 
d'une petite fille de 6 ans atteinte 
d'une paralysie du voile du palais; 
elle a eu la diphtérie, il y a quelques 
semahies. Le 9 il fait une injection 
de gr. 002 de strychnine. 

Déjà la nuit suivante, l'enfant, qui 
était complètement privé de som- 



meil par suite des accès de toux 
terribles, dort tout ù fait tranquil- 
lement. Jusqu'au 19 décembre les 
injections ont été répétées 5 fois; 
le trouble de la déglutition, le nasil 
loment, l'insomnie, tout a disparu; 
l'enfant guér^. Même résultat dans 
les 3 autres cas (enfants de 8, 9 et 
12 ans). 

Les injections sous-cutanées 
d'atropine comme hémostatique. 

— M. Bierwirlh a obtenu, par des 
injections hypodermiques de trois 
Il six dix milligrammes d'atrooine, 
une hémostase rapide dans plu- 
sieui's cas d'hémoptysie, d'épislaxis 
et d'hématémèse i*ebolles à l'ergo- 
tine et autres moyens usuels. L'hé- 
morragie s'est toujours arrêtée au 
bout de dix minutes, (^hcz un ma- 
lade, l'injection a dû être répétée 
trois fois: chez tous les autres, une 
seule injection a suffi pour arrêter 
définitivement la perte de sang. 
M. le docteur Ilausmann (de Méran) 
s'est aussi servi avec succès dos 
injections d'atropine dans les W- 
moptysies. D'après un autre mé 
decm allemand. M. le docteur 
Tacke (de Wesel), l'atropine em- 
ployée hypodermiquemcnt serait 
un bon moyen pour combattre les 
pertes menstruelles trop profuses. 
L'effet hémostatique de 1 atropine 
s'explique par un mécanisme lout 
opposé à celui par lequel atyil l'er- 
gotine. Tandis que cello-ci fait con- 
tracter les capillaires, l'atropine, 
au contraire les dilate en paraly- 
sant les nerfs vaso-constricteurs, 
ainsi que l'a. montré Graham 
Brown. En augmentant ainsi la 
quantité de snng dans lout le .«^ys- 



2&) 



REVUE D'OBSTÉTRIQLE ET DE GYNÉCOLOGIE 



tème capillaire, l'atropine en dimi- 
nue ralilux ver-s le lieu de l'hémor- 
ragie, favorise la coagulation et 
amène l'hémostase. 

Un cas de sécrétion lactée rem- 
plaçant les règles chez une jeune 
tille vierge, par le D' Gauthier ne- 
veu. — M'" B..., 25 ans, jeune fille 
iippartenant & une famille com- 
posée de quatre filles, celles-ci en 
excellente santé et parfaitement ré- 
glées. L'une d'elles a un enfant. - 

Deux sœurs décédées : l'une & 6 
ans, de la diphtérie, l'autre ù deux 
mois, de la variole (?) 

Personnellement, la malade n'a 
aucun antécédent digne de remar- 
que. Elle a été réglée la première 
fois ù l'âge de 15 ans et le fut très 
régulièrement jusqu'à l'ftge de 20 
ans. A celte époque, suppression 
spontanée des regles pendant trois 
mois : sans aucun incident ni aucun 
phénomène du côlé des seins. En 
1899, les règles, qui étaient i-ede- 
venues normales, sont supprimées 
en tant qu'écoulement sanguin, 
mais remplacées par des phéno- 
mènes curieux du côlé des seins. Il 
s'établit spontanément une sécrétion 
lactée très abondante qui dure pen- 
dant quatre à cinq jours, pour aiml- 
nuer d'abondance sans cependant 
disparaître complètement dans l'in- 
tervalle des époques. 

Au mois d'octobre 1900, la jeune 
fille est conduite chez le D' Auguste 
Pollosson pour être examinée au 
point de vue gynécologiqiie : la sé- 
crétion lactée est toujours très abon- 
dante et les règles n'ont pas réap- 
paru. 

M. Pollosson constate que «l'utérus 
est petit, mobile; il n'y a aucune tu- 
méfaction des annexes, aucune tu- 
meur, aucun kyste ». Il demande à 
pratiquer un nouvel examen dans 
un mois et demi. Clui-ci, exécuté 
le 15 novembre, confirma les don- 
nées précédentes concernant l'état 
de l'utérus et des annexes. Un trai- 
tement consistant en l'administra- 
tion, ù l'intérieur, de teinture d'iode, 
puis de thyroïdine, est dirigé con- 
tre le nervosisme qui semble être 
la cause unique de cette sécrétion 
anormeile. 

Le D*" Gauthier surveille le trai- 
tement qui, dès le mois de décembre 
semble amener une diminution de 
l'écoulement du lait; il y a un 
léger suintement sanguin vaginal. 
Au mois de janvier 1901, l'écoule- 
ment menstruel se fait régulière- 
ment, mais il s'accompagne d'une 
sécrétion lactée abondante, et il en 
est de même jusqu'au mois de mai. 



A ce moment, la malade est revenue 
ù un état normal. 

En somme, pendant un an, du 
mois de juin 1900 au mois de mai 
1901, celte jeune fille a eu une lac- 
tation prsque continue. Celle-ci pré- 
sentait quelques caractères dignes 
de remarque. Très abondante au 
moment qui correspondait dans le 
mois à l'époque de» régies, eue obli- 
geait la malade à se garnir la poi- 
trine de serviettes qui étaient rapi- 
dement imbibées. L'écoulement du 
lait était continu. La pression sur 
le sein ne l'exacérait point; il se 
faisait également des deux côtés. 
Au bout de quatre ou cinq jours, 
la quantité sécrét^'e diminuait sen- 
siblement, tandis que les mamelles 
devenaient moins turgescentes ; 
mais un léger suintement n'en per- 
sistait pas moins durant tout le 
mois. 

L'analyse du liquide ainsi sécrélé 
n'a pas été faite, mais au point de 
vue classique, c'était du lait et non 
pas du colostrum. 

Dans ces derniers mois, la jeune 
fille a accusé' quelques palpitations 
avec gêne respiratoire et sensation 
de constriction & la gorge : phéno- 
mènes annonçant Tapparition des 
règles. 

Traitement du chancre rectal et 
génital. — On lave d'abord la lé- 
sion avec du coton trempé dans 
une solution fraîche de permanga- 
nate de potasse à 10 % et, au bout 
d'une minute, on lave à l'eau oxy- 
génée, diluée de trois fois son volu- 
me. On applique alors un panse- 
ment avec la solution suivante : 

Alun 1 gr. 50 

Acétate de plomb 8 gr. 50 

Eau q. s. p 100 gr. 

Cette solution contient un préci- 

Pilé blanc et doit être agitée avant 
emploi. Elle n écrite pas l'anus ni 
les organes génitaux externes. Dans 
les cas de chancres inlra-rcclaux ou 
vaginaux, on lave ù l'eau la sur- 
face après le nettoyage avec le per- 
manganate et l'eau oxygénée, on 
relire le spéculum et on applique un 
.suppositoire de heure de cacao con- 
tenant 0,60 d'acide borique. 

Quatre ou cinq jours de panse- 
ments, appliqués 'une fois par jour, 
suffisent généralement pour activer 
le travail de cicatrisation et suppri- 
mer la virulence. .A.près quoi on 
suprime le permanganate et l'eau 
oxycrénée et on applique la vase- 
line boriquée sur de la gaze. On 
continue les suppositoires si la 
lésion est rectale ou vaginale. 



X. pcnnoux, maçon 



OBSTÉTRIQUE 



DOIT-ON ASSURER LES FEMMES ENCEINTES? 
par M. L. Tissier (1). 

Presque tous les médecins appelés à donner teur a,vis sur celte 
question ont opiné dans le sens de la négative. 

Les femmes exerçant à présent des professions susceptibles de 
garantir Texistence et le bien-être des leurs, pfeuvent, comme 
chefs de famille, tenir à se prémunir, au prix de redevances 
annuelles, conti'e les surprises d'une mort prématurée. La question 
mérite donc un sérifeux examen. 

Le véritable danger que comporte la grossesse est constitïaé par 
les affections puerpérales proprement ditfes qui doivent être divisées 
en deux catégories. 

Dans la première, nous avons l'éclampsie et les hémorragies qufe 
l'on ne peut prévoir. 

Dans la deuxième catégorie, de beaucoup la plus importante, 
doivent être rangées tefe infections' puerpérales avec leurs dérivés. 
Ce sont elles, h vrai dire, qui tuent les femmes en couches. 

Dans Paris, d'après la statistique, munic'pale, il mçurt annuel- 
lement à peu près 320 femmes sur 70,000 accoucnees, soit 1/2 p. 100. 

Les conditions déprédatrices pour les femmes en couches sont : 

A. Primiparité. 

B. Viciations pelviennes. L'angustie pelvienne est rare et son 
rôle a été surfait. 

G. Antécédents obstétricaux. L'éclampsie antérieure. Les accou- 
chements laborieux. Les fausses couches. La syphilis. 

Camclusioiis, — L'assurance d'une femme oii cours de grossesse 
doit être ajournée juqu'après sa délivrance." Les contrats visent des 
engagements prolongés : il n'y a pas d'urgéncîef à conclure un 
arrangement qui peut être aussi bien signé quelques mois plus 
tard; la grossesse entraîne, en eîîei, avec elle des risques non 
douteux. 

D'autre part, U rst difficile d*exanniner sérieusement une femme 
en état de grossesse. 

Les rapports viscéraux se trouvent notablement modifiés ; et, 
fonctionnellement, leis: trouble» réflexes du côté des iappareilp 
nerveux, circulatoire, digestif, etc., d'origine purement gravidîque 
et sans conséquence réelle, pourraient en imposer pour des 
maladies organiques ou masquer des affections anciennes, en fin 
de compte priver l'examen d'une grande partie de sa valeur. 

Si l'on croyait devoir oufrepassîer ces objections, encore faudrait-il 
ne pas assurer une primipare, qui offre trop d'inconnu et peut 
préparer bien des surprises. Chez une multipare, nous devons t<enir 

(1) Rapport présenté au IV' Congrès International des médecins d'assu 
rance sur la vie (Paris, mai 1903/, > -. 

17 



262 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

le plus grand compte des antécédents obstétricaux/ et nous abstenir 
en cas de doute. 

Il va de soi que s'il existait quelques soupçons sur l'intégrité 
viscérale, auquel on n'attacherait que peu d'importance chez une 
femme ordinaine, l'hésitation cesserait et le refus s'imposerait 
impériîeusement chez la femme enceinte. 

M. Weill-Mantoû. — M. Tissier, avec sa compétence indiscu- 
table, nous montre que la mortalité des femmes enceintes se traduit 
par le chiffre de 0,02 p. 100, ^t il conclut à l'ajournement de toute 
femme enceinte. 

Cette conclusion semble illogique : n'est-il pas plus rationnel de 
chei'cter à couvrir le surrisque de grossesse par une surprime, par 
une faible majoration de tarif correspondant, pendant la vie géni- 
tale (ïe la femme, au surrisque de 0,02 p. 100 chez les femmes 
enceintes ? 

Cette méthode serait d'aut€uit plus légit'me, qu'en écartant âc 
l'assurance les femmes enceintes, les Compagnies n'écartent nulle- 
ment les risques de grossesse, puisqu'elles acceptent les jeunes 
lilles et les jeunes femmes qui, non enceintes au mom€«it de l'assu- 
rance, sont, en majeure partie, appelées à le devenir dans un 
avenir assez rapproché. 

• Sans doute les Compagnies ont à se défendre contre la spécu- 
lation qui pourrait tendre à faire subsister des assuranccs-gixîs- 
sessc aux assurances-vie, au moyen de? contrats éphémères que 
l'on laisserait tomber aussitôt l'accouchement mené à bonne to ; 
mais toutes les fois que l'atmosphère morafe qui entourera la 
proposition d'urïe femme enceinte sera favorable, les Compagnies 
pourront assurer les femmes enceintes, surtout les multipares, et 
cela aux périodes môme avancées de la grossesse, le risque que 
fait courir une femme proche de son terme 'et bien portante étmit 
infmim^nt supérieur à celui d'une femme qui a par devers elle 
toutes les inconnues et les aléa de sept ou huit mois ae grossesse* 

MM. Salomonsen (Copenhague), Florschutz (Gk>tha) et Svm 
Palme (Stockholm), protestent eux aussi contre l'ajourn^ement des 
femmes ence'ntes et môme des primipares, étant donné que les 
jeunes filtes sont acceptées sans difficulté ; mais, en Suède, il est 
stipulé qu'en cas d'accidents puerpéraux, la police d'assurance n'a 
pas son effeL 

A la suite de cette discussion et sur la proposition de M. Poêls, 
le Congrès : 

(( Considérant qu'il n'y a pas, au point de vue médicfid, de raisons 
sérieuses pour refuser les femmes enceintes normalement cons- 
tituées, est d'avis que les Compagnies d'assurances peuvent 
assurer ces femmes en prenant telle précaution qu'elles croiroat 
nécessaire pour empocher la spéculation. » 



LES PTOSES GÉNITALES 263 

GYNÉCOLOGIE 



LES PTOSES GÉNITALES 
par M. le D"^ DoLÉnis, accoucheur des hôpitaux de Paris (1). 

Par assimilation avec les ptôses viscérales en général, la déno- 
mination de « Ptôses génitales » s'applique aux déplacements de 
haut en bas de l'utérus, des annexes utérines du plancher pelvien, 
y compris les deux réservoirs inclus dans son épaisseur, vessie et 
r.3ctum, enfin, do parois vaginales surtout qui ujffectent avec les 
parois de ces deux réservoirs des connexions intimes. 

Pour tout dire, d'un mot, les prolapsus inter-vaginaux et les 
déviations selon Taxe qui leur#sont souvent associées pourraient 
se résumer dans les « ptôses génitales ». 

Il y a cependant une condition nécessaire à la légitimité de cette 
définition, c'est que la ptôse ou la hernie qui l'accompagne ne soit 
point la résultante immédiate d'un traumatiijme ou d'un processus 
inflammatoire auquel cas le néologisinj ptôse perdrait, à mon 
sens, sa signification. 

Cette exception me conduit à établir de suite une distinction capi- 
ttde et primordiale entre les divers genres de prolapsus génitaux, 

1° (a) Ceux qui résultent incontestablement do traumatismes opé- 
ratoires tels que ; version interne, application de forceps, céphalo- 
tripsie, ombrj^otomie, dilatation instrumentale, etc. 

(6) De traumatismes spontanés, brusquos, déchirure large du 
col et d'une partie du segment inférieur de l'utérus, lacérations du 
vagin, déchirures des parois vaginales et périnéales, ot par le fat 
d'une anomalie dystocique quelconque). 

(c) De traumatismes lents opérés par la surdistention des divers 
points du tractus génital pour les mêmes raisons dystociques que 
ci-dessus. 

(d) Ceux enfin, à l'origine dequels on trouve soit une tumeur, soit 
une inflammation grave des organes du bassin ayant créé des adhé- 
rences durables ou modifié la tonicité musculaire des divers appa- 
reils hgamenteux par atrophie ou par rétraction cicatricielle. 

2« Les prolapsus qui dérivent exclusivement d'un défaut de résis- 
tance constitutionnelle dépendant de la qualité même des tissus 
qui les met dans des conditions d'infér'orité vis-à-vis de l'effort 
normal, de la fatigue modérée ou même de l'effort excessif, au 
point qu'ils cèdent par atonie et défaillance au lieu de répondre 
par une hypertrophie adéquate au travail modéré ou immodéré 
qui leur est imposé. 

L'infériorité fonctionnelle des tissus chargés de maintenir La 
statique pelvienjie est, dans cette deuxième catégorie, dépendante 
de leur infériorité non seulement qualitalive mais aussi quantita- 
tive, congénitale en quelque sorte, et de leur inaptitude à l'amé- 

(1) Communication faite à la réunion plénièrc des sociét(»s médicales 
de Paris : Société de médecine et de chirurgie i)ratiques, ï^ociété médico- 
pratique, Société de médecine de Paris. 



, 264 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

lioralion et à raccroissement, je pourrais dire, à renlralnement, 
par voie trophique, en présence (''un surcroît de travail à effectuer. 

Qiinme il s'agit ici d'éléments musculaires, surtout dans ce 
deinier cas, on peut traduire par le terme de no7i compensation 
ou par celui de méiopragie imaginé par Potain pour le cœur, le 
phénomène qui finalement marque l'échec et la défaite des soutiens 
et des supports actifs de l'appareil génital. 

Ces prolapsus, les déviations qui en sont la conséquence sont des 
ptôses au sens réellement chnique du mot, qui implique, semble- 
t-il, une dose prédominaaite de spontanéité dans la pathogénie de 
la lésion. Ce sont les seuls qui m'occupent ici. 

Il est indispensable de préciser brièvement les conditions dans 
lesquelles ces ptôses essentielles peuvent se produire, avant de 
pénétrer dans l'intimité de leur mécanisme. 

Il faut dire d'abord qu'elles sont plus particulièrement le résultat 
immédiat d'un déséquilibre nerveux général ou local qui domine 
toute leur histoire. 

Et, puisque c'est de pathogénie surtout que j'ai à m'occuper ici, 
puisque c'est surtout le point capital et intéressant de la question, 
il impoi*te d'établir que c'est dans (a) l'élément ne^rveux et dans (6) 
l'élément imisculaire que se trouvent les deux terines essentiels 
du problème ù discuter. 

Cette donnée serait tout à fait incomplète, si l'on n'y ajoutait (c) 
l'élément vasculaire qui joue un rôle si important dans le tonus 
musculaire et dans la statique pelvienne. A les bien considérer, 
les vaisseaux fonctionnent à l'mstar des muscles à fibres lisses et 
subissent de la part du système nerveux central et périphérique 
des influences similaires. 

Il est donc légitime de faire fi^urci* l'appareil vasculaire génital 
artériel et veineux à côté des muscles involontaires, pour mieux 
marquer l'identité des effets produits et pour l'interprétation de 
certains symptômes qui se rencontrent associés dans les ptôses 
génitales . 

Kn somme, rélémeiit nerveux, l'élément nnisculaire et l'élémeat 
vasculaire représentent bien la trilogie en cause. 

Les tissus élastiques, fibreux et celluleux qui occupent l'excava- 
tion pelvienne, soit à titre de cordons ligamenteux en combinaison 
avec l'élément musculaire lisse, soit comme c-Ioison ou plan aponé- 
vrotique sous-tendant les muscles, soit conmie tissu unissant et 
isolant^ ainsi que cela existe dans la structure des deux grandes 
gaines vasculaires du bassin, l'hypogastrique et rutéro-ovarienne, 
doivent être considérés .à un point de vue assez différent. De même 
le tissu adipeux plus ou mo'ns abondant qui capitonne la partie 
pelvienne à l'état normal. 

Je m'explique immédiatement là-dessus. 

Ces trois éléments, quoique d'ordre passif ont un rôle important 
à jouer dans l'architectomie pelvienne. Lorsqu'ils viennent à être 



LES PTOSES GÉNITALES 265 

appauvris, diminués notablement, les ptôses en sont facilitées 
d'alijitant. 

Sous llinfluence de la dystrophic générale qui accompngno cer- 
taines névropathies, à la suite de ces crises singulières d*amai- 
jH'ïssemcnt rapide qui s'observent parfois, chez les neurasthéni- 
ques, h la disparition plus ou moins complète du pannicule cellulo- 
adipcux succèdent : 

1* Une diminution relative de la masse contenue dans le bassin 
et une augmentation proportionnelle de la capacité pelvienne, d'où 
tendance à des changements de position des organes logés dans 
le pehiii, inclinaisons, luxations, affaiblissements; 

2° L'allongement et l'affaiblissement des tractus ligamenteux et 
ûeE ira in es vasculaires qui sont le résultat direct de la résorption 
rapide du tissu cellulo-adipeux; 

3** L'amincissement des cloisons intermusculaires du plancher 
du haasin, une hypostasie relative dans la sphère de distribution 
des vaisseaux pelviens qui favori^ les congestions passives et le 
prolongement anormal des règles. 

Pour résumer cette vue d'ensemble, je dirai, dès maintenant, que 
îex ptôses génitales sont la conséquence de phénomènes paralyti- 
ques, moteurs, vaso-moteurs r.t trophîques portant sur les éléments 
muscnJnires, vasadaires, fibreux et cellulo-adipeux qui entrent 
dans la ronstitution de l'appareil génital et des divers éléments de 
soutien, de support et de vasc^Uarisation qui concourent à sa sta- 
tique et A sa nutrition. . 

Ceti^ déduction pathogénique ne préjuge en rien de l'étiologie 
înitiaîe de la ptôse et ne fait que spécifier le rôle immédiat et direct 
exercé par le système nerveux sur le phénomène morbide que j'ai 
à envisaiîer. 

TI est nécessaire de mettre ce point hors de doute à l'aide de la 
démonstration physiplogique et de l'observation clinique. 

BOLE DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL-MOTEUR, PSYCHO-MOTEUR 
ET REFLEXO-MOTEUR 

Les phénomènes d'ordre paralytique musculaire et vasculaire se 
rencontrent fréquemment chez les névropathes avérés, hystéro- 
épiTcptiques, hystériques, ps«udo-hystériques, ^neurasthéniques, à 
forme dépressive. 

Il serait superflu de rappeler les monoplégies singulières, les 
paralysies vocaî-e, oculaire, sphincfériennes, les atonies viscérales, 
le tympatiisme abdominal persistant, la constipation rebelle, etc. 
d'une part^ et, d'autre part, les stigmates permanents ou dermo- 
graphiquns passagers, les œdèmes, les hémorragie? viscérales, les 
sueurs locales, l'héniathydrose qui répondent à l'étiologie nerveuse 
que j'invoque. 

La dilafation atorte? de l'estomac, l'ectasie de l'appareil digestif, 



266 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

une monoplégie flasque, chez une névropathe, ne me paraissent 
pas différer beaucoup d'une atonie du vagin ou du rectum, d'une 
paralysie sphinctérienne de la vessie, dîun relâchement, du plan- 
cher pelvien ou de l'atonie paralytique des ligaments utérins. 

Je spécifie, en passant, que je suis bien en droit d'invoquer l'ato- 
nie des parois de la vessie et du rectum qui, par leur participation 
à la stuclure du planchei* pelvien et par leurs connexités intimes 
avec l'utérus et sïiirtout le vagin, ont une influence directe réelle 
sur la production de la colpocèlc antérieure ou postérieure. 

De môme, les phénomènes vasculaires dus à la vaso-dilatation 
paralytique depuis l'érythème pudoral des simples nerveuses 
jusqu'à l'hémathydrose des stigmatisées se retrouvent dans les 
phénomènes corrélatifs de congestion généralisée de l'appareil 
génital, et de métrorrhagie. 

Cette assimilation s'aperçoit plus nstte encore dans une catégorie 
rare de maladies dans lesquelles les troubles névrovasculaires 
dominent la symptomatologie,chez les basedovviennes par exemple. 
Ces malades, en effet, présentent le plus souvent de la ptôse géni- 
tale et des métrorrhagies ainsi que je l'ai fait ressortir en 1892; et 
depuis lors, d'autres faits sont venus confirmer mon observation. 

Mais toutes les femmes atteintes de ptôse ne sont pas nécessai- 
rement des névropathes; il ne semble pas, tout au mo'iis, qu'elles 
doivent toutes être rangées dans une quelconque des catégories 
sus-énoncées. Il s'en faut plus encore qu elles soi^ont des base- 
dovviennes avérées ou frustes. Tout au plus, trouverait-on. parmi 
elles, un petit nombre d'hystériques vraies, une certame proportion 
de ncurasthéniquos incontestables et une proportion plus faible de 
candidates a l'aliénation mentale ainsi que les relations cliniques 
en font foi. 

Mais la plupart appartiennent plutôt au groupe des neuro-arthri- 
ticfues héréditaires ou acquises, si sujettes aux ptôses génitales 
aussi bien dans Tadolescence que dans l'âge mûr, et à l'époque de 
la ménopause, voire dans la période de sénilité. 

Ceci semble confirmer la doctrine régnante et cadrer avec l'inter- 
prétation d'éfenduc par M. Glénard, de laquelle il résulte que le 
système nerveux central ne réagit pathologiquement que sous 
l'influence de la dyscrasie ou toxémie spéciale, d'origine organique. 

Je ne saurais apporter sur ce point une opinion personnollo et 
précise. Ce n'est d'etilleurs pas mon rôle de démontrer que l'hépato- 
toxémic est le moteur initial de l'altéi-ation fonctionnelle des cen- 
tres nerveux; et je me sens tout à fait impuissant à prouver le 
contraire. J'y dois revenir plus loin. 

Je veux m'en tenir à cette conclusion simple que les troubles 
moteurs, qu'ils résultent d'une hérédité nerveuse directe ou d'une 
hérédité indirecte par l'intermédiaire des dyscrasies arthritiques 
div(M'S(îs apparaissent ici comme une règle pathogénique générale 
qui suffit à (ouïes les inlerprélalions et s'adapte à la plupart des 
cas cliniques. 



LES PTOSES GÉNITALES 267 



Eu effet, elle explique aussi bien les ptôses proprement dites ; 
protaipstis herniaires du trartus f^énital que los déviations suivant 
Vaa:e, m^me certaines déformations, flexions, lesquelles trahissent 
toujours un trouble paralytique dans le fonctionnement du muscle 
Qtérn ou des ligaments. 

Si donc, pour l'ensemble, j'avais à résumer une théorie pathogé- 
Tii(ïue immédiate, d'après la base physiologique, je ne pourrais 
faire autrement que d'adopter Tune des théories généralement 
admises d'un trouble nerveux central ou d'un trouble réflexe 
amené par des lésions du voisinage et j'arriverai ainsi à accepter 
\b méi^mûsme invoqué pour l'interprétation des ptôses associées. 
r.e rôle important de la ptôse intestinale, enteroptosée, a été déduit 
par M. Glénard, avec des arguments qui ont justement frappé le 
piiblis médioal. Je ne puis qu'y souscrire pour les considérations 
générales qu'il justifie. 

En matière génitale, semblable justification de cette doctrine 
généraJe me semble difficile et devoir être réservée, 'en raison de 
rimpnrtance de l'étiologie fonctionnelle et mécanique spéciales. 

Si j'interroge ma statistique relevée récemment dans une thèse 
importante, par mon élève, le Docteur Figuiera, sur 426 cas de 
rétroversion utérine combinée à un degré quelcojique de prolapsus, 
je tronvo : 

t" Une notable proportion de femmes qui peuvent se ranger dans 
une catégorie quelconque de névropathes vraies, ayant eu des 
crises d'hystérie présent/int les stigmates classiques. Quelques- 
un^ présentent dans leur ascendance das fous, des hystériques, 
des épileptiques. 

2" Une proportion minime, mais néanmoins d'gne de remarque, 
de sujets ayant fait du délire maniaque véritable, à une période 
plus ou moins éloignée de Topération : j'ai communiqué quelques- 
uns de ces cas au Congrès de Boulogne. 

3" Une proportion très considérable de femmes qui avaient tra- 
versé une crise morale longue et pénible avec des secousses et des 
perturbations de tout genre, d'autres qui, par le fait d'un surme- 
nage physique et psychique étaient arrivées comme les premières 
^ un état de neurasthénie dépressive permanente, souvent avec 
amaigrissement rapide excessif. 

La neiuro-arthritisme héréditaire se rencontre en outre chez !a 
plijprirt de ces malades. 

Cette <?onstatation devient surtout sensible, et prend une portée 
énorme diuis les cas de retrodéviation chez les mUlipares^ môme 
chez les vierges. 

Ici, en effet, on ne peut invoque-* ni traumatisme, ni grossesse 
répétés, ni subinvolution, ni erreurs d'hygiène post partum. Il 
faut, de toute nécessité, accorder à la constitution héréditaire ou 
acquise, une importance capitale. Or, quand on voit que ces 
malades sont filles de goutteux, de névropathes, de cardiaques, 
d'hépatiques, diabétiques, albuminuriquos, etc.; qu'en outre elles 



268 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

ont déjà présenté des manifestations caractéristiques qui les clas- 
sent parmi les dégénérées, de l'espèce la plus authentique, il t*r^l 
impossible de méconnaître la filiation entre la tare constitutiondlc 
et la ptôse génitale que rien d'autre ne vient expliquer. 

Ce que j'ai obtenu daiis la rétrodéviation utérlne,se retrouve tout 
aussi évident, sinon plus évident encore, chez les femmes affectée:^ 
de prolapsus avec cy&tocèle, colpocèle postérieurs ou rectocèlCt que 
j'ai obsei'vées au cours d'une carrière gynécologique déjà lorigm 
et qui se chiffrent par 800 cas environ. 

De sorte que cette règle que j'ai formulée, il y a bien des années» 
qu'il faut compter aA^ec les déviations de cause nerveuse, névro- 
pathique, neurasthénique, etc., et rechercher toujours nette 
origine, reste applicable à tous les genres de ptôses génitales, c'est- 
à-dire à tous les genres de déviations. 

En envisageant maintenant le point de vue clinique de plus près. 
on observe que la pathogénie des ptôses génitales se rencontre et 
se vérifie daffis quatre conditions différentes : 

1° Chez les nullipares et les vierges; 

2® Chez les adultes surmenées; 

3<> Au moment de la ménopause; 

4® Enfin dans quelques cas très rares de sénilité. 

I® Chez les vierges, c'.jst au mom^-nt de la puberlé, piiberi»'* 
souvent tardive et difficile, tm milieu de troubles généraux d'tmô- 
mie, de chloro-anémie, avec palpitations, ou tachycardie, assttdùi^ 
à d'autres troubles nerv^eux et fonctionnels, qu'apparaissent, snJl 
un premier degré de prolapsus, soit une rétrodéviation, taxée sou* 
vent à tort de couf/énitale. Les phénomènes dysménorrhéiqucs et 
l'aménorrliée sont à peu près aussi fréquemment rencontrés. Il n y 
a pas à discuter ici l'élément nervosisme : il est évident . 

2*» Chez les adultes surmenées, H apparaît, avec la môme évi- 
dence qn2 le surmenage soit moral et dépende de chagrins, d'obses- 
sion, de préoccupation d'ordre familiail et intime; il ressort av^c 
une telle netteté, dans la pathogénie initiale et dans la réappariUon 
do chaque paroxysme critique, que les malades elles-mêmes tion- 
fessent spontanément parfois lia cause du mal et de ses pliasca 
d'aggravation. Glénard a relevé également cette cause. 

Le surmenage peut être psychique, je veux dire par là qu^il 
dépend d'Hme fatigue intellectuelle spéciale aux femmes artj:^les, 
aux lettrées, aux femmes d'affaires, et il n'en înanque pas auj^mr- 
d'hui. Il s'accuse d'ailleurs chez celles qui sont de notre res.sort, 
c'est-ù-dire qui ne possèdent point un élément nerveux et muscu- 
laire capable de résister à un travail excédant, avec les phéno- 
mènes habituels mentiomiés du côté d|u système nerveux. 

Les surmenées physiques sont plus rares qu'on, ne le pen.^^ C.»n 
Me les reacnntre guère en dehors des muditions habituelles des 
pi oses niècani(|U(\s ou Iraumaliques. Ce sont des femmes qui Ira- 
vcrstMit lenlerneiit les d'versos (Mapes de leur affection, grn<*e à 
des c(»iijpeusali<jus musculaires. Le releveur de l'aims estle musd^ 



•-lÈ^^ 



LES PTOSES GENITALES 



269 



d*arrât dï^à chutes et des déplacements de Tutérus. Il est le sphincter 
volontaire qui, d^accessoire d'abord, devient la plus solide barrière 
que la rmulade puisse opposer à l'aggravation de la hernie. Or, ce 
muscle p^nt faibhr, comme tous les agents volontaires, sous Tin- 
fuence de troubles généraux, parm» lesquels les perturbations ner- 
veuses jouent le principal rôle. Dès lors, le surmenage physique 
apparaît chez ces malades d'abord si bien défendues, et la maladie 
s'agfirave brusquement. J'aurai d'ailleurs à revenir sur ce méca- 
nisme h propos des troubles de nature trophique, spéciaux à cer- 
taines ptosiques, jeunes, qui les font aipparaltre comme des surme- 
nées qu'elles ne sont pas en réalité. 

Le surmenage obstétrical se doit entendre non des effets d'accou- 
chements laborieux, répétés à bref délai, ou nombreux, car beau- 
coup de multipares sont des compensés parfaits, mais de celles 
chez lesquelles la compensation ne s'est point effectuée; la cause de 
ce défaut de compensation peut tenir au fait d'une évolution orga- 
nique, générale ou locale, incomplète vu la répétition des gros- 
sesses qui, trop rapprochées, n'ont pas permis le retour à l'inté- 
grité complète. Ces malades sont affectées d'une nutrition retar- 
dante, d'une atonie nerveuse héréditaire, de conditions patholo- 
giques en un mot, qui ont fait obstacle h Finvolution rapide. Cela 
signifie que, théoriqueme:nt et pratiquement, les femmes d'un équi- 
libre organique satisfaisant, d'une bonne santé, d'une énergie 
normale, font leur involution rapidement et vice versa. Les sur- 
menées sont donc des sujets pathologiques, ou peuvent être consi- 
dérées comme tels, l'échéance d'appaiilion de^s tares héréditaires 
ou acquises devant être plus tardive. 

Je ue contredis donc pas au rôle qu'on fait jouer à la grossesse, 
ou plutôt aux grossesses répétées, dans les ptôses en général et 
dans la production des ptôses génitales en particulier, mais je pré- 
cise que ]c,^ ptosiques sont encore des prédisposées chez lesquelles 
la Rutriivdlution génitale, alliée au surmenage organique général 
et à une sorte de dépression nerveuse, révèlent une morbidité 
latente. 

3° Lc;S ptôses de la ménopause empruntent un caractère spécial 
à l'état ^'énéral qui accompagne habiluellement la période dite du 
reluur dï^ge. Tous les gynécologues ont cherclié à interpréter les 
h'ijitbles nerveux de cette phase critique de Lai vie génitale de la 
femme. 

Jt' rne gnrderai bien de rappeler ici les théories émises à ce sujet. 
Ce qui est incontestable, c'est le fait clinique. La perturbation 
nerveuse est profonde et se trarluit de façon multiple. Les li'<)ul)]('s 
psychiques, moteurs, de sensibilité générale ou réflexe, apparais- 
sent avec plus ou moins d'intensité, mais ils sont quasi-constants. 

A ce ïiKiment, la ptôse géuitulo, sou-s forme de retour aggravé 
d'uiîfc? ancienne déviation compensée jusque-là est habiluelle. C'est 
mtinie sous cet aspect clinique qu'on l'observe, et non pas comme 



270 REVUE d'obstéthïque et de gynécologie 

phénomène nouveau, au milieu d'un état parfaitement normal de 
rappfureil génital. 

Dans ces conditions, on ne saurait attacher unfe grande 
import€uice au rôle joué par les phénomènes mécaniques. L'aug- 
mentation du podds de l'utérus, durant les périodes d'aménorrhée, 
Vatojiie nevro-vasculaire dépendant de cette aménorrhée,les perte» 
de sang abondantes qui coupent parfois les périodes aménor- 
rhéiques ne disent pas grcuid'chose à l'esprit si on n'y ajoute la 
notion de quelque chose de plus général, en même temps de per- 
sonnel à chaique individu. La ménopause, en effet, est souvent et 
fort heureusement, un passage tranquille et fort simple de TacUvité 
génitale, à la non-activité. Si des troubles surviennent dans l'état 
général, le moteur en est certainement ailleurs que dans la suppres- 
Bion menstruelle. C'est ce qui me fait dire que la ménopaiise est 
l'âge véritable des crises organiques. A ce moment, la malade 
révèle au maximum sa tare héréditaire ou acquise, névropathie, 
néoplasie, herpétisme, troubles cardiaques, hépatiques, rénaux, etc. 
Toujt cela est bien connu. Si la réapparition de ptôses génitnles 
anciennes et réputées guéries, ou l'aggravation de ptôses modérées 
et bien supportées, est une notion moins courante, die n'en est pas 
moins réelle. Sa pathogénic, dans ces cas, ne diffère pas d'ailleurs 
de ce qu'elle est dans les autres, l'élément nerveux étant le prin- 
cipal (igent frappé dans respèce. La fréquenoo des troubles mentaux 
de l'Age critique est un point d'observation incontesté. 

4*» Les ptôses séniles ne me paraissent pas devoir être «admises 
sa,ns discussion. Je les crois rares. 

Elles devraient représenter des formes aggravées, tardives, des 
ptôses qui se seraient compensées après la crise de la ménopause. 
Cette compensation ne ressemble pas ici à ce qu'elle est chez les 
femmes en pleine possession ds l'activité sexuelle; elle dérive plu- 
tôt d'une sorte de rétraction fibrefuse qui aboutit à l'occlusion méca- 
nique des voies génitales. C'est par le processus bien connu de la 
sclérose sénile des parois de l'utérus et du vagin, que le phéno- 
mène se produit 

Or, il semble que très \Taisemblablement, pour qu'une ptôse 
puisse réapparaître, ou tout mi moins se manifester dans des con- 
ditions capables do lui faire attribuer une origine récente, une 
cause nouvelle, il faille des circonstances tout à fait exception- 
nelles. 

C'est ce qui arrive en effet dans des cas très rares. 

Le diabète est une des candiUons que j'ai rencontrées le plus 
fréquenmient comme étiologie probable ; le développement d'un 
érythème vulvo-vaginal ou d'un exanthème encore plus caractérisé, 
m'a peiru agir d'ans quelques cas. 

Ces manifestations locales coïncident souvent avec des excita- 
tions sexuelles anormales, à Fûge avancé des malades. L'irritation 
par l'urine altérée, ou par l'éruption locale en peut être la cauee, 
mais l'état neirveux est génjéralement affecté et souvent l'état 



F 



LES PTOSES GÉNITALES S71 

mental. Dans un cas, j'ai noté des rires erotiques fréquents chez 
une femme de 60 ans. 

La ptose, dans ces cas, est souvent sujette à une rapide aggra- 
vation et je jiote en passant qii'îGlle est des plus rebelles. 

Inutile de mieux indiquer combien la lésion génitale apparaît ici 
comme dépendante d'une perturbation intense de la nutrition. 

Dans ce qui précède, j'ai successivement envisagé les données 
de la physiologie et de la clinique pour établir la liaison entre les 
ptoees génitales et des altérations des centres psycho-moteurs et 
réflexo-moteurs, commondées elles-mêmes très souvent par d€s 
altérations protopathiques varial)les, d'une nature essejntiellement 
plus mystérieuse et difficile à préciser, mais qui dérivent, à n'en 
pas douter, d'un vice constitutionnel, héréditaire ou acquis. 

Je dois mentionner ici une preuve démonstrative de l'action ner- 
veuse sur la production des ptôses que j'ai été incontestablement 
le premier à mettre en évidence. 

C'est l'action de la moelle lombaire révélée par la ptôse génitale 
constante, alliée à d'autres ptôses telles que hernie du rectum, 
paralysies des membres inférieurs, pieds-bots, etc., dans le spina 
bifidoi. 

Ayant observé en 1898 un cas que j'ai publié dans la Gîmécalogie 
du 15 juin, de spina biflda chez une fille, jo fus frappé de ce fait 
qu'il existait, dès la naissance, un léger degré de prolapsus du col 
utérin, en môme temps que de la muqueuse rectalle. Dans les quel- 
ques jours qui suivirent la nsussance et jusqu'au moment de la 
mori, le prolapsus- ne fit que s'augmenter dans des proportions 
telles que tout l'appareil génital, grâce au renversement complet du 
vagin, fit hernie à la vulve sous forme d'une tumeur volumineuse. 
Uenfant mourut. L'utérus était allongé et hypertrophié; les liga- 
ments utérins existaient comme à l'état normal, ainsi que l'au- 
topsie minutieuse a permis de le constater. Le segment lombaire 
de la. moeHIe était réduit à quelques fîlanionis insuffisants, do tollO/ 
sorte que l'action trophique et motrice de son appareil génital était 
entièrement annihilée. 

