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ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ A L'ÉI'UDB 

DES LANGUES ET DES LITTÉKATURES ROMANES 

FONDÉ EN 1872 PAR 

Paul MEYER et Gaston PARIS 

PUBLIÉ PAR 

PAUL MEYER 



Pur remenbrer des aiicessurs 
Les <X\7. e les faix e les murs 
W*ea. 



40e ANNÉE. — 1911 




PARIS (VI') 
LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 



S, QUAI MAIAQUAIS, S 

TOUS DkOlTt (llEKVtS 



'22();254 



vu LONG LATIN 
DANS LH DOMAINE RHODANIEN 



On a attribué pendant longtemps, et quelques romanistes 
attribuent encore aujourd'hui, à une influence celtique le pas- 
sage de Vu latin à la palatale correspondante «'. Pour faire 
accepter cette explication, il aurait fallu commencer par établir 
l'ancienneté de la palatalisation de 1'» dans les langues cel- 
tiques. Or, en fait, 1'» se maintient encore avec sa sonorité 
originaire en gaélique et en irlandais ; ail, dt'm ^ Que si chez 
les Bretons qui devaient passer un jour en Armorique, l'évolu- 
tion en H puis en î était déji un fait accompli au n" siècle de 
notre ère, il va de soi, ainsi que le reconnaît M. Loih, qu'il 
n'y a rien à en conclure pour le reste de la famille celtique '. En 
ce qui concerne le gaulois, la seule des langues de cette famille 
qui soit ici en cause, nous savons de façon positive que trois 



1. Ascoli, Umi Idlera ^i;li)llologka, i88i, d'aprcs \c compte reudu qu'ai a 
donné G. Paris dans Ronumia, XI, i jo-i 34 ; H. Suchier, Diifinn^ôsiscfx uiiJ 
proven^iilische Spradye, dans le GriiiiJriss dvr rovnuiisclxii phtlologù, h, 729; 
'A, Honiing, /ji l/itipif el hi litUiiilure li-an(,sius, Grammciire, p. 24 ; E. Bour- 
ciez, Pircis hislorii/iie ik phoiiétiqiit- fraiiçtiinr, p. 8î, mais avtc certaines 
rcservcs. G. Paris, dans la l'ii Je siiint Alexii (p. 61), fait remonter la pro- 
nonciation il j l'cpoiiue romaine. I-n 1878, dans son compte rendu de i'ou~ 
vrage de Lùcking, Dk xllesUn Jraiiiiviischen MiniJarliii, il se prononce en 
faveur de la thèse celtique (ifoj/idfr in, VII, 129-1^0), mais il semble que, par 
la suite, certains doutes lui étaient veiius ; cf. Romaiiia, \XX, 6z8. 

2. Brugniann, Gruiuiriss der vergh-icJyendeii Graiiiiiiatik lier buio-^eimaiiis- 
clien Spi;icheii, l', uj ; E. Windîsch, Iristlx Gramiiuilik, p. ; ; J. Loth, Les 
vtoli lalius <laiis les langues bn'tloniqiies, p. 68, n. 2, 

î. Sur la date de la palatalisation de 11 en brittomque, voy. Thumeysen, 
Kflloromiiiischts, p. 10 et suiv., et J. Loth, hc. cit., p. 66-68. 

OxmaHia, XXXX I 



E. PHILIPON 



sjtècW après la conquête romaine. Vu d'origine celtique se pro- 
'qçlnçait oit. S'il n'en avait pas été ainsi, les Grecs n'auraient 
■'jKis écrit 3oavsv le gaulois f/rîfnm, et les Latins, qui rendaient par 
' Euthymus l'attique ESeûiu;, n'auraient pas manqué de trans- 
crire par âyntitn ce même gaulois dûttoii. Or, dans la lettre que 
les Grecs chrétiens établis à Lyon écrivirent en 177 aux ^lises 
d'Asie, Lyon est nommé Asà-^Ssuvsv'. C'est paiement la gra- 
phie qu'employait Strabon pour désigner non seulement le 
Lugàuntim des Ségusiaves, — ce qui serait insuffisant puisque, 
comme je pense l'établir, l'un des caraaères des parlers rhoda- 
niens est de conserver â 1'» sa sonorité latine, — mais aussi le 
Lugdunum du pays de Comminges. Au siècle suivant, nous 
retrouvons dans Ptolémée la graphie Asàvîsavsv, et ce même 
géographe écrit 'KîsypiScjvcv le nom gaulois que portaient 
alors Iverdon et Embrun. 

Au siècle suivant, Dion transcrit encore par As»Y;'J?cavcv 
la forme primitive Luguâunon, latinisée en Luguàunum sur la 
célèbre inscription du tombeau de Munatius Planais, à Gaète. 
J'ajoute que lï est rendu par eu sur les inscriptions grecques de 
la Gaule, et notamment sur une inscription bilingue des 
environs de l'an 250 trouvée près de Lyon, où le génitît 
Lugu(inni C}H traduit par Aax.-oySîûvcw -, Il ressort de ces gra- 
phies qu'au nr" Siècle, Vii comme Vu se prononçaient t>«. 

Les graphies latines ne sont pas moins intéressantes et elles 
présentent l'avantage de nous conduire jusqu'au ix' siècle : 
Viriionum Verdun, sur le ms. N de ritinérùrc d'Antonin 
364,4 (éd''" Pinder et Parthey), rir/i/uMmx'i dans les souscrip- 
tions au concile de Clermontdc 535 (Maassen, p. 70), Verdo- 
uensis dans l-Védègaire, IH, 45 ; Lugdono GhvaiH dans les suus-r 
criptions au concile d« Paris de 614 (Maassen, p. 192); Auslo- 
donensis dans les souscriptions au concile d'Orléans de S49 
• (Maassen, p. 110, notes i et 4); Ltigdonfttsîs dans le Digeste 
(50, 15, 8, i) et dans Grégoire de Tours (H. F. 1, 29, éd. 
Amdt, p. 47) ; Ltigdonum dans les souscriptions au concile de 
Paris de 614 (iMaassen, p. 190) et dans le chapitre des Conti- 
uiialiûites de Frédégaire qui rapporte les événements de l'année 



1. Eusèbe, Histor. eccles., s, 1, i. î. 
a. C. I. L., i. XIII, n" 2448. 



hit LONG LATIK DANS LE DUMAIKE RIlODANlMX 



3 



735 (éd. Krusch, p. 175. I. 2j)V II existaU h l'époque celtique, 
nun loin des limites actuelles des p.ir]ers rliodanicns, un cliÂtcuu 
fort du nom de 'Tohv-dûnotti:\\ic des actesde ta fin du M* siècle 
appellent ToUtiionutn ou TorvcJoimnt {Çartul. de Saint-l'incaik 
de Mdcvn, n"' 39, 416, 425). Ce chùteau. depuis longtemps en 
ruines, était au moyen âge le chcl-licu d'un pagits du dioci^c de 
Mâcon. C'est i lui que le mont Tourvéon, situé sur le territoire 
de 1.1 commune de Chèiielettc, Kliônc, est redevable de son 
nom. Citons encore Sidonii qui se lit dans Frédégairc (IV, 
4.|) à côté de SiiiiiHh « Sion ». 

Que si maintenant l'on considère que le passage de n h ii 
s'cM produit d;ins des régions où l'on n'a jamais parlé le gau- 
lois, comme par exemple dans l'Aquiaiine de César ' et dans 
l'Italie méridionale', alors que ù s'est maintenu avec sa sono- 
rité latine dans deux vastes régions qui appartenaient. Tune ^ 
la Belgique et l'autre à la Celtique propre, ii savoir la région 



1. Une ituic flucniive dv&noiiu ilc IÎcuk uous apporieraii snns dom« 
J'4mics informittons iniiJrcMJnlvs. C'est Jiiiisi que lalocililéquv \ePoi)ptiqtu 
lie Stiinl-Gtrmain-Jfî-Préi appcltc tfn un p.issagc Mnrcindum < Murâi:i nc- 
tumcit Domtïnîc ailleurs AforniifiMw. M. Longnon l'IUcmilicavei: A/rt/im/ ut 
MohI avci: Mutuih. I^iionvii^jucTiicnt, cette dcrnivrc itltinîilîciition csi xi&uri— 
ment prôfijrjbltf ; on pourr.til au»! soi)}^ j l'un d« dtiix Mwomj; de la Seilie^ 
et-Ubc, nuis au poiut de vue auquel je mi: pbcc, cvla a peu ci'imponxnce ; 
tout ce qu'il faut retenir, c'est i{u*au vtii* siccle, le lut. m û t u m <!ijit rcpré- 
itiH* indifféremmem par mur « par mor, deux graphies qui ne pcui.vnc se 
concilier <]ue si l'on admet la prononciation mour ; cf. Longnon, PotypiigHt 
Jt Siti«t-Gtrmam-Jts-Prés,i. Il, p. î(8 (XXIV. 1 « u. 3). J}l-3î2(XXIV, 

i. Sinbon, IV, i, 1; 3, i; cf. Cacsar. B. G., I, 1. 

3- Mev-cr-Lûblie, Grammaire Jn htngua rotuaiut, t. I, $47, d'après 1^- 
panii, I partari J'Ilalia i» CerlalJo, etc., ei N. Sogarclli. Il dtaietto ii Ctri- 
gnola dans Y.4r<bivio elollvUyico, i. XV. p. 88. Sur le domaine de « en Italie, 
voy. Mtvci-Lûbkc, itaUtniaix Oriimittalik, p. i6. De l'it := û de la Otpiianali; 
iniïridiorule, oa pourrait rap[)nxlKT le Briliii des insaiptions. lu. Uiûtlii. 
Suivant de PUnu {Crûmm. dtr Oikiuh-Umbtiith. DiattkU, 1. 1 )2 et n. 3) Vi 
de l'ombr. (rif (— 'frugf), lu. /i ii^a devait représenter soit un û, soit un 
Km intermédiaire entre il et î, D'après Ascoli.ccson &c conrondait avec celui 
de l'û lombard. 



4 £. l>HIUPON 

wallonne' et celle du haut et moyen Rhône, on reconiiaitra 
que \û thèsedc l'influence celtique manque de base. 

Je ne crois pas non plus qu'on puisse établir un rapport de 
cause à etTet enta* la tendance bien connue qu'avaient la plu- 
part des dialectes italiques, et notamment l'ombrien, à changer 
Vu en un a très fermé ' et la palatalisation de ii en roman. 
Ce phénomiïne italique et aussi celui du passage de il à n en 
albaïuts ', n'en sont pas moins intc'ressanls à signaler, parce 
qu'ils nous apportent de nouvelles preuves de la facilité avec 
laquelle Vii s amincit en ». Celte tendance naturelle du lanjjagc 
une fois constatée, rien ne nous empêche d'admettre un déve- 
loppement spontané de û en roman, et l'exemple du grec nous 
montre que ce développement a pu se produire d;iiis certains 
dialectes à l'exclusion des dialectes voisins : à l'att. Ky(Jj;«î, 
béot. Ey^Daptsç, répond très exactement le franc, mur^ 
vieux lyon. luonr. Ainsi que l'a établi M. Mcyer-Lûbke ♦, et 
comme d'ailleurs II fallait s'y attendre, l'amincissement de /i 
en li ne parait pas s'être produit partout à la même époque. 
Nous verrons qu'eu rhodanien ce phénomène, dont les pre- 
mières manifestations ne remontent pas au-deb du x\'i' ou du 
XVII' siècle, est encore pour ainsi dire en voie de formation, et 
que, dans les parlersoù il a déjà exercé son action, il atTccte aussi 
bien IVu sorti dciiqueTw venu de ". Comment pourrait-on 
concilier ce développement successif et régional de ou en m 
avec la thèse de l'influence celtique? Au demeurant, la doctrine 
du développenK-nt spontanù de li en roman est aujourd'hui 
à peu près universellement admise ^ Je me garderai donc de 

I. Vov. W'ilnioitc, iiludei lit diuUiUAKgu uMlhiint, djns ftwwiiia. XVIJ, 
s6o vt Li II. 1 Je Li p. >(&. 

3. Brugmann, Grundrus, I', ii) et De l'Ianu, Uk. cit., J, t29cisuîv. 
)■ Urugnunn, Gruiidrist, l; ni. 

4. McytiT-Lùbitc, Gramimiirt Jet LiNguei renMnn, U 1.^48. 49- 

1. Voj". dauï ce wns Lùckiiig, Di'f xlUiUu frjHiasiKhf» MuuJarltH, d'j- 
prtslc compte rtododcG. ParU, /tiwwo/a. VU. i jy- 1 îo ; Bwhincr. ^^^m»• 
niubttt SIttJîfi. ]ll, J71; tr. Mohl, tntioJwlion i la ehrùnolo-^it au latin (■«/- 
gairr, p. 8j. n. 1. et ai J, u. 1 ; Meyei-Ubtc, Crammaût, 1, 5 47.56, 646 ; 
Kr. Nvrop, Grammairt hittcrt^ue à» U tangw fiMUiist, h, 19S ; Bonnard et 
SainjoJi. Grammaire ivmmam de randtn fratifau, p. » et 67 ; F. Brunot, Ww- 
toirtdfUi liin^uf fiiinfJtu. I, >4 ; P. yUniiOt, PrliU J>liçn^li^t du latin ^r^lit- 
térairt (cf. Romania, \X\, 62&). 



« 




LM LONG LATIN DANS LE DOMAINE BHODANIEV 



5 



rouvrir un débat qui semble épuisé. Mon but est beaucoup 
plus moJeste. Je me propose slniplcniciii de montrer que le 
domaine del'/i (on), dans l'ancienne Gaule, est notablement plus 
étendu qu'on ne le croît communément. Jusqu'à ce jour on n'a 
cité, A ma connaïsMnce, comme s'ctant soustraits  ta palatali- 
sation, que le wallon, quelques parlers lorrains et les patois de 
deux petites vallées du haut Rhône. Nous allons voir que Vu 
a conservé sa sonorité originaire dans les pnriers que M. Ascoli 
appelait franco-provençaux et que je désijjnerai sous le nom de 
rhodaniens. C'est même l.i un des nombreux traits linguistiques, 
éirangera à la fois au fnini^ais et au provençal» qui caractérisent 
ce groupe de parlers et qui permettent de lui assigner une 
place distincte d;ms la famille des langues romanes. 

On trouvera en note l'indication des sources anciennes aux- 
quelles j'ai puisé. Rn ce qui concerne les patois, je me suis servi, 
pour ceux du Lyonnais 'jde la Bresse, du Bugey ' et du pays de 
Gex, des observations que j'ai recueillies à diverses époques et 
indépendamment de toute préoccupation relative au sort de 
l'/i latin dans les dialectes rhodaniens. \.e Dkiumtmire savoyard 
de MM. Gïnstaniin et Désormaux et VHssaisur la langui vul- 
gaire du Dauphin/ septeJiirional, de Mgr Devaux, m'ont fourni 
sur l'étut actuel des patois savovardsou dauphinois des informa- 
tions aussi sûres que nombreuses. Pour les patois de la Suisse 
romande, j'ai mis à profit les travaux de MM. Cornu, Gilliéron, 
Odin et Alge, le Glossaire du doyen Bridcl et diverses publica- 
tions patoiscs. Enfin, j'ai consulté par/c in ifua le bel Atlas 
Ungitiitîquf de la Frattce de MM. Gilliéron et Edmont. 

J'étudierai, en premier lieu, la combinaison n -j- « qui, tout 
comme la combinaison i' -f" "> * donné naissance à ta nasale li 
que les textes des xiu' et xiV siècles représentent indirtérem- 
menc par on ou par un : chacott et chtiain^ alron et alam, comon 
et cumun, nion et niuii, Balaon et Balaun <C B.ilodùnum, en 
regard de rejn^ott et rey:^itn, maison et maisun, leon et lenn, segont 
et segunl < secundum; 



1. Voy. mon étuJc sut le Pi^loit Je Saint-Gmii-ln-OUUm, BIkSiic (Rtxitf 
Jet patoii.U, 44. 48)« Niiicrdu Puîispclu, Dictûm. l'tyMOl.ilii peJoii twn- 
mtii, p. XLin. 

3. Vny, mon itudc «ir le Paloîs de Jujiinnix, Ain, p. II. 



E. PIIIUPON 



C'est X cette catégorie de formes qn'appanienneni les noms 
de villci composés avec, comme second élcmcnt, le gaulois 
dûnott laiinist- en dimum. tels que Lugudnnum, gr. Asyfsi- 
33ïv;v '. Tandis que dans les régions où h est devenu ii, on a 
des finales en iitt (<f) : Aitltin, Embrun, dans le domaine rhoda- 
nien nous ne trouvons que des finales en on : Lyon, Tourveoft 
<Tolvodonum, au département du Rhône, w/rrfiiw < Arc- 
dùnum, Balaon pour un plus anden Bahon <. Balodunum, 
Exottdon auj. Soudan < Exoldunum(cf. IssMidun, Indre), rer- 
rf(ffl<Virodunum, au département de iWm, Yverdan < Ebu- 
rodunura, Nyoti < Koviodunum, Motidon <"Mullodu- 
num, au canton de Vaud. On peut rapprocher de ces formes 
ononiasiiqtiR. ^/t;» < Sedùnis, la capitale religieuse du Valais, 
que Frcdégaire nomme Sidtmis. 

Je vais donner maintenant, en les classant par région, des 
exemples de la nasalisation de ft en ô, soit â la finale en roman, 
soit  la pénultième, en observant qu'en cène dernière 
situation la dénasalisation s'est produite dans quelques patois. 

Forez ciS-LiotRiEN'. Je noie dans ie censier de Clwzclles- 
sur-Lyon qui est daté de 1290, Tadj. laontysa qui postule 



I. Lyon, ancicnnL-nK'ni Lion, que les Lyonnaiii pronontcni en deux syl* 
Ubn, remonte 'a U forme plvînc /.ui;niiuMum qui, qitoi qu'en d'iK Dion, ^uit 
restûe dam l'usage tuurant, ain^ ({u'cn tcntiHgncnt de nombreuses inscriptions 
rakïi-iiiblécs par Moltlcr djns son All-celliictti Spiadachat^ a nounv 
luenl l'inscriptiou 'iv Trion qui nous » iom&vi U forme ac<:cotuée Lugvtlûti, 
01 l'inscription bilingue Ac (îen.iy où on lit au g^uiiif Lugtuiuui : \^i»-^t- 
Tivjvnw. Au surplus, il cm cljir que Lug-itinum aurait Jonné Lornhn. Voici 
d'.iprË^ }es inscripiions, les pmcts-verhuux des conciles, les monnaies et les 
cluncs, quelle a tli \a MÏric Jcs Iransfornuilous subies par Li^nJuniim avant 
d'aboutir à Lion : 'Lutulumn» ci par ilissitiiilaiion LniJùnum qui se lit sur des 
monnaies mérovingiennes et au tesumcoi du patriee Abbon (an 714), Lttdtt' 
tinm très frvqixiil dans I« tlurics de Clunv au \< siècle, Ledunum, ' Ltotit ' 
Lit}ti. A Peurs, l'ancienne capitule des Si3gusiavcs. les choses se sont passées 
ditféicrameni, Lmtduatim s*esi dissimil*^ en Ijitfiunum, d'où * Loen qui s'est 
dtssimilé ii son tour en iWu; cf. le V. forez, rtout \iom * ncnl < rotun* 
d u m en regard du v. lyon. rioné. 

I. K. Philipon, UiparlertiUi Fsvt^ (û-lifériat (^Komania. XXII, iij. Pwir 
le moyen foré/icti, |e me suis servi du Bati^l en iMtgiige Jcrè^itn, attribué 1 
Marcellin Allard ei paru vers \(^%. 



>AKS t.e DOMAINE RtinOANIKK 7 

Lcoti pow mi plus .incicn 'looff < Lugudunum, et. rfl«;/ 
<roiùndum pour looiit dans le censicr de Rochefort, et 
f, le Lugdono Glavatn du concile de Paris de 614. 

Lyossais ' : on, negon à côté de tw^un, tiigoti, mon, chiscon, 
alcai, iûtnmon, ahn < alomcn; oiia, iii^ona, en v. lyon. ; 
éiJon; iticlioiio « encltiiiie *>, plotiui, portia <C prûna, dnns les 
patois. L'anidc indéf. in, m:, qui n'apparaît d'ailleurs que dans 
les patois, peut être rapproché du wallon ine < un a, A moins 
qu'il ne faille y voir l'adaptation du Iranç. un, ntu. 

Brëssk ' : on, nigoii, aco/t, comon, Lmi en vieux-bressan; on, 
yon, nion, tomîi, dans le^ patois. 

Daijphiné septestrioxal» : cimscon en vieux dauphînoU; cw, 
yon, nyon, cbiicon, httiion, dans les patois ♦. 



