(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Open Source Books | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Revue sémitique d'épigraphie et d'histoire ancienne"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



I 



i; 



:l 



REVUE SÉMITIQUE 



D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



Paris. — Imprimerie G. Maurin, 71, rue de Rennes. 




REVUE SÉMITIQUE 



DÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRK ANCIENNE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 






9« Année. — 1001. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 

dk l*école des langues orientales vivantes, etc. 
28, Rue Bonaparte, 28 

1901 









, - r 






v<' 



■l 



-1 



REVUE SÉMITIQUE 



D^ÉPIORAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



RECHERCHES BIBLIQUES 



Influence da Code sacerdotal sur les prophètes. 

RÉSUMÉ DES RECHERCHES PRÉCÉDENTES 

Je suis arrivé au terme de mon enquête. Elle a été longue 
et pénible bien au delà de notre première estimation; longue 
parce que je me suis défendu de dédaigner la plus petite raison 
qui puisse être invoquée pour la théorie que je combats ou 
contre celle que je défends; pénible parce que ce n*esi pas 
sans éprouver des regrets cuisants et souvent renouvelés qu'on 
s*attaque à une doctrine triomphante dont les fondateurs et les 
propagateurs forment non seulement une phalange de savants 
éminents qu'on admire, mais encore un cercle exquis d'esprits 
sympathiques dont la longue amitié constitue l'acquisition la 
plus précieuse de ma vie. Cependant, si l'amour de la vérité 
sans fard et sans réticence m'oblige à m'inscrire contre un 
point de vue dont la fausseté me parait démontrée, je ne crois pas 
qu'on puisse trouver au milieu des vivacités les plus aiguës une 
seule expression qui soit entachée d'un caractère personnel . Cette 
méthode d'entière franchise vis-à-vis du système et profon- 
dément respectueuse pour ses auteurs nous guidera aussi dans 
le résumé substantiel dont nous croyons utile de faire suivre 
Texamen détaillé des diverses questions traitées jusqu'ici. Des 
notes concises seront consacrées à un certain nombre de re- 
marques qui n'ont pas été suffisamment relevées au cours des 

BtVOI StMlTlQDB i 



l REVUE SÉMITIQUE 

inveatigationB précédentes. Ce résumé suivra l'ordre chronolo- 
pquement ascendant des écrits analysés, dans les conditions 
déterminées au début de ces études (p. 183). 

I. — Emploi ^expressions particttliéres aux auteurs 
• sacerdotaux du Tétrateuque. 

Malacbias : nntt» (*. 1*; ^-t *". *5^; ung (il, 3; Ex., 
rax, U; L., IV, H ; ïlll, 16; xvl, 87; N., xix, 5); 

aiSîm D"nn "• 'n^na (". 5; N., xxv, M-i3); "jx nue 
in:on(". t3;N.,xvi, (5). 

Zacharie: iignjth Britt' (Xll, 3; L., xxi, 5); ^2^ (xll, 
IS-ii; Ex., XVI, 9; xxxvl, 16); ion- «s'abstenir de cer- 
tains aliments • (vu, 3; N., VI, S, 3, 5, 6, tï). 

Aggée: lyei. ■ cadavre » (II, 13; L., xxi, 1 ; xix, 28; 
H., VI, 6; XIX, l3);pB3soB(i«ii.; N,, V, 8; IX, 6, 7, 9). 

Isaïe II : îODi.ttn3 (XLIU, 3;G., X, 7); rno ^ICJN ('^''V' 
14; N.,xill, 3ï);niffN (un, 10;L., vu, 1-7). 

Ézéchiel : pipT (l, ti; G., 1, 6); onx nînD3 nvn («W . 
Î6;G., IÎ6-«7);[jja...nwp,T(<W.,S8;G.,xi, 1Î-16); 
T XW: ("". 5; Ex., VI, 8) ; pimi {ibid.; Ex., vi, 3); nni 
(XX, 83; L.,xxvi, 33); ni3y yy (XX, 88;!,., xxill, 40); 

oaitm mn -as (i", 37 ; l., xxvu, 32) ; oni» yix (xx, 

38; G., XXVI, 7 ;xxvill, 4; xxxvil, 1 ; Ex., vi, 4); t:»-ip |o 
iVianNbVl'j (""". 26; L., X, 10); -[SlDn 3113 l""'™!. 
14; Ex., XXV. 19-20); nBttO (•Ud.; Ex., xxx, 22-33); 
"[OTia ••• D'DH (iHd., 15 ; G., vi, 10: Bma pour 

Trra): y^tr -WH rm vb: W (""-vu, 9; g., i, 21); 

n'nWlixi.™, 10;G.,i,87-28);n-H(t..-nj (xlvh, 22; 
L., XVII, 15 pasaim); pKH nX VlMTn (xLVlI, 13; N., 
XXXIII, 54); nbnj3 bfîS (xi-vil, 14; N., xxxiv, 2). 

Jérémie : px ei':nn ("".2; N., xxxv, 33); QioBin nnx 
(x, 8; G., I, 14); la-yon (". 24; L„ xxvi, 22); avn (x, 
25; L., XXVI, 31 );, -in3D IDpn (xxxiii, 18;L.,ii, MO); 
■n-n KT ("'"'"• 8-16;L., XXV, 1 0) ; lOBr^i rSsN Ss (". 

3; L., XX, 14-16); rayirfrKOû (u, 7; I'-. 2S-30); inx 



RECHERCHES BTBUQUB8 3 

mrr» nna ('"^ i6; Ex., xxy, 21 ); tj^333 "^nwa ij^h <9; 

Ex., IV, 22-23); ipi^a •• Dtt^J (v, 24; L., xxvi, 4). 

Isaïel : ^^ -|Xtt^ nx nupb (x'» 1 1 ; Ex., xv, 17); jûBUf 
pnVD (xi, 4; L., XIX, 15); nDlD .. mn> (xix, 24; G., xn, 

25); b mtT jrmai (xix, 21 ; Ex., vi, 3); i^tn «'»;j (xxu, 1 

G., xxii, 10); onn3 (xxni, 1 ; G., x, 4); nOB (xxxi, 5 
Ex., XII, 12, 23, 27); «OD» «déclarer impur» (xxx, 22 
L., xni, 8 pa88im);^)Q'^{ibid.; xxxvii, 17, 19; N., xvii, 
3-4); ,-pt «rejeter, repousser» {ibid.; N,, xvii, 2); mSX 
(xxx, 22; xxviii, 8 ; xxix, 5) ; -m, c femme raenstruée » 
(Und.; L., xv, 33; xx, 18); d^D^ïH r\y2W IMi (^**»^m 26; 
^•> it 3); jn Bnpnn W> ^ ^^ ^^^* ^^ ^^ saintement préparé 
le sacrifice festival » {ibid., 29; Ex., xii, 13). 

Michée : ^^y ^ISÛ (rv, 8; Genèse, xxxv, 21). 

Osée: nXDn» « sacrifice de péché > (rv, 8; L., iv, 19 et 
ss.); ijfBj, c cadavre » (ix, 4; L., xxi, 1 passim); nN mtt^ 
D^nbx (^"» 4; G., xxxn, 29); ni3 (xn, 13; G., xxvi, 43), 

Âmos: rnVi^> «sacrifice de clôture de fête » (v, 21 ; L., 
xm, 36). 

II. — Emploi d'expressions lévitiques dans le Deutéronome . 

rïï^f « consentir » (lu, 1 8 ; N. , xxxii, 25) ; y^^n 12)} {ihid. ; 
N.,xxxii, 21, 27, 29, 30); DD'^apOl DDBD ûD'^Bf: [ibid,, 
19; N., xxxn, 26); 03^ ainjpD 'D ^nj^T («^^^ô N., 

xxxn, 1); N^nn DV3 ^mv i^iîsnn'» nxi (*"Wd., 21; n., 

xxvn, 19, 21); q^d -jb K^ïion (v"i, 15; N., xx, 10); 
D^fâBf ^vy înX (x» 3 ; Ex., xxxv, 7; xxxvn, 1) ; nnsn ^n 
parlant des Chananéens (xn, 29; L.yxvn, 10; xx, 3, 5, 6; 
XXVI, 22, 30; N., vi, 18); -praxb 1^31^3 "Itt^.^D 7mm 
(xui, 18; G., xxn, 16-18); îi{ûyi2^ = nn^ D'^riB^BI 1DV 
(xxH, 11; L., XIX, 19); nV"IV yJ3 (xxiv, 8; L., xui, 2 
poMtm); «iiv {}bià.; L.,xiv, 57). 



& REVUE SâHlTIQUE 

III. — Prescriptions et narrationa aacerdotaUs 
rappelées par les prophètes. 

Malachias : Emploi de bétes femelles à certaios sacrifices 
(i, I; L.,iii, 1,6;iv,38,33;v, 6); bénédiction des prêtres 
(il, S; N., IV, 32-27); supposition du devoir de témoigner 
(m, 5;L., T, i). 

Zacharie : Devoir pour les étrangers de célébrer la fête des 
tabernacles (xiv, 1G ; aggravation sur L., v, 1). 

IsaTell : Emploi du libanon et de la cannelle dans Tencens 
rituel (xLiit, S3-24; Ex., xxx, 33, 3i); Yatiwé jure de ne 
plus faire de déluge (lit, 9; G., viii, 11, 15); défense de 
voyager le jour du Sabbat (lviii, 13; Ex., xyi, 29). 

Ézéchiel : Profanation du Sabbat au désert (xx, 21 ;N., xt, 
32-37); extermination limitée à la génération sortie d'Egypte 
(xx, 22; N., XIV, 11-37); Yahwé fait serment au désert. de 
disperser Israël parmi les peuples (xx, 23 ; L., XXTI, 33); 
les premiers-nés sont éloignés du service du sanctuaire (xx, 
26; N., 111, 44-51); blasphèmes contre le nom de Yahwé 
(xx, 27; L., XXIV, 10-20); Les chérubins couvrent l'archie 
sainte de leurs ailes (xxviii, 13; Ex., xxv, 19-20). 

Jérémie : Payement de l'amende dite Asham par celui qui 
mange la chair sacrée (n, 3 ; L. , xx, 1 4-1 6} ; conservation des 
tables de l'Alliance (du Décalogue) dans l'arche sainte (m, 16; 
Ex., xxv, 21 passim); absence de sacrifices k la sortie d'Egypte 
(vu, â2 ; le Décalogue manque de prescriptions sacrificielles); 
sainteté particulière du Sabbat (xvii, 22; G.,ii, 3); prolonga- 
tion sévère de l'expiation des crimes des ancêtres par leurs des- 
cendants (xxiii, 18; L., XXVI, 39-40); la Minba est grillée 
avec l'encens sur le feu de l'autel (xxxni, 18; L., m, 1); 
proclamation solennelle de la liberté (xxxiv, 15, 17; L., 
xxv, 10). 

Isale 1" : Retour des carnassiers à la nourriture végétale 
primitive (xi, 7; G., i, 30); défense d'élever des Aahirim^ 



RBGHERGHBS BIBUQUES 5 

des Hammânîm (xvii, 5; xxvn, 9; Ex., xxxiv, 13; L., 
XXVI, 30). 

Micbée : Séjour de Jacob à Mîgdal-TÊder (iv, 8; G., xxxv, 
21 ) ; holocaustes de veaux d'un an (vi, 6 ; L., ix, 3). 

Osée : Le droit des prêtres officiants à toute la chair du sa- 
crifice de péché (iv, 4; L., iv, 19); mention de lois sacerdo- 
tales écrites (vii, 1 2) ; impureté des aliments préparés par une 
personne en deuil (ix, 4; N. , xix, 1 ipassim); Israël fils de Yahwé 
(xi, 1 ; Ex., IV, S2-83) ; Jacob saisit le pied de son frère au 
moment de naître (xii, 14; G., xxv, 26) ; Jacob lutte avec un 
ange (xu, 4 ; 6., xxxii, 35) ; l'ange vaincu demande pitié en 
pleurant (xii, 5; avance sur G., xxxii, 27); fuite de Jacob en 
Aramée (xn,13; G., xxvii, 43). 

Amos : Défense de joindre des gâteaux à pâte levée au sa- 
crifice de grâce (iv, 4 ; L., vu, 1 2-1 3 où il faut lire ^np^ j<b)î 
Élohtm détruit Sodome et Gomorrhe (iv, 11 ; G., xrx, 29); 
sacrifices de clôture (v, 21 ; xin, 36) ; trois catégories de sacri- 
fices : •OWt, Menaçât et Shelamtm (v, 22; L., i, 3; ii, 1 ; 
m, 1 ) ; absence de culte sacrificatoire durant le séjour au dé- 
sert (v, 25; L. n'en rapporte rien de cette époque). 



IV. -— Prescriptions et narrations deutéronomiques basées sur 

le document sacerdotal ou P. 



Haute taille des habitants de la Palestine, en dehors des 
'Anfiqlm proprement dits (i, 28 ; N. , xiii, 32) ; les petits enfants 
que leurs pères croient menacés d*êlre enlevés par les Ghana- 
néens prendront possession de la terre promise (i, 39; N., 
XIV, 31); rassemblée pleure pour la deuxième fois devant 
Yahwé (i, 45; N., xni, 39); bref résumé des négociations 
qui eurent lieu entre Moïse et les deux tribus et demie au sujet 
du territoire transjordanique (m, 1 8-20 ; N. , xxxii, 1 0-32) ; 
Moïse reçoit Tordre de monter sur le mont ""Abârîm pour y 
mourir et dénommer Josué son successeur (m, 2 1 -28; N. , xxvii, 
12-23, 20) ; destruction des adorateurs de Ba'al-Pe'or (iv, 3; 
N., xxv, 1-9) ; construction de l'arche en bois d'acacia pour 



6 REVUE SilUTIQUE 

déposer les tables de la loi (x, 1-5 ; Ex., xxv, SI); élection 
de la tribu de Lévi pour fonctionner (comme prêtres et lé- 
vites) au temple de Yahwé (x, 8-9 ; N., m 1 ; iv, 5, i 5, 65); 
à Datan et Abiram sont engloutis dans le sol (x, 8-9; N., xvi, 

1-35); permission de manger la chair non consacrée (xii, 






\ 13, S3-24; allégement de la loi L., xyii, 3-7); témoignages 

! (xvii, 6; développe N., xxxv, 30); addition de trois villes de 

|i refuge en deçà du Jourdain (xix, 1 «1 3 ; complète L., xxxv, 1 0- 

jp 3i) ; défense de semer les vignes de deux espèces hétérogènes 

(xxiiy 9; développement de la loi, L. , xix, 1 9) ; défense d'at- 
teler à la charrue un bœuf et un &ne ensemble (xxii, 1 ; déve- 
l^' loppement de la loi sur le croisement des bêtes, L., xix, 19) ; 

|rr. tresses commémoratives (xxii, 1 S ; en avance sur N. , xv, 28) ; 

; ; défense d'épouser sa belle-mère (xxvni, 1 ; suite de L. , xxvm, 

[^ 8); impureté de la pollution nocturne (xxm, 1 1 ; suite de L., 

XV, 16-17); intérêt des prêts (xin, 20; généralise L.,xxv, 
36) ; vœux prononcés par une femme (xxiii, 24 ; renforce 
N., XXX, 3) ; référence aux lois sacerdotales sur la lèpre (xxiv, 
8; L., xiii-xiv); salaire du journalier (xxiv, 14-15 ; spécifie 
L., XIX, 13); parties de la moisson abandonnées aux pauvres 
(xxiv, 19-22; complète L., xix, 9-10). 

J. Halévy. 



r 



;•'. 



':*! 



h 



L 



i 



Le Samérisme et l'Histoire babylonienne. 

(Suite.) 



14 lu mu»sar-ra-ba 

45 sù-ne-ib-ur-e-a 

16 an-en-lil gaMû-bi 

17 gal-lû kur-kur-ra- 

18 gir-bi he-en-bur-ri 

19 sa (= û) kul-bi 

20 he-en-til-li 



IX 

Sargami-sar-ali. 
sa duppa èua 

usazakuni 

ilu En-lil sarrusu 

sar matàti 

isidsu lisuha 
ù zérsu 
lilguta 

REMARQUES 



celui qui cette ta- 
blette 
endommagera, 
le dieu En-lil, son roi, 
roi des pays, 

sa base qu'il détruise 
et sa postérité 
qu'il anéantisse ! 



Noms communs: ce muHsar-ra-ba ]» (L 14); — cgaMû- 
bi j> (1., 16) ; — a kul » (= ce gul)-bi » (1. 19), 

J'ormes verbales : « ôù-ne-ib-ur-e-a "o (L 15) ; — a he-en- 
bur-ri » (l., 18) ; — « he-en-til-Ii » (1. 20). 



1 gu-de-a 

2 pa-te-si 

3 sir-pur-la-ki 

4 lu é-ninnû 

5 an-nin-gir-su-ka 

6 in-ru-a 



1 an*nin-har-8ag 

2 nin uru da-sar-a 

3 am-tur-tur-ne 

4 nin-a-ni 

5 gu-d$-a 

6 pa-te-si 

7 sir-pur-la-ki-ge 

8 ë uru gir-su-ki-ka« 

ni 

9 mu-na-ru 



X 

GuDEA. — Statue A. 

Cartouche. 

Nabû 

iâsak 

Lagas-ki 

sa bit-ninnû 

an ili nin-girsu 

ibani 

Colonne I. 

(ana) ili nin-harsag 

bélitù karibat àli 

um mari 

bôltiâu 

nabû 

issak 

Lagas-ki 

bit-al-Girsu attusa 

ibni 



Nabû, 

gouverneur de 

Lagas, 

qui le Bit-ninnû 

de Nin-Girsu» 

a construit 



(à) Nin-hursam, 

dame qui bénit la ville, 

mère des enfants, 

sa dame, 

Nabû, 

gouverneur de 

L^gas, 

let Bit-âl-Girsu, le 

sien, 
a construit; 



} 


REVUE SÉHITIQUB 






COLONNB II. 




1 dub-piaan aiag-ga- 


dup ptsan elli attusa 


le Dup-piaan sacré, le 


ni 




sien 


2 mu-na-glm 


«pus 


il a fait 


3 gis-dur-gar mah 


kus6& mabha sa bélù- 


le trône magnifique 


nam-nin-ka-nf 


tisa 


de sa majesté 


4 mu-na-gim 


«pus 


il a fait 


5 €-iaah-nl-a mu-na- 


(ina)bitmuhhisuuàé- 


dans la maison de aa 


ni-tur 


ribsu 


majesté il l'a intro- 
duit; 


6 kur-mà.gan-kl-ta 


istusad Magan-ki 
Colonne III. 


de la montagne de 
Magan, 


1 nl-kal iin-ta.dul- 


abné kal uâébilu 


du dolorite il a fait 


du 




apporter 


2 alan-na-ni-ku 


ana alanlâa 


pour SB statue 


3 mu-tu 


igzuz 


Il a fait sculpter 


1 nin-an-ki-a nam- 


(ana) belti musiroat 


(à) la dame qui fixe 


tar-rl-ne 


èim&tf sa àamé ù 


les sorts du cie> et 




irqiti 


de la terre, 


5 an-Ria-tu 


ill bélit ilitti 


Dame des naissances, 


6 am an-ri-ne-ge 


ummi il&nl 


mère des dieux. 


7 gu-dé-a 


sa nabi 

Colonne IV. 


. (de) Nabù 


1 la ë ru-a-ka 


bfln! sa biti 


le constructeur du 
temple, 


2 nam-ti-la-ni mu- 


balatsu irik 


sa vie prolonge ! » 


BUd 






3 mu-ku mu-aa-sa 


ana sumî iqbi 


en nom il a proclamé 


4 6 a-mu-na-ni-tur 


(ana) bit Sua useribsu 

Statue C. 
Colonne I. 


dans le temple ceci 
il a fait entrer. 


1 an-nin-gis-zid-da 


ilu nin.kitti 


Nin-Kitti 


3 an-gu-dC-a 


il nabù 


(est le) dieu de Nabù, 


3 pa-te-si 


issak 


gouverneur de 


4 sir-puMa-ki 


Lagas-ki 


Lagaà 


5 lu e-an-na 


sa bit samû 


qui le temple du ciol 


6 in-ru-a-kam 


ibanima 


a construit. 



LE SUMâRISMB ET L'HIOTOIRE BABYLONIENNE 



9 





Colonne II. 




i aQinnanna 


(ana) ili innanna 


(à) Innanna 


2 nin kur*kur-ra 


bôlit matàti 


dame des pays, 


3 nin-a-ni 


bôltisu 


sa dame, 


4 gu-dë-a 


nabù 


Nabù 


5 mu-gil-sa 


mu-gil-sa 


• 


6 pa-te-si 


issak 


gouverneur de 


7 sir-pur-la-ki 


Lagaski 


Lagas, 


8 lu ë-ninnù 


sa bit-ninnû 


qui le Bit-ninnû 


9 an nin-gir-su-ka 


sa nin-girsu 


de Nin-Girsu 


10 in-pu-a 


ibaai 


a construit. 


il ud-an-innanna-ge 


(ina) ùme sa ili innan- 


au jour où Innanna, 


12 igi-nam-ti-ka-ni 


na 
înà balati attuâa 


yeux de vie, siens, 


13 mu-igi-bar-ra-a 


inasi 


a levé. 


14 gu-dë-a 


nabù 


Nabù, 


15 pa-te-si 


isSak 

* 


gouverneur de 


16 sîr-pur-la-ki 


Lagas-ki 


Lagas, 


17 gis-tug (-pi) dagaU 


rapsu uzna basù 


d'oreilles vastes doué 


a-kam 






18 nitah nin-a-ni 


arad bôltisu 


serviteur de sa Dame 


19 ki-ag-a-an 


sa irâmusu 


qui Taime 


20 ga ù-sub-ba-ka 


ga sa-isdi 


le ga de la base, 


21 gis ba-har 


iç U9uri 


la marque de borne, 


22 ka-ai-ka 


sa Ka-al 


de Ka-al 


23 uru ba-mul 


uru namru (?) 
Colonne III. 


le uru brillant» 


1 im-bi ki-lah-lah- 


\\\s\x ina asri lahi 


son argile dans un lieu 


ga-a 




pur. 


2 im-mi-dib 


içbat 


il a pris; 


3 seg-bi 


libnatsu 


ses briques, 


4 ki-el-la 


(ana)asri elii 


dans un lieu pur, 


5 im-mi-du 


usziz 


il a placé. 


6 us-bi inu*azag 


isdusu ibbu 


ses fondations pures. 


7 bil-im-ta-lal 


usanbit 


il a fait resplendir: 


8 temen-bi 


temensu 


• 

son temen 


9 ni-ir-nun-ka 


sa ni-ir-nun 


du ni-ir-nuri 


10 su tag-ba-ni-dug 


lapâtu iqbi 


d'enlever (?) il a or- 
donné; 


1 1 ô ki-ag-ga-ni 


bit narâmisu 


le temple qu'il aime. 


12 ë-an-na sag gir-Bu- 


bit-samô lib girsu-ki 


le Bit-samê au milieu 


ki-ka 




de Girsu, 


13 mu-na-ni-ru 


ibniéu 


il l'a construit; 



10 


BWUB BtHITIQUS 




14 kur mà-gan-ki-ta 


iâtu èad màgan-ki 


de la montagne d« 
Màgan, 


15 nà-kal im-ta-dut- 


abné kal usôbilu 


d«s pierres ^ Il a 


du 




fait apporter, 


16 alan-na-ni-ku 


ana «almiiu 


pour sa statue, 


n mn-tu 


ihri 


il a sculpté : 


18 gu-de-a Itt ë-pu-a- 


sa Nabù banù blta 


1 de Nahû le cons- 


ka 


COLONMB IV. 


tructeur du temple 


1 nam-ti-la-Dl he- 


balatsu lirlk 


sa vie qu'il prolon- 


sud 




gel. 


2 mu-ku mii-na-sa 


ana dumi ibbi 


pour nom il a pro- 
clamé, 


3 fr-an-na-ka 


ina bit-âamâ 


dans Dit-^mé 


4 mu-na-ni-tur 


u^ribsu 


il l'a fait entrer. 


5 la ë-an-na-ta 


âa istu bit-iamè 


Celui qui de Bit-same 


6 ib-ta-ab-ud-du-ud- 


uâ4«&Su 


la fera sortir, 


du-a 






7 ib-zi-ri-a 


iz&râu 




8 mu-Bar-a-baâu-ne 


duppa iuata in&kaiiu 


cette tablette mutile* 


ib-ur-a 




ra, 


9 ilu innanna 


ilu Innanna 


Innanna, . 


10 nin-kur-kur-ra-ge 


bëlitmat&ti 


Dame des pays 


11 sag-ga ni-Sua-na 


riàiâu ikkas 


lui coupera (?) la tête, 


12 nam-he-ma-tar 


Bimata liâim 


le sort qu'elle tranche 
(= le fera mourir); 


13 gié-gu-za gub-ba- 


sa kuBBÎ émidiâu 


de son trône établi 


14 gir-bi 


iàdasu 


la base 


15 na-an-gi-ni 


laukia 


elle ne consolidera 
pas. 


16 kul-a-ni be-til 


E«rèu lilguta 


sa famille qu'elle 
anéantisse, 


17 bal-a-nlhetar 


palfiu Ijprus 

Statue E. 
Cartoucbfl. 


BOD gouvernement 
qu'elle retranche. 


1 gu-d6-a 


nabù 


Nabû 


2 pa-te-sl 


iÉsak 


gouverneur de 


3 Ôlr-pur-la-ki 


Lagai 


Lagai. 



LE SDlitfRISME ST l'HISTOIRE BABYLONIENNE 



11 





COLONNB I. 


1 


1 an 6a-u 


ilu Bau 


(à) Bau, 


2 sal-sag-ga 


ardat libbi 


Dame de cœur, 


3 tur-an-na 


màrat Anim 


fille d'Anu, 


4 nin-uru-azag-ga 


bôlit éri elli 


Damed*Eri-elli, 


5 nin-he-gàl 


bélit higal 


Dame de richesse, 


6 nin-gip-su-ki-a 


bôlit gir8u-ki musimat 


Dame de Girsu, fixant 


nam-tar-ri 


simti 


les sorts, 


7 nin*di-kud uru-na 


bélit zakut ôrisa 


Dame du jugement 


s 




de sa ville, 


8 nin sag-e ki-ag 


bôlit riâat rômi 


Dame, souveraine de 
la pitié. 


9 nin nin-u-gu-dô-a 


bôlit nin munnabti 


Dame de quiconque 
se réfugiai vers elle) 


10 nin-a-ni 


bôlitsu 


sa Dame, 


11 gu-dë-a 


nabû 


Nabû 


12 pa-te-si 


iSSak 


gouverneur de 


13 éir-pur-la-ki 


Lagas 


Lagas 


14 lu ë-ninnû 


Sa bit-ninnû 


qui, le Bit-ninnû 


15 an-nin*gir-8u-ka 


sa ili nin-girsu 


de Nin-Girsu 


16 ë-pa ë-ub-imin 


bôt-haUibitkiâsâtsibi 


le temple du « Scep- 






tre », le temple des 
sept régions 


17 mu-ru-a 


ibani 


a construit. 


18 ud an-ba-u 


ûm ilu Bau 


Le jour que Bau, 


19 nin-a-ni 


bôltiâu 


sa Dame, 


20 èag-azag-ga-ni ba- 


(ina) lib ellisa izakar 


dans son cœur pur l'a 


an-pad-da-a 


eu 

Colonne II. 


mentionné, 


1 nitah im-tug 


zikni na*idu 

1 


en serviteur • respec- 
tueux 


2 nin-a-na-kam 


sa béltiàu 


de sa Dame, 


3 nam-mah nin-a«na 


9Îrût béltisu 


La souveraineté de sa 
Dame 


4 mu-zu»zu 


usédi 


il a fait connaître; 


5 pi-lul-da 


uznà danni 


avec une forte intel- 
ligence, 


6 an bau 


ana ili bau 


à Bau, 


7 nin-a-na-ku 


béltiSu 


en sa Dame, 


S li-im-ma-si-tar 


ipqid ramaniâu 


il s'est confié ; 


9 nin ë-ninnû 


bélit bit ninnû 


(à) la Dame de Bit- 
ninnû 


10 ë ki-ag-ni 


bit narâmiâu 


le temple qu'elle aime, 


Il an-nin-girsu 


(sa) ili nin-girsu 


(et à) Nin-Girsu, 



REVUE SÉMITIQUE 



12 gal-lù a-ni 


iarriâu 


son roi, 


13 mu-aa-ni-a gfm 


ki ibani 


de môme il a oona- 
truit; 


14 udan-bau 


iUD ilu bau 


lejourque(&)Bau, 


15 tup an-na 


Diftrat anim 


fiile de Anu, 


15 Din uni azag-ga 


bâtit érj elli 


Dame de Eni-ellu, 


17 nin-a-ni 


bëltiâu 


aa Dame, 


18 esll-gid-gid 


bit aùqé-rêbé 


le Bit 8Ûqi>rdb6, 


19 8-kf-ag-ni 


bit narâmsu 


le temple qu'il aime. 


20 rau-na-ru-a 


ibani 


il a conatruit. 


31 uru mu-azag 


«re ella 


la ville pure 


n bll-ici-ma-to-Ial 


u&anbit 

Colonne 111. 


il a fait bnller; 


1 ga-giS-àub-ba-ka 


sa ga-gis-sub-ba 


du ga già-8ub-ba, 


2 gié-ba-har 


gis-ba-har 


la borne 


3 ka-al-ka 


àa ka-al 


du Ka-al 


4 gis-uru-ba-niul 


gis'uru namru 


le gi£-uru brillant. 


5 im-bi-ki-Iah-lah 


(itsu (inalasri lahi 


son argile (dans) un 
lieu pur 


6 im-mi-dib 


i«bat 


il a pris, 


7 èeg-bi ki-d-Ia 


libnatsu (ina) aâri elli 


ses briques (dans) un 
lieu pur 


8 im-ml-du 


ukin 


il a placé, 


9 Sog-giâ-Bub-ba ni- 


liblt iSdi ëpuâ 


(de) briques la baee il 


gar 




a fait, 


10 nia-ul-pa-ne-ud- 


nin ulfi unammir 


de toute sorte de 


du 




splendeur il a orné. 


11 ué-bi rau-azag 


iàduâu ellu 


sa fondation pure 


42 bil-im-ta-lal 


uàanbit 


il a rendu brillante; 


13 temen-bi 


temensu 


sa terrasse 


14 ni-irnun-ka 


sa ni-ir-nun 


de ni-ir-nun 


15 su-tag- ba-ni-dug 


... àuiqbi 


d'enlever il a or- 
donné ; 


IG an-ba-u nin-a-ni 


ilu bau beltiâu 


(à) Bau, sa Dame, 


17 nin uru-azag-pri 


bélit éTi elli 


Dame de Eru-ellu 


18 im-3i-a.an 


palhiâ 


respectueusement 


19 uru-azag-ga 


(ina) âri elli 

Colonne IV. 


dans Eru-ellu, 


1 ki-lah-lah-ga-a 


lina) asri ellt 


dans un lieu pur, 


2 e mu-na-ru 


bita ibni 


un temple il a cons- 
truit; 


3 gis-dur-gar mah 


kuasu fléru 


le trône superbe 



LE SUMÉHISMB ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 



13 



4 nam-nin-ka-ni 

5 mu-na-gim 

6 ki-di-kud*na 

7 mu-na-tum 

8 dup-pisan azag- 
ga-ni 

9 mu-na-gim 
iO ëmah-a-e 

!i mu-na-ni-tur 

12 dim (?) nin-an-da- 

gal-ki 

13 mu-na-gim 

14 ë-mah-na 

15 mu-na*ni-tum 



sa bélûtisa 

ibni 

asar zakuti attusa 

ukîn 

pisan ellu, attusa 

ibni 

(ina) biti mahhi rabi 

uséribsu 

dim nin Ui rapis-ki 

ibni 

(ina) bit-mah, attusa 

ukinsu 



de sa majesté 
il a construit; 
dans le lieu de son ju- 
gement 
il établit; 
le pisan pur, sien, 

il a construit, 

dans le temple « très 

sublime » 
il Ta fait entrer ; 
le pilier de la dame de 

« Ili-rapis » 
il a construit, 
dans le Bit-mah, sien 
il Ta placé. 



Colonne VIL 



22 ë an-ba-u 

23 ki-bi gi-a-da 

24 he-gàl-bi 



bit ili bau 

(ana) asrisu (ina) taâri 

hegaisu 



le temple de Bau 
en restaurant, 
ses biens 



Colonne VIII. 



1 pa-ud-du-ag-da 

2 gis-dur-gar sir- 

pur-la-ki-ka 

3 gir*bi gi-na*da 

4 gu-dè*a 

5 pa-te-si 

6 sir-pur-la-ki-ka 

7 pa ka-gi-na 

8 su-na gàl-la*da 

9 nam-ti-la-na 
10 ud-bi sud-a-da 

H AD-ra-ni 

12 an-nin-gis-zi*da 

13 an-ba-u 

14 ë-uru-azag-ga-na 

15 mu*na*da-tur-tur 



(ina) sûpéâu 
(sa) kussi Lagas 

isdusu (ina) kaâni 

Nabû 
issaku 
sa Lagas 
hatta pi kéni 

idusu ina ahâzi 
sa balatisu 
ùmé au ina ar&ki 

ilisu 

ilu nin-i9-kitti 

ilu bau 

bit er-elli attusun 

uaëribu 



en faisant briller, 
du trône de Lagas 

sa base en affermis- 
sant, 

Nabû, 

gouverneur, 

de Lagas, 

le sceptre de l'ordre 
véridique 

de sa main en prenant 

de sa vie 

les jours en prolon- 
geant, 

ses dieux 

Nin-kitti 

(et) Bau, 

(dans) le temple Er- 
elli, le leur, 

il a fait entrer. 






u 



RBVUB sémriQnE 



16 iag mu-ba-ka 


(ina) libbi éa satti si 


Au milieu de la môme 
année, 


17 kur mà-gan-ki-ta 


istu sad-màgan 


de la montagne de 
Magan, 


18 nà-kal im-to-dul- 


abni kal usôbilu 


des pierres kal il a 


du 




fait apporter, 


19 alan-na-ku 


anal^almiéu 


en sa statue, 


20 mu-tu 


ihrî 

Colonne IX. 


il a sculpté. 


1 nin-mu ba-zig-gi 


béitfya (hift) isl 


c Madame, sois gra- 
cieuse, 


2 nam-ti-ba 


balata qisi 


la vie donne. 


3 ud sag gab zal-zal 


ûmô qarni dahd&ti 


les jours des cornes 




nummiri 


d*abondano6 fais 
briller! » 


4 mu-ku mu-na-sa 


ana sumi ibbi 


pour (son) nom il a 
proclamé 


5 ë a-mu-na-ni-tur 


(ina) biti uséribâu 


(et dans) le temple il 




m 


Ta fait entrer. 


6 alan 


9almu 


La statue 


7 lûëan-ba-u 


è« bit ili bau 


de celui qui la maison 
de Bau 


8 mu-ru-a-kam 


ibani éû 


a construit, est celle- 


9 ki-gub-ba-bi 


manzazuâu 


Cl , 

(de) sa place, 


10 lu nu zi-zi 


maman aa usétiq 


que personne ne (la) 
retire, 


U di-ka-bi 


sattuksu 


(que) les offrandes à 
elle destinées 


12 lu la ba-ni-lal-e 


mamman la uâatbà 

Statue H. 
Colonne I. 


personne n'enlève. 


\ an-ba-u 


ili bau 


Bau 


2 sal-sag-ga 


ardat libbi 


Dame au bon cœui, 


3 tur an-na 


mârat anim 


fille d'Anu, 


4 nin uru-azag-ga 


nin éri elli 


Dame de la ville sa> 
crée, 


5 nin hô-gàl 


nin higalli 


Dame deâ richesses, 


6 tur an-azag-ga 


màrat sami elli 


fille du ciel pur, 


7 nin-a-ni 


beltisu 


sa Dame, 


8 gu-dô-a 


Nabû 


Nabû, 


9 pa-te-si 


iâàak 


gouverneur de 


10 ôip-pur-la-ki-ge 


Lagas 


Lagas, 



LE SUIIÉIUSME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 



1S 





Colonne IL 




i ud-é-sil-gid*gid 


ùm bit-8Ûqi-rôbi 


le jour que Bit-sûqî- 
rôbi, 


2 ë-ki-ag-ni 


bit naràmiRu 


le temple qu*elle 
aime, 


3 é hô-ul uru-azdg- 


bit duhdi ulçi eri elli 


temple d'abondance 


ga 




et de joie, de la trille 


4 mu-na-ru-a 


ibani 


il allait construire, 


5 kur mà-gan-ki-ta 


istu sad Màgan-kf 


de la montagne de 
Magan, 


5 nfl kal im-ta-âol-da 


abni kal uâôbilu 


des pierres kal il a 
fait apporter, 


1 alaii-na-ni-ku 


ana «almisu 


pour sa statue, 


S mu-tu 


ihri 

Colonne III. 


il a sculpté; 


1 nin tur-ki-ag an- 


bélti màrtu ellitu sa 


c Dame, fille chérie 


azag-ga-ge 


ili samé ellûti 


du ciel pur, 


2 am an-ba-u 


ummu ilu bau 


mère, Bau, 


3 ô-8Îl-gid-gid-ta 


ina bit-sùqi-rébi 


dans le Bit-suqi-rébi, 


4 gu-dë-a 


(ana) nabù 


à Nabû, 


5 nam-ti mu-na-sum 


balata idin 


la vie donne ! » 


6 mu-ku mu-na-sa 


ana sumi ibbi 


comme nom il a ap- 






pelé. 


7 ë uru-azag-ga-ka 


(ina) bit-eri-elli 


(etdans)leBit-éri-elli 


8 mu-na-ni-tur 


usôribsu 

REMARQUES 


il Ta fait entrer. 



Noms propres : « gu-de-a»; — oc àir-pur-la-ki»; — « ë- 
ninnû »; — «c an-nin-gir-su »; — a an-nin-har-sag »; — 
« um-gir-su-ki » — « mà-gan«ki »; — a nin-an-ki-nam-târ 
ri-ne »; — « an-nin-tu »; — a an-nin-gis-zid-da »; — « an- 
gu-de-a Ti (C. I, 8); — <can-innannax»; — « ka-al d (G. 22); 
— « ni-ir-nan » (G. III, 9); — <r an-bau » (E. I, 1) ; — «an- 
m » (E. I, 3); — « ë-sil-gid-gid » (E. II, 18) ; — c nîn-an- 
dagal-ki » (E. III, <3) ; — « ë-pa ë-ub-imin » (E. I, 16). 

Noms communs : ce gu-de-a » (=: a nabû ») ; — a dup^pi- 
san 3» (A. Ily 1) ; — a nà-kal » (Â. III, 1) ; — a alan^na p 



16 



REVUE SEMITIQUE 



(A. III, 2) ; — . giS-tug-dagal-a » (C. I, (7) ; — . ira . (C. 
III, (); — « ga-ù-âub-b» » (C. H, 20) ■ — « êeg » (C. III, 
3) ; — « giS-gu-M-gub-ba . (C. IV, 13) ; — « bal . (C. III, 
n) ; — « di-ku a (E. I, 7) ; — « nin-u-gu-de-a > (E. I, 9);— 
< ga-gis-àub-ba > (E. III, I ) ; — c giâ-ba-har »' (E. III, 2) ; 

— « già-uru-ba-mul » (E. III, 4); — hoId-uIo = omim-ma» 
(E. III, 10); — . giè-dur-gar • (E. IV, 3); — . di-kud. 
(E. IV, 6). 

Formes verbales ; nmu-sud» (A.IV,2); — amu-tu» (C.III, 
)7);— « œu-azag» (E. Il, 21); — < mu-zu-zu » (E. II, 4); — 
«mu-Da-ruB (A. 1,4); — «mu-na-gim>(A. 11,4); — a mu-na< 
8a»(A. IV, 3); — a inu-oa-tum > (E, IV, 7); — «mu-na-siim» 
(Ib. III, 5); — «mu-oa-ni-ru» (C.III, 13); — amu-na^ni-tun 
(C. IV, 4); — « mu-na-Di-tum » (C. IV, 1 5); — o mu-na-da' 
tur-lur» (E. VIII, 15); — ■ a-mu-na-ni-tur ■ {A. I, 5); 

— . mii-rua » (E. I, 17); — « mu-na-rii-a»(E. Il, 13,20); 

— < mu>igi-bar-ra-a ■ (G. II, 13); — a im-mi-du » (C. III, 
S); — « im-mi-dlb » {C. III, 2); — c li-im-ma*ôi-tar » 
(E. II, 8); — . im-ta dal-du . (A. III, 1); — « bil-im- 
ta-lal » (C. m. 7); — € bil-im-ma-la-lal » (E. Il, 22); — 
« in-ru-a • (A. Cart. 6; C. H, 10); — « ba-raul n (C. II, 
23); — « (gi6)-ba-har . (C. III, 2); — «ba-zig-gi. (E. 
IX, 1); — « ba-an-pad-da-a » (E. I, 20); — t (lo-laj-ba-ni- 
lal-e > (E. IX, 12); — « (Su-lag)-ni-dag > (E. III, 1 5); — 
€ ib-ur-a > (C. IV, 8); — « ib-zi-ii-a « (C. II, 7); — . ib-la- 
ab-ud-da-ud-da-a. (C. IV, 6); — .ea-lib (E. IV, 16); — «he- 
lar » (C. IV, 1 7); — « nam-he-ma-lar • (C. IV, 1 2); — « na- 
an-gi-nii) (C. IV, 18); — «zal-zal » (E. IX, 3); — .(na)- 
zi-zi » (E. IX, 10); — « ra-a » (C. III, 18); — . pa-ud-du- 
ag-da> (E. VIII, 1); — « gi-na-da» (E. VIII, 3); — . (éu- 
na)-gal-la-da » (E. VIII, 8); — « (ud-bi)-sud-a.da » (E. VIII, 
10); — « (ti-bi;-gi-a-da » (C. VII, 23). 

XI 
Ub-ooh. 

1 an-en-lil ilu en-lil (à) En-lil, 

2 gat-lii kur-kur-ra âar matâti roi des pays. 

3 ur-an-gur ur ili gur Ur-gur, 

4 nitah lig-ga zikni dannu héros puissant, 



LE SimÉRISMB ET L'HISTOIHE BABYLONIENNE 17 

sap uri roi d*Ur, 

sar sumôri (û) akkadi 



5 gal-Iû uru-um-ki- 

ma 

6 gal-lû ki-en-gi-ki- 

urtu-ge 

7 ë-kur 

8 é-ki-ag-ga-ni 

9 mu-na-ru 



ekur 

bit narâmiàu 

ibni 

REMARQUES 



roi de Sumer et d'Ak- 

kad, 
Ekur, 

le temple qu*il aime, 
il a construit. 



Noms propres : « an-en-lil » (i ); — a ur-an-gur » (3) ; — 
« ura-um-ki-ma » (4); — « ki-en-gi-ki-ur-tu » (6). 

Noms communs : ce nitah » (4); — <c lig-ga ^ (4); — «c ê- 
kur » (7); — ce ki-ag » (8). 

Forme verbale : a mu-na-ru » (9). 

RÉSULTATS PRÉLIMINAIRES — DISPOSITIONS MATÉRIELLES 

DES VERSIONS PHONÉTIQUES 

En indiquant précédemment la méthode à suivre pour arri- 
ver à des résultats définitifs en ce qui concerne l'objet de Tin- 
vestigation qui nous occupe, j'ai signalé la nécessité inéluctable 
de joindre aux anciens documents unilingues dits <r. sumé- 
riens 2> une version babylonienne ordinaire, c'est-à-dire pho- 
nétiquement exprimée. Cette condition préalable est mainte- 
nant un fait accompli. Les lecteurs sont mis à même de com- 
parer à leur aise les formes de rédaction sur des textes d'une 
antiquité sans pareille. Pour conserver ce caractère précieux 
entre tous, j'ai arrêté les extraits au règne d'Ur-Gur, le plus 
ancien prince connu de la Babylonie unifiée sous la dénomi- 
nation de Kiengi-Burbur (=l]rtu) ou èumer et Âkkad. Il m'a 
paru inutile de descendre jusqu'au règne d'Hammurabi où les 
inscriptions à double version font leur apparition officielle et 
ne discontinuent plus jusqu'à la conquête perse. Or, le fait 
seul de la possibilité d'une version parallèle des textes ce paléo- 
sumériens jd en sémitique constitue déjà un résultat d'une 
portée fort remarquable. L'antiquité nous a légué un grand 
nombre de textes rédigés en plusieurs langues à la fois, mais 
pas un d'entre eux ne se présente en colonnes parallèles. 

UtVI lÉIlTiaot 2 



18 REVUE SÉMITIQUE 

Jamais l'idée n*est venue à Fauteur de rinscription de Rosette 
de disposer dans trois colonnes mises en regard Tune de Fautre 
les textes hiéroglyphique, démotique et grec qu'il avait à faire 
connaître au public. Les scribes achéménides eux-mêmes, pour 
lesquels Tusage des bilingues babyloniens n'était pas un 
secret, ont préfère écrire tout d'abord le texte perse en entier 
puis y joindre, également en entier, les versions susienne et 
babylonienne. Sur le rocher d'Hadjiabad on voit de même 
les versions de l'inscription principale mises côte à côte mais 
séparément. Un coup d'œil jeté sur les bilingues babyloniens 
fait aussitôt connaître la cause qui en empêchait l'introduction 
chez les autres peuples. Le texte de la seconde colonne baby- 
lonienne suit ligne par ligne celui de la première en exécutant 
des coupures de phrase identiques. Un tel précédé est 
absolument impraticable quand il s'agit de langues à construc- 
tion syntaxique différentes entre elles comme le sont les 
idiomes susmentionnés* Les langues modernes de l'Europe, 
quoique issues d'une même souche, peuvent illustrer cette 
vérité ; une version à la babylonienne d'une inscription fran- 
çaise en russe ou en allemand donnerait une phraséologie 
ridicule et serait à peine comprise. La version française litté- 
rale que nous avons mise à la troisième colonne de nos textes 
donne une idée suffisante d'un tel galimatias. Mais, ceci éta- 
bli, comment se fait-il qu'ils ont échappé à la difficulté qui 
partout ailleurs s'est opposée à l'introduction de versions bi- 
lingues parallèles? Dira-t-on qu'ils ont passé sans la sentir? 
Ce serait émettre une grosse absurdité, car dans le cas d'une 
telle inconscience la version sémitique devrait revêtir la forme 
incongrue et ridicule reflétant les tours de force exécutés par 
les traducteurs, or, cela n'est pas, car elles offrent précisé- 
ment le style le plus pur et classique de la littérature millénaire 
des Babyloniens. Bon gré, mal gré, on est obligé de recon- 
naître que si les deux colonnes parallèles offrent en fin de 
compte des constructions syntaxiques qui se superposent dans 
les grandes lignes, c'est qu'elles sont l'image d'une seule 
langue exprimée de deux façons mécaniques différentes, idéo- 
graphique et phonétique. 
Complétons ces réflexions sur quelques points notables.. 



LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 19 

Les versions à colonnes parallèles inaugurées pour les monu- 
ments publics ont été conservées dans des compositions d'un 
caractère didactique telles que les syllabaires, les tables des 
paradigmes grammaticaux et les travaux lexicographiques. 
Bans les recueils religieux ou magiques les versions prennent 
une position interlinéaire. Chaque proposition idéographique 
est suivie d'une rédaction phonétique correspondante et com- 
prenant la proposition entière. La connexion étroite des 
lignes parallèles se constate par ce fait que plusieurs idéo- 
grammes qui figurent dans la ligne supérieure sont souvent 
rappelés dans la ligne inférieure par le signe || = idem. Cette 
circonstance empêche d'assigner à cette version un caractère 
didactique et ce sentiment est renforcé par une disposition 
particulière à certaines formules des récits magiques, formules 
où la phrase phonétique est placée entre deux parties de la 
phrase idéographique. Cela semble indiquer que le prêtre - 
devin devait réciter ces versets dans les deux rédactions dont 
la phonétique devait probablement être répétée par le malade 
pénitent. Il va sans dire que les renvois de ligne à ligne d'une 
part, l'enveloppement de la phrase sémitique par l'autre ne 
serait pas possible si cette dernière représentait une langue 
différente. 

N'oublions pas ce dernier fait qui montre bien la fantaisie 
exubérante des historiens suméristes^ Dans tout le domaine de 
la littérature babylonienne le ce sumérien > a toujours la pré- 
séance sur la forme sémitique. S*il agissait d'une langue étran- 
gère parlée jadis par un peuple vaincu et en grande partie 
assimilé, les vainqueurs sémites n'auraient pas manqué de 
donner la place d'honneur à leur propre langue nationale. 
Ceux qui dépouillent toute une race de son droit à l'existence 
se soucieront fort peu d'accorder à sa langue les honneurs de 
la préséance surtout après qu'elle a disparu de l'usage. Au 
contraire la différence pour le système idéographique devient 
Baturelle dès qu*il incarne la première invention nationale ou 
plutAt la plus précieuse invention des divinités civilisatrices de 
la nation elle-même. A toutes les époques le système hiérogly- 
phique attribué au dieu Thot a eu la préséance dans les docu- 
ments égyptiens. En Babylonie de même la rédaction antiquis- 



20 REVUE SÉMITIQUE 

sime qu'on attribuait à Nabu conservait sa prééminence et se 
transmettait pieusement de génération en génération malgré 
les transformations intervenues dans les formes courantes des 
signes et le caractère aussi inutile que lourd et encombrant 
qu'il acquérait dans les derniers temps. La superstition popu- 
laire a ajouté à son prestige en lui attribuant une vertu nm-* 
gique à laquelle le système phonétique n'a jamais osé émettre 
la moindre prétention. La tradition savante de son côté a fait 
tout son possible pour sauver de l'oubli les formes les plus 
archaïques de Técriture cunéiforme au moyen de tables 
comparatives destinées aax scribes officiels de manière que 
les textes composés à plusieurs milliers d'années avant leur 
époque ne leur présentaient pas la plus petite difficulté de 
déchiffrement. 

LES ÉLÉMENTS PRÉTENDUS N0N*SÉM1TIQUES DU SUMERIEN 

— VOCABULAIRE ET GRAMMAIRE 

Abordons maintenant l'étude de l'essence même de ce que 
les esprits superficiels s'obstinent à appeler «langue sumé< 
rienne ». Transportons-nous aux derniers retranchements der- 
rière lesquels nos adversaires ont pris position désespérant de 
pouvoir en trouver une meilleure. Arrivés vers 5000 avant notre 
ère dans la Babylonie du Sud, les Sémites emploient le demi- 
milier suivant à se substituer politiquement aux popula- 
tions c sumériennes » du pays. Pendant ces opérations, ils dé- 
laissent leur langue nationale pour parler et écrire celle du 
peuple conquis et leurs dynastes se nationalisent au point de 
ne plus porter que des noms « sumériens t. LeroiEn-àag- 
ku8-an-na est le plus ancien spécimen du dynaste sémitique 
sumérisé. La langue qu'il emploie dans son inscription en 4500 
coïncide point par point avec celle parlée par les inventeurs 
du syllabaire qui ont dû vivre au moins 500 ans avant l'arri- 
vée des Sémites, c'est-à-dire en 5500 au bas mot. L'origine 
sémitique que j'ai démontrée plus haut pour presque toutes les 
expressions de l'inscription du roi susnommé n'ébranlera guère 
la foi de ces croyants robustes qui vous répondent impertur- 
bablement : C'est vrai, ces mots sont sémitiques, mais les Se * 



LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 



21 



mites les ont empruntés à leurs prédécesseurs ce sumériens ». 
Inutile de demander les preuves de ce dogme ; le dogme étant 
précisément ce qui ne permet pas de discussion. Heureuse- 
ment, en dehors de ce petit cercle hermétiquement fermé, il y 
a une élite déjeunes assyriologues qui aspirent vers la lumière 
et les connaissances raisonnées. Les aider à se faire une opi- 
nion exacte sur ce sujet est pour moi un devoir impérieux 
auquel ma conscience scientifique ne saurait se soustraire sans 
diminuer à mes propres yeux. 

Le sujet de notre investigation présente sdra donc de ré- 
pondre à la question suivante: Y a-t-il dans la littérature baby- 
lonienne des éléments non-sémitiques qui puissent ôtre attri- 
bués à rinfluence linguistique d'une race antérieure ? Si une 
telle influence a réellement existé, elle doit avoir imprimé son 
génie particulier dans les lectures des signes cunéiformes dont 
la création précéda de loin l'invasion sémitique en Babylonie. 
Elle doit ensuite se montrer, au moins dans une proportion 
remarquable, dans les constructions syntaxiques des textes 
faits sur les anciens modèles c sumériens ». Notre étude mon- 
trera ce quMI faut penser des uns et des autres. Pour les pho- 
nèmes syllabiques nous suivrons, sauf quelques omissions, 
Tordre du recueil Brunnow, mais sans aucun égard aux 
formes graphiques ; les règles de la syntaxe seront puisées 
dans nos textes. 



j 



LE VOCABULAIRE SUMÉRIEN 



a) Phonèmes mmosyllabiques . 



1. a = mû, € eau »; — ammu 
(O^i = awwu,« mer, flot » ; — idom. 

i. ab =- abu, « père, vieux, an- 
cien, dignitaire • (an) i — idem. 

T 

3. ab = appu, aptu, « creux, 
niche, grotte, maison prinitive • 

4. ag s banù, epe«tu, • enfan- 



ter, faire, construire » ; — voyez 
ag 3 etam. 

5. ag,agaf?u ("l) = azazu, «ôtre 

fort, violent »; — idoyn, 

6. a£r, aga = ummu, « mère »; 
— var. de am. 

7. ad = abu, c père », ummu, 
« mère », ahu, t frère » ; — adu 
llTi)f ■ alliance, compagnie ». 

8. al = allu, «chaîne »; — idem 



HITIQUX 

ih. bur = ps&aru, < résoudre, 
dissiper»; — purruru; t"^, t1S> 



37. gab(al=pataru,pilù, *cou- 
per, ouvrir»; — <— -» • couper, 
retrancher ■ (cf. 1133, • côté •, 
t_*:a., ■ mettre de côté, éloi- 
gner .1. 

38. gag = epesu, banù, ■ faire, 
travailler, construire»;— kakku, 
■ instrument pointu, sarcloir, 
pioche ■ (1031 ; — idem. 

29. gad = qatû (?), * coupure, 
morceau l?J •; — idem Ij-n, yopi 
etc.). 

30. gai = gallu, rabù, 1 grand. 

puissant, fort» ija.); — idem. 

31. gàl = asù. basù, (posséder, 
avoir, être ■ ; akalu, ■ contenir » 
(Vo> ^^^- "^^^y * substance, per- 
sonne »); — idem. 

32. gan = basù. « être 1; — 

33. gan = ginu, eqlu, (jardin, 
champs • {]a) ; — idem. 

31. gar=sakanu, .demeurer, 
faire ■ ; tu; — idem 

35. gaz = gazAzu, qatù, dàku, 
a couper, tuer ■ (toI ; — idem. 

38. ge.gia; v. gig. 

37. ge, gi = kènu, taàru, ■ fer- 
meté, existence dans un lieu, 
revenir, retourner ■ , ya; — idem. 

38. gCN, giâ, < bois, arbre», 
bois, HD'D '•— idem. 

39. gi;v. gô. 

40. gig = «almu. ■ obscur, 
sombre, noir ■; érébu, muàu, 
« soir, nuit » ; — giggu (cf. 
kukku), r. jjh ; — idem. 

41. gid = aràku, ■ être long >; 



LE BUMâRISHB ET L'HISTOmS BABYLONIENNE 



23 



— aram. xû* * couler, sa prolon- 
ger ». 

42 gil; V. kil. 

43. gim s kima, c comme »; — 
1D3* MfB* ^^* kama ; — idem. 

44. gin = mitu, « lieu établi, 
paye » ; — v. gi. 

45. gir s patru, < épée, poi- 
gnard v; — 11*1^^, c lame, flèche ». 

46. gir =r girru, c pied, mar- 
che, piéton, guerrier » ; garàru, 
a marcher » (cf. *^*i;|). 

47. gu = nabû| « parler » ; — 
V. gug. 

48. gub = kabtu, « lourd, 
abondant •; — kabatu, *n3* 

49. gug =r qibû, dabàbu, « par- 
ler »; — yn. 

50. gud = alpu, c bœuf » ; — 
rn, « chevreau » (cf. «^g héb., 
c taureau >, aram. a chevreau ». 

51. gui = abàtu, c détruire » ; 

— V. kul. 

52. gur =s taftru, t retourner »; 

— V. gar et gl. 



D 



53. da = dàddû» « enfant » ; — 
^, «mamelle ». 

54. dab; — v. dlb. 

55. dag, daq s rapadu, « éten- 
dre » ; — ppn , « amincir ». 

56. dah ; v. tih. 

57. dam, « conjoint, époux, 
épouse » ; — tôt* * ressembler ». 

58. dum, du sa mâru, «fils»; — 
même racine. 

59. dan =: dannu, « fort, puis- 
sant »; -^idem. 

60. dar = tarru, « oiseau ba- 
riolé, bariolé m, ^, « tourte- 
relle » ; — idem, 

61. di = esâu, « neuf » ; isatu, 
c feu ». 



62. dé s nabû, « parler, or- 
donner », tômu, « ordre » (nyta) ; 
na*butu, « fuite » ; «i^j, et passif 
de abàtu, «hm > *~ idem. 

63. di = dînu, dénu, «juge- 
ment », ]Vf ; — idem. 

64. dib=^ahàzu, çabatu, «pren- 
dre, acquérir, menu bétail, bre- 
bis » (cf. ropQ)« 

65. dig; v.' tik. 

66. dih = abnu, « pierre »; — 
v. tak. 

67. dil(i) =s zikaru, « mâle »; 
zakru, « haut, élevé » ; v. til. 

68. dim = dimmu, dimtu, « co- 
lonne, pilier » ; — idem. 

69. dir, dirig, «trouble, révolte 
(cf. tal.,p<)t}) « mêler, troubler ») ; 
— idem. 

70. du; V. tum. 

71. dub, du = duppu> « tablet- 
te » ; — idem. 

72. dug, du = tâbu, dumqu, 
« bon, propice » ; — idem. 

73. dul = katàmu, « couvrir, 
détruire » ; — v. til. 

74. dun = dunnU| « force, puis- 
sance, fort, puissant » ; — idem. 

75. dur =durù, • enceinte, mur 
d'enceinte », in^; — idem. 



E 



76. é = eku, iku, « canal » : — 
idem; v. ig. 

77. é := bitû, a maison, de- 
meure »; — ^Ki «demeurer», 
d*oùi||, file ». 

78. el = ellu, « pur » (^^n^ ; — 
idem. 

79. en, « puissant, efficace » ; 
v. en. 

80. en = enu, « seigneur, pos- 
sesseur » ; — idem. 

81. er,ir, «prendre, piller»;— ? 



I 

103. 1 = amàtu, I parole »; — 
V. inim. 

104. i = mù, ( eau >; îamu, — 
■ mer, fleuve ■; qi ; — idem ; 
V, a. 

i05, i=ilu,«élevor.; — Idem. 

106. i = aîù, « briller »; — v. 
i, 2. 

107. ib = ibbu, « viseëres, en- 
trailles (?] comme siège d'émo- 
tions » ; — idem. 

108. ib, ibbi = ? 

109. ig, ik, iq = ikka, iqqu, 
• serrure, barrière, porte •, -«5, 
D». BW; — idem. 

110. id = «du, < flot, nappe 
d'eau »; -^1, r. tm; — idem, 

111. id =iâu, èmuqu.d force*; 
— idem; -p, ■ main, force ». 

112. il, illu = (ka-ka-8i-ga), «pa- 
role parfaite, prière n ; v. el. 

113. il = ilu, «lever, enleven, 
•^ ; — idem. 

114. im(il = imtu, . souffle »; 
de là s&ru, ■ vent, orage, abat- 
tre »; irgitu, « sol, terre »; didu, 
duppu, a argile, tablette *; — 
idem. 

115. im = belùtu, a domina- 
tion »; — ? 

116. in=pillu, piltu, »?.; — î 

117. in, nasalisation de é, 
■ maison >, devant g. 

118. iii, is = issu, sidu, « élé- 
vation, montagne a; ident;HV3< 
na^ù. 

119. it<i) = itu (?), abarakku, 
> ministre »; — idem {?}. 

120. iz, iq = 1;u, «bois, arbre», 
n; — idem. 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BALYLOmENNE 25 



K 



121. ka = pu, appu, c bouche, 
face » (cf. «o) ; — ? 

122. kab = kabtu, « lourd, pe- 
sant, abondant » ; — idem; «pa. 

123. kad = kasaru, «lieri»^*TpV» 
laH;— idem. 

124. kam = dlqaru, • vase » — ? 

125. kan; v. gin. 

126. kar =: kâru, ■ quai, di- 
gue, plaine»; — idem; -^i^. 

127. kar = nîtu, « barrière, 
haie » ; — v. kir et kur. 

128. kas — kâsu, « vase, verre, 
boisson, vin de dattes ». 

129. kes ; v. kis. 

130. ki = asru, irçitu, « lieu, 
terre », & 15; — idem. 

131. kib =?«?»; — naD,« feuil- 

le, branche, cercle » (?) 

132. kid = kîtu, « sorte de vê- 
tement » ; — idem,. 

133. kil = kilu, « espace en- 
fermé, prison »,Mb3î — idem,. 

134. kim; v. gim. 

135. kin = sîpru, s envoi, mis- 
sion »; — ^^' TîB» * diriger ». 

136. kir — kîru, « intérieur »; 
'^idem; -fj^a, «récipient, bassin». 

137. kis = kissatu, « région, 
contrée » , ^^33 î — idem, 

138. ku = akàlu, a manger, se 
nourrir »; — ? 

139. ku = cllu, apur, brillant»: 
— ? 

140. ku=nadû, «placer, fixer»; 

-TD- 

141. ku = matqu, « doux »; — ? 

142. kum, qum = isatUi « feu », 
tp. « brûler »; — idem. 

143. kun, qun = zibbatu, zum- 
bu, « queue » ; — ,-uç? 



141. kur =?mâtu,« pays (bas)», 

âadu, «montagne»; — 52', «cer- 
cle, contrée » ; cf. y\^, « selle de 
chameau », ^S , « monter en 
forme de spirale ». 

145. kur =:nukurtu, «hostilité, 
hostile, étranger » ; — idem, 
après apocope de la syllabe 
initiale. 

146. kus = nâhu, « reposer, se 
coucher » ; akâsu (ikué), « mettre 

fîn^ détruire » (cf. munîh, « qui 

abat »)• 

147. kus = ? « champ »(?); — 
v. l'art, précédent. 

Q 

148. qa = ?, « mesure de capa- 
cité » ; — ag. 

L 

149. la = lalû, « ornement » ; 
— idem. 

150. la =. là, « non, ne » ; — 
idem,. 

151. lag = kirbannu, « don, 
cadeau » ; — lakû, « prendre, 
accepter » ; jxch' 

152. lad=?, «? ». 

153. lah = labû, « marcher, al- 
ler, se tenir debout (?) » ; — 
idem (?). 

154. lah = lahû, « faire des 
commissions, servir » ; — idem, 

155. lah= lahû, « briller, res- 
plendir » ; cf. nS» « frais, vert, 
humide »; — idem. 

156. lai, la = saqalu, «peser»; 
sapàku, « accumuler » ; malû, 
cr emplir, plein » ; alâlu, « sus- 
pendre » ; — idem. 

157. lam = ussubu, « pousser, 
croître, briller » ; — ulàmu, d'où 
mélamu, « splendeur ». 



KETC> SiMinQIIK 



lî = rfca. . t . — ? 
li =■ raqqù i* kU«lU, < 
trqnet (?;»; — ? 



lif = li u. danoD. ■ fort *; 

lid = Uttn. • Tache caa- 

lik = liku. iJeucechieD»; 

lil = lilu. * m. aorte de 
I • ; — i'Um '^yfy. < nuit n; 

ify 

lim ? 
li*? 



IBS. nus = aéîpa. ■ nu^cien, 
astrologue * ; — muso. «pUnMea- 

l!i3. mé = qâla. tTMx. psralei; 
— T. mu. 

iU. mè = BA'dûm: — mé, 

185. mén = açô, « coaroBoe, 
roseau » ; — ? 
ISC. mer; t. eer. 
1S7. m£r; t. mermter. 

mi^, signe do pluriel; 



luh. = ardu. < serviteur •; 



lul = dannu. t fort •; — 
lum = lamu. < briller > 



lu = libbu. . bélier . 
iilimu: — i'ifni 
li = unelu. « homme 
de mulu. < haLbiunt. mut- rhînre 3. 

lud = karpatu. • vase. 



189. mil = 7. . ? .- 

190. misa = mtrama. «<pioi que 
oe soit > ; — ii/em. 

Idl. mia; atfiie eonpoeé de 
deux crocheta: chîfbe ÎQ. 

19?. min. signe eompostf de 
deux clous perpendiculairM . 



t9\. mis: T. gis, 

ld>. mu = sumu. < Dooi, Bea* 
tioQ * : — amû. * meottOQuer, 
parler •: ien:T. mé. 

196. mu = zik^ru. ■ mâle •; — 
^g| est sjo. de ici- 

t9î. mu = (ioDistu. ■ femme ■ ; 

I9S. mu^ = mukku. < T>; — 
r",(fifl. 
199. mue = finaistu. ■ fem* 



mi = • \-ai$seau. uavire ■; 
mad = ni^tu. • pays ■ ; — 


?tK>. mud = damu. ■ aang, 
enf.tnt ■ : da'mu. ■ olMcuriM. 
tétiobres . ; — * 


mah =. mahhu. « grand, 
eur •; — iiifiii ; v, muh. 

mal =. >akinu. • demeu- 
ire > ; — syu, mah^ : Ufin, 

man = Ààrru. < roi >; — 


tiU muh = muhhu. ■ sommet 
de U l^te •; — i.U-n; na. • cei^ 
veau, criue », 

?0'e. mul > mulu. • babitaitt, 
h>>iuuio. femme •: — ||Sd ; ▼• 
mal. 


-Q, (investir de dijrniios». 
m^r ^ sak.\i;u. < demeu- 
re •:- «or-^ l?'. 


;0.1. nii!l = kakkihu.. étoile»; 
- «Sa. »>""- rt*- a». • serrer. 
abv-'Hiler •■ 




LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 



27 



204. mun = (âbtu , « bien , 
bonne action » ; — ? 

205. mur = kapru, « ? » — ?, 

206. mur = libittu, a brique »; 
— V. murgu. 

207. mus = mulù = «ir musi (?), 
« serpent nocturne »; — idem. 



N 



208. na =• nahû , rabàçu , a se 
reposer, s'accroupir »j — idem. 

209. na = élu, o haut, élevé, 
dresser » ; — v. nft. 

210. nâ =: abnu, a pierre, ta- 
blette, stèle»; — > narû, « tablet- 
te » ; idem. 

211. nab=nabbu, «ciel, Bel»; 

— nababu, « briller »; idem. 

212. nag = naqû, « verser un 
liquide (eau, sang, etc.), faire 
une libation, allaiter»; syn. saqù, 
« abreuver », satû, « boire ». 

213. nad =: irçitu, a terre » ; — 
ayn. nadû, a placer, fixer »; 
idem. 

214. nam = nammu (?), syn. 
simtu, « dignité, sort »; — idem, 

215. nar = nàru, nàrtu, «?»; 

— idem. 

216. né; v. ni. 

217. né ^ néru, « hostile, des- 
tructif », de là, « feu, flamme »; 

— nâru, « maltraiter, détruire »; 
tdem; cf. bil. 

218. né= émuqu, « force, mul- 
titude »; — V. nir. 

219. nôr = néru, a forte som- 
me (960) »; — tdem; cf. '^^ 

220. ni; v. nin. 

221. ni; v, nin 2. 

222. nig(ij; v. nigin. 

223. nih = ? 

2*24. uim, num :=. elù, saqù, 
« haut, élevé » ; — v. syn. enim ; 
idem. 



225. nin; T. mim. - ' '• 

226. nin = bel, béltu, « sei- 
gneur, dame » ; — v. nun. 

227. nir = bélu, étillu, àarru, 
« seigneur, homme libre, roi »; 
<lij, « domaine, domination »; — 
idem. 

228. nié = dannu, « fort, puis- 
sant »> — nisu, « élevé »; tdem. 

229. nit(a); v. nitah. 

230. nu = nûhu, « repos »î — 
idem; ^^J- 

231. nu = la, ul, a non, ne »; 
— syn. ànu, « il n'y a pas » ; ]^. 

232. nun = nùnu, « poisson, 
poisson divin, Yau, grand, sel-' 
gneur. etc. », ^«ij; — idem. 



233. pa =. pâsu, « feuille, tige 
de roseau » (?) — ; idem, 

234. pa; v. pag. 

235. pad=zakâru, tanù, «men- 
tionner, parler »; — padû (?) 

236. pan = qastu, « arc » (r. 
tf^Ji « être cambré, voûté, ar- 
qué » ; — 'apanu, cf. pi<, «roue». 

237. pap = abu, « père » ; prob. 
mot enfantin. 

238. par; v. bara. 

239. par; v. bar. 

240. pô = uznu, « oreille, in- 
telligence » ; — ? 

241. pôs = napâsu, a souffler, 
grandir » ; libbu, « cœur., en- 
fant » etc.; — ^15 ? 

242. pi; V. pil. 

243. pi; V. bi. 

244. pig = ? 

245. pil; V. bîl. 

246. pir; v. bir. 

247. pis = humçiru, « ? ». 

248. pu; v. bu. 

249. pu, bu = buru, « fosse, 



I 



38 



REVUE SÉMITIQUE 



iwii*8 » (ina. Tia) ; burtu, « hau- 
teur *, ji^ia) ; — idem. 

250. pursPurat, cEuphrate»; 
— idem. 



251. pa, ri, ru, = alàku, « aller, 
couler»; — arû, « flott; «^hv 

252. ra = rahâ«u, c Inonder •; 
— idem (?). 

253. rab(a) s rabbu, c espèce 
de démon (?) » ; — idem. 

254. rag = raqqutu, « mince, 
faible » (?); cf. raggu, « mal, 
mauvais ■ ; pp«^, ;q^. 

255. rad = ràtu (wil)* syn. 
situ (inv), t abreuvoir »; — idem. 

256. rah? 

257. ras ? 

258. ri ; v. ra. 

259. rib = dannu, t fort »; v. 
rab. 

260. (u-)rig, rik, riq = urqitu 
(urqitu); om — idem. 

261. rid=rittu, «une plante»; 
— idem, 

262. rim = rabû, « grandir, 
abonder »; — q^. 

263. rim, rin, ri = riminû, 
« miséricordieux » s « doué de 
viscères, de matrice (rîmu, cf. 
VBOnm) » ; — idem. 

264. ru; v. ra. 

265. ru ss banû, « construire, 
engendrer, enfanter »; — àru, 
idem; v. ir. 

266. ru = alàku, « aller, cou- 
ler 9 ; v, ra. 

267. ru,rum: v. postpositions. 

268. rug = ruqqu, « peau » 
'Wl» nii î — idem. 

269. rus = russu, russàtu, « un 
objet solide, fort »; — idem. 



270. sa-riksu, rakasu, c lien» 
lier»;—? 

271. su — nabù, « annoncer »; 

- * 

272. sas sanànu, «rivaliser»; 

— idem, 

273. sag = saqû, « crâne, som- 
met, tôte, hauteur » ; — idem. 

274. sah; v. sih. 

275. sal = salatu, € servante »; 

— idem. 

276. sam = sâmu, « estima- 
tion, valeur »; — idem; v. sam. 

277. sar = sa|aru, « écrire »; 
V. sar. 

278. si ; V. sig. 

279. sib = bèlu, ré'u, « sel- 
gneur, pasteur » ; — ésépu, « ma- 
gicien »; t|Oii; peut-être ^oNt 
« assembler les troupeaux ». 

280. sig= qarnu, « corne », et 
garânu, « former un tas, être 
abondant, emplir »; — ? 

281. sig =- maha^u, « frapper»; 
pasàhu, « abattre »; prob. meta* 
phore de « corne ». 

282. sig; v. sum, sim. 

283. siq, sig = urrû, €?»; — ? 

284. sil = èalatu, t briser »; — 
idem. 

285. sim; v. sim. 

286. sim; v. sum. 

287. sir; v. sar. 

288. sir; v. sir. 

289. sirs arâku, « être long »; 

* 

290. su, fl parler » (?); — ? 

291. su; V. Sun. 

292. su; V. sud. 

293. sub ; v. sub. 

294. sug = sukku, « marais • ; 
— idem. 



LE SUMÉRISME ET L*H1ST0IRE BABYLONIEimE 



%9 



295. 8ug = elitu, saqû, c hau- 
teur, sommet » ; — v. sag. 

296. sud sarûqu, c éloigné, loin- 
tain i; se rattache aussi à aràku, 
« se prolonger » ; — ? 

297. suh es nasâhu (issuh), 
« arracher, renverser, exter- 
ner, etc. »; — idem. 

298. sul; V. âul. 

299. 8um,sim =^ nadû, nadànu, 
c poser, donner »; — idem. 

300. 8un= sunu, c peau, corps »; 
— idem. 

301. sun, V. sun. 

302. àur rs sûru, t ? » ; — idem. 

303. sur; v. sur. 

304. sus = ? 



305. 91; V. çir. 

306. 9ir = fini, « serpent » ; — 
idem. 

307. 9u(m) ? 

308. 9un; v. zun. 



309. sa =s éa, « celui qui, ce 
qui, de » ; — idem ; nf . 

310. sa =■ lu, « qui, quoi que 
ce soit »; — V. l'art, précédent. 

311. sa; V. sah. 

312. âa; v. sag» 

313. sa; v. àad. 

314. sab=8abbu, «?»; — idem. 

315. àag =s libbu, « cœur, mi- 
lieu, désir, violence » ; — pf^f 

316. èad, sat =: ? 

317. sahy sih = sahù, « san- 
glier, porc t ; — idem, 

318. sal; v. sal. 

319. sam — âimtu, a évalua- 
tion, valeur, prix », Mt» ** 
idem. 



320. èam - sammu (?), « ? 9. 

321. sar = asaru, kasû, a lier, 
attacher » ; — idem. 

3S2. sar = saros, « grand nom- 
bre, abonder, pulluler, croître»; 

— idem. 

323. se = séum, c blé »; — 
idem; hét. nnv; éth. saâë. 

324. sék, sôq = zanÀnu, « faire 
abonder, rendre fertile, abon- 
dant » ; — V. sig. 

325. àér; v. sar. 

326. ses s ahu, c frère, pro* 
téger», et ahu, «étranger, mau- 
vais » ; — XffWHi VUIST* 

327. si s si, suatu, « elle, ce » ; 

— idem. 

328. si;v. zi. 

329. sib s asipu, isippu, c ma- 
gicien, augure, incantation, or- 
dre »; — idem; I|Qm; v. mé. 

330. àid = ?,«?»; — ? 

331. sid, sit = alaktu, c mar- 
che » ; — QW« 

332. sil = silû, « ? »; — idem. 

333. sim =s simmu (=urqu), 
«plante aromatique », qq; — 
idem. 

33t. sir =s nùru, « lumière », 
IfW; — idem. 

335. sis; v. ses. 

336. sis = nakiru, « ennemi »; 
V. ses. 

337. sitia) = ? 

338. su=zirqu, « outre, seau »; 

— ? 

339. su ^ idu, « main, part, 
puissance » ; — isû, « posséder »; 

340. su £= sihû, suhû, « abais- 
ser (?) »; — idem. 

341. sub =nadû, nadànu, «pla- 
cer, donner, vouer, consacrer »; 

342. sug, suk,. suq, suqum S& 



REVUE StelTIQUB 



im, t nourriture, ali- 

Bya, sunqu; — idem. 

\ig; V. sug. 

mi = ? 

il = idlu, ■ tiomma lî- 

-? 

im; V. sum. 

in = qablu, ■ rencontre, 

'; sanânu, « combattre «i 



« approcher • ; 



is = nukkuru, a hostile, 
Sf.iffBiy, — Bjn.aàuBtu, 
— idem. 

jN ^ susMU, ' sosse >, 
[81 ; — idem. 



i; V. da. 

ib = tappii, " compa- 
chiffre 2 a; — idem. 
\g = lapAtu, " toucher ■ ; 
• frapper " ; v. da^:. 
ih ^ sukallu, " sen-iteur, 
; syn.nilahu; idem; v. 

ik = ezibu, ■ quitter, 
uer »; — atàqu, etiqu, 
acer»; — l'dt'Jit. 
,l;v. dal,dil, til. 
,1 = uinu, n oreille, In- 

.1 = ikkutlu, • tristesse, 

m -uddu, B clarté, In- 
— ? 

mla); v. dam. 
>r =para'u, parAsu. ■ né- 
trancher » ; syn. tarAni, 

àjv. tis. 



3ti(J. té = 

— idem. 
367. té; V. temen. 
36*. tib; v. tig. 

31)9. tig, tik,tiq=kiàadu,<cou, 
bord, rive •; — ? 

310. til = gam&ru, « achever, 
exterminer «; — ? 

371. til = balalu, « vie •} — v. 
til 3. 

37ï>. til = élu, àaqù, • haut. 
élever .; — idem; "jn. ^• 

373. ttm, dim = tar; — t^mu, 
" ordre, parole » ; dJO: 'tfon- 

37t. tin, tin, din = balatu, 
1 vie, force » ; zikaru, ■ m&Ie > ; 
Aikaru, ■ viu »; danAnu, « #trc 
fort •; — idem. 

375. tir, ter = kistu, «terrain, 
sol, domaine •; — cf. ^nn, ■ bor- 

376. tu. du, tur = èrèbu, - en- 
trer » ; niar«u, • malade » ; alâdu. 

■ enfanter »;— syn. taAru.n ren- 
trer »; — idem. 

377. tu= subtu, ■ demeure >; 
gubatu, ■ vêtement •; — ? 

37S. tu ^ sAru. I veut ■; v. 
lub? 
379. tub; v. dub. 
3f<0. tub = maha$u, ■ frapper ■; 

V. dub, Tfln, tjanî 

^<SI. Iug=$ubalu.tvétement>; 

H82. tuh = pitû sa pi, » ouvrir 
la bouche i?) •; — 7 

383. tuk = ahâzu, isù, * saisie, 
posséder t ; — dakii, ■ faire uns 
levée en masse •; — idem. 

381. tum. du. aliiku >; _ adti, 

■ pas. fuis u. 

3S.'i. tum — hardatu, < ? ■. 
386. tum = élu, . haut, élevé »; 

— ? 

337. tur = Urba^u, c gîte, 
parc I ; — V. tu, du, tur et dur. 



LE SUMÉRISMB BT L^HISTOIRE BABYLONIENNE 



31 



388. tur, du s mâru, dumu, 
damu, « fils »; — idem. 

389. tur srçihni, « petit »; sih- 
ni,« pourtour »; v. tur 1. 

390. tus, dus s aâabu, « de- 
meurer »; — ? 



391. ta; v. da. 

392. tu ; V. tur. 

393. tu; V. tun. 

394. tun =. âiqlu, a unité de 
poids, siole »; — of. ijnOi * ohar- 
S^^ * > lUVW» < charge, poids » ; 
"^ Vn^ * percer, creuser». 

395. tur= apsu, c océan, abi- 
me » ; — ? 



u 



396. u =3 akàlu, « manger » ; 

— ? 

397. u=^ùmu, «jour, lumière»; 
V. ud. 

39d# u =^ héÏJiy a seigneur >; v. 
umun. 

399. ù = u, 4 et, aussi t ; — 
idem. 

400. ù = labiru, « vieux »; — ? 

401. ub =^ tupqu, « contrée^ 
région »; — ? 

402. ub îst ubbu, « ? »; — idem. 
403« ug; V. uk(u). 

404. ud 3 ûmu, urru» « jour, 
lumière »; syn. uddu; idem* 

405. uh=rùtu, ru'utu, « ? »; 

— ? 

406. uh ^ uplu, ■ ver, vermi- 
ne» insecte »; — ayn. uhu, |^? 

407. uk(u) = sarru, t roi »; — ? 

408. ul = uUu, c passé, éloi- 
gné »; — idem. 

409. um(u), dans um-me-ga, 
(oa da) = tarit u, c femme en- 



ceinte » ; — ummu, « mère »; 
idem, qh; v. am. 

410. un = bélu, bôltu, t sei- 
gneur, dame »; — v. umun. 

411. ur=aru, « pécher 9, — 
idem. 

412. ur =^ sùnu, udlu, t sein, 
corps, peau »; — syn. utu, 
« corps, nudité »; — idem ; «^ly, 

413. ur,gusur=gusuru,«pont, 
passerelle »; — idem; wa,^^*«9^» 

414. us,us=>zikru, zakru, «ser* 
viteur, haut, élevé »j (saqù); v.* 

IS. 

4i5. uz = enzu, « chèvre » ; — 
— idem. 

416. uz(u) s= sèru, a chair,' 
viande, enfant »; — T 



L 



417. za = abnu, « pierre »; — ? 

418. za; v. 9a, ci. 

419. zab=nabatu, « briller • 
(n33f) ; çâbu, «cohue, multitude », 

— idem,. 

420. zag =^ ittu, « côté »; — ? 

421 . zag ^ sangu, sangu, « prê- 
tre »? 

422. zah = nûru, « lumière » ; 

— rot» « clair ». 

423. zal = azal, barù« « voir »; 
namûru, « briller»;— Sl!?3r (mis.), 
« clair, limpide ». 

424. zi = napistu, « souffle, 
âme, personne »; — jnt, « s'agi- 
ter »? 

425. zib = simtu, i sort » ; — ? 

426. Zip, zig «= ziqqu • ? »; -^ 
iden\. 

427. zid = imnu, « droite »; 
kônu, « vérité »; ^ ? 

428. zid = kimu, « farine » 



(nop) 



. — ? 



32 REYUE SÉMITIQUE 

429. zil, «il, ail = ? t abonder »; zunnu, i pluie » ; — 

430. ziz s= kunasu, « ? ». idem. 

43i. zu = idû, fl savoir »; — ? 435. zur, sur = kalû, t empé- 

432. zub; v. sub. cher»; u^uru, « barrière, limite, 

433. zub = gamlu, c don » (?); borne»; — idem. 

-* Y. sub. 436. zur, zar, car = zarru « ? »; 

434. zun s ma'dutu, t multi- — idem,. 
tude, abondance > ; zanànu, 

Par rapport à leur origine, les 436 phonèmes précités qai 
constitaent l'ensemble des monosyllabes primitifs du pseudo- 
sumérien forment les divisions suivantes : 

1) Monosyllabes qui, sauf la voyelle finale et le t du genre 
féminin, conservent intact le mot babylonien qu* elles repré- 
sentent : 

ab, abbu ; ab (p), appu ; ag, agû; ad (at), atu ; al, allu ; an, 
Ânu, anu ; az, as, asû ; bad, bat, battu ; bal, balû ; bir, biru ; 
bir, pir, pir*u; bur, buru;gak, kak, kakku; gai, gallu; gan, 
gannu (ginu) ; gaz, gazzu (gazazu); gir, gtru ; gui, gulu ; gun, 
gunû; gur, guru; dab, tab, tâbu; dam, (am, tàmu; dan, 
dannu; dim, dimmu; dul, duUu; du^ dumu; dun, dûnu; dur, 
dûru: el, ellu; en, enu; er(i), eru; hab, hap, happu; hul, 
hulu; ig, ik, iku; ig, iq, iqqu; id, ed, edu; id, idu;il, ilu, 
êlû; im, imtu ; iz, i«i, i^u; kab, kablu; kar, karru; kaâ, kaâu; 
ki, klu, qlu; kib, kibbu, kippu; kid, kit, qitû; kil, kilu; kir, 
kiru; kis, ki§lu; kud, gud, quddu; kum, kumu; kur, kurru; 
lab, lahu; lai, lalu ; lam, lamu; lib, libbu; lig, li'u; lid, littu; 
lil, lilu; mad, matu; mah, mahhu; mal, malû; tne; mè; mil, 
milû; mim, mimmu; mu, mû; muh, muhhu;mui, mulu; mu§, 
muâû; nab, nabbu; nag, naqû; nam, namu; ncr, nêni; nin, 
ninu; nit(a)| nitahu; pad, padû; pap, pappu;pur, purruru; 
rab, rabbu; rid, ridu; rug, ruqqu; ru§, russu; sag, àaqû; 
sal, salatu; sil, silu; sum, sumu; çir, çiru; sa, sa; §ab, 
sabbu; sah, sahu; sam, sammu; sar, sarru; se, séu; sir, 
âiru; àub, §ûbu; âug, sûqu; sul, sulu; sur, surû; sus, suàâu; 
tab, tabbu; tig, dig, diku; tim, têrou; tin, din, dinnu; tun, 
tunu; u, u; ub, ubbu, uppu; ud, uddu; ul, uUu; um, ummu; 
uâ, uëu; zab, çab, gab'u; zah, sahu; zal, $allu; zi, zttu; zig, 
ziqqu; zun, zunnu ; 
En tout 107. 



LE SUUÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 33 

S) Syllabes qui négligent la consonne finale du mot modèle : 
a, ammu; bar(a),parakku; bî, bil; ga, gai ; ge, gig; gi, gin; 

gu, gud ; da, daddu ; di, din ; du, dumu ; du, dug ; e, i, ig; i, 

id; la, lai; lil, li; ma, mad; ma, mal; ni, nin; nit(a), nitah; 

pa, pad ; si, sig ; si, sim ; su, sun ; 9U, sum ; sa, §ah ; éa, sad ; 

§a, sag; si, àiq; tu, tug; tUf tun; u, ud; zi, zig, zi, zid. 
Somme : 30. 

3) Phonèmes qui naissent par la suppression de la syllabe 
initiale considérée comme adventice, ce qui arrive surtout 
aux voyelles : 

nim, num, Anim, Anum; guàur, ur (analysé guâ, <icbois» 
+ ur), musâar, âar (muâ, gusâ -f ar); igug, gug, gig; mulu, 
lu (mu, < mâle » + lu); êlamu, lam; erim, rim; ânu, nu; 
88ustu, âuà ; urqu, rig ; amû, mu, me ; aru, ru, ri ; adu, du, de, 
di; asaru, sar; ugar, gar (u, « champ, produit d + gar, 
€ nourriture j>); ukkulû (c nourriture, grain »), kul, gui 
(€ graine, semence i>); agu, gu, gi; uçurtu, 9ur; ikus, ku§ ; 
ikkur, kur ; gad, kad, qad ; ^jj{, ^3^, ^p^. 

Somme : 20. 

4) Phonèmes dus & l'élimination de la nasale médiate : 
duroqu, dug, du; sunqu, âug, sug. 

b) Phonèmes polysyllabiques. 

Ils sont de deux sortes. On distingue d'abord des valeurs 
appartenant à des signes qui entrent dans la composition d'un 
nouveau complexe, ou bien à des signes d'un aspect simple 
mais doués de plusieurs lectures. Dans cette classe se rangent 
la plupart, des noms de signes donnés par les syllabaires. 
Comme cette catégorie ne fournit aucun renseignement par- 
ticulier, nous l'écartons de la présente analyse. Notre attention 
doit s'arrêter par contre sur la seconde classe qui est formée de 
polysyllabes compacts, indivisibles et devant remonter à 
ridiome des inventeurs tout aussi bien que les phonèmes 
monosyllabiques dont nous venons de constater l'origine sémi- 
tique. Le choix suivant suffira, j'espère, à éclairer le lecteur. 

1. adama =adamatu, « sang foncé, pus »; — idem ; q«tii. 

2. akkil.ss akkilu, ikkulu, « affliction, deuil » ; — idevi ; S^n» « ^tre 
sombre • . 



REVUB SÉMITIQUE 

ine plante » ; — idem ; •)•)((, 'j'jy. 
«jeune animal, antilope nj — idem (l);ycH- 
nu. " Anum »; — idem; uy. 
udru?|, imâru, siaù, ■ dromadaire, àne, che- 
aitivement atnsu, de amasu, t marcher»; — 
lomme i ; litt. ' celle qui marche >. 
" démon de maladie »; — idem; dws- 
I, • un certain métier »; -r- idem; •^W- 
birbir = babbaru, birbiru, o jour, clarté i; — 

;u, balangu. a lamentation ■; — idem; j^. 
i, < issu dcE entrailles, du ventre, fîls, enfant <>; 



-apluhtu, « crainte »; — idemjnSs- 

I, " ? m; — idem; iJn. 

ru, gaggaru, • terre, sol, pays »; ^ idem ; "ip^. 

igir. 

i, 1 protecteur, dieu »; — idem ; ly^. 

dirigu, dirgu, « sombre »; — ïdeiit; g^ (tal.). 

Lu, • lourd, riche, abondant >; syn. duhdu, 

lem. 

'f'dmu, " cadavre »; — idem; aram. RCfiTl- 

, 1 plaine, campagne "; — idem ; y^y. 
Li. t pays haut, Élam •; — idi^m. 
ikkaru, n laboureur, cultivateur »; — idem; 

"I renverser, détruire "; — idem; mu, mn- 
u, « espèce de sauterelle ■>; — idem ; a^n- 
« prolecteur, dieu "; — idem; halâpu. "couvrir», 
(ils u; — idem; ^s*- 
= idiqlat, ■ le Tigre »; — idem; 'joiiT 
H mur, enceinte u; — idem; ij|. 
amii, kalama, i totalité, monde, univers *; -^ 

nu, kurunnu, • vin »; — idem. 

igu, n ? a; idem. 

, noble »; — idem. 

i9u, « sorte de démon, colosse "; — l'dem. 

lamu, ( majesté, splendeur <i; -^ idem ; ëlamu; 



LE SUMÉRISHE ET L*H[STOIRK BA.BYLONIENNE 35 

37. murub, muru, « organe féminin »; — idem; éribu, aiy« 

38. nanna = nannaru, « illuminateur, titre de Sin »; — idem ; ^«u. 

39. nigin = nikimtu, a assemblage, accumulation »; — idem.. 

40. pirig, piri = piriqqu, « ?»; — idem; yyt^ 

41. pisan = pisannu, «plante aquatique»; — idem, 

42. sahar = saharu, « poussière »; — idem,. 

43. sigisse =■ sagàsu» sigsu, « immoler, immolation »; — idem. 

44. silim = salâmu, salamu, « apaiser, décider »; — idem. 

45. sukkal= sukkallu, «jeune garçon, page, ministre »; — idem; 

46. «alam, çalmô = çalmu, « obscurité, image »; — idem; oSy. 

47. sanabi -= sanabu, sinbu, « deux tiers »; — idem,, 

48. sukum = kurmatu, a nourriture »; syn. sunqum (avec mim- 
mation); — idem; pjj). 

49. tidnu =: tidnu, tidanu, nom de la Syrie (r. edu, «fif , « ilôt » ?) ; 

— idem. 

50. tirtum, tirtim=- tirtu, « message, commandement »; — idem; 

51. ubara s kidinu, « ami, compagnon »; syn. *ubaru; — idem; 

Tin- 

52. umun = ummànnu, « gens, grenier »; — idem; "[qh- 

53. uras = ursànu, « fort, puissant »; — idem. 

54. usbar= isparu, « tisserand »; usparu, « métier de tissage »; 

— idem. 

55. utul =utullu, « parc de troupeaux, troupeau »; — idem. 

56. zabar = siparu, « cuivre, airain »; — idem. 

57. zikum= ziqqum, « flot, mer; — idem; p^^. 

58. zikara, zigara; — ? 

59. zikura = âamù, ciel, hauteurs »; syn. zakru; — idem; 13t. 

60. zimbir = sipar, sippar, « ville de Sippara »; — idem; *ii)d. 

Ce6 faits se passent de commentaire : 1 30 monosyllabes 
et 60 polysyllabes dont l'immense majorité forme le voca- 
balaire des inscriptions les plus archaïques qui font Tobjet 
de notre analyse, non seulement découlent de la langue baby- 
lonienne sémitique^ mais portent en même temps le caractère 
de phonèmes artificiels dénués de toute réalité linguistique et 
ne pouvant fonctionner que comme simples expressions de 
son ou comme valeurs idéographiques représentant, soit des 
termes qui leur ont servi de types, soit les idées, qui dans 
la conception des inventeurs étaient mises en rapport avec 
ces types fondamentaux. Les noms des lettres de Talphabet : 
a, béf eéj dé^ éf sffCj gé^ etc., sont également le résultat de 



36 HEYUB SÉMITIQUE 

modifications conventionnelles et ne font point partie de la 
langue. Dans les chiffres romains, la faculté idéographique se 
borne aux lettres Y, D, G^ figurant la première convention- 
nellement le nombre « cinq » , les deux autres comme abrégés 
respectifs de decem et de eentum, les nombres c dix d et 
<K cent jD. En babylonien ce procédé est largement généralisé, 

DERNIERS SUBTERFUGES SUMÊBISTES 

Uexamen que nous venons de consacrer aux phonèmes 
primitifs formant les lectures des signes du syllabaire baby- 
lonien, satisfait d'abord à un desideratum exprimé catégo-* 
riquement, quoique d'une manière exagérée, par M. Zimmern 
dans l'introduction de ses Babylanische Psalmen (Leipzig, 
1885). Tout en avouant la réalité des faits relevés par moi 
relativement à l'origine sémitique d'une foule d'idéogrammes 
et des rébus qui se rencontrent dans les textes prétendus 
sumériens, il s'arrête cependant à la pensée que le sumérien 
mixte suppose l'existence d'un sumérien pur aux époques 
antérieures. Reproduisons les derniers alinéas : 

c Ce sumérien mélangé de sémitismes a été comparé au 
latin des moines du moyen ftge. Notre tftche consiste à dé- 
gager du c sumérien de moine » assyrien, le sumérien c cicé- 
ronien », d'après des principes philologiques. Si, sans 
exclure les inscriptions royales paléo-babyloniennes, nous 
possédons des textes sumériens purs, c'est encore une chose 
indécise, mais une observation plus exacte sur la différence 
dans la pureté des textes à notre portée, sera en tout cas un 
des meilleurs moyens pour une pareille investigation. » 

Le doute qui est le commencement de la vraie critique, est 
venu à l'auteur deux ans après l'analyse que j'ai donnée de 
plusieurs textes archaïques dans mes Mélanges de critique 
et cPhistoire (Paris, 1883, p. 355-357), mais l'espoir qui 
perce dans cet exposé et qui lui fournit l'occasion de nous 
donner une petite leçon, & Guyard et à moi, s'est évanoui à 
à tout jamais : M. Z. écrit : 

C'est surtout, — ce qu'Halévy et Guyard laissent égale- 
ment inaperçu — de haute importance pour la question, de 



LE SUMCrISME et l'HISTOIRE BABYLONIENNE 37 

savoir OÙ se trouvent ces emplois abusifs des idéogrammes, etc. 
C'est autre chose, sMIs se trouvent déjà dans les textes 
anciens d*un Hammurabi, on bien dans les listes lexicogra- 
phiques relativement tardives ou dans les bilingues de àamas- 
ênm-uktn'qui portent le cachet du factice et dont la colonne 
gauche n'est indubitablement qu'une paraphrase artificielle 
et savante de là colonne assyrienne de droite dans le dialecte 
accadien de la langue non sémitique. La considération orga- 
nique en face de la mécanique conduira seule ici également 
au but, 1 

N'en déplaise à Tauteur^ le défaut négatif qu'il signale 
entre parenthèses est bien singulier. J'ai démontré le carac- 
tère artificiel des phonèmes c sumériens » par des exemples 
tirés des textes qui étaient alors à la disposition des assyrio- 
logues et dont plusieurs, entre autres les syllabaires, remontent 
à un âge très respectable où on connaissait encore la déri- 
vation exacte des formes; graphiques considérablement modi- 
fiées dans l'usage ordinaire. Je n'ai pu aller les chercher 
dans les inscriptions d'Hammurabi dont on ne possédait 
qu'un petit nombre de lignes mutilées. Guyard qui me sui- 
vait dans cette voie se trouvait dans les mêmes circonstances. 
Les découvertes ultérieures attestent que les prétendus < abus» 
se constatent dans tous les figes de la littérature babylonienne, 
voire qu'ils- sont au fond de tout système cunéiforme. Or, cet 
état de choses que j'ai déjà établi en 4 874 par des preuves 
inattaquables, H. Z. se garde bien d'en parler. Où bien croit- 
il réellement que les valeurs des signes primitifs ne contiennent 
aucun sémitisme? H eût fallu au moins avoir le courage de le 
dire. Au reste, le desideratum relevé par M. Zimmern a été 
comblé dans le compte rendu que j'ai fait de son ouvrage, en 
prouvant que les textes d'Hammurabi et même de Gu-de-a 
sont, eux aussi, enlisés dans le sumérien mixte ^ et aujourd'hui 
que nous avons les textes antérieurs nous pouvons demander 
plutôt où ce sumérien n'existe pas? 

Fait remarquable, l'examen du trésor lexicographique con- 
tenu dans le syllabaire cunéiforme n'a jamais été sérieusement 
abordé par les défenseurs du sumérisme. La tâche en a été 
cependant mise au point en 1 889 par le répertoire de M. Brun- 



RBTUE SÉMITIQUE 

qui classe d&ns deux divisions difTéreDtes les ralears 
émitiques el les valeurs sémitiques des signes. H. Lehman 
ombat l'antisumérisme trois ans après, s'occupe princi- 
lent de certaines lectures et se borne à assigner une 
e sumérienne à des syllabes peu nombreuses. M. Pioches 
ivelle cette tentative sur une série plus considérable de 
rs et a sur son prédécesseur l'avantage de la concision et 
clarté; donnons-lui la parole : 

sides those (les noms des signes) however a number of 
s, evidently borrowed, are common to both idioms, 
Assyrian andjnon Senaitic. Thuswe have«-^<Uaandekallu 
athouse, or palace >; dup tara txid it^sarru, «scribe >; 
and^a//u, c démon, devil >; nanUara and namtaru, 
e >; sa-bara and saparu, < net >; us-bar aod usparu, 
m >: gu%a and kussû, « ihrone >; mada and mâtu, 
d, country »; harran and karranu, a road >; tUtzu and 

cabyss >; ilnla&i\dahlu, < son >; (fu^ and di^u, 
et s; taga und saqu, ■ head, end > (ofa pièce ofgroUDd); 
and palû, « régnai year > ; Uumna and Ummassu, < co- 
\ t; batu^ar and passuru, ■ dish v; tak and saku, < ptg » ; 
a and adamatu, * gore. blood »; itaga (nûo^s) and 
K (nûaitu), ' prince, chief d; «m^ot and uboHu, * fin- 
; nun and nûdu, a lîsh »; vrudu and éru, < copper >; 
ar «i/ot, <■ army>; urugala, arali and aratlâ, ■ Hades >; 
( and sangû, « priest s (both frora sag, s head ■); aulAal 
iikkatu, € mesâ«>nger »; agarin and o^arûinii, ■ mo- 
>; b'^af and kisailu, < platforme >; v^itm^oi and 
mgatlu, « purless one, démon >: ^a and parakku, 
'ine ■; fi'/ùn and salimu or iulmu, ■ peace >; a/r, the 

(600); damgar and (nmAviru. «r agent >: iti^or and 
, < cnclosurt* >; giiiim and cdiinmii, hJh^ and utiubbii, 
nos ofcvil spiritt: >; ^^u and agu^ ■ inundation » with 

olhers. 

>nmo or my re&ders will probably bave recognized, in 
ist of similar words in ilie two idioms a few roots that 
ïmnion semitio proporty. ^AiiHu is course, the common 
hikaly 4 tenippl >; dup^^.uru if the Uebrew t'psar, osed 
emiaii and N^ihinu fur, « governor>; kussA is the well- 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONlEmiE 39 

known word for c throne i, in Heb. kissê and in Arabie 
kurH; nunu^ « fish »; silim^ éulmu and saltmuj a peace >, 
and others which are not so easy to identify on account of 
transformations tbey bave undergone, but whose dérivations 
bave been worked ont, and are known, may aiso be noted. 
Among tbese are harrànu^ « road»; from hararu^ c to make 
a furrow », ibila and ablu^ <c son ]> from abâlu, < to produce»; 
adama and adamatu, <c blood » or c gore » from the same 
root a Adam, Edom, etc.; illat or ellat, < army o, the Heb. 
heyil or hêl c army, fortification », whiist damgar and 
tamkaru c agent » are connected with the word makhuru^ 
« property ». 

c When two nationalities come together, or bave close commu- 
^nications witb each other, it is the usual thing for an interchange 
of words to take place, for It is certain that they will both 
possess expressions or meanings of synonymous words wan- 
ting toone or the other, and this being the care, they will be 
under the necessity of borrowing unless the needfui synonym 
can be coined easily. This, however, seldom happens, and 
they borrow, often (as in the case of our own language) when 
there is little or no need for it, for after a time words become 
common place, c worn out », so to say, and foreing words 
iake their place even though good words expressing the same 
ideas already exist. This is the true explanation of the fact 
that the Semitic and non-Semitic idioms of ancien t Mesopo* 
tamia bave so much in commun. » 

On le voit, M. Pinches en est encore à l'explication donnée 
par Lenormant dans son volume intitulé La langue primitive 
de la Chaldée. Elle se résume en ceci. Il y a en sumérien un 
petit nombre de mots (= a few roots) empruntés à l'idiome 
sémitique voisin, mais la masse en est d'origine allophyle. 
La liste de M. Pinches est toutefois plus. abondante, car elle 
contient une quantité de mots fort importants comme êkaly 
tipsar^ kussûj tamkaru^ lesquels n*ont été classés dans le 
lexique sémite qu'après que j'eus démontré la fausseté des éty- 
mologiès sumériennes respectives : ê-gaU «grande maison »; 
tup^aty c tablette, écrire, » ; ga-za, (( siège, pierre » ; dam 
goTf «maître, travail » etc. Quand on combat un adversaire, 



40 REVUE 8É1IITIQUB 

il est de la plus simple urbanité de dire clairement qu^on lui 
concède certains points qu'on trouve admissibles. Hais lais* 
sons ces vétilles. M. Pinches semble encore ignorer qu'en 
« sumérien > même chaque signe est à la fois phonème (les 
suméristes diront c un mot ») et idéogramme et cependant 
la polysémie effrayante de la plupart des caractères cunéi- 
formes y convie irrécusablement. Si je me souviens bien, ce 
fait a déjà été reconnu par Lenormant. M. Pinches ne semble 
même pas se douter que» dès le moment que les « Sumériens » 
avaient pris l'habitude de faire des emprunts à Tidiome sémi* 
tique, ces emprunts devaient comprendre indistinctement des 
mots monosyllabiques et des mots polysyllabiques ; comment 
se fait-il donc que, en dehors du seul nun, sa liste n'enregistre 
que des vocables de deux ou trois syllabes? A-t-il prudem*. 
ment supprimé les monosyllabes parce qu'ils gênaient son 
système, ou bien cette importante omission est-elle le résultat 
d'une inadvertance involontaire? Dans un cas comme dans 
l'autre, sa réponse s'arrête précisément là où elle devait nous 
éclairer le plus. 

Du reste, la plaidoirie suivante du même auteur met le 
comble à notre étonnement, L'affublement, cette fois inten- 
tionnel, sous la dénomination de c cryptography », de ce que 
j'appelle c idéographie » ou < allographie » , remontant au 
père du sumérien n'est que ridicule et ne vaut plus la peine 
de s'y arrêter un seul instant. Mais que dire des observations 
qu'il dirige contre les faiti^des colnciclences entre les phonèmes 
Qc sumériens > et leurs types démotiques-sémitiques dont j'ai 
signalé quelques exemples dans mon Aperçu grammatical 
de Vallographie aseyro-bidnf Ionienne. Les coïncidences en 
question se réfèrent aux idéogrammes gai ; bur^ pur ; i;« 
gis; el ; subj %ub\ nag; mah; gir; gir; tab; sal; kar; ab, 
abrégés réciproques de galluy jpurru, ifu, giséu, ellu^ %ubu^ 
naqUj mahhu^ giru, gi^ru^ tahuj salatu^ karu^ apu. A ce sujet 
M. Pinches me reproche d'avoir traité les noms des carac- 
tères des syllabaires comme s'ils étaient des mots réellement 
usités par les anciens scribes babyloniens (the names of the 
Syllabary giving the phonetic values, the cliaracters and their 
names (= S*), are taken and steated as if they were words 



LE SUMÉRISME BT l'HISTOIRE BABYLONIENNE 4i 

actually Qsed by the ancient Babylonian scribes). Ma réponse 
sera catégorique : 

1* Les sons elluy zutu, subUj naqu^ salatu^ karu, apu/ne 
figurent nulle part comme noms de lettres; les signes lus kar 
et ab portent notoirement l'un le nom de ganuj Tautre celui 
de SéUj 

Ib" Même en qualité de noms de lettres, ces phonèmes doi- 
vent être des roots réels dans l'idiome des inventeurs de récri- 
ture cunéiforme, tout aussi bien que les noms conventionnels 
des lettres de Talphabet phénicien : aleph^ c bœuf »; bétf 
« maison 9; gimeU < chameau », daletj « porte », etc. Et en 
effet, ces mots et cent autres de cette série constituent le voca- 
bulaire primitif du pseudo-sumérien et tout dépend de la 
question de savoir s'ils y sont originaux ou seulement tirés de 
types sémitiques propres à Pidiome babylonien. Or, malgré 
les rélicences de M. Pinches, c'est là un fait certain et in- 
contestable. En voici les détails : 

a) Bur^ pur, c dissoudre > , n'est pas un unknawn root as a 
verb in assyrian ; il vient au contraire de Tinfinitif purruru, 
c réduire en miettes », r. -pQ, d'où aussi l'hébreu -)Qn« 

< dissoudre une alliance, un vœu ». 

b) Gallu, c grand », zub, subj c fondre, couler »; kar{u), 
c champ 3>; ap{u) sont aussi des vocables sémitiques com- 
muns: as. gallu f gulu; héb. ^;;, monceau »; ar. v34^, 

< grand, honorable »; zâbu^ « le fleuve Zab »; mand. X3XT* 
ic fleuve j>; as. karu, <t champ, plaine i>; héb. -Q;as. aptu^ 
aram. KnStt*^^'^- n&K^ ^ épha, mesure de capacité ». 

c) MahhUy « suprême », aussi fréquent en assyrien que 
ral»trait régulier tnukhuy c cr&ne, sommet de la tête » , est 
le sémitique nb* ^ cerveau » (le contenu pour le contenant) ; 
le verbe mahâhu, signifie c retirer en haut le vase rempli au 
puits, puiser ». 

d) Le phonème gir^ ^^, signifie à la fois sepUj a pied », 
et kibsUf tallaktu, marche, expédition (Brûnnow, 91 85^ 9193, 
9193); l'affirmation contraiVe de M. P. repose sur un manque 
de mémoire. Quant à la lecture gir^ outre les gloses, elle est 
garantie par la forme prétendue dialectale me -ri qui peut se 
lire aussi ge^ri. 



42 RKYUB SÉMITIQUE 

^) En ce qui concerne rautre^tr» ('^^^^A « poignard, épée», 
son sémitisme est mis hors de doute par Tararoéen }rpji« 
c flèche > et son absence momentanée des textes connus ne 
prouve nullement que Je mot girû n'était pas en usage chez les 
Assyro-t>abyloniens (Pinches). Les types de dingir (digirû)^ 
hilib (hil^)^ (fis {qisu\ %uab (TOêobu)^ et d'une foule d'autres 
phonèmes tenus longtemps pour sumériens ont été trouvés 
plus tard dans les textes démoti.]ues. Nous n^accordons à 
aucun assyriologue le privilège de connaître tout le lexique 
assyrien. !!• Pinches croit cependant ^pnver son dire sur 
Textrait d'un syllabaire du British Muséum que nous repro- 
duisons CHa(wès : 



Gir ►!$> palnim. naglabn. Dae^rer. knife irazen. 

pariidii, magzazu^ to tlee, shearing. 

gallatinn^ nain^aru, séparation'?'» sword. 

padanu. urhu. path. road. 

harranu. efitnl ti, high-road. divi-^ion i? . 

aintuin, sak^Ki}tni i?«. ? ? 

jèunimudu, ahuru, to eut off ior sim., ? 

^ibbn, zu'iiikiint. girdle» scorpion. 

.4ra>-iS- iKifrutn lisixn sinni<îi . Dactreriin l he\v o m en's longue). 

Là-dessus M. Pinches fait la remarque suivante : 
c The writer of this very full Syllabbary, therefore, gives 
DO hint of the existence of an assyrian word ^tm meaning 
« dagger » or c sword » , nor does he seem to occur with 
any of the meaning that a hâve quoted above. » 

Malheureusement, M. Pinches commet ici i la fois une 
inexactitude et une grosse errt^ur. D*abord il est inexact de dire 
que ce syllabaire soit € \ery full ». On voit du premier coup 
«Tœil qu'il lui ounqiie les deux siirnîfi^aîions^arJ.?!!, « briller», 
et kirqu^ * ècktir »tqui onl été noues par Brunnow ^305, 306) ; 
et 00 admet avec une graiule vrv^:><\r.b!Ance qae ia décou- 
verte de nouveaux textes lunis hM\M'a d*Autres sicniiications 
icconnu^s. L*une dt>s grvv^ist^s errwîrs consiste a ch-Tcher dans 
ce syllabaire les s\nor\nKS d*uu >eu! mot. Au contraire» les 
vocables assyrieiis se coîujwsent ea gt":i:î\le fv.\rtie de roots 
asssez dinerents nu\iuou:io lingue au r.:o:ule n'e-vprimera par 
le même terme : jv^^gUAixl» r^s^Mr. fuir. tvrJie, réparation (?», 



LE SUB1ÉRI8ME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 43 

épée (?), chemin y ceinture, scorpion. Ces significations mul- 
tiples attestent que gir n'est pas un mot réel mais seulement 
un phonème idéographique représentant un groupe d'idées 
analogues que la langue vraie exprime par des mots spéciaux.. 
D*autre part, le sens de c fuir » propre à gir remonte à la 
racine assyrienne ^^^ qui a précisément cette signification 
(Delitzschy H W B, p. 195); l'idée de c séparation ^ et de 
€ division » s'y range sans difficulté. Enfin, l'interprétation 
phT padânu^ € sentier )>, et urhu^ < chemin, route », vient 
d'une assimilation avec l'autre gir qui est l'idéogramme du 
pied(^^); le procédé est purement mécanique. 

/) Ma comparaison de nag et naqun, l'honneur d'une longue 
réfutation. Pudique à l'excès, M. Pinches se fâche et me 
reproche d'avoir ignoré et la longueur du u de naqu et le sens 
précis de ce mot : < For the purposer of his comparison, too, 
the ingénions anti-akkadist ignores the long û of naqû and the 
fact that, in Âssyrian, this purely semitic root does not mean 
to drink 1 but < to pour ont, as libation », and that the 
purely akkadian nag does not mean c to pour out », but 
« to drink ». Passons le ridicule de la première remarque et 
disons un mot de la seconde, puisque l'auteur y revient dans 
les deux pages suivantes. Condensons ce délayage. Le carac- 
tère nag ('-^=tiîI) ^ prononce aussi gu et immeli ; il est tra- 
duit par lâsUj « humer » , c'est-à-dire boire en petite quantité ; 
ridée de boire devait donc être rendue par gu et non par nag^ 
ce que prouve aussi le complément a attestant la présence 
d'une racine (root) se terminant par une voyelle. » Par mal- 
heur, le témoignage du complément n'exclut nullement fexis- 
tence de nag; ainsi mal et gir sont souvent complétés maUef 
gir-a^ indiquant tout au plus Télision des consonnes finales 
2etr ; dans notre cas na^-a pouvait se lire na-a^ sans préjuger 
l'existence de nag. Du reste, M. Pinches avoue lui-même, un 
peu tardivement, que nag fait partie du phonème composé 
Ornag^ c un vase à liquide y>, dont l'analyse, c eau-boire », 
ne fait pas l'ombre d'un doute. Son erreur fondamentale con- 
siste de nouveau à prendre ce phonème artificiel pour une 
racine. Dans le langage populaire c faire des libations » équi- 
vaut aussi à % boire avec excès » . 



BEVUE SÉMITIQUE 

nlÎD la syllabe el dont le rapport avec l'assyrien 
défie toute contestation. Que fait M. Pinchesde 
ënant? Il te passe sous silence et ne s'en préoc- 
t par trop habile. 

ses services rendus au déchiffrement des textes 
U. Pinches a acquis des titres à Pestime et k la 
e des assyriologues ; nous regrettons profondé- 
soit lancé dans les questions épineuses de phi- 
irée, où, faute d'études sémitiques Bérieuses, il 
lire rien qui vaille. 

s d'aborder le problème du prétendu dialecte 
sumérien ». Dans certains textes idéographiques 
s phonèmes autrement composés que dans les 
res. Les < clear-headed » assyriologues, comme 
. Pinches, y voient un dialecte et un dialecte 
du sumérien ancien. Pour moi, je les tiens pour 
ariantes orthographiques. M. F^nches, mécon- 
lument la portée des mots, renverse les rôles el 
ent sur mon compte les erreurs commises par 
irtage les vues. « Balévy's opinion », écrit-il, that 
différences are really due to variant writiags 
moment hold water. That m, n and b vould be 
riants for <r; iforn; jcfor é&add; rfor/and the 
. be changed, ail according to flxed ruies, is to the 
Lssyriologists incompréhensible. > Notonsd'abord 
lé prononcée audacieusement ou inconsciemment 
itations de consonnes et de voyelles s'opèrent géné- 
rés des règles fixes. Jamais les noms < sumériens » 
, E-an-na-du et Gu-de-a, pour ne citer que ces 
I, nedeviendron'. jamais eu ce néo-sumérien s Ala^- 
ï-mo-«uel yu'Se {»ê)-e, selon les Irnnsformations 
r M. Pinches. C'est précisément l'irrégularité et le 
es variantes ■ néo<5umériennes > qui oblige & n'y 
formes d'une nature graphique. Voici en quoi 
it. 

nombre de signes qui contiennent le son m ser- 
ïprimer le son ^. Ainsi : ma(?),mt, mu, fRaï, mar, 
, , se lisent aussi ga, gi, gu, gai, gar, ger, gen, etc. 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 45 

Cest un procédé d'écriture qui n'a rien de commun avec les 
permutations linguistiques. Le « néo-sumérien > substitue 
volontiers la série m à la série g usitée dans le suraérien 
ordinaire. Exemples •: sum. || '^ ^ a*ma{iyma{ï) et a- 
9a{iyga{l) = néo-sum. || ^j^j a'fna-'me; sum. '-^Kj^ galj 
néo-sum. ^ ^]<^| ma-a/; ^i(s), ^m(s); sum. ^, néo-sum. 
•^-^ mu ; sum. girza^ néo-sum. marza = as. par^u, « loi, 
commandement >; sum. >-^||| fl^tV, néO'Sum. ]>- ^ tT^^ir 
ou |>- >-[(^| ma-fi, « poignard >; dim-mer en face de 
dim-gir est du môme genre. Tout cela montre simplement 
qu'il existait une similitude organique entre m et g dans 
la prononciation babylonienne. Ce fait nous est connu 
par le curieux démonstratif agâj agâta, agaéuy etc., pour 
ammuj ammatUj ainsi que par la forme isakanga pour Ua- 
kanma^ <k il fera 9 ; m se confond encore plus souvent avec w 
et dans des cas sporadiques avec b; le fond de ces variantes 
est purement assyro-sémitique. 

Parmi les autres exemples produits par M. Pinches, le 

changement de 9 en d dans || ^•-n'^ ïf ^^*^ P*^"^ îî V ^^I 
agarra repose sur une fausse lecture, ^"-U^^ se lit ga ou gi, 
il y a donc a^ga-a en face de a-gar-ra^ c'est-à-dire la réduc- 
tion de gar en ga, analogue à celle de mal en ma. La forme 
mé'fir équivalente de musir porte le cachet sémitique par le 
son 9 quMI contient. Enfin toutes les autres variantes remontent 
à des mots babyloniens synonymes mais issus de racine dif- 
férentes : adar (r. -|*|j{, cf. adârUj a réservoir >, adûrUf 
€ enclos >) = agar, champ > (r. ^;ix, « enclore », ugaru) ; 
aba (de aptu, c creux », ipu, » matrice >) = aga, t derrière » 
(de ummUj a mère », [amiu, c servante!»). ; oi^, a afflic- 
tion » (? ittu ; r. -]2^^) = anêr (cf. ijy); dw, t aller, mar- 
cher » (r. adû^ y^y)=^im deefimtUy t route »); dw^, c bien, 
agrément » (de dumqu, r. damâqu) = ^tô, ^i/? (prob. de c^^v» 
« rayon de miel »); tn^ar , c enclos » (de ^jj^) et amar (de 
amarumj syn. de lipittumj d'où le phonème 2tptt). J'ajoute 
un exemple que M. Pinches a laissé en souffrance parce que 
si son procédé était exact il faudrait admettre que d se change 
en r ; le signe gir^ a poignard », se lit aussi ad, visiblement 
du sémitique -j-in» ^ ^^^^ ^^S^ »• Or, le syllabaire cité plus 



46 RBVUB SÉHITIQUS 

haut remplace ai par ar(u)y et la chance veat qae le verbe 
assyrien aru^ le sémitique r-|}(, « couper, retrancher >, soit 
rendu par le même idéogramme que le synonyme qofOfU^ 
gazâtu qui indique Tidée de c couper » dans le syUabaire 
produit par M. Pinches lui-même pour appuyer Tidée souve- 
rainement absurde de la conservation par des scribes sémites 
d'un dialecte étranger, lequel, comble de bizarrerie, serait né des 
centaines d*années i^Nnès sa disparition ! 

M. Radau, au moins, n*a pas poussé la candeur philologique 
à ce point-là : il a supprimé tout le chapitre néo-sumérien! 

Ul grammaire I>ES TBXTBS ARCHAlQOKS 

Nous arrivons Baîntenant à la partie la plus ardue de 
notre* tâche. Le vocabubire des textes archaïques est bien 
sémitique, nous Pavons montré parprfes de deux cents exemples, 
mais n*y a4-il pas dans les liaisons grammaticales un dernier 
reste d*un génie linguistique étranger? Maintes pages sorties 
de la plume d'écrivains turcs surabondent d'expressions 
anpruntés aux lexiques persan et arabe, en sorte que si oo 
n^avait pas le témoignage des marques de relations dans les 
noms ou dans les verbes, on aurait grand'pdne à distinguer le 
caractère ethnique des auteurs. Ne peut-on pas supposer de 
même que, malgré Taliandon de l'ancien lexique an profit du 
vocabulaire sémitique, la langue allophyle a néanmcnns sur- 
vécu dans la grammaire et dans la syntaxe qu^elle aurait 
gardées, au moins en partie, et imposées par infiltration latente 
à l'esprit des scril>es sémitiques? La plus sûre r^nse qu'on 
puisse donner à une question si délicate, c'est de réunir dans 
des catégories bien adéquates la totalité des exemples qui se 
présentent dans nos inscriptions et d'en étudier soigneuse» 
ment le rapport avec les catégories analogues du t>abylo- 
nien sémitique, 

llfDlOKS WiTKRMlXATIFS DBS HIOXKMES XOMCIAUX 



En sa qualité de mot factice le phon^me idéc^raphique se 
passe de la distinction pemianonte du genre coQventioDnel 



LE SUMÉRISME ET l'hISTÔIRE BABYLONIENNE 47 

qui affecte la désinence des mots sémitiques réels. Nin signifie 
c seigneur » et c dame > ; dam c époux » et ce épouse » , tur 
(= dumu « fils j» et c fille » . L'emploi du signe sal (abrégé 
de salatu^ c serve t> , pour désigner les femmes te trouve dans 
nos textes (Gudea, St. Ë, col. I, 2). Pour différencier le sexe 
féminin des animaux, cet indice se constate d'assez bonne 
heure dans d'autres textes, tandis que les individus mâles 
sont indiqués par le phonème ué^ abréviation de uéu^ a or- 
gane viril ». 

Le pluriel est rarement exprimé. On constate cependant 
l'existence de deux moyens de le figurer : 

4* En redoublant le phonème : an-an, « dieux y>; kur-kur, 
c pays » ; giâ-ur-ur (YI, col. III, 1 0), a les ennemis » ; bar-bar 
(VllI, col. II, SI), <c les temples >. Un curieux exemple de re- 
doublement du nom et de son adjectif est : nam-enim-enim- 
dir-dir (VI, n" 1, col. I, 3), c paroles de révolte ». 

2* Par le suffixe ne dont la forme pleine est e-ne : a-ne, 
c eaux »; an-ri-ne (X, St. A, col. III, 6), ce dieux » ; et 
avec le redoublement du substantif tur-tur-ne (X, St. Â, 
col. 1, 3), cenfantst; an-an-ru-ne(VI,n'1, col. 1,3), cdieux». 

Le premier procédé est purement idéographique ; le suf- 
fixe {eyne découle du suffixe pluriel babylonien ânL 

La juxtaposition de deux ou plusieurs phonèmes dans le 
sens de l'état construit des langues sémitiques se rencontre 
d'innombrables fois dans nos inscriptions; la plupart des 
noms des dieux et des temples montrent cette construction. Je 
laisse à M. Weissbach le soin de justifier sa fameuse assertion 
c Ein Status constructus existirt nicht (im Sumerischen) » . 
Les exemples suivants qui sont puisés aux textes les plus 
auciens suffiront à montrer l'insouciance lamentable de cer- 
tains suméristes. 

an-en-lil, c dieu seigneur des Ljls > (En-sag-kus-an-na, 1). 
gal-lû kur-kur-ra, « roi des pays jo (ibid., 2). 
En ki-en-gi, <c seigneur de Kengi > (ibid.y 3). 
dig-ga kiâ-ki, c le butin de Kis y> {ibid.j 4). 
an-nin-Gir-su, c dieu maître de Girsu » (Uru-ka-gi-na, 
n*1 col. 1,1). 



ÇffSK 

lieu seigneur des Uls s 

;œur > i&ûi., col. II, 9). 
40). 
Grande splendeur du ciel 

iHd., 5). 
Ed.. 8). 

:ai»(iWd.;col. IV,6-7). 
ii/a., 8). 

. La composition de l'état 
clusive des idiomes sémi- 
; saurait refléter le génie 

juitapositir de l'état cons- 
diquée séparément par les 
combinaison ka-ge. Pour 
L j'ai été obligé de relever 
inscriptions, sauf naturel- 
groupes. Cette opération 
lour en &zer le eens exact. 

I, 4-^1 = sjrru >» LiigBs. ■ roi 
l.l.~ =in«ûmisâ nio-girsu, 

= i)i-<' i;)>-ijh-ki. ' hoDunea 
1^1. 1. :<-i< = i~:-nku ^ I^gas. 
.-.■■ : .-V:r i::nr.i _o Eti-lil. 
1 - ;.K:: ;!!>:>;* Niii.i. -niPIl- 

.::.! , i.--;. ,,î.v-vi,efri.= 

■! 1. . ■ ^ ,.!■, •-, ■.'.:.^:. • pi-re 



Le stJMÉRisiifi ET l'histoire babylo>ienne 49 

10. pa-te-ai giè-uh-ki-ge (ibid., 14-15) = issakfu èa) Uh-ki, u roi de 
Uh». 

il. tur ki-ag en-an-na-tum-xna-ge {ibid,, col. III, 12-13) = mâru 
naràmlu sa) Bel-sami-ukin, « fils aimé de B. â. U. ». 

12. ao-en-lil-li an-nin-har-sag-ge nuna-sum {ibid,, col. IV, 34-36) 
=. sa Enlil Nin-harsag belûta iddinàu^ a de Enlil et N.-H la domi- 
nanon lui a donné ». 

13. an-nin-gir-8u-ge sa-sus-gal-ni {ibid,, col. VI, 21) = sa Nin- 
Girsu suàk^làu, c de N.-G. le suskal ». 

14. an-nin-har-sag-ga-ge gi-ka-na (ibid., n»2, recto, col. V, 2-3) 
= sa nin-bursag gi-ka-na, « de N.-H. le gi-ka-na ». 

iô. ud-baen-te-me-na-ge, etc. {ibid., verso, col. II, 8) ina umisusa 
entemena, o lorsque Entemena, etc. ». 

i6. an-nin-gir-su-ge ab-ta-gu-e (i6id., n* 3, 16) =sa aiia Nin-Girsu 
ittabbi, « qu'à N.-G. avait été promis ». 

17. ud an-en-lil gal-lù-kur-kur-ra-ge (VIII, col. I, 36-37) = inâ 
ùme (sa) Enlil sarmatâti, etc., a lorsque Enlil roi des pays, etc. ». 

18. igi kalam-ma-ge {ibid., 42) = mahar (= maharusa) kalamma, 
« devant le monde » . 

19. ki-an-ki-ge gu an-ku mu-ru-gi (ibid.y col. II-III, 46-2) - sa 
ki-ili riéa ana samô ukin, « de ki-ili le sommet jusqu'au ciel il a 
établi ». 

20. gal-lû kur-kur-ra-ge {ibid., 15) = sar matâti, « roi des pays ». 

21. zag-an-na-ge (ibid., 27) = ésrôti, a les sanctuaires (du ciel) ». 

22. pa-te-si sir-pur-la-ki-ge (X, col. I, 6-7) = issaku âa Lagas, 
« gouverneur de Lagaà ». 

23. am an-ri-ne-ge {ibid., col. III^ 6) = ùm (=ùmu sa) ilàni, « mère 
des dieux «. 

24. ud aninnanna-ge {ibid.y st. C, col. II, ll)=ùma sainnanna, c au 
Jour où In., etc. ». 

25. gal-lû ki-en-gi-ki bur-bur (= urlu)-kî-ge (XI, 6) = sar suméri 
(û) akkadi, « roi de Sumer et d'Âkkad ». 

Dans les groupes qui précèdent les phonèmes déterminants 
se placent après les déterminés, exactement comme dans Pétat 
construit réglementaire et dans la grande majorité des cas 
la postposition ge exprime noire préposition c de > ou c par i^ 
à laquelle répond la préposition babylonienne sa. Les inver- 
sions aux n*" 14 et 19 sont aussi très usitées en babylonien 
populaire. Plus instructif est l'emploi de ge pour déterminer 
le temps indiqué par ud (3, fi) ou ud-ba (15). Ici nous 
sommes obligés dédire c au jour où » (= oc lorsque >), tandis 
qu*en babylonien c'est toujuors éa qui reste en fonction ; la 
concordance idiomatique est donc remarquable. 

Ram fftviTiQf ■ 4 



REVUE SEMITIQUE 

l'origine de ge je ne puis émettre qu'une siraple con- 
B. Cette syllabe semble abrégée de kid, gid, charpente 
it kîtu qui désigne une étoffe ou un vêlement. La forme 
lera ainsi le génitif populaire arabe cbi^, < effet, 
e, bien, possession >. 
5 suffixe ka. 

;al ti-ra-as-ka-ni (II, n^ I, col. 1, 8} ^ ekallu sa tiras attusu, 

aple de Tiras, le sien ■>. 

id-da im~sag-ga-ka-i)i (pfj(d.,col. III, 8-'J)= bit Absalm-Bag- 

su, " le Bit Ab de Im-sag-ga, le sien ». 

g-?-la an-Din-gir-su-ka-ra [ibid , n" ..'. 23-21) = lib... malù 

îirsu, a issu... du cœur (?) do N.-G. », 

-te-si àir-la-pur-ki-ka-ra (?) {ibiil , IV, n" 1, col. I, G) =aua 

la Lagas, « pour patesi de Lagas (?) «. 

1-lù zal-si-ga-ka (,V n' I, col. I, \) = sarru k;i nainru malù, 

ein de splendeur ". 

-nir gié-gal-ki-ka (V, n" '2, col. III, 17) = surinnu sa gisgal, 

in de Gisgal ». 

i-pad-da an-nin-gir-9u + da+ka(i()iii.col. IV, 21-22) = 2ikir 

itti N.-G., n mentionné de nom par N.-G. (?) a. 
I gal-lù uh-ka ni-zig-ga-a (ibid.. col, IV, 2ri-26) = iiia satti sa 
(i izàqu, >< dans l'année où le roi dX'h il a attaqué >. 
enim-ma sig-ga an ain-gir-sii-ka(i&iV/., col. V, '.M-'23| = uial<i 
ia N. G., « plein de la parole deN. G. «. 
i-ta-sur-ra an-nin-gir-su ka fibid.. lol. VI-VII. 23-11 ^-ina 
sir sa N. U., « dans l'E.-ni. de N, G. », 
i-te-si sir-la-ki-pur-kam fibid., col. VIII, 6-7) = ièèaku su 
û, « est le gouverneur de Lagaâ ». 

i-dub-ba an-nin-gir-su-ka |V1, n» i, col. 11, li-12) ^ im- 
sa nin-girsu, « l'Im-dub-ba do N. G. ». 

ir an-niii-har-sag-ka [ibid., I-M ^ parakka sa nin-hareag. 
ictuairc de Nin-hurSam ». 

ir an-iiin-gir-siL-ka (ibid., ir.) - p.-irakku ^a niu-yirsu, " un 
ire deNin-Girsu ". 

an-nin.'i se aii-gir-su-ka Ubid., 19-'20) = se ninA »6 m niii- 
du blé (pour) Xiii.'i. du blé pourN. G. ». 

ki-sur-ni an-nir-irir-su-kii {ibiii., ai-li-.'i = iUii minjïarti sa , 
.u, n le ciiiiiil-bofiic de N.-G. «. 

ki-sur-ra an-niii-gir-su-ka-ka [iliid.. col. III, 2-3) = ika 
I sa N. G., n le canal-borne de N. G. ». 
,1) ,-^a-sig-ga a-sagaii-niii-gir-su-ka-ka (/[»*(/,, R-'J) = aua eérî 
a oqil Nin-Girsu, " sur la plaine sa-gig du champ de N. G. ". 
, id-lum-ma-^lr-ta-ka ^ibid., 20) = ina kisâdi sa id-Ium-nia- 
r la rive de Id-lum-ma-sir ». 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRB BABYLONIENJSE âl 

20. sanga innanna-ab-ki-kam {ibid., 29) = sa sanga Innanna-Âb- 
ki su, « qui fut prêtre de In.-Ab ». 

2!. gu gu g^r-su-ki-ka (ibid., col. IV, 7) = idi saGirsu-ki, « près 
de Girsu ». 

22. ë an gàl-dim-zu-ab-ka-ku {ibid., 31) = sa anabit ili rabi dim- 
apsi, « que pour le temple du grand pilier de l'Océan ». 

23. gis-tug-(pi-)sum-ma an en-ki-ka |t6id., col. V, 24-25) =-- nidin 
séni (uzni) sa Enki, a doué d'intelligence par Ënki ». 

24. ka-si-di an-nin-gir-su-ka-ta({6id.,7)s inapîisarisaNin-Girsu, 
«par Tordre équitable de N.-G. ». 

25. pa-te-si gai an-nin-gir-su-ka {ibid.y 28-29) = issaku rabù sa 
Nin-Girsu, « grand gouverneur de N. -G. ». 

26. nam-ti en-temena-ka-ku (ibid., col. VI, 3-4) = ana balaU sa 
En-temena, « pour la vie de En-temena ». 

27. e-ki-sur-ra an-nin-gir-su-ka-ka {ibid., 10-11) = ika maççarti sa 
Nin-Girsu, « le canal-borne de N.-G. ». 

28. sag uru-na-ka (t&td., 28) =-ina libbl alisu, « au milieu de la 
ville ». 

29. ë-gal érim-ki-ka-ni {ibid.j n* 2, col. III, 6)- ékal Erim attuAu, 
« le palais d'Erlm, le sien ». 

3). sanga an-nin-gir-su-ka-kam {ibid., u<* 3, 23) ^ (Dudu) sanga 
sa Nin-Girsu su, « (Dudu) fut prêtre de N.-G. ». 

31. sanga mah an-nin-gir+ka+su (Vil, n'I, '2-.\} - sangu mahhu 
sa Nin-Girsu, « grand prêtre de N.-G. ». 

32. ga-zi-kù>a an-nin-har-sag-ka {ibid., n» 2, 0-7) — baru sizbi 
balati sa Nin-Hursam, «c nourri de lait de vie par N.-H. ». 

33. pa-te-si §ir-la-ki-pur-ka {ibid.. n® 3, 4-5) = issaku sa La<:a>. 
« gouverneur de Lagas ». 

34. igl-zi-bar-ra an-gal-lû-kur-kur-ka (VIII, col. I, 13-14) — naplus 
îni (sa) sar-matati, « regardé d'yeux favorables par S. -M. ». 

35. sage-hi-a an-nina-gid-ha-du nin unug-ki-ga-ka (ibid.y 31-33) 
^ ardu laqtu sa Nin... Nin uruki, « esclave élevé par ... et N.-U. ». 

36. lu ë-ninnù an-nin-gir-su-ka in-ru-a (X, cart. 4-6) = sabit-ninnii 
te N.-G. ibani, t qui le B. N. de N.-G. a construit ». 

37. ô uru gir-su-ki-ka-iii iibid., col. I, 8) = bit (sai ina âi-girsu 
attusa « le Bit à la ville de Girsu, le sien ». 

38. gis-dur*gar mah nam-nin-ka-ni {ibid.y col. II, ^} =- kussà 
mahha sabélùtisa, « le trône magnifique de sa majesté ». 

39. gu-dë-a lu ë ru-a*ka nam-ti-la-ni mu-sud (ibid., coi. III, -IV, 
7-2) = (sa) Nabi bani sa biti balatsu irik, « de N. le constructeur du 
temple, sa vie prolonge ». 

40. lu ô-an-na în-ru-a-kam [ibid., st. G, col. I, 5-G) = sa bit Aiiim 
ibanima, <r qui le temple d'Anu a construit >. 

41. ga-gis-sub-ba-ka gis ba-bar (ibid., &t. £, col. III, 1-2) == ba ira 
gfs-sub-ba U4urti, <^4u... la borne ». 



52 HEVUE SélflTIQDE 

42. ka-al-ka gis-uru ba-mul (ibid.y 3-4) =^ sa ka*al gis-uru namru, 
a ^u,., le ... brillant ». 

43. temen-bi ni-ir-nun-ka(iMd., 13-14) = temensu sa ..., « sa terrasse 
de ... ». 

44. sag mu-ba-ka (tbtd., col. VIII, 16) = ina libbi sa satti si, « au 
milieu de cette .année ». 

45. é uru arag-ga-ka mu*na-ni-tur {ihid., st. H., col. III, 7-8) = ina 
Bit-ôri-elli useribsu, « dans le B. E. £. il Ta fait entrer ». 

Numériquennent plus fréquent dans nos inscriptions que ge^ 
rindice ka marque égalernent le génitif et peut être rendu par 
le babylonien sa. On trouve ainsi indifféremment souvent côte 
à côte c p«-te-si gir pur-la-ki ge » et € pa-te-si §ir*pur-la*ki-ka» 
répondant tous les deux à « igsaku sa Lagas ». Le sens tempo- 
raire constaté plus haut pour ge est également evpriéHé pnr ka^ 
comme le montre le membre de phrase : c mugal-lQuh-ka 
iii'Zig'g& & (8) »« c dans Tannée où leroid*Uh il a attaqués. 
Enlin, dans c gal-IO zal-si-ga-ka (5) », ka exprime Tidée 
personnelle de sa c qui » . Il sera cependant inexact de regarder 
les deux po-t|K)sitions comme entièrement équivalentes. Dans 
Tusage, s<*iuf la combinaison ge-ka dont nous parierons ci- 
dessous, la particule ^e demeureconstamment isolée et n^admet 
après elle ni les sulfixes pronominaux, ni les phonèmes ku^ 
ra^ da, ta qui marquent les relations de temps et de lieu; 
ka semble au contraire avoir précisément fa place adéquate 
dans la compagnie de ces diverses particules (l-i, 9-10, 22, 
24, 26, 29, 37-38); il possède même ^aptitude de se dédou- 
bler (17, 18,27, 30). Si nous avions une littérature phoné- 
tique de ces hautes époques, nous aurions certainement ren- 
contré les tours de phrase qui président à ces combinaisons, 
mais devant l'absence d'un pareil coitrôle notre inves- 
tigation ne peut y répandre quelque jour qu'au moyen 
de la philologie comparée des autres langues de la famille 
sémitique, surtout de Thébréo-phénicien, idiome qui, avec le 
babylonien, fait notoirement partie du groupe septentrional « 

Commençons par constater un fait historique. L'emploi de 
ka comme indice de ^^nitif et de prono^n relatif a presque 
complètement disparu de la littérature moins archaïque où ka 
rend les particules ana^ < à, pour » et «la, € en^ dans »« 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 53 

M. Br(tnnow(p. 32) n*en a relevé qu*nn petit nombre, p^rmi 
lesquels paa un seul exemple indiquant Pidée de relation, 
laquelle est réservée k la postpositioii ge. Y voir une innova- 
tion fabriquée aux époques ultérieures parait hautement 
invraisemblable et on est obligé de s'arrêter à Pidé^que le 
sens local de ka remonte à Torigine même du syllabaire. Sous 
cette perspective, la postposition en cause se compare aisé- 
ment aux prépositions hébrc^o-phéiûcierme ^ et 3 qui, tout en 
correspondant respectivement aux particules babyloniennes 
ana et ina^ servent en même »emps à paraphraser le génitif. 
La construction précitée a gal-IO sir-la-ki-pur-ka b est dune 
tout à fait parallèle à H*ib")1DTt3« ^ ^^ psaume de David », 
?TV3 D\n*?S« « ^^®" d® Sion s> (Psaumes, lxv, 2) et m^ by2 
ttronVîQ' • Ba^al-Uammon de Altiburos », qui signifient 
libéralement : a roi à, en Laga§ », c un psaume à David », 
c dieu à, enSiun », a Ba^aMIammon à, en Aliiburos ». Ajou- 
tons que cette circonlocution simple est dans les idiomes de 
la Syrie aussi restreinte qu'en littérature babylonienne ; on 
préfère la fortifier par l'adjonction du relatif ordinaire jy» 2^j(, 
3 ou ^ TbîfN- ^" verra tout à l'heure qu'une cojnbinaison ana- 
logue s'est aussi ftirmée en pseudo-sumérien. Dans les deux 
exemples qui offrent ka-ku (iij 26), ka n'a plus que le sens 
relatif. 

Ce point fixé, l'origine de ka ne présente plus aucune obs- 
curité : nous y avons simplemtmt une variante de la particule 
locative ku qui constitue le représentant ordinaire des pré|)o- 
sitions ana et ina (Br. 4>é9-i31) et à laquelle nous reviendrons 
à foccasion. En ce qui concerne la forme kam(\ I, 20, :{0, 
40), on la tient communément pour une construction de 
ka+am; le dernier phonème fait partie du groupe des pro- 
noms. 

Les numéros 17, 18, 27 présentent le redoublement ka ka 
et le n* 30 la vaiiante ka kam. CeA probablement une velléité 
méticuleu.se de marquer le double état cotistruit de ces phrase^. 
Aussi trouve t^on à côié de oc e ki-sur-/a an-nin gir su ka ka 
(17, 27) » la forme simple « e-ki-sur-ra an-nîn-gir*su- 
ka(i6)». 



[JE SÉHITIQUE 
S. 

ïaminons contiennent les exemples 



-ka-ge (V, n'I.ool. 1, 16-171 =kiïra sa 

I.-G. .. 

-gir-au-ka-ge Ubid., n" 2. col. I. 7-8J = 

ij la puissance est donnée parN.-G. ■. 

lag-ka-ge {ibid., cot. II, 2-3) — baru 

nourri du lait de la vie par N.'tl. •. 

na-ka-ga (il))V(., ^•h\ - zikir libbi sa 

3ur par lu. ■>. 

i-en-ki-ka-gc {ibid., 6-7) = nidin àûmi 

ligence est donnée par Enki >>. 

a-ge {ibid.. 8-1*) = naramu àa Ljp-Apsi, 

lan i>. 

re (ibiVf,, 10-HI = a))arakku âa Pa-sag, 



!rim-ka-ge {ibid.. (2-13) = il 

r-Krim » . 

îu-ka-ge (i7)i<l., col. IV-V. 28-1) = zikir 

onné de nom par N. G. ». 

-gir-su-ka-ge [ibid.. col. VI, 15-16) = 

iireu, cr vainqueur de la totalité du pays 

■ su-ka-ge {ibid., col. VU. 8-9) = nidin 
la main deN.-G. ». 

nin-gir-8U- ka-ge {ibid., 15-16) = nisu 
homme plein des paroles de N.-G. >>. 
ta-ge (VI, n- 1, col. I. 37-38)= issaku 

a-ge (VI. n* 1, li-~] - sangu sa Nin- 



oâes contiennent deux ou plu«eurB 
1 de l'autre et la combinaison ka-ge 
ts dépendances. Mais dans les n" 1, 
it recherchée et surtout inutile. Aussi 
lit « pa-te-si sir-pur-la-ki-ge », soit 
, sans aucune désinence. Dans tes 
combinaison n'est plus en usage. 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 55 

LES PRONOMS 

La langue sémitique des Babyloniens ainsi que toutes les 
autres langues du monde possède cinq sortes de pronoms 
bien déterminés et ne permettant aucune confusion. Le « su- 
mérien » fait seul exception à la règle générale ; il ne dis- 
tingue ordinairement pas même les sujets du discours et se 
contente d'exprimer toutes les catégories par des phonèmes 
qui indiquent vaguement l'idée démonstrative. J'ai effleuré 
ce sujet dans mon Aperçu grammatical de Vallographie 
assyro-babylonienney qui parut en 1884. Les progrès faits 
par Tassyriologie depuis cette date, .«^.urtout par suite de la 
découverte des inscriptions les plus archaïques» me permettent 
à la fois d'introduire dans ce chapitre des faits nouveaux et 
de modifier certaines explications qui dans Tétat de nos con- 
naissances actuelles, se montrent inutiles ou même partielle- 
ment inexactes. 

a) Pronoms personnels : 

Les pronoms personnels de la langue réelle sont représentés 
par un seul phonème qui est mény en abrégé mê. Il répond 
en même temps à anaA^u, « moi » (Br. 10358, lOiOl, 10430), 
à atta, € toi » (Br. 10360, lOlOi), etàae^i, « toi f . » (Br. 
10403). L'emploi de mê pour la première personne se cons- 
tate deux fois dans Tinscription V, n"* t, 1 où on lit : ë-an na- 
tum mê = Bit-àamê uktn anaku, t je suis Bit-àamé-ukin »; 
il est donc hors de doute que les autres équivalences existaient 
dé}h à cette époque, bien que les textes connus n'en fournissent 
pas d'exemples. Par sa substance conson nautique le phonème 
complet mên^ qu'il soit rendu par un seul signe ou par la 
forme analytique me-en^ rappelle à première vue déjà, le groupe 
pronominal interrogatit-indéfmi babylonien mannuy <i qui ? », 
minUy (K quoi ? » , manamma^ < qui que ce soit > , minamma 
ou munumma, « quoi que ce sôit t>^ groupe dont le résidu mê 
conserve intacte l'idée vague de l'ensemble. C'est le cas de 
l'hébreu no et ^jj où le 3 primitif ne reparaît même plus 
jamais. La confusion des personnes par le phonème sus-visé 



56 RBVUE SÉMITIQUE 

s'explique ainsi par son origine de pronom indéfini et rentre 
dans Tordre rationnel. 

Il me paraît utile de joindre ici le monosyllabe a qui rend 
aussi indifféremment les trois prénoms personnels : anaku 
(Br. H327), atta (Br. 11329). su, si (Br. 11361) et sa 
(11368). Sa forme complète est selon toutes les vraisem- 
blances, a-na, phonème qui figure les idées de minû^ c quoi ix 
(Br. 11434), mala, c quoi que ce soit » (Br. 11433), et 
amêlu, c un homme, un tel » () 1432). Dans nos inscriptions, 
il se trouve à Tétat isolé (VIII, col. 111,40), et répond au 
démonstratif éû ou éiUitu, a cela », circonstance qui nous 
permet de le ramener avec certitude au démotique annu, 
€ ça, ceci, cela ». Le procédé est analogue à celui qui a pro- 
duit le phonème men^ mi. Notre interprétation est finalement 
corroborée par un autre pronom de la troisième personne, 
e-^My correspondant à su (Br. 5866) et sâÂu^ (Br. 5865), 
€ lui, celui-là », et qui ne diffère de son type a-na, que par 
radoucissement léger et fréquent en babylonien des a en e. 
Cet e-ne doit être séparé de la post position homophone qui 
marque le pluriel et qui a sa source dans la désinence baby- 
lonienne A-ni dont nous nous sommes occupé plus haut. 

b) Pronoms suffixes de possession. 

Si en ce qui concerne le sujet de Taction, les inventeurs 
de ridéographisme babylonien se sont contentés d'une indi* 
cation très sommaire, ils ont montré un effort de distinction 
plus précise dans les suffixes possessifs où la fixation du mien 
et du tien est absolument indispensable. 

1) Suffixe de la première personne : mu, abrégé de mu-un 
ou muna et simple variante vocalique de men, mê^en, mê = 
anaku, a moi », et dérivé de munamma, minammù maitant- 
ma. Voir le paragraphe précédent. Ex.: ad (r^ ab)-mu= abua. 
abiya, <k mou père » . 

2) Suffixe de la seconde personne. Cette personne n^ayant 
pas de représentant à la forme isolée, les inventeurs sesontser- 
vis du suffixe babylonien réel >-f^ ka^ mais en le représentant 
conventionnellemsnt par la valeur %u^ que ce signe possède 
en effet (Br. 517). Ex.: ad (^^ ab)-zu =abuka, t ton père >. 



LK SUMÉRISME ET l'HISTOIRB BABYLONIENNE 57 

3) Suffixe de la troisième personne : ni^ abrégé de ene^ 
variante vocalique de a-na, c expliqué plus haut >. Ex.: an 
(=dingir) ra-ni = iluSu, c son dieu >• 

Comnae synonyme de ne, nt, na^ on constate dans nos textes 
le phonème bi onba II représente probablement une seconde 
lecture de ce signe (^^tlf). Son emploi exact peut être fixé à 
l'aide de tous les passages qui le contiennent. 



1. èsa-dug an-nabi ga-sag-a (II, n^ i, col. IV, 3), « temple 
d'offrande dont le sommet s*éléve haut ». 

2. lU-ba é [X muna-ru] {ibid.^ n« 3, col. III, 8), « à son embou- 
chure le Bit X U a construit ». 

3. an»nin& mas bi pad (III, n» 2, col. III, 6). « à Nina souverai- 
nement proclamée ». 

4. sag-âu-bi erin lahlah mu-na-ni-gub (IV, n» 1, col. INIII, 5, 6-1). 
« comme toit les cèdres brillants il les fit placer ». 

5 e-kur + ebi(t5td., 19), « ce canal ». 

6. na-ru-a bi {ibid.y 21), « cette stèle ». 

7. igi-ba kaâ-sig-ba ni-gar (i6td., 33), « devant elles du vin 
j*ai mis ». 

8. ur-^ag-ba ni-mi-gab (ibid., 34) « indemnes je les ai lâchées ». 

9. ud-da enim-ba su-ni-bal-e {ibid., 50), « au jour où cette parole 
il transgressera », 

10. sahar-dul-tag-bi mu-dub(t&tcl., n» 2, col. III, 21, 25), «la pous- 
sière des dul abandonnés par lui il a accumulé ». 

11. pa-te-si-bi (ibid.^ et col, IV, 14), a son patesi (le patesi de la 
ville) ». 

12. ud-ba (ibid., col. VI, 9), « en ce jour ». 

13. an-nin-gir-su an-uh(?)-bi (VI, n» 1, col.I, 5-6), « Nin-Girsuet 
le dieu de Uh (?) ». 

14. ku gan-bi ra {ibid., 11), a pour (être) remplacement de son 
territoire ». 

15. ki-ba na ne-ru {ibid., 12), n dans ce lieu une pierre (= stèle) 
il a construit ». 

