Google
This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying.
We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for
Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at |http: //books. google .com/l
Google
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl
I
i;
:l
REVUE SÉMITIQUE
D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
Paris. — Imprimerie G. Maurin, 71, rue de Rennes.
REVUE SÉMITIQUE
DÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRK ANCIENNE
RECUEIL TRIMESTRIEL
9« Année. — 1001.
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
dk l*école des langues orientales vivantes, etc.
28, Rue Bonaparte, 28
1901
, - r
v<'
■l
-1
REVUE SÉMITIQUE
D^ÉPIORAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
RECHERCHES BIBLIQUES
Influence da Code sacerdotal sur les prophètes.
RÉSUMÉ DES RECHERCHES PRÉCÉDENTES
Je suis arrivé au terme de mon enquête. Elle a été longue
et pénible bien au delà de notre première estimation; longue
parce que je me suis défendu de dédaigner la plus petite raison
qui puisse être invoquée pour la théorie que je combats ou
contre celle que je défends; pénible parce que ce n*esi pas
sans éprouver des regrets cuisants et souvent renouvelés qu'on
s*attaque à une doctrine triomphante dont les fondateurs et les
propagateurs forment non seulement une phalange de savants
éminents qu'on admire, mais encore un cercle exquis d'esprits
sympathiques dont la longue amitié constitue l'acquisition la
plus précieuse de ma vie. Cependant, si l'amour de la vérité
sans fard et sans réticence m'oblige à m'inscrire contre un
point de vue dont la fausseté me parait démontrée, je ne crois pas
qu'on puisse trouver au milieu des vivacités les plus aiguës une
seule expression qui soit entachée d'un caractère personnel . Cette
méthode d'entière franchise vis-à-vis du système et profon-
dément respectueuse pour ses auteurs nous guidera aussi dans
le résumé substantiel dont nous croyons utile de faire suivre
Texamen détaillé des diverses questions traitées jusqu'ici. Des
notes concises seront consacrées à un certain nombre de re-
marques qui n'ont pas été suffisamment relevées au cours des
BtVOI StMlTlQDB i
l REVUE SÉMITIQUE
inveatigationB précédentes. Ce résumé suivra l'ordre chronolo-
pquement ascendant des écrits analysés, dans les conditions
déterminées au début de ces études (p. 183).
I. — Emploi ^expressions particttliéres aux auteurs
• sacerdotaux du Tétrateuque.
Malacbias : nntt» (*. 1*; ^-t *". *5^; ung (il, 3; Ex.,
rax, U; L., IV, H ; ïlll, 16; xvl, 87; N., xix, 5);
aiSîm D"nn "• 'n^na (". 5; N., xxv, M-i3); "jx nue
in:on(". t3;N.,xvi, (5).
Zacharie: iignjth Britt' (Xll, 3; L., xxi, 5); ^2^ (xll,
IS-ii; Ex., XVI, 9; xxxvl, 16); ion- «s'abstenir de cer-
tains aliments • (vu, 3; N., VI, S, 3, 5, 6, tï).
Aggée: lyei. ■ cadavre » (II, 13; L., xxi, 1 ; xix, 28;
H., VI, 6; XIX, l3);pB3soB(i«ii.; N,, V, 8; IX, 6, 7, 9).
Isaïe II : îODi.ttn3 (XLIU, 3;G., X, 7); rno ^ICJN ('^''V'
14; N.,xill, 3ï);niffN (un, 10;L., vu, 1-7).
Ézéchiel : pipT (l, ti; G., 1, 6); onx nînD3 nvn («W .
Î6;G., IÎ6-«7);[jja...nwp,T(<W.,S8;G.,xi, 1Î-16);
T XW: ("". 5; Ex., VI, 8) ; pimi {ibid.; Ex., vi, 3); nni
(XX, 83; L.,xxvi, 33); ni3y yy (XX, 88;!,., xxill, 40);
oaitm mn -as (i", 37 ; l., xxvu, 32) ; oni» yix (xx,
38; G., XXVI, 7 ;xxvill, 4; xxxvil, 1 ; Ex., vi, 4); t:»-ip |o
iVianNbVl'j (""". 26; L., X, 10); -[SlDn 3113 l""'™!.
14; Ex., XXV. 19-20); nBttO (•Ud.; Ex., xxx, 22-33);
"[OTia ••• D'DH (iHd., 15 ; G., vi, 10: Bma pour
Trra): y^tr -WH rm vb: W (""-vu, 9; g., i, 21);
n'nWlixi.™, 10;G.,i,87-28);n-H(t..-nj (xlvh, 22;
L., XVII, 15 pasaim); pKH nX VlMTn (xLVlI, 13; N.,
XXXIII, 54); nbnj3 bfîS (xi-vil, 14; N., xxxiv, 2).
Jérémie : px ei':nn ("".2; N., xxxv, 33); QioBin nnx
(x, 8; G., I, 14); la-yon (". 24; L„ xxvi, 22); avn (x,
25; L., XXVI, 31 );, -in3D IDpn (xxxiii, 18;L.,ii, MO);
■n-n KT ("'"'"• 8-16;L., XXV, 1 0) ; lOBr^i rSsN Ss (".
3; L., XX, 14-16); rayirfrKOû (u, 7; I'-. 2S-30); inx
RECHERCHES BTBUQUB8 3
mrr» nna ('"^ i6; Ex., xxy, 21 ); tj^333 "^nwa ij^h <9;
Ex., IV, 22-23); ipi^a •• Dtt^J (v, 24; L., xxvi, 4).
Isaïel : ^^ -|Xtt^ nx nupb (x'» 1 1 ; Ex., xv, 17); jûBUf
pnVD (xi, 4; L., XIX, 15); nDlD .. mn> (xix, 24; G., xn,
25); b mtT jrmai (xix, 21 ; Ex., vi, 3); i^tn «'»;j (xxu, 1
G., xxii, 10); onn3 (xxni, 1 ; G., x, 4); nOB (xxxi, 5
Ex., XII, 12, 23, 27); «OD» «déclarer impur» (xxx, 22
L., xni, 8 pa88im);^)Q'^{ibid.; xxxvii, 17, 19; N., xvii,
3-4); ,-pt «rejeter, repousser» {ibid.; N,, xvii, 2); mSX
(xxx, 22; xxviii, 8 ; xxix, 5) ; -m, c femme raenstruée »
(Und.; L., xv, 33; xx, 18); d^D^ïH r\y2W IMi (^**»^m 26;
^•> it 3); jn Bnpnn W> ^ ^^ ^^^* ^^ ^^ saintement préparé
le sacrifice festival » {ibid., 29; Ex., xii, 13).
Michée : ^^y ^ISÛ (rv, 8; Genèse, xxxv, 21).
Osée: nXDn» « sacrifice de péché > (rv, 8; L., iv, 19 et
ss.); ijfBj, c cadavre » (ix, 4; L., xxi, 1 passim); nN mtt^
D^nbx (^"» 4; G., xxxn, 29); ni3 (xn, 13; G., xxvi, 43),
Âmos: rnVi^> «sacrifice de clôture de fête » (v, 21 ; L.,
xm, 36).
II. — Emploi d'expressions lévitiques dans le Deutéronome .
rïï^f « consentir » (lu, 1 8 ; N. , xxxii, 25) ; y^^n 12)} {ihid. ;
N.,xxxii, 21, 27, 29, 30); DD'^apOl DDBD ûD'^Bf: [ibid,,
19; N., xxxn, 26); 03^ ainjpD 'D ^nj^T («^^^ô N.,
xxxn, 1); N^nn DV3 ^mv i^iîsnn'» nxi (*"Wd., 21; n.,
xxvn, 19, 21); q^d -jb K^ïion (v"i, 15; N., xx, 10);
D^fâBf ^vy înX (x» 3 ; Ex., xxxv, 7; xxxvn, 1) ; nnsn ^n
parlant des Chananéens (xn, 29; L.yxvn, 10; xx, 3, 5, 6;
XXVI, 22, 30; N., vi, 18); -praxb 1^31^3 "Itt^.^D 7mm
(xui, 18; G., xxn, 16-18); îi{ûyi2^ = nn^ D'^riB^BI 1DV
(xxH, 11; L., XIX, 19); nV"IV yJ3 (xxiv, 8; L., xui, 2
poMtm); «iiv {}bià.; L.,xiv, 57).
& REVUE SâHlTIQUE
III. — Prescriptions et narrationa aacerdotaUs
rappelées par les prophètes.
Malachias : Emploi de bétes femelles à certaios sacrifices
(i, I; L.,iii, 1,6;iv,38,33;v, 6); bénédiction des prêtres
(il, S; N., IV, 32-27); supposition du devoir de témoigner
(m, 5;L., T, i).
Zacharie : Devoir pour les étrangers de célébrer la fête des
tabernacles (xiv, 1G ; aggravation sur L., v, 1).
IsaTell : Emploi du libanon et de la cannelle dans Tencens
rituel (xLiit, S3-24; Ex., xxx, 33, 3i); Yatiwé jure de ne
plus faire de déluge (lit, 9; G., viii, 11, 15); défense de
voyager le jour du Sabbat (lviii, 13; Ex., xyi, 29).
Ézéchiel : Profanation du Sabbat au désert (xx, 21 ;N., xt,
32-37); extermination limitée à la génération sortie d'Egypte
(xx, 22; N., XIV, 11-37); Yahwé fait serment au désert. de
disperser Israël parmi les peuples (xx, 23 ; L., XXTI, 33);
les premiers-nés sont éloignés du service du sanctuaire (xx,
26; N., 111, 44-51); blasphèmes contre le nom de Yahwé
(xx, 27; L., XXIV, 10-20); Les chérubins couvrent l'archie
sainte de leurs ailes (xxviii, 13; Ex., xxv, 19-20).
Jérémie : Payement de l'amende dite Asham par celui qui
mange la chair sacrée (n, 3 ; L. , xx, 1 4-1 6} ; conservation des
tables de l'Alliance (du Décalogue) dans l'arche sainte (m, 16;
Ex., xxv, 21 passim); absence de sacrifices k la sortie d'Egypte
(vu, â2 ; le Décalogue manque de prescriptions sacrificielles);
sainteté particulière du Sabbat (xvii, 22; G.,ii, 3); prolonga-
tion sévère de l'expiation des crimes des ancêtres par leurs des-
cendants (xxiii, 18; L., XXVI, 39-40); la Minba est grillée
avec l'encens sur le feu de l'autel (xxxni, 18; L., m, 1);
proclamation solennelle de la liberté (xxxiv, 15, 17; L.,
xxv, 10).
Isale 1" : Retour des carnassiers à la nourriture végétale
primitive (xi, 7; G., i, 30); défense d'élever des Aahirim^
RBGHERGHBS BIBUQUES 5
des Hammânîm (xvii, 5; xxvn, 9; Ex., xxxiv, 13; L.,
XXVI, 30).
Micbée : Séjour de Jacob à Mîgdal-TÊder (iv, 8; G., xxxv,
21 ) ; holocaustes de veaux d'un an (vi, 6 ; L., ix, 3).
Osée : Le droit des prêtres officiants à toute la chair du sa-
crifice de péché (iv, 4; L., iv, 19); mention de lois sacerdo-
tales écrites (vii, 1 2) ; impureté des aliments préparés par une
personne en deuil (ix, 4; N. , xix, 1 ipassim); Israël fils de Yahwé
(xi, 1 ; Ex., IV, S2-83) ; Jacob saisit le pied de son frère au
moment de naître (xii, 14; G., xxv, 26) ; Jacob lutte avec un
ange (xu, 4 ; 6., xxxii, 35) ; l'ange vaincu demande pitié en
pleurant (xii, 5; avance sur G., xxxii, 27); fuite de Jacob en
Aramée (xn,13; G., xxvii, 43).
Amos : Défense de joindre des gâteaux à pâte levée au sa-
crifice de grâce (iv, 4 ; L., vu, 1 2-1 3 où il faut lire ^np^ j<b)î
Élohtm détruit Sodome et Gomorrhe (iv, 11 ; G., xrx, 29);
sacrifices de clôture (v, 21 ; xin, 36) ; trois catégories de sacri-
fices : •OWt, Menaçât et Shelamtm (v, 22; L., i, 3; ii, 1 ;
m, 1 ) ; absence de culte sacrificatoire durant le séjour au dé-
sert (v, 25; L. n'en rapporte rien de cette époque).
IV. -— Prescriptions et narrations deutéronomiques basées sur
le document sacerdotal ou P.
Haute taille des habitants de la Palestine, en dehors des
'Anfiqlm proprement dits (i, 28 ; N. , xiii, 32) ; les petits enfants
que leurs pères croient menacés d*êlre enlevés par les Ghana-
néens prendront possession de la terre promise (i, 39; N.,
XIV, 31); rassemblée pleure pour la deuxième fois devant
Yahwé (i, 45; N., xni, 39); bref résumé des négociations
qui eurent lieu entre Moïse et les deux tribus et demie au sujet
du territoire transjordanique (m, 1 8-20 ; N. , xxxii, 1 0-32) ;
Moïse reçoit Tordre de monter sur le mont ""Abârîm pour y
mourir et dénommer Josué son successeur (m, 2 1 -28; N. , xxvii,
12-23, 20) ; destruction des adorateurs de Ba'al-Pe'or (iv, 3;
N., xxv, 1-9) ; construction de l'arche en bois d'acacia pour
6 REVUE SilUTIQUE
déposer les tables de la loi (x, 1-5 ; Ex., xxv, SI); élection
de la tribu de Lévi pour fonctionner (comme prêtres et lé-
vites) au temple de Yahwé (x, 8-9 ; N., m 1 ; iv, 5, i 5, 65);
à Datan et Abiram sont engloutis dans le sol (x, 8-9; N., xvi,
1-35); permission de manger la chair non consacrée (xii,
\ 13, S3-24; allégement de la loi L., xyii, 3-7); témoignages
! (xvii, 6; développe N., xxxv, 30); addition de trois villes de
|i refuge en deçà du Jourdain (xix, 1 «1 3 ; complète L., xxxv, 1 0-
jp 3i) ; défense de semer les vignes de deux espèces hétérogènes
(xxiiy 9; développement de la loi, L. , xix, 1 9) ; défense d'at-
teler à la charrue un bœuf et un &ne ensemble (xxii, 1 ; déve-
l^' loppement de la loi sur le croisement des bêtes, L., xix, 19) ;
|rr. tresses commémoratives (xxii, 1 S ; en avance sur N. , xv, 28) ;
; ; défense d'épouser sa belle-mère (xxvni, 1 ; suite de L. , xxvm,
[^ 8); impureté de la pollution nocturne (xxm, 1 1 ; suite de L.,
XV, 16-17); intérêt des prêts (xin, 20; généralise L.,xxv,
36) ; vœux prononcés par une femme (xxiii, 24 ; renforce
N., XXX, 3) ; référence aux lois sacerdotales sur la lèpre (xxiv,
8; L., xiii-xiv); salaire du journalier (xxiv, 14-15 ; spécifie
L., XIX, 13); parties de la moisson abandonnées aux pauvres
(xxiv, 19-22; complète L., xix, 9-10).
J. Halévy.
r
;•'.
':*!
h
L
i
Le Samérisme et l'Histoire babylonienne.
(Suite.)
14 lu mu»sar-ra-ba
45 sù-ne-ib-ur-e-a
16 an-en-lil gaMû-bi
17 gal-lû kur-kur-ra-
18 gir-bi he-en-bur-ri
19 sa (= û) kul-bi
20 he-en-til-li
IX
Sargami-sar-ali.
sa duppa èua
usazakuni
ilu En-lil sarrusu
sar matàti
isidsu lisuha
ù zérsu
lilguta
REMARQUES
celui qui cette ta-
blette
endommagera,
le dieu En-lil, son roi,
roi des pays,
sa base qu'il détruise
et sa postérité
qu'il anéantisse !
Noms communs: ce muHsar-ra-ba ]» (L 14); — cgaMû-
bi j> (1., 16) ; — a kul » (= ce gul)-bi » (1. 19),
J'ormes verbales : « ôù-ne-ib-ur-e-a "o (L 15) ; — a he-en-
bur-ri » (l., 18) ; — « he-en-til-Ii » (1. 20).
1 gu-de-a
2 pa-te-si
3 sir-pur-la-ki
4 lu é-ninnû
5 an-nin-gir-su-ka
6 in-ru-a
1 an*nin-har-8ag
2 nin uru da-sar-a
3 am-tur-tur-ne
4 nin-a-ni
5 gu-d$-a
6 pa-te-si
7 sir-pur-la-ki-ge
8 ë uru gir-su-ki-ka«
ni
9 mu-na-ru
X
GuDEA. — Statue A.
Cartouche.
Nabû
iâsak
Lagas-ki
sa bit-ninnû
an ili nin-girsu
ibani
Colonne I.
(ana) ili nin-harsag
bélitù karibat àli
um mari
bôltiâu
nabû
issak
Lagas-ki
bit-al-Girsu attusa
ibni
Nabû,
gouverneur de
Lagas,
qui le Bit-ninnû
de Nin-Girsu»
a construit
(à) Nin-hursam,
dame qui bénit la ville,
mère des enfants,
sa dame,
Nabû,
gouverneur de
L^gas,
let Bit-âl-Girsu, le
sien,
a construit;
}
REVUE SÉHITIQUB
COLONNB II.
1 dub-piaan aiag-ga-
dup ptsan elli attusa
le Dup-piaan sacré, le
ni
sien
2 mu-na-glm
«pus
il a fait
3 gis-dur-gar mah
kus6& mabha sa bélù-
le trône magnifique
nam-nin-ka-nf
tisa
de sa majesté
4 mu-na-gim
«pus
il a fait
5 €-iaah-nl-a mu-na-
(ina)bitmuhhisuuàé-
dans la maison de aa
ni-tur
ribsu
majesté il l'a intro-
duit;
6 kur-mà.gan-kl-ta
istusad Magan-ki
Colonne III.
de la montagne de
Magan,
1 nl-kal iin-ta.dul-
abné kal uâébilu
du dolorite il a fait
du
apporter
2 alan-na-ni-ku
ana alanlâa
pour SB statue
3 mu-tu
igzuz
Il a fait sculpter
1 nin-an-ki-a nam-
(ana) belti musiroat
(à) la dame qui fixe
tar-rl-ne
èim&tf sa àamé ù
les sorts du cie> et
irqiti
de la terre,
5 an-Ria-tu
ill bélit ilitti
Dame des naissances,
6 am an-ri-ne-ge
ummi il&nl
mère des dieux.
7 gu-dé-a
sa nabi
Colonne IV.
. (de) Nabù
1 la ë ru-a-ka
bfln! sa biti
le constructeur du
temple,
2 nam-ti-la-ni mu-
balatsu irik
sa vie prolonge ! »
BUd
3 mu-ku mu-aa-sa
ana sumî iqbi
en nom il a proclamé
4 6 a-mu-na-ni-tur
(ana) bit Sua useribsu
Statue C.
Colonne I.
dans le temple ceci
il a fait entrer.
1 an-nin-gis-zid-da
ilu nin.kitti
Nin-Kitti
3 an-gu-dC-a
il nabù
(est le) dieu de Nabù,
3 pa-te-si
issak
gouverneur de
4 sir-puMa-ki
Lagas-ki
Lagaà
5 lu e-an-na
sa bit samû
qui le temple du ciol
6 in-ru-a-kam
ibanima
a construit.
LE SUMâRISMB ET L'HIOTOIRE BABYLONIENNE
9
Colonne II.
i aQinnanna
(ana) ili innanna
(à) Innanna
2 nin kur*kur-ra
bôlit matàti
dame des pays,
3 nin-a-ni
bôltisu
sa dame,
4 gu-dë-a
nabù
Nabù
5 mu-gil-sa
mu-gil-sa
•
6 pa-te-si
issak
gouverneur de
7 sir-pur-la-ki
Lagaski
Lagas,
8 lu ë-ninnù
sa bit-ninnû
qui le Bit-ninnû
9 an nin-gir-su-ka
sa nin-girsu
de Nin-Girsu
10 in-pu-a
ibaai
a construit.
il ud-an-innanna-ge
(ina) ùme sa ili innan-
au jour où Innanna,
12 igi-nam-ti-ka-ni
na
înà balati attuâa
yeux de vie, siens,
13 mu-igi-bar-ra-a
inasi
a levé.
14 gu-dë-a
nabù
Nabù,
15 pa-te-si
isSak
*
gouverneur de
16 sîr-pur-la-ki
Lagas-ki
Lagas,
17 gis-tug (-pi) dagaU
rapsu uzna basù
d'oreilles vastes doué
a-kam
18 nitah nin-a-ni
arad bôltisu
serviteur de sa Dame
19 ki-ag-a-an
sa irâmusu
qui Taime
20 ga ù-sub-ba-ka
ga sa-isdi
le ga de la base,
21 gis ba-har
iç U9uri
la marque de borne,
22 ka-ai-ka
sa Ka-al
de Ka-al
23 uru ba-mul
uru namru (?)
Colonne III.
le uru brillant»
1 im-bi ki-lah-lah-
\\\s\x ina asri lahi
son argile dans un lieu
ga-a
pur.
2 im-mi-dib
içbat
il a pris;
3 seg-bi
libnatsu
ses briques,
4 ki-el-la
(ana)asri elii
dans un lieu pur,
5 im-mi-du
usziz
il a placé.
6 us-bi inu*azag
isdusu ibbu
ses fondations pures.
7 bil-im-ta-lal
usanbit
il a fait resplendir:
8 temen-bi
temensu
•
son temen
9 ni-ir-nun-ka
sa ni-ir-nun
du ni-ir-nuri
10 su tag-ba-ni-dug
lapâtu iqbi
d'enlever (?) il a or-
donné;
1 1 ô ki-ag-ga-ni
bit narâmisu
le temple qu'il aime.
12 ë-an-na sag gir-Bu-
bit-samô lib girsu-ki
le Bit-samê au milieu
ki-ka
de Girsu,
13 mu-na-ni-ru
ibniéu
il l'a construit;
10
BWUB BtHITIQUS
14 kur mà-gan-ki-ta
iâtu èad màgan-ki
de la montagne d«
Màgan,
15 nà-kal im-ta-dut-
abné kal usôbilu
d«s pierres ^ Il a
du
fait apporter,
16 alan-na-ni-ku
ana «almiiu
pour sa statue,
n mn-tu
ihri
il a sculpté :
18 gu-de-a Itt ë-pu-a-
sa Nabù banù blta
1 de Nahû le cons-
ka
COLONMB IV.
tructeur du temple
1 nam-ti-la-Dl he-
balatsu lirlk
sa vie qu'il prolon-
sud
gel.
2 mu-ku mii-na-sa
ana dumi ibbi
pour nom il a pro-
clamé,
3 fr-an-na-ka
ina bit-âamâ
dans Dit-^mé
4 mu-na-ni-tur
u^ribsu
il l'a fait entrer.
5 la ë-an-na-ta
âa istu bit-iamè
Celui qui de Bit-same
6 ib-ta-ab-ud-du-ud-
uâ4«&Su
la fera sortir,
du-a
7 ib-zi-ri-a
iz&râu
8 mu-Bar-a-baâu-ne
duppa iuata in&kaiiu
cette tablette mutile*
ib-ur-a
ra,
9 ilu innanna
ilu Innanna
Innanna, .
10 nin-kur-kur-ra-ge
bëlitmat&ti
Dame des pays
11 sag-ga ni-Sua-na
riàiâu ikkas
lui coupera (?) la tête,
12 nam-he-ma-tar
Bimata liâim
le sort qu'elle tranche
(= le fera mourir);
13 gié-gu-za gub-ba-
sa kuBBÎ émidiâu
de son trône établi
14 gir-bi
iàdasu
la base
15 na-an-gi-ni
laukia
elle ne consolidera
pas.
16 kul-a-ni be-til
E«rèu lilguta
sa famille qu'elle
anéantisse,
17 bal-a-nlhetar
palfiu Ijprus
Statue E.
Cartoucbfl.
BOD gouvernement
qu'elle retranche.
1 gu-d6-a
nabù
Nabû
2 pa-te-sl
iÉsak
gouverneur de
3 Ôlr-pur-la-ki
Lagai
Lagai.
LE SDlitfRISME ST l'HISTOIRE BABYLONIENNE
11
COLONNB I.
1
1 an 6a-u
ilu Bau
(à) Bau,
2 sal-sag-ga
ardat libbi
Dame de cœur,
3 tur-an-na
màrat Anim
fille d'Anu,
4 nin-uru-azag-ga
bôlit éri elli
Damed*Eri-elli,
5 nin-he-gàl
bélit higal
Dame de richesse,
6 nin-gip-su-ki-a
bôlit gir8u-ki musimat
Dame de Girsu, fixant
nam-tar-ri
simti
les sorts,
7 nin*di-kud uru-na
bélit zakut ôrisa
Dame du jugement
s
de sa ville,
8 nin sag-e ki-ag
bôlit riâat rômi
Dame, souveraine de
la pitié.
9 nin nin-u-gu-dô-a
bôlit nin munnabti
Dame de quiconque
se réfugiai vers elle)
10 nin-a-ni
bôlitsu
sa Dame,
11 gu-dë-a
nabû
Nabû
12 pa-te-si
iSSak
gouverneur de
13 éir-pur-la-ki
Lagas
Lagas
14 lu ë-ninnû
Sa bit-ninnû
qui, le Bit-ninnû
15 an-nin*gir-8u-ka
sa ili nin-girsu
de Nin-Girsu
16 ë-pa ë-ub-imin
bôt-haUibitkiâsâtsibi
le temple du « Scep-
tre », le temple des
sept régions
17 mu-ru-a
ibani
a construit.
18 ud an-ba-u
ûm ilu Bau
Le jour que Bau,
19 nin-a-ni
bôltiâu
sa Dame,
20 èag-azag-ga-ni ba-
(ina) lib ellisa izakar
dans son cœur pur l'a
an-pad-da-a
eu
Colonne II.
mentionné,
1 nitah im-tug
zikni na*idu
1
en serviteur • respec-
tueux
2 nin-a-na-kam
sa béltiàu
de sa Dame,
3 nam-mah nin-a«na
9Îrût béltisu
La souveraineté de sa
Dame
4 mu-zu»zu
usédi
il a fait connaître;
5 pi-lul-da
uznà danni
avec une forte intel-
ligence,
6 an bau
ana ili bau
à Bau,
7 nin-a-na-ku
béltiSu
en sa Dame,
S li-im-ma-si-tar
ipqid ramaniâu
il s'est confié ;
9 nin ë-ninnû
bélit bit ninnû
(à) la Dame de Bit-
ninnû
10 ë ki-ag-ni
bit narâmiâu
le temple qu'elle aime,
Il an-nin-girsu
(sa) ili nin-girsu
(et à) Nin-Girsu,
REVUE SÉMITIQUE
12 gal-lù a-ni
iarriâu
son roi,
13 mu-aa-ni-a gfm
ki ibani
de môme il a oona-
truit;
14 udan-bau
iUD ilu bau
lejourque(&)Bau,
15 tup an-na
Diftrat anim
fiile de Anu,
15 Din uni azag-ga
bâtit érj elli
Dame de Eni-ellu,
17 nin-a-ni
bëltiâu
aa Dame,
18 esll-gid-gid
bit aùqé-rêbé
le Bit 8Ûqi>rdb6,
19 8-kf-ag-ni
bit narâmsu
le temple qu'il aime.
20 rau-na-ru-a
ibani
il a conatruit.
31 uru mu-azag
«re ella
la ville pure
n bll-ici-ma-to-Ial
u&anbit
Colonne 111.
il a fait bnller;
1 ga-giS-àub-ba-ka
sa ga-gis-sub-ba
du ga già-8ub-ba,
2 gié-ba-har
gis-ba-har
la borne
3 ka-al-ka
àa ka-al
du Ka-al
4 gis-uru-ba-niul
gis'uru namru
le gi£-uru brillant.
5 im-bi-ki-Iah-lah
(itsu (inalasri lahi
son argile (dans) un
lieu pur
6 im-mi-dib
i«bat
il a pris,
7 èeg-bi ki-d-Ia
libnatsu (ina) aâri elli
ses briques (dans) un
lieu pur
8 im-ml-du
ukin
il a placé,
9 Sog-giâ-Bub-ba ni-
liblt iSdi ëpuâ
(de) briques la baee il
gar
a fait,
10 nia-ul-pa-ne-ud-
nin ulfi unammir
de toute sorte de
du
splendeur il a orné.
11 ué-bi rau-azag
iàduâu ellu
sa fondation pure
42 bil-im-ta-lal
uàanbit
il a rendu brillante;
13 temen-bi
temensu
sa terrasse
14 ni-irnun-ka
sa ni-ir-nun
de ni-ir-nun
15 su-tag- ba-ni-dug
... àuiqbi
d'enlever il a or-
donné ;
IG an-ba-u nin-a-ni
ilu bau beltiâu
(à) Bau, sa Dame,
17 nin uru-azag-pri
bélit éTi elli
Dame de Eru-ellu
18 im-3i-a.an
palhiâ
respectueusement
19 uru-azag-ga
(ina) âri elli
Colonne IV.
dans Eru-ellu,
1 ki-lah-lah-ga-a
lina) asri ellt
dans un lieu pur,
2 e mu-na-ru
bita ibni
un temple il a cons-
truit;
3 gis-dur-gar mah
kuasu fléru
le trône superbe
LE SUMÉHISMB ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE
13
4 nam-nin-ka-ni
5 mu-na-gim
6 ki-di-kud*na
7 mu-na-tum
8 dup-pisan azag-
ga-ni
9 mu-na-gim
iO ëmah-a-e
!i mu-na-ni-tur
12 dim (?) nin-an-da-
gal-ki
13 mu-na-gim
14 ë-mah-na
15 mu-na*ni-tum
sa bélûtisa
ibni
asar zakuti attusa
ukîn
pisan ellu, attusa
ibni
(ina) biti mahhi rabi
uséribsu
dim nin Ui rapis-ki
ibni
(ina) bit-mah, attusa
ukinsu
de sa majesté
il a construit;
dans le lieu de son ju-
gement
il établit;
le pisan pur, sien,
il a construit,
dans le temple « très
sublime »
il Ta fait entrer ;
le pilier de la dame de
« Ili-rapis »
il a construit,
dans le Bit-mah, sien
il Ta placé.
Colonne VIL
22 ë an-ba-u
23 ki-bi gi-a-da
24 he-gàl-bi
bit ili bau
(ana) asrisu (ina) taâri
hegaisu
le temple de Bau
en restaurant,
ses biens
Colonne VIII.
1 pa-ud-du-ag-da
2 gis-dur-gar sir-
pur-la-ki-ka
3 gir*bi gi-na*da
4 gu-dè*a
5 pa-te-si
6 sir-pur-la-ki-ka
7 pa ka-gi-na
8 su-na gàl-la*da
9 nam-ti-la-na
10 ud-bi sud-a-da
H AD-ra-ni
12 an-nin-gis-zi*da
13 an-ba-u
14 ë-uru-azag-ga-na
15 mu*na*da-tur-tur
(ina) sûpéâu
(sa) kussi Lagas
isdusu (ina) kaâni
Nabû
issaku
sa Lagas
hatta pi kéni
idusu ina ahâzi
sa balatisu
ùmé au ina ar&ki
ilisu
ilu nin-i9-kitti
ilu bau
bit er-elli attusun
uaëribu
en faisant briller,
du trône de Lagas
sa base en affermis-
sant,
Nabû,
gouverneur,
de Lagas,
le sceptre de l'ordre
véridique
de sa main en prenant
de sa vie
les jours en prolon-
geant,
ses dieux
Nin-kitti
(et) Bau,
(dans) le temple Er-
elli, le leur,
il a fait entrer.
u
RBVUB sémriQnE
16 iag mu-ba-ka
(ina) libbi éa satti si
Au milieu de la môme
année,
17 kur mà-gan-ki-ta
istu sad-màgan
de la montagne de
Magan,
18 nà-kal im-to-dul-
abni kal usôbilu
des pierres kal il a
du
fait apporter,
19 alan-na-ku
anal^almiéu
en sa statue,
20 mu-tu
ihrî
Colonne IX.
il a sculpté.
1 nin-mu ba-zig-gi
béitfya (hift) isl
c Madame, sois gra-
cieuse,
2 nam-ti-ba
balata qisi
la vie donne.
3 ud sag gab zal-zal
ûmô qarni dahd&ti
les jours des cornes
nummiri
d*abondano6 fais
briller! »
4 mu-ku mu-na-sa
ana sumi ibbi
pour (son) nom il a
proclamé
5 ë a-mu-na-ni-tur
(ina) biti uséribâu
(et dans) le temple il
m
Ta fait entrer.
6 alan
9almu
La statue
7 lûëan-ba-u
è« bit ili bau
de celui qui la maison
de Bau
8 mu-ru-a-kam
ibani éû
a construit, est celle-
9 ki-gub-ba-bi
manzazuâu
Cl ,
(de) sa place,
10 lu nu zi-zi
maman aa usétiq
que personne ne (la)
retire,
U di-ka-bi
sattuksu
(que) les offrandes à
elle destinées
12 lu la ba-ni-lal-e
mamman la uâatbà
Statue H.
Colonne I.
personne n'enlève.
\ an-ba-u
ili bau
Bau
2 sal-sag-ga
ardat libbi
Dame au bon cœui,
3 tur an-na
mârat anim
fille d'Anu,
4 nin uru-azag-ga
nin éri elli
Dame de la ville sa>
crée,
5 nin hô-gàl
nin higalli
Dame deâ richesses,
6 tur an-azag-ga
màrat sami elli
fille du ciel pur,
7 nin-a-ni
beltisu
sa Dame,
8 gu-dô-a
Nabû
Nabû,
9 pa-te-si
iâàak
gouverneur de
10 ôip-pur-la-ki-ge
Lagas
Lagas,
LE SUIIÉIUSME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE
1S
Colonne IL
i ud-é-sil-gid*gid
ùm bit-8Ûqi-rôbi
le jour que Bit-sûqî-
rôbi,
2 ë-ki-ag-ni
bit naràmiRu
le temple qu*elle
aime,
3 é hô-ul uru-azdg-
bit duhdi ulçi eri elli
temple d'abondance
ga
et de joie, de la trille
4 mu-na-ru-a
ibani
il allait construire,
5 kur mà-gan-ki-ta
istu sad Màgan-kf
de la montagne de
Magan,
5 nfl kal im-ta-âol-da
abni kal uâôbilu
des pierres kal il a
fait apporter,
1 alaii-na-ni-ku
ana «almisu
pour sa statue,
S mu-tu
ihri
Colonne III.
il a sculpté;
1 nin tur-ki-ag an-
bélti màrtu ellitu sa
c Dame, fille chérie
azag-ga-ge
ili samé ellûti
du ciel pur,
2 am an-ba-u
ummu ilu bau
mère, Bau,
3 ô-8Îl-gid-gid-ta
ina bit-sùqi-rébi
dans le Bit-suqi-rébi,
4 gu-dë-a
(ana) nabù
à Nabû,
5 nam-ti mu-na-sum
balata idin
la vie donne ! »
6 mu-ku mu-na-sa
ana sumi ibbi
comme nom il a ap-
pelé.
7 ë uru-azag-ga-ka
(ina) bit-eri-elli
(etdans)leBit-éri-elli
8 mu-na-ni-tur
usôribsu
REMARQUES
il Ta fait entrer.
Noms propres : « gu-de-a»; — oc àir-pur-la-ki»; — « ë-
ninnû »; — «c an-nin-gir-su »; — a an-nin-har-sag »; —
« um-gir-su-ki » — « mà-gan«ki »; — a nin-an-ki-nam-târ
ri-ne »; — « an-nin-tu »; — a an-nin-gis-zid-da »; — « an-
gu-de-a Ti (C. I, 8); — <can-innannax»; — « ka-al d (G. 22);
— « ni-ir-nan » (G. III, 9); — <r an-bau » (E. I, 1) ; — «an-
m » (E. I, 3); — « ë-sil-gid-gid » (E. II, 18) ; — c nîn-an-
dagal-ki » (E. III, <3) ; — « ë-pa ë-ub-imin » (E. I, 16).
Noms communs : ce gu-de-a » (=: a nabû ») ; — a dup^pi-
san 3» (A. Ily 1) ; — a nà-kal » (Â. III, 1) ; — a alan^na p
16
REVUE SEMITIQUE
(A. III, 2) ; — . giS-tug-dagal-a » (C. I, (7) ; — . ira . (C.
III, (); — « ga-ù-âub-b» » (C. H, 20) ■ — « êeg » (C. III,
3) ; — « giS-gu-M-gub-ba . (C. IV, 13) ; — « bal . (C. III,
n) ; — « di-ku a (E. I, 7) ; — « nin-u-gu-de-a > (E. I, 9);—
< ga-gis-àub-ba > (E. III, I ) ; — c giâ-ba-har »' (E. III, 2) ;
— « già-uru-ba-mul » (E. III, 4); — hoId-uIo = omim-ma»
(E. III, 10); — . giè-dur-gar • (E. IV, 3); — . di-kud.
(E. IV, 6).
Formes verbales ; nmu-sud» (A.IV,2); — amu-tu» (C.III,
)7);— « œu-azag» (E. Il, 21); — < mu-zu-zu » (E. II, 4); —
«mu-Da-ruB (A. 1,4); — «mu-na-gim>(A. 11,4); — a mu-na<
8a»(A. IV, 3); — a inu-oa-tum > (E, IV, 7); — «mu-na-siim»
(Ib. III, 5); — «mu-oa-ni-ru» (C.III, 13); — amu-na^ni-tun
(C. IV, 4); — « mu-na-Di-tum » (C. IV, 1 5); — o mu-na-da'
tur-lur» (E. VIII, 15); — ■ a-mu-na-ni-tur ■ {A. I, 5);
— . mii-rua » (E. I, 17); — « mu-na-rii-a»(E. Il, 13,20);
— < mu>igi-bar-ra-a ■ (G. II, 13); — a im-mi-du » (C. III,
S); — « im-mi-dlb » {C. III, 2); — c li-im-ma*ôi-tar »
(E. II, 8); — . im-ta dal-du . (A. III, 1); — « bil-im-
ta-lal » (C. m. 7); — € bil-im-ma-la-lal » (E. Il, 22); —
« in-ru-a • (A. Cart. 6; C. H, 10); — « ba-raul n (C. II,
23); — « (gi6)-ba-har . (C. III, 2); — «ba-zig-gi. (E.
IX, 1); — « ba-an-pad-da-a » (E. I, 20); — t (lo-laj-ba-ni-
lal-e > (E. IX, 12); — « (Su-lag)-ni-dag > (E. III, 1 5); —
€ ib-ur-a > (C. IV, 8); — « ib-zi-ii-a « (C. II, 7); — . ib-la-
ab-ud-da-ud-da-a. (C. IV, 6); — .ea-lib (E. IV, 16); — «he-
lar » (C. IV, 1 7); — « nam-he-ma-lar • (C. IV, 1 2); — « na-
an-gi-nii) (C. IV, 18); — «zal-zal » (E. IX, 3); — .(na)-
zi-zi » (E. IX, 10); — « ra-a » (C. III, 18); — . pa-ud-du-
ag-da> (E. VIII, 1); — « gi-na-da» (E. VIII, 3); — . (éu-
na)-gal-la-da » (E. VIII, 8); — « (ud-bi)-sud-a.da » (E. VIII,
10); — « (ti-bi;-gi-a-da » (C. VII, 23).
XI
Ub-ooh.
1 an-en-lil ilu en-lil (à) En-lil,
2 gat-lii kur-kur-ra âar matâti roi des pays.
3 ur-an-gur ur ili gur Ur-gur,
4 nitah lig-ga zikni dannu héros puissant,
LE SimÉRISMB ET L'HISTOIHE BABYLONIENNE 17
sap uri roi d*Ur,
sar sumôri (û) akkadi
5 gal-Iû uru-um-ki-
ma
6 gal-lû ki-en-gi-ki-
urtu-ge
7 ë-kur
8 é-ki-ag-ga-ni
9 mu-na-ru
ekur
bit narâmiàu
ibni
REMARQUES
roi de Sumer et d'Ak-
kad,
Ekur,
le temple qu*il aime,
il a construit.
Noms propres : « an-en-lil » (i ); — a ur-an-gur » (3) ; —
« ura-um-ki-ma » (4); — « ki-en-gi-ki-ur-tu » (6).
Noms communs : ce nitah » (4); — <c lig-ga ^ (4); — «c ê-
kur » (7); — ce ki-ag » (8).
Forme verbale : a mu-na-ru » (9).
RÉSULTATS PRÉLIMINAIRES — DISPOSITIONS MATÉRIELLES
DES VERSIONS PHONÉTIQUES
En indiquant précédemment la méthode à suivre pour arri-
ver à des résultats définitifs en ce qui concerne l'objet de Tin-
vestigation qui nous occupe, j'ai signalé la nécessité inéluctable
de joindre aux anciens documents unilingues dits <r. sumé-
riens 2> une version babylonienne ordinaire, c'est-à-dire pho-
nétiquement exprimée. Cette condition préalable est mainte-
nant un fait accompli. Les lecteurs sont mis à même de com-
parer à leur aise les formes de rédaction sur des textes d'une
antiquité sans pareille. Pour conserver ce caractère précieux
entre tous, j'ai arrêté les extraits au règne d'Ur-Gur, le plus
ancien prince connu de la Babylonie unifiée sous la dénomi-
nation de Kiengi-Burbur (=l]rtu) ou èumer et Âkkad. Il m'a
paru inutile de descendre jusqu'au règne d'Hammurabi où les
inscriptions à double version font leur apparition officielle et
ne discontinuent plus jusqu'à la conquête perse. Or, le fait
seul de la possibilité d'une version parallèle des textes ce paléo-
sumériens jd en sémitique constitue déjà un résultat d'une
portée fort remarquable. L'antiquité nous a légué un grand
nombre de textes rédigés en plusieurs langues à la fois, mais
pas un d'entre eux ne se présente en colonnes parallèles.
UtVI lÉIlTiaot 2
18 REVUE SÉMITIQUE
Jamais l'idée n*est venue à Fauteur de rinscription de Rosette
de disposer dans trois colonnes mises en regard Tune de Fautre
les textes hiéroglyphique, démotique et grec qu'il avait à faire
connaître au public. Les scribes achéménides eux-mêmes, pour
lesquels Tusage des bilingues babyloniens n'était pas un
secret, ont préfère écrire tout d'abord le texte perse en entier
puis y joindre, également en entier, les versions susienne et
babylonienne. Sur le rocher d'Hadjiabad on voit de même
les versions de l'inscription principale mises côte à côte mais
séparément. Un coup d'œil jeté sur les bilingues babyloniens
fait aussitôt connaître la cause qui en empêchait l'introduction
chez les autres peuples. Le texte de la seconde colonne baby-
lonienne suit ligne par ligne celui de la première en exécutant
des coupures de phrase identiques. Un tel précédé est
absolument impraticable quand il s'agit de langues à construc-
tion syntaxique différentes entre elles comme le sont les
idiomes susmentionnés* Les langues modernes de l'Europe,
quoique issues d'une même souche, peuvent illustrer cette
vérité ; une version à la babylonienne d'une inscription fran-
çaise en russe ou en allemand donnerait une phraséologie
ridicule et serait à peine comprise. La version française litté-
rale que nous avons mise à la troisième colonne de nos textes
donne une idée suffisante d'un tel galimatias. Mais, ceci éta-
bli, comment se fait-il qu'ils ont échappé à la difficulté qui
partout ailleurs s'est opposée à l'introduction de versions bi-
lingues parallèles? Dira-t-on qu'ils ont passé sans la sentir?
Ce serait émettre une grosse absurdité, car dans le cas d'une
telle inconscience la version sémitique devrait revêtir la forme
incongrue et ridicule reflétant les tours de force exécutés par
les traducteurs, or, cela n'est pas, car elles offrent précisé-
ment le style le plus pur et classique de la littérature millénaire
des Babyloniens. Bon gré, mal gré, on est obligé de recon-
naître que si les deux colonnes parallèles offrent en fin de
compte des constructions syntaxiques qui se superposent dans
les grandes lignes, c'est qu'elles sont l'image d'une seule
langue exprimée de deux façons mécaniques différentes, idéo-
graphique et phonétique.
Complétons ces réflexions sur quelques points notables..
LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 19
Les versions à colonnes parallèles inaugurées pour les monu-
ments publics ont été conservées dans des compositions d'un
caractère didactique telles que les syllabaires, les tables des
paradigmes grammaticaux et les travaux lexicographiques.
Bans les recueils religieux ou magiques les versions prennent
une position interlinéaire. Chaque proposition idéographique
est suivie d'une rédaction phonétique correspondante et com-
prenant la proposition entière. La connexion étroite des
lignes parallèles se constate par ce fait que plusieurs idéo-
grammes qui figurent dans la ligne supérieure sont souvent
rappelés dans la ligne inférieure par le signe || = idem. Cette
circonstance empêche d'assigner à cette version un caractère
didactique et ce sentiment est renforcé par une disposition
particulière à certaines formules des récits magiques, formules
où la phrase phonétique est placée entre deux parties de la
phrase idéographique. Cela semble indiquer que le prêtre -
devin devait réciter ces versets dans les deux rédactions dont
la phonétique devait probablement être répétée par le malade
pénitent. Il va sans dire que les renvois de ligne à ligne d'une
part, l'enveloppement de la phrase sémitique par l'autre ne
serait pas possible si cette dernière représentait une langue
différente.
N'oublions pas ce dernier fait qui montre bien la fantaisie
exubérante des historiens suméristes^ Dans tout le domaine de
la littérature babylonienne le ce sumérien > a toujours la pré-
séance sur la forme sémitique. S*il agissait d'une langue étran-
gère parlée jadis par un peuple vaincu et en grande partie
assimilé, les vainqueurs sémites n'auraient pas manqué de
donner la place d'honneur à leur propre langue nationale.
Ceux qui dépouillent toute une race de son droit à l'existence
se soucieront fort peu d'accorder à sa langue les honneurs de
la préséance surtout après qu'elle a disparu de l'usage. Au
contraire la différence pour le système idéographique devient
Baturelle dès qu*il incarne la première invention nationale ou
plutAt la plus précieuse invention des divinités civilisatrices de
la nation elle-même. A toutes les époques le système hiérogly-
phique attribué au dieu Thot a eu la préséance dans les docu-
ments égyptiens. En Babylonie de même la rédaction antiquis-
20 REVUE SÉMITIQUE
sime qu'on attribuait à Nabu conservait sa prééminence et se
transmettait pieusement de génération en génération malgré
les transformations intervenues dans les formes courantes des
signes et le caractère aussi inutile que lourd et encombrant
qu'il acquérait dans les derniers temps. La superstition popu-
laire a ajouté à son prestige en lui attribuant une vertu nm-*
gique à laquelle le système phonétique n'a jamais osé émettre
la moindre prétention. La tradition savante de son côté a fait
tout son possible pour sauver de l'oubli les formes les plus
archaïques de Técriture cunéiforme au moyen de tables
comparatives destinées aax scribes officiels de manière que
les textes composés à plusieurs milliers d'années avant leur
époque ne leur présentaient pas la plus petite difficulté de
déchiffrement.
LES ÉLÉMENTS PRÉTENDUS N0N*SÉM1TIQUES DU SUMERIEN
— VOCABULAIRE ET GRAMMAIRE
Abordons maintenant l'étude de l'essence même de ce que
les esprits superficiels s'obstinent à appeler «langue sumé<
rienne ». Transportons-nous aux derniers retranchements der-
rière lesquels nos adversaires ont pris position désespérant de
pouvoir en trouver une meilleure. Arrivés vers 5000 avant notre
ère dans la Babylonie du Sud, les Sémites emploient le demi-
milier suivant à se substituer politiquement aux popula-
tions c sumériennes » du pays. Pendant ces opérations, ils dé-
laissent leur langue nationale pour parler et écrire celle du
peuple conquis et leurs dynastes se nationalisent au point de
ne plus porter que des noms « sumériens t. LeroiEn-àag-
ku8-an-na est le plus ancien spécimen du dynaste sémitique
sumérisé. La langue qu'il emploie dans son inscription en 4500
coïncide point par point avec celle parlée par les inventeurs
du syllabaire qui ont dû vivre au moins 500 ans avant l'arri-
vée des Sémites, c'est-à-dire en 5500 au bas mot. L'origine
sémitique que j'ai démontrée plus haut pour presque toutes les
expressions de l'inscription du roi susnommé n'ébranlera guère
la foi de ces croyants robustes qui vous répondent impertur-
bablement : C'est vrai, ces mots sont sémitiques, mais les Se *
LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE
21
mites les ont empruntés à leurs prédécesseurs ce sumériens ».
Inutile de demander les preuves de ce dogme ; le dogme étant
précisément ce qui ne permet pas de discussion. Heureuse-
ment, en dehors de ce petit cercle hermétiquement fermé, il y
a une élite déjeunes assyriologues qui aspirent vers la lumière
et les connaissances raisonnées. Les aider à se faire une opi-
nion exacte sur ce sujet est pour moi un devoir impérieux
auquel ma conscience scientifique ne saurait se soustraire sans
diminuer à mes propres yeux.
Le sujet de notre investigation présente sdra donc de ré-
pondre à la question suivante: Y a-t-il dans la littérature baby-
lonienne des éléments non-sémitiques qui puissent ôtre attri-
bués à rinfluence linguistique d'une race antérieure ? Si une
telle influence a réellement existé, elle doit avoir imprimé son
génie particulier dans les lectures des signes cunéiformes dont
la création précéda de loin l'invasion sémitique en Babylonie.
Elle doit ensuite se montrer, au moins dans une proportion
remarquable, dans les constructions syntaxiques des textes
faits sur les anciens modèles c sumériens ». Notre étude mon-
trera ce quMI faut penser des uns et des autres. Pour les pho-
nèmes syllabiques nous suivrons, sauf quelques omissions,
Tordre du recueil Brunnow, mais sans aucun égard aux
formes graphiques ; les règles de la syntaxe seront puisées
dans nos textes.
j
LE VOCABULAIRE SUMÉRIEN
a) Phonèmes mmosyllabiques .
1. a = mû, € eau »; — ammu
(O^i = awwu,« mer, flot » ; — idom.
i. ab =- abu, « père, vieux, an-
cien, dignitaire • (an) i — idem.
T
3. ab = appu, aptu, « creux,
niche, grotte, maison prinitive •
4. ag s banù, epe«tu, • enfan-
ter, faire, construire » ; — voyez
ag 3 etam.
5. ag,agaf?u ("l) = azazu, «ôtre
fort, violent »; — idoyn,
6. a£r, aga = ummu, « mère »;
— var. de am.
7. ad = abu, c père », ummu,
« mère », ahu, t frère » ; — adu
llTi)f ■ alliance, compagnie ».
8. al = allu, «chaîne »; — idem
HITIQUX
ih. bur = ps&aru, < résoudre,
dissiper»; — purruru; t"^, t1S>
37. gab(al=pataru,pilù, *cou-
per, ouvrir»; — <— -» • couper,
retrancher ■ (cf. 1133, • côté •,
t_*:a., ■ mettre de côté, éloi-
gner .1.
38. gag = epesu, banù, ■ faire,
travailler, construire»;— kakku,
■ instrument pointu, sarcloir,
pioche ■ (1031 ; — idem.
29. gad = qatû (?), * coupure,
morceau l?J •; — idem Ij-n, yopi
etc.).
30. gai = gallu, rabù, 1 grand.
puissant, fort» ija.); — idem.
31. gàl = asù. basù, (posséder,
avoir, être ■ ; akalu, ■ contenir »
(Vo> ^^^- "^^^y * substance, per-
sonne »); — idem.
32. gan = basù. « être 1; —
33. gan = ginu, eqlu, (jardin,
champs • {]a) ; — idem.
31. gar=sakanu, .demeurer,
faire ■ ; tu; — idem
35. gaz = gazAzu, qatù, dàku,
a couper, tuer ■ (toI ; — idem.
38. ge.gia; v. gig.
37. ge, gi = kènu, taàru, ■ fer-
meté, existence dans un lieu,
revenir, retourner ■ , ya; — idem.
38. gCN, giâ, < bois, arbre»,
bois, HD'D '•— idem.
39. gi;v. gô.
40. gig = «almu. ■ obscur,
sombre, noir ■; érébu, muàu,
« soir, nuit » ; — giggu (cf.
kukku), r. jjh ; — idem.
41. gid = aràku, ■ être long >;
LE BUMâRISHB ET L'HISTOmS BABYLONIENNE
23
— aram. xû* * couler, sa prolon-
ger ».
42 gil; V. kil.
43. gim s kima, c comme »; —
1D3* MfB* ^^* kama ; — idem.
44. gin = mitu, « lieu établi,
paye » ; — v. gi.
45. gir s patru, < épée, poi-
gnard v; — 11*1^^, c lame, flèche ».
46. gir =r girru, c pied, mar-
che, piéton, guerrier » ; garàru,
a marcher » (cf. *^*i;|).
47. gu = nabû| « parler » ; —
V. gug.
48. gub = kabtu, « lourd,
abondant •; — kabatu, *n3*
49. gug =r qibû, dabàbu, « par-
ler »; — yn.
50. gud = alpu, c bœuf » ; —
rn, « chevreau » (cf. «^g héb.,
c taureau >, aram. a chevreau ».
51. gui = abàtu, c détruire » ;
— V. kul.
52. gur =s taftru, t retourner »;
— V. gar et gl.
D
53. da = dàddû» « enfant » ; —
^, «mamelle ».
54. dab; — v. dlb.
55. dag, daq s rapadu, « éten-
dre » ; — ppn , « amincir ».
56. dah ; v. tih.
57. dam, « conjoint, époux,
épouse » ; — tôt* * ressembler ».
58. dum, du sa mâru, «fils»; —
même racine.
59. dan =: dannu, « fort, puis-
sant »; -^idem.
60. dar = tarru, « oiseau ba-
riolé, bariolé m, ^, « tourte-
relle » ; — idem,
61. di = esâu, « neuf » ; isatu,
c feu ».
62. dé s nabû, « parler, or-
donner », tômu, « ordre » (nyta) ;
na*butu, « fuite » ; «i^j, et passif
de abàtu, «hm > *~ idem.
63. di = dînu, dénu, «juge-
ment », ]Vf ; — idem.
64. dib=^ahàzu, çabatu, «pren-
dre, acquérir, menu bétail, bre-
bis » (cf. ropQ)«
65. dig; v.' tik.
66. dih = abnu, « pierre »; —
v. tak.
67. dil(i) =s zikaru, « mâle »;
zakru, « haut, élevé » ; v. til.
68. dim = dimmu, dimtu, « co-
lonne, pilier » ; — idem.
69. dir, dirig, «trouble, révolte
(cf. tal.,p<)t}) « mêler, troubler ») ;
— idem.
70. du; V. tum.
71. dub, du = duppu> « tablet-
te » ; — idem.
72. dug, du = tâbu, dumqu,
« bon, propice » ; — idem.
73. dul = katàmu, « couvrir,
détruire » ; — v. til.
74. dun = dunnU| « force, puis-
sance, fort, puissant » ; — idem.
75. dur =durù, • enceinte, mur
d'enceinte », in^; — idem.
E
76. é = eku, iku, « canal » : —
idem; v. ig.
77. é := bitû, a maison, de-
meure »; — ^Ki «demeurer»,
d*oùi||, file ».
78. el = ellu, « pur » (^^n^ ; —
idem.
79. en, « puissant, efficace » ;
v. en.
80. en = enu, « seigneur, pos-
sesseur » ; — idem.
81. er,ir, «prendre, piller»;— ?
I
103. 1 = amàtu, I parole »; —
V. inim.
104. i = mù, ( eau >; îamu, —
■ mer, fleuve ■; qi ; — idem ;
V, a.
i05, i=ilu,«élevor.; — Idem.
106. i = aîù, « briller »; — v.
i, 2.
107. ib = ibbu, « viseëres, en-
trailles (?] comme siège d'émo-
tions » ; — idem.
108. ib, ibbi = ?
109. ig, ik, iq = ikka, iqqu,
• serrure, barrière, porte •, -«5,
D». BW; — idem.
110. id = «du, < flot, nappe
d'eau »; -^1, r. tm; — idem,
111. id =iâu, èmuqu.d force*;
— idem; -p, ■ main, force ».
112. il, illu = (ka-ka-8i-ga), «pa-
role parfaite, prière n ; v. el.
113. il = ilu, «lever, enleven,
•^ ; — idem.
114. im(il = imtu, . souffle »;
de là s&ru, ■ vent, orage, abat-
tre »; irgitu, « sol, terre »; didu,
duppu, a argile, tablette *; —
idem.
115. im = belùtu, a domina-
tion »; — ?
116. in=pillu, piltu, »?.; — î
117. in, nasalisation de é,
■ maison >, devant g.
118. iii, is = issu, sidu, « élé-
vation, montagne a; ident;HV3<
na^ù.
119. it<i) = itu (?), abarakku,
> ministre »; — idem {?}.
120. iz, iq = 1;u, «bois, arbre»,
n; — idem.
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BALYLOmENNE 25
K
121. ka = pu, appu, c bouche,
face » (cf. «o) ; — ?
122. kab = kabtu, « lourd, pe-
sant, abondant » ; — idem; «pa.
123. kad = kasaru, «lieri»^*TpV»
laH;— idem.
124. kam = dlqaru, • vase » — ?
125. kan; v. gin.
126. kar =: kâru, ■ quai, di-
gue, plaine»; — idem; -^i^.
127. kar = nîtu, « barrière,
haie » ; — v. kir et kur.
128. kas — kâsu, « vase, verre,
boisson, vin de dattes ».
129. kes ; v. kis.
130. ki = asru, irçitu, « lieu,
terre », & 15; — idem.
131. kib =?«?»; — naD,« feuil-
le, branche, cercle » (?)
132. kid = kîtu, « sorte de vê-
tement » ; — idem,.
133. kil = kilu, « espace en-
fermé, prison »,Mb3î — idem,.
134. kim; v. gim.
135. kin = sîpru, s envoi, mis-
sion »; — ^^' TîB» * diriger ».
136. kir — kîru, « intérieur »;
'^idem; -fj^a, «récipient, bassin».
137. kis = kissatu, « région,
contrée » , ^^33 î — idem,
138. ku = akàlu, a manger, se
nourrir »; — ?
139. ku = cllu, apur, brillant»:
— ?
140. ku=nadû, «placer, fixer»;
-TD-
141. ku = matqu, « doux »; — ?
142. kum, qum = isatUi « feu »,
tp. « brûler »; — idem.
143. kun, qun = zibbatu, zum-
bu, « queue » ; — ,-uç?
141. kur =?mâtu,« pays (bas)»,
âadu, «montagne»; — 52', «cer-
cle, contrée » ; cf. y\^, « selle de
chameau », ^S , « monter en
forme de spirale ».
145. kur =:nukurtu, «hostilité,
hostile, étranger » ; — idem,
après apocope de la syllabe
initiale.
146. kus = nâhu, « reposer, se
coucher » ; akâsu (ikué), « mettre
fîn^ détruire » (cf. munîh, « qui
abat »)•
147. kus = ? « champ »(?); —
v. l'art, précédent.
Q
148. qa = ?, « mesure de capa-
cité » ; — ag.
L
149. la = lalû, « ornement » ;
— idem.
150. la =. là, « non, ne » ; —
idem,.
151. lag = kirbannu, « don,
cadeau » ; — lakû, « prendre,
accepter » ; jxch'
152. lad=?, «? ».
153. lah = labû, « marcher, al-
ler, se tenir debout (?) » ; —
idem (?).
154. lah = lahû, « faire des
commissions, servir » ; — idem,
155. lah= lahû, « briller, res-
plendir » ; cf. nS» « frais, vert,
humide »; — idem.
156. lai, la = saqalu, «peser»;
sapàku, « accumuler » ; malû,
cr emplir, plein » ; alâlu, « sus-
pendre » ; — idem.
157. lam = ussubu, « pousser,
croître, briller » ; — ulàmu, d'où
mélamu, « splendeur ».
KETC> SiMinQIIK
lî = rfca. . t . — ?
li =■ raqqù i* kU«lU, <
trqnet (?;»; — ?
lif = li u. danoD. ■ fort *;
lid = Uttn. • Tache caa-
lik = liku. iJeucechieD»;
lil = lilu. * m. aorte de
I • ; — i'Um '^yfy. < nuit n;
ify
lim ?
li*?
IBS. nus = aéîpa. ■ nu^cien,
astrologue * ; — muso. «pUnMea-
l!i3. mé = qâla. tTMx. psralei;
— T. mu.
iU. mè = BA'dûm: — mé,
185. mén = açô, « coaroBoe,
roseau » ; — ?
ISC. mer; t. eer.
1S7. m£r; t. mermter.
mi^, signe do pluriel;
luh. = ardu. < serviteur •;
lul = dannu. t fort •; —
lum = lamu. < briller >
lu = libbu. . bélier .
iilimu: — i'ifni
li = unelu. « homme
de mulu. < haLbiunt. mut- rhînre 3.
lud = karpatu. • vase.
189. mil = 7. . ? .-
190. misa = mtrama. «<pioi que
oe soit > ; — ii/em.
Idl. mia; atfiie eonpoeé de
deux crocheta: chîfbe ÎQ.
19?. min. signe eompostf de
deux clous perpendiculairM .
t9\. mis: T. gis,
ld>. mu = sumu. < Dooi, Bea*
tioQ * : — amû. * meottOQuer,
parler •: ien:T. mé.
196. mu = zik^ru. ■ mâle •; —
^g| est sjo. de ici-
t9î. mu = (ioDistu. ■ femme ■ ;
I9S. mu^ = mukku. < T>; —
r",(fifl.
199. mue = finaistu. ■ fem*
mi = • \-ai$seau. uavire ■;
mad = ni^tu. • pays ■ ; —
?tK>. mud = damu. ■ aang,
enf.tnt ■ : da'mu. ■ olMcuriM.
tétiobres . ; — *
mah =. mahhu. « grand,
eur •; — iiifiii ; v, muh.
mal =. >akinu. • demeu-
ire > ; — syu, mah^ : Ufin,
man = Ààrru. < roi >; —
tiU muh = muhhu. ■ sommet
de U l^te •; — i.U-n; na. • cei^
veau, criue »,
?0'e. mul > mulu. • babitaitt,
h>>iuuio. femme •: — ||Sd ; ▼•
mal.
-Q, (investir de dijrniios».
m^r ^ sak.\i;u. < demeu-
re •:- «or-^ l?'.
;0.1. nii!l = kakkihu.. étoile»;
- «Sa. »>""- rt*- a». • serrer.
abv-'Hiler •■
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE
27
204. mun = (âbtu , « bien ,
bonne action » ; — ?
205. mur = kapru, « ? » — ?,
206. mur = libittu, a brique »;
— V. murgu.
207. mus = mulù = «ir musi (?),
« serpent nocturne »; — idem.
N
208. na =• nahû , rabàçu , a se
reposer, s'accroupir »j — idem.
209. na = élu, o haut, élevé,
dresser » ; — v. nft.
210. nâ =: abnu, a pierre, ta-
blette, stèle»; — > narû, « tablet-
te » ; idem.
211. nab=nabbu, «ciel, Bel»;
— nababu, « briller »; idem.
212. nag = naqû, « verser un
liquide (eau, sang, etc.), faire
une libation, allaiter»; syn. saqù,
« abreuver », satû, « boire ».
213. nad =: irçitu, a terre » ; —
ayn. nadû, a placer, fixer »;
idem.
214. nam = nammu (?), syn.
simtu, « dignité, sort »; — idem,
215. nar = nàru, nàrtu, «?»;
— idem.
216. né; v. ni.
217. né ^ néru, « hostile, des-
tructif », de là, « feu, flamme »;
— nâru, « maltraiter, détruire »;
tdem; cf. bil.
218. né= émuqu, « force, mul-
titude »; — V. nir.
219. nôr = néru, a forte som-
me (960) »; — tdem; cf. '^^
220. ni; v. nin.
221. ni; v, nin 2.
222. nig(ij; v. nigin.
223. nih = ?
2*24. uim, num :=. elù, saqù,
« haut, élevé » ; — v. syn. enim ;
idem.
225. nin; T. mim. - ' '•
226. nin = bel, béltu, « sei-
gneur, dame » ; — v. nun.
227. nir = bélu, étillu, àarru,
« seigneur, homme libre, roi »;
<lij, « domaine, domination »; —
idem.
228. nié = dannu, « fort, puis-
sant »> — nisu, « élevé »; tdem.
229. nit(a); v. nitah.
230. nu = nûhu, « repos »î —
idem; ^^J-
231. nu = la, ul, a non, ne »;
— syn. ànu, « il n'y a pas » ; ]^.
232. nun = nùnu, « poisson,
poisson divin, Yau, grand, sel-'
gneur. etc. », ^«ij; — idem.
233. pa =. pâsu, « feuille, tige
de roseau » (?) — ; idem,
234. pa; v. pag.
235. pad=zakâru, tanù, «men-
tionner, parler »; — padû (?)
236. pan = qastu, « arc » (r.
tf^Ji « être cambré, voûté, ar-
qué » ; — 'apanu, cf. pi<, «roue».
237. pap = abu, « père » ; prob.
mot enfantin.
238. par; v. bara.
239. par; v. bar.
240. pô = uznu, « oreille, in-
telligence » ; — ?
241. pôs = napâsu, a souffler,
grandir » ; libbu, « cœur., en-
fant » etc.; — ^15 ?
242. pi; V. pil.
243. pi; V. bi.
244. pig = ?
245. pil; V. bîl.
246. pir; v. bir.
247. pis = humçiru, « ? ».
248. pu; v. bu.
249. pu, bu = buru, « fosse,
I
38
REVUE SÉMITIQUE
iwii*8 » (ina. Tia) ; burtu, « hau-
teur *, ji^ia) ; — idem.
250. pursPurat, cEuphrate»;
— idem.
251. pa, ri, ru, = alàku, « aller,
couler»; — arû, « flott; «^hv
252. ra = rahâ«u, c Inonder •;
— idem (?).
253. rab(a) s rabbu, c espèce
de démon (?) » ; — idem.
254. rag = raqqutu, « mince,
faible » (?); cf. raggu, « mal,
mauvais ■ ; pp«^, ;q^.
255. rad = ràtu (wil)* syn.
situ (inv), t abreuvoir »; — idem.
256. rah?
257. ras ?
258. ri ; v. ra.
259. rib = dannu, t fort »; v.
rab.
260. (u-)rig, rik, riq = urqitu
(urqitu); om — idem.
261. rid=rittu, «une plante»;
— idem,
262. rim = rabû, « grandir,
abonder »; — q^.
263. rim, rin, ri = riminû,
« miséricordieux » s « doué de
viscères, de matrice (rîmu, cf.
VBOnm) » ; — idem.
264. ru; v. ra.
265. ru ss banû, « construire,
engendrer, enfanter »; — àru,
idem; v. ir.
266. ru = alàku, « aller, cou-
ler 9 ; v, ra.
267. ru,rum: v. postpositions.
268. rug = ruqqu, « peau »
'Wl» nii î — idem.
269. rus = russu, russàtu, « un
objet solide, fort »; — idem.
270. sa-riksu, rakasu, c lien»
lier»;—?
271. su — nabù, « annoncer »;
- *
272. sas sanànu, «rivaliser»;
— idem,
273. sag = saqû, « crâne, som-
met, tôte, hauteur » ; — idem.
274. sah; v. sih.
275. sal = salatu, € servante »;
— idem.
276. sam = sâmu, « estima-
tion, valeur »; — idem; v. sam.
277. sar = sa|aru, « écrire »;
V. sar.
278. si ; V. sig.
279. sib = bèlu, ré'u, « sel-
gneur, pasteur » ; — ésépu, « ma-
gicien »; t|Oii; peut-être ^oNt
« assembler les troupeaux ».
280. sig= qarnu, « corne », et
garânu, « former un tas, être
abondant, emplir »; — ?
281. sig =- maha^u, « frapper»;
pasàhu, « abattre »; prob. meta*
phore de « corne ».
282. sig; v. sum, sim.
283. siq, sig = urrû, €?»; — ?
284. sil = èalatu, t briser »; —
idem.
285. sim; v. sim.
286. sim; v. sum.
287. sir; v. sar.
288. sir; v. sir.
289. sirs arâku, « être long »;
*
290. su, fl parler » (?); — ?
291. su; V. Sun.
292. su; V. sud.
293. sub ; v. sub.
294. sug = sukku, « marais • ;
— idem.
LE SUMÉRISME ET L*H1ST0IRE BABYLONIEimE
%9
295. 8ug = elitu, saqû, c hau-
teur, sommet » ; — v. sag.
296. sud sarûqu, c éloigné, loin-
tain i; se rattache aussi à aràku,
« se prolonger » ; — ?
297. suh es nasâhu (issuh),
« arracher, renverser, exter-
ner, etc. »; — idem.
298. sul; V. âul.
299. 8um,sim =^ nadû, nadànu,
c poser, donner »; — idem.
300. 8un= sunu, c peau, corps »;
— idem.
301. sun, V. sun.
302. àur rs sûru, t ? » ; — idem.
303. sur; v. sur.
304. sus = ?
305. 91; V. çir.
306. 9ir = fini, « serpent » ; —
idem.
307. 9u(m) ?
308. 9un; v. zun.
309. sa =s éa, « celui qui, ce
qui, de » ; — idem ; nf .
310. sa =■ lu, « qui, quoi que
ce soit »; — V. l'art, précédent.
311. sa; V. sah.
312. âa; v. sag»
313. sa; v. àad.
314. sab=8abbu, «?»; — idem.
315. àag =s libbu, « cœur, mi-
lieu, désir, violence » ; — pf^f
316. èad, sat =: ?
317. sahy sih = sahù, « san-
glier, porc t ; — idem,
318. sal; v. sal.
319. sam — âimtu, a évalua-
tion, valeur, prix », Mt» **
idem.
320. èam - sammu (?), « ? 9.
321. sar = asaru, kasû, a lier,
attacher » ; — idem.
3S2. sar = saros, « grand nom-
bre, abonder, pulluler, croître»;
— idem.
323. se = séum, c blé »; —
idem; hét. nnv; éth. saâë.
324. sék, sôq = zanÀnu, « faire
abonder, rendre fertile, abon-
dant » ; — V. sig.
325. àér; v. sar.
326. ses s ahu, c frère, pro*
téger», et ahu, «étranger, mau-
vais » ; — XffWHi VUIST*
327. si s si, suatu, « elle, ce » ;
— idem.
328. si;v. zi.
329. sib s asipu, isippu, c ma-
gicien, augure, incantation, or-
dre »; — idem; I|Qm; v. mé.
330. àid = ?,«?»; — ?
331. sid, sit = alaktu, c mar-
che » ; — QW«
332. sil = silû, « ? »; — idem.
333. sim =s simmu (=urqu),
«plante aromatique », qq; —
idem.
33t. sir =s nùru, « lumière »,
IfW; — idem.
335. sis; v. ses.
336. sis = nakiru, « ennemi »;
V. ses.
337. sitia) = ?
338. su=zirqu, « outre, seau »;
— ?
339. su ^ idu, « main, part,
puissance » ; — isû, « posséder »;
340. su £= sihû, suhû, « abais-
ser (?) »; — idem.
341. sub =nadû, nadànu, «pla-
cer, donner, vouer, consacrer »;
342. sug, suk,. suq, suqum S&
REVUE StelTIQUB
im, t nourriture, ali-
Bya, sunqu; — idem.
\ig; V. sug.
mi = ?
il = idlu, ■ tiomma lî-
-?
im; V. sum.
in = qablu, ■ rencontre,
'; sanânu, « combattre «i
« approcher • ;
is = nukkuru, a hostile,
Sf.iffBiy, — Bjn.aàuBtu,
— idem.
jN ^ susMU, ' sosse >,
[81 ; — idem.
i; V. da.
ib = tappii, " compa-
chiffre 2 a; — idem.
\g = lapAtu, " toucher ■ ;
• frapper " ; v. da^:.
ih ^ sukallu, " sen-iteur,
; syn.nilahu; idem; v.
ik = ezibu, ■ quitter,
uer »; — atàqu, etiqu,
acer»; — l'dt'Jit.
,l;v. dal,dil, til.
,1 = uinu, n oreille, In-
.1 = ikkutlu, • tristesse,
m -uddu, B clarté, In-
— ?
mla); v. dam.
>r =para'u, parAsu. ■ né-
trancher » ; syn. tarAni,
àjv. tis.
3ti(J. té =
— idem.
367. té; V. temen.
36*. tib; v. tig.
31)9. tig, tik,tiq=kiàadu,<cou,
bord, rive •; — ?
310. til = gam&ru, « achever,
exterminer «; — ?
371. til = balalu, « vie •} — v.
til 3.
37ï>. til = élu, àaqù, • haut.
élever .; — idem; "jn. ^•
373. ttm, dim = tar; — t^mu,
" ordre, parole » ; dJO: 'tfon-
37t. tin, tin, din = balatu,
1 vie, force » ; zikaru, ■ m&Ie > ;
Aikaru, ■ viu »; danAnu, « #trc
fort •; — idem.
375. tir, ter = kistu, «terrain,
sol, domaine •; — cf. ^nn, ■ bor-
376. tu. du, tur = èrèbu, - en-
trer » ; niar«u, • malade » ; alâdu.
■ enfanter »;— syn. taAru.n ren-
trer »; — idem.
377. tu= subtu, ■ demeure >;
gubatu, ■ vêtement •; — ?
37S. tu ^ sAru. I veut ■; v.
lub?
379. tub; v. dub.
3f<0. tub = maha$u, ■ frapper ■;
V. dub, Tfln, tjanî
^<SI. Iug=$ubalu.tvétement>;
H82. tuh = pitû sa pi, » ouvrir
la bouche i?) •; — 7
383. tuk = ahâzu, isù, * saisie,
posséder t ; — dakii, ■ faire uns
levée en masse •; — idem.
381. tum. du. aliiku >; _ adti,
■ pas. fuis u.
3S.'i. tum — hardatu, < ? ■.
386. tum = élu, . haut, élevé »;
— ?
337. tur = Urba^u, c gîte,
parc I ; — V. tu, du, tur et dur.
LE SUMÉRISMB BT L^HISTOIRE BABYLONIENNE
31
388. tur, du s mâru, dumu,
damu, « fils »; — idem.
389. tur srçihni, « petit »; sih-
ni,« pourtour »; v. tur 1.
390. tus, dus s aâabu, « de-
meurer »; — ?
391. ta; v. da.
392. tu ; V. tur.
393. tu; V. tun.
394. tun =. âiqlu, a unité de
poids, siole »; — of. ijnOi * ohar-
S^^ * > lUVW» < charge, poids » ;
"^ Vn^ * percer, creuser».
395. tur= apsu, c océan, abi-
me » ; — ?
u
396. u =3 akàlu, « manger » ;
— ?
397. u=^ùmu, «jour, lumière»;
V. ud.
39d# u =^ héÏJiy a seigneur >; v.
umun.
399. ù = u, 4 et, aussi t ; —
idem.
400. ù = labiru, « vieux »; — ?
401. ub =^ tupqu, « contrée^
région »; — ?
402. ub îst ubbu, « ? »; — idem.
403« ug; V. uk(u).
404. ud 3 ûmu, urru» « jour,
lumière »; syn. uddu; idem*
405. uh=rùtu, ru'utu, « ? »;
— ?
406. uh ^ uplu, ■ ver, vermi-
ne» insecte »; — ayn. uhu, |^?
407. uk(u) = sarru, t roi »; — ?
408. ul = uUu, c passé, éloi-
gné »; — idem.
409. um(u), dans um-me-ga,
(oa da) = tarit u, c femme en-
ceinte » ; — ummu, « mère »;
idem, qh; v. am.
410. un = bélu, bôltu, t sei-
gneur, dame »; — v. umun.
411. ur=aru, « pécher 9, —
idem.
412. ur =^ sùnu, udlu, t sein,
corps, peau »; — syn. utu,
« corps, nudité »; — idem ; «^ly,
413. ur,gusur=gusuru,«pont,
passerelle »; — idem; wa,^^*«9^»
414. us,us=>zikru, zakru, «ser*
viteur, haut, élevé »j (saqù); v.*
IS.
4i5. uz = enzu, « chèvre » ; —
— idem.
416. uz(u) s= sèru, a chair,'
viande, enfant »; — T
L
417. za = abnu, « pierre »; — ?
418. za; v. 9a, ci.
419. zab=nabatu, « briller •
(n33f) ; çâbu, «cohue, multitude »,
— idem,.
420. zag =^ ittu, « côté »; — ?
421 . zag ^ sangu, sangu, « prê-
tre »?
422. zah = nûru, « lumière » ;
— rot» « clair ».
423. zal = azal, barù« « voir »;
namûru, « briller»;— Sl!?3r (mis.),
« clair, limpide ».
424. zi = napistu, « souffle,
âme, personne »; — jnt, « s'agi-
ter »?
425. zib = simtu, i sort » ; — ?
426. Zip, zig «= ziqqu • ? »; -^
iden\.
427. zid = imnu, « droite »;
kônu, « vérité »; ^ ?
428. zid = kimu, « farine »
(nop)
. — ?
32 REYUE SÉMITIQUE
429. zil, «il, ail = ? t abonder »; zunnu, i pluie » ; —
430. ziz s= kunasu, « ? ». idem.
43i. zu = idû, fl savoir »; — ? 435. zur, sur = kalû, t empé-
432. zub; v. sub. cher»; u^uru, « barrière, limite,
433. zub = gamlu, c don » (?); borne»; — idem.
-* Y. sub. 436. zur, zar, car = zarru « ? »;
434. zun s ma'dutu, t multi- — idem,.
tude, abondance > ; zanànu,
Par rapport à leur origine, les 436 phonèmes précités qai
constitaent l'ensemble des monosyllabes primitifs du pseudo-
sumérien forment les divisions suivantes :
1) Monosyllabes qui, sauf la voyelle finale et le t du genre
féminin, conservent intact le mot babylonien qu* elles repré-
sentent :
ab, abbu ; ab (p), appu ; ag, agû; ad (at), atu ; al, allu ; an,
Ânu, anu ; az, as, asû ; bad, bat, battu ; bal, balû ; bir, biru ;
bir, pir, pir*u; bur, buru;gak, kak, kakku; gai, gallu; gan,
gannu (ginu) ; gaz, gazzu (gazazu); gir, gtru ; gui, gulu ; gun,
gunû; gur, guru; dab, tab, tâbu; dam, (am, tàmu; dan,
dannu; dim, dimmu; dul, duUu; du^ dumu; dun, dûnu; dur,
dûru: el, ellu; en, enu; er(i), eru; hab, hap, happu; hul,
hulu; ig, ik, iku; ig, iq, iqqu; id, ed, edu; id, idu;il, ilu,
êlû; im, imtu ; iz, i«i, i^u; kab, kablu; kar, karru; kaâ, kaâu;
ki, klu, qlu; kib, kibbu, kippu; kid, kit, qitû; kil, kilu; kir,
kiru; kis, ki§lu; kud, gud, quddu; kum, kumu; kur, kurru;
lab, lahu; lai, lalu ; lam, lamu; lib, libbu; lig, li'u; lid, littu;
lil, lilu; mad, matu; mah, mahhu; mal, malû; tne; mè; mil,
milû; mim, mimmu; mu, mû; muh, muhhu;mui, mulu; mu§,
muâû; nab, nabbu; nag, naqû; nam, namu; ncr, nêni; nin,
ninu; nit(a)| nitahu; pad, padû; pap, pappu;pur, purruru;
rab, rabbu; rid, ridu; rug, ruqqu; ru§, russu; sag, àaqû;
sal, salatu; sil, silu; sum, sumu; çir, çiru; sa, sa; §ab,
sabbu; sah, sahu; sam, sammu; sar, sarru; se, séu; sir,
âiru; àub, §ûbu; âug, sûqu; sul, sulu; sur, surû; sus, suàâu;
tab, tabbu; tig, dig, diku; tim, têrou; tin, din, dinnu; tun,
tunu; u, u; ub, ubbu, uppu; ud, uddu; ul, uUu; um, ummu;
uâ, uëu; zab, çab, gab'u; zah, sahu; zal, $allu; zi, zttu; zig,
ziqqu; zun, zunnu ;
En tout 107.
LE SUUÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 33
S) Syllabes qui négligent la consonne finale du mot modèle :
a, ammu; bar(a),parakku; bî, bil; ga, gai ; ge, gig; gi, gin;
gu, gud ; da, daddu ; di, din ; du, dumu ; du, dug ; e, i, ig; i,
id; la, lai; lil, li; ma, mad; ma, mal; ni, nin; nit(a), nitah;
pa, pad ; si, sig ; si, sim ; su, sun ; 9U, sum ; sa, §ah ; éa, sad ;
§a, sag; si, àiq; tu, tug; tUf tun; u, ud; zi, zig, zi, zid.
Somme : 30.
3) Phonèmes qui naissent par la suppression de la syllabe
initiale considérée comme adventice, ce qui arrive surtout
aux voyelles :
nim, num, Anim, Anum; guàur, ur (analysé guâ, <icbois»
+ ur), musâar, âar (muâ, gusâ -f ar); igug, gug, gig; mulu,
lu (mu, < mâle » + lu); êlamu, lam; erim, rim; ânu, nu;
88ustu, âuà ; urqu, rig ; amû, mu, me ; aru, ru, ri ; adu, du, de,
di; asaru, sar; ugar, gar (u, « champ, produit d + gar,
€ nourriture j>); ukkulû (c nourriture, grain »), kul, gui
(€ graine, semence i>); agu, gu, gi; uçurtu, 9ur; ikus, ku§ ;
ikkur, kur ; gad, kad, qad ; ^jj{, ^3^, ^p^.
Somme : 20.
4) Phonèmes dus & l'élimination de la nasale médiate :
duroqu, dug, du; sunqu, âug, sug.
b) Phonèmes polysyllabiques.
Ils sont de deux sortes. On distingue d'abord des valeurs
appartenant à des signes qui entrent dans la composition d'un
nouveau complexe, ou bien à des signes d'un aspect simple
mais doués de plusieurs lectures. Dans cette classe se rangent
la plupart, des noms de signes donnés par les syllabaires.
Comme cette catégorie ne fournit aucun renseignement par-
ticulier, nous l'écartons de la présente analyse. Notre attention
doit s'arrêter par contre sur la seconde classe qui est formée de
polysyllabes compacts, indivisibles et devant remonter à
ridiome des inventeurs tout aussi bien que les phonèmes
monosyllabiques dont nous venons de constater l'origine sémi-
tique. Le choix suivant suffira, j'espère, à éclairer le lecteur.
1. adama =adamatu, « sang foncé, pus »; — idem ; q«tii.
2. akkil.ss akkilu, ikkulu, « affliction, deuil » ; — idevi ; S^n» « ^tre
sombre • .
REVUB SÉMITIQUE
ine plante » ; — idem ; •)•)((, 'j'jy.
«jeune animal, antilope nj — idem (l);ycH-
nu. " Anum »; — idem; uy.
udru?|, imâru, siaù, ■ dromadaire, àne, che-
aitivement atnsu, de amasu, t marcher»; —
lomme i ; litt. ' celle qui marche >.
" démon de maladie »; — idem; dws-
I, • un certain métier »; -r- idem; •^W-
birbir = babbaru, birbiru, o jour, clarté i; —
;u, balangu. a lamentation ■; — idem; j^.
i, < issu dcE entrailles, du ventre, fîls, enfant <>;
-apluhtu, « crainte »; — idemjnSs-
I, " ? m; — idem; iJn.
ru, gaggaru, • terre, sol, pays »; ^ idem ; "ip^.
igir.
i, 1 protecteur, dieu »; — idem ; ly^.
dirigu, dirgu, « sombre »; — ïdeiit; g^ (tal.).
Lu, • lourd, riche, abondant >; syn. duhdu,
lem.
'f'dmu, " cadavre »; — idem; aram. RCfiTl-
, 1 plaine, campagne "; — idem ; y^y.
Li. t pays haut, Élam •; — idi^m.
ikkaru, n laboureur, cultivateur »; — idem;
"I renverser, détruire "; — idem; mu, mn-
u, « espèce de sauterelle ■>; — idem ; a^n-
« prolecteur, dieu "; — idem; halâpu. "couvrir»,
(ils u; — idem; ^s*-
= idiqlat, ■ le Tigre »; — idem; 'joiiT
H mur, enceinte u; — idem; ij|.
amii, kalama, i totalité, monde, univers *; -^
nu, kurunnu, • vin »; — idem.
igu, n ? a; idem.
, noble »; — idem.
i9u, « sorte de démon, colosse "; — l'dem.
lamu, ( majesté, splendeur <i; -^ idem ; ëlamu;
LE SUMÉRISHE ET L*H[STOIRK BA.BYLONIENNE 35
37. murub, muru, « organe féminin »; — idem; éribu, aiy«
38. nanna = nannaru, « illuminateur, titre de Sin »; — idem ; ^«u.
39. nigin = nikimtu, a assemblage, accumulation »; — idem..
40. pirig, piri = piriqqu, « ?»; — idem; yyt^
41. pisan = pisannu, «plante aquatique»; — idem,
42. sahar = saharu, « poussière »; — idem,.
43. sigisse =■ sagàsu» sigsu, « immoler, immolation »; — idem.
44. silim = salâmu, salamu, « apaiser, décider »; — idem.
45. sukkal= sukkallu, «jeune garçon, page, ministre »; — idem;
46. «alam, çalmô = çalmu, « obscurité, image »; — idem; oSy.
47. sanabi -= sanabu, sinbu, « deux tiers »; — idem,,
48. sukum = kurmatu, a nourriture »; syn. sunqum (avec mim-
mation); — idem; pjj).
49. tidnu =: tidnu, tidanu, nom de la Syrie (r. edu, «fif , « ilôt » ?) ;
— idem.
50. tirtum, tirtim=- tirtu, « message, commandement »; — idem;
51. ubara s kidinu, « ami, compagnon »; syn. *ubaru; — idem;
Tin-
52. umun = ummànnu, « gens, grenier »; — idem; "[qh-
53. uras = ursànu, « fort, puissant »; — idem.
54. usbar= isparu, « tisserand »; usparu, « métier de tissage »;
— idem.
55. utul =utullu, « parc de troupeaux, troupeau »; — idem.
56. zabar = siparu, « cuivre, airain »; — idem.
57. zikum= ziqqum, « flot, mer; — idem; p^^.
58. zikara, zigara; — ?
59. zikura = âamù, ciel, hauteurs »; syn. zakru; — idem; 13t.
60. zimbir = sipar, sippar, « ville de Sippara »; — idem; *ii)d.
Ce6 faits se passent de commentaire : 1 30 monosyllabes
et 60 polysyllabes dont l'immense majorité forme le voca-
balaire des inscriptions les plus archaïques qui font Tobjet
de notre analyse, non seulement découlent de la langue baby-
lonienne sémitique^ mais portent en même temps le caractère
de phonèmes artificiels dénués de toute réalité linguistique et
ne pouvant fonctionner que comme simples expressions de
son ou comme valeurs idéographiques représentant, soit des
termes qui leur ont servi de types, soit les idées, qui dans
la conception des inventeurs étaient mises en rapport avec
ces types fondamentaux. Les noms des lettres de Talphabet :
a, béf eéj dé^ éf sffCj gé^ etc., sont également le résultat de
36 HEYUB SÉMITIQUE
modifications conventionnelles et ne font point partie de la
langue. Dans les chiffres romains, la faculté idéographique se
borne aux lettres Y, D, G^ figurant la première convention-
nellement le nombre « cinq » , les deux autres comme abrégés
respectifs de decem et de eentum, les nombres c dix d et
<K cent jD. En babylonien ce procédé est largement généralisé,
DERNIERS SUBTERFUGES SUMÊBISTES
Uexamen que nous venons de consacrer aux phonèmes
primitifs formant les lectures des signes du syllabaire baby-
lonien, satisfait d'abord à un desideratum exprimé catégo-*
riquement, quoique d'une manière exagérée, par M. Zimmern
dans l'introduction de ses Babylanische Psalmen (Leipzig,
1885). Tout en avouant la réalité des faits relevés par moi
relativement à l'origine sémitique d'une foule d'idéogrammes
et des rébus qui se rencontrent dans les textes prétendus
sumériens, il s'arrête cependant à la pensée que le sumérien
mixte suppose l'existence d'un sumérien pur aux époques
antérieures. Reproduisons les derniers alinéas :
c Ce sumérien mélangé de sémitismes a été comparé au
latin des moines du moyen ftge. Notre tftche consiste à dé-
gager du c sumérien de moine » assyrien, le sumérien c cicé-
ronien », d'après des principes philologiques. Si, sans
exclure les inscriptions royales paléo-babyloniennes, nous
possédons des textes sumériens purs, c'est encore une chose
indécise, mais une observation plus exacte sur la différence
dans la pureté des textes à notre portée, sera en tout cas un
des meilleurs moyens pour une pareille investigation. »
Le doute qui est le commencement de la vraie critique, est
venu à l'auteur deux ans après l'analyse que j'ai donnée de
plusieurs textes archaïques dans mes Mélanges de critique
et cPhistoire (Paris, 1883, p. 355-357), mais l'espoir qui
perce dans cet exposé et qui lui fournit l'occasion de nous
donner une petite leçon, & Guyard et à moi, s'est évanoui à
à tout jamais : M. Z. écrit :
C'est surtout, — ce qu'Halévy et Guyard laissent égale-
ment inaperçu — de haute importance pour la question, de
LE SUMCrISME et l'HISTOIRE BABYLONIENNE 37
savoir OÙ se trouvent ces emplois abusifs des idéogrammes, etc.
C'est autre chose, sMIs se trouvent déjà dans les textes
anciens d*un Hammurabi, on bien dans les listes lexicogra-
phiques relativement tardives ou dans les bilingues de àamas-
ênm-uktn'qui portent le cachet du factice et dont la colonne
gauche n'est indubitablement qu'une paraphrase artificielle
et savante de là colonne assyrienne de droite dans le dialecte
accadien de la langue non sémitique. La considération orga-
nique en face de la mécanique conduira seule ici également
au but, 1
N'en déplaise à Tauteur^ le défaut négatif qu'il signale
entre parenthèses est bien singulier. J'ai démontré le carac-
tère artificiel des phonèmes c sumériens » par des exemples
tirés des textes qui étaient alors à la disposition des assyrio-
logues et dont plusieurs, entre autres les syllabaires, remontent
à un âge très respectable où on connaissait encore la déri-
vation exacte des formes; graphiques considérablement modi-
fiées dans l'usage ordinaire. Je n'ai pu aller les chercher
dans les inscriptions d'Hammurabi dont on ne possédait
qu'un petit nombre de lignes mutilées. Guyard qui me sui-
vait dans cette voie se trouvait dans les mêmes circonstances.
Les découvertes ultérieures attestent que les prétendus < abus»
se constatent dans tous les figes de la littérature babylonienne,
voire qu'ils- sont au fond de tout système cunéiforme. Or, cet
état de choses que j'ai déjà établi en 4 874 par des preuves
inattaquables, H. Z. se garde bien d'en parler. Où bien croit-
il réellement que les valeurs des signes primitifs ne contiennent
aucun sémitisme? H eût fallu au moins avoir le courage de le
dire. Au reste, le desideratum relevé par M. Zimmern a été
comblé dans le compte rendu que j'ai fait de son ouvrage, en
prouvant que les textes d'Hammurabi et même de Gu-de-a
sont, eux aussi, enlisés dans le sumérien mixte ^ et aujourd'hui
que nous avons les textes antérieurs nous pouvons demander
plutôt où ce sumérien n'existe pas?
Fait remarquable, l'examen du trésor lexicographique con-
tenu dans le syllabaire cunéiforme n'a jamais été sérieusement
abordé par les défenseurs du sumérisme. La tâche en a été
cependant mise au point en 1 889 par le répertoire de M. Brun-
RBTUE SÉMITIQUE
qui classe d&ns deux divisions difTéreDtes les ralears
émitiques el les valeurs sémitiques des signes. H. Lehman
ombat l'antisumérisme trois ans après, s'occupe princi-
lent de certaines lectures et se borne à assigner une
e sumérienne à des syllabes peu nombreuses. M. Pioches
ivelle cette tentative sur une série plus considérable de
rs et a sur son prédécesseur l'avantage de la concision et
clarté; donnons-lui la parole :
sides those (les noms des signes) however a number of
s, evidently borrowed, are common to both idioms,
Assyrian andjnon Senaitic. Thuswe have«-^<Uaandekallu
athouse, or palace >; dup tara txid it^sarru, «scribe >;
and^a//u, c démon, devil >; nanUara and namtaru,
e >; sa-bara and saparu, < net >; us-bar aod usparu,
m >: gu%a and kussû, « ihrone >; mada and mâtu,
d, country »; harran and karranu, a road >; tUtzu and
cabyss >; ilnla&i\dahlu, < son >; (fu^ and di^u,
et s; taga und saqu, ■ head, end > (ofa pièce ofgroUDd);
and palû, « régnai year > ; Uumna and Ummassu, < co-
\ t; batu^ar and passuru, ■ dish v; tak and saku, < ptg » ;
a and adamatu, * gore. blood »; itaga (nûo^s) and
K (nûaitu), ' prince, chief d; «m^ot and uboHu, * fin-
; nun and nûdu, a lîsh »; vrudu and éru, < copper >;
ar «i/ot, <■ army>; urugala, arali and aratlâ, ■ Hades >;
( and sangû, « priest s (both frora sag, s head ■); aulAal
iikkatu, € mesâ«>nger »; agarin and o^arûinii, ■ mo-
>; b'^af and kisailu, < platforme >; v^itm^oi and
mgatlu, « purless one, démon >: ^a and parakku,
'ine ■; fi'/ùn and salimu or iulmu, ■ peace >; a/r, the
(600); damgar and (nmAviru. «r agent >: iti^or and
, < cnclosurt* >; giiiim and cdiinmii, hJh^ and utiubbii,
nos ofcvil spiritt: >; ^^u and agu^ ■ inundation » with
olhers.
>nmo or my re&ders will probably bave recognized, in
ist of similar words in ilie two idioms a few roots that
ïmnion semitio proporty. ^AiiHu is course, the common
hikaly 4 tenippl >; dup^^.uru if the Uebrew t'psar, osed
emiaii and N^ihinu fur, « governor>; kussA is the well-
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONlEmiE 39
known word for c throne i, in Heb. kissê and in Arabie
kurH; nunu^ « fish »; silim^ éulmu and saltmuj a peace >,
and others which are not so easy to identify on account of
transformations tbey bave undergone, but whose dérivations
bave been worked ont, and are known, may aiso be noted.
Among tbese are harrànu^ « road»; from hararu^ c to make
a furrow », ibila and ablu^ <c son ]> from abâlu, < to produce»;
adama and adamatu, <c blood » or c gore » from the same
root a Adam, Edom, etc.; illat or ellat, < army o, the Heb.
heyil or hêl c army, fortification », whiist damgar and
tamkaru c agent » are connected with the word makhuru^
« property ».
c When two nationalities come together, or bave close commu-
^nications witb each other, it is the usual thing for an interchange
of words to take place, for It is certain that they will both
possess expressions or meanings of synonymous words wan-
ting toone or the other, and this being the care, they will be
under the necessity of borrowing unless the needfui synonym
can be coined easily. This, however, seldom happens, and
they borrow, often (as in the case of our own language) when
there is little or no need for it, for after a time words become
common place, c worn out », so to say, and foreing words
iake their place even though good words expressing the same
ideas already exist. This is the true explanation of the fact
that the Semitic and non-Semitic idioms of ancien t Mesopo*
tamia bave so much in commun. »
On le voit, M. Pinches en est encore à l'explication donnée
par Lenormant dans son volume intitulé La langue primitive
de la Chaldée. Elle se résume en ceci. Il y a en sumérien un
petit nombre de mots (= a few roots) empruntés à l'idiome
sémitique voisin, mais la masse en est d'origine allophyle.
La liste de M. Pinches est toutefois plus. abondante, car elle
contient une quantité de mots fort importants comme êkaly
tipsar^ kussûj tamkaru^ lesquels n*ont été classés dans le
lexique sémite qu'après que j'eus démontré la fausseté des éty-
mologiès sumériennes respectives : ê-gaU «grande maison »;
tup^aty c tablette, écrire, » ; ga-za, (( siège, pierre » ; dam
goTf «maître, travail » etc. Quand on combat un adversaire,
40 REVUE 8É1IITIQUB
il est de la plus simple urbanité de dire clairement qu^on lui
concède certains points qu'on trouve admissibles. Hais lais*
sons ces vétilles. M. Pinches semble encore ignorer qu'en
« sumérien > même chaque signe est à la fois phonème (les
suméristes diront c un mot ») et idéogramme et cependant
la polysémie effrayante de la plupart des caractères cunéi-
formes y convie irrécusablement. Si je me souviens bien, ce
fait a déjà été reconnu par Lenormant. M. Pinches ne semble
même pas se douter que» dès le moment que les « Sumériens »
avaient pris l'habitude de faire des emprunts à Tidiome sémi*
tique, ces emprunts devaient comprendre indistinctement des
mots monosyllabiques et des mots polysyllabiques ; comment
se fait-il donc que, en dehors du seul nun, sa liste n'enregistre
que des vocables de deux ou trois syllabes? A-t-il prudem*.
ment supprimé les monosyllabes parce qu'ils gênaient son
système, ou bien cette importante omission est-elle le résultat
d'une inadvertance involontaire? Dans un cas comme dans
l'autre, sa réponse s'arrête précisément là où elle devait nous
éclairer le plus.
Du reste, la plaidoirie suivante du même auteur met le
comble à notre étonnement, L'affublement, cette fois inten-
tionnel, sous la dénomination de c cryptography », de ce que
j'appelle c idéographie » ou < allographie » , remontant au
père du sumérien n'est que ridicule et ne vaut plus la peine
de s'y arrêter un seul instant. Mais que dire des observations
qu'il dirige contre les faiti^des colnciclences entre les phonèmes
Qc sumériens > et leurs types démotiques-sémitiques dont j'ai
signalé quelques exemples dans mon Aperçu grammatical
de Vallographie aseyro-bidnf Ionienne. Les coïncidences en
question se réfèrent aux idéogrammes gai ; bur^ pur ; i;«
gis; el ; subj %ub\ nag; mah; gir; gir; tab; sal; kar; ab,
abrégés réciproques de galluy jpurru, ifu, giséu, ellu^ %ubu^
naqUj mahhu^ giru, gi^ru^ tahuj salatu^ karu^ apu. A ce sujet
M. Pinches me reproche d'avoir traité les noms des carac-
tères des syllabaires comme s'ils étaient des mots réellement
usités par les anciens scribes babyloniens (the names of the
Syllabary giving the phonetic values, the cliaracters and their
names (= S*), are taken and steated as if they were words
LE SUMÉRISME BT l'HISTOIRE BABYLONIENNE 4i
actually Qsed by the ancient Babylonian scribes). Ma réponse
sera catégorique :
1* Les sons elluy zutu, subUj naqu^ salatu^ karu, apu/ne
figurent nulle part comme noms de lettres; les signes lus kar
et ab portent notoirement l'un le nom de ganuj Tautre celui
de SéUj
Ib" Même en qualité de noms de lettres, ces phonèmes doi-
vent être des roots réels dans l'idiome des inventeurs de récri-
ture cunéiforme, tout aussi bien que les noms conventionnels
des lettres de Talphabet phénicien : aleph^ c bœuf »; bétf
« maison 9; gimeU < chameau », daletj « porte », etc. Et en
effet, ces mots et cent autres de cette série constituent le voca-
bulaire primitif du pseudo-sumérien et tout dépend de la
question de savoir s'ils y sont originaux ou seulement tirés de
types sémitiques propres à Pidiome babylonien. Or, malgré
les rélicences de M. Pinches, c'est là un fait certain et in-
contestable. En voici les détails :
a) Bur^ pur, c dissoudre > , n'est pas un unknawn root as a
verb in assyrian ; il vient au contraire de Tinfinitif purruru,
c réduire en miettes », r. -pQ, d'où aussi l'hébreu -)Qn«
< dissoudre une alliance, un vœu ».
b) Gallu, c grand », zub, subj c fondre, couler »; kar{u),
c champ 3>; ap{u) sont aussi des vocables sémitiques com-
muns: as. gallu f gulu; héb. ^;;, monceau »; ar. v34^,
< grand, honorable »; zâbu^ « le fleuve Zab »; mand. X3XT*
ic fleuve j>; as. karu, <t champ, plaine i>; héb. -Q;as. aptu^
aram. KnStt*^^'^- n&K^ ^ épha, mesure de capacité ».
c) MahhUy « suprême », aussi fréquent en assyrien que
ral»trait régulier tnukhuy c cr&ne, sommet de la tête » , est
le sémitique nb* ^ cerveau » (le contenu pour le contenant) ;
le verbe mahâhu, signifie c retirer en haut le vase rempli au
puits, puiser ».
d) Le phonème gir^ ^^, signifie à la fois sepUj a pied »,
et kibsUf tallaktu, marche, expédition (Brûnnow, 91 85^ 9193,
9193); l'affirmation contraiVe de M. P. repose sur un manque
de mémoire. Quant à la lecture gir^ outre les gloses, elle est
garantie par la forme prétendue dialectale me -ri qui peut se
lire aussi ge^ri.
42 RKYUB SÉMITIQUE
^) En ce qui concerne rautre^tr» ('^^^^A « poignard, épée»,
son sémitisme est mis hors de doute par Tararoéen }rpji«
c flèche > et son absence momentanée des textes connus ne
prouve nullement que Je mot girû n'était pas en usage chez les
Assyro-t>abyloniens (Pinches). Les types de dingir (digirû)^
hilib (hil^)^ (fis {qisu\ %uab (TOêobu)^ et d'une foule d'autres
phonèmes tenus longtemps pour sumériens ont été trouvés
plus tard dans les textes démoti.]ues. Nous n^accordons à
aucun assyriologue le privilège de connaître tout le lexique
assyrien. !!• Pinches croit cependant ^pnver son dire sur
Textrait d'un syllabaire du British Muséum que nous repro-
duisons CHa(wès :
Gir ►!$> palnim. naglabn. Dae^rer. knife irazen.
pariidii, magzazu^ to tlee, shearing.
gallatinn^ nain^aru, séparation'?'» sword.
padanu. urhu. path. road.
harranu. efitnl ti, high-road. divi-^ion i? .
aintuin, sak^Ki}tni i?«. ? ?
jèunimudu, ahuru, to eut off ior sim., ?
^ibbn, zu'iiikiint. girdle» scorpion.
.4ra>-iS- iKifrutn lisixn sinni<îi . Dactreriin l he\v o m en's longue).
Là-dessus M. Pinches fait la remarque suivante :
c The writer of this very full Syllabbary, therefore, gives
DO hint of the existence of an assyrian word ^tm meaning
« dagger » or c sword » , nor does he seem to occur with
any of the meaning that a hâve quoted above. »
Malheureusement, M. Pinches commet ici i la fois une
inexactitude et une grosse errt^ur. D*abord il est inexact de dire
que ce syllabaire soit € \ery full ». On voit du premier coup
«Tœil qu'il lui ounqiie les deux siirnîfi^aîions^arJ.?!!, « briller»,
et kirqu^ * ècktir »tqui onl été noues par Brunnow ^305, 306) ;
et 00 admet avec une graiule vrv^:><\r.b!Ance qae ia décou-
verte de nouveaux textes lunis hM\M'a d*Autres sicniiications
icconnu^s. L*une dt>s grvv^ist^s errwîrs consiste a ch-Tcher dans
ce syllabaire les s\nor\nKS d*uu >eu! mot. Au contraire» les
vocables assyrieiis se coîujwsent ea gt":i:î\le fv.\rtie de roots
asssez dinerents nu\iuou:io lingue au r.:o:ule n'e-vprimera par
le même terme : jv^^gUAixl» r^s^Mr. fuir. tvrJie, réparation (?»,
LE SUB1ÉRI8ME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 43
épée (?), chemin y ceinture, scorpion. Ces significations mul-
tiples attestent que gir n'est pas un mot réel mais seulement
un phonème idéographique représentant un groupe d'idées
analogues que la langue vraie exprime par des mots spéciaux..
D*autre part, le sens de c fuir » propre à gir remonte à la
racine assyrienne ^^^ qui a précisément cette signification
(Delitzschy H W B, p. 195); l'idée de c séparation ^ et de
€ division » s'y range sans difficulté. Enfin, l'interprétation
phT padânu^ € sentier )>, et urhu^ < chemin, route », vient
d'une assimilation avec l'autre gir qui est l'idéogramme du
pied(^^); le procédé est purement mécanique.
/) Ma comparaison de nag et naqun, l'honneur d'une longue
réfutation. Pudique à l'excès, M. Pinches se fâche et me
reproche d'avoir ignoré et la longueur du u de naqu et le sens
précis de ce mot : < For the purposer of his comparison, too,
the ingénions anti-akkadist ignores the long û of naqû and the
fact that, in Âssyrian, this purely semitic root does not mean
to drink 1 but < to pour ont, as libation », and that the
purely akkadian nag does not mean c to pour out », but
« to drink ». Passons le ridicule de la première remarque et
disons un mot de la seconde, puisque l'auteur y revient dans
les deux pages suivantes. Condensons ce délayage. Le carac-
tère nag ('-^=tiîI) ^ prononce aussi gu et immeli ; il est tra-
duit par lâsUj « humer » , c'est-à-dire boire en petite quantité ;
ridée de boire devait donc être rendue par gu et non par nag^
ce que prouve aussi le complément a attestant la présence
d'une racine (root) se terminant par une voyelle. » Par mal-
heur, le témoignage du complément n'exclut nullement fexis-
tence de nag; ainsi mal et gir sont souvent complétés maUef
gir-a^ indiquant tout au plus Télision des consonnes finales
2etr ; dans notre cas na^-a pouvait se lire na-a^ sans préjuger
l'existence de nag. Du reste, M. Pinches avoue lui-même, un
peu tardivement, que nag fait partie du phonème composé
Ornag^ c un vase à liquide y>, dont l'analyse, c eau-boire »,
ne fait pas l'ombre d'un doute. Son erreur fondamentale con-
siste de nouveau à prendre ce phonème artificiel pour une
racine. Dans le langage populaire c faire des libations » équi-
vaut aussi à % boire avec excès » .
BEVUE SÉMITIQUE
nlÎD la syllabe el dont le rapport avec l'assyrien
défie toute contestation. Que fait M. Pinchesde
ënant? Il te passe sous silence et ne s'en préoc-
t par trop habile.
ses services rendus au déchiffrement des textes
U. Pinches a acquis des titres à Pestime et k la
e des assyriologues ; nous regrettons profondé-
soit lancé dans les questions épineuses de phi-
irée, où, faute d'études sémitiques Bérieuses, il
lire rien qui vaille.
s d'aborder le problème du prétendu dialecte
sumérien ». Dans certains textes idéographiques
s phonèmes autrement composés que dans les
res. Les < clear-headed » assyriologues, comme
. Pinches, y voient un dialecte et un dialecte
du sumérien ancien. Pour moi, je les tiens pour
ariantes orthographiques. M. F^nches, mécon-
lument la portée des mots, renverse les rôles el
ent sur mon compte les erreurs commises par
irtage les vues. « Balévy's opinion », écrit-il, that
différences are really due to variant writiags
moment hold water. That m, n and b vould be
riants for <r; iforn; jcfor é&add; rfor/and the
. be changed, ail according to flxed ruies, is to the
Lssyriologists incompréhensible. > Notonsd'abord
lé prononcée audacieusement ou inconsciemment
itations de consonnes et de voyelles s'opèrent géné-
rés des règles fixes. Jamais les noms < sumériens »
, E-an-na-du et Gu-de-a, pour ne citer que ces
I, nedeviendron'. jamais eu ce néo-sumérien s Ala^-
ï-mo-«uel yu'Se {»ê)-e, selon les Irnnsformations
r M. Pinches. C'est précisément l'irrégularité et le
es variantes ■ néo<5umériennes > qui oblige & n'y
formes d'une nature graphique. Voici en quoi
it.
nombre de signes qui contiennent le son m ser-
ïprimer le son ^. Ainsi : ma(?),mt, mu, fRaï, mar,
, , se lisent aussi ga, gi, gu, gai, gar, ger, gen, etc.
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 45
Cest un procédé d'écriture qui n'a rien de commun avec les
permutations linguistiques. Le « néo-sumérien > substitue
volontiers la série m à la série g usitée dans le suraérien
ordinaire. Exemples •: sum. || '^ ^ a*ma{iyma{ï) et a-
9a{iyga{l) = néo-sum. || ^j^j a'fna-'me; sum. '-^Kj^ galj
néo-sum. ^ ^]<^| ma-a/; ^i(s), ^m(s); sum. ^, néo-sum.
•^-^ mu ; sum. girza^ néo-sum. marza = as. par^u, « loi,
commandement >; sum. >-^||| fl^tV, néO'Sum. ]>- ^ tT^^ir
ou |>- >-[(^| ma-fi, « poignard >; dim-mer en face de
dim-gir est du môme genre. Tout cela montre simplement
qu'il existait une similitude organique entre m et g dans
la prononciation babylonienne. Ce fait nous est connu
par le curieux démonstratif agâj agâta, agaéuy etc., pour
ammuj ammatUj ainsi que par la forme isakanga pour Ua-
kanma^ <k il fera 9 ; m se confond encore plus souvent avec w
et dans des cas sporadiques avec b; le fond de ces variantes
est purement assyro-sémitique.
Parmi les autres exemples produits par M. Pinches, le
changement de 9 en d dans || ^•-n'^ ïf ^^*^ P*^"^ îî V ^^I
agarra repose sur une fausse lecture, ^"-U^^ se lit ga ou gi,
il y a donc a^ga-a en face de a-gar-ra^ c'est-à-dire la réduc-
tion de gar en ga, analogue à celle de mal en ma. La forme
mé'fir équivalente de musir porte le cachet sémitique par le
son 9 quMI contient. Enfin toutes les autres variantes remontent
à des mots babyloniens synonymes mais issus de racine dif-
férentes : adar (r. -|*|j{, cf. adârUj a réservoir >, adûrUf
€ enclos >) = agar, champ > (r. ^;ix, « enclore », ugaru) ;
aba (de aptu, c creux », ipu, » matrice >) = aga, t derrière »
(de ummUj a mère », [amiu, c servante!»). ; oi^, a afflic-
tion » (? ittu ; r. -]2^^) = anêr (cf. ijy); dw, t aller, mar-
cher » (r. adû^ y^y)=^im deefimtUy t route »); dw^, c bien,
agrément » (de dumqu, r. damâqu) = ^tô, ^i/? (prob. de c^^v»
« rayon de miel »); tn^ar , c enclos » (de ^jj^) et amar (de
amarumj syn. de lipittumj d'où le phonème 2tptt). J'ajoute
un exemple que M. Pinches a laissé en souffrance parce que
si son procédé était exact il faudrait admettre que d se change
en r ; le signe gir^ a poignard », se lit aussi ad, visiblement
du sémitique -j-in» ^ ^^^^ ^^S^ »• Or, le syllabaire cité plus
46 RBVUB SÉHITIQUS
haut remplace ai par ar(u)y et la chance veat qae le verbe
assyrien aru^ le sémitique r-|}(, « couper, retrancher >, soit
rendu par le même idéogramme que le synonyme qofOfU^
gazâtu qui indique Tidée de c couper » dans le syUabaire
produit par M. Pinches lui-même pour appuyer Tidée souve-
rainement absurde de la conservation par des scribes sémites
d'un dialecte étranger, lequel, comble de bizarrerie, serait né des
centaines d*années i^Nnès sa disparition !
M. Radau, au moins, n*a pas poussé la candeur philologique
à ce point-là : il a supprimé tout le chapitre néo-sumérien!
Ul grammaire I>ES TBXTBS ARCHAlQOKS
Nous arrivons Baîntenant à la partie la plus ardue de
notre* tâche. Le vocabubire des textes archaïques est bien
sémitique, nous Pavons montré parprfes de deux cents exemples,
mais n*y a4-il pas dans les liaisons grammaticales un dernier
reste d*un génie linguistique étranger? Maintes pages sorties
de la plume d'écrivains turcs surabondent d'expressions
anpruntés aux lexiques persan et arabe, en sorte que si oo
n^avait pas le témoignage des marques de relations dans les
noms ou dans les verbes, on aurait grand'pdne à distinguer le
caractère ethnique des auteurs. Ne peut-on pas supposer de
même que, malgré Taliandon de l'ancien lexique an profit du
vocabulaire sémitique, la langue allophyle a néanmcnns sur-
vécu dans la grammaire et dans la syntaxe qu^elle aurait
gardées, au moins en partie, et imposées par infiltration latente
à l'esprit des scril>es sémitiques? La plus sûre r^nse qu'on
puisse donner à une question si délicate, c'est de réunir dans
des catégories bien adéquates la totalité des exemples qui se
présentent dans nos inscriptions et d'en étudier soigneuse»
ment le rapport avec les catégories analogues du t>abylo-
nien sémitique,
llfDlOKS WiTKRMlXATIFS DBS HIOXKMES XOMCIAUX
En sa qualité de mot factice le phon^me idéc^raphique se
passe de la distinction pemianonte du genre coQventioDnel
LE SUMÉRISME ET l'hISTÔIRE BABYLONIENNE 47
qui affecte la désinence des mots sémitiques réels. Nin signifie
c seigneur » et c dame > ; dam c époux » et ce épouse » , tur
(= dumu « fils j» et c fille » . L'emploi du signe sal (abrégé
de salatu^ c serve t> , pour désigner les femmes te trouve dans
nos textes (Gudea, St. Ë, col. I, 2). Pour différencier le sexe
féminin des animaux, cet indice se constate d'assez bonne
heure dans d'autres textes, tandis que les individus mâles
sont indiqués par le phonème ué^ abréviation de uéu^ a or-
gane viril ».
Le pluriel est rarement exprimé. On constate cependant
l'existence de deux moyens de le figurer :
4* En redoublant le phonème : an-an, « dieux y>; kur-kur,
c pays » ; giâ-ur-ur (YI, col. III, 1 0), a les ennemis » ; bar-bar
(VllI, col. II, SI), <c les temples >. Un curieux exemple de re-
doublement du nom et de son adjectif est : nam-enim-enim-
dir-dir (VI, n" 1, col. I, 3), c paroles de révolte ».
2* Par le suffixe ne dont la forme pleine est e-ne : a-ne,
c eaux »; an-ri-ne (X, St. A, col. III, 6), ce dieux » ; et
avec le redoublement du substantif tur-tur-ne (X, St. Â,
col. 1, 3), cenfantst; an-an-ru-ne(VI,n'1, col. 1,3), cdieux».
Le premier procédé est purement idéographique ; le suf-
fixe {eyne découle du suffixe pluriel babylonien ânL
La juxtaposition de deux ou plusieurs phonèmes dans le
sens de l'état construit des langues sémitiques se rencontre
d'innombrables fois dans nos inscriptions; la plupart des
noms des dieux et des temples montrent cette construction. Je
laisse à M. Weissbach le soin de justifier sa fameuse assertion
c Ein Status constructus existirt nicht (im Sumerischen) » .
Les exemples suivants qui sont puisés aux textes les plus
auciens suffiront à montrer l'insouciance lamentable de cer-
tains suméristes.
an-en-lil, c dieu seigneur des Ljls > (En-sag-kus-an-na, 1).
gal-lû kur-kur-ra, « roi des pays jo (ibid., 2).
En ki-en-gi, <c seigneur de Kengi > (ibid.y 3).
dig-ga kiâ-ki, c le butin de Kis y> {ibid.j 4).
an-nin-Gir-su, c dieu maître de Girsu » (Uru-ka-gi-na,
n*1 col. 1,1).
ÇffSK
lieu seigneur des Uls s
;œur > i&ûi., col. II, 9).
40).
Grande splendeur du ciel
iHd., 5).
Ed.. 8).
:ai»(iWd.;col. IV,6-7).
ii/a., 8).
. La composition de l'état
clusive des idiomes sémi-
; saurait refléter le génie
juitapositir de l'état cons-
diquée séparément par les
combinaison ka-ge. Pour
L j'ai été obligé de relever
inscriptions, sauf naturel-
groupes. Cette opération
lour en &zer le eens exact.
I, 4-^1 = sjrru >» LiigBs. ■ roi
l.l.~ =in«ûmisâ nio-girsu,
= i)i-<' i;)>-ijh-ki. ' hoDunea
1^1. 1. :<-i< = i~:-nku ^ I^gas.
.-.■■ : .-V:r i::nr.i _o Eti-lil.
1 - ;.K:: ;!!>:>;* Niii.i. -niPIl-
.::.! , i.--;. ,,î.v-vi,efri.=
■! 1. . ■ ^ ,.!■, •-, ■.'.:.^:. • pi-re
Le stJMÉRisiifi ET l'histoire babylo>ienne 49
10. pa-te-ai giè-uh-ki-ge (ibid., 14-15) = issakfu èa) Uh-ki, u roi de
Uh».
il. tur ki-ag en-an-na-tum-xna-ge {ibid,, col. III, 12-13) = mâru
naràmlu sa) Bel-sami-ukin, « fils aimé de B. â. U. ».
12. ao-en-lil-li an-nin-har-sag-ge nuna-sum {ibid,, col. IV, 34-36)
=. sa Enlil Nin-harsag belûta iddinàu^ a de Enlil et N.-H la domi-
nanon lui a donné ».
13. an-nin-gir-8u-ge sa-sus-gal-ni {ibid,, col. VI, 21) = sa Nin-
Girsu suàk^làu, c de N.-G. le suskal ».
14. an-nin-har-sag-ga-ge gi-ka-na (ibid., n»2, recto, col. V, 2-3)
= sa nin-bursag gi-ka-na, « de N.-H. le gi-ka-na ».
iô. ud-baen-te-me-na-ge, etc. {ibid., verso, col. II, 8) ina umisusa
entemena, o lorsque Entemena, etc. ».
i6. an-nin-gir-su-ge ab-ta-gu-e (i6id., n* 3, 16) =sa aiia Nin-Girsu
ittabbi, « qu'à N.-G. avait été promis ».
17. ud an-en-lil gal-lù-kur-kur-ra-ge (VIII, col. I, 36-37) = inâ
ùme (sa) Enlil sarmatâti, etc., a lorsque Enlil roi des pays, etc. ».
18. igi kalam-ma-ge {ibid., 42) = mahar (= maharusa) kalamma,
« devant le monde » .
19. ki-an-ki-ge gu an-ku mu-ru-gi (ibid.y col. II-III, 46-2) - sa
ki-ili riéa ana samô ukin, « de ki-ili le sommet jusqu'au ciel il a
établi ».
20. gal-lû kur-kur-ra-ge {ibid., 15) = sar matâti, « roi des pays ».
21. zag-an-na-ge (ibid., 27) = ésrôti, a les sanctuaires (du ciel) ».
22. pa-te-si sir-pur-la-ki-ge (X, col. I, 6-7) = issaku âa Lagas,
« gouverneur de Lagaà ».
23. am an-ri-ne-ge {ibid., col. III^ 6) = ùm (=ùmu sa) ilàni, « mère
des dieux «.
24. ud aninnanna-ge {ibid.y st. C, col. II, ll)=ùma sainnanna, c au
Jour où In., etc. ».
25. gal-lû ki-en-gi-ki bur-bur (= urlu)-kî-ge (XI, 6) = sar suméri
(û) akkadi, « roi de Sumer et d'Âkkad ».
Dans les groupes qui précèdent les phonèmes déterminants
se placent après les déterminés, exactement comme dans Pétat
construit réglementaire et dans la grande majorité des cas
la postposition ge exprime noire préposition c de > ou c par i^
à laquelle répond la préposition babylonienne sa. Les inver-
sions aux n*" 14 et 19 sont aussi très usitées en babylonien
populaire. Plus instructif est l'emploi de ge pour déterminer
le temps indiqué par ud (3, fi) ou ud-ba (15). Ici nous
sommes obligés dédire c au jour où » (= oc lorsque >), tandis
qu*en babylonien c'est toujuors éa qui reste en fonction ; la
concordance idiomatique est donc remarquable.
Ram fftviTiQf ■ 4
REVUE SEMITIQUE
l'origine de ge je ne puis émettre qu'une siraple con-
B. Cette syllabe semble abrégée de kid, gid, charpente
it kîtu qui désigne une étoffe ou un vêlement. La forme
lera ainsi le génitif populaire arabe cbi^, < effet,
e, bien, possession >.
5 suffixe ka.
;al ti-ra-as-ka-ni (II, n^ I, col. 1, 8} ^ ekallu sa tiras attusu,
aple de Tiras, le sien ■>.
id-da im~sag-ga-ka-i)i (pfj(d.,col. III, 8-'J)= bit Absalm-Bag-
su, " le Bit Ab de Im-sag-ga, le sien ».
g-?-la an-Din-gir-su-ka-ra [ibid , n" ..'. 23-21) = lib... malù
îirsu, a issu... du cœur (?) do N.-G. »,
-te-si àir-la-pur-ki-ka-ra (?) {ibiil , IV, n" 1, col. I, G) =aua
la Lagas, « pour patesi de Lagas (?) «.
1-lù zal-si-ga-ka (,V n' I, col. I, \) = sarru k;i nainru malù,
ein de splendeur ".
-nir gié-gal-ki-ka (V, n" '2, col. III, 17) = surinnu sa gisgal,
in de Gisgal ».
i-pad-da an-nin-gir-9u + da+ka(i()iii.col. IV, 21-22) = 2ikir
itti N.-G., n mentionné de nom par N.-G. (?) a.
I gal-lù uh-ka ni-zig-ga-a (ibid.. col, IV, 2ri-26) = iiia satti sa
(i izàqu, >< dans l'année où le roi dX'h il a attaqué >.
enim-ma sig-ga an ain-gir-sii-ka(i&iV/., col. V, '.M-'23| = uial<i
ia N. G., « plein de la parole deN. G. «.
i-ta-sur-ra an-nin-gir-su ka fibid.. lol. VI-VII. 23-11 ^-ina
sir sa N. U., « dans l'E.-ni. de N, G. »,
i-te-si sir-la-ki-pur-kam fibid., col. VIII, 6-7) = ièèaku su
û, « est le gouverneur de Lagaâ ».
i-dub-ba an-nin-gir-su-ka |V1, n» i, col. 11, li-12) ^ im-
sa nin-girsu, « l'Im-dub-ba do N. G. ».
ir an-niii-har-sag-ka [ibid., I-M ^ parakka sa nin-hareag.
ictuairc de Nin-hurSam ».
ir an-iiin-gir-siL-ka (ibid., ir.) - p.-irakku ^a niu-yirsu, " un
ire deNin-Girsu ".
an-nin.'i se aii-gir-su-ka Ubid., 19-'20) = se ninA »6 m niii-
du blé (pour) Xiii.'i. du blé pourN. G. ».
ki-sur-ni an-nir-irir-su-kii {ibiii., ai-li-.'i = iUii minjïarti sa ,
.u, n le ciiiiiil-bofiic de N.-G. «.
ki-sur-ra an-niii-gir-su-ka-ka [iliid.. col. III, 2-3) = ika
I sa N. G., n le canal-borne de N. G. ».
,1) ,-^a-sig-ga a-sagaii-niii-gir-su-ka-ka (/[»*(/,, R-'J) = aua eérî
a oqil Nin-Girsu, " sur la plaine sa-gig du champ de N. G. ".
, id-lum-ma-^lr-ta-ka ^ibid., 20) = ina kisâdi sa id-Ium-nia-
r la rive de Id-lum-ma-sir ».
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRB BABYLONIENJSE âl
20. sanga innanna-ab-ki-kam {ibid., 29) = sa sanga Innanna-Âb-
ki su, « qui fut prêtre de In.-Ab ».
2!. gu gu g^r-su-ki-ka (ibid., col. IV, 7) = idi saGirsu-ki, « près
de Girsu ».
22. ë an gàl-dim-zu-ab-ka-ku {ibid., 31) = sa anabit ili rabi dim-
apsi, « que pour le temple du grand pilier de l'Océan ».
23. gis-tug-(pi-)sum-ma an en-ki-ka |t6id., col. V, 24-25) =-- nidin
séni (uzni) sa Enki, a doué d'intelligence par Ënki ».
24. ka-si-di an-nin-gir-su-ka-ta({6id.,7)s inapîisarisaNin-Girsu,
«par Tordre équitable de N.-G. ».
25. pa-te-si gai an-nin-gir-su-ka {ibid.y 28-29) = issaku rabù sa
Nin-Girsu, « grand gouverneur de N. -G. ».
26. nam-ti en-temena-ka-ku (ibid., col. VI, 3-4) = ana balaU sa
En-temena, « pour la vie de En-temena ».
27. e-ki-sur-ra an-nin-gir-su-ka-ka {ibid., 10-11) = ika maççarti sa
Nin-Girsu, « le canal-borne de N.-G. ».
28. sag uru-na-ka (t&td., 28) =-ina libbl alisu, « au milieu de la
ville ».
29. ë-gal érim-ki-ka-ni {ibid.j n* 2, col. III, 6)- ékal Erim attuAu,
« le palais d'Erlm, le sien ».
3). sanga an-nin-gir-su-ka-kam {ibid., u<* 3, 23) ^ (Dudu) sanga
sa Nin-Girsu su, « (Dudu) fut prêtre de N.-G. ».
31. sanga mah an-nin-gir+ka+su (Vil, n'I, '2-.\} - sangu mahhu
sa Nin-Girsu, « grand prêtre de N.-G. ».
32. ga-zi-kù>a an-nin-har-sag-ka {ibid., n» 2, 0-7) — baru sizbi
balati sa Nin-Hursam, «c nourri de lait de vie par N.-H. ».
33. pa-te-si §ir-la-ki-pur-ka {ibid.. n® 3, 4-5) = issaku sa La<:a>.
« gouverneur de Lagas ».
34. igl-zi-bar-ra an-gal-lû-kur-kur-ka (VIII, col. I, 13-14) — naplus
îni (sa) sar-matati, « regardé d'yeux favorables par S. -M. ».
35. sage-hi-a an-nina-gid-ha-du nin unug-ki-ga-ka (ibid.y 31-33)
^ ardu laqtu sa Nin... Nin uruki, « esclave élevé par ... et N.-U. ».
36. lu ë-ninnù an-nin-gir-su-ka in-ru-a (X, cart. 4-6) = sabit-ninnii
te N.-G. ibani, t qui le B. N. de N.-G. a construit ».
37. ô uru gir-su-ki-ka-iii iibid., col. I, 8) = bit (sai ina âi-girsu
attusa « le Bit à la ville de Girsu, le sien ».
38. gis-dur*gar mah nam-nin-ka-ni {ibid.y col. II, ^} =- kussà
mahha sabélùtisa, « le trône magnifique de sa majesté ».
39. gu-dë-a lu ë ru-a*ka nam-ti-la-ni mu-sud (ibid., coi. III, -IV,
7-2) = (sa) Nabi bani sa biti balatsu irik, « de N. le constructeur du
temple, sa vie prolonge ».
40. lu ô-an-na în-ru-a-kam [ibid., st. G, col. I, 5-G) = sa bit Aiiim
ibanima, <r qui le temple d'Anu a construit >.
41. ga-gis-sub-ba-ka gis ba-bar (ibid., &t. £, col. III, 1-2) == ba ira
gfs-sub-ba U4urti, <^4u... la borne ».
52 HEVUE SélflTIQDE
42. ka-al-ka gis-uru ba-mul (ibid.y 3-4) =^ sa ka*al gis-uru namru,
a ^u,., le ... brillant ».
43. temen-bi ni-ir-nun-ka(iMd., 13-14) = temensu sa ..., « sa terrasse
de ... ».
44. sag mu-ba-ka (tbtd., col. VIII, 16) = ina libbi sa satti si, « au
milieu de cette .année ».
45. é uru arag-ga-ka mu*na-ni-tur {ihid., st. H., col. III, 7-8) = ina
Bit-ôri-elli useribsu, « dans le B. E. £. il Ta fait entrer ».
Numériquennent plus fréquent dans nos inscriptions que ge^
rindice ka marque égalernent le génitif et peut être rendu par
le babylonien sa. On trouve ainsi indifféremment souvent côte
à côte c p«-te-si gir pur-la-ki ge » et € pa-te-si §ir*pur-la*ki-ka»
répondant tous les deux à « igsaku sa Lagas ». Le sens tempo-
raire constaté plus haut pour ge est également evpriéHé pnr ka^
comme le montre le membre de phrase : c mugal-lQuh-ka
iii'Zig'g& & (8) »« c dans Tannée où leroid*Uh il a attaqués.
Enlin, dans c gal-IO zal-si-ga-ka (5) », ka exprime Tidée
personnelle de sa c qui » . Il sera cependant inexact de regarder
les deux po-t|K)sitions comme entièrement équivalentes. Dans
Tusage, s<*iuf la combinaison ge-ka dont nous parierons ci-
dessous, la particule ^e demeureconstamment isolée et n^admet
après elle ni les sulfixes pronominaux, ni les phonèmes ku^
ra^ da, ta qui marquent les relations de temps et de lieu;
ka semble au contraire avoir précisément fa place adéquate
dans la compagnie de ces diverses particules (l-i, 9-10, 22,
24, 26, 29, 37-38); il possède même ^aptitude de se dédou-
bler (17, 18,27, 30). Si nous avions une littérature phoné-
tique de ces hautes époques, nous aurions certainement ren-
contré les tours de phrase qui président à ces combinaisons,
mais devant l'absence d'un pareil coitrôle notre inves-
tigation ne peut y répandre quelque jour qu'au moyen
de la philologie comparée des autres langues de la famille
sémitique, surtout de Thébréo-phénicien, idiome qui, avec le
babylonien, fait notoirement partie du groupe septentrional «
Commençons par constater un fait historique. L'emploi de
ka comme indice de ^^nitif et de prono^n relatif a presque
complètement disparu de la littérature moins archaïque où ka
rend les particules ana^ < à, pour » et «la, € en^ dans »«
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 53
M. Br(tnnow(p. 32) n*en a relevé qu*nn petit nombre, p^rmi
lesquels paa un seul exemple indiquant Pidée de relation,
laquelle est réservée k la postpositioii ge. Y voir une innova-
tion fabriquée aux époques ultérieures parait hautement
invraisemblable et on est obligé de s'arrêter à Pidé^que le
sens local de ka remonte à Torigine même du syllabaire. Sous
cette perspective, la postposition en cause se compare aisé-
ment aux prépositions hébrc^o-phéiûcierme ^ et 3 qui, tout en
correspondant respectivement aux particules babyloniennes
ana et ina^ servent en même »emps à paraphraser le génitif.
La construction précitée a gal-IO sir-la-ki-pur-ka b est dune
tout à fait parallèle à H*ib")1DTt3« ^ ^^ psaume de David »,
?TV3 D\n*?S« « ^^®" d® Sion s> (Psaumes, lxv, 2) et m^ by2
ttronVîQ' • Ba^al-Uammon de Altiburos », qui signifient
libéralement : a roi à, en Laga§ », c un psaume à David »,
c dieu à, enSiun », a Ba^aMIammon à, en Aliiburos ». Ajou-
tons que cette circonlocution simple est dans les idiomes de
la Syrie aussi restreinte qu'en littérature babylonienne ; on
préfère la fortifier par l'adjonction du relatif ordinaire jy» 2^j(,
3 ou ^ TbîfN- ^" verra tout à l'heure qu'une cojnbinaison ana-
logue s'est aussi ftirmée en pseudo-sumérien. Dans les deux
exemples qui offrent ka-ku (iij 26), ka n'a plus que le sens
relatif.
Ce point fixé, l'origine de ka ne présente plus aucune obs-
curité : nous y avons simplemtmt une variante de la particule
locative ku qui constitue le représentant ordinaire des pré|)o-
sitions ana et ina (Br. 4>é9-i31) et à laquelle nous reviendrons
à foccasion. En ce qui concerne la forme kam(\ I, 20, :{0,
40), on la tient communément pour une construction de
ka+am; le dernier phonème fait partie du groupe des pro-
noms.
Les numéros 17, 18, 27 présentent le redoublement ka ka
et le n* 30 la vaiiante ka kam. CeA probablement une velléité
méticuleu.se de marquer le double état cotistruit de ces phrase^.
Aussi trouve t^on à côié de oc e ki-sur-/a an-nin gir su ka ka
(17, 27) » la forme simple « e-ki-sur-ra an-nîn-gir*su-
ka(i6)».
[JE SÉHITIQUE
S.
ïaminons contiennent les exemples
-ka-ge (V, n'I.ool. 1, 16-171 =kiïra sa
I.-G. ..
-gir-au-ka-ge Ubid., n" 2. col. I. 7-8J =
ij la puissance est donnée parN.-G. ■.
lag-ka-ge {ibid., cot. II, 2-3) — baru
nourri du lait de la vie par N.'tl. •.
na-ka-ga (il))V(., ^•h\ - zikir libbi sa
3ur par lu. ■>.
i-en-ki-ka-gc {ibid., 6-7) = nidin àûmi
ligence est donnée par Enki >>.
a-ge {ibid.. 8-1*) = naramu àa Ljp-Apsi,
lan i>.
re (ibiVf,, 10-HI = a))arakku âa Pa-sag,
!rim-ka-ge {ibid.. (2-13) = il
r-Krim » .
îu-ka-ge (i7)i<l., col. IV-V. 28-1) = zikir
onné de nom par N. G. ».
-gir-su-ka-ge [ibid.. col. VI, 15-16) =
iireu, cr vainqueur de la totalité du pays
■ su-ka-ge {ibid., col. VU. 8-9) = nidin
la main deN.-G. ».
nin-gir-8U- ka-ge {ibid., 15-16) = nisu
homme plein des paroles de N.-G. >>.
ta-ge (VI, n- 1, col. I. 37-38)= issaku
a-ge (VI. n* 1, li-~] - sangu sa Nin-
oâes contiennent deux ou plu«eurB
1 de l'autre et la combinaison ka-ge
ts dépendances. Mais dans les n" 1,
it recherchée et surtout inutile. Aussi
lit « pa-te-si sir-pur-la-ki-ge », soit
, sans aucune désinence. Dans tes
combinaison n'est plus en usage.
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 55
LES PRONOMS
La langue sémitique des Babyloniens ainsi que toutes les
autres langues du monde possède cinq sortes de pronoms
bien déterminés et ne permettant aucune confusion. Le « su-
mérien » fait seul exception à la règle générale ; il ne dis-
tingue ordinairement pas même les sujets du discours et se
contente d'exprimer toutes les catégories par des phonèmes
qui indiquent vaguement l'idée démonstrative. J'ai effleuré
ce sujet dans mon Aperçu grammatical de Vallographie
assyro-babylonienney qui parut en 1884. Les progrès faits
par Tassyriologie depuis cette date, .«^.urtout par suite de la
découverte des inscriptions les plus archaïques» me permettent
à la fois d'introduire dans ce chapitre des faits nouveaux et
de modifier certaines explications qui dans Tétat de nos con-
naissances actuelles, se montrent inutiles ou même partielle-
ment inexactes.
a) Pronoms personnels :
Les pronoms personnels de la langue réelle sont représentés
par un seul phonème qui est mény en abrégé mê. Il répond
en même temps à anaA^u, « moi » (Br. 10358, lOiOl, 10430),
à atta, € toi » (Br. 10360, lOlOi), etàae^i, « toi f . » (Br.
10403). L'emploi de mê pour la première personne se cons-
tate deux fois dans Tinscription V, n"* t, 1 où on lit : ë-an na-
tum mê = Bit-àamê uktn anaku, t je suis Bit-àamé-ukin »;
il est donc hors de doute que les autres équivalences existaient
dé}h à cette époque, bien que les textes connus n'en fournissent
pas d'exemples. Par sa substance conson nautique le phonème
complet mên^ qu'il soit rendu par un seul signe ou par la
forme analytique me-en^ rappelle à première vue déjà, le groupe
pronominal interrogatit-indéfmi babylonien mannuy <i qui ? »,
minUy (K quoi ? » , manamma^ < qui que ce soit > , minamma
ou munumma, « quoi que ce sôit t>^ groupe dont le résidu mê
conserve intacte l'idée vague de l'ensemble. C'est le cas de
l'hébreu no et ^jj où le 3 primitif ne reparaît même plus
jamais. La confusion des personnes par le phonème sus-visé
56 RBVUE SÉMITIQUE
s'explique ainsi par son origine de pronom indéfini et rentre
dans Tordre rationnel.
Il me paraît utile de joindre ici le monosyllabe a qui rend
aussi indifféremment les trois prénoms personnels : anaku
(Br. H327), atta (Br. 11329). su, si (Br. 11361) et sa
(11368). Sa forme complète est selon toutes les vraisem-
blances, a-na, phonème qui figure les idées de minû^ c quoi ix
(Br. 11434), mala, c quoi que ce soit » (Br. 11433), et
amêlu, c un homme, un tel » () 1432). Dans nos inscriptions,
il se trouve à Tétat isolé (VIII, col. 111,40), et répond au
démonstratif éû ou éiUitu, a cela », circonstance qui nous
permet de le ramener avec certitude au démotique annu,
€ ça, ceci, cela ». Le procédé est analogue à celui qui a pro-
duit le phonème men^ mi. Notre interprétation est finalement
corroborée par un autre pronom de la troisième personne,
e-^My correspondant à su (Br. 5866) et sâÂu^ (Br. 5865),
€ lui, celui-là », et qui ne diffère de son type a-na, que par
radoucissement léger et fréquent en babylonien des a en e.
Cet e-ne doit être séparé de la post position homophone qui
marque le pluriel et qui a sa source dans la désinence baby-
lonienne A-ni dont nous nous sommes occupé plus haut.
b) Pronoms suffixes de possession.
Si en ce qui concerne le sujet de Taction, les inventeurs
de ridéographisme babylonien se sont contentés d'une indi*
cation très sommaire, ils ont montré un effort de distinction
plus précise dans les suffixes possessifs où la fixation du mien
et du tien est absolument indispensable.
1) Suffixe de la première personne : mu, abrégé de mu-un
ou muna et simple variante vocalique de men, mê^en, mê =
anaku, a moi », et dérivé de munamma, minammù maitant-
ma. Voir le paragraphe précédent. Ex.: ad (r^ ab)-mu= abua.
abiya, <k mou père » .
2) Suffixe de la seconde personne. Cette personne n^ayant
pas de représentant à la forme isolée, les inventeurs sesontser-
vis du suffixe babylonien réel >-f^ ka^ mais en le représentant
conventionnellemsnt par la valeur %u^ que ce signe possède
en effet (Br. 517). Ex.: ad (^^ ab)-zu =abuka, t ton père >.
LK SUMÉRISME ET l'HISTOIRB BABYLONIENNE 57
3) Suffixe de la troisième personne : ni^ abrégé de ene^
variante vocalique de a-na, c expliqué plus haut >. Ex.: an
(=dingir) ra-ni = iluSu, c son dieu >•
Comnae synonyme de ne, nt, na^ on constate dans nos textes
le phonème bi onba II représente probablement une seconde
lecture de ce signe (^^tlf). Son emploi exact peut être fixé à
l'aide de tous les passages qui le contiennent.
1. èsa-dug an-nabi ga-sag-a (II, n^ i, col. IV, 3), « temple
d'offrande dont le sommet s*éléve haut ».
2. lU-ba é [X muna-ru] {ibid.^ n« 3, col. III, 8), « à son embou-
chure le Bit X U a construit ».
3. an»nin& mas bi pad (III, n» 2, col. III, 6). « à Nina souverai-
nement proclamée ».
4. sag-âu-bi erin lahlah mu-na-ni-gub (IV, n» 1, col. INIII, 5, 6-1).
« comme toit les cèdres brillants il les fit placer ».
5 e-kur + ebi(t5td., 19), « ce canal ».
6. na-ru-a bi {ibid.y 21), « cette stèle ».
7. igi-ba kaâ-sig-ba ni-gar (i6td., 33), « devant elles du vin
j*ai mis ».
8. ur-^ag-ba ni-mi-gab (ibid., 34) « indemnes je les ai lâchées ».
9. ud-da enim-ba su-ni-bal-e {ibid., 50), « au jour où cette parole
il transgressera »,
10. sahar-dul-tag-bi mu-dub(t&tcl., n» 2, col. III, 21, 25), «la pous-
sière des dul abandonnés par lui il a accumulé ».
11. pa-te-si-bi (ibid.^ et col, IV, 14), a son patesi (le patesi de la
ville) ».
12. ud-ba (ibid., col. VI, 9), « en ce jour ».
13. an-nin-gir-su an-uh(?)-bi (VI, n» 1, col.I, 5-6), « Nin-Girsuet
le dieu de Uh (?) ».
14. ku gan-bi ra {ibid., 11), a pour (être) remplacement de son
territoire ».
15. ki-ba na ne-ru {ibid., 12), n dans ce lieu une pierre (= stèle)
il a construit ».
16. na-ru-a-bl (ibid., 18), « cette stèle ».
17. edin-na ki-ba ni-us-us {ibid., 31), <f (sur) le sol de cette place
il 3 versé ».
18. e-bi id-nun-ta... (i6td., col. II, i), « ce canal, du grand fleuve
fil Ta fait sortir).
19. e-ba na-ru-a e-me-sar-sar (ibid., col. II, 4-5), « près de ce
canal une stèle il a gravée ».
20. ki-bi ne-gi {ibid,, 8), <t il a remis à sa place ».
21. bar4ô-bi (ibid . 57), « les épis (?) de ce blé »,
LE SUMÉRISMB ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 59
r
Au moyen de cette distinction les phrases composées de divers
sujets en dépendance les uns avec les autres deviennent con-
si'lérablement plus claires, malgré Tenchevétrement qui s*y
produit souvent, spécialement à la suite des interversions syn-
taxiques.