I. £. lliilipOD, Pfjvnéti^ae tyimrhvst on XIV' sîklt (Romumi, Xllf, $47) ; 
A. Zacher. HfitrUi^e \tiHi f.wner DiiUkl, p. 88. Voici l'<>nuniùr.itîon des 
textes en vieux lyunnais mis ^ profil : Ui^tn^s pimin ru [nvir lyomiaitf 
fBibrioch. Nat. Fr. 61S); cf. la «vanie notice consacra A ce ms. par 
M. P-Mcv-er; — Œiwia dt Margiietitr J'(Mn\<l, Lvon, 1S77; — Doramenls 
CM JhUtU iyonmis Jt-i Xfih rt .V7/"« ùicUi conservés aux iin:)ii\xs du Rhdne 
1 celles de \x \-iIIe de Lyon, et dotil on trouver.) réiiuiiiérjiioii dans U 
iwKi, XXX, 2:î-iiK. Tour \k moyen lyonnais, j'ai consulté la Set' 
mtrJa BHvamUri, U-4gi-coniiidie, parue en l6j8 et rjjditfe par nioî eo l8tls, 
ainsi que lei .\VN ^t Chanf/tm en dialecti: lyonnais que j'ai puHiés dans 
/.yon-^R'u^ (iK84-iS86> CI dans b Ittr-ue àes Aidn't. l'our le lyonnais actud, 
je me suis sers'i de mon v'tudc sur (c patois de Siiint-Genii-les-Oîlî^s 
(Revuf JfS piiloii, 1889-1890). du JJisiitmnairf dit putois tywimth de Ntïîer 
du l'uii&pelu. des Œuvres dt Ro^ulllf, poète patois de Rîvc-dc-Gicr, édi- 
tion de |}<8;, el de mes observations pcrsonticlli.-s tur k'^ patois du canton 
de Vaugaciay. 

2. K. Philipon, IXYurrnifs linguistiqnes i!t CAùi, dnns les ttocumenh lin- 
^Hiaùfius du tnidi tle lu Fiante, recueillis « publiés par t'aul Meyer, 1. 1, 
p. ri } et suiv. pour le moyen bressan, je me suis ser\-t des ceuvrcs de Bcr- 
ttardin Uchard de l'ont-de-Veyle : i» CittmtH li'on powv hhorv tit Bifitsy, 
paru en K^ij ; /-i PUdnirnUy^a m .ttrt hftu.in. Dijon, 1619. J'ai ré^it^ le 
GiUHitn ta 1891 et U PUdmûnlryxa KU 1911. 

j. A. Dcvaux, F.Hiii sur lii hm^if vulgaire du DauphitU tfpttnlriotui\ au 
maytn dgt, p. Î04 et suiv. 

4. Les formes dauphinoises (nt/o, « lune •. J^elymi « lundi » s'expliquent 
par la mouillure de 17 qu'on constate, îndcpcndamnienE liv loittc influence 
palatale, dam plusieurs patois rliud;)»iens ci notamment en lavoyard : iUtse 



8 



E. PHILIPON 



Savoie '. Je relève dans des pièces de la fin du xvi' siècle ou 
des premières années du siècle suivant : on, ona, mna en regard 
de oîma qui est constant dans la Joyousa Farsa de Toannoti 
don Tra' (1594) ainsi que dans la Joyeuse Farce d'un curia 
(^595). S^°^> chômait, chacona, ploma, plomma et lontia. Le 
Dictionnaire savoyard et le Dictionnaire du patois d'Albertville ' 
enregistrent les formes on, onna, nion, lion < legûmen; 
lona ■< lûna, plionma et plonma, pronnta, ronma pour un 
plus ancien *reonma, v. fr. reiime. A Albertville : encliena 
pour un plus ancien *encliona; c'est là une forme récente 
car elle implique une dé nasalisation préalable. A la protonique 
je relèverai pliom « plumet » à côté de plionjnà où la nasalisa- 



pour un plus ancien /riic < llsca, prov. lesca, et dans le patois de Jujurieux 
lyeii « leur », grfîyô u grelot ». Quant à la forme von à côtO de 011, elle me 
parait être sortie de />' ou « l'un » sous Tintluencc analogique de nyoti. En 
tout cas, il est évident qu'on ne saurait y voir un développement de l'i . 

1 . Voici l'énumération des principales pièces savoyardes que j'ai consul- 
tées : .Vor/^ et Chiitisoiis tant m viil^^aire fraufoys que savoysien . . . par Nico- 
las Mm tin, musicien en lii cilr lie Suint Jean de Mmirienne, Lvon iSS^"; — 
ht jowiisa fana de To,innon doit Trev,s. 1. 1594 (Bibl. nat., Y 619), 1 17^4); 
— Joyeuse farce à trois persotinases d'un curia qui trompa par finesse la femme 
ifnn laboureur, Lyon, 159; (Bibl. nat., Y SS49 + A, pièce 3); — Prologue 
faict par un messager savoyard, s. 1, 1 596 (^ibidem), rééd. par A. Constan- 
tin, Annecy, 1889 ; — Le plaisant discours d'un médecin savoyard, Lyon, 
1600, réimpr. pour le libraire Julien, à Genève; — La plaisante pronosltca- 
lioti faite par un astrologue de Clmmhéry, avec la Moquerie saivyarde, Cham- 
béry, 1603, rééd. par A, Constantin, Annecy, 1884; — Discours sur l'en- 
Irepriuse de Genève, Chambéry, i6oj, réimpr. pour le libraire Julien, Genève, 
1879; — Les fanfares et coiinres ahhadesques des Roule-Bontemps de la Haute 
et Basse Coquaigne, Chambéry, 161} (Bibl. nat., Y 617} -\- A). Voyez 
aussi la savante étude de M. E. Picot sur le Monologue dramatique (Rotnania, 
XVII, 234 et suiv.). Je ne garantirais pas, toutefois, l'origine savoyarde des 
pièces parues A Lyon. On sait que, naguère encore, les Savoyards affluaient 
dans cette ville, où ils jouaient à peu près le rôle des Auvergnats à Paris. Il 
se pourrait donc qu'on ait affaire à des pastiches savoyards écrits par des 
Lyonnais. C'est cenainemeni le cas pour le Discours de. deu\ Saivynrds..- 
lesquels changèrent de femme l'un l'autre, [à la Guillotière]... Lyon, 1604. 

3. A. Constantin et J. Désormaux, Dicl. savoyard, Paris et Annecy, 1902 ; 
F. Brachet, Dict. du patois savoyard tel qu'il est parle dans l'arr. d'Abbeville. 
On fKJurra consulter aussi, mais avec réserve, Origines du patois de la 
Tarentaise, par l'abbé G. Pont. 



LIT IXIXG LATIN DANS LE TXIMAINR RHODANIE& 

tîon a persisté. C'est ici qu'il f;iui izlawwr nmmâ •• ruminer » 
qui s'e}(plii)ue non pas par le diss. rumiiiare, lequel aurait 
donné rottd (cf. fena, lemf), mais par le v. lat. rutnare attesta 
par Festus et resté, paraît-il, dans le latin populaire. 

BuGEY. J'ai noté les formes qui suivent dans les patois des 
arrondissements de Belley et de Nantiia, et notamment dans 
ceux du cinion de Poncîn : (>m, w«, mon, (Ofou, àelim, keiiton, 
hroti n brun »; plymtmajtma à Chàtillon deMichaiUc, huiia au 
Sault-Brcnaz. Dans quelques pntois tm s'est développé en m 
ouvert : lyeuua, plettitm ; — feutmre « fumée », pUutttd « éplu- 
cher ». 

Pav.s de Gkx '. Dans le Cruel assiégenicnl Je la ville tic Gex 
(1594), on reticontre les \oTmt::> oti, imna,fhaimi,f;tm>ii,proma, 
qui se pronon<;ait certainemeul prôma et plonma. J'ai noté dans 
le patois de Collonges : ojj, nyoïi, piotima. 

Gene\o!s • : on, ouna, sacon, prûinma, dans des pièces du xvii* 
siècle. 

Canton vf. Vaud ', canton- de FBinorHr. ' et Jt:RA Bernois » : 
on,onna, yon, nyon, deioH,pro»ma et on», oitua dans les patois du 
canton de Fribourg. 

\'Ai_Ars^ : On,tklon, kfnion, rfimïon <rcmolûmen, calim 
< coagulOmcii, ww, /'i/i'^m. Dans des notes prises au Bouve- 
ret, en 1884, je relève : 0, ma^piôma. La forme lina du patois de 
Vionnaz qui tient ceitainement li;;u d'un plus ancien Vemia, 
est sortie de 'iouiia, comme L-uva de *hin'a et à^oyeitm de 
*d^osotisa ; cf. le m$c. d:;pyd pour un plus ancien dn^pyoti. 



1. fu C' uel auii^nnent de la villt de Cuti.., par un eilùytK de la dicte 
t^/l» rf* GdiV. . . Lyon, I ;94. 

2. Chaulons df ï'Eualade, Genivc, i&4î ; — la QmspifatiôH de Compt- 
siirii (169s), Geiiive, 1H70; — Li Oxwion de Rmad niiK^nèt par J'Uh Mus- 
Mrrffxvii" ou x\nir siècle). Genéw. 19OÎ; — J. Humbcrt, Nmawu ght' 
Mire geiifvois, Genève, iHyi. 

j. [Corbai:]. RrauH de morceaux ctmtit en vtn et en prose, Lausanne, 
1843 ; — Biidel et Favrat, Glosiairt du jnloii dr la Sttine ro'imndf, Lauunnc, 
1866 ; — A. Oiîitx, PboncîûgU des patois d» «mten d^ i',tad, II jIU-, iRRti. 

4. A. Alge, Die LauttrrhdlUu'iie einet Paloh gruffe dei Berittr Jura, 1904. 

5. Bridel « Fa\T3t, ioc. cit., p. 445-440. 

6. Bridel et Favrat, Uk. cit., p. 411-438; — J. Gillîiion, P*loii de h 
t^mmiine de Vionua^ et Petit atias phon^tiqot du yahm lomaa, p, }8| ei 
pbnche» t6, 17 1 — J. Cornu, Plvnoh^^ie du Hagnard {Rmuanh, VI. îSj). 




lO 



p.. niii.iPOH 



Apr^ Avoir montré que dans les parlcrs rhodnniens, li suivi 
d'une nasale itaii traité exactement Je même que ç + n, il me 
reste à établir qu'en touce autre situation pltoiiiquc, t'ii d'ori- 
gine latine a conscr\'£ sa sunoriié originaire. Pour le vieux et 
le moyen rhodanien, les textes iioas fournissent des témoins 
aussi sûrs que nombreux de la persistance du son vélaire. V.a 
ce qui concerne 1 "époque actuelle^ il y a des distinctions à faire : 
l'ancienne prononciation s'est n^ainteimc dans k- plus ^r.uid 
nombre des patois ; les autres se divisent en deux classes : ceux 
dans lesquels l'iw primitif s'est aminci en ù et ceux où cet ou 
s'est ouvert en <«(û'). Maïs dans les uns comme dans les autres, 
le traitement de tvi venu de m est identiquement semblable à 
celui de ou venu dû f. 

Lyonnais. Les exemples abondent soit à la tonique^ soii i la 
proiontque, dans les textes des \\n' et xiv" siècles. Kn voici un 
certain nombre : mours <,muros,fifrourafmiaillcera, « sculp- 
ture », bochi < bûsca « bûche », aloido <C ex-lûciium 
« éclair», et son dérivé, l'impersonuel eshitiar ' . mol^ < mùlus 
à côté de mtda qui se prononçait certaincnient MHWf/ii; cf. les gra- 
phies /iir, /or, /(»«r. De même bore pour tero <btttyrum, dans 
un texte lyonnais francisé du xv siiiclc. Un noC'l du xvj'^ siècle 
nous a conservé la forme phti < plus. A la protonique, je 
relève dans les Ijgttuies ni prose lyonnaise : courar, corar, curar 
< cArarc « panser », mouar et muar < mutare « dépl.iccr », 
cràel^ croiflla, escoyrhu^ < scurioios. Dans les patois, il me 
suffira deciier : i-^ihu, vendotta, pm^eoti pntott, noua « nuque », 
cirarona, varroiia, siinsoua, aoua < crûda, sarnioiiérî « sau- 
mure », lartnotiési < lacrlmûsia « lézard gris » ; — lotto 
« éteindre ", souà, iàtiouô v. fr. esmutr, gronâ « grucr «, 
acotùrit « écureuil », jotiin <.* juin ». 

L'tMi soni de û s'est aminci en ii dans les parlers qui ont fait 
subir le même sort à Vou sorti de o : ^''> "û, àrû, à côté de îû 



1. Ex-lùctium 1 ét£ tiré de lûceo, sur l'aiulogie de monliam ; 
quant Afi/aj(/>ir, il a ét£ fomic sur ftVMi^; un Ut. vulg. cxluciiarc aurait 
donoé ahidifr. C'est protubivmvnt dusal du subu. tiîuth qu'est sorti le 
prov. ettiu-har ; cf. Ic dijlct:ul tuugijr, J^tstug. A l'appui de l'éiymologie que 
je propose, je rappellerai que k / «ppoyiï en roman Jevieni d en lycmaus : 
undd < santtaie. 



I.U LONG LATIN DAKS LE OOMAIKE RHODANIEN 



II 



« leur », Nù < nodum, ûra <; hora , nuis iiotia,twfia,droua. 
A ce propos, il importe de signaler rfl]tern;incc : rofw, riie « rui;, 
ruesn et toma, rue «roue, roues » ', qui iitontre clairement que 
dans croiM nous n'avoiis pas affaire à un développement de 
K + a en oita. Par contre, c: ceci est très digne d'aitemion, la 
réduction à li de ou venu de iJ ne s'est pas produite dans les 
patois qui conservent encore ou sorti de j' : opardoiif recimy 
fognussou, vhutii rcj^.ird lic lion, « leur ». joyoti, hc'tou, dans le 
patois de Rive-Je-Gier. 

Forez cis-licérien : qiiio culuni, awryo en moyen for^- 
zien. Il n'est guère possible de savoir si le forez, troeytt et le v. 
lyon. Iroyli remontenî â trflcta {d. csp. irtuim, ptg. triita, 
n. gr. TpoîTi) plutôt qu'à irûcta (cf. it. irota, napol. irotia, 
prov. tTOcha). Le v. forez, poys, comme le lyon. pouês, s'ex- 
pliquent probablement pnr pi'iieu m (Mw/wm'tf, III, 332,XV11I, 
S'19>S5l); cf.cependant Tiialien dialectal pti5s k ^ozzoa^Arcb. 
gloUolog., XV, 120). 

Dal'phinè. Gjmme exemples anciens, je ne puis citer que 
CtorwV <^ Car û si us, auj.lcCliéruis'.et vettà\Ki<, vendu tas, 
mais les exemples abondent dans les patois : moula <mûla au 
Poni-de-Beauvoisin, ivndoua, mtdoua, feudomt, i Miribel, sarotii 
<; carrûca, mon <. matûruni, yon <. habûtum, vyou 
< vidutum, by<Mt<. bibutum. loti <tû,daas la région com- 
prise entre Bourgoin et le Pont-dc-Beauvoisin'. 

Bhkssi:. La forme irnvrr/<;briigaria sclitdans un texte de 
1272. Dans la Piednmuey^a en itn bressan, poème patois du 
commencement du wii' siècle, on rencontre, à cûté de formes 
francisées en -«, les formes di.Tleciitlcs en -nu '.criait <credû- 
iMm, conmatt,reciatt, vian^ en regard de gUau, a leur iteiseigrutn 
« seigneur ». où nu représente ç. L'iiurâli-mmtde Tivari, comé- 
die en dialecte bressan de la iin du xvii* siècle, nous a con- 
serve la forme recrmi t recrû ". Les Noê(s bressans des -wu" et 
wni*^ siècles écrivent inon ■<vîd utum, fcjHm» « beurre », so 



I. L'expliuiiioo de rouo par rAla ne fait pas diffîcuhf en Ivonnaïs, en 
priscncc de fvti < bove, ouvra, rousa, etc. 

I. Sur la quamitc dt- ri» du siiflisc composd ■ûs-io-, vo)-. Fr. -SioJi:, 
Hishfr, Critmm. Jtr taitimsfixn Spracht, p. 28<i. 

j. A. 13ci-airt. hv.al.. p. l8î. 30ï-2*»7. 



13 



E. PHIUPON 



«Csûsum « sus n; -— atouixi « abuser ». Le passage à m qui 
poccule nécessairement l'étape ixr a déjà commencé : conmeu 

• CODQU », tWM • VU o, filai « plus » ; — fatmirt ■ fumée ■, 
pemfoltr, ■ pucellc », i côic de -eneu, sej^trem pour des primitifs 
^/RMi, stgnour. 

Dins le parois acnicl des enWrons de Bour^, w e^t représenté 
par an ai ouvert : rer'ttn o revu », bcurou - beurre ■ ; — fmmâ 
m foroer », kmrÔ a curé », kmrifu » curieux », ktnletta 
« calotte », mfttrnilk •< muraille », meuseta b muvrite o, se 
dapaaâ " se disputer ■■, ihini « durer ». reteuiâ « reculer », 
en regard de lett •< loup », poireMi o peureux » ; brfuiJ « brou- 
ter ». Je noterai touttrfois la persistance de l'on primitif dans 
hottyére ; cf. le v. brcis. broyeri, 

Savoib. Les textes du xvi' si^lc et du commencement du 
ûécle suivant nous préscnteni un grjnd nombre d'exemples de 
la prononciaiion vélaire,et cette prononciaiion était si bien assu- 
rée qu'on la retrouve dans les mots de formation savamc : don 
<;'dùcem,/ow < ru, st«» < siisum.viow et tw « vu a^dair, 
doura < dùrum, -a, mesoura « mesure 9,fouran « furent », 
grouma à câté de gntma, d'un lat. tacrûma, gr. Six.,:-j>i.i ', 
jesou\ — recoulà « reculer n,iUytu{i o durer», rniiiwm n endurer», 
oscottrta « obscurité q, jogntun, et les mots savants tels que 
doucaiçH % Joupittr, Linuifer, jousticc ; Job César, Satoma, 

Dans les patois, on peut citer bouro « beu rre », bouta et hwa 

• lessive » et le dérivé hianàire, bouts « buis n, çhaioai « char- 
rue », vàrotd « vcmjc », lamiotiisf « lézard gris », siutsoui 
K sangsue», elhtuio, <UfndOy « éclair », roa « rue », gntva 
« gnie *>. Bonrta, borta tiennent lieu d'un primitif ' brûuta 
<;brûta. Li forme mwjïVif «saumure» remonte probablement 
à un latin populaire mûria attesté par le français dialectal 
mmrc. A la protonique, le DùlUmnairr sai\fyard de MM. Cons- 
tantin et Dcsormaux nous fournit un grand nombre d'exemples : 



1. Crcuimi est probablcmiMit pour ta^rcunui ; la prcmicrc syllabe aura Sté 
prite pour rartîcle; c'est le coniraire Je ce qui s'est pawi pour le franc. 
lifrrf. Voy. ccpt;nd.int une autre cxplicalîo» «liins 1« Dtitionntiirt tavoyard, 
t. V. larma. 

2. Die)!. Htymeiogiichei IVàritrhmh, p. IJ4. s. v. Jirra, cl G. Kôning, 
Ijttrintifh-Romaaisihes H'ôrUrbtuh, s. v. dUx. 



l'« long latin dans le domaine rhodanien t) 

moult ti mulet », mouralie k muraille i>, couraithn h paiiie des 
fruits ou des légumes que l'on enlève, couUron " culotte, p.ia- 
ulon ",vf. le bugeysien ktithnm n langv ■), écouila <. *scîi te lU 
« Quelle M, icoiUri » écurie », Ivuriie <■ baratte ", nwuâ « se 
dépl-tccr. muer »,ariwu4 « rcmuct* » ,roii(f « ruer » , souii « suer * et 
df souo « jcsuc », touâ « tuer o et ^ h»w' « il tue h, imui, mourta 
« muct,muette»,jfi/t>ffrf'<sn,Iu tare, *acottlâ « éculcr>i,<iww!(/(i 
•< amuser », hronîà var. AmWiï « brûler v,oloumti sous l'influence 
du franv- allumer, pour un savoyard *fl/y««i;cf. Jrtid, hhw^j^ 
« museau ». .Ww;^" musaraigne », v. franc, muset, s'exp]ic{ue 
parunlai. popul. niùs-itni-m , du radical nuis- . La réduc- 
tion de iw à 1} n'est pas rare à la protunique : aicorà « curé », 
cùrà « nettoyer », coriwi curieux «.connihii, borire <^ baratte o, 
borlà " brûler », mole mulet «, raûlà, arcolô « reculer a, /mt/i^ 
a museau ". On a quelques exemples de l'affaiblissement en è ; 
friHOi; grâiti'â à côté Ac /auiiie, gtomê. Cet é est un ancien c« 
ouvert, comme on le voit par les formes accentuées picii et pfè 

< plilscn regard du val;usaii/»/('»,/>(-»/7v <piiliceni n puce ■>. 
Sous l'influence du friiiii,'als, ou s'est aminci en ù dans 

certains patois : hrtiiti à côté de hrotilà ; cf. ntnchf à côté de 
mouche <. miïsca. 