16. na-ru-a-bl (ibid., 18), « cette stèle ». 

17. edin-na ki-ba ni-us-us {ibid., 31), <f (sur) le sol de cette place 
il 3 versé ». 

18. e-bi id-nun-ta... (i6td., col. II, i), « ce canal, du grand fleuve 
fil Ta fait sortir). 

19. e-ba na-ru-a e-me-sar-sar (ibid., col. II, 4-5), « près de ce 
canal une stèle il a gravée ». 

20. ki-bi ne-gi {ibid,, 8), <t il a remis à sa place ». 

21. bar4ô-bi (ibid . 57), « les épis (?) de ce blé », 



LE SUMÉRISMB ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 59 

r 

Au moyen de cette distinction les phrases composées de divers 
sujets en dépendance les uns avec les autres deviennent con- 
si'lérablement plus claires, malgré Tenchevétrement qui s*y 
produit souvent, spécialement à la suite des interversions syn- 
taxiques. 

A propos des suffixes en cause, Texcellent Amiaud a déjà 
établi cette distinction en 188i, aidé quil était par Texamen 
des textes de Lagas qu'il avait alors à sa disposition exclu- 
sive : 

< Tous ces suffixes étaient-ils absolument équivalents ? Et 
ceux qui ont parlé ou écrit, il y a des milliers d'années, la lan- 
gue des inscriptions deGudea, n*avaient-ils, pour choisir entre 
tant de formes, d'autres guides que leur t)on plaisir? Cela 
n*est guère admissible. Entre na et m, d*une part, ba, bi^ bu, 
de l'autre le choix était sans doute réglé par des lois d'har- 
monie. M.Hommel a mis récemment ce point en lumière. Mais 
quand devait-on employer plutôt la forme en b que la forme 
en n, ou réciproquement? Il n'y a plus ici certainement une 
question de phonétique, de rencontre de consonnes, car nous 
voyons les mêmes mots recevoir tantôt le suffixe ni, tantôt le 
suffixe bi. H y a une question de syntaxe. Il me semble ré- 
sulter presque sûrement des inscriptions de Tell-loh que les 
suffixes lia, m, 8*y rapportent toujours à des personnes ou à 
des dieux, ba, bi à des choses. C'est là même ce que l'anglais 
marque par his, her d'un côté, par its de l'autre. » 

Mais des scrupules surgissent dans l'esprit du sagace cher- 
cheur : Texpérience montre que dans les textes « sumériens » 
ordinaires les infractions à cette règle pullullent à chaque 
page. Une remarque ingénieuse y apporte le soulagement in- 
dispensable : 

« Je reconnais qu'à s'en fier aux textes bilingues des 
WAI, l'opinion que je viens d'émettre ne saurait être un 
instant soutenue. Le suffixe H s'y applique souventes fois aux 
êtres animés aussi bien qu'aux chosns. Mais qui soutiendra que 
ces textes puissent lutter d'autorité avec ceux de Tell-loh? 
Nous ne les possédons que sous la forme de copies assyriennes, 
plus ou moins savantes et fidèles, séparées des originaux par 
on nombre plus ou moins grand d'intermédiaires. De l'ftge 



hkviiv sémitique 
nous ne savons rien de précis. Peut-être quelques* 
DDienl-ils à une haute antiquité; d'autres peut-être 
)mposés à des époques relalivenip^t récentes par des 
.«syriens ou babyloniens qui ne posséUuent plus le 
que comme une langue morte, comme on possédait 
,u moyen âge. Cette dernière hypotiiè'^e parait se 
our une partie au moins d'un hymne biliogrie, où se 
n d'Assur-ban-abil, Pour précieux que soient ces 
point de vue iexicographique et même, si l'on veut, 
le vue grammatical, on ne sajrait donc hésiter, dans 
lion de formes ou de syntaxe, à leur préférer les 
ins unilingues de très anciens rois de Chaldée. C'est 
iot à celles-ci que j'emprunterai les exemples néces- 
a justification de ma théorie (Z R F [, 1 884, p. 245- 

avoir cit^ des exemples tirés des inscriptions les plus 
es où cet emploi se constate souvent, le même assy- 
poursuil : 

en finirais pas, si je citais tous les exemples. Mais ce 
iratl le plus décisif, c'est que seul le suffixe bi servait, 
osition avec les adjectifs, à former des adverbes, 
'un autre, en effet, le suffixe pronominal des choses 
^rendre la valeur purement abstraite qu'il y a dans 
malion {ikidftn, p. til). > 
rvation fonda mentale éiaitd'^s plus emcles, maïs le 
esdémoiislralifs est encore plus compliqué qu on ne 
. à cette époque. Quant k l'emploi de bi comme dési- 
verbiate cotnparable ;i i,« ^ .iu assyrien, je l'ai d'ji 
I) \8'k et le plus petit effort de logique sur ce fait 
éviter au sagace auteur ta nécessité de consacrer le con- 
tumérien dt moine qui a con<:idérablement aggravé 
lOn des sumérol ligues. 

iante ba doit natun'lli'ment êlre regarJée comme une 
nstruile sur 1* mod-'-l.* de na dont il pirlagf le sens 
liinion aNa-NÎHiirt ou inasuiVi. Aiosi : ka-ba^î). igi- 
i-ba{li). ki-lu (l-"»!. edl!i-ii.i ki-ba (17). e-ba(19), 
respect! vemmil : ana p!, € près de l'embouchure ■, 
^u. « dans ce lii-u ><, ana m.-thri^-un, a devant elles » ; 



LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 61 

inaiimsû, € en ce jour > ; ana, ina aSriedinsû, « sur le sol 
de ce lieu »; ana ikî su, < sur ce canal >. Dans mu-sar-ra ba 
le type dénootique reste encore ana muéari âUf mais ana y est 
réduit au rôle de complément direct comme cela arrive sou- 
vent en babylonien. Cf. le rôle de ^ comme indice d'accusatif 
en araméen. 

Notons une distinction fréquente et des plus curieuses : 
ki-bi (20) répond à (ana) a§riâu, < à sa place », ki-ba (15) 
à ana aèri éû, c à, vers ce lieu t>; ba est contracté de bi-a. 
Le ph >[iëme a est expliqué plus haut. 

3* Indice adverbial dans : ma§-bi = aèaridis (3), < souve- 
rainement, puissamment », sag-âu-bi = kubsiâ (4), ce en 
coiffure, couverture, toit », ur-sag-ba = qardis (8), a en 
force, en vigueur, indemne ». Ce dernier exemple peut aussi 
équivaloir à ina qardûti, 

4"* Conjonction reliant ensemble deux sujets différents (n** X 
et Xi). Nous y reviendrons en traitant les phonèmes i'epré- 
sentant les noms de nombre. 

LES POSTPOSITIONS 

Parmi les particules de relations dépourvues du caractère 
pronominal au premier aspect, on trouve dans nos textes les 
postposiUons va, &tt, ta, da, dont les deux premières représen- 
tent la préposition babylonienne ana^ rarement ina ; les deux 
autres répondent respectivement à ina, iétu^ c de, dans», et 
ittiy « en, avec, contre » . Leur emploi exact résultera des 
exeniples suivants : 

a) Exemples de ra : 

1. an-nin gir-8u gud an-en-lil-ra (II, n* i, col. I, 1-2) t à Nin- 
Oirsu, héros d*En-Iil ». 

2. an-dun-sag-ga-na-ra {ibid., col. II, 9), « à son dieu Dun-sag » 
(= Dun-libbl, « force de cœur »). 

3. an-gàl-alim-ma-ra (ibid, col. III, 2)< à Gàl-Âlim ». 
4.,an-nin-gir-8u-ra(i6id , col. V, 4) • à Nin-Girsu ». 

5 an-nin gir-8U*ka-ra {ibid , n»2, col. I, 24 « de >?) Niti-Girsu ». 

6. aa-nin-gir-8U'ra(t6td., 32), « à, pour Nin Girsu ». 

7. lu gis-uh-ki-ra (V, n» 1^ 5), c aux hommes de Gis»Uh-(ki) ». 

8. è*an-Da-tum-ra (ibid., 9) • à Bit-âamé-ukin ». 

9. gal-IùTinu an-en-ki«ra {ibid, y 4243), « à mon roi, àEn-k) ». 



! HBVUE SÉMITIQUE 

10. mu u-ruin-ma-ru {ibid., col V, 12), « pour un nom d« puis- 
nce (royale) *. 

11. ku-gan-bi-ra (VI, n* 1, col. 1, 11), n au génie de oe terri- 
ire* ". 

12. an<gal-lùErim-ki-ra (ibid.. n° 2, col. III. 5) « à âar>Erim t. 

13. an-en-fcl gal-lQ urudug-ki-ra tibid., col. IV, 5-7) 'à En-ki, roi 
Sridu 1. 

14. an-nin-gir-su 6-ninnû-ra (ibid., n-> 3. 19-20), . à Nin-Girsu de 
l Ninnû n. 

15. an-nin-gir-su ô-ninnù-ru (VII, n" 3, 1-21, « à Nin-Girsu do Bit 
nnù >. 

16. Iti mah an i^ dingir)Ti-ne-ra <V1H. col. 1, 34-35). ■ au i,'rand 
«rakku des dieux ». 

PoNrts à noter : Dans onze exemples, la postposition ra se 
pporte à deg personnages divins (1 , 2, 3, 4, 5, 6, 9, it, 
l, 11, 13); dus quatre, à des personnages royaux (8, 10, 
, 16); dans un, uu habitants d'une ville (7). — Résultat 
inéral : ra, ainsi que sa variante ru (10), ne s'applique qu'à 
B êtres animés ou conajdérés comme tels. 
b) Exemples de ku. 

1. ë-ne-bi-kur-kur-ra-ku Hl.n" I, col. H, 4), «à en Uit-mèlam<ni- 
itàti ». 

i. nam-ti-la-ni-ku [ibid., col. V, 2), o pour sa via*. 
). ud-ul-la ku(i6id., 3), " durant de longs jours >. 
\. da-ur-da-gal-la-ku (V. n* I, 1&), •> pour de longues époques •- 
'i uh-ki-ku [ibid., n" 3. col. V. 6), « à, près de Uh •>. 
î, nam-enim-enim ma dir-dir-kii |VI, n" i, col. I, 16|, n selon les 
rolcEi cxcesaivus «. 

L edin sir-la-pur-ki ku ni-du {ibid., 16|, " à, vers la campagne dv 
^asil alla -. 

1. gu-edin-na-ku tibid.. col. II, 2). < à, vers gu-editi ». 
). edin gis-uh-ki-ku nuku (0 iibid., 9-10), n le territoire de Gis-uh 
n'a pas ravagé ». 

10. har-ku ni-kù (ibid , -'3), « en dette |?) il a. impose ». 
M. gié-ur-ur-kue-da-lallj6t(^., col. III 10). <• les troupe^i ennemies 
1 attaqué » . 

12. (u-ku ni-ni-si^ {ibid., 14). « suus le joug il l'a renversé ». 

13. sag gis-uh-ki-ku {ibid., 17). « au milieu de Gis-uh ■. 

14. gu-id-idigna-ku gâl-lu {idib., col. IV, 0), s situé sur le boid 
Tigre ., 

I . Je vois maintenant dans ku (= rabâsu\ la désignation du génie local, 
ra6($u:.ftu-a est notoirement un attribut de Marduk, Moins probable 
parait la transcription k\ih^r-ài+r&=kufia'r-ra'ài'=muialHé harriti, 
ommeaiAgp.(et)^a^p (intangibles) >.. - . 



LE SUMÉRISME ET l'IIISTOIRB BABYLONIENNE 63 

15, bar-e ba-dug i-li-ku lu hé-ku gi-gi-a {ibid., 16-19), '■ par un 
ordre donné à Ili dont il a fait un homme heureux v. 

ftf. id-nun-ku {ibid., col. V, 10), « jusqu'au grand fleuve ». 

17. nam-ti en-temena^ka-ku {ibid., col. VI, 3-4), « pour la vie do 
En-temena ». 

18. à (= id) zid-ku (tbid., 44), « à la main droite ». 

19. nam-ti gal-lû-ni en-an-na-tum+ku-fma (Vil, n» 3, 9-11), 
« pour la vie de son roi Bel-samô-Ukin ». 

20. a-ab-ba igi-nim-ma-ku (VIII. col. II, 8-9), «jusqu'à la mer supé- 
rieure ». 

21. utu sùku (ibid., 13), « jusqu'au coucher du soleil ». 

22. iâib nam-nun-ku {ibid., 24), « au grand pontificat ». 

23. gud-gim sag-an-na-ku mu-ru-gur iibid.y 31-32), « comme un 
taureau jusqu'au sommet du ciel il a élevé ». 

24. gu an-ku {ibid,, col. III, 1), « le sommet jusqu'au ciel ». 

25. alan-na-ni-ku mu-tu (X, st. A, col. III, 16-17^. «c pour sa statue 
il a fait sculpter ». 

26. an ba-u nin-a-ku (tbid., st. Ë, col. II, G-7), i à Bau sa dame ». 

27. mu-ku mu-na-sa {ibid., col. IX, 4), « pour être son nom (de 
la statue) il a proclamé ». 

Points à noter : Dans ces vingt-sept passages, la postposi- 
tion ku est mise en rapport avec des objets très divers, tant 
matériels qu'abstraits : villes et régions (K, 7, 8, 9, 13, 
U, 16, 18, «0, 21 , â3, 2i), espaces de temps (2, 3, 4, 17, 
19), monuments (1 , 25, 27), faits religieux ou politiques (10, 
11,18, 15, 22, 26); aucun d'eux ne représente un être animé. 
— Résultat net : l'emploi de celte particule est limité à des 
objets inanimés. 

La distinction établie entre ra et /ru rappelle celle qui diffé- 
rencie les suffixes pronominaux ni (ne) et bi {bà). C'est le fruit 
d'un même esprit. 

Mes explications relatives à ces deux phonèmes de direction 
doivent être maintenues : ra est la forme apocopée de âra^ issu 
du verbe aâru^ c se diriger, marcher », au sens factitif 
c diriger, envoyer » ; ku est le suffixe de formation assyrienne 
qui figure dans uddakku^ mar^akuj zazaku^ et dans plusieurs 
noms de cara'^tëres. Sa nuance locale résulte du pronom anaku 
et du comparatif ki ; étymologiquement, il remonte à p^. 

J. Halévy. 

(A êuipre.) 



ECTES ÉTHIOPIENS DU GOURÀGBÊ 
Notes grammaticales. 



Particules et Mots invariables. 

> servant de prépositions sont & peu près les 
oiharique; h — > ne m'a point paru employé; 
par •t' — > qui est d*ua usage peut-être plus 
donc : 

tbât, dans ta maison. 

;(iita yraber, il demeure avec lui. 

ibét dan naro, t^ sont à la maison. 

irait : niL^ >, tiCA- > fX:£-A, flOi^ > a-itf • 

LDt est remploi de < ya > (V) dans le sens de 

L tchana, il vint à la maison. 

ik'urft, pour le mulet. 

.'an yedj, voici de l'eau pour les mains. 

iharique, la particule II sert à former d<: nom- 
: < bafer », au dessus; < bat'ona >, forte- 

i >, ptjfliquement. 
> signifie ■ près > . On dira : 

li tch&na, il vint près de moi. 
^ut& i torà, il s'assit près de lui. 

le semble pas usitée dans les autres idiomes 

irticules employées comme conjonctions, nous 
lëmes rapprochements avec l'amharique, quoi- 
de régularité. Nous trouvons -t et Remployés 
K et >, subissant l'inOuence du son voyelle qui 



LES DIALECTES ÉTHIOPIENS DU GOURAGHft 65 

< afar ta samày » oti c afar na samfty», le ciel et la terre^ 
mais on dira : 

ce a^a teya > ou c axa neya x), toi et moi. 

Quant à Tenclytique amharique — 9** i signifiant c et », 
je n'oserais affirmer son existence dans les dialectes du Gou- 
ràghè, bien que des Tcha^a aient traduit : 

Donnez-moi du papier ^ de V encre et une^plume^ par 
waraqatem qarabatem deberwam namê. 

Je n'oserais affirmer qu'il ne s'agisse encore ici d'une de 
ces labiales parasites que les Gour&ghès affectionnent. 

 noter Teroploi de + — i là où les autres idiomes éthio- 
piens emploient la particule — fl'. Je trouve : 

zengà ta;(âra, si cela était. 

obra tibara, s'il mangeait de la nourriture. 

En général cependant les idiomes gourâghês se ressentent 
de leur caractère de patois lorsqu'il s* agit de l'emploi de par- 
ticules; c'est-à-dire que l'arbitraire y règne en maître. 

Comme élément de comparaison avec les autres idiomes 
éthiopiens, voici une liste des mots invariables (prépositions, 
adverbes, conjonctions et interjections) les plus usités en 
tchahâ. 

Ift, avant; ifté, devant; yantchiê, yantchâ, derrière; bant* 
cW lé, ensuite; bat'arâm, autrefois; bemensâ. ifté, avant tout; 
a^wâm, aussi f encore; ewatam, baqanâ, à droite; bagherâ, 
i gauche; baze/t ici; x^à, x^^chi, là; êyté, rà? têtié, d'rà; 
tejoiir, zwerem, alentour; araqwê, loin; qarié, beqwerbi, 
près; bat sât antchà, depuis une heure ; wat'ani, assez ; ghêf, 
hautj en haut; befwor, au-dessus; benne anghyâ, avant 
tout; bezanghyâ, tantôt; teramâ, Ai^r ; nagâ, demain; zaderâ, 
cette antUe-ci; akwà, aujour£huiy maintenant; ad gamn& 
ahad qara, un^ /bî^ ; engwad qara, une autre fois; qaràrà, 
ce matin^ de bon matin; messarâ, Van passé. 

Kari kar, peu ; neq kar, beaucoup, très ; yrq kari kar, davan- 
(a^^;aflatar, astéro, vite ; beza, beaucoup ; yrq beza, davantage; 
ï^xv/fixl^ excepté; mer a^er gamà, combien de fois'! atenkar, 



REVUE SÉMITIQUE 

;timati, ensemble; atcher, certainement; bift iflé, 
abord; a^etera, peu à peu; nemeden, volonliers't 
lin, par force; hay^h kîir, bien; kari kari, peu à peu. 
nt'cha, yaiiqyâ, donc; bazantchâ, zengSi yantchâ, 
'est pourquoi; zangherana, banghyâ, enanqara, enfin ; 
^,}usqu^à la maison; x^y^â, cn/î«; ano^, or; yaz- 
jourcela; yazghelâ />">&, ainsi. 
aïe\; hoy, ohl; cnkus, chutï altentioal; aghyâ, oq, 
y, «on! ; nol'en, vitel; yô, hélaal 

VII. — Notes de Syntaxe. 

onlexture des phrases dans les dialectes gourâghâs 
I celle de l'amhariqueetdu tegreiiâ; elle a cependant 
:tère plus primitif. Ainsi, pour dire : a c'est un gour- 
I est bon >, on dira simplement : c gourmand, bon >, 

a lui gourmand, lui bon >. 
3in, wo^è, — ou — t'afwain x^tâ., woj^e x^tâ, 

vrai qu'on pourrait dire : 

l'arwâm, wo^ê enta, il est gourmand, bon. 

ne en amharique, chaque, chacun, se rend par une 
m du mot, ain^^i : 

mt basâaml, veut dire chaque semaine, 

!iâ ât ât beiT alcha, je te donnerai un thaler par mois. 

\G en amliarique, on ajoute souvent au verbe les suf- 
inominaux pour donner plus de précision à la phrase : 

huijar âb^âiiu, donne de la viande aux domestiques. 

le en amliarique également, l'accord se fait parfois 
»ei sonne ou la chose principale. On dira par exemple : 

wojè xar^am, tes yeux sont bons (litt. les yeux bons 
:t. amii. : 'if.tOtl » Mft*"7 » VU ". Comment sont 

(litU et tes yeux commentes-tu?). 

i' a zengâ — ou — zenkâ » s'emploie avec le même 
l'aiiih. i^C t. On dira par exemple : 



LES DIALECTES ÉTHIOPIEI^S DU 60URA6HÊ 67 

Mer zengâ? — Qu'est-ce que cela veut dire ? (litU quelle 
chose? quelle affaire?). 

Je n*ai pu me rendre bien compte de leur façon de traduire 
€ comme »; je me contente de reproduire ce qui m*a été dit : 

iya u^tâ ten, je suis comme lui. 
iy& tenxf tu es comme moi. 
iya té nya, elle est comme moi. 
iya te n^u, vous êtes comme moi^ etc. 

Les démonstratifs suffisent à traduire notre c voici, voilà », 
cependant le mot existe ; ce yayâ > correspond à Tamh. Mlf >> 
mais on dira plus souvent : 

yâ tchezaw, voici des médicaments^ 

comme dans Tambarique des paysans. 

La conjonction a ou » est très souvent rendue par une ré- 
pétition du verbe : 

bàriq nya denja nya, est-elle vieille ou jeunet 

Gomme on le voit, la syntaxe des dialectes gourâghês 
est presque absolument identique à celle de Tambarique rus- 
tique, et il est certain que cette ressemblance ne peut que 
s'accentuer, si ces dialectes tombent à Télat de patois, ce qui 
est déjà le cas pour quelques-uns. 

VIII. — Textes tghaha. 

Le texte qui suit a été recueilli oralement de la bouche d'un 
Gourâgbê-Tch&hâ. II rapporte une tradition locale. 

Ya Guraghe gan batmuratâ Ganam Adyâm u. Ya 

Des Ok>urAghès le pays au milieu des Gallas des Âdyà est. Les 

Goraghê debo chema^u : Tchahâ, Ajâ, Akir, Gwomaro, 

Gouràghôs tribus leurs noms 4 Tchahâ, Aja, Akir, Gomaro, 

Ghiêtày Ynor, Hagar, Gurâm, Ennemorem V 

Ghiéta, Ynor, Magar, Gourâ, Ennemor. 
i. Cette nomenclature ne comprend que les tribus tchahâ. 



68 RKVUB SÉmriQUK 

Baderam ya Guraghê gan yraberopa sab 

Autrefois du Gouràghô le pays ceux qui habitaient les hommes 

« 

""Adiya bâna. Barik sab yebero : ya Guraghé 

«Adiya étaient. Les anciens hommes disent : Du Gouràghô 

sab baAbdurkadurSyaAhnfietGranê^gwapyâ wadyâ 

les hommes d' Abd-el<-Kader» de Amed Grâgne. le frère, les soldats 

tatchana. YaAbdurkadur wadyà iytchano, ennem 

vinrent. (Ceux) d* Abd-el-Kader*les soldats étant venus tous 

krestyâ gamyâ kataru. Ennem echtâ tebto. Y&t agà 

les chrétiens mâles tuèrent. Toutes les femmes prirent. Une partie 

mecht agapu'; yangwad ag& yabêtgarad 

épouses introduisirent; d'une autre partie servantes (esclaves) 

eepagum. Zà wadyâ. ta Harargbê tchanabom bana. Tobà 

firent. Ces soldats de Harar venus étaient. Musulmans 

banabu. Yazerenâ. Guraghê sam tazy& sab 

étaient. D'aujourd'hui les Gouràghés la race de ces hommes 

mecht tatchanabo. 

(et) femmes est venue (descendue). 

l^ARABOLE DE l'ËIOtANT PRODIGUE. 

J'ai choisi ce texte parce qu'il est un de ceux qui ont été 
traduits dans le plus grand nombre de langues. 

Ya mes x^^Y^^^^J^ ^^"^™* ^^^^ abâtam baram 

D'(un) homme deux enfants étaient. Lie petit à son père dit 

Abâna wâ. bwagâ mwaranà yssarekar namê. Bawagâ. 

mon père oh du bien ma part qui revient donne-moi. Le bien 

gheb gheb chadam ya u^tâ mworatâ awî. 

par moitié il partagea de lui la part il lui donna. 



1. Il s'agit, semble-t-ii, de l'Abd-cl-Kader qui a soa tombeau dans les 
environ immédiats de Harar, où il est vénéré sous le nom d'Aboul- 
kader. 

2. Ahmed Gragne, le conquérant musulman de l'Abyssinie. 

3. Amh. ^7f^iK7(h' 



LES DÎALSCTES ÉTHIOPIEIfS DU GOURAGHÊ 69 

Ba kari qara aiitchà kari erju ya^utâ yassarakara 

ËQ peu (de) jours après lepetitenfant à lui ce qui était revenu 

ennem kotamanam baraqwê gàn êmâ waram. Wagâ 

tout il réunit vers le. lointain paya chemin il alla. Le bien 

afteram ta^àd ematmë badaqyà baotfakar 

vite avec des prostituées ensemble en débauches en jeux 

ber&tcham. Radjafara gamo neq gâdjâ baze;^ 

il dissipa. Lorsqu'il eut fini ensemble une grande famine dans ce 

g&na jféram x^ti gwadenim bana. Janagam taxiênnam 

pays fut. Lui affamé il fut. Il alla, il se loua 

taz gàna tat sab gamo. Ze;^ sab yagassam 

avec de ce pays avec un homme ensemble. Cet homme vers un champ 

saddadhum nê& yêqya. 

renvoya les cochons pour garder. 

Mêzamêr&m bapa, yobra anx&ra y&r& 

Attristé il était de la nourriture n'était pas des cochons 

obra tybarâ neq sarié yuxtft x^*"^ yaoxta 

la nourriture s'il mangeait grand plaisir à lui était à lui 

yobra yb sab ena. Yaxinatâ 

de la nourriture qui donne un homme n'était pas. Dans son cœur 

tajafaram bi^na : mer-axer nu yabana yabêt 

se retournant il était : Combien sont oeux qui mangent de la maison 

denja ussa toxnwà ytraf. Netassa yabatana newar 

les serviteurs du pain pour eux il reste. Que je me lève vers mon père 

newar nebar : Abanam wê ba Samay biftaxê 

que j'aille, que je dise : Mon père ô vers le Ciel vers ta face 

buchê banoh ; erdjaxa yaxa, yaxam yabêl denja 

mauvais j'ai été; ton fils voici, de toi de la maison les serviteurs 

ematmê ixerchâ. 

ensemble je serai. 

Tarassam abata bêt tchanam. xutabaraqwë 

Il se leva de son père (vers) la maison il alla. Elle loin 



4r 



70 REVUE SÉMITIQUE 

taxâra. Abàta assâwi erdjeta yaji neq mêzatnazam* 

était. Son père le vit son fils lorsqu'il vit beaucoup il s'attrista. 

Not*am bangata wadaqnamsamahum. 

Il courut à son cou tombant il Tappela. 

Erdjeta baram : Abbànawê baSamfty biftaxa 

Son fils dit : Père ô, contre le ciel, contre ta face 

mutet mena êpa^u. Baxantchâ an^iêr ertcha^a 

mauvaise action j'ai fait. Désormais je ne puis être ton fils 

yebenim. Ab&ta ybêtdenjà bara : yabeterSi fwafyâ 

ils diront. Le père aux serviteurs dit : d'autrefois le vêtement 

a^deri. Yadjeta yat'iebekar amber&wi, tch*ama 

revôtez-le. A sa main passez-lui l'anneau. Sa chaussure 

b&gherata y&x^r. Wo^ê bor& at'ano erto; nebrà 

à ses pieds qu'elle soit. Un beau bœuf apportez tuez-le ; mangeons 

s&randam. Zex erdj rootabum bana, woxê x^^^^- 

réjouissons-nouB. Cet enfant mort était bien il est. 

Tafam bana; nakawim. 

Perdu il était, il est retrouvé. 

Ytclieno kanassum. 

A se réjouir ils commencèrent. 

C. MoNDON-ViDAILHET. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES POUR L'HISTOIRE D'ETHIOPIE 

Le rogne de lyasa (I»*^), roi dËthiopie de 1682 à 1708 ^ 



lyasu succéda à son père Yohannes dont nous avons publié 
la chronique dans la Revue sémitique\ Son règne, qui dura 
vingt-quatre ans, se passa en guerres contre les Gai las, les 
Agaous et les Shangallas. Les discussions religieuses sur 
l'union ou l'onction du Christ continuent, entraînant après 
elles des persécutions. Jyasu meurt assassiné à l'instigation 
de la reine Malakotawit, qui voulait faire régner son fils Takia- 
Haymanot. 

C'est de cette époque que datent les premières relations 
diplonr)a tiques entre la France et l'Abyssinie. lyasu ayant été 
atteint d'une sorte de scorbut, son facteur au Caire s'adressa 
au consul' de France, M. Maillet, qui lui recommanda 
comme médecin un Français, Charles Poncet. Celui-ci partit 
pour l'Ethiopie le 10 juin 1698, arriva à Gondar le 21 juil- 
let 1699, et guérit le roi, ainsi qu'un de ses fils*. 

Notre chronique, tirée du ms. n° 141 de la Bibliothèque 
Nationale de Paris, est beaucoup plus courte que celle qui a 
été publiée par M. René Basset d'après le ms. n° 142, com- 
plété pour quelques passages par le ms n° 143*, et avec 



1. De i6S0 & 1704, d'après Bruce, Voyage aux sources du Nil, tra- 
duction Castéra, Londres, 1791, t. V, p. 293-368 et t. VI p. 5-70. — 
Les dates indiquées en regard du nom de lyasu sont celles de Gutsclimldt, 
données dans le Catalogue des > mss éthiopiens du British Muséum 
de Wright, Londres, 1877. 

2. Avril 1899, p. 166-177. 

3. Poncet a laissé une relation de [son voyage dans les Lettres èdi- 
fiantes et curieuses [écrites des ^Missions étrangères par quelques 
Missionnaires de la Compagnie de Jésus^ Paris, 1704. 

4. R. Basset, Étude sur l'histoire d'Ethiopie, }*aris, Imprimerie 
nationale, 1882. Extrait du Journal asiatique. Texte : de la p. 35 à la 
p. 63; traduction, p. 140 à 175 et notes 307 à 393. 



BEVUE SAhiTIQUE 

le paraît concorder celte qui a été cons 
i*. Il ne faut pas songer & donner ( 
nditions, mais nous noterons dans la ti 
I divergences entre les deux écrits, 

lil,rol.35v-: OMw • OA4- ■ 
aM'k" > Miw ' ngnci ■ a 

• ww ■ +hA • ypiçt ■ M 

flHKfol. 36)+ • 0,+ • li. t hl 

'■«.+ > ticn-tn • [«'>i»"ii ■ 

m-vri^ , nia, , Ahai.1 ■ M 1 JhC/M I 

M-W"»- ■ MH ■ MW ■ A<:fl ■ n/^«+ ■ •• 

1- • -h+X./!- • MUUt > %a ■ OiA- • Mh ■ a 
^A ■ MA'HAf-A • titiM-p^th • hU¥+ > ma 

• 7>A+ 1 rfri t MA > aiAr > •-<»>• I CA 
"t«"+ ■ M ■ rfil > ll<" ■ r-'h-f • litM" > 
•m . Tt* I AAO-AJ^A ■] • 

i; I •}».+ ■ «ll/'i: I Alf I ^oa > inju» I 

«nivo • <>»pn.i- ■ nfc ■ r*.+ ■ f.p • [m 
tfMC • hiii, > M* ■ »»w>t ■ ■n»M > r 
/-en- • «•■«/"i- ■] arf. . tf-/f . ui/i- i 
; ■ OR* ■ ê»A+ • fflfcflfc ■ ^'P^fl ■ «>« ■ * 
»"«■<; ■ Rt I iDh»~ii ■ *<; t f,tm < arac ■ 
■ <.A.«i • nuf I ainm» < lA > ,hi , rt:i • 

• h"» • f/i'WP- • mmir I >li I di)i»"jM<S1l • 



intt Rossin! Carlo, Dî un nuouo codice delta crontca eliopies 
cata fia R. Bas(et,*Roma, 1893. Estratto dai rend iconti délia 
ademiadei Lincei. Variâmes, p. 8 à 12. 
es pauages entre crocheta sont en marge. 



ÎTOTR.S POUR l'HISTOIBE D'ÉTHIOPIE 73. 

•ûi. » çTi- » M+ ' «WJIA « hio»- » œM^-af I a» 

^•fl+A » fl»A+ « jpf-iy « hn « A'flWil' » nh-a « a 

««•PO > nho» » A*7^ » *ifl.+ « fip i (D'ion » ^-fl 
à • +Jrt.'? » iM'A i oixiH « iiA- « uf • ^a » A 

*^ « ^KMr « PA » A^h » fl* » «flA-W « >:^ » 

[•T*+ » <»'X+ « ^It » mmfMe « KflA • '^Cff » 
«DhHjir » llfl»A^ «] fl»il<»»+ » a»A- » iDd-flF » AP 
A » tDVh » M++A » ai«T1<:h « HhAP • "V^At^ î 

K^tli • flOA » 4.A.»I » flK I RA.+ « 1P • [hao i 

SflïgA'VM^ '] fl»flA^:^^^ « «i»<: » «ïl^J^n » ho" » 

^ICh * AÂ9*(fi& < (DA^ * > tICA-f A > [at^ahMt • 

f^ilf ! mtaù « OOA « ùnàt- » Xf-C^A « fl»+*'>f « 
A-+ « A'TA « Mil « li-flA « h**»*» » «»fl»JÇ:A ï A 
•7|i • ijUh » Afl*V » Kfi^ • îiAh » *«**«• » h 
fl » A-flfh^ « Mviiï. « h•7l^ « dwolh » îi^uf « #i» 

éL « ^Jt"*: » T-Tf^ » nTjni- 1 h*» » ^d-n/' » at- 

JC^ I (fol. 37). En marge en haut de la page : 



i REVUE BtiWTIQUE 

^t ■ IRC ■ fliPC:» ■ TC > mMo^ 1 ■»-/" I mu 

I ai>ui» ■ iDAj»'<ii-->+ ■ i'p"î'î-+ . mirt- ■ Mm I 

'(lAr ■ tioCI ■ IDAK ■ MlUi'fl.U: ■ K>f^ i ♦ 

19 • o^Aft X riAA-h ■ r'.h'iA ■ arniv ■>) <pM > 

■;>Th • ;"\ ■ TflJi • -M • <»>^.Ç||- o [vK-h ■ m I 

•+ ■ mt ■ ttf.ittv I offijcHc ■ i»A+ ■ e-jiA •] 

mns ■ 9<»^ 1 9»»li ■ iii/l. ■ a^fU» I AAi . vt 
I • flIA I Ml ■ avaf.1 I -M ■ UAo ■ ^Arf,^ i a 
Ç ■ [ono-}.-): ■ noo-j ■ M ■ T-n*. ■ n> i] »•* 

■ ■ X* " 1°+ ■ RJf > fcll"7¥ . *»11i a 

mng ■ 'io'1- « iMf 1 mr<!- i 1B+W+ i* ruA ■ 

* I i»Ml ■ m-DM r o>h» ■ T-n*. ■ nuf ■ [ibi'* • 
t • knm^ • «■"ï-rcft ■ ave • f-v • ««rui • 
^a-n- < HfcuH • l■^*^ ■ t-n ■ ■oùa • hcA-rn «] 

Œllî " *»"t I »<»>+ 1 mfttCf I mdoi: I AT."| 1 
H-A t œn-iOl ■ hAO* ■ ■V.A'I^ i ono-hi: ■ H 
•■» • 1»+ ■ JM«fl ■ f.a'MII i 0tf I h-HlY ' 

Aia 1 mM ■ m*, i npno ■ »"AA ■ M I nWlR 

• nM+ ■ M<: I tilM- î iDi»+ ■ "J;*». 1 aw I 
A(nl(ii.TA " 

œriî I "Jo»!- 1 1»+ ■ ^A ■ MA<qAr-A i atiflt, 

• M'i-f.lt I -ni!/).-!: I 011^ ■ hun^f I Tt^i r 
n-wv ■ <ii>°nA ■ {.Il I ;>Af-A I i»<Mf ■ n'><r)'» i 

JW» ■ IW^^•A 1 «•IN » mxff^c , +,A.li > h» 
> (aA'}« I aïKii. I ma-af ■ APA ■ oT>ik ■ [o-jv 
■ lit ■ 1»* ■. ««rue ■ -wsirA t nrirA. »] 

«•ns ■ -Joi-t ■ iii«»i . jim^ç I iii>n<: . h^-» i 

*+ ■ in ■ •P+t I A,-tl 1 61» • i»-»lA ■ h 

• ■ ■>T-/" ■ a<h<><>e' 1 ne = oniD-M: ■ l|a»7 . A 



NOTES POUR l'histoire D'ÉTfflOPIE 75 

»-*h » lilrtl « IrïO'C-t « hr'fih » HMI i «""ïlA » 

XlWîf i flrCf-Tft i] difliDCrï « Ai I !•+ I ^/i'fli « 
Met » 9iM^ I tlC/l-fA » 

CA-fA i mv^t < JCAh I ^AA • AA > i-Cf > hUV 

+ I fcn • h-M^i-WA • nKrilîo- î ©hn » :tJ*A?»A \ 
<Dha < Ko-AT>r*A i <Dtn<* > nhHH • aih^"^")^:!! • 

i^i. » Tf^ î fl»>fli » 7A'f:+ I [«DflOfM: » XM. 1 1» 
+ • HK- » Xll'VT « +1'* « fl»1"+ t fl<»»"IIC » If*» 

0;i«B ' (ij&na i «o^i'ih > aidais • «ho^o* < idav 

ttn^dh » IW-fl^ î OfliD'K'l: 1 uoo'} « T*+ » (fol. 38) 

•P * 0j&llf7 • A^A I a»TlA * «DHîf • toHitnH a] 
/»••. I iDAn^ • MVXlf'^ • fl»++A • MflA • M-C 

«MA*!:/ if<^ < lauD a iD<D*xi' i ttii • :>A4i > •n 
ih:*7 » A-ax » nuf • im^ç+ « it*/" » Aiwi* i x 



76 REVUE SÉMITIQUE 

•* » 0»ttiD-h.'P » ll«»^ • "to-fun » M* ^Tta^d, t 

ti-tn I ;i;P- I 141^ I Al^A I mnoA • «hy^flA < ^ 
/I « MM. ï di^ijj I h'nn'4' « +A|i ï iDhflff I ♦a 

if^nT-t î «hm* • Tja. « +>n * oDAMii* i a.+ 
M«»»7*ç « ^Jt-*; « «WMf » fl»i»+ » nA^'rfi.'} î «on 

liA ' )&OiA- I i*^A* I flfli'^ * 011? I K^AAi > fl^ 
M» • A'}'!'/*' î loMir « A;M1+ • /*'A4i i «►*A 

*0A- î di^je-^ t A.* « af^r-af « d»<:Af' i ami 

^niifl.^ I diA+ • JPf-l I •flKA.-l: « A"»/" » K«» 

CA-f A î fl»A.* « o»\i^A « 1^C;k.A ï «DhiDr » hV% » 
«Ï^J. ï mh'Wi I Wji(fol. 39)'ï'tlf«^ • AfUirC » tôt 
X: > KA^ * <DK<r&7>A > <daII i U^ < 0jiX:r i «d 

??« a IDlliD-Xi: I nooJ ' oofph > flAfA > Mf^hff- 

C 1 Ov^lA » <Dnh;i,nA a a»i-f^h « ^^>TIU: » H 



NOTES POUR l'histoire d'ÉTHIOPIE 77 

X: i AA^ » fl»flAft î ae-aPa^ » IDT*K««»- i flonM: » 
T^fj: ! ii»f»+1- » (D^HIT • «"Alf»;»'^ » IDA+ « K 

hxreu « 

mthttf » 0f»X 1 îiAfli» 1 *<: I A-ItH » l/SflïV » i»»^ 
CI* • flA-t* î XIH « «Am. « «"l^lH* » ©iP^Çl* • 
©If-Ar » /»'C«}+ 1 «»'n/*'+ « •ï^'» » nX<ST) î 0+1 
«»^ni » X»^ « 0«h1f • fl* i 0n0*Xi: » 0.11 I !• 
+ » >IJJ « hTI*^ï » f-AlA » 0K^K"1^ » *A.n » 

^d • r jf <: • îf «p î onjcrfi » KAh • t^i^ • ^aa « 

1* » 0i#»^Çl* • 0||<»+ 1 PA « liXV « i»»^Ç+ » îf 
* » 0h*T^ » i09^F « 0l"ii i n0*X'|: * 1.11 > r^A 

fc*7^ ï 0l"*«fc • ^eon9'C « 0X0>^f » fl,-f i 0>/^ 

•fl/+ » tlCiftf^t » X.rA*A ï miS-cih i (DM » «h 
tlA » Iffi-lf^ i attthàVi « «WJf I n.1- » 0n0-Xi: » 
\laoj I i*^aD t R-fl^: I -ttCfi i ©«"«"K « A-* i 

♦m'>+ « A^i««»l- » XJ^XATfl'A i 0i'n<: » n* « 
fHdt » AoBUiil* ' 0A1-*j&[i]1- i 0M » ^rv-n « 

f 

0fl70& • "J*»!»^ « MH » ^A « 4^A « A^T-/^ • 
IMAA ' 0X(fol. 40)ai i 0i*<P4>A > 9°AA>a- ■• AM 



78 REVUK SÉMITIQUE 

+ « Mf-TW » ÊBSV • atittâ » e I KoH^rS* • -W/l » 

A < h«» I JIM^ > Ah«lC i 0M * T-f * T%£lt > 
MA4tf* < a»t0<DL * MlttfU' > 0-MiK. i <»^ç a «h 
X+Jl • !!«•+ » <1«" • *flt I y^AA » <»>«li.^ t CM 

Aîf I «B^h I r*<h7A î «DAJiJf » fcll^ï » XMn. 

A I ^ifiif » nr>*Lc » dijifl» I of ï <pfc/»)M<: • * 

M^ • AT*JM. » ;»A ! fl»<WI » "W I -Mlh « «"V 

J. Perrughon. 

(A tuwre.) 



NOTES ET MÉLANGES 

Dans le premier fascicule de VEphemeris^ M. Lidzbarslci 
consacre un commentaire souvent très concluant à une série 
d'inscriptions nord-sémitiques publiées et étudiées déjà plus 
ou moins complètement par MM. Berger, Clermont-Ganneau 
et d^autres encore. Gomme certains points intéressants y de- 
meurent néanmoins sans solutions définitives, les remarques 
suivantes ne seront peut-être pas tout à fait dénuées d'actualité. 

I 

L* INSCRIPTION DËDIGATOIREDE CARTHÀGE 

Je transcris avec de légères modifications et compléments 
qui seront justifiés au cours de. cette note. 



l'inscription DÉDIGATOIRE DE GÂRTHAGE 79 

o]3a V» Sd 03 otnn opipo paSa nanSi mnvyS ranS i 
v]H 030 Hd Sn finn naSo hn Sk ovnpoa mt ji>onnm 2 
o]znpDn jfi hv vh oHyn Sm Sk ot^ipon oaîKoa oao Va Sti 3 

Sk [Syoni 
Kn nnS niovn i3n«? oa Sk ovtpov ^'^nn nSp wa» vk 4 

[o «np>J 

1 Dnphoiap ooôt; th n-raob ooijw ipi oan-m 5 

^]a po p nipSonap yy\ hpasiK p Kam odt^ ooûv^ » 6 

lay p PTK najn oSûaoïw p jn^Spa p vSiay p jn 7 

03]na an eût? p Syaity odhd ani ain mpSoiay j 8 

Spaan p oVân onaay vnnVpai oana an iV«;S 9 

L. 1 . D3 = héb. ^J33, t ainsi que > (Lidzb.) — Le groupe 
j3 est à compléter iq^^ = ^é^- OHa ou q2j, € en eux », et ne 

forme pas le verbe p = «jjij, a construire • (L.). Dans ce 

dernier cas il faudrait supposer une fracture trop considérable 
pour y placer les sujets du verbe. 

L. 2. La signification précise den^^-^p) est inconnue, celle 
de « sculptures > (L.) n'est que provisoire. 

L'énumération suivante offre quatre séries d'objets précé- 
dées quatre fois par le mot énigmatique ^«7. Le sens c avec » 
ou c maître, possesseur > (GI.-Gan.) ne s'adapte pas à ce pas- 
sage; la signification plus étymologique de oc endommagé y> 
(das Scbadhafte, L.) n'y va guère mieux et elle a le grave in- 
convénient de laisser incompréhensible la phrase si simple de 
Marseille, 15 

[030 o]3nah p> Sa iqx St om Kopo ht naî' vh nat Vaa 

Outre que la permission de sacrifier des animaux c endom* 
noagés > est peu vraisemblable, l'auteur aurait dû écrire plus 
naturellement Vl IBÎf DK ^T N3J3Û- 

Après réflexion je suis arrivé à la conviction que ^^ n'est 
autre chose qu'une particule correspondant à la préposition hé- 



80 REVUE SÉMITIQUE 

braïque ^^^ ou ^^^D» « à part, par dessus, conjointement ». 
Elle marque une concomitance secondaire, un surcroît dont il 
est possible de se dispenser^ et en cela elle se distingue des 
prépositions c outre > et « avec » qui n'excluent pas l'impor- 
tance égale des objets constituant Tenscmble. La phrase sus- 
njentionnée signifie donc : a Pour tout sacrifice qui est offert 
(nap)» à part le bétail ou à part les oiseaux, les prêtres n'au- 

ront pas (droit à un payement en) argent ». On doit compren- 
dre de même la phrase ocj^g '^T ÎPQDDn (C- ï- S.| I» <75, 
1), « cet abattoir conjointement aux enclumes » (Isale, xli, 7), 
c'est-à-dire les blocs sur lesquels on dépèce les bêtes tuées. 
Ce sens convient parfaitement à notre contexte. 

Je doute que le yinn robo ^^^^ • ^^ ouvrage d'or » (Gold- 
zeug) comme on l'admet jusqu'ici; l'expression serait trop 
courte et l'objet trop précieux pour faire partie d'une énuraé- 
ration secondaire. Il s'agit probableinent des travaux exigés 
par le percement du fossé (héb. yj^n» Dagiel, ix, 25) qui dé- 
limite l'aire des sanctuaires nouveaux. 

11 me parait également que le mot qjq, ici et dans la ligne 
suivante, désigne non pas des vases (Gefâsse), mais des sommes 
d'argent (cf. le passage précité de Marseille, 13) dépensées 
pour divers travaux. 

A la fm de cette ligne, on ne voit que la trace d'un ^ qui 
se complète en gf j^ ; la partie manquante formait visiblement 
parallélisme au moins avec le mot qjîxDIS ^^ '* phrase sui- 
vante (I. 3). Comme rien n'atteste la perte d'un très large mor- 
ceau du côté gauche, la restitution [Di32 itf]j< nedépassepas 
la limite d'une conjecture permise; il serait question des frais 
dépenses en sus pour donner satisfaction aux réclamations des 
constructeurs ou ma(;ons (033) ; la restitution p323 ^ cause de 
son sens ambigu me paraît moins probable. 

L. 3. Le membre de phrase '^^ Dlt^lpon DlTKOIi ^^^ ^^" 
termine qjq ^3 forme une vraie cruxinterpretum. On ne peut 
attribuer à Tautear la grosse erreur d'avoir écrit D3ÎXD3 
aa^ipon ^^^ "g" de Dli^nr)On Î?KD2» nonobstant QjnD 31 
bjn2 D^X ('> ' '^- ï-iJz-)- Même celte faute admise la compo- 
sition n'olfre aucun sens convenable. La chose ne va pas mieux si 



l'inscription dédigàtoire de GARTHAGE 81 

on voit dans QeflpDîl^'^ participe passif : a dans ces balances 
consacrées » (DtîTIpDn)' ^^^^^ Q"^9 comme le fait remarquer 
M. Lidzbarski, ^^^ QtEnpDH ^^^ ^^^ évidemment parallèle aux 
mêmes mots des lignes î et 4. Je suis porté à croire que le mot 
Q3TM33' loin de contenir le terme désignant la balance 
(D3tRb» héb. D>3î>tb)i présente en réalité le participe actif du 

• ■ 

verbe t^jij, au pluriel, Q^f^Q^ ^" hébreu |jfx signifie ainstru- 
menty outil >s les Q3f}(t3 seraient les ouvriers chargés dédis- 

tribuer et d'aménager les objets nécessaires à Tameublement 
intérieur des édifices. Quelle que soit d'ailleurs exactement la 
nature de ces intermédiaires payés, la forme d'état absolu 
D3f ^3 serait correcte et ^n DBnptDn constituerait le com- 
plément direct de ce participe actif. 

Le mot ubyin) ^^^^^ indubitablement de nby» ^ monter », 
mais le singulier doit être vocalisé }^y et non n^y> ^ ^^^^ 

cbe 9 (Stufe) dont le pluriel régulier serait p\^y ;. la défini- 
tion ^ uvnî)an |B Vy VH rappelle l'expression nj^x nTDSn 

obttTP ^3B by (^' ^^^^» xxni, 43) et fait supposer que les 
uhv phéniciens étaient de petits monticules dits c hauts 
lieux » ou bamot. 

Je suis tenté de conjecturer après i^f^ un mot comme 
bjWn =^é'^- nbyoni» ^ ^* '* montée à degrés ou marches », 
qui se rattache bien à ^yt t£f2<» ^ Qui mène », de la ligne 
suivante. 

L. 4. tin» * alignement rond » (cf. dititI» • colliers 
composés de bijoux >), probablement la partie supérieure du 
mur d'enceinte des sanctuaires. La division njpiiy D3 ^t ^^^ 
commandée par le parallélisme avec DttTlpDBf TlTin î DD ®s^ 
aussi isolé à la première ligne. A ponctuer THOWn l^lf ^ ^^ 

mur de la vigie de la montagne même ». ^j|-| répond à l'as- 
syrien igaru, « mur », et nTDttf ^ l'hébreu HQjffji ou rnoVfDf 
€ poste de garde » (Cl.-Gan.), néo-héb. HTDW» • *®"*® ^® 
gardien dans les vignobles ». — La montagne en question 
est suivant toutes les vraisemblances celle qui portait les nou- 
veaux édifices, c'est-à-dire celle qui est mentionnée sous le 



8S REVUS StiHrriQUE 

nom de Libfuion à la première ligne et qui formait un des fau- 
bourgs de Carthage. Ce point de vue nous facilitera la com- 
préhension des mots qui débutent la ligne 5. 

L. 5. On rapporte d'ordinaire nj-nWï 1J?1 Q3"nt* ^ l'énu- 
mératioQ précédente : c les objets grands et petits parmi eux » 
(« das Wichtige und Geringrtlgige an ihnen ») ; & mon sentiment 
cette expression nes'cmploiequepour les personnes(cf.Q-p^^{( 
D*t3b BîTTVï inbïff Jérémie, xiv, 3). Les personnes en 
cause sont très vraisemblablement les habitants du quartier 
susnommé qui ont tous, grands et petits, c'est-à-dire riches et 
pauvres, contribué aux dépenses des constructions des sanc- 
tuaires et de leurs environs. Pour obtenir une phrase complète 
il faut restituer à la un de la ligne & le mot indispensable 
Iff^pyy « ont confMicré », et peut-être encore e appartenant à 
Qj^-j}{. L'addition d'une phrase telle que « et ont été 
achevés tous ces travaux > (und es wurden ausgefilhrt aile dièse . 
Arbeiten) me parait impraticable. 

nr^D*? "® diffère guère du simple piTSî "^f- '^^'*' 
Dilffi'KnSOb ^^niltPiTQ- ï'* nécessité d'admettre une double 
date n'est pas bien évidente ; la répétition du litre Q^s^f a 
son analogie dans celle den^ (Esm., 1-2; Idal., i, I ; h, I). 

TRADUCTION 

t Aux Dames A^tart et Tint, à Libanon, des sanctuaires nouveaux, 

ainsi que tout ce qu'ils con[tiennent] 
Z Et les sculptures (?) de ces sanctuaires; et à part, les travaux du 

fossé; et à pari, toutes les dépeuses pour [les oonstruoteurs] ; 

3 Bt à part, toutes les dépenses pour ceux qui ont meublé ces 

sanctuaires; et à part, tes hauts lieux qui sont devant ces sanc- 
tuaires, {et l'escalier] 

4 qui mène sur l'enceinte do ces sanctuaires, ainsi que l'encloB de 

la vigie de cette montagne-là, [ont consacré] 

5 leurs grands et leurs petits (des habitants de Libanonj. Au mois 

de Hayar l?l des juges =Abdmelqart et [«^Abdla] 

6 i, juges, et Hana, fils d'Adoniba'al etle Uab '^Abdmelqart, fils de 

Magon, fil[s de Ba«alya-] 

7 ton, âls d'<Abdlaî, fils de Ba^alyaton, flls d'AsmunpiUes, et'Ab- 

dareâ, fils de Abd[ba'al}, 



BIBLIOGRAPHIE 83 

8 fils d'«AbdineIqart le Rab, et le grand prêtre 'Azrubacal, fils de 

àaphat, grand prêtre, fils de Ba«al- 

9 Sillêk, grand prêtre. L'architecte (était) «Akbarim, le niveleur (?), 

fils de Hanniba^^al. 

(A êuivre.) J. HALÉVY. 



BIBLIOGRAPHIE 

Histoire de V Algérie par ses monuments. 

Sous ce titre, M. Baschet, éditeur à Paris, rue de TAbbaye, vient 
de mettre en vente un ouvrage qui mérite d*être signalé tant pour 
sa conception que pour son exécution. Il contient environ 80 pages 
du format in4« et comprend, outre un avant-propos, di)i à la plume 
de M. CanoUe, chef de bureau au Gouvernement général de l'Algé- 
rie, qui a eu Tidée de cette publication, dix chapitres dont voici les 
titres : Aperçu géographique (M. Cat, professeur à l'École des let- 
tres d'Alger); Biographie dé M. Laferrière, dont le passage au 
Gouvernement général a eu des conséquences si heureuses pour 
n'otre colonie, avec portrait; V Algérie romaine (M. Oagnat, membre 
de rinstitut); les Villes mortes (M. Jean Lorrain); les Ruines de 
T^imgad (M. Albert Ballu, architecte du gouvernement); l'Algérie 
arabe (M. René Basset, correspondant de l'Institut, directeur de 
rÉcole des lettres d'Alger); VAlgérie turque (M. Delphin, directeur 
de la Medersa d'Alger); {a Conquête de l'Algérie (M. Cat); l'OccU' 
pation du Touat (M. A. Bernard, professeur à l'École des lettres 
d*Alger) et ^a Colonisation (M. Cazenave, sous chef de bureau au 
Gouvernement général de l'Algérie). 

Nous avons cité les noms des auteurs, parmi lesquels l'Ecole des 
lettres d* Alger est dignement représentée. On ne pouvait faire un 
meilleur choix pour les questions à traiter. Les articles sont bien 
écrits; en quelques pages sont condensés tous les renseignements 
utiles pour chaque sujet; mais cette concision n'entraîne pas la sé- 
cheresse du style; la lecture de l'ouvrage est à la fois attrayante et 
instructive, comme il convient à une publication de ce genre. Dans 
son article sur la colonisation, M. Cazenave fait ressortir les résultats 
acquis et montre les ressources du pays. La photographie a été 
mise à contribution pour l'illustration; elle nous fournit, soit dans 
le texte, soitsurdes planches à part, de belles vues des principales 
villes de l'Algérie, des reproductions des monuments les plus eu- 



84 REYUE SiMITIQUK 

rieux au point de vue historique (ruines, statues, inscriptions de 
diverses époques), des types d*indigènes» de constructions moder> 
nés, etc. Mentionnons une carte arabe du ciel et une carte de 
TÂlgérie. Ainsi comprise, l'Histoire de l'Algérie par ses monu- 
ments nous parait recommandable à tous ceux qu'intéresse notre 
colonie,, c'est-à-dire à tous les Français. J. Pbrruchon. 

Ministère de l'Instruction publique et des Beaux- Arts. — Déléga- 
tion en Perse. — Mémoires publiés sous la direction de M. J. de 
Morgan, délégué général. — Tome II, textes élamites sémitiques. 
Première série, accompagnée de 24 planches en héliogravure, par 
V. Scheil,0. P., professeur à l'École pratique des Hautes-Études. 
Paris, Ernest Leroux, éditeur, 1900. 

Rompant avec les anciens errements, la Commission des récentes 
fouilles de Suse s'est • empressée d'inaugurer la publication de la 
collection épigraphique qui en est résultée. Lie P. Schell, professeur 
d'assyriologie à l'École pratique des Hautes-Études, qui accompa- 
gnait M. Morgan dans cette campagne, vient de faire paraître le 
tome II de cette série, comprenant les textes élamites-sémitiques, 
c'est-à-dire composés par des gens d'origine sémitique et rédigés 
soit en style phonétique plus ou moins émaillé d'idéogrammes, soit 
presque entièrement en style idéographique qu'une partie des assyrio- 
logues appellent suméro-acoadien. Ce faux nom est avec raison soi- 
gneusement évité par le traducteur. Deux éléments ethniques se par* 
tageaient le pays ; la plaine était occupée par des Sémites étroitement 
apparentés aux Babyloniens ; la partie montagneuse avait au con- 
traire une population allophyle, ansanite ou amarde. Suse» la ca- 
pitale, à cause de sa proximité du Zagros, était habitée par les deux 
races. Les documents épigraphiques montrent qu'aux anciennes 
époques l'Ëlam formait une simple province de la Babylonie et était 
gouverné par des patésis au nom des rois babyloniens. Les Anza- 
nites parvinrent d'abord à obtenir l'hégémonie sur les Sémites du 
pays, ensuite, à soumettre de temps en temps la Babylonie elle- 
même à leur domination. Kutirnanhunté et Kuàurmabuk sont les 
plus renommés de ces envahisseurs, mais la prédominance politi- 
que de l'élément anzanite semble avoir persisté jusqu'à l'établisse- 
ment des Achéménides à Suse, bien que le sémitique y ait toujours 
été parlé et écrit. 11 ne peut être question d'une civilisation parti- 
culièrement anzanite : elle vient de Babylone. L'ancien roi de Kis, 
Manistu-irba, a érigé à Suse un obélisque avec une inscription de 
plus de 2000 lignes relatant un immense acte de vente de grands 
territoires acquis et payés par lui . Ce monument semble bien dé- 
passer en ancienneté l'ensemble des monuments de Telloh et de 
Niffer. En effet, Me(=Par$u}-Salim qui, d'après notre inscription» est 



BIBUOGHAPHIB 85 

le fîls de Manistu-irba, ne saurait être séparé de Me-Silim, roi de 
Kis, mentionné dans le cône d*£ntemena où il procède, comme su- 
zerain de âirpurla, à une délimitation de territoire entre cette der- 
nière ville et Già*ah. 71 est donc hautement vraisemblable que le 
Uru-ka-gi*na, fils de En-gil-sa, patesi de Sirpula, mentionné dans le 
texte de l'obélisque n*est autre que le fameux Uru-ka-gi-na qui 
figure en tête de la série des rois de Sirpurla. Uru-ka-gi-na aurait 
été d*abord le vassal de Manistu-irba et se serait rendu indépen- 
dant ensuite. Quelle que soit d'ailleurs la date précise de la royauté 
de Sirpurla, il est maintenant hors dedoute que les princes de Kis, 
ce foyer sémitique de la Babylonie du nord, avaient déjà vers 4500 
avant J.-C. exercé leur suprématie non seulement sur la Babylonie 
du sud, mais aussi sur le pays d'Élam dans sa totalité. La lutte 
entre Lu*gal-zag-gi-si et Kis, vers 4000, ne constitue donc pas un ef- 
fort momentané pour repousser une horde envahissante venue de 
loin, mais une tentative souvent renouvelée d'enlever une hégémo- 
nie établie depuis plusieurs siècles. Pour revenir à l'Elam, nous 
voyons à présent que Hammurabi et les rois kaâsites y ont aussi 
laissé des monuments 4ont là borne deMélisihuestle plus important. 
Les inscriptions des princes indigènes sont assez maigres et les 
fragments sémitiques des Achéménides tombent encore plus bas. 
Quelques-uns des petits textes archaïques compris dans le recueil 
sont précieux pour Thistoire de l'écriture cunéiforme. L'ouvrage 
est édité avec luxe et les planches qui accompagnent les textes 
en facilitent le contrôle. Certaines transcriptions seront modifiées 
ultérieurement, mais l'ensemble fera époque dans les études des Sé- 
mites de l'est. C'est une nouvelle province qui sort de l'oubli mille* 
naire et le savant auteur n'a nullement exagéré en écrivant au dé- 
but de son introduction : t Ici commence l'histoire du pays d'Élam. » 

Dr. 8. Bernfeld, Der Talmtid, Sein Wesen, seine Bedeutung 
und seine Geschichte. Berlin. Verlag von S. Calvary et Co. 1900. 
— Dr. N. J. Weinstein. Zur Genesis der Agada. Beitrag zur Ent- 
stehung- und Entwickelungs - Geschichte des Talmudischen 
Schriftthums. II. Theil. Die Alexandrinische Atjadn. Verlag von 
Vandenhœok et Ruprecht. Gôttingen 1901. 

Aucun recueil original n'a été si profondément fouillé dans les 
derniers temps que le recueil du Talmud. Ses moindres sentences 
de caractère halachique ou agadique ont été discutées et commen- 
tées dans un but agressif ou apologétique. L'écrit précité de 
M. Bernfeld ne se propose pas de fournir des dissertations savan- 
tes pour les spécialistes, mais une bonne exposition populaire pour 
le public éclairé. L'activité des Sôpherîm, point de départ du Tal- 
mud, a ses racines en partie, comme le dit le savant auteur, dans 



8< RBYUB SiMITIQUK 

l'époque biblique, et le vrai initiateur dans cette voie est à mon avis 
le prophète Ézéchiel, qui est à la fois agadiste, c*est-À*dire exégète 
homilétique et halaohiste, ou organisateur de réformes dans le 
culte rituel. Cette dernière tendance aboutissant à des aggrava- 
tions sensibles, produisit la contradiction de la classe sacerdotale 
des SadQoitesqui pensèrent devoir s'arrêter au point de vue du pro- 
phète à qui ils devaient leur prestige. Les Pharisiens, de leur côté, 
réclamèrent pour les nouveaux rites créés par les 8ophérim de leur 
parti Tautorité des lois traditionnelles, bien qu'elles ne fussent 
transmises que par la voie orale. En rattachant ces coutumes à Es* 
dras et à son école^ dite la grande Synagogue, les rabbins talmudi» 
ques, pour faire taire les protestations adverses, créèrent un système 
complet de règles éxégétiques au moyen desquelles ils pouvaient 
non seulement justifier les lois orales, mais aussi élargir ou rétré- 
cir, parfois même modifier radicalement les pratiques fondées sur 
les textes bibliques. La qualification des Sadducéens comme con- 
servateurs et des Pharisiens comme parti libéral est-elle exacte? 
Nous ne saurons l'affirmer en présence de la disparition de la litté- 
rature de cette secte. Il est cependant permis d'affirmer que le re- 
cueil talmudique est la résultante de cette longue lutte. Une par- 
tie des Halakhot même provient en dernier ressort d'un ancien re- 
cueil sadducéen. Quant aux sentences et aux homélies qui attirent 
souvent l'intérêt des lecteurs du Talmud, leur douceur relative a 
sa source dans la profonde résignation de la nation entière aux 
maux du présent se consolant avec l'idée qu'ils pouvaient être 
encore plus terribles. C'est un phénomène unique dans l'histoire 
du genre humain. Ceux qui, prenant M. Bernfeld pour guide, s'ini- 
tieront à la naissance et au développement de cette littérature extraor* 
dinaire à travers les longues époques de lutte contre les adversaires 
intérieurs et extérieurs jusqu'à nos jours, après avoir passé par des 
émotions diverses, mais en somme saines et réconfortantes, s'empres* 
seront de souscrire à la dernière remarque de l'auteur : a Le Talmud 
sera justement compris et apprécié quand on le considérera comme 
un produit de son temps et non point comme un témoin à charge ou 
à défense. » 

La contribution à la genèse de l'Agada de M. le Dr. Weinstein est 
une œuvre très érudite. Ce volume, qui est le deuxième de l'ouvrage 
entier, cherche à montrer que l'Agada alexandrine telle qu'elle avait 
été développée par les apocryphes rédigés en grec et dans les 
écrits de Philon d'Alexandrie a été favorablement accueillie par les 
Darsânim de Palestine. Pour les légendes historiques qui sont ve- 
nues se greffer sur les récits du Pentateuque, la source la plus 
abondante est rapocr3rphe connu sous le nom de Saptence ou Sagesse 
de Salomon que M.W. déclare plus ancien que les livres d'Hénoch, 
des Jubilés et de Philon. La conception de la sagesse purement spirt* 



BIBLIOORAPHIB 87 

tuelle et interne, telle qu'elle est présentée dans Papocryphe salomo- 
nien, se matérialise sutfcessivement dans les autres livres au point 
d*avoir une existence indépendante et même de se dédoubler d'une 
manière sensible. Le second chapitre étudie à fond la théorie philo- 
nienne du logos faisant son entrée dans les Agadoth orthodoxes 
du Talmud et des Midrâsîm. Une recherche très étendue et tout à 
fait nouvelle sur les hérétiques désignés par les talmudistes sous 
la dénomination de Mînîm (q^iiq) vient en troisième lieu ; le qua- 
trième et dernier chapitre décrit les mesures prises par te patriar- 
chat contre Tintroduction d'idées païennes, etc. Partout le savant 
auteur domine son sujet par une érudition étonnante dans les écrits 
philoniens et rabbiniques. Nous trouvons lumineuses et convain- 
cantes ses comparaisons en ce qui touche les doctrines théosophi* 
ques, mais je fais des réserves expresses sur la résurrection dlune 
fantaisie de Dozy relative aux Siméonites de l'Arabie et sur leur 
identification avec les Mînim du Talmud. L'histoire, la géographie 
et la philologie sont également lésées. La vallée du Çephat, près de 

Marésa (noTloS TtDÏSJi VdSoUi ^^ ^^ ^^^ ^^^ ^^^ ^^^ Kusim ou Éthiopiens 
d'après II Chroniques, xiv, 9, est confondue avec la ville de $e- 
phath près d'Arad dans le sud-est de la Judée; la lecture vraie est 
par surcroît celle des Septante (jv r^ 9«farti «ft^à ^o^v Mapnoa = 
♦Wm f j SirSXf l^Xl)^ * dans la vallée au nord de Marésa » . Par con- 
séquent la leçon massorétique ^^^ peut bien être plus exacte que 

celledert^M^^YUl A^op^^pAi'^^sS^P^^i^^^^^ ^^ Pesitta, et la mention 
de villes avoisinantes (01*17, ibidem, 43) convient plutôt à la plaine 
philistéenne qu'à l'Arabie Pétrée. La station arabe S7a*113i ^ont les 
habitants furent vaincus en même temps que ceux de y^n (^^^^ 
0^3lyO AQ li^u ^^ D^JlDy) ^^ trouvait visiblement dans le sud-est de 
la Judée, et peut strictement être identique avec le y;^ (lire ^^ ou 
vice versa) également voisin des q^j^q, mais il n'est pas permis de 
confondre ces Dfi3Tjo ou tf>l»3ra» ^^^ Mwa(oi des Septante, avec les 
tPTiQ du Talmud et encore moins d'y voir des Siméonites héréti- 
ques s'établissant simultanément au sud et au nord de l'Arabie. 
Macoraba est l'éthiopien mëkuerabj « sanctuaire», non nil rOD» 
« grande défaite » infligée aux indigènes par les fantastiques rô- 
deurs siméonites. A ]nD>p' c'est-à-dire Césarée de Galilée (il n'en 
existe pas d'autre en Palestine), les Juifs grecs avaient une synago- 
S^^ (MI10t33) ûù le ^^X9 ^^^^^ ^^ ^ ^^ manière hellénique (=• >^|| 
T|nOta^ ^^ comme les lecteurs n'exprimaient pas les gutturales, le mot 
XfirfjHi * notre Dieu >, ressemblait dans leur bouche à \s^^ SM' " Dieu 
n'existe pas »; c'est pour cela que R. Abahu leur lança l'injure 
de blasphémateurs (M^Sfnillt^Slin) « s^lors R. Simon ben Laqis, te- 
nant compte de leur bonne intention, l'arrêta en disant : « Dieu 
n*aime pas celui qui lance des accusations contre Israël » (naCH )>M 
Vll*^t9i Vy MvynsVn IDIRV yca nnt) » ^^ Mlnlm et de dualisme il ne 



88 REVUE SÉMITIQUE 

s'agit aucunement ici, mais de Juifs qui, ne sachant pas bien lire 
l'hébreu carré (xtlilVH) ^^ remplaçaient par une mauvaise transcrip- 
tion grecque, tandis qu ils auraient mieux fait de réciter le nUf 
dans n'importe quelle lanque connue pareuxl^Sn IpW Sd n3*ip^ nS 
VTP K1JW \VÛSh Sao HïT»» h Sota VII» 1) . Parmi les étymologies il y en 
a beaucoup d'inacceptables. li^tDQQ* peut-être pLiramp^; (-ov), « gar* 
dien secondaire », n'est pas une corruption de "It ^ oop = lartTstw; 
une forme verbale ne passe pas dans une langue étrangère pour y de- 
venir un nom propre; «nsyruniTsi^ni^^ «année intercalaire »=:Schalt- 
jahr (êfACoXcfiioî, cf. ^ly *)W niW7» " banlieue »), non a das gesohw&n- 
gerte Jahr ». Au lieu de continuer je me résume. Par Minim, les 
talmudistes comprennent très souvent les judéo-chrétiens (ils ado- 
rent la croix), parfois aussi les autres sectes hérétiques, gnostiques 
ou dualistes. Quant aux théories de Philon, elles n'ont jamais été 
repoussées par les agadistes aussi longtemps qu'on n'en tirait pas 
des conséquences matérialistes au détriment du monothéisme. 
L'ouvrage de M. le Dr. Weinstein nous donne sur la marche de 
cette pénétration du philonisme dans les écoles juives des rensei- 
gnements nombreux et fort documentés; acceptons-les avec recon- 
naissance et usons d'indulgence envers les spéculations parasites 
qui s'en détacheront facilement dans une seconde édition. 

Dr. Fritz Hommel, Die Insel der Seligen in Mythus und Sage der 
Vorzeit, Miinchen, 1901. — Le même, Aufs&tze und Abhand^ 
lungen. II, Miinchen, 1900. — Le même, Der Oestirndieîist der 
alten Araber, Mûnchen, 4901. — René Dussaud, HiMoire et relu 
gion défi iVo^aïrîs, Paris, 1900. 

Les brochures i et 3 de M. le professeur F. Hommel compren- 
nent des conférences : l'une est relative à l'île des bienheureux dans 
la mythologie ancienne et existe déjà dans le récit babylonien du 
déluge; une mappemonde sommaire représente la pgure de la 
terre d'après ces croyances antiques; l'autre insiste particulière- 
ment sur l'antiquité du culte des astres chez les Arabes en contradic- 
tion avec la thèse de M. Wellhausen qui en place l'origine, même 
chez les Hébreux, vers le viii* siècle préchrétien seulement. Le troi- 
sième écrit, beaucoup plus considérable, contient les études suivan- 
tes : i^* les antiquités sud-arabiques du musée aulique de Vienne, avec 
excursi07is sur leculte de la lune chez les Sémites occidentaux, surtout 
chez les Arabes; sur la couronne de plume et le pays de Punt, la déesse 
Ashera, le dieu Hadad et la mê/<o na cultuelle; l'ensemble accom- 
pagné d'un glossaire des textes viennois; 2^ de nouvelles considéra- 
tions sur l'inscription minéenne Hal. 535; avec l'excursion: le pays 
originaire des Sabéens et la reine de Saba (Aribi =- lareb; Miçru ^ 
Egypte; Muçran = Muçur — Midian); 3^ l'origine du Zodiaque. 



BIBUOORAPHIK 89 

Emettre des appréciations motivées sur tant de détails nous mène- 
rait trop loin; l'annonce suffit pour en indiquer tout l'intérêt. 

Le livre de M. Dussaud atteste un immense progrès dans Tétude 
des hérésies de Tislamisme. Grâce à de nouveaux documents du 
meilleur aloi, notamment du Kitâb al-Madjmow'j annexé en appen- 
dice, le savant auteur nous expose les doctrines des diverses sectes 
de la religion des Noi^alris, en haute Syrie. Les cérémonies deTini- 
tiation et des fêtes sont soigneusement décrites. A côté de la métem- 
psycose, on y remarque des influences chaldéo-perses. L*ouvrage est 
précédé par une bibliographie abondante et par des recherches re- 
latives à l'habitat, à Torigine et à l'histoire des Noçalris. Sur ces 
dernières questions le dernier mot n'est certainement pas dit, mais 
la période postérieure aux croisades est vivement éclairée par 
les informations très documentées de M. Dussaud. 

H. L. Btrack,- Hebràische Grammatik mit Uebungsbuch, Berlin, 
Verlag von Reuther et Reichard, 1899. — Paul Haupt, Babylonian 
Eléments in the Levitic Ritual (extrait du Journal of Biblical 
Literature), Baltimore, i900. 

La granunaire hébraïque de M. le professeur Strack vient d'at- 
teindre sa septième édition. Elle se distingue des éditions précé- 
dentes par une adaptation de plus en plus pratique, qui rend 
son usage très commode comme un manuel scolaire. Outre la 
perfection des règles et des exemples qui les éclaircissent, il faut 
approuver le parti pris par l'auteur de faire passer dans les détails 
^ammaticaux une bonne partie de la syntaxe. Ce procédé atténue 
considérablement la sécheresse de la matière sans charger beau- 
coup la mémoire de l'étudiant. L'annexe contenant les exercices 
de lecture et de traduction de l'hébreu en allemand et de l'allemand 
en hébreu mérite tout éloge. Je n'en excepte que les versions 
hébraïques de Matthieu, v, 1-12, et Jean, ii, 1-12, qui, non seulement 
sont déplacées dans ce milieu, mais présentent des formes très incor- 
rectes et un style bien décousue En ce qui concerne la transcription, 

*• rr'TI ^Tf ï^'est pas hébreu ; il faut nna D^WH '. 7- DOCinn "C forme 
pas paraiiélisme avec Jcsn^i '* >l f'E^ut QiDniOn* ~~ Ecrire ^k'^D^ au lieu 

àe urh H'^zfi — Remplacer SSaa par Sv ; DH>Mn PK n)-n par '^sn'ia 
offii^u*! oa ; niSn 3nw> dk par ywi Sm IDH . "O. dvid par iSs, d^Sd 

(on ne peut pas puiser dans un ^). — Après \Tf^ il manque ^"^ 13 mi^ 

•mO. — Lire qi» tnnHI au lieu de fmS Dninw v^mo . et niitn n» 

^IVMin an lieu de JY^nMn rWMI XlHt- ^^ reste, le texte parallèle de Luc 

nous montre bien que les mots JXÏISL et ninsS dans Matthieu sont des 
Additions tendancielles. 



90 RKYUB SÉMITIQUK 

je m*étonne de voir conserver la valeur du c/i dur allemand pour 
la lettre Hi laquelle répond réellement au ia doux (&) des Arabes. 
Cette prononciation est constante chez les juifs des pays musul- 
mans, qui expriment le »- ch (kh) dur par le ^ {k&ph raphé), et 
telle était aussi la prononciation du n chez les Phéniciens et les 
anciens Syriens. Il va sans dire que ces minuties n'enlèvent rien 
au caractère utile et hautement scientifique de Texcellente gram- 
maire scolaire qui nous occupe. 

Les recherches sur l'origine du rituel .lévitique des Hébreux ont 
un attrait particulier. Il est d'emblée assez probable que les rites 
des peuples voisins, Chananéens-Phéniciens» Âraméens, Moa- 
bites, etc., ainsi que ceux des peuples conquérants, Égyptiens et 
Assyro-Babyloniens, ont laissé quelques traces dans les pratiques 
religieuse^ du peuple juif, mais la démonstration en détail est 
encore dans le premier stage du tâtonnement, malgré les préten- 
tions contraires de quelques assyriologues distingués, dont M. Paul 
Haupt peut être considéré comme le cluef de file. La savante bro- 
chure où il résume les résultats de ses investigations sur ce sujet 
contient sept pages de texte et dix-neuf pages de notes reléguées 
à la fin. Ce rejet des notes vient évidemment du désir de rendre 
la lecture du texte plus commode pour le public non orientaliste 
et la disproportion anormale des notes en est la conséquence natu- 
relle, car l'auteur ayant devant lui un espace illimité y peut 
entasser à tort et à travers tout ce qui lui passe par l'idée et sort 
fatalement de son sujet. Le lecteur qui voudra connaître la raison 
des choses affirmées aura donc, pour être éclairé, à tourner cent 
vmgt fois les sept pages pour lire les cent vingt notes qui s'y 
rapportent, et encore à condition d'avoir une perception rapide 
et une mémoire de fer. Moi-même ne jouissant pas de ces 
avantages, j'ai été obligé de lire dix fois chaque page du texte et de 
la retourner douze cents fois pour bien comprendre les notes 
afférentes. Ma bonne volonté de faire miennes les idées de M. Haupt 
ne sera donc pas contestée, et cependant mes doutes n'ont pas 

voulu se dissiper. Précisons : L'hébreu ]a<)p, a sacrifice •, est appa- 
renté au babylonien kirbannu, « don, cadeau », mais n'en vient 
pas; le mot q^^, a devins » (Isaie, XLiv, 35, passim), est absolu- 
ment correct et ne saurait être changé en 01*^3 = bab. b&ri^ 

« voyants, haruspices » ; la comparaison du bab. tertu avec l'éthio- 
pien t&mhërt semble bien hasardée et le problématique «^mt peut 
difficilement être rapproché de ^;iq. Une singulière idée est celle 

qui trouve dans jyiy^ le sens de c malédiction s réponse défavo- 
rable », et dans Qi»n celui de « réponse favorable »; niiat ^ sHiance », 



BIBUOGRAPHIB 91 



désigne le repas pris en commun (jy\^ et ne vient pas du bab. birîtu, 

« divination ». L'usage de poser des pains sur la table placée devant 
la Divinité est commun à tous les cultes et le sens de « azyme », 
attribué au bab. mutqu^ n*est pas très sûr. Le sens précis deimittu 
reste douteux, mais entre l'hébreu nto^ ^ mouton i, tof, « don v, et 

Téthiopien iawe'a, c sacrifier », il n*y a certainement aucun rap- 
port. Rien à inférer de l'obligation de ne sacrifier que des bêtes 
sans faute, obligation commune à tous les cultes. La signification 
primitive de <çç, malgré l'autorité invoquée de Raâi, est bien non 

« frotter, effacer », mais < couvrir »; la n*i^3 de l'arche sainte est un 

couvercle et nullement un objet frotté. C'est aussi le cas de l'arche 
de Noé qui est couverte, c'est-à-dire enduite d'une épaisse couche 
de bitume (*)sp3 *)sn, Genèse, vi, 14), afin d'en boucher les moindres 
interstices; une simple friction avec cette essence n'aurait pas 
produit le môme effet. J'en passe d'autres, et d'aussi bonnes. 

La méthode apodiotique apparaît également dans les notes. 
Voici quelques observations. Bab. harabu, c bénir », n'est pas une 
métathèse de n^,ai<j[ui donne h&rihati =- ;o'^2y * bénédiction », et 

l'araméo-sabéen 3«)p, « sacrifier i, atteste le caractère radical 
du p. lequel n'est certainement pas dû par exception à la voyelle 
u de hurbannu. Je démontrerai ailleurs que la phrase ajoutée 
par les Septante au début du verset Genèse, xliv, 5, est un expé- 
dient insuffisant, qiqv V]^ n'est pas hébreu, nonobstant MlsSnn 
init- L'hébreu nD9 exprime la même idée que l'arabe ^r^, « écar- 
ter les jambes », non celle du bab. pussuhu, c apaiser la colère 
des dieux ». Parmi les < curions Semitic (?) loanwords », en éthio* 
pien, j'ai peine à reconnaître dans adyâm (pi. adyâmât)^ « con- 
trée *, et maimar, « ligne, verset », respectivement l'assyrien 
adnâti et muéaru, Â ces conjectures pénibles nous préférons la 
connexion supposée de ]rnn= turtanu, tartanu avec têrtu. Finis- 
sons par le « sumérien » : Eui^wpaxoc, le nom du septième roi anté- 
diluvien de Bérose, serait en'me'dur-an'ki. M. Haupt ne souffle 
mot sur le sens de ce nom vénérable; je suis obligé d'éclairer ce 
mystère. Il signifie « Seigneur de la parole du mur du ciel et de la 
terre. » Un dicton rabbinique affirme que « le mur a des oreilles » 
(Snm D)311l); Tarchéologie sumérienne, grâce à la sagacité de 
M. Haupt, nous apprend qu'aux époques primitives, non seulement 
les murs parlaient, mais que le septième roi dirigeait à son 
aise les paroles mystérieuses du mur cosmique! Les questions 
se pressent dans mon esprit, mais je m'aperçois que je suis déjà 
très loin des comparaisons rituelles dues à l'éditeur de la Bible 
polychrome. 



92 RBVUE SÉMITIQUI 

Salomon Rdinach, Quelques observations sur le tabou 
(extrait de V Anthropologie, T. XI). Paris, 1900. 

Les civilisations des peuples historiques présentent par leur 
côté éthique et cultuel une foule énorme de points obscurs qui ne 
peuvent être expliqués que par des influences ataviques. Mais tandis 
que les philologues se bornent à élucider les formes présentes par 
des formes analogues qui peuvent se constater dans les littératures 
des époques antérieures, les anthropologistes s'appliquent & résoudre 
ces problj^mes en remontant hardiment aux origines mêmes de 
no^re espèce. Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de mes pa- 
roles. Quand je vois que les profils humains de Tancien art baby- 
lonien, examinés à loisir par les meilleurs anthropologistes con- 
temporains, sont attribués par les uns à des Touraniens pur sang, 
par les autres à des Aryens métissés de Bémites, et par d'autres 
encore à des Sémites plus ou moins croisés avec un élément 
ethnique inconnu, je me frappe au front et me demande si ce tohu- 
bohu d'opinions sur un point physique qui entre dans la spécia- 
lité fondamentale de ces savants, ne défend pas à ces derniers 
de se prononcer avec quelques chances de succès sur les qualités 
psychiques du primat humain. On objectera que cette réflexion, 
malgré le doute légitime qu'elle fait naître, est mitigée par la vrai- 
semblance que les nations sauvages restées aux plus bas échelons 
de la civilisation représentent précisément l'état atavique désiré. 
S'il en est ainsi, la solution de toutes les énigmes se trouve d'em- 
blée dans les mœurs de ces sauvages qu'il faut simplement 
connaître à fond et exploiter avec méthode et discernement. 
M. Salomon Reinach partage cette convictioUiet sa docte étude citée 
plus haut, cherche à préciser la signification du concept du terme 
rituel polynésien tabou, qui est, semble-t-il, destiné à entrer 
dans le langage philosophique et anthropologique du xx* siècle, 
bien entendu, sur la base du système évolutionniste du darwi- 
nisme. La définition exacte de tabou a pour but d'éviter à la fois 
qu'on n'en abuse et qu'on ne manque à l'employer là où il convient. 
Ce dernier cas est illustré par divers exemples puisés dans l'Ancien 
Testament. D'après notre auteur, tout objet frappé d'interdiction 
est tabou ou taboue, pourvu que cette interdiction soit, i* non mo- 
tivée, 2« sans répression extérieure, et 3^ sans que le péril qu'elle 
signale soit apparent. 

Jusqu'ici on n'aperçoit qu'un terme barbare paré de catégories 
aristotéliciennes. Nous aimerions mieux que la définition sortît du 
cerveau des Polynésiens eux-mêmes, afin de nous faire' connaître 
leur état d'àme. Faute de mieux acceptons le terme prédestiné et 
voyons comment on l'appliquera dans l'anthropologie future. 
L'étude que nous analysons fournit un avant-goût à cet égard et 



BIBLIOGRAPHIE 93 

concerne surtout les croyances bibliques. Je crains que le savant 
helléniste ne se soit avancé sur un terrain où la sagacité naturelle 
ne suffit pas à éviter les pièges et les fausses pistes. 

i) Première condition : « l'interdiction non motivée du contact 
corporel ou visuel, y inclus la défense éventuelle de le nommer. 
Exemple de la dernière nuance : La mort par lapidation encourue par 
un blasphémateur du nom de Jéhovah ouYahwé (nvt>)> racontée dans 
le Lévitique, xxiv, 16, et commençant par la phrase : < (L*homme) 
proféra en blasphémant le Nom sacré, (le mot « sacré » n'est pas 
dans le texte) ». Comme la vengeance a été exercée par une tierce 
partie (les juges, les témoins et le peuple sur Tordre même de Yahwé), 
cet exemple pèche contre la condition n<> 2 et prouve en même 
temps que Yahwé n'était pas conçu alors comme tabou. Ajoutons 
une rectification chronologique, La défense rabbinique de pro- 
noncer littéralement le nom de Yahwé, artificiellement appuyée 
sur le verset précité (cf. 16), ne date que du m* siècle après l'ère 
vulgaire. Antérieurement les juifs le prononçaient en parlant 
entre eux dans leurs dialectes sémitiques et on n'y substituait 
l'attribut »»^e<»WII <iu*en parlant grec, afin de soustraire ce nom 
sacré aux quolibets malsonnants des paîens^ La crainte d'évocation 
nocive, ou celle d'une sorte de contact d'un objet tabou n'y ont 
jamais joué le moindre rôle. Sainteté (?) tabou et sainteté morale 
forment deux concepts très divergents. 

2) Seconde condition : « L'énoncé du tabou ne comporte jamais 
l'intervention d'un tiers; la violation entraine la mort ou la ma^ 
ladie, etc., par l'effet même de l'attentat, comme la pile électrique 
qui foudroie l'imprudent qui la touche. Exemple, le chapitre 2 de 
la Genèse, dont le texte, très remanié, conserve néanmoins certains 
éléments caractéristiques qui portent les marques de la plus haute 
antiquité. L'Éternel place l*Homme dans le jardin d'Éden et com- 
mence par lui imposer un tabou alimentaire : « Tu ne mangeras 
point de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car au jour 
que tu en mangeras, tu mourras de mort. » Cette interdiction est 
un taôou parfaitement caractérisé, car TÉternel ne dit pas à 
Adam pourquoi il doit s'abstenir de ce fruit et ne lui dit pas non 
plus qu'i( le punira s'il en mange. Il énonce simplement le tabou 
avec sa conséquence : « Si tu en manges, tu mourras. » Évidem- 
ment, le fond de ce récit est antérieur à la conception d'un Dieu 
personnel et anthropomorphique ; à l'origine, il n'y a que l'homme 
en présence de l'arbre et du fruit tabou. » J'avoue ne rien com- 
prendre à la dernière conclusion. Si l'on fait abstraction d'un Dieu 
personnel (anthropomorphique ou non, n'importe), il n'y a plus 

1« Voyez Recherches bibliqueêy p. 65-70. 



9i RBYUE SÉMITIQUE 

interdiction du tout et la comparaison pèche par la condition n* i. 
Quant à l'antiquité extraordinaire que l'on accorde au fond de ce 
récit, nous avons deux bonnes raisons pour rester sur la réserve : 
la mention du figuier qui est un arbre palestinien et qui, par con- 
séquent, n'a pu figurer dans le cycle légendaire hébreu avant la 
eoiM|»éte du pays ; puis Tabsence de toute analogie avec ce récit 
dans towkw les autres mythologies des peuples sémitiques. Nous 
ne voyons g«ère comment le contraire peut être soutenu sans une 
forte dose de boDiie volonté. ' 

3) Troisième condition : «Le tabou ne doit pas présenter un péril 
apparent. Ce caractère est destiné à exclure du genre tabou les 
interdictions que, par suite de Tévidence du danger, on ne prend 
ordinairement la peine de formuler. » Tout le monde y souscrira, 
s'il s'agit d'adultes capables de réflexion. En ce qui conoerne les 
jeunes enfants, je suis obligé d'être d'un avis différent. L'auteur 
écrit : « Une mère n'a pas besoin de dire à son enfant : « Ne mets 
pas ta main dans le feu » ou « Ne reste pas la tête sous l'eau. » Le 
danger de se brûler ou de se noyer est, en effet, évident» et les 
animaux le comprennent comme les hommes. » En réalité, l'enfant 
ne se fait aucune idée du danger quelque évident qu'il soit : laissé 
à lui seul, il met gaiement la main dans le feu ou plonge étourdi* 
ment au fond de sa baignoire. C'est la mère qui l'avertit du péril 
en lui disant avec un geste significatif : Ne fais pas ça, mon enfant, 
tu te feras bobo! » Et quand le moutard est récalcitrant, il se fait 
réellement bobo, et cela lui impose la nécessité d'être une autrefois 
plus prudent. Les jeunes animaux sont dans le même cas et n'évi- 
tent le danger qu'après en avoir éprouvé l'effet partiel. 

Je ne suis pas au bout de mes hésitations. Dans la suite, l'auteur 
voulant montrer que l'idée du tabou bien comprise peut constituer 
un moyen important de critique biblique, commente comme il suit 
la mort subite d'Ouzzapour avoir touché l'Arche sainte (II Samuel, 
IV, 2-8). t Sous sa forme actuelle, cette histoire est odieuse et 
absurde; mais pour la dépouiller de ce fâcheux caractère, il suffit 
d'éliminer la notion relativement récente du Dieu vengeur. Ce 
n'est pas l'Eternel qui frappa l'innocent Ouzza; c'est Ouzza qui 
commet une imprudence analogue à celle d'un homme qui touche 
une pile électrique et meurt foudroyé. L'objet tabou doit, en effet, 
être assimilé à un réservoir de forces dangereuses, dont l'action 
funeste s'exerce au moindre contact; il ne peut être touché que 
par des hommes également tabous, c'est-à-dire pourvus d'uneforce 
opposée ou équivalente qui neutralise les effets de la première* » 
Dans ce cas, les guerriers philistins qui avaient très lestement enlevé 
l'arche dans la bataille d'Ëbenhaézer (I Samuel, iv, 11), doivent 
avoir été considérés par les Hébreux comme doués d'une force 
tabou suprême. Ce récit, comme tant d'autres dans toutes les lit- 



BDUGORAPHns 95 

tératures humaines, n'a d'odieux et d'absurde que lorsqu'on met 
de côté son caraotôre légendaire. L'explication est assez simple. 
La garde de Tarche avait été confiée & Ëlazar, fils d'Abinadab, 
après lui avoir fait accomplir des rites purificatoires (ibidem, vu, i); 
la punition d*Ouzza est la mise en scène de la loi lévitique mena- 
çant de mort tout profane, fût-il même fils de Qahat, qui ose 
seulement regarder le naos yahwéiste (Nombres, iv, 20), symbole 
populaire de l'inaccessibilité de Yahwé à l'œil humain (Exode, 
xxxin, 20). En un mot, la mort d'.Ouzza est une légende qui entend 
renforcer un principe religieux postérieur à la formation des écoles 
prophétiques en Israël et n'a rien à faire avec le tabou polynésien^ 

La thèse que j'examine atteint certainement le comble en rame- 
nant au (adou la totalité des prescriptions du Décalogue, bien 
entendu, au moyen de corrections arbitraires qui pourront, je le 
crains, bien étonner le lecteur sérieux de la Bible. 

La forme positive du commandement : « Honore tes parents afin 
que tu vives longtemps sur la terre que Yahwé ton Dieu te don- 
nera )», dérange un peu le système pantabouiste ; eh bien! on lui 
enlève d'abord le dernier membre de phrase et on le change 
ensuite en proposition négative : c N'insulte pas tes parents de 
peur de mourir (aussitôt) », donc (abou. Les motifs critiques quon 
invoque pour légitimer ce bouleversement portent tous à faux : la 
longévité dans le désert n'étant pas enviable, l'auteur préfère 
parler de la possession prochaine de la terre promise. D'autre part, 
la longévité est une récompense adéquate des enfants respectueux, 
parce qu'ils seront ansi mis en état de devenir parents à leur tour. 
Par contre, l'addition « et afin que tu sois honoré à ton tour» serait 
déplacée dans un cadre de commandements divins. 

L'auteur est plus à sou aise dans les prohibitions : « Défense de 
fabriquer des images, défense :de prononcer (!) le nom de Dieu, 
défense de travailler le jour tabou, c'est-à-dire le Sabbat, défense 
de tuer [le ctansman, évidemment], etc., qui sont des tabous. » Ce 
mignon « etc. » étant gros de conséquences, il ne sera pas inutile 
de faire remarquer que les tabous y compris sont : défense de 
commettre l'adultère^, défense de voler, défense de faire un faux 
témoignage, défense de convoiter les biens d'autrui (il s'agit évi- 
demment de la femme, des intérêts et des biens du clansman). 
Toute abstention est donc tabou, et moi qui me suis fait l'habitude 

1 . La mort subite des fils d'Aaron en entrant au sanctuaire avec du 
feu profane est racontée par les mots : c Et un feu sortit « de devant 
Yahwé ■ et les consuma » (Lévitique^ x, 2). Si l'auteur voulait réfuter l'in- 
terprétation des tabouisteSt il ne se serait pas mieux exprimé. 

2. Cette défense est gentiment tournée en : « Ne déflore pas la vierge 
du clan 1 ». 



REVUE SÉMITIQUE 



D'EPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



RECHERCHES BIBLIQUES 



Les chants nuptiaux des Cantiques. 

Le petit livre biblique, communément appelé « Cantique 
des Cantiques > et attribué par la tradition au roi Salomon, 
forme en réalité un recueil de chants populaires déclamés pen- 
dant la première semaine des noces en l'honneur des nouveaux 
mariés. Ces courtes poésies erotiques, dépourvues de toute liai- 
son et souvent très fragmentaires, nous sont parvenues dans un 
état critique par endroits peu satisfaisant. Les travaux modernes 
sur ce recueil en Allemagne et en Angleterre ont beaucoup 
fait pour en dissiper les obscurités. Il n'est que juste que la 
France participe elle aussi à cette œuvre de régénération des 
études bibliques. Par leurs sentiments exquis de la nature, leur 
naïveté admirable et la profondeur des affections qu'ils ex- 
priment, ces chants nuptiaux occupent une place éminente 
parmi les poèmes analogues des autres peuples. Le vif inté- 
rêt qui se rattache de nos jours aux produits du folklore ne 
manquera certainement pas à cette manifestation mondaine de 
rftme hébraïque que la routine séculaire a voilée à leurs yeux. 
Nous ne saurons jamais ni les noms ni le nombre des gais 
trouvères qui ont contribué audit recueil biblique ; il nous 
suffit de savoir que chez eux le nouveau marié, majestueuse- 
ment coiffé d'une couronne pendant la cérémonie, est un roi 
et que la fiancée, enguirlandée de fleurs champêtres, est une 
ravissante bergère à la fois tendre et coquette qui sait tem- 



w^z 



98 REVUE SÉMITIQUE 

pérer Tardeur passionnée de son berger par des refus pleins 
de promesses qui la rendent encore plus chère. Ce sont de 
petits drames intimes d'un lyrisme achevé, souvent compliqués 
de ringérence de personnages étrangers qui y prennent 
intérêt ou s'en montrent jaloux et auxquels se joignent parfois 
des frères soupçonneux à Tégard de leur sœur qui leur parait 
trop émancipée. Le désordredans lequel ces précieux restes de 
la vie populaire d'Israël sont encadrés dans le recueil biblique 
donne la sensation délicieuse de bouquets multicolores semé s 
par la nature au milieu des espaces ensoleillés. La traduction 
de l'ensemble sera suivie de quelques considérations géné- 
rales sur l'âge du recueil et sur la cause principale qui l'a 
mis au rang des écrits hagiographiques. 

I 

Une troupe de chanteuses se présente devant le nouveau 
marié, elles demandent d'être bien accueillies et introduites 
dans ses appartements afin d'y célébrer son mariage par des 
chants en buvant à sa santé. 

1. Le Cantique des cantiques de Salomon. 






2. Accueille-nous par de bons baisers. 
Car ton amour vaut plus que le vin. 






3. Tes huiles sentent bon, 

Ta renommée est pareille à l'huile du parfumeur ; 
C'est pourquoi les jeunes ûlles t'aiment. 






4. Entraîne-nous, nous te suivrons rapidement; 
Conduis-nous, û roi, dans tes appartements ; 
Tu seras l'objet de notre joie débordante ; 
Nous saluerons ton affection par le vin, 
Ton amour par des chants. 

1. Suscription. Attribution du recueil au roi Salomon 
queThistoire ancienne avait classé comme le poète le plusdis- 
tingué de soi\ époque. Cette attribution ne tient pas devant la 
forme matérielle des poèmes qui contiennent des mots perses. 



RECHERCHES BTBLtQUBS 9Ô 

D'autre part on peut admettre avec certitude que le scribe qui 
a mis le titre avait entreses mains la compilation entière et ne 
se rendait pas compte de sa composition de pièces différentes. 

2. Notre texte présente une incohérence choquante relative- 
ment aux pronoms personnels : >aDtih s'accorde bien avec xVQy 

mais non avec n^ii dont le suffixe indique la V personne. La cor- 
rection 1392^, c embrasse^moi d (Budde) , n'écarte cette diffi- 
culte qu'en corrigeant en mé.'ne temps *f«|^Q en «pg^procédé 

auquel on ne doit recourir que dans des cas extrêmes. Le pis 
est qu'en faisant de la jeune épouse l'objet du verbe, on est 
obligé de hisser à part le verset 4 où les quatre verbes 

mmj' nVj3» nntSVi ^^ pTI^DTJ ^^"^ ^^^ ^ '» première per- 
sonne du pluriel. En réalité la correction très légère de ^V)^ 

en ^^pQT» rend à la phrase toute la clarté désirable. Les in ter- 

••T • 

locutrices sont de jeunes chanteuses ambulantes qui font métier 
d'égayer les fêtes nuptiales par des chants lyriques dans les- 
quels elles exaltent les qualités physiques et sentimentales du 
nouveau couple. Elles abordent le jeune marié en lui exprimant 
le vœu d'être reçues par des baisers cordiaux aHn qu'elles 
puissent célébrer son mariage avec une gaieté sans ombre. La 
demande d'être embrassées est naturellement une insinuation 
flatteuse pour le jeune homme, c'est lui dire que toutes les 
jeunes filles le portent dans leur cœur. L'emploi de la troisième 
personne au début de l'allocution convient au caractère censé 
royal de Tauditeur (4); dans la suite elles font usage du pro- 
nom de la 3* personne ; cf. Genèse, xviii, 27-28 ; II Samuel, 
XIV, 17. 
La traduction dans les Septante du mot rr^y^ par oc fmaroi 

ffow=Vulg. uberatua repose sur la lecture rri^-îj acceptée par 

Aquila en accord avec l'opinion de Rabbi'^Âqiba, fondée à son 
tour sur Tabsence du ^ entre les deux t. G^tte prétention est 
rejetée avec raison par les autres docteurs, suivis par Luther. 

3. Le sens de Q^am TiDl^ ÎV^ * ^^^ méconnu par tous 
les anciens traducteurs et même par la majorité des modernes 



* " - - ^- * *'- 



100 REVUE SÉHITIQDE 

qui croient que n^^ est en état construit avec iri^'Off- En 
rattachant cette phrase au verset précédent les Septante ofTrent : 

K«l ôiTfiii pûpcdv trou ûiTÈc TixvTx ri àpûfucra, Comme s'il y 

avait taiDtCD "jj by n^JDIf rPli» d'après iv, \0 b; de même 
la Vulgate, qui omet la copule, consîrve Qi^i^ ; fragranlia 
tmgttentit optimù. Luther prend rpl'j pour n^ir6i renverse 
Tordre des hémistiches et aboutit h une platitude : Er kûue 
mich mit dem Kuss seines Mutides (denn deine LiêSe ist 
iiebiieher denn Wein) dais mann deine gute SaUfe rieche, 
« qu'il me donne un b&iserdesabouche afin qu'on sente ton bon 
onguent, car ton amour est plus agréable que le vin ». 
Il y a simplement une interversion poétique au lieu de 

rpnV-pîM^ u*y)iû ou nnb a^aiia ysoe; = nn »2ifâ y^offy 

a tes huiles répandent l'odeur la plus agréable u. pT^ri ^^^^ '^ 
tourment des interprètes. Le sens de a vidé n ou ■ répandu • 
(Sept. JxnvûSiv = effuaum) , inspiré par un rapprochement avec 
Jérémie, xLVUf, 1 1 , semble peu satisfaisant, car le parfum 
répandu s'évapore rapidement. Il vaut mieux lire p-)!)^, forme 

/u'oidepio. «épurer, raffiner »,d'où le nom oïpmjn, « pré- 
paratifs de toilette, onguents aromatiques ». 

Par ni&Sy* '^ chanteuses visent en premier lieu la jeune 
mariée, ensuite, par une politesse de poète, les autres jeunes 
llltes qui seraient toutes heureuses de gagner son affection. 

4. Même discordance entre les sufGxes des verbes i^tC^S 
et f^j^^i^ et les préfixes verbaux déjà mentionnés; l'harmo- 
nie se rétabUt en lisant U52/0 et U((^5n *" 'i^" de ^ijitfD 
et i^M^sn- L'arbitraire est porté àson comblepar les Septante : 
eîîb(vffav7((var. fu). Oict'au trou ci; iufiiiVfiûpavaov dpa(ioû(uv, a il t'a 
(var. « m'a >) entraîné. Derrière toi nous courrons, dans 
l'odeur de tes onguents s (comme au verset 2) ; Vuig. Trahe me I 
(d'après l'hébreu). Post te curremus m odorem unguentorum 
tuorum. La lecture indispensable ukOH ^ pour complément 
naturel la correction de i>-nn en ainn* D'un autre côté, le 
parallélisme de la construction, ainsi que le sens de la 
phrase exigent impérieusement de corriger l'inintelligible 



RECHERCHES BIBLIQUES 101 

11!inH D^TB^D ®^ T^nX D'^Wp* ^^ vin, m, et les chants 
sont les associés inséparables de la gaieté (Isale, V, 1 S ; xiy, 
9). Qi^nX ^^ ^^^ forme abstraite aussi régulière que q^«ii 
et D*a par lui-même aucun sous-entendu péjoratif. J'ignore 
absolument si cette correction à déjà été proposée par quel- 
que exégëte moderne. 



Il 



Une bergère rencontre des filles de Jérusalem qui la 
regardent sournoisement à cause de son vilain teint noir. La 
bergère déclare que ce phénomène est un accident passager 
causé par la sévérité de ses frères utérins qui Tout envoyée 
garderies vignes pendant les jours d'un soleil ardent. Ladété- 
rioration momentanée de son teint vient de là : au fond elle est 
belle et blanche. 

5. Je suis noire mais belle, ô filles de Jérusalem ! 
(Je* suis noire) comme les tentes de Kédar, 

(Je suis cependant aussi) blanche que les courtines de Salomon ! 

6. Ne croyez même pas que j'aie le teint brun ; 
C'est le soleil qui m*a brunie. 

Les fils de ma mère sont fâchés contre moi ; 
Ils m'ont faite gardienne de leurs vignes ; 
Moi qui n'ai jamais gardé la mienne! 

Le texte est bien conservé et ne nécessite aucune correction. 
Quelques explications suffiront. 

1. L'adjectif niKJ) < belle^ jolie >, comprend aussi la 
beauté de la peau, la blancheur ; cela résulte d*abord de Tan- 
tithèse avec n i VW f ^ ^^^^^ *« ensuite de la comparaison avec 
les courtines royales, ni^n^» visiblement des rideaux de lit. 

Les Qédar ou Gédréniens habitaient sous des tentes tissées 
de laine noire ; le verbe y^p signifie c devenir noir i. 

^' mmniîf» féminin de -jpinniy? diminutif de -nnBf- ^ 
bergère ne veut môme pas qu'on la prenne pour une brune. 



REGHEBGKBB BIBLIQUES 103 



m « 



10. Tes joues resplendissent de l'éclat des colliers, 
Ton cou resplendit de rangées de perles. 






il. Je te ferai faire (d'autres) colliers d'or, 
Avec des paillettes d'argent. 

La comparaison est claire : lui, nouveau marié, étant le roi 
du jour, représente dans son imagination Pharaon, le plus 
riche monarque du monde. Il a la passion de parer sa jeune 
femme comme Pharaon aime à parer la magnifique jument qui 
le porte aux jours de triomphe. La similitude avec la jument 
royale implique, au moins dans la pensée des poètes anciens, 
la conception de grftce et de beauté que nous mettons encore 
dans la comparaison avec la biche et la gazelle. La promesse 
de nouveaux bijoux princiers est exprimée par le pluriel majes- 
tueux niE^y> L*illusion est complète et la jeune femme se sent 
heureuse de savoir qu'elle est Tobjet de tant de soins délicats 
de la part de son époux . 



Monologue d'une nouvelle mariée. Son époux est attablé 
avec des amis qui cherchent à le divertir. Elle sait cependant 
qu'il pense à elle et elle lui en exprime sa reconnaissance par 
des comparaisons pleines de tendresse. 

42. Jusqu'au lieu où le roi est entouré de son cortège, 
Mon nard répand son parfum. 

13. Mon ami est pour moi le bouquet de myrrhe 
Qui séjourne entre mes seins. 

* « 

14. Mon ami est pour moi la grappe de cypre 
(Cueillie) dans les vignes d'Ên-Geddi. 

Pendant que l'époux reçoit et régale des amis, la jeune 
femme fait sa toilette et met sur sa poitrine un bouquet de 
myrrhe et une grappe de fleurs de cypre dont les plus belles 




in: 



RECHERCHES BIBUQUB8 105 

L'époxix. 

3. Comme la rose entre les épines, 

Telle est ma bien-aimée entre les (autres) jeunes filles. 

L'épouse, 

3. Comme le pommier entre les arbres delà forêt, 
Telestmonbien-aimé entre les (autres) jeunes gens ; 
Je m'arrête avec délices à son ombre 

Et (le goût de) son fruit est doux à mon palais. 

1 . Le lis et la rose figurent la couleur blanche et rose de la 

peau. Par rQWWf ^ ^^^ ^^ ^^ ^^^^ comprendre une sorte de 
coquelicot ; la rose moderne' ne semble pas avoir été connue 
en Palestine. 

2-3. Ces comparaisons expriment à la fois le côté heureux 
du choix mutuel et l'assurance de ne plus penser à d* autres 
affections. 

VIII 

Une jeune femme parle en rêvant. Elle se croit négligée 
par son époux et demande qu'on la mène dans la salle du 
banquet pour s'y réconforter par des gftteaux et des fruits afin 
de diminuer les souffrances causées par l'amour. Un instant 
après, elle redevient heureuse, car elle voit son époux lui pro- 
diguer des caresses. L'époux adjure les chanteuses de la 
laisser dormir jusqu'à ce qu'elle les invite à venir. 

L'épouse en rêvant. 

4. Conduisez-moi dans la salle du banquet. 

Et déployez au-dessus de moi la bannière de Tamour ! 

5. Restaurez-moi par des gâteaux ! 
Réconfortez-moi par des fruits ! 
Car je suis malade d'amour. 

* 

6. (Ah !) je sens sa main gauche sous ma tête, 
Et sa main droite qui m'enlace [ 

L'époux. 

7. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem ! 

Par les biches et par les gazelles des champs, 
De ne point éveiller ni déranger la bien-aimée 
Jusqu'à ce qu'elle veuille (vous recevoir) ! 



106 RBVUE SiHITlQUE 

*■ p^nnoestpourpïn nnŒttn''3-abrégéennnB'D rra- 

Le paâsé i^mod ^ détruit la limpidité du premier hémistiche. 
Le sens exige impérieusement la ponctuation ijx^3n< forme 
parallèle à celle des verbes du verset suivant.- Cette raison 
oblige aussi àlire^^jpn(cf- Psaumes, xx, 6) au lieu devi^jjfiv 
Après ce verbe il est soufr-entendu le substantif ^j^. 

*• rfhn2 IX' faute acoustique de nV'T^xsi- — nannn 

doit être corrigé en nariNH- — Après yenny o" supplée 
facilement pp|(( ^2p^ ou quelque chose d'analogue. Il ne 
s'agit pas dt: l'éveil, qui est une action involontaire. 

IX 

Rendez-vous lyrique au printemps, raconté par la jeune fille. 
Le jeune homme accourt par monts et vallées, se met aux 
aguets devant les fenêtres de son amie et l'invite à faire une 
promenade à la campagne pour jouir des beautés de la nature 
Bt surtout pour pouvoir la contempler & son aise et l'entendre 
chanter dans un lieu retiré. Elleconsentet.arrivés à l'anfractuo- 
ïité d'un rocher, elle lui chante un couplet d'une chanson de 
vignerons. Puis, le jour baissant,ellerengage&retournerà son 
pâturage. Voyage et entretien sont du pur domaine de 
l'imaginiUion. 

La jeune fille. 

8. Écoute, mon ami vient d'arriver, 
En sautant sur les montagnes, 
Ed gambadant sur les collines. , 



9. Mon ami est psreil au cerf et au jeune chevreau i 
Le voilà qui se tient derrière nos murs, 
Dirigeant ses regards vers (mes) Tenëtres, 
Explorant les grillages. 



>0. Mon ami, s'adreasaot à moi, me dit : 
Léve-toi, ma belle amie et pars. 



HEGHERCHB8 BIBLIQUES 107 






ii . Car l'hiver est passé, 

La pluie a complètement disparu 

12. Les fleurs ont apparu dans la campagne, 
Le temps du gazouillement est venu 

Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos côdres. 

13. Les bourgeons du figuier s'épanouissent, 
Les vignes vertes exhalent une suave odeur. 
Lève-toi, ma belle amie et pars ! 

(Arrivés à une pente de la montagne.) 
Le jeune homme, . 

14. O ma colombe ! Dans ce creux de rocher, 
Dans cette cachette de la montée, 
Laisse-moi contempler ton visage 
Laisse-moi entendre ta voix; 

Car ta voix est douce 
Et ton visage est beau. 

La jeune fille chante. 

15. Attrapez-nous les renards! 

Les petits renards dévastent les vignes, 
Nos vignes verdoyantes. 

(A part,) 

16. Mon ami est à moi 
Et je suis à lui, 

Lui qui paît entre les roses. 

Le jour baissant, 

17 . Avant que la bise souffle, 

Et que les ombres s'étendent, 

Va- t'en, mon ami, pareil 

Au cerf et au jeune chevreau 

(Qui gambadent) sur les monts escarpés. 

9. isyb IX pour -)B];^i comme au verset 7. — U^HD» 
€ notre >, le mur de la maison où la jeune fille habite avec ses 
parents. — Dans nttbnn ÎD ^^ D'»D"inn ïû ^* préposition a le 
sens de c vers, dans la direction de » (Genèse, xiii, 1 1 ; Can- 
tique, IV, 8). — 12. Lire ijvixa *^ lieu de ijvixa. 

1 5. Le choix du couplet n'est pas fait par la jeune fille sans 
une pointe malicieuse qui contient en même temps un appel à la 
sagesse. Les petits renards, si célèbres par leurs ruses, sont 

i- via» * fuient » n'offre pas de sens conforme au phénomène naturel; 
lire TÇJI» « s'étendent », 



REVUE SÉMITIQUE 

ux pour la vigne verdoyante et il faut les en éloigner 
ut la conserver dans toute sa magnificence. Le jeune 
comprend que ses petites ruses d'amoureux échoueront 
a tentative d'obtenir une trop grande intimité. Il reste 
je et charmé de contempler les beautés physiques et 
de son aimable compagne jusqu'à la tombée du jour. 



d'un voyage nocturne à la recherche de son époux, 
par la jeune mariée. Dans son afTolement elle interroge 
IX gardes municipaux s'ils ont vu son ami sans même 
I son nom. Elle finit pourtant par le retrouver et par le 
chez ses parents. En se rendormant elle entend encore 
i priant les chanteuses de ne point déranger son 



,1. Sur mon lit, dans la nuit, 
tierché celui que mon Ame aime, 
i cherché, je ne l'ai pas trouvé. 

suis donc décidée & roe lever, 
-courir la ville, 
laces et les rues, 
chercher celui qu'aime mon Ame ; 
i cherché, je ne l'ai pas trouvé. 

té rencontrée par les gardiens 

arcourentia ville (de nuit) : 

iens,) avez-vousvu celui que mon àme aime? 

ne les ai-je quittés 

'ai rencontré celui que mon àme aime, 

i saisi, Je ne l'ai pas lâché, 

l'à eu que je l'aie amené dans la maison do ma mère. 

la demeure de celle qui m'a mise au monde. 

Le jeune marie. 
us adjure, 6 filles de Jérusalem ! 
i point éveiller ni déranger 
en-aimée. jusqu'à ce qu'elle veuille (vous recevoir). 



RECHERCHES BIBUQUES 109 

^ • nib'^Vs» pluriel pour le singulier nVbs î cf- Psaumes, 
cxxxiv, 1 ; cxxxvu, 1). 

3. Une mention des gardiens de nuit se trouve encore v. 7 ; 
cf. Psaumes, cxxvii, 1 ). 

4. La construction Uf ij^ — Jif fâyo3 est particulière à ce 
chant ; dans Tancien style on aurait >nNVDT — ^mSJ^ ISj; fN 
(cf. Gen., xxvii. 30). 

5. L'époux est ramené dans la maison de la belle-mère : 
pendant la semaine des noces la jeune mariée est soignée par 
sa mère. 

Le verset 6 forme groupe avec vi, 1 et viii, 6 ; voyez 
plus loin. 

XI 

Chant de noces. Le roi Salomon se marie. Sa chambre 
nuptiale est gardée par soixante guerriers armés prêts à 
repousser et à châtier tout indiscret. Pour recevoirJe lendemain 
les félicitations de son peuple, le monarque richissime s'est 
fait construire une fastueuse estrade pourvue de colonnes d'ar- 
gent et parquetée de dalles dorées. Le poète engage les jeunes 
filles de Sion à assister à cette solennité. 

7. Voici, le lit de Salomon 

Est entouré de soixante guerriers 
D'entre les guerriers d'Israël. 

8. Tous sont munis d'épées, 

Sont expérimentés dans l'art de la guerre ; 

Chacun a Tépée au côté, 

Afin d*écarter toute surprise pendant la nuit. 

« « 

9. Le roi Salomon s'est fait construire une estrade 
Avec le bois du Liban. 

10. Il a fait des colonnes d'argent 
(Et) un plancher d*or ; 
Les sièges sont couverts de pourpre ; 
L'intérieur est rangé avec amour 
Par les filles de Jérusalem. 



1 1 REVUE SÉMITIQUE 



• 
* « 



11. Sortez voir, 6 filles de Sion ! 
Le roi Salomon, 

Avec la couronne que sa mère lui a mise, 
Le jour de son mariage, 
Le jour de sa suprême joie. 

8. *^nD ^^ signifie pas seulement c crainte j», mais aussi 
c accident à craindre, surprise > (Psaumes» uii, 61 ; Job, m, 
25). 
' ^- |Vn&K« ^^^ unique auquel la tradition attribue le sens 

de < lit nuptial » soit en le faisant venir de i^q, c être 
fécond » (Taliniid), soit en l'assimilant au grecf opecov. LMnterpré> 
tation ne soutient pas Texamen, ce qui entraîne naturellement 
les tentatives d'étymologie précitées. Les appuis du lit qui est 
un meuble portatif sont des pieds (nûDn "hsii » ^^ • T^?«^ ^^ 
fcp«i, non des colonnes fixes. Puis le roi ne se montre pas en 
public concbé ou se tenant debout sur un lit ou sur un palan- 
quin. Il faut nécessairement corriger pnSX ^'^nj^^ (I^^^î^K 

XI, &5), une tribune ou estrade élevée ouverte de plusieurs 
cotés; le mot est tiré de TApadana des rois perses. 

Dans la fantaisie du poète le modeste bourgeois qui se marie 
devient le roiSalomon, lesgarçons d'honneur sont les soixante 
gardes de corps de ce potentat, la salle de réception une salle 
royale somptueusement construite et décorée. Ne porte-tril pas 
en ce jour une couronne préparée par sa mère? Il est le plus 
riche et le plus heureux des hommes. 



XII 



Le fiancé fait des compliments à la jeune fille sur sa beauté 
qu'il décrit avec ravissement, puis il consent à partir avant la 
tombée du jour. Ce morceau est visiblement la fin du poème m, 
8-n, où la jeune fille presse son ami de partir avant qu'il fasse 
nuit. La jeune fille avait déjà mis son voile et est toute prête à 
s'en aller. En partant le jeune homme lui fait un nouveau 
compliment et promet de la conduire un jour dans la région 



HBGRVRGHBS BIBLIQUES 111 

du Liban où elle jouira à son aise des sublimes et sauvages 
beautés de la nature. 

Ghap. IV, 1 a. Tu es beUci ma bien-aimée, 
Tu es beUe, tes yeux, yeux de colombe 
(Brillent) à travers ton voile 

« ♦ 
i b. Tes oheveux sont (fins) comme la laine de ces chèvres 
Qui descendent du mont Galaad. 

2. Tes dents sont pareilles à celles de ces chèvres superbes 
Qui remontent du lavage, 

Chèvres qui toutes portent des jumeaux 

Et ne perdent pas un seul petit. * 

* 

3. Tes lèvres ressemblent à des iils d'écarlate ; 
Tes paroles sont ravissantes ; 

Tes joues font resplendir leur coloris de grenade 
 travers ton voile. 






4. Ton cou est (élancé) comme la tour de David 

Qui est construite pour la destruction (de Tennemi) , 
Mille boucliers y sont suspendus, 
Toutes les armes des guerriers. 

5. Tes seins sont pareils à deux faons. 
Jumeaux de la biche, 

Qui paissent au milieu de roses. 

« 

6. Avant que la brise souffle 

Et que les ombres s'étendent, 

Je m'en irai vers le mont de la myrrhe. 

Vers la colline de Tencens. 

Le jeune homme en partani» 

7. Tu es toute belle, ma bien-aimée, 
Tu n*as aucun défaut. 

* « 
Avec moi, vers le Liban, ô (ma) fiancée ! 
Avec moi, vers le Liban tu viendras ; 
Tu auras une vue sur le pic de TAmana, 
Sur les pics du Senir et de l'Hermon, 
Sur les tanières des lions. 
Sur les retraites des tigres. 



112 RBVUE SÉMITIQUE 

On a souvent trouvé que ces comparaisons étaient d'une 
choquante incohérence ; c*est du pur dogmatisme. En réalité 
le poète se contente de donner un simple coup de palette et ne 
vise nullement à une assimilation tant F.oit peu réaliste. Il se 
borne à relever un seul attribut gracieux : la fine et longue laine 
des chèvres qui descendent de la montagne embaumée de 
Galaad (Gen.,xxxYii,85) symbolise la cheveluredelajeune fille, 
les petites brebis éclatantes de blancheur après le bain donnent 
rimage de ses petites dents blanches; ses lèvres lui rappellent 
le fil teint d*écarlate, ses joues le coloris de la grenade ; son 
cou la tour élancée de Tarsenal de David ; ses seins enfin sont 
comparés à de gracieux jumeaux de faons. La vie du berger 
fournit la presque totalité des images; en fait d^objets fabriqués 
par la main de l'homme, l'auteur de cette églogue n'est frappé que 
par les rubans d'écarlate qu'il a pu admirer sur la tunique de 
quelque riche propriétaire et surtout par la svelte tour de Sion 
qu'il distingue de loin. Chose remarquable, ce ^le cham- 
pêtre a le talent instinctif de rehausser les avantages de son 
héroïne par des détails qui appartiennent aux objets dont il fait 
la description. Les chèvres descendent du mont embaumé de 
Galaad = chevelure longue et embaumante, les brebis portent 
des jumeaux sans perdre un seul petit = dents bîai rangées 
et dont pas une n'est avariée ; la tour de David est richement 
pourvue d'armes de défense = buste délicat mais décourageant 
Tindiscret; les faons paissent au milieu des roses = incarnat 
de la poitrine. La repétition des mots € à travers ton voile » 
quand il s'agit de l'éclat des yeux et du rose des joues produit 
og&loment un puis^s^nt effet* 

I • HCS • ^^'^i*^ • ^ ^^* •-»^ • fermer, couvrir » — ythXf^ 
racire îtn*» < de^^œndre >; cf. Jla., • s'asseoir >. 

*• n^i^p% < de mf ne t.^V.le >, t;rê de 23{7f « grandeur, 
me^îr?, u...e > — r\2^îCrs!^ * •l'*^ portent des jumeaux •, 

Cevn* — ru^OC* -^ '*^ ^^ ^T^SîT' ^^'^ forajé de ^jf, « avor- 
ter, pç^rdre v: c:;:*,^ ï, 

l. r^V^o * vîcs:r*îca.cnde TeniH^nvi », ar, ,^jl^. 

S» La jc;jV\sw:,vVî ^ e>l pr;se :c; iaos le sens de « vers, 



RECHERCHES BIBUQUC8 113 

dans la direction de », comme ii, 6. — niDN ^st très proba- 
blement TAnti-Liban qui donne naissance au fleuve du même 
nom (II Rois, v, 12). — "ïTinû ^^ P®^* P^^ former parallé- 
lisme avec nWJ^DD î '^^^^ "^nriD» • ^^^ demeures, retraites » . 

XIII 

Chant de noces. En entrant dans la chambre nuptiale, le 
jeune homme adresse un ardent compliment à sa fiancée. La 
jeune fille répond avec une amabilité encourageante. Le lende- 
main matin l'époux fait une fine allusion à son bonheur et au 
succès du banquet de la veille. 

Lo fiancé. 

9. Tu me ravis, ma compagne, ma fiancée! 
Tu me ravis, par la vue d'un de tes yeux, 
Par la seule vue du collier qui entoure ton cou. 

iO. Que ton amour est beau, ma sœur, ma fiancée! 
Combien ton amour dépasse Tagrément du vin ! 
Combien le parfum de tes onguents dépasse tous les arômes ! 

I î . Tes lèvres distillent du sucre fondu, ô fiancée ! 
Ta langue nage dans du miel et du lait 
Et tes vêtements exhalent le parfum du Liban. 

VZ, Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée ! 

Une source fermée, une fontaine (d'eau vive) scellée. 

13. Le sol arrosé par toi devient un verger de grenades, 
De fruits exquis, de kôphers et de nards ; 

(Là poussent) le nard, le safran, la cannelle, le cinnamono, 
Avec tous les arbustes de l'encens, 

14. La myrrhe et l'aloès, 
Avec les plus fines épices. 

* m 

15. (Tu es) une source qui arrose les jardins, 
Un ruisseau d*eau vive qui coule du Liban. 

La, fiancée. 

16. Eveille- toi, vent du nord ! 
Arrive, vent du sud ! 
Souffle sur mon jardin, 

Pour que ses parfums se répandent I 

tLWtn itMITlQVt 8 



REVUE SÉMITIQUE 

mon ami vieiiitc dans ^on jardin, 
maiigcr là son aisel de ses iiieilieiir.ï fniiLs! 

l.'i-IHiii\ 3" Irnihniain. 
iv dans mon jardin, ma sa'ur, mn fiancie ' 
ucilli mil myrrhe, mon épice, 
v.iwji U- ravfiii a\oc mou niii-l. 
.limon vin," mon lail; 
aniarades cmt ibicni ninii^i- {.m banqnen. 

[•5, € enlever le cœur (^S), ravir, charmer >. 
I -, « onde, cours d'eau vive d ; cf. «i^j. Le jardin et 
(' = Iebeau corps de la fiancée) sont fernaés et 
;'csl-A-dire inacceî:^ib!es aux autres. 
V. I . ly-t — rni'*» ■ rayon' du miel » (I Samuel, xiv, 
a forme de l'impératif ip^fcl 1^32; ititroduiL absur- 
des témoins indiscrets dans l'oot relien tout intime de 
ire nuptiale. Il faut lire au pa^sé^nt/^'ilDE?; '1 s'agit 
. invités au banquet du soir et ([ui ont contiimé àman- 
boire après la retraite du jeune couple. 

\IV 

lit drame rêvé par une jeune épouse. En dormant 
voir son ami frappera la porte. It la prie de lui ouvrir 
se mettre à l'abri de la bruine nocturne. Elle hésite 
a nécessité de se lever et surtout de s'Iiabiller. Devant 
nces de l'ami elle (înil p,ir céd^T. mais en ouvrant la 
e s'aperioit qu'il n'est plus là. Elle le cherche dans 
l'appelle, mais en \ain. ^cris et sesallures suspectes 
'lît occasion aux gardiens de nuit de la niultraiteretdelui 
'on voile. Le K'iidemain matin. ne voyant toujours pas le 
marié, elle adjure les filles de Jérusalem qui sont 
i voir d? dire à son ami on cas qu'elles le rencontrent, 
^t malade depuis son absence. Sur la de mande des jeunes 
■ l'.iil de son ami une description tellement enthousiaste 
veillent l'acconipngner dans s«vs recherches. Mais, prise 
»ul do jalousie. ol!e refuse ce concours en préteitant que. 
Clin doute, son ami s'est rendu dans son jardin pour 



RKCHERCHES BIBLIQUES 115 

mener paître ses brebis; elle ne veut pas d'intermédiaire entre 
elle et son ami. 

2. Je dormais, mais mou cœur veillait; 
Voici mon ami qui frappe à la porte : 
Ouvre-moi, ma s (pur, 
Ma bieu-aimée, ma colombe, ma parfaite, 
Ma tête est mouillée de rosée. 
Mes boucles sont pleines de la bruine nocturne. 






3. (Je dis :) J'ai ôté ma robe, comment la remettrais-jc? 
Je me suis lavé les pieds, comment les salirais-je? 



« 



4. Mon ami tendit la main vers le treillis 

Et mes intestins furent remués de compassion 



» * 



5. Je me suis levée pour ouvrir à mou ami, 
Mes mains distillaient la myrrhe, 

Mes doigts laissaient d^s gouttes de myrrlie ambrée 
Sur le bouton du verrou. 

6. J ai ouvert à mon ami, 

Mais mon ami était parti à mon insu. 

J'ai senti l'âme me quitter par suite de son départ. 

Je l'aï cherché, je ne Tai pas trouvé ; 

Je l'ai appelé, il ne m'a pas répondu. 

7. J'ai été rencontrée par les gardiens 
Qui font des tournées dans la ville; 
lis m'ont frappée, ils m'ont blessée, 
Ils m'ont enlevé le voile que je portais, 
Ces gardiens des murs. 

Le lendemain . 

La jeune femme. 

8. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem î 

Si vous rencontrez mon ami, que lui direz-vous? 
(Dites-lui) que je suis malade d'amour. 

Les filles de Jérusalem, 

9. Par quoi ton ami se distingue-t-il d'autres amis? 
O la plus belle des femmes I 

Par quoi ton ami se distingue-t-il d'autres amis, 
Pour que tu nous adjures ainsi ? 

La jeune femme. 

lu. Mon ami est blanc et vermeil, 

On le distingue par sa taille entre dix mille. 



Le Siimérisme et l'Histoire babylonienne. 

{Suite.) 



b) Exemples de ta. 

\. an-gim-nun-ta ud-du-a (II. n<» 3, col. II, 12), « dans la famille- 
suprême brillant ». 

2. ma-al kur-ta (III, n» 1, 10-17), de (ex) Maal-montagne ». 

3. crin lah-lah kur-ta mu-na-ta-dul-du (IV, n» 1, col. II, 2-3), «des 
cèdres brillants de (ex) la montagne il fit venir ». 

4. an-ta he-suè {V, n® 1, 29), « en haut (= hautement) qu'il exter- 
mine ». 

5. nam-pa+si+te sir-la-ki-pur-ta {ibid.y iv 2, col. VI, 2-3), « dans 
le gouvernement de Lagas » . 

6. id-8uhur?-ta (ibid., 19) « dans Id-suhur? ». 

7. an-ta-9ur-ra an-nin-gir-su-ka-ta (i6id., col. VI-VII, 23-1), « dans 
TElis-maçir de Nin-Girsu »: 

8. ka-gi-na-ni-ta (VI, n« 1, col. I, 4), « dans (= selon) sa parole 
véridique ». 

9. ka an-ka-di-na-ta(tbû^, 10), «selon Tordre de son dieu Ka-di ». 

10. ka si-di-ni-ta (ibid., 24), a selon son ordre équitable ». 

11. ka-an-en-lil-tal£6*d., 28), « selon l'ordre de Ën-lil ». 

12. e-bi id-nun-ta {ibid., col. II, 1), « et le canal du (a6) grand 
fleuve (jusqu'à x) ». 

13. gu id-lum-ma-9ir-ta-ka {ibid., col. III, 20), « sur la rive de 
Id-Ium-ma-$ir ». 

14. gir-su-ki-ta(i5id., 30), « de Girsu (àx) ». 

15. an-ta-sur-ra-ta {ibid., col. IV, 30), « dans l'Ëlis-maçir ». 

16. ka-si-dî an-en-lil-ta ibid., col. V, 6), « par l'ordre équitable 
de En-lil ». 

17. ka-si-di an-nin-gir-su-ka-ta {ibid., col. V, 7), « par l'ordre 
équitable de Nin-Girsu ». 

18. ka-si-di an-ninâ-ta {ibid.y 8), « par Tordre équitable de Nina ». 

19. e-bi id idigna-ta {ibid.y 9), ce canal, du Tigre ( à TEuphra- 
te, etc. M 

20. uru-ha-a-ki-ta (VII, 8), « de {ex) la ville d'Arua ». 

21. utu-ud-du-ta (VIII, n? 1, col. I, 46), « du lever du soleil t. 

22. a-ab-ba sig-ga-ta {ibid., col. II, 4-5), « de la mer inférieure ». 

23. kur m&-gan-ki-ta (X, st. A, col. III, 14), «de la montagne de 
Magan ». 

24. lûë-an-na-ta(ibid., col. IV( 6), «celui qui de Bit-samê (le fera 
sortir) », 

25. ô-9il-gid-gid-ta {ibid.y st. H, col. III, 3), « de (ex) Bit Rôbôti 
arkâti >. 



REVUE SÉHITIQUE 

• confirment le fait déjà signalé par moi dès le 
slpo^ition ta rend la préposiUoit réelle ina dans 
is de < dans, en, selon, par (le sémitique 3) > 
ex) » marquant un point de départ ou d'origine 
q). Dans le dernier cas ina équivant à istu, ultu. 
;cla particule sémitique éclate à tous les yeux. 
onème ta est assez obscur; on pense néanmoins 
{, < venir, entrer », qui a pu donner à la fois les 
:s tu et ta ; cf. ru et ra, ku et ka. 

c) Exemples de da. 

f, n" I, 471, " contre la parole u. 

-su+da+ka (i'iiV/., n"2, col. IV, i2i, «par Nin-Girsu». 

a-ge ki an-iui-ag-ga-da |i(-(i/-. col. V- VI,2C-i|,« par 

m-da(('ii((., Gi. par Bit-SamO-ukin. 

da iVI. Il" 1. col. I, 2J|, -avec ( = contre| Gis-uh ». 

li pa-te-si gi'4-uh-ki-ila tihiil., 3!l-4ll, <. avep Bel-id- 

rneur deGis-uh ». 

•bi (,'din-da \ibifl., col. 111,23-21). " leurs cadavres 

1 a abaiidonni^) *. 

ih-ga zfl-da(ttiid.,n«3, l.')|, » vase d'argent brillant ■. 

Vllt, col. I, 2G), B fila ensfcndrc ». 

|X. st. B, col. II, 5|, 1 aveu une forte intelligence ■>. 

i-da iihkl., col, VU, 23), o en restaurant «. 

.-ay-da(.7,((i., col. VIII, i|, « en faisant briller .. 

na-da {ibid., 3|, « sa base en consolidant ■>, 

1-la-da liliùl., H|, « de sa main en prenant ». 

-a-da [('■(Vf., lOj. n sfs Jours en prolongeant ». 

clairement de ces exemples que da représente 
>osition réelle ina, mais dans le sens d'un rapport 
jn de rencontre, d'entremise, de durée tempo- 
verses nuances de ce^ conceptions, ina peut être 
itU. L'idée de pénétration dans un intérieur lui 
lit défaut ; il marque encore moins le point de 
onceplions sont le propre de la. La participation 
équivaut souvent à la possession de cette qualité 
le représentant courant est gàl. 
is général, le phonème da rappelle l'idéogramme 



LE SUMÉRISME ET L^HISTOniE BABYLONIENNE 1 1 9 

fahy dahj c approcher » (de Jahû, dahû^ ^nD^ im) "» ^f- ^^ 
de nah. 

LE VERBE AU PASSÉ 

En assyro-babylonien le verbe au passé se distingue du nom 
par la préfixation des indices pronominaux : askun, taèkun, 
iékun. Extérieurement vu, Va de la première parait être une 
simple nuance de Vi qui marque la troisième personne. L'iden- 
tité de ces indices au qal atteint toute sa plénitude dans les 
verbes à racine faible, ainsi idt et êpus signifient à la fois < il a 
connu Dy c il a fait x) et ce j'ai connu i et a j'ai fait >. Cette con- 
fusion est en outre élevée au rang d'une règle immuable dans 
toutes les autres voix verbales, ainsi, les propositions « j'ai 
fait faire > et « il a fait faire » s'expriment l'une et l'autre 
par usakkifif usaskiriy sans distinction de la nature des personnes. 
Quant au t de la S* personne, il sert dans toutes les langues 
sémitiques à indiquer en même temps la S"" personne du fémi- 
nin. Devant ce phénomène que présente l'usage courant de 
leur langue maternelle, l'idée que l'indice de la 3* personne 
suftît à désigner les deux autres personne à dû pénétrer pro- 
fondément dans l'esprit des premiers scribes babyloniens et les 
amener à désigner dans le système idéographique toutes les 
trois personnes du verbe par le seul indice de la troisième. 
Et conome un tel indice est par sa nature même indéterminé, 
ils ont été très logiques à en prendre les modèles dans la série 
des pronoms indéfinis : mannuj c qui lo^mina ou munu^ c quoi », 
ainsi que nous le disions plus haut. Aussi, le préfixe mn à voyelles 
variées, souvent abrégé en m (m, i, a), est devenu l'indice 
caractéristique du verbe idéographique qui exprime une 
action ou un état. L'idée passive seule aexigé un indice différent 
comme on le verra plus loin. 

a) Préfixe mu-na. 

1. a inu-na-sub(I, 1», VllI, col. III, iO), « cela il a offert ». 
*J. mu-na-ru (II, a» 1, 7pa,s.sù/i), « il a construit ». 

3. ma-mu-na-gar (IV, n® 1, cul. III, ii), « ou don il a offert ». 

4. nam-mu-na-kud-du (V, n" 1, 10), un serment ils ont prêté ». 

Ô. ki-bi mu-na-gi \ibid., n' 'l, col. III, G im^a^iui), «il a rrstauré ». 



REVUE SéHITIQUE 

n {ibid., col. V. 17), i> il a creusé «. 

■sa (ibid., 19. X, col. IV, 3. X, St. E, col. IX, 4), < en 

nc(^ «. 

[ibid., col. VII, 5), « il a établi ». 

a (VI, n° 3, n, VII. 11. X, St. A, col. 2. 2.4; St. E. 

I il a fait » , 

ib [ibid.. il), ilapR^senté •>. 

im {ibid., col. IV, 7). o il a établi «. 

u-na-Mum {ibid.. St. II. col. 3. .''i), <• In vie donne! ». 

b) Préfixe abrégé^ mu. 

n"2, 38; III, n"I,7,9. 13.20.31; n«2, col.1,7; col. 
. S, \. 6; n" 3. 7, 10, 12. 14. Ifi, IH, 20, 32; III. n» 2; 

t+ni + ru=ë-ne-ni mu-ru tibtd., n" 3, col. Il, 131. 

I il a construit •>. 

, col. 11, 3; col. m. 2; col. V. 3, X; col. HI. 3, X; col. 

i., col. Vfll, 20). ■ il a taill.-, sculpté ". 

bid., 4), il a creusé, sculplé ». 

?| {ibid., col. V, t>t, » il a fait venir? ". 

/, 11" 2. col. III, 16. 32; col. iV, II, t il a accumulé. 

i-du |t6i<;., 19), I il a été serré ». 

'id., 13. 17), n il a endomma^'é, dévasté >. 

Id., ITij. ■ il a achevé, exterminé *. 

i6i'(., col. V, 7(, » il a éporgé. tué ». 

m liliiil.. Si, " il a anéanti, ruiné i. 

1 [il.i.l. col. II. 4), . il II fait connaîtra ., 

i/a- [U>id.. 21 ;col. III, 11) . lii ville (qui cslj pure ». 

u-ni-tug (VIII, col. II, 161. " à sa main il a accordé ». 

u-sal-la mu-da-nâ {idiV/., 17-IS|, oies pays en tran- 

l rester .. 

amu-da-ci(()i*(i. , 36-371, n d'eau de joie il a abreuvé». 

. L'infixé da des n" 15 et 16 sera expliqué dans 



ï.t« mu-{na) suivi tVun suffixe personnel. 

Tient direct du verbe transitif k la 3* personne est 
1 .iâ ou .iuatu, indice identique au suffixe possessif 
aersonne dont l'idéogramme est ni. Le système 
t de même, mais pour écarter ia confusion avec 



LE SUM^RISHE ET l'hISTOIRE BXLYLONI 

le sufHxe possessif on place nt immédiatement 
du sujet. A lieu de ni ou rencontre une fois la fo 
me=annu (6). 

1. sag-bi erin lah-lah mu-na-ni-gub (IV, n* 1, col. 
t comme toit les cèdres brillants il les a fait placer » 

2. àu-na mu-ni-gi (V. a- 2, col. IV, 5), « à aa main 11 1 

3. mu-ne-na-ni = mu-na-ni-no UhiH., ,-nï. V, 13), 
velé ». 

4. sag-kii mu-ni-pa-kab [ibid.. toi. Vil. 6), t en 
offerte ». 

5. ur-bi nà-a mu-na-ni-ni (VI, co!. V, 13; X, C, • 
en pierres il l'a construite >. 

6. inu-na-gar-e-ne (VIII, col. Il, 25|, • il Ta plané ». 

7. e-mah-ni a mu-na-ni-tur (X, A, col. III, 5), « d) 
très grand ceci il a fait entrer ■. 

8. ë a mu-na-DÎ-lur (ihid., col. IV, 3-'i), o dans I 
il a fait entrer ■. 

9. è-an-na ka mu-na-ni-tur(ififd..r, col. IV. 3-4^, ■ 
d'Anu il l'a fait entrer ». 

10. e-mah-na mu-na-ni-tum libt''.. E. col. IV, 14- 
temple très grand il l'a placé s. 

11. ë-uru-azag-ga-ka mii-na-ni-tur {ibid., H, col. I 
le Bit-Eri-Elli il l'a fait entrer». 

d) Préjixe n (na, ni, ne) isolé ou suivi des 
personnels m, n. 

1. iir-8ag-bani-mi-gab(V,n''l, 34), i indemnes jclea 
2.. ninda-gud ku an-kii [tbirl.. ^9), n un bœuf je lei 
nourriture d. 

3. enim-da gur-ra-da-an = enim-da an-gur-ra-d 
■ contre la parole il fera retourner v. 

4. ud a-ru ka-an-gàl (ibid., 49), "à l'avenir il réclai 

5. ud'da enim-b<i su-ni-bal-e {ibid., 5l)|, le jour q 
à sa parole ». 

6. mu gal-lû uh-ki-ka ni-zig-ga-a [ibid., n* 1'. c 
« dans l'année où le roi d'Ub il a attaqué. 

7. ki-an-na-8g-ga-da(ibi(l., col. VI, I), ■ quU'alme 

8. ki-ba na ne-ru (VI, n" 1, col. 1, 12), « dan^» sa ] 
il a érigé .. 

'J. oa-ru-a-bi ni-pad |tbi(/., 18-19), * cette stèle il a 
10. edin sir-Ia-pur-ki-ku ni-du (l'fitd., 20-21), ■ ver: 
de Lagas il est allé >. 



LE SUMÉaiSME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 123 

5. im-bi ki-lah-lah-ga-a im-mi-dib (X, St. C, col. III, i-2|, « son 
argile d'un lieu pur il a pris » . 

6. us-bi mu-azag bîl im-ta-lal {ibid., St. C, col. III, 6-7), « ses 
fondations il a purifié et il (les) a rerapli(es) de splendeur ». 

7. lu gis-uh-ki-ra e-na-sum (V, n» i, 6), t aux hommes de G.-U. 
je (l'jai préposé ». 

8. gir-bi si-e-na-di (VIII, col. Il, iO-ll(, •< leur marche il a rendu 
prospère ». 

9. sukum an innanna e-na-gid a-dug e-na-de {ibid., col. III, 10-15), 
« la nourriture d*Innanna il a offert; d'eau bonne il a asperj^é ». 

10. in ru-a (X, St. A., Cart. 6), « qui a construit ». 

H. lu Ô-an-na in-ru-a-kam (ibid.. St. C, col. I, 5-6), « celui qui a 
construit le temple d'Anu ». 

12. lu ë-ninnù an-nin-gir-su-ka in-ru-a (ibid.^ col. II, 8-10), t qui 
a construit le Bit N. de N.-G. ». 

13. e-gaz (VI, col. III, 18), « il a tué ». 
44. e-ag {ibid., col. V, 11), « il a fait ». 

15. kar-dar-ra a-e-du (VI, n* 1, col. III, 32-33), « en vainqueur 
il est venu ». 

Ainsi que je l'ai dit plus haut, les préfixes précités viennent 
des pronoms dénoonstratifs ammu et annu respectivement. 
L'abréviation finit par s'arrêter à la voyelle initiale, uniformé- 
ment réduite en e. Ces formes verbales sont caractéristiques 
des phrases secondaires ou incidentes et ne concluent jamais 
une proposition principale comme c'est le cas de mu-na. Quand 
le verbe est suivi d'une voyelle indice du participe, le préfixe 
in comporte toujours le sens relatif de (c celui qui d. 

f) Préfixe b (ba^ bi\ ab, ib). 
Exemples : 

1. gis-ba-tug (II, n« 3, col. II, 7), dont la prière ost exaucée ». 

2. sag-gi ba-pad-da-a (IV, n« 1, col. II, 1), « cœur sincère il fut 
appelé ». 

3. igi-baka.s-sigba-ni-garnol, 33), «devant elles du vinjel'ai mis»- 

4. kud-du ba-us (VI, n» 1, col. II, 24), « le tribut a été fixé ». 

5. 400gal-gur ba-tur {ibid., 26), « 400 grands gurs sont entrés ». 
0. ur-lum-ma ba-da-kar(ilî>/d., col. III, 15-10), « Urlumma vaincu ». 

7. bar-e ba-dug ili-ku {ibid., col. IV, 16-17), « par un ordre donné 
à Ili ». 

8. nigin kù-lah-gu zal-da an-nin-gir-su-ge ab-ta-gu-e {ibid.. 
Il*»* 3, 15-16), «i le vase d'argent brillant qui à N.-G. avait été promis ». 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 125 



g) Suffixe vocaliqtte, — Participe. 
Exemples : 

1. kar-ta-du-a (II, n^ i, col. II, 7), « dans le pays allant ». 

2. é'Sa-dug-an-na-bi ni ga-sa^-a {ibid., col. IV. 3), « maison d'of- 
frande dont le sommet s'élève haut ». 

3. lu é ninnîi ru-a (i5id., 8-9), « de Bit-N. le constructeur ». 

4. an-gim-nun-ta-ud-du-a {ibid., n® 3, col. II, i2), le dieu Glm 
s&ortant dans la domination ». 

5. id ninâ-ki-tum-a {ibid., col. III, 6), « le canal Nina consolide». 

6. lu he-ku gï-gï-a (VI, n» 4, col. IV, 18), « qu'il a rendu prospère 
(m. à m. homme à bien rendant •. 

7. nin-ne-ru dug-dug-gi (ibid.^ 23), « hostilement parlant ». 

8. pa-sum-ma (i6id., col. V, 22), « tenant le sceptre ». 

9. gistug(-pi)-summa (ibid., 24), « doué d'intelligence » (m. à m. 
« intelligence tenant, possédant »}. 

10. âag-pad-da (ibid., 26), « mentionné de cœur ». 

il. lii dug-an-ru-ne tub-ba (ibid,, 30), « qui revêt Tordre des 
dieux ». 

42. an-ta bal-e-da (ibid., col. VI, 10-16), tarrogamment ils tra- 
verseront ». 

13. gal-lù ki-an-na-ag-ga-ni (i6id.,n» II verso, col. 111,9, n«»3, 13), 
« le roi qui l'aime ». 

14. u-a an-innanna (VIII, col. I, 25), « pourvoyeur d'Innanna v. 

15. sag e-hi-a (ibid., 31), « esclave élevé ». 

46. ganam sig-gur-a-gim {ibid., col. II, 44), « comme un agneau 
tondu ». 

17. nin nin-a-gu-de-a (X, st. E, col. I, 9), « dame de quiconque se 
réfugie (vers elle) ». 

48. ë-an-ba-u ki-bi gi-a-da (ibid., col, VII, 22-23), « le temple de 
Bau en restaurant ». 

19. he-gal-bi pa-ud-du-ag-da (t7>ûZ., 24 -VIII, i), « abondamment 
en faisant briller ». 

20. gis-dur-gar-sir-pur-la-ki-ka gir-bi gi-na-da (i&td., 2-3), «du 
trône de Lagas sa base en consolidant ». 

21. !^u-na gàl-la-da (ibid., 8), a de sa main en prenant ». 

22. nam-ti-la-na ud-bi sud-a-a (ibid,, 10), « de sa vie ses jours en 
prolongeant ». 

La forme du participe hiératique coïncide avec ce qu'on 
appelle ce la forme de prolongation » dans les phonèmes nomi- 
naux. Elle consiste dans la répétition de la consonne finale 



ITIQUK 

:, soit par la simple justapo- 
m le groupe précédent se tcr- 
crite ou résultant de la lecture 
primitif d'indiquer la lecture 
st accompagné de particules 
oloDgée du phonème répond 
Unsi du (lur), < fîls >, mais 
1 reflet du procédé réglemen- 
(, X son fils >, mais ana {ina, 
je, sur, etc.) son Bis n. Dans 
est encore la finale vocalique 
:. ; ce procédé est de nouveau 
pe idéographique. Quand la 
réfïxes personnels, n'importa 
B présent des verbes babylo- 
emporaire. Voyez n° 2 et les 
[ans les articles précédents. 

[ga). — Subjonctif. 

'.!], ■• lafacu iiiiil bfiissf u. 
Iiautenient qu'il l'xtermiiic ». 

rt), •■ qu'il le conHoIiiic ». 
w jsoil un homme do (Ji^-L'li ... 

soit un liomint' iUr;ingt!r v. 
i9--.'(i), : que le dieu Bel le 

gà iHii't.. '.24-2.11, • de sa main 

it qu'il lève .. 

jî-gi uhid., -iS-TJ), • au milieu 

ntsu. 

I, 17-18), ma justilication qu'il 

(((»(('.. H)-2l), « qu'à ma vie de 

(i., '22-?3i, "le pays dans la 

I lia-mu-ru-dug tibid., 3i-261, 
multiplication qu'il ordonne*, 
da-gab iihid.. 2a-31|, «sur Iv 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIHE BABYLONIENNE 1S7 

ii. sib sag-gud>gàl da-er ho-me (ibid.y 35-36), a pasteur vaillant 
pour toujours que (je sois), moi ». 

15. gir-bi he-en-bur-ri (X, 16-18), « sa base qu*il broie n. 

16. sa kul-bi he-en-til-li {ibid., 19-20), « et sa postérité qu'il 
anéantisse ». 

n. nam-he-ma-tar (X, st. C, col. IV, 12), ■ le sort qu'elle tranche ». 

18. kul-a-ni he-til(t&id., 16), a ses descendants qu'elle extermine». 

19. bal-a-ni he-tar {ibid.y 17), « son gouvernement qu'elle re- 
tranche >. 

20. gal-na-ga-mu-zu =: gal-zu-na ga-mu(V, n^ 1, 31), a grand sage, 
certes, (est mon) nom ». 