Des recherches faites avec soin m'ont permis de retrouver neuf 
ras semblables (Ballantzn^ et Thompson, Remy, Radwansky. 
Schultz, Iwsling, Heil, Schœffer). Partout la coïncidence de la 
ptôse génitale avec le défaut du segment médullaire est signalée 
sans commentaires. 

Si je lui accorde une importance souveraine dans l'espèce, c'est 
qu'elle est une preuve matérielle de la théorie nerveuse pure de la 
ptôse génitale. 

Une autre preuve se p^eut tirer des observations assez nom- 
breuses dans lesquelles la ptôse s'est révélée et s'est développée 
au maximum chez des paraplégiques. Schrœder avait signalé la 
coïncidence pour la rétroversion. Alexandre, qui a pratiqué une 
première opération dans un hApit-al de» f(^mnios aliénées névropa- 
thes à différents titres, l'a mis en relief encore davantage. 



272 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



C'est sur ces données que j'ai depuis si longtemps édifié la même 
doctrine. 

ROLE DE L INNERVATION TROPHIQUE. 

Ce rôle ressort de ces deux faits : 1° la fréquence des ptôses à la 
suite de rarnaigrissement excessif et rapide; 2» ITimpossibilîté 
absolue, ou la disparition, suivant les cas, du développement mus* 
culaire compensateur. 

N'ayant aucune prétention à juger la question du mécanisme de 
l'association des ptôses ou de leur succession avec les lois de leur 
enchaînement, je me borne à fixer ce fait que chez les femmes qui 
ont subi un amaigrissement très rapide o?s déviations apparfiif?- 
sent facilement ou s'aggravent dans des proportions surprenantes. 
Il est probable que la cause première de l'amaigrissement con- 
tribue aussi à la ptôse d'une façon directe et cette hypothèse n*a 
rien d'étrange quand on sait que ces crises dystrophiques sont le 
plus souV-ent sous l'influence de phénomènes nerveux, apparaissent 
chez des névropathes avérés et coïncident avec des symptômes 
caractéristiques d'une forme quelconque de neurasthénie. La dénu- 
trition rapide, quand elle revêt cette allure, même s'il y a derrîArp 
elle une invasion d'un processus grave comme celui de la tliber- 
culose, UB saurait s'expUique»!' le pins souvent sans la participe Mon 
directe du système nerveux affecté par ce processus, ou mis en 
branle par une impulsion psychomotrice. Dans quelques cas rares, 
cependant, rinterpr.étation échappe. 

A un deuxième point de vue, l'altération des centres trophiques 
apparaît en ce que les fonctions de nutrition régies par un système 
nerveux vidé ou altéré, sont insuffisantes à créer une compensa- 
tion hypertrophiqne qni réclamerait un excès de fatigue ou d'efforts 
dépassant l'énergie musculaire. Cela ressortit au surmenage 
physique dont j'ai déjà parlé. 

Le sprmenage physique se comprend plus aisément en appï^ 
rence, et cependant il faut pénétrer le mécanisme de la lutte entre 
l'effort excessif imposé aux appareils de soutien et de résistanre 
accumulés dans le diaphra.gme pelvien, et la défense de ceux-cî 
contre l'effort. A tout bf-en considérer, l'équilibre parfait de\'ralt 
toujours exister entre l'élément nerveux moteur et le muscle qui 
obéit à l'impulsion, cet équilibre tendant toujours à se rétablir par 
une hypertrophie du muscle en suractivité, actionné par ^es 
éléments nerveux trophiques au fur et à mesure du travail exî^é. 
Cette hypertrophie qui accompagne les exercices athlétiqoies habi- 
tuels et bien gradués n'existe pas chez les surmenés physiques, 
T/aptitudo trophîquie est le privilège des femmes à équilibrs^ nevirn- 
musculaire parfait. On le rencontre chez les femmes qui jouisf^ent 
de l'existence simple, surtout à la campagne. 

Chez celles qui présentent \m tonus nerverux insuffisant le tonus 
musculaire disparaît vite et c'est par le dépérissement que s'accuse 
l'effet des efforis physiques exagérés. 



LES PTOSES GÉNITALES 273 

On reacontre cet état chez les filles jeunes, à constitution défec- 
tueuse et c*est chez elles que Ton assiste à cette chose invraisem- 
bïohle fl'une ptnse génitale ayant réussi à vaincre la résistance 
tïiUi viigin étroit et d'uni» vulve absolument vierge pour constituer 
en définitive, une tumeur énorme et telle que rarement les grandes 
inulUpares 'en présentant de sjemblables. 

lîugnin a le premier montré, dans ces cas, la coexistence d'un 
allongement utrophique de l'iMtérus, qu'il a qualifié à tort d'hyper- 
Irophique. C'est donc là un phénomène d'ordre trophique, de quel- 
que façon qu'on le considère. J'ai observé deux cas de cette 
espèce. On discute l'origine du processus. On fait jouer volontiers 
un rôïD à l'artério-sclérose, ou à la scérose tout court. Précise-t-on 
pour cela le mécanisme de la ptôse ? Je ne le pense pas. J'estime 
qu'on ne peut se défendre de faire ici part égale à Yatrophisme cons- 
titulionnel, qu'on me passe l'expression, et à l'altération nerveuse 
centralo qui lui a donné naissance. Quant à la localisation génitale, 
clic s'explique simplement par ce fait que chez la femme le 
dîapïiragme pelvien est constitué de telle façon que les hernies 
génitales traduisent tout d'abord son insuffisante résistance aux 
cfffïHs physiques. 

Avec la conception d'une telle patiiogénie dystrophique, la non- 
ciïmpciisation hypertrophique est susceptible d'apparaître en toute 
circonstance, môme pour les moindres raisons en apparence, sans 
qu'une fatigue excessive et un surmenage réel aient occasionné la 
ptôse. 

Ou a qualité d'opprobre de la gynécologie les cas de cette espèce 
en niison de la difficulté de les guérir chirurgicalement. 

Ce n'est pas seulement chez les femmes soustraites à toute cause 
tratmiûtique que ces phénomènes dystrophiques peuvent appa- 
raître. 

Ils se montrent assez so'uvent et viennent aggraver les lésions 
chez les femmes affectées de ptôses traumatiques; chez des multi- 
pares longtemps compensées et qu'une altération de la santé met 
L'ii étal de déchéance musculaire rapide. 

J'ai parlé du rôle du releveur, je n'y reviendrai pas. Ce muscle 
volujilaire n'est pas le ^ul à être impressionné. L'utérus d'abord 
shypcilrophie, s'alourdit et s'allonge; le vagin devient flasque, les 
ligaments faiblissent. Enfin, la dystrophie se concentre sur les 
éléments musculaires des vaisseapx et des lors, la ptôse apparaît 
dans ses degrés les plus exagérés et comme la conséquence d'une 
dénutrition générale des tissus pelviens. 

Il n'est pas, dans l'espèce, de démonstration plus sensationnelle 
du rôle des centres psychô-moteui's et vaso-moteurs, que les cas de 
cet or-dre : Cliniquenient, on n'a pas de peine à surprendre la cause, 
organique, morale ou psychique d'un pareil déséquilibre. 
Rôle de l'innervation vasculaire et de la débilité artério-veineuse 

Primitive, rarement, coexistant dans un grand nombre de cas, 



274 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

elle apparaît parfois à titre secondaire dans les ptôses vraies, aussi 
bien dans les ptoses mécaniques ou traumatiqucs-. 

Le rôle des vaisseaux dans la statique utérine, a été mis en relief 
par Rouget d'eubord, qui a parlé éloquemment de la semi-érectilité 
de l'appareil génital grâce ù la disposition hélicine et cesissoïde des 
artères aussi bien que des veines — ensuite par Emmet, qui a 
comparé les ligaments, tuteurs véritables des vaisseaux pelviens, 
à des treillages musculaires supportant des lacis vasculaires. La 
disposition ploxiforme qui existe en certains points du bassin jus- 
tifie ces vues. 

Uanatomie la plus récente les confirme parfaitement. Chaque 
gaine vasculaire, en effet, est un point de force chargé de conso- 
lider la statique de l'utérus et des annexes. Dans les ligaments 
larges il n'est de vrai ligament que le ligament cardinal inférieur 
q^ui se confond avec la gaine hypogastrique et le ligament infundi- 
bulo-pelvien supérieur qui se confond avec la gaine utéro-ova- 
rienne. Que les vaisseaux viennent à subir un état dystroph'que 
continu, comme les veines en présentent parfois un exemple 
dénommé « varicocèle pelvien », o|u une ectasie passagère sous 
l'influence d'une atonie vaso-motrice, et l'appareil ligamentaire se 
trouve notablement compromis. 

Cet appareil solide qui résulte de la synergie des faisceaux muscu- 
laires ligamenteux propres et de la paroi musculaire des vaisseaux, 
venant à effectuer une double faillite, Ton voit la conséquence 
Immédiate et désastreuse qui en résulte par la résistance du 
plancher pelvien. 

L'état? congestif a, en outre, Ite Mcheux effet d'alourdir les 
organes : utérus, trompes, ovaires, se prolabent à la fois ; les 
muqueuses sont épaisses, congestionnées, rouge écarlate et sai- 
gnent facilement. 

Dans l'épaisseur même des parois des voies génitales extrêmes, 
l'atonie vasculaire amène un retentissement direct^ car il ne faut 
pas oublier qjuel rôle important jouent les artères pour maintenir 
la solidité et la tension du conduit vaginal. Associées à des fais- 
ceaux musculaires lisses, elles sont autant de crampons suscep- 
tibles d'assurer la statique de ce conduit. 

Dans les cloisons utéro-vésicales et vagino-rectales, les mômes 
phénomènes de stase vasculaire amènent la flaccidité et le relâche- 
ment de ces moyens d'union. 

Sans y insister davantage, je pense avoir montré les effets du 
rôle vaso-moteur dans ce mécanisme spécial des ptoses ou plutôt 
de leur aggravation. 

Discussion du mécanisme pathogénique des ptôses 

D'où dérive l'action nerveuse pathologique (jue nous avons 
reconnu s'exercer fâcheusement, pour produire les ptoses, par la 
voie du système nerveux moteur, psycho-moteur, rellexo-moteur, 



LES PTOSES GÉNITALES 275 

trophique, vaso-moteur, en un mot par toutes les formes d'excita- 
tion capables d'influencer finalement la nutrition et la mobilité 
de Tappareil génital ? 

J'ai effleuré ce thème pjusieurs fois déjà; je veux en mieux 
cerner quelques détails seulement, et d'aussi près qu'il me sera 
possible, ne fût-ce que pour arriver, par voie d'élimination, à mieux 
préciser le problème posé. 

Théorie mécanique. — Enteroi^ose et Dysiepsie 

Il y a déjà longtemps, vers le commencement de 1886, je pense, 
que mon collègue et ami, F. Glénard, le corapporteur le plus auto- 
risé sur la question, venait examiner des malades de ma clinique 
de gynécologie et m'exposait sa doctrine des ptôses viscérales. 
Pqiur lui, le mécanisme des prolapsus génitaux deva't rentrer dans 
la loi qu'il allait formuler et qui groupait toutes les défaillances 
paralytiques ou ptôses des viscères de l'abdomen sous la dépen- 
dance d'une ptôse principale, l^eniéropiose^ liée elle-même syndro- 
matiquement à l'atonie gastrique et à la dyspepsie spéciale consé- 
cutive. 

Déjà, depuis plusieurs années, la doctrine des toxémies d'origine 
digestive était formulée. 

Très documenté par rexpérience, sur la nature et l'origine trau- 
matiques de la plupart des prolapsus génitaux, je ne pouvais pas 
accepter l'opinion ae Glénard sans discussion. La théorie viscérale 
des ptôses génitales, en d'autres termes, ne pouvait me satisfaire, 
alors que par exemple, chez des nmltipares, affectées de descente 
de la matrice, de colpocèle, de rétrodéviation, parfois de plusieurs 
de ces lésions associées, je constatais de larges déchirures du 
périnée, des surdistensions des hgaments et du muscle releveur, 
des brèches profondes du col utérin. La notion positive d'une vio- 
lence exercée par des opé4*ations obstétricales, dans d'autres cas, 
associées à J'opposition immédiate du déplacement génital, me four- 
nissait une somme de raisonnement étiologique plus logique et plus 
conforme à la treidition. 

Je ne pouvais donc consentir obédience à la foi nouvelle, Ssetn^ 
établir des distinctions et sans faire des réserves. A la môme épo- 
que, j'étais frappé moi-môme de l'association fréquente des 
prolapsus génitaux de tout ordre, avec Téventration, que Glénard 
appelle laparoplose, avec rabaissement du foie, le déplacement du 
rein, l'ectasie intstinale et l'abaissement très particulier de seg- 
ments importants du gros mtestin. 

J'6Li observé, dans certains cas de laparotomie, des faits fort 
singuHers. Chez une vierge authentique de 48 ans, fort maigre, fort 
nerveuse, à l'ouverture du ventre nécessitée par une douleur 
ancienne et persistante et une apparence de tumeur dans le bassin, 
j'avais découvert une adhérence de plusieurs anses du petit intestin 
au fond du Douglas. Le côlon transverse distendu descendait fort 



276 REVUE d'obstétrique et m: gynécologie 

au-dessous de l'ombilic, jusque près du pubis. Je ne elle que ce fait, 
déjà publié et mentionné dans des ouvrages classiques. 

Or, chez les malades de cette catégorie, Tapparefl génital était 
indemne de troubles de statique. Je jugeai qu'apparemment cela 
tenait à Fabsence de causes spéciales et locales qui devaient être 
nécessaires pour réaliser la pathogénie complète d'un déplacer- 
ment. 

J'étais donc fondé, par quelques côtés, à conserver la réserve 
q|ue m'inspirait l'idée de Glénard. Par ailleurs, j'inspirais à cette 
même époque, un travail au Docteur Ph. de Lostalot, dans lequel 
était précisément exposée ma théorie de l'étiologie mécanique des 
ptôses viscérales secondaires, dépendantes de la ptôse génitale ini- 
tiale. Pour moi, inversement à l'hypothèse de Glénard, le déplace- 
ment se faisait d'ahord par le bas. Le plancher pelvien abaissé, la 
vessie, l'utérus, le rectum descendus; Tinteslin grêle, lo foie, etc., 
devaient nécessairement s'abaisser et suivre la descente de la plate- 
forme pelvienne défaillante. En définitive, dans cette théorie, l'effon- 
drement génital commandait la chute du reste. Je trouvais d'ail- 
leurs, dans la dyspepsie habituedlement symptomatiquc du 
prolapsus utérin et dans l'atome igitestlnaiei qui l'accompagne 
souvent une sorte de preuve démonstrative. 

Aujourd'hui, je le constate, il ne pouvait en ô^re autrement; 
M. Glénard et moi .nous sommes devenus éclectiques, tous deux. 

Ni l'une ni l'autre des deux théoiies exclusives ne se peuvent 
soutenir : en effet, d'abord, j'ai fait en commençant et il faut faire 
leur juste et lai^ge part aux ptôses génitales traumatiques. 

Ensuite, nous reconnaissons tous deux que la laxité de la sangle 
abdominale, qui cause l'entéroptose, n'a pas toujours pour consé- 
quence une ptôse génitale, car on voit avec de l'éventratiôn et un 
abdomen très diste^ndu, des organes génitaux admirablement 
suspendus et soutenus en position normale. 

Enfin, un prolapsus génital excessif existe souvent, avec une 
paroi abdominale, d'une résistance et d'une tonicité parfaites. 

Conclusion. — Il faut donc, de par les fciits, accorder une indépen- 
dance relative entre les troubles de la statique génitale, d'une part, 
ai o?ux de la statique entéro-abdominale, d'autre part. 

Théorie trauautique pure 
. Rôle de la grossesse et de l'accouchement 

La théorie traumatique pure est inacceptable. Je l'ai indiqué, en 
établissant, dès le début, des catégories. 

Les traumalismes obs1^t?ricjaux créenV les. fvemies 'génitales, 
vraies, irrémédiables, définitives, sauf restauration opératoire des 
tissus et réparation des lésions. C'est là un groupe nettement défini, 
et partout où la lésion, rupture, déchirure, sera constatée sans 
doute possible, elle suffira à étiqueter l'affection et sa cause. Les 



LES PTOSES GÉNITALES 277 

conditions pathogéniques d'ordre nerveux étudiées dans la pre- 
mière partie de ce travail, n'auront pas eu à intervenir ici pour 
créer la liernie. 

Je Uuis nf arrêter cependant pour mettre en relief une considéra^ 
Uoft incidente de pnemière importance, qui vient établir une sorte 
de relativité, un lien entre ces deux groupes si distincts, hernies 
géni talées trauraatiques et ptôses gé;iitales essentielles, et aussi 
entre leur double étiologia C'est qu'en effet, l'élément étiologique 
r*er*;fîwir,quc nous avons reconnu spécial aux ptôses génitales carac- 
t^Tisées et tenues pour ptôses essentiedles en quelque sorte, inter- 
vient, dans certaines circonstanoes, et influe certainement sur des 
hernies originairemeant traumatiques. C'est ainsi que certains 
sujet :!i iUîectés de prolapsus ou de rétrodéviation, ou de colpocèle, 
dérivant d'une anomalie ou d'une violence obstétricale, ne sont 
]iullerjient exempts des troubles qui passent pour engendrer les 
ptôses diverses et, à ce titre, elles éprouvent les effets de ces 
troubles sous des formes différentes. 

Ctist Unitôt par des crises d'aggravation et d'intolérance avec inca- 
pacité physique et douleurs variées, succédant à des périodes de 
toiérance parfaite que se manifeste l'intervention d'une étiplogie 
additionnelle et nouvelle. 

Tan lût, la hernie génitale, minime au début, prend une allure 
rapidenient aggravante, qui contraste avec la marche ordinaire, et 
ornve on quelques mois, sans étapes marquées et sans rémission 
aucune, aux formes les plus accentuées de l'affection. . 

Daiii^ res deux éventualités, il est visible que les éléments restés 
iadcnnies de tout traumatisme, cèdent à une cause déprimante et 
paralysMule, succombent successivement jusqu'au dernier, ou tra- 
versent des phases d'atonie plus ou moins longu^es; qu'en tout cas, 
la n>arLhe de la maladie n'est point conforme à la règle clinique 
habituelle et prend, d'une façon intermittente ou d'une façon co.nu- 
nue, une aJlure anormale. 

Dans les faits de cet ordre, à la hernie traumatique vient s'ajouter 
l'élément ptôse essentielle, et de simplement mécanique, la dévia- 
tion génitale devient mixte. 

Que h' est-il passé ? 

bi Ton veut juger la chose d'un mot, il suffit de dire que la lésion 
ne s'est point compensée et que devant la reprise des actes et des 
efforts de la vie ordinaire, les agents musculaires indemnes n'ont 
réagi que passagèrement, ou qu'ils ne réagissent que par intermit- 
tences, ou qu'à la faveur d'une distrophie occurrente ils ont cédé, 
ce qui revient toujours ii la donnée que j'ai développée déjà. C'est la 
non-compensation, la meïopragie génitale qui, en définitive, devient 
1 élément pathogénique direct de la. ptôse en se substituant à la 
cfluse mécanique première. 

TiBlle est la considération de haut intérêt qu'il fallait mettre en 

18 



278 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



relief pour accorder certaines appréciations théoriques discordantes 
et expliquer certains feiits assez communs. 

Nu us trouvons d'ailleurs la même interprétation pour les peu i ^ 
d'intolérance, d'aggravation, d'incapacité physique, de douleurs 
qui apparaissent à certaines époques particulièrement critiques de 
la vie îéminine. Nous la trouvons encore et je dis ceci pour ajouter 
mon appréciation à la doctrine de Glénard, pour ces formes parti- 
culièrement sévères de déviations qui s'entretiennent à un degré 
de gravité constant par les effets de la vie sé<lentaire et de 1 ininio- 
bilité auxquelles se condamnent les malades quand elles n'y sont 
point tenues par une prescription médicale. Le repos à outranoe 
vioie la nutrition, la retai^de, crée l'obésité, altère les fonctions 
viscérales, augmente l'incapac'té et réalise un cercle vicieux dans 
lequel la ptôse génitale, s'emlretient et s'aggrave des trouLleiB 
nerveux et nutritifs engendrés par la vie sédentaire. 

La grossesse el V accouchement ont le grand rôle étiologique dans 
la production des hernies génitales. Ceci n'est pas une théorie et ii 
serait oiseux de discuter, l^our nous, les traumatismes brusques 
ou lents, opératoires ou spontanés^ la diptosie d'une part; ïes 
maladies gravidiques d'autie part; la subinvolution ou la ^super- 
involution en troisième lieu, et enfin l'infection ou les infections 
e\^ les lésions infectieuses' post partum suffisent à constituer la 
pathogénie des hernies génitales avec toutes leurs variétés. 

Il est à .noter que, dans cet exposé de quelques lignes, le trauma- 
tisme n'est pas seul invoqué et que, dans quatre conditions diffé- 
rentes au moins, les déviations peuvent apparaître. Glénard, cela va 
de soi, attache plus que nous, une importance notable aux troublée 
morbides de la nutrition pendant la grossesse et à l'hérédité. C*est 
une simple question de mise au point et j'estime que les accou- 
cheurs et les gynécologues sont d'accord pour reconnaître ù cette 
étiologie une action tout à fait minime, quelle que soit d'ailleurs la 
date d'apparition des premiers symptômes de la hernie génitale* 
Les prédispositions originelles sont à prendre en considération, 
mais les causes sns-énoncées et les erreurs d'hygiène après l'accou- 
chement apparaissent, on peut dire dans la presque totalité des cas, 
avec toute* l'évidence désirable. 

Théobie nerveuse 

Je la retrouve ici, h sa placss définitive et pour mémoire eeulfr 
ment, car elle est développée longuement dans ce qui précède. La 
létrudéviation des nullipores, comme le prolapsus des vierges^, 
pestent les types cliniques les plus incontestables. Il y a quinze ans» 
au moins, que cette doctrine est entrée, par l'observaition, dans mon 
esprit, dans mon enseignement et dans mes écrits. Je l'ai retrouvée 
dans des exposés plus récents qui en parlent comme d'une nou- 
veauté. On a repris aussi comme nouvelles des idées émises par 
moi, concernant la neurasthénie féminine et les troubles génitaux 



LES PTOSES GÉNITALES 279 



qu'dJe est susceptible d'occasionner. J'ai cherché, dans ces compi- 
lations, qui témoignent de beaucoup de lacunes dans la connais- 
sant des choses de la gynécologie, quelque chose de neuf ou 
d'original et je n'ai rien trouvé. Sans doute, les auteurs, très peu 
documentés, par suite de leur ignorance totale de la gynécologie 
opératoire, ne pouvaient nous apporter une contribution bien 
ira pointante. 

La ijution clinique anciemie avait donc suffi pour créer la doctrine 
pathogénique nerveuse. Les conceptions plus modernes de Glénard 
sur lliépathoxémie initiale, ont seules donné un aspect nouveau 
à la question. 

SymptoxMatologie et marche 

Si j'ai assigné clairement aux ptôses génitales essentielles leur 
pljice dans la nosographie, je puis ramener à deux catégories, les . 
malades qui en sont réellement affectées. 

Ce sont : 1<> les nuUipares ptosiques et2« les multipares ptosiques. 

L'état général des premières est caractérisé assez habituellement 
par la maigreur et la gracilité des form«es. 

La peau est mince et pâle, quelquefois violacée, avec des troncs 
vemeux apparents, mais surtout des veinosités très accentuées, aux 
bruiï, aux pommettes. On a parlé récenmient de cette maladie 
générale caractérisée par la débilité veineuse qui prédispose à 
1 ectaaie et aux varices; et il est juste de la faire figurer ici. 

Les membres sont minces et longs, les avant-bras et les mains 
grêles, les attaches articulaires flasques; souvent, ^es orteils, fort 
longs, affectent la disposition en marteau. Les muscles sont peu 
développés, la grais^ du tégument parfois abondemte et molle au 
Irouc, et non pas aux membres ni au buste. 

11 ïMtL semblé que chez ces sujets, les cheveux étaient plutôt de 
couleuii- blonde ou tirant sur te blond. 

La constitution nerveuse se révèle par des alternatives de dépres- 
siuii l4- de crises d'activité; souvent des impulsions, des colères; une 
grande tendance au sommeil et la nécessité d'un sonmieil prolongé. 

Hérédité arthritique, quelquefois hérédité hépathique, chez les 
niullipares 'ptosiques, on trouve soit des sujets obèses et colorés, 
suit des suj.8ts très maigres et pâles à l'excès. 

L'état gastro-intestinal est mauvais. 

L'état nerveux est variable. 

Si on inten*oge l'état local, on trouve toutes les variétés de dévia- 
tions, nKsdMUL prédominent sur toutes les autres, ce sont : l^' la 
forme initiale du prxÂapBas uléria qui est aussi celle du début de la 
retrodéviation, c'estrà-dire la laxHé adoormale des hgaments anté- 
rieurs et postérieurs de la matrice d'où dépend l'excès de mobilité 
de Torgane, le déplacement du col en bas et en avaat et l'instabilité 
de Têquilibre utérin. Le vagin est atone dans ses culsKle'fiac pro- 
fonds exclusivement, ce qui rend un peu saillajite la paroi anté- 
rieure diï vagin rétro-uréthrale, celle qui correspond au bas-fond de 



280 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

lu vestiie, et aussi le fornix postérieur ; 2^ la forme à montée rapide 
aboutissant aux degrés ultimes de la hernie totale de Tutérus, avec 
inversion compléta issue du vagin et hors de lai vulve. 11 m'a été 
donné de voir cinq cas chez des vierges, de cette forme dé hernie 
totale et quarante cas environ chez des femmes ayant eu un ou plu- 
sieurs enfants. 

L{i marche aggravante soudaine, l'allure incoercible de ces ptôses 
cadrait avec une déchéance organique et nerveuse très appréciable, 
quelquefois avec des paroxysmes morb'des variés du côté de la 
nutrition générale ou des organes digestifs. 

Les signes varient de toute évidence, comme intensité, dans ces 
deux formes. Cependant, ils sont à peu près semblables : 

L'utérus est généralement gros; le col épais et souvent œdématisé; 
il y a du catarrhe discret, à moins d'une cervicité caractérisée. 
L'isthme utérin, épais et tendu après un accouchement ou un 
avortement, tend à l'atrophie et à l'allongement par pauvreté vas- 
culaire et musculaire. 

Le vagin est tomenteux et rouge, ou cmiinci .et pûle. Il est souvent 
insensible. La laxité excessive de ses parois se prête à une exten- 
sion progressive devant le port <ie pessaire, de volume croissant. 

Les ménorrhagies sont fréquentes ; beaucoup plus rares les 
métrorrhagies. Il y a quelquefois de l'aménorrhée, dans les formes 
les plus accentuées. 

Marche. — Diagnostic 

La marche des ptôses génitales essentielles, sauf leà formes à 
allure rapide, est caractérisée par de Tallure intermittente, à crises 
paroxystiques. Les crises d'aggravation coïncident avec des trou- 
bles psychiques le plus souvent, ou des périodes de surmenage. A 
défaut de l'intervention des fatigues physiques, il est singulier de 
constater avec quelle régularité fatale, en quelque sorte, chaque 
changement d'humeur, chaque période d'obsession morale, de 
préoccupations, de chagrin, ramène i aggravation génitale. J'ai vu 
apparaître la môme aggravation, après la disparition d'un ©xan- 
tlième chronique; je Tai vue alterner avec des crises gastriques ou 
hépatiques. Quelquefois, le stade d'aggravation coïncide au con- 
traire avec ces crises. 

La ménopause est la période aggravantis par excellence, La sup- 
pression du flux sanguin, la perturbation nerveuse, les troubles 
organiques coexistant fournissent une ample interprétation patho- 
géaique du fait. 

Les interventions chirurgicales incomplètes, laissaient la porte 
ouverte à des récidives, qui, chez certains malades, montent plus 
rapidement que ne le faisait la maladie avant l'opération. 

Certains cas résisteraient même à toute intervention et c'est pour 
eux que l'on voit se grossir constamment la liste des opérations 
dirigées contre les hernies génitaJes. 



LES PTOSES GÉNITALES 281 

Je ne veux pas insister sur la fatalité de ces cas, que Ton nous 
montre comme l'opprobre de la chirurgie; je ne saurais le faire avec 
compétence. Je ne les connstis pas; je n*en ai jamais vu. 

Sur un total de douze cents observations de hernies génitales do 
font nrdre, parmi lesquelles se trouvait une bonne proportion de 
ptosiqnes, je n'en ai pas rencontré un, qui, à ma connaissance, n'ait 
été jusque-là guéri par une thérapeutique bien comprise et intégrale. 

Je ne m'occuperai que du diagnostic différentiel. 

Le diagnostic de la ptôse se fait, par la connaissance des antécé- 
dente, l'élimination des traumatismes étiologiques ordinaires, par 
la constatation de l'intégrité des sphincters naturels, de la sangle. 
du releveur et du plancher périnéal avant tout. 

Dans la hernie génitale traumatique, le releveur est habituelle- 
ment hypertrophié et se contracte volontairement: il est a.trophié et 
atnne dans la plose. 

L*électricifé faradique, appliquée au fond a. vagin, a peu d'effet 
sur les ligaments et sur les muscles volontaires des organes géni- 
taux chez les ptosiques. 

Chez ces malades, les stigmates neuro-arthritiques sont tellement 
^\1df^nts que le diagnostic s'invpose. 

Et s'il s'agit de vierges ou de nullipares chez lesquelles aucune 
violence, chute, coït disproportionné, surmenage pendant les 
rèiîles. ne peuvent être invoqués, en balance de tout antécédent 
pathologique brutaJ s'étant caractérisé par une maladie pelvi-abdo- 
minale à début défini et de cause évidente, le prolapsus, la retro- 
déviatîon, la colpocèle, ne pourront être autre chose qu'une ptôse 
gf^niîaïe essentielle, dont la pathogénie se déduira des circonstances 
cliniques et de l'état général, de la.prédispos.ition, do riiérc'HliU'*. 

TRArrEMENT 

Le traitement des hernies traumatiques est nécessairement un 
traftement chirurgical réparateur. Je n'ai pas h développer ici ce 
thème. 

Le traitement ^es ptôses est tout autre : il est en partie renfermé 
dans la conception thérapeutique qui répond aux nécessités de 
l'état général et de la constitution organique; il s'encadre en partie 
dans les procédés de thérapeutique locale qui s'adressent aux 
troubles nerveux divers. 

L'élpctricîté. le massage, l'hydrothérapie, etc., sont les moyens 
hnbifuds que l'on doit associer aux méthodes médicales qui ont été 
exposées av9c autorité et compétence par mon co-rapporteur. Le 
secret du succès est dans l'association des systèmes thérapeutiques. 

S11 s'aigit de traumatisées chez lesquelles In déviation simple a 
iiAcTnnrré en ptôse, ou, pour mieux dire, s'il s'ni<îit de ces forces de 
dê\iatinns génitales, mixtes, ag^avées par des crises de ptôse, 
d'oricrine nerveuse ou gastro-hépatique, la rhintrqir a son r(Me tout 
tracé ftt la théraneutique Générale en est l'heureux ef indispensable 
complément. J'ai à revenir sur une pratique que }e réprouve entière- 



282 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



ment : la cure de repos. L'immobilité et la vie sédentaire auxquelles 
sont fréquemment condamnées les ptosées, comme je Tai déjà dit et 
j'insiste à dessein, agit par répercussion rétrograde sur Tétat des 
organes d'élimination et sur leur fonctionnement. Le défaut d'exer- 
cice et l'air confiné «iggravent les tendances préexistantes, que le 
foie, le rein, le système digestif défectueux, marquaient pour la 
nutrition retardée. Les déchets s'ajccumulent en plus grand nombre, 
In diathèse arthritique s'exagèrp. l'état nerveux empire et le cercle 
vicieux se complète de cette façon. L'état constitutionnel défectueux 
a fait ou aggravé la ptôse et celle-ci aggrave à son tour l'état 
général. La toxémie arthritique^ hépatique, selon Glénard, joue 
alors sûrement son rôle néfaste, car 'elle arrive, de la sorte, à son 
maximum d'intensité. 

J'estime que le mouv^nent,le grand air, avec un exercice nîQdéré, 
la distraction, associés à des moyens de contention stiffisants et 
appropriés, sont autrement favoreiles à l'amélioration des ptôses, 
que la cure de repos îorcé. Je Tai éprouvé maintes fois. 

La gymnastique, telle qu'elle est indiquée dans la méthode 
suédoise .et dans les traités qui s'inspirent de cette méthode, m'a 
toujours paru vaine. Les gestes d'adduction des membres îilfê- 
rieurs combinés à des mouvements plus complexes sur des appa- 
reils appropriés, sont d'un effet insignifiant II y a un parti meilleur 
à tirer de quelques mouvements que je ne trouve décrits riuîle 
part et qui répondent spécialement à l'entraînement gymnastique 
du reîeveur de l'anus. 

RÉPONSE A LA DISCUSSION 

I. — Pourquoi M. Reynier élîmine^tril l'étioîogie arthritique ? 
Sans que je veuille donner une définition de Tarthritisme, nous 
safvons tous quelles maladies s'encadrent dans ce vocable; physiolo- 
giquem.3nt, la nutrition retardante ou viciée en est l'élément 
commun. Cet élément suppose des déchets toxiques attcuxiés dans 
l'organisme et non éliminés, par lesquels les centres nerveux sont 
pathologiquement impressionnés. C'est, je pense, l'impression 
schématique de ce genre de toxém^e, dans laquelle rentre l'hépa- 
tisme de Glénard. 

Donc, sans m'attacher à discuter l'arthritisme et le neuro-arthri- 
tisme, ou à en préciser la définition, il me semble que nous devons 
Hre d'accord pour admettre cette éfioîoai'-e primordiale des ptôses. 
T.oci indicos cliniques de ces affections, l'hypotension cïtrdio-vascu- 
laire, l'hypofonie, no changent rien et n'ajoutent pas grand'chose 
à la conception ajncienne. 

II. -— Une cystocèle n'est pas toujours, nécessairement,une ptôse; 
il faut de toute nécessité sauvegarder l'étioîogie traumatique, obsté- 
tricale ou vouloir méconnaître l'évidence. 

III. — Je crois peu à l'hérédité des prolapsus, mais iflutôt à 
l'hérédit^^ des tares dégénératrices capables d'expliquer la simili- 



LES PTOSES GÉNITALES 28^ 

tude des maladies dans une filiation descendante. En matière 
d'étiologie, il faut être discret. C'est dé^à beaucoup que d'accepter 
rhérédité nerveuse ou arthritique et de lui a<îCorder une influence 
pathogénique, de pUmo, ce qui est peut-être une exagération dans 

certains caâ. 

« 

IV. — M. Reynier a dit en parlant de ma doctrine nerveuse des 
ptôses génitales : « Ce sont mes idées. » — Pardon, dirai-je ,ce sont 
les miennes ,et depuis fort longtemps, depuis une époque à laquelle 
certainement M. Reynier n'avait pas encore porté son attention sur 
la pathologie des prolapsus. Je trouverais aisément dans cette 
enceinte des témoins auriculaires pour en témoigner, s'il n'y avait 
les écrits, la relation des observations, le rapx)el que j'en ai fait 
en 1894 au congrès de Boulogne. Mais ceci importe peu, et le plus 
essentiel, à mon avis, c'est d'être d'accord sur ce point qui, dans 
l'espèce, devient le nœud précis et très intelligible de nature à relier 
la théorie de Glénard à l'observation clinique des faits. Il nous 
importe à nous, sur le terrain de la pratique, de dégager î'étiologîe 
immédiate, et lorsque nous trouvons, à l'origine d'une ptôse, une 
cause d^ordre névropathique, nous savons quelle thérapeutique 
convient et quelle ne convient pas. Avec la théorie de Glénard, nous 
trouvons une indication médicale. L'appareil génital peut être 
influencé heureusement et avec profit par le traitement de l'affec- 
tion digestîve, de môme q\Xff l'appareil digestif peut bénéficier du 
traitement de la maJadie génîtaJe. C'est, j'en conviens, un acquît 
précieux et que nous ne dssvons pas négliger. Si la thérapeutique 
-médicale échoue, la thérapeutique chirurgicale entre en jeu et bien 
faîte, elle donne des résultats parfaits. 

Je dois répéter ici, que je n'ai pa's rencontré de ces cas réfrac- 
taires h toute thérapeutique opératoire, accumulation de récidives 
et de déceptions qu'on a appelés « l'opprobre de la gynécologie ». 
pour lesquels un chirurgien américain a imaginé l'évidement 
viscéral du bassin ou Pancolpoktisteectomie suivi de l'oblifération 
massive du plancher pelvien par des sutures métalliques. 

Je suis impressionné par ce qu'en dit M. Pichevin et je me 
demande si ses paroles ne dépassent pas un peu sa pensée. H y a 
des formes graves et rebelles, soit, mais je croîs que par une assez 
longue expérience, de par un millier environ de cas opérés en 18 
Hns,-que les opérations plastiques bien faîtes suffisent. Il faut, dans 
certains cas, surtout chez les femmes Agées et à tissus très affaiblis, 
quelquefois sous le coup de troubles organiques latents, se résoudre 
à aller ju.<înu'à une quasi-occlusion du tractus génital. Je ne veux 
pas, à propos de pathogénîe, m'érigor en docteur es théraprvHque 
chirurgicale plastique, mais je ne puis laisser passer l'occasion de 
protester contre l'acceptation trop facile de fnîts auxquels je crois, 
maïs qui sont tellement exceptionnels que je n'en ai pas encore vu, 
au cours de ma carrière dv? spédnliste. Ces homies dé^c^spérément 
récidivantes, malgré toutes sortes d'opérations, rnal£*ré des restau- 
rations plastiques solides du plancher pelvien, malgré une solide 



284 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

suspension de l'utérus, après libération des adhérences, malgré le 
traitement général médical convenable, associé au précédent, 
malgré une hygiène nouvelle en opposition radicale avec rhygiène 
défectueuse antérieure, ces cas, fe ne les connus pas, à moins que 
Ton ne veuille parler de« ultimes degrés d'une cachexie neurasthé- 
nique véritable, auquel cas il vaut mieux s'abstenir d'opérer et 
attendm les résultats de la cure médicale avant d'intervenir. 

La sénilité ne me paraît pas une condition étiologique première 
des ptôses. Les hernies génitales existent chez les vieilles femmes, 
mais ce sont des maladies de retour et non de début. Comme je l'ai 
dit en commençant,la sénilité,avec ses troubles nerveux organiques 
de toute nature, peut devenir, pour des hernies génitales compen- 
sôes, une condition d'aggravation intense avec rupture de la com- 
pensation. Elle peut paraître aâors, à premiers vue, une cause ini- 
t'ale, tandis qu'elle réalise une condition étinflogique secondaire. 

Sur le port des ceintures abdominales et de leur efficacité, je 
suis d'accord av^c M. Reynier. La ceintura bien faite, est à Téven- 
trafion et à la flaccidité de la paroi abdominale, ce que la restau- 
rat'on plastique du plon'cher pelvien est à la herniïr génitale. 