A propos des suffixes en cause, Texcellent Amiaud a déjà
établi cette distinction en 188i, aidé quil était par Texamen
des textes de Lagas qu'il avait alors à sa disposition exclu-
sive :
< Tous ces suffixes étaient-ils absolument équivalents ? Et
ceux qui ont parlé ou écrit, il y a des milliers d'années, la lan-
gue des inscriptions deGudea, n*avaient-ils, pour choisir entre
tant de formes, d'autres guides que leur t)on plaisir? Cela
n*est guère admissible. Entre na et m, d*une part, ba, bi^ bu,
de l'autre le choix était sans doute réglé par des lois d'har-
monie. M.Hommel a mis récemment ce point en lumière. Mais
quand devait-on employer plutôt la forme en b que la forme
en n, ou réciproquement? Il n'y a plus ici certainement une
question de phonétique, de rencontre de consonnes, car nous
voyons les mêmes mots recevoir tantôt le suffixe ni, tantôt le
suffixe bi. H y a une question de syntaxe. Il me semble ré-
sulter presque sûrement des inscriptions de Tell-loh que les
suffixes lia, m, 8*y rapportent toujours à des personnes ou à
des dieux, ba, bi à des choses. C'est là même ce que l'anglais
marque par his, her d'un côté, par its de l'autre. »
Mais des scrupules surgissent dans l'esprit du sagace cher-
cheur : Texpérience montre que dans les textes « sumériens »
ordinaires les infractions à cette règle pullullent à chaque
page. Une remarque ingénieuse y apporte le soulagement in-
dispensable :
« Je reconnais qu'à s'en fier aux textes bilingues des
WAI, l'opinion que je viens d'émettre ne saurait être un
instant soutenue. Le suffixe H s'y applique souventes fois aux
êtres animés aussi bien qu'aux chosns. Mais qui soutiendra que
ces textes puissent lutter d'autorité avec ceux de Tell-loh?
Nous ne les possédons que sous la forme de copies assyriennes,
plus ou moins savantes et fidèles, séparées des originaux par
on nombre plus ou moins grand d'intermédiaires. De l'ftge
hkviiv sémitique
nous ne savons rien de précis. Peut-être quelques*
DDienl-ils à une haute antiquité; d'autres peut-être
)mposés à des époques relalivenip^t récentes par des
.«syriens ou babyloniens qui ne posséUuent plus le
que comme une langue morte, comme on possédait
,u moyen âge. Cette dernière hypotiiè'^e parait se
our une partie au moins d'un hymne biliogrie, où se
n d'Assur-ban-abil, Pour précieux que soient ces
point de vue iexicographique et même, si l'on veut,
le vue grammatical, on ne sajrait donc hésiter, dans
lion de formes ou de syntaxe, à leur préférer les
ins unilingues de très anciens rois de Chaldée. C'est
iot à celles-ci que j'emprunterai les exemples néces-
a justification de ma théorie (Z R F [, 1 884, p. 245-
avoir cit^ des exemples tirés des inscriptions les plus
es où cet emploi se constate souvent, le même assy-
poursuil :
en finirais pas, si je citais tous les exemples. Mais ce
iratl le plus décisif, c'est que seul le suffixe bi servait,
osition avec les adjectifs, à former des adverbes,
'un autre, en effet, le suffixe pronominal des choses
^rendre la valeur purement abstraite qu'il y a dans
malion {ikidftn, p. til). >
rvation fonda mentale éiaitd'^s plus emcles, maïs le
esdémoiislralifs est encore plus compliqué qu on ne
. à cette époque. Quant k l'emploi de bi comme dési-
verbiate cotnparable ;i i,« ^ .iu assyrien, je l'ai d'ji
I) \8'k et le plus petit effort de logique sur ce fait
éviter au sagace auteur ta nécessité de consacrer le con-
tumérien dt moine qui a con<:idérablement aggravé
lOn des sumérol ligues.
iante ba doit natun'lli'ment êlre regarJée comme une
nstruile sur 1* mod-'-l.* de na dont il pirlagf le sens
liinion aNa-NÎHiirt ou inasuiVi. Aiosi : ka-ba^î). igi-
i-ba{li). ki-lu (l-"»!. edl!i-ii.i ki-ba (17). e-ba(19),
respect! vemmil : ana p!, € près de l'embouchure ■,
^u. « dans ce lii-u ><, ana m.-thri^-un, a devant elles » ;
LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BABYLONIENNE 61
inaiimsû, € en ce jour > ; ana, ina aSriedinsû, « sur le sol
de ce lieu »; ana ikî su, < sur ce canal >. Dans mu-sar-ra ba
le type dénootique reste encore ana muéari âUf mais ana y est
réduit au rôle de complément direct comme cela arrive sou-
vent en babylonien. Cf. le rôle de ^ comme indice d'accusatif
en araméen.
Notons une distinction fréquente et des plus curieuses :
ki-bi (20) répond à (ana) a§riâu, < à sa place », ki-ba (15)
à ana aèri éû, c à, vers ce lieu t>; ba est contracté de bi-a.
Le ph >[iëme a est expliqué plus haut.
3* Indice adverbial dans : ma§-bi = aèaridis (3), < souve-
rainement, puissamment », sag-âu-bi = kubsiâ (4), ce en
coiffure, couverture, toit », ur-sag-ba = qardis (8), a en
force, en vigueur, indemne ». Ce dernier exemple peut aussi
équivaloir à ina qardûti,
4"* Conjonction reliant ensemble deux sujets différents (n** X
et Xi). Nous y reviendrons en traitant les phonèmes i'epré-
sentant les noms de nombre.
LES POSTPOSITIONS
Parmi les particules de relations dépourvues du caractère
pronominal au premier aspect, on trouve dans nos textes les
postposiUons va, &tt, ta, da, dont les deux premières représen-
tent la préposition babylonienne ana^ rarement ina ; les deux
autres répondent respectivement à ina, iétu^ c de, dans», et
ittiy « en, avec, contre » . Leur emploi exact résultera des
exeniples suivants :
a) Exemples de ra :
1. an-nin gir-8u gud an-en-lil-ra (II, n* i, col. I, 1-2) t à Nin-
Oirsu, héros d*En-Iil ».
2. an-dun-sag-ga-na-ra {ibid., col. II, 9), « à son dieu Dun-sag »
(= Dun-libbl, « force de cœur »).
3. an-gàl-alim-ma-ra (ibid, col. III, 2)< à Gàl-Âlim ».
4.,an-nin-gir-8u-ra(i6id , col. V, 4) • à Nin-Girsu ».
5 an-nin gir-8U*ka-ra {ibid , n»2, col. I, 24 « de >?) Niti-Girsu ».
6. aa-nin-gir-8U'ra(t6td., 32), « à, pour Nin Girsu ».
7. lu gis-uh-ki-ra (V, n» 1^ 5), c aux hommes de Gis»Uh-(ki) ».
8. è*an-Da-tum-ra (ibid., 9) • à Bit-âamé-ukin ».
9. gal-IùTinu an-en-ki«ra {ibid, y 4243), « à mon roi, àEn-k) ».
! HBVUE SÉMITIQUE
10. mu u-ruin-ma-ru {ibid., col V, 12), « pour un nom d« puis-
nce (royale) *.
11. ku-gan-bi-ra (VI, n* 1, col. 1, 11), n au génie de oe terri-
ire* ".
12. an<gal-lùErim-ki-ra (ibid.. n° 2, col. III. 5) « à âar>Erim t.
13. an-en-fcl gal-lQ urudug-ki-ra tibid., col. IV, 5-7) 'à En-ki, roi
Sridu 1.
14. an-nin-gir-su 6-ninnû-ra (ibid., n-> 3. 19-20), . à Nin-Girsu de
l Ninnû n.
15. an-nin-gir-su ô-ninnù-ru (VII, n" 3, 1-21, « à Nin-Girsu do Bit
nnù >.
16. Iti mah an i^ dingir)Ti-ne-ra <V1H. col. 1, 34-35). ■ au i,'rand
«rakku des dieux ».
PoNrts à noter : Dans onze exemples, la postposition ra se
pporte à deg personnages divins (1 , 2, 3, 4, 5, 6, 9, it,
l, 11, 13); dus quatre, à des personnages royaux (8, 10,
, 16); dans un, uu habitants d'une ville (7). — Résultat
inéral : ra, ainsi que sa variante ru (10), ne s'applique qu'à
B êtres animés ou conajdérés comme tels.
b) Exemples de ku.
1. ë-ne-bi-kur-kur-ra-ku Hl.n" I, col. H, 4), «à en Uit-mèlam<ni-
itàti ».
i. nam-ti-la-ni-ku [ibid., col. V, 2), o pour sa via*.
). ud-ul-la ku(i6id., 3), " durant de longs jours >.
\. da-ur-da-gal-la-ku (V. n* I, 1&), •> pour de longues époques •-
'i uh-ki-ku [ibid., n" 3. col. V. 6), « à, près de Uh •>.
î, nam-enim-enim ma dir-dir-kii |VI, n" i, col. I, 16|, n selon les
rolcEi cxcesaivus «.
L edin sir-la-pur-ki ku ni-du {ibid., 16|, " à, vers la campagne dv
^asil alla -.
1. gu-edin-na-ku tibid.. col. II, 2). < à, vers gu-editi ».
). edin gis-uh-ki-ku nuku (0 iibid., 9-10), n le territoire de Gis-uh
n'a pas ravagé ».
10. har-ku ni-kù (ibid , -'3), « en dette |?) il a. impose ».
M. gié-ur-ur-kue-da-lallj6t(^., col. III 10). <• les troupe^i ennemies
1 attaqué » .
12. (u-ku ni-ni-si^ {ibid., 14). « suus le joug il l'a renversé ».
13. sag gis-uh-ki-ku {ibid., 17). « au milieu de Gis-uh ■.
14. gu-id-idigna-ku gâl-lu {idib., col. IV, 0), s situé sur le boid
Tigre .,
I . Je vois maintenant dans ku (= rabâsu\ la désignation du génie local,
ra6($u:.ftu-a est notoirement un attribut de Marduk, Moins probable
parait la transcription k\ih^r-ài+r&=kufia'r-ra'ài'=muialHé harriti,
ommeaiAgp.(et)^a^p (intangibles) >.. - .
LE SUMÉRISME ET l'IIISTOIRB BABYLONIENNE 63
15, bar-e ba-dug i-li-ku lu hé-ku gi-gi-a {ibid., 16-19), '■ par un
ordre donné à Ili dont il a fait un homme heureux v.
ftf. id-nun-ku {ibid., col. V, 10), « jusqu'au grand fleuve ».
17. nam-ti en-temena^ka-ku {ibid., col. VI, 3-4), « pour la vie do
En-temena ».
18. à (= id) zid-ku (tbid., 44), « à la main droite ».
19. nam-ti gal-lû-ni en-an-na-tum+ku-fma (Vil, n» 3, 9-11),
« pour la vie de son roi Bel-samô-Ukin ».
20. a-ab-ba igi-nim-ma-ku (VIII. col. II, 8-9), «jusqu'à la mer supé-
rieure ».
21. utu sùku (ibid., 13), « jusqu'au coucher du soleil ».
22. iâib nam-nun-ku {ibid., 24), « au grand pontificat ».
23. gud-gim sag-an-na-ku mu-ru-gur iibid.y 31-32), « comme un
taureau jusqu'au sommet du ciel il a élevé ».
24. gu an-ku {ibid,, col. III, 1), « le sommet jusqu'au ciel ».
25. alan-na-ni-ku mu-tu (X, st. A, col. III, 16-17^. «c pour sa statue
il a fait sculpter ».
26. an ba-u nin-a-ku (tbid., st. Ë, col. II, G-7), i à Bau sa dame ».
27. mu-ku mu-na-sa {ibid., col. IX, 4), « pour être son nom (de
la statue) il a proclamé ».
Points à noter : Dans ces vingt-sept passages, la postposi-
tion ku est mise en rapport avec des objets très divers, tant
matériels qu'abstraits : villes et régions (K, 7, 8, 9, 13,
U, 16, 18, «0, 21 , â3, 2i), espaces de temps (2, 3, 4, 17,
19), monuments (1 , 25, 27), faits religieux ou politiques (10,
11,18, 15, 22, 26); aucun d'eux ne représente un être animé.
— Résultat net : l'emploi de celte particule est limité à des
objets inanimés.
La distinction établie entre ra et /ru rappelle celle qui diffé-
rencie les suffixes pronominaux ni (ne) et bi {bà). C'est le fruit
d'un même esprit.
Mes explications relatives à ces deux phonèmes de direction
doivent être maintenues : ra est la forme apocopée de âra^ issu
du verbe aâru^ c se diriger, marcher », au sens factitif
c diriger, envoyer » ; ku est le suffixe de formation assyrienne
qui figure dans uddakku^ mar^akuj zazaku^ et dans plusieurs
noms de cara'^tëres. Sa nuance locale résulte du pronom anaku
et du comparatif ki ; étymologiquement, il remonte à p^.
J. Halévy.
(A êuipre.)
ECTES ÉTHIOPIENS DU GOURÀGBÊ
Notes grammaticales.
Particules et Mots invariables.
> servant de prépositions sont & peu près les
oiharique; h — > ne m'a point paru employé;
par •t' — > qui est d*ua usage peut-être plus
donc :
tbât, dans ta maison.
;(iita yraber, il demeure avec lui.
ibét dan naro, t^ sont à la maison.
irait : niL^ >, tiCA- > fX:£-A, flOi^ > a-itf •
LDt est remploi de < ya > (V) dans le sens de
L tchana, il vint à la maison.
ik'urft, pour le mulet.
.'an yedj, voici de l'eau pour les mains.
iharique, la particule II sert à former d<: nom-
: < bafer », au dessus; < bat'ona >, forte-
i >, ptjfliquement.
> signifie ■ près > . On dira :
li tch&na, il vint près de moi.
^ut& i torà, il s'assit près de lui.
le semble pas usitée dans les autres idiomes
irticules employées comme conjonctions, nous
lëmes rapprochements avec l'amharique, quoi-
de régularité. Nous trouvons -t et Remployés
K et >, subissant l'inOuence du son voyelle qui
LES DIALECTES ÉTHIOPIENS DU GOURAGHft 65
< afar ta samày » oti c afar na samfty», le ciel et la terre^
mais on dira :
ce a^a teya > ou c axa neya x), toi et moi.
Quant à Tenclytique amharique — 9** i signifiant c et »,
je n'oserais affirmer son existence dans les dialectes du Gou-
ràghè, bien que des Tcha^a aient traduit :
Donnez-moi du papier ^ de V encre et une^plume^ par
waraqatem qarabatem deberwam namê.
Je n'oserais affirmer qu'il ne s'agisse encore ici d'une de
ces labiales parasites que les Gour&ghès affectionnent.
 noter Teroploi de + — i là où les autres idiomes éthio-
piens emploient la particule — fl'. Je trouve :
zengà ta;(âra, si cela était.
obra tibara, s'il mangeait de la nourriture.
En général cependant les idiomes gourâghês se ressentent
de leur caractère de patois lorsqu'il s* agit de l'emploi de par-
ticules; c'est-à-dire que l'arbitraire y règne en maître.
Comme élément de comparaison avec les autres idiomes
éthiopiens, voici une liste des mots invariables (prépositions,
adverbes, conjonctions et interjections) les plus usités en
tchahâ.
Ift, avant; ifté, devant; yantchiê, yantchâ, derrière; bant*
cW lé, ensuite; bat'arâm, autrefois; bemensâ. ifté, avant tout;
a^wâm, aussi f encore; ewatam, baqanâ, à droite; bagherâ,
i gauche; baze/t ici; x^à, x^^chi, là; êyté, rà? têtié, d'rà;
tejoiir, zwerem, alentour; araqwê, loin; qarié, beqwerbi,
près; bat sât antchà, depuis une heure ; wat'ani, assez ; ghêf,
hautj en haut; befwor, au-dessus; benne anghyâ, avant
tout; bezanghyâ, tantôt; teramâ, Ai^r ; nagâ, demain; zaderâ,
cette antUe-ci; akwà, aujour£huiy maintenant; ad gamn&
ahad qara, un^ /bî^ ; engwad qara, une autre fois; qaràrà,
ce matin^ de bon matin; messarâ, Van passé.
Kari kar, peu ; neq kar, beaucoup, très ; yrq kari kar, davan-
(a^^;aflatar, astéro, vite ; beza, beaucoup ; yrq beza, davantage;
ï^xv/fixl^ excepté; mer a^er gamà, combien de fois'! atenkar,
REVUE SÉMITIQUE
;timati, ensemble; atcher, certainement; bift iflé,
abord; a^etera, peu à peu; nemeden, volonliers't
lin, par force; hay^h kîir, bien; kari kari, peu à peu.
nt'cha, yaiiqyâ, donc; bazantchâ, zengSi yantchâ,
'est pourquoi; zangherana, banghyâ, enanqara, enfin ;
^,}usqu^à la maison; x^y^â, cn/î«; ano^, or; yaz-
jourcela; yazghelâ />">&, ainsi.
aïe\; hoy, ohl; cnkus, chutï altentioal; aghyâ, oq,
y, «on! ; nol'en, vitel; yô, hélaal
VII. — Notes de Syntaxe.
onlexture des phrases dans les dialectes gourâghâs
I celle de l'amhariqueetdu tegreiiâ; elle a cependant
:tère plus primitif. Ainsi, pour dire : a c'est un gour-
I est bon >, on dira simplement : c gourmand, bon >,
a lui gourmand, lui bon >.
3in, wo^è, — ou — t'afwain x^tâ., woj^e x^tâ,
vrai qu'on pourrait dire :
l'arwâm, wo^ê enta, il est gourmand, bon.
ne en amharique, chaque, chacun, se rend par une
m du mot, ain^^i :
mt basâaml, veut dire chaque semaine,
!iâ ât ât beiT alcha, je te donnerai un thaler par mois.
\G en amliarique, on ajoute souvent au verbe les suf-
inominaux pour donner plus de précision à la phrase :
huijar âb^âiiu, donne de la viande aux domestiques.
le en amliarique également, l'accord se fait parfois
»ei sonne ou la chose principale. On dira par exemple :
wojè xar^am, tes yeux sont bons (litt. les yeux bons
:t. amii. : 'if.tOtl » Mft*"7 » VU ". Comment sont
(litU et tes yeux commentes-tu?).
i' a zengâ — ou — zenkâ » s'emploie avec le même
l'aiiih. i^C t. On dira par exemple :
LES DIALECTES ÉTHIOPIEI^S DU 60URA6HÊ 67
Mer zengâ? — Qu'est-ce que cela veut dire ? (litU quelle
chose? quelle affaire?).
Je n*ai pu me rendre bien compte de leur façon de traduire
€ comme »; je me contente de reproduire ce qui m*a été dit :
iya u^tâ ten, je suis comme lui.
iy& tenxf tu es comme moi.
iya té nya, elle est comme moi.
iya te n^u, vous êtes comme moi^ etc.
Les démonstratifs suffisent à traduire notre c voici, voilà »,
cependant le mot existe ; ce yayâ > correspond à Tamh. Mlf >>
mais on dira plus souvent :
yâ tchezaw, voici des médicaments^
comme dans Tambarique des paysans.
La conjonction a ou » est très souvent rendue par une ré-
pétition du verbe :
bàriq nya denja nya, est-elle vieille ou jeunet
Gomme on le voit, la syntaxe des dialectes gourâghês
est presque absolument identique à celle de Tambarique rus-
tique, et il est certain que cette ressemblance ne peut que
s'accentuer, si ces dialectes tombent à Télat de patois, ce qui
est déjà le cas pour quelques-uns.
VIII. — Textes tghaha.
Le texte qui suit a été recueilli oralement de la bouche d'un
Gourâgbê-Tch&hâ. II rapporte une tradition locale.
Ya Guraghe gan batmuratâ Ganam Adyâm u. Ya
Des Ok>urAghès le pays au milieu des Gallas des Âdyà est. Les
Goraghê debo chema^u : Tchahâ, Ajâ, Akir, Gwomaro,
Gouràghôs tribus leurs noms 4 Tchahâ, Aja, Akir, Gomaro,
Ghiêtày Ynor, Hagar, Gurâm, Ennemorem V
Ghiéta, Ynor, Magar, Gourâ, Ennemor.
i. Cette nomenclature ne comprend que les tribus tchahâ.
68 RKVUB SÉmriQUK
Baderam ya Guraghê gan yraberopa sab
Autrefois du Gouràghô le pays ceux qui habitaient les hommes
«
""Adiya bâna. Barik sab yebero : ya Guraghé
«Adiya étaient. Les anciens hommes disent : Du Gouràghô
sab baAbdurkadurSyaAhnfietGranê^gwapyâ wadyâ
les hommes d' Abd-el<-Kader» de Amed Grâgne. le frère, les soldats
tatchana. YaAbdurkadur wadyà iytchano, ennem
vinrent. (Ceux) d* Abd-el-Kader*les soldats étant venus tous
krestyâ gamyâ kataru. Ennem echtâ tebto. Y&t agà
les chrétiens mâles tuèrent. Toutes les femmes prirent. Une partie
mecht agapu'; yangwad ag& yabêtgarad
épouses introduisirent; d'une autre partie servantes (esclaves)
eepagum. Zà wadyâ. ta Harargbê tchanabom bana. Tobà
firent. Ces soldats de Harar venus étaient. Musulmans
banabu. Yazerenâ. Guraghê sam tazy& sab
étaient. D'aujourd'hui les Gouràghés la race de ces hommes
mecht tatchanabo.
(et) femmes est venue (descendue).
l^ARABOLE DE l'ËIOtANT PRODIGUE.
J'ai choisi ce texte parce qu'il est un de ceux qui ont été
traduits dans le plus grand nombre de langues.
Ya mes x^^Y^^^^J^ ^^"^™* ^^^^ abâtam baram
D'(un) homme deux enfants étaient. Lie petit à son père dit
Abâna wâ. bwagâ mwaranà yssarekar namê. Bawagâ.
mon père oh du bien ma part qui revient donne-moi. Le bien
gheb gheb chadam ya u^tâ mworatâ awî.
par moitié il partagea de lui la part il lui donna.
1. Il s'agit, semble-t-ii, de l'Abd-cl-Kader qui a soa tombeau dans les
environ immédiats de Harar, où il est vénéré sous le nom d'Aboul-
kader.
2. Ahmed Gragne, le conquérant musulman de l'Abyssinie.
3. Amh. ^7f^iK7(h'
LES DÎALSCTES ÉTHIOPIEIfS DU GOURAGHÊ 69
Ba kari qara aiitchà kari erju ya^utâ yassarakara
ËQ peu (de) jours après lepetitenfant à lui ce qui était revenu
ennem kotamanam baraqwê gàn êmâ waram. Wagâ
tout il réunit vers le. lointain paya chemin il alla. Le bien
afteram ta^àd ematmë badaqyà baotfakar
vite avec des prostituées ensemble en débauches en jeux
ber&tcham. Radjafara gamo neq gâdjâ baze;^
il dissipa. Lorsqu'il eut fini ensemble une grande famine dans ce
g&na jféram x^ti gwadenim bana. Janagam taxiênnam
pays fut. Lui affamé il fut. Il alla, il se loua
taz gàna tat sab gamo. Ze;^ sab yagassam
avec de ce pays avec un homme ensemble. Cet homme vers un champ
saddadhum nê& yêqya.
renvoya les cochons pour garder.
Mêzamêr&m bapa, yobra anx&ra y&r&
Attristé il était de la nourriture n'était pas des cochons
obra tybarâ neq sarié yuxtft x^*"^ yaoxta
la nourriture s'il mangeait grand plaisir à lui était à lui
yobra yb sab ena. Yaxinatâ
de la nourriture qui donne un homme n'était pas. Dans son cœur
tajafaram bi^na : mer-axer nu yabana yabêt
se retournant il était : Combien sont oeux qui mangent de la maison
denja ussa toxnwà ytraf. Netassa yabatana newar
les serviteurs du pain pour eux il reste. Que je me lève vers mon père
newar nebar : Abanam wê ba Samay biftaxê
que j'aille, que je dise : Mon père ô vers le Ciel vers ta face
buchê banoh ; erdjaxa yaxa, yaxam yabêl denja
mauvais j'ai été; ton fils voici, de toi de la maison les serviteurs
ematmê ixerchâ.
ensemble je serai.
Tarassam abata bêt tchanam. xutabaraqwë
Il se leva de son père (vers) la maison il alla. Elle loin
4r
70 REVUE SÉMITIQUE
taxâra. Abàta assâwi erdjeta yaji neq mêzatnazam*
était. Son père le vit son fils lorsqu'il vit beaucoup il s'attrista.
Not*am bangata wadaqnamsamahum.
Il courut à son cou tombant il Tappela.
Erdjeta baram : Abbànawê baSamfty biftaxa
Son fils dit : Père ô, contre le ciel, contre ta face
mutet mena êpa^u. Baxantchâ an^iêr ertcha^a
mauvaise action j'ai fait. Désormais je ne puis être ton fils
yebenim. Ab&ta ybêtdenjà bara : yabeterSi fwafyâ
ils diront. Le père aux serviteurs dit : d'autrefois le vêtement
a^deri. Yadjeta yat'iebekar amber&wi, tch*ama
revôtez-le. A sa main passez-lui l'anneau. Sa chaussure
b&gherata y&x^r. Wo^ê bor& at'ano erto; nebrà
à ses pieds qu'elle soit. Un beau bœuf apportez tuez-le ; mangeons
s&randam. Zex erdj rootabum bana, woxê x^^^^-
réjouissons-nouB. Cet enfant mort était bien il est.
Tafam bana; nakawim.
Perdu il était, il est retrouvé.
Ytclieno kanassum.
A se réjouir ils commencèrent.
C. MoNDON-ViDAILHET.
NOTES ET MÉLANGES
NOTES POUR L'HISTOIRE D'ETHIOPIE
Le rogne de lyasa (I»*^), roi dËthiopie de 1682 à 1708 ^
lyasu succéda à son père Yohannes dont nous avons publié
la chronique dans la Revue sémitique\ Son règne, qui dura
vingt-quatre ans, se passa en guerres contre les Gai las, les
Agaous et les Shangallas. Les discussions religieuses sur
l'union ou l'onction du Christ continuent, entraînant après
elles des persécutions. Jyasu meurt assassiné à l'instigation
de la reine Malakotawit, qui voulait faire régner son fils Takia-
Haymanot.
C'est de cette époque que datent les premières relations
diplonr)a tiques entre la France et l'Abyssinie. lyasu ayant été
atteint d'une sorte de scorbut, son facteur au Caire s'adressa
au consul' de France, M. Maillet, qui lui recommanda
comme médecin un Français, Charles Poncet. Celui-ci partit
pour l'Ethiopie le 10 juin 1698, arriva à Gondar le 21 juil-
let 1699, et guérit le roi, ainsi qu'un de ses fils*.
Notre chronique, tirée du ms. n° 141 de la Bibliothèque
Nationale de Paris, est beaucoup plus courte que celle qui a
été publiée par M. René Basset d'après le ms. n° 142, com-
plété pour quelques passages par le ms n° 143*, et avec
1. De i6S0 & 1704, d'après Bruce, Voyage aux sources du Nil, tra-
duction Castéra, Londres, 1791, t. V, p. 293-368 et t. VI p. 5-70. —
Les dates indiquées en regard du nom de lyasu sont celles de Gutsclimldt,
données dans le Catalogue des > mss éthiopiens du British Muséum
de Wright, Londres, 1877.
2. Avril 1899, p. 166-177.
3. Poncet a laissé une relation de [son voyage dans les Lettres èdi-
fiantes et curieuses [écrites des ^Missions étrangères par quelques
Missionnaires de la Compagnie de Jésus^ Paris, 1704.
4. R. Basset, Étude sur l'histoire d'Ethiopie, }*aris, Imprimerie
nationale, 1882. Extrait du Journal asiatique. Texte : de la p. 35 à la
p. 63; traduction, p. 140 à 175 et notes 307 à 393.
BEVUE SAhiTIQUE
le paraît concorder celte qui a été cons
i*. Il ne faut pas songer & donner (
nditions, mais nous noterons dans la ti
I divergences entre les deux écrits,
lil,rol.35v-: OMw • OA4- ■
aM'k" > Miw ' ngnci ■ a
• ww ■ +hA • ypiçt ■ M
flHKfol. 36)+ • 0,+ • li. t hl
'■«.+ > ticn-tn • [«'>i»"ii ■
m-vri^ , nia, , Ahai.1 ■ M 1 JhC/M I
M-W"»- ■ MH ■ MW ■ A<:fl ■ n/^«+ ■ ••
1- • -h+X./!- • MUUt > %a ■ OiA- • Mh ■ a
^A ■ MA'HAf-A • titiM-p^th • hU¥+ > ma
• 7>A+ 1 rfri t MA > aiAr > •-<»>• I CA
"t«"+ ■ M ■ rfil > ll<" ■ r-'h-f • litM" >
•m . Tt* I AAO-AJ^A ■] •
i; I •}».+ ■ «ll/'i: I Alf I ^oa > inju» I
«nivo • <>»pn.i- ■ nfc ■ r*.+ ■ f.p • [m
tfMC • hiii, > M* ■ »»w>t ■ ■n»M > r
/-en- • «•■«/"i- ■] arf. . tf-/f . ui/i- i
; ■ OR* ■ ê»A+ • fflfcflfc ■ ^'P^fl ■ «>« ■ *
»"«■<; ■ Rt I iDh»~ii ■ *<; t f,tm < arac ■
■ <.A.«i • nuf I ainm» < lA > ,hi , rt:i •
• h"» • f/i'WP- • mmir I >li I di)i»"jM<S1l •
intt Rossin! Carlo, Dî un nuouo codice delta crontca eliopies
cata fia R. Bas(et,*Roma, 1893. Estratto dai rend iconti délia
ademiadei Lincei. Variâmes, p. 8 à 12.
es pauages entre crocheta sont en marge.
ÎTOTR.S POUR l'HISTOIBE D'ÉTHIOPIE 73.
•ûi. » çTi- » M+ ' «WJIA « hio»- » œM^-af I a»
^•fl+A » fl»A+ « jpf-iy « hn « A'flWil' » nh-a « a
««•PO > nho» » A*7^ » *ifl.+ « fip i (D'ion » ^-fl
à • +Jrt.'? » iM'A i oixiH « iiA- « uf • ^a » A
*^ « ^KMr « PA » A^h » fl* » «flA-W « >:^ »
[•T*+ » <»'X+ « ^It » mmfMe « KflA • '^Cff »
«DhHjir » llfl»A^ «] fl»il<»»+ » a»A- » iDd-flF » AP
A » tDVh » M++A » ai«T1<:h « HhAP • "V^At^ î
K^tli • flOA » 4.A.»I » flK I RA.+ « 1P • [hao i
SflïgA'VM^ '] fl»flA^:^^^ « «i»<: » «ïl^J^n » ho" »
^ICh * AÂ9*(fi& < (DA^ * > tICA-f A > [at^ahMt •
f^ilf ! mtaù « OOA « ùnàt- » Xf-C^A « fl»+*'>f «
A-+ « A'TA « Mil « li-flA « h**»*» » «»fl»JÇ:A ï A
•7|i • ijUh » Afl*V » Kfi^ • îiAh » *«**«• » h
fl » A-flfh^ « Mviiï. « h•7l^ « dwolh » îi^uf « #i»
éL « ^Jt"*: » T-Tf^ » nTjni- 1 h*» » ^d-n/' » at-
JC^ I (fol. 37). En marge en haut de la page :
i REVUE BtiWTIQUE
^t ■ IRC ■ fliPC:» ■ TC > mMo^ 1 ■»-/" I mu
I ai>ui» ■ iDAj»'<ii-->+ ■ i'p"î'î-+ . mirt- ■ Mm I
'(lAr ■ tioCI ■ IDAK ■ MlUi'fl.U: ■ K>f^ i ♦
19 • o^Aft X riAA-h ■ r'.h'iA ■ arniv ■>) <pM >
■;>Th • ;"\ ■ TflJi • -M • <»>^.Ç||- o [vK-h ■ m I
•+ ■ mt ■ ttf.ittv I offijcHc ■ i»A+ ■ e-jiA •]
mns ■ 9<»^ 1 9»»li ■ iii/l. ■ a^fU» I AAi . vt
I • flIA I Ml ■ avaf.1 I -M ■ UAo ■ ^Arf,^ i a
Ç ■ [ono-}.-): ■ noo-j ■ M ■ T-n*. ■ n> i] »•*
■ ■ X* " 1°+ ■ RJf > fcll"7¥ . *»11i a
mng ■ 'io'1- « iMf 1 mr<!- i 1B+W+ i* ruA ■
* I i»Ml ■ m-DM r o>h» ■ T-n*. ■ nuf ■ [ibi'* •
t • knm^ • «■"ï-rcft ■ ave • f-v • ««rui •
^a-n- < HfcuH • l■^*^ ■ t-n ■ ■oùa • hcA-rn «]
Œllî " *»"t I »<»>+ 1 mfttCf I mdoi: I AT."| 1
H-A t œn-iOl ■ hAO* ■ ■V.A'I^ i ono-hi: ■ H
•■» • 1»+ ■ JM«fl ■ f.a'MII i 0tf I h-HlY '
Aia 1 mM ■ m*, i npno ■ »"AA ■ M I nWlR
• nM+ ■ M<: I tilM- î iDi»+ ■ "J;*». 1 aw I
A(nl(ii.TA "
œriî I "Jo»!- 1 1»+ ■ ^A ■ MA<qAr-A i atiflt,
• M'i-f.lt I -ni!/).-!: I 011^ ■ hun^f I Tt^i r
n-wv ■ <ii>°nA ■ {.Il I ;>Af-A I i»<Mf ■ n'><r)'» i
JW» ■ IW^^•A 1 «•IN » mxff^c , +,A.li > h»
> (aA'}« I aïKii. I ma-af ■ APA ■ oT>ik ■ [o-jv
■ lit ■ 1»* ■. ««rue ■ -wsirA t nrirA. »]
«•ns ■ -Joi-t ■ iii«»i . jim^ç I iii>n<: . h^-» i
*+ ■ in ■ •P+t I A,-tl 1 61» • i»-»lA ■ h
• ■ ■>T-/" ■ a<h<><>e' 1 ne = oniD-M: ■ l|a»7 . A
NOTES POUR l'histoire D'ÉTfflOPIE 75
»-*h » lilrtl « IrïO'C-t « hr'fih » HMI i «""ïlA »
XlWîf i flrCf-Tft i] difliDCrï « Ai I !•+ I ^/i'fli «
Met » 9iM^ I tlC/l-fA »
CA-fA i mv^t < JCAh I ^AA • AA > i-Cf > hUV
+ I fcn • h-M^i-WA • nKrilîo- î ©hn » :tJ*A?»A \
<Dha < Ko-AT>r*A i <Dtn<* > nhHH • aih^"^")^:!! •
i^i. » Tf^ î fl»>fli » 7A'f:+ I [«DflOfM: » XM. 1 1»
+ • HK- » Xll'VT « +1'* « fl»1"+ t fl<»»"IIC » If*»
0;i«B ' (ij&na i «o^i'ih > aidais • «ho^o* < idav
ttn^dh » IW-fl^ î OfliD'K'l: 1 uoo'} « T*+ » (fol. 38)
•P * 0j&llf7 • A^A I a»TlA * «DHîf • toHitnH a]
/»••. I iDAn^ • MVXlf'^ • fl»++A • MflA • M-C
«MA*!:/ if<^ < lauD a iD<D*xi' i ttii • :>A4i > •n
ih:*7 » A-ax » nuf • im^ç+ « it*/" » Aiwi* i x
76 REVUE SÉMITIQUE
•* » 0»ttiD-h.'P » ll«»^ • "to-fun » M* ^Tta^d, t
ti-tn I ;i;P- I 141^ I Al^A I mnoA • «hy^flA < ^
/I « MM. ï di^ijj I h'nn'4' « +A|i ï iDhflff I ♦a
if^nT-t î «hm* • Tja. « +>n * oDAMii* i a.+
M«»»7*ç « ^Jt-*; « «WMf » fl»i»+ » nA^'rfi.'} î «on
liA ' )&OiA- I i*^A* I flfli'^ * 011? I K^AAi > fl^
M» • A'}'!'/*' î loMir « A;M1+ • /*'A4i i «►*A
*0A- î di^je-^ t A.* « af^r-af « d»<:Af' i ami
^niifl.^ I diA+ • JPf-l I •flKA.-l: « A"»/" » K«»
CA-f A î fl»A.* « o»\i^A « 1^C;k.A ï «DhiDr » hV% »
«Ï^J. ï mh'Wi I Wji(fol. 39)'ï'tlf«^ • AfUirC » tôt
X: > KA^ * <DK<r&7>A > <daII i U^ < 0jiX:r i «d
??« a IDlliD-Xi: I nooJ ' oofph > flAfA > Mf^hff-
C 1 Ov^lA » <Dnh;i,nA a a»i-f^h « ^^>TIU: » H
NOTES POUR l'histoire d'ÉTHIOPIE 77
X: i AA^ » fl»flAft î ae-aPa^ » IDT*K««»- i flonM: »
T^fj: ! ii»f»+1- » (D^HIT • «"Alf»;»'^ » IDA+ « K
hxreu «
mthttf » 0f»X 1 îiAfli» 1 *<: I A-ItH » l/SflïV » i»»^
CI* • flA-t* î XIH « «Am. « «"l^lH* » ©iP^Çl* •
©If-Ar » /»'C«}+ 1 «»'n/*'+ « •ï^'» » nX<ST) î 0+1
«»^ni » X»^ « 0«h1f • fl* i 0n0*Xi: » 0.11 I !•
+ » >IJJ « hTI*^ï » f-AlA » 0K^K"1^ » *A.n »
^d • r jf <: • îf «p î onjcrfi » KAh • t^i^ • ^aa «
1* » 0i#»^Çl* • 0||<»+ 1 PA « liXV « i»»^Ç+ » îf
* » 0h*T^ » i09^F « 0l"ii i n0*X'|: * 1.11 > r^A
fc*7^ ï 0l"*«fc • ^eon9'C « 0X0>^f » fl,-f i 0>/^
•fl/+ » tlCiftf^t » X.rA*A ï miS-cih i (DM » «h
tlA » Iffi-lf^ i attthàVi « «WJf I n.1- » 0n0-Xi: »
\laoj I i*^aD t R-fl^: I -ttCfi i ©«"«"K « A-* i
♦m'>+ « A^i««»l- » XJ^XATfl'A i 0i'n<: » n* «
fHdt » AoBUiil* ' 0A1-*j&[i]1- i 0M » ^rv-n «
f
0fl70& • "J*»!»^ « MH » ^A « 4^A « A^T-/^ •
IMAA ' 0X(fol. 40)ai i 0i*<P4>A > 9°AA>a- ■• AM
78 REVUK SÉMITIQUE
+ « Mf-TW » ÊBSV • atittâ » e I KoH^rS* • -W/l »
A < h«» I JIM^ > Ah«lC i 0M * T-f * T%£lt >
MA4tf* < a»t0<DL * MlttfU' > 0-MiK. i <»^ç a «h
X+Jl • !!«•+ » <1«" • *flt I y^AA » <»>«li.^ t CM
Aîf I «B^h I r*<h7A î «DAJiJf » fcll^ï » XMn.
A I ^ifiif » nr>*Lc » dijifl» I of ï <pfc/»)M<: • *
M^ • AT*JM. » ;»A ! fl»<WI » "W I -Mlh « «"V
J. Perrughon.
(A tuwre.)
NOTES ET MÉLANGES
Dans le premier fascicule de VEphemeris^ M. Lidzbarslci
consacre un commentaire souvent très concluant à une série
d'inscriptions nord-sémitiques publiées et étudiées déjà plus
ou moins complètement par MM. Berger, Clermont-Ganneau
et d^autres encore. Gomme certains points intéressants y de-
meurent néanmoins sans solutions définitives, les remarques
suivantes ne seront peut-être pas tout à fait dénuées d'actualité.
I
L* INSCRIPTION DËDIGATOIREDE CARTHÀGE
Je transcris avec de légères modifications et compléments
qui seront justifiés au cours de. cette note.
l'inscription DÉDIGATOIRE DE GÂRTHAGE 79
o]3a V» Sd 03 otnn opipo paSa nanSi mnvyS ranS i
v]H 030 Hd Sn finn naSo hn Sk ovnpoa mt ji>onnm 2
o]znpDn jfi hv vh oHyn Sm Sk ot^ipon oaîKoa oao Va Sti 3
Sk [Syoni
Kn nnS niovn i3n«? oa Sk ovtpov ^'^nn nSp wa» vk 4
[o «np>J
1 Dnphoiap ooôt; th n-raob ooijw ipi oan-m 5
^]a po p nipSonap yy\ hpasiK p Kam odt^ ooûv^ » 6
lay p PTK najn oSûaoïw p jn^Spa p vSiay p jn 7
03]na an eût? p Syaity odhd ani ain mpSoiay j 8
Spaan p oVân onaay vnnVpai oana an iV«;S 9
L. 1 . D3 = héb. ^J33, t ainsi que > (Lidzb.) — Le groupe
j3 est à compléter iq^^ = ^é^- OHa ou q2j, € en eux », et ne
forme pas le verbe p = «jjij, a construire • (L.). Dans ce
dernier cas il faudrait supposer une fracture trop considérable
pour y placer les sujets du verbe.
L. 2. La signification précise den^^-^p) est inconnue, celle
de « sculptures > (L.) n'est que provisoire.
L'énumération suivante offre quatre séries d'objets précé-
dées quatre fois par le mot énigmatique ^«7. Le sens c avec »
ou c maître, possesseur > (GI.-Gan.) ne s'adapte pas à ce pas-
sage; la signification plus étymologique de oc endommagé y>
(das Scbadhafte, L.) n'y va guère mieux et elle a le grave in-
convénient de laisser incompréhensible la phrase si simple de
Marseille, 15
[030 o]3nah p> Sa iqx St om Kopo ht naî' vh nat Vaa
Outre que la permission de sacrifier des animaux c endom*
noagés > est peu vraisemblable, l'auteur aurait dû écrire plus
naturellement Vl IBÎf DK ^T N3J3Û-
Après réflexion je suis arrivé à la conviction que ^^ n'est
autre chose qu'une particule correspondant à la préposition hé-
80 REVUE SÉMITIQUE
braïque ^^^ ou ^^^D» « à part, par dessus, conjointement ».
Elle marque une concomitance secondaire, un surcroît dont il
est possible de se dispenser^ et en cela elle se distingue des
prépositions c outre > et « avec » qui n'excluent pas l'impor-
tance égale des objets constituant Tenscmble. La phrase sus-
njentionnée signifie donc : a Pour tout sacrifice qui est offert
(nap)» à part le bétail ou à part les oiseaux, les prêtres n'au-
ront pas (droit à un payement en) argent ». On doit compren-
dre de même la phrase ocj^g '^T ÎPQDDn (C- ï- S.| I» <75,
1), « cet abattoir conjointement aux enclumes » (Isale, xli, 7),
c'est-à-dire les blocs sur lesquels on dépèce les bêtes tuées.
Ce sens convient parfaitement à notre contexte.
Je doute que le yinn robo ^^^^ • ^^ ouvrage d'or » (Gold-
zeug) comme on l'admet jusqu'ici; l'expression serait trop
courte et l'objet trop précieux pour faire partie d'une énuraé-
ration secondaire. Il s'agit probableinent des travaux exigés
par le percement du fossé (héb. yj^n» Dagiel, ix, 25) qui dé-
limite l'aire des sanctuaires nouveaux.
11 me parait également que le mot qjq, ici et dans la ligne
suivante, désigne non pas des vases (Gefâsse), mais des sommes
d'argent (cf. le passage précité de Marseille, 13) dépensées
pour divers travaux.
A la fm de cette ligne, on ne voit que la trace d'un ^ qui
se complète en gf j^ ; la partie manquante formait visiblement
parallélisme au moins avec le mot qjîxDIS ^^ '* phrase sui-
vante (I. 3). Comme rien n'atteste la perte d'un très large mor-
ceau du côté gauche, la restitution [Di32 itf]j< nedépassepas
la limite d'une conjecture permise; il serait question des frais
dépenses en sus pour donner satisfaction aux réclamations des
constructeurs ou ma(;ons (033) ; la restitution p323 ^ cause de
son sens ambigu me paraît moins probable.
L. 3. Le membre de phrase '^^ Dlt^lpon DlTKOIi ^^^ ^^"
termine qjq ^3 forme une vraie cruxinterpretum. On ne peut
attribuer à Tautear la grosse erreur d'avoir écrit D3ÎXD3
aa^ipon ^^^ "g" de Dli^nr)On Î?KD2» nonobstant QjnD 31
bjn2 D^X ('> ' '^- ï-iJz-)- Même celte faute admise la compo-
sition n'olfre aucun sens convenable. La chose ne va pas mieux si
l'inscription dédigàtoire de GARTHAGE 81
on voit dans QeflpDîl^'^ participe passif : a dans ces balances
consacrées » (DtîTIpDn)' ^^^^^ Q"^9 comme le fait remarquer
M. Lidzbarski, ^^^ QtEnpDH ^^^ ^^^ évidemment parallèle aux
mêmes mots des lignes î et 4. Je suis porté à croire que le mot
Q3TM33' loin de contenir le terme désignant la balance
(D3tRb» héb. D>3î>tb)i présente en réalité le participe actif du
• ■
verbe t^jij, au pluriel, Q^f^Q^ ^" hébreu |jfx signifie ainstru-
menty outil >s les Q3f}(t3 seraient les ouvriers chargés dédis-
tribuer et d'aménager les objets nécessaires à Tameublement
intérieur des édifices. Quelle que soit d'ailleurs exactement la
nature de ces intermédiaires payés, la forme d'état absolu
D3f ^3 serait correcte et ^n DBnptDn constituerait le com-
plément direct de ce participe actif.
Le mot ubyin) ^^^^^ indubitablement de nby» ^ monter »,
mais le singulier doit être vocalisé }^y et non n^y> ^ ^^^^
cbe 9 (Stufe) dont le pluriel régulier serait p\^y ;. la défini-
tion ^ uvnî)an |B Vy VH rappelle l'expression nj^x nTDSn
obttTP ^3B by (^' ^^^^» xxni, 43) et fait supposer que les
uhv phéniciens étaient de petits monticules dits c hauts
lieux » ou bamot.
Je suis tenté de conjecturer après i^f^ un mot comme
bjWn =^é'^- nbyoni» ^ ^* '* montée à degrés ou marches »,
qui se rattache bien à ^yt t£f2<» ^ Qui mène », de la ligne
suivante.
L. 4. tin» * alignement rond » (cf. dititI» • colliers
composés de bijoux >), probablement la partie supérieure du
mur d'enceinte des sanctuaires. La division njpiiy D3 ^t ^^^
commandée par le parallélisme avec DttTlpDBf TlTin î DD ®s^
aussi isolé à la première ligne. A ponctuer THOWn l^lf ^ ^^
mur de la vigie de la montagne même ». ^j|-| répond à l'as-
syrien igaru, « mur », et nTDttf ^ l'hébreu HQjffji ou rnoVfDf
€ poste de garde » (Cl.-Gan.), néo-héb. HTDW» • *®"*® ^®
gardien dans les vignobles ». — La montagne en question
est suivant toutes les vraisemblances celle qui portait les nou-
veaux édifices, c'est-à-dire celle qui est mentionnée sous le
8S REVUS StiHrriQUE
nom de Libfuion à la première ligne et qui formait un des fau-
bourgs de Carthage. Ce point de vue nous facilitera la com-
préhension des mots qui débutent la ligne 5.
L. 5. On rapporte d'ordinaire nj-nWï 1J?1 Q3"nt* ^ l'énu-
mératioQ précédente : c les objets grands et petits parmi eux »
(« das Wichtige und Geringrtlgige an ihnen ») ; & mon sentiment
cette expression nes'cmploiequepour les personnes(cf.Q-p^^{(
D*t3b BîTTVï inbïff Jérémie, xiv, 3). Les personnes en
cause sont très vraisemblablement les habitants du quartier
susnommé qui ont tous, grands et petits, c'est-à-dire riches et
pauvres, contribué aux dépenses des constructions des sanc-
tuaires et de leurs environs. Pour obtenir une phrase complète
il faut restituer à la un de la ligne & le mot indispensable
Iff^pyy « ont confMicré », et peut-être encore e appartenant à
Qj^-j}{. L'addition d'une phrase telle que « et ont été
achevés tous ces travaux > (und es wurden ausgefilhrt aile dièse .
Arbeiten) me parait impraticable.
nr^D*? "® diffère guère du simple piTSî "^f- '^^'*'
Dilffi'KnSOb ^^niltPiTQ- ï'* nécessité d'admettre une double
date n'est pas bien évidente ; la répétition du litre Q^s^f a
son analogie dans celle den^ (Esm., 1-2; Idal., i, I ; h, I).
TRADUCTION
t Aux Dames A^tart et Tint, à Libanon, des sanctuaires nouveaux,
ainsi que tout ce qu'ils con[tiennent]
Z Et les sculptures (?) de ces sanctuaires; et à part, les travaux du
fossé; et à pari, toutes les dépeuses pour [les oonstruoteurs] ;
3 Bt à part, toutes les dépenses pour ceux qui ont meublé ces
sanctuaires; et à part, tes hauts lieux qui sont devant ces sanc-
tuaires, {et l'escalier]
4 qui mène sur l'enceinte do ces sanctuaires, ainsi que l'encloB de
la vigie de cette montagne-là, [ont consacré]
5 leurs grands et leurs petits (des habitants de Libanonj. Au mois
de Hayar l?l des juges =Abdmelqart et [«^Abdla]
6 i, juges, et Hana, fils d'Adoniba'al etle Uab '^Abdmelqart, fils de
Magon, fil[s de Ba«alya-]
7 ton, âls d'<Abdlaî, fils de Ba^alyaton, flls d'AsmunpiUes, et'Ab-
dareâ, fils de Abd[ba'al},
BIBLIOGRAPHIE 83
8 fils d'«AbdineIqart le Rab, et le grand prêtre 'Azrubacal, fils de
àaphat, grand prêtre, fils de Ba«al-
9 Sillêk, grand prêtre. L'architecte (était) «Akbarim, le niveleur (?),
fils de Hanniba^^al.
(A êuivre.) J. HALÉVY.
BIBLIOGRAPHIE
Histoire de V Algérie par ses monuments.
Sous ce titre, M. Baschet, éditeur à Paris, rue de TAbbaye, vient
de mettre en vente un ouvrage qui mérite d*être signalé tant pour
sa conception que pour son exécution. Il contient environ 80 pages
du format in4« et comprend, outre un avant-propos, di)i à la plume
de M. CanoUe, chef de bureau au Gouvernement général de l'Algé-
rie, qui a eu Tidée de cette publication, dix chapitres dont voici les
titres : Aperçu géographique (M. Cat, professeur à l'École des let-
tres d'Alger); Biographie dé M. Laferrière, dont le passage au
Gouvernement général a eu des conséquences si heureuses pour
n'otre colonie, avec portrait; V Algérie romaine (M. Oagnat, membre
de rinstitut); les Villes mortes (M. Jean Lorrain); les Ruines de
T^imgad (M. Albert Ballu, architecte du gouvernement); l'Algérie
arabe (M. René Basset, correspondant de l'Institut, directeur de
rÉcole des lettres d'Alger); VAlgérie turque (M. Delphin, directeur
de la Medersa d'Alger); {a Conquête de l'Algérie (M. Cat); l'OccU'
pation du Touat (M. A. Bernard, professeur à l'École des lettres
d*Alger) et ^a Colonisation (M. Cazenave, sous chef de bureau au
Gouvernement général de l'Algérie).
Nous avons cité les noms des auteurs, parmi lesquels l'Ecole des
lettres d* Alger est dignement représentée. On ne pouvait faire un
meilleur choix pour les questions à traiter. Les articles sont bien
écrits; en quelques pages sont condensés tous les renseignements
utiles pour chaque sujet; mais cette concision n'entraîne pas la sé-
cheresse du style; la lecture de l'ouvrage est à la fois attrayante et
instructive, comme il convient à une publication de ce genre. Dans
son article sur la colonisation, M. Cazenave fait ressortir les résultats
acquis et montre les ressources du pays. La photographie a été
mise à contribution pour l'illustration; elle nous fournit, soit dans
le texte, soitsurdes planches à part, de belles vues des principales
villes de l'Algérie, des reproductions des monuments les plus eu-
84 REYUE SiMITIQUK
rieux au point de vue historique (ruines, statues, inscriptions de
diverses époques), des types d*indigènes» de constructions moder>
nés, etc. Mentionnons une carte arabe du ciel et une carte de
TÂlgérie. Ainsi comprise, l'Histoire de l'Algérie par ses monu-
ments nous parait recommandable à tous ceux qu'intéresse notre
colonie,, c'est-à-dire à tous les Français. J. Pbrruchon.
Ministère de l'Instruction publique et des Beaux- Arts. — Déléga-
tion en Perse. — Mémoires publiés sous la direction de M. J. de
Morgan, délégué général. — Tome II, textes élamites sémitiques.
Première série, accompagnée de 24 planches en héliogravure, par
V. Scheil,0. P., professeur à l'École pratique des Hautes-Études.
Paris, Ernest Leroux, éditeur, 1900.
Rompant avec les anciens errements, la Commission des récentes
fouilles de Suse s'est • empressée d'inaugurer la publication de la
collection épigraphique qui en est résultée. Lie P. Schell, professeur
d'assyriologie à l'École pratique des Hautes-Études, qui accompa-
gnait M. Morgan dans cette campagne, vient de faire paraître le
tome II de cette série, comprenant les textes élamites-sémitiques,
c'est-à-dire composés par des gens d'origine sémitique et rédigés
soit en style phonétique plus ou moins émaillé d'idéogrammes, soit
presque entièrement en style idéographique qu'une partie des assyrio-
logues appellent suméro-acoadien. Ce faux nom est avec raison soi-
gneusement évité par le traducteur. Deux éléments ethniques se par*
tageaient le pays ; la plaine était occupée par des Sémites étroitement
apparentés aux Babyloniens ; la partie montagneuse avait au con-
traire une population allophyle, ansanite ou amarde. Suse» la ca-
pitale, à cause de sa proximité du Zagros, était habitée par les deux
races. Les documents épigraphiques montrent qu'aux anciennes
époques l'Ëlam formait une simple province de la Babylonie et était
gouverné par des patésis au nom des rois babyloniens. Les Anza-
nites parvinrent d'abord à obtenir l'hégémonie sur les Sémites du
pays, ensuite, à soumettre de temps en temps la Babylonie elle-
même à leur domination. Kutirnanhunté et Kuàurmabuk sont les
plus renommés de ces envahisseurs, mais la prédominance politi-
que de l'élément anzanite semble avoir persisté jusqu'à l'établisse-
ment des Achéménides à Suse, bien que le sémitique y ait toujours
été parlé et écrit. 11 ne peut être question d'une civilisation parti-
culièrement anzanite : elle vient de Babylone. L'ancien roi de Kis,
Manistu-irba, a érigé à Suse un obélisque avec une inscription de
plus de 2000 lignes relatant un immense acte de vente de grands
territoires acquis et payés par lui . Ce monument semble bien dé-
passer en ancienneté l'ensemble des monuments de Telloh et de
Niffer. En effet, Me(=Par$u}-Salim qui, d'après notre inscription» est
BIBUOGHAPHIB 85
le fîls de Manistu-irba, ne saurait être séparé de Me-Silim, roi de
Kis, mentionné dans le cône d*£ntemena où il procède, comme su-
zerain de âirpurla, à une délimitation de territoire entre cette der-
nière ville et Già*ah. 71 est donc hautement vraisemblable que le
Uru-ka-gi*na, fils de En-gil-sa, patesi de Sirpula, mentionné dans le
texte de l'obélisque n*est autre que le fameux Uru-ka-gi-na qui
figure en tête de la série des rois de Sirpurla. Uru-ka-gi-na aurait
été d*abord le vassal de Manistu-irba et se serait rendu indépen-
dant ensuite. Quelle que soit d'ailleurs la date précise de la royauté
de Sirpurla, il est maintenant hors dedoute que les princes de Kis,
ce foyer sémitique de la Babylonie du nord, avaient déjà vers 4500
avant J.-C. exercé leur suprématie non seulement sur la Babylonie
du sud, mais aussi sur le pays d'Élam dans sa totalité. La lutte
entre Lu*gal-zag-gi-si et Kis, vers 4000, ne constitue donc pas un ef-
fort momentané pour repousser une horde envahissante venue de
loin, mais une tentative souvent renouvelée d'enlever une hégémo-
nie établie depuis plusieurs siècles. Pour revenir à l'Elam, nous
voyons à présent que Hammurabi et les rois kaâsites y ont aussi
laissé des monuments 4ont là borne deMélisihuestle plus important.
Les inscriptions des princes indigènes sont assez maigres et les
fragments sémitiques des Achéménides tombent encore plus bas.
Quelques-uns des petits textes archaïques compris dans le recueil
sont précieux pour Thistoire de l'écriture cunéiforme. L'ouvrage
est édité avec luxe et les planches qui accompagnent les textes
en facilitent le contrôle. Certaines transcriptions seront modifiées
ultérieurement, mais l'ensemble fera époque dans les études des Sé-
mites de l'est. C'est une nouvelle province qui sort de l'oubli mille*
naire et le savant auteur n'a nullement exagéré en écrivant au dé-
but de son introduction : t Ici commence l'histoire du pays d'Élam. »
Dr. 8. Bernfeld, Der Talmtid, Sein Wesen, seine Bedeutung
und seine Geschichte. Berlin. Verlag von S. Calvary et Co. 1900.
— Dr. N. J. Weinstein. Zur Genesis der Agada. Beitrag zur Ent-
stehung- und Entwickelungs - Geschichte des Talmudischen
Schriftthums. II. Theil. Die Alexandrinische Atjadn. Verlag von
Vandenhœok et Ruprecht. Gôttingen 1901.
Aucun recueil original n'a été si profondément fouillé dans les
derniers temps que le recueil du Talmud. Ses moindres sentences
de caractère halachique ou agadique ont été discutées et commen-
tées dans un but agressif ou apologétique. L'écrit précité de
M. Bernfeld ne se propose pas de fournir des dissertations savan-
tes pour les spécialistes, mais une bonne exposition populaire pour
le public éclairé. L'activité des Sôpherîm, point de départ du Tal-
mud, a ses racines en partie, comme le dit le savant auteur, dans
8< RBYUB SiMITIQUK
l'époque biblique, et le vrai initiateur dans cette voie est à mon avis
le prophète Ézéchiel, qui est à la fois agadiste, c*est-À*dire exégète
homilétique et halaohiste, ou organisateur de réformes dans le
culte rituel. Cette dernière tendance aboutissant à des aggrava-
tions sensibles, produisit la contradiction de la classe sacerdotale
des SadQoitesqui pensèrent devoir s'arrêter au point de vue du pro-
phète à qui ils devaient leur prestige. Les Pharisiens, de leur côté,
réclamèrent pour les nouveaux rites créés par les 8ophérim de leur
parti Tautorité des lois traditionnelles, bien qu'elles ne fussent
transmises que par la voie orale. En rattachant ces coutumes à Es*
dras et à son école^ dite la grande Synagogue, les rabbins talmudi»
ques, pour faire taire les protestations adverses, créèrent un système
complet de règles éxégétiques au moyen desquelles ils pouvaient
non seulement justifier les lois orales, mais aussi élargir ou rétré-
cir, parfois même modifier radicalement les pratiques fondées sur
les textes bibliques. La qualification des Sadducéens comme con-
servateurs et des Pharisiens comme parti libéral est-elle exacte?
Nous ne saurons l'affirmer en présence de la disparition de la litté-
rature de cette secte. Il est cependant permis d'affirmer que le re-
cueil talmudique est la résultante de cette longue lutte. Une par-
tie des Halakhot même provient en dernier ressort d'un ancien re-
cueil sadducéen. Quant aux sentences et aux homélies qui attirent
souvent l'intérêt des lecteurs du Talmud, leur douceur relative a
sa source dans la profonde résignation de la nation entière aux
maux du présent se consolant avec l'idée qu'ils pouvaient être
encore plus terribles. C'est un phénomène unique dans l'histoire
du genre humain. Ceux qui, prenant M. Bernfeld pour guide, s'ini-
tieront à la naissance et au développement de cette littérature extraor*
dinaire à travers les longues époques de lutte contre les adversaires
intérieurs et extérieurs jusqu'à nos jours, après avoir passé par des
émotions diverses, mais en somme saines et réconfortantes, s'empres*
seront de souscrire à la dernière remarque de l'auteur : a Le Talmud
sera justement compris et apprécié quand on le considérera comme
un produit de son temps et non point comme un témoin à charge ou
à défense. »
La contribution à la genèse de l'Agada de M. le Dr. Weinstein est
une œuvre très érudite. Ce volume, qui est le deuxième de l'ouvrage
entier, cherche à montrer que l'Agada alexandrine telle qu'elle avait
été développée par les apocryphes rédigés en grec et dans les
écrits de Philon d'Alexandrie a été favorablement accueillie par les
Darsânim de Palestine. Pour les légendes historiques qui sont ve-
nues se greffer sur les récits du Pentateuque, la source la plus
abondante est rapocr3rphe connu sous le nom de Saptence ou Sagesse
de Salomon que M.W. déclare plus ancien que les livres d'Hénoch,
des Jubilés et de Philon. La conception de la sagesse purement spirt*
BIBLIOORAPHIB 87
tuelle et interne, telle qu'elle est présentée dans Papocryphe salomo-
nien, se matérialise sutfcessivement dans les autres livres au point
d*avoir une existence indépendante et même de se dédoubler d'une
manière sensible. Le second chapitre étudie à fond la théorie philo-
nienne du logos faisant son entrée dans les Agadoth orthodoxes
du Talmud et des Midrâsîm. Une recherche très étendue et tout à
fait nouvelle sur les hérétiques désignés par les talmudistes sous
la dénomination de Mînîm (q^iiq) vient en troisième lieu ; le qua-
trième et dernier chapitre décrit les mesures prises par te patriar-
chat contre Tintroduction d'idées païennes, etc. Partout le savant
auteur domine son sujet par une érudition étonnante dans les écrits
philoniens et rabbiniques. Nous trouvons lumineuses et convain-
cantes ses comparaisons en ce qui touche les doctrines théosophi*
ques, mais je fais des réserves expresses sur la résurrection dlune
fantaisie de Dozy relative aux Siméonites de l'Arabie et sur leur
identification avec les Mînim du Talmud. L'histoire, la géographie
et la philologie sont également lésées. La vallée du Çephat, près de
Marésa (noTloS TtDÏSJi VdSoUi ^^ ^^ ^^^ ^^^ ^^^ ^^^ Kusim ou Éthiopiens
d'après II Chroniques, xiv, 9, est confondue avec la ville de $e-
phath près d'Arad dans le sud-est de la Judée; la lecture vraie est
par surcroît celle des Septante (jv r^ 9«farti «ft^à ^o^v Mapnoa =
♦Wm f j SirSXf l^Xl)^ * dans la vallée au nord de Marésa » . Par con-
séquent la leçon massorétique ^^^ peut bien être plus exacte que
celledert^M^^YUl A^op^^pAi'^^sS^P^^i^^^^^ ^^ Pesitta, et la mention
de villes avoisinantes (01*17, ibidem, 43) convient plutôt à la plaine
philistéenne qu'à l'Arabie Pétrée. La station arabe S7a*113i ^ont les
habitants furent vaincus en même temps que ceux de y^n (^^^^
0^3lyO AQ li^u ^^ D^JlDy) ^^ trouvait visiblement dans le sud-est de
la Judée, et peut strictement être identique avec le y;^ (lire ^^ ou
vice versa) également voisin des q^j^q, mais il n'est pas permis de
confondre ces Dfi3Tjo ou tf>l»3ra» ^^^ Mwa(oi des Septante, avec les
tPTiQ du Talmud et encore moins d'y voir des Siméonites héréti-
ques s'établissant simultanément au sud et au nord de l'Arabie.
Macoraba est l'éthiopien mëkuerabj « sanctuaire», non nil rOD»
« grande défaite » infligée aux indigènes par les fantastiques rô-
deurs siméonites. A ]nD>p' c'est-à-dire Césarée de Galilée (il n'en
existe pas d'autre en Palestine), les Juifs grecs avaient une synago-
S^^ (MI10t33) ûù le ^^X9 ^^^^^ ^^ ^ ^^ manière hellénique (=• >^||
T|nOta^ ^^ comme les lecteurs n'exprimaient pas les gutturales, le mot
XfirfjHi * notre Dieu >, ressemblait dans leur bouche à \s^^ SM' " Dieu
n'existe pas »; c'est pour cela que R. Abahu leur lança l'injure
de blasphémateurs (M^Sfnillt^Slin) « s^lors R. Simon ben Laqis, te-
nant compte de leur bonne intention, l'arrêta en disant : « Dieu
n*aime pas celui qui lance des accusations contre Israël » (naCH )>M
Vll*^t9i Vy MvynsVn IDIRV yca nnt) » ^^ Mlnlm et de dualisme il ne
88 REVUE SÉMITIQUE
s'agit aucunement ici, mais de Juifs qui, ne sachant pas bien lire
l'hébreu carré (xtlilVH) ^^ remplaçaient par une mauvaise transcrip-
tion grecque, tandis qu ils auraient mieux fait de réciter le nUf
dans n'importe quelle lanque connue pareuxl^Sn IpW Sd n3*ip^ nS
VTP K1JW \VÛSh Sao HïT»» h Sota VII» 1) . Parmi les étymologies il y en
a beaucoup d'inacceptables. li^tDQQ* peut-être pLiramp^; (-ov), « gar*
dien secondaire », n'est pas une corruption de "It ^ oop = lartTstw;
une forme verbale ne passe pas dans une langue étrangère pour y de-
venir un nom propre; «nsyruniTsi^ni^^ «année intercalaire »=:Schalt-
jahr (êfACoXcfiioî, cf. ^ly *)W niW7» " banlieue »), non a das gesohw&n-
gerte Jahr ». Au lieu de continuer je me résume. Par Minim, les
talmudistes comprennent très souvent les judéo-chrétiens (ils ado-
rent la croix), parfois aussi les autres sectes hérétiques, gnostiques
ou dualistes. Quant aux théories de Philon, elles n'ont jamais été
repoussées par les agadistes aussi longtemps qu'on n'en tirait pas
des conséquences matérialistes au détriment du monothéisme.
L'ouvrage de M. le Dr. Weinstein nous donne sur la marche de
cette pénétration du philonisme dans les écoles juives des rensei-
gnements nombreux et fort documentés; acceptons-les avec recon-
naissance et usons d'indulgence envers les spéculations parasites
qui s'en détacheront facilement dans une seconde édition.
Dr. Fritz Hommel, Die Insel der Seligen in Mythus und Sage der
Vorzeit, Miinchen, 1901. — Le même, Aufs&tze und Abhand^
lungen. II, Miinchen, 1900. — Le même, Der Oestirndieîist der
alten Araber, Mûnchen, 4901. — René Dussaud, HiMoire et relu
gion défi iVo^aïrîs, Paris, 1900.
Les brochures i et 3 de M. le professeur F. Hommel compren-
nent des conférences : l'une est relative à l'île des bienheureux dans
la mythologie ancienne et existe déjà dans le récit babylonien du
déluge; une mappemonde sommaire représente la pgure de la
terre d'après ces croyances antiques; l'autre insiste particulière-
ment sur l'antiquité du culte des astres chez les Arabes en contradic-
tion avec la thèse de M. Wellhausen qui en place l'origine, même
chez les Hébreux, vers le viii* siècle préchrétien seulement. Le troi-
sième écrit, beaucoup plus considérable, contient les études suivan-
tes : i^* les antiquités sud-arabiques du musée aulique de Vienne, avec
excursi07is sur leculte de la lune chez les Sémites occidentaux, surtout
chez les Arabes; sur la couronne de plume et le pays de Punt, la déesse
Ashera, le dieu Hadad et la mê/<o na cultuelle; l'ensemble accom-
pagné d'un glossaire des textes viennois; 2^ de nouvelles considéra-
tions sur l'inscription minéenne Hal. 535; avec l'excursion: le pays
originaire des Sabéens et la reine de Saba (Aribi =- lareb; Miçru ^
Egypte; Muçran = Muçur — Midian); 3^ l'origine du Zodiaque.
BIBUOORAPHIK 89
Emettre des appréciations motivées sur tant de détails nous mène-
rait trop loin; l'annonce suffit pour en indiquer tout l'intérêt.
Le livre de M. Dussaud atteste un immense progrès dans Tétude
des hérésies de Tislamisme. Grâce à de nouveaux documents du
meilleur aloi, notamment du Kitâb al-Madjmow'j annexé en appen-
dice, le savant auteur nous expose les doctrines des diverses sectes
de la religion des Noi^alris, en haute Syrie. Les cérémonies deTini-
tiation et des fêtes sont soigneusement décrites. A côté de la métem-
psycose, on y remarque des influences chaldéo-perses. L*ouvrage est
précédé par une bibliographie abondante et par des recherches re-
latives à l'habitat, à Torigine et à l'histoire des Noçalris. Sur ces
dernières questions le dernier mot n'est certainement pas dit, mais
la période postérieure aux croisades est vivement éclairée par
les informations très documentées de M. Dussaud.
H. L. Btrack,- Hebràische Grammatik mit Uebungsbuch, Berlin,
Verlag von Reuther et Reichard, 1899. — Paul Haupt, Babylonian
Eléments in the Levitic Ritual (extrait du Journal of Biblical
Literature), Baltimore, i900.
La granunaire hébraïque de M. le professeur Strack vient d'at-
teindre sa septième édition. Elle se distingue des éditions précé-
dentes par une adaptation de plus en plus pratique, qui rend
son usage très commode comme un manuel scolaire. Outre la
perfection des règles et des exemples qui les éclaircissent, il faut
approuver le parti pris par l'auteur de faire passer dans les détails
^ammaticaux une bonne partie de la syntaxe. Ce procédé atténue
considérablement la sécheresse de la matière sans charger beau-
coup la mémoire de l'étudiant. L'annexe contenant les exercices
de lecture et de traduction de l'hébreu en allemand et de l'allemand
en hébreu mérite tout éloge. Je n'en excepte que les versions
hébraïques de Matthieu, v, 1-12, et Jean, ii, 1-12, qui, non seulement
sont déplacées dans ce milieu, mais présentent des formes très incor-
rectes et un style bien décousue En ce qui concerne la transcription,
*• rr'TI ^Tf ï^'est pas hébreu ; il faut nna D^WH '. 7- DOCinn "C forme
pas paraiiélisme avec Jcsn^i '* >l f'E^ut QiDniOn* ~~ Ecrire ^k'^D^ au lieu
àe urh H'^zfi — Remplacer SSaa par Sv ; DH>Mn PK n)-n par '^sn'ia
offii^u*! oa ; niSn 3nw> dk par ywi Sm IDH . "O. dvid par iSs, d^Sd
(on ne peut pas puiser dans un ^). — Après \Tf^ il manque ^"^ 13 mi^
•mO. — Lire qi» tnnHI au lieu de fmS Dninw v^mo . et niitn n»
^IVMin an lieu de JY^nMn rWMI XlHt- ^^ reste, le texte parallèle de Luc
nous montre bien que les mots JXÏISL et ninsS dans Matthieu sont des
Additions tendancielles.
90 RKYUB SÉMITIQUK
je m*étonne de voir conserver la valeur du c/i dur allemand pour
la lettre Hi laquelle répond réellement au ia doux (&) des Arabes.
Cette prononciation est constante chez les juifs des pays musul-
mans, qui expriment le »- ch (kh) dur par le ^ {k&ph raphé), et
telle était aussi la prononciation du n chez les Phéniciens et les
anciens Syriens. Il va sans dire que ces minuties n'enlèvent rien
au caractère utile et hautement scientifique de Texcellente gram-
maire scolaire qui nous occupe.
Les recherches sur l'origine du rituel .lévitique des Hébreux ont
un attrait particulier. Il est d'emblée assez probable que les rites
des peuples voisins, Chananéens-Phéniciens» Âraméens, Moa-
bites, etc., ainsi que ceux des peuples conquérants, Égyptiens et
Assyro-Babyloniens, ont laissé quelques traces dans les pratiques
religieuse^ du peuple juif, mais la démonstration en détail est
encore dans le premier stage du tâtonnement, malgré les préten-
tions contraires de quelques assyriologues distingués, dont M. Paul
Haupt peut être considéré comme le cluef de file. La savante bro-
chure où il résume les résultats de ses investigations sur ce sujet
contient sept pages de texte et dix-neuf pages de notes reléguées
à la fin. Ce rejet des notes vient évidemment du désir de rendre
la lecture du texte plus commode pour le public non orientaliste
et la disproportion anormale des notes en est la conséquence natu-
relle, car l'auteur ayant devant lui un espace illimité y peut
entasser à tort et à travers tout ce qui lui passe par l'idée et sort
fatalement de son sujet. Le lecteur qui voudra connaître la raison
des choses affirmées aura donc, pour être éclairé, à tourner cent
vmgt fois les sept pages pour lire les cent vingt notes qui s'y
rapportent, et encore à condition d'avoir une perception rapide
et une mémoire de fer. Moi-même ne jouissant pas de ces
avantages, j'ai été obligé de lire dix fois chaque page du texte et de
la retourner douze cents fois pour bien comprendre les notes
afférentes. Ma bonne volonté de faire miennes les idées de M. Haupt
ne sera donc pas contestée, et cependant mes doutes n'ont pas
voulu se dissiper. Précisons : L'hébreu ]a<)p, a sacrifice •, est appa-
renté au babylonien kirbannu, « don, cadeau », mais n'en vient
pas; le mot q^^, a devins » (Isaie, XLiv, 35, passim), est absolu-
ment correct et ne saurait être changé en 01*^3 = bab. b&ri^
« voyants, haruspices » ; la comparaison du bab. tertu avec l'éthio-
pien t&mhërt semble bien hasardée et le problématique «^mt peut
difficilement être rapproché de ^;iq. Une singulière idée est celle
qui trouve dans jyiy^ le sens de c malédiction s réponse défavo-
rable », et dans Qi»n celui de « réponse favorable »; niiat ^ sHiance »,
BIBUOGRAPHIB 91
désigne le repas pris en commun (jy\^ et ne vient pas du bab. birîtu,
« divination ». L'usage de poser des pains sur la table placée devant
la Divinité est commun à tous les cultes et le sens de « azyme »,
attribué au bab. mutqu^ n*est pas très sûr. Le sens précis deimittu
reste douteux, mais entre l'hébreu nto^ ^ mouton i, tof, « don v, et
Téthiopien iawe'a, c sacrifier », il n*y a certainement aucun rap-
port. Rien à inférer de l'obligation de ne sacrifier que des bêtes
sans faute, obligation commune à tous les cultes. La signification
primitive de <çç, malgré l'autorité invoquée de Raâi, est bien non
« frotter, effacer », mais < couvrir »; la n*i^3 de l'arche sainte est un
couvercle et nullement un objet frotté. C'est aussi le cas de l'arche
de Noé qui est couverte, c'est-à-dire enduite d'une épaisse couche
de bitume (*)sp3 *)sn, Genèse, vi, 14), afin d'en boucher les moindres
interstices; une simple friction avec cette essence n'aurait pas
produit le môme effet. J'en passe d'autres, et d'aussi bonnes.
La méthode apodiotique apparaît également dans les notes.
Voici quelques observations. Bab. harabu, c bénir », n'est pas une
métathèse de n^,ai<j[ui donne h&rihati =- ;o'^2y * bénédiction », et
l'araméo-sabéen 3«)p, « sacrifier i, atteste le caractère radical
du p. lequel n'est certainement pas dû par exception à la voyelle
u de hurbannu. Je démontrerai ailleurs que la phrase ajoutée
par les Septante au début du verset Genèse, xliv, 5, est un expé-
dient insuffisant, qiqv V]^ n'est pas hébreu, nonobstant MlsSnn
init- L'hébreu nD9 exprime la même idée que l'arabe ^r^, « écar-
ter les jambes », non celle du bab. pussuhu, c apaiser la colère
des dieux ». Parmi les < curions Semitic (?) loanwords », en éthio*
pien, j'ai peine à reconnaître dans adyâm (pi. adyâmât)^ « con-
trée *, et maimar, « ligne, verset », respectivement l'assyrien
adnâti et muéaru, Â ces conjectures pénibles nous préférons la
connexion supposée de ]rnn= turtanu, tartanu avec têrtu. Finis-
sons par le « sumérien » : Eui^wpaxoc, le nom du septième roi anté-
diluvien de Bérose, serait en'me'dur-an'ki. M. Haupt ne souffle
mot sur le sens de ce nom vénérable; je suis obligé d'éclairer ce
mystère. Il signifie « Seigneur de la parole du mur du ciel et de la
terre. » Un dicton rabbinique affirme que « le mur a des oreilles »
(Snm D)311l); Tarchéologie sumérienne, grâce à la sagacité de
M. Haupt, nous apprend qu'aux époques primitives, non seulement
les murs parlaient, mais que le septième roi dirigeait à son
aise les paroles mystérieuses du mur cosmique! Les questions
se pressent dans mon esprit, mais je m'aperçois que je suis déjà
très loin des comparaisons rituelles dues à l'éditeur de la Bible
polychrome.
92 RBVUE SÉMITIQUI
Salomon Rdinach, Quelques observations sur le tabou
(extrait de V Anthropologie, T. XI). Paris, 1900.
Les civilisations des peuples historiques présentent par leur
côté éthique et cultuel une foule énorme de points obscurs qui ne
peuvent être expliqués que par des influences ataviques. Mais tandis
que les philologues se bornent à élucider les formes présentes par
des formes analogues qui peuvent se constater dans les littératures
des époques antérieures, les anthropologistes s'appliquent & résoudre
ces problj^mes en remontant hardiment aux origines mêmes de
no^re espèce. Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de mes pa-
roles. Quand je vois que les profils humains de Tancien art baby-
lonien, examinés à loisir par les meilleurs anthropologistes con-
temporains, sont attribués par les uns à des Touraniens pur sang,
par les autres à des Aryens métissés de Bémites, et par d'autres
encore à des Sémites plus ou moins croisés avec un élément
ethnique inconnu, je me frappe au front et me demande si ce tohu-
bohu d'opinions sur un point physique qui entre dans la spécia-
lité fondamentale de ces savants, ne défend pas à ces derniers
de se prononcer avec quelques chances de succès sur les qualités
psychiques du primat humain. On objectera que cette réflexion,
malgré le doute légitime qu'elle fait naître, est mitigée par la vrai-
semblance que les nations sauvages restées aux plus bas échelons
de la civilisation représentent précisément l'état atavique désiré.
S'il en est ainsi, la solution de toutes les énigmes se trouve d'em-
blée dans les mœurs de ces sauvages qu'il faut simplement
connaître à fond et exploiter avec méthode et discernement.
M. Salomon Reinach partage cette convictioUiet sa docte étude citée
plus haut, cherche à préciser la signification du concept du terme
rituel polynésien tabou, qui est, semble-t-il, destiné à entrer
dans le langage philosophique et anthropologique du xx* siècle,
bien entendu, sur la base du système évolutionniste du darwi-
nisme. La définition exacte de tabou a pour but d'éviter à la fois
qu'on n'en abuse et qu'on ne manque à l'employer là où il convient.
Ce dernier cas est illustré par divers exemples puisés dans l'Ancien
Testament. D'après notre auteur, tout objet frappé d'interdiction
est tabou ou taboue, pourvu que cette interdiction soit, i* non mo-
tivée, 2« sans répression extérieure, et 3^ sans que le péril qu'elle
signale soit apparent.
Jusqu'ici on n'aperçoit qu'un terme barbare paré de catégories
aristotéliciennes. Nous aimerions mieux que la définition sortît du
cerveau des Polynésiens eux-mêmes, afin de nous faire' connaître
leur état d'àme. Faute de mieux acceptons le terme prédestiné et
voyons comment on l'appliquera dans l'anthropologie future.
L'étude que nous analysons fournit un avant-goût à cet égard et
BIBLIOGRAPHIE 93
concerne surtout les croyances bibliques. Je crains que le savant
helléniste ne se soit avancé sur un terrain où la sagacité naturelle
ne suffit pas à éviter les pièges et les fausses pistes.
i) Première condition : « l'interdiction non motivée du contact
corporel ou visuel, y inclus la défense éventuelle de le nommer.
Exemple de la dernière nuance : La mort par lapidation encourue par
un blasphémateur du nom de Jéhovah ouYahwé (nvt>)> racontée dans
le Lévitique, xxiv, 16, et commençant par la phrase : < (L*homme)
proféra en blasphémant le Nom sacré, (le mot « sacré » n'est pas
dans le texte) ». Comme la vengeance a été exercée par une tierce
partie (les juges, les témoins et le peuple sur Tordre même de Yahwé),
cet exemple pèche contre la condition n<> 2 et prouve en même
temps que Yahwé n'était pas conçu alors comme tabou. Ajoutons
une rectification chronologique, La défense rabbinique de pro-
noncer littéralement le nom de Yahwé, artificiellement appuyée
sur le verset précité (cf. 16), ne date que du m* siècle après l'ère
vulgaire. Antérieurement les juifs le prononçaient en parlant
entre eux dans leurs dialectes sémitiques et on n'y substituait
l'attribut »»^e<»WII <iu*en parlant grec, afin de soustraire ce nom
sacré aux quolibets malsonnants des paîens^ La crainte d'évocation
nocive, ou celle d'une sorte de contact d'un objet tabou n'y ont
jamais joué le moindre rôle. Sainteté (?) tabou et sainteté morale
forment deux concepts très divergents.
2) Seconde condition : « L'énoncé du tabou ne comporte jamais
l'intervention d'un tiers; la violation entraine la mort ou la ma^
ladie, etc., par l'effet même de l'attentat, comme la pile électrique
qui foudroie l'imprudent qui la touche. Exemple, le chapitre 2 de
la Genèse, dont le texte, très remanié, conserve néanmoins certains
éléments caractéristiques qui portent les marques de la plus haute
antiquité. L'Éternel place l*Homme dans le jardin d'Éden et com-
mence par lui imposer un tabou alimentaire : « Tu ne mangeras
point de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car au jour
que tu en mangeras, tu mourras de mort. » Cette interdiction est
un taôou parfaitement caractérisé, car TÉternel ne dit pas à
Adam pourquoi il doit s'abstenir de ce fruit et ne lui dit pas non
plus qu'i( le punira s'il en mange. Il énonce simplement le tabou
avec sa conséquence : « Si tu en manges, tu mourras. » Évidem-
ment, le fond de ce récit est antérieur à la conception d'un Dieu
personnel et anthropomorphique ; à l'origine, il n'y a que l'homme
en présence de l'arbre et du fruit tabou. » J'avoue ne rien com-
prendre à la dernière conclusion. Si l'on fait abstraction d'un Dieu
personnel (anthropomorphique ou non, n'importe), il n'y a plus
1« Voyez Recherches bibliqueêy p. 65-70.
9i RBYUE SÉMITIQUE
interdiction du tout et la comparaison pèche par la condition n* i.
Quant à l'antiquité extraordinaire que l'on accorde au fond de ce
récit, nous avons deux bonnes raisons pour rester sur la réserve :
la mention du figuier qui est un arbre palestinien et qui, par con-
séquent, n'a pu figurer dans le cycle légendaire hébreu avant la
eoiM|»éte du pays ; puis Tabsence de toute analogie avec ce récit
dans towkw les autres mythologies des peuples sémitiques. Nous
ne voyons g«ère comment le contraire peut être soutenu sans une
forte dose de boDiie volonté. '
3) Troisième condition : «Le tabou ne doit pas présenter un péril
apparent. Ce caractère est destiné à exclure du genre tabou les
interdictions que, par suite de Tévidence du danger, on ne prend
ordinairement la peine de formuler. » Tout le monde y souscrira,
s'il s'agit d'adultes capables de réflexion. En ce qui conoerne les
jeunes enfants, je suis obligé d'être d'un avis différent. L'auteur
écrit : « Une mère n'a pas besoin de dire à son enfant : « Ne mets
pas ta main dans le feu » ou « Ne reste pas la tête sous l'eau. » Le
danger de se brûler ou de se noyer est, en effet, évident» et les
animaux le comprennent comme les hommes. » En réalité, l'enfant
ne se fait aucune idée du danger quelque évident qu'il soit : laissé
à lui seul, il met gaiement la main dans le feu ou plonge étourdi*
ment au fond de sa baignoire. C'est la mère qui l'avertit du péril
en lui disant avec un geste significatif : Ne fais pas ça, mon enfant,
tu te feras bobo! » Et quand le moutard est récalcitrant, il se fait
réellement bobo, et cela lui impose la nécessité d'être une autrefois
plus prudent. Les jeunes animaux sont dans le même cas et n'évi-
tent le danger qu'après en avoir éprouvé l'effet partiel.
Je ne suis pas au bout de mes hésitations. Dans la suite, l'auteur
voulant montrer que l'idée du tabou bien comprise peut constituer
un moyen important de critique biblique, commente comme il suit
la mort subite d'Ouzzapour avoir touché l'Arche sainte (II Samuel,
IV, 2-8). t Sous sa forme actuelle, cette histoire est odieuse et
absurde; mais pour la dépouiller de ce fâcheux caractère, il suffit
d'éliminer la notion relativement récente du Dieu vengeur. Ce
n'est pas l'Eternel qui frappa l'innocent Ouzza; c'est Ouzza qui
commet une imprudence analogue à celle d'un homme qui touche
une pile électrique et meurt foudroyé. L'objet tabou doit, en effet,
être assimilé à un réservoir de forces dangereuses, dont l'action
funeste s'exerce au moindre contact; il ne peut être touché que
par des hommes également tabous, c'est-à-dire pourvus d'uneforce
opposée ou équivalente qui neutralise les effets de la première* »
Dans ce cas, les guerriers philistins qui avaient très lestement enlevé
l'arche dans la bataille d'Ëbenhaézer (I Samuel, iv, 11), doivent
avoir été considérés par les Hébreux comme doués d'une force
tabou suprême. Ce récit, comme tant d'autres dans toutes les lit-
BDUGORAPHns 95
tératures humaines, n'a d'odieux et d'absurde que lorsqu'on met
de côté son caraotôre légendaire. L'explication est assez simple.
La garde de Tarche avait été confiée & Ëlazar, fils d'Abinadab,
après lui avoir fait accomplir des rites purificatoires (ibidem, vu, i);
la punition d*Ouzza est la mise en scène de la loi lévitique mena-
çant de mort tout profane, fût-il même fils de Qahat, qui ose
seulement regarder le naos yahwéiste (Nombres, iv, 20), symbole
populaire de l'inaccessibilité de Yahwé à l'œil humain (Exode,
xxxin, 20). En un mot, la mort d'.Ouzza est une légende qui entend
renforcer un principe religieux postérieur à la formation des écoles
prophétiques en Israël et n'a rien à faire avec le tabou polynésien^
La thèse que j'examine atteint certainement le comble en rame-
nant au (adou la totalité des prescriptions du Décalogue, bien
entendu, au moyen de corrections arbitraires qui pourront, je le
crains, bien étonner le lecteur sérieux de la Bible.
La forme positive du commandement : « Honore tes parents afin
que tu vives longtemps sur la terre que Yahwé ton Dieu te don-
nera )», dérange un peu le système pantabouiste ; eh bien! on lui
enlève d'abord le dernier membre de phrase et on le change
ensuite en proposition négative : c N'insulte pas tes parents de
peur de mourir (aussitôt) », donc (abou. Les motifs critiques quon
invoque pour légitimer ce bouleversement portent tous à faux : la
longévité dans le désert n'étant pas enviable, l'auteur préfère
parler de la possession prochaine de la terre promise. D'autre part,
la longévité est une récompense adéquate des enfants respectueux,
parce qu'ils seront ansi mis en état de devenir parents à leur tour.
Par contre, l'addition « et afin que tu sois honoré à ton tour» serait
déplacée dans un cadre de commandements divins.
L'auteur est plus à sou aise dans les prohibitions : « Défense de
fabriquer des images, défense :de prononcer (!) le nom de Dieu,
défense de travailler le jour tabou, c'est-à-dire le Sabbat, défense
de tuer [le ctansman, évidemment], etc., qui sont des tabous. » Ce
mignon « etc. » étant gros de conséquences, il ne sera pas inutile
de faire remarquer que les tabous y compris sont : défense de
commettre l'adultère^, défense de voler, défense de faire un faux
témoignage, défense de convoiter les biens d'autrui (il s'agit évi-
demment de la femme, des intérêts et des biens du clansman).
Toute abstention est donc tabou, et moi qui me suis fait l'habitude
1 . La mort subite des fils d'Aaron en entrant au sanctuaire avec du
feu profane est racontée par les mots : c Et un feu sortit « de devant
Yahwé ■ et les consuma » (Lévitique^ x, 2). Si l'auteur voulait réfuter l'in-
terprétation des tabouisteSt il ne se serait pas mieux exprimé.
2. Cette défense est gentiment tournée en : « Ne déflore pas la vierge
du clan 1 ».
REVUE SÉMITIQUE
D'EPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
RECHERCHES BIBLIQUES
Les chants nuptiaux des Cantiques.
Le petit livre biblique, communément appelé « Cantique
des Cantiques > et attribué par la tradition au roi Salomon,
forme en réalité un recueil de chants populaires déclamés pen-
dant la première semaine des noces en l'honneur des nouveaux
mariés. Ces courtes poésies erotiques, dépourvues de toute liai-
son et souvent très fragmentaires, nous sont parvenues dans un
état critique par endroits peu satisfaisant. Les travaux modernes
sur ce recueil en Allemagne et en Angleterre ont beaucoup
fait pour en dissiper les obscurités. Il n'est que juste que la
France participe elle aussi à cette œuvre de régénération des
études bibliques. Par leurs sentiments exquis de la nature, leur
naïveté admirable et la profondeur des affections qu'ils ex-
priment, ces chants nuptiaux occupent une place éminente
parmi les poèmes analogues des autres peuples. Le vif inté-
rêt qui se rattache de nos jours aux produits du folklore ne
manquera certainement pas à cette manifestation mondaine de
rftme hébraïque que la routine séculaire a voilée à leurs yeux.
Nous ne saurons jamais ni les noms ni le nombre des gais
trouvères qui ont contribué audit recueil biblique ; il nous
suffit de savoir que chez eux le nouveau marié, majestueuse-
ment coiffé d'une couronne pendant la cérémonie, est un roi
et que la fiancée, enguirlandée de fleurs champêtres, est une
ravissante bergère à la fois tendre et coquette qui sait tem-
w^z
98 REVUE SÉMITIQUE
pérer Tardeur passionnée de son berger par des refus pleins
de promesses qui la rendent encore plus chère. Ce sont de
petits drames intimes d'un lyrisme achevé, souvent compliqués
de ringérence de personnages étrangers qui y prennent
intérêt ou s'en montrent jaloux et auxquels se joignent parfois
des frères soupçonneux à Tégard de leur sœur qui leur parait
trop émancipée. Le désordredans lequel ces précieux restes de
la vie populaire d'Israël sont encadrés dans le recueil biblique
donne la sensation délicieuse de bouquets multicolores semé s
par la nature au milieu des espaces ensoleillés. La traduction
de l'ensemble sera suivie de quelques considérations géné-
rales sur l'âge du recueil et sur la cause principale qui l'a
mis au rang des écrits hagiographiques.
I
Une troupe de chanteuses se présente devant le nouveau
marié, elles demandent d'être bien accueillies et introduites
dans ses appartements afin d'y célébrer son mariage par des
chants en buvant à sa santé.
1. Le Cantique des cantiques de Salomon.
2. Accueille-nous par de bons baisers.
Car ton amour vaut plus que le vin.
3. Tes huiles sentent bon,
Ta renommée est pareille à l'huile du parfumeur ;
C'est pourquoi les jeunes ûlles t'aiment.
4. Entraîne-nous, nous te suivrons rapidement;
Conduis-nous, û roi, dans tes appartements ;
Tu seras l'objet de notre joie débordante ;
Nous saluerons ton affection par le vin,
Ton amour par des chants.
1. Suscription. Attribution du recueil au roi Salomon
queThistoire ancienne avait classé comme le poète le plusdis-
tingué de soi\ époque. Cette attribution ne tient pas devant la
forme matérielle des poèmes qui contiennent des mots perses.
RECHERCHES BTBLtQUBS 9Ô
D'autre part on peut admettre avec certitude que le scribe qui
a mis le titre avait entreses mains la compilation entière et ne
se rendait pas compte de sa composition de pièces différentes.
2. Notre texte présente une incohérence choquante relative-
ment aux pronoms personnels : >aDtih s'accorde bien avec xVQy
mais non avec n^ii dont le suffixe indique la V personne. La cor-
rection 1392^, c embrasse^moi d (Budde) , n'écarte cette diffi-
culte qu'en corrigeant en mé.'ne temps *f«|^Q en «pg^procédé
auquel on ne doit recourir que dans des cas extrêmes. Le pis
est qu'en faisant de la jeune épouse l'objet du verbe, on est
obligé de hisser à part le verset 4 où les quatre verbes
mmj' nVj3» nntSVi ^^ pTI^DTJ ^^"^ ^^^ ^ '» première per-
sonne du pluriel. En réalité la correction très légère de ^V)^
en ^^pQT» rend à la phrase toute la clarté désirable. Les in ter-
••T •
locutrices sont de jeunes chanteuses ambulantes qui font métier
d'égayer les fêtes nuptiales par des chants lyriques dans les-
quels elles exaltent les qualités physiques et sentimentales du
nouveau couple. Elles abordent le jeune marié en lui exprimant
le vœu d'être reçues par des baisers cordiaux aHn qu'elles
puissent célébrer son mariage avec une gaieté sans ombre. La
demande d'être embrassées est naturellement une insinuation
flatteuse pour le jeune homme, c'est lui dire que toutes les
jeunes filles le portent dans leur cœur. L'emploi de la troisième
personne au début de l'allocution convient au caractère censé
royal de Tauditeur (4); dans la suite elles font usage du pro-
nom de la 3* personne ; cf. Genèse, xviii, 27-28 ; II Samuel,
XIV, 17.
La traduction dans les Septante du mot rr^y^ par oc fmaroi
ffow=Vulg. uberatua repose sur la lecture rri^-îj acceptée par
Aquila en accord avec l'opinion de Rabbi'^Âqiba, fondée à son
tour sur Tabsence du ^ entre les deux t. G^tte prétention est
rejetée avec raison par les autres docteurs, suivis par Luther.
3. Le sens de Q^am TiDl^ ÎV^ * ^^^ méconnu par tous
les anciens traducteurs et même par la majorité des modernes
* " - - ^- * *'-
100 REVUE SÉHITIQDE
qui croient que n^^ est en état construit avec iri^'Off- En
rattachant cette phrase au verset précédent les Septante ofTrent :
K«l ôiTfiii pûpcdv trou ûiTÈc TixvTx ri àpûfucra, Comme s'il y
avait taiDtCD "jj by n^JDIf rPli» d'après iv, \0 b; de même
la Vulgate, qui omet la copule, consîrve Qi^i^ ; fragranlia
tmgttentit optimù. Luther prend rpl'j pour n^ir6i renverse
Tordre des hémistiches et aboutit h une platitude : Er kûue
mich mit dem Kuss seines Mutides (denn deine LiêSe ist
iiebiieher denn Wein) dais mann deine gute SaUfe rieche,
« qu'il me donne un b&iserdesabouche afin qu'on sente ton bon
onguent, car ton amour est plus agréable que le vin ».
Il y a simplement une interversion poétique au lieu de
rpnV-pîM^ u*y)iû ou nnb a^aiia ysoe; = nn »2ifâ y^offy
a tes huiles répandent l'odeur la plus agréable u. pT^ri ^^^^ '^
tourment des interprètes. Le sens de a vidé n ou ■ répandu •
(Sept. JxnvûSiv = effuaum) , inspiré par un rapprochement avec
Jérémie, xLVUf, 1 1 , semble peu satisfaisant, car le parfum
répandu s'évapore rapidement. Il vaut mieux lire p-)!)^, forme
/u'oidepio. «épurer, raffiner »,d'où le nom oïpmjn, « pré-
paratifs de toilette, onguents aromatiques ».
Par ni&Sy* '^ chanteuses visent en premier lieu la jeune
mariée, ensuite, par une politesse de poète, les autres jeunes
llltes qui seraient toutes heureuses de gagner son affection.
4. Même discordance entre les sufGxes des verbes i^tC^S
et f^j^^i^ et les préfixes verbaux déjà mentionnés; l'harmo-
nie se rétabUt en lisant U52/0 et U((^5n *" 'i^" de ^ijitfD
et i^M^sn- L'arbitraire est porté àson comblepar les Septante :
eîîb(vffav7((var. fu). Oict'au trou ci; iufiiiVfiûpavaov dpa(ioû(uv, a il t'a
(var. « m'a >) entraîné. Derrière toi nous courrons, dans
l'odeur de tes onguents s (comme au verset 2) ; Vuig. Trahe me I
(d'après l'hébreu). Post te curremus m odorem unguentorum
tuorum. La lecture indispensable ukOH ^ pour complément
naturel la correction de i>-nn en ainn* D'un autre côté, le
parallélisme de la construction, ainsi que le sens de la
phrase exigent impérieusement de corriger l'inintelligible
RECHERCHES BIBLIQUES 101
11!inH D^TB^D ®^ T^nX D'^Wp* ^^ vin, m, et les chants
sont les associés inséparables de la gaieté (Isale, V, 1 S ; xiy,
9). Qi^nX ^^ ^^^ forme abstraite aussi régulière que q^«ii
et D*a par lui-même aucun sous-entendu péjoratif. J'ignore
absolument si cette correction à déjà été proposée par quel-
que exégëte moderne.
Il
Une bergère rencontre des filles de Jérusalem qui la
regardent sournoisement à cause de son vilain teint noir. La
bergère déclare que ce phénomène est un accident passager
causé par la sévérité de ses frères utérins qui Tout envoyée
garderies vignes pendant les jours d'un soleil ardent. Ladété-
rioration momentanée de son teint vient de là : au fond elle est
belle et blanche.
5. Je suis noire mais belle, ô filles de Jérusalem !
(Je* suis noire) comme les tentes de Kédar,
(Je suis cependant aussi) blanche que les courtines de Salomon !
6. Ne croyez même pas que j'aie le teint brun ;
C'est le soleil qui m*a brunie.
Les fils de ma mère sont fâchés contre moi ;
Ils m'ont faite gardienne de leurs vignes ;
Moi qui n'ai jamais gardé la mienne!
Le texte est bien conservé et ne nécessite aucune correction.
Quelques explications suffiront.
1. L'adjectif niKJ) < belle^ jolie >, comprend aussi la
beauté de la peau, la blancheur ; cela résulte d*abord de Tan-
tithèse avec n i VW f ^ ^^^^^ *« ensuite de la comparaison avec
les courtines royales, ni^n^» visiblement des rideaux de lit.
Les Qédar ou Gédréniens habitaient sous des tentes tissées
de laine noire ; le verbe y^p signifie c devenir noir i.
^' mmniîf» féminin de -jpinniy? diminutif de -nnBf- ^
bergère ne veut môme pas qu'on la prenne pour une brune.
REGHEBGKBB BIBLIQUES 103
m «
10. Tes joues resplendissent de l'éclat des colliers,
Ton cou resplendit de rangées de perles.
il. Je te ferai faire (d'autres) colliers d'or,
Avec des paillettes d'argent.
La comparaison est claire : lui, nouveau marié, étant le roi
du jour, représente dans son imagination Pharaon, le plus
riche monarque du monde. Il a la passion de parer sa jeune
femme comme Pharaon aime à parer la magnifique jument qui
le porte aux jours de triomphe. La similitude avec la jument
royale implique, au moins dans la pensée des poètes anciens,
la conception de grftce et de beauté que nous mettons encore
dans la comparaison avec la biche et la gazelle. La promesse
de nouveaux bijoux princiers est exprimée par le pluriel majes-
tueux niE^y> L*illusion est complète et la jeune femme se sent
heureuse de savoir qu'elle est Tobjet de tant de soins délicats
de la part de son époux .
Monologue d'une nouvelle mariée. Son époux est attablé
avec des amis qui cherchent à le divertir. Elle sait cependant
qu'il pense à elle et elle lui en exprime sa reconnaissance par
des comparaisons pleines de tendresse.
42. Jusqu'au lieu où le roi est entouré de son cortège,
Mon nard répand son parfum.
13. Mon ami est pour moi le bouquet de myrrhe
Qui séjourne entre mes seins.
* «
14. Mon ami est pour moi la grappe de cypre
(Cueillie) dans les vignes d'Ên-Geddi.
Pendant que l'époux reçoit et régale des amis, la jeune
femme fait sa toilette et met sur sa poitrine un bouquet de
myrrhe et une grappe de fleurs de cypre dont les plus belles
in:
RECHERCHES BIBUQUB8 105
L'époxix.
3. Comme la rose entre les épines,
Telle est ma bien-aimée entre les (autres) jeunes filles.
L'épouse,
3. Comme le pommier entre les arbres delà forêt,
Telestmonbien-aimé entre les (autres) jeunes gens ;
Je m'arrête avec délices à son ombre
Et (le goût de) son fruit est doux à mon palais.
1 . Le lis et la rose figurent la couleur blanche et rose de la
peau. Par rQWWf ^ ^^^ ^^ ^^ ^^^^ comprendre une sorte de
coquelicot ; la rose moderne' ne semble pas avoir été connue
en Palestine.
2-3. Ces comparaisons expriment à la fois le côté heureux
du choix mutuel et l'assurance de ne plus penser à d* autres
affections.
VIII
Une jeune femme parle en rêvant. Elle se croit négligée
par son époux et demande qu'on la mène dans la salle du
banquet pour s'y réconforter par des gftteaux et des fruits afin
de diminuer les souffrances causées par l'amour. Un instant
après, elle redevient heureuse, car elle voit son époux lui pro-
diguer des caresses. L'époux adjure les chanteuses de la
laisser dormir jusqu'à ce qu'elle les invite à venir.
L'épouse en rêvant.
4. Conduisez-moi dans la salle du banquet.
Et déployez au-dessus de moi la bannière de Tamour !
5. Restaurez-moi par des gâteaux !
Réconfortez-moi par des fruits !
Car je suis malade d'amour.
*
6. (Ah !) je sens sa main gauche sous ma tête,
Et sa main droite qui m'enlace [
L'époux.
7. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem !
Par les biches et par les gazelles des champs,
De ne point éveiller ni déranger la bien-aimée
Jusqu'à ce qu'elle veuille (vous recevoir) !
106 RBVUE SiHITlQUE
*■ p^nnoestpourpïn nnŒttn''3-abrégéennnB'D rra-
Le paâsé i^mod ^ détruit la limpidité du premier hémistiche.
Le sens exige impérieusement la ponctuation ijx^3n< forme
parallèle à celle des verbes du verset suivant.- Cette raison
oblige aussi àlire^^jpn(cf- Psaumes, xx, 6) au lieu devi^jjfiv
Après ce verbe il est soufr-entendu le substantif ^j^.
*• rfhn2 IX' faute acoustique de nV'T^xsi- — nannn
doit être corrigé en nariNH- — Après yenny o" supplée
facilement pp|(( ^2p^ ou quelque chose d'analogue. Il ne
s'agit pas dt: l'éveil, qui est une action involontaire.
IX
Rendez-vous lyrique au printemps, raconté par la jeune fille.
Le jeune homme accourt par monts et vallées, se met aux
aguets devant les fenêtres de son amie et l'invite à faire une
promenade à la campagne pour jouir des beautés de la nature
Bt surtout pour pouvoir la contempler & son aise et l'entendre
chanter dans un lieu retiré. Elleconsentet.arrivés à l'anfractuo-
ïité d'un rocher, elle lui chante un couplet d'une chanson de
vignerons. Puis, le jour baissant,ellerengage&retournerà son
pâturage. Voyage et entretien sont du pur domaine de
l'imaginiUion.
La jeune fille.
8. Écoute, mon ami vient d'arriver,
En sautant sur les montagnes,
Ed gambadant sur les collines. ,
9. Mon ami est psreil au cerf et au jeune chevreau i
Le voilà qui se tient derrière nos murs,
Dirigeant ses regards vers (mes) Tenëtres,
Explorant les grillages.
>0. Mon ami, s'adreasaot à moi, me dit :
Léve-toi, ma belle amie et pars.
HEGHERCHB8 BIBLIQUES 107
ii . Car l'hiver est passé,
La pluie a complètement disparu
12. Les fleurs ont apparu dans la campagne,
Le temps du gazouillement est venu
Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos côdres.
13. Les bourgeons du figuier s'épanouissent,
Les vignes vertes exhalent une suave odeur.
Lève-toi, ma belle amie et pars !
(Arrivés à une pente de la montagne.)
Le jeune homme, .
14. O ma colombe ! Dans ce creux de rocher,
Dans cette cachette de la montée,
Laisse-moi contempler ton visage
Laisse-moi entendre ta voix;
Car ta voix est douce
Et ton visage est beau.
La jeune fille chante.
15. Attrapez-nous les renards!
Les petits renards dévastent les vignes,
Nos vignes verdoyantes.
(A part,)
16. Mon ami est à moi
Et je suis à lui,
Lui qui paît entre les roses.
Le jour baissant,
17 . Avant que la bise souffle,
Et que les ombres s'étendent,
Va- t'en, mon ami, pareil
Au cerf et au jeune chevreau
(Qui gambadent) sur les monts escarpés.
9. isyb IX pour -)B];^i comme au verset 7. — U^HD»
€ notre >, le mur de la maison où la jeune fille habite avec ses
parents. — Dans nttbnn ÎD ^^ D'»D"inn ïû ^* préposition a le
sens de c vers, dans la direction de » (Genèse, xiii, 1 1 ; Can-
tique, IV, 8). — 12. Lire ijvixa *^ lieu de ijvixa.
1 5. Le choix du couplet n'est pas fait par la jeune fille sans
une pointe malicieuse qui contient en même temps un appel à la
sagesse. Les petits renards, si célèbres par leurs ruses, sont
i- via» * fuient » n'offre pas de sens conforme au phénomène naturel;
lire TÇJI» « s'étendent »,
REVUE SÉMITIQUE
ux pour la vigne verdoyante et il faut les en éloigner
ut la conserver dans toute sa magnificence. Le jeune
comprend que ses petites ruses d'amoureux échoueront
a tentative d'obtenir une trop grande intimité. Il reste
je et charmé de contempler les beautés physiques et
de son aimable compagne jusqu'à la tombée du jour.
d'un voyage nocturne à la recherche de son époux,
par la jeune mariée. Dans son afTolement elle interroge
IX gardes municipaux s'ils ont vu son ami sans même
I son nom. Elle finit pourtant par le retrouver et par le
chez ses parents. En se rendormant elle entend encore
i priant les chanteuses de ne point déranger son
,1. Sur mon lit, dans la nuit,
tierché celui que mon Ame aime,
i cherché, je ne l'ai pas trouvé.
suis donc décidée & roe lever,
-courir la ville,
laces et les rues,
chercher celui qu'aime mon Ame ;
i cherché, je ne l'ai pas trouvé.
té rencontrée par les gardiens
arcourentia ville (de nuit) :
iens,) avez-vousvu celui que mon àme aime?
ne les ai-je quittés
'ai rencontré celui que mon àme aime,
i saisi, Je ne l'ai pas lâché,
l'à eu que je l'aie amené dans la maison do ma mère.
la demeure de celle qui m'a mise au monde.
Le jeune marie.
us adjure, 6 filles de Jérusalem !
i point éveiller ni déranger
en-aimée. jusqu'à ce qu'elle veuille (vous recevoir).
RECHERCHES BIBUQUES 109
^ • nib'^Vs» pluriel pour le singulier nVbs î cf- Psaumes,
cxxxiv, 1 ; cxxxvu, 1).
3. Une mention des gardiens de nuit se trouve encore v. 7 ;
cf. Psaumes, cxxvii, 1 ).
4. La construction Uf ij^ — Jif fâyo3 est particulière à ce
chant ; dans Tancien style on aurait >nNVDT — ^mSJ^ ISj; fN
(cf. Gen., xxvii. 30).
5. L'époux est ramené dans la maison de la belle-mère :
pendant la semaine des noces la jeune mariée est soignée par
sa mère.
Le verset 6 forme groupe avec vi, 1 et viii, 6 ; voyez
plus loin.
XI
Chant de noces. Le roi Salomon se marie. Sa chambre
nuptiale est gardée par soixante guerriers armés prêts à
repousser et à châtier tout indiscret. Pour recevoirJe lendemain
les félicitations de son peuple, le monarque richissime s'est
fait construire une fastueuse estrade pourvue de colonnes d'ar-
gent et parquetée de dalles dorées. Le poète engage les jeunes
filles de Sion à assister à cette solennité.
7. Voici, le lit de Salomon
Est entouré de soixante guerriers
D'entre les guerriers d'Israël.
8. Tous sont munis d'épées,
Sont expérimentés dans l'art de la guerre ;
Chacun a Tépée au côté,
Afin d*écarter toute surprise pendant la nuit.
« «
9. Le roi Salomon s'est fait construire une estrade
Avec le bois du Liban.
10. Il a fait des colonnes d'argent
(Et) un plancher d*or ;
Les sièges sont couverts de pourpre ;
L'intérieur est rangé avec amour
Par les filles de Jérusalem.
1 1 REVUE SÉMITIQUE
•
* «
11. Sortez voir, 6 filles de Sion !
Le roi Salomon,
Avec la couronne que sa mère lui a mise,
Le jour de son mariage,
Le jour de sa suprême joie.
8. *^nD ^^ signifie pas seulement c crainte j», mais aussi
c accident à craindre, surprise > (Psaumes» uii, 61 ; Job, m,
25).
' ^- |Vn&K« ^^^ unique auquel la tradition attribue le sens
de < lit nuptial » soit en le faisant venir de i^q, c être
fécond » (Taliniid), soit en l'assimilant au grecf opecov. LMnterpré>
tation ne soutient pas Texamen, ce qui entraîne naturellement
les tentatives d'étymologie précitées. Les appuis du lit qui est
un meuble portatif sont des pieds (nûDn "hsii » ^^ • T^?«^ ^^
fcp«i, non des colonnes fixes. Puis le roi ne se montre pas en
public concbé ou se tenant debout sur un lit ou sur un palan-
quin. Il faut nécessairement corriger pnSX ^'^nj^^ (I^^^î^K
XI, &5), une tribune ou estrade élevée ouverte de plusieurs
cotés; le mot est tiré de TApadana des rois perses.
Dans la fantaisie du poète le modeste bourgeois qui se marie
devient le roiSalomon, lesgarçons d'honneur sont les soixante
gardes de corps de ce potentat, la salle de réception une salle
royale somptueusement construite et décorée. Ne porte-tril pas
en ce jour une couronne préparée par sa mère? Il est le plus
riche et le plus heureux des hommes.
XII
Le fiancé fait des compliments à la jeune fille sur sa beauté
qu'il décrit avec ravissement, puis il consent à partir avant la
tombée du jour. Ce morceau est visiblement la fin du poème m,
8-n, où la jeune fille presse son ami de partir avant qu'il fasse
nuit. La jeune fille avait déjà mis son voile et est toute prête à
s'en aller. En partant le jeune homme lui fait un nouveau
compliment et promet de la conduire un jour dans la région
HBGRVRGHBS BIBLIQUES 111
du Liban où elle jouira à son aise des sublimes et sauvages
beautés de la nature.
Ghap. IV, 1 a. Tu es beUci ma bien-aimée,
Tu es beUe, tes yeux, yeux de colombe
(Brillent) à travers ton voile
« ♦
i b. Tes oheveux sont (fins) comme la laine de ces chèvres
Qui descendent du mont Galaad.
2. Tes dents sont pareilles à celles de ces chèvres superbes
Qui remontent du lavage,
Chèvres qui toutes portent des jumeaux
Et ne perdent pas un seul petit. *
*
3. Tes lèvres ressemblent à des iils d'écarlate ;
Tes paroles sont ravissantes ;
Tes joues font resplendir leur coloris de grenade
 travers ton voile.
4. Ton cou est (élancé) comme la tour de David
Qui est construite pour la destruction (de Tennemi) ,
Mille boucliers y sont suspendus,
Toutes les armes des guerriers.
5. Tes seins sont pareils à deux faons.
Jumeaux de la biche,
Qui paissent au milieu de roses.
«
6. Avant que la brise souffle
Et que les ombres s'étendent,
Je m'en irai vers le mont de la myrrhe.
Vers la colline de Tencens.
Le jeune homme en partani»
7. Tu es toute belle, ma bien-aimée,
Tu n*as aucun défaut.
* «
Avec moi, vers le Liban, ô (ma) fiancée !
Avec moi, vers le Liban tu viendras ;
Tu auras une vue sur le pic de TAmana,
Sur les pics du Senir et de l'Hermon,
Sur les tanières des lions.
Sur les retraites des tigres.
112 RBVUE SÉMITIQUE
On a souvent trouvé que ces comparaisons étaient d'une
choquante incohérence ; c*est du pur dogmatisme. En réalité
le poète se contente de donner un simple coup de palette et ne
vise nullement à une assimilation tant F.oit peu réaliste. Il se
borne à relever un seul attribut gracieux : la fine et longue laine
des chèvres qui descendent de la montagne embaumée de
Galaad (Gen.,xxxYii,85) symbolise la cheveluredelajeune fille,
les petites brebis éclatantes de blancheur après le bain donnent
rimage de ses petites dents blanches; ses lèvres lui rappellent
le fil teint d*écarlate, ses joues le coloris de la grenade ; son
cou la tour élancée de Tarsenal de David ; ses seins enfin sont
comparés à de gracieux jumeaux de faons. La vie du berger
fournit la presque totalité des images; en fait d^objets fabriqués
par la main de l'homme, l'auteur de cette églogue n'est frappé que
par les rubans d'écarlate qu'il a pu admirer sur la tunique de
quelque riche propriétaire et surtout par la svelte tour de Sion
qu'il distingue de loin. Chose remarquable, ce ^le cham-
pêtre a le talent instinctif de rehausser les avantages de son
héroïne par des détails qui appartiennent aux objets dont il fait
la description. Les chèvres descendent du mont embaumé de
Galaad = chevelure longue et embaumante, les brebis portent
des jumeaux sans perdre un seul petit = dents bîai rangées
et dont pas une n'est avariée ; la tour de David est richement
pourvue d'armes de défense = buste délicat mais décourageant
Tindiscret; les faons paissent au milieu des roses = incarnat
de la poitrine. La repétition des mots € à travers ton voile »
quand il s'agit de l'éclat des yeux et du rose des joues produit
og&loment un puis^s^nt effet*
I • HCS • ^^'^i*^ • ^ ^^* •-»^ • fermer, couvrir » — ythXf^
racire îtn*» < de^^œndre >; cf. Jla., • s'asseoir >.
*• n^i^p% < de mf ne t.^V.le >, t;rê de 23{7f « grandeur,
me^îr?, u...e > — r\2^îCrs!^ * •l'*^ portent des jumeaux •,
Cevn* — ru^OC* -^ '*^ ^^ ^T^SîT' ^^'^ forajé de ^jf, « avor-
ter, pç^rdre v: c:;:*,^ ï,
l. r^V^o * vîcs:r*îca.cnde TeniH^nvi », ar, ,^jl^.
S» La jc;jV\sw:,vVî ^ e>l pr;se :c; iaos le sens de « vers,
RECHERCHES BIBUQUC8 113
dans la direction de », comme ii, 6. — niDN ^st très proba-
blement TAnti-Liban qui donne naissance au fleuve du même
nom (II Rois, v, 12). — "ïTinû ^^ P®^* P^^ former parallé-
lisme avec nWJ^DD î '^^^^ "^nriD» • ^^^ demeures, retraites » .
XIII
Chant de noces. En entrant dans la chambre nuptiale, le
jeune homme adresse un ardent compliment à sa fiancée. La
jeune fille répond avec une amabilité encourageante. Le lende-
main matin l'époux fait une fine allusion à son bonheur et au
succès du banquet de la veille.
Lo fiancé.
9. Tu me ravis, ma compagne, ma fiancée!
Tu me ravis, par la vue d'un de tes yeux,
Par la seule vue du collier qui entoure ton cou.
iO. Que ton amour est beau, ma sœur, ma fiancée!
Combien ton amour dépasse Tagrément du vin !
Combien le parfum de tes onguents dépasse tous les arômes !
I î . Tes lèvres distillent du sucre fondu, ô fiancée !
Ta langue nage dans du miel et du lait
Et tes vêtements exhalent le parfum du Liban.
VZ, Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée !
Une source fermée, une fontaine (d'eau vive) scellée.
13. Le sol arrosé par toi devient un verger de grenades,
De fruits exquis, de kôphers et de nards ;
(Là poussent) le nard, le safran, la cannelle, le cinnamono,
Avec tous les arbustes de l'encens,
14. La myrrhe et l'aloès,
Avec les plus fines épices.
* m
15. (Tu es) une source qui arrose les jardins,
Un ruisseau d*eau vive qui coule du Liban.
La, fiancée.
16. Eveille- toi, vent du nord !
Arrive, vent du sud !
Souffle sur mon jardin,
Pour que ses parfums se répandent I
tLWtn itMITlQVt 8
REVUE SÉMITIQUE
mon ami vieiiitc dans ^on jardin,
maiigcr là son aisel de ses iiieilieiir.ï fniiLs!
l.'i-IHiii\ 3" Irnihniain.
iv dans mon jardin, ma sa'ur, mn fiancie '
ucilli mil myrrhe, mon épice,
v.iwji U- ravfiii a\oc mou niii-l.
.limon vin," mon lail;
aniarades cmt ibicni ninii^i- {.m banqnen.
[•5, € enlever le cœur (^S), ravir, charmer >.
I -, « onde, cours d'eau vive d ; cf. «i^j. Le jardin et
(' = Iebeau corps de la fiancée) sont fernaés et
;'csl-A-dire inacceî:^ib!es aux autres.
V. I . ly-t — rni'*» ■ rayon' du miel » (I Samuel, xiv,
a forme de l'impératif ip^fcl 1^32; ititroduiL absur-
des témoins indiscrets dans l'oot relien tout intime de
ire nuptiale. Il faut lire au pa^sé^nt/^'ilDE?; '1 s'agit
. invités au banquet du soir et ([ui ont contiimé àman-
boire après la retraite du jeune couple.
\IV
lit drame rêvé par une jeune épouse. En dormant
voir son ami frappera la porte. It la prie de lui ouvrir
se mettre à l'abri de la bruine nocturne. Elle hésite
a nécessité de se lever et surtout de s'Iiabiller. Devant
nces de l'ami elle (înil p,ir céd^T. mais en ouvrant la
e s'aperioit qu'il n'est plus là. Elle le cherche dans
l'appelle, mais en \ain. ^cris et sesallures suspectes
'lît occasion aux gardiens de nuit de la niultraiteretdelui
'on voile. Le K'iidemain matin. ne voyant toujours pas le
marié, elle adjure les filles de Jérusalem qui sont
i voir d? dire à son ami on cas qu'elles le rencontrent,
^t malade depuis son absence. Sur la de mande des jeunes
■ l'.iil de son ami une description tellement enthousiaste
veillent l'acconipngner dans s«vs recherches. Mais, prise
»ul do jalousie. ol!e refuse ce concours en préteitant que.
Clin doute, son ami s'est rendu dans son jardin pour
RKCHERCHES BIBLIQUES 115
mener paître ses brebis; elle ne veut pas d'intermédiaire entre
elle et son ami.
2. Je dormais, mais mou cœur veillait;
Voici mon ami qui frappe à la porte :
Ouvre-moi, ma s (pur,
Ma bieu-aimée, ma colombe, ma parfaite,
Ma tête est mouillée de rosée.
Mes boucles sont pleines de la bruine nocturne.
3. (Je dis :) J'ai ôté ma robe, comment la remettrais-jc?
Je me suis lavé les pieds, comment les salirais-je?
«
4. Mon ami tendit la main vers le treillis
Et mes intestins furent remués de compassion
» *
5. Je me suis levée pour ouvrir à mou ami,
Mes mains distillaient la myrrhe,
Mes doigts laissaient d^s gouttes de myrrlie ambrée
Sur le bouton du verrou.
6. J ai ouvert à mon ami,
Mais mon ami était parti à mon insu.
J'ai senti l'âme me quitter par suite de son départ.
Je l'aï cherché, je ne Tai pas trouvé ;
Je l'ai appelé, il ne m'a pas répondu.
7. J'ai été rencontrée par les gardiens
Qui font des tournées dans la ville;
lis m'ont frappée, ils m'ont blessée,
Ils m'ont enlevé le voile que je portais,
Ces gardiens des murs.
Le lendemain .
La jeune femme.
8. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem î
Si vous rencontrez mon ami, que lui direz-vous?
(Dites-lui) que je suis malade d'amour.
Les filles de Jérusalem,
9. Par quoi ton ami se distingue-t-il d'autres amis?
O la plus belle des femmes I
Par quoi ton ami se distingue-t-il d'autres amis,
Pour que tu nous adjures ainsi ?
La jeune femme.
lu. Mon ami est blanc et vermeil,
On le distingue par sa taille entre dix mille.
Le Siimérisme et l'Histoire babylonienne.
{Suite.)
b) Exemples de ta.
\. an-gim-nun-ta ud-du-a (II. n<» 3, col. II, 12), « dans la famille-
suprême brillant ».
2. ma-al kur-ta (III, n» 1, 10-17), de (ex) Maal-montagne ».
3. crin lah-lah kur-ta mu-na-ta-dul-du (IV, n» 1, col. II, 2-3), «des
cèdres brillants de (ex) la montagne il fit venir ».
4. an-ta he-suè {V, n® 1, 29), « en haut (= hautement) qu'il exter-
mine ».
5. nam-pa+si+te sir-la-ki-pur-ta {ibid.y iv 2, col. VI, 2-3), « dans
le gouvernement de Lagas » .
6. id-8uhur?-ta (ibid., 19) « dans Id-suhur? ».
7. an-ta-9ur-ra an-nin-gir-su-ka-ta (i6id., col. VI-VII, 23-1), « dans
TElis-maçir de Nin-Girsu »:
8. ka-gi-na-ni-ta (VI, n« 1, col. I, 4), « dans (= selon) sa parole
véridique ».
9. ka an-ka-di-na-ta(tbû^, 10), «selon Tordre de son dieu Ka-di ».
10. ka si-di-ni-ta (ibid., 24), a selon son ordre équitable ».
11. ka-an-en-lil-tal£6*d., 28), « selon l'ordre de Ën-lil ».
12. e-bi id-nun-ta {ibid., col. II, 1), « et le canal du (a6) grand
fleuve (jusqu'à x) ».
13. gu id-lum-ma-9ir-ta-ka {ibid., col. III, 20), « sur la rive de
Id-Ium-ma-$ir ».
14. gir-su-ki-ta(i5id., 30), « de Girsu (àx) ».
15. an-ta-sur-ra-ta {ibid., col. IV, 30), « dans l'Ëlis-maçir ».
16. ka-si-dî an-en-lil-ta ibid., col. V, 6), « par l'ordre équitable
de En-lil ».
17. ka-si-di an-nin-gir-su-ka-ta {ibid., col. V, 7), « par l'ordre
équitable de Nin-Girsu ».
18. ka-si-di an-ninâ-ta {ibid.y 8), « par Tordre équitable de Nina ».
19. e-bi id idigna-ta {ibid.y 9), ce canal, du Tigre ( à TEuphra-
te, etc. M
20. uru-ha-a-ki-ta (VII, 8), « de {ex) la ville d'Arua ».
21. utu-ud-du-ta (VIII, n? 1, col. I, 46), « du lever du soleil t.
22. a-ab-ba sig-ga-ta {ibid., col. II, 4-5), « de la mer inférieure ».
23. kur m&-gan-ki-ta (X, st. A, col. III, 14), «de la montagne de
Magan ».
24. lûë-an-na-ta(ibid., col. IV( 6), «celui qui de Bit-samê (le fera
sortir) »,
25. ô-9il-gid-gid-ta {ibid.y st. H, col. III, 3), « de (ex) Bit Rôbôti
arkâti >.
REVUE SÉHITIQUE
• confirment le fait déjà signalé par moi dès le
slpo^ition ta rend la préposiUoit réelle ina dans
is de < dans, en, selon, par (le sémitique 3) >
ex) » marquant un point de départ ou d'origine
q). Dans le dernier cas ina équivant à istu, ultu.
;cla particule sémitique éclate à tous les yeux.
onème ta est assez obscur; on pense néanmoins
{, < venir, entrer », qui a pu donner à la fois les
:s tu et ta ; cf. ru et ra, ku et ka.
c) Exemples de da.
f, n" I, 471, " contre la parole u.
-su+da+ka (i'iiV/., n"2, col. IV, i2i, «par Nin-Girsu».
a-ge ki an-iui-ag-ga-da |i(-(i/-. col. V- VI,2C-i|,« par
m-da(('ii((., Gi. par Bit-SamO-ukin.
da iVI. Il" 1. col. I, 2J|, -avec ( = contre| Gis-uh ».
li pa-te-si gi'4-uh-ki-ila tihiil., 3!l-4ll, <. avep Bel-id-
rneur deGis-uh ».
•bi (,'din-da \ibifl., col. 111,23-21). " leurs cadavres
1 a abaiidonni^) *.
ih-ga zfl-da(ttiid.,n«3, l.')|, » vase d'argent brillant ■.
Vllt, col. I, 2G), B fila ensfcndrc ».
|X. st. B, col. II, 5|, 1 aveu une forte intelligence ■>.
i-da iihkl., col, VU, 23), o en restaurant «.
.-ay-da(.7,((i., col. VIII, i|, « en faisant briller ..
na-da {ibid., 3|, « sa base en consolidant ■>,
1-la-da liliùl., H|, « de sa main en prenant ».
-a-da [('■(Vf., lOj. n sfs Jours en prolongeant ».
clairement de ces exemples que da représente
>osition réelle ina, mais dans le sens d'un rapport
jn de rencontre, d'entremise, de durée tempo-
verses nuances de ce^ conceptions, ina peut être
itU. L'idée de pénétration dans un intérieur lui
lit défaut ; il marque encore moins le point de
onceplions sont le propre de la. La participation
équivaut souvent à la possession de cette qualité
le représentant courant est gàl.
is général, le phonème da rappelle l'idéogramme
LE SUMÉRISME ET L^HISTOniE BABYLONIENNE 1 1 9
fahy dahj c approcher » (de Jahû, dahû^ ^nD^ im) "» ^f- ^^
de nah.
LE VERBE AU PASSÉ
En assyro-babylonien le verbe au passé se distingue du nom
par la préfixation des indices pronominaux : askun, taèkun,
iékun. Extérieurement vu, Va de la première parait être une
simple nuance de Vi qui marque la troisième personne. L'iden-
tité de ces indices au qal atteint toute sa plénitude dans les
verbes à racine faible, ainsi idt et êpus signifient à la fois < il a
connu Dy c il a fait x) et ce j'ai connu i et a j'ai fait >. Cette con-
fusion est en outre élevée au rang d'une règle immuable dans
toutes les autres voix verbales, ainsi, les propositions « j'ai
fait faire > et « il a fait faire » s'expriment l'une et l'autre
par usakkifif usaskiriy sans distinction de la nature des personnes.
Quant au t de la S* personne, il sert dans toutes les langues
sémitiques à indiquer en même temps la S"" personne du fémi-
nin. Devant ce phénomène que présente l'usage courant de
leur langue maternelle, l'idée que l'indice de la 3* personne
suftît à désigner les deux autres personne à dû pénétrer pro-
fondément dans l'esprit des premiers scribes babyloniens et les
amener à désigner dans le système idéographique toutes les
trois personnes du verbe par le seul indice de la troisième.
Et conome un tel indice est par sa nature même indéterminé,
ils ont été très logiques à en prendre les modèles dans la série
des pronoms indéfinis : mannuj c qui lo^mina ou munu^ c quoi »,
ainsi que nous le disions plus haut. Aussi, le préfixe mn à voyelles
variées, souvent abrégé en m (m, i, a), est devenu l'indice
caractéristique du verbe idéographique qui exprime une
action ou un état. L'idée passive seule aexigé un indice différent
comme on le verra plus loin.
a) Préfixe mu-na.
1. a inu-na-sub(I, 1», VllI, col. III, iO), « cela il a offert ».
*J. mu-na-ru (II, a» 1, 7pa,s.sù/i), « il a construit ».
3. ma-mu-na-gar (IV, n® 1, cul. III, ii), « ou don il a offert ».
4. nam-mu-na-kud-du (V, n" 1, 10), un serment ils ont prêté ».
Ô. ki-bi mu-na-gi \ibid., n' 'l, col. III, G im^a^iui), «il a rrstauré ».
REVUE SéHITIQUE
n {ibid., col. V. 17), i> il a creusé «.
■sa (ibid., 19. X, col. IV, 3. X, St. E, col. IX, 4), < en
nc(^ «.
[ibid., col. VII, 5), « il a établi ».
a (VI, n° 3, n, VII. 11. X, St. A, col. 2. 2.4; St. E.
I il a fait » ,
ib [ibid.. il), ilapR^senté •>.
im {ibid., col. IV, 7). o il a établi «.
u-na-Mum {ibid.. St. II. col. 3. .''i), <• In vie donne! ».
b) Préfixe abrégé^ mu.
n"2, 38; III, n"I,7,9. 13.20.31; n«2, col.1,7; col.
. S, \. 6; n" 3. 7, 10, 12. 14. Ifi, IH, 20, 32; III. n» 2;
t+ni + ru=ë-ne-ni mu-ru tibtd., n" 3, col. Il, 131.
I il a construit •>.
, col. 11, 3; col. m. 2; col. V. 3, X; col. HI. 3, X; col.
i., col. Vfll, 20). ■ il a taill.-, sculpté ".
bid., 4), il a creusé, sculplé ».
?| {ibid., col. V, t>t, » il a fait venir? ".
/, 11" 2. col. III, 16. 32; col. iV, II, t il a accumulé.
i-du |t6i<;., 19), I il a été serré ».
'id., 13. 17), n il a endomma^'é, dévasté >.
Id., ITij. ■ il a achevé, exterminé *.
i6i'(., col. V, 7(, » il a éporgé. tué ».
m liliiil.. Si, " il a anéanti, ruiné i.
1 [il.i.l. col. II. 4), . il II fait connaîtra .,
i/a- [U>id.. 21 ;col. III, 11) . lii ville (qui cslj pure ».
u-ni-tug (VIII, col. II, 161. " à sa main il a accordé ».
u-sal-la mu-da-nâ {idiV/., 17-IS|, oies pays en tran-
l rester ..
amu-da-ci(()i*(i. , 36-371, n d'eau de joie il a abreuvé».
. L'infixé da des n" 15 et 16 sera expliqué dans
ï.t« mu-{na) suivi tVun suffixe personnel.
Tient direct du verbe transitif k la 3* personne est
1 .iâ ou .iuatu, indice identique au suffixe possessif
aersonne dont l'idéogramme est ni. Le système
t de même, mais pour écarter ia confusion avec
LE SUM^RISHE ET l'hISTOIRE BXLYLONI
le sufHxe possessif on place nt immédiatement
du sujet. A lieu de ni ou rencontre une fois la fo
me=annu (6).
1. sag-bi erin lah-lah mu-na-ni-gub (IV, n* 1, col.
t comme toit les cèdres brillants il les a fait placer »
2. àu-na mu-ni-gi (V. a- 2, col. IV, 5), « à aa main 11 1
3. mu-ne-na-ni = mu-na-ni-no UhiH., ,-nï. V, 13),
velé ».
4. sag-kii mu-ni-pa-kab [ibid.. toi. Vil. 6), t en
offerte ».
5. ur-bi nà-a mu-na-ni-ni (VI, co!. V, 13; X, C, •
en pierres il l'a construite >.
6. inu-na-gar-e-ne (VIII, col. Il, 25|, • il Ta plané ».
7. e-mah-ni a mu-na-ni-tur (X, A, col. III, 5), « d)
très grand ceci il a fait entrer ■.
8. ë a mu-na-DÎ-lur (ihid., col. IV, 3-'i), o dans I
il a fait entrer ■.
9. è-an-na ka mu-na-ni-tur(ififd..r, col. IV. 3-4^, ■
d'Anu il l'a fait entrer ».
10. e-mah-na mu-na-ni-tum libt''.. E. col. IV, 14-
temple très grand il l'a placé s.
11. ë-uru-azag-ga-ka mii-na-ni-tur {ibid., H, col. I
le Bit-Eri-Elli il l'a fait entrer».
d) Préjixe n (na, ni, ne) isolé ou suivi des
personnels m, n.
1. iir-8ag-bani-mi-gab(V,n''l, 34), i indemnes jclea
2.. ninda-gud ku an-kii [tbirl.. ^9), n un bœuf je lei
nourriture d.
3. enim-da gur-ra-da-an = enim-da an-gur-ra-d
■ contre la parole il fera retourner v.
4. ud a-ru ka-an-gàl (ibid., 49), "à l'avenir il réclai
5. ud'da enim-b<i su-ni-bal-e {ibid., 5l)|, le jour q
à sa parole ».
6. mu gal-lû uh-ki-ka ni-zig-ga-a [ibid., n* 1'. c
« dans l'année où le roi d'Ub il a attaqué.
7. ki-an-na-8g-ga-da(ibi(l., col. VI, I), ■ quU'alme
8. ki-ba na ne-ru (VI, n" 1, col. 1, 12), « dan^» sa ]
il a érigé ..
'J. oa-ru-a-bi ni-pad |tbi(/., 18-19), * cette stèle il a
10. edin sir-Ia-pur-ki-ku ni-du (l'fitd., 20-21), ■ ver:
de Lagas il est allé >.
LE SUMÉaiSME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 123
5. im-bi ki-lah-lah-ga-a im-mi-dib (X, St. C, col. III, i-2|, « son
argile d'un lieu pur il a pris » .
6. us-bi mu-azag bîl im-ta-lal {ibid., St. C, col. III, 6-7), « ses
fondations il a purifié et il (les) a rerapli(es) de splendeur ».
7. lu gis-uh-ki-ra e-na-sum (V, n» i, 6), t aux hommes de G.-U.
je (l'jai préposé ».
8. gir-bi si-e-na-di (VIII, col. Il, iO-ll(, •< leur marche il a rendu
prospère ».
9. sukum an innanna e-na-gid a-dug e-na-de {ibid., col. III, 10-15),
« la nourriture d*Innanna il a offert; d'eau bonne il a asperj^é ».
10. in ru-a (X, St. A., Cart. 6), « qui a construit ».
H. lu Ô-an-na in-ru-a-kam (ibid.. St. C, col. I, 5-6), « celui qui a
construit le temple d'Anu ».
12. lu ë-ninnù an-nin-gir-su-ka in-ru-a (ibid.^ col. II, 8-10), t qui
a construit le Bit N. de N.-G. ».
13. e-gaz (VI, col. III, 18), « il a tué ».
44. e-ag {ibid., col. V, 11), « il a fait ».
15. kar-dar-ra a-e-du (VI, n* 1, col. III, 32-33), « en vainqueur
il est venu ».
Ainsi que je l'ai dit plus haut, les préfixes précités viennent
des pronoms dénoonstratifs ammu et annu respectivement.
L'abréviation finit par s'arrêter à la voyelle initiale, uniformé-
ment réduite en e. Ces formes verbales sont caractéristiques
des phrases secondaires ou incidentes et ne concluent jamais
une proposition principale comme c'est le cas de mu-na. Quand
le verbe est suivi d'une voyelle indice du participe, le préfixe
in comporte toujours le sens relatif de (c celui qui d.
f) Préfixe b (ba^ bi\ ab, ib).
Exemples :
1. gis-ba-tug (II, n« 3, col. II, 7), dont la prière ost exaucée ».
2. sag-gi ba-pad-da-a (IV, n« 1, col. II, 1), « cœur sincère il fut
appelé ».
3. igi-baka.s-sigba-ni-garnol, 33), «devant elles du vinjel'ai mis»-
4. kud-du ba-us (VI, n» 1, col. II, 24), « le tribut a été fixé ».
5. 400gal-gur ba-tur {ibid., 26), « 400 grands gurs sont entrés ».
0. ur-lum-ma ba-da-kar(ilî>/d., col. III, 15-10), « Urlumma vaincu ».
7. bar-e ba-dug ili-ku {ibid., col. IV, 16-17), « par un ordre donné
à Ili ».
8. nigin kù-lah-gu zal-da an-nin-gir-su-ge ab-ta-gu-e {ibid..
Il*»* 3, 15-16), «i le vase d'argent brillant qui à N.-G. avait été promis ».
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIENNE 125
g) Suffixe vocaliqtte, — Participe.
Exemples :
1. kar-ta-du-a (II, n^ i, col. II, 7), « dans le pays allant ».
2. é'Sa-dug-an-na-bi ni ga-sa^-a {ibid., col. IV. 3), « maison d'of-
frande dont le sommet s'élève haut ».
3. lu é ninnîi ru-a (i5id., 8-9), « de Bit-N. le constructeur ».
4. an-gim-nun-ta-ud-du-a {ibid., n® 3, col. II, i2), le dieu Glm
s&ortant dans la domination ».
5. id ninâ-ki-tum-a {ibid., col. III, 6), « le canal Nina consolide».
6. lu he-ku gï-gï-a (VI, n» 4, col. IV, 18), « qu'il a rendu prospère
(m. à m. homme à bien rendant •.
7. nin-ne-ru dug-dug-gi (ibid.^ 23), « hostilement parlant ».
8. pa-sum-ma (i6id., col. V, 22), « tenant le sceptre ».
9. gistug(-pi)-summa (ibid., 24), « doué d'intelligence » (m. à m.
« intelligence tenant, possédant »}.
10. âag-pad-da (ibid., 26), « mentionné de cœur ».
il. lii dug-an-ru-ne tub-ba (ibid,, 30), « qui revêt Tordre des
dieux ».
42. an-ta bal-e-da (ibid., col. VI, 10-16), tarrogamment ils tra-
verseront ».
13. gal-lù ki-an-na-ag-ga-ni (i6id.,n» II verso, col. 111,9, n«»3, 13),
« le roi qui l'aime ».
14. u-a an-innanna (VIII, col. I, 25), « pourvoyeur d'Innanna v.
15. sag e-hi-a (ibid., 31), « esclave élevé ».
46. ganam sig-gur-a-gim {ibid., col. II, 44), « comme un agneau
tondu ».
17. nin nin-a-gu-de-a (X, st. E, col. I, 9), « dame de quiconque se
réfugie (vers elle) ».
48. ë-an-ba-u ki-bi gi-a-da (ibid., col, VII, 22-23), « le temple de
Bau en restaurant ».
19. he-gal-bi pa-ud-du-ag-da (t7>ûZ., 24 -VIII, i), « abondamment
en faisant briller ».
20. gis-dur-gar-sir-pur-la-ki-ka gir-bi gi-na-da (i&td., 2-3), «du
trône de Lagas sa base en consolidant ».
21. !^u-na gàl-la-da (ibid., 8), a de sa main en prenant ».
22. nam-ti-la-na ud-bi sud-a-a (ibid,, 10), « de sa vie ses jours en
prolongeant ».
La forme du participe hiératique coïncide avec ce qu'on
appelle ce la forme de prolongation » dans les phonèmes nomi-
naux. Elle consiste dans la répétition de la consonne finale
ITIQUK
:, soit par la simple justapo-
m le groupe précédent se tcr-
crite ou résultant de la lecture
primitif d'indiquer la lecture
st accompagné de particules
oloDgée du phonème répond
Unsi du (lur), < fîls >, mais
1 reflet du procédé réglemen-
(, X son fils >, mais ana {ina,
je, sur, etc.) son Bis n. Dans
est encore la finale vocalique
:. ; ce procédé est de nouveau
pe idéographique. Quand la
réfïxes personnels, n'importa
B présent des verbes babylo-
emporaire. Voyez n° 2 et les
[ans les articles précédents.
[ga). — Subjonctif.
'.!], ■• lafacu iiiiil bfiissf u.
Iiautenient qu'il l'xtermiiic ».
rt), •■ qu'il le conHoIiiic ».
w jsoil un homme do (Ji^-L'li ...
soit un liomint' iUr;ingt!r v.
i9--.'(i), : que le dieu Bel le
gà iHii't.. '.24-2.11, • de sa main
it qu'il lève ..
jî-gi uhid., -iS-TJ), • au milieu
ntsu.
I, 17-18), ma justilication qu'il
(((»(('.. H)-2l), « qu'à ma vie de
(i., '22-?3i, "le pays dans la
I lia-mu-ru-dug tibid., 3i-261,
multiplication qu'il ordonne*,
da-gab iihid.. 2a-31|, «sur Iv
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIHE BABYLONIENNE 1S7
ii. sib sag-gud>gàl da-er ho-me (ibid.y 35-36), a pasteur vaillant
pour toujours que (je sois), moi ».
15. gir-bi he-en-bur-ri (X, 16-18), « sa base qu*il broie n.
16. sa kul-bi he-en-til-li {ibid., 19-20), « et sa postérité qu'il
anéantisse ».
n. nam-he-ma-tar (X, st. C, col. IV, 12), ■ le sort qu'elle tranche ».
18. kul-a-ni he-til(t&id., 16), a ses descendants qu'elle extermine».
19. bal-a-ni he-tar {ibid.y 17), « son gouvernement qu'elle re-
tranche >.
20. gal-na-ga-mu-zu =: gal-zu-na ga-mu(V, n^ 1, 31), a grand sage,
certes, (est mon) nom ».
L'idée du subjonctif est rendue en assyro-babylonien par la
particule lu qui a primitivement un sens affirmatif,* comme
l'hébreu ïj^ . Son représentant idéographique est I e signe ^:^, g an,
han(n certitude»; cf.^tnadem, M3)etÂa, Ai, he, hu{d. lah =
lag)f avec Tomission du n final. Lorsque, par des raisons gra-
phiques encore assez obscures, la lecture ha ou ga est préférée,
l'idéogramme ambigu est remplacé par ces caractères phoné-
tiques, ce qui constitue d^ailleurs un procédé fréquent dans
l'orthographe du système sacerdotal. Le sens de pure affirma-
tion du modèle babylonien apparaît au n"" 20, et la coïncidence
de he-me avec le babylonien lu anaku (1 4) fait éclater le génie
sémitique de l'auteur. Gan vient immédiatement de Tadverbe
phonétique et réel gana qui marque Tidée d'exhortation (De*
lilzschHW.,p. 201).