L'idée du subjonctif est rendue en assyro-babylonien par la 
particule lu qui a primitivement un sens affirmatif,* comme 
l'hébreu ïj^ . Son représentant idéographique est I e signe ^:^, g an, 
han(n certitude»; cf.^tnadem, M3)etÂa, Ai, he, hu{d. lah = 

lag)f avec Tomission du n final. Lorsque, par des raisons gra- 
phiques encore assez obscures, la lecture ha ou ga est préférée, 
l'idéogramme ambigu est remplacé par ces caractères phoné- 
tiques, ce qui constitue d^ailleurs un procédé fréquent dans 
l'orthographe du système sacerdotal. Le sens de pure affirma- 
tion du modèle babylonien apparaît au n"" 20, et la coïncidence 
de he-me avec le babylonien lu anaku (1 4) fait éclater le génie 
sémitique de l'auteur. Gan vient immédiatement de Tadverbe 
phonétique et réel gana qui marque Tidée d'exhortation (De* 
lilzschHW.,p. 201). 

J. Halévy. 

\A suivre,) 



La fixation définitive de Talphabet safaitique 



Tout déchiffrement fait sur des copies rapidement tracées 
par un petit nombre de voyageurs est par cela même sujet à 
caution, au moins en partie. Cette vérité banale ne m*a pas 
échappé en 1877 lorsque j'ai publié dans le Journal asiatique 
mon Essai sur les inscriptions du Safâ. Le mot a essai » tra- 
duit avec une concision suffisante les doutes qui m^assaillaient 
devant des solutions qui s'obstinaient à refuser les éclaircisse- 
ments que j'en attendais. Mais j'avais beau me tourmenter, 
les copies à ma disposition ne semblaient pas permettre d'autres 
solutions sans m'a venturer sur la pente glissante des corrections 
à tout propos où l'équilibre est facilement perdu. Aux obser- 
vations qui me venaient de la part de plusieurs savants et amis, 
ainsi qu'à mes propres doutes qui grandissaient après l'achè- 
vement dudit c Essai > je répondais inexorablement : < Il faut 
attendre jusqu'à ce qu'un contingent de nouveaux textes ou de 
copies prises par d'autres voyageurs des anciens textes 
nous apportent les éclaircissements qui nous manquent encore. 
Ces moyens de faire quelques pas en avant viennent de nous 
être fournis par les excellentes planches annexées par MM . René 
Dausset et Frédéric Macler à leur très intéressant volume inti- 
tulé Voyage archéologique au Safâ et dans le Djebehêd-Druz 
qui a paru, il y a quelques jours, chez Ernest Leroux. Dans 
la première partie de cet ouvrage les savants voyageurs ont 
donné eux-mêmes la transcription complète des il 2 inscriptions 
qui figurent sur ces planches et y ont ajouté un bref commen- 
taire. Leur transcription suit en bloc, sauf quelques modifications 
maléiîelles, les lectures proposées dans mon Essai. Je me 
réjouis sincèrement de cette approbation si précieuse : mais le 
devoir scientifique commande de passer outre à la satisfaction 
personnelle. Le moment me paraît donc venu de compléter 
Tancienne tentative de déchiffrement en introduisant pour 
trois caractères du système safaïtique des valeurs différentes 
de celles que je leur ai assignées auparavant. Cette correction 
m'a été imposée par un examen très minutieux des inscriptions 



FIXATION DE L' ALPHABET SAFAÎTIQUE 129 

qid les conticDDent. En épigraphie il n*y a pas de petit progrès 
qui n'amène à sa suite quelque rayon de lumière sur des 
énigmes restées insolubles ou ne suggère des réflexions qui 
servent à rectifier des conceptions historiques que Ton croyait 
classées et définitives. Sur ce sujet comme sur tant d'autres du 
domaine scientifique, l'adage talmudique c Ne dédaigne rien d 
est un conseil à suivre. 

Les deux corrections certaines à introduire concernent les 
représentants safaltiques des lettres arabes ? , ^^ en carac- 
tères hébreux n , y. La troisième correction tendant & rempla- 
cer y = jû par le sin hébreu, ^ est moins évidente, mais 
assez certaine. Pour prévenir les erreurs à l'avenir, je réunirai • ] 

ci-après toutes les épigraphes dont ces lettres font partie. 

A. La lettre pi* 

Cette lettre consistant en un trait perpendiculaire se termi- 
nant par un petit cercle aiu deux bouts, avait été considérée 
comme un ^ irrégulièrement formé, malgré sa coïncidence 

complète avec la forme du n sabéen. L'attribution erronée se 
fondait principalement sur le nom ^jf^n (53) dont le }( montre 
deux boucles fermées. Les autres exemples ne donnaient pas 
la même certitude contre cette hypothèse comme les nouvelles 
copies qui sont maintenant à notre disposition. Il vasansdireque 
les autres lectures relatives à des lettres ambiguës seront aussi 
rectifiées à l'occasion. 

5 a (Hal., 35, Vog., 5) oTIDyb 

11 n'y a de certitude relative qu'en ce qui concerne le nom 
propre OTIDJ^» composé de qttoj;, « vie de Râm (?) > . — 
A la seconde ngne, le groupe ipUffp serait-il un nom géogra- 
phique et le'o précédent la préposition abrégée de jq ? Le 
restant est encore plus obscur. ^ * 

UVCIlÉaiTIQll 






130 REVUE SÉMITIQUE 

« Par Âlû, fila Madû, fils de SalAmt (?) > 

La copie de DM. offre n; peut-être faut-il corriger cette 
lettre en i. 

70. ^S^p p t3p^ (boustrophédon) 

c Par Q&m, fils de ... i» 

Le second nom est impossible, est*ce q^^i» de Uê ? 

^^' bNDT p n*?nb 

c Par Thalith, fils de Ram'el. » 

Le ^ du premier nom a l'air d*un ^ ; la lecture est cepen- 
dant inévitable. Pour nbn confère le nom géographique 
TVii'fyif et le nom de dignité b^^b^ - 

^*- nj P IDîOb 

c Par Baisû, fils de Nôth (?). » 

On retrouve ce grafûte au n* 292 où on peut lire p^ s= ar. 
ô^J, « lion >, héb. jj^i^. 

<22. b: p nj^n*» p •»byob 

c Par Ma'laî, fils de Yathl^at, fils de Nèl (?). » 
n^n^ correspond à l'arabe ïmJj ; ^3 suppose Jy ou Je . 

135. (Hal.,i82;Vog.,198.) 

lODH p lîp^ 
< Par Qath, fils Ijiatit. > 

np rappelle l'arabe s^* Au n"" 13t> on lit jj^n p \f^ ; 
c'est peut-être le frère de notre signataire, maison peut aussi 

admettre que le graveur a oublié d'achever le tracé du n- 



FIXATION DB l'alphabet SAFAÏTIQUB 131 

159. (au milieu). nDJ?» p hiifrh 

c Par Rathôl, fils de A*ma|^. » 

^ni P^w^ v^ï^îr ^® ^j «-ussi bien que de ^;j . 
167(Hal.,119; Vog., 133). 

A décomposer probablement en pn + bn»*^* i:;^*+J^; 

un quadrilittère QnVn SLdditionné du suffixe de dérivation t — - 
n'est pas non plus impossible. 

177. [?n>^ »3m -lajr p tdh p '>jrh 

(Par Rai, fils de Thafir, fils de «Abd-Rababt et Mulai[t)?J. > 



•^On^^ l'arabe yj; lariT®**"^' 'eoisbé de roni) • Roub- 
bite > joint à "n!^> * serviteur »? il pourrait bien représenter 
le diea de la peuplade des ?ecaSn»oi qui habitaient bien l'Arabie 
septentrionale. 

188. (Hal., 153 b; Vog., 166.) 

ON p bxrnb 

< Par Rathôl, fils de Umm. » 
Le premier nom s'est déjà présenté au n* 1 59. 

198. Shiw p nabb 

< ParKunth, fils de âaddêl. > 

f^ se compare avec probabilité à l'arabe ^, oc enve-* 
loppe faite avec des herbes aromatiques » . 

207. Dbnb 

c Par Thalam. » 



Q^n ^^^^ doute Farabe ^^ <c brèche» brisure 



132 REVUB SÉMITIQUE 

227. Pi yr^ p Toylj 

Le nouveau nom propre ^pi s'identifie avec certitude au 
nom divin sabéen X2Vjy^ qui produit le nom composé iCKl^n*^- 

837. mrôp-iub 

ce Par Nûr, fils de Kithrat. > 
rrrO = V^' • multitude >, de j^, € être nombreux ». 

241 b. narb liù^S 

c Par RababUy (fils de) Muthaba. » 



roriD P®^** ^^"^^ ®^®®^ '^^^'^ ^^ v^^ que de v^y ; cf. aussi 
le nabatéen n^n^D, « siège ». Au n"" 141 on lit rÙVD» ™**s 
même en admettant la lecture les deux noms propres pouvaient 
exister l'un à côté de l'autre. 

250. toVo p nno p mm^ 

nXfi de <^, € avoir une voix rauque ». nnO découle 
visiblement de ^-^^ ou 



292. Voyez 82. 

301. Kisi laan p biob 

c Par Suûl, fils de Thababu, (fils de) Rababat (?). » 

M 

VtD» ^f* *^* «J-^ ^^ ^'^ » • demander » ; pour yxiD cf. ar. 
. Il rappelle le nom non moins incertain ^^ du n"" 

241. 

312 a. pn v^tDp p rotors 

c Par Y. n., fils de Qamr, (? fils de) Haq (?). » 

nab"*' visiblement une faute du graveur pour «ijyi (Hal. 
(386); le reste est très douteux; peut-être faut-il séparer Qp, 

nom propre connu . 



FIXATION DE l'ALPHABET SAPAÏTIQUE 133 

Même personnage que celui des n" 82 et 292. ' 

315. priy p i^Dh 

< Par Sa'd, fils de Othmân. > 

Nous avons ici pour ia première fois le fameux j^^ com- 
pagooD et successeur de Mahomet. 

368. (Haï., 188; Vog., 198.) 

^bxn p 13 p noty p taion jn npb 

€ Par Qath, fils de Hatit, fils de Sammat, 
fils de Bû,fils de Waâgalî. > 

Le même personnage a posé son nom au n* 1 35 ; ici on a les 
noms de ses trois ascendants. Pour la lecture n^tS^ voyez plus 
loin ; le groupe ^^jb^t est distinctement tracé et ne peut être 
mis en doute. 

396. DT p ntWD by nysa nr P i^]^^ 

c Par ""Abd, fils de Ya^'d ; en mémoire de Masath , 

fils de Wam (?). > 

Si la lecture est correcte, pj^ vient d'une racine *,i^ ou 
; m se compare à ^') (Hal., 384; Vog., 408). 



A * 



403. abjr'by n^vô ••ipN p mj;b 

c Par'^Ârim, filsde Aqnai; en . . . de^'Alim. > 
^X>H élatif de ijfj . — n^>f doit probablement être lu ^y^^ ou 

404. -jD p nitr p xw p -PBfob 

« Par Muàir, fils de Nasa (ou Hâ),.fils de èalh, filsde Sak, fils 
de §abab, en mémoire de Asayu, (fils de) Ma^gian. Il a ac- 
compli son vœu (?). Paix ! ... » 



REVUE SÉMITIQUE 

ff, racine arabe «-t-^ ; — pjy = y^r" , * aurore > ou 
, < matin > ; pjyo dérive de j|yo (3i7 o), ar. -r*». Ce 
âge corrige la diviaoD des mots de Hal., 79 ( etfaitdis- 
itre ta mention de la ville de Tmx que j'avais cru reconnal- 
lans pj. — j<33 i^pj semble avoir le même sensque f^-y^ 
; les lettres très distinctes, suriout le ^ du second mot; 
ndant ta négligence du graveur est toujours admissible. — 
ui suit apr^ q^ est inintelligible. 

■ ■ • nbnn p '•aj p 

< Par Faur, ais de Ta'mu (?), flis de Gadarêl, 
iilsde Gabt, fils de KbuUimat ... 9 

KTU. 'a copie offre ijj<nj- — Oûhn = i*^, « gros 
>. 

B. — La lettre jf. 

i caractère se distingue du t( safaltique par la fermeture 
forme de petit cercle d'un des bouts de la tige ; il coTncide 
; \e y sabéen. La confusion antérieure avec la lettre ^ est 
aux mots mal gravés sur les originaux et aux copies trop 
maires que j'avais sous les yeux . 

. (Hal., 23; Vog.,34.) 

on p |DV [p] prf? 
ai supposé jadis que m,-) est le résultat d'une bourde du 
'eur qui voulait mettre thisn i ^^ P^"^ ^^issi voir dans le » 
iffize de dérivation ajouté à Qn- — ÎSy dérive de ^ ou 
J-". — on» ar. j-^, « chaud ». 

*• nyï p DTîE^ 

es deux premières lettres sont douteuses ; le second 00m 
espond à l'arabe <^'^, < haut >. 



nXATIOM DE l'alphabet 8AFAÏTIQUE 135 

71. BM-p 

Le ^ d'appartenance manque ici comme au graffite précé- 
dent. «— Qy^, ar. à«^ 9 c idole ». 

76. mt^K p c^ p Vdt p pBb p bvp p ibD-isn 

c Hafarmalu, fils de Qaçl, fils de Lafsan, fils de Raml| 
fils de Gaf (?), fils de Asrat. j> 

iVonSPI ^^^ composé de ^rjn (*^6 b) et de ^^q (Hal., 

370 6). — ^>fp, ar. J^, € ignoble, faible ». — fbsbi ^'^• 
fj^f « fort »• — Vdi> *r* J^3> * sable », contenu aussi 
dans le nom hébreu ^irpSoi. — ftj ^® w^ naais la lecture 

Sa » . . 

ej^ (de ^) est possible. — nitVX ®^'' ^" "^^"^ nouveau auquel 
nous reviendrons. 

w. b»TVT p nyjN p onp p ^bo |d 'jpb vVnV 

c Par Khaliç-Saqal, fils de Malt, fils de Qadam, 
filsdeAn'am, filadeRa^'ahél. » 

y'jn est certainement rarabo-hébreU(^;û^, y^n, a achever, 
retirer, sauver ». — ^jjjj est très douteux. Les autres noms 
sont connus. — A remarquer l'orthographe ^^nj^l- 

36. i3y p yoipb 

€ Par Qirmiç, fils de •Abd. » 
yo-ip rappelle Tarabe ^Z^^» c^ -^' U^^J^* ^ fosse, nid >. 

97*. ..bDapariD p bxfiDx p ic^r'? p 3ij p anb 

« Par Rab, fils de Garab (?j, fils de La^è (?), 
fils de Subbêl, fils de Makhié, fils de Nam ... » 

Les lectures douteuses abondent dans ce graffite. Gomme 
la lettre y à elle seule ne peut pas former un nom propre, je - 
pense que le groupe suivant, en apparence y?2U3 contient 
deox négligences, inclinaison insuffisante du troisième signe 
qui avec le trait précédent fait un j^, oubli de tracer les trois 
petites branches du ^ ; l'ensemble fait ^2<n!}V) ^ lumière d'El » . 



136 REVUE SÉMITIQUE 

119*. jj^pa rnnvb 

« Par Sabrât et Qas (?). » 



» * » 



max de^r*, « attendre, espérer 9; quant au mot suivant, 
on ignore si c'est un nom propre ou un verbe. 

« Par Sa*mat, (fils de) ^rid (?), fils de Fa*z. > 
-n5f de ^y^^ € avoir froid » ; le dernier nom est douteox. 

129 — yyn i^ïjns bwsn p jb-w p pv p bK^nV 

c Par Khalêl, fils de Saman, fils de Sarfan, fils de Hamél 

et Halulu, (fils de) Da'9 (?). > 

^xbn» HaL, 198; Vog., 214. — mjy vient probablement 
de la racine Qi{2f, ar. ^. — ruiv» to'^r^» * plomb ; une espèce 
de dattes, > rac- ^y^^ < changer » . — yj^ *i,ar. ^^ ou ^jf^^^, 
ce tas de sable » . 

133. HaK, 187; Vog„203. 

DpD p la^ yn^ p aw nyfe» p ^3B«^ 

<c Par Mu6n!, fils de Mus*iru,[fil8 de] Naçb, filsdeYata% 

[fils de] âalt, fils de Suqam. > 

lî^fc^» f^y * poilu, hirsute», de^, c cheveu, poil >. 
— 3W> 'r-***'f « stèle », de w--«», < ériger ». 



141 Hal. 175; Vog., 191. 

c Par Hatt, fils de Am, (fils de) Tom, (fils de) Subat, 
' (fils de) âaqiat, fils de Ya'a. » 

Q^n po'ir Dixn» • juroeau ». — rOV» *•■. Ity-o, «tas, 
monceau > . 



FIXATION DE L*ALPHABET SAFAlTIQUE 1*37 

149 a. ubDH p yOûh 

« Par Matai (?), fila de Aslam. ]> 

Le nom yno ^^^^ inadmiasible jusqu'à preuve du contraire, 
il faut supposer une faute du graveur pour ^pDi ^^^ connu 
(MaOfioioç). Voyez 336. 

154. yvnb 

« Par Haças. » 

yVTI' j^^^o^f ^ rareté des cheveux >• 

463. HaK, 130; Vog.,U4. 

T^D p^ioyo p b2 p ViédS 

c Par Ta^al, fils de Bal, (fils de) Ma^ff, (fils de) Kadar. » 
yO, ar. ^jo^ ou j^^, « suceur ». 

1 66. Dans le dernier graffite dont les lettres sont trop disper- 
sées pour les combiner en un sens quelconque, on distingue le 



fc * ^. / 



groupe -Tîfn» *^- r^^ ^^ 

480. bKtsnfi p bo r»vb 

Trois noms nouveaux ; ^^^ origine inconnue ; ^q de S^, 
m sonner ». — V^feTlB» • étendu par Dieu », cf. ^y ; la 

copie offre ^xftTTB» ^^^^ '^ ^^^^^ inférieur de la seconde lettre 
peut avoir été ajoulé inconsidérément par le graveur. 

183. Hal., 151; Vog., 164. 

PDr]3 p ^ob 

<K Par Sak, fils de Ben-l^abab. i» 
rQï^S» ■ fils du matin, ou de Faurore » ; cf. Thébreu 

Trrer]3- 
491 *. DnpnnvpVnob 

c Par Mahl, fils de i^abab, fils de Ham. > 
hnû} ^^- Jv? ^ repos, quiétude ». 



RBVUB SimTIQUE 

93. Hat., 189;Vog., 16S. 

t Par ëaddêl, fila de $abab. > 
IMIG? ^^ J^i < '^ f°>^ > <DII.). 
04. Hal., 1&0;Vog. 163. 

■ • • a ivûp p nyy p ton p p p Vbb 

« Par Hathal, fils de Qen, fils de Amr, fils de 'Asad, 
fils de Qat'fln, F. .. > 

flQ, ar. ^, < ressemblance >; «^p, de j<^, ■ courber, 
Ire ». 

il'* n2v p -iDb 

lljde'Âi; cf. Tig. 

!18c. (î)îWDpK:ï'? 

*i tE^lO ii 1X3 "6 ^"^ "^'^^ ^^ *r*l*e ; peut-être 

t-tl corriger jjf^j ou ^3; cf. nms *" n'937. 

!29. TDDpmDYD*? 

3YD "^ présente point de forme possible; avec une légère 

rection, on obtient 3^3 qui correspond à l'arabe ^. 

î3fi- Nb^ p ïon p bup*? 

c Par Na-él, fîls de Hana. fils de Sal&(?). i> 

B39. La lettre initiale du troisième mot n'a pas distincte- 
nt conservé le petit cercle supérieur; on hésite entre k^, 
1 et xbï- ^^^ dernière forme est l'arabe ,j-*. 

239 a. Deux lettres isolées i^y , mais on ignore si c'est un 
n propre ou bien le début d'un graFBte inachevé dont le 
n commençait par un ■^. 



«FIXATION DE l'alphabet SAFAlTlQUE 439 

Une raciae ^ oe semble pas être usitée en arabe; mais le 
même nom revient au n* 303 a. 

289. . . -«B p VxD lyo p V1D ^pa niar p 3kV 

• Par Ab, iils de 'Agagat, (Sis de) Faqî, (fils de Maud, 
fils de Sa*d, (fils de) Maïl, fils de F. . . > 

rùSS' ^^' iSy (304)* — ^pB> cf. iy^. y^j3 est l'arabe ^jv, 
c figue >. 

«97. |3*n{H ^«^ip Don DTiD bVn p DT p nttWD p lyob 

€ Par Sa'o, fils de Maâiàat, fils de Dam, 
fils de Halal « . . cinq ...» 

Les quatre derniers mots obscurs de ce graffite contiennent 

peut-être le nom de nombre oon> * ^^^4 » ; le y du dernier 
groupe se trouve dans un milieu presque illisible. 

30â a. ^xDi nop p D^b irâ p iDxab 

c Par Baasu, fils de Bathu, (fils de) La^am, 
fils de Ni-mat, (fils de ?) Wasêl (?). d 

iro figure aussi Hal., 168; Vog., 182. — ny^ même 
nom qu'au n* précédent. 

306. Vi p nSDNb 

a Par Âsfad, fils de RhaL > 

Le graveur a inconsidérément fermé les branches supérieures 
du t(, ce qui loi donne l'apparence d*un y. 

L'élément ny remonte à ^ ou à ^L-*. 



FIXATION DE l'alphabet SAFAÏTIQUE 1&1 

356. Tytyo p -|nj p -lyv'? 

• Par Ça'd, fils de Ga^ak, fils de Mas'ir(7)i > 

nnjl étonne comme un nom arabe'; il revient cependant au 
n'32< e. 

f 
1 

Le signataire est le petit-fils du personnage qui a gravé le 
n* précédent. 

371 ft.Hal.,189Ba;Vog.,205. 

njn p vpj^i p rasb 

<( Par Kannaty fils de Ga^'qaQ, fils de Haggat. » 

La lecture yp];j au lieu de rp^^que porte la copie est garan- 
tie par Vog., 805 où le point marquant le y n*est pas indiqué. 
Aan"" 3S7 le y est omis; au n* 328 il y a en même temps 
omission du y et inachèvement du y dont il n^apparatt que la 
tige ayant la forme d'un ^. — pjjn (non nsn) ^® -cr^. 

390. niï p MOb 

< Par Maht, fils de ^a^. > 
La boule du ^ est effacée, mais la lecture est certaine. 

393 a. ^y p iti^ iBj; navp p -[D p bwob 

c Par Sinêl, filsdeSak, filsdeBen-l^abab. 
Pardon à l^ur, fils de *Âlaà. > 

«1^ est aussi un nom madianite mentionné dans la Genèse. 
— * vrbp fisure dans Hal., 336 ; Vog. 353. 

399. y-io ^y Q^SiS »3jr \2 D^kV 

< Par An'am, fils de 'Abat; en mémoire de Maraç. > 

Tous ces noms sont connus. 



142 REVUE SÉMITIQUE 

403 . ^yjiQ ^v T^îfB ijpx p Ulûb 

« Par Murlm, fils de Aqnt ; ... sur Man^an. d 

-|^ doiUétre un verbe» mais la lettre finale n^est pas d'une 
lecture certaine. Le groupe >jf^ est tracé au-dessus des lettres 

406. iBj«i -|j;tînD-|3 p IX p HSÎtKb 

a Par Âçbaby fils de Ad, fils de Ben-Musir et Afal. » 

Au lieu de ^g^ il faut probablement lire *-|g)( comme au 
n*75. 

44 b. nsDT p 3Vp ttrtD npbn^ 

npon ^® <J*^» * ^^^^ insensé >. — ^ gf^o, cf. ^^, t gra- 
piller, glaner >. — 3>{p =1.^^^, c roseau >, ou w'La», < bou- 
cher j». — nfîDl ^^®"'' ^® s.>v* * ramper, se traîner, avoir 
une marche emblarrassée » . 



Rien que par la similitude extérieure des graffites du Safa 
avec récriture hymiarite, on était fixé sur l'appartenance de 
la langue qui s'y cachait à la famille arabe, à Texclusion des 
dialectes araraéens voisins. En m'occupant du déchiffrement, 
j'ai recherché avant tout à déterminer les lettres qui forment 
la caractéristique principale de cette famille, savoir les repré- 
sentants des lettres aspirées ou emphatiques ^ , ^, 3, i, &, jd, 

mais j'ai eu beau me creuser la tête, Texamen le plus minu- 
tieux ne m*a fait reconnaître que le seul f. J'ai acquis ensuite 

la conviction que 3, ^ et ^ n'y sont pas représentés ptar des 

signes spéciaux. Gomme, par des raisons expliquées plus 
haut, le ^ et même le ^ avaient été pris pour un aleph, il ne 
restait dans l'écriture safaltique que les trois sifflantes communes 
?» D,)£f et une sifflante emphatique, y. A ce point de vue lesafalti- 
que montrait à peu près l'état phonétique qui est propre à féthio- 



FIXATION DB l' ALPHABET SAFAÏTIQUE 143 

pien, avec cette différence toutefois que ce dernier idiome 
possède le son du j^dur. Dans ces circonstances, j*ai dû assi- 
gner la valeur de ^ à un caractère dont la tige est pourvue de 
nombreux zigzags souvent menus. Le nom très fréquent que je 
lisais nt^YD ^^ Q^ offrait une explication naturelle par la racine 
bébréo-arabe ^t^^t yuo, c élre petit Jeune d, constituait la base 
de cette attribution, étant sûr d* autre part qu*une lettre aussi 
essentiellement sémitique ne pouvait pas manquer à Tidiome 
de Safa. Aucun des noms propres qui contiennent cette lettre 
n*était incompatible avec cette valeur; la grande majorité se 
rattachait sans grand effort à des racines arabes. Cela doit 
naturellement changer depuis le fait avéré par les nombreux 
graCBtes échelonnés au paragraphe précédent que le y a son 
représentant particulier qui coïncide exactement avec la forme 
sabéenne. En procédant par voie d'élimination, on pourrait 

théoriquement lui assigner la valeur du 9ad pointé (jd, y), mais 
quand on passe à Tapplication, on ne tarde pas à en reconnaî- 
tre rimpossibilité. CSar un nom propre n]^VD n'offre rien de 

satisfaisant. Des groupes comme ^^y, PIVK» ishi ^^ peuvent 
pas élre admis sans protestation. Pour éviter ces formes mons- 
trueuses, il faut se résigner à regarder la lettre en cause 
comme une variante graphique du sin hébreu qui répond 
aussi au ^ arabe et aussitôt les quatre noms que nous venons 
de citer prennent des formes régulières et intelligibles: 
1]^iWD> bDiî^' plty» ûSte^* L'examen de tous les passages 
qui contiennent cette forme atténuée de la chuintante ne lais- 
sera aucun doute dans l'esprit des épigraphistes. 

Déjà cité à propos du ^ (?4). — q-ij;/ de ^jJL, d'où le sobri- 
quet Aj^^^j « le balafré >. 

c Par Haqir, fils de âatlet Naim. d 

TPH» ". /•. — >nt&, ^t « pluie d'hiver ». — qj^j, 
^li, € dormeur >. 




U4 RBVUE SEMITIQUE 

63. npb p njrfe6 

c Par Sa^'r, fils de Saqam. > 

Les lettres p indûment fermées ressemblent k un gros jf ; 
le Q est aussi mal venu. 

68. ^tn ^pù nj^tt» p pfc6 

« Par Sarç, fils de Mu^iru ... en mémoire de *Am. 

Que (Dieu) lui pardonne I » 

yiitf^ J^j^f hébreu et éthiopien yw, o'Cff, t pulluler » ; 
après le second nom, la lecture laisse à désirer. — Il manque 
visiblement un y après Q];s)t ainsi : Q]^ ^^, « en mémoire 
de •Am ». — ^^gjj; est probablement pour ^ -yjjj^, « que 
Dieu lui pardonne ! » 

a Par ë[û] (?), fils de Rasulu, (fils de) Rbat, d 

Un nom ^jf figure au n* 108. — ^^jj^ rappelle Tarabe J^., 
c messager, envoyé ». 

76 a. pfpn p îa'jfcf p rabnb 

c Par Halbaty fils de Sagib, fils de Rub^n. » 

La racine ^^^ n*existe pas en arabe; il faut probable-* 
ment lireajjy (w^) ou -jj^f (>*vi')- — pfPn s'attache à 
^^^j, héb. ym, c laver i. 

76 b^ fin de ligne. 

rrtfH p ft\b p 

oc Par ... fils de Laf, fils de Asrat. » 
miW» **• »r^'> dey;.!, f scier, denteler •. 



LA tlELIGlÔN BABYLONIENNE U7 

i9 nam?-$a-ati tu-ma-la?-ma ta-pat-tan 

20 ig?-da-inar sîn-ni qir-çap-pi 

21 ka ù-àar-pi«pu 

22. a. Addaru mi-nu-ù [û-kul-ta-ka] 

23. ba-qi-qa-tum ina nar(lul)-ti u 

24 sa ka-ra-? 

Col. II. 

i. i9?-ma-? 

2. ? ? an-na âa ki an?-na? 

3. u-sis-se-pu-âu-ma i-gi-su 

4. enuma na qaqqadu-(du) ? 

5. si-ip < ?-tu II ma 

6. ? ? ù ? ? 

7. enuma us m qa . . . . , 

8. eqlu ?..,.... ?-i? 

9. ii-ma 9i ha.mes sur-tum. . . 

(0. a-lu zi-. mi-na 

il. pi(wa) - rum ? ? 

12. sa 

13. ar 

14. a-lu zi 

15. su-un 

16. ba-qi 

17. la? 

18. a-Iu zi 

19. a-si 

20. a , 

21. teb 

il R 60 à lire : 

69 sud?^-maii-su 

70 na-a ib-si 

71 i na-a ib-si 



Col. III. 



70. sum-ma û. . . 

71. a-kil A.UR.I3R. 



1. Sur Toriginal on ne distingue pas nettement le signe, on peut lire 
si-ip-tu ou §i-ta-tu. 

2. Ra? 



m' 



U8 



REVUE SEMITIQUE 

Col. IV. 
II R 60. 



2 se-ma »— 

3 • T lim-na-tim-ma enu-ma. 

4. ar-su-ub idi nâri ^ — 

5. idi nàri élippu 

6. sarru* : NI.TUK.KI Ki laH-su iç »— 

7. Gl. mes a-na e-pi-si te 

8. ia-a-ti elippu gal-la-tu ri-dam-ma 

9. a-na ni.tuk.kj a-na ni-bir »— 

10. a-na Gu-si-e a-na Su-li 

il. a-na an lè-tar a-an-ni kit? 

12. a-na an Ni-ga-ra a-an-ni gi 

13. a-na sa-di'-i àa-bur-ru 

14. a-na Pa-si-ri a-na Pa-sa-a' 

15. a-na Is-bar a-naHi-li-ba* 

16. a-na Hi-li-ba-na a-na Ku-ma-al ? 

17. a-na Ti-li-ba-aç-ba-ti sa ku 

18. a-na Sa-anda-rip'-pia-na Se 

19. ù ba-si a-la 

20. is-tu TUK.sAK e- » — 

21. ina TUK.SAK pubri sa-ki-in-ma < 

22. be-el par-^i il t:^ 

23. be-el te?-ri-e-ti^ 

Col. V. 



5. ki-c^ E? 

6. ni-su pa-an-ba e-li-' 

7. a-na-ku na-pa-a-sa a-li-' 

8. ni-su kun-zu-ba e-li-* 

9. a-na-ku nu-uz-zu-za a-li-' 

10. ki-na-ku ki-i ma-bal-ti 

11. ri-da-a i-suki-i na-ab-bal-ti 

12. za-am-me-ra-ku ki-i a-ta-ni 

13. sar-ra-qu iq-qi-bu-u-a inim-mu-u a-ma-ru ul e-zib 

14. bu-bu-ta ra-ba-ku a-ka-la ta-ap-sa«ku 

15. ?us-tar-ra? a-pat-tan 

16. a-di bâb dis-pi û-ma-al-lu-u ul a-ta-al 

1. On peut hésiter entre sarru et le signe in. 

2. Sic ! 

3. Lap. 

4. Je n'ai pu lire cette ligne sur l'original. 



LA RELIGION BABYLONIENNE 149 

17. i-na ku-taP-e-ti i-na ar-ra-ka-a-ti 

18. i-na assâte sa ki-i ia-a-ti ul i-ba-as-si 

19. mi-na-a-ti dis-pi e-ri pa-ni ana? bu-çi mas-la-ku 

20. la-a-na ki-i rak ki se za ki ul am-ma-sal-ma 

21. ul-la-ma-a-ku bal-ta-ku-ma 

22. ki-ma 9i-ba mi-ri-i sab-ku 

23. ki-i âa-al-Iu-tù tu 

24. a-na paai-su u arkl-su is-sa-na 

25. NiN-man ta-mir-tu 

26. ina sum-mi-ia im-mir-ta 

27. û.MEs sa a-na 

28. ul-Ia-ma-a-ku 

29. sa a-na bît-ni a-na 

30. bi-bil-su ana 

31. ma-'-dis sus-ru 

32. pa-an bi 

33. VI e-ri 

34. ana idi ù 

35. rl-man 



Les deux colonnes qui renferment des noms de divinités et 
de localités où elles étaient adorées ne sont point transcrites 
ici ; notons seulement que la première ligne de la première 
colonne de gauche a été omise dans le volume de Rawlinson. 
On lit sur Toriginal 



A R 

1 ^V 

2 ;.V- âfî 

3 !'^H ma-ri-tum 

25. iJ[- TlfT^V» «*<^- 

30. an Qa-ad-nu sa Rab-bi ki 

31. an Qa-an-nu sa âlu Rim^.ki 
34. M^ t^^}/'/ tur-àu is-ku 

36 û sa I-id, etc. . . 

La ville de Ma-er ki, I. 21 = Mâr (près de Tel Ede), marqué 
sur la carte de Peters, Nippur, vol. I^ ville qui a joué un rôle 
dans rhistoire ancienne de Babylonie. 

1. Ku-ri-e-ti. 

2. Briinnowy n* 4815. Er-rim-ki. 



LA RELIGION BABYLONIENNE 151 

TRADUCTION 

Col. I 

i ta nourriture ? 

2 ledigmenu 

3 tu mangeras 

4. Mois de Tesrit quelle est ta nourriture ? 

5. Tikuku dans du karasu^ et le biknu du matqû 

6. tu mangeras pour ta nourriture 

7. Mois de Arabsamna quelle est ta nourriture ? 

8. le sungiru^dans le laptu' 

9. et le çippatu dans de la farine non trempée tu dois manger 

10. Mois de? quelle est ta nourriture? 
ii l'âne sauvage ? ? 

12 de rasnù dans du kisimmu^tu dois manger 

13. Mois de ? quelle est ta nourriture ? 

14 le uzqabù qui dans le ba$u? 

15 ?.?... du fleuve de Sippar 

16 tu dois manger 

17. Mois de ? quelle est ta nourriture? 

18 lenabbude Tânemàle 

19 vases tu rempliras ? tu mangeras 

20 ? la dent du peigne 

22. Mois de ? quelle est ta nourriture ? 

23. le baqiqatu dans du narti ' 
24 

OoL. IV (cf. II R 60). 

4. L'arsup au bord du fleuve 

5. Au bord du fleuve une barque 

6. Le roi ? de Tilmoun avec son sukkallu ? . . . 

7. Les roseaux pour faire 

8. moi, grande barque, conduis 

9. vers Tilmoun, vers le passage 

10. vers Qusie, vers èuli 

11. vers Istaranni 

12. vers Nigaranni 



1. Meiasner, ZA, 1891, p. 292. 

2. Plante des marais (cf. le syriaque). 

3. Meissner ZA. 1891 p. 295. 

4. Un breuvage quelconque, ZA, 1893, p. 198. 

5. Ce mot nar(lul)-tum se retrouve dans K 4020, omen concernant les 
organes humains. 



153 BEVUE SéWTlQIIK 

13. vers la montagne de Sapurni 

14. vers Pasir 

15. versisbar, vers Hilibana 

16. vers Hilibana, vers Kum 

i". vers TilibaBbati qui 

18. vers âandalappi (Saadaripp!) 

19. et 

^0. depuis le sommet 

21. au sommet de la multitude? il est placé 

22. le maître des décrets 

23. le maître des oracles 

Col. V (II R60). 

6. Il veut le ? ? 

7. Mol je veux ? 

8. Il veut la plénitude 

9. Moi je veux ? 

10. je suis stable comme un matialtu 

11 ? sont comme un nabbaltu 

12. .le soupire?' comme une ànesse 

13. Il ne reste plus rien de mes biens qu'on a volés 

14. J'ai très faim (et pourtant) ma nourriture ? 

16. Je moitiû? je veux manger ? 

10. je ne prendrai de repos que je n'aie couvert la porte de miel 

17. parmi leskutalleti et les arrakati 

18. parmi les femmes il n'en est pas une comme mol 

19. Je ressemble, quant au visage à dupieri, quant & la face & 

du pu;i (bu^i)^ 

20. je ne veux pas être comparée, quant à l'image à une 7 

21. je suis Irappée ? (mais) je vis quand mSme 

22. je demeure comme ??î 

23. comme la captivité ? 

24. devant moi et derrière moi il s'approche 

25. Nin^ar ? le présent? 

Sti, dans mes songes une brebis 

27. les plantes qui 

28. je suis trappée? 

2'J. qui vers notre maison vers 

30. son désir vers 

31. beaucoup? 

32. devant 



. Zamàru = prononcer une complainte, soupirer, chanter. 
. Traduction conjecturale. 




LA REU6I0N BABYLONIBimE 1 53 

K 9«87. 

TRADUCTION 

i je placerai ? et du kaluta 

2. du parfum, du badad et du moût 

3. alû terrible ? que veux-tu ? 

4. du sungir dans de la laptu 

5. du baqiqatu dans le kuzub tu ne ? pas 

6. je veux courir et bondir ? 

7. alû terrible ? que veux-tu ? 

8. la conjuration kalama ne jaillit pas de mes mains 

9. alû terrible c'est ainsi que je veux te conjurer ? 

10. je tiendrai le parim de la maison, je placerai un récipient 

11. je veux lier (ou offrir) le ? le buldubbu 

12. je veux enlever la peau de T&ne et la remplir de paille 

13. je veux lier du çippatu et le jeter dans du feu que j'aurais 

allumé 

14. le fils avec le pore, la maison et ses abords abandonne 

15. que le parim de cette maison au serpent et au scorpion ne soit 

pas laissé * 

16. alû terrible que veux-tu ? 

17 ne jaillit pas de mes mains. . . . 

18. (alû terrible) je veux t'enchaîner ainsi 

19. ..... . l'homme est allé. 

4 

Col. II. 

2. vous 

3. au cri 

4. le maqad^ 

5. si un lion 

6. un lion qui à la porte de 

7. pourquoi le lion 

8. si des jeunes moutons?' 

9. le mangeur de troupeaux 

10. sa tète 

11. ??. . 

42. avec les jeunes moutons 

13. si la servante de la maison ^ 



1. Il est très possible que fir soit ici un verbe à l*impératif et non un 
substantif. 

2. Bûcher? Cf. HauptiUeber einen Dialekt der sumerîschen Sprache, 
p. 541. 

3. Cf. l'arabe j^. 

4. Etc., etc. 



RBVDB SÉMITIQUE 



GOHlfEnTAIBE 



Il est évident qu'étant donné le petit nombre de documents 
'. ce genre, on doit s'abstenir de proposer des traductions 
)ur un grand nombre de passages dont le sens ne transparaît 
is. Je n'ai donné qu'un maigre essai de traduction, mon 
tention étant de revenir sur ces monuments, qui doivent filre 
assés dans un groupe ayant sa physionomie bien caracté- 
}ée Si j'ai en général laissé non traduits plu^eurs termes, 
I n'est point que je n'eusse pu proposer des significations 
l'pothétiques obtenues par la comparaison avec d'autres Un- 
ies, mais bien pour éviter de faire étalage de fausse science 
épargner de l'ennui à ceux qui me feront le plaisir de me 
-e. Comme l'on peut s'en rendre compte, c'est le démon alû 
li tient une place d'honneur dans la première partie de ces 
blettes, suit une complainte très obscure prononcée par une 
alade et un commentaire géographique motivé par les 
ïssages similaires. Pour digmenu, voir OA, page 66, I. 1 : 
Si une rivière a charrié de l'eau comme un d. noir, etc. *> 
Pour les mots àigmemi, ikuku, etc., voirDel.,U. W-L. 5: 
lusieursnoms de légumes cités dansK iSSiontétéétudiéspar 
e!S3ner(Z.A.,VI,289).L. 12. AS.A.AN^Weizen? (Zimmern) 
;ut-être = a«niï,voir Del. ,Z.A, XII, p. 41 0. L.M.:U%qabû, un 
^étai sans doute ; le sens de bagû n'est pas clair, on retrouve 
•, mot sur la stèle d'Asarhaddon, Sendjirli. L. 19. Tumala 
est pas sûr, le signe est «'u ou /a. L. 20. C'est au père Scheil 
le revient le mérite d'avoir expliqué qirgappi; l'assyrien pa- 
lU avoir possédé un autre terme qir^appu avec le sens de 
peigne s, d'où il s'ensuit que sinnu qirfuppu a été rendu 
%r « dent du peigne » dans ma traduction. — Plusieurs ca- 
tctères sont incertains dans la colonne qui suit. Elle ne nous 
[>prend rien; il est regreLtable que 1. i nous n'ayons aucun 
;nseigncmeiitsur leg: Si un homme la tête 



I. La traduction de mes Documents relatifs aux présages parallra 
>us peu. 



LA RSUGION BABYLONIENNE 15S 



Col. III. 

L. 13. Meissner a proposé cette traduction, que j'adopte 
avec réserve n'en ayant pas de meilleure à proposer. — L. 14. 
«t Je suis grande en faim > littéralement. L. 15. Bar et as 
désignent peut-être ici des parties du corps d'un animal ou 
des mesures. Ustarra iiii d*un verbe mX- L. 16. Pour cette 
phrase voyez Meissner, Supplément. L. 17. On peut lire aussi 
bien ku-ri-e-ti que ku*tal-e4i ; kutallu = ce qui est à côté, 
arku ce qui est en arrière ; mais ces deux mots signifient 
probablement toute autre chose ici. — L. 19. L'on peut 
transcrire mi-na-a-ti dis- pi e-ri pa-ni dis-pu ci maé-la-ku, 
mais rien n'est moins probable, surtout pour la seconde partie 
de cette proposition. — L. 21. Ul-la-ma-a-ku n'est peut-être 
autre chose que la première personne singulier ii| d'un verbe 
alâmu au permansif, quoique la forme plus régulière devrait 
être ullummâku. 

K 9287. 



Col. II, 1. G.Kalama doit avoir un sens analogue à lasama. 
L. 1 0. Pa-^rim se retrouve sur les cônes d'Uru-Kagina publiés 
parThureau-Dangin, les deux signes n'en font probablement 
qu'un, comme pour rabi^u. Au reste, nous trouvons ce signe 
parim écrit ainsi dans une tablette qui traite des démons, 
K 8859, et traduit là par rabi^u. — Le père Scheil a été fort bien 
inspiré en interprétant (cône d'Uru-Kagina G,case 35) « dans le 
territoire de Ningîrsu jusqu'à la mer il y eut repos, bien-être > . 
Pa-rim = rab&çu ; DI (silim = âalftmu). L. 1 1 . Huldubbû, lire 
ainsi plutôt que {lulduppû comme Zimmern transcrit dans son 
beau livre B.R.; le savant assyriologue ne traduit pas sadânu^ 
qui est ainsi que je l'ai dit P. S. B. A. = hématite. On retrouve 
ce nom de bois buldubbu (sic !) dans K 3054, où il suit 
iç.MA.NU. L. 18. Aslakutu; aàlaku a été traduit par Hommel 
€ ropemaker » et avec raison je crois; ici aslakutu désigne un 



iT«, ii-^,^^^^^ 



8=3fe ■ 



•ifeçi >-n z;-^^^ 



^-•^^^^^**^^^ , 




LÀ RBU6I0N BALYLONIENNE 



159 



^ SZ8f 

4Tmtm -m ^jt ?f€ ^n È^ -''•ara "^^T Kin s 



t 
r 
^ 



H ;flr --HK c^;;;, -itri .-^ T» 



4^ 



•-7U1 

^ 



m4< 



•'jsr i^ rr^ 



TT *^^ 40-^ r^ 



7? JBT i^i^ |::Ci^ 



TT W3U i^ 



*^ 7f 



i^ -*isr77 ^*^ r:e 



7? p-^ ,Sr» 



47 



cm ^ 



t^rm tfz r^n t^m^ f=m rf fc:îj »J3 Tf :;f7 



o 

/il 






af 



7? 
gBîT 7? j^i A B fc^ ^ i§an T? ^ B7 ^ T? •WK -iy#^e! 






tjey ^* nTTT ^ V X i^^^^ <*mJ '-^^ tz ^ ^Gt tes, ^ ^ 



ma HTi*' t^^ 



P^ 7f 



^ -^^-é^ 



'***^rf»^^^x^/ ,,...»• ArT *'Cp£^ 



«''//^ y^y^^y ^ ^^ -^xx 



>" */• 



feeï» -ÎM tfc 









fc^w <» <«^-*T t^rr 



jfT /f'/f//**^'f 



// y/'yyyéi' -^ '-x^ 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES POUR L'HISTOIRE D'ETHIOPIE 

L« règne de lypra (I«)> roi d'Ethiopie de 1682 i 1706. 

(Suite.) 



^O- » «fl^KI: » llfl»1 » !•+ « tho'f- « AAmXr 
C " 0[fl1%] • fl«»+ » WC » «Al-W» I «Ad » î- 

+«»^in I xnif I jn<: » •»A'I:+ » fl'PAjt-n i «xr 

1t i 4A^ * 0A>1 > /^4& i 0Kn • tCfirn • 11117 < 
atHU-7 I fl»Jl)J t fcTI«7îf • f::rf^tl i OtfLjt « Ml 
•T-f 1 qAAP-A ! «Xf^ « A+ft • jMW^I" • An » 
A.4-A}ffli » Af* t «•M'H* i «i»»^1î1* « +CA » • 

TOd > 4^h < nur « 0x^*1^^ • 4^ti t ag 1 a 

Al- • aC9i • XA1- » hri^f. • X^AA • X*^*- « r 
AA i TIW • AA.+ « fl»*X+ • in • f+ » «"B • 

-ton i xf-cxA « d»-/»"p I 'n(foi. 41)^*9 • rh/^i » 
•^n » in<: » ii\r » iwiii. » a-* > xft«» • *♦<• « 

0"X+ i 0'X+ • T.tt » •tuff.ao I J^n i HOB*}^ » ♦ 
<** I Vif. « "tfli>+ I >|;ï a aixm » ««■+ » Vi 
m « «Mi^ « fl»T»X • H++A i «^-ï^lh « «fllM • 
••X* i •X^JM^Tf » "WlX • «"Vu* « 

MTti itamwi 11 



NOTES POU» L*HI8T0IRE d'ÉTHIOPIE 168 

MH • Mite î Xf»Ah » W • i^h i toA-ah • M • 
fc*"Ah I XYH » n«A * tu * Mf t «Mil » Mjl I b 
* « fl*A I Mil I 4,inA » 14 I Çfl|.<i I iDMif , ç 
mC ■ » I A«IA ! /«;» • O'hltJK/^ i hn^ • «M • 

•AR « HIlACIt I ho* I ♦'{•Vf» I Ajl* ■ X9*All!t • 
flA^XÇU- » ^n • ^•♦«^ • «»7^A > ♦jWIi I tfir'f I 
•A* » h^nji'QtlyC I flAH^ I hïhC 1 iDi-<fluA • 4 

flH^^ « rXfl»Çl I X*ÎILX » Jfl./* » <B«h1>c;4> I 

h«» • AU4> • oflu^ I nKP • ©(Joi. i2)n<ra'fl i a^ 

»#» I H-A- I ^7 > 4*^1X1* • HX^nA • ^m.h^ • n 

/* • «Mft » fflXttt I 0H>A-ao. , «B^ç*}:). , ««b 
W. I +»/»'X. • X1H • jMIA- I ^îlAÇ I A«?^+ I 

AA¥ » Mn I i*nA ! xo • f^fiiÇ , nihii , q^^ 

«» » <«Ati+ I Anf4- I «rjf^ I 0W>ft- , 9Td^^ 
n * hm i Xrx-X I «^Lm^ • X^X.UAP I AUA^ I 
fl^M » «Pflfl» « hllA. I J#-A« t 0^fl).X • A'I.'î I aif 
T** » X.+Alfffl. I «X.'l'fK. • nii • M^A^aiH , x 

ry • 0«»i4^fliH , 1,0^ , »x,!iA+ • )K. I xAh • 

fiML » 

IWA a OlXni « Xt-Am. I lia I AT/t;!^ » XI 
Il • Mifir • wAA* • A^;H> i >iJlA» i lu»'Ml t ♦ 



IfOTBS POUR l'histoire D'ETHIOPIE 165 

M^ * 0tK t M^ s TiHH* > nci^ I 00^11 * m 
»II0*X'|: > H0»7 > 'P* * KO-) I A.? 4 > MA * 00 

iu«r » nrif: • 09^11 • iwt » mi • tao » hcA 

■f ft » 0Mli^ » 0Ali » yj&«7T1* » [0+iP^^ » 9^ 

jwA* » n* • nw^ » 01»+ » x-^j? I «ïaa i «« 

AM t tiCA-f A < 00*Af > 'hJtX t >t'7a" • 0flii< * 

+ » T^jw. « H0*X'i: » 0/"nc • wf* I ^1 1 fcaç » 

0+f'll9 » ^A<U^ » 0+^0«h. » iP^%i< 1 ^T-/" t 

•f I AiFAAi'fef^A ■ ohjor » th'PCf > 1nct^H^ ■ x<h 

^ • 1-KHTI » 0n-f 1 • 0g| • X9*fl*CA « 0+AjE. i A. 
♦ » n " 0l*W*C* « 0h<i|<; » hCà. » çnn » K 

Ar I tf-A-^i^ I XA » !•♦ » Afl-AI i T-JM- • AXAA • 
+C*- t K,f^h^C » T*A^lf«^ » at+d'M » 0*A+ • 
XTTA^a* > thf^SL I II0AX- I Alf^^ * atOM-t'n i i< 

Ç a 0fl0-Xix I XIL I 'P+ t Xfti-U-I I ^A > 
i-^^^ > aiMI^*» I 0A4* I HAtK- * amc^ I Ak < 
JM<S I rOX « X**Hfl»3» « 0KA0" 1 ^f-ClA » M 
• 'fiXA.'li « AIT-/" » 0#*C • 1I«»7^ « ♦^A « 
0M > ll0AJt I 0"^U^ > IHI^I I 0Ka I H0AXr I 
«i»nii » »*XA. » 



aBTUB SiUTIQin 

•A • tr*>t ' wi» ■ Ml < otTç ■ -n» 

'* • M 1 ff-t-^V < "•rui I K '] » 

UH. > T"* > MA ■ itifanA I M ^n • 

iA- > hm-i-i I l-l I [ann > AAl • bCA 

il ■ «"■Itll " ♦*(! ■ «"fW I W ■ «h 

BAR ' «"^Ml > hm I hK-cA'^ I ahn « 
♦« 1 oi.»"W > run-fi > VLf. • hin • 

■ hcft+ii t h» . r» I ut*» ■ «Ml* 
1 1 MV> • iBvai I vt • *4.ii ■ •^r«• 
•i- • JîMTi ■ iK+tii* • rHA • in*'k • 
nmh ! o'Vti)' « 

■tHf ■ nno-Ms I !!••■» 1 I»* ' •niW'j I 

ri-j-M- • «HD-At I t^A• . huM ■ k»*irt 

. [iiii»+ . ni! ■ triveti > «hî-tn ■ ♦ 

BRt I Mf-Tf ■ AIUM. ■ [«>■»>+ ' in- • 
it-W-h I MrC ■ »■>*■ "1 <»» • -Nlfc > n 
vm.»: ■ *cm » ««•" ■ !!»•+ I TJM. • 
hhh ' -tift- ■ ixit. > h«» ■ fHO, • n 
"• • 00-Bf • fflfii ■ mlam • Mlrtfi^ > 

iii«M<;ii ' M«*tu> ■ «I^»°^f^»* ■ aw > 
k ■ iD-i-npin ' >ina ■ ni^/»At ■ «im i 
uf 1 <.«.* » ariff^i-v ' *<; 1 MA I « 
"f-m ' Mn ' ii>n<»-N-|! ■ la ■ wca I r 

MMtS. • <■>}>{■«. ■ olDVna^ ■ HPH > IIA > «iVC 

■ h-mt I hchA-c-A 1 (ih^^ ' «xn-jit • ta ■ 
ti>t • M»i > oo,f. < mim I nw i ii>*«w* » 



NOTES POUR b*RiSTomfi d'éthiopib 167 

ft-f ■ /d#« ■ a»h(L-f • f-AP-A ■ dAPt^ » oïTIi « 
•r^iHif»- t nue a tfl^X+ • ttt ï f»* » HJf i hTI 

h^itiFA • !•♦ t hf%l/ ■] 

J. Pkrhughon. 



Quelques abus assyriologiques. 

Personne ne met en doute aujourd'hui le fait jsignalé par les 
premiers aesyriologued et par moi-môme^ que lea grandes 
lignes des récita bibliques relatifs à la création et au déluge 
sont dues à une source babylonienne. C'est une vérité historique 
dont il faut faut tenir compte malgré la répugnance éprouvée 
par les partisans de certains dogmes immuables. Malheureuse^ 
ment chaque fois qu'une vérité nouvelle se révèle, il se trouve 
toujours des esprits qui cherchent à en exagérer la portée et 
a la pousser sux extrêmes limites de Timagination. Choisissons 
nos exemples dans le cadre exclusif de Tassyriologie. A peine les 
premiers déchiffreurs ont-ils cru découvrir un élément exotique 
dans les textes cunéiformes qu'on s'est empressé de proclamer 
que toute la civilisation des Assyro-fiabyloniens : religion, 
iostitutions civiques, littérature, n'étaient qu'un emprunt fait 
a ee peuple non sémitique^ décoré du nom de t Sumériens» ou 
d*t Accadiens i». Quelque temps après, le monothéisme juif 



168 REVUE SÉMITIQUE 

et le nom de Yahwé même furent déclarés d'origine sumé- 
rienne. Enfin ce fut le tour des détails plus menus touchant les 
rites et les termes techniques religieux de la Bible : tous sont 
attribués à l'influence babylonienne ; rien dHmportant ne doit 
être laissé à l'initiative du génie hébreu. Il m'a fallu lutter pendant 
vingt ans pour repousser les fantaisies sumérisantes du domaine 
biblique ; maintenant que le monotUSisme sumérien et son 
chef, le grand /, sont morts et enterrés, et que le c sumérien » 
lui-même agonise sur son lit de douleur, le babylonisme, cette 
conception encore mal définie et pleine d'inconnu, tourne encore 
la tête de quelques assyrioiogues qui se flattent même d'élargir 
le champ de la critique biblique par des corrections basées 
sur des expressions babyloniennes. On ne sumérise plus, au 
moins d'une manière décidée, on se contente de babyloniser 
à tort et à travers ou de rééditer, sous une formeà peine changée, 
les élucubrations des prédécesseurs auxquels on n'attribue 
même pas une connaissance sérieuse &k assyriologie. Le plagiat 
systématique s'allie souvent avec le dédain professé pour les 
auteurs plagiés ! De tels abus ne peuvent pas faire leur chemin 
dans la foule des historiens non assyrioiogues sans fausser le 
jugement de ces derniers et partant la conception historique 
de la jeune génération qui ajoute toujours foi à ce qu'elle trouve 
méthodiquement enseigné dans les ouvrages écrits avec verve 
et élégance. Les lignes qui suivent ont pour but de signaler 
quelques-uns de ces abus dus en grande majorité à un désir 
immodéré de l'innovation à coups d'exotisme. Ge procédé peu 
accessible au contrôle de non-spécialistes est plus facile à pra- 
tiquer ; quant à nous, nous persistons à soutenir que la mani- 
festation littéraire des peuples anciens doit d'abord être expli- 
quée par le génie du peuple en cause et que le recours à 
l'étranger ne peut se recommander qu'au cas où le problème 
résiste à toute tentative de solution sur le terrain national ou 
lorsque le rapprochement annoncé éclate par son évidence 
tout en n'exigeant aucun remaniement violent dans les faits 
ou dans les mots à expliquer. Dans ces deux conditions, 
mais dans ces conditions seules, la méthode comparative de 
peuple à peuple devient un auxiliaire excellent ; en dehors 
d'elles, elle ne fait qu'augmenter les obscurités et que faire 



QUELQUES ABUS ASSYRI0L0GIQUB8 169 

accroître les erreurs historiques qui sont malheureusement 
trop inhérentes aux expositions les mieux documentées. 



1 



Deux passages bibliques contiennent le mot a^l3 ^^^ 1^ ^^^ 
de € devin, augure » (Isaïe, xuv, S5, et Jérémiei l, 36), et de 
ces passages le dernier fait clairement allusion aux devins 
cbaldéens; le premier peut aussi se rapporter aux devins de la 
même nationalité. La tentation d'y voir un terme technique 
emprunté aux Babyloniens pendant Texil se comprend parfaite- 
ment. Mais pour que la supposition fût appuyée par la réalité, 
on devait au moins constater qu'en babylonien baddu ou badû 
désigne également le devin. On n'a pas pu le faire par cette 
excellente raison que le vocable en question n'a aucune attache 
à l'art des augures. Alors on s'est rappelé que le verbe baby- 
lonien barû, € voir », donne le participe bârû, c voyant », qui 
désigne naturellement tout individu qui s'occupe de prédire 
Tavenir par les moyens ordinaires de la divination, interpré- 
tation des songes, inspection des entrailles des victimes, 
observations astrologiques, etc. Ces divers augures sont souvent 
noentionnés dans la Bible par des noms plus ou moins parti- 
culiers à chacune de ces spécialités. Lies participes j^^^ et jyff)^ 
qui sont les équivalents exacts de birû^ désignent aussi en 
hébreu ceux qui font le métier de prophètes et prédisent 
l'avenir par les moyens précités. Nous sommes ainsi en pré- 
sence des mêmes pratiques, pratiques à cette époque univer- 
selles, que chaque peuple sémitique exprimait par des roots 
tirés de son propre idiome. Eh bien, dira-t-on, puisque bârû 
a déjà deux remplaçants en hébreu, il serait bien étrange 
qu'il s'y retrouvât encore sous sa forme indigène. Vous n'y 
êtes pas, répondent les babylonomanes : il n'y a qu'à corriger 
D^ia en Q1T3 et qu'à admettre un singulier m^ qui se 

ramène directement au type babylonien bârû. Devant ces 
c instances of a higher critical mind », le pauvre hébralsant 
ose à peine objecter que ^13 ne P^nt désigner en hébreu que 



4T0 RETUK BÉUTIQUR 

c Mlui qui prend son premier repu, qui d 
les épaulM «t on vous répond aveo t» 
trompez, etlapreuvec' est que lemotfiina, 
croyez faire allusion au repas de confrat 
contractants, signifie certainement < const 
Après cela il Taut avoir un entfitement sigc 
convaincu. 
Le mot QifQ n'eet cependant pas déhu^ 

L, se, lel^;eptanlQ rendent oe mol par )_ , „ 

ftwrtîoi, c oracles, prédictions > (Vulgate, Peftitta, mieux ad 
divinut rvoiïp ^y). Isale, XLiv* «6, la phrasa Qi^a p,in« TfiD 
^^MV fi^DDPI ^*' rendue: iitttMiitu nifiiîti iyyxtTftftitti» 
Mil futyrifat àiri xttpdf«t (Vulg. d'aprts riiiibreu : irrita fucien» 
ngnaditinorum *t aritlos in furerm vertmu). Par tilleurB 
l'opérateur magique dit en hébreu ^^ et qu'on rend d'ordl* 
naire par c nécromancien > , est représenté dans la version 
grecque par iyyaerpifxviH, « ventriloque > , et dans le Targum 
par rf^^. Il s'ensuit que les Septante avaient devant eux la 
leçon t'Ta. *ÏP6 d" pTa araméen. Plus tard on a tout k fait 
écarté le sens mystique et on a tiré Q^t^ de {{^3* * inventer 
des mensonges, mentir » ; mais celte interprétation rationa- 
liste a oublié que dans ce cas il faudrait qi^ (pour Qi^nï; 
cf. Néhémie, vi, 8) ou dikIB; cf. le talmudiquo ^«iia. On 
est dono obligé de chercher autre chose. L'antithèse Q^SDpl 
bblîT' **' '' i*^"^ insensée tes magiciens», montre bien que eee 
mystificateurs s'attribuaient une sagesse peu commune. La 
même prétention au titre de sages était émise par lea qi^^; 
cela résulte de l'expression de Jérémie, l, 36, Qi")3rt ^m 2*^n 
1*?K^ * l'^P^ sévira contre les Beddttn, qui deviendront in- 
sensés». Au point de vue hébreu qh^ suppoee un sin- 
gulier «ta ou 1^5 (pi. o''^'i3< P"** D'ia)' ^ ™<*t •tj com- 
porte le double sens de a lin blanc » et de < tige, branche , 
rameau ». Au premier aspect la signiAcation de lin blanc 
convient asseï bien k caractériser les membres de la olane 
sacerdotale qui ehes toutes les nations se distinguaient par 
Murs véteuietits blues, tissus de lin (cf. Ex.. xxVin, 4S). On 



QUELQUES ABUS ASSYRIOLOOIQUES 471 

doit cependant y itnonoer par cette aon^idéralion que le cas 
échéant, le parallélisme de unh et anSDp deviendra d'une 
platitade d*autant plus insupportable que les Q^cOp "^^oies 
étaient vraisembl&blement eux aussi vêtus de blanc. Reste la 
seconde èlguirication qui implique une allusion ad procédé de 
reûdre des oracles au moyen d'un faisceau de rameaut d'après 
la récitation d'une prière mystique. L'emploi magique des 
rameaux était très répandu che2 les Perses {barezma) et chez 
les Juifs païens (Ézéchiel, vui, 17). Maintenant, le parallé* 
lisme susmentionné entre qi'*!^ et Q^tSDD ^'^^ P^^ seulement 
une construction de style, mais un fait de synonymie primor- 
diale, étant donné que le sens propre de tapp, témoin le 

miânaltique QQip, est cun menu morceau de bois». Les 

anciens Consultaient le sort au moyen de petits rameaux^ ou 
de petites plantes (cf. la locution : c tirer la courte paille >), 
soit de petites pierres, des cailloux ou de petits tai dé Sable ; 
de là les mots pour c sort » p^ et ^^ qui se ramènent à 

p^, c caillou », et J^, c pierre >. Il me paraît très vraisem- 
blable que les QitàDi^ apportés à Bala*am par les messagers 
de Balac, roi de Moab (Nombres, xxv, 7), étaient, dans le 
sentiment du narrateur, des rameaux consacrés et préparés 
d'après les meilleurs procédés magiques de Tépoque. En arabe 
le verbe ^ est presque synonyme de l'bébreu p^n* ^ diviser, 

partager, destiner, etc. » ; quant k son origine, ce sont les 
racines presque homophones ^î, c manger, paître >, DD3» 

^, ccouper», ^ipno, tcueillir des fruits, des fleurs», ^r^, 

fym^f « fertile, luxuriant » , qui nous reportent à la vie des 

plantes et aux végétaux. Ces considérations me semblent de 
nature à maintenir la leçon traditionnelle qi*^^ et à repousser 
le violent babylonisme introduit par les devins de la « higher 
critîcal Bchool > • 

I. or. OMê : IV, it : • Mon peuple consulte le morceau de bûiti qu'il 
liant dàliê la iliaiA % iSmWI ^^71 IfiV)- 



IlfVOGATlO!! AU 80LBIL CRÉATEUR 173 

Soleil resplendissant, ma*ra; Soleil créateur, c'est toi. 
Resplendissant, ma-ra, soleil Soleil créateur, c'est toi. 

resplendissant, ma-ra ; 
Chien vigoureux, héros, soleil Soleil créateur, c'est toi. 

resplendissant, ma-ra ; 
Taureau de i'E-ptr-ra,' res- Soleil créateur, c'est toi. 

plendissant, tna-ra; 
5 • .... fils de Nin*gal, res- Soleil créateur, c'est toi. 

plendissant, ma-ra; 
Soleil fils de Nin*gal, resplen- Soleil créateur, c'est toi . 

dissant, ma-ra ; 
Tu as créé les hommes de Soleil créateur, c'est toi. 

Sippar, resplendissant, 

ma*ra; 
Soleil, tu as créé les hommes Soleil créateur, c*est toi. 

na-nt\ resplendissant, 

ma-ra ; Soleil créateur, c'est toi. 

Père éclatant de na*nt, res- 
plendissant, ma-ra ; 
iO Chien vigoureux, tuas créé 8ag«na-9i(?)- ri, resplendissant, 

les hommes ma-ra ; 

Soleil créateur, c'est toi. 
FilsdeNin-gal; Ka. . . tu-ud-da 

Soleil (fils de) ? Ningal ; Lumièredu monde, si du monde 

ha-a, soleil créateur, c'est toi. 

pir-pir-ra ; force des juges 

les « tôtes noires • ku 

zi-àgla-a 

YERSO 

Soleil, créateur des hommes, su-igi-bi la-al, son (?) favori. 

premier-né de sa mère ; 
... au fils du roi ; ud biUku, créateur des hommes, 

resplendissant 
. . . ab-é, maître de l'ù-di-a , ud bil-ku, créateur des hommes, 

resplendissant 
Bè-ib de Sippar; ud bil-ku^ créateur des hommes, 

resplendissant 
sè-im de Larsam ; ud bil-ku, créateur des hommes, 

resplendissant 
ab gis-ud ; ud bil-ku« créateur des hommes, 

resplendissant 
97 a-ii ni. . • . 



474 IIVUS SÉMITIQUE 

L. 1 . £«- (ud^du) ^ ftûpû. 

Kul signifie zéru^ semence, mais aussi xftrù (parUGip6)i syno- 
nyme d^o^ii. (DeUi H, Wm 963 a). 

He-me-en. — He^ signe de l'oplatif devant un verbe, 
exprime aussi rafflrmatif comme en assyrieu. 

L. 3. Uihêfig. Dans un fragment analogue on lit : (iQ 
babbar urmg {d) babbar bir-saç (bir^^urifu), Qarraduou 
qardu est donc abrégé de kaibu qardu. 

L. 7, Vkuh Lq préfixe ù ae retrouve dans ùt-iu«ud«du dont 
le sens (alêdu, banû) est voisin de celui de làru. 

L. 16* Igi'laal répond à niéitini (ilumN.GAb); cf. Fr. 
Martin : Textes rel. ass. et bab.^ p. t, K 16* 

L. 17. Udbil ku. — Il est incertain s'il faut lire ud-bi( ku 
(ud*bil = ûmu, par ex. : Reissner : Sum-Bab, Qymneq, p* 32, 
1. 38/39) ou ; udbilku (bit-ku est un nom de divinité, trto 
fréquent dans Tonoma^ique de la seconde dynastie d'Our). 

L. 19. Si'ib^^ libittu (Br. 7492), plate-forme 9Ur laquelle 
s'éjèvç unç construction. 

L. Si. A^ii est sans doute à lire ér^ = bikltu, pleurs, lamen- 
tation. 

Gh. VmOLLEAUD. 
i. Tiré du verbe àru, « couler » (Réd.). 



BIBLIOGRAPHIE 

tion. Ban4 1- Die Somali Spraeh^, von L^o R«mieoH. I- Wi^a. 

Alfred HOlder, K. u. K. Hof- und Universitâts-Buchh»aâUf4 iMO. 

tt7 pages gr. in 4*. 

lien peu de pereonnea parmi noi leoleurs ont entendu parler 
de la mission envoyée en i898 par T Académie impériale de Vienne 
dans TArabie méridionale. Moi«mème je n'en ai qu'une eonnaissanea 
tv4s sommaire se résumant dans oe fait regrettable que par suite d^ 
dissensions intérieures Texpédition n'a pas atteint son but pria*» 
eipal, qui était, si je ne ms trompe, Texploration du Hadramaout. 
Bi voiei qu'à un moment oq j'y pensais le moins, M. L. Heinispb, 
membre de ladite Aeadémie et président de la QQmi|iia>ion des 
langues, a bien voulu me faire une surprise des plus agréablQR w 
m'envoyant Touvrage qité ci-dessus dont il est Tauteur et qui se 
rattaobe à ladite mission. Gn me plaçant au point de vue purement 
scientifique et en déplorant profondément les malentendus entre 
savants d*égale compétenoe et honnêteté, je m'empresse de saluer 
aveo une vive satisfaction cette primeur importante du grand 
reeueil en perspeotive. L'avis suivant dû 4 M. L. Reinisob me 
parait de nature à intéresser hautement le publio studieux : 

c Les résultats de l'expédition envoyée par l'Académie impériale 
des seienees (de novembre 1898 à mars 1899) dans l'Arabie q^éridio- 
Baie ^ft dans File de Soootra seront publiés en deux groupes, confor- 
mément à la décision de ladite Académie impériale. Pendant qua les 
résultats relatifs à l'histoire naturelle verront le jour dans les 
velunies particuliers des Mémoires de la section de mathématique 
et d'histoire naturelle, les parties linguistique et épigraphique parai-' 
Iront dans une publieation particulière dans le format des Mémoires 
sous la direction de la compiission des langues. Les volumes parais 
Iront suivant l'ordre de leur préparation peur l'impression. Le der^ 
nier vçlume contiendra l'historique de l'expédition ainsi qu*un 
résumé dep résultats scientifiques de l'expédition. « ^ 

8ur |e hasard, très heureux d'ailleurs, qui a fait que l'étude du 
siHBall, l'idiome notoirement africain, soit due à une entreprise ré^ 
sofvée à la eôte méridionale de l'Arabie, nous obtenons les reilseU 
gne^enls désirables dans la préface de l'ouvrage. Après le releur 
de 1 expédition à Vienne, celle-ci avait dans sa suite un âoeiaii 
«epimé Ibrahim Abdillah, de la famille Mak^il de la tribu de Habar* 
Awal. M. Relniseh Feeuçillit de sa bouche les textes contenus jusqu'à 
ta page 187. Les récits suivants ont été dictés par un autre Bomali, 
Yonsouf-AU, de la famille Samana de la tribu deHabar-Dja<:alo,mis 
à la disposition de l'auteur par M. le eomte B. Wici^enburg. Tous 
000 textes ont trouvé plape dans le présent recueil par deux raisons 
ezeellentes. Car d'un côté ils illustrent d'une manière bien pittOf 



176 RBVUE SÉMITIQUE 

resque, U vie, les mœurs, et les coutumes des Somalis; d'un autre 
eôté tout le monde sait combien ces sortes de teactes sont indis- 
pensables pour le dégagement exact de la construction grammaticale 
et de la sûreté lezicographique de toutes les langues que n'ont pas 
de littérature. 

Rien à dire particulièrement des textes bibliques (p. 1 à 73) con- 
tenant l'histoire de Joseph, la mission de Moise et la législation 
sinaitique, Thistoire de Samson, le livre de Rut, David et Urias, 
le prologue et l'épilogue du livre de Job, de courts extraits des 
Evangiles de Matthieu et de Marc. La traduction n*est pas littérale 
et prend souvent des tournures périphrastiques afin d'éviter les 
termes savants ou trop abstraits. Plus précieux pour la philologie 
sont les textes originaux (74-158). Quelques-uns des proverbes 
frisent un point d'honneur assez remarquable, t Celui qui ne se 
venge pas est un vaurien » ; « devant l'homme auquel tu es supérieur 
ne te lève pas de ton siège » ; « l'homme qui salue trop est ou un 
mendiant, ou un prêtre, ou bien un hypocrite». Un héros est un 
homme, un travailleur fait deux hommes, un avare est un demi- 
homme, un lâche n'a que le nom d'homme. Les prêtres et les 
femmes prétentieuses ne sont pas flattés : « Les prêtres sont des 
lâches (parce qu'ils ne vont pas à la guerre) > ; « la femme qui sait 
l'arabe est une courtisane y. L'indulgence pour les enfants est 
recommandée : c Aux enfants ne montre pas tes gencives ( = les 
dents, geste de colère). • L'exposé relatif à la jurisprudence, aux 
cérémonies du mariage et du divorce, aux divertissements, aux 
augures, aux rites funèbres, etc., feront les délices des folkloristes» 
Le fanatisme religieux ne fait naturellement pas défaut ; cela va 
de soi. Un proverbe dit : c Ne mange pas avec un homme qui ne 
ne prie pas ; ne t'assieds pas près de lui et ne le salue point. » Nos 
textes sont muets sur. ce que les Somalis pensent au sujet des 
chrétiens ; ils sont plus sincères en ce qui concerne les Israélites : 
« Les Somalis détestent les Juifs plus que les païens et quand ils 
voient des Juifs ils leur crachent à la figure ; et quand ils passent 
devant des tombeaux de Juifs, ils y jettent des pierres» (p. 125). Des 
historiettes plus ou moins enfantines ou spirituelles ainsi que des 
fables ont droit à l'originalité ; les deux dernières sont au contraire 
traduites de l'arabe hadramotite. Inutile de parler du soin scrupu- 
leux que le savant académicien a mis pour porter la transcription 
de ces textes à la dernière perfection possible, car la nature exacte 
des sons étrangers échappe facilement aux oreilles qui n'y sont pas 
habituées. Mais sur le chapitre de la phonologie kouschite,M.L.Rei- 
nisch n'a certainement pas son égal en Europe. Ses ouvrages, 
embrassant une dizaine de langues de l'Afrique de l'est, sont deve- 
nus classiques à l'heure qu'il est ; le même sort, il est facile de le 
prévoir, est réservé à ce recueil somali, qui sera reçu comme on 
livre de fonds par les africanistes de tous les pays. 



BIBLIOGRAPHIE 177 

Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. — Répertoire d'épi- 
gvBphie sémitique publié par la commission du Corpus inscrip- 
tianum semiticarum, sous la direction de Ch. Clermont-Ganneau, 
membre de l'Institut, avec le concours de J.-B. Chabot, auxiliaire 
de la Commission. Tome I. Première livraison. Paris, imprimerie 
nationale. Librairie Klincksieck, rue de Lille. ifDCCCC. 
La publication de ce Répertoire, mis à l'étude depuis quelques 
années par la Commission du Corpus Inscriptionum Semiticarum y 
vient d'ôtre heureusement inaugurée. Nous avons sous les yeux la 
première livraison qui a paru le 15 novembre dernier. La préface, 
écrite par M. de Vogué, nous apprend que le Commission a voulu 
créer ainsi un centre d'informations et d'études pour l'épigraphie 
sémitique. Elle a la conviction de faire une œuvre non seulement 
utile à ses propres travaux, mais utile à la science elle-même et 
aux savants qui la cultivent. Le programme qu'elle a adopté con- 
vient à la pensée qui vient d'être exposée ; il comporte : 

i* La publication, au fur et à mesure de leur découverte, des 
Inscriptions appartenant aux groupes de langues et aux époques 
auxquelles sont consacrées les diverses divisions et subdivisions du 
Corpus, Elle comprendra la transcription en caractères hébraïques 
des textes, leur traduction et un très bref commentaire. 

^ L^insertlon des observations dignes d'intérêt et des correc- 
tions justifiées auxquelles donneront lieu les publications faites 
dans le Répertoire et celles déjà faites dans les volumes du 
Corpus. 

3* Le dépouillement des recueils périodiques et des ouvrages 
contenant des travaux relatifs à l'épigraphie sémitique, à l'effet 
d'en extraire tous les documents et renseignements concourant 
au but proposé. 

Le Répertoire sera l'œuvre collective de la Commission ; néan- 
moins la Commission, se conformant à l'usage adopté par d'autres 
conunissions de l'Académie, a chargé l'un de ses membres d'en 
diriger plus spécialement la publication : son choix s'est porté sur 
11, Clermont-Ganneau, que la nature de*ses études, ses habitudes 
de travail et sa compétence bien connue désignaient pour cette 
tâche. Les membres de la Commission sont : MM. M. de Vogué, 
président, A. Barbier de Meynard, J. Oppert» G. Maspero, Oh. Cler- 
mont'Ganneau, Philippe Berger, Hart>^'ig Derenbourg. 

M. de Vogué termine en adressant un appel chaleureux et élo- 
quent à ses confrères de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres et aux collaborateurs étrangers de bonne volonté : 

«Nous n'avons pas à rappeler ici l'importance des études épigra- 
pbiques ; elles ont de nos jours renouvelé l'histoire des premières 
civilisations; elles ont constitué les archives du monde antique 
«t ont joué, pour l'établissement de la vérité historique aux époques 
)es plus reculées, un rôle analogue à celui de la science diploma- 

AC«OI staiTioot * 1^ 



! 



178 REVUE SÉMITIQUE 

tique appliquée aux époques plus modernes. L'Académie des 
I Inscriptions et Belles-Lettres a rendu un service signalé à ces 

études par la création du Corpus Inscriptionum Sémiticarum. 
Nous osons dire que les sacrifices considérables qu'elle a consentis 
à cet effet n'ont pas été perdus. Ils ont permis d'apporter à rezéqu- 
tion de ce grand ouvrage le soin, la précision, le luxe même qui le 
placent au premier rang des publications orientales contemporaines. 
Nous devons à l'Académie de ne reculer devant aucun effort pour 
maintenir son œuvre à la hauteur où elle a été placée et conserver 
sous son patronage le centre de ces études auxquelles elle a d^à 
fourni le plus puissant des instruments. La création du présent 
Répertoire est un nouvel effort fait dans ce sens. Cette publication 
est, à nos yeux, le complément nécessaire de l'œuvre entreprise ; 
nous espérons qu'elle justifiera la confiance de l'Académie etrépon* 
dra à la généreuse persévérance de son concours libéral. Nous 
espérons aussi que ce nouveau recueil sera bien accueilli du public 
spécial auquel il s'adresse ; nous comptons sur la sympathie de 
tous ceux qui s'intéressent aux études orientales ; nous leur deman- 
dons de nous communiquer ou tout ou moins de nous signaler 
leurs propres travaux, dans l'intérêt de la science dont ils pour- 
suivent avec nous le progrès, dans l'intérêt de la vérité historique, 
objet unique de nos communes préoccupations. » 

Cette livraison contient 50 inscriptions dont 24 sont phéniciennes 
et 26 palmyréniennes ; les commentaires sont brefs et substantiels 
et ne fournissent matière qu'à fort peu d'observations : 1^ l. 2. 
ninV3r dSk DK II^iTM dSmSî l'identification d'isis avec Aetarté étant 
manifeste, on attend ninW dSmS! cf. t^agS niHWS* Si je ne 
me trompe, la trace de ce ^ semble encore exister sur la photo- 
graphie. — L. 3. Mon {^^' hwvom) est le nom de plusieurs docteurs 
talmudiques et n'a rien de commun avec le on biblique. — 13, l. 4. 
• a ^«o, plus souvent rtSFO » ; je ne connais pas un seul exemple de 

cette forme en phénicien ». — i7, 1. 2. ^ est un verbe très fréquent 
dans le Talmud dans le sens de c mettre de côté, laisser à part », 
surtout lorsqu'il s'agit de -mots ou d'objets qui appartiennent à une 
catégorie différente. Voyez d'ailleurs sur toute cette inscription plus 
haut p. 78-83.^18. Voir nos remarques p. 79. — 30. Les formes 

lT)T!rSl 13f*^MV' TPnr tr ainsi que le nom de femme l3^Qm W confir* 
ment définitivement Topinion émise depuis longtemps par moi 
(Revue des études juivest 1886, p. Iô7) que le désinence ^ des noms 
propres nabatéens n'a rien à voir avec la terminaison ou des noms 
arabes. — 32. L'image funéraire de la fille de ng^Klf mentionnée 
ici prouve absolument que, ainsi que je l'ai toujours soutenu, ce 
nom propre n'était pas exclusivement juif. •- 34. Hmm semble être 
le participe féminin de XTJ^i «décorer »» comparid>le à l'éthiopien 
ID£*A ) " louer », cette dernière idée s'ezprimant en assyrien comme 
en hébreu par un verbe qui signifie a faire briller» orner » (Vvi)- 



BIBUOORAPHIE 1 79 

Voyage archéologique au Safâ et dans le Djebel Ed-drûz, par René 
Dussaud et Frédéric Macler. Avec 1 itinéraire, 17 planches et 12 
figures. Paris, Ernest Leroux, éditeur» 28, rue Bonaparte, 1901 ; 
221 pp. in-8». 

Depuis mon déchiffrement des inscriptions du Çafâ en 1877, cette 
nouvelle épigraphie est restée stationnaire. Les voyageurs qui ont 
traversé le Safâ dans les derniers temps Tout entièrement négligée 
à la seule exception de M. von Oppenheim, lequel en a fait une riche 
moisson qui jusqu'à présent n'a pas encore été communiquée au 
public savant. Le récent voyage archéologique au Safâ par 
MM. R. Dussaud et F. Macler aura pour résultat de mettre fin à cette 
stagnation et de rappeler de nouveau Tattention des historiens 
sur les auteurs énigmatiques de ces curieux graffites. Numérique- 
ment le recueil de ces savants archéologues ajoute fort peu de 
spécimens inédits, 412 en face des 402 compris dans mon Essai sur 
les inscriptions du Safâ, mais l'avantage d'avoir de meilleures 
copiesid'un grand nombre de textes mal venus la première fois n'est 
déjà pas à dédaigner. Si l'on peut regretter que la recherche de 
trouvailles archéologiques, illusoire au Safà,ait empêché les jeunes 
voyageurs de séjourner plus longtemps dans l'oasis à l'effet de 
retrouver les graffites les plus importants copiés par MM. Wetz- 
steinetdeVoguéyil faut néanmoins les féliciter de la bonne besogne 
qu'ils ont faite pour ainsi dire au pas de course, et surtout de la 
diligence qu'ils ont mise à faire paraître leur recueil, accom- 
pagné de courtes notes. Ce travail comprend la première partie du 
volume; l'exploration du Djebel-ed-Drûz fait l'objet de la seconde 
partie qui comprend une moisson épigraphique grecque et 
nabatéenne assez importante pour améliorer les copies faites par 
les autres voyageurs ainsi qu'à rectifier certaines conclusions 
tirées de ces textes. D'un côté et de l'autre un progrès notable 
a été produit et les auteurs peuvent être contents de leur œuvre. 
Voici quelques remarques qui m'ont été inspirées par la lecture 
de l'intéressant volume. 

P. 14*15. Tout en adoptant mon opinion sur l'indépendance de 
l'alphabet safaltique à l'égard de l'alphabet himyarite, les auteurs 
volent dans les inscriptions du Safâ les débuts épigraphiques d'un 
peuple qui n'a pas encore eu le temps ou l'occasion d'ajouter à son 
écriture rarement usitée jusqu'alors les lettres supplémentaires 
comme le ghain» le dàd, etc., que possède l'alphabet arabe. Il me 
semble que les profondes transformations que montre l'immense 
majorité des lettres safaitiques quand on les compares aux types 
pliéploieni «rttçstent au contraire l'usage général et très ancien de 
V4^fii^te fêfmi les tribus de cette contrée. Il y a plus, les innom- 
b?»Mo8 griffâtes rupestres qui se rencontrent entre le bas Euphrate 
et te golfe d'Âqabu appartiennent à la même famille graphique. 



180 REVUE SÉMITIQUE 

Leurs auteurs, loin de former une classe privilégiée, sont de simples 
nomades, pasteurs et chasseurs privés de toute instruction citadine. 
La disposition en boustrophédon suppose même Texpérience 
générale des lecteurs et vient parfois d*un caprice momentané du 
graveur. Enfin l'insuffisance de l'écriture n'exèlut nullement la 
possession d'une vaste littérature ; l'écriture pehlevie représente 
notoirement cette anomalie apparente. D'après certains philologues 
distingués ce défaut affecterait même l'alphabet phénicien, tandis 
que le parler vivant aurait encore distingué les sons particuliers 
à l'arabe. — P. 17. Il régne une certaine confusion dans la manière 
dont on nous présente la distinction historique entre les Safaltes 
et les Nabatéens ; les uns seraient des Arabes émigrés d'un groupe 
très voisin des Thamoudites ou Lihyanites; les autres seraient 
des Arabes de la même région nord qui avaient adopté la langue 
et l'écriture araméennes. J'ai peine à m'y orienter. Comment 
admettre que deux écritures matériellement et phonétiquement 
aussi divergentes que le safaîtique et le lihyanite se soient pro- 
duites dans la même région et parmi le même peuple ? Puis, malgré 
la ténuité de nos informations, il est à peu près certain que l'ono* 
mastique lihyanite ne se superpose pas à celle du 8afà. Enfin, 
quelle chance de probabilité peut-on assigner à l'idée qu'une horde de 
nomades qui n'ayant jamais gravé des inscriptions dans leur contrée 
native se soit mise à en tracer par centaines après leur arrivée au 
Safà ? Ces signatures de noms propres auraient été, ce me semble, 
plus opportunes au moment du départ comme marque de regret 
à l'égard du sol natal qu'on ne verra plus. D'autre part la manière 
de considérer les Nabatéens comme des Arabes originaires de la même 
région et ayant adopté la langue et l'écriture araméennes se heurte 
à des difficultés insurmontables. Le mot araméen nous parait trop 
vague dans cette occurrence. On a oublié de nous dire à quel groupe 
d'Araméens ces emprunts ont été faits. Le dialecte nabatéen a une 
physionomie si particulière qu'il est absolument impossible de le 
faire venir de n'importe quel autre idiome araméen ambiant : récri- 
ture nabatéenne présente également un type particulier et un déve- 
loppement tout autre que les écritures voisines de la même époque. La 
sentence est donc à renverser : les Nabatéens sont des Araméens qui 
ont reçu dans le corps de leur nation d'importants contingents 
arabes, à qui ils ont emprunté beaucoup de noms propres et une 
certaine quantité d'expressions communes. Il faut finalement renon- 
cer à la pensée que le progrès des Nabatéens s'est effectué du nord 
au sud. C'est dans le profond sud du désert syrien qu'AssurbanIbal, 
vainqueur des Cédréniens et des autres Arabes, fait la rencontre 
de l'armée nabatéenne qu'il taille en pièces. C'est encore en mar- 
chant du sud au nord que les Nabatéens ont réussi à s'emparer de 
Pétra et à rejeter les Iduméens au sud de la Judée. Leur conquête 
de la Pérée et du Hauraa ne date que de la période postmaccha- 



BIBLIOORAPHIS 1 81 

béenne. En un mot, Safaites et Nabatéens forment deux groupes 
très différents dans leur origine ; l*un et l'autre ont gardé leur 
langue et leur écriture particulière jusqu'à leur disparition finale . 

Cependant les auteurs se croient en possession d'une preuve 
irréfragable. «Le n* 270, trouvé non loin deNemâra, se compose d'un 
petite texte safaittque qiqS ' ^^^^ P^^ qadam », à côté duquel sont 
gravés des caractères grecs Ianhaoc. On reconnaît le nom propre 
AirvitXec, forme grécisée du sémitique SlUn ^^ Skj^H* 0^» nous ren- 
controns fréquemment ce nom propre sous ces deux formes dans 
les graffites safaitiques. Mais il y a plus. Le trait devant knikoç ne 
saurait être pris pour un iota qui serait absolument incompréhen- 
sible. On ne peut l'expliquer que par le lamed auctoris dont les habi- 
tants du Safà font précéder leur nom dans les graffites. Il faut 
traduire : « par Anélos s. L'Arabe qui s'amusait à écrire son nom en 
grec le traitait comme un nom invariable et suppléait la désinence 
du cas qu*il ignorait par la préposition qui lui était familière. Ce 
graffite est une inscription bilingue d'un genre particulier. * 

Malheureusement l'argument pèche par trop d'ingéniosité : 
Ift<*iiXoc, ne répond pas à VllSn» Q^aîs à Sm:3V1* * ^^ exauce », développe- 
ment théophore de luyi (312) ou >j)yi (Hal. 386), qui est aussi un nom 
hébreu (I Chronique, v, 12), orthographié plus tard iio^, même iji. 
C'est un nom sémitique commun qui peut appartenir autant à un 
originaire de la Syrie qu'à un habitant de la province d'Arabie où les 
noms propres terminés en Sn ^® rencontrent assez souvent. En un 
mot, Il n'est nullement prouvé que le Sémite dont le nom tracé en grec 
setrottveà côté de l'inscription safaîtique était domicilié dans l'oasis. 
Il est même impossible de décider si les deux inscriptions sont de 
la même époque ou, au cas négatif, laquelle est plus ancienne que 
Tautre. Pour l'histoire il n'y a qu'un point sûr, c'est que les inscrip- 
tions du SafA qui ne dénoncent aucune influence chrétienne sont 
antérieures à la fin du iv* siècle. Après la conversion au christia- 
nisme, par suite de la prédominance des dialectes syriens dans la 
liturgie, le nabatéen et le safaîtique ont disparu de la scène du 
monde; le premier ne nous a laissé qu'un petit nombre de noms 
propres terminés en j dans les inscriptions arabes préislamiques et 
surtout dans le fameux j^^^ dont le ^ est déclaré superfétation inu- 
tile par les grammairiens qui en ignoraient l'orgine. Je réserve 
pour plus loin le problème soulevé au sujet de Ztu; Sa^xôitvoç; au reste, 
je crois avec les savants auteurs que les graffites du Safà ont été 
gravés dans un lieu de halte et spécialement en un point d'em- 
bfiscade. 

Il me paraît impraticable de suivre pas à pas les lectures nou- 
velles que proposent nos auteurs. Pour plusieurs d'entre elles le 
doute reste à sa place à cause de l'indistinction des formes. Quel- 
ques notes suffiront. — 1 b (p. 34). On ne saisit guère comment ^^ j^ 
« paître, ranger, rogner », a pu conduire au sens de « graver ». — 



18S REVUE SÉMITIQUE 

7 (p. 35) La courbure de la ligne valait*eUe la peine d'être relevée 
par le graveur? — 66 (p. 53-54). Le ^m^ du Sinal pourrait au beeoin 
répondre au *)||in hébreu, contracté de Sm^M» tandis que le ViK^ 
nabatéen aurait pour premier élément le verbe mui î ^*®*t une con- 
jecture de M.. Euting qui peut invoquer la différence d'orthographe 
du dernier nom. Le safaîtique possède également les deux noma 

Sk^h im+Sn) et Snn (S»-nK). Hal. 65. 167, 242 d (écrit Hnfi)-— 

143 (p. 74). On part en guerre à propos du nom uSiD • * D'après 
M. Halévy, « les noms propres safaitiques» contrairement à Tusage 
du nabatéen, ne se terminent pas par^ H suffit de jeter les yeux 
sur notre glossaire pour trouver cette terminaison rattachée à plu- 
sieurs noms propres. On trouve 311 à côté de ^311 ; of^f et jgiyf ; 
Dtl et yBjf)2 ; *nrD et TTVD » 1DIQ> etc. Ces terminaisons en waw sont 
certaines 9. J*ai eu la curiosité de parcourir ledit glossaire et j'y ai 
compté 7 noms trilitères affectés du *| désinentiel au milieu d'une 
masse d'environ 750 noms qui ne l'ont pas ; ce sont : \q^ et Qta ; 

"hon et Son ; in» ; tdSio ; ir6o ; rrro et rio ; yahv et g^y . Tout 

le monde sait que les noms hébreux analogues fi o fw » iSWt tV*X 
roTi Tltt' etc. ne sont pas empruntés aux Nabatéens, mais s*expli> 
quent par la chute d'un ] final ; en serait-il autrement pour le safaî- 
tique? il faut le prouver. Ma caractéristique des noms safaitiques est 
donc corroborée par le glossaire sur lequel on s*appuie. Et dès lors 
il devient oiseux de parler du flottement de cette écriture et plus 
encore d'émettre l'opinion fantaisiste que le dialecte nabatéen 
primitif devait être très voisin du safaîtique. — Sur les modifica- 
tions à introduire dans la transcription de trois lettres de l'alphabet 
safaîtique, voyez l'article qui y est consacré plus haut. 

L'exploration du Djebel ed^Drûx, qui constitue la seconde partie 
de l'ouvrage, apporte également une riche contribution à l'histoire 
de la contrée. — P. 137-144. La division géographique a beaucoup 
changé depuis l'antiquité. Il n'est pas exact d'affirmer que saint 
Jérôme s'est trompé en traduisant « Golan in terra Batanaea »; cette 
localisation est littéralement copiée de ]UDa iStl ^^ Deutéronome 
IV, 42, répété dans Josué, xxi, 27. Aux époques antiques, tout le 
territoire situé entre la Damascèneet le Galaad s'appelait en hébreu 
Rks/ùi qn^K dont sens probable est «lieu de pAturage, de trou- 
peaux » ; cf. l'assyrien Imsù, «possession en bétail». Le nom 
araméen de cette époque nous est inconnu. Les versions judéo- 
aramennes qui ne sont pas antérieures à l'époque romaine rendent 
îca V^^ Tano 3fafïKln; est-ce une altération de lona = A"^^^<u«i ou 

bien le nom d'une capitale momentanée, et spécialement de la ville 
de Mot ha ou Mot fia na, nous ne nous chargeons pas de le décider faute 
d'informations suffisantes. La forme grecque fait même suggérer la 
question de savoir si nous ne devons pas la ramener à un type sémi- 
tique commun '^0:1, « ventre, intérieur «. auquel cas le mot, malgré 



BIBLIOORAPHIB 1 83 

l'arabe !j;j^» n*aurait aucune atttache à Tanoien BAéàn. En tous cas 
les auteurs me semblent être dans le vrai en repoussant la forme 
EoMaia introduite par Waddington à côté de Zouucaia qui est bien le 
éaqqâ (\jiJL] moderne.— P. 147. n»8. NiM^^Oicf;) niMc[7v]»o(ç) ; lire simple- 
ment MoirXio(ç) = MoçXtoç — o^Ssn (prob. mSsD, Cl.-G.) RE8I, p. 28. — 
P. loi. ANAAH02 est p.-êt. une transposition de AN ANAOI =: );|jy ; le 
fae-similé ofâre lANAANOZ = M3n3^ " (^^ Dieu) nous procurera le repos » , 
ou plutôt t reposant {x\^ z=f^)». — P. 155. XiiiXoc est iSVD- — P« 168. 
Lire i^Sm* — P- ^"^^i ^ote 1. Les équations proposées : vgfY} *= iWTi 
MlOnr? ^^tm^MlMi^^^PO^^®^^ ^^ anachronisme paléographique: 
Au moment où les Hébreux reçurent de la bouche des indigènes la 
forme «tyit ^^^^ 7^ ^^^ ^^ peuvent pas avoir entendu prononcer 
MlVPTIt niais H^lVrW» ^^ dentalisation du t on araméen étant posté- 
rieure à l'époque perse ; aTTH ^^^ ^^^^ ^^ même cas : il faudrait 
ou aiTHl ou arrrti ; c*est dire que Vf est un mot signifiant a suffisance, 
quantité » ; cf.7, ii, tj, et non pas le relatif araméen de date récente. 

— P. 172. Intéressante restitution de Malichos IV comme dernier 
roi de Nabatène, vers 96-106. — P. 187. itroiM ®st le talmudique 
•1001 nWlM * bois de lit, couche », de là c sarcophage ».— m')OTtS 
^^^M i tlttt n f < ^ Dhu-âarà et à Sarit, dieux [bons?] », non « à Dhu- 
Sarà et le reste des dieux » ; le nom commun rf**)MV) * reste » se 
rattacha toujours à Tidée d'une quantité diminuée ; ici on aurait 
amSm WwWy * ^ Dhu-âarà et aux autres dieux ». — P. 211-214. Le 
culte de Mercure est souvent mentionné dans le Talmud ; les voya- 
geurs ramassaient sur leur route des pierres et les vouaient à Mer- 
cure iiyhtffych ]M P11T)> qu*ils honoraient comme le protecteur des 
routes. J'ai peine & croire que le Mercure de la bourgade (xttpu)) de 
Xa^M^ (aujourd'hui )Iam) ait le moindre lien avec le lQf\ ^n phéni- 
cien. — Le nom divin laat^a, dont Titos était le prêtre (Titoç ctpcuç 
lau^a) se rapproche curieusement du dieu Iicu^ qui fait partie de la 
théogonie de Philon de Byblos ; notre inscription aurait ainsi con- 
servé la trace de deux divinités phéniciennes. Du reste, le nom de 
Titos a été aussi porté par un docteur talmudique. 

Les index, les planches et les nombreuses figures intercalées 
dans le texte ajoutent à la valeur du volume splendidement édité. 

Ignazio Guidi, « Qènë » o inni abissini (extrait des Rendiconti délia 
Reale Accademia dei Lincei). Roma, 1901 ; in-8<^. — Le même, 
Vedàsg Miry&m^ VedOsë wagënai, texte éthiopien, 42 pp. in-18o. — 
Conti Rossini, Noteper UstoriSL letteraria abissina (extrait des 
Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei). Roma, 1900; 
79 pp. ln-8o. 

Les publications susmentionnées de M. Guidi nous font connaître 
plus intimement l'esprit de la liturgie abyssinienne. La première 
offre quelques spécimens de la classe spéciale des courtes hymnes» 
sorte de «nx^sp qui sont composées et chantées par le dabtarâ après 



184 RBVUE SÉMITIQUE 

avoir récité quelques versets de psaumes. Plusieurs de ces impro- 
visations sont vouées à Toubli ; les meilleures sont mises par écrit 
et données entre les mains des jeunes gens qui aspirent à devenir 
dabtaràs et à composer eux-mêmes des qenê analogues. Le savant 
éthiopisant énumère 10 espèces de qenê qui se distinguent par un 
nombre déterminé de versets. L^ordre des offices, de la psalmodie 
et des hymnes des divers jours qui sont en usage dans l'Eglise 
d'Abyssinie étant presque inconnu en Europe, le monde savant 
recevra avec satisfaction ces substantielles notices que Tauteurdoit 
au dabtarà Kfifla Giyorgis lorsqu'il séjournait à Rome. Chaque petit 
texte est accompagné d'une traduction italienne dont il est inutile 
de relever Texcellence. La seconde publication de petit format est 
destinée à servir de lecture aux élèves. Elle contient un extrait 
d'hymnes à la Vierge pour chaque jour de la semaine, puis un 
hymne plus long où la Vierge est invoquée sous l'épithète de • Mère 
d'Adonai ». 

Sous le titre modeste) de notes, M. C. Conti-Rossini nous donne 
un résumé plein de faits de la littérature éthiopienne depuis son 
début appréciable jusqu'au xvii* siècle, à partir duquel, grâce aux 
controverses entre les monophysitesetles jacobites, l'ancien gue«ex 
a cédé la place au dialecte populaire dit amharique ou amarigrut. 
Les archives d'Aksum dont parle la légende se sont perdues et on ne 
connaît de l'ancienne époque que les fameuses inscriptions d^Aksum 
et celle de Matarà. L'histoire littéraire d'Abyssinie s'ouvre avec le 
christianisme qui fut introduit dans le pays par des missionnaires 
gréco-syriens dont le plus célèbre est Frumentius A ses débuts 
l'Église abyssinienne s'est servie du texte grec des Septante ; cent 
ans plus tard des moines syriens, favorablement accueillis à la cour, 
traduisirent en éthiopien le texte grec de la recension syro-orientale 
qu'ils avaient apporté avec eux. Les premières traductions eurent 
pour objet les quatre Évangiles; le reste de l'Évangile ainsi que 
les livres de l'Ancien Testament y furent ajoutés plus tard. 
M. C. Rossini rejette avec raison les traditions indigènes sur ce 
sujet, traditions inventées à l'effet de soutenir la pureté du texte 
éthiopien. A la même époque appartiennent aussi les versions gucez 
de plusieurs apocryphes dont l'original n'existe plus, au moins dans 
son intégralité, comme le livre des Jubilés (JFCu/^/é), du Pasteur 
Hermàs, du livre d'Uénoch, l'Ascension dlsaîe, curieux mélange 
de légendes juives et chrétiennes, etc. D'autres apocryphes furent 
traduits dans la suite, le Siracide est probablement un des plus 
tardifs de cette période, vers 676. Avec le xiii* commence une 
nouvelle époque littéraire, lorsque la dynastie énigmatique des 
Zagîié fut remplacée par une prétendue dynastie salomonienne . 
Il y eut une floraison considérable de traductions d'ouvrages 
grecs et arabes d'ordre homilétique et ascétique, notamment les 
Vies des «aints. les martyrologes, etc.. parmi lesquels se distingnent 



BIBUOOBAPHIB 1 85 

pat leur valeur historique les ouvrages composés par le roi Zarëa 
Ya«èqob au zv* siècle et où on voit émerger pour la première fois 
Tacousationdu meurtre rituel lancé contre les juifs, probablement une 
importation européenne. Les meilleures productions de ce siècle et 
du suivant sont les Chroniques de certains rois, comme Ba«eda-Mâ- 
ry&m» Galawdéwos, Susenyos, etc. La guerre contre Gragne a trouvé 
un historien de l'œuvre de qui il ne 8*est malheureusement conservé 
qu*un maigre résumé. Comme on voit, les productions vraiment origi- 
nales sont d'une rareté fâcheuse ; l'avenir montrera si la littérature 
amharique, encore embryonnaire aujourd'hui, aura une destinée plus 
brillante. M. C. Rossini a considérablement rehaussé l'utilité pratique 
de son savant aperçu par une liste alphabétique de tous les 
ouvrages éthiopiens qui sont conservés dans les grandes biblio- 
thèques de l'Europe ; c'était jusqu'à présent un desideratum dont 
l'inconvénient était fortement senti par les orientalistes. 

Bibliothèque de VÉcole des Hautes-Études publiée sous les 
Auspices du Ministère de l'Instruction publique, Sciences philo- 
logiques et historiques. 130* fascicule ; Textes religieux assy- 
riens et babyloniens^ par François Martin. Paris. Librairie Emile 
Bouillon, éditeur, 1900, 143 pp. in-8«. 

Cralg a publié en 1895 un premier volume de textes religieux 
assyriens et babyloniens, puis un second volume en 1897. C'est de 
ce second volume que M. F. Martin a fait l'objet de sa thèse pour 
Tobtention du diplôme de la section d'histoire et de philologie de 
rÉcole des Hautes-Études. 8a transcription repose sur une revi- 
sion des textes au British Muséum ; la traduction et le commentaire 
constituent l'œuvre propre de l'auteur. L'ensemble contient les 
textes de xxi planches cunéiformes précédés d'une introduction 
de 21 pages et fournissant des considérations générales sur la 
nature des hymnes y compris et le caractère général de la religion 
assyro-babylonienne relativement au monothéisme hébraïque. L'in- 
troduction se termine par les remarques relatives è la oonstruction 
des hémistiches dans les morceaux poétiques. On voit que l'auteur 
a su tirer grandement profit de ces documents difficiles et souvent 
très mutilés; la sobriété des remarques est également à louer. 
A l'inverse de plusieurs assyriologues de fraîche date M. Martin 
se garde de se lancer dans des spéculation à perte de vue et sa tacite 
suppression du « sumérien » est de bon augure pour l'école fran- 
çaise d'assyriolog^e. Nous recommandons les remarques suivantes 
à l'attention du sympathique auteur. 

P. X. Rien de plus vrai que l'énumération de la tablette publiée par 
Pinehes qui rattache le nom de Marduk à d'autres divinités est sans 
importance théologique ; mais cela va de soi et la difficulté appa- 
rente a sa source dans la traduction inexacte de Téditeur. Dans 
cette tablette l'idéogramme de Marduk est simplement l'équivalent 



1K6 REVUE BÉmnQUB 

de bêlu, c seigneur, chef suprême »« ainsi : Ninip est le chef suprême 
des Alli (sorte de démons) ; Nergal est le chef suprême de la guerre 
(ia qabli) ; Zagaga (?) est le chef suprême de la bataille (&a têhati); 
Bel est le chef suprême de la souveraineté et de la domination (êa 
bêluti ù mitiukti) ; Nabium est le chef suprême des gains ( » protec- 
teur du commerce, éa nikasi) ; Sin est le chef suprême qui éclaire 
la nuit {munammir musi) ; éamaâ est le chef suprême des juge- 
ments équitables {éa hinâti); Ramman est le chef suprême de la 
pluie (ia zunni); des attributs propres à Marduk même il n'est pas ques- 
tion dans cette partie du texte.— P. xvii-zviii. II est regrettable que 
Tauteur n'ait profité de mes notes sur l'inscription H de Zindjirli 
où l'admission des Âmes des justes dans le cortège des grands dieux 
est formellement annoncée, et il y a longtemps que cette doctrine 
a été signalée par moi dans les textes assyriens (Mélanges de critique 
et d'histoire, 1883, p. 365-380). Que cette connaissance de Tau delà 
ait été insuffisante et qu'elle ait été mieux éclairée dans les époques 
suivantes, cela me parait bien contestable. J'ajoute que la croyance 
à la corrélation du péché et des afflictions temporelles est aussi 
vivace dans le christianisme que dans le judaïsme ; autrement les 
prières publiques aux temps de détresse ou auz*occasions solennelles 
n'auraient aucune raison d'être. Le logion relatif à l'aveugle de 
naissance est un excellent renseignement sur l'état d*àme de son 
auteur : pour être un enseignement il lui aurait fallu une portée 
morale. — P. xix-xx. L'auteur, très équitable pour la moralité 
assyro-babylonienne, semble plus sévère pour celle du Lévitique, 
comme si dans les deux cas les auteurs n'appartenaient pas à la 
classe sacerdotale. Le iv« chapitre du Lévitique n*a trait ni c sur- 
tout» ni «exclusivement» ké^es fautes rituelles; ce sujet est traité au 
chapitre v, mais il s'agit uniquement de fautes morales commises 
inconsciemment, les mômes que le psalmiste de l'exil appelle : c les 
fautes cachées»; les infractions cérémonielles n'existant plus durant 
la captivité, il ne peut s'agir que de la violation du Décalogue (Isaie, 
Lvn, i5-Lix. — P. 2. Ana nannar ilâniy « au Nannar (= Illuminateur) des 
dieux ( = Sin) », a. L d. « à la lumière des dieux ». — .Malikat, • reine, 
maîtresse », a. 1. d. < mère ». — Muaddat, « qui rend sage >, a. 1. d. 
«qui affermit». — Appu, c face, surface », a. 1. d.c sommet ». — P. 10. 
Çimitti c liens », a. l. d. « Joug ». — Apsansu, « son joug »,a.l. d. « ses 
liens». — Mudaku est une forme impossible, il faut probablement 
transcrire pa daku = padaku; la phrase signifie : c mes transgres- 
sions (meshiruti de «^no) j^ Q^. P^is pas]les avouer ( =. détailler) ». — 
P. 14. Çihrakuma ahtati, « je suis indigne (m. à m. c je suis petit » = 
héb. inaiap^ j*&> péché », a. 1. d. « quand j'était petit, j'ai péché ». — 

P. 20. Traduire mamtt par c imprécation, malédiction » (héb. nSll)» 

non par « incantation •.-^Silakki, « camp, champ de bataille », a. 1. d. 
« anéantissement (?!». — Kibima mamit murfi, etc., c parle et Timpré^ 



EmUDORAPHIK i 87 

cation (oau8e)de la maladie... [s'en ira] », a. 1. d. c prononce la conju- 
ration de la maladie, etc. • . -^ larhu, « bassin i , plutôt qu' c étangt . -^ 
P. 52. Ana, nûri atmama, • je parle (je m'adresse) à la lumière ir et 
ainsi de suite, a. 1. d. « par la lumière, je le jure, etc. ». — Ana 
matnit ilquninnima pitum-inniy a à Timprécation qui m*a saisi 
(si(qutmma)[jedi8] {ssatma sous-entendu) : délivre-moi ».— P. 55; 
Gomment tfumaqaiana peut-il signifier « ce dieu fidèle »?— P. 60. 
Kalitu^ c reins », héb. mS^. — P. 65. L'auteur a oublié de mettre 

deux fois le mot « sumérien » entre guillemets. — P. 69. La lecture 
ilhurra,ipays de derrière, de l'ouest «, pour la Syrie, est fondée sur 
Tétymologie du mot(*)nM) > ^^^ région céleste ne porte dans aucune 
langue le nom d'un pays limitrophe, encore moins d'un pays 
éloigné. — P.74.Rapsâ,«la terre vaste, étendue», a.l. d. cespace ». — 
P. 104. MartUy « fiel », non c foie ». — Je tiens à faire remarquer que 
bon nombre de ces corrections concernent des interprétations cou- 
rantes chez les assyriologues, et qu'elles ne sont pas particulières 
à l'auteur de ce travail en somme très estimable. 

Ariatoteles bei den Syrem vom v-viii. Jahrhundert Syrische 
Texte^ herausgegeben, ùbersetzt und untersuoht, von Dr. A. 
Baumstark. ËrsterBand. Syrisch-arabiache Biographiendes Ans- 
toteles, Syrische Commentare zur ElSArnra des Porphynos, 
bearbeitet von Dr. Anton Baumstark. Leipzig. DruokundVerlag 
Ton B. G. Teubner, 1900. Pp. 257 et 61; in*8». 

Ceux qui abordent sérieusement l'étude des œuvres marquantes 
de la philosophie arabe n'ont pas seulement à vaincre l'énorme 
difficulté résultant d'une foule de termes techniques peu dé* 
finis, ils sont encore forcés de se demander si les théories qui 
s'y trouvent exposées émanent directement ou indirectement de 
sources gre($ques. Pour l'histoire de la philosophie grecque et de 
sa propagation en Europe, la solution de cette question est d'une 
importance sans égale. Or, il est absolument prouvé aujourd'hui que 
les Syriens furent les plus anciens intermédiaires entre la science 
des Hellènes et le monde de l'Islamisme. Dans la majorité des cas 
sinon dans tous, les traductions arabes d'ouvrages grecs ont été 
laites sur des versions syriaques. Pour l'histoire du système d'Aris- 
tote en particulier la connaissance exacte de ces premières versions 
est tout & fait indispensable. Déjà en 1852 E. Renan avait reconnu 
dans les restes littéraires de l'aristotélicisme syriaque l'objet de 
tout ce problème historique. Son programme pour faire aboutir les 
études syriaques à ce résultat désirable qui est tracé de main de 
maître n'a malheureusement pas eu de suites pratiques. C'est ainsi 
que malgré les nombreuses éditions qui ont enrichi la littérature 
syriaque dans les dernières années, cette branche d'histoire litté- 
raire compte peu d'essais de grande envergure. L'ouvrage de Hoff- 
mann : De hermeneuticis apud Syros Aristotelis, Lipsiœ, 1869 



188 REVUE SÉMITIQUE 

(2« édition, 1873) harmonise seul, de la manière la plus heureuse, 
les recherches en détail avec une édition. modèle et traduction de 
nouveaux textes. M* le D** Baumstark suit en gros la même méthode. 
Après quelques hésitations il s'est décidé à réunir, non ce que 
quelque Syrien particulier ou quelque école syrienne déterminée 
a fait pour le domaine général de la philosophie aristotéli- 
cienne, mais ce que la totalité des travaux des anciens Syriens 
a fait pour telle ou telle partie du système en cause. De cette 
manière chaque volume forme un ensemble clos en soi ; Féclaircis- 
sement successif de ces problèmes intéressants procure chaque 
fois une satisfaction parfaite à Tesprit du lecteur qui n*aime pas les 
emboîtements calcul^ des dramaturges dans Thistolre littéraire. 
Il faut également louer le savant orientaliste d'avoir renoncé à cette 
tunique de Nessus de la version latine pseudo-cicéronienne que 
beaucoup d'éditeurs de ces sortes d'ouvrages traînent bénévolement 
devant le regard étonné du public studieux. Le temps des corpo- 
rations fermées est passé et le vrai progrès ne peut se réaliser qu'au 
moyen de la langue vivante. Je trouve la traduction allemande aussi 
claire que possible; j'ai cependant à redire sur un point et c'est là, 
je le sens, la petite chicane obligée de la part du recenseur. Je suis 
convaincu qu'avec une légère modification l'emploi de phrases 
grecques pour compléter les phrases allemandes, mélange qui donne 
à la traduction un aspect d'étrange bigarrure, aurait pu être 
évité. Les correspondances grecques auraient pu être placées en 
notes au bas des pages, en même temps que le mot à mot de cer- 
taines tournures obscures ou forcées du texte syriaque, dont les 
termes techniques auraient trouvé leur place entre parenthèses. La 
nationalisation de ces fortes et profondes acquisitions d'un génie 
étranger est le résultat d'un effort intellectuel qui mérite tout 
l'intérêt de l'historien. Mais, ainsi que je viens de le dire, c'est une 
petite chicane de pure forme. En ce qui concerne la disposition 
des sujets à traiter, il est évident que la priorité devait être accordée 
à la biographie du grand philosophe dont les ouvrages sont devenus 
la source la plus pure de la science chex les Orientaux. Ck>nformé-> 
ment à son plan, l'auteur aurait pu strictement s'en tenir aux 
données fournies exclusivement par la littérature syriaque, il a 
préféré englober aussi tout ce que les Arabes ont écrit sur ce sujet 
et on ne peut le trouver exorbitant en sachant que ces données 
arabes reposent elles-mêmes sur une base syriaque. Personne 
ne se plaindra d'une digression aussi instructive non seule- 
ment sur la vie vraiment historique du héros, mais aussi sur les 
légendes populaires qu'il a fait naître dans la moitié de l'Asie. Ces 
biographies syro-arabes comprennent les trois parties suivantes : 
1* Ptotemaios Chennos traitant la biographie,lete8tamentetla liste 
des ouvrages; ^ TAnonyme d'I^baq ibn Hunain; 3* l'Anonyme 
d'al-Rixi. Dans la seconde partie de son livre. M. Baumstark nous 



BIBLIOGRAPHIE 1 89 

présente les commentaires syriens sur l'Em^trpi de Porphyrios, 
comprenant: 1« le commentaire de Prôbà; 2o le commentaire de 
loannes Philoponos, comparé avec des fragments du Vatican, Sté- 
phanos d* Alexandrie dans les dialogues de Severus bar Sakkù, et le 
Liber definitionum de Bàzùd ; 3<* commentaire de TAnonymus Va- 
ticanus; le tout est accompagné des textes syriaques. Plénitude, 
exactitude et saine critique se combinent ici dans un degré émi- 
nent. L'histoire littéraire de Taristotélicisme en Orient possède 
maintenant une base solide sur laquelle elle verra bientôt«s*élever 
les autres parties de Tédifio^ si heureusement inauguré par 
M. Baumstark. 

Hs' Alphonse Chabot, Grammaire hébraïque é^ëmentatre, cinquième 
édition, revue, corrigée et augmentée. Fribourg en Brisgau, 1900. 
B. Herder, libraire-éditeur pontifical, 117 pp. in-8<». 

Depuis neuf ans que la Revue Sémitique ejctste j*ai eu le profond 
regret de ne pouvoir annoncer que les grammaires hébraïques 
publiées en Allemagne et quelles grammaires? chefs-d'œuvre de con- 
cision et de solidité scientifique qui, par une méthode d'une exposition 
aussi simple qu*habile, revêtent une forme pratique accessible 
même à des commençants peu disposés à des efforts de mémoire. 
Cette bonne fortune de pouvoir enregistrer enfin une œuvre simi- 
laire en France, je la dois à l'obligeance de Mv Alphonse 
Chabot, prélat de sa Sainteté, curé de Pithiviers, qui a bien voulu 
m'envoyer la Grammaire hébraïque élémentaire dont il est l'auteur. 
J'ai appris en môme temps avec un vrai soulagement que cette 
œuvre du savant prélat est arrivée à sa cinquième édition et vient de 
recevoir de notables améliorations. Cela prouve à ma grande satis- 
faction d'abord que le nombre de ceux qui désirent s'initier à la 
connaissance de la langue de l'Ancien Testament va en s'augmen- 
tant, ensuite que le besoin d'avoir des notions plus étendues de 
l'hébreu se fait de plus en plus jour dans les cerôles ecclésiastiques 
de notre pays; besoin qui, par une heureuse répercussion sur les 
hébraisants compétents et en première ligne, sur M*' Cha- 
bot lui-même, finira de doter la France de manuels scolaires qui 
soient au niveau des publications analogues qui voient le jour dans 
les autres pays. Nous fermons ce petit livre commode et instructif 
en félicitant le savant auteur de ses persévérants efforts pour l'édu- 
cation scientifique de la jeune génération française. 

Voici quelques indications que nous recommandons en vue de la 
6* édition. 

P. 19. La transcription de n» Vi p» Vi par J^, ^, q, s doit être géné- 
ralisée ; il faut donc écrire qame#, fêrê, hireq, iolem, jsoureq, pata^, 
iaiouphf etc., au lieu de kamets, tsêrê, chireq, cholem, sc/ioureg, 
l>atac/i, chatouph^ etc. ; le q correspond à f et le n au f simple; le^ 
est le w anglais; le v n'existe pas dans les langues sémitiques. — 



^90 RKVUK SÉMITIQUB 

La f^ final ne doit figurer dans la transcriptiou que lorsqu'il est 
pourvu du point qui lui décerne la valeur d'une consonne. *» P. 4$* 
Wn O'W '^'®®* P*® hébreu; corriger g^m, etc. — P. 46. Corriger 
^, 'âvên, en ]yf, *âwen.— Ecrire rrmn rpr\n au lieu de i«mt ilt^- — 
P. 47. Écrire nV-JjfÇ au lieu de jjtS;j r^feQ. — -Qrip ^, mieux Sm 
;uann. — p. 48. Le verbe xTYi ue peut avoir Dieu pour complément 
direct ; il faut donc écrire ^rtlsSo TOIV» WH au lieu de ypg^n WM- — 
P. 60. Un pronom ^k» • moi », n*a jamais existé dans les langues 
sémitiques. Dans InSçp 1^ ) seul indique la première personne ; 
le n est dû à Tanalog^e avec la forme de la 2« personne riVpP- — 
P. 99. La forme primitive de Farticle hébreu n'est pas Shi mais an ; 

cela a été prouvé par deux dialectes arabes dont j*ai déchiffré récri- 
ture. — P. 120. Corriger rùs en naD- 

Isidore Lévy, Sur quelques noms sémitiques de plantes en Grèce 
et en Egypte (extrait de la Revue archéologique). Paris. Ernest 
Leroux, éditeur. 4900. 

M. Isidore Lévy aime avec prédilection les petits problèmes gréoo* 
sémitiques. Le commerce de Rome et du monde hellénique abon- 
dait de produits qui venaient de l'Asie antérieure avec leurs noms 
natifs. Étudier ces noms dans les littératures classiques et égyp- 
tienne, leur restituer leur forme et les signaler s*il est possible dans 
la littérature de leur pays d'exportation, voilà Tobjet de la brochure 
susmentionnée, limitée cette fois à quelques noms de plantes, sans 
aucun doute comme simple spécimen d*études plus étendues. 
L'article consacré à la plante résineuse qui porte en grec le nom 
de «C^ov, oCXffiov ou éXMfVi est un modèle d'érudition et do solidité* 
Toutes les sources sont relevées et examinées aussi bien au point 
de vue botanique que philologique. Après avoir établi l'espèce et 
la provenance de divers m'Xmov qui se vendaient au marché de Rome» 
M. Lévy arrive à celui de Syrie et rappelle avec raison l'existence du 
StXiciov 5p6c au-dessus d'Antioche. Ainsi que je l'ai prouvé à diverses 
reprises, cette région de la Syrie septentrionale était restée un pays 
sémitique jusqu'à l'arrivée des Grecs. Tout indique donc que le nom 
àe cette montagiié remonte aux habitants primitifs du pays ; la 
désignation de territoires tirée do noms de plantes abonde dans 
Tonomastique géographique des Sémites. M. Lévy rapproche, je crois 
heureusement, «îXfftovdela plante nommée sallapanu dans les textes 
assyriens. Le même nom se retrouve dans la Cyrénaîque dès le 
VI* siècle avant l'ère vulgaire où il a donné lieu à l'expression pro- 
verbiale Barreu otX^iov. En ce qui concerne le nom de Sirpe que les 
auteurs romains donnent au silpion de la Cyrénaîque, j'incline à y 
reconnaître le mot néo-hébreu i^^, « résine aromatique », qui devait 

aussi exister «n phénicien. MoTu^cfi, « certains organes du silpioa », 
on une plante analogue, parait représenter le participe passif «mp, 

« sarclé, cultivé ». Les étymologies proposées par M. Lévy pour lès 



BIBLIOGRAPHIE 191 

plantes nommés MaairiTcv, liam et celle qui est mentionnée dans un 
passage du Voyage d'un Égyptien sous la forme de Asbouloulou, 
ré{K>ndant respectivement à m^iQfde j^gr, « résine, poix »), h2D>D 

• 

(aas. êiêanu) et ViSsjD» '^^î^^oloche », réclament encore plus de 

certitude. Enfin, sa correction du nom d'arbre lu lahlana en carac- 
tères hiéroglyphiques en da&rana = as. dapranu est des plus ingé- 
nieuses et restera dans la science. 

W. Muss-Ârnolt. The Urim and Thummim. A suggestion as to 
their original nature and signification (Extrait de l'American 
Journal of Semitic languages and literatures. Chicago, 1900. 

Dans la bibliographie du précédent fascicule de cette Revue, 
nous avons eu Toccasion de prémunir les jeunes assyriologues 
contre Texplication prématurée par des notions encore peu claires 
delà religion assyro-babylonienne des termes .techniques du rituel 
lévitique de la Bible. Plus haut j*ai môme consacré une étude 
particulière à ce sujet afin de faire réfléchir 1res esprits sérieux qui, 
adoptant les conjectures de certains assyriologues comme des 
vérités démontrées, sont souvent portés à en faire la base d'une 
science religieuse nouvelle. Le résultat auquel M.Muss-Arnolt arrive 
aa sujet des mystérieux Urim et Thummim est selon moi aussi 
peu admissible que celui de M. Paul Haupt, mais l'étude même du 
premier savant mérite une mention spéciale et des plus honorables 
pour Vérudition et la sagacité de l'auteur. C'est une monographie 
pleine de faits instructifs. Rien de plus curieux que cette masse 
d*opinions relatives à l'interprétation de ces deux mots hébreux et 
des passages qu'on suppose les contenir. La citation textuelle des 
textes cunéiformes qui font l'objet de la comparaison des concep- 
tions religieuses est également à louer^ car tous les assyriologues 
ne sont pas assez fortunés pour posséder dans leur bibliothèque la 
série complète des publications qui les contiennent. Mais l'appré- 
ciation détaillée doit être réservée pour l'étude commencée plus 
haut. Inutile de répéter ici ce que j'ai dit au sujet des mots ")V{|, 

n08> JVyiSi (DW) ^^an* qu'on veut faire venir du babylonien. Je ne 
crois pas non plus que le mot uwiifj (Isaie, XLVii, 13} doit être 
biffé par la seule raison qu'il fait défaut dans la version des Sep- 
tante ; enfin, la conjecture que l'expression iQrin (^^ Samuel, xx, {%) 
se rapporte à la consultation des Urim et Thummim (Haupt) manque 
de tout fondement. La situation est comme il suit : Joab voulant 
s'emparer du rebelle âeba<: pour le mettre à mort fait le siège de la 
ville d'Abèl où ce dernier s'était réfugié et se met en mesure d'en 
démolir le mur d'enceinte. Pour détourner le danger qui les me- 
nace, les habitants envoient une messagère auprès du général de 
l'armée assiégeante. La femme accomplit son mandat d'une ma- 
nière très spirituelle. Quand Joab eut promis de l'écouter, au lieu 
de faire un discours suppliant, elle juxtapose sans aucun lien 
grammatical deux adages populaires qui, dans l'occasion, devaient 
faire sur l'esprit du guerrier l'effet de deux devinettes ; puis elle 
en donne l'explication dans un ordre inverse, combinaison habile 



192 annic sémitiqub 

qui renforce encore le but vrai qu'elle veut atteindre et consistant 
à insinuer à son auditeur qu'il vient de commettre deux fautes 
graves en attaquant la ville sans sommation préalable^ et en met- 
tant en doute la fidélité dynastique de ses habitants. En figurant les 
problèmes du verset 18 par a et B et les solutions correspondantes 
du verset 19 par a et b on a le schème suivant : 

Proverbes Explication d*actualité 

A. ■ On parle d'abord ^ si on 1 1 &. « (Âbél dit : ) Je suis parmi 
veut dire (quelque chose) >. » W les plus paisibles des villes fidèles 

y d'Israël ». 

B. Quand on demande un con- I a. «Tu cherches àanéantir une 
seil aux gens d' Abél on les trouve II métropole d'Israël ! Pourquoi dé- 
toujours sincères '. » i Itruis-tu l'héritage de Yahwé ? » 

Ces durs reproches auraient certainement coûté la vie à un 
messager; venus de la part d'une femme, Joab» rentré en lui, com- 
prit la leçon et fit des excuses (versets 20-21). 

C. Livias, Oîi the Etymology ofthe terme ^Séfi^â (Extrait de l'Ame- 
rïcan Journal of Philology. Vol. XVI, n« 1). Baltimore. 
Dissertation intéressante sur l'origine du point -voyelle hé- 
braïque nommé communément mIZ/* L'auteur montre avec raison 

que la forme la plus ancienne était rcxW^ mais au lieu d'y voir une 
abréviation araméenne de jnV' = ^^- ^^f^^, « repos», c'est-à-dire 

« manque de voyelle », l'auteur le fait venir de n^i m*pf formation 

fautive de an^), « rester, s'arrêter ». Les raisons données sont insuffi- 
santes pour amener une décision tranchée. Le passage cité de 

Sarùq : niDs QTW^ ^£3 ]wSr\ nxnxS ?im vfsn itwsta rtwwn Sa 

\Vth2 \M^Ty\ signifie : a Toutes les consonnes (du texte biblique) 

doivent porter un dageè (point indiquant la prononciation dure ou 
redoublée) ou un mphè (trait indiquant la prononciation aspirée ou 
simple) pour la clarté de l'expression, selon leur prononciation 
réelle et la place qu'elles occupent dans les organes de la parole > 
(mot à mot : « selon leur mobilité dans la bouche et leur place dans 
la langue »). Les antithèses parallèles XSV\ ^^ n9*l d'une part, n^SH ^t 
aVIQ de l'autre se rapportent uniquement aux consonnes, s toutes 
les consonnes de l'alphabet (ni^nlMn Sd^» ^^ n'est pas question 
des voyelles. Si Tancien grammairien avait voulu y faire allusion il 
aurait écrit simplement : ]avriQ*1 DDSTXI >9d- La proposition ainsi 
formée serait d'ailleurs absolument fausse, car la qualité delà con- 
sonne ne dépend pas de la voyelle qui lui sert de motrice. 

J. Hal êvv. 
^- nfflMtia* ^^' 1 Hois, XVII, 13. 

2. Proverbe basé sur l'usage fréquent de la locution ^OmS 131* 

•• . 

3. TOm ]31î pour *p' cf* Exode, i, 12; après tOnn »^ ©st sous-eoteoda 
le complément direct OiTtUT- 

VÈditeuT-iiértLni : E. Lbroox. 

Pmrû. '— ImprimMie G. Mturin, 71, ru« d« Ktanc». 



E SÉMITIQUE 

ET D'HISTOIRE ANCIENNE 

ERCHES BIBLIQUES 
s nuptiaux des Cantiques. 

{Suite). 



î », équivaut à i^yt^, « mes cheveux » (10). 
à la fois la tunique portée par les hommes 
!S (Il Sam., xiii, 18). 
et, treillis » (Isaïe, xix, 9). — L'expres- 
]ue l'idée de pitié et de compassion > 

es, boutons n, de çq, « main, poing >, — 
l'arabe^, c ambre >. 
ler, se dérober » (cf. Jérémie, xxxi, 22). 
« quand il parlait > , ne convient guère dans 
se de lire tt3j»3, « quand il partit i. 
est ici une métaphore pour «rosée» qui 
îéleste. — nX^D synonyme de nxbo> 
lierres précieuses » (Exode, xxviii, 17). 
j sens de • parterre de fleurs », de ÎJ^J, 

le métal ou d'ivoire > forme l'unité nu- 
2^W, as. istennu, t un i. Par niyo, « in- 



I 



19i REVUE SÉMITIQUR 

testins > il faut entendre la partie du corps qui les contient, le 
ventre, le tronc ». Chap. vi, 2. Le verbe nwn^ semble 
exiger ici un coinplément direct suivant Tanalogie de t9pbb> 
D^JBHiy» J® suppose que q^jj^ est une altération de Q^nj 
« chevreaux p. On pourrait aussi rétablir n^3J3 mxi^i 
a pour contempler les vignes >, ce qui conviendrait encore 
mieux au sens du verset. 

XV 

Compliments d'un nouveau marié à sa jeune épouse. Ce chant 
nous est parvenu dans un état très fragmentaire. Nous n'en 
avons qu'un verset et demi du commencement et trois versets 
de la suite. Tout ce qui se trouve entre 2 a et 8 est un extrait 
de IV9 1 6-3, mis en ce lieu pour remplir le passage effacé du 
manuscrit. La fin du poème manque également. 

4. Toi, mon amie, tu es belle comme Tirça^ 
Tu es aussi jolie que Jérusalem^ 
Aussi imposante que le drapeau des guerriers. 






5. Détourne tes yeux de moi 
Car ils m*ont ébloui. . . 

(Tes cheveux sont (fins) comme la laine de ces chèvres 
Qui descendent du mont Galaad. 






6. Tes dents sont pareilles à celles de ces brebis 

Qui remontent du lavage, 

Brebis qui toutes portent des jumeaux 

Et ne perdent pas un seul petit. 

7. Tes joues font resplendir leur coloris de grenade 
A travers (ton) voile). 






8. Il y a (au sérail) soixante reines 
Et quatre-vingts concubines 

Et d'innombrables aimées 

9. (Pour moi) ne compte qu'une seule, c'est ma colombe, ma par- 

faite. 
Elle est fille unique de sa jnèro. 
Elle est choyée par celle qui l'a mise au monde ; 
Les jeunes filles qui la voient la félicitent, 
Les reines et les princesses l'admirent : 



REGIietlCHES BIBLIQUBS 195 






!D. Quelle est donc celle qui resplendit comme Taurore, 
Qui est belle comme la lune, 
Éclatante comme le soleil. 
Imposante comme le drapeau des guerriers ? 

4. Tir^a était te château royal de Tancien royaume d'Israël 
(I Rois, XIV, 1 7 ; Il Rois, xv, 1 4) ; Jérusalem est la belle 
capitale (Psaumes, xl, 3) de la Judée: En disant que la jeune 
femme est plus belle que ces capitales des deux royaumes ri- 
vaux, le jeune homme entend exprimer cette idée que la beauté 
de son amie vaut pour lui la possession de ces royaumes. Une 
idée analogue est exprimée aux versets 8 et 9. 

10. L'adjectif Qi}({, f. nO^X? de même que }i{-)ij ne se borne 
pas à la faculté a d'inspirer la terreur d qui épouvante, mais 
aussi celle qui impose la plus haute cousidération par la gran- 
deur et la majesté de sa forme et de ses mouvements. Les dra- 
peaux déployés en tète des divisions guerrières jouissent de ce 
respect intangible qui maintient l'ordre et la discipline des 
troupes. 

XVI 

Un fiancé raconte qu'il a assisté à une petite scène dans 
laquelle sa fiancée avait soulevé Tadmiration générale pen- 
dant la célébration d'une danse triomphale. L'héroïne portant 
le nom de Sulamîte est fictivement identifiée par le poète avec 
la belle Sunamite qu'on avait choisie pour tenir compagnie 
au roi David vers la fm de ses jours (I Rois, i, 4-4). La lé- 
gende populaire donne à cette jeune fille pour père un noble 
judéen du nom d"Ammi-Nadib (famille généreuse) rappelant 
le nom du célèbre Amminadab, père de l'ancien chef de la 
tribu de Judaau temps de l'Exode (Nombres, ii, 3). D'après 
la même légende le héros royal a été entièrement subjugué 
par la grande beauté de la jeune Sunamite. Il va sans dire 
que ce récit est une pure création poétique. En réalité le roi 
David et la belle Snlamite figurent le nouveau marié et sa 
jeune épouse. Ce texte contient quelques corruptions. 



196 REVUE SÉMITIQUE 

11 . Je me suis rendu au bois de noyer, 
Pour contempler la verdure de la vallée, 
Pour voir si la vigne était déjà en fleurs. 

Si les bourgeons des grenadiers s'étaient épanouis ; 

12. Involontairement mon âme m*a conduit 
Vers la demeure d'«Ammî-Nadîb. 

(Sulamite, entourée de la foule, rentre précipitamment chez elle.) 

Le chœur. 

Chap. VII, 1. Reviens, reviens, ô Sulamite ! 
Nous voulons te regarder encore ! 

La jeune fille. 

Que trouvez-vous à voir dans Sulamite 
Au milieu de la danse guerrière ? 

Le chœur. 

2. Que tes pieds sont beaux dans leur chaussure, 
O fille de Nadib ! 

Les articulations de tes hanches ressemblent à des bijoux. 
Faits par une main d'artiste. 

3. Les contours de ton bassin rappellent le bassin de la lune 
Dont le liquide (lumineux) ne diminue point ; 

Ton ventre, une gerbe de froment 
Entourée de roses ; 

4. Tes seins, deux faons, 
Jumeaux de la biche ; 

5. Ton cou une tour svelte en ivoire; 

Tes yeux rappellent les bassins limpides d'Hesbon, 
Sis près de la porte Bat-Rabbîm ; 
Ton nez a la finesse de la tourelle du Liban, >. 
Visible en face de Damas ; 

6. Ta tète brille sur toi comme le Carmel, 

Les nattes de ta chevelure ont l'éclat du pourpre; 
Un roi est prisonnier de tes délices. 

La foule. 

7. Que tu es belle, que tu es douce, 
Fille aimable de délicieuse lignée ! 

Cet épisode a été méconnu par tous les interprètes, y com- 
pris moi-même. La cause première de Terreur réside dans I a 
croyance deux fois millénaire que les éloges de la jeune femme 
sont prononcés par le nouveau marié. Parti de cette base on 
ne trouvait aucun lien raisonnable entre les versets 11 et 1 % ni 



RECHERCHES BIBLIQUES 197 

eotre celui-ci et le verset suivant et, en désespoir de cause, 
on était obligé d'admettre trois lacunes béantes ou ce qui est 
tout un, trois fragments séparés. L^obscurité et Tétrangeté de 
quelques expressions ont provoqué un grand nombre d'émen- 
dations qui ont fini par tout brouiller et ce qui pis est, par dis- 
traire l'attention du sens général du poème. Après divers 
essais de pénétrer cette énigme, ma curiosité a été attirée par 
les trois attributs insolites et cependant du même genre : 
3^^3-^Oy, 3i^3-n2 '®' D^J^JVna» lecture indispensable au 
lieu de Q^j^j^yna- ^^^ pareilles reprises à quelques lignes de 

distance garantissent d'abord l'unité du morceau en son 
intégralité. Puis, l'expression bizarre à première vue, D^^V33» 
m'a convaincu qu'il ne s'agit pas d'un tête -à-tête intimé entre 
fiancés ou époux, mais que les éloges ont été adressés à la jeune 
femme pendant qu'elle se tenait sur une scène ouverte au 
public. La mention du roi amoureux à la troisième personne 
a enfin confirmé la pensée que c'est le public lui-même qui 
prononce ces paroles admiratives. Après cela il était facile de 
reconnaître que le poème s'arrête au verset 7 et aussi d'en re- , 
constituer la répartition exacte entre les personnages qui y figu- 
rent. Le narrateur qui emploie la première personne dans les 
verbes (H -18) est naturellement l'heureux fiancé qui, attiré 
par l'espérance de rencontrer sa fiancée Sularaite, au lieu de 
86 rendre directement dans son jardin, fait un détour pour 
s'approcher de sa demeure. Arrivé près de là, il la trouve au 
milieu d'une foule gaie et en train de danser (2). La jeune 
fille qui s'aperçoit de sa présence, a hâte de se retirer et de 
rentrer chez elle, mais la foule insiste pour qu'elle retourne ; et 
quand, un peu confuse, elle demande pourquoi tous les yeux 
sont tournés vers elle, le chœur éclate en éloges et la foule les 
résume dans un refrain chaleureux . 

Cette interprétation, la seule qui résulte de la facture générale 
et des expressions littérales du poème, écarte à tout jamais 

Pétrange description que les commentateurs anciens et mo- 
dernes ont cru trouver dans le verset 3 ainsi que les remanie- 
ments nombreux entrepris sur le texte traditionnel par le désir 
immodéré d'innovation. 



498 RBVUB 8ÉM1TIQUC 

18. A partir de la première phrase inVT Xb> ^ J® ^^ ^^* 
pas 1) le verset ne présente aucun sens raisonnable. Les Sep- 
tante rendent mot à mot la construction hébraïque et n*ap- 
portent pas le moindre éclaircissement, Luther n'est guère plus 
intelligible dans sa version : c Mon ftme ne savait pas (nVT 
=inVT q^'il m'avait placée sur la voiture d'Amminadib » 
{Meine Seele wuêste es nicht dass et mich %um Wagen Afnmi" 
nadib gesetzt halte). Une tentative de modifîer la lecture mas- 
sorétique se cache dans la Yulgate : Nescivi ; anima mea con- 
turbabit me prapter quadrigas Aminadab^ phrase qui suppose 

'•JDDH/ (de QOB^) au lieu de 'ïjnDîL^ ^^ mDD"Q ^^ '*^" ^^ 
ni331û» mais elle n'amène aucune amélioration. Toute obs- 
curité disparaît quand on corrige ni3DlD ^" rs^2 1113» * ^^^ 

ftme m'a mis (conduit) dans le chemin (dans la direction) de 
la maison d'Amminadib d^ le père légendaire de Sulamite. 
Par Texpression i^nDtZ/» ^^ narrateur annonce qu'il avait le 
pressentiment qu'il rencontrerait la jeune fille. 

1 . L'appel "i^Vtf suppose que Sulamite avait pris la course pour 
s'en aller le plus vite possible et le pluriel, ntnSV Atteste que 
l'appel venait de la foule qui l'entourait. — nbnOD n'offre aucun 
sens ; lire : nbn&l« ' ^^ milieu des danses » ; on peut aussi 
ponctuer D^ano *u lieu de Qijnon î ^' s'agit visiblement de 
danses célébrées après une guerre victorieuse (I Samuel ,xyiii ,6) . 

S. D*i^V33, la chaussure dont il est question en ce lieu est 
une espèce de sandale qui laisse voir le pied. — ;3i^j est la 
forme abrégée de S'i^i^DV» transformation flattée de 3*13^07- 
Au lieu de ^pion» ^^ vaudrait mieux lire ij^^n» ^ '^ '^^"s> 
les cercles » (Exode, xxvii, 10). — D'xbn» • bijoux >, pi. de 
i^n (Prov. XXV, 12). 

3. La ponctuation -]-nt£^* est insoutenable ; une forme y^^^f est 

impossible. Les anciens y voyaient le mot x^^^, « nombril » 
(Ézéchiel, xvi, 14 ; Proverbes, m, 8) ; la lecture yinp ^^^ 

confirmée par Job, xi, 16. Par -j^g^, nom répondant à l'ad- 
jectif araméen Jjiniy, « fort, solide d, est désignée la partie 
du bas«ventre qui est attachée aux hanches, appelée bassin 
à cause de sa ressemblance à un petit bassin ou cratère 



RECHERCHES BIBUQUES 199 

(cf« ali. Becken)\ c'est le contour le plus étroit du corps, 
la ceinture. La comparaison du bassin du corps de la jeune 
fille au bassin de la lune, plein d'un liquide lumineux intaris- 
sable, est une image aussi gracieuse que chaste. L'allusion obs- 
cène que les commentateurs récents s'obstinent à y chercher, 
reste à la charge de leur propre imagination. -|p|Q = ^njj^ = 
ar.-aram. -^;-|2/ ne peut être autre chose que la lune. Ce corps 
céleste consistait, d'après la légende babylonienne que j'ai 
souvent et textuellement citée, en un bassin ou océan lumineux 
qui transportait la barque du soleil couché de l'occident k l'orient^ 
pour qu'il pût recommencer sa course diurne dans la direction 
inverse, j|q désigne le liquide que contient le récipient, sur- 
tout Teau que l'on mêle au vin pour l'adoucir et le clarifier ; 
ce dernier procédé se dit jriS^^Û ^^"^ ^^ langage talmudique. 

La comparaison du ventre à une gerbe de froment (la céréale 
la plus précieuse) fait allusion à la fmesse de la taille, l'attri- 
but € entouré de roses », tout en appartenant à la gerbe, 
marque néanmoins Tincarnat de la peau» 

5» L'image de la tour d'ivoire, ^j^n bnJO> caractérise l'é- 
lévation et la blancheur du cou (cf. iv, 4) ; celle des beaux 
réservoirs d'Hesbon peint la limpidité des orbites oculaires. 
— Il est douteux si Di2"T"n3 ^^^ '^ ^^^ ^'^^ quartier d'Hes- 
bon, ou bien l'équivalent du nom de n^H' appelée Aréopolis à 
répoque grecque, l'ancienne capitale des Moabites. — La proé- 
minence du nez rappelle au poète la tour fière et élégante du 
Liban qui était tournée du côté de Damas, ce charmant jardin 
de fleurs qui mérite encore de nos jours l'épithète de c Para- 
dis de l'Orient » . Le nez court ou plat faisait horreur à notre 
barde. 

C. Le parallélisme ^DlS^-rDJlXS nû'avait donné l'idée que 
par 'joiS *1 fallait entendre le mot écrit ordinairement ^^0^3, 
c cramoisi ». Dans II Chroniques, m, 1i, rojjiK et ^>D-)2 se 

trouvent coordonnés ensemble. Cependant la préposition ni^v^ 

€ sur toi », semble favoriser plutôt l'interprétation courante qui 
voit dans ^013 le mont Carmel, anciennement célèbre pour la 
richesse de sa végétation (lsaïe,xxxv,2); la comparaison vise 
la beauté et la fière attitude de la tête. 



1 



200 REVUE SÉMITIQUE 

n^T, et, const. nb^' * nœud, tresse >, se rattache au néo- 
hébreu et arabe ^^'^^, « nouer, laisser pendre » ; la pourpre, 
m;nX« est le symbole de l'éclat majestueux. 

Il faut également renoncer à Pidée émise par moi pendant 
quelque temps qu'il fallait sous-entendre le mot q^q après 
ÎDJSIXDi * '^ tresses de ia chevelure reluisent comme la (cou- 
verture de) pourpre du coursier du roi attaché aux abreuvoirs d . 
Tout changement de construction doit être écarté ; le texte est 
clair tel qu'il est. Le mot «y'^q commence une nouvelle phrase 

dans laquelle il faut lire n^ûma *^ '^^^ d® D^lûma* C*est le 
roi qui reste continuellement attaché aux abreuvoirs, image des 
délices inépuisables où son admiration se désaltère sans cesse. 
Un ordre d'idées analogue réside dans- la métaphore de la 
€ source fermée » {^yy^ ^j, iv, 12) ainsi que dans celle de la 
source et du puits aux eaux vives (iv, 1 5). 

7. Ce verset résume le panégyrique précédent et est visi- 
blement prononcé par la foule, bien entendu dans l'imagina- 
tion du poète. 

D'après l'exégèse courante, ce verset serait une réflexion 
abstraite sur l'amour et ferait partie du morceau suivant, mais 
une pareille tournure n'a aucune analogie dans nos poèmes. 



XVI 



Dernier rêve de la nouvelle mariée. La semaine des noces 
tire à sa fln. En songe elle se revoit jeune fille et conversant 
avec son jeune berger. Celui-ci lui a fait la proposition passion- 
née de la serrer étroitement contre son cœur. Elle comprend 
la portée de ses paroles brûlantes, mais elle a la force de 
tempérer son ardeur par la promesse qu'elle lui appartiendra 
an prochain retour du printemps. Elle veut que son hyménée 
coïncide avec la saison enchantée et ait pour scène les gazons 
fleuris des vignes en vue des bourgeons épanouis des grena- 
diers. Le berger cède au désir de sa fiancée. Dans l'intervalle 
elle offre à son ami des bouquets de Dudaim et divers fruits et 
exprime le regret de ne pouvoir lui témoigner son amitié ea 



RECHERCHES BIBLIQUES 804 

public et ramener plus tôt dans la maison de sa mère. Â ce 
moment la jeune femme s^éveille et se sent heureuse de se trouver 
à côté de son époux. Celui-ci, .voyant qu'elle se rendort, 
adjure les chanteuses de ne point déranger son sommeil. 
Quand les chanteuses obtiennent la parole, elles entonnent les 
éloges du jeune couple censé arrivé de la campagne où leur 
union s*est accomplie. Un dialogue où les deux époux se 
promettent un amour éternel termine cette belle poésie. On 
voit combien Tévénement banal du mariage a été idéalisé par 
le poète. Le droit marital est remplacé par une demande pas- 
sionnée qui attend une réponse favorable ; T hésitation instinc- 
tive de la jeune fille devant une intimité inusitée est repré* 
sentée comme une exigence de répit de sa part ; la chambre 
nuptiale enfin est transformée en une vigne fleurie et embau- 
mée par le souffle du printemps. Le dialogue final couronne 
dignement cette scène charmante : 

Le fiancé. 

8. Voici, ta stature ressemble au palmier, 

Et tes seins aux grappes (qui le couronnent). 

9. Que je voudrais gravir le palmier, 
En me tenant de ses branches, 

Pour que tes seins me délectent comme les grappes de la vigne, 
Ton haleine comme l'odeur suave des pommes, 

10. Et que tes paroles soient pour moi comme le bon vin 
Qui coule devant les camarades au milieu des chants. 
Vin capable de faire remuer les lèvres des dormants ! 

La fiancée. 

11. J'appartiens à mon ami et me charge de son désir. 
!2. Va, mon ami, partons pour la campagne. 

Passons la nuit au milieu des cyprès ; 
!3. Rendons-nous de bonne heure aux vignobles, 

Voyons si la vigne est en fleur. 

Si les grenadiers ont les bourgeons épanouis; 

Là, je t'accorderai mon amour. 
14. Les dudaîm exhalent déjà la bonne odeur, 

Près de nos portes il y a toutes sortes de fruits exquis, 

5e8 nouveaux et des mûrs. 

Mon ami, j'en ai gardé pour toi. 



S09 RSVUlfi SÉWTIQUK 

9. pQ^o, c branche >, as. êinsinu. — La comparaison 
tSSJn mbDîB'XS comporte l*idée d'agrément. — La leçon 
*lfiK n^l ^^^ acceptée par beaucoup d'exégëtes (Septante 

Q^rfiTi ptvoç 70V ; Luther deiner Nase Geruch) ; la Yulgate écrit 
esthétiquement odar oris lui = -|i|) n>l ; îl f^ut lire plutôt 
IW ni*l9 * ^^ souffle, ton haleine ». 

10. n^n* ^ ^^ palais :d = c ta bouche, ta parole » (Pro- 
verbes, VIII, 7). — L'attribut Q^iiyiob HIlV iblH ^'^^^^ 
aucun sens imaginable. LesSeptante rendent littéralement les 
mots hébreux : Uopeuofievoç r^ àiik^idnf (aov tiç eûSuryjra; la 
Yulgate écrit à coups de divination : dignum dilecto meo ad 
potandum (par réminiscence de Tararaéen >niWDb ^i* ^" ^^'^* 
blissant Qnilb ^^ '^^^ ^^ ^inV» '^ clarté ne laisse plus rien 
à désirer : t le bon vin qui coule agréablement pour les amis > , 
c'est-à-dire pour les camarades réunis au banquet des noces 
(y, 1). Inutile de discuter les traductions des Septante et de 
la Yulgate relatives aux trois derniers mots de ce verset. 

^^' inpliyn "hV^ ^ ^^ ^^^^ est sur moi », c'est-à-dire 
c je me charge de satisfaire à ses vœux », 8ept«*'Yulg. enjo- 
livant : ri im^po(fii avrov = conversio eJM (inaWn 0* 

12. Q^iB3» pi. de ^B^, c village ». Ils dormiront dans 
le village auquel ils arriveront le soir pour se reposer de leur 
marche. 