VARIÉTÉS 



LE CORSET DE LA REINE DE SERBIE 

On sait que, en août 1900, le pauvre Alexandre, de Serbie, avait 
épousé, malgré le qu'en dira-l-on et tous les obstacles, Mme Draga 
Maschin, fille d'un président de district et dame d'honneur de la 
reine Nathalie. A l'étranger, pour justifier la décision du roi, on 
parlait tout bas de la naissance prochaine d'un héritier de la cou- 
ronne et les mauvaises langues disaient même qu'il n'attendrait 
pas pour venir au monde les ne^jf mois réglementaires. Un corset 
tout spécial avait été fabriqué par l'habile Mme Cadolle, pour 
protéger la précieuse grossesse et n'en gêner en rien le développe- 
ment ; la figure ci-contre reproduit ce « curateur au ventre », doqt 
nous avons pris la copie sur le modèle exposé dans les vitrines dç 
l'Exposition et qui fut « construit sur la recommandatipn de ses 
docteurs ». 

Il fut alors reconnu que, contrairement aux prévisions du D''Caulet, 
qui, en septembre 1900, déclarait constater « lexislence de «i^fne.s 
d'une grossesse de trois à quatre semaines », la reine n'était nulle- 
ment enceinte et qu'on s'était trouvé seulement en présence d'un 
état maladif, ou plutôt, comme l'a affirmé le docteur Lutaud à cette 
époque, d'une véritable simulation en vue d'une supposition de pari. 
Quoi qu'il en soit, ce fut, pour le roi comme pour la reine, une 
cruelle désillusion; mais, le public, peu initié aux secrets des alcôves 
royales, apprit avec quelque étonnenient qu'il pouvait exister une 



LE CORSET ET LA REINE DE SERBIE 



285 



grossesse nerveuse, une grossesse par suggestion et même une 
êiipiiOMlion de grossesse. 
Ajoutons quelques détails complémentaires qui ne manquent pas 

de picfuant. Aussitôt la déclaration 
signée par le docteur Cau^el, la 
nouvelle se répandit dans les princi- 
pales villes serbes cl des comités s'or- 
ganisèrent pour offrir à la reine, « bé- 
nie entre toutes les femmes», un ber- 
ceau. Seize bercelonnettes furent 
ainsi envoyées à Belgrade, dont [une 
en argent. ciselé, offerte par la ville 
de Nisçh : Gavroche dirait que c'est 
une nisch qu'dn fit à la reine. Ces 
berceaux attendent et attendront 
probablement longtemps, sous l'or- 
me du Konak, le Messie serbe, car 
le temps des miracles est passé et 
l'ange Gabriel n'« obombre » plus les 
vierges et même les demi-vierges. 

Par une coïncidence des plus cu- 
rieuses. Tannée suivante, le cas de la 
reine Draga s'observa chez l'impéra- 
trice Alexandra ; l'accouchement qui 
devail|donner un héritier au trône de 
la Russie, n'a pas eu lieu; il s'agis- 
sait d'une illusion, présentant toutes 
les apparences et les symptômes do 
la grossesse ; c'est d'ailleurs la seule sympathie entre ces deux sou- 
veraines. 

Ces grossesses illusoires ont existé de tout tçmps chez les souve- 
raines, témoin Marie Tudor qui, se croyant sur[le point de donner 
un liéritier à la couronne d'Angleterre, annonce officiellement sa 
grossesse, provoque des réjouissances publiques et finalement 
accouche « du vent » : parlurienl m%nles\ 

Celte noie est extraite de l'ouvrage du D*" Witkowski que nous 
svonsdéjà signalé à nos lecteurs et intitulé :les Seins dans Vhisloire. 




LA MORALITÉ SEXUELLE 

Dans un travail très documenté, publié en partie dans la 
Nurmnndie Médicale, M. le D"^ (Juoyrat étudie les raisons qui 
ont iilTaibli en France la moralité sexuelle et par ce fait diminué 
la natalité : 

Voici les moyens proposés par l'auteur : 

Pour moraliser l'idée sexuelle, pour diminuer le nombre des 
infections vénériennes, pour assainir le mariage, pour combattre 



286 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

la prostitution et Tinfanticide, pour s'opposer enfin à la dépopu* 
lation sans cesse croissante de notre pays, il faut recourir aux 
mesures suivantes ; il en est grand temps : 

P Abroger les articles 148 à 158 du code civil stipulant Tobli- 
gation d'avoir, aux fins du mariage, le consentement de ses 
parents ou grands-parents ; 

2*^ Modifier l'article 488 de la manière suivante : 

La majorité est fixée à 21 ans accomplis; à cet âge on est 
capable de tous les actes de la vie ciuile( y compris le mariage), 

3° Instituer une législation plus libérale du divorce. 

Le diuorccy par consentement mutuel, sera autorisé après que 
les époux auront exprimé par trois fois, devant le tribunal civil 
(à trois mois d'intervalle les deux premières fois, à six pour la 
troisième), leur volonté expresse ; 

4° Le divorce, par la volonté d'un seul, sera autorisé au bout de 
trois ans, quand la volonté de divorcer aura été exprimée trois 
fois à une année d'intervalle ; 

5^ L'article delà loi sur le divorce interdisant aux complices 
d'adultère de s'épouser sera annulé ; 

6^ La recherche de la paternité sera autorisée ; 

7"^ On abrogera les lois qui établissent actuellement ^infériorité 
civile de la femme et des en fants naturels ou adultérins ; 

8** Les droitsd'épouse légitime seront attribuésà la fîlledéflorée ; 

9^ L 'abandon d'une maîtresse par son amant sera passible d'une 
sanction pécuniaire ou pénale ; 

10° Les proxénètes et les souteneurs seront poursuivis et sévère^ 
ment punis ; 

\\^ Le régime de la réglementation, tel qu'il est lactuellement 
appliqué, sera abandonné et en matière de prophylaxie des 
maladies vénériennes, on en viendra au droit commun, égal pour 
l'homme et pour la femme; 

12° /-a Ligue contre la licence des rues aura le droit de se 
porter partie civile et d'exercer des poursuites dans toutes les 
circonstances ; 

13° La police aura le devoir de protéger la femme dans la rue 
et dans les lieux publics ; elle devra punir sévèrement toute 
atteinte aux bonnes mœurs, toute provocation, aussi bien si elle 
est le fait d'un homme que si elle est le fait d'une femme. 



ESCHOLE DE SAPIENCE 287 



GYNÉCOLOGIE ARCHÉOLOGIQUE 



ESCnOLE DK SAPIENCE POUR OEUVRES DE MARIAIGE, 
VOIRE DECONCUBINAIGE (1) 

Ung vieil cscHpt grimoire sur parchemia, nous advi^e que la 
dpmoisellc de Malespine, aime et gorgiase péronelle issue de haut 
Ijgniaige, — si t>elle et si gorgiase qu'ung gueux à besasse auroit faicl 
ripaille, rien qu'à frotter son crouston dessus, — em près desja longue» 
I^ûle et infructueuse espreuve du mariaige, estoit marrie de 
demourer hrohaîi^ae. Treuver s'en vint le maistre myre, Matteo di 
Oradi, illustrissime coquillon de Flourence, lequel, à ouïr ses 
douïours, chaussa ses besicles, prit pose véhémentement mcdila- 
live, et tascba h toute force détails, luy esployer le grief labeur que 
est faire un enfant. 

De paourde raaientenle, ignorance ou aultre lacune, il aligna proli- 
ficquement sa let-on dessus le papier. La vôcy sans faulte ny ratture. 

— Œuvre charnelle entreprinse ne sera qu'emprès digestion 
faicte, le gros boyau et la vessie estant esvacués. Les cspoux on 
belle humeur seront sains, vigoreux, et non malengroins, biscarriés, 
rarnîngues. Le mary, bien dispos de toute sa fressure, babelutera 
à $a compnïgne chouses de doulx languaipre et de proupos gallants, 
luy chatouillera, raignotera les tetins, et le pelit enJroict, comment 
ha nom? — à ceste fin, qu'ils se treuvent ambédeux par ainsy que 
sonne en mesnie minute, pour l'ung et l'aultre* l'heure des divines 
joyes, Kt pourquoi n'y ait equivocque, n'entrera lesleu en Paradis, 
sinon que la dame jà mise à poinct et csblouie d'alaigressc, luy en 
desclosc portes fvattantes. Ce qu'il cognoistra vécy comme : rou- 
geur s'espand en sa face et ses yeulx, parolles pronunce sans suite 
el balbutianles, respire briefvenient comme bische forcée à la 
courre. [*^t sans relasche (tousjours baisolant, bécotant, suçotant 
i<i\ bouche et ses lélins) luy caressera le tant souefve appendix que 
Nature lia mis entre l'annule et la vulve, car en cettuy retraict se 
musse le vray bouton de volupté. Et quand l'aura cogneue ainsy 
preste et ardéc <ie désirs, lors la chevauchera d'ahan, etseresgua- 
leront tout leur saoul. Et quant auront parachevé besongne, si 
voullent engendrer gentille créature à leur imaigc, que l'homme 
afaitardisse ung petit son glaive en la bleceure, et ne l'en rctrayc 
avant \{Ui\ ne ressente corrugation et succion de la matrice comme 
d'une ventouse. Lors il en décherra tout doulcettement. Ains la 
dame demourern coicte en sa posteure, les fesses haultes et 
prousclies, deux heures pour le moins; et ne bougera du lict pen- 
dant trois jours, soy desprivant de mouscher, tousser et aultres 
chouses de mesnic. 

Il Niïiis ilovons la couimunicalion de ce curieux manuscrit à M. le 
D"^ Beugnies, de Givet. 




288 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

— Adoncques est-ce si ardue besongne ? interrogua la damoîselle 
espantée. 

— Voire ! répondit ïe myre, 

— Et ce pourtant, point ne defîaut de galloises qui s^engrossent 
à moindre meschief. Je hay meschines et suyvantes qui point n'ont 
Tair d'y mettre telles façons, je vous affie. 

— Bien vous dictes. Nature est si diverse ! 

Icy fina, à grant dommaige, Tensoignement du myre à sa benoiste 
élesve. 

Ung aultre concoctionneur de quinte essence ha rallongié le 
chapitre pour le desgourdissement des jeusnes godelureaux qui 
point assez, à Fheure du mariaige> ne cognoissent la meschanicque 
des fricquenelles. 

Ne sont point toutes les femmes pareillement idoynes et promptes 
à esmouvoir. D'aulcunes, lymphaticques, froides comme canes 
molles, reçoipvent le doulx sacrement en agrippant mouches ou 
aragnes. Ne se peuvent mettre en bransle. Et leur faut, avant que 
s'esbaudir pour de vray, longue et véhémente danse devant Tarche, 
comme fict ce grand paillard David. Ce sont harpes tousjours 
destendues, à cordes tousjours'moult trop lasches, et toutes les faut 
taster Tune empr^s Taultre, avant que résonnent et respondent à 
raccord, en jouant petites canzonettes bien frisques, avec allégros, 
andante, dolce, forte, crescendo, avant que attaquer grand air di 
bravura. Et lors, sy a bien conduict salesson le maestro, ïuy baillent, 
en recompense, notes de haulte contre à descrocher boldequins. 

De brief, devant telles glacières, utile est se ram entevoir la 
rubricque des apothicaires : longuement agiter avant que s'en servir. 

D'autres il y ha, rongiées de la maie raîge soubs le nombril. 
Celles-là, jamais ne treuvent assez pour leur grand faim. Et ne 
peuvent avoir lignée, pour ce que ce sont poules, au lieu de pondre, 
qui concoctionnent leurs œufs durs. 

, Faut veoir ces mousches defferrées quant le cas leur chaupit, ce qui 
est sempiternement, faire plus de tordions sur leur litière que 
carpes sur la paille, et mugueter, cageoler les litanies d'amour : 
« Arrive! mon musequin, disent-elles en monstrant le tabernacle; 
Viens! c'est du Nanan ; Viens! mon joli cornaboux, mon bauldrier, 
mon arbalcstede passe, mon hallebutte, mon arc à jallet, mon cubi- 
culaire, ma croue, mon bauldouîneur, mon arrousouer, mon 
espadon, mon douzil, mon espinguarde, mon dorelot, ma doul- 
cine ! » Tu cuydes pouvoir restoupper leur belutoir de ta pièce ? 
« A la venue des coquecigrues ! » comme on chantait jadis. Par la 
Sambreguoi ! Tu es fol, fol folliant, fol banerol, fol à pompettes, 
fol à sornettes, fol marmiteux, folgourgias! Inanementte desmanche 
rois-tu au déduict, et te pourfendrois-lu en tous les chiabrenas de 
haulte gresse, jusques à pisser vinaigre, et que te poignent eschau- 
boulures en les hypochondres, angonagesen les rognons, maulubec 
sur les tonsilles, et feu grégeois en tous tes os, inanement te dis- je, 
car ha promulgué la divine Escripture en ses Proverbes rien 



ESCHOLE DE SAPIENCE 



289 



n e.slre de plus inextinguible souef et grandissime avalloer que ces 
qualre chouses, lesquelles tant qu'on les emplie, oncques ne se 
saoulent : le désert, la tombe, le feu, et la matrice brehaignc. 

î^iii^aulve-toi tout à trac! Sinon tu issiras, esque, espaultré, 
désossé, malandrin, esluché, cuict et rosti comme hareng-saur. Et 
elle, Incontinent dira: « Plus d'auberten lafouillouse! Aunaultre! » 

yue si tu tiens à faire bonne et longue vie, va quérir niaistre 
Itabile qui dcslie les nouures de tes doigts pour te bailler tout* s 
sciences en arpesges, traicts, fugues, poinctes et contre-poincte* . 
IVadveature, par cettuy talent, desjoueras-lu la malencontre de ta 
planète. Ains, sy tu préfères dormir à moins d'estrif, boute ladicte 
leuîclle en conunandite, et tiens-toi les pieds chauds, car sy tu 
contrefais le jaloux, le meschant, le hargneux, te poulseront les 
cornes aussy dru quand mesme, avecques la bile en plus, petits 
bénéfices en moins. 

Ung quy feust jadis ung mien amy, en ung semblable engin de 
maloheur, s'estoit creu en mesure d'enmuseler le minotaure par ce 
qu'il desnommoit, lorsqu'il estoit dans ses bonnes, cérémoniaile- 
mcut son truq : « Tousjours je lairre, ce disoit-il, ung locataire en 
rimnieuble, et par ainsy point ne me chaut du remenant. » Et par 
locataire, il existimoit dire ung enfant. El de faict, il engrossoit sa 
femme, sans tresves ni relasches, comme un four de villaige, harry 
bourriquet, cuydant que grossesse éterne est la meilleure com- 
paignie d'asseurances contre gresles connubiales. Ains, sa bonne 
mcsnqgière, emprétextée que rien n'est ruyneux comme chambres 
vuydes, en despit du locataire du premier, soubslouoit toujours 
voulentiers l'entresol, tant et quant elle povoit. 

Ti années, casse-cols ! dis-je. Véhicules qui toujours aholtcnt 
embonrbés, mes que n'aient qualre ou cinq chevaux en les bran- 
carts* El lors, courent la poste, bruslent les relays, craschenl feux 
et llambes, regoubillonnent à toute erre, ce pendant que le 
bonhomme d'espoux s'en vient à dours, au menu pas des trislc-à- 
paites, ou se morlond au logis en les sallebronécs besongnes des 
clÉaiine-la-couchc. Ce sont bestes qui oncques ne furent besles 
doinesticques. Plus aisé seroit atteler une lionne à une charrette 
que telles femmes à leurs debvoirs. Adoncques, les naturalistes ne 
sgaichant qu'escoupir dessuselles, lesemburelucoquent-ils des plus 
estranges sobriquets de la création : bagasses, alicaires, blanchis- 
ïieuses es tuyaux de pipes, coignardieres, bringues, cailles, boube- 
teuses, ambubaics, cambrouscs, paillasses, braydonues, diouincs, 
cloistrières, omnibus, gouges, gadoues, cocquatrices, ensoignantes, 
fricqnenelles, jannetons, escoceresscs, hannebasses, moches, galle- 
frt^teuses, chaussons, hollières, galloises, loudièrcs, gaupos. 
manèJles, margots, gondincs, gautières, ribaudes, ricaldes, safrettes, 
rouscaignes, posoeres, scaldrines, rafaitières, rigobètes, trottières, 
villoEicres, touses, toupies, etc. Je m'arreste ; sy feroit-on un 
volume du surplus. 

D aultres y a, de petit estomac, fresles, délicates qui soy nourrissen 



290 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

de resves, fanlasies, et semble ne leur faillir qu'aisles au dos pour 
s'en aller es cieux rumpre le pain des anges. A celles-là point ne 
faut offrir son pistolandierà la houzarde, ny à la mode de Fanurge, 
« qui souloit le faire clacquer mélodieusement contre ses cuisses», 
car feroient au desbucher grimasse aussy horrifîcque qu'ung singe 
qui desmembre des escrevisses. Mais est nécessaire cognoistre le 
code du galant cavalier, sçavoir le personnaige d'Amadis, emmener 
la poulette doulçement en pays du Tendre, luy monstrer parterres 
fleuris de roses. Et si l'effarousche la moindre spinole, scavoir dire 
à sa beste : Couchié, Azor î Puis s'en aller philosophicalement 
s'estendre en ung fauteuil. 

Arrive tousjours cecy : La belle s'estomire, se pense avoir commis 
faultes grief ves, avoir esté trop revesche. Et ha grand poine en 
son cueur. Et dictmezzo voce : « 11 faict trop froid vrayment, Messire; 
point ne veulx que mal vous advienne. Place ici vuyde il y ha; vous 
messiéroit-il la prendre? )>Vousmeiciez de grande liesse, vous vous 
glissez au bon endroict, comme belette en ung trou de garenne. 
Vous contrefaictes le frileux, le transi. La très doulce, qui bon cœur 
ha, vous reschaulTe en son giron, se dégesle aussy quelque peu, et 
môme souventes fois se brusle. Lors, en avant la niusicque ! 

J'en hay cogneu, de vrays gourmects, lesquels escheus à des 
sensitives, à des hermines, sceurent se morfondre trois ou quatre 
jours avant que jouer leur benoist air. C'estoit des hommes de 
Plutarque, dont est fascheux que point on n'ait escript l'histoire. 

D'aultres y ha encores, qui ont veu le loup. Hé bien I ne vous en 
desplaise, aulcunes font assez bonnes espouses. Et vécy comme: 
Sagesse est advenue par on pucelaige est desparty. Des adven turcs, 
elles ont apprins que vaultTaulne, et les martrois, les engariages, 
les horrifiques trahisons de cil qui ha tout eu pour breloques du 
pape. Aussy ratournées au bercail, n'en avolent plus, se tiennent 
bien saiges, bien peneuses. N'esloit l'accroc, les croiroit-on plus 
Lucrèces que Lucrèce. Nul d'ailleurs, fors le mary quand ung se 
présente, ne peult le veoir. Et encores! 

Pour d re le tout en une parolle, femmes soubs les drapeaubcdu 
lict sont comme horeloges qui. aulcunes fois advancent, plus soub- • 
vent relardent, et y en a peu qui marchent juste. Et est pourquoy 
sont tant de marys qui manquent le coche, et tant de femmes qui 
s'entredisent: « C'est ça, la plaisir? Vère ! » Et se ratournent du 
costé du mur, contrefaschees pour la vie. 

Jouvenceaux qui cuydez faire graine d'es^cHMesrSr entende? 
icelle maxime et la boutez en la gibecière de vostre cervelle comme 
paratonnerre : Hyroeocstun duo ; niary qui pointue sçait conduire 
l'orchestre pour le cantrcqucr à l'unisson, peult soy desdommager 
en acheplant un fond de couslellerie, car manches de coùsteaux ne 
tarderont point à luy poindre en la coelTurc. 

Et cecy, point n'est encores toute science do faire ung enfant ; ce 
n'est que science de l'esbaucher. 



ESCHOLE DE SAPIENCE 



291 



Sj% de forLune, en pourchas de marriaige,has rencontre de jeusno 
et génie pucelle, bien nueve de corps el d'asme, brave, de sang 
vermeil, et d'esperit pacifique, qui te resguardc avecquos deux bons 
yeiilxde chinn, « en te baillant son cueuravec ses despendances »; 
ûe brie F, une belle petite oye blanche, ceste-là, lu la peulx pour 
e^pouse prendre, car elle sera, de la couche la blandicieuse coni- 
paigiie, do (a maison laléale gardienne, de tespoinesle plus doulx 
bauLme, et de tes enfants la véritable mère. 

C'est J'heur que le soubshaite le regrattier de ce galimatias. 

ALCOFRIBAS. 

iNOTES DE PRATIQUE 



Les Javages de llntestin avec 

Teau oxygénée. — Ces lavages, 
ri^coTiiniaiulèfi par M. Roger, M. 
Wofia eldauires seraient très effi- 
r^ices. LVaii oxygénée du commerce 
étant acide, elle doit être non seu- 
ïemenl diluée, mais encore neutra- 
liser* Un des moyens les plus 
Hirjîpîfs ptmr obtenir ce résultat 
est de le mélfinger à l'eau de Vichy 
[[ partie iVean oxygénée à 12 vo- 
ïunkPrt pour 10 parties d'eau de 
Vichy} On peut aussi ajouter à 
100 centimètres cubes d'eau oxy- 
génée à 12 vtihimes 900 centimètres 
cubpîi deau bouillie contenant : 

rhlorure de ^^odium 5 gr. 

P^osrïlialc de soude 3 — 

Binnrbonate de soude gr. 50 

A rhaquo lavage, on emploie : 
pour lin adulte, un demi-litre à un 
tilre de celte dilution; pour un 
jeune wujel, M à 500 centimètres 
eut>eri; pour un jeune enfant, 100 à 
VOU renlinièlrcs cubes. La solution 
doit être fniiile ou tiède. Le nombre 
de** bviiçesiïTiolidiens varient avec 
la ^ravltr ili^ l infection : deux suf- 
li.4enl dnns les cas bénins. 

Le veratrum contre réolampsie. 
— D'aprtS le 0' Cotret, le veratrum 
diminue la fréquence des batte- 
ments du (.œur par une action 
directe ^^ur le muscle cardiaque et 
il produit une paralysie générale des 
vaso-mùieur;*. Sous son influence, 
les pulsations, qui étaient par 
exemple h 1?0, tombent à 60 ou 40. 

Voici la pratique de M. Cotret, 
pour ladmiiiif'tration du veralrum: 
Si le pouïs de l'éclamptique bat à 
Vm^ ou au delà, on donne d'emblée 
20 ou 22 gouttes (\ extrait fluide de 
veralrum viride en injections hypo- 
dermiques* Aveo un pouls "^ au- 
dessoue de 120, l'injection hypoder- 
mique variera de 10 à 20 gouttes 
suivant la rapidité du pouls. 



On pourrait, faute de celte forme 
du médicament — extrait fluide — 
employer la teinture aux mêmes 
doses. 

L'injection sous-cutanée demande 
à peu près trente minutes pour 
arriver au maximum de l'efTet voulu. 
Si, dans ces trenles minutes, l'elTet 
désiré n'était pas obtenu, on devra 
répéter l'injection à la même dose 
ou à la dose plus petite, suivant la 
nécessité, ou, autrement dit, sui- 
vant la rapidité du pouls. 

il faut mamtenir l'elTet obtenu 
pendant à peu près vingt-quatre 
neures, et pour cela il faut répéter, 
à intervalles plus ou moins éloignés, 
le médicament à dose de 5 gouttes, 

La malade soumise à Tinfluence 
de fortes doses de veratrum devra 
conserver une position horizontale ; 
la station debout pouvant être 
dangereuse. 

Traitement médical de la Gholé- 
iithiase (Mac Gée). — L'indication 
doininniilo nu cours d'une attaque 
jiiguë de la cliolélilhiase est le li'ai- 
lenicnl de lu douleur. L'application 
de topiques calmants, l'absorpliou 
ù petites gorgées d'eau chaude pour 
rendre les vomissements ïuoius pé- 
nibles, sont les adjuvants ordinaires 
de la iiioi'phiue contre les phéno- 
niènes douloureux. Le traitement 
médical n'a pas de valeur préven- 
tive quant aux rechutes de l'affec- 
tioii, mais il est infiniment probable 
(pTiui emploi judicieux de lenièdes 
appropriés peut a^'ir cuiilre la for- 
mation des calculs. De nombreux 
chirurgiens ont cette conviclion que 
la présence dun calcul rciut néces- 
saire ri^ntpn'entikMi chvrnr>,ncale ; 
d'autres et de non moindre valeur 
pensent (pie le Irailenient oi^ératoire 
de la cholélilhifuse n'est pas jutifié. 
Selon toute vraisemblance la vérité 
se trouve entre ces deux opimous 



^ 



292 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



extrêmes et un certain nombre de 
cas relèvent du traitement médical. 
On doit d'abord régler l'alimen- 
tation, proscrire les aliments gras 
. ou azotés, les boissons alcooliques. 
On fait au contraire usage d'eaux 
alcalines en abondance ; la réputa- 
tion de Carlsbad et autrçs sources 
minérales n'est peut-être due qu'à 
l'eau pure et simple, laquelle dilue 
les sécrétions et favorise l'élimina- 
tion. On ^x^ut aussi substituer le fer 
aux eaux chimiques, et conclure que 
plus un médicament contiendra de 
fer, meilleur il sera. Mais il no faut 
pas s'occuper seulement do la 
quantité de fer contenue dans un© 



eau minérale : il faut encore tenir 
compte de la nature de ce fer, de 
son état dynamique, des adjuvants 
et des corroborants qui l'accom- 
pagnent. Or, dans l'eau de Ren- 
laigue, le fer, comme l'a dit Minlhe, 
s'y maintient facilement en dissolu- 
tion. 

Au reste, la démonstration de tout 
ce que nous venons d'énoncer a 
été faite au chevet du malade. I^ 
docteur Armand de Fieury, profes- 
seur à la Faculté de Bordeaux, a 
expérimenté avec beaucoup de soin 
l'Eau de Renlaigue, dans son ser- 
vice de l'hôpital Saint-André. 



FORMULAIRE 



Contre Potorrhée det enfonts 

(Chebayer.) 

Résorcine médicinale * . . ' ^^ 
Teint-re d'opium. . . . j ââ gr. 60 
Après lavage à l'eau boriquée 
tiède, on essuie à sec le conduit 
auditif avec du coton hydrophile, 

{)uis on y instille 8 à 15 gouttes de 
a mixture ci-dessus formulée (préa- 
lablement tiédie). Le malade garde 
le liquide instillé pendant ^0 à 
30 mmutcs, tenant la tête penchée 
du côté de l'oreille saine. Sous 
l'influence de ces instillations, répé- 
tées une fois par jour seulement, 
et qui exercent une action à la fois 
antiseptique (par la résorcine), 
analgésique et antiphlogistique (par 
l'opium), l'otorrhée disparaîtrait en 
un laps de temps variant entre une 
à trois semaines. 

Ce traitement s'est montré éga- 
lement utile dans l'otite externe, la 
furonculose du conduit auditif et 
la myringite aiguë. 

Contrôla vaginite aigud (Lltauo). 

Glycérine neutre 250 gr. 

Acide tannique 50 gr. 

Laudanum ae Sydenham. . 10 gr. 
Une cuillerée à soupe par litre 
d'eau tiède, pour injections matin 
et soir. 

Aené ehez une jeune fille à 
l'époque de la puberté (Daucuez). 

1* Chaque jour au repas de midi, 
la malade prendra dans un peu de 
pain à chanter une des prises sui- 
vantes : 

Colombo pulvér i 

Safran pulvér > ââ 1 gr. 

Fer réduit parlhydrogène } 

Aloès 0,50 cent. 

M. s. a. et divis. en dix prises. 



Dix jours de traitement, suivis de 
dix jours de suspension, pendant 
lesquels on entretiendra le soir la 
liberté du ventre à l'aide de l'eau 
purgative 

2* Chaque soir, des lotions d'eau 
ëavonneuse seront pratiquées avec 
de Feau très chaude. 

3" Le lendemain matin, le front, 
le nez, le menton et les régions 
atteintes seront frictionnées soit 
avec de l'eau de Cologne, soit avec 
la solution suivante : 

Ether sulfurique 15 gr. 

Borate de soude 10 gr. 

Eau 250 gr. 

4*» On exclura du régime les 
crustacés, les salaisons, les viandes 
fumées, les crudités, le radis noir, 
etc. Le lait et la viande crue seront 
conseillées contre la dyspepsie. 

Cacheta contre la migraine 

Legendre). 

Caféine 5centigr. 

Benzoate de soude.. 10 — 
Valérianate de quinine 25 — 

Antipyrine i . . .^ 

Phénacétine j ââ 40 - 

Pour un cachet.— A prendre dès 
que le malade commence à souffrir. 

L'indigo comme emmônagog:ue 

(J.-L. Jones). 

L'auteur s'est servi avec succès, 
dans 14 cas d'aménorrhée, de l'in- 
digo proposé, comme emmena - 
gogue, par S.-L. Gount en 1887. Il 
n'a échoué que dans un cas, et 
encore la femme était-elle enceinte. 
11 prescrit la préparation suivante : 

Indigo 60 gr. 

Sous-nitrate de bismuth... 15 — 

Mêlez bien. — A prendre, 3 foiô 
par jour, une demi-cuillerée à café 
dans un tiers d'eau sucrée. 



X. PCRROUX, MAOOff 



OBSTÉIRIQUE 



ACCIDENTS ET COMPLICATIONS GRAVES 

DE L'ACCOUCHEMENT 

par M. le Docteur Magniaux. 

Ost une opinion rrjïanduc aujourd'hui qu'une femme ne doit 
plus inoutîr du fait de l'accouchement. Cela est vrai avec quelque 
reslrictitrn. Et de lait» dans la clientèle,. il est exceptionnel qu'une 
femme prrsrnte à la suite de son accouchement des accidents 
graves, met tant sa vie en danger; il est également exceptionnel de 
reni'ontrer ces accidents chez les femmes qui viennent accoucher à 
l'h^pilal. Eli revancht^ (j'en avais déjà fait la remarque lorsque 
j'étais interne de la Maternité de Thôpital Tenon, je lai plus 
remarqué encore depuis que je suis chargé ici du service de la 
Maternité) Jes services hospitaliers enregistrent un certain nombre 
de décès de feiumeH qui accouchent ou essaient d'accoucher chez 
elles, puis viennent a la Maternité soit parce que l'infection 
puerpérale a corjiplkjiié les suites de couches, soit parce qu'il y a 
eu de^ acctdcnis de la délivrance, soit parce que l'extraction de 
Fenfant a été impassible. Le chiffre plus élevé de la mortalité chez 
ces malades î>'expljque facilement : elles nous sont amenées avec 
des complications presque toujours graves, quelques-unes sûre- 
ment mortelles. Notre statistique de cette catégorie de malades a 
été particuliéremeni mauvaise depuis le début de cette année; nous 
avons enregistré ïa mort de quatre de ces femmes. Les causes de 
la mort otil élé variables; nous allons les passer en revue et 
essayer d en lirer quoique enseignement. 

Nutre prendère malade était une pauvre femme accouchée chez 
elle le 30 janvier et qui fut amenée dans notre service le 2 février; 
elle avait eu six enfants ; pas d'antécédent morbide. Le faciès 
était mauvais, le visage pâle et amaigri ; les yeux enfoncés dans 
rorbite;Jo pnuls misérable, à 140; le ventre très peu doulou- 
reux au paljïer, pas ballonné; l'utérus, volumineux, au col large- 
ment ouvert. Pas de vomissements. Garde-robe et urines normales. 
Température variant de 36^2 à 37°9. Pas de lochies, une injection 
intra-utérine ne runiène pas de débris. Deux jours plus tard la 
langue est coniée; le ventre est très légèrement ballonné; la nuit, 
il y a peu de délires la malade meurt le 5, au matin. A l'ftutopsie, 
pus dans le bassin, fausses membï'anes verdâtres; nombreux 
débris dans Tulérus. 

V^oici une femme qui a succombé à une péritonite suppurée 
laquelle a donné le minimum de réaction possible. Je n'ai pas vu 
beaucoup de péritonites puerpérales; c'est une affection heureu- 
sement rare aujourd'hui : de mes quelques observations je conclus 
que cette péritonite est souvent insidieuse. 

H n'est pas douteux que l'infection puerpérale a été la cause de 
la lésion du péritoine* Cette femme était très pauvre, très sale. Les 

19 



294 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

soins de propreté et d'antisepsie, ces bases fondamentales de la 
pratique des accouchements, faciles à prendre à l'hôpital, sont pris 
déjà plus difficilement dans la clientèle riche et sont impossibles h 
prendre dans les milieux tout à fait pauvres. Cette femme paraissait 
très malheureuse ; son état général mauvais ne pouvait lutter 
avantageusement contre l'infection. Notre traitement n'a donné 
aucun résultat. N'oublions pas d'ailleurs que s'il est possible 
d'éviter l'infection puerpérale, le traitement de l'infection puerpé- 
rale grave reste encore à trouver. Raison de plus de prendre 
toutes les précautions possibles pour l'éviter. 

Notre seconde malade est une jeune femme de 29 ans, entrée à 
la Maternité accouchée et non délivrée. A l'arrivée de la malade le 
5 février à une heure du soir, raconte l'observation rédigée par un 
élève du service, on apprend de ses parents qu'elle est accouchée 
le matin à 5 heures, que depuis ce moment elle a continué à perdre 
du sang, qu'elle n'est pas délivrée. 

La malade est exsangue, les muqueuses complètement décolorées, 
le pouls imperceptible . Son linge est trempé de sang. Le placenta 
est en grande partie dans le vagin ; l'orifice utérin est rétracté. Lit 
sage-femme pratique sans difficulté la. délivrance qu'elle fait 
suivre d'un tamponnement intra-utérin pendant qu'on fait à la 
malade des injections de caféine, d'éther, d'huile camphrée, de 
1,800 grammes de sérum, des inhalations d'oxygène. Dès qu'on eut 
pratiqué la délivrance artificielle, la malade cessa de perdre du 
sang. Néanmoins son état général s'aggrava de plus en plus, et 
elle succomba à 2 h. 1/2. 

Cette femme a succombé à une hémorrhagie de la délivrance. 
Pendant huit heures, elle a perdu du sang assez abondamment. 
Quand, à la Maternité, la sage-femme, Mlle Grasset, eut fait la 
délivrance, l'hémorragie s'arrêta ; mais il était trop tard et tous les 
moyens employés en pareil cas ne purent arracher la malade à la 
mort. En ces cas, la personne chargée de l'accouchement ou 
appelée à voir la malade n'a qu'une conduite à tenir ; elle est clas- 
sique et nous n'oserions y insister si le fait que nous venons de 
rapporter ne nous en faisait une obligation. La seule conduite h 
tenir, dans quelque milieu, dans quelques conditions que l'on se 
trouve, c'est, après s'être lavé les mains, d'introduire la main droite 
dans la cavité utérine et de pratiquer la délivrance artificielle. On 
pourra ensuite envoyer la malade à l'hôpital, mais seulement après 
qu'on l'aura délivrée. 

La femme M. . . a succombé à un accident beaucoup plus rare. 
Sans antécédent morbide, accouchée quatre fois spontanément, 
cette femme présente une grossesse à terme. Quand elle arrive à la 
Maternité, elle est en travail depuis 48 heures. Faciès mauvais, 
pouls petit, à 140, respiration fréquente, écoulement par le vagin 
d'un sang noir et sirupeux depuis la rupture des membranes qui 
remonte à 24 heures environ. La malade ne souffre pas, n'a pas de 



ACCIDENTS DE L ACCOUCHEMENT 



295 



contractions. Au palper,, on sent les parties fœtales immédiatement 
sous la peati, ou à l'impression d'une rupture utérine, avec fœtus en 
partie passé* dans cavité abdominale. Présentation du siège en S. 
L G. Pas de battements de cœur. Le col est mou, facilement 
dilatable. 

Aprt'^s avoir fait donner à la malade du chloroforme, j'abaisse les 
deux pieds qui sont haut situés, car le siège est resté élevé, au-des- 
i^us du droit supérieur, sans tendance à rengagement. Il semble que 
la prt'^spn talion du siège n'est pas primitive, qu'elle a succédé aune 
préscritalion du tronc. L'extraction du fœtus est assez pénible, sur- 
tout quand il faut rechercher et abaisser les membres supérieurs. 
L'enfant mort pesait 3 k. 950 gr. Je pratiquai immédiatement la 
délivrance arlificielle et pus constater ensuite Texistence d'une 
déchirure étendue, transversale, intéressant la moitié postérieure 
du segment inférieur de l'utérus, oblique de droite à gauche. 11 se 
produisit à ce moment une hémorrhagie abondante en même temps 
que le [ïouIs devenait imperceptible et la mort imminente. Hapide- 
mont je pratiquai un tamponnement de la déchirure et de la cavité 
utérine avec de la gaze iodoformée ; plaçai un bandage qui compri- 
mait l'utôrtis à travers la paroi abdominale. On fît des injections de 
caféiaf*, déllier, d'huile camphrée, de deux litres et demi de sérum. 
Uii instant le pouls devint meilleur, la malade parut aller un peu 
mieux, mais bientôt elle succombe. 

A Taulopsie : large déchirure du segment inférieur, pas de sang 
dans la cavité abdominale, pas de caillots derrière le tamponnement. 

Qu'est*ce qui a déterminé la rupture? En l'absencede toute autre 
cause qui puisse expliquer la longue durée du travail chez cette 
multipare au bassin normal, jusque-là accouchée facilement de 
gros enfants, nous avons pensé qu'il s'était agi d'une présentation 
delYpanle méconnue, que la version n'auraitpas été faite en temps 
opportun, que l'utérus avait fini par se rompre. Surveiller son 
diagnostic de présentation, examiner à plusieurs reprises et avec 
plus de soin la parturiente lorsque l'accouchement n'évolue pas 
normalement ; en cas de présentation de l'épaule, intervenir dès que 
la dilatation est complète : tels sont les enseignements à tirer de 
ce fait. 

Çuello conduite tenir en faced'une rupture utérine ?0n pratiquera 
Vextraction de l'enfant par les voies naturelles ou par la voie abdo- 
minale; on choisira le mode de faire qui semblera permettre 
re\lraclio[ï avec le moins de violence. Reste la déchirure qu'on peut 
traiter par la laparotomie ou parle tamponnement. J'ai pratiqué 
deux fois sans succès la suture de l'utérus chez des malades entrées 
à la Maternité avec une rupture étendue de cet organe. Merg a 
réuni tous les cas de rupture de l'utérus publiés depuis 1870 avec 
leur mod(' de traitement. Le tamponnement donneGG^/odeguérison, 
la laparotomie 48 °/o, l'absence de traitement 14 ^jo- Mais on ne 
saurait attacher une grande importance à ces chiffres ; les faits ne 



296 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

sont pas comparables. La laparotomie est le traitement de choix ; 
on réservera le tamponnement avec bandage compressif auxd6chi* 
rures très peu étendues, aux cas désespérés. 

Chez la femme M. . ., je n'ai pas osé tenter la laparotomie d'autQni 
plus que la disposition actuelle de notre service ne se prête pas 
très bien à ces interventions dont l'urgence est extrême. Natre 
salle d'opérations est éloignée de la salle d'accouchements, dans 
une partie du service indépendante, pour ainsi dire, de la Mater- 
nité. Dans ces cas, tout à fait exceptionnels où les chances de vie 
dépendent avant toutde la rapidité de l'intervention, nous perdons 
un temps précieux au transport de la malade, à la préparation delà 
salle d'opération. Ilàtons-nous d'ajouter d'ailleurs que bientôt ces 
inconvénients n'existeront plus, quand l'Administration aura apporté 
au service les améliorations qu'elle a projetées. Chez notre malade 
l'hémorragie fut arrêtée par le tamponnement, ainsi que l'étaiilit 
lautopsic ; mais c'était agir trop lard. Depuis 24 heures il recouïnil 
un sang noir par le vagin dû vraisemblablement ù la déchirurt» ilc 
l'utéi^us; l'état général delà malade était devenu trop mauvais pour 
que nous pussions espérer un succès. 