A la tinalc en roman, ou s'est palaialisé en fi, de même que 
cela lui est arrivé eu lyonnais : iifi, crû ■< cri'idu ni, Jrù, harbû, 
ghi U gruau », mais il se maintient encore au féminin : noua 
crotia, àrouay barbomi, nicloaha k mouture ". De l'alternance 
m : noua, W faut rapprocher l'alternance blù : bloua « hleu, 
bleue », du german. hlau. Que m» remonte bien à un primitif 
non, c'est ce dont on ne saurait douter en présence d'une |iart 
du fémin. noua et de l'autre de hà qui alterne avec bon ■< bove 
dans les patois. 

BictY. J'ai recueilli les formes qui suivent dans les patois 
du canton de Poncin, ci notamment dans ceux de Cerdon et de 
Jujurieux : sawm < sabucum, iit»» < sùsum, cou < cûlum, 
_ rcou <C sci'ituni, i(tffiVu< bùtyruni , /ii)«^e< pïiliceni, n'HiU 
pour *retvisa « ruse », waletrmi <■ malotru », oaii « il use », 
^mré l' il jure »,samouif « il s'amuse «, inmile « truite »,frûuitf 

< frûcta, kiimoitiic « petit lézard gris >», et les participes passés 
fbrtués à Taidc du sullixe -ûto- tels que poicu, ivloti, frerdon, 
tcrâou, konyou, morJou, vctulou, t'fnon, ttmit. De même à U 




C. PHIUPON- 



protonique twtrd « coré ", itamsd • accuser o,p,yttnt » punir», 
tyoMà et Ijuxî « îucr », /iwiré <;'fûgcrc «courir », graud 
" gmcr a, pMéfé «puiser». Je noterai dans le patois de 
Belle)- saii < silsum « sur », sannou/r^ m saumure v^sûtiâ 
< suer n, lùHà « tuer », in^urà « curé ». 

Dans certains patois et Jans ccnains cas seulement, m a £ait 
place à un nt ouvert qui à la proionique s'atténue en è, comme 
d'ailleurs ou venu de o : pieu « plus », varJettra, rachura, à 
côté de *oy<Uy leu « k-ur» ; /n»iii « fumer », ^èrd « jurer », 
trêià « brûler », en regard de uUnî « soutenir », ptôMmd 
« gouveruL-r ». 

A Cerdon, ou s'est palatalisê au féminin des p.^rticipes en 
-ûtum : moràou : mordûa, kûn\ou : konyiia. 

Pays de Cëx. Le Cnttl assiegement, édition de 1594, me 
fournit les formes qui suivent : Jt>r<<sùsum, /fraïud «excuse», 
itou sûr 9, Jesou, fou <i *fûit, je iiunisou « je songe », à 
c6té du franc, tauser, fivuet «Cfrûcium « latta^ie, fromage », 
et k-5 participes passés ctmm « couru •< saliou « sailli ». A la 
proioniqut; : u Iroufiî, v. prov. iin/ut. 

Gbhetois. Je relève dans les pièces en patois genevois les 
formes qui suivent : kmya « lessive 0, mottare « s.iumure », 
brçui, hroi « bruit », imlroi instructùm, hrohi «bruire », 
V. prov. hrugir, fcHta « fuite », dètroiré dislrugere, ^«ohw 
■ excuse ">, Jaou, postulé par jimtistou ; — refousd « refu- 
ser », kounî « écurer », recoulâ a reculer », tuoulâ * aculer ». 
pouni -^ punir «, /wur^i < pUrgare, v. franc. /►Mr^iVr, v. prov. 
ptirgar, enemird r curé », mouut « musaraigne », monlti, 
« mulet », rnouraiUt « muraille ». 

Devant une voyelle finale en ronun, i.>ij s'est palaialisé en il : 
t<Ui « tuer », rite « rues «; cL ci'ià « queue " pour un plus 
ancien ^oua < *côda. 

CwrtïN DE Vaud :fwuro « beurre », fkwta pûtid.i, cas obi. 
fioulan, rekoula subst. verb. n accident qui fait reculer &, 
ntotmire « saumure et son dériN-é mouairi • saler avec excès », 
iKnthifi « lessive ». Le pronom /«. lorsqu'il est accentué, est 
représente par (m, lo : vin-tou n viens-tu 0, crai-to « crois-tu ». 
A la protonique : tttmià, tmvd «> léHéchir », refousd « refuser », 
ramud " changer de place » et son dérivé mnouhiau déména- 
geur », roitâ a ruer », tond « tuer », var. tiouà, amnit corâ 



LU LOKG LATIN DANS LE DOMAINE KHODAMIEH 



'S 



« récurer » eîncotirâ « s'inquiéter », ànàonrà « endurer '►, 
fotnnd « fumer n,fuHr/iit houriâ < pcrustularc,Kiuw/*i, rekold 
« reculer », huratâ « battre le beurre », Hukourd « curé », ow- 
//li " culotte et son dérive euiamialUÎ « mettre une culotte à 
un i>ctit gardon ", rnoussi « se couclier » en parlant du soleil 
(cf. le V. fraii»;. miisser, muaer " cacher, sortir »), mOHJff v. fratiç. 
muul. Notons, en terminant, la forme ahutiâ qui représente 
très exactement le lat. adhïminarc; cf. soni de se mi- 
na rc« 

Dans les patois qui rendent aujourd'hui (i par eu, l'Ci es: éga- 
lement représenté p;ir fti pour un plus ancien ou : pHeu, plie 
« plus»,/w«/rt; tneusàt à cAté d'èi'wfu, /f«. relettr . Dansquelque& 
autres an s'est palatisè en fi, surtout à la tinale ou devant une 
voyelle : perJiJy liià. Dans ce dernier cas, I'm vclairc pousuivant 
son développement a parfois abouti ^i : tid à Montrcux, à 
Orbes et -x Fribourg, liô à Vallorbes. 

Val.\is : pknt plùs,»/t't(, tmitra pour de plus anciens 'mwHj 
•(Hrtîi<f(i< matiirum, -ur.i et les v.ir.wj.i, (H<îra, volouk « vou- 
lu ", p^douk (■ perdu », cogmuk ti connu ■a,veiwuk « venu » ; — 
tom 11 tuer >», sfmonsâ a songer », s'amomd. Nous retrouvons 
dans ccrt.iins pnricrs valaisans l'alternance -/ï. -outt : piirdil : 
pardtMut, ivm'i : tvnitna, crû : crona au Bouveret; /vri/fl : perdoùy 
maidfi \ mordoa, itii : noa à Vionnaz. Il suffit de rapprocher celte 
alternance -il : -omt de l'alternance bugeysienne mordou : mor- 
iSna pour se conv;iincre qu'ici pas plus qu'en [yonnais, on ne 
saurait songer -S expliquer -oita par le développement d'un 
hypothétique ~tUi ; cet lîa se serait développé en -id, comme le 
montre le vaudois /l'ii v tuer ». 

Tandis que dans certains paricrs rhodaniens oti venu de « 
s'amincis-sait en n : mi à côté de noua en lyonnais, mfl et mon 
en dauphinois, perdu et pcrdotik en valaisan, dans d'autres au 
contraire cet oh s'est brisé en i\nt devenu bientôt par dîssimila- 
lion flo» ' : w/»»H. * mœu, maou\ byoH, *hyam, b\aou\ konyott, 
'kmyvon, komuoii dans des parlers bugeysiens ou dauphinois; 
iw, *oou, avu <'habutum dans le parler de Bellcy,wwH dans 
certains parlers du Daiiphiné ec du canton de Fribourg. 



I. Cf. le rorécicn l-oùii pour Lmh < Lugudunum, 'mmI pour noHt 
{Kamauia, X\Il, l})ct le brcsMn Bahoti pour BaiooH. 



l6 E. PHILIPON 

Les choses ne s'en sont pas partout tenues là : dans un grand 
nombre de parlers ou poursuivant la série de ses transforma- 
tions a abouti ici à tnl ou mu, ailleurs à ail: I. ttiaô, konyao à côté 
de maeu, konyaeti dans les patois du canton de Poncin,/'/}'aô;nji, 
^rciiH/a dans quelques-uns des patois vaudois étudiés par M. Odin. 
IL maa, byaU, iaR dans des patois dauphinois. 

Dans certains patois bugcysiens et notamment dans celui de 
Jujurieux, ooti s'est dissimilé en oeu : *m(wu, uioen puis mai, 
* kotiyoou konyoeu puis kouyeu. . 

on venu de (> a suivi exactement la même marche que ou 
venu de û : hu < illorum *}oou, laou, laû; mvu < nôdum 
nyaou, nyail; d^oyou ^gaudïosum, di^oyaou, d:^oyaii et d:^oyaô, 
lou <C lupu, laou, lail en dauphinois ', keryaou pour un plus 
ancien keryoou <. curiôsum, //mu ■< flore, laou, laouva à 
côté de loou, loouvd à Oyonnax, laou < illorum à Belley, 
keryaousa et keryaà, laouva et laà à Boyeux-Saint-Jérôme et à 
Cerdon, nyaù < n od um, d:;oyaî> et nyail, d::^oyaU pour de plus 
anciens * nyaou, *d^oyaou dans le canton de Vaud. Le passage 
de aou à aeu, aè se constate dans le Bugey, à Groissiat : keryaeu 
et à Saint-Alban keryaë, mais au fémin . keryaeusa. En savoyard 
oou a abouti suivant tes lieux, tantôt â aou, ao tantôt à où : prou 
< prôd-, praou, praà; flou <. flôrem, flaou^ fiaô tX flou. 

ùi dissimilation de oou en oeu, oë se constate à Jujurieux : 
îotu, loeuva, et à Brègnes, ham. de Poncin : nyoë ■< nôdum, 
loc <C lu pu m. 

E. Philipon. 



I. A. Devaux, ISsiat sur la langue vulgaire du Dauphin/ s/pUitlrional, 
p, 198-200. Le regretté professeur voyait dans oh (= 0) la réduction de la 
diphtongue primitive oou ; pour expliquer les formes aou, au, il faut néces- 
saircmeat admettre le retour do cet ou à oou. Cette forme oou est d'ailleurs 
attestée dans certains patois, c'est ainsi qu'à Oyonnax la prononciation 
flotte entre ker\oou et kenaou. 



VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES 



VARIATIONS SUR LA DERNIÈRE STROPHE D'ALISCANS 

On 3 signalé ce fait curieux, que dans le roman en prose 
consacré à la geste de Guillaume d'Orange, le compilateur a 
cité, vers la fin de son œuvre, un fragment de 1 7 vers emprunté, 
avec quelques légères modifications, à la dernière laisse d'AIis- 
cans. M. Weïske, qui avait remarqué ce fragment ■ et l'avait 
copié dans le ms. Bibl. nat., franc. 796, l'a communiqué à 
M. Paul Lorenz, et ce dernier l'a publié dans la Z. J. rom. 
PiWi., XXXI (1907), p. 430. 

Une variante un peu plus courte (14 vers), mais plus pro- 
fondément remaniée, a été transcrite, à l'état isolé, sur le fol. 
203 r» du ms. Bibl. nat., franc. 2861. L'existence de cette 
variante pourrait d'autant plus facilement échapper aux 
recherches des spécialistes que rien ne la fait soupçonner dans 
la description de ce manuscrit que doniie le Catalogue des mss. 
français de la Bibliothèque nationale, et où l'article <f 8° » est 
ainsi rédigé : 

8° Pièces de vers conimcuçant par : 

Nul ne st doit esmer\-ciUcr 
et finissunc par : 

ExuQctum sedadhuc me Aiigliatota limet (1° 3o;). 

Nous avons là un bel exemple de ce qu'on appelle aujour- 
d'hui le « sabotage ». La poésie française dont le Catalogue 
donne le début forme une strophe de huit vers que voici : 



I. Die Quellen dis Prosaromuns von Guillaume ^Orange (Halle, 1898), 
p. 70. 

«MMM», }iXXX 2 



l8 A. THOM-VS 

Nul ■ oc Se Joit esmciTiïiliîcr 

Aujourduy de chose qu'on voye. 

S'oD voit toUîr, s'oa voii pillier. 
4 S'on \tHt le monde ' qui se desvoye. 

Ainsy fust n du temps de Troyc. 

Du temps IHvîd et Daniel. 

Car ou monde ', » Dieu me Joint jovc, 
8 Soubz le cîel n'a riens de nouvel. 

Cène strophe doit appartenir à quelque ballade à la mode au 
temps où a été écrit te ms. 2861, c'est-à-dire vers la fin du 
règne de Louis XI, Le ms. 9^7 de Tours, fol. 86 v", nous en a 
consen'é une autre transcription, signée d'un nom inconnu 
d'ailleurs : /. de Verlis^. 

A la suite, se trouve le fragment lïAUscaiis qui sera publié 
plus loin. Puis viennent trois vers latins, où le nom propre 
Thersiles est bizarrement défiguré : 

Malo pater dbi sil Thersites*. dummodotu sis 
Eacide similis Vulcanique arma capiscas (^li;), 
C^ani teThersiteî similem producat .\chilles". 

La fin de U page est occupée par un court extrait de saint 
Jean Chrysostome (7 lignes) débutant ainsi : « Dicit Johannes 
Crisostomus ad iUum (j/r) propositum : quid nocet et generacio 



1. Mi. Nuul, 

2. Corriger monde en mont. 

). Cdtiil. général i/cj Mss., lkp>irUme'tls, t. XXXVII, p. 6>8 (Comm. de 
M. Fmik- Picot). Voici le texte Je ce manuscrit, d'après la copie qu'a bien 
voulu en iaire pour moi mon confrère M. Collon, bibliothécaire de Tours : 

Nul ne ce (ïû) doibt esnierveiller 

Aujourduy de chouse qu'il voye. 

S'il voit piller, s'il voit flatcr. 

S'il voit le monde qui ce (sic) des\oye, 

Ain&sin feut il du temps de Troye, 

Du temps David et Daniel ; 

Pour quoy, si Dieu me doint joye. 

Au monde n'a rien de nouvel. 
4, Ms. cerfices. 
S- Ms. ccrficr. 

6. Ces vers sont de Juvènal, i'»/. viii, 369-271. Dans le second vers, 
iapisciis est pour capessas . 



VARIÉTÉS BIBLIOGRAPH1U.UES 



ï9 



vilis? " Au verso, sans titre, «t transcrite une épitaphe de 
Charlci Vil en vers latins, dont li; premier est : 

et le dernier, celui qui est cité par le Catalogue. Cette épitaphe 
a pour ;mteur Louis de Rochcchuuart, évoque Je Saintes (le 
nom est fourni par le in^. Bibl. nat., franc, 2^976); elle n i;té 
publiée, en 189^, sur mes indications, par M. C. Couderc dans 
le t. I, p. 22>, de 1.1 Revue de l'Oriftii latiu, h. la suite de sa 
notice bic-f^raphique sur ce personnage dont il a clé assez heu- 
reux pour retrouver et publier le journal de voyage ft Jérusalem 
en 1461. 

Dans le fragment détaché ^'AUscam que donne notre manu- 
scrit, il ne subsbte guère que quatre ou cinq vers du texte prî- 
mitif (vers i-.| et S-9), et le ton épique cl narratif fait rapide- 
ment place i un banal développement moral. Quelques indices 
montrent que c'est l'extrait qui figure dans le roinan en prose, 
et non la chanson de geste elle-même, qui a di'i servir de point 
de départ au remanieur. Mais il est inutile d'insister ici sur 
ces misères. Voici tout le texte» sans plus' ; 

Guillaume pleurt;; Ouibourstc i^onfonj : 
u Sire Guillaumi:. ne vous cimaye»: pas, 
H Car td est povrc qo'cncor enrichira 
I' Et id CSC riche qu'cncoT apovrira ; 
( « Toute^t niuablcct toiil »t; nmtra; 
V. Toui fui autrui a j autrui ïcta: 
■I Se run .liscmbk, J'.iuirc dc^pcndcr». 
« Tant que lî lioms l-u ceï[i| stedc vivra, 

>■ Manilcjigue soy ju pUi* bel *iu'il pourrj, 
10 " Cil il ne scci comtbicn) longue il 1c îvri ; 

u Donne pour Dieu, cirrieu n'cniporterj 

•I Synon bico fail : ctb le sauvira , 

uAfrÈs 1.1 mon nul rccouvricr \\\i : 

<• Qjii plu* lairrJ, tiinl y\o» i!ol?iil motirra, u 



I, Je dois ccp^ndaot rjppcler (et je m'en avise au dernier moment) i^u'une 
virialion sur le m^m« ihème a éli publiée, d'.iprès le lus. 249 de CIvmioiit- 
Fcrnind, par M. C. CouJerc Jjus le t. XV it6i^) du BuU. dtiûSoc. des auc. 
Ittta friiHy'., p. lOJ. Elle ne comporte que 9 vers (ci non 10, eommc il esr 
dit dans k Cat. Jts mil. J» bibl. puhi. . Ùrpatifiututs, X. XIV, p. V>.\). 



20 A. THOMAS 

n 

LE LIBER GALTERl DU TRÉSOR DES CHARTES 

Dans la savante introduaioa que M. H. -François Delaborde 
a placée en tête du tome V des Layettes du Trésor des Chartes, 
récemment paru', se trouve un curieux détail qui intéresse 
l'histoire littéraire et qui mérite d'être signalé ici. Le roi Phi- 
lippe-Auguste, ayant perdu une partie de ses archives au com- 
bat de Fréteval (1194), chargea un personnage de son entou- 
rage, Gautier le Chambellan, dit le Jeune, fils d'un autre Gau- 
tier, d'aviser aux moyens de réparer ce fâcheux accident. Un 
auteur à qui on doit un excellent mémoire sur le Trésor des 
Chartes, Dessales, affirme que le travail de reconstitution auquel 
dut se livrer le mandataire du roi de France fut consigné dans 
un registre spécial, aujourd'hui disparu, mais qui se trouvait 
encore au Trésor vers 1350 et y portait le nom même de 
Gautier. M. Delaborde a groupé les différentes mentions de ce 
registre dans trois anciens inventaires qui nous sont parvenus, 
et qui vont de 1350 environ à 1372-1374 : 

I. — Alius liber qui in secundo folio incipit sic : Hic tucipil Liber Galleri. 
Cogil tiif rimltum etc. 

II. — XXIII"*, coopertus tle corio rubeo, condam signaïus xxiii, est totus 
de amoribus et questionibus et decisionibus amorosis usque îii tiiieiii Ibi igitur 
etc., ubipluribus pulcliris et notabilibus racionibus suadet atque probat non 
esse vacandum amori mulieruin nisi conjugatarum etc. 

III. — Tricesiiuus quinius est Liber Galteri de amoribus et reuiediîs versus 
finem». 

M. Delaborde a bien vu que Dessales s'était abusé en prenant 
ce Liber Galteri pour le travail de reconstitution qu'a dû faire 
Gautier le Chambellan. Mais il a été mal inspiré, à son tour, 
en proposant d'identifier ce Liber Galteri avec un ouvrage 
« dont un exemplaire se trouvait ainsi mentionné dans un cata- 
logue de la bibliothèque de Saint-Amand datant du xii' siècle ' 



i. Ministère de Vlnstr. publique et des Beaux- Arts. Arctiives uatioiialts. 
Inventaires et documents publias par la Direction des Archives. Layettes du Tré- 
sor Ji-s Okirtes, tome cinquihiii . Paris, PIon-Nourril, 1909. 

2. Op. cit., p. VII. 



VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES 

Bfniardi tractatttti df âiligendoDtfi, cum traetatu wagistri Guattrri 
àf coiijugio (Lco[H)ld Delislc, Lf Cnbiml des Mamacrits, 11, 
p. 4S8, n" 3 lo) ». En réalitC-, le Librr GatUtt est identique au 
irniié cék-bre d'André le Cliapelain que M. Trojcl a publit- en 
1892 sous ce litre : AndTeae Capeliam régis Frmwrum, De 
Aiitorc lihri trts'. Ce traité, qui commence effeciivcnunt par 
!cs mots Cifgil me miihum, est dédit- à un certain Gautier, ami 
de i'auleur, qui a été souvent pris pour l'auteur lui-même'. 