J. Halévy.
\A suivre,)
La fixation définitive de Talphabet safaitique
Tout déchiffrement fait sur des copies rapidement tracées
par un petit nombre de voyageurs est par cela même sujet à
caution, au moins en partie. Cette vérité banale ne m*a pas
échappé en 1877 lorsque j'ai publié dans le Journal asiatique
mon Essai sur les inscriptions du Safâ. Le mot a essai » tra-
duit avec une concision suffisante les doutes qui m^assaillaient
devant des solutions qui s'obstinaient à refuser les éclaircisse-
ments que j'en attendais. Mais j'avais beau me tourmenter,
les copies à ma disposition ne semblaient pas permettre d'autres
solutions sans m'a venturer sur la pente glissante des corrections
à tout propos où l'équilibre est facilement perdu. Aux obser-
vations qui me venaient de la part de plusieurs savants et amis,
ainsi qu'à mes propres doutes qui grandissaient après l'achè-
vement dudit c Essai > je répondais inexorablement : < Il faut
attendre jusqu'à ce qu'un contingent de nouveaux textes ou de
copies prises par d'autres voyageurs des anciens textes
nous apportent les éclaircissements qui nous manquent encore.
Ces moyens de faire quelques pas en avant viennent de nous
être fournis par les excellentes planches annexées par MM . René
Dausset et Frédéric Macler à leur très intéressant volume inti-
tulé Voyage archéologique au Safâ et dans le Djebehêd-Druz
qui a paru, il y a quelques jours, chez Ernest Leroux. Dans
la première partie de cet ouvrage les savants voyageurs ont
donné eux-mêmes la transcription complète des il 2 inscriptions
qui figurent sur ces planches et y ont ajouté un bref commen-
taire. Leur transcription suit en bloc, sauf quelques modifications
maléiîelles, les lectures proposées dans mon Essai. Je me
réjouis sincèrement de cette approbation si précieuse : mais le
devoir scientifique commande de passer outre à la satisfaction
personnelle. Le moment me paraît donc venu de compléter
Tancienne tentative de déchiffrement en introduisant pour
trois caractères du système safaïtique des valeurs différentes
de celles que je leur ai assignées auparavant. Cette correction
m'a été imposée par un examen très minutieux des inscriptions
FIXATION DE L' ALPHABET SAFAÎTIQUE 129
qid les conticDDent. En épigraphie il n*y a pas de petit progrès
qui n'amène à sa suite quelque rayon de lumière sur des
énigmes restées insolubles ou ne suggère des réflexions qui
servent à rectifier des conceptions historiques que Ton croyait
classées et définitives. Sur ce sujet comme sur tant d'autres du
domaine scientifique, l'adage talmudique c Ne dédaigne rien d
est un conseil à suivre.
Les deux corrections certaines à introduire concernent les
représentants safaltiques des lettres arabes ? , ^^ en carac-
tères hébreux n , y. La troisième correction tendant & rempla-
cer y = jû par le sin hébreu, ^ est moins évidente, mais
assez certaine. Pour prévenir les erreurs à l'avenir, je réunirai • ]
ci-après toutes les épigraphes dont ces lettres font partie.
A. La lettre pi*
Cette lettre consistant en un trait perpendiculaire se termi-
nant par un petit cercle aiu deux bouts, avait été considérée
comme un ^ irrégulièrement formé, malgré sa coïncidence
complète avec la forme du n sabéen. L'attribution erronée se
fondait principalement sur le nom ^jf^n (53) dont le }( montre
deux boucles fermées. Les autres exemples ne donnaient pas
la même certitude contre cette hypothèse comme les nouvelles
copies qui sont maintenant à notre disposition. Il vasansdireque
les autres lectures relatives à des lettres ambiguës seront aussi
rectifiées à l'occasion.
5 a (Hal., 35, Vog., 5) oTIDyb
11 n'y a de certitude relative qu'en ce qui concerne le nom
propre OTIDJ^» composé de qttoj;, « vie de Râm (?) > . —
A la seconde ngne, le groupe ipUffp serait-il un nom géogra-
phique et le'o précédent la préposition abrégée de jq ? Le
restant est encore plus obscur. ^ *
UVCIlÉaiTIQll
130 REVUE SÉMITIQUE
« Par Âlû, fila Madû, fils de SalAmt (?) >
La copie de DM. offre n; peut-être faut-il corriger cette
lettre en i.
70. ^S^p p t3p^ (boustrophédon)
c Par Q&m, fils de ... i»
Le second nom est impossible, est*ce q^^i» de Uê ?
^^' bNDT p n*?nb
c Par Thalith, fils de Ram'el. »
Le ^ du premier nom a l'air d*un ^ ; la lecture est cepen-
dant inévitable. Pour nbn confère le nom géographique
TVii'fyif et le nom de dignité b^^b^ -
^*- nj P IDîOb
c Par Baisû, fils de Nôth (?). »
On retrouve ce grafûte au n* 292 où on peut lire p^ s= ar.
ô^J, « lion >, héb. jj^i^.
<22. b: p nj^n*» p •»byob
c Par Ma'laî, fils de Yathl^at, fils de Nèl (?). »
n^n^ correspond à l'arabe ïmJj ; ^3 suppose Jy ou Je .
135. (Hal.,i82;Vog.,198.)
lODH p lîp^
< Par Qath, fils Ijiatit. >
np rappelle l'arabe s^* Au n"" 13t> on lit jj^n p \f^ ;
c'est peut-être le frère de notre signataire, maison peut aussi
admettre que le graveur a oublié d'achever le tracé du n-
FIXATION DB l'alphabet SAFAÏTIQUB 131
159. (au milieu). nDJ?» p hiifrh
c Par Rathôl, fils de A*ma|^. »
^ni P^w^ v^ï^îr ^® ^j «-ussi bien que de ^;j .
167(Hal.,119; Vog., 133).
A décomposer probablement en pn + bn»*^* i:;^*+J^;
un quadrilittère QnVn SLdditionné du suffixe de dérivation t — -
n'est pas non plus impossible.
177. [?n>^ »3m -lajr p tdh p '>jrh
(Par Rai, fils de Thafir, fils de «Abd-Rababt et Mulai[t)?J. >
•^On^^ l'arabe yj; lariT®**"^' 'eoisbé de roni) • Roub-
bite > joint à "n!^> * serviteur »? il pourrait bien représenter
le diea de la peuplade des ?ecaSn»oi qui habitaient bien l'Arabie
septentrionale.
188. (Hal., 153 b; Vog., 166.)
ON p bxrnb
< Par Rathôl, fils de Umm. »
Le premier nom s'est déjà présenté au n* 1 59.
198. Shiw p nabb
< ParKunth, fils de âaddêl. >
f^ se compare avec probabilité à l'arabe ^, oc enve-*
loppe faite avec des herbes aromatiques » .
207. Dbnb
c Par Thalam. »
Q^n ^^^^ doute Farabe ^^ <c brèche» brisure
132 REVUB SÉMITIQUE
227. Pi yr^ p Toylj
Le nouveau nom propre ^pi s'identifie avec certitude au
nom divin sabéen X2Vjy^ qui produit le nom composé iCKl^n*^-
837. mrôp-iub
ce Par Nûr, fils de Kithrat. >
rrrO = V^' • multitude >, de j^, € être nombreux ».
241 b. narb liù^S
c Par RababUy (fils de) Muthaba. »
roriD P®^** ^^"^^ ®^®®^ '^^^'^ ^^ v^^ que de v^y ; cf. aussi
le nabatéen n^n^D, « siège ». Au n"" 141 on lit rÙVD» ™**s
même en admettant la lecture les deux noms propres pouvaient
exister l'un à côté de l'autre.
250. toVo p nno p mm^
nXfi de <^, € avoir une voix rauque ». nnO découle
visiblement de ^-^^ ou
292. Voyez 82.
301. Kisi laan p biob
c Par Suûl, fils de Thababu, (fils de) Rababat (?). »
M
VtD» ^f* *^* «J-^ ^^ ^'^ » • demander » ; pour yxiD cf. ar.
. Il rappelle le nom non moins incertain ^^ du n""
241.
312 a. pn v^tDp p rotors
c Par Y. n., fils de Qamr, (? fils de) Haq (?). »
nab"*' visiblement une faute du graveur pour «ijyi (Hal.
(386); le reste est très douteux; peut-être faut-il séparer Qp,
nom propre connu .
FIXATION DE l'ALPHABET SAPAÏTIQUE 133
Même personnage que celui des n" 82 et 292. '
315. priy p i^Dh
< Par Sa'd, fils de Othmân. >
Nous avons ici pour ia première fois le fameux j^^ com-
pagooD et successeur de Mahomet.
368. (Haï., 188; Vog., 198.)
^bxn p 13 p noty p taion jn npb
€ Par Qath, fils de Hatit, fils de Sammat,
fils de Bû,fils de Waâgalî. >
Le même personnage a posé son nom au n* 1 35 ; ici on a les
noms de ses trois ascendants. Pour la lecture n^tS^ voyez plus
loin ; le groupe ^^jb^t est distinctement tracé et ne peut être
mis en doute.
396. DT p ntWD by nysa nr P i^]^^
c Par ""Abd, fils de Ya^'d ; en mémoire de Masath ,
fils de Wam (?). >
Si la lecture est correcte, pj^ vient d'une racine *,i^ ou
; m se compare à ^') (Hal., 384; Vog., 408).
A *
403. abjr'by n^vô ••ipN p mj;b
c Par'^Ârim, filsde Aqnai; en . . . de^'Alim. >
^X>H élatif de ijfj . — n^>f doit probablement être lu ^y^^ ou
404. -jD p nitr p xw p -PBfob
« Par Muàir, fils de Nasa (ou Hâ),.fils de èalh, filsde Sak, fils
de §abab, en mémoire de Asayu, (fils de) Ma^gian. Il a ac-
compli son vœu (?). Paix ! ... »
REVUE SÉMITIQUE
ff, racine arabe «-t-^ ; — pjy = y^r" , * aurore > ou
, < matin > ; pjyo dérive de j|yo (3i7 o), ar. -r*». Ce
âge corrige la diviaoD des mots de Hal., 79 ( etfaitdis-
itre ta mention de la ville de Tmx que j'avais cru reconnal-
lans pj. — j<33 i^pj semble avoir le même sensque f^-y^
; les lettres très distinctes, suriout le ^ du second mot;
ndant ta négligence du graveur est toujours admissible. —
ui suit apr^ q^ est inintelligible.
■ ■ • nbnn p '•aj p
< Par Faur, ais de Ta'mu (?), flis de Gadarêl,
iilsde Gabt, fils de KbuUimat ... 9
KTU. 'a copie offre ijj<nj- — Oûhn = i*^, « gros
>.
B. — La lettre jf.
i caractère se distingue du t( safaltique par la fermeture
forme de petit cercle d'un des bouts de la tige ; il coTncide
; \e y sabéen. La confusion antérieure avec la lettre ^ est
aux mots mal gravés sur les originaux et aux copies trop
maires que j'avais sous les yeux .
. (Hal., 23; Vog.,34.)
on p |DV [p] prf?
ai supposé jadis que m,-) est le résultat d'une bourde du
'eur qui voulait mettre thisn i ^^ P^"^ ^^issi voir dans le »
iffize de dérivation ajouté à Qn- — ÎSy dérive de ^ ou
J-". — on» ar. j-^, « chaud ».
*• nyï p DTîE^
es deux premières lettres sont douteuses ; le second 00m
espond à l'arabe <^'^, < haut >.
nXATIOM DE l'alphabet 8AFAÏTIQUE 135
71. BM-p
Le ^ d'appartenance manque ici comme au graffite précé-
dent. «— Qy^, ar. à«^ 9 c idole ».
76. mt^K p c^ p Vdt p pBb p bvp p ibD-isn
c Hafarmalu, fils de Qaçl, fils de Lafsan, fils de Raml|
fils de Gaf (?), fils de Asrat. j>
iVonSPI ^^^ composé de ^rjn (*^6 b) et de ^^q (Hal.,
370 6). — ^>fp, ar. J^, € ignoble, faible ». — fbsbi ^'^•
fj^f « fort »• — Vdi> *r* J^3> * sable », contenu aussi
dans le nom hébreu ^irpSoi. — ftj ^® w^ naais la lecture
Sa » . .
ej^ (de ^) est possible. — nitVX ®^'' ^" "^^"^ nouveau auquel
nous reviendrons.
w. b»TVT p nyjN p onp p ^bo |d 'jpb vVnV
c Par Khaliç-Saqal, fils de Malt, fils de Qadam,
filsdeAn'am, filadeRa^'ahél. »
y'jn est certainement rarabo-hébreU(^;û^, y^n, a achever,
retirer, sauver ». — ^jjjj est très douteux. Les autres noms
sont connus. — A remarquer l'orthographe ^^nj^l-
36. i3y p yoipb
€ Par Qirmiç, fils de •Abd. »
yo-ip rappelle Tarabe ^Z^^» c^ -^' U^^J^* ^ fosse, nid >.
97*. ..bDapariD p bxfiDx p ic^r'? p 3ij p anb
« Par Rab, fils de Garab (?j, fils de La^è (?),
fils de Subbêl, fils de Makhié, fils de Nam ... »
Les lectures douteuses abondent dans ce graffite. Gomme
la lettre y à elle seule ne peut pas former un nom propre, je -
pense que le groupe suivant, en apparence y?2U3 contient
deox négligences, inclinaison insuffisante du troisième signe
qui avec le trait précédent fait un j^, oubli de tracer les trois
petites branches du ^ ; l'ensemble fait ^2<n!}V) ^ lumière d'El » .
136 REVUE SÉMITIQUE
119*. jj^pa rnnvb
« Par Sabrât et Qas (?). »
» * »
max de^r*, « attendre, espérer 9; quant au mot suivant,
on ignore si c'est un nom propre ou un verbe.
« Par Sa*mat, (fils de) ^rid (?), fils de Fa*z. >
-n5f de ^y^^ € avoir froid » ; le dernier nom est douteox.
129 — yyn i^ïjns bwsn p jb-w p pv p bK^nV
c Par Khalêl, fils de Saman, fils de Sarfan, fils de Hamél
et Halulu, (fils de) Da'9 (?). >
^xbn» HaL, 198; Vog., 214. — mjy vient probablement
de la racine Qi{2f, ar. ^. — ruiv» to'^r^» * plomb ; une espèce
de dattes, > rac- ^y^^ < changer » . — yj^ *i,ar. ^^ ou ^jf^^^,
ce tas de sable » .
133. HaK, 187; Vog„203.
DpD p la^ yn^ p aw nyfe» p ^3B«^
<c Par Mu6n!, fils de Mus*iru,[fil8 de] Naçb, filsdeYata%
[fils de] âalt, fils de Suqam. >
lî^fc^» f^y * poilu, hirsute», de^, c cheveu, poil >.
— 3W> 'r-***'f « stèle », de w--«», < ériger ».
141 Hal. 175; Vog., 191.
c Par Hatt, fils de Am, (fils de) Tom, (fils de) Subat,
' (fils de) âaqiat, fils de Ya'a. »
Q^n po'ir Dixn» • juroeau ». — rOV» *•■. Ity-o, «tas,
monceau > .
FIXATION DE L*ALPHABET SAFAlTIQUE 1*37
149 a. ubDH p yOûh
« Par Matai (?), fila de Aslam. ]>
Le nom yno ^^^^ inadmiasible jusqu'à preuve du contraire,
il faut supposer une faute du graveur pour ^pDi ^^^ connu
(MaOfioioç). Voyez 336.
154. yvnb
« Par Haças. »
yVTI' j^^^o^f ^ rareté des cheveux >•
463. HaK, 130; Vog.,U4.
T^D p^ioyo p b2 p ViédS
c Par Ta^al, fils de Bal, (fils de) Ma^ff, (fils de) Kadar. »
yO, ar. ^jo^ ou j^^, « suceur ».
1 66. Dans le dernier graffite dont les lettres sont trop disper-
sées pour les combiner en un sens quelconque, on distingue le
fc * ^. /
groupe -Tîfn» *^- r^^ ^^
480. bKtsnfi p bo r»vb
Trois noms nouveaux ; ^^^ origine inconnue ; ^q de S^,
m sonner ». — V^feTlB» • étendu par Dieu », cf. ^y ; la
copie offre ^xftTTB» ^^^^ '^ ^^^^^ inférieur de la seconde lettre
peut avoir été ajoulé inconsidérément par le graveur.
183. Hal., 151; Vog., 164.
PDr]3 p ^ob
<K Par Sak, fils de Ben-l^abab. i»
rQï^S» ■ fils du matin, ou de Faurore » ; cf. Thébreu
Trrer]3-
491 *. DnpnnvpVnob
c Par Mahl, fils de i^abab, fils de Ham. >
hnû} ^^- Jv? ^ repos, quiétude ».
RBVUB SimTIQUE
93. Hat., 189;Vog., 16S.
t Par ëaddêl, fila de $abab. >
IMIG? ^^ J^i < '^ f°>^ > <DII.).
04. Hal., 1&0;Vog. 163.
■ • • a ivûp p nyy p ton p p p Vbb
« Par Hathal, fils de Qen, fils de Amr, fils de 'Asad,
fils de Qat'fln, F. .. >
flQ, ar. ^, < ressemblance >; «^p, de j<^, ■ courber,
Ire ».
il'* n2v p -iDb
lljde'Âi; cf. Tig.
!18c. (î)îWDpK:ï'?
*i tE^lO ii 1X3 "6 ^"^ "^'^^ ^^ *r*l*e ; peut-être
t-tl corriger jjf^j ou ^3; cf. nms *" n'937.
!29. TDDpmDYD*?
3YD "^ présente point de forme possible; avec une légère
rection, on obtient 3^3 qui correspond à l'arabe ^.
î3fi- Nb^ p ïon p bup*?
c Par Na-él, fîls de Hana. fils de Sal&(?). i>
B39. La lettre initiale du troisième mot n'a pas distincte-
nt conservé le petit cercle supérieur; on hésite entre k^,
1 et xbï- ^^^ dernière forme est l'arabe ,j-*.
239 a. Deux lettres isolées i^y , mais on ignore si c'est un
n propre ou bien le début d'un graFBte inachevé dont le
n commençait par un ■^.
«FIXATION DE l'alphabet SAFAlTlQUE 439
Une raciae ^ oe semble pas être usitée en arabe; mais le
même nom revient au n* 303 a.
289. . . -«B p VxD lyo p V1D ^pa niar p 3kV
• Par Ab, iils de 'Agagat, (Sis de) Faqî, (fils de Maud,
fils de Sa*d, (fils de) Maïl, fils de F. . . >
rùSS' ^^' iSy (304)* — ^pB> cf. iy^. y^j3 est l'arabe ^jv,
c figue >.
«97. |3*n{H ^«^ip Don DTiD bVn p DT p nttWD p lyob
€ Par Sa'o, fils de Maâiàat, fils de Dam,
fils de Halal « . . cinq ...»
Les quatre derniers mots obscurs de ce graffite contiennent
peut-être le nom de nombre oon> * ^^^4 » ; le y du dernier
groupe se trouve dans un milieu presque illisible.
30â a. ^xDi nop p D^b irâ p iDxab
c Par Baasu, fils de Bathu, (fils de) La^am,
fils de Ni-mat, (fils de ?) Wasêl (?). d
iro figure aussi Hal., 168; Vog., 182. — ny^ même
nom qu'au n* précédent.
306. Vi p nSDNb
a Par Âsfad, fils de RhaL >
Le graveur a inconsidérément fermé les branches supérieures
du t(, ce qui loi donne l'apparence d*un y.
L'élément ny remonte à ^ ou à ^L-*.
FIXATION DE l'alphabet SAFAÏTIQUE 1&1
356. Tytyo p -|nj p -lyv'?
• Par Ça'd, fils de Ga^ak, fils de Mas'ir(7)i >
nnjl étonne comme un nom arabe'; il revient cependant au
n'32< e.
f
1
Le signataire est le petit-fils du personnage qui a gravé le
n* précédent.
371 ft.Hal.,189Ba;Vog.,205.
njn p vpj^i p rasb
<( Par Kannaty fils de Ga^'qaQ, fils de Haggat. »
La lecture yp];j au lieu de rp^^que porte la copie est garan-
tie par Vog., 805 où le point marquant le y n*est pas indiqué.
Aan"" 3S7 le y est omis; au n* 328 il y a en même temps
omission du y et inachèvement du y dont il n^apparatt que la
tige ayant la forme d'un ^. — pjjn (non nsn) ^® -cr^.
390. niï p MOb
< Par Maht, fils de ^a^. >
La boule du ^ est effacée, mais la lecture est certaine.
393 a. ^y p iti^ iBj; navp p -[D p bwob
c Par Sinêl, filsdeSak, filsdeBen-l^abab.
Pardon à l^ur, fils de *Âlaà. >
«1^ est aussi un nom madianite mentionné dans la Genèse.
— * vrbp fisure dans Hal., 336 ; Vog. 353.
399. y-io ^y Q^SiS »3jr \2 D^kV
< Par An'am, fils de 'Abat; en mémoire de Maraç. >
Tous ces noms sont connus.
142 REVUE SÉMITIQUE
403 . ^yjiQ ^v T^îfB ijpx p Ulûb
« Par Murlm, fils de Aqnt ; ... sur Man^an. d
-|^ doiUétre un verbe» mais la lettre finale n^est pas d'une
lecture certaine. Le groupe >jf^ est tracé au-dessus des lettres
406. iBj«i -|j;tînD-|3 p IX p HSÎtKb
a Par Âçbaby fils de Ad, fils de Ben-Musir et Afal. »
Au lieu de ^g^ il faut probablement lire *-|g)( comme au
n*75.
44 b. nsDT p 3Vp ttrtD npbn^
npon ^® <J*^» * ^^^^ insensé >. — ^ gf^o, cf. ^^, t gra-
piller, glaner >. — 3>{p =1.^^^, c roseau >, ou w'La», < bou-
cher j». — nfîDl ^^®"'' ^® s.>v* * ramper, se traîner, avoir
une marche emblarrassée » .
Rien que par la similitude extérieure des graffites du Safa
avec récriture hymiarite, on était fixé sur l'appartenance de
la langue qui s'y cachait à la famille arabe, à Texclusion des
dialectes araraéens voisins. En m'occupant du déchiffrement,
j'ai recherché avant tout à déterminer les lettres qui forment
la caractéristique principale de cette famille, savoir les repré-
sentants des lettres aspirées ou emphatiques ^ , ^, 3, i, &, jd,
mais j'ai eu beau me creuser la tête, Texamen le plus minu-
tieux ne m*a fait reconnaître que le seul f. J'ai acquis ensuite
la conviction que 3, ^ et ^ n'y sont pas représentés ptar des
signes spéciaux. Gomme, par des raisons expliquées plus
haut, le ^ et même le ^ avaient été pris pour un aleph, il ne
restait dans l'écriture safaltique que les trois sifflantes communes
?» D,)£f et une sifflante emphatique, y. A ce point de vue lesafalti-
que montrait à peu près l'état phonétique qui est propre à féthio-
FIXATION DB l' ALPHABET SAFAÏTIQUE 143
pien, avec cette différence toutefois que ce dernier idiome
possède le son du j^dur. Dans ces circonstances, j*ai dû assi-
gner la valeur de ^ à un caractère dont la tige est pourvue de
nombreux zigzags souvent menus. Le nom très fréquent que je
lisais nt^YD ^^ Q^ offrait une explication naturelle par la racine
bébréo-arabe ^t^^t yuo, c élre petit Jeune d, constituait la base
de cette attribution, étant sûr d* autre part qu*une lettre aussi
essentiellement sémitique ne pouvait pas manquer à Tidiome
de Safa. Aucun des noms propres qui contiennent cette lettre
n*était incompatible avec cette valeur; la grande majorité se
rattachait sans grand effort à des racines arabes. Cela doit
naturellement changer depuis le fait avéré par les nombreux
graCBtes échelonnés au paragraphe précédent que le y a son
représentant particulier qui coïncide exactement avec la forme
sabéenne. En procédant par voie d'élimination, on pourrait
théoriquement lui assigner la valeur du 9ad pointé (jd, y), mais
quand on passe à Tapplication, on ne tarde pas à en reconnaî-
tre rimpossibilité. CSar un nom propre n]^VD n'offre rien de
satisfaisant. Des groupes comme ^^y, PIVK» ishi ^^ peuvent
pas élre admis sans protestation. Pour éviter ces formes mons-
trueuses, il faut se résigner à regarder la lettre en cause
comme une variante graphique du sin hébreu qui répond
aussi au ^ arabe et aussitôt les quatre noms que nous venons
de citer prennent des formes régulières et intelligibles:
1]^iWD> bDiî^' plty» ûSte^* L'examen de tous les passages
qui contiennent cette forme atténuée de la chuintante ne lais-
sera aucun doute dans l'esprit des épigraphistes.
Déjà cité à propos du ^ (?4). — q-ij;/ de ^jJL, d'où le sobri-
quet Aj^^^j « le balafré >.
c Par Haqir, fils de âatlet Naim. d
TPH» ". /•. — >nt&, ^t « pluie d'hiver ». — qj^j,
^li, € dormeur >.
U4 RBVUE SEMITIQUE
63. npb p njrfe6
c Par Sa^'r, fils de Saqam. >
Les lettres p indûment fermées ressemblent k un gros jf ;
le Q est aussi mal venu.
68. ^tn ^pù nj^tt» p pfc6
« Par Sarç, fils de Mu^iru ... en mémoire de *Am.
Que (Dieu) lui pardonne I »
yiitf^ J^j^f hébreu et éthiopien yw, o'Cff, t pulluler » ;
après le second nom, la lecture laisse à désirer. — Il manque
visiblement un y après Q];s)t ainsi : Q]^ ^^, « en mémoire
de •Am ». — ^^gjj; est probablement pour ^ -yjjj^, « que
Dieu lui pardonne ! »
a Par ë[û] (?), fils de Rasulu, (fils de) Rbat, d
Un nom ^jf figure au n* 108. — ^^jj^ rappelle Tarabe J^.,
c messager, envoyé ».
76 a. pfpn p îa'jfcf p rabnb
c Par Halbaty fils de Sagib, fils de Rub^n. »
La racine ^^^ n*existe pas en arabe; il faut probable-*
ment lireajjy (w^) ou -jj^f (>*vi')- — pfPn s'attache à
^^^j, héb. ym, c laver i.
76 b^ fin de ligne.
rrtfH p ft\b p
oc Par ... fils de Laf, fils de Asrat. »
miW» **• »r^'> dey;.!, f scier, denteler •.
LA tlELIGlÔN BABYLONIENNE U7
i9 nam?-$a-ati tu-ma-la?-ma ta-pat-tan
20 ig?-da-inar sîn-ni qir-çap-pi
21 ka ù-àar-pi«pu
22. a. Addaru mi-nu-ù [û-kul-ta-ka]
23. ba-qi-qa-tum ina nar(lul)-ti u
24 sa ka-ra-?
Col. II.
i. i9?-ma-?
2. ? ? an-na âa ki an?-na?
3. u-sis-se-pu-âu-ma i-gi-su
4. enuma na qaqqadu-(du) ?
5. si-ip < ?-tu II ma
6. ? ? ù ? ?
7. enuma us m qa . . . . ,
8. eqlu ?..,.... ?-i?
9. ii-ma 9i ha.mes sur-tum. . .
(0. a-lu zi-. mi-na
il. pi(wa) - rum ? ?
12. sa
13. ar
14. a-lu zi
15. su-un
16. ba-qi
17. la?
18. a-Iu zi
19. a-si
20. a ,
21. teb
il R 60 à lire :
69 sud?^-maii-su
70 na-a ib-si
71 i na-a ib-si
Col. III.
70. sum-ma û. . .
71. a-kil A.UR.I3R.
1. Sur Toriginal on ne distingue pas nettement le signe, on peut lire
si-ip-tu ou §i-ta-tu.
2. Ra?
m'
U8
REVUE SEMITIQUE
Col. IV.
II R 60.
2 se-ma »—
3 • T lim-na-tim-ma enu-ma.
4. ar-su-ub idi nâri ^ —
5. idi nàri élippu
6. sarru* : NI.TUK.KI Ki laH-su iç »—
7. Gl. mes a-na e-pi-si te
8. ia-a-ti elippu gal-la-tu ri-dam-ma
9. a-na ni.tuk.kj a-na ni-bir »—
10. a-na Gu-si-e a-na Su-li
il. a-na an lè-tar a-an-ni kit?
12. a-na an Ni-ga-ra a-an-ni gi
13. a-na sa-di'-i àa-bur-ru
14. a-na Pa-si-ri a-na Pa-sa-a'
15. a-na Is-bar a-naHi-li-ba*
16. a-na Hi-li-ba-na a-na Ku-ma-al ?
17. a-na Ti-li-ba-aç-ba-ti sa ku
18. a-na Sa-anda-rip'-pia-na Se
19. ù ba-si a-la
20. is-tu TUK.sAK e- » —
21. ina TUK.SAK pubri sa-ki-in-ma <
22. be-el par-^i il t:^
23. be-el te?-ri-e-ti^
Col. V.
5. ki-c^ E?
6. ni-su pa-an-ba e-li-'
7. a-na-ku na-pa-a-sa a-li-'
8. ni-su kun-zu-ba e-li-*
9. a-na-ku nu-uz-zu-za a-li-'
10. ki-na-ku ki-i ma-bal-ti
11. ri-da-a i-suki-i na-ab-bal-ti
12. za-am-me-ra-ku ki-i a-ta-ni
13. sar-ra-qu iq-qi-bu-u-a inim-mu-u a-ma-ru ul e-zib
14. bu-bu-ta ra-ba-ku a-ka-la ta-ap-sa«ku
15. ?us-tar-ra? a-pat-tan
16. a-di bâb dis-pi û-ma-al-lu-u ul a-ta-al
1. On peut hésiter entre sarru et le signe in.
2. Sic !
3. Lap.
4. Je n'ai pu lire cette ligne sur l'original.
LA RELIGION BABYLONIENNE 149
17. i-na ku-taP-e-ti i-na ar-ra-ka-a-ti
18. i-na assâte sa ki-i ia-a-ti ul i-ba-as-si
19. mi-na-a-ti dis-pi e-ri pa-ni ana? bu-çi mas-la-ku
20. la-a-na ki-i rak ki se za ki ul am-ma-sal-ma
21. ul-la-ma-a-ku bal-ta-ku-ma
22. ki-ma 9i-ba mi-ri-i sab-ku
23. ki-i âa-al-Iu-tù tu
24. a-na paai-su u arkl-su is-sa-na
25. NiN-man ta-mir-tu
26. ina sum-mi-ia im-mir-ta
27. û.MEs sa a-na
28. ul-Ia-ma-a-ku
29. sa a-na bît-ni a-na
30. bi-bil-su ana
31. ma-'-dis sus-ru
32. pa-an bi
33. VI e-ri
34. ana idi ù
35. rl-man
Les deux colonnes qui renferment des noms de divinités et
de localités où elles étaient adorées ne sont point transcrites
ici ; notons seulement que la première ligne de la première
colonne de gauche a été omise dans le volume de Rawlinson.
On lit sur Toriginal
A R
1 ^V
2 ;.V- âfî
3 !'^H ma-ri-tum
25. iJ[- TlfT^V» «*<^-
30. an Qa-ad-nu sa Rab-bi ki
31. an Qa-an-nu sa âlu Rim^.ki
34. M^ t^^}/'/ tur-àu is-ku
36 û sa I-id, etc. . .
La ville de Ma-er ki, I. 21 = Mâr (près de Tel Ede), marqué
sur la carte de Peters, Nippur, vol. I^ ville qui a joué un rôle
dans rhistoire ancienne de Babylonie.
1. Ku-ri-e-ti.
2. Briinnowy n* 4815. Er-rim-ki.
LA RELIGION BABYLONIENNE 151
TRADUCTION
Col. I
i ta nourriture ?
2 ledigmenu
3 tu mangeras
4. Mois de Tesrit quelle est ta nourriture ?
5. Tikuku dans du karasu^ et le biknu du matqû
6. tu mangeras pour ta nourriture
7. Mois de Arabsamna quelle est ta nourriture ?
8. le sungiru^dans le laptu'
9. et le çippatu dans de la farine non trempée tu dois manger
10. Mois de? quelle est ta nourriture?
ii l'âne sauvage ? ?
12 de rasnù dans du kisimmu^tu dois manger
13. Mois de ? quelle est ta nourriture ?
14 le uzqabù qui dans le ba$u?
15 ?.?... du fleuve de Sippar
16 tu dois manger
17. Mois de ? quelle est ta nourriture?
18 lenabbude Tânemàle
19 vases tu rempliras ? tu mangeras
20 ? la dent du peigne
22. Mois de ? quelle est ta nourriture ?
23. le baqiqatu dans du narti '
24
OoL. IV (cf. II R 60).
4. L'arsup au bord du fleuve
5. Au bord du fleuve une barque
6. Le roi ? de Tilmoun avec son sukkallu ? . . .
7. Les roseaux pour faire
8. moi, grande barque, conduis
9. vers Tilmoun, vers le passage
10. vers Qusie, vers èuli
11. vers Istaranni
12. vers Nigaranni
1. Meiasner, ZA, 1891, p. 292.
2. Plante des marais (cf. le syriaque).
3. Meissner ZA. 1891 p. 295.
4. Un breuvage quelconque, ZA, 1893, p. 198.
5. Ce mot nar(lul)-tum se retrouve dans K 4020, omen concernant les
organes humains.
153 BEVUE SéWTlQIIK
13. vers la montagne de Sapurni
14. vers Pasir
15. versisbar, vers Hilibana
16. vers Hilibana, vers Kum
i". vers TilibaBbati qui
18. vers âandalappi (Saadaripp!)
19. et
^0. depuis le sommet
21. au sommet de la multitude? il est placé
22. le maître des décrets
23. le maître des oracles
Col. V (II R60).
6. Il veut le ? ?
7. Mol je veux ?
8. Il veut la plénitude
9. Moi je veux ?
10. je suis stable comme un matialtu
11 ? sont comme un nabbaltu
12. .le soupire?' comme une ànesse
13. Il ne reste plus rien de mes biens qu'on a volés
14. J'ai très faim (et pourtant) ma nourriture ?
16. Je moitiû? je veux manger ?
10. je ne prendrai de repos que je n'aie couvert la porte de miel
17. parmi leskutalleti et les arrakati
18. parmi les femmes il n'en est pas une comme mol
19. Je ressemble, quant au visage à dupieri, quant & la face &
du pu;i (bu^i)^
20. je ne veux pas être comparée, quant à l'image à une 7
21. je suis Irappée ? (mais) je vis quand mSme
22. je demeure comme ??î
23. comme la captivité ?
24. devant moi et derrière moi il s'approche
25. Nin^ar ? le présent?
Sti, dans mes songes une brebis
27. les plantes qui
28. je suis trappée?
2'J. qui vers notre maison vers
30. son désir vers
31. beaucoup?
32. devant
. Zamàru = prononcer une complainte, soupirer, chanter.
. Traduction conjecturale.
LA REU6I0N BABYLONIBimE 1 53
K 9«87.
TRADUCTION
i je placerai ? et du kaluta
2. du parfum, du badad et du moût
3. alû terrible ? que veux-tu ?
4. du sungir dans de la laptu
5. du baqiqatu dans le kuzub tu ne ? pas
6. je veux courir et bondir ?
7. alû terrible ? que veux-tu ?
8. la conjuration kalama ne jaillit pas de mes mains
9. alû terrible c'est ainsi que je veux te conjurer ?
10. je tiendrai le parim de la maison, je placerai un récipient
11. je veux lier (ou offrir) le ? le buldubbu
12. je veux enlever la peau de T&ne et la remplir de paille
13. je veux lier du çippatu et le jeter dans du feu que j'aurais
allumé
14. le fils avec le pore, la maison et ses abords abandonne
15. que le parim de cette maison au serpent et au scorpion ne soit
pas laissé *
16. alû terrible que veux-tu ?
17 ne jaillit pas de mes mains. . . .
18. (alû terrible) je veux t'enchaîner ainsi
19. ..... . l'homme est allé.
4
Col. II.
2. vous
3. au cri
4. le maqad^
5. si un lion
6. un lion qui à la porte de
7. pourquoi le lion
8. si des jeunes moutons?'
9. le mangeur de troupeaux
10. sa tète
11. ??. .
42. avec les jeunes moutons
13. si la servante de la maison ^
1. Il est très possible que fir soit ici un verbe à l*impératif et non un
substantif.
2. Bûcher? Cf. HauptiUeber einen Dialekt der sumerîschen Sprache,
p. 541.
3. Cf. l'arabe j^.
4. Etc., etc.
RBVDB SÉMITIQUE
GOHlfEnTAIBE
Il est évident qu'étant donné le petit nombre de documents
'. ce genre, on doit s'abstenir de proposer des traductions
)ur un grand nombre de passages dont le sens ne transparaît
is. Je n'ai donné qu'un maigre essai de traduction, mon
tention étant de revenir sur ces monuments, qui doivent filre
assés dans un groupe ayant sa physionomie bien caracté-
}ée Si j'ai en général laissé non traduits plu^eurs termes,
I n'est point que je n'eusse pu proposer des significations
l'pothétiques obtenues par la comparaison avec d'autres Un-
ies, mais bien pour éviter de faire étalage de fausse science
épargner de l'ennui à ceux qui me feront le plaisir de me
-e. Comme l'on peut s'en rendre compte, c'est le démon alû
li tient une place d'honneur dans la première partie de ces
blettes, suit une complainte très obscure prononcée par une
alade et un commentaire géographique motivé par les
ïssages similaires. Pour digmenu, voir OA, page 66, I. 1 :
Si une rivière a charrié de l'eau comme un d. noir, etc. *>
Pour les mots àigmemi, ikuku, etc., voirDel.,U. W-L. 5:
lusieursnoms de légumes cités dansK iSSiontétéétudiéspar
e!S3ner(Z.A.,VI,289).L. 12. AS.A.AN^Weizen? (Zimmern)
;ut-être = a«niï,voir Del. ,Z.A, XII, p. 41 0. L.M.:U%qabû, un
^étai sans doute ; le sens de bagû n'est pas clair, on retrouve
•, mot sur la stèle d'Asarhaddon, Sendjirli. L. 19. Tumala
est pas sûr, le signe est «'u ou /a. L. 20. C'est au père Scheil
le revient le mérite d'avoir expliqué qirgappi; l'assyrien pa-
lU avoir possédé un autre terme qir^appu avec le sens de
peigne s, d'où il s'ensuit que sinnu qirfuppu a été rendu
%r « dent du peigne » dans ma traduction. — Plusieurs ca-
tctères sont incertains dans la colonne qui suit. Elle ne nous
[>prend rien; il est regreLtable que 1. i nous n'ayons aucun
;nseigncmeiitsur leg: Si un homme la tête
I. La traduction de mes Documents relatifs aux présages parallra
>us peu.
LA RSUGION BABYLONIENNE 15S
Col. III.
L. 13. Meissner a proposé cette traduction, que j'adopte
avec réserve n'en ayant pas de meilleure à proposer. — L. 14.
«t Je suis grande en faim > littéralement. L. 15. Bar et as
désignent peut-être ici des parties du corps d'un animal ou
des mesures. Ustarra iiii d*un verbe mX- L. 16. Pour cette
phrase voyez Meissner, Supplément. L. 17. On peut lire aussi
bien ku-ri-e-ti que ku*tal-e4i ; kutallu = ce qui est à côté,
arku ce qui est en arrière ; mais ces deux mots signifient
probablement toute autre chose ici. — L. 19. L'on peut
transcrire mi-na-a-ti dis- pi e-ri pa-ni dis-pu ci maé-la-ku,
mais rien n'est moins probable, surtout pour la seconde partie
de cette proposition. — L. 21. Ul-la-ma-a-ku n'est peut-être
autre chose que la première personne singulier ii| d'un verbe
alâmu au permansif, quoique la forme plus régulière devrait
être ullummâku.
K 9287.
Col. II, 1. G.Kalama doit avoir un sens analogue à lasama.
L. 1 0. Pa-^rim se retrouve sur les cônes d'Uru-Kagina publiés
parThureau-Dangin, les deux signes n'en font probablement
qu'un, comme pour rabi^u. Au reste, nous trouvons ce signe
parim écrit ainsi dans une tablette qui traite des démons,
K 8859, et traduit là par rabi^u. — Le père Scheil a été fort bien
inspiré en interprétant (cône d'Uru-Kagina G,case 35) « dans le
territoire de Ningîrsu jusqu'à la mer il y eut repos, bien-être > .
Pa-rim = rab&çu ; DI (silim = âalftmu). L. 1 1 . Huldubbû, lire
ainsi plutôt que {lulduppû comme Zimmern transcrit dans son
beau livre B.R.; le savant assyriologue ne traduit pas sadânu^
qui est ainsi que je l'ai dit P. S. B. A. = hématite. On retrouve
ce nom de bois buldubbu (sic !) dans K 3054, où il suit
iç.MA.NU. L. 18. Aslakutu; aàlaku a été traduit par Hommel
€ ropemaker » et avec raison je crois; ici aslakutu désigne un
iT«, ii-^,^^^^^
8=3fe ■
•ifeçi >-n z;-^^^
^-•^^^^^**^^^ ,
LÀ RBU6I0N BALYLONIENNE
159
^ SZ8f
4Tmtm -m ^jt ?f€ ^n È^ -''•ara "^^T Kin s
t
r
^
H ;flr --HK c^;;;, -itri .-^ T»
4^
•-7U1
^
m4<
•'jsr i^ rr^
TT *^^ 40-^ r^
7? JBT i^i^ |::Ci^
TT W3U i^
*^ 7f
i^ -*isr77 ^*^ r:e
7? p-^ ,Sr»
47
cm ^
t^rm tfz r^n t^m^ f=m rf fc:îj »J3 Tf :;f7
o
/il
af
7?
gBîT 7? j^i A B fc^ ^ i§an T? ^ B7 ^ T? •WK -iy#^e!
tjey ^* nTTT ^ V X i^^^^ <*mJ '-^^ tz ^ ^Gt tes, ^ ^
ma HTi*' t^^
P^ 7f
^ -^^-é^
'***^rf»^^^x^/ ,,...»• ArT *'Cp£^
«''//^ y^y^^y ^ ^^ -^xx
>" */•
feeï» -ÎM tfc
fc^w <» <«^-*T t^rr
jfT /f'/f//**^'f
// y/'yyyéi' -^ '-x^
NOTES ET MÉLANGES
NOTES POUR L'HISTOIRE D'ETHIOPIE
L« règne de lypra (I«)> roi d'Ethiopie de 1682 i 1706.
(Suite.)
^O- » «fl^KI: » llfl»1 » !•+ « tho'f- « AAmXr
C " 0[fl1%] • fl«»+ » WC » «Al-W» I «Ad » î-
+«»^in I xnif I jn<: » •»A'I:+ » fl'PAjt-n i «xr
1t i 4A^ * 0A>1 > /^4& i 0Kn • tCfirn • 11117 <
atHU-7 I fl»Jl)J t fcTI«7îf • f::rf^tl i OtfLjt « Ml
•T-f 1 qAAP-A ! «Xf^ « A+ft • jMW^I" • An »
A.4-A}ffli » Af* t «•M'H* i «i»»^1î1* « +CA » •
TOd > 4^h < nur « 0x^*1^^ • 4^ti t ag 1 a
Al- • aC9i • XA1- » hri^f. • X^AA • X*^*- « r
AA i TIW • AA.+ « fl»*X+ • in • f+ » «"B •
-ton i xf-cxA « d»-/»"p I 'n(foi. 41)^*9 • rh/^i »
•^n » in<: » ii\r » iwiii. » a-* > xft«» • *♦<• «
0"X+ i 0'X+ • T.tt » •tuff.ao I J^n i HOB*}^ » ♦
<** I Vif. « "tfli>+ I >|;ï a aixm » ««■+ » Vi
m « «Mi^ « fl»T»X • H++A i «^-ï^lh « «fllM •
••X* i •X^JM^Tf » "WlX • «"Vu* «
MTti itamwi 11
NOTES POU» L*HI8T0IRE d'ÉTHIOPIE 168
MH • Mite î Xf»Ah » W • i^h i toA-ah • M •
fc*"Ah I XYH » n«A * tu * Mf t «Mil » Mjl I b
* « fl*A I Mil I 4,inA » 14 I Çfl|.<i I iDMif , ç
mC ■ » I A«IA ! /«;» • O'hltJK/^ i hn^ • «M •
•AR « HIlACIt I ho* I ♦'{•Vf» I Ajl* ■ X9*All!t •
flA^XÇU- » ^n • ^•♦«^ • «»7^A > ♦jWIi I tfir'f I
•A* » h^nji'QtlyC I flAH^ I hïhC 1 iDi-<fluA • 4
flH^^ « rXfl»Çl I X*ÎILX » Jfl./* » <B«h1>c;4> I
h«» • AU4> • oflu^ I nKP • ©(Joi. i2)n<ra'fl i a^
»#» I H-A- I ^7 > 4*^1X1* • HX^nA • ^m.h^ • n
/* • «Mft » fflXttt I 0H>A-ao. , «B^ç*}:). , ««b
W. I +»/»'X. • X1H • jMIA- I ^îlAÇ I A«?^+ I
AA¥ » Mn I i*nA ! xo • f^fiiÇ , nihii , q^^
«» » <«Ati+ I Anf4- I «rjf^ I 0W>ft- , 9Td^^
n * hm i Xrx-X I «^Lm^ • X^X.UAP I AUA^ I
fl^M » «Pflfl» « hllA. I J#-A« t 0^fl).X • A'I.'î I aif
T** » X.+Alfffl. I «X.'l'fK. • nii • M^A^aiH , x
ry • 0«»i4^fliH , 1,0^ , »x,!iA+ • )K. I xAh •
fiML »
IWA a OlXni « Xt-Am. I lia I AT/t;!^ » XI
Il • Mifir • wAA* • A^;H> i >iJlA» i lu»'Ml t ♦
IfOTBS POUR l'histoire D'ETHIOPIE 165
M^ * 0tK t M^ s TiHH* > nci^ I 00^11 * m
»II0*X'|: > H0»7 > 'P* * KO-) I A.? 4 > MA * 00
iu«r » nrif: • 09^11 • iwt » mi • tao » hcA
■f ft » 0Mli^ » 0Ali » yj&«7T1* » [0+iP^^ » 9^
jwA* » n* • nw^ » 01»+ » x-^j? I «ïaa i ««
AM t tiCA-f A < 00*Af > 'hJtX t >t'7a" • 0flii< *
+ » T^jw. « H0*X'i: » 0/"nc • wf* I ^1 1 fcaç »
0+f'll9 » ^A<U^ » 0+^0«h. » iP^%i< 1 ^T-/" t
•f I AiFAAi'fef^A ■ ohjor » th'PCf > 1nct^H^ ■ x<h
^ • 1-KHTI » 0n-f 1 • 0g| • X9*fl*CA « 0+AjE. i A.
♦ » n " 0l*W*C* « 0h<i|<; » hCà. » çnn » K
Ar I tf-A-^i^ I XA » !•♦ » Afl-AI i T-JM- • AXAA •
+C*- t K,f^h^C » T*A^lf«^ » at+d'M » 0*A+ •
XTTA^a* > thf^SL I II0AX- I Alf^^ * atOM-t'n i i<
Ç a 0fl0-Xix I XIL I 'P+ t Xfti-U-I I ^A >
i-^^^ > aiMI^*» I 0A4* I HAtK- * amc^ I Ak <
JM<S I rOX « X**Hfl»3» « 0KA0" 1 ^f-ClA » M
• 'fiXA.'li « AIT-/" » 0#*C • 1I«»7^ « ♦^A «
0M > ll0AJt I 0"^U^ > IHI^I I 0Ka I H0AXr I
«i»nii » »*XA. »
aBTUB SiUTIQin
•A • tr*>t ' wi» ■ Ml < otTç ■ -n»
'* • M 1 ff-t-^V < "•rui I K '] »
UH. > T"* > MA ■ itifanA I M ^n •
iA- > hm-i-i I l-l I [ann > AAl • bCA
il ■ «"■Itll " ♦*(! ■ «"fW I W ■ «h
BAR ' «"^Ml > hm I hK-cA'^ I ahn «
♦« 1 oi.»"W > run-fi > VLf. • hin •
■ hcft+ii t h» . r» I ut*» ■ «Ml*
1 1 MV> • iBvai I vt • *4.ii ■ •^r«•
•i- • JîMTi ■ iK+tii* • rHA • in*'k •
nmh ! o'Vti)' «
■tHf ■ nno-Ms I !!••■» 1 I»* ' •niW'j I
ri-j-M- • «HD-At I t^A• . huM ■ k»*irt
. [iiii»+ . ni! ■ triveti > «hî-tn ■ ♦
BRt I Mf-Tf ■ AIUM. ■ [«>■»>+ ' in- •
it-W-h I MrC ■ »■>*■ "1 <»» • -Nlfc > n
vm.»: ■ *cm » ««•" ■ !!»•+ I TJM. •
hhh ' -tift- ■ ixit. > h«» ■ fHO, • n
"• • 00-Bf • fflfii ■ mlam • Mlrtfi^ >
iii«M<;ii ' M«*tu> ■ «I^»°^f^»* ■ aw >
k ■ iD-i-npin ' >ina ■ ni^/»At ■ «im i
uf 1 <.«.* » ariff^i-v ' *<; 1 MA I «
"f-m ' Mn ' ii>n<»-N-|! ■ la ■ wca I r
MMtS. • <■>}>{■«. ■ olDVna^ ■ HPH > IIA > «iVC
■ h-mt I hchA-c-A 1 (ih^^ ' «xn-jit • ta ■
ti>t • M»i > oo,f. < mim I nw i ii>*«w* »
NOTES POUR b*RiSTomfi d'éthiopib 167
ft-f ■ /d#« ■ a»h(L-f • f-AP-A ■ dAPt^ » oïTIi «
•r^iHif»- t nue a tfl^X+ • ttt ï f»* » HJf i hTI
h^itiFA • !•♦ t hf%l/ ■]
J. Pkrhughon.
Quelques abus assyriologiques.
Personne ne met en doute aujourd'hui le fait jsignalé par les
premiers aesyriologued et par moi-môme^ que lea grandes
lignes des récita bibliques relatifs à la création et au déluge
sont dues à une source babylonienne. C'est une vérité historique
dont il faut faut tenir compte malgré la répugnance éprouvée
par les partisans de certains dogmes immuables. Malheureuse^
ment chaque fois qu'une vérité nouvelle se révèle, il se trouve
toujours des esprits qui cherchent à en exagérer la portée et
a la pousser sux extrêmes limites de Timagination. Choisissons
nos exemples dans le cadre exclusif de Tassyriologie. A peine les
premiers déchiffreurs ont-ils cru découvrir un élément exotique
dans les textes cunéiformes qu'on s'est empressé de proclamer
que toute la civilisation des Assyro-fiabyloniens : religion,
iostitutions civiques, littérature, n'étaient qu'un emprunt fait
a ee peuple non sémitique^ décoré du nom de t Sumériens» ou
d*t Accadiens i». Quelque temps après, le monothéisme juif
168 REVUE SÉMITIQUE
et le nom de Yahwé même furent déclarés d'origine sumé-
rienne. Enfin ce fut le tour des détails plus menus touchant les
rites et les termes techniques religieux de la Bible : tous sont
attribués à l'influence babylonienne ; rien dHmportant ne doit
être laissé à l'initiative du génie hébreu. Il m'a fallu lutter pendant
vingt ans pour repousser les fantaisies sumérisantes du domaine
biblique ; maintenant que le monotUSisme sumérien et son
chef, le grand /, sont morts et enterrés, et que le c sumérien »
lui-même agonise sur son lit de douleur, le babylonisme, cette
conception encore mal définie et pleine d'inconnu, tourne encore
la tête de quelques assyrioiogues qui se flattent même d'élargir
le champ de la critique biblique par des corrections basées
sur des expressions babyloniennes. On ne sumérise plus, au
moins d'une manière décidée, on se contente de babyloniser
à tort et à travers ou de rééditer, sous une formeà peine changée,
les élucubrations des prédécesseurs auxquels on n'attribue
même pas une connaissance sérieuse &k assyriologie. Le plagiat
systématique s'allie souvent avec le dédain professé pour les
auteurs plagiés ! De tels abus ne peuvent pas faire leur chemin
dans la foule des historiens non assyrioiogues sans fausser le
jugement de ces derniers et partant la conception historique
de la jeune génération qui ajoute toujours foi à ce qu'elle trouve
méthodiquement enseigné dans les ouvrages écrits avec verve
et élégance. Les lignes qui suivent ont pour but de signaler
quelques-uns de ces abus dus en grande majorité à un désir
immodéré de l'innovation à coups d'exotisme. Ge procédé peu
accessible au contrôle de non-spécialistes est plus facile à pra-
tiquer ; quant à nous, nous persistons à soutenir que la mani-
festation littéraire des peuples anciens doit d'abord être expli-
quée par le génie du peuple en cause et que le recours à
l'étranger ne peut se recommander qu'au cas où le problème
résiste à toute tentative de solution sur le terrain national ou
lorsque le rapprochement annoncé éclate par son évidence
tout en n'exigeant aucun remaniement violent dans les faits
ou dans les mots à expliquer. Dans ces deux conditions,
mais dans ces conditions seules, la méthode comparative de
peuple à peuple devient un auxiliaire excellent ; en dehors
d'elles, elle ne fait qu'augmenter les obscurités et que faire
QUELQUES ABUS ASSYRI0L0GIQUB8 169
accroître les erreurs historiques qui sont malheureusement
trop inhérentes aux expositions les mieux documentées.
1
Deux passages bibliques contiennent le mot a^l3 ^^^ 1^ ^^^
de € devin, augure » (Isaïe, xuv, S5, et Jérémiei l, 36), et de
ces passages le dernier fait clairement allusion aux devins
cbaldéens; le premier peut aussi se rapporter aux devins de la
même nationalité. La tentation d'y voir un terme technique
emprunté aux Babyloniens pendant Texil se comprend parfaite-
ment. Mais pour que la supposition fût appuyée par la réalité,
on devait au moins constater qu'en babylonien baddu ou badû
désigne également le devin. On n'a pas pu le faire par cette
excellente raison que le vocable en question n'a aucune attache
à l'art des augures. Alors on s'est rappelé que le verbe baby-
lonien barû, € voir », donne le participe bârû, c voyant », qui
désigne naturellement tout individu qui s'occupe de prédire
Tavenir par les moyens ordinaires de la divination, interpré-
tation des songes, inspection des entrailles des victimes,
observations astrologiques, etc. Ces divers augures sont souvent
noentionnés dans la Bible par des noms plus ou moins parti-
culiers à chacune de ces spécialités. Lies participes j^^^ et jyff)^
qui sont les équivalents exacts de birû^ désignent aussi en
hébreu ceux qui font le métier de prophètes et prédisent
l'avenir par les moyens précités. Nous sommes ainsi en pré-
sence des mêmes pratiques, pratiques à cette époque univer-
selles, que chaque peuple sémitique exprimait par des roots
tirés de son propre idiome. Eh bien, dira-t-on, puisque bârû
a déjà deux remplaçants en hébreu, il serait bien étrange
qu'il s'y retrouvât encore sous sa forme indigène. Vous n'y
êtes pas, répondent les babylonomanes : il n'y a qu'à corriger
D^ia en Q1T3 et qu'à admettre un singulier m^ qui se
ramène directement au type babylonien bârû. Devant ces
c instances of a higher critical mind », le pauvre hébralsant
ose à peine objecter que ^13 ne P^nt désigner en hébreu que
4T0 RETUK BÉUTIQUR
c Mlui qui prend son premier repu, qui d
les épaulM «t on vous répond aveo t»
trompez, etlapreuvec' est que lemotfiina,
croyez faire allusion au repas de confrat
contractants, signifie certainement < const
Après cela il Taut avoir un entfitement sigc
convaincu.
Le mot QifQ n'eet cependant pas déhu^
L, se, lel^;eptanlQ rendent oe mol par )_ , „
ftwrtîoi, c oracles, prédictions > (Vulgate, Peftitta, mieux ad
divinut rvoiïp ^y). Isale, XLiv* «6, la phrasa Qi^a p,in« TfiD
^^MV fi^DDPI ^*' rendue: iitttMiitu nifiiîti iyyxtTftftitti»
Mil futyrifat àiri xttpdf«t (Vulg. d'aprts riiiibreu : irrita fucien»
ngnaditinorum *t aritlos in furerm vertmu). Par tilleurB
l'opérateur magique dit en hébreu ^^ et qu'on rend d'ordl*
naire par c nécromancien > , est représenté dans la version
grecque par iyyaerpifxviH, « ventriloque > , et dans le Targum
par rf^^. Il s'ensuit que les Septante avaient devant eux la
leçon t'Ta. *ÏP6 d" pTa araméen. Plus tard on a tout k fait
écarté le sens mystique et on a tiré Q^t^ de {{^3* * inventer
des mensonges, mentir » ; mais celte interprétation rationa-
liste a oublié que dans ce cas il faudrait qi^ (pour Qi^nï;
cf. Néhémie, vi, 8) ou dikIB; cf. le talmudiquo ^«iia. On
est dono obligé de chercher autre chose. L'antithèse Q^SDpl
bblîT' **' '' i*^"^ insensée tes magiciens», montre bien que eee
mystificateurs s'attribuaient une sagesse peu commune. La
même prétention au titre de sages était émise par lea qi^^;
cela résulte de l'expression de Jérémie, l, 36, Qi")3rt ^m 2*^n
1*?K^ * l'^P^ sévira contre les Beddttn, qui deviendront in-
sensés». Au point de vue hébreu qh^ suppoee un sin-
gulier «ta ou 1^5 (pi. o''^'i3< P"** D'ia)' ^ ™<*t •tj com-
porte le double sens de a lin blanc » et de < tige, branche ,
rameau ». Au premier aspect la signiAcation de lin blanc
convient asseï bien k caractériser les membres de la olane
sacerdotale qui ehes toutes les nations se distinguaient par
Murs véteuietits blues, tissus de lin (cf. Ex.. xxVin, 4S). On
QUELQUES ABUS ASSYRIOLOOIQUES 471
doit cependant y itnonoer par cette aon^idéralion que le cas
échéant, le parallélisme de unh et anSDp deviendra d'une
platitade d*autant plus insupportable que les Q^cOp "^^oies
étaient vraisembl&blement eux aussi vêtus de blanc. Reste la
seconde èlguirication qui implique une allusion ad procédé de
reûdre des oracles au moyen d'un faisceau de rameaut d'après
la récitation d'une prière mystique. L'emploi magique des
rameaux était très répandu che2 les Perses {barezma) et chez
les Juifs païens (Ézéchiel, vui, 17). Maintenant, le parallé*
lisme susmentionné entre qi'*!^ et Q^tSDD ^'^^ P^^ seulement
une construction de style, mais un fait de synonymie primor-
diale, étant donné que le sens propre de tapp, témoin le
miânaltique QQip, est cun menu morceau de bois». Les
anciens Consultaient le sort au moyen de petits rameaux^ ou
de petites plantes (cf. la locution : c tirer la courte paille >),
soit de petites pierres, des cailloux ou de petits tai dé Sable ;
de là les mots pour c sort » p^ et ^^ qui se ramènent à
p^, c caillou », et J^, c pierre >. Il me paraît très vraisem-
blable que les QitàDi^ apportés à Bala*am par les messagers
de Balac, roi de Moab (Nombres, xxv, 7), étaient, dans le
sentiment du narrateur, des rameaux consacrés et préparés
d'après les meilleurs procédés magiques de Tépoque. En arabe
le verbe ^ est presque synonyme de l'bébreu p^n* ^ diviser,
partager, destiner, etc. » ; quant k son origine, ce sont les
racines presque homophones ^î, c manger, paître >, DD3»
^, ccouper», ^ipno, tcueillir des fruits, des fleurs», ^r^,
fym^f « fertile, luxuriant » , qui nous reportent à la vie des
plantes et aux végétaux. Ces considérations me semblent de
nature à maintenir la leçon traditionnelle qi*^^ et à repousser
le violent babylonisme introduit par les devins de la « higher
critîcal Bchool > •
I. or. OMê : IV, it : • Mon peuple consulte le morceau de bûiti qu'il
liant dàliê la iliaiA % iSmWI ^^71 IfiV)-
IlfVOGATlO!! AU 80LBIL CRÉATEUR 173
Soleil resplendissant, ma*ra; Soleil créateur, c'est toi.
Resplendissant, ma-ra, soleil Soleil créateur, c'est toi.
resplendissant, ma-ra ;
Chien vigoureux, héros, soleil Soleil créateur, c'est toi.
resplendissant, ma-ra ;
Taureau de i'E-ptr-ra,' res- Soleil créateur, c'est toi.
plendissant, tna-ra;
5 • .... fils de Nin*gal, res- Soleil créateur, c'est toi.
plendissant, ma-ra;
Soleil fils de Nin*gal, resplen- Soleil créateur, c'est toi .
dissant, ma-ra ;
Tu as créé les hommes de Soleil créateur, c'est toi.
Sippar, resplendissant,
ma*ra;
Soleil, tu as créé les hommes Soleil créateur, c*est toi.
na-nt\ resplendissant,
ma-ra ; Soleil créateur, c'est toi.
Père éclatant de na*nt, res-
plendissant, ma-ra ;
iO Chien vigoureux, tuas créé 8ag«na-9i(?)- ri, resplendissant,
les hommes ma-ra ;
Soleil créateur, c'est toi.
FilsdeNin-gal; Ka. . . tu-ud-da
Soleil (fils de) ? Ningal ; Lumièredu monde, si du monde
ha-a, soleil créateur, c'est toi.
pir-pir-ra ; force des juges
les « tôtes noires • ku
zi-àgla-a
YERSO
Soleil, créateur des hommes, su-igi-bi la-al, son (?) favori.
premier-né de sa mère ;
... au fils du roi ; ud biUku, créateur des hommes,
resplendissant
. . . ab-é, maître de l'ù-di-a , ud bil-ku, créateur des hommes,
resplendissant
Bè-ib de Sippar; ud bil-ku^ créateur des hommes,
resplendissant
sè-im de Larsam ; ud bil-ku, créateur des hommes,
resplendissant
ab gis-ud ; ud bil-ku« créateur des hommes,
resplendissant
97 a-ii ni. . • .
474 IIVUS SÉMITIQUE
L. 1 . £«- (ud^du) ^ ftûpû.
Kul signifie zéru^ semence, mais aussi xftrù (parUGip6)i syno-
nyme d^o^ii. (DeUi H, Wm 963 a).
He-me-en. — He^ signe de l'oplatif devant un verbe,
exprime aussi rafflrmatif comme en assyrieu.
L. 3. Uihêfig. Dans un fragment analogue on lit : (iQ
babbar urmg {d) babbar bir-saç (bir^^urifu), Qarraduou
qardu est donc abrégé de kaibu qardu.
L. 7, Vkuh Lq préfixe ù ae retrouve dans ùt-iu«ud«du dont
le sens (alêdu, banû) est voisin de celui de làru.
L. 16* Igi'laal répond à niéitini (ilumN.GAb); cf. Fr.
Martin : Textes rel. ass. et bab.^ p. t, K 16*
L. 17. Udbil ku. — Il est incertain s'il faut lire ud-bi( ku
(ud*bil = ûmu, par ex. : Reissner : Sum-Bab, Qymneq, p* 32,
1. 38/39) ou ; udbilku (bit-ku est un nom de divinité, trto
fréquent dans Tonoma^ique de la seconde dynastie d'Our).
L. 19. Si'ib^^ libittu (Br. 7492), plate-forme 9Ur laquelle
s'éjèvç unç construction.
L. Si. A^ii est sans doute à lire ér^ = bikltu, pleurs, lamen-
tation.
Gh. VmOLLEAUD.
i. Tiré du verbe àru, « couler » (Réd.).
BIBLIOGRAPHIE
tion. Ban4 1- Die Somali Spraeh^, von L^o R«mieoH. I- Wi^a.
Alfred HOlder, K. u. K. Hof- und Universitâts-Buchh»aâUf4 iMO.
tt7 pages gr. in 4*.
lien peu de pereonnea parmi noi leoleurs ont entendu parler
de la mission envoyée en i898 par T Académie impériale de Vienne
dans TArabie méridionale. Moi«mème je n'en ai qu'une eonnaissanea
tv4s sommaire se résumant dans oe fait regrettable que par suite d^
dissensions intérieures Texpédition n'a pas atteint son but pria*»
eipal, qui était, si je ne ms trompe, Texploration du Hadramaout.
Bi voiei qu'à un moment oq j'y pensais le moins, M. L. Heinispb,
membre de ladite Aeadémie et président de la QQmi|iia>ion des
langues, a bien voulu me faire une surprise des plus agréablQR w
m'envoyant Touvrage qité ci-dessus dont il est Tauteur et qui se
rattaobe à ladite mission. Gn me plaçant au point de vue purement
scientifique et en déplorant profondément les malentendus entre
savants d*égale compétenoe et honnêteté, je m'empresse de saluer
aveo une vive satisfaction cette primeur importante du grand
reeueil en perspeotive. L'avis suivant dû 4 M. L. Reinisob me
parait de nature à intéresser hautement le publio studieux :
c Les résultats de l'expédition envoyée par l'Académie impériale
des seienees (de novembre 1898 à mars 1899) dans l'Arabie q^éridio-
Baie ^ft dans File de Soootra seront publiés en deux groupes, confor-
mément à la décision de ladite Académie impériale. Pendant qua les
résultats relatifs à l'histoire naturelle verront le jour dans les
velunies particuliers des Mémoires de la section de mathématique
et d'histoire naturelle, les parties linguistique et épigraphique parai-'
Iront dans une publieation particulière dans le format des Mémoires
sous la direction de la compiission des langues. Les volumes parais
Iront suivant l'ordre de leur préparation peur l'impression. Le der^
nier vçlume contiendra l'historique de l'expédition ainsi qu*un
résumé dep résultats scientifiques de l'expédition. « ^
8ur |e hasard, très heureux d'ailleurs, qui a fait que l'étude du
siHBall, l'idiome notoirement africain, soit due à une entreprise ré^
sofvée à la eôte méridionale de l'Arabie, nous obtenons les reilseU
gne^enls désirables dans la préface de l'ouvrage. Après le releur
de 1 expédition à Vienne, celle-ci avait dans sa suite un âoeiaii
«epimé Ibrahim Abdillah, de la famille Mak^il de la tribu de Habar*
Awal. M. Relniseh Feeuçillit de sa bouche les textes contenus jusqu'à
ta page 187. Les récits suivants ont été dictés par un autre Bomali,
Yonsouf-AU, de la famille Samana de la tribu deHabar-Dja<:alo,mis
à la disposition de l'auteur par M. le eomte B. Wici^enburg. Tous
000 textes ont trouvé plape dans le présent recueil par deux raisons
ezeellentes. Car d'un côté ils illustrent d'une manière bien pittOf
176 RBVUE SÉMITIQUE
resque, U vie, les mœurs, et les coutumes des Somalis; d'un autre
eôté tout le monde sait combien ces sortes de teactes sont indis-
pensables pour le dégagement exact de la construction grammaticale
et de la sûreté lezicographique de toutes les langues que n'ont pas
de littérature.
Rien à dire particulièrement des textes bibliques (p. 1 à 73) con-
tenant l'histoire de Joseph, la mission de Moise et la législation
sinaitique, Thistoire de Samson, le livre de Rut, David et Urias,
le prologue et l'épilogue du livre de Job, de courts extraits des
Evangiles de Matthieu et de Marc. La traduction n*est pas littérale
et prend souvent des tournures périphrastiques afin d'éviter les
termes savants ou trop abstraits. Plus précieux pour la philologie
sont les textes originaux (74-158). Quelques-uns des proverbes
frisent un point d'honneur assez remarquable, t Celui qui ne se
venge pas est un vaurien » ; « devant l'homme auquel tu es supérieur
ne te lève pas de ton siège » ; « l'homme qui salue trop est ou un
mendiant, ou un prêtre, ou bien un hypocrite». Un héros est un
homme, un travailleur fait deux hommes, un avare est un demi-
homme, un lâche n'a que le nom d'homme. Les prêtres et les
femmes prétentieuses ne sont pas flattés : « Les prêtres sont des
lâches (parce qu'ils ne vont pas à la guerre) > ; « la femme qui sait
l'arabe est une courtisane y. L'indulgence pour les enfants est
recommandée : c Aux enfants ne montre pas tes gencives ( = les
dents, geste de colère). • L'exposé relatif à la jurisprudence, aux
cérémonies du mariage et du divorce, aux divertissements, aux
augures, aux rites funèbres, etc., feront les délices des folkloristes»
Le fanatisme religieux ne fait naturellement pas défaut ; cela va
de soi. Un proverbe dit : c Ne mange pas avec un homme qui ne
ne prie pas ; ne t'assieds pas près de lui et ne le salue point. » Nos
textes sont muets sur. ce que les Somalis pensent au sujet des
chrétiens ; ils sont plus sincères en ce qui concerne les Israélites :
« Les Somalis détestent les Juifs plus que les païens et quand ils
voient des Juifs ils leur crachent à la figure ; et quand ils passent
devant des tombeaux de Juifs, ils y jettent des pierres» (p. 125). Des
historiettes plus ou moins enfantines ou spirituelles ainsi que des
fables ont droit à l'originalité ; les deux dernières sont au contraire
traduites de l'arabe hadramotite. Inutile de parler du soin scrupu-
leux que le savant académicien a mis pour porter la transcription
de ces textes à la dernière perfection possible, car la nature exacte
des sons étrangers échappe facilement aux oreilles qui n'y sont pas
habituées. Mais sur le chapitre de la phonologie kouschite,M.L.Rei-
nisch n'a certainement pas son égal en Europe. Ses ouvrages,
embrassant une dizaine de langues de l'Afrique de l'est, sont deve-
nus classiques à l'heure qu'il est ; le même sort, il est facile de le
prévoir, est réservé à ce recueil somali, qui sera reçu comme on
livre de fonds par les africanistes de tous les pays.
BIBLIOGRAPHIE 177
Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. — Répertoire d'épi-
gvBphie sémitique publié par la commission du Corpus inscrip-
tianum semiticarum, sous la direction de Ch. Clermont-Ganneau,
membre de l'Institut, avec le concours de J.-B. Chabot, auxiliaire
de la Commission. Tome I. Première livraison. Paris, imprimerie
nationale. Librairie Klincksieck, rue de Lille. ifDCCCC.
La publication de ce Répertoire, mis à l'étude depuis quelques
années par la Commission du Corpus Inscriptionum Semiticarum y
vient d'ôtre heureusement inaugurée. Nous avons sous les yeux la
première livraison qui a paru le 15 novembre dernier. La préface,
écrite par M. de Vogué, nous apprend que le Commission a voulu
créer ainsi un centre d'informations et d'études pour l'épigraphie
sémitique. Elle a la conviction de faire une œuvre non seulement
utile à ses propres travaux, mais utile à la science elle-même et
aux savants qui la cultivent. Le programme qu'elle a adopté con-
vient à la pensée qui vient d'être exposée ; il comporte :
i* La publication, au fur et à mesure de leur découverte, des
Inscriptions appartenant aux groupes de langues et aux époques
auxquelles sont consacrées les diverses divisions et subdivisions du
Corpus, Elle comprendra la transcription en caractères hébraïques
des textes, leur traduction et un très bref commentaire.
^ L^insertlon des observations dignes d'intérêt et des correc-
tions justifiées auxquelles donneront lieu les publications faites
dans le Répertoire et celles déjà faites dans les volumes du
Corpus.
3* Le dépouillement des recueils périodiques et des ouvrages
contenant des travaux relatifs à l'épigraphie sémitique, à l'effet
d'en extraire tous les documents et renseignements concourant
au but proposé.
Le Répertoire sera l'œuvre collective de la Commission ; néan-
moins la Commission, se conformant à l'usage adopté par d'autres
conunissions de l'Académie, a chargé l'un de ses membres d'en
diriger plus spécialement la publication : son choix s'est porté sur
11, Clermont-Ganneau, que la nature de*ses études, ses habitudes
de travail et sa compétence bien connue désignaient pour cette
tâche. Les membres de la Commission sont : MM. M. de Vogué,
président, A. Barbier de Meynard, J. Oppert» G. Maspero, Oh. Cler-
mont'Ganneau, Philippe Berger, Hart>^'ig Derenbourg.
M. de Vogué termine en adressant un appel chaleureux et élo-
quent à ses confrères de l'Académie des Inscriptions et Belles-
Lettres et aux collaborateurs étrangers de bonne volonté :
«Nous n'avons pas à rappeler ici l'importance des études épigra-
pbiques ; elles ont de nos jours renouvelé l'histoire des premières
civilisations; elles ont constitué les archives du monde antique
«t ont joué, pour l'établissement de la vérité historique aux époques
)es plus reculées, un rôle analogue à celui de la science diploma-
AC«OI staiTioot * 1^
!
178 REVUE SÉMITIQUE
tique appliquée aux époques plus modernes. L'Académie des
I Inscriptions et Belles-Lettres a rendu un service signalé à ces
études par la création du Corpus Inscriptionum Sémiticarum.
Nous osons dire que les sacrifices considérables qu'elle a consentis
à cet effet n'ont pas été perdus. Ils ont permis d'apporter à rezéqu-
tion de ce grand ouvrage le soin, la précision, le luxe même qui le
placent au premier rang des publications orientales contemporaines.
Nous devons à l'Académie de ne reculer devant aucun effort pour
maintenir son œuvre à la hauteur où elle a été placée et conserver
sous son patronage le centre de ces études auxquelles elle a d^à
fourni le plus puissant des instruments. La création du présent
Répertoire est un nouvel effort fait dans ce sens. Cette publication
est, à nos yeux, le complément nécessaire de l'œuvre entreprise ;
nous espérons qu'elle justifiera la confiance de l'Académie etrépon*
dra à la généreuse persévérance de son concours libéral. Nous
espérons aussi que ce nouveau recueil sera bien accueilli du public
spécial auquel il s'adresse ; nous comptons sur la sympathie de
tous ceux qui s'intéressent aux études orientales ; nous leur deman-
dons de nous communiquer ou tout ou moins de nous signaler
leurs propres travaux, dans l'intérêt de la science dont ils pour-
suivent avec nous le progrès, dans l'intérêt de la vérité historique,
objet unique de nos communes préoccupations. »
Cette livraison contient 50 inscriptions dont 24 sont phéniciennes
et 26 palmyréniennes ; les commentaires sont brefs et substantiels
et ne fournissent matière qu'à fort peu d'observations : 1^ l. 2.
ninV3r dSk DK II^iTM dSmSî l'identification d'isis avec Aetarté étant
manifeste, on attend ninW dSmS! cf. t^agS niHWS* Si je ne
me trompe, la trace de ce ^ semble encore exister sur la photo-
graphie. — L. 3. Mon {^^' hwvom) est le nom de plusieurs docteurs
talmudiques et n'a rien de commun avec le on biblique. — 13, l. 4.
• a ^«o, plus souvent rtSFO » ; je ne connais pas un seul exemple de
cette forme en phénicien ». — i7, 1. 2. ^ est un verbe très fréquent
dans le Talmud dans le sens de c mettre de côté, laisser à part »,
surtout lorsqu'il s'agit de -mots ou d'objets qui appartiennent à une
catégorie différente. Voyez d'ailleurs sur toute cette inscription plus
haut p. 78-83.^18. Voir nos remarques p. 79. — 30. Les formes
lT)T!rSl 13f*^MV' TPnr tr ainsi que le nom de femme l3^Qm W confir*
ment définitivement Topinion émise depuis longtemps par moi
(Revue des études juivest 1886, p. Iô7) que le désinence ^ des noms
propres nabatéens n'a rien à voir avec la terminaison ou des noms
arabes. — 32. L'image funéraire de la fille de ng^Klf mentionnée
ici prouve absolument que, ainsi que je l'ai toujours soutenu, ce
nom propre n'était pas exclusivement juif. •- 34. Hmm semble être
le participe féminin de XTJ^i «décorer »» comparid>le à l'éthiopien
ID£*A ) " louer », cette dernière idée s'ezprimant en assyrien comme
en hébreu par un verbe qui signifie a faire briller» orner » (Vvi)-
BIBUOORAPHIE 1 79
Voyage archéologique au Safâ et dans le Djebel Ed-drûz, par René
Dussaud et Frédéric Macler. Avec 1 itinéraire, 17 planches et 12
figures. Paris, Ernest Leroux, éditeur» 28, rue Bonaparte, 1901 ;
221 pp. in-8».
Depuis mon déchiffrement des inscriptions du Çafâ en 1877, cette
nouvelle épigraphie est restée stationnaire. Les voyageurs qui ont
traversé le Safâ dans les derniers temps Tout entièrement négligée
à la seule exception de M. von Oppenheim, lequel en a fait une riche
moisson qui jusqu'à présent n'a pas encore été communiquée au
public savant. Le récent voyage archéologique au Safâ par
MM. R. Dussaud et F. Macler aura pour résultat de mettre fin à cette
stagnation et de rappeler de nouveau Tattention des historiens
sur les auteurs énigmatiques de ces curieux graffites. Numérique-
ment le recueil de ces savants archéologues ajoute fort peu de
spécimens inédits, 412 en face des 402 compris dans mon Essai sur
les inscriptions du Safâ, mais l'avantage d'avoir de meilleures
copiesid'un grand nombre de textes mal venus la première fois n'est
déjà pas à dédaigner. Si l'on peut regretter que la recherche de
trouvailles archéologiques, illusoire au Safà,ait empêché les jeunes
voyageurs de séjourner plus longtemps dans l'oasis à l'effet de
retrouver les graffites les plus importants copiés par MM. Wetz-
steinetdeVoguéyil faut néanmoins les féliciter de la bonne besogne
qu'ils ont faite pour ainsi dire au pas de course, et surtout de la
diligence qu'ils ont mise à faire paraître leur recueil, accom-
pagné de courtes notes. Ce travail comprend la première partie du
volume; l'exploration du Djebel-ed-Drûz fait l'objet de la seconde
partie qui comprend une moisson épigraphique grecque et
nabatéenne assez importante pour améliorer les copies faites par
les autres voyageurs ainsi qu'à rectifier certaines conclusions
tirées de ces textes. D'un côté et de l'autre un progrès notable
a été produit et les auteurs peuvent être contents de leur œuvre.
Voici quelques remarques qui m'ont été inspirées par la lecture
de l'intéressant volume.
P. 14*15. Tout en adoptant mon opinion sur l'indépendance de
l'alphabet safaltique à l'égard de l'alphabet himyarite, les auteurs
volent dans les inscriptions du Safâ les débuts épigraphiques d'un
peuple qui n'a pas encore eu le temps ou l'occasion d'ajouter à son
écriture rarement usitée jusqu'alors les lettres supplémentaires
comme le ghain» le dàd, etc., que possède l'alphabet arabe. Il me
semble que les profondes transformations que montre l'immense
majorité des lettres safaitiques quand on les compares aux types
pliéploieni «rttçstent au contraire l'usage général et très ancien de
V4^fii^te fêfmi les tribus de cette contrée. Il y a plus, les innom-
b?»Mo8 griffâtes rupestres qui se rencontrent entre le bas Euphrate
et te golfe d'Âqabu appartiennent à la même famille graphique.
180 REVUE SÉMITIQUE
Leurs auteurs, loin de former une classe privilégiée, sont de simples
nomades, pasteurs et chasseurs privés de toute instruction citadine.
La disposition en boustrophédon suppose même Texpérience
générale des lecteurs et vient parfois d*un caprice momentané du
graveur. Enfin l'insuffisance de l'écriture n'exèlut nullement la
possession d'une vaste littérature ; l'écriture pehlevie représente
notoirement cette anomalie apparente. D'après certains philologues
distingués ce défaut affecterait même l'alphabet phénicien, tandis
que le parler vivant aurait encore distingué les sons particuliers
à l'arabe. — P. 17. Il régne une certaine confusion dans la manière
dont on nous présente la distinction historique entre les Safaltes
et les Nabatéens ; les uns seraient des Arabes émigrés d'un groupe
très voisin des Thamoudites ou Lihyanites; les autres seraient
des Arabes de la même région nord qui avaient adopté la langue
et l'écriture araméennes. J'ai peine à m'y orienter. Comment
admettre que deux écritures matériellement et phonétiquement
aussi divergentes que le safaîtique et le lihyanite se soient pro-
duites dans la même région et parmi le même peuple ? Puis, malgré
la ténuité de nos informations, il est à peu près certain que l'ono*
mastique lihyanite ne se superpose pas à celle du 8afà. Enfin,
quelle chance de probabilité peut-on assigner à l'idée qu'une horde de
nomades qui n'ayant jamais gravé des inscriptions dans leur contrée
native se soit mise à en tracer par centaines après leur arrivée au
Safà ? Ces signatures de noms propres auraient été, ce me semble,
plus opportunes au moment du départ comme marque de regret
à l'égard du sol natal qu'on ne verra plus. D'autre part la manière
de considérer les Nabatéens comme des Arabes originaires de la même
région et ayant adopté la langue et l'écriture araméennes se heurte
à des difficultés insurmontables. Le mot araméen nous parait trop
vague dans cette occurrence. On a oublié de nous dire à quel groupe
d'Araméens ces emprunts ont été faits. Le dialecte nabatéen a une
physionomie si particulière qu'il est absolument impossible de le
faire venir de n'importe quel autre idiome araméen ambiant : récri-
ture nabatéenne présente également un type particulier et un déve-
loppement tout autre que les écritures voisines de la même époque. La
sentence est donc à renverser : les Nabatéens sont des Araméens qui
ont reçu dans le corps de leur nation d'importants contingents
arabes, à qui ils ont emprunté beaucoup de noms propres et une
certaine quantité d'expressions communes. Il faut finalement renon-
cer à la pensée que le progrès des Nabatéens s'est effectué du nord
au sud. C'est dans le profond sud du désert syrien qu'AssurbanIbal,
vainqueur des Cédréniens et des autres Arabes, fait la rencontre
de l'armée nabatéenne qu'il taille en pièces. C'est encore en mar-
chant du sud au nord que les Nabatéens ont réussi à s'emparer de
Pétra et à rejeter les Iduméens au sud de la Judée. Leur conquête
de la Pérée et du Hauraa ne date que de la période postmaccha-
BIBLIOORAPHIS 1 81
béenne. En un mot, Safaites et Nabatéens forment deux groupes
très différents dans leur origine ; l*un et l'autre ont gardé leur
langue et leur écriture particulière jusqu'à leur disparition finale .
Cependant les auteurs se croient en possession d'une preuve
irréfragable. «Le n* 270, trouvé non loin deNemâra, se compose d'un
petite texte safaittque qiqS ' ^^^^ P^^ qadam », à côté duquel sont
gravés des caractères grecs Ianhaoc. On reconnaît le nom propre
AirvitXec, forme grécisée du sémitique SlUn ^^ Skj^H* 0^» nous ren-
controns fréquemment ce nom propre sous ces deux formes dans
les graffites safaitiques. Mais il y a plus. Le trait devant knikoç ne
saurait être pris pour un iota qui serait absolument incompréhen-
sible. On ne peut l'expliquer que par le lamed auctoris dont les habi-
tants du Safà font précéder leur nom dans les graffites. Il faut
traduire : « par Anélos s. L'Arabe qui s'amusait à écrire son nom en
grec le traitait comme un nom invariable et suppléait la désinence
du cas qu*il ignorait par la préposition qui lui était familière. Ce
graffite est une inscription bilingue d'un genre particulier. *
Malheureusement l'argument pèche par trop d'ingéniosité :
Ift<*iiXoc, ne répond pas à VllSn» Q^aîs à Sm:3V1* * ^^ exauce », développe-
ment théophore de luyi (312) ou >j)yi (Hal. 386), qui est aussi un nom
hébreu (I Chronique, v, 12), orthographié plus tard iio^, même iji.
C'est un nom sémitique commun qui peut appartenir autant à un
originaire de la Syrie qu'à un habitant de la province d'Arabie où les
noms propres terminés en Sn ^® rencontrent assez souvent. En un
mot, Il n'est nullement prouvé que le Sémite dont le nom tracé en grec
setrottveà côté de l'inscription safaîtique était domicilié dans l'oasis.
Il est même impossible de décider si les deux inscriptions sont de
la même époque ou, au cas négatif, laquelle est plus ancienne que
Tautre. Pour l'histoire il n'y a qu'un point sûr, c'est que les inscrip-
tions du SafA qui ne dénoncent aucune influence chrétienne sont
antérieures à la fin du iv* siècle. Après la conversion au christia-
nisme, par suite de la prédominance des dialectes syriens dans la
liturgie, le nabatéen et le safaîtique ont disparu de la scène du
monde; le premier ne nous a laissé qu'un petit nombre de noms
propres terminés en j dans les inscriptions arabes préislamiques et
surtout dans le fameux j^^^ dont le ^ est déclaré superfétation inu-
tile par les grammairiens qui en ignoraient l'orgine. Je réserve
pour plus loin le problème soulevé au sujet de Ztu; Sa^xôitvoç; au reste,
je crois avec les savants auteurs que les graffites du Safà ont été
gravés dans un lieu de halte et spécialement en un point d'em-
bfiscade.
Il me paraît impraticable de suivre pas à pas les lectures nou-
velles que proposent nos auteurs. Pour plusieurs d'entre elles le
doute reste à sa place à cause de l'indistinction des formes. Quel-
ques notes suffiront. — 1 b (p. 34). On ne saisit guère comment ^^ j^
« paître, ranger, rogner », a pu conduire au sens de « graver ». —
18S REVUE SÉMITIQUE
7 (p. 35) La courbure de la ligne valait*eUe la peine d'être relevée
par le graveur? — 66 (p. 53-54). Le ^m^ du Sinal pourrait au beeoin
répondre au *)||in hébreu, contracté de Sm^M» tandis que le ViK^
nabatéen aurait pour premier élément le verbe mui î ^*®*t une con-
jecture de M.. Euting qui peut invoquer la différence d'orthographe
du dernier nom. Le safaîtique possède également les deux noma
Sk^h im+Sn) et Snn (S»-nK). Hal. 65. 167, 242 d (écrit Hnfi)-—
143 (p. 74). On part en guerre à propos du nom uSiD • * D'après
M. Halévy, « les noms propres safaitiques» contrairement à Tusage
du nabatéen, ne se terminent pas par^ H suffit de jeter les yeux
sur notre glossaire pour trouver cette terminaison rattachée à plu-
sieurs noms propres. On trouve 311 à côté de ^311 ; of^f et jgiyf ;
Dtl et yBjf)2 ; *nrD et TTVD » 1DIQ> etc. Ces terminaisons en waw sont
certaines 9. J*ai eu la curiosité de parcourir ledit glossaire et j'y ai
compté 7 noms trilitères affectés du *| désinentiel au milieu d'une
masse d'environ 750 noms qui ne l'ont pas ; ce sont : \q^ et Qta ;
"hon et Son ; in» ; tdSio ; ir6o ; rrro et rio ; yahv et g^y . Tout
le monde sait que les noms hébreux analogues fi o fw » iSWt tV*X
roTi Tltt' etc. ne sont pas empruntés aux Nabatéens, mais s*expli>
quent par la chute d'un ] final ; en serait-il autrement pour le safaî-
tique? il faut le prouver. Ma caractéristique des noms safaitiques est
donc corroborée par le glossaire sur lequel on s*appuie. Et dès lors
il devient oiseux de parler du flottement de cette écriture et plus
encore d'émettre l'opinion fantaisiste que le dialecte nabatéen
primitif devait être très voisin du safaîtique. — Sur les modifica-
tions à introduire dans la transcription de trois lettres de l'alphabet
safaîtique, voyez l'article qui y est consacré plus haut.
L'exploration du Djebel ed^Drûx, qui constitue la seconde partie
de l'ouvrage, apporte également une riche contribution à l'histoire
de la contrée. — P. 137-144. La division géographique a beaucoup
changé depuis l'antiquité. Il n'est pas exact d'affirmer que saint
Jérôme s'est trompé en traduisant « Golan in terra Batanaea »; cette
localisation est littéralement copiée de ]UDa iStl ^^ Deutéronome
IV, 42, répété dans Josué, xxi, 27. Aux époques antiques, tout le
territoire situé entre la Damascèneet le Galaad s'appelait en hébreu
Rks/ùi qn^K dont sens probable est «lieu de pAturage, de trou-
peaux » ; cf. l'assyrien Imsù, «possession en bétail». Le nom
araméen de cette époque nous est inconnu. Les versions judéo-
aramennes qui ne sont pas antérieures à l'époque romaine rendent
îca V^^ Tano 3fafïKln; est-ce une altération de lona = A"^^^<u«i ou
bien le nom d'une capitale momentanée, et spécialement de la ville
de Mot ha ou Mot fia na, nous ne nous chargeons pas de le décider faute
d'informations suffisantes. La forme grecque fait même suggérer la
question de savoir si nous ne devons pas la ramener à un type sémi-
tique commun '^0:1, « ventre, intérieur «. auquel cas le mot, malgré
BIBLIOORAPHIB 1 83
l'arabe !j;j^» n*aurait aucune atttache à Tanoien BAéàn. En tous cas
les auteurs me semblent être dans le vrai en repoussant la forme
EoMaia introduite par Waddington à côté de Zouucaia qui est bien le
éaqqâ (\jiJL] moderne.— P. 147. n»8. NiM^^Oicf;) niMc[7v]»o(ç) ; lire simple-
ment MoirXio(ç) = MoçXtoç — o^Ssn (prob. mSsD, Cl.-G.) RE8I, p. 28. —
P. loi. ANAAH02 est p.-êt. une transposition de AN ANAOI =: );|jy ; le
fae-similé ofâre lANAANOZ = M3n3^ " (^^ Dieu) nous procurera le repos » ,
ou plutôt t reposant {x\^ z=f^)». — P. 155. XiiiXoc est iSVD- — P« 168.
Lire i^Sm* — P- ^"^^i ^ote 1. Les équations proposées : vgfY} *= iWTi
MlOnr? ^^tm^MlMi^^^PO^^®^^ ^^ anachronisme paléographique:
Au moment où les Hébreux reçurent de la bouche des indigènes la
forme «tyit ^^^^ 7^ ^^^ ^^ peuvent pas avoir entendu prononcer
MlVPTIt niais H^lVrW» ^^ dentalisation du t on araméen étant posté-
rieure à l'époque perse ; aTTH ^^^ ^^^^ ^^ même cas : il faudrait
ou aiTHl ou arrrti ; c*est dire que Vf est un mot signifiant a suffisance,
quantité » ; cf.7, ii, tj, et non pas le relatif araméen de date récente.
— P. 172. Intéressante restitution de Malichos IV comme dernier
roi de Nabatène, vers 96-106. — P. 187. itroiM ®st le talmudique
•1001 nWlM * bois de lit, couche », de là c sarcophage ».— m')OTtS
^^^M i tlttt n f < ^ Dhu-âarà et à Sarit, dieux [bons?] », non « à Dhu-
Sarà et le reste des dieux » ; le nom commun rf**)MV) * reste » se
rattacha toujours à Tidée d'une quantité diminuée ; ici on aurait
amSm WwWy * ^ Dhu-âarà et aux autres dieux ». — P. 211-214. Le
culte de Mercure est souvent mentionné dans le Talmud ; les voya-
geurs ramassaient sur leur route des pierres et les vouaient à Mer-
cure iiyhtffych ]M P11T)> qu*ils honoraient comme le protecteur des
routes. J'ai peine & croire que le Mercure de la bourgade (xttpu)) de
Xa^M^ (aujourd'hui )Iam) ait le moindre lien avec le lQf\ ^n phéni-
cien. — Le nom divin laat^a, dont Titos était le prêtre (Titoç ctpcuç
lau^a) se rapproche curieusement du dieu Iicu^ qui fait partie de la
théogonie de Philon de Byblos ; notre inscription aurait ainsi con-
servé la trace de deux divinités phéniciennes. Du reste, le nom de
Titos a été aussi porté par un docteur talmudique.
Les index, les planches et les nombreuses figures intercalées
dans le texte ajoutent à la valeur du volume splendidement édité.
Ignazio Guidi, « Qènë » o inni abissini (extrait des Rendiconti délia
Reale Accademia dei Lincei). Roma, 1901 ; in-8<^. — Le même,
Vedàsg Miry&m^ VedOsë wagënai, texte éthiopien, 42 pp. in-18o. —
Conti Rossini, Noteper UstoriSL letteraria abissina (extrait des
Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei). Roma, 1900;
79 pp. ln-8o.
Les publications susmentionnées de M. Guidi nous font connaître
plus intimement l'esprit de la liturgie abyssinienne. La première
offre quelques spécimens de la classe spéciale des courtes hymnes»
sorte de «nx^sp qui sont composées et chantées par le dabtarâ après
184 RBVUE SÉMITIQUE
avoir récité quelques versets de psaumes. Plusieurs de ces impro-
visations sont vouées à Toubli ; les meilleures sont mises par écrit
et données entre les mains des jeunes gens qui aspirent à devenir
dabtaràs et à composer eux-mêmes des qenê analogues. Le savant
éthiopisant énumère 10 espèces de qenê qui se distinguent par un
nombre déterminé de versets. L^ordre des offices, de la psalmodie
et des hymnes des divers jours qui sont en usage dans l'Eglise
d'Abyssinie étant presque inconnu en Europe, le monde savant
recevra avec satisfaction ces substantielles notices que Tauteurdoit
au dabtarà Kfifla Giyorgis lorsqu'il séjournait à Rome. Chaque petit
texte est accompagné d'une traduction italienne dont il est inutile
de relever Texcellence. La seconde publication de petit format est
destinée à servir de lecture aux élèves. Elle contient un extrait
d'hymnes à la Vierge pour chaque jour de la semaine, puis un
hymne plus long où la Vierge est invoquée sous l'épithète de • Mère
d'Adonai ».
Sous le titre modeste) de notes, M. C. Conti-Rossini nous donne
un résumé plein de faits de la littérature éthiopienne depuis son
début appréciable jusqu'au xvii* siècle, à partir duquel, grâce aux
controverses entre les monophysitesetles jacobites, l'ancien gue«ex
a cédé la place au dialecte populaire dit amharique ou amarigrut.
Les archives d'Aksum dont parle la légende se sont perdues et on ne
connaît de l'ancienne époque que les fameuses inscriptions d^Aksum
et celle de Matarà. L'histoire littéraire d'Abyssinie s'ouvre avec le
christianisme qui fut introduit dans le pays par des missionnaires
gréco-syriens dont le plus célèbre est Frumentius A ses débuts
l'Église abyssinienne s'est servie du texte grec des Septante ; cent
ans plus tard des moines syriens, favorablement accueillis à la cour,
traduisirent en éthiopien le texte grec de la recension syro-orientale
qu'ils avaient apporté avec eux. Les premières traductions eurent
pour objet les quatre Évangiles; le reste de l'Évangile ainsi que
les livres de l'Ancien Testament y furent ajoutés plus tard.
M. C. Rossini rejette avec raison les traditions indigènes sur ce
sujet, traditions inventées à l'effet de soutenir la pureté du texte
éthiopien. A la même époque appartiennent aussi les versions gucez
de plusieurs apocryphes dont l'original n'existe plus, au moins dans
son intégralité, comme le livre des Jubilés (JFCu/^/é), du Pasteur
Hermàs, du livre d'Uénoch, l'Ascension dlsaîe, curieux mélange
de légendes juives et chrétiennes, etc. D'autres apocryphes furent
traduits dans la suite, le Siracide est probablement un des plus
tardifs de cette période, vers 676. Avec le xiii* commence une
nouvelle époque littéraire, lorsque la dynastie énigmatique des
Zagîié fut remplacée par une prétendue dynastie salomonienne .
Il y eut une floraison considérable de traductions d'ouvrages
grecs et arabes d'ordre homilétique et ascétique, notamment les
Vies des «aints. les martyrologes, etc.. parmi lesquels se distingnent
BIBUOOBAPHIB 1 85
pat leur valeur historique les ouvrages composés par le roi Zarëa
Ya«èqob au zv* siècle et où on voit émerger pour la première fois
Tacousationdu meurtre rituel lancé contre les juifs, probablement une
importation européenne. Les meilleures productions de ce siècle et
du suivant sont les Chroniques de certains rois, comme Ba«eda-Mâ-
ry&m» Galawdéwos, Susenyos, etc. La guerre contre Gragne a trouvé
un historien de l'œuvre de qui il ne 8*est malheureusement conservé
qu*un maigre résumé. Comme on voit, les productions vraiment origi-
nales sont d'une rareté fâcheuse ; l'avenir montrera si la littérature
amharique, encore embryonnaire aujourd'hui, aura une destinée plus
brillante. M. C. Rossini a considérablement rehaussé l'utilité pratique
de son savant aperçu par une liste alphabétique de tous les
ouvrages éthiopiens qui sont conservés dans les grandes biblio-
thèques de l'Europe ; c'était jusqu'à présent un desideratum dont
l'inconvénient était fortement senti par les orientalistes.
Bibliothèque de VÉcole des Hautes-Études publiée sous les
Auspices du Ministère de l'Instruction publique, Sciences philo-
logiques et historiques. 130* fascicule ; Textes religieux assy-
riens et babyloniens^ par François Martin. Paris. Librairie Emile
Bouillon, éditeur, 1900, 143 pp. in-8«.
Cralg a publié en 1895 un premier volume de textes religieux
assyriens et babyloniens, puis un second volume en 1897. C'est de
ce second volume que M. F. Martin a fait l'objet de sa thèse pour
Tobtention du diplôme de la section d'histoire et de philologie de
rÉcole des Hautes-Études. 8a transcription repose sur une revi-
sion des textes au British Muséum ; la traduction et le commentaire
constituent l'œuvre propre de l'auteur. L'ensemble contient les
textes de xxi planches cunéiformes précédés d'une introduction
de 21 pages et fournissant des considérations générales sur la
nature des hymnes y compris et le caractère général de la religion
assyro-babylonienne relativement au monothéisme hébraïque. L'in-
troduction se termine par les remarques relatives è la oonstruction
des hémistiches dans les morceaux poétiques. On voit que l'auteur
a su tirer grandement profit de ces documents difficiles et souvent
très mutilés; la sobriété des remarques est également à louer.
A l'inverse de plusieurs assyriologues de fraîche date M. Martin
se garde de se lancer dans des spéculation à perte de vue et sa tacite
suppression du « sumérien » est de bon augure pour l'école fran-
çaise d'assyriolog^e. Nous recommandons les remarques suivantes
à l'attention du sympathique auteur.
P. X. Rien de plus vrai que l'énumération de la tablette publiée par
Pinehes qui rattache le nom de Marduk à d'autres divinités est sans
importance théologique ; mais cela va de soi et la difficulté appa-
rente a sa source dans la traduction inexacte de Téditeur. Dans
cette tablette l'idéogramme de Marduk est simplement l'équivalent
1K6 REVUE BÉmnQUB
de bêlu, c seigneur, chef suprême »« ainsi : Ninip est le chef suprême
des Alli (sorte de démons) ; Nergal est le chef suprême de la guerre
(ia qabli) ; Zagaga (?) est le chef suprême de la bataille (&a têhati);
Bel est le chef suprême de la souveraineté et de la domination (êa
bêluti ù mitiukti) ; Nabium est le chef suprême des gains ( » protec-
teur du commerce, éa nikasi) ; Sin est le chef suprême qui éclaire
la nuit {munammir musi) ; éamaâ est le chef suprême des juge-
ments équitables {éa hinâti); Ramman est le chef suprême de la
pluie (ia zunni); des attributs propres à Marduk même il n'est pas ques-
tion dans cette partie du texte.— P. xvii-zviii. II est regrettable que
Tauteur n'ait profité de mes notes sur l'inscription H de Zindjirli
où l'admission des Âmes des justes dans le cortège des grands dieux
est formellement annoncée, et il y a longtemps que cette doctrine
a été signalée par moi dans les textes assyriens (Mélanges de critique
et d'histoire, 1883, p. 365-380). Que cette connaissance de Tau delà
ait été insuffisante et qu'elle ait été mieux éclairée dans les époques
suivantes, cela me parait bien contestable. J'ajoute que la croyance
à la corrélation du péché et des afflictions temporelles est aussi
vivace dans le christianisme que dans le judaïsme ; autrement les
prières publiques aux temps de détresse ou auz*occasions solennelles
n'auraient aucune raison d'être. Le logion relatif à l'aveugle de
naissance est un excellent renseignement sur l'état d*àme de son
auteur : pour être un enseignement il lui aurait fallu une portée
morale. — P. xix-xx. L'auteur, très équitable pour la moralité
assyro-babylonienne, semble plus sévère pour celle du Lévitique,
comme si dans les deux cas les auteurs n'appartenaient pas à la
classe sacerdotale. Le iv« chapitre du Lévitique n*a trait ni c sur-
tout» ni «exclusivement» ké^es fautes rituelles; ce sujet est traité au
chapitre v, mais il s'agit uniquement de fautes morales commises
inconsciemment, les mômes que le psalmiste de l'exil appelle : c les
fautes cachées»; les infractions cérémonielles n'existant plus durant
la captivité, il ne peut s'agir que de la violation du Décalogue (Isaie,
Lvn, i5-Lix. — P. 2. Ana nannar ilâniy « au Nannar (= Illuminateur) des
dieux ( = Sin) », a. L d. « à la lumière des dieux ». — .Malikat, • reine,
maîtresse », a. 1. d. < mère ». — Muaddat, « qui rend sage >, a. 1. d.
«qui affermit». — Appu, c face, surface », a. 1. d.c sommet ». — P. 10.
Çimitti c liens », a. l. d. « Joug ». — Apsansu, « son joug »,a.l. d. « ses
liens». — Mudaku est une forme impossible, il faut probablement
transcrire pa daku = padaku; la phrase signifie : c mes transgres-
sions (meshiruti de «^no) j^ Q^. P^is pas]les avouer ( =. détailler) ». —
P. 14. Çihrakuma ahtati, « je suis indigne (m. à m. c je suis petit » =
héb. inaiap^ j*&> péché », a. 1. d. « quand j'était petit, j'ai péché ». —
P. 20. Traduire mamtt par c imprécation, malédiction » (héb. nSll)»
non par « incantation •.-^Silakki, « camp, champ de bataille », a. 1. d.
« anéantissement (?!». — Kibima mamit murfi, etc., c parle et Timpré^
EmUDORAPHIK i 87
cation (oau8e)de la maladie... [s'en ira] », a. 1. d. c prononce la conju-
ration de la maladie, etc. • . -^ larhu, « bassin i , plutôt qu' c étangt . -^
P. 52. Ana, nûri atmama, • je parle (je m'adresse) à la lumière ir et
ainsi de suite, a. 1. d. « par la lumière, je le jure, etc. ». — Ana
matnit ilquninnima pitum-inniy a à Timprécation qui m*a saisi
(si(qutmma)[jedi8] {ssatma sous-entendu) : délivre-moi ».— P. 55;
Gomment tfumaqaiana peut-il signifier « ce dieu fidèle »?— P. 60.
Kalitu^ c reins », héb. mS^. — P. 65. L'auteur a oublié de mettre
deux fois le mot « sumérien » entre guillemets. — P. 69. La lecture
ilhurra,ipays de derrière, de l'ouest «, pour la Syrie, est fondée sur
Tétymologie du mot(*)nM) > ^^^ région céleste ne porte dans aucune
langue le nom d'un pays limitrophe, encore moins d'un pays
éloigné. — P.74.Rapsâ,«la terre vaste, étendue», a.l. d. cespace ». —
P. 104. MartUy « fiel », non c foie ». — Je tiens à faire remarquer que
bon nombre de ces corrections concernent des interprétations cou-
rantes chez les assyriologues, et qu'elles ne sont pas particulières
à l'auteur de ce travail en somme très estimable.
Ariatoteles bei den Syrem vom v-viii. Jahrhundert Syrische
Texte^ herausgegeben, ùbersetzt und untersuoht, von Dr. A.
Baumstark. ËrsterBand. Syrisch-arabiache Biographiendes Ans-
toteles, Syrische Commentare zur ElSArnra des Porphynos,
bearbeitet von Dr. Anton Baumstark. Leipzig. DruokundVerlag
Ton B. G. Teubner, 1900. Pp. 257 et 61; in*8».
Ceux qui abordent sérieusement l'étude des œuvres marquantes
de la philosophie arabe n'ont pas seulement à vaincre l'énorme
difficulté résultant d'une foule de termes techniques peu dé*
finis, ils sont encore forcés de se demander si les théories qui
s'y trouvent exposées émanent directement ou indirectement de
sources gre($ques. Pour l'histoire de la philosophie grecque et de
sa propagation en Europe, la solution de cette question est d'une
importance sans égale. Or, il est absolument prouvé aujourd'hui que
les Syriens furent les plus anciens intermédiaires entre la science
des Hellènes et le monde de l'Islamisme. Dans la majorité des cas
sinon dans tous, les traductions arabes d'ouvrages grecs ont été
laites sur des versions syriaques. Pour l'histoire du système d'Aris-
tote en particulier la connaissance exacte de ces premières versions
est tout & fait indispensable. Déjà en 1852 E. Renan avait reconnu
dans les restes littéraires de l'aristotélicisme syriaque l'objet de
tout ce problème historique. Son programme pour faire aboutir les
études syriaques à ce résultat désirable qui est tracé de main de
maître n'a malheureusement pas eu de suites pratiques. C'est ainsi
que malgré les nombreuses éditions qui ont enrichi la littérature
syriaque dans les dernières années, cette branche d'histoire litté-
raire compte peu d'essais de grande envergure. L'ouvrage de Hoff-
mann : De hermeneuticis apud Syros Aristotelis, Lipsiœ, 1869
188 REVUE SÉMITIQUE
(2« édition, 1873) harmonise seul, de la manière la plus heureuse,
les recherches en détail avec une édition. modèle et traduction de
nouveaux textes. M* le D** Baumstark suit en gros la même méthode.
Après quelques hésitations il s'est décidé à réunir, non ce que
quelque Syrien particulier ou quelque école syrienne déterminée
a fait pour le domaine général de la philosophie aristotéli-
cienne, mais ce que la totalité des travaux des anciens Syriens
a fait pour telle ou telle partie du système en cause. De cette
manière chaque volume forme un ensemble clos en soi ; Féclaircis-
sement successif de ces problèmes intéressants procure chaque
fois une satisfaction parfaite à Tesprit du lecteur qui n*aime pas les
emboîtements calcul^ des dramaturges dans Thistolre littéraire.
Il faut également louer le savant orientaliste d'avoir renoncé à cette
tunique de Nessus de la version latine pseudo-cicéronienne que
beaucoup d'éditeurs de ces sortes d'ouvrages traînent bénévolement
devant le regard étonné du public studieux. Le temps des corpo-
rations fermées est passé et le vrai progrès ne peut se réaliser qu'au
moyen de la langue vivante. Je trouve la traduction allemande aussi
claire que possible; j'ai cependant à redire sur un point et c'est là,
je le sens, la petite chicane obligée de la part du recenseur. Je suis
convaincu qu'avec une légère modification l'emploi de phrases
grecques pour compléter les phrases allemandes, mélange qui donne
à la traduction un aspect d'étrange bigarrure, aurait pu être
évité. Les correspondances grecques auraient pu être placées en
notes au bas des pages, en même temps que le mot à mot de cer-
taines tournures obscures ou forcées du texte syriaque, dont les
termes techniques auraient trouvé leur place entre parenthèses. La
nationalisation de ces fortes et profondes acquisitions d'un génie
étranger est le résultat d'un effort intellectuel qui mérite tout
l'intérêt de l'historien. Mais, ainsi que je viens de le dire, c'est une
petite chicane de pure forme. En ce qui concerne la disposition
des sujets à traiter, il est évident que la priorité devait être accordée
à la biographie du grand philosophe dont les ouvrages sont devenus
la source la plus pure de la science chex les Orientaux. Ck>nformé->
ment à son plan, l'auteur aurait pu strictement s'en tenir aux
données fournies exclusivement par la littérature syriaque, il a
préféré englober aussi tout ce que les Arabes ont écrit sur ce sujet
et on ne peut le trouver exorbitant en sachant que ces données
arabes reposent elles-mêmes sur une base syriaque. Personne
ne se plaindra d'une digression aussi instructive non seule-
ment sur la vie vraiment historique du héros, mais aussi sur les
légendes populaires qu'il a fait naître dans la moitié de l'Asie. Ces
biographies syro-arabes comprennent les trois parties suivantes :
1* Ptotemaios Chennos traitant la biographie,lete8tamentetla liste
des ouvrages; ^ TAnonyme d'I^baq ibn Hunain; 3* l'Anonyme
d'al-Rixi. Dans la seconde partie de son livre. M. Baumstark nous
BIBLIOGRAPHIE 1 89
présente les commentaires syriens sur l'Em^trpi de Porphyrios,
comprenant: 1« le commentaire de Prôbà; 2o le commentaire de
loannes Philoponos, comparé avec des fragments du Vatican, Sté-
phanos d* Alexandrie dans les dialogues de Severus bar Sakkù, et le
Liber definitionum de Bàzùd ; 3<* commentaire de TAnonymus Va-
ticanus; le tout est accompagné des textes syriaques. Plénitude,
exactitude et saine critique se combinent ici dans un degré émi-
nent. L'histoire littéraire de Taristotélicisme en Orient possède
maintenant une base solide sur laquelle elle verra bientôt«s*élever
les autres parties de Tédifio^ si heureusement inauguré par
M. Baumstark.
Hs' Alphonse Chabot, Grammaire hébraïque é^ëmentatre, cinquième
édition, revue, corrigée et augmentée. Fribourg en Brisgau, 1900.
B. Herder, libraire-éditeur pontifical, 117 pp. in-8<».
Depuis neuf ans que la Revue Sémitique ejctste j*ai eu le profond
regret de ne pouvoir annoncer que les grammaires hébraïques
publiées en Allemagne et quelles grammaires? chefs-d'œuvre de con-
cision et de solidité scientifique qui, par une méthode d'une exposition
aussi simple qu*habile, revêtent une forme pratique accessible
même à des commençants peu disposés à des efforts de mémoire.
Cette bonne fortune de pouvoir enregistrer enfin une œuvre simi-
laire en France, je la dois à l'obligeance de Mv Alphonse
Chabot, prélat de sa Sainteté, curé de Pithiviers, qui a bien voulu
m'envoyer la Grammaire hébraïque élémentaire dont il est l'auteur.
J'ai appris en môme temps avec un vrai soulagement que cette
œuvre du savant prélat est arrivée à sa cinquième édition et vient de
recevoir de notables améliorations. Cela prouve à ma grande satis-
faction d'abord que le nombre de ceux qui désirent s'initier à la
connaissance de la langue de l'Ancien Testament va en s'augmen-
tant, ensuite que le besoin d'avoir des notions plus étendues de
l'hébreu se fait de plus en plus jour dans les cerôles ecclésiastiques
de notre pays; besoin qui, par une heureuse répercussion sur les
hébraisants compétents et en première ligne, sur M*' Cha-
bot lui-même, finira de doter la France de manuels scolaires qui
soient au niveau des publications analogues qui voient le jour dans
les autres pays. Nous fermons ce petit livre commode et instructif
en félicitant le savant auteur de ses persévérants efforts pour l'édu-
cation scientifique de la jeune génération française.
Voici quelques indications que nous recommandons en vue de la
6* édition.
P. 19. La transcription de n» Vi p» Vi par J^, ^, q, s doit être géné-
ralisée ; il faut donc écrire qame#, fêrê, hireq, iolem, jsoureq, pata^,
iaiouphf etc., au lieu de kamets, tsêrê, chireq, cholem, sc/ioureg,
l>atac/i, chatouph^ etc. ; le q correspond à f et le n au f simple; le^
est le w anglais; le v n'existe pas dans les langues sémitiques. —
^90 RKVUK SÉMITIQUB
La f^ final ne doit figurer dans la transcriptiou que lorsqu'il est
pourvu du point qui lui décerne la valeur d'une consonne. *» P. 4$*
Wn O'W '^'®®* P*® hébreu; corriger g^m, etc. — P. 46. Corriger
^, 'âvên, en ]yf, *âwen.— Ecrire rrmn rpr\n au lieu de i«mt ilt^- —
P. 47. Écrire nV-JjfÇ au lieu de jjtS;j r^feQ. — -Qrip ^, mieux Sm
;uann. — p. 48. Le verbe xTYi ue peut avoir Dieu pour complément
direct ; il faut donc écrire ^rtlsSo TOIV» WH au lieu de ypg^n WM- —
P. 60. Un pronom ^k» • moi », n*a jamais existé dans les langues
sémitiques. Dans InSçp 1^ ) seul indique la première personne ;
le n est dû à Tanalog^e avec la forme de la 2« personne riVpP- —
P. 99. La forme primitive de Farticle hébreu n'est pas Shi mais an ;
cela a été prouvé par deux dialectes arabes dont j*ai déchiffré récri-
ture. — P. 120. Corriger rùs en naD-
Isidore Lévy, Sur quelques noms sémitiques de plantes en Grèce
et en Egypte (extrait de la Revue archéologique). Paris. Ernest
Leroux, éditeur. 4900.
M. Isidore Lévy aime avec prédilection les petits problèmes gréoo*
sémitiques. Le commerce de Rome et du monde hellénique abon-
dait de produits qui venaient de l'Asie antérieure avec leurs noms
natifs. Étudier ces noms dans les littératures classiques et égyp-
tienne, leur restituer leur forme et les signaler s*il est possible dans
la littérature de leur pays d'exportation, voilà Tobjet de la brochure
susmentionnée, limitée cette fois à quelques noms de plantes, sans
aucun doute comme simple spécimen d*études plus étendues.
L'article consacré à la plante résineuse qui porte en grec le nom
de «C^ov, oCXffiov ou éXMfVi est un modèle d'érudition et do solidité*
Toutes les sources sont relevées et examinées aussi bien au point
de vue botanique que philologique. Après avoir établi l'espèce et
la provenance de divers m'Xmov qui se vendaient au marché de Rome»
M. Lévy arrive à celui de Syrie et rappelle avec raison l'existence du
StXiciov 5p6c au-dessus d'Antioche. Ainsi que je l'ai prouvé à diverses
reprises, cette région de la Syrie septentrionale était restée un pays
sémitique jusqu'à l'arrivée des Grecs. Tout indique donc que le nom
àe cette montagiié remonte aux habitants primitifs du pays ; la
désignation de territoires tirée do noms de plantes abonde dans
Tonomastique géographique des Sémites. M. Lévy rapproche, je crois
heureusement, «îXfftovdela plante nommée sallapanu dans les textes
assyriens. Le même nom se retrouve dans la Cyrénaîque dès le
VI* siècle avant l'ère vulgaire où il a donné lieu à l'expression pro-
verbiale Barreu otX^iov. En ce qui concerne le nom de Sirpe que les
auteurs romains donnent au silpion de la Cyrénaîque, j'incline à y
reconnaître le mot néo-hébreu i^^, « résine aromatique », qui devait
aussi exister «n phénicien. MoTu^cfi, « certains organes du silpioa »,
on une plante analogue, parait représenter le participe passif «mp,
« sarclé, cultivé ». Les étymologies proposées par M. Lévy pour lès
BIBLIOGRAPHIE 191
plantes nommés MaairiTcv, liam et celle qui est mentionnée dans un
passage du Voyage d'un Égyptien sous la forme de Asbouloulou,
ré{K>ndant respectivement à m^iQfde j^gr, « résine, poix »), h2D>D
•
(aas. êiêanu) et ViSsjD» '^^î^^oloche », réclament encore plus de
certitude. Enfin, sa correction du nom d'arbre lu lahlana en carac-
tères hiéroglyphiques en da&rana = as. dapranu est des plus ingé-
nieuses et restera dans la science.
W. Muss-Ârnolt. The Urim and Thummim. A suggestion as to
their original nature and signification (Extrait de l'American
Journal of Semitic languages and literatures. Chicago, 1900.
Dans la bibliographie du précédent fascicule de cette Revue,
nous avons eu Toccasion de prémunir les jeunes assyriologues
contre Texplication prématurée par des notions encore peu claires
delà religion assyro-babylonienne des termes .techniques du rituel
lévitique de la Bible. Plus haut j*ai môme consacré une étude
particulière à ce sujet afin de faire réfléchir 1res esprits sérieux qui,
adoptant les conjectures de certains assyriologues comme des
vérités démontrées, sont souvent portés à en faire la base d'une
science religieuse nouvelle. Le résultat auquel M.Muss-Arnolt arrive
aa sujet des mystérieux Urim et Thummim est selon moi aussi
peu admissible que celui de M. Paul Haupt, mais l'étude même du
premier savant mérite une mention spéciale et des plus honorables
pour Vérudition et la sagacité de l'auteur. C'est une monographie
pleine de faits instructifs. Rien de plus curieux que cette masse
d*opinions relatives à l'interprétation de ces deux mots hébreux et
des passages qu'on suppose les contenir. La citation textuelle des
textes cunéiformes qui font l'objet de la comparaison des concep-
tions religieuses est également à louer^ car tous les assyriologues
ne sont pas assez fortunés pour posséder dans leur bibliothèque la
série complète des publications qui les contiennent. Mais l'appré-
ciation détaillée doit être réservée pour l'étude commencée plus
haut. Inutile de répéter ici ce que j'ai dit au sujet des mots ")V{|,
n08> JVyiSi (DW) ^^an* qu'on veut faire venir du babylonien. Je ne
crois pas non plus que le mot uwiifj (Isaie, XLVii, 13} doit être
biffé par la seule raison qu'il fait défaut dans la version des Sep-
tante ; enfin, la conjecture que l'expression iQrin (^^ Samuel, xx, {%)
se rapporte à la consultation des Urim et Thummim (Haupt) manque
de tout fondement. La situation est comme il suit : Joab voulant
s'emparer du rebelle âeba<: pour le mettre à mort fait le siège de la
ville d'Abèl où ce dernier s'était réfugié et se met en mesure d'en
démolir le mur d'enceinte. Pour détourner le danger qui les me-
nace, les habitants envoient une messagère auprès du général de
l'armée assiégeante. La femme accomplit son mandat d'une ma-
nière très spirituelle. Quand Joab eut promis de l'écouter, au lieu
de faire un discours suppliant, elle juxtapose sans aucun lien
grammatical deux adages populaires qui, dans l'occasion, devaient
faire sur l'esprit du guerrier l'effet de deux devinettes ; puis elle
en donne l'explication dans un ordre inverse, combinaison habile
192 annic sémitiqub
qui renforce encore le but vrai qu'elle veut atteindre et consistant
à insinuer à son auditeur qu'il vient de commettre deux fautes
graves en attaquant la ville sans sommation préalable^ et en met-
tant en doute la fidélité dynastique de ses habitants. En figurant les
problèmes du verset 18 par a et B et les solutions correspondantes
du verset 19 par a et b on a le schème suivant :
Proverbes Explication d*actualité
A. ■ On parle d'abord ^ si on 1 1 &. « (Âbél dit : ) Je suis parmi
veut dire (quelque chose) >. » W les plus paisibles des villes fidèles
y d'Israël ».
B. Quand on demande un con- I a. «Tu cherches àanéantir une
seil aux gens d' Abél on les trouve II métropole d'Israël ! Pourquoi dé-
toujours sincères '. » i Itruis-tu l'héritage de Yahwé ? »
Ces durs reproches auraient certainement coûté la vie à un
messager; venus de la part d'une femme, Joab» rentré en lui, com-
prit la leçon et fit des excuses (versets 20-21).
C. Livias, Oîi the Etymology ofthe terme ^Séfi^â (Extrait de l'Ame-
rïcan Journal of Philology. Vol. XVI, n« 1). Baltimore.
Dissertation intéressante sur l'origine du point -voyelle hé-
braïque nommé communément mIZ/* L'auteur montre avec raison
que la forme la plus ancienne était rcxW^ mais au lieu d'y voir une
abréviation araméenne de jnV' = ^^- ^^f^^, « repos», c'est-à-dire
« manque de voyelle », l'auteur le fait venir de n^i m*pf formation
fautive de an^), « rester, s'arrêter ». Les raisons données sont insuffi-
santes pour amener une décision tranchée. Le passage cité de
Sarùq : niDs QTW^ ^£3 ]wSr\ nxnxS ?im vfsn itwsta rtwwn Sa
\Vth2 \M^Ty\ signifie : a Toutes les consonnes (du texte biblique)
doivent porter un dageè (point indiquant la prononciation dure ou
redoublée) ou un mphè (trait indiquant la prononciation aspirée ou
simple) pour la clarté de l'expression, selon leur prononciation
réelle et la place qu'elles occupent dans les organes de la parole >
(mot à mot : « selon leur mobilité dans la bouche et leur place dans
la langue »). Les antithèses parallèles XSV\ ^^ n9*l d'une part, n^SH ^t
aVIQ de l'autre se rapportent uniquement aux consonnes, s toutes
les consonnes de l'alphabet (ni^nlMn Sd^» ^^ n'est pas question
des voyelles. Si Tancien grammairien avait voulu y faire allusion il
aurait écrit simplement : ]avriQ*1 DDSTXI >9d- La proposition ainsi
formée serait d'ailleurs absolument fausse, car la qualité delà con-
sonne ne dépend pas de la voyelle qui lui sert de motrice.
J. Hal êvv.
^- nfflMtia* ^^' 1 Hois, XVII, 13.
2. Proverbe basé sur l'usage fréquent de la locution ^OmS 131*
•• .
3. TOm ]31î pour *p' cf* Exode, i, 12; après tOnn »^ ©st sous-eoteoda
le complément direct OiTtUT-
VÈditeuT-iiértLni : E. Lbroox.
Pmrû. '— ImprimMie G. Mturin, 71, ru« d« Ktanc».
E SÉMITIQUE
ET D'HISTOIRE ANCIENNE
ERCHES BIBLIQUES
s nuptiaux des Cantiques.
{Suite).
î », équivaut à i^yt^, « mes cheveux » (10).
à la fois la tunique portée par les hommes
!S (Il Sam., xiii, 18).
et, treillis » (Isaïe, xix, 9). — L'expres-
]ue l'idée de pitié et de compassion >
es, boutons n, de çq, « main, poing >, —
l'arabe^, c ambre >.
ler, se dérober » (cf. Jérémie, xxxi, 22).
« quand il parlait > , ne convient guère dans
se de lire tt3j»3, « quand il partit i.
est ici une métaphore pour «rosée» qui
îéleste. — nX^D synonyme de nxbo>
lierres précieuses » (Exode, xxviii, 17).
j sens de • parterre de fleurs », de ÎJ^J,
le métal ou d'ivoire > forme l'unité nu-
2^W, as. istennu, t un i. Par niyo, « in-
I
19i REVUE SÉMITIQUR
testins > il faut entendre la partie du corps qui les contient, le
ventre, le tronc ». Chap. vi, 2. Le verbe nwn^ semble
exiger ici un coinplément direct suivant Tanalogie de t9pbb>
D^JBHiy» J® suppose que q^jj^ est une altération de Q^nj
« chevreaux p. On pourrait aussi rétablir n^3J3 mxi^i
a pour contempler les vignes >, ce qui conviendrait encore
mieux au sens du verset.
XV
Compliments d'un nouveau marié à sa jeune épouse. Ce chant
nous est parvenu dans un état très fragmentaire. Nous n'en
avons qu'un verset et demi du commencement et trois versets
de la suite. Tout ce qui se trouve entre 2 a et 8 est un extrait
de IV9 1 6-3, mis en ce lieu pour remplir le passage effacé du
manuscrit. La fin du poème manque également.
4. Toi, mon amie, tu es belle comme Tirça^
Tu es aussi jolie que Jérusalem^
Aussi imposante que le drapeau des guerriers.
5. Détourne tes yeux de moi
Car ils m*ont ébloui. . .
(Tes cheveux sont (fins) comme la laine de ces chèvres
Qui descendent du mont Galaad.
6. Tes dents sont pareilles à celles de ces brebis
Qui remontent du lavage,
Brebis qui toutes portent des jumeaux
Et ne perdent pas un seul petit.
7. Tes joues font resplendir leur coloris de grenade
A travers (ton) voile).
8. Il y a (au sérail) soixante reines
Et quatre-vingts concubines
Et d'innombrables aimées
9. (Pour moi) ne compte qu'une seule, c'est ma colombe, ma par-
faite.
Elle est fille unique de sa jnèro.
Elle est choyée par celle qui l'a mise au monde ;
Les jeunes filles qui la voient la félicitent,
Les reines et les princesses l'admirent :
REGIietlCHES BIBLIQUBS 195
!D. Quelle est donc celle qui resplendit comme Taurore,
Qui est belle comme la lune,
Éclatante comme le soleil.
Imposante comme le drapeau des guerriers ?
4. Tir^a était te château royal de Tancien royaume d'Israël
(I Rois, XIV, 1 7 ; Il Rois, xv, 1 4) ; Jérusalem est la belle
capitale (Psaumes, xl, 3) de la Judée: En disant que la jeune
femme est plus belle que ces capitales des deux royaumes ri-
vaux, le jeune homme entend exprimer cette idée que la beauté
de son amie vaut pour lui la possession de ces royaumes. Une
idée analogue est exprimée aux versets 8 et 9.
10. L'adjectif Qi}({, f. nO^X? de même que }i{-)ij ne se borne
pas à la faculté a d'inspirer la terreur d qui épouvante, mais
aussi celle qui impose la plus haute cousidération par la gran-
deur et la majesté de sa forme et de ses mouvements. Les dra-
peaux déployés en tète des divisions guerrières jouissent de ce
respect intangible qui maintient l'ordre et la discipline des
troupes.
XVI
Un fiancé raconte qu'il a assisté à une petite scène dans
laquelle sa fiancée avait soulevé Tadmiration générale pen-
dant la célébration d'une danse triomphale. L'héroïne portant
le nom de Sulamîte est fictivement identifiée par le poète avec
la belle Sunamite qu'on avait choisie pour tenir compagnie
au roi David vers la fm de ses jours (I Rois, i, 4-4). La lé-
gende populaire donne à cette jeune fille pour père un noble
judéen du nom d"Ammi-Nadib (famille généreuse) rappelant
le nom du célèbre Amminadab, père de l'ancien chef de la
tribu de Judaau temps de l'Exode (Nombres, ii, 3). D'après
la même légende le héros royal a été entièrement subjugué
par la grande beauté de la jeune Sunamite. Il va sans dire
que ce récit est une pure création poétique. En réalité le roi
David et la belle Snlamite figurent le nouveau marié et sa
jeune épouse. Ce texte contient quelques corruptions.
196 REVUE SÉMITIQUE
11 . Je me suis rendu au bois de noyer,
Pour contempler la verdure de la vallée,
Pour voir si la vigne était déjà en fleurs.
Si les bourgeons des grenadiers s'étaient épanouis ;
12. Involontairement mon âme m*a conduit
Vers la demeure d'«Ammî-Nadîb.
(Sulamite, entourée de la foule, rentre précipitamment chez elle.)
Le chœur.
Chap. VII, 1. Reviens, reviens, ô Sulamite !
Nous voulons te regarder encore !
La jeune fille.
Que trouvez-vous à voir dans Sulamite
Au milieu de la danse guerrière ?
Le chœur.
2. Que tes pieds sont beaux dans leur chaussure,
O fille de Nadib !
Les articulations de tes hanches ressemblent à des bijoux.
Faits par une main d'artiste.
3. Les contours de ton bassin rappellent le bassin de la lune
Dont le liquide (lumineux) ne diminue point ;
Ton ventre, une gerbe de froment
Entourée de roses ;
4. Tes seins, deux faons,
Jumeaux de la biche ;
5. Ton cou une tour svelte en ivoire;
Tes yeux rappellent les bassins limpides d'Hesbon,
Sis près de la porte Bat-Rabbîm ;
Ton nez a la finesse de la tourelle du Liban, >.
Visible en face de Damas ;
6. Ta tète brille sur toi comme le Carmel,
Les nattes de ta chevelure ont l'éclat du pourpre;
Un roi est prisonnier de tes délices.
La foule.
7. Que tu es belle, que tu es douce,
Fille aimable de délicieuse lignée !
Cet épisode a été méconnu par tous les interprètes, y com-
pris moi-même. La cause première de Terreur réside dans I a
croyance deux fois millénaire que les éloges de la jeune femme
sont prononcés par le nouveau marié. Parti de cette base on
ne trouvait aucun lien raisonnable entre les versets 11 et 1 % ni
RECHERCHES BIBLIQUES 197
eotre celui-ci et le verset suivant et, en désespoir de cause,
on était obligé d'admettre trois lacunes béantes ou ce qui est
tout un, trois fragments séparés. L^obscurité et Tétrangeté de
quelques expressions ont provoqué un grand nombre d'émen-
dations qui ont fini par tout brouiller et ce qui pis est, par dis-
traire l'attention du sens général du poème. Après divers
essais de pénétrer cette énigme, ma curiosité a été attirée par
les trois attributs insolites et cependant du même genre :
3^^3-^Oy, 3i^3-n2 '®' D^J^JVna» lecture indispensable au
lieu de Q^j^j^yna- ^^^ pareilles reprises à quelques lignes de
distance garantissent d'abord l'unité du morceau en son
intégralité. Puis, l'expression bizarre à première vue, D^^V33»
m'a convaincu qu'il ne s'agit pas d'un tête -à-tête intimé entre
fiancés ou époux, mais que les éloges ont été adressés à la jeune
femme pendant qu'elle se tenait sur une scène ouverte au
public. La mention du roi amoureux à la troisième personne
a enfin confirmé la pensée que c'est le public lui-même qui
prononce ces paroles admiratives. Après cela il était facile de
reconnaître que le poème s'arrête au verset 7 et aussi d'en re- ,
constituer la répartition exacte entre les personnages qui y figu-
rent. Le narrateur qui emploie la première personne dans les
verbes (H -18) est naturellement l'heureux fiancé qui, attiré
par l'espérance de rencontrer sa fiancée Sularaite, au lieu de
86 rendre directement dans son jardin, fait un détour pour
s'approcher de sa demeure. Arrivé près de là, il la trouve au
milieu d'une foule gaie et en train de danser (2). La jeune
fille qui s'aperçoit de sa présence, a hâte de se retirer et de
rentrer chez elle, mais la foule insiste pour qu'elle retourne ; et
quand, un peu confuse, elle demande pourquoi tous les yeux
sont tournés vers elle, le chœur éclate en éloges et la foule les
résume dans un refrain chaleureux .
Cette interprétation, la seule qui résulte de la facture générale
et des expressions littérales du poème, écarte à tout jamais
Pétrange description que les commentateurs anciens et mo-
dernes ont cru trouver dans le verset 3 ainsi que les remanie-
ments nombreux entrepris sur le texte traditionnel par le désir
immodéré d'innovation.
498 RBVUB 8ÉM1TIQUC
18. A partir de la première phrase inVT Xb> ^ J® ^^ ^^*
pas 1) le verset ne présente aucun sens raisonnable. Les Sep-
tante rendent mot à mot la construction hébraïque et n*ap-
portent pas le moindre éclaircissement, Luther n'est guère plus
intelligible dans sa version : c Mon ftme ne savait pas (nVT
=inVT q^'il m'avait placée sur la voiture d'Amminadib »
{Meine Seele wuêste es nicht dass et mich %um Wagen Afnmi"
nadib gesetzt halte). Une tentative de modifîer la lecture mas-
sorétique se cache dans la Yulgate : Nescivi ; anima mea con-
turbabit me prapter quadrigas Aminadab^ phrase qui suppose
'•JDDH/ (de QOB^) au lieu de 'ïjnDîL^ ^^ mDD"Q ^^ '*^" ^^
ni331û» mais elle n'amène aucune amélioration. Toute obs-
curité disparaît quand on corrige ni3DlD ^" rs^2 1113» * ^^^
ftme m'a mis (conduit) dans le chemin (dans la direction) de
la maison d'Amminadib d^ le père légendaire de Sulamite.
Par Texpression i^nDtZ/» ^^ narrateur annonce qu'il avait le
pressentiment qu'il rencontrerait la jeune fille.
1 . L'appel "i^Vtf suppose que Sulamite avait pris la course pour
s'en aller le plus vite possible et le pluriel, ntnSV Atteste que
l'appel venait de la foule qui l'entourait. — nbnOD n'offre aucun
sens ; lire : nbn&l« ' ^^ milieu des danses » ; on peut aussi
ponctuer D^ano *u lieu de Qijnon î ^' s'agit visiblement de
danses célébrées après une guerre victorieuse (I Samuel ,xyiii ,6) .
S. D*i^V33, la chaussure dont il est question en ce lieu est
une espèce de sandale qui laisse voir le pied. — ;3i^j est la
forme abrégée de S'i^i^DV» transformation flattée de 3*13^07-
Au lieu de ^pion» ^^ vaudrait mieux lire ij^^n» ^ '^ '^^"s>
les cercles » (Exode, xxvii, 10). — D'xbn» • bijoux >, pi. de
i^n (Prov. XXV, 12).
3. La ponctuation -]-nt£^* est insoutenable ; une forme y^^^f est
impossible. Les anciens y voyaient le mot x^^^, « nombril »
(Ézéchiel, xvi, 14 ; Proverbes, m, 8) ; la lecture yinp ^^^
confirmée par Job, xi, 16. Par -j^g^, nom répondant à l'ad-
jectif araméen Jjiniy, « fort, solide d, est désignée la partie
du bas«ventre qui est attachée aux hanches, appelée bassin
à cause de sa ressemblance à un petit bassin ou cratère
RECHERCHES BIBUQUES 199
(cf« ali. Becken)\ c'est le contour le plus étroit du corps,
la ceinture. La comparaison du bassin du corps de la jeune
fille au bassin de la lune, plein d'un liquide lumineux intaris-
sable, est une image aussi gracieuse que chaste. L'allusion obs-
cène que les commentateurs récents s'obstinent à y chercher,
reste à la charge de leur propre imagination. -|p|Q = ^njj^ =
ar.-aram. -^;-|2/ ne peut être autre chose que la lune. Ce corps
céleste consistait, d'après la légende babylonienne que j'ai
souvent et textuellement citée, en un bassin ou océan lumineux
qui transportait la barque du soleil couché de l'occident k l'orient^
pour qu'il pût recommencer sa course diurne dans la direction
inverse, j|q désigne le liquide que contient le récipient, sur-
tout Teau que l'on mêle au vin pour l'adoucir et le clarifier ;
ce dernier procédé se dit jriS^^Û ^^"^ ^^ langage talmudique.
La comparaison du ventre à une gerbe de froment (la céréale
la plus précieuse) fait allusion à la fmesse de la taille, l'attri-
but € entouré de roses », tout en appartenant à la gerbe,
marque néanmoins Tincarnat de la peau»
5» L'image de la tour d'ivoire, ^j^n bnJO> caractérise l'é-
lévation et la blancheur du cou (cf. iv, 4) ; celle des beaux
réservoirs d'Hesbon peint la limpidité des orbites oculaires.
— Il est douteux si Di2"T"n3 ^^^ '^ ^^^ ^'^^ quartier d'Hes-
bon, ou bien l'équivalent du nom de n^H' appelée Aréopolis à
répoque grecque, l'ancienne capitale des Moabites. — La proé-
minence du nez rappelle au poète la tour fière et élégante du
Liban qui était tournée du côté de Damas, ce charmant jardin
de fleurs qui mérite encore de nos jours l'épithète de c Para-
dis de l'Orient » . Le nez court ou plat faisait horreur à notre
barde.
C. Le parallélisme ^DlS^-rDJlXS nû'avait donné l'idée que
par 'joiS *1 fallait entendre le mot écrit ordinairement ^^0^3,
c cramoisi ». Dans II Chroniques, m, 1i, rojjiK et ^>D-)2 se
trouvent coordonnés ensemble. Cependant la préposition ni^v^
€ sur toi », semble favoriser plutôt l'interprétation courante qui
voit dans ^013 le mont Carmel, anciennement célèbre pour la
richesse de sa végétation (lsaïe,xxxv,2); la comparaison vise
la beauté et la fière attitude de la tête.
1
200 REVUE SÉMITIQUE
n^T, et, const. nb^' * nœud, tresse >, se rattache au néo-
hébreu et arabe ^^'^^, « nouer, laisser pendre » ; la pourpre,
m;nX« est le symbole de l'éclat majestueux.
Il faut également renoncer à Pidée émise par moi pendant
quelque temps qu'il fallait sous-entendre le mot q^q après
ÎDJSIXDi * '^ tresses de ia chevelure reluisent comme la (cou-
verture de) pourpre du coursier du roi attaché aux abreuvoirs d .
Tout changement de construction doit être écarté ; le texte est
clair tel qu'il est. Le mot «y'^q commence une nouvelle phrase
dans laquelle il faut lire n^ûma *^ '^^^ d® D^lûma* C*est le
roi qui reste continuellement attaché aux abreuvoirs, image des
délices inépuisables où son admiration se désaltère sans cesse.
Un ordre d'idées analogue réside dans- la métaphore de la
€ source fermée » {^yy^ ^j, iv, 12) ainsi que dans celle de la
source et du puits aux eaux vives (iv, 1 5).
7. Ce verset résume le panégyrique précédent et est visi-
blement prononcé par la foule, bien entendu dans l'imagina-
tion du poète.
D'après l'exégèse courante, ce verset serait une réflexion
abstraite sur l'amour et ferait partie du morceau suivant, mais
une pareille tournure n'a aucune analogie dans nos poèmes.
XVI
Dernier rêve de la nouvelle mariée. La semaine des noces
tire à sa fln. En songe elle se revoit jeune fille et conversant
avec son jeune berger. Celui-ci lui a fait la proposition passion-
née de la serrer étroitement contre son cœur. Elle comprend
la portée de ses paroles brûlantes, mais elle a la force de
tempérer son ardeur par la promesse qu'elle lui appartiendra
an prochain retour du printemps. Elle veut que son hyménée
coïncide avec la saison enchantée et ait pour scène les gazons
fleuris des vignes en vue des bourgeons épanouis des grena-
diers. Le berger cède au désir de sa fiancée. Dans l'intervalle
elle offre à son ami des bouquets de Dudaim et divers fruits et
exprime le regret de ne pouvoir lui témoigner son amitié ea
RECHERCHES BIBLIQUES 804
public et ramener plus tôt dans la maison de sa mère. Â ce
moment la jeune femme s^éveille et se sent heureuse de se trouver
à côté de son époux. Celui-ci, .voyant qu'elle se rendort,
adjure les chanteuses de ne point déranger son sommeil.
Quand les chanteuses obtiennent la parole, elles entonnent les
éloges du jeune couple censé arrivé de la campagne où leur
union s*est accomplie. Un dialogue où les deux époux se
promettent un amour éternel termine cette belle poésie. On
voit combien Tévénement banal du mariage a été idéalisé par
le poète. Le droit marital est remplacé par une demande pas-
sionnée qui attend une réponse favorable ; T hésitation instinc-
tive de la jeune fille devant une intimité inusitée est repré*
sentée comme une exigence de répit de sa part ; la chambre
nuptiale enfin est transformée en une vigne fleurie et embau-
mée par le souffle du printemps. Le dialogue final couronne
dignement cette scène charmante :
Le fiancé.
8. Voici, ta stature ressemble au palmier,
Et tes seins aux grappes (qui le couronnent).
9. Que je voudrais gravir le palmier,
En me tenant de ses branches,
Pour que tes seins me délectent comme les grappes de la vigne,
Ton haleine comme l'odeur suave des pommes,
10. Et que tes paroles soient pour moi comme le bon vin
Qui coule devant les camarades au milieu des chants.
Vin capable de faire remuer les lèvres des dormants !
La fiancée.
11. J'appartiens à mon ami et me charge de son désir.
!2. Va, mon ami, partons pour la campagne.
Passons la nuit au milieu des cyprès ;
!3. Rendons-nous de bonne heure aux vignobles,
Voyons si la vigne est en fleur.
Si les grenadiers ont les bourgeons épanouis;
Là, je t'accorderai mon amour.
14. Les dudaîm exhalent déjà la bonne odeur,
Près de nos portes il y a toutes sortes de fruits exquis,
5e8 nouveaux et des mûrs.
Mon ami, j'en ai gardé pour toi.
S09 RSVUlfi SÉWTIQUK
9. pQ^o, c branche >, as. êinsinu. — La comparaison
tSSJn mbDîB'XS comporte l*idée d'agrément. — La leçon
*lfiK n^l ^^^ acceptée par beaucoup d'exégëtes (Septante
Q^rfiTi ptvoç 70V ; Luther deiner Nase Geruch) ; la Yulgate écrit
esthétiquement odar oris lui = -|i|) n>l ; îl f^ut lire plutôt
IW ni*l9 * ^^ souffle, ton haleine ».
10. n^n* ^ ^^ palais :d = c ta bouche, ta parole » (Pro-
verbes, VIII, 7). — L'attribut Q^iiyiob HIlV iblH ^'^^^^
aucun sens imaginable. LesSeptante rendent littéralement les
mots hébreux : Uopeuofievoç r^ àiik^idnf (aov tiç eûSuryjra; la
Yulgate écrit à coups de divination : dignum dilecto meo ad
potandum (par réminiscence de Tararaéen >niWDb ^i* ^" ^^'^*
blissant Qnilb ^^ '^^^ ^^ ^inV» '^ clarté ne laisse plus rien
à désirer : t le bon vin qui coule agréablement pour les amis > ,
c'est-à-dire pour les camarades réunis au banquet des noces
(y, 1). Inutile de discuter les traductions des Septante et de
la Yulgate relatives aux trois derniers mots de ce verset.
^^' inpliyn "hV^ ^ ^^ ^^^^ est sur moi », c'est-à-dire
c je me charge de satisfaire à ses vœux », 8ept«*'Yulg. enjo-
livant : ri im^po(fii avrov = conversio eJM (inaWn 0*
12. Q^iB3» pi. de ^B^, c village ». Ils dormiront dans
le village auquel ils arriveront le soir pour se reposer de leur
marche.
1 3. La consommation du mariage aura lieu le lendemain
matin (nD^StC^j) ^ Toccasion d'une promenade dans le site par-
fumé d'une vigne. La phrase qui suit est presque identique à
VI, 11 i; les mots monn nnSJ Q^' y ^^"^ intercalés rappel-
lent l'expression nn MHi TlûO D'^JBjn ("» <3)- — nn
Septante et Yulgate pudiquement : rov; yM^Tovç iiov = ubera
mea ; Luther de même : meine Briiste.
14. Les dudaim( a mandragores »), par suite de leur res-
semblance parfois remarquable à un petit couple uni ont été
considérés comme une drogue aphrodisiaque et surtout comme
un symbole de l'amour ; le nom nm (pour nn) vient de
*m = •m, a aimer ».