1 3. La consommation du mariage aura lieu le lendemain 
matin (nD^StC^j) ^ Toccasion d'une promenade dans le site par- 
fumé d'une vigne. La phrase qui suit est presque identique à 
VI, 11 i; les mots monn nnSJ Q^' y ^^"^ intercalés rappel- 
lent l'expression nn MHi TlûO D'^JBjn ("» <3)- — nn 
Septante et Yulgate pudiquement : rov; yM^Tovç iiov = ubera 
mea ; Luther de même : meine Briiste. 

14. Les dudaim( a mandragores »), par suite de leur res- 
semblance parfois remarquable à un petit couple uni ont été 
considérés comme une drogue aphrodisiaque et surtout comme 
un symbole de l'amour ; le nom nm (pour nn) vient de 
*m = •m, a aimer ». 



RECHERCHES BIRL1QUES %0'i 

XVII 

Suite du rêve fait par la nouvelle mariée. Se croyant, encore 
jeune fille, elle exprime le souhait que son fiancé fût son frère 
afin de pouvoir l'embrasser en vue de tout le monde sans être 
l'objet de la médisance. Pendant un instant de réveil, elle ex- 
prime sa joie de le sentir à ses côtés. En la voyant de nouveau 
plongée dans le sommeil, Tépousé adjure la troupe des chan- 
teuses de ne pas la déranger. Les derniers procédés sont déjà 
rois en œuvre dans ii, 6-7. . 

i . Plût à Dieu que tu fusses mon frère, 

Que tu fusses celui qui a sucé le lait de ma mère, 

Alors en te rencontrant dans la rue j'aurais pu t*embrasser 

Sans que personne eût trouvé à me faire des reproches ! 

2. Je t'aurais conduit et amené 

Dans la maison de ma mère qui m'apprend (les convenances), 

Je t'aurais- donné à boire du vin parfumé, 

De la boisson que j'ai préparée de mes grenades. 

A moitié réveillée. 

3. (Ah!) je sens sa main gauche au-dessous de ma tête, 
Pendant que sa droite m'onlace ! (Elle se rendort.) 

Le jeune époux. 

4. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem ! 
De ne point éveiller ni déranger 

La bien-aimée jusqu'à ce qu'elle veuille (vous recevoir). 

Ghap. viii, < . DJ * souvent le sens restrictif de t malgré 
cela, néanmoins » ; cf. Genèse, xxix, 30 &. 

2, Avant ^^no^n ^^ sous-entendu le relatif iisfî^, t qui 
m'inslruit », il s*agit des convenances sociales qui ne permet- 
tent pas à une jeune fille d*être familière avec un jeune homme 
qui n'est pas son proche parent. — >31D1» mieux qijiot ou 

'•il»"!- 

XVIII 

Fin de Tidylle. Revenus de la campagne dûment mariés, la 
jeune femme est félicitée par la foule pour ses goûts cbampâlres» 



soi REVUE SéMITIQUC 

mais Thérolne, sérieuse, les écoute à peine. En s^adressant 
uniquement à son époux, elle Tadjure de ne plus penser à une 
autre femme et de ne jamais lui donner Toccasion de devenir 
jalouse. Son compagnon la rassure en lui affirmant la perpé- 
tuité de sa tendresse pour elle. Cette affirmation est assez tiède 
en comparaison des paroles chaleureuses de Tépouse; la 
poésie se ressent ici du choc des réalités de la vie familiale et 
baisse le ton. Le recueil devait primitivement se terminer en 
ce lieu. Ce qu^on lit après se compose de deux fragments tirés 
d'un recueil différent et de deux versets sans intérêt et sans 
réelle liaison. 

5. Quelle est celle qui revient de la campagne 
Accompagnée de son bien-aimé? 

C'est sous un pommier qu'on t'a éveillée (à la vie); 

C'est là que les douleurs qui t'annonçaient ont pris ta mère; 

C'est là qu'a été délivrée celle qui t'a mise au monde. 

L'épouse (se tournant vers son épovLx). 

6. Place-moi comme un sceau sur ton cœur, 
Comme un sceau sur ton bras ! 

Car l'amour est aussi inflexible que la mort, 
L'enthousiasme aussi inexorable que leâéol; 
Ses traits sont des traits de feu, 
Une flamme divine. 

L'époux, 

7. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour. 
Les fleuves ne sauraient le noyer; 

L'homme donnerait-il tous ses biens pour l'amour, 
Il serait repoussé avec mépris. 

5 . Par i3no, « désert > , on désigne non seulement les lieux 

arides, mais aussi les lieux peu cultivés et abandonnés au bétail 
comme pâturage; le verbe "|3T, « conduire (au pâturage) », 
esi surtout usité en araméen ; cf. n^*^, Michée, ii, 12. 

ripaino» participe hitpaJ'el féminin de pjj^ "^(J^j» * assis- 
ter, marcher ensemble ». 

Les formes verbales du reste de ce verset ont été méconnues 
par la tradition. Le texte massorétique signifie littéralement x 



RECHERCHES BIBLIQUES 205 

Je Tai réveillé (Tj^n^l^J?) sous le pommier ; là t*a enfanté avec 
douleur fenSan) ^ mère (tjôî;^); là. a enfanté avec douleur 
(celle qui) t'a enfanté (nrnV). ^'^^' ^^^^ '^ ^^^^® ^^ l'époux 

qui parle ainsi en rappelant à son Ris nouvellement marié le 
lieu de sa naissance et les souffrances qu'elle avait éprouvées 
à ce moment critique. Au besoin, une pareille allocution peut 
^'expliquer par les regrets qu'elle ressent de devoir se séparer 
désormais de son fils qui ira vivre ailleurs avec sa femme. Mais 
qui ne voit pas que ce sujet ne cadre guère dans le milîea où 
il se trouve? Puis, que vient faire ici le pommier et comment 
cette circonstance fortuite peut-elle rehausser le prestige del'é vé- 
nement? Cette lecture est également suivie par les Septante 
{v7:o iiralov èçnyupi ae ex£c àUvriaiv ttt i [j.riTinp (tov) h l'exception 
des trois derniers mots qu'ils ont lus nni'^^ ^nSan HDIS^ 

(êxec àibmoiv 9t ri rcxoGffa (re). La Vulgatc admet au contraire 
pour ^;an le sens de « endommager, détruire, corrompre », et 

traduit bizarrement : a Sub arbore malo suscitavi te : ibi cor- 
ruptaest mater tua, ibi violata est genitrix tua ». Il y a évi- 
demment une réminiscence antipathique de Jérémie, ii, 20 et 
III, 2. Luther accepte telle quelle la leçon massorélique et je 
D^ai sous la main aucun commentaire moderne pour savoir 
comment ils remédient aux erreurs manifestes de la tradition. 
La conviction que, par analogie à vi, 6, tout ce verset doit 
être mis dans la bouche d'admirateurs étrangers à titre d'éloges 
concernant la jeune femme, m'a conduit à corriger la lecture 
usitée de la manière suivante que je crois très probable. Je 
mets au féminin les verbes avec leurs compléments et je lis -|'^p| 

T T 

au lieu du second nbafl ^^ ®^ partie avec les Septante nni'^'» 
bien que 'ïïmS^ soit aussi possible. Je lis donc : ra^nn nnn 

(^^ innV) innV^ n^n nm -ijôx n^?n nm -^rnnir • 

« Sous le pommier elle t*a réveillée(à la vie); là ta mère a 
éprouvédes douleurs pour toi, là a souffert celle qui t'a enfantée.» 
&i d'autres termes : « Tu aimes la campagne et ses arbres, 
parce que ta mère t'y a mise au monde; bergère, fille de. ber- 
gère; l'amour de la campagne est pour toi un instinct inné. » 



t06 RSVim SÉMITIQUE 

7. nm^f *" propre, c dte^jalousio », désigne iet la pàaaioa 
suprême» Penthousiasme. 



XIX 



Premier fragment. Les frères émettent Tidée que leur sœur 
est encore trop jeune pour épouser Pami qu*elle semble avoir 
choisi. Ils sont en outre (Tavis de diminuer les frais pour son 
installation au cas où elle céderait à une tentative de séduction . 
La jeune fille par une réponse fière dissipe le soupçon et les 
rend favorables à ses vues. 

Les frères. 

8. Nous avons une petite sœur, 
Aux seins imperceptibles ; 

Que ferons-nous pour notre sœur, 

Le jour où on la demandera en mariage? 

9. Si elle est (= reste ferme comme) un mur, 
Nous y élèverons un pavillon d'argent ; 
8i elle est (volage comme) une porte 

Nous y attacherons une planchette de cèdre. 

La sctur. 

10. Je suis (ferme comme) un mur 

Et les seins me tiennent lieu de tourelles. 

* 

* m 

Alors j6 leur suis apparue 

Comme une garantie de la paix (familiale). 

^•9. px nb Dniî^l? '^ développeraeiit des seins marque 

rage de la nubilité. — n^ "13Tlt^> sous-entendu a^K^ nnnb- 
Les frères ont des doutes sur la conduite de leur sœur et ils 
l'avertissent quMIs lui feront des noces peu coûteuses au cas 
où elle ne s'amendera pas ; c'est le sens de l'image de la tour 
dorée en face de celle de la planche de cèdre. 

10. Lire Q^Tijiya au lieu de yiyj^j. — D^tftû^ participe 
actif féminin de KlfD» ^^ ^'^ Q^^ trouve, qui apporte » ; cf. 



r 



REGHBEGBBS BIBLIQUES 907 

nXVID mttD pN (^^ Sam., xyuiy 22), « il n'y a pas de nouvelle 
qui apporte (quelque chose d'inconnu), qui mérite d'être rap-> 
portée ». 

XX 

Second fragment. Salomon se fait des revenus avec sa vigne 
qu'il loue avantageusement à des fermiers ; le nouveau marie, 
roi d'un jour, entend soigner lui-même sa vigne (sa jeune 
femnne) et n'a cure ni des revenus royaux, ni du profit que 
les fermiers en retirent pour leur propre eompte. 

li. Salomon avait une vigne à Ba^al-Hamon ; 

Il remit la vigne à des fermiers, 

Chacun d'eux lui donna mille sicles pour les fruits (de son lot). 
1?. Ma vigne à moi est inaliénable; 

A toi, les mille sicles, 6 Salomon I 

Que eeuz qui gardent ses fruits gagnent deux eents sicles (de 
leur eôté) ! 

En se tournant vers la, jeune femme. 

13. Toi qui restes dans les jardins ! 

Les camarades te prêtent leur attention, 
Fais-nous entendre ta voix (= une chanson). 

La jeune femme, 

14. Sauve-toi, mon ami, et sois pareil 
Au cerf, au faon des biches, 

(Qui gambadent) sur les monts parfumés ! 

* * • ÎTOn bj^a» ^^^ d*une localité. 

1 3. t^y^ûtt/n ^^^ ^^9 ^^^^ ^ ^" ^®'^® T^P^ *^ participe 
D^a^VpD? d'autre part, le ^ du dernier mot empêche de le 
regarder eomrae le complément du second verbe ; on est donc 
amené à supposer que n^lp^ est dû à une faute du copiste qui 

devait écrire -j^ip -t^ dont les mots font partie Tun de la pre- 
mière phrase, Tautre de la seconde. Outre cela, le contexte 
exige de lire ijy^tSEfn ^^ ^^^^ ^^ ^JV^DB^n- 



208 REVUE SÉMITIQUE 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 

En faisant connaître exactement le sens particulier aux vingt 
chants ou fragments de chants réunis dans ie recueil des 
Cantiques^ nous nous sommes en môme temps imposé la tâche 
de répandre quelque lumière, autant qu'il nous est possible, sur 
divers problèmes que la nouvelle interprétation met en relief 
et qui intéressent à la fois l'histoire littéraire et la psychologie 
religieuse. Aussi longtemps que les Cantiques ont été admis 
comme un poème fait d'une seule pièce et d'origine salomo- 
nienne tout semblait clair, même la singularité de voir figurer 
parmi les hagiographes un livre d'une teneur si manifestement 
profane. Le nom de Salomon suffisait pour rendre compte de 
cette faveur exceptionnelle. N'a-t*on pas usé d'indulgence 
envers un autre livre du même monarque, l'Ecclésiaste, livre 
qui révoque souvent en doute les principes fondamentaux du 
judaïsme et encourage formellement la jeunesse à mener une 
vie de divertissements et de plaisirs ? A ce point de vue, les 
Cantiques avaient pour but de fournir une illustration de la vie 
luxueuse du harem royal, telle que l'a décrite le héros lui-même 
dans rËcclésiaste,.ii, 1-8, et attestée en outre par le livre des 
Rois, I, XI, 1-3; et dès le moment que TEcclésiaste avait été 
admis dans le canon biblique, il n'y avait plus de raison plausi- 
ble pour en exclure les Cantiques. Cette simplicité a fait place 
à une complication des plus embarrassantes dans lexégèse 
moderne qui abandonne d'un seul coup et l'unité du livre et 
son origine pré-exilique et à plus forte raison son attribution 
à Salomon. Les questions qui surgissent maintenant touchent h 
la fois au caractère et à la base de chaque pièce, au but de la 
compilation et à la raison qui l'a fait recevoir comme une œuvre 
salomonienne qui est le point de départ de son admission 
comme un hagiographe. 

Obligé de dire un mot sur ces problèmes divers je m'y résigne 
sans réticence, tout en sachant que le sujet est digne d'une 
étude plus complète. 



RECHERCHES BIBLIQUES 209 

LES PERSONNAGES DBS POÈMES 

Conforniément à leur caractère nuptial, le rôle principal 
est dévolu au jeune couple tantôt avant tantôt après leur mariage. 
Le second cas se reflète dans la majorité des chants par des 
expressions telles que pi^ y^-] HTDti {h ^h nnn ibXDtîf 
>B7î<-|^(ii, 6; vin, 3), ijjjf-i]; (i, 1T), par la mention du re- 
pas et des camarades invités (i, 12; ii, 4-5; v, \ ; vu, 13); 
par la libre fréquentation entre les jeunes gens (iv, 8 ; v, 2 ; viii, 
S); nnais en dépit des dénégations trop absolues, certaine scène 
se passe avant la consommation du mariage, parfois à un nota- 
ble intervalle. De ce genre sont : le dialogue entre la bergère 
et le berger dans i, 7-8 (= m), la promenade au printemps 
(n, 8-17 et iv, 1-8 = ixetxii), le panégyrique de la Sula- 
raile(vi, 11, VII, 7 =xvi). L'entretien intime, vu, 8-viîi, 2 
a aussi lieu avant l'accomplissement du mariage. Deux frag- 
ments enfin : i, 5-6; i, 7-8; vu, 8-10 (==ii, m, xv, xvi, 
XVII) placent la jeune fille dans une situation d'indépendance 
très remarquable. On peut y joindre Tallure dégagée de la 
troupe des chanteuses (i, 2-i ; ii, 7 ; m, 5 ; v, 8-9, 1 6 ; vi, 1 ; 
VIII, 4), dites c filles de Jérusalem » qui n'étaient certainement 
pas des femmes mariées. Tout cela annonce un état de société 
primesautier non encore racorni par les pruderies rabbiniques, 
ni assombri par le pessimisme de l'Ecclésiaste. L'amour de la 
nature, le culte de la beauté, le penchant pour le chant et la 
danse et les autres agréments de la vie font supposer en outre 
une période de paix et de sécurité nationale coïncidant à peu 
près avec celle qui a vu naître la série des psaumes de satis- 
faction et d'actions de grâce lxxxv, cxliv, cxlix. Comme le 
canon biblique y compris les Cantiques était déjà formé au 
temps de l'Ecclésiastique (200-280 avant J.-C), la compilation 
de nos poèmes doit remonter une cinquantaine d'années plus 
tôt, c'est-à-dire à 340 environ. A l'époque alexandrine, les 
mœurs juives avaient déjà pris Tair morose et sévère qui a 
frappé les Grecs. D'ailleurs avec la domination des Diadoques 
l'amour vénal et grossier s'était bientôt substitué aux aspira- 
tions chastes de nos héros. Pendant cette période troublée 



210 REVUE SÉMITIQUE 

les excursions d* agrément dans ie Galaad et le Liban n'auraient 
pu être conçues même en rêve. Par la couleur du langage, 
comme par l'emploi régulier du ^ relatif, nos chants rappel- 
lent le style des derniers psaumes qui ne sont certainement pas 
postérieurs à Néhémie. 

Au sujet des noms propres nous n'avons pas grand' chose 
à ajouter à ce que nous avons dit dans le commentaire. Le 
vrai héros de nos chants, le nouveau marié, reste nécessaire- 
ment anonyme ; cela découle de l'essence môme de cette poé- 
sie qui s'applique indifféremment à tout homme qui se marie. 
On le considère comme un roi, on l'identifie même à Salomon 
célébrant son mariage, mais c'est une pure métaphore et nulle 
part Salomon n'apparaît comme sujet réel des descriptions ni 
comme acteur dans ces petits drames romanesques. Dans les 
rares occasions où son nom est mentionné, les poètes parlent 
de lui à la 3* personne (i, 5 ; m, 7-1 1 ; vni, 1 1) ou le distin- 
guent formellement de leur héros (viii, 18). Cette mention 
n'a pour eux que le seul but de placer leurs fictions pendant 
le règne heureux de ce fastueux monarque. La Palestine 
jouissait alors d'une paix complète; la Pérée et la contrée du 
Liban avec Damas en faisaient partie et présentaient le même 
état de sécurité que la Judée. Dans ces conditions les habitants 
de la capitale pouvaient se donner le plaisir d'aller voir les fa- 
meux réservoirs d'Hesbon, de regarder paître les innombra- 
bles troupeaux du Galaad et d'admirer la beauté alpestre du 
Liban. La contemplation de la nature dans toutes ses variétés 
enchanteresses s'offrait surtout aux jeunes bergers devant 
lesquels les grasses prairies du nord s'ouvraient à perte de vue 
avec leurs fleurs embaumantes et leurs cèdres majestueux. Au 
commencement du printemps, ils gambadaient lestement à Ira- 
vers les montagnes pour venir inviter leur bergère à faire des 
excursions dans les vignes fleuries et les bois verdoyants. 
Toutes les descriptions sont adaptées à l'idéal qu'on se faisait 
de ce passé lointain. 

Par la même raison, les héroïnes de nos chants ne portent 
pas de noms propres; tout au plus les identifie-t-on à la belle 
Abisag, compagne de David, sous le sobriquet de Sulamite, 
imité de l'attribut Sunamite, qui désignait la première en qua- 



RECHERCHES BIBLIQUES 211 

lité de native de la ville de Sunêm. Elle n'est jamais appelée 
reine ; des reines il y en a six dizaines dans le sérail du grand 
roi ; sa qualité de bergère et sa beauté incomparable lui tiennent 
lieu de tous les titres du monde ; on peut flotter enlre plusieurs 
princesses, on ne peut aimer qu'une seule bergère. Celle-ci 
est d*ailleurs la fille unique de sa mère qui se charge de son 
éducation ; il n'y a qu'un cœur de mère qui puisse contribuer 
à perfectionner la fille charmante qu'elle a mise au monde ; 
cette aptitude manque totalement au père qui ne s'en préoccupe 
jamais. Aussi la bergère n'a-t-elle qu'un plaisir^ c'est d'intro- 
duire son fiancé auprès de sa bonne mère pour le régaler de 
fruits et de sorbets préparés par elle-même. Au sein de sa 
famille, la jeune fille rencontre de l'opposition chez ses frères, 
qui lui imposent des occupations qui nuisent à sa beauté, ou 
émettent sur son compte des soupçons blessants, mais elle sait 
s'en tirer à son honneur. Le jeune homme au contraire n'a à 
subir aucune vexation quelque légère qu'elle soit ; il est libre 
de ses mouvements et personne ne trouve rien à redire quand 
il invite sa fiancée à faire avec lui de longues promenades 
dans la campagne pendant une journée. La médisance serait 
du reste sans la moindre base, sa fiancée dans laquelle les so- 
lides qualités de la « femme forte ^e» d'Israël ont trouvé un épa- 
nouissement précoce est la meilleure sauvegarde contre un 
débordement éventuel de la passion. Son pouvoir sur lui est 
si absolu que, sur une parole d'elle, il défère la consommation 
du mariage jusqu'à Toccasion de leur excursion dans la cam- 
pagne durant la saison fleurie. C'est elle qui ordonne ; son 
bonheur à lui consiste dans l'obéissance sans condition. La 
grande liberté laissée aux jeunes filles de l'époque a trouvé 
son expression dans l'allure dégagée de la troupe des chanteu- 
ses qui n'étaient certainement pas des femmes mariées. Elles 
expriment le vœu d'être embrassées par le jeune homme, de 
composer des chansons erotiques sur sa personne, et s'offrent 
même de chercher avec la mariée son jeune époux disparu. 
Ces Caits sont racontés dans un ton de candeur et de sérénité 
qui dénote des mœurs simples et patriarcales* 

A coup sûr, ces tableaux sont des scènes imaginaires vues 
en rêve ou combinées par la fiction poétique, mais qui ne voit 



812 REVUE SÉMITIQUE 

pas que les événements rêvés ou les structures fantaisistes 
elles-mêmes doivent reposer sur un état de civilisation» de 
mœurs et de coutumes qui permettent de les concevoir? 
Prenons quelques exemples. Que les aventures nocturnes de 
Tépousée se heurtant aux agents municipaux ne se présenteraient 
pas à Tesprit d'un barde de nomades, c'est là l'évidence même. 
Mais beaucoup d'autres traits peignant les usages populaires 
comme le rôle des chanteuses dans les célébrations nuptiales, 
les parties de plaisir dans les montagnes et les vignes, la libre 
disposition accordée à la jeune fille de se choisir un mari selon 
ses inclinations, la fréquentation entre les fiancés avant leur 
mariage et par dessus tout le trait si caractéristique de la fa- 
culté donnée aux intéressés d'effectuer la consommation du 
mariage en dehors de la chambre nuptiale et pendant un voyage 
dans la campagne, tout cela forme un cadre pittoresque que 
les trouvères les mieux doués n'auraient pu imaginer si les coutu- 
mes populaires le tenaient pour illicite, ou seulement pour incon- 
venant. On peut admettre tout au plus que dans la pratique,* ces 
faits arrivaient rarement, que l'autorité paternelle ou religieuse 
contrecarrait énergiquement ces manifestations instinctives 
du romantisme, que les escapades champêtres ne rompaient 
que de temps à autre -le cordon prophylactique et bigot qui 
entourait invisiblement le couple amoureux complotant de 
terminer leurs < justes noces » d'une manière hautement esthé- 
tique ; tout cela non seulement rend impossible de nier l'exis- 
tence des faits eux-mêmes, mais oblige d'admettre au contraire 
que nos poètes expriment en réalité la pensée et le vœu de 
toute la jeunesse contemporaine qui avait de la vie une con* 
ception plus riante que celle des moralistes âgés. La vie cloî- 
trée et contrite est monotone et ennuyeuse, l'élan de la poésie tend 
vers la lumière et l'agrément; le poète aime à généraliser dans 
un tableau enchanteur les traits épars qui illuminent par-ci par- 
là l'aurore du jour où le jeune couple fait serment devant la 
grande nature de vivre désormais l'un pour l'autre. Il faut un 
pinceau délicat pour rassembler ces nuances fugitives, le plus 
grand artiste ne pourrait les créer de sa propre imagination. 
Heureusement, les incidents qui caractérisent nos cantiques 
ont été observés chez d'autres familles des peuples sémitiques 



' i 



RKCHERGHES BIBLIQUES 213 

et en particulier chez la famille arabe, la plus conservatrice de 
toutes. Les publications folkloristes des derniers temps sur les 
cérémonies du mariage chez les Arabes nous montrent des paral- 
lèles saillants qui rappellent plus d'une fois les scènes mignon- 
nes qui ont hanté l'imagination de nos bardes. Au lieu d'étaler 
une érudition facile je me contenterai de quelques extraits 
puisés dans un recueil de notes publié tout récemment par 
M. Gaudefroy-Demombynes sur les cérémonies du mariage 
chez Us indigènes de V Algérie (Maisonneuve, éditeur. Paris, 
1901), 

1 • La liberté de la jeune fille de disposer de sa main, c Cet 
usage disparu presque généralement en Orient subsiste en- 
core chez les tribus nomades. Chez les Bédouins des déserts 
de Syrie, la femme donne son avis beaucoup plus nettement 
que dans les villes et elle peut se rencontrer avant le mariage 
avec Thomme qui la recherche : l'amour joue un rôle très 
considérable dans la poésie, et pas seulement sous la forme 
de l'adultère » (Op. c. p. 16, note). 

2. L'épousé est le roi du jour. C'est un fait consigné par- 
tout dans la littérature talmudique et en usage courant chez 
les Israélites. H n'est pas moins usuel chez les Arabes. Dans 
les Djebalasdu Maroc, le sultan (= le jeune marié) a tout pou- 
voir sur ses garçons d'honneur, qui prennent le nom de vizirs 
(ouzara). Chez certaines tribus bédouines de Syrie, on met le 
jeune marié sur un trône comme un roi. On peut comparer 
à ces coutumes le chapitre m du Cantique des cantiques, et 
surtout le verset 1 1 : « Sortez, filles de Sion et regardez le roi 
Salomon , avec la couronne dont sa mère l'a couronné au jour 
de son mariage, et au jour de la joie de son cœur. » L'usage 
exitait déjà en Syrie aux premiers temps de l'Islam et scanda- 
lisait les Bédouins de pur sang : c'est ce qui résulte d'un récit 
duKitab el*Âghani, qu'il serait trop long et trop imprudent de 
traduire ici tout entier. Un Bédouin nommé Nahid, c rude 
comme une bête sauvage », allant à Alep passe dans un 
village et s'étonne du nombre des maisons et de la foule qui 
circule dans les rues. € Tandis que je restais là tout ébahi, un 
homme vint à moi et me fit entrer dans une vaste maison. 
Nous pénétrâmes dans une chambre dont le sol était couvert 



i 



314 RBVUE SÉMITIQUE 

de tapis et de divans : un jeune homme y était assis; ses che- 
veux pendaient en boucles jusqu'à terre, et les gens étaient 
rangés en deux fîtes devant lui. C'est là, dis-je en moi-même, 
Témir dont on nous a conté qu'il siège au-dessus de ses gens, 
assis en ligne devant lui. Et je dis en m'inclinant : c Salut, ô 
émir, que la miséricorde et les bénédictions de Dieu 
soient sur toi. » Cependant un homme me tira par la manche 
et me dit : Assieds-toi, il n'y a pas d'émir. — Qui est donc 
celui-ci, m'écriai-je ? — C'est un jeune rharié, me répondît- 
il. . . » (Op. c. p. 42, note.) 

3. Le vœu exprimé par les chanteuses d'être embrassées 
par le nouveau marié (i, 1), n'est probablement qu'une méta- 
phore pour la phrase prosaïque : <t puissions-nous être bien 
reçues ! ». La coutume arabe a cependant conservé une céré- 
monie analogue dont l'épousé est Tobjet de la part des femmes 
invitées : oc Âpres l'union des épousés la mariée reste assise 
dans la chambre nuptiale, tenant les yeux modestement bais- 
sés. Les femmes viennent alors lui rendre visite et baiser la 
main du mari, qui leur remet à chacune une pièce de mon- 
naie; on appelle cette cérémonie le baisement de la tête, bous^ 
sat er-râi, bien qu'il s'agisse en réalité d'un baisement de 
main. » {Ibid.y p. 63.) Ce désaccord entre le nom et la chose 
semble plutôt être dû au piétisme moderne ; primitivement, le 
baisement concernait la tête et la figure même du jeune homme. 

4. Notre poète fait garder le lit nuptial de Salomon par des 
guerriers armés d'épées afin de rendre impossible toute sur- 
prise fâcheuse pendant la nuit (in, 7-8). L'agada rabbinique 
dit clairement qu'il s'agit de l'attaque éventuelle des démons, 
mais elle présente la chose comme si les esprits malfaisants 
avaient l'intention d'enlever Salomon pendant son sommeil. 
On voit facilement qu'il y a là une tentative d'expliquer les 
contes populaires relatifs aux enlèvements de femmes par les 
démons issus de l'ancienne mythologie. Ce commentaire est 
illustré par la coutume arabe qui cherche à protéger la jeune 
fille aussi bien à son entrée dans la maison du mari que pendant 
la première nuit de noces. « Une heure et demie après le coucher 
du soleil, le père de la jeune fille l'installe dans sa litière et la 
confie à des amis invités à dessein, qui lui font cortège jusqu'à 



RECHERCHES BIBLIQUES 815 

la maison de son mari; si la route est large, ils se 'contentent 
d'entourer la mule et son précieux fardeau ; dans les rues 
étroites, ils prennent eux-mêmes la litière sur leurs épaules. 
Durant le trajet Tun d'eux tient à la main le sabre dont il a 
été parlé plus haut et il en dirige la pointe vers l'intérieur de 
la litière afin d*écarter les djinn. On pense en effet que ceux-ci, 
voyant la mariée si belle, sont pris de jalousie et de désir, et 
cherchent à la lui enlever pourjouir eux-mêmes de ses charmes : 
on en a vu jadis de nombreux exemples. Le sabre qui la pro- 
tège si bien durant son voyage à la maison de son mari, reste 
auprès d'elle dans la chambre nuptiale pendant sept jours et 
continue à la défendre contre les entreprises des djinn amou- 
reux. > (L. c. p. 37-38.) M. Gaudefroy-Demombynes revient 
plus loin sur la même croyance : a Les craintes superstitieuses 
assaillent alors les amis du marié et lui-même. Peut-être un 
ennemi lui a-t-il jeté le mauvais œil ; peut-être des sorts font- 
ils fait marbouthj noué, impuissant; peut-être aussi le djinn 
ravisseur de filles, khaththâfel 'arâïs guette-t-il dans l'ombre 
sa proie. Car ce sont là des faits bien connus; la grand'mère 
du marié, qui a soixante-dix ans, a vu, dans sa jeunesse, une 
femme enlevée ainsi par un djinn^ et elle a soigneusement 
prévenu son petit-fils. Un personnage important de Tlemcen 
m'a raconté qu'il y a sept ou huit ans un individu étranger 
avait réussi à s'introduire dans l'intimité d'un marchand de 
la ville et à épouser sa fille ; le lendemain de la nuit de noces, 
il avait disparu. C'était un djinn (1. c, p. 48-49, note 2). A 
Conslantine les mesures protectrices envers la mariée sont 
également à l'ordre du jour ». Les faqyrât sont venues se ran- 
ger devant la porte de la chambre nuptiale et leurs incanta- 
tions ont éloigné les sortilèges des djinn (I. c. p. 60). 

5. Enfin, le trait le plus frappant des versets vu, 12-13, 
annonçant la possibilité pour la jeune mariée d'exiger que la 
consommation du mariage ait lieu dans la campagne est encore 
en plein usage et même exagérée chez les nomades dans une 
contrée pleine de réminiscences bibliques. Ce fait a été déjà 
observé par le premier voyageur sérieux dans l'Arabie du nord. 
€ Burkhardt relate la coutume très particulière des Mézéiné du 
Sinaï. Après le simulacre d'enlèvement qui a été raconté plus 



216 REVUE SÉIOTIQUE 

haut, la jeune fille s'enfuit dans la montagne, où le jeune 
homme la cherche plusieurs jours et où elle est nourrie par ses 
jeunes amies. Le mariage est consommé dans la montagne et 
le lendemain la femme revient dans la tente de son père; puis 
elle s'enfuit de nouveau, et recommence ainsi jusqu'à ce qu'un 
état de grossesse très avancé Pamëne pour la première fois 
dans la tente de son mari. Chez les Djébaliés de la même ré- 
gion, tribu de formation récente, la femme habite trois jours 
la tente de son mari après la consommation, puis elle s'enfuit 
dans la montagne, où son mari va la chercher d (I. c, 
p. 35-36-, noté). Il est plausible de voir dans ces escapa- 
des nuptiales, si curieusement permises par la coutume des 
tribus susindiquées, l'intention d'attester de nouveau publique- 
ment que dans le premier cas la mariée a conservé sa condi- 
tion antérieure de femme libre ; dans le second cas, qu'elle a 
passé du rang d'esclave à celui d'épouse .légitime. La crainte 
des djinn a perdu toute raison d*être après les cérémonies 
prophylactiques pratiquées le soir des noces. 

Inutile de multiplier le nombre des parallèles par des détails 
plus menus qu'il me serait aisé de relever. Ceux que nous venons 
d'indiquer suffisent à confirmer la sentence émise ci-dessus : 
les poètes des Cantiques ont idéalisé les coutumes nuptiales 
de leur époque qui tombe, selon mon sentiment, vers la fin de la 
domination des Achéménides pendant laquelle la Palestine 
jouissait d'une autonomie assez étendue pour maintenir son 
goût naturel des joies de la vie de famille et des beautés de 
la nature champêtre. 

On doit seulement poser la question de savoir si ces poèmes 
ont été mis par écrit par les poètes eux-mêmes ou bien par quel- 
qu'un de leurs auditeurs? Cette seconde alternative semble 
mieux expliquer l'état fragmentaire et décousu dans lequel ils 
ont été réunis dans le recueil. Le compilateur primitif n'a 
eu aucun intérêt à y pratiquer des changements ; son goût de cu- 
rieux étant satisfait, il aurait diminué son plaisir en y faisant 
des coupures ou en y introduisant des interpolations. Combien 
de temps a duré l'état anonyme du recueil ? On ne le saura 
probablement jamais. Un beau jour cependant il fut pris pour une 
œuvre continue et attribué au roi Salomon. S'appuyant sur cette 



RECHERCHES BIBUQUES 317 

opinion qui avait su gagner les suffrages de quelques hommes 
instruits, un scribe expéditif mit en tête c Cantique des Can- 
tiques de Salomon i» et lui donna ainsi un prestige religieux 
qui lui manquait jusqu'alors. Dans quel but? Evidemment dans 
le but d*en faire un hagiographe à Tinstar des deux autres 
livres réputés salomoniens, les Proverbes et TEcclésiaste. Sa 
sincérité n'est pas en jeu, puisqu'il ne faisait que se conformer 
à une tradition courante, mais il avait trois autres excellentes 
raisons pour vouloir que le rouleau des Cantiques fût un 
recueil respecté . 

En premier lieu, la représentation du mariage sous les 
couleurs les plus agréables était pour ses contemporains et 
lui une manière très efficace d'encourager la jeunesse à 
acC'Omplir aussi tôt que possible le premier commandement de 
Dieu au couple humain : < Croissez et multipliez et remplissez la 
terre » (Genèse, i,38). La tradition juive insiste impérieusement 
sur la sainteté et l'inviolabilité de cette loi, base de la société hu- 
maine et condition sine qua non de l'existence d'Israël, ce 
seul propagateur du monothéisme dans le monde, que les graves 
épreuves attachées à sa destinée menacent continuellement de 
rayer de la liste des nations. Le jeune Israélite doit se marier 
à l'âge de 18 ans; quand il laisse passer sa SO' année sans 
entrer dans les liens matridfioniaux on le considère comme un 
délictueux. Le célibataire âgé ne peut d'ailleurs exercer au- 
cune fonction publique dans l'instruction ni dans l'office de la 
Synagogue. 

En second lieu, la forme innocente et naïve du recueil 
avait le grand avantage d'atténuer considérablement la sévère 
condamnation que les prophètes avaient prononcée sur la mo- 
ralité de Salomon après qu'il se fût affermi dans la possession 
du gouvernement. Il est dur pour un peuple de savoir que le 
sage le plus illustre de sa race dans l'antiquité a eu des mœurs 
absolument corrompues. Par la canonisation de ses poésies ero- 
tiques, d'allure innocente au fond, on lui ménageait des lueurs 
d'une vertu naturelle qui font paraître ses excès comme un 
débordement momentané de passions invincibles. Cette ten^ 
dance à excuser les méfaits des Davidides, à commencer par 
David lui-même, est arrivée au pinacle dans les deux sentences 



818 REVUE SÉMITIQUE 

talmudiques que voici : Celui qui dit : David a commis un péché 
(d*adultère avec Betbsabée, femme d'Urias) affirme une grave 
erreur », et ce Celui qui dit : Salomon a commis le péché d'ido- 
lâtrie (en construisant des temples aux divinités païennes) 
affirme une grave erreur » . Bethsabée devait appartenir à David 
par un décret éternel; quant à Salomon, il a seulement eu Tinten* 
tion d*élever ces constructions défendues, mais il n^a pas réa* 
lise son intention. » Cette manifestation générale d'indulgence 
envers les rois les plus célèbres de la dynastie qui, quoique dis- 
parue depuis des siècles, doit néanmoins briller d'un éclat in- 
comparable à répoque messianique, a également animé Tauteur 
de Tentêtede notre recueil. 

En troisième lieu, l'admission des Cantiques comme une œuvre 
inspirée avait l'avantage de faire mentir la proposition dange- 
reuse du livre des Proverbes, d'après laquelle les plaisirs défen- 
dus sont plus doux que les plaisirs légitimes : a les eaux volées 
sont douces, le pain mangé en secret est toujours agréable » 

(pyy annoanbl 1pnD'»D''313JD^D. Proverbes, ix, 17), Ce 
proverbe, mis dans la bouche de la fenune folle ou passion- 
née et désapprouvé par l'auteur, est quand même plein de 
séduction pour des gens peu scrupuleux. La littérature 
romantique la plus morale dans ses tendances fait incons- 
ciemment la propagande des vices qu'elle combat et principa- 
lement de l'adultère. Quoi de plus séducteur que la fine et vivante 
analyse que le passage des Proverbes, vu, 5-23, consacre aux 
agissementsde la femme infidèle? Le moraliste a beauinterca* 
1er dans chaque pause de son récit des observations sages et pru- 
dentes, le lecteur reste sous la fascination du plaisir que la luxure 
semble apte à procurer. Je le répète, il semblait nécessaire de 
réagir contra l'effet délétère de cette partie des Proverbes, 
en montrant que les unions légitimes donnent lieu à des jouissan- 
ces incomparablement plus intenses et plus agréables dès le mo- 
ment qu'un amour sincère et destiné à ne jamais faiblir relie les 
jeunes cœurs. Notre recueil, abondant en scènes charmantes 
se passant tantôt dans une pénombre attrayante, tantôt devant 
la nature printanière ou devant un public enthousiasmé et 
éclatant en mélodieux dithyrambes, parut être le meilleur 
antidote contre le poison mielleux des passions illégitimes. 



RECHERCHES BIBUQUES 819 

Quand notre recueil fut devenu hagiographique, on a pu sans 
grand*crainte le mettre entre les mains des étudiants en âge 
de se marier. Je dis c sans grand'crainte jd parce que si des poèmes 
comme nos Cantiques répugnent à toute application abusive, 
Texaltation de la beauté de la fiancée ou de l'épousée ne 
laissait toutefois pas dMnspirer quelque souci sur le sort des 
jeunes filles peu favorisées par la nature. Un autre barde se 
chargea d'y porter remède en composant une ode en l'honneur 
delà femme vaillante, proprette, soigneuse, ménagère, indus- 
trieuse, compatisssante pour les indigents, bonne mère de fa- 
mille. Cette ode annexée aux Proverbes, toujours comme une 
œuvre de Salomon, finit par ces paroles significatives à l'adresse 
de Thérolne : 

Beaucoup de femmes se sont vaillamment conduites» 

Mais toi, tu les dépasse^ toutes. 

Fausse est la grâce, vaine est laibeauté, 

Une femme qui craint Yahwé mérite seule des éloges. 

Rendez-lui les honneurs qu'elle a bien gagnés 

Et exaltez ses actes devant le grand public! (Prov., xxxi, 29-31). 

Notre recueil eut toutefois à subir une dernière épreuve. Â 
la naissance du christianisme, son prestige avait fortement 
baissé. L'Évangile le passe sous silence et les pharisiens sont 
bien près de le supprimer comme une œuvre licencieuse. 
Heureusement, le système allégorique de Philon avait déjà eu 
le temps de se propager en Palestine. H fut sauvé et définiti- 
vement sanctifié par le mysticisme sectaire. 

J. Halévy. 



I 



V 



La fixation déflnitÎYe de l'alphabet safaitique 

(Suite.) 



> < Par Habib, fils de S&ni et Nami% (fils de) Waalat, 

^ ' (fils de) Rafb. » 

];03 ^6 4*j ; on est tenté de corriger ^q^ = aj ou ^qj 

^- — nai. héb. nai- 
101 . -ity p p-i p d[v] p 10 p (?) -hi p nais'jb 

« Par Nasbat, fils de fiagar (?), fils de Mar, fils de 'Âm, 

fils de Raban, fils de Sarr. » 

D3t£^3» *— *ij. « fortune, biens ». — l'jj impossible; cor- 
riger -ijo,^, ou 133.^. ity.j^. 

1 09. • . 3 p 1DX3 p 33n p Nitrb 

< Par Sani, fils de Ilabib, fils de Ba'asu, fils de B. . . > 
Tous ces noms sont connus 

113c. 

bp D1K p na^r p w^^H 3n p bîoi p rhno p noNK*? 

< Par Â'sad, fils de Mublim, fils de Rab'êl, fils de Habb, 
[fils de] Àsyam, fils de °Abd, fils de Aus, [fils de] Qal. > 

"IDNN. forme élative de -jqx- — D"»îî^î<. rir^- — hp> J^. 

119*. (?)t:;p p n-iDîf''? 

praffite déjà cité à propos du ^. 

1 29. . . .js-iy p Dty p bxbnb 

Inscription déjà citée à cause du troisième nom. — Qgf se 
rapporte à ^. 



J 



FIXATION DE L* ALPHABET SAFAÏTIQUE 2î1 

131. Même pierre. TVifh 

^ Par Sarad d 
Lecture douteuse; de ^^, t s*enfuir, se réfugier ». 

13^. Même pierre. 

« Par Maqtar, fils de Si^aêl. > 

JttûpO ^^ probablement une faute pour -)^pD» de^tî. — 
bn^^y € compagnon (aj;,) d'Êl ». 

133. Hal., 187; Vog.,203. 

DpD p Dbiy j;n^ p 3V31 "lytî'o p ^312^0^ 

Déjà cité à propos de j;n^ . 

137. "^Bfp p noâ^jrpb 

€ Par Qa^'sammat, fils de Qaéal. > 

_ .ÀA9 et »-£*iî 
*j2fp est peut-être l'arabe J^. 

1 38. na^ p on p ba^p p nott^P p (•) =in^ 

« Par Ab(?), fils de Qa'saramat, fils de Qaàal, 
fils de Bas, fils de Yafakh. » 

PIS^ ^r- -<^? "°°^ nouveau. 

139. Hal., 180; Yog., 196. 

anx p bty:b 

bt£^3 de JjJ, € tirer, extraire, dérober ». — nnx» élàtif de 

144. .••pn:nt:;b 

« Par Sarbab, fils de . . . » 
fiyilfy l*arabe possède un mot ^^ avec kh dur. 



notyypï ®" arabe on a les quadrilittères v^. 



22S REVUK 8ÉHITIQUS 

<60. Hal., 125 ; Vog., U2; Wetz., pi. II, « *. 

c Par Daras, fils de Mumsi, fils de Ba'haru (?). » 

Le premier nom est qtj, q^I O" D3"I) cT^-^» « '"•c* »• - 
^te^DO = v.5^^ > « qui fait marcher » . — linya est obscur 

<61. Hal., 424; Vog., 438; Wetz., pi. II, 2 a. 

mjra p 'îs^d'? 

Père du précédent. 

164. ' ■ ■ ÎÛD }2 b^iffb 

« Par Sakl, fils de Mat. » 
ho^ est l'arabe JC*,, « forme ». 

1 66 o. . . . p V)3jj,l, 

Même personnage. 

168*. Hal., 126; Vog., 139. 

P p 3-|t2f^ 
« ParSarib, filsdeHann. » 

21^ de w^i^, « boire ». 

1 69 *. jîjn p np^ \2 upD p pn f a aits^'*? 

<( Par Sarib, fils de Hanan, fils de Saqam, 
fils de Ya*a, fi'ls de Khêlan. » 

Même personnage avec une généalogie développée. — n»' 
est un nom nouveau. 

no. Hal., 117; Vog., 131. 

ybvH p neoa p p s-iiyb 

« Par Sarib, fils de Ben-NakSat, fils de A'Ia?. » 
176. Même personnage que dans 168. 



FIXATION DE l'ALPHABET SAFAÏTIQUE 2Î3 

179 a. pD [|b3Sfe^îj 

« Par Sayab (?), fils de Saq[am?]. » 
Copie douteuse. 

179 J. . . .OB iifc^ p d^^ià 

« Par Aèlat, fils de Sarib(?). . . » 
Le second nom est très douteux. 

180. bxt^nspbDvvb 

oc Par Sayu, fils de Sal, fils de Fa^sêl. y> 
Déjë cité à propos de yt^. 

191c. ^yi^ p |tîfbx p îzrpy b jb 

« Par Gal*aqas, fils de Alsan, fils de La'^l. » 

Tout est douteux dans cette inscription. Le premier nom 
est peut-être {j^p^ {^J^) "p î 'es racines ^! et JaJ existent 
en arabe. 

194. Hal., 137;Vog.,151. 

c)i p ntyybjb 

nt^i^bi serait-il un dérivé nif^al de ;j^^3 = ^»r ? La copie 
de M. de Vogué omet le ^. — c\') est ausM un nom singulier; 
h correction c^q n'est que possible. 

205 a. VkD^V Î^ HD p ni'irj p ^DH [2 DpD p btî^b 

« Par Sali, .fila de Muqlm, fils de Haml, fils de i\asrat(?), 

fils de Katt, fils de 'Ârm'êl . » 

Ces noms sont connus; on hésite entre nittfj ®t nSlîfJ- 

210. nnîy p -iBib 

-^QT de y^; Qniî^ = *^, « agile, audacieux )). 

218. fefp--, p ^nb 

(( Par Haï, fils de Raqs(?). » 
Ji/pl probablement ^!. participe de ^^, ce orner, parer»* 



SSi REVUE SÉMITIQUE 

« Par Khalid, [fils] de Sani. > 
Noms connus. 

< Par Fali, fils de Sawwat, fils de Sa*d (?). > 
jyWlî/t dérivation douteuse. 

T5f3; à corriger -jp^ d'après le rVTQ ^^ "' 235. 
228. Hal.,292; Vog., 309. 

nsDS p fc'Dnb 

230. »jp3 îjniT ij^-|S5 D^D p tTljjb 

a Par Qabis, fils de Sa'm; pâturage et dattes fratches(?). » 

ttfnp» sr. t^iisvi, [/i»Jl; les substantifs arabes ^, J*^, et 
Lu forment la base de la traduction, d'ailleurs toute conjec- 
turale des trois derniers mots de ce graffite. 

231. ûbn« (•)tOTiB ayiK p hi<Th 

a Par Hann'êl, fils de An'^am et lias (?), (fils de) Ab^aj. » 

232. «^31 p jtinb 

« ParRasan, fils de Wan^él. » 
ften de ^j ; x^iT faute pour ^^jj^jv 

233. '^Yn tîfvbxji p p-h 

a Fait par Rasan, fils de Wan'êl, (fils de) Was, 

(fils de) Khadal. » 

Même personnage, bien que le nom du père puisse être lu 



FIXATION DE l' ALPHABET SAFAÏTIQUE 235 

344. nn p fjTD p v'^ p Dsyb 

a Par 'Abt, fils de Si', fils de Sa'n, fils de Hain. » 
«2f, cet élément se trouve datisle composé 'jjtytî/J "" ^^^- 

« Par Waddi, fils de Qas. » 
v^^ semble venir de Sj oa ^j, « dieu de Tamour ». 

a ParHanêl, fils de Nasa'êl. » 
L'élément yg/j correspond à l'arabe mjJ} ou i-iJ. 

« Par Asel, fils de Gazam, en mémoire de M. . . » 
E^X ®st à lui seul un nom d'homme n'* V. 257'(?). — a^j, ^^. 

273. Mal., 287; Vog., 304. 

abD« p ninx p t\s3 p inos p bn p noi p ^ab 

« Par Bani/fils de Asad, fils de Khal, fils de Âskhar^ 
fils de Bâîs, fils de Ahnat, fils de Aslam. )> 

1D1 peut-être j.^^; la correction ^qj{ est possible. — On 
hésite entre i2;K3 de j^y et tif^l» J^^. 

276. tyon p VT'' 

Graffite déjà cité à propos de la lettre ^. 

277. ..-Dp Î^TDnxb 

« Par Abmas, fils de K.. . » 
fcTSnN» iT*^'» ^^ décharné, doué de jambes grêles ». 
284. 

[jbn DbnDpn snix pno p pT:;x3 nb p obn bnsb 

« Par Badal, fils de Hais, fils de Lad et Asraq, fils de Maljran, 
(fils de) Arbab, (fils de) Têman, (fils de) ArUab, (fils de) 
Mublis, (fils de) Têm(an ?). » 

MYOI lâUTlODI 15 



226 REVUE SÉMITIQUE 

D^jn. cf. Hal., 309 *; Vog., 326 *. — ^^, Hal., 13i ; 
Vog., 148. — pl^yx ^^ l5/^'' ^ brillant, resplendissant ». — 
ÎTID ^® j^ ^^ rf^ 5 '^ copie ne permet pas de lire ou de cor- 
riger [jo]xnnD î P*^ conséquent, le nom suivant est ^niX = 
v.^^^! et non n2m- — D^HD» dérivé de D^n- ^^ fils de 
Mut^lis portait probablement le nom de son grand-përe. 

300. Hal., 285 ; Vog:, 302. 

<c Par Saddâd, fils de Ta% fils de Mumin (ou 'Auman). » 

•n;j^ = ^Ijjl, ou Jwj^, <k fort ». — j^£3 = c^ ou «.ji,. — 
jQ^Q= ^U, € fidèle j) ; mais la lecture m^^ est aussi possible. 

313. ja'^iy'»^ 

« Par Sait . » 

^'^^ =Ui;», « couteau /> ; ce jj^ est le radical et le ^ ne peut 
entraîner la substitution en ^^ comme c'est le cas du q. 

316. novN nsD p i);trD f[b ^jab 

a Par Banî, fils de Mus'^ir, fils de Safad, (fils de) A.smad. # 
La boucle du i n'est pas achevée. 

317 a. nao fD i^^o p JV»^ 

€ Par Ma^ag, fils de Mus^'ir, fils de Safad. » 

Un autre fils du précédent. 

317*. -m nsD p nj^uDb 

(( ParMus'ir, fils de Safad... » 
Père du précédent; le groupe -n^ est obscur. 

318. nao p 1^ tTD p Di?ix p mn V 

(( Par Harb, fils de An'ara, fils de Mus^ir, fils de Safad. » 
Petit-fils du précédent. 






FIXATION DE L*ALPHABET SAFAÏTIQUE 227 

€ Par An'am, fils de Mus'ir. » 
Père du précédent. 

c Par Gatiak, fils de Mu'^sir. > 
Frère du précédent. 

323, Au milieu des lettres effacées ou mal formées, on re- 
connaît la formule ^hb nbw N3ïr Nina -ny ^na dont 

robscurité reste aussi épaisse qu'auparavant. 

« Par Asara, fils de Yamsakêl. » 
atrx de ^1 ou de ^ ; le jjest très distinct, impossible de 

le prendre pour un pf. —Le premier élément de^j^DDû^ vient 
de -|oo qui se présente isolé comme nom d'homme. 

€ Par Sarq, fils de A*nan (?). » 

p^ = ô/^- — Où est tenté de corriger n^j^ en ^^^j^, 
nom connu. 

334. Ual.,373; Vog., 391. 

« ParSalaq, fils de lias, » 
La copie de M. de Vogiié est très distincte. 

337. Hal., 163; Vog., 177. 

p p T^N pb 
€ Par Ben-Asyar (Asyab?), fils de Kan. » 

Les deux lectures -)iurXi tr^tj et ^itt^Xt s_..xi.l, sont égale- 
ment possibles. 



228 REVUE SÉMITIQUE 

340. ^3D |3 npi^b 

c Par Saqad, filsdeSabaI.(?). > 
IV^j cf. ïjXi.. — ^2Dy ^* ^^P^^ ^'^'■^ pO'y peut-être 

no- 
343. iox p nyfc^b 

c Par Sa^'r, fils de Zaba* . d 
j{3l s'est rencontré Hal., Hi é ; Vog., 125. 

350. ^Vi{ p pD3B >3;B P |3Nb 

•I Par Aban, fils de Fa'i, et par Nasran, fils de Asl (?). d 

bâ/«= J^'? • ^^® ^^'^ ^® mesure », arara. x*?2^î< ^ '* 
lecture i^^x ^^ également possible. 

356. -\ytfo p -|m p lyyb 

« Par Sa'd, fils de Ga^ak, fils de Mus'^ir. » 
Fils du personnage n* 321 c. 

368. . . . rmf p DDn p npb 

Graffite déjà cité à propos du n- — nOB/» ^^ v.:--^, /^ ou 

369. Vnjj; p i£^ p trs'1 J3-IDB1 p nVn» p 

«... fils de Tablât, fils de Wafsar (?), fils de RaMs, 
fils de Zas (?), fils de 'An'êl. > 

tyX"! ou È'ïO. cf. n' 273. — Un, peut-être -|t ou Jt- 
376. Hal., 194; Vog., 210. 

iDj p nyo p.DDB p tt^nob 

« Par Mabis, fils de Fasam, fils de Sa'd, fils de Garaar. » 
Cette copie corrige la copie de M. de Vogué. — tîTIO = 
ou (jij*'. — DDÔ» '^^ute pour xiOp (^)- 



FIXATION DB L ALPHABET SAFAITIQUB 9 

377. Hal.,495;Vog., 21i. 

a Par Ktiablat, fils de Mus'ir .> 
Noms conDus ; la dernière lettre peut aussi être un ^, un 

OUUD V. 

379. Hal.,356;.Vog.,373. 

p [3 nn p -iyt?o p iïnS 

a Par Khaçib, fils de Mus'ir, fils de Thart, fils de Kaan . > 
Inscription citée i. propos du n- (Omise plus haut.) 

38». Dtrbx p prh 

c ParTêman, fils de Absam. » 
afc'aN élaùfde^. 

385. jjhE) no^D p aitf p iro p idd'? 

a Par Masak, HIs de Sa'n, fils de Sarb, 
fils de Kalamat et par Raglg. n 

'ni3^3=:i.ilb'', « parole ». — L\ lecture jjt parait pi 
vraisemblable que jjj^r. 

388. p p nntrb 

a Par Sarb, fils de Hann. s 
Personnage connu par 168 b, 176. 

393 b. inVoa K:tr p 33n p fï?Db 

t[ Par Sa*n, fils de Habtb, fils de Sani et par Salfau. a 
Hal., 328, offre n^D ^"^ 1 ^"'^^• 

394 o. ro p natf: p bon*? 

« Par Hamal, fils de Nasbat, fils de Kat, n 
Même inscription S05 a. 



230 REVUE SÉMITIQUE 

396. QT p ht^D '^j; dj;bb hj;^ p nnyb 

« Par *Abd, fils de YaM, en mémoire de Musitii, 

fils de (?)Wam(?;. » 

*iyi pour«T)yv de jU. — n^D de s^'jl. 

400. DDi; p Q^V*? 

€ Par Wasm, fils de 'Amas (?). » 
U^îf^ de >Juj, € piquer ». — bO^î ^f- Dtoj?- 

404. . . . p jyo vuTK by dj;db 

c ... En mémoire de Asiu de Ma^'g (ou n avec ») Gaian. » 

Déjà cité à propos de nDV ? '® ^o' î"* JJ^D ^^*"^' ^° dérivé 
de j^o? Peut-être faut-il séparer pj yc c avec ( *>) Gaîan > . 

Déjà citée à propos de nSYK- 

410a. ...n p ^nb 

a Par Has, fils de Kh . . . » 

Telle est en détail la série des inscriptions qui contiennent la 
lettre serpentine à laquelle il me paraît impossible d'assigner 
une valeur autre que celle du jj^ sin hébreu, malgré les cas 
nombreux où le j» arabe pourrait être placé sans la moindre 
difficulté. La riche variété des sifflantes arabes constitue même 
un sérieux élément d'incertitude pour la transcription d'un 
dialecte encore mal défini de ce groupe linguistique. Si l'écri- 
ture éthiopienne était encore à déchiffrer, on y chercherait 

tout d'abord les représentants des lettres arabo-sabéennes -] 

(^)ï y (>" ) ^*' n (ô,0 ^^ ^" n'aurait pas facilement concédé que 
ces sons n'y existent point. Nous sommes dans la même situa- 
tion en ce qui concerne le dialecte du Safa : nous hésitons 
à admettre sans preuves évidentes l'absence du ^ dans cet 



FIXATION DE L* ALPHABET SAFAÏTIQUE 231 

idiome si profondément arabe. Cependant, ainsi que je le dis 
plus haut, des combinaisons comme «^, .^^, ^jas^ il^, ne 

laissent pas d*étonner surtout dans un dialecte septentrional. 
A la difficulté lexicographique vient se joindre une difficullté 
paléographique des plus sérieuses. On ne conçoit pas comment 
le son du ^ dentalisé peut être rendu par une lettre qui 
dérive incontestablement du ^. Aussi longtemps qu'on croyait 
qu'elle exprimait le son du \;, on avait la ressource de la rap- 
procher de la forme archaïque. Pour le jo qui n'offre pas un 

son prévu dans l'alphabet phénicien, ce rapprochement n'est 
plus de mise. Par ces diverses raisons Thypothèse nouvelle qui 
identifie la lettre en discussion avec le '^ de récriture hébraïque 
semble avoir pour elle de très fortes probabilités, au moins 
jusqu*à plus ample information. Dans ceite supposition, la 
forme matérielle de ladite lettre présenterait non seulement une 
analogie complète avec les couples jy et ^ des Hébreux et ^ 

et ^ des Arabes, elle expliquerait encore un procédé propre 

à l'écriture sabéenne précisément au sujet des relations entre 
ces consonnes. Le sabéen possède notoirement deux sortes 
de«; l'un est exprimé par un caractère qui revient en éthio- 
pien et qui tire son origine du q phénicien; l'autre se compose 
de deux ^ placés dos à dos et réunis ensemble, ainsi ^= ^^ . 
Or, la lettre safaïlique que nous discutons a bien lair d'être 

composée de deux sin .^ placés l'un sur l'autre ^; de là 

Taspect bizarre d'une longue ligne perpendiculaire fortement on- 
dulée. La différence dans la juxtaposition des caractères identi* 
ques serait absolument insignifiante et le principal aurait été le 
fait assez remarquable que la réunion de deux ^ aurait fourni 
en Sabée comme au Safa un signe nouveau pour exprimer un 
s particulier. 

Malheureusement, la valeur {j;de la lettre ondulée qui nous 
occupe ne peut être soutenue qu'à la condition que la lettre qui 
ressemble au ^ sabéen soit réellement la chuintante sémitique 
commune. La certitude n'est peut-être pas aussi absolue qu'on 
le croit. Dans les alphabeîs tardifs, la forme anticjue peut de- 
venir méconnaissable; ainsi, par exemple, le àin néo-punique 



J 



1 



S38 REVUE SÉMITIQUE 

ne présente plus aucune analogie avec son modèle carthagi*- 
nois. Dans ce dernier cas, la lettre serpentine représenterait 
infailliblement la chuintante même, qui est une lettre fonda- 
mentale de l'alphabet. 

Il y a plus. Les recherches d'une nature très diverse aux- 
quelles je consacre mes efforts depuis longtemps m'ont fait per- 
dre de vue les remarques intéressantes que M. Carra de Vaux a 
publiées en 1 804, dans la Revue Sémitique (pp. 25 1 -258 et 362- 
374), sur les inscriptions lihyanites (?) rapportées par Huber et 
Doughly. Or, la première épigraphe qu'il examine est tracée 
près du dessin d'un cheval en colère, circonstance qui l'a dé- 
terminé à lire : c^^f^ p'j nDISH» * '^^ cheval de Ben Hatf > 

(p. 253). Or, ce déchiffrement certain offre deux fois, pour la 
lettre gj, une forme analogue à V oméga grec, fl, qui, mise de- 
bout, G , couvre souvent le signe que nous avons l'habitude de 
transcrire par ^. En appliquant cette valeur au signe safaïtî- 
que, les noms comme Jû'jij^, Joblt^X, nbptî^» bfi^p' ^^-^ ^^ 
transformeront en tj^jj, D^BN' nbpS» bsp» ^^^-t ^^^ ^^^ 
aussi usités ou, du moins, possibles en arabe classique. Par la 
même application, le signe safaïtique que je lis «i deviendra 
un -], tandis que celui auquel j'ai attribué la valeur jj devien- 
dra un ^. Il en résultera un double avantage : d'une part, un 
accord plus intime avec les formes sabéennes; d'autre part^ 

la disparition des suffixes trop hébraïques ^^, «jjjj^, in^nX» 

qui seront à lire -|*^, nON» nn^nX' ^^ ^^ fl"^ ^^^ beaucoup 
plus important, des noms propres terminés en ^ à la façon na- 

batéenne. Au lieu de i^N» 1DÏ1' HJ^D' ^^^-^ ^" aurait n3X» 
nonSi mVD' ^'^- l^'i^scription V. 184, gravée au-dessus 
d'un âne et qui m'est restée obscure à cause de la forme înNK» 
se lira très bien : jriNH "IID \2 DTnb» * ^ Hazm, fils de 
Sawar (?), appartient cet âne ». Ue même, D. 323, qui montre 
le dessin du même animal, donnerait jn^H dVdN p ^nob» 
« à Mattî, fils de Aslâm (?), appartient cet âne ». Mais il y a 
plus, M. Carra de Vaux a comparé beaucoup de passages dans 
lesquels le groupe '^oyn ^^^ tracé près d'un dessin représen- 
tant un chameau, et comme ce groupe alterne avec 



FIXATION DE l'alphabet SAFAÏTIQDE 

«jeune chamelle >, il a conclu que ^j^V équivalait 
« chameau ». Cette conclusion m'a paru alors évidc 
dans mon exemplaire de la Revue Sémitique, j'ai griftc 
crayon sur la lettre y un j cursif, pour indiquer que c 
à forme ovoïde pouvait être réellement un jj. En même tei 
noté un ^ sur le i du mot que l'auleur avait lu iTiH- ^' 
devaient amener une série de changements considérabi 
la transcription des mots safaîtiques. Depuis ce mon 
n'y ai plus pensé, et, chose curieuse, M. Carra de 1 
moi-même nous avons tntalement oublié la courte étu< 
j'ai faite des inscriptions arabiques dans la Revue des 
yuiW*, en1S92(p. 16-19},et où j'avais élabli la lecture > 
très T et n conformément à leurs modèles sabéens. J'y i 
signalé un signe de l'espèce 3 pour le son du y. Tout o 
bel et bien échappé jusqu'à ce moment, et ce ne sontq 
taines étrangetés, aperçues à une lecture attentive des de 
épreuves imprimées, qui m'ont rappelé que j'avais trai! 
les valeurs de quelques signes proto-arabes, car, autr 
je n'aurais pas conservé pour ces détails la transcrip 
1 877. De pareils accidents m'arrivent assez souvent dai 
autres études, où je me donne la peine d'expliquer ce qi 
depuis des années, expliqué avec des preuves à l'appu 
retourner à notre sujet, je me vois donc obligé de revei 
ces diverses questions de lecture, qui compléteront 
présente. Le sujet en vaut bien la peine. Déjà, la seu 
sence d'Arabes purs si près des tribus araméennef!, ou I 
moins profondément araoïaïsées, soulève de grosses difl 
au point de vue de l'ancienne distribution des éléments 
ques dans l'Arabie septentrionale. Puis, on serait bien : 
savoir en quoi l'idiome safaîte, dont l'écriture se rattach 
aucun doute très étroitement à celles des Lihyanites 
Proto-Arabes du désert, se distinguait de ceux de ces p 
tions; s'il contient les particularités grammaticales et 
graphiques qui caractérisent l'arabe classique du Qorfl 
questions offrent un haut intérêt et sont dignes d'attiré 
tention complète des sémitisants. J. IIalÉ 

[A suivre. } 



Le Sumérisme et THistoire babylonienne. 

{Suite et fin.) 



Le parallélisme postpositionnel entre le complément 

et le verbe. 

Pour donner plus de clarté au verbe hiératique, on reprend 
après les indices pronominaux la postposilion de Tobjelqui 
précède, ou du moins le synonyme de cette postposition, laquelle 
fait alors fonction d*un adverbe de lieu, de relation ou de direc- 
tion . Ce moyen extérieur m«ît en évidence l'unité delà phrase sans 
affecter en quoi que ce soit le verbe qui suit et qui demeure tou- 
jours dans son indécision primitive relativement à la manière 
dont l'action est exécutée. Le parallélisme en cause qui se constate 
dans les textes les plus archaïques présente le schéma suivant : 
i* ta-ta; 2° da-da; 3* ku-ku; 4"* ru-ru = ra'ra. Nous avons 
donné plus haut quelques passages où la forme ru remplace 
la vocalisation ordinairera. Dans le cas de parallélisme nos textes 
offrent constamment ru, probablement dans le but d'éviter la 
confusion avec le complément phonétique ra des syllabes 
nombreuses qui se terminent par r. Le dédoublement de la 
postposition est naturellement facultatif et dépend de l'appré- 
ciation momentanée du scribe qui peut en omettre l'un ou 
l'autre. On s'en rendra un compte exact par les extraits ci- 
dessous. 

a) Postposition adverbe ta. 
Exemples : 

i. kur-ta mu-na-ta-dul-du (IV, n** 1, col. H, 3) « delà montagne il 
a fait venir i>. 

2. lù-gis-uh-ki-ra e-na-sum nara-e-ua-ta-kud (V, n« 1, 5-7), • aux 
hommes do G.-U. j'ai rendu le serment que j'ai reçu ». 

3. nam-e-ta-kud-du (V, n» 1, 27, U\), t pour le serment qu'ils ont 
prOté ». 

4. e-bi id-nun-ta gu-edin-na-ku ib-ta-ni-ud-du (VI, n*> 1, coh 2, 
1-3), « ce canal, du grand fleuve à Gu-edin il l'a fait sortir ». 



LE SUlfÉRISME ET L^HISTÛIHE BABYLONIENNE 235 

5. nigin kû lah-ga zal-da an-nin-gir-su-ge ab-ta-gu-e mu-na-gim 
{ibid, n* III, 15-16), « le vase d*argent brillant qu'à N.-G. a été pro- 
mis, il a fait ». 

6. Uru-f-a-a-ki-ta mu-na-ta-dul-du (VII, n» 1, 8-9), « delà ville 
d'Arua j*ai fait venir (la stèle) •. 

7. kurta mu-na-ta-en-dul-du {ibid, n«2, col. II, 4), t de la mon- 
tagne il lui a fait venir b. 

8. kur mà-gan-ki-ta nà-kal im-ta-dul-du (X, st. A, col. II, 6, III, 
1 : st. C. col, m, 14-15 ; st. E, col. VIII, 16-17 ; st. H. col. II, 5-6), 
« de la montagne de Magan du dolorite il a fait venir ». 

9. lu ë-an-na-ta ib-ta-ab ud-du-ud-du-a (X, st. C, col. IV, 5-6jj 
« celui qui de Bit-Samô la (statue) fera sortir ». 

10. uru mu-azag bil im-ma-ta-lal (X, st. Ë, col. II, 21-22), « la 
ville pure il a fait briller ». 

11. us-bi mu-azag bil im-ta-lal {ibid., col. IIL 11-12), « sa fonda- 
tion pure il a fait briller ». 

Analyse littérale : 

1. Aur-ta, «, montagne-de », mu-na-ta, « il de (là), dul-du. 
« porter ». 

4. e^bi, t canal-ce » id-nurt-ta, « fleuve-grand-de », gu-edinna- 
kn, « à Gu-edin », i6-ia, « le de (là) », ni-ud-du », il sortir ». 

6. uru-f a-a-/i-fa, « ville Arua-de », mu-na-fa, « il-de (là), « dul-du 
« faire venir ». 

7. kur-ta, t montagne-de», mu-na-tad il-de (là) », en-dul-du, a il 
faire venir ». 

8. kur-mâ-gan-hi-ta, « pays-Magan-de », nâ-hal, o pierre kal », 
l'm-fa, I il de (là), dii2-du, a faire venir ». 

9. lû-ë-an'iia-ta, o celui qui Bit-Samô-de», ib-ta, « cela (la stèle) 
de (là) », ab-ud-du-ud-du-a, « il (neutre) sortir-sortant ». 

Les autres passages suppriment ta dans le premier membre 
de phrase; je le rétablis entre crochets. 

2. lù-gié'Uh'ki-ra, a homme-gis-uh-à », e-na-sum-nam-[ta], « il 
donner-8erment-[là] », e-na-ta-kud « il-là prêter ». 

3. nam-[ia], « serment-pour », e-ia-hud-du, « il-[pour]-prétent ». 

5. nigin kû-lah-ga zal-da an-nin-gir-su-gi^-lta], « vase-argent- 
brillant Nin-Girsu-[pourj », ab'ta-gu-e, « cela-pour (lui) promis», 
mu-na-gim^ • il faire ». 

10. uru-mu'azag-[ta]y « ville-pure-[dans] », bi/, « splendeur », im- 
ma-(a-/a^ « il-là-remplir ». 

H. us-bi mu-azag -[ta], « fondation-sa-pure-[dans] », bil « splen- 
deur, im-ta-laly « il-là-remplir ». 



236 REVUE sAmitique 

b) Eostposition adverbe da. 
Exemples : 

i. enim-da gur-pa-da-an-enim-da an-da-gur-ra (V, n« 1, 47), 
« contre la parole (donnée) fera retourner ». 

2. gis-uh-ki-da dam-ha-ra e-da-ag (VI, n» 1, col. i, 25-27), «j'ai 
livré bataille à (= contre) Gis-Uh ». 

3. en à (= id)-kal-li pa-te-si gis-uh-ki-da ki e-da-sur {ibid, 39-42), 
« avec Bel-Akalli, patesi, le terrain de G.-U., il a délimité ». 

4. bar-se-bi nu da sud-sud-da-dug (ibid,, col. II, 27), « les épis (?) 
de ce blé de ne pas disperser (il) a ordonné ». 

5. gis-ur-ur-ku e-da-lal (ibid., col. III, 10), « les troupes ennemies 
il a attaqué ». 

6. ur-lum-ma ba-da-kar sag-gis-uh-ki-ku e-gaz (t6td., 15-18), 
« Urlumma vaincu, au milieu de G.-U. il a tué ». 

7. edin-da e-da-kid-kid [ibid., 24), « dans (=. sur) la plaine il a fait 
rester ». 

8. gir-su-ki-ta gis-uh-ki-ku kar-dar-ra-a e-du {ibid.j 30-33), « de 
Girsu à Gis-uh victorieux il est venu ». 

9. id-zid-ku a-sag gan-tum-ne an-ta-bal-e-da= ... e-da-bal {ibid., 
col, VI. 15-16), c à la rive droite, le champ « jardin fertile » arro- 
gamment ils traverseront ». 

10. kur-kur u-sal-la mu-da-nft (VII, col. II, 17-18; cf. col. III, 22-23), 
« les pays en tranquillité il a fait rester ». 

11. kalam-e a hûl-la mu-da-e {ibid,, 19-20 ; cf. 35-39), « le monde 
d'eau de joie il a abreuvé ». 

12. sed mu-da-gi-gi (tbtd., 45), t d'une enceinte il a fait entourer». 

13. kalam-eki-sag-ga igi-ha-mu-da-gab (t6td., 29-31)» « sur le 
monde avec faveur qu'il lève les yeux ». 

14. nara-sag-ga mu-tar-ri-ku-a su-na mu-da-ni-ti-e-ne ( ibid,, 
32-34), a la bienveillance fixée par lui (aux habitants) par leurs mains 
(qu')il le fasse prendre ». 

15. an-ra-ni an-nin-gis-zi-da an-ba-u ë-uru-azag-ga-na mu-na-da 
tur-tur (X, st. E, col. VIII, 11-15), « ses dieux Nin-Kitti' (et) Bau 
dans le temple Ëru-ellu il a fait entrer » 

Analyse littérale : 

a) Parallélisme da-da. 

1. enim-da, « parole-contre », gur-ra-da-an, « retourner contre-iU. 

2. giS'Uh'ki-da, « Gis-uh-oontre », dam-/ia-ra, t bataille », e-da- 
ag « il-contre-faire » . 



LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BALYLONIENNE S37 

3. en-â'kal-li pa-te-si gis^uh-ki-da, « Bel Âkalli, patesi-Gis-uh- 
aveo », Ai-e-da-sur, « lieu il-avec-limiter i. 

4. 6ar-se-6i, « épi-ce », nu-da-sud-sud, • non-là-disperser », [e]- 
da^duÇj « il-là-dire». 

7. edtn-da, « plaine-sur », e-da-kidy « il-là-dessus-lâisser ». 

15. an-ra-ni an-mn-gis-zt-da-an-6a-u e-uru-a2ag-gfa-na[-dal, 
« dieux^ces-Nin-G.Z.- dieu Bau maison-ville-pure-sa-[ver8] », mu- 
na-da-ttir-fur, « il-là-faire entrer ». 

b) Parallélisme ku-da. 

5. giè'UT'Ur-ku, t ennemis-sur », e-da-lal, « il sur-attaquer ». 

9. id'Zi'da-hu, « main-droite«sur », a-sagf-gan-(um-ne, « champ 
jardin-fertile », an-ta, « arrogamment », 6ai-e-da, « passer-il-sur ». 

c) Omission S une particule. 

6. ur-lum-ma ba-da-har, t Urlumma-il (neutre)-là-vaincu », èag- 
giS'Uh'ki-ku t « cœur-G.U.-dans », e-[da]-ga3, • il-là-tuer ». 

8. gir-su-ki-ta gis-uh-ki-ku, « de Girsu à Gis-Uh », Aa-dar- ï'a-a, 
« vaincu, fugitif (?) », e'[da]'du, « il-[là]-alla. 

iO. kur-hur u-saMa-[daJ, « pays-tranquillité-[en] », mu-da-nâ, 
« il-là-reposer ». 

il. lïaZam-e-a-/iaZ-ia-[da], « le monde-eau-joie-avec », mu-da-et 
« il-avec-arroser ». 

12. êeg-lda], « enceinte-avec », mu-da-gfi-gi, « il-avec-faire-en- 
tourer ». 

13. kalam-e^ki-sag-ga-lda], i monde-faveur-[avec] » , igî-/ia-mu- 
da-ya6, « œil-que-il-avec-lever ». 

14. nam-sagf-gamu-tar-ri-a-ftu, « bienveillance fixée-par », su-na, 
€ main-sa », mu-da-nf-tî-e-7ie, « il-par-le-prendre pi. ». 

Postpositions adverbes ku et ru. 
Exemples : 

1. ur-ha-lu-up-nî-gab-ku mu-na-ku-ki (=gin)-na (IV, n» 1, col. 
III, 2-3), a Ur-halup comme portier il a placé ». 

2. nam-ti-gal-lû en-an-n»-tum-ku + ma a mu + ku sub + na = 
nam-ti-gal-lû-en-an-na-tum-ma-ku u mu-na-ku-sub (VII, n»3, 9-12), 
« pour la vie de son roi Bel-samé-ukîm ceci il a présenté ». 

3. gu-id-lum-ma-9ir-ta-ka e-ku-kid (VI, n« 1, col. III, 20-21), « sur 
la rive de Id-lum-ma-çir-ta il a laissé ». 

4. kur-kur-ru-sag-e-ru-sig (V, n» 2, col. IV, 23-24), « (ce) pays il a 
dévasté ». - 




238 REVUE SÉMITIQUE 

5. Ëlam sag-e-ru-sig {ibid., col. VI, 7), c Elam il a dévasté t. 

6. kis-ki sag-e-ru-sig (i5td.,9), « sur Kis il a porté la désolation ». • 

7. uru-unu-ki-e gud-gim sag-an-ku mu-ru-gur (VIII, col. II, 31), 
c la ville d'Uruk comme un taureau jusqu'au sommet du ciel j'ai 
dressé ». 

8. gu-an-ku-mu-ru-gi {ibid., col. III, 1-2), « le sommet jusqu'au 
eiel il a établi ■• 

9. nam-lû-qal u-rîg-gim su-dagal ha-mu-ru-dug {ibid. y 24-26), «son 
armée comme l'herbe de multiplier qu'il ordonne ». 

10. zag*an-na-ge si-ha-mu-ru-di (ibid., 27-28), « les sanctuaires 
qu'il rende prospères ». 

Analyse littérale. 

a) Parallélisme ku-ku. 

1. ur-/ia-lu-Kp ni-gab-ku, « Urhalup portier-à », ynu-na-ku-gin- 
na, « il-à-plaçant ». 

2. nam-ti gal-lû en-an-na-tum-ma-ftM, « vie- roî-Bel-samé- 
ukin-à (= pour) » a mu-na-ku-sub. « ceci-il-à (= pour)-offrir ». 

b) Parallélisme ku^ru. 

7. urU'UnU'ki-e gud'gim'Sag-an-ku, « Uruk - taureau - comme 
soramet-ciel-à », 7nii-ru-^ur, « il-à-dresser ». 

8. gfu-an-àu, • sommet-ciel -à», mu-ru-gur. « il-à-dresser ». 

c) Parallélisme ru-ru. 

4. hnr-kur-rn, « pays*à », sag-e-rn-sig, « tôte-iUà-briser ». 

d) Suppression de la première particule, 

3. gu-id-lum-ma-sir-ta-ka-[ku], t rive-Id-lumma-çirta-sur *, e-feu- 
kid, « il-sur-laisser ». 

5. E/am-nt, « Elam-à », sag-e-ru-sig, a téte-il-à-briser ». 

6. /ii6'-fti-[ru], « Kis-à », e-ru-sig, « il-à-briser ». 

9. nam-lû-qal'rig'gim èu-dagal'[ru], c troupe - herbe - comme - 
multiplier-à », ha-mu-ru-dug, « que-il-à-ordonner ». 

10. 2ag-an-na-{/e-[rw]. « côté-ciel-de-[à] », si-ha-mu-ru-di = ha- 
ma-ru-si-di, « qu-il-à-prospérer ». 

e) Suppression de la seconde particule. 

{, an-nin-gir-su gud-an-en-lil-lal-ra ... mu-na*ru (II, n« i, col. !, 
I-7), « à N.-G. héros de Bel ... il a construit ». 



LE SUHÉRISME ET l'HLSTOIRE BABYLONIENNE 239 

2. ë-ne-bi kur-kur-kur-ra-/iu mu-na-ru (ibid., col, II, 4-5), c en 
Bit-mêlamsa-matâtu il a construit d. 

3. mâ-al kur-fa gu-gàl-gis mu-du (lai?), « de Maal, la montagne, 
toute sorte de bois il a fait venir ». 

Ces trois exemples offrent des spécimens de phrases qui 
suppriment les particules ta, da, ku, ru devant le verbe. C'est 
même la règle chaque fois que le complément indirect est 
séparé du verbe par un long complément direct ou une incise 
compliquée. La fréquence de ces sortes de constructions me 
dispense d'en donner un plus grand nombre d'exemples. 

Devant le témoignage irrécusable des exemples que nous 
fournissent les documents que nous venons d'étudier, dispa- 
raissent dans leur néant absolu les prétendus infixes verbaux 
qu'une philologie à tout faire a réussi à introduire en pseudo- 
sumérien. Des verbes à préfixes ka (ftu), da, ra (ru), ta n'ont 
jamais existé; ces particules, simples échos des poslpositions 
j)récédentes, ne se rattachent ni au phonème pronominal qui 
précède, ni au phonème verbal qui suit. Ce ne sont donc pas 
dea suffixes comme ils ont été qualifiés jusqu'ici par toute Técole 
assyriologique, y compris moi-même, mais des adverbes com- 
plétifs. Leur présence constitue une simple redondance, qui, 
quoique utile dans un sens à la clarté de la phrase, est loin d'être 
indispensable ou seulement nécessaire. Il va sans dire que les 
comparaisons de ces adverbes avec les infixes verbaux ouralo- 
altaïques homophones ne reposent sur aucune base sérieuse. 
Ce n'est que beaucoup plus tard que la juxtaposition da-ra ou 
ra-da entre dans l'usage du style hiératique ; nous y reviendrons 
à l'occasion. 

Nos textes ne fournissent pas de noms de nombres écrits 
phonétiquement^ 

Notre investigation sur la grammaire du système hiératique 
dans les textes les plus archaïques de la Babylonie est parve- 
nue à son terme. Le mystère des formes bizarres qui lui don- 
nent un aspect exotique a complètement disparu devant Tin- 
tclligence exacte de tous les éléments qui entrent dans leur 
composition. En parcourant les centaines de phrases de la ver- 
sion babylonienne de la seconde colonne, tout philologue im- 
partial reconnaîtra que dans les grandes lignes la construction 



2&0 REVUE SÉMITIQUE 

syntaxique est la même dans les deux colonnes. Une telle 
coïncidence prouve d'une manière indubitable que le système 
en cause doit son origine au génie sémitique local et à aucune 
autre source linguistique imaginable, fût-elle même une langue 
sœur très proche. 11 est en effet absolument impossible de 
suivre de près la construction babylonienne dans une traduc- 
tion hébraïque ou araméenne. A plus forte raison est-il inima- 
ginable que deux langues tout à fait différentes puissent cal- 
quer leurs phrases l'une sur l'autre. Comme Tindigénat de la 
syntaxe babylonienne est mis hors de doute par la présence 
inaltérée dans les textes sémitiques originaires du pays de 
Lulubiy de l'Assyrie, de la Susiane où il n'y a pas la moindre 
trace de c Sumériens » , même d'après ceux qui croient à leur 
existence préhistoriqueenBabyIonîe,onnepeut raisonnablement 
éviter la conclusion que le pseudo -sumérien, loin de présenter 
une langue, n'est qu'un système de rédaction particulier destiné 
tout d'abord à exprimer la langue babylono-sémitique, le seul 
idiome littéraire du pays. Cette conclusion ne saurait être infir- 
mée par les quelques cas exceptionnels dans lesquels l'ordre 
des mots dans la phrase ne coïncide pas dans les deux systèmes 
rédactionnels. Un système d'idéographisme conventionnel ne 
cherche même pas à imiter strictement la construction de la 
phrase vivante. Le système des chiffres romains offre les com- 
binaisons II, 111, IV, VI, IX, XL, c'est-à-dire « un -}- un » = 
« un -|- '^ïï + u*^ » rrr^ « moitts un + cinq > , oc cinq + un » , 
€ moins un + dix >, < moins dix + cinquante >, pour dire 
a deux », c trois », < quatre », c six », a neuf », 
€ quarante ». L'ordre des chiffres arabes est de même pure- 
ment conventionnel : on écrit 11 (= « dix + un »), 1 2 (= t dix 
+ deux »), 13 (= € dix -|- trois »), 70 {^^ a sept fois dix »), 
80 (= € huit fois dix »), 90 (== c neuf fois 10 ») et on pro- 
nonce : onze, douze, treize, soixante-dix, quatre-vingts, quatre- 
vingt-dix. Et cependant la nécessité de mieux adapter l'ordre 
des chiffres à celui des noms dénombre réels ne s'est jamais 
manifestée ni chez les Romains, ni chez les peuples modernes 
de TEurope. Cela est également vrai lorsque les chiffres sont 
représentés par les lettres de l'alphabet comme c'est le cas des 
Sémites, des Grecs : nulle part la disposition systématique 



LE SUMÉRISME ET L'HISTOIRB BABYLONIENNE 2&1 

des lettres^hiffres ne calque la numération vivante. J'ai depuis 
longtemps trouvé le motif de la déviation syntaxique qui a 
ch^ugéen po8tpositi(m8\espBLrlic\x\eska, ge;ku^ ra, ta, da, gim 
qui représentent les prépositions babyloniennes ana^ ina, iétu, 
ullUf itti^ kima. La position postpositive a pour but d'indiquer 
que les monosyllabes précités sont dépouillés de leur puissance 
ordinaire de mots pleins et descendus au rang de simples par- 
ticules de relation qui n'ont pas la valeur des autres racines. 
Par contre, les particules dont la racine et par conséquent la 
signification est claire, conservent fidèlement leur position 
prépositive comme les prépositions babyloniennes qu'ils sont 
destinés à exprimer. Deux de ces prépositions figurent datns les 
textes archaïques, ce sont kij ce avec », de kiu, c terre, lieu (ar. 
o ti) > et éag = libbu, c cœur, milieu » . Dans d'autres inscrip- 
tions, un peu plus récentes, on constate l'emploi des préposi- 
tions muh, ce sur », l'équivalent du babylonien muh de muhhuy 
c sommet de la tête », el en répondante adi, c jusqu'à », et 
d* autres encore. 

Il est compréhensible que ce déplacement des particules, 
aussi longtemps que sa raison d'être restait énigmatique, ait 
pu donner lieu à l'erreur que le oc sumérien » fait usage de 
postpositions à l'instar des langues ouralo-altaîques. Ce fait 
avait frappé les premiers déchiffreurs et leurs élèves l'ont 
ensuite accepté de confiance. Ils croyaient alors que la rédaction 
allographique était entièrement phonétique sans aucun mélange 
d'idéogrammes. Par suite de mes efforts, la conviction générale 
admet à présent qu'en sumérien même on ne peut plus décider du 
premier coup si tel ou tel caractère est un phonème ou un idéo- 
gramme. Mais une partie des assyriologues ont encore de la dif- 
ficulté à saisir qu'un phonème n'est pas pour cela seul un mot 
organique et réel. M. Radau dit: a Si nous avons des formes 
telles que hul^ mu^hul, ba-huU la première peut-être appelée 
ff idéographique » et primitive, mais la seconde et la troisième 
forme ne le peuvent pas. Ma et ba montrent simplement que 
hul doit-être tenu pour un verbe et non pour un adjectif. » 
Mais n'est-ce pas s'arrêter à la surface ? Car aucune de ces 
trois syllabes ne sont des mois vrais, mais des sons artificiels 

RITOI fttMlTlQOI 16 



248 REVUE SÉMITIQUE 

comme les noms des lettres de notre alphabet. Dès le moment 
que Ton concède que dans Téquation mu ou ba-hul ■=■ u-kalliq 
le phonème hul exprime l'idée de la racine halaqu, a détruire n , 
de quel droit refuse-t-on d'admettre que les phonèmes mu et 
ba puissent représenter l'indice personnel u? Il faut être consé- 
quent avec soi-même. Le même auteur demande encore : m Et 
comment devons-nous expliquer les a infixes > et les c post- 
fixes », la formation verbale et toutes les autres particularités 
de cet idéographisme? » Notre réponse sera catégorique : les 
ce infixes > n'existent point et les autres pariicularités sont 
suffisamment expliquées dans les paragraphes qui précèdent; 
et si quelque menu détail manque encore de clarté, on peut être 
assuré que la possession d'exemples plus nombreux finira par 
la rendre complète. Puis, est-c^ que les choses les plus près de 
nous ne présentent pas parfois des énigmes encore irrésolues? 
La somme de nos connaissances ne s'en ressentira guère. Mais 
quand M. Radau ajoute : c Gomment expliquer les tablettes et 
les syllabaires et les autres inscriptions qui se rencontrent dans 
ces deux c modes d'écrire? », je commence à craindre qu'il 
n'ait entendu qu'une seule cloche, naturellement celle des 
suméristes, nous l'engageons donc à entendre aussi l'autre, 
celle des antisuméristes, surtout les réponses que j'ai faites à 
MM. Lehmann et Weissbach dont il cite les écrits. En atten- 
dant, témoignons-lui notre sincère reconnaissance de nous avoir 
fourni l'occasion de placer la question sumérienne sur le vrai 
terrain de la discussion scientifique. L'époque héroïque des 
attaques personnelles est passée. Les assyriologues qui croient 
encore au sumérisme ont le devoir, en rompant le long silence 
observé jusqu'à cette heure, de justifier leur thèse, non par la 
réponse globale et interrogative a comment peut-on expliquer 
tel ou tel détail si on n'admet pas l'existence d'un élément allô- 
phyle », mais en descendant dans les détails expliqués plus 
haut pour en donner une explication meilleure et plus conforme 
au résultat de l'ethnographie et de la philologie modernes. 
Cette tâche incombe surtout comme une dette d'honneur arrivée 
à l'échéance, aux assyriologues qui ont contribué à la propa- 
gation du sumérisme et avant tous les autres à M. le professeur 
Friedrich Delitzsch, qui s'est temporairement enrôlé sous le 



LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIEr^E 243 

drapeau antisumérien. M. Delitzsch a motivé son adhésion dans 
le %o* paragraphe de sa grammaire assyrienne qui fit grande 
impression en Allemagne. En retournant à Tancienne ortho- 
doxie, il s'est contenté d'arracher ce paragraphe compro- 
mettant de sa grammaire et de faire de celle-ci une nouvelle 
édition amaigrie, mais il a omis de démolir un à un tous les 
arguments signalés en faveur de mon opinion et qui dépas- 
saient de beaucoup les limites dans les(^ueiles je m'enferme 
depuis 1880. Dans un cas pareil, le silence n'est plus d'or, 
mais de vil métal. J'adresse donc de nouveau en ce lieu aux 
suméristes pour lesquels mes sentiments amicaux n'ont jamais 
varié, un appel pressant qui, en rai3on de mon âge, sera pro- 
bablement le dernier. Hommes de science, remplissez votre 
devoir envers la science ! 

Senex vos adjurât amiifil 

J. Halévy. 



L'Épisode de la femme adultère. 



Cet épisode dramatique est rapporté dans l'évaïigile de 
' Jean, chapitre vin, versets 3-13, et ne se trouve pas dans les 
évangiles synoptiques. Voici dans quelles circonstances cette 
scène a été combinée d'après le récit de Tauteur. Le peuple, 
ayant souvent entendu et goûté les discours de Jésus, était divisé 
sur son sujet. Les uns le tenaient pour un prophète; les autres 
disaient qu*il était le Messie annoncé par les anciens prophètes 
et attendu avec impatience par les fidèles. La dernière opinion 
se heurta à Tobjection que le Messie selon les Écritures ne 
viendra pas de Galilée, mais de la race de David et de la petite 
ville de Bethléem son lieu d'origine (ibidem^ vu, 40-&3). Le 
dernier jour de la fête des Tabernacles {ibidem^ vii, 2), les 
pharisiens dépités de voir que personne ne voulait arrêter 
Jésus pour lui demander compte d'avoir profané le Sabbat 
(ibidem y vu, 2U23) poussèrent des injures contre la foule 
sympathique à leur adversaire en ajoutant qu'aucun des pha- 
risiens ou des sénateurs, c'est-à-dire des hommes versés dans 
les livres bibliques, ne peut croire en lui de quelque manière 
qu'on l'envisage. En cela, ils se sont matériellement trompés, 
car un d'entre eux, nommé Nicodème, était venu trouver Jésus 
la nuit pour s'initier à sa doctrine (t^tetem, m, 1-21). Nicodème 
fit remarquer à ses collègues que la loi ne permettait de 
condamner personne sans l'avoir auparavant entendu et 
sans s'être informé de ses actions, mais les pharisiens, non 
sans avoir conçu quelque soupçon à son égard, lui répondirent 
sèchement qu'il ne sort jamais de prophète de Galilée. Le 
lendemain matin, Jésus ayant recommencé à instruire le peu- 
ple amassé autour de lui dans l'enceinte du temple, les phari- 
siens cherchaient à lui faire dévoiler ses doctrines hérétiques 
d'une manière irrécusable {ibidem^vii^ 44-vin,2). Maintenant, 
je fais suivre textuellement le récit de l'apôtre, d'après la tra- 
duction de Sacy revue sur l'original grec : 

3 . Les scribes et les pharisiens lui amenèrent (âfojoi 9i) une femme 
qui avait été surprise en adultère et la faieant tenir debout au 
milieu (du peuplel, 



L'âpiSODE DE LA FEHHB ADULTÈRE 

4. Ils dirent à Jésus : Maitre, cette femme vient d'être surpi 

adultère; 

5. Or, Moïse nous a ordonné dans la lot de lapider de telles fi 

(= les adultères) ; donc qne dis-tu ? 

6. Ils disaient ceci en le teatant afin d'avoir de quoi l'ac 

Mais Jésus se baissant, écrivait avec son doigt sur la 
T. Comme donc ils continuaient à l'interroger, il se leva e 
dit: Que celui d'entre vous qui est sans péché lui j« 
premier la pierre. 

8. Puis, se baissant de nouveau, il continua à écrire sur la 

9. Mais ceux qui l'avaient entendu parler (de la sorte), conv^ 

par leur conscience, se retirèrent l'un après l'autre, le: 

lards sortant les premiers ; et ainsi Jésus demeura seu 

la femme qui était au milieu (de l'entourage). 
10. Alors, Jésus se relevant lui dit: Femme, ou sont tes accusa 

Personne ne t'a-t-il condamnée? 
tl. Elle lui dit : Non, Seigneur. Jésus lui répondit: Je 

condamnerai pas non plus. Va-t'en et à l'avenir ne 

plus. 
13. Jésus donc parlant de nouveau au peuple leur dit : Je s 

lomière du monde, etc. 

Voici quelques observations critiques. 

Verset 7. La particule « donc » (olv = V, autem) ms 
l'impatience des pharisiens à la vue du peu d'empressé 
que Jésus avait mis à leur donner son avis. 

Verset 9. Le membre de phrase « convaincus par leur ( 
cience n (xai ùitô t^; ■jMvtHitui i},tyyàfjityot) manque dai 
Vulgate qui écrit : a Audientes autem unus post unum 
bant. » On verra plus loin le motif de cette suppressior 
Je traduis iv [iiai^= in medio : a au milieu du peuple » 
< au milieu de la place s (Sacy), parce que le peuple est tou 
resté là après le départ des pharisiens accusateurs et 
femme accusée; cela résulte du verset 12, où Jésus con 
à prêcher à la foule qui l'entourait. 

Verset 12. Sacy a suppriméà tort la particule oùv=( 
ce récit se rattache étroitement au verset S dont il forn 
continuation. Le passage 1 -\ 1 n'est au premier aspect qi 
incidente qu'on pourrait enlever sans déranger en quoi q< 
soit l'allure de la narration. Il manque en elTet dans le c 
Sinaiticus. 



246 REVUE SÉMITIQUE 

SINGULARITÉS DE L'ÉPISODE 

L'incident de la femme adultère soulève plusieurs réflexioiis 
qui sont de véritables énigmes : 

1 . Comment se fait-il qu'un récit aussi caractéristique de la 
nouvelle doctrine ait été inconnu aux trois évangéllstes dits 
synoptiques? Et s'ils l'ont connu, pourquoi ne l'ont-ils pas in- 
corporé dans leurs recueils? Eux qui notent au cours de leur 
narration le plus petit geste, la parole la plus insignifiante du 
Maître, eux qui relèvent avec soin toutes les circonstances 
extérieures de lieu et de temps dans lesquelles les événements 
le concernant ont été effectués, peuvent-ils garder un silenc-e 
absolu sur une sentence si remarquable qui met dans la plus 
tangible évidence l'énorme différence qui distingue l'esprit de 
la nouvelle législation de celui de l'Ancien Testament? Objec- 
tera-l-on que malgré la tradition, les trois premiers évangélisles 
ont pu repousser une doctrine qui leur paraissait dangereuse 
ou simplement inopportune à être prêchée aux Juifs et aux Grecs 
en dehors de T Asie Mineure ? Outre que cette solution comporte 
une nouvelle énigme, on se demande encore pourquoi ils ne Pont 
pas adapté à la mentalité de la majeure partie de leurs lecteurs? 
Nous savons par expérience combien ces sortes de modifications 
coûtent peu à ces narrateurs. Le fameux sermon qu'on appel le 
a sermon sur la montagne > d'après Matthieu (v, 1 ) a été tenu 
dans une vallée selon Luc(vi, 17); la béatification des pauvres 
et de ceux qui souffrent de toute sorte de privations dans leur 
vie (Luc, VI, 20-22) est tournée par Matthieu (v, 3-6) à 
l'adresse des pauvres d'esprit et de ceux qui sont affamés et 
altérés de la justice. Les transformations vont même jusqu'à 
la contradiction absolue; ainsi, selon les uns, Jésus vînt au 
monde pour y apporter la guerre (Matthieu, x, 34; Luc, xn, 
49-51 ), selon l'es autres, il est le roi de la paix (Hébreux, xii, 
2-3). Je crois superflu d'allonger la série de ces variations 
plus ou moins substantielles. 

La question se résume par conséquent dans le dilemme 
suivant : Si l'épisode qui nous occupe est authentique les évan- 
gélistes synoptiques ont .sciemment et arbitrairement supprimé 



l'épisode de la fehme adultère 2li7 

le fait historique le plus considérable de l'action législative 
de Jésus ainsi que l'importante doctrine qu'elle inaugurait ; si 
au contraire, l'épisode est une pure légende d'adeptes Imagi- 
native, en rincorporant dans son récit et en propageant la 
doctrine qui en résulte, le discipie aimé de Jésus ne tiendrait 
même pas la promesse faite par ses autres compagnons de ne 
raconter que ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux et entendu 
de leurs propres oreilles. 

Je viens d'exposer le problème préliminaire dans sa dernière 
acuité ; mais comment le résoudre? A mon avis l'événement en 
cause faisait partie d'un recueil contemporain qui se proposait 
de compléter les lacunes des évangiles les plus anciens et il a 
été interpolé dans le vu* chapitre du quatrième évangile au 
lieu qui s'y prêtait le mieux, soit par Jean, soit par le dernier 
compilateur du recueil définitif. L'idée de l'interpolation ex- 
plique d'abord les trois faits signalés plus haut,sa voir son carac- 
tère isolé et encombrant dans le passage où il se trouve, son 
absence dans les évangiles synoptiques et son élimination 
dans certains eodex canoniques. A cela s'ajoute une autre 
raison qui nous parait souveraine. Dans les autres récits dont 
les héroïnes sont des pécheresses, celies-ci font acte d'adora- 
tion ou de profonde confiance envers le Maître cl obtiennent 
de lui des éloges et même la rémission des péchés (Matthieu, 
IX, S2 ; XV, 28 ; xxvi, \ 3 ; Marc. v. 34 ; vu, 29 ; Luc, vu, 48 ; 
VIII, 48 ; Jean, xi, 5) ; la femme adultère ne montre aucune 
reconnaissance à Jésus de l'avoir sauvée d'une mort terrible 
et Jésus lui dit seulement de ne pécher plus sans seulement 
se préoccuper du péché d'adultère déjà, consommé. 1! domine 
ici évidemment un esprit tout différent de celui qu'on si- 
gnale dans les récits analogues de nos évangiles. L'investiga- 
tion suivante nous aidera à mieux préciser cet esprit particulier. 
Pour y mieux parvenir, il est indispensable de se rendre un 
compte exact de la teneur du récit. 

Quelques scribes pharisiens lui amènent insidieusement une 
femme surprise en adultère et que la loi condamne à mort par la 
lapidation. Qu'ont-its fait du complice qui doit subir le même 
sort? Ils ont dû cependant l'avoir eu entre les main», puisque 
autrement le cas de flagrant délit n'existerait point. Selon la 



Li 



2i8 RBVUB SÉMITIQUE 

doctrine pharisienne il faut des témoins oculaires pour accuser 
K, quelqu'un d'un crime qui peut entraîner le suprême supplice. 

Le complice a-t-il réussi à leur échapper, alors Jésus pour se 
débarrasser de leur obséquiosité n'avait qu'à dire : Amenez- 
moi le coupable pour voir que vous n'êtes pas victimes d'une 
illusion. Il y a plus, toute cette parade relative à l'introduction 
de la femme dans le temple en présence du Maître n'avançait 
^ guère la cause des adversaires ; ils auraient obtenu le même ré- 

sultat, voire un meilleur résultat, en posant carrément cette sim- 
ple question : <c Maître, la loi ordonne de lapider les adultères ; 
que dis-tu? > Ils auraient ainsi échappé à la honte d'entendre la 
flétrissure personnelle : a Que celui d'entre [vous qui est sans 
péché », etc., et à celle de devoir s'éclipser un à un à la vue 
d'un public qui les connaissait parfaitement. Enfin la consulta- 
tion de Jésus dans les dispositions du récit n'avait pas le sens 
commun ; c'était une affaire de jurisprudence qui incombait 
aux magistrats de haut rang ; elle échappait à la compétence 
d'un simple moraliste. 

À la parade inutilement étalée de la part des pharisiens in- 
sidieux correspond une parade également inutile de la part du 
prédicateur populaire. Jésus ayant entendu la question se 
baisse^ écrit avec son doigt sur la terre et ne dit rien; puis, 
cédant à l'insistance des inopportuns, il lance le mot acéré et 
se remet à écrire avec son doigt sur la terre en attendant le 
départ complet des hypocrites. A quoi ces inclinations et ces 
passes digitales sur la terre pouvaient-elles servir? On suppose 
communément que Jésus notait les noms des faux dévots et 
que ceux-ci en voyant que Jésus connaissait leurs noms pre- 
naient le parti de s'esquiver les uns après les autres. Il y a une 
petite difficulté, c'est que le sol de l'enceinte du temple était 
pavé ; avec le doigt on pouvait simuler récriture, mais non 
pas tracer des signes lisibles. A quoi bon, je ie répète, cette 
double simulation graphique ? 

Enfin, toutes les parties de l'entretien de Jésus avec la 
femme coupable sont loin de présenter une clarté suffisante. 
Après la phrase: c Femme, où sont tes accusateurs? > qui 
exprime évidemment l'idée que l'accusation tombe faute d'ac- 
cusateurs, que peut signifier la question de Jésus : a Per- 



V 



J 



l'épisode de la femme adultère 249 

sonne ne t'a-t-il condamnée ? » Sans accusation comment une 
condamnation est-elle imaginable? Enfin, au aNonb prononcé 
par la femme, Jésus réplique : a Ni moi non plus, je ne te 
condamnerai pas » ; le pourquoi de celte abstention se trouve- 
rait aisément si « moi > impliquait la proposition relative : 
a qui suis également chargé de péchés i>, mais une telle pensée 
n'a pu se présenter à Tesprit du tradition niste et par consé- 
quent la réplique ne dit pas grand*chose. Nous avons déjà fait 
remarquer plus haut la froideur glaciale de la dernière phrase : 
d Va-t'en et à l'avenir ne pèche plus ! > ; la culpabilité de la 
femme est donc admise et néanmoins Jésus la renvoie sans un 
root de blâme pour le passé et sans le moindre enseignement 
ou conseil salutaire pour éveiller en elle un sérieux repentir; 
c'est bien étonnant. On n'y reconnaît pas le Jésus moralisateur. 

APLANISSEMENT DES DIFFICULTÉS 

Âpres une mûre réflexion, je suis arrivé à penser que la 
dernière remarque du paragraphe précédent contient en effet 
la clé de toutes ces complications. Ce n'est pas le Jésus doctri- 
naire que nous avons dans cet épisode, mais le Jésus sage, 
ingénieux et piquant, qui sait se tirer d'embarras par un trait 
d'esprit subit et si adroitement lancé que les adversaires en sont 
étourdis et obligés de se dérober par une honteuse débandade. 
Ce second Jésus qui n'est pas forcément différent du premier, 
conformément à la maxime ce Soyez candides comme des co- 
lombes et rusés comme des serpents » qu'il recommande à 
sesdisciplesS se complaît souvent à embarrasser ses adversai- 
res dans les filets qu'ils avaient tendus pour lui. J'ai fourni 
plusieurs exemples de ce procédé dans l'étude que j'ai consa- 
crée aux livres de Tobie et d'Akhiakar (Revue Sémitique j\ 900, 
p. 61 et ss.); j'y reviendrai tantôt. En attendant il me paraît 
utile de signaler la frappante analogie que notre récit présente 
avec celui de l'histoire de Suzanne. Dans l'un comme dans 
l'autre il s'agit d'une femme accusée du crime d'adultère; la 
femme, qui allait être lapidée, est sauvée par l'intervention 

1. Matthieu, x, 16; cf. Actes, xxxiii, 6. 



1 



250 REVUE SÉMITIQUE 

d*ui;i juge improvisé qui réussit à confondre les vieillards qui 
combinent l'accusation. Ce sont là des ressemblances fonda- 
mentales qui en font suggérer d'autres qu'on aurait tort de 
négliger. Le profond mépris que Jésus témoigne aux accusa- 
teurs qu'il lie daigne même regarder en face que pour les 
frapper de son écrasante sentence donne, si je ne me trompe, 
à penser que Taccusation n'était qu'une machination combinée 
de connivence avec la femme dans le but malveillant de tirer 
de la bouche de Jésus une observation hostile à l'autorité de la 
loi ; au fond cette femme était aussi innocente que Suzanne du 
crime d'adultère qui lui a été imputé. Jésus devine la ruse et 
exécute magistralement les faux dévots précisément par la 
citation de la sentence légale sur laquelle ils avaient compté 
pour le faire trébucher. Le commentaire qu'il ajoute à cette 
sentence est tel que l'orthodoxie la plus pure n'aurait pu le 
récuser. Car d'après la doctrine pharisienne les adultères sont 
inaptes à servir comme témoins. On comprend maintenant le 
sens des mots : < Que celui d'entre vous qui est sans péché lui 
jette le premier la pierre, d Jésus n'a certainement pas eu l'inten- 
tion d'effacer du code pénal le crime d'adultère et de détruire la 
pureté de la famille. En s'exprimant de la sorte, il n'a fait qu'imi- 
ter le langage sévère des prophètes qui traitaient leurs contem- 
porains d'abjects adultères (Osée, va, i; Jérémie, ix, 1 ; Ézé- 
chiel, XVI, 4) et cette épithète a été aussi émise par lui-même 
(Matthieu, xii, 31):xvi, 4); ce n'est qu'un assaut de mauvaise 
humeur momentané qui ne tire pas à conséquence. Osée, iv, 1 4, 
offre le plus ancien modèle de cet argument : a Je ne condamnerai 
pas leurs filles qui se prostituent ni leurs brus qui commettent 
l'adultère puisque eux mêmes sacrifient avec les courtisanes 
et font des offrandes avec les prostituées publiques. > Ici 
de même, Jésus admet, comme chose indiscutable, la 
criminalité de l'adultère, mais tient à ce que les exécu- 
teurs de la peine ne soient pas eux-mêmes passibles du 
châtiment qu'ils font infliger aux autres; il est aux prises avec 
de faux zélateurs et il les cingle de son sarcasme mordant. 
Dans ce contexte, le membre de phrase : < convaincus par 
leur conscience > (verset 9), sous-entendu a d'avoir commis eux- 
mêmes l'adultère » soit matériellement, soit seulemont dans 



l'épisode de la FEBfME ADULTÈRE 251 

son cœur (Matthieu, v, passim), est indispensable et fait certai- 
nement partie intégrante de I édition originale. Plus tard, un 
scribe à tendances dogmatiques ayant cru voir dans c sans 
péché » (czvapatproXo^) le sens général de <l sans nul péché » , 
trouva la sentence trop attentatoire aux bonnes mœiu's et crut 
bien faire de supprimer Tincidente c convaincus par leur cons- 
cience » du verset 9 qui semblait présenter les pharisiens sous 
un jour très favorable et diamétralement opposé à Timputation 
continuelle d'hypocrisie; et la Vulgate a adopté ce sentiment. 
Tout comme dans le roman de Suzanne, la débandade com- 
mence par les vieillards qui ont sur leur conscience un fardeau 
des plus lourds, tandis que la femme, ne pouvant pas s'échap- 
per en catimini comme les hommes^ demeure clouée sur place 
tout étourdie des suites de sa supercherie. Pour Jésus, il lui 
reste seulement à s'informer si les juges officiels ne l'avaient pas 
condamnée à mort avant d'être amenée auprès de lui. Sur la 
réponse négative de la femme, il se contente de la renvoyer 
avec la seule recommandation de ne plus pécher à l'avenir, 
c'est-à-dire de ne plus donner un coup de main aux hypocrites 
pour tendre des pièges aux innocents : créature faible, coupable 
seulement d'une complicité dans une tentative de chantage, 
elle ne méritait pas de reproche spécial. L'incident n'a soulevé 
aucune contestation de la part des auditeurs pharisiens et 
Jésus a pu reprendre tranquillement le fil de son discours pour 
un instant interrompu. 

Il reste à expliquer le geste de l'écriture sur le pavé du 
temple. On admet communément que Jésus traçait les noms 
des témoins et que ceux-ci craignant d'être reconnus par le 
public favorable au Maître, s'esquivèrent prudemfnent. La 
vraisemblance ne parait guère appuyer une pareille hypo- 
thèse qui suppose en même temps Tomniscience du héros. J'ai 
déjà fait remarquer plus haut que le tracé exécuté avec un doigt 
sur les pierres du pavé ne devait pas être très lisible. Puis, 
cette crainte même n'avait aucune raison d'être, car si les pha- 
risiens ont fini par trouver des hommes pour arrêter Jésus à 
cause de certaines paroles censées hérétiques, c'est précisé- 
ment parce que leur personne et leur doctrine étaient considé- 
rées comme intangibles. On l'a bien vu au dénouement tragi- 



252 REVUE SÉmTIQUE 

# 

que du drame principal, où les disciples s'étaient sauvés dès le 
début pour ne pas être reconnus et où Pierre lui-même avait 
par trois fois renié celui qui Tavait destiné à être la pierre 
fonda mentale- de son Église. D'ailleurs, la liberté de l'enseigne- 
ment datait d'un temps immémorial en Israël et les sectes les 
plus opposées de l'époque qui nous occupe, pharisiens, sadu- 
céens, esséniens, boéthusiens, hérodiens, jouissaient du même 
droit et avaient \s faculté de prêcher ouvertement au public. 
Enfin, l'hypothèse en discussion doit son origine au texte de la 
Vulgate qui ne contient pas les mots originaux : c et convain- 
cus par leur conscience )>, qui motivent, on ne peut mieux, la 
fuite secrète des témoins. En effet dans la version latine : « Au- 
dientes autem unus post unum exibant », donne par elle seule 
plutôt Timpression que les témoins sont partis de leur bon gré 
comme pour mettre fin à l'ennui qu'ils avaient causé à Jésus, 
ce qui est cependant des plus inexacts quand on examine l'en- 
semble du récit. En un mot, l'idée de la crainte d'être nomi- 
nalement indiqués aux avanies de la foule n'a pu être conçue 
par les témoins et par conséquent le geste de l'écriture doit 
avoir une autre signification. 

J'ai déclaré à plusieurs reprises que l'occasion me manque 
absolument de compulser les commentaires pour m'informer si 
les exégètes modernes ont agité cette question et comment 
ils font résolue. Je suis donc seul responsable de la manière 
de voir que je présente aux lecteurs de la Reviie Sémitique. A 
mon sentiment, le geste d'écrire sur la terre les noms des intri- 
gants qui sont venus le tenter, se rattache intimement aux con- 
ceptions religieuses de toutes les époques du judaïsme. Les écrits 
de l'Ancien Testament mentionnent souvent que les hommes ver- 
tueux sont inscrits dans un livre commémoratif gardé dans le ciel 
auprès de Dieu. Gomme complément de Tinscription des justes au 
cielf inscription qui leur assure la vie étemelle (Exode, xxxu, 
32 ; Psaumes, lxix, 29; Malachias, m, i6), l'inscription des 
pécheurs sur la terre annonce à ceux-ci la destruction absolue et 
irrévocable. Ce côté menaçant de la croyance à la juste rému- 
ration des actions humaines est clairement envisagé dans Jéré- 
mie, XVII, 13, où on lit : c Espoir dlsraêl, ô Yahwé! tous 
ceux qui t'abandonnent seront confondus et ceux qui se dé- 



l'épisode de hk FEMME ADULTÈRE 353 

tournent de toi (TiniDI P^^"^ '^llDl) seront inscrits (.^^naO 

sur la terre, parce qu'ils ont abandonne la source d*eau 
vive, (toi) Yahwé. » L'exégèse juive reconnaît qu'il s'agit 
de la condamnation aux peines de l'enfer. C'est sans nul doute 
aussi le sentiment de la Vulgate : recedentes a te in terra 
scribentur; même la mauvaise leçon îjsnD^ P^^** 12n3^ ^^^ 

sert de base à/pa^>7ra)(rav, c que (Dieu et les anges) écrivent 
(les impies) sur la terre {M niç yriç) » suppose Tinterprétation 
sus-indiquée à laquelle conduit d'ailleurs la phrase suivante et 
dernière du verset. 

Dans le Nouveau Testament, Jésus atteste formellement la 
croyance relative à l'inscription des justes dans le livre céleste. 
Aux disciples qui exprimaient leur satisfaction d'avoir opéré 
des cures miraculeuses, il affirma d'abord la chute de Satan 
sur la terre, puis il ajouta : « Voici (non a Vous voyez que », 
Sacy), je vous ai donné le pouvoir de marcher sur (= « écra- 
ser » non Qi fouler aux pieds », Sacy) les serpents et les scor- 
pions et sur (èiri = super) toute la puissance de l'ennemi (= de 
Satan) et rien ne pourra vous nuire. Néanmoins, ne mettez 
point votre joie en ce que les esprits (impurs) vous sont soumis ; 
mais réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans 
lescieux (Luc, x, 18-20). Ceci constaté, n'y a-t-il pas lieu de 
penser que la conception complémentaire s'impose, savoir que les 
noms des méchants seront écrits sur la terre, symbole des enfers 
qu'elle renferme dans ses profondeurs, et qui seront leurs fu- 
tures demeures? Tout me fait donc croirç que Jésus a réelle- 
ment fait mine d'écrire les noms des faux témoins sur là terre 
afin de leur inspirer une crainte salutaire et de les forcer à 
réfléchir sur leur mauvaise action. II leur a donné cet avertis- 
sement tacite aus.sitôt qu'il a entendu leur question qui attes- 
tait leur duplicité, et il Ta répété après avoir lancé sa sentence 
spirituelle. Le succès fut complet : les hypocrites s'éclipsèrent 
furtivement sans regarder en arrière. 

Il ne serait peut-être pas inutile de résumer d'une manière 
précise l'ensemble du tableau. Cherchant un prétexte pour 
empêcher Jésus d'enseigner le peuple amassé dans la cour du 
temple, quelques uns parmi les pharisiens et les sciibesfanati- 



254 REVUE SÉMITIQUE 

ques s'entendent avec une femme de leur espèce pour prés^* 
ter insidieusement à Jésus un cas matériel d'adultère dont la 
femme serait coupable et eux-mêmes les témoins du flagrant 
délit. Ils espéraient que cette fois Jésus serait ou obligé d'attaquer 
la validité de leur témoignage corroborée par la coupable elle* 
même, soit de se prononcer contre la rigueur de la loi qui con- 
damne la femme adultère à être lapidée. Dans Tune comme dans 
l'autre de ces alternatives il commettrait une infraction formelle 
contre les prescriptions de la loi et ils seront autorisés à 
l'appréhender pour lui faire un procès d'hérésie. Le complot 
était bien combiné et ils se croyaient absolument sûrs du succès. 
Pour leur malheur, ils ne comptaient pas avec la perspicacité 
et l'intuition extraordinaires de leur adversaire. Quand la bande 
se présenta devant Jésus^ celui-ci était assis par terre entouré 
d'une foule sympathique à laquelle s'étaient mêlés un certain 
nombre de pharisiens qui, encore que très conservateurs par 
principe, n'avaient pour lui aucune haine particulière* Du pre- 
mier coup d'œil, le Maître se douta du tour lugubre qu'on 
voulait lui jouer et, par un éclair subit d'esprit, trouva le moyen 
de confondre les faux dévots sans provoquer du tumulte dans 
l'assemblée. A peine les entendit-il formuler le sujet de leur 
consultation qu'il se baissa et fit le geste d'écrire avec son 
doigt sur la terre. En ce faisant il leur montra en même temps 
le mépris qu'il avait envers des félons de leur calibre et le terri- 
ble châtiment qui leur était réservé selon le recueil sacré dont 
ils avaient Taudace de se constituer les défenseurs. Puis comme, 
quoique profondément blessés, ils feignaient de ne rien com- 
prendre afin d'échapper aux risées du peuple et insistaient pour 
obtenir une réponse immédiate et catégorique, il se redressa sur 
son siège et les ayant étourdis par la pointe spirituelle beaucoup 
plus claire : c Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette 
le premier la pierre », il reprit de nouveau son geste méprisant 
et menaçant à la fois, jusqu'à ce qu'ils se fussent tous clandesti- 
nement retirés. Les lâches partis, la femme fut renvoyée après 
qu'il eut été publiquement informé par elle que les juges offi- 
ciels n'avaient jamais été saisis de lui faire un procès d'adultère ; 
et la simple admonestation « et à Pavpiiir ne pèche plus » 
suffit à régler son compte. 



256 REVUE SÉMITIQUE 

Lorsque j'écrivis ces mots j'étais loin de me douter que je 
trouverais dans TÉvangile un exemple encore plus adéquat. 
C'est pourtant la cas avec Tépisode de la femme adultère qui, 
si l'on fait abstraction des éléments secondaires du tracé par 
terre et du mot adressé h, la femme se résume en ceci : 

Les pharisiens disent à Jésus : c Voici une femme adultère; 
la loi ordonne de la lapider, que dis-tu? t Ils se croient très ma- 
lins, mais Jésus les met en déroute en disant avec un calme 
parfait : c Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le 
premier la pierre ! > 

En voici la formule abstraite : 

« Éviter l'explication nette en posant une condition que les 
adversaires ne peuvent pas remplir. » 

L'identité foncière avec la formule n"* 3 d'Âkhiakar me parait 
incontestable. 

Nous sommes maintenant en mesure de résoudre la der- 
nière question, relative à l'originalité de ce récit dans la place 
où il se trouve actuellement dans l'évangile de Jean. Je pen- 
che volontiers vers l'affirmative et je m'appuie sur une raison 
qui me semble péremptoire. Dans son discours immédiatement 
repris, Jésus proclame ses propres qualités en disant: r Je suis 
la lumière du monde, celui qui me suit ne marche point dans 
les ténèbres; mais il aura la lumière de la vie » (v. 12). A quoi 
les pharisiens lui font cette réponse significative : ce Tu te rends 
témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas véritable. > 
L'allusion à notre épisode ne saurait être méconnue. Ces lettrés 
qui ne trouvaient rien à redire quand il démasquait les faux té- 
moins de la scène prcédente, lui font remarquer que le té- 
moignage qu'il se rend à lui-même ne possède pas un degré 
plus grand de vérité, où comme diraient les juristes, de vala- 
bilité. Le droit talmudique maintient rigoureusement le prin- 
cipe : « L'homme (= le témoin) ne peut pas prétendre à 
être cru dans le cas où il est personnellement intéressé » 
(iDVy by l^Hi DIS ps)- ^^ réplique de Jésus (14-18) porte 
le caractère franchement mystique qui est le trait particulier 
du quatrième évangile ; néanmoins les mots « moi, je ne juge 
personne » sont encore l'écho du procès que nous étudions, où 



l'épisode de la femme adultère S57 

Jésus s'est décidément refusé à faire fonction déjuge. Au point 
de vue de la critique littéraire, l'épisode de la femme adultère 
est tiré d'un recueil contenant les paraboles et logia sapien- 
tiaux de Jésus; les évangélistes les ont assaisonnés de remar- 
ques morales ou dogmatiques, mais le fond primitif s'en 
détache avec assez de certitude. 

J, Halévy. 



K 6292. 

Le fragment K 6392, signalé plus haut par M. Boissier (cf. 
p. 146, n. 1), et le passage K 4334, col. I, 1. 7-21 , ne diffè- 
rent que par de légères variantes et se complètent Tun l'autre; 
on a ainsi : 



[arah] apin-gab-a mi-nu-ù ù-[kul-ta-ka] 

[su]-un-gi-ri ina nar-ti-u 

[u] 9ip-pa-ta ina ù zid nu lah ta-pat-[tan] 

arah gan-gan-ud-du mi-nu-ù ù-kul-t[a-ka] 
5 ka-bu-ut ansu édin-na ina a-9[a an ir] 
ù in-nu-ri sa as-[a-an] 
ina ki-sim-mi ta-pat-[tan] 

arah ab-ba mi-nu ù ii-kul-ta-[ka] 
bi-na-at uz-qa-b[i-é] 
10 sa ina ba-çi su-n[u-lu] 
ù ra-bi-ik-ka [mu-si] 
ba nâr ud-kib-nun-ki ni-nun-n[a]* 

arah as-a-an mi-nu-ù ù[-kul-ta ka] 
sa pu-uh-ri su-uh-hu sa an[su zi-ka-ri] 

15 zi-é ur-ku zi-c 

tu-ma-la ma ta-[pat-tan] 
1111/ f/'^ ù-ul tag-da-mar 
ri-ka fù-sar-ri-pu] 



Ch. Virolleaud, 



1. La transcription des lignes 8-12 a été donnée par Bezold, p. 784. 

KtTOI StaiTIQOI 17 






ï 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES POUR L'HISTOIRE D'ETHIOPIE 

Le règne de lyasa (I"), roi d'Ethiopie de 1682 i 1708, 

(Suite.) 



'iahf. I ^<»1* • «DflOHMî « T.lt « ^'"* ' gA««»Ah^ 

01 1 ït-tv « K-fl^i" ' <|»^»^^fl+ ' Mii»'A+ ' ^^jt*» 

K1+R « "fTl « +hA » [fl»fl»+ « n<D*Mî » Mo»7 « A. 
C « attU: « K'P'IP-A ' ti't?' « itfl»*A « nio-X* « X 

n'JA « ooMfii ' o»-w* « -nH*:* • fli"+ ' hr»*»?- A « 



^! 



NOTES POUR l'histoire d'éthiopie 259 

«>fl<: « ni-'jRc « mn-a/: i noA > t9»4»i- > nof « 

-I/M^ , i.4.x.A- • ;4liA.A « fl»+é«%.T I <t<;A « XAh 1 

;*• » A*4»iH: B ID^0D • jf I (Dg « ATC » -fi/^h » 
X^-T-IAC « mnooi- 1 -1.0. , «j^jp , ^, , ^p.^ , 

flOA * 0bA4>A a 

* . oi-Ai- ..T-^RC . nî»7+ . T.flfc , fl,A.W > non 

œiij'aht^ I ^AA « -itA» . iDH»<. . nn^fi^D-c-bifo»- . 
M I i/l-A^A • mhn t ;wJPAA)'l:jPA . jt-aa . h^*^ 

^ « 0n}k1i"H • -ïHï. 1 0D}iiA^ : fDA.^ai--}^ . œh 






260 REVUE SéUTIQUE 

'HLf a 0fl«TXIiA * irH: * Vie * Mu * Ohm * mé 

r-of a flKfoi- 46)X'>ii » AHic » Vf * rm. « «^r « 

■1*+ » TS^lh I ho» « J&nX » *7f « Al&»1* î «x 

iH » ^aa»*x * iff « ^n < f+ » Wk-f » «BAH t T. 

AMi- « 11+ 1 atfitt » Xj&^*f* • «»JfX » diittiT « Ji 
•nh. « /"AA » XI* I ©nhf « ID-A+ » 0.+ « li.% » 

lovn^; t i^fli I xiH •• ^nh, • œ^A+Ji*»*» > AXt* ,» 

OX ' a>•^ * •(lAk * mavtX * Wd > lA-fci* B 0)^9" 
Il I iDlX 1 oDff^h I A^*^ « fl»>n^ « fl»'A+ » fl.* » 
«D^fl » hA/h. « o«»*îiAl" > H'î;' » oBX,*«»* « •ïfl.o- » 

nx'j+ • V7^ > •t.ooi* » XT'4'«h<«^ « M « XAiiA « n 

+ • /{p 1 n<D*X'i: « xH. • <:hfl » Aï « A*»?*/^ 8 fl» 
x*"M I fl»<;ft • '^n ' (ki* < xa • xaïia « m^tà^ 

a^' » AXA » +T*4'/li- « «"VhAI- » fl>>n<i « tO%ao i fl 

uf 8 iDX9"ii I ^w» « Axn I hohtvnf-h « ««t^ç « 
ff'Kho^ I AXA « <D<:* « «wvh^l' » iDja«TLmflo- I n 



•• t • • • 

« » •• • • 



NOTES POUR L'HISTOIRE d'ÉTHIOPIE 361 

Ain ' ho» 1 fMtt • lt < A»m1- I mKfat • +o» 
Pm « ♦^■JII'V I oijn<; ■ -iiim > lirM- • mmtek • 

iiin > a;!"i ■ ahoa ■ 4.4.11 » m+î-tj, i hrvt > 
.!.<; ■ pnn > nrh-j^t > i-nji. 1 mhti-n.ipi'^ ■ a 
(!*/!■} . oottiAt 1 mMmt, I -Kir»" I ^n ■ +CA • 

T-O*. ■ <»-M:i ■ mdR I Mmll • ho» > fJlt, • a, 
+ ■ ilAt " miDlA ■ A»"Uf I jti 1 A.!!! • aniU i 
■JA-tt I o-A^tH: I iono>-ïi+ ■ Ho»-j . -p-ti , Mf, 

1 1 iPta.i-'i- ■ BiiiM- ■ mAfçi- 1 n,i.°ioD ■ n(foi. 47) 

R^ > HOi-M: ■ *l-ç=ï I h9"t-6f.t1- > œ*iP°H-A- ■ h 

urc = o>■^+ . xn • vOB . »"«-iro»- . A>i'7nA > 

«"AA.* ■ fliiPC/'o»- I AK^'k > «Ah'PA^U- ■ Wf: 

<; ■ n» • ii><;Af ■ a-»»- > ■hA+ • mf-rnic < fyii. 

A ■ +o»Pin 1 A-o»- I An ■ ili» I IDA* I ARin 
A ■ œAh.* • ffl}i»"11 ■ nh ■ >•>«£ 1 ratl» I Am 

A* ■ ^n.+■^i•■> ■ +hA ■ yf."Tri- ■ <iai- . rafie- . 

œilli ■ Uf > IJim ■ oo-pM ■ o»i»~ii ■ mK^ . ♦- 
■J-HA . anat • of ■ +■«.;> ■ ho» 1 pAj; . nA^ ■= 

eiaoKif ' MU • JiM ■ "7C*ft i ml^A-o»- I hllÇl- 1 
ii>AJ'"il'-W ■ »"AA ■ "IWi^ • mmx^-if^ , oïD^ii 
■MC ■ NlhAF ' ho» 1 A.J'.HvC I atif • «DMf-o»- ■ 
a>0<;R > flAy ■ X1H I H-A- ■ oninAt . o»V1/" 

* ■ aUfli; • aot • IJim ■ o»<p4A " io?iir-M .... 
. . . R« ■ +o»yYn ■ "Pm-J I . . . }i>°nA; ■ Wi 1 
nan^ ■ . . . Uf ■ xo» ■ «AA;^ » œx»"*.!,; .... 
VAA;)' ■ mif. • t^-JHA ■ a>>n<: ■ Uf ■ XAh . *J!. 
A ■ r-JilA o 

ongmg ■ lool- . ^io» . ï . Ao»Ah<:>' " a^Kh • 

kTCt • liai . 1II-A+ • a.-!- • M • hflhA > M 



262 REVUE SÉMITIQUE 

h » n^A » «oft+A » ioMP"M « atàh « atghd « Min 

îi9»op « vn^ « fiKan.^ « iwai- « fti- » ko « f-çA « 

II1+ « i'aof.m « Ji^l^lTIA « «onh « W*» « Min 
lA a «D^V?* « AKO-tf* « -^n » +A- « hoo I ^^JtX 1 
AiDA^ « fDf^IttC • dC* « irAA.U* 1 mao^ii i fl»+ 
^<:* « +A* B fl»«îi* « %«. « KHH « ^«flli. » h9l^A « 
flïîi'n^A « ahhi- « ft* « ©Mm « fl»l* « nK • ^ 

4» « j'AA » A** > nfflcri « fh-fci* « fl»vn<: > oh^ « 

<D.A+ « n.+ I ^f-A^CA « atWœ » flTiC • îi^JM^ 
Tl a aiMn » llAfl» » Uf » o^Kh « f-A<nA » hf^'i 
RC » fl»>i(fol. 48)%1t t -t^ha » nof « <D+«7lK. » Irf- 
A- 1 M^ 1 <W>1/»'1* I 9°AA.II« a dlAfl » fl^^O* « Il 

fl.1* I MM- « wA-A a 

J. Perruchon. 

(A suture.) 



SCEAU HÉBREU - SCAIUBOÏDE - TABELLA DEVOTIONIS 263 

NOTES ET MÉLANGES 

(Suite.) 



IV 

SCEAU HÉBREU EN FORME SCARABOÏDE 

(Lidz., Eph,, 1900, p. 11, nU.) 
V.nnoT II Dn»S 

Appartenant à Yoram, (fils de) Zemaryahu. 

Le père portant clairement un nom composé avec Yahwé, 
on peut admettre sans hésitation que le nom du fils q-|^ contient 
aussi le même nom divin : q-|S, orthographe défective de ^q^^ 

T T 

ou DiirP» ■ Yahwé est élevé >. — in^lDT = ^rmDÎ> * C'ob- 

T : T • î • 

jet de) mon chant est Yahwé y> est plus substantiel que le 
biblique ^-)j3ï où le nom du dieu national est apocope. La forme 

• • • 

pleine ^j^ comme second élément des noms propres hébreux 
me fait l'effet d'être plus ancienne que celle qui est réduite à 
fp, Cette dernière forme peut bien avoir été inaugurée après le 

T 

retour de la captivité. 

m 

SCARABOÏDE {ibîd., p. 12, o!" 8). 

M. Lidzbarski écrit : Ich weiss mit der Légende nichts an- 
zufangen. Die Zeichen sind von einer solchen Einfôrmigkei, 
dass man die Inschrift fur unecht halten môchte. D'après les 
fac-similés donnés dans le texte, je reconnais [rbT"n3T;^, 

€ appartenant à *Abd-Dag[on] ». C'est une copie faite sur une 
légende authentique. 

IV 

LA TABELLA DEYOTIONIS DE DUiMES 

La littérature des premiers travaux chez Lidzbarski (ibid., 
p. 26;. Je lis : 

i. Voir plus haut, p. 78-83. 



S64 REVUE SÉMITIQUE 

Kn ^D^ nD^o nSx nin rai i 

KD nS ï?k vk ho mi^ nioy n»Ki 3 

dHï nm 3K «1033 »iibp wchy 4 

»nS» fHy VK DiK Ss itk ok [n] 5 

nisyn iD^n [i;]03 t t)03n nn3 6 

Ce que je traduis: 

Dame des contrées, Allât, maîtresse de cette libation! 

Je fais fondre, moi, Meçalleh, Em-«Astort 

Et cAmarat et toutes les personnes à elle, car 

elle m'a opprimé au moyen de l'argent (voué au) père des 

esprits des ténè- 
bres, soit tout autre homme qui m'aurait opprimé 
par la maladie (?) résultant de cet argent, comme fond le plomb. 

L*auteur est un homme malade du nom de MeçallêU. Il croît 
qu'on lui a jeté un sort consistant en une somme d'argent vouée 
au chef des génies des ténèbres (du Séol). Ses soupçons tom- 
bent sqr deux femmes et sur la famille de Tune; il pense ce- 
pendant que le maléfice peut venir d'autres personnes. Pour 
contrecarrer ledit maléfice, il écrit cette formule sur une 
feuille de plomb, sous l'invocation de la déesse infernale Allai 
qu il prie de faire fondre comme le plomb, c'est-à- dire d'anéan- 
tir et d'exterminer, les auteurs de sa maladie, laquelle cessera 
ensuite d'elle-même. 

1 . j^^j^ j'y reconnais le pluriel pijn. « districts, contrées •. 

— pfcjjj Allât, déesse du èéol ; cette habitation des morts est 
plus vaste que celle des vivants et comprend des contrées in- 
nombrables. — robo» * reine, maîtresse ». — jjf pronom re- 
latif, rhébréo-assyrien ^, sa. — •nni = "nDJ» ^ libation ^. — 

j^-| = j^!^-j, pronom à la fois personnel et démonstratif. 

2. -[n«» à ponctuer rjnx = héb. riinx* ^^^^"^ ^^ '^nj. 
« fondre » . 

4- ybv P^^^ ybH' — L® H Q"* s^^^ '^ B ^^ semble appar- 
tenir au ;3 avec lequel il forme le nom ^jj (= ^^n)» « père. 



TABELLA DEVOTIONIS 265 

chef ». — nobv nm» ^ '^^ esprits ou génies des ténèbres » 
(Lidzb.); cf. ninb^ ibo (^^^' ^^"» ^*)- 

6. La lecture nnS ^^^ encore assez vraisemblable, nn» 
« maladie d ; cf. héb. fin (et. const. ^yn) et x^-îj, a malade ». 

T T - : T - 

—Si l'espace après a contenu une lettre ce ne peut être que le jjf 
relatif; q^ seul suffirait. — "[D^n» c'est-à-dire •!|Qî»n = héb. 

•?jP3D; cf. jn^ = héb. p^. — mayx = msyni l'adoucis- 
sement de l'article n en x est un fait de basse époque. 



LR POIDS EN HÉMATITE DE SYRIE 

La lecture est certaine (Lidzb., ibid., p. 13-14). La pierre 
porte la légende : c\V3 J^Dl» • "^ quart de Naçf ». Dans la 
Miàna nDV3 désigne le câprier et sa fleur. Le t^>f j emprunte 

peut-être son nom à une quantité détermint'^e de ce fruit ; d'au- 
tres produits comme les grains d'orge et les olives servaient 
au même usage. 

VI 

QUELQUES FORMULES PUNIQUES INSTRUCTIVES 

D'ordinaire les inscriptions votives rédigées en écriture 
néo-punique ne se distinguent que par leur orthographe irré- 
gulière. Celles que nous extrayons ci-après méritent une 
attention particulière à cause de certains renseignements qui 
ne sont pas à négliger. 

a) Costa 33 : 

113 vy naxiD pn 



L'épithëte pj{ après ^y^ est assez étrange. On ne peut 

guère y voir un nom de lieu. M. Lidzbarski se demande s'il 
ne faut pas entendre le fameux Adonis. Je suis tenté de croire 
plutôt que pji{ est une faute du graveur au lieu de ^^n qui se 



266 REVUE SÉMITIQUE 

présente dans Tinscription suivante, laquelle fait partie de la 
même série épigraphique. 

b) Costa 22 bis : 

xiynS xia-iSi 

■ 

• •••••• Il 

A mon sentiment le groupe -|*jj( ^y^ ^^^* ^^^^ P"^ P^"^ 
une combinaison d'état construit aussi bien que celle de ^y^ 
iDn» p3b VyS' IV bï^S ^'' '^^ autres formes analogues. Mais 
T1j< me semble être un surnom du ciel tiré de la formule no^f 
D"nx» ^^ '^s cieux puissants, magnifiques », connue par l'ins- 
cription d'Esmunazar. Par une raison similaire le surnom -p^x^ 
« (métal) fort », forme parallélisme avec ^fQ, « fer » (Isaïe, 
X, 34); le-Tij^ ^y^ serait donc identique au uiSfff bi^3 ^^ 
TûW bj^3 ^ue nous fournit l'épigraphie phénicienne et syrienne 

à l'époque gréco-romaine. 

Le point le plus important de notre formule dédicatoire est 
l'orthographe pleine pyn ^^ lieu du rùp habituel. A rencon- 
tre de la transcription Tanit consacrée par le Corpus inscrip- 
tianum semiticarum, j'ai montré en 1 883 que njn cachait le 
nom du figuier, ph. tip, héb. nJKn» ^^ Q^^ par conséquent 

la transcription doit-être Tint {Mélanges de critique et 
(Thistoire, etc., p. 427), et cette transcription est cons- 
tamment employée par moi depuis lors ; il m'est donc très 
agréable de voir ma déduction confirmée par un texte indigène 
car le i de pi^n '^^ saurait être autre chose que l'indication 
de la voyelle t attachée à la consonne précédente, j. 

c) Costa 6 : 

VH 113 py SyaS pvh 

113 OU vk ays o 
Le second nom de Magon, Qt^p, se trouve en hébreu au sin- 



QUELQUES FORMULES PUNIQUES INSTRUCTIVES 26? 

gulier comme nom iduméen, ^^p (Genèse, xxxvi, H) dont 
Tethnique •ïjjp (ibidem^ xv, 19; Nombres, xxxii,'12). 

La formule finale me paraît tout à fait correcte au point de 
vue du déchiffrement, malgré Tindistinction partielle des lettres 
{jfj{. Par contre, l'interprétation donnée jusquMci doit être mo- 
difiée. La phrase ne commence pas par Q13, mais par le verbe 
SDTUï ^t '®s quatre mots qui suivent en constituent le complé- 
meht indirect tandis que le verbe n^^ Q^î termine l'inscription 
a un sens général et redondant. Il ne faut donc pas traduire : 
Au jour de la grâce ... au jour où il Ta béni (Berger) = « Am 
Tage der Huld . . . am Tage dar er segnete » (Lidzbarski), 
mais littéralement : t Qu'il le bénisse en jours agréables qui 
sont dans les jours », c'est-à-dire : « Qu'il (le dieu) lui accorde 
les jours les plus heureux, d Pour la liaison de n-|2 avec la pré- 
position 2, comparez : ^3^ DH^QN nW "[12 Him (Genèse, 
XXIV, 1), « Yahwé bénit Abraham en tout » = c Yahwé ac- 
corda à Abraham (= combla A. de) toutes sortes de bienfaits. » 
Le relatif 3 jj^x marque le superlatif. En hébreu celte propo- 
sition serait D'^D'^aiz; (ou D^û^j^n) D^^mion n^D^ inDis ; 

le singulier q^ (= q^i) est mis i^ au lieu du pluriel qjj^ : 

€ Au Seigneur Ba*al-Hamon. Vœu fait par Bodmelqart, fils 
de Magon, parce qu'il a entendu sa voix. Qu'il le bénisse en 
jours agréables entre les jours ! Qu'il (le) bénisse ! > 

(?) Costa 105: 

ti3ï;»Dn viti ma vh 112 

Si la lecture '^tû^ip)^;^ est correcte, le ^ indiquerait la voca- 
lisation misfar, nom abstrait devenu nom commun ; cf. riD^DD» 
€ royaume >, puis « roi, prince » ; ce serait le chef des prévôts, 
OnOW* — L^ forme xrûD ^^ semble garantie par Téthiopien 
h1+, « vanité >. 



268 REVUE SÉMITIQUE 

VII 
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 

Ces inscriptions sont au nombre de trois, une grande com- 
prenant 47 lignes et deux petites de 6 et de 4 lignes. Elles ont 
été publiées et interprétées pour la première fois par M. Phi- 
lippe Berger dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions 
et Belles-Lettres, tome XXXVI, 2* partie, Paris, 1899. M.Lidz- 
barski les a reprises d^ns Ephemeris, I, 1, p. 46-53, en y 
ajoutant un nouveau commentaire. Gomme la plupart des diffi- 
cultés sont loin d'être levées, il ne sera pas superflu de s*y 
attaquer de nouveau ; il y a toujours un certain intérêt à rétré- 
cir le domaine de Tinconnu. 

à) La grande inscription. Elle se divise en deux parties : 
Col. I et II traitent des objets consacrés; col. III-X donnent 
les noms de ceux qui ont fait cette consécration ; la col. III en 
sert d'introduction. J'omets les colonnes IV-X qui offrent seule- 
ment des noms propres appartenant dans la plus grande 
promiscuité aux trois idiomes dominant alors dans l'Afrique 
du nord, le punique, le numido-berbëre et le latin. Ainsi que 
M. Lidzbarski l'a bien observé, les noms latins ne sont portés 
que par les fils, tandis que les pères conservent encore leurs 
anciens noms nationaux. 

I 

noy hn nynv nino nvip nmù 2 

nonN yv^ Hoyh^ kS ji«n-rK moy 3 

iiD3 ODP xinK n^vh vrpn ahvh 4 

min Vya oo» ^tt nao^o ion ^So 5 

r\y2v ^nan» ^nanys oma:i hv 6 

II 

tap nhy khS • on Ton • • • 5id "700 7 
mnft< nyn - • • nonnNi rhn poya i-v 8 



INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 3169 

myan av • py St kd»S oriK pS^ kï^kt 9 

nn;i3D jn» \nMh^ pipi ynn «; 10 

nv2v pa -iSya aV "i«^k3 ^So il 

III 

nnaonn «onD^K 13 

Kxio kSpd aV Kip 14 

xnîyo • n rnoS 15 

Ligne 1. La consécration est faite par le clan indigène 
appelé ni?D* ^'^^ depuis longtemps interprété ce mot par 
n homme du clan indigène y>, en rapprochant l'hébreu niTK» 
<r aborigène y> {Mélanges d'épigraphie et de critique, 1 872) ; 
ridée d*une collectivité^ d'une association^ est confirmée par 
notre inscription qui cnumère plus loin les membres de cette 
association qui ont contribué aux fondations pieuses dont il est 
question dans notre texte. 

HTl'*? E^N détermine plus étroitement le mot précédent 
niTOnî *' ®s* d^"^ certain que le groupe ^ j/j^, qui répond à 
r hébreu ancien S^iJ^K et à l'hébreu moderne -^jjf = talm. 

^2f9 i^'cfit qu'une périphrase de l'état construit, ce qui entraîne 

la nécessité de regarder nn comme un nom de lieu. M. Cler- 
mont-Ganneau tient pour possible que lesportae mentionnées 
dans une inscription latine de Dugga soient identiques avec le 
jYH d^ notre inscription, dans lesquels il voit les curix afri- 
caines. Je suis tenté d'admettre cette ingénieuse identification 

en ponctuant n*-n> P'- ^^ 11 ^^ ^^ rnii cf. as. dûrUy « mur 

\ \ - \ 

d'enceinte ]> ; néo-héb. jtvI* a demeure », -|i^, € écurie, 
couvent ». 

La forme jjj^ pourrait strictement exprimer le pluriel et 
équivaloir à .^33 tout en se rapportant à niiD Q^' ^^^ ^^ ^^^ 

T 

collectif. C'est ainsi qu'il est employé aux lignes lî-1 3; cepen- 
dant à la ligne 3 l'emploi du singulier est assez probable. 



270 REVUE SÉMITIQUE 

Comment faut-il entendre nivn p^po'^ ^^ pense avec 
M. Lidzbarski que ces deux noms ne sont pas en relation d'état 
construit, mais une phrase telle que a qui a construit un sanc- 
tuaire, des cours » (welcher bauen lassen ein Heiiigthum, Hôfe) 
est par trop décousue. Je pense que nous avons ici pour la 
première fois T usage de donner un nom aux édifices du culte, 
usage constaté par moi depuis longtemps chez les peuples de 
r Arabie méridionale. Le nouveau sanctuaire construit par le 

mîD * ^^Ç" '® ^^^ ^® rnvn» ^ cour, enceinte j». 

Lignes. Le mot nanfiJ ^st difficile à comprendre. M. Lidz- 
barski, après avoir constaté Texactitude de la lecture, rappelle 
les abréviations ^ pour gfj^ et n pour pj^ dans les textes pu- 
niques plus jeunes et croit qu'ici q est égal à bi<« <{ ^ussi y>i 

dans QETîP rûllB ^' suppose d^2^ij5 nyn B» ^ ^"^^^ ^^ ^*" 

gasin pour les effets sacrés (auch ein Magasin fur die heiligen 
Gerâte) > . La chose ne me parait pas vraisemblable : ces sortes de 
magasins font ordinairement partie des constructions du temple 
et il n'est pas nécessaire de les mentionner à part. A mon senti- 
ment le n de nins f^^^ fonction d'une voyelle très brève 
correspondant au fîetvâ des Hébreux. Si Ton en fait abstraction, 
on obtient la forme ordinaire njB (^ ponctuer nja) qui cqui- 

vaut à la préposition hébraï(|ue ijg, ^2tb ®" ^JB bx» • ^^' 

. . . , . 

vant)). Dans l'inscription d'Esmunazar on lit : nVlîf Vstll 
Db^^ n3B Dioy** tt^N» * P^^^ chaque holocauste qui sera porté 
devant les dieux ;) (l. 13). Ce membre de phrase détermine 
l'emplacement du nouveau temple, qui a été élevé de sanctuai- 
res déjà existants. Pour le mot ptriD ^"^ ^^^"* après, M. Lidz- 
barski suppose dubitativement le sens de lieu des auspices 
(cine Auspicienstâtte ?), puis, il le met à la tête du groupe 
suivant. D'après ce que nous venons de constater ci-dessus, 
on serait porté à envisager pTIlD comme le nom propre et 
général des objets sacrés qui sont entendus par le pluriel 
a^np. Relativement au sens, on rapprocherait aisément le 
terme architectonique hébreu nîriD (î' ï^^is, vu, 5), qui sera- 

ble signifier c fenêtre ou lucarnes ». Peut-être convient-il 
mieux d'y voir le mot^triD» pl. de finD» • ^î^u» demeure •, 



INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 27i 

as. mahazu; néo-hébreu nîiriD» ^^ ^^ le rattacher définitive- 
ment au groupe suivant dont la relation est exprimée par la 
particule ^ joint au nom de la divinité nj^H- ^' Berger y a^ 
ingénieusement reconnu la déesse njn Q^'i' îi^ Tanit. Mais au 
lieu de transcrire nyn P^^^ ^^^ ^'^ supposant les abréviations 
consécutives Tant^ Ta^ il faut transcrire Titoii T^f en admet- 
tant l'occultation spontanée de la nasale quicscente, comme cela 
arrive pour ce mot même en syriaque. 

nD]7 Vn ^^^ naturellement une épithète de la déesse Tint^ 
Tit; '*5j^ ayant le sens abstrait de « divinité > peut s'appliquer 
aussi bien à lUie déesse qu'à un àiew. — A poy M. Lidzbarski 
assigne la valeur de « communauté, association » (Gemein- 
schaft) en le tenant pour un féminin de Qt; ; j'incline plutôt à 
le regarder comme une fausse orthographe au lieu de nDX = 
héb. nSNj * ^^^^ ^ (Nombres, xxv, 1 5) ; il va de soi qu'il 

s^agit ici tout particulièrement du clan même qui est appelé 
mTD ^^ début de l'inscription. 

Ligne 3. Nous tâtonnons dans l'obscurité au sujet des mots 
nXTIX niDy ^^^^^'^"^^"t reliés par l'état construit et dont le 
premier est au singulier et le second au pluriel. Toutefois, la 
traduction : a une ceinture d'édifices magnifiques » (eine Kronc 
von Prachbauten, Lidz.) me semble trop recherchée. Tout me 
donne à penser que ce groupe forme un attribut de la déesse sus- 
nommée. La vraie difficulté réside dans le second terme, nXIlN» 
lequel ne peut plus être égal à niTlï* comme c'est 1« cas dans 
l'hypothèse que nous repoussons. Après une longue méditation 
je m'arrête à la pensée que nous sommes en présence d'un traves- 
tissement orthographique du mot rmn? pluriel du nm de la 
première ligne et pourvu de l'article j^ détérioré en ^ dans la 
graphie néo-punique. Maintenant, si un dieu peut convenable- 
ment être appelé « couronne de ses adorateurs », non moins 
que « roi ou gloire de ses adorateurs t (cf. ^j<ni2r» "ibo ^^ 

bxntt^ rnKSn» etc.), cette figure n'est toutefois a sa place 
que dans le style poétique; elle détonne dans une modeste ins- 
cription votive. Force nous est donc de voir dans niDi^» "^" 
le substantif p-^i^y, a couronne ^, mais le participe actif fémi- 



S72 REVUE SÉMITIQUE 

ninmm = mtDy» * ^®"® fl^^ environne, protège » = 

: - 

• prolectrice » . On connaît l'expression ^iitûVn ÎIXT HJVS 

(Psaumes, y, 13), a tu environnes le juste de bienveillance 
cononoe de boucliers y>^ c'est-à-dire : a tu le protèges gracieu- 
sennent comme le bouclier protège le corps contre les coups de 
l'ennemi ». Tint était de même considérée comme la protec- 
trice de la corporation des jyy^. Cette interprétation dissipe 
l'obscurité du reste de cette ligne. 