Cette rectification faite, la critique se trouve en présence delà 
question de savoir qui était ce Gautier à qui le chapelain André 
a dédié son livre Dt Amore. M. Trojel a renoncé avec raison â 
l'hypothèse qu'il avait d'abord émise sur l'ideniiié de ce per- 
sonnage avec un membre de b célèbre fannILe de Chàtillun 
Gamber (et non Gautier) [\[; mais il n'a pas cherché dans une 
autre direction. Il faut avouer que la présence d'un exemplaire 
du livre d'André dans le Trésor des Chartes n'est pas un argu- 
ment bien fort en faveur d'une autre hypothèse, celle qui verrait 
dans ce mystérieux ami de l'auteur Gautier le Chambellan lui- 
même, car cette présence peut avoir quelque cause fortuite. Et 
cependant, â défaut de mieux, l'hypothèse peut èire proposée, 
d'autant plus qu'il y a une parfaite convenance chronologique 
si Ton accepte les raisons qu'a fait valoir M. Pio Kajna pour 
fîxeri 1196 environ la date de la rédaction du DeAmoreK 



III 



LE N' 10 DES MANUSCRITS FR.^NÇ.MS 
DE FRANCESCO GONZAGA 

Ce manuscrit est ainsi décrit dans le précieux inventaire de 
1407 que M. Braghirolll a publié ce que MM. Gaston Paris et 
Paul Meyer ont commenté et annote dans le tome IX de la 
Roinattio, p. 506 : v libhk arhorum et FKUcruuM. Iiicipit : Dex 

icbepar sa granl pousance. Et finit : iies deit^ e dou visage. Conti- 

'net can. 85. » 



1. Cf. lUvianta, XXII, 174. 

2. Voir sur ce point l'édition Tmict. p. vi. 
j. Cf. Rflinaiiia. XIX. ^îj. 



A. TIKIMAS 

Les aniiot:iteurs ont propose diihiurivcment dldcntîfier ce 
manuscrii avec celui qui porte le n" lo dans le supplément du 
fonds fraiii,-ai.', de la Bibliothèque de Saint-Marc i Venise (Go//. 
.'ipp. X). L'ii-uvre conienuc dans ce manuscrit, qui n'a pas de 
titre, est qualiliée dans l'cxplicit : Avicnma m roumaiitis. C'est , 
l'opuscule médical d'AlJebrandiii de Sienne communément 
désigné sous le nom de Rc^ime du corpi. mais auquel, à définit 
de titre propre, celui de Uher arborum tl fructuum peut être assez 
iustemcnt atiribué par un inventaire. En fait, le GatL App. X 
commence ex abrupto, sans proloyuc, par ces mots : \D\ifXt]M 
par sa grant poîssaticf, et il finit, abstraction faite de l'explicit, 
par ceux-ci ; tlis iitui:^ dou visege. Mais le chiffre des feuillets fait 
difficulté, puisque le GalL App. X a 92 ' feiiillets, et non 8 > 
comme en .iccusc l'inventaire. L'identification projwsée n'est 
pas soutenable; mais le manuscrit inventorié en 1407 n'esï pas 
perdu. 

Il est indubitable que le Uher arfforum ri Jnutunm de Fran- 
cesco Gon/.af>a est aujourd'liui conservé à Paris, dans la biblio- 
thèque de i'Arsenal, sous le n" 2Sti, bien t^ue W fait ait 
échapj>é au savant auteur du ciial<^e, M. Hcnr^- àMartin, d'or- 
dinaire très bien infonmé. et qu'on ipnore par quelle voie oc 
manuscrit est arrivé dans la bibliothèque du marquis de 
Paulmy*. 1-e ms. 2)li contient, comme le Galï. App. -V de 
Venise, le Rtghnf du corps d'AtdebrandJn, dont le texte débute 
(fol. 4), par : />.v' chi p^ir sa ^r^nt puïsawc, ex finie (fol. 87 
v°) par : des di-u^ z dou visage, abstraction faite de l'expUcît pro- 
prement dit. I.e .scribe a cxponctué le d de deu:^ ; la bonne leçon 
esten effet (■»;; (lat. oc ulos). NhisTautcur de l'inventaire Gon- 
zaga n'a pas remarqué l'cxponctuation et a pris « pour it, d'où 
sa lecture i/ch;;, qui suffirait à attester qu'il avait notre manu- 
scrit sous les yeux. Si, dans son état actuel, le ms. compte 
87 feuillets, il faut remarquer que les trois premiers ont été 
sjoutés après coup et qu'ils ne font pas corps avec le iiunuscrit 
primitif, lequel est constitué par sept cahiers de dix feuillets 



I. Tel est le chiiïrc rieï. et noa 90 comme il est dh dans la Kvnmaia suc 
ta foi de M. ïaa. 

a. CataJ. Jts mi. dt h Bibt. Jr rAnaKil. t. 10 {t887X p. 27. 
], V.r non nUu, cammca lu M, H. Martin. 




VARI^fe mBLIOGHAPHlQDES 



a? 



plus ua cahier de quatorze dont les deux derniers feuillets n'ont 
pas été utilisés pour la transcription du texte et font Fonciion de 
feuillets de garde. Nous voilà donc X 84 feuillets, soit un feuillet 
de moins seulement que le chiffre de niivcntairc Guii;^ga. On 
peut supposer ou qu'un feuillet de garde a disparu en (êie du 
manuscrit, ou que l'auteur de ['inventaire s'est irvmpé d'une 
uniié'. 

Le ms. 25 II a été écrit au xiv* siècle. M. H. Martin en con- 
sidère l'écriture comme « méridionale » ci M. P. Mcycr le qua- 
lifie justement de <■ copie f.iite en Italie ' ». 

Le scribe est certainement un Itaïien qui ne sait pas le fran- 
çais et qui massacre le texte qu'il a sous les yeux. Le lecteur 
pourra s'en faire une idée par l,'(;cliantilIon suivant, où je repro- 
duis le manuscrit h peu prés diplomatiquement : 

(Fol. 4) Dcx c)ii par » gntm pu!san<cc lot k- monde vst^bli. qi prcme- 
rcriii fbt ti ciel, aprcs ffn ti. quitri; clJmcn;. ce C5T U terre laîvc. li an r U 
fciis si 1c plot qc totc» lo autre» cho>cï. ài: b lutiv eii aiul fiiiiu-t fnilvk p.ir 
lanertu de cts .utj. vU-mcii^-. m corne mjiii limbes, arbreï obJaus lot» bcstcs. 
poùtuns t lionm. t fî«t prenicîrciiicm lot» ces choses aiuim qîl fcîst Itonie. 
El home fût il en M;iibI:uico audcr-iin por la plus noMe créature z lu plus belle 
qil pobt faire ; li doiu lu sognori^: ai tcrit de totn lechoïet qil .iitoil prL-- 
mdrement fflitw. Et voit qe totw. çoscs fuismt .-i tvj olH.'i5am. por a qt* il t 
tuai conv fins detotcs choses sicom c dist Ar»totvs. qar om doit bîcm 
uttoir que fins c la meutire cttMc entoics arvres. qar por la tin (ait lomc 
qîte ■ qui- Iciitn fiit. Or doit cii • uuotr qur pois qe tutcs dtOKt siinl faîtes 
tic .inj. clcnuv sicomcuos swx oî. \'.t parce que cil .iiij . elemenn; se iemvt:ut 
toi ion liun«i atiain: > Je buirc oc i:orti[K'nI souctit que tates lecosc:» qi sunt 
Eûtes de cil .uij. clenien; se cutrunipcul z aiouetib&cni z se cluiK^etit eue 
puent en un estai rcnianoirc Donqs puisent * lionie è deccs .inj. eleinenz 



I. Mes conclusions om étii adoptées par M. k- D' l'épin dans l'édition du 
Régime liu «trf^i qu'il vient de publier, en colla^OMlion .ivec le D' l.4ndi>u<y 
(Paris. Qunipion. 191 1), p. xxxtv. 

3. Dt rrxpiiusHVt df h laugiif/rançaiieeif li.ilie au mayta itge (Rama, 1904); 
p. 12. 

}■ Un coTTccieur a mis au-dessus et h droite du >y un >i itiieraUire : h 
bonne Ic<;oii est : ^itatil. 

4. Le m&ne coireaeur a placé ju-desius de IV un o destiné à le rtmpb- 
oer; la bonne k\on cstori. 

%. La bontK' leçon est o h nature, 
6. H (am puisque. 



34 A. THOMAS 

cngcndrot c fes. Nô pas decelle ' milcn: corne st les csidl« r lUnjtrc qui >ûl 
tOE ion; eouii csUt vue ic c;inçci)t. Roucunt < c^iiil muircm > Kl tant comv W 
uit scchan;e il dcior inior c ia inun cMfli ne poni dtmorcr. Kt pone nos Strc» 
donai a lui %I<:onit: ala plus iiobk- creaiure. une suâce < quô loiti apelv ftsique* 
p laqucl il gardait [a&inle qc illi Jona pn-ttiercntct {sk) t puise ancore tottr 
maladies remouoir. Q.ar fisique i faiie pricîpultncQl por In santc garder ; ne 
cnccndcs pas que Rseqe soit scîende pôr Tcre uiurc lomc lâi> iors. ainz c f<iiK 
per 9<lui[r lomc lomc (»V) dusquc a la mon naliirtcl. Sacicï q (%•■>) la mon 
luiurel sien en i.\\. ani ^ nature r plus r mains ai»! corne il pleist ano<itre 
iCgaot. V. Kt [sic) siao^ dirai raiïiVs p quoi. Q,ir tant comc liom mtit în 
croi&ire en force, en biautc esu^r comiicnt qe il luctc a itiuellir e auenir 
antent. li termes dicrobtrc in biaute c in iii){or- mc de xxw. aiu e jdoDqucs 
9uièt [At detans ainiivilir t ttWr naoiem sicoin il î.- pmui; por aucrroir*. 
Ofe donqiirt puce loin iicoir que cil qi murent aiiam Se terme nai\T«l. 
ce ê por louiracc qil lût a) lor nature c aulur çplcsiom. Bt s'il q i lucbi 
iu'e) plus si Lor ;iuint pur Iut 9pk-sià bone qil unt c por bonc garde qil 
en prîciH ■ faire ilfiseq. ï ancorc les autres raisous que nos ne dirons |ia* 
porce qil ^ucndroit sauntr ascx dedergie qi tmcndre le uoldroii . Rt entendes 
ce qc nos nos dirons sî C- Kionc natuiv. Meures liuiun;» l limiuns*si v a pbù 
de nosire scgnors. 

Le répertoire qui occupe les fi;uiilets i, 2 ci 5 r" a été écrit 
au XV* siècle par un Italien qui nuiiiait nussi mabdioitc-mcnc 
le français que le scribe du xiV slC-cle, et n'olTre pas ^raud inte- 
rne. En revanche, le verso du feuillet j contient un petit glos- 
saire fmnco-italien du même temps qui vaut la peine d'être 
puWté. j'en doi^ la copie à M. le docteur Pépin ; je l'ai soigneu- 
sement colUtionnée. La voici in extenso : 

Hn questo llbro e scrito paraiilc en romaih;o le quai eo no cniendo, c pcr 
^oeui 110 lo M z ctii no lo entende ^erca in quisti c.ipiiolt qua desoio t lo 
sawm . 

La otu trovcrai scrito : fanu t{Myiia[iii]lef, val tanto quo/KW/rixi vrirtViAt. 

LffaU val tanto a dir quo hfyalo. 



j. La bonne leçon est ttUt, ùaon tei. 

3. Lire (ovittii. 
}. Lire miirt. 

4. Lire Kiiuce. 

5 . Lire c ri vigpr. 

6. Ijc scribe parjji avoir subsiiiué arbitrairement Averrois A Aviunnt, 

7. Lire fniffftl, 

8. Lire li laurin. 



VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES 2$ 



Di hUf ou apiautre * : espiautre est (blanc). 

BUJ Rogier maie branche est sorgo. 

Breti est semola. 

Pain de sole si e segala. 

Cervoise se fa de la veine {sic). 

De lo legome. — La u sera chiches, si e cesere. 

Pois si e légume. 

Vesces • si e légume. 

Cierrrs si e cesere. 

Pains alis de fornie(n]to, si e pan agimo. 

Cuit ^«] mainere degrutl, si e coto en aigua. 

De car. — Ou sera berbis, si e pegora. 

Bouc, si e btco. 

Counin, si e conïgla. 

Mauvis, si ttordo. 

lyoue, si e auea. 

Char tfenne, si e [aletia >]. 

/^ rafe, si e la splengna. 

E U dorcel (î), si e eJ dolor cTesa. 

lusier, sie.. . 

Joues, sie le gramoU. 

Boulenee, si e varole. 

Fruité. — Pèches, si e perseqe. 

Dates, si e datait. 

Orbe, si e légume. 

Noix ^' ^""^^ *> 'i *î «If/'- 

Mn'^ ik »("'«['']. &i c t'' '' "ojc; que om manxa. 

Pomes citré^sl, si e «araii^e. 

Pi'w, si e ^'if »«. 

CriJiw«[i]fcf, si e armelii. 

Freises, si e fniîtu que nui disemo frage. 

Cornes, si e cornole. 

Corbes, si e sorbole. 

Cdhordes, si e çuqe. 

Coconbres, si e cogumari. 

Cilroles, si e ct^umari lotigi que nase eu alcun logo. 

Navès, si e navoni. 



1. Ms. Beïbefou est piautre. 

2. Ms. Vesdes. 

}. Addition postérieure. 

4. Ms. fw«. 



26 A, THOMAS 

Rafif, si e ravano. 

Kaîi, si e ravani. 

Pénates y si e pesUtutgU. 

Paya{it)ges, si e sparixî. 

Sat^e,s\ e salbia. 

Bêles, si e blede. 

Races, si e rai-e ' . 

Oianpingnex', si efon^i. 

Bon sauge, si e inn de salbia . 

Osi^acfire, si e çacitara. 

Torli^, si efritiilr. 

Hongntms, si e fnWe. 

Bscaîongne, si e cetvlele. 

Des mari(e)s, si e /c^o o coty aqtia. 

Dormir sereemenl, si e forte dormir. 

Dormir as deii^, si e jdormir ni la hoca desoto. 

Boces es oignes, si e panogh. 

Cainnuu, si e çerbigo. 

Cracher i le sanc, si e quando se spiila h satigtie. 

A fii^, si c niaroede. 

A estât ine, si e cugloni. 

{C^janlesplures , si e vasela de rame * , 

Coches, si e // cm-ercli de le glatule. 

Mal de sailli Lou, si e fislo/f. 

t'ucoii de rivière, si o ^o^oli. 

Cancre, si e ganhiri. 

Il y a de loin en loin dans le manuscrit des notes marginales 
dont plusieurs font double emploi avec ce glossaire. Voici les 
seules qui me paraissent offrir quelque intérêt. Je les fais précé- 
der des fragments du texte auquel elles se rapportent, en res- 
pectant la graphie du manuscrit : 

I)es euz, <o e i ogli (fol. S/)- 

Ce la rate, ço e la splen^a {fol. 58). 

I)e cieres, fce ceser bïancb (fol. 60). 

De coûnz, fo e pome codogne {fol. 62 v). 

De nouis de coure, ço e noxelle (fol. 65 v). 



1. Racts est en réalité pour araers et désigne les arroches. 

2. Ms, chàpingner, 
}. Ms. craclxl. 

4, Ms. nwiei. 



VABIÉTÉS BIBIJOUKACHiaURS 27 

De coui, (V* i*iï* {(bJ. 68 v). 
Des aus, e» r agno (ihùf.). 
De ïcncvc. i« <• ifDini-i' (fol. 70). 
De boreccs, lOf htras (fol. 70V0). 

Dan£ ta iiiar^e inférieure des foi. 40 et 8} v% une main ita- 
lienne. diffilTentu Je celle qui a écrit les annotations précédentes, 
a consigné ces deux recettes, .issez difficiles à dêclùtfrer. 

fol. 40) Qp« chi prcnde ■ satvta z rua t bogtrll (?) In ntxo e flunar^ 
I'.irccl3de (r) sovra qtuado m andac a ponsci, si esi provea tnedcx'ma per 
nuUlia fn:da. 

(fol. 85) McvMoa per scotaurc de fogo i d'aqua z c prova tneexioa : toUi 
ilollardo r.ixaa i lavdo cnnaquj clara trc fiac bene e poi {itac la via Va- 
qu;i I tolic bbdu t merd;i Je (;aliiu lanu chc m U niitl^JL- chc o lardo z 
mescela ben l- ongic una pcç^ r meiila sue. 

I^jîlossaire et !es annotations proviennent certaïncntent de 
l'Italie du nord, irèh probablemeiii de la Vénéiie. Je crois 
devoir bisser aux savants italiens le soin d'en tirer des conclu- 
sions plus précises par l'étude de la phonétique et du lexique, 
pereuadé qu'ils s'acquitteront beaucoup mieux que moi de orlte 
i-ichc délicate et espérant qu'ils me sauront quelque gré d'avoir 
mis à leur portée les nintêriaux linguistiques restés jusqu'ici 
enfouis dans le nis. 25 ir de l'Arsenal et sur lesquels M. le 
D' Pépin a récemment attiré mon attention. 

IV 

LA CHACE A US MHSDISANS 
DE RAIMON VIDAL 

M. A. Mercier a publié en 189^. sur mes indications, un 
curieux poème aliéyorique composé en iJjS, dans la région 
toulousaine, par un certain Raimon Vidal, inconnu d'ailleurs, 
ei intitulé La Cbace aus madisatis '. Ce poème nous a été con- 



t. Ms. pt'iif. 

2. Le ms. portait d'ahord/wnwr. 

î. Annatnà» MiJi, VI fiS»!), p- 468 « s. ('f. Remania, XVIT, 87 et 
XXXIII. 4SI. 




38 



A. THOMAS 



ser\'é, en double exemplaire, par le ms. fnini;. 244)2 de k 
Biblioihèquc natioiule, 011 Rochegiide l'avait copié à la 6n du 
XVIII' siùclc. On ne l'a pas signalé ailleurs. Or je viens de 
rcmarqxier qu'un mniiusi-Tit de la CImcf ans ntestUjans, 
aujourd'hui disparu, figurait dans la librairie du Louvre. Voici 
en effet ce qu'on liTd.ins l'Inventaire général des livres ayant 
appartenu aux rois Charles V et Charles V[, dont Léopold 
Dclisle a donné récemment une édition annotée : 

}j8 Iji Chace ausmesdivans. en un c.iv'enlc pircheraîn ianr. aiz et uni 
enluminer, cfcript de lettre de furme. en fran^ois, i une columbe. Comm. : 
rt ^at gratit Hcn. Rn : « âisi mmitime. — 6 s. — A ^87. B 408. D î8o. 
E îii. F îtx». ■ 

On sait que par « Comm. », il faut entendre les premiers 
mots du deuxième feuillet, et par c tin « les premiers mois du 
dernier feuillet de cliaque volume. Rffeciîvcment, nous trou- 
vons dans le poème publié par M. A. Mercier, comme vers 40 : 

lit plui ^ranl In^n me (ait aussi. 

En revanche, les premiers mots du dernier feuillet du manu- 
scrit du Louvre ne se retrouvent pas dans le poème tel qu'il 
nous acte conse^^■é par le ms. franc. 244Î2. Il fam en con- 
clure probablement qu'il y avait dans le nianuscrii du Louvre 
un épilogue que le scribe du m s. franc. 24432 a cru devoir 
laisser de ciVté. 



V 

REMARQUES SUR TROIS BM.LADF_S POLITIQLES 
DU TEMPS DE CHARLES VI 

1. — Parmi les balIadesqueM. Gaston Raynaud a imprimées 
dans le t. X des Gïuvrfs nmtplilUs de izuslnrhr nn^hamps* 
comme « attribuables » à ce fécond versificateur, il en est une 
sur laquelle un document d'archives, non utilisé jusqu'à ce 
jour, permet de projeter un peu plus de lumière. Cette ballade. 



I. Pani en 1901. 



VARlÉrfes BIBLIOGRAVHldUES 29 

qui porie le n" II (pages vi-vii), a comme premier vers : Soiesi 
d'acort, chUfs dt rltr,jaUne, et comme refrain : Car oti ne scet ne 
ijui la lie qui i-ient. M. G. Raynaud l'a tirée du manuscrit coté 
n nouv. acq. franc. 6221 i, revenu rôcemmenc à la Biblio- 
tlièque nationale, aprt-!> uni- longue captivité en Angleterre, le 
seul où on l'eût signalée encore'. Mais peu après, dans une 
note où il attirait l'attention sur le peu de certitude de la pater- 
nité de Deschamps vis-i^-vis de beaucoup des pièces admises 
par M. G. Raynaud', M. Arthur Ptayei nous apprenait que 
cette ballade se retrouvait à la p. 46 d'un manuscrit qui a fait 
partie de la collection Didot, passé depuis à U librairie Mor- 
gand >. 

Ce manuscrit contient bien d'autres poésies que celles d'Alain 
Charrier, et notre ballade n'y est pas formellement attribuée 
à ce poète, comme semblait le laisser t-ntendre M. Piaget et 
comme Ta cru M. G. Raynaud *. 

Une troisième copie de la ballade, et b plus ancienne de 
toutes, nous est parvenue dans un manuscrit qui n'avait pasélé 
fait pour cet usayc, à savoir dans le registre d'-iudiL-ncc du 
Châtclet (^rfgisirum sentencitinon et jtidicaforum ap^unclamenlo- 
ntmqttt civiltutn prcpositurc Parisiemis, dit le titre), commençant 
le 22 mai 1401 et se terminant lesj mars suivant, veille de 
Piques 1402. Ce registre est conservé aux Archives nationales 
sous la cote Y 5223. Dans son état actuel ^, Il compte 41 feuil- 



I. C« manuscrit a ùxi dicrii. cii 1880, p^r le mar<]ub de Queux de Saiuc- 
Hilairc dans l'iniroduciion dii t. Il des Œuvres com[>Utef, p. xvii ci s ; U bal- 
bde y est enregisttxic sous lu n" ui. 

1. Btill.itt la Soc. Jts iiiK- lexUif'tt'if., itjoz, p. 6i. 

}. C'csc par encur qu'il est dit dans k note de M. Piagn que ce nu.iiust:rii 
à été JCtjuiii par le Mu^c (^oiiJl-. M. Kahir, su>:cvssL-ut de Moigand, :i bien 
Mjulu m'apprciidrv tiull se uouve aujourd'hui 4 ParU dans uiie colleciitm 
privée. 