RECHERCHES BIRL1QUES %0'i
XVII
Suite du rêve fait par la nouvelle mariée. Se croyant, encore
jeune fille, elle exprime le souhait que son fiancé fût son frère
afin de pouvoir l'embrasser en vue de tout le monde sans être
l'objet de la médisance. Pendant un instant de réveil, elle ex-
prime sa joie de le sentir à ses côtés. En la voyant de nouveau
plongée dans le sommeil, Tépousé adjure la troupe des chan-
teuses de ne pas la déranger. Les derniers procédés sont déjà
rois en œuvre dans ii, 6-7. .
i . Plût à Dieu que tu fusses mon frère,
Que tu fusses celui qui a sucé le lait de ma mère,
Alors en te rencontrant dans la rue j'aurais pu t*embrasser
Sans que personne eût trouvé à me faire des reproches !
2. Je t'aurais conduit et amené
Dans la maison de ma mère qui m'apprend (les convenances),
Je t'aurais- donné à boire du vin parfumé,
De la boisson que j'ai préparée de mes grenades.
A moitié réveillée.
3. (Ah!) je sens sa main gauche au-dessous de ma tête,
Pendant que sa droite m'onlace ! (Elle se rendort.)
Le jeune époux.
4. Je vous adjure, ô filles de Jérusalem !
De ne point éveiller ni déranger
La bien-aimée jusqu'à ce qu'elle veuille (vous recevoir).
Ghap. viii, < . DJ * souvent le sens restrictif de t malgré
cela, néanmoins » ; cf. Genèse, xxix, 30 &.
2, Avant ^^no^n ^^ sous-entendu le relatif iisfî^, t qui
m'inslruit », il s*agit des convenances sociales qui ne permet-
tent pas à une jeune fille d*être familière avec un jeune homme
qui n'est pas son proche parent. — >31D1» mieux qijiot ou
'•il»"!-
XVIII
Fin de Tidylle. Revenus de la campagne dûment mariés, la
jeune femme est félicitée par la foule pour ses goûts cbampâlres»
soi REVUE SéMITIQUC
mais Thérolne, sérieuse, les écoute à peine. En s^adressant
uniquement à son époux, elle Tadjure de ne plus penser à une
autre femme et de ne jamais lui donner Toccasion de devenir
jalouse. Son compagnon la rassure en lui affirmant la perpé-
tuité de sa tendresse pour elle. Cette affirmation est assez tiède
en comparaison des paroles chaleureuses de Tépouse; la
poésie se ressent ici du choc des réalités de la vie familiale et
baisse le ton. Le recueil devait primitivement se terminer en
ce lieu. Ce qu^on lit après se compose de deux fragments tirés
d'un recueil différent et de deux versets sans intérêt et sans
réelle liaison.
5. Quelle est celle qui revient de la campagne
Accompagnée de son bien-aimé?
C'est sous un pommier qu'on t'a éveillée (à la vie);
C'est là que les douleurs qui t'annonçaient ont pris ta mère;
C'est là qu'a été délivrée celle qui t'a mise au monde.
L'épouse (se tournant vers son épovLx).
6. Place-moi comme un sceau sur ton cœur,
Comme un sceau sur ton bras !
Car l'amour est aussi inflexible que la mort,
L'enthousiasme aussi inexorable que leâéol;
Ses traits sont des traits de feu,
Une flamme divine.
L'époux,
7. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour.
Les fleuves ne sauraient le noyer;
L'homme donnerait-il tous ses biens pour l'amour,
Il serait repoussé avec mépris.
5 . Par i3no, « désert > , on désigne non seulement les lieux
arides, mais aussi les lieux peu cultivés et abandonnés au bétail
comme pâturage; le verbe "|3T, « conduire (au pâturage) »,
esi surtout usité en araméen ; cf. n^*^, Michée, ii, 12.
ripaino» participe hitpaJ'el féminin de pjj^ "^(J^j» * assis-
ter, marcher ensemble ».
Les formes verbales du reste de ce verset ont été méconnues
par la tradition. Le texte massorétique signifie littéralement x
RECHERCHES BIBLIQUES 205
Je Tai réveillé (Tj^n^l^J?) sous le pommier ; là t*a enfanté avec
douleur fenSan) ^ mère (tjôî;^); là. a enfanté avec douleur
(celle qui) t'a enfanté (nrnV). ^'^^' ^^^^ '^ ^^^^® ^^ l'époux
qui parle ainsi en rappelant à son Ris nouvellement marié le
lieu de sa naissance et les souffrances qu'elle avait éprouvées
à ce moment critique. Au besoin, une pareille allocution peut
^'expliquer par les regrets qu'elle ressent de devoir se séparer
désormais de son fils qui ira vivre ailleurs avec sa femme. Mais
qui ne voit pas que ce sujet ne cadre guère dans le milîea où
il se trouve? Puis, que vient faire ici le pommier et comment
cette circonstance fortuite peut-elle rehausser le prestige del'é vé-
nement? Cette lecture est également suivie par les Septante
{v7:o iiralov èçnyupi ae ex£c àUvriaiv ttt i [j.riTinp (tov) h l'exception
des trois derniers mots qu'ils ont lus nni'^^ ^nSan HDIS^
(êxec àibmoiv 9t ri rcxoGffa (re). La Vulgatc admet au contraire
pour ^;an le sens de « endommager, détruire, corrompre », et
traduit bizarrement : a Sub arbore malo suscitavi te : ibi cor-
ruptaest mater tua, ibi violata est genitrix tua ». Il y a évi-
demment une réminiscence antipathique de Jérémie, ii, 20 et
III, 2. Luther accepte telle quelle la leçon massorélique et je
D^ai sous la main aucun commentaire moderne pour savoir
comment ils remédient aux erreurs manifestes de la tradition.
La conviction que, par analogie à vi, 6, tout ce verset doit
être mis dans la bouche d'admirateurs étrangers à titre d'éloges
concernant la jeune femme, m'a conduit à corriger la lecture
usitée de la manière suivante que je crois très probable. Je
mets au féminin les verbes avec leurs compléments et je lis -|'^p|
T T
au lieu du second nbafl ^^ ®^ partie avec les Septante nni'^'»
bien que 'ïïmS^ soit aussi possible. Je lis donc : ra^nn nnn
(^^ innV) innV^ n^n nm -ijôx n^?n nm -^rnnir •
« Sous le pommier elle t*a réveillée(à la vie); là ta mère a
éprouvédes douleurs pour toi, là a souffert celle qui t'a enfantée.»
&i d'autres termes : « Tu aimes la campagne et ses arbres,
parce que ta mère t'y a mise au monde; bergère, fille de. ber-
gère; l'amour de la campagne est pour toi un instinct inné. »
t06 RSVim SÉMITIQUE
7. nm^f *" propre, c dte^jalousio », désigne iet la pàaaioa
suprême» Penthousiasme.
XIX
Premier fragment. Les frères émettent Tidée que leur sœur
est encore trop jeune pour épouser Pami qu*elle semble avoir
choisi. Ils sont en outre (Tavis de diminuer les frais pour son
installation au cas où elle céderait à une tentative de séduction .
La jeune fille par une réponse fière dissipe le soupçon et les
rend favorables à ses vues.
Les frères.
8. Nous avons une petite sœur,
Aux seins imperceptibles ;
Que ferons-nous pour notre sœur,
Le jour où on la demandera en mariage?
9. Si elle est (= reste ferme comme) un mur,
Nous y élèverons un pavillon d'argent ;
8i elle est (volage comme) une porte
Nous y attacherons une planchette de cèdre.
La sctur.
10. Je suis (ferme comme) un mur
Et les seins me tiennent lieu de tourelles.
*
* m
Alors j6 leur suis apparue
Comme une garantie de la paix (familiale).
^•9. px nb Dniî^l? '^ développeraeiit des seins marque
rage de la nubilité. — n^ "13Tlt^> sous-entendu a^K^ nnnb-
Les frères ont des doutes sur la conduite de leur sœur et ils
l'avertissent quMIs lui feront des noces peu coûteuses au cas
où elle ne s'amendera pas ; c'est le sens de l'image de la tour
dorée en face de celle de la planche de cèdre.
10. Lire Q^Tijiya au lieu de yiyj^j. — D^tftû^ participe
actif féminin de KlfD» ^^ ^'^ Q^^ trouve, qui apporte » ; cf.
r
REGHBEGBBS BIBLIQUES 907
nXVID mttD pN (^^ Sam., xyuiy 22), « il n'y a pas de nouvelle
qui apporte (quelque chose d'inconnu), qui mérite d'être rap->
portée ».
XX
Second fragment. Salomon se fait des revenus avec sa vigne
qu'il loue avantageusement à des fermiers ; le nouveau marie,
roi d'un jour, entend soigner lui-même sa vigne (sa jeune
femnne) et n'a cure ni des revenus royaux, ni du profit que
les fermiers en retirent pour leur propre eompte.
li. Salomon avait une vigne à Ba^al-Hamon ;
Il remit la vigne à des fermiers,
Chacun d'eux lui donna mille sicles pour les fruits (de son lot).
1?. Ma vigne à moi est inaliénable;
A toi, les mille sicles, 6 Salomon I
Que eeuz qui gardent ses fruits gagnent deux eents sicles (de
leur eôté) !
En se tournant vers la, jeune femme.
13. Toi qui restes dans les jardins !
Les camarades te prêtent leur attention,
Fais-nous entendre ta voix (= une chanson).
La jeune femme,
14. Sauve-toi, mon ami, et sois pareil
Au cerf, au faon des biches,
(Qui gambadent) sur les monts parfumés !
* * • ÎTOn bj^a» ^^^ d*une localité.
1 3. t^y^ûtt/n ^^^ ^^9 ^^^^ ^ ^" ^®'^® T^P^ *^ participe
D^a^VpD? d'autre part, le ^ du dernier mot empêche de le
regarder eomrae le complément du second verbe ; on est donc
amené à supposer que n^lp^ est dû à une faute du copiste qui
devait écrire -j^ip -t^ dont les mots font partie Tun de la pre-
mière phrase, Tautre de la seconde. Outre cela, le contexte
exige de lire ijy^tSEfn ^^ ^^^^ ^^ ^JV^DB^n-
208 REVUE SÉMITIQUE
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
En faisant connaître exactement le sens particulier aux vingt
chants ou fragments de chants réunis dans ie recueil des
Cantiques^ nous nous sommes en môme temps imposé la tâche
de répandre quelque lumière, autant qu'il nous est possible, sur
divers problèmes que la nouvelle interprétation met en relief
et qui intéressent à la fois l'histoire littéraire et la psychologie
religieuse. Aussi longtemps que les Cantiques ont été admis
comme un poème fait d'une seule pièce et d'origine salomo-
nienne tout semblait clair, même la singularité de voir figurer
parmi les hagiographes un livre d'une teneur si manifestement
profane. Le nom de Salomon suffisait pour rendre compte de
cette faveur exceptionnelle. N'a-t*on pas usé d'indulgence
envers un autre livre du même monarque, l'Ecclésiaste, livre
qui révoque souvent en doute les principes fondamentaux du
judaïsme et encourage formellement la jeunesse à mener une
vie de divertissements et de plaisirs ? A ce point de vue, les
Cantiques avaient pour but de fournir une illustration de la vie
luxueuse du harem royal, telle que l'a décrite le héros lui-même
dans rËcclésiaste,.ii, 1-8, et attestée en outre par le livre des
Rois, I, XI, 1-3; et dès le moment que TEcclésiaste avait été
admis dans le canon biblique, il n'y avait plus de raison plausi-
ble pour en exclure les Cantiques. Cette simplicité a fait place
à une complication des plus embarrassantes dans lexégèse
moderne qui abandonne d'un seul coup et l'unité du livre et
son origine pré-exilique et à plus forte raison son attribution
à Salomon. Les questions qui surgissent maintenant touchent h
la fois au caractère et à la base de chaque pièce, au but de la
compilation et à la raison qui l'a fait recevoir comme une œuvre
salomonienne qui est le point de départ de son admission
comme un hagiographe.
Obligé de dire un mot sur ces problèmes divers je m'y résigne
sans réticence, tout en sachant que le sujet est digne d'une
étude plus complète.
RECHERCHES BIBLIQUES 209
LES PERSONNAGES DBS POÈMES
Conforniément à leur caractère nuptial, le rôle principal
est dévolu au jeune couple tantôt avant tantôt après leur mariage.
Le second cas se reflète dans la majorité des chants par des
expressions telles que pi^ y^-] HTDti {h ^h nnn ibXDtîf
>B7î<-|^(ii, 6; vin, 3), ijjjf-i]; (i, 1T), par la mention du re-
pas et des camarades invités (i, 12; ii, 4-5; v, \ ; vu, 13);
par la libre fréquentation entre les jeunes gens (iv, 8 ; v, 2 ; viii,
S); nnais en dépit des dénégations trop absolues, certaine scène
se passe avant la consommation du mariage, parfois à un nota-
ble intervalle. De ce genre sont : le dialogue entre la bergère
et le berger dans i, 7-8 (= m), la promenade au printemps
(n, 8-17 et iv, 1-8 = ixetxii), le panégyrique de la Sula-
raile(vi, 11, VII, 7 =xvi). L'entretien intime, vu, 8-viîi, 2
a aussi lieu avant l'accomplissement du mariage. Deux frag-
ments enfin : i, 5-6; i, 7-8; vu, 8-10 (==ii, m, xv, xvi,
XVII) placent la jeune fille dans une situation d'indépendance
très remarquable. On peut y joindre Tallure dégagée de la
troupe des chanteuses (i, 2-i ; ii, 7 ; m, 5 ; v, 8-9, 1 6 ; vi, 1 ;
VIII, 4), dites c filles de Jérusalem » qui n'étaient certainement
pas des femmes mariées. Tout cela annonce un état de société
primesautier non encore racorni par les pruderies rabbiniques,
ni assombri par le pessimisme de l'Ecclésiaste. L'amour de la
nature, le culte de la beauté, le penchant pour le chant et la
danse et les autres agréments de la vie font supposer en outre
une période de paix et de sécurité nationale coïncidant à peu
près avec celle qui a vu naître la série des psaumes de satis-
faction et d'actions de grâce lxxxv, cxliv, cxlix. Comme le
canon biblique y compris les Cantiques était déjà formé au
temps de l'Ecclésiastique (200-280 avant J.-C), la compilation
de nos poèmes doit remonter une cinquantaine d'années plus
tôt, c'est-à-dire à 340 environ. A l'époque alexandrine, les
mœurs juives avaient déjà pris Tair morose et sévère qui a
frappé les Grecs. D'ailleurs avec la domination des Diadoques
l'amour vénal et grossier s'était bientôt substitué aux aspira-
tions chastes de nos héros. Pendant cette période troublée
210 REVUE SÉMITIQUE
les excursions d* agrément dans ie Galaad et le Liban n'auraient
pu être conçues même en rêve. Par la couleur du langage,
comme par l'emploi régulier du ^ relatif, nos chants rappel-
lent le style des derniers psaumes qui ne sont certainement pas
postérieurs à Néhémie.
Au sujet des noms propres nous n'avons pas grand' chose
à ajouter à ce que nous avons dit dans le commentaire. Le
vrai héros de nos chants, le nouveau marié, reste nécessaire-
ment anonyme ; cela découle de l'essence môme de cette poé-
sie qui s'applique indifféremment à tout homme qui se marie.
On le considère comme un roi, on l'identifie même à Salomon
célébrant son mariage, mais c'est une pure métaphore et nulle
part Salomon n'apparaît comme sujet réel des descriptions ni
comme acteur dans ces petits drames romanesques. Dans les
rares occasions où son nom est mentionné, les poètes parlent
de lui à la 3* personne (i, 5 ; m, 7-1 1 ; vni, 1 1) ou le distin-
guent formellement de leur héros (viii, 18). Cette mention
n'a pour eux que le seul but de placer leurs fictions pendant
le règne heureux de ce fastueux monarque. La Palestine
jouissait alors d'une paix complète; la Pérée et la contrée du
Liban avec Damas en faisaient partie et présentaient le même
état de sécurité que la Judée. Dans ces conditions les habitants
de la capitale pouvaient se donner le plaisir d'aller voir les fa-
meux réservoirs d'Hesbon, de regarder paître les innombra-
bles troupeaux du Galaad et d'admirer la beauté alpestre du
Liban. La contemplation de la nature dans toutes ses variétés
enchanteresses s'offrait surtout aux jeunes bergers devant
lesquels les grasses prairies du nord s'ouvraient à perte de vue
avec leurs fleurs embaumantes et leurs cèdres majestueux. Au
commencement du printemps, ils gambadaient lestement à Ira-
vers les montagnes pour venir inviter leur bergère à faire des
excursions dans les vignes fleuries et les bois verdoyants.
Toutes les descriptions sont adaptées à l'idéal qu'on se faisait
de ce passé lointain.
Par la même raison, les héroïnes de nos chants ne portent
pas de noms propres; tout au plus les identifie-t-on à la belle
Abisag, compagne de David, sous le sobriquet de Sulamite,
imité de l'attribut Sunamite, qui désignait la première en qua-
RECHERCHES BIBLIQUES 211
lité de native de la ville de Sunêm. Elle n'est jamais appelée
reine ; des reines il y en a six dizaines dans le sérail du grand
roi ; sa qualité de bergère et sa beauté incomparable lui tiennent
lieu de tous les titres du monde ; on peut flotter enlre plusieurs
princesses, on ne peut aimer qu'une seule bergère. Celle-ci
est d*ailleurs la fille unique de sa mère qui se charge de son
éducation ; il n'y a qu'un cœur de mère qui puisse contribuer
à perfectionner la fille charmante qu'elle a mise au monde ;
cette aptitude manque totalement au père qui ne s'en préoccupe
jamais. Aussi la bergère n'a-t-elle qu'un plaisir^ c'est d'intro-
duire son fiancé auprès de sa bonne mère pour le régaler de
fruits et de sorbets préparés par elle-même. Au sein de sa
famille, la jeune fille rencontre de l'opposition chez ses frères,
qui lui imposent des occupations qui nuisent à sa beauté, ou
émettent sur son compte des soupçons blessants, mais elle sait
s'en tirer à son honneur. Le jeune homme au contraire n'a à
subir aucune vexation quelque légère qu'elle soit ; il est libre
de ses mouvements et personne ne trouve rien à redire quand
il invite sa fiancée à faire avec lui de longues promenades
dans la campagne pendant une journée. La médisance serait
du reste sans la moindre base, sa fiancée dans laquelle les so-
lides qualités de la « femme forte ^e» d'Israël ont trouvé un épa-
nouissement précoce est la meilleure sauvegarde contre un
débordement éventuel de la passion. Son pouvoir sur lui est
si absolu que, sur une parole d'elle, il défère la consommation
du mariage jusqu'à Toccasion de leur excursion dans la cam-
pagne durant la saison fleurie. C'est elle qui ordonne ; son
bonheur à lui consiste dans l'obéissance sans condition. La
grande liberté laissée aux jeunes filles de l'époque a trouvé
son expression dans l'allure dégagée de la troupe des chanteu-
ses qui n'étaient certainement pas des femmes mariées. Elles
expriment le vœu d'être embrassées par le jeune homme, de
composer des chansons erotiques sur sa personne, et s'offrent
même de chercher avec la mariée son jeune époux disparu.
Ces Caits sont racontés dans un ton de candeur et de sérénité
qui dénote des mœurs simples et patriarcales*
A coup sûr, ces tableaux sont des scènes imaginaires vues
en rêve ou combinées par la fiction poétique, mais qui ne voit
812 REVUE SÉMITIQUE
pas que les événements rêvés ou les structures fantaisistes
elles-mêmes doivent reposer sur un état de civilisation» de
mœurs et de coutumes qui permettent de les concevoir?
Prenons quelques exemples. Que les aventures nocturnes de
Tépousée se heurtant aux agents municipaux ne se présenteraient
pas à Tesprit d'un barde de nomades, c'est là l'évidence même.
Mais beaucoup d'autres traits peignant les usages populaires
comme le rôle des chanteuses dans les célébrations nuptiales,
les parties de plaisir dans les montagnes et les vignes, la libre
disposition accordée à la jeune fille de se choisir un mari selon
ses inclinations, la fréquentation entre les fiancés avant leur
mariage et par dessus tout le trait si caractéristique de la fa-
culté donnée aux intéressés d'effectuer la consommation du
mariage en dehors de la chambre nuptiale et pendant un voyage
dans la campagne, tout cela forme un cadre pittoresque que
les trouvères les mieux doués n'auraient pu imaginer si les coutu-
mes populaires le tenaient pour illicite, ou seulement pour incon-
venant. On peut admettre tout au plus que dans la pratique,* ces
faits arrivaient rarement, que l'autorité paternelle ou religieuse
contrecarrait énergiquement ces manifestations instinctives
du romantisme, que les escapades champêtres ne rompaient
que de temps à autre -le cordon prophylactique et bigot qui
entourait invisiblement le couple amoureux complotant de
terminer leurs < justes noces » d'une manière hautement esthé-
tique ; tout cela non seulement rend impossible de nier l'exis-
tence des faits eux-mêmes, mais oblige d'admettre au contraire
que nos poètes expriment en réalité la pensée et le vœu de
toute la jeunesse contemporaine qui avait de la vie une con*
ception plus riante que celle des moralistes âgés. La vie cloî-
trée et contrite est monotone et ennuyeuse, l'élan de la poésie tend
vers la lumière et l'agrément; le poète aime à généraliser dans
un tableau enchanteur les traits épars qui illuminent par-ci par-
là l'aurore du jour où le jeune couple fait serment devant la
grande nature de vivre désormais l'un pour l'autre. Il faut un
pinceau délicat pour rassembler ces nuances fugitives, le plus
grand artiste ne pourrait les créer de sa propre imagination.
Heureusement, les incidents qui caractérisent nos cantiques
ont été observés chez d'autres familles des peuples sémitiques
' i
RKCHERGHES BIBLIQUES 213
et en particulier chez la famille arabe, la plus conservatrice de
toutes. Les publications folkloristes des derniers temps sur les
cérémonies du mariage chez les Arabes nous montrent des paral-
lèles saillants qui rappellent plus d'une fois les scènes mignon-
nes qui ont hanté l'imagination de nos bardes. Au lieu d'étaler
une érudition facile je me contenterai de quelques extraits
puisés dans un recueil de notes publié tout récemment par
M. Gaudefroy-Demombynes sur les cérémonies du mariage
chez Us indigènes de V Algérie (Maisonneuve, éditeur. Paris,
1901),
1 • La liberté de la jeune fille de disposer de sa main, c Cet
usage disparu presque généralement en Orient subsiste en-
core chez les tribus nomades. Chez les Bédouins des déserts
de Syrie, la femme donne son avis beaucoup plus nettement
que dans les villes et elle peut se rencontrer avant le mariage
avec Thomme qui la recherche : l'amour joue un rôle très
considérable dans la poésie, et pas seulement sous la forme
de l'adultère » (Op. c. p. 16, note).
2. L'épousé est le roi du jour. C'est un fait consigné par-
tout dans la littérature talmudique et en usage courant chez
les Israélites. H n'est pas moins usuel chez les Arabes. Dans
les Djebalasdu Maroc, le sultan (= le jeune marié) a tout pou-
voir sur ses garçons d'honneur, qui prennent le nom de vizirs
(ouzara). Chez certaines tribus bédouines de Syrie, on met le
jeune marié sur un trône comme un roi. On peut comparer
à ces coutumes le chapitre m du Cantique des cantiques, et
surtout le verset 1 1 : « Sortez, filles de Sion et regardez le roi
Salomon , avec la couronne dont sa mère l'a couronné au jour
de son mariage, et au jour de la joie de son cœur. » L'usage
exitait déjà en Syrie aux premiers temps de l'Islam et scanda-
lisait les Bédouins de pur sang : c'est ce qui résulte d'un récit
duKitab el*Âghani, qu'il serait trop long et trop imprudent de
traduire ici tout entier. Un Bédouin nommé Nahid, c rude
comme une bête sauvage », allant à Alep passe dans un
village et s'étonne du nombre des maisons et de la foule qui
circule dans les rues. € Tandis que je restais là tout ébahi, un
homme vint à moi et me fit entrer dans une vaste maison.
Nous pénétrâmes dans une chambre dont le sol était couvert
i
314 RBVUE SÉMITIQUE
de tapis et de divans : un jeune homme y était assis; ses che-
veux pendaient en boucles jusqu'à terre, et les gens étaient
rangés en deux fîtes devant lui. C'est là, dis-je en moi-même,
Témir dont on nous a conté qu'il siège au-dessus de ses gens,
assis en ligne devant lui. Et je dis en m'inclinant : c Salut, ô
émir, que la miséricorde et les bénédictions de Dieu
soient sur toi. » Cependant un homme me tira par la manche
et me dit : Assieds-toi, il n'y a pas d'émir. — Qui est donc
celui-ci, m'écriai-je ? — C'est un jeune rharié, me répondît-
il. . . » (Op. c. p. 42, note.)
3. Le vœu exprimé par les chanteuses d'être embrassées
par le nouveau marié (i, 1), n'est probablement qu'une méta-
phore pour la phrase prosaïque : <t puissions-nous être bien
reçues ! ». La coutume arabe a cependant conservé une céré-
monie analogue dont l'épousé est Tobjet de la part des femmes
invitées : oc Âpres l'union des épousés la mariée reste assise
dans la chambre nuptiale, tenant les yeux modestement bais-
sés. Les femmes viennent alors lui rendre visite et baiser la
main du mari, qui leur remet à chacune une pièce de mon-
naie; on appelle cette cérémonie le baisement de la tête, bous^
sat er-râi, bien qu'il s'agisse en réalité d'un baisement de
main. » {Ibid.y p. 63.) Ce désaccord entre le nom et la chose
semble plutôt être dû au piétisme moderne ; primitivement, le
baisement concernait la tête et la figure même du jeune homme.
4. Notre poète fait garder le lit nuptial de Salomon par des
guerriers armés d'épées afin de rendre impossible toute sur-
prise fâcheuse pendant la nuit (in, 7-8). L'agada rabbinique
dit clairement qu'il s'agit de l'attaque éventuelle des démons,
mais elle présente la chose comme si les esprits malfaisants
avaient l'intention d'enlever Salomon pendant son sommeil.
On voit facilement qu'il y a là une tentative d'expliquer les
contes populaires relatifs aux enlèvements de femmes par les
démons issus de l'ancienne mythologie. Ce commentaire est
illustré par la coutume arabe qui cherche à protéger la jeune
fille aussi bien à son entrée dans la maison du mari que pendant
la première nuit de noces. « Une heure et demie après le coucher
du soleil, le père de la jeune fille l'installe dans sa litière et la
confie à des amis invités à dessein, qui lui font cortège jusqu'à
RECHERCHES BIBLIQUES 815
la maison de son mari; si la route est large, ils se 'contentent
d'entourer la mule et son précieux fardeau ; dans les rues
étroites, ils prennent eux-mêmes la litière sur leurs épaules.
Durant le trajet Tun d'eux tient à la main le sabre dont il a
été parlé plus haut et il en dirige la pointe vers l'intérieur de
la litière afin d*écarter les djinn. On pense en effet que ceux-ci,
voyant la mariée si belle, sont pris de jalousie et de désir, et
cherchent à la lui enlever pourjouir eux-mêmes de ses charmes :
on en a vu jadis de nombreux exemples. Le sabre qui la pro-
tège si bien durant son voyage à la maison de son mari, reste
auprès d'elle dans la chambre nuptiale pendant sept jours et
continue à la défendre contre les entreprises des djinn amou-
reux. > (L. c. p. 37-38.) M. Gaudefroy-Demombynes revient
plus loin sur la même croyance : a Les craintes superstitieuses
assaillent alors les amis du marié et lui-même. Peut-être un
ennemi lui a-t-il jeté le mauvais œil ; peut-être des sorts font-
ils fait marbouthj noué, impuissant; peut-être aussi le djinn
ravisseur de filles, khaththâfel 'arâïs guette-t-il dans l'ombre
sa proie. Car ce sont là des faits bien connus; la grand'mère
du marié, qui a soixante-dix ans, a vu, dans sa jeunesse, une
femme enlevée ainsi par un djinn^ et elle a soigneusement
prévenu son petit-fils. Un personnage important de Tlemcen
m'a raconté qu'il y a sept ou huit ans un individu étranger
avait réussi à s'introduire dans l'intimité d'un marchand de
la ville et à épouser sa fille ; le lendemain de la nuit de noces,
il avait disparu. C'était un djinn (1. c, p. 48-49, note 2). A
Conslantine les mesures protectrices envers la mariée sont
également à l'ordre du jour ». Les faqyrât sont venues se ran-
ger devant la porte de la chambre nuptiale et leurs incanta-
tions ont éloigné les sortilèges des djinn (I. c. p. 60).
5. Enfin, le trait le plus frappant des versets vu, 12-13,
annonçant la possibilité pour la jeune mariée d'exiger que la
consommation du mariage ait lieu dans la campagne est encore
en plein usage et même exagérée chez les nomades dans une
contrée pleine de réminiscences bibliques. Ce fait a été déjà
observé par le premier voyageur sérieux dans l'Arabie du nord.
€ Burkhardt relate la coutume très particulière des Mézéiné du
Sinaï. Après le simulacre d'enlèvement qui a été raconté plus
216 REVUE SÉIOTIQUE
haut, la jeune fille s'enfuit dans la montagne, où le jeune
homme la cherche plusieurs jours et où elle est nourrie par ses
jeunes amies. Le mariage est consommé dans la montagne et
le lendemain la femme revient dans la tente de son père; puis
elle s'enfuit de nouveau, et recommence ainsi jusqu'à ce qu'un
état de grossesse très avancé Pamëne pour la première fois
dans la tente de son mari. Chez les Djébaliés de la même ré-
gion, tribu de formation récente, la femme habite trois jours
la tente de son mari après la consommation, puis elle s'enfuit
dans la montagne, où son mari va la chercher d (I. c,
p. 35-36-, noté). Il est plausible de voir dans ces escapa-
des nuptiales, si curieusement permises par la coutume des
tribus susindiquées, l'intention d'attester de nouveau publique-
ment que dans le premier cas la mariée a conservé sa condi-
tion antérieure de femme libre ; dans le second cas, qu'elle a
passé du rang d'esclave à celui d'épouse .légitime. La crainte
des djinn a perdu toute raison d*être après les cérémonies
prophylactiques pratiquées le soir des noces.
Inutile de multiplier le nombre des parallèles par des détails
plus menus qu'il me serait aisé de relever. Ceux que nous venons
d'indiquer suffisent à confirmer la sentence émise ci-dessus :
les poètes des Cantiques ont idéalisé les coutumes nuptiales
de leur époque qui tombe, selon mon sentiment, vers la fin de la
domination des Achéménides pendant laquelle la Palestine
jouissait d'une autonomie assez étendue pour maintenir son
goût naturel des joies de la vie de famille et des beautés de
la nature champêtre.
On doit seulement poser la question de savoir si ces poèmes
ont été mis par écrit par les poètes eux-mêmes ou bien par quel-
qu'un de leurs auditeurs? Cette seconde alternative semble
mieux expliquer l'état fragmentaire et décousu dans lequel ils
ont été réunis dans le recueil. Le compilateur primitif n'a
eu aucun intérêt à y pratiquer des changements ; son goût de cu-
rieux étant satisfait, il aurait diminué son plaisir en y faisant
des coupures ou en y introduisant des interpolations. Combien
de temps a duré l'état anonyme du recueil ? On ne le saura
probablement jamais. Un beau jour cependant il fut pris pour une
œuvre continue et attribué au roi Salomon. S'appuyant sur cette
RECHERCHES BIBUQUES 317
opinion qui avait su gagner les suffrages de quelques hommes
instruits, un scribe expéditif mit en tête c Cantique des Can-
tiques de Salomon i» et lui donna ainsi un prestige religieux
qui lui manquait jusqu'alors. Dans quel but? Evidemment dans
le but d*en faire un hagiographe à Tinstar des deux autres
livres réputés salomoniens, les Proverbes et TEcclésiaste. Sa
sincérité n'est pas en jeu, puisqu'il ne faisait que se conformer
à une tradition courante, mais il avait trois autres excellentes
raisons pour vouloir que le rouleau des Cantiques fût un
recueil respecté .
En premier lieu, la représentation du mariage sous les
couleurs les plus agréables était pour ses contemporains et
lui une manière très efficace d'encourager la jeunesse à
acC'Omplir aussi tôt que possible le premier commandement de
Dieu au couple humain : < Croissez et multipliez et remplissez la
terre » (Genèse, i,38). La tradition juive insiste impérieusement
sur la sainteté et l'inviolabilité de cette loi, base de la société hu-
maine et condition sine qua non de l'existence d'Israël, ce
seul propagateur du monothéisme dans le monde, que les graves
épreuves attachées à sa destinée menacent continuellement de
rayer de la liste des nations. Le jeune Israélite doit se marier
à l'âge de 18 ans; quand il laisse passer sa SO' année sans
entrer dans les liens matridfioniaux on le considère comme un
délictueux. Le célibataire âgé ne peut d'ailleurs exercer au-
cune fonction publique dans l'instruction ni dans l'office de la
Synagogue.
En second lieu, la forme innocente et naïve du recueil
avait le grand avantage d'atténuer considérablement la sévère
condamnation que les prophètes avaient prononcée sur la mo-
ralité de Salomon après qu'il se fût affermi dans la possession
du gouvernement. Il est dur pour un peuple de savoir que le
sage le plus illustre de sa race dans l'antiquité a eu des mœurs
absolument corrompues. Par la canonisation de ses poésies ero-
tiques, d'allure innocente au fond, on lui ménageait des lueurs
d'une vertu naturelle qui font paraître ses excès comme un
débordement momentané de passions invincibles. Cette ten^
dance à excuser les méfaits des Davidides, à commencer par
David lui-même, est arrivée au pinacle dans les deux sentences
818 REVUE SÉMITIQUE
talmudiques que voici : Celui qui dit : David a commis un péché
(d*adultère avec Betbsabée, femme d'Urias) affirme une grave
erreur », et ce Celui qui dit : Salomon a commis le péché d'ido-
lâtrie (en construisant des temples aux divinités païennes)
affirme une grave erreur » . Bethsabée devait appartenir à David
par un décret éternel; quant à Salomon, il a seulement eu Tinten*
tion d*élever ces constructions défendues, mais il n^a pas réa*
lise son intention. » Cette manifestation générale d'indulgence
envers les rois les plus célèbres de la dynastie qui, quoique dis-
parue depuis des siècles, doit néanmoins briller d'un éclat in-
comparable à répoque messianique, a également animé Tauteur
de Tentêtede notre recueil.
En troisième lieu, l'admission des Cantiques comme une œuvre
inspirée avait l'avantage de faire mentir la proposition dange-
reuse du livre des Proverbes, d'après laquelle les plaisirs défen-
dus sont plus doux que les plaisirs légitimes : a les eaux volées
sont douces, le pain mangé en secret est toujours agréable »
(pyy annoanbl 1pnD'»D''313JD^D. Proverbes, ix, 17), Ce
proverbe, mis dans la bouche de la fenune folle ou passion-
née et désapprouvé par l'auteur, est quand même plein de
séduction pour des gens peu scrupuleux. La littérature
romantique la plus morale dans ses tendances fait incons-
ciemment la propagande des vices qu'elle combat et principa-
lement de l'adultère. Quoi de plus séducteur que la fine et vivante
analyse que le passage des Proverbes, vu, 5-23, consacre aux
agissementsde la femme infidèle? Le moraliste a beauinterca*
1er dans chaque pause de son récit des observations sages et pru-
dentes, le lecteur reste sous la fascination du plaisir que la luxure
semble apte à procurer. Je le répète, il semblait nécessaire de
réagir contra l'effet délétère de cette partie des Proverbes,
en montrant que les unions légitimes donnent lieu à des jouissan-
ces incomparablement plus intenses et plus agréables dès le mo-
ment qu'un amour sincère et destiné à ne jamais faiblir relie les
jeunes cœurs. Notre recueil, abondant en scènes charmantes
se passant tantôt dans une pénombre attrayante, tantôt devant
la nature printanière ou devant un public enthousiasmé et
éclatant en mélodieux dithyrambes, parut être le meilleur
antidote contre le poison mielleux des passions illégitimes.
RECHERCHES BIBUQUES 819
Quand notre recueil fut devenu hagiographique, on a pu sans
grand*crainte le mettre entre les mains des étudiants en âge
de se marier. Je dis c sans grand'crainte jd parce que si des poèmes
comme nos Cantiques répugnent à toute application abusive,
Texaltation de la beauté de la fiancée ou de l'épousée ne
laissait toutefois pas dMnspirer quelque souci sur le sort des
jeunes filles peu favorisées par la nature. Un autre barde se
chargea d'y porter remède en composant une ode en l'honneur
delà femme vaillante, proprette, soigneuse, ménagère, indus-
trieuse, compatisssante pour les indigents, bonne mère de fa-
mille. Cette ode annexée aux Proverbes, toujours comme une
œuvre de Salomon, finit par ces paroles significatives à l'adresse
de Thérolne :
Beaucoup de femmes se sont vaillamment conduites»
Mais toi, tu les dépasse^ toutes.
Fausse est la grâce, vaine est laibeauté,
Une femme qui craint Yahwé mérite seule des éloges.
Rendez-lui les honneurs qu'elle a bien gagnés
Et exaltez ses actes devant le grand public! (Prov., xxxi, 29-31).
Notre recueil eut toutefois à subir une dernière épreuve. Â
la naissance du christianisme, son prestige avait fortement
baissé. L'Évangile le passe sous silence et les pharisiens sont
bien près de le supprimer comme une œuvre licencieuse.
Heureusement, le système allégorique de Philon avait déjà eu
le temps de se propager en Palestine. H fut sauvé et définiti-
vement sanctifié par le mysticisme sectaire.
J. Halévy.
I
V
La fixation déflnitÎYe de l'alphabet safaitique
(Suite.)
> < Par Habib, fils de S&ni et Nami% (fils de) Waalat,
^ ' (fils de) Rafb. »
];03 ^6 4*j ; on est tenté de corriger ^q^ = aj ou ^qj
^- — nai. héb. nai-
101 . -ity p p-i p d[v] p 10 p (?) -hi p nais'jb
« Par Nasbat, fils de fiagar (?), fils de Mar, fils de 'Âm,
fils de Raban, fils de Sarr. »
D3t£^3» *— *ij. « fortune, biens ». — l'jj impossible; cor-
riger -ijo,^, ou 133.^. ity.j^.
1 09. • . 3 p 1DX3 p 33n p Nitrb
< Par Sani, fils de Ilabib, fils de Ba'asu, fils de B. . . >
Tous ces noms sont connus
113c.
bp D1K p na^r p w^^H 3n p bîoi p rhno p noNK*?
< Par Â'sad, fils de Mublim, fils de Rab'êl, fils de Habb,
[fils de] Àsyam, fils de °Abd, fils de Aus, [fils de] Qal. >
"IDNN. forme élative de -jqx- — D"»îî^î<. rir^- — hp> J^.
119*. (?)t:;p p n-iDîf''?
praffite déjà cité à propos du ^.
1 29. . . .js-iy p Dty p bxbnb
Inscription déjà citée à cause du troisième nom. — Qgf se
rapporte à ^.
J
FIXATION DE L* ALPHABET SAFAÏTIQUE 2î1
131. Même pierre. TVifh
^ Par Sarad d
Lecture douteuse; de ^^, t s*enfuir, se réfugier ».
13^. Même pierre.
« Par Maqtar, fils de Si^aêl. >
JttûpO ^^ probablement une faute pour -)^pD» de^tî. —
bn^^y € compagnon (aj;,) d'Êl ».
133. Hal., 187; Vog.,203.
DpD p Dbiy j;n^ p 3V31 "lytî'o p ^312^0^
Déjà cité à propos de j;n^ .
137. "^Bfp p noâ^jrpb
€ Par Qa^'sammat, fils de Qaéal. >
_ .ÀA9 et »-£*iî
*j2fp est peut-être l'arabe J^.
1 38. na^ p on p ba^p p nott^P p (•) =in^
« Par Ab(?), fils de Qa'saramat, fils de Qaàal,
fils de Bas, fils de Yafakh. »
PIS^ ^r- -<^? "°°^ nouveau.
139. Hal., 180; Yog., 196.
anx p bty:b
bt£^3 de JjJ, € tirer, extraire, dérober ». — nnx» élàtif de
144. .••pn:nt:;b
« Par Sarbab, fils de . . . »
fiyilfy l*arabe possède un mot ^^ avec kh dur.
notyypï ®" arabe on a les quadrilittères v^.
22S REVUK 8ÉHITIQUS
<60. Hal., 125 ; Vog., U2; Wetz., pi. II, « *.
c Par Daras, fils de Mumsi, fils de Ba'haru (?). »
Le premier nom est qtj, q^I O" D3"I) cT^-^» « '"•c* »• -
^te^DO = v.5^^ > « qui fait marcher » . — linya est obscur
<61. Hal., 424; Vog., 438; Wetz., pi. II, 2 a.
mjra p 'îs^d'?
Père du précédent.
164. ' ■ ■ ÎÛD }2 b^iffb
« Par Sakl, fils de Mat. »
ho^ est l'arabe JC*,, « forme ».
1 66 o. . . . p V)3jj,l,
Même personnage.
168*. Hal., 126; Vog., 139.
P p 3-|t2f^
« ParSarib, filsdeHann. »
21^ de w^i^, « boire ».
1 69 *. jîjn p np^ \2 upD p pn f a aits^'*?
<( Par Sarib, fils de Hanan, fils de Saqam,
fils de Ya*a, fi'ls de Khêlan. »
Même personnage avec une généalogie développée. — n»'
est un nom nouveau.
no. Hal., 117; Vog., 131.
ybvH p neoa p p s-iiyb
« Par Sarib, fils de Ben-NakSat, fils de A'Ia?. »
176. Même personnage que dans 168.
FIXATION DE l'ALPHABET SAFAÏTIQUE 2Î3
179 a. pD [|b3Sfe^îj
« Par Sayab (?), fils de Saq[am?]. »
Copie douteuse.
179 J. . . .OB iifc^ p d^^ià
« Par Aèlat, fils de Sarib(?). . . »
Le second nom est très douteux.
180. bxt^nspbDvvb
oc Par Sayu, fils de Sal, fils de Fa^sêl. y>
Déjë cité à propos de yt^.
191c. ^yi^ p |tîfbx p îzrpy b jb
« Par Gal*aqas, fils de Alsan, fils de La'^l. »
Tout est douteux dans cette inscription. Le premier nom
est peut-être {j^p^ {^J^) "p î 'es racines ^! et JaJ existent
en arabe.
194. Hal., 137;Vog.,151.
c)i p ntyybjb
nt^i^bi serait-il un dérivé nif^al de ;j^^3 = ^»r ? La copie
de M. de Vogué omet le ^. — c\') est ausM un nom singulier;
h correction c^q n'est que possible.
205 a. VkD^V Î^ HD p ni'irj p ^DH [2 DpD p btî^b
« Par Sali, .fila de Muqlm, fils de Haml, fils de i\asrat(?),
fils de Katt, fils de 'Ârm'êl . »
Ces noms sont connus; on hésite entre nittfj ®t nSlîfJ-
210. nnîy p -iBib
-^QT de y^; Qniî^ = *^, « agile, audacieux )).
218. fefp--, p ^nb
(( Par Haï, fils de Raqs(?). »
Ji/pl probablement ^!. participe de ^^, ce orner, parer»*
SSi REVUE SÉMITIQUE
« Par Khalid, [fils] de Sani. >
Noms connus.
< Par Fali, fils de Sawwat, fils de Sa*d (?). >
jyWlî/t dérivation douteuse.
T5f3; à corriger -jp^ d'après le rVTQ ^^ "' 235.
228. Hal.,292; Vog., 309.
nsDS p fc'Dnb
230. »jp3 îjniT ij^-|S5 D^D p tTljjb
a Par Qabis, fils de Sa'm; pâturage et dattes fratches(?). »
ttfnp» sr. t^iisvi, [/i»Jl; les substantifs arabes ^, J*^, et
Lu forment la base de la traduction, d'ailleurs toute conjec-
turale des trois derniers mots de ce graffite.
231. ûbn« (•)tOTiB ayiK p hi<Th
a Par Hann'êl, fils de An'^am et lias (?), (fils de) Ab^aj. »
232. «^31 p jtinb
« ParRasan, fils de Wan^él. »
ften de ^j ; x^iT faute pour ^^jj^jv
233. '^Yn tîfvbxji p p-h
a Fait par Rasan, fils de Wan'êl, (fils de) Was,
(fils de) Khadal. »
Même personnage, bien que le nom du père puisse être lu
FIXATION DE l' ALPHABET SAFAÏTIQUE 235
344. nn p fjTD p v'^ p Dsyb
a Par 'Abt, fils de Si', fils de Sa'n, fils de Hain. »
«2f, cet élément se trouve datisle composé 'jjtytî/J "" ^^^-
« Par Waddi, fils de Qas. »
v^^ semble venir de Sj oa ^j, « dieu de Tamour ».
a ParHanêl, fils de Nasa'êl. »
L'élément yg/j correspond à l'arabe mjJ} ou i-iJ.
« Par Asel, fils de Gazam, en mémoire de M. . . »
E^X ®st à lui seul un nom d'homme n'* V. 257'(?). — a^j, ^^.
273. Mal., 287; Vog., 304.
abD« p ninx p t\s3 p inos p bn p noi p ^ab
« Par Bani/fils de Asad, fils de Khal, fils de Âskhar^
fils de Bâîs, fils de Ahnat, fils de Aslam. )>
1D1 peut-être j.^^; la correction ^qj{ est possible. — On
hésite entre i2;K3 de j^y et tif^l» J^^.
276. tyon p VT''
Graffite déjà cité à propos de la lettre ^.
277. ..-Dp Î^TDnxb
« Par Abmas, fils de K.. . »
fcTSnN» iT*^'» ^^ décharné, doué de jambes grêles ».
284.
[jbn DbnDpn snix pno p pT:;x3 nb p obn bnsb
« Par Badal, fils de Hais, fils de Lad et Asraq, fils de Maljran,
(fils de) Arbab, (fils de) Têman, (fils de) ArUab, (fils de)
Mublis, (fils de) Têm(an ?). »
MYOI lâUTlODI 15
226 REVUE SÉMITIQUE
D^jn. cf. Hal., 309 *; Vog., 326 *. — ^^, Hal., 13i ;
Vog., 148. — pl^yx ^^ l5/^'' ^ brillant, resplendissant ». —
ÎTID ^® j^ ^^ rf^ 5 '^ copie ne permet pas de lire ou de cor-
riger [jo]xnnD î P*^ conséquent, le nom suivant est ^niX =
v.^^^! et non n2m- — D^HD» dérivé de D^n- ^^ fils de
Mut^lis portait probablement le nom de son grand-përe.
300. Hal., 285 ; Vog:, 302.
<c Par Saddâd, fils de Ta% fils de Mumin (ou 'Auman). »
•n;j^ = ^Ijjl, ou Jwj^, <k fort ». — j^£3 = c^ ou «.ji,. —
jQ^Q= ^U, € fidèle j) ; mais la lecture m^^ est aussi possible.
313. ja'^iy'»^
« Par Sait . »
^'^^ =Ui;», « couteau /> ; ce jj^ est le radical et le ^ ne peut
entraîner la substitution en ^^ comme c'est le cas du q.
316. novN nsD p i);trD f[b ^jab
a Par Banî, fils de Mus'^ir, fils de Safad, (fils de) A.smad. #
La boucle du i n'est pas achevée.
317 a. nao fD i^^o p JV»^
€ Par Ma^ag, fils de Mus^'ir, fils de Safad. »
Un autre fils du précédent.
317*. -m nsD p nj^uDb
(( ParMus'ir, fils de Safad... »
Père du précédent; le groupe -n^ est obscur.
318. nao p 1^ tTD p Di?ix p mn V
(( Par Harb, fils de An'ara, fils de Mus^ir, fils de Safad. »
Petit-fils du précédent.
FIXATION DE L*ALPHABET SAFAÏTIQUE 227
€ Par An'am, fils de Mus'ir. »
Père du précédent.
c Par Gatiak, fils de Mu'^sir. >
Frère du précédent.
323, Au milieu des lettres effacées ou mal formées, on re-
connaît la formule ^hb nbw N3ïr Nina -ny ^na dont
robscurité reste aussi épaisse qu'auparavant.
« Par Asara, fils de Yamsakêl. »
atrx de ^1 ou de ^ ; le jjest très distinct, impossible de
le prendre pour un pf. —Le premier élément de^j^DDû^ vient
de -|oo qui se présente isolé comme nom d'homme.
€ Par Sarq, fils de A*nan (?). »
p^ = ô/^- — Où est tenté de corriger n^j^ en ^^^j^,
nom connu.
334. Ual.,373; Vog., 391.
« ParSalaq, fils de lias, »
La copie de M. de Vogiié est très distincte.
337. Hal., 163; Vog., 177.
p p T^N pb
€ Par Ben-Asyar (Asyab?), fils de Kan. »
Les deux lectures -)iurXi tr^tj et ^itt^Xt s_..xi.l, sont égale-
ment possibles.
228 REVUE SÉMITIQUE
340. ^3D |3 npi^b
c Par Saqad, filsdeSabaI.(?). >
IV^j cf. ïjXi.. — ^2Dy ^* ^^P^^ ^'^'■^ pO'y peut-être
no-
343. iox p nyfc^b
c Par Sa^'r, fils de Zaba* . d
j{3l s'est rencontré Hal., Hi é ; Vog., 125.
350. ^Vi{ p pD3B >3;B P |3Nb
•I Par Aban, fils de Fa'i, et par Nasran, fils de Asl (?). d
bâ/«= J^'? • ^^® ^^'^ ^® mesure », arara. x*?2^î< ^ '*
lecture i^^x ^^ également possible.
356. -\ytfo p -|m p lyyb
« Par Sa'd, fils de Ga^ak, fils de Mus'^ir. »
Fils du personnage n* 321 c.
368. . . . rmf p DDn p npb
Graffite déjà cité à propos du n- — nOB/» ^^ v.:--^, /^ ou
369. Vnjj; p i£^ p trs'1 J3-IDB1 p nVn» p
«... fils de Tablât, fils de Wafsar (?), fils de RaMs,
fils de Zas (?), fils de 'An'êl. >
tyX"! ou È'ïO. cf. n' 273. — Un, peut-être -|t ou Jt-
376. Hal., 194; Vog., 210.
iDj p nyo p.DDB p tt^nob
« Par Mabis, fils de Fasam, fils de Sa'd, fils de Garaar. »
Cette copie corrige la copie de M. de Vogué. — tîTIO =
ou (jij*'. — DDÔ» '^^ute pour xiOp (^)-
FIXATION DB L ALPHABET SAFAITIQUB 9
377. Hal.,495;Vog., 21i.
a Par Ktiablat, fils de Mus'ir .>
Noms conDus ; la dernière lettre peut aussi être un ^, un
OUUD V.
379. Hal.,356;.Vog.,373.
p [3 nn p -iyt?o p iïnS
a Par Khaçib, fils de Mus'ir, fils de Thart, fils de Kaan . >
Inscription citée i. propos du n- (Omise plus haut.)
38». Dtrbx p prh
c ParTêman, fils de Absam. »
afc'aN élaùfde^.
385. jjhE) no^D p aitf p iro p idd'?
a Par Masak, HIs de Sa'n, fils de Sarb,
fils de Kalamat et par Raglg. n
'ni3^3=:i.ilb'', « parole ». — L\ lecture jjt parait pi
vraisemblable que jjj^r.
388. p p nntrb
a Par Sarb, fils de Hann. s
Personnage connu par 168 b, 176.
393 b. inVoa K:tr p 33n p fï?Db
t[ Par Sa*n, fils de Habtb, fils de Sani et par Salfau. a
Hal., 328, offre n^D ^"^ 1 ^"'^^•
394 o. ro p natf: p bon*?
« Par Hamal, fils de Nasbat, fils de Kat, n
Même inscription S05 a.
230 REVUE SÉMITIQUE
396. QT p ht^D '^j; dj;bb hj;^ p nnyb
« Par *Abd, fils de YaM, en mémoire de Musitii,
fils de (?)Wam(?;. »
*iyi pour«T)yv de jU. — n^D de s^'jl.
400. DDi; p Q^V*?
€ Par Wasm, fils de 'Amas (?). »
U^îf^ de >Juj, € piquer ». — bO^î ^f- Dtoj?-
404. . . . p jyo vuTK by dj;db
c ... En mémoire de Asiu de Ma^'g (ou n avec ») Gaian. »
Déjà cité à propos de nDV ? '® ^o' î"* JJ^D ^^*"^' ^° dérivé
de j^o? Peut-être faut-il séparer pj yc c avec ( *>) Gaîan > .
Déjà citée à propos de nSYK-
410a. ...n p ^nb
a Par Has, fils de Kh . . . »
Telle est en détail la série des inscriptions qui contiennent la
lettre serpentine à laquelle il me paraît impossible d'assigner
une valeur autre que celle du jj^ sin hébreu, malgré les cas
nombreux où le j» arabe pourrait être placé sans la moindre
difficulté. La riche variété des sifflantes arabes constitue même
un sérieux élément d'incertitude pour la transcription d'un
dialecte encore mal défini de ce groupe linguistique. Si l'écri-
ture éthiopienne était encore à déchiffrer, on y chercherait
tout d'abord les représentants des lettres arabo-sabéennes -]
(^)ï y (>" ) ^*' n (ô,0 ^^ ^" n'aurait pas facilement concédé que
ces sons n'y existent point. Nous sommes dans la même situa-
tion en ce qui concerne le dialecte du Safa : nous hésitons
à admettre sans preuves évidentes l'absence du ^ dans cet
FIXATION DE L* ALPHABET SAFAÏTIQUE 231
idiome si profondément arabe. Cependant, ainsi que je le dis
plus haut, des combinaisons comme «^, .^^, ^jas^ il^, ne
laissent pas d*étonner surtout dans un dialecte septentrional.
A la difficulté lexicographique vient se joindre une difficullté
paléographique des plus sérieuses. On ne conçoit pas comment
le son du ^ dentalisé peut être rendu par une lettre qui
dérive incontestablement du ^. Aussi longtemps qu'on croyait
qu'elle exprimait le son du \;, on avait la ressource de la rap-
procher de la forme archaïque. Pour le jo qui n'offre pas un
son prévu dans l'alphabet phénicien, ce rapprochement n'est
plus de mise. Par ces diverses raisons Thypothèse nouvelle qui
identifie la lettre en discussion avec le '^ de récriture hébraïque
semble avoir pour elle de très fortes probabilités, au moins
jusqu*à plus ample information. Dans ceite supposition, la
forme matérielle de ladite lettre présenterait non seulement une
analogie complète avec les couples jy et ^ des Hébreux et ^
et ^ des Arabes, elle expliquerait encore un procédé propre
à l'écriture sabéenne précisément au sujet des relations entre
ces consonnes. Le sabéen possède notoirement deux sortes
de«; l'un est exprimé par un caractère qui revient en éthio-
pien et qui tire son origine du q phénicien; l'autre se compose
de deux ^ placés dos à dos et réunis ensemble, ainsi ^= ^^ .
Or, la lettre safaïlique que nous discutons a bien lair d'être
composée de deux sin .^ placés l'un sur l'autre ^; de là
Taspect bizarre d'une longue ligne perpendiculaire fortement on-
dulée. La différence dans la juxtaposition des caractères identi*
ques serait absolument insignifiante et le principal aurait été le
fait assez remarquable que la réunion de deux ^ aurait fourni
en Sabée comme au Safa un signe nouveau pour exprimer un
s particulier.
Malheureusement, la valeur {j;de la lettre ondulée qui nous
occupe ne peut être soutenue qu'à la condition que la lettre qui
ressemble au ^ sabéen soit réellement la chuintante sémitique
commune. La certitude n'est peut-être pas aussi absolue qu'on
le croit. Dans les alphabeîs tardifs, la forme anticjue peut de-
venir méconnaissable; ainsi, par exemple, le àin néo-punique
J
1
S38 REVUE SÉMITIQUE
ne présente plus aucune analogie avec son modèle carthagi*-
nois. Dans ce dernier cas, la lettre serpentine représenterait
infailliblement la chuintante même, qui est une lettre fonda-
mentale de l'alphabet.
Il y a plus. Les recherches d'une nature très diverse aux-
quelles je consacre mes efforts depuis longtemps m'ont fait per-
dre de vue les remarques intéressantes que M. Carra de Vaux a
publiées en 1 804, dans la Revue Sémitique (pp. 25 1 -258 et 362-
374), sur les inscriptions lihyanites (?) rapportées par Huber et
Doughly. Or, la première épigraphe qu'il examine est tracée
près du dessin d'un cheval en colère, circonstance qui l'a dé-
terminé à lire : c^^f^ p'j nDISH» * '^^ cheval de Ben Hatf >
(p. 253). Or, ce déchiffrement certain offre deux fois, pour la
lettre gj, une forme analogue à V oméga grec, fl, qui, mise de-
bout, G , couvre souvent le signe que nous avons l'habitude de
transcrire par ^. En appliquant cette valeur au signe safaïtî-
que, les noms comme Jû'jij^, Joblt^X, nbptî^» bfi^p' ^^-^ ^^
transformeront en tj^jj, D^BN' nbpS» bsp» ^^^-t ^^^ ^^^
aussi usités ou, du moins, possibles en arabe classique. Par la
même application, le signe safaïtique que je lis «i deviendra
un -], tandis que celui auquel j'ai attribué la valeur jj devien-
dra un ^. Il en résultera un double avantage : d'une part, un
accord plus intime avec les formes sabéennes; d'autre part^
la disparition des suffixes trop hébraïques ^^, «jjjj^, in^nX»
qui seront à lire -|*^, nON» nn^nX' ^^ ^^ fl"^ ^^^ beaucoup
plus important, des noms propres terminés en ^ à la façon na-
batéenne. Au lieu de i^N» 1DÏ1' HJ^D' ^^^-^ ^" aurait n3X»
nonSi mVD' ^'^- l^'i^scription V. 184, gravée au-dessus
d'un âne et qui m'est restée obscure à cause de la forme înNK»
se lira très bien : jriNH "IID \2 DTnb» * ^ Hazm, fils de
Sawar (?), appartient cet âne ». Ue même, D. 323, qui montre
le dessin du même animal, donnerait jn^H dVdN p ^nob»
« à Mattî, fils de Aslâm (?), appartient cet âne ». Mais il y a
plus, M. Carra de Vaux a comparé beaucoup de passages dans
lesquels le groupe '^oyn ^^^ tracé près d'un dessin représen-
tant un chameau, et comme ce groupe alterne avec
FIXATION DE l'alphabet SAFAÏTIQDE
«jeune chamelle >, il a conclu que ^j^V équivalait
« chameau ». Cette conclusion m'a paru alors évidc
dans mon exemplaire de la Revue Sémitique, j'ai griftc
crayon sur la lettre y un j cursif, pour indiquer que c
à forme ovoïde pouvait être réellement un jj. En même tei
noté un ^ sur le i du mot que l'auleur avait lu iTiH- ^'
devaient amener une série de changements considérabi
la transcription des mots safaîtiques. Depuis ce mon
n'y ai plus pensé, et, chose curieuse, M. Carra de 1
moi-même nous avons tntalement oublié la courte étu<
j'ai faite des inscriptions arabiques dans la Revue des
yuiW*, en1S92(p. 16-19},et où j'avais élabli la lecture >
très T et n conformément à leurs modèles sabéens. J'y i
signalé un signe de l'espèce 3 pour le son du y. Tout o
bel et bien échappé jusqu'à ce moment, et ce ne sontq
taines étrangetés, aperçues à une lecture attentive des de
épreuves imprimées, qui m'ont rappelé que j'avais trai!
les valeurs de quelques signes proto-arabes, car, autr
je n'aurais pas conservé pour ces détails la transcrip
1 877. De pareils accidents m'arrivent assez souvent dai
autres études, où je me donne la peine d'expliquer ce qi
depuis des années, expliqué avec des preuves à l'appu
retourner à notre sujet, je me vois donc obligé de revei
ces diverses questions de lecture, qui compléteront
présente. Le sujet en vaut bien la peine. Déjà, la seu
sence d'Arabes purs si près des tribus araméennef!, ou I
moins profondément araoïaïsées, soulève de grosses difl
au point de vue de l'ancienne distribution des éléments
ques dans l'Arabie septentrionale. Puis, on serait bien :
savoir en quoi l'idiome safaîte, dont l'écriture se rattach
aucun doute très étroitement à celles des Lihyanites
Proto-Arabes du désert, se distinguait de ceux de ces p
tions; s'il contient les particularités grammaticales et
graphiques qui caractérisent l'arabe classique du Qorfl
questions offrent un haut intérêt et sont dignes d'attiré
tention complète des sémitisants. J. IIalÉ
[A suivre. }
Le Sumérisme et THistoire babylonienne.
{Suite et fin.)
Le parallélisme postpositionnel entre le complément
et le verbe.
Pour donner plus de clarté au verbe hiératique, on reprend
après les indices pronominaux la postposilion de Tobjelqui
précède, ou du moins le synonyme de cette postposition, laquelle
fait alors fonction d*un adverbe de lieu, de relation ou de direc-
tion . Ce moyen extérieur m«ît en évidence l'unité delà phrase sans
affecter en quoi que ce soit le verbe qui suit et qui demeure tou-
jours dans son indécision primitive relativement à la manière
dont l'action est exécutée. Le parallélisme en cause qui se constate
dans les textes les plus archaïques présente le schéma suivant :
i* ta-ta; 2° da-da; 3* ku-ku; 4"* ru-ru = ra'ra. Nous avons
donné plus haut quelques passages où la forme ru remplace
la vocalisation ordinairera. Dans le cas de parallélisme nos textes
offrent constamment ru, probablement dans le but d'éviter la
confusion avec le complément phonétique ra des syllabes
nombreuses qui se terminent par r. Le dédoublement de la
postposition est naturellement facultatif et dépend de l'appré-
ciation momentanée du scribe qui peut en omettre l'un ou
l'autre. On s'en rendra un compte exact par les extraits ci-
dessous.
a) Postposition adverbe ta.
Exemples :
i. kur-ta mu-na-ta-dul-du (IV, n** 1, col. H, 3) « delà montagne il
a fait venir i>.
2. lù-gis-uh-ki-ra e-na-sum nara-e-ua-ta-kud (V, n« 1, 5-7), • aux
hommes do G.-U. j'ai rendu le serment que j'ai reçu ».
3. nam-e-ta-kud-du (V, n» 1, 27, U\), t pour le serment qu'ils ont
prOté ».
4. e-bi id-nun-ta gu-edin-na-ku ib-ta-ni-ud-du (VI, n*> 1, coh 2,
1-3), « ce canal, du grand fleuve à Gu-edin il l'a fait sortir ».
LE SUlfÉRISME ET L^HISTÛIHE BABYLONIENNE 235
5. nigin kû lah-ga zal-da an-nin-gir-su-ge ab-ta-gu-e mu-na-gim
{ibid, n* III, 15-16), « le vase d*argent brillant qu'à N.-G. a été pro-
mis, il a fait ».
6. Uru-f-a-a-ki-ta mu-na-ta-dul-du (VII, n» 1, 8-9), « delà ville
d'Arua j*ai fait venir (la stèle) •.
7. kurta mu-na-ta-en-dul-du {ibid, n«2, col. II, 4), t de la mon-
tagne il lui a fait venir b.
8. kur mà-gan-ki-ta nà-kal im-ta-dul-du (X, st. A, col. II, 6, III,
1 : st. C. col, m, 14-15 ; st. E, col. VIII, 16-17 ; st. H. col. II, 5-6),
« de la montagne de Magan du dolorite il a fait venir ».
9. lu ë-an-na-ta ib-ta-ab ud-du-ud-du-a (X, st. C, col. IV, 5-6jj
« celui qui de Bit-Samô la (statue) fera sortir ».
10. uru mu-azag bil im-ma-ta-lal (X, st. Ë, col. II, 21-22), « la
ville pure il a fait briller ».
11. us-bi mu-azag bil im-ta-lal {ibid., col. IIL 11-12), « sa fonda-
tion pure il a fait briller ».
Analyse littérale :
1. Aur-ta, «, montagne-de », mu-na-ta, « il de (là), dul-du.
« porter ».
4. e^bi, t canal-ce » id-nurt-ta, « fleuve-grand-de », gu-edinna-
kn, « à Gu-edin », i6-ia, « le de (là) », ni-ud-du », il sortir ».
6. uru-f a-a-/i-fa, « ville Arua-de », mu-na-fa, « il-de (là), « dul-du
« faire venir ».
7. kur-ta, t montagne-de», mu-na-tad il-de (là) », en-dul-du, a il
faire venir ».
8. kur-mâ-gan-hi-ta, « pays-Magan-de », nâ-hal, o pierre kal »,
l'm-fa, I il de (là), dii2-du, a faire venir ».
9. lû-ë-an'iia-ta, o celui qui Bit-Samô-de», ib-ta, « cela (la stèle)
de (là) », ab-ud-du-ud-du-a, « il (neutre) sortir-sortant ».
Les autres passages suppriment ta dans le premier membre
de phrase; je le rétablis entre crochets.
2. lù-gié'Uh'ki-ra, a homme-gis-uh-à », e-na-sum-nam-[ta], « il
donner-8erment-[là] », e-na-ta-kud « il-là prêter ».
3. nam-[ia], « serment-pour », e-ia-hud-du, « il-[pour]-prétent ».
5. nigin kû-lah-ga zal-da an-nin-gir-su-gi^-lta], « vase-argent-
brillant Nin-Girsu-[pourj », ab'ta-gu-e, « cela-pour (lui) promis»,
mu-na-gim^ • il faire ».
10. uru-mu'azag-[ta]y « ville-pure-[dans] », bi/, « splendeur », im-
ma-(a-/a^ « il-là-remplir ».
H. us-bi mu-azag -[ta], « fondation-sa-pure-[dans] », bil « splen-
deur, im-ta-laly « il-là-remplir ».
236 REVUE sAmitique
b) Eostposition adverbe da.
Exemples :
i. enim-da gur-pa-da-an-enim-da an-da-gur-ra (V, n« 1, 47),
« contre la parole (donnée) fera retourner ».
2. gis-uh-ki-da dam-ha-ra e-da-ag (VI, n» 1, col. i, 25-27), «j'ai
livré bataille à (= contre) Gis-Uh ».
3. en à (= id)-kal-li pa-te-si gis-uh-ki-da ki e-da-sur {ibid, 39-42),
« avec Bel-Akalli, patesi, le terrain de G.-U., il a délimité ».
4. bar-se-bi nu da sud-sud-da-dug (ibid,, col. II, 27), « les épis (?)
de ce blé de ne pas disperser (il) a ordonné ».
5. gis-ur-ur-ku e-da-lal (ibid., col. III, 10), « les troupes ennemies
il a attaqué ».
6. ur-lum-ma ba-da-kar sag-gis-uh-ki-ku e-gaz (t6td., 15-18),
« Urlumma vaincu, au milieu de G.-U. il a tué ».
7. edin-da e-da-kid-kid [ibid., 24), « dans (=. sur) la plaine il a fait
rester ».
8. gir-su-ki-ta gis-uh-ki-ku kar-dar-ra-a e-du {ibid.j 30-33), « de
Girsu à Gis-uh victorieux il est venu ».
9. id-zid-ku a-sag gan-tum-ne an-ta-bal-e-da= ... e-da-bal {ibid.,
col, VI. 15-16), c à la rive droite, le champ « jardin fertile » arro-
gamment ils traverseront ».
10. kur-kur u-sal-la mu-da-nft (VII, col. II, 17-18; cf. col. III, 22-23),
« les pays en tranquillité il a fait rester ».
11. kalam-e a hûl-la mu-da-e {ibid,, 19-20 ; cf. 35-39), « le monde
d'eau de joie il a abreuvé ».
12. sed mu-da-gi-gi (tbtd., 45), t d'une enceinte il a fait entourer».
13. kalam-eki-sag-ga igi-ha-mu-da-gab (t6td., 29-31)» « sur le
monde avec faveur qu'il lève les yeux ».
14. nara-sag-ga mu-tar-ri-ku-a su-na mu-da-ni-ti-e-ne ( ibid,,
32-34), a la bienveillance fixée par lui (aux habitants) par leurs mains
(qu')il le fasse prendre ».
15. an-ra-ni an-nin-gis-zi-da an-ba-u ë-uru-azag-ga-na mu-na-da
tur-tur (X, st. E, col. VIII, 11-15), « ses dieux Nin-Kitti' (et) Bau
dans le temple Ëru-ellu il a fait entrer »
Analyse littérale :
a) Parallélisme da-da.
1. enim-da, « parole-contre », gur-ra-da-an, « retourner contre-iU.
2. giS'Uh'ki-da, « Gis-uh-oontre », dam-/ia-ra, t bataille », e-da-
ag « il-contre-faire » .
LE SUMÉRISME ET l'hISTOIRE BALYLONIENNE S37
3. en-â'kal-li pa-te-si gis^uh-ki-da, « Bel Âkalli, patesi-Gis-uh-
aveo », Ai-e-da-sur, « lieu il-avec-limiter i.
4. 6ar-se-6i, « épi-ce », nu-da-sud-sud, • non-là-disperser », [e]-
da^duÇj « il-là-dire».
7. edtn-da, « plaine-sur », e-da-kidy « il-là-dessus-lâisser ».
15. an-ra-ni an-mn-gis-zt-da-an-6a-u e-uru-a2ag-gfa-na[-dal,
« dieux^ces-Nin-G.Z.- dieu Bau maison-ville-pure-sa-[ver8] », mu-
na-da-ttir-fur, « il-là-faire entrer ».
b) Parallélisme ku-da.
5. giè'UT'Ur-ku, t ennemis-sur », e-da-lal, « il sur-attaquer ».
9. id'Zi'da-hu, « main-droite«sur », a-sagf-gan-(um-ne, « champ
jardin-fertile », an-ta, « arrogamment », 6ai-e-da, « passer-il-sur ».
c) Omission S une particule.
6. ur-lum-ma ba-da-har, t Urlumma-il (neutre)-là-vaincu », èag-
giS'Uh'ki-ku t « cœur-G.U.-dans », e-[da]-ga3, • il-là-tuer ».
8. gir-su-ki-ta gis-uh-ki-ku, « de Girsu à Gis-Uh », Aa-dar- ï'a-a,
« vaincu, fugitif (?) », e'[da]'du, « il-[là]-alla.
iO. kur-hur u-saMa-[daJ, « pays-tranquillité-[en] », mu-da-nâ,
« il-là-reposer ».
il. lïaZam-e-a-/iaZ-ia-[da], « le monde-eau-joie-avec », mu-da-et
« il-avec-arroser ».
12. êeg-lda], « enceinte-avec », mu-da-gfi-gi, « il-avec-faire-en-
tourer ».
13. kalam-e^ki-sag-ga-lda], i monde-faveur-[avec] » , igî-/ia-mu-
da-ya6, « œil-que-il-avec-lever ».
14. nam-sagf-gamu-tar-ri-a-ftu, « bienveillance fixée-par », su-na,
€ main-sa », mu-da-nf-tî-e-7ie, « il-par-le-prendre pi. ».
Postpositions adverbes ku et ru.
Exemples :
1. ur-ha-lu-up-nî-gab-ku mu-na-ku-ki (=gin)-na (IV, n» 1, col.
III, 2-3), a Ur-halup comme portier il a placé ».
2. nam-ti-gal-lû en-an-n»-tum-ku + ma a mu + ku sub + na =
nam-ti-gal-lû-en-an-na-tum-ma-ku u mu-na-ku-sub (VII, n»3, 9-12),
« pour la vie de son roi Bel-samé-ukîm ceci il a présenté ».
3. gu-id-lum-ma-9ir-ta-ka e-ku-kid (VI, n« 1, col. III, 20-21), « sur
la rive de Id-lum-ma-çir-ta il a laissé ».
4. kur-kur-ru-sag-e-ru-sig (V, n» 2, col. IV, 23-24), « (ce) pays il a
dévasté ». -
238 REVUE SÉMITIQUE
5. Ëlam sag-e-ru-sig {ibid., col. VI, 7), c Elam il a dévasté t.
6. kis-ki sag-e-ru-sig (i5td.,9), « sur Kis il a porté la désolation ». •
7. uru-unu-ki-e gud-gim sag-an-ku mu-ru-gur (VIII, col. II, 31),
c la ville d'Uruk comme un taureau jusqu'au sommet du ciel j'ai
dressé ».
8. gu-an-ku-mu-ru-gi {ibid., col. III, 1-2), « le sommet jusqu'au
eiel il a établi ■•
9. nam-lû-qal u-rîg-gim su-dagal ha-mu-ru-dug {ibid. y 24-26), «son
armée comme l'herbe de multiplier qu'il ordonne ».
10. zag*an-na-ge si-ha-mu-ru-di (ibid., 27-28), « les sanctuaires
qu'il rende prospères ».
Analyse littérale.
a) Parallélisme ku-ku.
1. ur-/ia-lu-Kp ni-gab-ku, « Urhalup portier-à », ynu-na-ku-gin-
na, « il-à-plaçant ».
2. nam-ti gal-lû en-an-na-tum-ma-ftM, « vie- roî-Bel-samé-
ukin-à (= pour) » a mu-na-ku-sub. « ceci-il-à (= pour)-offrir ».
b) Parallélisme ku^ru.
7. urU'UnU'ki-e gud'gim'Sag-an-ku, « Uruk - taureau - comme
soramet-ciel-à », 7nii-ru-^ur, « il-à-dresser ».
8. gfu-an-àu, • sommet-ciel -à», mu-ru-gur. « il-à-dresser ».
c) Parallélisme ru-ru.
4. hnr-kur-rn, « pays*à », sag-e-rn-sig, « tôte-iUà-briser ».
d) Suppression de la première particule,
3. gu-id-lum-ma-sir-ta-ka-[ku], t rive-Id-lumma-çirta-sur *, e-feu-
kid, « il-sur-laisser ».
5. E/am-nt, « Elam-à », sag-e-ru-sig, a téte-il-à-briser ».
6. /ii6'-fti-[ru], « Kis-à », e-ru-sig, « il-à-briser ».
9. nam-lû-qal'rig'gim èu-dagal'[ru], c troupe - herbe - comme -
multiplier-à », ha-mu-ru-dug, « que-il-à-ordonner ».
10. 2ag-an-na-{/e-[rw]. « côté-ciel-de-[à] », si-ha-mu-ru-di = ha-
ma-ru-si-di, « qu-il-à-prospérer ».
e) Suppression de la seconde particule.
{, an-nin-gir-su gud-an-en-lil-lal-ra ... mu-na*ru (II, n« i, col. !,
I-7), « à N.-G. héros de Bel ... il a construit ».
LE SUHÉRISME ET l'HLSTOIRE BABYLONIENNE 239
2. ë-ne-bi kur-kur-kur-ra-/iu mu-na-ru (ibid., col, II, 4-5), c en
Bit-mêlamsa-matâtu il a construit d.
3. mâ-al kur-fa gu-gàl-gis mu-du (lai?), « de Maal, la montagne,
toute sorte de bois il a fait venir ».
Ces trois exemples offrent des spécimens de phrases qui
suppriment les particules ta, da, ku, ru devant le verbe. C'est
même la règle chaque fois que le complément indirect est
séparé du verbe par un long complément direct ou une incise
compliquée. La fréquence de ces sortes de constructions me
dispense d'en donner un plus grand nombre d'exemples.
Devant le témoignage irrécusable des exemples que nous
fournissent les documents que nous venons d'étudier, dispa-
raissent dans leur néant absolu les prétendus infixes verbaux
qu'une philologie à tout faire a réussi à introduire en pseudo-
sumérien. Des verbes à préfixes ka (ftu), da, ra (ru), ta n'ont
jamais existé; ces particules, simples échos des poslpositions
j)récédentes, ne se rattachent ni au phonème pronominal qui
précède, ni au phonème verbal qui suit. Ce ne sont donc pas
dea suffixes comme ils ont été qualifiés jusqu'ici par toute Técole
assyriologique, y compris moi-même, mais des adverbes com-
plétifs. Leur présence constitue une simple redondance, qui,
quoique utile dans un sens à la clarté de la phrase, est loin d'être
indispensable ou seulement nécessaire. Il va sans dire que les
comparaisons de ces adverbes avec les infixes verbaux ouralo-
altaïques homophones ne reposent sur aucune base sérieuse.
Ce n'est que beaucoup plus tard que la juxtaposition da-ra ou
ra-da entre dans l'usage du style hiératique ; nous y reviendrons
à l'occasion.
Nos textes ne fournissent pas de noms de nombres écrits
phonétiquement^
Notre investigation sur la grammaire du système hiératique
dans les textes les plus archaïques de la Babylonie est parve-
nue à son terme. Le mystère des formes bizarres qui lui don-
nent un aspect exotique a complètement disparu devant Tin-
tclligence exacte de tous les éléments qui entrent dans leur
composition. En parcourant les centaines de phrases de la ver-
sion babylonienne de la seconde colonne, tout philologue im-
partial reconnaîtra que dans les grandes lignes la construction
2&0 REVUE SÉMITIQUE
syntaxique est la même dans les deux colonnes. Une telle
coïncidence prouve d'une manière indubitable que le système
en cause doit son origine au génie sémitique local et à aucune
autre source linguistique imaginable, fût-elle même une langue
sœur très proche. 11 est en effet absolument impossible de
suivre de près la construction babylonienne dans une traduc-
tion hébraïque ou araméenne. A plus forte raison est-il inima-
ginable que deux langues tout à fait différentes puissent cal-
quer leurs phrases l'une sur l'autre. Comme Tindigénat de la
syntaxe babylonienne est mis hors de doute par la présence
inaltérée dans les textes sémitiques originaires du pays de
Lulubiy de l'Assyrie, de la Susiane où il n'y a pas la moindre
trace de c Sumériens » , même d'après ceux qui croient à leur
existence préhistoriqueenBabyIonîe,onnepeut raisonnablement
éviter la conclusion que le pseudo -sumérien, loin de présenter
une langue, n'est qu'un système de rédaction particulier destiné
tout d'abord à exprimer la langue babylono-sémitique, le seul
idiome littéraire du pays. Cette conclusion ne saurait être infir-
mée par les quelques cas exceptionnels dans lesquels l'ordre
des mots dans la phrase ne coïncide pas dans les deux systèmes
rédactionnels. Un système d'idéographisme conventionnel ne
cherche même pas à imiter strictement la construction de la
phrase vivante. Le système des chiffres romains offre les com-
binaisons II, 111, IV, VI, IX, XL, c'est-à-dire « un -}- un » =
« un -|- '^ïï + u*^ » rrr^ « moitts un + cinq > , oc cinq + un » ,
€ moins un + dix >, < moins dix + cinquante >, pour dire
a deux », c trois », < quatre », c six », a neuf »,
€ quarante ». L'ordre des chiffres arabes est de même pure-
ment conventionnel : on écrit 11 (= « dix + un »), 1 2 (= t dix
+ deux »), 13 (= € dix -|- trois »), 70 {^^ a sept fois dix »),
80 (= € huit fois dix »), 90 (== c neuf fois 10 ») et on pro-
nonce : onze, douze, treize, soixante-dix, quatre-vingts, quatre-
vingt-dix. Et cependant la nécessité de mieux adapter l'ordre
des chiffres à celui des noms dénombre réels ne s'est jamais
manifestée ni chez les Romains, ni chez les peuples modernes
de TEurope. Cela est également vrai lorsque les chiffres sont
représentés par les lettres de l'alphabet comme c'est le cas des
Sémites, des Grecs : nulle part la disposition systématique
LE SUMÉRISME ET L'HISTOIRB BABYLONIENNE 2&1
des lettres^hiffres ne calque la numération vivante. J'ai depuis
longtemps trouvé le motif de la déviation syntaxique qui a
ch^ugéen po8tpositi(m8\espBLrlic\x\eska, ge;ku^ ra, ta, da, gim
qui représentent les prépositions babyloniennes ana^ ina, iétu,
ullUf itti^ kima. La position postpositive a pour but d'indiquer
que les monosyllabes précités sont dépouillés de leur puissance
ordinaire de mots pleins et descendus au rang de simples par-
ticules de relation qui n'ont pas la valeur des autres racines.
Par contre, les particules dont la racine et par conséquent la
signification est claire, conservent fidèlement leur position
prépositive comme les prépositions babyloniennes qu'ils sont
destinés à exprimer. Deux de ces prépositions figurent datns les
textes archaïques, ce sont kij ce avec », de kiu, c terre, lieu (ar.
o ti) > et éag = libbu, c cœur, milieu » . Dans d'autres inscrip-
tions, un peu plus récentes, on constate l'emploi des préposi-
tions muh, ce sur », l'équivalent du babylonien muh de muhhuy
c sommet de la tête », el en répondante adi, c jusqu'à », et
d* autres encore.
Il est compréhensible que ce déplacement des particules,
aussi longtemps que sa raison d'être restait énigmatique, ait
pu donner lieu à l'erreur que le oc sumérien » fait usage de
postpositions à l'instar des langues ouralo-altaîques. Ce fait
avait frappé les premiers déchiffreurs et leurs élèves l'ont
ensuite accepté de confiance. Ils croyaient alors que la rédaction
allographique était entièrement phonétique sans aucun mélange
d'idéogrammes. Par suite de mes efforts, la conviction générale
admet à présent qu'en sumérien même on ne peut plus décider du
premier coup si tel ou tel caractère est un phonème ou un idéo-
gramme. Mais une partie des assyriologues ont encore de la dif-
ficulté à saisir qu'un phonème n'est pas pour cela seul un mot
organique et réel. M. Radau dit: a Si nous avons des formes
telles que hul^ mu^hul, ba-huU la première peut-être appelée
ff idéographique » et primitive, mais la seconde et la troisième
forme ne le peuvent pas. Ma et ba montrent simplement que
hul doit-être tenu pour un verbe et non pour un adjectif. »
Mais n'est-ce pas s'arrêter à la surface ? Car aucune de ces
trois syllabes ne sont des mois vrais, mais des sons artificiels
RITOI fttMlTlQOI 16
248 REVUE SÉMITIQUE
comme les noms des lettres de notre alphabet. Dès le moment
que Ton concède que dans Téquation mu ou ba-hul ■=■ u-kalliq
le phonème hul exprime l'idée de la racine halaqu, a détruire n ,
de quel droit refuse-t-on d'admettre que les phonèmes mu et
ba puissent représenter l'indice personnel u? Il faut être consé-
quent avec soi-même. Le même auteur demande encore : m Et
comment devons-nous expliquer les a infixes > et les c post-
fixes », la formation verbale et toutes les autres particularités
de cet idéographisme? » Notre réponse sera catégorique : les
ce infixes > n'existent point et les autres pariicularités sont
suffisamment expliquées dans les paragraphes qui précèdent;
et si quelque menu détail manque encore de clarté, on peut être
assuré que la possession d'exemples plus nombreux finira par
la rendre complète. Puis, est-c^ que les choses les plus près de
nous ne présentent pas parfois des énigmes encore irrésolues?
La somme de nos connaissances ne s'en ressentira guère. Mais
quand M. Radau ajoute : c Gomment expliquer les tablettes et
les syllabaires et les autres inscriptions qui se rencontrent dans
ces deux c modes d'écrire? », je commence à craindre qu'il
n'ait entendu qu'une seule cloche, naturellement celle des
suméristes, nous l'engageons donc à entendre aussi l'autre,
celle des antisuméristes, surtout les réponses que j'ai faites à
MM. Lehmann et Weissbach dont il cite les écrits. En atten-
dant, témoignons-lui notre sincère reconnaissance de nous avoir
fourni l'occasion de placer la question sumérienne sur le vrai
terrain de la discussion scientifique. L'époque héroïque des
attaques personnelles est passée. Les assyriologues qui croient
encore au sumérisme ont le devoir, en rompant le long silence
observé jusqu'à cette heure, de justifier leur thèse, non par la
réponse globale et interrogative a comment peut-on expliquer
tel ou tel détail si on n'admet pas l'existence d'un élément allô-
phyle », mais en descendant dans les détails expliqués plus
haut pour en donner une explication meilleure et plus conforme
au résultat de l'ethnographie et de la philologie modernes.
Cette tâche incombe surtout comme une dette d'honneur arrivée
à l'échéance, aux assyriologues qui ont contribué à la propa-
gation du sumérisme et avant tous les autres à M. le professeur
Friedrich Delitzsch, qui s'est temporairement enrôlé sous le
LE SUMÉRISME ET l'HISTOIRE BABYLONIEr^E 243
drapeau antisumérien. M. Delitzsch a motivé son adhésion dans
le %o* paragraphe de sa grammaire assyrienne qui fit grande
impression en Allemagne. En retournant à Tancienne ortho-
doxie, il s'est contenté d'arracher ce paragraphe compro-
mettant de sa grammaire et de faire de celle-ci une nouvelle
édition amaigrie, mais il a omis de démolir un à un tous les
arguments signalés en faveur de mon opinion et qui dépas-
saient de beaucoup les limites dans les(^ueiles je m'enferme
depuis 1880. Dans un cas pareil, le silence n'est plus d'or,
mais de vil métal. J'adresse donc de nouveau en ce lieu aux
suméristes pour lesquels mes sentiments amicaux n'ont jamais
varié, un appel pressant qui, en rai3on de mon âge, sera pro-
bablement le dernier. Hommes de science, remplissez votre
devoir envers la science !
Senex vos adjurât amiifil
J. Halévy.
L'Épisode de la femme adultère.
Cet épisode dramatique est rapporté dans l'évaïigile de
' Jean, chapitre vin, versets 3-13, et ne se trouve pas dans les
évangiles synoptiques. Voici dans quelles circonstances cette
scène a été combinée d'après le récit de Tauteur. Le peuple,
ayant souvent entendu et goûté les discours de Jésus, était divisé
sur son sujet. Les uns le tenaient pour un prophète; les autres
disaient qu*il était le Messie annoncé par les anciens prophètes
et attendu avec impatience par les fidèles. La dernière opinion
se heurta à Tobjection que le Messie selon les Écritures ne
viendra pas de Galilée, mais de la race de David et de la petite
ville de Bethléem son lieu d'origine (ibidem^ vu, 40-&3). Le
dernier jour de la fête des Tabernacles {ibidem^ vii, 2), les
pharisiens dépités de voir que personne ne voulait arrêter
Jésus pour lui demander compte d'avoir profané le Sabbat
(ibidem y vu, 2U23) poussèrent des injures contre la foule
sympathique à leur adversaire en ajoutant qu'aucun des pha-
risiens ou des sénateurs, c'est-à-dire des hommes versés dans
les livres bibliques, ne peut croire en lui de quelque manière
qu'on l'envisage. En cela, ils se sont matériellement trompés,
car un d'entre eux, nommé Nicodème, était venu trouver Jésus
la nuit pour s'initier à sa doctrine (t^tetem, m, 1-21). Nicodème
fit remarquer à ses collègues que la loi ne permettait de
condamner personne sans l'avoir auparavant entendu et
sans s'être informé de ses actions, mais les pharisiens, non
sans avoir conçu quelque soupçon à son égard, lui répondirent
sèchement qu'il ne sort jamais de prophète de Galilée. Le
lendemain matin, Jésus ayant recommencé à instruire le peu-
ple amassé autour de lui dans l'enceinte du temple, les phari-
siens cherchaient à lui faire dévoiler ses doctrines hérétiques
d'une manière irrécusable {ibidem^vii^ 44-vin,2). Maintenant,
je fais suivre textuellement le récit de l'apôtre, d'après la tra-
duction de Sacy revue sur l'original grec :
3 . Les scribes et les pharisiens lui amenèrent (âfojoi 9i) une femme
qui avait été surprise en adultère et la faieant tenir debout au
milieu (du peuplel,
L'âpiSODE DE LA FEHHB ADULTÈRE
4. Ils dirent à Jésus : Maitre, cette femme vient d'être surpi
adultère;
5. Or, Moïse nous a ordonné dans la lot de lapider de telles fi
(= les adultères) ; donc qne dis-tu ?
6. Ils disaient ceci en le teatant afin d'avoir de quoi l'ac
Mais Jésus se baissant, écrivait avec son doigt sur la
T. Comme donc ils continuaient à l'interroger, il se leva e
dit: Que celui d'entre vous qui est sans péché lui j«
premier la pierre.
8. Puis, se baissant de nouveau, il continua à écrire sur la
9. Mais ceux qui l'avaient entendu parler (de la sorte), conv^
par leur conscience, se retirèrent l'un après l'autre, le:
lards sortant les premiers ; et ainsi Jésus demeura seu
la femme qui était au milieu (de l'entourage).
10. Alors, Jésus se relevant lui dit: Femme, ou sont tes accusa
Personne ne t'a-t-il condamnée?
tl. Elle lui dit : Non, Seigneur. Jésus lui répondit: Je
condamnerai pas non plus. Va-t'en et à l'avenir ne
plus.
13. Jésus donc parlant de nouveau au peuple leur dit : Je s
lomière du monde, etc.
Voici quelques observations critiques.
Verset 7. La particule « donc » (olv = V, autem) ms
l'impatience des pharisiens à la vue du peu d'empressé
que Jésus avait mis à leur donner son avis.
Verset 9. Le membre de phrase « convaincus par leur (
cience n (xai ùitô t^; ■jMvtHitui i},tyyàfjityot) manque dai
Vulgate qui écrit : a Audientes autem unus post unum
bant. » On verra plus loin le motif de cette suppressior
Je traduis iv [iiai^= in medio : a au milieu du peuple »
< au milieu de la place s (Sacy), parce que le peuple est tou
resté là après le départ des pharisiens accusateurs et
femme accusée; cela résulte du verset 12, où Jésus con
à prêcher à la foule qui l'entourait.
Verset 12. Sacy a suppriméà tort la particule oùv=(
ce récit se rattache étroitement au verset S dont il forn
continuation. Le passage 1 -\ 1 n'est au premier aspect qi
incidente qu'on pourrait enlever sans déranger en quoi q<
soit l'allure de la narration. Il manque en elTet dans le c
Sinaiticus.
246 REVUE SÉMITIQUE
SINGULARITÉS DE L'ÉPISODE
L'incident de la femme adultère soulève plusieurs réflexioiis
qui sont de véritables énigmes :
1 . Comment se fait-il qu'un récit aussi caractéristique de la
nouvelle doctrine ait été inconnu aux trois évangéllstes dits
synoptiques? Et s'ils l'ont connu, pourquoi ne l'ont-ils pas in-
corporé dans leurs recueils? Eux qui notent au cours de leur
narration le plus petit geste, la parole la plus insignifiante du
Maître, eux qui relèvent avec soin toutes les circonstances
extérieures de lieu et de temps dans lesquelles les événements
le concernant ont été effectués, peuvent-ils garder un silenc-e
absolu sur une sentence si remarquable qui met dans la plus
tangible évidence l'énorme différence qui distingue l'esprit de
la nouvelle législation de celui de l'Ancien Testament? Objec-
tera-l-on que malgré la tradition, les trois premiers évangélisles
ont pu repousser une doctrine qui leur paraissait dangereuse
ou simplement inopportune à être prêchée aux Juifs et aux Grecs
en dehors de T Asie Mineure ? Outre que cette solution comporte
une nouvelle énigme, on se demande encore pourquoi ils ne Pont
pas adapté à la mentalité de la majeure partie de leurs lecteurs?
Nous savons par expérience combien ces sortes de modifications
coûtent peu à ces narrateurs. Le fameux sermon qu'on appel le
a sermon sur la montagne > d'après Matthieu (v, 1 ) a été tenu
dans une vallée selon Luc(vi, 17); la béatification des pauvres
et de ceux qui souffrent de toute sorte de privations dans leur
vie (Luc, VI, 20-22) est tournée par Matthieu (v, 3-6) à
l'adresse des pauvres d'esprit et de ceux qui sont affamés et
altérés de la justice. Les transformations vont même jusqu'à
la contradiction absolue; ainsi, selon les uns, Jésus vînt au
monde pour y apporter la guerre (Matthieu, x, 34; Luc, xn,
49-51 ), selon l'es autres, il est le roi de la paix (Hébreux, xii,
2-3). Je crois superflu d'allonger la série de ces variations
plus ou moins substantielles.
La question se résume par conséquent dans le dilemme
suivant : Si l'épisode qui nous occupe est authentique les évan-
gélistes synoptiques ont .sciemment et arbitrairement supprimé
l'épisode de la fehme adultère 2li7
le fait historique le plus considérable de l'action législative
de Jésus ainsi que l'importante doctrine qu'elle inaugurait ; si
au contraire, l'épisode est une pure légende d'adeptes Imagi-
native, en rincorporant dans son récit et en propageant la
doctrine qui en résulte, le discipie aimé de Jésus ne tiendrait
même pas la promesse faite par ses autres compagnons de ne
raconter que ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux et entendu
de leurs propres oreilles.
Je viens d'exposer le problème préliminaire dans sa dernière
acuité ; mais comment le résoudre? A mon avis l'événement en
cause faisait partie d'un recueil contemporain qui se proposait
de compléter les lacunes des évangiles les plus anciens et il a
été interpolé dans le vu* chapitre du quatrième évangile au
lieu qui s'y prêtait le mieux, soit par Jean, soit par le dernier
compilateur du recueil définitif. L'idée de l'interpolation ex-
plique d'abord les trois faits signalés plus haut,sa voir son carac-
tère isolé et encombrant dans le passage où il se trouve, son
absence dans les évangiles synoptiques et son élimination
dans certains eodex canoniques. A cela s'ajoute une autre
raison qui nous parait souveraine. Dans les autres récits dont
les héroïnes sont des pécheresses, celies-ci font acte d'adora-
tion ou de profonde confiance envers le Maître cl obtiennent
de lui des éloges et même la rémission des péchés (Matthieu,
IX, S2 ; XV, 28 ; xxvi, \ 3 ; Marc. v. 34 ; vu, 29 ; Luc, vu, 48 ;
VIII, 48 ; Jean, xi, 5) ; la femme adultère ne montre aucune
reconnaissance à Jésus de l'avoir sauvée d'une mort terrible
et Jésus lui dit seulement de ne pécher plus sans seulement
se préoccuper du péché d'adultère déjà, consommé. 1! domine
ici évidemment un esprit tout différent de celui qu'on si-
gnale dans les récits analogues de nos évangiles. L'investiga-
tion suivante nous aidera à mieux préciser cet esprit particulier.
Pour y mieux parvenir, il est indispensable de se rendre un
compte exact de la teneur du récit.
Quelques scribes pharisiens lui amènent insidieusement une
femme surprise en adultère et que la loi condamne à mort par la
lapidation. Qu'ont-its fait du complice qui doit subir le même
sort? Ils ont dû cependant l'avoir eu entre les main», puisque
autrement le cas de flagrant délit n'existerait point. Selon la
Li
2i8 RBVUB SÉMITIQUE
doctrine pharisienne il faut des témoins oculaires pour accuser
K, quelqu'un d'un crime qui peut entraîner le suprême supplice.
Le complice a-t-il réussi à leur échapper, alors Jésus pour se
débarrasser de leur obséquiosité n'avait qu'à dire : Amenez-
moi le coupable pour voir que vous n'êtes pas victimes d'une
illusion. Il y a plus, toute cette parade relative à l'introduction
de la femme dans le temple en présence du Maître n'avançait
^ guère la cause des adversaires ; ils auraient obtenu le même ré-
sultat, voire un meilleur résultat, en posant carrément cette sim-
ple question : <c Maître, la loi ordonne de lapider les adultères ;
que dis-tu? > Ils auraient ainsi échappé à la honte d'entendre la
flétrissure personnelle : a Que celui d'entre [vous qui est sans
péché », etc., et à celle de devoir s'éclipser un à un à la vue
d'un public qui les connaissait parfaitement. Enfin la consulta-
tion de Jésus dans les dispositions du récit n'avait pas le sens
commun ; c'était une affaire de jurisprudence qui incombait
aux magistrats de haut rang ; elle échappait à la compétence
d'un simple moraliste.
À la parade inutilement étalée de la part des pharisiens in-
sidieux correspond une parade également inutile de la part du
prédicateur populaire. Jésus ayant entendu la question se
baisse^ écrit avec son doigt sur la terre et ne dit rien; puis,
cédant à l'insistance des inopportuns, il lance le mot acéré et
se remet à écrire avec son doigt sur la terre en attendant le
départ complet des hypocrites. A quoi ces inclinations et ces
passes digitales sur la terre pouvaient-elles servir? On suppose
communément que Jésus notait les noms des faux dévots et
que ceux-ci en voyant que Jésus connaissait leurs noms pre-
naient le parti de s'esquiver les uns après les autres. Il y a une
petite difficulté, c'est que le sol de l'enceinte du temple était
pavé ; avec le doigt on pouvait simuler récriture, mais non
pas tracer des signes lisibles. A quoi bon, je ie répète, cette
double simulation graphique ?
Enfin, toutes les parties de l'entretien de Jésus avec la
femme coupable sont loin de présenter une clarté suffisante.
Après la phrase: c Femme, où sont tes accusateurs? > qui
exprime évidemment l'idée que l'accusation tombe faute d'ac-
cusateurs, que peut signifier la question de Jésus : a Per-
V
J
l'épisode de la femme adultère 249
sonne ne t'a-t-il condamnée ? » Sans accusation comment une
condamnation est-elle imaginable? Enfin, au aNonb prononcé
par la femme, Jésus réplique : a Ni moi non plus, je ne te
condamnerai pas » ; le pourquoi de celte abstention se trouve-
rait aisément si « moi > impliquait la proposition relative :
a qui suis également chargé de péchés i>, mais une telle pensée
n'a pu se présenter à Tesprit du tradition niste et par consé-
quent la réplique ne dit pas grand*chose. Nous avons déjà fait
remarquer plus haut la froideur glaciale de la dernière phrase :
d Va-t'en et à l'avenir ne pèche plus ! > ; la culpabilité de la
femme est donc admise et néanmoins Jésus la renvoie sans un
root de blâme pour le passé et sans le moindre enseignement
ou conseil salutaire pour éveiller en elle un sérieux repentir;
c'est bien étonnant. On n'y reconnaît pas le Jésus moralisateur.
APLANISSEMENT DES DIFFICULTÉS
Âpres une mûre réflexion, je suis arrivé à penser que la
dernière remarque du paragraphe précédent contient en effet
la clé de toutes ces complications. Ce n'est pas le Jésus doctri-
naire que nous avons dans cet épisode, mais le Jésus sage,
ingénieux et piquant, qui sait se tirer d'embarras par un trait
d'esprit subit et si adroitement lancé que les adversaires en sont
étourdis et obligés de se dérober par une honteuse débandade.
Ce second Jésus qui n'est pas forcément différent du premier,
conformément à la maxime ce Soyez candides comme des co-
lombes et rusés comme des serpents » qu'il recommande à
sesdisciplesS se complaît souvent à embarrasser ses adversai-
res dans les filets qu'ils avaient tendus pour lui. J'ai fourni
plusieurs exemples de ce procédé dans l'étude que j'ai consa-
crée aux livres de Tobie et d'Akhiakar (Revue Sémitique j\ 900,
p. 61 et ss.); j'y reviendrai tantôt. En attendant il me paraît
utile de signaler la frappante analogie que notre récit présente
avec celui de l'histoire de Suzanne. Dans l'un comme dans
l'autre il s'agit d'une femme accusée du crime d'adultère; la
femme, qui allait être lapidée, est sauvée par l'intervention
1. Matthieu, x, 16; cf. Actes, xxxiii, 6.
1
250 REVUE SÉMITIQUE
d*ui;i juge improvisé qui réussit à confondre les vieillards qui
combinent l'accusation. Ce sont là des ressemblances fonda-
mentales qui en font suggérer d'autres qu'on aurait tort de
négliger. Le profond mépris que Jésus témoigne aux accusa-
teurs qu'il lie daigne même regarder en face que pour les
frapper de son écrasante sentence donne, si je ne me trompe,
à penser que Taccusation n'était qu'une machination combinée
de connivence avec la femme dans le but malveillant de tirer
de la bouche de Jésus une observation hostile à l'autorité de la
loi ; au fond cette femme était aussi innocente que Suzanne du
crime d'adultère qui lui a été imputé. Jésus devine la ruse et
exécute magistralement les faux dévots précisément par la
citation de la sentence légale sur laquelle ils avaient compté
pour le faire trébucher. Le commentaire qu'il ajoute à cette
sentence est tel que l'orthodoxie la plus pure n'aurait pu le
récuser. Car d'après la doctrine pharisienne les adultères sont
inaptes à servir comme témoins. On comprend maintenant le
sens des mots : < Que celui d'entre vous qui est sans péché lui
jette le premier la pierre, d Jésus n'a certainement pas eu l'inten-
tion d'effacer du code pénal le crime d'adultère et de détruire la
pureté de la famille. En s'exprimant de la sorte, il n'a fait qu'imi-
ter le langage sévère des prophètes qui traitaient leurs contem-
porains d'abjects adultères (Osée, va, i; Jérémie, ix, 1 ; Ézé-
chiel, XVI, 4) et cette épithète a été aussi émise par lui-même
(Matthieu, xii, 31):xvi, 4); ce n'est qu'un assaut de mauvaise
humeur momentané qui ne tire pas à conséquence. Osée, iv, 1 4,
offre le plus ancien modèle de cet argument : a Je ne condamnerai
pas leurs filles qui se prostituent ni leurs brus qui commettent
l'adultère puisque eux mêmes sacrifient avec les courtisanes
et font des offrandes avec les prostituées publiques. > Ici
de même, Jésus admet, comme chose indiscutable, la
criminalité de l'adultère, mais tient à ce que les exécu-
teurs de la peine ne soient pas eux-mêmes passibles du
châtiment qu'ils font infliger aux autres; il est aux prises avec
de faux zélateurs et il les cingle de son sarcasme mordant.
Dans ce contexte, le membre de phrase : < convaincus par
leur conscience > (verset 9), sous-entendu a d'avoir commis eux-
mêmes l'adultère » soit matériellement, soit seulemont dans
l'épisode de la FEBfME ADULTÈRE 251
son cœur (Matthieu, v, passim), est indispensable et fait certai-
nement partie intégrante de I édition originale. Plus tard, un
scribe à tendances dogmatiques ayant cru voir dans c sans
péché » (czvapatproXo^) le sens général de <l sans nul péché » ,
trouva la sentence trop attentatoire aux bonnes mœiu's et crut
bien faire de supprimer Tincidente c convaincus par leur cons-
cience » du verset 9 qui semblait présenter les pharisiens sous
un jour très favorable et diamétralement opposé à Timputation
continuelle d'hypocrisie; et la Vulgate a adopté ce sentiment.
Tout comme dans le roman de Suzanne, la débandade com-
mence par les vieillards qui ont sur leur conscience un fardeau
des plus lourds, tandis que la femme, ne pouvant pas s'échap-
per en catimini comme les hommes^ demeure clouée sur place
tout étourdie des suites de sa supercherie. Pour Jésus, il lui
reste seulement à s'informer si les juges officiels ne l'avaient pas
condamnée à mort avant d'être amenée auprès de lui. Sur la
réponse négative de la femme, il se contente de la renvoyer
avec la seule recommandation de ne plus pécher à l'avenir,
c'est-à-dire de ne plus donner un coup de main aux hypocrites
pour tendre des pièges aux innocents : créature faible, coupable
seulement d'une complicité dans une tentative de chantage,
elle ne méritait pas de reproche spécial. L'incident n'a soulevé
aucune contestation de la part des auditeurs pharisiens et
Jésus a pu reprendre tranquillement le fil de son discours pour
un instant interrompu.
Il reste à expliquer le geste de l'écriture sur le pavé du
temple. On admet communément que Jésus traçait les noms
des témoins et que ceux-ci craignant d'être reconnus par le
public favorable au Maître, s'esquivèrent prudemfnent. La
vraisemblance ne parait guère appuyer une pareille hypo-
thèse qui suppose en même temps Tomniscience du héros. J'ai
déjà fait remarquer plus haut que le tracé exécuté avec un doigt
sur les pierres du pavé ne devait pas être très lisible. Puis,
cette crainte même n'avait aucune raison d'être, car si les pha-
risiens ont fini par trouver des hommes pour arrêter Jésus à
cause de certaines paroles censées hérétiques, c'est précisé-
ment parce que leur personne et leur doctrine étaient considé-
rées comme intangibles. On l'a bien vu au dénouement tragi-
252 REVUE SÉmTIQUE
#
que du drame principal, où les disciples s'étaient sauvés dès le
début pour ne pas être reconnus et où Pierre lui-même avait
par trois fois renié celui qui Tavait destiné à être la pierre
fonda mentale- de son Église. D'ailleurs, la liberté de l'enseigne-
ment datait d'un temps immémorial en Israël et les sectes les
plus opposées de l'époque qui nous occupe, pharisiens, sadu-
céens, esséniens, boéthusiens, hérodiens, jouissaient du même
droit et avaient \s faculté de prêcher ouvertement au public.
Enfin, l'hypothèse en discussion doit son origine au texte de la
Vulgate qui ne contient pas les mots originaux : c et convain-
cus par leur conscience )>, qui motivent, on ne peut mieux, la
fuite secrète des témoins. En effet dans la version latine : « Au-
dientes autem unus post unum exibant », donne par elle seule
plutôt Timpression que les témoins sont partis de leur bon gré
comme pour mettre fin à l'ennui qu'ils avaient causé à Jésus,
ce qui est cependant des plus inexacts quand on examine l'en-
semble du récit. En un mot, l'idée de la crainte d'être nomi-
nalement indiqués aux avanies de la foule n'a pu être conçue
par les témoins et par conséquent le geste de l'écriture doit
avoir une autre signification.
J'ai déclaré à plusieurs reprises que l'occasion me manque
absolument de compulser les commentaires pour m'informer si
les exégètes modernes ont agité cette question et comment
ils font résolue. Je suis donc seul responsable de la manière
de voir que je présente aux lecteurs de la Reviie Sémitique. A
mon sentiment, le geste d'écrire sur la terre les noms des intri-
gants qui sont venus le tenter, se rattache intimement aux con-
ceptions religieuses de toutes les époques du judaïsme. Les écrits
de l'Ancien Testament mentionnent souvent que les hommes ver-
tueux sont inscrits dans un livre commémoratif gardé dans le ciel
auprès de Dieu. Gomme complément de Tinscription des justes au
cielf inscription qui leur assure la vie étemelle (Exode, xxxu,
32 ; Psaumes, lxix, 29; Malachias, m, i6), l'inscription des
pécheurs sur la terre annonce à ceux-ci la destruction absolue et
irrévocable. Ce côté menaçant de la croyance à la juste rému-
ration des actions humaines est clairement envisagé dans Jéré-
mie, XVII, 13, où on lit : c Espoir dlsraêl, ô Yahwé! tous
ceux qui t'abandonnent seront confondus et ceux qui se dé-
l'épisode de hk FEMME ADULTÈRE 353
tournent de toi (TiniDI P^^"^ '^llDl) seront inscrits (.^^naO
sur la terre, parce qu'ils ont abandonne la source d*eau
vive, (toi) Yahwé. » L'exégèse juive reconnaît qu'il s'agit
de la condamnation aux peines de l'enfer. C'est sans nul doute
aussi le sentiment de la Vulgate : recedentes a te in terra
scribentur; même la mauvaise leçon îjsnD^ P^^** 12n3^ ^^^
sert de base à/pa^>7ra)(rav, c que (Dieu et les anges) écrivent
(les impies) sur la terre {M niç yriç) » suppose Tinterprétation
sus-indiquée à laquelle conduit d'ailleurs la phrase suivante et
dernière du verset.
Dans le Nouveau Testament, Jésus atteste formellement la
croyance relative à l'inscription des justes dans le livre céleste.
Aux disciples qui exprimaient leur satisfaction d'avoir opéré
des cures miraculeuses, il affirma d'abord la chute de Satan
sur la terre, puis il ajouta : « Voici (non a Vous voyez que »,
Sacy), je vous ai donné le pouvoir de marcher sur (= « écra-
ser » non Qi fouler aux pieds », Sacy) les serpents et les scor-
pions et sur (èiri = super) toute la puissance de l'ennemi (= de
Satan) et rien ne pourra vous nuire. Néanmoins, ne mettez
point votre joie en ce que les esprits (impurs) vous sont soumis ;
mais réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans
lescieux (Luc, x, 18-20). Ceci constaté, n'y a-t-il pas lieu de
penser que la conception complémentaire s'impose, savoir que les
noms des méchants seront écrits sur la terre, symbole des enfers
qu'elle renferme dans ses profondeurs, et qui seront leurs fu-
tures demeures? Tout me fait donc croirç que Jésus a réelle-
ment fait mine d'écrire les noms des faux témoins sur là terre
afin de leur inspirer une crainte salutaire et de les forcer à
réfléchir sur leur mauvaise action. II leur a donné cet avertis-
sement tacite aus.sitôt qu'il a entendu leur question qui attes-
tait leur duplicité, et il Ta répété après avoir lancé sa sentence
spirituelle. Le succès fut complet : les hypocrites s'éclipsèrent
furtivement sans regarder en arrière.
Il ne serait peut-être pas inutile de résumer d'une manière
précise l'ensemble du tableau. Cherchant un prétexte pour
empêcher Jésus d'enseigner le peuple amassé dans la cour du
temple, quelques uns parmi les pharisiens et les sciibesfanati-
254 REVUE SÉMITIQUE
ques s'entendent avec une femme de leur espèce pour prés^*
ter insidieusement à Jésus un cas matériel d'adultère dont la
femme serait coupable et eux-mêmes les témoins du flagrant
délit. Ils espéraient que cette fois Jésus serait ou obligé d'attaquer
la validité de leur témoignage corroborée par la coupable elle*
même, soit de se prononcer contre la rigueur de la loi qui con-
damne la femme adultère à être lapidée. Dans Tune comme dans
l'autre de ces alternatives il commettrait une infraction formelle
contre les prescriptions de la loi et ils seront autorisés à
l'appréhender pour lui faire un procès d'hérésie. Le complot
était bien combiné et ils se croyaient absolument sûrs du succès.
Pour leur malheur, ils ne comptaient pas avec la perspicacité
et l'intuition extraordinaires de leur adversaire. Quand la bande
se présenta devant Jésus^ celui-ci était assis par terre entouré
d'une foule sympathique à laquelle s'étaient mêlés un certain
nombre de pharisiens qui, encore que très conservateurs par
principe, n'avaient pour lui aucune haine particulière* Du pre-
mier coup d'œil, le Maître se douta du tour lugubre qu'on
voulait lui jouer et, par un éclair subit d'esprit, trouva le moyen
de confondre les faux dévots sans provoquer du tumulte dans
l'assemblée. A peine les entendit-il formuler le sujet de leur
consultation qu'il se baissa et fit le geste d'écrire avec son
doigt sur la terre. En ce faisant il leur montra en même temps
le mépris qu'il avait envers des félons de leur calibre et le terri-
ble châtiment qui leur était réservé selon le recueil sacré dont
ils avaient Taudace de se constituer les défenseurs. Puis comme,
quoique profondément blessés, ils feignaient de ne rien com-
prendre afin d'échapper aux risées du peuple et insistaient pour
obtenir une réponse immédiate et catégorique, il se redressa sur
son siège et les ayant étourdis par la pointe spirituelle beaucoup
plus claire : c Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette
le premier la pierre », il reprit de nouveau son geste méprisant
et menaçant à la fois, jusqu'à ce qu'ils se fussent tous clandesti-
nement retirés. Les lâches partis, la femme fut renvoyée après
qu'il eut été publiquement informé par elle que les juges offi-
ciels n'avaient jamais été saisis de lui faire un procès d'adultère ;
et la simple admonestation « et à Pavpiiir ne pèche plus »
suffit à régler son compte.
256 REVUE SÉMITIQUE
Lorsque j'écrivis ces mots j'étais loin de me douter que je
trouverais dans TÉvangile un exemple encore plus adéquat.
C'est pourtant la cas avec Tépisode de la femme adultère qui,
si l'on fait abstraction des éléments secondaires du tracé par
terre et du mot adressé h, la femme se résume en ceci :
Les pharisiens disent à Jésus : c Voici une femme adultère;
la loi ordonne de la lapider, que dis-tu? t Ils se croient très ma-
lins, mais Jésus les met en déroute en disant avec un calme
parfait : c Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le
premier la pierre ! >
En voici la formule abstraite :
« Éviter l'explication nette en posant une condition que les
adversaires ne peuvent pas remplir. »
L'identité foncière avec la formule n"* 3 d'Âkhiakar me parait
incontestable.
Nous sommes maintenant en mesure de résoudre la der-
nière question, relative à l'originalité de ce récit dans la place
où il se trouve actuellement dans l'évangile de Jean. Je pen-
che volontiers vers l'affirmative et je m'appuie sur une raison
qui me semble péremptoire. Dans son discours immédiatement
repris, Jésus proclame ses propres qualités en disant: r Je suis
la lumière du monde, celui qui me suit ne marche point dans
les ténèbres; mais il aura la lumière de la vie » (v. 12). A quoi
les pharisiens lui font cette réponse significative : ce Tu te rends
témoignage à toi-même ; ton témoignage n'est pas véritable. >
L'allusion à notre épisode ne saurait être méconnue. Ces lettrés
qui ne trouvaient rien à redire quand il démasquait les faux té-
moins de la scène pr cédente, lui font remarquer que le té-
moignage qu'il se rend à lui-même ne possède pas un degré
plus grand de vérité, où comme diraient les juristes, de vala-
bilité. Le droit talmudique maintient rigoureusement le prin-
cipe : « L'homme (= le témoin) ne peut pas prétendre à
être cru dans le cas où il est personnellement intéressé »
(iDVy by l^Hi DIS ps)- ^^ réplique de Jésus (14-18) porte
le caractère franchement mystique qui est le trait particulier
du quatrième évangile ; néanmoins les mots « moi, je ne juge
personne » sont encore l'écho du procès que nous étudions, où
l'épisode de la femme adultère S57
Jésus s'est décidément refusé à faire fonction déjuge. Au point
de vue de la critique littéraire, l'épisode de la femme adultère
est tiré d'un recueil contenant les paraboles et logia sapien-
tiaux de Jésus; les évangélistes les ont assaisonnés de remar-
ques morales ou dogmatiques, mais le fond primitif s'en
détache avec assez de certitude.
J, Halévy.
K 6292.
Le fragment K 6392, signalé plus haut par M. Boissier (cf.
p. 146, n. 1), et le passage K 4334, col. I, 1. 7-21 , ne diffè-
rent que par de légères variantes et se complètent Tun l'autre;
on a ainsi :
[arah] apin-gab-a mi-nu-ù ù-[kul-ta-ka]
[su]-un-gi-ri ina nar-ti-u
[u] 9ip-pa-ta ina ù zid nu lah ta-pat-[tan]
arah gan-gan-ud-du mi-nu-ù ù-kul-t[a-ka]
5 ka-bu-ut ansu édin-na ina a-9[a an ir]
ù in-nu-ri sa as-[a-an]
ina ki-sim-mi ta-pat-[tan]
arah ab-ba mi-nu ù ii-kul-ta-[ka]
bi-na-at uz-qa-b[i-é]
10 sa ina ba-çi su-n[u-lu]
ù ra-bi-ik-ka [mu-si]
ba nâr ud-kib-nun-ki ni-nun-n[a]*
arah as-a-an mi-nu-ù ù[-kul-ta ka]
sa pu-uh-ri su-uh-hu sa an[su zi-ka-ri]
15 zi-é ur-ku zi-c
tu-ma-la ma ta-[pat-tan]
1111/ f/'^ ù-ul tag-da-mar
ri-ka fù-sar-ri-pu]
Ch. Virolleaud,
1. La transcription des lignes 8-12 a été donnée par Bezold, p. 784.
KtTOI StaiTIQOI 17
ï
NOTES ET MÉLANGES
NOTES POUR L'HISTOIRE D'ETHIOPIE
Le règne de lyasa (I"), roi d'Ethiopie de 1682 i 1708,
(Suite.)
'iahf. I ^<»1* • «DflOHMî « T.lt « ^'"* ' gA««»Ah^
01 1 ït-tv « K-fl^i" ' <|»^»^^fl+ ' Mii»'A+ ' ^^jt*»
K1+R « "fTl « +hA » [fl»fl»+ « n<D*Mî » Mo»7 « A.
C « attU: « K'P'IP-A ' ti't?' « itfl»*A « nio-X* « X
n'JA « ooMfii ' o»-w* « -nH*:* • fli"+ ' hr»*»?- A «
^!
NOTES POUR l'histoire d'éthiopie 259
«>fl<: « ni-'jRc « mn-a/: i noA > t9»4»i- > nof «
-I/M^ , i.4.x.A- • ;4liA.A « fl»+é«%.T I <t<;A « XAh 1
;*• » A*4»iH: B ID^0D • jf I (Dg « ATC » -fi/^h »
X^-T-IAC « mnooi- 1 -1.0. , «j^jp , ^, , ^p.^ ,
flOA * 0bA4>A a
* . oi-Ai- ..T-^RC . nî»7+ . T.flfc , fl,A.W > non
œiij'aht^ I ^AA « -itA» . iDH»<. . nn^fi^D-c-bifo»- .
M I i/l-A^A • mhn t ;wJPAA)'l:jPA . jt-aa . h^*^
^ « 0n}k1i"H • -ïHï. 1 0D}iiA^ : fDA.^ai--}^ . œh
260 REVUE SéUTIQUE
'HLf a 0fl«TXIiA * irH: * Vie * Mu * Ohm * mé
r-of a flKfoi- 46)X'>ii » AHic » Vf * rm. « «^r «
■1*+ » TS^lh I ho» « J&nX » *7f « Al&»1* î «x
iH » ^aa»*x * iff « ^n < f+ » Wk-f » «BAH t T.
AMi- « 11+ 1 atfitt » Xj&^*f* • «»JfX » diittiT « Ji
•nh. « /"AA » XI* I ©nhf « ID-A+ » 0.+ « li.% »
lovn^; t i^fli I xiH •• ^nh, • œ^A+Ji*»*» > AXt* ,»
OX ' a>•^ * •(lAk * mavtX * Wd > lA-fci* B 0)^9"
Il I iDlX 1 oDff^h I A^*^ « fl»>n^ « fl»'A+ » fl.* »
«D^fl » hA/h. « o«»*îiAl" > H'î;' » oBX,*«»* « •ïfl.o- »
nx'j+ • V7^ > •t.ooi* » XT'4'«h<«^ « M « XAiiA « n
+ • /{p 1 n<D*X'i: « xH. • <:hfl » Aï « A*»?*/^ 8 fl»
x*"M I fl»<;ft • '^n ' (ki* < xa • xaïia « m^tà^
a^' » AXA » +T*4'/li- « «"VhAI- » fl>>n<i « tO%ao i fl
uf 8 iDX9"ii I ^w» « Axn I hohtvnf-h « ««t^ç «
ff'Kho^ I AXA « <D<:* « «wvh^l' » iDja«TLmflo- I n
•• t • • •
« » •• • •
NOTES POUR L'HISTOIRE d'ÉTHIOPIE 361
Ain ' ho» 1 fMtt • lt < A»m1- I mKfat • +o»
Pm « ♦^■JII'V I oijn<; ■ -iiim > lirM- • mmtek •
iiin > a;!"i ■ ahoa ■ 4.4.11 » m+î-tj, i hrvt >
.!.<; ■ pnn > nrh-j^t > i-nji. 1 mhti-n.ipi'^ ■ a
(!*/!■} . oottiAt 1 mMmt, I -Kir»" I ^n ■ +CA •
T-O*. ■ <»-M:i ■ mdR I Mmll • ho» > fJlt, • a,
+ ■ ilAt " miDlA ■ A»"Uf I jti 1 A.!!! • aniU i
■JA-tt I o-A^tH: I iono>-ïi+ ■ Ho»-j . -p-ti , Mf,
1 1 iPta.i-'i- ■ BiiiM- ■ mAfçi- 1 n,i.°ioD ■ n(foi. 47)
R^ > HOi-M: ■ *l-ç=ï I h9"t-6f.t1- > œ*iP°H-A- ■ h
urc = o>■^+ . xn • vOB . »"«-iro»- . A>i'7nA >
«"AA.* ■ fliiPC/'o»- I AK^'k > «Ah'PA^U- ■ Wf:
<; ■ n» • ii><;Af ■ a-»»- > ■hA+ • mf-rnic < fyii.
A ■ +o»Pin 1 A-o»- I An ■ ili» I IDA* I ARin
A ■ œAh.* • ffl}i»"11 ■ nh ■ >•>«£ 1 ratl» I Am
A* ■ ^n.+■^i•■> ■ +hA ■ yf."Tri- ■ <iai- . rafie- .
œilli ■ Uf > IJim ■ oo-pM ■ o»i»~ii ■ mK^ . ♦-
■J-HA . anat • of ■ +■«.;> ■ ho» 1 pAj; . nA^ ■=
eiaoKif ' MU • JiM ■ "7C*ft i ml^A-o»- I hllÇl- 1
ii>AJ'"il'-W ■ »"AA ■ "IWi^ • mmx^-if^ , oïD^ii
■MC ■ NlhAF ' ho» 1 A.J'.HvC I atif • «DMf-o»- ■
a>0<;R > flAy ■ X1H I H-A- ■ oninAt . o»V1/"
* ■ aUfli; • aot • IJim ■ o»<p4A " io?iir-M ....
. . . R« ■ +o»yYn ■ "Pm-J I . . . }i>°nA; ■ Wi 1
nan^ ■ . . . Uf ■ xo» ■ «AA;^ » œx»"*.!,; ....
VAA;)' ■ mif. • t^-JHA ■ a>>n<: ■ Uf ■ XAh . *J!.
A ■ r-JilA o
ongmg ■ lool- . ^io» . ï . Ao»Ah<:>' " a^Kh •
kTCt • liai . 1II-A+ • a.-!- • M • hflhA > M
262 REVUE SÉMITIQUE
h » n^A » «oft+A » ioMP"M « atàh « atghd « Min
îi9»op « vn^ « fiKan.^ « iwai- « fti- » ko « f-çA «
II1+ « i'aof.m « Ji^l^lTIA « «onh « W*» « Min
lA a «D^V?* « AKO-tf* « -^n » +A- « hoo I ^^JtX 1
AiDA^ « fDf^IttC • dC* « irAA.U* 1 mao^ii i fl»+
^<:* « +A* B fl»«îi* « %«. « KHH « ^«flli. » h9l^A «
flïîi'n^A « ahhi- « ft* « ©Mm « fl»l* « nK • ^
4» « j'AA » A** > nfflcri « fh-fci* « fl»vn<: > oh^ «
<D.A+ « n.+ I ^f-A^CA « atWœ » flTiC • îi^JM^
Tl a aiMn » llAfl» » Uf » o^Kh « f-A<nA » hf^'i
RC » fl»>i(fol. 48)%1t t -t^ha » nof « <D+«7lK. » Irf-
A- 1 M^ 1 <W>1/»'1* I 9°AA.II« a dlAfl » fl^^O* « Il
fl.1* I MM- « wA-A a
J. Perruchon.
(A suture.)
SCEAU HÉBREU - SCAIUBOÏDE - TABELLA DEVOTIONIS 263
NOTES ET MÉLANGES
(Suite.)
IV
SCEAU HÉBREU EN FORME SCARABOÏDE
(Lidz., Eph,, 1900, p. 11, nU.)
V.nnoT II Dn»S
Appartenant à Yoram, (fils de) Zemaryahu.
Le père portant clairement un nom composé avec Yahwé,
on peut admettre sans hésitation que le nom du fils q-|^ contient
aussi le même nom divin : q-|S, orthographe défective de ^q^^
T T
ou DiirP» ■ Yahwé est élevé >. — in^lDT = ^rmDÎ> * C'ob-
T : T • î •
jet de) mon chant est Yahwé y> est plus substantiel que le
biblique ^-)j3ï où le nom du dieu national est apocope. La forme
• • •
pleine ^j^ comme second élément des noms propres hébreux
me fait l'effet d'être plus ancienne que celle qui est réduite à
fp, Cette dernière forme peut bien avoir été inaugurée après le
T
retour de la captivité.
m
SCARABOÏDE {ibîd., p. 12, o!" 8).
M. Lidzbarski écrit : Ich weiss mit der Légende nichts an-
zufangen. Die Zeichen sind von einer solchen Einfôrmigkei,
dass man die Inschrift fur unecht halten môchte. D'après les
fac-similés donnés dans le texte, je reconnais [rbT"n3T;^,
€ appartenant à *Abd-Dag[on] ». C'est une copie faite sur une
légende authentique.
IV
LA TABELLA DEYOTIONIS DE DUiMES
La littérature des premiers travaux chez Lidzbarski (ibid.,
p. 26;. Je lis :
i. Voir plus haut, p. 78-83.
S64 REVUE SÉMITIQUE
Kn ^D^ nD^o nSx nin rai i
KD nS ï?k vk ho mi^ nioy n»Ki 3
dHï nm 3K «1033 »iibp wchy 4
»nS» fHy VK DiK Ss itk ok [n] 5
nisyn iD^n [i;]03 t t)03n nn3 6
Ce que je traduis:
Dame des contrées, Allât, maîtresse de cette libation!
Je fais fondre, moi, Meçalleh, Em-«Astort
Et cAmarat et toutes les personnes à elle, car
elle m'a opprimé au moyen de l'argent (voué au) père des
esprits des ténè-
bres, soit tout autre homme qui m'aurait opprimé
par la maladie (?) résultant de cet argent, comme fond le plomb.
L*auteur est un homme malade du nom de MeçallêU. Il croît
qu'on lui a jeté un sort consistant en une somme d'argent vouée
au chef des génies des ténèbres (du Séol). Ses soupçons tom-
bent sqr deux femmes et sur la famille de Tune; il pense ce-
pendant que le maléfice peut venir d'autres personnes. Pour
contrecarrer ledit maléfice, il écrit cette formule sur une
feuille de plomb, sous l'invocation de la déesse infernale Allai
qu il prie de faire fondre comme le plomb, c'est-à- dire d'anéan-
tir et d'exterminer, les auteurs de sa maladie, laquelle cessera
ensuite d'elle-même.
1 . j^^j^ j'y reconnais le pluriel pijn. « districts, contrées •.
— pfcjjj Allât, déesse du èéol ; cette habitation des morts est
plus vaste que celle des vivants et comprend des contrées in-
nombrables. — robo» * reine, maîtresse ». — jjf pronom re-
latif, rhébréo-assyrien ^, sa. — •nni = "nDJ» ^ libation ^. —
j^-| = j^!^-j, pronom à la fois personnel et démonstratif.
2. -[n«» à ponctuer rjnx = héb. riinx* ^^^^"^ ^^ '^nj.
« fondre » .
4- ybv P^^^ ybH' — L® H Q"* s^^^ '^ B ^^ semble appar-
tenir au ;3 avec lequel il forme le nom ^jj (= ^^n)» « père.
TABELLA DEVOTIONIS 265
chef ». — nobv nm» ^ '^^ esprits ou génies des ténèbres »
(Lidzb.); cf. ninb^ ibo (^^^' ^^"» ^*)-
6. La lecture nnS ^^^ encore assez vraisemblable, nn»
« maladie d ; cf. héb. fin (et. const. ^yn) et x^-îj, a malade ».
T T - : T -
—Si l'espace après a contenu une lettre ce ne peut être que le jjf
relatif; q^ seul suffirait. — "[D^n» c'est-à-dire •!|Qî»n = héb.
•?jP3D; cf. jn^ = héb. p^. — mayx = msyni l'adoucis-
sement de l'article n en x est un fait de basse époque.
LR POIDS EN HÉMATITE DE SYRIE
La lecture est certaine (Lidzb., ibid., p. 13-14). La pierre
porte la légende : c\V3 J^Dl» • "^ quart de Naçf ». Dans la
Miàna nDV3 désigne le câprier et sa fleur. Le t^>f j emprunte
peut-être son nom à une quantité détermint'^e de ce fruit ; d'au-
tres produits comme les grains d'orge et les olives servaient
au même usage.
VI
QUELQUES FORMULES PUNIQUES INSTRUCTIVES
D'ordinaire les inscriptions votives rédigées en écriture
néo-punique ne se distinguent que par leur orthographe irré-
gulière. Celles que nous extrayons ci-après méritent une
attention particulière à cause de certains renseignements qui
ne sont pas à négliger.
a) Costa 33 :
113 vy naxiD pn
L'épithëte pj{ après ^y^ est assez étrange. On ne peut
guère y voir un nom de lieu. M. Lidzbarski se demande s'il
ne faut pas entendre le fameux Adonis. Je suis tenté de croire
plutôt que pji{ est une faute du graveur au lieu de ^^n qui se
266 REVUE SÉMITIQUE
présente dans Tinscription suivante, laquelle fait partie de la
même série épigraphique.
b) Costa 22 bis :
xiynS xia-iSi
■
• •••••• Il
A mon sentiment le groupe -|*jj( ^y^ ^^^* ^^^^ P"^ P^"^
une combinaison d'état construit aussi bien que celle de ^y^
iDn» p3b VyS' IV bï^S ^'' '^^ autres formes analogues. Mais
T1j< me semble être un surnom du ciel tiré de la formule no^f
D"nx» ^^ '^s cieux puissants, magnifiques », connue par l'ins-
cription d'Esmunazar. Par une raison similaire le surnom -p^x^
« (métal) fort », forme parallélisme avec ^fQ, « fer » (Isaïe,
X, 34); le-Tij^ ^y^ serait donc identique au uiSfff bi^3 ^^
TûW bj^3 ^ue nous fournit l'épigraphie phénicienne et syrienne
à l'époque gréco-romaine.
Le point le plus important de notre formule dédicatoire est
l'orthographe pleine pyn ^^ lieu du rùp habituel. A rencon-
tre de la transcription Tanit consacrée par le Corpus inscrip-
tianum semiticarum, j'ai montré en 1 883 que njn cachait le
nom du figuier, ph. tip, héb. nJKn» ^^ Q^^ par conséquent
la transcription doit-être Tint {Mélanges de critique et
(Thistoire, etc., p. 427), et cette transcription est cons-
tamment employée par moi depuis lors ; il m'est donc très
agréable de voir ma déduction confirmée par un texte indigène
car le i de pi^n '^^ saurait être autre chose que l'indication
de la voyelle t attachée à la consonne précédente, j.
c) Costa 6 :
VH 113 py SyaS pvh
113 OU vk ays o
Le second nom de Magon, Qt^p, se trouve en hébreu au sin-
QUELQUES FORMULES PUNIQUES INSTRUCTIVES 26?
gulier comme nom iduméen, ^^p (Genèse, xxxvi, H) dont
Tethnique •ïjjp (ibidem^ xv, 19; Nombres, xxxii,'12).
La formule finale me paraît tout à fait correcte au point de
vue du déchiffrement, malgré Tindistinction partielle des lettres
{jfj{. Par contre, l'interprétation donnée jusquMci doit être mo-
difiée. La phrase ne commence pas par Q13, mais par le verbe
SDTUï ^t '®s quatre mots qui suivent en constituent le complé-
meht indirect tandis que le verbe n^^ Q^î termine l'inscription
a un sens général et redondant. Il ne faut donc pas traduire :
Au jour de la grâce ... au jour où il Ta béni (Berger) = « Am
Tage der Huld . . . am Tage dar er segnete » (Lidzbarski),
mais littéralement : t Qu'il le bénisse en jours agréables qui
sont dans les jours », c'est-à-dire : « Qu'il (le dieu) lui accorde
les jours les plus heureux, d Pour la liaison de n-|2 avec la pré-
position 2, comparez : ^3^ DH^QN nW "[12 Him (Genèse,
XXIV, 1), « Yahwé bénit Abraham en tout » = c Yahwé ac-
corda à Abraham (= combla A. de) toutes sortes de bienfaits. »
Le relatif 3 jj^x marque le superlatif. En hébreu celte propo-
sition serait D'^D'^aiz; (ou D^û^j^n) D^^mion n^D^ inDis ;
le singulier q^ (= q^i) est mis i^ au lieu du pluriel qjj^ :
€ Au Seigneur Ba*al-Hamon. Vœu fait par Bodmelqart, fils
de Magon, parce qu'il a entendu sa voix. Qu'il le bénisse en
jours agréables entre les jours ! Qu'il (le) bénisse ! >
(?) Costa 105:
ti3ï;»Dn viti ma vh 112
Si la lecture '^tû^ip)^;^ est correcte, le ^ indiquerait la voca-
lisation misfar, nom abstrait devenu nom commun ; cf. riD^DD»
€ royaume >, puis « roi, prince » ; ce serait le chef des prévôts,
OnOW* — L^ forme xrûD ^^ semble garantie par Téthiopien
h1+, « vanité >.
268 REVUE SÉMITIQUE
VII
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR
Ces inscriptions sont au nombre de trois, une grande com-
prenant 47 lignes et deux petites de 6 et de 4 lignes. Elles ont
été publiées et interprétées pour la première fois par M. Phi-
lippe Berger dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres, tome XXXVI, 2* partie, Paris, 1899. M.Lidz-
barski les a reprises d^ns Ephemeris, I, 1, p. 46-53, en y
ajoutant un nouveau commentaire. Gomme la plupart des diffi-
cultés sont loin d'être levées, il ne sera pas superflu de s*y
attaquer de nouveau ; il y a toujours un certain intérêt à rétré-
cir le domaine de Tinconnu.
à) La grande inscription. Elle se divise en deux parties :
Col. I et II traitent des objets consacrés; col. III-X donnent
les noms de ceux qui ont fait cette consécration ; la col. III en
sert d'introduction. J'omets les colonnes IV-X qui offrent seule-
ment des noms propres appartenant dans la plus grande
promiscuité aux trois idiomes dominant alors dans l'Afrique
du nord, le punique, le numido-berbëre et le latin. Ainsi que
M. Lidzbarski l'a bien observé, les noms latins ne sont portés
que par les fils, tandis que les pères conservent encore leurs
anciens noms nationaux.
I
noy hn nynv nino nvip nmù 2
nonN yv^ Hoyh^ kS ji«n-rK moy 3
iiD3 ODP xinK n^vh vrpn ahvh 4
min Vya oo» ^tt nao^o ion ^So 5
r\y2v ^nan» ^nanys oma:i hv 6
II
tap nhy khS • on Ton • • • 5id "700 7
mnft< nyn - • • nonnNi rhn poya i-v 8
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 3169
myan av • py St kd»S oriK pS^ kï^kt 9
nn;i3D jn» \nMh^ pipi ynn «; 10
nv2v pa -iSya aV "i«^k3 ^So il
III
nnaonn «onD^K 13
Kxio kSpd aV Kip 14
xnîyo • n rnoS 15
Ligne 1. La consécration est faite par le clan indigène
appelé ni?D* ^'^^ depuis longtemps interprété ce mot par
n homme du clan indigène y>, en rapprochant l'hébreu niTK»
<r aborigène y> {Mélanges d'épigraphie et de critique, 1 872) ;
ridée d*une collectivité^ d'une association^ est confirmée par
notre inscription qui cnumère plus loin les membres de cette
association qui ont contribué aux fondations pieuses dont il est
question dans notre texte.
HTl'*? E^N détermine plus étroitement le mot précédent
niTOnî *' ®s* d^"^ certain que le groupe ^ j/j^, qui répond à
r hébreu ancien S^iJ^K et à l'hébreu moderne -^jjf = talm.
^2f9 i^'cfit qu'une périphrase de l'état construit, ce qui entraîne
la nécessité de regarder nn comme un nom de lieu. M. Cler-
mont-Ganneau tient pour possible que lesportae mentionnées
dans une inscription latine de Dugga soient identiques avec le
jYH d^ notre inscription, dans lesquels il voit les curix afri-
caines. Je suis tenté d'admettre cette ingénieuse identification
en ponctuant n*-n> P'- ^^ 11 ^^ ^^ rnii cf. as. dûrUy « mur
\ \ - \
d'enceinte ]> ; néo-héb. jtvI* a demeure », -|i^, € écurie,
couvent ».
La forme jjj^ pourrait strictement exprimer le pluriel et
équivaloir à .^33 tout en se rapportant à niiD Q^' ^^^ ^^ ^^^
T
collectif. C'est ainsi qu'il est employé aux lignes lî-1 3; cepen-
dant à la ligne 3 l'emploi du singulier est assez probable.
270 REVUE SÉMITIQUE
Comment faut-il entendre nivn p^po'^ ^^ pense avec
M. Lidzbarski que ces deux noms ne sont pas en relation d'état
construit, mais une phrase telle que a qui a construit un sanc-
tuaire, des cours » (welcher bauen lassen ein Heiiigthum, Hôfe)
est par trop décousue. Je pense que nous avons ici pour la
première fois T usage de donner un nom aux édifices du culte,
usage constaté par moi depuis longtemps chez les peuples de
r Arabie méridionale. Le nouveau sanctuaire construit par le
mîD * ^^Ç" '® ^^^ ^® rnvn» ^ cour, enceinte j».
Lignes. Le mot nanfiJ ^st difficile à comprendre. M. Lidz-
barski, après avoir constaté Texactitude de la lecture, rappelle
les abréviations ^ pour gfj^ et n pour pj^ dans les textes pu-
niques plus jeunes et croit qu'ici q est égal à bi<« <{ ^ussi y>i
dans QETîP rûllB ^' suppose d^2^ij5 nyn B» ^ ^"^^^ ^^ ^*"
gasin pour les effets sacrés (auch ein Magasin fur die heiligen
Gerâte) > . La chose ne me parait pas vraisemblable : ces sortes de
magasins font ordinairement partie des constructions du temple
et il n'est pas nécessaire de les mentionner à part. A mon senti-
ment le n de nins f^^^ fonction d'une voyelle très brève
correspondant au fîetvâ des Hébreux. Si Ton en fait abstraction,
on obtient la forme ordinaire njB (^ ponctuer nja) qui cqui-
vaut à la préposition hébraï(|ue ijg, ^2tb ®" ^JB bx» • ^^'
. . . , .
vant)). Dans l'inscription d'Esmunazar on lit : nVlîf Vstll
Db^^ n3B Dioy** tt^N» * P^^^ chaque holocauste qui sera porté
devant les dieux ;) (l. 13). Ce membre de phrase détermine
l'emplacement du nouveau temple, qui a été élevé de sanctuai-
res déjà existants. Pour le mot ptriD ^"^ ^^^"* après, M. Lidz-
barski suppose dubitativement le sens de lieu des auspices
(cine Auspicienstâtte ?), puis, il le met à la tête du groupe
suivant. D'après ce que nous venons de constater ci-dessus,
on serait porté à envisager pTIlD comme le nom propre et
général des objets sacrés qui sont entendus par le pluriel
a^np. Relativement au sens, on rapprocherait aisément le
terme architectonique hébreu nîriD (î' ï^^is, vu, 5), qui sera-
ble signifier c fenêtre ou lucarnes ». Peut-être convient-il
mieux d'y voir le mot^triD» pl. de finD» • ^î^u» demeure •,
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 27i
as. mahazu; néo-hébreu nîiriD» ^^ ^^ le rattacher définitive-
ment au groupe suivant dont la relation est exprimée par la
particule ^ joint au nom de la divinité nj^H- ^' Berger y a^
ingénieusement reconnu la déesse njn Q^'i' îi^ Tanit. Mais au
lieu de transcrire nyn P^^^ ^^^ ^'^ supposant les abréviations
consécutives Tant^ Ta^ il faut transcrire Titoii T^f en admet-
tant l'occultation spontanée de la nasale quicscente, comme cela
arrive pour ce mot même en syriaque.
nD]7 Vn ^^^ naturellement une épithète de la déesse Tint^
Tit; '*5j^ ayant le sens abstrait de « divinité > peut s'appliquer
aussi bien à lUie déesse qu'à un àiew. — A poy M. Lidzbarski
assigne la valeur de « communauté, association » (Gemein-
schaft) en le tenant pour un féminin de Qt; ; j'incline plutôt à
le regarder comme une fausse orthographe au lieu de nDX =
héb. nSNj * ^^^^ ^ (Nombres, xxv, 1 5) ; il va de soi qu'il
s^agit ici tout particulièrement du clan même qui est appelé
mTD ^^ début de l'inscription.
Ligne 3. Nous tâtonnons dans l'obscurité au sujet des mots
nXTIX niDy ^^^^^'^"^^"t reliés par l'état construit et dont le
premier est au singulier et le second au pluriel. Toutefois, la
traduction : a une ceinture d'édifices magnifiques » (eine Kronc
von Prachbauten, Lidz.) me semble trop recherchée. Tout me
donne à penser que ce groupe forme un attribut de la déesse sus-
nommée. La vraie difficulté réside dans le second terme, nXIlN»
lequel ne peut plus être égal à niTlï* comme c'est 1« cas dans
l'hypothèse que nous repoussons. Après une longue méditation
je m'arrête à la pensée que nous sommes en présence d'un traves-
tissement orthographique du mot rmn? pluriel du nm de la
première ligne et pourvu de l'article j^ détérioré en ^ dans la
graphie néo-punique. Maintenant, si un dieu peut convenable-
ment être appelé « couronne de ses adorateurs », non moins
que « roi ou gloire de ses adorateurs t (cf. ^j<ni2r» "ibo ^^
bxntt^ rnKSn» etc.), cette figure n'est toutefois a sa place
que dans le style poétique; elle détonne dans une modeste ins-
cription votive. Force nous est donc de voir dans niDi^» "^"
le substantif p-^i^y, a couronne ^, mais le participe actif fémi-
S72 REVUE SÉMITIQUE
ninmm = mtDy» * ^®"® fl^^ environne, protège » =
: -
• prolectrice » . On connaît l'expression ^iitûVn ÎIXT HJVS
(Psaumes, y, 13), a tu environnes le juste de bienveillance
cononoe de boucliers y>^ c'est-à-dire : a tu le protèges gracieu-
sennent comme le bouclier protège le corps contre les coups de
l'ennemi ». Tint était de même considérée comme la protec-
trice de la corporation des jyy^. Cette interprétation dissipe
l'obscurité du reste de cette ligne.