Pour comprendre le sens réel du complément indirect j^^j 
noix 2W^ KDybl ^' ^^"* s'assurer tout d'abord des deux points 
syntaxiques suivants: le qualificatif 2}if^ se rapportant à deux 
sujets différents reliés par la copule, XÛ^bl xb» ^^^^ ^^^^ "" 
pluriel à l'état construit, par conséquence : ^gp, « habitants 

de la tçrre, du sol 2) ; 2' le suffixe de i(^ ne peut pas se rapporter 
h nj^n» n'importe que ce soit un dieu ou une déesse. A ces né- 
cessités grammaticales se joint une considération de fait, 
l'impossibilité d'imaginer que l'élévation du temple a été faite 
en même temps en l'honneur de la divinité et en l'honneur 
du peuple; c'est une incohérence logique qu'on ne doit impu- 
ter à l'auteur. En conséquence, la traduction « pour lui (elle) 
et pour son peuple qui demeure dans le pays j» (fur ihn (sie) 
und sein (ihr) Volk das sitzt im Lande, Lidz.) est totalement 
exclue. xS ^® P®"^ ^ référer qu'à niTD» c'est-à-dire à la 
corporation consacrante dont les membres appartiennent au 
clan noy (nox) ^^^ indigènes. Ces membres sont précisé- 
ment désignés par j<J3];, « sa gent, son peuple t. Pourcy 
au sens de a gens, peuplade », comparez ^^j jnj;, -^jj Qy, 
etc. Bien entendu, l'expression nDlX Dû*^ DJ> constitue la plus 
authentique explication de n"ltD ^^ "^^^ '^ sceau à mon inter- 
prétation . 

De ce (jui vient d'être établi, il suit immanquablement que 
NDybl vh signifie c pour lui et pour son peuple », c'est-à-dire, 
pour sa prospérité et pour la prospérité de ses nationaux abo- 
rigènes. 

Ligne i. On a quelque peine à se faire une idée juste du 
groupe 2fT^pn l^H* ^" jugeant par la seule apparence, on 



CfSCBlPTIOMS NÉO-PUNIQUES DE HAKTAR 273 

se demande comment le i peut indiquer la voyelle d de ^^pl 
La forme nominale itf-ipn (Das Heiligthum, Lidz.) est contre- 
dite par l'filat absolu ^^^ et les exemples gnpn V^sV (^- ^• 
30) et tr\OH T^Nb (^-o^^t 3^ ^^^ incapables de trancher la 
question. ETpnnbX ne peut signifier que «divinité sainte >; 
je crois qu'il faut penser simplement que les Phéniciens ne pro- 
nonçaient pas qàdâs comme les Hébreux, mais qëdos comme les 
Ethiopiens ^fÛi , qedâs ; c'est ce sewâ de la première lettre radi- 
cale que le scribe a machinalement exprimé par i comme il i'a 
indiqué par n dans nanS- " "^ fs"^ P^^ exiger des Numides 
mal sémitiaés une orthographe conséquente. Sous l'épithète 
« divinité sainte > les dédicateurs ont sans aucun doute 
entendu la déesse Tint, et le groupe ân^pn D^N^ ^0""^ '« 
complément indirect du verbe ^^ (1. 1 ) dont niyn lïlpO 
est le complément direct. Tout le contenu des lignes 3 et 3 est 
une longue incidente destinée à déterminer l'emplacement du 
sanctuaire et dans l'intérêt de qui il a été construit. L'allure de 
la proposition qui ne s'arrête qu'au troisième mot de la 6* ligne 
est du reste bien coulante et remarquablement agencée. 

Les trois mots suivants n'offrent en apparence aucun sens 
raisonnable. Ainsi que M. Lidzbarski le fait remarquer, l'in- 
terprétation de nnx DHS/b P*^ nriî* rvîf^' " POi^r '>n an ». 
ne cadre pas avec le contexte. Un autre ess&i d'explication n'est 
pas mentionné par le savant épigraphiste, ce qui fait présumer 
qu'il n'a pas encore été fait. Faisons donc le premier pas dans 
cette direction. Je tiens le mot nxtt''? P"""" verbe à. l'infinitif 
précédé du ^ marquant le but de l'action. On le devine aisé- 
ment, cet infinitif est l'hébreu nNtï^S) * P^"'' porter >, auquel 
il se superpose complètement. Le sujet du verbe est nécessai- 
rement la déesse unique de ce document, savoir nyn* 

Le dégagement d'un verbe implique ta présence nécessaire 
d'uo complément d'abord, ensuite, s'il y a lieu, d'un complé- 
ment indirect. Or, ce dernier complément existe distinctement 
dans le 3 du dernier mot de la ligne, '2^D2■ ^^^^ "î"^ s'*'*- '^ 
Buns exact du terme ^^q dont la troisième lettre est douteuse, 
il est at>solument certain qu'il s'y cache une idée de lieu : 
mm lUiiiaDB U 



REVUB SÉHITIQUR 

dans... >. Celte nécessité inéluctable me 

; le mot {int^ est un déguisement orthogra- 
classique n^j^, indice du complément direct 
ébreu, c'est le n qui exprime ici la voyelle 
on obtient la certitude que n^M n'était pas 
me l'affirmaient Schrôder et d'autres sémi- 
]rs une notion gagnée. D'autre part, le mot 
plus être pris pour □pgf = héb. aiDtt^i 
lis doit représenter la vocalisation DDtfi 
ectivement : < leurs noms > ; cf. Deutéro- 
sée, II, 1d, passim. On est maintenant en 
la phrase susdite : < pour placer leurs noms 
», ce qui se rattache on ne peut mieux au 
qui suit immédiatement k la ligne 5. Comme 
no "^ peut-être autre chose qu'une voyelle 
la racine jp ou 22D n'offre point de sens 
î contexte, il ne reste qu'à rétablir t\q, 
de réunion, société > (Genèse, ïlix, 6; 
L'emploi du ^ pour indiquer la voyelle au, 
3etl)ip{N.P. 7iet75). La combinaison de 
divin T^O'^D "lûn ■i'jd éclaire admirable- 
ie Job, XXIX. 4, tîjnx -"by mV» TtD3. 
;e de Dieu était sur ma tente (pour me pro- 
e le bu t des constructeurs se résumait dans le 
res que la déesse porte leurs noms auprès du 
I, entouré de son cortège céleste, afm qu'en 
, il les récompense largement de leurs bonnes 
!u près la même faveur que Yebawmelelc, 
lande à sa déesse protectrice Ba'alat-Gebal 
inscriptions assyriennes et babyloniennes 
iicux auprès de leurs congénères en faveur 
I particuliers est à l'ordre du jour et il me 
;iter des exemples. Autrement importante est 
ciale des noms des fidèles par une divinité 
divinité supérieure. Car la phrase nîtS^^ 
11D2 DDE' nnx correspond presque lilté- 
le l'Exode, xxvui, 13 : nx pHN i^lPil 



INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 275 

p-^l^j • •• mn^ '*3Sb DmDBf- ^^^s le monothéisme, le grand 
prêtre remplace le dieu intermédiaire du paganisme^ mais ce 
dieu négligé ne tarde pas à recouvrer ses droits immémoriaux 
dans la doctrine de Philon et surtout dans le christianisme, oii 
rintervention médiatrice des saints admise peu de temps après 
les a à peine entamés. 

Ligne 5. Au sujet du nom divin "n^o^D it^n ^bD♦ ^^^^ 
savons seulement qu*il revient sans n^Q sous les graphies 

TDDD Ifân (^- 1- S-ï I, 253 et suiv.) et "i^dD "IÛJ^ C^^^^*» ^) 
dont la première, antérieure à l'autre, doit être plus exacte. 
Gomme M. Lidzbarski, je ne puis pas me faire à Tidée de trouver 
dans nûPI*'^ Halhor égyptienne, car Tépithète «^^q montre 
clairement que nous avons affaire à un dieu et non à une 
déesse, i^n ne peut cependant pas désigner autre chose que 
l'hébreu -i^fl (= ar. Klfâin)» • rameau, verge, bâton ». Si 

Ton ajoute d'autre part que n^DO ^^^^^ sans aucun doute de 
la racine -qd "^ ^' IDt» * souvenir, mentionner, commémo- 
rer >, on ne peut traduire 1300 -non ibo Q"® P*^ « ^^^ ^^ 
bâton, au sceptre de commémoration », c'est-à-dire « qui 
tient un bâton qui a la faculté de rappeler des personnes et 
des faits les concernant ». Dès lors on est frappé par l'ana- 
logie avec le récit du livre des Nombres relatif au bâton 
d' Aaron conservé dans le sanctuaire de Yahwé, sur lequel étaient 
gravés les noms du grand prêtre et de sa tribu (Nombres, xvii, 
35). A cette époque Yahwé pouvait à bon droit être qualifié 
de «c possesseur du bâton du souvenir > . Gela fait comprendre 
la métaphore : « (0 roi !) Yahwé t'enverra de Sion (du sanc- 
tuaire) le bâton de ta puissance > (Psaumes, ex, 2), savoir le 
bâton gardé auprès de la Divinité qui, portant le nom du mo- 
narque favori^ ne peut pas appartenir à un autre. Que le bâton 
porté par le dieu soit devenu le surnom du dieu lui-même, cela 
n'a nullement lieu d'étonner; dans toutes les mythologies le 
syoïbole s'identifie facilement avec le dieu qui lui est propre. 
On a souvent cité l'exemple de ToTtaXo^ qui est à la fois le bâton 
d'Hercule, le fils du héros et le héros en personne. Quand on 
8C rappelle que les Amathousiens de l'île de Chypre nommaient 
Hercule *fyOf Malik^ (M«A(xa, Hesychius), le rapprochement 



276 REVUE SÉMITIQUE 

avec Rhopalos-Hercule devient des plus séduisants. Cette 
interprétation n'exclut pas absolument Fidée de M. Ctermont- 
Ganneau qui identifie 1300 avec la déesse Memoria qui paraît 
avoir eu un temple à Carthage; Memoria a pu être Tépouse 

^® 1DDD IDfl- ^^ t^"* c^s» ^' convient de signaler que la 
connection de qo2^ avec 130^0 dans notre passage est paral- 
lèle à celle de QniDttf ^^^^ \TQt dans le passage de TExode, 

XXVIII, 12, précédemment cité, circonstance qui m'empêche 
de voir dans -)^|-| un trident appartenant soit à Saturne, soit 
à Neptune. 

Suivent deux attributs de ^^^o -}ûn l^D- ^ premier 
DD^ rn ^^^^^ d'abord le type de l'hébreu n-«|, c prince », mot 
qui est également mis en parallélisme £^vec «j^jq dans le chant 
de Débora (Juges, y, 3) ; la lecture |p est peu vraisemblable 
à cause du caractère isolé de la vocalisation p^^ dans Prover- 
bes, XIV, 28. L'absence de voyelles rend encore plus 
incertain le sens de oD^ Q^N '^ DD^» sera « jou» », 

et lu ngi sera « mers ». Ce dernier sens est admis par 
M, Lidzbarski, selon lequel le oc prince des mers > serait 

Saturne (Neptune?) et son trident (-)ûn^)' ^^ ®^^® *®"*^ 
de préférer qqi «^, c prince des jours », distributeur 

des jours de la vie humaine et qui est en même temps le maî- 
tre des terreurs » (nTin byiî= niin bV3^» sous-entendu: 

a de la mort > (niD) • Ayant à sa disposition le sceptre ou 
bâton qui porte gravés les noms des vivants, il n'a qu'à effa- 
cer le nom qu'il veut pour que son représentant disparaisse du 
monde. Je tiens cependant à faire remarquer que c'est une 
simple conjecture : pTin P^"*^ ^'•^^ '^ ^^™ ^'^^ temple tout 
aussi bien que nivri- Même si l'on admet la vocalisation 
n^"in» c^ ^^^ pourrait désigner les génies terribles qui accom- 

pagnent les grands dieux dans la religion babylonienne comme 
les utuk^ les A/, les Êkim, etc., les congénères des ûBTI d^"® 
le cortège de Yahwé (Ilabacuc, m, 5) ou le mnbia ^" ^^^" 

gneur du Séol qui porte aussi le titre de -t'^jû (Job, xvui, 14) ; 



mSCRIPTlONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 277 

le fait que n*nn ®' n'nVs ^^^^ ^®^ ^^^^ synonymes et assez 

t-: T 

favorables à cette explication. 

Ligne 6. Dans celle ligne, le mot ^n^n^D = '»n2ri2> 
c j*ai écrit », est une remarque du graveur; les deux mois qui 
précèdent, Dri"QJ by » P"^ ^ P^^'* peuvent signifier ce par leur 
force 3) et ce au sujet de leur force j>. Dans la première alter- 
native, Fauteur aurait voulu dire que Tinscription a été 
gravée par Tordre des gens de la ville, mais l'expression niSJ 
= mi3J ^'y convient guère. L'autre nuance est mieux en 
situation et il me parait très probable que ces mots forment la 
fin de la proposition précédente en la complétant par l'indica- 
tion de la cause qui justifie la présentation de leurs noms au- 
près du Dieu souverain. n"l3J» '^^ actions fortes, sont précisé- 
ment les pieuses consécrations qui viennent d'être annoncées. A 
rapprocher le ^"jn ^^^ Hébreux dans ^^n Ptt^N (Proverbes, 

XXXI» 10; Ruth, m, H); c'est l'effort dépensé pour faire le 
bien, idée qui réside aussi dans c vertu y> . C'est également le sens 
de nOVJ^ (nb^lîfV) ^^"^ Eémumazar, 1 9 = e^x nOVj; mo*? 
nbyS» « pour récompenser les grandes choses que j'ai faites >» . 

La combinaison ^}r\2rv ^n^PJ^ID = h^^- ^nnj 'TOnDi « j'ai 
écrit, j'ai donné t, veut-elle dire ce j'ai écrit et publié? ». 
C'est assez plausible comme sens général ; cependant, l'incer- 
titude qui plane sur les deux dernières lettres de Shjn^ ai"si 
que l'absence du pronom ^^jjj ou -ijj^ si le groupe nj^Dtt/ 
qui termine la ligne est un nom propre, et l'absence du nom 
propre si ce groupe est autre chose, ces circonstances me don- 
nent à penser que le texte porte seulement m-), nom pareil au 
rro des Hébreux, mi est une simple signature qui peut se 

passer du pronom personnel. 

Il reste le groupe T\y^liff séparé par un espace blanc des 
mots précédents. Comme M. Lidzbarski, je ne crois pas qu il 
ait le sens de oc pause > (row)^ ^^^ ^oite d'Amen, mais l'idée 
que le jy initial est la préposition relative et py^ le même 
que dans les tarifs C. l. S., I, 1 65, 1 ; 1 67, 7, ne me satisfait 
pas non plus; l'emploi de jjf en ce lieu ne se justifie point. 
nwlU^ forme le second élément clans pi^Slt/irT' (" ^'^^-^ ^^^^' 



S78 REVUE SÉMITIQUE 

11 = j;;SErirP» ^ï ï^^îs» XI, 2), ElitrciSer (Luc, i, 13) = 
ni^2B^Sx P^"^ l'habituel ynEn^N (Exode, vi, 23). C'est 
probablement le nom de F inspecteur des travaux. 

Il 

Ligne 7. La seconde colonne est encore plus obscure et les 
lacunes rendent impossible toute tentative d'interprétation 
pour plusieurs mots et passages. Il s'agit de l'élévation de la 
statue d'un dieu, ^qq, dont le nom suivi d'un attribut doit 
suivre immédiatement. Le texte offre un groupe de 10 
lettres yiQ^ . . . yyû ^^^^ ""^ lacune qui devait conte- 
nir les lettres de 1. 4 à 6. D'abor^ on incline à voir dans 
•••ilD l'araméen p^, « notre Seigneur b ; mais ici on 
s'attend plutôt à p-jjj ; il vaut mieux compléter ^21û^ ^^^ 
divin qui entre dans la composition du nom d'homme 
^3-)j3*]2î^, € serviteur de Marni i. Ce nom est noté comme 
douteux; notre passage en fortifierait Tétat. Je ne vois pas 
pourquoi les dernières lettres ^^dPî "^ présenteraient pas sim- 
plement Thébreu 'i^on ^^^^ '^ ^^"^ ^^ ^ gracieux, fidèle, 

bienfaisant». Alors les deux lettres à compléter seraient tout 
naturellement ^^, <ii dieu >. Yahwé se donne lui-même le titre 
de nipn ^^ entend par là le manque de rancune et de morgue 

à l'égard du pécheur qui revient auprès de lui (Jérémie, m, 
12). La graphie pleine ^y^j^ "^ ^^^^ naturellement pas de diffi^ 
culte dans nos textes. Un point à éclairer est celui de savoir sMl 
s'agit ici d'un dieu mentionné pour la première fois dans cette 
colonne. Il n'y a aucune raison particulière pour ne pas ad- 
mettre une telle idée ; cependant le fait que le niîD cherchait 
à obtenir tout spécialement la protection de i^D^D lûfl "ibo 
me donne à penser que la statue en cause était celle de ce dieu 
même, ce qui revient à dire que [s]jio était son nom propre ; 
de là l'absence de toute détermination relative à l'origine ou 
au lieu de son culte ; la phrase attributive riTTI b^D DD"» TH 
Ta déjà fait connaître à la ligne 5 et n'y avait plus lieu d'y 
ajouter quoi que ce soit. 

6i je ne me trompe, le groupe qh commence une nouvelle 
phrase, la principale de cette colonne. J'avais un moment l'idée 



mSGRIPTiONS NÉO-PUNIQUBS DE MÂKTAR 279 

d*y voir un second adjectif qualifiant le dieu : Qp TOil ^^ 
même [ajon n^DPI» ^ gracieux, parfait » (cf. h. Q^on pHV) 
en y rattachant la prenaiere lettre effacée du groupe suivant 
j(nV" envisagée comme un q. Mais la considération qu*un trilit- 
lèrecomme j^p^ ne fournirait alors rien qui vaille pour l'interpré- 
tation du contexte, m'a empêché de pousser plus loin cette piste, 
en figure également à la tête d'une proposition dans la grande 
inscription du Pirée, où il est aussi suivi d'un infinitif: . . .Qp 
lûVbO* ^)' Grammaticalement notre jjp^ .Qn a la même 
structure et cela m'amène à supposer la lecture j^n^ [hIdD 
dont le }( représente la voyelle *) du pluriel. La vraisemblance 
frise ici la certitude. Mais quel est le verbe qui réside dans 
les deux lettres jji^? Procédons par la voie d'élimination. Un 
point est certain : ce n'est pas une racine à i final dont l'infini- 
tif serait pxnb ^'^" '® modèle njsb ^® IJZî- ^e n'est pas 
non plus une racine à n initial assimilé xn3 Q^^ donnerait 
encore nsnb P^^ ^'•^^'^Sή SLvec nxiy^ (• • 4); enfin le verbe 
•n^ (== h. jpj) aurait donné pxnS ^" îSnb- ^' comme par 
surcroît les racines concaves ou géminées : jj^n» mn> yinî 
HHD^ nnn» nnn» yj;n» n*offrent aucun sens utile, je m'arrête 
forcément au verbe xnX» "^nx (nnN)> • venir », qui est usité 
dans toutes les langues sémitiques. 

Une base d'opération est certainement acquise; mais ce 
qui suit est si obscur que les plus grandes précautions doivent 
être prises avant de pousser une pointe plus loin. La gram- 
maire sera de nouveau notre guide unique. Au point de vue 
de l'orthographe, l'occultation du }( initial dans }{nb P^^^ 
Knxb ^^^^ P^ P'^^ étrange que par exemple celle de l'hébreu 
^f]^ pour inx*» déj^ cî^^ dans d'autres occasions. D'autre 

part, la simple notion grammaticale suffit pour nous avertir 
que ce verbe, qui est suivi de six mots intacts, quel que soit 
leur sens exact, ne saurait être un verbe intransitif, mais un 
verbe actif doué nécessairement d'un sujet, d'un complément 
direct et éventuellement un complément indirect. Le sujet qui, 
ainsi qu'il résulte de [xlon» est un pluriel, doit être repré- 
senté pour le moins par t^^ -i^j; q^j; dont les deux derniers 
mots ont bien l'apparence d'un nom d'homme signifiant c ser- 



SI80 REVUE SÉMITIQUE 

viteur de Yrd » . Cela empêche de regarder le q de Q^y 
comme la terminaison du pluriel, mais de lire Q^t^« état cons- 
truit de DD'jy, du singulier Q^y, « jeune homme, servi- 
teur ». Le mot suivant pD^a se couvre avec l'hébreu pD^a» 

< dans la vallée y> ; ici on s'attend plutôt à un détenninatif 
soit de D^^, soit de tt» ^2J^. l^ dernier cas me semble être 
réel et je vois dans pD^a "" surnom du personnage en cause, 
abrégé de nip^DlS- Maintenant, le sujet étant complètement 
mis à nu, il faut déterminer si les mots qui viennent après 
forment un complément direct ou un complément indirect. 
La réponse favorable à la première alternative nous est caté- 
goriquement donnée par farticle de ces mots qui est écrit une 
fois correctement par ,<^, une seconde fois incorrectement par 
^. Notre phrase tient maintenant debout par ses trois éléments 
indispensables, verbe, sujet, complément direct, et a pour con- 
séquence d'assurer la forme active du verbe ^nb* ^^ ^® P®^' 
donc pas lire ^f^b (= NhKb= NhxS)» mais irrécusablement 

• • • 

arh = XnNb» ^u hifUl «nsn. « faire venir, apporter, 
offrir ». 

Des termes PDinXI nbn» ^^ débarrassés de leurs préfixes, 
nb ®^ nonn» '® premier est sans aucun doute l'hébreu nib' 
pj^, c table, tablette », le second l'hébreu p^iDin (^^*^) ou 

n^D"in (î^^^)» ^ objets d'argile, poterie » ; collectivement on 
peut entendre les dalles et les œuvres de maçonnerie enployées 
dans la construction d'un temple. Lequel ? Les trois lettres 
effacées avant le nom de la déesse nvn devaient nous le dire. 
S'il en est ainsi, ces trois lettres sont vraisemblablement n^^lS^, 
c de la maison >, ou nsb» ^ P^^^ '^ maison ». Sur Tépilhète 
mx jointe au nom de la déesse tout le nécessaire a été dit 
dans le commentaire des lignes 1 et 2. 

Ligne 9. Cette ligne est la plus obscure de notre texte et 
l'essai suivant pour y apporter quelque lumière ne doit être 
considéré que comme un pis aller destiné à appeler l'attention 
sur cette crux intefyretum . 

Il me paraît utile de faire remarquer d'abord que le groupe 
radical p^>f étant sans conteste un verbe parallèle à [xJdD d^ 



INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 281 

la ligne précédente est nécessairennent au pluriel; il faut donc 
diviser Qp Npbîf ^^ '^^^ ^® DHK pbît- Une seconde nécessité 
concerne le rôle du verbe Qp, mais cette fois au singulier, vi- 
siblement parce que, contrairement à la ligne 7, l'action est 
exécutée par un seul personnage, np^^^ HXfHH constitue par 
conséquent une incidente se rattachant à ce qui précède, en un 
mot une phrase relative. Une racine p^^^ n'est pas inconnue à 
rbébreu ; p^)f est un nom d'homme usité chez les Ammonites, 

proches parents d'Israël (II Samuel, xxiii, 37). Comme verbe 
pbx répond indubitablement à Taraméen yy\ (cf. h.p^ijf = 
aram. p^j), « briller, étinceler », d'où i{y[^ n-îi pp^i^î, « les 

étincelles, Téclat du feu ». Notre petite phrase xp^V NB^NT ^^" 
gnifie oc sa tête ou son sommet ils ont fait briller » , ou mieux dans 
un sens relatif: a dont ils ont fait briller la tôle ou le sommet ». 
Le choix entre ces deux significations propres à ^fXH ^^^ facile 
dans ce passage, car si on le rapporte à la déesse, c'est-à-dire 
à sa statue, on ne s'explique guère pourquoi les dévots n'ont 
pas mis le même soin à faire briller le reste du corps. Donc, le 
sufHxe de KiJf m = ^lî^xi se rapporte au mot p^, « maison, 
temple », que nous avons rétabli dans la lacune de la ligne 
précédente. On a maintenant une proposition bien bâtie et 
intelligible c^ns toutes ses parties. 

La phrase suivante semble construite sur le même modèle. 
Elle débute également par ^ Qp; '^^ lettres jj^jn qu'on lit en- 
suite représentent nécessairement le verbe qui doit signifier 
« apporter, offrir ». Je ne puis rapprocher que la forme néo- 
hébraïque ytj^^, « pour planter, fixer », répondant au classi- 
que yû3'^ °" nj^ûb" P"^^ viennent les deux groupes mutilés 
3^py b*''* formant le nom propre du sujet du sujet du verbe, 
déterminé par un qualificatif ou par un surnom. Comme une 
simple indication, on peut imaginer entre autres la restitution 
avlxJpy bnbl = yapn Sn[j]> « Giddel (Esdras. ii, 47) le 
boucher » (cf. 2î^p, w^LaS). L'aspirée de l'article est rendue 

ici par un y; elle est représentée par un |-| dans le mot 
suivant, mysn = mNS)n» ^^ '^s ornements en forme de guir- 
landes », qui constitue le complément direct de l'infinitif XD^b- 



882 REVUE SÉMITIQUE 

11 y a doute relativement à la prononciation vocaliquede rn)^£) 
qui peut correspondre aussi bien à h*l2<B = ^* D^*1M&»<Iu'à 

niNfi» P'- ^^ niKÔ = ^* mXS ; '^ ^^^ n'en sera pas changé. 

Ligne 40. Aucune difficulté à propos des mots y-jp! V 
p-}j^^, « d'or de dariques », c'est-à-dire : « ornements faits 

avec des dariques d'or fondu 3> ; on .n*a pas voulu employer Tor 
du commerce parce qu'on le regardait comme trop dénaturé 
d'alliages. Cependant on peut aussi traduire les ornements d'or 
de la valeur d'une darique, pnj^i = h. pDinx» talm. rism. 

Il n'est pas facile de se faire une idée de la phrase suivante 
dont le premier et le troisième mot présentent des formes 
monstrueuses. Abordons-la néanmoins en recourant de nou- 
veau à des considérations grammaticales. Le ^ de rnK^Vl 

annonce une nouvelle phrase débutant à première vue par un 
^ qui pourrait indiquer un verbe à Tinfinitif parallèle aux infi- 
nitifs précédents j(n^ (I. 7) et Xfâ^bC' ^)- Mais à cela s'oppose 
d'une manière invincible la forme matérielle de m^^ ^ ^^ 
peut pas être un verbe, car une racine m^^ )r\^ ou |^j est des 

plus improbables. Il faut donc renoncera cette tentative d'ex- 
plication. Passons à une autre possibilité : ^|-i{{j serait le nom 

d'une divinité non encore mentionnée à laquelle se rapporterait 
le verbe suivant ^pi, ainsi : « Et à Nahon il a donné un ou des 

nnnbS » ; le sujet serait dans ce cas le personnage qui a voué 
les ornements d'or dont il vient d'être question. Mais un nom 
à la forme passive jnw = îlli» « ^^'"î Q^î trouve gr&ce, qui 

est pris en faveur b, convient évidemment plutôt à un homme 
qu'à un dieu et le don fait à un homme est incontestablement 
hors de place dans notre passage. Abandonnons cela aussi et 
faisons une dernière tentative à laquelle nous sommes obligés 
de nous arrêter en attendant que d'autres trouvent mieux. Le 
'^ qui suit la copule dans rriKJbl "^ serait pas la marque du 
datif mais une lettre radicale et inxib constituerait le nom du 
personnage qui est le sujet du verbe m^ : « Et jniob * donné 
des nnrD3* ^ Qu^nt à l'aspect étrange de ce nom, il me sem- 
ble provenir de Télision du }( initial ; la forme correcte est 



INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 283 

tnwbx = tn^ibN» • ^* divinité fait grâce », parallèle à 
îirbW- ^'®^' '^ première fois que ^a figure comme premier 
composant de nom propre ; jusqu'à présent on ne Ta constaté 
que comme élément final : j^x^n^ |bJ^^^* = ibNilN* ^* S^^" 
phie «HK P^^^ TH^ montre que le yod préfixe personnel du verbe 
se prononçait t chez les Puniques de ce temps et non pas 
^f yUj comme chez les Hébreux. L'apocope du {{initial est 
constatée dans -^jy^ La'^zar pour uy^K ®^ dans une série 
d'exemples connus. D'autre part le personnage nommé friX^b 
devait être populaire à Maktar puisqu'on n'a pas eu besoin de 
lui adjoindre une épithète quelconque. Le seul mot qui reste 
à expliquer dans cette phrase est nnriDi Qui forme le complé- 
ment direct du verbe |n^. Le ^ marqué d'un point de doute 

peut être provisoirement conservé et, en tenant le |-| pour un 
indice vocalique, on rétablit la forme primitive nhb3» ^^ ^^^^ 

gulier nbJ (H Rois, xx, 13), c épices, aromates », probable- 
ment de l'encens et des huiles parfumées usités dans les céré- 
monies du culte et qui coûtaient très cher alors. 

Ligne 11. Les trois premiers mots forment une phrase 
assez intelligible malgré quelques défaillances orthographiques. 
îVo ^^^'^'^ revenir à l'hébreu îjiV^n, « nous avons terminé » ; 

Sb ltf^2 visiblement 2^'^lt/iGl^ * ^tvec un bonheur de 
cœur », c'est-à-dire : c avec une profonde satisfaction ». ♦^yg 
:= ^J^VB» * notre œuvre, notre tâche », est le complément 
diret du verbe Ai^. A première vue, on est tenté de réunir 
ensemble jp^^ Î^J^Û' «nous avons fait notre temple ». Je 
crois cependant qu'il faut maintenir pour jp^ le caractère de 
nom propre qu'il a dans la ligne 6 ; jn^^ ®st donc ici la signa- 
ture du scribe et est à traduire a par Yaton » ; suit le nom de 
l'inspecteur des travaux, nj^2l£^- 

m 

Cette colonne de i lignes courtes sert d'introduction à la 
longue liste des noms portes par les membres du n"l?D Q^' 



284 REVUE SÉMITIQUE 

ont contribué à l'exécution des travaux susmentionnés et à la 
tête desquels se trouvait le président de Tassociation, le 21 

Ligne M. nXDB/ = riHûtff ^ '®® '^^"^^ de ». — Par 
niTOn^' faut comprendre les membres de cette association. 

Ligne 13. nniDiin HOiyn = à")njDn hn irnsn. « qui 

ont offert Oy/^f Berger) les offrandes ». 

Ligne 14. Le premier mot ^-|{^ est incontestablement un 
impératif: a: lis », le sens du reste n'a pas été reconnu jusqu'à 

ce jour. ^jyQ ne peut en aucun cas être assimilé à rt&D* ^ ^^ 

bas », et une recommandation particulière de lire de haut en 
bas les noms inscrits sur les autres colonnes (Lies sie von oben 
nach unten, Lidz.) me paraît bien superflue, puisqu'il n'y a 
pas moyen de lire autrement un texte écrit en punique. Une 
telle recommandation serait tout au plus à sa place dans une 
épigraphe libyque ou berbère qui peut en effet se lire tantôt de 
haut en bas, tantôt de bas en haut. Du reste, ^ ^'^'^ signiQe 
d appeler, nommer », jamais c lire » ; il faudrait UDH Klp- 
L'énigme est résolue quand on prend q^ pour une graphie con- 
cise de 2<Db> ^ ^^ qu^ ^> ^^ '^b ^^^ purement redondant; 
c'est {(Q qui est le complément direct de ^"^p. Quant à }(nD 
c'est simplement une forme défective pour ^^^tDf participe 

hof^al de j^nK • ^ venu, mentionné ». Le scribe recommande 
de lire € ce qui est rapporté plus haut » (xbyo = n^VD)' ^^• 

l'expression nabatéenne y^rO xbj^ ^ HD (^' ï- S., II, 199). 
Ligne 1 5. La lettre effacée avant le dernier mot de la ligne 
pourrait bien être l'article n ^^ N» ^^ mtJ^Dn (= mîîTSn* 
c secours ») pourrait désigner les contributions aux œuvres 
sacrées exprimées déjà par nrUDJl- ^^ possibilité de restituer 
mîVD n (= riN Lidz.) paraît exclue à cause de l'absence 
de l'article qui figure dans nnscn n* J*admets en revanche 
la supposition émise par le même savant de joindre ensemble 
[n]t\ = nrii « donner » ; mais au lieu de traduire « confor- 
mément à la donation du secours (Gemâss... Beihilfe) », j'en- 
visage le groupe initial rncb ^^^ comme un substantif pré- 



,f^w-»^* '•. 



INSCRIPTIONS NâO-PUNIQUES DE MAKTAR 285 

cédé d*une préposition; n^pb» • selon la mesure de^ propor- 
tionnellement à, selon, conformément à ]), mais comme étant le 
verbe ^q^ à la seconde personne du passé : nicb» ^ *" ^^ 

appris ». L'infinitif nn en est le complément direct. Pour la 
construction comparez atDM HoS (ïsaïe, i, 1 7) pour i^o^ 

■ 

2û%nS; îcî ^6 ™ême nn mrh équivaut à nnb mob» « ^" 

t:-t ••tT:-T 

as appris adonner », c'est-à-dire : ce après avoir pris con- 
naissance de la nature des bonnes œuvres faites par la cotisa- 
tion de ces personnages, tu auras appris à y contribuer toi- 
même ». Le conseil s'adresse au lecteur. 

TRADUCTION 

I 

1. Le Mizrab de Tassociation est celui qui a fait construire le 

sanctuaire de Haçrat 

2. Devant les objets sacrés Ma^zot de Tit, déesse du clan 

3. Protectrice des associations (urbaines), pour lui et pour sa gens 

qui habite sur ce sol, 
i. En rhonneur de cette divinité sainte, afin qu'elle porte leurs 
noms dans rassemblée du 

5. Roi Hôter Mi^kar, prince des jours, maître de (ou des) gardât 

6. En vertu de leur effort. — Je (Kjai écrit (moi) Yaton. — Sib«=at. 

II 

7. Statue de Marn(î dieu?) bienfaisant. — Ont fini d'apporter les 

jeunes gens de <^Abd- 

8. Yard Bo^maq les dalles et la maçonnerie du temple de Tit, la 

puissante^ 

9. (Et) ils en ont décoré le sommet. — A fini de fixer (G)iddel (?) le 

boucher (?) les ornements 
10. D or, une (?) darique: et Lonibon- a donné des aromates. 
11 Nous avons terminé avec un bonheur de cœur notre œuvre. — 

Par Yaton. — Sib**at. 

III 

12. Noms des membres du Mizrab qui 

13. Ont offert les offrandes. — 

i4. Lis ce qui est rapporté plus haut; 

i5. Tu auras appris à donner des contributions. 



286 HEYUE SÉMITIQUE 

La troisième inscription renferme quatre lignes mutilées à 
la fin. Elle porte: 

. . .(^)SD n3i33 kV Knnn kW 3 

Ligne 1. jj^ équivaut à j^» « ce ». — L. 2. QDBfmj 
= Fortuna Gaelestis (Lidz.). 

' Ligne 3 . Le relatif ^]ff suppose le mot q^{^ à la fin de la 
ligne précédente. Tout semble indiquer qu'il s'agit de la déesse 
Tint ou Tu. — Le préfixe féminin du verbe xnnn ^ rapporte 
à cette déesse et h forme même est une mauvaise orthographe 
de XDKn* ^ qu'elle vienne i> et cela nécessite la division ad- 
mise dans ma lyanscriplion nDlDS xb KHnn» * qu'elle 
vienne à lui avec la bénédiction de... > Cf. nn^ii in^ HXHt 
«c vienne à lui la bénédiction » (Inscription juive d'EI-Djis); 
d'autre part la construction 3 j^nt* correspond au 3 X13 ^® 
l'hébreu (Psaumes, xl, 8; lxxi, 16). La transcription usuelle 
n3i2 DNb îtnnn ï^'offre rien de satisfaisant. En ce lieu, il 
règne toujours la croyance au rôle médiateur de la déesse au- 
près du grand dieu, 13D^D 1\ûn ibOt ^cnt il ne reste que les 
deux premières lettres sur notre fragment. 

TRADUCTION 

: 1. (N. fils deN. Rab?)de ce Mura*... 

2. Fortune Céleste. Il avait fait son vœu concernant ... sa 

3. [Déesse]. Qu'elle vienne vers lui avec la bénédiction du Ro[i 

Hotcr Miskar. Il (le dieu) a entendu] 

4. Le vœu, sa voix; il [l'a] aidé. . . 

J. Halévy. 

SUPPLÉMENT 

Je profite de l'occasion pour dire un mot sur Texpression 
difficile de la 4* inscription de Sidon, ^i^^ 21 HBob 12^ 31* 
Les dernières tentatives d'interprétation sont discutées dans 
EphemeriSf I, p. 16. Si on admet la disparition de la lettré }( 



INSCRIPTIONS NàO-PUNIQUBS DE HAKTAR 387 

que j'ai constatée plusieurs fois dans les teites précédents, on 
peut voir dans fiïjD'j une graphie défectivepour [-jjjpjt'^; ce 
titre voudrait dire : « Rab provisoire {-^y mot è mot < passa- 
ger >) de l'assemblée, second Rab > . Pendant un intérim, 
Abdmisicar aurait été nommé d'abord Rab provisoire, ensuite 
il aurait été régulièrement étu second Rab, fait qui arrive sou- 
vent dans les corps électifs*. J. H. 



BIBLIOGRAPHIE 

Ephetneris fur setnilUcke Epigraphik, von Mark Lidzbarski. 

Erster Band. Zweites Heft, mît 12 Abbildungen. — J. Rickerache 

Verlagsbuchhandlung (Alfred Tfipelmann (Sudanlage 5), Gieseen 

[Hessenl, 1901. 

Ce cahier est encore plus riche et plus varié que le premier, et 
son horizon s'étend sur la presque totalité des publications qui 
touchent, de près ou de loin, le domaine de l'épigraphie sémitique. 
J'applaudis l'auteur quand, au cours de ses comptes rendus, il fla- 
gelle par un mot bien cinglant certains sémitisants infatués qui se 
croient infaillibles ou prétendent faire des découvertes à chaque 
pas. Mais qu'il prenne garde de mettre trop souvent en usage les 
deux procédés de U polémique extrême, la condamnation globale 
trop rapide, l'ironie à bon marché dans les détails micrORCOpiques, 
Je m'astreindrai à relever quelques points qui me concernent per- 
sonnellement. Son article de fond, qui renferme une étude de 
2f pages sur l'origine de l'écriture sémitique et qui n'aboutit à 
aucun résultat appréciable, aurait certainement été plus fructueux 
s'il s'était donné la peine d'examiner sérieusement ce que j'ai écrit 
Ace sujet. En disant sommairement: ■ In llalëvy's Zusammenstel- 
lungen kann ich uberhaupt keine ,'Ehnlichkeiten herausfîndcn i 
(p. 1S8), il confond similitude (^hnlichkeit) avec identité (Identi- 
t5t|. Il ignore encore davantage mon étude sur l'écriture perse 
IJoumaf Asiatique, 1886), où j'ai précisément démontré que les ca- 
ractères perses, tirés par un procédé de dérivation régulier des 

1 . J'ai maiotenanl sous les yeux le passage Ephernerîa, II, p. 147, où 
M. Lidzbarski discuta les vues de M. Landau sur ce sujet. Je n'admets ni 
la lecture S TUD' fondée sur ta prétendue dillograpbie du i, ni l'idée de 
regarder nao ou nSoS comme un nom propre. ï^ç 3*) ne peut signifier que 
■ •ecoad Rabt.àpflu près comme t second ptéstdeDt»;Unler-R^b serait 
.inA 35; ■'''■ nnPD \tO (Jéremie, LU, 54). 



288 HEVUE SÉMITIQUE 

caractères babyloniens de même valeur, n^ont plus avec ces der- 
niers qu'une correspondance de similitude et non pas celle d*une 
identité réelle. La formation des signes secondaires représentant 
les sons particuliers à la langue perse y a été également expliquée 
par le même principe qui a déterminé l'addition des signes secon- 
daires de l'alphabet phénicien. A rencontre de ces faits matériels, 
M. L. écrit : « Si l'inventeur de l'écriture phénicienne avait eu plus 
de pratique des hiéroglyphes, il n'aurait pas inventé de nouveaux 
signes, mais il aurait procédé envers l'écriture égyptienne comme 
ont procédé les Perses envers l'écriture babylonienne » (Genauer 
mit ihr vertraut, hâtte er keine neuen Zeichen erfunden, sondern 
w&re mit der âgyptischen Schrift âhnlich verfahren, wie die Perser 
mit der babylonischen) ! Voici maintenant quelques remarques 
superbes de microscopie ou de petites chicanes plaisantes. A la 
ligne 6 de l'inscription de Mêsa*", après ")^3, je suppose kD ou 113, 
mais je préfère le second, qui se complète facilement en [nolMJ» 
c sa parole ». M. L. m'accorde que « Beides ist pal&ographisch zu- 
lassig »; mais il ajoute : Wie will er jedoch «q erki&ren? » Mais 
c*est précisément parce que cette lecture n'est pas explicable que 
je lui ai préféré l'autre. Immédiatement après il écrit : s In rt>^ 
(Z. 42) sieht er ni71 « (Augen) weide »; bei einem so alten Texte ! » 
Je n'ai pas parlé de l'œil, j'ai mis « action de paître, de satisfaire, 
satisfaction »; cf. onk D^JTh» « q^î cherchent leur propre satisfac- 
tion 9 (Ézéchiel, xxxiv, 2, 8, 10). Le nom même de la grande aïeule 
moabite de David, j\^^, signifie probablement « satisfaction, agré- 
ment » (niy'l)- Enfin, sur ma proposition de lire à la li<rne 23 : iji^a 

^^[nb HlWKH' «les cellules de la prison souterraine pour les vivants», 
il fait la remarque pseudo-spirituelle : « Comme si l'on fourrait 
aussi des morts dans la prison ! » (als ob man auch die Tote ins 
Gef&ngniss steckte !). J'ai cependant ajouté aussitôt : « c'est-à-dire, 
pour les individus sauvés du massacre et devenus prisonniers de 
guerre, etc. ». M. L. sait pourtant que l'adjectif o^>n désigne aussi 

ceux qui ont la vie sauve, témoin o«,>n 1SDO ino^ «Psaumes, LXix. 
29), rendu par les Septante : sÇftXti<f;ôT;a«aav U pîCXcu Cwvt*»v= V. « de- 
leantur de libro viventium ». Or, ces prisonniers sont, dans tous 
les pays, séparés de ceux qui sont condamnés à mort. Je le répète, 
ces vétilles n'auraient pas mérité d'être relevées si je n'avais pas à 
prémunir l'auteur contre une tendance au persiflage qui peut nuire 
à sa critique, si utile au progrès de la science. Ce petit écart ex- 
cepté, ses comptes rendus sont toujours instructifs et la bibliogra- 
phie est incontestablement la plus complète qu'on puisse espérer. 

J. Halévy. 

L* Éditeur '(jérànl : E. Leroux. 



Fftrit. — imprimerie G. Maurin, 71, rue d« Keane». 



REVUE SÉMITIQUE 

D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



RECHERCHES BIBLIQUES 
Les Chants nuptiaux des Cantiques. 

(Suite cl fin.) 



Pour terminer, il me reste encore à élucider deux points qui 
se rattachent à l'objet de notre étude d'une manière plus ou 
moins directe. Je le ferai avec la concision exigée par le cadre 
de cette revue. 

Le premier point consiste à répondre à la question si souvent 
débattue : Le livre des Cantiques est-il un drame? La réponse 
n'est plus difficile à donner. Un recueil de vingt chants indé- 
pendants l'un de l'autre, encore qu'ila soient du même genre, 
ne saurait constituer un drame qui exige l'unité de l'action. 
Mais on ne peut néanmoins pas méconnaître aue le sentiment 
dramatique s'y manifeste irès énergjquement. C'est un bour- 
geon sain et plein de sève qui attend un jour de soleil pour 
s'ouvrir en fleur charmante par l'harmonie de ses couleurs et 
la symétrie de ses pétales. Malgré le désordre apparent relati- 
vement au temps, à l'état et à l'action des héros, l'essence 
même des chants porte un cachet artistique. On n'a qu'à ré- 
gulariser la série des poèmes et à modifier très légèrement la 
déBnition présentée plus haut, on obtiendra une allure drama- 
tique très régulière. 

UTH lUlTIBV» 19 



190 BEVCE SÉMITIQUE 

Ul. Ud berger aime uoe bergère. La berbère est très belle. 
Is font paître leurs troupeaux dans des prés loiàîiu gabs se 
:acber des autres berger^. 

XVI. Le fiancé assiste k une petite âcéoe où sa fiancée sou- 
ève l'admiratioD géoérale. 

IX et Xil. Rendez-'TOUj lyrique au pnDtem[H^ 

XIX. Attitude soupçonneuse des frères de la jeune fille, 
lelle-d csi pure et oublie. 

11. Incident piquant. La troupe de chantaises aoi ooœs 
encontre la fiancée sans la reconnaître. 

I. On se prépare à célébrer le mariage. ArrirL-e des cban- 
suses dans la inaison du jeune homme. 

XI. Le lit nuptial est surveillé par les garçons d'hûnneur 
jui forment la garde du grand roi. 

V. La fiancée fait sa toilette pendant que les invités se ré- 
aient en chantant au banquet des noces. 

VII. Monologue de la jeune ûlle dans ta cliambre nuptiale. 
e fiancé la surprend en entrant : dialogue de compliments. 

IV. Le jeune homme vante les parures de sa fiancée et lui 
n promet d'autres plus précieuses. 

XIII. Ardent compliment du fiancé ; la jeune femme répond 
'une manière aimable. 

XVI. Déclaration brûlante du jeune homme; la jeune fille 
lige que leur union soit scellée à la campagne durant la 
lison fleurie. 

VIII, X, XIV et XVII. Iteposant avec son épouK, la nou- 
ïlle mariée est agitée par divers rêves. 

a) Se croyant négligée par son époux, elle se sent défaillir. 

b) (X) Elle fait une soriie nocturne pour chercher son ami. 

c) (XIV) Elle entend son ami frapper à la porte et le voit 
isparaitre. Pendant sa course nocturne, elle est brutalisée par 
s gardiens municipaux. Au lever du jour, elle évince la curio- 
té des chanteuses qui voudraient l'accompagner. 

d) {XVI!) Se croyant encore jeune fille, elle souhaite que 
m ami fût son frère, afin de pouvoir l'embrasser en public. 

XV. Compliments du nouveau marié à sa jeune épouse. 
XVIII. Retour de la campagne après leur union finale. 
romesses réciproques d'amour éternel. 



'. V 






RECHERCHES BIBLIQUES 



291 



XX. Fragment additionnel : La vigne de Salomon. 

Je laisse à de plus audacieux que moi de reprendre cette 
resUiution pour leur propre compte, pour crier sur les toils : 
Voilà le drame vainement cherché jusqu'à ce jour. Je ne vais 
pas si loin. Ce que je soutiens avec plus d'insistance, c'est que 
les chants quelque peu développés sont eux-mêmes de petits 
drames en miniature et inspirés du souffle tragique. Comment 
envisager autrement le poème XIV, où tout se passe en ac- 
tions : force majeure (pluie et bruine) qui amène l'ami à la 
porte de sa bien-aimée à une heure tardive de la nuit pour 
demander l'hospitalité ; embarras de la jeune fille et son hési- 
tation à lui ouvrir la porte, considérations de convenances de 
la part du jeune homme qui le déterminent à s'en aller préci- 
pitamment, efforts faits par la jeune fille pour le rappeler, 
course folle à travers les rues dans le silence de la nuit où elle 
supporte héroïquement les brutalités de la police des mœurs, 
sa constance à le chercher à l'apparition du jour, son admi- 
rable résignation à être seule à la peine et sa Hère résolution 
dp ne point partager avec d'autres le plaisir de se retrouver 
dans sa vigne. N'est-ce pas tragique et intéressant malgré 
l'absence de sauvages catastrophes? Et cet incident délicieux 
(XVI) où l'espoir de rencontrer sa fiancée amène le jeune homme 
à assister à la scène charmante où sa bien-aimée est l'objet 
d^une apothéose publique à cause de sa beauté incomparable, 
n'est il pas d'un fin dessin profondément tragique? Donc, 
l'instinct de la tragédie et de la scènerie ne faisait pas défaut aux 
poètes hébreux, ce sont les tristes événements qui ne tardè- 
rent pas à révoquer en doute l'existence même de la nation, 
qui ont atrophié pendant de nombreux siècles cette heureuse 
disposition naturelle. Elle a repris croissance régulière et pro- 
gressive depuis l'écroulement du maudit ghetto» 

Le second point concerne l'histoire du prix accordé à la 
beauté humaine dans les diverses littératures d'origine juive 
orthodoxe ou sectaire. Esquisse rapide et ayant surtout pour 
but d'éclaircir les phases sous lesquelles le recueil des Can- 
tiques eut encore à passer depuis sa canonisation . 

L'Ancien Testament tient en haute estime la beauté physique 
chez l'homme et la femme et il attribue souvent à son influence 




292 REVUE SÉMITIQUE 

• 

selon les circonstances les actes les plus nobles et les plus per- 
vers. En parlant de personnages de quelque importance^ les 
narrateurs hébreux, si la chose est possible, ne manquent jamais 
de signaler la beauté de leur héros ou de leur héroïne. Le génie 
hébreu, comme le génie grec, identifie facilement la <r beauté 9 
avec la oc bonlé » ; le mot ^iq signifie à la fois et bon » et 
a beau y> . Étohim vit que tout ce qu'il avait fait était très bon 2M2 
IHD (Genèse, i, 3 1 ), c'est-à-dire combinait Tutile et Tagréable. 
L'homme fait en ressemblance d'Élohîm (ibidem^ 27) est par- 
ticulièrement beau. Les fils d'Élohlm voyant que les filles de 
l'homme étaient belles (nib) ^ laissent séduire par elles (ibid. , 
VI, 1). Le terme propre pour dire «beau» est nB>» ^*^^ 

r T 

l'abstrait ig*) (en pause igS), <k beauté d. Un trait qui distin- 

gue l'histoire populaire des origines d'Israël est la tendance 
à doter la nation de belles aïeules. Sarah, Rébecca et Rachcl 
sont d'une grande beauté ; à cette dernière le pieux conteur 
pardonne même son goût pour les superstitions païennes 
(larcin des teraphim, ibid.^ xxxi, 19). La beauté de Joseph 
est signalée avec complaisance. Dans l'histoire des époques 
moins éloignées on voit s'échelonner toute une série de belles 
personnes des deux sexes: Moïse (^^gj, Exode, 11, 2), Abigall 
([ Samuel, xxv, 3), Betsabée,Tamar, Absalon, Abisag, Jésabel, 
l'enfant trouvée dans la symbolique d'Ézéchiel (ch. xvi), les 
belles vierges défaillantes d'Amos (vu, 1 3), les beaux Naziréens 
agonisants des Lamentations, les beaux jouvenceaux Daniel et 
ses trois compagnons, Esther, Judith. Les héros et les héroïnes 
de nos Cantiques font bonne figure dans la compagnie de tant 
d'astres resplendissants de beauté et de grâce. 11 y a plus, 
malgré le mal causé très souvent par la séduction des femmes 
légères, l'auteur si sacerdotal et si avisé en même temps de 
l'Ecclésiastique n'hésite pas un seul instant à proclamer ou- 
vertement : 

tt Heureux le mari d'une belle femme; il vit le double 
de ce qu'il eût vécu (sans elle). > 



RECHERCHES BIBLIQUES 293 

C'est que à son époque le mot j^q^ a pris à son tour le 

V T 

sens de < bon ». Nouvel hommage à la beauté ! 

Dans toute la période biblique il ne se présente à notre in • 
vestigation qu'une exception unique, exception aiguë, tran- 
chante. Elle est représentée par le sceptique désabusé de 
PEcclésiaste. Ennuyé par l'uniformité de la vie et en première 
ligne de la diminution éprouvée par la liberté individuelle à la 
suite des fortes affections, il s'en prend avec acharnement à la 
femme en général, cause principale des déboires et des res- 
trictions attentatoires à l'indépendance personnelle. En son- 
geant à la nécessité indispensable de la société il conseille 
la résignation : 

et Vois la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de 
ta vie inutile qu'on t'a accordée sous le soleil, car c'est le sort 
qui t'a été destiné dans la vie, etc. > 

Sa thèse philosophique est décidément misogyne : 

a Je trouve que la femme est plus amëre que la mort (anti- 
thèse à Cantiques^ viii, 6) ; elle (cache) un réseau de pièges ; 
son cœur (tend) des filets; ses mains (donnent) des chaînes. 
Celui qui est bon devant Élohîm est sauvé d'elle ; le pécheur 
devient sa proie. y> 

Le doux pessimiste prend le malin plaisir d'avoir l'air de ne 
viser que la femme débauchée, mais celui qui connaît sa façon 
de parler ne sera pas dupe de cette adresse. Il hait les femmes 
après en avoir abusé. La zizanie du célibat est semée en 
Israël I 

Cette exception est restée sans écho dans la conscience juive. 
Malgré les catastrophes qui n'ont pas tardé à fondre sur la 
nation, ou plutôt à cause même de ces catastrophes sans pa* 
reilles qui mirent Israël à deux doigts de sa perte, le mariage 
est devenu un véritable acte de piété et la beauté féminine con- 
serva un haut rang. Le sévère Rabban Gamaliel, pour égayer les 
conjoints, s'est fait un devoir de danser devant la jeune femme 
en chantant : a La mariée est aussi belle que pieuse! » (n^D 
miDm nw)* ^ '^ ^^^^^ ^^ ^^"^' national, les couronnes, les 
guirlandes et en général toutes les parures réjouissantes ont 
été défendues aux nouveaux mariés; la jeune fille ne présentait 



i."' 



294 REVUE SEMITIQUE 

pas une figure avenante, mais on se consolait avec Tidée que 
ce les filles d'Israël sont toutes belles, mais ce n'est que la 
pauvreté qui les enlaidit » ( j<b« p n\Hi ^KlJff^ m» 
înbTJD rWi^îW)' Voicî une des plus curieuses conséquences 

de cette idée. Le célèbre docteur ""Âqiba^qui était un des chefs 
de la révolte sous Adrien, conscient du fait que les nca nages 
d'amour sont plus productifs que les autres, permet de divor- 
cer avec sa femme lorsqu'on trouve une femme plus belle que 
la sienne. L'ennemi des Romains se disait en son for intérieur : 
Il nous faut du monde, beaucoup de monde pour combattre 
les légions; multiplions les mariages. Qu'y a-t-il à craindre : 
les femmes divorcées sont assez jolies pour trouver des 
maris et nous en tirerons un double profit. Ne nous étonnons 
donc pas d'entendre de la bouche de ce même docteur cette sen- 
tence singulière au premier aspect: c Tous les Hagiographes 
sont saints, les Cantiques sont saints des saints > (Qi^insn Sd 
D'^iy^lp ^inp D^TB^n Tiyi B^np)- Bien des critiques moder- 
nes ont souri à cette prétendue naïveté; c'est une merveille de 
logique opportune. Yo^anan ben Zakkal a assuré les études 
théologiques; ^'Âqibâ ben Joseph, proclamant la sainteté ex- 
ceptionnelle des Cantiques, a assuré l'existence d'Israël ! 

Les légendes talmudiques dites Agadoth, caressant l'idée de 
la dégénération graduelle du genre humain jusqu'à la grande 
réparation de l'époque messianique, soutiennent aussi la marche 
de plus en plus descendante de la beauté physique. Même après 
son péché, alors que sa taille de gigantesque qu'elle était, fut ré- 
duite à des proportions très modestes, le premier homme, 
Adam, est resté doué d'une beauté qui resplendissait d'un bout 
du monde à l'autre. L'agada s'occupe moins d'Eve dont la 
beauté, ayant d'abord excité, puisaj-souvila passion criminelle 
du serpent, fut fatale à l'humanité. L'hyperbole décadente, de- 
venue mode dans toutes les littératures de l'époque, se donne 
libre carrière et exagère les proportions jusqu'à la caricature. 
Dans la série des hommes, la beauté de Joseph est un thème des 
plus romanesques qui est passé dans le Coran. Parmi les per- 
sonnages postbibliques la palme est accordée aux grands prêtres 
Siméon et Ismaël qui est mort martyr, à TAmora K. Yot^anan 



RECHERCHES BIBLIQUES 295 

et & d*autres encore. A la vue des tibias d^ÂbigaTl, David fut 
tout ébloui. Eslher a été moins bien envisagée par les agadoth : 
elle avait un teint jaunâtre, ses traits seuls avaient de la grâce 

(rrby mno ion bv tain xbx nriM npipn^ inox); 

une beauté juive parfaite serait vraiment de trop pour un païen 
comme Abaâwéroâ. C'est encore un hommage détourné à la 
beauté. L'origine divine de la beauté est tellement implantée 
chez les docteurs du Talmud que, parmi les eulogies qu'ils or- 
donnent de réciter à la vue des grands phénomènes de la na- 
ture, ils ont enregistré une bénédiction particulière quand on 
voit de belles créatures, nniD DVIS» Y compris la personne 
humaine, même non juive (Berakofh, 58 b). Fait typique : le 
pieux pèierin juif d'Italie, *Obadya Hartenura,a pris note, dans 
son carnet de voyage écrit en hébreu, du grand nombre de 
belles femmes (chrétiennes) qu'il a pu voir passer à Palerme 
pendant que le navire y stationnait. Le brave Rabbi a dû ré- 
citer à plusieurs reprises la formule eulogîque : ce Béni soit ce- 
lui qui a de telles créatures dans son monde » (lbnDDl£^"I1"l3 
•^û^'^j^^) ordonnée par le Talmud. Les temps modernes n'ont 
rien changé à ce sujet. L'interprétation symbolique voit dans 
les amours du berger et de la bergère Talliance perpétuelle 
entre Dieu (le fiancé) et Israël (la fiancée). Les Cantiqttes sont 
lus avant la réception de la Reine Sabbat et pendant les Sab- 
bats de la saison du printemps. Depuis le xi* siècle, grâce au 
commentaire d'Aben Ezrâ on reconnaît que dans le sens sim- 
ple et littéral les Cantiques sont des chants d'amour sexuel. 
Cela n'empêche pas l'interprétation symbolique d'être officielle 
dans les synagogues. Pour compléter la scène du symbolisme 
matrimonial, on lit les deux jours de la Pentecôte, fête en 
l'honneur de la transmission de la Loi sur le Sinal, la formule 
d*un contrat de mariage adaptée à cette union entre Yahwé et 
Israël. A côté de cette interprétation populaire il faut encore citer 
l'explication philosophique qui fait des Cantiques un dialogue 
entre l'âme et le corps, et enfin celle des kabalistes, qui admettant 
le mythe grec qui fait d'Éros im principe cosmique, voient dans 
le couple des Cantiques l'image des Séphiroth ou Éons, mais 
avec une nuance nationaliste. Les péchés d'Israël séparent les 



296 REVUE SâHITIQUB 

amants célestes et le mal prédomine eur la ti 
piélé les rapprochent et leur union amène le 
bas monde. La sépbira f)-|^Qti, v beauté», oo 
rang et forme la poitrine de l'Adam primord 
qui représente le macrocosme idéal. 

Toute autre tournure se laisse observer che; 
qui tablaient sur la philosopliie néo-platonici 
dogme que le corps est la prison de l'âme. Phi' 
le vrai créateur des symbolismes platonicier 
biblique, attribuait à la beauté physique des 
l'antiquité une signification idéale et mystique 
tant le prix matériel. La grftce du corps était 
de l'idéal dont ils étaient l'incarnation. Mais & 
concilier deux principes contradictoires ne 
longtemps et ta logique des choses a pris le 
miers gnosliques juifs, connus sous le nom d'E 
cèrent le mariage par le célibat, la procréât 
l'adoption d'orphelins. Le but de la vertu cor 
dans la destruction de la prison charnelle et d 
des &mes captives entravées par les plaisirs se 
trine passa intégralement dans le christianisn 
quel nous devons le Nouveau Testament. L 
pis aller concédé à regret, ainsi qu'on le vol 
XIX, 10-12, et 1 Cor., vu, 1-2, 7-9). Point 
passage précité de Matthieu est immédiatemer 
relatif au bon accueil fait par Jésus aux enfi 
présentés (13-15). Le christianisme, comni 
avant lui, est l'œuvre de moines. Quant aux 
« beauté >, ils sont bannis de l'Évangile. 



Nouvelles Remarques sur V Inscription de Mêsa'. 



Cette fameuse inscription est maintenant comprise dans tout 
son ensemble. Cependant à regarder de près on trouve encore 
quelque chose à glaner et de menus détails à éclaircir. L'im- 
portance du monument invite à ne laisser rien d'obscur en ce 
qui le concerne autant qu'il est possible de le faire. Les 
réflexions suivantes s'appliquent à donner satisfaction à cette 
curiosité minutieuse dont le résultat projette souvent une lu- 
mière inattendue sur les sujets festësà Tarrière-plan. 

a) Nom et emplacement de nmp* 

Mêàa* construit une nouvelle ville qui porte le nom de nmp- 
Ce fait donne lieu h deux questions dont Tune est relative à la 
prononciation exacte du nom, l'autre à la situation géographique 
de la ville. L'idée qu'on s'en fait généralement est assez vague ; 
il importe de lui prêter plus de relief. 

Comment faut-il lire le mot nmp ^ Si je ne me trompe, 

tout le monde a été jusqu'ici d*accord à admettre d'emblée la 
ponctuation nniD* 9^'$^ d*après l'analogie du mot hébreu qui 

désigne le dépouillement des cheveux, la calvitie. Dans mon 
dernier mémoire sur cette inscription {Revue Sémitique ^ 1900, 
p. 238 = Recherches Bibliques y II, p. 524) j'ai écrit ceci : 
c Le nom de la ville nouvellement construite par Mêâa'' semble 
être dû d'abord à son emplacement dans une clairière prati- 
quée au milieu d'une forêt à laquelle le mur appelé l'^Xf^n non 
(L 21), t< mur des forêts », fait visiblemeut allusion. Mais il se 
peut encore que ce nom ait pour but de rappeler l'état de deuil 
dans lequel le peuple de Moab se trouvait alors par suite de 
la suprématie du royaume d'Israël. On sait que l'hébreu nnip 

désigne spécialement le rite funéraire consistant à a s'arracher 
des touffes de cheveux près du milieu du front » (Lovitique, xxi, 
S ; Amos, vni, 1 passim). Je vois maintenant que ce que 
j'avais regardé comme deux possibilités séparées présente au 



298 RBTUB SÉMITIQUE 

contraire deux aspects étroitement rallié! 
on introduit une légère ntodification da 
phrase préciléc. En ce qui concerne 1; 
collègue et ami A. Carrière, professeui 
pratique des Hautes-Études, m'a fait demi 
certainement très juste en elle-même, q 
de -Qj comparé à la forme hébraïque i 
coiislant du suffixe p| comme équivalanl 
braïque >| — , semblent militer en faveu 
prononciation moabite de nmp ^''*'' 1 
M. Carrière s'appuyait en outre, d'une p 
VTP> inn^ alternant avec nn^l^* "'^™ 
{'hpixw). d'autre part sur ce fait qui est pj 
jusqu'ici, que la terminaison du genre fér 
moabite est toujours p, jamais ^ — co 
mon câté, cette difficulté ne m'a pas écli 
tement ressentie dès ma première lecture ' 
me consolais en pensant que ce phéne 
retrouve dans le nom de mn ('• ^2)>" 
ment à nin- ^" ""^"^ séparant, M. Cari 
convaincu. J'ai cherché ensuite à me t 
par l'exemple de mrTïD ('■ ^^) P"""" 
sort également de l'ordinaire. Eh bien, 
avait raison de persévérer dans son hésil 
problème doit être présentée d'une man 
rattachant le nom nnip ^ l'idée du di 
j'avais perdu de vue le faitchronotogiqu 
de cette ville constituait le couronnement 
qui sont énumérées dans l'inscription. 
Israël qui portait te deuil de son terriloin 
riaHeç d'enfants massacres sans pitié ou 
Mèàa* a donc délibérément choisi pour 
nom de forme h<''braïi[ue afin de raf 
leur di^f?a=tre irrémédiable. La joie ha 
la phrase « Israël e.sl perdu à lout jan 
nVyntt'' 7) est incarnée avec une alro 



BEM ARQUES SUR l' INSCRIPTION DE MÈ^X^ 899 

ce lagubre dissyllabe. C'était en quelque sorte l'acte précurseur 
des édits d'Adrien et de Vespasien ordonnant, Tun de chan- 
ger le nom de Jérusalem en ^lia Capitolinay Tautre d'obli- 
ger les Juifs de l'empire à envoyer le sicle sacré au temple de 
Jupiter afin de les blesser dans leurs sentiments les plus intimes. 
Rome» plus pratique, a cherché à tirer profit de la catastrophe 
de la Judée. Mêga"" a déployé une haine moins intéressée : il 
s'est contenté de se servir des prisonniers de guerre pour les 
travaux pénibles exigés par la construction de sa nouvelle fon- 
dation (I. 24-25). Ceux-ci ont naturellement été les premiers 
à souffrir de Topprobre que ce nom leur imprimait aux yeux 
des vainqueurs et ajoutait des souffrances morales à Pétat déjà 
si dur de l'esclavage, De là vient la haine inextinguible qui s'em- 
para du poète Isale, xiv-XY, à l'égard de Moab» malgré son 
caractère tendre et humanitaire, haine d'autant plus justifiée 
à ses yeux que la sinistre prophétie de Mêàa" ^^H Ssiar^l 
D^y ^2H s'étant accomplie à la lettre, menaçait sérieusement 
la foi des Judéens en Yahwé et faisait craindre l'écroulement 
complet du monothéisme pour lequel, depuis la sortie d'Egypte, 
tes prophètes combattaient et mouraient même s'ils ne pou- 
vaient pas faire autrement. La victoire moabite est pour eux 
un triomphe remporté sur Yahwé, 'j'injn nin> by (Jérémie, 
XLViii, 26). 

Hais ce fait d'orthographe en apparence assez insignifiant 
a encore une portée remarquable au point de vue de l'histoire 
d^. la littérature hébraïque. Les deux termes à cachet hébreu 
nmp ®^ mn attestent que l'hébreu du ix* siècle ne conser- 
vait plus la désinence féminine n dans les noms à l'état absolu, 
pas même dans les noms propres qui se transmettent d'habitude 
dans la forme la plus archaïque. C'est dire que dès un temps 
immémorial la chute du p, dans les noms au moins, faisait la 
particularité de l'idiome israélite. Étant donné que la même 
particularité est constatée dans les textes hétéens et araméens 
les plus archaïques, il résulte avec certitude que la rencontre 
^éradique de flexions ou d'expressions araméennes dans une 
pièce biblique n'est pas par cela seul la marque d'une époque 
moderne. Cette constatation suffit pour réduire à néant les 
prétendus aramaïsmes que l'école critique signale par-ci par- 



300 REVUE SÉMITIQUE 

là dans le document Â. Ces sortes de formes qu*avec un peu 
de bonne volonté on trouvera aussi et en des proportions 
égales dans les autres documents font partie intégrante de la 
langue hébraïque. 

Passons au problème corollaire d'un ordre exclusivement 
géographique. Où élait située la ville de Qarltâ? J'ignore la 
grande majorité des écrits parus sur la stèle de Méâa% mais 
dans les dissertations que j'ai lues, cette question n^a pas été 
posée; moi-même je ne fais pas exception. Je ne suis pas en 
état de connaître le motif de cette abstention de la part des 
autres; en ce qui me concerne je puis dire que je regardais 
cette ville comme un simple faubourg de Dibou. Aujourd'hui 
même, ce sentiment me paraît devoir être maintenu pour diver- 
ses raisons. En effet, Dibon est le lieu de naissance de Mêâa*, 
car il se qualifie lui-même de Dibonite (I. 1 -3) ; elle est en ou- 
tre la capitale de sa royauté après avoir été la résidence de 
son père. Comment se fait-il que la bama dont parle Tinscrip- 
tion comme contiguê à la stèle où celle-ci est gravée, nosH 
nXT ('• 3), est dite avoir été érigée à Qorfciaï Puis, il est im- 
possible d'imaginer que Mêâa*" ait voulu construire une nou- 
velle capitale au détriment de Dibon dont les habitants lui sont 
restés fidèles durant toutes ses expéditions (I. 28); comment 
donc expliquer que le palais royal de sa fondation est égale- 
ment placé à Qor^a? Aucun doute n'est donc possible sur ce 
point: Dibon n'apasété abandonnée, elle a été dotée d'un vaste 
faubourg qui pouvait être considéré comme une ville à part. 
Par suite des victoires remportées sur Israël, la population de 
Dibon s'étant fortement accrue, Mêéa"" trouva utile d'en aug- 
menter l'aréa par un nouveau quartier afin d'y faire écouler 
le trop plein de la population sans"^ léser les intérêts de Tan- 
cicnne. Aussi le roi de Moab sedispense-t-il d'indiquer d'où il a 
tiré les habitants de la nouvelle ville comme il le fait à propos 
de*Ataroth(l. 13-14). 

En connexion avec Dibon, notre inscription rapporte encore 
deux autres noms géographiques dont l'un est connu par ailleurs 
tandis que l'autre a besoin d'être établi, attendu qu'il a été 
méconnu. Nous apprenons que la ville de Yahaç, yn>, recons- 
truite par le roi d'Israël, lui servit de contrefort pour attaquer 



RBMARQUfiS SUR L^INSGRIPTiON DE MÉâA'' 301 

Mèèa% 12 nonnbna ru nu^i vît nx nj2 birm^^ y>m (< »- 

19). D'après les Nombres, xxi, 23, on savait que Yahag for- 
mait la dernière ville inter-arnonique du côté du désert 
(m3T0n); l'expression p^n ^y nsob ('• 21), «^ pour 
l'ajouter au territoire de Dibon >, montre bien qu'elle était 
située à peu près à l'est de cette capitale, c'est-à-dire au sud- 
est de Mêdabâ, laquelle est à deux heures de marche au sud de 
Hesbon. Cette dernière ville ainsi que les villes proches du Jab- 
boc sont probablement restées en possession des tribus israélites 
établies là depuis la sortie d'Egypte. Mêàa'' qe mentionner pas 
Hesbon parmi ses conquêtes. Gela nous explique l'absence de 
toute allusion à ses relations avec les Ammonites : cette peu- 
plade semble s'être tenue dans un étaf de neutralité pendant 
la révolte de Mêéa*'. J'ajoute un mot sur la forme matérielle 
de yjji : les massorètes ont vu juste en accentuant la pénul- 
tième de ce nom quand même il est écrit n^iT (Jérémie, xlviii, 

21), tandis que quelques auteurs modernes transcrivent par- 
fois à tort Yahsa, 

b) Les données chronologiques. 

Mêsa^'date depuis le règne de •Omrî, ^^oj;, l'oppression de 
Moab, c'est-à-dire l'exigence d'un tribut annuel trop lourd ; 
les autres plaintes qu'il profère signalent l'annexion complète 
du territoire de Mêdabâ au royaume d'Israël (1. 7-8) et la re- 
construction des fortifications de ""Âtaroth et de Yabaç dans 
un but hostile (I. 10-11). La durée de l'occupation israélitede 
Mêdabâ est exprimée par celte proposition : no^ HS ll\tf^^ 
rW lySlN nin ^^D^ '»Vni ('• 8) , « et il (= Israël) y habita 
de SCS jours et de la moitié des jours de son fils, 40 ans j>. 
Je m'écarle de la traduction courante en voyant dans -j^^ un 
singulier, tandis que la majorité des interprètes l'envisagent 
comme un pluriel : « et il y habita de ses jours et la moitié 
des jours de ses fils y 40 ans». Je ne conçois pas comment une 
supputation compliquée et aussi absurde a pu être attribuée au 
roi Méâa'; est-ce que la somme totale ne suffisait pas? Si au 
contraire l'on prend ru3 pour un singulier, l'auteur aurait voulu 



302 REVUE SÉMITIQUE 

indiquer que la reprise de Mêdabà eut lieu précisément pendant 
Tannée qui formait la moitié du règne d'Achab, fils de ^Omri. 
Celte circonstance ayant frappé l'esprit du roi, il Paurait signalée 
par la formule -f A/2 = 40. Mais à cela on peut opposer une 
sérieuse objection qui concerne exclusivement, il est vrai, 
Texactitude de cette donnée comparée aux informations du 
livre des Rois. D'après ces dernières qui donnept à H)mri 12 
ans de règne et 23 à Achab, donc ensemble 34 ans, nous res- 
tons déjà loin des 40 ans fixés par Mèsa""; s'il faut en retirer 
encore les 11 ans qui font la moitié de la durée du dernier 
règne, la différence est encore plus considérable puisque nous 
n'arrivons qu'à la somme de 23 ans. D'autre part cette diver-* 
gence manifeste se présente avec la même incompatibilité dans 
la seconde interprétation : l'addition du règne de "Omri, la 
moitié du règne de ses trois successeurs donne 

12 + 22 (Achab) + 2 (A^azya) + 1 2 (Jehoram) 

2 
= 12 + 36 = 12 + 18 = 30; le chiffre 40 n'est toujours pas 

"2 

atteint. Nous laissons aux batteurs de grosse caisse le plaisir 
hamitique de déblatérer contre la crédibilité des auteurs bibli- 
ques. Cette solution a paru ici excessive môme à M. Winckler 
dont le sans-gêne à Tégard de l'Ancien Testament dépasse 
ordinairement toutes les bornes. Il rétablit l'harmonie en affir- 
mant que le mot i>{n ^^ sigoiBe point « moitié », mais a somme 
totale 3>, et pense outre cela que Mêâa*" a inexactement arrondi le 
nombre 36 en 40 . M . Lidzbarski a fait justice de l'une et de l'autre 
de ces étranges assertions ( EphemeriSy II, p. 1 43- 1 45)qui se com- 
pliquent d'une autre affirmation encore moins fondée, savoir que 
dans plusieurs passages bibliques le verbe j^j^ signifie non pas 
< partager » ou <( arriver à la moitié », mais « arriver au total ». 
Le contraire est prouvé même par nîT^D^ IVn^ Nb (^^- *-V, 24) 
ainsi que j'ai déjà dit plus haut. Pour concilier ces données 
également précieuses on n'a qu'à comprendre j^j^ d^"s le sens 
de a petit-fils » ; amélioration consignée tacitement dans les 
corrections des Recherches BMiques, il, p. â58« La série ad- 



REMARQUES SUR l'iNSGRIPTION DE MËSA'' 303 

12 + 22+31 + 1â = 42 • 

ditionnelle est par conséquent : -q ' 

le chiffre 2 restant doit être défalqué du début du règne 
de 'Omri qui avait besoin d'affernriir pendant cet intervalle le 
trône usurpé sur la dynastie de Jéroboam et n*avait pas le loisir 
de s'occuper de guerres extérieures. 

c) Vinseription de Mêéa et le récit de II Rois^ m. 

iJans mes considérations sur cette inscription j'ai déjà fait 
du récit en cause le bref résumé que voici : « Âchab perdit la vie 
dans la bataille de Ramot-Galaad, et le roi Mêsa"" en profita 
pour secouer le joug israélite. Ahazias, faible et estropié, ne fit 
rien pendant son court passage au trône. Son successeur, 
Joram, entreprit d'accord avec Josaphat, roide Juda, et avec 
le roi d'Édom, une invasion dans la Moabitide du côté du sud, 
mais les envahisseurs, on ne sait pas exactement par suite de 
quel événement, durent retourner sans avoir obtenu d'autre 
résultat que la dévastation de quelques cantons méridionaux. 
Débarrassé de ce danger, Môéa"" procéda avec une énergie infa- 
tigable et farouche à restituer à la domination moabite toutes les 
villes septentrionales qui étaient depuis longtemps occupées par 
des populations israélites, etc. » {Revue Sémitique f\\)00, p. 301 
^Recherches bibliques. II, p. 536-537). Naturellement Mêàa*' 
préfère parler de ses victoires st se tait sur un incident qui lui 
a coûté la vie de son fils aîné (Rois, m, 27) et la prospérité de 
quelques cantons. Il se contente de remercier Kamoà de l'avoir 
sauvé de tous les oppresseurs, r^^jffn bDD 'jyi^n ^3 ('• *)• 

Ce n'est pas l'avis des partisans de la critique supérieurCy pour 
lesquels l'école Graf-Wellhausen se compose de pauvres croyants 
à déplacer toutes les montagnes de l'univers, tandis qu'eux sont 
en possession du vrai flair historique et capables de reconstituer 
sans appel les événements que les faussaires prophétiques ont 
défigurés par leurs interpolations arbitraires. M. Hugo Winc- 
kler est le plus brillant chef de cette école infaillible. Voici 
comment il s'exprime sur cette expédition par rapport à notre 
document. 



304 REVUE SÉMITIQUE 

« La Chronologie de rinscription de Hêâa'' est dans Tordre 
(voyez le paragraphe b). Sur l'état de vassalité de Juda à 
l'égard d*Israël, v. Gesch* Isr., I. Qu'il n'y eut pas alors de roi 
d'Édom, cela est attesté par I Rois, xxii, 48 et II Kois, viii, 8, 
mais le fait qu'un roi non existant ne peut pas coopérer à une 
expédition paraîtra clair même à des exégètes. Il est ma- 
nifeste que cette citation du roi d'Édom et V accentuation 
spasmodique des trois rois viennent d'un remanieur (Bear- 
beiter). Ce dernier probablement a interpolé le roi d'Édom 
parce qu'il comprenait le verset 26 comme les interprètes ac- 
tuels : Mêâa^ aurait voulu rompre la ligne auprès du (beim) roi 
d'Édom, c'est-à-dire lu où celui-ci se tenait. Mais cela est faux, 
l'auteur veut dire : « Il chercha à pénétrer vers le roi, notam- 
ment comme d'ordinaire (cf. Gesch. Is. IIjd'Aram > et non pas 
d'Édom. Il faut lire partout de même Aram au lieu d'Édom. 
Mais c'est le non-sens le plus pur de vouloir attaquer Moabpar 
la voie d'Édom : la roule va à travers la steppe d'Aram, c'est- 
à-dire Israël attaque Moab là où ce peuple a toujours été atta* 
que par lui, savoir du côté du nord, exactement là où Mêâa' 
d'après son inscription avait poussé sa frontière bien en avant 
dans le territoire israélile. // s'agit certes d'une tentative de 
repousser ses attaques qui y sont décrites. ' d 

1. Die Chronologie der Mesainschrift ist in Ordnung, s. Forsch. H, S. 
401. Ueber das Vasalleaverhàltniss Judas zu Israël s. Gesch Is. I. Dasses 
damais keinea Kônig von Edom gab, wird 1, 22, 28 und II, 8, 20 bezeugt; 
dass aber ein nicht vorhandcner Kônig nicht mit zu Felde ziehen kann 
leuchtet selbst der Bibelezegese ein. Es liegt auf der Hand, dass dièse 
Ncnnung des Konigs von Edom und die Krampfhafte Betonung der drei 
Konige von einem Bearbeiter herrûhrt. Dieser hat ihn wahrscheinlich 
cingeschoben weil er 26 so fasste wie die jetzigen Erklârer : Mesa suchte 
durchzubrechen beim Kônig von Edom, d. h. dort wo dieser stand. Das 
ist aber falsch, es ist gemeint : er versuchte durchzubrechen zum Kônig, 
und nun wie gewôhnlich (vergl. Gesch. Is. II), von Aram, nicht von 
Edom. Ebenso ist ûberall Aram statt Edom zu lesen. Es ist der reinstc 
Unsinn, Moab via Edom angreifen zu wollen : Israël greift Moab da an, 
wo dièses stets von ihm bekiimpft worden ist, von Norden her, genau dort, 
wo Mesa nach seiner Inschrift seine Grenze weit in das israehlische 
Gebiet vorgeschoben hatte. Um einen Versuch, seine dort geschil^ 
derien Angriffe zurûckzuschlagen, handelt es sichja (O. Z. L. April 
1901, Col. 148-149). 



REMARQUES SUR l'INSCRIPTION DE MÊSà'' 305 

r 

Bien enfoncés. Baissez la tête, Sicaoïbres de Texégëse nio- 
derne, grafiens et antigrafiens! La douche que le nouveau 
saint Denis vous administre vous fera passer l'envie de gri- 
gnoter les croûtons ou de happer les miettes qui tombent de 
la table du géographe étourdi qui a défiguré la topographie de 
la campagne moabite. Cependant^ les Sicambres modernes aux- 
quels on enjoint si superbement de brûler ce qu'ils ont adore 
sont moins accommodants que Clovis, et bien que M. W. parle 
comme s'il avait assisté au combat, ils ont la prétention de 
demander d'autres garanties que les affirmations autoritaires 
du chef de la critique supérieure allemande. 

Si Ton met de côté la prétendue vassalité de Josaphat vis-à 
vis de Joram, point qui ne touche pas le fond de la question, 
on voit que tout le système de Winckler repose sur deux pré- 
misses dont il importe de déterminer la valeur : 

a) A ce moment il n'y avait pas de roi d'Édom; 

b) Il est insensé de vouloir attaquer Moab par la voie d'Édom. 

Donnons le pas à la seconde considération. Il ne m'appar- 
tient pas d'apprécier le talent stratégique de M. W. ; il y a sou- 
vent dans l'esprit des critiques supérieurs un trésor de facultés 
imprévues qui éclatent avec une majesté victorieuse au moment 
où ils s'occupent d'un problème qui y touche. Je suis con- 
vaincu que si M.W. eût été le généralissime de l'armée coalisée 
contre Moab, il l'aurait conduite par un chemin plus commode. 
Je me permets seulement de lui rappeler que des événements 
analogues se sont passés également en Palestine et dans la pro- 
vince de riduméc, à une latitude très peu différente, mais h 
une époque plus proche de la noire. On sait que la plupart 
des invasions syriennes en Judée au temps des Macchabées ont 
eu lieu non du côté du nord par la Samarie mais du côté du sud 
par l'Jdumée. 11 n'est pas défendu d'estimer que les généraux 
syro -grecs se connaissaient en stratégie un peu mieux que 
n'importe quel savant de cabinet. En dehors d'autres raisons 
de nature diverse, les rois israélites, ne tenant pas à faire dé- 
vaster leurs territoires par les bandes indisciplinées de leurs 
alliés iduméens, ont mieux aimé diriger leur attaque combinée 
par la frontière sud de Moab qui était moins gardée et forcer 
ainsi Mêsa"" à faire cesser ses entreprises guerrières dans lo 

RITOB lÉHlTiaOB SO 



306 RBYUB SiMITfQUB 

nord. S'il y a un non-sens dans ce débats c'est la velléité de 
changer les données topographiques d'un ancien historien par 
un argument aussi futile. Ou bien M. W. croit«il que l'espace 
désertique qui sépare Moab d'£dûm a jamais empêché ces 
peuplades d'en venir aux mains des centaines de fois avant 
cette coalition ? 

A 'a faiblesse comme stratégiste se joint chez le même auteur 
une faiblesse exégétique que nous ne pouvons attribuer qu'au 
préjugé enraciné chez lui, savoir que ce qu'il appelle la tradition 
prophétique a sciemment corrompu les récits historiques anté- 
rieurs et que le rédacteur final a souvent interpolé du sien parce 
qu'il comprenait mal son texte. Nous sommes ici à la.preroiëre 
considération relative au troisième allié, c II n^y avait pas à 
ce moment de roi d'Édom! > nous dit M. W. en se référant h 
I Rois, XXII, 48 et II Kois, viii, 20. Voici ces passges : 

I Rois, XXI!, 48 : -j'^D nvi anxa pN iVdi 

II Rois, viiï, 20 : c Durant son règne (m. à m. ses jours), 
les Iduméens se révoltèrent et placèrent un roi sur eux » 

Or, la critique «wp^ri^ttr^ semble méconnaître ce que le der- 
nier hébraïsant eût vu du premier coup. Le verset hébreu dit 
littéralement : « il n'y avait pas alors de m en Édom, un préfet 
(y était) roi t. C'est dire très clairement que les Iduméens 
n'avaient pas de roi nommé par eux-mêmes, leur roi était le 
préfet imposé par leur suzerain Josaphat, roi de Juda. C'est ce 
roi improvisé qui a naturellement pris part à l'expédition con- 
tre Moab, conduite par le suzerain et son allié. 

L'autre passage (Il Rois, yiii, 20) a trait à la révolte des Idu- 
méens qui eut lieu plus tard sous le règne de Joram, fils de Josa- 
phat, révolte couronnée de succès : Êdom secoue définitivement 
le joug de Juda et met sur le trône un de leur choix (i3>Sd^1 
"ibo DH^by)-^" apprenant cette nouvelle, Joram s'empress»: 
de passer avec des troupes et des chars de guerre sur le terri- 
toire de So*ar (nnW P^"** m'^VV)» li»Tïitrophe d'Édom ; mais il 

T : T • T 

fut tué dans une attaque nocturne tentée par lui contre l'armée 
iduméenne qui se tenait sur ses gardes (uyiH iTlk ny^ P^"^ 



REMARQUES SUR l'INSGRIPTION DE MÊsA' 307 

Dnx nx HD^l)* 'l ^^^ exlrômement vraisemblable que l'in- 
surrection iduméenne a été le contre-coup des victoires de 
Mêâa% 

Double résultat : Sous Josaphal, Tldumée fut gouvernée par 
un préfet roi nommé par le monarque judéen et Texpédition 
contre Moab par l'Idumée soumise était un plan des plus rai- 
sonnables. 

En parlant de la base, en elle-même insoutenable, qu'il 
s'agit d'un roi d'Aram et que l'invasion s'est faite par le nord, 
un exégète inférieur aurait compris que Méàa* voulait rompre 
les lignes des troupes araméennes afin de tuer cet ennemi, ou 
de le prendre vivant afîn d'affaiblir les coalisés, ou d'avoir un 
otage précieux entre ses mains. Mais une telle solution est trop 
simple pour noire critique, il lui faut des combinaisons nouvelles. 
Mêsa* cherche à rejoindre un roi d'Aram qui est venu à 
son secours, mais pas assez à temps poifr prendre part à la 
bataille où les d^uj; alliés eurent le dessus. Ne pouvant pas y 
arriver il sacrifie son propre fik et les envahisseurs battent en 
retraite pour éviter l'attaque des Aramcens. M. W. ne s'oc- 
cupe pas de savoir pourquoi les iroupes fraîches amenées par 
le roi d'Aram n'ont pas barré la route aux Israélo-Judéens 
fugitifs; il s'intéresse uniquement à déterminer quel était ce 
roi d'Aram dont l'apparition a changé la situation en faveur 
de Mê.^a^ 

Nouveau sujet, nouvelles spéculations ; je résume : 

ce Ledit roi d'Aram pourrait être Hazaël de Damas, mais 
une autre supposition (Vermuthung) est aussi proche. On est 
frappé de cequ'Ammon ne joue aucun rôle dans l'affaire. Si Moab 
et Damas voulaient se prêter la main ils ne pouvaient pas agir 
en évitant Aromon. Ammon n'était pas soumis à Damas; de- 
puis 854 Ammon faisait partie des vassaux de Salmanassar. 
Qu'élait-il devenu? La réponse est donnée par le roi assyrien 
qui mentionne dans .^on inscription comme son vassal le roi 
d'Ammon Ba^^sa, fils de Ruhubi », c c'est-t\-dire de Bôt-Rebob. 
Ammon était donc (aiso) alors sous un prince de Aram-I)êt- 
Rebob. 11 faut donc réfléchir si c'est ce c roi d'/Vcam > de qui Moab 
a pu attendre du secours? (Es ist aIso zu erwàgen, ob dieser 



308 REVUE SÉMITIQUE 

(( Kônig von Ara m » es ist von dem Moab Hilfe erwarten 
konnte). > 

Dans ce qui suit, la supposition (dieVermuthung), la réflexion 
(die Ërwâgung) sont baptisées certitudes. 

« La situation dans l'ancienne tradition c historique » était 
d'après cela (war demnach) : Mésa" se révolte contre son suze- 
rain le roi d'Israël de connivence avec Ba^'sa de Rehob et Am- 
mon. Jehoram va avec son vassal Josaphat contre lui par* la 
steppe de Aram. Par cette steppe il faut comprendre un petit 
plateau transjordanique. On sait que la frontière araméennc 
se trouve sur le mont Galaad. Mêsa*" va à leur rencontre. Les 
deux armées campèrent l'une en face de T autre sur la frontière, 
probablement près de Horonên = Araq-el-amîr, en proximité 
d'un wadi qui se déverse dans le Jourdain. Les Moabites qui 
se tiennent en dessous voient le wadi rouge et croient que 
leurs adversaires se sont mutuellement égorg^^s; ils sont battus 
et ils s'enfuient dans la ville fortifiée de Qir-Haroâet qui n'est 
pas Qir-Moab, laquelle est située dans le sud. La légende pro- 
phétique y a ajouté le trait relatif au passage et à la dévastation 
de tout le territoire de Moab (das Durchziehen und Verwû^ten 
des ganzen Gebietes von Moab). Primitivement il s^agissait au 
contraire d'une tentative de soumettre Moab et de son insuccès 
par suite du siège échoué de Q!r-Haroset. L'inscription de 
Mêsa"" prouve cela par dessus le marché (Das beweist zum 
Ueberfluss die Mesainschrift). > 

Cette dernière affirmation prononcée avec un aplomb auda- 
cieux est vraiment révoltante. L'inscription de Mêsa* qui ne 
cite ni Juda ni Aram, ni Ammon confirmerait son élucubration 
tortueuse! M. W. compte-l-il donc sur des lecteurs idiots? 

En principe, ces aberrations si arrogamment débitées repo- 
sent sur un abus assyriologîque. Le roi ammonite, vassal de 
Salmanassar, était bien le fils de Ruhubi, mais non pas origi- 
naire de Aram-bêt-Hehob. Aucun document ne fait supposer 
son origine étrangère. 

Tout le reste s'en va en fumée. Le narrateur historique de 
cette expédition n'a pas pu donner Pépithète de « steppe do 
Aram » à un canton situé à quelques heures de la frontière 
moabite voisine du Mêdabâ. Ensuite, pour envahir Moab du 



REMARQUES SUR L'INSCRIPTION DE MʧA' 309 

côté du nord, les rois d'Israël et de Juda n'avaient pas besoin 
de passer par un désert et encore par un désert étranger, ils 
n'avaient qu'à traverser le Jourdain au^^dessous du Jabboc par 
leur propre territoire. Le plus joli de l'affaire, c'est que dans 
sa précipitation de mettre en mauvaise posture le rédacteur et 
la tradition prophétique* il a mal lu le nom de la ville d'où 
Mêàa" a voulu s'échapper. Le texte hébreu offre nttflPI TD? 

• • ■ I 

Qir-Haresetf « mur d'argile, de briques (fictiles, Ziegelmauer)>, 
M. W. en a fait Qir Haroéeth ntî^'in T15> « ^^^ de travail, 

de fabrication d. La leçon massorétique est confirmée par la 
forme impossible à méconnaître jjnn TD usitée dans Jérémie, 

XLVKi, 31 et 36; la transcription de M. W. vient d'une confu- 
sion combinée d'une voyelle et d'un point diacritique. Pour 
un critique qui se proclame infaillible le coup est rude. Il a 
même entraîné M. W. à bouleverser de fond en comble la cons- 
truction d'une proposition capitale qui ne demande qu'uns 
légère substitution de quelques lettres pour reprendre sa lim- 
pidité originale. 

Je traduis littéralement le passage suivant de M. Winckler : 

n Le texte dans 34-27 est donc ainsi à rétablir et il portait 
comme il suit dans l'ancienne tradition en séparant la part de 
la légende prophétique donnée en caractères cursifs : 

< Et ils arrivèrent au camp d'Israël, et Israël se leva... et ils 
battirent Moab. Et ils fuirent devant eux à — et ils détruisirent 
les villes et ils jetèrent des pierres sur tout le sol labouré et ils 
obstruèrent toutes les sources à l'exception de (tNE^H H^ 
— Qir Haroàetb, et le roi de Moab vit qu'il ne pouvait pas résister 
et il prit avec lui sept cents hommes et chercha à pénétrer vers 
le roi d'Édom. Mais il ne put pas, car les frondeurs l'entou- 
rèrent et le frappèrent avec des pierres. Alors il prit son fils 
et le sacrifia, etc. 

€ a) Les mots finals du verset 24 2HM2 nx ni3m n3 13^1 
constituent une variante du premier ^xiD PS ID^I n^*> ^^^^' 
sa réplique (mit diesem ihrem Stichworie) a pénétre de 
la marge dans le texte. — Qir-Haroseth se rattache immédiate- 
ment à a ils s'enfuirent » . 



no 



REVUE SAhITIQUE 



a b) n^32K appartient comme 3^33^0 * 
rersât. Mais ces mots n'ont pas de sens di 
'investissement d'une ville par des frondeui 
!st insensé. Ce sont plutôt ceux-ci comme I 
jile qui ont empêché l'échappée. Ces mo 
lerrière le verset 26. » 

Pour faciliter l'examen aux lecteurs m 
Icux textes en colonnes parallèles : 

TEXTE MASSORÉTIQUB TEKI 

ap»i Skiï» nano Sk iio»! 3-i lopn Skhi 
o:n 3K10 riK lyi hnysp atco n» 
-IN m^m na'irn on'aaa 
3Mia 
-ipbn Sai loin» o'nyni 25 npSn Sai 
iinSdi 133K w li'btf' naio niN^oi 1:3 
■p b^i iano> O'o l'jïo Sai fy Sai] ic 

t:3n •wcn ij; iVa» aie (Tsivn 
^'ïbpn i3D'i nirm^ Tpa 
: ni3'i 
I3DD pin '3 3K10 ^So KTl 26 13DD pm ' 

iiKo 53» "inH np'i nonSon niKo saw ' 
iSd Sk jf'pam ann (iSï> ï)»ti Su ypar 

: iVa* «Si DHK 13D»1 bï' 

a'33 
L'aplanissement winctlérien porte de 
l'une insouciance étourdissante. Le critiqu 
( et ils abattirent tous les arbres utiles » (• 
le sorte que la phrase suivante arrangé 
édacleur, « à l'exception' de Qir-lIaroHet 

1. Il est |>rcâL[iic inutile de faire remarquer qti 
ainais o fc l'exception ». Mais, ayant réussi k chi 
la^HC du IX'^ bitcle avant notre ère mal compri 
iijiie, U critique supérieure est bien autorisée à 
VcxégéteK. 



REMARQUES SUR L'INSGRIPTION DE MÈèx'' 311 

nisnn)' '^** aucun sens imaginable : il n'est donné à personne 
d'abattre les arbres d'une ville dans laquelle on n'est pas en- 
tré; M. de La Palice lui-même ne Paurait pas regardé comme 
un fait exceptionnel. Par la même raison, cette incidente ne 
peut être placée après « et ils détruisirent les villes » (a'»ij;m 
ID^n^)* ^^^U d*"s le remaniement de M, Winckler, les mots 
"I^Ktt^n ^y flottent en Pair, et son sans-gêne étant donné, il de- 
vait les proclamer « interpolation 10 et n'en tenir aucun compte. 
Il a manqué Toccasion. 

Autre remarque amusante : Les Trondeurs israélites ne fai- 
saient déjà pas une troupe aussi légère que nous le dit M. W. ; 
les pierres sont lourdes et on n'en trouve pas partout qui 
s'adaptent à la fronde; un bataillon d'archers aurait mieux 
fair la besogne. Mêàa'^ méritait bien qu'on l'attaquât par une 
pluie de flèches brillantes et bien effilées. Se mettre à l'assom- 
mer à coups de pierres qui ne tombent pas du ciel comme 
à la bataille de Gabaon, ce^n^était'vraiment pas chevaleresque 
de la part des alliés! Du reste, le mot 3^32x2 ^^^ absolument 
inutile, à moins d'assigner au rédacteur Tnitention d'annoncer 
que dans cette ville les envahisseurs se sont servis de pierres 
à Texclusion de toute autre arme, ce qui est hautement insensé. 

Enfin le profond critique a oublié que la phrase « et ils le 
frappèrent avec des pierres > (0^33^0 imS^l) '^^^ supposer 
que Mêâa* fut blessé sur le champ de la bataille, itindis qu'en 
vérité le vaillant guerrier sortit sauf et sain de la bagarre et 
déploya ensuite une énergie extraordinaire pour arracher son 
pays à ceux qu'il considérait comme usurpateurs. 

Je dia par conséquent avec M. Winckler : a La situation 
est claire. » 

11 reste cependant quelques remarques à ajouter au point de 
vue exégétique. Deux groupes doivent être corrigés : 

1) Au lieu de ^5 )y] il faut lire q^ r\yy, le suffixe pluriel 

se rapportant au nom collectif 2^V2' 

2) Le membre de phrase inintelligible n'^^sx TNŒ^H ly 

ntnn Tpa doit être modifié en -|ip Dn^i2»x nixa^n t; 

nttnn- Après avoir dévasté la campagne, les alliés faisant 
usage de grosses pierres sont même parvenus à démolir les 



31 s REVUE SÉMITIQUE 

mur de Q!r-Haresct qui« ainsi que son nom l'indique, était 
construit en briques d*argile. Le mur défoncé, les gens armés 
de frondes entourèrent la ville et tuèrent un grand nombre de 
ses défenseurs, ce qui a amené Tacle désespéré de Mêàa'. Le 
verbe rtxtt^H figure avec le même sens dans Isaïe, xxxvii, 26. 

M. Winckler serait venu lui-même à celle correction s'il 
n'avait pas méconnu la lecture de ntî^m Tp î '®s autres erreurs 
et même celles qui suivent sonl la conséquence- de celte 
bourde. 

Car il y a d'autres erreurs à la fin de son article. Il s'agit 
de la narration des Chroniques (II, xx) concernant Josa- 
phat seul. Des bandes composées de Moabites, d'Ammo- 
niles et d^une peuplade que nous indiquons provisoirement par 
X, en faisant le tour de la mer Morte firent* irruption dans le 
sud de la Judée et parvinrent jusqu'à En-Gédi (Kngaddi). Sur 
l'oracle d'un propliète, Josaphat se porte à leur rencontre. Mais 
avant l'arrivée des Judéens les bandes coalisées s'étaient déjà 
mutuellement exterminées et Josaphat n'avait qu'à emporter le 
butin. Malgré son exagération manifeste, on se doute facile- 
ment que cette tentative et probablement aussi d'autres tenta- 
tives analogues de la part des Moabites, le peuple le plus im- 
portant de la ligue, de s'emparer du sud de la Judée, a eu 
pour conséquence la formation d'une ligue contraire entre 
Josaphat, roi de Juda, Joram, roi d'Israël et le vice-roi 
d'Édom, vassal de Josaphat. Son but était visiblement de ven- 
ger cet affront et d'affaiblir Moab de ce côlé afin d'empêcher 
les agressions de Mêsa* dans le nord. M. Winckler qui soutient 
singulièrement que le chroniqueur n'a pas connu notre livre 
des Rois, y trouve une nouvelle version du récit que nous élu- 
dions plus haut. 

Ces bandes sont dites venir uiHD ff^b ISJ^D» '"^^* 
comme aucune peuplade araméenne n'a fait pariie de celle 
ligue, on voit facilement que la vraie lecture est n^'-j n^yo 
mXDI» ^ d^ l'autre côté de la mer Morte et de l'idumée ». 

Par la première indication topographique on reconnaît les 
Ammonites et les Moabites qui, pour [es Judéens du sud, sont 
des peuples d'outre-mer. La désignation c de Édom » qualifie 



REMARQUES SUR L'INSCRIPTION DE KÈhk' 313 

comme idumécnne la peuplade désignée précédemment par X, 
l'autre désignation de la même par < habitants du mont Sé°ir s 
aux versets 10 et 23 convertit cette supposition en certitude. 
Au verset 1 le texte hébreu offre ; « Les enfants de Moab et les 
enfants de Ammon et avec eux quelques-uns des Ammonites 
(D^ilOyriD)- ^ Citmme les Ammonites sont di-jà. mentionnés, 
il e^l évident que ce mot est corrompu. Jusqu'à présent on a 
pensé à le remplacer par D'iiyorn * des Me'uniensou Méï- 
niens (= Miywoi) », c'est-à-dire habitants de la ville de Ma'^on 
(rtyojdans la Judée méridionale (Josué,xv,5i), près de celle 
de Karme) et très coiinue par les aventures He David (Il Sa- 
muel, xxiii, 2i; XXV, 3); mais cette ville n'appartenait pas 
à la région du mont Séïr ni au domaine des Iduraéens. C'est 
donc une ville homonyme située plus au sud, mais encore h 
une certaine distance de Pétra, l'Édom proprement dit. On 
peut aussi songer, en conservant l'ordre des lettres d'après la 
Massore, à changer oijioy ^^ DUOn- " Téinani'.es a ; la ville 
de Têman était une des plus importantes de l'Idumée. Quoi 
qu'il en soit du reste, il est indubitable que les envahisseurs 
sont entrés dans la Judée en se dirigeant du sud au nord et en 
s'arrêlant quelque temps à En-Gédi, près de la mer Morte. 
Tout celan'est rien pour M. Winckler. Se faisant subitement 
conservateur rigoureux, il maintient la leçon mj*© et boule- 
verse entièrement toute l'orientation du récit, La mention 
d'Aromon avec Aram dans la même ligne prouve selon lui que 
le chroniqueur a tout gAté : il a identifié Haçaçon-Tamar (pvVTI 
top) avec Engeddi, c'est une erreur : il s'agit de En-gad 
(^j}pn), nom indigène le la ville defianéasàla source du 
Jourdain, découvert par l'intuition prophétique de M. Winckler. 
nî^Vfff in ^^^ ""^ interpolation due à la fausse lecture mj{D> 
lecture qui ne figure même pas dans le récit des Chroniques! 
D'b nayo se laisse expliquer, dit-il, par nTH 13^0 (') <!"' 
est devenu "vun "QJ7 ^= Syrie, d'où de nouveau ^nj ^"^ conçu 
comme ds,-j (!). Remarquons entre parenthèses que, jusqu'ici, 
l'on ne connaissait en hébreu que l'emploi de nora^d; pour 'û-tix- 
voî. c'est-à-dire de ^"13 pour Qi (Jonas, ii, 4). M. W. décrète 



314 REYUl StlOTIQUE 

remploi de qi pour le Jourdain qui ne se dit jamais «vi3- 

T 

M. W. est, enfin, assez heureux pour découvrir que le défilé 
(nbî^û) ^^ V^^ ^^^ plutôt celui de Sir ou Sûr^ c'est-à-dire 
précisément ^Araq-el-Emir (Forsch. II, 800), où il cherche la 
scène de la bataille. Nous comprenons maintenant la joie de 
M. W. qui lui fait dire : 

ce Avec cela ce serait de nouveau une pièce d'histoire 
déterrée d'entre les décombres > (Damit wâre ein neues Stûck 
Geschichle aus dem Schutte herausgegraben) ! 

Après cette digression indispensable nous revenons aux ver- 
sets 2&-26 de II Rois, m, qui doivent être traduits comme il 
suit : 

24. Et ils arrivèrent au camp d'Israël. Et les Israélites se 
levèrent, battirent Moab, les mirent en fuite, les battirent encore 
en battant en même temps les autres Moabitea (qui accoururent 
à leur secours). 

25. Ils détruisirent les villes, chacun d'eux jeta des pierres 
sur le sol productif jusqu'à l'en remplir. Ils obstruèrent toutes 
les sources d'eau et abattirent tous les arbres utiles ; (ils allèrent) 
jusqu'à détruire avec leurs pierres le Mur-d^argile^ ville qui fut 
entourée et battue par des hommes armés de frondes. 

26. Lorsque le roi de Moab vit qu'il ne pouvait résistera l'at- 
taque, il prit avec lui sept cents hommes armés d'épées pour se 
frayer un passage jusqu'au roi d'Édom, mais ils ne purent pas 

(y arriver). 

Moralité : 

Tout remaniement violent du texte massorctique repose sur 
une idée préconçue et montre souvent une connaissance peu 
sérieuse de l'hébreu, jointe au manque de bon sens naturel. 

J. Halévy. 

SUPPLÉMENT 

La moralité qui précède peut être illustrée par un autre 
exemple que le hasard me met sous les yeux à l'instant. Il a 
ceci d'intéressant qu'il émane de la plume d^un hébralsant 
aussi sérieux que sagace. Mais la manie de flairer partout des 
interpolations lui a joué un mauvais tour et l'a empêché de voir 
clair là où il n'y avait nulle ombre de nuage. 



REMAKQUES SUR l'iNSGRIPTION DE MÊAA'' 315 

M. Félix Perle8(0. L. Z,, 1901 , col. 898) fait une remarque, 
selon lui nouvelle, savoir que ^^ est placé sur la même ligne 
que les pierres précieuses dans Ézéchiel, xxviii, 13. Pour 
écarter cet inconvénient, il y joint le mot suivant nDXbo ^"'^' 
modifie en ?|nxVD» ^ 'on enchâssure » \àexne Fassung), de 

wVp» nNiVp (Èxode, xxviti, 19 et 20). Aussitôt il ajoute: 

t Dès lord, la supposition de Krâtzschmar que les noms des 
pierres précieuses ne sont ici qu'une interpolation devient une 
vraisemblance encore plus haute (noch erhôhte Wahr^ 
scheinlichkeit). Ils constituent une glose jointe ici à j^^p'f p^^, 
d'après TExode, xxviii, 17 et suivants, et la leçon primitive 

était ^HXVd 2nn •]raDD mp'» PK by Un beau parallé- 
lisme est ainsi rétabli (So ist ein schôner Parallelismus her- 
gestelU). » 

Si le savant auteur était plus difficile sur le chapitre de 
rinterpolation, il y aurait trouvé plutôt une phrase incohérente 
et impossible en hébreu. Une pierre précieuse n'est pas une 
n^jjjfp (d'après Grâtz) pjj faite pour l'adoration (Lévilique, 

XXVI, 1) et l'or ne sert qu'à enchâsser la pierre précieuse qui 
forme la nX^D- L'hébreu dit p^ nSlVû (Exode, xxviii, 1 7 

et xx\ jamais ^m Divho* Notre leçon est à retenir telle 

T T 

quelle. L'état mal fixé de 2t^^^ ^i^i^^ de ce qu'en empruntant 
la série des pierres précieuses à l'Exode, xxviii* 17, Ézéchiel 
a dû abandonner l'adjectif précédent, < enchâssés (dans de 
l'or) )) Qiy3{2fo. J'BicommentéceversetdanslaJ{at;u^(i^^^ludtf5 

juives (1887, p. 22-25). M. Perles l'a perdu de vue; c'est 
regrettable pour nous deux. Â ce moment^là j'avais à repousser 
l'opinion des grafieiiê qui voyaient dans le passage précité de 
l'Exode un emprunt fait à Ézéchiel. Aujourd'hui on admet un 
emprunt contraire, mais effectué par un interpola teur inconnu, 
afin de spécialiser l'expression rrpy pX Vd- Ézéchiel a aussi 
écrit : rnUT] ^Vi^ bs (^^^^^^ 2*» w\u ipassim) ; quelle belle 
occasion pour interpoler les sept essences de bois énumérées 
dans Isaïe, XLi, 19 ! Les fabricants d'interpolations à jet con- 
tinu ne sentent-ils donc pas l'absurdité d'un pareil abus? 

J. IIalévv. 



Nouvel Essai sur les inscriptions proto-arabes. 

{Suite), 



Le lecteur qui a prêté quelque attention à ce que j'annonçais 
à la fin du précédent alinéa, s'apercevra aussitôt que j'ai ren- 
versé Tordre des études mises en perspective. J'avais l'inten- 
tion d^émettre d'abord quelques réflexions générales sur les 
textes safaltiques et de reprendre ensuite à nouveau l'examen 
des inscriptions arabiques autres que les lihyanites propre- 
ment dites. Un fait heureux survenu d'une manière inattendue 
ainsi que des perspectives encore plus favorables m'ont dé- 
terminé à reléguer les considérations synthétiques après l'étude 
des inscriptions proto-arabes qui ont été à peine effleurées^ 
par moi en 188i\ Jusqu'au jour où le dernier numéro de la 
Revue Sémitique parut et fut distribué j'ignorais entièrement 
la nature exacte du mémoire publié par E. Littmann sur les 
inscriptions du Safa. Cet important mémoire ne m'a été en- 
voyé par l'auteur que le 1 * août et c'est grâce à la complaisance 
d'un ami que j'en ai eu connaissance quelques jours plus tôt. 
Si M. Littmann m'avait communiqué son livre en même temps 
qu'aux autres personnes auxquelles il l'avait adressé, je me 
serais hâté d'en faire mon profit dans le dernier cahier de la 
R. S. Il y a plus, pendant les nombreux mois qu'il a employés 
à composer et à publier le mémoire sus-visé, M. L. a demandé des 
lumières à un grand nombre d'orientalistes qui l'ont aidé de 
leurs conseils, il n'a fait exception que pour le fondateur actuel 
de l'épigraphie safaïtique (der wirkliche Begrûnder de Safà- 
Ëpigraphik), comme il veut bien m'appeler (p. ii). Pourquoi 
cette retenue à mon égard? A-t-il craint que je ne lui enlève 
ses découvertes? Quand même j'aurais eu ce noir dessein, il 
m'eût été impossible de le mettre à exécution, puisque M. L. 
était alors déjà en possession, non seulement de 135 nouveaux 
textes qu'il a copiés lui-même, mais encore'dea il 2 inscrip- 
tions trouvées par M. Dussaud au cours de sa mi^^sion dans la 
Syrie orientale, faite sous les auspices de V Institut de France. 

i. Le chiffre 1802 imprimé plus haut (p. 233, I. 12) doit être corrigé 
en 1884. 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 317 

Ces derniers textes ne me sont devenus accessibles qu'après la 
publication du voyage de MM. Dussaud et Macler, c'est-à-dire 
plus d'un an après qu*ils furent mis à la disposition de 
M. Littmann. Je ne me charge pas d'expliquer comment le 
fruit d'une entreprise scientifique française arrive plus facile- 
ment en Allemagne et au nouveau monde qu'au n"" 26 de la rue 
Aumaire; je me borne S constater à mon égard* un traitement 
exceptionnel d'autant plus incompréhensible que, depuis 9 ans, 
la Revue Sémitique est le seul périodique qui soit consacré 
à l'épigraphie sémitique en France. Dans l'opinion de certains, 
la vraie lumière vient de l'étranger ; la France n'est à leurs 
yeux qu'un satellite opaque et refroidi. C'est triste. Durant 
celte année perdue pour moi j'aurais commodément évité les 
transcriptions périmées par mes travaux postérieurs à 1 88i qui 
ont échappé à ma mémoire dans le court intervalle qui sépare 
le début de cette élude de la réception de l'ouvrage de 
MM. Dussaud et Macler. On verra plus loin qu'une autre dé- 
veine plus sensible encore m'a suivi à propos des inscriptions 
proto • arabes ; mais avant de passer dans ce domaine, je tiens 
à fournir des données exactes sur la marche du déchiffrement 
des textes du Safa, ainsi que sur la part que peut revendiquer 
pour soi chacun des orientalistes qui y ont contribué. 

Mon Essai sur les inscriptions du Safa a paru dans le 
Journal asiatique en 1877. A celle occasion 16 lettres de l'al- 
phabet safallique ont été définitivement déchiffrées, savoir : 

K' 3' n^ n» n. lo» ^ d. b^ aô' d» y» p> i» n* 

Outre cette série certaine, j'ai signalé : 

a) L'identité visible d'une lettre safaïtique avec le pj sabéen ; 
mais je me suis décidé à la considérer comme un ^ pour des 
raisons onomasliques (p. 20). 

b) Le caractère de sifflante de la lettre très ondulée et j'ai lu 

I. Dans sa lettre du 20 août dernier, M. Littmann a bien voulu m'ex- 
pliquer que le retard dont je parle ci-dessus est dû à des circonstances 
indépendantes do sa volonté. Je ne demande pas autre chose que la 
bonne entente personnelle entre ceux qui cultivent le môme domaine 
scientifique* 



3I>^ RBVUB SiHITIQlIK 

le nom de -yw = Sorechos; j'ai pourtant préféré la valeur y 
(p. «0-91). 

c) Le choix à faire entre ^ et £j à propos de la lettre qui res- 
semble au <f sabéen et éthiopien ; certaines raisons m'ont tou- 
tefois conduit k m'arrêter à la seconde valeur. 

Dans sa recension de mon essai en ISS.), M. l'rœlorius a 

déterminé les signes pour -j, n^ V y et n ^" conformité avec 
les valeurs sud-arabiques. De mon côté, J4 me suis tenu sur la 
réserve en attendant de nouvelles informations. 

Dans mon essai sur les inscriptions arabiques de H. Doughty 

(R. E.J., 1884, p. 1G-I9), la valeur des lettres n.ieln ^"1 
fixée par analogie avec le sabéen. Les vues de M. Prœlurius 
sur ces signes également safaïtiques furent ainsi confirmées. 

En 189&, M. le Itaron Carra de Vaux admit ces lectures 
comme une chose entendue dans ses \otes pour servir à l'étude 
des inscriptions lihifanitfs, parues dans la Revue Sémitique. 
Il y fit ensuite la découverte définitive de la lettre q, il si- 
gnala le sens de «. chameau u du mot qu'il transcrivit *y^yy el 

constata enfin la fréquence du mol niH- '^" '® rencontrant deux 
jours après je lui ai exprimé ma conviction que ^oy était réel- 
lement ^j et que la transcription exacte du second vocable 

était ivin- de la racine arabe connue ^^j. 

Apres une pause de sept ans, l'étade particulière de l'al- 
phabet safaitique est reprise par moi sur la nouvelle base des 
inscriptions de MM. Dussaud et Macicr, mais, sous le coup d'un 
oubli complet des résultats obtenus aux précédentes étapes, je 
suis revenu aux solutions de 1877 en prenant encore la peine 
de prouver les valeurs p, ^ et ^. Heureusement cette distrac- 
tion momentanée, causée par d'autres études absorbantes, a été 
réparée dans la partie précédente. Je confirme ici ces remar- 
ques avec encore plus d'énergie. 

Dans la même année courante (1901), M. E. Liltmann, àce 
qu'il parf.it, indépendamment de tout ce qui a été écrit après 
1884 par M. Carrade Vaux et moi, qu'il ne cite pas, étudie lui 
aussi les textes safaïtiques, appuyé cette fois sur 5i7 nouveaux 
documents, copiés avec soin et en grande partie provenant d'es- 



LES INSCRIPTIONS PROTO^ÂRABES 319 

tampages bien réussis. Ce matériel exceptionnellement riche 
a permis à M. Littmann de déterminer les signes restants de 
l'alphabet, g et j également au moyen des inscriptions proto- 
arabes^ les autres par voie d'élimination ou d'exigence contex- 
tuelles. 

Résumé en ordre chronologique: 1* 16 lettres, Halévy; 
2* 3 lettres (n, n» l)i Preelorius, Halévy, Carra de Vaux; 

3* 2 lettres ("î,];), Praetorius; 4** 2 lettres (j, b\ Carra de 
Vaux, Halévy, Littmann ; 5' 2 lettres (gf, y), Halévy et Litt- 
mann simultanément; 6* 3 lettres (f, y, ^), Littmann. 

La période du déchiffrement est visiblement close pour les 
inscriptions du Safa; celle du rétablissement critique et de 
l'interprétation des détails commence désormais, les textes en- 
core inédits à l'heure qu'il est y répandront un jour considé- 
rable; les copies proto-arabes de M. Euting et de Huber ne 
manqueront pas de fournir leur part à la solution finale du 
problème. 

Cette répartition faite, je passe à l'objet actuel de l'étude 
annoncée plus haut. 

En défalquant les textes lihyanites qui ont une physionomie 
à part^ les inscriptions que j'ai appelées faute de mieux proto- 
arabes consistent au moins en deux espèces, A et B. L'espèce A 
s'écrit horisontatement comme les autres écritures sémitiques. 
Elle se dirige ordinairement de droite à gauche, rarement de gau- 
che à droite; la direction alternative ou boustrophédon allant soit 
au-dessous, soit au-dessus de la ligne initiale, est également usi- 
tée. L'espèce B se présente régulièrement dans la position per • 
pendiculaire ; les lettres se placent l'une sur l'autre en descendant 
du haut en bas à l'instar des écritures libyque et mongole-chi- 
noise. La distinction entre les espèces A et B au point de vue 
graphique est encore impossible à établir par suite de l'incons- 
tance des formes; il est encore plus difficile de saisir les diffo- 

i. Il faut cependant reconnaître que la distinction entre le lihyanite et 
Tespèce A n est pas facile, surtout pour des graffites peu soignés. Sur ce 
point, c'est la connaissance exacte des dialectes afférents qui lèvera les 
derniera doutes. 



3S0 REVUE SÉMITIQUE 

rences dialectales. Pour ne rien préjuger je transcrirai chaque 
espèce séparément. J'ai depuis plusieurs années fait la trans- 
cription totale en caractères hébreux de l'ensemble de ces ins- 
criptions qui sont contenues dans les notes posthumes du 
regretté Huber, la publication en a été retardée par une cir- 
constance des plus pénibles pour moi. Conformément Ô une 
offre gracieuse qui m'a été faite par un célèbre orientaliste 
de Vienne, j'attendais l'envoi des textes qu'il avait reçus de 
M. Euling, en même temps que ses propres travaux prépara- 
toires (Vorarbeiten), afin de faire ensemble cette publication. 
Des années se passèrent dans cette attente : travailler sur des 
matériaux recueillis par le célèbre épigraphiste de Strasbourg 
et avec un savant de cette valeur, c'était pour moi une bonne 
fortune qui valait bien l'ennui causé par le retard de la réception 
que j'attribuais à des occupations absorbantes et exception- 
nelles. Je me suis donc abstenu de l'importuner en espérant 
qu'il ferait lui-même l'envoi promis aussitôt que son travail 
serait prêt. Le mémoire de M. Littmann m'a appris que le carnet 
que j'attendais fébrilement depuis si longtemps a été cédé & ce 
dernier après son retour en Europe (en 1900), et cela sans me 
prévenir d'un seul mot. Je ne veux pas sonder la cause d'un 
revirement si extraordinaire de la part d'un ancien ami, je me 
borne h repousser le motif vague et blessant qu'on a essayé 
d'en donner. J'aurais agi à une certaine occasion moins ami- 
calement qu'on l'espérait. A quelle occasion ? Et quelle action 
aurais-je pu exercer dans la situation de reclus que je mène 
pour ne pas laisser péricliter mes travaux quotidiens? Les dé- 
boires sont dans noire destinée; acceptons-les donc philoso- 
phiquement et passons à notre tâche qui, aussi mal outillé que 
nous sommes, devient d'autant plus ardue et d'autant moins 
rémunératrice. Contentons-nous de peu. Puisque les eaux vont 
à la mer, tâchons de capter un petit filet pour étancher noire 
soif de chercheur'. 

I. Amx imporlant. — Le but de celle pu ljlic.it ion ttant purement 
onomastique, je me suis liorné h traduire les inscriptions qui ont un 
certain dcgrC de prolialiijiië. Les commentaires sont exclus, ainsi que 
les rapproehemeiits avec les noms arabes pluH ou moins connus ; celle 
besogne se fera commodément dans la liste gânârale. Les voyelles sont 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABBS 321 

I. Espèce à. 
Qaçr de Athoueîr, à gauche de la porte d'entrée. 

a. (P. 45.) a) ajyjç jjnx yyb nnyh 

3. (De g. à dr.) *) (?n) pSyD^V 

P nn p 

« Par ... fils de Hâh, fils de Wadd-Ahl de Al-Mana«. » 

P. 46. a) nmbos nniTV 

« Par Wadd, [fils de] 'Ater, [fils de] Qan. » 
(De g. à dr.) a) ^^ Ib 

(De g. à dr.) e) ^D) Sa'l 

(De g. à dr.) d) îja na riTV 

€ 'Aidât, fille de Bil(?). > 
P. 47. o) ^f73j< ^iui D0b6 

€ Par Sams, . . » 

G. Umm e' Selman. 

P. 55. a) «jnNlb 

*) nxb 

provisoires, et le mot si fréquent tTI est transcrit Wadd, alors môme 
que le sens invite à transcrire waddàd, etc. — Il y a plusieurs années 
j'ai reçu de M. D.-H. Mûller une plaquette contenant la lecture d'une tren- 
taine des inscriptions de M. Euting; mais, n'ayant pu la trouver, il m'est 
impossible d'en faire mention en lieu convenable ; mais je reconnais volon- 
tiers au savant auteur le droit de priorité sur ces détails. Je fais la môme 
concession à tout autre travailleur dans ce domaine. Cuique auum, 
«rrinr stwtT'ODi aj 



% 


RIVUK SÉMITIQUB 


0) 


inK |«i 




c Moi je suis Ikhd (?). > 


^ 


«Tl 3TD 


è) 


noyob 


1) 


••3^1311 


9) 


npix iDnb nnan» 


1». 56. o) 


'ùvd'? 


b) 


HKll 


c) 


npinai 


d) 


pvb 


e) 


bmV 


n 


Pï 


(De g. à dr. 


) 9) |bb 


h) 


■■TirV 


i) 


na n'jjcTT 


j) 


ipaoby^b 


k) 


oybb 


l) 


nbv "n«n 


P. 57. a) 


^^h 


à) 


ïûnb *?K 3"ipn*? linn 


c) 


bDab 


d) 


nnib 


e) 


DT»'? 


f) 


. ViîfTî -UD 


9) 


a»:3_ nbo"ib 


h) 


Td [f]3 -rbiî 




< Kballd, 61s de Fad (?). » 



LES INSGRiPTIONg PROTO-ARABES 3<è3 

3T3 • D 

P. 58. a) ^Qt,!, 

(De g. à dr.) g) nTT3n3 lîi OpD 

« Suqam Yeaid.. . » 

*) up \o bojmi 

« Wadd-NasIdeQabi. > 
P- 59. a) plji) T,yij 

f) bnjjto 

»») mîntb 

(De g. à dr.) o) -joya nna inn 

(De g. à dr.) p) '^shti ruriK rm nvN:xi 



3'ii REVUE SÉMITIQUE 

q) nV'JP'ni 

'I nmyoi 

') ■"n'iD!Q:D 

Colline* de Acâb'tu 
P. 80. a) <n:3 

"• i3:n ••mn 

30. (P. 81.) i,yi3 

*'■ "Dnn "jDOT naxS 

« A Akam appartient le chameau de Hainy (?). » 

*3- pDDm:n 

**• mit p ^^QS 

« Mubi* possède un chameau. » 

32. (P. 82.) nin nni» liin 

« Que Atam gratifie Hawadd&d (l'ami?). Par 'Atap. i 
Gebet Gildiah. 
1.{P.8i.Deg.àdr.) o^jn iiirfy 
«■ -a 'i2inN 

a. (Deg. àdr.) n'jnjïb'î 

Oundy Bouetb. 

\. (I'. ST.) nDiN li DDDn 
2- inDnniNïi' 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 325 

3- paS bjrn iddn bban 

5. (P. 88,) [|]2aJ, ^yn |Dn[ï<] 

Duplicata du ii*3. 
Duplicata du n" 2. 



G. 




m |Dnx bnsn 


7. 




njrn pnN bnan 


8. 




nMbxn Mjn 


9. 




nnVs 


11. 


(P. 89.) 


nDDNb 

• 


M. 




DD:n3«i 


13. 


p •î'jVnDiDn^Di bVian nVNn -ixbc; 






r 






"in bno M:n 



an 
^*- :vr3 nDnn 

15. (P. 90.) ù,V,v DDM:n 

« Que Sim protège 'Olaibû (?). » 

^^- p nb»S 

^'^' noianbno 

« Par Malah, fils de Ma^al, [fils de] Halimat. » 

18. bob 

19- hnb 



6 






REvm: siHTnQDS 


20 






rijn -m 'Vi'? 






ParWali-Wadd; qu'il le graUBe. > 


SI 


(De g 


àdr 


) nMDI Ttl 




(De g 


àdr 


) 1TDX31 


2! 






rn : «aon 








HambS est celle-ci (!). > 


i) 






;nytoD noon in'? 


S* 


«) 




abn -nib mo» 




» 




bri3 p nnrb 






c 


Par'Alah, filsdeBahl. » 
Roumâtein. 


\. 


(P. 95 


) 


DoraiDo by Viyn 


3. 






bno ti5»3x:n'? 


3. 


(1'. 96 


De g 

■ 


ParMuslim(Muriallim?). > 


i. 




, 


ItSWill 


B. 






tsïlin''? 


6. 






p'1» 


7. 






nj»"?» "ni yn'Sî» 




• 'Amyata 


, [Bis de! Wadd, [lils de] Al-at (?, 


8. 






yia p nï mi 






. Wadd-Sa(?), fila de Badi-. . 


9. 


(De g. 


àdr.) 


najfp IBXtiî 


10 






t|'W» 


41 






p^yi1ï:■^uD•^ 



LES INSCHIPT10N8 PROTO- ARABES 3317 

# Dad-Han^ii fils de Awdftm. » 

«ParLêthbel(?;. . 
U. (Deg. àdr.) ••ni'j p ^S^a »3b 

P 
< A Mba% fiU de [ ], appartiennent tous ces chameaux. » 

« L'autruche appartient à Beit ...» 

a * 

18. (I». 98.) ipv naiha'? ajo 

20.. . 3-iDono 'jbj'>V3'? ai*? 

«1 . |bûi ^rH^ià 

«a- . yraob 

26. (P. 99.) p-|3a 

27. yàn'^ViD non nVxn 

c LcdieuThamud (?)... t 



328 REVUE SÉMITIQUE 

c Wadd aux Benn Wallat (?). » 
Rocher El-Çalthah. 

5. (P. 101.) Domvb Wtl 

<c Par la gr&ce de Ka^'d de Tamîm (?) » 
Au lieu de ^y^ il faut probablement lire nj^D* Sa*d. 

10. (P. 102.) nn^ ^y 

Misma^éUAtty. 

9. (P. 255). |o«Db 

La copie offre p^jQ^' ^^^^ ^' ^^^ ^ supposer que la partie 
supérieure du x ^ été omise ou effacée. 

€ Par Mu*ratn. » 



10. 30Dn 

bhnxh 

npij semble venir de jr^, c défendre », pris dans un bon 
sens. — Le 3 de ^jqq n'est pas possible ; ce doit être un 

j{. — '^nriD do'^ ^^'^'r de Jia., « mal nourrir ». Cette com- 
binaison de consonnes prouve que le signe fourché est un n 

comme en sabéen ou bien un p| si Ton admet une racine ^nn* 

«c Par la protection de Hasm. — Par Mubthal. i» 

^y\ me semble être ici le dieu de l'amour, 5^ ou 3jetnonles 
mots ^b^, jj^^j ou jj:>j. 

« Par la protection de Wadd. » 

^2. mj^D na -p •»! 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 329 

[, causatif de ^-jj, ^'. — «13 ='^ ou ^y,. — 
p«^yQ = gj,x^ ou J^Iju-, nom masculin. 

c Protège (ô dieu !) Bank, fille de Sa'dat. » 

La troisième lettre du premier nom pourrait au besoin être 
un \ — Doute au sujet de la gutturale qui peut être n ou ,^. 

c Par la protection de Amwat. — Par Mubâwadat. » 
2i. (P. 256,) 

G^est une belle inscription lihyanite. ^JVJ est le mot sémitique 
gchiéral pour c stèle » ; je ne sais pas expliquer le nom ^x^ 
dont le ^ est peut-être un 3. — ^Win ^'^® ^^n verbe de .^ ; 
le trait intérieur du ^ manque. 

« Stèle de Yatda (?), fils de Hafnèl. Stèle. » 

bon Dnn "ni \n33 

Le i3 est supposé par moi ; la lettre a la forme d'un -| re- 
tourné, — D-n = o'f^ ; ^Dn = J-^^. 

a Gratifie Bakam de bien. — Par la protection de Wadd. 
Qu'il surveille, quMI repousse Tennemi. » 

25. na \vb nm bki pon 

p peut être un nom divin et 53 = 5^3. — Au lieu de'^j^j, 

on semble devoir lire'^nj* — "^^ b présente la forme d'un n- 
<c Bauskan a voué à Wadd Kahin (?) son fils. » 

1333. Même personnage que 24. — qq probablement = 
^1y mais le sens spécial peut bien être <ic enfant descendant ». 

« Gratifie Bakam d'un nom (= postérité), d 



ddO neVUK BtfMITIQUX 

*7- 11) brun pD2 

PD3- Môme personnage que %o. — bn^H» causâtîf de 
ijjlj = j^è^, t faire un choix ». 

c Bau^kan a voué Wadd. » 

j^a^ âignifie en arabe «c mouvoir, produire un son », mais 
y-^rl n^kiATe qu'en araméen au sens dé t serref^ pétrir ». 

« Habçî. » 

30. (P. 257.) i'«>j; 

« "AIî. t 

Ce mot est tracé sur le dessin d'une autruche ; serait-ce lé 
nom du propriétaire de cet oiseau? 

31. (P. 259») Tracé entre les jambes d*un grand chameau. 

ton irob 

€ A SaM (?) appartient ce chameau. )) 

43. (P. 26Î.) nw rhn, 

lûVn |»n« lïTH , 

j^j^ ==5: . ^1, ft femme il. — i5^*^,»i =^>dj'i < f^iï'e agréer». 
— TOnX» visiblement un nom divin. — jg^ deU&i t être 
fâché, .irrité ». — SdiPU' peiit-êlre pin3' "^"^ obscur, 
«... Femme — Agrée Atman Hait ...» 

^ÎT2' ^^ signification arabe : c virilité, ftge mûr», ne uie 
satisfait guère ; mieux Vaut la nuance araméenne et ' éthio- 
pienne dé « pouvoir, puissance ». — ffif) fc=s SLa., t vl* » ; 

ô'^i peuiêlfe un nom propre. 

c Par le pbuvoir de Wadd est la'viè (OU Hiyftt). » 



LSS imGlilPTIONS PROTO-AHABBS 381 

*6- don -ja bnsn 

Vnsn» évidemment un verbe au causatif. *- L*élément ^no 
peut être diversement expliqué. 

<K Affermis» d Bak le nom à Makhalêl ! » 

C*e8t le nom safaltique transcrit précédemment a tort nV^K* 

€ Par Âlihat. > 

Déjà bien lu et expliqué par M. Carra de Vaux. 
a A Mat*at appartient la chamelle. » 

53. n-ias 

La première lettre peut âtre aussi un -] ou un y de ^. 

t Nabayat(?). d ' / 

Au llêU do 2^ on pourrait lire 2* 

a Par Dharéb, fils de (?) Halbi (de Halb? de Nabl&b?). y> 

plitfn* "^^^ nouveau. — Le ^i étant clair on peut admettre 
un adoucissement du ji^ en ^ comme en arabe moderne. 

« Hazm et Taéwaq (f) possèdent des autruches (?). j> 

M^ répond à ^^j ; notre épigraphe confirme la valeur |-| 
supposée pour la lettre fourchue au n"" 20. 

t Par Muwabif . • 

G. Kharam. 
i. (P. 276.) iBi^ . . 

IDX» ^^^ d'homme, x^\^ < lidn ». 

« Par . . ^ Asad, 9 



33S REVUE SÉMITIQUE 

3. Au-dessous d*un troupeau d^autruches. 

La lecture est peu certaine. — -iVÎ r&PP©"^ Tarainéen 

« Ce troupeau (?) est à lui (?). > 

c A'Qarib (?) appartient le chameau. » 

« A Monhékal (?) fils de Wadd (?). . 
Sur un bloc du G. Hélouan. 

3. (P. 278.) tMv:^r\ 

*• nna p 

p, pronom démonstratif, aram. p. 

€ Gelui*ci est Fidyat (?). » 

P. 280. Inscriptions copiées sur l'arrière de El-Hehaggeh, 
face à Test. 

Entre le premier et le deuxième chameau en partant de 
gauche. 

< A Aur, fils de War'a (?), appartient ce chameau. » 

(( A Am (?) appartient le chameau. > 
c A ""Aut appartient le chameau. j> 

S. ^nbjnb 

<K Par Hagam-dad. » 



LES mSGRIPTIONS PR0T0-ARABB8 333 

Le premier élément rappelle le dieu Qjp mentionné sur la 
sfële de Têmft. 

IDn p 

< Par Bab, fils de Kawadd (?), fils de Hafk (Hauk?). > 
Entre les jambes du deuxième chameau. 

c Les deux chameaux (?). > 

< Par Yahdab, fils de Uabak. » 

n . (P. S81 .) boin ma 

« Â Ârz appartient ce chameau. > 
A droite de la même : 

* S. nbxpD yyfi 

€ Par Rabi*, par la déesse. > 

<6. n3n--3nnî 

lanp 

c Hab, le chamelier, fils de Habak. > 

pHsch 

< Par Munamin. » 
c ABarân appartient le chameau. » 

< A Hawar appartient le chameai^. > 

24. (P. 283 ) a) ,yQî<n 

c Celui de Abha (?). > 



21 



ISI REVUR SiMrriQUB 

*) Sojn nyrpS 

< A Yathi'at appartient le cha 

is ■ D-ivo ton nVx Vi • • • a*( 

• Hadh, fils de Wadab ... AUat (?) 

se. rono myo ip 'n; 

nxi Dn [D 

€ Défends, ô *Ad Sa'dat Mi^nat d 

ï7. a) ,rib 

o'jnis p 

> A Waddl, Sl8de(7) Huballim (?)apparl 
fl Par Hadad. > 

*»• "JnDO I ihh I DriK p 

< Sauve Atain Wadd, (Sis) de M 

'«■ tDh ta n'?'? 

ft Par Léth, fils de Aniin 

bojn ipyoaH 

€ A Ualaq Abma'qar appartient li 

36. (P. î8i.) pTi'i iB>Dp 'rua 

« Par la protection de Amtmt (?) 

36. Tnbno 

3''- oran [3 m p m 

f Had, nia da Dab, fili de Hab; 

■■S- mj?33 p l<Tlb 'TO 

< Protège Tirara(?),fili de K< 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARÀBES 335 

39. ^-po pïjy poj{ 1^22 

« Paf la protection de Amas 'Alyân de Yhath (?). » 

**• »«aD on |Bxa 

■ "nha pib 

« Muwabin, par la grflce de . . . Sabéen(?>. « 
41 . (P. «85.) no MJ3 

c Par la protection de Mah . » 

**• "jBrp p 6te linn 

a Gratifie Alii (?), fils de Yahfak. » " 

*^- 3nm;?3i>ni3 

< Par la protection de Rabi* et Hathib. * 
« Baba et''Amîm(?). > 

(( Gratifie Sa'd Atb, fils de Muasim (?). ■ 

*^- 3b3«3 

lointelUgible. 

^'^- 31 TliZ 

< Par la protection de Wab. » 

c A'A^iiat, fils de Zan (?), appartient ce chameau. » 

*9- ini3b p rn3 

«Badith, filsde...Wad(?). » 

abD n:3 

< Par Sam'at, fille de Kalim (?). » ' 



336 RBVUK SâMITIQUB 

51.(9.286.) ^jp'xn 

« Hà (?}, fils de Nt. » 

5«. i^D \^tiD p -wn 

c Haar, fils de (?) Sa'yan Ma*ad. s 
Inseriptùms de El-A^amiy&t (p. 291-307). 

1 . (De g. à dr.) s^}^ "p H'»'» 

(De g. à dr.) -fQ-^Q ^y 33-7 -^b ]?nn l^TbiT 

2. (De g. à dr.) k» 13ri p D"»}?]; 

c 'Uqals, fils de Thabid, a construit (?). » 

3- xm p m 

a Bar, fils de Daba'. > 

4. (De g. à dr.) »jbn*Tn bxiSy 

< 'ÂbdêletWadbainil. » 

5. (Deg.àdr.) -y^y^ 

« Par 'Abd . » 

6. (De g. à dr.) i^p pib 

« Par Rabi4, [fils de] Qabi (?). » 

7. (P. 292.) iddV 

« MasI possède un chameau. » 
« Waïl. » 

^0. p bb: noiy na 

H . (De g. à dr.) Sjb-l p fn 

a Que Sa*d protège Sa'dat contre (?) Daurat, 
fille de *Ârmat-Nasl (?), fils de Tak, fils de Rumani (?). 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 337 

**• nonib by x'jn i^ro mjh 

« Protège, ô Sa'd ! Hala' contre ses adversaires (?). » 
« Par la protection de Wadd Huqaïwis (?). » 

^*- «) ans ''îfnD bj; ixin 

Lecture douteuse. 

o) urh ^irD liin 

« Gratifie, ô Sa'd ! Lahm (?). » 
15. (P. 293.) ynab 

a Nimiat Harkana (?). » 

<7' -innnp: mj bbv y va lyo 

Incompréhensible à partir du premier nom. 

20- i3Db f'ji: 

€ ParGhâlib, fils de Salwadd (?). » 

*^ • n3!:i3b 

Le nom niVD ®^^ seul reconnaissable. 

22. nj^Dm 

« Dadka'b. » 
23. (De g. à dr.) ty^-) 

« Rab°az (?). » 

€ Protège 'Ar, fils de Wadd. » 

« Par Mulim-Da'ith (?). » 

RIVOI SÉMITlttUI ii 



338 REVUE SÉMITIQUE 

. Malik-Têm à Wadd (?). . 

27. (P. 294.) 

HW jran D'p nvn vn layn 

t Entoure de grâce . . . noire prétresse (?) MaU(}a' (?). 

28. D3 bDi njM -ry\ 

< Wadd et "Ar et tout (l) Bans (?). » 



29. 




-Iî>B p >: 






• Nall, KIs de Ma'ik. > 


30. 


«) 


nn' am yo' nnn: 




») 


lin lïna 

« Par la grâce de Hawar. » 


31. 




« ParNalbal. > 


32. 




«...WaddHalim. . 


33. 




hni m nin ijî 


3i. 




c Grâce à Wadd Qaribal (?). 


35. 


(P. 295.) n333 pïn DD nnvn 


36. 




nï3DSl 


37. 




nponi 


38. 




iD:m 


39. 




n:Nab 


40. 




rna 


41. 




nVTiyibV ■■■ïia 


42. 




nar Sxi itopX' 



LES liSSCRIPTlONS PROTO-ARABES 339 

ub^ DbbM p 

46. (P. 296.) n^^bxi ItZ^pN^ 

Probablement le même personnage que 41 ; 

c Par Baus de Badathan... > 

ja-in mil oa:; ima 
49- m^D -IVN i-i2n 











DN"i "ni 


50. 








p «bi rojD 


51. 








mx p D3 






a 


• • 1 


, fils de Nam. fils de Adad.. . » 


52. 








np:Ni 


53. 










54. 


(P. 


3597 


•) 


2n33'pD m: 


55. 


a) 


• 


a 


Par la grâce de 'Ami-lèth. » 



< Gratifie, ô Atatn ! Sak. » 

S7- pnn 

< Haddân. » 



340 REVUE SÉMITIQUE 

-is"'»n 

«... fils de ... fils de Ta'm (?). » 

« Manwadd (?). » 
04. (P. 298.) DDljrib 

3pn ipai p p 

« Par Wa'atam, fils de Nun et Faqir (?), [fils de?] Thaqib. » 

66. *) ban^DN -I2ND2 -iniviD'? 

« l'rotège, ô Sa'd ! Ablalma (?) » 
69. .,p3 

"0- nom n-iD cnD3 

72. (P. 299.) û) i'xpv23nj2 

*^ 3im nvVn inas nbN3 

On n'y distingue que le nom nvblï- 

'^^- p l'pa ••ran 

« Protège Bqdh, fils de Rajjwiyat (?). » 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 341 

'*• n:-iN3 Ma 

4 Par sa protection, par sa permission. • 

'5. anny a: 

« A . . . appartient la bête de somme. » 
76. (De g. à dr.) n^Snps 



77. 


mifob 


78. 


Von aaïab 




€ A Ben-Ktiamit (î) appartient ce cliameau. 


79. 


DDbn 32'xnn 




'na 


80. 


noaDis"? 


81. 


[DnyS 




a Par °Othman (ou La°tliaman). u 


88. 


(P. 300.) nxinno 




bîrf' ■ 


U. 


DD nnyn 


8,ï. 


n»3'?2nD;3?D''7 nnb mbnb 




€ .. àlladad... . 


86. 


obiM 


87. 


lonxD :ni33 'nn 


88. 


anDy!5:DbT 


89. 


nDHD m.b^ 




a Wadd possède une bête, w 


90. 


jn 3^3 ÏD3 no 


91. 


nbjrsxi n':jnni 


91 


mi nisp 



i 


IIRVUE SÉMITIQUE 


93. 


no-iS 


9t. 


nann my 


95. 


mspD 


96. 


mpyjxb 




-pyii 




■\)ùn p 


< Par An-Oqdatf?) et Dad-Nask, fils de Tag'u (?). » 


97. (P. 


301.) nnbx'j 


98.(De6.idr.) l,D;n "j 




dxdV 




a A Sa'sak appartient le chameau. » 


99. 


rnD3 'Nx'î 




a A. possède une chamelle. • 


100. 


Tt-ojn nib 




pi p 


Je considère la filiation comme une addition postérieui-e 


« A Bam, (ils de Natan, appartient cette chamelle. » 


101. 


pa&> 




3'n3 


102. 


2bp p VD'l 




« Waïmai.l (»), fils de Qalb. » 


103. 


iDoiy 


loi. 


113 p rnob 




. Par Sahatl, fils de Kakh (!). » 


105. (P 


30S.) {deux fois) 




Db'iy 2DD p yi'ao 




« Sabyaga' {?), fils de Kasab 'Uwaïliui. » 



LES INSCRIPTIONS PROTO-AKABES îUS 

c Par Bas, fille deGan. » 

107. (De g. à dr.) ^î^vb D3nDVi 

« Ni'mat-Bam (?) à Samad. > 

108. pD2b • 

109. jnjb 

« Par Natan. » 

110. DD ubhb 

112. (P. 303.) nrn \mz p d3V 

< 'Abbas de Badathan, son ami (?). » 
Même personnage que n" 48. 

iu. '-lyynjri W t^ 

Mêmes noms que 42 où figure un 3 avant le p. 

116. VmDDjiDNb inDiny non^n 

« Ha'âdh-sim (?), serviteur de Kiiw (?)... » 

117- -i2yi "ii^y^n 

« Ha'ân-Wadd... » 

119. (I*. 304.) îjo:n mDiV :rin-n 

«... àWakidat appartient le ctiameau. » 
a A Lad appartient le chamoau. » 

<2<. Tjnn • n:j 



m 


REVUB SÉMITIQUE 


<3i. 


A ... appartient le chameau, s 


183. a) 


-noh 


ta. 


pmao îXDv ix-o 


(P. 307.) 


nnà 


Près d'un q'ar. 


1. (1>. 308.) 
2. 




3.0) 


ijno 'n: 'ran 


») 


;bnD 


(P. 309.) c) 


pmDj 


4. 

5. 
0. 


XD Dfi 22ÏÏ bxDs «njn 

n'irnn ;d nniff n'53n 

nx'Dnb 


7.0) 


nySVin 




nnv p 


8. 

9. (P. 310.) 


aann 


10. 

H. 

12. (P. 311. 


'3ny nsDO 
« Voyageur (?) 'OlM. . 

nïsy arh 


13. 

cr La 


qpnnb nDnsn 

jument appartient àfien-Hataf 


Qagr près de Teima (p. 327). 




xotoaj? • h 

. Par Amsama' {?). » 



LES INSGBIPTIONS PROTO*ARABBS 343 

Tebouk. 

1. (P. 347. De g. à dr.) n'-innob 

« Par Muhatilat (?). » 

2- nx)D"i3V nVnDb nintà 

c Par Ahnah Maktalat, *Âbd-Miat. > 
Sur un rocher (p. 365). 

(Deg.àdr.) ^rlDnbX ''JNl b'^T'h 

« Par Ya'lil Waïl de la tribu de.. . » 

3. (P. 366.) yon Tojlj 
Au qçêr (p. 368). 

*• '^ûDbs p yn • 

Gbâr el-Ham&m. 

2. (P. 372.) Dybiy sbj; nn 

3. o) ij^n 

*) (De g- à dr.) ^K n3 nblip 

« Qathilat, fille de Ab (?), » 

4. (Deg.àdr.) noi^DiT p 

5. (P, 373.) nra p cjî: p 

« A Takd appartient le . . . > 





ayai 


n. 


DjrbDii non niyi 


12. 


Dbnj mna ••n'? 



di6 REVUE SÉMITIQUE 

"•jaii roi r^i 
1 5. jobtû^i 

16.(P.376.Deg.àdr.) nVlDDinna 

17. ny3:i 

«0. rui'im"' 





^JD 


Qflrit el- 


.•A84r(p. 380-392). 


1. 


\1» 


2. 


ybb D3m bbonV 


3. 


njrnMjvib 


4 


*iib nn noj^D 


5. 


noy: 




€ Autruche. » 


6. 


mip 


7. 


. nno :Dai33 


8. 


n-iD3n p j^^b 




a  Ya* appartient la chamelle. » 


9. 


■ 




DDisn 


« 


A ..., filsdeYawi, appartient la jument. » 


10. 


e\m 




« Par Lab f . » 


11. 


-ipoi 'bvb nn: -3 


12. 


msDb 3^12 





LFS INSCRIPTIONS PROTO- ARABES 


13. 


rnii -DD :dd3 


1i. 


non: 


15. 


nno Dn:m 


16. 


rbnbb 


17. 


b^ma 




ce Bana-iiél. » 


18. 


bD3nv 




fnam 


20. 


Mi2 


21. 


nnnn ' 


22. 


razb 


23. 


bn-^iD VnDo M3n 


24. 


bo-inb pinV 


25. 


'?D:n DibDD 


26. 


nmnn nsnv lînn 


27. 


p:?D DD nnrn 


28. 


bNim iosvn 


29. 


m ^2ib 




« A Wabi-Wadd pitié. » 


El-Rouqqab (p. iOO). 



347 



« Je suis Lêl, fils de Ghubyân. » 

« A Khaiiir (?) appartient le chameau. > 
« A Ak (?), fils de Sa^d, appartient l'ânesse. » 



348 REVUE SÉMITIQUE 

c A Khamél appartient le chameau. » 

Sauf ^pn Vk ("'^'" ^^ tribu) tout le reste est douteux ; la 
ligne supérieure semble être la suite de la ligne inférieure et 
doit se lire de gauche à droite. 

26. (P. 40Î.) a''^Ef (ennabatéen) 

« Paix. — Par l.afk {?) le Khbite. » 
« DeQalban (ou Manqal, Hls de...). » 

Etsieb (p. ilO). 

«) bh?D 

« Muqatil. » 

b) (P. 41 \ .) t,n^N 

63. i) (P. 424. Deg.àdr.) 

inn:n 3vy*'?iD p nvbn 

(( Khaiçat, fils de Saul. . » 

92. (P. 440.) hmn p D-in 

« Hars, fils de Harta (?). » 
a) (P. 441 .) I p I DD 

D-12 
« Sim, fils de Haram. » 

*) -1J3N p n^3 

€ Balib (?), fils de Abgar (?). » 

o) \y\ noin 

« Hadhma... Paix. > 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 349 

^) VxD • • • D» 

mnj I p 

e) (P. 443. De g. à dr.) nbs)'? 

«Sa'dêl. » 

El-Mkattabeh. 
a) Sur la paroi est 

a) (P. 472.) 5j^-,3i 

*) DJNDîo nm 

*) VD2 nnj^ nya 

*) (P. 473) nopD -m»? Voj 

« Un chameau de (pour?) Wadd Marnât (?). » 
c  Hadal appartient le chameau. > 

< Â Hathal appartient le chameau. » 

xûnjb on Kn^n ddx i^b nbxn 

« Que Dieu maudisse Alam ...» 