4. Œtii'rt (l'Mplilei fit È". Otnihimps, XI, 107. 

{ . n y j uiK bcune cnire les fol. }i et ;i : on passe de r;iiidiciicc du 
7 juîllci 1401. îmcrronipui:, ^ celle du 16 mars 140!. Ccne Ucunc n'existait 
p3s i}uand iii regi^n'e » ixi dépouilW par Caille du Fourni, dom on peut voir 
lo eKtraiti i la Bibl. nat,, Ciairambuiill, 76J, p. i-ia. Du Fourni n'a pas 
manqué de copier notre ballade; c'est même par 3a copie que j'en ai d'abord 
eu connaissinee, c-11 mai 19^14. 



30 -^^" A. THOMAS 

Icts qu'une main moderne a tiumcrotésde i à 39; les feuillets 
40 et 41 onî été bissés sans numéros par^e que le dernier 
procés-verbal (25 mars 1402) ne dépasse pas le feuillet 
39. Notre ball.ide se trouve folio 40 r". L'écriture m'en parait 
identique à celle d'un des deux scribes qui ont iranscrit les 
procès- verbaux d'audience : la comparaison avec les. feuillets 1 
v", 16 r". 19 r" est paniculiércmeni frappante. 

La collation avec l'édition de M. G. Raynaud donne peu de 
chose. Je me borne à sif^naler les varùiiiies suivantes : v. 4, 
»M'//rf,qui n'est pas bon.^au lieu àKiiiatUie; v. 7, donc, qui esta 
prendre, au lieu de doncqius; v. 12» avec, qui esta ccjeler, au 
lieu de a%rajUis; v. 18, seure,à\â Ucu de saittc, v. 22, k, qui est 
parfait, au lieu de d ; v. 2}, bonnt au lieu de viw. Mais !e fait 
de la présence de cette poésie dans Y 3223, où il est invrai- 
semblable qu'elle ait été transcrite à une date postérieure ii 
1402, enlcveraii toute autorité ;iu manuscrit Didot, même s'il 
la plaçait formellement parmi les reuvres d'Alain {^harcier. La 
carrière poétique de C^hartier s'ouvre sensiblement plus tard; 
celle de Descliamps n'était pas alors entièrement terminée, et 
l'hypothèse de M. G. Kaynaud peut être acceptée jusqu'à 
preuve du contraire. La date exacte de notre ballade, étant 
donné qu'il y est fait allusion (vv. 11-12) à la mort récente 
{puis un poil) du roi d'Angleterre Richard II (14 février [400), 
doit être cherchée entre i.|Ooet 1402. 

2. — Dans le même recueil, sous le n" XXIX, p. xxxvi-vii, 
M. G. Raynaud a réimprimé une ballade en l'honneur de Du 
Guesclin, qui a comme premier vers : Vescu d'argent a utig 
aigle de sahUt et qui avait été publiée antérieurement par Cra- 
pclet et par Francisque Michel. Il en signale trois manuscrits, 
tous les trois à la Bibliothèque nationale : franc. S30, 15)5 et 
1862}. Or elle se trouve, à l'eut fragmentaire, dans un qua- 
trième manuscrit, franc. 339'. oà elle précède ta chronique 
bien connue du notaire normand Pierre Cochon, et elle a été 
publiée sans commentaire, par les deux éditeurs successifs de 
cette chronique, Vallet de Viriville ' et Ch. de Beaurepaire '. 



i- BiNivtbi^ut gmihise. Cbnmi^tuJi h Puceile (Piris, tBsg), p. js». 
3. SociéU de rbUtciré Jt Normandie. ChroniqHf nçr mande it Pierft CmIwi 
(.Rouco, 1870}, p. xx.iv. 




VAHIÈTÉS l)IE)UOGR.^PIliaDES 



3» 



manuscrit fnin<;. 5391 nv Joniic que k- premier couplet 
c[ il débuie pif un vers altéré : L'cscii i]'a:^ur a an figïe tk sable. 
Mais i h suite de ce couplet, il contient les quatre vers sui- 
vants, qui inanqucm dans les trois autres manuscrits : 

Orc est il mort, Dieu li fudic lardon ; 
Pleûit a Uk'U qu|cj il vesquît cncor 
Pour aller venger \ta le licuparl félon ' 
L'escu ii'asur a trois flL-ur[s] de lis d'or ! 

Il csi bien probable que ces quatre vers, quoiqu'ils soient 
tout À fait d'accord avec le ton général de la ballnde. ne 
remontent pas â l'auteur, que ce soit K,ust;iclie Oeschamps ou 
un autre. Ils n'en méritent pas moins d'être signalés, comme 
une preuve nouvelle de la célébrité et de la vitalité de la ballade 
en question. 

3. -- Dans le tome VlUde la Rontatm, p. 44)-444, sous ce 
titre : « Une ballade politique, J415 », j'ai publié comme iné- 
dite une ballade dont le premier vers est : Chief fSioigniê dt 
pileust- ntxtilnre, et le relVaïn : Qu'a un clkiscun JauUira faire 
nustiir. J'étais très mal infonné alors, et je suis surpris que mon 
i{;norance n'ait pas été relevée par Auguste Molinier, lequel a 
enregistré cette ballade parmi les « sources de l'histoire de 
France», ce qui est vraiment lui faire trop d'honuL-ur'. Hn 
premier lieu, ainsi que beaucoup d'autres parties du registre 
du Conseil du parlement oll elle se trouve transcrite, la ballade 
en question a été publiée dans les Preuves de X'Histoirc de lu 
villf de Paris de l'elibien et Lobineau, t. IV (172)), p, ybo. 
En second Heu, elle a été connue d'Eiiguerrand de Monstrelet, 
qui l'a insérée dans sa célèbre Chronique, dont les éditions sont 
nombreuses, comme on sait, livre I, chapitre 156 (tome III, 
p. 123 de l'édition Doutft d'Arcq, où le texte tournï par le 
registre du Conseil est donné en nuic): c'est à Manstrelt.-t queLe 
KouxdcUncy l'a empruntée pour la placer, en 1S41, dans son 
Riutui\ de chants hijlurii/ues,i. l, p. 296, En troisième lieu, elle nous 
est parvenue par d'autres plumes que celles du grcfHcr du Pac- 



t. Vers faux, qu'il convicni pcut-^trc de corriger ainsi : 
Pour revtnger vers le licupan félon. 
1. La Sauat it THxUoirt dt Frantr, t. IV, n« Î7Î4- 



32 A. THOMAS 

lenient et du chroniqueur, notamment dans un manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, nouv. acq. franc. 6221 (t:i-dev.int Bar- 
rois 523, ci-devant Saint-Victor 27 s), fol- 9 (cf. Œuvres com- 
pUtes dt EustMhe Deschamps, t. Il, p. xxvii, n" 25, où il est dit 
à l'aventure que « cette ballade bien cunnue est de Christine 
de Pisan »), et dans un manuscrit de la bibliothèque impé- 
riale et royale de Vienne, lat. 3391, fol. 487 (cf. Tabulât 
codkum ..,^aeter graccos ei oricnlates in bibl. palal. ViiiàÀvnensi 
assen-atoruM, vol. II, p. 275). 



VI 

IJN MS. OUBLÎf-, UN MS. PERDU. UN MS. PRÉTENDU 
DU DÉBAT OHS HH HAUTS D'AHMHS 

1, ~ Af lus. lie la Bibliolhétjue Slc-Gtnn'îève . — L'cdi- 
lion du Dibat àa Hêrauls (fanm-î ik France et ^Angkterre 
préparée par LOopold Pannicr it après la mort de ce dernier 
publiée, en 1877, par M. Paul Mcyer pour la Société des 
anciens textes français, est fondée sur trois manuscrits (Bibl. 
nat-, frani;. 5837, S^jS, 5839) et sur un incunable. Dans le 
post-scriptum de la Préface, M. Paul Meyer a signnlé un qua- 
trième manuscrit existant à la Bodléienne d'Oxford (Rawlinson 
5 39) et un manuscrit perdu, qui figurait dans la bibliothèque 
du château d'Anet et fut mis en vente en 1721. 

Le savant Peiresc, dont la curiosité était sans limites, a connu 
un autre manuscrit du Dibat et en a fait des extraits conser^'és 
aujourd'hui dans ses papiers à la bibliothèque de Carpentras, 
ms. n" 1770, toi. 2.)7 : « Extraict du livre de F. Ustienne, 
prieur des Augusiins de Poictiers, faict en Tan 1507, le mardy 
des Roguaisuns, où sont introduits en dialogue deux héraults, 
l'uz de France et l'autre d'Angleterre'. » Or le manuscrit de 
frère Esticnnc, utilisé par Pvircsc, figure actuellement sur les 
rayons de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 11" 2019, 
anciennement L. f. in-4" 19. II a été décrit sommairement par 



I. Ca/tf/. gMrjl des mi. J« >jW, pubfiqiui dt Frana^ D/partemtmtt, 
t. XXXV, p. i8j. 



VAKtËrés BlBl.IOr.1lAPFIIQ.UGS 



n 



M. Ch. Kohlcr' ; mais on me snun gré, j'espère, de le faire 
connaître avec plus de détails, en laissant de côte toutefois le 
Trailé di blmon * avec lequel II se trouve enchcvfitrL^ 

Le scribe sVst fait connaître par la noie suivante placée, sans 
alinéa, après les derniers mots du texte (fol. 46 r*") : « Escript 
par moy frère Kstiene Mi|nlj;fuetl doaeur en théologie et 
prieur des Augustiiis de Pocticrs, l'an mil V" et sept, le mardi 
des Rogacions. Priez pour luy. ■> Si son nom est abrégé ici, il 
se lit en toutes lettres, sous forme latinisée, à la fin d'une bal- 
lade qu'il a transcrite aux fol. l v et 2 r° et qui est signée : 
r. s. MiKcuETi. Il est vraisemblable qu'Etienne Minguet est 
l'auteur de cette poésie fort médiocre, que voici : 

Vrays chimpion» de la cresii-ACité, 

Conservateur» de \i fo)' CA[holiqii«r, 

Ouvrés vos yeux ; vIucud soii cxité 
4 A contempler de Dieu le l^ti: unicquc. 

Voyez son corps humain et deïfîque 

Et regardez pUciuemeni ces armes 

Qu'i[l| print jadiu {sic) coiitct; Li gcni inh^iic 
8 FourgueiTO)'£s(;fc) lesinfcmauU gendarme». 

L'cscu d'argcni csi pure humanité 

Que mis t en t:ioU naciuii judai<(ue; 

El le chef d'or nionstrcladeité; 
II Le bord d'aïur, union mirilique, 

I 

Du chevalier noble de nom et d'armes 

QpL en ce monde se rendit nionili<)uc 
16 Pour gucnûiés (fû') les iurernsulx gendarmes. 



I. Ciial. Jts itiis. dfîa Bibl. Sainte- Gfwvihf, t. H (Paris, 189*), p. 241. 
Je renvoie à U noiicc de M, Kohier pour Li partie maiérielle de la dcsctip- 
lion. 

3. Ce traité tM te mcmc, pour le fond, que celui qui a été publia pdl 
DouC-t d'Arcq, en itts^, dans la Kn: arth/o! . , W* année, p. ;3t et Miîv., 
d'après le ms. ^71 1 de la Bibl. Mai^irine : Us manuscrits n'en sont pas rarc^ 
Débul, San* titre, au milieu du fol. 10 ^^ : • Pourcc que a toutes manicre> 
de gens nobles, comme mys, ditci, contes, chevalien et cscuyers, appanieni 
savoir dire el dclerminer pour quoy ne quelles cause» furent armes premie- 
remeni trouvées... ■ 
J. Vers passé. 

llÊmmim,XL. ) 



3^ A. THOMAS 

De ceste guerre en porte Humilité 

Le vrayguydon (c'est la vierge pudique); 

Et l'estandan porte après Charittî, 
20 Ou sont les playez du vaincqueur pacifique ; 

Et le hairaud est l'esprit prophétique 

Qui proclama davant luy les alarmes; 

Le chapellet est le heaulme punicque 
34 Pour guerroies (sic) les infemaulx gendarmes. 

Prince, chacun qui a cueur mundifique 
Ne doibt sur luy porter aultres gisamies, 
Car c'est l'hamoys et l'escu fonificque 
38 Pour guerroyés (sic) les infernaux gendarmes. 

Le manuscrit exécuté par frère Minguet resta sans doute 
assez longtemps dans son couvent après sa mort, comme en 
témoigne cet ex-Ubris répété sur les plats intérieurs de la cou- 
verture et qui semble remonter à la fin duxvi'siècle : « Pour les 
Augustins de Poictiers, a l'usaige de frère Jehan Berthod '. » 
Mais au xvii' siècle, il passa à un certain Louis de Romîeu, qui 
fit, en 1681, un legs de livres à la bibliothèque des Génové- 
fains de Paris, et sur lequel on ne sait rien de plus, à ce qu'il 
semble'. 

Le Débat commence, sans titre, en ces termes que je repro- 
duis pour donner une idée de la graphie assez particulière de 
frère Minguet (fol. 3 r*) : 

Prudence ung jour s'esbatoit en ung preau et se trouva acompaignee de 
deux hatraulx : l'ung estoit hayrault de France et l'aultre d'Angleterre. Lors 
proposa Prudence de leur faire une question pour savoir s'il estoint savans 
et expers en leur office et les priut a raysonner en la manière qui s'ensuyt : 



1 . La bibliothèque municipale de Poitiers n'a recueilli qu'un seul manu- 
scrit des Augustins, c'est le no 31 actuel (Calai, général Jes mss. des hibl. de 
Frattce, Dépanements, t. XXV, p. 6). 

2. Il donna au moins quatre manuscrits, dont une version française des 
Triompixs de Pétrarque (voir Ch. Kohler, Catal. cité, introd., p. XLvii).Son 
nom indique une origine méridionale, et il est probable que c'est dans la 
bibliothèque de cette famille de Romieu que Peiresc avait eu l'occasioii 
d'étudier le manuscrit exécuté par Minguet. Un Lantelme de Romîuu com- 
posa, vers IS74, une Histoire des antiquités d'Arles restée inédite (cf. Hisl. 
de Languedoc, éd. Privât, t. XV, 70-71, notice de Lebègue sur un manuscrit 
d'Arles qui contient l'œuvre de Lantelme). 



VARIÉTÉS BIRUoCtlAPlIIQIJES )) 

M. Ch. Kohier' ; mais on nie saura gré, j'espère, de le faire 
connaître avec plus Je décatb, en laissant de côté toutefois le 
Traité de blason * ^\ec lequel il se trouve enchc\'étri^ 

Le scribe s'est fait connaître par la noie suivante placée, sans 
alinéa, après les Jerniers mots du texte (fol. 46 r*) : « Escript 
par moy frère Estiene Mifnjg[uet] docteur en théologie ei 
prieur des Augustins de Pocticrs, l'an mil V" et sept, le mardi 
des Rogacions. Priez pour luy. » Si son nom est abr^ê ici. il 
se lit en toutes lettres, ious forme latinisée, à la fin d'une bal- 
lade qu'il a transcrite aux fol. I \" et 2 x° et qui est signée : 
r. s. MiKGUETi. Il est vraisemblable qu'Etienne Minguet est 
l'auteur de cette poésie fort médiocre, que voici ; 

Vrays cliAnipioiis de la crcsiianti, 

Conservateurs de Ij foy c.)tlio]i>qui;. 

Ouvrés vos ytu»; chacun soii cxité 
4 A contdnpkrdc Dieu le lîtz unicquc. 

Voycx ion corps hUDiiiiti et dcîfiquc 

Ht regardez piteusement cc5 armes 

Qu'iCll print jadizs (jf'c) contre b gcat inique 
8 Pour guerroyas (j/i:) lesinfemaulx geiidamics. 

L'eicu d'argent cit pure humanité 

Q,uc lutsi en croix aaciun juda!«|iue; 

Et le chcl* d'or mon^ireliidclté; 
12 Le bord d'a»ur, union oitrilitiue. 

I 

Du chevalier noble de nom ci d'amies 

Qui en ce monde se rendit irtortitiquc 
t^ Pour guerroie {sic) le» iufem^ulx gcndannes. 



1, QiUl. dts ms$. liela Bib{. Sainte- Gftmnh-e.i. II (Paris, 1896), p. sii. 
Je renvoie à la notice de M. Kohier pour la partie matiritllc de la Ji.-w:iip- 
tion. 

2. Ce traita eM te même, pour le (ouJ, que celui qui a élt publia par 
Dooêt d'Arcq, en i8s8, dans \iHn'. nnfifoi . , W' année, p. }at et soiv., 
d'iprés le ms. ^71 1 de Ïa Bibl. Matarine ; les nianuscriis n'en sont pas rare». 
Début, sam titre, au milieu du loi. to v" : ■ Source que a toutes manière» 
de geos nobles, comme m\-s, ducs, contes, chevaliers et escuyers, appanicnt 
savoir dire et delermitKT pour quoy ne quelles causes furent armes prcinie- 
Tcnoeni trouvées... ■ 

]. Vers pau4Ï. 

*■■■■ ■ ■, XL. } 



$6 A. THOMAS 

le catalogue de ses livres, lesquels atteignaient le chiffre respec- 
table de cent volumes. En effet, il faut certainement reconnaître 
notre opuscule dans l'article J4 de ce catalogue, qui est ainsi 
CODÇU : 

Ung petit ronun couvert de ro){e appelé Pasie'Trm/ti sur U question de 
France ei U'Au^ktcrre ■ . 

Le ms. franc. 5839 donne en effet le même titre au Débat 
dans l'explicit : Explîcil U livn de passe temps. C'est aussi celui 
qui se lit. d'une main du xvi* siècle sur le feuillet de garde du 
ms. franc. 5637 •. Ce titre s'inspire de l'expression que Tau- 
teur met dans la bouche de Prudence au § 2 : « pour passer 
temps joyeusement je vous vueil faire une question, a 

La mention du DSûI dans la bibliothèque de Jehan Moreau 
soulève une difficulté. D'après les éditeurs du catalof^ue, c'est 
en 1447 que Jehan Moreau aurait dressé la liste de ses livres. 
Or le DSat est certainement postérieur à 14Ï}, date de la 
seconde capitulation de Bordeaux <. Il est probable que la date 
de 1447 doit être erronée : mais je n'ai pas le moyen de la rec- 
tifier *. 

3. — Le ms. préiettdu de Jefmn ifOrléaris, awtfe d'AngouUme. 
— Dans l'inventaire après décès des livres de Jehan d'Orléans, 
comte d'Angoulème, fait le i" juin 1467, on lit l'article sui- 
vant : 

6j. Le 11 Dihai du joil de Franc* tt A'Afiglettrre »,enp.vcheniin françoîs et 
lettre commune, commjnçjni« ou premier fucillct ■ Anditt ctli 0, et finie 
saut au penultimc : « A Sr ValcrI » a fïnt&MDi sur le lout n par devant pro- 
férée ». 



[. Aii'iui,iii-r lifparlmifnlal lit la Sa . ifèiiiulalti'u \lt ia l'ruJff, |K66| 
I j« anoéc (Napoléon-Vt-nJée. iSô?"!, p. 180. 

3. Édition Paimier ci Mcyer, p. xtx-xx. 
î- Édition atie. p, xi. 

4. Le catalogue de jelian More.-iu a été pvblié \\it fahbé Ferdinand Bau- 
dry d'aprtï U copie prise pat M. ConslJiat Gourr^ud, lequel « en fouillant les 
archives du chitcau de 1.l Rabatclièrc, iiui appanimt i M. le comte de la 
PocEc, d^ut^ ;iu Corps léijiïlaiir. ^ ru L bo»t)i: fortune di.- rTnconuvr à la 
lin d'uncoormc registre en parchemin le catalof^uc de la hîbliothéque de 
Jehan Moreau dressa par lui u (Autt. Ji'fxiiUurttrlal âti, p. 169). On ne voit 
pas :tur quoi se fonde ccciedatc de 1447- J'ai rimcntion de donner une nou- 
velle ^tion de ce catalogue si j'arrive à retrouver l'original. 