Pour comprendre le sens réel du complément indirect j^^j
noix 2W^ KDybl ^' ^^"* s'assurer tout d'abord des deux points
syntaxiques suivants: le qualificatif 2}if^ se rapportant à deux
sujets différents reliés par la copule, XÛ^bl xb» ^^^^ ^^^^ ""
pluriel à l'état construit, par conséquence : ^gp, « habitants
de la tçrre, du sol 2) ; 2' le suffixe de i(^ ne peut pas se rapporter
h nj^n» n'importe que ce soit un dieu ou une déesse. A ces né-
cessités grammaticales se joint une considération de fait,
l'impossibilité d'imaginer que l'élévation du temple a été faite
en même temps en l'honneur de la divinité et en l'honneur
du peuple; c'est une incohérence logique qu'on ne doit impu-
ter à l'auteur. En conséquence, la traduction « pour lui (elle)
et pour son peuple qui demeure dans le pays j» (fur ihn (sie)
und sein (ihr) Volk das sitzt im Lande, Lidz.) est totalement
exclue. xS ^® P®"^ ^ référer qu'à niTD» c'est-à-dire à la
corporation consacrante dont les membres appartiennent au
clan noy (nox) ^^^ indigènes. Ces membres sont précisé-
ment désignés par j<J3];, « sa gent, son peuple t. Pourcy
au sens de a gens, peuplade », comparez ^^j jnj;, -^jj Qy,
etc. Bien entendu, l'expression nDlX Dû*^ DJ> constitue la plus
authentique explication de n"ltD ^^ "^^^ '^ sceau à mon inter-
prétation .
De ce (jui vient d'être établi, il suit immanquablement que
NDybl vh signifie c pour lui et pour son peuple », c'est-à-dire,
pour sa prospérité et pour la prospérité de ses nationaux abo-
rigènes.
Ligne i. On a quelque peine à se faire une idée juste du
groupe 2fT^pn l^H* ^" jugeant par la seule apparence, on
CfSCBlPTIOMS NÉO-PUNIQUES DE HAKTAR 273
se demande comment le i peut indiquer la voyelle d de ^^pl
La forme nominale itf-ipn (Das Heiligthum, Lidz.) est contre-
dite par l'filat absolu ^^^ et les exemples gnpn V^sV (^- ^•
30) et tr\OH T^Nb (^-o^^t 3^ ^^^ incapables de trancher la
question. ETpnnbX ne peut signifier que «divinité sainte >;
je crois qu'il faut penser simplement que les Phéniciens ne pro-
nonçaient pas qàdâs comme les Hébreux, mais qëdos comme les
Ethiopiens ^fÛi , qedâs ; c'est ce sewâ de la première lettre radi-
cale que le scribe a machinalement exprimé par i comme il i'a
indiqué par n dans nanS- " "^ fs"^ P^^ exiger des Numides
mal sémitiaés une orthographe conséquente. Sous l'épithète
« divinité sainte > les dédicateurs ont sans aucun doute
entendu la déesse Tint, et le groupe ân^pn D^N^ ^0""^ '«
complément indirect du verbe ^^ (1. 1 ) dont niyn lïlpO
est le complément direct. Tout le contenu des lignes 3 et 3 est
une longue incidente destinée à déterminer l'emplacement du
sanctuaire et dans l'intérêt de qui il a été construit. L'allure de
la proposition qui ne s'arrête qu'au troisième mot de la 6* ligne
est du reste bien coulante et remarquablement agencée.
Les trois mots suivants n'offrent en apparence aucun sens
raisonnable. Ainsi que M. Lidzbarski le fait remarquer, l'in-
terprétation de nnx DHS/b P*^ nriî* rvîf^' " POi^r '>n an ».
ne cadre pas avec le contexte. Un autre ess&i d'explication n'est
pas mentionné par le savant épigraphiste, ce qui fait présumer
qu'il n'a pas encore été fait. Faisons donc le premier pas dans
cette direction. Je tiens le mot nxtt''? P"""" verbe à. l'infinitif
précédé du ^ marquant le but de l'action. On le devine aisé-
ment, cet infinitif est l'hébreu nNtï^S) * P^"'' porter >, auquel
il se superpose complètement. Le sujet du verbe est nécessai-
rement la déesse unique de ce document, savoir nyn*
Le dégagement d'un verbe implique ta présence nécessaire
d'uo complément d'abord, ensuite, s'il y a lieu, d'un complé-
ment indirect. Or, ce dernier complément existe distinctement
dans le 3 du dernier mot de la ligne, '2^D2■ ^^^^ "î"^ s'*'*- '^
Buns exact du terme ^^q dont la troisième lettre est douteuse,
il est at>solument certain qu'il s'y cache une idée de lieu :
mm lUiiiaDB U
REVUB SÉHITIQUR
dans... >. Celte nécessité inéluctable me
; le mot {int^ est un déguisement orthogra-
classique n^j^, indice du complément direct
ébreu, c'est le n qui exprime ici la voyelle
on obtient la certitude que n^M n'était pas
me l'affirmaient Schrôder et d'autres sémi-
]rs une notion gagnée. D'autre part, le mot
plus être pris pour □pgf = héb. aiDtt^i
lis doit représenter la vocalisation DDtfi
ectivement : < leurs noms > ; cf. Deutéro-
sée, II, 1d, passim. On est maintenant en
la phrase susdite : < pour placer leurs noms
», ce qui se rattache on ne peut mieux au
qui suit immédiatement k la ligne 5. Comme
no "^ peut-être autre chose qu'une voyelle
la racine jp ou 22D n'offre point de sens
î contexte, il ne reste qu'à rétablir t\q,
de réunion, société > (Genèse, ïlix, 6;
L'emploi du ^ pour indiquer la voyelle au,
3etl)ip{N.P. 7iet75). La combinaison de
divin T^O'^D "lûn ■i'jd éclaire admirable-
ie Job, XXIX. 4, tîjnx -"by mV» TtD3.
;e de Dieu était sur ma tente (pour me pro-
e le bu t des constructeurs se résumait dans le
res que la déesse porte leurs noms auprès du
I, entouré de son cortège céleste, afm qu'en
, il les récompense largement de leurs bonnes
!u près la même faveur que Yebawmelelc,
lande à sa déesse protectrice Ba'alat-Gebal
inscriptions assyriennes et babyloniennes
iicux auprès de leurs congénères en faveur
I particuliers est à l'ordre du jour et il me
;iter des exemples. Autrement importante est
ciale des noms des fidèles par une divinité
divinité supérieure. Car la phrase nîtS^^
11D2 DDE' nnx correspond presque lilté-
le l'Exode, xxvui, 13 : nx pHN i^lPil
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 275
p-^l^j • •• mn^ '*3Sb DmDBf- ^^^s le monothéisme, le grand
prêtre remplace le dieu intermédiaire du paganisme^ mais ce
dieu négligé ne tarde pas à recouvrer ses droits immémoriaux
dans la doctrine de Philon et surtout dans le christianisme, oii
rintervention médiatrice des saints admise peu de temps après
les a à peine entamés.
Ligne 5. Au sujet du nom divin "n^o^D it^n ^bD♦ ^^^^
savons seulement qu*il revient sans n^Q sous les graphies
TDDD Ifân (^- 1- S-ï I, 253 et suiv.) et "i^dD "IÛJ^ C^^^^*» ^)
dont la première, antérieure à l'autre, doit être plus exacte.
Gomme M. Lidzbarski, je ne puis pas me faire à Tidée de trouver
dans nûPI*'^ Halhor égyptienne, car Tépithète «^^q montre
clairement que nous avons affaire à un dieu et non à une
déesse, i^n ne peut cependant pas désigner autre chose que
l'hébreu -i^fl (= ar. Klfâin)» • rameau, verge, bâton ». Si
Ton ajoute d'autre part que n^DO ^^^^^ sans aucun doute de
la racine -qd "^ ^' IDt» * souvenir, mentionner, commémo-
rer >, on ne peut traduire 1300 -non ibo Q"® P*^ « ^^^ ^^
bâton, au sceptre de commémoration », c'est-à-dire « qui
tient un bâton qui a la faculté de rappeler des personnes et
des faits les concernant ». Dès lors on est frappé par l'ana-
logie avec le récit du livre des Nombres relatif au bâton
d' Aaron conservé dans le sanctuaire de Yahwé, sur lequel étaient
gravés les noms du grand prêtre et de sa tribu (Nombres, xvii,
35). A cette époque Yahwé pouvait à bon droit être qualifié
de «c possesseur du bâton du souvenir > . Gela fait comprendre
la métaphore : « (0 roi !) Yahwé t'enverra de Sion (du sanc-
tuaire) le bâton de ta puissance > (Psaumes, ex, 2), savoir le
bâton gardé auprès de la Divinité qui, portant le nom du mo-
narque favori^ ne peut pas appartenir à un autre. Que le bâton
porté par le dieu soit devenu le surnom du dieu lui-même, cela
n'a nullement lieu d'étonner; dans toutes les mythologies le
syoïbole s'identifie facilement avec le dieu qui lui est propre.
On a souvent cité l'exemple de ToTtaXo^ qui est à la fois le bâton
d'Hercule, le fils du héros et le héros en personne. Quand on
8C rappelle que les Amathousiens de l'île de Chypre nommaient
Hercule *fyOf Malik^ (M«A(xa, Hesychius), le rapprochement
276 REVUE SÉMITIQUE
avec Rhopalos-Hercule devient des plus séduisants. Cette
interprétation n'exclut pas absolument Fidée de M. Ctermont-
Ganneau qui identifie 1300 avec la déesse Memoria qui paraît
avoir eu un temple à Carthage; Memoria a pu être Tépouse
^® 1DDD IDfl- ^^ t^"* c^s» ^' convient de signaler que la
connection de qo2^ avec 130^0 dans notre passage est paral-
lèle à celle de QniDttf ^^^^ \TQt dans le passage de TExode,
XXVIII, 12, précédemment cité, circonstance qui m'empêche
de voir dans -)^|-| un trident appartenant soit à Saturne, soit
à Neptune.
Suivent deux attributs de ^^^o -}ûn l^D- ^ premier
DD^ rn ^^^^^ d'abord le type de l'hébreu n-«|, c prince », mot
qui est également mis en parallélisme £^vec «j^jq dans le chant
de Débora (Juges, y, 3) ; la lecture |p est peu vraisemblable
à cause du caractère isolé de la vocalisation p^^ dans Prover-
bes, XIV, 28. L'absence de voyelles rend encore plus
incertain le sens de oD^ Q^N '^ DD^» sera « jou» »,
et lu ngi sera « mers ». Ce dernier sens est admis par
M, Lidzbarski, selon lequel le oc prince des mers > serait
Saturne (Neptune?) et son trident (-)ûn^)' ^^ ®^^® *®"*^
de préférer qqi «^, c prince des jours », distributeur
des jours de la vie humaine et qui est en même temps le maî-
tre des terreurs » (nTin byiî= niin bV3^» sous-entendu:
a de la mort > (niD) • Ayant à sa disposition le sceptre ou
bâton qui porte gravés les noms des vivants, il n'a qu'à effa-
cer le nom qu'il veut pour que son représentant disparaisse du
monde. Je tiens cependant à faire remarquer que c'est une
simple conjecture : pTin P^"*^ ^'•^^ '^ ^^™ ^'^^ temple tout
aussi bien que nivri- Même si l'on admet la vocalisation
n^"in» c^ ^^^ pourrait désigner les génies terribles qui accom-
pagnent les grands dieux dans la religion babylonienne comme
les utuk^ les A/, les Êkim, etc., les congénères des ûBTI d^"®
le cortège de Yahwé (Ilabacuc, m, 5) ou le mnbia ^" ^^^"
gneur du Séol qui porte aussi le titre de -t'^jû (Job, xvui, 14) ;
mSCRIPTlONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 277
le fait que n*nn ®' n'nVs ^^^^ ^®^ ^^^^ synonymes et assez
t-: T
favorables à cette explication.
Ligne 6. Dans celle ligne, le mot ^n^n^D = '»n2ri2>
c j*ai écrit », est une remarque du graveur; les deux mois qui
précèdent, Dri"QJ by » P"^ ^ P^^'* peuvent signifier ce par leur
force 3) et ce au sujet de leur force j>. Dans la première alter-
native, Fauteur aurait voulu dire que Tinscription a été
gravée par Tordre des gens de la ville, mais l'expression niSJ
= mi3J ^'y convient guère. L'autre nuance est mieux en
situation et il me parait très probable que ces mots forment la
fin de la proposition précédente en la complétant par l'indica-
tion de la cause qui justifie la présentation de leurs noms au-
près du Dieu souverain. n"l3J» '^^ actions fortes, sont précisé-
ment les pieuses consécrations qui viennent d'être annoncées. A
rapprocher le ^"jn ^^^ Hébreux dans ^^n Ptt^N (Proverbes,
XXXI» 10; Ruth, m, H); c'est l'effort dépensé pour faire le
bien, idée qui réside aussi dans c vertu y> . C'est également le sens
de nOVJ^ (nb^lîfV) ^^"^ Eémumazar, 1 9 = e^x nOVj; mo*?
nbyS» « pour récompenser les grandes choses que j'ai faites >» .
La combinaison ^}r\2rv ^n^PJ^ID = h^^- ^nnj 'TOnDi « j'ai
écrit, j'ai donné t, veut-elle dire ce j'ai écrit et publié? ».
C'est assez plausible comme sens général ; cependant, l'incer-
titude qui plane sur les deux dernières lettres de Shjn^ ai"si
que l'absence du pronom ^^jjj ou -ijj^ si le groupe nj^Dtt/
qui termine la ligne est un nom propre, et l'absence du nom
propre si ce groupe est autre chose, ces circonstances me don-
nent à penser que le texte porte seulement m-), nom pareil au
rro des Hébreux, mi est une simple signature qui peut se
passer du pronom personnel.
Il reste le groupe T\y^liff séparé par un espace blanc des
mots précédents. Comme M. Lidzbarski, je ne crois pas qu il
ait le sens de oc pause > (row)^ ^^^ ^oite d'Amen, mais l'idée
que le jy initial est la préposition relative et py^ le même
que dans les tarifs C. l. S., I, 1 65, 1 ; 1 67, 7, ne me satisfait
pas non plus; l'emploi de jjf en ce lieu ne se justifie point.
nwlU^ forme le second élément clans pi^Slt/irT' (" ^'^^-^ ^^^^'
S78 REVUE SÉMITIQUE
11 = j;;SErirP» ^ï ï^^îs» XI, 2), ElitrciSer (Luc, i, 13) =
ni^2B^Sx P^"^ l'habituel ynEn^N (Exode, vi, 23). C'est
probablement le nom de F inspecteur des travaux.
Il
Ligne 7. La seconde colonne est encore plus obscure et les
lacunes rendent impossible toute tentative d'interprétation
pour plusieurs mots et passages. Il s'agit de l'élévation de la
statue d'un dieu, ^qq, dont le nom suivi d'un attribut doit
suivre immédiatement. Le texte offre un groupe de 10
lettres yiQ^ . . . yyû ^^^^ ""^ lacune qui devait conte-
nir les lettres de 1. 4 à 6. D'abor^ on incline à voir dans
•••ilD l'araméen p^, « notre Seigneur b ; mais ici on
s'attend plutôt à p-jjj ; il vaut mieux compléter ^21û^ ^^^
divin qui entre dans la composition du nom d'homme
^3-)j3*]2î^, € serviteur de Marni i. Ce nom est noté comme
douteux; notre passage en fortifierait Tétat. Je ne vois pas
pourquoi les dernières lettres ^^dPî "^ présenteraient pas sim-
plement Thébreu 'i^on ^^^^ '^ ^^"^ ^^ ^ gracieux, fidèle,
bienfaisant». Alors les deux lettres à compléter seraient tout
naturellement ^^, <ii dieu >. Yahwé se donne lui-même le titre
de nipn ^^ entend par là le manque de rancune et de morgue
à l'égard du pécheur qui revient auprès de lui (Jérémie, m,
12). La graphie pleine ^y^j^ "^ ^^^^ naturellement pas de diffi^
culte dans nos textes. Un point à éclairer est celui de savoir sMl
s'agit ici d'un dieu mentionné pour la première fois dans cette
colonne. Il n'y a aucune raison particulière pour ne pas ad-
mettre une telle idée ; cependant le fait que le niîD cherchait
à obtenir tout spécialement la protection de i^D^D lûfl "ibo
me donne à penser que la statue en cause était celle de ce dieu
même, ce qui revient à dire que [s]jio était son nom propre ;
de là l'absence de toute détermination relative à l'origine ou
au lieu de son culte ; la phrase attributive riTTI b^D DD"» TH
Ta déjà fait connaître à la ligne 5 et n'y avait plus lieu d'y
ajouter quoi que ce soit.
6i je ne me trompe, le groupe qh commence une nouvelle
phrase, la principale de cette colonne. J'avais un moment l'idée
mSGRIPTiONS NÉO-PUNIQUBS DE MÂKTAR 279
d*y voir un second adjectif qualifiant le dieu : Qp TOil ^^
même [ajon n^DPI» ^ gracieux, parfait » (cf. h. Q^on pHV)
en y rattachant la prenaiere lettre effacée du groupe suivant
j(nV" envisagée comme un q. Mais la considération qu*un trilit-
lèrecomme j^p^ ne fournirait alors rien qui vaille pour l'interpré-
tation du contexte, m'a empêché de pousser plus loin cette piste,
en figure également à la tête d'une proposition dans la grande
inscription du Pirée, où il est aussi suivi d'un infinitif: . . .Qp
lûVbO* ^)' Grammaticalement notre jjp^ .Qn a la même
structure et cela m'amène à supposer la lecture j^n^ [hIdD
dont le }( représente la voyelle *) du pluriel. La vraisemblance
frise ici la certitude. Mais quel est le verbe qui réside dans
les deux lettres jji^? Procédons par la voie d'élimination. Un
point est certain : ce n'est pas une racine à i final dont l'infini-
tif serait pxnb ^'^" '® modèle njsb ^® IJZî- ^e n'est pas
non plus une racine à n initial assimilé xn3 Q^^ donnerait
encore nsnb P^^ ^'•^^'^Sή SLvec nxiy^ (• • 4); enfin le verbe
•n^ (== h. jpj) aurait donné pxnS ^" îSnb- ^' comme par
surcroît les racines concaves ou géminées : jj^n» mn> yinî
HHD^ nnn» nnn» yj;n» n*offrent aucun sens utile, je m'arrête
forcément au verbe xnX» "^nx (nnN)> • venir », qui est usité
dans toutes les langues sémitiques.
Une base d'opération est certainement acquise; mais ce
qui suit est si obscur que les plus grandes précautions doivent
être prises avant de pousser une pointe plus loin. La gram-
maire sera de nouveau notre guide unique. Au point de vue
de l'orthographe, l'occultation du }( initial dans }{nb P^^^
Knxb ^^^^ P^ P'^^ étrange que par exemple celle de l'hébreu
^f]^ pour inx*» déj^ cî^^ dans d'autres occasions. D'autre
part, la simple notion grammaticale suffit pour nous avertir
que ce verbe, qui est suivi de six mots intacts, quel que soit
leur sens exact, ne saurait être un verbe intransitif, mais un
verbe actif doué nécessairement d'un sujet, d'un complément
direct et éventuellement un complément indirect. Le sujet qui,
ainsi qu'il résulte de [xlon» est un pluriel, doit être repré-
senté pour le moins par t^^ -i^j; q^j; dont les deux derniers
mots ont bien l'apparence d'un nom d'homme signifiant c ser-
SI80 REVUE SÉMITIQUE
viteur de Yrd » . Cela empêche de regarder le q de Q^y
comme la terminaison du pluriel, mais de lire Q^t^« état cons-
truit de DD'jy, du singulier Q^y, « jeune homme, servi-
teur ». Le mot suivant pD^a se couvre avec l'hébreu pD^a»
< dans la vallée y> ; ici on s'attend plutôt à un détenninatif
soit de D^^, soit de tt» ^2J^. l^ dernier cas me semble être
réel et je vois dans pD^a "" surnom du personnage en cause,
abrégé de nip^DlS- Maintenant, le sujet étant complètement
mis à nu, il faut déterminer si les mots qui viennent après
forment un complément direct ou un complément indirect.
La réponse favorable à la première alternative nous est caté-
goriquement donnée par farticle de ces mots qui est écrit une
fois correctement par ,<^, une seconde fois incorrectement par
^. Notre phrase tient maintenant debout par ses trois éléments
indispensables, verbe, sujet, complément direct, et a pour con-
séquence d'assurer la forme active du verbe ^nb* ^^ ^® P®^'
donc pas lire ^f^b (= NhKb= NhxS)» mais irrécusablement
• • •
arh = XnNb» ^u hifUl «nsn. « faire venir, apporter,
offrir ».
Des termes PDinXI nbn» ^^ débarrassés de leurs préfixes,
nb ®^ nonn» '® premier est sans aucun doute l'hébreu nib'
pj^, c table, tablette », le second l'hébreu p^iDin (^^*^) ou
n^D"in (î^^^)» ^ objets d'argile, poterie » ; collectivement on
peut entendre les dalles et les œuvres de maçonnerie enployées
dans la construction d'un temple. Lequel ? Les trois lettres
effacées avant le nom de la déesse nvn devaient nous le dire.
S'il en est ainsi, ces trois lettres sont vraisemblablement n^^lS^,
c de la maison >, ou nsb» ^ P^^^ '^ maison ». Sur Tépilhète
mx jointe au nom de la déesse tout le nécessaire a été dit
dans le commentaire des lignes 1 et 2.
Ligne 9. Cette ligne est la plus obscure de notre texte et
l'essai suivant pour y apporter quelque lumière ne doit être
considéré que comme un pis aller destiné à appeler l'attention
sur cette crux intefyretum .
Il me paraît utile de faire remarquer d'abord que le groupe
radical p^>f étant sans conteste un verbe parallèle à [xJdD d^
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 281
la ligne précédente est nécessairennent au pluriel; il faut donc
diviser Qp Npbîf ^^ '^^^ ^® DHK pbît- Une seconde nécessité
concerne le rôle du verbe Qp, mais cette fois au singulier, vi-
siblement parce que, contrairement à la ligne 7, l'action est
exécutée par un seul personnage, np^^^ HXfHH constitue par
conséquent une incidente se rattachant à ce qui précède, en un
mot une phrase relative. Une racine p^^^ n'est pas inconnue à
rbébreu ; p^)f est un nom d'homme usité chez les Ammonites,
proches parents d'Israël (II Samuel, xxiii, 37). Comme verbe
pbx répond indubitablement à Taraméen yy\ (cf. h.p^ijf =
aram. p^j), « briller, étinceler », d'où i{y[^ n-îi pp^i^î, « les
étincelles, Téclat du feu ». Notre petite phrase xp^V NB^NT ^^"
gnifie oc sa tête ou son sommet ils ont fait briller » , ou mieux dans
un sens relatif: a dont ils ont fait briller la tôle ou le sommet ».
Le choix entre ces deux significations propres à ^fXH ^^^ facile
dans ce passage, car si on le rapporte à la déesse, c'est-à-dire
à sa statue, on ne s'explique guère pourquoi les dévots n'ont
pas mis le même soin à faire briller le reste du corps. Donc, le
sufHxe de KiJf m = ^lî^xi se rapporte au mot p^, « maison,
temple », que nous avons rétabli dans la lacune de la ligne
précédente. On a maintenant une proposition bien bâtie et
intelligible c^ns toutes ses parties.
La phrase suivante semble construite sur le même modèle.
Elle débute également par ^ Qp; '^^ lettres jj^jn qu'on lit en-
suite représentent nécessairement le verbe qui doit signifier
« apporter, offrir ». Je ne puis rapprocher que la forme néo-
hébraïque ytj^^, « pour planter, fixer », répondant au classi-
que yû3'^ °" nj^ûb" P"^^ viennent les deux groupes mutilés
3^py b*''* formant le nom propre du sujet du sujet du verbe,
déterminé par un qualificatif ou par un surnom. Comme une
simple indication, on peut imaginer entre autres la restitution
avlxJpy bnbl = yapn Sn[j]> « Giddel (Esdras. ii, 47) le
boucher » (cf. 2î^p, w^LaS). L'aspirée de l'article est rendue
ici par un y; elle est représentée par un |-| dans le mot
suivant, mysn = mNS)n» ^^ '^s ornements en forme de guir-
landes », qui constitue le complément direct de l'infinitif XD^b-
882 REVUE SÉMITIQUE
11 y a doute relativement à la prononciation vocaliquede rn)^£)
qui peut correspondre aussi bien à h*l2<B = ^* D^*1M&»<Iu'à
niNfi» P'- ^^ niKÔ = ^* mXS ; '^ ^^^ n'en sera pas changé.
Ligne 40. Aucune difficulté à propos des mots y-jp! V
p-}j^^, « d'or de dariques », c'est-à-dire : « ornements faits
avec des dariques d'or fondu 3> ; on .n*a pas voulu employer Tor
du commerce parce qu'on le regardait comme trop dénaturé
d'alliages. Cependant on peut aussi traduire les ornements d'or
de la valeur d'une darique, pnj^i = h. pDinx» talm. rism.
Il n'est pas facile de se faire une idée de la phrase suivante
dont le premier et le troisième mot présentent des formes
monstrueuses. Abordons-la néanmoins en recourant de nou-
veau à des considérations grammaticales. Le ^ de rnK^Vl
annonce une nouvelle phrase débutant à première vue par un
^ qui pourrait indiquer un verbe à Tinfinitif parallèle aux infi-
nitifs précédents j(n^ (I. 7) et Xfâ^bC' ^)- Mais à cela s'oppose
d'une manière invincible la forme matérielle de m^^ ^ ^^
peut pas être un verbe, car une racine m^^ )r\^ ou |^j est des
plus improbables. Il faut donc renoncera cette tentative d'ex-
plication. Passons à une autre possibilité : ^|-i{{j serait le nom
d'une divinité non encore mentionnée à laquelle se rapporterait
le verbe suivant ^pi, ainsi : « Et à Nahon il a donné un ou des
nnnbS » ; le sujet serait dans ce cas le personnage qui a voué
les ornements d'or dont il vient d'être question. Mais un nom
à la forme passive jnw = îlli» « ^^'"î Q^î trouve gr&ce, qui
est pris en faveur b, convient évidemment plutôt à un homme
qu'à un dieu et le don fait à un homme est incontestablement
hors de place dans notre passage. Abandonnons cela aussi et
faisons une dernière tentative à laquelle nous sommes obligés
de nous arrêter en attendant que d'autres trouvent mieux. Le
'^ qui suit la copule dans rriKJbl "^ serait pas la marque du
datif mais une lettre radicale et inxib constituerait le nom du
personnage qui est le sujet du verbe m^ : « Et jniob * donné
des nnrD3* ^ Qu^nt à l'aspect étrange de ce nom, il me sem-
ble provenir de Télision du }( initial ; la forme correcte est
INSCRIPTIONS NÉO-PUNIQUES DE MAKTAR 283
tnwbx = tn^ibN» • ^* divinité fait grâce », parallèle à
îirbW- ^'®^' '^ première fois que ^a figure comme premier
composant de nom propre ; jusqu'à présent on ne Ta constaté
que comme élément final : j^x^n^ |bJ^^^* = ibNilN* ^* S^^"
phie «HK P^^^ TH^ montre que le yod préfixe personnel du verbe
se prononçait t chez les Puniques de ce temps et non pas
^f yUj comme chez les Hébreux. L'apocope du {{initial est
constatée dans -^jy^ La'^zar pour uy^K ®^ dans une série
d'exemples connus. D'autre part le personnage nommé friX^b
devait être populaire à Maktar puisqu'on n'a pas eu besoin de
lui adjoindre une épithète quelconque. Le seul mot qui reste
à expliquer dans cette phrase est nnriDi Qui forme le complé-
ment direct du verbe |n^. Le ^ marqué d'un point de doute
peut être provisoirement conservé et, en tenant le |-| pour un
indice vocalique, on rétablit la forme primitive nhb3» ^^ ^^^^
gulier nbJ (H Rois, xx, 13), c épices, aromates », probable-
ment de l'encens et des huiles parfumées usités dans les céré-
monies du culte et qui coûtaient très cher alors.
Ligne 11. Les trois premiers mots forment une phrase
assez intelligible malgré quelques défaillances orthographiques.
îVo ^^^'^'^ revenir à l'hébreu îjiV^n, « nous avons terminé » ;
Sb ltf^2 visiblement 2^'^lt/iGl^ * ^tvec un bonheur de
cœur », c'est-à-dire : c avec une profonde satisfaction ». ♦^yg
:= ^J^VB» * notre œuvre, notre tâche », est le complément
diret du verbe Ai^. A première vue, on est tenté de réunir
ensemble jp^^ Î^J^Û' «nous avons fait notre temple ». Je
crois cependant qu'il faut maintenir pour jp^ le caractère de
nom propre qu'il a dans la ligne 6 ; jn^^ ®st donc ici la signa-
ture du scribe et est à traduire a par Yaton » ; suit le nom de
l'inspecteur des travaux, nj^2l£^-
m
Cette colonne de i lignes courtes sert d'introduction à la
longue liste des noms portes par les membres du n"l?D Q^'
284 REVUE SÉMITIQUE
ont contribué à l'exécution des travaux susmentionnés et à la
tête desquels se trouvait le président de Tassociation, le 21
Ligne M. nXDB/ = riHûtff ^ '®® '^^"^^ de ». — Par
niTOn^' faut comprendre les membres de cette association.
Ligne 13. nniDiin HOiyn = à")njDn hn irnsn. « qui
ont offert Oy/^f Berger) les offrandes ».
Ligne 14. Le premier mot ^-|{^ est incontestablement un
impératif: a: lis », le sens du reste n'a pas été reconnu jusqu'à
ce jour. ^jyQ ne peut en aucun cas être assimilé à rt&D* ^ ^^
bas », et une recommandation particulière de lire de haut en
bas les noms inscrits sur les autres colonnes (Lies sie von oben
nach unten, Lidz.) me paraît bien superflue, puisqu'il n'y a
pas moyen de lire autrement un texte écrit en punique. Une
telle recommandation serait tout au plus à sa place dans une
épigraphe libyque ou berbère qui peut en effet se lire tantôt de
haut en bas, tantôt de bas en haut. Du reste, ^ ^'^'^ signiQe
d appeler, nommer », jamais c lire » ; il faudrait UDH Klp-
L'énigme est résolue quand on prend q^ pour une graphie con-
cise de 2<Db> ^ ^^ qu^ ^> ^^ '^b ^^^ purement redondant;
c'est {(Q qui est le complément direct de ^"^p. Quant à }(nD
c'est simplement une forme défective pour ^^^tDf participe
hof^al de j^nK • ^ venu, mentionné ». Le scribe recommande
de lire € ce qui est rapporté plus haut » (xbyo = n^VD)' ^^•
l'expression nabatéenne y^rO xbj^ ^ HD (^' ï- S., II, 199).
Ligne 1 5. La lettre effacée avant le dernier mot de la ligne
pourrait bien être l'article n ^^ N» ^^ mtJ^Dn (= mîîTSn*
c secours ») pourrait désigner les contributions aux œuvres
sacrées exprimées déjà par nrUDJl- ^^ possibilité de restituer
mîVD n (= riN Lidz.) paraît exclue à cause de l'absence
de l'article qui figure dans nnscn n* J*admets en revanche
la supposition émise par le même savant de joindre ensemble
[n]t\ = nrii « donner » ; mais au lieu de traduire « confor-
mément à la donation du secours (Gemâss... Beihilfe) », j'en-
visage le groupe initial rncb ^^^ comme un substantif pré-
,f^w-»^* '•.
INSCRIPTIONS NâO-PUNIQUES DE MAKTAR 285
cédé d*une préposition; n^pb» • selon la mesure de^ propor-
tionnellement à, selon, conformément à ]), mais comme étant le
verbe ^q^ à la seconde personne du passé : nicb» ^ *" ^^
appris ». L'infinitif nn en est le complément direct. Pour la
construction comparez atDM HoS (ïsaïe, i, 1 7) pour i^o^
■
2û%nS; îcî ^6 ™ême nn mrh équivaut à nnb mob» « ^"
t:-t ••tT:-T
as appris adonner », c'est-à-dire : ce après avoir pris con-
naissance de la nature des bonnes œuvres faites par la cotisa-
tion de ces personnages, tu auras appris à y contribuer toi-
même ». Le conseil s'adresse au lecteur.
TRADUCTION
I
1. Le Mizrab de Tassociation est celui qui a fait construire le
sanctuaire de Haçrat
2. Devant les objets sacrés Ma^zot de Tit, déesse du clan
3. Protectrice des associations (urbaines), pour lui et pour sa gens
qui habite sur ce sol,
i. En rhonneur de cette divinité sainte, afin qu'elle porte leurs
noms dans rassemblée du
5. Roi Hôter Mi^kar, prince des jours, maître de (ou des) gardât
6. En vertu de leur effort. — Je (Kjai écrit (moi) Yaton. — Sib«=at.
II
7. Statue de Marn(î dieu?) bienfaisant. — Ont fini d'apporter les
jeunes gens de <^Abd-
8. Yard Bo^maq les dalles et la maçonnerie du temple de Tit, la
puissante^
9. (Et) ils en ont décoré le sommet. — A fini de fixer (G)iddel (?) le
boucher (?) les ornements
10. D or, une (?) darique: et Lonibon- a donné des aromates.
11 Nous avons terminé avec un bonheur de cœur notre œuvre. —
Par Yaton. — Sib**at.
III
12. Noms des membres du Mizrab qui
13. Ont offert les offrandes. —
i4. Lis ce qui est rapporté plus haut;
i5. Tu auras appris à donner des contributions.
286 HEYUE SÉMITIQUE
La troisième inscription renferme quatre lignes mutilées à
la fin. Elle porte:
. . .(^)SD n3i33 kV Knnn kW 3
Ligne 1. jj^ équivaut à j^» « ce ». — L. 2. QDBfmj
= Fortuna Gaelestis (Lidz.).
' Ligne 3 . Le relatif ^]ff suppose le mot q^{^ à la fin de la
ligne précédente. Tout semble indiquer qu'il s'agit de la déesse
Tint ou Tu. — Le préfixe féminin du verbe xnnn ^ rapporte
à cette déesse et h forme même est une mauvaise orthographe
de XDKn* ^ qu'elle vienne i> et cela nécessite la division ad-
mise dans ma lyanscriplion nDlDS xb KHnn» * qu'elle
vienne à lui avec la bénédiction de... > Cf. nn^ii in^ HXHt
«c vienne à lui la bénédiction » (Inscription juive d'EI-Djis);
d'autre part la construction 3 j^nt* correspond au 3 X13 ^®
l'hébreu (Psaumes, xl, 8; lxxi, 16). La transcription usuelle
n3i2 DNb îtnnn ï^'offre rien de satisfaisant. En ce lieu, il
règne toujours la croyance au rôle médiateur de la déesse au-
près du grand dieu, 13D^D 1\ûn ibOt ^cnt il ne reste que les
deux premières lettres sur notre fragment.
TRADUCTION
: 1. (N. fils deN. Rab?)de ce Mura*...
2. Fortune Céleste. Il avait fait son vœu concernant ... sa
3. [Déesse]. Qu'elle vienne vers lui avec la bénédiction du Ro[i
Hotcr Miskar. Il (le dieu) a entendu]
4. Le vœu, sa voix; il [l'a] aidé. . .
J. Halévy.
SUPPLÉMENT
Je profite de l'occasion pour dire un mot sur Texpression
difficile de la 4* inscription de Sidon, ^i^^ 21 HBob 12^ 31*
Les dernières tentatives d'interprétation sont discutées dans
EphemeriSf I, p. 16. Si on admet la disparition de la lettré }(
INSCRIPTIONS NàO-PUNIQUBS DE HAKTAR 387
que j'ai constatée plusieurs fois dans les teites précédents, on
peut voir dans fiïjD'j une graphie défectivepour [-jjjpjt'^; ce
titre voudrait dire : « Rab provisoire {-^y mot è mot < passa-
ger >) de l'assemblée, second Rab > . Pendant un intérim,
Abdmisicar aurait été nommé d'abord Rab provisoire, ensuite
il aurait été régulièrement étu second Rab, fait qui arrive sou-
vent dans les corps électifs*. J. H.
BIBLIOGRAPHIE
Ephetneris fur setnilUcke Epigraphik, von Mark Lidzbarski.
Erster Band. Zweites Heft, mît 12 Abbildungen. — J. Rickerache
Verlagsbuchhandlung (Alfred Tfipelmann (Sudanlage 5), Gieseen
[Hessenl, 1901.
Ce cahier est encore plus riche et plus varié que le premier, et
son horizon s'étend sur la presque totalité des publications qui
touchent, de près ou de loin, le domaine de l'épigraphie sémitique.
J'applaudis l'auteur quand, au cours de ses comptes rendus, il fla-
gelle par un mot bien cinglant certains sémitisants infatués qui se
croient infaillibles ou prétendent faire des découvertes à chaque
pas. Mais qu'il prenne garde de mettre trop souvent en usage les
deux procédés de U polémique extrême, la condamnation globale
trop rapide, l'ironie à bon marché dans les détails micrORCOpiques,
Je m'astreindrai à relever quelques points qui me concernent per-
sonnellement. Son article de fond, qui renferme une étude de
2f pages sur l'origine de l'écriture sémitique et qui n'aboutit à
aucun résultat appréciable, aurait certainement été plus fructueux
s'il s'était donné la peine d'examiner sérieusement ce que j'ai écrit
Ace sujet. En disant sommairement: ■ In llalëvy's Zusammenstel-
lungen kann ich uberhaupt keine ,'Ehnlichkeiten herausfîndcn i
(p. 1S8), il confond similitude (^hnlichkeit) avec identité (Identi-
t5t|. Il ignore encore davantage mon étude sur l'écriture perse
IJoumaf Asiatique, 1886), où j'ai précisément démontré que les ca-
ractères perses, tirés par un procédé de dérivation régulier des
1 . J'ai maiotenanl sous les yeux le passage Ephernerîa, II, p. 147, où
M. Lidzbarski discuta les vues de M. Landau sur ce sujet. Je n'admets ni
la lecture S TUD' fondée sur ta prétendue dillograpbie du i, ni l'idée de
regarder nao ou nSoS comme un nom propre. ï^ç 3*) ne peut signifier que
■ •ecoad Rabt.àpflu près comme t second ptéstdeDt»;Unler-R^b serait
.inA 35; ■'''■ nnPD \tO (Jéremie, LU, 54).
288 HEVUE SÉMITIQUE
caractères babyloniens de même valeur, n^ont plus avec ces der-
niers qu'une correspondance de similitude et non pas celle d*une
identité réelle. La formation des signes secondaires représentant
les sons particuliers à la langue perse y a été également expliquée
par le même principe qui a déterminé l'addition des signes secon-
daires de l'alphabet phénicien. A rencontre de ces faits matériels,
M. L. écrit : « Si l'inventeur de l'écriture phénicienne avait eu plus
de pratique des hiéroglyphes, il n'aurait pas inventé de nouveaux
signes, mais il aurait procédé envers l'écriture égyptienne comme
ont procédé les Perses envers l'écriture babylonienne » (Genauer
mit ihr vertraut, hâtte er keine neuen Zeichen erfunden, sondern
w&re mit der âgyptischen Schrift âhnlich verfahren, wie die Perser
mit der babylonischen) ! Voici maintenant quelques remarques
superbes de microscopie ou de petites chicanes plaisantes. A la
ligne 6 de l'inscription de Mêsa*", après ")^3, je suppose kD ou 113,
mais je préfère le second, qui se complète facilement en [nolMJ»
c sa parole ». M. L. m'accorde que « Beides ist pal&ographisch zu-
lassig »; mais il ajoute : Wie will er jedoch «q erki&ren? » Mais
c*est précisément parce que cette lecture n'est pas explicable que
je lui ai préféré l'autre. Immédiatement après il écrit : s In rt>^
(Z. 42) sieht er ni71 « (Augen) weide »; bei einem so alten Texte ! »
Je n'ai pas parlé de l'œil, j'ai mis « action de paître, de satisfaire,
satisfaction »; cf. onk D^JTh» « q^î cherchent leur propre satisfac-
tion 9 (Ézéchiel, xxxiv, 2, 8, 10). Le nom même de la grande aïeule
moabite de David, j\^^, signifie probablement « satisfaction, agré-
ment » (niy'l)- Enfin, sur ma proposition de lire à la li<rne 23 : iji^a
^^[nb HlWKH' «les cellules de la prison souterraine pour les vivants»,
il fait la remarque pseudo-spirituelle : « Comme si l'on fourrait
aussi des morts dans la prison ! » (als ob man auch die Tote ins
Gef&ngniss steckte !). J'ai cependant ajouté aussitôt : « c'est-à-dire,
pour les individus sauvés du massacre et devenus prisonniers de
guerre, etc. ». M. L. sait pourtant que l'adjectif o^>n désigne aussi
ceux qui ont la vie sauve, témoin o«,>n 1SDO ino^ «Psaumes, LXix.
29), rendu par les Septante : sÇftXti<f;ôT;a«aav U pîCXcu Cwvt*»v= V. « de-
leantur de libro viventium ». Or, ces prisonniers sont, dans tous
les pays, séparés de ceux qui sont condamnés à mort. Je le répète,
ces vétilles n'auraient pas mérité d'être relevées si je n'avais pas à
prémunir l'auteur contre une tendance au persiflage qui peut nuire
à sa critique, si utile au progrès de la science. Ce petit écart ex-
cepté, ses comptes rendus sont toujours instructifs et la bibliogra-
phie est incontestablement la plus complète qu'on puisse espérer.
J. Halévy.
L* Éditeur '(jérànl : E. Leroux.
Fftrit. — imprimerie G. Maurin, 71, rue d« Keane».
REVUE SÉMITIQUE
D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
RECHERCHES BIBLIQUES
Les Chants nuptiaux des Cantiques.
(Suite cl fin.)
Pour terminer, il me reste encore à élucider deux points qui
se rattachent à l'objet de notre étude d'une manière plus ou
moins directe. Je le ferai avec la concision exigée par le cadre
de cette revue.
Le premier point consiste à répondre à la question si souvent
débattue : Le livre des Cantiques est-il un drame? La réponse
n'est plus difficile à donner. Un recueil de vingt chants indé-
pendants l'un de l'autre, encore qu'ila soient du même genre,
ne saurait constituer un drame qui exige l'unité de l'action.
Mais on ne peut néanmoins pas méconnaître aue le sentiment
dramatique s'y manifeste irès énergjquement. C'est un bour-
geon sain et plein de sève qui attend un jour de soleil pour
s'ouvrir en fleur charmante par l'harmonie de ses couleurs et
la symétrie de ses pétales. Malgré le désordre apparent relati-
vement au temps, à l'état et à l'action des héros, l'essence
même des chants porte un cachet artistique. On n'a qu'à ré-
gulariser la série des poèmes et à modifier très légèrement la
déBnition présentée plus haut, on obtiendra une allure drama-
tique très régulière.
UTH lUlTIBV» 19
190 BEVCE SÉMITIQUE
Ul. Ud berger aime uoe bergère. La berbère est très belle.
Is font paître leurs troupeaux dans des prés loiàîiu gabs se
:acber des autres berger^.
XVI. Le fiancé assiste k une petite âcéoe où sa fiancée sou-
ève l'admiratioD géoérale.
IX et Xil. Rendez-'TOUj lyrique au pnDtem[H^
XIX. Attitude soupçonneuse des frères de la jeune fille,
lelle-d csi pure et oublie.
11. Incident piquant. La troupe de chantaises aoi ooœs
encontre la fiancée sans la reconnaître.
I. On se prépare à célébrer le mariage. ArrirL-e des cban-
suses dans la inaison du jeune homme.
XI. Le lit nuptial est surveillé par les garçons d'hûnneur
jui forment la garde du grand roi.
V. La fiancée fait sa toilette pendant que les invités se ré-
aient en chantant au banquet des noces.
VII. Monologue de la jeune ûlle dans ta cliambre nuptiale.
e fiancé la surprend en entrant : dialogue de compliments.
IV. Le jeune homme vante les parures de sa fiancée et lui
n promet d'autres plus précieuses.
XIII. Ardent compliment du fiancé ; la jeune femme répond
'une manière aimable.
XVI. Déclaration brûlante du jeune homme; la jeune fille
lige que leur union soit scellée à la campagne durant la
lison fleurie.
VIII, X, XIV et XVII. Iteposant avec son épouK, la nou-
ïlle mariée est agitée par divers rêves.
a) Se croyant négligée par son époux, elle se sent défaillir.
b) (X) Elle fait une soriie nocturne pour chercher son ami.
c) (XIV) Elle entend son ami frapper à la porte et le voit
isparaitre. Pendant sa course nocturne, elle est brutalisée par
s gardiens municipaux. Au lever du jour, elle évince la curio-
té des chanteuses qui voudraient l'accompagner.
d) {XVI!) Se croyant encore jeune fille, elle souhaite que
m ami fût son frère, afin de pouvoir l'embrasser en public.
XV. Compliments du nouveau marié à sa jeune épouse.
XVIII. Retour de la campagne après leur union finale.
romesses réciproques d'amour éternel.
'. V
RECHERCHES BIBLIQUES
291
XX. Fragment additionnel : La vigne de Salomon.
Je laisse à de plus audacieux que moi de reprendre cette
resUiution pour leur propre compte, pour crier sur les toils :
Voilà le drame vainement cherché jusqu'à ce jour. Je ne vais
pas si loin. Ce que je soutiens avec plus d'insistance, c'est que
les chants quelque peu développés sont eux-mêmes de petits
drames en miniature et inspirés du souffle tragique. Comment
envisager autrement le poème XIV, où tout se passe en ac-
tions : force majeure (pluie et bruine) qui amène l'ami à la
porte de sa bien-aimée à une heure tardive de la nuit pour
demander l'hospitalité ; embarras de la jeune fille et son hési-
tation à lui ouvrir la porte, considérations de convenances de
la part du jeune homme qui le déterminent à s'en aller préci-
pitamment, efforts faits par la jeune fille pour le rappeler,
course folle à travers les rues dans le silence de la nuit où elle
supporte héroïquement les brutalités de la police des mœurs,
sa constance à le chercher à l'apparition du jour, son admi-
rable résignation à être seule à la peine et sa Hère résolution
dp ne point partager avec d'autres le plaisir de se retrouver
dans sa vigne. N'est-ce pas tragique et intéressant malgré
l'absence de sauvages catastrophes? Et cet incident délicieux
(XVI) où l'espoir de rencontrer sa fiancée amène le jeune homme
à assister à la scène charmante où sa bien-aimée est l'objet
d^une apothéose publique à cause de sa beauté incomparable,
n'est il pas d'un fin dessin profondément tragique? Donc,
l'instinct de la tragédie et de la scènerie ne faisait pas défaut aux
poètes hébreux, ce sont les tristes événements qui ne tardè-
rent pas à révoquer en doute l'existence même de la nation,
qui ont atrophié pendant de nombreux siècles cette heureuse
disposition naturelle. Elle a repris croissance régulière et pro-
gressive depuis l'écroulement du maudit ghetto»
Le second point concerne l'histoire du prix accordé à la
beauté humaine dans les diverses littératures d'origine juive
orthodoxe ou sectaire. Esquisse rapide et ayant surtout pour
but d'éclaircir les phases sous lesquelles le recueil des Can-
tiques eut encore à passer depuis sa canonisation .
L'Ancien Testament tient en haute estime la beauté physique
chez l'homme et la femme et il attribue souvent à son influence
292 REVUE SÉMITIQUE
•
selon les circonstances les actes les plus nobles et les plus per-
vers. En parlant de personnages de quelque importance^ les
narrateurs hébreux, si la chose est possible, ne manquent jamais
de signaler la beauté de leur héros ou de leur héroïne. Le génie
hébreu, comme le génie grec, identifie facilement la <r beauté 9
avec la oc bonlé » ; le mot ^iq signifie à la fois et bon » et
a beau y> . Étohim vit que tout ce qu'il avait fait était très bon 2M2
IHD (Genèse, i, 3 1 ), c'est-à-dire combinait Tutile et Tagréable.
L'homme fait en ressemblance d'Élohîm (ibidem^ 27) est par-
ticulièrement beau. Les fils d'Élohlm voyant que les filles de
l'homme étaient belles (nib) ^ laissent séduire par elles (ibid. ,
VI, 1). Le terme propre pour dire «beau» est nB>» ^*^^
r T
l'abstrait ig*) (en pause igS), <k beauté d. Un trait qui distin-
gue l'histoire populaire des origines d'Israël est la tendance
à doter la nation de belles aïeules. Sarah, Rébecca et Rachcl
sont d'une grande beauté ; à cette dernière le pieux conteur
pardonne même son goût pour les superstitions païennes
(larcin des teraphim, ibid.^ xxxi, 19). La beauté de Joseph
est signalée avec complaisance. Dans l'histoire des époques
moins éloignées on voit s'échelonner toute une série de belles
personnes des deux sexes: Moïse (^^gj, Exode, 11, 2), Abigall
([ Samuel, xxv, 3), Betsabée,Tamar, Absalon, Abisag, Jésabel,
l'enfant trouvée dans la symbolique d'Ézéchiel (ch. xvi), les
belles vierges défaillantes d'Amos (vu, 1 3), les beaux Naziréens
agonisants des Lamentations, les beaux jouvenceaux Daniel et
ses trois compagnons, Esther, Judith. Les héros et les héroïnes
de nos Cantiques font bonne figure dans la compagnie de tant
d'astres resplendissants de beauté et de grâce. 11 y a plus,
malgré le mal causé très souvent par la séduction des femmes
légères, l'auteur si sacerdotal et si avisé en même temps de
l'Ecclésiastique n'hésite pas un seul instant à proclamer ou-
vertement :
tt Heureux le mari d'une belle femme; il vit le double
de ce qu'il eût vécu (sans elle). >
RECHERCHES BIBLIQUES 293
C'est que à son époque le mot j^q^ a pris à son tour le
V T
sens de < bon ». Nouvel hommage à la beauté !
Dans toute la période biblique il ne se présente à notre in •
vestigation qu'une exception unique, exception aiguë, tran-
chante. Elle est représentée par le sceptique désabusé de
PEcclésiaste. Ennuyé par l'uniformité de la vie et en première
ligne de la diminution éprouvée par la liberté individuelle à la
suite des fortes affections, il s'en prend avec acharnement à la
femme en général, cause principale des déboires et des res-
trictions attentatoires à l'indépendance personnelle. En son-
geant à la nécessité indispensable de la société il conseille
la résignation :
et Vois la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de
ta vie inutile qu'on t'a accordée sous le soleil, car c'est le sort
qui t'a été destiné dans la vie, etc. >
Sa thèse philosophique est décidément misogyne :
a Je trouve que la femme est plus amëre que la mort (anti-
thèse à Cantiques^ viii, 6) ; elle (cache) un réseau de pièges ;
son cœur (tend) des filets; ses mains (donnent) des chaînes.
Celui qui est bon devant Élohîm est sauvé d'elle ; le pécheur
devient sa proie. y>
Le doux pessimiste prend le malin plaisir d'avoir l'air de ne
viser que la femme débauchée, mais celui qui connaît sa façon
de parler ne sera pas dupe de cette adresse. Il hait les femmes
après en avoir abusé. La zizanie du célibat est semée en
Israël I
Cette exception est restée sans écho dans la conscience juive.
Malgré les catastrophes qui n'ont pas tardé à fondre sur la
nation, ou plutôt à cause même de ces catastrophes sans pa*
reilles qui mirent Israël à deux doigts de sa perte, le mariage
est devenu un véritable acte de piété et la beauté féminine con-
serva un haut rang. Le sévère Rabban Gamaliel, pour égayer les
conjoints, s'est fait un devoir de danser devant la jeune femme
en chantant : a La mariée est aussi belle que pieuse! » (n^D
miDm nw)* ^ '^ ^^^^^ ^^ ^^"^' national, les couronnes, les
guirlandes et en général toutes les parures réjouissantes ont
été défendues aux nouveaux mariés; la jeune fille ne présentait
i."'
294 REVUE SEMITIQUE
pas une figure avenante, mais on se consolait avec Tidée que
ce les filles d'Israël sont toutes belles, mais ce n'est que la
pauvreté qui les enlaidit » ( j<b« p n\Hi ^KlJff^ m»
înbTJD rWi^îW)' Voicî une des plus curieuses conséquences
de cette idée. Le célèbre docteur ""Âqiba^qui était un des chefs
de la révolte sous Adrien, conscient du fait que les nca nages
d'amour sont plus productifs que les autres, permet de divor-
cer avec sa femme lorsqu'on trouve une femme plus belle que
la sienne. L'ennemi des Romains se disait en son for intérieur :
Il nous faut du monde, beaucoup de monde pour combattre
les légions; multiplions les mariages. Qu'y a-t-il à craindre :
les femmes divorcées sont assez jolies pour trouver des
maris et nous en tirerons un double profit. Ne nous étonnons
donc pas d'entendre de la bouche de ce même docteur cette sen-
tence singulière au premier aspect: c Tous les Hagiographes
sont saints, les Cantiques sont saints des saints > (Qi^insn Sd
D'^iy^lp ^inp D^TB^n Tiyi B^np)- Bien des critiques moder-
nes ont souri à cette prétendue naïveté; c'est une merveille de
logique opportune. Yo^anan ben Zakkal a assuré les études
théologiques; ^'Âqibâ ben Joseph, proclamant la sainteté ex-
ceptionnelle des Cantiques, a assuré l'existence d'Israël !
Les légendes talmudiques dites Agadoth, caressant l'idée de
la dégénération graduelle du genre humain jusqu'à la grande
réparation de l'époque messianique, soutiennent aussi la marche
de plus en plus descendante de la beauté physique. Même après
son péché, alors que sa taille de gigantesque qu'elle était, fut ré-
duite à des proportions très modestes, le premier homme,
Adam, est resté doué d'une beauté qui resplendissait d'un bout
du monde à l'autre. L'agada s'occupe moins d'Eve dont la
beauté, ayant d'abord excité, puisaj-souvila passion criminelle
du serpent, fut fatale à l'humanité. L'hyperbole décadente, de-
venue mode dans toutes les littératures de l'époque, se donne
libre carrière et exagère les proportions jusqu'à la caricature.
Dans la série des hommes, la beauté de Joseph est un thème des
plus romanesques qui est passé dans le Coran. Parmi les per-
sonnages postbibliques la palme est accordée aux grands prêtres
Siméon et Ismaël qui est mort martyr, à TAmora K. Yot^anan
RECHERCHES BIBLIQUES 295
et & d*autres encore. A la vue des tibias d^ÂbigaTl, David fut
tout ébloui. Eslher a été moins bien envisagée par les agadoth :
elle avait un teint jaunâtre, ses traits seuls avaient de la grâce
(rrby mno ion bv tain xbx nriM npipn^ inox);
une beauté juive parfaite serait vraiment de trop pour un païen
comme Abaâwéroâ. C'est encore un hommage détourné à la
beauté. L'origine divine de la beauté est tellement implantée
chez les docteurs du Talmud que, parmi les eulogies qu'ils or-
donnent de réciter à la vue des grands phénomènes de la na-
ture, ils ont enregistré une bénédiction particulière quand on
voit de belles créatures, nniD DVIS» Y compris la personne
humaine, même non juive (Berakofh, 58 b). Fait typique : le
pieux pèierin juif d'Italie, *Obadya Hartenura,a pris note, dans
son carnet de voyage écrit en hébreu, du grand nombre de
belles femmes (chrétiennes) qu'il a pu voir passer à Palerme
pendant que le navire y stationnait. Le brave Rabbi a dû ré-
citer à plusieurs reprises la formule eulogîque : ce Béni soit ce-
lui qui a de telles créatures dans son monde » (lbnDDl£^"I1"l3
•^û^'^j^^) ordonnée par le Talmud. Les temps modernes n'ont
rien changé à ce sujet. L'interprétation symbolique voit dans
les amours du berger et de la bergère Talliance perpétuelle
entre Dieu (le fiancé) et Israël (la fiancée). Les Cantiqttes sont
lus avant la réception de la Reine Sabbat et pendant les Sab-
bats de la saison du printemps. Depuis le xi* siècle, grâce au
commentaire d'Aben Ezrâ on reconnaît que dans le sens sim-
ple et littéral les Cantiques sont des chants d'amour sexuel.
Cela n'empêche pas l'interprétation symbolique d'être officielle
dans les synagogues. Pour compléter la scène du symbolisme
matrimonial, on lit les deux jours de la Pentecôte, fête en
l'honneur de la transmission de la Loi sur le Sinal, la formule
d*un contrat de mariage adaptée à cette union entre Yahwé et
Israël. A côté de cette interprétation populaire il faut encore citer
l'explication philosophique qui fait des Cantiques un dialogue
entre l'âme et le corps, et enfin celle des kabalistes, qui admettant
le mythe grec qui fait d'Éros im principe cosmique, voient dans
le couple des Cantiques l'image des Séphiroth ou Éons, mais
avec une nuance nationaliste. Les péchés d'Israël séparent les
296 REVUE SâHITIQUB
amants célestes et le mal prédomine eur la ti
piélé les rapprochent et leur union amène le
bas monde. La sépbira f)-|^Qti, v beauté», oo
rang et forme la poitrine de l'Adam primord
qui représente le macrocosme idéal.
Toute autre tournure se laisse observer che;
qui tablaient sur la philosopliie néo-platonici
dogme que le corps est la prison de l'âme. Phi'
le vrai créateur des symbolismes platonicier
biblique, attribuait à la beauté physique des
l'antiquité une signification idéale et mystique
tant le prix matériel. La grftce du corps était
de l'idéal dont ils étaient l'incarnation. Mais &
concilier deux principes contradictoires ne
longtemps et ta logique des choses a pris le
miers gnosliques juifs, connus sous le nom d'E
cèrent le mariage par le célibat, la procréât
l'adoption d'orphelins. Le but de la vertu cor
dans la destruction de la prison charnelle et d
des &mes captives entravées par les plaisirs se
trine passa intégralement dans le christianisn
quel nous devons le Nouveau Testament. L
pis aller concédé à regret, ainsi qu'on le vol
XIX, 10-12, et 1 Cor., vu, 1-2, 7-9). Point
passage précité de Matthieu est immédiatemer
relatif au bon accueil fait par Jésus aux enfi
présentés (13-15). Le christianisme, comni
avant lui, est l'œuvre de moines. Quant aux
« beauté >, ils sont bannis de l'Évangile.
Nouvelles Remarques sur V Inscription de Mêsa'.
Cette fameuse inscription est maintenant comprise dans tout
son ensemble. Cependant à regarder de près on trouve encore
quelque chose à glaner et de menus détails à éclaircir. L'im-
portance du monument invite à ne laisser rien d'obscur en ce
qui le concerne autant qu'il est possible de le faire. Les
réflexions suivantes s'appliquent à donner satisfaction à cette
curiosité minutieuse dont le résultat projette souvent une lu-
mière inattendue sur les sujets festësà Tarrière-plan.
a) Nom et emplacement de nmp*
Mêàa* construit une nouvelle ville qui porte le nom de nmp-
Ce fait donne lieu h deux questions dont Tune est relative à la
prononciation exacte du nom, l'autre à la situation géographique
de la ville. L'idée qu'on s'en fait généralement est assez vague ;
il importe de lui prêter plus de relief.
Comment faut-il lire le mot nmp ^ Si je ne me trompe,
tout le monde a été jusqu'ici d*accord à admettre d'emblée la
ponctuation nniD* 9^'$^ d*après l'analogie du mot hébreu qui
désigne le dépouillement des cheveux, la calvitie. Dans mon
dernier mémoire sur cette inscription {Revue Sémitique ^ 1900,
p. 238 = Recherches Bibliques y II, p. 524) j'ai écrit ceci :
c Le nom de la ville nouvellement construite par Mêâa'' semble
être dû d'abord à son emplacement dans une clairière prati-
quée au milieu d'une forêt à laquelle le mur appelé l'^Xf^n non
(L 21), t< mur des forêts », fait visiblemeut allusion. Mais il se
peut encore que ce nom ait pour but de rappeler l'état de deuil
dans lequel le peuple de Moab se trouvait alors par suite de
la suprématie du royaume d'Israël. On sait que l'hébreu nnip
désigne spécialement le rite funéraire consistant à a s'arracher
des touffes de cheveux près du milieu du front » (Lovitique, xxi,
S ; Amos, vni, 1 passim). Je vois maintenant que ce que
j'avais regardé comme deux possibilités séparées présente au
298 RBTUB SÉMITIQUE
contraire deux aspects étroitement rallié!
on introduit une légère ntodification da
phrase préciléc. En ce qui concerne 1;
collègue et ami A. Carrière, professeui
pratique des Hautes-Études, m'a fait demi
certainement très juste en elle-même, q
de -Qj comparé à la forme hébraïque i
coiislant du suffixe p| comme équivalanl
braïque >| — , semblent militer en faveu
prononciation moabite de nmp ^''*'' 1
M. Carrière s'appuyait en outre, d'une p
VTP> inn^ alternant avec nn^l^* "'^™
{'hpixw). d'autre part sur ce fait qui est pj
jusqu'ici, que la terminaison du genre fér
moabite est toujours p, jamais ^ — co
mon câté, cette difficulté ne m'a pas écli
tement ressentie dès ma première lecture '
me consolais en pensant que ce phéne
retrouve dans le nom de mn ('• ^2)>"
ment à nin- ^" ""^"^ séparant, M. Cari
convaincu. J'ai cherché ensuite à me t
par l'exemple de mrTïD ('■ ^^) P""""
sort également de l'ordinaire. Eh bien,
avait raison de persévérer dans son hésil
problème doit être présentée d'une man
rattachant le nom nnip ^ l'idée du di
j'avais perdu de vue le faitchronotogiqu
de cette ville constituait le couronnement
qui sont énumérées dans l'inscription.
Israël qui portait te deuil de son terriloin
riaHeç d'enfants massacres sans pitié ou
Mèàa* a donc délibérément choisi pour
nom de forme h<''braïi[ue afin de raf
leur di^f?a=tre irrémédiable. La joie ha
la phrase « Israël e.sl perdu à lout jan
nVyntt'' 7) est incarnée avec une alro
BEM ARQUES SUR l' INSCRIPTION DE MÈ^X^ 899
ce lagubre dissyllabe. C'était en quelque sorte l'acte précurseur
des édits d'Adrien et de Vespasien ordonnant, Tun de chan-
ger le nom de Jérusalem en ^lia Capitolinay Tautre d'obli-
ger les Juifs de l'empire à envoyer le sicle sacré au temple de
Jupiter afin de les blesser dans leurs sentiments les plus intimes.
Rome» plus pratique, a cherché à tirer profit de la catastrophe
de la Judée. Mêga"" a déployé une haine moins intéressée : il
s'est contenté de se servir des prisonniers de guerre pour les
travaux pénibles exigés par la construction de sa nouvelle fon-
dation (I. 24-25). Ceux-ci ont naturellement été les premiers
à souffrir de Topprobre que ce nom leur imprimait aux yeux
des vainqueurs et ajoutait des souffrances morales à Pétat déjà
si dur de l'esclavage, De là vient la haine inextinguible qui s'em-
para du poète Isale, xiv-XY, à l'égard de Moab» malgré son
caractère tendre et humanitaire, haine d'autant plus justifiée
à ses yeux que la sinistre prophétie de Mêàa" ^^H Ssiar^l
D^y ^2H s'étant accomplie à la lettre, menaçait sérieusement
la foi des Judéens en Yahwé et faisait craindre l'écroulement
complet du monothéisme pour lequel, depuis la sortie d'Egypte,
tes prophètes combattaient et mouraient même s'ils ne pou-
vaient pas faire autrement. La victoire moabite est pour eux
un triomphe remporté sur Yahwé, 'j'injn nin> by (Jérémie,
XLViii, 26).
Hais ce fait d'orthographe en apparence assez insignifiant
a encore une portée remarquable au point de vue de l'histoire
d^. la littérature hébraïque. Les deux termes à cachet hébreu
nmp ®^ mn attestent que l'hébreu du ix* siècle ne conser-
vait plus la désinence féminine n dans les noms à l'état absolu,
pas même dans les noms propres qui se transmettent d'habitude
dans la forme la plus archaïque. C'est dire que dès un temps
immémorial la chute du p, dans les noms au moins, faisait la
particularité de l'idiome israélite. Étant donné que la même
particularité est constatée dans les textes hétéens et araméens
les plus archaïques, il résulte avec certitude que la rencontre
^éradique de flexions ou d'expressions araméennes dans une
pièce biblique n'est pas par cela seul la marque d'une époque
moderne. Cette constatation suffit pour réduire à néant les
prétendus aramaïsmes que l'école critique signale par-ci par-
300 REVUE SÉMITIQUE
là dans le document Â. Ces sortes de formes qu*avec un peu
de bonne volonté on trouvera aussi et en des proportions
égales dans les autres documents font partie intégrante de la
langue hébraïque.
Passons au problème corollaire d'un ordre exclusivement
géographique. Où élait située la ville de Qarltâ? J'ignore la
grande majorité des écrits parus sur la stèle de Méâa% mais
dans les dissertations que j'ai lues, cette question n^a pas été
posée; moi-même je ne fais pas exception. Je ne suis pas en
état de connaître le motif de cette abstention de la part des
autres; en ce qui me concerne je puis dire que je regardais
cette ville comme un simple faubourg de Dibou. Aujourd'hui
même, ce sentiment me paraît devoir être maintenu pour diver-
ses raisons. En effet, Dibon est le lieu de naissance de Mêâa*,
car il se qualifie lui-même de Dibonite (I. 1 -3) ; elle est en ou-
tre la capitale de sa royauté après avoir été la résidence de
son père. Comment se fait-il que la bama dont parle Tinscrip-
tion comme contiguê à la stèle où celle-ci est gravée, nosH
nXT ('• 3), est dite avoir été érigée à Qorfciaï Puis, il est im-
possible d'imaginer que Mêâa*" ait voulu construire une nou-
velle capitale au détriment de Dibon dont les habitants lui sont
restés fidèles durant toutes ses expéditions (I. 28); comment
donc expliquer que le palais royal de sa fondation est égale-
ment placé à Qor^a? Aucun doute n'est donc possible sur ce
point: Dibon n'apasété abandonnée, elle a été dotée d'un vaste
faubourg qui pouvait être considéré comme une ville à part.
Par suite des victoires remportées sur Israël, la population de
Dibon s'étant fortement accrue, Mêéa"" trouva utile d'en aug-
menter l'aréa par un nouveau quartier afin d'y faire écouler
le trop plein de la population sans"^ léser les intérêts de Tan-
cicnne. Aussi le roi de Moab sedispense-t-il d'indiquer d'où il a
tiré les habitants de la nouvelle ville comme il le fait à propos
de*Ataroth(l. 13-14).
En connexion avec Dibon, notre inscription rapporte encore
deux autres noms géographiques dont l'un est connu par ailleurs
tandis que l'autre a besoin d'être établi, attendu qu'il a été
méconnu. Nous apprenons que la ville de Yahaç, yn>, recons-
truite par le roi d'Israël, lui servit de contrefort pour attaquer
RBMARQUfiS SUR L^INSGRIPTiON DE MÉâA'' 301
Mèèa% 12 nonnbna ru nu^i vît nx nj2 birm^^ y>m (< »-
19). D'après les Nombres, xxi, 23, on savait que Yahag for-
mait la dernière ville inter-arnonique du côté du désert
(m3T0n); l'expression p^n ^y nsob ('• 21), «^ pour
l'ajouter au territoire de Dibon >, montre bien qu'elle était
située à peu près à l'est de cette capitale, c'est-à-dire au sud-
est de Mêdabâ, laquelle est à deux heures de marche au sud de
Hesbon. Cette dernière ville ainsi que les villes proches du Jab-
boc sont probablement restées en possession des tribus israélites
établies là depuis la sortie d'Egypte. Mêàa'' qe mentionner pas
Hesbon parmi ses conquêtes. Gela nous explique l'absence de
toute allusion à ses relations avec les Ammonites : cette peu-
plade semble s'être tenue dans un étaf de neutralité pendant
la révolte de Mêéa*'. J'ajoute un mot sur la forme matérielle
de yjji : les massorètes ont vu juste en accentuant la pénul-
tième de ce nom quand même il est écrit n^iT (Jérémie, xlviii,
21), tandis que quelques auteurs modernes transcrivent par-
fois à tort Yahsa,
b) Les données chronologiques.
Mêsa^'date depuis le règne de •Omrî, ^^oj;, l'oppression de
Moab, c'est-à-dire l'exigence d'un tribut annuel trop lourd ;
les autres plaintes qu'il profère signalent l'annexion complète
du territoire de Mêdabâ au royaume d'Israël (1. 7-8) et la re-
construction des fortifications de ""Âtaroth et de Yabaç dans
un but hostile (I. 10-11). La durée de l'occupation israélitede
Mêdabâ est exprimée par celte proposition : no^ HS ll\tf^^
rW lySlN nin ^^D^ '»Vni ('• 8) , « et il (= Israël) y habita
de SCS jours et de la moitié des jours de son fils, 40 ans j>.
Je m'écarle de la traduction courante en voyant dans -j^^ un
singulier, tandis que la majorité des interprètes l'envisagent
comme un pluriel : « et il y habita de ses jours et la moitié
des jours de ses fils y 40 ans». Je ne conçois pas comment une
supputation compliquée et aussi absurde a pu être attribuée au
roi Méâa'; est-ce que la somme totale ne suffisait pas? Si au
contraire l'on prend ru3 pour un singulier, l'auteur aurait voulu
302 REVUE SÉMITIQUE
indiquer que la reprise de Mêdabà eut lieu précisément pendant
Tannée qui formait la moitié du règne d'Achab, fils de ^Omri.
Celte circonstance ayant frappé l'esprit du roi, il Paurait signalée
par la formule -f A/2 = 40. Mais à cela on peut opposer une
sérieuse objection qui concerne exclusivement, il est vrai,
Texactitude de cette donnée comparée aux informations du
livre des Rois. D'après ces dernières qui donnept à H)mri 12
ans de règne et 23 à Achab, donc ensemble 34 ans, nous res-
tons déjà loin des 40 ans fixés par Mèsa""; s'il faut en retirer
encore les 11 ans qui font la moitié de la durée du dernier
règne, la différence est encore plus considérable puisque nous
n'arrivons qu'à la somme de 23 ans. D'autre part cette diver-*
gence manifeste se présente avec la même incompatibilité dans
la seconde interprétation : l'addition du règne de "Omri, la
moitié du règne de ses trois successeurs donne
12 + 22 (Achab) + 2 (A^azya) + 1 2 (Jehoram)
2
= 12 + 36 = 12 + 18 = 30; le chiffre 40 n'est toujours pas
"2
atteint. Nous laissons aux batteurs de grosse caisse le plaisir
hamitique de déblatérer contre la crédibilité des auteurs bibli-
ques. Cette solution a paru ici excessive môme à M. Winckler
dont le sans-gêne à Tégard de l'Ancien Testament dépasse
ordinairement toutes les bornes. Il rétablit l'harmonie en affir-
mant que le mot i>{n ^^ sigoiBe point « moitié », mais a somme
totale 3>, et pense outre cela que Mêâa*" a inexactement arrondi le
nombre 36 en 40 . M . Lidzbarski a fait justice de l'une et de l'autre
de ces étranges assertions ( EphemeriSy II, p. 1 43- 1 45)qui se com-
pliquent d'une autre affirmation encore moins fondée, savoir que
dans plusieurs passages bibliques le verbe j^j^ signifie non pas
< partager » ou <( arriver à la moitié », mais « arriver au total ».
Le contraire est prouvé même par nîT^D^ IVn^ Nb (^^- *-V, 24)
ainsi que j'ai déjà dit plus haut. Pour concilier ces données
également précieuses on n'a qu'à comprendre j^j^ d^"s le sens
de a petit-fils » ; amélioration consignée tacitement dans les
corrections des Recherches BMiques, il, p. â58« La série ad-
REMARQUES SUR l'iNSGRIPTION DE MËSA'' 303
12 + 22+31 + 1â = 42 •
ditionnelle est par conséquent : -q '
le chiffre 2 restant doit être défalqué du début du règne
de 'Omri qui avait besoin d'affernriir pendant cet intervalle le
trône usurpé sur la dynastie de Jéroboam et n*avait pas le loisir
de s'occuper de guerres extérieures.
c) Vinseription de Mêéa et le récit de II Rois^ m.
iJans mes considérations sur cette inscription j'ai déjà fait
du récit en cause le bref résumé que voici : « Âchab perdit la vie
dans la bataille de Ramot-Galaad, et le roi Mêsa"" en profita
pour secouer le joug israélite. Ahazias, faible et estropié, ne fit
rien pendant son court passage au trône. Son successeur,
Joram, entreprit d'accord avec Josaphat, roide Juda, et avec
le roi d'Édom, une invasion dans la Moabitide du côté du sud,
mais les envahisseurs, on ne sait pas exactement par suite de
quel événement, durent retourner sans avoir obtenu d'autre
résultat que la dévastation de quelques cantons méridionaux.
Débarrassé de ce danger, Môéa"" procéda avec une énergie infa-
tigable et farouche à restituer à la domination moabite toutes les
villes septentrionales qui étaient depuis longtemps occupées par
des populations israélites, etc. » {Revue Sémitique f\\)00, p. 301
^Recherches bibliques. II, p. 536-537). Naturellement Mêàa*'
préfère parler de ses victoires st se tait sur un incident qui lui
a coûté la vie de son fils aîné (Rois, m, 27) et la prospérité de
quelques cantons. Il se contente de remercier Kamoà de l'avoir
sauvé de tous les oppresseurs, r^^jffn bDD 'jyi^n ^3 ('• *)•
Ce n'est pas l'avis des partisans de la critique supérieurCy pour
lesquels l'école Graf-Wellhausen se compose de pauvres croyants
à déplacer toutes les montagnes de l'univers, tandis qu'eux sont
en possession du vrai flair historique et capables de reconstituer
sans appel les événements que les faussaires prophétiques ont
défigurés par leurs interpolations arbitraires. M. Hugo Winc-
kler est le plus brillant chef de cette école infaillible. Voici
comment il s'exprime sur cette expédition par rapport à notre
document.
304 REVUE SÉMITIQUE
« La Chronologie de rinscription de Hêâa'' est dans Tordre
(voyez le paragraphe b). Sur l'état de vassalité de Juda à
l'égard d*Israël, v. Gesch* Isr., I. Qu'il n'y eut pas alors de roi
d'Édom, cela est attesté par I Rois, xxii, 48 et II Kois, viii, 8,
mais le fait qu'un roi non existant ne peut pas coopérer à une
expédition paraîtra clair même à des exégètes. Il est ma-
nifeste que cette citation du roi d'Édom et V accentuation
spasmodique des trois rois viennent d'un remanieur (Bear-
beiter). Ce dernier probablement a interpolé le roi d'Édom
parce qu'il comprenait le verset 26 comme les interprètes ac-
tuels : Mêâa^ aurait voulu rompre la ligne auprès du (beim) roi
d'Édom, c'est-à-dire lu où celui-ci se tenait. Mais cela est faux,
l'auteur veut dire : « Il chercha à pénétrer vers le roi, notam-
ment comme d'ordinaire (cf. Gesch. Is. IIjd'Aram > et non pas
d'Édom. Il faut lire partout de même Aram au lieu d'Édom.
Mais c'est le non-sens le plus pur de vouloir attaquer Moabpar
la voie d'Édom : la roule va à travers la steppe d'Aram, c'est-
à-dire Israël attaque Moab là où ce peuple a toujours été atta*
que par lui, savoir du côté du nord, exactement là où Mêâa'
d'après son inscription avait poussé sa frontière bien en avant
dans le territoire israélile. // s'agit certes d'une tentative de
repousser ses attaques qui y sont décrites. ' d
1. Die Chronologie der Mesainschrift ist in Ordnung, s. Forsch. H, S.
401. Ueber das Vasalleaverhàltniss Judas zu Israël s. Gesch Is. I. Dasses
damais keinea Kônig von Edom gab, wird 1, 22, 28 und II, 8, 20 bezeugt;
dass aber ein nicht vorhandcner Kônig nicht mit zu Felde ziehen kann
leuchtet selbst der Bibelezegese ein. Es liegt auf der Hand, dass dièse
Ncnnung des Konigs von Edom und die Krampfhafte Betonung der drei
Konige von einem Bearbeiter herrûhrt. Dieser hat ihn wahrscheinlich
cingeschoben weil er 26 so fasste wie die jetzigen Erklârer : Mesa suchte
durchzubrechen beim Kônig von Edom, d. h. dort wo dieser stand. Das
ist aber falsch, es ist gemeint : er versuchte durchzubrechen zum Kônig,
und nun wie gewôhnlich (vergl. Gesch. Is. II), von Aram, nicht von
Edom. Ebenso ist ûberall Aram statt Edom zu lesen. Es ist der reinstc
Unsinn, Moab via Edom angreifen zu wollen : Israël greift Moab da an,
wo dièses stets von ihm bekiimpft worden ist, von Norden her, genau dort,
wo Mesa nach seiner Inschrift seine Grenze weit in das israehlische
Gebiet vorgeschoben hatte. Um einen Versuch, seine dort geschil^
derien Angriffe zurûckzuschlagen, handelt es sichja (O. Z. L. April
1901, Col. 148-149).
REMARQUES SUR l'INSCRIPTION DE MÊSà'' 305
r
Bien enfoncés. Baissez la tête, Sicaoïbres de Texégëse nio-
derne, grafiens et antigrafiens! La douche que le nouveau
saint Denis vous administre vous fera passer l'envie de gri-
gnoter les croûtons ou de happer les miettes qui tombent de
la table du géographe étourdi qui a défiguré la topographie de
la campagne moabite. Cependant^ les Sicambres modernes aux-
quels on enjoint si superbement de brûler ce qu'ils ont adore
sont moins accommodants que Clovis, et bien que M. W. parle
comme s'il avait assisté au combat, ils ont la prétention de
demander d'autres garanties que les affirmations autoritaires
du chef de la critique supérieure allemande.
Si Ton met de côté la prétendue vassalité de Josaphat vis-à
vis de Joram, point qui ne touche pas le fond de la question,
on voit que tout le système de Winckler repose sur deux pré-
misses dont il importe de déterminer la valeur :
a) A ce moment il n'y avait pas de roi d'Édom;
b) Il est insensé de vouloir attaquer Moab par la voie d'Édom.
Donnons le pas à la seconde considération. Il ne m'appar-
tient pas d'apprécier le talent stratégique de M. W. ; il y a sou-
vent dans l'esprit des critiques supérieurs un trésor de facultés
imprévues qui éclatent avec une majesté victorieuse au moment
où ils s'occupent d'un problème qui y touche. Je suis con-
vaincu que si M.W. eût été le généralissime de l'armée coalisée
contre Moab, il l'aurait conduite par un chemin plus commode.
Je me permets seulement de lui rappeler que des événements
analogues se sont passés également en Palestine et dans la pro-
vince de riduméc, à une latitude très peu différente, mais h
une époque plus proche de la noire. On sait que la plupart
des invasions syriennes en Judée au temps des Macchabées ont
eu lieu non du côté du nord par la Samarie mais du côté du sud
par l'Jdumée. 11 n'est pas défendu d'estimer que les généraux
syro -grecs se connaissaient en stratégie un peu mieux que
n'importe quel savant de cabinet. En dehors d'autres raisons
de nature diverse, les rois israélites, ne tenant pas à faire dé-
vaster leurs territoires par les bandes indisciplinées de leurs
alliés iduméens, ont mieux aimé diriger leur attaque combinée
par la frontière sud de Moab qui était moins gardée et forcer
ainsi Mêsa"" à faire cesser ses entreprises guerrières dans lo
RITOB lÉHlTiaOB SO
306 RBYUB SiMITfQUB
nord. S'il y a un non-sens dans ce débats c'est la velléité de
changer les données topographiques d'un ancien historien par
un argument aussi futile. Ou bien M. W. croit«il que l'espace
désertique qui sépare Moab d'£dûm a jamais empêché ces
peuplades d'en venir aux mains des centaines de fois avant
cette coalition ?
A 'a faiblesse comme stratégiste se joint chez le même auteur
une faiblesse exégétique que nous ne pouvons attribuer qu'au
préjugé enraciné chez lui, savoir que ce qu'il appelle la tradition
prophétique a sciemment corrompu les récits historiques anté-
rieurs et que le rédacteur final a souvent interpolé du sien parce
qu'il comprenait mal son texte. Nous sommes ici à la.preroiëre
considération relative au troisième allié, c II n^y avait pas à
ce moment de roi d'Édom! > nous dit M. W. en se référant h
I Rois, XXII, 48 et II Kois, viii, 20. Voici ces passges :
I Rois, XXI!, 48 : -j'^D nvi anxa pN iVdi
II Rois, viiï, 20 : c Durant son règne (m. à m. ses jours),
les Iduméens se révoltèrent et placèrent un roi sur eux »
Or, la critique «wp^ri^ttr^ semble méconnaître ce que le der-
nier hébraïsant eût vu du premier coup. Le verset hébreu dit
littéralement : « il n'y avait pas alors de m en Édom, un préfet
(y était) roi t. C'est dire très clairement que les Iduméens
n'avaient pas de roi nommé par eux-mêmes, leur roi était le
préfet imposé par leur suzerain Josaphat, roi de Juda. C'est ce
roi improvisé qui a naturellement pris part à l'expédition con-
tre Moab, conduite par le suzerain et son allié.
L'autre passage (Il Rois, yiii, 20) a trait à la révolte des Idu-
méens qui eut lieu plus tard sous le règne de Joram, fils de Josa-
phat, révolte couronnée de succès : Êdom secoue définitivement
le joug de Juda et met sur le trône un de leur choix (i3>Sd^1
"ibo DH^by)-^" apprenant cette nouvelle, Joram s'empress»:
de passer avec des troupes et des chars de guerre sur le terri-
toire de So*ar (nnW P^"** m'^VV)» li»Tïitrophe d'Édom ; mais il
T : T • T
fut tué dans une attaque nocturne tentée par lui contre l'armée
iduméenne qui se tenait sur ses gardes (uyiH iTlk ny^ P^"^
REMARQUES SUR l'INSGRIPTION DE MÊsA' 307
Dnx nx HD^l)* 'l ^^^ exlrômement vraisemblable que l'in-
surrection iduméenne a été le contre-coup des victoires de
Mêâa%
Double résultat : Sous Josaphal, Tldumée fut gouvernée par
un préfet roi nommé par le monarque judéen et Texpédition
contre Moab par l'Idumée soumise était un plan des plus rai-
sonnables.
En parlant de la base, en elle-même insoutenable, qu'il
s'agit d'un roi d'Aram et que l'invasion s'est faite par le nord,
un exégète inférieur aurait compris que Méàa* voulait rompre
les lignes des troupes araméennes afin de tuer cet ennemi, ou
de le prendre vivant afîn d'affaiblir les coalisés, ou d'avoir un
otage précieux entre ses mains. Mais une telle solution est trop
simple pour noire critique, il lui faut des combinaisons nouvelles.
Mêsa* cherche à rejoindre un roi d'Aram qui est venu à
son secours, mais pas assez à temps poifr prendre part à la
bataille où les d^uj; alliés eurent le dessus. Ne pouvant pas y
arriver il sacrifie son propre fik et les envahisseurs battent en
retraite pour éviter l'attaque des Aramcens. M. W. ne s'oc-
cupe pas de savoir pourquoi les iroupes fraîches amenées par
le roi d'Aram n'ont pas barré la route aux Israélo-Judéens
fugitifs; il s'intéresse uniquement à déterminer quel était ce
roi d'Aram dont l'apparition a changé la situation en faveur
de Mê.^a^
Nouveau sujet, nouvelles spéculations ; je résume :
ce Ledit roi d'Aram pourrait être Hazaël de Damas, mais
une autre supposition (Vermuthung) est aussi proche. On est
frappé de cequ'Ammon ne joue aucun rôle dans l'affaire. Si Moab
et Damas voulaient se prêter la main ils ne pouvaient pas agir
en évitant Aromon. Ammon n'était pas soumis à Damas; de-
puis 854 Ammon faisait partie des vassaux de Salmanassar.
Qu'élait-il devenu? La réponse est donnée par le roi assyrien
qui mentionne dans .^on inscription comme son vassal le roi
d'Ammon Ba^^sa, fils de Ruhubi », c c'est-t\-dire de Bôt-Rebob.
Ammon était donc (aiso) alors sous un prince de Aram-I)êt-
Rebob. 11 faut donc réfléchir si c'est ce c roi d'/Vcam > de qui Moab
a pu attendre du secours? (Es ist aIso zu erwàgen, ob dieser
308 REVUE SÉMITIQUE
(( Kônig von Ara m » es ist von dem Moab Hilfe erwarten
konnte). >
Dans ce qui suit, la supposition (dieVermuthung), la réflexion
(die Ërwâgung) sont baptisées certitudes.
« La situation dans l'ancienne tradition c historique » était
d'après cela (war demnach) : Mésa" se révolte contre son suze-
rain le roi d'Israël de connivence avec Ba^'sa de Rehob et Am-
mon. Jehoram va avec son vassal Josaphat contre lui par* la
steppe de Aram. Par cette steppe il faut comprendre un petit
plateau transjordanique. On sait que la frontière araméennc
se trouve sur le mont Galaad. Mêsa*" va à leur rencontre. Les
deux armées campèrent l'une en face de T autre sur la frontière,
probablement près de Horonên = Araq-el-amîr, en proximité
d'un wadi qui se déverse dans le Jourdain. Les Moabites qui
se tiennent en dessous voient le wadi rouge et croient que
leurs adversaires se sont mutuellement égorg^^s; ils sont battus
et ils s'enfuient dans la ville fortifiée de Qir-Haroâet qui n'est
pas Qir-Moab, laquelle est située dans le sud. La légende pro-
phétique y a ajouté le trait relatif au passage et à la dévastation
de tout le territoire de Moab (das Durchziehen und Verwû^ten
des ganzen Gebietes von Moab). Primitivement il s^agissait au
contraire d'une tentative de soumettre Moab et de son insuccès
par suite du siège échoué de Q!r-Haroset. L'inscription de
Mêsa"" prouve cela par dessus le marché (Das beweist zum
Ueberfluss die Mesainschrift). >
Cette dernière affirmation prononcée avec un aplomb auda-
cieux est vraiment révoltante. L'inscription de Mêsa* qui ne
cite ni Juda ni Aram, ni Ammon confirmerait son élucubration
tortueuse! M. W. compte-l-il donc sur des lecteurs idiots?
En principe, ces aberrations si arrogamment débitées repo-
sent sur un abus assyriologîque. Le roi ammonite, vassal de
Salmanassar, était bien le fils de Ruhubi, mais non pas origi-
naire de Aram-bêt-Hehob. Aucun document ne fait supposer
son origine étrangère.
Tout le reste s'en va en fumée. Le narrateur historique de
cette expédition n'a pas pu donner Pépithète de « steppe do
Aram » à un canton situé à quelques heures de la frontière
moabite voisine du Mêdabâ. Ensuite, pour envahir Moab du
REMARQUES SUR L'INSCRIPTION DE MʧA' 309
côté du nord, les rois d'Israël et de Juda n'avaient pas besoin
de passer par un désert et encore par un désert étranger, ils
n'avaient qu'à traverser le Jourdain au^^dessous du Jabboc par
leur propre territoire. Le plus joli de l'affaire, c'est que dans
sa précipitation de mettre en mauvaise posture le rédacteur et
la tradition prophétique* il a mal lu le nom de la ville d'où
Mêàa" a voulu s'échapper. Le texte hébreu offre nttflPI TD?
• • ■ I
Qir-Haresetf « mur d'argile, de briques (fictiles, Ziegelmauer)>,
M. W. en a fait Qir Haroéeth ntî^'in T15> « ^^^ de travail,
de fabrication d. La leçon massorétique est confirmée par la
forme impossible à méconnaître jjnn TD usitée dans Jérémie,
XLVKi, 31 et 36; la transcription de M. W. vient d'une confu-
sion combinée d'une voyelle et d'un point diacritique. Pour
un critique qui se proclame infaillible le coup est rude. Il a
même entraîné M. W. à bouleverser de fond en comble la cons-
truction d'une proposition capitale qui ne demande qu'uns
légère substitution de quelques lettres pour reprendre sa lim-
pidité originale.
Je traduis littéralement le passage suivant de M. Winckler :
n Le texte dans 34-27 est donc ainsi à rétablir et il portait
comme il suit dans l'ancienne tradition en séparant la part de
la légende prophétique donnée en caractères cursifs :
< Et ils arrivèrent au camp d'Israël, et Israël se leva... et ils
battirent Moab. Et ils fuirent devant eux à — et ils détruisirent
les villes et ils jetèrent des pierres sur tout le sol labouré et ils
obstruèrent toutes les sources à l'exception de (tNE^H H^
— Qir Haroàetb, et le roi de Moab vit qu'il ne pouvait pas résister
et il prit avec lui sept cents hommes et chercha à pénétrer vers
le roi d'Édom. Mais il ne put pas, car les frondeurs l'entou-
rèrent et le frappèrent avec des pierres. Alors il prit son fils
et le sacrifia, etc.
€ a) Les mots finals du verset 24 2HM2 nx ni3m n3 13^1
constituent une variante du premier ^xiD PS ID^I n^*> ^^^^'
sa réplique (mit diesem ihrem Stichworie) a pénétre de
la marge dans le texte. — Qir-Haroseth se rattache immédiate-
ment à a ils s'enfuirent » .
no
REVUE SAhITIQUE
a b) n^32K appartient comme 3^33^0 *
rersât. Mais ces mots n'ont pas de sens di
'investissement d'une ville par des frondeui
!st insensé. Ce sont plutôt ceux-ci comme I
jile qui ont empêché l'échappée. Ces mo
lerrière le verset 26. »
Pour faciliter l'examen aux lecteurs m
Icux textes en colonnes parallèles :
TEXTE MASSORÉTIQUB TEKI
ap»i Skiï» nano Sk iio»! 3-i lopn Skhi
o:n 3K10 riK lyi hnysp atco n»
-IN m^m na'irn on'aaa
3Mia
-ipbn Sai loin» o'nyni 25 npSn Sai
iinSdi 133K w li'btf' naio niN^oi 1:3
■p b^i iano> O'o l'jïo Sai fy Sai] ic
t:3n •wcn ij; iVa» aie (Tsivn
^'ïbpn i3D'i nirm^ Tpa
: ni3'i
I3DD pin '3 3K10 ^So KTl 26 13DD pm '
iiKo 53» "inH np'i nonSon niKo saw '
iSd Sk jf'pam ann (iSï> ï)»ti Su ypar
: iVa* «Si DHK 13D»1 bï'
a'33
L'aplanissement winctlérien porte de
l'une insouciance étourdissante. Le critiqu
( et ils abattirent tous les arbres utiles » (•
le sorte que la phrase suivante arrangé
édacleur, « à l'exception' de Qir-lIaroHet
1. Il est |>rcâL[iic inutile de faire remarquer qti
ainais o fc l'exception ». Mais, ayant réussi k chi
la^HC du IX'^ bitcle avant notre ère mal compri
iijiie, U critique supérieure est bien autorisée à
VcxégéteK.
REMARQUES SUR L'INSGRIPTION DE MÈèx'' 311
nisnn)' '^** aucun sens imaginable : il n'est donné à personne
d'abattre les arbres d'une ville dans laquelle on n'est pas en-
tré; M. de La Palice lui-même ne Paurait pas regardé comme
un fait exceptionnel. Par la même raison, cette incidente ne
peut être placée après « et ils détruisirent les villes » (a'»ij;m
ID^n^)* ^^^U d*"s le remaniement de M, Winckler, les mots
"I^Ktt^n ^y flottent en Pair, et son sans-gêne étant donné, il de-
vait les proclamer « interpolation 10 et n'en tenir aucun compte.
Il a manqué Toccasion.
Autre remarque amusante : Les Trondeurs israélites ne fai-
saient déjà pas une troupe aussi légère que nous le dit M. W. ;
les pierres sont lourdes et on n'en trouve pas partout qui
s'adaptent à la fronde; un bataillon d'archers aurait mieux
fair la besogne. Mêàa'^ méritait bien qu'on l'attaquât par une
pluie de flèches brillantes et bien effilées. Se mettre à l'assom-
mer à coups de pierres qui ne tombent pas du ciel comme
à la bataille de Gabaon, ce^n^était'vraiment pas chevaleresque
de la part des alliés! Du reste, le mot 3^32x2 ^^^ absolument
inutile, à moins d'assigner au rédacteur Tnitention d'annoncer
que dans cette ville les envahisseurs se sont servis de pierres
à Texclusion de toute autre arme, ce qui est hautement insensé.
Enfin le profond critique a oublié que la phrase « et ils le
frappèrent avec des pierres > (0^33^0 imS^l) '^^^ supposer
que Mêâa* fut blessé sur le champ de la bataille, itindis qu'en
vérité le vaillant guerrier sortit sauf et sain de la bagarre et
déploya ensuite une énergie extraordinaire pour arracher son
pays à ceux qu'il considérait comme usurpateurs.
Je dia par conséquent avec M. Winckler : a La situation
est claire. »
11 reste cependant quelques remarques à ajouter au point de
vue exégétique. Deux groupes doivent être corrigés :
1) Au lieu de ^5 )y] il faut lire q^ r\yy, le suffixe pluriel
se rapportant au nom collectif 2^V2'
2) Le membre de phrase inintelligible n'^^sx TNŒ^H ly
ntnn Tpa doit être modifié en -|ip Dn^i2»x nixa^n t;
nttnn- Après avoir dévasté la campagne, les alliés faisant
usage de grosses pierres sont même parvenus à démolir les
31 s REVUE SÉMITIQUE
mur de Q!r-Haresct qui« ainsi que son nom l'indique, était
construit en briques d*argile. Le mur défoncé, les gens armés
de frondes entourèrent la ville et tuèrent un grand nombre de
ses défenseurs, ce qui a amené Tacle désespéré de Mêàa'. Le
verbe rtxtt^H figure avec le même sens dans Isaïe, xxxvii, 26.
M. Winckler serait venu lui-même à celle correction s'il
n'avait pas méconnu la lecture de ntî^m Tp î '®s autres erreurs
et même celles qui suivent sonl la conséquence- de celte
bourde.
Car il y a d'autres erreurs à la fin de son article. Il s'agit
de la narration des Chroniques (II, xx) concernant Josa-
phat seul. Des bandes composées de Moabites, d'Ammo-
niles et d^une peuplade que nous indiquons provisoirement par
X, en faisant le tour de la mer Morte firent* irruption dans le
sud de la Judée et parvinrent jusqu'à En-Gédi (Kngaddi). Sur
l'oracle d'un propliète, Josaphat se porte à leur rencontre. Mais
avant l'arrivée des Judéens les bandes coalisées s'étaient déjà
mutuellement exterminées et Josaphat n'avait qu'à emporter le
butin. Malgré son exagération manifeste, on se doute facile-
ment que cette tentative et probablement aussi d'autres tenta-
tives analogues de la part des Moabites, le peuple le plus im-
portant de la ligue, de s'emparer du sud de la Judée, a eu
pour conséquence la formation d'une ligue contraire entre
Josaphat, roi de Juda, Joram, roi d'Israël et le vice-roi
d'Édom, vassal de Josaphat. Son but était visiblement de ven-
ger cet affront et d'affaiblir Moab de ce côlé afin d'empêcher
les agressions de Mêsa* dans le nord. M. Winckler qui soutient
singulièrement que le chroniqueur n'a pas connu notre livre
des Rois, y trouve une nouvelle version du récit que nous élu-
dions plus haut.
Ces bandes sont dites venir uiHD ff^b ISJ^D» '"^^*
comme aucune peuplade araméenne n'a fait pariie de celle
ligue, on voit facilement que la vraie lecture est n^'-j n^yo
mXDI» ^ d^ l'autre côté de la mer Morte et de l'idumée ».
Par la première indication topographique on reconnaît les
Ammonites et les Moabites qui, pour [es Judéens du sud, sont
des peuples d'outre-mer. La désignation c de Édom » qualifie
REMARQUES SUR L'INSCRIPTION DE KÈhk' 313
comme idumécnne la peuplade désignée précédemment par X,
l'autre désignation de la même par < habitants du mont Sé°ir s
aux versets 10 et 23 convertit cette supposition en certitude.
Au verset 1 le texte hébreu offre ; « Les enfants de Moab et les
enfants de Ammon et avec eux quelques-uns des Ammonites
(D^ilOyriD)- ^ Citmme les Ammonites sont di-jà. mentionnés,
il e^l évident que ce mot est corrompu. Jusqu'à présent on a
pensé à le remplacer par D'iiyorn * des Me'uniensou Méï-
niens (= Miywoi) », c'est-à-dire habitants de la ville de Ma'^on
(rtyojdans la Judée méridionale (Josué,xv,5i), près de celle
de Karme) et très coiinue par les aventures He David (Il Sa-
muel, xxiii, 2i; XXV, 3); mais cette ville n'appartenait pas
à la région du mont Séïr ni au domaine des Iduraéens. C'est
donc une ville homonyme située plus au sud, mais encore h
une certaine distance de Pétra, l'Édom proprement dit. On
peut aussi songer, en conservant l'ordre des lettres d'après la
Massore, à changer oijioy ^^ DUOn- " Téinani'.es a ; la ville
de Têman était une des plus importantes de l'Idumée. Quoi
qu'il en soit du reste, il est indubitable que les envahisseurs
sont entrés dans la Judée en se dirigeant du sud au nord et en
s'arrêlant quelque temps à En-Gédi, près de la mer Morte.
Tout celan'est rien pour M. Winckler. Se faisant subitement
conservateur rigoureux, il maintient la leçon mj*© et boule-
verse entièrement toute l'orientation du récit, La mention
d'Aromon avec Aram dans la même ligne prouve selon lui que
le chroniqueur a tout gAté : il a identifié Haçaçon-Tamar (pvVTI
top) avec Engeddi, c'est une erreur : il s'agit de En-gad
(^j}pn), nom indigène le la ville defianéasàla source du
Jourdain, découvert par l'intuition prophétique de M. Winckler.
nî^Vfff in ^^^ ""^ interpolation due à la fausse lecture mj{D>
lecture qui ne figure même pas dans le récit des Chroniques!
D'b nayo se laisse expliquer, dit-il, par nTH 13^0 (') <!"'
est devenu "vun "QJ7 ^= Syrie, d'où de nouveau ^nj ^"^ conçu
comme ds,-j (!). Remarquons entre parenthèses que, jusqu'ici,
l'on ne connaissait en hébreu que l'emploi de nora^d; pour 'û-tix-
voî. c'est-à-dire de ^"13 pour Qi (Jonas, ii, 4). M. W. décrète
314 REYUl StlOTIQUE
remploi de qi pour le Jourdain qui ne se dit jamais «vi3-
T
M. W. est, enfin, assez heureux pour découvrir que le défilé
(nbî^û) ^^ V^^ ^^^ plutôt celui de Sir ou Sûr^ c'est-à-dire
précisément ^Araq-el-Emir (Forsch. II, 800), où il cherche la
scène de la bataille. Nous comprenons maintenant la joie de
M. W. qui lui fait dire :
ce Avec cela ce serait de nouveau une pièce d'histoire
déterrée d'entre les décombres > (Damit wâre ein neues Stûck
Geschichle aus dem Schutte herausgegraben) !
Après cette digression indispensable nous revenons aux ver-
sets 2&-26 de II Rois, m, qui doivent être traduits comme il
suit :
24. Et ils arrivèrent au camp d'Israël. Et les Israélites se
levèrent, battirent Moab, les mirent en fuite, les battirent encore
en battant en même temps les autres Moabitea (qui accoururent
à leur secours).
25. Ils détruisirent les villes, chacun d'eux jeta des pierres
sur le sol productif jusqu'à l'en remplir. Ils obstruèrent toutes
les sources d'eau et abattirent tous les arbres utiles ; (ils allèrent)
jusqu'à détruire avec leurs pierres le Mur-d^argile^ ville qui fut
entourée et battue par des hommes armés de frondes.
26. Lorsque le roi de Moab vit qu'il ne pouvait résistera l'at-
taque, il prit avec lui sept cents hommes armés d'épées pour se
frayer un passage jusqu'au roi d'Édom, mais ils ne purent pas
(y arriver).
Moralité :
Tout remaniement violent du texte massorctique repose sur
une idée préconçue et montre souvent une connaissance peu
sérieuse de l'hébreu, jointe au manque de bon sens naturel.
J. Halévy.
SUPPLÉMENT
La moralité qui précède peut être illustrée par un autre
exemple que le hasard me met sous les yeux à l'instant. Il a
ceci d'intéressant qu'il émane de la plume d^un hébralsant
aussi sérieux que sagace. Mais la manie de flairer partout des
interpolations lui a joué un mauvais tour et l'a empêché de voir
clair là où il n'y avait nulle ombre de nuage.
REMAKQUES SUR l'iNSGRIPTION DE MÊAA'' 315
M. Félix Perle8(0. L. Z,, 1901 , col. 898) fait une remarque,
selon lui nouvelle, savoir que ^^ est placé sur la même ligne
que les pierres précieuses dans Ézéchiel, xxviii, 13. Pour
écarter cet inconvénient, il y joint le mot suivant nDXbo ^"'^'
modifie en ?|nxVD» ^ 'on enchâssure » \àexne Fassung), de
wVp» nNiVp (Èxode, xxviti, 19 et 20). Aussitôt il ajoute:
t Dès lord, la supposition de Krâtzschmar que les noms des
pierres précieuses ne sont ici qu'une interpolation devient une
vraisemblance encore plus haute (noch erhôhte Wahr^
scheinlichkeit). Ils constituent une glose jointe ici à j^^p'f p^^,
d'après TExode, xxviii, 17 et suivants, et la leçon primitive
était ^HXVd 2nn •]raDD mp'» PK by Un beau parallé-
lisme est ainsi rétabli (So ist ein schôner Parallelismus her-
gestelU). »
Si le savant auteur était plus difficile sur le chapitre de
rinterpolation, il y aurait trouvé plutôt une phrase incohérente
et impossible en hébreu. Une pierre précieuse n'est pas une
n^jjjfp (d'après Grâtz) pjj faite pour l'adoration (Lévilique,
XXVI, 1) et l'or ne sert qu'à enchâsser la pierre précieuse qui
forme la nX^D- L'hébreu dit p^ nSlVû (Exode, xxviii, 1 7
et xx\ jamais ^m Divho* Notre leçon est à retenir telle
T T
quelle. L'état mal fixé de 2t^^^ ^i^i^^ de ce qu'en empruntant
la série des pierres précieuses à l'Exode, xxviii* 17, Ézéchiel
a dû abandonner l'adjectif précédent, < enchâssés (dans de
l'or) )) Qiy3{2fo. J'BicommentéceversetdanslaJ{at;u^(i^^^ludtf5
juives (1887, p. 22-25). M. Perles l'a perdu de vue; c'est
regrettable pour nous deux. Â ce moment^là j'avais à repousser
l'opinion des grafieiiê qui voyaient dans le passage précité de
l'Exode un emprunt fait à Ézéchiel. Aujourd'hui on admet un
emprunt contraire, mais effectué par un interpola teur inconnu,
afin de spécialiser l'expression rrpy pX Vd- Ézéchiel a aussi
écrit : rnUT] ^Vi^ bs (^^^^^^ 2*» w\u ipassim) ; quelle belle
occasion pour interpoler les sept essences de bois énumérées
dans Isaïe, XLi, 19 ! Les fabricants d'interpolations à jet con-
tinu ne sentent-ils donc pas l'absurdité d'un pareil abus?
J. IIalévv.
Nouvel Essai sur les inscriptions proto-arabes.
{Suite),
Le lecteur qui a prêté quelque attention à ce que j'annonçais
à la fin du précédent alinéa, s'apercevra aussitôt que j'ai ren-
versé Tordre des études mises en perspective. J'avais l'inten-
tion d^émettre d'abord quelques réflexions générales sur les
textes safaltiques et de reprendre ensuite à nouveau l'examen
des inscriptions arabiques autres que les lihyanites propre-
ment dites. Un fait heureux survenu d'une manière inattendue
ainsi que des perspectives encore plus favorables m'ont dé-
terminé à reléguer les considérations synthétiques après l'étude
des inscriptions proto-arabes qui ont été à peine effleurées^
par moi en 188i\ Jusqu'au jour où le dernier numéro de la
Revue Sémitique parut et fut distribué j'ignorais entièrement
la nature exacte du mémoire publié par E. Littmann sur les
inscriptions du Safa. Cet important mémoire ne m'a été en-
voyé par l'auteur que le 1 * août et c'est grâce à la complaisance
d'un ami que j'en ai eu connaissance quelques jours plus tôt.
Si M. Littmann m'avait communiqué son livre en même temps
qu'aux autres personnes auxquelles il l'avait adressé, je me
serais hâté d'en faire mon profit dans le dernier cahier de la
R. S. Il y a plus, pendant les nombreux mois qu'il a employés
à composer et à publier le mémoire sus-visé, M. L. a demandé des
lumières à un grand nombre d'orientalistes qui l'ont aidé de
leurs conseils, il n'a fait exception que pour le fondateur actuel
de l'épigraphie safaïtique (der wirkliche Begrûnder de Safà-
Ëpigraphik), comme il veut bien m'appeler (p. ii). Pourquoi
cette retenue à mon égard? A-t-il craint que je ne lui enlève
ses découvertes? Quand même j'aurais eu ce noir dessein, il
m'eût été impossible de le mettre à exécution, puisque M. L.
était alors déjà en possession, non seulement de 135 nouveaux
textes qu'il a copiés lui-même, mais encore'dea il 2 inscrip-
tions trouvées par M. Dussaud au cours de sa mi^^sion dans la
Syrie orientale, faite sous les auspices de V Institut de France.
i. Le chiffre 1802 imprimé plus haut (p. 233, I. 12) doit être corrigé
en 1884.
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 317
Ces derniers textes ne me sont devenus accessibles qu'après la
publication du voyage de MM. Dussaud et Macler, c'est-à-dire
plus d'un an après qu*ils furent mis à la disposition de
M. Littmann. Je ne me charge pas d'expliquer comment le
fruit d'une entreprise scientifique française arrive plus facile-
ment en Allemagne et au nouveau monde qu'au n"" 26 de la rue
Aumaire; je me borne S constater à mon égard* un traitement
exceptionnel d'autant plus incompréhensible que, depuis 9 ans,
la Revue Sémitique est le seul périodique qui soit consacré
à l'épigraphie sémitique en France. Dans l'opinion de certains,
la vraie lumière vient de l'étranger ; la France n'est à leurs
yeux qu'un satellite opaque et refroidi. C'est triste. Durant
celte année perdue pour moi j'aurais commodément évité les
transcriptions périmées par mes travaux postérieurs à 1 88i qui
ont échappé à ma mémoire dans le court intervalle qui sépare
le début de cette élude de la réception de l'ouvrage de
MM. Dussaud et Macler. On verra plus loin qu'une autre dé-
veine plus sensible encore m'a suivi à propos des inscriptions
proto • arabes ; mais avant de passer dans ce domaine, je tiens
à fournir des données exactes sur la marche du déchiffrement
des textes du Safa, ainsi que sur la part que peut revendiquer
pour soi chacun des orientalistes qui y ont contribué.
Mon Essai sur les inscriptions du Safa a paru dans le
Journal asiatique en 1877. A celle occasion 16 lettres de l'al-
phabet safallique ont été définitivement déchiffrées, savoir :
K' 3' n^ n» n. lo» ^ d. b^ aô' d» y» p> i» n*
Outre cette série certaine, j'ai signalé :
a) L'identité visible d'une lettre safaïtique avec le pj sabéen ;
mais je me suis décidé à la considérer comme un ^ pour des
raisons onomasliques (p. 20).
b) Le caractère de sifflante de la lettre très ondulée et j'ai lu
I. Dans sa lettre du 20 août dernier, M. Littmann a bien voulu m'ex-
pliquer que le retard dont je parle ci-dessus est dû à des circonstances
indépendantes do sa volonté. Je ne demande pas autre chose que la
bonne entente personnelle entre ceux qui cultivent le môme domaine
scientifique*
3I>^ RBVUB SiHITIQlIK
le nom de -yw = Sorechos; j'ai pourtant préféré la valeur y
(p. «0-91).
c) Le choix à faire entre ^ et £j à propos de la lettre qui res-
semble au <f sabéen et éthiopien ; certaines raisons m'ont tou-
tefois conduit k m'arrêter à la seconde valeur.
Dans sa recension de mon essai en ISS.), M. l'rœlorius a
déterminé les signes pour -j, n^ V y et n ^" conformité avec
les valeurs sud-arabiques. De mon côté, J4 me suis tenu sur la
réserve en attendant de nouvelles informations.
Dans mon essai sur les inscriptions arabiques de H. Doughty
(R. E.J., 1884, p. 1G-I9), la valeur des lettres n.ieln ^"1
fixée par analogie avec le sabéen. Les vues de M. Prœlurius
sur ces signes également safaïtiques furent ainsi confirmées.
En 189&, M. le Itaron Carra de Vaux admit ces lectures
comme une chose entendue dans ses \otes pour servir à l'étude
des inscriptions lihifanitfs, parues dans la Revue Sémitique.
Il y fit ensuite la découverte définitive de la lettre q, il si-
gnala le sens de «. chameau u du mot qu'il transcrivit *y^yy el
constata enfin la fréquence du mol niH- '^" '® rencontrant deux
jours après je lui ai exprimé ma conviction que ^oy était réel-
lement ^j et que la transcription exacte du second vocable
était ivin- de la racine arabe connue ^^j.
Apres une pause de sept ans, l'étade particulière de l'al-
phabet safaitique est reprise par moi sur la nouvelle base des
inscriptions de MM. Dussaud et Macicr, mais, sous le coup d'un
oubli complet des résultats obtenus aux précédentes étapes, je
suis revenu aux solutions de 1877 en prenant encore la peine
de prouver les valeurs p, ^ et ^. Heureusement cette distrac-
tion momentanée, causée par d'autres études absorbantes, a été
réparée dans la partie précédente. Je confirme ici ces remar-
ques avec encore plus d'énergie.
Dans la même année courante (1901), M. E. Liltmann, àce
qu'il parf.it, indépendamment de tout ce qui a été écrit après
1884 par M. Carrade Vaux et moi, qu'il ne cite pas, étudie lui
aussi les textes safaïtiques, appuyé cette fois sur 5i7 nouveaux
documents, copiés avec soin et en grande partie provenant d'es-
LES INSCRIPTIONS PROTO^ÂRABES 319
tampages bien réussis. Ce matériel exceptionnellement riche
a permis à M. Littmann de déterminer les signes restants de
l'alphabet, g et j également au moyen des inscriptions proto-
arabes^ les autres par voie d'élimination ou d'exigence contex-
tuelles.
Résumé en ordre chronologique: 1* 16 lettres, Halévy;
2* 3 lettres (n, n» l)i Preelorius, Halévy, Carra de Vaux;
3* 2 lettres ("î,];), Praetorius; 4** 2 lettres (j, b\ Carra de
Vaux, Halévy, Littmann ; 5' 2 lettres (gf, y), Halévy et Litt-
mann simultanément; 6* 3 lettres (f, y, ^), Littmann.
La période du déchiffrement est visiblement close pour les
inscriptions du Safa; celle du rétablissement critique et de
l'interprétation des détails commence désormais, les textes en-
core inédits à l'heure qu'il est y répandront un jour considé-
rable; les copies proto-arabes de M. Euting et de Huber ne
manqueront pas de fournir leur part à la solution finale du
problème.
Cette répartition faite, je passe à l'objet actuel de l'étude
annoncée plus haut.
En défalquant les textes lihyanites qui ont une physionomie
à part^ les inscriptions que j'ai appelées faute de mieux proto-
arabes consistent au moins en deux espèces, A et B. L'espèce A
s'écrit horisontatement comme les autres écritures sémitiques.
Elle se dirige ordinairement de droite à gauche, rarement de gau-
che à droite; la direction alternative ou boustrophédon allant soit
au-dessous, soit au-dessus de la ligne initiale, est également usi-
tée. L'espèce B se présente régulièrement dans la position per •
pendiculaire ; les lettres se placent l'une sur l'autre en descendant
du haut en bas à l'instar des écritures libyque et mongole-chi-
noise. La distinction entre les espèces A et B au point de vue
graphique est encore impossible à établir par suite de l'incons-
tance des formes; il est encore plus difficile de saisir les diffo-
i. Il faut cependant reconnaître que la distinction entre le lihyanite et
Tespèce A n est pas facile, surtout pour des graffites peu soignés. Sur ce
point, c'est la connaissance exacte des dialectes afférents qui lèvera les
derniera doutes.
3S0 REVUE SÉMITIQUE
rences dialectales. Pour ne rien préjuger je transcrirai chaque
espèce séparément. J'ai depuis plusieurs années fait la trans-
cription totale en caractères hébreux de l'ensemble de ces ins-
criptions qui sont contenues dans les notes posthumes du
regretté Huber, la publication en a été retardée par une cir-
constance des plus pénibles pour moi. Conformément Ô une
offre gracieuse qui m'a été faite par un célèbre orientaliste
de Vienne, j'attendais l'envoi des textes qu'il avait reçus de
M. Euling, en même temps que ses propres travaux prépara-
toires (Vorarbeiten), afin de faire ensemble cette publication.
Des années se passèrent dans cette attente : travailler sur des
matériaux recueillis par le célèbre épigraphiste de Strasbourg
et avec un savant de cette valeur, c'était pour moi une bonne
fortune qui valait bien l'ennui causé par le retard de la réception
que j'attribuais à des occupations absorbantes et exception-
nelles. Je me suis donc abstenu de l'importuner en espérant
qu'il ferait lui-même l'envoi promis aussitôt que son travail
serait prêt. Le mémoire de M. Littmann m'a appris que le carnet
que j'attendais fébrilement depuis si longtemps a été cédé & ce
dernier après son retour en Europe (en 1900), et cela sans me
prévenir d'un seul mot. Je ne veux pas sonder la cause d'un
revirement si extraordinaire de la part d'un ancien ami, je me
borne h repousser le motif vague et blessant qu'on a essayé
d'en donner. J'aurais agi à une certaine occasion moins ami-
calement qu'on l'espérait. A quelle occasion ? Et quelle action
aurais-je pu exercer dans la situation de reclus que je mène
pour ne pas laisser péricliter mes travaux quotidiens? Les dé-
boires sont dans noire destinée; acceptons-les donc philoso-
phiquement et passons à notre tâche qui, aussi mal outillé que
nous sommes, devient d'autant plus ardue et d'autant moins
rémunératrice. Contentons-nous de peu. Puisque les eaux vont
à la mer, tâchons de capter un petit filet pour étancher noire
soif de chercheur'.
I. Amx imporlant. — Le but de celle pu ljlic.it ion ttant purement
onomastique, je me suis liorné h traduire les inscriptions qui ont un
certain dcgrC de prolialiijiië. Les commentaires sont exclus, ainsi que
les rapproehemeiits avec les noms arabes pluH ou moins connus ; celle
besogne se fera commodément dans la liste gânârale. Les voyelles sont
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABBS 321
I. Espèce à.
Qaçr de Athoueîr, à gauche de la porte d'entrée.
a. (P. 45.) a) ajyjç jjnx yyb nnyh
3. (De g. à dr.) *) (?n) pSyD^V
P nn p
« Par ... fils de Hâh, fils de Wadd-Ahl de Al-Mana«. »
P. 46. a) nmbos nniTV
« Par Wadd, [fils de] 'Ater, [fils de] Qan. »
(De g. à dr.) a) ^^ Ib
(De g. à dr.) e) ^D) Sa'l
(De g. à dr.) d) îja na riTV
€ 'Aidât, fille de Bil(?). >
P. 47. o) ^f73j< ^iui D0b6
€ Par Sams, . . »
G. Umm e' Selman.
P. 55. a) «jnNlb
*) nxb
provisoires, et le mot si fréquent tTI est transcrit Wadd, alors môme
que le sens invite à transcrire waddàd, etc. — Il y a plusieurs années
j'ai reçu de M. D.-H. Mûller une plaquette contenant la lecture d'une tren-
taine des inscriptions de M. Euting; mais, n'ayant pu la trouver, il m'est
impossible d'en faire mention en lieu convenable ; mais je reconnais volon-
tiers au savant auteur le droit de priorité sur ces détails. Je fais la môme
concession à tout autre travailleur dans ce domaine. Cuique auum,
«rrinr stwtT'ODi aj
%
RIVUK SÉMITIQUB
0)
inK |«i
c Moi je suis Ikhd (?). >
^
«Tl 3TD
è)
noyob
1)
••3^1311
9)
npix iDnb nnan»
1». 56. o)
'ùvd'?
b)
HKll
c)
npinai
d)
pvb
e)
bmV
n
Pï
(De g. à dr.
) 9) |bb
h)
■■TirV
i)
na n'jjcTT
j)
ipaoby^b
k)
oybb
l)
nbv "n«n
P. 57. a)
^^h
à)
ïûnb *?K 3"ipn*? linn
c)
bDab
d)
nnib
e)
DT»'?
f)
. ViîfTî -UD
9)
a»:3_ nbo"ib
h)
Td [f]3 -rbiî
< Kballd, 61s de Fad (?). »
LES INSGRiPTIONg PROTO-ARABES 3<è3
3T3 • D
P. 58. a) ^Qt,!,
(De g. à dr.) g) nTT3n3 lîi OpD
« Suqam Yeaid.. . »
*) up \o bojmi
« Wadd-NasIdeQabi. >
P- 59. a) plji) T,yij
f) bnjjto
»») mîntb
(De g. à dr.) o) -joya nna inn
(De g. à dr.) p) '^shti ruriK rm nvN:xi
3'ii REVUE SÉMITIQUE
q) nV'JP'ni
'I nmyoi
') ■"n'iD!Q:D
Colline* de Acâb'tu
P. 80. a) <n:3
"• i3:n ••mn
30. (P. 81.) i,yi3
*'■ "Dnn "jDOT naxS
« A Akam appartient le chameau de Hainy (?). »
*3- pDDm:n
**• mit p ^^QS
« Mubi* possède un chameau. »
32. (P. 82.) nin nni» liin
« Que Atam gratifie Hawadd&d (l'ami?). Par 'Atap. i
Gebet Gildiah.
1.{P.8i.Deg.àdr.) o^jn iiirfy
«■ -a 'i2inN
a. (Deg. àdr.) n'jnjïb'î
Oundy Bouetb.
\. (I'. ST.) nDiN li DDDn
2- inDnniNïi'
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 325
3- paS bjrn iddn bban
5. (P. 88,) [|]2aJ, ^yn |Dn[ï<]
Duplicata du ii*3.
Duplicata du n" 2.
G.
m |Dnx bnsn
7.
njrn pnN bnan
8.
nMbxn Mjn
9.
nnVs
11.
(P. 89.)
nDDNb
•
M.
DD:n3«i
13.
p •î'jVnDiDn^Di bVian nVNn -ixbc;
r
"in bno M:n
an
^*- :vr3 nDnn
15. (P. 90.) ù,V,v DDM:n
« Que Sim protège 'Olaibû (?). »
^^- p nb»S
^'^' noianbno
« Par Malah, fils de Ma^al, [fils de] Halimat. »
18. bob
19- hnb
6
REvm: siHTnQDS
20
rijn -m 'Vi'?
ParWali-Wadd; qu'il le graUBe. >
SI
(De g
àdr
) nMDI Ttl
(De g
àdr
) 1TDX31
2!
rn : «aon
HambS est celle-ci (!). >
i)
;nytoD noon in'?
S*
«)
abn -nib mo»
»
bri3 p nnrb
c
Par'Alah, filsdeBahl. »
Roumâtein.
\.
(P. 95
)
DoraiDo by Viyn
3.
bno ti5»3x:n'?
3.
(1'. 96
De g
■
ParMuslim(Muriallim?). >
i.
,
ItSWill
B.
tsïlin''?
6.
p'1»
7.
nj»"?» "ni yn'Sî»
• 'Amyata
, [Bis de! Wadd, [lils de] Al-at (?,
8.
yia p nï mi
. Wadd-Sa(?), fila de Badi-. .
9.
(De g.
àdr.)
najfp IBXtiî
10
t|'W»
41
p^yi1ï:■^uD•^
LES INSCHIPT10N8 PROTO- ARABES 3317
# Dad-Han^ii fils de Awdftm. »
«ParLêthbel(?;. .
U. (Deg. àdr.) ••ni'j p ^S^a »3b
P
< A Mba% fiU de [ ], appartiennent tous ces chameaux. »
« L'autruche appartient à Beit ...»
a *
18. (I». 98.) ipv naiha'? ajo
20.. . 3-iDono 'jbj'>V3'? ai*?
«1 . |bûi ^rH^ià
«a- . yraob
26. (P. 99.) p-|3a
27. yàn'^ViD non nVxn
c LcdieuThamud (?)... t
328 REVUE SÉMITIQUE
c Wadd aux Benn Wallat (?). »
Rocher El-Çalthah.
5. (P. 101.) Domvb Wtl
<c Par la gr&ce de Ka^'d de Tamîm (?) »
Au lieu de ^y^ il faut probablement lire nj^D* Sa*d.
10. (P. 102.) nn^ ^y
Misma^éUAtty.
9. (P. 255). |o«Db
La copie offre p^jQ^' ^^^^ ^' ^^^ ^ supposer que la partie
supérieure du x ^ été omise ou effacée.
€ Par Mu*ratn. »
10. 30Dn
bhnxh
npij semble venir de jr^, c défendre », pris dans un bon
sens. — Le 3 de ^jqq n'est pas possible ; ce doit être un
j{. — '^nriD do'^ ^^'^'r de Jia., « mal nourrir ». Cette com-
binaison de consonnes prouve que le signe fourché est un n
comme en sabéen ou bien un p| si Ton admet une racine ^nn*
«c Par la protection de Hasm. — Par Mubthal. i»
^y\ me semble être ici le dieu de l'amour, 5^ ou 3jetnonles
mots ^b^, jj^^j ou jj:>j.
« Par la protection de Wadd. »
^2. mj^D na -p •»!
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 329
[, causatif de ^-jj, ^'. — «13 ='^ ou ^y,. —
p«^yQ = gj,x^ ou J^Iju-, nom masculin.
c Protège (ô dieu !) Bank, fille de Sa'dat. »
La troisième lettre du premier nom pourrait au besoin être
un \ — Doute au sujet de la gutturale qui peut être n ou ,^.
c Par la protection de Amwat. — Par Mubâwadat. »
2i. (P. 256,)
G^est une belle inscription lihyanite. ^JVJ est le mot sémitique
gchiéral pour c stèle » ; je ne sais pas expliquer le nom ^x^
dont le ^ est peut-être un 3. — ^Win ^'^® ^^n verbe de .^ ;
le trait intérieur du ^ manque.
« Stèle de Yatda (?), fils de Hafnèl. Stèle. »
bon Dnn "ni \n33
Le i3 est supposé par moi ; la lettre a la forme d'un -| re-
tourné, — D-n = o'f^ ; ^Dn = J-^^.
a Gratifie Bakam de bien. — Par la protection de Wadd.
Qu'il surveille, quMI repousse Tennemi. »
25. na \vb nm bki pon
p peut être un nom divin et 53 = 5^3. — Au lieu de'^j^j,
on semble devoir lire'^nj* — "^^ b présente la forme d'un n-
<c Bauskan a voué à Wadd Kahin (?) son fils. »
1333. Même personnage que 24. — qq probablement =
^1y mais le sens spécial peut bien être <ic enfant descendant ».
« Gratifie Bakam d'un nom (= postérité), d
ddO neVUK BtfMITIQUX
*7- 11) brun pD2
PD3- Môme personnage que %o. — bn^H» causâtîf de
ijjlj = j^è^, t faire un choix ».
c Bau^kan a voué Wadd. »
j^a^ âignifie en arabe «c mouvoir, produire un son », mais
y-^rl n^kiATe qu'en araméen au sens dé t serref^ pétrir ».
« Habçî. »
30. (P. 257.) i'«>j;
« "AIî. t
Ce mot est tracé sur le dessin d'une autruche ; serait-ce lé
nom du propriétaire de cet oiseau?
31. (P. 259») Tracé entre les jambes d*un grand chameau.
ton irob
€ A SaM (?) appartient ce chameau. ))
43. (P. 26Î.) nw rhn,
lûVn |»n« lïTH ,
j^j^ ==5: . ^1, ft femme il. — i5^*^,»i =^>dj'i < f^iï'e agréer».
— TOnX» visiblement un nom divin. — jg^ deU&i t être
fâché, .irrité ». — SdiPU' peiit-êlre pin3' "^"^ obscur,
«... Femme — Agrée Atman Hait ...»
^ÎT2' ^^ signification arabe : c virilité, ftge mûr», ne uie
satisfait guère ; mieux Vaut la nuance araméenne et ' éthio-
pienne dé « pouvoir, puissance ». — ffif) fc=s SLa., t vl* » ;
ô'^i peuiêlfe un nom propre.
c Par le pbuvoir de Wadd est la'viè (OU Hiyftt). »
LSS imGlilPTIONS PROTO-AHABBS 381
*6- don -ja bnsn
Vnsn» évidemment un verbe au causatif. *- L*élément ^no
peut être diversement expliqué.
<K Affermis» d Bak le nom à Makhalêl ! »
C*e8t le nom safaltique transcrit précédemment a tort nV^K*
€ Par Âlihat. >
Déjà bien lu et expliqué par M. Carra de Vaux.
a A Mat*at appartient la chamelle. »
53. n-ias
La première lettre peut âtre aussi un -] ou un y de ^.
t Nabayat(?). d ' /
Au llêU do 2^ on pourrait lire 2*
a Par Dharéb, fils de (?) Halbi (de Halb? de Nabl&b?). y>
plitfn* "^^^ nouveau. — Le ^i étant clair on peut admettre
un adoucissement du ji^ en ^ comme en arabe moderne.
« Hazm et Taéwaq (f) possèdent des autruches (?). j>
M^ répond à ^^j ; notre épigraphe confirme la valeur |-|
supposée pour la lettre fourchue au n"" 20.
t Par Muwabif . •
G. Kharam.
i. (P. 276.) iBi^ . .
IDX» ^^^ d'homme, x^\^ < lidn ».
« Par . . ^ Asad, 9
33S REVUE SÉMITIQUE
3. Au-dessous d*un troupeau d^autruches.
La lecture est peu certaine. — -iVÎ r&PP©"^ Tarainéen
« Ce troupeau (?) est à lui (?). >
c A'Qarib (?) appartient le chameau. »
« A Monhékal (?) fils de Wadd (?). .
Sur un bloc du G. Hélouan.
3. (P. 278.) tMv:^r\
*• nna p
p, pronom démonstratif, aram. p.
€ Gelui*ci est Fidyat (?). »
P. 280. Inscriptions copiées sur l'arrière de El-Hehaggeh,
face à Test.
Entre le premier et le deuxième chameau en partant de
gauche.
< A Aur, fils de War'a (?), appartient ce chameau. »
(( A Am (?) appartient le chameau. >
c A ""Aut appartient le chameau. j>
S. ^nbjnb
<K Par Hagam-dad. »
LES mSGRIPTIONS PR0T0-ARABB8 333
Le premier élément rappelle le dieu Qjp mentionné sur la
sfële de Têmft.
IDn p
< Par Bab, fils de Kawadd (?), fils de Hafk (Hauk?). >
Entre les jambes du deuxième chameau.
c Les deux chameaux (?). >
< Par Yahdab, fils de Uabak. »
n . (P. S81 .) boin ma
« Â Ârz appartient ce chameau. >
A droite de la même :
* S. nbxpD yyfi
€ Par Rabi*, par la déesse. >
<6. n3n--3nnî
lanp
c Hab, le chamelier, fils de Habak. >
pHsch
< Par Munamin. »
c ABarân appartient le chameau. »
< A Hawar appartient le chameai^. >
24. (P. 283 ) a) ,yQî<n
c Celui de Abha (?). >
21
ISI REVUR SiMrriQUB
*) Sojn nyrpS
< A Yathi'at appartient le cha
is ■ D-ivo ton nVx Vi • • • a*(
• Hadh, fils de Wadab ... AUat (?)
se. rono myo ip 'n;
nxi Dn [D
€ Défends, ô *Ad Sa'dat Mi^nat d
ï7. a) ,rib
o'jnis p
> A Waddl, Sl8de(7) Huballim (?)apparl
fl Par Hadad. >
*»• "JnDO I ihh I DriK p
< Sauve Atain Wadd, (Sis) de M
'«■ tDh ta n'?'?
ft Par Léth, fils de Aniin
bojn ipyoaH
€ A Ualaq Abma'qar appartient li
36. (P. î8i.) pTi'i iB>Dp 'rua
« Par la protection de Amtmt (?)
36. Tnbno
3''- oran [3 m p m
f Had, nia da Dab, fili de Hab;
■■S- mj?33 p l<Tlb 'TO
< Protège Tirara(?),fili de K<
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARÀBES 335
39. ^-po pïjy poj{ 1^22
« Paf la protection de Amas 'Alyân de Yhath (?). »
**• »«aD on |Bxa
■ "nha pib
« Muwabin, par la grflce de . . . Sabéen(?>. «
41 . (P. «85.) no MJ3
c Par la protection de Mah . »
**• "jBrp p 6te linn
a Gratifie Alii (?), fils de Yahfak. » "
*^- 3nm;?3i>ni3
< Par la protection de Rabi* et Hathib. *
« Baba et''Amîm(?). >
(( Gratifie Sa'd Atb, fils de Muasim (?). ■
*^- 3b3«3
lointelUgible.
^'^- 31 TliZ
< Par la protection de Wab. »
c A'A^iiat, fils de Zan (?), appartient ce chameau. »
*9- ini3b p rn3
«Badith, filsde...Wad(?). »
abD n:3
< Par Sam'at, fille de Kalim (?). » '
336 RBVUK SâMITIQUB
51.(9.286.) ^jp'xn
« Hà (?}, fils de Nt. »
5«. i^D \^tiD p -wn
c Haar, fils de (?) Sa'yan Ma*ad. s
Inseriptùms de El-A^amiy&t (p. 291-307).
1 . (De g. à dr.) s^}^ "p H'»'»
(De g. à dr.) -fQ-^Q ^y 33-7 -^b ]?nn l^TbiT
2. (De g. à dr.) k» 13ri p D"»}?];
c 'Uqals, fils de Thabid, a construit (?). »
3- xm p m
a Bar, fils de Daba'. >
4. (De g. à dr.) »jbn*Tn bxiSy
< 'ÂbdêletWadbainil. »
5. (Deg.àdr.) -y^y^
« Par 'Abd . »
6. (De g. à dr.) i^p pib
« Par Rabi4, [fils de] Qabi (?). »
7. (P. 292.) iddV
« MasI possède un chameau. »
« Waïl. »
^0. p bb: noiy na
H . (De g. à dr.) Sjb-l p fn
a Que Sa*d protège Sa'dat contre (?) Daurat,
fille de *Ârmat-Nasl (?), fils de Tak, fils de Rumani (?).
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 337
**• nonib by x'jn i^ro mjh
« Protège, ô Sa'd ! Hala' contre ses adversaires (?). »
« Par la protection de Wadd Huqaïwis (?). »
^*- «) ans ''îfnD bj; ixin
Lecture douteuse.
o) urh ^irD liin
« Gratifie, ô Sa'd ! Lahm (?). »
15. (P. 293.) ynab
a Nimiat Harkana (?). »
<7' -innnp: mj bbv y va lyo
Incompréhensible à partir du premier nom.
20- i3Db f'ji:
€ ParGhâlib, fils de Salwadd (?). »
*^ • n3!:i3b
Le nom niVD ®^^ seul reconnaissable.
22. nj^Dm
« Dadka'b. »
23. (De g. à dr.) ty^-)
« Rab°az (?). »
€ Protège 'Ar, fils de Wadd. »
« Par Mulim-Da'ith (?). »
RIVOI SÉMITlttUI ii
338 REVUE SÉMITIQUE
. Malik-Têm à Wadd (?). .
27. (P. 294.)
HW jran D'p nvn vn layn
t Entoure de grâce . . . noire prétresse (?) MaU(}a' (?).
28. D3 bDi njM -ry\
< Wadd et "Ar et tout (l) Bans (?). »
29.
-Iî>B p >:
• Nall, KIs de Ma'ik. >
30.
«)
nn' am yo' nnn:
»)
lin lïna
« Par la grâce de Hawar. »
31.
« ParNalbal. >
32.
«...WaddHalim. .
33.
hni m nin ijî
3i.
c Grâce à Wadd Qaribal (?).
35.
(P. 295.) n333 pïn DD nnvn
36.
nï3DSl
37.
nponi
38.
iD:m
39.
n:Nab
40.
rna
41.
nVTiyibV ■■■ïia
42.
nar Sxi itopX'
LES liSSCRIPTlONS PROTO-ARABES 339
ub^ DbbM p
46. (P. 296.) n^^bxi ItZ^pN^
Probablement le même personnage que 41 ;
c Par Baus de Badathan... >
ja-in mil oa:; ima
49- m^D -IVN i-i2n
DN"i "ni
50.
p «bi rojD
51.
mx p D3
a
• • 1
, fils de Nam. fils de Adad.. . »
52.
np:Ni
53.
54.
(P.
3597
•)
2n33'pD m:
55.
a)
•
a
Par la grâce de 'Ami-lèth. »
< Gratifie, ô Atatn ! Sak. »
S7- pnn
< Haddân. »
340 REVUE SÉMITIQUE
-is"'»n
«... fils de ... fils de Ta'm (?). »
« Manwadd (?). »
04. (P. 298.) DDljrib
3pn ipai p p
« Par Wa'atam, fils de Nun et Faqir (?), [fils de?] Thaqib. »
66. *) ban^DN -I2ND2 -iniviD'?
« l'rotège, ô Sa'd ! Ablalma (?) »
69. .,p3
"0- nom n-iD cnD3
72. (P. 299.) û) i'xpv23nj2
*^ 3im nvVn inas nbN3
On n'y distingue que le nom nvblï-
'^^- p l'pa ••ran
« Protège Bqdh, fils de Rajjwiyat (?). »
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 341
'*• n:-iN3 Ma
4 Par sa protection, par sa permission. •
'5. anny a:
« A . . . appartient la bête de somme. »
76. (De g. à dr.) n^Snps
77.
mifob
78.
Von aaïab
€ A Ben-Ktiamit (î) appartient ce cliameau.
79.
DDbn 32'xnn
'na
80.
noaDis"?
81.
[DnyS
a Par °Othman (ou La°tliaman). u
88.
(P. 300.) nxinno
bîrf' ■
U.
DD nnyn
8,ï.
n»3'?2nD;3?D''7 nnb mbnb
€ .. àlladad... .
86.
obiM
87.
lonxD :ni33 'nn
88.
anDy!5:DbT
89.
nDHD m.b^
a Wadd possède une bête, w
90.
jn 3^3 ÏD3 no
91.
nbjrsxi n':jnni
91
mi nisp
i
IIRVUE SÉMITIQUE
93.
no-iS
9t.
nann my
95.
mspD
96.
mpyjxb
-pyii
■\)ùn p
< Par An-Oqdatf?) et Dad-Nask, fils de Tag'u (?). »
97. (P.
301.) nnbx'j
98.(De6.idr.) l,D;n "j
dxdV
a A Sa'sak appartient le chameau. »
99.
rnD3 'Nx'î
a A. possède une chamelle. •
100.
Tt-ojn nib
pi p
Je considère la filiation comme une addition postérieui-e
« A Bam, (ils de Natan, appartient cette chamelle. »
101.
pa&>
3'n3
102.
2bp p VD'l
« Waïmai.l (»), fils de Qalb. »
103.
iDoiy
loi.
113 p rnob
. Par Sahatl, fils de Kakh (!). »
105. (P
30S.) {deux fois)
Db'iy 2DD p yi'ao
« Sabyaga' {?), fils de Kasab 'Uwaïliui. »
LES INSCRIPTIONS PROTO-AKABES îUS
c Par Bas, fille deGan. »
107. (De g. à dr.) ^î^vb D3nDVi
« Ni'mat-Bam (?) à Samad. >
108. pD2b •
109. jnjb
« Par Natan. »
110. DD ubhb
112. (P. 303.) nrn \mz p d3V
< 'Abbas de Badathan, son ami (?). »
Même personnage que n" 48.
iu. '-lyynjri W t^
Mêmes noms que 42 où figure un 3 avant le p.
116. VmDDjiDNb inDiny non^n
« Ha'âdh-sim (?), serviteur de Kiiw (?)... »
117- -i2yi "ii^y^n
« Ha'ân-Wadd... »
119. (I*. 304.) îjo:n mDiV :rin-n
«... àWakidat appartient le ctiameau. »
a A Lad appartient le chamoau. »
<2<. Tjnn • n:j
m
REVUB SÉMITIQUE
<3i.
A ... appartient le chameau, s
183. a)
-noh
ta.
pmao îXDv ix-o
(P. 307.)
nnà
Près d'un q'ar.
1. (1>. 308.)
2.
3.0)
ijno 'n: 'ran
»)
;bnD
(P. 309.) c)
pmDj
4.
5.
0.
XD Dfi 22ÏÏ bxDs «njn
n'irnn ;d nniff n'53n
nx'Dnb
7.0)
nySVin
nnv p
8.
9. (P. 310.)
aann
10.
H.
12. (P. 311.
'3ny nsDO
« Voyageur (?) 'OlM. .
nïsy arh
13.
cr La
qpnnb nDnsn
jument appartient àfien-Hataf
Qagr près de Teima (p. 327).
xotoaj? • h
. Par Amsama' {?). »
LES INSGBIPTIONS PROTO*ARABBS 343
Tebouk.
1. (P. 347. De g. à dr.) n'-innob
« Par Muhatilat (?). »
2- nx)D"i3V nVnDb nintà
c Par Ahnah Maktalat, *Âbd-Miat. >
Sur un rocher (p. 365).
(Deg.àdr.) ^rlDnbX ''JNl b'^T'h
« Par Ya'lil Waïl de la tribu de.. . »
3. (P. 366.) yon Tojlj
Au qçêr (p. 368).
*• '^ûDbs p yn •
Gbâr el-Ham&m.
2. (P. 372.) Dybiy sbj; nn
3. o) ij^n
*) (De g- à dr.) ^K n3 nblip
« Qathilat, fille de Ab (?), »
4. (Deg.àdr.) noi^DiT p
5. (P, 373.) nra p cjî: p
« A Takd appartient le . . . >
ayai
n.
DjrbDii non niyi
12.
Dbnj mna ••n'?
di6 REVUE SÉMITIQUE
"•jaii roi r^i
1 5. jobtû^i
16.(P.376.Deg.àdr.) nVlDDinna
17. ny3:i
«0. rui'im"'
^JD
Qflrit el-
.•A84r(p. 380-392).
1.
\1»
2.
ybb D3m bbonV
3.
njrnMjvib
4
*iib nn noj^D
5.
noy:
€ Autruche. »
6.
mip
7.
. nno :Dai33
8.
n-iD3n p j^^b
a  Ya* appartient la chamelle. »
9.
■
DDisn
«
A ..., filsdeYawi, appartient la jument. »
10.
e\m
« Par Lab f . »
11.
-ipoi 'bvb nn: -3
12.
msDb 3^12
LFS INSCRIPTIONS PROTO- ARABES
13.
rnii -DD :dd3
1i.
non:
15.
nno Dn:m
16.
rbnbb
17.
b^ma
ce Bana-iiél. »
18.
bD3nv
fnam
20.
Mi2
21.
nnnn '
22.
razb
23.
bn-^iD VnDo M3n
24.
bo-inb pinV
25.
'?D:n DibDD
26.
nmnn nsnv lînn
27.
p:?D DD nnrn
28.
bNim iosvn
29.
m ^2ib
« A Wabi-Wadd pitié. »
El-Rouqqab (p. iOO).
347
« Je suis Lêl, fils de Ghubyân. »
« A Khaiiir (?) appartient le chameau. >
« A Ak (?), fils de Sa^d, appartient l'ânesse. »
348 REVUE SÉMITIQUE
c A Khamél appartient le chameau. »
Sauf ^pn Vk ("'^'" ^^ tribu) tout le reste est douteux ; la
ligne supérieure semble être la suite de la ligne inférieure et
doit se lire de gauche à droite.
26. (P. 40Î.) a''^Ef (ennabatéen)
« Paix. — Par l.afk {?) le Khbite. »
« DeQalban (ou Manqal, Hls de...). »
Etsieb (p. ilO).
«) bh?D
« Muqatil. »
b) (P. 41 \ .) t,n^N
63. i) (P. 424. Deg.àdr.)
inn:n 3vy*'?iD p nvbn
(( Khaiçat, fils de Saul. . »
92. (P. 440.) hmn p D-in
« Hars, fils de Harta (?). »
a) (P. 441 .) I p I DD
D-12
« Sim, fils de Haram. »
*) -1J3N p n^3
€ Balib (?), fils de Abgar (?). »
o) \y\ noin
« Hadhma... Paix. >
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 349
^) VxD • • • D»
mnj I p
e) (P. 443. De g. à dr.) nbs)'?
«Sa'dêl. »
El-Mkattabeh.
a) Sur la paroi est
a) (P. 472.) 5j^-,3i
*) DJNDîo nm
*) VD2 nnj^ nya
*) (P. 473) nopD -m»? Voj
« Un chameau de (pour?) Wadd Marnât (?). »
c  Hadal appartient le chameau. >
< Â Hathal appartient le chameau. »
xûnjb on Kn^n ddx i^b nbxn
« Que Dieu maudisse Alam ...»
»") in:
3fiO REVUE SÉMITIQUE
0) (P. 474 ) ji3 ny&i nii
p) ny''?yssb mi
r) nv!<2î>X3
») DTX ■'ÏP p -lyDN vnn
« Gralilie As«d, fils de Ua'i. . . »
1) iDxn
a Le lion. B
11) bDjn
« Le chameau. »
v) (P. 47.5.) Sojn
nDy:n''7 ■
M Le chameau appartient ît Han°imat. »
1») ':x3i:'W nab
X) ion I m»'?