»") in: 



3fiO REVUE SÉMITIQUE 

0) (P. 474 ) ji3 ny&i nii 
p) ny''?yssb mi 

r) nv!<2î>X3 

») DTX ■'ÏP p -lyDN vnn 

« Gralilie As«d, fils de Ua'i. . . » 

1) iDxn 

a Le lion. B 

11) bDjn 

« Le chameau. » 

v) (P. 47.5.) Sojn 

nDy:n''7 ■ 

M Le chameau appartient ît Han°imat. » 

1») ':x3i:'W nab 

X) ion I m»'? 

îVbdÎ3 nnaD nxn 

») PDOS 

îDn'n p 

. Par Miiiiiriin, fils de HalliMinii (?). . 
z) (P. 476.) IDbia"? 

boï p 

« A Barikmou (?), fils de 'Amil, appartient le chameau. 

aa) . 7)2"]^ Diyn 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 351 

c Par la faveur de ThaHam (?) à Asnftn de Al-Man. » 

ce) D I "jyD 1 p ' rhiin 

« Le chameau appartient à Mudhkar. » 
ee) (P. 477.) -|«inK ID IVÎI ]D milS aDinj^H 

/•/•) (P. 478.) D3«o 3jrn lîna 

nD3X» 
b) Sur la paroi ouest. 

« A Ar'at appartient le chameau. » 

c) ÎDxn'? • 

d) (P. 479.) yg^ îjani DN3 Dy TID 

<*) ''?jr p[jr]D iv"n 

« ParThab'at. » 
« Par Temandad. » 

9) pnoS 



I^lf-^ 



»s 


REVUE SÉMITIQUE 




n::; n:« m: 




p"iDjy bna |n"Q 


h) (P. 480.) 


bnjTD p bob 





jrnrrD: k-idh ""nto 


n 


mpîTob 


k) 


Nvo by pj;d M3n 


l) 


bojn -135^ []h îNib 


m) 


i'hboy vnD2 


n) (P. 481 .) 


"msn p ynnVb 




bojn 


« ALahtha'(?), 


fils de Dairat, appartient le chameau. 



o) n:Dyb 

niDH 
p) rij?"io3nxN-in2n 

î) Dnp n3 bnm 

« Waddêl (?), fille de Qabm. » 
r) bm p "iDXb 

t bD:n 

« A Amr, fils de Radal, appartient ce chameau. » 

«) (P. 482.) pj^D bn2n . 

« Fortifie SaMan ! » 
t) (P. 483.) jpnD D21j 

n^br bnb 

Ruines d'un q^èr. 

a) (P. 490.) n^n -ibDb 

€ Par le prêtre du temple (?) de 'Aq ..• (?). » 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 353 

tf)(Deg.àdr.) 3Dn T1D3 

d) (P.491 .) (Deg.àdr.) opia S2nb 

« Par Habib Barqas (?). » 

G. Abou-Mghêr. 

7. (P. 499.) ^^'^''^^^ mniVDb 

15. (P. 500.) ^150^ «3^1, opc-in 

nnni mi Mjn 
(Deg.àdr.?) p ^nto Donv nb 

« Que Wadd protège WthtetGImbdal et Mms', femme 

(no de Sabmat. . . » 

JOriK DNjnjl "IVTî 
< Que Wgdg'm gratifie Atman. 

16. (P. 501.) -^pj-iT njotî^jb 

VxVDIDb 
« Par Mausa'el . > 

^^' "ion i<^i p bDib 

« A Wakil, nis de Waya', appartient le champ (J-?). > 

'^^- lin : -jnyix : mi : ato 

Tracé clair mais inintelligible. 

« A Mair et à Téman. > 



I 



3S4 RKVUK sAmITIQUB 

mD3 yirù 

< Par la grflce de Basrat. » 
23. (P. 502.) V^n 

27. (P. 503.) ny-JI»*? 

« Par Muwâdi'at. > 

28. 2 Dbn Tin pyo ivin 

tnxD ] 

a Que Sa'dan et Wadd gratifient Dha-Tis, 
fils de Muarriâ (?). » 

29. pjTD ivin 

30. TTTÎbjr 

-IX iVD %"wn ibaan p 

« 'Alidh-Wadd(?), fils de Habakilan (?). 
Que SaM protège Âr. » 

31. (P. 504.)o) TTieb 

« Par Majj^war. > 

*) dVi >n:3 

« Par la protection de Hait. » 

32. nT)*»]? pVT 

nyo. Tan 

c Que Sa*d protège Da'inan.son... ' 

33. nbna 

34. nKID 

35. 'pnnS 

36. ' »j2N1 

37.(P.505.Deg.àdr.) pj^o 313nb 

p îbjrb 



LES INSCRIPTIONS PROTO- ARABES 355 







Rt^a Salâmeh. 


1. (P. 512.) 




SD'? 


2. 




•••*'? p 




t 


Par Sab, fils de L... » 


3. (P. 513.) 




îovn iv-ini 


i. 




mil yinv 


5. 


■s 


ion by prD ivhn 

DKDb 


6. (P. 514.) 




' vmob 


7. 




^îûNinn 

VDDDJ 


8. 




n:tovv p 




• 


tâ3D^ 


9. 


r 


• ^iD]; iTi: onj; nib 


10. a) 


m-ip 1 -ni • n 1 i^k> a: 


*)(l». 618 


••) 


Dirptoni 


^) 




bDanaanb 


11. 






12. 




jnin 


13. 






U. 




3DX31D'? 

n 


{A êuiore,) 




J. Halévy. 



Nouvelles Considérations sur l'Origine de FAlphabet. 



Tous les chercheurs qui s'occupent de répandre quelque jour 
sur les questions obscures des origines ont le droit de consi- 
dérer leurs hypothèses comme viables aussi longtemps qu'elles 
ne sont pas battues en brèche par des hypothèses plus docu- 
mentées ou plus conformes à la saine raison. Quand ce cas se 
présente, ils ont le devoir de se rallier à la dernière solution, 
sans égard à ce qu'ils ont soutenu antérieurement. Lorsque 
leur conviction n'est pas complètement gagnée par la nouvelle 
argumentation, ils ne peuvent pas non plus se soustraire à l'obli- 
gation de faire connaître au public studieux ce quMIs main- 
tiennent de leur ancienne opinion et ce qu'ils en laissent tom- 
ber en raison du progrès accompli dans la matière par suite 
des récentes objections menées en campagne par le ou les con- 
tradicteurs. Ce sont des cas normaux ; mais il arrive également 
que la nécessité de revenir à l'ancienne question soit dictée 
non par la production de nouveaux faits ou arguments inconnus 
pendant la naissance de l'ancienne hypothèse, mais d'une con- 
damnation en bloc basée sur le sentiment personnel du contra- 
dicteur qui ne trouve aucune parité entre les détails du problème 
et les détails parallèles de la solution. Quelque dédaigneux 
que soit le ton d'un tel rejet, il faut en tenir sérieusement 
compte. Ce que l'un dit ne pas voir, les autres peuvent aussi 
ne pas l'avoir vu sans sentir le besoin de l'annoncer expressé- 
ment. 11 devient indispensable de renforcer par un nouvel 
examen le relief de l'ancienne solution afin d'éviter qu'elle ne reste 
inaperçue des chercheurs studieux et tombe ainsi dans l'oubli 
qu'elle ne mérite peut-être pas. Ce cas se prosente actuelle- 
ment au sujet de l'origine de l'alphabet. Le récent mémoire 
que M. Lidzbarski a consacré à ce problème (Ephemeris, II, 
p. 109-136) expédie de Rougé et moi dos à dos en quelques 
lignes. On y lit (p. 128) : a Je ne connais les signes égyptiens 
que par des tables d'écriture, mais autant que je puis voir 
moi-même comme profane, les dérivations admises des signes 
hiératiques et hiéroglyphiques respectivement par de Rougé 



l'origine de l'alphabet 357 

et Halévy sont très iovraisemblables. Surtout dans les rappro- 
chements d'Halévy je ne puis découvrir aucune ressemblance, 
«t chez de Rougé les concordances diminuèrent au fur et à 
mesure qu'on trouva des formes plus anciennes'. » Si M. Udz- 
bartfki avait lu mon étude avec moins de distraction, il se serait 
aperçu que ces observations résument simplement deux des 
principales objections que j'ai faites au système de M. de Rougé : 
le manque de toute similitude entre les lettres phéniciennes et 
les formes hiératiques comparées, le choix éclectique de for- 
mes sémitiques récentes pour effectuer les rapprochements. 
Sans cette distraction il aurait dit avec plus d'exactitude au 
moins : « Halévy n'a pas vu que son principal argument con- 
tre l'origine hiératique peut être tourné contre l'origine hiéro- 
glyphique qui ne fournit pas non plus de formas concordantes. 
Hais passons la nuance peu stricte de la remarque et abordons 
le fond de la question : L'écriture hiéroglyphique offre-t-^iie 
une base solide à. l'explication de l'alphabet phénicien ou bien 
doit-on chercher une nouvelle solution? 

DIVERSES THÉORIES 

On doit à Emmanuel de Rougé les preuves définitives en fa- 
veur de la thèse mollement défendue avant lui que l'alphabet 
phénicien a sa source dans le système graphique de l'Egypte. 
Par une longue série d'exemples empruntés à une masse de 
documents de toutes les époques de l'histoire égyptienne, il 
a établi le premier les règles presque immuables de la trans- 
cription de mots égyptiens en phénicien et de mots phéniciens 
en égyptien. On parle couramment aujourd'hui des traits 
communs à ces écritures : direction de droite à gauche, acropho- 
nie, consonantisme, indication insuffisante des voyelles, etc., 

1. Die àgjrptischen Zeîchen kenne îcti nur .tus Schriritafeln, abor Boviel 
kum ich selbst bIb Laie sehen, dass die Ableitungen De Ruugti's und 
H»lfivy'B aua hieraliachen, beiw. hieroglyphiachen Zeichen sclir unwahr~ 
Bcbeinlich sind. In Halévy's Zusammenstellungcn kann icU ùberhaupt 
keine lEhnlichkeit licrauarinden, und bei De Rougé wurden die Ueber- 
einstiinmungen uni so geringer, je àhero Formen dcr semilischoo Sohrift 
man f&nd. 



RETÛE SÉMITIQUE 

e Bougé qui leur a donné tout le prestige nécessaire 
re élevés au rang des faits acquis dans la sdeoce épi* 
[ue. On verra tanlât que ces prémisses inréfraKoblet 
t toute possibilité de reléguer la constitution de l'atpha- 
s le vague d'un contact très superficiel avec les carac- 
gyptiens. Sur ce point la lumière a été répandue à 
)n et ce n'est pas de la faute de H. de Rougé s'il reste 
des savants qui préfèrent les silhouettes aux figures 
es et éclairées k plein jour. 

la théorie de M. de Rougé laissait voir de graves dé* 
ans Tapplication comparative, défauts que j'ai spécia- 
ins mon étude de 1872 lue devant l'Académie des 
;ions et belles- lettres en présence du grand égyptologue. 
Jle cherche tes modèles égyptiens dans récriture hiéra- 
ïcriture compliquée, aux contours capricieux et indé- 
>le sans une connaissance préliminaire du système hié- 
lique. 

!lle s'efforce de trouver pour chaque lettre de l'alphabet 
le correspondant égypiien, tandis qu'en réalité nombre 
ies sont viâiblement dérivés de signes plus primitifs, 
nent n de n • D de n ^^ d'un autre élément, -^ de j, 
, T de B ou vice versa. 

:ile fail des rapprochements dépourvus de toute simili- 
latérielle sans même essayer de tracer la méthode em- 
dans la transformation des signes originaux. 
; troisième observation, surtout dans la partie initiale, 
>e même à de simples amateurs ou curieux, et par con- 
l, l'hypothèse de H. de Rougé, après avoir attiré Pat- 
publique par l'autorité de son auteur comme académi- 
, égyptologue, a été mise de côté et pour ainsi dire 
de la circulation. 

propre hypothèse a été jugée assez vraisemblable par 
Wellhausen et Ph. Berger. Elle a au moins l'avantage 
implicite. La table suivante contient une liste de signes 
yphiques avec leurs dérivés phéniciens, ainsi que les 
: éventuels de ces derniers. Les formes de transitioD 
ées antérieures à l'inscription de Méda' sont mises entre 



l'origine de l'alphabet 359 

HIÉHOGLYPHES PHÉNICIEN ARCHAÏQUE 

4 

f t ) 7 i ( Y,Y?r«) r 

Celte table donne lieu au classemenl suivant : 

a) 11 signes directement tirés de types hiéroglyphiques; ce 

sont : j(, 2» D' "I» D> B'» J' n» p» V H- Toute la série se 
compose de consonnes pures sans la moindre valeur syllabique. 
6) 1 1 signes produits additionnellement par voie de diffé- 
renciation diacritique, notamment : 

a) t et 5f de q. 

y) jde^. 

«) T et ^ <ïej-). 
Ç) p de y. 
vî) ^ de fi, 
e) n et 1 de, n. 




360 REVUE SÉMITIQUE 

Fail important à noter. Les hiéroglypl 
servi eu égyptien même à exprimer les d 
Uves r et /, A et g, ( et rf, w et ^ que les 
fientées par les lettres analogues i et ^j, • 
L'inventeur de l'alphabet a donc conni 
méthode employée par les scribes phar 
crire les mots étrangers et tout spécialeme: 

En ce qui concerne les modifications 
hiéroglyphiques en devenant des lettres 
gard jeté sur la table ci-dessus Tait recoi 
assez précises. 

1 . La base Termée du type est rappor 
lieu de la lettre : 9 de J, a de s ; d 
base disparait. 

2. La base linéaire du lilil simplifié en 
deux lignes obliques convergeant au soi 
vertical, W; le IH, placé debout 2 et 
donne également sa petite base linéaire 
nettement rondes ou angulaires ne s'ouvr 
valions de second degré : b pour /» et X 
d'éviterla base fermée, tendance graphiq 
méro précédent. 

3. Les types doués d'une ligne horizon: 
sont mis debout pour prendre une positi 
—, a pour 3, ( pour /-«, [" pour • — . 

i. On réalise la différenciation des lett 
1* En donnant à l'une une forme rondi 

anguleuse : O en face de ^. 

3* En ajoutant ou en retranchant un tn 

face de ^, ^ en face de 9 et de a,, 

en face de -w, J en face de 1, , 3. = 1. er 

face de H. 



1. Les caractères hiéroglyphiques et pliânJc 
article nous ont ttë prCtés par l'Imprimerie Na 



l'origine de l'alphabet 361 

prolongement des lignes Tormant un angle : x. 
de A; b (b) en face de -=-. Ce procédé, produit 
naturel de l'écriture rapide avec le catam, a souvent lieu Bans 
luotif de dirrérenciation ; c'est à ce mouvement qu'est due la 
physionomie particulière de l'écriture proprement phénicienne 
qui a singulièrement multiplié le nombre des queues ou hastea 
descendant au-dessous de la ligne : <t pour a, 4 pour 3, q 
pour B. 

4* Par voie de composition : X r{- O = 9 ; le son du ^ 
sémitique se compose en effet des consonnes p ety prononcées 
d'une seule émission de voix. 

Il suffit de réfléchir quelques instants pour s'apercevoir que 
ces divers moyens de dérivation et de différenciation ont été 
et sont encore usités dans toutes les écritures du monde. 
Pour rester tout près de nous, comparez : r(gr.) = C (lat.), 
A = D (formes cambrées), P^ R (addition d'un trait); i et j 
(prolongement); Y =^V (abandon d'un trait); A — d=îd (pro- 
longement supérieur); c et ç (trait diacritique); c et eh en 
français et en anglais, s et sh, t et th en anglais (composition 
de deux consonnes, etc., etc. 

Il est temps de faire connaître à nos lecteurs l'opinion con- 
traire exposée dans VEphemeris; nous ne pouvons mieux faire 
que de traduire très fidèlement cet important passage (p. 13i- 
135). c Ainsi de quelque côté qu'on examine l'alphabet, on 
n'arrive à établir nulle pari un système fixe. D'avance on ne doit 
déjà pas s'y attendre. Car on doit imaginer son origine d'une 
manière fort peu différente de celle qu'emploie un enfant qui se 
met parfois k grouper ensemble une écriture désignes. De lui- 
même, sans savoir que l'on peut fixer les sons particuliers par 
des signes, il n'y serait jamais venu, et de même ce Sémite de 
l'ouest ou Cananéen n'aurait jamais inventé l'alphabet, sans 
connaître un des systèmes graphiques antérieurs. G. Rawlin- 
soD nomme avec raison les Phéniciens adapters rather than 
mventorg. Maintenant quelle écriture a donné l'impulsion &• 
ce Phénicien? En soi, ce peut être aussi bien l'écriture méso- 
potatnienne que celle de l'Egypte. De la première nous savons 
qu'elle a été répandue vers 1 500 sur le territoire des Sémites 



8 REVUE SÉMITIQUR 

cidentaux. D'autre part, on trouve en Phénicie et en 
,l«stine, notamment partout ou l'on aborde tes traces des 
léniciens, des objets qui sont couverts de représentations et 
signes graphiques égyptiens. On peut même y observer des 
;ne8 qui ressemblent aux lettres de l'alpbabet. Gonséquem- 
!nt l'idée d'un appui sur l'un ou l'autre système est possible, 
lutefois l'alphabet est consonan tique, l'écriture cunéiforme 
llabique ; les signes de l'alphabet sont des figures, les signes 
néiformes au temps où l'écriture alphabétique a dû prendre 
issance étaient connus du scribe ordinaire non comme une 
riture à images, mais comme un système de traits linéaires ; 
Iphabet est acrophonique, le système cunéiforme ne Test 
». L'écriture égyptienne, au contraire est acrophonique et 
nsonantiqueetsecompose d'images. Effectivement il ne reste 
js aucun choix à faire. Voilà pourquoi je vois dans l'alpha* 
t le fait d'un appui sur l'écriture égyptienne, la création 
m homme de Gana'an qui avait connaissance de l'écriture 
yptienne et quelque chose de son système, mais dont la coq- 
issance n'allait pas jusqu'au point d'en pouvoir aussi em- 
unter quelques signes spéciaux. S'il eût été pluseiactemeot 
Tiiliarisé avec elle, il n'aurait pas inventé de nouveaux signes, 
lis il aurait agi à l'égard de l'écriture égyptienne comme a 
i le Perse avec l'écriture babylonienne. » 
Je ne crois pas que dans une question aussi importante ' on 
issB se contenter d'une solution si dépourvue de points de 
père et d'abouLissaiils, et qui par surcroît donne lieu à des 
ntestations sur presque tous les détails du savant exposé 
l'on vient de lire. Suivons pas à pas l'argumentation de 
.uteur. 

On ne trouve nulle part de système fixe, bien entendu, 
un système fixe de dérivation. La proposition serait adéquate 
a réalité si l'adjectif « fixe * et l'adverbe nulle part ne lui 
aient pas donné une portée excédant les limites que la raisoD 
; fait est en droit de tracer. En cas d'emprunt d'une écriture 
iginale par un autre peuple, l'identité des types ne peut se 
nserver qu'à condition que les deux peuples restent longtemps 
I contact l'un avec l'autre. Si les Grecs et les Araméens ont 
irdé aux époques primitives l'écriture phénicienne pure, c'est 



l'originb de l'alphabet 363 I 



qae la Grèce insulaire et continentale foisonnait d'établisse- 
ments phéniciens où, pendant des siècles, les étrangers com- 
muniquaient journellement avec les indigènes au moyen de 
leur écriture. En Asie, Phéniciens et Âraméens vivaient en 
étroit voisinage, voire dans les mêmes grands centres bien 
avant l'invention de récriture, sans compter la circons- 
tance que leurs langues ne différaient entre elles que par de 
menus détails qu'on désigne par provincialismes. Les circons- 
tances étaient tout autres en ce qui concerne les rapporta 
entre les Phéniciens et les Égyptiens. Ceux-ci n'ont jamais 
envoyé de colonies ni fondé une seule factorerie commerciale 
en Phénicie. Le seul Pharaon qui ait fait des conquêtes dura- 
bles en Syrie, Tutmès III, n'y a laissé que quelques garnisons 
peu nombreuses qui n'ont pas tardé à se fondre dans la masse 
des Sémites. L'élément vraiment civilisateur, la littérature et la 
correspondance officielle, était resté comme auparavant foncière- 
ment babylonien. Si donc la base de Talphabet est incontestable- 
ment d'origine hiéroglyphique, les formes des signes singuliers, 
séparées dès leur naissance des modèles dont elles sont issues, 
devaient fatalement se modifier sous la main des emprunteurs 
improvisés qui cherchaient à se procurer des symboles phoné- 
tiques arrangés selon leur goût personnel. L'analogie est la 
seule chose qu'on peut demander dans un pareil cas et l'ana« 
logie s'y montre en effet à un degré qui dépasse parfois notre 
attente. Des ressemblances comme celles de ^ et ^, ^ et t, 
uj et W, û et A se passent de commentaire. Nos lettres a, s 
(«), 8 et d, réductibles en somme aux majuscules A, Z et D 
sont déjà à une distance énormément plus considérable. 

Un systènie qui emploie des moyens de différenciation de 
cette nature peut en toute conscience, je crois, être qualifié de 
fixe% même dans une adjiptation conventionnelle comme Talpha- 
bet hiéroglyphico-phénicien. L'expression nulle part ne vise 
que les rapprochements avec l'écriture cunéiforme qui donnent 
libre carrière à toutes les fantaisies. Ma théorie a précisément 
pour elle la fixité et la régularité des transformations admises. 
Peut-on demander davantage ? 

Après avoir retiré du milieu le système cunéiforme qui n*a rien 
à voir avec Talphabet phénicien , il demeure encore hors de 



I 



n 



36i REVUE SÉMITIQUE 

doute que Tadaptation sémitique équivaut à une véritable 
création. En dehors d'une classe très riche de signes syllabiques, 
les scribes égyptiens ont à leur disposition plusieurs signes 
particuliers pour chaque consonne et pour chaque voyelle de 
leur langue et cependant Tusage qu'ils en ont fait durant les 
milliers d'années de leur activité littéraire est le plus médiocre 
qu'on puisse imaginer. Passe encore pour les mots de leur propre 
idiome où le procédé vague et sténographique peut encore 
s'expliquer par la conviction partagée par eux que le lecteur 
indigène, après quelques tâtonnements, ne tardera pas à de- 
viner la lecture exacte. Pour les mots d'origine étrangère et 
tout spécialement pour les noms propres, les transcriptions 
égyptiennes présentent des énigmes à tout jamais insolubles. 
Bornons-nous à deux exemples : Aménophis III était en relation 
amicale avec le roi d'un pays écrit en hiéroglyphes îrs^ et c'est 
ainsi qu'on lisait ce nom depuis Ghampollion jusqu'à ladécou- 
verte des tablettes babyloniennes d'EI-Amarna qui nous appri- 
rent que le nom vrai du dit pays était Alasiya. D'autre part, 
le pays des rtn{n)u en Syrie, le but d'innombrables invasions 
de la part des Pharaons, est encore de nos jours l'objet des 
transcriptions les plus diverses : reten^ ruten^ lotan^ loda-- 
nun^ etc. Bien rarement les voyelles sont mises à leur place 
naturelle et on les voit souvent accumulées sans aucune néces* 
site appréciable. L'auteur de l'alphabet a mis fin à toute con- 
fusion en ce qui concerne les consonnes : la distinction entre r 
et l^welf^telda^ été rigoureusement établie. Les voyelles 
hiéroglyphiques ne pouvaient être d'aucun usage dans une 
langue comme le phénicien où toute voyelle initiale est précé- 
dée d'un esprit doux ou j{. L'absence d'une vocalisation interne 
ne constitue pas de grosses difficultés dans cette langue qui n'a 
seulement que les trois voyelles fondamentales a, t, u. Quand 
la distinction devenait indispensable, l'indication sommaire de 
, u par les semi-voyelles i et <) semblait suffisante. Sous l'em** 
pire d'un besoin de vocalisation sommaire encore plus pressant 
les Grecs ont généralisé l'usage des semi-voyelles afin de pré- 
ciser la prononciation vocalique de chaque consonne. Ils poa-> 
vaient le faire d'autant plus facilement que les sons n ^^ 9 
absents de leur langue les invitaient à donner à ces lettres une 



l'origine de l'alphabet 365 

valeur de voyelles qui en forment Técho, savoir S et o; cela 
s^est fait par degrés : dans les plus anciens textes, E» le reflet 
de ,-7, marque indifféremment e et ^,et H, copie de n» représente 
encore le son guttural qu'il a dansfalphabet phénicien. 

Enfin» il faut absolument renoncer à l'idée d'accorder à 
l'inventeur phénicien la possibilité même de créer en toute 
liberté les signes particuliers qui composent l'alphabet. Fût-il 
même doué de l'intelligence d'un Aristote, il aurait piteusement 
échoué. H y a pour cela une raison péremptoire. La concep* 
tion d'une consonne pure est aussi impossible pour un illettré 
que la musique pour un sourd-muet de naissance. En sortant 
de l'état pictographique, l'écriture devient nécessairement un 
système syllabique en conformité avec les mots audibles de la 
langue qui» pour les Phéniciens en particulier, se composent 
exclusivement de syllabes tantôt ouvertes où l'élément sonnant, 
la voyelle, ne rencontre aucun obstacle : ba^ bi^ buy etc., tan- 
tôt fermées, dans lesquelles la voyelle est arrêtée par la subite 
opposition des divers organes de la bouche : aby ib, ub, etc. 
Un inventeur sémite ne sortira jamais de ce syllabisme et la 
conception de la consonne isolée lui restera à tout jamais étran- 
gère s'il est laissé à sa propre inspiration. Par contre l'isole- 
ment de la consonne s'effectue sans la moindre difficulté par 
un inventeur qui parle une langue pareille à Tégyptien, qui fait 
souvent usage de mots commençant ou se terminant par deux 
éléments aphones consécutifs : spot^ klirUy bartj sepSj etc. Pour 
rendre ces sortes de complexes, il sera forcé d'écrire sa-potj 
ki-lim^ bo-rotf se-pis^ mais pour se conformer à la prononcia- 
tion réelle, il fera aussitôt abstraction des voyelles auxiliaires 
a, if et parviendra ainsi à la conception des consonnes s, k^ 
r, t,Pf s. A la longue il se fait une sorte de sélection au sujet 
d'un certain nombre de signes fréquemment usités qui devien-. 
nent de vraies consonnes dépouillées de tout écho vocalique. 
Cette transformation était depuis longtemps un fait accompli 
dans les hiéroglyphes lorsque l'inventeur phénicien leur em- 
prunta onze modèles. Mais sans cette matière primaire l'alphabet 
n'eût jamais vu le jour. 

Relativement aux noms des lettres, il me paraît inutile d'y 
chercher un rapport quelconque avec leurs formes respectives : 



366 REVUE SÉMITIQUE 

aleph ^ 08 rappelle en rien une tète de bœuf S bit ne ressemble 
pas à une maison , pas même à une tente; gimel n^est pas 
plus un chameau que daleth n'est une porte, etc. Ces noms 
sont d'un caractère mnémotechnique répondant à des analogies 
d'apparence plus ou moins superficielles. Un fait aussi évident 
n'a jamais dû être méconnu. 

Ces noms nous intéressent à cause de leur haute antiquité re- 
montant à la constitution même de Talphabet. Ici une observation 
s'impose. Les Grecs ont reçu ces noms sous la forme originale 
phénicienne ; plusieurs ont été altérés par des causes diverses, 
mais. une partie des moins entamés comme Tafifix (= rofAX»), 
29ra/Pû(=:Tûç), Itxv (pourScv) l'emportenten originalitésur les 
formes traditionnelles hébraïques Gimel (Vd^J)> ^oXn^ Rêé 

(g^i-j), pjçf dont Pétrangeté est frappante. L^influence ara- 

méenne n'est sensible qu'en partie; il y a donc un autre 
facteur d'altération encore inconnu. Quant à Tordre des 
lettres dans l'alphabet, la tradition des Sémites du nord et des 
peuples helléniques en atteste la haute antiquité. Sur ces deux 
points les changements introduits par les Arabes et les Éthio- 
piens sont attribuables à certains scribes en renom plutdt qu'à 
des traditions différentes. Si les modifications éthiopiennes re- 
montaient à Tépoque aksumitaine, on pourrait se demander si 
elles ne viennent pas des colonies sabéennes qui habitaient 
alors dans quelques cantons de TAbyssinie orientale ; mais, à 
moins de découvertes épigraphiques extraordinaires^ la lumière 
ne sera jamais faite là-dessus. 

Retournons à notre sujet particulier. L'inventeur de l'alpha- 
bet doit être envisagé comme un personnage haut placé dans 
la classe dirigeante de son pays. Chez les Sémites le scribe {^jq , 

tupsar, ^DËD) ^ADÎ^it 6" même temps le bftton du comman* 

dément (Juges, v, 1i; Jérémie, li, 87). Un simple particulier, 
slirtout un brasseur d'affaires poussé par l'intérêt de son com-* 



i. Notre table comparative (p. 359) montre que la forme de Talpha 
grec ancien, dont les lignes obliques ne dépassent pas la ligne verticale, 
est antérieure à la forme phénicienne, dont les lignes obliques font saOlie 
et peuvent rappeler des cornes. 



L*0RI6INE DE l' ALPHABET 367 

roerce, peut inventer une écriture qui convienne à son goût, mais 
il aura d'énormes difficultés pour la propager intégralement 
au dehors. Et de plus, chaque emprunteur y apportera nécessai- 
rement certaines modifications en fait de forme on d'usage qui, 
8*accentuant de plus en plus p^r le passage de main en main, fini- 
ront en peu de temps par devenir indéchiffrables pour l'inventeur 
lui-même. Pour conserver sa physionomie primitive, récriture 
doit émaner d'une autorité incontestée et être propagée par le 
pouvoir administratif du pays. Quand le peuple sait que ses 
requêtes et ses demandes auprès du gouvernement et de l'ad- 
ministration doivent être faites par écrit, il tâchera d'imiter 
aussi exactement que possible l'écriture officielle afin d'éviter 
toute erreur dans le contenu et tout retard de réponse à 
cause de Tillisibilité des pièces. A force d'habitude, le maintien 
des anciennes formes devient naturel et, l'instruction scolaire 
aidant, il peut durer très longtemps. De nos jours même le 
maintien de l'écriture glagolitique en Russie malgré la supé- 
riorité de l'écriture latine vient de l'administration civile et re- 
ligieuse, et le jour où les gouvernants adopteront l'écriture eu- 
ropéenne ordinaire, ils seront suivis par les cent millions de 
gouvernés. 

Le berceau de l'écriture alphabétique doit donc être placé 
dans une métropole phénicienne qui rayonnait à l'époque de 
rinvention sur tout le reste du pays. Cette suprématie faisait 
dès les temps immémoriaux l'objet d'une rivalité entre Tyr et 
Sidon. A défaut de données historiques nous nous abstenons de 
faire un choix. Cependant il ne s'ensuit pas encore que l'inven* 
teur de l'alphabet fût originaire de l'une ou de l'autre capitale. 
On songe involontairement au rôle singulier que la ville de 
Byblos semble avoir joué en Phénicie. Selon la légende égyp- 
tienne rapportée par Hérodote, les membres déchirés d'Osiris 
jetés à la mer par Set ont échoué sur le rivage de Byblos, de 
sorte que la déesse Isis, pour ramasser les membres divins, fut 
obligée de se rendre dans cette ville. Sur le conseil des prêtres 
égyptiens eux-mêmes, le père de l'histoire s'y rendit effective- 
ment dans le but d'apprendre exactement la tradition sur ce 
mystère. Preuve incontestable que le culte d'isis y florissait 
depuis longtemps. A la même époque perse, l'inscription du 



• .'^r>"' 






>■..■■ 






».«( 






> .< 









368 



REVUE SÉMITIQUE 



roi Yajiawmalik (n^in^) nous révèle le nom sémitique de la 
déesse locale, savoir Ba^'alat-Gebal (^33 nb]^3)> « maîtresse 
de Gebal y>. Yahawraaiik la prie de loi accorder la santé per* 
sonnelle, un règne long et prospère sur le trône de Gebal, la 
sympathie des autres dieux, celle de ses sujets et celle des 
peuples étrangers. Dans l'état de vassalité où il se trouvait à 
regard de la Perse et en raison de la faiblesse matérielle de 1^ 
ville qui lui défendait toute envie d'expansion politique, ne fût- 
ce qu'au détriment des petits états voisins, Yahawmalik de« 
mande à la déesse tout ce que son ambition pouvait imaginer 
pour son bonheur. Environ mille ans plus haut, au xiy* siècle, 
les documents d'EI-Amarna .nous présentent la même déesse, 
sous la forme babylonienne BêUt-Gubli, exerçant la souverai- 
neté suprême dans la religion locale de Byblos. En écrivant à 
Aménophis IV, le gouverneur Rab-Addi de cette ville, Tun des 
plus écrivassiers des préfets égyptiens de la Syro-Phénicie, 
manque très rarement de placer dans le prologue la bénédic- 
tion : < Que la Dame de Byblos accorde la puissance au roi 
mon Seigneur ]> (An^Bilit Gtiblitidênagga anasarribéliya). 
Dans aucun document d'une autre provenance, on ne trouve 
une pareille eulogie au nom de la divinité locale. Le gouver- 
neur savait donc que cette déesse jouissait d'un respect parti- 
culier dans la vallée du Nil et tout spécialement à la cour du 
Pharaon. Un tel respect témoigné de la part du grand roi 
égyptien à l'égard de la déesse d'une petite ville étrangère n'est 
explicable qu'en admettant que Bêlit-Gubli (=Ba''alat-Gebal) 
était considérée par lui comme identique à la grande déesse 
de son pays, Isis la myrionyme. On peut, sans courir grand 
risque de se tromper, faire remonter cette fusion religieuse 
au moment où l'autorité du Pharaon conquérant Tutmès III fut 
généralement reconnue en Phénicie. Naturellement cette im- 
portante adoption ne s'est pas accomplie sans la coopération 
de prêtres plus ou moins compétents appelés à enseigner le 
culte d'isis aux Giblites et à l'organiser d*une manière perma* 
nente dans les principaux sanctuaires de la cité, en d*autres 
mots, sans y établir un groupe de prêtres égyptiens aux frais 
de la municipalité. On voit tout de suite comment la connais- 
sance des hiéroglyphes devait prendre un essor particulier 



L*ORIfîinE DE l'alphabbt 36S 

dans les collëges sacerdolaux égypto-phéniciens et commenl 
un membre intelligent de cette confrérie, invité par un dynasit 
de Tyr ou de Sidon pour confectionner une écriture pratique 
pour la langue nationale, a pu y arriver par les moyens les plu: 
simples. L'autorité royale de Tinitiateur, jointe à l'autorité sa- 
crée de l'inventeur, regardé comme agissant sous l'inspiration 
de la grande déesse, a fait tout ce qu'il fallait pour en géné- 
raliser l'uaage et aussi pour la préserver pendant longtemps 
de toute altération arbitraire. En faveur de Byblos, semble té- 
moigner enfin cette circonstance en tout cas remarquable qu( 
le mot grec pour a: écorce de papyrus, papier, livre », ^iSXoi 
ou plus exactement |3û6>a^, coïncide on ne peut mieux avec l( 
nofn de notre ville : Bug>o;. L'écorce de papyrus étant un pro- 
duit exclusivement égyptien, elle n'a pu arrivera Byblos qu( 
comme un article d'importation. Dans quel but, évidemmen 
dans celui de composer des registres et des livres. Ce com- 
merce parait y avoir été très florissant, puisque la matière i 
écrire chez les Grecs commémore le nom de cette ville phéni- 
cienne au lieu de porter le nom égyptien de la plante. E!st-i 
passible de voir dans la coïncidence j3û€Xo:-BuSloï un jeu d< 
hasard sans portée? J'ai peine à l'admettre. Il est permis d< 
chercher l'inventeur de l'écriture phénicienne parmi les ancé 
1res des négociants persévérants et habiles qui pendant d 
longs siècles, ont fourni aux peuples méditerranéens la matiér 
indispensable pour l'usage de l'écriture. 

Il serait assez vraisemblable que l'invention de l'alphabe 
fût la conséquence immédiate de la sémitisalion du culte d'Isi 
à Byblos. Très accueillants en matière religieuse, les Phénicien 
étaient avant tout un peuple pratique et l'utilité de possède 
une écriture nationale dégagée des complications inhérente 
au système hiéroglyphique leur a certainement apparu dès I 
première heure. Lors de la domination exclusive de l'inûuenc 
babylonienne en Syrie ils n'ont pas ignoré que le dieu Nab 
était considéré comme l'inventeur du système cunéiforme 
Quand ils apprirent que les Egyptiens assignaient au dieu The 
Pinvention des hiéroglyphes ils ne sentaient pas plus de scru 
pules contre l'identification de Nabû avec Thot que contre cell 
de Ba'alat-Gebal avec Isis. La réconciliation religieuse n'éta 



370 RKTCK stfMITIQim 

pas plus difficile dans l'an que dans fantre. Mais (^el<m 
{vocessus qa'oc imagine pour ce poist de ooimeietioe, un oit 
me paraît hors de doute. Les tablettes d*B-AQtaniftsappoaeiit 
dêji Peiisteoce de récritore phénicieoae. Ed Totd la preuve. 
Tout en rédigeaDt eau écritorebabylootesne tfoi se dirige ootoi- 
rement de gaucbe à droite, on troore fréqoemmait dans U 
formule : Belit GubL' tîd£ii agga ana sarri bétÏTa (que B.-C 
accorde le pouvoir au roi, noa Seigneur), le mot ag-f4 (pQO- 
voir), à l'inverse pt-^; évidemment le acribe 4 îocDBar 
ciemmeot cédé à son habitude d'écrire de droite k gaucbe qui 
e^ la directioo r^lière de t'écritoFe pbéoidenDe. Ou trouve 
de même le loot um-kmr, c enoemi >, assez soaveat écritfav-M 
dans ta directioD de droite à gauche. Ce fait curieux a été re- 
levé par moi depuis les premiers tempâ du décfaif&reoie&t. 
L'objectioB que les globes phénideooes de cette eorrespoQdaoce 
soDt touj'Mire écrites en cuoéiformes disparaît devant la coosta- 
talioD que les gkees ég^ptieiioeâ ne sont pas non plus rétfigées 
en écriture ogyptienne. Il deaieure donc établi que l'inveotioD 
de Talphabel pbénicieu est coatemporaÎDe des conquêtes de 
Tutmés III en Syrie. 

4. HiOTY. 



NOTES ET MELANGES 



On Mût dans l'inscription de HéSA. 



On eaii que l'inscription do Mésa a été bnuTée h DaybBii «t 
qiM celui qui l's fait ériger se nomme Xâsa, le Dibonite. GoU' 
ment se fait-il que ce mâme Mésa dise, à la ligna 3 : vyff*) 
nrnî53 Itnxh rWÏ riDari' ■ j'"* '"' ^ haut lieu à Kamoach 
dans Qor|)a »? Le mot j^^f\ désigne forcément l'endroit où lA 
stèle était placée, dono à Qor^ai d'aprbs rindcription, mais, 
d'après la réalité, h Dibon, où était sa place naturelle. Le roi 
Mésa s'est-il trompé ou bien la pierre a-t-elle été justement 
transportée \h. oii elle devait être? Je n'ai pas lu tout ce qui a 
été écrit sur Mésa, mais, à ma connaissance, personne n'a 
relevé cette difficulté. 

Pour la résoudre, j'ai été au Louvre, et j'ai examiné pen- 
dant deux heare§ la pierre et l'estampage. Bien qu'aucun de 
ceux qui ont ta l'inscription n'ait émis te moindre doute sur le 
mot rn^ips, j'ai constaté qu'aucune lettre de ce mot n'était 
abeolument certaine. Cependant la lecture -ip;^ pour léa iroiti 
premières lettres et -| pour la dernière est encore la plus pro- 
bat^e. Maie la quatrième lettre n'est sûrement pas un n> Nous 
y voyons plirtOt un ^, pareil à celui qui se trouve dans ptlC'M 
à la ligne 23. On doit donc lire, au moins provisoirement, 
•IM'ipb' * ^ l'appelant >, et la suite est, selon toute appa- 
rence, j^> . rll^i. " Ifi haut lieu du secours t. De la sorte 
ou n'est plus obligé de faire voyager la stèle de Mésa le Dibo- 
nite entre Oor^a et Dibon. Le mot nnip se renconlre, d'ail- 
leurs, dans rinseription, aux lignes 21 , 24, 25, ob la lecture 
ne prête à ancun doute. C'est ce qui a dû amener l'erreur du 
premier qui a tu l'inscription et de ceux qui l'ont suivi. 

Mater LAMBBRt. 



372 REVUE SÉMITIQUE 

Note de la Rédaction. 

Nous n'avons pas caché à notre savant collaborateur la 
grave difficulté qui s'oppose à la forme nKnp> * ^^ l'appe- 
lant », qui ne saurait se rapporter à la première personne, 
en c l'appelant, moi ]», mais seulement à la troisième personne ; 
riNlpa '^'^st pas possible : il faudrait -|nj( ^Xlp3- ^ ^ ^^ 

JfVb nites ^'^^^ P^ "^^ P'*^® conforme à l'orthographe de 
notre texte. Cependant le fait que le n ^^ nnipm ^^ entiè* 

rement invisible sur la pierre, me donne à penser que la lec- 
ture primitive était peut-être n3Tp3» • *^ milieu d*elleji>, 

c'est-à-dire de Dibon même, ville où la stèle fut précisément 
découverte. Sur le reste, voyez mon commentaire plus haut. 

J.H. 



BIBLIOGRAPHIE 

s. Karppe, Étujie sur les origines et la nature du Zohar, précédée 
d'une étude sur l'histoire de la Kabbale, Paris, 1901. 

Les investigations relatives au mysticisme n*entrent pas dans le 
cadre de cette revue. J'annonce néanmoins Tétude précédente 
comme le premier travail d*ensemble écrit sur ce sujet ardu, fruit 
de plusieurs époques de décadence subies par Tesprlt juif après 
diverses catastrophes nationales qui ont troublé la raison d'une 
partie de ses docteurs. Dans ces milieux névrosés, les descriptions 
si transparentes de la création (Genèse, i) et du char divin (Ézé* 
chiel, I) sont devenues deux sources mystiques intarissables et ont 
été entourées d'une superstitieuse vénération. Le savant auteur ex- 
pose méthodiquement l'histoire de ces aberrations cpsmogoniques 
(ma'^asê Berêsît) et théosophiques {ma'^asê merkaba), tenues long- 
temps secrètes et rédigées successivement avec tous les change- 
ments temporels^ après la destruction de Jérusalem, à travers 
l'époque talmudique, jusqu'à l'apparition du Zohar au ziil* siècle de 
l'ère vulgaire. Nous le félicitons d'avoir réussi à mettre quelque 
ordre dans ce chaos grossier et inextricable. Mais quand, entraîné 
par son sujet, il écrit : « On est à peu près d'accord aujourd'hui 
qu'Ëzéchiel est beaucoup plus près de l'époque persane que la tra- 



BIBLIOGRAPHIE 373 

dition ne le veut faire croire » (p. 26, note), il n*est pas au courant 
des nouvelles recherches. Jamais l'ancienne mythologie perse n'a 
connu quelque chose d'analogue à la création de la Genèse ou 
au char d'Ézéchiel. Du reste, M. Karppe se contredit aussitôt, car 
si, selon lui, Ezéchiel cite le Daniel que nous connaissons, il est 
nécessairement de l'époque machabéenne. Le silence do Jérémie 
sur le compte d'Ézéchiel ne comporte aucune conséquence : ce 
prophète ne garde-t-il pas le même silence sur Isaîe, Osée et Amos? 
S'étonner aujourd'hui de la teinte araméenne de quelques locutions 
d'Ézéchiel, c'est oublier le fait avéré que l'araméen formait la lan- 
gue administrative pendant toute la domination assyro-babylo- 
nienne en Syrie. Mais le point le plus curieux, c'est d'attribuer au 
Talmud un sentiment chronologique relativement à l'origine tar- 
dive d'Ézéchiel. Le passage cité met Ezéchiel dans le même sac que 
les douze prophètes, Daniel et Esther, comme ayant été écrits par 
les hommes de la Grande Synagogue, tandis qu'il fait écrire les 
livres d'Isaîe, les Proverbes et l'Ecclésiaste par Ézéchias et ses col- 
lègues; quelle valeur peut-on assigner à une pareille affirmation? 
Enfin, en faisant remarquer que le Chroniqueur dit que les chéru- 
bins de l'arche sont une copie de la Mercabah (I Chron., xxviii, 18 
et 19), il fallait conclure que les chapitres du Pentateuque concer- 
nant la construction du tabernacle mosaïque ont été rédigés long- 
temps après la Grande Synagogue. La logique doit être consé- 
quente, et, si elle conduit à l'absurdité, elle a précisément le mérite 
de faire réfléchir et de faire sortir du cercle vicieux celui qui s'y 
est engagé par suite d'une fausse prémisse. 



C. H. Cornill, Die metrischen Stûcke des Bûches Jeremia 
reconstituiert, Leipzig, J. C. Hinrich'sche Buchlandlung, 1901. 

Le défaut d'espace m'oblige à faire une simple mention de cette 
tentative méritoire et, en réservant la question métrique à une 
autre occasion, je me bornerai à soumettre au savant auteur une 
partie des corrections que j'ai notées en lisant au hasard son texte. 
it i^ : nQSn ^^^ correct (cf. talm. niU)» " débuter, commencer »); 
n7l ne peut pas être le sujet du verbe nSU- — H, 11. Maintenir 
VtHh tia* — "^7 lîr® W ^^ li^u de Dj|. — 29. Conserver le pluriel 
^i^n à cause du suffixe pi. de onVUTS DdSs* — 33 6. Lire riSça wV 

• * T I** T 

na?PnK TfVoS niyin ; l'expression 'ryy HQQ est impossible. — 34 b 
2. Lire : nSW3 ITfey ^D- — 37 b. Conserver TtniaaDîl ®* lire ona au 
lieu de onS ou. oSon!)- — m> *• La leçon massorétique est incon- 
testable. Si le sujet de iw ^^^i^ ^^ femme, Jérémie aurait parlé de 



^7^ HHVUV $^f ttj^E 

V§.4ultèrç et apn,<iu divoijoo (nSv^)- U'ggi^çiji^s, le v^bjB ^g% ^^ &>p- 
l^liqu^ j^gEnajâ à i^io^e ^enwâ coupable. -^ 19. Ljj^e : tm sm, Uou de*M|. 
— IX, fr. HinM llSo'^^ présente aucune id<îe imaginable; il faut con- 
server la leçon massorétique. — XI V, 3. d^jvj est préjér^ble à Qitj. 
"^ ^ nnfr M]ia:^6^t un remplissage superflu. — 15. S^'il bUL^t q^uelque 
clios» a^i;ôs);^Ms^ j'aupaM mis |;uaSn; maiA aimM ym dépasse mon 
imagination. — LI, 33. Li«ie ; «ytS Tl3rl'«rtV>Dn n» ]»» Sxk m 
nS ^>3pn ro nua"!* — ?^- Rejet arbitraire du mot ijonn ^*^* com- 
plète I4 description, résd.iatj^ de 1^ m,ai^(lu<;^tlon e% 4q ^^ digestion, 
-r- 53*. Ljce ]^i);;|a^u liei4 d^^ ttfc^ «l*%joul^ V^^ ^^ x^cfet vix« 13, 
qui donj^p tant de taMatuce aux ^atégétea œodaraea, doit ae lise-^on 
Dl II W Dil^ 1^9 **• rw in^ : t Je détruirai leur récolte (?), dit Yabwé, 

1^. vigQ.e ne dpaa^era 9^ de r^sin« le QgiyQr ne dpanera. pa^ d^ 
figuesi (leurs) feuillues ^Q fanergmb qIî. le teii 4'^loliini le^ cqq^u^. 
mers^ ». 

Je félicijte l'auteur de ce que s^ tentiatiye si, Htilp aux bébr.aîaaotB 
sérieux n'est pas enjtrée dans l'encan de 1% Qil)le arc-elT-ciel 
(BegenbogmtiiM) oii Ij^s fi^Ataisies l^s ^]up plftisant^essonl; offei^t^s 
çpipmQ 1^8. derniers résultats 4e l^. science, L^a, iQar.ch^i)da du 
temple dçs temp^ iQo4,Qrnes nq trouyeroQt-i)^ dpnc ps^s un Jésus 
fl^gella^eHr? 

Fr, Thureau-Dangin. L'ordre des signes dans S b (extrait). 
— Le même, Le songe de Goudéa (extrait), 1901. 

Lps scrii))^8 %^ayr<^rbabyloniei>6 4evaieqt ^voir un.09itoin,i^at(àiDe 
pour le groupement des signes de leur syllabaire. Grâce à ses rares 
ei^périe^ce.s paléograghiques d^s cunéiformes, M. Thureau-Oangin 
réussit ^ apporter quplque lumière daf^s ce 4P°)^ine obscur** Qon 
second travail offre pour, la première fois la traduction, d'u,n long 
passage d\\ grs^nd cylindre, qui renferme le r.écit 4m. songe dans 
lequel le roi Goudéa {^ Na)}où] reçoit ^u dieu Ipcal l'ordre de lui 
construire un temple. C'est une importante contribution à Tinter- 
prétation des anciens documents de la Babylonie. 



D. H. Millier und E. Sellin, Die hebraische Mosaihinschrifl 
von Kafr Kenna mit einer Tafel. Wlen, 1901. 

L'inscription hébraïque en cause se trouye sun unexDosaîquo 
décoi^y^rtç il y a. quelques mois ùKafr Iv^ufta, en Galilée, enJai^nk 



BIBLlOaRAPHIR 375 

la réparation de la chapelle de Tordre des f'ranoiscains. Le fond est 
en pierrea mosaïques jaunes blanchâtres, les lettrés, les sâpara- 
tèurs deâ colonnes et quelques traits ornementafi'es Corisisteiit en 
pefHs cairrâsnot/a. be'S Ci^of*' c'oTôAnes qiié contenait l'inscription 
ceRe de drtTte étrfî* èMfè'rement détruite, sur la colonne de gau- 
che il ne restait que onze lettres, celle (ht milieu est restée pres- 
<|ue latsote. 

Les dKVARtf éditeurs lisent oomRie il ^uit : 

■»a iTOi» 3dS Tsn 

>ï53i rfbiS 13 Din:n 

nHao mon lajn 

un 3K3 (ta Vnn 

pu . . . 

Gedaoht (aei) zum Guten José, Sohn 

des Tantium, Sohnes des Bô;a, und seine Kinder 

weloher gemacht hat die Mosaik-Tafeln. 

Br begann am ersten ira [Monat> Ab, vollen[dete] 

. . . Amen. 

Lr lecture de l'avan^dernlère ligne me paiiaît devôlf être mbdl- 
Rée. Les éditeurs «marquent euï-mèirie la difflMIté d'assigner à 
ijtDn '^ B^"^ ^^ SffQW' ■ il a commencé o, et à'jit^ iJù éelùi de a au 
premier (jour) du mois de Ab ■ ; pn serait peut-être pour a7m< ■ " 
a' achevé >. Ilâ regardent cette traduction' cbmme uniquement 
provisoire. 

En raison de la presque confusion des lettres n, ^i fi Bur la pho- 
tographie annexée, je transcris la quatrième rv^HO nnSvm ^' j^ 
traduis l'ensemble : 

Soit mentionné pour le bien, José fils de 
Tanbûm, fils de Buta; ainsi que ses enfants. 
qui a fait une table mosaïque. 
Louange à Uleu I 
[Amen et?) Amen. 

T3TT, négligence pour ygn. — ,to1i, forme populaire palestinienne 
et 8pé<îialementgaliléenne pour le classique tpi». Un rabbin nommé 
« José, &!s de TatIbAm a (oirun'T? n"Q nDl>)- «^ mentionné dans le 
Talifltid dé JërVisalem (Sab. 5), toutefois soii pare ne s'appelait pai° ,is^3 



-^. 



376 REVUE SÉMITIQUE 

sinon ^nry (M. S.) — nt3tl> ^^^^ 1^ Talmud moti» nom fréquent. — 
Au lieu de Viiai la photographie semble offrir la forme hébraïque 
yiXX\' — nSM mon — tesserœ tabulse ; le premier mot se rencontre 
ici pour la première fois. — nnSna nnS>nn ®8t construit d'après 
inSnn "p (Psaumes, nxi, 6); le n final de nnSvin pourrait aussi être 
le suffixe de la 3* personne. 

Kafr Qennâ, notre inscription Tatteste, était encore peuplé de 
Juifs au IV* ou au y* siècle de Tère vulgaire, mais était-il le vrai 
Canâ de Galilée où Jean (ii, 11) place le miracle du changement 
de l'eau en vin par le Christ débutant invité à la noce, il faut atten« 
dre d'autres découvertes épigraphiques pour se prononcer. La tra- 
dition chrétienne locale place cette scène à Çannâ-el-Galil ou Khir- 
bet Qannà, à deux heures et demie de Nazareth. Les savants auteurs 
rappellent que, d'après les données qui viennent du temps des croi- 
sades, le dit Archiclinium, le lieu de la noce, était voisin d'une 
synagogue; ce rapport serait confirmé par notre mosaïque qui ornait 
sans doute le sol d'une synagogue. 

Par la publication et l'interprétation de ce petit monument, 
MM. Millier et Sellin oht fait une intéressante contribution à ce 
genre d'épigraphes juives de Palestine inauguré par Renan. Nos 
remerciements aux savants auteurs. 



Hubert Grimme, Théorie der ursemitischen labialisierten Gut- 
turale. Ein Beitrag zur Verstllndigung iiber den Degriff Ursemi- 
tisch (D. M. G. 1901, p. 407-486). 

Notre bibliographie ne rend habituellement compte que des 
travaux qui me sont envoyés par les auteurs; je déroge cette fois à 
l'ordinaire en faveur d'une étude qui sort courageusement de l'or- 
dinaire. Jusqu'à présent on regarde l'arabe comme ayant conservé 
les formes les plus proches de l'idiome sémitique primitif et l'on 
déclare tous les phénomènes qui n'y coïncident pas comme une 
déviation ou une altération postérieure. M. Grimme émet une thèse 
entièrement nouvelle. Il estime que ce sont les langues sémitiques 
de l'Afrique : l'éthiopien, le tigré, le tigrigna, voire quelques-unes 
des langues kouschites comme le nuba, le bedja, l'agau, etc., qui 
ont conservé le plus de traits primitifs, et les prend par conséquent 
pour le point de départ au moyen duquel on peut arriver avec plus 
de certitude à la restitution des formes primordiales, sinon de la 
langue entière, au moins d'un grand nombre de mots particuliers. 
Contrairement à la rigidité consonantique dont on fait le trait 
essentiel de ces langues, l'étude de M. Grimme cherche à prouver 
un état de fusion et de malléabilité extraordinaire dont elles seraient 



BIBLlOGRÀPHie 377 

le dernier résultat dans chaque idiome singulier de la famille. Parmi 
les consonnes il s'attache pour le moment aux gutturales g, gh, 
h. hh^ g\ g'h, ç, qh, notamment aux gutturales labialisées, c'est-à- 
dire reliées avec u surtout dans les idiomes sémito-africains : gu, 
gnh, ftu,/tu/i, gli. g'viti, qn, qnh. Dans les langues cis-érythréennes, 
les indices de l'ancienne labialisation sont les suivants: 1. les sons 
inconstants w, au et û; 2.6 inconstant; 3. le son o qui ne dérive pas 
de au.û ou â; 4. des phénomènes vocaliques non organiques; 5. échange 
entre voyelles antérieures et postérieures, particulièrement dans 
la syllabe radicale; 6. palatalisation des gutturales; 7. remplace- 
ment de l'arabe dj^ k, q par g; 8. réduplication sans raison formale 
apparente ; 9. Jk assyro-babylonien qui ne répond pas au hh arabe; 
10. r et 1 parasites après les gutturales; il. causes diverses (Ein* 
zelnes). Ces phénomènes n'ont d'ailleurs de force probante qu'au 
cas où plusieurs d'entre eux se manifestent dans la même racine; 
l'auteur le fait remarquer lui-même. L'examen minutieux do ces 
il cas, illustrés par les permutations produites dans les idiomes 
singuliers, constitue la première partie de cette étude originale; 
la seconde est consacrée à l'examen de l'influence exercée par les 
gutturales labialisées sémito-africaines énumérées ci-dessus. On 
voit facitoment de quelles précautions il faut s'entourer pour arri- 
ver à un résultat vraiment scientifique. Rendons justice au savant 
auteur qui se montre partout à la hauteur de sa tâche. La question 
est seulement de savoir si un pareil but peut réellement être atteint 
par les moyens linguistiques dont nous disposons à l'heure actuelle. 
Les faits déjà acquis par la philologie comparative des langues 
aryennes favorisent évidemment une semblable perspective pour 
les langues sémitiques. Les sémitisants conservateurs, comme il est 
à prévoir r concentreront tout d'abord leur opposition sur la base 
principale de la théorie : l'originalité des formes labialisées en face 
de celles qui ne le sont pas. Les six exemples tirés de l'éthiopien ne 
convaincront guère lès contradicteurs. Ainsi : le t de takala, < plan- 
ter, fixer » est primitif (cf. «iprr, < percer, enfoncer »), tandis que ce- 
lui de tahulâ, « loup, chacal » vient d'un th aspiré = ^ héb. dans 
^f^ygft « carnassier dévorant les jeunes animaux ». La différence 

entre sakaya, c accuser, dire du mal » et sa^uaya, « blesser » est 
une simple nuance que l'on constate aussi dans la racine ragama qui 
signifie « maudire • en éthiopien et c blesser à coups de pierres » en 
hébreu et en arabe. Guada^a, a manquer », vient aussi naturelle- 
ment de gadala, t lutter, se serrer » que -^yp, a être court », de 
qafara (éth. ass.), c serrer, presser ». Les trois autres parallèles 
diffèrent de sens à cause de leurs racines constitutives : gadgad, 
« mur », de ,-pfj^ < bord, terrain rehaussé », anguadguada, « tonner », 
de*nâl(aram«) « frapper »; kallala, « entourer, achever » (cf. aram* 



378 RBVOt: SÉMItYQtE 

^^JSW^y donne en dehors de kuel (héb. ^^h * tetaftfé, (otff * , fe taoi %2. 

«eequi entoure la tête, couronne», et de là /ic)/â(a,« entourer la tête, 
couronner » et anqualaîa, « avoir le mal des hauteurs, être pris de 
vertige ». D'autre part, maklit, « talent » et huelîi, « rein » vien- 
nent de Y^3, < mesurer^ pondérer ». Cf. la métaphore : c mes reins 
m'ont corrigé »^ Psaumes, xvi, 7 et le dire talmiK[i<|ue : jffin^ Ttt^ 
€ les peins appovteAt conseil ». Daae toutes ces Gomparatraons, h 
labialisation n'a^ovte qu'une nuance sémaatiqite à la racine ordi- 
naire et ne saurait en être séj^pée, lors même que ce moj^en de déri- 
vation fût très ancien et )»die plus général qu'à la pépi<^e Mstorique. 
Jepouprais multiplier considérablement le nombre de ces paipproche- 
ments selon moi pei» solides > en voiei cependant qiie)quee s^éotmens 
de la seconda partieavee les racines primordiales auxquelles ils sont 
ramenés : aes, lia]^p«t, = igpn; • couvrir » ramené au pvoto-sémî*- 
tiquei^/t-g-fpnpassùnilatioQ, ai^. hagafatUy ét9i. iagsfa, «rboucHer» 
("VTr^ 3p?T> D31l)» ^^' ^^> b^^- Mé l'amené à p.-sém. A-AC-zft par 
asetmtiktion à Tar. qahizay « sauter »; ass. «t/i/u, «épine », du pr.- 
8ém\ 9h^v^'k à cause de Sôk; éth. maguezit\ « nourrice », pr.-sém. 
maguhrit et héb.-aram. mâzôn, fnazôna, « nourriture », dont la 
racine est zûn. Arré'tons-nous. Des détails contestables s'attaclîent 
{ttévitablementà^tbute doctrine nouvelle ; le pk*ogrôs les éliminera 
phi» tïtrd' si elle est viable. DUns tous les ca^, la science y trouvera 
son profit; Iridiée que le H assyrien doit être séparé du hh Air arabe 
a toujours été soufenue par mofcontVetôUté l^iécole assyrlologique. 
^lùons donc Ibs nouveaux principes de sémitologie comparée que 
Iff. Grimme inaugure avec une compétence incontestable ef aiten- 
dbns que le triage matériel et le développenient înt<?rîeur trans- 
fbrment, en temps utile, Ib précieux embryon en un organisme 
solide* et vivanjf. 

Dr.. Bd. Glaeer. Jehcwa-Jovis und^ die drKft Sôhne Noah'^. Bia 
Beitna^ zur vergleicheaden Gëtterlehre; Herrmann* Lukaschitz, 
Miinohen» 1901. 

C'est encore une étude préhistorique, mais dé préhistoire reli- 
gieuse. La spéculation abstraite a ici libre carrière, puisqu'elle ne 
peut tabler que sur des noms propres^ apparaissant aux âges litté- 
raires souvent très tardifs. Si cette base est déjà assez vacillante 
lorsqu'il s'agit de remonter à l'origine religieuse de peuples formant 
une seule race linguistique, le sol se dérobe eritièrement sons les 
pas du chercheur quand il s'ingénie à pénétrer au delà en scrutant 
le sentiment religieux de races non* apparentées* ail' point de rué 
linguistique et parle seul moyen d-un petit nombre de noftfsfytlns 



BIMlOGRAPStl 979 

légèr^W^al fts$oaaut8, mais ^ui s'exphqueat d*»n» manière satis- 
faivattW par lesidiome«des races auxquelles ils appartiennent. Pen- 
dant des siècles on admettait que toutes les langues du monde 
dérivaient de l'hébreu par voie d'altération et Ton envisageait le 
paganisme comme une corruption du monothéisme. Par suite de la 
découverte de la littérature indienne et surtout du cycle védique avec 
sa mythologie touffue, une réaction 8*est faite, tout aussi absurde et 
aussi aveugle que la tradition ecclésiastique. Le monothéisme de- 
vint le trait caractéristique de la race sémitique baptisée race infé- 
rieure par l'église pan-aryaniste. Mais le hasard n'a pas tardé & 
battre en brèche cette jolie théorie par la découverte de l'immense 
littérature a^syro-l^abyloolemie qui atteste Vexistaiiio* millénaire 
d'une riche mythologie sémitique bien avant la natesance* du mooo-^ 
théismuo en Palestioe. Oa- ^ acquis de plu» la oertitvde que la my- 
thologie aryenne d'Asie et Ta mythologie greeqiiie elle-même ont 
reçu de nombreux éléments de celle de la Babylienie par Iflntermé- 
diai|}e des Apam4eQs û»xï» l'est, des Phéniciens dans l'ouest. Il a 
été établi d'autre part qu'avant la domination perse aucun rapport 
tant soit-il intime n'a jamais existé entre la B8byloiii«> et l'Iran. 
Tels $ont les faits historiq^j/es qui- ont été documentés par 1&» litté- 
ralu#*e ounéiform.e. Enfin des sanacritisant^knèsoompétentsdéolarent 
fraoobement que le Véda ne représente que les idées. veHgteuses 
de la oaste des Siiabmanee et ne saurait même- srnïvin ^ la veoonsti- 
tution de la religion i)ido*européenna. Il me panait dono* inoonce* 
\4bUi ccuament on peuii affirmar sérieusement aujouodlbui que le 
nom du dieu d'Israël, Jéhowa ou Yahwj& a ét4emppuAtéb au sansopil 
DyauSs • oiel divinisé i», d*oii b gn^o Zwt^ M^, et le latin. Jupiter. Il 
y a même un comble,: \fi sémitisme prend sa. revanche en.rQVjendir 
quant pour lui le second composant jsifer, qui viendrait de IQSU.^^ ou- 
vrir, créer ». Avec un peu de bonne volonté, on y fera entrer le dieu 
suprême finnois Juma( fa) en. admettant la forme primitive juva, qui 
ooinoide eooofe plus.oomplàtement avec le Joh, Yahwâ des Hëbreux. 
En comparaison de cette course vei>tigineuse du. JU)urdain.auK borda 
de l'Indus, les hypothèses émises sur les trois fils de Noé paraîtront 
anodines. Noé est Ouranos-; Sem, Okéanos; Ham, la lune avec 
l'armée dea étoiles; Yaphet, lapetos, le védique Prajâpati (!). Axi 
point de vue proprement sémitique >Brt<9:07, dieuide*lailune^ repré* 
sente les Sémites en gros appelés par les Egyptiens ""Amu; Sem, 
c ciel », l'égyptien êemmu désigne les Sémites de Palestine, etc. 
Si le^ savant auteur préférait employer sa verve et son talent 
d'écrivain en faveur d'études moins abstruses^ s'il voulait! seule- 
ment publier une partie minime du précieux trésor épigraphique 
qu'il a reoueilli pendant ses voyages, il serait assuré de la^ recon- 
naissance unanime du monde savant. Maintenant ses meilleurs 
amianlontique la. ressource d^assister* impuissants à la réédition de 



380 REVUS SÉMITIQUE 

la plainte prophétique : c Ils m'ont abandonné, moi qui suis une 
source d*eau vive, pour se tailler des puits fêlés qui sont incapables 
de contenir de l'eau. » (Jérémie, ii, 13.) 



J. Barth, Beitrâge zur Suffixlehre des Nordsemitischen (The Ame- 
rican Journal of Semitic Languages^and Literatures. Vol. XVIF, 
Number 4, July 1901). — John Haphins Semitic Papers (Extrait 
du Journal of the American Oriental Society. Vol. XXII, First 
Half, 1901). 

L'arabe rattache les suffixes personnels sans nul changement aux 
indices des cas dans les noms et à la dernière consonne dans le 
jussif des verbes, l'éthiopien laisse souvent apparaître une voyelle 
de liaison, mais sauf l'apocope du h de la 3* personne, maintient 
intacte la forme des suffixes. L'hébreu et l'araméen varient au 
contraire les formes suffixales de diverses manières. M. J. Barth 
avec la science solide qui le distingue répand un jour nouveau sur 
ces intéressants problèmes linguistiques peu fouillés par les gram- 
mairiens. Il faut lire attentivement les lumineuses explications que 
le pénétrant philologue donne de chaque détail. Nous ne pou- 
vons les exposer ici, mais en principe il y a l'action réciproque 
tantôt des suffixes féminins sur les suffixes masculins, tantôt celle 
des désinences du pluriel sur le singulier. Un exemple instructif 
de ce genre est fourni par les formes talmudiques >hVB9» * ™^° 
âme, ma personne », injDi * ^^ nioi » , etc. Dans ce cas, il faut y voir, 
si je ne me trompe, un effort de la langue pour remédier à la suppres- 
sion de la prononciation de l'ancien suffixe de la première personne 
du singulier, i. Les autres suffixes suivent par attraction analo- 
gique. L'é de liaison de l'imparfait ^yfO Qj i est dû à l'influence de 

verbes à la 3* radicale faible comme ijm'i^> ^^WV^- Enfin, le suffixe 
objectif syriaque i^i (-StSCâ) ®st identifié avec le pronom targumi- 
que mift, c lui, il », %ni|t (rarement hMH)t ^ ^^^^ ». On le voit, la 
courte étude de M. Barth en vaut des longues et les sémitisants 
feront bien d'en prendre dûment connaissance. 



The Jewish Enc\jclopedia. A descriptive Record of the History, 
Religion, Literature, and Customs of the Jewish people from the 
earliest times to the présent day. Prepared by more than four 
hundred Scholars and Specialists, under the Direction of MM. Cy- 
rus Adler, Gothard Deutsch, Louis Ginzberg, Richard Gottheil, 
Joseph Jacobs, Marcus Jastrow, Morris Jastrow, Kaufmann, Kob^ 



r 



BIBLI06RAPHIB 381 

1er, Frederick de Sola Mendes, Isidore Singer, Crawford H. Tay, 
Isaac K. Funk, Ghairman of the Board, Frank Vizetelly, Secre- 
tary of the Board, Isidore Singer, Projector and Managing Editor, 
«ssisted by American and Foreign Boards of consulting Editors. 
Complète in twelve Volumes, embellished with more than two 
thousand illustrations. New- York and London. Funk und Wa- 
gnalis Company, mdcccci. 

LUdée de cette entreprise immense est due à la sauvage recru- 
descence de l'antisémitisme depuis plus de vingt ans dans presque 
tous les pays de TEurope. Les libres penseurs de T Allemagne, tout 
en rejetant les dogmes de TÉglise, ont conservé intacte son antipa- 
thie pour les Juifs. La crainte d*ôtre accusés de Judaîsation les a 
poussés, ainsi que les autres réformateurs avant eux, à en augmen- 
ter la dose jusqu'à des limites extrêmes. Au lieu de motifs religieux 
on a créé des motifs de race : Aryens et Sémites sont deux combi- 
naisons différentes dont la seconde est inférieure à la première. Renan 
a eu la malheureuse inspiration d'introduire cette fausse doctrine dans 
notre France, si foncièrement égalitaire et elle y a fait revivre tous 
les préjugés du moyen âge contre l'infime minorité monothéiste. 
Le fléau ayant pris les proportions d'une sauvagerie de fauves, par 
suite d'accusations issues de l'ignorance de la vraie nature du 
judaïsme, le besoin s'est fait jour dans le milieu juif d'en faciliter 
la connaissance aussi bien au monde chrétien égaré par des me- 
neurs sans scrupules, que dans le monde juif lui-même auquel 
les occupations matérielles ont presque fait oublier la partie 
glorieuse que leurs ancêtres ont eue dans le développement de 
l'humanité. Ce projet grandiose se serait dissipé en fumée devant 
l'énorme difficulté de l'exécution si M. Isidore Singer n'en avait pas 
fait le but de sa vie. Avec une activité que rien ne lasse et un en- 
thousiasme grandissant en raison même des obstacles auxquels il 
s'est heurté dans notre Europe sceptique, il est allé porter son 
projet en Amérique où, par un prodige d'énergie comme on n'en voit 
qu'au nouveau monde, il a réussi à recueillir plusieurs milliers 
d'abonnés, plus de quatre cents collaborateurs et par-dessus tout 
un éditeur chrétien qui consent à se charger des frais énormes de 
la gigantesque publication. Le premier volume de la Jewish Ency- 
clopedia ne contient pas moins de 685 pages en deux colonnes 
ln-4» et en petits caractères; onze autres volumes de môme capa- 
cité suivront aussitôt que possible. 

Notre tâche se borne pour le moment à annoncer l'entrée dans 
l'actualité scientifique de ce précieux répertoire historique qui 
place désormais le judaïsme américain à un haut rang insoupçonné 
auparavant. Il faudrait écrire un gros volume pour donner ici une 



3tt8 REVUS SÉMITIQUE 

idée suffisante du contenu et de la grande valeur des articles qui le 
composent. Un vœu est cependant à sa place. Les articles concer- 
nant l'Ancien Testament doivent être réservés à des auteurs israé- 
lites qui sont seuls capables d'en parler avec la piété et la chaleur 
qui animent l'Âme du peuple juif pour ces documents incompa- 
rables. I^a critique moderne est en majeure partie entre les mains 
d'une école dont le programme avoué, rendons-lni eette justice, 
consiste à prouver la supériorité du Nouveau Testament sur TÂn- 
cien. Ce serait donc trop demander à un auteur non juif de mettre 
dans sa description des sentiments qu'il n'a point et ce sont préci- 
sément ces sentiments que les lecteurs veulent connaître afin de se 
rendre compte de la psychologie religieuse du judaïsme contempo- 
rain. Comme monument israélite, la Jewiêh Enajclopedià doit 
avoir une attitude plus digne que celle de servir de simple succur- 
sale à la critique conversionniste ou systématiquement subversrve 
de l'Allemagne moderne. A cette condition les auteurs juifs ne 
seront pas aussi superbement négligés comme c'est le cas dans un 
grand nombre d'articles sur l'antiquité sémitique et surtout sur la 
critique biblique. Malgré mes publications trentenaires sur ces 
sujets hautement sémitiques et hébreux, mon nom figure dans la 
légion o^ibliée même quand on accepte le résultat de mes recher- 
ches ; on ne les mentionne que quand on a un geste dédaigneux à 
me faire. Mais l'inégalité dans le traitement des auteurs juifs ou 
l'intérêt des particuliers p&Iit devant l'intérêt général. Il faut que 
la Direction, composée des hommes les plus illustres du judaïsme 
américain, dise si elle se résigne à regarder l'Ancien Testament 
comme une œuvre falsifiée par de pieux fraudeurs presque dans 
chaque ligne du texte traditionnel, car e'est là le point culminant 
de la critique dissolvante et arbitraire de l'école graflenne. Il 
faut que le monde juif tout entier sache si son idéal séculaire peai 
être avili par les collaborateurs d'une Encyclopédie Juive sans 
qu'ils soient tenus de rendre compte des réfutations que des criti- 
ques juifs ont opposées à ces démolisseurs à cœnr léger dont la 
majorité ne sait même pas l'hébreu. La Direction ne saurait se 
soustraire à cette obligation sacrée, si elle ne veut pas que son 
œuvre grandiose soit entachée d'un esprit sectaire et serve d'ins- 
trument à un acheminement soit vers des tendances pauHniennes. 
soit vers des tendances de je ne sais quelle fasion hybride ima- 
ginée par quelques rêveurs désemparés. Plein de respect poor les 
autres conceptions religieuses, Israël entend vivre de sa vie propre 
en vénérant avec un amour filial son idéal immaculé. Il est encore 
temps, le prochain volume, nous aimons à l'espérer, donnera pleine 
satisfaction à ce principe vital de la conscience juive» 

Revenons maintenant à saluer le compendium incomparable qui 
vient de faire son entrée au commencement du xx* aiêcle et ajoutons 



UBUOORAPfliff 363 

i cfltte aonoacâ Les léloquenbes parole pu Usquelias U. lûdor* 
Singer termine son ^ppel aux patrons-Bubscrîpteurs de t'Œuvra.: 

1 Le judaïsme amâricalo et anglais semble deatîoé à se- mettre 
en tête des fortunes d'Israël dans te Tfngtlërae siècle. Le fait 
d'avoir oentHbué A eetts grande et bienfaisante évolution dans 
l'hiatoiradu Peuple du Livre au moyen de cet ouvrage donnera 
beaucoup de satisfaetion k la Oompa^ie Funh et Wagjiat et à moi- 
même. La Compagnie oestinuera i portar la obsrge de l'adminia« 
tration financière et de la surveillance teshnique néoeaaalre pour 
faire marcher le travail. Pour le reste, le livre est le livre de l'Iiraâl 
moderne; il est la propriété nationale de la tribu de Juda, Des 
savants juifs président sur sa focme littéraire, et les marchands et 
les commis juifs sont destinés à devenir le principal appui financier 
de cette vaste entreprise, qui n'est pas seulement un grand monu- 
ment du glorieux passé d'Israfil, mais sera aussi un puissant boule- 
vard pour son avenir. > 

John llotikius Semitic Papers (Extraitdu Journal of the American 
Oriental Society, vol. XXII, First Half, 1901.) 

Ce petit recueil contient une riche série d'articles intéressante. 
M. le professeur P. Haupt trace avec un liumour Incisif l'habitude 
de certains assyriologues de faire leurs les trouvailles faites par 
ceux-mémes qu'ils combattent. Il montre comme de juste que les 
mots sa naqbi imuru signifient « celui qui a vu l'abîme i et qu'ils 
appartiennent à la 2* tablette du récit de iz-du-bar. Dans un second 
article, M. Haupt regarde les noms des voyelles hébri^qucs comme 
se rapportant au mouvement de la bouche en parlant. Pour plu- 
sieurs la chose est certaine; fêrê peut au besoin signifier « ouver- 
ture étroite D, mais il n'est pas possible de tirer n'ivt de l'acabe 
kharij, le son kh est invariablement rendu en hébreu par un 3 as- 
piré. M. Chrisiopher Johnston apporte des remarques : 1* sur la 
destruction de Ninive par les Médes; 2*sur tes mots dafîlu et nlâ 
qu'il traduit respectivement par espion ■ et ■ où > (=. ar.-néo-héb. 
hSin}- ^^- ^- J- Crimm donne une description du lion polychrome 
récemment trouvé a Babylone et fait une étude comparée sur l'art 
de l'émail àTJinive et à Babylone. Le même auteur étudie ensuite 
l'hébreu rnonn ^'J' signifierait € secours, appui ■ ; il n'y parvient 
qu'à force de faire de violentes corrections dans les passages qui 
ue favorisent pas cette interprétation. U. F. R. Blake fait dériver 
la voyelle u du passif sémitique de l'imparfait Ss^p, forme rare et 
ayant elle-même besoin d'être expliquée. Il conjecture en outre que 
le mot JTJ^, 1 creux 1 de l'inscriptioa de Siloé vient de 73^ et doit 



384 RBVUE SÉMITIQUE 

être lu ^xTt' ^^ ^^^ ^^té je l*ai rapproché de Taraméen itriy, « vide». 

T* 

M. T. C. Foote présume que dans rinscription de Mésa Texpression 
"^"Vff xm ^t rnttO ^^^^ ^^® appellatifs : « homme de la plaine » et 
« homme de Test >, eu comparant l'assyrien ma/iru, « devant ». Mais 
Y(fff n*est pas c plaine » en général et ma/iru n'est pas restreint à 
une région particulière. M. Foote revendique aussi pour le verbe 
rut» *S6 prostituer, se donner à d'autres », un sens primitif dépourvu 
d'une nuance d'opprobre, c'est loin d'être prouvé par le seul pas- 
sage d'Isaîe, III, 17, où les expressions nn et ^^j^ désignent méta- 
phoriquement le commerce (cf. « avoir commerce ») et son profit. 
Le reste contient un exposé sur pp^ (Me Pherson), une note sur 
un cylindre égyptien (J. T. Dennis), un rare cartouche royal «le 
même), sur les Chaldéens et les Nestoriens modernes (Rev. G. Ous- 
sani), sur le dialecte arabe de Baghdad (le même). M. Haupt doit 
être satisfait de se voir entouré de pareils collaborateurs. 

J. Halévy. 



L' Éditeur-Gérant : E, LbrouZ. 



Parts. — Imprimerie G. Maurin, 71, rue de Rennee. 



• t 



F?» i4 \%z 



REVUE SÉMITIQUE 

DtPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



nireoteur : J. HAJLÉiW 



IPrix d'Abonnement : Un an, SO fr. 



10' Année. — Janvier 1902. 



SOMMAIRE 

J. HaLévy, Recherches bibliques : Le Livre d'Osée, p. 1. — J. HaLÉVY, La 
Tentation de Jésus, p. 13. — J. IlALÉVY,*Nouvel Essai sur les inscriptions 
proto-arabes (êuite)i p. 61 . — Ch. Virolleaud, Présages assyriens relatifs 
aux événements publics, p. 77. — Mater Lambert, Un Mot dans Tinscription 
-ie Mésa, p. 82. — J. Halévy, Rectificalion, p. 82. — J. Halévy, Biblio- 
graphie, p. 83. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

UBRAIRB DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 
DB L'ÉCOLB DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES » ETC. 

28, Rue Bonaparte, 28. 



▲dr«Mar les oommanioations concernant la rédaction à M. J. HALÉVT, 

S6, rue Aumalrs. 



Pirif* —> Imprineric G. Mattria, 71» rue de Kenoet. 



REVUE SÉMITIQUE 



D^EPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



RECUEIL TRIMESTFtIEL 




PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRS DE LA SOdÉTè ASIATIQUE 

DE l'École des lanodes orientales vivantes, etc. 
28, Rue Bonaparte, 28 



1902 



REVUE SÉMITIQUE 



D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



i 

I 



Par»* •* Imprimerie G. Mauria, 71» rue de Rcniiet. 



I 



REVUE SÉMITIQUE 



D'EPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE 



RECUEIL TRIMESTRIEL 



10« Année. — 1902. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

L1BRA1RB DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 
DE L*ÉOOLB DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC. 

28, Rue Bonaparte, 28 



1902 



REVUE SÉMITIQUE 

D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENN 

RECHERCHES BIBLIQUES 

Le Livre d'Osée. 

I.e livre du prophète Osée fait partie de la série malheurei 
aement trop courte que le tiasard nous a laissée des écri 
éphralmites. Il est le monument principal du royaunr 
d'Israël, dont il nous fait connaître l'état moral et politici 
religieux. Osée a, dans ses exhortations, la parole sévère qi 
ne recule pas devant certaines crudités d'expression ; sous ( 
rapport, il observe néanmoins une plus grande retenue qi 
)e prophète Ëzéchiel, avec lequel il a en commun l'empl 
d'actes symboliques d'une extrême bizarrerie pour frappi 
l'esprit de ses contemporains. H peint les mœurs et li 
croyances de ses compatriotes avec une imper lurbtble sinc( 
rite, en témoin oculaire et en honnôle homme qui ne dévoile It 
défauts de la société dévoyée que dans le but d'y portt 
remède. Le remède consiste, d'après Osée, dans le retoi 
spontané à l'état antérieur au schisme et dans la méditatio 
des laveurs particulières que Yahwé avait octroyées ai 
ancêtres de la nation. Patriote ardent, Osée a la ferme espi 
rance que le peuple s'amendera tôt ou tard et que son idé 
deviendra une réalité. 

Les quatre premiers chapitres de ce livre nous sont parv( 
nus dans un désordre très regrettable. Plusieurs versets ■ 
groupes de versets sont placés dwns des situations qui r 
leur conviennent point, et toutes les tentatives de mainten 

■KOI ltlltlUt> 1 



> •f • 



2 REVUE SÉMITIQUE 

Tordre traditionnel n'aboutissent qu*à des incohérences insup- 
portables ou à des suppositions de lacunes ou d^interpolations 
purement arbitraires. J^ai démontré depuis longtemps qu'il 
n'y manque rien et qu'il n'y a non plus rien d'ajouté. L'ordre 
se rétablit avec la plus grande vraisemblance dès qu'on saisit 
bien la distinction fonds^itientale des trois périodes que traverse 
!a famille symbolique du prophète et qui se succèdent de la 
manière suivante: 1* période de prostitution; 8^ période 
d'expiation ; 3* période de réconciliation . Dans ce symbolisme 
la femme représente le peuple éphraïmite, l'un des deux fils la 
dynastie de Jéhu, l'autre fils et la fille, les hommes et les fem- 
mes éphraïmites. Les actes symboliques sont d'abord expliqués 
brièvement, ensuite ils font l'objet de trois discours paréné- 
tiques qui, suivant les sujets, contiennent des exhortations, des 
consolations et des promesses de bonheur. 

Suseription du livre. — Le nom de l'auteur et la durée de ea 

mission prophétique. 

1 . Parole de Yahwé adressée à Osée, fils de fieêrit durant 
les règnes d'Ouzzia, Yotham, A^^az et Ézéchias, rois de Judée, 
et de Jéroboam, fils de Joas, roi d'Israël. 

S. (Voici) ce que Yahwé dit tout d'abord à Osée. 

Première partie. — La Prostitution» 

Osée reçoit Tordre divin d^épouser une femme éphraîmite, 
malgré la corruption des habitants du royaume dlsraèl. — Le 
mariage aura une signification symbolique et représentera le sort 
que Dieu réserve à la royauté infidèle et à ses sujets. — Marfa^ 
du prophète. — Naissance successive d*un fils, d'une fille et d'un 
autre fils, lesquels reçoivent des noms fatidiques indiquant la 
rupture de ralliauce de Yahwé avec Israël et la conservation de 
cette alliance avec le royaume de Juda. 

Yahwé dit à Osée : Deviens possesseur d'une femme de 
prostitution et d'enfants de prostitution ; (je parle ainsi) parce 
que le pays se prostitue en s'éloignant de Yahwé, 

3. 11 alla et prit pour femme Gomer, fille do Diblalm ; 
celle ci, devenue enceinte, lui enfanta un fils. 



RBGHERGHB8 BIBUQUfiS 3 

4. Yahwé lui dit : Nomme-le Izre'ei, car bientôt je deman*^ 
derai compte du sang d'Izre^ei à la maison de Jéhu et je 
mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël. 

5. Ce jour^là je briserai Tare d* Israël dans la vallée dMzre'el. 

6. Devenue de nouveau enceinte, (la femme) enfanta une 
fille. Dieu dit (ft Osée) : Nomme^la Lo^ru^ama, parce que je 
n'aurai plus pitié de la maison d^lsraël, car je ne leur pardon- 
nerai plus. 

7. Hais j'aurai pitié de la maison de Juda; je les sauverai 
par la puissance de Yahwé leur Dieu, je ne les sauverai pas au 
moyen de t*arc et de l'épée de combat^ ni par des chevaux 
et des cavaliers. 

8. Après avoir sevré Lo-rubamai la femmef devenue de 
nouveau enceinte, enfanta un fils. 

9. (Yahwé) lui dit : Nomme-le Lo-^'ammî), car (je leur dis) : 
Vous n'êtes pas mon peuple et (moi) je ne suis pas votre Dieu. 

Deuxième partie. -^ L^ Expiation, 

Osée reçoit de Yahwé Tordre de reprendre en affection sa femme 
indigne. Pour lui faire expier ses crimes, la femme reçoit une 
modique somme d*argent avec une petite quantité d*orge pour sa 
nourriture, à la condition de ne pas se marier ni d*avoir commerce 
avec un autre honmie ; le prophète promet également de ne pas 
prendre d'autre femme. Le stage terminé, les conjoints repren- 
dront leur ancienne vie de famille. — L'acte symbolique signifie 
que le peuple infidèle, réduit à la misère, restera longtemps privé 
de sa royauté et dans l'abandon des rites du culte païen. 

• 

m» 1 . Yahwé me dit : Va» aime de nouveau (cette) femme 
aimant des amis et adultère, cela ressemblera à l'amour que 
Yahwé porte aux fils dlsraBl, pendant que ceux' ci se tournent 
vers d'autres dieux et aiment les gftteaux de raisin (du culte 
palten). 

2« J'ai donc loué cette femme pour quinze sicles d'argent et 
un l^omer et un lethek d'orge. 

3. Et je lui ai dit : Tu resteras longtemps sans te prosti- 
tuer et sans épouser qui que ce soit ; moi, de ma part, je me 
comporterai ainsi envers toi . 

4. (Gela signifie) que les enfants d'Israël resteront long- 



& RE.VU£ SÉMITIQUE 

temps sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans stèle votive, 
sans épbod et (sans) teraphîm . 

Troisième partie. — Lta Ptéconciliatian. 

A la fin, Ëphraim recherchera son ancien Dieu et la dynastie 
légitime de David, et, réunis à Juda, ils formeront ensemble un seul 
peuple. 

5. Après cela les enfants d^Israèl rechercheront de nou- 
veau Yahwé leur Dieu et David leur roi (légitime) et sollici- 
teront respectueusement Yahwé et sa bonté à l'avenir. 

III, 5. Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le 
sable de la mer, qui ne peut être mesuré ni compté, et au lieu 
de leur dire comme d'habitude : Vous n'êtes pas mon peuple, 
on les appellera : enfants du Dieu vivant. 

6. Et les enfants de Juda et les enfants d'Israël se réuni- 
ront ensemble, et en se plaçant sous un seul chef, ils quitte- 
ront le pays (désert), car le jour d'Izre'el (ensemencement de 
El = restauration) est grand. 

7. Appelez, (ô Judéens !) votre frère (= l'homme d'Éphraïm) 
''Ammi{=^ t mon peuple i>) et votre sœur (=la femme d'ÉpbraXm) 
Rup.ama {= celle dont Dieu a eu pitié) ! 

INTERPRÉTATION PARÉNÉTIQUE DE l'eNSBMBLE 

Première partie. — La Prostitution. 

II, 4. Blâmez votre mère, blâmez-la, car elle n*est pas ma 
femme et je ne suis pas son mari, afin qu'elle retire l'effron- 
terie de sa figure, la débauche de ses seins, 

5. Autrement, je la laisserai toute nue, je la mettrai dans 
rétat où elle se trouvait au jour de sa naissance ; je la placerai 
dans un désert, je la pousserai dans une terre aride et je la 

ferai mourir de soif. 

6. Je n'aurai pas pitié de ses enfants, car ce sont des enfants 

de débauche. 

7. Car leur mère a fait métier de courtisane, celle qui les a 
enfantés a eu une conduite honteuse. Elle disait : Je veux suivre 



ERCRES BIBLIQUES 5 

i iiie uuiinent le pain, l'eau, la laine, le lin, 
l'huile, les tioissons dont j'ai besoin. * 

1 . Elle De reconnaissait pas que c'était moi qui lui avais donné 
le blé, le vin et l'huile nécessaires ; je lui ai même donné la 
masse de l'argent et de l'or qu'elle (et ses enfants) ont vouée 
à Ba'al. 

Deuxième partie. — L'Expiation. 

\ I. Y<)ilà pourquoi je vais reprendre mon blé en son temps. 
et mon vin en sa saison ; je vain (aussi) retenir ma laine et mon 
lin, qui servaient à couvrir sa nudité. 

13. Maintenant je révélerai sa turpitude aux yeux de ses 
amants, et personne ne la sauvera de ma main. 

1 3. Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes de pèlerinage, 
ses néoménies, ses sabbats et toutes ses fêtes périodiques. 

14. Je saccagerai ses vignes et s3s figuiers, dont elle disait: 
C'est le salaire que mes amants m'ont donné ; je les changerai 
en broussaille et les reptiles des champs les dévoreront. 

1 5. Je lui demanderai compte des jours des Ba'als auxquels 
elle brûlait de l'encens, les jours où elle se parait de boucles 
et de bracelets pour suivre ses amants, en m'oubliant, moi, dit 
Yabwé. 

8. C'est pourquoi je barrerai sa route de masses d'épines, 
je l'entourerai d'une haie, de sorte qu'elle ne retrouvera pas 
les traces connues, 

9. Elle courra après ses amants, mais elle ne les atteindra 
pas; elle les cherchera, mais elle ne les trouvera pas; elle dira: 
Je veux m'en aller et retourner auprès de mon premier mari, 
car alors j'étais plus heureuse que maintenant. 

Troiaième partie. — La Réconciliation. 

11, 18. En ce jour-là, dit Yahwé, tu m'appelleras léî 
(a mon mari j>) et tu ne m'appelleras plus Ba'alt (< mon 
maître »). 

1 9. Je ferai disparaître les noms des Ba'als (faux dieux) de 
sa bouche ; ils ne seront plus mentionnés. 



6 RBVUB SÉMITIQUE 

20. Je lui ferai contracter, en ce jour, une alliance d^aroitié 
avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et lee reptiles du 
sol ; je briserai, en les ôtant du pays. Tare, le glaive et la 
guerre, et je la ferai reposer en sécurité. 

t1 . Je te fiancerai h moi pour toujours, je te fiancerai à moi 
avec justice et droit, avec clémence et miséricorde. 

22. (Oui), je te fiancerai à moi avec fidélité, et tu con- 
naîtras Yahwé. ' 

23. En ce jour-là, dit Yahwé, je répondrai au désir du ciel, 
le ciel répondra au désir de la terre. 

S4. La terre répondra au désir du blé, du moût et de 
Thuile, et ces produits répondront au désir d'Isre*el (la nation 
restaurée). 

25. Je la sèmerai pour moi dans le pays ; je dirai à Lih^^Ammt 
(non mon peuple) : Tu es *Amn^ (mon peuple), et lui me dira : 
Tu es Elohaï (mon Dieu). 

GOMMENTAIRB 

1, 1 . Ce verset donne le nom du prophète et la durée de 
son ministère : Le nom Vtt^l ^ ^^j^ P^^^ P^^ '^ successeur 

éphralmite de Moïse, appelé communément Josué (Nombres» 
XIII, 16); celui du père, nxa* remonte à l'âge patriarcal 

(Genèse, xxyi, 34). Son origine éphraiûnite se révèle par sa 
sympathie pour les gens du nord, malgré leurs défauts. 
D'après la donnée de ce verset, on peut admettre qu'Osée a 
exercé son ministère à partir de la dernière année de Jéro- 
boam, qui est la vingt-septième année d'Âxaria ou Uzzia. 
L'addition contient vingt-cinq ans restants d'Uxzia, seize ans 
de Jotam, seize ansd'Achaz, en tout cinquante-huit ; la pre* 
mière année d'Ézéchias a été en chiffres ronds la soixantième 
de son ministère, et il pouvait alors être flgé de quatre-vingt- 
cinq à quatre-vingt-six ans. 

2. Seconde suscription consistant dans les quatre premiers 

mois du verset ; -q-ïj est un substantif (Jéréraie, v, 1 3) ; la 

•• • 

massore ponctue -^^^v), qu'elle considère comme un verbe : 
« Commencement de ce que Dieu a dit à Osée. » 



RECHERCHES BmUQUES 

3. L'ordre donné par Dieu à Osée d'épouser une prostituée 
apparaît comme un scandale moral que les exégèles ortho 
doxea ont eu de la peine h atténuer ou à expliquer par l< 
nécessité du eymbolismo. Inutile de détailler ici les absurdité 
débitées h ce sujet par les anciens exégëtes. Les critique 
nodemes ont cru trouver l'œuf de Colomb en afrirmant qu< 
le prophète Osée, s'étant aperçu de l'infidélité de sa femmi 
après la naissance de son troisième enfant, a spirituel lemen 
fait de son déshonneur domestique un acte symbolique relati 
à l'état religieux d'Israël, en prétendant qu'il avait épousi 
celte feiume par l'ordre formel de Yahwé. Celte belle psy- 
chologie est devenue dogmatique dans les commentaires di 
bon aloi qui paraissent à profusion en langues allemande e 
anglaise. Ces profonds psychologues ont malheureusemen 
oublié un petit fait, qui renverse toute ta combinaison : Si ui 
époux peut obtenir plus ou moins facilement la preuve de l'in- 
fidélité de sa femme, il lui est matériellement impossible d'a& 
quérir la certitude que les enfants mis au monde par cetti 
femme ne lui appartiennent pas. La thèse en question exigt 
donc un complément important et unique dans l'histoire di 
mariage : non seulement Osée se serait aperçu fort tard dei 
fredaines de sa chère moitié, mais il aurait volontairemeni 
renoncé à ses droits d'époux pendant huit ans au moins. Alors, 
le malheur du prophète était complet, mais n'était-il pa: 
lui-même quelque peu la cause de son infortune maritale^ 
Je défie les plus fins critiques de sortir du dilemme absurde 
dans lequel ils se sont si légèrement engagés. Pour noua, qui 
tâchons d'abord de comprendre l'auteur sans aucune idée 
préconçue, le simple bon sens suffît à. dissiper toute ombre de 
difficulté. Voici notre réflexion très terre à terre : Le texte dil 
liitéralement : Va, prends pour toi une femme de prostitution 
et des enfants de prostitution (''l'jii 0^3131 TVffU "h flp ~h 
D^J13l)- '^'* P®"' désigner, au premier aspecl, le mariayj 
avec une prostituée et l'adoption de ses enfants de débauche ; 
mais ce sens est contredit par la suite du récit, statuant que 
les enfants sont nés après le mariage; j'en conclus que In 
qualification c femme de prostitution n et ■ enfants de prosli- 
tDtion » sont des métaphores du genre d'Osée, rv, 13-14, 



s UBVUE SÉMITIQUE 

V, 3-4, 7 ; VI, 1 ; VU, 4, ainsi que de Texclamation dMsaïe l'^ : 
€ Gomment s'est changée en prostituée la ville fidèle! d (i, 
21), et de cette autre d*Isaïe, lyii, 3 : « Approchez-vous donc 
ici.. . engeance d'adultère et de prostitution ! » Osée a fourni le 
précédent, en jetant à la face de ses contemporains cette vio- 
lente apostrophe, et il a trouvé des imitateurs jusque dans 
TËvangile (Matthieu, xii, 39). 

Ceci établi, Tordre reçu par Osée engage ce prophète à 
épouser une femme et à fonder une famille au milieu de la 
génération perverse qui Tentoure. Ce mariage mal assorti, au 
début, et destiné à devenir affectueux dans la suite, symbolise 
l'état religieux du royaume d'Éphraïm et les conséquences 
matérielles qui en découleront. La préface de ces événements 
consiste dans la présence de la femme éphraïmite, symbole de 
la prostitution païenne, dans Tintimité du prophète. Celui-ci est 
métaphoriquement censé trahi par sa femme, Yahwé l'est 
réellement par le pays (mm '«TnND yiNn TOîn rat "^D)- 

3. Nom et filiation de la femme ; ils sont dénués de tout 
sens figuré. L'interprétation agadique, qui y cherche des allu- 
sions à ses débauches, est aussi chimérique que la thèse 
générale des critiques grafiens, si injurieuse pour l'honneur de 
l'innocente prophétesse qui a bravement consenti à jouer le 
rôle odieux exigé par le symbolisme. 

4. Izre'^el, nom de la vallée fertile d'Esdralon, où Achab 
avait de beaux palais, figure la famille de ce dernier roi, qui 
fut cruellement exterminée par Jéhu, fondateur de la dynastie 
régnante. Les cultes étrangers introduits par Achab sont res- 
tés en vigueur sous la nouvelle dynastie (Michée, vi, 16). 

5. Prévision d'une grande défaite de l'armée éphraïmite 
dans la vallée d'Izre'^el, qui mettra fin au royaume. L'ennemi 
en vue est probablement TAssyrie. 

^- rTDm*"Nb» ^ ^^"^ ^^^^ ^^^^ ^'* P^ ^^ P*^*^ •» ^^^ 
Absque misericordia (Vulgate); la transcription de Luther 
Lo-ryhamo réfléchit la prononciation judéo-allemande de ses 
maîtres d'hébreu. 

Urh iVifH Ntyj ^^ P^"^ signifier ni t je m'opposerai à eux » 

V T TV T 

(Sept.), ni « je les oublierai » (j^Bf^, Vulg.), ni a je les re- 



rechi!:rchrs bibliques 

jetterai x> {ich wiU aie wegwerfen^ Luth.). Il faut suppléer 
^^ : < Car je ne leur pardonnerai pas » ; le complément c les 
péchés » est sous-entendu (Genèse, xYiii, 96). 

7. Le contraste amené par rapport à la maison (= dynas- 
tie) de Juda est indispensable à l'image de l'avenir présentée 
dans la suite, il fait donc partie intégrante de l'ensemble. 

8. La naissance du second fils n'a lieu qu'après un inter- 
valle d'au moins trois ans, cela symbolise la longanimité divine 
qui accorde un délai de repentir au coupable avant de lui 
appliquer la peine méritée. 

9. D3^ n'offre pas d'antithèse à iqv « mon peuple »; 

lire : q^mVn? • ^oivQ Dieu>. 

m, 1 . L'épithète flétrissante est encore une simple méta- 
phore par rapport à la femme, et marque seulement son ori- 
gine éphraïmite. La ponctuation massorétique n^riK Produit 

lesensde (c qui est aimée de l'ami (Dieu), etqui commet néanmoins 
l'adultère i», expliqué par les mots suivants : a Gomme l'amour 
que Yahwé porte aux enfants d'Israël, bien qu'eux se tournent 
vers d'autres dieux, y) La traduction de Luther : « La femme 
débauchée et adultère > {das buhlerische und ehebrecherische 
Weib) convient mieux à l'ensemble, surtout si on lit : n3nx 

V 

nSWOI D^VI' phrase que rappelle qs^-) qiw-| n-»:? nXI (Je- 
rémie, m, 2). Les Septante supposent la leçon y-^ nanx 

nSWDI» * aimant le mal et adultère » («yaTrâcav 7rovr,pà xaJ 
^or/a}.tv); cependant qwt répond mieux à QnnX D^nbx- 

Osée est invité à aimer de nouveau une femme débauchée; il 
va sans dire qu'il s'agit de la mère de ses enfants ; T expression 
bNTBT» ^33 DM mn^ n3n5<3 dissipe le dernier doute. Osée 
a déliDérément omis les trois articles, t^-|n nSHN HE^Xn 
nSWDm» ^^* auraient alourdi le groupe. 

On ne comprend pas le sens exact de Q^^jy ^B^'^l^N J ^'^^^ 
peut-être une image de l'ivresse causée par la passion. 

SS. La femme infidèle s'estime maintenant heureuse de pou- 
voir se vendre à son ancien époux pour quinze sicles d'argent 
et quelques mesures d'orge. La forme mSKT est anormale, on 

■ • • ■ ■ 



tO RKVUB SÉMITIQUE 

attend nn^Ki ; j^ ^uis les Septante qui semblent avoir lu 

T«« • •• T 
• * é • 

niSifi^XI» • J® ''*^ \o\iée ». 

• • * ■ • T 

3 . Comme condition du rengagement,Osée lui impose le devoir 
de s'abstenir de la débauche et ne pas se marier avec un nouvel 
époux, mais de vivre de son modique avoir pendant uq long 
espace de temps. Lui-même n*aura plus d'autre femme et 
attendra la fln de son expiation, où elle pourra revenir chez 
lui. Cette dernière promesse va de soi et n'est mentionnée que 
dans l'explication de la scène (S). 

4. Signification de la clause d'abstinence : le royaume 
d'Israël restera longtemps privé de rois et de princes, 
ainsi que de toutes les formes cultuelles favorisées par les 
dynasties infidèles à Yahwé, et surtout les stèles votives 
(navo)» '6s oracles (ntes) ^^ '^^ fétiches domestiques (o^Bin^- 

PARTIE PARÉNiTlQUK 

II, &. Yahwé engage les hommes de bonne volonté, et spé- 
cialement les prophètes, & exhorter leur mère dévergondée 
(leur nation infidèle); ayant rompu tout lien avec elle, ils n'ont 
pas à craindre de le iïLcher en reprochant à leur mère sa con- 
duite scandaleuse, et en lui enjoignant d*avoir plus de retenue. 
Les termes n^iSD ^^ mi2^ V2!0 expriment admirablement 

l'effronterie et les provocations calculées de la femme dé- 
bauchée. 

5. La nudité complète marque à la fois la dernière abjec- 
tion morale et le dénûment total de tout moyen d'existence. 
Dans cet état, elle sera jetée dans un désert aride où elle pé- 
rira de soif, genre de mort encore plus terrible que la mort 
par la faim. Je lis n^^o^ et ,«^1^ VlXD ^^ lieu de n^noD et 
V 'HD* ^^ ^^^^^ émendaiion est exigée par ii, 16 (cf. ii, iS.j. 

6. oc Enfants de la débauche » est l'image figurée de la 
génération idolâtrique. 

7. La nation parjure attribue aux faux dieux les biens de 
la vie dont elle est richement dotée; elle croit donc dans son 
intérêt de s'attacher à eux. 



♦ t- 






RECHERCHES BIBUQUES 11 

Les versets 8 et 9 qui se terminent par lo désir de Tinfidële 
de retourner auprès de l'époux légitime se placent, avec une 
grande vraisemblance, après le verset 15; les expressions 

communes ^^nKû nriN HD^X (ibm) ^^^ ^^^ visiblement la 
cause du désordre. 

8 (10). Elle ne itayait pas que tous ces biens venaient; dans 
son inconscience morale, elle a même voué aux idoles Tor et 
l'argent que je lui ai donnés sans compter pour sa parure. 

9 (11). Yahwé reprendra les vivres variés qu'il lui four- 
nissait, et cela juste au moment où elle les attendra; il fera 
de même en ce qui concerne les étoffes servant à la confection 
de son habillement, 

10 (12). Ses amants seront témoins de son opprobre et ne 
pourront pas la sauver. 

11 (14). Ce verset a sa place naturelle avant v. 13. Les 
arbres fruitiers de première nécessité : la vigne et le figuier 
seront saccagés par les bêtes. — Le ^^^ est la demeure de 
bêtes qui rongent les plantes. 

1 S (1 3). Dans cet état de privation toutes les fêtes joyeuses 
prendront fin. 

13 (1 5). G*est ainsi que Yahwé lui fera le compte du temps 
où elle encensait et suivait ses amants (les faux dieux), en 
se parant de ses bijoux et en oubliant complètement son Dieu 
national. 

1 4 (8). Elle cherchera bien à rejoindre ses prétendus pro- 
tecteurs, mais elle trouvera la route jonchée d'épines, barrée 
de tout côté et sans trace conductrice. 

1 5 (9). Après des courses inutiles, elle sera animée du désir 
de retourner chez son époux où elle était plus heureuse. Ce 
souhait, dicté par la nécessité, forme le premier pas de son 
changement moral. 

16. Ayant gardé son affection à la femme (Israël), 
malgré ses infidélités, Yahwé obtiendra par persuasion qu'elle 
aille habiter dans le désert, c'est-à-dire qu'elle s'isole de ses 
anciennes connaissances corruptrices, et sachant quelle peine 
cet état d'isolement lui coûte, il fera tout son possible pour la 
consoler et Tencourager. 



12 REVUE SÉMITIQUE 

17. Yahwé lui enverra ses 0^013 de là, mais le sens ordi- 
naire de ,"pc-)3, < ses vignes », n'offre rien de satisfaisant II 

faut visiblement entendre ce mot dans le sens général de c pro- 
duits nécessaires à sa nourriture ». Â rapprocher Tassyrien 
kurmuy kurmatu, a nourriture ». Cette interprétation semble 
aussi avoir été visée par les Septante qui donnent rà xtiJ/Aora 
aÙT^Çy a ses acquisitions » . Toutefois, il faut reconnaître que, 
malgré T unanimité des versions, Tad verbe uwti ^^ convient 

guère au contexte, et que la phrase suivante présente une in- 
cohérence incompatible avec le verbe ,-|^ ^nnîli auquel elle 
est rattachée par la conjonction. L'harmonie se rétablit en 
corrigeant jixT uwb ^^ T\ti Dt2^XV ^ ®'J® ^^^^^ ^® '* vallée 

attristante (= désert) une entrée d'espérance», c'est-k-dire 
un stage préparant un meilleur avenir. La comparaison avec 
répoquc de la sortie d'Egypte où le pénible séjour dans le 
désert formait la préparation du peuple à la conquête d'une 
patrie, confirme l'allure de la pensée que je viens de tracer. 

1 8 . Ajouter n^ après le premier ^S")pn ^^ peut-être nipn 
(Sept. xaXcVêt jxe; Vulg. vocabit me). 

19. Le mot uo^i;^ est déjà représenté dans les Septante; il 
parait néanmoins absolument inutile. Le verset 20 fait partie 
du dernier discours. 

21-22. De nouvelles fiançailles seront célébrées entre Yawhé 
et Éphralm ; elles sont destinées à former une liaison éternelle 
fondée, d'une part, sur la justice et la miséricorde, de l'autre, 
sur la fidélité et la connaissance de Dieu ou la piété. 

23-24. Alors l'abondance reviendra dans la vallée d'fzre*el, 
c'est-à-dire dans le pays éphraïmite. 

25. Le peuple d'Éphraïm se répandra de nouveau dans la 
contrée. Dieu reprendra en miséricorde la pauvre Lo-ruhama ; à 
Lo-'^ammi il dira : (( Tu es mon peuple {^ammi) », et celui-ci 
lui dira : a Tu es mon Dieu. » Ajoutez nnK ^ I& fin du verset. 



T t 



{A suivre.) J- HaLÉVY. 



La Tentation de Jésus. 



L'histoire de la tentation de Jésus par Satan est commune 
aux trois évangiles synoptiques. Marc la mentionne fort som- 
mairement, Matthieu et Luc en font au contraire une descrip- 
tion détaillée et concordante malgré certaines différences et le 
changement dans l'ordre des versets. Ces derniers évangélistes 
ont aussi en commun Tomission d'une particularité impor- 
tante consignée par Marc. Tous les trois rattachent unanime- 
ment cet épisode à la scène du baptême et font agir le Saint- 
Esprit pour transporter Jésus au désert afin de lui faire subir 
cette tentation. Laissons parler les narrateurs eux-mcines : 

Marc, I. 

12. ]St aussitôt après TEsprit le poussa dans le désert, 

12. où il demeura quarante jours et quarante nuits. Il y fut tenté 

par Satan; et il était parmi les bêtes sauvages, et les anges le 

servaient. 



Matthieu, IV. 

1 . Alors Jésus fut conduit dans 
le désert pour y être tenté par 
le diable, 

2. et ayant jeûné quarante 
jours et quarante nuits il eut 
faim ensuite. 

3. Et le tentateur s'approchant 
de lui, lui dit: Si tu es le fils de 
Dieu, dis que ces pierres devien- 
nent des pains. 

4. Mais Jésus lui répondit : Il 
est écrit: L*homme ne vit pas 
seulement de pain, mais de toute 
parole qui sort de la bouche de 
Dieu. 

5. Le diable le transporta alors 
dans la ville sainte ; et le met- 
tant sur le haut du temple, 

6. il lui dit : Si tu es le fils de 



Luc, IV. 

1. Jésus étant plein du Saint- 
Esprit, revint (des bords) du 
Jourdain, et il fut poussé par 
TEsprit dans le désert 

2. pendant quarante jours (où 
il fut) tenté parle diable; et il ne 
mangea pas pendant tout ce 
temps-là, et lorsque ces jours 
furent passés, il eut faim. 

3. Alors le diable lui dit : Si tu 
es le fils de Dieu, commande à 
cette pierre qu'elle devienne du 
pain. 

4. Jésus lui répondit : Il est 
écrit : L'homme ne vit pas seule- 
ment de pain, mais de toute 
parole de Dieu. 

5. Et le diable le transporta 
sur une haute montagne, d'où 



T 



14 



REVUE SÉMITIQUE 



Dieu, jette-toi en bas, oar il est 
écrit : Il a ordonné à ses anges 
d'avoir soin de toi et qu'ils te 
portent sur leurs mains, de peur 
que tu ne heurtes le pied contre 
quelque pierre. 

7. Jésus lui répondit : Il est 
aussi écrit : Tu ne tenteras pas 
le Seigneur ton Dieu. 

8. Le diable le transporta en^^ 
oore sur une montagne fort 
haute et lui montrant tous les 
royaumes du monde et toute la 
gloire qui les accompagne, 

9. il lui dit : Je te donnerai 
toutes ces choses, si en te pros- 
ternant devant moi tu m*adores. 

10. Mais Jésus lui répondit : 
Retire-toi, Satan, car il est écrit : 
C'est le Seigneur ton Dieu que 
tu adoreras et c*est lui seul que 
tu serviras» 

1 1 . Alors le diable le laissa ; et 
en môme temps les anges s'ap- 
prochèrent et ils le servaient. 



lui ayant fait voir en un moment 
tous les royaumes du monde, 

6. il lui dit: Je te donnerai 
toute cette puissance et la gloire 
de ces royaumes; car elle m*a 
été donnée, et je la donne à qui 
il me plaît. 

7. Si donc tu veux m*adorer, 
toutes ces choses aei^tit à toi. 

8. Jésus lui répondit : (Retire- 
toi, BaUn)S il est écHt : C'est le 
Seigneur ton Dieu que tu adore- 
ras, c'est lui seul que tu serviras. 

9. Le diable le transporta en- 
core à Jérusalem ; et l'ayant mis 
sur le haut du temple, il lui dit : 
Si tu es le fils de Dieu, jette-toi 
d'ici en bas; 

40. (car) il est écrit qu'il a or- 
donné à ses anges d'avoir soin 
de toi et de te gafder, 

11. et qu'ils te soutiendront 
de leurs mains, de peur que tu 
ne te heurtes le pied contre quel- 
que pierre. 

12. Jésus lui répondit: Il est 
écrit : Tu ne tenteras pas le Sei- 
gneur ton Dieu. 

13. Le diable ayant achevé 
toutes ses tentations, se retira 
de lui pour un tempe. 



LES DIVERÔENGES DES THOtB RËDÀCTiONS 



La concordance générale sur le fond n^empèche p&s Inexis- 
tence de quelques divergences qui doivent être relevées 
avec soin. Elles, ont d'abord le mérite de prouver que la ver-^ 
sion de Matthieu n^est pas une simple oopie étendue et embei-* 
lie de celle de Marc, mais que toutes les deux remontent à 

1. Cette phrase parait être ajoutée plus tard dans les éditions grec- 
ques ; elle manque dans le Codex Sinaîticus suivi par la Vulgate, avec 
raison à ce qui me semble, car Salan, au lieu de se retirer, continue ses 
agissements. 



LA. TENTATION DE JÉSUS 15 

un récit antérieur dont la vraie physionomie a été fidèlement 
conservée par Matthieu, à l'exception toutefois de la mention des 
bêtes sauvages quMl a éliminée à cause de leur rôle en apparence 
insignifiant et et de leur position hétéroclite entre Satan et les 
anges. Cette considération ne s'est pas imposée à Marc qui y 
trouva au contraire un trait original et à l'avantage du héros ^ 
En revanche, le dialogue entre Satan et Jésus lui paraissait 
d*une utilité douteuse et passablement avantageux à Satan et 
il a pensé qu'il valait mieux supprimer ces détails. Quant à la 
mention des bêtes sauvages elle se trouve très bien en place, 
si bien même que son défaut nous aurait rendu presque inin« 
telligible la vraie nature de l'épisode tout entier. On le verra 
plus loin. 

Plus essentielles sont les divergences qui se constatent entn3 
le texte de Matthieu et celui de Luc; ce dernier a« k l'égard 
du premier^ le caractère d'une imitation assez négligée et ne 
vient nullement d'une tradition séparée. Cependant certaines 
déviations semblent plus réfléchies et nécessitent par cela 
mèrne quelques mots d'explication. 

Matthieu, en conformité avec Marc, représente la tentation 
de Jésus comme un événement arrivé après que Jésus eut 
passé par un jeûne de quarante jours. Le voyant dans cet état 
d'extrême faiblesse, Satan cherche à le tenter dans l'espoir 
de rencontrer peu de résistance à l'acceptation du sort envia* 
bff qu'il lui offhs. N'était-ce pas vraiment révoltant de se 
voir abandonné à mourir de faim dans un désert sans avoir 
rien fait pour mériter une mort si cruelle? La voix céleste qui 
le proclamait naguère fils bien-aimé de Dieu n'était-^elle pas 
une simple illusion des sens? Voilà de quelle manière tout être 
humain dans la situation de Jésus aurait naturellement raisonné, 
mais Jésus mis en possession du Saint-Esprit n'eut pas de 
peine à pénétrer ce mystère. Il comprit aussitôt que son père 
céleste a en réalité voulu lui faire une surprise agréable en lui 
fournissant l'occasion de remporter une victoire glorieuse sur 
Texigence matérielle du corps en même temps que sur la puis»- 
sance suprême du mal spirituel, laquelle, pour mieux égarer 

i. Voyez plus loin, p. 16. 



16 IIEYUE SÉMITIQUE 

les hommes, se revêt souvent du manteau de la piété la plus 
exagérée. En réprimant donc les souffrances du jeûne pro- 
longé, il réfute dignement et en toute tranquillité d'&me 
d'abord les sophismes hagiographiques du faux dévot, ensuite 
l'offre impie que le séducteur, obligé enfin de se découvrir, lui a 
faite avec la netteté la plus catégorique. Ajoutons que dans ses 
deux premières instigations qui sont d'une exécution irréali- 
sable, Satan tftche de faire naître dans l'esprit de Jésus la dé- 
faillance envers soi-même par la prévision de mourir d'inani- 
tion et le doute dans la protection de Dieu accordée aux justes. 
Anéantir la force morale de l'homme, puis l'entraîner au 
péché, cela a toujours réussi au prince des ténèbres. 

Cette allure régulière du drame mythique est gravement 
troublée dans la description de Luc. Ce narrateur fait commen- 
cer la tentation pendant les quarante jours du jeûne, c'est-à- 
dire avant que la torture de la faim ait atteint son maximum 
de violence (diebus quadraginta, et tentabatur a diabolo. Et 
nihil manducavit in diebus illis, et consummatis illis esuriit. 
Dixit autem illi diabolus, etc.). Quelle est la nature de la tenta- 
tion éprouvée pendant si longtemps par Jésus, Luc ne nous 
éclaire point sur ce sujet. 

Beaucoup plus grave est l'interversion des deux derniers 
entretiens. Luc place l'offre des royaumes du monde immé- 
diatement après le refus de Jésus de changer les pierres en 
pain. C'est évidemment trop précipité, la victime n'ayant eu 
jusqu'alors à subir que la souffrance matérielle de la faim, souf- 
france que d'ailleurs Moïse, fondateur de l'ancienne Alliance, 
avait supportée à deux reprises durant le même espace de temps 
(Exode, XXIV, 18; xxxiv, 28) sans se plaindre. Pour l'imagi- 
nation juive, le cas n'était donc pas si extraordinaire. Mais le 
pis est que ce déplacement a laissé l'instigation de se jeter en 
bas du haut du temple se traîner à la fin sans un lien logique 
avec ce qui précède^ et se réduire k une joute pédantesque avec 
des versets bibliques dépourvue de toute signification. La po- 
sition irrégulière du verset relatif à Tadoration a même forcé 
l'auteur à supprimer le mot énergique : « Retire -toi, Sa- 
tan »S qui fait si bonne figure dans la version de Matthieu, et 

1. Voyez ci-dessus, p. 14, note. 



] 



LV TENTATION DK JÉSUS 17 

aussi la phrase finale c et en même temps les anges s'appro- 
chèrent de lui et ils le servaient ^, qui forme une belle anti- 
thèse à la phrase précédente : c Alors le diable le laissa » , 
mais qui perd son sel quand on attribue au diable Tinitiative 
de la tentation et de la retraite comme c'est le cas selon Luc. 
Du reste, la rédaction du verset 1 3 : <c Le diable ayant achevé 
toutes ses tentations, se retira de lui pour un temps», est 
peu heureuse et demeure fort au-dessous de son modèle. 

Dans la rédaction de Matthieu il n'y a qu'une chose à re- 
gretter, savoir la suppression de l'entremise des bêtes sauva- 
ges. Avec l'amour des détails qui le distingde il nous aurait 
évité bien de la tablature pour en deviner la nature exacte et le 
but de la mention. Espérons toutefois que cette petite énigme 
trouvera son explication lorsque les difficultés bien autrement 
importantes auxquelles je passe aussitôt, pourront recevoir une 
solution satisfaisante. 

LE CARACTÈRE AT^ORMAL UU RÉCIT 

Le commentaire qui précède a parfaitement éclairé les trois 
versions dans lesquelles le récit primitif de la tentation nous a 
été transmis par les évangiles synoptiques, mais dans les ou- 
vrages religieux, Tintelligence littérale d'une péricope n'est 
qu'un point de départ qui engage à poser la question de l'au- 
thenticité que nous pouvons formuler de la manière suivante : 
Est-il bien sûr que les versions qui nous occupent appartien- 
nent à la rédaction primitive des évangiles qui les contiennent ? 
La critique moderne de l'Ancien Testament nous parle si sou- 
vent d'interpolations plus ou moins conscientes que le môme 
soupçon se fait valoir dans le domaine évangélique. Au cours 
des explications ci-dessus, j'ai relevé quelques traits rédac- 
tionnels qui militent en faveur de l'authenticité; il faut crain- 
dre qu'ils ne suffisent pas à convaincre des critiques positi- 
vistes. Et avouons-le, le caractère anormal du récit peut en 
quelque sorte justifier la défiance. La figure sinistre de Satan 
y apparaît non seulement comme un vrai deus ex machina 
sans la moindre remarque des auteurs, mais on lui attribue le 
rôle insolite, d'autres diront insensé, de vouloir se faire adorer 

MtOBttaitiori i 



18 REVUE SÉMITIQUE 

par le fils de Dieu, Â-t-it supposé que Jésus n'était pas encore 
conscient de son origine divine? Une telle pensée ne se soutient 
pas un seul instant. La supposition aurait encore quelque om- 
bre de vraisemblance avant le baptême lorsque le Maître futur 
vivait au milieu d'ouvriers besogneux dans Tobscure bourgade 
de Galilée. Alors Toffre brillante de TEsprit malin avait de 
quoi séduire une conscience naïve et confiante; mais après la 
descente visible du Saint-Esprit et le témoignage éclatant de la 
voix céleste, la séduction, mensongère au fond, ne pouvait 
aboutir qu'à une défaite certaine et Satan moins que tout autre 
n'a pu l'ignorer. Autant vaudrait vouloir séduire le Saint-Es- 
prit sous sa métamorphose de colombe ou l'ange Raphaël 
quand il se fit le guide du jeune Tobias sous la forme d'un voya- 
geur. J'ai déjà fait remarquer plus haut que dans l'atmosphère 
légendaire où nous sommes, le jeûne de quarantejours n'est pas 
même suffisant pour abattre le moral d'un prophète ; Jésus 
avait faim, mais ainsi qu'il le dit lui-même : l'homme ne vit 
pas seulement de pain. Moïse a fait deux jeûnes de quarante 
jours à quelques jours d'intervalle entre l'un et l'autre et chaque 
fois il est lestement descendu du Sinaï jusqu'au camp d'Israël, 
chargé de deux lourdes tables de pierre. A la première occa- 
sion il eut même la force de casser avec ses mains les tables 
aux yeux du peuple, et par surcroît, de broyer menu le veau 
d'or au milieu de l'orgie de la cohue infidèle. Voilà cornaient 
ce simple prophète a prouvé que la parole de Dieu fait vivre 
sans nourriture matérielle. Le héros de la légende évangélique 
ne jeûne qu'une fois quarante jours, n'est pas chargé d'un 
lourd fardeau et est par-dessus tout porté sur les ailes de TEsprit 
sans avoir besoin de faire des marches fatigantes ni de faire 
des efforts musculaires extraordinaires au milieu d'une popu- 
lace en furie, et pourtant c'est lui qui est servi par des anges! 
Je ne crois pas que cette grave difficulté puisse être écartée 
par une raison acceptable, et comme on se refuse à admettre que 
l'auteur du récit original qui, grâce à sa grande proximité de 
la première Église, était beaucoup plus pénétré de l'esprit de 
l'Agada juive que ceux de nos évangiles, ait écrit a tort et à 
travers sans placer son épisode dans un cadre convenable, je 
suis obligé de conclure que le manque de situation est exclus!- 



L\ TENTATION DE JESUS 19 

vement dû à Marc qui, en extrayant le récit, l'a mis immédia- 
tement après le baptême où il est question de l'intervention 
active de l'Esprit. Cette analogie a suffi pour placer les deux 
scènes Tune à la suite de l'autre^ Dans les œuvres de seconde 
main, les attaches sont habituellement assez relâchées. Je ne 
parle que de Marc, parce qu'il est le modèle ordinaire de Mat- 
thieUy même quand celui-ci emprunte des détails à une autre 
source. 

D'un autre côté, l'appartenance de notre épisode au corps 
même des évangiles synoptiques ne saurait être révoquée en 
doute : la preuve est de celles qu'on peut qualifier de péremp- 
toires. Elle réside dans la stricte concordance des idées suppo- 
sées dans le récit de la tentation avec les doctrines enseignées 
au cours des récits postérieurs relatifs aux dires ou aux gestes 
de Jésus : La croyance que Satan incarne le principe du mal 
et trouve plaisir à tenter les hommes pour les induire à com- 
mettre des péchés, Marcel, 13; Matthieu, iv, 1 (Luc, iv, 2), 
est formellement annoncée dans cette phrase de l'Oraison do- 
minicale : < Ne nous abandonne pas à la tentation, mais déli- 
vre-nous du mal > (Matthieu, vi, 1H), où le nom commun 
c mal > vise réellement le génie fauteur du mal, Satan. One 
autre fois, ayant trouvé les disciples endormis indifférents des 
grandes choses qui se passaient près d'eux, Jésus les gronde 
en disant : c Veillez et priez afin que vous ne to|[nbiez pas 
dans la tentation » (iétd., xxvi, 41 ) ; ici de même il s'agit des 
instigations de Satan. Parmi les détails, il importe de signaler 
le frappant rapprochement du pain avec la pierre dan& Mat- 
thieu, IV, 3 (Luc, IV, 3) et dans le logion de Jésus : « Aussi 
qui est l'homme d'entre vous qui donne une pierre à son fils 
lorsqu'il lui demande du pain? > (Matthieu, vu, 9; Luc, xi, 
11). Enfin la conception que Satan n'est pas seulement l'ins- 
tigateur du péché, mais encore le maître absolu des royaumes 
et de la gloire du monde et qu'il peut les donner à qui il veut 
(Matthieu, rv, 8-9; Luc, iv, 5-7), cette conception qui brise 
entièrement Je cadre du monothéisme juif vers les tendances 
dualistes de certains gnostiques, est mise dans la bouche de 
Jésus sous la forme de la prière solennelle : a Que ton règne 
arrive », immédiatement suivie de cette autre : t Que ta vo- 



t: i-r •'< 






1^. 



^ 20 RRVIE SÉMITIQUE 

, lonié soit faite sur la terre comme au ciel > (Matthieu, vi, 10), 

idée commentée ailleurs par la phrase : « Mon royaume n'est 
pas de ce monde t> (Jean, XYiii, 36), sous-entendu : parce 
que Satan en est le maître absolu et il faut que dans un avenir 
prédestiné je brise son pouvoir pour régner à mon tour. Il y a 
plus, les deux énigmes qu'en désespoir de cause nous avons 
laissées plus haut comme absolument insolubles, reçoivent une 
explication de tout point satisfaisante quand on pénètre fidée 
que les évangélistes se font des puissances dont Satan se sert 
pour exercer sa royauté néfaste sur le genre humain. Nous 
avons demandé : quel rapport il peut y avoir entre Jésus et les 
bêtes du désert pour que Marc ait consigné cette coexistence 
dans son récit de la tentation. Eh bien, dès qu'on entre dans 
ridée que je viens d'exposer, la clarté devient complète. Le dé- 
sert de la Judée n'a en fait de bêtes nuisibles que les serpents 
et les scorpions dont la morsure cause des douleurs atroces et 
V la mort; or ces bêtes dangereuses font partie de l'armée de 

\ Satan, à tel point que leur malignité cesse d'elle-même lorsque 

\ leur chef est vaincu. La dernière parole de Jésus ressuscité 

contient cette promesse enregistrée par Marc (xvi, 17-18): 
' a Ces miracles accompagneront ceux qui auront cru : ils chas- 

seront les démons en mon nom, ils parleront de nouvelles lan- 
gués ; ils prendront les serpents (avec la main) et s'ils boivent 
quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils im- 
poseront les mains sur les malades et (les malades) seront 
guéris. 1 Possessions démoniaques, ignorance de langues^ mor- 
sures de serpents (et à fortiori celle des scorpions), intoxications, 
maladies ; voilà les instrunents de torture mis en pratique pour 
rendre malheureux les hommes qui ne sont pas sauvés par la 

1 . D'après une légende talmudique, un ange apprit à Joseph soixante- 
dix langues dans la nuit qui précéda sa réception par Pharaon. Le besoin 
de connailrc plusieurs langues ne s'est naturellement pas fait senlir du 
vivant même de Jésus, dont la mission se bornait aux juifs palestiniens 
(Matthieu, i, 5-G, contre ihid., xxviii, 19, omis dans Luc, IX, 1-6, el 
contre Jean, tv, 7-10) ; le zèle de Paul ayant franchi cette barrière, la 
connaissance instantanée des langues étrangères fut considérée comme 
un don du Saint-Esprit descendu sur les fidèles sous forme de Iditigueè 
de feu (Actes, il, 3-4). L'innocuité du venin repose également sur l'ac- 
cident arrivé à Paul (i6id., xxviil, 1-8). 



T"^ 



LA TENTATION DE JÉSUS 21 

foi dans le rédempteur. Luc (x, 1 9) résume la même promesse : 
c Voici, je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les 
serpents et les scorpions et toute la puissance de l'ennemi 
(= Satan) et rien ne pourra vous nuire. » Bref, le fait que Jé- 
sus ait pu rester quarante jours au désert ensemble avec les 
bêles venimeuses sans être inquiété a bien mérité d'être men- 
tionné comme une preuve évidente de la défaite infligée à Satan 
par le fils de Dieu. 

La seconde énigme consistant dans l'idée absurde d'induire 
Jésus à se jeter en bas du sommet du temple, se résout égale- 
ment dès qu'on rapproche le verset 1 9 qui précède le passage 
de Luc cité ci-dessus. Jésus y annonce aux disciples qu'il a vu 
Satan tomber du ciel comme un éclair (Et ait illis : Videbam 
Satanam sicut fulgur de cœlb cadentem !). La descente dans le 
vide de haut en bas proposée à Jésus est visiblement du même 
genre et le sommet de l'édifice sacré est bien le reflet du ciel, 
demeure sacrée de la divinité et des anges. C'était dire à Jésus : 
Je viens de m'élancer du ciel sur la terre pour mieux exercer 
ma royauté, fais comme moi en t'élançant du sommet du tem- 
ple où je t'ai placé et tu y trouveras la gloire puisque les anges 
seront obligés de te porter sur leurs ailes afln qu'il ne t'arrive 
pas d'accident fâcheux. 

La conclusion me paraît donc inévitable : le récit de la ten- 
tation fait partie intégrante des évangiles qui le contiennent, 
mais sa place primitive devait être quelque part près de la fin 
de l'histoire et non pas au début des gestes de Jésus où il se 
trouve actuellement. 

LA PLACE EXACTE DU RÉCIT DE LA TENTATION 

Ayant démontré que l'épisode de la tentation doit apparte- 
nir à la dernière période de l'activité de Jésus, nous pouvons 
faire un pas de plus et chercher à déterminer plus exactement, 
s'il est possible, l'occasion à laquelle la légende primitive l'a 
pu imaginer. C'est une question littéraire que nous discutons 
ici à l'exclusion de toute considération historique ou dogma- 
tique; la restitution de l'ancien cadre évangélique a donc 
pour nous le même intérêt que le rétablissement de l'ordre 



i' 



m REVUE SÉMITIQUE 

de certains passages déplacés dans n'importe que) autre écrit 
de Tantiquité. Nous avons souvent protesté contre les abus qui 
se commettent par des remaniements inconsidérés des textes 
bibliques, nous tâcherons donc de ne point nous attirer le 
même reproche, mais de procéder par de pures raisons litté- 
raires. 

Les trois évangélistes s'accordent à relier la tentative de 
Satan au jeûne prolongé de Jésus. La faim est une mauvaise 
conseillère. La sagesse populaire Ta reconnu depuis longtemps. 
Un ancien juste a dit : c (0 mon Dieu !) ne me donne ni la pau* 
vreté ni la richesse, accorde-moi mon pain quotidien (cf. l'Orai- 
son dominicale : c Panem nostrum superstantialem da nobis 
hodie ») ; de peur que trop rassasié je ne devienne mécréant 
en disant : Yahwé qui est-il ! et que trop pauvre je ne com- 
mette le vol et le parjure » (Proverbes, xxx, 8-9). Toutefois, 
quand il s'agit d*un personnage comme Jésus, il est difficile 
d'imaginer que la faim seule, si cuisante qu'elle fût, aurait 
pu donner l'espoir à Satan d'obtenir de lui un acte de par* 
jure aussi grave que celui qu'il lui proposait. 

Nous avons déjà fait remarquer plus haut que dans le sen* 
timent des évangélistes Jésus ne pouvait être inférieur à Moïse 
dont les facultés ne furent point abattues par un jeûne de 
quarante jours. Pour y parvenir, il a fallu que des souffrances 
beaucoup plus atroces, disons le mot, des souffrances d'agonie 
s'emparassent du corps de Jésus déjà affaibli par la faim pour 
que Satan ait pu ne flatter de le séduire par ses promesses de 
grandeur et de bonheur. D'après les légendes juives, Satan 
profite de toutes les agonies des mourants pour leur faire dire 
des paroles impies afin de s'emparer de leurs âmes. Dans le 
cas que nous étudions, la tentation ne saurait avoir coïncidé 
avec le crucifiement dont les circonstances ne présentent pas un 
seul trait commun. Le seul cri : c Mon Dieu, mon Dieu, pour- 
quoi m'as-tu abandonnné? > l'aurait couvert d'opprobre s'il 
avait osé approcher le divin martyr. Mais heureusement, les 
évangiles nous renseignent à quelle occasion l'idée de la mort 
inévitable a été exprimée pour la première fois par Jésus; c'est 
là que la scène de la tentation peut se placer aisément sans 
troubler le cours du récit principal. Rappelons seulement que 



1 



LA TENTATION DE JÉSUS 23 

selon la légende cette certitude fut pour Jésus la source de ter- 
ribles souffrances qu'il n'a pu cacher môme à ses disciples, car 
ce n'est qu'au dernier moment qu'il a consenti à mourir. La 
scène de Gethsémani est bien décisive sous ce rapport; voici 
comment elle est racontée : 

c Ils allèrent ensuite au lieu appelé Gethsémani, où il dit à 
ses disciples : Asseyez- vous ici jusqu'à ce que j'aie fait ma 
prière. Et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il com- 
mença à être saisi de frayeur, et pénétré d'une extrême afflic- 
tion. Alors il leur dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort, 
demeurez ici et veillez. Et s'en allant un peu plus loin, il se 
prosterna contre terre, priant que s'il était possible, cette 
heure s'éloignât de lui. Et il disait : Abba, mon père, tout t'est 
possible, transporte ce calice loin de moi ; mais néanmoins 
que ta volonté s'accomplisse, et non pas la mienne (Marc, xiv, 
32-36; Matthieu, xxvi, 36-39; Luc, xxii, 39-42). ^ 

Ce qui est arrivé ici devant les disciples n'a pas manqué 
' d'avoir lieu plusieurs fois à l'insu d'eux, car ces angoisses 
n'ont pas cessé d'obséder la victime ; comparez entre autres 
Marc, VIII, 31 ; IX, 31 ; x, 33, et les passages parallèles dans 
les autres évangiles. Cette disposition aigrie explique aussi tout 
naturellement le ton irrité et vindicatif contre ses juges futurs 
qui se fait jour dans la parabole des vignerons assassins (i^t- 
dem^ XII, 1-9 passim). Suivant la coutume des écrits post- 
bibliques, ces sortes de crises finissent toujours par l'apparition 
d'un ange consolateur. Aussi lit-on à propos de la scène de 
Gethsémani dans Luc, xxii, 43-44 : < Et étant tombé en ago- 
nie il redoublait ses prières; et il lui vint une sueur comme de 
gouttes de sang, qui coulait jusqu'à terre. Alors il lui apparut 
un ange du ciel, qui vint le fortifier. » Il est facile d'induire 
que les crises précédentes ont eu le même dénouement. 

Maintenant reprenons le fil de notre démonstration. Jésus 
fait pour la première fois allusion à sa mort prochaine dans sa 
réponse aux pharisiens qui voulant le tenter lui demandèrent 
un signe céleste, en annonçant qu'il ne leur 3era donné que le 
signe du prophète Jonas (Marc, viii, 12 pa^sim). Cette phrase 
est complétée ainsi qu'il suit par Matthieu, xii, 40 : « Car 
comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la 



2i REVUE SÉMITIQUE 

baleine, ainsi le fils de Thomme sera trois jours et trois nuits 
dans le cœur de la terre. » L'entretien se passa dans les confins 
de Magdala ou Dalmanuta, après avoir nourri quatre mille 
hommes avec sept pains et quelques poissons. Ensuite il fit 
plusieurs voyages avec ses disciples qui ayant oublié d'acheter 
du pain furent nourris par miracle avec un seul pain (Marc, 
viii, 14-21). Enfin, étant en route aux environs de Césarée de 
Philippe, il se mit à déclarer ouvertement qu'il devait souffrir 
beaucoup, être mis à mort et ressusciter trois jours après. 11 eut 
même à réprimander fortement Pierre qui s'opposait à Texé- 
cution de ce projet : c Jésus reprit Pierre et lui dit : Retire-toi de 
moi, Satan, parce que tu n'as point de goût pour les choses de 
Dieu, mais seulement pour celles de la terre d {iHdem^ viif, 
31-33). C'est à ce moment que Satan, rendu furieux par la 
proximité de l'œuvre de la rédemption et particulièrement 
excité par le sens injurieux que son nom avait pris dans la bouche 
de Jésus, enleva son insulteur secoué intérieurement par les 
affres de la mort, et le transporta dans le désert au milieu des 
bêtes venimeuses, et après l'avoir privé de toute nourriture 
pendant quarante jours, procéda méchamment à obtenir par la 
cruauté beaucoup plus que ce que Pierre avait voulu obtenir 
par une douce persuasion. Les deux premières apostit>phes 
qui forment les prémisses de la vraie tentation, celle de 
l'abjuration, ressortent maintenant cofume des sarcas- 
mes impitoyables : TAh! tu crois être le fils de Dieu parce 
que tu as nourri des milliers de personnes avec quelques pains, 
maintenant que tu n'as que des pierres autour de toi, essaie 
donc de les .changer en pain pour sustenter ton corps défail- 
lant; â^'Tu t'es réjoui de me voir tomber du ciel sur terre, 
en me croyant diminué en puissance, essaie donc, si tu Poses, 
de te jeter seulement en bas du temple qui n'est pourtant pas 
très haut et tu verras si les an^es accourront pour te sauver. 
Sois sûr quMIs ne viendront pas, parce que c'est moi seul qui 
suis le maître de ce monde et le distributeur unique de tout 
pouvoir, donc, soumeis-toi à mm domination et je te rendrai le 
plus heureux des hommes. Malgré ces terribles épreuves, 
l'âme de Jésus resta inaccessible au doute, car les passages 
des livres sacrés qu'il mania si à propos lui rendirent la con- 



LA TENTATION DE JÉSUS 25 

fiance nécessaire. Aussi, à la honte de Satan, les anges vinrent- 
ils se mettre à son service pour le tirer d'embarras. 

Il va sans dire que pendant Tabsence du maître, les disciples 
et ceux qui le suivaient se dispersèrent de tous les côtés; c*est 
pourquoi en revenant à la première place il fut obligé de les 
rappeler (et con vocata lurba cum discipulis suis dixit eis {ibidem, 
34). Marc seul a conservé ici la forme primitive, lesautres synop- 
tiques l'ont laissée tomber : Matthieu, xvi, 24 donne : < Alors 
Jésus dit à ses disciples >> ; Luc, ix, 33 : a Et il dit à eux 
tous », expressions qui font disparaître la notion de l'intervalle 
qui sépare les deux parties du récit. La seconde s'occupe natu- 
rellement de ceux qui auront le courage de le suivre jusque 
dans la mort. 

Quant à la cause qui a déterminé les évangélisles à retirer 
le passage de la tentation de ce milieu pour le placer après la 
scène du baptême, on n'a pas besoin de la chercher longtemps : 
ces compilateurs ont été choqués par l'accord fondamental 
entre l'opinion de Pierre et les instigations de l'esprit malin. La 
formule méprisante € Retire-toi de moi, Satan ! », qui est em- 
ployée également à l'égard du disciple, était de nature à at- 
teindre le prestige de Tapôtre considéré comme la base de 
TÉglise. En éloignant Tun de l'autre les deux tentateurs, l'apos- 
trophe à l'adresse de Pierre devient une simple métaphore et ne 
contient plus le moindre arrière-go&t de flétrissure. Luc seul a 
opéré d'une manière radicale : il a purement et simplement 
éliminé le passage relatif au scepticisme de Pierre, scepticisme 
qui contraste en apparence avec le témoignage de foi qu'il avait 
déposé quelque temps auparavant {ibidem^ 20). Le Gode Si- 
naiticus, prototype grec de la Vulgate, a même omis ladite for- 
mule dans la scène de la tentation d'après la version de Luc; 
mais c'est là, peut-être malgré tout, un oubli du scribe et qui 
n'a pas besoin d'une autre explication. 

Dans ce qui précède j'ai assigné le déplacement du passage 
discuté aux évangélistes en général afîn de ne rien avancer qui 
ait l'air d'un sentiment personnel. Cependant il ne peut pas 
être question d'un accord fortuit survenu entre les trois synop- 
tiques sur un point aussi spécialement réfléchi. Des auteurs 
différents résolvent rarement la difficulté de leur archétype 



26 REVUE SÉMITIQUE 

d'une manière identique. Luc, il est vrai, doit être retiré du 
milieu, puisque, en ce qui concerne notre récit, il dépend en- 
tièrement de Matthieu. Les circonstances ne sont pas les mêmes 
pour les deux autres synoptiques. Tous les deux ont certaine- 
ment connu révangile plus ancien, puisque chacun d'eux pro- 
cède d*une manière différente dans l'extrait qu*i!s en donnent. 
Toutefois, la considération que, dans un grand nombre de cas, 
Matthieu suit de préférence la rédaction de Marc, donne à 
penser que le premier n'a fait qu'adapter le remaniement 
opéré par le dernier, probablement parce que l'œuvre épito- 
matique de Marc commençait déjà à éclipser le prestige des 
anciens conteurs. C'est un fait observé partout : les extraits 
et les abrégés se substituent souvent aux ouvrages originaux. 
Soit par changement de goût, soit par des raisons de comme* 
dite, on préfère la rédaction nouvelle et plus concise. 

ORIGINE nu RÉCIT 

• 

Les biographes de Jésus ont la ferme conviction que le Christ 
a accompli tout ce que la loi et les prophètes avaient prédit au 
sujet du divin Messie, notamm.ent au sujet de ses souffrances 
et de sa mort. C'était alors le trait particulier de l'exégèse or- 
thodoxe de l'école pharisicnne et le jeune paulinîsme, de ten- 
dances franchement cosmopolites, en a largement profité, sauf 
à appliquer à son héros ce que Torthodoxie nationaliste appli-* 
quait couramment au Messie futur. Mais loin de s'arrêter aux 
livres canoniques, ces biographes cherchaient souvent des ins- 
pirations dans la littérature post-canonique dite apocryphe 
ou pseudo-épigraphique. Comme cette littérature est perdue 
en grande partie, nombre de récils évangéliques qui n'ont pas 
de prototypes bibliques présentent 5. nos regards une apparence 
d'originalité et d'imagination primesautière qui étonnent dans 
un produit de la théologie juive. Contrairement aux contes 
mondains et aux proverbes, où l'imagination populaire peut 
prendre le plus libre essor, les légendes religieuses, tout en se 
modifiant dans les détails, se lancent rarement dans les domai- 
nes non encore exploités par la conscience générale. Pour notre 
cas particulier, l'expérience nous invite donc à chercher le mo- 



LA TENTATION DE JÉSUS 27 

dèle de la tentation de Jésus dans une tentation plus ancienne 
et notre investigation doit forcément débuter par les livres ca- 
noniques et ne descendre plus bas qu'au cas où ils ne suffiraient 
pas pour nous renseigner. 

L'Ancien Testament fait mention de deux justes fortement 
et gravement éprouvés par un arrêt divin : Abraham et Job. 
Abraham reçoit un ordre d'Élohlm lui enjoignant de lui sacri- 
fier son fils unique; le patriarche se résigne à ce sacrifice, 
mais l'exécution en est empêchée par un ange et le juste est 
récompensé de sa fidélité. C'est une mise à l'épreuve dont Dieu 
lui*même est l'acteur; il n*y a là aucun rapprochement à faire 
avec notre légende. Dans le récit de Job, l'acteur n^est plus 
Dieu en personne, mais le Satan (rjot^n) c'est-à-dire le procu- 
reur du tribunal céleste dont la fonciion consiste à dresser 
per fas et nef as des actes d'accusation même contre les hommes 
les plus vertueux. Pour l'amour de son métier il emploie la 
ruse et l'astuce pour mettre le juste à de cruelles épreuves 
afin de tirer de sa bouche une parole de révolte contre la Divi- 
nité. Job sut s'abstenir de cette grosse offense, mais dans les 
entretiens qu'il eut avec ses amis il ne put retenir ses plaintes 
d'être victime de fausses accusations. Dieu trouva ces plaintes 
conformes à la vérité, probablement parce que sa cause avait 
été habilement défendue par l'avocat du môme tribunal (Job, 
xxxiil, 83). Job fut donc justifié et récompensé avec magnifi- 
cence. Satan joue encore le rôle de procureur dans la vision 
de Zacharie, m, 1-5, où le grand prêtre Josué portant des vête- 
ments sales (= avili par les humiliations) se tient devant 
Yahwé, écoutant l'exposé des accusations contre lui, mais dans 
ce cas le point principal pour nous, l'essai de tentation manque 
complètement. On le voit, même dans le cas de Job, Satan 
agit en fonctionnaire trop zélé qui use des moyens les plus 
cruels pour démontrer la thèse au fond exacte qu'il n'y a pas 
d'homme absolument juste sur la terre, mais il se garde bien 
(l'inciter les hommes au mal par des paroles insidieuses, ce serait 
donner lui-même l'exemple du blasphème et il excuserait par 
cela même les écarts des hommes. Ce n'est pas dans la sphère 
de cette conception angélologique que la tentation de Jésus a 
pu prendre naissance. 



28 REVUE SÉMITIQUE 

Dans la littérature de la dernière époque macbabéenne le 
Satan^ l'ancien procureur de l'empire céleste, devient Satan 
tout court, c'est-à-dire l'incarnation du mal absolu, Ange re- 
belle, il poursuit un but unique, répandre le péché parmi les 
hommes et se réjouir ensuite de les voir souiïrir et périr de misère. 
Presque entièrement émancipé de son ancien patron, il est le vrai 
maître de ce monde, il domine les hommes et dispose d*une 
armée d'esprits malfaisants qui les affligent de toutes les mala- 
dies et de toutes les infirmités imaginables pour plaire à leur 
chef, lequel ne se contente pas d'avoir leur corps, mais veut 
encore s'emparer de leur âme en leur faisant commettre quelques 
péchés ou prononcer des paroles irrévérencieuses envers Dieu. 
Ce développement satanologique fut sans doute accompli dans 
la secte solitaire des Esséniens sur la base du livre d'Hénoch et 
d'autres apocryphes de mêmes tendances. Je ne crois pas^que 
le zoroastrisme y ait eu la moindre part. S'il y a quelque in- 
fluence étrangère, je me tournerais plutôt vers les doctrines 
ésotériques grecques, l'orphéisme, le pythagorisme, les mys- 
tères d'ÉIeusis, etc. , qui avaient de nombreux adeptes à Alexan- 
drie et en Asie. Car une partie des esséniens au moins savait 
certainement le grec et se servait de la version des Septante* 
Le premier fait m'a été naguère révélé par la coordination des 
éclairs et des étoiles dans Hénoch, XLiii, 1 , coordination qui 
repose visiblement sur l'étymologie du mot signifiant c éclair » 
en grec, adTpaînî, de «crnip, a étoile ». Le second fait est as- 
suré par la locution usitée par Jésus, du moins dans la rédac- 
tion de Matthieu, xii, 39, et xvi, 4 : < génération mauvaise et 
adultère » (yevti Trovyjpà xai [iot)(^ocliç), qui rappelle la version 
des Septante d'Osée, m, 1 : {yuvaîxoL ayarrûffav) i:ovnpi xai fxot- 

xaXiv (nsjjîjOT î;i nnns)» • ""® femme aimant le mal et 

• • • 

adultère », où le texte massorétique lit : nSMDI V"^ n^HN 

\ • 

c aimée d'un ami et adultère » (= dilectam amico et aduU 
teram). Quelle que soit du reste la provenance du change- 
ment en cause, il est incontestable qu'à la naissance du chris- 
tianisme la doctrine de l'omnipotence de Satan dans ce bas 
monde était populaire dans les milieux juifs. Jésus et les apô- 
tres la supposent et la confirment en toute occasion. Sans elle, 



LA TENTATION DE JÉSUS 29 

l'idée de l*expiation par la mort du fils de Dieu et de la rédemp- 
tion par la foi en lui n*aurait pu éclore dans une conscience 
juive, quelque troublée qu'elle fût par le mysticisme exotique. 
Mais ceci établi, nous sommes encore loin de l'état angélo- 
logique où nous place le récit de la tentation. Satan dresse des 
pièges au fils de Dieu lui-même ; ils se sait tellement souve- 
rain maître de tout être corporel qu'il en fait son jouet. Sans 
égard à sa faiblesse résultant d'un jeûne de quarante jours, il 
ose rinsulter par des sarcasmes cuisants. Puis, en le prenant 
dans ses griffes, il le transporte où il veut sans que la victime 
puisse faire le moindre mouvement pour se soustraire à son 
ravisseur. Enfin, lorsqu'il Ta suffisamment abreuvé d'amer- 
tume il ose lui proposer un acte d'abjuration qui ferait du fils 
de Dieu un génie déchu comme il Test lui-même et un vassal 
soumis. Cette scène serait-elle due à une inspiration instan- 
taoée du premier évangéliste ? On ne peut y songer devant le fait 
certain que la christologie des évangiles ne consiste qu'en ap- 
plication d'anciens symboles. Pendant longtemps, je désespé- 
rais de trouver le mot de l'énigme et je me résignais à l'assi- 
gner à quelque écrit perdu de la littérature de l'époque, lorsque 
le hasard me mit sous les yeux un apocryphe juif enchâssé 
dans un apocryphe chrétien, je veux parler du Martyre d'isdie 
qui se trouve emmuré dans \ Ascension d'haie. C'est la source 
cherchée. Je tâcherai de faire passer cette conviction dans 
Tesprit de mes lecteurs. 