La femme R. . .,. primipare de 31 ans, amenée de la campagne à 
la Maternité le 26 mars à midi, raconte qu'elle a des douleurs pour 
accoucher depuis le 23 mars à 8 heures du matin, qu'elle a perdu 
les eaux le 24 mai sa 4 heures du matin, qu'à deux reprises le2Dmai*si 
vers 4 heures du soir et le 26 à 8 heures du matin un de nos confrèn^R 
a fait, une application de forceps sans pouvoir extraire l'enfnnL 
C'est une femme très grosse (elle dit peser 100 kil.) ; son utérus, 
difticiie h palper à cause de l'épaisseur de la paroi abdominale, e^^t 
très développé, mesure 49 cent, de hauteur, est sonore à la percus- 
sion (physométrie). Au toucher, on trouve un orifice dilaté comme 
une petite paume de main avec bords durs, tendus, un bassin UGf- 
mal, une tête avec bosse séro-sanguine très volumineuse qui se 
fixe au détroit supérieur. Le liquide amniotique est horriblempiil 
fétide. Pas de bruits du cœur fœtal. Température 37o6.; pouls 120; 
on ne peut recueillir d'urines pour les examiner. Erosions multiples 
des parois vaginales. 

La malade fut soumise à des irrigations vaginales régétées ; cm 
lui donna deux bains d'une heure, un peu de sulfate de quininr 
pour provoquer des contractions qui restaient rares. A huit heures 
du soir, les bords de l'orifice étant plus souples et la dilatation 
ayant un peu progressé, je me décidai à pratiquer la basiothripsie. 
L'extraction du fœtus fut pénible ; la tête et les bras de ce fœtus 
macéré et putrifié s'étant détachés pendant la manœuvre, je fus 
obligé de saisir avec deux fortes pinces de Museux la colonne 
cervicale pour terminer l'accouchement, bélivrance artificielle et 
complète, tamponnement de l'utérus à la gaze iodoformée. Suturos 
de déchirures légères du périnée. 

Le fœtus pesait 4.240 grammes sans la masse cérébrale. Il 
présentait une odeur extrêmement fétide. 



ACCIDENTS DE l'aCCOUCHEMENT 297 

Deux jours plus lard, la malade avait un frisson et la tempéra- 
ture s'élevait à 39'' et le pouls à 120 pour rester les jours suivants 
aux empirons de 3Î)« avec quelques chutes à 37^ et môme à 36*», et le 
pouls varier entre 120 et 160. 

A lexamen de la malade, nous ne trouvâmes rien du côté de 
la cavité abdominale. Le vagin était partout tapissé d'eschares 
grisâtres qui s'étendaient sur les lèvres du col et donnaient lieu 
à un t'coulemeiit grisâtre et fétide; l'utérus était un peu gros, 
diffieile ij apprécier- Nous fîmes pratiquer chaque jour des injec- 
tions vaginales répétées très souvent et deux longues injections 
intra-utérines, les unes et les autres à Teau oxygénée. Le 4 avril, 
il ny avait plus de fétitUté, plus d'eschares. L'état général de la 
malade était resté bon le^ premiers jours. Cependant, l'albumine, 
qui n existait d'abord qii à l'état de traces dans les urines, s'y voit 
en gros llocons le 1'''' avril, en môme temps que se déclare une 
diarrhée abondante et de la bronchite avec expectoration puru- 
lente. Le faciès devient mauvais, la langue sèche et rouge, les 
urines restent assez abondantes, la malade succombe le 5 avril. 

Nous obser\ons chaque année un certain nombre de malades 
dont lliisloire est abt^olument analogue à celle que nous venons de 
raconter r dilatation du col irrégulière, incomplète; intervention ; 
multiples et difficiles à travers un orifice incomplètement dilaté ; 
eschares nombreuses sur le vagin et le col ; septicémie à point de 
départ au niveau de ces plaies. Un grand nombre de ces malades 
guérissent; c|uelques-uiies succombent. Nous avons eu recours 
autrefois dans les [jIils graves de ces cas, pour combattre 
rinfection locale» à 1 irrigation utérine ou vaginale continue avec 
attouchcmenl de teinture d'iode ; ce moyen est très fatigant pour 
les raaladcH et il nnns paraît inférieur aux injections à 1 eau 
oxygénée répétées. L aintlioration produite par ces injections sur 
l'état des lésions du vagin et du col utérin nous avaient permis 
d'espérer un bon résuHat, espérances qui devaient bientôt être 
déçues par rexlensioii de l'infection puerpérale. Contre l'infection 
généralisée» il faut encore lutter avec tous les moyens de stimuler 
l'individu dont nous disposons : injections de caféine, de sérum, 
etc. n faut encore lutter dans chaque organe où apparaissent des 
symptômes de rinfeclion, A tous ces moyens thérapeutiques, nom- 
breux, mais peu sûrs, on peut joindre, si Ton a la foi, les injections 
de sérum de Marmorerk. En vérité, tout cela est bien peu de 
chose ; nous restons mol armés en présence de toute infection 
puerpérale grave. Ainsi quelques chirurgiens ont pensé que la 
solution consistait eu l'ablation ^e l'utérus, point de départ habi- 
tuel de rinfection. L<^s résultats de ces interventions ne sont pas 
assez favorables jusquà présent pour entraîner la conviction. 
[Xormandie métUcak^ l"' septembre 1903). 



298 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

RELATION DE QUELQUES FAITS POUR SERVIR A L'ÉTUDE 
DE L AVORTEMENT 

par le D' Ranwez, médecin lég'ste à Namur (1), 

I. Avortement par ingestion d'une forte infvsion de caté cru. — 
Il y a quelques années, j'étais appelé près d'une femme de 40 ans 
environ. Femme forte que je connaissais comme médecin et qui 
jouissait d'une banne santé habituelle. 

Je la trouvai dans un état inquiétant de lipolliymie, irrégularité 
et faiblesse du pouls, anxiété, refroidissement, înleUigence nette, 
pertes de sang. 

Quelques heures avant mon arrivée, cette femme, enceinte de 
quatre mois et qui se trouvait en bonne santé, avait pria, pour se 
faire avorter une infusion de café cru (plus d'un quart de livre de 
café). Elle n'avait pas tardé à se trouver dans lotat où je la vis; se 
sentant défaillir, elle me fit appeler et me fit T^îveii de ce qu'elle 
avait fait : je la ranimai par des injections d'éther, etc., mais 
l'avortement survint moins de douze heures après Tabsorption du 
café. 

Ce moyen d'avortement lui avait été conseillé par une femme qui 
cïisait s'en être servi avec succès. 

Voilà certes, Messieurs, un fait qui semble prouver qu'il ne faut 
pas prendre à la lettre les tenues dont se sert iidItc illuytie maître 
Brouardel dans son traité de Tavortement (page W^) : u In mélisse, 
le safran, le café, etc., ensemble ou associé? lun l\ l'autre ne 
provoquent pas l'avortement. » 

J'estime qu'il y a lieu dîe corriger le sens de la t^itation que je viens 
de faire en se rappelant le sa^e conseil que donne M. Brouardel lui- 
même : (( Pour moi, dit^il, un fait d'observation domine la qu5Pî?tion 
(de l'avortement) : 

(( Il est des femmes qui avortent sans raisons n-ppréciables, 
quelles que soient les précautions qu'elles prennent, D'auti^es, au 
contraire, ne font pas de fausses couches, q^ielW que soient 
les circonstances qni surviennent, accidents, coups, chutes, 
émotion, etc. Il s'agit donc d'une disposition absolument person- 
n'allé, nous la traduirons physiologiquement par cette formule : 
l'excitabilité utîérine varie chez chaque femme: tel accident provo- 
quera des contractions utérines chez une femme ot par suite 
l'avortement, et n^ les provoquerai pas chez une antre. De même 
telle maladie, tel médicament, telle intervention, aura, suivant 
les cas, une influence très active ou nulle. 

« Nous retrouverons, conclut M. Brouardï-l, celte vanahilité 
dans la pothogénie des avortements pendant tout le cours de celte' 
étude ; le médecin doit toujours l'ayoir présente à la mémoire 
pendant les enquêtes dont il est chargé. » 

FA bien, Messieurs, c'est en m'appuyant sur ce dernier et st sage 
conseil de M. le professeur Brouardel que je n'hésiUe pas h dire 

(ï) Communication faite à la Société de médecine légale de Belgique. 



ÉTUDE DE L AVORTEMENT 299 

qu'il ne faut pas prendre à la lettre Tappréciation de ses lignes 
sur l'innocuité du caié. 

Certes, je crois que le café, à dose habituelle, doit être considéré 
comme impui8sa,nt à déterminer Tavortement; mais son usage 
excessif me parait, dans le cas que j 'ad cité, avoir déterminé l'avor- 
tement, en provoquant des accidîents d'intoxication réelle. 

En Orient, le café jouit, à tort ou à raison, de la réputation 
d'e?mménagogue; je ne sais comment il esî» pris dans ce but en 
Orient; peut-être l'un de vous.pourrart-il nous éclairer sur cfe point. 
Chez nos compatriotes, Is café jouit d'une certaine réputation 
pour réveiller les douleurs languissantes des accouchements qui 
tralneiUt 'ea longueur. 

IL — - Avortement par la rue, à dose toxique. — 11 y a quelques 
années," notre excellent confrère Vemiory et moi fûmes commis 
dans un cas de poursuite judiciaire pour avortement par la rue. 

Il s'agissait d'une forte jeune fille de la campagne, enceinte de 
six à sept mois, jouissant de tous les atijributs d'une santé 
llorissante,. travaillant dru sans éprouver le moindre malaise de 
sa grossesse. 

Elle prit un soir, avoua-t-elle, une infusion de rue « gros comme 
un gros œuf » dans de l'eau; pendant la nuit, elle eut des envies 
de vomir, des douleurs de reins et dfe ventre, un peu de sensation 
d'ivresse et avorta le lendemain à onze heures; elle se disait être 
h quatre mois de grossesse, l'exploration corporelle nous donna 
la conviction qu'elle était parvenue au cinquième ou sixième mois, 
mois. 

Cette fille se rétablit rapidement; c'est à peine si elte garda 
la chambre et si elle parut dérangée à son entourage. Elle assura 
n'avoir ressenti aucun trouble de santé important. 

Ce fait prouve que la rue peut provoquer un avortement, alors 
qu'elle ne détermine aucun accident grave d"ntoxioation. 

Je sais que les relations de faits de ce genre en médecine légale 
sont assez rares; bien que l'usage de la rue soit extrêmement 
répcuidu dans tous les pays, faut-il en conclure que la rue n'a pas 
l'efficacité que le peupte lui prête ? Une telle déduction ne me 
parait pas légitime. 

En effet, dans quelles conditions les femmes qui veulent se faire 
avorter, font-elles usage de la rue ? 

Elles ont chez elles une plante de rue, si commune dans les 
jardins des campagnards et sur la fenêtre des citadins ; ellQs 
n'ont besoin de l'intervention de personne pour en faire un usage 
coupable ; si elles avortent et qu'aucun accident ne survient, 
comment la justice pourrnit-<îlle être informée de ce qui s'est 
passé ; le fait reste caché, le médîecin légiste n'intervient pas et^ 
si, par hasard, une instruction judiciaire est ouverte, sur quoi 
le médecin légiste pourra-t-il se baser, alors qu'aucun symptôme 
particulier autic que la fausse couche ne révèle l'action de la 
rue ? La coupable aura beau jeu d'expliquer sa fausse couche 
par une cause banale et de prouver que la rue qu'elle cultive 



300 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

chez elle lui sert à faire des cataplasmes contre les maux de 
gorge. 

Règle générale, il faut, pour parvenir à Ja découverte de la 
vérité dans des cas de ce genre, que des rirccmstflxices parti- 
culières d'intervention de tiers et des aveux de La coupable 
vi'enjient, de toutes pièces, révéler rav<>rlenK?nL 

Aussi, Messieurs, j'estime que, pour connaître faction réelle 
de la rue, comme de bien d'autres subsïenœs, ce n'est pas tant 
au médecin légiste ([u'il faut poser la question de slalistique ; 
c'est aux confidences des personnes du peuple, c'est aux accou- 
cheuses qu'il faut s'adresser. J'ai l'intime roii viol ion que, con- 
duite de cfelte façon, une emquête prou vernît que \a. rue jouit 
d'une véritable efficac'té pour produire les avortements et que 
sa réputation universelle n'est malheureusement pas trop usur- 
pée. 

III. Avorlement survenu un mois apr^'s des mafiamvrea di* 
rentes. — Ici il ne s'agit pas d'u^n cas que j ui eu à connaître 
comme médecin légiste, mais comme médecin praticien. 

Une jeune femme bien portante a eu de nombi'eux enfants à 
terme, elle était enceinte de six semaine;^. Son mari introduisil 
dans le col, à trois centimètres de profondeur, ei ivès doucement^ 
une aiguille à tricoter de fort calibre. Une goutte de sang s^écoula 
pendant la manœuvre ; la patiente éprouva une douleur un peu 
vive ; le mari n'osa pousser plus loin son i nst.ru m^eTtit ; d^s ce 
moment la femme, jusqu'alors bien portante, acctusaj des dou- 
leurs de reins, de la gé.ne, de la pesant rur dans le bas ventre, 
des tranchées utérines, eut des pertes blauclies ; finaïpment, après 
un mois, elle eut dc-s hémorragies iïiquiétantes, !o mari prit 
peur, me fit l'aveu de son intervention coupable. Je trouvai le 
col ouvert ; un corps mou se* présentn i t, je tamponnais et le 
lendemain je recueillais un produit de conception de la grosseur 
d'im œuf de poule ; le placenta était reconuaissable et était du 
volume qu'il atteint vers deux mois et demi, t-andis que lembryon 
mesurait moins de deux centimètres, était aplati, macéré, 
diffluent, transparent, sans membnes inférieurs distincts, avec 
la forme d'un embryon d'environ six semaines, rernbrj^on était 
donc mort vers l'époque de la manœuvr^^ aimiuetle tandis que 
les annexes avaient continué à se développer. Les trouJbles de 
la gestation avaient nettement suivi la manœuvre et ravortem^ent 
ne s'est produit qu'un mois après. 

L'apparition et la perdurance des troubles, Tépoque de la mort 
du fœtus me paraissent autoriser la conclusion que l'avortement 
résulte des manœuvres directes exercées par le mari. 

De ce cas intéressant, je veux rapprocher un autre cas non 
moins digne d'intérôl. 

IV. Fausse couche; expulsion d'un fœlus mocéré, de cinq mois, 
sept mois, a^rès hémorragies graves, tamponnement et toucher 
intra-utérin. — Le 6 décenibre, je fus appeJ*^ près d ume jeune 
femme déjà mère de trois enfants, anémique. Elfe ét^it enceinte 



I 



ÉTIPE DE l'aVORTEMENT 301 

de cinq mois. Depuis plusieurs jours elle perdait du sajig ; au 
nionient de ma visite Thémorragie était grave ; je touchai ; le 
col était dilalé ; je pus introduire mon index dans la matrice, 
attirer la lèvi^e ant^^rieure du col en avant et sentir un fœtujs 
ballottent dans une penche intacte. La fausse couche me parut 
inimm&nle, rhénionrajLîic réclamait une intervention, j'appUquai 
un tampon en quOue de rorf-volant; le lendemain j'enlevai le 
tampon ; rhémorragie avait pris fin, les douleurs étaient calmées. 
Je me rt^tirai, confiant la nmlade à une accoucheuse chargjôe du 
senice des indigents et recommandant' de mîe? faire appeler en 
cas de retiïur des iK^niarra^ies. On ne revint pas me trouver, 
je crus la femme délivrée ; deux mois et demi après elle vint me 
demander du fer contre son anémie, elle me conta que ses règles 
revenaient rcgulièrenient •i'i ne me donna pas d'autres détails, 

U* tl juillet, donc sept jnois après le tamponnement, j'étais 
appelé près de la pfitientc ; elle souffrait atrocemefnt du ventre 
et était d'une grande faîMesse, elle perdait du sang jà odeur 
fétide ; je rexajninui, et quelle ne fut pas ma surprise de sentir 
irn foclus engagé danrf le col ! Bientôt j'assistai à l'expulsion 
d'un fœtus lo«ag de vingt-deux centimètres, absolument décom- 
posé, macéré, les ineinbrîÉ^ se détachaient du corps, les chairs 
étaient putrilagine^ises, la léte aplatie comme un sfic mou ii demi 
ptein de matières liquides et d os mobiles . 

J'interrogeai alors en dét-iil la malade ; elle me rapporta que, 
depuis le 6 décembre, ses règles étaient revenues régulièrement 
chaque mois^ mais infectes 'et saies et que, d'une façom perma- 
nente, elle avait eu des pertes de couleur louche et odorantes ; 
elle avait dû faire de quotidiennes injections au permanganate 
de potasse. 

Ces deux cas sont intéressants. Dans le premier, nous voyons 
ravortement survenir un mois après la manœuvre directe ; dans 
le deuxième, la fau.^.^e couclie se produit sept mois après la mort 
du fœtuï?, sept mois après que, dans un examen médicaJ, j'avais 
introduit mon doigt dtms la matrice. 

Or, un tel exaxiieji n'est-il pas absolument semblable à la ma^ 
nœuvre qui consiste à introduire un corps quelconque dans la 
matrice pour décoller 1se*î membranes et provoquer ainsi l'avor- 
tement ? 

L'enseignement que je fire de ces deux faits est simplement 
qu'il nous est permif^ de dire que l'avortem^ent provoqué peut 
se déclarer longtemps après les manoruvres directes et qu'il serait 
téméraire de suivre TûYertiple de nombreux avocats qui pré- 
tendent trouver dons las j)bser valions de» Tardieu et de tant 
d'autres Maîtres en méd/jcine légale la preuve que l'avortement 
ne peut être considéré cmmne résultant d'une manœuvre directe 
qu*h la condition de se produire dans un délai de quinze jours, etc. 

Sur ce point, nous devons nous souvenir de l'avis de Brouar- 
del (page ISS d¥^ ravortement) : (c Si vous êtes interrogés sur 
ce point par le Juge d^instruction ou le Président des assises, 



302 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

vous ne pourrez assigner une date fixe à l'avortement et vous 
devez seulement dire que le temps écoulé entre la tenLati\''e et 
l'expulsion a été normal ou plus long que normalement mais sans 
pouvoir donner d'indications plus précises. » 

La question du laps de temps qui sépare Tavortement des 
manœuvres directe^s est' une fjue&tion qui doit rester ouverte 
pendant longtemps encore. 

Pour la résoudre, que chacun de nous apporte les données de son 
expérience, ainsi que Font fait Orfila, Wilert, Brouardel^ Corsiii el 
tant d'autres, et plus tard on pourra, en se basanî. sur un 
nombre considérable d'observations, établir une statistique de 
vaïeiur. 

Et ici encore, Messieurs, je fais appel à Texpérience des méde- 
cins praticiens ; leurs observations seront vraisemblablement 
plus utiles que les observations tirées purement de la (jniti*|ue 
légale. 

Ne perdons pas de vue, en effet, que les cas qui parviennent à la 
connaissance du Parquet ne lui arrivent que lorsque la corréla^ 
tion ^tre Tcffet et la cause semble évidente aux dénoneialeurs. 

Or, si un avorlement survient longtemps après une manœuvre 
quelconque, celui qui a connaissance de cette manoeuvre ne 
croira peut-être pas pouvoir lui rattacher le résultat obtenu 
et ne le révélera pas; il s'en suit que les cas qui nous intéres^scnt 
en ce moment ffie parviendront pas à la connaissance d!i môdeciii 
légiste et les statistiques que celui-ci pourrait faire avec les 
seuls cas judiciaires seront faussées. 

Je ne me dissimule pas. Messieurs, combieji il est difficile de 
pouvoir établir une corrélation de cause à effet quand l'événement 
se produit tardivement. 

Nous devons, dans ces cas, être dune prudence ex t tome ; il 
faut, par un examen scrupuleux de chaque cas particulier, 
établir si la manœuvre incriminée est par elle-même capable de 
provoquer l'avortement, voir si des troubles sont survenus à 
la suite des manœuvres, juger de la perdurance jusqu'au fait 
accompli ; alors souldment nous pourron^s donner une ;*pprè- 
ciation sur les conséquences de l'acte incriminé. 

V. Avorlement à la suile de prise d'iode et iodure de potas- 
sium. — Voici encore un fait dont j'ai eu comiaissance par les 
confidences d'une cliente. 

Mme X... est une forte femme de 44 ans, à face rouge ; elle a 
eu trois enfants et trois fausses couches spontanées. 

L'an cternier, elle me consulta pour les suites d'un avortemenl 
survenu dans les conditions suivantes • 

Elle était enceinte de quatre à cinq mois ; voulanL se faire 
avorter, elle suivit les conseils d'une bonne amie qui avait réussi, 
disait-elte, par ce moyen. 

Teinture d'iode 30 grammes dans laquelle elle déposa des lio- 
dure de potassium eja sursaturation, de façon *à ce que les cris* 
tâ.ux non dissous occuipassent le quart de la bouteille, après 



ÉTUDE DE l'aVORTEMENT 303 



forte agitation elle versa une petite cuilleréi d'une contenance 
de 5 grammes environ dans un litre d*eau et d-e ce mélange elle 
absorba un petit verre à liqueur, soir et matin, de façon à prendre 
tout le litre en quinze jours ; Tusage de cette drogue lui donna 
des aigreurs, de la chaleur d'estomac ; vers le dixième jour elle 
perdit quelques gouttes de sang ; les petites pertes augmentèrent 
doucement jusqu'au quinzième jour, elle suspendit alors, pendant 
cinq à six jours, l'usage de l'iode ; les pertes cessèrent ; elle 
versa alors du mélange d'iode (solution mère indiquée plus haut) 
une grande cuillerée à salade, dans un peu moins d'un litre et 
prit un petit verre à liqueur, soir et matin, du nouveau mélang-e. 
Au deuxième jour les pertes reparurent et elle avorta le cin- 
quième jour. 

Dans les derniers jours de l'usagse de sa potion elle eut du 
larmoiement, du coryza, des rougeurs au front, dès maux d'es- 
tomac. 

Cette observation rappelle singulièrement le cas de la dame P... 
cité peur Brouardel, page 89 dte l'avortement, et me porto à 
accepter les conclusions du docteur Laurens sur l'influence abor- 
t/ive de l'iode. 

L'iode est un de ces médicaments dont les effets varient d'une 
façon extrême suivant certaines idiosyncrasies et si tous nous 
avons pu donner ce remède à des doses massives, colossales, à 
des syphilitiques n qui absorbent l'iodure comme on mange du 
pain », il n'en est pas moins vrai que nombre de nous ont pu 
constater que l'iode, à dose minime, avait une action évidente sur 
Tutérus et agissait comme emménagogue puissant ; dans l'obser- 
vation qui m'est personnelle, il s'agit d'une femme prédisposée 
h l'avortement ; chez elle, l'iode a pu vrai|semblablement agir 
comme abortif d'une façon remarquablement active* 

VI. Avorlement par causes diverses. — Il y a quelques mois une 
jeurte fille admirable de santé me consulta sur l'absence de ses 
règles. Elle était enceinte de quatre mois; je lui conseillai le ma- 
riage, elle me répondit par l'euphémisme habituel, me demandant 
si je ne pouvais lui donner un remède pour faire revenir les 
règles ; je voulus la sermonner ; peine perdue ; elle saurait bien, 
dit-elle, se tirer d'embarras. 

En effet, à quelque temps de là, la revoyant avec un ventre bien 
plat, je m'informai de sa grossesse : « Eh bien, je suis allée en 
voyage avec mon amant; pendant trois jours j'ai dansé, j'ai bu 
du Champagne, etc., et j'ai avorté. » Combien en font autant ? 
Elles sont légion ; combien de femmes auxquelles nous recom- 
mandons le calm^ et le repos absolus, sexuel' et autre, pour 
conserver la vie au petit être qu'elles portent dans leur sein et qui 
nous répondent : « Si cela veut venir, tant mieux ; nous ne vou- 
drions cîertes pas, disent-elles, prendre quelque chose pour aivor- 
ter, mais quant à rester en repos, ah ! ça, non. » Elises continuent 
leurs travaux, leurs courses, leurs plai'sirs ; eNes exagèrent 
leurs fatigues et avortent, la consci^ce tranquille, et cependant 



304 ' REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

elles savaient qu'elJes se feraient avorter et elles riïiU fiiii ; elîeâ 
sont coupables, mais la justice ne saurait les atteimlre, Excep- 
tiounellement il arrive certains cas où, à la suite de manœuvres 
je dirai banales, la ques-'ion de corrélation ùe cause k effet nous 
est posée en justice. 

Nous devons, dans oes cas, répondre coniplètej rient et uelle- 
jfïïmt Qu'importe que les fatigues, les danses, le cliampa^nc, le^^ 
excès Isexuels permettoat à mille femmesi de coTiduîrc ^\ bien 
leur grossesse, et si la. milfô e1 unième femme ne peut les sup- 
porter sans avorter ; celle-là est coupable qui fait usoga de cûs 
moyens dans un but d'avortemont. 

Pour nous, médecins légistes, il ne nous est pa^ permis d'éner- 
ver la justice ; nous devons carrément constater !a possibilité 
de la provocation de Tavortemfent par ces moyens dits banaux ; 
nous devons rechercher si, chez l'inculpée, il n'y a pas d'état 
pathologique qui prédispose particulièralment à ravorlemenL et 
laisser au juge le soin de juger de la volonté crimiiMIe, de la 
culpabilité. 

C'est ainsi que, dernièrement, j'ai eu à inbsrvejiir tUms le cas 
suivant : Une jeune fille devint enceinte des œuvje:^ Ûe son père; 
celui-ci, pour la faire avorter, la força à courir cliaquir^ soir du 
liant en bas et de bas en haut d'une montagne ; il tîl multiplicT 
ces courses, fatiguer la malheureuse ; bientôt colk-ci se pUugtiit 
de maux de reins ; elle eut de petites pertes ; 1^ père in siffla ; 
les accidents augmentèrent et, finalement, ravorleinent survint 
Dans ce cas, >3 ji'ai pas hésilé à dire que des fatigues du genre 
de celles auxquelles cette jeune fille a dû se soumettra étaionL de 
nature à provoquer l'avortement, que raugmentalioii progressive 
des menaces d'avortement après chaque nouvelle courso, prou- 
vfiit que ces courses avaient contribué k provoquer ravoHement, 
si même elles rise l'avaient pas déterminé à elles j^eules. 

Après l'exposé de quelques cas précédents où se montre une 
certaine cori-élation entre les causes d'avortement et le résultat 
survenu, je vois citer deux cas où l'avortement ue s'est pas pro- 
duit malgré la mise en œuvre ùe moyens provoquant habituelle- 
ment ce fait. 

VIL Ponction d'un œu{ de trois mois sans avoriemeni consé- 
cxiiit. — Le D' X..., un de ,nos confrères les plus prudents et les 
plus compétents en obstétrique que j^ connaisse» nVaTapporlo ce 
fait personnel. Trompé par les dires d'une femme, croyant avoir 
à faire à une tumeur utérine, il fait l'examen de la matrice à 
1 hystéromètm 

Il introduit dans la matrice son instrument ; un peu d'eau 
s'écoule ; il comprend son erreur, retire son instinim^nt, met la 
femme au repos, lui donne du laudanum et la grossesse continue 
son cours réguli'-er, la femme accouche six mois après d'un gros 
(infant à terme. 

Ce fait contredit singulièrement les conclusion? des éminents 
Professeurs de Marseille cités par Brouardel (92 ravortement). 



ÉTUDE DE l'aVORTEMENT 305 

w Qu'il n'y a de moyen abortif infaillible et certain que la rupture 
'Jes membranes. » 

Eni *Tnédecdne les conclusions absolues sont dangereuses, et 
iiiieîix serait de diiv : « De tous les moyens abortif s, le plus 
certain est la i:uplure des membranes. » 

Viil. Iniection in Ira-utérine d'iode à deux mois, coniinuaiion 
de la grossesse, — Mme X... est de belle constitution et de sanlé 
parfaite ; :elle a eu quatre enfants à terma et un ù 8 mois. Pen- 
dant les deux dernières grossesses, à partir de 4 h \ mois 1/2, eWe 
a eu des pertes de sang ; les premiers jours ses pertes ont été 
da sang pur, accompagnées de douleurs faisant craindre une 
fausse couche ; sous l'influence du repos et de l'opium, les dou* 
leurs se calmèrent ; les perlées devinrent moins sanglantes, 
l>nines, chocolat, puis claires ; pendant tout le restant de la 
gmssasse, des pertes répétées e*j abondantes d'eau tourmesntèrcnt 
la imtiente. Ces pertes étaient parfois très abondantes et néces- 
eilaie.nt le i'-e?pos.- Après la naissance de l'enfant^ des hémorra- 
gies inquiétantes se produisirent avec la rétention d'un placenta 
adhèrent exigeant le décollement manuel et l'extraction violente 
peu après sa naissance. 

Elle devint enceinte une sixième fois. A deux mois apparaît une 
pei'tfc! de sang assez abondante ; sous Tinflueince du repos, la 
perle dinnnuuT mais l'écoulement devint ftrouble et d'odeur 
putride, avec légers mouvements de fièvre. Je ne crus pas pos- 
sible' que la grossesse pût évoluer lieureusement dans ces con- 
ditions ; l'apparition hâtive des accidents qui s'étaient présentés 
pfcïKlant les deux grossesses précédentes, leur gravité me don- 
naient la conviction d'une fausse couche inévitable. L'infection de 
TécoulemeTit, Tapparition de la fièvre me faisaient craindre des 
complications dangereuses. La persistance de certains troubles 
nerveux, qui, tjoujours, avaient accompagné les grossesses, me 
dnnïi'ait la conviction do la persistance de la vie d^ l'embryon. 

Dons le but de modifier lu surface de la poche produite par le 
décollement partiel de l'œuf, je proposai l'injection de quelques 
gouttes de teinture d'iode. Je ne cachai cependant pas le danger 
trime telle intervention, j'exposai que cette manœuvre créait 
nunrmte-neuf chances pour cent d'avortement ; mais, dans ce cas, 
ilisîiis-je, on pouvaft espérer que îa fausse couche serait moins 
dangereuse peu* le fait de l'asepsife obtenue et par le fait« du rata- 
tinement de l'oeuf et de l'oblitération des vaisseaux. D'un autre 
rôle, Tavortement ne devait pas ^tre fatal^ement amené par mon 
intervention et, si petite qu'était la chance de voir la g;rossesse 
continuer son cours, on pouvait escompter le bénéfice de l'iqijee- 
tion modificaitrice sur les parois de la poche. 

Un confrère partagea ma manière de voir et ma responsabilité 
et nous fîmes l'injection. Le col '^s'j court, ouvert ; je fais une 
soigneuse désinfection du vagin, puis j'introduis sans violence 
dans la matrice, mie canule en gomme ; j'injecte six gouttes de 
teinture d'iode, immédiatement le col se contracte, un bouchon 



306 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

muqueux obstrue le col et pas une goutte de teinture ne sort de 
la matrice. 

J'étais un peu inquiet de ce dernier incident 

Consécutivement, à peine quelques coliques ; la malade ne 
peut croire que je lui aâ fait une i.njectian quîelconqiie ; elle vou- 
drait se lever tant elle souffre peu; quatre jour*^ de repos, puif^ 
elte se lève ; tout écoulemicnt a cessé ; la grossesse continue sans 
perte, sans hydrorliée, et elle accouche, sept mois et quatre jours 
après l'injection, d/un beau gros garçon à terme ; la délivrance? 
se fait sans accident. Sur le bord du placent^ii je trouve une 
plaque sclérosée de la largeur d'un^ petite demi-paume de main; 
en cet endroit le tissu placentaire est dur, jaunâtre, ecchymose. 

Je cite ce fait:, non pas pour encoura.ger mes confrères h suivre 
ma pratique dans des cas habituels ; il est évident qucMe ne 
pfeut trouver sa légitimation que dans des cas exceptionnels. Je ne 
veux retenir de ce ca.s, comme des précédents, que la constalaîion 
de la tolérance de certaines matrices à Tégard de.^ causes réputées 
abortives. 

De tout ce qui précède, je conclus que si certain p*î matrices gra- 
vides se révoltent, sous l'influ-eaice de causes les plus légères, 
les plus banales, d'autres; sont d'u-ne emdurance extrême aux 
excitations; il en résulte que chaque cas qui nous est soumis, 
réclame Texafluen minutieux des circonstances dans lesquelleis 
il s'est passé, qu'il ne faut- pas gé^néralistr, maïs examiner 
chaque cas en particulier. 

GYNÉCOLOGIE 



PANSEMENTS DU <:0L DE L'UTERUS, ET T.VMPHATIQUES 
DES ORGANES GENITAUX. 

Les lymphatiques et les ganglions ilio-pelviens ont été étudiés 

disrnièrement par M. le D' Marcille qui est venu apporter une 

page intéressante d'anatomie et des documents importants aux 

chirurgiens (1). 

On sait que les ganglions ilio-pelviens sont situés dans la cavité 

pelvienne près dos vaisseaux hy- 
pogastriques ou éclielonnés le loug 
d3s vaisseaux iliaques externes et 
iliaques primitifs. Ils peu%^ent se di- 
viser en trois groupes : 

1° Groupe iliaque externe (le long 
Ides vaisseaux iliaques externes) ; 

2*» Groupe hypogas trique (autour 
Fdes branches de l'iliaque interne) ; 

^^^ 3<* Groupe iliaque primitif (au- 

l'ig I. - i\^i7.>,ïL^ Lh^iLiniti. tour des vaisseaux iliaques pnnni- 

Ufs). 
(1) Tribune médicale^ 4 mare 1903. 




PANSEMENTS DU COL DE j/utÉRUS 



307 



Les lymphatiques du corps de Vutéms se dirigent dans trois 
voies : une preEoièns voie à la région lornbaire ; — une deuxième 
gQgne, (par le ligament rond, les gajiglions inguino-superfkiels, — 
une troisième voie va aux ganglions préveineux. 

ÉLt-a lymphatiques du col ont trois voies également, 
Un 1'"*' groupe va aux ganglions pré vmieux ; — un 
2" groupe va aux ganglions de la palmure hypogas- 
Iriquo ; — un 3* grwi^ va aux gaiaglions sacrés. 
Les lymphatiques du vagin se groupent) également 
en trois pédicules qui corresipondent au pédicule du col 
utérus. Un pédicule va au ganglion préveineux, — un 
autro à la palmune hypogastrique, — un 3* aux gan- 
glioîis du pronriontoire. 

Les deux figures que nous mettons sous les yeux 
du lecteur feront comprendre mieux qu'une explication 
la marche de ces lymphatiques. 

On comprendra ainsi comment une plaie infectée 
du col ou môme du vagin peut avoir sa répercussion 
dans les ganglions iliaques primitifs, et donner Tex- 
plication de phlegmons à distajice qu'une antisepsie 
minulieuse aurait pu éviter. 

C'est pour cela qu'on a toujours cherché à amener 
Tantisepsie du col dans l'accouchement ou dans les 
opémtions pratiquées sur cet organe. Les injections 
ajiiisep tiques y réussissent deuis une faible mesure. 
Ou y arrive mieux avec un frottage énergique de la 
cavité cervicale avec le doigt irrigué d'une solution 
antiseptique. On y réussit complètement si on peut, 
par un procédé quelconque, appliquer pendant un cer- 
tain temps un pansement antiseptique, procédé qui, 
dïso.ns-le, est bien difficile. Il est cependant possible. 

L'utilité du pes^aire Chaximcl est précisément de 
faire une antisepsie absolue de la région supérieure 
du vagin et du col. Il coiffe complètement cet organe 
et lembolte exactement sa surface : pas une plaie ne 
lui échappe, par conséquent II est, de plus, très 
fusible et d'une application simple ; de plus, ces pan- 
sements ne sont pas seulement antiseptiques mais 
jouissent des propriétés osmotiques des pansements 
à la glycéririe. Ils pourront être prescrits dans la 
rongestion des orgaiies pelviens, contre les phénomènes 
douloureux des régies, dans l'infection locale (blen- 
^^^ru^d*M*'î^r norrha^ie) contre les lésions de la muqueuse utérine, 
pince (vue de Comme antiseptiques, on les prendra avec fruit 
''***J" avant- les opérations, pour faire l'Émtisepsie du champ 

opératoire, après les opérations, pour assurer la sté- 
rilisation des exsudats. En obstétrique, ils aurojit un gremd rôle 
à jouer comme antiseptiques, — comme calmants des douleurs de 



f 



308 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



la dilatation, — pour arrêter la rigidité spasmodique du col qui 
fait subir un retard à la dilatation. 

Quant à l'action du pessaire en tant que pansement glycérine, 
voici comment elle sexplique : 



■ -^..-^-^".^ 




F'Ç. 3. —Introduction du possaire, i^tcinpi. 

1*» Action osmotique. — En i^ison de3 propriétés osmotiques et 



PANSEMENTS DU COL DE L UTERUS 



309 



déeongesfjves de la glycérine, le Pessaire Chaumel, en contact 
avec la muqueuse vaginale des culs-de-sac antérieur et postérieur, 




Fi^ 4^ - Introduction du peisaire, 2^ temps. 

fi-nd pi^\i h peu et provoque à la surface une forte exomose abon- 
flanle des ïiquideji, exlialés par le plasma sanguin. 

2''A€tfion dérongestivë ou déplétîon sanguine cl lymphatique con- 
sécutive. — Cet appel de liquides s'étend, de proche .en pnoche, à 
tuus ]ffs vnisHeauXi sa;igijins et lymphatiques de l'appareil génital, 
pn.Kluisant ainsi leur déphHion, à laquelle contribua' encore Vaclioii 
rêflesc vaso-contricUve stxoiidaire de tous les réseaux capillaires 
des organes pelviens, provoquée par les vîffels stimulants de la 
glycérine ,'^.ilkli(léc. 

Suivant Tex pression d'un Professeur célèbre, on peut donc dire 
qu^ la glycérine produit une véritable saignée blanche des organes 
génitaux-. 

3** Bain local permancuî, — Le Pessaire Chaumel fondant et se 
dissolvant peu ù peu, autour du col utérin, da;is le liquide exhalé 
Il la surface de celui-ci, il en résulte que c(2 liquide complexe 
imprègne progressivement le tampon d'ouate ayant senû à fixer 
le pessaire. Ce tampon, alns.i imprégné des liquidées qu'il emma- 
gasine dans son épaisseur, ajoute ses effets à ceux du Pessaire 
Chaumel, de telle sorte que la masse formée pai^ la glycérine 

20 



^5'- '"W^»^-^ 



310 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



solidifiée et les liquides exhalés, retenue par le tampon, constitue 
une sorte de bain local permai^ent, corroborant les effets de la 
glycérine solidifiée du Pessaire Chaumel, dont elle prolonge en 
même temps la durée, 

4® Aclimi sédative. — Une fois l'action décongestivc et la déplé- 
(ion vasculaire produites sur les organes pelviens, le Pessaire 




Fig. s. — L'utérus est coiffé du pessaire. Position de la baguette 
pour maintenir en place le pessaire, 

Chnuniel exerci? sur ces mêmes orga.îies, une notion sédative pro- 
p<:>rtionnéc a la déplétion dos organes ainsi qu'à la diminution 
graduelle de la compiession, et à la distension des radicules ner- 
Vi3iises aboutissant aux tissus congestionnés. L'application du Pes- 
saire Chaximel simple siiflit donc, à elle seule, à produire la décon- 
gestion, tout en calmant ou même en supprimant la douleur, 

5° Résolution des engorgements ; absorption des^, exsudais. — 
Lorsque tout le système des organes pelviens a été décongestionné, 
les engorgements veineux ou lymphatiques se dissipent peu à peu, 
le mouvement d'absorp!io.n interstitielle éprouve une vive recru- 
descence, et Vabsorption des exsudais se (ait très rapidement par 
les voies lymphatiques. 