ÎARtéTÉS BIBLlOGRAPltlQnES 



37 



J'emprunte le texte au mémoire de M. Dupom-Ferrier inti- 
tulé : /frtn d'Orléans, œmteSAngoulémi, if affres sa bihliotyque ', 
où se trou\*e, i la suilc, une note ainsi connue : » Audite celi ; 
Isaïc, i, 2. — Cf. U rifhdt dfs héros {<\c)de Franifrt d' Angleterrt, 
publié par MM. I-éopold Panier {sic) -Meyer, 1877, in-8*. » 
C'est là une ideniification faite à !a légère et sans que l'cditcur 
ait pris la peine de vérifier l'incipit du Déhal df s hérauts d'anius, 
lequel est tout différent de celui du nis. 65 de Jehan d'Orléans. 
Le manuscrit du comte d'Angouléiiie ne parait pas nous être 
parvenu, mais il est à peu prts certain que l'opuscule qu'il con- 
tenait est celui qui nou.s a été conservé dans le ms. 5 }9 de 
Lille, fol. 43. C'est un morceau fort curieux de littérature 
politique, qui tient du manifeste et du sermon. J'en ai pris 
copie et je le ferai connaître i une autre occasion. Qu'il me 
suffise de dire qu'il a été composé en 14^5, un peu avant le 
traité d'Arras, et que ce n'est pas V Audite caeU d'Isaïe qui lui 
sert de thème, mais celui du Deutéronome, XXXII, i : Audite^ 
caeli, qNoe loquor ; audiat terra verba oris ma. 

vn 

TROIS LETrRIS DE ÏHOMASSfN OE MAZAUGUES 
A LA CL'RNE DR SAlNTE-PAIjVyH. 

r^p^tté J. Bauquier a publié en 1880, dans la Rniu dts 
lan^ms rotttann, un intéressant anicle : Les proivriçalisles du 
XVill' siécU '. La troisième partie de cet article est intitulée : 
Lettres de Sainte- Palace et de Mttxniipus. H suffit de renvoyer, 
en ce qui concerne la biographie du président de Mazaugues 
(1684-1743), A la notice excellente que lut a consacrée Bau- 
quier 1. 



I. VnhtTiUi de Parti, liil-l. de tafac. dts ItUrti, t. III (1897), p. 70, u\. 
éjCcf. Ramania, XWIU. rj»). 

). Troinime ièm, \. Ul, pp. 65-8$ et 179-319; cf. Remania, IX. 476 et 
619. 

j. Lk. laud., pp. 67-70. Ajouter que MaKiuKiie* a posstïdé une copie du 
chaososnier prov. BtbI. nai. fran^. 3j4. iaiiv pour Huben de Chastsuil-Gal- 



jS A. THOMAS 

Bauquter n'a publié et ne semble avoir connu que deux 
lettres de Mazaugues à Sai:ue-P.ilaye, l'une du 4 mai 1743, 
l'autre du 15 juin suivant. Il les a tirées d'un manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, le n" 66 de la Collection Bréquigny. 
Or le n' 65 de la même Collection contient trois autres l«ires 
du président de Mazaugiies qu'il me p.irait utile de signaler. 
J'en eximis seulement les parties qui touchent à l'ancienne 
littérature provençale. Les voici dans leur ordre chronologique : 



ï 

(Maxaugucs, 6 s^embre 174a. — BibI, n.it., CoD. Br^uigiiy, 
6}, fol. ifdj 

Je présume, Momieur, <jue le billet (tic) lie Florence, ou sv trouvoiimt 
ies exemplaire* du Virfîile, cM arrive a Paris a présent „ 

Nous avons enfin perdu lécher Baron ', a votre grand regret et au tnien... 

Je siiis aussi bien Uihé Je Ui nouvelle rechute de votre ami '. . . ei je rois 
bien <)uc vou& ne ssaunOs plus gueres compler sur ce second. Mais vous2v6s 
du courage de reste pour vous passer de secours eiranj^er. Vous suivrés bien 
tout seul voire carrière Provcnsalte, ei^ la pnrcourani avec un peu piux de 
lenteur. 

Le Ms. Je b vie de s» Honorai csi lomW entre les iiutiis d'un .avocat 
qui a le génie Brocanteur, On aura peine a ramclier de luy. II fait mine de 
^■outoîr le f^irJer, apparemment pour le mcire a plus haui prix. Je me con- 
tente a prcwni de l'iioncieiiï tiull a Je me !c laisser tant que je veu%. Vous 
iroiiveri^v dans celle fueille une Notia* eti gurtie de ce Ms. ; vous aurés la 
suite bicmost dans une autre : et je vous ofrv tous ks eclatrcisse(nen(i)s t)ue 



laupct aujourd'hui conservée au chilieau de Bach, pr^ deTuUc(voir G.Qé- 
nicm-Simon. Solûe Jt quel^na manmcrils Suttf hihlicsltiqne Umomint, Brive, 
Roche, sans date (1894], p, 1; et s.). M. [.Ouu-G. P<^Ii»ier a Mf^nal^ tu la 
Rkcardianj de Florence le recueil des lettres de Mazaugues 1 Laini. t)ui 
p.vjlt niédiocremnii tniàressant (.^wii. du MiJi, XX, 498.joo; cf. XXI, 
i;S' erratum). 

I. Joicphde lïimjrd, baron de La Bastic-Monsaliion, mort le > aoAi 174a. 
ires d'é^'oué aux études proveoçiles ; voir U no;i^;e de Bauifuier. 'or. lanJ., 
p. 71-72, et H. Martin, Hist. deia BM. •/•■ P Arsenal, p. 48a 

1. Il s'ajïit de Poncema^e; voir la lettre de Sainte-PaUyc du 2 juillet 
1743, toc. Liml., p. 216. 



« 




VARIÉTÉS BtBUOCRAPHIQITK 

VOUS pOHirts souhaiter sur ce Romin dévot ; car cette vie est aussi fabuleuse 
qu'un Rofiun '. . 

Tmokassik M.maucuu. 

A Muaugucsce é. 7>'^ 1742. 



n 

(Maraugues. 24 7.^^ 1743. — BiW. nat., Coït. Briquigny, 65, 
Toi. iso-iji.) 

Je vous en\-oye. Momleuf, lu Tin de la vie de s* Honorât que je vous 
av-ois .înonc^e. Je eroyoiï pouvoir compléter par b cniiercnu-nt le Ms. du 
Roy; mais je me suis apcrceu iqu'il manque au noire une p^ige- Il T^tulra 
donc aitendrc iiiic la decoiivcnc de f|ue]que nouveau Ms. nous la procure. Je 
pourniy "ne auircTois vom niiUidcr enaire i)vie1quL' notice de ce M*. Mais je 
suis a pa-Si-m occupù de mille pciils embarras qu'oo a toujours lorsqu'on est 
oblige de quitter un lieu. . , 

Thonassin M.mauci;k. 
A Maïaugue» ce Ï4. 7.*™ 1741. 



m 

(A\x, 19 octobre 1743.— Bibl. nat.. Coll. BréquiRny. 6s, fol. lîs.) 

Je «ou» envoyé. Monsieur, «ne autre fucille de la vie de s' Honorât 
qui vous aprcndra te temps, ou ce Ms. a exi écrit. Ces euvoys par morceaux 
detacIu.S nie pTOCurcnl l'avanURu de m'entrctcnir plus souvent avec vous, , , 
Je vois avec plaisir se soutenir votre ardeur pour U titteraiure Pioveii>j11e, 
Je suis iros dispose a la seconder de mon mieux, dis que vous voudrès me 
mettre en oeuvre. . . 

Vous aurés la bontO de ne confier la vie de »■ Tropliime pour me la ren- 
voyer qu'a des Rcns hien surs, car nou» aurions peine pculeire a trouver ni 
l'origiiULl. oi une autre copie'. Je viens de faire une trouvaille de divers 



1. Il est question pour la premiÉ-rc fois de ce ms. dans la lettre Je 
Maxaugues â Saînic-Pabyc du 4 mai I7,;3 (Ix. lauii., p. ait>. La tioiice 
iimoacéc par Mazaugues et celles qui la compl^em se trouvent aussi daru k 
ms.6[ de la Collection Bréquigny, fol. lîl-iS4; il est inutile de les publier, 
le ms. de la \^c de saim Honorât signalé par Maïaugucs ium aujourd'hui 
conservé à la BibL nat., fratu;. I49i4 ; cf. Rauquier, Iiv. taiiil., p. 317, 

2. Il est bien probable (Ma«ugucs iiani mon le 17 février 174)) que ce 
manuscrit, dont M^uau^ues parte pour la preniiÉre fois i Sainte-Palaye le 
2 mai 174a (Bauquier, ioc. laud., p. 2l4)et \jue Sainte-Palaye n'avait pas 



40 A. THOMAS 

ouvrages Proveosaux copiés par ce Bertrand Boisset d' Arles. Vous en trove- 
rés au dos de cette fueille la liste, en attendant une Notice plus détaillée'.., 

Thomassin Mazaugijbs. 

A Aîx ce 19. 8.1»* 1742. 

Antoine Thomas. 



encore eu le temps de faire copier le i" octobre suivant (Banquier, Ux. laud., 
p. 219), ne revint jamais entre les mains de Muaugues et doit être identifié, 
comme l'a indiqué Banquier, avec le ms. Kbl. Nat., franc. i;st4. La copie 
de Sainte-Palaye est conservée i la Bibl. de l'Arsenal, a" 3)09. M. Zinga- 
relli, qui a publié, en 1901 , le Roman de saint Trophivu dans les AnnaUs du 
Midi, XIH, 297 et s., n'a pas connu la correspondance échangée i ce sujet 
entre nos deux provençalistes. 

I. Cette notice est jointe à la lettre (toi. 154 r») : elle est identique i celle 
qui a été publiée par Chabancau, Rtn: des langues romanes, XXXII (1888), 
475, sauf que la date finale est 1J7} au lieu de 1)75 (cette dernière est 
la bonne; cf. la notice de M, P. Meyer, Romania, XXII, 9}). Le manuscrit 
en question éuit dès 1888 la propriété de M. Paul Arbaud, d'Aix. 
M. P. Meyer a reconnu (loc. laud., p. 88) qu'il avait fait panie de la biblio- 
thèque de Moomerqué, vendue un iSjz. On voit que c'est au président de 
Mazaugues que remonte le mérite de l'avoir découvert et sauvé de la des- 
truction. 



NOTICE DU MS. EGERTON 745 

DU MUSÉE BRlTANNiaUH 
(ïf article) 



APPENDICE 

VIE EN PROSE DF. SAINT h^DOUARD, HOE d' ANGLETERRE 

J'ai publié en entier les vies de saini Martin de Vcnou ei de 
saine Gildas^ parce que ces deux récits étaient assez courts, et 
d'ailleurs n'exigeaient pus une étude très développée. Il en sera 
autrement de la vie de saint Edouard le confesseur, roi d'An- 
gleterre {f 1066). Outre qu'un document auwi lon^ ne serait 
guère à sa place dans une notice qui est déjà a»scz étendue, et 
qui traite de questions très différentes, il faut ajouter qtic la 
légende française de saint Edouard exige des recherches longues 
et complexes qui méritent une publication à pan. Le récit dont 
je donnerai tout A l'heure des fragments considérables, se rat- 
tache assurément  une rédaction latine, ta f^iia d'Aetredus, 
abbé du monastère de Rievaux ', maïs il n'en dérive pas immé- 
diatement. Il est rédigé d'après une version en vers dont nous 
possédons une copie jusqu'à présent inédite et même à peu 
près inconnue. Il est évident que le texte en vers doit être 
publié avant le texte en prose, ce qui n'empêche pas que ce 



I. DiocËse d'York. — Il y a une autre vie lâthw de saint Edouard, par 
Osbero de Clarc. prieur dv Wcstniinsirr, qui a éiè connue jusqu'ici d'après 
une rédaction .ibriigiie conscrviic dms un ms. de Coipui Chr. Coll. (Cam- 
bridf!«). Cette riidaccian, qui n'a pu M encore étudiée de prêt (il n'es est 
pas question dans Potthast) a étii mentionnée par Hcnrj- Luanl (Z.111M of 
BiluarJ tbi ionfeuor, p. XXV), selon qui U vit- de saint Edouard par Osbcm 
serait la source de celle due A Aeiredus. Cène opinioo a été admise sans 



p. MEVER 

texte en prose n'est pas non plus sans importance, puisque, 
comme on le verra tout à l'heure, la copie Je la version en 
vers n'est pas complète : la fin est inachevée, et ce qui 
manque peut dtrc supplcé» jusqu'il un cerutn point, grâce à 
la rédaction en prose. 

A mon avis, la publication complète île la vie de saint 
Edouard devrait comprendre non seulement les deux textes 
français, l'un en vers et l'autre en prose, mais même aussi une 
édition nouvelle delà vicLitinc composée par Aelredus. On en 
possède en effet deux éditions, qui se distinguent par des 
variantes assez considérables. La première, et ta plus complète, 
est celle des Hîsloria: angUcaïur icriptor^i dfcem île Twysdcn 
(1652), pp. J69-414'; l'autre, qui est abrégée, est imprimée 
dans Surius et dans tes Bollandistcs, 5 janvier. Mais ce n'est pas 
là une base suffisante ; it faudrait cnct>re examiner les manu- 
scrits de la y'iia d'Aelrcdus, qui sont nombreux ^ A défaut d'une 
édition critique, il est bien difficile de se former une idée exacte 
non seulement de la version en vers, source de la version en 
prose, mais encore des trois autres versions en vers qui ont 
déjà été signalées jadis '. De ces trots versions une seule a été 
imprimée, celle qui fut éditée en 1858 par LuarJ, dans la 
collectinn du Maître des Rôles*. N'ayant pas l'intention d'en- 



vérîfîcation (voir le Dklii^ary 0/ naUoaal Biôgra^v, CtARB, Osbcrt of). 
MavsU qnrsiion mérÎM: il'Ëirc examinée dv nouveau, car k Mu^-vbritatinii^uc 
a riccmmem acquis un minuurit complet de U vie pjr Osbcrt (iddit. }^)7) 
CI il me pariit que cette rWaction e« irî* diftc-rvnttf de celle d'Aelrtd. Du 
re&te, je n'ai ps k étudier cette question, c« il est cenain que les deux 
ridACtions françaises, l'une en vers et l'autre en prose, dont je vais traiter, se 
riitt.tchent à Aelredus et non J Osben. 

1. Cette ùdiiioD est reproduite dans le t. CXCV de la Pjtroi. îat. de 
Migne. C'ca le texte que je citemi ihns la suite. Elle est malhcurctiscment 
■SSCI peu soigna ; les chapitres ne sont mi^nic pas numérotés. 

2. Oulïus Hardy ea énumérc seisc nus. daits son Druripthx CataitigM 
(1, 6j8), mais il n'en fait connaître que les titres; il ne iatt mihne rien de la 
ditiïrencc des éditions. 

j. Voir ma noiî^ie sur le« léijendet hagiographiques eu fran>;ais, HtU.Hti. 
JthFr., XXXIII, Î46. 

4. Liva a/ EUusirà ihc Conftsior, London. Cette tMitiun est fort incor- 
recte. Robert Aïkinson. de Dublin, l'a sévireinem critiqmic dans Heniialhena 




MS. EGERTOM 74$ DU MUSÉE BRITASNiaUE 43 

trcprendre à la fois une nouvelle édition d'AcIrcdus et U publi- 
cation des réd-tctions francises en vers et en prose de la vie de 
saint Edouard, je me bornerai .'i transcrire certaines parties de 
la l^cnde tran«;jise en prose (le commencement et la lin), 
et j'y joindrai ensuite quelques extraits du po^mc qui en est 
la source. 

Ce p.ièine n'existe, à ma connaissance, que dans un manu- 
scrit conservé dans la bibliothèque de l'ancienne abbaye de 
Welbeck (Noctingluin), appartenant au duc de Poriland, et 
décrit cil 190J par feu S. Arthur Strong'. C'est un livre fatlau 
commencement du xiv* siècle, par un scribe anglais '. Une note 
écrite à h fin, vers la même date, nous apprend que le manu- 
scrit a été présenté {dn'ùf} au prieuré de Campseye (SutFolk), 
et peut être a-t-il été écrit dans cet établissement. Il se compose 
de treize légendes en vers, toutes rédigées en Angleterre, sinon 
toutes par des auteurs anglais ' . Les plus récentes de ces 
légendes sont celles de saint Richard, évéque de Cliichester 
(f 125 î. canonise en 1262, translaté en 1276*), cl celle de 
sainte Elisabeth de Honyrie, qui serait de la fin du xiir siècle 
ou du commencement du xjv% si elle est, comme on le suppose, 
de Nicole Bozon ; mais certaines sont plus anciennes, notam- 
ment celle de sainte Catherine par Clémence, religieuse de Bar- 
îcing (Esscx), qui date de la fin du xti* siècle. 

Le puéme de saint Edouard est d'une langue assez correcte. 
Les fautes que la versification présente parfois doivent être 
attribuées plutôt au copistequ'à l'auteur. On n'y remarque pas 
la confusion des rimes en é et ié qui est si habituelle dans les 



(revue publiA: fwr le Trinity Collège), t. I {1874). p. t -Si. On peut aussi 
• rrf^rctivr que l'iditeur n'a» pAS sulTiMmment cumparé k vcrnon avec le latin. 

r. Voir Rûithiata, XXXII, 6;;. - Ce m.uiuscrit a iti. Jcpuis, lors, plus 
J'unc (bis utilisé ; par ex. par M. A. T. Baker, Ri>mani,i, XXXVIlt, 41S. 

a. L'mîturc est celle qu'an Jippt.-lle norniunde, en Angleterre ; voir le Cac* 
simili d'une pdgc ilans U- canlo^uir. 

j. La vie de s*iiH Tlioin.iiS de CamorWr>' par Girnicr de Poni-Siinte- 
Masence tl W pocmt de Mjtit Madek-uiv, par Guillaume, clerc normand 
(o''*4 et s du ms.), ioiit naturel le mcni français d'origine, mais probabicmcm 
compostas en Angleterre, car tous les itiss. qu'on en poiiitïde sont .tuj^ljïs. 

4. Blé rient d'itre publiée en partie par M. A. T. Baker, dans la Rffue 
ift tangMi ri}mantf, 1911), p. 34[ et suiv. 



p. MEVTÎR 

poèmes anglo-fnint;ais dès U fin du xii* siècle. Je ne croîs pas 
cependant qu'il soit irès ancien. Une forme comme hnurté 
(!, 54), pour l'ancien français botieurléy n'esc guère antérieure au 
XIII* siècle. On reinarque aussi que !c style est souvent très 
rechercha; il y a des vers équivoques, ou à peu près, ce qui 
appament plutôt à la première moitié du xni' siècle qu'au xri*. 

Le poème, on le verra, est inachevé. Mais, heureusement, la 
rédaction en prose a été faite d'après un manuscrit complet de 
l'original, et nous y trouvons (§ 57), à la vie du saint, un 
passage très intéressant sur l'auteur du poème. L'auteur prie 
les lecteurs « pour la personne qui a fait le livre 0, et il ajoute : 
Cesle t ivre fit translata en i'aheïc àc Berkingei. Unt iks a^tctîes Jhau' 
crist le translala^ mats ses wns n'est mie nomnéSt quar rU n'ts! encore 
tMS digne, selon s'entenîe, que ses nons soit Uùt en la vie si granl 
bi*tne corne fn l! sains roys Edouari. Voilà donc une femme auteur 
à classer dans la poésie française, ou spécialement dans la poésie 
anglo- française. Ce qui est particulièrement curieux, c'est que, 
dans ta même abbaye, vivait vers la fin du xii* siècle, une autre 
nonne, connue par sa vie de sainte Catherine. Celle-là n'a pas 
caché son nom : elle s'appelait Clémence. La nonne qui com- 
posa en vers la vie de saint Edouard était particulièrement 
modeste. On l.i connaissait bien dans son couvent, nuis elle 
redoutait d'être connue au dehors : elle savait bien qu'on était 
peu bienveillant pour les femmes auteurs; et elle le dît claire- 
ment : Ek requiert a îmt^ ceus <jui orront ctst livre qu'il ne raient 
mie en pour vil potir ce se Jatne le translata. 

La rédaction en vers s'arrêiaii-elle à cet endroit ? On est 
porté i le croire : les paroles de l'auteur semblent bien être un 
épilogue. Toutefois, i la suite du paragraphe où l'auteur prend 
ainsi congé du lecteur, l.i rédaction en prose conte (§§ S9 * ^9) 
une série de miracles. J'ai cru utile de publier les premières 
lignes de chacun d'eux, indiquant en note les sources latines. 
Ces miracles en français sont-ils traduits directement du latin, 
ou rédigés en prose d'après le poème? J'incline vers la première 
hypothèse, mais ce n'est pas une certitude. 

Li version en prose est assez bien présentée. Elle abrège 
notablement le texte en vers, sans dommage, à vrai dire. Le 
style est simple et clair. Cette vie en prose a-t-elle été rédigée 
par le même auteur que h:& vies de saint Martin de Veriou et 



MS. EGKRTON 745 DU MUSÉF. BRITASNIQ.UK 4^ 

de sailli Gildas qui font partie du manuscrit ? J'en douce beau- 
coup : il ne semble pas naturel qu'une version en prose faire 
d'après une rédaction en vers français ait le même auteur 
qu'une version faite d'après le latin, outre que la vie en prose 
d'Edouard me parait un peu plus récente que les ileu;c autres 
vies. Je ne la crois pas antétieure au commencement du 
XI\-* siècle. 

Il reste donc, au sujet de la vie de saint Edouard, en vers et 
en prose, des questions encore obscures, qui ne pourront 
guère être élucidées que lorsqu'on découvrira une rédaction 
complète de la version en vers. 

(Fol. 91.) De sailli EJouarJ. 