LE MARTYRE d'ISAIE ET LA LÉGENDE ÉV ANGÉLIQUE 

Auguste Dillmann a prouvé le premier en 1 877 que l'apo- 
cryphe intitulé c Ascension d'Isaïe 2>, dont le texte éthiopien 
avait été publié et traduit en anglais en 1 8 1 9 par R. Laurence ^ 

1. Uno bonne traduclion française de V Ascension d^Isaïe a été pu- 
bliée par M. R. Basset (Les Apocryphes éthiopiens traduits en /'ran- 
çais, III. Paris, 1894). M. Basset ne semble pas avoir connu Tôdition de 
l'apocryphe par R. H. Charles {The Ascension ofisaiah, London, 1900). 
Je proHte du fragment grec récemment retrouvé pour faire certaines cor- 
rections aux anciennes traductions et pour ajouter quelques notes. Les 
éditions de Dillmann et de M. Charles m'ont été prêtées par M. le pro- 
fesseur Béer ; qu*il reçoive ici mes remerciements. 



30 REVUE SÉMITIQUE 

contenait deux récits très différents fondus ensemble: Tud 
récit juif relatif au martyre du prophète Isale sous Manassé, 
roi de Juda, filsd'Ézëchias, et S"" une vision christologique du 
même prophète pendant le règne d'Ézéchias« Le récit juif qui 
se sépare aisément de l'entourage chrétien se compose des pas- 
sages II, 1-1II, 12 et V, 2-1 i. Isaïe est scié en deux par Pordre 
de Manassé et sur Taccusation du Samaritain Bechira, inspire 
par Satan. Cette légende était déjà admise à l'époque aposto- 
lique (Hébreux, xi, 37) ; elle est aussi connue de Justin, de 
Tertullien et des docteurs talmudiques. Tout doute est levé par 
le témoignage d'Origène qui mentionne un écrit Juif où le 
martyre d'Isaîe est raconté. En un mot nous y avons un petit 
Midraà antérieur à l'ère chrétienne et c'est cette circonstance qui 
m'a donné l'idée de l'examiner attentivement dans l'excellent 
article de M. G. Béer paru récemment dans la grande collec- 
tion des apocryphes juifs publiée par M. Emile Kautzscb, 
professeur de théologie à Halle. Mon examen a eu deux résultats, 
nouveaux pour moi l'un et l'autre. D'abord j'ai vu que le récit 
a besoin d'être plus approfondi qu'on ne Ta fait jusqu'à pré- 
sent. En second lieu j'ai acquis la conviction que cet écrit, en 
apparence si modeste, fournit la clé de la tentation de Jésus^épi* 
sodé évangélique des plus étonnants et dont l'obscurité à ce 
que je sache est encore aujourd'hui aussi épaisse que jamais. 
Pour mettre le lecteur à même de comprendre toute l'impor- 
tance du sujet, nous croyons indispensatile de présenter d'abord 
la traduction intégrale de ce petit texte et d'y consacrer un 
certain nombre de notes qui en faciliteront Tintelligence* 

TRADUCTION DU MARTYRIUM 

II, 1 , Lorsque, après la mort d'Ézéchias, Manassé fut de- 
venu roi, il ne pensa plus aux recommandations de son père 
et les oublia. Et Sammaèl (nom de Satan) demeura sur Ma- 
nassé et s'attacha à lui. 

2, Manassé cessa de servir le Dieu de son père et servit 
Satan, ses anges et ses puissances. 

3 . Il détourna toute la maison de son père de Tadoration de 
Dieu et de son culte. 



LA TENTATION DE JÉSUS 31 

4. Manassé changea aussi d'avis au point d'adorer Belial^ 
car le prince de l'iniquité qui domine ce monde est Bclial dont 
le nom est Matanbukus (?). Celui-ci avait à Jérusalem sa joie 
en Manassé qu'il fortifiait dans l'égarement et dans l'iniquité 
qui y était répandue. 

5. Alors se propagèrent la sorcellerie, les incantations, la di- 
vination, Taugure par le vol des oiseaux, la magie» la luxure, 
l'adultère* et la persécution des justes par Manassé, Bechira*, 
Tobia Kanaanaï*, Jean d'Analhoth* et Sadoc*, chef du mobilier. 

6,' Le reste du récit est écrit dans le livre des rois de Juda 
et dUsraël, 

7. Lorsque Isaïe, fils d'Amos, vit la grande iniquité qui ré- 
gna alors à Jérusalem, Tadoration de Satan et de son arro- 
gance, il se sauva de Jérusalem et vint s'établir à Bethléem 
de Juda. 

8. Mais comme il y avait là également beaucoup d'iniquité 
il partit de Bethléem et s^établit sur une montagne dans 
le désert. 

9. Le prophète Michée, Anania le vieillard, Joël, Habacuc, 
le fils d'Isale [Sear] Yasub et beaucoup de croyants se retirè- 
rent et s'établirent sur cette montagne. 

1 . Tous étaient vêtus d'un cilice, tous étaient des prophètes ; 
ils n'avaient que leur corps avec eux et tous se lamentaient fort 
de l'égarement d'Israël. 

1t. Ils n'avaient non plus rien ^ manger que les plantes du 
désert qu'ils amassaient sur les montagnes» ils les cuisaient en- 
suite et les mangeaient avec le prophète Isaïe et ils passèrent 
ainsi deux années sur les montagnes et les collines. 

12. Après cela, pendant qu41s se trouvaient dans le désert, 
apparut un homme, un Samaritain nommé Bechira, de la fa- 
mille de Sedékia, fils de Canaani, un faux prophète qui habi- 
tait à Bethléem. Hizkia, fils de Ganaani, le frère de son père, 
vivait aux jours d'Acbab, roi d*Israêl ; il fut le maître des quatre 

1. Manque en grec. 
2« Manque en grec. 

3. G. TOOCI TCÙ XXVOIVITCU. 

4. G. moins bien ^iùtvàv t&u NAÔcûd. 

5. Ajouté d'après G. 



32 REVUE SÉMITIQUE 

cents prophètes de Ba'^al, et il frappa et injuria le prophète 
Michée, fils de Yimla. 

13. Il fut blâmé par Achab et Michée fut jeté en prison avec 
le faux prophète Sedekia. Ils étaient ensemble avec Ahazia, 
fils d* Achab à Samarie\ 

14. Élie le Thisbite de Galaad réprimanda Ahazia et Sama- 
rie et prophétisa qu^ Ahazia mourrait dans son lit de sa maladie 
et que Samarie serait livrée aux mains de Salmanasar, parce 
qu'il avait tué les prophètes de Dieu. 

15. Lorsque les faux prophètes rapprirent, savoir ceux qui 
[se trouvaient] auprès de Ahazia, fils d'Achab, et leur maître 
Gamarias du mont Islal ', 

1 6. et ce Bechira qui était frère de Sedekias, ils persuadèrent 
Ahazias, roi de Samarie, de tuer Michée. 

m, 1 . Bechira apprit et vit le lieu où se trouvaient Isale et 
les prophètes qui étaient avec lui, car il demeurait à Bethléem 
et était attaché à Manassé. 11 prophétisait aussi de fausses paroles 
sur Jérusalem et plusieurs habitants de Jérusalem se lièrent 
avec lui, bien qu'il fût Samaritain. 

2. Lorsque Salmanasar, roi d'Assyrie, vint et conquît la Sa- 
marie, et transporta les neuf tribus en captivité et les condui- 
sit dans les provinces des Mèdesct aux fleuves de Gozan, 

3. ce jeune homme se sauva et arriva à Jérusalem aux 
jours d^Ézéchias, roi de Juda ; il ne suivit pas la voie de son 
père, le Samaritain, parce qu'il craignait Ézéchias. 

4. Il fut surpris aux jours d*Ézéchias prononçant des paroles 
impies à Jérusalem. 

5. Les fils d'Ézéchias l'ayant accusé (auprès de leur père) 
il s'enfuit dans la contrée de Bethléem et il séduisit (les ha- 
bitants). 

G. Bechira accusa (donc) Isaïeet les prophètes qui étaient 
avec lui en disant : Isaïe et ses compagnons prophétisent con- 
tre Jérusalem et les villes de Juda qu'elles seront dévastées et 
contre Benjamin qu'il ira en captivité et aussi contre toi, sei- 

1. Correclion de Ch. appuyée sur la comparaison de G. et de E. 

2. Gamarias d'après L.; O. I&larias; E. lyalërëyàs; lalal d'après 
G.; E. a lyôêl ; L. Ephrem, Ch. voit dans laXak une corruption de 



LA TENTATION DE JÉSUS 33 

gneur roi, que tu iras en captivité chargé de crochets pointus 
et de chaloes. 

7. Eux (tous) annoncent de fausses prophéties sur Israël (?) 
et Juda. 

8. Isaîe même a dit : Je vois plus que le prophète Moïse. 

9. Moise a dit : Personne ne peut voir Dieu et rester vivant, 
mais Isaïe a dit : J'ai vu Dieu et voici je suis vivant I 

10. roi, reconnais donc que ce sont de faux prophètes. U 
(Isale) a appelé Jérusalem Sodome et les princes de Juda et de 
Jérusalem peuple de Gomorrhe. Il accusa souvent Isale et les 
prophètes auprès de Manassé. 

1 1 . Belial s'établit dans te cœur de Manassé, des princes 
de Juda et de Benjamin, des eunuques et des conseillers du 
roi. Les paroles de Bechira lui plurent excessivement, 

12. et il fit prendre Isale [pour être scié]. 

V, % Pendant qu*on sciait Isale, Bechira se trouvait là en 
l'accusant et tous les faux prophètes s'y tenaient aussi en riant 
et en se réjouissant de l'état d'Isaïe. 

3. Belial qui est Matanbukus se tint devant Isaïe en le rail- 
lant. 

4. Alors Belial dit à Isaîe : Dis: En tout ce que j'ai annoncé 
j*ai menti ; les voies de Manassé sont bonnes, 

5. et aussi les voies de Bechira sont bonnes. 

6. Il lui dit cela quand on commençait à le scier. 

7. Mais Isale avait une vision du Seigneur et ses yeux étaient 
ouverts [dans la direction du ciel] de manière qu'il ne les vit 
pas. 

8. Alors Malkira parla ainsi à Isaïe : Dis ce que je te dirai 
et je changerai leur cœur et je ferai que Manassé, les princes 
de Juda et tout Jérusalem t'adorent. 

9. Alors Isaïe répondit et dit : De ma part (?)^ sois maudit, toi, 
>!elkira, faux prophète, diable, ainsi que tes puissances et 
toute ta maison. 

10. Car tu ne peux t'emparer que de la peau de ma chair. 

1 1 . Alors ils prirent Isaïe, fils d'Amos, et le scièrent avec 
une scie en bois'. 

i. Èrmn&sa ëmhhabêyanu, lecture visiblement fautive. 

2. Bamàsarta ^ètz^ bien, Dillm. Ch. «erra lignea^ non « do (=: &) 

HlVDt SillTlQCI 3 



3i REVUE SÉMITIQUE 

M. Manassé, Becbira, les faux . prophètes^ les prineea et 

tout le peuple se tenaient là et regardaient. 

1 3. Aux prophètes qui étaient avec loi [Isale] avait dit avant 
quMI fût scié : Allez dans la contrée de Tyr et de Sidon, car 
c'est pour nnoi seul que Dieu a mêlé le calice. 

14. Isale n'a ni crié ni pleuré pendant qu'on le seiait, mais 
sa bouche s'entretenait avec Tesprit saint jusqu*à ce qu'il fût 
scié en deux. 

LB MAATYRIUM ET L^ÉVANOILB 

II suffit de jeter un regard sur Thistoire qui préeède pour se 
convaincre que le Martyrium non seulement contient toute la 
démonologie qui a rendu pos»ble l'épisode de la tentation racon- 
tée par les trois évangiles synoptiques, mais un épisode du 
même genre. Le nom seul du héros change : pour l'un le mar- 
tyr est le prophète Isale» pour les autres il est Jésus de Naza- 
reth. En face de ces coïncidences fondamentales, les diver- 
gences déterminées par la situation des héros et de leur 
entourage perdent toute valeur critique et s'expliquent d'elles- 
mêmes. Une nuance importante est à retenir : le Martyrium 
énonce catégoriquentent ce que TÊvangile sous-entrad ou 
signale d'une manière indirecte. 

Spécialisons les détails dans l'ordre qui leur est propre dans 
le Martyrium. 

a) Satan s'empare de l'homme qu*il pervertit. 

« Sammàél (= Satan) demeura 
Bur Manassé et s'attacha à lui. . ^ ^^ ^^^ ^^^ ,^^^^ ^^^^ 

'«',"*,'.. wi.j 1 nonunél8cariote.»(Luo, 1X11,4.) 

. Behal s établit dans le cœur ^ ^^ .j ^^^ ^^ ^^^_ 

de MMMsé. des pr.noee de Juda ^^^^ ^"^^^ ^^^^ ^^ j^. . 

et de Benjamin, des eunuques et t 9- » 
des conseillers du roi. » (Ibid», * 

m, 11.) 

bois » (Basset), Baumsiige (Béer). Dans ce dernier cas, le déterminatif 
« bois, arbre » serait superflu. D'ailieura, la légw&ds gree^pM» Ul, 16, 
offre Vf irptovi (uXivf ; vf. Justin, DM. cum Tryph,, CZZ, 14^ 15. 



LA TEKTATION DE JÉSUS 



3S 



« Manassé servit Satan^ ses 
anges et ses puissances. » {ibid., 
il, W.) 



« Il dira ensuite à ceux qui se- 
ront à la gauche : Retirez-vous 
de moi^ maudits, (ailes) ati feu 
étemel qui a été préparé pour 
Satan et pour ses anges. » (Mat- 
thieu, XXV, 41.) 

« Voici : je vous ai donné le 
pouvoir de fouler aux pieds les 
serpents et les scorpions et toute 
la puissance de rEnnemi.» (Luc, 
X, 19.) 



d) Satan est le souverain de ce monde. 



« Le prince de l'iniquité qui 
domine en ce monde est Belial. t 
(Ibid,, n, 4.) 



a Et maintenant que le monde 
va être jugé, c*est maintenant 
que le prince de ce monde va 
être jeté dehors. » (Jean, xii, 31.) 



e) Satan a du plaisir à répandre le mal et aime 

ceux qui lui obéissent» 



Déliai avait sa joie en Ma- 
nassé qu'il fortifiait dans l'égar- 
rement et dans Tiniquité qui 
était répandue à Jérusalem. » 
ifbid., II, 4 ) 



« Le champ est le monde : le 
bon grain, ce sont les enfants 
du royaume (céleste); et la ziza- 
nie, ce sont les enfants d'iniqui-* 
té ; Tennemi qui Ta semée, c'est 
le diable. » (Matthieu, xm, 38-39.) 

t Vous êtes les enfants du dia- 
ble et TOUS voulez accomplir le 
désir de votre père. » (Jean, vrrr^ 
44.) 



s 



, * 



j\r. 



*<i 



b) Celui qui ne sert pas Dieu sert Satan. 



« Et Manassé cessa de servir 
le Dieu de ses pores et servit Sa- 
tan. * {Ibid.jU,^.) 

m Manassé changea aussi son 
sens et servit BeliaL » {Ibid^^ 
II. 4.) 



t Je te donnerai toutes ces 
choses, si en te prosternant de- 
vant moi, tu m*adores. » (Mat- 
thieu, IV, 9 passim). 



c) Sa Un a ses anges et ses puissances. 



\ 

s. 




36 



REVUE SÉMITIQUR 



f) Satan peut tuer le corps mais n'a pas 
de pouvoir sur Vâme 



« Car tu ne peux prendre que 
la peau de ma chair. » {Ibid , 
V, 10.) 



« Ne craignez point ceux qui 
tuent le corps, et qui ne peuvent 
tuer l'àme; mais craignez plu- 
tôt celui qui peut perdre TAme et 
le corps dans Tenfer. • (Matthieu, 
X, 28 passim.) 



En vertu de ces parallèles de pensée et d'expression Tidcn- 
tité de la doctrine relative au pouvoir de Satan dans ce monde 
dans le Martyr ium Isaix et dans le Nouveau Testament peut 
être considérée comme une certitude incontestable. Mais Rac- 
cord de ces écrits reçoit son couronnement par leur commune 
relation d*une scène de tentation satanique. 

Nous avons montré plus haut le sens cruellement sarcastîque 
des deux premiers défis que Satan lance à Jésus exténué de 
fairn et tout à fait abandonné à la vengeance de son emiemi 
implacable qui voudrait le forcer à commettre Tacte abominable 
d'adorer Satan. Les mêmes circonstances se trouvent déjà à 
propos du martyre d*Isa!e, même dans sa partie introductoire. 
Voici ces nouveaux parallèles : 

a) Transfèrement forcé au milieu du désert. 



ff Isaie partit (de Bethléem) et 
s'établit sur une montagne dans 
le désert. » {Ibid., ii, 8.) 



« Et aussitôt après Tesprit le 
poussa dans le désert. » (Marc, 
I, 12, passim.) 



b) Torture de la faim : manque de pain pendant 
une durée considérable. 



« Ils (Isaîe et ses compagnons) 
n'avaient non plus rien à manger 
que les plantes qu'ils amassaient 
et cuisaient ensuite; et ils pas- 
sèrent ainsi deux ans sur ces 
montagnes et ces collines. » 
(/6id., II, 11.) 



a Et ayant jeûné quarante 
jours et quarante nuits il (Jésus) 
eut faim ensuite. » (Matthieu, 
IV, 2.) 

« Il ne mangea rien pendant 
tout ce temps-là {su quarante 
jours et quarante nuits), et lors- 
que ces jours furent passés, il 
eut faim. • (Luc, iv, 2.) 



L\ TKNTATIOX DE JÉSUS 



37 



o) Emprisonnement du martyr. 



« Le discours de Bechira (agent 
de Satan) plut k Manassé (égale- 
ment possédé par Satan) exces- 
sivement et il fit prendre Isaîe. » 
(/6td., III, H-iV.) 



<c Alors Jésus fut conduit dans 
le désert pour y être tenté par le 
diable. » (Matthieu, iv, 1 passim.) 



d) Le martyr conseille à ses compagnons (f aller à Tyr 

et à Sidon, 



« Aux prophètes qui étaient 
avec lui, (Isaîe) avait dit avant 
qu'il fût scié : Allez dans la con- 
trée de Tyr et de Sidon. » 



c II partit ensuite de ce lieu- 
là et s'en alla sur les confins de 
Tyr et de Sidon. » (Marc, vu, 24.) 

« Jésus quitta ensuite les con- 
fins de Tyr et retourna par Sidon 
vers la mer de Galilée. » [Ibid., 
31.) 



e) Le martyr boit le calice préparé par Dieu*. 



« Car c'est pour moi seul que 
Dieu a mêlé ce calice. » (/btd.) 



« Et il disait : Abba, mon père, 
transporte ce calice loin de 
moi. B {Ibid., ziv, 36, et paral- 
lèles.) 



f) Le tentateur est Satan en personne; il raille le martyr» 



a Et le tentateur (= le diable) 
s'approchant de lui, lui dit : Si tu 
es le fils de Dieu, dis que ces 
pierres deviennent des pains. » 
{Ibid,, rv, 3 passim.) 

a En le mettant sur le haut du 
temple le diable lui dit : Si tu es 
le fils de Dieu, jette-toi en bas. » 
{Ibid., IV, 6 passim.) 



« Reliai se tint devant Isaîe 
en le raillant. » {Ibid., v, 3.) 



1 . A ce propos, les commentateurs se contentent de dire : « calice » 
ou « coupe » désigne aussi bien «la Joie» que c la souffrance» ; ici il est 
employé dans ce dernier sens. » Mais, dans l'Ancien Testament, le calice 
des souffrances est la part des grands coupables (Isaîe, Li, 17, 22; Ézé- 
chiel« XIIII, 32, 33 ; Psaumes, xi, 6, passim) ; l'application à un innocent 
est un tour de force dont le Martyrium a la priorité indubitable. 



38 REVUE SÉMITIQUE 

g) La tentation veut Siboutir à un acte d'adoration 
qui apporterait au martyr prospérité et gloire. 

c Le diable le transporta en- 
a Alor0 Malkira parla ainsi à core sur une montagne fort haute 
Isaie : Dis ce que je te dirai et je et lui montrant tous les royau'' 
changerai leur cœur et ferai mes du monde et toute la gloire 
que Manassé, les princes de qui les accompagne, il lui dit : 
Juda et tout Jérusalem t^ado- Je te donnerai toutes ces choses 
rent. i {Ibid., Y, 10.) si en te prosternant devant moi, 

tu m'adores. » {Ibid., iv, 8-9). 

J'ai laissé parler les documents ; je n'ai pas changé an iota 
dans leurs rédactions. Les coïncidences dépassent en qualité et 
en quantité tout ce qu'on pouvait légitimement espérer dans 
l'application d'une légende créée pour un personnage biblique 
à un personnage tel que le héros de l'Ëvangile. Les quelques 
divergences qu'on aperçoit sont insignifiantes et ont à peine 
besoin d*être expliquées. Il est par exemple évident que les 
évangélistes liés par le précédent de Moïse inaugurant l'Al- 
liance législative du Sinal ainsi que par celui du pèlerinage ac- 
compli par le prophète Élie à la môme montagne sacrée (I Rois, 
XIX, 8), n'ont pas pu prolonger le jeûne de Jésus au delà de 
quarante jours et de quarante nuits. Si Isale et ses compagnons 
sont restés deux ans dans le désert sans manger du pain^ 
c'est qu'ils avaient des plantes comestibles pour tromper, si- 
non pour apaiser leur faim ; Jésus comme MoTse et Élie n'avait 
même pas de plantes cuites h, manger ; il était donc naturel de 
limiter son jeûne au même espace de temps. L'emprisonne- 
ment d'Isale, simple prophète, se fait par Manassé, agissant 
sous rimpulsiou de Satan, celui de Jésus poussé par l'esprit 
ne peut s'accomplir que po-r Satan en personne. Enfin, dans 
le Martyriumi Satan ne pouvant songer à enlever la royauté 
à son fidèle serviteur Manassé, promet à Isale seulement la 
gloire d'être adoré par le roi et ses sujets, naturellement comme 
une incarnation de lui-même. Cette considération n'existait pas 
dans le cas de Jésus, et c'est pourquoi Satan lui offre la 
royauté universelle s'il veut l'adorer. On reconnaîtra que ces 
variantes sont commandées par la situation et par le simple 
sentiment du conteur adapteur, lequel n'y a ajouté qu'un seul 



LA TENTATION DE JÉSUS 39 

trait» celui de la cohabitation de Jésus avec les bétes du désert» 
Encore cette addition lui a été inspirée: d'une part par la des- 
cription du désert dans le Deutéronome, viii, 15, d'autre part 
par l'image du juste qui vit en paix avec les bêtes des champs 
(Job, V| S3). J'ai déjà fait remarquer plus haut l'intention qui 
préaide à cette mention particulière. Par contre» l'auteur du 
Martyrium, qui ne cherchait point à glorifier les prophètes» 
n*avait aucun intérêt à en parler* 

Résumons les résultats de la précédente investigation : 

1 • La démonologie évangélique s* accorde de tout point avec 
eeile qu'enseigne le Martyrium haix, Midraâ, probablement 
d*origine essénienne et écrit en hébreu ou en araméen. 

%. L'épisode de la tentation de Jésus avait sa place primitive 
après le récit concernant la réprimande adressée par Jésus à 
Pierre qui l'adjura de ne pas s'exposer à la mort (Marc» viii» 
33; Matthieu, XVI, 2!3). 

3. Le récit de la tentation lui-même est une copie légère- 
ment modifiée de la tentation d'Isaîe racontée par le Martyrium. 

SUPPLÉMENT 

LES NOMS PROPRES MENTIONNÉS DANS LE MARTYRIUM 

La grande importance que prend le Martyrium ôblub la fon- 
dation du christianisme fait naître le désir de n'y laisser autant 
qu'il est possible aucune allusion incomprise. Cette raison 
m'engage à examiner encore plus soigneusement les noms des 
personnages qui y sont mentionnés et dont plusieurs nous sont 
parvenus sous des formes très corrompues. Les noms propres 
réfléchissent souvent, notamment dans les légendes religieuses» 
un ensemble de doctrines contemporaines et même antérieu- 
res dont les sources sont perdues; pour l'histoire religieuse le 
rétablissement exact des noms propres constitue donc un auxi- 
liaire qui n'est point à négliger et qui est parfois indispensable, 

1) Les noms des vrais prophètes. 

Isaïe n'est pas seul à souffrir des persécutions de Manassé. 
Ses compagnons de souffrance pendant sa retraite dans le dé- 



iO REVUE SÉMITIQUE 

sert sont les prophètes Michée (éth . Michias = Miye^iaç), le 
vieux Ânanias, Joël,Habacuc (éth. Enbaqém=^Ap£<xKovu) et le 
fils d'Isaïe, Sear-Yasûb (éth. lyosab). Ces personnages sont con- 
nus; mais quel est < le vieux Ananias i> ? Aucun commentateur 
ne s*en est occupé. L'épithète c le vieux i» fait assez voir qu'il 
s'agit d*un prophète plus ancien que ceux qui viennent d'être 
nommés. Gela me conduit à y reconnaître le prophète Hanani 
(Avovi), père de Jéhu, mentionné dans I Rois, xvi, 4-4, 
comme ayant annoncé la destruction de la famille de Ba^èa, 
roi d'Israël. Au verset 7-8 qui forme un résumé abrégé 
du premier passage, la mention est ainsi libellée : <c Jéhu, fils de 
Hanani le prophète », K'^^JH ^3jn p KWy ^^ '® ^i'*"^ ^® P^^' 
phëte peut être rapporté à Hanani ; c'est l'interprétation ad- 
mise par notre agadiste, qui a pu lire n^j^n ^ cause du n ^^ 
mot suivant. 

2) Les noms des faux prophètes. 

Les fidèles furent persécutés par Manassé assisté des faux pro- 
phètes : Bechira, Tobia Ganaani, Jean d'Ânathoth et le trésorier 
Sedecias. Ges noms ne se trouvent pas dans l'histoire de Manassé 
(H Rois, XXI, 1-16), ils ne sont cependant pas tout à fait in- 
ventés. Je consacrerai plus loin une place à part à Bechira. 
Je n'hésite pas à identifier c Tobia Kanaani » avec < Tobia 
r Ammonite, -ïJTOj^n iT31D» l'associé de Sauballat, tous lesdeux 
établis à Samarie et ennemis inconciliables de Néhémie (JV^A^- 
mie, Yi, 1 , 12, 1 4) ; ils cherchaient à empêcher la reconstruc- 
tion de Jérusalem. Tobia était allié aux grandes familles ju- 
déennes et avait de nombreux partisans (ibid.^ 17-19). 
Yol^anan de ^'Anathoth ne peut naturellement pas être le fils de 
ce Tobia qui portait le nom de Yo^anan (ibid., 18), mais 
j'incline à y voir le prince Yo^anan, fils de Qarêab, p pnT 

l^-)p, l'adversaire de Jérémie qui, malgré la prophétie de ce 

dernier, a ramené en Egypte le reste des Judéens et forcé Jéré- 
mie à s'y rendre avec lui (Jérémie, xuii, 4-7). Notre légende 
le déclare originaire de ^Anathoth, probablement par égard à 
cette circonstance que les gens de cette ville étaient les plus 
grands ennemis de Jérémie qui était leur compatriote {ibid. , xu 



LA TE{?TATrON DE JÉSUS 41 

21). Enfin, Sadoc ou Sedekias, chef du mobilier royal, est 
copié sur èebna, i^yytl (Somnas, Sebnas), à qui Isale prédit 

Texil et rabaissement dans la terre étrangère (Isale, xxii, 1 5* 
18). Quant à l'anachronisme de faire agir ensemble des per- 
sonnes appartenant à diverses époques, c*est le péché 
mignon des légendes en général ; celle que nous étudions y 
plonge avec délices. 

3) Les noms de Satan et de Bechira. 

Satan apparaît sous les noms de Sammaêl (éth. Samâyal)^ 
Belial (éth. Berial, Beliar)^ Matanbukus (éth. Matanbakas, 
Metembekus) et Malkira. c Belial », plus correclement Bë- 
liya\ily ^)r^Sa« ^ non-remontant 2>, semble avoir été Pancien 

surnom de THadës personnifié qui fait descendre les morts dans 
le monde souterrain, mais ne les laisse plus remonter 07y^'*^3) 

sur la terre des vivants. Devenu une abstraction au sens d'ini- 
quité, il forme les composés ^^^^3 13T» BT^N» P» ^'^•» 

€ homme, chose inique » ei reçoit alors Tarticle : 'jy^^sn tîr»X 
Pli;^ (I Samuel, xxv, So), € cet homme inique >. Cependant 
le sens mythologique apparaît encore dans ^j^^^S ^Vto 
^2^y3^ (Psaumes, xvui, 5), a les fleuves de l'Hadès m'épou- 
vantent », où ^W^Zl est parallèle à niû» ^ '^^rt », et dans 

13 pXî^ by^Vs "I3T {ibid, xli, 9) qui paraît bien signifier 
c une chose de THadès est répandue en lui », c'est-à-dire : il 
est affligé d'une maladie mortelle. Les légendes post-bibliques 
en ont fait l'usage le plus larçe. L'équivalent de Belial, Ma- 
tatUmkus a une forme bizarre et n'a pas été expliqué jusqu'ici. 
Chez les mystiques la possession d'un mauvais esprit est dési- 
gnée par p.'j3i (de pan, « s'attacher, s'unir »). L'expression 

semble être plus ancienne qu'on ne le croit communément. Une 
Baralta (T. B. Sabbat, 32, 1 ) rapporte au nom de Rabbi José 
que trois dangers mortels guettent la femme qui néglige ses 
devoirs relatifs aux menstrues, à la consécration d'un morceau 
de la pâte de pain et à l'allumage des lampes le vendredi soir 
en l'honneur du Sabbat, ni£^«3 MrQ2 nn'»D '^pnn nwb*2/ 



49 REVUE SÉMITIQUE 

T3n npbnm nVm m: nn^o >p2T ' j nb noKV Le Tai. 

mud hésite lui-môme entre la leçon nO^D ^pl3' * épreuves 
de mort » et, celle depin^D ^p31* * attachements, possessions 

de mort », mais le verbe ixmjt ^ sont créés », milite en faveur 
de la seconde leçon, excellemment expliquée par Rast : <k (On 
les appelle ainsi) parce qu'ils font attacher et rapprocher la 
mort avant son heure » (•ïjg*^ riTV^D P^^lpûl pp3"tDEr 
n^Qî)- ^^^^ ^^ ^^* iîatanbukus^ Matanbakas (Mekembekus) 
serait la trancription fort peu altérée de Mer(ïa66 W^ = paino? 

c celui qui s*attache, qui possède >. 
Plus transparent est le nom Sammâël, b^âD« * poison d*ÊI >, 

qui est l'instigateur des hommes au péché et en même temps 
range ou l'agent de la n)ort. Sammaël laisse tomber de son 
épée quelques gouttes de poison dans le gosier du mourant et 
l'égorgé ensuite. Cela coïncide singulièrement avec Texpres- 
sion pxi^, < versé », que nous venons de citer, et fait suppo* 

ser que la légende remonte à Pépoque biblique; le nom seal de 
bKâD aurait été forgé plus tard. Il est encore absent du livre* 

d'Hénoch. 

Pour Malkira enfin, le doute n'est pas possible, c*est sim- 
plement yTn'^o ou j;t5^P' ^^ ^^^ ^® ^^^ *» épithète mar- 
quant le caractère principal de Satan, 

Il est opportun de joindre ici Tétymologie du nom de Bechira 
Br^etpaç (formes éthiopiennes corrompues s Ibkira^ Abkira, 
Balkiray Belakira), non expliqué par les commentateurs. Nous 
y avons, je crois, un nom formé sur le modèle de yn^J^a. 

savoir j^n^Tna- * '^'^ ^^ ^^^^ •» ^^ V^^^^^ ^ messager 
du Mal ». Un serviteur de Satan aussi zélé méritait bien ces 
épithètes caractéristiques. 

BECHIRA 

Ce personnage légendaire est Tagent le plus énergique de 
Satan et rinstigateur principal des persécutions. Il est surtout 
Tennemi personnel du prophète Isaïe. Les notices le concer- 



LA TENTATION DE JÉSUS 43 

nant dans notre apocryphe sont des plus curieuses. Bechira 
était Samaritain de naissance et de la famille du faux prophète 
Sédécias, fils de de Ranaana qui frappa au visage le prophète 
Michias en présence d'Achab, fils de Josaphat (1 Rois, xx.vii, 
24). Lorsque Salmanasar eut pris 8amarie et emmené les ha- 
bitants en captivité, Bechira, encore jeune, se sauva à Jérusa- 
lem sous le règne d'Ézéchias, y fit le métier de prophète et fut 
applaudi par le peuple parce qu'il avait abjuré le culte sama- 
ritain et s'était joint au sien. Gomme il tenait des discours im- 
pies, il fut accusé par les fils d'Ézéchias auprès de leur père 
et il fut obligé d'aller s'établir à Bethléem. Il retourna à Jéru- 
salem sous le règne de Manassé, dont il devint un partisan 
très ardent et le principal favori. Alors il excita le roi contre 
Isaïe et les autres prophètes pour avoir annoncé la destruction 
de Jérusalem et l'exil de Juda et de Benjamin. Il ajouta qu'ils 
avaient prédit que Manassé serait emmené en captivité chargé 
de chaînes et de crocs de fer. A Isale en particulier il reprocha 
la prétention d'avoir vu Dieu sans mourir ensuite, tandis que 
Moïse affirmait que l'homme ne peut pas rester en vie après 
avoir vu Dieu. Lorsque Isaïe fut condamné à être scié, Bechira 
manifesta sa joie en raillant le martyr. 

Cette notice biographique donne lieu à plusieurs points d'in- 
terrogation. On se demande: V Pourquoi le conteur attribue 
l'accusation d'Isale à un Samaritain ; un faux prophète judéen 
aurait fait la même besogne. S"" L'établissement de Bechira à 
Bethléem ne semble pas non plus être sans quelque raison. 
Puis, S"" on ne comprend pas très bien pourquoi le châtiment 
atteint Isaïe seul et non pas les autres prophètes qui étaient 
tous adversaires du roi. Enfin, 4Tidée la plus étrange est celle 
de faire revendiquer l'honneur de Moïse par un faux prophète 
adorateur de Satan. Les commentateurs ont glissé rapidement 
dessus, mais les difficultés sont sérieuses et ont besoin d'être 
résolues. 

L'aplanissement nécessaire est assez aisé en ce qui con- 
cerne la question du n*" 2. Bethléem, la ville judéenne la plus 
proche de Jérusalem du côté du sud, ayant déjà servi de reluge 
h Isaïe qui croyait y trouver moins de corruption que dans la 
capitale, Fauteur y a installé en même temps Bechira afin d'ex- 



a REVUE SÉMITIQUE 

pliquer pourquoi, contrairement à ses prévisions, la cité de 
i^ethléem, berceau de la famille davidique^ne cédait en rien à 
la capitale en fait de corruption et de culte démoniaque. Cest 
la propagande de ce détestable adorateur de Satan qui y a 
produit les mêmes abominations. L*énigme n* 3 peut être ex- 
pliquée en mieux précisant le sens d*un mot. Le texte éthiopien 
donne verbalement au verset 1 3 la phrase suivante : c Aux 
prophètes qui étaient avec lui, il (Isale) dit avant qu il fût scié: 
Allez dans la contrée de Tyr et de Sidon, car c*est pour moi seul 
que ce calice a été mêlé > ; il faut comprendre avant quHl fût 
pris pour être scié. Les compagnons d^Isaïe ont trouvé leur sa- 
lut dans une fuite, conseillée par Isale lui-même avant Parrivée 
des sbires de Manassé. J^ai déjà signalé plus haut que la men- 
tion des c contrées de Tyr et de Sidon au verset y, 1 3, comme 
lieu de refuge pour les compagnons d'Isale, a été le modèle 
du récit évangélique qui fait aller Jésus dans leur voisinage 
(Marc, Yii, 24-31 ; Matthieu, xv, SI). Pour notre légende, la 
recommandation d*lsaïe s'explique fort bien par le précédent 
du prophète Élie qui trouva Thospitalité dans la ville de Sa- 
repta, ville sidonienne, située près du territoire de Tyr (I Rois, 
XYii, 8). Élie, mourant de faim et de soif, avait été autorisé à se 
rendre dans cette ville païenne par Tordre formel de Yahwé. 
La légende évangélique ne fournit aucun cas de force majeure 
analogue pour motiver le passage de Jésus près de ces contrées, 
et le seul but que poursuit le narrateur, c'est de montrer que 
les païens sont moins rebelles à admettre la divinité de Jésus 
que les Juifs. C'est un motif d'ornementation dont l'absence 
n'aurait présenté aucune lacune. Un fait du même genre nous 
est donné à propos de la marche miraculeuse sur le lac de 
Génésareth. Jésus qui avait presque exécuté cette marche pen- 
dant une tempête, invite Pierre à venir auprès de lui sur Teau. 
L'apôtre marcha pendant quelque temps, mais épouvanté par 
la violence du vent, il perdit la foi et se serait noyé si Jésus ne 
l'avait mis dans la barque, en faisant arrêter le vent^ (Marc, 

• 

1 . LMntention de faire dépasser les miracles de Moïse et d'Elisée est 
évidente. Ces prophètes traversent à pied sec respectivement la mer 
Rouge et le Jourdain, en séparant les eaux, Tun au moyen d'un vent fort 
et de son bâton, l'autre au moyen du manteau prophétique ; Jésus marche 



LA TENTATION DE JÉSUS 45 

Vf, 48). Toutes ces promenades nocturaes du maître et de son 
disciple sur les vagues soulevées par le vent, sont dépourvues 
de tout but de bienfaisance ou de morale et ne sont là que pour 
faire pousser aux spectateurs le cri d'adoration : c Tu es vrai- 
ment fils de Dieu! d. 

J'ai longtemps réQéchi sur la première difficulté et j'ai fini 
par me convaincre qu'elle ne peut être séparée de la dernière 
que je tenais jusqu'ici pour indépendante. En Judée tous les 
prophètes donnaient des oracles au nomde Yahwé; il n'y a pas 
trace de ces prophètes de Ba^al qui pullulaient dans le royaume 
du nord\ Cependant les prophètes yahwéistes étaient souvent 
en désaccord sur des questions politiques et alors les partis 
adversaires se lançaient réciproquement l'épithète désobli- 
geante de faux prophètes en pronostiquant des catastrophes 
pour leurs partisans et pour eux-mêmes. La victoire de l'un 
ou de Tautre parti dépendait au fond de la faveur dont il jouis- 
sait à la cour auprès de laquelle ils cherchaient à accuser les 
adversaires de fomenter la rébellion au milieu du peuple contre 
l'autorité royale. Une telle accusation entraînait ordinairement 
ia condamnation à mort du prophète en cause. Gomment se 
fait-il donc quefiecbira, outre le crime de lèse-majesté, insiste 
encore sur la prétenlion d'Isaïe d'avoir démenti Moïse qui 
affirmait que personne ne peut voir Dieu sans être frappé de 
mort ? Le bon sens satanique aurait d& au contraire prendre 
note de cette particularité comme un motif d'indulgence en 

• 

lui-même et fait marcher son disciple sur la surface de la mer et fait 
apaiser ia tempête à son gré. La même tendance se révèle dans les mira- 
cles des pains multipliés et de la résurrection de Lazare. D'un côté, mul- 
tiplication de farine et d'huile d'une famille pauvre (I Rois, xvil, 8-16; 
II Rois, IV, 1-7) et résurrection d'un enfant mort subitement (I Rois, xvii, 
17-22 ; II Rois, iv. 19-21, 32-35) ; de Tautre, multiplication de pains cuits 
et de poissons rôtis pour nourrir plusieurs milliers de personnes, et ré- 
surrection d*un mort enterré depuis quatre Jours (Jean, zi, 39-44). Le 
changement d'une grande quantité d*eau en vin excellent (i6id., il, 1-10) 
a également pour but de surpasser les proportions modestes de la con- 
servation de Thuile que je viens de mentionner. C'est le cas de dire : 
Noblesse oblige ; un dieu doit surpasser les prophètes. 

1. Le culte de Baal et d'Astarté a bien existé en Judée, mais la faculté 
de rendre des oracles est restée le privilège des prophètes du dieu 
national. 



46 REVUE 8ÉMITIQUB 

faveur d'Isale. Or toute étrangeté disparaît quand on tient en 
mémoire l'origine samaritaine de l*accusalear. En effet, les 
Samaritains admettent notoirement la seule autorité des cinq 
livres de Moïse et rejettent le reste de la Bible comme des 
œuvres de faux prophètes ayant substitué le temple de Jérusa* 
lem à celui du mont Garizim que le grand prophète de TExode 
avaitdésignéavantdemourir.G*estcettevieillerancunequi éclate 
dans sa haine particulière pour Isaîe. Becbira s'attache par 
intérêt au roi de Jérusalem, mais ses anciens instincts samari«» 
tains le débordent au point de changer en on acte coupable 
ce que, en qualité d'adorateur de Satan, il devait regarder 
comme s^harmonisant parfaitement avec ses propres idées. 
Voilà un trait psychologique que le narrateur a habilement 
exploité dans sa trame, laquelle ne recèle dès lors aucun élé* 
ment vague ou tant soit peu obscur. 

BECHIRA ET JUDAS ISCARIOTE 

En présence de la constatation du fait désormais indéniable 
de la profonde influence que le Martyrium d'isale a exercée sur 
les anciennes traditions du christianisme naissant, une ques- 
tion se présente involontairement à Pesprit. Est-il imaginable 
que ceux qui se sont approprié presque tous les traits caracté- 
ristiques de l'apocryphe et surtout l'ensemble de sa doctrine 
démonologique, aient négligé d'utiliser en même temps le type 
du personnage si original de Bechira dont l'agisseroent néfaste 
a causé la mort cruelle du prophète Isale? La mort d'un inno- 
cent forme l'aboutissant commun au Martyrium et à TÉvan- 
gile ; ils ne diffèrent que sur le genre du supplice, ce qui est 
un point secondaire et variable suivant les circonstances. Dans 
les deux événements les meurtriers sont inspirés par Sataa 
(Martyrium^ u, 1-2; Jean, viu, ii^passim); n'est-il pas na- 
turel de penser que le prince du mai faisait ses affaires dan 
le dernier cas comme dans le cas précédent au moyen d*iiii 
gérant en chair et en os digne de loi? L'attente d'un Bechira 
évangélique est d'autant plus justifiée que le fantôme de ce 
personnage malfaisant a bel et bien hanté l'imagination des 
adversaires de Jésus. Au reproche que celui-ci leur avait faitdene 
point écouter ses paroles, ils répondirent : c N'avons-nous pas 



LA TBNTATION DE JÉSU8 47 

ndson de dire que tu es un Samaritain et que tu es possédé 
du démon? » (Jean, yiii» 48). Un Samaritain possédé du dé- 
mon et préchant l'hérésie, n^estrce pas Timage exacte de Be- 
cbira? Il faut être frappé d*une myopie bien singulière pour ne 
pas le reconnaître. Et de plus, ces paroles sont tournées de 
manière à faire supposer que Palhision était comprise de tout 
le monde et que ce n*était pas la première fois que cette quali- 
fication était appliquée au maître galiléen. S'il en est ainsi, il 
n'est plus déraisonnable de penser que Bechira doit également 
avoir son représentant dans la légende chrétienne, et ce repré- 
sentant, il n'est pas difficile de le deviner, n^est autre que Judas 
Iscariote. Qu'on ne se trompe point sur le sens de ce rappro- 
chement : ce disciple de Jésus a réellement existé; au moins 
rien ne prouve le contraire. Il est également admissible qu'il a 
abandonné le parti de Jésus pour se rallier au parti hostile; 
le parallélisme que je suppose a pour seul but de montrer que 
les couleurs de la figure de Bechira ont déteint sur la descrip- 
tion que les évangélistes donnent de ce traître. 

Les récits relatifs à ce sinistre personnage sont d'une so- 
briété extraordinaire. Jésus l'accepte parmi ses disciples et ne 
le traite pas plus mal qae les autres; il le charge même de la 
comptabilité de l'association, ce qui est une mission de con- 
fiance. Cela marchait régulièrement jusqu'à l'époque du dé- 
nouement final . Â l'occasion du repas pris h Béthanie , une femme 
ayant versé sur la tête de Jésus un vase plein d'un parfum de 
nard d'épi de grand prix, la question d'économie a failli soule- 
ver une tempête. Les disciples étaient d'avis qu'il aurait mieux 
valu vendre le parfum et en distribuer le prix (300 dinars) 
aux pauvres, mais le maître leur imposa silence en disant: 
€ Vous aurez toujours des pauvres, mais moi je ne serai pas long- 
temps avec vous. Laissez la femme tranquille : elle m'a em- 
baumé pour préparer ma sépulture i» (Marc, xiy, 3-9; Matthieu, 
XXVI, 6*13). La trahison de Judas suivit immédiatement (Marc, 
XIV, 10-11 ; Matthieu, xxvi, 14-15). Luc ne mentionne pas le 
repas et semble reléguer à une autre occasion l'acte de la 
femme (vu, 36-50) ; il raconte cependant comme les autres sy- 
noptiques la première démarche de Judas, en ajoutant toutefois 
qoe Satan était entré dans le corps du traître (Luc^ xxii. 



48 REVUE SÉMITIQUE 

3-6). Puisqu'il fallait qu'il y eût un traître afin d'accomplir ta 
prévision des Psaumes, xu, 10, l'entrée de Satan a pour but 
d'expliquer l'obscurcissement subit de la conscience de cet 
homme jusqu'alors intègre et fidèle. Toute autre tournure est 
donnée à l'événement dans le récit de Jean, xn, 1 -8. La femme • 

généreuse était Marie, sœur de Marthe et d'Elazar (Lazare) et ^ 

c'est Judas seul, appelé ici Judas fils de Simon Iscariote, qui I 

aurait préféré vendre le parfum qui valait 300 dinars pour les 
donner aux pauvres. L'auteur ajoute aussitôt : c 11 disait ceci, ; 

non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était larron ! 

et qu'ayant la bourse il portait l'argent qu'on y mettait » (Jean, I 

ibid.,, 6). Ainsi Judas était dès le début un homme malhonnête, I 

un larron déguisé, c'est pourquoi Satan en lit le traître pré- | 

destiné. Judas qui abjure le culte du fils de Dieu et voue une j 

entière soumission à Satan pour faire mener à une mort igno- 
minieuse son seigneur et son dieu (Jean, xx, 28), n'est-il pas un 
reflet renforcé de Bechira, Samaritain apostat qui a recours à 
^ atan pour faire condamner à une mort cruelle le plus grand 
des prophètes ? Il faut remarquer que l'intermédiaire d'un traî- 
tre n'est pas ici aussi nécessaire que dans le cas d'Isaïe : Jésus 
avait souvent enseigné publiquement dans le parvis du temple 
et était connu de beaucoup de monde ; il n'était donc pas difficile 
de s'assurer de sa personne sans faire du bruit. Je dirai encore 
moins du passage des Psaumes cité plus haut qui n'est que ce 
que les Talmudistes appellent î«o^];3 NnDDDN» ^ ^" simple 
dippixi a posteriori ». L'insistance sur son intervention, sinon 
l'intervention elle-même, semble donc avoir été déterminée par 
le souvenir de l'accusateur d'Isaïe. 

Peut-être y a-Uil lieu de faire un pas de plus. Parmi les 
douze disciples, cinq sont mentionnés par leurs noms propres 
(André, Philippe, Bartholomée, Matthieu et Thomas), un par 
la filiation seule (Jacques, fiisd*Âlphée), deux reçoivent encore 
un surnom (les frères Jacques et Jean, fils de Zébédée, sur- 
nomméâ c fils du tonnerre »), trois ont un surnom seul (Simon 
surnommé Pierre ; Labbée, surnommé Tadée ; Simon le zéla- 
teur^); Judas en fait exception, car sa désignation ce Iscariote i 

1. L*original judéo-araméen portait H'Hap = t*ï- ^K3P Marc et Mat- 
thieu ont littéralement transcrit 6 «amicç (corruptions intérieures grecques 



LA. TENTATION DE JÉSUS 49 

est d'un ordre géographique. Est-ce le jeu d'un pur hasard ? 
Cela se peut, mais cela peut aussi avoir une cause. Cherchons 
encore. Que signifie oc Iscariote >? Je u*ai jamais lu un com- 
mentaire de TÉvangile; j'ignore donc absolument Topinion 
des exégètes à ce propos. Il me semble cependant que les mo- 
dernes, sur le précédent de Luther, donnant la préférence à la 
variante InapitaB^ y voient la forme originale nVlp W^H^ 

m 

<L homme de Qerioth j>, en pensant à la ville de la Judée qui 
porte ce nom (Josué, xv, 24), mais à cela s'opposent des diffi- 
cultés très sérieuses. Dans ce passage le mot ninp ^^^ rendu dans 
la version des Septante par a villes » (iroXecç), de manière que le 
nom propre disparait du même coup, et on sait que les évangiles 
suivent partout la version grecque. Puis la fortoe n VIp EPX ^t 

purement hébraïque, tandis que Toriginal araméen devait avoir 
rWlp JtHH (o" mj) ^^ K^nVTp» c® Q^î aurait donné Kapiwôaio; 
au lieu de 'loxapcun^ç. La variante 'Ia3capia>9 est trop rare et trop 
inconstante dans les mêmes manuscrits pour qu'on puisse y 
méconnaître une timide tentative d'hébralsation comme cela 
est inversement arrivé à propos du verset des Psaumes, xxii, 2 , 
que quelques copistes ont remis en hébreu . Si Ton ajoute que la 
Pesita écrit constamment ce nom NÛVIDD ^^ 5^® '* Vulgate 

offre souvent la variante Scariotes (une fois Scarioth) au lieu 
de bearioteê^ on est obligé de conclure que V 1 initial est fort 
peu garanti au point de vue critique. Maintenant si l'on part 
de la leçon SxaptcSnQç-Scariotes, la terminaison itamç apparaît 
nécessairement comme une désinence de dérivation grecque 
qu'on aperçoit dans ^rparcaii^ç, c appartenant à l'armée, sol- 
dat », vncriomiÇy «originaire d'une île, insulaire >, etc.; de 
telle sorte, SxapccdrYiç pourrait signifier c originaire de Hy^xp ou 
de Sx^P » 9 car X et X s'échangent souvent dans les transcrip- 
tions grecques des mots bibliques. Or, en présence de cette 
forme, on pense aussitôt à la localité de Samarie du nom de Sc^ap 
(var. Svxap)f aujourd'hui Askar, où eut lieu l'entretien notoire 
de Jésus avec la femme samaritaine (Jean, iv, 4 et suivants). 

^v9t»ax»Zf xftvoLvÎTiK, etc. = CanansBUs, etc.) Luc en a conservé la traduc- 
tion exacte 6 I[y}X«»td;, « le zélateur » . Le dérivé de n^p eût été Min:3D- 

ttTOl fttMITIQOt 4 



50 REYUB SiMITIQUB 

Alors la forme eourante 'l^ctptumy serait purement due à ttn 
déplacement peut-être fortuit de 1* t et ia forme primitive w* 
rait été Sixapiwvïîs*, t origpinaire deSichar ». 

Cette interprétation est philotogiquement insittaquaMA ( je 
la donne cependant eous toute réserve, mais, jusqu'à {ireuve dti 
contraire, je suppose que le trattre Judas était d*origine samari» 
taine d'après la légende primitive i Malgré la haine invétérée qtti 
dominait entre eux, le ralliement de quelques particuliers sa- 
maritains au judaïsme n'était pas très rare à Tépoque où nou» 
sommes. Dès le moment quMls renonçaient au temple du Ga- 
rizim, et faisaient profession de là résurrection des morts, ils 
étaient reçus à bras ouverts. Il n'est même pas défendu de 
penser que Tannonciation catégorique de Jésus relativement à 
sa résurrection après trois jours avait fait revivre dans l'esprit du 
misérable soti iincienne répugilanôe pour te dogme ph&risien et 
Pavait déterminé à se rallier au parti du grand prêtre de nahnce 
saducéenne qui n'y croyait pas non plus. Ge ne sont qtie des 
hypothèses^ je le reconnais^ mais des hypothèses qi)i tlenkient 
compte des idées courantes de l'époque eti ôtkuse et éè l'état 
psychologique des acteurs ne sont pas absôlulfienl nég{ig:eables. 

L'investigation qui précède, on le Cùtiipirend aisétneht^ 
fortifie le parallélisme de iudas et de BêChirà par de ttmiVel- 
les déductions et on est tenté de croire que le trattre de Jésus 
est un reÙet remarquable de l'accusateur d'Isaïe» Les Ifaitft 
communs sont : origine samaritaine, abjuration à l'aneienoe 
foi, possession par Satan, participation à la mort dn plus grand 
des prophètes. La fin de Bechira ne nous est pas racontée dans 
la partie conservée du Martyrium^ nous devons dooe en faire 
entièrement abstraction. 

LE SUPPLICE DU SCIAGE 

Isale est condamné à mort, non pas à Tuû dès quatre 
genres de mort en usage dans le code Canonique : lapidation, 
combustion, décapitation, étranglement, mais à uft gèBré de 
mort exceptionnel, le sciage. C'est une aggravation préméditée 

i . On peut penser aussi que la leçon primitive était «txoifcn»;; le «• serait 
dû au nom Kaf ic»6 qu'on a voulu y trouver. 



LA TENTATION DE JÉSUS 51 

de la part des juges gagnés par Taccusateur Bechira, applaudi 
par le roi Manassé. Une allusion à cette légende se trouve déjà 
dans )*£pitre aux Hébreux, xi, 37 : c Ils (les prophètes) ont 
été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été éprouvés (de toute ma- 
niëre), etc. » Justin {Dial. ô. Tryph., c. 120) et Tertullien 
(De paOentia, c. 14^ connaissent aussi la légende telle qu'on 
la trouve dans le Martyrium. Elle est également connue des 
docteurs talmudiques. Simon b. ''ÂzzaI a trouvé un rouleau à 
Jérusalem dans lequel il y avait une note disant que Manassé 
amisà mort IsaTe. Rabba ajoute : il Ta tué après Tavoir jugé. 
n lui dit : Ton maître MoTse a dit : a L'homme peut me voir et 
rester en vie >, et toi, tu as dit : c Pat vu Dieu sur un trône 
haut et élevé. 2> Isale qui ne voulut point discuter avec ce roi 
perverti, prononça un nom sacré^ et se fit entrer dans un cèdre. 
On fit venir le cèdre et on le scia en deux. (B. Sanhédrin, 
49 b). La rédaction palestinienne de la légende nous apprend 
comment on a pu savoir dans quel cèdre IsaYe était caché. En 
se précipitant dans le cèdre, Isale a laissé traîner dehors les 

franges de son manteau (nnblJT nn^ï^V)' ^* ^*^* ^^^^ Q^^ 
. sa présence fut trahie (I. Sanhédrin, x, 53 «, éd. Venise). 

Pai omis les autres additions parasites, mais celle de la ca- 
chette dans le cèdre ne figure ni dans notre apocryphe, ni 
chez les auteurs chrédens précités. Elle a été à coup sur inven- 
tée pour expliquer remploi de la scie comme instrument d'exé- 
cution ; c'est donc une superfétation postérieure. Nous y re- 
viendrons tantôt. 

Hais si la forme de notre apocryphe contient moins de mer- 
vdlleux que Tagada rabbinique, on n^est pas encore éclairé sur 
les deux points principaux du récit que nous examinons, savoir 
que Manassé a tué IsaXe et que le genre de mort était le sciage. 
Quand on leur demande la raison d'une assertion difficile à prou- 
ver, les talmudistes répondent tranquillement : « CTest une tradi- 

i. D'après les croyances de Tépoqûe t&lmudique; la Diviaité a plu-^ 
aieiirs noms secrets, et celui qui les connaît peut opérer les plus grands 
miracles. On pouvait faire de même en prononçant un des noms secrets 
àe Stttaiu Oatte dernière eonnaissanoe fut attribuée à Jésus par ses ad- 
veraaîrea. Oès croyances ont survécu au moyen âge sous la division en 
magie blanche et en magie noire. 




52 REVUE SÉMITIQUE 

tion )) ({«tin nbli?) ' les modernes se tirent également d'embarras 
en faisant intervenir la tradition orale, allégée parfois en « lé- 
gende populaire y>. Je ne suis pas prêt à m*inclioer. La masse 
transforme à son goût les légendes créées par les hommes d*uoe 
certaine aptitude, littérateurs ou conteurs de profession. Â mon 
sentiment, la mort violente d'Isale doit son origine non à une 
réminiscence historique, mais à une déduction des paroles 
adressées à Jérémie (I, 19) : <c (Les rois de Juda, les princes, 
les prêtres et le peuple) te combattront, mais ils n*auront pas 
le dessus car je serai avec toi, dit Yahwé, pour te sauver. » 
On en a conclu que le prédécesseur de Jérémie ne fut pas 
sauvé de ses ennemis et mourut d'une mort violente, événe- 
ment qui se plaçait à souhait pendant les nombreuses exécu- 
tions d'innocents pratiquées par Manassé (H Rois, xxt, 16). 
Les rabbins invoquent en effet ce verset à Tappui de la légende . 
J'ai indiqué ci-dessus le moyen, rationaliste malgré le mer- 
veilleux, qu'ils ont inventé pour expliquer le sciage. Nous de- 
vons chercher autre chose. Voilà ce qui me parait assez 
vraisemblable. Certes, l'exécution par le sciage est exception- 
nelle; il y en a cependant un exemple dans la Bible. Pour 
venger l'affront grossier fait par le roi d'Âmmon à ses ambas- 
sadeurs qui devaient lui présenter des condoléances et des 
affirmations d'amitié de sa part, David envahit l'Âmmonitide 
et ch&lia cruellement les habitants. Il les fit tuer à coup de scies 
et de crochets de fer (II Samuel, xii, 31). Or, parmi les auxi- 
liaires de Bechira, notre mythographe mentionne Tobias dont 
l'origine ammonite est indubitable. L'opération du sciage est 
donc une sorte de satisfaction donnée à l'ancienne rancune de 
l'Ammonite contre le plus grand prophète de la Judée, satis- 
faction renforcée par l'emploi d'une scie en bois qui prolonge 
et rend encore plus insupportables les souffrances du martyr. 
On le voit, notre narrateur se tient ici de nouveau sur le terrain 
biblique, et par une combinaison très intelligente il a réussi à 
donner plus de relief à son conte. 

LA PRÉTENDUE INFLUENCE DU PARSISME 

Les traducteurs modernes de notre apocryphe : MM. Basset, 
Béer et Charles, sont d'accord pour regarder le martyre d'isaïe 



LA TENTATION DE JÉSUS 53 

comme un emprunt à la légende avestique concernant la mort 
par le sciage infligée au roi Yima ou Djemchid par Spityura ou 
Spitûr. Ils s'appuient sur un poème persan publié par M. La- 
rionoff. M. Basset a donné un résumé substantiel de Tétat de 
la question, qui fait bien orienter le lecteur. Je ne puis mieux 
faire que de le citer intégralement : 

<it La mort d'Isaïe et ie genre de supplice quMl subit parais- 
sent être une tradition récente chez les Juifs. On en trouve des 
traces dans un commentaire de la Michna et un commentaire 
hébreu inédit qu'Âssémani a fait connaître. D'après le pre- 
mier^ Isaïe aurait été enveloppé par un cèdre ; suivant le second 
€ il s*enfuit ; un caroubier ouvrit ses flancs et l'enveloppa. On 
amena un menuisier qui scia Parbre et le sang d'isaïe coula ». 
Ces détails manquent dans la version juive ou chrétienne de 
rApocalypse, mais ils se rencontrent dans la légende persane 
de Djemchid (Yima Khchaêta duZend-Avesta)^ qui, ayant pris 
la fuite devant Zohak, resta caché pendant cent ans, et appa* 
rut on jour dans la mer de Chine où il fut scié par Zohak dans 
un arbre. Telle est la version sommaire que donne Ferdaousi 
dans le Chah Nâmeh, mais un poème pehlvi renfjerme plus de 
détails^ : c Cet arbre s'en tr' ouvrit par suite de la bonté de Dieu 
pour que le roi Djemchid se cachât à l'intérieur. Zohak, ce 
tyran (sanguinaire) et le diable malfaisant ne soupçonnèrent 
pas qu'il était là. Il se cacha dans l'intérieur de cet arbre ; 
chacun d'eux fut désappointé à cause de lui. Maisiblis, démon 
impur et tyrannique, connut ce qui était arrivé. Ce Satan de 
mauvaise nature dit à lit ver* : Djemchid est sans doute à l'in- 
térieur de cet arbre. Alors ces deux malfaiteurs s'approchèrent 
pour le tuer. Ils ordonnèrent à un menuisier d'apporter une 
scie et se mirent à scier l'arbre avec une grande joie. Lorsque 
la scie vint à scier le corps du roi Djemchid, le soleil disparut 
de ce monde. Alors ils s'en allèrent. Le lendemain, ce même 
Iblis et Blver revinrent tous deux vers ce malheureux, lis exa- 
minèrent Parbre et furent stupéfaits de voir qu'il était resté 



1. Larionoff, Histoire du roi Djemchid et des divs. Journal asiatique, 
Juillet-août 1889, p. 79>80. 

2. Surnom de Zohak. 



5& HBVUE SÉMITIQUK 

entier par la volonté de Dieu. Us ordonnèrent de nouveau dû 
le scier, et de nouveau lorsque la scie fut sur le point de cooper 
(toucher) Djemchid, la nuit apparut (sur la terre). Puis Zohak 
et Iblis le malfaiteur firent allumer du feu en bas de Tarbre 
qu'ils avaient coupé... Le troisième jour, ils coupèrent Tarbre 
du roi Djemchid qui dut, à son grand désespoir, se séparer de 
son ftme douce. » M. Larionoff fait remarquer la ressemblance 
qui existe entre ce récit et celui de la mort d'Isale, tel que le 
rapportent les commentaires hébraïques et aussi les écrivaiDs 
arabes. D'après Tabari, Isale, persécuté pour avoir blâmé les 
Juifs, s'enfuit et se cacha dans un arbre, auquel Dieu ordonna 
de s'ouvrir. Mais Iblis saisit un pan de son manteau au mo- 
ment où r arbre se refermait et le dénonça ainsi aux Juifs qui 
scièrent Tarbre et le prophète, II faut sans doute, comme le 
pense M. Larionoff, voir dans te Zend-^Avesta Torigine de la 
légende du supplice d'Isale. Le fait que celui-ci a trouvé asile 
dans un arbre explique l'expression « scie de bois » ou c scie 
à bois D, devenue obscure dans les récita occidentaux^ » 

Mais cette conclusion repose sur des prémisst^s qui ont 
grandement besoin d'être rectifiées : 

1"* En ce qui concerne l'ftge du Martyrium^W appartient, 
sans la moindre contestation, au i*" siècle de l'ère chréUennei 
puisque le supplice du sciage est déjà mentionné dans un 
écrit évangélique comme ayant été inQigé à un prophète 
(Héb.y XI, 37). On déclare cette mention douteuse parce que 
le nom d'Isaîe n'y est pas formellement donné. Bien h tort. 
L'auteur de l'épltre, qui parle en général des persécutions de 
tout genre dont les prophètes avaient été les victimes (v. 36- 
38), ne devait et ne pouvait les mentionner nominalement. Il 
ne fournit pas non plus de noms propres dans les versets pré- 
cédents consacrés à l'énumération des œuvres glorieuses que 
les mêmes prophètes avaient accomplies dans le monde ingrat 
où ils vivaient. Cet auteur présumait au contraire que ses lec- 
teurs juifs feraient eux-mêmes le partage exact des actes et des 
souffrances entre les prophètes auxquels il fait allusion. En 

\. R. Basset, Les Apocryphes éthiopiens tr9iduit$ en françêi»' 
Paris, 1894, p. 4-6. 



LA TRNTATION DE JÉSUS 55 

un root, il était sûr que tout lecteur juif reconnaîtrait le pro- 
phète laaiedanale supplicié par le sciage, caria légende juive 
n*attribue à aucun autre prophète une mort de ce genre. Par 
cela seul, Tantériorité de cette légende à la codification du 
christianisme devient absolument évidente ; sa mention litté- 
rale dans V Ascension d'haïe (i, 9), qui ne peut pas être posté* 
rieure à la seconde moitié du i'* siècle après le Christ, en garantit 
la solidité, et les témoignages de Justin et d'autres. Pères de 
rÉglise forment déjà un sureroU d'évidence. Gomment peut-on 
donc dire que cette légende parait être une tradition récente 
ohealeaJuife? Le Talmud ne présente que le développemen 
de la légende du JHarlyrtum, une sorte de oouimentaire popu- 
laire qui en explique et paraphrase certaines circonstances qui 
leur paraissaient obscures dans le récit primitif'. 

8* A ce récit, dont la date inférieure s'arrête au i*^ siècle 
de Père vulgaire, en oppose un poème persan que le rôle ac^ 
eordé & Iblis trahit comme postérieur à Tislamisme. Est-il au 
moins rédigé en pehivi? Non ^ il est composé en pefsan moderne, 
bourré d'expressions arabes et d'idées musulmanes. Djemchid, 
Zohaki Blver, sont des formes propres au Gh&h<-Nftmeh; Iblis,. 
Satan, Tintervention fréquente de la volonté de Dieu, Tobscur- 
cisseroent du soleil au moment propice, fallumage du feu au 
bas de Tarbre par Zohak et Iblis constituent une série de conK 
ceptiona religieuses absolument contraires au mazdéisme. Le. 
seul trait qui rappelle l'Avesta est le supplice par le sciage dont 
Djemchid aurait été victime. C'est bien peu pour qu'on puisse 
parler d'une ancienne tradition perse, et surtout pour attribuer 
à celle-ci une influence sur un récit écrit pour le moins mille 
ans auparavant. 

3* Enfin, j'ai regret de le dire, l'argument principal qu'on 
produit en faveur de Popinion que j'examine repose sur la tra- 
duction inexacte d'une expression du Martyrium. J'en ai déjà 
parlé plus haut; je suis obligé d'y revenir. Isaïe n'a pas été 
scié avec une scie ordinaire, qui est en fer, mais avec une scie 



1. Ceci explique les paroles d'Origène dans sa lettre à Africanus (c. 9). 
Après avoir mentionné TÂpocryphe, il ajoute que les Juifs Tout interpolé 
à dessein de mots inutiles, afin de le discréditer! 



56 REVUB SÉMITIQUE 

en bois, dans Tintention barbare de faire durer ses souffrances 
afin d'en pouvoir jouir plus longtemps. Cette interprétation, exi- 
gée par l'expression bien pesée bamosarta^êtz^ da texte éthio* 
pien, est attestée par le correspondant grec èv Trptovt ^uXivvi, 
conservé par Justin Martyr. Il n'y est pas question de la fuite 
d'Isaîe dans un arbre ni du sciage de l'arbre ; Isaîe n'a pas 
cherché à fuir, sachant que Dieu lui-même lui a préparé ce 
sort, ou, comme il le dit d'une manière pittoresque : lui a mêlé 
ce calice. Sans cette force majeure, il eût pu se réfugier sur 
le territoire de Tyr ou de Sidon, où ses compagnons s'étaient 
rendus par son ordre. Il est donc inexact de dire : la fuite dans 
l'arbre a été le point de départ pour l'emploi de la scie ; c'est, 
au contraire, l'emploi insolite de la scie comme instrument 
d'exécution qui a été expliqué plus tard par la fuite également 
insolite dans un arbre de la part d'Isaïe. Dans la légende per- 
sane, le cas est inverse : Djemchid se réfugie directement dans 
l'arbre et le sciage en est la suite. Mais, tandis que, dans le 
cas d'Isaïe, le sciage ^'explique par un précédent historique, 
celui de Djemchid n'est pas motivé par les mœurs locales, et 
Touverture de Tarbre pour lui prêter un asile momentané est, 
en désespoir de cause, attribuée à un caprice de la Divinité. 

Nous sommes maintenant à même de tracer la marche et le 
développement naturel de la légende juive relativement au 
martyre d'Isaïe, depuis sa naissance jusqu'à son passage chez 
les auteurs musulmans arabes et persans. Un agadiste phari- 
sien antérieur à l'ère chrétienne crut pouvoir conclure d'une ex- 
pression de Jérémie, i, 1 9, que le prophète précédent, Isale, avait 
été victime d'une mort violente, puis, en rapprochant le récit de 
II Rois, XXI, 1 6, concernant le massacre d'innocents ordonné par 
Manassé, il se vit confirmé dans l'idée que ce roi fut le meurtrier 
d'Isaïe. La légende s' étant répandue dans les écoles, un scribe 
en fit le sujet d'un conte populaire d'un souffle dramatique, où 
le beau rôle est accordé aux vrais prophètes, et le mauvais 
rôle à Manassé et aux faux prophètes inspirés par Satan. 
Gomme acteur principal il créa le personnage néfaste de Be- 
chira, Samaritain, apostat feint qui conserve la haine de ses 

1. Dillmann correctement : serra lignea. 



LA TENTATION DE JÉSUS 57 

compatriotes pour les prophètes de Dieu, et en particulier pour 
Isale, qu'il accuse tout particulièrement d*avoir prétendu dé- 
passer Moïse, le prophète unique de la secte samaritaine. Pour 
satisfaire en même temps la rancune de son auxiliaire de na-^ 
Uonalité chananéenneS il fait exécuter Isale par le supplice du 
sciage, en employant par surcroît une scie en bois, afin de 
jouir plus longtemps des tourments du malheureux. Satan pro- 
fite de l'occasion pour attirer Isaie dans son parti, mais la vic- 
time meurt fidèle à Dieu. 

Ce récit agadique, écrit en hébreu et traduit aussitôt en 
grec, fut une des sources capitales des auteurs évangéli- 
ques. Non seulement ils en acceptèrent la démonologie et les 
idées religieuses, et le fait du martyre d*lsale, ils imitèrent la 
tentation de ce prophète pour composer une tentation analogue 
pour le compte de leur héros. Un ou deux siècles plus tard, 
un aoteur chrétien enchftssa le Martyrium dans la compilation 
connue sous le titre de TAscension d'Isaïe . 

Chez les Juifs, le texte hébreu du Martyrium semble s'être 
perdu au temps des premiers Tannaïm, par suite du discrédit 
jeté par les chefs de TÉcole sur les livres postbibliques ou apo- 
cryphes. La démonologie se modifia considérablement, peut- 
être par opposition au christianisme, mais, tout en éliminant 
ringérencede Satan, le fait quo Manasséfit scier le prophète Isaïe 
fut généralement admis; cependant, sans insister sur la matière 
de la scie employée, et R. S. Ben-Azzaï, Tanna du ii* siècle, le 
trouva mentionné dans un rouleau de famille (ponv nbjSD) 
qui, chose curieuse, paraît exprimer le sentiment de ses con- 
temporains sur la naissance de Jésus (nB/KD 1ÎDD ^Jlbs B^^N 
^K). On admit naturellement qu'une allusion à cette légende, 
devenue alors une tradition, devait être comprise dans le récit 
des meurtres de Manassé (II Rois, xxi, 1 6), et on la trouva 
dans la première partie de ce verset : ce Et Manassé versa aussi 
des flots (litt. € excessivement beaucoup ») de sang innocent, 
au point d^en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre (litt. € de 
bouche à bouche ]>, ;^q^ j^q). 9 Remplir une grande ville de 

1. Le terme c chananéen » équivaut, chez les rabbins, à f paien • en 
général, sans distinction d'origine ethnique. 



98 RIVUE SÉMJTIQUIi 

sang d'un bout à Tautre, a*est*on dit, eat une hyperbole indi* 
quant raaaaaainat dUsaïe, qui, égal à Moïse, [valait à hiiieul 
tout le reate d'Iaraél] (ns nw^oV mi nnh "Weî* »31 

h^puf mnw vryiÈ^ nx jnrw nbn hdV hb ^p: m uhim 

ntSfJdS)* La comparaison avec Moïse profite tacitenrient de Tad* 
verbe nûS nU» Q"^ rappelle Pexpression analogue m ^v ns» 

fit V \ 

« bouche à bouche », par laquelle la révélation de Dieu k 
Motte est caractérisée dans les Nombres, xiî, 8. 

Voilà la base biblique trouvée à nouveau par les a|;adi8tes 
du il* siècle ; elle ressemble nécessairement i la déductioQ de 
Tauteur du Martyrium, mais ne touche que le fait du meurtre* 
Restait à expliquer remploi de la scie, au lieu de Tépée qiû eit 
rinstrument de supplice ordinaire des rois, Ck)0)me les arti« 
fiées de Texégèse agadique ne suffisaient pas pour en décott* 
vrir un indice dans le verset précité, on inventa la fable de la 
fuite dMsaïe dans un gros arbre, un cèdre, et ou eu expliqua 
la possibilité par Teffet magique du nom sacré. Puis, pour 
imposer silence à la dernière objection, h savoir comment on 
a pu reconnaître dans quel arbre Isale s'était caché, on se tira 
spirituellement d'embarras en alléguant que, dans sa précipi- 
tation, le prophète avait laissé traîner au dehors les ffimgu da 
son manteau (nnbUT nn^V^V)- ^^ P^rt des franges, dites 
fisitht aux quatre pans du manteau, est ordonné par la Loi 
(Nombres, xv, 38*39) afin de se souvenir constamment des 
commandements de Dieu, et Ton pensait naturellement que le 
m&ntcau d'IsaTe en devait être garni. Ce sont ces franges qui 
trahirent sa présence dans Tarbre et il ne resta qu'à faire scier 
en môme temps Tarbre et le prophète. Une agada ajoute que 
la scie coupa Isaïe à la bouche, afin de lui faire expier le tort 
quMl avait commis d*appeler Israël t peuple aux lèvres impures i 
(a^PBiy KDÛ DJ^» 's^ï®' ^^ ^)' il y a là encore une déduction 
latente de la locution f-|g^ r]{), citée ci-dessus, C'est le dernier 
développement de la légende dans les milieux juifs. 

Du judaïsme talmudique, notre légende est passée dans le 
monde musulman par l'intermédiaire des convertis et des rab- 
bins que la curiosité arabe aimait à consulter. Le récit de 
Tabari {Annales, éd. de Goeje, I, 8, Leide, 1881 /S, p. 6i4' 



LA TBriTATION DE JÉSUS 69 

645) rassemble de tous points à celui du Talmud de Jérusalem. 
Les franges y jouent le même rôle que dans cette version 
{faakhadha bihudbatin min thauhihi)^ mais avec l'addition que 
c'est Satan qui, en courant après le fugitif, saisit une frange 
de ses vêtements et indique ainsi Parbre hospitalier. Il n'y a 
nulle trace ni du cèdre, nommé pourtant dans le passage hiéro« 
solymitain, ni de la mention du nom sacré par laquelle la ver- 
sion babylonienne explique rentrée dans le cèdre \ La première 
omission vient simplement de ce que Tespèco précise de Parbre 
a paru négligeable au conteur arabe qui, fidèle à sa source^ 
laisse indécise la cause qui a fait que Tarbre s'ouvrit pour re- 
cevoir le prophète. En admettant qu'Isaïe avait dA se rendre in- 
visible pour échapper à ses ennemis, le r&wt musulman se vit 
obligé de faire intervenir Satan dans la poursuite comme dans 
la saisie de la frange. C'est la seule innovation qui soit surve- 
nue dans les écrits arabes. 

Enfin, des écrivains arabes, notre récit fut transmis aux 
conteurs persans, qui donnaient volontiers aux héros de leur 
ancienne mythologie une couleur islamique. Gomme dans leur 
légende nationale Djemchid, le premier roi humain, fut scié 
parSpityura*; ils transportèrent sur le martyre royal les cir- 
constances qui accompagnaient celui d'Isaïe, en en exagérant 
les proportions et en les parant de nouveaux détails, d'ailleurs 
absolument banals. Donc: T fuite; Djemchid fuit devant 
Zohak jusqu'à la mer de Chine' et y reste pendant cent ans; 
2* poursuivi et reconnu par Zohak et le diable (= Ahriman), 
il se réfugie dans un arbre qui s*entr'ouvre par la volonté de 



1. Voici la traduction de M. Barbier de Meynard du passage arabe : 
« Un arbre qui se trouvait sur son chemin se fendit pour lui et il (Isaîe) 
y entra. Mais le démon Tatteignit^ et, saisissant une frange de son vête- 
ment, il le leur montra. Alors ils mirent une scie par le travers de Tar- 
bre, le scièrent Jusqu'à ce qu'il fût coupé, et ils coupèrent en deux Isaie 
au milieu de Tarbre. » 

2. Vu le manque de tout autre détail ancien, il est prudent de laisser 
indécise la question de savoir si cette légende avestique dépend égale- 
ment du MArtyrium. 

3. La mention de la Chine est due au Bundehesh, qui fait de Nareç, 
irère de Djemchid, Tancétre des Chinois (Bund., xxxir, 10). 



60 REVUE SÉMITIQUE 

Dieui 3* ses persécuteurs ignorent dans quel arbre il se trou- 
vaity mais Iblis le malfaiteur le leur montre, et après les acci- 
dents que Ton connaît^ ils réussissent à scier Djemchid aa 
milieu de Tarbre. La frange, dont le conteur persan ne savait 
que faire, est remplacée par un troisième esprit malin d'origine 
islamique, Iblis, sans se douter qu*il est le même que Satan. 

Il n'est plus difficile de tirer la conclusion : le poème persan 
sur la mort de Djemchid représente le dernier développement 
du récit du martyre d'Isaïe ; Tinfluence perse est une chimère 
qui s'évanouit devant les recherches sérieuses. 

J. Halévv. 



Nouvel Essai sur les inscriptions proto: arabes. 

{Suite.) 



<5. (P. 516.) ifTO Vy ^TMn 

rroQ ira 

« Par Mu'amil ; par la grftce de Kabirat. » 
2J.(P. 517.) pyrp-i 

23. liatob 

25. vnvD mioib^i 

26. o) DTtMhyiVi^ 

*) pnnn 

e) (P. 518.) TTOob 

27. n»i< ^n» aarpi-in 

28. (Deg.àdr.) amù^xi abob n-îi 

29. ^yiï oy n-n |b nnv 

« *Abd9in, [fils de] Wadd, [fils de?] *Âni, [fils de] éaki. » 

30. ihso nn*? 
31.. no*?DD jxix 
32. »vn lin 



,< i« 



' 1 

i 



I 



il. 



62 nSVUE SÉHITK^UB 

33. (p. 519.) irtO^ 

"pli) pnx 
35. jnaï 

38. (P. 520.) ùy ISTiû^nkl \'1» 

ï m ixih 

c Le Kahin... » 

nbonôV 

45. yj-^jpîj^ni mn 

46. yniroaa 
*7- noNfi riTT'i 

TPÎtDn 



48. 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 63 

50. (P. 522.) iQ -)a3 py^ 

51 • n33D^ ban liTfi 

a Que HobAi (?) graUfie Is. . » 

53. (P. 525.) ^^^ j^n» )^in 

vnwsh 

« Qu'il gratifie Atman-AI-Muwafid, lui (?;. » 
56. (P. 526.) ÔmDpD 

apnn pîàib ivhln 
57. y\i/û1ii^ 

58. •tfi^ôb 

59. »tix pruik irn 

60. nyj j^ftlMsan^^l li-in 

86. (P. 530.) ^Y 

87. Tin ^y Vibn 

88. (P. 53< .) «jV l,j)i «^V| >^j^s >,njn 

89. a) nV3''"ï»J< flii 

a Que Qautû grallfië Mqdm. » 
« Par Mandat» (?). > 



64 nEVUK SÉMITIQUE 

90. D-'-IOVO'? 

91. (P. 532.) n2N i 'vn tinn 

a Que Uçy gratifie Dhu-Âbt (?;. > 

iiVk oin noi 
93- j^»-irpo 

(P. 641.) 3-iy n;r HTV*? 

« Par «Aida, [fils de] «Aztz, [fils de] 'Arab 

Têima. 

1. (P. 642 ) aïhaao p np m33 

3"i3?d'? hny3 

5. (P. 643 ) DJbD'iyTrQK H^NH 

"Iii3»y3»bn 

9. (P. 644.) -nrain 

<o. n-'DKD ! ap I Vjô .T 

nn3»S 



*■ . ■. t'' 



■•/ 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABKS 

^ ' • «) I bwib 1 onx I ^r\y\ 

€ Que Atam protège Danêl. » 

*) I mon'? 

13. (P. G45.) bmo'? ïno i-o 



14. 



13. 



16. 

17. (P. 016.) 

18. 
19. 
20. 



Que Badr (la lune?) gratifie Y. 

bx^iny ïVdd 

"lyjnabx :b;ri2 osa Man 
10D nVi3 



22. (P. 647.) 
23. 

1. (P. 743.) 

2. 



P. 45. a) 



nxriDn 
annnn 

B 

« Wadd. » 



65 






'V 



u *l 



4., 



> u 



•■-:« 



"» »] 






♦ t 



La lettre 3 qui termine le nom propre est inexplicable. Est- 
ce une combinaison de p pour bana^ « a construit >? Ou bien 
est-ce un j mal fait? 



1\4G. a) 






HiVUE StMITIULi 



6G 





RBVCE SÉMITIQUE 




>WTf 


b) 

P. m. 


pbteI^o 


p. 56. a) 
b) 


yen piy 

VÎ?D 
DpD 


c) 
p. 57. a) 




b) 

c) 


baDb_ 


d) 
P. ;)8. a) 

b) 

C) 

d) 

0) 


npp-iinthn 

DpDb 
■•TViNiXI 


n 

9) 
h) 
1. (P. 80.) 

a. 


r^nipi 


3. 


ninvjTTi 


4. 


« Et moi Gabin (?), » 



LES h\SCitlPïlONS l'IiOTO-ARABES 



5. 


Wjh: 5pû 


6. 


âWrt 


7. 


noSToHi 


8. 


nb^rra-n 




crftfflixi 


9. 


lyoîs' 7S1 


(0. 


in-n 


H. 


niD 


12. 


fabTi 


13. 


■M, 


U. 


_'-d', 


15. 


dxSb "jxi 


<$. 


-inn"! 


18. (P. 81.) V3T1,' 


19. 


Dp: nph:^ 




« Natiq»l possédé dès autruches (?) 


85. 


'tn 


26. 


oyisV 


88. 


n ■■ npjyi braS aiyto 


89. (P. 88.) yViK p abn rabn 




« HalbalHalim,rilsdeAkhlaiJ. , 


30. 


rnoa bx lavb 




< Par -Abd Al-Bislan. . 


31. 


!i)n miaD 


i. (P. 81 


■•) ran 


5. 


rninS 



68 



► 


REVUE SÉMITIQUE 


6. 


irDÎ py 


7. 


nenanv 


8. 


bbiiw 


9. 


V«"i fTn 


10. (P. 88.) 


b^brn 




€ Ceci appartient & Bil. » 


23. (P. 90.) 


3jrn K-in» 


24. (P. 98.) 


ib^oTTi 




îTomi 


29. (P. 99.) 


DtyN'-io:Ni 




Rocher El-Ça'lika. 


1. (P. 101.) 


mps^'i 


2. 


xa^rnm 


3, 


rnpm 


4. 


;^P"i m 


G. ' 


fe^bspn 


7. 


yoDiail 


8. 


(■?nyDn2;r) riO''Djr 


9. (P. 102.) 


3DpD 


3. (P. 223.) 


înon 


8. 


nyn»N'?nN 


(P. 158.) 


c\)tnb'b'i 


Sur un bloc. 




8. (P. 253.) 


NDkfi 


49. (P. 263.) 


imi 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARAl 

G. Arqoui. 
76, (l'.S69.) ifll 

"• -ipi 

™- nÎDpapi 

Ait sud du G. Kharam, 
l.(P.S75.) taiDoSmi 

8 Et ceci appartient à Samadbil 
5. (P. S76.) ."j-smi 

I. (P. «78.) nriNtoibaD 

Entre les jambes de la 3* chamelle. 
40. (P. Mi.) a) ^3J^1 

*) iboB -m 

t Wadd et Malik (!). . 

"• Dob-ni 

'*• p p Vi 

< Wal, iils de Kan (?). » 
17. (P. S8S.) BsjB-m 



t8. 



IJDDÏ tsia 



19. a) l„T^ 

SsDn p 
*) Ttsafin [i 

Î7. (P. 283.) 0^,2 p 

on [î 

a Celui-ci est Kham, Iils de Balar 



70 




REVUE SÉMITIQUE 


32. (P. 2«4.) 




€ De" Rabî' (?) . > 


33. 




3nn 


34. 




p3i'rS 


53. (P. 286.) 


fl) 


bpNI 




b) 


irn-i) 


(De bas en haut) c) 


i^^ia n5 n^» 




€ 


Zib, fiisdeÂbfî(?). . 


d) 




mpm 


e) 






f) 






54. 




i 


55. 






19. (P. 293.) 


- 


• L • * » ' 


63. (P. 297.) 




••nbnmi 



83. (P. 300.) ^l,x 

Près d'un q'ar (p. 308). 



•• • ♦ 



1. 


33^. 


2. 


1 




« Par Âus-Manat. » 


3. 


npv. p, ly 




« Wadd, fils (ie §mat (?). 


4, (P. 309.) 


îPïâ 




« Dhû (?) Faman (?). » 



LFS INSCRIPTIONS PR( 

s ÇeliiHci eat falimat, £ 

■ Celui-H;iest Salkhab, fil 

7. n'OT 33r 
< Habib (?) de Mil 

8. pp p 

1 Celui-ci est S{ 

9. (I-.310.) pnavi'? 

. p^r 'Wsijbsla 

10. yrob 

(1 Pur Bâta*. 

a Par Dubb. 
Ghdr et Hamâm (p. i 

8. s-iay 

3 

9. (P. 37i,) jn3^S?D 

sn 

10. • ibn 
19. (P. 375.) npD yaç 1 1 

< Baijli»ll, nUe de ^ 

i\. n.B-'?.n-i.3-r 

Toutes les lettres sont séparées pi 



72 RRVUR 8ÉMITIQUR 

c Celui-ci est èa'ib (?), 61s de Hiat (?). » 
Qarat el-*Asâr{p. 391). 

48. (A côté d'une inscription araméenne de 9 lignes.) 

(P. il 8.) 

roDTay nj3 'ipîri 

« Celle-ci est Çaqu, fille de 'Abdmanftt. » 
54. (I». 420.) a) nsj 

2SSÛ njnsD 

« Tanwal-D&d des Al-Habi ; elle est méchante (?) 

et j*ai possédé... » 

Le lien avec les deux lignes précédentes n'est pas clair. 

c) (P. 421.) QijbDn ^mab 

cSim-'AkdeFalfan. » 

c Et moi j'ai fait. . . » 
fi4 b. (P. 425-426.) yn 

«) DO nia vno va 

« L'artisan (?) Mata', [fils de] Nabat, [fils de] Mas. » 

« Waddat efAblafC?). » 



— irr- 



LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 73 



c) 


noriD B n]? fi rm\ 

« Waddat et 'Aut et Katmai. » 


d) 


« Wakan et Lann. > 


e) 


« 

« Et fien Salçam (?) à Hubalb. > 


f) (f- 


420.) noriDi D'vvb mm 

« Waddât et "Âçm et Katmai. » 




QoirZein (p. 440). 


a) 


nbnys "m 

« Wadd et «Athlat. » 


*) 


pv n3« p bx >3pv ra'? 

« A Bat-Oqbî de Al-Kan ; tu... » 


c) 
d) (P. 

e) 


12V n-'D pm 



Khenbbit El-TsemâUîl. 
a) (P. 459.) nipB mi 

*) nmy nonb p 

« Gelai-ci est Fatmat, [fils de?] Ghanimat. » 

« Wadd. Ghaîmat Qaum-Dâd (?). » 
e) (P. 460.) nVob p 

« Celui-ci est Foum-Allat {?). » 



74 



1 


RBVUB SÉMITIQUE 





TDTpDhp 
tf Ca bcmif est sauvaga (?). » 


9) 


« Gelui«oi est Dhâhib (T). » 


h) 


Dvai nrpn 


*) 


nane*! 


11 

k) (P. 461 .) 




l) 


nÎDpmi 



a Wadd-Qàm (?) est celle-ci (?). » 
m) P. 464.) Vnjr pb 



« Par Ben-*Atl. > 



n) [V. 405.) 


ynv ray 


0) (P. 466.) 


nD"fe 


P) 


PB-) |X1 




"îVn*T^ 




raiv 


(( Je suis ie compagnon (?) de Rath^ad, [fils de] ''Arbat 


(P. 482.) 


nj^ p vi*) p 


c Gelui- 


■ciestW.. (?), fil8de*Ad. » 


a) (P. 494.) 


■•DOnD 


h) 


no'inb 


c) 


»3nnb 


d) 


hnnb 




G. Abou-Mghir. 


9. (P. 499.) 


bxbm p 


10. 


oanno 



LES INSCftlPTfOIlS PBOTO-AHABES 

"■ rèope 111 

< Wadd m Qsmilat > 

'*• new»i 

u. a) -a Sx 

. Celoi-ci estY4kbdur(?) A!-Bad (?). 

j)(P. 500.) rjvotan'jT 

a Dalah, fjls de Magnat, s 

aï. (p.50î.)a) n-jn fa iSb IN 

a Je suis Malilf, lits de Halah. » 

*) nVlD p lin [N 

•r Je suis Akh (?), fils de Kalilat. • 

') q'jDN p -[te \X 

« Je suis Malik, fils de Asiam. s 



34. 


€ Albakh et Kiiiinattk. 


25. (P. 503.) 


OIS, !K 
« Jesuis Aus.,» 




nsDîss 

< Je suis Sa'dou (?). 


38. (P- 605.) 


]ra p tino 

■ Mukilir, flts de Bahan 


39. 


absySaw 


40. 


nnno \K 
« Je suis SiMtiat (?). 




. 'Alak. . 



76 REVUE SÉMITIQUE 

Qitf'at-OuéU. 
52. (P. 522.) rabiV 

55. (P. 525.) 3«,j;n l|b DTR p 

« Celui-ci est Haram (?), fils de Tha'Iab. » 

Ghadir Hesou 'AUâ. 

i.(P. 604.) rhsnb 

« A Têmallat. > 

« Yal-Kaïl (?). » 
Téttna. 
21. (Cartouche, p. 647.) 

ce A Millat, fils de Dbou. > 

« Celui-ci est 'Amil (ou un chameau). » 
24. (P. 648.) fl) -10 p j-|"»Di p mpkV 

« A Aqwam, fils de Wakayat, fils de Murr, 
fils de Wakayat... » 

El-Arqoubiyeh. 

a) (P. 743.) nrai 

(i4 «uiore.) J. HaLÉVY. 



7K RBVUfi SÉMITIQUE 

sumqutim * ummâni alâui a 

[f ina] arah Dûzu ù sar Akkad.ki ana satti v kan imàt îlâni 
HUL-at (?) 

nHè* hliir.t^a.a tlànf àarru na.qb.ru busahhu .ibasi.ma. .^ • . . 

ù tibu.ut Elamtu.ki ana màt Akkad.ki ibasi.ma sar Akkad. 
ki J mât 



5 [y ina arah Tasrîtu û abu]b epir.tfm eteH palû ikàn ma erib '>■ 
Samas tahâzu issakan sa.ga.an.me samé u irçitim 
... kl XXX sanâte ihât Akkad.ki issakan nisé babe ékalli rùbi 
KAR.tu illa.ak. 



[y ina arah Arahsamnu n sar] Akkad-ki ana satli V kan finât 
iûè,Y là miitaddi kussâ içabat tahâzu sà.ad.ru na.pa.as "^^ Nisa^a 

[tibû.ut sar] Akkad.ki ana mât Elamtu.ki ibasi ma sar Elamtu. 
kl içabat ââr. kib.ra.a.ti en.el na.pa.as ^^^ Nisaba 



[f ina arah Kislimu û] tibu.ut sar Akkad.ki aiîa mâti içahir 
niâé i.bir.ra.iha mâré lim.na idabubù sumqù.tini. Elamtiil 
kl ibasi 
10 [sslrjru imât iiâni sarru na.qa.ru ina çit '<" Samaâ abub epir.tim 
isâàkah iha érib "" Samas tahâzu sa.ad.ru 



» t 



[f ina] arah Tebôtu ù ùmu xxviii kan atâlu "" Samas issalfan ana 
ail sarrî u nisé. su sulme me.sir.tum ibasi sumquitini Elamtu'kî 

tl a.har.ri.i ibasi é.zi.iz mîli ôbur mâti içahir 

— lii.bi — 



[T ina] arah âabâtu û tibu.ut sar Akkad.ki' ina çlt ^^^ âamas 
alu ZAa.lctJ içabat û sar Akkad.ki ana satti V kan imât 

sumqu.tim mar.tu.ki u su.EDiN.ki ibasi mât Elamtu.ki KAR.tu 
illak nisé mâré alânî imaqqutû sa.ga.an samé u irçitim 

15 [f ina arah] Addaru ù tibu.ut sar Akkad.ki ana mât su.EDlN.ki 
alâni { iiâni sarru na.qa.ru sar su.EDiN.ki imât 



1. L. 1-4 = Rm. 2, II. 124, 5-29 = Sm. 2, verso. 



PRÉSAGES ASSYRIENS 7f) 

fifta $tt}^ §émtsè iiïêé i.bir.ra.a ^ sar Akkadf.ki ana haîii ^ kah fmà^. 

ÉVa msmtài pA*ùt ftiKrdâ f^l^at ïàÂt Âhari'â.ki 
[KAR.tu] illak \^ tifeù.trt âribî ana niât Akkad.fcf abuV épîr.tim 

fiéakMf n^Sé i.Bîr.i^a.ma âar.rî 

èaf Efamttf.ki îtnât saY Akka'dî.ki kib.i^'a.a.ti iN.Bi ûmô 

rùqûti sumqu.tim Aharré.ki 
[u sujBDiN.ki ibasi.ma na.pa.as^^Nisaba 

W [f ftiaf araA Addai'u arkû û] îlâni kibrat arbà'f it'tàlïaliù sar 
Akkad.ki *ana satti' v kaiï iihât.ma mâr là mùïacïdi^ kussâ 

. . . màt Akkad.ki msiil.ni'^ Bel kussî. Su uka.an ilânfsab.su.tum 

ana mâtl itârûni çî.é nu u <^//// 

. . . ùf iAtt 9ît«« éattias nisô i.bir.ra.a îïi'a'.ôfib'**^ ékïhàs abub 
épl^.tfm ibàéi. 



- -•■^ ■ — 



. . . u-.ti&.ql^.ma 20 û.m)a' illak âar Akkad.Ici ina ka.ma.a.ti 

it-abbiç mâtù iiu (?) u riîsô 

. . . [^**] A.nun.na.ki ip.pa.al.sah ilâni it.tal.l'a.hu mîtùti issaknù 

mun 

25' . .' . MUB]ahhU' sar Akkad.kî atta' latti V [*kan 

imft^; .... 

é.tti sai' Ëlamtu.ki ^ sar Akkad.ki ahia 



. . . sar kib.ra.a.ti en.el 



aharrù illak 
aharrù illak 



TRADUCTION 



défaite de l'artuée, les villes 



Sf'atl mois de Tammous » , le roi d*Akkad mdtii*ra dans 

cinq ans; lesdietijt 

Itf peuple ^uffrita-dè là faim, les dieux' (serotft) lé flëau dii Roi, 

Âimine: .... 
ou : incursion des Élamites dans le pays d'Àkkad et 

(dontre} le roi d'Akkad; le pays 



80 REVUE SÉMITIQUE 

5) Si au mois de Tishri » , un tourbillon de pous- 

sière s*élèvera, le palû sera affermi, à Toccident on livrera 
bataille, sa.ga.an ^* du ciel et de la terre. 

ki , 30 ans le pays d'Akkad tiendra bon, les gens 

(qui habitent aux) portes du palais magnifique courront a 
leur perte. 

Si au mois de Marcheschvan » , le roi d*Âkkad 

mourra dans cinq ans, le fils d*un inconnu s'emparera du 
trône, bataille rangée, beaucoup de blé. 

Incursion du roi d'Akkad en Ëlam, le roi des légions s'emparera 
du roi d'Élam, en. EL, beaucoup de blé. 

Si au mois de Kislev » , l'incursion du roi d'Akkad 

dans les pays sera sans portée, le peuple souffrira de la faim, 
les jeunes gens conspireront, défaite des Ëlamites, 
10 le Roi (?) mourra, les dieux (seront) le fléau du Roi, à 
l'orient s'élèvera un tourbillon de poussière, à l'occident 
bataille rangée. 

Si au mois de Tebet » et que le 28 il y ait éclipse 

de soleil, la ville, le Roi et son peuple seront en bonne santé, 
accroissement de la production, défaite des Ëlamites, 

Vent d'ouest, crue violente, la récolte du pays sera faible 
— effacé — 

Si au mois de Shebat » , incursion du roi d'Akkad, 

à l'orient zag.uu s'emparera de la ville, ou : le roi d'Akkad 

mourra dans cinq ans, 
défaite de la Syrie et du su.edin " , l'Ëlam courra à sa perte, le 

peuple, \ei> habitants des villes seront frappés, sa.Ga.an du 

ciel et de la terre. 

15 Si au mois d'Adar » , incursion du roi d'Akkad dans 

le so.EDiN *^(et contre) les villes, les dieux (seront) le fléau du 

roi, le roi du su.edin "mourra, 
à l'orient, le peuple souffrira de la faim, le Roi d'Akkad mourra 

dans cinq ans, un manzaz pâni s'emparera du trône, la Spie 

courra à sa perte ; nuée de sauterelles dans le pays d'Akkad. 

tourbillon de poussière, le peuple souffrira de la faim, 

éar.ri 

.... le roi d'Élam mourra, le roi d'Akkad en. EL les légions 

pendant longtemps, défaite de la Syrie 
et du 8U.EDIN ^ , beaucoup de blé. 



Wi*f. 



-* ■ »"»• t ' 









PRÉSAGES ASSYRIENS 



81 



20 Si au mois de Véadar » , les dieux des quatre 

régions seront bouleversés, le roi d'Akkad mourra dans cinq 
ans, le fils d*un inconnu s'emparera du trône, 

le pays d'Akkad, de qui Bel affermi ra-t-il le trône? , les 

dieux irrités se tourneront contre le pays , les moutons 

et 

; à Torient le peuple souffrira de la faim, à Toccident 

tourbillon de poussière. 



il anéantira, il marchera 20 jours, le roi d'Akkad cam- 
pera devant le mur d'enceinte, le pays, les dieux (?) et le 
peuple 

les Annunaki frémiront» les dieux seront bouleversés, 11 

y aura (beaucoup de) morts 

*25 famine , le roi d'Akkad mourra dans cinq ans 

le roi d'Ëlam ; le roi d'Akkad contre 



• le roi des légions bn.el. • 



marchera vers l'ouest, 
marchera vers l'ouest. 



REMARQUES 

1 . û^ ailleurs j| , représente rindication du fait qui, sui^ 
vant qu'il se produit tel mois ou tel autre, présage pour 
Tannée tels ou tels événements; cette indication est donnée 
une fois pour toutes, au début, à propos du mois de Nisan. 

Ana éatli v kan^ littéralement : a jusqu'à la 5"* année », 
d'ici cinq ans. 

5. AJiA.nu = a. bu. bu, d'après Reisner, Sum . Bab . 
Hymnen, 7. 20, 17.15 a, 21.18, 38.8, 39.23. 

istm = epir.tim. Voir Scheil. Délég. en Perse ^ II, 73. 

G. KAR . tu = karmutu, ou ubbutu. Cf. : mâtu ub .bu. tu 
illak. K. 270. III. 21. (Craig., Astrol. Astron. Texts, 
p. 22). 

9. mârê signifie peut-être bien ici : c habitants des villes ». 
Cf. 1. 14, niàé mârê atâni. 

12. ^ , idéogramme du dieu Adad, a sans doute le sens 
de sâru. 

18. Dans ru . GiD. DA"ae.% f^ ne peut être que la pre- 
mière syllabe du mot ruqûti. Ch. Virolleauo. 

kEVUI SÉIITIQOI 6 



'82 REVUE SÉMITIQUE 

Un Mot dans Finscription de Hésa. 

L'opinion de M. lialévy, qui voit dans nnip ^^^ p^rût de 
la ville de Dibon, a été déjà émise, il y a trente ans, par 
M. Nôldeke, comme je le vois maintenant par le dictionnaire 
de Gesenius, s. v. La difficulté que je signalais a donc, depuis 
longtemps, attiré l'attention de ceux qui ont interprété Fins- 
cription. Il n'en est pas moins vrai que la lecture nmp3"'^^ 
paratt fausse, au point de vue épigraphique, et que niOpS 
ou, ce qui n^est pas impossible, HKIpKV i^épondrait mieux au 
contexte. 

Le vav de n^t^^^ dans mon article, était une simple faute 
d'impression. Il n'avait aucune raison d'être. J'ai, d'ailleurs, 
traduit le a haut-lieu > et j'avais écrit nD3- 

Mater Lâubert: 



Rectification. 



M . Glermont-Ganneau a eu la complaisance de me montrer 
un excellent calque de l'inscription juive de la mosaïque de 
Kafr-Qenna, que jai annoncée ci-dessus (1901, p. 375) sur 
la foi d'une mauvaise photographie publiée à Vienne. On y lit 
très distinctement les mots : 

12 fTDV 2vh "13n Soit mentionné pour le bien. 

José, fils de 
♦1331 noia 12 OinaXI Tantûm, Gis de Bùla, ainsi que 

ses enfants 
nVaO nin Tin2Tn qui ^<^^^ cette table. 



nnDia ]^nh Mn Soit à eux la bénédiction ! 
pK Ameu. 

Les suppositions de M. Clermont-Ganneau au sujet de la 
lecture des deux avant-dernières lignes se trouvent confirmées 
et toute autre lecture devient désormais impossible. 

J. Halkvy. 



BIBLIOGRAPHIE 

iulias Wellhauden, Die religiôs-politischen Opposition» Pàrteien 
im alten Islam» Berlin, Weidemannsche Buchhandlung, i90i, 
99 pp. gr* ln«4«. 

Cette importante dissertation sur les parties d'opposition reli- 
gieuse et politique dans Tancien Islam contient deux études particu- 
lières dont Tune est consacrée à l'origine des KhawâriQj la seconde 
à celle de la Si^'à ou Si<^itisme. Beaucoup d'auteurs ont déjà traité 
ces problèmes historico-religieux, jamais à ma connaissance, avec 
un pareil discernement des sources et avec une exposition aussi 
lucide et aussi pleine de faits. Les lecteurs de la Revue sémitique 
ne nous pardonneraient pas de réserver pour moi seul les résul- 
tats de ces recherches magistrales» que j'ai été mis à même d'exa- 
miner attentivement par suite d'un gracieux envoi de la part du 
«avant auteur. 

Le noyau des Khawàrig ou révolutionnaires s'est séparé du 
parti d'^AH après la bataille de Çiffin entre les Syriens, partisans 
do Mu<^awia, et les Irakiens, partisans du gendre du prophète Mo- 
hammed. Les Irakiens, commandés par le général Astar, eurent le 
dessus, mais en voulant poursuivre leur victoire ils virent que les 
lances des Syriens portaient chacune, à sa pointe, un exemplaire du 
Coran. Astar voulut passer outre, mais les Lecteurs du Coran (qurra 
pi. de qari) obligèrent «"Ali à arrêter le combat; puis u;i traité fut 
conclu entre <^Ali et Mu^'awia en vue de confier le litige du Khalifat 
aux mains de deux arbitres. Deux Irakiens, Abou-Mousa et As'^ath, 
servirent d'intermédiaires dans cette convention. A peine les termes 
du traité furent-ils répandus dans le camp, que ceux-mémes qui 
avaient obligé «Ali à mettre fin au combat se tournèrent contre lui 
en lui reprochant d'avoir confié à des hommes le choix qui appar- 
tient exclusivement à Dieu itnbkim). Le retour de l'armée à Koufa 
fut plus triste qu'une défaite ; douze mille guerriers ne voulurent 
plus y retourner et s'établirent d'abord à Haroura, ensuite à Nahar* 
wan; c'est le premier noyau des Khawàrig, qui furent dans la suite 
les adversaires les plus acharnés non seulement d'^'Ali mais de toute 
l'iustitution politique (Gama**a) de l'Islamisme. Ce revirement subit 
de la part de compagnons aussi pieux que fidèles est bien étonnant. 
On voit dans l'affaire des Corans la preuve d'une trahison combi- 
née entre Abou-Mousa et As'^ath d'un côté et Mu'^awia et Amr de 
l'autre. M. Wellhausen, en invoquant le témoignage d'Abou Mikh- 
naf, le plus ancien narrateur de cet événement, montre que ces 
deux personnages ont été injustement accusés par les auteurs 
arabes plus récents qui ont cristallisé leurs suppositions en faits 
historiques. Les Syriens, se voyant perdus, élevèrent le Coran sur 
leurs lances pour indiquer qu'ils étaient des Musulmans aussi fidèles 



84 REVUE SÉMITIQUE 

que les Irakiens, et ceux-ci comprirent facilement le'signal et furent 
pris de scrupules religieux; la trahison n'existe donc pas. Quanta 
la protestation contre <'Ali, on ne peut non plus Tattribuer à une 
rivalité de classe entre les Lecteurs citadins et les Khawàrig bé- 
douins, attendu que depuis la Higra (la sortie de TÂrabie) la qualité 
de bédouins jadis commune à tous avait cessé d'exister. Les Khari- 
gites conservaient beaucoup moins que les autres des liens de fa- 
mille avec leur parents de l'intérieur de l'Arabie. Il n'y pas lieu non 
plus de considérer les Lecteurs comme une classe organisée; 
c'étaient des gens pieux qui récitaient des passages du Coran en 
guise de prière, jeûnaient et veillaient la nuit et se mortifiaient le 
front à force de prosternations. Ils enflammaient les combattants 
par leurs paroles et se faisaient souvent reconnaître par un cos- 
tume ascétique. Une foule de ces Lecteurs se trouvaient chez les 
anciens Khawàrig. Maintenant, à défaut de causes extérieures, la 
manière d'agir des Kharigites est-elle donc inconcevable?M.W. ne 
le pense pas et il l'explique par la nature même de l'islamisme, qui 
fait un devoir à tout croyant de combattre l'injustice et la transgres- 
sion des ordres divins chez tout particulier et surtout dans Torga- 
nisation politique. Aussi longtemps qu'ils crurent qu'«AIi luttait 
pour le droit absolu de Dieu, le seul arbitre du Khalifat, ils lui 
restèrent attachés et l'aidèrent à combattre Mu^^awia, mais dés le 
moment que, de gré ou de force, ils l'ont vu traiter avec l'adversaire 
pour remettre le litige à des arbitres humains, ils ressentirent la 
grave erreur de leur objurgation précédente et tournèrent leur 
haine contre ^Ali, qui combattait désormais pour lui-môme et non 
plus pour Dieu. M. W. dit excellemment : « Les Khawàrig sont donc 
un parti révolutionnaire bien prononcé, comme leur nom l'indique 
aussi, notamment un parti révolutionnaire pieux. Ils ne dérivent 
pas de l'arabisme, mais de l'Islam, et sont, relativement à la 
piété des virtuoses islamiques, les Lecteurs, pour la forme à peu 
près comme les zélotes juifs aux pharisiens. Matériellement, il y a 
cependant la différence que les zélotes combattaient pour la patrie, 
et les Khawàrig seulement pour Dieu. » Si l'on ajoute que, d'une 
part, Vacribie de la piété des zélotes ne ressort d'aucun fait certain, 
et que, d'autre part, le zélotisme naquit dans l'effervescence d'une 
guerre contre l'étranger et cessa de se recruter après la guerre et 
ses convulsions immédiates, tandis que les Kharigites se réorgani- 
saient partout en temps de paix et môme avec le secours de non 
Arabes, la comparaison se réduit à bien peu de chose. Certaines 
croisades du moyen âge (les Khawàrig se croyaient en possession 
de la vraie orthodoxie) contre les hérétiques auraient présenté plu« 
de relief malgré la différence numérique des assaillants. L'auteur 
remarque, du reste très crânement, que les dissidents étaient des 
gens sérieux et convaincus, beaucoup plus généreux que les zélotes 



T 



BIBLIOGRAPHIK 85 

f 

juifs, eto'e^t pourquoi ils n'étaient pas plus mauvais que les héré« 
tiques et les saints chrétiens (Es waren ernste und ûberzeugte Leute, 
weit edler als die judischen Zeloien und darum nicht schlechter 
als die christlichen Ketzer und Heiligen). Comme trait de cons- 
cience délicate, on raconte ceci : Un d'entre eux retira de sa bou* 
che une datte exquise parce qu'elle ne lui appartenait pas. Un autre 
paya à un chrétien le prix d'un porc parce qu'il l'avait tué. C'est 
bien maigre pour se transformer en noblesse générale. Le fait que 
leur entrée en lutte commençait régulièrement par le meurtre pré- 
médité du premier Musulman qu'ils rencontraient, dénonce un fa- 
natisme sauvage. Au fond, leur douceur pour les étrangers et leur 
haine meurtrière pour les nationaux répondent exactement aux 
conditions du Gihad (la guerre sainte), lequel remonte lui-même au 
compelle intrare d'une part et à la parabole du vigneron de l'Évan- 
gile d'autre part. Cette influence est manifeste ; celle du juif Ibn 
Saba n'eût jamais produit un résultat aussi gros de conséquences. 
Mais aile Kharigisme, qui forme l'extrôme gauche de la âî<^a, ne 
doit directement rien au judaïsme, la Sî^^a elle-même emprunte sa 
base religieuse au Pentateuque et sa base philosophique à la con- 
ception juive du partage de l'esprit prophétique. Cette thèse nou- 
velle, et au premier aspect assez déroutante, est démontrée par 
M. Wellhausen avec une science et une abondance de preuves in- 
contestables. Se fondant sur la circonstance que Kaîsan, chef des 
Kaisaniya ou Sabaiya, commandait les Mawâli de Koufa qui étaient 
en majeure partie des Iraniens, on a prétendu que le chiitisme 
comme religion était d'origine perse. C'est absolument contraire 
aux faits historiques les plus dignes de confiance. A son début le 
chiitisme marquait l'opposition de l'Irak au gouvernement syrien. 
Les Asràf marchaient d'abord avec les autres et leur donnaient 
même l'exemple de la révolte, mais après avoir été domptés par la 
force, ils se séparèrent des autres qui, par suite de leurs chefs tom- 
bés comme martyrs, se transformèrent bientôt en une secte enthou- 
siaste et ennemie inconciliable de l'aristocratie des tribus. Moukh- 
tar réalisa cette tendance et attira les Mawali dans le mouvement 
qui a toujours conservé un caractère théocratique et nullement natio- 
nal. La souveraineté de Mohammed passa tacitement à «^Ali, le plus 
digne de ses familiers^ de mê meque celle de Moiseà Josué. Il n'y eut 
que quatre imàms : «'Ali et ses trois fils : Hasan, Husain et Muhammed 
ibn Hanafiya qui, d'après la légende, reste caché dans une grotte du 
Gebel Ra<)wâ (près de Médina) pour reparaître aux derniers 
jours. Au point de vue du dogme si^^îte, l'auteur de l'islamisme re- 
naquit dans la famille d'^^Ali, et sa renaissance spirituelle, dite raga*' 
(«retour»), rappelle Tidentiflcation d'Élie avec Phinéas par les aga- 
distes, tandis que l'adoration d'^'Ali et des imàms comme des in- 
carnations divines, semble être l'exagération du dogme chrétien, 



86 REVUE SÉMITIQUE 

car ces personnages étaient en môme tempe des mabdis, c'est^i^ire 
des messies. Chez les derniers Sassanides, la déifioation des roU ne 
semble pas avoir été en usage. i 

Martin Schreiner, Studien ûberJetchwa ben Je{iuda ( Wissenachaft- i 

liohe Beilage zum xvixi. Boricht der Lehranstalt fur die Wiisen- j 

schaft des Judenthums in Berlin). Berlin, 4900. — Dr. Adolf 
Sobwarz, Der hermeneuHsche Syllogismus in der t&lmudischen 
Litteratur, Ein Beitrag zur Gesobichte der Logik im Morgen- 
lande (VIII Jabresbericbt der Israelitisob-Theologiscben Lehran* 
stalt inWien, fUr daa Schuljabr, 1900-1901). Wien, 1901. 

Jescbu^'a ben Jebuda, avec son nom arabe Abou-1-Farag Furqàn 
ibn Asad, est un des docteurs les plus renommés et les plus aocieni 
de la seote juive des Caraitcs. Il a vécu vers la moitié du %i* eièok 
à Jérusalem, où les élèves affluèrent de tous les pays pour entendre 
son enseignement. Ses opinions, propagées par des disciples aélés, 
pénétrèrent jusqu'en Espagne et obligèrent les Rabbanitei à 
les combattre dans divers écrits de polémique. Presque tous ses 
ouvrages sont encore inédits, deux parmi eux ont été traduits en hé- 
breu, savoir un écrit sur les mariages défendus Iril^n IBD^ ^^ ^^ i 
commentaire sur la Genèse {fxxy rMUVk)' C'est à ces derniers ou- < 
vrages que M. A. Sohreiner consacre des investigations sagaoes et 
étendues et a le mérite d'éclairer le système du docteur caraite, très 
difficile à démêler à travers la version hébraïque, si on n'est pas 
familiarisé avec les termes techniques de la philosophie arabe. 
Grâce à ses études antérieures dans ce domaine, M. Sohrdiner a 
réussi à vaincre toutes les difficultés et à nous faire connaître la 
relation intime de cet auteur avec la doctrine dos Mu^'tazilites mu- 
sulmans. Cet accord si complet a fait dire au renégat Samual ben 
Yahyà que les Caraites sont disposés à accepter Tislamisme. Chez 
tes Uabbanites, la spécialité de leur conscience religieuse était as- 
surée par leur attachement à la tradition, Il nous est impossible 
d'entrer dans les détails de cette curieuse dialaotique; contsntons' 
nous de poser le résultat de l'étude préliminaire relative à l'Miznl de 
rislam. M. S. élimine successivement toutes les doctrines dans les- 
quelles on a cru reconnaître rinfluence du mazdéisme, en montrant 
que certains dogmes mu^'tazilites sont en pleine contradiction avec 
ceux des Zoroastriens. Quand on ajoute que la conversion d'Àl-Ma» 
moun au mu'^tazilitiBme est présentée par Masoudi comme un écar* 
tement complet des vues d'Ardasir ben Babek, on est porté à croire 
que Ti^'tizal, dans ses origines, n'a rien de commun avec la religion 
des Perses. Il r assort plutôt directement de Tascétisme muaulman 
izuhd); les traditions {ha\Çiidith) manifestent une oonnaissanoe très 
exacte d'une part de l'agada juive, d'autre part de l'Évangile et des 



BIBLIOGRAPHIE 87 

apocryphes et pseudépigraphes chrétiens. Il n'y a pas lieu de cher* 
cher une autre source. En ce qui concerne le nom de Mu*^tazily c'é- 
tait vraisemblablement de prime abord une épithôte honorifique qui 
n'a pris le sens d'hérétique que par les adversaires orthodoxes ou 
Aft*^arites. 

Lo livre de M. A. Schwarz est une étude fondamentale sur le syllo- 
gisme herméneutique dans la littérature talmudique. Ce syllogisme 
s'appelle chez les rabbins "^Q^nlSp-l^^s^^^^^ auteur établit d'abord par 
des formes en usage chez les anciens écrivains que la prononciation 
habituelle qal wabomer doit être modifiée en qol wa^omer (^orn ^a) ; 

^ est un nom formé de l'adjectif Spj comme 3^ de a^. Le sujet m'a 

énormément intéressé et il intéressera tous ceux qui, par un préjugé 
séculaire, n'ont vu dans les discussions halachiques qu'un ergotage 
çmbrouillé et incohérent; nous nous bornons cependant à indiquer 
seulement les divisions de cette étude très spéciale : Le première, 
sous la rubrique générale : La qol wajomer, comprend la théorie, 
la réfutation, la restitution, ramplification et l'anticipation. La 
partie consacrée au développement du qol wabomer traite la con- 
clusion dans la Bible, à l'époque des Sopherim, la conclusion 
herméneutique, la conclusion herméneutique restreinte et sa forme. 
Dans la troisième division enfin, consacrée à la syllopristique du 
qol wabomer, on traite la conclusion du spécial au général, la 
conclusion fautive et erronée, la conversion. L'exposé se distingue 
par une clarté et une méthode qui ne laissent rien à désirer. 

Les deux travaux que nous venons d'annoncer font honneur aux 
séminaires rabbiniques de Berlin et de Vienne. Nous aurions été 
heureux d'y joindre le séminaire rabbinique de Paris, mais les 
successeurs de Rasi et des Tossaphistes font encore partie de la 
célèbre académie silencieuse d'Ispahan : et quand ils recouvreront 
la voLx, ils feront, j'en suis sûr, d'excellents Hazzanîm. 

Ëduard KÔnig, HebrUisch und Seniitisch, Prologomena und 
Griindlinien einer Geschichte der semitischen Sprachen^ nebst 
einem Excnrs iXber die vorjosuanische Sprache /srae/s, vnd 
die Pentateuchquelle P. C. Berlin, Verlag von Reuter und Rei- 
chard, 1901. 

M. Kônig s'est proposé de mener à conclusion les travaux prélimi- 
naires faits dans le dernier décénium sur la grammaire comparée 
des langues sémitiques, afin de préparer une base solide pour la 
composition d'une grammaire historique de ces langues. Aprùs la 
discussion préparatoire sur l'origine de la langue, sur la direction 
principale de sa vie et sur la voie qui conduit à son investigation 
(p. 2-19), le savant auteur trace en détail les tendances effectives de 
développement dans les langues sémitiques modernes, les met en 



88 REVUE SÉMITIQUE 

parallèle avec les phénomènes des langues sémitiques anciennes, en 
conclut à Tantlquité relative des anciennes langues en même temps 
qu'il dégage la situation historique de Thébreu en face de Tarabe, qui 
est, selon lui^ le type le plus proche de la langue sémitique primor- 
diale {Ursemitischf p. 20-47). Dans ce qui suit sont exposées très 
soigneusement les opinions contraires à cette manière de voir avec 
une réponse à chacune d'elles. Comme conclusion générale, l'auteur 
présente le tracé suivant : Les Sémites s'écoulèrent vers le sud, au 
moins en deux courants. Une division passa plus à Test près du 
Tigre et de l'Euphrate, dans la direction du midi : Sémites Âssyro* 
Babyloniens. De là passèrent les Phéniciens et les Hébreux dans 
les demeures de la deuxième division qui se dirigea plus à rouest, 
également vers le sud ; ce sont les Âraméens et les Arabes. Au 
point de contact de l'araméen et du phénicien se forma le dialecte 
de Zindjirli, et plus au sud, aux frontières de l'assyro-babylonien, 
se produisirent le minéen, Thadramotite et l'éthiopien, Le sabéen 
est oublié; ou bien doit-il être confondu avec l'arabe? Ses traits 
caractéristiques, la mimmation, l'article postpositif, le gros du voca- 
bulaire, nous défendent d'y penser. Est-il un mélange deminéen et 
d'arabe? Alors l'éthiopien devait à plus forte raison être d'essence 
composite. On voit qu'aucun schéma ne peut encore rendre compte 
de la distribution réelle des langues sémitiques. On ne saisit pas 
non plus la raison qui ferait envisager les Abrahamides comme 
ayant parlé Thébreu avant leur immigration en Palestine, tandis 
que la tradition les range dans la famille araméenne. Môme les 
arguments en faveur de l'originalité de l'arabe ne sont pas à l'abri 
de toute contestation. L'arabe possède une série de consonnes 
emphatiques qui donnent aux mots une signification différente de 
ceux qui se composent des consonnes ordinaires. Mais comment 
sait-on que ce n*est pas un développement secondaire? Le fait que 
la dentalisation des sifflantes en araméen n'existait pas encore à 
l'époque assyrienne, autorise à présumer que ce phénomène a pu se 
passer aussi à une époque inconnue dans les langues du sud. Rien 
ne prouve que les Hébreux ont jamais prononcé le verbe SSn *^'^^ 
un ^ doux, i^lal^ quand il signifie « profaner », et avec un kh dur, 
li/ia^a!, quand il signifie «transpercer», d'où S^^n, c flûte». N'y 

a-t-il pas un bon nombre de mots qui ont deux sens différents 
tout en présentant les mêmes consonnes radicales ? Comparez ^ps* 

f matin », et *ypz*^ gros bétail » ; \^xifi « boire », et « tisser »; ^^ « cou- 
ronner », et « attendre » ; gadol (r. ^Ta), « grand », et gedîl, « tresse, 
frange »; ^a^x» « parole », «laiQ, «désert», et «n-y, «peste». L'espace me 

• ■ • • « ■ 

manque pour pousser plus loin l'examen, mais je dois noter ce 
point-ci : l'a final de la forme sud-sémitique qatala en face de 
l'hébréo-araméen qâpal, qëpal, est probablement dû au féminin 



BIBLIOGRAPHIE 89 

qatalatt et de là la voyelle finale du futur; les diphtongues sont aussi 
conservées en hébreu et en araméen. Au sujet de beaucoup d'autres 
points il faut regretter que M. Kônig n'ait connu aucune de mes 
études sur la matière. Les formes grecques Tdl% et Tûpc; sont aussi 
fortuites que celle de Bû€xo; pour Gubl, Ssilt Gubla; les Araméens 
n'ont jamais appelé la ville de Tyr, y^, et le nom n^ji « la ville 

forte», vient de j^ et non de^. Le sabéo-éthiopien qatalku vient 
de la deuxième personne qaialka (suf. nominal), de même que le 
commun qataltu {^ti) découle de qatalta. La priorité du pluriel 
hébréo-phénicien im en face de in, ûriy an est mise hors de doute 
par le pluriel arabo-éthiopien du pronom de la deuxième personne 
antûmUy antemû, etc. Un jour j'aurai peut-être Toccasion de 
m'étendre plus longuement sur cette question. Pour le moment 
acceptons avec un sentiment de gratitude cette introduction pro- 
lixe mais commode qui fournit une première orientation aux futurs 
collaborateurs de la grammaire comparée des langues sémitiques. 

Th. Nôldeke. l. Fûnf Mo^allaqât iibersetzt und erkinrt, IH. Die 
Mo^allaha Zu/iairs, nebst Verbesserungen und Nnchtr^gen zu 
J und II. Wien, 1901. 

Le travail du savant orientaliste strasbourgeois sur les Mo^^al- 
laqàt se termine avec cette livraison qui contient la Mo^'allaqa de 
Zuhair. Cinq textes principaux ont fourni la base critique de celui 
qu'admet l'auteur; les variantes remarquables sont indiquées dans 
les notes au bas des pages. Le poème, se rapportant à des luttes de 
tribus et au paiement de la rançon, manque de fougue. Ce n'est 
pas étonnant, car il est l'œuvre d'un vieillard de quatre-vingts ans 
qui est dégoûté de la vie. Vers la fin, Zuhair tombe dans les sen- 
tences. Entre tant de médiocres, notons quelques-unes qui sont 
mieux tournées : «Celui qui va chez un étranger (pour demander du 
secours) tient son ami pour un ennemi et celui qui ne s'honore 
pas soi-même n'est point honoré. » « Certain homme te plait aussi 
longtemps qu*il se tait; la montée ou la descente (de l'estime) 
réside dans le parler. » i La langue est la moitié de l'homme, le 
cœur (siège de l'intelligence) en est l'autre moitié; le restant n'est 
qu'une forme de chair et de sang. » 

L'abbé De Moor, Une chanson guerrière de V époque de l'Exode de 
Moise, Nombres, xxi, 27-30. Bruxelles, 1901. — Le même, L'His- 
toire de VExode sous Moïse. 

Le savant abbé défend très habilement la thèse que la chanson- 
nette guerrière Nombres, xxi, 27-30, est une ironie mordante d'un 
poète Israélite à l'adresse des Moabites, qui n'ont pas voulu 



90 REYUK SÉMITIQUE 

accorder à Israc^l le passage à travers leur pays. Il leur dit : Si 
nous n'avons pas traversé votre pays malgré vous, ue croyez pas 
que nous ayons eu peur de votre puissance; il n'y a pas encore 
longtemps que Séon, le roi des Amorrhéens dont nous venons de 
conquérir le royaume, vous a enlevé cette province où nous 
sommes maintenant établis et vous a transportés comme prl- 
sonniers do guerre, sans que votre dieu Kamos ait pu vous 
sauver. Hésebon (Hesbon), la capitale de Séon, saccagée par nous, 
demande à être reconstruite et à être munie d'une enceinte fortifiée ; 
allez-y donc, si le cœur vous en dit et vous verrez comment vous 
serez reçus. Telle serait la pensée fondamentale de la chansonnette, 
mais l'appel : « Entrez dans dus), Hesbon ! que la ville de Séon 
(yirpp T?) soit reconstruite et fortifiée (]3iDni naarji ' ** montre 

clairement qu'Hesbon était encore à ce moment aux mains du roi 
amorrhéen. Après la disparition de Séhon, un poète hébreu aurait 
qualifié Hesbon de a ville d'Israël » et attribué la défaite de Séon au 
Dieu d'Israôl. Son argument à fortioriy sur l'impuissance de Kamos 
adonner la victoire auxMoabites contre Israélien eût été singulière- 
ment renforcé. M. De Moor ne connaît évidemment pas mon article 
sur cette chanson dans la Revue des études juives; autrement 
il l'aurait compris dans son intéressante discussion. Jusqu'à meil- 
leure information, je maintiens que c'est un poète amorrhéen qui 
s'adresse aux prisonniers de guerre moabites dont le vainqueur, 
Séon, se sert pour la reconstruction d'Hesbon, devenue une de ses 
capitales. Toute difficulté disparait dans ces circonstances. L'in- 
sertion de ce poème dans l'histoire de la contrée arnonique, a pour 
but de constater que les Moabites n'avaient plus aucun droit de la 
réclamer comme leur patrimoine national. 

Le second mémoire discute les événements de la période qui 
sépare la sortie d'Egypte sous Moïse, jusqu'à la conquête du pays 
transjordanique. Les énigmes auxquelles elles donnent lieu et len 
solutions proposées par le savant et infatigable auteur sont trop 
complexes et trop nombreuses pour que nous puissions les analyser 
ici même sommairement. Un résultat général s^en dégage à notre 
grande satisfaction, c'est que la nécessité de reporter plusieurs 
récits du Pentateuque dans des contextes plus hpmogènes se fait 
iour dans les cercles les plus conservateurs. La critique saine ne 
peut que s'en féliciter. Dans cette marche vers le progrès, les 
travaux de M. l'abbé De Moor ont donné un exemple qui sera suivi 
par la jeunesse studieuse de tous les partis. 

D"" n. Zimmern, Diblische und bahylonische Urgeschichte, 

Leipzig, 1901. 

C'est la seconde édition d'une conférence faite à Breslau, en 1900, 
et dont j'ai rendu compte dans le temps. L'origine babylonienne de 



BIBUOGRAPHIB 91 

tous les récits d« laQenèse, depuis là création jusqu'au déluge, a été 
soutenue par mol dans diverses monographies réunies dans mes 
Recherches bibliques, tome W, en 1895. Je me réjouis de voir Tac* 
cord de M. Z. avec mes vues relatives à l'antiquité de ces légendes 
chez les Phéniciens et les Hébreux; mais je pense encore que 
l'emprunt s'est effectué par la voie littéraire et nullement par la 
voie orale; et comme les récits dits yahwéiste et élohiste se com- 
plètent réciproquementi il en résulte que l'élohiste est aussi 
ancien que le yahwéiste et ne peut pas dater de l'époque exilique, 
ainsi que l'affirme l'école grafienne. Sauf cette différence, on peut 
savoir gré à M. Zimmern d'avoir propagé la notion exacte de cette 
vérité historique dans le grand public, et cela d'autant plus que 
les fameux Sumériens sont tacitement noyés par lui dans le déluge 
sémitique. N'oublions pas de noter que le septième patriarche anté- 
diluvien, le « Sumérien pur sang» Enmeduranki, est le troisième 
descendant du patriarche sémite Amménon (as. ummânUy « arti- 
san »), qui est lui-même le fils du Sémite Amàlon (as, amêlu, 
• homme »}, Je recommande ce curieux cas de transformisme à 
l'attention des suméristes croyants. 

Enno Llttmann. Zur Entzifferung der Safa-Inschriflen^mit 7 auto- 
graphischeu Tafeln. Leipzig, Otto Harassowitz, 1901. — Le même, 
Text in der Tigre Sprache, Leipzig, 1901. — C. Conti Rossini, 
L'Evangelo d'oro di Dabra Libânos, Nota. Roma, 1901. — Le 
même, Tradizioni historiche dei Mensa, Roma, 1901. — F. M.Es- 
teves Pereira, O Sanio Martyr /iarlaâm, Estudio de critica 
historica, Coimbra, 1901. 

J'ai déjà indiqué dans le n« précédent de la Revue sémitique l'Im- 
portance de ce mémoire au sujet de la fixation définitive de l'al- 
phabet safaitique. Les explications fournies de part et d'autre 
ont aussi effacé la dernière trace du malentendu survenu entre le 
savant auteur et moi. Il me reste à dire quelques mots sur le profit 
qui ressort déjà des meilleures lectures établies dans ce travail. 
yX7t « effacer », et pvi» «saluer», nous ramènent à l'arabe ordinaire; 

les noms divins nSfl» tiy*ÎJ ®t pon jn^ (= nab. oipSn yW) ont un 
intérêt particulier. Je crois cependant provisoirement que nVsi ^^^ 

pour nSiin ot non pas nV^I (O-'-Js die Lât, p. 33). Le sens de la 
particule ns laisse place au doute et Ton peut dire en général que 
Finterprétation de la plupart des passages est encore très conjec- 
turale ou tout à fait obscure. M. Littmann a fait le possible; il faut 
attendre la publication de nouveaux textes en recevant avec recon- 
naissance le progrès accompli. 

M. Conti Rossini a publié les feuillets annexés à un Évangile du 
monastère de Dabra Libânos en Erythrée, contenant des documents 



92 REVUE SÉMITIQUE 

de nature diverse et fournissaivt des noms de personnages assez 
anciens. Le savant éthiopisant déclare apocryphes les uns et dis- 
cute les noms mentionnés dans les pièces authentiques. 

Les deux auteurs précités ont fait paraître chacun de son côt^ 
des textes inédits en lan jue tigré, parlée chez les nomades au nord 
de TAbyssinie. Ces contributions à la connaissance des dialectes 
sémitiques de TEthiopie sont très précieuses pour la composition 
future de la grammaire comparative des langues sémitiques. Les 
légendes des Mensa*" constituent les premières données écrites sur 
les souvenirs que ces nomade^ ont conservés de leur histoire. 

M. E. Pereira expose les résultats que la critique moderne a 
acquis relativement à l'origine bouddhique de la légende de saint 
Barlaam et donne ensuite la traduction portugaise du Martyrium 
de ce saint fictif. 

C. H. Cornill, Die neueste Litteratur ûher Jeè. 40-66. TUbingen 
und Leipzig(Separat Abdruck aus der Theologischen Rundschau), 
1900. Verlag von J. C. B. Mohr(Paul Siebeck). — Le môme, Die 
prophetische Litteratur (extrait de la même revue), 1901, ibid, 
— Friedrich Giesebrecht, Encyclopedia iiife/icvi, A Dictionary 
of the Bible, edited by the Rev. T. K. Cheyne and J. Sutherland 
Black. Part IL London (extrait de la Orientalische Litteratur- 
Zeitung, Dezember 1901, col. 492-495). — Fritz Hommel, Beitrâge 
zur Assyriologie und vergleichenden semitischen Sprachms- 
senschafty herausgegeben von Fr. Delitzsch und Paul Haupt, 2 
Band, 2-4 Heft (D. M. G. 55 Band. p. 526-537). Leipzig, 1901. 

Rien ne saurait mieux donner une idée du développement extraor- 
dinaire des études bibliques et nord-sémitiques au cours des der- 
nières années en Allemagne et en Angleterre que les comptes 
rendus réunis ci-dessus. Dans cette masse de travaux, dMdéos et 
de conjectures répandus à profusion, la littérature prophétique a la 
part du lion, mais la philologie sémitique, elle aussi, fait des efforts 
surhumains pour sortir des anciens errements afin d'arriver à une 
synthèse plus vaste que les limites étroites où elle dut se contenir 
jusqu'à présent. Nous tenons régulièrement nos lecteurs au courant 
des ouvrages de ce genre qui tombent sous nos yeux, nous pen- 
sons qu'ils s'intéresseront également à ceux qui, inaccessible!; à 
nous, sont annoncés, du moins quant à leur teneur générale, dans 
les comptes rendus substantiels dont ils sont l'objet par les auteur^; 
nommés plus haut et qui contribuent eux-mêmes à ce mouvement 
en avant et, à ce qui me semble, trop précipité pour qu'on puisse 
déjà attendre en ce moment des résultats sérieux. C'est d'ailleurs le 
sentiment de ces auteurs mêmes et je n'aurai que peu de chose à 
ajouter. 



BIBLIOGRAPHIE 93 

■ 

La première recension de M. Cornill s'occupe seulement de la 
littérature relative à Isaîe, 40-6G, comprenant deux parties : Tinter- 
prétation de TEbed-Fa/iwë, la question du trito-Isaie. Ewald tenait 
Is., LUI» 13-Lii, 12 pour un oraioritim d*un prophète anonyme du 
temps de Manassé, composé sur la mort d'un martyr éminent de 
ce règne, et adopté par Deutéro-Isaîe dans son ouvrage et appliqué 
à son E.-Y., savoir à T « Israël spirituel ». Diehm, poussant plus loin, 
lit venir les pérlcopes de TE. -Y. d'un écrit différent; leur base était 
la description des souffrances de Jérémie. D.-Isaîe, en le remaniant, 
Ta appliqué à l'Israël idéal qui possède la parole de Dieu. Le servi- 
teur a souffert non pour tout le monde, mais pour Israël seul. Cette 
supposition reposait sur une prémisse sur Is., un, 2et s9.,dont Giese- 
brecht a démontré la fausseté. Wellhausen, Marti et Stade se ran- 
g'èrent à cette opinion, néanmoins Thypothèse des chants de i'Ebed* 
Yahwé commença dès lors à célébrer des « orgies formelles » {fôrm^ 
liche Orgien). Duhm, se taisant sur ces adhésions, reprit avec 
quelques modifications sa thèse dans son « epoche machenden » (!) 
commentaire sur Isaîe. Ces chants ont été interpolés dans D.-Isaie; 
leur composition est entre Job et Malachias, peut-être même plus 
tard, et l'Ebed-Yahwé est tout simplement un docteur de la loi, 
mort de la lèpre et censé revenu à la vie (M. Cornill met un voile 
sur ce dernier complément de la thèse de D.). Smend déclare les 
chants de l'E.-Y. antérieurs à D. -Isaîe et voit Israël dans TE. -Y., 
dont la base réfléchit l'image d'un martyr prophétique du temps 
de Jérémie. Wellhausen maintient l'adoption de la part de D.-Isaie : 
« L'E.-Y. est parfaitement Israël comme porteur de la vérité et son 
intermédiaire auprès des païens. Il serait téméraire de se détour- 
ner de cette interprétation et de penser à un individu. » Marti s'y 
associe, mais il maintient l'origine d.-isaique. De même Lcy, qui voit 
dans l'E.-Y. la figure du Messie. Four Cheyne, les chants sont in- 
terpolés et le serviteur figure le génie d'Israël. Puis commence la 
série des monographies. Schian dépèce les chants en trois parts, 
qu'il considère comme compléments de D.-Isaie, mais la description 
du martyre est antérieure à celui-ci. Kostcr les refuse à D. -Isaîe, 
repousse l'interprétation individuelle, mais tient les chants pour en 
partie antérieurs, en partie postérieurs à Ezra-Néhémie. Pour Kit- 
tel ^ les chants sont au moins de l'époque de D. -Isaîe et lui a pour 
base le martyre d'un directeur de la communauté exilique. D'après 
Laue, les chants n'ont pas eu d'existence séparée, ils ont pour but 
de compléter D.-Is. ; le chap. Liu était primitivement un psaume 
sur un malade et on Ta transformé en description messianique ; 
les chants appartiennent à l'époque postérieure à Ësdras. Selliii 
trouve des indices que le serviteur est Zorobabel, le messie du 
retour qui fut fustigé et mis à mort par le gouvernement perse. 
KoYiig et Haléry tiennent à peu prés tous les chants pour d.-isai- 



94 REVtJE SÉMITtQtJË 

ques et admettent le sens collectif du Serviteur. Bertholet est 
d'accord avec Duhm et trouve dans dans TE.-Y. le martyr mâcha- 
béen Eléazar. Fullkrug croit que D.-Is. a écrit ses chants dans 
différents temps et que le serviteur est Timage idéale du rédempteur 
futur de tout le genre humain; il n*est ni roi, ni prophète, ni prêtre, 
mais un peu de chacun d*eux. Le travail de Budde semble mettre 
fin à cette joute curieuse qui donne gain de cause à Tinterprétation 
presque millénaire de Texégèse juive non agadique et qui est passée 
sous silence comme si elle n'existait pas. L'arriére-pensée dogmati- 
que est manifeste même chez Duhm et Budde, qui se donnent toutes 
les peines du monde pour justifier l'application de Timage du servi- 
teur à Jésus dans les écrits évangéliques. Aucun d'entre eux 
n*ose proclamer catégoriquement le divorce de la christologie avec 
Vesprit des prophètes. 

Parmi les travaux critiques sur les livres prophétiques» également 
très nombreux, ceux de Giesebrecht, de Kitiel et de L. Gautier 
poursuivent un but édifiant ou psychologico*religieux. A rencontre 
du logion spirituel de Wellhausen : « Les longs commentaires sont 
inutiles »,3farfî fait entrer un très long commentaire sur Isaîe dans 
la X» livraison du Kurzer Ilandcommentar zum Alten Testamentj 
et en effet, des décompositions chimiques telles que l'auteur en fait 
subir au texte d'Isaie demandent à être amplement justifiées du moins 
par des raisons casuistiques. Marti place certaines pièces de Trito- 
Isaie dans la moitié du n« siècle. Il trouvera probablement bien* 
tôt des passages de Quarto-Isaîe qui seront postérieurs à l'Évan- 
gile. Pour Kraetschmar, le livre d'Ézéchiel n'est pas d'Ézéchiel, 
mais l'œuvre d'un rédacteur qui a mis ensemble deux relations 
textuelles tirées d'un archétype. Cornill le discute longuement. 
Le livre d'Amos est commenté par L6hr qui, à force de dissection, 
rétablit une métrique régulière. Selon lui, l'expression ihSn TtSV 
X^'^i^) n'est pas d'Amos. Seescmann considère comme interpo- 
lations toutes les mentions de Juda dans Hosée. Ce prophète reçoit 
Tordre divin (ch. iii) d'aimer une autre femme que l'infidèle Gomer 
sans jamais l'épouser (!). J. -T. £iPcA« place Nahum dans la i5<' ou 
i6« année du règne d'Ézéchias et la destruction de Ninive dans la 
18' ou i9« année de Josias. 

Voilà une jolie liste de travaux parus en l'an 1900-1904 en Alle- 
magne sur les études bibliques. Ne les ayant pas lus, je me suis borné 
à faire un choix concis des appréciations de M. Cornill. Le tobu- 
bohu des opinions fait rougir le Talmud. Les opérations chirurgi- 
cales font rage et chaque opérateur tient à honneur de surpasser 
son émule dans l'ablation des parties que Tautre croit saines. 
Par ce moyen Infaillible toutes les difficultés seront un jour aplanies, 
mais alors il n'y aura plus de texte du tout, et l'esprit mourra 
à force d'avoir voulu tuer la lettre. 



BtBLIOGRAraiE 95 

Dans son annonce de VEncyclopedia Dritannicay M. Giesebrecht, 
qui refuse toute confiance à P.^ fait mille circonlocutions pour ne 
pas dire directement à Cheyne que sa critique biblique est du plus 
pur arbitraire. Cheyne a fait la découverte d'un peuple préhisto- 
rique, les Jerahmeélites. Tous les noms palestiniens qui ont quel- 
ques-unes de ces lettres cachent ce peuple disparu : Le puits 
Lal^ai-roî, la station de Qadô», nommé Reqèm dans le Targum, 
QemueU Jéricho, Derahêlpére d'Ëlihu, ''Amalêq, etc., ne sont autre 
chose que de méchantes altérations du fatidique Jéra^mef j. C'est 
le génie de la higher Critical School qui vaticine encore que Jacob 
est une corruption de Abihabôdy Isaac de Ahihala^, Mori% deMu^ri 
et ^ophni de Pinhas» On peut imaginer les bouleversements qu'un 
esprit ainsi formé est capable d'introduire dans Tordonnance des 
textes traditionnels, dans leur lecture et dans leur interprétation. 
Passons. 

De larecension de M. Fritz Hommel citée plus haut, nous retenons 
exclusivement ce qu'elle nous apprend sur les tendances générali- 
satriccs qui cherchent à renouveler l'étude déjà si compliquée de 
l'ethnographie et do la philologie des langues sémitiques, égale- 
ment dans le pays de Gœthe. J'ignore les noms et le nombre de ceux 
qui poursuivent ces tendances, mais faute de quantité il y a qualité, 
car il suffl^t de savoir qu'elles sont chaudement défendues par le 
savant professeur de Munich pour lire avec attention les dernières 
pages de ladite recension, qui concerne tout particulièrement les 
rapports des langues sémitiques avec les langues couchites de 
l'Afrique (p. 532-537). Je suis d'accord avec Prsetorius que l'ordre 
syntaxique de la phrase ne constitue point un trait caractéristique 
d'une famille de langues et que la vraie parenté réside dans le 
vocabulaire et dans l'identité au moins partielle de la flexion nomi- 
nale et verbale. Pour M. Hommel, tout désaccord entre ces deux 
phénomènes est la marque des langues mixtes (Mischsprachcn). 
Les conséquences sont bien stupéfiantes : l'ancien égyptien est 
purement sémitique; les autres idiomes couchites : le berbère, le 
bcdja, le saho-afar, le somali et le galla sont sémitico-touraniens ; 
le nouba et son débiteur voisin, l'agau sont purement touraniens, 
ce qui atteste que le nouba a immigré d'Éiam. Notez que le peuple 
de Kesh (xgro) n'apparaît que depuis la xii* dynastie dans le sud 
de l'Egypte; évidemment leur immigration datait de peu de temps. 
Il y a plus, le vocabulaire égypto-agau contient un grand nombre de 
mots sumériens, entre autres rm, eriim, ilmo, t pleurer » =s sum. 
lim (!), t œil ». L'auteur ne dit pas par qui ils ont été importés. On 
le voit, la Genèse, avec sa confusion des langues, est grandement 
dépassée par les hypothèses de M. Hommel. La philologie comparée 
n'a plus rien à envier à la critique « supérieure » ; le vin scientifique 
do l'an 1901 a évidemment déposé trop de lie. 



96 REVUE SÉMITIQUC: 

F. Martin, Lettres assyriennes et babyloniennes. Paris, 1901. 

Résumé clair et suffisant des lettres assyriennes et babylonien- 
nes dont les originaux font partie des deux premiers volumes du 
recueil édité par M. Harper en cinq volumes, sans transcription ni 
traduction, entre 1892 et 1901. Leur intérêt réside d*aborddans le 
langage même qui est foncièrement populaire, ayant une vocalisa- 
tion assez différente de la langue classique des documents offi- 
ciels et faisant usage d*une foule de mots qui ne s'y rencontrent 
pas souvent. Cette circonstanoci jointe à la diffusion et au décousu 
des phrases, ainsi qu'aux répétitions inutiles qui caractérisent les 
rédaction* rapides et privées de préparations littéraires, est une 
cause d'obscurité qui déroute le traducteur, d'autant plus que ce 
sont en grande partie des réponses aux ordres reçus par le gou- 
vernement dont les originaux n'ont pas été conservés. M. Martin a 
réussi à en extraire des faits qui intéressent à la fois l'assyriologue 
et l'histoire. Bon augure pour la rentrée en faveur des études assy- 
riologiques en France. 

Ileinrich Zimmern, Das Princip unserer Zeii- und Raunitheiluiuj 
(Abdruck aus den Berichten der philologisch-historischen Classe 
der KGnigl. Sachs. Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig, 
November 1901). 

Cette intéressante brochure nous est parvenue au moment de 
donner le bon à tirer de la Revue Sémitique, et nous profitons de 
Toccasion pour signaler quelques résultats qui me paraissent être 
nouveaux. On savait déjà que la division du jour en 24 heures de 
()0 minutes remonte au système sexagésimal usité chez les Babylo- 
niens, mais quel est le point de départ du système lui-même? 
M. Zimmern rend très vraisemblable qu'il représente les 60 jours 
de deux mois d'une ancienne année de 360 jours divisée en six par- 
ties. Le mot 6^UNÀi(, qui désigne Tunité collective du sosse^ signifie 
« un sixième • icf. .>Ufni. « 1,2 », ^'u/^'u, c 1/3 », etc.), naturellement 
de 3G0. La division du jour en 6 dihories (idéog. /tas-pu, prob. =^si- 
HitOiui en forme le parallèle. Le saros, malgré le « sumérien » saty 
est le sémitique ^nt?> TfTOi • cercle, disque de la pleine lune ». Les 
mesures do loniruour reposent sur le même principe. Ces études 
inauururent des découvertes prochaines. Le c sumérisme > seul s'en 
plaindra, car ses ih<tronomes exotiques voient de plus en plus le sol 
se dérober sous leurs pieds. J. UalBVY. 

L'Êditeur-GérMt : E. LeaOUI. 

P«ns. <— > Imprincrie G. M«uria, 71, me 4c R«aa«t. 



REVUE SÉMITIQUE 

D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIEN 

RECHERCHES BIBLIQUES 
Le Livre d'Osée. 

[Suite.) 

CHAPITRE IV 

AdiDoneatation au peuple d'Éphraim. — Manque de sincéri 
de piété. -> Débordement de crimes de droit commun qui 
frémir la nature. — Indignité des prêtres et des prophètes. — 
prêtres se font des revenus avec les sacrifices de péché. — Aba 
des observances de Yahwé. — Luxure et intempérance. — M 
culte des hauts lieux et prostitution.— Avertissement aux Jut 
de ne pas participer aux lieux de pèlerinage éphraïmites. — 
tincts idol&triques d'iîlphraïm. — Immoralité des chefs. 

i. Écoutez la parole de Yahwé, ô fils d'Israël; Yahwi! 
un procès aux habitants du pays, car il n'y a ni vérité, ni I 
faisance, ni connaissance d'Élohtm. 

S. Le parjure, le mensonge, le meurtre, le vol, l'adul 
débordent et le sang louche le sang. 

3. C'est pourquoi la terre est en deuil, et tout ce qui l'hi 
se fane; les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, jusqu 
poissons de la mer disparaissent. 



i. Que personne n'exhorte, que personne n'avertisse; 
peuple même te blâme, â prêtre ! 