6° Action hémostatique. — Les propriétés hémostatiques de la 



ï^anseMents du col de l^uterus 31 1 

gélatine se retrouvent^ au plus haut degté, dans la glycérine 
solidifiée formant la base des Pessaires Chaumel simples. 

MODE D'EMPLOI. 

Introduire un spéculum. Faire un lavage antiseptique pour e.nle- 
ver les glaires, 

oj. ^ Le Pessaire Cliaumel étant saisi de la main gauche^ est 
ûplali, entre le pauce et les autres doigts dajas le sens latéral, la 
cavité tournée en haut, et le triangle saillant placé du côté de 
lopéraïeur. (Fig. 1.) Dans certains cas, si Ton avait affeiire à un 
col utérin présentant une hypertrophie considéral)le, il y aurait 
heu do faire préai^iblement deux ou trois incisions de un centimètre 
dans répaisseur du Pessaire, pour augmenter les dimensions de 
sa cavité. 

b). ™ On [Une le Pessaire Chaumel, aplati entre les mors de la 
pince utérine^ au niveau du petit triangle saillant, maintenu du 
cOté de Topérateur (Fig. 2), en le serrant le moins possible pour ne 
p(i^ te dUacérer. {Vig. 3.) 

r), — Le Pessaire Chaumel ainsi fixé, ayant sa cavité tournée en 
hautj et le tnaïigle en avants est introduit dans le vagin, et poussé 
avec la pince jusqu'au bord postérieur du col. A ce moment, on 
é^^arle de quelques centimètres l^s mors de la pince, et l\Dn {ait 
basculer le Pessaire sur le bord postérieur du col, de manière 
a en coiffeiî^ entièrement celui-ci. (Fig. 5.) 

Souvent, il est nécesaire de maintejiir le Pessaire sur le col à 
Taitie d'une seconde pincfS ou d'une simple Uge quelconque, pen- 
dant qu'on effecttio le tamponni?ment destiné i\ le fixer en place. 

rf). — Une (ois le Pessaire Chaumel ainsi appliqué et maintenu 
en place, a VimiQ de la tige tenue de la main gauche, on intro- 
duit, avec la pince utérine tenue dans la main droite, un ou plu- 
sieurs la^npons d'ouate hydrophile, liés par des fds qu'on doit 
laisser perdre au dehors du vagin. On retire ensuite la t'ge qui 
sau(enait !e Pessaire Chaumel. 

Les malades devront se garnir comme si elles avaient leurs 
régies, cai^ elles perdent beaucoup de liquides en dehors de celui qui 
est dû k la fusîoji du Pessaire. 

Tel est ce pansement gynécologique si utile. Il peut être com- 
biné avec l'emploi des crayons intra-utérins, et si le médecin ne 
peut venir faire un pansement tous les jours, l'emploi des ovules 
Chaumel vient continuer l'action thérapeutique, plus active, des 
topiques appliqués par l'homme de l'arts 

D' P. CuRTn:s. 



312 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



PÉDIATRIE 



TRAITEMENT DE LA MORT APPARENTE DU N0UVP:AU-NÉ. 

Instruments et objets nécessaires. 

Tube laryngien de Chaussier ou de Ribemont. 

Kau chaude et eau fro'de. 

Deux bassins pour immerger l'enfant. 

Farine de moutarde. 

Alcool ou vinaigre. ' 

Petite table, solidio, haute, placée à bon cr-lairagt^^ neconvcrtt* 
d'un oreiller de criji ou d'une couverture plice. 

Serviettes chauffées, compresses. 

Ballon d'oxygène avec tube muni d'un entonnoir. 

Disposer ces prépara til s au cours de l'accouchement, si i'on 
reconnaît que l'enfant souffre ou est e.tposé à soufirir du faU 
d'une extraction artificielle. 

TECHNÏQITE 

Conduite à tenir préalable. — 1^ A la naissance ie cordon bat : 
attendre deux ou trois mijmtes avant de secliomipr le cordon 
(forme asphyxique); 2« le cordon ne bat pas : sei^l.ion immédiate 
du cordon. Emporter l'enfant, entouré de litigc^s chauds, et 
l'étendre sur la table à plat sur le dos. 

' Si le cœur ba(, essayer d'abord de l'excilation périphérique : 
nettoyer au préalable les premières voies aérjeiiriûs, i^oii par sus- 
pension tête en bas, les doigts faisant Texpre^ssitjn des nmcosit^A 
par pression de la trachée vers la bouche, soit p«r neltoyagt- 
direct à l'aide du doigt introduit dans Tarrière-lxiiiche. Appliquer 
avec méthode et sans précipitation : flagel>ation, frictiona h 
l'alcool ou au vinaigre, bains sinapisés alternnlivement chauds 
et froids. 

Si le cœur ne bat pas, recourir d'emblée à la respiration arlffî- 
cielle dont le meilleur mode est l'insufflation. 

A. Insufflation de bouche à bouche. — Les premières voies 
étant déblayées, l'enfant, étendu sur le dos, est rapproché du 
bord de la table, de façon que sa bouche soit aisémonl accessible 
Il celle de l'opérateur, placé à côté. Porter la télé" en hyperexten- 
sion à l'aide d'une serviette roulée placée en biliat sur Ja nuque. 
Interposer un linge fin entre les deux bouches. I) une main fermer 
les nai'ines, de l'autre empaumer le thorax. In.^ufJler doucemÊnt et 
lentement ; faire l'expiration ptir pression UioiaciqUe. Ne pas 
dépasser quinze à dix-huit expirations par minute. 

B. Insufllation à laide du tube. — Même altitude de l'enfont, 
sauf l'extensio;! forcée de la tète. Avant tout ft aurtouty se servir 
de l'insuffiateur pour nettoyer aussi profondément que possible 



MORT APPARENTE DU NOUVEAU-NÉ 313 

les voies aérieiHies : commencer avec le doigt et aspirer ensuite 
avec autant de reprises d'introduction qu'il faudra, jusqu'à ce 
que le tube réassorte à sec. Se débarrasser à chaque reprise des 
muçosît(5s aspirées en les soufflant sur une compresse. 

ïntroducUon dti tube. — Glisser l'index gauche sur la bajse 
de la langue. AUer très en arrière à la recherche des cartilages 
arylénoldes, le tioigt non raidi, de façon à bien sentir la double 
saillie, petit© et acumhiée. Fixe*'» l'ijndex sur ce repère. L'in- 
sufTlûleur est sai?^i près de son pavillon comme une plume à écrire; 
n pénètre en glissant au long du doigt ; 1^ pulpe de l'index 
dirige son extrémité dans la glotte. S'assurer de la bonne mise 
en place en imprimant au tube de petits mouvements de latéralité 
qui déplacent le larynx sous les téguments. 

Insufllati^îi comme ci-dessus, soit en appliquant la bouche au 
pavillon du tube, soit en adaptant celui-ci à la poire en caoutchouc 
lie Ribemont, 

Durée de iluiiif{laHon. — A. Arrêt absolu du cœur (mort pro- 
bable), — Insu filer pendant iKn© d€|mi^heure au moins et» ne 
cesser au b:>ut de ce temps qu'avec la certitude qu'aucun batte- 
ment cardiaque ii a été éveillé. 

B, Le cœur bai. — Insuffler pendant deux ou trois heures jus- 
qu'il ce que Tarrét du cœur date d'une demi-heure an moins ou 
jusqu*à ce que Te nf ant soit absolument revivifié. On cessera lors- 
que cj iera énergiquement, s'agitera, sera bien coloré et ne res- 
pirera plus son ventre (disparition du sillon péripneumonique). 

Au cours de Tûisufflation, si le cœur ne mollit pas, on pourra 
faiie quelques pauses pour recourir à la stimulation périphérique 
(ïhcUonîi alcooliques, bains chaïuds sinapisés et froids alter- 
iiauU, etc.). 

Traite ment consécutif. — Maintenir l'enfant revivifié en cou- 
veuse (25 à BO'") ou en chambre chaude (22 à 25°). Inhalations 
d'oxygèaa Se tenir prêt à reprendre Tixisufflation en cas d'apnée 
récidivante^ de cyanose, de collapsus avec refroidissement. 

DIFFICULTÉS ET ACCIDENTS 

!n.sul{laiion de bouche à bouche. — Danger pour l'ojpérateur de 
contamination sifphiliiiqiie; à rejeter dans les cas suspects. 

InsvlfïaiioH dn iube digestif. — On l'évite par l'extension forcée 
de la [Hù. - 

Conîumiitaiion tuberculeuse de Venfant, par l'opérateur infecté 
et inconscient. Le meilleur argument en faveur de l'emploi de la 
poire en caoutchouc. 

L'insufflation do bouche à bouche n'est qu'un procédé de pis 
«lier, en niisnn do la répugnance qu'il comporte. 

Jniiiilllathm ù laide du tube. — Difficulté d'introduction chez le 
prématuré. — Lctroitesae de Tarrière-bouche la rend inaccessible 
à rindex ; — introduire l'auriculaire. — La coinbure du tube ne 



314 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

s'adapte pas à celle de rarrière-bouche ; — préférer le tube de 
Chaussier peu incurvé. 

Accidents, — On insuffle le tube digestif (issue trop facile et 
bruyante de l'air ipsufflé ou gonflement de Tabdomen); recom- 
mencer rintroduction. 

Emphysème sous-cutanée. — On a déchiré ks^ rqilis épiglot- 
tiques ; faute à éviter en procédant toujoife's avec la douceur dv 
cathétérisme. 

Emphysème pulmon^iire. — Résultat' d'une insufflation Irop 
brusque ou trop profonde. Faute à éviter en insufflant douce- 
ment, lentement et sans saccades. 

Obstruction profonde des voies respiratoires. — Le nettoyage 
préalal)Ie à l'insufflation a été omis ou insuffisants. On la reroîi* 
naît à ce que l'air ne pénètre qu'en faible quantité et è ce que le 
thorax ne se dilate pas. Se garder d'insuffler davantage ; essayer 
de réparer le mal en aspirant avec force pour appeler le bouchon 
bronchique dans le tube laryngien. {Presse médicale.) 



RÈGLES DE L'ALLAITEMENT ARTIFÏCTEL 

Voici, en résumé, dit le D' Charles dans le Jottrnal d'accouche- 
ments, les règles d-: l'allaitement artificiel, qw malgré toutes le.s 
précautions et les soins qu'il exige est de beaucoup inférieur h 
l'allaitemfent materr^el et ne donne d'assez bons résultats qu'entre 
les mains de personnes intelligentes, dévouées, attentives, capables, 
adroites. 

1. Etonner à l'enfant du lait de vache pur (ou diJué avec 1/3 d'eau 
dcms les premiers temps) ; y ajouter 50 gramme^ de sucr^ ordinaire 
ou de la>ctose par litre (5 0/0). 

2. Avoir, au moins chaque maAin, du lait très frais (et si la source 
09A éloignée, du lait stérilisé ou pasteurisé). 

3. Verser ce lait dans une série de bouteilles (fi, 8, 10, selon le 
nombre de repas, donc d'après l'Age de l'enfant) : ces bouteilles 
auront une capacité plus ou moins gran'de (60, 100, lîiO, 200 gr.) en 
rapport avec la dos^ que doit prendre l'enfant à chaque repas. Ces 
flacons auront été nettoyés au préalable d'une façon parfaite. On 
ajoutera 5 0/0 de sucre (et 1/3 d'eau dans les premiers temps si on 
le juge nécessaire). Le mélange peut ste faire avant ou après la 
répartition, c'est-à-dire dans le va.se où se trouve bi totalité du lait, 
ou dans chaque flacon. 

4. Toutes les bouteilles seront ensuite soumises à une ébullitînn 
prolongée (une demi-heur^ environ), suivant les principes de la 
méthode Soxhlet.. Vers le milieu du t^emps de la cocUoni on veillera 
à la fermeture des goulots. 

5. Les divers flacons seront a.lors< (autant que pn<;sîble fmit de 
suite) portés et conservés dans un endroit frai?, h la cave par 
ex'anple. 



SAINTS FÉCONDANTS ET ACCOUCHEURS 315 

6, Tout(*s les deux ou trois heures pendant le jour, une ou deux 
fois la n\ûL un ira chercher Tuti de ces flacons pour le repas de 
Tenfani 

Ces repa-^ devront êtrfe- espacés très régulièrement, de façon à en 
avoir* d'abord 10 êur 24 heures, puis 9, 8, 7, 6 au fur et k mesure 
que Tcnfant avancera en Age et par conséquent prendra davanteige 
iL chaque repas. 

7. La bouteille îest placée dans Teau chaude pendant quelques 
minutes, afin d amener le lait k une température de 37° environ. Qn 
remplace aloi^s le bouchon par le bout ou tétine ( que l'on vient de 
tirer de Teau boriquée ou naphtolée). 

B. On tient la bouteille à lai main pendant que Tenfant boit ; on 
l'rncline léfjèremenl, de façon que le lait arrive doucement dans la 
bouche du bébé. On doit veiller à ce qu'il n'avale pas tmp vite, à ce 
qu'il ne s'engoue pas. De temps en tfemps, on doit s'arrêter un peu, 
laisser à Tenfant le tomps de se reposer, de respirer à l'aise. Quand 
le reptis est ternniné, après 10 à 15 minutes, essuyer la bouche de 
l'enfant et le mettre tranquillement da.ns son berceau. 

9. Ne pas vouloir gorger l'enfant; no dépasser les doses moyennes 
de lait à chaque repas, qu'avec prudence, modération, tact. 

Si au contraire l'enfant ne veut pas absorber tout le contenu de 
ta bouteille, ne pas lui présenter le resbo une demi-heure ou une 
hï^ire ^pr^.^, mais jeter ce reste ou l'employer à un autre usage 
(pour les chien on le chat par exemple). 

10. n faut veiller à ce que tout soit d'une extrême propreté : 
bouteilles, bouchons, mains, bouts, etc. C'est une condition essen- 
tielle, sans laquelle la stérilisation du lait serait illusoire ou 
insuffisante. 

11. Le lait, stérilisé par l'ébullition prolongée, comme nous l'avons 
expos*^, servira seul h l'alimentation de l'enfant jusqu'à 6 mois. 

Cest donc le régime lacté absolu, exclusif. 

12- A partir cXe6 mois, début de l'alimentation diversifiée, c'est-à- 
dire panndes, bouillies, peu à peu, en tâtonnant, comme dans 
ralîaitement maternel. 



VARIÉTÉS 



SUPERSTITIONS — SAINTS FÉCONDANTS ET ACCOUCHEURS 

Dans la pïapaii, des pays catholiques, les sanctuaires célèbres, 
dsef sainfe ou de madones, ont reçu de tout temps la visite des 
{épouses stériles, venant y implorer du ciel la grâce d'ètr^B mères ; 
maïs, eji Rasso-Bretagne, la fétichisme populaire a i^pécialisé 
de culte peu banal au profit de quelques thaïunaturges et l'a 
entouré de rites conservées de ces croyances primitives. 

En juillet dernier, une dame me contait l'émoi qu'elle éprouva, 
]€une fille, a un pardon des environs d'ei Pleubian : au fond de 



31 fi REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 

la chapelle, un saint Nicolas vermoulu se balançait au bout d'une 
corde jetée au travers d'une poutre et tout autour un groupe de 
paysannes, soulevant à tour de rôle leurs jupes, se froUaicnt 
désespérément le ventre au fétiche fécondant. 

Sainte Margueriie à PonUaouen ou à Collarec, sainte Anasihasie 
à iMinpaul, saint Honaii à Locronan, sainte BrigiUe h Spezcl, 
sont l'objet d'un culto identique, accompagné d=e pratiques 
semblables. 

Voici tel qu'on me l'affirma et dans toute sa simplieilé le rile 
observé à CoHarec : 

Faire trois fois le tour de la chapelle de sainte Marguerite 
avant le lever ou après le coucher du soleil. A chaque tour rentra' 
dans le sanctuaire pour réciter cinq pater et cinq ave. Cda fait, 
toucher à la statue de la sainte le nombril mis à nu, ^ confesser 
et déposer une offrand^e. 

Il est coutume aussi quelquefois, à Poullaouen en particulier, 
de revêtir ensuite l'icône d'un^ robe ou d'une ceinture neuve. 

Dans les landes de Locronan, il est une pierre énorme et bizanie, 
ancien monument druidique, que l'on appelle « Argaz;t:4vvcn » {la 
iiiDwnt de pierre ou la iunieiil blanche), c'est sur elle, ditrcm, 
que saint Ronan traversa la mer pour venir d'Irlande •en Bretagne. 
Elle vint s'échouer là, près de la forôt de Nevet, où le saint bûtit 
son ermitage. Tous les sept ans, un pardon fameux, la Troménie 
(de irô-minihy, tour de Vasile) attire à Locronan tiiut un monde 
de pèlerins. 

La Troménie consiste ù faire le tour de l'asile qui dépendait 
autrefois du prieuré de Locronan. 

Tout le long du sentier traditionnel que suivent l^3fe pèlerins, 
égrenant en silence leur rosaire, s'élèvent 50 ou 60 petites labiés 
surmontées d'un aut^l minuscule avec une statufett^ quelconque 
et un plaît plein de gros sous. Ce sont les saints dos pnrpisses 
environnantes, Locronan, Quéménéven, Plogonnec et Plonevez- 
Porzay. Près d'eux, un sncristain d'occasion énumère ïes vertus 
de ses icônes, les spécialités cnratives de leur fontaine ou d& 
leurs reliques. En ce jour toules les maladies de la terre s!a 
donnent là rendcz-vuus et toules sont guéries : c'est te pardon 
de tout remède. 

Mais, quand tout .s'est tu au flanc du Menez, il est encore à 
Locronan un j^>èlerinage suivi : c'est celui des jeunes ^'^pouses à îa 
Jument de pierre do saint R<^nan. Ce monolithe, dont le culte, 
affirme M. Ana-kVle Le Braz, remonte à une époquse^ antérieure 
;*» notre ère, possède encore de nos jours une vertu fécondante. 

Pondant) les* nuiljs dei nouvelle lune, 1^ feanmes stériles "ê^ 
coucïicnt sur la. fahic do gnimit h^s bras en croix, la face au 
ciel. Elles y demeurent des heures entières, priant tu demment 
Ronan de les rendre mères : l'austère ermite, qiri fyt sa \ne 
durant, détesté des femmes, à tel point que l'une, Keben, lui 



AMÉLIORATION DE LA RACE HUMAINE 



317 



crticlia aa vfeage, 'est aiasî. devenu après sa jmorb une aorte 
dV'pnux spirituel, grand dispensoiteur de maternité. 

Sui" les bords de la rade de Brest, une chapelle dédiée à saint 
Gvvénolé rociavait autrefois, de plus de vingt lieues à la ronde, la 
visite des infécondes. Le temple est aujourd'hui en ruines : les 
malins de l'endroit prétendent que tels miracles accomplis étaient 
con.sidéraWes. mais que Tombre mystique du doux abbé de 
LaiRléveiinec n^'y était pour rien, et qu'il était souvent aux alen- 
tours des rôdeurs fort entreprenants... Gwénolé fut tué par le 
ridicule et nul ne song^ en cet endroit à Tinvoquer désormais. 

Maïs voici la Bretonne enceinte : pour dissiper les malaises 
de sa grossesse, rendre Paccouchement faicile et les suiU^ des 
couches rionnales, c'est encore aux saints qu'elle aura recours. 
C'est le plus sauvent la Vierge affublée d'un nom local ou parfois 
saînle Ponipée (Langoat), sainte Thouine (Lanloup), saint Eutrope 
(Trévé), sainie Marguerite (Collarec), sainte Barbe (Lannelec), 
sainte Brigitte (Spezel) qui reçoivent le bénéfice de ce culto 
spécial. 

Le pîiis souvent, la femme grosse qui s'est entourée deux ou 
IniJis fois les reins d'un ruban trempé dans une eau sacrée, se croit 
sûre d'accoucher à terme et sans danger d'un enfant robuste. 
Quelqu'un m'affirmait avoir vuf à Bonnamour, en 'Trévé, des 
dévotes, saimontiant l'horrefur instinctive' dés Bretons pour 
Teau, se pionger bravement dans la fontaine, afin d'attirer sur 
leur gestation la puissante protection de saint Eutrope. 

D* Paul BoYER, de Saint-Brieuc. 



Ï/AMÉLIORATION DE LA RACE HUMAINE 

Voici comment le D' Bienfait envisage cette question : 
La question de l'amélioration de la race humaine est agitée 
depuis quelque temps par certains philanthropes. C'est là une 
chose excessi\'i8ment difficile i\ obtenir : il faut d'abord fixer les 
caractères di^s bons reproducteurs, ce qui revient à cataloguer 
et apprécier 1rs vices redhibitoires ; il faut ensuite y faire sous- 
crire le public, malgré l'ignorance, les passions et l'intérêt parti- 
culier de chacun. 

On est entré dans la voie pratique en ce qui concerne les «mi- 
maux, et ce n'est pas d'ailleurs sans peine que l'on a fait com- 
prendre au paysan le bénéfice considérable cunené à la longuiî 
par la sélection. Chaque tête de bétail est étudiée, on examine 
ses défauts et ses qualités, on lui dresse un arbre généalogique, 
et si Umi est bien, l'animal est jugé apte à la reproduction. De 
pïuw, il r'sL défendu, sous des peines sévères, de provoquer la 
reproduction d'animaux n'ayant pas le certificat d'aptitude. Voilà 
le grand moyen d'opérer vite et bien, mais s'il fest praticable 
che^ les animaux, il ne l'est guère chez l'homme, 



318 REVUE d'obstétrique et de gynécologie . 

Les philosophes qui discutejît de q3s choses voient un moyen 
suprême de fléchir les mauvaises volontés et vulgariser rapide- 
ment leurs idées : c'est de n3couTir à la loi, c'est de défendre 
par des articles le mariage et la procréation chez les tubercu- 
leux, les cancéreux et autres avariés. Voilà qui est net et caté- 
gorique, mais parfaitement impossible en pratique, car chaque 
famille possède une tare quelconque parfois très faible^ parfois 
con^dérable. 

Parlons de la tuberculose pour fixer les idées : si nous em- 
pèclions le mariage des tuberculeux et des enfants de tuberculeux 
nous n'aurons pas fait grand'chose, le nombre des candidats à 
la tuberculose n'aura' guèr^ diminué ; il restera les enfants d'ar- 
thritiques, de diabétiques, de goutteux, d'épileptiques, d'hysté- 
riques et les affaiblis de toute sorte qui ont une certaine prédispo- 
sition H héberger le babille de Koch. En bonne logiquje, tous ces 
gens devraient être voués au célibat. 

D'autre part, quelle sera la manifestation arthritique, goutteuse 
ou autre qui sera jugée suffisante pour être dangereu£|e au point 
de vue de la reproduction ? 

Les manifestations diathésiques sont de toute grandeur, depuis 
de légers accidents passant presque inaperçus, jusqu'aux phéno- 
mènes les plus graves ; à quel point de la série faut-il s'arrêter ? 

A côté de l'hérédité hétéronyme et homonyme, il y a aussi 
rabsenqe d'hérédité, en ce sens qufe le fils d'un* tuberculeux 
peut être parfaitement normal ; il serait cruel autant qu'inutile 
de mettre cet homme à l'index ! 

On veut réglementer le mariage ! Quel coup d'épée dans l'eau ! 
C'est la procréation qui doit être visée, qu'elle soit légitime ou 
illégitime ; et ici nous nous trouvons devant une véritable im- 
possibilité. La rao3 humaine pourrait s'améliorer en partie par 
le fait de la sélection dans le mariage légal, mais irait en s'abàtar- 
dissant par le fait de l'union illégitime de nombreux dégénérés 
et no;i-valeurs laissés de côté et formant une véritable sélection 
à rebours. 

L'amélioration de la rare doit se faire, non par des lois inutiles 
et vexatoires, mais par l'instruction et la persuasion. C'est là le 
chemin le plus long, mais c'est aussi lé plus sûr. 

On a obtenu de bons résultats en ce qui concerne la prévention 
(h: l'alcoolisme et de la tuberculose ; il reste à parler de leur 
influence sur la race humaine et à compléter cette étude au point 
de vue de la syphilis, de la folie, de l'hystérie, etc. 

La procréation est l'acte le plus important cts la vie et c'est celui 
auquel on en accorde le moins. A voir le nombre de non-valeurs 
pliysiques et intellectuelles qui s'accroît chaque jour, il est cepen- 
dant urgent de crier gare : c'est ce qu'il importe que le public 
comprenna 

A côté des qualités des procréateurs, il y a aussi les conditions 
de la procréation. Pour avoir des enfants aussi forts, aussi valides 



BIBLIOGRAPHIE 



319 



que poîssible, il faut lt*s procréer à un moment où les époux pré- 
sentent, Tuji 'et faulrc, iin maximum de santé, à un moment où 
ils ne sont en convalGâcence d'aucune maladie, fut-ce môme d'une 
grippe. Il faut qu'à ce moment ils ne soient pas imprégnés d'alcool, 
intoxiqués par une digestion laborieuse, par Tair con/iné d'une 
place mal aérée, fatigués physiquement et intellectuellement, ou 
affaiblis par les privations. 

An lieu d'édicter des lois, il faut habituer le public à prendne 
le médecin comme arbitre,- c'est à lui de décider après Je mariage 
i>i, ù un moment donni% les époux sont dans de bonnes conditions 
et à voir s'il y a quelque chose à corriger dans leur santé ou leur 
mode de vie, 

Actueïlemept avant le mariage on a recours aux lumières du 
nolttire et on ne se soucie pas du médecin. Or, le rôle de celui-ci 
CMt bien plus important ; les candidats au: mariage devraient 
corjsuHer riinuiuie de VnrU lui exposer la situation physique et 
morbide de leur famille. Dans certains cas le médecin interdira 
le mariage, lorsque les tares seront évidpntes par elles-mêmes, 
lorsque dû nombreux fcuberculeqbc vésaTiiqJues, cancéreux,, etc. 
rempliront les cadres de la famille, lorsque l'amyotrophie pro- 
gressive, la cliorée de Hungtinton, la maladie de Thomsen en 
aiirunt frappé plusieurs membres. 

Dans d'autres cas, il se contentisra de déconseiller le mariage, 
d'indiquer les moyens de corriger la tare, il empêchera par- 
exemple un LLi'thrili,tiue bien avéré de s'unir à une famiUe où l'ar- 
lliriUsme est bien visible. 

On s'adressera au médecin non pas lorsque le cœur est pris, - 
lorsque le mariage est décidé en principe, alors il est trop tard, 
mais bien avant, h ïù^v de 21 ans par exemple, au' point de vue 
de la constitution générale et une seconde fois lorsque le choix 
sera fixé. 

I^ D' Bïetifait propose en outre d'ajouter quelques données 
précises au livret du soldat et du mariage. (Gaz, méd. de Liège, 

m)S, p. 203.) 

BIBLIOGRAPHIE 



Gynécûlogie pratique {Renie des 
ihèat^s nt ftUM. — M. Bui iir.KAU cla- 
tilit ijue la difltcuUc Jii duignomic 
prêroce de ia ijtofisesstr. ttien qiio 
n>eUe. n'est pus iiisufinuti table. MhIs 
f'haniie signe pris en pai-liculier 
ne signifio rien : ils n'ont de valeur 
que par hnir ri^unioii, ot on peut dire 
4vec Boimain» ■ qu'un faisceau de 
prf^bubUitts eiïtraiue u^h^ certitude». 
C'eiit surloiit rexameri local qui est 
importflnt Pour peu qu'on ait une 
certaine habitude de l'exploration 



gynécologique el olxstétricalo. on 
pourra sentir, en piu.s clés jyitres 
symplùines, cette mollesse spéciale 
qui curactéri.se l'utérus ^rravide. 
('ependant l'erreur est piKssible, el 
dans des cas douteux il est bon de 
réserver à un examen ult^érieur un 
diagnostic prc-cis. 

Tout enfant nourri au lait slévilisé 
doit-il .nécessairement, fatalement 
devenir rachitiquel Cette question 
récenjment discutée, est reprise par 
M. \iEUBLEi), qui, s'appuyant sur 



320 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



100 observations recueillies au dis- 
pensaire de Bellevilie, dirigé par 
M. Variot, conclut qu'un enfant sain 
convenablement élevé avec de bon 
lait stérilisé ne devient pas rachi- 
liqiie. Il ne sera al teint de rachi- 
tisme que s'il est suralimenté et s'il 
reçoit trop lot des aliments solides: 
mais un enfant élevé au sein dans 
de pareilles conditions ne sera pas 
non plus à l'abri de cette compli- 
cation. 

On doit; donc consei'ver dans la 
pratique lé lait stérilisé qui a rendu 
et rendra encore bien des services. 

Les troubles de la fonction mens- 
/n^eHe, d'après M. Fer reu.x. peuvent 
s'accompagner de symptômes respi- 
rato\ves. Les symptômes respira- 
txjires /'onsislent surtout en phé- 
non^^êne^ congestifs, l'organisme 
cherchant à éliminer les différentes 
to.xines qui, normalement, entrent 
dans la composition du sang des 
l'églcs. Ces lroubl)es respiratoires 
ne présent4:'raient qu'une moindre 
gravité s'ils ne s'accompagnaient, 
dans le cas de tissu pulmonaire 
sain, d'un mauvais état général et 
s'ils nét^ient pas l'indice d'une 
méïopragie respiratoire. Le diagnos- 
tic pourra être soupçonné- si l'on 
pense, pour expliquer la pathogénie 
de ces accidents, à constater l'ab- 
sence ou les troubles des règles. 
Le traitement s'adressera aux trou- 
bles menstruel et surtout à l'état 
général précaire. 

Mlle Clotilde Martin a expéri- 
menté la balnéation tiède dans les 
suites de couches normales ou pa- 
thologiques, et. à la suite, n'a ja- 
mais observé d'nccidents. La tempé- 
î'ature de ces bains varie entre 32* et 
35': leur durée est de 15 à 30 mi- 
nutes. 

Les indicalàons de bains tièdes 
•dans las suites de couches nc^r- 
males, sont les suivantes : montée 
du lait douloureuse, crampes, tran- 
chées utérines, rétention d'urine,etc. 

Ils sont encore indiqués contre 
toutes les manifestations de l'infec- 
tion puen^érale, tant utérine que 
mammaire, subinvolutjon uténne, 
lymphangite du sein, ou galacto- 
phorile, etc. 

Voici, d'après M. Rior. le traite- 
ment qu'il convient iVopposer à la 
fièvre puei^ôrale : 

f Traitement préventif: si l'utérus 
contient des CMillnts fétid(;s ou non, 
il suffira le plus souvent «l'enlever 
les en illots et de ffiii'e nunlques in- 
jeclions intra-ulérinrr-^. Si, av(^c des 
rnonibranos Dn-irialurémciit i-om- 
pues. le liquide nnniinlique devient 
féti-ia B'il reste dans la caviU; 
utérine des débris placentaires ou 
membraneux, il faut nratimier de 



suite, même si la température est 
normale, le curage digital et l'écou- 
villonnage. 

2* Traitement curai if : Dans les 
cas de fièvre survenant après l'ac- 
couchement ou l'avortemenl, fiè\Te 
qui est le symptôme d'une infection 
de l'endomètrc, il faut recourir de 
suite au curage digital et l'écouvil- 
lonnage. Si l'intervention est immé- 
diate, la guérison est certaine et 
rapide. Si l'infection date depuis 
longtemps, la guérison sera plus 
lente, parfois même, la malade suc- 
cond)era. Mais même dans les cas 
graves, le curage digital e! l'écou- 
villonnage constituent un mode de 
traitement surx'rieur à l'irrigation 
cnntinue. qui est souvent insuffi- 
sante, au curetage dangereux entre 
des majns inexpérimentées, et jfi 
rhysttrectomie, qui ne trouve .son 
indication que dans quelques affec- 
tions rares, dont le diagnostic cli- 
nique est bien difficile à établir. 

(>)mme adjuvant précieux de ce 
traitement, on pourra employer 
l'envetoppemeiU humide, le bain 
fi'oid. les injections de sérum arti- 
ficiel, et la provocation des alicès 
de fixation ou méthode de Fochier. 

M. Roichet étudie les accidents 
causés par la constipation pendant 
la puerpéralité. 

Pendant la grossesse, elle peut 
être cause de vomissements inco- 
ercibles, d'hémorragie, d'avorto- 
ment, d'accouchement pit^maturé. 

Au moment de l'accoui^hemenl. 
Taccunmlation des maliens fécales 
peut être un obstacle à l'engage- 
ment de la présentation; elle peut 
aussi amf^ner immédiatement apivs 
des hémorragies primitives ou 
secondaires. 

Pendant les suites de couches, 
elle donne lieu à des élévations de 
température avec frissons et mau- 
vais état trénéral (stercorémieV 

Il est nécessaii-e d'avoir présente 
à l'esprit la possibilité et même la 
fréquence de ces accidents. On évi- 
tera ainsi de,s erreurs de diagnostic 
regrettables et on pourra instituer 
un traitement bien simple, qui aura 
rapidement raison des symptômes 
alarmants. 

Avec tous les auteurs classiques, 
M. DiTNÈME pense que Vallailement 
au sein, par la mère, est le seul 
rationnel q\iï puisse diminuer la 
mortalité énorme des nourrissoas. 
A Paris, 00 pour 100 des femmes de 
la classe ouvrière peuvent allaiter 
leurs enfants: mais chez celles ipii 
nouriissent, rallatemenl exclusif 
au sein n^ dure pas assez lr»ng 
temps; la sécrétion lactée devient 
insuffisante dans un tiers des cas 
environ, entre le 4' et le 6* mois. 



MEDICATIONS NOUVELLES 



321 



c*5st-ù-dire avant l'appariticn des 
premières dents. Il faut, dans les 
mesures du possible, éviter le se- 
vrage pi*ématuré et l'allaitement au 
biberon,et pour cela instituer l'allai- 
tement mixte avec le lait stérilisé. 
A Va propos, les faits montrent, 
l'utilité des consultations de nour- 
rissons, gui permettent de diriger, 
de conseiller les mères et de peser 
les enfants à époques fixes et de 
prolonger l'allaitement mixte jus- 
qu'à un an au moins. 

La terminaison rapide de Vaccou- 
chement provoquée artificiellement 
dans Véclampsie est considérée par 
un certain nombre d'accoucheurs 
comme dangereuse, parce que la 
moindre excitation (peut produire 
chez l'éclampsique un paroxysme, 
et comme inutile, car l'éclampsie 
fait naître ou active le travail. M. de 
Kelice n'est pas de cet avis et fait 
valoir, en faveur de l'accouchement 
rapide, que l'éclampsie s'arrête le 



plus souvent après la déplétion 
utérine, et qu'en laissant renfant 
dafls l'utérus, on l'expose à la toxé- 
mie qui déjà menace la mère. Les 
statistiques,d'ailleurs, montrent que 
l'accouchement rapide 'donne des 
résultats plus favorables que le trai- 
tement médical simple (15 pour 100 
de mortalit<!, maternelle au lieu de 
30 a 45 de mortalité fœtale, au lieu 
de 60 pour 100). 

Le procédé de choix est la dila- 
tation bimanuello, d'après la mé- 
thode do Donnai re; elle ne nérossito 
aucun insirument et n'expose pas 
aux hémorragies, comme les inci- 
sions de Dûhrsseni. La dilatation 
instrumentale est lente et dange- 
reuse : elle amène souvent des dé- 
chirures du col (|ui ouvrent des 
portes d'entrée à I infection, et qui, 
se cicatrisant irrégulièrement, peu- 
vent être plus tard une cause de 
dystocie. 



MÉDICATIONS NOUVELLES 

SB RAPPORTANT A LA GYNÉCOLOGIE ET A LA PÉDIATRIE 



Méthode simple pour opérer les 
hémorroïdes, (A.-B. Mitchell). — 
La méthode indiquée par Mitchell 
lui a toujours donné de très bons 
résultats depuis plus de quatre ans' 
qu'il la pratique. 

Le sphincter ayant élé dilaté et 
les hémorroïdes placées bien en 
vue, la muqueuse est lavée avec une 
solution de sublimé à 1 : 1,000. Une 
hémorroïde est alors saisie avec 
une longue pince à mors plats : la 
pince à artère de Kocher convient 
très bien pour cet usage. Toute la 
partie de la muqueuse qui fait 
saillie le long dos mor^ de la pince 
est excisée avec des ciseaux. Une 
aiguille courbe armée de calgut et 
trempée dans la formaline est alors 
passée immédiatement au-dessous 
de la pince et le catgut est assujetti 
par un nœud. On applique très rapi- 
dement, une suture continue autour 
de la pince. Celle-ci est alors 
retirée sans difficulté et la suture 
est ensuite serrée en tirant sur les 
extrémités du fil. ChÉfque hémor- 
roïde Cvst traitée de la même ma- 
nière. 

Les avantages réclamés par son 
auteur pour cette méthode sont la 
rapidité très grande de l'opération, 
l'absence de perte de sang, la sûreté 
de l'hémostase en raison de la con- 
tinuité de la suture qui ne peut pas 



glisser. Comme il n'existe pas de 
surface rugueuse, Vintl^stin fonc- 
tionne très rapidement ; en général 
les malades peuvent .se lever au 
bout de la semaine. Enfin il est 
inutile de retirer les sutures, 
celles-ci se résorbant au bout de 
huit ou dix jours. 

Traitement de la métatarsalgie 
par des injections de chlorhydrate 
de .cocaïne» — Dans un cas de 
malàdi*î.' do Morton sans lésions os- 
seuses du squelette du pied, M. H. 
Verger, de Bordeaux, en présence 
de V insuccès de plusieurs traite- 
ments médicamenteux que le pa- 
tient avait subis antérieurement, se 
décida à recourir à des injections 
modificatrices. Afin de préciser, au 
préalable, le point de départ des 
excitations algésiogènes, notre con- 
frère fit d'abord, au niveau du point 
douloureux, une injection de 1 ce. 
d'une solution de chlorhydrate de 
cocaïne à 'i p. 100, en poussant 
l'aiguille jusque sur le plan osseux. 
Au bout de quelques minutes, la 
douleur à la pression profonde avait 
disparu. La crise douloureuse s'étant 
encore reproduite cinq semaines' 
plus tard, M. Verger pratiqua une 
nouvelle injection de cocaïne, et, 
depuis lors, le malade n'a plus souf- 
fert. La seconde injection remontant 
à trois mois seulement, on ne sau- 



322 



REVUE D^OBSTÈTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 



rait, il est vrai, considérer d'ores et 
déjà la guérison comme définitive, 
mais il importe de faire remarquer 
qu'auparavant le patient passait 
rarement une semaine sans avoir 
un accès douloureux et que, peur- 
fois, il s'en présentait jusqu'à qua- 
tre ou cinq dans la même journée. 
Quoi qu'il en sOit, le fait mérite 
d'ôiro signalé que la métatarsalgie 
est, le plus souvent, rebelle à tout 
trailement. 

Traitement de répistazis par le 

Dr Kraus. — Lorsque je me trouve 
en présence d'un malade qui saigne 
du nez, je lui comprime le nez en 
pressant les ailes du nez contre la 
cloison. Ceci se fait très simplement 
au moyen du pouce et de l'index de 
la main droile. La compression doit 
être maintenue suivant les cas pen- 
dant 5, 10, 15 minutes et davantage 
si le cas l'exige. L'aile du nez s'ap- 
pliquera de celle façon tout naturel- 
lenienl sur l:i partie saignante qui 
P.C Irouvc 87 fois sur cent juste en 
lace et formera tampon. 