îVbdÎ3 nnaD nxn
») PDOS
îDn'n p
. Par Miiiiiriin, fils de HalliMinii (?). .
z) (P. 476.) IDbia"?
boï p
« A Barikmou (?), fils de 'Amil, appartient le chameau.
aa) . 7)2"]^ Diyn
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 351
c Par la faveur de ThaHam (?) à Asnftn de Al-Man. »
ce) D I "jyD 1 p ' rhiin
« Le chameau appartient à Mudhkar. »
ee) (P. 477.) -|«inK ID IVÎI ]D milS aDinj^H
/•/•) (P. 478.) D3«o 3jrn lîna
nD3X»
b) Sur la paroi ouest.
« A Ar'at appartient le chameau. »
c) ÎDxn'? •
d) (P. 479.) yg^ îjani DN3 Dy TID
<*) ''?jr p[jr]D iv"n
« ParThab'at. »
« Par Temandad. »
9) pnoS
I^lf-^
»s
REVUE SÉMITIQUE
n::; n:« m:
p"iDjy bna |n"Q
h) (P. 480.)
bnjTD p bob
jrnrrD: k-idh ""nto
n
mpîTob
k)
Nvo by pj;d M3n
l)
bojn -135^ []h îNib
m)
i'hboy vnD2
n) (P. 481 .)
"msn p ynnVb
bojn
« ALahtha'(?),
fils de Dairat, appartient le chameau.
o) n:Dyb
niDH
p) rij?"io3nxN-in2n
î) Dnp n3 bnm
« Waddêl (?), fille de Qabm. »
r) bm p "iDXb
t bD:n
« A Amr, fils de Radal, appartient ce chameau. »
«) (P. 482.) pj^D bn2n .
« Fortifie SaMan ! »
t) (P. 483.) jpnD D21j
n^br bnb
Ruines d'un q^èr.
a) (P. 490.) n^n -ibDb
€ Par le prêtre du temple (?) de 'Aq ..• (?). »
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 353
tf)(Deg.àdr.) 3Dn T1D3
d) (P.491 .) (Deg.àdr.) opia S2nb
« Par Habib Barqas (?). »
G. Abou-Mghêr.
7. (P. 499.) ^^'^''^^^ mniVDb
15. (P. 500.) ^150^ «3^1, opc-in
nnni mi Mjn
(Deg.àdr.?) p ^nto Donv nb
« Que Wadd protège WthtetGImbdal et Mms', femme
(no de Sabmat. . . »
JOriK DNjnjl "IVTî
< Que Wgdg'm gratifie Atman.
16. (P. 501.) -^pj-iT njotî^jb
VxVDIDb
« Par Mausa'el . >
^^' "ion i<^i p bDib
« A Wakil, nis de Waya', appartient le champ (J-?). >
'^^- lin : -jnyix : mi : ato
Tracé clair mais inintelligible.
« A Mair et à Téman. >
I
3S4 RKVUK sAmITIQUB
mD3 yirù
< Par la grflce de Basrat. »
23. (P. 502.) V^n
27. (P. 503.) ny-JI»*?
« Par Muwâdi'at. >
28. 2 Dbn Tin pyo ivin
tnxD ]
a Que Sa'dan et Wadd gratifient Dha-Tis,
fils de Muarriâ (?). »
29. pjTD ivin
30. TTTÎbjr
-IX iVD %"wn ibaan p
« 'Alidh-Wadd(?), fils de Habakilan (?).
Que SaM protège Âr. »
31. (P. 504.)o) TTieb
« Par Majj^war. >
*) dVi >n:3
« Par la protection de Hait. »
32. nT)*»]? pVT
nyo. Tan
c Que Sa*d protège Da'inan.son... '
33. nbna
34. nKID
35. 'pnnS
36. ' »j2N1
37.(P.505.Deg.àdr.) pj^o 313nb
p îbjrb
LES INSCRIPTIONS PROTO- ARABES 355
Rt^a Salâmeh.
1. (P. 512.)
SD'?
2.
•••*'? p
t
Par Sab, fils de L... »
3. (P. 513.)
îovn iv-ini
i.
mil yinv
5.
■s
ion by prD ivhn
DKDb
6. (P. 514.)
' vmob
7.
^îûNinn
VDDDJ
8.
n:tovv p
•
tâ3D^
9.
r
• ^iD]; iTi: onj; nib
10. a)
m-ip 1 -ni • n 1 i^k> a:
*)(l». 618
••)
Dirptoni
^)
bDanaanb
11.
12.
jnin
13.
U.
3DX31D'?
n
{A êuiore,)
J. Halévy.
Nouvelles Considérations sur l'Origine de FAlphabet.
Tous les chercheurs qui s'occupent de répandre quelque jour
sur les questions obscures des origines ont le droit de consi-
dérer leurs hypothèses comme viables aussi longtemps qu'elles
ne sont pas battues en brèche par des hypothèses plus docu-
mentées ou plus conformes à la saine raison. Quand ce cas se
présente, ils ont le devoir de se rallier à la dernière solution,
sans égard à ce qu'ils ont soutenu antérieurement. Lorsque
leur conviction n'est pas complètement gagnée par la nouvelle
argumentation, ils ne peuvent pas non plus se soustraire à l'obli-
gation de faire connaître au public studieux ce quMIs main-
tiennent de leur ancienne opinion et ce qu'ils en laissent tom-
ber en raison du progrès accompli dans la matière par suite
des récentes objections menées en campagne par le ou les con-
tradicteurs. Ce sont des cas normaux ; mais il arrive également
que la nécessité de revenir à l'ancienne question soit dictée
non par la production de nouveaux faits ou arguments inconnus
pendant la naissance de l'ancienne hypothèse, mais d'une con-
damnation en bloc basée sur le sentiment personnel du contra-
dicteur qui ne trouve aucune parité entre les détails du problème
et les détails parallèles de la solution. Quelque dédaigneux
que soit le ton d'un tel rejet, il faut en tenir sérieusement
compte. Ce que l'un dit ne pas voir, les autres peuvent aussi
ne pas l'avoir vu sans sentir le besoin de l'annoncer expressé-
ment. 11 devient indispensable de renforcer par un nouvel
examen le relief de l'ancienne solution afin d'éviter qu'elle ne reste
inaperçue des chercheurs studieux et tombe ainsi dans l'oubli
qu'elle ne mérite peut-être pas. Ce cas se prosente actuelle-
ment au sujet de l'origine de l'alphabet. Le récent mémoire
que M. Lidzbarski a consacré à ce problème (Ephemeris, II,
p. 109-136) expédie de Rougé et moi dos à dos en quelques
lignes. On y lit (p. 128) : a Je ne connais les signes égyptiens
que par des tables d'écriture, mais autant que je puis voir
moi-même comme profane, les dérivations admises des signes
hiératiques et hiéroglyphiques respectivement par de Rougé
l'origine de l'alphabet 357
et Halévy sont très iovraisemblables. Surtout dans les rappro-
chements d'Halévy je ne puis découvrir aucune ressemblance,
«t chez de Rougé les concordances diminuèrent au fur et à
mesure qu'on trouva des formes plus anciennes'. » Si M. Udz-
bartfki avait lu mon étude avec moins de distraction, il se serait
aperçu que ces observations résument simplement deux des
principales objections que j'ai faites au système de M. de Rougé :
le manque de toute similitude entre les lettres phéniciennes et
les formes hiératiques comparées, le choix éclectique de for-
mes sémitiques récentes pour effectuer les rapprochements.
Sans cette distraction il aurait dit avec plus d'exactitude au
moins : « Halévy n'a pas vu que son principal argument con-
tre l'origine hiératique peut être tourné contre l'origine hiéro-
glyphique qui ne fournit pas non plus de formas concordantes.
Hais passons la nuance peu stricte de la remarque et abordons
le fond de la question : L'écriture hiéroglyphique offre-t-^iie
une base solide à. l'explication de l'alphabet phénicien ou bien
doit-on chercher une nouvelle solution?
DIVERSES THÉORIES
On doit à Emmanuel de Rougé les preuves définitives en fa-
veur de la thèse mollement défendue avant lui que l'alphabet
phénicien a sa source dans le système graphique de l'Egypte.
Par une longue série d'exemples empruntés à une masse de
documents de toutes les époques de l'histoire égyptienne, il
a établi le premier les règles presque immuables de la trans-
cription de mots égyptiens en phénicien et de mots phéniciens
en égyptien. On parle couramment aujourd'hui des traits
communs à ces écritures : direction de droite à gauche, acropho-
nie, consonantisme, indication insuffisante des voyelles, etc.,
1. Die àgjrptischen Zeîchen kenne îcti nur .tus Schriritafeln, abor Boviel
kum ich selbst bIb Laie sehen, dass die Ableitungen De Ruugti's und
H»lfivy'B aua hieraliachen, beiw. hieroglyphiachen Zeichen sclir unwahr~
Bcbeinlich sind. In Halévy's Zusammenstellungcn kann icU ùberhaupt
keine lEhnlichkeit licrauarinden, und bei De Rougé wurden die Ueber-
einstiinmungen uni so geringer, je àhero Formen dcr semilischoo Sohrift
man f&nd.
RETÛE SÉMITIQUE
e Bougé qui leur a donné tout le prestige nécessaire
re élevés au rang des faits acquis dans la sdeoce épi*
[ue. On verra tanlât que ces prémisses inréfraKoblet
t toute possibilité de reléguer la constitution de l'atpha-
s le vague d'un contact très superficiel avec les carac-
gyptiens. Sur ce point la lumière a été répandue à
)n et ce n'est pas de la faute de H. de Rougé s'il reste
des savants qui préfèrent les silhouettes aux figures
es et éclairées k plein jour.
la théorie de M. de Rougé laissait voir de graves dé*
ans Tapplication comparative, défauts que j'ai spécia-
ins mon étude de 1872 lue devant l'Académie des
;ions et belles- lettres en présence du grand égyptologue.
Jle cherche tes modèles égyptiens dans récriture hiéra-
ïcriture compliquée, aux contours capricieux et indé-
>le sans une connaissance préliminaire du système hié-
lique.
!lle s'efforce de trouver pour chaque lettre de l'alphabet
le correspondant égypiien, tandis qu'en réalité nombre
ies sont viâiblement dérivés de signes plus primitifs,
nent n de n • D de n ^^ d'un autre élément, -^ de j,
, T de B ou vice versa.
:ile fail des rapprochements dépourvus de toute simili-
latérielle sans même essayer de tracer la méthode em-
dans la transformation des signes originaux.
; troisième observation, surtout dans la partie initiale,
>e même à de simples amateurs ou curieux, et par con-
l, l'hypothèse de H. de Rougé, après avoir attiré Pat-
publique par l'autorité de son auteur comme académi-
, égyptologue, a été mise de côté et pour ainsi dire
de la circulation.
propre hypothèse a été jugée assez vraisemblable par
Wellhausen et Ph. Berger. Elle a au moins l'avantage
implicite. La table suivante contient une liste de signes
yphiques avec leurs dérivés phéniciens, ainsi que les
: éventuels de ces derniers. Les formes de transitioD
ées antérieures à l'inscription de Méda' sont mises entre
l'origine de l'alphabet 359
HIÉHOGLYPHES PHÉNICIEN ARCHAÏQUE
4
f t ) 7 i ( Y,Y?r«) r
Celte table donne lieu au classemenl suivant :
a) 11 signes directement tirés de types hiéroglyphiques; ce
sont : j(, 2» D' "I» D> B'» J' n» p» V H- Toute la série se
compose de consonnes pures sans la moindre valeur syllabique.
6) 1 1 signes produits additionnellement par voie de diffé-
renciation diacritique, notamment :
a) t et 5f de q.
y) jde^.
«) T et ^ <ïej-).
Ç) p de y.
vî) ^ de fi,
e) n et 1 de, n.
360 REVUE SÉMITIQUE
Fail important à noter. Les hiéroglypl
servi eu égyptien même à exprimer les d
Uves r et /, A et g, ( et rf, w et ^ que les
fientées par les lettres analogues i et ^j, •
L'inventeur de l'alphabet a donc conni
méthode employée par les scribes phar
crire les mots étrangers et tout spécialeme:
En ce qui concerne les modifications
hiéroglyphiques en devenant des lettres
gard jeté sur la table ci-dessus Tait recoi
assez précises.
1 . La base Termée du type est rappor
lieu de la lettre : 9 de J, a de s ; d
base disparait.
2. La base linéaire du lilil simplifié en
deux lignes obliques convergeant au soi
vertical, W; le IH, placé debout 2 et
donne également sa petite base linéaire
nettement rondes ou angulaires ne s'ouvr
valions de second degré : b pour /» et X
d'éviterla base fermée, tendance graphiq
méro précédent.
3. Les types doués d'une ligne horizon:
sont mis debout pour prendre une positi
—, a pour 3, ( pour /-«, [" pour • — .
i. On réalise la différenciation des lett
1* En donnant à l'une une forme rondi
anguleuse : O en face de ^.
3* En ajoutant ou en retranchant un tn
face de ^, ^ en face de 9 et de a,,
en face de -w, J en face de 1, , 3. = 1. er
face de H.
1. Les caractères hiéroglyphiques et pliânJc
article nous ont ttë prCtés par l'Imprimerie Na
l'origine de l'alphabet 361
prolongement des lignes Tormant un angle : x.
de A; b (b) en face de -=-. Ce procédé, produit
naturel de l'écriture rapide avec le catam, a souvent lieu Bans
luotif de dirrérenciation ; c'est à ce mouvement qu'est due la
physionomie particulière de l'écriture proprement phénicienne
qui a singulièrement multiplié le nombre des queues ou hastea
descendant au-dessous de la ligne : <t pour a, 4 pour 3, q
pour B.
4* Par voie de composition : X r{- O = 9 ; le son du ^
sémitique se compose en effet des consonnes p ety prononcées
d'une seule émission de voix.
Il suffit de réfléchir quelques instants pour s'apercevoir que
ces divers moyens de dérivation et de différenciation ont été
et sont encore usités dans toutes les écritures du monde.
Pour rester tout près de nous, comparez : r(gr.) = C (lat.),
A = D (formes cambrées), P^ R (addition d'un trait); i et j
(prolongement); Y =^V (abandon d'un trait); A — d=îd (pro-
longement supérieur); c et ç (trait diacritique); c et eh en
français et en anglais, s et sh, t et th en anglais (composition
de deux consonnes, etc., etc.
Il est temps de faire connaître à nos lecteurs l'opinion con-
traire exposée dans VEphemeris; nous ne pouvons mieux faire
que de traduire très fidèlement cet important passage (p. 13i-
135). c Ainsi de quelque côté qu'on examine l'alphabet, on
n'arrive à établir nulle pari un système fixe. D'avance on ne doit
déjà pas s'y attendre. Car on doit imaginer son origine d'une
manière fort peu différente de celle qu'emploie un enfant qui se
met parfois k grouper ensemble une écriture désignes. De lui-
même, sans savoir que l'on peut fixer les sons particuliers par
des signes, il n'y serait jamais venu, et de même ce Sémite de
l'ouest ou Cananéen n'aurait jamais inventé l'alphabet, sans
connaître un des systèmes graphiques antérieurs. G. Rawlin-
soD nomme avec raison les Phéniciens adapters rather than
mventorg. Maintenant quelle écriture a donné l'impulsion &•
ce Phénicien? En soi, ce peut être aussi bien l'écriture méso-
potatnienne que celle de l'Egypte. De la première nous savons
qu'elle a été répandue vers 1 500 sur le territoire des Sémites
8 REVUE SÉMITIQUR
cidentaux. D'autre part, on trouve en Phénicie et en
,l«stine, notamment partout ou l'on aborde tes traces des
léniciens, des objets qui sont couverts de représentations et
signes graphiques égyptiens. On peut même y observer des
;ne8 qui ressemblent aux lettres de l'alpbabet. Gonséquem-
!nt l'idée d'un appui sur l'un ou l'autre système est possible,
lutefois l'alphabet est consonan tique, l'écriture cunéiforme
llabique ; les signes de l'alphabet sont des figures, les signes
néiformes au temps où l'écriture alphabétique a dû prendre
issance étaient connus du scribe ordinaire non comme une
riture à images, mais comme un système de traits linéaires ;
Iphabet est acrophonique, le système cunéiforme ne Test
». L'écriture égyptienne, au contraire est acrophonique et
nsonantiqueetsecompose d'images. Effectivement il ne reste
js aucun choix à faire. Voilà pourquoi je vois dans l'alpha*
t le fait d'un appui sur l'écriture égyptienne, la création
m homme de Gana'an qui avait connaissance de l'écriture
yptienne et quelque chose de son système, mais dont la coq-
issance n'allait pas jusqu'au point d'en pouvoir aussi em-
unter quelques signes spéciaux. S'il eût été pluseiactemeot
Tiiliarisé avec elle, il n'aurait pas inventé de nouveaux signes,
lis il aurait agi à l'égard de l'écriture égyptienne comme a
i le Perse avec l'écriture babylonienne. »
Je ne crois pas que dans une question aussi importante ' on
issB se contenter d'une solution si dépourvue de points de
père et d'abouLissaiils, et qui par surcroît donne lieu à des
ntestations sur presque tous les détails du savant exposé
l'on vient de lire. Suivons pas à pas l'argumentation de
.uteur.
On ne trouve nulle part de système fixe, bien entendu,
un système fixe de dérivation. La proposition serait adéquate
a réalité si l'adjectif « fixe * et l'adverbe nulle part ne lui
aient pas donné une portée excédant les limites que la raisoD
; fait est en droit de tracer. En cas d'emprunt d'une écriture
iginale par un autre peuple, l'identité des types ne peut se
nserver qu'à condition que les deux peuples restent longtemps
I contact l'un avec l'autre. Si les Grecs et les Araméens ont
irdé aux époques primitives l'écriture phénicienne pure, c'est
l'originb de l'alphabet 363 I
qae la Grèce insulaire et continentale foisonnait d'établisse-
ments phéniciens où, pendant des siècles, les étrangers com-
muniquaient journellement avec les indigènes au moyen de
leur écriture. En Asie, Phéniciens et Âraméens vivaient en
étroit voisinage, voire dans les mêmes grands centres bien
avant l'invention de récriture, sans compter la circons-
tance que leurs langues ne différaient entre elles que par de
menus détails qu'on désigne par provincialismes. Les circons-
tances étaient tout autres en ce qui concerne les rapporta
entre les Phéniciens et les Égyptiens. Ceux-ci n'ont jamais
envoyé de colonies ni fondé une seule factorerie commerciale
en Phénicie. Le seul Pharaon qui ait fait des conquêtes dura-
bles en Syrie, Tutmès III, n'y a laissé que quelques garnisons
peu nombreuses qui n'ont pas tardé à se fondre dans la masse
des Sémites. L'élément vraiment civilisateur, la littérature et la
correspondance officielle, était resté comme auparavant foncière-
ment babylonien. Si donc la base de Talphabet est incontestable-
ment d'origine hiéroglyphique, les formes des signes singuliers,
séparées dès leur naissance des modèles dont elles sont issues,
devaient fatalement se modifier sous la main des emprunteurs
improvisés qui cherchaient à se procurer des symboles phoné-
tiques arrangés selon leur goût personnel. L'analogie est la
seule chose qu'on peut demander dans un pareil cas et l'ana«
logie s'y montre en effet à un degré qui dépasse parfois notre
attente. Des ressemblances comme celles de ^ et ^, ^ et t,
uj et W, û et A se passent de commentaire. Nos lettres a, s
(«), 8 et d, réductibles en somme aux majuscules A, Z et D
sont déjà à une distance énormément plus considérable.
Un systènie qui emploie des moyens de différenciation de
cette nature peut en toute conscience, je crois, être qualifié de
fixe% même dans une adjiptation conventionnelle comme Talpha-
bet hiéroglyphico-phénicien. L'expression nulle part ne vise
que les rapprochements avec l'écriture cunéiforme qui donnent
libre carrière à toutes les fantaisies. Ma théorie a précisément
pour elle la fixité et la régularité des transformations admises.
Peut-on demander davantage ?
Après avoir retiré du milieu le système cunéiforme qui n*a rien
à voir avec Talphabet phénicien , il demeure encore hors de
I
n
36i REVUE SÉMITIQUE
doute que Tadaptation sémitique équivaut à une véritable
création. En dehors d'une classe très riche de signes syllabiques,
les scribes égyptiens ont à leur disposition plusieurs signes
particuliers pour chaque consonne et pour chaque voyelle de
leur langue et cependant Tusage qu'ils en ont fait durant les
milliers d'années de leur activité littéraire est le plus médiocre
qu'on puisse imaginer. Passe encore pour les mots de leur propre
idiome où le procédé vague et sténographique peut encore
s'expliquer par la conviction partagée par eux que le lecteur
indigène, après quelques tâtonnements, ne tardera pas à de-
viner la lecture exacte. Pour les mots d'origine étrangère et
tout spécialement pour les noms propres, les transcriptions
égyptiennes présentent des énigmes à tout jamais insolubles.
Bornons-nous à deux exemples : Aménophis III était en relation
amicale avec le roi d'un pays écrit en hiéroglyphes îrs^ et c'est
ainsi qu'on lisait ce nom depuis Ghampollion jusqu'à ladécou-
verte des tablettes babyloniennes d'EI-Amarna qui nous appri-
rent que le nom vrai du dit pays était Alasiya. D'autre part,
le pays des rtn{n)u en Syrie, le but d'innombrables invasions
de la part des Pharaons, est encore de nos jours l'objet des
transcriptions les plus diverses : reten^ ruten^ lotan^ loda--
nun^ etc. Bien rarement les voyelles sont mises à leur place
naturelle et on les voit souvent accumulées sans aucune néces*
site appréciable. L'auteur de l'alphabet a mis fin à toute con-
fusion en ce qui concerne les consonnes : la distinction entre r
et l^welf^telda^ été rigoureusement établie. Les voyelles
hiéroglyphiques ne pouvaient être d'aucun usage dans une
langue comme le phénicien où toute voyelle initiale est précé-
dée d'un esprit doux ou j{. L'absence d'une vocalisation interne
ne constitue pas de grosses difficultés dans cette langue qui n'a
seulement que les trois voyelles fondamentales a, t, u. Quand
la distinction devenait indispensable, l'indication sommaire de
, u par les semi-voyelles i et <) semblait suffisante. Sous l'em**
pire d'un besoin de vocalisation sommaire encore plus pressant
les Grecs ont généralisé l'usage des semi-voyelles afin de pré-
ciser la prononciation vocalique de chaque consonne. Ils poa->
vaient le faire d'autant plus facilement que les sons n ^^ 9
absents de leur langue les invitaient à donner à ces lettres une
l'origine de l'alphabet 365
valeur de voyelles qui en forment Técho, savoir S et o; cela
s^est fait par degrés : dans les plus anciens textes, E» le reflet
de ,-7, marque indifféremment e et ^,et H, copie de n» représente
encore le son guttural qu'il a dansfalphabet phénicien.
Enfin» il faut absolument renoncer à l'idée d'accorder à
l'inventeur phénicien la possibilité même de créer en toute
liberté les signes particuliers qui composent l'alphabet. Fût-il
même doué de l'intelligence d'un Aristote, il aurait piteusement
échoué. H y a pour cela une raison péremptoire. La concep*
tion d'une consonne pure est aussi impossible pour un illettré
que la musique pour un sourd-muet de naissance. En sortant
de l'état pictographique, l'écriture devient nécessairement un
système syllabique en conformité avec les mots audibles de la
langue qui» pour les Phéniciens en particulier, se composent
exclusivement de syllabes tantôt ouvertes où l'élément sonnant,
la voyelle, ne rencontre aucun obstacle : ba^ bi^ buy etc., tan-
tôt fermées, dans lesquelles la voyelle est arrêtée par la subite
opposition des divers organes de la bouche : aby ib, ub, etc.
Un inventeur sémite ne sortira jamais de ce syllabisme et la
conception de la consonne isolée lui restera à tout jamais étran-
gère s'il est laissé à sa propre inspiration. Par contre l'isole-
ment de la consonne s'effectue sans la moindre difficulté par
un inventeur qui parle une langue pareille à Tégyptien, qui fait
souvent usage de mots commençant ou se terminant par deux
éléments aphones consécutifs : spot^ klirUy bartj sepSj etc. Pour
rendre ces sortes de complexes, il sera forcé d'écrire sa-potj
ki-lim^ bo-rotf se-pis^ mais pour se conformer à la prononcia-
tion réelle, il fera aussitôt abstraction des voyelles auxiliaires
a, if et parviendra ainsi à la conception des consonnes s, k^
r, t,Pf s. A la longue il se fait une sorte de sélection au sujet
d'un certain nombre de signes fréquemment usités qui devien-.
nent de vraies consonnes dépouillées de tout écho vocalique.
Cette transformation était depuis longtemps un fait accompli
dans les hiéroglyphes lorsque l'inventeur phénicien leur em-
prunta onze modèles. Mais sans cette matière primaire l'alphabet
n'eût jamais vu le jour.
Relativement aux noms des lettres, il me paraît inutile d'y
chercher un rapport quelconque avec leurs formes respectives :
366 REVUE SÉMITIQUE
aleph ^ 08 rappelle en rien une tète de bœuf S bit ne ressemble
pas à une maison , pas même à une tente; gimel n^est pas
plus un chameau que daleth n'est une porte, etc. Ces noms
sont d'un caractère mnémotechnique répondant à des analogies
d'apparence plus ou moins superficielles. Un fait aussi évident
n'a jamais dû être méconnu.
Ces noms nous intéressent à cause de leur haute antiquité re-
montant à la constitution même de Talphabet. Ici une observation
s'impose. Les Grecs ont reçu ces noms sous la forme originale
phénicienne ; plusieurs ont été altérés par des causes diverses,
mais. une partie des moins entamés comme Tafifix (= rofAX»),
29ra/Pû(=:Tûç), Itxv (pourScv) l'emportenten originalitésur les
formes traditionnelles hébraïques Gimel (Vd^J)> ^oXn^ Rêé
(g^i-j), pjçf dont Pétrangeté est frappante. L^influence ara-
méenne n'est sensible qu'en partie; il y a donc un autre
facteur d'altération encore inconnu. Quant à Tordre des
lettres dans l'alphabet, la tradition des Sémites du nord et des
peuples helléniques en atteste la haute antiquité. Sur ces deux
points les changements introduits par les Arabes et les Éthio-
piens sont attribuables à certains scribes en renom plutdt qu'à
des traditions différentes. Si les modifications éthiopiennes re-
montaient à Tépoque aksumitaine, on pourrait se demander si
elles ne viennent pas des colonies sabéennes qui habitaient
alors dans quelques cantons de TAbyssinie orientale ; mais, à
moins de découvertes épigraphiques extraordinaires^ la lumière
ne sera jamais faite là-dessus.
Retournons à notre sujet particulier. L'inventeur de l'alpha-
bet doit être envisagé comme un personnage haut placé dans
la classe dirigeante de son pays. Chez les Sémites le scribe {^jq ,
tupsar, ^DËD) ^ADÎ^it 6" même temps le bftton du comman*
dément (Juges, v, 1i; Jérémie, li, 87). Un simple particulier,
slirtout un brasseur d'affaires poussé par l'intérêt de son com-*
i. Notre table comparative (p. 359) montre que la forme de Talpha
grec ancien, dont les lignes obliques ne dépassent pas la ligne verticale,
est antérieure à la forme phénicienne, dont les lignes obliques font saOlie
et peuvent rappeler des cornes.
L*0RI6INE DE l' ALPHABET 367
roerce, peut inventer une écriture qui convienne à son goût, mais
il aura d'énormes difficultés pour la propager intégralement
au dehors. Et de plus, chaque emprunteur y apportera nécessai-
rement certaines modifications en fait de forme on d'usage qui,
8*accentuant de plus en plus p^r le passage de main en main, fini-
ront en peu de temps par devenir indéchiffrables pour l'inventeur
lui-même. Pour conserver sa physionomie primitive, récriture
doit émaner d'une autorité incontestée et être propagée par le
pouvoir administratif du pays. Quand le peuple sait que ses
requêtes et ses demandes auprès du gouvernement et de l'ad-
ministration doivent être faites par écrit, il tâchera d'imiter
aussi exactement que possible l'écriture officielle afin d'éviter
toute erreur dans le contenu et tout retard de réponse à
cause de Tillisibilité des pièces. A force d'habitude, le maintien
des anciennes formes devient naturel et, l'instruction scolaire
aidant, il peut durer très longtemps. De nos jours même le
maintien de l'écriture glagolitique en Russie malgré la supé-
riorité de l'écriture latine vient de l'administration civile et re-
ligieuse, et le jour où les gouvernants adopteront l'écriture eu-
ropéenne ordinaire, ils seront suivis par les cent millions de
gouvernés.
Le berceau de l'écriture alphabétique doit donc être placé
dans une métropole phénicienne qui rayonnait à l'époque de
rinvention sur tout le reste du pays. Cette suprématie faisait
dès les temps immémoriaux l'objet d'une rivalité entre Tyr et
Sidon. A défaut de données historiques nous nous abstenons de
faire un choix. Cependant il ne s'ensuit pas encore que l'inven*
teur de l'alphabet fût originaire de l'une ou de l'autre capitale.
On songe involontairement au rôle singulier que la ville de
Byblos semble avoir joué en Phénicie. Selon la légende égyp-
tienne rapportée par Hérodote, les membres déchirés d'Osiris
jetés à la mer par Set ont échoué sur le rivage de Byblos, de
sorte que la déesse Isis, pour ramasser les membres divins, fut
obligée de se rendre dans cette ville. Sur le conseil des prêtres
égyptiens eux-mêmes, le père de l'histoire s'y rendit effective-
ment dans le but d'apprendre exactement la tradition sur ce
mystère. Preuve incontestable que le culte d'isis y florissait
depuis longtemps. A la même époque perse, l'inscription du
• .'^r>"'
>■..■■
».«(
> .<
368
REVUE SÉMITIQUE
roi Yajiawmalik (n^in^) nous révèle le nom sémitique de la
déesse locale, savoir Ba^'alat-Gebal (^33 nb]^3)> « maîtresse
de Gebal y>. Yahawraaiik la prie de loi accorder la santé per*
sonnelle, un règne long et prospère sur le trône de Gebal, la
sympathie des autres dieux, celle de ses sujets et celle des
peuples étrangers. Dans l'état de vassalité où il se trouvait à
regard de la Perse et en raison de la faiblesse matérielle de 1^
ville qui lui défendait toute envie d'expansion politique, ne fût-
ce qu'au détriment des petits états voisins, Yahawmalik de«
mande à la déesse tout ce que son ambition pouvait imaginer
pour son bonheur. Environ mille ans plus haut, au xiy* siècle,
les documents d'EI-Amarna .nous présentent la même déesse,
sous la forme babylonienne BêUt-Gubli, exerçant la souverai-
neté suprême dans la religion locale de Byblos. En écrivant à
Aménophis IV, le gouverneur Rab-Addi de cette ville, Tun des
plus écrivassiers des préfets égyptiens de la Syro-Phénicie,
manque très rarement de placer dans le prologue la bénédic-
tion : < Que la Dame de Byblos accorde la puissance au roi
mon Seigneur ]> (An^Bilit Gtiblitidênagga anasarribéliya).
Dans aucun document d'une autre provenance, on ne trouve
une pareille eulogie au nom de la divinité locale. Le gouver-
neur savait donc que cette déesse jouissait d'un respect parti-
culier dans la vallée du Nil et tout spécialement à la cour du
Pharaon. Un tel respect témoigné de la part du grand roi
égyptien à l'égard de la déesse d'une petite ville étrangère n'est
explicable qu'en admettant que Bêlit-Gubli (=Ba''alat-Gebal)
était considérée par lui comme identique à la grande déesse
de son pays, Isis la myrionyme. On peut, sans courir grand
risque de se tromper, faire remonter cette fusion religieuse
au moment où l'autorité du Pharaon conquérant Tutmès III fut
généralement reconnue en Phénicie. Naturellement cette im-
portante adoption ne s'est pas accomplie sans la coopération
de prêtres plus ou moins compétents appelés à enseigner le
culte d'isis aux Giblites et à l'organiser d*une manière perma*
nente dans les principaux sanctuaires de la cité, en d*autres
mots, sans y établir un groupe de prêtres égyptiens aux frais
de la municipalité. On voit tout de suite comment la connais-
sance des hiéroglyphes devait prendre un essor particulier
L*ORIfîinE DE l'alphabbt 36S
dans les collëges sacerdolaux égypto-phéniciens et commenl
un membre intelligent de cette confrérie, invité par un dynasit
de Tyr ou de Sidon pour confectionner une écriture pratique
pour la langue nationale, a pu y arriver par les moyens les plu:
simples. L'autorité royale de Tinitiateur, jointe à l'autorité sa-
crée de l'inventeur, regardé comme agissant sous l'inspiration
de la grande déesse, a fait tout ce qu'il fallait pour en géné-
raliser l'uaage et aussi pour la préserver pendant longtemps
de toute altération arbitraire. En faveur de Byblos, semble té-
moigner enfin cette circonstance en tout cas remarquable qu(
le mot grec pour a: écorce de papyrus, papier, livre », ^iSXoi
ou plus exactement |3û6>a^, coïncide on ne peut mieux avec l(
nofn de notre ville : Bug>o;. L'écorce de papyrus étant un pro-
duit exclusivement égyptien, elle n'a pu arrivera Byblos qu(
comme un article d'importation. Dans quel but, évidemmen
dans celui de composer des registres et des livres. Ce com-
merce parait y avoir été très florissant, puisque la matière i
écrire chez les Grecs commémore le nom de cette ville phéni-
cienne au lieu de porter le nom égyptien de la plante. E!st-i
passible de voir dans la coïncidence j3û€Xo:-BuSloï un jeu d<
hasard sans portée? J'ai peine à l'admettre. Il est permis d<
chercher l'inventeur de l'écriture phénicienne parmi les ancé
1res des négociants persévérants et habiles qui pendant d
longs siècles, ont fourni aux peuples méditerranéens la matiér
indispensable pour l'usage de l'écriture.
Il serait assez vraisemblable que l'invention de l'alphabe
fût la conséquence immédiate de la sémitisalion du culte d'Isi
à Byblos. Très accueillants en matière religieuse, les Phénicien
étaient avant tout un peuple pratique et l'utilité de possède
une écriture nationale dégagée des complications inhérente
au système hiéroglyphique leur a certainement apparu dès I
première heure. Lors de la domination exclusive de l'inûuenc
babylonienne en Syrie ils n'ont pas ignoré que le dieu Nab
était considéré comme l'inventeur du système cunéiforme
Quand ils apprirent que les Egyptiens assignaient au dieu The
Pinvention des hiéroglyphes ils ne sentaient pas plus de scru
pules contre l'identification de Nabû avec Thot que contre cell
de Ba'alat-Gebal avec Isis. La réconciliation religieuse n'éta
370 RKTCK stfMITIQim
pas plus difficile dans l'an que dans fantre. Mais (^el<m
{vocessus qa'oc imagine pour ce poist de ooimeietioe, un oit
me paraît hors de doute. Les tablettes d*B-AQtaniftsappoaeiit
dêji Peiisteoce de récritore phénicieoae. Ed Totd la preuve.
Tout en rédigeaDt eau écritorebabylootesne tfoi se dirige ootoi-
rement de gaucbe à droite, on troore fréqoemmait dans U
formule : Belit GubL' tîd£ii agga ana sarri bétÏTa (que B.-C
accorde le pouvoir au roi, noa Seigneur), le mot ag-f4 (pQO-
voir), à l'inverse pt-^; évidemment le acribe 4 îocDBar
ciemmeot cédé à son habitude d'écrire de droite k gaucbe qui
e^ la directioo r^lière de t'écritoFe pbéoidenDe. Ou trouve
de même le loot um-kmr, c enoemi >, assez soaveat écritfav-M
dans ta directioD de droite à gauche. Ce fait curieux a été re-
levé par moi depuis les premiers tempâ du décfaif&reoie&t.
L'objectioB que les globes phénideooes de cette eorrespoQdaoce
soDt touj'Mire écrites en cuoéiformes disparaît devant la coosta-
talioD que les gkees ég^ptieiioeâ ne sont pas non plus rétfigées
en écriture ogyptienne. Il deaieure donc établi que l'inveotioD
de Talphabel pbénicieu est coatemporaÎDe des conquêtes de
Tutmés III en Syrie.
4. HiOTY.
NOTES ET MELANGES
On Mût dans l'inscription de HéSA.
On eaii que l'inscription do Mésa a été bnuTée h DaybBii «t
qiM celui qui l's fait ériger se nomme Xâsa, le Dibonite. GoU'
ment se fait-il que ce mâme Mésa dise, à la ligna 3 : vyff*)
nrnî53 Itnxh rWÏ riDari' ■ j'"* '"' ^ haut lieu à Kamoach
dans Qor|)a »? Le mot j^^f\ désigne forcément l'endroit où lA
stèle était placée, dono à Qor^ai d'aprbs rindcription, mais,
d'après la réalité, h Dibon, où était sa place naturelle. Le roi
Mésa s'est-il trompé ou bien la pierre a-t-elle été justement
transportée \h. oii elle devait être? Je n'ai pas lu tout ce qui a
été écrit sur Mésa, mais, à ma connaissance, personne n'a
relevé cette difficulté.
Pour la résoudre, j'ai été au Louvre, et j'ai examiné pen-
dant deux heare§ la pierre et l'estampage. Bien qu'aucun de
ceux qui ont ta l'inscription n'ait émis te moindre doute sur le
mot rn^ips, j'ai constaté qu'aucune lettre de ce mot n'était
abeolument certaine. Cependant la lecture -ip;^ pour léa iroiti
premières lettres et -| pour la dernière est encore la plus pro-
bat^e. Maie la quatrième lettre n'est sûrement pas un n> Nous
y voyons plirtOt un ^, pareil à celui qui se trouve dans ptlC'M
à la ligne 23. On doit donc lire, au moins provisoirement,
•IM'ipb' * ^ l'appelant >, et la suite est, selon toute appa-
rence, j^> . rll^i. " Ifi haut lieu du secours t. De la sorte
ou n'est plus obligé de faire voyager la stèle de Mésa le Dibo-
nite entre Oor^a et Dibon. Le mot nnip se renconlre, d'ail-
leurs, dans rinseription, aux lignes 21 , 24, 25, ob la lecture
ne prête à ancun doute. C'est ce qui a dû amener l'erreur du
premier qui a tu l'inscription et de ceux qui l'ont suivi.
Mater LAMBBRt.
372 REVUE SÉMITIQUE
Note de la Rédaction.
Nous n'avons pas caché à notre savant collaborateur la
grave difficulté qui s'oppose à la forme nKnp> * ^^ l'appe-
lant », qui ne saurait se rapporter à la première personne,
en c l'appelant, moi ]», mais seulement à la troisième personne ;
riNlpa '^'^st pas possible : il faudrait -|nj( ^Xlp3- ^ ^ ^^
JfVb nites ^'^^^ P^ "^^ P'*^® conforme à l'orthographe de
notre texte. Cependant le fait que le n ^^ nnipm ^^ entiè*
rement invisible sur la pierre, me donne à penser que la lec-
ture primitive était peut-être n3Tp3» • *^ milieu d*elleji>,
c'est-à-dire de Dibon même, ville où la stèle fut précisément
découverte. Sur le reste, voyez mon commentaire plus haut.
J.H.
BIBLIOGRAPHIE
s. Karppe, Étujie sur les origines et la nature du Zohar, précédée
d'une étude sur l'histoire de la Kabbale, Paris, 1901.
Les investigations relatives au mysticisme n*entrent pas dans le
cadre de cette revue. J'annonce néanmoins Tétude précédente
comme le premier travail d*ensemble écrit sur ce sujet ardu, fruit
de plusieurs époques de décadence subies par Tesprlt juif après
diverses catastrophes nationales qui ont troublé la raison d'une
partie de ses docteurs. Dans ces milieux névrosés, les descriptions
si transparentes de la création (Genèse, i) et du char divin (Ézé*
chiel, I) sont devenues deux sources mystiques intarissables et ont
été entourées d'une superstitieuse vénération. Le savant auteur ex-
pose méthodiquement l'histoire de ces aberrations cpsmogoniques
(ma'^asê Berêsît) et théosophiques {ma'^asê merkaba), tenues long-
temps secrètes et rédigées successivement avec tous les change-
ments temporels^ après la destruction de Jérusalem, à travers
l'époque talmudique, jusqu'à l'apparition du Zohar au ziil* siècle de
l'ère vulgaire. Nous le félicitons d'avoir réussi à mettre quelque
ordre dans ce chaos grossier et inextricable. Mais quand, entraîné
par son sujet, il écrit : « On est à peu près d'accord aujourd'hui
qu'Ëzéchiel est beaucoup plus près de l'époque persane que la tra-
BIBLIOGRAPHIE 373
dition ne le veut faire croire » (p. 26, note), il n*est pas au courant
des nouvelles recherches. Jamais l'ancienne mythologie perse n'a
connu quelque chose d'analogue à la création de la Genèse ou
au char d'Ézéchiel. Du reste, M. Karppe se contredit aussitôt, car
si, selon lui, Ezéchiel cite le Daniel que nous connaissons, il est
nécessairement de l'époque machabéenne. Le silence do Jérémie
sur le compte d'Ézéchiel ne comporte aucune conséquence : ce
prophète ne garde-t-il pas le même silence sur Isaîe, Osée et Amos?
S'étonner aujourd'hui de la teinte araméenne de quelques locutions
d'Ézéchiel, c'est oublier le fait avéré que l'araméen formait la lan-
gue administrative pendant toute la domination assyro-babylo-
nienne en Syrie. Mais le point le plus curieux, c'est d'attribuer au
Talmud un sentiment chronologique relativement à l'origine tar-
dive d'Ézéchiel. Le passage cité met Ezéchiel dans le même sac que
les douze prophètes, Daniel et Esther, comme ayant été écrits par
les hommes de la Grande Synagogue, tandis qu'il fait écrire les
livres d'Isaîe, les Proverbes et l'Ecclésiaste par Ézéchias et ses col-
lègues; quelle valeur peut-on assigner à une pareille affirmation?
Enfin, en faisant remarquer que le Chroniqueur dit que les chéru-
bins de l'arche sont une copie de la Mercabah (I Chron., xxviii, 18
et 19), il fallait conclure que les chapitres du Pentateuque concer-
nant la construction du tabernacle mosaïque ont été rédigés long-
temps après la Grande Synagogue. La logique doit être consé-
quente, et, si elle conduit à l'absurdité, elle a précisément le mérite
de faire réfléchir et de faire sortir du cercle vicieux celui qui s'y
est engagé par suite d'une fausse prémisse.
C. H. Cornill, Die metrischen Stûcke des Bûches Jeremia
reconstituiert, Leipzig, J. C. Hinrich'sche Buchlandlung, 1901.
Le défaut d'espace m'oblige à faire une simple mention de cette
tentative méritoire et, en réservant la question métrique à une
autre occasion, je me bornerai à soumettre au savant auteur une
partie des corrections que j'ai notées en lisant au hasard son texte.
it i^ : nQSn ^^^ correct (cf. talm. niU)» " débuter, commencer »);
n7l ne peut pas être le sujet du verbe nSU- — H, 11. Maintenir
VtHh tia* — "^7 lîr® W ^^ li^u de Dj|. — 29. Conserver le pluriel
^i^n à cause du suffixe pi. de onVUTS DdSs* — 33 6. Lire riSça wV
• * T I** T
na?PnK TfVoS niyin ; l'expression 'ryy HQQ est impossible. — 34 b
2. Lire : nSW3 ITfey ^D- — 37 b. Conserver TtniaaDîl ®* lire ona au
lieu de onS ou. oSon!)- — m> *• La leçon massorétique est incon-
testable. Si le sujet de iw ^^^i^ ^^ femme, Jérémie aurait parlé de
^7^ HHVUV $^f ttj^E
V§.4ultèrç et apn,<iu divoijoo (nSv^)- U'ggi^çiji^s, le v^bjB ^g% ^^ &>p-
l^liqu^ j^gEnajâ à i^io^e ^enwâ coupable. -^ 19. Ljj^e : tm sm, Uou de*M|.
— IX, fr. HinM llSo'^^ présente aucune id<îe imaginable; il faut con-
server la leçon massorétique. — XI V, 3. d^jvj est préjér^ble à Qitj.
"^ ^ nnfr M]ia:^6^t un remplissage superflu. — 15. S^'il bUL^t q^uelque
clios» a^i;ôs);^Ms^ j'aupaM mis |;uaSn; maiA aimM ym dépasse mon
imagination. — LI, 33. Li«ie ; «ytS Tl3rl'«rtV>Dn n» ]»» Sxk m
nS ^>3pn ro nua"!* — ?^- Rejet arbitraire du mot ijonn ^*^* com-
plète I4 description, résd.iatj^ de 1^ m,ai^(lu<;^tlon e% 4q ^^ digestion,
-r- 53*. Ljce ]^i);;|a^u liei4 d^^ ttfc^ «l*%joul^ V^^ ^^ x^cfet vix« 13,
qui donj^p tant de taMatuce aux ^atégétea œodaraea, doit ae lise-^on
Dl II W Dil^ 1^9 **• rw in^ : t Je détruirai leur récolte (?), dit Yabwé,
1^. vigQ.e ne dpaa^era 9^ de r^sin« le QgiyQr ne dpanera. pa^ d^
figuesi (leurs) feuillues ^Q fanergmb qIî. le teii 4'^loliini le^ cqq^u^.
mers^ ».
Je félicijte l'auteur de ce que s^ tentiatiye si, Htilp aux bébr.aîaaotB
sérieux n'est pas enjtrée dans l'encan de 1% Qil)le arc-elT-ciel
(BegenbogmtiiM) oii Ij^s fi^Ataisies l^s ^]up plftisant^essonl; offei^t^s
çpipmQ 1^8. derniers résultats 4e l^. science, L^a, iQar.ch^i)da du
temple dçs temp^ iQo4,Qrnes nq trouyeroQt-i)^ dpnc ps^s un Jésus
fl^gella^eHr?
Fr, Thureau-Dangin. L'ordre des signes dans S b (extrait).
— Le même, Le songe de Goudéa (extrait), 1901.
Lps scrii))^8 %^ayr<^rbabyloniei>6 4evaieqt ^voir un.09itoin,i^at(àiDe
pour le groupement des signes de leur syllabaire. Grâce à ses rares
ei^périe^ce.s paléograghiques d^s cunéiformes, M. Thureau-Oangin
réussit ^ apporter quplque lumière daf^s ce 4P°)^ine obscur** Qon
second travail offre pour, la première fois la traduction, d'u,n long
passage d\\ grs^nd cylindre, qui renferme le r.écit 4m. songe dans
lequel le roi Goudéa {^ Na)}où] reçoit ^u dieu Ipcal l'ordre de lui
construire un temple. C'est une importante contribution à Tinter-
prétation des anciens documents de la Babylonie.
D. H. Millier und E. Sellin, Die hebraische Mosaihinschrifl
von Kafr Kenna mit einer Tafel. Wlen, 1901.
L'inscription hébraïque en cause se trouye sun unexDosaîquo
décoi^y^rtç il y a. quelques mois ùKafr Iv^ufta, en Galilée, enJai^nk
BIBLlOaRAPHIR 375
la réparation de la chapelle de Tordre des f'ranoiscains. Le fond est
en pierrea mosaïques jaunes blanchâtres, les lettrés, les sâpara-
tèurs deâ colonnes et quelques traits ornementafi'es Corisisteiit en
pefHs cairrâsnot/a. be'S Ci^of*' c'oTôAnes qiié contenait l'inscription
ceRe de drtTte étrfî* èMfè'rement détruite, sur la colonne de gau-
che il ne restait que onze lettres, celle (ht milieu est restée pres-
<|ue latsote.
Les dKVARtf éditeurs lisent oomRie il ^uit :
■»a iTOi» 3dS Tsn
>ï53i rfbiS 13 Din:n
nHao mon lajn
un 3K3 (ta Vnn
pu . . .
Gedaoht (aei) zum Guten José, Sohn
des Tantium, Sohnes des Bô;a, und seine Kinder
weloher gemacht hat die Mosaik-Tafeln.
Br begann am ersten ira [Monat> Ab, vollen[dete]
. . . Amen.
Lr lecture de l'avan^dernlère ligne me paiiaît devôlf être mbdl-
Rée. Les éditeurs «marquent euï-mèirie la difflMIté d'assigner à
ijtDn '^ B^"^ ^^ SffQW' ■ il a commencé o, et à'jit^ iJù éelùi de a au
premier (jour) du mois de Ab ■ ; pn serait peut-être pour a7m< ■ "
a' achevé >. Ilâ regardent cette traduction' cbmme uniquement
provisoire.
En raison de la presque confusion des lettres n, ^i fi Bur la pho-
tographie annexée, je transcris la quatrième rv^HO nnSvm ^' j^
traduis l'ensemble :
Soit mentionné pour le bien, José fils de
Tanbûm, fils de Buta; ainsi que ses enfants.
qui a fait une table mosaïque.
Louange à Uleu I
[Amen et?) Amen.
T3TT, négligence pour ygn. — ,to1i, forme populaire palestinienne
et 8pé<îialementgaliléenne pour le classique tpi». Un rabbin nommé
« José, &!s de TatIbAm a (oirun'T? n"Q nDl>)- «^ mentionné dans le
Talifltid dé JërVisalem (Sab. 5), toutefois soii pare ne s'appelait pai° ,is^3
-^.
376 REVUE SÉMITIQUE
sinon ^nry (M. S.) — nt3tl> ^^^^ 1^ Talmud moti» nom fréquent. —
Au lieu de Viiai la photographie semble offrir la forme hébraïque
yiXX\' — nSM mon — tesserœ tabulse ; le premier mot se rencontre
ici pour la première fois. — nnSna nnS>nn ®8t construit d'après
inSnn "p (Psaumes, nxi, 6); le n final de nnSvin pourrait aussi être
le suffixe de la 3* personne.
Kafr Qennâ, notre inscription Tatteste, était encore peuplé de
Juifs au IV* ou au y* siècle de Tère vulgaire, mais était-il le vrai
Canâ de Galilée où Jean (ii, 11) place le miracle du changement
de l'eau en vin par le Christ débutant invité à la noce, il faut atten«
dre d'autres découvertes épigraphiques pour se prononcer. La tra-
dition chrétienne locale place cette scène à Çannâ-el-Galil ou Khir-
bet Qannà, à deux heures et demie de Nazareth. Les savants auteurs
rappellent que, d'après les données qui viennent du temps des croi-
sades, le dit Archiclinium, le lieu de la noce, était voisin d'une
synagogue; ce rapport serait confirmé par notre mosaïque qui ornait
sans doute le sol d'une synagogue.
Par la publication et l'interprétation de ce petit monument,
MM. Millier et Sellin oht fait une intéressante contribution à ce
genre d'épigraphes juives de Palestine inauguré par Renan. Nos
remerciements aux savants auteurs.
Hubert Grimme, Théorie der ursemitischen labialisierten Gut-
turale. Ein Beitrag zur Verstllndigung iiber den Degriff Ursemi-
tisch (D. M. G. 1901, p. 407-486).
Notre bibliographie ne rend habituellement compte que des
travaux qui me sont envoyés par les auteurs; je déroge cette fois à
l'ordinaire en faveur d'une étude qui sort courageusement de l'or-
dinaire. Jusqu'à présent on regarde l'arabe comme ayant conservé
les formes les plus proches de l'idiome sémitique primitif et l'on
déclare tous les phénomènes qui n'y coïncident pas comme une
déviation ou une altération postérieure. M. Grimme émet une thèse
entièrement nouvelle. Il estime que ce sont les langues sémitiques
de l'Afrique : l'éthiopien, le tigré, le tigrigna, voire quelques-unes
des langues kouschites comme le nuba, le bedja, l'agau, etc., qui
ont conservé le plus de traits primitifs, et les prend par conséquent
pour le point de départ au moyen duquel on peut arriver avec plus
de certitude à la restitution des formes primordiales, sinon de la
langue entière, au moins d'un grand nombre de mots particuliers.
Contrairement à la rigidité consonantique dont on fait le trait
essentiel de ces langues, l'étude de M. Grimme cherche à prouver
un état de fusion et de malléabilité extraordinaire dont elles seraient
BIBLlOGRÀPHie 377
le dernier résultat dans chaque idiome singulier de la famille. Parmi
les consonnes il s'attache pour le moment aux gutturales g, gh,
h. hh^ g\ g'h, ç, qh, notamment aux gutturales labialisées, c'est-à-
dire reliées avec u surtout dans les idiomes sémito-africains : gu,
gnh, ftu,/tu/i, gli. g'viti, qn, qnh. Dans les langues cis-érythréennes,
les indices de l'ancienne labialisation sont les suivants: 1. les sons
inconstants w, au et û; 2.6 inconstant; 3. le son o qui ne dérive pas
de au.û ou â; 4. des phénomènes vocaliques non organiques; 5. échange
entre voyelles antérieures et postérieures, particulièrement dans
la syllabe radicale; 6. palatalisation des gutturales; 7. remplace-
ment de l'arabe dj^ k, q par g; 8. réduplication sans raison formale
apparente ; 9. Jk assyro-babylonien qui ne répond pas au hh arabe;
10. r et 1 parasites après les gutturales; il. causes diverses (Ein*
zelnes). Ces phénomènes n'ont d'ailleurs de force probante qu'au
cas où plusieurs d'entre eux se manifestent dans la même racine;
l'auteur le fait remarquer lui-même. L'examen minutieux do ces
il cas, illustrés par les permutations produites dans les idiomes
singuliers, constitue la première partie de cette étude originale;
la seconde est consacrée à l'examen de l'influence exercée par les
gutturales labialisées sémito-africaines énumérées ci-dessus. On
voit facitoment de quelles précautions il faut s'entourer pour arri-
ver à un résultat vraiment scientifique. Rendons justice au savant
auteur qui se montre partout à la hauteur de sa tâche. La question
est seulement de savoir si un pareil but peut réellement être atteint
par les moyens linguistiques dont nous disposons à l'heure actuelle.
Les faits déjà acquis par la philologie comparative des langues
aryennes favorisent évidemment une semblable perspective pour
les langues sémitiques. Les sémitisants conservateurs, comme il est
à prévoir r concentreront tout d'abord leur opposition sur la base
principale de la théorie : l'originalité des formes labialisées en face
de celles qui ne le sont pas. Les six exemples tirés de l'éthiopien ne
convaincront guère lès contradicteurs. Ainsi : le t de takala, < plan-
ter, fixer » est primitif (cf. «iprr, < percer, enfoncer »), tandis que ce-
lui de tahulâ, « loup, chacal » vient d'un th aspiré = ^ héb. dans
^f^ygft « carnassier dévorant les jeunes animaux ». La différence
entre sakaya, c accuser, dire du mal » et sa^uaya, « blesser » est
une simple nuance que l'on constate aussi dans la racine ragama qui
signifie « maudire • en éthiopien et c blesser à coups de pierres » en
hébreu et en arabe. Guada^a, a manquer », vient aussi naturelle-
ment de gadala, t lutter, se serrer » que -^yp, a être court », de
qafara (éth. ass.), c serrer, presser ». Les trois autres parallèles
diffèrent de sens à cause de leurs racines constitutives : gadgad,
« mur », de ,-pfj^ < bord, terrain rehaussé », anguadguada, « tonner »,
de*nâl(aram«) « frapper »; kallala, « entourer, achever » (cf. aram*
378 RBVOt: SÉMItYQtE
^^JSW^y donne en dehors de kuel (héb. ^^h * tetaftfé, (otff * , fe taoi %2.
«eequi entoure la tête, couronne», et de là /ic)/â(a,« entourer la tête,
couronner » et anqualaîa, « avoir le mal des hauteurs, être pris de
vertige ». D'autre part, maklit, « talent » et huelîi, « rein » vien-
nent de Y^3, < mesurer^ pondérer ». Cf. la métaphore : c mes reins
m'ont corrigé »^ Psaumes, xvi, 7 et le dire talmiK[i<|ue : jffin^ Ttt^
€ les peins appovteAt conseil ». Daae toutes ces Gomparatraons, h
labialisation n'a^ovte qu'une nuance sémaatiqite à la racine ordi-
naire et ne saurait en être séj^pée, lors même que ce moj^en de déri-
vation fût très ancien et )»die plus général qu'à la pépi<^e Mstorique.
Jepouprais multiplier considérablement le nombre de ces paipproche-
ments selon moi pei» solides > en voiei cependant qiie)quee s^éotmens
de la seconda partieavee les racines primordiales auxquelles ils sont
ramenés : aes, lia]^p«t, = igpn; • couvrir » ramené au pvoto-sémî*-
tiquei^/t-g-fpnpassùnilatioQ, ai^. hagafatUy ét9i. iagsfa, «rboucHer»
("VTr^ 3p?T> D31l)» ^^' ^^> b^^- Mé l'amené à p.-sém. A-AC-zft par
asetmtiktion à Tar. qahizay « sauter »; ass. «t/i/u, «épine », du pr.-
8ém\ 9h^v^'k à cause de Sôk; éth. maguezit\ « nourrice », pr.-sém.
maguhrit et héb.-aram. mâzôn, fnazôna, « nourriture », dont la
racine est zûn. Arré'tons-nous. Des détails contestables s'attaclîent
{ttévitablementà^tbute doctrine nouvelle ; le pk*ogrôs les éliminera
phi» tïtrd' si elle est viable. DUns tous les ca^, la science y trouvera
son profit; Iridiée que le H assyrien doit être séparé du hh Air arabe
a toujours été soufenue par mofcontVetôUté l^iécole assyrlologique.
^lùons donc Ibs nouveaux principes de sémitologie comparée que
Iff. Grimme inaugure avec une compétence incontestable ef aiten-
dbns que le triage matériel et le développenient înt<?rîeur trans-
fbrment, en temps utile, Ib précieux embryon en un organisme
solide* et vivanjf.
Dr.. Bd. Glaeer. Jehcwa-Jovis und^ die drKft Sôhne Noah'^. Bia
Beitna^ zur vergleicheaden Gëtterlehre; Herrmann* Lukaschitz,
Miinohen» 1901.
C'est encore une étude préhistorique, mais dé préhistoire reli-
gieuse. La spéculation abstraite a ici libre carrière, puisqu'elle ne
peut tabler que sur des noms propres^ apparaissant aux âges litté-
raires souvent très tardifs. Si cette base est déjà assez vacillante
lorsqu'il s'agit de remonter à l'origine religieuse de peuples formant
une seule race linguistique, le sol se dérobe eritièrement sons les
pas du chercheur quand il s'ingénie à pénétrer au delà en scrutant
le sentiment religieux de races non* apparentées* ail' point de rué
linguistique et parle seul moyen d-un petit nombre de noftfsfytlns
BIMlOGRAPStl 979
légèr^W^al fts$oaaut8, mais ^ui s'exphqueat d*»n» manière satis-
faivattW par lesidiome«des races auxquelles ils appartiennent. Pen-
dant des siècles on admettait que toutes les langues du monde
dérivaient de l'hébreu par voie d'altération et Ton envisageait le
paganisme comme une corruption du monothéisme. Par suite de la
découverte de la littérature indienne et surtout du cycle védique avec
sa mythologie touffue, une réaction 8*est faite, tout aussi absurde et
aussi aveugle que la tradition ecclésiastique. Le monothéisme de-
vint le trait caractéristique de la race sémitique baptisée race infé-
rieure par l'église pan-aryaniste. Mais le hasard n'a pas tardé &
battre en brèche cette jolie théorie par la découverte de l'immense
littérature a^syro-l^abyloolemie qui atteste Vexistaiiio* millénaire
d'une riche mythologie sémitique bien avant la natesance* du mooo-^
théismuo en Palestioe. Oa- ^ acquis de plu» la oertitvde que la my-
thologie aryenne d'Asie et Ta mythologie greeqiiie elle-même ont
reçu de nombreux éléments de celle de la Babylienie par Iflntermé-
diai|}e des Apam4eQs û»xï» l'est, des Phéniciens dans l'ouest. Il a
été établi d'autre part qu'avant la domination perse aucun rapport
tant soit-il intime n'a jamais existé entre la B8byloiii«> et l'Iran.
Tels $ont les faits historiq^j/es qui- ont été documentés par 1&» litté-
ralu#*e ounéiform.e. Enfin des sanacritisant^knèsoompétentsdéolarent
fraoobement que le Véda ne représente que les idées. veHgteuses
de la oaste des Siiabmanee et ne saurait même- srnïvin ^ la veoonsti-
tution de la religion i)ido*européenna. Il me panait dono* inoonce*
\4bUi ccuament on peuii affirmar sérieusement aujouodlbui que le
nom du dieu d'Israël, Jéhowa ou Yahwj& a ét4emppuAtéb au sansopil
DyauSs • oiel divinisé i», d*oii b gn^o Zwt^ M^, et le latin. Jupiter. Il
y a même un comble,: \fi sémitisme prend sa. revanche en.rQVjendir
quant pour lui le second composant jsifer, qui viendrait de IQSU.^^ ou-
vrir, créer ». Avec un peu de bonne volonté, on y fera entrer le dieu
suprême finnois Juma( fa) en. admettant la forme primitive juva, qui
ooinoide eooofe plus.oomplàtement avec le Joh, Yahwâ des Hëbreux.
En comparaison de cette course vei>tigineuse du. JU)urdain.auK borda
de l'Indus, les hypothèses émises sur les trois fils de Noé paraîtront
anodines. Noé est Ouranos-; Sem, Okéanos; Ham, la lune avec
l'armée dea étoiles; Yaphet, lapetos, le védique Prajâpati (!). Axi
point de vue proprement sémitique >Brt<9:07, dieuide*lailune^ repré*
sente les Sémites en gros appelés par les Egyptiens ""Amu; Sem,
c ciel », l'égyptien êemmu désigne les Sémites de Palestine, etc.
Si le^ savant auteur préférait employer sa verve et son talent
d'écrivain en faveur d'études moins abstruses^ s'il voulait! seule-
ment publier une partie minime du précieux trésor épigraphique
qu'il a reoueilli pendant ses voyages, il serait assuré de la^ recon-
naissance unanime du monde savant. Maintenant ses meilleurs
amianlontique la. ressource d^assister* impuissants à la réédition de
380 REVUS SÉMITIQUE
la plainte prophétique : c Ils m'ont abandonné, moi qui suis une
source d*eau vive, pour se tailler des puits fêlés qui sont incapables
de contenir de l'eau. » (Jérémie, ii, 13.)
J. Barth, Beitrâge zur Suffixlehre des Nordsemitischen (The Ame-
rican Journal of Semitic Languages^and Literatures. Vol. XVIF,
Number 4, July 1901). — John Haphins Semitic Papers (Extrait
du Journal of the American Oriental Society. Vol. XXII, First
Half, 1901).
L'arabe rattache les suffixes personnels sans nul changement aux
indices des cas dans les noms et à la dernière consonne dans le
jussif des verbes, l'éthiopien laisse souvent apparaître une voyelle
de liaison, mais sauf l'apocope du h de la 3* personne, maintient
intacte la forme des suffixes. L'hébreu et l'araméen varient au
contraire les formes suffixales de diverses manières. M. J. Barth
avec la science solide qui le distingue répand un jour nouveau sur
ces intéressants problèmes linguistiques peu fouillés par les gram-
mairiens. Il faut lire attentivement les lumineuses explications que
le pénétrant philologue donne de chaque détail. Nous ne pou-
vons les exposer ici, mais en principe il y a l'action réciproque
tantôt des suffixes féminins sur les suffixes masculins, tantôt celle
des désinences du pluriel sur le singulier. Un exemple instructif
de ce genre est fourni par les formes talmudiques >hVB9» * ™^°
âme, ma personne », injDi * ^^ nioi » , etc. Dans ce cas, il faut y voir,
si je ne me trompe, un effort de la langue pour remédier à la suppres-
sion de la prononciation de l'ancien suffixe de la première personne
du singulier, i. Les autres suffixes suivent par attraction analo-
gique. L'é de liaison de l'imparfait ^yfO Qj i est dû à l'influence de
verbes à la 3* radicale faible comme ijm'i^> ^^WV^- Enfin, le suffixe
objectif syriaque i^i (-StSCâ) ®st identifié avec le pronom targumi-
que mift, c lui, il », %ni|t (rarement hMH)t ^ ^^^^ ». On le voit, la
courte étude de M. Barth en vaut des longues et les sémitisants
feront bien d'en prendre dûment connaissance.
The Jewish Enc\jclopedia. A descriptive Record of the History,
Religion, Literature, and Customs of the Jewish people from the
earliest times to the présent day. Prepared by more than four
hundred Scholars and Specialists, under the Direction of MM. Cy-
rus Adler, Gothard Deutsch, Louis Ginzberg, Richard Gottheil,
Joseph Jacobs, Marcus Jastrow, Morris Jastrow, Kaufmann, Kob^
r
BIBLI06RAPHIB 381
1er, Frederick de Sola Mendes, Isidore Singer, Crawford H. Tay,
Isaac K. Funk, Ghairman of the Board, Frank Vizetelly, Secre-
tary of the Board, Isidore Singer, Projector and Managing Editor,
«ssisted by American and Foreign Boards of consulting Editors.
Complète in twelve Volumes, embellished with more than two
thousand illustrations. New- York and London. Funk und Wa-
gnalis Company, mdcccci.
LUdée de cette entreprise immense est due à la sauvage recru-
descence de l'antisémitisme depuis plus de vingt ans dans presque
tous les pays de TEurope. Les libres penseurs de T Allemagne, tout
en rejetant les dogmes de TÉglise, ont conservé intacte son antipa-
thie pour les Juifs. La crainte d*ôtre accusés de Judaîsation les a
poussés, ainsi que les autres réformateurs avant eux, à en augmen-
ter la dose jusqu'à des limites extrêmes. Au lieu de motifs religieux
on a créé des motifs de race : Aryens et Sémites sont deux combi-
naisons différentes dont la seconde est inférieure à la première. Renan
a eu la malheureuse inspiration d'introduire cette fausse doctrine dans
notre France, si foncièrement égalitaire et elle y a fait revivre tous
les préjugés du moyen âge contre l'infime minorité monothéiste.
Le fléau ayant pris les proportions d'une sauvagerie de fauves, par
suite d'accusations issues de l'ignorance de la vraie nature du
judaïsme, le besoin s'est fait jour dans le milieu juif d'en faciliter
la connaissance aussi bien au monde chrétien égaré par des me-
neurs sans scrupules, que dans le monde juif lui-même auquel
les occupations matérielles ont presque fait oublier la partie
glorieuse que leurs ancêtres ont eue dans le développement de
l'humanité. Ce projet grandiose se serait dissipé en fumée devant
l'énorme difficulté de l'exécution si M. Isidore Singer n'en avait pas
fait le but de sa vie. Avec une activité que rien ne lasse et un en-
thousiasme grandissant en raison même des obstacles auxquels il
s'est heurté dans notre Europe sceptique, il est allé porter son
projet en Amérique où, par un prodige d'énergie comme on n'en voit
qu'au nouveau monde, il a réussi à recueillir plusieurs milliers
d'abonnés, plus de quatre cents collaborateurs et par-dessus tout
un éditeur chrétien qui consent à se charger des frais énormes de
la gigantesque publication. Le premier volume de la Jewish Ency-
clopedia ne contient pas moins de 685 pages en deux colonnes
ln-4» et en petits caractères; onze autres volumes de môme capa-
cité suivront aussitôt que possible.
Notre tâche se borne pour le moment à annoncer l'entrée dans
l'actualité scientifique de ce précieux répertoire historique qui
place désormais le judaïsme américain à un haut rang insoupçonné
auparavant. Il faudrait écrire un gros volume pour donner ici une
3tt8 REVUS SÉMITIQUE
idée suffisante du contenu et de la grande valeur des articles qui le
composent. Un vœu est cependant à sa place. Les articles concer-
nant l'Ancien Testament doivent être réservés à des auteurs israé-
lites qui sont seuls capables d'en parler avec la piété et la chaleur
qui animent l'Âme du peuple juif pour ces documents incompa-
rables. I^a critique moderne est en majeure partie entre les mains
d'une école dont le programme avoué, rendons-lni eette justice,
consiste à prouver la supériorité du Nouveau Testament sur TÂn-
cien. Ce serait donc trop demander à un auteur non juif de mettre
dans sa description des sentiments qu'il n'a point et ce sont préci-
sément ces sentiments que les lecteurs veulent connaître afin de se
rendre compte de la psychologie religieuse du judaïsme contempo-
rain. Comme monument israélite, la Jewiêh Enajclopedià doit
avoir une attitude plus digne que celle de servir de simple succur-
sale à la critique conversionniste ou systématiquement subversrve
de l'Allemagne moderne. A cette condition les auteurs juifs ne
seront pas aussi superbement négligés comme c'est le cas dans un
grand nombre d'articles sur l'antiquité sémitique et surtout sur la
critique biblique. Malgré mes publications trentenaires sur ces
sujets hautement sémitiques et hébreux, mon nom figure dans la
légion o^ibliée même quand on accepte le résultat de mes recher-
ches ; on ne les mentionne que quand on a un geste dédaigneux à
me faire. Mais l'inégalité dans le traitement des auteurs juifs ou
l'intérêt des particuliers p&Iit devant l'intérêt général. Il faut que
la Direction, composée des hommes les plus illustres du judaïsme
américain, dise si elle se résigne à regarder l'Ancien Testament
comme une œuvre falsifiée par de pieux fraudeurs presque dans
chaque ligne du texte traditionnel, car e'est là le point culminant
de la critique dissolvante et arbitraire de l'école graflenne. Il
faut que le monde juif tout entier sache si son idéal séculaire peai
être avili par les collaborateurs d'une Encyclopédie Juive sans
qu'ils soient tenus de rendre compte des réfutations que des criti-
ques juifs ont opposées à ces démolisseurs à cœnr léger dont la
majorité ne sait même pas l'hébreu. La Direction ne saurait se
soustraire à cette obligation sacrée, si elle ne veut pas que son
œuvre grandiose soit entachée d'un esprit sectaire et serve d'ins-
trument à un acheminement soit vers des tendances pauHniennes.
soit vers des tendances de je ne sais quelle fasion hybride ima-
ginée par quelques rêveurs désemparés. Plein de respect poor les
autres conceptions religieuses, Israël entend vivre de sa vie propre
en vénérant avec un amour filial son idéal immaculé. Il est encore
temps, le prochain volume, nous aimons à l'espérer, donnera pleine
satisfaction à ce principe vital de la conscience juive»
Revenons maintenant à saluer le compendium incomparable qui
vient de faire son entrée au commencement du xx* aiêcle et ajoutons
UBUOORAPfliff 363
i cfltte aonoacâ Les léloquenbes parole pu Usquelias U. lûdor*
Singer termine son ^ppel aux patrons-Bubscrîpteurs de t'Œuvra.:
1 Le judaïsme amâricalo et anglais semble deatîoé à se- mettre
en tête des fortunes d'Israël dans te Tfngtlërae siècle. Le fait
d'avoir oentHbué A eetts grande et bienfaisante évolution dans
l'hiatoiradu Peuple du Livre au moyen de cet ouvrage donnera
beaucoup de satisfaetion k la Oompa^ie Funh et Wagjiat et à moi-
même. La Compagnie oestinuera i portar la obsrge de l'adminia«
tration financière et de la surveillance teshnique néoeaaalre pour
faire marcher le travail. Pour le reste, le livre est le livre de l'Iiraâl
moderne; il est la propriété nationale de la tribu de Juda, Des
savants juifs président sur sa focme littéraire, et les marchands et
les commis juifs sont destinés à devenir le principal appui financier
de cette vaste entreprise, qui n'est pas seulement un grand monu-
ment du glorieux passé d'Israfil, mais sera aussi un puissant boule-
vard pour son avenir. >
John llotikius Semitic Papers (Extraitdu Journal of the American
Oriental Society, vol. XXII, First Half, 1901.)
Ce petit recueil contient une riche série d'articles intéressante.
M. le professeur P. Haupt trace avec un liumour Incisif l'habitude
de certains assyriologues de faire leurs les trouvailles faites par
ceux-mémes qu'ils combattent. Il montre comme de juste que les
mots sa naqbi imuru signifient « celui qui a vu l'abîme i et qu'ils
appartiennent à la 2* tablette du récit de iz-du-bar. Dans un second
article, M. Haupt regarde les noms des voyelles hébri^qucs comme
se rapportant au mouvement de la bouche en parlant. Pour plu-
sieurs la chose est certaine; fêrê peut au besoin signifier « ouver-
ture étroite D, mais il n'est pas possible de tirer n'ivt de l'acabe
kharij, le son kh est invariablement rendu en hébreu par un 3 as-
piré. M. Chrisiopher Johnston apporte des remarques : 1* sur la
destruction de Ninive par les Médes; 2*sur tes mots dafîlu et nlâ
qu'il traduit respectivement par espion ■ et ■ où > (=. ar.-néo-héb.
hSin}- ^^- ^- J- Crimm donne une description du lion polychrome
récemment trouvé a Babylone et fait une étude comparée sur l'art
de l'émail àTJinive et à Babylone. Le même auteur étudie ensuite
l'hébreu rnonn ^'J' signifierait € secours, appui ■ ; il n'y parvient
qu'à force de faire de violentes corrections dans les passages qui
ue favorisent pas cette interprétation. U. F. R. Blake fait dériver
la voyelle u du passif sémitique de l'imparfait Ss^p, forme rare et
ayant elle-même besoin d'être expliquée. Il conjecture en outre que
le mot JTJ^, 1 creux 1 de l'inscriptioa de Siloé vient de 73^ et doit
384 RBVUE SÉMITIQUE
être lu ^xTt' ^^ ^^^ ^^té je l*ai rapproché de Taraméen itriy, « vide».
T*
M. T. C. Foote présume que dans rinscription de Mésa Texpression
"^"Vff xm ^t rnttO ^^^^ ^^® appellatifs : « homme de la plaine » et
« homme de Test >, eu comparant l'assyrien ma/iru, « devant ». Mais
Y(fff n*est pas c plaine » en général et ma/iru n'est pas restreint à
une région particulière. M. Foote revendique aussi pour le verbe
rut» *S6 prostituer, se donner à d'autres », un sens primitif dépourvu
d'une nuance d'opprobre, c'est loin d'être prouvé par le seul pas-
sage d'Isaîe, III, 17, où les expressions nn et ^^j^ désignent méta-
phoriquement le commerce (cf. « avoir commerce ») et son profit.
Le reste contient un exposé sur pp^ (Me Pherson), une note sur
un cylindre égyptien (J. T. Dennis), un rare cartouche royal «le
même), sur les Chaldéens et les Nestoriens modernes (Rev. G. Ous-
sani), sur le dialecte arabe de Baghdad (le même). M. Haupt doit
être satisfait de se voir entouré de pareils collaborateurs.
J. Halévy.
L' Éditeur-Gérant : E, LbrouZ.
Parts. — Imprimerie G. Maurin, 71, rue de Rennee.
• t
F?» i4 \%z
REVUE SÉMITIQUE
DtPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
RECUEIL TRIMESTRIEL
nireoteur : J. HAJLÉiW
IPrix d'Abonnement : Un an, SO fr.
10' Année. — Janvier 1902.
SOMMAIRE
J. HaLévy, Recherches bibliques : Le Livre d'Osée, p. 1. — J. HaLÉVY, La
Tentation de Jésus, p. 13. — J. IlALÉVY,*Nouvel Essai sur les inscriptions
proto-arabes (êuite)i p. 61 . — Ch. Virolleaud, Présages assyriens relatifs
aux événements publics, p. 77. — Mater Lambert, Un Mot dans Tinscription
-ie Mésa, p. 82. — J. Halévy, Rectificalion, p. 82. — J. Halévy, Biblio-
graphie, p. 83.
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
UBRAIRB DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
DB L'ÉCOLB DBS LANGUES ORIENTALES VIVANTES » ETC.
28, Rue Bonaparte, 28.
▲dr«Mar les oommanioations concernant la rédaction à M. J. HALÉVT,
S6, rue Aumalrs.
Pirif* —> Imprineric G. Mattria, 71» rue de Kenoet.
REVUE SÉMITIQUE
D^EPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
RECUEIL TRIMESTFtIEL
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
LIBRAIRS DE LA SOdÉTè ASIATIQUE
DE l'École des lanodes orientales vivantes, etc.
28, Rue Bonaparte, 28
1902
REVUE SÉMITIQUE
D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
i
I
Par»* •* Imprimerie G. Mauria, 71» rue de Rcniiet.
I
REVUE SÉMITIQUE
D'EPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENNE
RECUEIL TRIMESTRIEL
10« Année. — 1902.
PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
L1BRA1RB DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
DE L*ÉOOLB DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC.
28, Rue Bonaparte, 28
1902
REVUE SÉMITIQUE
D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIENN
RECHERCHES BIBLIQUES
Le Livre d'Osée.
I.e livre du prophète Osée fait partie de la série malheurei
aement trop courte que le tiasard nous a laissée des écri
éphralmites. Il est le monument principal du royaunr
d'Israël, dont il nous fait connaître l'état moral et politici
religieux. Osée a, dans ses exhortations, la parole sévère qi
ne recule pas devant certaines crudités d'expression ; sous (
rapport, il observe néanmoins une plus grande retenue qi
)e prophète Ëzéchiel, avec lequel il a en commun l'empl
d'actes symboliques d'une extrême bizarrerie pour frappi
l'esprit de ses contemporains. H peint les mœurs et li
croyances de ses compatriotes avec une imper lurbtble sinc(
rite, en témoin oculaire et en honnôle homme qui ne dévoile It
défauts de la société dévoyée que dans le but d'y portt
remède. Le remède consiste, d'après Osée, dans le retoi
spontané à l'état antérieur au schisme et dans la méditatio
des laveurs particulières que Yahwé avait octroyées ai
ancêtres de la nation. Patriote ardent, Osée a la ferme espi
rance que le peuple s'amendera tôt ou tard et que son idé
deviendra une réalité.
Les quatre premiers chapitres de ce livre nous sont parv(
nus dans un désordre très regrettable. Plusieurs versets ■
groupes de versets sont placés dwns des situations qui r
leur conviennent point, et toutes les tentatives de mainten
■KOI ltlltlUt> 1
> •f •
2 REVUE SÉMITIQUE
Tordre traditionnel n'aboutissent qu*à des incohérences insup-
portables ou à des suppositions de lacunes ou d^interpolations
purement arbitraires. J^ai démontré depuis longtemps qu'il
n'y manque rien et qu'il n'y a non plus rien d'ajouté. L'ordre
se rétablit avec la plus grande vraisemblance dès qu'on saisit
bien la distinction fonds^itientale des trois périodes que traverse
!a famille symbolique du prophète et qui se succèdent de la
manière suivante: 1* période de prostitution; 8^ période
d'expiation ; 3* période de réconciliation . Dans ce symbolisme
la femme représente le peuple éphraïmite, l'un des deux fils la
dynastie de Jéhu, l'autre fils et la fille, les hommes et les fem-
mes éphraïmites. Les actes symboliques sont d'abord expliqués
brièvement, ensuite ils font l'objet de trois discours paréné-
tiques qui, suivant les sujets, contiennent des exhortations, des
consolations et des promesses de bonheur.
Suseription du livre. — Le nom de l'auteur et la durée de ea
mission prophétique.
1 . Parole de Yahwé adressée à Osée, fils de fieêrit durant
les règnes d'Ouzzia, Yotham, A^^az et Ézéchias, rois de Judée,
et de Jéroboam, fils de Joas, roi d'Israël.
S. (Voici) ce que Yahwé dit tout d'abord à Osée.
Première partie. — La Prostitution»
Osée reçoit Tordre divin d^épouser une femme éphraîmite,
malgré la corruption des habitants du royaume dlsraèl. — Le
mariage aura une signification symbolique et représentera le sort
que Dieu réserve à la royauté infidèle et à ses sujets. — Marfa^
du prophète. — Naissance successive d*un fils, d'une fille et d'un
autre fils, lesquels reçoivent des noms fatidiques indiquant la
rupture de ralliauce de Yahwé avec Israël et la conservation de
cette alliance avec le royaume de Juda.
Yahwé dit à Osée : Deviens possesseur d'une femme de
prostitution et d'enfants de prostitution ; (je parle ainsi) parce
que le pays se prostitue en s'éloignant de Yahwé,
3. 11 alla et prit pour femme Gomer, fille do Diblalm ;
celle ci, devenue enceinte, lui enfanta un fils.
RBGHERGHB8 BIBUQUfiS 3
4. Yahwé lui dit : Nomme-le Izre'ei, car bientôt je deman*^
derai compte du sang d'Izre^ei à la maison de Jéhu et je
mettrai fin à la royauté de la maison d'Israël.
5. Ce jour^là je briserai Tare d* Israël dans la vallée dMzre'el.
6. Devenue de nouveau enceinte, (la femme) enfanta une
fille. Dieu dit (ft Osée) : Nomme^la Lo^ru^ama, parce que je
n'aurai plus pitié de la maison d^lsraël, car je ne leur pardon-
nerai plus.
7. Hais j'aurai pitié de la maison de Juda; je les sauverai
par la puissance de Yahwé leur Dieu, je ne les sauverai pas au
moyen de t*arc et de l'épée de combat^ ni par des chevaux
et des cavaliers.
8. Après avoir sevré Lo-rubamai la femmef devenue de
nouveau enceinte, enfanta un fils.
9. (Yahwé) lui dit : Nomme-le Lo-^'ammî), car (je leur dis) :
Vous n'êtes pas mon peuple et (moi) je ne suis pas votre Dieu.
Deuxième partie. -^ L^ Expiation,
Osée reçoit de Yahwé Tordre de reprendre en affection sa femme
indigne. Pour lui faire expier ses crimes, la femme reçoit une
modique somme d*argent avec une petite quantité d*orge pour sa
nourriture, à la condition de ne pas se marier ni d*avoir commerce
avec un autre honmie ; le prophète promet également de ne pas
prendre d'autre femme. Le stage terminé, les conjoints repren-
dront leur ancienne vie de famille. — L'acte symbolique signifie
que le peuple infidèle, réduit à la misère, restera longtemps privé
de sa royauté et dans l'abandon des rites du culte païen.
•
m» 1 . Yahwé me dit : Va» aime de nouveau (cette) femme
aimant des amis et adultère, cela ressemblera à l'amour que
Yahwé porte aux fils dlsraBl, pendant que ceux' ci se tournent
vers d'autres dieux et aiment les gftteaux de raisin (du culte
palten).
2« J'ai donc loué cette femme pour quinze sicles d'argent et
un l^omer et un lethek d'orge.
3. Et je lui ai dit : Tu resteras longtemps sans te prosti-
tuer et sans épouser qui que ce soit ; moi, de ma part, je me
comporterai ainsi envers toi .
4. (Gela signifie) que les enfants d'Israël resteront long-
& RE.VU£ SÉMITIQUE
temps sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans stèle votive,
sans épbod et (sans) teraphîm .
Troisième partie. — Lta Ptéconciliatian.
A la fin, Ëphraim recherchera son ancien Dieu et la dynastie
légitime de David, et, réunis à Juda, ils formeront ensemble un seul
peuple.
5. Après cela les enfants d^Israèl rechercheront de nou-
veau Yahwé leur Dieu et David leur roi (légitime) et sollici-
teront respectueusement Yahwé et sa bonté à l'avenir.
III, 5. Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le
sable de la mer, qui ne peut être mesuré ni compté, et au lieu
de leur dire comme d'habitude : Vous n'êtes pas mon peuple,
on les appellera : enfants du Dieu vivant.
6. Et les enfants de Juda et les enfants d'Israël se réuni-
ront ensemble, et en se plaçant sous un seul chef, ils quitte-
ront le pays (désert), car le jour d'Izre'el (ensemencement de
El = restauration) est grand.
7. Appelez, (ô Judéens !) votre frère (= l'homme d'Éphraïm)
''Ammi{=^ t mon peuple i>) et votre sœur (=la femme d'ÉpbraXm)
Rup.ama {= celle dont Dieu a eu pitié) !
INTERPRÉTATION PARÉNÉTIQUE DE l'eNSBMBLE
Première partie. — La Prostitution.
II, 4. Blâmez votre mère, blâmez-la, car elle n*est pas ma
femme et je ne suis pas son mari, afin qu'elle retire l'effron-
terie de sa figure, la débauche de ses seins,
5. Autrement, je la laisserai toute nue, je la mettrai dans
rétat où elle se trouvait au jour de sa naissance ; je la placerai
dans un désert, je la pousserai dans une terre aride et je la
ferai mourir de soif.
6. Je n'aurai pas pitié de ses enfants, car ce sont des enfants
de débauche.
7. Car leur mère a fait métier de courtisane, celle qui les a
enfantés a eu une conduite honteuse. Elle disait : Je veux suivre
ERCRES BIBLIQUES 5
i iiie uuiinent le pain, l'eau, la laine, le lin,
l'huile, les tioissons dont j'ai besoin. *
1 . Elle De reconnaissait pas que c'était moi qui lui avais donné
le blé, le vin et l'huile nécessaires ; je lui ai même donné la
masse de l'argent et de l'or qu'elle (et ses enfants) ont vouée
à Ba'al.
Deuxième partie. — L'Expiation.
\ I. Y<)ilà pourquoi je vais reprendre mon blé en son temps.
et mon vin en sa saison ; je vain (aussi) retenir ma laine et mon
lin, qui servaient à couvrir sa nudité.
13. Maintenant je révélerai sa turpitude aux yeux de ses
amants, et personne ne la sauvera de ma main.
1 3. Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes de pèlerinage,
ses néoménies, ses sabbats et toutes ses fêtes périodiques.
14. Je saccagerai ses vignes et s3s figuiers, dont elle disait:
C'est le salaire que mes amants m'ont donné ; je les changerai
en broussaille et les reptiles des champs les dévoreront.
1 5. Je lui demanderai compte des jours des Ba'als auxquels
elle brûlait de l'encens, les jours où elle se parait de boucles
et de bracelets pour suivre ses amants, en m'oubliant, moi, dit
Yabwé.
8. C'est pourquoi je barrerai sa route de masses d'épines,
je l'entourerai d'une haie, de sorte qu'elle ne retrouvera pas
les traces connues,
9. Elle courra après ses amants, mais elle ne les atteindra
pas; elle les cherchera, mais elle ne les trouvera pas; elle dira:
Je veux m'en aller et retourner auprès de mon premier mari,
car alors j'étais plus heureuse que maintenant.
Troiaième partie. — La Réconciliation.
11, 18. En ce jour-là, dit Yahwé, tu m'appelleras léî
(a mon mari j>) et tu ne m'appelleras plus Ba'alt (< mon
maître »).
1 9. Je ferai disparaître les noms des Ba'als (faux dieux) de
sa bouche ; ils ne seront plus mentionnés.
6 RBVUB SÉMITIQUE
20. Je lui ferai contracter, en ce jour, une alliance d^aroitié
avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et lee reptiles du
sol ; je briserai, en les ôtant du pays. Tare, le glaive et la
guerre, et je la ferai reposer en sécurité.
t1 . Je te fiancerai h moi pour toujours, je te fiancerai à moi
avec justice et droit, avec clémence et miséricorde.
22. (Oui), je te fiancerai à moi avec fidélité, et tu con-
naîtras Yahwé. '
23. En ce jour-là, dit Yahwé, je répondrai au désir du ciel,
le ciel répondra au désir de la terre.
S4. La terre répondra au désir du blé, du moût et de
Thuile, et ces produits répondront au désir d'Isre*el (la nation
restaurée).
25. Je la sèmerai pour moi dans le pays ; je dirai à Lih^^Ammt
(non mon peuple) : Tu es *Amn^ (mon peuple), et lui me dira :
Tu es Elohaï (mon Dieu).
GOMMENTAIRB
1, 1 . Ce verset donne le nom du prophète et la durée de
son ministère : Le nom Vtt^l ^ ^^j^ P^^^ P^^ '^ successeur
éphralmite de Moïse, appelé communément Josué (Nombres»
XIII, 16); celui du père, nxa* remonte à l'âge patriarcal
(Genèse, xxyi, 34). Son origine éphraiûnite se révèle par sa
sympathie pour les gens du nord, malgré leurs défauts.
D'après la donnée de ce verset, on peut admettre qu'Osée a
exercé son ministère à partir de la dernière année de Jéro-
boam, qui est la vingt-septième année d'Âxaria ou Uzzia.
L'addition contient vingt-cinq ans restants d'Uxzia, seize ans
de Jotam, seize ansd'Achaz, en tout cinquante-huit ; la pre*
mière année d'Ézéchias a été en chiffres ronds la soixantième
de son ministère, et il pouvait alors être flgé de quatre-vingt-
cinq à quatre-vingt-six ans.
2. Seconde suscription consistant dans les quatre premiers
mois du verset ; -q-ïj est un substantif (Jéréraie, v, 1 3) ; la
•• •
massore ponctue -^^^v), qu'elle considère comme un verbe :
« Commencement de ce que Dieu a dit à Osée. »
RECHERCHES BmUQUES
3. L'ordre donné par Dieu à Osée d'épouser une prostituée
apparaît comme un scandale moral que les exégèles ortho
doxea ont eu de la peine h atténuer ou à expliquer par l<
nécessité du eymbolismo. Inutile de détailler ici les absurdité
débitées h ce sujet par les anciens exégëtes. Les critique
nodemes ont cru trouver l'œuf de Colomb en afrirmant qu<
le prophète Osée, s'étant aperçu de l'infidélité de sa femmi
après la naissance de son troisième enfant, a spirituel lemen
fait de son déshonneur domestique un acte symbolique relati
à l'état religieux d'Israël, en prétendant qu'il avait épousi
celte feiume par l'ordre formel de Yahwé. Celte belle psy-
chologie est devenue dogmatique dans les commentaires di
bon aloi qui paraissent à profusion en langues allemande e
anglaise. Ces profonds psychologues ont malheureusemen
oublié un petit fait, qui renverse toute ta combinaison : Si ui
époux peut obtenir plus ou moins facilement la preuve de l'in-
fidélité de sa femme, il lui est matériellement impossible d'a&
quérir la certitude que les enfants mis au monde par cetti
femme ne lui appartiennent pas. La thèse en question exigt
donc un complément important et unique dans l'histoire di
mariage : non seulement Osée se serait aperçu fort tard dei
fredaines de sa chère moitié, mais il aurait volontairemeni
renoncé à ses droits d'époux pendant huit ans au moins. Alors,
le malheur du prophète était complet, mais n'était-il pa:
lui-même quelque peu la cause de son infortune maritale^
Je défie les plus fins critiques de sortir du dilemme absurde
dans lequel ils se sont si légèrement engagés. Pour noua, qui
tâchons d'abord de comprendre l'auteur sans aucune idée
préconçue, le simple bon sens suffît à. dissiper toute ombre de
difficulté. Voici notre réflexion très terre à terre : Le texte dil
liitéralement : Va, prends pour toi une femme de prostitution
et des enfants de prostitution (''l'jii 0^3131 TVffU "h flp ~h
D^J13l)- '^'* P®"' désigner, au premier aspecl, le mariayj
avec une prostituée et l'adoption de ses enfants de débauche ;
mais ce sens est contredit par la suite du récit, statuant que
les enfants sont nés après le mariage; j'en conclus que In
qualification c femme de prostitution n et ■ enfants de prosli-
tDtion » sont des métaphores du genre d'Osée, rv, 13-14,
s UBVUE SÉMITIQUE
V, 3-4, 7 ; VI, 1 ; VU, 4, ainsi que de Texclamation dMsaïe l'^ :
€ Gomment s'est changée en prostituée la ville fidèle! d (i,
21), et de cette autre d*Isaïe, lyii, 3 : « Approchez-vous donc
ici.. . engeance d'adultère et de prostitution ! » Osée a fourni le
précédent, en jetant à la face de ses contemporains cette vio-
lente apostrophe, et il a trouvé des imitateurs jusque dans
TËvangile (Matthieu, xii, 39).
Ceci établi, Tordre reçu par Osée engage ce prophète à
épouser une femme et à fonder une famille au milieu de la
génération perverse qui Tentoure. Ce mariage mal assorti, au
début, et destiné à devenir affectueux dans la suite, symbolise
l'état religieux du royaume d'Éphraïm et les conséquences
matérielles qui en découleront. La préface de ces événements
consiste dans la présence de la femme éphraïmite, symbole de
la prostitution païenne, dans Tintimité du prophète. Celui-ci est
métaphoriquement censé trahi par sa femme, Yahwé l'est
réellement par le pays (mm '«TnND yiNn TOîn rat "^D)-
3. Nom et filiation de la femme ; ils sont dénués de tout
sens figuré. L'interprétation agadique, qui y cherche des allu-
sions à ses débauches, est aussi chimérique que la thèse
générale des critiques grafiens, si injurieuse pour l'honneur de
l'innocente prophétesse qui a bravement consenti à jouer le
rôle odieux exigé par le symbolisme.
4. Izre'^el, nom de la vallée fertile d'Esdralon, où Achab
avait de beaux palais, figure la famille de ce dernier roi, qui
fut cruellement exterminée par Jéhu, fondateur de la dynastie
régnante. Les cultes étrangers introduits par Achab sont res-
tés en vigueur sous la nouvelle dynastie (Michée, vi, 16).
5. Prévision d'une grande défaite de l'armée éphraïmite
dans la vallée d'Izre'^el, qui mettra fin au royaume. L'ennemi
en vue est probablement TAssyrie.
^- rTDm*"Nb» ^ ^^"^ ^^^^ ^^^^ ^'* P^ ^^ P*^*^ •» ^^^
Absque misericordia (Vulgate); la transcription de Luther
Lo-ryhamo réfléchit la prononciation judéo-allemande de ses
maîtres d'hébreu.
Urh iVifH Ntyj ^^ P^"^ signifier ni t je m'opposerai à eux »
V T TV T
(Sept.), ni « je les oublierai » (j^Bf^, Vulg.), ni a je les re-
rechi!:rchrs bibliques
jetterai x> {ich wiU aie wegwerfen^ Luth.). Il faut suppléer
^^ : < Car je ne leur pardonnerai pas » ; le complément c les
péchés » est sous-entendu (Genèse, xYiii, 96).
7. Le contraste amené par rapport à la maison (= dynas-
tie) de Juda est indispensable à l'image de l'avenir présentée
dans la suite, il fait donc partie intégrante de l'ensemble.
8. La naissance du second fils n'a lieu qu'après un inter-
valle d'au moins trois ans, cela symbolise la longanimité divine
qui accorde un délai de repentir au coupable avant de lui
appliquer la peine méritée.
9. D3^ n'offre pas d'antithèse à iqv « mon peuple »;
lire : q^mVn? • ^oivQ Dieu>.
m, 1 . L'épithète flétrissante est encore une simple méta-
phore par rapport à la femme, et marque seulement son ori-
gine éphraïmite. La ponctuation massorétique n^riK Produit
lesensde (c qui est aimée de l'ami (Dieu), etqui commet néanmoins
l'adultère i», expliqué par les mots suivants : a Gomme l'amour
que Yahwé porte aux enfants d'Israël, bien qu'eux se tournent
vers d'autres dieux, y) La traduction de Luther : « La femme
débauchée et adultère > {das buhlerische und ehebrecherische
Weib) convient mieux à l'ensemble, surtout si on lit : n3nx
V
nSWOI D^VI' phrase que rappelle qs^-) qiw-| n-»:? nXI (Je-
rémie, m, 2). Les Septante supposent la leçon y-^ nanx
nSWDI» * aimant le mal et adultère » («yaTrâcav 7rovr,pà xaJ
^or/a}.tv); cependant qwt répond mieux à QnnX D^nbx-
Osée est invité à aimer de nouveau une femme débauchée; il
va sans dire qu'il s'agit de la mère de ses enfants ; T expression
bNTBT» ^33 DM mn^ n3n5<3 dissipe le dernier doute. Osée
a déliDérément omis les trois articles, t^-|n nSHN HE^Xn
nSWDm» ^^* auraient alourdi le groupe.
On ne comprend pas le sens exact de Q^^jy ^B^'^l^N J ^'^^^
peut-être une image de l'ivresse causée par la passion.
SS. La femme infidèle s'estime maintenant heureuse de pou-
voir se vendre à son ancien époux pour quinze sicles d'argent
et quelques mesures d'orge. La forme mSKT est anormale, on
■ • • ■ ■
tO RKVUB SÉMITIQUE
attend nn^Ki ; j^ ^uis les Septante qui semblent avoir lu
T«« • •• T
• * é •
niSifi^XI» • J® ''*^ \o\iée ».
• • * ■ • T
3 . Comme condition du rengagement,Osée lui impose le devoir
de s'abstenir de la débauche et ne pas se marier avec un nouvel
époux, mais de vivre de son modique avoir pendant uq long
espace de temps. Lui-même n*aura plus d'autre femme et
attendra la fln de son expiation, où elle pourra revenir chez
lui. Cette dernière promesse va de soi et n'est mentionnée que
dans l'explication de la scène (S).
4. Signification de la clause d'abstinence : le royaume
d'Israël restera longtemps privé de rois et de princes,
ainsi que de toutes les formes cultuelles favorisées par les
dynasties infidèles à Yahwé, et surtout les stèles votives
(navo)» '6s oracles (ntes) ^^ '^^ fétiches domestiques (o^Bin^-
PARTIE PARÉNiTlQUK
II, &. Yahwé engage les hommes de bonne volonté, et spé-
cialement les prophètes, & exhorter leur mère dévergondée
(leur nation infidèle); ayant rompu tout lien avec elle, ils n'ont
pas à craindre de le iïLcher en reprochant à leur mère sa con-
duite scandaleuse, et en lui enjoignant d*avoir plus de retenue.
Les termes n^iSD ^^ mi2^ V2!0 expriment admirablement
l'effronterie et les provocations calculées de la femme dé-
bauchée.
5. La nudité complète marque à la fois la dernière abjec-
tion morale et le dénûment total de tout moyen d'existence.
Dans cet état, elle sera jetée dans un désert aride où elle pé-
rira de soif, genre de mort encore plus terrible que la mort
par la faim. Je lis n^^o^ et ,«^1^ VlXD ^^ lieu de n^noD et
V 'HD* ^^ ^^^^^ émendaiion est exigée par ii, 16 (cf. ii, iS.j.
6. oc Enfants de la débauche » est l'image figurée de la
génération idolâtrique.
7. La nation parjure attribue aux faux dieux les biens de
la vie dont elle est richement dotée; elle croit donc dans son
intérêt de s'attacher à eux.
♦ t-
RECHERCHES BIBUQUES 11
Les versets 8 et 9 qui se terminent par lo désir de Tinfidële
de retourner auprès de l'époux légitime se placent, avec une
grande vraisemblance, après le verset 15; les expressions
communes ^^nKû nriN HD^X (ibm) ^^^ ^^^ visiblement la
cause du désordre.
8 (10). Elle ne itayait pas que tous ces biens venaient; dans
son inconscience morale, elle a même voué aux idoles Tor et
l'argent que je lui ai donnés sans compter pour sa parure.
9 (11). Yahwé reprendra les vivres variés qu'il lui four-
nissait, et cela juste au moment où elle les attendra; il fera
de même en ce qui concerne les étoffes servant à la confection
de son habillement,
10 (12). Ses amants seront témoins de son opprobre et ne
pourront pas la sauver.
11 (14). Ce verset a sa place naturelle avant v. 13. Les
arbres fruitiers de première nécessité : la vigne et le figuier
seront saccagés par les bêtes. — Le ^^^ est la demeure de
bêtes qui rongent les plantes.
1 S (1 3). Dans cet état de privation toutes les fêtes joyeuses
prendront fin.
13 (1 5). G*est ainsi que Yahwé lui fera le compte du temps
où elle encensait et suivait ses amants (les faux dieux), en
se parant de ses bijoux et en oubliant complètement son Dieu
national.
1 4 (8). Elle cherchera bien à rejoindre ses prétendus pro-
tecteurs, mais elle trouvera la route jonchée d'épines, barrée
de tout côté et sans trace conductrice.
1 5 (9). Après des courses inutiles, elle sera animée du désir
de retourner chez son époux où elle était plus heureuse. Ce
souhait, dicté par la nécessité, forme le premier pas de son
changement moral.
16. Ayant gardé son affection à la femme (Israël),
malgré ses infidélités, Yahwé obtiendra par persuasion qu'elle
aille habiter dans le désert, c'est-à-dire qu'elle s'isole de ses
anciennes connaissances corruptrices, et sachant quelle peine
cet état d'isolement lui coûte, il fera tout son possible pour la
consoler et Tencourager.
12 REVUE SÉMITIQUE
17. Yahwé lui enverra ses 0^013 de là, mais le sens ordi-
naire de ,"pc-)3, < ses vignes », n'offre rien de satisfaisant II
faut visiblement entendre ce mot dans le sens général de c pro-
duits nécessaires à sa nourriture ». Â rapprocher Tassyrien
kurmuy kurmatu, a nourriture ». Cette interprétation semble
aussi avoir été visée par les Septante qui donnent rà xtiJ/Aora
aÙT^Çy a ses acquisitions » . Toutefois, il faut reconnaître que,
malgré T unanimité des versions, Tad verbe uwti ^^ convient
guère au contexte, et que la phrase suivante présente une in-
cohérence incompatible avec le verbe ,-|^ ^nnîli auquel elle
est rattachée par la conjonction. L'harmonie se rétablit en
corrigeant jixT uwb ^^ T\ti Dt2^XV ^ ®'J® ^^^^^ ^® '* vallée
attristante (= désert) une entrée d'espérance», c'est-k-dire
un stage préparant un meilleur avenir. La comparaison avec
répoquc de la sortie d'Egypte où le pénible séjour dans le
désert formait la préparation du peuple à la conquête d'une
patrie, confirme l'allure de la pensée que je viens de tracer.
1 8 . Ajouter n^ après le premier ^S")pn ^^ peut-être nipn
(Sept. xaXcVêt jxe; Vulg. vocabit me).
19. Le mot uo^i;^ est déjà représenté dans les Septante; il
parait néanmoins absolument inutile. Le verset 20 fait partie
du dernier discours.
21-22. De nouvelles fiançailles seront célébrées entre Yawhé
et Éphralm ; elles sont destinées à former une liaison éternelle
fondée, d'une part, sur la justice et la miséricorde, de l'autre,
sur la fidélité et la connaissance de Dieu ou la piété.
23-24. Alors l'abondance reviendra dans la vallée d'fzre*el,
c'est-à-dire dans le pays éphraïmite.
25. Le peuple d'Éphraïm se répandra de nouveau dans la
contrée. Dieu reprendra en miséricorde la pauvre Lo-ruhama ; à
Lo-'^ammi il dira : (( Tu es mon peuple {^ammi) », et celui-ci
lui dira : a Tu es mon Dieu. » Ajoutez nnK ^ I& fin du verset.
T t
{A suivre.) J- HaLÉVY.
La Tentation de Jésus.
L'histoire de la tentation de Jésus par Satan est commune
aux trois évangiles synoptiques. Marc la mentionne fort som-
mairement, Matthieu et Luc en font au contraire une descrip-
tion détaillée et concordante malgré certaines différences et le
changement dans l'ordre des versets. Ces derniers évangélistes
ont aussi en commun Tomission d'une particularité impor-
tante consignée par Marc. Tous les trois rattachent unanime-
ment cet épisode à la scène du baptême et font agir le Saint-
Esprit pour transporter Jésus au désert afin de lui faire subir
cette tentation. Laissons parler les narrateurs eux-mcines :
Marc, I.
12. ]St aussitôt après TEsprit le poussa dans le désert,
12. où il demeura quarante jours et quarante nuits. Il y fut tenté
par Satan; et il était parmi les bêtes sauvages, et les anges le
servaient.
Matthieu, IV.
1 . Alors Jésus fut conduit dans
le désert pour y être tenté par
le diable,
2. et ayant jeûné quarante
jours et quarante nuits il eut
faim ensuite.
3. Et le tentateur s'approchant
de lui, lui dit: Si tu es le fils de
Dieu, dis que ces pierres devien-
nent des pains.
4. Mais Jésus lui répondit : Il
est écrit: L*homme ne vit pas
seulement de pain, mais de toute
parole qui sort de la bouche de
Dieu.
5. Le diable le transporta alors
dans la ville sainte ; et le met-
tant sur le haut du temple,
6. il lui dit : Si tu es le fils de
Luc, IV.
1. Jésus étant plein du Saint-
Esprit, revint (des bords) du
Jourdain, et il fut poussé par
TEsprit dans le désert
2. pendant quarante jours (où
il fut) tenté parle diable; et il ne
mangea pas pendant tout ce
temps-là, et lorsque ces jours
furent passés, il eut faim.
3. Alors le diable lui dit : Si tu
es le fils de Dieu, commande à
cette pierre qu'elle devienne du
pain.
4. Jésus lui répondit : Il est
écrit : L'homme ne vit pas seule-
ment de pain, mais de toute
parole de Dieu.
5. Et le diable le transporta
sur une haute montagne, d'où
T
14
REVUE SÉMITIQUE
Dieu, jette-toi en bas, oar il est
écrit : Il a ordonné à ses anges
d'avoir soin de toi et qu'ils te
portent sur leurs mains, de peur
que tu ne heurtes le pied contre
quelque pierre.
7. Jésus lui répondit : Il est
aussi écrit : Tu ne tenteras pas
le Seigneur ton Dieu.
8. Le diable le transporta en^^
oore sur une montagne fort
haute et lui montrant tous les
royaumes du monde et toute la
gloire qui les accompagne,
9. il lui dit : Je te donnerai
toutes ces choses, si en te pros-
ternant devant moi tu m*adores.
10. Mais Jésus lui répondit :
Retire-toi, Satan, car il est écrit :
C'est le Seigneur ton Dieu que
tu adoreras et c*est lui seul que
tu serviras»
1 1 . Alors le diable le laissa ; et
en môme temps les anges s'ap-
prochèrent et ils le servaient.
lui ayant fait voir en un moment
tous les royaumes du monde,
6. il lui dit: Je te donnerai
toute cette puissance et la gloire
de ces royaumes; car elle m*a
été donnée, et je la donne à qui
il me plaît.
7. Si donc tu veux m*adorer,
toutes ces choses aei^tit à toi.
8. Jésus lui répondit : (Retire-
toi, BaUn)S il est écHt : C'est le
Seigneur ton Dieu que tu adore-
ras, c'est lui seul que tu serviras.
9. Le diable le transporta en-
core à Jérusalem ; et l'ayant mis
sur le haut du temple, il lui dit :
Si tu es le fils de Dieu, jette-toi
d'ici en bas;
40. (car) il est écrit qu'il a or-
donné à ses anges d'avoir soin
de toi et de te gafder,
11. et qu'ils te soutiendront
de leurs mains, de peur que tu
ne te heurtes le pied contre quel-
que pierre.
12. Jésus lui répondit: Il est
écrit : Tu ne tenteras pas le Sei-
gneur ton Dieu.
13. Le diable ayant achevé
toutes ses tentations, se retira
de lui pour un tempe.
LES DIVERÔENGES DES THOtB RËDÀCTiONS
La concordance générale sur le fond n^empèche p&s Inexis-
tence de quelques divergences qui doivent être relevées
avec soin. Elles, ont d'abord le mérite de prouver que la ver-^
sion de Matthieu n^est pas une simple oopie étendue et embei-*
lie de celle de Marc, mais que toutes les deux remontent à
1. Cette phrase parait être ajoutée plus tard dans les éditions grec-
ques ; elle manque dans le Codex Sinaîticus suivi par la Vulgate, avec
raison à ce qui me semble, car Salan, au lieu de se retirer, continue ses
agissements.
LA. TENTATION DE JÉSUS 15
un récit antérieur dont la vraie physionomie a été fidèlement
conservée par Matthieu, à l'exception toutefois de la mention des
bêtes sauvages quMl a éliminée à cause de leur rôle en apparence
insignifiant et et de leur position hétéroclite entre Satan et les
anges. Cette considération ne s'est pas imposée à Marc qui y
trouva au contraire un trait original et à l'avantage du héros ^
En revanche, le dialogue entre Satan et Jésus lui paraissait
d*une utilité douteuse et passablement avantageux à Satan et
il a pensé qu'il valait mieux supprimer ces détails. Quant à la
mention des bêtes sauvages elle se trouve très bien en place,
si bien même que son défaut nous aurait rendu presque inin«
telligible la vraie nature de l'épisode tout entier. On le verra
plus loin.
Plus essentielles sont les divergences qui se constatent entn3
le texte de Matthieu et celui de Luc; ce dernier a« k l'égard
du premier^ le caractère d'une imitation assez négligée et ne
vient nullement d'une tradition séparée. Cependant certaines
déviations semblent plus réfléchies et nécessitent par cela
mèrne quelques mots d'explication.
Matthieu, en conformité avec Marc, représente la tentation
de Jésus comme un événement arrivé après que Jésus eut
passé par un jeûne de quarante jours. Le voyant dans cet état
d'extrême faiblesse, Satan cherche à le tenter dans l'espoir
de rencontrer peu de résistance à l'acceptation du sort envia*
bff qu'il lui offhs. N'était-ce pas vraiment révoltant de se
voir abandonné à mourir de faim dans un désert sans avoir
rien fait pour mériter une mort si cruelle? La voix céleste qui
le proclamait naguère fils bien-aimé de Dieu n'était-^elle pas
une simple illusion des sens? Voilà de quelle manière tout être
humain dans la situation de Jésus aurait naturellement raisonné,
mais Jésus mis en possession du Saint-Esprit n'eut pas de
peine à pénétrer ce mystère. Il comprit aussitôt que son père
céleste a en réalité voulu lui faire une surprise agréable en lui
fournissant l'occasion de remporter une victoire glorieuse sur
Texigence matérielle du corps en même temps que sur la puis»-
sance suprême du mal spirituel, laquelle, pour mieux égarer
i. Voyez plus loin, p. 16.
16 IIEYUE SÉMITIQUE
les hommes, se revêt souvent du manteau de la piété la plus
exagérée. En réprimant donc les souffrances du jeûne pro-
longé, il réfute dignement et en toute tranquillité d'&me
d'abord les sophismes hagiographiques du faux dévot, ensuite
l'offre impie que le séducteur, obligé enfin de se découvrir, lui a
faite avec la netteté la plus catégorique. Ajoutons que dans ses
deux premières instigations qui sont d'une exécution irréali-
sable, Satan tftche de faire naître dans l'esprit de Jésus la dé-
faillance envers soi-même par la prévision de mourir d'inani-
tion et le doute dans la protection de Dieu accordée aux justes.
Anéantir la force morale de l'homme, puis l'entraîner au
péché, cela a toujours réussi au prince des ténèbres.
Cette allure régulière du drame mythique est gravement
troublée dans la description de Luc. Ce narrateur fait commen-
cer la tentation pendant les quarante jours du jeûne, c'est-à-
dire avant que la torture de la faim ait atteint son maximum
de violence (diebus quadraginta, et tentabatur a diabolo. Et
nihil manducavit in diebus illis, et consummatis illis esuriit.
Dixit autem illi diabolus, etc.). Quelle est la nature de la tenta-
tion éprouvée pendant si longtemps par Jésus, Luc ne nous
éclaire point sur ce sujet.
Beaucoup plus grave est l'interversion des deux derniers
entretiens. Luc place l'offre des royaumes du monde immé-
diatement après le refus de Jésus de changer les pierres en
pain. C'est évidemment trop précipité, la victime n'ayant eu
jusqu'alors à subir que la souffrance matérielle de la faim, souf-
france que d'ailleurs Moïse, fondateur de l'ancienne Alliance,
avait supportée à deux reprises durant le même espace de temps
(Exode, XXIV, 18; xxxiv, 28) sans se plaindre. Pour l'imagi-
nation juive, le cas n'était donc pas si extraordinaire. Mais le
pis est que ce déplacement a laissé l'instigation de se jeter en
bas du haut du temple se traîner à la fin sans un lien logique
avec ce qui précède^ et se réduire k une joute pédantesque avec
des versets bibliques dépourvue de toute signification. La po-
sition irrégulière du verset relatif à Tadoration a même forcé
l'auteur à supprimer le mot énergique : « Retire -toi, Sa-
tan »S qui fait si bonne figure dans la version de Matthieu, et
1. Voyez ci-dessus, p. 14, note.
]
LV TENTATION DK JÉSUS 17
aussi la phrase finale c et en même temps les anges s'appro-
chèrent de lui et ils le servaient ^, qui forme une belle anti-
thèse à la phrase précédente : c Alors le diable le laissa » ,
mais qui perd son sel quand on attribue au diable Tinitiative
de la tentation et de la retraite comme c'est le cas selon Luc.
Du reste, la rédaction du verset 1 3 : <c Le diable ayant achevé
toutes ses tentations, se retira de lui pour un temps», est
peu heureuse et demeure fort au-dessous de son modèle.
Dans la rédaction de Matthieu il n'y a qu'une chose à re-
gretter, savoir la suppression de l'entremise des bêtes sauva-
ges. Avec l'amour des détails qui le distingde il nous aurait
évité bien de la tablature pour en deviner la nature exacte et le
but de la mention. Espérons toutefois que cette petite énigme
trouvera son explication lorsque les difficultés bien autrement
importantes auxquelles je passe aussitôt, pourront recevoir une
solution satisfaisante.
LE CARACTÈRE AT^ORMAL UU RÉCIT
Le commentaire qui précède a parfaitement éclairé les trois
versions dans lesquelles le récit primitif de la tentation nous a
été transmis par les évangiles synoptiques, mais dans les ou-
vrages religieux, Tintelligence littérale d'une péricope n'est
qu'un point de départ qui engage à poser la question de l'au-
thenticité que nous pouvons formuler de la manière suivante :
Est-il bien sûr que les versions qui nous occupent appartien-
nent à la rédaction primitive des évangiles qui les contiennent ?
La critique moderne de l'Ancien Testament nous parle si sou-
vent d'interpolations plus ou moins conscientes que le môme
soupçon se fait valoir dans le domaine évangélique. Au cours
des explications ci-dessus, j'ai relevé quelques traits rédac-
tionnels qui militent en faveur de l'authenticité; il faut crain-
dre qu'ils ne suffisent pas à convaincre des critiques positi-
vistes. Et avouons-le, le caractère anormal du récit peut en
quelque sorte justifier la défiance. La figure sinistre de Satan
y apparaît non seulement comme un vrai deus ex machina
sans la moindre remarque des auteurs, mais on lui attribue le
rôle insolite, d'autres diront insensé, de vouloir se faire adorer
MtOBttaitiori i
18 REVUE SÉMITIQUE
par le fils de Dieu, Â-t-it supposé que Jésus n'était pas encore
conscient de son origine divine? Une telle pensée ne se soutient
pas un seul instant. La supposition aurait encore quelque om-
bre de vraisemblance avant le baptême lorsque le Maître futur
vivait au milieu d'ouvriers besogneux dans Tobscure bourgade
de Galilée. Alors Toffre brillante de TEsprit malin avait de
quoi séduire une conscience naïve et confiante; mais après la
descente visible du Saint-Esprit et le témoignage éclatant de la
voix céleste, la séduction, mensongère au fond, ne pouvait
aboutir qu'à une défaite certaine et Satan moins que tout autre
n'a pu l'ignorer. Autant vaudrait vouloir séduire le Saint-Es-
prit sous sa métamorphose de colombe ou l'ange Raphaël
quand il se fit le guide du jeune Tobias sous la forme d'un voya-
geur. J'ai déjà fait remarquer plus haut que dans l'atmosphère
légendaire où nous sommes, le jeûne de quarantejours n'est pas
même suffisant pour abattre le moral d'un prophète ; Jésus
avait faim, mais ainsi qu'il le dit lui-même : l'homme ne vit
pas seulement de pain. Moïse a fait deux jeûnes de quarante
jours à quelques jours d'intervalle entre l'un et l'autre et chaque
fois il est lestement descendu du Sinaï jusqu'au camp d'Israël,
chargé de deux lourdes tables de pierre. A la première occa-
sion il eut même la force de casser avec ses mains les tables
aux yeux du peuple, et par surcroît, de broyer menu le veau
d'or au milieu de l'orgie de la cohue infidèle. Voilà cornaient
ce simple prophète a prouvé que la parole de Dieu fait vivre
sans nourriture matérielle. Le héros de la légende évangélique
ne jeûne qu'une fois quarante jours, n'est pas chargé d'un
lourd fardeau et est par-dessus tout porté sur les ailes de TEsprit
sans avoir besoin de faire des marches fatigantes ni de faire
des efforts musculaires extraordinaires au milieu d'une popu-
lace en furie, et pourtant c'est lui qui est servi par des anges!
Je ne crois pas que cette grave difficulté puisse être écartée
par une raison acceptable, et comme on se refuse à admettre que
l'auteur du récit original qui, grâce à sa grande proximité de
la première Église, était beaucoup plus pénétré de l'esprit de
l'Agada juive que ceux de nos évangiles, ait écrit a tort et à
travers sans placer son épisode dans un cadre convenable, je
suis obligé de conclure que le manque de situation est exclus!-
L\ TENTATION DE JESUS 19
vement dû à Marc qui, en extrayant le récit, l'a mis immédia-
tement après le baptême où il est question de l'intervention
active de l'Esprit. Cette analogie a suffi pour placer les deux
scènes Tune à la suite de l'autre^ Dans les œuvres de seconde
main, les attaches sont habituellement assez relâchées. Je ne
parle que de Marc, parce qu'il est le modèle ordinaire de Mat-
thieUy même quand celui-ci emprunte des détails à une autre
source.
D'un autre côté, l'appartenance de notre épisode au corps
même des évangiles synoptiques ne saurait être révoquée en
doute : la preuve est de celles qu'on peut qualifier de péremp-
toires. Elle réside dans la stricte concordance des idées suppo-
sées dans le récit de la tentation avec les doctrines enseignées
au cours des récits postérieurs relatifs aux dires ou aux gestes
de Jésus : La croyance que Satan incarne le principe du mal
et trouve plaisir à tenter les hommes pour les induire à com-
mettre des péchés, Marcel, 13; Matthieu, iv, 1 (Luc, iv, 2),
est formellement annoncée dans cette phrase de l'Oraison do-
minicale : < Ne nous abandonne pas à la tentation, mais déli-
vre-nous du mal > (Matthieu, vi, 1H), où le nom commun
c mal > vise réellement le génie fauteur du mal, Satan. One
autre fois, ayant trouvé les disciples endormis indifférents des
grandes choses qui se passaient près d'eux, Jésus les gronde
en disant : c Veillez et priez afin que vous ne to|[nbiez pas
dans la tentation » (iétd., xxvi, 41 ) ; ici de même il s'agit des
instigations de Satan. Parmi les détails, il importe de signaler
le frappant rapprochement du pain avec la pierre dan& Mat-
thieu, IV, 3 (Luc, IV, 3) et dans le logion de Jésus : « Aussi
qui est l'homme d'entre vous qui donne une pierre à son fils
lorsqu'il lui demande du pain? > (Matthieu, vu, 9; Luc, xi,
11). Enfin la conception que Satan n'est pas seulement l'ins-
tigateur du péché, mais encore le maître absolu des royaumes
et de la gloire du monde et qu'il peut les donner à qui il veut
(Matthieu, rv, 8-9; Luc, iv, 5-7), cette conception qui brise
entièrement Je cadre du monothéisme juif vers les tendances
dualistes de certains gnostiques, est mise dans la bouche de
Jésus sous la forme de la prière solennelle : a Que ton règne
arrive », immédiatement suivie de cette autre : t Que ta vo-
t: i-r •'<
1^.
^ 20 RRVIE SÉMITIQUE
, lonié soit faite sur la terre comme au ciel > (Matthieu, vi, 10),
idée commentée ailleurs par la phrase : « Mon royaume n'est
pas de ce monde t> (Jean, XYiii, 36), sous-entendu : parce
que Satan en est le maître absolu et il faut que dans un avenir
prédestiné je brise son pouvoir pour régner à mon tour. Il y a
plus, les deux énigmes qu'en désespoir de cause nous avons
laissées plus haut comme absolument insolubles, reçoivent une
explication de tout point satisfaisante quand on pénètre fidée
que les évangélistes se font des puissances dont Satan se sert
pour exercer sa royauté néfaste sur le genre humain. Nous
avons demandé : quel rapport il peut y avoir entre Jésus et les
bêtes du désert pour que Marc ait consigné cette coexistence
dans son récit de la tentation. Eh bien, dès qu'on entre dans
ridée que je viens d'exposer, la clarté devient complète. Le dé-
sert de la Judée n'a en fait de bêtes nuisibles que les serpents
et les scorpions dont la morsure cause des douleurs atroces et
V la mort; or ces bêtes dangereuses font partie de l'armée de
\ Satan, à tel point que leur malignité cesse d'elle-même lorsque
\ leur chef est vaincu. La dernière parole de Jésus ressuscité
contient cette promesse enregistrée par Marc (xvi, 17-18):
' a Ces miracles accompagneront ceux qui auront cru : ils chas-
seront les démons en mon nom, ils parleront de nouvelles lan-
gués ; ils prendront les serpents (avec la main) et s'ils boivent
quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils im-
poseront les mains sur les malades et (les malades) seront
guéris. 1 Possessions démoniaques, ignorance de langues^ mor-
sures de serpents (et à fortiori celle des scorpions), intoxications,
maladies ; voilà les instrunents de torture mis en pratique pour
rendre malheureux les hommes qui ne sont pas sauvés par la
1 . D'après une légende talmudique, un ange apprit à Joseph soixante-
dix langues dans la nuit qui précéda sa réception par Pharaon. Le besoin
de connailrc plusieurs langues ne s'est naturellement pas fait senlir du
vivant même de Jésus, dont la mission se bornait aux juifs palestiniens
(Matthieu, i, 5-G, contre ihid., xxviii, 19, omis dans Luc, IX, 1-6, el
contre Jean, tv, 7-10) ; le zèle de Paul ayant franchi cette barrière, la
connaissance instantanée des langues étrangères fut considérée comme
un don du Saint-Esprit descendu sur les fidèles sous forme de Iditigueè
de feu (Actes, il, 3-4). L'innocuité du venin repose également sur l'ac-
cident arrivé à Paul (i6id., xxviil, 1-8).
T"^
LA TENTATION DE JÉSUS 21
foi dans le rédempteur. Luc (x, 1 9) résume la même promesse :
c Voici, je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les
serpents et les scorpions et toute la puissance de l'ennemi
(= Satan) et rien ne pourra vous nuire. » Bref, le fait que Jé-
sus ait pu rester quarante jours au désert ensemble avec les
bêles venimeuses sans être inquiété a bien mérité d'être men-
tionné comme une preuve évidente de la défaite infligée à Satan
par le fils de Dieu.
La seconde énigme consistant dans l'idée absurde d'induire
Jésus à se jeter en bas du sommet du temple, se résout égale-
ment dès qu'on rapproche le verset 1 9 qui précède le passage
de Luc cité ci-dessus. Jésus y annonce aux disciples qu'il a vu
Satan tomber du ciel comme un éclair (Et ait illis : Videbam
Satanam sicut fulgur de cœlb cadentem !). La descente dans le
vide de haut en bas proposée à Jésus est visiblement du même
genre et le sommet de l'édifice sacré est bien le reflet du ciel,
demeure sacrée de la divinité et des anges. C'était dire à Jésus :
Je viens de m'élancer du ciel sur la terre pour mieux exercer
ma royauté, fais comme moi en t'élançant du sommet du tem-
ple où je t'ai placé et tu y trouveras la gloire puisque les anges
seront obligés de te porter sur leurs ailes afln qu'il ne t'arrive
pas d'accident fâcheux.
La conclusion me paraît donc inévitable : le récit de la ten-
tation fait partie intégrante des évangiles qui le contiennent,
mais sa place primitive devait être quelque part près de la fin
de l'histoire et non pas au début des gestes de Jésus où il se
trouve actuellement.
LA PLACE EXACTE DU RÉCIT DE LA TENTATION
Ayant démontré que l'épisode de la tentation doit apparte-
nir à la dernière période de l'activité de Jésus, nous pouvons
faire un pas de plus et chercher à déterminer plus exactement,
s'il est possible, l'occasion à laquelle la légende primitive l'a
pu imaginer. C'est une question littéraire que nous discutons
ici à l'exclusion de toute considération historique ou dogma-
tique; la restitution de l'ancien cadre évangélique a donc
pour nous le même intérêt que le rétablissement de l'ordre
i'
m REVUE SÉMITIQUE
de certains passages déplacés dans n'importe que) autre écrit
de Tantiquité. Nous avons souvent protesté contre les abus qui
se commettent par des remaniements inconsidérés des textes
bibliques, nous tâcherons donc de ne point nous attirer le
même reproche, mais de procéder par de pures raisons litté-
raires.
Les trois évangélistes s'accordent à relier la tentative de
Satan au jeûne prolongé de Jésus. La faim est une mauvaise
conseillère. La sagesse populaire Ta reconnu depuis longtemps.
Un ancien juste a dit : c (0 mon Dieu !) ne me donne ni la pau*
vreté ni la richesse, accorde-moi mon pain quotidien (cf. l'Orai-
son dominicale : c Panem nostrum superstantialem da nobis
hodie ») ; de peur que trop rassasié je ne devienne mécréant
en disant : Yahwé qui est-il ! et que trop pauvre je ne com-
mette le vol et le parjure » (Proverbes, xxx, 8-9). Toutefois,
quand il s'agit d*un personnage comme Jésus, il est difficile
d'imaginer que la faim seule, si cuisante qu'elle fût, aurait
pu donner l'espoir à Satan d'obtenir de lui un acte de par*
jure aussi grave que celui qu'il lui proposait.
Nous avons déjà fait remarquer plus haut que dans le sen*
timent des évangélistes Jésus ne pouvait être inférieur à Moïse
dont les facultés ne furent point abattues par un jeûne de
quarante jours. Pour y parvenir, il a fallu que des souffrances
beaucoup plus atroces, disons le mot, des souffrances d'agonie
s'emparassent du corps de Jésus déjà affaibli par la faim pour
que Satan ait pu ne flatter de le séduire par ses promesses de
grandeur et de bonheur. D'après les légendes juives, Satan
profite de toutes les agonies des mourants pour leur faire dire
des paroles impies afin de s'emparer de leurs âmes. Dans le
cas que nous étudions, la tentation ne saurait avoir coïncidé
avec le crucifiement dont les circonstances ne présentent pas un
seul trait commun. Le seul cri : c Mon Dieu, mon Dieu, pour-
quoi m'as-tu abandonnné? > l'aurait couvert d'opprobre s'il
avait osé approcher le divin martyr. Mais heureusement, les
évangiles nous renseignent à quelle occasion l'idée de la mort
inévitable a été exprimée pour la première fois par Jésus; c'est
là que la scène de la tentation peut se placer aisément sans
troubler le cours du récit principal. Rappelons seulement que
1
LA TENTATION DE JÉSUS 23
selon la légende cette certitude fut pour Jésus la source de ter-
ribles souffrances qu'il n'a pu cacher môme à ses disciples, car
ce n'est qu'au dernier moment qu'il a consenti à mourir. La
scène de Gethsémani est bien décisive sous ce rapport; voici
comment elle est racontée :
c Ils allèrent ensuite au lieu appelé Gethsémani, où il dit à
ses disciples : Asseyez- vous ici jusqu'à ce que j'aie fait ma
prière. Et ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il com-
mença à être saisi de frayeur, et pénétré d'une extrême afflic-
tion. Alors il leur dit : Mon âme est triste jusqu'à la mort,
demeurez ici et veillez. Et s'en allant un peu plus loin, il se
prosterna contre terre, priant que s'il était possible, cette
heure s'éloignât de lui. Et il disait : Abba, mon père, tout t'est
possible, transporte ce calice loin de moi ; mais néanmoins
que ta volonté s'accomplisse, et non pas la mienne (Marc, xiv,
32-36; Matthieu, xxvi, 36-39; Luc, xxii, 39-42). ^
Ce qui est arrivé ici devant les disciples n'a pas manqué
' d'avoir lieu plusieurs fois à l'insu d'eux, car ces angoisses
n'ont pas cessé d'obséder la victime ; comparez entre autres
Marc, VIII, 31 ; IX, 31 ; x, 33, et les passages parallèles dans
les autres évangiles. Cette disposition aigrie explique aussi tout
naturellement le ton irrité et vindicatif contre ses juges futurs
qui se fait jour dans la parabole des vignerons assassins (i^t-
dem^ XII, 1-9 passim). Suivant la coutume des écrits post-
bibliques, ces sortes de crises finissent toujours par l'apparition
d'un ange consolateur. Aussi lit-on à propos de la scène de
Gethsémani dans Luc, xxii, 43-44 : < Et étant tombé en ago-
nie il redoublait ses prières; et il lui vint une sueur comme de
gouttes de sang, qui coulait jusqu'à terre. Alors il lui apparut
un ange du ciel, qui vint le fortifier. » Il est facile d'induire
que les crises précédentes ont eu le même dénouement.
Maintenant reprenons le fil de notre démonstration. Jésus
fait pour la première fois allusion à sa mort prochaine dans sa
réponse aux pharisiens qui voulant le tenter lui demandèrent
un signe céleste, en annonçant qu'il ne leur 3era donné que le
signe du prophète Jonas (Marc, viii, 12 pa^sim). Cette phrase
est complétée ainsi qu'il suit par Matthieu, xii, 40 : « Car
comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la
2i REVUE SÉMITIQUE
baleine, ainsi le fils de Thomme sera trois jours et trois nuits
dans le cœur de la terre. » L'entretien se passa dans les confins
de Magdala ou Dalmanuta, après avoir nourri quatre mille
hommes avec sept pains et quelques poissons. Ensuite il fit
plusieurs voyages avec ses disciples qui ayant oublié d'acheter
du pain furent nourris par miracle avec un seul pain (Marc,
viii, 14-21). Enfin, étant en route aux environs de Césarée de
Philippe, il se mit à déclarer ouvertement qu'il devait souffrir
beaucoup, être mis à mort et ressusciter trois jours après. 11 eut
même à réprimander fortement Pierre qui s'opposait à Texé-
cution de ce projet : c Jésus reprit Pierre et lui dit : Retire-toi de
moi, Satan, parce que tu n'as point de goût pour les choses de
Dieu, mais seulement pour celles de la terre d {iHdem^ viif,
31-33). C'est à ce moment que Satan, rendu furieux par la
proximité de l'œuvre de la rédemption et particulièrement
excité par le sens injurieux que son nom avait pris dans la bouche
de Jésus, enleva son insulteur secoué intérieurement par les
affres de la mort, et le transporta dans le désert au milieu des
bêtes venimeuses, et après l'avoir privé de toute nourriture
pendant quarante jours, procéda méchamment à obtenir par la
cruauté beaucoup plus que ce que Pierre avait voulu obtenir
par une douce persuasion. Les deux premières apostit>phes
qui forment les prémisses de la vraie tentation, celle de
l'abjuration, ressortent maintenant cofume des sarcas-
mes impitoyables : TAh! tu crois être le fils de Dieu parce
que tu as nourri des milliers de personnes avec quelques pains,
maintenant que tu n'as que des pierres autour de toi, essaie
donc de les .changer en pain pour sustenter ton corps défail-
lant; â^'Tu t'es réjoui de me voir tomber du ciel sur terre,
en me croyant diminué en puissance, essaie donc, si tu Poses,
de te jeter seulement en bas du temple qui n'est pourtant pas
très haut et tu verras si les an^es accourront pour te sauver.
Sois sûr quMIs ne viendront pas, parce que c'est moi seul qui
suis le maître de ce monde et le distributeur unique de tout
pouvoir, donc, soumeis-toi à mm domination et je te rendrai le
plus heureux des hommes. Malgré ces terribles épreuves,
l'âme de Jésus resta inaccessible au doute, car les passages
des livres sacrés qu'il mania si à propos lui rendirent la con-
LA TENTATION DE JÉSUS 25
fiance nécessaire. Aussi, à la honte de Satan, les anges vinrent-
ils se mettre à son service pour le tirer d'embarras.
Il va sans dire que pendant Tabsence du maître, les disciples
et ceux qui le suivaient se dispersèrent de tous les côtés; c*est
pourquoi en revenant à la première place il fut obligé de les
rappeler (et con vocata lurba cum discipulis suis dixit eis {ibidem,
34). Marc seul a conservé ici la forme primitive, lesautres synop-
tiques l'ont laissée tomber : Matthieu, xvi, 24 donne : < Alors
Jésus dit à ses disciples >> ; Luc, ix, 33 : a Et il dit à eux
tous », expressions qui font disparaître la notion de l'intervalle
qui sépare les deux parties du récit. La seconde s'occupe natu-
rellement de ceux qui auront le courage de le suivre jusque
dans la mort.
Quant à la cause qui a déterminé les évangélisles à retirer
le passage de la tentation de ce milieu pour le placer après la
scène du baptême, on n'a pas besoin de la chercher longtemps :
ces compilateurs ont été choqués par l'accord fondamental
entre l'opinion de Pierre et les instigations de l'esprit malin. La
formule méprisante € Retire-toi de moi, Satan ! », qui est em-
ployée également à l'égard du disciple, était de nature à at-
teindre le prestige de Tapôtre considéré comme la base de
TÉglise. En éloignant Tun de l'autre les deux tentateurs, l'apos-
trophe à l'adresse de Pierre devient une simple métaphore et ne
contient plus le moindre arrière-go&t de flétrissure. Luc seul a
opéré d'une manière radicale : il a purement et simplement
éliminé le passage relatif au scepticisme de Pierre, scepticisme
qui contraste en apparence avec le témoignage de foi qu'il avait
déposé quelque temps auparavant {ibidem^ 20). Le Gode Si-
naiticus, prototype grec de la Vulgate, a même omis ladite for-
mule dans la scène de la tentation d'après la version de Luc;
mais c'est là, peut-être malgré tout, un oubli du scribe et qui
n'a pas besoin d'une autre explication.
Dans ce qui précède j'ai assigné le déplacement du passage
discuté aux évangélistes en général afîn de ne rien avancer qui
ait l'air d'un sentiment personnel. Cependant il ne peut pas
être question d'un accord fortuit survenu entre les trois synop-
tiques sur un point aussi spécialement réfléchi. Des auteurs
différents résolvent rarement la difficulté de leur archétype
26 REVUE SÉMITIQUE
d'une manière identique. Luc, il est vrai, doit être retiré du
milieu, puisque, en ce qui concerne notre récit, il dépend en-
tièrement de Matthieu. Les circonstances ne sont pas les mêmes
pour les deux autres synoptiques. Tous les deux ont certaine-
ment connu révangile plus ancien, puisque chacun d'eux pro-
cède d*une manière différente dans l'extrait qu*i!s en donnent.
Toutefois, la considération que, dans un grand nombre de cas,
Matthieu suit de préférence la rédaction de Marc, donne à
penser que le premier n'a fait qu'adapter le remaniement
opéré par le dernier, probablement parce que l'œuvre épito-
matique de Marc commençait déjà à éclipser le prestige des
anciens conteurs. C'est un fait observé partout : les extraits
et les abrégés se substituent souvent aux ouvrages originaux.
Soit par changement de goût, soit par des raisons de comme*
dite, on préfère la rédaction nouvelle et plus concise.
ORIGINE nu RÉCIT
•
Les biographes de Jésus ont la ferme conviction que le Christ
a accompli tout ce que la loi et les prophètes avaient prédit au
sujet du divin Messie, notamm.ent au sujet de ses souffrances
et de sa mort. C'était alors le trait particulier de l'exégèse or-
thodoxe de l'école pharisicnne et le jeune paulinîsme, de ten-
dances franchement cosmopolites, en a largement profité, sauf
à appliquer à son héros ce que Torthodoxie nationaliste appli-*
quait couramment au Messie futur. Mais loin de s'arrêter aux
livres canoniques, ces biographes cherchaient souvent des ins-
pirations dans la littérature post-canonique dite apocryphe
ou pseudo-épigraphique. Comme cette littérature est perdue
en grande partie, nombre de récils évangéliques qui n'ont pas
de prototypes bibliques présentent 5. nos regards une apparence
d'originalité et d'imagination primesautière qui étonnent dans
un produit de la théologie juive. Contrairement aux contes
mondains et aux proverbes, où l'imagination populaire peut
prendre le plus libre essor, les légendes religieuses, tout en se
modifiant dans les détails, se lancent rarement dans les domai-
nes non encore exploités par la conscience générale. Pour notre
cas particulier, l'expérience nous invite donc à chercher le mo-
LA TENTATION DE JÉSUS 27
dèle de la tentation de Jésus dans une tentation plus ancienne
et notre investigation doit forcément débuter par les livres ca-
noniques et ne descendre plus bas qu'au cas où ils ne suffiraient
pas pour nous renseigner.
L'Ancien Testament fait mention de deux justes fortement
et gravement éprouvés par un arrêt divin : Abraham et Job.
Abraham reçoit un ordre d'Élohlm lui enjoignant de lui sacri-
fier son fils unique; le patriarche se résigne à ce sacrifice,
mais l'exécution en est empêchée par un ange et le juste est
récompensé de sa fidélité. C'est une mise à l'épreuve dont Dieu
lui*même est l'acteur; il n*y a là aucun rapprochement à faire
avec notre légende. Dans le récit de Job, l'acteur n^est plus
Dieu en personne, mais le Satan (rjot^n) c'est-à-dire le procu-
reur du tribunal céleste dont la fonciion consiste à dresser
per fas et nef as des actes d'accusation même contre les hommes
les plus vertueux. Pour l'amour de son métier il emploie la
ruse et l'astuce pour mettre le juste à de cruelles épreuves
afin de tirer de sa bouche une parole de révolte contre la Divi-
nité. Job sut s'abstenir de cette grosse offense, mais dans les
entretiens qu'il eut avec ses amis il ne put retenir ses plaintes
d'être victime de fausses accusations. Dieu trouva ces plaintes
conformes à la vérité, probablement parce que sa cause avait
été habilement défendue par l'avocat du môme tribunal (Job,
xxxiil, 83). Job fut donc justifié et récompensé avec magnifi-
cence. Satan joue encore le rôle de procureur dans la vision
de Zacharie, m, 1-5, où le grand prêtre Josué portant des vête-
ments sales (= avili par les humiliations) se tient devant
Yahwé, écoutant l'exposé des accusations contre lui, mais dans
ce cas le point principal pour nous, l'essai de tentation manque
complètement. On le voit, même dans le cas de Job, Satan
agit en fonctionnaire trop zélé qui use des moyens les plus
cruels pour démontrer la thèse au fond exacte qu'il n'y a pas
d'homme absolument juste sur la terre, mais il se garde bien
(l'inciter les hommes au mal par des paroles insidieuses, ce serait
donner lui-même l'exemple du blasphème et il excuserait par
cela même les écarts des hommes. Ce n'est pas dans la sphère
de cette conception angélologique que la tentation de Jésus a
pu prendre naissance.
28 REVUE SÉMITIQUE
Dans la littérature de la dernière époque macbabéenne le
Satan^ l'ancien procureur de l'empire céleste, devient Satan
tout court, c'est-à-dire l'incarnation du mal absolu, Ange re-
belle, il poursuit un but unique, répandre le péché parmi les
hommes et se réjouir ensuite de les voir souiïrir et périr de misère.
Presque entièrement émancipé de son ancien patron, il est le vrai
maître de ce monde, il domine les hommes et dispose d*une
armée d'esprits malfaisants qui les affligent de toutes les mala-
dies et de toutes les infirmités imaginables pour plaire à leur
chef, lequel ne se contente pas d'avoir leur corps, mais veut
encore s'emparer de leur âme en leur faisant commettre quelques
péchés ou prononcer des paroles irrévérencieuses envers Dieu.
Ce développement satanologique fut sans doute accompli dans
la secte solitaire des Esséniens sur la base du livre d'Hénoch et
d'autres apocryphes de mêmes tendances. Je ne crois pas^que
le zoroastrisme y ait eu la moindre part. S'il y a quelque in-
fluence étrangère, je me tournerais plutôt vers les doctrines
ésotériques grecques, l'orphéisme, le pythagorisme, les mys-
tères d'ÉIeusis, etc. , qui avaient de nombreux adeptes à Alexan-
drie et en Asie. Car une partie des esséniens au moins savait
certainement le grec et se servait de la version des Septante*
Le premier fait m'a été naguère révélé par la coordination des
éclairs et des étoiles dans Hénoch, XLiii, 1 , coordination qui
repose visiblement sur l'étymologie du mot signifiant c éclair »
en grec, adTpaînî, de «crnip, a étoile ». Le second fait est as-
suré par la locution usitée par Jésus, du moins dans la rédac-
tion de Matthieu, xii, 39, et xvi, 4 : < génération mauvaise et
adultère » (yevti Trovyjpà xai [iot)(^ocliç), qui rappelle la version
des Septante d'Osée, m, 1 : {yuvaîxoL ayarrûffav) i:ovnpi xai fxot-
xaXiv (nsjjîjOT î;i nnns)» • ""® femme aimant le mal et
• • •
adultère », où le texte massorétique lit : nSMDI V"^ n^HN
\ •
c aimée d'un ami et adultère » (= dilectam amico et aduU
teram). Quelle que soit du reste la provenance du change-
ment en cause, il est incontestable qu'à la naissance du chris-
tianisme la doctrine de l'omnipotence de Satan dans ce bas
monde était populaire dans les milieux juifs. Jésus et les apô-
tres la supposent et la confirment en toute occasion. Sans elle,
LA TENTATION DE JÉSUS 29
l'idée de l*expiation par la mort du fils de Dieu et de la rédemp-
tion par la foi en lui n*aurait pu éclore dans une conscience
juive, quelque troublée qu'elle fût par le mysticisme exotique.
Mais ceci établi, nous sommes encore loin de l'état angélo-
logique où nous place le récit de la tentation. Satan dresse des
pièges au fils de Dieu lui-même ; ils se sait tellement souve-
rain maître de tout être corporel qu'il en fait son jouet. Sans
égard à sa faiblesse résultant d'un jeûne de quarante jours, il
ose rinsulter par des sarcasmes cuisants. Puis, en le prenant
dans ses griffes, il le transporte où il veut sans que la victime
puisse faire le moindre mouvement pour se soustraire à son
ravisseur. Enfin, lorsqu'il Ta suffisamment abreuvé d'amer-
tume il ose lui proposer un acte d'abjuration qui ferait du fils
de Dieu un génie déchu comme il Test lui-même et un vassal
soumis. Cette scène serait-elle due à une inspiration instan-
taoée du premier évangéliste ? On ne peut y songer devant le fait
certain que la christologie des évangiles ne consiste qu'en ap-
plication d'anciens symboles. Pendant longtemps, je désespé-
rais de trouver le mot de l'énigme et je me résignais à l'assi-
gner à quelque écrit perdu de la littérature de l'époque, lorsque
le hasard me mit sous les yeux un apocryphe juif enchâssé
dans un apocryphe chrétien, je veux parler du Martyre d'isdie
qui se trouve emmuré dans \ Ascension d'haie. C'est la source
cherchée. Je tâcherai de faire passer cette conviction dans
Tesprit de mes lecteurs.