1. A 11 loenge ci a t'oniieur do Dieu le tout poi^jni voil d aprï'5 racon- 
ter la vie d'un saini Iionie Doblc que I>tcx anta tant que il le couiomia .tj. 
foi*. Il fu couronni>s (nîmts en terre ci puis ou ciel par ses mcritcs. Il prî^a 
poi les Icrrictincs honneurs, ijuar i! dcsirruit lu gloire CL'IcMÎele et a vcoir SOD 
criateur en U joie parni-uiabli:, laqueU- chose 11 angde desîrrem, jisoÎT ce 
choic que il le voient touï jourz. Cil «ios hom de qui je voil parler fu saint 
OJouan, jadis roys d'Enfjtciccrc. 

2. Uns royi Kgo» jadis eu tngleierrc qui 01 non Alcvrcd, et après lui 
lindrcat si hoir la icrrc, a furent de graiit pouoir Tant ala la terre de degré 
en degré qu'il en i ot un q;ui tn roy» fors et posteis qui ot nom Kdgar- Cts 
bdgar fu preudom eu Dieu, counois et moult sages du siècle. 11 sourtuonta 
touz SCS dcvanii'Cn de grâce et de sainicté, et ce mourra Dici ou jour de sa 
lutiviii. On oy les an^eles chaniaus : « Joie oieut angek, et lerre ait pais, 
•cet guerre soit laissie.» Qs chairs fu puis ^verOs, quar, tant comme il tint le 
rq^e, en orcnl 11 augcle joie ei fu la icrre en pais. Il ot un lîlz (^ui ol non 
Eldercd, qui fu roys aprts lui. Enz ou temps de ccscui vindrem le& Danoys 
en Angleterre, et le prhtrcnt et le misirent en lor lubjection. Li rOys lùlcl- 
r«d prisi puis a moiliter une moult noble femc qui estoït fille au due de 
Normendte. 11 fu moult {c) oohlcs hom et de moult sainte vie. Encore set on 
bien en lùiglcteirc la hautecc de sou perc et la uinieté ' à\i lui « la valeur 
« la prouecc d'aus et leur vassdage, et bien set on qui: par les siens tîna U 
guerre, el nieismemcDi par le bon roi Henri qui issi de cesi lignage, par qui 
Engletcrre csi encore enfrancic, et relegions enrichie. Mais trop me conven- 
dioÎE deniourer se je lL'^ voloie toux orciidroît noumer, et pour te en lairai 
ester, si revêtirai a mon propos, 

3. Edeldrcd (_iic)ot primes un ftix qui fu fon honi cl hardis cl boas cheva- 
liers et preus. Cil fu 01 non Aymons Coste de fer. Sa mère fu de moult haut 



I. Le ms, ajoute ei. 



4^ P. MEyi.R 

piirage, ftllc d'un crmc qui ot i)oo TkiircK ci piiiii tn oi il un JUtic Jv» (ilx 
qui ot non Atevrcd. et Tu de b 'ilte au duc du Nonncndïr qui ot non ■. 
Une grande pièce de temps .iprès «'asamblerviit totijt lo nictlleunt du (•/) 
rtgnc ri tî L-vesquc ci li ihhé et tnstouz li baraa^, et se doutukm moult, 
qiur H ^voient oi dire i^u*: ]ci l>jno» vctiotent cns eu piiï pour ius dc^truirc 
CI pvur la terre gâ»er. Lor» prûlrtnt un cortNeil commun vx s'doorderem 
• tout msamWc que 11 requt'rroietn le roy qu'il fcTst roy d'un de ses (ili qui 
gardas! la terre ei conircsia» ;i leur ancmis. Ht quant li roys oT ce, » vtut 
uvoir lin quel de ses .ij. fih il li Inoieni fdire roy. l.t un vnloieni Aymont, 
quat il le ïavoïent preu ei lurdi, l'I li nutrc rcijiiL'roteni avoit AIvrcd pour 
l'csfort dn b.iron& de Normendie dont il cspcroiciti a ;ivoir aidi.*. Mais Diex 
qui tout sclJvûitduirctiicmordcn<;-,i|UJr cil mouiurenr losi qui cstoicnt «Icii 
par le conseil des lînglcis. Li roy» Edouari leur frcrc e»ott cacore ou ventre 
de sa mcTC qui puis fu roys, ne nus des .ij. frères ne le fu. [a fuM ce qu'il 
fu»cm home {/o/. yi) pjrcrvû, quar k-> t>jtons voietn et apenfurent pr b 
volenté de JhcsucrÏNt que il Cslisoil i my Fdouan qui encore entoîl ou ventre 
de Kl merv.C) Jesucrtit, roy» dcbouaiies, qui csi Ce qui puet comprandrc vos 
jugcmem ite vos raisons ?Les Hngbûs' cuîdierem f^irc roy par leur e&lvctioo 
pour bti-D et pour pouHit, et premterrmeni se cooeordcnent en grani partie 
que Aynnions fust roys pour sou grant hardemcni. « p1uM.>urs voudrent que 
EIvred le fusr pour son grant lignage, mais il ne savoîent mie que a avenir 
e»loit, quar ces .ij. e^lcùx moururent tost apré.^ que DicK f\ft IViilci^tion 
retnanoir, qui avoit csleû a roy celui qui encore cstoït ou ventre de sa mère. 
Enitlab orcnt moult fcrani jotc quant il s'en aperçurent, et (atcat niuuU 
Kconforté ; ja fusi ce qu'il ne scOuent mie raison pour quoi Diex le faisoit, 
si csperoietit il que |;rans biei» en vendrutt, (>)e1 vivoiem en celc bonc 
espérance. 

i. Se ilemouramic granmcnt que li enfcs na>qui et rcijul haptesme, et fu 
uoniéi I-IJouarî. et crut cl mcnteplia en b'en et eu venu, «l a\'oit le cuer 
pla'm du Saint Hspcrit. Me demoura mie grant temps apri^ ce que li enfcs fu 
né^ que les Danois se «pareillicrent et vindrent par mer a grani effort et arri- 
vèrent aus pors a grimt orgueil ; si s'cspaadirent par la lerrc et arstrent viles 
et dtasiiaus et pristrcni le pais et dcstniistrenl en grant panîc I-ï rov^ Ad<l- 
dred vil s.» terre destruiic par la guerre, si douta moult qu'il ne fust souspris 
de Wï anemis et que il et ses lïlz ne fussent acl<!. Il s'ftpensa ; si prist sa fcme 
et sesenfain, si les cnvoia en Normendîe, tl la furent a seOr. Dont tî sambU 
qu'il eMoit alegiez d'un grant fais et que plus descombrt^mcnt pourroit alcr 
encontre ses aiïemit. Li çnfes Edoiun crut en valeur ci en bonté en la mai- 
son son aycul, (Oet anioit et bonoroit cliaKun selon Km estât, et estoit 
pitcus ei de\'Ot en^-crsla povrc geni, ei avec les anciens se mainlcnoit meure- 
ment. sagetiKiit par scn/, hl- mie par aage, hricmeut parlott, chastes estoit, 



t. Le nom nM laissa en blane. — 3. SngLiis, kl et plus loin. 



MS. ECEBTOM 74^ DO MVniiE BRITAMNICIUE 



47 



moût K g.irdoii tic mal Ïmk j soti pouoit et s'entrtfiiivtoit de bien faire vt Je 
tout bien aintrc. Ames enoit de toute ^ent. et ^ li oc D(ex ioné telc ffKe 
cl [cl eÛT ifiiL- KS faisplji^oicni j Uicu ci .lUs humes, et ançois qu'il t.-û>t a;if<c 
ne iJiï«:riKion Je savoir pour ^uoî nn nrtjuicn sainte Ëglisc, ù i alolt il moult 
souvent Cl ouroit et ooit mcMcs, cl aloit ou il savoit Ict preudcs liomnies et 
les bons moines et le» honoroit et amoîl moult eii Dieu. Et il eu trouva .ij. 
CTire Itfs autres iju'il uni plus tendrcnicoi et plus «pctijimtm, ti il li appa- 
tuTcmami cm ou ilu-rrain mal, si comme vous pourrei oTr ci après, se il 
VOU.1 pliist. 

5. (t/) Or voii nrpairicra parler d'Englcwrrv qui esioit encore en (guerre cl 
moult esnuêe de boo5 ami<i, et moult i\*oit d'ancmisa ce\ temps et cruelmcnt 
cstoil robéc. Partout avoit cm et iioi»c et douleur ci ociiiAÎon, pleurs et 
gemi&semcni ; désespérance e^toit partout, ci esioieiil li moustier ars aus 
abbefe* et tl«truiics, ti la gciil s'en estoicnt f\ù et x mussoicnt et l^pissoicnt 
en divers lieu». Ainsi comme il csioicnt eu pleurs cl eu tristcscc, ci plustur 
esioîcm (uiant. et pluseur se tciioieiit aiapi et plouroient, si î ot un saint 
home, -j. ami Dieu qui avoil non Uriluuad, et estoit cvesquc de Wnicesire. 
n entra en un lieu que an dist Gl.-Litinbcri, ploui.ran<>, pensi3\ et odoliïs. Il avoit 
par placeurs roîs requis Dlcu que il vousist mètre fin en cestc guerre, cl li 
prioit ainsi : a Sire, combien nous oublieras vous et combien longuement 
(y. 9J) touraeriJï vous vosirc l'ace en sus de nous, et quant avrc/. ■souspiliÉ 
de nos mesaiscs et de nos douleur»? Sire, îl n'en qui nous sequeiirc autres 
que vous. Sirc, bien sai que par raison et par vrai jugement en fait quinque 
vous nom avez fait. 5ire, quant vous plaira il que ccstc guerre ait tin qui 
tant a duré? Quant pramlri-s vous cure de nous? o 

6. Après ces ' pricn:s et afiis pleni£ de lermcs fu li sains cvcsqucs travcil- 
liuct s'cndormi, et vit en domiani saint Pierre l'apostre paraviaon qui se 
seoit eu un hjut lieu en grant clané,cn digne abit, et li (u avis que utis bom 
moit devant saint Pierre, de biâu viaire et de cler, grans et parcreOs et de bêle 
fourme, n esioit vestusdc nobles dras royaus, et li umbbquc saint l'ierre le 
tacroii a roy et l'oingiioii de ses mains et li aprenoii la vie de salu et (f) li 
enscignoit cliastci a garder, et puis li dtst qu'il regncroîl. 

7. Q>iant li cvcsques ot ce vcù, si s'csvciUa et se mci^'cilla moult de la 
Vkuon que il avoii vciîe du roy que uint Pierre avoit sacré, et prîj moult 
Dieu et saint Pierre que il pvOst savoir que ce ient6oit et qui cis estoit qui 
roys seroit . 

8. Saint Pierre se raparut après reveujuc en vision en dou;! uniblant plain 
d'amlUté, et li dist moult debonairenient : ■ Cis reines est a Nosire SeigiietU' 
» qui seut loui règnes a seignorie, mais li pucples a envers lui mc»err{. et 
» par le pechiiï du pucple sont la gcnt ainsi mamnis, et b terre gastce par 



t. .V&. Ut. 



48 ^. meyer 

« leur atiL-mis, tnùs Dks iic Its a mie du tout ouhlkv, qu'il n'en ait cnoire 
« merci, ma» DJex ne fera mie cenc merci en icn vivaut. Diex cslïn un 
« prcudoutne qui ijii tout teti sctonc lui, ci ^ <:(:lui dourra il le pouoir de 
« Clin; sa vnlcntii. Cil avra l'aide Je Dieu et ton-(()-^uerta Ensleterre, et. par 
a lui, sera la guerre 6nécd(.-!i cmcusDanov-s; il icit prcudom et amis de Dieu 
a et tuouli aracn ses amis, ci s'icn iï«rs et «jrueus a ses auemis, et moult icrt 
« pourfitablts a saimc Eglise, et mouli l'amera et enfranchîra.M puisalapar- 
« lÎTi, quant il avia mis pais en la terre ce droiture radrecie, si mona sain* 
« temeiu, " 

9- Q.it4ni s.iini lierre li ot tout conté rafairc, si comme it .ivint du bon 
roy saint Edouart son ami, si s'csvcilli li evcsques, et fu tnoull joicus et 
haitiés du confort qu'il ot vtrû «n b vluon; ai en loa Jlietucrist cl moult li 
requist t}u*il vausisi celé avîsion mette a eHea et que il eûst merci du puepic ; 
et si savoii ncpourquani, ci cstDÎt lou/ scùrs, que ce n'avcnroil mit: en son 
temps, mais uni le desirroil parfaitement que, ja fust ce qu'il n'avcnist en son 
temps, ii en ntoii il ja confont^ 

10. Li bons cvesqucs tist un sainion au pucpic jprés (d) ceMe avUîon et 
leur prambi que Dieu asTOit merci d'aus se il ne remanoit en aus mcismcs; 
mais pluscur le crurent m;iuvesemenl, sî leur en vint inaus. l'ar tout est fain- 
tise et boisdîe et tricherie ei convoitise : on pane peu de foy l'un a l'autre ; il 
ne gatdctvni foi en au* ineîsmcs, quar U terre cstoil plaine de traiteurs qui 
meloieui leur cure en boisdîe et en barat. ne li uns ne s'osoit fier en l'autre, 
ne il n'oreni amour entr'aus, et tant s'i norri haine et guerre que il meisme 
furent puis trahi li uns par l'autre. 

11 . Qjjant li Toys Edcldrcd Tu devîéy, dune se monstri la imîïOii, si que 
par la tralson aus Englais et par la couvoitisc aus Danoys se reudi b plus 
grant partie de la terre au toy Enut ' qui leur mouvoil guerre, il li crean- 
terem U terre, si oublièrent les drois hoirs et enfrainstient le droit et le 
seremeni que il avoieni {fol. •f4) envers Edouart. Mors en fu AymonsCosie 
de fer, )i ainso^ fiz le roy, qui cstoit boirs et for?, hardis ci sages pour gent 
cODscUlier, et avoit te K^nt gouverne tant comme ses pervs vesqui • ; il en 
sousfri maîme iwinc, et si fatsoit les ' dons cl îe* bonnc-un. 11 fut ocls par 
traTsoo et ses eobns qui gisoïent es bois (>> furent li^*ré aus Danois et les 
les esnuerent (>) en cssil, en péril ci en douleur. 

12. Li roys Enut esKrit souliii et malicieus, Quant il oi la terre prise que 
il avoli longuement desirr^, si se douta mouh i.]ue guerre ne li soursîst de 
eeus a qui il l'avoit faite. Il s'jpen\M que il rcqucrroii Enie a femc, U 
dame qui cstoil roynti de la terre avant qu'de li fusi rendue, et pcnsoit que 



t. Sitt ei de m^tiK ailleurs (5$ la, 14}; fautL- de lecture pour Cnul. 
3. A partir d'ici, et jusqu'l U fin du para^mphe récriture «st brouilUc et 
retoucha. 

3. M U semble qull y a tons raturé. 



HS. EOëHTON 74J bu musée SRlTANNiaUE 



4d 



partctc alîjtia; avoii il pais jui Nornuns. « mouti jvoîi p-jnt iJouIciIl-s 
ilrois hoirs qu'il ne je resvigourassem oi i:hiik'nj.iMeni l.i icrrc par l'aide de 
leur parcm Je Ni.»rmandic, et bien savoii qu'il leur avoit fjiit ton, et pour ce 
(A) ret|Ubl La mcn: et prîsl et cspousa. Or uvîni une ^ni pièce apr6& que 
Alvred, qui estoîi en Xorninidte, vaut vcoîr u nicrv qui c^coLt m lùigle- 
terre, et i nia ; mats ce fu a son ^ram mal. Uacioys esluient i» anciuîs ei les 
Anglais qui li deiisscni estre ami, et fu livrcj; a mon, et pour ce que je oc 
»i mie l'cstoin; coiiim«:nt il ot {cerr. fu ?) niort, si n'en dirai plus. 

13. Or fu Edoiun son frcre demouris tout seul ci orfclin de pcrc et 
deahrriite a ton et a pei:hii.'. Il mÎM a cure eT m pcnft^e •.'n Diïiu ci en drtM- 
lure, et tiepomrqu.inl ji doutoit il tnoult les cnfiln* de >es ;nicniis, quur il vcoit 
bien comme il avoii perdu ses amis, et niouli se dautoil de tmiion que il ne 
tust par les sien^ nieùmes tr;iï» el <x\% par les l>anoys : il n'i r[c|t)it Certain 
conseil fors ea Dieu, seulement b metfoit] son cucr et s'csperance, et sou^-em 
prioit Dieu qu'il le vausist garder de toux ses aiicniis, quar il estoii ses (<^) 
refuiemens en ses confors, et pramist a sdim Pierre, se il pouoii ravoir sa 
terre que il «roit s« avouCs, et que, Jprts ce qu'il avTOit w leirc recouvrit, 
il le requcrroit au plus tosi que il pourroii. 

14. Ainsi avoil saint Fdouart mut son cuer ot sVsperamrc en Dieu, et tout 
•vwoil selon Dieu, et Diex, qui ses amis n'oublie, lï envoia \i,r.\<iK et le con- 
fona. Après ne demoura gaires ituc li roys Knui mourut qui av'oit conquise 
Englctcrre, et ses fil» qui priMrent la terre ne iluntMit puis gairus et furent 
soostnit par mort. Donc primes orcm pais les KngJiiis des crueus Daivoys. 
Lors leur souvint de celui qui esiott droit boir, qui en estott chaciés et li 
avoieni juré le règne avant qu'il fust nci de sa mcrc. 11 s'acorderem tout que 
on le inandast et fust roys et tetlist la terre, quar il le devoit avoir de son 
boa droit. 

15. (^Qpant saint Edouart sot les nouveles que v.-s anetnis csioit mort, si 
rvpaira en Englctcrre en volcnté et en courage de bien faire, ei fu reccùs a 
gram joie et a grani iiouoeur comme sires, et fu courounès de .ij. arceves- 
ques. Moult i ot cvcsques el abbés et nobles homes. Moult s'en csjoi li 
puepics, et les Danois furent reir.ut en kur pais. Quant li hon.^ roys, li sains 
hom, ot sa couronne receù. il mist s'eiiiente a honorer et enfraoL-hir sainte 
Eglise, Cl acTui moult les rcJegtons, et garda foyet loi.iut(i a son pouoir, et fu 
la terre plcnieire et li air bons et sains et la mer plus quoie. Li bone rcnou- 
mée de lui s'cspandî par le monde moult loîn.s, et louz les roys et les haus 
homes qui cstoiem ses voisins dcsirroicm s'amour et sa bone voknté pour 
le bien qu'il en ooieut dire, et non mie suuleiiieitt ses voisins, (fol. yy) 
quar li cmperieres de Kommc, qui esioit a ck\ temps, cnx'oia tes messages 
au bon roy saint Edouan pour avoir amour et considération a lui, et A 
devoit cslre par raison quar uns siens râH-, qui avoit e*tê iîk Aymon son 
frère, avoit prise a femc une cousine a l'empereur, et l'amoit mouh It 
empericres, et pour ce li plot moult le grani bien qu'il oi dire de son oncle. 

«•MM. XI. 4 



mw 



ti toy de France et il csioïent \t>i«n et procciii cousin tl Orrtit praM Jtnoiir 
cuumbic. De tutu (stuit aniex.foTstvuWiiKni Je ccus lic DantinUTchc, nu» 
cil le ituncchDtCilt Je guerre, n'il ne &'e>t<'iciit niic encore suoulé dtr» nuus 
CI lies occbiom qu'il avoient fjiit. Mais Dicx fiiu leur crua.utiï et .it^aisi-a kur 
CKfIlueill, ti comme nous dirons ci après. 

10. Li toy» fu niouli lioncrOs, riches homs et ptain Je sa». i:« oiH|ues, 
pow hoimeur que on li felbi, ne s'esioi (^) ne s'en orgueilH. et ,i Dieu tn 
rcnJmi In ifruces. Ses ami^ et ses privai» ani.i mouli cl honora : Jour vi 
amiables moit aus parwnncs de sainte Fglïsc, et csioii pius et mUonnables 
au petit )nivplc. Il visîioit et confortoit le» malaJcs et aidait .-tu» besoîngncu& tt 
svait cnicnlc ei dcvocion Je vivre en rclcj^ron. et metoit niouli grant cnicme 
dcmouiticrs rcstorcr et dci^lises fonder, et moult |i(jrdHit lcdix>tt drm |>ucpte 
n maimcnoii les puvmei nourrissoit. ne onijuvs ne lin grief a povrc homme 
pour deponcr te riche- Il lenoit celui pour noble et pour gentil que il savoii 
pa-udoumc, ci, \a (mu ce qu'il fust dv grani pouoir ro^-s et «rcs Je grani 
icrrvï, M n'a\'Oit il mie rn despil les povrcs gcos. Il csioil pcfcsdcs orfrlins; 
il Jeportoit h grant rîchesce jus povres au!iïi comme s'H leur deù<it de dele. 
Moult mtih de l^ïau viairv et de hua ton, ei de bêle menibretin: ; dou/ sam- 
Maui avoit : uges, (f) courtois. Jebonaires eMoit. .Moult jvoit bclc alcûre et 
)zentv. Moult pailoii bel ei counoisemvnt. Volcniierï et »>u\ent parloii de 
Uieuci de u merc. Il chasti^it saj^cmcni les tàuiet tcnoit les bons et les sages 
a jrmar ; on iw le vit onques rnifltï d'orgueil ne c^chaudî par ïrc. H otoit »• 
mourët en tout, «ibrvst.ii boirr et en menftier. 1! fu chasirt Je ton cors, et 
plus fu rkhes, plus garJj sa chaasié Qjji %'ourruit louz les biens rai^omcr 
moult li fouvcrroit ton^cmcni mètre. Or vousen dirai un esKiraple, cl pub 
vou« mousterrai comme il fu charîuMes et soufran». 