\V)us arriverez toujours, de cette 
façon, à arrêter au moins lemporai- 
reincnt l'hémorragie pour une du- 
rée qui vous permettra de procéder 
à la seconde nartie du traitement 
que j'ni l'honneur de vous exposer. 
Klle consiste à introduire une boule 
de colon hydrophile de la grosseur 
d'une noisette et imbibée de la so- 
lution suivante : 
Adrénaline chlorhyd. 

(solution au milhème) 1 gramme 
Chlorhydrate de cocaïne 10 cent. 

Ceci fait, je comprime de nou- 
veau pendant 3 ou 4 minutes, puis 
j'enlève le coton et j'inspecte l'in- 
térieur du nez. La muqueuse nasale 
est devenue blanche sous l'influence 
pe l'adrénaline et de la cocaïne. 
Elle ne saigne plius ^t l'on peut 
même se risquer à enlever au coton 
des caillot.s de sang qui pourraient 
gêner la vue. L'inspection de la par- 
lie antérieure de la cloison nasale 
révèle presque dans to"us les cas 
les lésions qui ont déterminé l'épis- 
taxis et c'est alors que je cautérise. 
Je me sers de préférence de l'acide 
trichloracélique ou de l'acide azo- 
tique pur. 

L'emploi du galvano-cautère ne se 
recommande pas, même si vous l'a- 
viez à voire di.sposition. 

Pour obtenir une cautérisation et 
non une nouvelle hémorragie, il 
faudrait que le galvano-cautère ne 
chauffât que très peu et que vous le 
reliriez chaud du nez. Dans le cas 
contraire, oii vous le laisseriez re- 
froidir avant de le retirer, le cau- 
tère adhérent JX l'escharre s'enlè- 
verait en môme temps que -celle 



dernière et une nouvelle hémorra- 
ijie en Tésult^rait. La cautérisa- 
tion faite, je place un petit tampim 
de coton dans le vestibule du nez de 
mon malade et l'opération est ter- 
minée. 

Je vous ai dit qu'une des condi- 
tions essentielles de réussite con- 
sistait h comprimer le nez suffisam- 
ment longtemps. La compression 
digitale prolongée fatigue le médecin 
aussi ai-je fait, construire par la 
Maison Nfathieu, la pince automa- 
tique à branches croisées et mu- 
nies de tampons de caoutchouc qui 
lemplace avantageusement les doigts 
Cette pince tient d'elle-même au nez 
du malade, comprime sans douleur 
d'une façon très suffisante et peut 
rester en place aussi longtemps que 
nous le jugeons utile. 

Traitement des crevasses du sein. 

— Un des meilleurs moyens et des 
plus simples pour panser les crevas- 
ses du sein est de les recouvrir de 
compresses d'eau boriquée. Celles-ci 
seront préparées t l'eidc de quelques 
épaisseurs de gaze slôrilisée imbibée 
d'eau boriquée à 40/10(^0. Recouver- 
tes de taffetas gommé et de coton, 
maintenues par une bande de flanel- 
le, elles resteront en permanence 
sur le sein. Avant la tétée, on net- 
toie le mamelon avec un tampon de 
ouate aseptique imbibée d'eau bouil- 
lie. Après la tétée, nettoyage du ma- 
melon et de l'aréole, à l'aide du co- 
ton sec, puis application du panse- 
ment borique. De tous les traite- 
ments, c'est celui qui donne les 
meilleurs résultats. 

Au lieu d'eau boriquée, on peut 
employer le sublimé (0,20 pour 1000), 
comme le f ai. sait Tarnier. Des ac- 
cidents d'hydrargyrisme, grâce ù 
celle méthode, se peuvent produire 
chez la mère ; l'eau boriquée est de 
maniement plus aisé. 

Les crevasses sont-elles doulou- 
reuses, on les fait badigeonner cinq 
minutes avant les tétées avec un 
pinceau imbibé d'une solution de 
chlorhydrate de cocaïne h, 1 p. 20, 
puis on recouvre avec un petit dis- 
que de coton imbibé de la même so- 
lution. Au moment de mettre l'enfant 
au sein, lavage à l'eau bouillie, de 
façon à éviter l'intoxication du bébé 
par la cocaïne. 

On peut encore employer la pom- 
made suivante : 

Menthol 50 ccnligr. 

Chlorhydrate de co- 
caïne 50 cenligr. 

Salol pulvérisé 2 grammes 

Lanoline 25 grammes 

Vaseline 25 grammes 

A appliquer 1/4 d'heure avant les 



FORMULAIRE 



323 



1^1(565. Au moment de la lélée, la- 
ver le m me i Oïl avec soin ù l'eau 
boyUlie. 

Le mélange suivant pourra aussi 
être employé : 

Glycérine ..,, 30 grammes 

Liqueur de Van Svie- 

ten 30 grammes 

(Lepage) 

Appliquer au niveau du mamelon 
et de raréofe, un petit rond de linge 
fisepliqufî inihi^bé de ce mélange. 
Mieux vaut encore ne l'appliquer 
que 1/t fl'hflure avant les tétées, le 



reste du temps étant rempli par les 
applications d'eau boriquée. Lavage 
naturellement indispensable avant 
les tétées. 

La composition suivante, nous a 
donné, employée de même, de nom- 
breux succ(>s : 
Huile d'amandes douces... 10 gr. 

Teinture de benjoin 10 gr. 

Gomme arabique 4 gr. 

Stériliser et ajouter : 
Acide phonique gr.25 

[Journal des praticiens^ juillet 1903.) 



FORMULAIRE 



m 

Les gerçures du sein. 
{tiAi L\RD ET Rué) 

Lf^nr.'ijit <vl mis au sein dans les 
vingt nufitre tifures ou trente-six 
h*^urtM qui suivent la délivrance. 
Tïùè te momeikl, les précautions les 
plus NI i nu lieuses s imposent pour 
ne pà"^ infctloj- les canaux galac- 
lopluiros. 

On né devra iamais toucher les 
Bcîntj tpraprè^ lavage des mains. 
Avant et après chaque tétée, la 
mère se Inveru les seins avec un 
tampon de colon imbibé d'eau bori- 
quée I>ans J'intervalle des tétées, 
une rornpresfif bouillie dans l'eau 
boriquée el rerouverte d'un tafTetas 
gommé sera maintenue en perma- 
nence pur les seins à l'aide d'un 
biinda^P *^^ corps. Les compresses 
huujidet* valent mieux que le colon 
ï«ec qui colle au bout du sein et 
peul am**nï»r rarrachement do lam- 
beaux épiilermiques. 

Malgré toiil. beaucoup de primi- 
parcR ont des gerçures et des ger- 

Sure^ douloureuses, la succion est 
ouloureusfS et la porte d'entrée 
.Tux in Tec lions est ouverte. Il faut 
donc Ira lier ;uec soin ces ulcéra- 
tions. Un peut employer les topiques 
suivants : 

1. Glycérine P. E 

Liqueur deVan Swieten. P. E 

iJ. Kau de roii?e8 40 gr. 

filjcérine ,... 20 gr. 

Borate de ^oude 8 gr. 

Teinture de benjoin 12 gr. 

tu. OrlUcifurim? pulvérisé. 

Orthoforme e» solution alcoolique 
itaturée. 

iV; Glycéïine 10 gr. 

Tannin 1 gr 

Extrait de cannabis 
indîca gr. 60 



Brindeau préconise le Irailemcnt 
suivant: 

\° C.ocaïniser le bout du sein; 

2^ l'Yolter le mamelon avec un 
tampon imbibé d'élher ; 

3" Toucher légèrement les cre- 
vasses avec de la teinture d'iode : 

4' Saupoudrer dans I intervalle 
des tétées, les crevasses avec du 
bicarbonate de soude ; 

5- Si l'enfant présente des lésions 
buccales) lui nettoyer la bouche 
avant la tétée ou faire usage de 
bouts de seins en verre. 

Potion contre les métrorrhagies. 

(LUTAI'D). 

Extrait de chanvre indien.. 1 gr. 
Extrait liquide de seigle ergoté 4 gr. 
Extrait liquide d'hamamelis 15 gr. 

Teinture de cannelle 15 gr. 

Eau distillée 30 gr. 

Une cuillerée à café trois fois par 
jour. 

L'indigo comme emménagogue. 
(J.-L. Jones). 

L'auteur s'est servi avec succès, 
dans 14 cas d'aménorrhée, de l'in- 
digo proposé, comme emména- 
gogue, par S.-L. Gount en 1887. Il 
n'a échoué que dans un cas, et 
encore la femme était-elle enceinte : 

Indigo 60 gr. 

Sous-nitrate de bismuth... 15 gr. 

^lêlez bien. — A prendre, 3 fois 
par jour, ur\e demi-cuillerée à. café 
dans un tiers d'eau sucrée. 

Contre la vaginite aigué. 

(Lu TAU D.) 

Glycérine neutre 250 gr. 

Acide tannique 50 gr. 

Laudanum cle Sydenham 10 gr. 
Une cuillerée à soupe par litre 
d'eau tiède, pour injections malin 
et soir. 



Vs^"^' 



354; 



REVUE D*OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 



Contre le masque de la grosseBse 

(MONIN) 

Laver matin et soir le visage avec 
quelques gouttes du vinaigre suivant 
sur une serviette mouillée : ' 
Vinaigre aromatique du 

codex 80 gr. 

Teinture de benjoin sa- 
turée à chaud 30 — 

Acide chrysophanique . . 1 — 
Essence de reine-des- 

prés XJCX gt. 

Formule de pommade. 

Beurre de cacao . • . . Uâ 10 gr. 

Huile de ricm ) ^ 

Oxyde de zinc — 20 

Précipité blanc 0—10 

Essence de ro»e .' X gtt. 

M. (Pour onclion$ matin et soir). . 

La cornutiae contre les môtror- 
rhagies. (Lutaud). 

Suivant l'exemple de Meisels j'ai 
employé la cornutine dans les mé- 
trorrhagies de la métrite chronique 
en l'associant à l'ergoline. 

Cornutine gr. 10 

Ergotine 2 — 

Conserves de- roses Q. S 

pour 40 pilules ; une toutes les 
4 heures jusqu'à cessation de la 
métrorrhagie. 

Acné chez une jeune fille à l'é- 
poque de la puberté (Dauchez). 

V Chjjque jour au repas de midi, 
la malade prendra dans un peu de 
pain à chanter une des prises sui- 
\vantes : 

Colombo pulv 1 gr. 

Safran pulvér 1 gr. 

For réduit par l'hydrogène 1 gr. 
Aloès 0,50 cent. 

M. s. a. et divis. en dix prises. 
Dix jours de traitenienl, suivis de 
dix jours de suspension, pendant 
lesquels on entretiendra le soir la 
liberté du ventre à l'nide de l'eau 
purgative. 

2* Chaque soir, des lotions d'eau 
savonneuse seront pratiquées avec 
de l'eau très chaude. 



3' Le lendemain matin, le Iront, 
le nez, le menton et les régions 
atteintes seront frictionnées soit 
avec de l'eau de Cologne, soit avec 
la solution suivante : 

Ether sulfurique 15 gr. 

Borate de soude 10 gr. 

Eau , 250 gr. 

4' On exclura du régime les 
crustacés, les salaisons, les viandes 
fumées, les crédités, le radis noir, 
elr. Le lait et la viande crue seront 
conseillés contre la dyspepsie. 

Bronchite oongestlve chez un 

jeune enfant. (A. Ferrand.) 

1' Tenir l'enfant emmailloté dan» 

un lar^e cataphisme de farine de lin 

qui lui couvre toute la poitrine, et 

Î[u'on recouvrira de ouaie el de taf- 
étas gommé, en ayant soin de le 
maintenir au moyen d'épaulettes, 
bien appliqué sur la peau sans écart 
possible. 

2* Le cataplaBme,renouvelé toutes 
les six ou nuit heures, sera main- 
tenu en permanence ou bien rem- 
placé par une onction grasse, farte 
au moyen d'huile d'amandes, de 
beurre de cacao,de baume tranquille, 
et recouverte d'une bonne couche 
d'ouate. 

S** On donnera à l'enfant, toutes 
les deux heures environ, une cuil- 
lerée de sirop de guimauve addi- 
tionnée dune goutU de teinture de 
racine d'aconit. 
4« Si l'enfant est d'âge un peu 

f)lu8 avancé, on pourra lui donner 
a potion suivante : 
Infusions de fleurs d'oranger 80 gr. 

Sirop diacode.. 20 gr. 

Teinture d'aconit 0.50 c. 

Teinture de jusquiame l gr. 

une cuillerée à dessert toule.«i les 
deux heures environ. 

Lavement contre la dysenterie 
infantile. 

Cachou 8gr. 

Extrait de noyer. : 2 gr. 

Extrait de campéche 3 gr. 

Eau O-S. 

M. 
(Faire précéder d'un lavement 
simple.) 



V. FCimOUX, MAÇON 



GYNÉCOLOGIE 



UN NOUVEAU CAS DE MÉTRORRAGIE, D'ORIGINE SYPHI- 
LITIQUE. DÉGÉNÉRESCENCE SCLÉRO-KYSTIQUE DES 
OVAIRES. ORIGINE SYPHILITIQUE PROBABLE DE CETTE. 
DÉGÉNÉRESCENCE, 

par le D"^ OzENNE, chirurgien de Sainl-Lazare. 

J'ai déjà eu l'occasion de vous faire deux communications ayant 
trait à la syphilis tertiaire des organes génitaux internes de la 
femme. 11 s'agissait d^ métrorragies d'origine nettement spéci- 
fique (1). Permettez-moi de vous les rappeler en quelques mots. 

La première de ces oonununications, qui remonte à l'année 1898, 
compremait les observations de deux femmes, atteintes d'hémor- 
ragies utérines rebelles aux traitements ordinaires et de petites 
tumeurs scléreuses des ovaires. Chez l'une, syphilitique méconnue, 
les ovaires furent enlevés ; les hémorragies ne se reproduisirent 
pas, il est vrai, mais dans laj suit© d'autres accidents ne cédèrent 
qu'au traitement iodo-mercurial. L'idée nous vijit alors que les 
métrorragies étaient probablement d'origine syphilitique. 

Chez l'autre malade ce traitement eut pour résultat de supprimer 
lés hémorragies, contre lesquelles un curetage, fait par un accou- ■ 
chelir des hôpitaux, avait éch'oiié et d'isunener une diminution de 
volume des ovaires. Cette malade, lymphatique et obèse, a continué 
le môme traitement, chaque anjiéo pendant plusieurs mois, jusqu'en 
juilM 1901. En avril 1902, elle est devenue enceinte, et, quoique, 
pendant sa grossesse, elle se soit abstenue de toute médication (ce 
que nous ne lui aurions pas conseillé, si nous avions eu l'occasion 
de la voir), elle a accouché à terme d'ujie fillelLe bien constituée. 
Quatre mois après l'accouchement j'ai revu cette dame, dont la 
santé était bonne. Quant à l'enfant, il était petit sans toutefois être 
chétif. 

Au mois de décembre 1901 je vous en ai rapporté une nouvelle 
observation (2), recueillie sur une femme de 42 ans qui, pendant 
vingt ans, n'avait présenté aucun accident spécifique. Chez cette 
malades, dont les ovaireB n'offraient pas apparemment d'augmen- 
tation de volume, des hémorragies abondantes pendant six 
semaines n'ont cédé qu'à l'emploi des frictions mercurielles ; 
l'usage en a ét«é continué à plusieurs r^rises et aucun accident 
n'est survenu depuis. 

L'année dernière j'en ai observé et traité un nouveau cas, que je 
vous demande de résuma rapidement : « Il s'agit d'une jeune 
femTïie de 29 ans, dont la menstruation avait toujours été normale 

(1) OzENNE. — Deux cas de svphilome des ovaires avec mêlrornigies. 
{Bull. Soc. Méd., IX' arrond,, t. XV, p. 141, m)8.) 

(2) OzENNE. — Un nouveau cas d'hémorragie utérine syphilitique, angio- 
sclérose utérine probable de la région cervicale. (Bull. Soc, Mcd ^ IX* 
arrondis., L X\III, p. i93, VJOL} 

21 



3o6 REVUE D*OBSTÉTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 

jusqu'à son mariage, en 1894, qui fut bientôt suivi d'une fausse 
couche. Depuis cette époque sa santé a laissé fort à désirer, 
quoique aucun symptôme de maladie bien caractérisée n'ait été 
relevé. Mais cette femme, autrefois forte, se sentait souvent faible 
et parfois languissante ; de plus les règles avaient été régulières ; 
elles re!iardai<Ait fréquemment de quatre à cinq jours sur l'époque 
à laquelle elles <iuraicnt dQ paraître et souvent elles se prolon- 
geaient pendant huit à dix jours, c'est-à-dim un laps de temps 
double de ce qui avait lieu avant le mariage. Entre temps il n'était 
môme pas rare de voir so montrer un suintem^fflit sanguinolent. 

Depuis une année de véritables hémorragies faisaient irruption 
deux fois par mois et, lorsque j'ai été appelé à visiter (jette malade 
avec M. le D' Guillaume, de Nantaire, ces pertes de sang n'avaient 
pas cessé depuis plusieurs semaines. 

13 mai 1902. — La malade est pâle, fatiguée et dit avoir notable- 
ment maigri dans les derniers mois. L'examen général ne révèle 
rïea qui puisse avoir quelques rapports avec le métrorragies. 
L'utérus et les ovaires sont» les seules organes à mettre en cause. 

La palpalion des fosses iliaques, indolente à droite, un peu 
douloureuse à gauclie, démontre que les ovaires sont augmentés de 
volume. L'utérus occupe la ligne médiane et paraît peu volumineux. 
Au toucher vaginal on trouve le col mou, légèrement entr'ouvert ; 
de sa cavité sort un peu de sang ; le corps, en rétroversion, est 
mobile, dur et sans altération appréciable. Les culs-de-sac sont 
libres et souples. Toucher rectal négatif. Le cathétérisme utéfin, 
que je pratique quelques jours plus tard en plaçant une tige de 
laminaire, donne huit centimètres comme profondeur de la cavité. 

Le 20 mai le curetage est pratiqué après exploration de ctette 
cavité, dont la muqueuse donne une sensation veloutée, mais non 
fongueuse, ce qui fait douter du succès de l'intervention. Elle a 
lieu sans incidents consécutifs et pendant trois mois nous croyona 
à la guérison, car les règles ont reparu à époque fixe et peu pro- 
longées ; mais, à. partir du mois d'août le suintement sanguin 
revient, sinon aussi abondant qu'autrefois et d'une fajçon continue, 
du moins ù intervalles assez rapprochés, prenant chez cette 
malade le caractère intt-rmittent qui est assez fréquent, lorsque la 
pathogénie doit en être rapportée à une lésion ovarienne plutôt 
qu'utérine. 

Ne pouvant soupçonner comme cause de ces hémorragies qu'urte 
syphilis, silencieuse sous tous les autres rapports, et encouragé 
dans cette idée par la relation de quelques accidents antérieurs 
définis chez le mari de cette malade, nous avons prescrit d*al)ord 
des frictions mercurielles pendant une période d-e trois mois avec 
suspension de quelques jours chaque mois, puis trois pilules de 
sublimé par jour pendant les premiei's mois de cette année. 

Sous l'influence de cette médication les métrorragies ont cessé de 
se produire et depuis le mois de janvier la menstruation a repris 
son cours normal et régulier ; l'éliat général s'est rapidement relevé 



UN CAS DE MÉTRORRAGIE 357 

et la malade a not€Lblement engraissé. Quant aux ovaires, ils sont 
diminué de volume^ tout en restant néa,nmoins facilement percep- 
tibles par la palpation abdominale. » 

Cette observation est le quatrième exemple d'hémorragie utérine, 
d'origine syphilitique, que j'^i eu à traiter depuis 1898. (Je laisse 
de côté les hémorragies observées comme manifestation secon- 
daire, que j'ai assez souvent notées chez des malades de Saint- 
Lazare et tout récemment encore chez Tune d'elles, atteinte d'une 
érosion du col qui n'a cessé de saigner qu'après l'emploi des fric- 
tions mercurielJes.) 

L'analyse de ces observations et des faits coUigés par notre 
collègue et ami T. Barthélémy, dans un mémoire publié^ en 1900, 
sous le titre de : Syphilis tertiadre acquise ou tiéréditaire, des 
organes génitaux inllemes de la femme, et le succès thérapeutique, 
obtenu par la médication mercurielle en ces circonstances, permet- 
tent d'affirmer que ces hémorragies relèvent bien de la diathèse 
spécifique. Mais, cela établi, on doiti rechercher Quelles sont les 
lésions dont dépendent ces hémorragies et dans quel organe elles 
siègent. Est-ce dans l'utérus ? Estrce dans les ovaires ? 

Lorsque je vous ai rapporté mes deux premiers cas, dans lesquels 
les ovaires étaient malades, j'avais mis en cause ces organes et 
pour cette raison j'avais ainsi libellé ma communication : Deux cas 
de sypfiilome ovarien. Le nouveau fait, que je viens de vous com- 
muniquer, serait encore en faveur de cette interprétation, que l'on 
ne pourrait pas accepter pour ma troisième observation, puisqu'on 
n'a perçu aucune lésion apparente des ovaires. 

On devrait donc en conclure que ces hémorragies sont dues 
.antôt à une là^on de l'utérus, tantôt à une lésion des ovaires. Je 
ne sais trop si l'avenir viendra confirmer ces conclusions et donner 
raison aux auteurs qui défendent cette double pathogénie. Actuel- 
lement la question ne peut être tranchée, car, d'une peirt, la palpa- 
tion ne permet pas toujours de se.ntiii des ovaires peu altérés 
quoique scléreux, et, d'autre parti, on n'a encore eu qu'une fois 
l'occasion de faire l'examen histologique d'un utérus. Or, dans ce 
cas, qui a été publié par M. P. Petit, il existait bien une angio- 
sclérose de l'utérus, mais cet organe n'était pas seul medade, les 
trompes et les ovaires avaient subi la dégénérescence scléreuse. 

La lésion primitive serait une altération vasculaire, une artério- 
sclérose, favorisée dans son développement peir un terrain arthri- 
tique ou neuro-arthritique, mais empreinte d'un cachet spécifique, 
car, si l'arthritisme, dont le pouvoir sclérogène n'est pas contes- 
table, était seul la cause de ces altérations vasculaires et de ces 
scléroses utéro-ovariennes, les métron-agies chez les arthritiques 
non syphilitiques devraient ôtre fréquentes, ce qu'on .n'observe pas. 

D'ailleurs, je ne veux pas m'ét^ndre aujourd'hui sur cette ques- 
tion des scléroses utérines, qui peuvent reconnaître d^ causes 
tantôt locales, tantôt générales. Dans l'espèce les lésions ova- 
riennes me semblent prépondérant^fs. Peut-être sont-elles les seules 



'358 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 



qui do'. eut entrer en ligne de compte dans la pathogénie de ces 
hémorragies ? Les modifications régressives qu'elles subissent sous 
l'influence du tr-aitement spécifique plaideraient ^i faveur de cette 
opinion. Il en ressort tout du moins que la syphilis n'épargne pas 
les ovaires et qu'elle doit prendre place parmi les constitutions mor- 
bides et parmi les taises constitutionnelles, que l'on a considérées 
comme favorables à la production de la dégénérescence scléro- 
kystique de ces organes. 

Il est possible môme qu'elle en soit une cause assez fréquente, 
soit qu'elle ait été acquise, soit qu'elle ait été transmise par l'héré- 
dité. Bien que je me propose d'étudier et de traiter plus tard en 
détail cette question, je tiens dès aujourd'hui à faire remarquer que, 
dans les observations d'ovaires scléro-kystiques pubUées par 
les auteurs, un certain nombre des malades avaient présenté anté- 
rieurement des manifestations syphilitiques ou avait eu plusieurs 
fausses couches inexpliquées, et chez la plupart d'entre elles on 
av£ût noté que les hémorragies, avant d'être abondantes, s'étaient 
montrées d'abord à l'occasion des règles, puis ensuite dans leur 
intervalle sous la forme de petites pertes se répétant sous les trois 
ou quatre jours, et qu'enfin elles avaient résisté à différents trai- 
tements et au curetage. 

C'était une indication de tenter le traitement mercuriel avant de 
recourir à la laparotomie, comme on l'a fait jusqu'à ce jour. Les 
faits, que j'ai rapportés, me semblent de nature à encourager dans 
cette ligne de conduite et, si la médication spécifique est suivie de 
succès, comme nous avons été heureux de le constater, on sera 
définitivement autorisé, quoiqu'on ne puisse éliminer Taction d'une 
lésion possible des artères de l'utérus, à considéTer la syphilis 
comme Vune des causes de la dégénérescence scléro-kysiique des 
ovaires. Il y aura donc lieu de réformer en partie ce Jugement, ainsi 
formulé par Bouilly : (( Rien jusqu'à présent ne mè parait suffisam- 
ment démonstratif pour faire accepter la classe des ovarites de 
cause générale 

(( Il me paraît nécesaire d'admettre : 1® que Tovarite scléiT»- 
kystique est d'origine infectieuse ;• 2° que Tinfection vient do 
l'utérus... ; 3<> qu'il s'agit d'une infection lente, chronique, de viru- 
lence atténuée... (1). » 

Peut-être même un jour, arrivera-t-on à démontrer que la même 
dégénérescence qui atteint les mamelles, les testicules et les reins 
est aussi imputable à la syphilis. Nous ne pouvons encore apporter 
aucun fait servant à la démonstration de cette conception, en ce 
qui concerne la mamelle et le testicule, mais, pour le rein, s'il 
n'existe pas d'observation prouvant que cette dégénérescence est 
une conséquence de la syphilis, nous n'en devons pas moins rap- 
peler, comme document important au dossier des lésions rénales 
chez les hérédo-syphilitiques, les belles observations de trois frères, 
hérédo-syphilitiques, porteurs de reins polykystiques, récemment 
publiées par le D' Bar, dans la Revue de « Li Syphilis » (2). 



DES PTOSES 359 



ETUDE SUR LES PTOSES GÉNITALES 

Parle D'^Reynier, chirurgien de l'Hôpital Lariboisière. 
(Siiile, voir page 237). 



THÉRAPEUTIQUE 

Nous trouvons des arguments pour le^ idées que nous avons 
soutenues en comparant les résultats obtenus par les différents 
traitements institués contre les ptôses. 

Je n'ai toutefois pas la prétention de les passer un à un en revue. 
S'il ne s'agissait que d'une ptôse je le ferais; mais mon rapport n'a 
pas eu pour but d'étudier chaque ptôse en particulier, mais seule- 
ment ia ptôse en général, et je ne dois rester ici que sur des vues 
d'ensemble. 

11 exister contre ces ptôses deux traitements : un général, un local. 

Le traitement général auquel on a été conduit empiriquement 
réside surtout dans le.si massages, l'hydrothérapie, la bonne 
hygiène, le repos, la vie au grand air. 

PtLiscs visc<^rales, ptôses articulaires, ptôses vasculaires, toutes 
h»5n6ncient de cette thérapeutique. Tous les auteurs sont unanimes 
à !e rcconiiîillre. Ne voyons-nous pas en effet l'hydrothérapie, les 
massages rendre des services dans l'Entéroptose, la dilatation 
stomaaile, les ectopies rénales, les hépatoptoses ? Le massage 
n'est-il pas cEicore dans ces ptôses un adjuvant précieux du trai- 
tement; et diins ces derniers temps à la suite de Thure-Brandt 
on a vu avec succèsi masser des débuts de prolapsus et des 
rt^troversioi^s utérines. 

Pour les ptôses articulaires l'utilité de ce traitement général est 
encore moins discutable. 

Tout le monde est d'accord pour reconnaître que ce qui arrête le 
mieux les pro^'rès d'une scoliose c'est le massage, la bonne hygiène, 
In vie au grand air, l'hydrothérapie, la gymnastique. Si nous nous 
occupons des ptôses vasculaires, nous voyons encore que l'hydro- 
thérapie, les médicaments qui peuvent réveiller la tonicité de la 
îlbre lisse sont les agents les plus actifs du traitement. 

D'autre part, nous savons quelle importance a la suppression de 
Tûlcool dans le traitement des variqueux. Verneuil avec reiison 
avait montré que celui-ci agissant sur le système nerveux était 
un des fuctonrs les plus puissants du trouble trophique qui amenait 
varices et ulcères variqueux. 

Or ce traitement général ainsi compris ne doit réussir que parce 
qu'il tonifie l'i^conomie générale, et agissant par conséquent sur le 
système nerveux, lutte contre cette débilité congénitale ou acquise, 
h laquelle sont dues toutes ces ptôses. 

En voyant ce traitement identique formulé contre toutes leg 
ptôses circulaires, viscérales, vasculaires, et réussir quelle que soit 
la ptôse, nous trouvons un argument pour admettre qu'il n'y a 



360 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

qu'une cause unique contre laquelle le traitement est dirigé, qui 
préside à leur genèse. 

A côté du traitement général, avons-nous dit, existe le traitement 
local. 

Celui-ci est orthopédique ou chirurgical. Dans Torthopédie nous 
trouvDns tous les appareils, toutes les ceintures, tous les bandages 
destinés à soutenir les organes prolahés, et à chercher en les remet- 
tant en place, à les y maintenir. 

Pendant longtemps ces bandages ont été la seule thérapeutique 
locale opposée aux ptôses. Si on de la tendance à la délaisser pour 
l'acte chirurgical, toutefois il ne faut pas Tabandonner, car, quel 
que soit le minimum de risques que fait courir l'opération, elle 
est moins dangereuse et peut rendre des services. 

Pour les ptôses articulaires, nous voyons avec les corsets rigides 
en cuir moulé, en plâtre, chercher dans la scoliose à redresser la 
colonne vertébrale, et redressée, à l'empôcher de se dévier davan- 
tage dans le genu valgum, avec les appareils à attelle rigide 
chercher à limiter la déviation, et chercher progressivement à la 
corriger par un redressement lent et progressif Or si tous ces 
appareils ont de plus en plus été relégués au second plan, et cèdent 
de plus en plus le pas au redressement rapide par les appareils 
suspenseurs de Sayre pour la scoliose à l'ostéotomie ou à Tostéo- 
clasie pour le genu valgum, il n'en est pas moins avéré que ces 
appai'eils ont leur utilité; que mis régulièrement, on arrive si ce 
n'est à coniger les déviations, comme on le croyeiit autrefois, tout 
au moins à les arrêter. Or si on arrête ces déviations par des 
appaieils qui ne peuvent que lutter contre Faction musculaire et la 
pesanteur, c'est que la cause de la déviation réside en dehors du 
système osseux; que la déformation de celui-ci comme nous l'avons 
dit plus haut est consécutive à la déviation, et n'est pas facteur de 
cette déviation. Car si la cause primitive résidait dans l'os, malgré 
tous les appareils l'os continuerait à se défor-mer, et ceci me fournit 
un argument en faveur de cette théorie névro-musculaire, — de la 
scoliose essentielle — qu'avait déjà émise J. Guérin, à la suite de 
May or, Delpech-Boyer, et que je viens de nouveau de défendre 
devant vous. 

Pour les ptôses viscérales l'orthopédie nous fournit des bandages, 
des pelotes, qui agissent soit en soutenant directement l'organe, 
comme les pcssaiics pour les prolapsus, soit en fermant une déchi- 
rure de la paroi abdominale (bandages herniaires), soit en doublant 
la sangle abdominale antérieure insuffisante, par une sangle 
élastique. 

Cette dernière action est de beaucoup la plus efficace, et on peut 
.^'en rendre compte en analysant l'action de ces ceintures abdomi- 
nales de toute nature proposées pour l'entéroptose, la splenoptose, 
l'hf'^patoptose, l'ectopie rénale. 

Dajis le principe, h ces ceintures en tissu élastique on avait adjoint 



DES PTOSES. 361 



des pelûtea qui devaient s'appuyer sur le viscère prolabé, le réduire 
et le soutenin 

Or on s'est aperçu vite que ces pelotes utiles pour boucher un 
trou^ pour renforcer une partie faible de la sangle abdominale, 
comme dans les éventrations, les hernies, ne servent à rien contre 
les ptôses des viscères, flottant dans la cavité abdominale. 

S'il est très difficile pour un médecin d'appliquer ces pelotes, il 
est encore plus difficile pour le malade de le faire, et vous avez pu 
tous comme moi constater que jamais elles ne sont régulièrement 
placées. Ce n*est donc pas par la pelote que la ceinture soulage, 
mais parce qu*elle remplaxîe une sangle abdominale insuffisante, 
par une sangle artificielle élastique. 

Rien ne démontre mieux que ce soulagement obtenu par les cein- 
tures, combien la faiblesse de la paroi abdominale, disons le tonus 
musculaire insuffisant des muscles abdominaux, joue le rôle prin- 
cipal dans la genèse de ces ptôses. 

Mais cefi ceintures sont difficiles à bien appliquer, et à suivre les 
contours de Tabdomen; elles nécessitent le port de sous-cuisses 
que les malade^ ont de la difficulté à mettre. Dans ces conditions 
elles se déplacent, et les malades n'en retirent plus le bénéfice 
qu'on ô\.a\i en droit d'espérer. 

Pour ces raisons je crois avantageux de remplacer pour ces 
ptôses abdominales les ceintures par le port d'un corset dont l'idée 
première a été donnée par notre collègue et ami le D' d'Hotman de 
Villiers : ce corset a la forme d'un de ces corsets dits nouveaux, qui 
prennent hicn les hanches, et dont le buse antérieur descend 
presque jusqu'au niveau du pubis. Il se lasse par-devant, en com- 
mençant t^ seri'er le lacet de bas en haut, jusque dans la région 
épi gastrique où l'on serre un peu plus lâche. L'abdomen ainsi se 
trouve remonté, et les organes abdominaux comprimés unifor- 
mément 

J'm été frappé de voir qu'on obtenait avec ce corset des résultats 
bien plus constants et durables qu'avec les ceintures habituelles. 
Je Tavais recommandé h plusieurs malades atteintes d'ectopies 
rénaJes avec dilatation stomacale, entéroptose, et toutes après essai 
de ce corset me sont revenues en chantant ses louanges, et disant 
qu^elles no souffraient plus. Pour quelques-unes le résultat était 
tellement complet qu'elles ne voulaient plus entendre parler d'opé- 
ration, que j*avais préalablement proposée. . 

Tout ceci viendrait donc démontrer l'importance, sur laquelle 
f insiste t^nt, de l'intégrité de la sangle abdommale. 

î! nous reste à examiner les résultats du traitement chirurgical 
auquel en dernier lieu on doit avoir recours, lorsque le traitement 
orthopédique a échoué. 

Celuî-ci se propose de redresser et remettre les organes en place, 
et une fois remis en place de les maintenir. 

Pour les ptôses articulaires, telles que le genu valgum, la tar- 
ealgîe, les luxations paralytiques, le programme peut en grande 



362 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

partie être réalisé. En effet, pour remettre les os en position, on CBt 
obligé d'avoir recours aux ostéotomies, aux ostéoclasies ou aux 
résections et par lé fait des cals qu' s'ensuivent, des ankyloses 
fibreuses qui en résultent, la mise en place des surfaces osseuses se 
maintient. 

Pour les ptôses viscérales, il n'en est plus de môme aussi faci- 
lement. 

Si nous voulons en effet maintenir en place un organe flottant 
diuis la cavité abdominale, tel que le rein, le foie, la rate, l'utérus, 
nous ne pouvons y arriver qu'en créant des adhérences; qui le 
retiennent fixé contre un point de la paroi abdominale où il doit être 
en situation normale, ou contre un point voisin de cette situation. 

Mais ces adhérences constituées par du tissu fibreux, auront, 
comme les ligaments, tendance à se laisser allonger par l'action de 
la pesanteur, s'ils n'ont pas une paroi musculaire suffisante pour 
les soutenir. Et c'est en effet ce que nous voyons et ce que nous 
indique encore la grande variété des procédés émis pour créer ces 
adhérences. 

Que ce soit le rein, le foie, la rate, on a commencé per se con- 
tenter de fixer l'organe au moyen de sa capsule propre à la paroi 
abdominale (opération de Gérard-Marcliant, de Richelot pour le 
foie, de Hahn, de Bassini pour le rein, de Tuffier pour la rate). Mais 
les adhérences ainsi obtenuos^dans un certain nombre de cas suivis 
se sont laissés allonger et l'organe est redevenu mobile, 
dant un point de la surface de l'organe ectopié, point qu'on doit 

On a cherché à rendre ces adhérences plus résistantes en dénu- 
mettre en contact avec la paroi abdominale (opération de Lanne- 
longne, de Faguet pour l'hépatoptose, de Tuffier pour le rein 

Or ce procédé que j'ai employé pendant longtemps pour le rein 
mobile). 

mobile m'a donné quelques insuccès; j'ai vu le rein s'abaisser; or, 
ce que j'ai vu, d'autres l'ont vu probablement; car c'est ce qui a dû 
comme moi les faire recourir aux points de suture traversant le 
tissu de l'organe, et venant l'appliquer contre la paroi abdominale, 
procédé de Guyon pour le rein, de Legueu pour le foie, de Tuffier 
pour la rate, de Picqué pour l'utérus. 

Tons c-os procédés n'ont pas encore paru suffisants à M. Depage 
de Bruxelles, puisqu'il proposait encore dans l'hépatoptose la 
résection d'une portion de la paroi abdominale, pour remédier à 
son relâchement ! Mais diminuez sur un point une sangle qui a 
perdu son élasticité, elle cède sur un autre, et l'opération ne me 
paraît pas devoir être très recommandable. Il en est ici comme des 
hernies de faiblesse, où quand on a rétréci l'anneau, on a toujours 
(\ craindre de voir au-dessus du point renforcé la paroi abdominale 
(le nouveau céder, et une nouvelle hernie, ou une tendance à Téven- 
tration se produire. 

CcMc. crainte n'existe plus quand on a affaire à des hernies congé- 
nilalos où les muscles abdominaux sont résistants, et où la ferme- 



j 



DES PTOSES. 363 



lure de ranrK?aii et la réduction de Tintestin sont toujours suivies 
d'une gtiérison dMnitive. 

Mais tous ces faits ne montrent-ils pas, pour quiconque réfléchit, 
que si pour remédier à une ptôse il est si important de penser à la 
réfection ûc cette sangle aJxlominale, c'est que celle-ci doit jouer le 
princspai rôle pour maintenir les orgEines en place ? 

Nous en avons encore la preuve, et je flnis par là, en regardant ce 
qui se passe pour le prolapsus utérin. Ici ce n'est pas la faiblesse de 
la paroi antérieure abdominale qu'il faut surtout mentionner; si 
elle est affaiblie elle laisse la masse intestinale appuyer sur l'utérus 
et aider à sa descente, mais ce n'est là qu'un rôle accessoire. Le 
rôle principal est tenu par le releveur de l'anus : C'est le muscle qui 
constitue la paroi inférieure de l'abdomen, qui la ferme, comme le 
diaphragme le ferme en haut. C'est lui qui soutient l'utérus en 
grande partie, pendant que par en haut ses ligaments le main- 
tiennent dans la position verticale. 

Mais qu'il perde sa tonicité à la suite de la grossesse, l'utérus 
s'abaisse, — et son action va être dénjontrée encore par le résultat 
des opérations. 

L'opération d'Alexander, le raccourcissement des ligaments, 
rbysLéropcxie, c'est-à-dire la suture de l'utérus à la paroi abdomi- 
nale, faite contre le prolapsus, ne donnent jeûnais de bons résultats. 
Elles exposent aux inversions, aux tiraillements, à la récidive; 
r utérus continue de descendre et entraîne la paroi à laquelle il est 
attaché. 