LE MARTYRE d'ISAIE ET LA LÉGENDE ÉV ANGÉLIQUE
Auguste Dillmann a prouvé le premier en 1 877 que l'apo-
cryphe intitulé c Ascension d'Isaïe 2>, dont le texte éthiopien
avait été publié et traduit en anglais en 1 8 1 9 par R. Laurence ^
1. Uno bonne traduclion française de V Ascension d^Isaïe a été pu-
bliée par M. R. Basset (Les Apocryphes éthiopiens traduits en /'ran-
çais, III. Paris, 1894). M. Basset ne semble pas avoir connu Tôdition de
l'apocryphe par R. H. Charles {The Ascension ofisaiah, London, 1900).
Je proHte du fragment grec récemment retrouvé pour faire certaines cor-
rections aux anciennes traductions et pour ajouter quelques notes. Les
éditions de Dillmann et de M. Charles m'ont été prêtées par M. le pro-
fesseur Béer ; qu*il reçoive ici mes remerciements.
30 REVUE SÉMITIQUE
contenait deux récits très différents fondus ensemble: Tud
récit juif relatif au martyre du prophète Isale sous Manassé,
roi de Juda, filsd'Ézëchias, et S"" une vision christologique du
même prophète pendant le règne d'Ézéchias« Le récit juif qui
se sépare aisément de l'entourage chrétien se compose des pas-
sages II, 1-1II, 12 et V, 2-1 i. Isaïe est scié en deux par Pordre
de Manassé et sur Taccusation du Samaritain Bechira, inspire
par Satan. Cette légende était déjà admise à l'époque aposto-
lique (Hébreux, xi, 37) ; elle est aussi connue de Justin, de
Tertullien et des docteurs talmudiques. Tout doute est levé par
le témoignage d'Origène qui mentionne un écrit Juif où le
martyre d'Isaîe est raconté. En un mot nous y avons un petit
Midraà antérieur à l'ère chrétienne et c'est cette circonstance qui
m'a donné l'idée de l'examiner attentivement dans l'excellent
article de M. G. Béer paru récemment dans la grande collec-
tion des apocryphes juifs publiée par M. Emile Kautzscb,
professeur de théologie à Halle. Mon examen a eu deux résultats,
nouveaux pour moi l'un et l'autre. D'abord j'ai vu que le récit
a besoin d'être plus approfondi qu'on ne Ta fait jusqu'à pré-
sent. En second lieu j'ai acquis la conviction que cet écrit, en
apparence si modeste, fournit la clé de la tentation de Jésus^épi*
sodé évangélique des plus étonnants et dont l'obscurité à ce
que je sache est encore aujourd'hui aussi épaisse que jamais.
Pour mettre le lecteur à même de comprendre toute l'impor-
tance du sujet, nous croyons indispensatile de présenter d'abord
la traduction intégrale de ce petit texte et d'y consacrer un
certain nombre de notes qui en faciliteront Tintelligence*
TRADUCTION DU MARTYRIUM
II, 1 , Lorsque, après la mort d'Ézéchias, Manassé fut de-
venu roi, il ne pensa plus aux recommandations de son père
et les oublia. Et Sammaèl (nom de Satan) demeura sur Ma-
nassé et s'attacha à lui.
2, Manassé cessa de servir le Dieu de son père et servit
Satan, ses anges et ses puissances.
3 . Il détourna toute la maison de son père de Tadoration de
Dieu et de son culte.
LA TENTATION DE JÉSUS 31
4. Manassé changea aussi d'avis au point d'adorer Belial^
car le prince de l'iniquité qui domine ce monde est Bclial dont
le nom est Matanbukus (?). Celui-ci avait à Jérusalem sa joie
en Manassé qu'il fortifiait dans l'égarement et dans l'iniquité
qui y était répandue.
5. Alors se propagèrent la sorcellerie, les incantations, la di-
vination, Taugure par le vol des oiseaux, la magie» la luxure,
l'adultère* et la persécution des justes par Manassé, Bechira*,
Tobia Kanaanaï*, Jean d'Analhoth* et Sadoc*, chef du mobilier.
6,' Le reste du récit est écrit dans le livre des rois de Juda
et dUsraël,
7. Lorsque Isaïe, fils d'Amos, vit la grande iniquité qui ré-
gna alors à Jérusalem, Tadoration de Satan et de son arro-
gance, il se sauva de Jérusalem et vint s'établir à Bethléem
de Juda.
8. Mais comme il y avait là également beaucoup d'iniquité
il partit de Bethléem et s^établit sur une montagne dans
le désert.
9. Le prophète Michée, Anania le vieillard, Joël, Habacuc,
le fils d'Isale [Sear] Yasub et beaucoup de croyants se retirè-
rent et s'établirent sur cette montagne.
1 . Tous étaient vêtus d'un cilice, tous étaient des prophètes ;
ils n'avaient que leur corps avec eux et tous se lamentaient fort
de l'égarement d'Israël.
1t. Ils n'avaient non plus rien ^ manger que les plantes du
désert qu'ils amassaient sur les montagnes» ils les cuisaient en-
suite et les mangeaient avec le prophète Isaïe et ils passèrent
ainsi deux années sur les montagnes et les collines.
12. Après cela, pendant qu41s se trouvaient dans le désert,
apparut un homme, un Samaritain nommé Bechira, de la fa-
mille de Sedékia, fils de Canaani, un faux prophète qui habi-
tait à Bethléem. Hizkia, fils de Ganaani, le frère de son père,
vivait aux jours d'Acbab, roi d*Israêl ; il fut le maître des quatre
1. Manque en grec.
2« Manque en grec.
3. G. TOOCI TCÙ XXVOIVITCU.
4. G. moins bien ^iùtvàv t&u NAÔcûd.
5. Ajouté d'après G.
32 REVUE SÉMITIQUE
cents prophètes de Ba'^al, et il frappa et injuria le prophète
Michée, fils de Yimla.
13. Il fut blâmé par Achab et Michée fut jeté en prison avec
le faux prophète Sedekia. Ils étaient ensemble avec Ahazia,
fils d* Achab à Samarie\
14. Élie le Thisbite de Galaad réprimanda Ahazia et Sama-
rie et prophétisa qu^ Ahazia mourrait dans son lit de sa maladie
et que Samarie serait livrée aux mains de Salmanasar, parce
qu'il avait tué les prophètes de Dieu.
15. Lorsque les faux prophètes rapprirent, savoir ceux qui
[se trouvaient] auprès de Ahazia, fils d'Achab, et leur maître
Gamarias du mont Islal ',
1 6. et ce Bechira qui était frère de Sedekias, ils persuadèrent
Ahazias, roi de Samarie, de tuer Michée.
m, 1 . Bechira apprit et vit le lieu où se trouvaient Isale et
les prophètes qui étaient avec lui, car il demeurait à Bethléem
et était attaché à Manassé. 11 prophétisait aussi de fausses paroles
sur Jérusalem et plusieurs habitants de Jérusalem se lièrent
avec lui, bien qu'il fût Samaritain.
2. Lorsque Salmanasar, roi d'Assyrie, vint et conquît la Sa-
marie, et transporta les neuf tribus en captivité et les condui-
sit dans les provinces des Mèdesct aux fleuves de Gozan,
3. ce jeune homme se sauva et arriva à Jérusalem aux
jours d^Ézéchias, roi de Juda ; il ne suivit pas la voie de son
père, le Samaritain, parce qu'il craignait Ézéchias.
4. Il fut surpris aux jours d*Ézéchias prononçant des paroles
impies à Jérusalem.
5. Les fils d'Ézéchias l'ayant accusé (auprès de leur père)
il s'enfuit dans la contrée de Bethléem et il séduisit (les ha-
bitants).
G. Bechira accusa (donc) Isaïeet les prophètes qui étaient
avec lui en disant : Isaïe et ses compagnons prophétisent con-
tre Jérusalem et les villes de Juda qu'elles seront dévastées et
contre Benjamin qu'il ira en captivité et aussi contre toi, sei-
1. Correclion de Ch. appuyée sur la comparaison de G. et de E.
2. Gamarias d'après L.; O. I&larias; E. lyalërëyàs; lalal d'après
G.; E. a lyôêl ; L. Ephrem, Ch. voit dans laXak une corruption de
LA TENTATION DE JÉSUS 33
gneur roi, que tu iras en captivité chargé de crochets pointus
et de chaloes.
7. Eux (tous) annoncent de fausses prophéties sur Israël (?)
et Juda.
8. Isaîe même a dit : Je vois plus que le prophète Moïse.
9. Moise a dit : Personne ne peut voir Dieu et rester vivant,
mais Isaïe a dit : J'ai vu Dieu et voici je suis vivant I
10. roi, reconnais donc que ce sont de faux prophètes. U
(Isale) a appelé Jérusalem Sodome et les princes de Juda et de
Jérusalem peuple de Gomorrhe. Il accusa souvent Isale et les
prophètes auprès de Manassé.
1 1 . Belial s'établit dans te cœur de Manassé, des princes
de Juda et de Benjamin, des eunuques et des conseillers du
roi. Les paroles de Bechira lui plurent excessivement,
12. et il fit prendre Isale [pour être scié].
V, % Pendant qu*on sciait Isale, Bechira se trouvait là en
l'accusant et tous les faux prophètes s'y tenaient aussi en riant
et en se réjouissant de l'état d'Isaïe.
3. Belial qui est Matanbukus se tint devant Isaïe en le rail-
lant.
4. Alors Belial dit à Isaîe : Dis: En tout ce que j'ai annoncé
j*ai menti ; les voies de Manassé sont bonnes,
5. et aussi les voies de Bechira sont bonnes.
6. Il lui dit cela quand on commençait à le scier.
7. Mais Isale avait une vision du Seigneur et ses yeux étaient
ouverts [dans la direction du ciel] de manière qu'il ne les vit
pas.
8. Alors Malkira parla ainsi à Isaïe : Dis ce que je te dirai
et je changerai leur cœur et je ferai que Manassé, les princes
de Juda et tout Jérusalem t'adorent.
9. Alors Isaïe répondit et dit : De ma part (?)^ sois maudit, toi,
>!elkira, faux prophète, diable, ainsi que tes puissances et
toute ta maison.
10. Car tu ne peux t'emparer que de la peau de ma chair.
1 1 . Alors ils prirent Isaïe, fils d'Amos, et le scièrent avec
une scie en bois'.
i. Èrmn&sa ëmhhabêyanu, lecture visiblement fautive.
2. Bamàsarta ^ètz^ bien, Dillm. Ch. «erra lignea^ non « do (=: &)
HlVDt SillTlQCI 3
3i REVUE SÉMITIQUE
M. Manassé, Becbira, les faux . prophètes^ les prineea et
tout le peuple se tenaient là et regardaient.
1 3. Aux prophètes qui étaient avec loi [Isale] avait dit avant
quMI fût scié : Allez dans la contrée de Tyr et de Sidon, car
c'est pour nnoi seul que Dieu a mêlé le calice.
14. Isale n'a ni crié ni pleuré pendant qu'on le seiait, mais
sa bouche s'entretenait avec Tesprit saint jusqu*à ce qu'il fût
scié en deux.
LB MAATYRIUM ET L^ÉVANOILB
II suffit de jeter un regard sur Thistoire qui préeède pour se
convaincre que le Martyrium non seulement contient toute la
démonologie qui a rendu pos»ble l'épisode de la tentation racon-
tée par les trois évangiles synoptiques, mais un épisode du
même genre. Le nom seul du héros change : pour l'un le mar-
tyr est le prophète Isale» pour les autres il est Jésus de Naza-
reth. En face de ces coïncidences fondamentales, les diver-
gences déterminées par la situation des héros et de leur
entourage perdent toute valeur critique et s'expliquent d'elles-
mêmes. Une nuance importante est à retenir : le Martyrium
énonce catégoriquentent ce que TÊvangile sous-entrad ou
signale d'une manière indirecte.
Spécialisons les détails dans l'ordre qui leur est propre dans
le Martyrium.
a) Satan s'empare de l'homme qu*il pervertit.
« Sammàél (= Satan) demeura
Bur Manassé et s'attacha à lui. . ^ ^^ ^^^ ^^^ ,^^^^ ^^^^
'«',"*,'.. wi.j 1 nonunél8cariote.»(Luo, 1X11,4.)
. Behal s établit dans le cœur ^ ^^ .j ^^^ ^^ ^^^_
de MMMsé. des pr.noee de Juda ^^^^ ^"^^^ ^^^^ ^^ j^. .
et de Benjamin, des eunuques et t 9- »
des conseillers du roi. » (Ibid», *
m, 11.)
bois » (Basset), Baumsiige (Béer). Dans ce dernier cas, le déterminatif
« bois, arbre » serait superflu. D'ailieura, la légw&ds gree^pM» Ul, 16,
offre Vf irptovi (uXivf ; vf. Justin, DM. cum Tryph,, CZZ, 14^ 15.
LA TEKTATION DE JÉSUS
3S
« Manassé servit Satan^ ses
anges et ses puissances. » {ibid.,
il, W.)
« Il dira ensuite à ceux qui se-
ront à la gauche : Retirez-vous
de moi^ maudits, (ailes) ati feu
étemel qui a été préparé pour
Satan et pour ses anges. » (Mat-
thieu, XXV, 41.)
« Voici : je vous ai donné le
pouvoir de fouler aux pieds les
serpents et les scorpions et toute
la puissance de rEnnemi.» (Luc,
X, 19.)
d) Satan est le souverain de ce monde.
« Le prince de l'iniquité qui
domine en ce monde est Belial. t
(Ibid,, n, 4.)
a Et maintenant que le monde
va être jugé, c*est maintenant
que le prince de ce monde va
être jeté dehors. » (Jean, xii, 31.)
e) Satan a du plaisir à répandre le mal et aime
ceux qui lui obéissent»
Déliai avait sa joie en Ma-
nassé qu'il fortifiait dans l'égar-
rement et dans Tiniquité qui
était répandue à Jérusalem. »
ifbid., II, 4 )
« Le champ est le monde : le
bon grain, ce sont les enfants
du royaume (céleste); et la ziza-
nie, ce sont les enfants d'iniqui-*
té ; Tennemi qui Ta semée, c'est
le diable. » (Matthieu, xm, 38-39.)
t Vous êtes les enfants du dia-
ble et TOUS voulez accomplir le
désir de votre père. » (Jean, vrrr^
44.)
s
, *
j\r.
*<i
b) Celui qui ne sert pas Dieu sert Satan.
« Et Manassé cessa de servir
le Dieu de ses pores et servit Sa-
tan. * {Ibid.jU,^.)
m Manassé changea aussi son
sens et servit BeliaL » {Ibid^^
II. 4.)
t Je te donnerai toutes ces
choses, si en te prosternant de-
vant moi, tu m*adores. » (Mat-
thieu, IV, 9 passim).
c) Sa Un a ses anges et ses puissances.
\
s.
36
REVUE SÉMITIQUR
f) Satan peut tuer le corps mais n'a pas
de pouvoir sur Vâme
« Car tu ne peux prendre que
la peau de ma chair. » {Ibid ,
V, 10.)
« Ne craignez point ceux qui
tuent le corps, et qui ne peuvent
tuer l'àme; mais craignez plu-
tôt celui qui peut perdre TAme et
le corps dans Tenfer. • (Matthieu,
X, 28 passim.)
En vertu de ces parallèles de pensée et d'expression Tidcn-
tité de la doctrine relative au pouvoir de Satan dans ce monde
dans le Martyr ium Isaix et dans le Nouveau Testament peut
être considérée comme une certitude incontestable. Mais Rac-
cord de ces écrits reçoit son couronnement par leur commune
relation d*une scène de tentation satanique.
Nous avons montré plus haut le sens cruellement sarcastîque
des deux premiers défis que Satan lance à Jésus exténué de
fairn et tout à fait abandonné à la vengeance de son emiemi
implacable qui voudrait le forcer à commettre Tacte abominable
d'adorer Satan. Les mêmes circonstances se trouvent déjà à
propos du martyre d*Isa!e, même dans sa partie introductoire.
Voici ces nouveaux parallèles :
a) Transfèrement forcé au milieu du désert.
ff Isaie partit (de Bethléem) et
s'établit sur une montagne dans
le désert. » {Ibid., ii, 8.)
« Et aussitôt après Tesprit le
poussa dans le désert. » (Marc,
I, 12, passim.)
b) Torture de la faim : manque de pain pendant
une durée considérable.
« Ils (Isaîe et ses compagnons)
n'avaient non plus rien à manger
que les plantes qu'ils amassaient
et cuisaient ensuite; et ils pas-
sèrent ainsi deux ans sur ces
montagnes et ces collines. »
(/6id., II, 11.)
a Et ayant jeûné quarante
jours et quarante nuits il (Jésus)
eut faim ensuite. » (Matthieu,
IV, 2.)
« Il ne mangea rien pendant
tout ce temps-là {su quarante
jours et quarante nuits), et lors-
que ces jours furent passés, il
eut faim. • (Luc, iv, 2.)
L\ TKNTATIOX DE JÉSUS
37
o) Emprisonnement du martyr.
« Le discours de Bechira (agent
de Satan) plut k Manassé (égale-
ment possédé par Satan) exces-
sivement et il fit prendre Isaîe. »
(/6td., III, H-iV.)
<c Alors Jésus fut conduit dans
le désert pour y être tenté par le
diable. » (Matthieu, iv, 1 passim.)
d) Le martyr conseille à ses compagnons (f aller à Tyr
et à Sidon,
« Aux prophètes qui étaient
avec lui, (Isaîe) avait dit avant
qu'il fût scié : Allez dans la con-
trée de Tyr et de Sidon. »
c II partit ensuite de ce lieu-
là et s'en alla sur les confins de
Tyr et de Sidon. » (Marc, vu, 24.)
« Jésus quitta ensuite les con-
fins de Tyr et retourna par Sidon
vers la mer de Galilée. » [Ibid.,
31.)
e) Le martyr boit le calice préparé par Dieu*.
« Car c'est pour moi seul que
Dieu a mêlé ce calice. » (/btd.)
« Et il disait : Abba, mon père,
transporte ce calice loin de
moi. B {Ibid., ziv, 36, et paral-
lèles.)
f) Le tentateur est Satan en personne; il raille le martyr»
a Et le tentateur (= le diable)
s'approchant de lui, lui dit : Si tu
es le fils de Dieu, dis que ces
pierres deviennent des pains. »
{Ibid,, rv, 3 passim.)
a En le mettant sur le haut du
temple le diable lui dit : Si tu es
le fils de Dieu, jette-toi en bas. »
{Ibid., IV, 6 passim.)
« Reliai se tint devant Isaîe
en le raillant. » {Ibid., v, 3.)
1 . A ce propos, les commentateurs se contentent de dire : « calice »
ou « coupe » désigne aussi bien «la Joie» que c la souffrance» ; ici il est
employé dans ce dernier sens. » Mais, dans l'Ancien Testament, le calice
des souffrances est la part des grands coupables (Isaîe, Li, 17, 22; Ézé-
chiel« XIIII, 32, 33 ; Psaumes, xi, 6, passim) ; l'application à un innocent
est un tour de force dont le Martyrium a la priorité indubitable.
38 REVUE SÉMITIQUE
g) La tentation veut Siboutir à un acte d'adoration
qui apporterait au martyr prospérité et gloire.
c Le diable le transporta en-
a Alor0 Malkira parla ainsi à core sur une montagne fort haute
Isaie : Dis ce que je te dirai et je et lui montrant tous les royau''
changerai leur cœur et ferai mes du monde et toute la gloire
que Manassé, les princes de qui les accompagne, il lui dit :
Juda et tout Jérusalem t^ado- Je te donnerai toutes ces choses
rent. i {Ibid., Y, 10.) si en te prosternant devant moi,
tu m'adores. » {Ibid., iv, 8-9).
J'ai laissé parler les documents ; je n'ai pas changé an iota
dans leurs rédactions. Les coïncidences dépassent en qualité et
en quantité tout ce qu'on pouvait légitimement espérer dans
l'application d'une légende créée pour un personnage biblique
à un personnage tel que le héros de l'Ëvangile. Les quelques
divergences qu'on aperçoit sont insignifiantes et ont à peine
besoin d*être expliquées. Il est par exemple évident que les
évangélistes liés par le précédent de Moïse inaugurant l'Al-
liance législative du Sinal ainsi que par celui du pèlerinage ac-
compli par le prophète Élie à la môme montagne sacrée (I Rois,
XIX, 8), n'ont pas pu prolonger le jeûne de Jésus au delà de
quarante jours et de quarante nuits. Si Isale et ses compagnons
sont restés deux ans dans le désert sans manger du pain^
c'est qu'ils avaient des plantes comestibles pour tromper, si-
non pour apaiser leur faim ; Jésus comme MoTse et Élie n'avait
même pas de plantes cuites h, manger ; il était donc naturel de
limiter son jeûne au même espace de temps. L'emprisonne-
ment d'Isale, simple prophète, se fait par Manassé, agissant
sous rimpulsiou de Satan, celui de Jésus poussé par l'esprit
ne peut s'accomplir que po-r Satan en personne. Enfin, dans
le Martyriumi Satan ne pouvant songer à enlever la royauté
à son fidèle serviteur Manassé, promet à Isale seulement la
gloire d'être adoré par le roi et ses sujets, naturellement comme
une incarnation de lui-même. Cette considération n'existait pas
dans le cas de Jésus, et c'est pourquoi Satan lui offre la
royauté universelle s'il veut l'adorer. On reconnaîtra que ces
variantes sont commandées par la situation et par le simple
sentiment du conteur adapteur, lequel n'y a ajouté qu'un seul
LA TENTATION DE JÉSUS 39
trait» celui de la cohabitation de Jésus avec les bétes du désert»
Encore cette addition lui a été inspirée: d'une part par la des-
cription du désert dans le Deutéronome, viii, 15, d'autre part
par l'image du juste qui vit en paix avec les bêtes des champs
(Job, V| S3). J'ai déjà fait remarquer plus haut l'intention qui
préaide à cette mention particulière. Par contre» l'auteur du
Martyrium, qui ne cherchait point à glorifier les prophètes»
n*avait aucun intérêt à en parler*
Résumons les résultats de la précédente investigation :
1 • La démonologie évangélique s* accorde de tout point avec
eeile qu'enseigne le Martyrium haix, Midraâ, probablement
d*origine essénienne et écrit en hébreu ou en araméen.
%. L'épisode de la tentation de Jésus avait sa place primitive
après le récit concernant la réprimande adressée par Jésus à
Pierre qui l'adjura de ne pas s'exposer à la mort (Marc» viii»
33; Matthieu, XVI, 2!3).
3. Le récit de la tentation lui-même est une copie légère-
ment modifiée de la tentation d'Isaîe racontée par le Martyrium.
SUPPLÉMENT
LES NOMS PROPRES MENTIONNÉS DANS LE MARTYRIUM
La grande importance que prend le Martyrium ôblub la fon-
dation du christianisme fait naître le désir de n'y laisser autant
qu'il est possible aucune allusion incomprise. Cette raison
m'engage à examiner encore plus soigneusement les noms des
personnages qui y sont mentionnés et dont plusieurs nous sont
parvenus sous des formes très corrompues. Les noms propres
réfléchissent souvent, notamment dans les légendes religieuses»
un ensemble de doctrines contemporaines et même antérieu-
res dont les sources sont perdues; pour l'histoire religieuse le
rétablissement exact des noms propres constitue donc un auxi-
liaire qui n'est point à négliger et qui est parfois indispensable,
1) Les noms des vrais prophètes.
Isaïe n'est pas seul à souffrir des persécutions de Manassé.
Ses compagnons de souffrance pendant sa retraite dans le dé-
iO REVUE SÉMITIQUE
sert sont les prophètes Michée (éth . Michias = Miye^iaç), le
vieux Ânanias, Joël,Habacuc (éth. Enbaqém=^Ap£<xKovu) et le
fils d'Isaïe, Sear-Yasûb (éth. lyosab). Ces personnages sont con-
nus; mais quel est < le vieux Ananias i> ? Aucun commentateur
ne s*en est occupé. L'épithète c le vieux i» fait assez voir qu'il
s'agit d*un prophète plus ancien que ceux qui viennent d'être
nommés. Gela me conduit à y reconnaître le prophète Hanani
(Avovi), père de Jéhu, mentionné dans I Rois, xvi, 4-4,
comme ayant annoncé la destruction de la famille de Ba^èa,
roi d'Israël. Au verset 7-8 qui forme un résumé abrégé
du premier passage, la mention est ainsi libellée : <c Jéhu, fils de
Hanani le prophète », K'^^JH ^3jn p KWy ^^ '® ^i'*"^ ^® P^^'
phëte peut être rapporté à Hanani ; c'est l'interprétation ad-
mise par notre agadiste, qui a pu lire n^j^n ^ cause du n ^^
mot suivant.
2) Les noms des faux prophètes.
Les fidèles furent persécutés par Manassé assisté des faux pro-
phètes : Bechira, Tobia Ganaani, Jean d'Ânathoth et le trésorier
Sedecias. Ges noms ne se trouvent pas dans l'histoire de Manassé
(H Rois, XXI, 1-16), ils ne sont cependant pas tout à fait in-
ventés. Je consacrerai plus loin une place à part à Bechira.
Je n'hésite pas à identifier c Tobia Kanaani » avec < Tobia
r Ammonite, -ïJTOj^n iT31D» l'associé de Sauballat, tous lesdeux
établis à Samarie et ennemis inconciliables de Néhémie (JV^A^-
mie, Yi, 1 , 12, 1 4) ; ils cherchaient à empêcher la reconstruc-
tion de Jérusalem. Tobia était allié aux grandes familles ju-
déennes et avait de nombreux partisans (ibid.^ 17-19).
Yol^anan de ^'Anathoth ne peut naturellement pas être le fils de
ce Tobia qui portait le nom de Yo^anan (ibid., 18), mais
j'incline à y voir le prince Yo^anan, fils de Qarêab, p pnT
l^-)p, l'adversaire de Jérémie qui, malgré la prophétie de ce
dernier, a ramené en Egypte le reste des Judéens et forcé Jéré-
mie à s'y rendre avec lui (Jérémie, xuii, 4-7). Notre légende
le déclare originaire de ^Anathoth, probablement par égard à
cette circonstance que les gens de cette ville étaient les plus
grands ennemis de Jérémie qui était leur compatriote {ibid. , xu
LA TE{?TATrON DE JÉSUS 41
21). Enfin, Sadoc ou Sedekias, chef du mobilier royal, est
copié sur èebna, i^yytl (Somnas, Sebnas), à qui Isale prédit
Texil et rabaissement dans la terre étrangère (Isale, xxii, 1 5*
18). Quant à l'anachronisme de faire agir ensemble des per-
sonnes appartenant à diverses époques, c*est le péché
mignon des légendes en général ; celle que nous étudions y
plonge avec délices.
3) Les noms de Satan et de Bechira.
Satan apparaît sous les noms de Sammaêl (éth. Samâyal)^
Belial (éth. Berial, Beliar)^ Matanbukus (éth. Matanbakas,
Metembekus) et Malkira. c Belial », plus correclement Bë-
liya\ily ^)r^Sa« ^ non-remontant 2>, semble avoir été Pancien
surnom de THadës personnifié qui fait descendre les morts dans
le monde souterrain, mais ne les laisse plus remonter 07y^'*^3)
sur la terre des vivants. Devenu une abstraction au sens d'ini-
quité, il forme les composés ^^^^3 13T» BT^N» P» ^'^•»
€ homme, chose inique » ei reçoit alors Tarticle : 'jy^^sn tîr»X
Pli;^ (I Samuel, xxv, So), € cet homme inique >. Cependant
le sens mythologique apparaît encore dans ^j^^^S ^Vto
^2^y3^ (Psaumes, xvui, 5), a les fleuves de l'Hadès m'épou-
vantent », où ^W^Zl est parallèle à niû» ^ '^^rt », et dans
13 pXî^ by^Vs "I3T {ibid, xli, 9) qui paraît bien signifier
c une chose de THadès est répandue en lui », c'est-à-dire : il
est affligé d'une maladie mortelle. Les légendes post-bibliques
en ont fait l'usage le plus larçe. L'équivalent de Belial, Ma-
tatUmkus a une forme bizarre et n'a pas été expliqué jusqu'ici.
Chez les mystiques la possession d'un mauvais esprit est dési-
gnée par p.'j3i (de pan, « s'attacher, s'unir »). L'expression
semble être plus ancienne qu'on ne le croit communément. Une
Baralta (T. B. Sabbat, 32, 1 ) rapporte au nom de Rabbi José
que trois dangers mortels guettent la femme qui néglige ses
devoirs relatifs aux menstrues, à la consécration d'un morceau
de la pâte de pain et à l'allumage des lampes le vendredi soir
en l'honneur du Sabbat, ni£^«3 MrQ2 nn'»D '^pnn nwb*2/
49 REVUE SÉMITIQUE
T3n npbnm nVm m: nn^o >p2T ' j nb noKV Le Tai.
mud hésite lui-môme entre la leçon nO^D ^pl3' * épreuves
de mort » et, celle depin^D ^p31* * attachements, possessions
de mort », mais le verbe ixmjt ^ sont créés », milite en faveur
de la seconde leçon, excellemment expliquée par Rast : <k (On
les appelle ainsi) parce qu'ils font attacher et rapprocher la
mort avant son heure » (•ïjg*^ riTV^D P^^lpûl pp3"tDEr
n^Qî)- ^^^^ ^^ ^^* iîatanbukus^ Matanbakas (Mekembekus)
serait la trancription fort peu altérée de Mer(ïa66 W^ = paino?
c celui qui s*attache, qui possède >.
Plus transparent est le nom Sammâël, b^âD« * poison d*ÊI >,
qui est l'instigateur des hommes au péché et en même temps
range ou l'agent de la n)ort. Sammaël laisse tomber de son
épée quelques gouttes de poison dans le gosier du mourant et
l'égorgé ensuite. Cela coïncide singulièrement avec Texpres-
sion pxi^, < versé », que nous venons de citer, et fait suppo*
ser que la légende remonte à Pépoque biblique; le nom seal de
bKâD aurait été forgé plus tard. Il est encore absent du livre*
d'Hénoch.
Pour Malkira enfin, le doute n'est pas possible, c*est sim-
plement yTn'^o ou j;t5^P' ^^ ^^^ ^® ^^^ *» épithète mar-
quant le caractère principal de Satan,
Il est opportun de joindre ici Tétymologie du nom de Bechira
Br^etpaç (formes éthiopiennes corrompues s Ibkira^ Abkira,
Balkiray Belakira), non expliqué par les commentateurs. Nous
y avons, je crois, un nom formé sur le modèle de yn^J^a.
savoir j^n^Tna- * '^'^ ^^ ^^^^ •» ^^ V^^^^^ ^ messager
du Mal ». Un serviteur de Satan aussi zélé méritait bien ces
épithètes caractéristiques.
BECHIRA
Ce personnage légendaire est Tagent le plus énergique de
Satan et rinstigateur principal des persécutions. Il est surtout
Tennemi personnel du prophète Isaïe. Les notices le concer-
LA TENTATION DE JÉSUS 43
nant dans notre apocryphe sont des plus curieuses. Bechira
était Samaritain de naissance et de la famille du faux prophète
Sédécias, fils de de Ranaana qui frappa au visage le prophète
Michias en présence d'Achab, fils de Josaphat (1 Rois, xx.vii,
24). Lorsque Salmanasar eut pris 8amarie et emmené les ha-
bitants en captivité, Bechira, encore jeune, se sauva à Jérusa-
lem sous le règne d'Ézéchias, y fit le métier de prophète et fut
applaudi par le peuple parce qu'il avait abjuré le culte sama-
ritain et s'était joint au sien. Gomme il tenait des discours im-
pies, il fut accusé par les fils d'Ézéchias auprès de leur père
et il fut obligé d'aller s'établir à Bethléem. Il retourna à Jéru-
salem sous le règne de Manassé, dont il devint un partisan
très ardent et le principal favori. Alors il excita le roi contre
Isaïe et les autres prophètes pour avoir annoncé la destruction
de Jérusalem et l'exil de Juda et de Benjamin. Il ajouta qu'ils
avaient prédit que Manassé serait emmené en captivité chargé
de chaînes et de crocs de fer. A Isale en particulier il reprocha
la prétention d'avoir vu Dieu sans mourir ensuite, tandis que
Moïse affirmait que l'homme ne peut pas rester en vie après
avoir vu Dieu. Lorsque Isaïe fut condamné à être scié, Bechira
manifesta sa joie en raillant le martyr.
Cette notice biographique donne lieu à plusieurs points d'in-
terrogation. On se demande: V Pourquoi le conteur attribue
l'accusation d'Isale à un Samaritain ; un faux prophète judéen
aurait fait la même besogne. S"" L'établissement de Bechira à
Bethléem ne semble pas non plus être sans quelque raison.
Puis, S"" on ne comprend pas très bien pourquoi le châtiment
atteint Isaïe seul et non pas les autres prophètes qui étaient
tous adversaires du roi. Enfin, 4Tidée la plus étrange est celle
de faire revendiquer l'honneur de Moïse par un faux prophète
adorateur de Satan. Les commentateurs ont glissé rapidement
dessus, mais les difficultés sont sérieuses et ont besoin d'être
résolues.
L'aplanissement nécessaire est assez aisé en ce qui con-
cerne la question du n*" 2. Bethléem, la ville judéenne la plus
proche de Jérusalem du côté du sud, ayant déjà servi de reluge
h Isaïe qui croyait y trouver moins de corruption que dans la
capitale, Fauteur y a installé en même temps Bechira afin d'ex-
a REVUE SÉMITIQUE
pliquer pourquoi, contrairement à ses prévisions, la cité de
i^ethléem, berceau de la famille davidique^ne cédait en rien à
la capitale en fait de corruption et de culte démoniaque. Cest
la propagande de ce détestable adorateur de Satan qui y a
produit les mêmes abominations. L*énigme n* 3 peut être ex-
pliquée en mieux précisant le sens d*un mot. Le texte éthiopien
donne verbalement au verset 1 3 la phrase suivante : c Aux
prophètes qui étaient avec lui, il (Isale) dit avant qu il fût scié:
Allez dans la contrée de Tyr et de Sidon, car c*est pour moi seul
que ce calice a été mêlé > ; il faut comprendre avant quHl fût
pris pour être scié. Les compagnons d^Isaïe ont trouvé leur sa-
lut dans une fuite, conseillée par Isale lui-même avant Parrivée
des sbires de Manassé. J^ai déjà signalé plus haut que la men-
tion des c contrées de Tyr et de Sidon au verset y, 1 3, comme
lieu de refuge pour les compagnons d'Isale, a été le modèle
du récit évangélique qui fait aller Jésus dans leur voisinage
(Marc, Yii, 24-31 ; Matthieu, xv, SI). Pour notre légende, la
recommandation d*lsaïe s'explique fort bien par le précédent
du prophète Élie qui trouva Thospitalité dans la ville de Sa-
repta, ville sidonienne, située près du territoire de Tyr (I Rois,
XYii, 8). Élie, mourant de faim et de soif, avait été autorisé à se
rendre dans cette ville païenne par Tordre formel de Yahwé.
La légende évangélique ne fournit aucun cas de force majeure
analogue pour motiver le passage de Jésus près de ces contrées,
et le seul but que poursuit le narrateur, c'est de montrer que
les païens sont moins rebelles à admettre la divinité de Jésus
que les Juifs. C'est un motif d'ornementation dont l'absence
n'aurait présenté aucune lacune. Un fait du même genre nous
est donné à propos de la marche miraculeuse sur le lac de
Génésareth. Jésus qui avait presque exécuté cette marche pen-
dant une tempête, invite Pierre à venir auprès de lui sur Teau.
L'apôtre marcha pendant quelque temps, mais épouvanté par
la violence du vent, il perdit la foi et se serait noyé si Jésus ne
l'avait mis dans la barque, en faisant arrêter le vent^ (Marc,
•
1 . LMntention de faire dépasser les miracles de Moïse et d'Elisée est
évidente. Ces prophètes traversent à pied sec respectivement la mer
Rouge et le Jourdain, en séparant les eaux, Tun au moyen d'un vent fort
et de son bâton, l'autre au moyen du manteau prophétique ; Jésus marche
LA TENTATION DE JÉSUS 45
Vf, 48). Toutes ces promenades nocturaes du maître et de son
disciple sur les vagues soulevées par le vent, sont dépourvues
de tout but de bienfaisance ou de morale et ne sont là que pour
faire pousser aux spectateurs le cri d'adoration : c Tu es vrai-
ment fils de Dieu! d.
J'ai longtemps réQéchi sur la première difficulté et j'ai fini
par me convaincre qu'elle ne peut être séparée de la dernière
que je tenais jusqu'ici pour indépendante. En Judée tous les
prophètes donnaient des oracles au nomde Yahwé; il n'y a pas
trace de ces prophètes de Ba^al qui pullulaient dans le royaume
du nord\ Cependant les prophètes yahwéistes étaient souvent
en désaccord sur des questions politiques et alors les partis
adversaires se lançaient réciproquement l'épithète désobli-
geante de faux prophètes en pronostiquant des catastrophes
pour leurs partisans et pour eux-mêmes. La victoire de l'un
ou de Tautre parti dépendait au fond de la faveur dont il jouis-
sait à la cour auprès de laquelle ils cherchaient à accuser les
adversaires de fomenter la rébellion au milieu du peuple contre
l'autorité royale. Une telle accusation entraînait ordinairement
ia condamnation à mort du prophète en cause. Gomment se
fait-il donc quefiecbira, outre le crime de lèse-majesté, insiste
encore sur la prétenlion d'Isaïe d'avoir démenti Moïse qui
affirmait que personne ne peut voir Dieu sans être frappé de
mort ? Le bon sens satanique aurait d& au contraire prendre
note de cette particularité comme un motif d'indulgence en
•
lui-même et fait marcher son disciple sur la surface de la mer et fait
apaiser ia tempête à son gré. La même tendance se révèle dans les mira-
cles des pains multipliés et de la résurrection de Lazare. D'un côté, mul-
tiplication de farine et d'huile d'une famille pauvre (I Rois, xvil, 8-16;
II Rois, IV, 1-7) et résurrection d'un enfant mort subitement (I Rois, xvii,
17-22 ; II Rois, iv. 19-21, 32-35) ; de Tautre, multiplication de pains cuits
et de poissons rôtis pour nourrir plusieurs milliers de personnes, et ré-
surrection d*un mort enterré depuis quatre Jours (Jean, zi, 39-44). Le
changement d'une grande quantité d*eau en vin excellent (i6id., il, 1-10)
a également pour but de surpasser les proportions modestes de la con-
servation de Thuile que je viens de mentionner. C'est le cas de dire :
Noblesse oblige ; un dieu doit surpasser les prophètes.
1. Le culte de Baal et d'Astarté a bien existé en Judée, mais la faculté
de rendre des oracles est restée le privilège des prophètes du dieu
national.
46 REVUE 8ÉMITIQUB
faveur d'Isale. Or toute étrangeté disparaît quand on tient en
mémoire l'origine samaritaine de l*accusalear. En effet, les
Samaritains admettent notoirement la seule autorité des cinq
livres de Moïse et rejettent le reste de la Bible comme des
œuvres de faux prophètes ayant substitué le temple de Jérusa*
lem à celui du mont Garizim que le grand prophète de TExode
avaitdésignéavantdemourir.G*estcettevieillerancunequi éclate
dans sa haine particulière pour Isaîe. Becbira s'attache par
intérêt au roi de Jérusalem, mais ses anciens instincts samari«»
tains le débordent au point de changer en on acte coupable
ce que, en qualité d'adorateur de Satan, il devait regarder
comme s^harmonisant parfaitement avec ses propres idées.
Voilà un trait psychologique que le narrateur a habilement
exploité dans sa trame, laquelle ne recèle dès lors aucun élé*
ment vague ou tant soit peu obscur.
BECHIRA ET JUDAS ISCARIOTE
En présence de la constatation du fait désormais indéniable
de la profonde influence que le Martyrium d'isale a exercée sur
les anciennes traditions du christianisme naissant, une ques-
tion se présente involontairement à Pesprit. Est-il imaginable
que ceux qui se sont approprié presque tous les traits caracté-
ristiques de l'apocryphe et surtout l'ensemble de sa doctrine
démonologique, aient négligé d'utiliser en même temps le type
du personnage si original de Bechira dont l'agisseroent néfaste
a causé la mort cruelle du prophète Isale? La mort d'un inno-
cent forme l'aboutissant commun au Martyrium et à TÉvan-
gile ; ils ne diffèrent que sur le genre du supplice, ce qui est
un point secondaire et variable suivant les circonstances. Dans
les deux événements les meurtriers sont inspirés par Sataa
(Martyrium^ u, 1-2; Jean, viu, ii^passim); n'est-il pas na-
turel de penser que le prince du mai faisait ses affaires dan
le dernier cas comme dans le cas précédent au moyen d*iiii
gérant en chair et en os digne de loi? L'attente d'un Bechira
évangélique est d'autant plus justifiée que le fantôme de ce
personnage malfaisant a bel et bien hanté l'imagination des
adversaires de Jésus. Au reproche que celui-ci leur avait faitdene
point écouter ses paroles, ils répondirent : c N'avons-nous pas
LA TBNTATION DE JÉSU8 47
ndson de dire que tu es un Samaritain et que tu es possédé
du démon? » (Jean, yiii» 48). Un Samaritain possédé du dé-
mon et préchant l'hérésie, n^estrce pas Timage exacte de Be-
cbira? Il faut être frappé d*une myopie bien singulière pour ne
pas le reconnaître. Et de plus, ces paroles sont tournées de
manière à faire supposer que Palhision était comprise de tout
le monde et que ce n*était pas la première fois que cette quali-
fication était appliquée au maître galiléen. S'il en est ainsi, il
n'est plus déraisonnable de penser que Bechira doit également
avoir son représentant dans la légende chrétienne, et ce repré-
sentant, il n'est pas difficile de le deviner, n^est autre que Judas
Iscariote. Qu'on ne se trompe point sur le sens de ce rappro-
chement : ce disciple de Jésus a réellement existé; au moins
rien ne prouve le contraire. Il est également admissible qu'il a
abandonné le parti de Jésus pour se rallier au parti hostile;
le parallélisme que je suppose a pour seul but de montrer que
les couleurs de la figure de Bechira ont déteint sur la descrip-
tion que les évangélistes donnent de ce traître.
Les récits relatifs à ce sinistre personnage sont d'une so-
briété extraordinaire. Jésus l'accepte parmi ses disciples et ne
le traite pas plus mal qae les autres; il le charge même de la
comptabilité de l'association, ce qui est une mission de con-
fiance. Cela marchait régulièrement jusqu'à l'époque du dé-
nouement final . Â l'occasion du repas pris h Béthanie , une femme
ayant versé sur la tête de Jésus un vase plein d'un parfum de
nard d'épi de grand prix, la question d'économie a failli soule-
ver une tempête. Les disciples étaient d'avis qu'il aurait mieux
valu vendre le parfum et en distribuer le prix (300 dinars)
aux pauvres, mais le maître leur imposa silence en disant:
€ Vous aurez toujours des pauvres, mais moi je ne serai pas long-
temps avec vous. Laissez la femme tranquille : elle m'a em-
baumé pour préparer ma sépulture i» (Marc, xiy, 3-9; Matthieu,
XXVI, 6*13). La trahison de Judas suivit immédiatement (Marc,
XIV, 10-11 ; Matthieu, xxvi, 14-15). Luc ne mentionne pas le
repas et semble reléguer à une autre occasion l'acte de la
femme (vu, 36-50) ; il raconte cependant comme les autres sy-
noptiques la première démarche de Judas, en ajoutant toutefois
qoe Satan était entré dans le corps du traître (Luc^ xxii.
48 REVUE SÉMITIQUE
3-6). Puisqu'il fallait qu'il y eût un traître afin d'accomplir ta
prévision des Psaumes, xu, 10, l'entrée de Satan a pour but
d'expliquer l'obscurcissement subit de la conscience de cet
homme jusqu'alors intègre et fidèle. Toute autre tournure est
donnée à l'événement dans le récit de Jean, xn, 1 -8. La femme •
généreuse était Marie, sœur de Marthe et d'Elazar (Lazare) et ^
c'est Judas seul, appelé ici Judas fils de Simon Iscariote, qui I
aurait préféré vendre le parfum qui valait 300 dinars pour les
donner aux pauvres. L'auteur ajoute aussitôt : c 11 disait ceci, ;
non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était larron !
et qu'ayant la bourse il portait l'argent qu'on y mettait » (Jean, I
ibid.,, 6). Ainsi Judas était dès le début un homme malhonnête, I
un larron déguisé, c'est pourquoi Satan en lit le traître pré- |
destiné. Judas qui abjure le culte du fils de Dieu et voue une j
entière soumission à Satan pour faire mener à une mort igno-
minieuse son seigneur et son dieu (Jean, xx, 28), n'est-il pas un
reflet renforcé de Bechira, Samaritain apostat qui a recours à
^ atan pour faire condamner à une mort cruelle le plus grand
des prophètes ? Il faut remarquer que l'intermédiaire d'un traî-
tre n'est pas ici aussi nécessaire que dans le cas d'Isaïe : Jésus
avait souvent enseigné publiquement dans le parvis du temple
et était connu de beaucoup de monde ; il n'était donc pas difficile
de s'assurer de sa personne sans faire du bruit. Je dirai encore
moins du passage des Psaumes cité plus haut qui n'est que ce
que les Talmudistes appellent î«o^];3 NnDDDN» ^ ^" simple
dippixi a posteriori ». L'insistance sur son intervention, sinon
l'intervention elle-même, semble donc avoir été déterminée par
le souvenir de l'accusateur d'Isaïe.
Peut-être y a-Uil lieu de faire un pas de plus. Parmi les
douze disciples, cinq sont mentionnés par leurs noms propres
(André, Philippe, Bartholomée, Matthieu et Thomas), un par
la filiation seule (Jacques, fiisd*Âlphée), deux reçoivent encore
un surnom (les frères Jacques et Jean, fils de Zébédée, sur-
nomméâ c fils du tonnerre »), trois ont un surnom seul (Simon
surnommé Pierre ; Labbée, surnommé Tadée ; Simon le zéla-
teur^); Judas en fait exception, car sa désignation ce Iscariote i
1. L*original judéo-araméen portait H'Hap = t*ï- ^K3P Marc et Mat-
thieu ont littéralement transcrit 6 «amicç (corruptions intérieures grecques
LA. TENTATION DE JÉSUS 49
est d'un ordre géographique. Est-ce le jeu d'un pur hasard ?
Cela se peut, mais cela peut aussi avoir une cause. Cherchons
encore. Que signifie oc Iscariote >? Je u*ai jamais lu un com-
mentaire de TÉvangile; j'ignore donc absolument Topinion
des exégètes à ce propos. Il me semble cependant que les mo-
dernes, sur le précédent de Luther, donnant la préférence à la
variante InapitaB^ y voient la forme originale nVlp W^H^
m
<L homme de Qerioth j>, en pensant à la ville de la Judée qui
porte ce nom (Josué, xv, 24), mais à cela s'opposent des diffi-
cultés très sérieuses. Dans ce passage le mot ninp ^^^ rendu dans
la version des Septante par a villes » (iroXecç), de manière que le
nom propre disparait du même coup, et on sait que les évangiles
suivent partout la version grecque. Puis la fortoe n VIp EPX ^t
purement hébraïque, tandis que Toriginal araméen devait avoir
rWlp JtHH (o" mj) ^^ K^nVTp» c® Q^î aurait donné Kapiwôaio;
au lieu de 'loxapcun^ç. La variante 'Ia3capia>9 est trop rare et trop
inconstante dans les mêmes manuscrits pour qu'on puisse y
méconnaître une timide tentative d'hébralsation comme cela
est inversement arrivé à propos du verset des Psaumes, xxii, 2 ,
que quelques copistes ont remis en hébreu . Si Ton ajoute que la
Pesita écrit constamment ce nom NÛVIDD ^^ 5^® '* Vulgate
offre souvent la variante Scariotes (une fois Scarioth) au lieu
de bearioteê^ on est obligé de conclure que V 1 initial est fort
peu garanti au point de vue critique. Maintenant si l'on part
de la leçon SxaptcSnQç-Scariotes, la terminaison itamç apparaît
nécessairement comme une désinence de dérivation grecque
qu'on aperçoit dans ^rparcaii^ç, c appartenant à l'armée, sol-
dat », vncriomiÇy «originaire d'une île, insulaire >, etc.; de
telle sorte, SxapccdrYiç pourrait signifier c originaire de Hy^xp ou
de Sx^P » 9 car X et X s'échangent souvent dans les transcrip-
tions grecques des mots bibliques. Or, en présence de cette
forme, on pense aussitôt à la localité de Samarie du nom de Sc^ap
(var. Svxap)f aujourd'hui Askar, où eut lieu l'entretien notoire
de Jésus avec la femme samaritaine (Jean, iv, 4 et suivants).
^v9t»ax»Zf xftvoLvÎTiK, etc. = CanansBUs, etc.) Luc en a conservé la traduc-
tion exacte 6 I[y}X«»td;, « le zélateur » . Le dérivé de n^p eût été Min:3D-
ttTOl fttMITIQOt 4
50 REYUB SiMITIQUB
Alors la forme eourante 'l^ctptumy serait purement due à ttn
déplacement peut-être fortuit de 1* t et ia forme primitive w*
rait été Sixapiwvïîs*, t origpinaire deSichar ».
Cette interprétation est philotogiquement insittaquaMA ( je
la donne cependant eous toute réserve, mais, jusqu'à {ireuve dti
contraire, je suppose que le trattre Judas était d*origine samari»
taine d'après la légende primitive i Malgré la haine invétérée qtti
dominait entre eux, le ralliement de quelques particuliers sa-
maritains au judaïsme n'était pas très rare à Tépoque où nou»
sommes. Dès le moment quMls renonçaient au temple du Ga-
rizim, et faisaient profession de là résurrection des morts, ils
étaient reçus à bras ouverts. Il n'est même pas défendu de
penser que Tannonciation catégorique de Jésus relativement à
sa résurrection après trois jours avait fait revivre dans l'esprit du
misérable soti iincienne répugilanôe pour te dogme ph&risien et
Pavait déterminé à se rallier au parti du grand prêtre de nahnce
saducéenne qui n'y croyait pas non plus. Ge ne sont qtie des
hypothèses^ je le reconnais^ mais des hypothèses qi)i tlenkient
compte des idées courantes de l'époque eti ôtkuse et éè l'état
psychologique des acteurs ne sont pas absôlulfienl nég{ig:eables.
L'investigation qui précède, on le Cùtiipirend aisétneht^
fortifie le parallélisme de iudas et de BêChirà par de ttmiVel-
les déductions et on est tenté de croire que le trattre de Jésus
est un reÙet remarquable de l'accusateur d'Isaïe» Les Ifaitft
communs sont : origine samaritaine, abjuration à l'aneienoe
foi, possession par Satan, participation à la mort dn plus grand
des prophètes. La fin de Bechira ne nous est pas racontée dans
la partie conservée du Martyrium^ nous devons dooe en faire
entièrement abstraction.
LE SUPPLICE DU SCIAGE
Isale est condamné à mort, non pas à Tuû dès quatre
genres de mort en usage dans le code Canonique : lapidation,
combustion, décapitation, étranglement, mais à uft gèBré de
mort exceptionnel, le sciage. C'est une aggravation préméditée
i . On peut penser aussi que la leçon primitive était «txoifcn»;; le «• serait
dû au nom Kaf ic»6 qu'on a voulu y trouver.
LA TENTATION DE JÉSUS 51
de la part des juges gagnés par Taccusateur Bechira, applaudi
par le roi Manassé. Une allusion à cette légende se trouve déjà
dans )*£pitre aux Hébreux, xi, 37 : c Ils (les prophètes) ont
été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été éprouvés (de toute ma-
niëre), etc. » Justin {Dial. ô. Tryph., c. 120) et Tertullien
(De paOentia, c. 14^ connaissent aussi la légende telle qu'on
la trouve dans le Martyrium. Elle est également connue des
docteurs talmudiques. Simon b. ''ÂzzaI a trouvé un rouleau à
Jérusalem dans lequel il y avait une note disant que Manassé
amisà mort IsaTe. Rabba ajoute : il Ta tué après Tavoir jugé.
n lui dit : Ton maître MoTse a dit : a L'homme peut me voir et
rester en vie >, et toi, tu as dit : c Pat vu Dieu sur un trône
haut et élevé. 2> Isale qui ne voulut point discuter avec ce roi
perverti, prononça un nom sacré^ et se fit entrer dans un cèdre.
On fit venir le cèdre et on le scia en deux. (B. Sanhédrin,
49 b). La rédaction palestinienne de la légende nous apprend
comment on a pu savoir dans quel cèdre IsaYe était caché. En
se précipitant dans le cèdre, Isale a laissé traîner dehors les
franges de son manteau (nnblJT nn^ï^V)' ^* ^*^* ^^^^ Q^^
. sa présence fut trahie (I. Sanhédrin, x, 53 «, éd. Venise).
Pai omis les autres additions parasites, mais celle de la ca-
chette dans le cèdre ne figure ni dans notre apocryphe, ni
chez les auteurs chrédens précités. Elle a été à coup sur inven-
tée pour expliquer remploi de la scie comme instrument d'exé-
cution ; c'est donc une superfétation postérieure. Nous y re-
viendrons tantôt.
Hais si la forme de notre apocryphe contient moins de mer-
vdlleux que Tagada rabbinique, on n^est pas encore éclairé sur
les deux points principaux du récit que nous examinons, savoir
que Manassé a tué IsaXe et que le genre de mort était le sciage.
Quand on leur demande la raison d'une assertion difficile à prou-
ver, les talmudistes répondent tranquillement : « CTest une tradi-
i. D'après les croyances de Tépoqûe t&lmudique; la Diviaité a plu-^
aieiirs noms secrets, et celui qui les connaît peut opérer les plus grands
miracles. On pouvait faire de même en prononçant un des noms secrets
àe Stttaiu Oatte dernière eonnaissanoe fut attribuée à Jésus par ses ad-
veraaîrea. Oès croyances ont survécu au moyen âge sous la division en
magie blanche et en magie noire.
52 REVUE SÉMITIQUE
tion )) ({«tin nbli?) ' les modernes se tirent également d'embarras
en faisant intervenir la tradition orale, allégée parfois en « lé-
gende populaire y>. Je ne suis pas prêt à m*inclioer. La masse
transforme à son goût les légendes créées par les hommes d*uoe
certaine aptitude, littérateurs ou conteurs de profession. Â mon
sentiment, la mort violente d'Isale doit son origine non à une
réminiscence historique, mais à une déduction des paroles
adressées à Jérémie (I, 19) : <c (Les rois de Juda, les princes,
les prêtres et le peuple) te combattront, mais ils n*auront pas
le dessus car je serai avec toi, dit Yahwé, pour te sauver. »
On en a conclu que le prédécesseur de Jérémie ne fut pas
sauvé de ses ennemis et mourut d'une mort violente, événe-
ment qui se plaçait à souhait pendant les nombreuses exécu-
tions d'innocents pratiquées par Manassé (H Rois, xxt, 16).
Les rabbins invoquent en effet ce verset à Tappui de la légende .
J'ai indiqué ci-dessus le moyen, rationaliste malgré le mer-
veilleux, qu'ils ont inventé pour expliquer le sciage. Nous de-
vons chercher autre chose. Voilà ce qui me parait assez
vraisemblable. Certes, l'exécution par le sciage est exception-
nelle; il y en a cependant un exemple dans la Bible. Pour
venger l'affront grossier fait par le roi d'Âmmon à ses ambas-
sadeurs qui devaient lui présenter des condoléances et des
affirmations d'amitié de sa part, David envahit l'Âmmonitide
et ch&lia cruellement les habitants. Il les fit tuer à coup de scies
et de crochets de fer (II Samuel, xii, 31). Or, parmi les auxi-
liaires de Bechira, notre mythographe mentionne Tobias dont
l'origine ammonite est indubitable. L'opération du sciage est
donc une sorte de satisfaction donnée à l'ancienne rancune de
l'Ammonite contre le plus grand prophète de la Judée, satis-
faction renforcée par l'emploi d'une scie en bois qui prolonge
et rend encore plus insupportables les souffrances du martyr.
On le voit, notre narrateur se tient ici de nouveau sur le terrain
biblique, et par une combinaison très intelligente il a réussi à
donner plus de relief à son conte.
LA PRÉTENDUE INFLUENCE DU PARSISME
Les traducteurs modernes de notre apocryphe : MM. Basset,
Béer et Charles, sont d'accord pour regarder le martyre d'isaïe
LA TENTATION DE JÉSUS 53
comme un emprunt à la légende avestique concernant la mort
par le sciage infligée au roi Yima ou Djemchid par Spityura ou
Spitûr. Ils s'appuient sur un poème persan publié par M. La-
rionoff. M. Basset a donné un résumé substantiel de Tétat de
la question, qui fait bien orienter le lecteur. Je ne puis mieux
faire que de le citer intégralement :
<it La mort d'Isaïe et ie genre de supplice quMl subit parais-
sent être une tradition récente chez les Juifs. On en trouve des
traces dans un commentaire de la Michna et un commentaire
hébreu inédit qu'Âssémani a fait connaître. D'après le pre-
mier^ Isaïe aurait été enveloppé par un cèdre ; suivant le second
€ il s*enfuit ; un caroubier ouvrit ses flancs et l'enveloppa. On
amena un menuisier qui scia Parbre et le sang d'isaïe coula ».
Ces détails manquent dans la version juive ou chrétienne de
rApocalypse, mais ils se rencontrent dans la légende persane
de Djemchid (Yima Khchaêta duZend-Avesta)^ qui, ayant pris
la fuite devant Zohak, resta caché pendant cent ans, et appa*
rut on jour dans la mer de Chine où il fut scié par Zohak dans
un arbre. Telle est la version sommaire que donne Ferdaousi
dans le Chah Nâmeh, mais un poème pehlvi renfjerme plus de
détails^ : c Cet arbre s'en tr' ouvrit par suite de la bonté de Dieu
pour que le roi Djemchid se cachât à l'intérieur. Zohak, ce
tyran (sanguinaire) et le diable malfaisant ne soupçonnèrent
pas qu'il était là. Il se cacha dans l'intérieur de cet arbre ;
chacun d'eux fut désappointé à cause de lui. Maisiblis, démon
impur et tyrannique, connut ce qui était arrivé. Ce Satan de
mauvaise nature dit à lit ver* : Djemchid est sans doute à l'in-
térieur de cet arbre. Alors ces deux malfaiteurs s'approchèrent
pour le tuer. Ils ordonnèrent à un menuisier d'apporter une
scie et se mirent à scier l'arbre avec une grande joie. Lorsque
la scie vint à scier le corps du roi Djemchid, le soleil disparut
de ce monde. Alors ils s'en allèrent. Le lendemain, ce même
Iblis et Blver revinrent tous deux vers ce malheureux, lis exa-
minèrent Parbre et furent stupéfaits de voir qu'il était resté
1. Larionoff, Histoire du roi Djemchid et des divs. Journal asiatique,
Juillet-août 1889, p. 79>80.
2. Surnom de Zohak.
5& HBVUE SÉMITIQUK
entier par la volonté de Dieu. Us ordonnèrent de nouveau dû
le scier, et de nouveau lorsque la scie fut sur le point de cooper
(toucher) Djemchid, la nuit apparut (sur la terre). Puis Zohak
et Iblis le malfaiteur firent allumer du feu en bas de Tarbre
qu'ils avaient coupé... Le troisième jour, ils coupèrent Tarbre
du roi Djemchid qui dut, à son grand désespoir, se séparer de
son ftme douce. » M. Larionoff fait remarquer la ressemblance
qui existe entre ce récit et celui de la mort d'Isale, tel que le
rapportent les commentaires hébraïques et aussi les écrivaiDs
arabes. D'après Tabari, Isale, persécuté pour avoir blâmé les
Juifs, s'enfuit et se cacha dans un arbre, auquel Dieu ordonna
de s'ouvrir. Mais Iblis saisit un pan de son manteau au mo-
ment où r arbre se refermait et le dénonça ainsi aux Juifs qui
scièrent Tarbre et le prophète, II faut sans doute, comme le
pense M. Larionoff, voir dans te Zend-^Avesta Torigine de la
légende du supplice d'Isale. Le fait que celui-ci a trouvé asile
dans un arbre explique l'expression « scie de bois » ou c scie
à bois D, devenue obscure dans les récita occidentaux^ »
Mais cette conclusion repose sur des prémisst^s qui ont
grandement besoin d'être rectifiées :
1"* En ce qui concerne l'ftge du Martyrium^W appartient,
sans la moindre contestation, au i*" siècle de l'ère chréUennei
puisque le supplice du sciage est déjà mentionné dans un
écrit évangélique comme ayant été inQigé à un prophète
(Héb.y XI, 37). On déclare cette mention douteuse parce que
le nom d'Isaîe n'y est pas formellement donné. Bien h tort.
L'auteur de l'épltre, qui parle en général des persécutions de
tout genre dont les prophètes avaient été les victimes (v. 36-
38), ne devait et ne pouvait les mentionner nominalement. Il
ne fournit pas non plus de noms propres dans les versets pré-
cédents consacrés à l'énumération des œuvres glorieuses que
les mêmes prophètes avaient accomplies dans le monde ingrat
où ils vivaient. Cet auteur présumait au contraire que ses lec-
teurs juifs feraient eux-mêmes le partage exact des actes et des
souffrances entre les prophètes auxquels il fait allusion. En
\. R. Basset, Les Apocryphes éthiopiens tr9iduit$ en françêi»'
Paris, 1894, p. 4-6.
LA TRNTATION DE JÉSUS 55
un root, il était sûr que tout lecteur juif reconnaîtrait le pro-
phète laaiedanale supplicié par le sciage, caria légende juive
n*attribue à aucun autre prophète une mort de ce genre. Par
cela seul, Tantériorité de cette légende à la codification du
christianisme devient absolument évidente ; sa mention litté-
rale dans V Ascension d'haïe (i, 9), qui ne peut pas être posté*
rieure à la seconde moitié du i'* siècle après le Christ, en garantit
la solidité, et les témoignages de Justin et d'autres. Pères de
rÉglise forment déjà un sureroU d'évidence. Gomment peut-on
donc dire que cette légende parait être une tradition récente
ohealeaJuife? Le Talmud ne présente que le développemen
de la légende du JHarlyrtum, une sorte de oouimentaire popu-
laire qui en explique et paraphrase certaines circonstances qui
leur paraissaient obscures dans le récit primitif'.
8* A ce récit, dont la date inférieure s'arrête au i*^ siècle
de Père vulgaire, en oppose un poème persan que le rôle ac^
eordé & Iblis trahit comme postérieur à Tislamisme. Est-il au
moins rédigé en pehivi? Non ^ il est composé en pefsan moderne,
bourré d'expressions arabes et d'idées musulmanes. Djemchid,
Zohaki Blver, sont des formes propres au Gh&h<-Nftmeh; Iblis,.
Satan, Tintervention fréquente de la volonté de Dieu, Tobscur-
cisseroent du soleil au moment propice, fallumage du feu au
bas de Tarbre par Zohak et Iblis constituent une série de conK
ceptiona religieuses absolument contraires au mazdéisme. Le.
seul trait qui rappelle l'Avesta est le supplice par le sciage dont
Djemchid aurait été victime. C'est bien peu pour qu'on puisse
parler d'une ancienne tradition perse, et surtout pour attribuer
à celle-ci une influence sur un récit écrit pour le moins mille
ans auparavant.
3* Enfin, j'ai regret de le dire, l'argument principal qu'on
produit en faveur de Popinion que j'examine repose sur la tra-
duction inexacte d'une expression du Martyrium. J'en ai déjà
parlé plus haut; je suis obligé d'y revenir. Isaïe n'a pas été
scié avec une scie ordinaire, qui est en fer, mais avec une scie
1. Ceci explique les paroles d'Origène dans sa lettre à Africanus (c. 9).
Après avoir mentionné TÂpocryphe, il ajoute que les Juifs Tout interpolé
à dessein de mots inutiles, afin de le discréditer!
56 REVUB SÉMITIQUE
en bois, dans Tintention barbare de faire durer ses souffrances
afin d'en pouvoir jouir plus longtemps. Cette interprétation, exi-
gée par l'expression bien pesée bamosarta^êtz^ da texte éthio*
pien, est attestée par le correspondant grec èv Trptovt ^uXivvi,
conservé par Justin Martyr. Il n'y est pas question de la fuite
d'Isaîe dans un arbre ni du sciage de l'arbre ; Isaîe n'a pas
cherché à fuir, sachant que Dieu lui-même lui a préparé ce
sort, ou, comme il le dit d'une manière pittoresque : lui a mêlé
ce calice. Sans cette force majeure, il eût pu se réfugier sur
le territoire de Tyr ou de Sidon, où ses compagnons s'étaient
rendus par son ordre. Il est donc inexact de dire : la fuite dans
l'arbre a été le point de départ pour l'emploi de la scie ; c'est,
au contraire, l'emploi insolite de la scie comme instrument
d'exécution qui a été expliqué plus tard par la fuite également
insolite dans un arbre de la part d'Isaïe. Dans la légende per-
sane, le cas est inverse : Djemchid se réfugie directement dans
l'arbre et le sciage en est la suite. Mais, tandis que, dans le
cas d'Isaïe, le sciage ^'explique par un précédent historique,
celui de Djemchid n'est pas motivé par les mœurs locales, et
Touverture de Tarbre pour lui prêter un asile momentané est,
en désespoir de cause, attribuée à un caprice de la Divinité.
Nous sommes maintenant à même de tracer la marche et le
développement naturel de la légende juive relativement au
martyre d'Isaïe, depuis sa naissance jusqu'à son passage chez
les auteurs musulmans arabes et persans. Un agadiste phari-
sien antérieur à l'ère chrétienne crut pouvoir conclure d'une ex-
pression de Jérémie, i, 1 9, que le prophète précédent, Isale, avait
été victime d'une mort violente, puis, en rapprochant le récit de
II Rois, XXI, 1 6, concernant le massacre d'innocents ordonné par
Manassé, il se vit confirmé dans l'idée que ce roi fut le meurtrier
d'Isaïe. La légende s' étant répandue dans les écoles, un scribe
en fit le sujet d'un conte populaire d'un souffle dramatique, où
le beau rôle est accordé aux vrais prophètes, et le mauvais
rôle à Manassé et aux faux prophètes inspirés par Satan.
Gomme acteur principal il créa le personnage néfaste de Be-
chira, Samaritain, apostat feint qui conserve la haine de ses
1. Dillmann correctement : serra lignea.
LA TENTATION DE JÉSUS 57
compatriotes pour les prophètes de Dieu, et en particulier pour
Isale, qu'il accuse tout particulièrement d*avoir prétendu dé-
passer Moïse, le prophète unique de la secte samaritaine. Pour
satisfaire en même temps la rancune de son auxiliaire de na-^
Uonalité chananéenneS il fait exécuter Isale par le supplice du
sciage, en employant par surcroît une scie en bois, afin de
jouir plus longtemps des tourments du malheureux. Satan pro-
fite de l'occasion pour attirer Isaie dans son parti, mais la vic-
time meurt fidèle à Dieu.
Ce récit agadique, écrit en hébreu et traduit aussitôt en
grec, fut une des sources capitales des auteurs évangéli-
ques. Non seulement ils en acceptèrent la démonologie et les
idées religieuses, et le fait du martyre d*lsale, ils imitèrent la
tentation de ce prophète pour composer une tentation analogue
pour le compte de leur héros. Un ou deux siècles plus tard,
un aoteur chrétien enchftssa le Martyrium dans la compilation
connue sous le titre de TAscension d'Isaïe .
Chez les Juifs, le texte hébreu du Martyrium semble s'être
perdu au temps des premiers Tannaïm, par suite du discrédit
jeté par les chefs de TÉcole sur les livres postbibliques ou apo-
cryphes. La démonologie se modifia considérablement, peut-
être par opposition au christianisme, mais, tout en éliminant
ringérencede Satan, le fait quo Manasséfit scier le prophète Isaïe
fut généralement admis; cependant, sans insister sur la matière
de la scie employée, et R. S. Ben-Azzaï, Tanna du ii* siècle, le
trouva mentionné dans un rouleau de famille (ponv nbjSD)
qui, chose curieuse, paraît exprimer le sentiment de ses con-
temporains sur la naissance de Jésus (nB/KD 1ÎDD ^Jlbs B^^N
^K). On admit naturellement qu'une allusion à cette légende,
devenue alors une tradition, devait être comprise dans le récit
des meurtres de Manassé (II Rois, xxi, 1 6), et on la trouva
dans la première partie de ce verset : ce Et Manassé versa aussi
des flots (litt. € excessivement beaucoup ») de sang innocent,
au point d^en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre (litt. € de
bouche à bouche ]>, ;^q^ j^q). 9 Remplir une grande ville de
1. Le terme c chananéen » équivaut, chez les rabbins, à f paien • en
général, sans distinction d'origine ethnique.
98 RIVUE SÉMJTIQUIi
sang d'un bout à Tautre, a*est*on dit, eat une hyperbole indi*
quant raaaaaainat dUsaïe, qui, égal à Moïse, [valait à hiiieul
tout le reate d'Iaraél] (ns nw^oV mi nnh "Weî* »31
h^puf mnw vryiÈ^ nx jnrw nbn hdV hb ^p: m uhim
ntSfJdS)* La comparaison avec Moïse profite tacitenrient de Tad*
verbe nûS nU» Q"^ rappelle Pexpression analogue m ^v ns»
fit V \
« bouche à bouche », par laquelle la révélation de Dieu k
Motte est caractérisée dans les Nombres, xiî, 8.
Voilà la base biblique trouvée à nouveau par les a|;adi8tes
du il* siècle ; elle ressemble nécessairement i la déductioQ de
Tauteur du Martyrium, mais ne touche que le fait du meurtre*
Restait à expliquer remploi de la scie, au lieu de Tépée qiû eit
rinstrument de supplice ordinaire des rois, Ck)0)me les arti«
fiées de Texégèse agadique ne suffisaient pas pour en décott*
vrir un indice dans le verset précité, on inventa la fable de la
fuite dMsaïe dans un gros arbre, un cèdre, et ou eu expliqua
la possibilité par Teffet magique du nom sacré. Puis, pour
imposer silence à la dernière objection, h savoir comment on
a pu reconnaître dans quel arbre Isale s'était caché, on se tira
spirituellement d'embarras en alléguant que, dans sa précipi-
tation, le prophète avait laissé traîner au dehors les ffimgu da
son manteau (nnbUT nn^V^V)- ^^ P^rt des franges, dites
fisitht aux quatre pans du manteau, est ordonné par la Loi
(Nombres, xv, 38*39) afin de se souvenir constamment des
commandements de Dieu, et Ton pensait naturellement que le
m&ntcau d'IsaTe en devait être garni. Ce sont ces franges qui
trahirent sa présence dans Tarbre et il ne resta qu'à faire scier
en môme temps Tarbre et le prophète. Une agada ajoute que
la scie coupa Isaïe à la bouche, afin de lui faire expier le tort
quMl avait commis d*appeler Israël t peuple aux lèvres impures i
(a^PBiy KDÛ DJ^» 's^ï®' ^^ ^)' il y a là encore une déduction
latente de la locution f-|g^ r]{), citée ci-dessus, C'est le dernier
développement de la légende dans les milieux juifs.
Du judaïsme talmudique, notre légende est passée dans le
monde musulman par l'intermédiaire des convertis et des rab-
bins que la curiosité arabe aimait à consulter. Le récit de
Tabari {Annales, éd. de Goeje, I, 8, Leide, 1881 /S, p. 6i4'
LA TBriTATION DE JÉSUS 69
645) rassemble de tous points à celui du Talmud de Jérusalem.
Les franges y jouent le même rôle que dans cette version
{faakhadha bihudbatin min thauhihi)^ mais avec l'addition que
c'est Satan qui, en courant après le fugitif, saisit une frange
de ses vêtements et indique ainsi Parbre hospitalier. Il n'y a
nulle trace ni du cèdre, nommé pourtant dans le passage hiéro«
solymitain, ni de la mention du nom sacré par laquelle la ver-
sion babylonienne explique rentrée dans le cèdre \ La première
omission vient simplement de ce que Tespèco précise de Parbre
a paru négligeable au conteur arabe qui, fidèle à sa source^
laisse indécise la cause qui a fait que Tarbre s'ouvrit pour re-
cevoir le prophète. En admettant qu'Isaïe avait dA se rendre in-
visible pour échapper à ses ennemis, le r&wt musulman se vit
obligé de faire intervenir Satan dans la poursuite comme dans
la saisie de la frange. C'est la seule innovation qui soit surve-
nue dans les écrits arabes.
Enfin, des écrivains arabes, notre récit fut transmis aux
conteurs persans, qui donnaient volontiers aux héros de leur
ancienne mythologie une couleur islamique. Gomme dans leur
légende nationale Djemchid, le premier roi humain, fut scié
parSpityura*; ils transportèrent sur le martyre royal les cir-
constances qui accompagnaient celui d'Isaïe, en en exagérant
les proportions et en les parant de nouveaux détails, d'ailleurs
absolument banals. Donc: T fuite; Djemchid fuit devant
Zohak jusqu'à la mer de Chine' et y reste pendant cent ans;
2* poursuivi et reconnu par Zohak et le diable (= Ahriman),
il se réfugie dans un arbre qui s*entr'ouvre par la volonté de
1. Voici la traduction de M. Barbier de Meynard du passage arabe :
« Un arbre qui se trouvait sur son chemin se fendit pour lui et il (Isaîe)
y entra. Mais le démon Tatteignit^ et, saisissant une frange de son vête-
ment, il le leur montra. Alors ils mirent une scie par le travers de Tar-
bre, le scièrent Jusqu'à ce qu'il fût coupé, et ils coupèrent en deux Isaie
au milieu de Tarbre. »
2. Vu le manque de tout autre détail ancien, il est prudent de laisser
indécise la question de savoir si cette légende avestique dépend égale-
ment du MArtyrium.
3. La mention de la Chine est due au Bundehesh, qui fait de Nareç,
irère de Djemchid, Tancétre des Chinois (Bund., xxxir, 10).
60 REVUE SÉMITIQUE
Dieui 3* ses persécuteurs ignorent dans quel arbre il se trou-
vaity mais Iblis le malfaiteur le leur montre, et après les acci-
dents que Ton connaît^ ils réussissent à scier Djemchid aa
milieu de Tarbre. La frange, dont le conteur persan ne savait
que faire, est remplacée par un troisième esprit malin d'origine
islamique, Iblis, sans se douter qu*il est le même que Satan.
Il n'est plus difficile de tirer la conclusion : le poème persan
sur la mort de Djemchid représente le dernier développement
du récit du martyre d'Isaïe ; Tinfluence perse est une chimère
qui s'évanouit devant les recherches sérieuses.
J. Halévv.
Nouvel Essai sur les inscriptions proto: arabes.
{Suite.)
<5. (P. 516.) ifTO Vy ^TMn
rroQ ira
« Par Mu'amil ; par la grftce de Kabirat. »
2J.(P. 517.) pyrp-i
23. liatob
25. vnvD mioib^i
26. o) DTtMhyiVi^
*) pnnn
e) (P. 518.) TTOob
27. n»i< ^n» aarpi-in
28. (Deg.àdr.) amù^xi abob n-îi
29. ^yiï oy n-n |b nnv
« *Abd9in, [fils de] Wadd, [fils de?] *Âni, [fils de] éaki. »
30. ihso nn*?
31.. no*?DD jxix
32. »vn lin
,< i«
' 1
i
I
il.
62 nSVUE SÉHITK^UB
33. (p. 519.) irtO^
"pli) pnx
35. jnaï
38. (P. 520.) ùy ISTiû^nkl \'1»
ï m ixih
c Le Kahin... »
nbonôV
45. yj-^jpîj^ni mn
46. yniroaa
*7- noNfi riTT'i
TPÎtDn
48.
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 63
50. (P. 522.) iQ -)a3 py^
51 • n33D^ ban liTfi
a Que HobAi (?) graUfie Is. . »
53. (P. 525.) ^^^ j^n» )^in
vnwsh
« Qu'il gratifie Atman-AI-Muwafid, lui (?;. »
56. (P. 526.) ÔmDpD
apnn pîàib ivhln
57. y\i/û1ii^
58. •tfi^ôb
59. »tix pruik irn
60. nyj j^ftlMsan^^l li-in
86. (P. 530.) ^Y
87. Tin ^y Vibn
88. (P. 53< .) «jV l,j)i «^V| >^j^s >,njn
89. a) nV3''"ï»J< flii
a Que Qautû grallfië Mqdm. »
« Par Mandat» (?). >
64 nEVUK SÉMITIQUE
90. D-'-IOVO'?
91. (P. 532.) n2N i 'vn tinn
a Que Uçy gratifie Dhu-Âbt (?;. >
iiVk oin noi
93- j^»-irpo
(P. 641.) 3-iy n;r HTV*?
« Par «Aida, [fils de] «Aztz, [fils de] 'Arab
Têima.
1. (P. 642 ) aïhaao p np m33
3"i3?d'? hny3
5. (P. 643 ) DJbD'iyTrQK H^NH
"Iii3»y3»bn
9. (P. 644.) -nrain
<o. n-'DKD ! ap I Vjô .T
nn3»S
*■ . ■. t''
■•/
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABKS
^ ' • «) I bwib 1 onx I ^r\y\
€ Que Atam protège Danêl. »
*) I mon'?
13. (P. G45.) bmo'? ïno i-o
14.
13.
16.
17. (P. 016.)
18.
19.
20.
Que Badr (la lune?) gratifie Y.
bx^iny ïVdd
"lyjnabx :b;ri2 osa Man
10D nVi3
22. (P. 647.)
23.
1. (P. 743.)
2.
P. 45. a)
nxriDn
annnn
B
« Wadd. »
65
'V
u *l
4.,
> u
•■-:«
"» »]
♦ t
La lettre 3 qui termine le nom propre est inexplicable. Est-
ce une combinaison de p pour bana^ « a construit >? Ou bien
est-ce un j mal fait?
1\4G. a)
HiVUE StMITIULi
6G
RBVCE SÉMITIQUE
>WTf
b)
P. m.
pbteI^o
p. 56. a)
b)
yen piy
VÎ?D
DpD
c)
p. 57. a)
b)
c)
baDb_
d)
P. ;)8. a)
b)
C)
d)
0)
npp-iinthn
DpDb
■•TViNiXI
n
9)
h)
1. (P. 80.)
a.
r^nipi
3.
ninvjTTi
4.
« Et moi Gabin (?), »
LES h\SCitlPïlONS l'IiOTO-ARABES
5.
Wjh: 5pû
6.
âWrt
7.
noSToHi
8.
nb^rra-n
crftfflixi
9.
lyoîs' 7S1
(0.
in-n
H.
niD
12.
fabTi
13.
■M,
U.
_'-d',
15.
dxSb "jxi
<$.
-inn"!
18. (P. 81.) V3T1,'
19.
Dp: nph:^
« Natiq»l possédé dès autruches (?)
85.
'tn
26.
oyisV
88.
n ■■ npjyi braS aiyto
89. (P. 88.) yViK p abn rabn
« HalbalHalim,rilsdeAkhlaiJ. ,
30.
rnoa bx lavb
< Par -Abd Al-Bislan. .
31.
!i)n miaD
i. (P. 81
■•) ran
5.
rninS
68
►
REVUE SÉMITIQUE
6.
irDÎ py
7.
nenanv
8.
bbiiw
9.
V«"i fTn
10. (P. 88.)
b^brn
€ Ceci appartient & Bil. »
23. (P. 90.)
3jrn K-in»
24. (P. 98.)
ib^oTTi
îTomi
29. (P. 99.)
DtyN'-io:Ni
Rocher El-Ça'lika.
1. (P. 101.)
mps^'i
2.
xa^rnm
3,
rnpm
4.
;^P"i m
G. '
fe^bspn
7.
yoDiail
8.
(■?nyDn2;r) riO''Djr
9. (P. 102.)
3DpD
3. (P. 223.)
înon
8.
nyn»N'?nN
(P. 158.)
c\)tnb'b'i
Sur un bloc.
8. (P. 253.)
NDkfi
49. (P. 263.)
imi
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARAl
G. Arqoui.
76, (l'.S69.) ifll
"• -ipi
™- nÎDpapi
Ait sud du G. Kharam,
l.(P.S75.) taiDoSmi
8 Et ceci appartient à Samadbil
5. (P. S76.) ."j-smi
I. (P. «78.) nriNtoibaD
Entre les jambes de la 3* chamelle.
40. (P. Mi.) a) ^3J^1
*) iboB -m
t Wadd et Malik (!). .
"• Dob-ni
'*• p p Vi
< Wal, iils de Kan (?). »
17. (P. S8S.) BsjB-m
t8.
IJDDÏ tsia
19. a) l„T^
SsDn p
*) Ttsafin [i
Î7. (P. 283.) 0^,2 p
on [î
a Celui-ci est Kham, Iils de Balar
70
REVUE SÉMITIQUE
32. (P. 2«4.)
€ De" Rabî' (?) . >
33.
3nn
34.
p3i'rS
53. (P. 286.)
fl)
bpNI
b)
irn-i)
(De bas en haut) c)
i^^ia n5 n^»
€
Zib, fiisdeÂbfî(?). .
d)
mpm
e)
f)
54.
i
55.
19. (P. 293.)
-
• L • * » '
63. (P. 297.)
••nbnmi
83. (P. 300.) ^l,x
Près d'un q'ar (p. 308).
•• • ♦
1.
33^.
2.
1
« Par Âus-Manat. »
3.
npv. p, ly
« Wadd, fils (ie §mat (?).
4, (P. 309.)
îPïâ
« Dhû (?) Faman (?). »
LFS INSCRIPTIONS PR(
s ÇeliiHci eat falimat, £
■ Celui-H;iest Salkhab, fil
7. n'OT 33r
< Habib (?) de Mil
8. pp p
1 Celui-ci est S{
9. (I-.310.) pnavi'?
. p^r 'Wsijbsla
10. yrob
(1 Pur Bâta*.
a Par Dubb.
Ghdr et Hamâm (p. i
8. s-iay
3
9. (P. 37i,) jn3^S?D
sn
10. • ibn
19. (P. 375.) npD yaç 1 1
< Baijli»ll, nUe de ^
i\. n.B-'?.n-i.3-r
Toutes les lettres sont séparées pi
72 RRVUR 8ÉMITIQUR
c Celui-ci est èa'ib (?), 61s de Hiat (?). »
Qarat el-*Asâr{p. 391).
48. (A côté d'une inscription araméenne de 9 lignes.)
(P. il 8.)
roDTay nj3 'ipîri
« Celle-ci est Çaqu, fille de 'Abdmanftt. »
54. (I». 420.) a) nsj
2SSÛ njnsD
« Tanwal-D&d des Al-Habi ; elle est méchante (?)
et j*ai possédé... »
Le lien avec les deux lignes précédentes n'est pas clair.
c) (P. 421.) QijbDn ^mab
cSim-'AkdeFalfan. »
c Et moi j'ai fait. . . »
fi4 b. (P. 425-426.) yn
«) DO nia vno va
« L'artisan (?) Mata', [fils de] Nabat, [fils de] Mas. »
« Waddat efAblafC?). »
— irr-
LES INSCRIPTIONS PROTO-ARABES 73
c)
noriD B n]? fi rm\
« Waddat et 'Aut et Katmai. »
d)
« Wakan et Lann. >
e)
«
« Et fien Salçam (?) à Hubalb. >
f) (f-
420.) noriDi D'vvb mm
« Waddât et "Âçm et Katmai. »
QoirZein (p. 440).
a)
nbnys "m
« Wadd et «Athlat. »
*)
pv n3« p bx >3pv ra'?
« A Bat-Oqbî de Al-Kan ; tu... »
c)
d) (P.
e)
12V n-'D pm
Khenbbit El-TsemâUîl.
a) (P. 459.) nipB mi
*) nmy nonb p
« Gelai-ci est Fatmat, [fils de?] Ghanimat. »
« Wadd. Ghaîmat Qaum-Dâd (?). »
e) (P. 460.) nVob p
« Celui-ci est Foum-Allat {?). »
74
1
RBVUB SÉMITIQUE
TDTpDhp
tf Ca bcmif est sauvaga (?). »
9)
« Gelui«oi est Dhâhib (T). »
h)
Dvai nrpn
*)
nane*!
11
k) (P. 461 .)
l)
nÎDpmi
a Wadd-Qàm (?) est celle-ci (?). »
m) P. 464.) Vnjr pb
« Par Ben-*Atl. >
n) [V. 405.)
ynv ray
0) (P. 466.)
nD"fe
P)
PB-) |X1
"îVn*T^
raiv
(( Je suis ie compagnon (?) de Rath^ad, [fils de] ''Arbat
(P. 482.)
nj^ p vi*) p
c Gelui-
■ciestW.. (?), fil8de*Ad. »
a) (P. 494.)
■•DOnD
h)
no'inb
c)
»3nnb
d)
hnnb
G. Abou-Mghir.
9. (P. 499.)
bxbm p
10.
oanno
LES INSCftlPTfOIlS PBOTO-AHABES
"■ rèope 111
< Wadd m Qsmilat >
'*• new»i
u. a) -a Sx
. Celoi-ci estY4kbdur(?) A!-Bad (?).
j)(P. 500.) rjvotan'jT
a Dalah, fjls de Magnat, s
aï. (p.50î.)a) n-jn fa iSb IN
a Je suis Malilf, lits de Halah. »
*) nVlD p lin [N
•r Je suis Akh (?), fils de Kalilat. •
') q'jDN p -[te \X
« Je suis Malik, fils de Asiam. s
34.
€ Albakh et Kiiiinattk.
25. (P. 503.)
OIS, !K
« Jesuis Aus.,»
nsDîss
< Je suis Sa'dou (?).
38. (P- 605.)
]ra p tino
■ Mukilir, flts de Bahan
39.
absySaw
40.
nnno \K
« Je suis SiMtiat (?).
. 'Alak. .
76 REVUE SÉMITIQUE
Qitf'at-OuéU.
52. (P. 522.) rabiV
55. (P. 525.) 3«,j;n l|b DTR p
« Celui-ci est Haram (?), fils de Tha'Iab. »
Ghadir Hesou 'AUâ.
i.(P. 604.) rhsnb
« A Têmallat. >
« Yal-Kaïl (?). »
Téttna.
21. (Cartouche, p. 647.)
ce A Millat, fils de Dbou. >
« Celui-ci est 'Amil (ou un chameau). »
24. (P. 648.) fl) -10 p j-|"»Di p mpkV
« A Aqwam, fils de Wakayat, fils de Murr,
fils de Wakayat... »
El-Arqoubiyeh.
a) (P. 743.) nrai
(i4 «uiore.) J. HaLÉVY.
7K RBVUfi SÉMITIQUE
sumqutim * ummâni alâui a
[f ina] arah Dûzu ù sar Akkad.ki ana satti v kan imàt îlâni
HUL-at (?)
nHè* hliir.t^a.a tlànf àarru na.qb.ru busahhu .ibasi.ma. .^ • . .
ù tibu.ut Elamtu.ki ana màt Akkad.ki ibasi.ma sar Akkad.
ki J mât
5 [y ina arah Tasrîtu û abu]b epir.tfm eteH palû ikàn ma erib '>■
Samas tahâzu issakan sa.ga.an.me samé u irçitim
... kl XXX sanâte ihât Akkad.ki issakan nisé babe ékalli rùbi
KAR.tu illa.ak.
[y ina arah Arahsamnu n sar] Akkad-ki ana satli V kan finât
iûè,Y là miitaddi kussâ içabat tahâzu sà.ad.ru na.pa.as "^^ Nisa^a
[tibû.ut sar] Akkad.ki ana mât Elamtu.ki ibasi ma sar Elamtu.
kl içabat ââr. kib.ra.a.ti en.el na.pa.as ^^^ Nisaba
[f ina arah Kislimu û] tibu.ut sar Akkad.ki aiîa mâti içahir
niâé i.bir.ra.iha mâré lim.na idabubù sumqù.tini. Elamtiil
kl ibasi
10 [sslrjru imât iiâni sarru na.qa.ru ina çit '<" Samaâ abub epir.tim
isâàkah iha érib "" Samas tahâzu sa.ad.ru
» t
[f ina] arah Tebôtu ù ùmu xxviii kan atâlu "" Samas issalfan ana
ail sarrî u nisé. su sulme me.sir.tum ibasi sumquitini Elamtu'kî
tl a.har.ri.i ibasi é.zi.iz mîli ôbur mâti içahir
— lii.bi —
[T ina] arah âabâtu û tibu.ut sar Akkad.ki' ina çlt ^^^ âamas
alu ZAa.lctJ içabat û sar Akkad.ki ana satti V kan imât
sumqu.tim mar.tu.ki u su.EDiN.ki ibasi mât Elamtu.ki KAR.tu
illak nisé mâré alânî imaqqutû sa.ga.an samé u irçitim
15 [f ina arah] Addaru ù tibu.ut sar Akkad.ki ana mât su.EDlN.ki
alâni { iiâni sarru na.qa.ru sar su.EDiN.ki imât
1. L. 1-4 = Rm. 2, II. 124, 5-29 = Sm. 2, verso.
PRÉSAGES ASSYRIENS 7f)
fifta $tt}^ §émtsè iiïêé i.bir.ra.a ^ sar Akkadf.ki ana haîii ^ kah fmà^.
ÉVa msmtài pA*ùt ftiKrdâ f^l^at ïàÂt Âhari'â.ki
[KAR.tu] illak \^ tifeù.trt âribî ana niât Akkad.fcf abuV épîr.tim
fiéakMf n^Sé i.Bîr.i^a.ma âar.rî
èaf Efamttf.ki îtnât saY Akka'dî.ki kib.i^'a.a.ti iN.Bi ûmô
rùqûti sumqu.tim Aharré.ki
[u sujBDiN.ki ibasi.ma na.pa.as^^Nisaba
W [f ftiaf araA Addai'u arkû û] îlâni kibrat arbà'f it'tàlïaliù sar
Akkad.ki *ana satti' v kaiï iihât.ma mâr là mùïacïdi^ kussâ
. . . màt Akkad.ki msiil.ni'^ Bel kussî. Su uka.an ilânfsab.su.tum
ana mâtl itârûni çî.é nu u <^////
. . . ùf iAtt 9ît«« éattias nisô i.bir.ra.a îïi'a'.ôfib'**^ ékïhàs abub
épl^.tfm ibàéi.
- -•■^ ■ —
. . . u-.ti&.ql^.ma 20 û.m)a' illak âar Akkad.Ici ina ka.ma.a.ti
it-abbiç mâtù iiu (?) u riîsô
. . . [^**] A.nun.na.ki ip.pa.al.sah ilâni it.tal.l'a.hu mîtùti issaknù
mun
25' . .' . MUB]ahhU' sar Akkad.kî atta' latti V [*kan
imft^; ....
é.tti sai' Ëlamtu.ki ^ sar Akkad.ki ahia
. . . sar kib.ra.a.ti en.el
aharrù illak
aharrù illak
TRADUCTION
défaite de l'artuée, les villes
Sf'atl mois de Tammous » , le roi d*Akkad mdtii*ra dans
cinq ans; lesdietijt
Itf peuple ^uffrita-dè là faim, les dieux' (serotft) lé flëau dii Roi,
Âimine: ....
ou : incursion des Élamites dans le pays d'Àkkad et
(dontre} le roi d'Akkad; le pays
80 REVUE SÉMITIQUE
5) Si au mois de Tishri » , un tourbillon de pous-
sière s*élèvera, le palû sera affermi, à Toccident on livrera
bataille, sa.ga.an ^* du ciel et de la terre.
ki , 30 ans le pays d'Akkad tiendra bon, les gens
(qui habitent aux) portes du palais magnifique courront a
leur perte.
Si au mois de Marcheschvan » , le roi d*Âkkad
mourra dans cinq ans, le fils d*un inconnu s'emparera du
trône, bataille rangée, beaucoup de blé.
Incursion du roi d'Akkad en Ëlam, le roi des légions s'emparera
du roi d'Élam, en. EL, beaucoup de blé.
Si au mois de Kislev » , l'incursion du roi d'Akkad
dans les pays sera sans portée, le peuple souffrira de la faim,
les jeunes gens conspireront, défaite des Ëlamites,
10 le Roi (?) mourra, les dieux (seront) le fléau du Roi, à
l'orient s'élèvera un tourbillon de poussière, à l'occident
bataille rangée.
Si au mois de Tebet » et que le 28 il y ait éclipse
de soleil, la ville, le Roi et son peuple seront en bonne santé,
accroissement de la production, défaite des Ëlamites,
Vent d'ouest, crue violente, la récolte du pays sera faible
— effacé —
Si au mois de Shebat » , incursion du roi d'Akkad,
à l'orient zag.uu s'emparera de la ville, ou : le roi d'Akkad
mourra dans cinq ans,
défaite de la Syrie et du su.edin " , l'Ëlam courra à sa perte, le
peuple, \ei> habitants des villes seront frappés, sa.Ga.an du
ciel et de la terre.
15 Si au mois d'Adar » , incursion du roi d'Akkad dans
le so.EDiN *^(et contre) les villes, les dieux (seront) le fléau du
roi, le roi du su.edin "mourra,
à l'orient, le peuple souffrira de la faim, le Roi d'Akkad mourra
dans cinq ans, un manzaz pâni s'emparera du trône, la Spie
courra à sa perte ; nuée de sauterelles dans le pays d'Akkad.
tourbillon de poussière, le peuple souffrira de la faim,
éar.ri
.... le roi d'Élam mourra, le roi d'Akkad en. EL les légions
pendant longtemps, défaite de la Syrie
et du 8U.EDIN ^ , beaucoup de blé.
Wi*f.
-* ■ »"»• t '
PRÉSAGES ASSYRIENS
81
20 Si au mois de Véadar » , les dieux des quatre
régions seront bouleversés, le roi d'Akkad mourra dans cinq
ans, le fils d*un inconnu s'emparera du trône,
le pays d'Akkad, de qui Bel affermi ra-t-il le trône? , les
dieux irrités se tourneront contre le pays , les moutons
et
; à Torient le peuple souffrira de la faim, à Toccident
tourbillon de poussière.
il anéantira, il marchera 20 jours, le roi d'Akkad cam-
pera devant le mur d'enceinte, le pays, les dieux (?) et le
peuple
les Annunaki frémiront» les dieux seront bouleversés, 11
y aura (beaucoup de) morts
*25 famine , le roi d'Akkad mourra dans cinq ans
le roi d'Ëlam ; le roi d'Akkad contre
• le roi des légions bn.el. •
marchera vers l'ouest,
marchera vers l'ouest.
REMARQUES
1 . û^ ailleurs j| , représente rindication du fait qui, sui^
vant qu'il se produit tel mois ou tel autre, présage pour
Tannée tels ou tels événements; cette indication est donnée
une fois pour toutes, au début, à propos du mois de Nisan.
Ana éatli v kan^ littéralement : a jusqu'à la 5"* année »,
d'ici cinq ans.
5. AJiA.nu = a. bu. bu, d'après Reisner, Sum . Bab .
Hymnen, 7. 20, 17.15 a, 21.18, 38.8, 39.23.
istm = epir.tim. Voir Scheil. Délég. en Perse ^ II, 73.
G. KAR . tu = karmutu, ou ubbutu. Cf. : mâtu ub .bu. tu
illak. K. 270. III. 21. (Craig., Astrol. Astron. Texts,
p. 22).
9. mârê signifie peut-être bien ici : c habitants des villes ».
Cf. 1. 14, niàé mârê atâni.
12. ^ , idéogramme du dieu Adad, a sans doute le sens
de sâru.
18. Dans ru . GiD. DA"ae.% f^ ne peut être que la pre-
mière syllabe du mot ruqûti. Ch. Virolleauo.
kEVUI SÉIITIQOI 6
'82 REVUE SÉMITIQUE
Un Mot dans Finscription de Hésa.
L'opinion de M. lialévy, qui voit dans nnip ^^^ p^rût de
la ville de Dibon, a été déjà émise, il y a trente ans, par
M. Nôldeke, comme je le vois maintenant par le dictionnaire
de Gesenius, s. v. La difficulté que je signalais a donc, depuis
longtemps, attiré l'attention de ceux qui ont interprété Fins-
cription. Il n'en est pas moins vrai que la lecture nmp3"'^^
paratt fausse, au point de vue épigraphique, et que niOpS
ou, ce qui n^est pas impossible, HKIpKV i^épondrait mieux au
contexte.
Le vav de n^t^^^ dans mon article, était une simple faute
d'impression. Il n'avait aucune raison d'être. J'ai, d'ailleurs,
traduit le a haut-lieu > et j'avais écrit nD3-
Mater Lâubert:
Rectification.
M . Glermont-Ganneau a eu la complaisance de me montrer
un excellent calque de l'inscription juive de la mosaïque de
Kafr-Qenna, que jai annoncée ci-dessus (1901, p. 375) sur
la foi d'une mauvaise photographie publiée à Vienne. On y lit
très distinctement les mots :
12 fTDV 2vh "13n Soit mentionné pour le bien.
José, fils de
♦1331 noia 12 OinaXI Tantûm, Gis de Bùla, ainsi que
ses enfants
nVaO nin Tin2Tn qui ^<^^^ cette table.
nnDia ]^nh Mn Soit à eux la bénédiction !
pK Ameu.
Les suppositions de M. Clermont-Ganneau au sujet de la
lecture des deux avant-dernières lignes se trouvent confirmées
et toute autre lecture devient désormais impossible.
J. Halkvy.
BIBLIOGRAPHIE
iulias Wellhauden, Die religiôs-politischen Opposition» Pàrteien
im alten Islam» Berlin, Weidemannsche Buchhandlung, i90i,
99 pp. gr* ln«4«.
Cette importante dissertation sur les parties d'opposition reli-
gieuse et politique dans Tancien Islam contient deux études particu-
lières dont Tune est consacrée à l'origine des KhawâriQj la seconde
à celle de la Si^'à ou Si<^itisme. Beaucoup d'auteurs ont déjà traité
ces problèmes historico-religieux, jamais à ma connaissance, avec
un pareil discernement des sources et avec une exposition aussi
lucide et aussi pleine de faits. Les lecteurs de la Revue sémitique
ne nous pardonneraient pas de réserver pour moi seul les résul-
tats de ces recherches magistrales» que j'ai été mis à même d'exa-
miner attentivement par suite d'un gracieux envoi de la part du
«avant auteur.
Le noyau des Khawàrig ou révolutionnaires s'est séparé du
parti d'^AH après la bataille de Çiffin entre les Syriens, partisans
do Mu<^awia, et les Irakiens, partisans du gendre du prophète Mo-
hammed. Les Irakiens, commandés par le général Astar, eurent le
dessus, mais en voulant poursuivre leur victoire ils virent que les
lances des Syriens portaient chacune, à sa pointe, un exemplaire du
Coran. Astar voulut passer outre, mais les Lecteurs du Coran (qurra
pi. de qari) obligèrent «"Ali à arrêter le combat; puis u;i traité fut
conclu entre <^Ali et Mu^'awia en vue de confier le litige du Khalifat
aux mains de deux arbitres. Deux Irakiens, Abou-Mousa et As'^ath,
servirent d'intermédiaires dans cette convention. A peine les termes
du traité furent-ils répandus dans le camp, que ceux-mémes qui
avaient obligé «Ali à mettre fin au combat se tournèrent contre lui
en lui reprochant d'avoir confié à des hommes le choix qui appar-
tient exclusivement à Dieu itnbkim). Le retour de l'armée à Koufa
fut plus triste qu'une défaite ; douze mille guerriers ne voulurent
plus y retourner et s'établirent d'abord à Haroura, ensuite à Nahar*
wan; c'est le premier noyau des Khawàrig, qui furent dans la suite
les adversaires les plus acharnés non seulement d'^'Ali mais de toute
l'iustitution politique (Gama**a) de l'Islamisme. Ce revirement subit
de la part de compagnons aussi pieux que fidèles est bien étonnant.
On voit dans l'affaire des Corans la preuve d'une trahison combi-
née entre Abou-Mousa et As'^ath d'un côté et Mu'^awia et Amr de
l'autre. M. Wellhausen, en invoquant le témoignage d'Abou Mikh-
naf, le plus ancien narrateur de cet événement, montre que ces
deux personnages ont été injustement accusés par les auteurs
arabes plus récents qui ont cristallisé leurs suppositions en faits
historiques. Les Syriens, se voyant perdus, élevèrent le Coran sur
leurs lances pour indiquer qu'ils étaient des Musulmans aussi fidèles
84 REVUE SÉMITIQUE
que les Irakiens, et ceux-ci comprirent facilement le'signal et furent
pris de scrupules religieux; la trahison n'existe donc pas. Quanta
la protestation contre <'Ali, on ne peut non plus Tattribuer à une
rivalité de classe entre les Lecteurs citadins et les Khawàrig bé-
douins, attendu que depuis la Higra (la sortie de TÂrabie) la qualité
de bédouins jadis commune à tous avait cessé d'exister. Les Khari-
gites conservaient beaucoup moins que les autres des liens de fa-
mille avec leur parents de l'intérieur de l'Arabie. Il n'y pas lieu non
plus de considérer les Lecteurs comme une classe organisée;
c'étaient des gens pieux qui récitaient des passages du Coran en
guise de prière, jeûnaient et veillaient la nuit et se mortifiaient le
front à force de prosternations. Ils enflammaient les combattants
par leurs paroles et se faisaient souvent reconnaître par un cos-
tume ascétique. Une foule de ces Lecteurs se trouvaient chez les
anciens Khawàrig. Maintenant, à défaut de causes extérieures, la
manière d'agir des Kharigites est-elle donc inconcevable?M.W. ne
le pense pas et il l'explique par la nature même de l'islamisme, qui
fait un devoir à tout croyant de combattre l'injustice et la transgres-
sion des ordres divins chez tout particulier et surtout dans Torga-
nisation politique. Aussi longtemps qu'ils crurent qu'«AIi luttait
pour le droit absolu de Dieu, le seul arbitre du Khalifat, ils lui
restèrent attachés et l'aidèrent à combattre Mu^^awia, mais dés le
moment que, de gré ou de force, ils l'ont vu traiter avec l'adversaire
pour remettre le litige à des arbitres humains, ils ressentirent la
grave erreur de leur objurgation précédente et tournèrent leur
haine contre ^Ali, qui combattait désormais pour lui-môme et non
plus pour Dieu. M. W. dit excellemment : « Les Khawàrig sont donc
un parti révolutionnaire bien prononcé, comme leur nom l'indique
aussi, notamment un parti révolutionnaire pieux. Ils ne dérivent
pas de l'arabisme, mais de l'Islam, et sont, relativement à la
piété des virtuoses islamiques, les Lecteurs, pour la forme à peu
près comme les zélotes juifs aux pharisiens. Matériellement, il y a
cependant la différence que les zélotes combattaient pour la patrie,
et les Khawàrig seulement pour Dieu. » Si l'on ajoute que, d'une
part, Vacribie de la piété des zélotes ne ressort d'aucun fait certain,
et que, d'autre part, le zélotisme naquit dans l'effervescence d'une
guerre contre l'étranger et cessa de se recruter après la guerre et
ses convulsions immédiates, tandis que les Kharigites se réorgani-
saient partout en temps de paix et môme avec le secours de non
Arabes, la comparaison se réduit à bien peu de chose. Certaines
croisades du moyen âge (les Khawàrig se croyaient en possession
de la vraie orthodoxie) contre les hérétiques auraient présenté plu«
de relief malgré la différence numérique des assaillants. L'auteur
remarque, du reste très crânement, que les dissidents étaient des
gens sérieux et convaincus, beaucoup plus généreux que les zélotes
T
BIBLIOGRAPHIK 85
f
juifs, eto'e^t pourquoi ils n'étaient pas plus mauvais que les héré«
tiques et les saints chrétiens (Es waren ernste und ûberzeugte Leute,
weit edler als die judischen Zeloien und darum nicht schlechter
als die christlichen Ketzer und Heiligen). Comme trait de cons-
cience délicate, on raconte ceci : Un d'entre eux retira de sa bou*
che une datte exquise parce qu'elle ne lui appartenait pas. Un autre
paya à un chrétien le prix d'un porc parce qu'il l'avait tué. C'est
bien maigre pour se transformer en noblesse générale. Le fait que
leur entrée en lutte commençait régulièrement par le meurtre pré-
médité du premier Musulman qu'ils rencontraient, dénonce un fa-
natisme sauvage. Au fond, leur douceur pour les étrangers et leur
haine meurtrière pour les nationaux répondent exactement aux
conditions du Gihad (la guerre sainte), lequel remonte lui-même au
compelle intrare d'une part et à la parabole du vigneron de l'Évan-
gile d'autre part. Cette influence est manifeste ; celle du juif Ibn
Saba n'eût jamais produit un résultat aussi gros de conséquences.
Mais aile Kharigisme, qui forme l'extrôme gauche de la âî<^a, ne
doit directement rien au judaïsme, la Sî^^a elle-même emprunte sa
base religieuse au Pentateuque et sa base philosophique à la con-
ception juive du partage de l'esprit prophétique. Cette thèse nou-
velle, et au premier aspect assez déroutante, est démontrée par
M. Wellhausen avec une science et une abondance de preuves in-
contestables. Se fondant sur la circonstance que Kaîsan, chef des
Kaisaniya ou Sabaiya, commandait les Mawâli de Koufa qui étaient
en majeure partie des Iraniens, on a prétendu que le chiitisme
comme religion était d'origine perse. C'est absolument contraire
aux faits historiques les plus dignes de confiance. A son début le
chiitisme marquait l'opposition de l'Irak au gouvernement syrien.
Les Asràf marchaient d'abord avec les autres et leur donnaient
même l'exemple de la révolte, mais après avoir été domptés par la
force, ils se séparèrent des autres qui, par suite de leurs chefs tom-
bés comme martyrs, se transformèrent bientôt en une secte enthou-
siaste et ennemie inconciliable de l'aristocratie des tribus. Moukh-
tar réalisa cette tendance et attira les Mawali dans le mouvement
qui a toujours conservé un caractère théocratique et nullement natio-
nal. La souveraineté de Mohammed passa tacitement à «^Ali, le plus
digne de ses familiers^ de mê meque celle de Moiseà Josué. Il n'y eut
que quatre imàms : «'Ali et ses trois fils : Hasan, Husain et Muhammed
ibn Hanafiya qui, d'après la légende, reste caché dans une grotte du
Gebel Ra<)wâ (près de Médina) pour reparaître aux derniers
jours. Au point de vue du dogme si^^îte, l'auteur de l'islamisme re-
naquit dans la famille d'^^Ali, et sa renaissance spirituelle, dite raga*'
(«retour»), rappelle Tidentiflcation d'Élie avec Phinéas par les aga-
distes, tandis que l'adoration d'^'Ali et des imàms comme des in-
carnations divines, semble être l'exagération du dogme chrétien,
86 REVUE SÉMITIQUE
car ces personnages étaient en môme tempe des mabdis, c'est^i^ire
des messies. Chez les derniers Sassanides, la déifioation des roU ne
semble pas avoir été en usage. i
Martin Schreiner, Studien ûberJetchwa ben Je{iuda ( Wissenachaft- i
liohe Beilage zum xvixi. Boricht der Lehranstalt fur die Wiisen- j
schaft des Judenthums in Berlin). Berlin, 4900. — Dr. Adolf
Sobwarz, Der hermeneuHsche Syllogismus in der t&lmudischen
Litteratur, Ein Beitrag zur Gesobichte der Logik im Morgen-
lande (VIII Jabresbericbt der Israelitisob-Theologiscben Lehran*
stalt inWien, fUr daa Schuljabr, 1900-1901). Wien, 1901.
Jescbu^'a ben Jebuda, avec son nom arabe Abou-1-Farag Furqàn
ibn Asad, est un des docteurs les plus renommés et les plus aocieni
de la seote juive des Caraitcs. Il a vécu vers la moitié du %i* eièok
à Jérusalem, où les élèves affluèrent de tous les pays pour entendre
son enseignement. Ses opinions, propagées par des disciples aélés,
pénétrèrent jusqu'en Espagne et obligèrent les Rabbanitei à
les combattre dans divers écrits de polémique. Presque tous ses
ouvrages sont encore inédits, deux parmi eux ont été traduits en hé-
breu, savoir un écrit sur les mariages défendus Iril^n IBD^ ^^ ^^ i
commentaire sur la Genèse {fxxy rMUVk)' C'est à ces derniers ou- <
vrages que M. A. Sohreiner consacre des investigations sagaoes et
étendues et a le mérite d'éclairer le système du docteur caraite, très
difficile à démêler à travers la version hébraïque, si on n'est pas
familiarisé avec les termes techniques de la philosophie arabe.
Grâce à ses études antérieures dans ce domaine, M. Sohrdiner a
réussi à vaincre toutes les difficultés et à nous faire connaître la
relation intime de cet auteur avec la doctrine dos Mu^'tazilites mu-
sulmans. Cet accord si complet a fait dire au renégat Samual ben
Yahyà que les Caraites sont disposés à accepter Tislamisme. Chez
tes Uabbanites, la spécialité de leur conscience religieuse était as-
surée par leur attachement à la tradition, Il nous est impossible
d'entrer dans les détails de cette curieuse dialaotique; contsntons'
nous de poser le résultat de l'étude préliminaire relative à l'Miznl de
rislam. M. S. élimine successivement toutes les doctrines dans les-
quelles on a cru reconnaître rinfluence du mazdéisme, en montrant
que certains dogmes mu^'tazilites sont en pleine contradiction avec
ceux des Zoroastriens. Quand on ajoute que la conversion d'Àl-Ma»
moun au mu'^tazilitiBme est présentée par Masoudi comme un écar*
tement complet des vues d'Ardasir ben Babek, on est porté à croire
que Ti^'tizal, dans ses origines, n'a rien de commun avec la religion
des Perses. Il r assort plutôt directement de Tascétisme muaulman
izuhd); les traditions {ha\Çiidith) manifestent une oonnaissanoe très
exacte d'une part de l'agada juive, d'autre part de l'Évangile et des
BIBLIOGRAPHIE 87
apocryphes et pseudépigraphes chrétiens. Il n'y a pas lieu de cher*
cher une autre source. En ce qui concerne le nom de Mu*^tazily c'é-
tait vraisemblablement de prime abord une épithôte honorifique qui
n'a pris le sens d'hérétique que par les adversaires orthodoxes ou
Aft*^arites.
Lo livre de M. A. Schwarz est une étude fondamentale sur le syllo-
gisme herméneutique dans la littérature talmudique. Ce syllogisme
s'appelle chez les rabbins "^Q^nlSp-l^^s^^^^^ auteur établit d'abord par
des formes en usage chez les anciens écrivains que la prononciation
habituelle qal wabomer doit être modifiée en qol wa^omer (^orn ^a) ;
^ est un nom formé de l'adjectif Spj comme 3^ de a^. Le sujet m'a
énormément intéressé et il intéressera tous ceux qui, par un préjugé
séculaire, n'ont vu dans les discussions halachiques qu'un ergotage
çmbrouillé et incohérent; nous nous bornons cependant à indiquer
seulement les divisions de cette étude très spéciale : Le première,
sous la rubrique générale : La qol wajomer, comprend la théorie,
la réfutation, la restitution, ramplification et l'anticipation. La
partie consacrée au développement du qol wabomer traite la con-
clusion dans la Bible, à l'époque des Sopherim, la conclusion
herméneutique, la conclusion herméneutique restreinte et sa forme.
Dans la troisième division enfin, consacrée à la syllopristique du
qol wabomer, on traite la conclusion du spécial au général, la
conclusion fautive et erronée, la conversion. L'exposé se distingue
par une clarté et une méthode qui ne laissent rien à désirer.
Les deux travaux que nous venons d'annoncer font honneur aux
séminaires rabbiniques de Berlin et de Vienne. Nous aurions été
heureux d'y joindre le séminaire rabbinique de Paris, mais les
successeurs de Rasi et des Tossaphistes font encore partie de la
célèbre académie silencieuse d'Ispahan : et quand ils recouvreront
la voLx, ils feront, j'en suis sûr, d'excellents Hazzanîm.
Ëduard KÔnig, HebrUisch und Seniitisch, Prologomena und
Griindlinien einer Geschichte der semitischen Sprachen^ nebst
einem Excnrs iXber die vorjosuanische Sprache /srae/s, vnd
die Pentateuchquelle P. C. Berlin, Verlag von Reuter und Rei-
chard, 1901.
M. Kônig s'est proposé de mener à conclusion les travaux prélimi-
naires faits dans le dernier décénium sur la grammaire comparée
des langues sémitiques, afin de préparer une base solide pour la
composition d'une grammaire historique de ces langues. Aprùs la
discussion préparatoire sur l'origine de la langue, sur la direction
principale de sa vie et sur la voie qui conduit à son investigation
(p. 2-19), le savant auteur trace en détail les tendances effectives de
développement dans les langues sémitiques modernes, les met en
88 REVUE SÉMITIQUE
parallèle avec les phénomènes des langues sémitiques anciennes, en
conclut à Tantlquité relative des anciennes langues en même temps
qu'il dégage la situation historique de Thébreu en face de Tarabe, qui
est, selon lui^ le type le plus proche de la langue sémitique primor-
diale {Ursemitischf p. 20-47). Dans ce qui suit sont exposées très
soigneusement les opinions contraires à cette manière de voir avec
une réponse à chacune d'elles. Comme conclusion générale, l'auteur
présente le tracé suivant : Les Sémites s'écoulèrent vers le sud, au
moins en deux courants. Une division passa plus à Test près du
Tigre et de l'Euphrate, dans la direction du midi : Sémites Âssyro*
Babyloniens. De là passèrent les Phéniciens et les Hébreux dans
les demeures de la deuxième division qui se dirigea plus à rouest,
également vers le sud ; ce sont les Âraméens et les Arabes. Au
point de contact de l'araméen et du phénicien se forma le dialecte
de Zindjirli, et plus au sud, aux frontières de l'assyro-babylonien,
se produisirent le minéen, Thadramotite et l'éthiopien, Le sabéen
est oublié; ou bien doit-il être confondu avec l'arabe? Ses traits
caractéristiques, la mimmation, l'article postpositif, le gros du voca-
bulaire, nous défendent d'y penser. Est-il un mélange deminéen et
d'arabe? Alors l'éthiopien devait à plus forte raison être d'essence
composite. On voit qu'aucun schéma ne peut encore rendre compte
de la distribution réelle des langues sémitiques. On ne saisit pas
non plus la raison qui ferait envisager les Abrahamides comme
ayant parlé Thébreu avant leur immigration en Palestine, tandis
que la tradition les range dans la famille araméenne. Môme les
arguments en faveur de l'originalité de l'arabe ne sont pas à l'abri
de toute contestation. L'arabe possède une série de consonnes
emphatiques qui donnent aux mots une signification différente de
ceux qui se composent des consonnes ordinaires. Mais comment
sait-on que ce n*est pas un développement secondaire? Le fait que
la dentalisation des sifflantes en araméen n'existait pas encore à
l'époque assyrienne, autorise à présumer que ce phénomène a pu se
passer aussi à une époque inconnue dans les langues du sud. Rien
ne prouve que les Hébreux ont jamais prononcé le verbe SSn *^'^^
un ^ doux, i^lal^ quand il signifie « profaner », et avec un kh dur,
li/ia^a!, quand il signifie «transpercer», d'où S^^n, c flûte». N'y
a-t-il pas un bon nombre de mots qui ont deux sens différents
tout en présentant les mêmes consonnes radicales ? Comparez ^ps*
f matin », et *ypz*^ gros bétail » ; \^xifi « boire », et « tisser »; ^^ « cou-
ronner », et « attendre » ; gadol (r. ^Ta), « grand », et gedîl, « tresse,
frange »; ^a^x» « parole », «laiQ, «désert», et «n-y, «peste». L'espace me
• ■ • • « ■
manque pour pousser plus loin l'examen, mais je dois noter ce
point-ci : l'a final de la forme sud-sémitique qatala en face de
l'hébréo-araméen qâpal, qëpal, est probablement dû au féminin
BIBLIOGRAPHIE 89
qatalatt et de là la voyelle finale du futur; les diphtongues sont aussi
conservées en hébreu et en araméen. Au sujet de beaucoup d'autres
points il faut regretter que M. Kônig n'ait connu aucune de mes
études sur la matière. Les formes grecques Tdl% et Tûpc; sont aussi
fortuites que celle de Bû€xo; pour Gubl, Ssilt Gubla; les Araméens
n'ont jamais appelé la ville de Tyr, y^, et le nom n^ji « la ville
forte», vient de j^ et non de^. Le sabéo-éthiopien qatalku vient
de la deuxième personne qaialka (suf. nominal), de même que le
commun qataltu {^ti) découle de qatalta. La priorité du pluriel
hébréo-phénicien im en face de in, ûriy an est mise hors de doute
par le pluriel arabo-éthiopien du pronom de la deuxième personne
antûmUy antemû, etc. Un jour j'aurai peut-être Toccasion de
m'étendre plus longuement sur cette question. Pour le moment
acceptons avec un sentiment de gratitude cette introduction pro-
lixe mais commode qui fournit une première orientation aux futurs
collaborateurs de la grammaire comparée des langues sémitiques.
Th. Nôldeke. l. Fûnf Mo^allaqât iibersetzt und erkinrt, IH. Die
Mo^allaha Zu/iairs, nebst Verbesserungen und Nnchtr^gen zu
J und II. Wien, 1901.
Le travail du savant orientaliste strasbourgeois sur les Mo^^al-
laqàt se termine avec cette livraison qui contient la Mo^'allaqa de
Zuhair. Cinq textes principaux ont fourni la base critique de celui
qu'admet l'auteur; les variantes remarquables sont indiquées dans
les notes au bas des pages. Le poème, se rapportant à des luttes de
tribus et au paiement de la rançon, manque de fougue. Ce n'est
pas étonnant, car il est l'œuvre d'un vieillard de quatre-vingts ans
qui est dégoûté de la vie. Vers la fin, Zuhair tombe dans les sen-
tences. Entre tant de médiocres, notons quelques-unes qui sont
mieux tournées : «Celui qui va chez un étranger (pour demander du
secours) tient son ami pour un ennemi et celui qui ne s'honore
pas soi-même n'est point honoré. » « Certain homme te plait aussi
longtemps qu*il se tait; la montée ou la descente (de l'estime)
réside dans le parler. » i La langue est la moitié de l'homme, le
cœur (siège de l'intelligence) en est l'autre moitié; le restant n'est
qu'une forme de chair et de sang. »
L'abbé De Moor, Une chanson guerrière de V époque de l'Exode de
Moise, Nombres, xxi, 27-30. Bruxelles, 1901. — Le même, L'His-
toire de VExode sous Moïse.
Le savant abbé défend très habilement la thèse que la chanson-
nette guerrière Nombres, xxi, 27-30, est une ironie mordante d'un
poète Israélite à l'adresse des Moabites, qui n'ont pas voulu
90 REYUK SÉMITIQUE
accorder à Israc^l le passage à travers leur pays. Il leur dit : Si
nous n'avons pas traversé votre pays malgré vous, ue croyez pas
que nous ayons eu peur de votre puissance; il n'y a pas encore
longtemps que Séon, le roi des Amorrhéens dont nous venons de
conquérir le royaume, vous a enlevé cette province où nous
sommes maintenant établis et vous a transportés comme prl-
sonniers do guerre, sans que votre dieu Kamos ait pu vous
sauver. Hésebon (Hesbon), la capitale de Séon, saccagée par nous,
demande à être reconstruite et à être munie d'une enceinte fortifiée ;
allez-y donc, si le cœur vous en dit et vous verrez comment vous
serez reçus. Telle serait la pensée fondamentale de la chansonnette,
mais l'appel : « Entrez dans dus), Hesbon ! que la ville de Séon
(yirpp T?) soit reconstruite et fortifiée (]3iDni naarji ' ** montre
clairement qu'Hesbon était encore à ce moment aux mains du roi
amorrhéen. Après la disparition de Séhon, un poète hébreu aurait
qualifié Hesbon de a ville d'Israël » et attribué la défaite de Séon au
Dieu d'Israôl. Son argument à fortioriy sur l'impuissance de Kamos
adonner la victoire auxMoabites contre Israélien eût été singulière-
ment renforcé. M. De Moor ne connaît évidemment pas mon article
sur cette chanson dans la Revue des études juives; autrement
il l'aurait compris dans son intéressante discussion. Jusqu'à meil-
leure information, je maintiens que c'est un poète amorrhéen qui
s'adresse aux prisonniers de guerre moabites dont le vainqueur,
Séon, se sert pour la reconstruction d'Hesbon, devenue une de ses
capitales. Toute difficulté disparait dans ces circonstances. L'in-
sertion de ce poème dans l'histoire de la contrée arnonique, a pour
but de constater que les Moabites n'avaient plus aucun droit de la
réclamer comme leur patrimoine national.
Le second mémoire discute les événements de la période qui
sépare la sortie d'Egypte sous Moïse, jusqu'à la conquête du pays
transjordanique. Les énigmes auxquelles elles donnent lieu et len
solutions proposées par le savant et infatigable auteur sont trop
complexes et trop nombreuses pour que nous puissions les analyser
ici même sommairement. Un résultat général s^en dégage à notre
grande satisfaction, c'est que la nécessité de reporter plusieurs
récits du Pentateuque dans des contextes plus hpmogènes se fait
iour dans les cercles les plus conservateurs. La critique saine ne
peut que s'en féliciter. Dans cette marche vers le progrès, les
travaux de M. l'abbé De Moor ont donné un exemple qui sera suivi
par la jeunesse studieuse de tous les partis.
D"" n. Zimmern, Diblische und bahylonische Urgeschichte,
Leipzig, 1901.
C'est la seconde édition d'une conférence faite à Breslau, en 1900,
et dont j'ai rendu compte dans le temps. L'origine babylonienne de
BIBUOGRAPHIB 91
tous les récits d« laQenèse, depuis là création jusqu'au déluge, a été
soutenue par mol dans diverses monographies réunies dans mes
Recherches bibliques, tome W, en 1895. Je me réjouis de voir Tac*
cord de M. Z. avec mes vues relatives à l'antiquité de ces légendes
chez les Phéniciens et les Hébreux; mais je pense encore que
l'emprunt s'est effectué par la voie littéraire et nullement par la
voie orale; et comme les récits dits yahwéiste et élohiste se com-
plètent réciproquementi il en résulte que l'élohiste est aussi
ancien que le yahwéiste et ne peut pas dater de l'époque exilique,
ainsi que l'affirme l'école grafienne. Sauf cette différence, on peut
savoir gré à M. Zimmern d'avoir propagé la notion exacte de cette
vérité historique dans le grand public, et cela d'autant plus que
les fameux Sumériens sont tacitement noyés par lui dans le déluge
sémitique. N'oublions pas de noter que le septième patriarche anté-
diluvien, le « Sumérien pur sang» Enmeduranki, est le troisième
descendant du patriarche sémite Amménon (as. ummânUy « arti-
san »), qui est lui-même le fils du Sémite Amàlon (as, amêlu,
• homme »}, Je recommande ce curieux cas de transformisme à
l'attention des suméristes croyants.
Enno Llttmann. Zur Entzifferung der Safa-Inschriflen^mit 7 auto-
graphischeu Tafeln. Leipzig, Otto Harassowitz, 1901. — Le même,
Text in der Tigre Sprache, Leipzig, 1901. — C. Conti Rossini,
L'Evangelo d'oro di Dabra Libânos, Nota. Roma, 1901. — Le
même, Tradizioni historiche dei Mensa, Roma, 1901. — F. M.Es-
teves Pereira, O Sanio Martyr /iarlaâm, Estudio de critica
historica, Coimbra, 1901.
J'ai déjà indiqué dans le n« précédent de la Revue sémitique l'Im-
portance de ce mémoire au sujet de la fixation définitive de l'al-
phabet safaitique. Les explications fournies de part et d'autre
ont aussi effacé la dernière trace du malentendu survenu entre le
savant auteur et moi. Il me reste à dire quelques mots sur le profit
qui ressort déjà des meilleures lectures établies dans ce travail.
yX7t « effacer », et pvi» «saluer», nous ramènent à l'arabe ordinaire;
les noms divins nSfl» tiy*ÎJ ®t pon jn^ (= nab. oipSn yW) ont un
intérêt particulier. Je crois cependant provisoirement que nVsi ^^^
pour nSiin ot non pas nV^I (O-'-Js die Lât, p. 33). Le sens de la
particule ns laisse place au doute et Ton peut dire en général que
Finterprétation de la plupart des passages est encore très conjec-
turale ou tout à fait obscure. M. Littmann a fait le possible; il faut
attendre la publication de nouveaux textes en recevant avec recon-
naissance le progrès accompli.
M. Conti Rossini a publié les feuillets annexés à un Évangile du
monastère de Dabra Libânos en Erythrée, contenant des documents
92 REVUE SÉMITIQUE
de nature diverse et fournissaivt des noms de personnages assez
anciens. Le savant éthiopisant déclare apocryphes les uns et dis-
cute les noms mentionnés dans les pièces authentiques.
Les deux auteurs précités ont fait paraître chacun de son côt^
des textes inédits en lan jue tigré, parlée chez les nomades au nord
de TAbyssinie. Ces contributions à la connaissance des dialectes
sémitiques de TEthiopie sont très précieuses pour la composition
future de la grammaire comparative des langues sémitiques. Les
légendes des Mensa*" constituent les premières données écrites sur
les souvenirs que ces nomade^ ont conservés de leur histoire.
M. E. Pereira expose les résultats que la critique moderne a
acquis relativement à l'origine bouddhique de la légende de saint
Barlaam et donne ensuite la traduction portugaise du Martyrium
de ce saint fictif.
C. H. Cornill, Die neueste Litteratur ûher Jeè. 40-66. TUbingen
und Leipzig(Separat Abdruck aus der Theologischen Rundschau),
1900. Verlag von J. C. B. Mohr(Paul Siebeck). — Le môme, Die
prophetische Litteratur (extrait de la même revue), 1901, ibid,
— Friedrich Giesebrecht, Encyclopedia iiife/icvi, A Dictionary
of the Bible, edited by the Rev. T. K. Cheyne and J. Sutherland
Black. Part IL London (extrait de la Orientalische Litteratur-
Zeitung, Dezember 1901, col. 492-495). — Fritz Hommel, Beitrâge
zur Assyriologie und vergleichenden semitischen Sprachms-
senschafty herausgegeben von Fr. Delitzsch und Paul Haupt, 2
Band, 2-4 Heft (D. M. G. 55 Band. p. 526-537). Leipzig, 1901.
Rien ne saurait mieux donner une idée du développement extraor-
dinaire des études bibliques et nord-sémitiques au cours des der-
nières années en Allemagne et en Angleterre que les comptes
rendus réunis ci-dessus. Dans cette masse de travaux, dMdéos et
de conjectures répandus à profusion, la littérature prophétique a la
part du lion, mais la philologie sémitique, elle aussi, fait des efforts
surhumains pour sortir des anciens errements afin d'arriver à une
synthèse plus vaste que les limites étroites où elle dut se contenir
jusqu'à présent. Nous tenons régulièrement nos lecteurs au courant
des ouvrages de ce genre qui tombent sous nos yeux, nous pen-
sons qu'ils s'intéresseront également à ceux qui, inaccessible!; à
nous, sont annoncés, du moins quant à leur teneur générale, dans
les comptes rendus substantiels dont ils sont l'objet par les auteur^;
nommés plus haut et qui contribuent eux-mêmes à ce mouvement
en avant et, à ce qui me semble, trop précipité pour qu'on puisse
déjà attendre en ce moment des résultats sérieux. C'est d'ailleurs le
sentiment de ces auteurs mêmes et je n'aurai que peu de chose à
ajouter.
BIBLIOGRAPHIE 93
■
La première recension de M. Cornill s'occupe seulement de la
littérature relative à Isaîe, 40-6G, comprenant deux parties : Tinter-
prétation de TEbed-Fa/iwë, la question du trito-Isaie. Ewald tenait
Is., LUI» 13-Lii, 12 pour un oraioritim d*un prophète anonyme du
temps de Manassé, composé sur la mort d'un martyr éminent de
ce règne, et adopté par Deutéro-Isaîe dans son ouvrage et appliqué
à son E.-Y., savoir à T « Israël spirituel ». Diehm, poussant plus loin,
lit venir les pérlcopes de TE. -Y. d'un écrit différent; leur base était
la description des souffrances de Jérémie. D.-Isaîe, en le remaniant,
Ta appliqué à l'Israël idéal qui possède la parole de Dieu. Le servi-
teur a souffert non pour tout le monde, mais pour Israël seul. Cette
supposition reposait sur une prémisse sur Is., un, 2et s9.,dont Giese-
brecht a démontré la fausseté. Wellhausen, Marti et Stade se ran-
g'èrent à cette opinion, néanmoins Thypothèse des chants de i'Ebed*
Yahwé commença dès lors à célébrer des « orgies formelles » {fôrm^
liche Orgien). Duhm, se taisant sur ces adhésions, reprit avec
quelques modifications sa thèse dans son « epoche machenden » (!)
commentaire sur Isaîe. Ces chants ont été interpolés dans D.-Isaie;
leur composition est entre Job et Malachias, peut-être même plus
tard, et l'Ebed-Yahwé est tout simplement un docteur de la loi,
mort de la lèpre et censé revenu à la vie (M. Cornill met un voile
sur ce dernier complément de la thèse de D.). Smend déclare les
chants de l'E.-Y. antérieurs à D. -Isaîe et voit Israël dans TE. -Y.,
dont la base réfléchit l'image d'un martyr prophétique du temps
de Jérémie. Wellhausen maintient l'adoption de la part de D.-Isaie :
« L'E.-Y. est parfaitement Israël comme porteur de la vérité et son
intermédiaire auprès des païens. Il serait téméraire de se détour-
ner de cette interprétation et de penser à un individu. » Marti s'y
associe, mais il maintient l'origine d.-isaique. De même Lcy, qui voit
dans l'E.-Y. la figure du Messie. Four Cheyne, les chants sont in-
terpolés et le serviteur figure le génie d'Israël. Puis commence la
série des monographies. Schian dépèce les chants en trois parts,
qu'il considère comme compléments de D.-Isaie, mais la description
du martyre est antérieure à celui-ci. Kostcr les refuse à D. -Isaîe,
repousse l'interprétation individuelle, mais tient les chants pour en
partie antérieurs, en partie postérieurs à Ezra-Néhémie. Pour Kit-
tel ^ les chants sont au moins de l'époque de D. -Isaîe et lui a pour
base le martyre d'un directeur de la communauté exilique. D'après
Laue, les chants n'ont pas eu d'existence séparée, ils ont pour but
de compléter D.-Is. ; le chap. Liu était primitivement un psaume
sur un malade et on Ta transformé en description messianique ;
les chants appartiennent à l'époque postérieure à Ësdras. Selliii
trouve des indices que le serviteur est Zorobabel, le messie du
retour qui fut fustigé et mis à mort par le gouvernement perse.
KoYiig et Haléry tiennent à peu prés tous les chants pour d.-isai-
94 REVtJE SÉMITtQtJË
ques et admettent le sens collectif du Serviteur. Bertholet est
d'accord avec Duhm et trouve dans dans TE.-Y. le martyr mâcha-
béen Eléazar. Fullkrug croit que D.-Is. a écrit ses chants dans
différents temps et que le serviteur est Timage idéale du rédempteur
futur de tout le genre humain; il n*est ni roi, ni prophète, ni prêtre,
mais un peu de chacun d*eux. Le travail de Budde semble mettre
fin à cette joute curieuse qui donne gain de cause à Tinterprétation
presque millénaire de Texégèse juive non agadique et qui est passée
sous silence comme si elle n'existait pas. L'arriére-pensée dogmati-
que est manifeste même chez Duhm et Budde, qui se donnent toutes
les peines du monde pour justifier l'application de Timage du servi-
teur à Jésus dans les écrits évangéliques. Aucun d'entre eux
n*ose proclamer catégoriquement le divorce de la christologie avec
Vesprit des prophètes.
Parmi les travaux critiques sur les livres prophétiques» également
très nombreux, ceux de Giesebrecht, de Kitiel et de L. Gautier
poursuivent un but édifiant ou psychologico*religieux. A rencontre
du logion spirituel de Wellhausen : « Les longs commentaires sont
inutiles »,3farfî fait entrer un très long commentaire sur Isaîe dans
la X» livraison du Kurzer Ilandcommentar zum Alten Testamentj
et en effet, des décompositions chimiques telles que l'auteur en fait
subir au texte d'Isaie demandent à être amplement justifiées du moins
par des raisons casuistiques. Marti place certaines pièces de Trito-
Isaie dans la moitié du n« siècle. Il trouvera probablement bien*
tôt des passages de Quarto-Isaîe qui seront postérieurs à l'Évan-
gile. Pour Kraetschmar, le livre d'Ézéchiel n'est pas d'Ézéchiel,
mais l'œuvre d'un rédacteur qui a mis ensemble deux relations
textuelles tirées d'un archétype. Cornill le discute longuement.
Le livre d'Amos est commenté par L6hr qui, à force de dissection,
rétablit une métrique régulière. Selon lui, l'expression ihSn TtSV
X^'^i^) n'est pas d'Amos. Seescmann considère comme interpo-
lations toutes les mentions de Juda dans Hosée. Ce prophète reçoit
Tordre divin (ch. iii) d'aimer une autre femme que l'infidèle Gomer
sans jamais l'épouser (!). J. -T. £iPcA« place Nahum dans la i5<' ou
i6« année du règne d'Ézéchias et la destruction de Ninive dans la
18' ou i9« année de Josias.
Voilà une jolie liste de travaux parus en l'an 1900-1904 en Alle-
magne sur les études bibliques. Ne les ayant pas lus, je me suis borné
à faire un choix concis des appréciations de M. Cornill. Le tobu-
bohu des opinions fait rougir le Talmud. Les opérations chirurgi-
cales font rage et chaque opérateur tient à honneur de surpasser
son émule dans l'ablation des parties que Tautre croit saines.
Par ce moyen Infaillible toutes les difficultés seront un jour aplanies,
mais alors il n'y aura plus de texte du tout, et l'esprit mourra
à force d'avoir voulu tuer la lettre.
BtBLIOGRAraiE 95
Dans son annonce de VEncyclopedia Dritannicay M. Giesebrecht,
qui refuse toute confiance à P.^ fait mille circonlocutions pour ne
pas dire directement à Cheyne que sa critique biblique est du plus
pur arbitraire. Cheyne a fait la découverte d'un peuple préhisto-
rique, les Jerahmeélites. Tous les noms palestiniens qui ont quel-
ques-unes de ces lettres cachent ce peuple disparu : Le puits
Lal^ai-roî, la station de Qadô», nommé Reqèm dans le Targum,
QemueU Jéricho, Derahêlpére d'Ëlihu, ''Amalêq, etc., ne sont autre
chose que de méchantes altérations du fatidique Jéra^mef j. C'est
le génie de la higher Critical School qui vaticine encore que Jacob
est une corruption de Abihabôdy Isaac de Ahihala^, Mori% deMu^ri
et ^ophni de Pinhas» On peut imaginer les bouleversements qu'un
esprit ainsi formé est capable d'introduire dans Tordonnance des
textes traditionnels, dans leur lecture et dans leur interprétation.
Passons.
De larecension de M. Fritz Hommel citée plus haut, nous retenons
exclusivement ce qu'elle nous apprend sur les tendances générali-
satriccs qui cherchent à renouveler l'étude déjà si compliquée de
l'ethnographie et do la philologie des langues sémitiques, égale-
ment dans le pays de Gœthe. J'ignore les noms et le nombre de ceux
qui poursuivent ces tendances, mais faute de quantité il y a qualité,
car il suffl^t de savoir qu'elles sont chaudement défendues par le
savant professeur de Munich pour lire avec attention les dernières
pages de ladite recension, qui concerne tout particulièrement les
rapports des langues sémitiques avec les langues couchites de
l'Afrique (p. 532-537). Je suis d'accord avec Prsetorius que l'ordre
syntaxique de la phrase ne constitue point un trait caractéristique
d'une famille de langues et que la vraie parenté réside dans le
vocabulaire et dans l'identité au moins partielle de la flexion nomi-
nale et verbale. Pour M. Hommel, tout désaccord entre ces deux
phénomènes est la marque des langues mixtes (Mischsprachcn).
Les conséquences sont bien stupéfiantes : l'ancien égyptien est
purement sémitique; les autres idiomes couchites : le berbère, le
bcdja, le saho-afar, le somali et le galla sont sémitico-touraniens ;
le nouba et son débiteur voisin, l'agau sont purement touraniens,
ce qui atteste que le nouba a immigré d'Éiam. Notez que le peuple
de Kesh (xgro) n'apparaît que depuis la xii* dynastie dans le sud
de l'Egypte; évidemment leur immigration datait de peu de temps.
Il y a plus, le vocabulaire égypto-agau contient un grand nombre de
mots sumériens, entre autres rm, eriim, ilmo, t pleurer » =s sum.
lim (!), t œil ». L'auteur ne dit pas par qui ils ont été importés. On
le voit, la Genèse, avec sa confusion des langues, est grandement
dépassée par les hypothèses de M. Hommel. La philologie comparée
n'a plus rien à envier à la critique « supérieure » ; le vin scientifique
do l'an 1901 a évidemment déposé trop de lie.
96 REVUE SÉMITIQUC:
F. Martin, Lettres assyriennes et babyloniennes. Paris, 1901.
Résumé clair et suffisant des lettres assyriennes et babylonien-
nes dont les originaux font partie des deux premiers volumes du
recueil édité par M. Harper en cinq volumes, sans transcription ni
traduction, entre 1892 et 1901. Leur intérêt réside d*aborddans le
langage même qui est foncièrement populaire, ayant une vocalisa-
tion assez différente de la langue classique des documents offi-
ciels et faisant usage d*une foule de mots qui ne s'y rencontrent
pas souvent. Cette circonstanoci jointe à la diffusion et au décousu
des phrases, ainsi qu'aux répétitions inutiles qui caractérisent les
rédaction* rapides et privées de préparations littéraires, est une
cause d'obscurité qui déroute le traducteur, d'autant plus que ce
sont en grande partie des réponses aux ordres reçus par le gou-
vernement dont les originaux n'ont pas été conservés. M. Martin a
réussi à en extraire des faits qui intéressent à la fois l'assyriologue
et l'histoire. Bon augure pour la rentrée en faveur des études assy-
riologiques en France.
Ileinrich Zimmern, Das Princip unserer Zeii- und Raunitheiluiuj
(Abdruck aus den Berichten der philologisch-historischen Classe
der KGnigl. Sachs. Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig,
November 1901).
Cette intéressante brochure nous est parvenue au moment de
donner le bon à tirer de la Revue Sémitique, et nous profitons de
Toccasion pour signaler quelques résultats qui me paraissent être
nouveaux. On savait déjà que la division du jour en 24 heures de
()0 minutes remonte au système sexagésimal usité chez les Babylo-
niens, mais quel est le point de départ du système lui-même?
M. Zimmern rend très vraisemblable qu'il représente les 60 jours
de deux mois d'une ancienne année de 360 jours divisée en six par-
ties. Le mot 6^UNÀi(, qui désigne Tunité collective du sosse^ signifie
« un sixième • icf. .>Ufni. « 1,2 », ^'u/^'u, c 1/3 », etc.), naturellement
de 3G0. La division du jour en 6 dihories (idéog. /tas-pu, prob. =^si-
HitOiui en forme le parallèle. Le saros, malgré le « sumérien » saty
est le sémitique ^nt?> TfTOi • cercle, disque de la pleine lune ». Les
mesures do loniruour reposent sur le même principe. Ces études
inauururent des découvertes prochaines. Le c sumérisme > seul s'en
plaindra, car ses ih<tronomes exotiques voient de plus en plus le sol
se dérober sous leurs pieds. J. UalBVY.
L'Êditeur-GérMt : E. LeaOUI.
P«ns. <— > Imprincrie G. M«uria, 71, me 4c R«aa«t.
REVUE SÉMITIQUE
D'ÉPIGRAPHIE ET D'HISTOIRE ANCIEN
RECHERCHES BIBLIQUES
Le Livre d'Osée.
[Suite.)
CHAPITRE IV
AdiDoneatation au peuple d'Éphraim. — Manque de sincéri
de piété. -> Débordement de crimes de droit commun qui
frémir la nature. — Indignité des prêtres et des prophètes. —
prêtres se font des revenus avec les sacrifices de péché. — Aba
des observances de Yahwé. — Luxure et intempérance. — M
culte des hauts lieux et prostitution.— Avertissement aux Jut
de ne pas participer aux lieux de pèlerinage éphraïmites. —
tincts idol&triques d'iîlphraïm. — Immoralité des chefs.
i. Écoutez la parole de Yahwé, ô fils d'Israël; Yahwi!
un procès aux habitants du pays, car il n'y a ni vérité, ni I
faisance, ni connaissance d'Élohtm.
S. Le parjure, le mensonge, le meurtre, le vol, l'adul
débordent et le sang louche le sang.
3. C'est pourquoi la terre est en deuil, et tout ce qui l'hi
se fane; les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, jusqu
poissons de la mer disparaissent.
i. Que personne n'exhorte, que personne n'avertisse;
peuple même te blâme, â prêtre !
98 REVUE SÉMITIQUE
5. Tu trébuches le jour, le prophète trébuche avec toi la
nuit; je ferai périr ton peuple.
6. Si mon peuple périt dans Tignorance, c*est que lu
détestes la connaissance (de Dieu) ; mais je te déteste trop pour
que tu me serves comme prêtre. Tu as oublié la loi de ton
Dieu, j'oublierai, moi aussi, tes enfants.
7. Plus ils grandissent, plus ils pèchent contre moi; je
changerai leur honneur en opprobre.