98 REVUE SÉMITIQUE 

5. Tu trébuches le jour, le prophète trébuche avec toi la 
nuit; je ferai périr ton peuple. 

6. Si mon peuple périt dans Tignorance, c*est que lu 
détestes la connaissance (de Dieu) ; mais je te déteste trop pour 
que tu me serves comme prêtre. Tu as oublié la loi de ton 
Dieu, j'oublierai, moi aussi, tes enfants. 

7. Plus ils grandissent, plus ils pèchent contre moi; je 
changerai leur honneur en opprobre. 

8. Us mangent les sacrifices de péché de mou peuple et 
Tincitent à commettre leurs propres méfaits. 

9. Le peuple sera donc (puni) comme le prêtre ; je leur deman- 
derai compte de leur conduite, je leur rendrai ce qu^ils mé- 
ritent. 

10. Ils mangeront sans se rassasier, ils plongeront dans la 
luxure sans croître en nombre ; (cela leur arrivera) parce qu'ils 
ont cessé d'observer (les lois de) Yahwé. 

• 

1 1 • La luxure, le vin et le moût ôlent Tintelligence. 

12. Mon peuple consulte le bois qu'il porte, son bâton lui 
annonce (Pavenir), parce que l'esprit de la luxure les a égarés 
au point qu'ils se sont prostitués en quittant leiu* Dieu. 

13. Ils sacrifient sur tes sommets des montagnes, ils font 
griller la viande sur les collines, sous les chênes, les pins et 
les sureaux, à l'ombre agréable, c'est pourquoi vos filles se 
prostituent et vos brus commettent l'adultère. 

1 i. Je ne condamnei*ai pas leurs filles qui se prostituent, ni 
leurs brus qui commettent l'adultère, puisque eux-mêmes sa- 
crifient avec les courtisanes, et font des offrandes avec les 
prostituées publiques, et la masse ignorante s'y laisse prendre. 






15. Si toi, Israël, t'adonnes à la prostitution, puisse Juda 
ne pas partager tes défauts ! Ne vous rendez pas (6 Judéens !) 
à Gilgal, ne montez pas à Bèt-Awen, et n'y jurez pas par 
« Vive Yahwé ! » 

16. Éphraun est attaché aux idoles; laisse-le! 

17. Lorsque leur ivresse s'en va, ils se livrent à la prostitu- 
tion ; leurs protecteurs aiment la honte ! 



Wi^ 



RECHKACRES BTBUQUES 09 

COMMCNTAIBK 

1 . La connaissance d'Élohim, Q^in^M nyif ^^ simplement 
nyin (y* ^)» ^^ ^^ bienfaisance et l'exercice sincère de la 
justice (Jérémie, xxn, 1 5-1 6) . 

*• tfny) rhtif « i^^er et mentir », est pour ^ro^ nf?«» 
« faire un faux serment ». — :)ViBy « ae répandent et débordent, 

T T 

sont devenus fréquents > (cf. II Chroniques, xxxi, 5 ; I Sa* 
muel, lu^ 1 ). — <c Le saug touche le sang », sous-entendu ^ip^y 

€ des innocents », en comprenant aussi bien ies actes de bri- 
gandage que les meurtres judiciaires. 

3. Le verbe ^y;^ prend souvent la sigoification jde '^qj, 
€ se faner, périr » (Isaie, xxiv, 7). 

i. ^K est employé ici avec la nuance de « cependant, 

pourtant ». — Les formes j-p, HDI^* marquent le jussif : <x On 
veut que personne n'admoneste, que personne n'exhorte. » 
ta phrase jnb ^S'HDS HOW ^ ^^ ^^^ peuple ressemble 

aux adversaires du prêtre », semble faire allusion à la rébel- 
lion de Coré contre les privilèges d*Aaron (Nombres, xvi). 
Dans ce cas, il serait facile de sous-entendre € et qui périrent 
corps et biens »; comme sens, il n'y aurait rien à redire, mais 
le contexte des versets 5-8 exige impérieusement que le mot 
"titi ^^^ ^ ^^ nominatif, ou plus correctement au vocatif, afin 

«fu'il puisse former le sujet des verbes suivants. Parmi les ten- 
tatives modernes, la correction rniH ^5^ ^Vl» ^ et avec toi 

est ma discussion, ô prêtre! », a été presque généralement 
admise, y compris moi-même. Cependant, comme cette leçon 
ne rend pas compte des lettres 03, il y a lieu de chercher un 
moyen moins radical, et on l'obtient en plaçant à la fin le ;3 
Initial du mot ^3^103, qui devient ainsi spii-jp, « et ton 

peapleei celui qui te blftme, ô prêtre! ». Le verset dit au 
prêfape : < Tu ne veux pas que d'autres fassent la morale mai 
peuple; eh bien, ta conduite est si scandaleuse que le peuple 
te fait la morale à toi. » 




100 REVUE SÉMITIQUE 

5*. nbtt^DV '® ^"J^* ^^ '^ prêtre mentionné au verset précé- 
dent. — j2Xin * îcî 'c sens de QtDV» • '^ j^^^ • • — IDN ^n^Dll 
n'offre aucun sens acceptable ; il faut lire Tp^y < et je ferai 

périr (Jérémie, vi, 2) ton peuple > ; les membres de la série 
sont : prêtre, prophète, peuple. 

6. Le peuple périt par Tignorance de ses devoirs moraux, 
contenus dans le terme r\yij < connaissance », et il les ignore, 
parce que toi-même n'en fais aucun cas; tu seras donc rejeté 
comme indigne d*officier comme prêtre à mon service. 

L'oubli de la loi, de la part du prêtre, sera vengé de la part 
de Dieu par Toubli de ses enfants, lesquels ne pourront rem- 
placer leur père dans le sacerdoce. 

7. UiTQ ^^ ^" verbe : plus ils augmentent ou montent 

en grade, et plus ils se montrent récalcitrants à la morale. — 
Dn*Q3 f^it parallélisme à 031, dont l'antithèse est y^p, 

a Topprobre, l'extrême mépris » (cf. Malachias, n, 9). 

8. Cherchant à multiplier les sacrifices de péchés, dont la 
viande leur est destinée de par la loi, les prêtres ont intérêt à 
ce que la moralité publique soit à un niveau très bas, afiD 
d'augmenter le nombre des sacrifices.| 

9. Prêtres et profanes auront donc le même sort : ils rece- 
vront la rémunération de leurs œuvres détestables. 

10. y^Q'^ i(^, c( ils n*augmenteront pas en nombre » (Ge- 
nèse, XXX, 30, 42; cf. v. G). — -j^-p pjj équivaut à p^ 
mrr* min? • '^ '^^ dejDieu », comme il résulte du verbe 

1 1 . t^Yn^n, « inoût », est le symbole de Tivresse. — 3*5 m\y 

c prend, attire le cœur d, et fait commettre des sottises. La 
corruption générale en est la conséquence inéluctable. 

12. y^y et ^^po sont des désignations méprisantes des 
branches ou bâtonnets magiques^ dont se servent les prêtres 
païens pour prédire le sort. — nVnn ïï^^nque de complément 

direct; lire onriin» a les a égarés >. 



aECHERCHBS BIBLIQUES 101 

13. Le culte sur les hauts lieux est indissolublement lié 
aux pratiques de la prostilHtion, par suite des hiérodules atta- 
chées à ces sanctuaires isolés ; les lïlles et les jeunes mariées y 
apprennent le vice. 

H. La légèreté des jeunes femmes est inévitable, vu le 
mauvais exemple donné par les prêtres, qui sacrifient en com- 
pagniedecourtisaneset d'hiérodules. — nifl^. «séparent », 
ne convient guère; lisez I21p». ■ sacrifient »; le sujet on- 
(L eux », se rapporte aux prêtres. Le peuple ignorant, qui croit 
& la sainteté de ces usages, les adopte et ne peut plus les aban- 
donner. 

1 5. Les Judéens ne sont pas plus sages ; ils Tont des pèlerinages 
à Gilgal et à Cêl-EI, croyant que ce sont des sanctuaires légi- 
times. Ils ne doivent pas le faire, ets'ils tiennent absolument à 
suivre le culte d'Éphraïm, qu'ils ne jurent pas par la formule : 
« Vive Yahwé », pour se donner l'air d'être de vrais fidèles. 

16. Israël-Éphraïm se montre opiniâtre comme une vache 
indomptable, aussi Dieu cessera de le soigner comme un agneau 
qu'on place dans une vaste prairie, pour qu'il puisse brouter à 
son aise l'herbe la plus tendre; ajoutez j^'p avant ayii, la 
forme positive serait une récompense plutôt qu'une punition. 

17. Le sujet de mn ^^ Juda; Osée lui conseille de laisser 
Éphraïm seul dans l'idolâtrie, dont il ne peut plus se séparer, 
et de s'abstenir de toute communion religieuse avec lui. 

18. Au sortir de l'ivrssse du vin, les Ëphraïmites se jettent 
dans la débauche ; les chefs et protecteurs du peuple {n^aao, 
cf. Psaumes, lxxxiv, 1 0) aiment les actions honteuses (p'jp). — 
A effacer le mot !p,-i, qui n'est qu'une diltographie partielle du 
mot précédent iinW- Cependant l'admission d'une forme 
OnsnX (*^'^- T)0"i9n) ^st strictement possible. 

19. Lèvent les enveloppera dans ses ailes pour tes emporter 
dans le vide. — ■ LirennW *" ''^"^ ^^ nniN- 



102 RftVUE SEMITIQUE 

CHAPITRE V 

Admonestation aux prêtres, au peuple et à la dynastie royale. -• 
Établissement du culte illégal à Mi^pa et sur le mont Tabor. — La 
corruption d'Ephraîm infecte Juda et ses princes, lesquels subiront 
la colère de Yahwé. — Cause de Fëgarement de» deux peuples 
frères. — Châtiment commun. — Abandon temporaire jusqu^à leur 
changement de conduite. 

1 . Écoutez ceci, ô prêtres I Faû attention, maison d'Israël, 
prête l'oreille, nnaison royale i car le jugement vous appar- 
tient. Vous êtes comme un filet pour Mi^pa, un piège tendu 
pour le Tabor. 

2. Pendant regorgement (des sacrifices) ils approfondissent 
les illégalités; quant à moi, je suis devenu comme un étranger 
pour eux tous. 

3. Moi, je connais Éphraïm, je ne t'ignore pas, Israël, (je 
sais que)^ maintenant, tu Tes prostitué, (je n'ignore pas) que 
tu es devenu impur. 

i. Leurs pratiques ne leur permettent pas de retourner vers 
leur Dieu; ils sont possédés par Tesprit de prostitution, et ils 
ne connaissent pas Yahwé. 

5. L'arrogance d'Éphralm sera abaissée aussitôt, Israël tré- 
buchera à cause de ses péchés et Juda trébuchera avec lui. 

6. Avec leur menu bétail et avec leur gros bétail ils iront 
chercher Yahwé, ils ne le trouveront pas ; il s'est retiré d'eux. 

7. Ils ont trahi Yahsvé, car ils ont engendré des enfants dé- 
générés; maintenant la désolation les consumera avec leurs 
biens. 

* • 

8. Sonnez le cor à Gabaa, la trompette à Rama; pousse 
des cris, Bêt-Awen, que derrière toi arrive Benjamin ! 

9. Éphraïm! tu seras dévasté au jour de la correction; 
j'annonce (cette) certitude aux tribus d'Israël. 

10. Les princes de Juda ressemblent à ceux qui reculent la 
borne (des champs appartenant à d'autres) ; je déverserai sur 
eux le flot de ma colère. 

1 1 . Éphraïm est violenté, brisé par la peine, parce qu'il 
aime à courir après la souillure. 



REGHKRGHISS BIBLIQUES 103 

12. Je serai comme un ver (rongeur) pour Êphraîm, comme 
une pourriture pour la maison de iuda. 



* * 



1 3. Ëphralm vit sa maladie, Juda(vit) son infirmité, Éphraîm 
se rendit auprès du roi d'Aàâour, [Juda] envoya des messagers 
au roi de Rahab (Egypte) ; mais aucun d*eux ne pourra vous 
guérir ni vous retirer Tinfirmité. 

14. Car je serai comme un lion pour Éphraïm, comme un 
lionceau pour Juda ; moi-même je (vous) déchirerai et je m'en 
irai (tranquillement), j'emporterai (vos) dépouilles et personne 
ne (vous) sauvera. 

15. Je vais me retirer dans ma place, jusqu'à ce qu'ayant 
conscience de leur culpabilité, ils s'adressent à moi ; ils me 
rechercheront quand ils seront dans la détresse, 

COMMENTAIRE 

1. lûBtt^n DDb» ^ ^^ jugement est à vous », c'est-à-dire 
vous représentez le pouvoir exécutif, et il est dans votre fonc- 
tion de défendre les pratiques cçntraires à la loi; or, vous 
avez tendu vous-mêmes des pièges sur les montagnes de Mi^pa 
en Galaad (Genèse, xxxi, 49; Juges^ xi, 29) et sur le Tabor, 
en y créant des bamoth fréquentées par des pèlerins. 

8. On ne trouve aucun sens dans nûnij^l î 'i''® nûR^?» 

ce pendant regorgement des bêtes des sacrinces, ils appro- 
fondissent les transgressions », ni^ttf, c'est«-à*dire : ils les 

poussent au dernier degré de l'horreur. — IDID^ P^ut-êlre 

T 

mieux '^VKi* « étranger >, (Psaumes, lxix, 9), personne 

d'entre eux ne pense à moi; je suis devenu pour eux tous 
comme un étranger. 

3. L'expression < Éphraïm et Israël » équivaut à c Éphraïm- 
Israël », dont le premier élément est un nom de tribu, le se- 
cond le nom du royaume. Ces noms sont distribués aux deux 
verbes parallèles. 

4. Les Éphraïmîtes étant certainement l'objet et non le sujet 
du verbe, il faut lire Dî|jni au lieu de î|jn^. Ce sont les mau- 



loi REVUE SÉMITIQUE 

vaises pratiques qui ne leur permettent pas le retour vers 
Dieu (lY, 11,17). — Ils ne connaissent pas Yahwé; cf. iv, 
1, 6. 

5. ViBD» ^ ^^ s^ f^^® », = a à vue d'ceil ». — Israël et 
Éphraïm, voyez v. 3. 

6. Les sujets des verbes sont les Éphraïtnites; ils iraient 
(•IdV) chercher Yahwé avec tous leurs troupeaux, ils ne les 

trouveraient pas (ixVD^ xbl) puisqu'il s'est déjà retiré loin 
d'eux. 

'^' W^H 0^33' ^ ^*^^ étrangers », synonyme de o^3W nV» 
c enfants de prostitution, enfants dégénérés » (i, 2). 

BTin dVdX^ ^^ signifie pas grand'chose, à lire nbSX^ 
;j^n ®^ ^ prendre y^j^ dans le sens adverbial : il les détruira 

par l'épée, avec (pv = q-j;) leurs lots, leurs biens. 

•• • 

8. Cri d'alarme adressé à Benjamin, qui a été le plus infecté 
des coutumes éphraïmites. — p>t"nO> * maison de vanité, 
d'iniquité », épithète péjorative de Béthel, ^î<~n^3, Heu 
principal du culte dissident. 

9. njDNJ» ^^ chose certaine », et adverbialement t comme 
une chose certaine, positivement ». 

10. Les princes de Juda qui suivent tes aberrations 
éphraïmites sont qualifiés de ce déplaceurs de bornes », car ils 
transgressent les limites légales qui ont été fixées par Yahwé, 
expression idéalisée du Deut. (xix, 14). — D'^DS» * comme 
les eaux », sous-entendu taig^tt^ D^Sl» ^ abondantes et im- 

pétueuses ». 

1 1 . Éphraïm est violent, torturé de maladie (pTB^y, cf. le 

nom nptî^i • grave maladie » (Isaïe, xxxvm, 14; as. 

aéakku), il est brisé par le châtiment (ûSBfD VIVn)» P*''^® Q"'*' 
suit délibérément la souillure (y^ = j^^f , Isaïe, xxviii, 10, 13 ; 

T 

cf. ibid.f XXX, 22), épithète de l'idolâtrie. Cest l'explication 
du V. 5. 

12. Juda subira le même sort : il se vautre dans la fange 
morale, il éprouvera la colère de Yahwé, qui le rongera comme 
le ver qui naît de la pourriture. 



RECHERCHES BIBLIQUES 105 

13. Les deux peuples frères, Éphraïm et Juda, sentent déjà 
les effets de la maladie et de la plaie (^^ÎD* >*- "11?) qui les 
ronge; le premier est allé chercher du secours auprès du roi 
d* Assyrie, et a envoyé des messagers chez le roi Yarêb dans le 
même but. Le roi assyrien, mentionné d'abord, est certaine- 
ment le nommé Poul, à qui Menahêm avait donné mille talents 
d'argent pour lui assurer le gouvernement, mais sans grand 
profit (II Rois, XV, 19-20). 

Après nbtt^V ^' ^*^* suppléer n^lH^ dont il est question au 
verset précédent. L'expression 2T ibo» V^^ "® P®"* signifier 
que « roi de Yarêb )>, semble être une simple faute de scribe 
pour 3rn l^D' ^ ^^^ d'Egypte ». ^pj") (orgueil) est uneépi- 

thète souvent appliquée à FÉgypte (Isaïe, xxx, 7 ; u, 9). 
L'envoi de messagers aux deux grandes puissances du nord 
et du sud s'est fait par une entente commune entre Éphraïm 
et Juda, de sorte que chacun de ces petits états, surtout 
Ëpbraïm, demande du secours à ces potentats étrangers (cf. 

VII, n ; IX, 3 ; XI, 5, 11 ; xii, 2 ; xiv, 4). — ;r\ns^ = nsn^^^ 

c ôtera, éloignera » . 

1 4. "]VkV * J^ ^'^" ^^^^ j^ ™^ retirerai tranquille » , sachant 
que personne n'osera me disputer la proie. 

^5. '>opo ^x» « à nia demeure », au ciel. — lOtt^x^ * ^^^ 
le sens de c se reconnaître coupable » . 

CHAPITRE VI 

Exhortation à faire retour à Yahwé. — Certitude du salut. — 
La vraie connaissance de Dieu. — Crimes d*Ëphraîm et de Juda. 

1. Allons, retournons vers Yahwé, car, s'il (nous) a 
déchirés, il nous guérira (bientôtj; s'il (nous) a frappés, il nous 
pansera (aussi). 

2. Après deux jours (de maladie), il [nous rendra la santé ; 
le troisième jour, il nous fera lever et vivre en sa présence. 

3. Sachons donc poursuivre la connaissance de Yahwé ; son 
arrivée est aussi certaine que l'apparition de l'aurore ; il nous 



406 REVUE StelTIQUE 

viendra comme la pluie (bienfaisante), comme la pluie prinla- 
nière qui désaltère la terre. 

i. Qu*ai-je pu te faire, ô Éphraïm! Qu*ai-je pu te faire, ô 
Judal Votre piété ressemblait à. la nuée du matin, à la rosée 
qui disparaît de bonne heure. 

5. C'est pourquoi je vous (m. à m. a les 9) ai massacrés par 
les (menaces) des prophètes, je vous (m. à m. c les 1») ai tués 
par les paroles de ma bouche, et mou châtiment ressortait 
comme la lumière. 

6. Car j'aime la bienfaisance, non les sacrifices ; j'aime la 
connaissance de Yahwé plus que les holocaustes. 

7. Quant à eux (les gens d'Éphraîm), semblables à Adam, 
ils ont violé (mon) alliance, là (au siège du culte), ils se sont 
montrés infidèles. 

8. Galaad est devenue une ville de malfaiteurs, elle est 
tachée de sang. 

9. Comme le bandit qui attend (le voyageur), l'association 
des prêtres assassine (sur la) route (qui mène) à Sichero; 
oui, ils commettent des crimes ignobles. 

10. Dans le temple d'Israël, j'ai vu de^ abominations; là 
est la prostitution d'Éphraîm, (là) Israël se souille! 

1 1 . (Et) à toi aussi, ô Juda I je te réserve une moisson (un 
châtiment terrible) [et je te rétablirai] lorsque je rétablirai mon 
peuple (Éphraïm). 

COMMENTAIRE 

1 . Le ton de ce chapitre est extrêmement persuasif; il dé- 
bute par un conseil amical de retourner à Yahwé, et le pro- 
phète se confond volontiers avec le peuple. — rj^ pour ,"Q^ 

est choisi pour former une allitération avec î|3B/3n>« 

• • * m ^ 

2. QiovD, après deux jours de souffrances inévitables à 

l'expiation de nos péchés; le troisième jour, lui-même nous 
mettra debout pour que nous vivions désormais en sa présence 
et sous sa protection. 

3. H faut savoir comment on peut arriver à la connaissance 
de Yahwé ; jusqu'à présent on ne Ta pas su, et c'est pourquoi il 



RECHRftCHBS BIBUQUES 107 

s'est retiré d'Israël (v. 6). Quand on saisira le bon moyen, 
Vahwé réapparaîtra aussi icanifeatement que l'aurore brillante, 
et aussi bientâisant que la pluie automnale qui désaltère le sol 
desséché par les ardeurs de l'été. 

&. Yahwé s'adresse directement à Kphraim et à Juda, en 
disant : Gomment aurais-je pu agir moins sévèrement avec 
vous en voyant que votre piété occasionnelle, semblable à ta 
nuée et à la rosée du matin, ne durait que quelques heures, 
et lie venait pas d'une conviction sérieuse amenée par le désir 
de s'amender. 

5. Au lieu de ^n3Xn ''""^ D^n^ïD' ^" Parallèle avpc 
D'Hinn; '^^ objets de ces verbes sont encore Éphralm et 
Juda, bien que les sufTixes soient & la 3* personne, te les ai 
frappés à mort dans les prédictions que j'ai inspirées aux pro- 
phètes. C'est bien le sens de la première phrase du verset; la 
phrase suivante ^yi 'f\^ TPpDE'lM cadre fort peu dans le 
contexte; lire ^'^ H'IND *D3Eto1> • ^^ """' jugenien'. m» 
décision de les punir, apparut aussi clair que la lumière. 

6. J'ai pris celte décision si sévère parce que j'aime la piété 
et la bienfaisance et non pas les sacrifices et les holocaustes 
par lesquels ils imaginent me dédommager. 

7. Mais eux, au lieu de s'améliorer, ils ont transgressé l'al- 
liance de \ahwé; ils ont agi comme Adam, qui a contrevenu 
à la défense formelle qu'il avait reçue de ma part (Genèse, 
li-iii)- 

QIE^ a. là >, même en apportant les sacrifices, ils m'ont trahi 

en s'abandonnant à des actes coupables. 

8. Méfaits de la ville de Galaad, pleine de malfaiteurs 
qui versent le sang. — pDpV "'"'^''S P*s de sens convenable ; 
lire rnpV' " tachée, rayée >, du masculin ^pw (Genèse, 
XXX, 35, 39). 

9. »3n = nsn po"' ni3n; 'e sujet est onrij etk, 

« homme des bandes pillardes, brigand j>; l'objet sous-en< 
tendu est le voyageur. — Placer ^m après ^nïT^- — ITI 
nODlf' " sur la route de Sichem » ; nODE' P"'^'" îTQOP- — 



108 REVUE SÉMITIQUE 

13 a ici le sens temporel de c lorsque > : après avoir célébré 
leurs orgies, ils exercent le brigandage. 

1 . rrTnj^ttf » < chose horrible » , comme n^inj^B^ (Jéréraie, 
xvni, 13). 

1 1 . n^ -|^2^P ntj^*, € Dieu te prépare une moisson, un châti- 
ment sévère > (Jérémie, li, 33). — Pour relier la phrase 
suivante, il est indispensable de suppléer n^t'iBfxi» • c' j^ ^^ 
rétablirai lorsque je restaurerai mon peuple Ëphraïm » (11, 2). 

CHAPITRE VII 

Dieu voudrait venir en aide à Ëphraïm, mais les crimes de celui- 
ci Ten empêchent. — Vols à main armée. — Complaisances du roi 
et des princes. — Orgies. — Ivresse. — Anarchie. — Assimilation 
aux peuples étrangers. — Recours à l'Egypte et à rAssyrie. — 
Ingratitude envers Yahwé. — Châtimont. 

1. Lorsque je veux guérir Israël, apparaissent le péché 
d'Éphraim et les méchancetés de Samarie qui pratiquent la 
fraude ; leur péché apparaît (avec évidence) comme le voleur 
qui exerce le brigandage dans la rue. 

2. Ils ne disent pas dans leur cœur que je me rappellerai 
leurs méfaits; maintenant ils (les méfaits) m'entourent, ils se 
tiennent devant ma face. 

3. Par leurs méfaits, ils réjouissent le roi et par leurs men- 
songes (ils amusent) les princes. 

4. Tous s'adonnent à l'adultère ; ils brûlent comme un four 
qui consume ce qui y est cuit; Tallumeur (seul) repose depuis 
le pétrissage de la pâte jusqu'à ce qu'elle soit levée. 

5i Le jour (anniversaire) de notre roi, les princes se rendent 
malades par la force du vin ; (le roi même) tend la main aux 
railleurs. 

6. Car ils ont assimilé leur cœur à un four, en se mettant aux 
aguets ; leur boulanger dort toute la nuit et le matin il brûle 
comme un feu flamboyant. 

7. Tous sont échauffés comme un four; ils consument leurs 
juges; tous leurs rois sont tombés, pas un seul d'entre eux 
ne m'invoque. 



RECHERCHES BIBLIQUES 109 



* * 



8. Éphraïm se mêle aux peuples, Éphraïm est comme un 
gâteau qui n^a pas été retourné (pour cuire). 

9. Les étrangers consument sa force et il ne le sait pas, il 
est déjà surpris par la vieillesse et il ne le sait pas. 

10. La grandeur d'Israël décline à vue d'œil, et néanmoins 
ils ne retournent pas vers Yahwé leur dieu et ils ne le recher- 
chent pas. 

1 1 . Éphraïm ressemble à une colombe sotte privée de ré- 
flexion; ils appellent Àâsour, ils s'en vont en Egypte. 

12. Pendant qu'ils marcheront, je leur tendrai un piège; 
je les ferai descendre comme Toiseau du ciel (tombé) ; je leur 
infligerai un châtiment semblable à ceux qui sont connus de 
leur assemblée. 

13. Malheur à eux qui se sont éloignés de moi, malheur à 
eux qui se sont insurgés contre moi ; moi je les ai (souvent) 
sauvés et eux m'ont adressé des paroles mensongère^. 

1i. Ils ne m'invoquent pas sincèrement quand ils gémissent 
Fur leur lit; ils se lamentent pour le blé et le vin, ils se ré- 
voltent contre moi. 

15. Pourtant c'est moi qui ai lié et fortifié leurs bras, et ils 
ne pensent que du mal de moi ! 

16. Us ne retournent pas vers le Très-Haut, ils sont par:i's 
à un arc faussé; leurs princes tomberont par Tépée, à C3u.^e 
de l'intempérance de leur langue; cela fera d'eux un o\iet 
de raillerie dans le pays d'Egypte. 

COMMENTAIRE 

1 . Dieu était prêt à guérir Éphraïm de sa maladie, mais les 
méfaits de celui-ci se sont montrés dans un jour si abominable 
qu'il recula; ces méfaits consistent dans des actes de fausseté 
(idolâtrie) et dans le brigandage public. — Pour «i^-jj DttfB» 
cf. I Samuel, xxx, 1,8. — yin3» • dans la rue », à la vue 
de tous. 

2. Quoiqu'ils n'y pensent guère, j'ai en mémoire le mal 
qu'ils font. — Le sens général exige de corriger niMD ®" 



410 REVUE SÉMITIQUE 

^3Q3P» '^"''^ *^^®s iniques m'entourent et sont en ma pré- 
sence. 

3. Leurs niéchants exploits, au tieu d*èire punis par les 
autorités dirigeantes, causent plutôt de la joie aa roi et aux 
princes qui Jes trouvent à leur goût. 

4. Ils sont échaufTés par la luxure comme on four qui 
consume les choses qu'on y met à cuire, JTTS'mi TI3n Tb3 

(nQKD PO"^ nSkD)- Les mots -jwjj nûE^ ^^ suivent 

• • • • 

peuvent signifier : « Il repose en veillant », ou bien : 
c Celui qui veîUe repose «, mais ni l'une ni Tautre de ces 
traductions n'ofTre de liaison acceptable. L'harmonie se 
rétablit en corrigeant "T^yo en T^yaç (Exode, xxji, 5), < l'ai- 

lumeur, c'est-à-dire le boulanger, après avoir pétri la p&te, 
se repose jusqu'à ce qu'elle soit levée, mais le four brûle 
quand même pendant ce délai > . L'allumeur-boulanger do 
mal est le roi. 

3 . î|32^ç UV ^^ certainement une locution adverbiale au fond 

ironique : c pendant le jour (de naissance, Genèse, XL, 20) de 
notre roi » , et non pas une exclamation (Vulg. Dies venu nostril 
Heute ist unsers Kônigs Fest I Luther). Dans la phrase sui- 
vante , le pluriel de ^nn pourrait strictement indiquer un 
pronom indéterminé : a on a rendu malades les princes >; on 
obtient un sens coulant en restituant le singulier nSnn^ ^ ^ ^ 

rendu malades »; le sujet est le roi : c'est lui qui rend ma- 
lades les princes, ses flatteurs habituels, à force de leur verser 
des vins capiteux. Je lis fr) noriD» • P^'' '^ poison (la force) 

du vin >. La leçon adoptée par les Septante, î|Snn (= Vulg. 

Cosperuni principes fusere a vino; de même Luther), lijjsse le 
second hémistiche sans lien et le verbe *9\ifQ sans sujet. 

Celui-ci est toujours le roi qui tend ainsi la main aux gens qui 
se moquent de toutes les convenances (q^VV^)- ^ verset offre 

l'interprétation du verset 3. 

6. Interprétation complétive du verset 4 : 1* t Car tous sont 
des adultères, (ils brûlent) comme un four qui consume ce qui y 



RECHERCHES BIBLIQUES 111 

est cuil i> = Car ils onl assimilé (m. à. m. a approché >) lear 
cœur à un four en se metlant aux aguets (continuels de la luxure); 
2* « TaHumeur se repose depuis le pétrissage de la pâte jus- 
qu'à ce qu'elle soit levée », = le (m. à m. « leur ») boulanger 
dort toute la nuit, le matin le four brûle coiTime du feu flam- 
boyant. C'est l'image saisissante de l'iDSouciance du roi qui 
laisse se propager l'esprit d'immoralité et de sédition dont il a 
lui-même donné l'exemple. 

7. Résumé parénétique des deux versets précédents. Brûlant 
comme un forir (sllumé), ils consument leurs juges; les rois 
tombent les uns après les autres, et cepeadaat pas un d'entre 
eux n'invoque mon secours. 

8. Éphraïm, appelé à jouer un rôle dans le monde, cherche 
k »e confondre avec les autres peuples ; il devient aussi inutile 
qu'un gAteau de pain appliqué k la paroi du four chauiré à 
blanc, et qu'on a oublié de retourner; carbonisé d'un côté et 
cru de l'autre, ud tel gâteau est immangeable et ne sert à. 
rien. 

9. Sa force, ses meilleurs produits, sont dévorés par les 
étrangers (cf. Isaïe, l, 7), il est devenu vieux (= infirme) 
avant le temps et il ne le sent pas. Pour y^ np"lî n2''fe'' ^^■ 
te lalmudique -)jpi yt^-n ji^Vi-^, « vieillir subitement avant 
l'âge >. 

)0. La décadence d'Éphraim s'opère à vue d'œil, et pour- 
tant il ne revient pas pour demander aide et protection à son 
dieu Yatiwé. 

1 1 . Frappés d'un aveuglement insensé, comme la colombe 
qui quitte stupidement son abri, les Éphraïmites appellent 
l'Egypte et s'en vont en Assyrie pour chercher assistance. 

12. Mais Yahwé leur tendra son filet pendant leur voyage 
et teur infligera une peine terrible ^TD^N °^ DID^ï*)- sous- 
entendu TDTD' ^^ genre de celles qui ont acquis une Cfîlébriié 
dans leur masse populaire. Ces cas sont nombreux dans 
l'histoire ancienne d'Israël. L'expression succincte wotùf^ 
DH'iy'? {mieux VDC'D °^ i^DE'JS) ^^ construite sur la formate 



112 REVUE SEMITIQUE 

juridique ij<-pii ij^DBh ^KltS^ ^Dl (Deut., xvii, 13; xix, 20; 
XXI, 21). 

13. uitH ^ ^^ ^^"^ P^^^ : < Je les ai (souvent) rachetés, 

sauvés. j> — D^Z)T3i ^ ^^^ paroles, des promesses menson- 

gères, non sincères » . 

14. mun^, « s'assemblent », ne convient guère; il vaut 
mieux lire îmijp^, « ils se lamentent >. — 13 mo^» impos- 

sible; lire : 13 TTiy* • *'^ ^ révoltent contre moi ». 

15. ^mn^ pour ^p)-)gj< , a j'ai lié, pansé » (leurs bras 

blessés). — Ils pensent mal à mon sujet en disant que je o'ai 
rien fait pour eux. 

^^- bv vh ISIET^î 0" P®u* comparer le positif nJDI 
nbj^oV (Isaïe, vin, 21); le sens est cependant comme s'il y 
avait ^y 1312^ xS» * ^'^ °^ retournent pas vers le Très-Haut » 
(XI, 7). 

D31l£f'*? DyîD' • ^ cause de l'irritation des injures de leur 
langue ». — )f pour nî<h au sens neutre : « cela (le massacre 
des princes) fera d'eux un objet de raillerie dans le pays 
d*Égypte où ils se rendent pour demander secours » . 

CHAPITRE VIII 

Cri d*alarme. — Rupture du pacte et transgression de la loi. - 
Israël se vante de connaître Dieu tandis qu'en vérité il Ta aban- 
donné. — Rois illégitimes et idolâtrie. — Vanité des dieux faits par 
la main de Thomme. — Disparition dans la masse païenne. — Intri- 
gues avec l'Assyrie. — Multitude illégale des autels. — Méconnais- 
sance des prescriptions de la loi. — Inefficacité des sacrifices. — 
Prompte destruction des palais et des villes. 

1 . (Prends) la trompette dans ta bouche comme la sentinelle 
pour (avertir) la maison de Yahwé ! parce qu'ils ont trans- 
gressé mon pacte, se sont révoltés contre ma loi. 

S. Ils m'adressent le cri : « Mon Dieu! j>^ Israël (me dit) : 
<c Nous te connaissons ! 9 

3. Israël a (cependant) abandonné le bien ; ils courent après 
la vanité ! 



EEGHBRCHES BIBLIQUES 113 

i. Ils ont nommé des rois qui ne sont pas de mon choix ; 
ils ont élevé des princes que je ne reconnais pas ; avec leur 
argent et leur or ils ont fabriqué des idoles, pour amener leur 
perte. 

5. Ton veau (d'or) a abandonné Sa marie; ma colère s'est 
allumée contre eux; jusques à quand serez-vous inaccessibles 
à la pureté (religieuse), ô maison d'Israël ! 

6. Quant à lui (au veau d'or), c'est un artisan qui Ta fait ; 
ce n^est donc pas un dieu; le veau de Samarie est fait de 
pièces. 

7. Ayant semé le vent, ils moissonnent la tempête ; leur 
semence n'aura pas d'épis levés; c'est un fruit qui ne produit 
pas de farine; si (par hasard) il en produit, il sera dévoré 
par les étrangers. 

8. Israël est dévoré ; il est maintenant au milieu des nations 
comme un vase qui n'a aucune valeur. 

9. Ils sont partis pour l'Assyrie (comme) l'onagre qui cherche 
la solitude; Êphraïm fait des cadeaux d'amour. 

10. Quand même ils, répandraient des dons au milieu des 
nations, je les réunirai maintenant; ils seront bientôt trop 
faibles pour oindre un roi et des princes. 

1 1 . Éphraïm a multiplié les autels pour pécher ; il possède 
des stèles pour pécher. 

12. J'ai écrit pour lui les paroles de ma loi; (or), elles soni 
considérées par lui comme quelque chose d'étranger. 

13 a. Quant aux sacrifices-holocaustes, qu'ils les égorgent 
comme de la viande (profane) et qu'ils en mangent! Yahwé 
ne les agrée pas. 

\3b. Maintenant il se rappellera leur péché, recherchera 
leurs méfaits; eux, ils retournent en Egypte ! 

14. Israël, ayant oublié celui qui l'a fait, s'est construit des 
palais; Juda a construit nombre de villes fortifiées; j'allu- 
merai dans leurs villes le feu qui consumera leurs palais. 

COMMENTAIRE 

1 . n2n> ^^ ^^^ palais » =?]'>s, «< la bouche » (cf. Proverbes, 
VIII, 7); le verbe npi • prends •, est sous-entendu )>. 

«ITOK tftilTIQOB S 



114 REVUE SÉMITIQUE 

nt2733i " comme Taigle >, est ordinairement rapporté à l'en- 

nemi qui arrivera rapidement, mais ce mot seul ne suffit pas à 
exprimer une pareille idée. J'incline à penser que faille, oiseaa 
à vue perçante à travers l'espace lointain (Job, xxxix, 29), 
représente ici métaphoriquement la sentinelle placée sur une 
haute tour ou sur une montagne pour épier Tennemi qui cherche 
à surprendre la ville ou le campement de Tarmée, et quand il 
l'aperçoit, il sonne la trompette d'alarmt» pour avertir ses com- 
patriotes. Peut-être le mot "12^33 n'est-il que Taltération gra- 
phique de nfiV3' ^^ ^^^ '^ '^^^ propre pour c sentinelle >. 

L'image de la sentinelle sonnant la trompette est surtout sail* 
lante dans £zéchiel, xxxiii, 8-3. 

Par l'expression mn^n^i, « la maison ou famille de Yahwé », 
Osée entend en cet endroit le peuple éphralmite comme il 
devait être d'après Tidéal prophétique. 

Le sujet de p^^p est « Israël }!>, mentionné à la fin du 

verset. — Avant n^j^T ^ f*^* encore suppléer y^'^v^ ^V 

3. 3^^, c le bien », symbolise Yahwé et sa loi dont il a été 
question au verset 1 . 
La leçon massorétique îgiT ^^^Ni * Tennemi le poursuivra » 

• • • 

ou ce que l'ennemi le pousuive >, est déjà celle des Septante ; elle 
ne cadre cependant pas beaucoup dans le sens général des pas- 
sages ambiants. Je préfère lire !|B^-p pM, < ils poursuivent, 

courent après l'iniquité »>, ce qui forme une antithèse complète 
avec la phrase précédente. L'erreur vient probablement de ce 
que le premier mot était écrit en abrégé \^ et mal complété en 
[D^IK ^'U lieu de M^j^ ; la ponctuation du verbe en a été natu- 
rellement faussée. 

4. iTfefn pour ^Tîyn-— ma^ pour -im^i- 

5. La proposition : ce Ton veau a abandonné Samarie ! » est 
visiblement ironique. Peut-être vaudrait-il mieux lire ^pi3t» 

• • • 

€ abandonne ton veau, ô Samarie ! » 

Je rattache les mots ^XHtî^D O ^^ verset suivant à la fin 
de celui-ci, mais je lis : '^^KlfeT* n^3 • « Jusqwes à quand sereï- 



RECHERCHES BIBLIQUES 115 

VOUS (îi^jîin P^ur i^pv) iuaccessibles à la pureté (religieuse), 

ô maison d'Israël ! > Les Septante admettent déjà cette liaison, 
mais leur traduction iv rû 'IvpocnX manque de tout fondement, 
puisqu'elle ne tient pas compte du mot y^. 

6. Kim* ^ quant à lui ]», savoir le veau d*or mentionné à la 
fin du verset. Pour la construction^ cf. v. 2. 

VWfy BTin» • ^^ artisan l'a fait > ; par lui-même il aurait 

été une matière informe. Ce n'est donc pas un dieu, et la preuve 
c*est qu'il peut être brisé et retomber en morceaux. Q^33i£f = 

talm. ^3>tE^, « pièces, morceaux >. 

7. Il est vain d'avoir confiance dans le secours des idoles : 
au lieu de profit elle produit la calamité ; c'est de la peine perdue ; 
si par hasard on obtenait quelque avantage, celui-ci profiterait 
plutôt aux étrangers. Cette id^ est exprimée par des images 
empruntées à l'agriculture : Quand la semence est mauvaise, 
la récolte est navrante, le grain ne lève pas vigoureusement, 
il forme une plante dépourvue de la substance farineuse indis- 
pensable à la confection du pain. La détresse atteint le comble 
par l'avidité des puissants étrangers qui dévorent le peu que 
le hasard permet d'en recueillir. 

8. Israël s'est volontairement fondu dans les autres nations, 
et en renonçant à son rôle particulier, il est avili par eux comme 
un vase usé dont personne ne veut. A noter le sens du verbe 
n^3, € abfiorber *, dont Tantithèse est exprimée par j^^jj 
(Michée, vi, 14). Cet emploi est très fréquent dans le Talmud. 

^- KIS P^"*' XnSDî Éphraïm s'en va inutilement chercher 
du secours en Assyrie, comme l'onagre qui préfère l'aride soli- 
tude aux lieux plus fertiles; il aurait mieux fait d'implorer 
l'aide de son Dieu national. 

Ijnn ^' ^^ hiphil de j^yp\ avec le même sens que le qal : 

Qc payer le salaire de la courtisane b» verbe dénominatif de 
ronM* * salaire de la courtisane » (ii, 1i), synonyme de nnx- 

L'ensemble n^anS Ijnn signifie donc : c Les Éphraïmites 

aiment à se payer des amours illégitimes. Cette pensée doit 
être visiblement complétée par la phrase ^yi^ D^IVD T 



116 REVU£ SÉMITIQUE 

€ ils retournent en Egypte », dont l'authenticité est garantie 
par DnVD D^IBK UttH (ix, 3), mais qui traîne sans aucun 

lien à la fin du verset 1 3. 

10. Après aVapX' °" supplée facilement yl^y ; je pense 

avec Luther que l'objet du verbe est le pluriel Qisy ; il» ont 

beau payer la faveur des peuples, je ferai réunir ces mêmes 
peuples contre lui (cf. Ézéchiel, xvi, 37). 

Impossible de trouver un sens dans la leçon massorétique : 
D^lîî^ ibo Kfe^SP loyp -ibn^lf ^ ®t ils ont commencé un pLU 
à cause de la charge du roi des princes i>. La traduction des Sep- 
tante satisfait à toutes les exigences : < Ils seront bientôt trop 
impuissants pour oindre un roi et des princes (xa! Mna^^vtriv 
/xtxpôv ToO xP^'^'^ ^a'jiTiéa %oli ^fp^ovraç). Elle repose sur la leçon 
excellente : QntZ^H ibo nZ^DÇ DVD V^l^V **" d'autres 
termes, ils passeront bientôt sous le joug de leurs faux amis 
païens. Ce verset est le commentaire circonstancié de la propo- 
sition sommaire de iv, . pK ^Xllî^ ^22 1:ai2^ Xï*21 D'D^ ^3 
Ijj^ pKI ibo i ^^® explique ici que la disparition de l'indé- 
pendance d'Israël sera due précisément aux puissances dont il 
avait invoqué le secours. L'avenir a parfaitement justifié ses 
prévisions : Samarie s'écroula sous les coups de l'Assyrie. — 
ayp est pour ^yp n^y . 

12. Par l'expression c des autels pour pécher b. Osée a sur- 
tout en vue les autels des hauts lieux où les hiérodules exer- 
çaient plus librement leur métier infâme, — Dans le second 
hémistiche la tautologie trop choquante invite à corriger nViatD 

• • • 

en niSVDf Qc stèles»; ces mots forment aussi parallélisme 

dans X, 1-2. 

13. 3n3^ ^ indubitablement un sens passé, comme il 
résulte de i'apodose ^3t£^n3> autrement il y aurait nécessaire- 

ment !)3iî^n^. Du reste, une proposition conditionnelle : « Si 

j'avais écrit les observances de ma loi, elles seraient quand 
même restées étrangères pour lui y>^ présenterait une pure 
chicane de tendance et d'autant plus absurde qu'il 8*agit d'un 



RECHERCHES BIBLIQUES 117 

grand nombre (m. à m. c myriades )!) , ^3-) pour ^y\) de près- 

criplions. 

1i. ^2n2n' « mes offrandes», c'es t-à-dire les bêtes sacri- 

fiées dont on offre une part à Dieu. — -)jjf2 inDr» * qu'ils les 
immolent comme de la viande de boucherie et qu'ils les con- 
somment eux-mêmes », puisque Dieun*en veut point. Au lieu 
de leur pardonner les péchés par suite de ces sacrifices, Yahwé 
s'en souviendra et les leur fera expier. 

Les trois derniers mots de ce verset doivent être reportés au 
verset 9. 

1 5. Israël et Juda, oublieux du Dieu qui les a élevés au rang 
de nations, construisent des palais et des forteresses, les uns 
pour jouir du présent, les autres pour se prémunir d*un revers 
de fortune; mais le feu de Yahwé consumera les uns et les autres. 

— rPnUDlN pour |,Tm3D1N- 

CHAPITRE IX 

Israël, plus volage que les autres peuples, ne doit pas célébrer des 
fôtes réjouissantes. — Vanité du secours attendu. — Au lieu de 
rester chez eux ils s*en vont en Egypte et en Assyrie. — Abolition 
du culte de Yahwé, qui d'ailleurs en est dégoûté. — Proximité de la 
punition. — L'Egypte deviendra le tombeau de ceux qui y cherchent 
un refuge. — Corruption des prophètes. — Ingratitude d'Éphraîm 
et son châtiment. — Décadence complète. — Dieu le rejettera et 
le condamnera à errer au milieu des païens. 

1 . Ne te réjouis pas, ô Israël ! de la récolte comme les (autres) 
peuples, car tu es devenu infidèle à ton Dieu, tu as aimé le 
salaire de prostitution pris de toutes les aires de blé. 

S. La grange et le pressoir ne les nourriront pas; le moût 
leur fera défaut. 

3. Ils ne restent pas dans le pays de Yahwé^ Éphraïm 
retourne en Egypte et mange de la nourriture impure en As- 
syrie. 

4. Ils ne font pas de libations de vin en Thonneur de Yahwé ; 
leurs sacrifices ne lui sont (d'ail leurs) pas agréables ; il les regarde 
comme le pain de leur deuil, que tous ceux qui en mangent 



118 REVUE SÉMITIQUE 

deviennent impurs ; comme leur pain du repas funèbre (qui) 
n'entre p&s dans la maison de Yahwé. 

5. Que ferez-vous au jour de la réunion, au jour de la fêle 
de Yahwé? 

6. Car voici, ils sont partis pour échapper au malheur, 
mais l'Egypte les saisira, Memphis les enterrera; leur richesse 
tant désirée deviendra la part des ronces ; les épines pous- 
seront dans leurs tentes. 

7. Les jours de la rémunération sont arrivés, arrivés les 
jours du payement ; qu^Israël sache que le (faux) prophète est un 
sot, le (prétendu) homme d'esprit est un fou ; c'est par suite 
de tes nombreux méfaits quMl multiplie l'hostilité (de Dieu). 

8. Le voyant d'Êphralm est l'objet de la colère de son Dieu; 
le prophète, un piège tendu sur toutes ses routes ; l'hostilité 
règne dans la maison de son Dieu. 

9. Ils sont profondément corrompus, plus encore qu'aux 
jours de Gabaa ; (Dieu) se souviendra de leurs méfaits, re- 
cherchera leurs péchés. 

10. Avec la joie de celui qui trouve des raisins dans le 
désert, j'ai trouvé Israël; comme quelqu'un qui aperçoit 
la première figue mûre sur un figuier, j'ai vu vos ancêtres; 
quant à eux, à peine sont-ils arrivés à BaaI-Péor qu'ils se 
vouèrent à la honte ; ils devinrent des abominations par suite 
de leur amour. 

1 1 . Éphralm verra ses biens disparaître comme l'oiseau ; 
il sera sans naissance, sans gestation et sans conception. 

\%. S'ils parviennent à élever leurs enfants, je saurai les 
rendre les plus solitaires des hommes; car leurs petits sont 
aussi des rebelles. 

13. L'orfraie, l'aigle et l'autour placent leurs petits dans le 
rocher ; Éphraïm, au contraire est prêt à livrer ses enfants au 
bourreau. 

« 

14. Donne-leur, ô Yahwé, ce que tu dois leur donner; donne- 
leur une matrice meurtrière et des seins privés de sève. 

15. Toute leur iniquité est à Gilgal ; là je les hais à cause de 
leurs mauvaises actions ; je les chasserai de ma maison, je ne 
les aimerai plus ; tous leurs princes sont des rebelles. 



RECHERCHES BIBLIQUES 119 

16. Ëphralm est frappé, sa racine est desséchée, incapable 
de produire des fruits ; si môme ils en produisent, je tuerai 
leur progéniture désirée. 

17. Mon Dieu les déteste car ils ne l'ont pas écouté ; qu'ils 
errent donc au milieu des païens ! 

COMMENTAIRE 

1 . La locution ^j îjjj not^ revient dans Job, m, 22, où 
cependant la leçon ^]| pour ^ij| convient mieux au contexte. 

Les Septante se sont tirés d'embarras en corrigeant ^ n ^^ en 

V^ bxv * ^^ n'exulte pas j>^ et ils sont suivis par la Yulgate 

et les exégètes modernes. Je soupçonne que ^ij) a ici le sens 

particulier de c plante, produit)), qui me paraît exister dans la 
phrase nJlJinn myaj VjI (Psaumes, lxv, 13), oc et les col- 
lines se ceindront de plantes, de produits » . L'expression Qnb'^n 
DDVi3 ItfH (Daniel, i, 10) me semble aussi signifier des 
jeunes gens de votre espèce » (m. à m. a qui sont semblables à 
votre pousse d); cf. aram. xVj* * P&iHe, tige, brin id. L'arabe 
J^, c tribu, nation, génération », et Téthiopien ëgyâl^ a en- 
fant», en présentent les derniers développements sémantiques. 
Israël n'aura pas la joie de voir des récoltes abondantes parce 
qu'il a quêté le salaire de son infidélité à Yahwé auprès de 
toutes les aires de blé, c'est-à-dire auprès des dieux des na- 
tions idol&triques. 

2. La disette sera donc complète, le blé (m. à m. « la 
grange »), les fruits et le vin (m. à m. c le pressoir et le 
moût 2>) disparaîtront entièrement ; cf. ii, 11, 14. 

3. En apparence, les verbes î|3^ïy>, "jan ®' iSdX^ peuvent 

être pris au sens futur, et dans ce cas le verset contiendrait l'idée 
d'une punition consistant dans Texil des Éphraïmites en As- 
syrie et en Egypte. C'est l'opinion courante des exégètes anciens 
et modernes. i:lle est cependant tout à fait insoutenable, ainsi 

que ie prouve la proposition finale i^3X^ NDt3' ^^^^ ^^^ S®"^ 
qui, comme les Éphraïinites, sont accusés d'avoir abandonné 
Yahwé pour adorer d'autres dieux, la non-observation des rites 



120 REVUE SÉMITIQUE 

de pureté ya h wéistes est une satisfaction dont ils pourront se 
vanter. La tranportation dans une terre étrangère a des suites 
bien autrement graves, la perte de l'indépendance, Tesclavage, 
la séparation et la dispersion des membres de la même famille, 
sans compter les horreurs de la guerre et les sévices exercés 
sur les prisonniers. C'est de ces calamités déplorables qui 
rendent la vie mille fois plus insupportable que la mort, que 
le prophète aurait parlé sMl avait l'intention d'intimider ses 
contemporains récalcitrants. Et sMI ne parle que de la nourri- 
ture impure consommée en Assyrie, c'est que, loin d'annoncer 
un événement futur, il constate simplement un fait présent, à 
savoir que les Éphralmites qui vont chercher du secours dans 
le pays ninivite transgressent sans scrupules les observances 
alimentaires qui ne sont praticables que dans leur patrie. Ceci 
établi, il devient clair que les deux verbes précédents doivent 
être également entendus dans le sens du présent : Ils ne 
restent pas dans le pays de Yahwé ; Éphralm retourne en 
Egypte et se nourrit de viandes impures en .\ssyrie. Osée vise 
naturellement les messagers royaux qui se rendent dans ces 
pays pour demander du secours et conclure des alliances con- 
traires à la volonté de Yahwé communiquée par le prophète. 
L'exactitude de cette interprétation sera confirmée par les ver- 
sets suivants. 

4. La forme de l'imparfait propre aux verbes de ce verset 
doit être de nouveau entendue au temps présent. D'après l'exé- 
gèse courante qui y voit le temps futur, l'auteur aurait voulu 
annoncer que les Éphraïmites déportés ne feront pas de liba- 
tions à Yahwé sur la terre d'exil. Mais on a oublié le fait 
historique que les immigrés continuaient toujours Pancien culte 
de leurs dieux nationaux, en toute liberté et sans avoir à craindre 
la moindre restriction de la part de leur vainqueur. Nous sa- 
vons par II Rois, xvii, 29-41, que les exilés de diverses 
nationalités établis en Samarie ont agi de la sorte sauf à y 
joindre le culte du dieu local, Yahwé, pour l'enseignement 
duquel le roi assyrien leur a même envoyé un prêtre éphraî- 
mite {ibiderUy xxv, 25-28). Rien n"a donc empêché les exilés 
israélites de se construire des sanctuaires et d'y pratiquer les 
rites de sacrifices et de pureté de leur pays, et s'ils n'ont pas 



RECHBRGHBS BIBLIQUES 131 

ogi comme les autres peuples à cet égard, il doit y avoir la même 
caus« que celle qui a empêché un siècle plus tard les Judéens 
transportés en Babylonie d'y continuer le culte du temple de 
Jérusalem dans de nouveaux sanctuaires. En un mot, la teneur 
du verset aboutit à un simple non-sens si on le comprend 
comme l'annonciation d'un nouveau méfait de la part des 
futurs exilés. La démonstration me parait convaincante. Notre 
verset offre une simple description d'aclualitt^, et nullement une 
prévision d'événements futurs. Les Israélites ne font pas de 
libations de vin à Yahwé, à qui, du reste, leurs sacrifices ne 
sont pas agréables (i3i«^ de yyy, * être doux, agréa- 
ble ») ; cf. Amos, v, 22. La correction fyw^ (Sept,, Knenen) 
est impossible ; nn3D l'tO "'^^* P*^ hébreu. 

A première vue, on est porté à rattacher q-j^j aux sacri- 
ftanls : L'offrande sera censée pour eux aussi impure que le 
pain de deuil, mais l'expression serait peu correcte, car il 
faudrait ^^ < pour lui s (Dieu) parallèle au •^ précédent. Kuenen 
a corrigé anV ^^ DDn^> • '6"'' P*"'" *'^' comme le pain de 
deuil * , et cette correction a été adoptée par tous les exégètes 
modernes. En réalité, la leçon traditionnelle est irréprochable, 
le ^ QriV "'^^ ^'^^ '^ périphrase de l'état construit à l'instar 
de irib TOtD. '^ "" psaume de David » ; onS DUW DnSD 
équivaut à Qjix DPiSD' < comme leur pain de deuil > (m.àm. 
< comme le pain de leur deuil >). 

La teneur exacte de la dernière proposition a été également 
méconnue par suite du groupe DEfEU*? UOrh O l"'* * '"' 
seul, peut signifier « car leur pain est pour leur propre per- 
sonne et n'entrera pas dans la maison de Yahwé ». C'est ainsi 
qu'on traduit d'un commun riccord. On n'a pas réfléchi que 
l'obligation de présenter au temple le pain qui sert d'aliment 
quotidien ne se trouve et ne peut se trouver dans aucun code 
rituel de l'antiquité, y compris le Pent&teuque. Une telle exi- 
gence a d'autant moins pu germer dans l'esprit d'un prophète 
comme Osée, qui voue le temple de fiéthel à l'exécration géné- 
rale. Il y a plus, ces exégètes ne se sont pas aperçus du carac- 
tère oiseux qu'aurait alors toute cette partie du verset ; si les 
sacrifices expiatoires mêmes vont cesser dans l'exil faute de 



122 REVUE SÉMITIQUE 

sanctuaires, il va sans dire que l'ancienne consécration du 
pain dans les lieux du culte cesseront en même temps. Enfin, 
dans leur manière de voir, le mot Qi^ft^y^ devient tout à Tait 
superflu, puisque l'impureté du pain ne vient nullement de sa 
qualité de servir de nourriture aux hommes, mais exclusive- 
ment du défaut de consécration rituelle, et en admettant même 
qu'Osée fût d'un avis contraire, il aurait exprimé Tantithèse 

^ airsib oonb p^^ ^in mrrb «bi ^^ '^^^ ^® l'expression 

vague et débile -jim n^S «3^ xV 

Il y a donc autre choseJ Avec un peu d'attention on voit que 

Dtt^ôab DDPlb "^D f^^^^ parallélisme avec Qpj^ D^aiN DnSs» 
circonstance qui engage à joindre ensemble les deux premiers 
mots sous la forme de Don^D ®^ ^ considérer le ^ de Qjpajb 
comme périphrasant l'état construit à l'instar de celui de gn^. 

Ainsi, Qtt^Bj^ DDnbp (P^^'' Dl^DJ Dnbs)» ^ comme leur 
pain de mort », c(juivaut à « comme leur pain de deuil », et 
mrP no ND'» xb exprime au fond la même idée d'impureté 
qui est clairement annoncée dans ij^oû^ T^DIX bD ^^^^ '^ 
relatif «ujfj^ sous-enlendu dans les deux j)hrases. Lasignifi- 
cation de a cadavre, mort », pour g^aj» ^^ constate dans plu- 
sieurs passages de la Bible (Lévitique, xxi, 1, passim). la 
composition ^q^ Dnb» ^" prenant un suffixe de possession, 
fait DiîfaaS Dûnb comme ntS^jj nnS {ibid, iir, 11) et^on^ 
^E^xb (Nombres, xxviii, 2). Les phrases relatives « dont tous 

ceux qui en mangent deviennent impurs » et ce qui n'entre 
pas (= qui ne peut pas entrer) dans la maison de Yahwé (à 
cause de son impureté) » font allusion & des rites existants et 
connus de tous. 

5. La question : t Que ferez-vous au jour de *jwo ou jn 
de Yahwé? » ne peut pas vouloir dire : Comment célébrerez- 
vous les fêtes ordonnées par Yahwé sur ta terre d'exil ? comme 
lepensent les exégètes égarés par leur faux point de départ 
qu'il s'agit d'un événement futur. Osée a dès le début prédit 
la cessation de toutes les fêtes (ii, 13), la question est donc 
oiseuse. F*ar les termes ny^o et ^^^^ jn, il faut nécessaire- 
ment comprendre le grand jour fixé par Yahwé pour le juge- 
ment et la punition des méchants. C'est alors que le juge 



RECHERCHES BIBLIQUES 123 

implacable proclame un jour d'assemblée, n»io qv (Lamcn- 
lations, h, 7, 22), coordonné avec le hynonyme jn DV- ^^ 
propbëte revient à la même idée au verset 7 oîi il emploie les 
expressions directes : nipSiTÛ^' " l'^sjoursde la revanche a, 
et n'jBffi ^D''' " les jours du payement b. 

6. Je ne vois point de nécessité pour modifier la leçon maaso- 
rétique de la première phrase connue également des Septante 
qui rattachent sans raison ^tï^ ^ D^IYD- ''^ ^"^ ^^^ '^'^''' * 
t car voici, ils sont partis pour échapper au malheur a ; les 
phrases suivantes montrent qu'il s'agit particulièrement de 
fuites en Egypte, visiblement parce que l'iccueil reçu par l'As- 
syrie ne fut pas très amical (Il Rois, xv, 20). Le correction de 
ItS'D ®" nS^îj (Wollh.) est en soi très séduisante (cf. vil, 1 1 ), 
mais les deux synonymes suivants Q^^ÏD ^^ ^S deviendraient 
très lourds. En tout cas il est question d'un fait passé, .i^^ri- 

Le nom de Memphis, en égyptien Menuf, est transcrit 
ici c\'û pour tpQ, ailleurs e^j'Isaïe, xix, i3). L'accueil qu'ils 
y recevront sera favorable, mais ils y resteront jusqu'à leur 
mort et y seront enterrés ; ils ne reverront jamais leur patrie. 

DBDDb lono fi^t-i' allégé de qdd3'? mOHO «lî" d'éviter 
['accumula' ion de quatre q mus par a? Il faut cependant 
reconnaître que ces mots manquent de lien dans lo contexte. 
La correction annS nonD' " objets désirables de leurs mai- 
sons »icf. D3ta2 'lonD- "'i 16), ou plus simplement: ce leurs 
maisons désirables (laissées dans leur patrie) o, s'adapterait 
bien à oun» K'ID^p' 1"^ '"'^^^ DiT^niQ nin *1"' suivent 
visent également les demeures abandoiiu'ics. 

'• mpS ^* oSttf "tpliquent les métaphores iwnD ^^ SH 
du verset 5. 

Avec 'jKiËn ty^i (mieux «ii) commence une nouvelle 
phrase (contre la Massore qui les rattache à ce qui piécède}. 
Israël doit savoir que (son) prophète est un insensé, que son 
(prétendu) homme inspiré est un fou. S'il îe reconnaît il ne 
r écoutera pas. 

La phrase finale ne devient intelligible qu'en corrigeant 
^aT) en n3"l^ - " A cause de la multitude do tes péchés 



1S4 REVUE SÉMITIQUE 

(= des péchés qu*il te fait commettre, ô Israël !) il (le faux pro- 
phète) multiplie Tanimosité, la haine (de Dieu à ton égard). » 

8. Développement de la même idée. Les mots Q^-gjx HBiï 

^nbx DV n^offrent rien d'acceptable ; les efforts faits pour y 
porter remède ne semblent pas couronnés de succès. J'incline 
à lire : Vn^N DÎT D'^")SN HBIV» * '® voyant d'Éphralm est 

un objet de colère de son Dieu ». Il lui tend des pièges partout 
et est surtout un objet de haine (= haïssable) par les fausses 
doctrines qu'il prêche dans le sanctuaire éphraïmite ; riDDiîfD 
est parallèle à q^î, 

9- inniS^ Ip^Oyn équivaut à nniî^b 1P'»Dî;n^ «^'^ agissent 
avec une profonde corruption » , c'est-à dire: Ils sont profon- 
dément corrompus. Par la comparaison HT^urT^DO» • comme 
aux jou'*s de Gabaa 9, Osée rappelle les méfaits des Benjamites 
qui ont amené leur presque entière extermination (Juges, xu- 
xx), mais il généralise pour les besoins de son exhortation et 
suppose que les autres tribus qui furent indignées de ces crimes 
n*étaient pas au fond meilleures qu'eux. Il y a été probablement 
amené par les terribles défaites qu'elles avaient essuyées avant 
de vaincre la tribu impie. Cette interprétation est à peu près 
celle de Texégèse juive et je l'ai adoptée dernièrement. On se 
demande cependant s'il n'est pas plus probable de modifier 
>j3i2 ®" ^0^D> conformément à x, 9, qui dit : « Plus qu'aux jours 

de Gabaa tu as péché, ô Israël ! », c'est-à-dire : Tu as commis des 
péchésplus abominables que ceux qui ont été commis aux joursde 
Gabaa. Dans ce cas, l'allusion viserait les benjamites qui étaient 
les seuls coupables. Une pareille conduite ne se pardonne pas. 

10. Osée appuie son opinion sur la corruption radicale 
d'Éphraïm par un fait encore plus ancien que l'incident de 
Gabaa et remontant à l'époque de la sortie de l'Egypte. Pen- 
dant leur séjour au désert, Yahwé accueillit les ancêtres d1s« 
raël avec le plaisir qu'on trouve à manger du bon raisin ou 
ù goûter la première figue* mûre d'un figuier, car c'est dans 
le désert, sur le Sinaï, que Yahwé choisit Israël comme son 
peuple chéri et privilégié en concluant avec lui une alliance 
éternelle. Or, à peine ces ancêtres furent-ils arrivés à la station 



RECHERCHES BIBLIQUES 125 

moabite nommée Ba*al-Pe*or qu*ils se détournèrent (îiiîji^) de 

Yahwé pour se vouer à ce Ba^al honteux (ntî^sb = bj^sb) ^^ 
devinrent abjects (n^î^ipK^) par suite de leur amour (m. à m. 
<!c comme leur action d'aimer j>)^ sous- entendu a les filles moa- 
bites adoratrices de celte idole » (Nombres xxv, 1-3). Celte 
leçon historique a surtout en vue de renforcer Tidée émise iv, 
1 1«-1Sl, que ridolàtrie a son appui principal dans la débauche 
sexuelle qu'elle favorise. C'est pourquoi le prophète passe sous 
silence Tincident du veau d'or peu après la scène du Sinaï, 
incident qui resta d'ailleurs à l'état de tentative et fut rapide* 
ment étouffé. 

1 1 . Le bien, la richesse (n'iM, Genèse, xxxi,. 1 ) d'Éphraïm 

en hommes et en bestiaux disparaîtra comme l'oiseau qui s'en- 
vole, de sorte qu il n'y aura ni naissance (m*?), ni gestation 

T •• 

(lD3> • ventre >), ni conceplion (jvnn) J '^^ slades de la géné- 
ration sont énumérés dans l'ordre inverse. Le q indique ici 
l'idée de privation. 

1 2. Le suffixe de Q^nSlJtîh ^ rapporte aux Éphraïmîtes : 

Je les rendrai les plus privés d'enfants d'entre les hommes 
(I Samuel, xv, 33). La suite compte parmi les passages déses- 
pérés de notre livre. Déjà la particule qjj trouble le sens, puis 

mtîD "® P^"^ P*'^ équivaloir à ^-|î|DSI» « quand je me retirerai », 

• • • • 

comme le pensent les exégètes. Enfin, l'ensemble a c^r aussi 
malheur à eux quand je me retirerai d'eux >, outre la banalité 
intrinsèque, ne présente aucun lien avec la phrase si mouve- 
mentée qui précède. Les Septante ont lu ^"lû^^, « ma chair » 

(erapi /xov), ce qui augmente encore Tobscurité. Je propose de 
corriger nnû mtK3 OnS "^IX a J ^3 en u^^m DH^lV D J ^3 
urif * G® 'e* priverai de progéniture) parce que même leurs 
petits enfants sont des rebelles». Pour Q*)^^iy, cf. Job. xix, 

18; XXI, 11. ' 

13. Premier distique inintelligible : La leçon . massorétique 
offre : niJS rhT\^ IT^b ^^Nl "Itt^iO DnB«» « Éphraïm, 

• • • ' • * 

comme j'ai vu Tyr plantée dans une demeure ou dans une prai- 



186 REVUE SÉMITIQUE 

rie ou dans cequi est beau » (Vulg. : Tyrus erat fundata inpulchri' 
tudinem. Luther : Ephraïm als ich es anseke^ ist gepflantt uni 
hûbsch wie Tyrus. On ne comprend guère la mention de Tyr 
dans cet hémistiche ni l'opposition onSMl ^^ commencement 
de rhémistiche suivant. L'extrême platitude de ^n^XT IViO^ 
qui est absolument superflu, vient iijouter du poids à la pensée 
que ce passage est gravement corrompu. Une tournure toute 
différente se remarque dans la version des Septante, qui D*esl 
cependant pas beaucoup plus intelligible, mais elle a l'avantage 
de faire disparaître la mention de la ville de Tyr. Elle est 
ainsi conçue : ^E^pàifif ov rpoTtov eiJov, eiç S^ipav Ttapicrriim xi 
rexva «vrcôv, c Éphraïm, j'ai vu l'usage, ils ont présenté leurs 
enfants è la chasse d, probablement pour être pris et tués comme 
le gibier. Cette version repose sur la lecture : ngfs^ D'TÔX 
Dn^33 inii^ T'Vb ^n^N> ^ serait la même idée que celle du 

• • « 

second hémistiche, malgré le mot Qnsjxi qut marque une idée 
opposée. Comme l'antithèse est absolument indispensable, je 
maintiens en partie la leçon massorétique et je rétablis les trois 

derniers mots Dn^i3 iynttf liva» ^ ''s placent (Psaumes, 

xGii, 14) leurs petits dans un rocher », naturellement pour 
les mettre à l'abri des chasseurs et des carnassiers. Le sujet 
doit être forcément plusieurs animaux qui habitent les mon- 
tagnes, et il faut chercher leurs noms dans le membre de phrase 
qui précède. Si on fait abstraction des mots ^n^j<T TBfSD» 
on peut changer avec une certaine vraisemblance Qi*)S>K ^^ 
D^X"13» ^® fl"^ donnerait la phrase assez satisfaisante : n^v^s 

• t: • t: 

Dn^33 ini£/ (ou î|'^nB^) llîfa» « les bêtes sauvages placent 

leurs petits dans le rocher >, mais les deux mots précités, com- 
muns à toutes les traditions, ne sauraient facilement être 
retranchés comme une interpolation arbitraire. Une telle affir- 
mation fait corps avec la méthode de la critique supérieure ei 
nous ne la lui envions pas. Après avoir mûrement réfléchi, je me 
suis arrêté à l'idée que Taction de transférer ses petits dans 
les rochers inaccessibles convient beaucoup mieux aux oiseaux 
qu'aux autres espèces d'animaux, et cette considération m'a 
aussitôt rappelé, d'une part, la description relative à la ten- 



RECHERCHES RIBL1QUES 127 

dresse de Taîgle envers ses petits pour leur procurer une bonne 
nourriture (Job, xxxix, 27-30) et sa sollicitude pour les pro- 
téger à l'approche du danger (Deutéronome, xxxii, il);' 
d'autre part, le passage de Jérémie, vhï, 7, -n;;w') D^Dimm 
niî<lî nj7 nX nDlîf» ^^ ^^^^^ noms d'oiseaux forment le sujet 
d'un seul verbe. Je me suis donc demandé si les trois mots 
problématiques -ïp^X") "12^XD D^"1S3X> H^N primitivement, 
pouvaient être orthographiés avec deux yod de moins (cf. 
abu^T po^r D^btS^IT)' "® contenaient pas ces trois noms 
d'oiseaux qu'on s'attend à y trouver. Dès lors la lumière appa- 
rut entière, et je vis que la leçon traditionnelle peut remonter 

sans grand effort à p^xi (ou TViii) "IB'ai D'^fil» ^ l'orfraie, 

« ■• ••• ■■ 

l'aigle et Tautour ont soin de placer leurs petits dans le creux 
d'un rocher > pour les proléger contre une surprise fâcheuse, 
« tiindis qu'Éphraïin est prêt à livrer (K>Vin'*?) ses enfants à 
Tégorgeur >, car ils seront exterminés pour leurs péchés. La 
construction antithétique est maintenant aussi complète que 
celle du verset de Jérémie cité ci-dessus et qui porte : ce La 
tourterelle, l'hirondelle et la grue observent leur retour pério- 
dique, tandis que mon peuple ne veut pas savoir de (= ob- 
server) la loi de Yahwé. » 

14. Reprise explicative du verset 11, relatif à la stérilité 
d'Éphraïm. Osée ajoute ici clairement que l'incapacité de se 
reproduire et d'élever les enfants, exprimée par l'image réa- 
liste a matrice meurtrière > (^^32^0 Dm) ^^ • mamelles pri- 
vées de suc, sèches » (a>pûV D^IB')» '®^^ ®^' réservée par 

Dieu comme un châtiment mérité, et, dans son indignation 
contre les rebelles incorrigibles, il désire lui-même l'exécution 
de cette revanche. 

15 Expression de l'horreur qu'inspirent à Yahwé les actes 
d'idolâtrie et de débauche qui sont commis au sanctuaire 
éphraïmite de Galgal (iv, 1o). Dieu les c|iassera de sa maison, 
c'est-à-dire de son pays. Pour la désignation de la Palestine 
par Tépithète de c maison de Yahwé » (nirp 0^3)? comparez 
VIII, 1 ; Exode, xv, 13. 



128 REVUE SÉMITIQUE 

Dn3n{< ^^t ^^ infinitif à terminaison féminine comme 
HDnxb' nXT'S» ^^^ ^^^ sont aussi des substantifs. 

I C. Retour au même sujet avec des images empruntées aux 
plantes; la dernière phrase reprend le sujet du verset 12. 

1 7. DDXD^ ^^ synonyme de n^nMty (^ ^)- — ^'^ erreront 
(omi Vîvi) parmi les païens pour chercher du secours sans 

• • • a • 

■ a • 

jamais le trouver (6). 

CHAPITRE X 

Profusion d*autcls et de stèles. — Paroles orgueilleuses et ini- 
ques. — Deuil public pour les idoles en or envoyées comme cadeaux 
en Assyrie et en Egypte. — Décadence de la royauté et destruction 
des bamoth. — Corruption extrême et son châtiment proche. — 
Désobéissance d*Ephraïm malgré les faveurs particulières dont il 
jouit de la part de Dieu. — Exhortation à changer de conduite. — 
Obstination et confiance en sa propre force. — Terrible châtiment. 
— Disparition de la royauté. 

1. Israël détruit la vigne qui lui apporte ses fruits; plus 
ses produits se sont multipliés, plus se sont multipliés (ses) 
autels. Plus son pays a été prospère, plus il a érigé de stèles 
(idoifttriques). 

9. Leur cœur s'est séparé de Dieu; maintenant ils en por- 
tcront les conséquences ; il démolira leurs autels, abattra leurs 
stèles. 

3. Maintenant ils disent : Nous n'avons pas de roi ; nous ne 
craignons pas Yahwé, et le roi que peut-il nous faire? 

i. Us prononcent de (méchantes) paroles, font de faux ser- 
ments, trahissent les alliances, et la corruption est semée 
comme la ciguë sur les sillons des champs. 

5. Les habitants de Samarie sont saisis de crainte à cause 
du veau de Beth-Awen, son peuple en prend le deuil, ses 
prêtres se lamentent sur lui à cause de sa richesse qui vient 
de disparaître. 

6. Le veau même sera transporté en Assyrie, ou (bien il seia 
envoyé) en présent au roi d'Egypte ; Éphraïm obtiendra la 
honte, Israël rougira de son projet. 



RECHERCHES BIBLIQUES 12E 

7. Sainarieest anéantie; son roi ressemble à l'écume (qu 
s'agite) sur la surface de l'eau. 

8. Les bamoth de Beth-Awen, péché (suprême) d'Israël 
seront rasées ; les ronces et les épines pousseront sur leun 
autels. Us diront aux montagnes : Gotivrez-vous; aux collines 
Tombez sur nous. 

9. Plus qu'aux jours de Gabaa tu as péché, ô Israël; lait: 
ODt dit : La guerre contre les enfants de l'iniquité qui atleigni 
Gabaa ne nous atteindra pas. 

10. Je les châtierai avec toute ma sévérité; les peuple 
s'uniront contre eux k cause de leurs graves péchés. 

1 1 . Ëphraïm est une génisse indisciplinée qui aime à ruer 
j'ai pourtant bien doucement mis ta chaîne à son cou; j'a 
placé haut r^phraïm ; Juda labourait pour lui, Jacob aplanissai 
pour lui le terrain. 

i%. Semez donc conformément à la justice, moissonne 
conformément à la vertu ; sillonnez votre champ ; il est temp 
de rechercher Yahwé pour qu'il vienne et vous enseigne I 
justice. 

13. Vous avez labouré le mal, moissonné l'iniquité, dévor 
le produit de la fausseté, car vous aviez confiance dans vc 
chars de guerre, dans la multitude de vos combattants. 

1&. Le cri de détresse sera poussé dans tes villes; tout( 
tes forteresses seront saccagées, semblables au sac de Bett 
Arbel exécuté par Salman au jour de la bataille, où mères i 
enfants furent écrasés. 

1 5. Ainsi il vous arrivera à Beth-EI à cause de la grandei 
de votre méchanceté; un matin de bonne heure, le mi d'I; 
raël aura disparu. 

COMHENTAIHB 

1. Le sujet du participe npis est Israël et l'objet en e 
<gj : Israël, insouciant et égaré, dévaste la vigne qui lui ave 
donné d'abondants produits et qu'il avait intérêt à soigner, l 
vigne symbolise visiblement le culte de Vuhwc, son Dieu n. 
tional, — 31 et ^^^^ sont des infinitifs. — ninaiçS» ^^ 
fonctionnant comme iiccusaiif. 

itiui itiiriQVi 'J 



1M AfVUE SÉMITIQUB 

5. b;^^ thn^ * ^^^^ c^uf b'^^ séparé, retiré » (Jéréroie, 
xxxvii, 12, ponctué à tort phnh *" '*^^ ^® P^H*?)» ^"^' 
entendu c de Yabwé », sujet ciu xin suivant. 

3. Après s'être détournée de Dieu, iU se révoUmt contre 
leur roi dont ils défient le pouvoir. 

4. 0^^3*1, à suppléer xy^l^ ^ ils prononcent de méchantes 
paroles ». — n'^-'Q n^D ne cen vient guère; lire n^^n rta, 

T t 

<r mépriser Talliance jurée » ; cf. nn3 isnb H^X nt3 (&*• 
ehiel, xvii, 18). 

ttft*'"l' « cigué », souvent accompagné de n3J^b' *^'^" 
p sinthe », image fréquente de tout ce qui est mauvais, insup- 

i portable. — tûSîfO ^^ P^^^ ^^^^ comparé à tffxh; Ksez: 

t nnU^D» * corruption »; cf. ix, 9. 

p 5. Ironie mordante : les habitants de la Samarie craignent 

l qu'on ne leur enlève les veaui; d'or pour coippléter la somme 

i qu'on doit envoyer au]( puissances voisines. Ue peuple est en 

!;^ deuil (Sax) ^^ '^s prêtres gémissent (lire rMy^ au lieu (Je 

iVjP' « se réjouissent », qui ne cadre peint) sur la perte de 

F • 

tant de richesse (^^'^a2 ; cf, Isaïe, x, 3) ; au dieu même 

personne ne pense plus. 

6. ^jy)^ Qj, ridolc même, lorsque le cadeau précieu]^ sera 
expédié, Éphraïm eq sera pour sa Itonte, car ces empires^ jaloui 

f Tun de Tautre, ne lui accorderont pas le seeours qu'il paie si 

cher. — 7MXJ2 ^ nn air étrange; lire peut-être nisbj- — 
inVt^D* ^ de sa décision » d'avoip confiance dans les étrangers. 

7. On pourrait lire pipu^o au lieu de pTO^f : « Son roi a 

disparu de Samarie » aussi vite que Pécume qui s^agite sur la 
surface des eaux. 
^ ><• Y)H pour pj^ n^3 = Béthel (5). Pour Osée, le sanctuairt» 

de cette ville est un simple assemblage de bamoth. — Les vi- 
siteurs de ce temple souhaiteront échapper à la honte par la mort. 

[ ^ ny2:in DJ'^t/n xb noy Ulîf ^^ signifie rien. Lire : Qgf 

ni^ajiD lîJi'^iyn iÔ T^DN* " ''^ *'s ^"^ ^'^ • ^ guerre ne nous 

[ atlrindra pas ». 

► • 



I 



RËGRBIIGHB8 BIBLIQUES 131 

10. Ce verset n offre qu'une série de mots incohérents: 
a Dans mon désir et je les lierai et les peuples s'assembleront \ 
contre eux en les liante leur^ deux péchés. » Les Septante joi- 
gnent à ce verset les trois derniers mots du verset précédent 
et traduisent : c Contre les enfants de l'iniquité je suis venu 
(^rijQ pour ^niXs) P^^^ '^ corriger. Et les peuples s'assem- 
bleront contre eux pour les corriger de leurs deux péchés t> ; 
la Vulgate suit le texte massorétique légèrement modifié : 
Juxta deaideriummeum conipiam eos : congregabuntur contra 
eoê papuli, cum corripientur propter duos iniquitates suas. 
On obtient un sens satisfaisant en corrigeant □IDMI en 

QiP8î<* O-IPÎ*? en UlD\f.^ (P^"»" DlP^na) ^^ ^ntt6 ®n 
^Mttr^ : a Je les châtierai avec plaisir ; les peuples s'assemble- 

ront centre eux ; en étant liés, ils expieront leurs crimes, b 

1 1 . Toutes les anciennes versions se basent sur la leçon 
massorétique et n'hésitent que sur le sens de iJfîi'nS. Grec : 

a Ëphralm est une génisse enseignée h aimer l'injure » (vefxe^); 
Vulg. : Ephraim vitulam docta diligere trituram\ Pesitta : 

IDIIdS nomi nsbo Xnbjj; OnôNV On s'attend toute- 
fois à une nolion de blftrne complète. 11 faut donc ajouter la 
négation f(^ avant rns'^D - * Éphraïm est une génisse in- 
domptée qui aime h frapper du pied. » Comparez : ... q^^SK 
TJ3^ Xb VjJ^D (Jérémie, xxxî, .18) ; pour g^i, v. Hab., m, 

If ; le veneo; des Septante semble être une atténuation de cette 
signification réaliste. 

mX iy 31D by "^mnj^ ^3X1 ^^cprîme évidemment une ac- 
tion sympathique envers la génisse récalcitrante qui symbolise 
le peuple éphraïmite, mais une phrase telle que : c Et moi, je 
suis passé près de la beauté de son cou » (Sept. -Vulg. : Et 
ego transiffi super pulehritudinem colli ejus\ Luth. : Ich will 
ikn iAer seinen sehônm Hais fahreu) ne signifie pas grand' 
chose. Il faut ponctuer ^nijy» ^^nt le sens de « barrer, fer- 
mer », est garanti par ^HT nipW}3 TaThl (^ ^û*^^ vi, 21), 

f il barra, ferma au moyen de chaînes d'or » ; il s'agit ici de la 
fermeture du joug qui a été posé aveo tous les ménagements 



132 REVUE SÉMITIQUE 

possibles, afin de ne pas blesser le cou de la génisse. — y; 

y\\Q exprime l'adverbe c avec bonté, avec douceur >, comme 
-|pBf '^j;, (L faussement t, rhpi by> ^ légèrement », etc. 

Dans ce qui suit, les actes affectueux de Yahwé envers 
Israël sont affirmés au moyen d'une image différente, savoir 
celle d'un enfant que le père tient toujours sur ses bras, tandis 
que son frère fait les travaux les plus pénibles à sa place. Les 
trois verbes de cette proposition doivent être entendus au sens 
du passé. 3^3nMt < j'&i ^^î^ monter Ëphralm (sur mes bras »; 

cf. XI, 3), non ascendam super Ephraïm (Vulg.) ; une génisse 
n'est pas faite pour cet usage. — C'est Juda qui labourait le 
champ (ufiin^) P^ur lui, Ya'aqob (surnom de Juda) hersait 
pour lui (^^ nfcf^) le sol raboteux pour l'aplanir, tandis que, 
appuyé sur le bras de son père, Éphraïm se divertissait de le 
voir à la peine. Osée fait évidemment allusion aux nombreux 
prisonniers judéens que les Éphralmites avaient faits pendant 
les fréquentes guerres avec Juda, où ils furent le plus souvent 
victorieux. Ces prisonniers, condamnés à l'esclavage, durent 
naturellement exécuter tous les travaux pénibles de leurs 
maîtres. 

12. Suite de l'image empruntée à l'agriculture. Les se- 
mailles et la moisson doivent se faire selon la justice et !a 
bienveillance (^on^ envers les faibles et les opprimés. Pré- 
parez-vous un sol bien labouré (i^j), au figuré : Amendez- 

vous en toute sincérité. C'est juste le moment de rechercher 
Yahwé; persistez donc dans le repentir, et attendez que 
Yahwé revienne vers vous pour vous enseigner la justice au 
moyen de ses prophètes. 

1 3. Vous avez fait absolument le contraire : vous avez cul- 
tivé, moissonné et consommé toutes les iniquités imaginables 
parce que vous vous fiez à vos chars de guerre (napTa > ^ 

âpiiadiv (Tov^ pour ?j3ina) et à vos nombreux combattants, et 

vous croyez pouvoir vous passer de l'aide de Yahwé. 

14. Votre orgueil sera bientôt abattu : un tumulte se lèvera 
dans vos villes (wiva pour n^^tsya) et toutes vos forteresses 

seront saccagées. Elles subiront le sort infligé par Saiman, 



RECHERCHES BIBLIQUES 133 

probablement le nom d^un roi voisin (le roi ammonite âal- 
manu?), à la ville peut-être éphraïmite Beth-Arbél, dont tous 
les habitants, jusqu*aux femmes et aux enfants, furent massa- 
crés sans pitié. Les détails et Tépoque de ce funeste événement 
ne sont pas connus. 

15. Béthel aura le même sort (ntîfV^ pour nfefV^)- — 

• • • • 

'*5j(-n^3 a le sens locatif comme s'il y avait ^X"T1^33- — 

DDnyï nVl. impossible; lire : a3i£70 nVl'- nW2 

semble indiquer un moment indéterminé : c un beau matin d . 



1. Ou bien WNtf nf\ ^ 1^ ^^^ ^^ ^ûs décisions, de vos pratiques » 



{A suivre.) 



J. Halévy. 



Rotes é?aiigéU(tttet 



I 

li'EXPRBSSION « riLS SB l'ROMMB > 

On a longuement discuté et Ton discute encore le sens 
exact de Texpression évangélique c Ris de rhomme » (ufo; roù 
«ySpiitrou). La plupart des exégëtes y voient une indicatioa 
messianique par allusion à Daniel, vu, 1 3. Pendant longtemps 
j'ai partagé ce sentiment; j*&i cependant fini par me con- 
vaincre que cette épithète réfléchit un ordre d* idées plus 
avancé de la ohristologie, et, pour exprimer plus catégorique- 
ment ma pensée, que, partout où elle est mise dans la bouche 
de Jésus ou des apôlres comme équivalant aux pronoms « je, 
moi }), ou « il, lui >, elle veut dire c l'homme suprême, 
Thomme-Dieu », et qu'elle est par conséquent le synonyme 
exact de a fils de Dieu d. Elle contient l'idée messianique, 
mais elle ne la désigne pas particulièrement. 

Cette thèse, qui parait au premier aspect trop exclusive, a 
sa base dans les nombreux logia où Jésus parle directement de 
sa personne. Mettons-les sous les yeux de nos lecteurs en les 
accompagnant de quelques mots chaque fois que le contexte 
n'est pas d'une clarté suffisante. 

Matthieu, y, 10^ c Bienheureux ceux qui souffrent persé- 
cution pour la justice, parce que le royaume des cieux esta 
eux. » 

«11. Vous êtes heureux, lorsque les hommes vous charge 
ront de malédictions et qu'ils vous persécuteront, et qu'ils 
diront faussement toute sorte de mal contre vous à cause de 
moi. 

12. ce Réjouissez-vous (alors), et tressaillez de joie, parce 
qu'une grande récompense vous est réservée dans les cieui : 



1. Les neuf béatilications qui précèdent, malgré quelques variantes, 
consistent en passages bibliques juxtaposés et n'appartiennent pas à l'objet 
de notre recherche actuelle. 



car c'est ainsi qu'ils ent pefséeuté les prophètes qui ont été 
avant tous. » 

DisUnction est formellement faite ehlre les hommes en gé^- 
néral et les disciples en particulier. Leâ premiers gagnent leur 
bonheurs! leur justice, leur rertu, leur attirent la persécution 
de la part des méchants. Daniel et ses compagnons forment le 
type de cette eatégorie de justes, rictimes de leur rertu. 11k 
subissent leë souffraâces sans murmu^'er, mais ausëi sans s'en 
réjouir d'aucune manière-. Ils sont récompensés selon la juste 
mesure; ils ne {leuvent réclamer aucun traitement paHiculieri 

Les disciples sont^ pat eentre, particulièrement prirlléglés 
s'ils sont en butte aux hommes qui les hiaudissént et les tili|^eri- 
dent à cause de leur fidélité au Mattre (« moi t ). Leur rééem- 
pense dépasse les proportions ordinaires (mer^;^ veslra eôpiênu 
êit m estfo) ) ils doivent s'en féliciter et tressaillir de joie; La 
foi dans le Mattre surpasse donc le mérite de là vertu humaine 
en général, sous ses deux formes, passive et active. La per-^ 
senne de Jésus ressort de là déifiée et supermondiale ; l'inspi- 
ration instantanée des disciples (x, 19-SO) émane du Mattre 
comme celle des prophètes émane de Dieu^ Le dietoii : c Mon 
père et moi nous He sommes qu'un è (Jean, x^ 39) fortne déjà 
la substruetioh de ce discours. 

Ltto a conservé de ce passage une version moins bonne, qui 
contient cependant une variante instructive pour notre sujet ! 
au lieu de « à eause de moi f ^ il offre la variante é k cause du 
flis de l'homme » et nbus y fait voir un simple synonyme du 
c moi 3) transcendant et divin, sans impliquer nécessairement 
une notion différente. 

Ce i moi » frappant est aussi au fond du passage 1 7 : i Ne 
penses pas que je sois Venu détruire la loi du les prophètes : je 
ne suis ()as Venti les détruire, mais les accomplir. > Ce h'ëst 
pas le langage d'un homme, fût-il chef du Sanhédrin ou grand 
prêtre. Un prophète peut abolir certames théories ou prescrip- 
tions de la loi, mais seulement par un ordre de Dieu et en son 
nom. Les expressions «je suis venu » et i je ne suis pas venu i 
doivent se compléter paf les mots a en ce monde i. Fils de 
Dieu, il a l'autorité nécessaire pour faire ou défaire la loi et 
pour renouveler ou abolir l'ancienne instruction des prophètes. 



136 REVUE SÉMITIQUE 

Il y eut des gens qui déduisaient de Jérémie, xxxi, 30-33, 
que l'ancienne discipline sera radicalement modifiée dans les 
derniers jours par Dieu lui-même; eh bien, le fils de Dieu, son 
messager plénipotentiaire; est apparu dans ce monde, et il est 
venu, non pour l'abolir, mais» au contraire, pour la consolider 
par des exigences plus fortes que celles auxquelles se bornaient 
les anciennes prescriptions et leurs interprètes autorisés, les 
scribes et les pharisiens ^ Toute la série des antithèses qui sui- 
vent et qui commencent par la formule : c Vous avez appris 
qu'il a été dit aux anciens... mais moi je vous dis ]>, te c moi » 
est même supérieur au c il > du passé, en tant du moins que 
l'antique révélation a été transmise par des hommes faillibles, 
tandis que la nouvelle procède directement par Dieu en per- 
sonne. 

Si une dernière ombre de doute existait encore, elle se dis 
siperait aussitôt à la lecture quelque peu attentive du passage 
suivant (tWd., vu, 21-23) : 

<r 21 . Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas 
tous dans le royaume des cieux : mais celui-là (seulement) qui 
fait la volonté de mon père qui est dans les cieux. 

a 22. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Sei- 
gneur, n'avons-nous pas prophétisé en ton nom? n'avons-nous 
pas chassé les démons en ton nom, et n'avons-nous pas fait 
plusieurs miracles en ton nom? 

< 23. Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais 
connus; retirez- vous de moi, vous qui faites des œuvres d'ini- 
quité. » 

i. Cette théorie conservatrice à l'égard de la Loi ne figure intégrale- 
ment que chez Matthieu (v, 17-19), qui vise surtout les juifs de naissance : 
« Ne pensez pas que je sois venu détruire la loi ou les prophètes ; je ne 
suis pas venu les détruire, mais les accomplir. Car je vous dis en vérité, 
jusqu'à ce que le ciel et la terre se passeront, ni un iota ni un apex ne 
passera de la loi jusqu'à ce que tous (les commandements) soient accom- 
plis ( « donec transeat cœlum et terra, iota unum aut unus apex non prsetehbit 
a lege, donec omnia fiant »). Celui donc qui violera un de ces moindres 
commandements et qui apprendra aux hommes à les violer, sera regardé 
dans le royaume des cieux comme le dernier, mais celui qui fera et ensei- 
gnera sera grand dans le royaume des cieux. » Marc a éliminé le passage 
entier; Luc limite, au contraire, l'accomplissement de la loi jusqu'à 
Jean-Baptiste et ne parle que des apex! (Luc, ZYI, 16, 17.) 



N0TB8 ÉVAN6ÉUQUES 137 

Il s*agit des derniers jours de Texislence du monde, lorsque 
Jésus réapparaîtra pour exercer le jugement décisif et établir 
définitivement le royaume des cieux. Ce royaume a déjà fait 
son entrée dans la société depuis l'apparition du fils de Dieu 
sous la forme humaine, mais c'est une inauguration dont l'ac- 
complissement n'aura lieu qu'à la fin du siècle {ibid. , xvi, 27-28; 
xxxiY, 31-32). Dans Tintervalle, vrais croyants et hypocrites 
feront des miracles au nom de Jésus, car « Jésus » est le seul 
a nom sacré » {q^) qui, prononcé avec une dévotion même 

peu sincère, a le pouvoir non seulement de faire cesser qu'on 
soit considéré comme adversaire (Marc, ix, 39-40), mais aussi 
de faire des miracles (xvii, 20): Le triage aura lieu à la scène 
de clôture. 

Nous ne croyons pas nécessaire de multiplier les citations. 
Il demeure établi que le sermon de la montagne selon Mat- 
thieu, identique en principe avec son abrégé dit le <k sermon 
de la vallée » selon Luc, vi, 17, suppose la déification com- 
plète de son auteur. 

Passons à l'expression a le fils de l'homme »• 

Cette épithète a le plus haut intérêt lorsqu'elle est employée 
par Jésus pour se désigner soi-même. Elle descend au niveau 
d'un nom commun ordinaire quand elle s'applique à une autre 
personne ou quand elle est au pluriel : a les fils de l'homme > ; 
alors elle ne diffère en rien de l'expression simple, c homme ». 

Dans la version de Matthieu, le terme a le fils de l'homme » 
est entièrement absent du sermon ; il apparaît une seule fois 
dans la version de Luc, dans le passage cité ci-dessus, comme 
variante de c moi » et comportant la notion complète de a fils 
de Dieu ». 

Pour nous assurer qu^il a le même sens chez tous les synop- 
tiques et à plus forte raison dans le quatrième évangile, il suf- 
fira de citer les principaux passages de Marc qui le contiennent, 
étant donnée la priorité rédactionnelle de cet évangile sur les 
deux autres. 

Marc, II, 3. «c Alors quelques-uns vinrent lui amener un 
paralytique, qui était porté par quatre (hommes). 

M 4. Mais, comme ils ne pouvaient le lui présenter à cause 



18S RBYtiE SÉlItTIQUl! 

de la feule^ ils découvrirent le toit (de la maisiin) où il éUit, 
et| ayant fait ane oavertare, ils descendirent le lit ob le para- 
lytique était coiiohé. 

€ 5i Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Moe fils, 
tes péchés te sont remise 

a 6. Or, il y avait là quelques scribes assis, qui s*ebtrete'> 
naient de ces pensées dans leur cœur : 

c 7. Que veut dire cet homme? il blasphème. Qui peut re* 
mettre les péchés si ce n'est Dieu seul ? 

<K 8. Jésus, connaissant aussitôt par son esprit ce qu*ils 
pensaient eux-mêmes, leur dit : Pourquoi vous entretenez-vous 
de ces pensées dans vos cœurs? 

<K 9. Lequel est plus aisé de dire à ce paralytique : Tes pé- 
chés te sont rerois ; ou de (lui) dire : Lève-toi, emporte ton lit, 
et marche i 

€ iO. Ûr, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a 
sur la terre le pouvoir de remettre les pé6hés : 

€ \\. Lève-toi, dit-il au paralytique, je te le commande; 
emporte ton lit et va-t*en dans ta maison. 

c 12. II se leva au même instant, emporta son lit, et s'en 
alla devant tout le monde; de sorte qu'ils furefit tôiià saisis 
d'étonnement, et rendant gloire à Dieu, ils disâieht : Jamais 
nous n^avons rien vu de semblable. j> 

La clarté éclatante du récit dispense d^ âjôtitef le moindre 
commentaire. Deux article^ de foi y apparaissent avec évi- 
dedce : 1"^ Jésus conhalt les pensées lés plus séiifëtës dé§ hOm- 

i. Cela suppose la notion que ioUte souffrance est la suite do pèebés 
plus ou moltis conbus du patient. À cet égard, là théorie dé Job et des 
prophètes répercute fidèlement celle de la morale assyro-baHylSailMitie, 
toutefois avec cette différence importante que les auteurs bibliqaea re- 
poussent Tintervention des démons morbifères qui hantèrent l'esprit des 
Sémites païens, et attribuent toutes les maladies k l^nitiatiVe de Yahwé 
seul. Les superstitions ataviques reprirent leuf Vitalité de jàcUâ pendant 
répoqiie de décadence inaugurée pat* les évènémeiild IroublSa âè U demi- 
nation grecque, et depuis lors elles ont imprimé leur cachet iiijr8li<|ae et 
néfaste dans tous les produits de la pensée religieuse qui se rattachent t 
la Bible. Les seuls conservateurs de la doctrine biblique sur ce sujet, les 
sadducéens, grâce & leur morgue et & leur matiqde de taet, ont été Doyéi 
daAé le fldt m«ntàiil dé la crédulité pepulaife. 



NOTtS ÉVANOtLiQUES 139 

mes; I* il a le pouvoir de pardonner les péohés de ceux qui 
croient en lui. Il y avait de quoi jeter dans l'esprit des lettrés 
la stupéfaotion et le malaise le plus aigu. Dans Tanoienne disci- 
pline^ jamais un prophète n*a prétendu connaître les pensées 
intimes de ses auditeurs. Dieu seul possédait cet avantage : 

c Yahwé m'a fait connaître (le projet des adversaires) et 
j'en suis maintenant averti... 

a Je ressemblais à un agneau que l'on conduit- à l'abattoir, 
et j'ignorais tes complots qu'ils ont tramés contre moi (en di- 
sant) : Abattons l'arbre avec son fruit (=z le prophète et sa 
doctrine) et faisons-le disparaître de la terre des vivants, afin 
que son nom ne soit plus mentionné. 

c Yahwé Babaoth, juge équitable, toi qui scrutes les reins 
et les cœurs, je veux voir quel châtiment tu leur réserves, car 
c'est devant toi que j'ai porté ma plainte. » 

Ainsi parle Jérémie(xl, 18*80). Jésus, au contraire, con- 
naît aussitôt le manque de foi d'une partie de ses auditeurs 
sans qu'ils l'aient manifesté par la moindre parole ou par le 
moindre geste* 

Au sujet de la rémission des péchés, le psalttiisie dit (GJtltx, 
1-3) : 

( Des profondeurs (du cœur) je t'invoque, ô YahWé ! 

<t Yahwé, écoute ma voix ; que ton attention soit dirigée 
vers mes cris suppliants! 

et Si tu maintiens les péchés, Yahwé, Seigneur^ qui pourra 
tenir? 

a Car la rémission des péchés t'appartient (exclusivement) 
afin d'inspirer ta crainte (ton adoration) aux hommes. ^ 

Jésus fait usage de ce privilège divin et le réclame publi- 
quement pour soi à titre de a Fils de Thottime > ; cette épithôte 
a^t donc, dans sa bouche, l'équivalent de c Fils de Dieu m dans 
le sens mystique d'émanation divine incarnée dans un corps 
humain, en un mot : Dieu fait homme; 

Les assistants au mtraole ne pouvant ni comprendre le mys- 
tère ni nier le miracle^ prirent le seul parti possible pour eux, 
celui de dire : Dieu soit loué ! et de constater ce qu'ila ve- 
naient de voir. Matthieu ne se contente plus de l'étonnement^ 
il 14 transforme en crainte admirative : « Et le peuple, voyant 



440 RBYUE SEMITIQUE 

(ce miracle), fut rempli de crainte, et rendit gloire à Dieu de 
ce qu'il avait donné une telle puissance aux hommes (supé- 
rieurs). 9 Jésus a sa part de cet éloge, mais comme il est mis 
au même rang que les autres faiseurs de miracles, Luc a 
trouvé bon de supprimer la dernière phrase (Luc, v, 26). 

Marc, II, S3-S8. n II arriva encore que le Seigneur, passant 
le long des blés un jour de sabbat, ses disciples en marchant 
commencèrent à rompre des épis. 

c 24. (Sur quoi) les pharisiens lui dirent : Pourquoi tes 
disciples font-ils le jour du sabbat ce qu'il n'est pas permis de 
faire ? 

a 25. Il leur répondit : N'avez-vous jamais lu ce que fit 
David dans le besoin où il se trouva, lorsque lui et ceux qui 
raccompagnaient furent pressés par la faim? 

a 26. Gomment il entra dans la maison de Dieu, du temps 
du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains de proposition, 
et en donna (même) à ceux qui étaient avec lui, quoiqu'il n*y 
eût que les prêtres & qui il fût permis d'en manger? 

a 27. Il leur dit encore : Le sabbat a été fait pour l'homine 
et non Thomme pour le sabbat. 

c 28. C'est pourquoi le Fils de l'homme est maître du sab- 
bat même. s> 

Cette scène me semble ne pas avoir été bien comprise jus- 
qu'à présent, surtout le c c'est pourquoi > du verset 28, qui 
parait manquer de tout lien avec les paroles précédentes. Voici 
brièvement ce qui peut écarter cet inconvénient. Les docteurs 
talmudiques avaient l'habitude de promener leurs disciples le 
jour du sabbat dans les champs voisins de la ville. Jésus fît de 
même. En passant dans un sentier au milieu des blés, les dis- 
ciples commencèrent à rompre des épis pour en manger les 
grains. Les docteurs, s'en étant aperçus, en firent Tobjetd'un 
reproche à Jésus, voulant dire qu'il permettait à ses élèves de 
transgresser les traditions relatives aux observances du repos 
du sabbat. Jésus répondit qu'il les avait laissés faire pour deux 
raisons. D'abord parce qu'ils avaient faim, cas de force ma- 
jeure excusable par le précédent de David. La seconde raison 
est purement théorique : le sabbat étant fait pour Tboinme et 
non pas l'homme pour le sabbat, ce dernier perd sa valeur 



' NOTES âVANGÉLlQUES Hl 

quand il se trouve en collision avec les besoins pressants de 
rhomme, et, pour cette inênie raison, lui, le a Fils de riiommc », 
potentiel et d'origine divine, est le maitre absolu du sabbat pour 
rappliquer dans les limites qu'il lui platt de fixer selon les cir* 
constances. Les pharisiens se contentèrent de garder le si-> 
lence, car le litige touchait à un accident imprévu et ne con* 
cernait pas la personne même de Jésus. Ils auraient été 
autrement scandalisés s'ils avaient compris le sens exact de 
l'expression a Fils de l'homme d. Ils ne le perdirent cependant 
pas de vue depuis ce moment. Un des sabbats suivants, Jésus^ 
se trouvant dans la synagogue à côté d'un homme dont la main ' 
était sèche (inerte), ils l'observaient pour voir s'il le guérirait 
s^ans égard pour leur doctrine, suivant laquelle le repos du sabbat 
ne peut être rompu qu'au cas où le malade est en danger de 
mort (nWB3 PÛDD)* Jésus, qui lisait leurs pensées secrètes, 
mata ses adversaires par une charge à fond : 

Marc, III, 3. a Alors il dit à cet homme qui avait une main 
sèche: Lève-toi, (tiens-toi là) au milieu. 

c 4. Puis il leur dit : Est-il permis, au jour du sabbat, de 
faire du bien ou du mal, de sauver la vie ou de Tôter? Et ils 
demeurèrent dans le silence. 

« 5. Mais lui, les regardant avec colère, affligé qu'il était 
de l'aveuglement de leur cœur, il dit à cet homme : Étends ta 
main. Il Pétendit et elle devint saine. 

a 6. Aussitôt les pharisiens, étant sortis, tinrent conseil 
contre lui avec les hérodiens sur les moyens de le perdre. 3» 

En réalité, le dépit des pharisiens tenait à autre chose qu'à 
la cure qui fait l'objet de ce récit. Les rabbins guérissaient la 
plupart du temps par une amulette remise entre les mains du 
malade. Or, le jour du sabbat, l'amulette ne peut être livrée 
si son efficacité n'avait été éprouvée par trois guérisons 

successives (nriDID J^^Dp» '^^^^ Sabbat, f. 61). Pour 
prévenir toute fausse interprétation, Jésus fit placer le 
malade au milieu en vue de tout le monde. Puis, étant 
sûr de lui, il demanda à ces bigots si, le jour du sabbat, 
il est permis de faire du bien ou du mal, en d'autres mots, 
si celui qui est absolument capable de sauver son prochain 
d'une infirmité qui lui est nuisible doit, par égard pour le 



r^ 



lis REVUE SÉMITIQUE 

sabbaty commeUre la cruauté, qui est le mal auprênne, de lui 
refuser son secours, fine réponse décisive était cBflfieile è don* 
ner & une demande aussi spirituellement captieuse. Pendant la 
pause du silence forcé, Jésus accomplit la guérisoa par la vertu 
de sa parole. Après la swtie, les vaincus, étant sûrs de leur 
e6té que la guérison avait été effectuée au moyen d^une amulette 
clandestinement livrée, virent dans ce procédé une preuve de 
la théorie hérétique qui subordonne la sainteté du sabbat au 
caprice momentané de Topérateur magique, et allèrent s'en- 
tendre avec les bérodiens. Hérode était brouillé avec les parti- 
sans de Jean-Baptiste, dont les affiliés de Jésus formaient la 
branche jeune, ils espéraient donc le compromettre devant le 
roi aussi bien que son prédécesseur. Tout le récit est main- 
tenant intelligible dans la rédaction de Marc. 

Dans la version de Matthieu (xii, 9*1 i), la question ae borne 
à savoir s'il est permis de faire du bien le jour du sabbat et 
prend une tournure anecdotique : Vous faites bien remonter du 
puits votre mouton s*il est tombé dedans ; un homme vaut plu» 
qu'un mouton; il en résulte qu'on peut faire du bien ce jour- 
là, même pour soulager une légère souffrance. Le texte de 
Matthieu ajoute que les pharisiens complotaient sa perte aus* 
sitôt apriis, bien que la divergence d'opinions tourne purement 
auteur d'une question plus ou moins casuistique. La chose se 
comprend quand on s'aperçoit que cet auteur plafee cette gué* 
rison et l'affaire des épis dans le même sabbat, et que, dans 
la première affaire, il fait tenir à Jésus en plus cette parole 
(iiiX., XII, 5-8) : a Ou n avez- vous point lu dans la loi que les 
prêtres, aux jours de sabbat, violent le sabbat dans le temple 
et ne sont pas néanmoins coupables? Or, je vous déclare qu'il 
y a ici quelqu'un plus grand que le temple. Si vous savies 
bien ce que veut dire : J'aime mieux la miséricorde que le sa- 
crifice, vous n'auriez pas condamné les innocents. ]» Ce dornier 
verset cadre convenablement avec le sujet du récit et répond 
d'ailleurs à la recommandation souvent répétée par lea da- 
teurs talmudiques de pencher vers l'excuse plutôt que vers 

Taccusalion (mgt 5^3^ tJlN ^D p 'in)> ^^^^ î^ d^w 
versets précédents appartiennent évidemment au récit de la 
guérison (ibid,, \%), Jésus rappelle que le rituel du temple 



NOTES AVANGiLIQUES fiS 

pesiëde une autorité supérieure 6 celle du sabb&t, et esmme 
luî-mAme, en sa qualité de ■ Fila de Dieu >, est plue grand que 
le temple, il peut, à plus Torte raison, faire reculer la rigueur 
sabbatique pour eiïeotuer des guérisons. Cette double affirma- 
tion, proclamée coup sur coup le même jour, savoir, la supré- 
matie du a Fils de l'homme » sur le sabbat et sur le temple, 
n'était pas de nature à gagner les sympathies des gardiens 
fidèles du monothéisme biblique. Leur trouble a été augmenté 
par Teipreasion énigmatique « Fils de l'homme », dans laquelle 
ils ne soupçonnaient plue rien qui fût acceptable k leur point 
de «ue. ^ 

€ar l'obscurité qui voilait le véritable sens de cette épithète 
è rinteltigenee des hommes, et même de ses propres disciples, 
n'a jamais existé pour deux catégories d'êtres supérieurs : les 
anges et les démons. Ces êtres savaient d'instinct la nature 
divine de Jésus, mais tandis que les anges restaient silencieux 
el que le Saint-Esprit n'a proclamé que deux fois l'épithète 
esseï ambigufi de ■ Fils bien-aimé >, les démons avaient dé- 
voilé le secret dés leur premier contact avec Jésus. 

Haro, I, 33. < Or il se trouva dans la synagogue un homme 
pttuédé d'un esprit impur, qui s' écria, 

• 81. disant : Qu'y a-t-ll entre nous et toi, Jésus de Naza- 
reth? Be-tu venu pour nous perdre? Je sais qui tu es : tu es 
le Saint de IMeu. 

« S5. Hais Jésus, lui parlant avec menaces, lui dit : Tais- 
toi et sors de cet homme. 

« iO. Alors l'esprit impur, l'agitant avec de violentes oon- 
vulsions, et jetant un grand cri, sortit de lui. 

« 27. Tous en furent si surpris qu'ils se demandaient les 
uns aux autres : Qu'est-ce que ceci? et quelle est cette nou- 
velle doctrine? Il commande avec puissance (= autorité ; xscr' 
({ouvi'av, 1» pttettate = xmDS» "'*" " *^®*^ empire ») même 
aux esprits impurs, et ils lui obéissent. > 

L^esprit malin a bien commencé : il sait qu'il a devant lui 
le divin Maître qui est venu dtitruire l'empire du mal, et il lui 
accorde en tremblant le titre de c Saint de Dieu » ; il aurait 
été beaneoup plus explicite, s'il avait pu continuer ses exclama- 
tions, mais Jésus eoupc court à. toute autre révélation inoppor- 



Ïi4 REVUE SÉMITIQUE 

tune par des menaces qui latterrent, et il se tait. Les assistants 
stupéfaits se demandent quel est ce nouveau procédé d'exor- 
cisme qui se montre aussi infaillible et Tattribuent à la grande 
piété de l'opérateur. Ils ne pouvaient pas comprendre aatre 
chose dans la qualification <c Saint de Dieu i> échappée au 
démon. | 

Des mesures de précaution sont immédiatement prises par 
Jésus contre les divulgations intempestives. Dans la maison de 
Simon et d* André il guérit diverses maladies et chasse plu- 
sieurs démons, mais il ne leur permet pas de dire qu'ils le con- 
naissaient (t^f^., 34). Il va même jusqu'à défendre la promul- 
gation des guérisons (ibid. , 42), mais la. renommée a un ressort 
invisible et se moque de Tennui qu'elle cause à son héros. 

En effet, à une prochaine occasion, les démons, incorrigibles 
comme tous les bavards; laissent échapper le secret et Texpri- 
ment par le terme propre qui ne donne lieu à aucune équi- 
voque. / 

IdarCy m, 7. a Jésus se retira avec ses disciples vers la 
mer, où une grande multitude de peuple le suivit, de Galilée 
et de Judée, 

« 8. de Jérusalem, de Tldumée et d'au delà le Jourdain; 
et ceux des environs de Tyr et de Sidon^ ayant entendu parler 
des choses qu'il faisait, vinrent en grand nombre le trouver. 

m 9. Et il dit à ses disciples qu'ils lui tinssent là une barque, 
afin qu'elle lui servit pour n'être pas accablé par la foule du 
peuple. 

a 10. Car comme il en guérissait beaucoup, tous ceux qui 
étaient affligés de quelque mal se jetaient sur lui pour le tou- 
cher. 

c 1 1 . Et quand les esprits impurs le voyaient, ils se pros- 
ternaient devant lui en criant : 

€ 1 2. c Tu es le Fils de Dieu » ; mais il leur défendait avec 
de grandes menaces de le découvrir. > 

« De le découvrir » est une façon de parler : tout était dé- 
couvert ; les gens venus de toutes les régions de la Palestine 
ont entendu proclamer par les démons vaincus que Jésus était 
le Fils de Dieu et non pas seulement le (c Saint de Dieu >. Sa 
nature divine brille maintenant dans tout son éclat devant le 



NOTES É Y ANGÉLIQUES 145 

monde étonné, mais ravi de le posséder, car sa présence inau- 
gure la destruction de la puissance de Satan et l'entrée dans le 
royaume des cieux^ où les indicibles tribulations et souffrances 
des justes se changeront en félicité éternelle. Pour que cette 
espérance s'acomplisse dans un avenir prochain, il faut seule- 
ment que cette grande révélation soit acceptée par les hommes 
avec une foi d*enfant qui ne laisse place à aucune ombre de 
doute (ibid.^ x, 15), carie moindre scepticisme dans la divi- 
nité du Sauveur fait prolonger le pouvoir de Satan et retarder 
le développement de cet heureux début qui, semblable à la 
bonne semence, est destiné à fournir une si riche moisson 
(iWd., IV, 8). 

La dernière hésitation des assistants a dû s'évanouir pendant 
la scène relative au possédé de Gadara' (v, 1-2). Fou furieux 
hurlant dans les cimetières et lançant des pierres contre qui- 
conque voulait l'approcher, en voyant Jésus de loin il courut à 
lui et l'adora. Puis en jetant un grand cri, il lui dit : Qu'y a-t-il 
entre loi et moi, Jésus, Fils du Dieu très haut? (uîè rov Oeoû 
Toû v^iarov) ; je te conjure par Dieu (non t par le nom de Dieu >) 
de ne point me tourmenter, car Jésus lui disait : «Esprit im- 
pur, sors de cet homme. » Grâce à sa soumission si prompte 
et si humble, le démon, qui était entouré de toute une légion de 
ses congénères, obtint le privilège de s'installer avec les siens 
dans les pourceaux qui paissaient près du lac et dont la triste 
fin est racontée par les trois synoptiques'. Le démon de Ga- 
dara a tout dit dans l'épithète suprême : < Fils du Dieu très 
haut t (= rnà:} «nbNT nna = héb. p^^j^ '»7X p), il n'y a 
plus rien à ajouter; aussi cet épisode est-il le dernier de ceux 
où la loquacité des démons soit mise en scène parles narrateurs. 

Malgré le grand éclat de cet exorcisme si mouvementé et de 
cette révélation si claire, les évangélistes s'accordent à recon- 
naître que les témoins no se sont pas mis au diapason de la 
confession enthousiaste manifestée par les démons; ils étaient 
fortement étonnés, mais pas un seul d'entre eux n'a fait acte 

t. Marc, v, 1-20. Matthieu, vill, 28, donnant satisfaction à la prescrip- 
tion légale exigeant deux témoins au minimum, double le nombre des 
possédé», mais omet la défense de divulgation. Luc ncylige le scrupule 
légal, et, sauf quelques variantes, suit la version de Marc. 

mVOI ItMITiÛlII i(* 



146 REVUB SÉMITIQUE 

d'adoration {ibid., 20), et leur aveuglement était tel qu'ils se 
sont même abstenus de réciter une eulogie en l'honneur de 
Dieu comme Pavaient fait les témoins de la guérison du para- 
lytique rapportée plus haut. Le fait s'explique par la discus- 
sion engagée entre Jésus et les scribes venus de Jérusalem 
quelque temps auparavant et qui est rapportée ainsi qu'il suit 
(iWi/., m, 22-30): 

Marc, m, 22. « Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem 
disaient : Il est possédé de Be^'elzebub (G. Bse^CeSouX), et c'est 
par le prince des démons qu'il chasse les démons. 

m 23. Mais Jésus, les ayant appelés auprès de lui, leur 
disait en parabole : Gomment Satan peut-il chasser Satan? 

c( 2i. Si un royaume est divisé contre lui-même, il est im- 
possible que ce royaume subsiste ; 

€ 25. Et si une maison est divisée contre elle-même, il est 
impossible que cette maison subsiste. 

c 26. Si donc Satan se soulève contre lui-même, le voilà 
divisé, et il est impossible qu'il subsiste, mais il faut que sa 
puissance prenne fin. 

ic 27. Nul ne peut entrer dans la maison du fort et piller ce 
qu'il possède, si auparavant il ne lie le fort, pour pouvoir en- 
suite piller sa maison. 

c 28. Je vous dis, en vérité, que tous les péchés que les 
enfants des hommes auront commis, et tous les blasphèmes 
qu'ils auront proférés leur seront remis, 

ce 29. mais si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, il 
n'en recevra jamais le pardon, et il sera coupable d'un péché 
éternel. 

« 30. il leur dit ceci sur ce qu'ils l'accusaient d'être pos- 
sédé de l'Esprit impur. » 

En principe l'argumentation de Jésus est d'une logique 
irrésistible. Elle se compose de deux équations : 1) A — A=0; 
2)A>B^=B<A. Seulement, dans la vie réelle, les choses ne se 
passent pas toujours avec cette rigueur mathématique. D'abord 
un gouvernement absolu est souvent sujet à envoyer des ordres 
et des contre-ordres très nuisibles à la prospérité de l'état. 
Puis, un état et même une famille peut contenir des partis 
adverses et des frères ennemis sans que Tautorité du chef en 



N0TB8 ÉVANGÉLIQUES 147 

soit amoindrie. £nrin, il faut tenir compte de la ruse que les 
partis emploient à Tégard Ton de l'autre et qui leur com- 
mande de se faire des concessions mutuelles et de pactiser pour 
un temps afin de mieux arriver à leur but. Les scribes, plus 
initiés à la politique mondaine que le jeune Galiléen, n*ont 
certainement pas manqué de penser à ces éventualités et sont 
demeurés dans rintransigeance. Jésus lui-même n'a pas tardé 
i reconnal.tre la valeur de ces complications sooiales, puis- 
qu'il a immédiatement repris le moyen religieux par excel- 
lence en annonçant la gravité du blasphème qu'ils commettaient 
envers le Saint-Esprit en le soupçonnant d'ôtre possédé d'un 
esprit impur, Jésus fait indubitablement allusion à la descente 
du Saint-Esprit sur lui sous forme de colombe dans la scène 
du baptême {ibid,^ i, 10-11), malheureusement, les scribes 
ignoraient absolument cet incident. et ne pouvaient comprendre 
le sens précis de l'expression c blasphémer contre le Saint-Es- 
prit ». La dis*:u88ion n'a donc pas donné de résultat. D'après la 
tradition évangélique, le malentendu était voulu par le Maître 
qui ne parlait clairement que lorsqu'il était seul avec ses^'^dis- 
ciples. Le logion suivant est très caractéristique à cet égard : 

(Ibid.^ IV, 10.) a Lorsqu'il fut en particulier, les douze qui le 
suivaient lui demandèrent le sens de cette parabole. 

<K 1 1 . Et il leur dit : Pour vous, il vous est donné de con- 
naître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui 
sont dehors, tout se passe en paraboles ; 

<c 1 2« afin que, voyant, ils voient et ne voient pas, et que, 
écoulant, ils écoutent et ne comprennent pas, de peur qu'ils ne 
viennent & se convertir et que leurs péchés ne leur soient par- 
donnés. » 

Ce motif est une adaptation très réfléchie dlsale, vi, 9-10. 
Isale reçoit la mission d'annoncer au peuple aux lévites im- 
pures (= blasphématoires envers Yahwé) son châtiment immi- 
nent et irrévocable. Il leur dit ironiquement : Regardez (les 
indices précurseurs de la catastrophe) sans voir et écoutez (Pan- 
nonciation) sans entendre, de peur que vous ne veniez à vous 
convertir et que votre guérison ne soit réalisée (= que votre 
puissance nationale ne soit rétablie). Sur la demande dû pro- 
phète : € Seigneur, jusques à quand (durera cette obstination 



148 REVUE SÉMITIQUE 

dans la rébellion) ? » Yahwé, répond : c Jusqu'à ce que les 
villes et les maisons soient privées de leurs habitants, et le sol 
de toute culture, etc. » {ibid. , 4 1 -12). Dans la théorie évangé- 
lique, Taveuglement des adversaires du Fils de Dieu appartient 
au plan fondamental du royaume des cieux, qui est exclusive- 
ment réservé à ceux qui professent avec une sincérité sans mé- 
lange Torigine divine du Maître. Prétendre que celui-ci est 
possédé d'un esprit impur, c'est proférer un blasphème contre 
le Saint-Esprit, qui Ta consacré Fils de Dieu et le remplit 
depuis le baptême. Cet acte est incomparablement plus abo- 
minable que n'importe quel autre péché ou blasphème défendu 
par la loi et qui peut être pardonné ; le blasphème à l'adresse 
du Saint-Esprit est irrémissible. 

J'ajoute une observation. L'homogénéité serrée de la dis- 
cussion en cause selon le récit de Marc est enrichie d'additions 
chez les deux autres évangétistes. Matthieu (xii) intercale 
entre les versets 26 et 29 indissolublement liés Tun à l'autre par 
le contexte, les phrases : oc Et si c'est par Béelzebub que je 
chasse les démons, par qui vos enfants les chasseront-ils? 
C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Si je chasse les 
démons par l'Esprit de Dieu, le Royaume de Dieu est donc 
parvenu jusqu'à vous» (v. 27-28). Entre les versets bien unis 
29 et 31, on lit de même la phrase hétérogène: c Celui qui 
n'est point avec moi est contre moi, et celui qui n'amasse point 
avec moi, dissipe. » Le verset 21 conviendrait tout au plus à 
l'époque qui précéda l'envoi des apôtres (chap. x); le verset 28 
a trait au royaume des cieux dont il n'est pas question dans 
l'objection des scribes ; le verset 30, enfin, contient une sen- 
tence contredite par ailleurs (Marc, ix, 40). Point à noter, Mat- 
thieu double la phrase relative au blasphème et étend la rémis- 
sion des péchés même à celui qui aurait parlé contre le <t Fils 
deThomme», évidemment parce que la forme corporelle de 
celui-ci peut excuser l'erreur, mais l'attaque à l'Esprit ne 
mérite aucune indulgence. L'addition qui suit (33-37) porte 
également un caractère sapientiel, mais peut néanmoins être 
authentique \ 

1. Sur l'existence séparée d'un recueiljde logia et dé sentences attri- 



NOTES ÉV ANGÉLIQUES 149 

La rédaction de Luc est eiUiërement décousue ; la distinction 
entre les péchés est omise, mais l'addition finale, très différente 
de celle qu'on lit chez Matthieu, nous fournit cet intéressant 
renseignement démonologique (Luc, xi, 2i-26) : « Lorsque 
Tesprit impur est sorti d'un homme, il s'en va par les lieux 
arides, cherchant du repos, et comme il n'en trouve point, il 
dit: Je retournerai dans ma maison d'où je suis sortie Et y 
venant, il la trouve nettoyée et parée. Alors il s'en va prendre 
avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant 
duns cette maison, ils en font leur demeure et le dernier état 
de cet homme devient pire que le premier. » Outre l'enviable 
solidarité entre les démons de tous les tempéraments, notre 
attention est attirée sur la désignation du corps humain par le 
terme c maison », terme qui n^est jamais mis dans la bouche 
de Jésus avec ce sens, mais qui est des plus fréquents dans 
les écrits de l'apôtre l^aul. 

De tout ce qui précède, on voit clairement que le sens mis par 
Jésus dans l'attribut a Fils de l'homme » est longtemps resté 
inconnu non seulement de ses nombreux auditeurs, mais de 
ses disciples eux-mêmes. Le moment arriva enfin où la clarté 
se fit dans tous îles esprits. Elle ne fut cependant révélée 
qu'après que celte épithète eut été greffée sur Tidée messianique 
et fruclifiéeparelle/En faisant une tournée dans les villages de 
Gésarée de Philippe, Jésus demanda aux disciples : Que dit-on 
que je suis ? Ils lui répondirent : Les uns disent que tu es Jean- 
Baptiste; les autres, Êlie; lesautres, un des prophètes. Mais 
vous, leur dit-il alors, que dites-vous que je suis? Pierre lui 
répondit : Tu es le Christ, c'est-à-dire le Messie. Et il leur 
défendit avec menace de le dire à personne (Marc, vki, 2^- 
30). On remarquera que cette défense, analogue à toutes 
celles qui furent faites aux malades guéris et aux esprits chas- 
sés, implique l'admission par Jésus des qualifications qui lui 
sont décernées. Ici de même sa qualité de Messie est tacite- 
ment acceptée, et Pierre a le mérite de l'avoir devinée et 

hués à Jésus, voyez mes mémoires intitulés Tobit et Akhiakar et Uépi- 
sodé do /a femme adultère. 

1. Evidemment parce que toutes les places sont déjà prises par d'au- 
tres démons (Apocalypse, J^Vili, 2, tiré d'Isaie, xxxtv, 14). 



à 



180 KKVCK SÉMITIQUE 

proclamée le premier. Cependant la joie de Tapôtre ne dara 
que peu de temps, car, à sa grande suiprise, Jésus leur déclara 
qu'il fallait que le Fils de Thomme souffrit beaucoup, qu*il 
fût rejeté par les sénateurs, par les princes des prêtres et par 
les scribes, qu'il fût mis à mort, et qu*il ressuscitât trois jours 
après. Pierre fût rudement grondé parce qu'il osa contrecarrer 
ce dessein par amitié pour le Maître. La mort du Fils de Thommc 
est la condition même du royaume des cieux, et ceux r{ui ne 
sont pas prêts à sacrifier leur vie dans ce but ne pourront par- 
ticiper aux félicités messianiques lors de son retour sur ta terre, 
où il apparaîtra dans la gloire de son père et sera accompagné 
des saints anges {ibid.^ 31 -37). Hftton8*nous d'ajouter que leur 
nouvelle perplexité disparut pendant la scène de la transfigu- 
ration qui eut lieu six jours après (iUd., ix, 1-9). Gr&ce à la 
voix céleste appelant Jésus « mon fils bien -aimé », la divinité du 
Mallre n'était plus contestable, mais Tembarras des disciples se 
porta alors sur un nouveau sujet : 

Lorsqu'ils descendaient la montagne, il leur conmianda 
de ne parler à personne de ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce 
que (le Fils de l'homme) fût ressuscité d'entre les morts. 

Et ils tinrent la chose secrète, s'entre-demandant ce qu'il 
voulait dire par ce mot : a Jusqu'à ce que (le Fils de Thomme) 
fût ressuscité d'entre les morts. > 

Je ne crois pas qu'on puisse imaginer que les disciples 
n'aient jamais entendu parler de la résurrection des mortB. 
C'était un dogme pharisien et national qui n'a été comb^tu 
que par la secte peu nombreuse des sadducéens. Cette polé- 
mique même a dû contribuer à le faire connaître par If's 
hommes de toutes les classes de la population. L'incertitude n'a 
pu concerner que son application particulière à la personne du 
Maftre. Leur esprit simpliste de gens de la campagne ne pou- 
vait se faire à l'idée qu'un être divin meure sérieusement et 
ait besoin d'une résurrection réelle pour revenir di^nsce monde. 
Ils auraient compris la disparition temporaire conome celle 
du prophète Élie ou tout au plus un réveil après une mort 
apparente, comme le soutenait plus tard la secte des docètes, 
mais ce une résurrection d'entre les morts » leur semblait in- 
compatible non seulement avec le sens comvnuOi mais aus$i 



NOTES KV ANGÉLIQUES 151 

avec les passages d'Isaïe qui prévoient les souffranoea du 
Messie. Celui-ci est tué et enterré comme un malfaiteur, mais 
cela n'est qu'une illusion passagère des sens, puisqu'il est 
aussitôt relevé et destiné à procréer une nombreuse famille et 
vivre longtemps au milieu des siens (Isaîe, un, 1 0). Dans la 
suite, le Maître fixa à trois jours Tespace entre sa mort et sa 
résurrection (Marc, ix, 31)^ mais les disciples n'en furent pas 
plus éclairés et durent se résigner à croire au mystère, ne vou* 
tant pas l'importuner par leurs questions {ibid.^ 33). 

LeMattre profita d*ailleursd'une nouvelle occasion pour laisser 
ses auditeurs sous le coup de la même perplexité. 4 Jésus, en* 
seignant dans le temple, leur dit : Gomment les scribes disent- 
ils que le Christ est le fils de David, puisque David lui*-méme 
a dit par le Saint-Esprit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : 
Assieds->toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit tes ennemis 
à te servir de marchepied ? Puis donc que David l'appelle lui- 
même (son) Seigneur, comment est^il soa fils^? » La valeur de 
l'argument mise à part, la divinité du Fils de Phomme-Messie 
est clairement enseignée et elle est aussi maintenue jusqu'à la 
finderévangile(tWd.,xin,24-27;30-31;xiv,î1,41,62).Nous 
citerons textuellement les passages les plus importants qui 
s'échelonnent avec une netteté mathématique : 

Vers la fin du siècle, Jésus réapparaîtra triomphalement au 
milieu de se» disciples abattus par les souffrances : 

a Mais dans ces jours-là et après cette affliction, le soleil 
s'obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles 
tomberont du ciel et les puissances qui sont dans les cieux 
seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme qui viendra 
sur les nuées avec une grande puissance et une grande 
gloire. Et il enverra ses anges pour rassembler ses élus des 
quatre coins du monde, depuis l'extrémité de la terre jusqu'à 
l'extrémité du ciel.. . Je vous dis en vérité, que cette génération 
ne passera point que ces choses ne soient accomplies. Le ciel 
et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point*. » 

Le retour du prophète Élie identifié avec Jean-Baptiste 
s'est effectué, et pour cause, tout autrement. 

1. Maro, XXII, 35*37; MaUhieu, xxii, 41-45; Luc, xx, 4i-44. 

2. Marc, xiil, 24-31 ; Matthieu, xxiv, 29-35; Luc, xxi, 25-27, 32-33. 



158 REVUE SEMITIQUE 

Enfin, rheure la plus solennelle vint de sonner. Les juges de 
Jésus repoussèrent les témoignages à charge, les ayant trouvés 
contradictoires. Pour pouvoir Tacquitter en due forme, il ne 
manquait que la dénégation de Taccusé. c Alors le grand prêtre, 
se levant au milieu de rassemblée, interrogea Jésus et lui dit : 
Tu ne réponds rien à ce que ceux-ci déposent contre loi ? Mais 
Jésus demeurait dans le silence, et il ne répondait rien. Le grand 
prêtre Tinterrogea encore et (lui) dit : Es-tu le Christ, le Fils 
du Béni (= le Fils de Dieu)? Jésus lui répondit : Je le suis; et 
vous verrez (un jour) le Fils de Thomme assis à la droite de la 
majesté de Dieu et venant sur lesnuéesdu ciel. Aussitôt le grand 
prêtre, déchirant ses vêtements, (leur) dit : Qu*avons-nous plus 
besoin de témoins? vous venez d'entendre le blasphème \ etc. > 

Par ce a Je le suis >, prononcé par le martyr volontaire au 
milieu du plus haut tribunal de Jérusalem, le monothéisme du 
Décalogue reçut une déchirure plus difficile à coudre que celle 
qjii, d'après une légende non accueillie par Marc, se fit quelques 
heures plus tard dans le voile du temple (Matthieu, xxvii, 51; 
Luc, XXIII, 45). Une conciliation de la nouvelle secte avec la 
religion mère devint désormais impossible. 

Notre examen se termine ici ; tirons-en les conséquences : 

1^ Le € moi u a, dans tous les logia de Jésus, une acception 
surhumaine et divine comparable à VAni Yahwi des pro- 
phètes et du Pentateuque, surtout avec la nuance de législa- 
teur suprême. 

t"* L'expression a Fils de l'homme d paraphrase au début le 
€ moi » divin incarné dans un corps humain ; il équivaut com- 
plètement à l'épithète directe et littérale : «Fils de Dieu >, que 
Jésus, tout en l'acceptant volontiers de la bouche des autres, 

1. Marc, XIV, 55-64. Cette version originale attribue aux juges une 
tendance hostile à Tégard de Jésus, mais reconnaît néanmoins qu'ils ont 
fait une enquête impartiale pai: rapport à la sincérité des témoins à 
charge. Matthieu, xxvi, 59-65, outre quelques légères variantes, a encore 
celle-ci : « Le grand prêtre dit à Jésus : Je t'adjure, par le Dieu vivant, 
de dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu? Jésus lui répondit : Tu l'as 
dit, etc. » Dans Luc, xxii, 63-71^ Jésus est déjà maltraité avant d*arriver 
au tribunal, l'interrogatoire est fait par toute rassemblée et la réponse 
porte : « Vous le dites, je le suis », combinaison des deux versions pré- 
cédentes. 



NOTES ÉVANGÉLIQUES 153 

n'applique à lui-même qu'en présence de ses juges dans le 
but d*étre condamné à mort. 

3"" Le sermon de la montagne (ou de la vallée) est un recueil 
de logia et de sentences compilées à une époque où la divinrté 
de Jésus, préchée par Paul aux pagano-chrétiens, fut défini- 
tivement acceptée par l'Église. H est même postérieur à la 
composition de l'évangile de Marc, qui ne fournit qu'une partie 
minime de ces logia, et encore dans un état très dispersé. 

II 

DIFFERENT TRAITEMENT DES PHARISIENS ET DES SADDUCÉBNS 

— UN PROPHÈTE SADDUCÉBN 

Les évangélistes constatent l'existence de deux sectes in- 
fluentes à Jérusalem, le^ pharisiens et les sadducéens; les pre- 
miers admettaient des traditions orales attribuées aux anciens, 
les seconds ne reconnaissaient d'autre autorité que la loi écrite, 
ce qui les conduisait à nier la résurrection des morts et l'exis- 
tence des anges et des esprits, au moins comme entités perma- 
nentes et douées du libre arbitre. La masse du peuple n'était 
d'aucune secte, mais se laissait plus volontiers diriger par 
les pharisiens à cause de leur réputation de piété, de leur 
jurisprudence plus douce dans la répression des fautes, et enfin 
à cause de leurs doctrines eschatologiques. A l'appel de péni- 
tence fait par Jean-Baptiste, accourut une foule composée de 
toutes les classes du peuple. Les pharisiens et les sadducéens 
reçurent également le baptême et supportèrent avec humilité 
la dure réprimande qui leur fut administrée par le Baptiste ; 
ils voulurent se préparer sérieusement à l'arrivée du royaume 
des deux ou l'époque messianique, que Jean-Baptiste déclara 
être proche. Par contre, la mission de Jésus se passa dans des 
conditions toutes différentes. Dès son premier enseignement 
dans la synagogue de Gapharnaûm, il inaugura une méthode 
opposée à celle des scribes. Ceux-ci avaient l'habitude d'ap- 
puyer leur dire par un passage biblique ou par une tradition , 
Jésus parla en son propre nom. Â l'enseignement personnel se 
joignit bientôt une nouvelle méthode d'exorcisme, consistant 



154 REVUE SÉMITIQUE 

à chaaaer les démons par ordre personnel, tandis les scribes 
accomplissaient celte tâche au moyen d'une adjuration par le 
nom divin. Enfin, sans qu'on sût jamais la cause exacte, les 
pharisiens furent exposés h des attaques incessantes et d*une 
violence telle que les auditeurs les plus sympathiques au Maître 
devaient en être scandalisés. Notons que ces attaques ne concer- 
naient jamais le système ni les moyens d'action qu'ils mettaient 
en pratique pour le consolider; ce système et ces pratiques 
furent au contraire chaudement recommandés (Matthieu, xxui, 
2-3y, ce sont les affiliés à cette secte qui furent constamment 
blessés dans leur dignité personnelle. On les traita comme un 
ramassis de voleurs et d'hypocrites, qui ne prient et ne jeùuenl 
que pour s'attirer les éloges du public. On les accusa de recher- 
cher les premières places dans les réunions et les banquets*, 
tandis que, dans des occasions analogues, on vit le Matlre se 
plaçant au premier rang sans la moindre hésitation. En voyage 
il fut enjoint aux disciples de se faire nourrir dans nMniporte quelle 
maison à leur choix sans même attendre qu'on les eût invités', ot 
cette manière d'agir a un précédent dans celle du Maître lui* 
mème\ Jamais, au grand jamais, les scribes 9t les phari* 
siens ne se sont imposés avec une pareille imporlunité. Pour 
excuser les disciples qui négligeaient le rite traditionnel de se 
laver les mains avant de prendre le repas, au lieu de combattre 
la prétendue traditiou, il est fait une attaque h fond contre une 
décision pharisienne faisant prédominer la rigueur du serment 
aux dépens du commandeuient du DécaloRue d'honorer ses 
parents. Et tout cela pour dire aux pharisiens: « Vous êtes en- 
core pires, puisque vous transgresser le commandement de Dieu 
pour l'amour de la tradition *. • Or, cette apostrophe est d'au- 

1. Matthieu, xxill, 1-39; Luc, xx, \h. Marc n'a de ce discours quç fort 
peu d'éléments (xii, 38-40). 

2. Marc, vi, iO-il ; Matthieu, x, 11-15; Luc, x. 5-7. 

3. Marc, ii, 13-15; Matthieu, ix, 9-!0; Luc, v, 27-29. Cf. auni U 
saisie de l'ànesse pour entrer dans Jérusalem (Marc, xi, i"*6). Matlbie» 
(xxi, 1-7) ^oute un ànon en vue de Zi^charie (IX» 9). Luc (Xix, S8<-3^K 
trouvivnt l'ànesse inutile, n'a plus que l'ànon. 

4. Marc, vil, 9-13; Matihieq, vu, 1-13; Luc (xi, 38-41) donne à la 
réponse de Jésus une tournure en partie différente, mais tout aussi per- 
sonnelle, à l'égard des pharisiens, auxquels l'hôte lui-même était affilié. 



NOTES ÉVAN6ÉLIQUBS 155 

tant plus stupéflaiite qu'elle vient de la part d'un homme qui 
n'a jamais abordé sa mère que par i'épithëte équivoque de 
c femme^ » , et qui n*a même pas daigné se lever de son siège 
pour aller dire un mot k sa mère et à ses frères qui l'attendaient 
à ia porte ; et cette contravention audit commandement de la 
loi est encore aggravée par la réponse faite au messager : c Qui 
est ma mère et qui sont mes frères'? » Un principe encore plus 
rigoureux est imposé aux fidèles : « Celui qui aime son père ou sa 
mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime 
son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi. Celui 
qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de 
moi; celui qui conserve sa vie (h, mon préjudice) la perdra, et 
celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi la retrouvera'. » 
Le plus typique à cet égard est le passage suivant : c II dit à 
un autre (homme) suivez-moi et celui-ci lui répond : Seigneur, 
permets-moi d'aller auparavant ensevelir mon père. Jésus lui 
réplique : Laisse aux morts (=s?aux condamnés à la mort éter^ 
nelle dans le royaume des deux) le (soin d')ensevolir leurs 
morts; mais toi, va annoncer le royaume de Dieu *. » Cette façon 
d'agir, qui se résuma dans ces mots : a tout pour moi, rien pour 
Ion autres», était l'originalité même de la nouvelle foi et la con- 
dition vitale de sa propagation ; personne ne le méconnatt, mais le 
lecteur sérieux reconnaîtra également que l'animosité des pha* 
risiensn'avaitpasbesoin d'une mauvaise volonté particulière pour 
devenir un parti d'opposition inconciliable. L'historien impartial 
ira encore plus loin et découvrira sans grands efforts que tous 
ces récits seraient inimaginables s'ils n'avaient pas pour base 
le dogme intangible de la divinité de Jésus et de son rôle de 
victime expiatoire pour ceux qui croient en lui, quand même 
ils ne seraient pas d'origine juive et à l'exclusion de ceux de 

1. « Jésus lui répondit : Femme, qu*y a-t-il de commun entre toi et 
moi? » (Jean, ii, 4). 

2. Marc, m, 31-35; Matthieu, xn, 46-50; Luc, vin, 19-21, y a intro- 
duit des atténuations fort instructives. 

3. Matthieu, x, 37 ; Luc, xiv, 26, parle môme de c haïr » son père et 
sa mère, etc. Le passage Exode, xxxii, 27-V>9 (of. Deutéronome, xxxiii. 
9), pris dans un sens littéral et généralisé, en forme le point de départ 

dotmatiquo. 

4. MatUiieu, vill, 21-22; Luc, ix, r»9B60, suivis d'addjtions. 



156 RKYUB SÉMITIQUE 

cette dernière origine qui renient sa divinité et sa mission. 
Comnfie cette barrière n'a été franchie que par suite du succès 
obtenu par Paul auprès des païens de naissance, il s'ensuit 
que non seulement l'immense majorité des récits évangéliques 
est postérieure à la mort de Tapôtre des gentils (l'an 66), mais 
que même celles des données synoptiques qui semblent favo- 
rables à la loi et au peuple juif, comme les logia relatifs à Tin- 
tangibilité de la Loi, voire des apex de ses lettres', ne remontent 
pas davantage à des témoins contemporains de Jésus, comme 
je l'ai cru jusqu'à ce jour avec la plupart des critiques modernes. 
G*est l'exégèse orthodoxe qui a vu juste : La valeur des an- 
ciens commandements s'arrête à la mort du Christ et la Bible 
tout entière n'est que Tombre qui ne sert qu'à attester l'existence 
des objets réels. L'annonce que Jésus avait reçu sa mission 
dans l'intérêt exclusif des juifs' n'est là que pour relever avec 
plus de force Tenlêtement incorrigible de ces anciens frères 
selon la chair, et leur rejet jusqu'à la consommation des siècles 
où ils finiront par se convertir*. Les prophètes avaient prévu 
que les païens feraient un jour amende honorable et se conver- 
tiraient à la religion de Yahwé. Les rôles sont maintenant chan- 
gés. Gomme, le vieux Gronos en face du jeune Zeus, Yahwé 
n'est plus qu'une ombre devant Jésus, son héritier et son rem- 
plaçant dans le gouvernement du monde. Le nouvel Hermès 
épuré, le Saint-Esprit, lui aussi, est uniquement attaché au 
service du Fils tout-puissant. La chute de Yahwé entratne celle 
de son peuple élu, et lorsque ce peuple, réduit au nombre in- 
signifiant de 144.000 ftmes, reviendra à Jésus entouré de ses 
innombrables fidèles gentils \ Yahwé pourra disparaître sans 
que l'ordre matériel et spirituel du monde en ressente la 
moindre commotion'. 



1. Matthieu, v, 17-20; Luc, xvi, 16-17. 

2. Matthieu, x, 5-6, est seul h la mentionner ; cf. Jean, iv, 9; Actes, 
I, 8. 

3. Romains, xi, 26. 

4. Apocalypse, vu, 1-17. 

5. De là à considérer Yahwé comme un esprit déchu et malfaisant, il 
n'y avait qu'un pas à faire, et ce pas fut réellement fait par le gnosticiame 
chrétien qui n'a pas tardé à surgir. 



NOTES ÉYANGÉLIQUES 157 

Cette aversion peu déguisée des évangélistes pour la nation 
juive tout entière, rendue responsable de lopposition particu- 
lière aux pliarisiens seuls, forme un curieux contraste avec le 
traitement si doux dont les sadducéens sont les bénéficiaires 
selon les récits des mêmes auteurs. Durant toute la période de 
son activité, le Maître galiléen ne fait entendre aucune pro* 
testation contre leur doctrine, qui est bien autrement contraire 
à la sienne. Aux yeux des sadducéens, la croyance à la puissance 
de Satan était une doctrine idolâtrique incompatible avec les 
déclarations formelles du Pentateuque et des prophètes. Ils 
niaient la possibilité des possessions démoniaques et par consé- 
quent celle de chasser les démons d'un corps humain. Ils 
rejetaient en outre les rémunérations eschatologiques et la 
croyance à la résurrection des morts, ainsi que tous les 
miracles postérieurs à ceux qui sont attribués à Moïse et 
aux prophètes nommés dans rÉcriture sainte et les considé- 
raient comme des jongleries ridicules*. Voilà la catégorie 
des mécréants qui, du temps de Jésus, occupaient les plus hautes 
places du sacerdoce et de la direction spirituelle à Jérusalem, 
et le Sanhédrin se composait presque exclusivement des 
gens de cette secte. On peut affirmer sans hésitation que les 
sadducéens tout puissants durent bien des fois être ennuyés, 
sinon alarmés de la doctrine enseignée par Jésus dans la cour 
du temple, beaucoup plus encore que les pharisiens, et qu'ils 
devaient désirer mettre bon ordre à ces troubles si Souvent 
renouvelés. Eh bien, les évangélistes non seulement se taisent 
sur les mauvais desseins des sadducéens à l'égard du Maître, 
mais en rapportant deux discussions, évidemment trop peu 
pour les circonstances, les adversaires se traitent avec une 
urbanité inaccoutumée. Une fois, les chefs des prêtres, les 
scribes et les sénateurs du peuple, presque tous sadducéens 
alors, lui ayant demandé par quel pouvoir il faisait les miracles, 
il évita la réponse en leur posant la même question relative- 
ment au baptême de Jean-Baptiste auquel les sadducéens 
s'étaient soumis tout aussi bien que les pharisiens (Marc, xi, 

1. Ils avaient aussi une conception différente du messianisme. Voyez 
mon mémoire intitulé : Traces d'Aggadot sadiicéennes dans le Talrnud 
(Revue des études Juives, 1884, p. 38-51)). 



158 RBYUE SÉMITIQUE 

27*33, et parallèles). A une autre occasion, les deux sec- 
taires ensemble lui demandent un signe du ciel : cette fois ta 
réprimande de J(^su8 est dure (Matthieu, xvi» 1-4), mais la 
version de Marc, plus originale, ne mentionne que les phari- 
siens (viii, 1 1 H 2). Une seule fois, les saddueéens lui adressent 
la question captieuse sur le choix que la femme mariée sept 
fois aura à faire entre ses maris à la résurrection des morts. 
Jésus, en leur annonçant la cessation des unions sexuelles 
dans la nouvelle vie, leur fait seulement le reproche d'être 
dans l'erreur faute de connaître les Écritures et la puissance 
de Dieu. Il faut dire que les saddueéens avaient été très polis à 
son égard en l'appelant « Maitre > (Marc, xii, 18-27, et pa- 
rallèles). Je ne me résignerai jamais à voir dans cette douceur 
extraordinaire envers les saddueéens le résultat d'un caprice 
irréfléchi de la part de Jésus. L'énigme se résout naturel- 
lement quand on admet que Tarchétype des évangiles synop- 
tiques fut rédigé assez près de la destruction de Jérusalem, 
lorsque les saddueéens avaient déjà beaucoup perdu de leur 
influence et étaient obligés de céder aux exigences des phari- 
siens. Alors il ne valait plus la peine de combattre des sectaires 
vaincus et l'on espérait plutôt les convertir à la nouvelle doc- 
trine par la persuasion et la douceur, en même temps que 
l'extrême rigueur déployée contre les pharisiens leur offrait 
une satisfaction que la nature humaine ne répudie jamais. 
Dans le quatrième évangile, les saddueéens sont tellement 
montés en grade que le grand prêtre de cette année, Caîphe, 
est gratifié du don de la prophétie, ayant prédit que Jésus 
mourrait pour le peuple (Jean, xi, 51). C'est un exemple ins- 
tructif de l'évolution des anciennes conceptions dans l'histoire 
religieuse du monde. J. HaléVY. 



La Découverte d'un critérium sumérien. 



Il y des gens qui ont vraiment de la chance, et parmi ces 
rares élus je m*empresse de ranger M. C. Fossey, qui vient de 
découvrir un critérium qui prouve péremptoirement l'existence 
de la langue sumérienne, conteolée par moi depuis vingt-huit 
ans. Contrairement au fondateurde l'antisumériâmey le modeste 
signataire de ces lignes, qui croyait que le sumérisme méritait 
rhonneur d*une discussion de 61 pages du Journal asiatique en 
i 874, M. Fossey, qui n'a jamais déchiffré ni interprété une seule 
ligne cunéiforme, entre fièrement en lice comme champion du 
sumérisme et écrase Tantisuméiisme par une notice de 1 pages 
qui vient de paraître dans les Comptes rendus de l'Académie 
des inscriptions et belles-lettres de 1901, sous le titre de La 
question sumérienne^ recherche (Tun critérium. Cette parci- 
monie de détails est largement compensée par une Cfindeur 
combative du meilleur ton. Après quelques passes d'armes 
superbes où les amis sont encore plus abîmés que les adver- 
saires, l'auteur révèle aux plus hautes autorités scientifiques 
de la France sa découverte d'un critère magique, irrésistible, 
au moyen duquel l'existence d'une langue sumérienne est 
assurée sans la moindre contestation possible. 

L'antisumérisme a subi sans faill