On a donc été amené pour remédier à cette faiblesse du releveur 
U^essayer de faiie un second plancher situé au-dessous de lui, et on 
y arrive par les colporraphies larges, la fermeture de la vulve, les 
cloisonnements vaginaux de Lefort; ou encore en essayant de rem- 
placer le releveur par une cloison fibreuse, obtenue en provoquant 
dans !e cul-de-sae de 'Douglas des adhérences par le drainage à la 
gûAe iodoformée. Je suis arrivé ainsi à opérer un certain nombre 
de prolapsus. J ai obtenu des guérisons. Malheureusement je ne ies 
ai pas suffisamment suivies pour savoir si elles ont été durables, ei 
^i mes adhérences ont persisté. 

Dans ces dernters temps, M. Delbet et M. Gérard-Marchant se 
sont attaqués enfin directement au releveur et ont cherché si en 
rassemblant les fibres écartées de ce muscle on ne pouvait arriver 
à refaire ce plancher musculaire. Rien ne peut démontrer mieux son 
importance. 

Tout concourt donc à affirmer cette théorie de la faiblesse mus- 
euiaii'e; je précise plus, et je dis du tonus musculaire dans la genèse 
ûe ces ptôses. 

Dernièrement, M. Censier (de Bagnoles) m'envoyait une observa- 
tion intéressante de femme ayant eu de l'hyp^CTtrophie amygda- 
lienne, des végétations adénoïdes ,des varices précoces, de Thydar- 
thmse des g4}noux, de la dilatation stomacale, de la dilatation 
caecale, de la paresse intestinale, et, frappé do ces ptôses multiples, 



364 REVUE d'odstétrique et de gynécologie 

n'hésitait pas à les rattacher à une sorte de faiblesse nerveuse 
qu'il qualifiait, rentrant tout h fait dans mes idées, d'hypotonie 
nerveuse, indiquant par là qu'elle devait agir sur le tonus muscu- 
taire. Complètement d'accord sur ce point avec mon confrère, 
j'accepte ce mot d'hypotonie, et qualifierais volontiers comme lui 
mes ptosiques d'hypotoniques. 
C'est sur ce mot que je finis. 

OBSTÉIRIQUE 

ERYSIPÈLE DE LA FACE ET GROSSESSE 
par M. Olivier. 

C'est en 1849 que Masson (1), le premier, mit en évidence la 
coïncidence de l'érysipèle et de l'infection puerpérale. Miror (2), 
de Cincinnati, en 1874, dit : <( Là où il y a de l'érysipèle on trouve 
aussi de la fièvre puerpérale. » Maurice Raynaud (3), dans son 
article : Erj'sipèle, rapporte le cas de deux médecins de campagne 
qui, après avoir vu un erysipèle vont faire un accouchement et 
infectent la lemme. Dès lors, les faits de contagion réciproque 
deviennent si nombreux qu'il n'est guère de médecins qui n'aient 
à en enregistrer dans sa clientèle. Fernand Widal (4), dans sa 
thèse inaugurale, a merveilleusement exposé ces faits et montré, 
de plus, que le steptococus-pyogenes suffit à lui seul à produire 
les différentes formes cliniques et anatomiques aiguës ou chro- 
niques de l'infection puerpérale vulgaire à porte d'entrée utérine. 

Il semblerait donc, étant donné le grand nombre des travaAix 
publiés sur ce sujet, que pas un médecin puisse ignorer le danger 
que fait courir l'érysipèle à la femme enceinte. Le fait que je vais 
vous rapporter montre qu'il n'en est rien, et c'est pour attirer 
une fois de plus l'attention des praticiens sur ce danger que j'ai 
cru devoir le faire. 

Mme P... se marie le 18 août 1902, elle venait d'être réglée ; le 
mois suivant les règles n'apparaissent et peu de jours après 
quelques nausées intestinales font penser à la jeune femme qu'elle 
pourrait bien être enceinte. En effet, le mois d'octobre se passe 
sans que les règles se montrent, en môme temps le ventre com- 
mence à augmenter un peu de volume. Bref, la grossesse se con- 
firme de plus en plus, elle marche régulièrement sans incident 
notable. Dans les premiers jours de janvier, les mouvements de 

(1) Mapson. — Do la roïncidenco des épidémies de fièvre puerpérale 
et des épidémies d'érysipèle, de l'analyse et de l'idenlité de ces deux 
maladies. (Th. de Paris, 1849.) 

(2) MiRO. — Errsipeîa** and Childbed fixer. [Cincinnati 1874.) 

(3) M. RAYNArn. — Arliclo Ervsipèle-in Dicl. de Méd. ei de Chir, /. XIV, 
p. 44). 

(4) Fernand Widal. — Etude sur l'inferlion puerpérale, la phlegmatia 
alla dolens et l'érysipèle. (Th. de Paris 1889.) 



i 



ERYSIPÈLE DE LA FACE ET GROSSESSE 365 

l'enfant viennent affirmer la grossesse. Le 4 avril, aveint de me 
rendre au Congrès de Madrid, j'examine ma cliente et je constate 
rexistence d'un enfant vivant, dont le développement est bien en 
rapport avec Tâge de la grossesse et qui se présente en O I G A. 
La tête commence à s'engager. 

Le 6 mai jp suis appelé auprès de ma cliente, qui me dit qu'une 
heure auparavant -elle a perdu une assez grande quantité d'eau, 
maïs qu^elle ne souffre pas. Je l'examine : il n'y a aucun signe 
de travail, Je col est fermé et a toute sa longueur ; l'enfant est 
vivant, la tête est engagée en O I G A. J'interroge alors ma cliente 
pour tâcher de trouver la cause de cette rupture prématurée des 
membranes ; le toucher ne m'ayant. pas révélé la présence du 
placenta sur le segment inférieur, il était probable que l'insertion 
était normale. Aucun effert n'avait procédé la rupture qui s*était 
produite alors que la jeune femme était assise. C'est alors que le 
mari intervenant, me dit : « Peut-être faut-il attribuer cet accident 
k la fatigue, car depuis quinze jours, par suite de la maladie de 
mon beau-père, ma belle-mère a cessé de s'occuper de ses affaires, 
et c*est ma femme qui a tout mené. » — (( Qu'a donc votre beau- 
père ? H — t^ Un érysipèle de la face ! » Je sursautai sur cette 
réponse «t je lui dis : <( Vous auriez bien fait de garder votre femme 
chez vous, I) — Pourquoi ? me répondit-il ; j'ai demandé au médecin 
de mon boau-père s'il y avait inconvénient à ce que ma femme 
voie son père, il m'a répondu : Aucun !! » Et pendant quinze jours 
ma cliente vécut chez son père, le voyant matin et soir. 

Après avoir fait coucher ma cliente et lui avoir fait donner 
une injection au sublimé, je me retirai, en disant de me faire 
appeler dès l'apparition des premières douleurs. A 8 heures du 
soir le travail commençait, et à 11 heures Taccouchement se 
terminait spontanément par la naissance d'une fille vivante pesant 
un peu plus de cinq livres. Délivrance normale une demi-heure 
après- Inutile de dire qu'après ce que j'avais appris, je pris les 
précautions antiseptiques les plus minutieuses. J*examinai de'près 
l'arrfère-faix, il était complet, les membranes intactes, le bord 
de Toriflce le plus rapproché du placenta était à plus de douze cen- 
timêlrea. Donc l'insertion était normale. Rien de ce côté n'expli- 
quait la rupture prématurée des membranes. 

Le lendemain matin, 7 mai, je trouve mon accouchée un peu 
agitée ; elle n'avait pas reposé la nuit. La température est à 37 <» 3 
et le pouls, ffiii devrait être ralenti, est à 100. J'examine le ventre, 
l'utérus est bien revenu sur lui-même, il n'y a aucune sensibilité 
h la pression. 

La journée se passe assez bien ; mais vers 5 heures léger frisson 
et quand j'arrive à 8 heures la température est à 38<> 4, le pouls 
h 120. L'accouchée ne souffre de nulle part ; l'écoulement lochial 
est normal, sans odeur. Cependant, pour moi, il y a de l'infection. 
Nuit calme. 

Le S au matin, température 37® 4, pouls 100 ; le soir, 37» 9, 



366 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

pouls 120, frissonnements, peu d'appétit, lochies normales, pas de 
sensibilité du ventre. 

Le 9 au matin, 37 <» 8, pouls 110 ; la nuit a été agitée. Vers 
3 heures de l'après-midi, grand frisson avec claquement de dents, 
malaise «excessif, grande gène de la respiration, face cyanosée. 
J'ordonne du grog et on couvre fortement la malade. Qucmd j'arrive 
à 7 h. 1/2, le frisson est calmé, mais le malaise persiste. Rien 
du côté du ventre, lochies normales. Les seins commencent à 
durcir, mais cela ne suffit pas à expliquer cet état. L'examen 
minutieux de la vulve et du vagin ne révèle aucune lésion pouvant 
être incriminée. Craignant une infection grave, j'apuelle mon 
collègue et ami, le docteur Tissier, qui constate comme moi l'inté- 
grité apparente tout au moins du système génital et conclut à 
l'infection antérieure à l'accouchement. Il conseille néanmoins des 
lavages intra-utérins répétés, avec la solution de permanganle au 
millième, suivis d'un lavage à l'eau oxygénée, ce qui est fait une 
heure plus tard. Le lendemain matin, 10, température 38®, pouls 
110 ; la nuit a été médiocre, la poussée laiteuse assez forte ajoute 
au malaise. Vingt grammes d'huile de ricin. Lavage au perman- 
ganate. Toujours pas de sensibilité du ventre, lochies normales. 
Le soir, température 38*» 4, pouls 110. Lavage au permangante 
suivi d'un lavage à l'eau oxygénée. 

Le 11, matin, 39« ; 120. Lavage àl'eau oxygénée ; le soir 38 <> 5 ; 
110. Nouveau lavage. 

Le 12, matin, 38<> 3 ; 115 ; à midi, 39<>. Lavage à l'eau oxygénée. 
Le soir, 38® 5 ; 120. Inquiet de la persistance de la fièvre, malgré 
le nettoyage de la cavité utérine, et ne trouvant aucun signe local 
en l'absence de mon ami Tissier, j'appelle M. le Professeur Budin, 
qui vient voir ma cliente le lendemain 13. La température le matin, 
avait été de 38® 3, pouls lOi. Après examen des plus minutieux, 
notre excellent maître émet l'avis que les accidents actuels ne sont 
que la conséquence de la contagion érysipélateuse, qui a amené 
l'accouchement prématuré, et les phénomènes d'infection caracté- 
risés par une élévation de la température quelques heures après 
l'accouchement. Il juge inutile d'essayer du sérum de Marmoreck 
et malgré l'absence de tout signe utérin, il avait constaté cependant 
un peu de ramollissement de l'organe dont le col laissait passer 
facilement le doigt; il conseille de faire un curetage digital de la 
cavité utérine suivi d'un lavage abondant au permanganate de 
potasse. Cela fut exécuté le soir môme avec le concours de mon 
collègue et ami Dubrisay. La température s'était élevée à 40® à 
6 heures, et j'avoue qu'il y avait intérêt à agir vite. Le doigt ne 
ramena qu'un petit nombre de débris sans odeur. Lavage abondant 
et tamponnement h la gaze stérilisée. 

Le lendemain matin 14, 38® 5 ; 115 ; le soir, 38® 5 ; 120. Je retire la 
gaze et fais un lavage intra-utérin. 

Le 15 au matin, température 38°5 ; 110 ; le soir, 37®5. Lavage. 
L'état général de la malade indique .une véritable détente. 



VOMISSEMENTS INCOERCIBLES 367 

Le 16 ninlin et soir, 37 <> 5. 

Lf? 17 matin, 37® 2 ; le soir, 37° 8. La malade se sent moins 
bion, le ventre est un peu sensible à gauche, un peu au-dessus 
du pli de raine. 

Le 18 malin, 37« 3 ; le soir, 38«. Il se fait évidemment quelque 
chose et i'cvplore les jambes, rien, sauf un peu de sensibilité 
au-dessous du pli de Taine gauche. 

Le 19 matin, 37° 3. Je constate un peu d'augmentation de volume 
de la cuisse, de la sensibilité le long des vaisseaux, jusqu'à la 
malléole. Il se fait évidemment de la phlébite. Il fallmt s'y 
atendrc. Le soir, la phlegmatia s'étant accentuée, il y avait de 
la douleur, Tœdème s'étendait à tout le membre. Température 38°. 
Enveloppement ouaté. On place hi malade sur un lit mécanique 
permettant de la soulever sans bouger le membre. 

Le 20^ température 36° 8 ; le soir, 37°. A partir de ce moment, 
il ne s'c^t plus produit d'incident ; j'ai laissé ma cliente sept 
scmainS au lit. A ce moment, l'œdème ayant disparu au lit, je l'ai 
Jftissée se lever. Actuellement, elle va bien, mais le soir il y a 
toujours un peu d'œdème autour des malléoles. 

Ce fait ost une leçon pour nous ; il montre une fois de plus le 
danger qu:? Tait courir aux femmes enceintes le contact des malades 
ûlleints de fièvres éruptives, et en particulier d'érysipèle et la néces- 
sité pour le médecin d'ordonner la séparation immédiate. 



L^WORTEMENT PROVOQUE DANS LES CAS 
DE VOMISSEMENTS LNCOERCIBLES 

A la suite d'une observation d avortement provoqué pratiqué 
sur une femme atteinte de vomissements incoercibles (consécutifs 
k une fièvre typhoïde) M. Lambinon, de Liège, donne quelques 
conseils qui intéressent le pratici^eji. 

Gaularci et Bué, dans leur travail concernant les Accouchements 
et les 7iialadU\s des (einines enceintes, partagent celte manière de 
voir du nitmu^nt qu'une malade arrive à un état grave et que les 
moyens connus, appliqués pendant un temps assez long, n'ont 
donné aucun résultat. Il ne faut pas laisser mourir la patiente. 

u Certains accoucheurs prétendent que le pronostic des vomis.se- 
men\M n'est pas sévère, détrompez-vous. 

fc Joulin, Jaunissant plusieurs statistiqu<.«, a compté 49 mortâ 
sur 121 cas, ce qui fait unp mortalité moyenne de 44 %. Horwitz a 
perdu 5 jnalades sur 12. 

« Dans ces conditions, la provocation de l'avortement est parfaite 
ment légitime, 

u Certains auteurs n'en sont pas partisans. 

u Voici des chiffres rassurants : Sur 121 observations, Joulin, 
comme nous venons do le voir, comptt' 49 morts et 72 guérisons. 
De ces dernières, 31 se sont produites sans fausse couche et 41 
après avortement spontané ou provoqué. 



368 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

« La statistique de M. (iuéniot porte sur 118 cas, dont 72 se sont 
jDrminés heureusement, 31 sans fausse couche et 41 après avorte* 
ment spontané ou provoqué. 

<( L'avortement exerce donc incontestablement une influence 
heureuse sur la madadie. x\ 'hésitez donc pets à le provoquer, majs 
n'y recourez qu'à la dernière extrémité; il faut que tous les autres 
moyens aient échoué avant d'en venir à c^tte mesure extrême. 

« N'attendez pas cependant que la situation de votre malade soit 
tallement grave qu'elle ne puisse plus être sauvée-. 

« A qu-el moment faut-il intervenir ? 

(( D'après P. Dubois, pendant la première période, c'est trop tôt, 
et trop tard pendant la troisième; la seconde constitue le moment 
réellement propice. C'est ^ apparition de la fièvne qni indique le mo- 
ment de l'intervention. Horwitz n'admet pas l'existence de ce symp- 
tôme qui doit être rare. Pour lui, la fréquiance des vomissements, la 
sécheresse de la langue, les fuliginosités des gencives, la dimimilioii 
de l'urine, l'albuminurie, le délire, l'insuccès des auWes tral- 
tem^ents démontrent l'opportunité de l'opération. 

(( Ajoutons que d'après l'opinion émise par M. le Professeur 
Charles dans son Cours d'Accmichements, le traidemeiit obsté- 
trical des vomissements incoercibles ne doit iamais être appliqué 
par un praticien seul; les circonstances sont graves, la responsa- 
bilité est considérable, uno consultation est de rigueur. » 

Ce conseil est excellent et mérite d'être répété, car il évitera aux 
praticiens d:e cruels mécomptes. 

1> ËDIATR1 E 

traitemelNT de la teigne tondante 

Traileme ni prophylactique. — Il faut empêcher la contaminât] on 
des personnes qui ont des rapports avec le malade. Toute la pro- 
phylaxie se résume dans ces mots : isolement rigoureux. Tout en Tant 
atteint de teigne tondante doit être exclu des écoles ; il doit avoir 
immédiatement la tête rasée, savonnée tous les matins, puis recou- 
verte d'un enduit imperméable quelconque, soit directement posé 
sur les plaques seules, soit sur tout le cuir chevelu. Quand il se 
trouvera avec d'autres, il ne devra se découvrir sous aucun prétexte. 

Traitement local proprement dit. — Raser ou tout au moins couper 
aux ciseaux, les cheveux aussi ras que possible. Savonner le cuir 
chevelu avec de l'eau chaude et du savon ordinaire ou du savon au 
goudron ou naphtol. 

Il faut circonscrire les plaques malades et pratiquer Vépilation. 

Immédiatement après Tépilation, M. Brocq prescrivait de lolinn- 
nerles régions épilées avec une solution au sublimé au 500" et même 
au 250*. Quelques heures après, on les enduit de la pommade 
suivante : 

Axonge 30 grammes. 

Huile d'amande douce 4 — 

Turbith minéral ' . . 4 — 

Glycérine 1 — 

Ces lotions au subUmé et les onctions avec la pommade auturliilh 
se font matin et soir. L'épilation est répétée Irois ou quatre fois au 
moins. 



i 



SÉRUM GÉLATINE 369 



Vidal recommandait de faire des lolions sur le cuir chevelu 
avec de ressenre de térébenthine, puis de badigeonner avec de la 
teinture d'iode^ enfin de faire des onctions de vaseline, dont on 
élend une épaisse couche sur les plaques malades, puis on recouvre 
de taiîelasgonmiéou de gutla-percha laminé. M. Vidal croit pou- 
voir obtenir ainsi la guérison sans épilation. 

Lailter conseillait de frictionner, matin et soir, les parties malades 
etépilées avec un linge imprégné de la préparation suivante : 

Eau 950 grammes. 

Glycéritie 50 — 

Bichîorure de mercure 1 — 

Chlorhydrate d'ammoniaque 1 — 

11 faut ensuite recouvrir la tête avec le linge dont on s'est servi 
pour la fi ici ion, puis dun bonnel. Laver le cuir chevelu une fois 
par ëemaine. Continuer le trailement pendant 12 à 15 mois. 

M. Besnier prescrit Tépilation, fait laver la tête tous les matins 
avec de 1 eau ehaude boriquée au 200% additionnée de savon dans 
la propiirtfoii convenable, d après l'état d'irritation du ciur chevelu. 
Tous fes soirs on frictionne légèrement les points malades avec une 
pommade t^ lu vaseline, contenant une très petite quantité d'acétalc 
lïu de siiUaLe de cuivre deO 50 à 1 p. 100; et l'on surveille le malade 
de manière à n avoir jamais de dermite. Si le cuir chevelu a de la 
tendance à s'enllammer, M. Besnier se borne à employer une 
pommade a la vaseline, renfermant un vingtième d'acide borique. 

Drocq ordonne maintenant de faire, après épilation, des lolions 
sur les plaques, deux fois par jour, avec le mélange suivant : 

Eau 400 grammes. 

(iiycérine 100 — 

Sublirîié 1 — 

M. s, a. — On augmente ou l'on diminue la dose de sublimé, 
suivant la tolérance du cuir chevelu. 

Puis on frictionne également matin et soir, les plaques malades 
avec la pommade suivante ; 

Turbiib minéral Ià2 grammes. 

Lanoline 30 — 

Vaseline 10 — 

M. g. n. — On savonne la tète toutes les fois que c'est nécessaire, 
on épile de nouveau dès qu'on le peut. 



PHARMACOLOGIE 



LA STÉRILISATION DU SÉRUM GÉLATINE 
par M. J. Triollet. 

Après le rapport si documenté que M. le Professeur Chauffard a 
présenlé à TAcadémie de Médecine (1), après surtout l'excommu- 
nication majeure proposée à la même assemblée par M. le Profes- 
seur Dieiilafoy (2), il est bien improbable, désormais, que le sérum 

(l) D' (^HAt'FFABD. — Rapport sur un mémoire présenté à l'Académie 
de Mèdecme par Lop et Murât, sur un cas de tétanos consécutif à l'usage 
(le la gélatine comme hémostatique, [Acad. de Méd. 7 avril 1903.) 

(2)' IV lïiEixAFOY. — Un cas de tétanos congécutif à une injection de 
sérum gélatine. \Acad. de Méd. 12 mai 1903.; 



370 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

gélatine conserve la faveur qu'il avait si rapidement conquise dans 
la thérapeutique des anévrysmes et des hémorragies graves, La 
divulgation de 23 cas de tétanos mortel, survenant à Ja suite de 
son emploi, a jeté sur lui un certain discrédit. 

Cependant, queslion de valeur médicale mise à pari, puisqucUe 
n'est pas de ma compétence, il me semble que la dû fiance ainsi 
montrée au sérum gélatine n'est pas légitime, car elle résulte d un<* 
technique défectueuse qui peut être rendue facilement parfaite. 

Sans vouloir discuter ici l'opinion, tort probable d iiilleurs, qui 
attribue au chlorure de calcium seul, qui est toujours contenu dnns 
la gélatine, les évidentes propriétés coagulantes du sérum géïatlntS 
et, par conséquent, sans m'arréler pour savoir s*il ne» serait pas 
préférable de remplacer la solulion de gélatine par une solution 
de chlorure de calcium, moins dangereuse au point de vue du 
bacille de Nicolaïer, je ne veux retenir des discussions acadéuiiques 
que la surprise qu'a causée au corps médical la découverte du 
bacille du tétanos dans des solutions gélatinées qui, au dtrc 
des auteurs, avaient été cependant stérilisées avec le pltin grand soin, 
La découverte contraire, à la vérité, eût été plus surprenante, 
quand on songe que cette stérilisation soignée s^effectuc onliiiairc- 
ment en se contentant de maintenir la solution de gélatine à Yt'bul- 
lilion pendant un temps qui varie de quelques minutes h une demi- 
heure ! 

Si l'on veut bien réfléchir que les spores du tétanos ne sont 
détruites qu'à 110°, quand elles sont bien desséchées \'S], on reste 
étonné que le sérum gélatine n'ait encore provoqué que 23 cas 
mortels de tétanos depuis 1897, date de son introdurlion dans la 
thérapeutique par le D"^ Lancereaux. 

Les matières premières qui servent à la fabrication de là gélatine 
(cornillons de bœufs, caboches de chevaux, de moutons, etc.) sout 
des terrains éminemment propres au développement des microbes 
en général, à celui du tétanos en particulier. Si la gélatine est 
stérile au moment de sa fabrication, c'est-à-dire quand elle sort de 
l'autoclave, il n'en reste pas moins certain que les poussières si 
dangereuses du sol de l'usine peuvent constamment en souiMer la 
surface pendant les manipulations nécessitées par le fiécïmge et 
par l'empaquetage. 11 s'ensuit qu'elle doit toujours Otre suspectée 
de contenir des germes tétaniques et par conséquent, plus que 
toute autre substance peut-être, soumise à une stérilisation rigou- 
reuse. 

Et, puisqu'on sait que les spores du bacille de Nicolaïer peuvent 
parfois exiger une température de 110» pour être délruitua, on ne 
s'explique pas cette stérilisation soignée, qui se fait ù l'ébuUilion, 
et qui est non seulement insuffisante, mais dangereuse uiénie. 

J'ajoute vite, à la décharge des préparateurs de sénuns gélatines, 
que cette stérilisation défectueuse est la conséquence des conseils 
donnés dans tous les traités de bactériologie. On y recommande, 

(1) Roux. — Cours de l'Institut Pasteur. 



INDICATIONS OPERATOUŒS 371 

en effet, de ne pas dépasser la température de 100 à 105° 
pour éviter qu'avec une température plus élevée, la gélatine 
ne fasse plus prise au refroidissement. Mais ces conseils, qui 
peuvent avoir leur importance avec les bouillons alcalins (1) 
employés dans les laboratoires, sont absolument déplacés quand 
il s^agit des solutions de gélatine — toujours acides — qui doivent 
être introduites dans l'économie. Une pratique, déjà ancienne, me 
permet d'assurer que les solutions de gélatine, même celles qui 
ne renferment pas plus de 1 à 2 0/0 de gélatine, prennent parfai- 
tement en gelée par le refroidissement quand elles élé portées à 
120° pendant une demi-heure, ainsi qu'en témoignent les échan- 
tillons que j'ai l'honneur de pré.senter à mes collègues. 

D'ailleurs cette prise en gelée n'est pas une qualité indispensable 
pour les propriétés thérapeutiques du sérum gélatine, car M. le 
Professeur Poucbet a pu stériliser à outrance des solutions gélati- 
neuses, de manière à ne plus se prendre en masse par le refroidis- 
sement, et cependant ces liquides injectés présentaient les mêmes 
propriétés coagulantes que les solutions non chauffées. 

On peut donc, on doit donc stériliser les solutions gélatinées à 
120*, quand elles sont destinées aux usages thérapeutiques. 

Il ne convient donc pas de suivre M- le D*^ Chauffard quand il 
demande à l'Académie de décréter que « la préparation des sérums 
gélatines n'est pas libre et qu'elle doit être soumise aux lois et 
règlements qui régissent la préparation des sérums thérapeu- 
tiques ». 

Je m'associerais cependant bien volontiers avec M. Brouardel 
pour désirer que le futur Codex attire l'attention des pharma- 
ciens sur l'obligation de stériliser à 120° les sérums thérapeutiques 
(j'entends ici les solutions médicamenteuses), en particulier celle 
de gélatine, plus particulièrement suspecte. La technique de la 
stérilisation à 120° est d'ailleurs assez simple. Elle peut et doit être 
faite par tous les pharmaciens. Point n'est besoin de créer encore un 
monopole au profit de laboratoires officiels. Il suflit d'un autoclave 
dont la présence, après tout, est peut-être plus utile dans les phar- 
macies modernes, que celle de l'alambic. 

Au surplus il appartient aux médecins d'insister sur la stérilisa- 
tion à 120* des sérums qu'ils prescrivent. 

CHIRURGIE 



LES INDICATIONS OPERATOIRES DANS L'APPENDICITE 

M. le D' Gaudin résume ainsi la pratique de M. le Professeur 
Roux, de Lausanne : 
Pour l'école d^e Roux, de Lausanne, il n'existe aucune indication 

(1) M. le Professeur Pouchet est d'avis que la réaction alcalin», acide 
ou neutre, est sans action sur la coagulation de la gélatine. 



372 REVUE D'onSTKTRIQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 

hûtive forinelle d'opérer l'appendicite h chaud de parti pris sous 
prétexte de sauvegarder la vie du malade. 

Le diagnostic seul n'a aucune vnleur d'intervention. La maxim? 
(( le plus tôt sera le îuieux » est pernicieuse, l'expectalion absolue e.^t 
le m^edlleur traitement du début pendant deux ou trois jours au 
moins ; en supposant que le médecin soit appelé au vrai début 
de la crise. 

Si au bout de deux uu trois jours d'un traitement nilionnel et 
prudentissimc, on voit quand même la fièvre et 1 exsudât 
augmenter, on peut lui donner une simple issue au dehors, une 
simple incision de décharge, par la région la plus déclive pour 
remplacer le d ni i nage naturel. 

H existe vn très petit nombre de cas où, soit que des crises anté- 
rieures aient permis de faire un diagnostic cei'tain, soit que le 
malade placé dans des conditions spéciales favorables permelle 
d'intervenir îivant la formation de l'abcès (de cinq h vingt-quatre 
heures à partir de la premièro réactyoïi péritonéaJe}, on peut 
se risquer d'intervenir i\ chaud dès la première heure, ^ïais on a 
alors los difficultés de l'opfTation à froid touchant les recherches 
de l'appendice, phis les risques de virulence d'un foyer qui 
commence à s'enflammer et à s'infecter. (Si on compte avec ces 
difficultés, il ne faudra pas s'étonner de quelques insuccès en plus 
que dans l'opération h froid typique). 

A chaud, l'incision doit se faire là où elle est la plus ralionnelie, 
sans indication spéciale de région ou de procédé opératoire, même 
par le rectum ou le vagin, si c'est plus utile. 

A chaud, l'app^^nchce ne doit jamais être recherché, à noms qu'il 
ne se présente lui-niéme avec complaisance. 

A chaud, l'appendicite opérée doit toujours être drainée, ce qui 
expose à une hernie consécutive si l'incision a été abdominate. 

L'opération à froid (\st la inoilieiire et doit toujours é[rc celle à 
laquelle il faut tendre. Elle est quelquefois tirés comphquée à eau5>e 
des adhérences, perforations, recherches de l'appendice, etc., iuk? 
elle est nulicale, sans drainage, sans crainte de relour. Itans dos 
mains habiles elle est inoffensive. 

Dans l'opération à froid, le procédé opératoire le meilleur est 
certainement rincision étoilée par dissociation musculaire ; elle 
doit être préférée parce qu'elle l'-aspecte les nerfs du grand droit. 
L'incision de Jahiguier qui coupe un rameau nerveux du grand 
droit peut être indiquée lorsque l'appendice est adhérent h la parm 
antérieure. Quelquefois môme, la laparotomie médiane est indiquée 
toutes les fois que les annexes doivent être revisées ou que le 
siège du dernier abcès était profondément pelvien. 

Les app^^ndiciles siois pus, ni péritonite diagnostiquée dans les 
vingt-quatre ou quarnnte-huit heures, sont souvent des appen- 
dicites de complaisfuice qui ne sont pas h opérer, pas plus que 
les états chroni(|ues de Tappendicite, dite appendicite ehrontque 
d'emblée, sans crise nette, qui sont une vue de l'esprit, mais sont 



LES SEINS DANS L'HISTOIRE 373 

&i exceptionnels en clinique qu'ils sont pour ainsi dire à négliger. 
On ne les rennoritre que dans les cas de tuberculose, actinomycose 
ou cancer prîriiUif de l'appendice. 

Ces cilié sont si rares en clinique que, si on les admettait comme 
entités morbides, on serait poussé à faire des opérations exagérées, 
mênne pour de la ptôse de l'appendice. Il ne faut pas accuser 
Tappendîce do toutes les misères abdominales, ce que certaines 
médecins unt déjù de la tendance à faire, sans cîela on n'en finirait 
plus d'opérer. 

En résumé, l'appendicite à chaud doit être respectée autant que 
possible. L'opération ne doit être faite que sur indication précise 
de chirurgie générale. Qu'on nous comprenne bien, il ne s'agit pas 
ïù de teniporisatiun ii outrance, mais d'une intervention basée sur 
des indications précises. 

Ui seule hulicalion d'opérer à chaud de par H pris d earliest » qui 
peut exister est quand le diagnostic est exactement reconnu d'em- 
blée par une ou plusieurs crises antérieures ; on est sàûr alors de 
trouver un app^aidice malade, déjà perforé, et abcès résorbé. Ces 
cas sont très rares et à comparer avec les cas où Ion se trouve 
présent pour opérer une grossesse extra-utérine rompue dans le 
péritoine. Q'on so souvienne qu'on a alors les difficultés de l'opé- 
ralion k froi{i, plus les dangers d'infection dans un milieu en état 
de virulence. 

Pour melti'e son malade dans les meilleures conditions pour 
guérir, U faut opérer sans pus^ ni péritonite. Or, comme à chaud 
il y a toujours péritonite d'abord et pus tiès peu d'heures ensuite, 
il vaut mieuv s'abstenir en principe. Ce serait parfait de pouvoir 
opérer très vite e? earliest » en risquant la chance d'arriver avant 
le pus et avant que les colibacilles ne se soient déjà extravasés dans 
le péritoine. Mais c'est trop exceptionnel poiu* en faire déjà une 
règle. La prudence commande donc d'attendre. 

Telles sont les règles observ^ées dans le service de M. Roux (de 
Lausiintjc), où les cas de mort par appendicite sont extraordinai- 
remt^it rares. Pratiquée à froid, l'opération de l'appendicite n'est 
pas plus grave qu'une cure radicale de hernie, quoiqu'elle puisse 
être beaucoup plus compliquée. 



VARIÉTÉS 



Les seins dans Thistoire. 

Troisième voliimede la série Tetoniana.pnr le D'^G.-J.Wilkowski, 
chez Maloinc, éditeur. 

Noïî Icctrnrs connaissent les nombreux ouvrai^^os du docteur 
Wilkowski ; riro utile on amusant, semble la devise de notre 
confrère, U a ♦'^u rendre aimable même l'anatomie, et ses superbes 



374 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

ouvrages d'analomie iconocl astique ont grandement facilité 
TeMucIe de cellescience à de nombreuses générations d'étudiants. 




Les seins, d'après Rembrandt, musée de V^ienne. 



Ses pelils moyens mnémotechniques onl fait la joie de tous ceux 
qui ontpréparé des concours ou des examens. Et lecorpsfiumain, 
la génération Inunaine^ les accouctxements ! que de matériaux 
réunis, selectés avec goût et avec un sentiment artistique que 



LES SEINS DANS L HISTOIRE 



375 



dénote encore le choix des map^nifiques gravures qui ornent 
toutes ses publications ! Elles sont la mine inépuisable où nos 
professeurs vont chercher les bons mots, les anecdotes qui aident 




Madame de Maintenon, par Romanelli. 

à faire passer laridité de leurs lerons. Los accoucheurs no seront 
plus réduits à béf^ayer leur monotone discours : pousse: madame; 
à défaut de rintelligence et de l'adresse que refusait leur 
Dupuytren, ils pourront montrer de l'esprit, il yen a autant dans 



37fi 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



les trois volumes de Teloniaan dont le dernier a été récemment 
présenté h TAcadémie de médecine par le docteur Porak, accou- 
cheur des hôpitaux. 

Ouand ce ne serait que par ses gravures si artistiques. 




Simonctta Vcspucci, eco!e florentine. 



toujours curieuses (»| souv(»nt rarissimes, ce volume attirerait et 
ca|>liverait de façon à forcer à toujours tourner les pages. 
Dans les ateliers (riniprimerie, les compositeurs eux-mêmes 
étaient gagnés, et on se payait les épreuves au fur et à mesure 
que la composition avançait. El cependant rien de trivial, d'or- 
(luricr ou nicmesinipleincnl de mauvais goût. 

I/aulrur passe en quel(pu\s lignes de la plus haute antiquité 
aux fail.s les j)lus récenls et les rapprochements sont souvent 
curieux, lliisloire est plus ou moins un perpétuel recommence- 



•w 



LES SEINS DANS L HISTOinE 



377 




La m:iman Tasliionable, gravuTe ao^laUpT 179*», 



378 



REVUE d'obstétrique ET DE GYNÉCOLOGIE 



ment, môme quand il i^'agit de lliistoire des Seins. Notre 
confrère, qui a visité un grand nombre de pays, nous rapporte 
le résultat de ses investigations en Egypte et dans les musées 
d'Italie; aucune peine, rurune dépense n'ont été épargnées 
p )ur acquérir un dorumeil inléiessani et arlisli(pie. 




(>e livre de Iianl goût devra cerlninemenl figurer dans la 
bil)liolhr(|ue du uKMlccin, du professeur, de l'artiste et même du 
sinij^le ainalcnr, il n»|)résenle une somme énorme de travail et 
de palienles reclierclios et il aura, nous n'en doutons pas, le 
succès de ses aîiu's. 



LES SEINS DANS L HISTOIRE 



379 




380 



REVUE D'oDSTÉTRÏQUE ET DE GYNÉCOLOGIE 



Nous croyons du reste être agréable à nos lecteurs, en leur 
donnant un spécimen de quelques-unes des gravures qui sont 




l'nc curieuse cxhibilion moderne. 



reproduilos on grand nombre dans l'ouvrage de notre confrère 
Wilkowski : les unes se rapportant aux grandes œuvres de 
l'art; les aulres, plus modernes, ^nous donnant une idée des 
mceurs du vini^lième siècle. 



MEDICAMENTS NOUVEAUX 



m 



Quoi qtiil en soit, le livre est à la fois intéressant et amusant, 
el il romplèlc la série d?s éludes entreprises 'par Tauleur. 




L'n duel Je fcn-nis, ôpisodc moderne. 



REVUE DES MEDICAMENTS NOUVEAUX 

SE RAPPORTANT A LA GYNECOLOGIE ET A LA PÉULVTRIE 



L^acide tartrique comme hyp- 

notiquB,— Voici un nouvel Iiypno- 
IJipje 4^ïi, s'il nost pas très actif, a 
linjl au moins le inèrilo d (Mre par- 
faïlcmenL inoffensif. 

Le IV Slofani, m('*dcrin de l'asile 
d aliénés de Ferrare. a pu se con- 
vaincrt% pnr de nomt)reusos oxpé- 
rieiircs pur les pensionnaires de 
cel r-l.'dïli^seinent, des propriôlcs 
hypn'tti*|ucs du in«''lanp:o gazotçcnc 
cônojuisr d'acide tarlrifjue et de 
bicarbonîite de soude à parties 



éirales. L'action soporifique* de po 
mélange, allrihu(''e par ^I. Stefatii 
à l'acide carbonique, esl, ^iii\^ 
aucun doute, inférieure à ceîle du 
sulfonnl, de l'iiyoscyamiiie et 
d'autres médicaments de ce m^wro ; 
mais elle était cependant trè^ rcidle 
et as<e/, prononcée pour donner 
des résultats satisfaisants dans 
ces insomnies relativement lég/'res 
qu'on observe fréquemment chez 
les <njc|s nerveux 

A liire d hypnotique, le mélange 
gazogène doit être pris au coucher, 



382 



REVUE d'obstétrique EÏ DE GYNÉCOLOGIE 



k la dose de 6 à 12 grammes, sui- 
vant le cas. 

Nous ne pensons pas que ce 
mélange ait aucune propriété hyp- 
notique proprement dite. Il doit 
fgir comme antidyspeptique chez 
certains névropathes dont les 
voies digestives sont en mauvais 
état. Dans tous les cas, il mérite 
d'être recommandé aussi bien pour 
sa simplicité que pour son mno- 
cuité. 

L'écoroe de mone8i3 comme 
hypnotique.— Le pouvoir hypno- 
tique de cette substance est faible. 
J. Gordon ne Ta vu agir que d'une 
façon très irrégulière chez les 
sujets s*ains. Le sommeil est alors 
calme, et le réoeil excellenl. W. II. 
Flint en a obtenu d'assez bons 
résultats dans Tinsomnie nerveuse, 
alors que d'autres hypnotiques 
plus énergiques, sulfonal ou parai- 
déhyde, ne pouvaientétre supportés. 
Mais dans l'insomnie provoqîué par 
la toux ou par la douleur, il s est 
montré impuissant. 

Etudié d'abord par Schmiedeberg, 
il a été expérimenté par J. Gordon, 
d'une façon très complète. Ses 
avantages sur les autres agents 
hypnotiques sont les suivants : 
abt^ence de toute action secondaire, 
facilité avec laquelle les malades le 
prennent, et enfin sommeil tran- 
quille, ressemblant tout à fait au 
sommeil naturel. Il conviendrait 
surtout dans la thérapeutique 
infantile, chez les individus atteints 
de délire alcoolique et chez ceux 
qui sont sujets à des accès de 
manie. 

Son grand avantage est sa par- 
faite solubilité 

On prescrit 1 à 2 grammes d'ex- 
trait aqueux aux adultes et 0,50 à 
1 gramme aux enfants, dans une ' 
potion de 150 grammes. Il n'est 
toxique qu'à doses élevées (10 gr.) 