8. Us mangent les sacrifices de péché de mou peuple et
Tincitent à commettre leurs propres méfaits.
9. Le peuple sera donc (puni) comme le prêtre ; je leur deman-
derai compte de leur conduite, je leur rendrai ce qu^ils mé-
ritent.
10. Ils mangeront sans se rassasier, ils plongeront dans la
luxure sans croître en nombre ; (cela leur arrivera) parce qu'ils
ont cessé d'observer (les lois de) Yahwé.
•
1 1 • La luxure, le vin et le moût ôlent Tintelligence.
12. Mon peuple consulte le bois qu'il porte, son bâton lui
annonce (Pavenir), parce que l'esprit de la luxure les a égarés
au point qu'ils se sont prostitués en quittant leiu* Dieu.
13. Ils sacrifient sur tes sommets des montagnes, ils font
griller la viande sur les collines, sous les chênes, les pins et
les sureaux, à l'ombre agréable, c'est pourquoi vos filles se
prostituent et vos brus commettent l'adultère.
1 i. Je ne condamnei*ai pas leurs filles qui se prostituent, ni
leurs brus qui commettent l'adultère, puisque eux-mêmes sa-
crifient avec les courtisanes, et font des offrandes avec les
prostituées publiques, et la masse ignorante s'y laisse prendre.
15. Si toi, Israël, t'adonnes à la prostitution, puisse Juda
ne pas partager tes défauts ! Ne vous rendez pas (6 Judéens !)
à Gilgal, ne montez pas à Bèt-Awen, et n'y jurez pas par
« Vive Yahwé ! »
16. Éphraun est attaché aux idoles; laisse-le!
17. Lorsque leur ivresse s'en va, ils se livrent à la prostitu-
tion ; leurs protecteurs aiment la honte !
Wi^
RECHKACRES BTBUQUES 09
COMMCNTAIBK
1 . La connaissance d'Élohim, Q^in^M nyif ^^ simplement
nyin (y* ^)» ^^ ^^ bienfaisance et l'exercice sincère de la
justice (Jérémie, xxn, 1 5-1 6) .
*• tfny) rhtif « i^^er et mentir », est pour ^ro^ nf?«»
« faire un faux serment ». — :)ViBy « ae répandent et débordent,
T T
sont devenus fréquents > (cf. II Chroniques, xxxi, 5 ; I Sa*
muel, lu^ 1 ). — <c Le saug touche le sang », sous-entendu ^ip^y
€ des innocents », en comprenant aussi bien ies actes de bri-
gandage que les meurtres judiciaires.
3. Le verbe ^y;^ prend souvent la sigoification jde '^qj,
€ se faner, périr » (Isaie, xxiv, 7).
i. ^K est employé ici avec la nuance de « cependant,
pourtant ». — Les formes j-p, HDI^* marquent le jussif : <x On
veut que personne n'admoneste, que personne n'exhorte. »
ta phrase jnb ^S'HDS HOW ^ ^^ ^^^ peuple ressemble
aux adversaires du prêtre », semble faire allusion à la rébel-
lion de Coré contre les privilèges d*Aaron (Nombres, xvi).
Dans ce cas, il serait facile de sous-entendre € et qui périrent
corps et biens »; comme sens, il n'y aurait rien à redire, mais
le contexte des versets 5-8 exige impérieusement que le mot
"titi ^^^ ^ ^^ nominatif, ou plus correctement au vocatif, afin
«fu'il puisse former le sujet des verbes suivants. Parmi les ten-
tatives modernes, la correction rniH ^5^ ^Vl» ^ et avec toi
est ma discussion, ô prêtre! », a été presque généralement
admise, y compris moi-même. Cependant, comme cette leçon
ne rend pas compte des lettres 03, il y a lieu de chercher un
moyen moins radical, et on l'obtient en plaçant à la fin le ;3
Initial du mot ^3^103, qui devient ainsi spii-jp, « et ton
peapleei celui qui te blftme, ô prêtre! ». Le verset dit au
prêfape : < Tu ne veux pas que d'autres fassent la morale mai
peuple; eh bien, ta conduite est si scandaleuse que le peuple
te fait la morale à toi. »
100 REVUE SÉMITIQUE
5*. nbtt^DV '® ^"J^* ^^ '^ prêtre mentionné au verset précé-
dent. — j2Xin * îcî 'c sens de QtDV» • '^ j^^^ • • — IDN ^n^Dll
n'offre aucun sens acceptable ; il faut lire Tp^y < et je ferai
périr (Jérémie, vi, 2) ton peuple > ; les membres de la série
sont : prêtre, prophète, peuple.
6. Le peuple périt par Tignorance de ses devoirs moraux,
contenus dans le terme r\yij < connaissance », et il les ignore,
parce que toi-même n'en fais aucun cas; tu seras donc rejeté
comme indigne d*officier comme prêtre à mon service.
L'oubli de la loi, de la part du prêtre, sera vengé de la part
de Dieu par Toubli de ses enfants, lesquels ne pourront rem-
placer leur père dans le sacerdoce.
7. UiTQ ^^ ^" verbe : plus ils augmentent ou montent
en grade, et plus ils se montrent récalcitrants à la morale. —
Dn*Q3 f^it parallélisme à 031, dont l'antithèse est y^p,
a Topprobre, l'extrême mépris » (cf. Malachias, n, 9).
8. Cherchant à multiplier les sacrifices de péchés, dont la
viande leur est destinée de par la loi, les prêtres ont intérêt à
ce que la moralité publique soit à un niveau très bas, afiD
d'augmenter le nombre des sacrifices.|
9. Prêtres et profanes auront donc le même sort : ils rece-
vront la rémunération de leurs œuvres détestables.
10. y^Q'^ i(^, c( ils n*augmenteront pas en nombre » (Ge-
nèse, XXX, 30, 42; cf. v. G). — -j^-p pjj équivaut à p^
mrr* min? • '^ '^^ dejDieu », comme il résulte du verbe
1 1 . t^Yn^n, « inoût », est le symbole de Tivresse. — 3*5 m\y
c prend, attire le cœur d, et fait commettre des sottises. La
corruption générale en est la conséquence inéluctable.
12. y^y et ^^po sont des désignations méprisantes des
branches ou bâtonnets magiques^ dont se servent les prêtres
païens pour prédire le sort. — nVnn ïï^^nque de complément
direct; lire onriin» a les a égarés >.
aECHERCHBS BIBLIQUES 101
13. Le culte sur les hauts lieux est indissolublement lié
aux pratiques de la prostilHtion, par suite des hiérodules atta-
chées à ces sanctuaires isolés ; les lïlles et les jeunes mariées y
apprennent le vice.
H. La légèreté des jeunes femmes est inévitable, vu le
mauvais exemple donné par les prêtres, qui sacrifient en com-
pagniedecourtisaneset d'hiérodules. — nifl^. «séparent »,
ne convient guère; lisez I21p». ■ sacrifient »; le sujet on-
(L eux », se rapporte aux prêtres. Le peuple ignorant, qui croit
& la sainteté de ces usages, les adopte et ne peut plus les aban-
donner.
1 5. Les Judéens ne sont pas plus sages ; ils Tont des pèlerinages
à Gilgal et à Cêl-EI, croyant que ce sont des sanctuaires légi-
times. Ils ne doivent pas le faire, ets'ils tiennent absolument à
suivre le culte d'Éphraïm, qu'ils ne jurent pas par la formule :
« Vive Yahwé », pour se donner l'air d'être de vrais fidèles.
16. Israël-Éphraïm se montre opiniâtre comme une vache
indomptable, aussi Dieu cessera de le soigner comme un agneau
qu'on place dans une vaste prairie, pour qu'il puisse brouter à
son aise l'herbe la plus tendre; ajoutez j^'p avant ayii, la
forme positive serait une récompense plutôt qu'une punition.
17. Le sujet de mn ^^ Juda; Osée lui conseille de laisser
Éphraïm seul dans l'idolâtrie, dont il ne peut plus se séparer,
et de s'abstenir de toute communion religieuse avec lui.
18. Au sortir de l'ivrssse du vin, les Ëphraïmites se jettent
dans la débauche ; les chefs et protecteurs du peuple {n^aao,
cf. Psaumes, lxxxiv, 1 0) aiment les actions honteuses (p'jp). —
A effacer le mot !p,-i, qui n'est qu'une diltographie partielle du
mot précédent iinW- Cependant l'admission d'une forme
OnsnX (*^'^- T)0"i9n) ^st strictement possible.
19. Lèvent les enveloppera dans ses ailes pour tes emporter
dans le vide. — ■ LirennW *" ''^"^ ^^ nniN-
102 RftVUE SEMITIQUE
CHAPITRE V
Admonestation aux prêtres, au peuple et à la dynastie royale. -•
Établissement du culte illégal à Mi^pa et sur le mont Tabor. — La
corruption d'Ephraîm infecte Juda et ses princes, lesquels subiront
la colère de Yahwé. — Cause de Fëgarement de» deux peuples
frères. — Châtiment commun. — Abandon temporaire jusqu^à leur
changement de conduite.
1 . Écoutez ceci, ô prêtres I Faû attention, maison d'Israël,
prête l'oreille, nnaison royale i car le jugement vous appar-
tient. Vous êtes comme un filet pour Mi^pa, un piège tendu
pour le Tabor.
2. Pendant regorgement (des sacrifices) ils approfondissent
les illégalités; quant à moi, je suis devenu comme un étranger
pour eux tous.
3. Moi, je connais Éphraïm, je ne t'ignore pas, Israël, (je
sais que)^ maintenant, tu Tes prostitué, (je n'ignore pas) que
tu es devenu impur.
i. Leurs pratiques ne leur permettent pas de retourner vers
leur Dieu; ils sont possédés par Tesprit de prostitution, et ils
ne connaissent pas Yahwé.
5. L'arrogance d'Éphralm sera abaissée aussitôt, Israël tré-
buchera à cause de ses péchés et Juda trébuchera avec lui.
6. Avec leur menu bétail et avec leur gros bétail ils iront
chercher Yahwé, ils ne le trouveront pas ; il s'est retiré d'eux.
7. Ils ont trahi Yahsvé, car ils ont engendré des enfants dé-
générés; maintenant la désolation les consumera avec leurs
biens.
* •
8. Sonnez le cor à Gabaa, la trompette à Rama; pousse
des cris, Bêt-Awen, que derrière toi arrive Benjamin !
9. Éphraïm! tu seras dévasté au jour de la correction;
j'annonce (cette) certitude aux tribus d'Israël.
10. Les princes de Juda ressemblent à ceux qui reculent la
borne (des champs appartenant à d'autres) ; je déverserai sur
eux le flot de ma colère.
1 1 . Éphraïm est violenté, brisé par la peine, parce qu'il
aime à courir après la souillure.
REGHKRGHISS BIBLIQUES 103
12. Je serai comme un ver (rongeur) pour Êphraîm, comme
une pourriture pour la maison de iuda.
* *
1 3. Ëphralm vit sa maladie, Juda(vit) son infirmité, Éphraîm
se rendit auprès du roi d'Aàâour, [Juda] envoya des messagers
au roi de Rahab (Egypte) ; mais aucun d*eux ne pourra vous
guérir ni vous retirer Tinfirmité.
14. Car je serai comme un lion pour Éphraïm, comme un
lionceau pour Juda ; moi-même je (vous) déchirerai et je m'en
irai (tranquillement), j'emporterai (vos) dépouilles et personne
ne (vous) sauvera.
15. Je vais me retirer dans ma place, jusqu'à ce qu'ayant
conscience de leur culpabilité, ils s'adressent à moi ; ils me
rechercheront quand ils seront dans la détresse,
COMMENTAIRE
1. lûBtt^n DDb» ^ ^^ jugement est à vous », c'est-à-dire
vous représentez le pouvoir exécutif, et il est dans votre fonc-
tion de défendre les pratiques cçntraires à la loi; or, vous
avez tendu vous-mêmes des pièges sur les montagnes de Mi^pa
en Galaad (Genèse, xxxi, 49; Juges^ xi, 29) et sur le Tabor,
en y créant des bamoth fréquentées par des pèlerins.
8. On ne trouve aucun sens dans nûnij^l î 'i''® nûR^?»
ce pendant regorgement des bêtes des sacrinces, ils appro-
fondissent les transgressions », ni^ttf, c'est«-à*dire : ils les
poussent au dernier degré de l'horreur. — IDID^ P^ut-êlre
T
mieux '^VKi* « étranger >, (Psaumes, lxix, 9), personne
d'entre eux ne pense à moi; je suis devenu pour eux tous
comme un étranger.
3. L'expression < Éphraïm et Israël » équivaut à c Éphraïm-
Israël », dont le premier élément est un nom de tribu, le se-
cond le nom du royaume. Ces noms sont distribués aux deux
verbes parallèles.
4. Les Éphraïmîtes étant certainement l'objet et non le sujet
du verbe, il faut lire Dî|jni au lieu de î|jn^. Ce sont les mau-
loi REVUE SÉMITIQUE
vaises pratiques qui ne leur permettent pas le retour vers
Dieu (lY, 11,17). — Ils ne connaissent pas Yahwé; cf. iv,
1, 6.
5. ViBD» ^ ^^ s^ f^^® », = a à vue d'ceil ». — Israël et
Éphraïm, voyez v. 3.
6. Les sujets des verbes sont les Éphraïtnites; ils iraient
(•IdV) chercher Yahwé avec tous leurs troupeaux, ils ne les
trouveraient pas (ixVD^ xbl) puisqu'il s'est déjà retiré loin
d'eux.
'^' W^H 0^33' ^ ^*^^ étrangers », synonyme de o^3W nV»
c enfants de prostitution, enfants dégénérés » (i, 2).
BTin dVdX^ ^^ signifie pas grand'chose, à lire nbSX^
;j^n ®^ ^ prendre y^j^ dans le sens adverbial : il les détruira
par l'épée, avec (pv = q-j;) leurs lots, leurs biens.
•• •
8. Cri d'alarme adressé à Benjamin, qui a été le plus infecté
des coutumes éphraïmites. — p>t"nO> * maison de vanité,
d'iniquité », épithète péjorative de Béthel, ^î<~n^3, Heu
principal du culte dissident.
9. njDNJ» ^^ chose certaine », et adverbialement t comme
une chose certaine, positivement ».
10. Les princes de Juda qui suivent tes aberrations
éphraïmites sont qualifiés de ce déplaceurs de bornes », car ils
transgressent les limites légales qui ont été fixées par Yahwé,
expression idéalisée du Deut. (xix, 14). — D'^DS» * comme
les eaux », sous-entendu taig^tt^ D^Sl» ^ abondantes et im-
pétueuses ».
1 1 . Éphraïm est violent, torturé de maladie (pTB^y, cf. le
nom nptî^i • grave maladie » (Isaïe, xxxvm, 14; as.
aéakku), il est brisé par le châtiment (ûSBfD VIVn)» P*''^® Q"'*'
suit délibérément la souillure (y^ = j^^f , Isaïe, xxviii, 10, 13 ;
T
cf. ibid.f XXX, 22), épithète de l'idolâtrie. Cest l'explication
du V. 5.
12. Juda subira le même sort : il se vautre dans la fange
morale, il éprouvera la colère de Yahwé, qui le rongera comme
le ver qui naît de la pourriture.
RECHERCHES BIBLIQUES 105
13. Les deux peuples frères, Éphraïm et Juda, sentent déjà
les effets de la maladie et de la plaie (^^ÎD* >*- "11?) qui les
ronge; le premier est allé chercher du secours auprès du roi
d* Assyrie, et a envoyé des messagers chez le roi Yarêb dans le
même but. Le roi assyrien, mentionné d'abord, est certaine-
ment le nommé Poul, à qui Menahêm avait donné mille talents
d'argent pour lui assurer le gouvernement, mais sans grand
profit (II Rois, XV, 19-20).
Après nbtt^V ^' ^*^* suppléer n^lH^ dont il est question au
verset précédent. L'expression 2T ibo» V^^ "® P®"* signifier
que « roi de Yarêb )>, semble être une simple faute de scribe
pour 3rn l^D' ^ ^^^ d'Egypte ». ^pj") (orgueil) est uneépi-
thète souvent appliquée à FÉgypte (Isaïe, xxx, 7 ; u, 9).
L'envoi de messagers aux deux grandes puissances du nord
et du sud s'est fait par une entente commune entre Éphraïm
et Juda, de sorte que chacun de ces petits états, surtout
Ëpbraïm, demande du secours à ces potentats étrangers (cf.
VII, n ; IX, 3 ; XI, 5, 11 ; xii, 2 ; xiv, 4). — ;r\ns^ = nsn^^^
c ôtera, éloignera » .
1 4. "]VkV * J^ ^'^" ^^^^ j^ ™^ retirerai tranquille » , sachant
que personne n'osera me disputer la proie.
^5. '>opo ^x» « à nia demeure », au ciel. — lOtt^x^ * ^^^
le sens de c se reconnaître coupable » .
CHAPITRE VI
Exhortation à faire retour à Yahwé. — Certitude du salut. —
La vraie connaissance de Dieu. — Crimes d*Ëphraîm et de Juda.
1. Allons, retournons vers Yahwé, car, s'il (nous) a
déchirés, il nous guérira (bientôtj; s'il (nous) a frappés, il nous
pansera (aussi).
2. Après deux jours (de maladie), il [nous rendra la santé ;
le troisième jour, il nous fera lever et vivre en sa présence.
3. Sachons donc poursuivre la connaissance de Yahwé ; son
arrivée est aussi certaine que l'apparition de l'aurore ; il nous
406 REVUE StelTIQUE
viendra comme la pluie (bienfaisante), comme la pluie prinla-
nière qui désaltère la terre.
i. Qu*ai-je pu te faire, ô Éphraïm! Qu*ai-je pu te faire, ô
Judal Votre piété ressemblait à. la nuée du matin, à la rosée
qui disparaît de bonne heure.
5. C'est pourquoi je vous (m. à m. a les 9) ai massacrés par
les (menaces) des prophètes, je vous (m. à m. c les 1») ai tués
par les paroles de ma bouche, et mou châtiment ressortait
comme la lumière.
6. Car j'aime la bienfaisance, non les sacrifices ; j'aime la
connaissance de Yahwé plus que les holocaustes.
7. Quant à eux (les gens d'Éphraîm), semblables à Adam,
ils ont violé (mon) alliance, là (au siège du culte), ils se sont
montrés infidèles.
8. Galaad est devenue une ville de malfaiteurs, elle est
tachée de sang.
9. Comme le bandit qui attend (le voyageur), l'association
des prêtres assassine (sur la) route (qui mène) à Sichero;
oui, ils commettent des crimes ignobles.
10. Dans le temple d'Israël, j'ai vu de^ abominations; là
est la prostitution d'Éphraîm, (là) Israël se souille!
1 1 . (Et) à toi aussi, ô Juda I je te réserve une moisson (un
châtiment terrible) [et je te rétablirai] lorsque je rétablirai mon
peuple (Éphraïm).
COMMENTAIRE
1 . Le ton de ce chapitre est extrêmement persuasif; il dé-
bute par un conseil amical de retourner à Yahwé, et le pro-
phète se confond volontiers avec le peuple. — rj^ pour ,"Q^
est choisi pour former une allitération avec î|3B/3n>«
• • * m ^
2. QiovD, après deux jours de souffrances inévitables à
l'expiation de nos péchés; le troisième jour, lui-même nous
mettra debout pour que nous vivions désormais en sa présence
et sous sa protection.
3. H faut savoir comment on peut arriver à la connaissance
de Yahwé ; jusqu'à présent on ne Ta pas su, et c'est pourquoi il
RECHRftCHBS BIBUQUES 107
s'est retiré d'Israël (v. 6). Quand on saisira le bon moyen,
Vahwé réapparaîtra aussi icanifeatement que l'aurore brillante,
et aussi bientâisant que la pluie automnale qui désaltère le sol
desséché par les ardeurs de l'été.
&. Yahwé s'adresse directement à Kphraim et à Juda, en
disant : Gomment aurais-je pu agir moins sévèrement avec
vous en voyant que votre piété occasionnelle, semblable à ta
nuée et à la rosée du matin, ne durait que quelques heures,
et lie venait pas d'une conviction sérieuse amenée par le désir
de s'amender.
5. Au lieu de ^n3Xn ''""^ D^n^ïD' ^" Parallèle avpc
D'Hinn; '^^ objets de ces verbes sont encore Éphralm et
Juda, bien que les sufTixes soient & la 3* personne, te les ai
frappés à mort dans les prédictions que j'ai inspirées aux pro-
phètes. C'est bien le sens de la première phrase du verset; la
phrase suivante ^yi 'f\^ TPpDE'lM cadre fort peu dans le
contexte; lire ^'^ H'IND *D3Eto1> • ^^ """' jugenien'. m»
décision de les punir, apparut aussi clair que la lumière.
6. J'ai pris celte décision si sévère parce que j'aime la piété
et la bienfaisance et non pas les sacrifices et les holocaustes
par lesquels ils imaginent me dédommager.
7. Mais eux, au lieu de s'améliorer, ils ont transgressé l'al-
liance de \ahwé; ils ont agi comme Adam, qui a contrevenu
à la défense formelle qu'il avait reçue de ma part (Genèse,
li-iii)-
QIE^ a. là >, même en apportant les sacrifices, ils m'ont trahi
en s'abandonnant à des actes coupables.
8. Méfaits de la ville de Galaad, pleine de malfaiteurs
qui versent le sang. — pDpV "'"'^''S P*s de sens convenable ;
lire rnpV' " tachée, rayée >, du masculin ^pw (Genèse,
XXX, 35, 39).
9. »3n = nsn po"' ni3n; 'e sujet est onrij etk,
« homme des bandes pillardes, brigand j>; l'objet sous-en<
tendu est le voyageur. — Placer ^m après ^nïT^- — ITI
nODlf' " sur la route de Sichem » ; nODE' P"'^'" îTQOP- —
108 REVUE SÉMITIQUE
13 a ici le sens temporel de c lorsque > : après avoir célébré
leurs orgies, ils exercent le brigandage.
1 . rrTnj^ttf » < chose horrible » , comme n^inj^B^ (Jéréraie,
xvni, 13).
1 1 . n^ -|^2^P ntj^*, € Dieu te prépare une moisson, un châti-
ment sévère > (Jérémie, li, 33). — Pour relier la phrase
suivante, il est indispensable de suppléer n^t'iBfxi» • c' j^ ^^
rétablirai lorsque je restaurerai mon peuple Ëphraïm » (11, 2).
CHAPITRE VII
Dieu voudrait venir en aide à Ëphraïm, mais les crimes de celui-
ci Ten empêchent. — Vols à main armée. — Complaisances du roi
et des princes. — Orgies. — Ivresse. — Anarchie. — Assimilation
aux peuples étrangers. — Recours à l'Egypte et à rAssyrie. —
Ingratitude envers Yahwé. — Châtimont.
1. Lorsque je veux guérir Israël, apparaissent le péché
d'Éphraim et les méchancetés de Samarie qui pratiquent la
fraude ; leur péché apparaît (avec évidence) comme le voleur
qui exerce le brigandage dans la rue.
2. Ils ne disent pas dans leur cœur que je me rappellerai
leurs méfaits; maintenant ils (les méfaits) m'entourent, ils se
tiennent devant ma face.
3. Par leurs méfaits, ils réjouissent le roi et par leurs men-
songes (ils amusent) les princes.
4. Tous s'adonnent à l'adultère ; ils brûlent comme un four
qui consume ce qui y est cuit; Tallumeur (seul) repose depuis
le pétrissage de la pâte jusqu'à ce qu'elle soit levée.
5i Le jour (anniversaire) de notre roi, les princes se rendent
malades par la force du vin ; (le roi même) tend la main aux
railleurs.
6. Car ils ont assimilé leur cœur à un four, en se mettant aux
aguets ; leur boulanger dort toute la nuit et le matin il brûle
comme un feu flamboyant.
7. Tous sont échauffés comme un four; ils consument leurs
juges; tous leurs rois sont tombés, pas un seul d'entre eux
ne m'invoque.
RECHERCHES BIBLIQUES 109
* *
8. Éphraïm se mêle aux peuples, Éphraïm est comme un
gâteau qui n^a pas été retourné (pour cuire).
9. Les étrangers consument sa force et il ne le sait pas, il
est déjà surpris par la vieillesse et il ne le sait pas.
10. La grandeur d'Israël décline à vue d'œil, et néanmoins
ils ne retournent pas vers Yahwé leur dieu et ils ne le recher-
chent pas.
1 1 . Éphraïm ressemble à une colombe sotte privée de ré-
flexion; ils appellent Àâsour, ils s'en vont en Egypte.
12. Pendant qu'ils marcheront, je leur tendrai un piège;
je les ferai descendre comme Toiseau du ciel (tombé) ; je leur
infligerai un châtiment semblable à ceux qui sont connus de
leur assemblée.
13. Malheur à eux qui se sont éloignés de moi, malheur à
eux qui se sont insurgés contre moi ; moi je les ai (souvent)
sauvés et eux m'ont adressé des paroles mensongère^.
1i. Ils ne m'invoquent pas sincèrement quand ils gémissent
Fur leur lit; ils se lamentent pour le blé et le vin, ils se ré-
voltent contre moi.
15. Pourtant c'est moi qui ai lié et fortifié leurs bras, et ils
ne pensent que du mal de moi !
16. Us ne retournent pas vers le Très-Haut, ils sont par:i's
à un arc faussé; leurs princes tomberont par Tépée, à C3u.^e
de l'intempérance de leur langue; cela fera d'eux un o\iet
de raillerie dans le pays d'Egypte.
COMMENTAIRE
1 . Dieu était prêt à guérir Éphraïm de sa maladie, mais les
méfaits de celui-ci se sont montrés dans un jour si abominable
qu'il recula; ces méfaits consistent dans des actes de fausseté
(idolâtrie) et dans le brigandage public. — Pour «i^-jj DttfB»
cf. I Samuel, xxx, 1,8. — yin3» • dans la rue », à la vue
de tous.
2. Quoiqu'ils n'y pensent guère, j'ai en mémoire le mal
qu'ils font. — Le sens général exige de corriger niMD ®"
410 REVUE SÉMITIQUE
^3Q3P» '^"''^ *^^®s iniques m'entourent et sont en ma pré-
sence.
3. Leurs niéchants exploits, au tieu d*èire punis par les
autorités dirigeantes, causent plutôt de la joie aa roi et aux
princes qui Jes trouvent à leur goût.
4. Ils sont échaufTés par la luxure comme on four qui
consume les choses qu'on y met à cuire, JTTS'mi TI3n Tb3
(nQKD PO"^ nSkD)- Les mots -jwjj nûE^ ^^ suivent
• • • •
peuvent signifier : « Il repose en veillant », ou bien :
c Celui qui veîUe repose «, mais ni l'une ni Tautre de ces
traductions n'ofTre de liaison acceptable. L'harmonie se
rétablit en corrigeant "T^yo en T^yaç (Exode, xxji, 5), < l'ai-
lumeur, c'est-à-dire le boulanger, après avoir pétri la p&te,
se repose jusqu'à ce qu'elle soit levée, mais le four brûle
quand même pendant ce délai > . L'allumeur-boulanger do
mal est le roi.
3 . î|32^ç UV ^^ certainement une locution adverbiale au fond
ironique : c pendant le jour (de naissance, Genèse, XL, 20) de
notre roi » , et non pas une exclamation (Vulg. Dies venu nostril
Heute ist unsers Kônigs Fest I Luther). Dans la phrase sui-
vante , le pluriel de ^nn pourrait strictement indiquer un
pronom indéterminé : a on a rendu malades les princes >; on
obtient un sens coulant en restituant le singulier nSnn^ ^ ^ ^
rendu malades »; le sujet est le roi : c'est lui qui rend ma-
lades les princes, ses flatteurs habituels, à force de leur verser
des vins capiteux. Je lis fr) noriD» • P^'' '^ poison (la force)
du vin >. La leçon adoptée par les Septante, î|Snn (= Vulg.
Cosperuni principes fusere a vino; de même Luther), lijjsse le
second hémistiche sans lien et le verbe *9\ifQ sans sujet.
Celui-ci est toujours le roi qui tend ainsi la main aux gens qui
se moquent de toutes les convenances (q^VV^)- ^ verset offre
l'interprétation du verset 3.
6. Interprétation complétive du verset 4 : 1* t Car tous sont
des adultères, (ils brûlent) comme un four qui consume ce qui y
RECHERCHES BIBLIQUES 111
est cuil i> = Car ils onl assimilé (m. à. m. a approché >) lear
cœur à un four en se metlant aux aguets (continuels de la luxure);
2* « TaHumeur se repose depuis le pétrissage de la pâte jus-
qu'à ce qu'elle soit levée », = le (m. à m. « leur ») boulanger
dort toute la nuit, le matin le four brûle coiTime du feu flam-
boyant. C'est l'image saisissante de l'iDSouciance du roi qui
laisse se propager l'esprit d'immoralité et de sédition dont il a
lui-même donné l'exemple.
7. Résumé parénétique des deux versets précédents. Brûlant
comme un forir (sllumé), ils consument leurs juges; les rois
tombent les uns après les autres, et cepeadaat pas un d'entre
eux n'invoque mon secours.
8. Éphraïm, appelé à jouer un rôle dans le monde, cherche
k »e confondre avec les autres peuples ; il devient aussi inutile
qu'un gAteau de pain appliqué k la paroi du four chauiré à
blanc, et qu'on a oublié de retourner; carbonisé d'un côté et
cru de l'autre, ud tel gâteau est immangeable et ne sert à.
rien.
9. Sa force, ses meilleurs produits, sont dévorés par les
étrangers (cf. Isaïe, l, 7), il est devenu vieux (= infirme)
avant le temps et il ne le sent pas. Pour y^ np"lî n2''fe'' ^^■
te lalmudique -)jpi yt^-n ji^Vi-^, « vieillir subitement avant
l'âge >.
)0. La décadence d'Éphraim s'opère à vue d'œil, et pour-
tant il ne revient pas pour demander aide et protection à son
dieu Yatiwé.
1 1 . Frappés d'un aveuglement insensé, comme la colombe
qui quitte stupidement son abri, les Éphraïmites appellent
l'Egypte et s'en vont en Assyrie pour chercher assistance.
12. Mais Yahwé leur tendra son filet pendant leur voyage
et teur infligera une peine terrible ^TD^N °^ DID^ï*)- sous-
entendu TDTD' ^^ genre de celles qui ont acquis une Cfîlébriié
dans leur masse populaire. Ces cas sont nombreux dans
l'histoire ancienne d'Israël. L'expression succincte wotùf^
DH'iy'? {mieux VDC'D °^ i^DE'JS) ^^ construite sur la formate
112 REVUE SEMITIQUE
juridique ij<-pii ij^DBh ^KltS^ ^Dl (Deut., xvii, 13; xix, 20;
XXI, 21).
13. uitH ^ ^^ ^^"^ P^^^ : < Je les ai (souvent) rachetés,
sauvés. j> — D^Z)T3i ^ ^^^ paroles, des promesses menson-
gères, non sincères » .
14. mun^, « s'assemblent », ne convient guère; il vaut
mieux lire îmijp^, « ils se lamentent >. — 13 mo^» impos-
sible; lire : 13 TTiy* • *'^ ^ révoltent contre moi ».
15. ^mn^ pour ^p)-)gj< , a j'ai lié, pansé » (leurs bras
blessés). — Ils pensent mal à mon sujet en disant que je o'ai
rien fait pour eux.
^^- bv vh ISIET^î 0" P®u* comparer le positif nJDI
nbj^oV (Isaïe, vin, 21); le sens est cependant comme s'il y
avait ^y 1312^ xS» * ^'^ °^ retournent pas vers le Très-Haut »
(XI, 7).
D31l£f'*? DyîD' • ^ cause de l'irritation des injures de leur
langue ». — )f pour nî<h au sens neutre : « cela (le massacre
des princes) fera d'eux un objet de raillerie dans le pays
d*Égypte où ils se rendent pour demander secours » .
CHAPITRE VIII
Cri d*alarme. — Rupture du pacte et transgression de la loi. -
Israël se vante de connaître Dieu tandis qu'en vérité il Ta aban-
donné. — Rois illégitimes et idolâtrie. — Vanité des dieux faits par
la main de Thomme. — Disparition dans la masse païenne. — Intri-
gues avec l'Assyrie. — Multitude illégale des autels. — Méconnais-
sance des prescriptions de la loi. — Inefficacité des sacrifices. —
Prompte destruction des palais et des villes.
1 . (Prends) la trompette dans ta bouche comme la sentinelle
pour (avertir) la maison de Yahwé ! parce qu'ils ont trans-
gressé mon pacte, se sont révoltés contre ma loi.
S. Ils m'adressent le cri : « Mon Dieu! j>^ Israël (me dit) :
<c Nous te connaissons ! 9
3. Israël a (cependant) abandonné le bien ; ils courent après
la vanité !
EEGHBRCHES BIBLIQUES 113
i. Ils ont nommé des rois qui ne sont pas de mon choix ;
ils ont élevé des princes que je ne reconnais pas ; avec leur
argent et leur or ils ont fabriqué des idoles, pour amener leur
perte.
5. Ton veau (d'or) a abandonné Sa marie; ma colère s'est
allumée contre eux; jusques à quand serez-vous inaccessibles
à la pureté (religieuse), ô maison d'Israël !
6. Quant à lui (au veau d'or), c'est un artisan qui Ta fait ;
ce n^est donc pas un dieu; le veau de Samarie est fait de
pièces.
7. Ayant semé le vent, ils moissonnent la tempête ; leur
semence n'aura pas d'épis levés; c'est un fruit qui ne produit
pas de farine; si (par hasard) il en produit, il sera dévoré
par les étrangers.
8. Israël est dévoré ; il est maintenant au milieu des nations
comme un vase qui n'a aucune valeur.
9. Ils sont partis pour l'Assyrie (comme) l'onagre qui cherche
la solitude; Êphraïm fait des cadeaux d'amour.
10. Quand même ils, répandraient des dons au milieu des
nations, je les réunirai maintenant; ils seront bientôt trop
faibles pour oindre un roi et des princes.
1 1 . Éphraïm a multiplié les autels pour pécher ; il possède
des stèles pour pécher.
12. J'ai écrit pour lui les paroles de ma loi; (or), elles soni
considérées par lui comme quelque chose d'étranger.
13 a. Quant aux sacrifices-holocaustes, qu'ils les égorgent
comme de la viande (profane) et qu'ils en mangent! Yahwé
ne les agrée pas.
\3b. Maintenant il se rappellera leur péché, recherchera
leurs méfaits; eux, ils retournent en Egypte !
14. Israël, ayant oublié celui qui l'a fait, s'est construit des
palais; Juda a construit nombre de villes fortifiées; j'allu-
merai dans leurs villes le feu qui consumera leurs palais.
COMMENTAIRE
1 . n2n> ^^ ^^^ palais » =?]'>s, «< la bouche » (cf. Proverbes,
VIII, 7); le verbe npi • prends •, est sous-entendu )>.
«ITOK tftilTIQOB S
114 REVUE SÉMITIQUE
nt2733i " comme Taigle >, est ordinairement rapporté à l'en-
nemi qui arrivera rapidement, mais ce mot seul ne suffit pas à
exprimer une pareille idée. J'incline à penser que faille, oiseaa
à vue perçante à travers l'espace lointain (Job, xxxix, 29),
représente ici métaphoriquement la sentinelle placée sur une
haute tour ou sur une montagne pour épier Tennemi qui cherche
à surprendre la ville ou le campement de Tarmée, et quand il
l'aperçoit, il sonne la trompette d'alarmt» pour avertir ses com-
patriotes. Peut-être le mot "12^33 n'est-il que Taltération gra-
phique de nfiV3' ^^ ^^^ '^ '^^^ propre pour c sentinelle >.
L'image de la sentinelle sonnant la trompette est surtout sail*
lante dans £zéchiel, xxxiii, 8-3.
Par l'expression mn^n^i, « la maison ou famille de Yahwé »,
Osée entend en cet endroit le peuple éphralmite comme il
devait être d'après Tidéal prophétique.
Le sujet de p^^p est « Israël }!>, mentionné à la fin du
verset. — Avant n^j^T ^ f*^* encore suppléer y^'^v^ ^V
3. 3^^, c le bien », symbolise Yahwé et sa loi dont il a été
question au verset 1 .
La leçon massorétique îgiT ^^^Ni * Tennemi le poursuivra »
• • •
ou ce que l'ennemi le pousuive >, est déjà celle des Septante ; elle
ne cadre cependant pas beaucoup dans le sens général des pas-
sages ambiants. Je préfère lire !|B^-p pM, < ils poursuivent,
courent après l'iniquité »>, ce qui forme une antithèse complète
avec la phrase précédente. L'erreur vient probablement de ce
que le premier mot était écrit en abrégé \^ et mal complété en
[D^IK ^'U lieu de M^j^ ; la ponctuation du verbe en a été natu-
rellement faussée.
4. iTfefn pour ^Tîyn-— ma^ pour -im^i-
5. La proposition : ce Ton veau a abandonné Samarie ! » est
visiblement ironique. Peut-être vaudrait-il mieux lire ^pi3t»
• • •
€ abandonne ton veau, ô Samarie ! »
Je rattache les mots ^XHtî^D O ^^ verset suivant à la fin
de celui-ci, mais je lis : '^^KlfeT* n^3 • « Jusqwes à quand sereï-
RECHERCHES BIBLIQUES 115
VOUS (îi^jîin P^ur i^pv) iuaccessibles à la pureté (religieuse),
ô maison d'Israël ! > Les Septante admettent déjà cette liaison,
mais leur traduction iv rû 'IvpocnX manque de tout fondement,
puisqu'elle ne tient pas compte du mot y^.
6. Kim* ^ quant à lui ]», savoir le veau d*or mentionné à la
fin du verset. Pour la construction^ cf. v. 2.
VWfy BTin» • ^^ artisan l'a fait > ; par lui-même il aurait
été une matière informe. Ce n'est donc pas un dieu, et la preuve
c*est qu'il peut être brisé et retomber en morceaux. Q^33i£f =
talm. ^3>tE^, « pièces, morceaux >.
7. Il est vain d'avoir confiance dans le secours des idoles :
au lieu de profit elle produit la calamité ; c'est de la peine perdue ;
si par hasard on obtenait quelque avantage, celui-ci profiterait
plutôt aux étrangers. Cette id^ est exprimée par des images
empruntées à l'agriculture : Quand la semence est mauvaise,
la récolte est navrante, le grain ne lève pas vigoureusement,
il forme une plante dépourvue de la substance farineuse indis-
pensable à la confection du pain. La détresse atteint le comble
par l'avidité des puissants étrangers qui dévorent le peu que
le hasard permet d'en recueillir.
8. Israël s'est volontairement fondu dans les autres nations,
et en renonçant à son rôle particulier, il est avili par eux comme
un vase usé dont personne ne veut. A noter le sens du verbe
n^3, € abfiorber *, dont Tantithèse est exprimée par j^^jj
(Michée, vi, 14). Cet emploi est très fréquent dans le Talmud.
^- KIS P^"*' XnSDî Éphraïm s'en va inutilement chercher
du secours en Assyrie, comme l'onagre qui préfère l'aride soli-
tude aux lieux plus fertiles; il aurait mieux fait d'implorer
l'aide de son Dieu national.
Ijnn ^' ^^ hiphil de j^yp\ avec le même sens que le qal :
Qc payer le salaire de la courtisane b» verbe dénominatif de
ronM* * salaire de la courtisane » (ii, 1i), synonyme de nnx-
L'ensemble n^anS Ijnn signifie donc : c Les Éphraïmites
aiment à se payer des amours illégitimes. Cette pensée doit
être visiblement complétée par la phrase ^yi^ D^IVD T
116 REVU£ SÉMITIQUE
€ ils retournent en Egypte », dont l'authenticité est garantie
par DnVD D^IBK UttH (ix, 3), mais qui traîne sans aucun
lien à la fin du verset 1 3.
10. Après aVapX' °" supplée facilement yl^y ; je pense
avec Luther que l'objet du verbe est le pluriel Qisy ; il» ont
beau payer la faveur des peuples, je ferai réunir ces mêmes
peuples contre lui (cf. Ézéchiel, xvi, 37).
Impossible de trouver un sens dans la leçon massorétique :
D^lîî^ ibo Kfe^SP loyp -ibn^lf ^ ®t ils ont commencé un pLU
à cause de la charge du roi des princes i>. La traduction des Sep-
tante satisfait à toutes les exigences : < Ils seront bientôt trop
impuissants pour oindre un roi et des princes (xa! Mna^^vtriv
/xtxpôv ToO xP^'^'^ ^a'jiTiéa %oli ^fp^ovraç). Elle repose sur la leçon
excellente : QntZ^H ibo nZ^DÇ DVD V^l^V **" d'autres
termes, ils passeront bientôt sous le joug de leurs faux amis
païens. Ce verset est le commentaire circonstancié de la propo-
sition sommaire de iv, . pK ^Xllî^ ^22 1:ai2^ Xï*21 D'D^ ^3
Ijj^ pKI ibo i ^^® explique ici que la disparition de l'indé-
pendance d'Israël sera due précisément aux puissances dont il
avait invoqué le secours. L'avenir a parfaitement justifié ses
prévisions : Samarie s'écroula sous les coups de l'Assyrie. —
ayp est pour ^yp n^y .
12. Par l'expression c des autels pour pécher b. Osée a sur-
tout en vue les autels des hauts lieux où les hiérodules exer-
çaient plus librement leur métier infâme, — Dans le second
hémistiche la tautologie trop choquante invite à corriger nViatD
• • •
en niSVDf Qc stèles»; ces mots forment aussi parallélisme
dans X, 1-2.
13. 3n3^ ^ indubitablement un sens passé, comme il
résulte de i'apodose ^3t£^n3> autrement il y aurait nécessaire-
ment !)3iî^n^. Du reste, une proposition conditionnelle : « Si
j'avais écrit les observances de ma loi, elles seraient quand
même restées étrangères pour lui y>^ présenterait une pure
chicane de tendance et d'autant plus absurde qu'il 8*agit d'un
RECHERCHES BIBLIQUES 117
grand nombre (m. à m. c myriades )!) , ^3-) pour ^y\) de près-
criplions.
1i. ^2n2n' « mes offrandes», c'es t-à-dire les bêtes sacri-
fiées dont on offre une part à Dieu. — -)jjf2 inDr» * qu'ils les
immolent comme de la viande de boucherie et qu'ils les con-
somment eux-mêmes », puisque Dieun*en veut point. Au lieu
de leur pardonner les péchés par suite de ces sacrifices, Yahwé
s'en souviendra et les leur fera expier.
Les trois derniers mots de ce verset doivent être reportés au
verset 9.
1 5. Israël et Juda, oublieux du Dieu qui les a élevés au rang
de nations, construisent des palais et des forteresses, les uns
pour jouir du présent, les autres pour se prémunir d*un revers
de fortune; mais le feu de Yahwé consumera les uns et les autres.
— rPnUDlN pour |,Tm3D1N-
CHAPITRE IX
Israël, plus volage que les autres peuples, ne doit pas célébrer des
fôtes réjouissantes. — Vanité du secours attendu. — Au lieu de
rester chez eux ils s*en vont en Egypte et en Assyrie. — Abolition
du culte de Yahwé, qui d'ailleurs en est dégoûté. — Proximité de la
punition. — L'Egypte deviendra le tombeau de ceux qui y cherchent
un refuge. — Corruption des prophètes. — Ingratitude d'Éphraîm
et son châtiment. — Décadence complète. — Dieu le rejettera et
le condamnera à errer au milieu des païens.
1 . Ne te réjouis pas, ô Israël ! de la récolte comme les (autres)
peuples, car tu es devenu infidèle à ton Dieu, tu as aimé le
salaire de prostitution pris de toutes les aires de blé.
S. La grange et le pressoir ne les nourriront pas; le moût
leur fera défaut.
3. Ils ne restent pas dans le pays de Yahwé^ Éphraïm
retourne en Egypte et mange de la nourriture impure en As-
syrie.
4. Ils ne font pas de libations de vin en Thonneur de Yahwé ;
leurs sacrifices ne lui sont (d'ail leurs) pas agréables ; il les regarde
comme le pain de leur deuil, que tous ceux qui en mangent
118 REVUE SÉMITIQUE
deviennent impurs ; comme leur pain du repas funèbre (qui)
n'entre p&s dans la maison de Yahwé.
5. Que ferez-vous au jour de la réunion, au jour de la fêle
de Yahwé?
6. Car voici, ils sont partis pour échapper au malheur,
mais l'Egypte les saisira, Memphis les enterrera; leur richesse
tant désirée deviendra la part des ronces ; les épines pous-
seront dans leurs tentes.
7. Les jours de la rémunération sont arrivés, arrivés les
jours du payement ; qu^Israël sache que le (faux) prophète est un
sot, le (prétendu) homme d'esprit est un fou ; c'est par suite
de tes nombreux méfaits quMl multiplie l'hostilité (de Dieu).
8. Le voyant d'Êphralm est l'objet de la colère de son Dieu;
le prophète, un piège tendu sur toutes ses routes ; l'hostilité
règne dans la maison de son Dieu.
9. Ils sont profondément corrompus, plus encore qu'aux
jours de Gabaa ; (Dieu) se souviendra de leurs méfaits, re-
cherchera leurs péchés.
10. Avec la joie de celui qui trouve des raisins dans le
désert, j'ai trouvé Israël; comme quelqu'un qui aperçoit
la première figue mûre sur un figuier, j'ai vu vos ancêtres;
quant à eux, à peine sont-ils arrivés à BaaI-Péor qu'ils se
vouèrent à la honte ; ils devinrent des abominations par suite
de leur amour.
1 1 . Éphralm verra ses biens disparaître comme l'oiseau ;
il sera sans naissance, sans gestation et sans conception.
\%. S'ils parviennent à élever leurs enfants, je saurai les
rendre les plus solitaires des hommes; car leurs petits sont
aussi des rebelles.
13. L'orfraie, l'aigle et l'autour placent leurs petits dans le
rocher ; Éphraïm, au contraire est prêt à livrer ses enfants au
bourreau.
«
14. Donne-leur, ô Yahwé, ce que tu dois leur donner; donne-
leur une matrice meurtrière et des seins privés de sève.
15. Toute leur iniquité est à Gilgal ; là je les hais à cause de
leurs mauvaises actions ; je les chasserai de ma maison, je ne
les aimerai plus ; tous leurs princes sont des rebelles.
RECHERCHES BIBLIQUES 119
16. Ëphralm est frappé, sa racine est desséchée, incapable
de produire des fruits ; si môme ils en produisent, je tuerai
leur progéniture désirée.
17. Mon Dieu les déteste car ils ne l'ont pas écouté ; qu'ils
errent donc au milieu des païens !
COMMENTAIRE
1 . La locution ^j îjjj not^ revient dans Job, m, 22, où
cependant la leçon ^]| pour ^ij| convient mieux au contexte.
Les Septante se sont tirés d'embarras en corrigeant ^ n ^^ en
V^ bxv * ^^ n'exulte pas j>^ et ils sont suivis par la Yulgate
et les exégètes modernes. Je soupçonne que ^ij) a ici le sens
particulier de c plante, produit)), qui me paraît exister dans la
phrase nJlJinn myaj VjI (Psaumes, lxv, 13), oc et les col-
lines se ceindront de plantes, de produits » . L'expression Qnb'^n
DDVi3 ItfH (Daniel, i, 10) me semble aussi signifier des
jeunes gens de votre espèce » (m. à m. a qui sont semblables à
votre pousse d); cf. aram. xVj* * P&iHe, tige, brin id. L'arabe
J^, c tribu, nation, génération », et Téthiopien ëgyâl^ a en-
fant», en présentent les derniers développements sémantiques.
Israël n'aura pas la joie de voir des récoltes abondantes parce
qu'il a quêté le salaire de son infidélité à Yahwé auprès de
toutes les aires de blé, c'est-à-dire auprès des dieux des na-
tions idol&triques.
2. La disette sera donc complète, le blé (m. à m. « la
grange »), les fruits et le vin (m. à m. c le pressoir et le
moût 2>) disparaîtront entièrement ; cf. ii, 11, 14.
3. En apparence, les verbes î|3^ïy>, "jan ®' iSdX^ peuvent
être pris au sens futur, et dans ce cas le verset contiendrait l'idée
d'une punition consistant dans Texil des Éphraïmites en As-
syrie et en Egypte. C'est l'opinion courante des exégètes anciens
et modernes. i:lle est cependant tout à fait insoutenable, ainsi
que ie prouve la proposition finale i^3X^ NDt3' ^^^^ ^^^ S®"^
qui, comme les Éphraïinites, sont accusés d'avoir abandonné
Yahwé pour adorer d'autres dieux, la non-observation des rites
120 REVUE SÉMITIQUE
de pureté ya h wéistes est une satisfaction dont ils pourront se
vanter. La tranportation dans une terre étrangère a des suites
bien autrement graves, la perte de l'indépendance, Tesclavage,
la séparation et la dispersion des membres de la même famille,
sans compter les horreurs de la guerre et les sévices exercés
sur les prisonniers. C'est de ces calamités déplorables qui
rendent la vie mille fois plus insupportable que la mort, que
le prophète aurait parlé sMl avait l'intention d'intimider ses
contemporains récalcitrants. Et sMI ne parle que de la nourri-
ture impure consommée en Assyrie, c'est que, loin d'annoncer
un événement futur, il constate simplement un fait présent, à
savoir que les Éphralmites qui vont chercher du secours dans
le pays ninivite transgressent sans scrupules les observances
alimentaires qui ne sont praticables que dans leur patrie. Ceci
établi, il devient clair que les deux verbes précédents doivent
être également entendus dans le sens du présent : Ils ne
restent pas dans le pays de Yahwé ; Éphralm retourne en
Egypte et se nourrit de viandes impures en .\ssyrie. Osée vise
naturellement les messagers royaux qui se rendent dans ces
pays pour demander du secours et conclure des alliances con-
traires à la volonté de Yahwé communiquée par le prophète.
L'exactitude de cette interprétation sera confirmée par les ver-
sets suivants.
4. La forme de l'imparfait propre aux verbes de ce verset
doit être de nouveau entendue au temps présent. D'après l'exé-
gèse courante qui y voit le temps futur, l'auteur aurait voulu
annoncer que les Éphraïmites déportés ne feront pas de liba-
tions à Yahwé sur la terre d'exil. Mais on a oublié le fait
historique que les immigrés continuaient toujours Pancien culte
de leurs dieux nationaux, en toute liberté et sans avoir à craindre
la moindre restriction de la part de leur vainqueur. Nous sa-
vons par II Rois, xvii, 29-41, que les exilés de diverses
nationalités établis en Samarie ont agi de la sorte sauf à y
joindre le culte du dieu local, Yahwé, pour l'enseignement
duquel le roi assyrien leur a même envoyé un prêtre éphraî-
mite {ibiderUy xxv, 25-28). Rien n"a donc empêché les exilés
israélites de se construire des sanctuaires et d'y pratiquer les
rites de sacrifices et de pureté de leur pays, et s'ils n'ont pas
RECHBRGHBS BIBLIQUES 131
ogi comme les autres peuples à cet égard, il doit y avoir la même
caus« que celle qui a empêché un siècle plus tard les Judéens
transportés en Babylonie d'y continuer le culte du temple de
Jérusalem dans de nouveaux sanctuaires. En un mot, la teneur
du verset aboutit à un simple non-sens si on le comprend
comme l'annonciation d'un nouveau méfait de la part des
futurs exilés. La démonstration me parait convaincante. Notre
verset offre une simple description d'aclualitt^, et nullement une
prévision d'événements futurs. Les Israélites ne font pas de
libations de vin à Yahwé, à qui, du reste, leurs sacrifices ne
sont pas agréables (i3i«^ de yyy, * être doux, agréa-
ble ») ; cf. Amos, v, 22. La correction fyw^ (Sept,, Knenen)
est impossible ; nn3D l'tO "'^^* P*^ hébreu.
A première vue, on est porté à rattacher q-j^j aux sacri-
ftanls : L'offrande sera censée pour eux aussi impure que le
pain de deuil, mais l'expression serait peu correcte, car il
faudrait ^^ < pour lui s (Dieu) parallèle au •^ précédent. Kuenen
a corrigé anV ^^ DDn^> • '6"'' P*"'" *'^' comme le pain de
deuil * , et cette correction a été adoptée par tous les exégètes
modernes. En réalité, la leçon traditionnelle est irréprochable,
le ^ QriV "'^^ ^'^^ '^ périphrase de l'état construit à l'instar
de irib TOtD. '^ "" psaume de David » ; onS DUW DnSD
équivaut à Qjix DPiSD' < comme leur pain de deuil > (m.àm.
< comme le pain de leur deuil >).
La teneur exacte de la dernière proposition a été également
méconnue par suite du groupe DEfEU*? UOrh O l"'* * '"'
seul, peut signifier « car leur pain est pour leur propre per-
sonne et n'entrera pas dans la maison de Yahwé ». C'est ainsi
qu'on traduit d'un commun riccord. On n'a pas réfléchi que
l'obligation de présenter au temple le pain qui sert d'aliment
quotidien ne se trouve et ne peut se trouver dans aucun code
rituel de l'antiquité, y compris le Pent&teuque. Une telle exi-
gence a d'autant moins pu germer dans l'esprit d'un prophète
comme Osée, qui voue le temple de fiéthel à l'exécration géné-
rale. Il y a plus, ces exégètes ne se sont pas aperçus du carac-
tère oiseux qu'aurait alors toute cette partie du verset ; si les
sacrifices expiatoires mêmes vont cesser dans l'exil faute de
122 REVUE SÉMITIQUE
sanctuaires, il va sans dire que l'ancienne consécration du
pain dans les lieux du culte cesseront en même temps. Enfin,
dans leur manière de voir, le mot Qi^ft^y^ devient tout à Tait
superflu, puisque l'impureté du pain ne vient nullement de sa
qualité de servir de nourriture aux hommes, mais exclusive-
ment du défaut de consécration rituelle, et en admettant même
qu'Osée fût d'un avis contraire, il aurait exprimé Tantithèse
^ airsib oonb p^^ ^in mrrb «bi ^^ '^^^ ^® l'expression
vague et débile -jim n^S «3^ xV
Il y a donc autre choseJ Avec un peu d'attention on voit que
Dtt^ôab DDPlb "^D f^^^^ parallélisme avec Qpj^ D^aiN DnSs»
circonstance qui engage à joindre ensemble les deux premiers
mots sous la forme de Don^D ®^ ^ considérer le ^ de Qjpajb
comme périphrasant l'état construit à l'instar de celui de gn^.
Ainsi, Qtt^Bj^ DDnbp (P^^'' Dl^DJ Dnbs)» ^ comme leur
pain de mort », c(juivaut à « comme leur pain de deuil », et
mrP no ND'» xb exprime au fond la même idée d'impureté
qui est clairement annoncée dans ij^oû^ T^DIX bD ^^^^ '^
relatif «ujfj^ sous-enlendu dans les deux j)hrases. Lasignifi-
cation de a cadavre, mort », pour g^aj» ^^ constate dans plu-
sieurs passages de la Bible (Lévitique, xxi, 1, passim). la
composition ^q^ Dnb» ^" prenant un suffixe de possession,
fait DiîfaaS Dûnb comme ntS^jj nnS {ibid, iir, 11) et^on^
^E^xb (Nombres, xxviii, 2). Les phrases relatives « dont tous
ceux qui en mangent deviennent impurs » et ce qui n'entre
pas (= qui ne peut pas entrer) dans la maison de Yahwé (à
cause de son impureté) » font allusion & des rites existants et
connus de tous.
5. La question : t Que ferez-vous au jour de *jwo ou jn
de Yahwé? » ne peut pas vouloir dire : Comment célébrerez-
vous les fêtes ordonnées par Yahwé sur ta terre d'exil ? comme
lepensent les exégètes égarés par leur faux point de départ
qu'il s'agit d'un événement futur. Osée a dès le début prédit
la cessation de toutes les fêtes (ii, 13), la question est donc
oiseuse. F*ar les termes ny^o et ^^^^ jn, il faut nécessaire-
ment comprendre le grand jour fixé par Yahwé pour le juge-
ment et la punition des méchants. C'est alors que le juge
RECHERCHES BIBLIQUES 123
implacable proclame un jour d'assemblée, n»io qv (Lamcn-
lations, h, 7, 22), coordonné avec le hynonyme jn DV- ^^
propbëte revient à la même idée au verset 7 oîi il emploie les
expressions directes : nipSiTÛ^' " l'^sjoursde la revanche a,
et n'jBffi ^D''' " les jours du payement b.
6. Je ne vois point de nécessité pour modifier la leçon maaso-
rétique de la première phrase connue également des Septante
qui rattachent sans raison ^tï^ ^ D^IYD- ''^ ^"^ ^^^ '^'^''' *
t car voici, ils sont partis pour échapper au malheur a ; les
phrases suivantes montrent qu'il s'agit particulièrement de
fuites en Egypte, visiblement parce que l'iccueil reçu par l'As-
syrie ne fut pas très amical (Il Rois, xv, 20). Le correction de
ItS'D ®" nS^îj (Wollh.) est en soi très séduisante (cf. vil, 1 1 ),
mais les deux synonymes suivants Q^^ÏD ^^ ^S deviendraient
très lourds. En tout cas il est question d'un fait passé, .i^^ri-
Le nom de Memphis, en égyptien Menuf, est transcrit
ici c\'û pour tpQ, ailleurs e^j'Isaïe, xix, i3). L'accueil qu'ils
y recevront sera favorable, mais ils y resteront jusqu'à leur
mort et y seront enterrés ; ils ne reverront jamais leur patrie.
DBDDb lono fi^t-i' allégé de qdd3'? mOHO «lî" d'éviter
['accumula' ion de quatre q mus par a? Il faut cependant
reconnaître que ces mots manquent de lien dans lo contexte.
La correction annS nonD' " objets désirables de leurs mai-
sons »icf. D3ta2 'lonD- "'i 16), ou plus simplement: ce leurs
maisons désirables (laissées dans leur patrie) o, s'adapterait
bien à oun» K'ID^p' 1"^ '"'^^^ DiT^niQ nin *1"' suivent
visent également les demeures abandoiiu'ics.
'• mpS ^* oSttf "tpliquent les métaphores iwnD ^^ SH
du verset 5.
Avec 'jKiËn ty^i (mieux «ii) commence une nouvelle
phrase (contre la Massore qui les rattache à ce qui piécède}.
Israël doit savoir que (son) prophète est un insensé, que son
(prétendu) homme inspiré est un fou. S'il îe reconnaît il ne
r écoutera pas.
La phrase finale ne devient intelligible qu'en corrigeant
^aT) en n3"l^ - " A cause de la multitude do tes péchés
1S4 REVUE SÉMITIQUE
(= des péchés qu*il te fait commettre, ô Israël !) il (le faux pro-
phète) multiplie Tanimosité, la haine (de Dieu à ton égard). »
8. Développement de la même idée. Les mots Q^-gjx HBiï
^nbx DV n^offrent rien d'acceptable ; les efforts faits pour y
porter remède ne semblent pas couronnés de succès. J'incline
à lire : Vn^N DÎT D'^")SN HBIV» * '® voyant d'Éphralm est
un objet de colère de son Dieu ». Il lui tend des pièges partout
et est surtout un objet de haine (= haïssable) par les fausses
doctrines qu'il prêche dans le sanctuaire éphraïmite ; riDDiîfD
est parallèle à q^î,
9- inniS^ Ip^Oyn équivaut à nniî^b 1P'»Dî;n^ «^'^ agissent
avec une profonde corruption » , c'est-à dire: Ils sont profon-
dément corrompus. Par la comparaison HT^urT^DO» • comme
aux jou'*s de Gabaa 9, Osée rappelle les méfaits des Benjamites
qui ont amené leur presque entière extermination (Juges, xu-
xx), mais il généralise pour les besoins de son exhortation et
suppose que les autres tribus qui furent indignées de ces crimes
n*étaient pas au fond meilleures qu'eux. Il y a été probablement
amené par les terribles défaites qu'elles avaient essuyées avant
de vaincre la tribu impie. Cette interprétation est à peu près
celle de Texégèse juive et je l'ai adoptée dernièrement. On se
demande cependant s'il n'est pas plus probable de modifier
>j3i2 ®" ^0^D> conformément à x, 9, qui dit : « Plus qu'aux jours
de Gabaa tu as péché, ô Israël ! », c'est-à-dire : Tu as commis des
péchésplus abominables que ceux qui ont été commis aux joursde
Gabaa. Dans ce cas, l'allusion viserait les benjamites qui étaient
les seuls coupables. Une pareille conduite ne se pardonne pas.
10. Osée appuie son opinion sur la corruption radicale
d'Éphraïm par un fait encore plus ancien que l'incident de
Gabaa et remontant à l'époque de la sortie de l'Egypte. Pen-
dant leur séjour au désert, Yahwé accueillit les ancêtres d1s«
raël avec le plaisir qu'on trouve à manger du bon raisin ou
ù goûter la première figue* mûre d'un figuier, car c'est dans
le désert, sur le Sinaï, que Yahwé choisit Israël comme son
peuple chéri et privilégié en concluant avec lui une alliance
éternelle. Or, à peine ces ancêtres furent-ils arrivés à la station
RECHERCHES BIBLIQUES 125
moabite nommée Ba*al-Pe*or qu*ils se détournèrent (îiiîji^) de
Yahwé pour se vouer à ce Ba^al honteux (ntî^sb = bj^sb) ^^
devinrent abjects (n^î^ipK^) par suite de leur amour (m. à m.
<!c comme leur action d'aimer j>)^ sous- entendu a les filles moa-
bites adoratrices de celte idole » (Nombres xxv, 1-3). Celte
leçon historique a surtout en vue de renforcer Tidée émise iv,
1 1«-1Sl, que ridolàtrie a son appui principal dans la débauche
sexuelle qu'elle favorise. C'est pourquoi le prophète passe sous
silence Tincident du veau d'or peu après la scène du Sinaï,
incident qui resta d'ailleurs à l'état de tentative et fut rapide*
ment étouffé.
1 1 . Le bien, la richesse (n'iM, Genèse, xxxi,. 1 ) d'Éphraïm
en hommes et en bestiaux disparaîtra comme l'oiseau qui s'en-
vole, de sorte qu il n'y aura ni naissance (m*?), ni gestation
T ••
(lD3> • ventre >), ni conceplion (jvnn) J '^^ slades de la géné-
ration sont énumérés dans l'ordre inverse. Le q indique ici
l'idée de privation.
1 2. Le suffixe de Q^nSlJtîh ^ rapporte aux Éphraïmîtes :
Je les rendrai les plus privés d'enfants d'entre les hommes
(I Samuel, xv, 33). La suite compte parmi les passages déses-
pérés de notre livre. Déjà la particule qjj trouble le sens, puis
mtîD "® P^"^ P*'^ équivaloir à ^-|î|DSI» « quand je me retirerai »,
• • • •
comme le pensent les exégètes. Enfin, l'ensemble a c^r aussi
malheur à eux quand je me retirerai d'eux >, outre la banalité
intrinsèque, ne présente aucun lien avec la phrase si mouve-
mentée qui précède. Les Septante ont lu ^"lû^^, « ma chair »
(erapi /xov), ce qui augmente encore Tobscurité. Je propose de
corriger nnû mtK3 OnS "^IX a J ^3 en u^^m DH^lV D J ^3
urif * G® 'e* priverai de progéniture) parce que même leurs
petits enfants sont des rebelles». Pour Q*)^^iy, cf. Job. xix,
18; XXI, 11. '
13. Premier distique inintelligible : La leçon . massorétique
offre : niJS rhT\^ IT^b ^^Nl "Itt^iO DnB«» « Éphraïm,
• • • ' • *
comme j'ai vu Tyr plantée dans une demeure ou dans une prai-
186 REVUE SÉMITIQUE
rie ou dans cequi est beau » (Vulg. : Tyrus erat fundata inpulchri'
tudinem. Luther : Ephraïm als ich es anseke^ ist gepflantt uni
hûbsch wie Tyrus. On ne comprend guère la mention de Tyr
dans cet hémistiche ni l'opposition onSMl ^^ commencement
de rhémistiche suivant. L'extrême platitude de ^n^XT IViO^
qui est absolument superflu, vient iijouter du poids à la pensée
que ce passage est gravement corrompu. Une tournure toute
différente se remarque dans la version des Septante, qui D*esl
cependant pas beaucoup plus intelligible, mais elle a l'avantage
de faire disparaître la mention de la ville de Tyr. Elle est
ainsi conçue : ^E^pàifif ov rpoTtov eiJov, eiç S^ipav Ttapicrriim xi
rexva «vrcôv, c Éphraïm, j'ai vu l'usage, ils ont présenté leurs
enfants è la chasse d, probablement pour être pris et tués comme
le gibier. Cette version repose sur la lecture : ngfs^ D'TÔX
Dn^33 inii^ T'Vb ^n^N> ^ serait la même idée que celle du
• • «
second hémistiche, malgré le mot Qnsjxi qut marque une idée
opposée. Comme l'antithèse est absolument indispensable, je
maintiens en partie la leçon massorétique et je rétablis les trois
derniers mots Dn^i3 iynttf liva» ^ ''s placent (Psaumes,
xGii, 14) leurs petits dans un rocher », naturellement pour
les mettre à l'abri des chasseurs et des carnassiers. Le sujet
doit être forcément plusieurs animaux qui habitent les mon-
tagnes, et il faut chercher leurs noms dans le membre de phrase
qui précède. Si on fait abstraction des mots ^n^j<T TBfSD»
on peut changer avec une certaine vraisemblance Qi*)S>K ^^
D^X"13» ^® fl"^ donnerait la phrase assez satisfaisante : n^v^s
• t: • t:
Dn^33 ini£/ (ou î|'^nB^) llîfa» « les bêtes sauvages placent
leurs petits dans le rocher >, mais les deux mots précités, com-
muns à toutes les traditions, ne sauraient facilement être
retranchés comme une interpolation arbitraire. Une telle affir-
mation fait corps avec la méthode de la critique supérieure ei
nous ne la lui envions pas. Après avoir mûrement réfléchi, je me
suis arrêté à l'idée que Taction de transférer ses petits dans
les rochers inaccessibles convient beaucoup mieux aux oiseaux
qu'aux autres espèces d'animaux, et cette considération m'a
aussitôt rappelé, d'une part, la description relative à la ten-
RECHERCHES RIBL1QUES 127
dresse de Taîgle envers ses petits pour leur procurer une bonne
nourriture (Job, xxxix, 27-30) et sa sollicitude pour les pro-
téger à l'approche du danger (Deutéronome, xxxii, il);'
d'autre part, le passage de Jérémie, vhï, 7, -n;;w') D^Dimm
niî<lî nj7 nX nDlîf» ^^ ^^^^^ noms d'oiseaux forment le sujet
d'un seul verbe. Je me suis donc demandé si les trois mots
problématiques -ïp^X") "12^XD D^"1S3X> H^N primitivement,
pouvaient être orthographiés avec deux yod de moins (cf.
abu^T po^r D^btS^IT)' "® contenaient pas ces trois noms
d'oiseaux qu'on s'attend à y trouver. Dès lors la lumière appa-
rut entière, et je vis que la leçon traditionnelle peut remonter
sans grand effort à p^xi (ou TViii) "IB'ai D'^fil» ^ l'orfraie,
« ■• ••• ■■
l'aigle et Tautour ont soin de placer leurs petits dans le creux
d'un rocher > pour les proléger contre une surprise fâcheuse,
« tiindis qu'Éphraïin est prêt à livrer (K>Vin'*?) ses enfants à
Tégorgeur >, car ils seront exterminés pour leurs péchés. La
construction antithétique est maintenant aussi complète que
celle du verset de Jérémie cité ci-dessus et qui porte : ce La
tourterelle, l'hirondelle et la grue observent leur retour pério-
dique, tandis que mon peuple ne veut pas savoir de (= ob-
server) la loi de Yahwé. »
14. Reprise explicative du verset 11, relatif à la stérilité
d'Éphraïm. Osée ajoute ici clairement que l'incapacité de se
reproduire et d'élever les enfants, exprimée par l'image réa-
liste a matrice meurtrière > (^^32^0 Dm) ^^ • mamelles pri-
vées de suc, sèches » (a>pûV D^IB')» '®^^ ®^' réservée par
Dieu comme un châtiment mérité, et, dans son indignation
contre les rebelles incorrigibles, il désire lui-même l'exécution
de cette revanche.
15 Expression de l'horreur qu'inspirent à Yahwé les actes
d'idolâtrie et de débauche qui sont commis au sanctuaire
éphraïmite de Galgal (iv, 1o). Dieu les c|iassera de sa maison,
c'est-à-dire de son pays. Pour la désignation de la Palestine
par Tépithète de c maison de Yahwé » (nirp 0^3)? comparez
VIII, 1 ; Exode, xv, 13.
128 REVUE SÉMITIQUE
Dn3n{< ^^t ^^ infinitif à terminaison féminine comme
HDnxb' nXT'S» ^^^ ^^^ sont aussi des substantifs.
I C. Retour au même sujet avec des images empruntées aux
plantes; la dernière phrase reprend le sujet du verset 12.
1 7. DDXD^ ^^ synonyme de n^nMty (^ ^)- — ^'^ erreront
(omi Vîvi) parmi les païens pour chercher du secours sans
• • • a •
■ a •
jamais le trouver (6).
CHAPITRE X
Profusion d*autcls et de stèles. — Paroles orgueilleuses et ini-
ques. — Deuil public pour les idoles en or envoyées comme cadeaux
en Assyrie et en Egypte. — Décadence de la royauté et destruction
des bamoth. — Corruption extrême et son châtiment proche. —
Désobéissance d*Ephraïm malgré les faveurs particulières dont il
jouit de la part de Dieu. — Exhortation à changer de conduite. —
Obstination et confiance en sa propre force. — Terrible châtiment.
— Disparition de la royauté.
1. Israël détruit la vigne qui lui apporte ses fruits; plus
ses produits se sont multipliés, plus se sont multipliés (ses)
autels. Plus son pays a été prospère, plus il a érigé de stèles
(idoifttriques).
9. Leur cœur s'est séparé de Dieu; maintenant ils en por-
tcront les conséquences ; il démolira leurs autels, abattra leurs
stèles.
3. Maintenant ils disent : Nous n'avons pas de roi ; nous ne
craignons pas Yahwé, et le roi que peut-il nous faire?
i. Us prononcent de (méchantes) paroles, font de faux ser-
ments, trahissent les alliances, et la corruption est semée
comme la ciguë sur les sillons des champs.
5. Les habitants de Samarie sont saisis de crainte à cause
du veau de Beth-Awen, son peuple en prend le deuil, ses
prêtres se lamentent sur lui à cause de sa richesse qui vient
de disparaître.
6. Le veau même sera transporté en Assyrie, ou (bien il seia
envoyé) en présent au roi d'Egypte ; Éphraïm obtiendra la
honte, Israël rougira de son projet.
RECHERCHES BIBLIQUES 12E
7. Sainarieest anéantie; son roi ressemble à l'écume (qu
s'agite) sur la surface de l'eau.
8. Les bamoth de Beth-Awen, péché (suprême) d'Israël
seront rasées ; les ronces et les épines pousseront sur leun
autels. Us diront aux montagnes : Gotivrez-vous; aux collines
Tombez sur nous.
9. Plus qu'aux jours de Gabaa tu as péché, ô Israël; lait:
ODt dit : La guerre contre les enfants de l'iniquité qui atleigni
Gabaa ne nous atteindra pas.
10. Je les châtierai avec toute ma sévérité; les peuple
s'uniront contre eux k cause de leurs graves péchés.
1 1 . Ëphraïm est une génisse indisciplinée qui aime à ruer
j'ai pourtant bien doucement mis ta chaîne à son cou; j'a
placé haut r^phraïm ; Juda labourait pour lui, Jacob aplanissai
pour lui le terrain.
i%. Semez donc conformément à la justice, moissonne
conformément à la vertu ; sillonnez votre champ ; il est temp
de rechercher Yahwé pour qu'il vienne et vous enseigne I
justice.
13. Vous avez labouré le mal, moissonné l'iniquité, dévor
le produit de la fausseté, car vous aviez confiance dans vc
chars de guerre, dans la multitude de vos combattants.
1&. Le cri de détresse sera poussé dans tes villes; tout(
tes forteresses seront saccagées, semblables au sac de Bett
Arbel exécuté par Salman au jour de la bataille, où mères i
enfants furent écrasés.
1 5. Ainsi il vous arrivera à Beth-EI à cause de la grandei
de votre méchanceté; un matin de bonne heure, le mi d'I;
raël aura disparu.
COMHENTAIHB
1. Le sujet du participe npis est Israël et l'objet en e
<gj : Israël, insouciant et égaré, dévaste la vigne qui lui ave
donné d'abondants produits et qu'il avait intérêt à soigner, l
vigne symbolise visiblement le culte de Vuhwc, son Dieu n.
tional, — 31 et ^^^^ sont des infinitifs. — ninaiçS» ^^
fonctionnant comme iiccusaiif.
itiui itiiriQVi 'J
1M AfVUE SÉMITIQUB
5. b;^^ thn^ * ^^^^ c^uf b'^^ séparé, retiré » (Jéréroie,
xxxvii, 12, ponctué à tort phnh *" '*^^ ^® P^H*?)» ^"^'
entendu c de Yabwé », sujet ciu xin suivant.
3. Après s'être détournée de Dieu, iU se révoUmt contre
leur roi dont ils défient le pouvoir.
4. 0^^3*1, à suppléer xy^l^ ^ ils prononcent de méchantes
paroles ». — n'^-'Q n^D ne cen vient guère; lire n^^n rta,
T t
<r mépriser Talliance jurée » ; cf. nn3 isnb H^X nt3 (&*•
ehiel, xvii, 18).
ttft*'"l' « cigué », souvent accompagné de n3J^b' *^'^"
p sinthe », image fréquente de tout ce qui est mauvais, insup-
i portable. — tûSîfO ^^ P^^^ ^^^^ comparé à tffxh; Ksez:
t nnU^D» * corruption »; cf. ix, 9.
p 5. Ironie mordante : les habitants de la Samarie craignent
l qu'on ne leur enlève les veaui; d'or pour coippléter la somme
i qu'on doit envoyer au]( puissances voisines. Ue peuple est en
!;^ deuil (Sax) ^^ '^s prêtres gémissent (lire rMy^ au lieu (Je
iVjP' « se réjouissent », qui ne cadre peint) sur la perte de
F •
tant de richesse (^^'^a2 ; cf, Isaïe, x, 3) ; au dieu même
personne ne pense plus.
6. ^jy)^ Qj, ridolc même, lorsque le cadeau précieu]^ sera
expédié, Éphraïm eq sera pour sa Itonte, car ces empires^ jaloui
f Tun de Tautre, ne lui accorderont pas le seeours qu'il paie si
cher. — 7MXJ2 ^ nn air étrange; lire peut-être nisbj- —
inVt^D* ^ de sa décision » d'avoip confiance dans les étrangers.
7. On pourrait lire pipu^o au lieu de pTO^f : « Son roi a
disparu de Samarie » aussi vite que Pécume qui s^agite sur la
surface des eaux.
^ ><• Y)H pour pj^ n^3 = Béthel (5). Pour Osée, le sanctuairt»
de cette ville est un simple assemblage de bamoth. — Les vi-
siteurs de ce temple souhaiteront échapper à la honte par la mort.
[ ^ ny2:in DJ'^t/n xb noy Ulîf ^^ signifie rien. Lire : Qgf
ni^ajiD lîJi'^iyn iÔ T^DN* " ''^ *'s ^"^ ^'^ • ^ guerre ne nous
[ atlrindra pas ».
► •
I
RËGRBIIGHB8 BIBLIQUES 131
10. Ce verset n offre qu'une série de mots incohérents:
a Dans mon désir et je les lierai et les peuples s'assembleront \
contre eux en les liante leur^ deux péchés. » Les Septante joi-
gnent à ce verset les trois derniers mots du verset précédent
et traduisent : c Contre les enfants de l'iniquité je suis venu
(^rijQ pour ^niXs) P^^^ '^ corriger. Et les peuples s'assem-
bleront contre eux pour les corriger de leurs deux péchés t> ;
la Vulgate suit le texte massorétique légèrement modifié :
Juxta deaideriummeum conipiam eos : congregabuntur contra
eoê papuli, cum corripientur propter duos iniquitates suas.
On obtient un sens satisfaisant en corrigeant □IDMI en
QiP8î<* O-IPÎ*? en UlD\f.^ (P^"»" DlP^na) ^^ ^ntt6 ®n
^Mttr^ : a Je les châtierai avec plaisir ; les peuples s'assemble-
ront centre eux ; en étant liés, ils expieront leurs crimes, b
1 1 . Toutes les anciennes versions se basent sur la leçon
massorétique et n'hésitent que sur le sens de iJfîi'nS. Grec :
a Ëphralm est une génisse enseignée h aimer l'injure » (vefxe^);
Vulg. : Ephraim vitulam docta diligere trituram\ Pesitta :
IDIIdS nomi nsbo Xnbjj; OnôNV On s'attend toute-
fois à une nolion de blftrne complète. 11 faut donc ajouter la
négation f(^ avant rns'^D - * Éphraïm est une génisse in-
domptée qui aime h frapper du pied. » Comparez : ... q^^SK
TJ3^ Xb VjJ^D (Jérémie, xxxî, .18) ; pour g^i, v. Hab., m,
If ; le veneo; des Septante semble être une atténuation de cette
signification réaliste.
mX iy 31D by "^mnj^ ^3X1 ^^cprîme évidemment une ac-
tion sympathique envers la génisse récalcitrante qui symbolise
le peuple éphraïmite, mais une phrase telle que : c Et moi, je
suis passé près de la beauté de son cou » (Sept. -Vulg. : Et
ego transiffi super pulehritudinem colli ejus\ Luth. : Ich will
ikn iAer seinen sehônm Hais fahreu) ne signifie pas grand'
chose. Il faut ponctuer ^nijy» ^^nt le sens de « barrer, fer-
mer », est garanti par ^HT nipW}3 TaThl (^ ^û*^^ vi, 21),
f il barra, ferma au moyen de chaînes d'or » ; il s'agit ici de la
fermeture du joug qui a été posé aveo tous les ménagements
132 REVUE SÉMITIQUE
possibles, afin de ne pas blesser le cou de la génisse. — y;
y\\Q exprime l'adverbe c avec bonté, avec douceur >, comme
-|pBf '^j;, (L faussement t, rhpi by> ^ légèrement », etc.
Dans ce qui suit, les actes affectueux de Yahwé envers
Israël sont affirmés au moyen d'une image différente, savoir
celle d'un enfant que le père tient toujours sur ses bras, tandis
que son frère fait les travaux les plus pénibles à sa place. Les
trois verbes de cette proposition doivent être entendus au sens
du passé. 3^3nMt < j'&i ^^î^ monter Ëphralm (sur mes bras »;
cf. XI, 3), non ascendam super Ephraïm (Vulg.) ; une génisse
n'est pas faite pour cet usage. — C'est Juda qui labourait le
champ (ufiin^) P^ur lui, Ya'aqob (surnom de Juda) hersait
pour lui (^^ nfcf^) le sol raboteux pour l'aplanir, tandis que,
appuyé sur le bras de son père, Éphraïm se divertissait de le
voir à la peine. Osée fait évidemment allusion aux nombreux
prisonniers judéens que les Éphralmites avaient faits pendant
les fréquentes guerres avec Juda, où ils furent le plus souvent
victorieux. Ces prisonniers, condamnés à l'esclavage, durent
naturellement exécuter tous les travaux pénibles de leurs
maîtres.
12. Suite de l'image empruntée à l'agriculture. Les se-
mailles et la moisson doivent se faire selon la justice et !a
bienveillance (^on^ envers les faibles et les opprimés. Pré-
parez-vous un sol bien labouré (i^j), au figuré : Amendez-
vous en toute sincérité. C'est juste le moment de rechercher
Yahwé; persistez donc dans le repentir, et attendez que
Yahwé revienne vers vous pour vous enseigner la justice au
moyen de ses prophètes.
1 3. Vous avez fait absolument le contraire : vous avez cul-
tivé, moissonné et consommé toutes les iniquités imaginables
parce que vous vous fiez à vos chars de guerre (napTa > ^
âpiiadiv (Tov^ pour ?j3ina) et à vos nombreux combattants, et
vous croyez pouvoir vous passer de l'aide de Yahwé.
14. Votre orgueil sera bientôt abattu : un tumulte se lèvera
dans vos villes (wiva pour n^^tsya) et toutes vos forteresses
seront saccagées. Elles subiront le sort infligé par Saiman,
RECHERCHES BIBLIQUES 133
probablement le nom d^un roi voisin (le roi ammonite âal-
manu?), à la ville peut-être éphraïmite Beth-Arbél, dont tous
les habitants, jusqu*aux femmes et aux enfants, furent massa-
crés sans pitié. Les détails et Tépoque de ce funeste événement
ne sont pas connus.
15. Béthel aura le même sort (ntîfV^ pour nfefV^)- —
• • • •
'*5j(-n^3 a le sens locatif comme s'il y avait ^X"T1^33- —
DDnyï nVl. impossible; lire : a3i£70 nVl'- nW2
semble indiquer un moment indéterminé : c un beau matin d .
1. Ou bien WNtf nf\ ^ 1^ ^^^ ^^ ^ûs décisions, de vos pratiques »
{A suivre.)
J. Halévy.
Rotes é?aiigéU(tttet
I
li'EXPRBSSION « riLS SB l'ROMMB >
On a longuement discuté et Ton discute encore le sens
exact de Texpression évangélique c Ris de rhomme » (ufo; roù
«ySpiitrou). La plupart des exégëtes y voient une indicatioa
messianique par allusion à Daniel, vu, 1 3. Pendant longtemps
j'ai partagé ce sentiment; j*&i cependant fini par me con-
vaincre que cette épithète réfléchit un ordre d* idées plus
avancé de la ohristologie, et, pour exprimer plus catégorique-
ment ma pensée, que, partout où elle est mise dans la bouche
de Jésus ou des apôlres comme équivalant aux pronoms « je,
moi }), ou « il, lui >, elle veut dire c l'homme suprême,
Thomme-Dieu », et qu'elle est par conséquent le synonyme
exact de a fils de Dieu d. Elle contient l'idée messianique,
mais elle ne la désigne pas particulièrement.
Cette thèse, qui parait au premier aspect trop exclusive, a
sa base dans les nombreux logia où Jésus parle directement de
sa personne. Mettons-les sous les yeux de nos lecteurs en les
accompagnant de quelques mots chaque fois que le contexte
n'est pas d'une clarté suffisante.
Matthieu, y, 10^ c Bienheureux ceux qui souffrent persé-
cution pour la justice, parce que le royaume des cieux esta
eux. »
«11. Vous êtes heureux, lorsque les hommes vous charge
ront de malédictions et qu'ils vous persécuteront, et qu'ils
diront faussement toute sorte de mal contre vous à cause de
moi.
12. ce Réjouissez-vous (alors), et tressaillez de joie, parce
qu'une grande récompense vous est réservée dans les cieui :
1. Les neuf béatilications qui précèdent, malgré quelques variantes,
consistent en passages bibliques juxtaposés et n'appartiennent pas à l'objet
de notre recherche actuelle.
car c'est ainsi qu'ils ent pefséeuté les prophètes qui ont été
avant tous. »
DisUnction est formellement faite ehlre les hommes en gé^-
néral et les disciples en particulier. Leâ premiers gagnent leur
bonheurs! leur justice, leur rertu, leur attirent la persécution
de la part des méchants. Daniel et ses compagnons forment le
type de cette eatégorie de justes, rictimes de leur rertu. 11k
subissent leë souffraâces sans murmu^'er, mais ausëi sans s'en
réjouir d'aucune manière-. Ils sont récompensés selon la juste
mesure; ils ne {leuvent réclamer aucun traitement paHiculieri
Les disciples sont^ pat eentre, particulièrement prirlléglés
s'ils sont en butte aux hommes qui les hiaudissént et les tili|^eri-
dent à cause de leur fidélité au Mattre (« moi t ). Leur rééem-
pense dépasse les proportions ordinaires (mer^;^ veslra eôpiênu
êit m estfo) ) ils doivent s'en féliciter et tressaillir de joie; La
foi dans le Mattre surpasse donc le mérite de là vertu humaine
en général, sous ses deux formes, passive et active. La per-^
senne de Jésus ressort de là déifiée et supermondiale ; l'inspi-
ration instantanée des disciples (x, 19-SO) émane du Mattre
comme celle des prophètes émane de Dieu^ Le dietoii : c Mon
père et moi nous He sommes qu'un è (Jean, x^ 39) fortne déjà
la substruetioh de ce discours.
Ltto a conservé de ce passage une version moins bonne, qui
contient cependant une variante instructive pour notre sujet !
au lieu de « à eause de moi f ^ il offre la variante é k cause du
flis de l'homme » et nbus y fait voir un simple synonyme du
c moi 3) transcendant et divin, sans impliquer nécessairement
une notion différente.
Ce i moi » frappant est aussi au fond du passage 1 7 : i Ne
penses pas que je sois Venu détruire la loi du les prophètes : je
ne suis ()as Venti les détruire, mais les accomplir. > Ce h'ëst
pas le langage d'un homme, fût-il chef du Sanhédrin ou grand
prêtre. Un prophète peut abolir certames théories ou prescrip-
tions de la loi, mais seulement par un ordre de Dieu et en son
nom. Les expressions «je suis venu » et i je ne suis pas venu i
doivent se compléter paf les mots a en ce monde i. Fils de
Dieu, il a l'autorité nécessaire pour faire ou défaire la loi et
pour renouveler ou abolir l'ancienne instruction des prophètes.
136 REVUE SÉMITIQUE
Il y eut des gens qui déduisaient de Jérémie, xxxi, 30-33,
que l'ancienne discipline sera radicalement modifiée dans les
derniers jours par Dieu lui-même; eh bien, le fils de Dieu, son
messager plénipotentiaire; est apparu dans ce monde, et il est
venu, non pour l'abolir, mais» au contraire, pour la consolider
par des exigences plus fortes que celles auxquelles se bornaient
les anciennes prescriptions et leurs interprètes autorisés, les
scribes et les pharisiens ^ Toute la série des antithèses qui sui-
vent et qui commencent par la formule : c Vous avez appris
qu'il a été dit aux anciens... mais moi je vous dis ]>, te c moi »
est même supérieur au c il > du passé, en tant du moins que
l'antique révélation a été transmise par des hommes faillibles,
tandis que la nouvelle procède directement par Dieu en per-
sonne.
Si une dernière ombre de doute existait encore, elle se dis
siperait aussitôt à la lecture quelque peu attentive du passage
suivant (tWd., vu, 21-23) :
<r 21 . Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas
tous dans le royaume des cieux : mais celui-là (seulement) qui
fait la volonté de mon père qui est dans les cieux.
a 22. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Sei-
gneur, n'avons-nous pas prophétisé en ton nom? n'avons-nous
pas chassé les démons en ton nom, et n'avons-nous pas fait
plusieurs miracles en ton nom?
< 23. Et alors je leur dirai hautement : Je ne vous ai jamais
connus; retirez- vous de moi, vous qui faites des œuvres d'ini-
quité. »
i. Cette théorie conservatrice à l'égard de la Loi ne figure intégrale-
ment que chez Matthieu (v, 17-19), qui vise surtout les juifs de naissance :
« Ne pensez pas que je sois venu détruire la loi ou les prophètes ; je ne
suis pas venu les détruire, mais les accomplir. Car je vous dis en vérité,
jusqu'à ce que le ciel et la terre se passeront, ni un iota ni un apex ne
passera de la loi jusqu'à ce que tous (les commandements) soient accom-
plis ( « donec transeat cœlum et terra, iota unum aut unus apex non prsetehbit
a lege, donec omnia fiant »). Celui donc qui violera un de ces moindres
commandements et qui apprendra aux hommes à les violer, sera regardé
dans le royaume des cieux comme le dernier, mais celui qui fera et ensei-
gnera sera grand dans le royaume des cieux. » Marc a éliminé le passage
entier; Luc limite, au contraire, l'accomplissement de la loi jusqu'à
Jean-Baptiste et ne parle que des apex! (Luc, ZYI, 16, 17.)
N0TB8 ÉVAN6ÉUQUES 137
Il s*agit des derniers jours de Texislence du monde, lorsque
Jésus réapparaîtra pour exercer le jugement décisif et établir
définitivement le royaume des cieux. Ce royaume a déjà fait
son entrée dans la société depuis l'apparition du fils de Dieu
sous la forme humaine, mais c'est une inauguration dont l'ac-
complissement n'aura lieu qu'à la fin du siècle {ibid. , xvi, 27-28;
xxxiY, 31-32). Dans Tintervalle, vrais croyants et hypocrites
feront des miracles au nom de Jésus, car « Jésus » est le seul
a nom sacré » {q^) qui, prononcé avec une dévotion même
peu sincère, a le pouvoir non seulement de faire cesser qu'on
soit considéré comme adversaire (Marc, ix, 39-40), mais aussi
de faire des miracles (xvii, 20): Le triage aura lieu à la scène
de clôture.
Nous ne croyons pas nécessaire de multiplier les citations.
Il demeure établi que le sermon de la montagne selon Mat-
thieu, identique en principe avec son abrégé dit le <k sermon
de la vallée » selon Luc, vi, 17, suppose la déification com-
plète de son auteur.
Passons à l'expression a le fils de l'homme »•
Cette épithète a le plus haut intérêt lorsqu'elle est employée
par Jésus pour se désigner soi-même. Elle descend au niveau
d'un nom commun ordinaire quand elle s'applique à une autre
personne ou quand elle est au pluriel : a les fils de l'homme > ;
alors elle ne diffère en rien de l'expression simple, c homme ».
Dans la version de Matthieu, le terme a le fils de l'homme »
est entièrement absent du sermon ; il apparaît une seule fois
dans la version de Luc, dans le passage cité ci-dessus, comme
variante de c moi » et comportant la notion complète de a fils
de Dieu ».
Pour nous assurer qu^il a le même sens chez tous les synop-
tiques et à plus forte raison dans le quatrième évangile, il suf-
fira de citer les principaux passages de Marc qui le contiennent,
étant donnée la priorité rédactionnelle de cet évangile sur les
deux autres.
Marc, II, 3. «c Alors quelques-uns vinrent lui amener un
paralytique, qui était porté par quatre (hommes).
M 4. Mais, comme ils ne pouvaient le lui présenter à cause
18S RBYtiE SÉlItTIQUl!
de la feule^ ils découvrirent le toit (de la maisiin) où il éUit,
et| ayant fait ane oavertare, ils descendirent le lit ob le para-
lytique était coiiohé.
€ 5i Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Moe fils,
tes péchés te sont remise
a 6. Or, il y avait là quelques scribes assis, qui s*ebtrete'>
naient de ces pensées dans leur cœur :
c 7. Que veut dire cet homme? il blasphème. Qui peut re*
mettre les péchés si ce n'est Dieu seul ?
<K 8. Jésus, connaissant aussitôt par son esprit ce qu*ils
pensaient eux-mêmes, leur dit : Pourquoi vous entretenez-vous
de ces pensées dans vos cœurs?
<K 9. Lequel est plus aisé de dire à ce paralytique : Tes pé-
chés te sont rerois ; ou de (lui) dire : Lève-toi, emporte ton lit,
et marche i
€ iO. Ûr, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a
sur la terre le pouvoir de remettre les pé6hés :
€ \\. Lève-toi, dit-il au paralytique, je te le commande;
emporte ton lit et va-t*en dans ta maison.
c 12. II se leva au même instant, emporta son lit, et s'en
alla devant tout le monde; de sorte qu'ils furefit tôiià saisis
d'étonnement, et rendant gloire à Dieu, ils disâieht : Jamais
nous n^avons rien vu de semblable. j>
La clarté éclatante du récit dispense d^ âjôtitef le moindre
commentaire. Deux article^ de foi y apparaissent avec évi-
dedce : 1"^ Jésus conhalt les pensées lés plus séiifëtës dé§ hOm-
i. Cela suppose la notion que ioUte souffrance est la suite do pèebés
plus ou moltis conbus du patient. À cet égard, là théorie dé Job et des
prophètes répercute fidèlement celle de la morale assyro-baHylSailMitie,
toutefois avec cette différence importante que les auteurs bibliqaea re-
poussent Tintervention des démons morbifères qui hantèrent l'esprit des
Sémites païens, et attribuent toutes les maladies k l^nitiatiVe de Yahwé
seul. Les superstitions ataviques reprirent leuf Vitalité de jàcUâ pendant
répoqiie de décadence inaugurée pat* les évènémeiild IroublSa âè U demi-
nation grecque, et depuis lors elles ont imprimé leur cachet iiijr8li<|ae et
néfaste dans tous les produits de la pensée religieuse qui se rattachent t
la Bible. Les seuls conservateurs de la doctrine biblique sur ce sujet, les
sadducéens, grâce & leur morgue et & leur matiqde de taet, ont été Doyéi
daAé le fldt m«ntàiil dé la crédulité pepulaife.
NOTtS ÉVANOtLiQUES 139
mes; I* il a le pouvoir de pardonner les péohés de ceux qui
croient en lui. Il y avait de quoi jeter dans l'esprit des lettrés
la stupéfaotion et le malaise le plus aigu. Dans Tanoienne disci-
pline^ jamais un prophète n*a prétendu connaître les pensées
intimes de ses auditeurs. Dieu seul possédait cet avantage :
c Yahwé m'a fait connaître (le projet des adversaires) et
j'en suis maintenant averti...
a Je ressemblais à un agneau que l'on conduit- à l'abattoir,
et j'ignorais tes complots qu'ils ont tramés contre moi (en di-
sant) : Abattons l'arbre avec son fruit (=z le prophète et sa
doctrine) et faisons-le disparaître de la terre des vivants, afin
que son nom ne soit plus mentionné.
c Yahwé Babaoth, juge équitable, toi qui scrutes les reins
et les cœurs, je veux voir quel châtiment tu leur réserves, car
c'est devant toi que j'ai porté ma plainte. »
Ainsi parle Jérémie(xl, 18*80). Jésus, au contraire, con-
naît aussitôt le manque de foi d'une partie de ses auditeurs
sans qu'ils l'aient manifesté par la moindre parole ou par le
moindre geste*
Au sujet de la rémission des péchés, le psalttiisie dit (GJtltx,
1-3) :
( Des profondeurs (du cœur) je t'invoque, ô YahWé !
<t Yahwé, écoute ma voix ; que ton attention soit dirigée
vers mes cris suppliants!
et Si tu maintiens les péchés, Yahwé, Seigneur^ qui pourra
tenir?
a Car la rémission des péchés t'appartient (exclusivement)
afin d'inspirer ta crainte (ton adoration) aux hommes. ^
Jésus fait usage de ce privilège divin et le réclame publi-
quement pour soi à titre de a Fils de Thottime > ; cette épithôte
a^t donc, dans sa bouche, l'équivalent de c Fils de Dieu m dans
le sens mystique d'émanation divine incarnée dans un corps
humain, en un mot : Dieu fait homme;
Les assistants au mtraole ne pouvant ni comprendre le mys-
tère ni nier le miracle^ prirent le seul parti possible pour eux,
celui de dire : Dieu soit loué ! et de constater ce qu'ila ve-
naient de voir. Matthieu ne se contente plus de l'étonnement^
il 14 transforme en crainte admirative : « Et le peuple, voyant
440 RBYUE SEMITIQUE
(ce miracle), fut rempli de crainte, et rendit gloire à Dieu de
ce qu'il avait donné une telle puissance aux hommes (supé-
rieurs). 9 Jésus a sa part de cet éloge, mais comme il est mis
au même rang que les autres faiseurs de miracles, Luc a
trouvé bon de supprimer la dernière phrase (Luc, v, 26).
Marc, II, S3-S8. n II arriva encore que le Seigneur, passant
le long des blés un jour de sabbat, ses disciples en marchant
commencèrent à rompre des épis.
c 24. (Sur quoi) les pharisiens lui dirent : Pourquoi tes
disciples font-ils le jour du sabbat ce qu'il n'est pas permis de
faire ?
a 25. Il leur répondit : N'avez-vous jamais lu ce que fit
David dans le besoin où il se trouva, lorsque lui et ceux qui
raccompagnaient furent pressés par la faim?
a 26. Gomment il entra dans la maison de Dieu, du temps
du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains de proposition,
et en donna (même) à ceux qui étaient avec lui, quoiqu'il n*y
eût que les prêtres & qui il fût permis d'en manger?
a 27. Il leur dit encore : Le sabbat a été fait pour l'homine
et non Thomme pour le sabbat.
c 28. C'est pourquoi le Fils de l'homme est maître du sab-
bat même. s>
Cette scène me semble ne pas avoir été bien comprise jus-
qu'à présent, surtout le c c'est pourquoi > du verset 28, qui
parait manquer de tout lien avec les paroles précédentes. Voici
brièvement ce qui peut écarter cet inconvénient. Les docteurs
talmudiques avaient l'habitude de promener leurs disciples le
jour du sabbat dans les champs voisins de la ville. Jésus fît de
même. En passant dans un sentier au milieu des blés, les dis-
ciples commencèrent à rompre des épis pour en manger les
grains. Les docteurs, s'en étant aperçus, en firent Tobjetd'un
reproche à Jésus, voulant dire qu'il permettait à ses élèves de
transgresser les traditions relatives aux observances du repos
du sabbat. Jésus répondit qu'il les avait laissés faire pour deux
raisons. D'abord parce qu'ils avaient faim, cas de force ma-
jeure excusable par le précédent de David. La seconde raison
est purement théorique : le sabbat étant fait pour Tboinme et
non pas l'homme pour le sabbat, ce dernier perd sa valeur
' NOTES âVANGÉLlQUES Hl
quand il se trouve en collision avec les besoins pressants de
rhomme, et, pour cette inênie raison, lui, le a Fils de riiommc »,
potentiel et d'origine divine, est le maitre absolu du sabbat pour
rappliquer dans les limites qu'il lui platt de fixer selon les cir*
constances. Les pharisiens se contentèrent de garder le si->
lence, car le litige touchait à un accident imprévu et ne con*
cernait pas la personne même de Jésus. Ils auraient été
autrement scandalisés s'ils avaient compris le sens exact de
l'expression a Fils de l'homme d. Ils ne le perdirent cependant
pas de vue depuis ce moment. Un des sabbats suivants, Jésus^
se trouvant dans la synagogue à côté d'un homme dont la main '
était sèche (inerte), ils l'observaient pour voir s'il le guérirait
s^ans égard pour leur doctrine, suivant laquelle le repos du sabbat
ne peut être rompu qu'au cas où le malade est en danger de
mort (nWB3 PÛDD)* Jésus, qui lisait leurs pensées secrètes,
mata ses adversaires par une charge à fond :
Marc, III, 3. a Alors il dit à cet homme qui avait une main
sèche: Lève-toi, (tiens-toi là) au milieu.
c 4. Puis il leur dit : Est-il permis, au jour du sabbat, de
faire du bien ou du mal, de sauver la vie ou de Tôter? Et ils
demeurèrent dans le silence.
« 5. Mais lui, les regardant avec colère, affligé qu'il était
de l'aveuglement de leur cœur, il dit à cet homme : Étends ta
main. Il Pétendit et elle devint saine.
a 6. Aussitôt les pharisiens, étant sortis, tinrent conseil
contre lui avec les hérodiens sur les moyens de le perdre. 3»
En réalité, le dépit des pharisiens tenait à autre chose qu'à
la cure qui fait l'objet de ce récit. Les rabbins guérissaient la
plupart du temps par une amulette remise entre les mains du
malade. Or, le jour du sabbat, l'amulette ne peut être livrée
si son efficacité n'avait été éprouvée par trois guérisons
successives (nriDID J^^Dp» '^^^^ Sabbat, f. 61). Pour
prévenir toute fausse interprétation, Jésus fit placer le
malade au milieu en vue de tout le monde. Puis, étant
sûr de lui, il demanda à ces bigots si, le jour du sabbat,
il est permis de faire du bien ou du mal, en d'autres mots,
si celui qui est absolument capable de sauver son prochain
d'une infirmité qui lui est nuisible doit, par égard pour le
r^
lis REVUE SÉMITIQUE
sabbaty commeUre la cruauté, qui est le mal auprênne, de lui
refuser son secours, fine réponse décisive était cBflfieile è don*
ner & une demande aussi spirituellement captieuse. Pendant la
pause du silence forcé, Jésus accomplit la guérisoa par la vertu
de sa parole. Après la swtie, les vaincus, étant sûrs de leur
e6té que la guérison avait été effectuée au moyen d^une amulette
clandestinement livrée, virent dans ce procédé une preuve de
la théorie hérétique qui subordonne la sainteté du sabbat au
caprice momentané de Topérateur magique, et allèrent s'en-
tendre avec les bérodiens. Hérode était brouillé avec les parti-
sans de Jean-Baptiste, dont les affiliés de Jésus formaient la
branche jeune, ils espéraient donc le compromettre devant le
roi aussi bien que son prédécesseur. Tout le récit est main-
tenant intelligible dans la rédaction de Marc.
Dans la version de Matthieu (xii, 9*1 i), la question ae borne
à savoir s'il est permis de faire du bien le jour du sabbat et
prend une tournure anecdotique : Vous faites bien remonter du
puits votre mouton s*il est tombé dedans ; un homme vaut plu»
qu'un mouton; il en résulte qu'on peut faire du bien ce jour-
là, même pour soulager une légère souffrance. Le texte de
Matthieu ajoute que les pharisiens complotaient sa perte aus*
sitôt apriis, bien que la divergence d'opinions tourne purement
auteur d'une question plus ou moins casuistique. La chose se
comprend quand on s'aperçoit que cet auteur plafee cette gué*
rison et l'affaire des épis dans le même sabbat, et que, dans
la première affaire, il fait tenir à Jésus en plus cette parole
(iiiX., XII, 5-8) : a Ou n avez- vous point lu dans la loi que les
prêtres, aux jours de sabbat, violent le sabbat dans le temple
et ne sont pas néanmoins coupables? Or, je vous déclare qu'il
y a ici quelqu'un plus grand que le temple. Si vous savies
bien ce que veut dire : J'aime mieux la miséricorde que le sa-
crifice, vous n'auriez pas condamné les innocents. ]» Ce dornier
verset cadre convenablement avec le sujet du récit et répond
d'ailleurs à la recommandation souvent répétée par lea da-
teurs talmudiques de pencher vers l'excuse plutôt que vers
Taccusalion (mgt 5^3^ tJlN ^D p 'in)> ^^^^ î^ d^w
versets précédents appartiennent évidemment au récit de la
guérison (ibid,, \%), Jésus rappelle que le rituel du temple
NOTES AVANGiLIQUES fiS
pesiëde une autorité supérieure 6 celle du sabb&t, et esmme
luî-mAme, en sa qualité de ■ Fila de Dieu >, est plue grand que
le temple, il peut, à plus Torte raison, faire reculer la rigueur
sabbatique pour eiïeotuer des guérisons. Cette double affirma-
tion, proclamée coup sur coup le même jour, savoir, la supré-
matie du a Fils de l'homme » sur le sabbat et sur le temple,
n'était pas de nature à gagner les sympathies des gardiens
fidèles du monothéisme biblique. Leur trouble a été augmenté
par Teipreasion énigmatique « Fils de l'homme », dans laquelle
ils ne soupçonnaient plue rien qui fût acceptable k leur point
de «ue. ^
€ar l'obscurité qui voilait le véritable sens de cette épithète
è rinteltigenee des hommes, et même de ses propres disciples,
n'a jamais existé pour deux catégories d'êtres supérieurs : les
anges et les démons. Ces êtres savaient d'instinct la nature
divine de Jésus, mais tandis que les anges restaient silencieux
el que le Saint-Esprit n'a proclamé que deux fois l'épithète
esseï ambigufi de ■ Fils bien-aimé >, les démons avaient dé-
voilé le secret dés leur premier contact avec Jésus.
Haro, I, 33. < Or il se trouva dans la synagogue un homme
pttuédé d'un esprit impur, qui s' écria,
• 81. disant : Qu'y a-t-ll entre nous et toi, Jésus de Naza-
reth? Be-tu venu pour nous perdre? Je sais qui tu es : tu es
le Saint de IMeu.
« S5. Hais Jésus, lui parlant avec menaces, lui dit : Tais-
toi et sors de cet homme.
« iO. Alors l'esprit impur, l'agitant avec de violentes oon-
vulsions, et jetant un grand cri, sortit de lui.
« 27. Tous en furent si surpris qu'ils se demandaient les
uns aux autres : Qu'est-ce que ceci? et quelle est cette nou-
velle doctrine? Il commande avec puissance (= autorité ; xscr'
({ouvi'av, 1» pttettate = xmDS» "'*" " *^®*^ empire ») même
aux esprits impurs, et ils lui obéissent. >
L^esprit malin a bien commencé : il sait qu'il a devant lui
le divin Maître qui est venu dtitruire l'empire du mal, et il lui
accorde en tremblant le titre de c Saint de Dieu » ; il aurait
été beaneoup plus explicite, s'il avait pu continuer ses exclama-
tions, mais Jésus eoupc court à. toute autre révélation inoppor-
Ïi4 REVUE SÉMITIQUE
tune par des menaces qui latterrent, et il se tait. Les assistants
stupéfaits se demandent quel est ce nouveau procédé d'exor-
cisme qui se montre aussi infaillible et Tattribuent à la grande
piété de l'opérateur. Ils ne pouvaient pas comprendre aatre
chose dans la qualification <c Saint de Dieu i> échappée au
démon. |
Des mesures de précaution sont immédiatement prises par
Jésus contre les divulgations intempestives. Dans la maison de
Simon et d* André il guérit diverses maladies et chasse plu-
sieurs démons, mais il ne leur permet pas de dire qu'ils le con-
naissaient (t^f^., 34). Il va même jusqu'à défendre la promul-
gation des guérisons (ibid. , 42), mais la. renommée a un ressort
invisible et se moque de Tennui qu'elle cause à son héros.
En effet, à une prochaine occasion, les démons, incorrigibles
comme tous les bavards; laissent échapper le secret et Texpri-
ment par le terme propre qui ne donne lieu à aucune équi-
voque. /
IdarCy m, 7. a Jésus se retira avec ses disciples vers la
mer, où une grande multitude de peuple le suivit, de Galilée
et de Judée,
« 8. de Jérusalem, de Tldumée et d'au delà le Jourdain;
et ceux des environs de Tyr et de Sidon^ ayant entendu parler
des choses qu'il faisait, vinrent en grand nombre le trouver.
m 9. Et il dit à ses disciples qu'ils lui tinssent là une barque,
afin qu'elle lui servit pour n'être pas accablé par la foule du
peuple.
a 10. Car comme il en guérissait beaucoup, tous ceux qui
étaient affligés de quelque mal se jetaient sur lui pour le tou-
cher.
c 1 1 . Et quand les esprits impurs le voyaient, ils se pros-
ternaient devant lui en criant :
€ 1 2. c Tu es le Fils de Dieu » ; mais il leur défendait avec
de grandes menaces de le découvrir. >
« De le découvrir » est une façon de parler : tout était dé-
couvert ; les gens venus de toutes les régions de la Palestine
ont entendu proclamer par les démons vaincus que Jésus était
le Fils de Dieu et non pas seulement le (c Saint de Dieu >. Sa
nature divine brille maintenant dans tout son éclat devant le
NOTES É Y ANGÉLIQUES 145
monde étonné, mais ravi de le posséder, car sa présence inau-
gure la destruction de la puissance de Satan et l'entrée dans le
royaume des cieux^ où les indicibles tribulations et souffrances
des justes se changeront en félicité éternelle. Pour que cette
espérance s'acomplisse dans un avenir prochain, il faut seule-
ment que cette grande révélation soit acceptée par les hommes
avec une foi d*enfant qui ne laisse place à aucune ombre de
doute (ibid.^ x, 15), carie moindre scepticisme dans la divi-
nité du Sauveur fait prolonger le pouvoir de Satan et retarder
le développement de cet heureux début qui, semblable à la
bonne semence, est destiné à fournir une si riche moisson
(iWd., IV, 8).
La dernière hésitation des assistants a dû s'évanouir pendant
la scène relative au possédé de Gadara' (v, 1-2). Fou furieux
hurlant dans les cimetières et lançant des pierres contre qui-
conque voulait l'approcher, en voyant Jésus de loin il courut à
lui et l'adora. Puis en jetant un grand cri, il lui dit : Qu'y a-t-il
entre loi et moi, Jésus, Fils du Dieu très haut? (uîè rov Oeoû
Toû v^iarov) ; je te conjure par Dieu (non t par le nom de Dieu >)
de ne point me tourmenter, car Jésus lui disait : «Esprit im-
pur, sors de cet homme. » Grâce à sa soumission si prompte
et si humble, le démon, qui était entouré de toute une légion de
ses congénères, obtint le privilège de s'installer avec les siens
dans les pourceaux qui paissaient près du lac et dont la triste
fin est racontée par les trois synoptiques'. Le démon de Ga-
dara a tout dit dans l'épithète suprême : < Fils du Dieu très
haut t (= rnà:} «nbNT nna = héb. p^^j^ '»7X p), il n'y a
plus rien à ajouter; aussi cet épisode est-il le dernier de ceux
où la loquacité des démons soit mise en scène parles narrateurs.
Malgré le grand éclat de cet exorcisme si mouvementé et de
cette révélation si claire, les évangélistes s'accordent à recon-
naître que les témoins no se sont pas mis au diapason de la
confession enthousiaste manifestée par les démons; ils étaient
fortement étonnés, mais pas un seul d'entre eux n'a fait acte
t. Marc, v, 1-20. Matthieu, vill, 28, donnant satisfaction à la prescrip-
tion légale exigeant deux témoins au minimum, double le nombre des
possédé», mais omet la défense de divulgation. Luc ncylige le scrupule
légal, et, sauf quelques variantes, suit la version de Marc.
mVOI ItMITiÛlII i(*
146 REVUB SÉMITIQUE
d'adoration {ibid., 20), et leur aveuglement était tel qu'ils se
sont même abstenus de réciter une eulogie en l'honneur de
Dieu comme Pavaient fait les témoins de la guérison du para-
lytique rapportée plus haut. Le fait s'explique par la discus-
sion engagée entre Jésus et les scribes venus de Jérusalem
quelque temps auparavant et qui est rapportée ainsi qu'il suit
(iWi/., m, 22-30):
Marc, m, 22. « Et les scribes qui étaient venus de Jérusalem
disaient : Il est possédé de Be^'elzebub (G. Bse^CeSouX), et c'est
par le prince des démons qu'il chasse les démons.
m 23. Mais Jésus, les ayant appelés auprès de lui, leur
disait en parabole : Gomment Satan peut-il chasser Satan?
c( 2i. Si un royaume est divisé contre lui-même, il est im-
possible que ce royaume subsiste ;
€ 25. Et si une maison est divisée contre elle-même, il est
impossible que cette maison subsiste.
c 26. Si donc Satan se soulève contre lui-même, le voilà
divisé, et il est impossible qu'il subsiste, mais il faut que sa
puissance prenne fin.
ic 27. Nul ne peut entrer dans la maison du fort et piller ce
qu'il possède, si auparavant il ne lie le fort, pour pouvoir en-
suite piller sa maison.
c 28. Je vous dis, en vérité, que tous les péchés que les
enfants des hommes auront commis, et tous les blasphèmes
qu'ils auront proférés leur seront remis,
ce 29. mais si quelqu'un blasphème contre le Saint-Esprit, il
n'en recevra jamais le pardon, et il sera coupable d'un péché
éternel.
« 30. il leur dit ceci sur ce qu'ils l'accusaient d'être pos-
sédé de l'Esprit impur. »
En principe l'argumentation de Jésus est d'une logique
irrésistible. Elle se compose de deux équations : 1) A — A=0;
2)A>B^=B<A. Seulement, dans la vie réelle, les choses ne se
passent pas toujours avec cette rigueur mathématique. D'abord
un gouvernement absolu est souvent sujet à envoyer des ordres
et des contre-ordres très nuisibles à la prospérité de l'état.
Puis, un état et même une famille peut contenir des partis
adverses et des frères ennemis sans que Tautorité du chef en
N0TB8 ÉVANGÉLIQUES 147
soit amoindrie. £nrin, il faut tenir compte de la ruse que les
partis emploient à Tégard Ton de l'autre et qui leur com-
mande de se faire des concessions mutuelles et de pactiser pour
un temps afin de mieux arriver à leur but. Les scribes, plus
initiés à la politique mondaine que le jeune Galiléen, n*ont
certainement pas manqué de penser à ces éventualités et sont
demeurés dans rintransigeance. Jésus lui-même n'a pas tardé
i reconnal.tre la valeur de ces complications sooiales, puis-
qu'il a immédiatement repris le moyen religieux par excel-
lence en annonçant la gravité du blasphème qu'ils commettaient
envers le Saint-Esprit en le soupçonnant d'ôtre possédé d'un
esprit impur, Jésus fait indubitablement allusion à la descente
du Saint-Esprit sur lui sous forme de colombe dans la scène
du baptême {ibid,^ i, 10-11), malheureusement, les scribes
ignoraient absolument cet incident. et ne pouvaient comprendre
le sens précis de l'expression c blasphémer contre le Saint-Es-
prit ». La dis*:u88ion n'a donc pas donné de résultat. D'après la
tradition évangélique, le malentendu était voulu par le Maître
qui ne parlait clairement que lorsqu'il était seul avec ses^'^dis-
ciples. Le logion suivant est très caractéristique à cet égard :
(Ibid.^ IV, 10.) a Lorsqu'il fut en particulier, les douze qui le
suivaient lui demandèrent le sens de cette parabole.
<K 1 1 . Et il leur dit : Pour vous, il vous est donné de con-
naître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui
sont dehors, tout se passe en paraboles ;
<c 1 2« afin que, voyant, ils voient et ne voient pas, et que,
écoulant, ils écoutent et ne comprennent pas, de peur qu'ils ne
viennent & se convertir et que leurs péchés ne leur soient par-
donnés. »
Ce motif est une adaptation très réfléchie dlsale, vi, 9-10.
Isale reçoit la mission d'annoncer au peuple aux lévites im-
pures (= blasphématoires envers Yahwé) son châtiment immi-
nent et irrévocable. Il leur dit ironiquement : Regardez (les
indices précurseurs de la catastrophe) sans voir et écoutez (Pan-
nonciation) sans entendre, de peur que vous ne veniez à vous
convertir et que votre guérison ne soit réalisée (= que votre
puissance nationale ne soit rétablie). Sur la demande dû pro-
phète : € Seigneur, jusques à quand (durera cette obstination
148 REVUE SÉMITIQUE
dans la rébellion) ? » Yahwé, répond : c Jusqu'à ce que les
villes et les maisons soient privées de leurs habitants, et le sol
de toute culture, etc. » {ibid. , 4 1 -12). Dans la théorie évangé-
lique, Taveuglement des adversaires du Fils de Dieu appartient
au plan fondamental du royaume des cieux, qui est exclusive-
ment réservé à ceux qui professent avec une sincérité sans mé-
lange Torigine divine du Maître. Prétendre que celui-ci est
possédé d'un esprit impur, c'est proférer un blasphème contre
le Saint-Esprit, qui Ta consacré Fils de Dieu et le remplit
depuis le baptême. Cet acte est incomparablement plus abo-
minable que n'importe quel autre péché ou blasphème défendu
par la loi et qui peut être pardonné ; le blasphème à l'adresse
du Saint-Esprit est irrémissible.
J'ajoute une observation. L'homogénéité serrée de la dis-
cussion en cause selon le récit de Marc est enrichie d'additions
chez les deux autres évangétistes. Matthieu (xii) intercale
entre les versets 26 et 29 indissolublement liés Tun à l'autre par
le contexte, les phrases : oc Et si c'est par Béelzebub que je
chasse les démons, par qui vos enfants les chasseront-ils?
C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Si je chasse les
démons par l'Esprit de Dieu, le Royaume de Dieu est donc
parvenu jusqu'à vous» (v. 27-28). Entre les versets bien unis
29 et 31, on lit de même la phrase hétérogène: c Celui qui
n'est point avec moi est contre moi, et celui qui n'amasse point
avec moi, dissipe. » Le verset 21 conviendrait tout au plus à
l'époque qui précéda l'envoi des apôtres (chap. x); le verset 28
a trait au royaume des cieux dont il n'est pas question dans
l'objection des scribes ; le verset 30, enfin, contient une sen-
tence contredite par ailleurs (Marc, ix, 40). Point à noter, Mat-
thieu double la phrase relative au blasphème et étend la rémis-
sion des péchés même à celui qui aurait parlé contre le <t Fils
deThomme», évidemment parce que la forme corporelle de
celui-ci peut excuser l'erreur, mais l'attaque à l'Esprit ne
mérite aucune indulgence. L'addition qui suit (33-37) porte
également un caractère sapientiel, mais peut néanmoins être
authentique \
1. Sur l'existence séparée d'un recueiljde logia et dé sentences attri-
NOTES ÉV ANGÉLIQUES 149
La rédaction de Luc est eiUiërement décousue ; la distinction
entre les péchés est omise, mais l'addition finale, très différente
de celle qu'on lit chez Matthieu, nous fournit cet intéressant
renseignement démonologique (Luc, xi, 2i-26) : « Lorsque
Tesprit impur est sorti d'un homme, il s'en va par les lieux
arides, cherchant du repos, et comme il n'en trouve point, il
dit: Je retournerai dans ma maison d'où je suis sortie Et y
venant, il la trouve nettoyée et parée. Alors il s'en va prendre
avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant
duns cette maison, ils en font leur demeure et le dernier état
de cet homme devient pire que le premier. » Outre l'enviable
solidarité entre les démons de tous les tempéraments, notre
attention est attirée sur la désignation du corps humain par le
terme c maison », terme qui n^est jamais mis dans la bouche
de Jésus avec ce sens, mais qui est des plus fréquents dans
les écrits de l'apôtre l^aul.
De tout ce qui précède, on voit clairement que le sens mis par
Jésus dans l'attribut a Fils de l'homme » est longtemps resté
inconnu non seulement de ses nombreux auditeurs, mais de
ses disciples eux-mêmes. Le moment arriva enfin où la clarté
se fit dans tous îles esprits. Elle ne fut cependant révélée
qu'après que celte épithète eut été greffée sur Tidée messianique
et fruclifiéeparelle/En faisant une tournée dans les villages de
Gésarée de Philippe, Jésus demanda aux disciples : Que dit-on
que je suis ? Ils lui répondirent : Les uns disent que tu es Jean-
Baptiste; les autres, Êlie; lesautres, un des prophètes. Mais
vous, leur dit-il alors, que dites-vous que je suis? Pierre lui
répondit : Tu es le Christ, c'est-à-dire le Messie. Et il leur
défendit avec menace de le dire à personne (Marc, vki, 2^-
30). On remarquera que cette défense, analogue à toutes
celles qui furent faites aux malades guéris et aux esprits chas-
sés, implique l'admission par Jésus des qualifications qui lui
sont décernées. Ici de même sa qualité de Messie est tacite-
ment acceptée, et Pierre a le mérite de l'avoir devinée et
hués à Jésus, voyez mes mémoires intitulés Tobit et Akhiakar et Uépi-
sodé do /a femme adultère.
1. Evidemment parce que toutes les places sont déjà prises par d'au-
tres démons (Apocalypse, J^Vili, 2, tiré d'Isaie, xxxtv, 14).
à
180 KKVCK SÉMITIQUE
proclamée le premier. Cependant la joie de Tapôtre ne dara
que peu de temps, car, à sa grande suiprise, Jésus leur déclara
qu'il fallait que le Fils de Thomme souffrit beaucoup, qu*il
fût rejeté par les sénateurs, par les princes des prêtres et par
les scribes, qu'il fût mis à mort, et qu*il ressuscitât trois jours
après. Pierre fût rudement grondé parce qu'il osa contrecarrer
ce dessein par amitié pour le Maître. La mort du Fils de Thommc
est la condition même du royaume des cieux, et ceux r{ui ne
sont pas prêts à sacrifier leur vie dans ce but ne pourront par-
ticiper aux félicités messianiques lors de son retour sur ta terre,
où il apparaîtra dans la gloire de son père et sera accompagné
des saints anges {ibid.^ 31 -37). Hftton8*nous d'ajouter que leur
nouvelle perplexité disparut pendant la scène de la transfigu-
ration qui eut lieu six jours après (iUd., ix, 1-9). Gr&ce à la
voix céleste appelant Jésus « mon fils bien -aimé », la divinité du
Mallre n'était plus contestable, mais Tembarras des disciples se
porta alors sur un nouveau sujet :
Lorsqu'ils descendaient la montagne, il leur conmianda
de ne parler à personne de ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce
que (le Fils de l'homme) fût ressuscité d'entre les morts.
Et ils tinrent la chose secrète, s'entre-demandant ce qu'il
voulait dire par ce mot : a Jusqu'à ce que (le Fils de Thomme)
fût ressuscité d'entre les morts. >
Je ne crois pas qu'on puisse imaginer que les disciples
n'aient jamais entendu parler de la résurrection des mortB.
C'était un dogme pharisien et national qui n'a été comb^tu
que par la secte peu nombreuse des sadducéens. Cette polé-
mique même a dû contribuer à le faire connaître par If's
hommes de toutes les classes de la population. L'incertitude n'a
pu concerner que son application particulière à la personne du
Maftre. Leur esprit simpliste de gens de la campagne ne pou-
vait se faire à l'idée qu'un être divin meure sérieusement et
ait besoin d'une résurrection réelle pour revenir di^nsce monde.
Ils auraient compris la disparition temporaire conome celle
du prophète Élie ou tout au plus un réveil après une mort
apparente, comme le soutenait plus tard la secte des docètes,
mais ce une résurrection d'entre les morts » leur semblait in-
compatible non seulement avec le sens comvnuOi mais aus$i
NOTES KV ANGÉLIQUES 151
avec les passages d'Isaïe qui prévoient les souffranoea du
Messie. Celui-ci est tué et enterré comme un malfaiteur, mais
cela n'est qu'une illusion passagère des sens, puisqu'il est
aussitôt relevé et destiné à procréer une nombreuse famille et
vivre longtemps au milieu des siens (Isaîe, un, 1 0). Dans la
suite, le Maître fixa à trois jours Tespace entre sa mort et sa
résurrection (Marc, ix, 31)^ mais les disciples n'en furent pas
plus éclairés et durent se résigner à croire au mystère, ne vou*
tant pas l'importuner par leurs questions {ibid.^ 33).
LeMattre profita d*ailleursd'une nouvelle occasion pour laisser
ses auditeurs sous le coup de la même perplexité. 4 Jésus, en*
seignant dans le temple, leur dit : Gomment les scribes disent-
ils que le Christ est le fils de David, puisque David lui*-méme
a dit par le Saint-Esprit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Assieds->toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit tes ennemis
à te servir de marchepied ? Puis donc que David l'appelle lui-
même (son) Seigneur, comment est^il soa fils^? » La valeur de
l'argument mise à part, la divinité du Fils de Phomme-Messie
est clairement enseignée et elle est aussi maintenue jusqu'à la
finderévangile(tWd.,xin,24-27;30-31;xiv,î1,41,62).Nous
citerons textuellement les passages les plus importants qui
s'échelonnent avec une netteté mathématique :
Vers la fin du siècle, Jésus réapparaîtra triomphalement au
milieu de se» disciples abattus par les souffrances :
a Mais dans ces jours-là et après cette affliction, le soleil
s'obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles
tomberont du ciel et les puissances qui sont dans les cieux
seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme qui viendra
sur les nuées avec une grande puissance et une grande
gloire. Et il enverra ses anges pour rassembler ses élus des
quatre coins du monde, depuis l'extrémité de la terre jusqu'à
l'extrémité du ciel.. . Je vous dis en vérité, que cette génération
ne passera point que ces choses ne soient accomplies. Le ciel
et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point*. »
Le retour du prophète Élie identifié avec Jean-Baptiste
s'est effectué, et pour cause, tout autrement.
1. Maro, XXII, 35*37; MaUhieu, xxii, 41-45; Luc, xx, 4i-44.
2. Marc, xiil, 24-31 ; Matthieu, xxiv, 29-35; Luc, xxi, 25-27, 32-33.
158 REVUE SEMITIQUE
Enfin, rheure la plus solennelle vint de sonner. Les juges de
Jésus repoussèrent les témoignages à charge, les ayant trouvés
contradictoires. Pour pouvoir Tacquitter en due forme, il ne
manquait que la dénégation de Taccusé. c Alors le grand prêtre,
se levant au milieu de rassemblée, interrogea Jésus et lui dit :
Tu ne réponds rien à ce que ceux-ci déposent contre loi ? Mais
Jésus demeurait dans le silence, et il ne répondait rien. Le grand
prêtre Tinterrogea encore et (lui) dit : Es-tu le Christ, le Fils
du Béni (= le Fils de Dieu)? Jésus lui répondit : Je le suis; et
vous verrez (un jour) le Fils de Thomme assis à la droite de la
majesté de Dieu et venant sur lesnuéesdu ciel. Aussitôt le grand
prêtre, déchirant ses vêtements, (leur) dit : Qu*avons-nous plus
besoin de témoins? vous venez d'entendre le blasphème \ etc. >
Par ce a Je le suis >, prononcé par le martyr volontaire au
milieu du plus haut tribunal de Jérusalem, le monothéisme du
Décalogue reçut une déchirure plus difficile à coudre que celle
qjii, d'après une légende non accueillie par Marc, se fit quelques
heures plus tard dans le voile du temple (Matthieu, xxvii, 51;
Luc, XXIII, 45). Une conciliation de la nouvelle secte avec la
religion mère devint désormais impossible.
Notre examen se termine ici ; tirons-en les conséquences :
1^ Le € moi u a, dans tous les logia de Jésus, une acception
surhumaine et divine comparable à VAni Yahwi des pro-
phètes et du Pentateuque, surtout avec la nuance de législa-
teur suprême.
t"* L'expression a Fils de l'homme d paraphrase au début le
€ moi » divin incarné dans un corps humain ; il équivaut com-
plètement à l'épithète directe et littérale : «Fils de Dieu >, que
Jésus, tout en l'acceptant volontiers de la bouche des autres,
1. Marc, XIV, 55-64. Cette version originale attribue aux juges une
tendance hostile à Tégard de Jésus, mais reconnaît néanmoins qu'ils ont
fait une enquête impartiale pai: rapport à la sincérité des témoins à
charge. Matthieu, xxvi, 59-65, outre quelques légères variantes, a encore
celle-ci : « Le grand prêtre dit à Jésus : Je t'adjure, par le Dieu vivant,
de dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu? Jésus lui répondit : Tu l'as
dit, etc. » Dans Luc, xxii, 63-71^ Jésus est déjà maltraité avant d*arriver
au tribunal, l'interrogatoire est fait par toute rassemblée et la réponse
porte : « Vous le dites, je le suis », combinaison des deux versions pré-
cédentes.
NOTES ÉVANGÉLIQUES 153
n'applique à lui-même qu'en présence de ses juges dans le
but d*étre condamné à mort.
3"" Le sermon de la montagne (ou de la vallée) est un recueil
de logia et de sentences compilées à une époque où la divinrté
de Jésus, préchée par Paul aux pagano-chrétiens, fut défini-
tivement acceptée par l'Église. H est même postérieur à la
composition de l'évangile de Marc, qui ne fournit qu'une partie
minime de ces logia, et encore dans un état très dispersé.
II
DIFFERENT TRAITEMENT DES PHARISIENS ET DES SADDUCÉBNS
— UN PROPHÈTE SADDUCÉBN
Les évangélistes constatent l'existence de deux sectes in-
fluentes à Jérusalem, le^ pharisiens et les sadducéens; les pre-
miers admettaient des traditions orales attribuées aux anciens,
les seconds ne reconnaissaient d'autre autorité que la loi écrite,
ce qui les conduisait à nier la résurrection des morts et l'exis-
tence des anges et des esprits, au moins comme entités perma-
nentes et douées du libre arbitre. La masse du peuple n'était
d'aucune secte, mais se laissait plus volontiers diriger par
les pharisiens à cause de leur réputation de piété, de leur
jurisprudence plus douce dans la répression des fautes, et enfin
à cause de leurs doctrines eschatologiques. A l'appel de péni-
tence fait par Jean-Baptiste, accourut une foule composée de
toutes les classes du peuple. Les pharisiens et les sadducéens
reçurent également le baptême et supportèrent avec humilité
la dure réprimande qui leur fut administrée par le Baptiste ;
ils voulurent se préparer sérieusement à l'arrivée du royaume
des deux ou l'époque messianique, que Jean-Baptiste déclara
être proche. Par contre, la mission de Jésus se passa dans des
conditions toutes différentes. Dès son premier enseignement
dans la synagogue de Gapharnaûm, il inaugura une méthode
opposée à celle des scribes. Ceux-ci avaient l'habitude d'ap-
puyer leur dire par un passage biblique ou par une tradition ,
Jésus parla en son propre nom. Â l'enseignement personnel se
joignit bientôt une nouvelle méthode d'exorcisme, consistant
154 REVUE SÉMITIQUE
à chaaaer les démons par ordre personnel, tandis les scribes
accomplissaient celte tâche au moyen d'une adjuration par le
nom divin. Enfin, sans qu'on sût jamais la cause exacte, les
pharisiens furent exposés h des attaques incessantes et d*une
violence telle que les auditeurs les plus sympathiques au Maître
devaient en être scandalisés. Notons que ces attaques ne concer-
naient jamais le système ni les moyens d'action qu'ils mettaient
en pratique pour le consolider; ce système et ces pratiques
furent au contraire chaudement recommandés (Matthieu, xxui,
2-3y, ce sont les affiliés à cette secte qui furent constamment
blessés dans leur dignité personnelle. On les traita comme un
ramassis de voleurs et d'hypocrites, qui ne prient et ne jeùuenl
que pour s'attirer les éloges du public. On les accusa de recher-
cher les premières places dans les réunions et les banquets*,
tandis que, dans des occasions analogues, on vit le Matlre se
plaçant au premier rang sans la moindre hésitation. En voyage
il fut enjoint aux disciples de se faire nourrir dans nMniporte quelle
maison à leur choix sans même attendre qu'on les eût invités', ot
cette manière d'agir a un précédent dans celle du Maître lui*
mème\ Jamais, au grand jamais, les scribes 9t les phari*
siens ne se sont imposés avec une pareille imporlunité. Pour
excuser les disciples qui négligeaient le rite traditionnel de se
laver les mains avant de prendre le repas, au lieu de combattre
la prétendue traditiou, il est fait une attaque h fond contre une
décision pharisienne faisant prédominer la rigueur du serment
aux dépens du commandeuient du DécaloRue d'honorer ses
parents. Et tout cela pour dire aux pharisiens: « Vous êtes en-
core pires, puisque vous transgresser le commandement de Dieu
pour l'amour de la tradition *. • Or, cette apostrophe est d'au-
1. Matthieu, xxill, 1-39; Luc, xx, \h. Marc n'a de ce discours quç fort
peu d'éléments (xii, 38-40).
2. Marc, vi, iO-il ; Matthieu, x, 11-15; Luc, x. 5-7.
3. Marc, ii, 13-15; Matthieu, ix, 9-!0; Luc, v, 27-29. Cf. auni U
saisie de l'ànesse pour entrer dans Jérusalem (Marc, xi, i"*6). Matlbie»
(xxi, 1-7) ^oute un ànon en vue de Zi^charie (IX» 9). Luc (Xix, S8<-3^K
trouvivnt l'ànesse inutile, n'a plus que l'ànon.
4. Marc, vil, 9-13; Matihieq, vu, 1-13; Luc (xi, 38-41) donne à la
réponse de Jésus une tournure en partie différente, mais tout aussi per-
sonnelle, à l'égard des pharisiens, auxquels l'hôte lui-même était affilié.
NOTES ÉVAN6ÉLIQUBS 155
tant plus stupéflaiite qu'elle vient de la part d'un homme qui
n'a jamais abordé sa mère que par i'épithëte équivoque de
c femme^ » , et qui n*a même pas daigné se lever de son siège
pour aller dire un mot k sa mère et à ses frères qui l'attendaient
à ia porte ; et cette contravention audit commandement de la
loi est encore aggravée par la réponse faite au messager : c Qui
est ma mère et qui sont mes frères'? » Un principe encore plus
rigoureux est imposé aux fidèles : « Celui qui aime son père ou sa
mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime
son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi. Celui
qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de
moi; celui qui conserve sa vie (h, mon préjudice) la perdra, et
celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi la retrouvera'. »
Le plus typique à cet égard est le passage suivant : c II dit à
un autre (homme) suivez-moi et celui-ci lui répond : Seigneur,
permets-moi d'aller auparavant ensevelir mon père. Jésus lui
réplique : Laisse aux morts (=s?aux condamnés à la mort éter^
nelle dans le royaume des deux) le (soin d')ensevolir leurs
morts; mais toi, va annoncer le royaume de Dieu *. » Cette façon
d'agir, qui se résuma dans ces mots : a tout pour moi, rien pour
Ion autres», était l'originalité même de la nouvelle foi et la con-
dition vitale de sa propagation ; personne ne le méconnatt, mais le
lecteur sérieux reconnaîtra également que l'animosité des pha*
risiensn'avaitpasbesoin d'une mauvaise volonté particulière pour
devenir un parti d'opposition inconciliable. L'historien impartial
ira encore plus loin et découvrira sans grands efforts que tous
ces récits seraient inimaginables s'ils n'avaient pas pour base
le dogme intangible de la divinité de Jésus et de son rôle de
victime expiatoire pour ceux qui croient en lui, quand même
ils ne seraient pas d'origine juive et à l'exclusion de ceux de
1. « Jésus lui répondit : Femme, qu*y a-t-il de commun entre toi et
moi? » (Jean, ii, 4).
2. Marc, m, 31-35; Matthieu, xn, 46-50; Luc, vin, 19-21, y a intro-
duit des atténuations fort instructives.
3. Matthieu, x, 37 ; Luc, xiv, 26, parle môme de c haïr » son père et
sa mère, etc. Le passage Exode, xxxii, 27-V>9 (of. Deutéronome, xxxiii.
9), pris dans un sens littéral et généralisé, en forme le point de départ
dotmatiquo.
4. MatUiieu, vill, 21-22; Luc, ix, r»9B60, suivis d'addjtions.
156 RKYUB SÉMITIQUE
cette dernière origine qui renient sa divinité et sa mission.
Comnfie cette barrière n'a été franchie que par suite du succès
obtenu par Paul auprès des païens de naissance, il s'ensuit
que non seulement l'immense majorité des récits évangéliques
est postérieure à la mort de Tapôtre des gentils (l'an 66), mais
que même celles des données synoptiques qui semblent favo-
rables à la loi et au peuple juif, comme les logia relatifs à Tin-
tangibilité de la Loi, voire des apex de ses lettres', ne remontent
pas davantage à des témoins contemporains de Jésus, comme
je l'ai cru jusqu'à ce jour avec la plupart des critiques modernes.
G*est l'exégèse orthodoxe qui a vu juste : La valeur des an-
ciens commandements s'arrête à la mort du Christ et la Bible
tout entière n'est que Tombre qui ne sert qu'à attester l'existence
des objets réels. L'annonce que Jésus avait reçu sa mission
dans l'intérêt exclusif des juifs' n'est là que pour relever avec
plus de force Tenlêtement incorrigible de ces anciens frères
selon la chair, et leur rejet jusqu'à la consommation des siècles
où ils finiront par se convertir*. Les prophètes avaient prévu
que les païens feraient un jour amende honorable et se conver-
tiraient à la religion de Yahwé. Les rôles sont maintenant chan-
gés. Gomme, le vieux Gronos en face du jeune Zeus, Yahwé
n'est plus qu'une ombre devant Jésus, son héritier et son rem-
plaçant dans le gouvernement du monde. Le nouvel Hermès
épuré, le Saint-Esprit, lui aussi, est uniquement attaché au
service du Fils tout-puissant. La chute de Yahwé entratne celle
de son peuple élu, et lorsque ce peuple, réduit au nombre in-
signifiant de 144.000 ftmes, reviendra à Jésus entouré de ses
innombrables fidèles gentils \ Yahwé pourra disparaître sans
que l'ordre matériel et spirituel du monde en ressente la
moindre commotion'.
1. Matthieu, v, 17-20; Luc, xvi, 16-17.
2. Matthieu, x, 5-6, est seul h la mentionner ; cf. Jean, iv, 9; Actes,
I, 8.
3. Romains, xi, 26.
4. Apocalypse, vu, 1-17.
5. De là à considérer Yahwé comme un esprit déchu et malfaisant, il
n'y avait qu'un pas à faire, et ce pas fut réellement fait par le gnosticiame
chrétien qui n'a pas tardé à surgir.
NOTES ÉYANGÉLIQUES 157
Cette aversion peu déguisée des évangélistes pour la nation
juive tout entière, rendue responsable de lopposition particu-
lière aux pliarisiens seuls, forme un curieux contraste avec le
traitement si doux dont les sadducéens sont les bénéficiaires
selon les récits des mêmes auteurs. Durant toute la période de
son activité, le Maître galiléen ne fait entendre aucune pro*
testation contre leur doctrine, qui est bien autrement contraire
à la sienne. Aux yeux des sadducéens, la croyance à la puissance
de Satan était une doctrine idolâtrique incompatible avec les
déclarations formelles du Pentateuque et des prophètes. Ils
niaient la possibilité des possessions démoniaques et par consé-
quent celle de chasser les démons d'un corps humain. Ils
rejetaient en outre les rémunérations eschatologiques et la
croyance à la résurrection des morts, ainsi que tous les
miracles postérieurs à ceux qui sont attribués à Moïse et
aux prophètes nommés dans rÉcriture sainte et les considé-
raient comme des jongleries ridicules*. Voilà la catégorie
des mécréants qui, du temps de Jésus, occupaient les plus hautes
places du sacerdoce et de la direction spirituelle à Jérusalem,
et le Sanhédrin se composait presque exclusivement des
gens de cette secte. On peut affirmer sans hésitation que les
sadducéens tout puissants durent bien des fois être ennuyés,
sinon alarmés de la doctrine enseignée par Jésus dans la cour
du temple, beaucoup plus encore que les pharisiens, et qu'ils
devaient désirer mettre bon ordre à ces troubles si Souvent
renouvelés. Eh bien, les évangélistes non seulement se taisent
sur les mauvais desseins des sadducéens à l'égard du Maître,
mais en rapportant deux discussions, évidemment trop peu
pour les circonstances, les adversaires se traitent avec une
urbanité inaccoutumée. Une fois, les chefs des prêtres, les
scribes et les sénateurs du peuple, presque tous sadducéens
alors, lui ayant demandé par quel pouvoir il faisait les miracles,
il évita la réponse en leur posant la même question relative-
ment au baptême de Jean-Baptiste auquel les sadducéens
s'étaient soumis tout aussi bien que les pharisiens (Marc, xi,
1. Ils avaient aussi une conception différente du messianisme. Voyez
mon mémoire intitulé : Traces d'Aggadot sadiicéennes dans le Talrnud
(Revue des études Juives, 1884, p. 38-51)).
158 RBYUE SÉMITIQUE
27*33, et parallèles). A une autre occasion, les deux sec-
taires ensemble lui demandent un signe du ciel : cette fois ta
réprimande de J(^su8 est dure (Matthieu, xvi» 1-4), mais la
version de Marc, plus originale, ne mentionne que les phari-
siens (viii, 1 1 H 2). Une seule fois, les saddueéens lui adressent
la question captieuse sur le choix que la femme mariée sept
fois aura à faire entre ses maris à la résurrection des morts.
Jésus, en leur annonçant la cessation des unions sexuelles
dans la nouvelle vie, leur fait seulement le reproche d'être
dans l'erreur faute de connaître les Écritures et la puissance
de Dieu. Il faut dire que les saddueéens avaient été très polis à
son égard en l'appelant « Maitre > (Marc, xii, 18-27, et pa-
rallèles). Je ne me résignerai jamais à voir dans cette douceur
extraordinaire envers les saddueéens le résultat d'un caprice
irréfléchi de la part de Jésus. L'énigme se résout naturel-
lement quand on admet que Tarchétype des évangiles synop-
tiques fut rédigé assez près de la destruction de Jérusalem,
lorsque les saddueéens avaient déjà beaucoup perdu de leur
influence et étaient obligés de céder aux exigences des phari-
siens. Alors il ne valait plus la peine de combattre des sectaires
vaincus et l'on espérait plutôt les convertir à la nouvelle doc-
trine par la persuasion et la douceur, en même temps que
l'extrême rigueur déployée contre les pharisiens leur offrait
une satisfaction que la nature humaine ne répudie jamais.
Dans le quatrième évangile, les saddueéens sont tellement
montés en grade que le grand prêtre de cette année, Caîphe,
est gratifié du don de la prophétie, ayant prédit que Jésus
mourrait pour le peuple (Jean, xi, 51). C'est un exemple ins-
tructif de l'évolution des anciennes conceptions dans l'histoire
religieuse du monde. J. HaléVY.
La Découverte d'un critérium sumérien.
Il y des gens qui ont vraiment de la chance, et parmi ces
rares élus je m*empresse de ranger M. C. Fossey, qui vient de
découvrir un critérium qui prouve péremptoirement l'existence
de la langue sumérienne, conteolée par moi depuis vingt-huit
ans. Contrairement au fondateurde l'antisumériâmey le modeste
signataire de ces lignes, qui croyait que le sumérisme méritait
rhonneur d*une discussion de 61 pages du Journal asiatique en
i 874, M. Fossey, qui n'a jamais déchiffré ni interprété une seule
ligne cunéiforme, entre fièrement en lice comme champion du
sumérisme et écrase Tantisuméiisme par une notice de 1 pages
qui vient de paraître dans les Comptes rendus de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres de 1901, sous le titre de La
question sumérienne^ recherche (Tun critérium. Cette parci-
monie de détails est largement compensée par une Cfindeur
combative du meilleur ton. Après quelques passes d'armes
superbes où les amis sont encore plus abîmés que les adver-
saires, l'auteur révèle aux plus hautes autorités scientifiques
de la France sa découverte d'un critère magique, irrésistible,
au moyen duquel l'existence d'une langue sumérienne est
assurée sans la moindre contestation possible.
L'antisumérisme a subi sans faill