Le pyoluéne comme antisepti- 
aue. — Le pyoluène est un oxymé- ' 
thylallylsulfocarbimide, et constitue 
un antiseptique dont la puissance 
bactéricide est comparable à celle \ 
du sublimé. 

Il n'est ni toxique, ni caustique, 
ni acide ; son goût est agréable. 

Il est soluble en toutes propor- 
tions dans l'eau, les alcools, les 
éthers, les glycérines. 

Amoedo l'a recommandé à des 
malades atteints de gingivite lar- 
trique^ de pyorrhée alvéolaire, au 
cours du traitement spécifique, 
pour prévenir la stomaiile mercu- 
rielle. Et les résultats obtenus ont 
été excellents. 



Pyoluène 10 grammes 

Elixir dentifrice.. 100 ~ 
Queloues gouttes dans un demi- 
verre d eau. 

Le chlorure de calcium dans 
les hémorragies (Goiiinet). — Ce 
médicament a été préconisé dans 
ces dernières années contre les 
hémorragies ; c*est un hémosta- 
tique efficace ; il agit en modifiant 
la coagulabilité du sang. Il est peu 
toxique, l'estomac le tolère bien en 
général. 

En injections dans les cavités 
naturelles ou en nrkolications ex- 
ternes, se servir de solutions éten- 
dues afin d'éviter l'action caustique 
du médicament. 

Il faut être très réservé au mijet 
des injections intra-veineuses. 

Ingéré par la bouche ou en lave- 
ment, les doses thérapeutiques va- 
rient de 1 à 6 grammes. Chez Ten- 
fant on peut prescrire sans inconvé- 
nient 1 gramme dé^ cîilomre de 
calcium. 

5>i l'effet hémostatique n'est pas 
obtenu après trois ou quatre jours, 
inutîTe d'en continuer Temnlot. 

Il est indiqué' dans r hémophilie, 
les méirorrhagies de la puberté et 
de la ménopause. Dans les hémor- 
rajries des tuberculeux il réussit 
souvent. 

Les insuccès peuvent s'expliquer 
par une trop grande altération du 
milieu sanguin. 

Traitement des suppura ttons tu- 
berculeuses par les lavages au 
permanganate de pota^fle [Docteur 
Bayeux). — Le permanganate de 
potasse modifie d'abord d*une ma- 
nière frappante Vasptcl extérieur 
des poches tuberculeuses : les 
bourgeons mous, p&les, Iremblo- 
tanls qui les recouvrent constam- 
ment lorsqu'on eraploïe les anti- 
septiques ordinaires, se rétractent, 
sèchent et tombent après les pn> 
mières applications de permanga- 
nate : les greffes de granulations 
crises ou de fausses membranes 
jaunâtres qui s'attachent aux plaies 
tuberculeiuses, cessent die se pro- 
duire avec mon traitement, et celles 
qui exist€dent meurent sur place: 
le pus se tarit rapidement pour faire 
place à une sérosité visoueuse peu 
abondante, qui tend à diminuer d^ 
jour en jour; les plaies prennent 
un aspect de bonne nature, s'en- 
tourent d'un anneau fibreux qui se 
rétracte assez rapidement, fnrmanl 
ainsi un disque de scl<^ro?ie ctcatri- 
cielle. Le permanganate âf, potasse 
m'a semblé avoir une action scléro- 
gène aussi intense que le chlorure 




MÉDICAMENTS NOUVEAUX 



383 



(3e zinc, avec celte .supériorité sur 
ce dernier agcnl, qvi'lï n'est ni caus- 
tique ni douloureux. 

Je praUciue de^ grands! lavages 
des caviU5s, variant de cent à mille 
centinK^lrcs cubes, selon r impor- 
tance de la poche et l'intensité du 
processus tuberculeux. 

Je les pratique sous une pression 
assez forle, sans avoir jamais vu 
d'extension se produire dans un 
volume cïes poenes tuberculeuses ; 
f au contraire, ces poches se rétrac- 
lent rapidement. 

Le taux de Ifi solution varie selon 
les cas : pour toucher les ulcères 
récents, frais, recouverts de gra- 
nulations, j'emploie, un© (solution 
concentrée ù. 1/50, et je pratique un 
frottis des ulcères, avec une com- 
presse stérilisée, imbibée de cette 
solution forte. 

Pour les clapiers profonds ré- 
cents, au'il est ncceflsaire d'atteindre 
vi trou reu sèment, j'emploie une so- 
lution à 1/100. 

Dans les cas d'obc&s cbroniques, 
je me suis surtout bien trouvé de 
grands lavages avec une solution à 
J/500 et môme 1/1000. 

Les solutions fortes (1/50 et 1/100) 
provoquent Tapparition d'une leu- 
cocytose ai^^ur^ abondante et déter- 
minent l'expidslon des dôbris ca- 
séeux qui siègent dans le fond des 
clapiers. Il nesl pas utile de pro- 
longer l'usage de ces solutions 
concentrées. 

Les solutions faibles détergent les 
abcès chroniques et tendent à les 
ass<k;her raT>i dément, 

J'^1 pratiqué mes lavages trois 
fois par semaine; mais je crois que 
les résultats seraient beaucoup plus 
rapides encore si on les pratiquait 
lous les jours, comme je me pro- 
ï>ose de le faire à l'avenir. 

Enfin, je me sers pour les panse- 
ments des abcès îfolds, de com- 
presses de gaze stérilisée imbibées 
d'une solution de permanganate de 
potasse k I/lOOO, qui m'ont, lou- 
joui's donné d'excellents n'^sultats 
pour la conservation de l'état asep- 
tique de la peau. 

Traitement du rhumatisme 
cliToiilque infantile. :f>ALf nez.) 

l' On immobilii^era le^arlieutations 
douloureuses que l'on badigeonnera 
avec la teinture diode» ou ï^ur les- 

aiieJles on appliquera un emplâtre 
c cigut^ ■ 

2" L.'eDront prendra en outre, 
eUemalivement, de ta teinture de 
colcbiqiie et len iodures alcalins 
dan^ ]eH proportiont^ suivantes : 

Pendant quinze jours, faire pren- 
dre à chaque repas une dose de 



15 centigrammes d'iodure de po- 
tassium. On pourra, s'il y à indi- 
cation, la remplacer par une cuil- 
lerée à dessert de sirop d'iodure 
de fer administrée durant le repas ; 

Pendant les quinze jours suivants, 
faire prendre dans la journée de 
cinq à dix gouttes de teinture de 
semences de colchique (une goutte 
par année d'âge) ; 

30 On pourra utilement ajouter à 
ce traitement interne, le massage 
et les manipulations articulaires, 
ainsi que Fusage des bains sulfu- 
reux ou sulfuro-alcalins ; 

4*> Enfln, dans les poussées arti- 
culaires aiguës, on aura recours au 
salicylate de soude qui agit à la 
fois sur la douleur, la température 
et les troubles nutritifs, et est un 
bon éliminateur diurétique ; 

5» Lorsque les déformations arti- 
culaires paraissent s'accuser, on 
aura recours aux bains de boues 
de Dax ou Saint-Amand. 

Ja% toxicité du cresson.— M. Ed. 
Crouzel, pharmacien à La Réole, 
appelle Tattention sur les dangers 
que peut présenter Tingestion du 
cresson. 

« Depuis plusieurs années, dit-il, 
j'ai été frappé de la fréquence des 
mloxica lions provoquées par Tinges- 
tion, aux repas, du cresson de fon- 
taine {Sysimbrium nasiuriium)^ qu'on 
baptise du nom de santé du corps. 

D'un certain nombre d'observa- 
tions aue j'ai réunies, et qui font 
Tobjetaune communication à l'Aca- 
démie de médecine, il résulte que 
certains cas d'intoxication sont im- 
putables à ce comestible et que cette 
mtoxication se manifeste par un 
ensemble de symptômes caracté- 
ristiques, qui sont identiques chez 
tous les malades, quels q^ue soient 
leur âge, leur constitution, leurs 
antécédents morbides et leur état 
de santé au moment de l'empoi- 
sonnement. 

Ces symptômes généraux sont les 
suivants : malaise général, anxiété 
précordiale, refroidissement des 
membres supérieurs, douleurs abdo- 
minales assez vives, vomissements 
fréquents. 

Ce sont, du reste, les symptômes 
habituels de l'empoisonnement par 
les matières alimentaires avariées 
ou corrompues. Cela s'explique 
aisément parle fait que ce n'est pas 
le cresson, à proprement parler, qui 
cause le mal, mais bien les matières 
organiques en décomposition qu'il 
véhicule et qui doivent être consti- 
tuées par des ptomaïnes et des dé- 
rivés alcaloïdiques d'origine micro- 
bienne. 



384 



REVUE d'oBSTÉTRIQL'E ET DE GYNÉCOLOGIE 



v'oilà pour le^ méfaits directs et 
ronslatés aprrs manifestation ra- 
pide Mais combien de lièvres ty- 
phoïdes et autres maladies conta- 
gieuses de nature épidémique, qui 
pourraient, si l'on chercliail bien, 
(*tre imputées au cresson, sans 
compter les cas detcTnia ou d'autres 
vers intestinaux dont il est suscep- 
tible de communiquer le germe ! 

La contamination habituelle du 
cresson est jrrovonuée par les pi-o- 
cédés ordinaires de culture inten- 
sive de cette plante, au moyen de 
matières fécales, purin^î, fiuniers 
divers, qu'on place directement 
dans les cressoimières. 

Pour éviter les dangers que je 
signale, on devrait ne pas submer- 

fjer cette plante, alin de soustraire 
a partie comestible (feuilles, pé- 
tioles et sommités des tiges) au con- 
tact de l'eau contaminée par les 
engrais. 

On devrait n'employer, comme 
engrais, que des produits chimiques 
ou encore des produits de vidanges 
ayant subi une haute température 
eh vase clos. Oltc précaution de- 
vrait, d'ailleur-s, présider également 
i> la culture des autres plantes des- 
tinées h élre consommées sans 
avoir subi de cuisson laitue, chi- 
corée, elc ). 

On pourraitaussi placer les engrais 
dans des caisses ou des fosses à 
parois latérales étanches, à fonds 
percés ou sans fonds, afin d'avoir 
des vases connnunicants. 11 ne faut 
pas oublier (|ue ces! imi({uement au 
moyen de leurs racines et non de 
leurs feuilles que ces plantes pui- 
sent dans leur milieu ambiant ce 
qui est utile à leur développement. 

Le cresson venu spontanément, 
c'est-/i-dire sans fumure, dans les 
eaux vives et couranles doit être 
préféré. 



Ceux qui sont chargés? du service 
delà cuisine feront bieni désomiais, 
de s'assurer deToriginr liu cresson 
qu'ils achètent, sous peine d rados- 
ser une responsabilité morale très 
sérieuse, sans compter l<'s dangers 
qu'ils courraient eux-mêmes. 

On pourra, il est vmi, diminuer 
un peu les dangers que je signale 
par un nettoyage méticuleux du 
cresson, dont on ne devm employer 
que les feuilles et les pétiole*^, qui 
ont plus de chance que les liges de 
se développer hors du coat;icl de 
l'eau contaminée. 

Pour cela, on lui fera subir une 
macération dans l'eau s;ilêiM oni;en 
trée et bouillie, suivie d'un iuvage 
sous un filet d'eau tombant d'une 
certaine hauteur et capable de dé 
tacher de la surface d*.' la ])iant« 
les matières toxiques ou j^jlhogê ir»* 
(jui peuvent la souiller. 

Traitement des furoncles. — Le 

D*' Nicolas, de Bône, c m^fH/ie depuis 
25 ans le Iheriiio-cauhiM puur les 
furoncles comme pour les anthrax : 
Je fais autant de puinles de feu 
qu'il est nécessaire autour de la 
tumeur quand elle est voltimmeuî^e, 
puis j'applique une veuiouse avec 
un verre ordinaire, tlttns lequel je 
fais llaniber soit un peu d'éllier, 
soit (lu coton bien éliioché. C'est 
un peu douloureux, mais le cloaque 
se vide, parfois si bien, qu'il ne 
reste absolument rien. En tout cas, 
une fois la ventouse ctdovée, jt? lave 
à grande eau avec du phénosalyl 
ou autre désinfectant et j'applique 
une forle plaque dourkh' bvilr^iphiie 
imbibée de glycérine ptii-iiiquéc à. 
2 pour cent. En deux prinseriicnts, 
tout au plus, la phiii' na-jt plus 
qu'une plaie simple i^iir Uiiijuellf? je 
nie! s de la poudre «ïe Uéi^e stéri- 
list'e et de l'ouate rocouvcrte de 
baudruche. 



FORMULAIRE 



Traitement du favus. 

1° Phase préparatoire, consistant 
a nettoyer le cuir chevelu, ^i le 
débarrasser des godels et des 
croûtes qui le recouvrent et à cal- 
mer l'ii'ritalion causée jiar ces pro- 
ductions. Pour cela : couper les 
cheveux ras. appliquer sur les 
godets et les croules pendant trois 
heures le mélange suivant : 

Savon noir p. e. 

Axonge fraîche j). e. 

Puis lavage à l'eau tiède ; appli- 



cation pendant toute une nuit de 
cataplasmes d'amidon cuiL Un bon 
nettoyage et des panscjnenls hori- 
unes 'humides suffironï ensuite k 
déler^er le cuir chevelu. 

2 Irailemenl du paraëife. — Kpi- 
ler toutes les parties malades en 
évitant de casser le^ cheveux^ et 
même épiler une bonlure de che- 
veux sains. ApplicjUJ^r euî^uite les 
onctions parasitîcides dont voici 
([uchpies formules : 

aj Tous les soirs une onctioa 6ur 
le cuir chevelu avec : 



FOIlMULAinK 



'M> 



Bioxyde jaune de rnerr ure Ogr. 20 

lluilê ito imïp. . ,. 4gr. 

Axonge Uvn/Ant\éc 20 gr. 

Le umlm savonner ïn tiMe à IVaii 
Lîéde cl eiisuite faire urii^ frirtion 
totale diï l'uir i^hi'vtdii avec une 
hl'Qi^se diiuce iiiihiln'c de : 

Ali:ool îi m- 200 gi': 

Tei lU u re d ' ktâ *^ f i a k- he r>0 g r . 

Hesnter reroiuninn*!'- tïf î^ frictions 
le f?oir nvec Ui jumiiiuMii- -uivanto . 
Baume lUi lu- nui ,....,. J /i 5 gr. 

Acide salii.y|i<iue l .'» 5 gr. 

Uè^orejjje ,...,. ... . , ) à 5 gr. 
SouTre pi'tÎTJpilé et lave, 5 à 15 gr. 

Lanrdino 30 gr. 

Va?îclir»c^ 30 gr. 

Axaiige I raiebi; 30 gr. 

Le nia lin, on fera une lotion à 
l eau liède 8ui vie d'une frir lion avec : 

Atiuiol à yo* .. 100 gr. 

Xchïv acôli^ue crisïtaHî- 

vaille .,.,,, ........... l gr. 

Acid<' borique * 2 gr. 

llhbvrofunne 3 gr. 

Uu curore : 

Alcool i^ IHl- ,,...., , 100 gr. 

Acitie ■■le^^liiitte crislalli- 

î^ablo , 1 gr. 

Sublimé gr. 10 

hans la jouiiu^e, reri>ovrir les 
parlies uialadrs d>ru|dAU'i'dc Vigo. 
{Uuthlin ijênémi de lhtrnpi,iilùjuc.) 

Stomatîte ulcéreuse rebelle chez 

TeufaDt {[iM i:uF/). 

Ou stip[HJse un enbuït i";vrbecti<|UO 
non i^yphïliliiiuo.'VLîc d'mviron trois 
aïijî I ' 

1* Pratiquer \ini^ \v^ jours cl 
ïrn^me deux foi^ pnr jour nno large 
irrigation dan?* bi bourbe avec la 
i^olulion trèî^ rtetubie de coaltar 
sarioiutH^ Le henf Ti ]k Khhv . 

in peu plus lard Ir^i urigalions 
seront |jrali<|it(;'^es nxer l;i décoction 
suivante : 

Ik»corl<> dv quinquina..., 500 ^v 
Alfoolal (Je coeblPâiin ... 10 gr. 
Lldùrale de pota^i^e.,*. . 5 gr. 

2° Apjr^ î'irrigaliou, les ulcéra- 
liontï î5erL*nl delergêes avec de 
petite:^ boulettes de colon hydro- 
phile^ ^^ 



Si elles sont douloureuses elies 
seront touciiées avec le colJuloire 
suivant : 

Borate de soude [ gr. 

Mellite de roses 15 ;;r* 

Acide chlorhydrique fumant 5 gL 

Si elles ne le sont pas, on touebera 
légèrement tous les six Jours avee 
le crayon de nitrate d'argent nilligô 
ou avec une solution très fidble 
d'acide cbromique titrée ii 5 cenîî- 
granunes pour 200 grannnes d rnu. 

Contre les métrorrhagies de li 
métrite. (Litaid.) 

Fxlrait de seigle ergoté. . . 5 lt. 

Kxtrait tbébawpie. 1 

Kau de cannelle 17 

Sirop d'écorces d'orange j » , .- 

Hbum vieux i '^•' ' ' 

Acide salicyli(pie 05 

Par cuillerée ù café loute^ les 
heures. 

Traitement des hémorrhoïdes par 
la glycérine iodée. 

Depuis des années, Preissuj um» 
d'()(le>sa, emploie avec le plu!4 
grand succès dans les cas d'héuif^r- 
rhoïdes, les applications de glvi-t*- 
rine addilioiniée diodure de pidas- 
sium et (l'iode suivant les deux for- 
mules ci-dessous : 
1* lodure de potassium 2 gr 

Iode pur gr. 2ti 

(ilycérine 35 gr. 

M. Sol u lion faible. 
2'' lodure de potassium. 5 gr. 

Iode pur 2 gr. 

(ilycérine 35 gr. 

M. Sol ul ion for le. 

\\ prescrit l'une ou l'autre de ces 
deux préparations, en se réglant 
sur la susceptibilité individuellr ilij 
sujet. Le traitement se fait de lu 
façon suivante : 

D'abord le malade prendra un 
bain de siégo tiède, l'uis il trem- 
pera de petits tampons d'ouate dana 
la glycérine iodéeet ille-^ appli(|iu'^i^ 
sur lès bourrelets hémorrhoïdaircîi, 
Les applications seront renouvelées 
d'heure en heure ou àdesintervalli*a 
plus éloignés. Llles occasionnent 
une sensation j»assagère de brûlure, 
très tolérable. On obtient ainsi une 
giiérison radicale. 



IMBLIOGRAPIIIK 



Formulaire lnd@x du Praticien 
pour adultes et enlanta. par le 
u^ P. Macukk, anru^ri iniorne de.s 
hûpttaux (Itj Vox\K I VMlume in-8, 
nderbdlé île pnpicr Main, reliure 
Pinipîe, 4 francs, i^uri^t Maioine, 
ÊOileur* 



Le lùJrmuhiirc Index du Piathien^ 
du D' Maghi:/. est ennipnsé d'upjvs 
un plan enlifrcrinMil nnuvoau et ne 
préseido aunino nnalo^io avec les 
aulros fnrniiilaii\'s. H est esson- 
liolienieiit jiralKiue. Comme tel, U 
indique, a chaque nicdicument, (û 



386 



BEVUE D OBSTETRIQUE ET DE GYNECOLOGIE 



posologie c,Tacte pour VaditUe et 
pour Ven(ant aux (U[(érenls âges. 
Jusqu'alors, les formulaires étaient 
pour adultes ou pour enfants. Dans 
ce livre, l'aulcur a placé les doses 
pour adultes et les doses pour en- 
fants (nour année d'âge) en regard 
les unes des autres. — De plus, il 
donne les renseignements néces- 
saires pour la solui)ilili\ Vincompa- 
t\bi\Ui\ V^s nropriélés et les anli- 
dotes (si utile) des divers médica- 
ments . — Il contient seulement les 
formules d'urgence pour les bains, 
collyres, lavements, injections hy- 
podermiques, purgatifs, iopoUié- 
rapic^ la serumtfiérapie, supprimant 
toutes les formules non indispen- 
sables Immc^diatemenl. — Il ne' 
renvoie pas d'un mot à un autre, il 
mentionne les préparations du 
Codex et permet au médecin de 
noter ses observations et de com- 
poser ou d'inscrire ses formules. — - 



De même qu'il a son arsen?^ cliinir- 
gical ù lui, de même le médt:cin dnii 
avoir son arsenal médicnl à lui, 
fabriqué pour lui, pa,r lui, sans 
avoir à glaner au hasard, m et là, 
des données plus ou moins bannes 
qu'on lui dit excellentes, il n'est de 
bon formulaire que celui qu'on se 
(au soi-même. Pour permettre d'ar 
l'iver à ce but, le formulaire-index 
du praticien offre un format cuin- 
mode pour la poche qu'il ne doit 
pas quitter, et les pages blanches 
intercalées dans le text^ sur les- 
quelles le médecin pourra se com- 
poser une fonnule, f^râce aux indi- 
cations qu'il recueillera dan*^ le 
livre. — Pour ces différentes rai- 
sons, ce formulaire s'adresse à tous 
aussi bien à l'étudiant, au débiitiint. 
(lu'au maître et au vieux praticien. 
On .se demande même cojnnient on 
a pu jusqu'ici se passer di^ ce guide 
dont Vutilité est de toute évidence. 



VARIl<;iÉS 



Visite médicale des marins. — 

Le ministre de la Marine vient d'a- 
dresser aux préfets maritimes la 
circulaire suivante: 

Mon attention a été appelée sur 
le grand nombre do niarius en trai- 
tement dans les hôpitaux ou en 
congé de convalescence dans leurs 
foyers. Si certaines des affections 
dont ils sont atteints proviennent 
du service ou des séjours prolongés 
dans les pays troi)icaux, il en est 
malheureusement un grand nombre 
d'autres qui sont dues exclusive- 
ment à la faiblesse de constitution 
des ayants cause au moment de la 
formation des contingents'. L'incor- 

Eorationdeces derniers, qui encom- 
rent actuellement les hôpitaux aux 
dépens du budget, aurait pu être 
évitée par un examen plus sérieux 
de la part des médecins visiteurs. 
Je vous prie, en conséquence, de 
donner des ordres sévères et précis 



pour qu'à l'avenir les inscrils nr^ri- 
tinies et les candidats à ÏVngage- 
ment volontaire ne soient pla* 
incorporés que s'ils présentent jihy- 
siquement toutes lesgaraidie^ vou- 
lues pour pouvoir suppnrler les 
fatigues inhérentes au service par- 
ticulièrement pénible des bc^timenls 
modernes ; tout candidat doulemt 
devra étreimpitoyablemenl refusé. 

De plus, les médecins nr devront 
pas hésiter à proposer pour La 
réforme, sans envoi proMlahle en 
congé de convalescence, l^es marins 
en activité de service qui n*^ leur 
paraîtraient plus présenter une force 
suffisante de résistance. 

Enfin, je recommande tout parli- 
culièreraent d'examiner avi^c m'^wt}- 
rité les marins accompli^isant leur 
première période de service* actif 
au moment où ils soir^ilcroni l'au- 
torisai ion de contracter unopremière 
réadmission. 



X. PCflflOUX, MAÇON 



GYNÉCOLOGIE 



APPENDICITE ET DYSMÉNORRHÉE 

par M. le D'^ Mi^niGOT de Treignv. 

l'iH* piiijliralion ivcento du dorloiir Legencire sur ]a Ivplioco- 
lifo, l'appcndicile el la dysniénorrhiV mengago à communiquer 
i\ la SocitMé une observalion, ([ui me paraît rentrer dans le cadre 
tracé par cel auteur et présenter d'autre part un certain intérél 
par lu difficulté du diagnostic. 

Les analogies symptomatiques que peuvent présenteravec les 
affections génitales delà femme les maladies du gros intestin et 
en particulier de l'appendice, sont connues depuis nombre 
d'années. Des thèses récentes, en particulier celles de Quillard 
liWl et de Mary 1903, mettent aii point ce sujet et réunissent un 
grand nombre d'observations, montrant tantôt Tappendicite 
prise pour tl<*s salpingites, des kystes ovariens, des hématocèles, 
tnnlùl an contraire l'appendice accusé à tort. 

Lorsque la maladie intestinale évolue par poussées successives, 
telle l'appendicite à rechutes ou l'appendicite chronique, la 
menslruatiou peut exercer sur elle une influence très analogue 
à celle que subissent les maladies des annexes à pareil moment, 
ce qui augmente encore les chances d'erreur. Les chirurgiens 
ont î^ouvonl insisté sur cette aggravation des lésions appendi- 
culairês au moment des règles ; aussi est-elle maintenant, dit 
Quénu, admise par tout le monde. Legueu,dans les cliniques de 
rHôLel-Dieu, exprime la même idée et corrclut « quon ne peut 
se baser sur les relations des poussées inflammatoires avec les 
règles, pour rejeter une appendicite et admettre une salpingite ». 

Enfin Legendre dans une courte note insérée au Bulletin 
médical du 7 novembre 1903 revient sur ce sujet, qu'il avai 
d ailleurs dt^ja traité à plusieurs reprises, et décrit '< un syndrome 
dauî^ lequel s'associent, ù parts variables, les troubles intestinaux 
el les Iroubles menstruelsavec leur retentissement sur le système 
nerveux et la nutrition générale ». La m'enstruation réveille les 
Iroubles intestinaux, amène même une localisation delà douleur 
35ur la région appendiculaire, faisant apparaître parfois le point 
de Mac Burney et la défense musculaire. Le plusspuvent Torage 
î>e di'isïpe spontanément ; parfois l'accalmie est accompagnée 
d'une débi\cle mucino-membraneusc ou sableuse. Mais à une 
autre époque menstruelle les mêmes symptômes réapparaissent 
et celle périodicité rythmée en quelque sorte par lamenstruation 
est le trait caractéristique de la maladie. Dans les cas que vise 
Legendre Taffection est cependant nettement intestinale et la 

23 



:i88 



REVUE D OBSTETRIQIE ET DE GYNECOLOGIE 



disparilion du corlège dysménorrhëique n'est oblenue que par 
la résection de Tappendice. 

Le diagnostic dans ces cas est d'autant plus délicat, qu'il 
s'agit d'appendicite chronique avec poussées d'allure bénigne 
et que par conséquent les symptômes intestinaux sont parfois; 
1res atténués. On ne peut retrouver dans ces formes h^ début 
brusque et caractéristique de l'appendicite aiguë. La lornlisation 
de la douleur n'a souvent rien de constant, sans douie parce 
qu'il s'agit plutôt dune alTection colique avec locaili^alion 
presque occasionnelle à l'appendice, que d'une iippendicilc 
d'emblée. La défense musculaire, l'hyperesthésie en Innée peu- 
vent manquer, croyons-nous. Enfin l'état général ne donne pa:?, 
au début du moins, la note grave que Bernilly signalnii comme 
un bon caractère différentiel de l'appendicite aiguë. 

L'observation que j'ai l'honneur de relater à la Sociélé. pré- 
sente avant tout ce caractère de bénignité, de symptomatologie 
effacée, si on peut dire, au moins jusqu'à l'absorption intempes- 
tive d'un purgatif. Elle est en plus digne de remarque parle 
nombre considérable des rechutes (8), leur bénignité, ia rapi- 
dité de leur évolution sans jamais formation d'un foverou d'une 
induration accessible à la palpation et surtout la périodieilé 
des rechutes, périodicité tuol à fait comparable tantôt k la 
dysménorrhée ordinaire, tantôt à la dysménorrhée îiiterniens- 
truelle. La malade, toujours dysménorrhéique, cessa de souffrir 
pendant ses règles, tant qu'elle eut des crises intermenstruelles, 
puis vit ensuite revenir ses sonlTrances antérieures. 

Une jeune fille de 18 ans, ayant des règles régulières, niais 
toujours douloureuses, eut une première crise le li\ septembre 
1898 dernier jour des époques — début brusque, lo(■a]i^iation 
des douleurs dan? le bas-ventre sans plus de précision : élat 
nauséeux continuel, altération des traits, fréquence du [hiuIs 
donnant les impressions d'un état sérieux : mais en quelques 
heures la crise s'apaise. lui oclohre, également ù la fin des règles, 
deuxième c/7se semblable. Une constipation paraissant légère, 
est traitée par des laxatifs fréquents et quelques lavages intesti- 
naux. La malade est mise au repos au moment de ses règles et 
a quatre mois de répit. 

Le24 mars 1899, 13 jours après une époque moins doulou- 
reuse, S"^ crise de 16 heures, sans localisation précise de la dou- 
leur; mais le lendemain, le calme étant obtenu, on constate une 
légère sensibilité sur la région cœcale. 

Enauril même date, i* crise plus courteque la précédente. La 
douleur est d'abord sus-ombilicale, puis se renforce a la région 



APPENDICITE ET bYSMENORrUIKE 389 

, - .■■«Il I — ^■^— 

cœcale. Le régime a été très surveillé, ainsi que le foDction- 
Dement intestinal ; on a'a noté comme seul signft qu'une légère 
fétidité de Thaleine. 

Le 24 mai, 5® crise légère, après un dîner en ville. 

Le 25 juin, 6® crise précédée de malaises pendant 3 à 4 jours. 
La crise a été très légère ; on avait continué les soins inlesli- 
nauv. 

En juillet, cure à Plombières, écourtéc malheureusement à 
rauso d'un deuil de famille. Malgré ce traitement insuffisant, 
les crises sont supprimées jusqu'en juin 1900. Mais pendant ce 
temps, plusieurs époques ont été très douloureuses ; la malade 
fail remarquer spontanément que ses règles très douloureuses 
autrefois, ont cessé de l'être pendant les 4 mois, mars, avril, 
mai et juin, où elle a eu des crises intermenstruelles et le sont 
redevenues depuis que ces crises ont cessé. 

Le J2 juin 1000, 7"" crise, les règles étaient venues le 27 mai. 
Au début de la crise, la malade, malgré les recommandations 
antérieures, prend un purgatif. Crisr plus sérieuse et plus 
longue; la température monte jusqu'à 39,5, le pouls reste 
pi Uï^ieurs jours au-dessus de 100 et 120. La localisation de la 
douleur .varie ; celle-ci a d'abord prédominé à gauche, montant 
même jusqu'à l'hypocondre, puis s'est localisée à la fin dans la 
fossp iliaque droite et assez bas. 11 n'y a eu ni hyperesthfesie 
«Hitanée, ni défense musculaire. La durée totale de la crise a 
été d'une dizaine de jours. 11 n'y eut encore aucun signe à la 
palpation. 

La malade semblait ensuilc bien remise. Elle partit à la cam- 
pagne pour les vacances et eut encore une S'^ crise, à laquelle 
je n'ai pas assisté el dans Laquelle les symptômes intestinaux 
furent, paraît-il, plus accusés. L'opération fut alors décidée et 
faite à froid. L'appendice, très long, allait contracter des adhé- 
rences avec l'extrémité supérieure du rectum ; à l'union du l'3 
périphérique et des 2 3 centraux, il y avait un abcès. 

Les suites de l'opération furent normales, les crises disparu- 
rent définitivement ; la malade se maria au bout de peu de 
temps, et 10 mois après accouchait normalement sans avoir eu 
de reprise de ses malaises. 

Cette observation soulève d'abord une question que je ne ferai 
que signaler: c'est celle de la dysménorrhée intermenstruelle. 
Cetle-cise rattache-t-elle aux fonctions génitales, à une ovulation 
supplémentaire, comme on l'a écrit? Ne serait-elle pas, au moins 
parfois, indépendante de ces fonctions ? C'est ce que paraît 
admettre Barusly au congrès de chirurgie 1902, quand il distingue 



*{yO REVUE DOBSTÉTUIQLE ET DE GYNÉCOLOGIE 

les douleurs Jntermensiruelles qui, pour lui, seraient intestinales» 
des douleurs prémenstruelles, qui seraient utérines. 

Faisant abstraction de cette question, l'histoire de ma malade 
semble, au moins jusqu'à la crise aggravée par un purgatif, bien 
vague pour conclure à l'appendicite d'une façon ferme etsurloul 
pour imposer une opération. Jamais il n'v avait ou d'induration 
appréciable au palper, l'état général restait excellent. 

Je relève seulement co fait que le cœcum était souvent perce|i- 
tible, unpeu gros, mais à peine sensible les jours suivant les 
crises ; jamais on n'avait constaté de muco-membranes ni do 
sable. 

Malgré cela, s'il fallait conclure, je serais disposé à me ratta- 
cher à l'idée d'ontorocolile légère avec participation de la région 
appendiculaire et secondairement suppuration à ce niveau. Que 
serait-il arrivé si le purgatif n'avait pas été donné, si surtout 
la saison de Plombières, qui tout incomplète qu'elle a été, a 
donné une grande amélioration, avait pu être faite avec plus 
de persévérance? II faut déduire de cette observation que 
Tappendicite chronique et je dirais plutôt l'entérocolite, peut 
prendre le masque de la dysménorrhée et tenir grand compte 
dans ces cas des moindres signes révélés, entre les crises, par 
l'exploration méthodique des divers segments du gros intestin. 



TRAITEMENT DU VAGINISME PAR LE MASSAGE SUEDOIS 

(Sacquet, de Nantes.) 

Le vagiiiiisnie est une affection fréquente et rebelle pour la ^'.ué- 
rison de laquelle on a tout essayé : médecine et chirurgie avec 
plus ou moins de succès. 

Cotte affection n'existe que chez les névropathes, mais aussi 
bien chez les filles que chez les femmes mariées. 

Elle n'est que rarement accusée, soit que les femmes ne se 
rendent pas compte de ce qu'elles éprouvent, soit qu'elles n'osent 
l'avouer. C'est souvent une occasion de désunion dans les ménages 
ou une cause de céhbal. 

Thurc-Brandt, l'inventeur de la gynniaslique gynécologique sué- 
doise considérait cette affection comme une crampe ou contraction 
(les nuisdos du phincluM^ du bassin et employait le traitement sui- 
vant ; 

(( Je considère connue capital, dit-il, de persuader à la malade, 
avant tout qu'on n'exercera aucune violence. 

On sait combien est grande la sensibilité dans cette Éiffection. La 
malade, demi-couchée, jambes pliées, j'applique. le doigt enduit 
de v€Lseline sur l'une puis sur l'autre des grandes lèvres, très légè- 
jement pour commencer et en demandant si cela fait mal. 



TRAITEMENT DU VAGINISME 391 

Puis j'applique le doigt sur d'autres podnts, très doucement et 
en posant toujours la môme question. 

Le lendemain et les jours suivants, je êoiitinue toujours de la 
même façon, approchant poi* degrés de l'orifice vaginal. Graduelle- 
mentf j'arrive à mettre les doigts h l'entrée de l'orifice vulvo- 
vngiiial, puis je le ret're sans, pour ainsi dire, que la medade s'en 
aperçoive. La séance est terminée. A la suivante, je pénèti'e un 
peu, 1res peu, la/ifesant le doigt cheminer par son propre poids et 
j'exerce une très légère compression de droite à gauche. En allant 
[ijnsi par degrés et en exerrant toujours cette compression, on réus- 
mt eu quelques jours à inlrodi(ire l'indeix entier.» (Tiuduction 
Stapfer, page 5i4. Traité de Kinésithérapie gynécologique, chez 
Maloine, Paris 1897.} 

Par ce procédé, Th. Brandt est arrivé, en quelques semaines, 
parfois en une quinzaine, dans les cas les plus favorables, à guérir 
les patientes de leur affection. 

En somme, H s'agit d'une dilatation progressive. Th. Brandt 
était 1res grand, avali't la main succulente et cette main éijaât 
atteinte, dans la dernière année de sa vie où je l'ai vu, d'un trem- 
blement professionnel a.nalogue à celui de la paralysie agitfiuite, 
mais plus léger chez lui et pouvant aider à combattre le spasme ou 
fti cori traction chez les autres. 

Ce procédé de douceur agit sui' le psychisme de la maleuie et 
oMve à guérir l'affection dans les cas légers. 

Pour nous, les différents procédés chirurgicaux n'opèrent pas 
autrement que par suggestion. 

Mais dans les cas graves, Stapfer soutient que la cause en est 
due h de la cellulite pelvienne ou œdème du tissu cellulaire peri- 
génital et j'ai observé plusieurs fa/its confirm'atifs de cette opinion. 
On doit alors employer la gymnastique décongestionnante du bas- 
sin en môme temps que le massage, ce que faisait toujours Brandt. 

Par analogie, j'ai soigné un cas de fissure a.nale chez une dame 
et le palper-massage du ventre qui me fit découvr!ir de la celluHte 
des annexes me permit, avec la Kinésie, de débarrasser rapide- 
ment ma cliente des douleurs qu'elle éprouvait; cela demanda trois 
semaines et la guérison s'est maintenue depuis six ans. 

J'tii vu encore une personne chez qui le vaginisme avait résisté 
à uïi accouchement. Le procédé de Brandt, décrit plus haut, aidé de 
la Kinésithérapie gynécologique, fut employé avec succès. J'ai 
revu lu cliente plusieurs années après, elle n'était plus incom- 
modée. 

J'ai observé plusieurs ca,s de vaginisme chez des filles hystéri- 
ques» vaginisme qui a été dissipé pareillement, quand le traitement 
a pu être suffisamment prolongé. 

Dans certains cas, le nervosisme concomitant s'est trouvé amé- 
lioré ou dissipé, elors qu'ail avait résisté de longues années à diffé- 



392 REVUE d'obstétrique et de gynécologie 

rentes méthodes, mais on ne s'était jamais occupé du vaginisme 
qui était resté non traité ou même insoupçonné. 

En somme, ce procédé, sa;is danger, qui m'a toujours donné 
d'oxcellents résultats', est à recommainder. 

OBSTÉIRIQUE 

UN NOUVEAU CAS DWCCOICIIEMENT RAPIDE SUIVI DE 
DESINSEUTION DU COUDUX ET DE CHUTE DU FŒTUS 

pai" le Dcx'teiîr Georges Bcgdan (de Jassy). 

Les cas dans lesquels raccoucliemcnt, môme d'une primipare, 
.se fait avec une cxliéme. rapidilé, sans être rares, sont relative- 
ment exceptionnels; mais plus exceptionnelles encore sont les .nais- 
sances précipitées suivies de rupture du cordon ombilical entraî- 
nant ainsi la chute du fœtus. 

A notre connaissance, il n'y a <iue trois faits de. ce genre pubiîéi^ 
jusqu'à ce jour, dont Tun par M. Tissier, les deux autres p6ir le 
professeur Budin. Voici un quatiième que nous venons d'observei' 
et que nous nous empressons de publier : 

u La nommée Sarah Smilovici, 20 ans, secondipsire, journalière^ 
«iiLroà l'hôpital israélite de Jassy, le 2 mars 1903. 

(( Son premier accouchement, qui date d'un an, a été laborieux; 
elle n'a jamais eu d'avortement. 

« La malade se présente cette fois à l'hôpital pour des douleurs 
abdominales violentes, qu'elle croit dues ii d'autres causes, car 
elle prétend ne pas être à terme. 

(( On l'examine, et l'on constate le col effacé, la poche des eaux 
bombant à chaque douleur ou plutôt à chaque contraction. 

(( Comme l'accouchement ne pouvait pas tarder, malgré ses déné- 
gations, on prend les dispositions nécessaires pour l'inscrire et 
pour préparer son lit. 

(( Avant de se déshabiller, la femme va ûiU cabinet pour uriner, 
mais à peine avait-elle relevé ses jupes pour s'accroupir, qu'une 
douleur violente se fait seiitir et la poche des eaux se rompt en 
inondant la parturiente. 

(( Comprenant alors que l'accouchement est imminent, elle veut 
retourner dans la salle, mais au même moment , étant debout, elle 
sent que l'enfant sort e