17. Li bons rois s'cstoit un jour couchiés en son lit pour dormir. Lors 
comnien^a a pcn^r si qu'il en pcrdi le dormir. Ainsi comme il »c gisott, s 
vit venir son iri^irier droit au insor, it ouvri un crtfre: si en pris» a m 
volent^ et tant comme mtMiirs It fu pour faire ce qu'il j\-oit a faire: et, pour 
le hasEc <iu'il avott. (lO il oublia a rcfrimer k cofte. Ctts pm-re v«llb qnî 
laicnii KrrvcMi ï'cn aperçut, cl bien sot que li cofres estoit dcsfreroés; sj se 
iraist cde pan. Cil vallet rcpair^t en la cui&in.» et re:ueilloil 1» cscudcs et, 
pour ce qu'il estoit povrcs et il nt si grant richece, si li vint volcniO d'entre 
lanon. Il vînt au cofrc et pn« KranJemcm du trésor <.i ntu^ en son Hîn, 
Cl s'en retourna en un lieu privé ei niui;a son iarrccjn, vt puis sr nipmsa qœ 
encore avfoii il de ce trésor, et revînt seconde fois ci rempli son sain de cd 
trésor aussi comme il avoit fait devant ; ci li roys esgardoii tout ce. Tîet« 
toys Kvinx li vallet au trésor ; mats li roys, ^^lû sot par re\'eUti>><i d'opem • 



1. Le traducteur n'a pas compris le poème (d-après, p. 66, enraJi U, 40X 
ûè il est question du Saim-Esprii. 




MS. ÎÎCtîfcTOS- 7^5 •"-' MfSftE BRITASXIQÎJK Çt 

quv II ireiorieri estoil près, qui gardoU le uesor, Jist iui larron tout Mmpîu- 
nieiil : n Valict, tu ocvrcs lolcmcnt : fui t'en, lu feras que sjgirs , si cnportc 

• uvixqucs loi tout te que tu as, 9UaT, saches lu loui (Jol. y6) puur voir, se 

• Huguelitis ic puei trouver, tu n'cD porterai j« denier. » Quant 11 vallés ot 
ee ol, tt )'en fui au plus lost que il onquct pol. Aoni es vous vrnu le (rc50- 
ricT, (.1 tdiiioM il ï'jpurçui que on avoii cnMi du trésor : lojz ti vi^ires li 
[wli et gtia un wiukpir et fi»l cri et iioin;. QLUnI )i rovk IVnlcndi, si li 
demanda qu*il avuît, et cil li dist que moult -ivoit gruni duel a son cucr, quar 
on avoil cstti tu ne^or et fait moult gruiii djniingt;. Lî roy% li dÎM qu'il se 
leûii, ne que ja de ce n'eûst peur ne doutante, que cil qui .ivoit embliî l'avoir 
l'ivoit fait par besoing, «et pour*;c, à'\-u il, qu'il en avoit greigncur nic&lirr 
« que je n'aie: si l'ait, quar bîcii nous soulfîra le rcmanani. • Ainsi cela le 
roy le fait, ne li lierres n'en ot mai ne dcspit. Ce fu grani cluHtéï et Rriut 
valeur de a haut home et de vi noble : clmtcun jugaa de ce»t fait ce qu'il * 
vaurra, mais je di que ce fu plus gratis mcneillc (() que ce ne fu de pluMrur 
miracles qu'il lÏM, si comme de curct les bnguercus et de rcdrccicr les con- 
trais et de p)useu,r:i autres dioscs. 

18. Saint Hdouatt fu roys preudum et vaîlluns, de tout bien cnlumimés, et 
moult l'amoieiit si voisin. Mowlt oïdcna de bien en la terre, et moult 
t'amenda. La Mfii: Rent et li prcudome avoiciu moult gntcit paour de sa 
mon, pour ce qu'il n'jvoit hoir de 5a char. Li bairun piirlcrent ensambic ci 
s'acordereiit qu'il cequerroioit le loy qu'il prcist fL'mc de qui il jieâst avoir 
hoir qui après lut ttnist U terre. Qj.iaint 11 roys ot oi ccstc reviucstc, sï l'en 
pesa moult et fu si dolu» qu'il ne wt que dire ne que faire, qu.n moult doii- 
toit qu'il ne dcspleQst a Dieu se il se manoit, et moult resoignoit perdre ta 
ctua^ié quil avoil diftnemeni gardée, et itepourquani m doutoit il a ckoti- 
dire la volentiï de m;s barons 11 leur rcspondi que voteniiers pmndroit fume, 
mai» (f) il en lîst oroison a Dieu que il le couscillasl, et dist : '■ Uoy> Jhesu 

• Crisi, qui sauvas les .iîj. enûns en U fourtniu: plaine de fco .irdant, et il i 

• cliantcrent tel loeiige et en issirent sain ut Kiuf, et dclivrasles Joseph de lu 

• dame qui l'aama.et li uuvastcsu cluasté, qu'il ne laperdî ne parfait iiv par 
■■ foie pensée, et sainte Susane fupar vou$ienséeetdeli\Tedc faus bl^mc dont 
u I) (ol prouvoirt: le cuidoivnt cncouper,eisiuvasii:sJudid(fiV),la nobk daitie. 
a qui misi son cors en aveniure pour délivrer vostrc pucpic d'Oloferne et de 
a Min pouoir, et daignantes pr.iuJrc chiir liunuiiic en hi >.iinte vierge de qui 
> tu fcbu mère, et si vstoil ta lîlle. Sire, je te pri que je puisse tel mariage 
a faire que me» cors n'en soit cmpiriés. Sire, je su! tes sers ; tu nie feb quant 
o je n'estoiu : je te pri. pour r.iniour de u vicige mère, que tu gardes en moi 

• chaané, quar tuni comme je pourrai te vaurat chastement (r/j servir. () 
« bencoîie vierge Marie, mère de Jhcsucrisi, secoures moi envers vosite fiU, 
a si comme vous le poue< faire, que je rvs'ciive la :>alntc ordre de mariage en 
•• ici marJcre que fenic ne me déçoive, ne ma clta(.ij)>té ne »oît par l'asim- 
■ blec malmise a. 



t>. METEK 



if. Pots iiaH « idasioant. n&t 



' de KOK p'IlMlIT. WOt B 1 tCd- 



éu mie le okt. Il te Motir a ks barons qw 3 fardii kor ra|u£SK, se Û 

tnivoii fcmcqei faMxfierans a k». a pus te doBnder «aqaecre m oo peitat 
troovcr ce b icnc Ane ^ fan bcfe a sige ci Ae hnt Hgniec^ pbkK de 
bone «ic. Tsol to ctm i uwc et denuuUc ^*3 ca Uuuvuuu me. Cns cacns 
oioii es b tcRc qn nook ottÂt tiàta a y o ûaio », bm» de mjfc nanoc 
oi^ ; vtâtn^ a ptmvé ivttl e«é fàr m seigaetin qn fMr kii avotcat Cttf 
oco. et uwvcntcvoitcsiib tenepirlin trtfc.Ilcsiailsfleintrai^îngct de 
boi&lic i]uc il (7W. ^) decevoit BOttt ses voûins, et un maBcicutaocm fai- 
soii qui] n'en fnst p repris oe ja ne fcîs samUam ■■ debon de chose qu'il 
vausisi (aire, ci mouli lavott hen ^traire la j^eol ta mal qu'il voloh Ciire. tl 
avott non jouJouins. Il cuoîi de haut pon^c. Il mm aoc mouli bclc nUe 
, qui i\-oh non F-dît. Et au»si comme de Tespinc issi la rose, ausn fin cestc 
damonelc de loi. En Dmtd s'rWNi mbc ci Dwu tenioîi. Et Dicx, a qui «le 
l'esioti dounëe, t'avait bien ensetngnie de sens, de rakor et de bnat£ et de 
paifaiic chaati^, ijuam il te ^tdoit avec Hdouan son bon anù, quar la booe 
danxkscrk cliasii: (rou\-a ou de Tu bien mite, ce fo avec le bon ro>' pmi- 
dooK et chaste. Dicx l'avoii aournèc de seos, de venu et de bijut( ; en son 
^e aage estoit tant sages coume s'ele fust darc(Jrr)ei z^îc, ne c)c n'amoîi 
les jrui ne ks scculariiis. Ele se tenoit (h) m ses chambres. Ilucc ouvrait, 
quar de csioh mcrvoUc sage de lisire n de ouvrer d'or ci de soie, «t mouh 
uvoii bien pourrraîrc et diverses fuiniuics fairv, et quant clc cstoit lassée et 
Iravcillic, si rctoumoh a tes Evrcs : ja ne (lax trouvée obettse. Cote bone 
damoisele resambloit mauvesement a >on pcrc. 

SB. U dit cueos, le père a (a bone damoiscle, enoJt moult riches hom. 
PUios csttrit de tout ber« et de toute boisdtc. .. 



43. (Fei. :ij JyiÀ bon» ro>-s saint Eduart coumença a aflebir, quar 
l'âge le requeroti, et de tant que lî cors aflcbi»oii, plus de unt s'enforçoli 
plut lecuer Dieu amer cl de la vierge Marie ci des sains honorer, l'restoos 
In amoit et seT\'(»t, mais entre 1002 tes sains il en amoii deus plus espccial- 
nM.-nt ; Il um esroil SJins Pierre qui csioit ses avoués, qui en maint bcsoing 
Vavoit confofrt, et li autres si cstoit saint Jdun l'cuvangcliste. qu'il jniott 
pour ta virginiiiï. En ces .îj. avoii son cueur assis, et moult les ama et 
honora a son pouoîr et principalmcnl saint Pïerrr. 

43. Puit avilit que lï roy% lïsi faire une église en ronncur(/iV. 114) deiaial 
Jdun l'cuvangclistc. Li roys le lîst dcdicr et mouli t assembla de getil le 
jour de la bene[i;on. et H roys indsmes i fu et moult t ot chcv-jlicrs. LI roys 
et li baron sivircni b pourcesiion . EmcS vous un pèlerin qui s'aparut devant 
le roy et li requist s'aumosne en l'onneur de saim Jehan et pour s'antour. Et 
li ro)'s mist sa main a s'aumosnicrc, mais il avoit aJnni si dcpani que il n'i 
trouva fient. Quunt II pclciin vit ce, si cr^ressa le roy plus que devant, et 
moult li prlolt piccuseracot, ne li roys ne toumoit a oulc pan qu'il ne trou- 



HS. EGIÎRTON 745 DD MOTfiE BRITANNKIUE $î 

rin dcvaoi lui, ei tjuam U vil ce, si apeb son trcsorior. Mais la 
it si graiulc cniDur le roy que il oc pot vcoir a lut. Lî roys ot honrc 
de ce qu'il ne li m ^uc (loiinet. Dont s'apvnsa de l'incl de sondoi, et uinoit 
le traist har« ci le donna au pèlerin. U aniaus estoit riches et Je graat pris, 
CI Li pèlerin l'en merci;) mouli cl tamosi se départi. 

44. <}) Ne deniouiNi p» longuement, puis que la devant dite cgiîsc 01 vstè 
dcdiic, que .ij. homme» murent d'Rnuk-lerte pour fiiire peltrin;igL- au saint 
seputCTC en Jérusalem avec autres pclerini, et alcrtni ensamplc p.iT pluseurs 
joum6», mais il ;ivim que ^il dut (Ktdîrcnl leurcouipaignom et se forvoierent, 
je tte sai \nt quele achoison, mais ne vircm nuEluiquï le chemin leur mous- 
trast.et uni rilcreni que la nuit les sousprist, dont ne sorcni quel part tour- 
ner ne uu xier. Dont iv coumeiuiereni a >.omplaindre et disoient que c'estoEt 
par leur {Hrcliié. Si comme il disokot ainsi, il virent une gninde compâignie 
de tr^ biam jouvenciaus qui toux esioieni vcsiut de blaOK dras. Et touz 
paroient jûnne : moult cstotcnt de noble conicnemem. Il en i avoît .ij. qui 
aloicni devant touj; tes autres, et ponoient .ij. cierges en leur moins qui ren- 
doieni si grant clané que l'oscunés de la nuit en estoït chacie, (c) Il pas- 
sèrent le chcmiti ou les .ij. pelerini esioîent. Apr<S vint uns nobles liom de 
roui favûn que du! baron adesiroicnt et le menoietil grant honneur : che- 
nus esioil, maiï tant estoit bi;;iuï qu'il sambtoil hoin plain de grant dignité. 
Quant li pèlerin le virent, si en furent moult coafoné, et quant il vint a 
t'enccintrc de la ou il estoiem, si s'aresta un petit et les resgarda cl pnis leur 
demanda dont il esioicnt. de quel pais, et en quel seignorie. Les pèlerins 
rci pondirent qu'il e.^tdLent d'fînulcterrc cl que li rovs Kdou;trt c^tiiit lor -tires, 
et dtstrent qu'il aWiem en pèlerinage au saint Sépulcre en Jcrusiilein. mais 
fourvoii cstoient. ne il ne savoîeni quel pan tourner, ne il ne sd,voicot ou 
peûssent esire herbergié. Ht li nobles honi dist que il le sivissent et qu'il les 
pour\-erroit bien a l'aide de Dieu. Les pèlerins l'en merclercnt moult : il les 
mena avec lui eii une inés noble ciii, (</) et les hcrberia en un mouU 
bel osicl et mouilt clucr, et orcni quanques II apanenoii bien et plan- 
tcf^-ement. Qpant U nuit Tu p.ii.sée et le jour esclarct, il se descoii- 
chierent et te mtstreata la voie, et leur bons ostcs Ie& convoia, et, quant il se 
dut départir d'eus, si leur disi : « Hclerio frcrc, he vous doutés de rien, quar 
■ sachiés que vous fereï vosire pelefiuage, et levendr^s arrière en vostre 

• pais et cns 00 lieu dont vous estes né sain et sauf a joie et a prosperinJ. 
« quar Dieu vous' conduira qui est nosuc uuvceur, et vous aidera pour 
a l'amour de moi, et je vous conforicTai et aiderai pour l'amour de vostre bon 

• roy et alcj^erai vostre travail. Ht se vous vouti^s savoir qui je sui qui 3 
•> vous parole, sadiiés que je ^ui Jehan l'evangelistre que un dist t'apostre : je 
B et li roys Edoujrt vostre sires, wurncs joim par gram amour. Je l'aime pour 
« sa grant chajsif, et aus^i (/ot. m) fait il moi. Vous L saluerez de ma 



I. Ms. wms. 



54 «ÉI^™ j., MiiVER 

<• psrt. Cl, pour ce qu'il vous croie de ce que vous li dir», wus li portent 
a ccsi anûu J*or m El dires, que il voui croie a ces enseignes, que il me 
« douna cort aiiel au jour Ju dcJicmcnC Je rcg1i»c qu'il avoit faite en mon 
« nom. Je sui le pcLerin qui li requi:>c s'auniosnc, et il me douna son aacl 
« d'or, et tî li dires <\uc |e li m^m que son jour de son ircspnsscmcnt 
n aproche moult duremeni, <]ujr il ii-ri dedeiis .vj. moii. Je veumw a lui 
' et le garderai comme mon ami . ■< 

46. Qpant uint Jdun oi dit icv paroles aus pclcrim, et autres selonc son 
plaisir, si se desaparui, et li pck'riii se ironvcrem ou lieu nu il vouloicnt 
jler; il i fireni leur otTraridci ri T(.-grjcî(;rt;nt Dieu vt «aint Jehan, rt rciour- 
iKTt-nt a (îrant joîe. QpanI i) furciil en Knglcu-ra-, si aknvut au roy et li 
conicrcnl coumcnt il perdirent leur (h) cottpaignons et comment il virent 
aùut Jehan et coumcni il les hcrberij et ce qui leur dist, et dont li hiillierem 
Panel as enseignes ei li dîsirent le aalit qu'il Li mandoit; puis le tiaise&l efl 
sus de la genc; si li distrettl luut privccnicni <c qu'il leur avoît dit de sa 
mon, et le. ' pramcssc que ïl i scroit. Qpant li rovî m ni les nouvcics Je 
s;iini Jcluii son Ixin ami, si ploiira du: piiiiî tt de joie, ne i) ne se pouoît 
saouk-r de demander ^uelz il estoit et comment il partoit et en quel 
Heu il les avoît hcrbcrgiés, et ja fust ce chose que Li roys ne se pcûst saouler 
d'oir le^ pèlerins, nepourquant » Tcfraitist il son courage et laissa lei pele^ 
rins reposer, et puis, quant il requisiri-ni son con^iL-, il les mercla moult des 
boncs nouvcles qu'il li svoienc dites, cr leur list tant Jounrr Ju sien qu'il 
fun-m lié ci esbaudi, et s'en alcrcnt en leur lieu a grinc joie. 

46. (() Li roys ïut bien que le jour de sa mon estoîc prés, puis qu'il ot ai 
le mandement saint Jehan son bon ami, et pour ce qu'il peiist plus scûrc- 
nieiil aler, il envoia .ij. messagîers devant: lî uns fii hiibundaiice de termes 
et li autres aumosne. Li roj-s Jepjni tout son trésor aus povres besoin- 
gnens et aus orphelins, aus mjUdresm ans I.)n)iiucreus. Il apresta si son oiric 
qu'il s'en pot aler seurenwnt, quant le jotirvini. sans douter lestourmcnx. Ij 
boi» roi» se pourveoit toux jouri: c[ moult csioii curieux Je faire comment 
il peijst pbire a Oicu; il se faisoit touz cstrungcs du siècle. Il avoit parfaite 
l'i^lise saint Pierre Je Woimousiief, si comme vûu> avez oi ; or plot au roy 
qu'il le felst dédier avant qu'il morusi, quat îl avoît prise la tmison a 
remetre sus et a rcddicr ou non de pcnitancc, et il r.-)votl faite croistre et 
renouvelée en meilleur estai, quar, quaittek oicsté {J) premièrement fondée, 
saint Pierre la benei. si comme vous avei dcv.int oi. mu's puisque ]î saint 
roy l'ot a-storéc, si li plot qu'ele fust dédiée. I) pensoit jour ci nuit quant il 
avroit niiculi: pouoir de [L] faire deditT par quoi l'église fust honorée et Ij 
Teste a-lebrte ; mais il ne le puet mie laite en cel point, quar, le jour de Noël 



1. L) valeur de trois ou quatre lettres mais il ne scmtiic pas qu'il manque 
rko. 



MS. EiKHI'ON 74) OU M'JSÈR BRtTANNIQUK 



5S 



csioit trop prcïcm, ou quel jour le baniigc d'EiijjIctcrre sVujmbloil a court 
et dtfvoii li roys portL-r couronne. Li roys vit bien quv !i jour^ «toit pr^, 
m^s toii\ jouri avoit vn prupo) de faire le dcdicmcni et ncpourqujnt il le 
mist en pcspii tant que les troii jour* di; Noël furent passé. Il s'apcnsa que 
lî deJiecncnt scroît fjît It jour des EniiCKCtis. Or avîni que ses m.itis t.Tiroi'i^ 
1j nuit du Noël, cl icnii k- mal pur tout le cors, dont tourna U joie des 
b4ron« en duel, ci nepourquam li roys s'cnforçoit a son pouoir pour les 
barons ci pour U sollcmpniié du haui jour, et moult li (/?/, n6) pbltriit de 
que il veoit le jour aprochier qu'il dcvoii Uî&sîcr le siccic. quar i) deiir- 

' roit vcoir son erwEeur. Tjini sVnforça « uni te combafi eoiitrc lu nul ijuc, a 
que) que poine, il porta cniirounc et ses royaub auurs eu^emei t, et si&t au 
niengitr plus pour reluiilcr ses luniici que pour lui mcisinn. Il >avoit bien 
que le jour estoit prés que il tri-sfusseroll de ce&t Mccle. Donc h«t mandtr 
SCS homes et commanda que on jp-iTCtlIast quanquex meiliers rttott pour 

Li'e^LiK dédier ; il ordeua b besoingiic um tomme il pot, ei quu't il ne pot 

Jus si re^ut b royne tonte U cure, ci niotilt fu irisircs ei coiiTOUCie du mal 

le toy. Il li couvirit faire a par li te que eus dcus cuMtnii f,iit. *e li roy* eûM 

en Mttté; mais b rnyne en tist uni quar il plot a Dieu ci ïioulîst au pueple, 

et bien acmpli ce que atTeroit au roy. 

47. Q^ani l'église fu dédiée et le service finii, si Tu li r^vs mnult malades 
ei fu câuchiL-s(A) en son lit moult angocs.eus et moult distrols. Doni ve!s^ 
sjc< la gcnt plourer ci grani duel démener ; ou regardoit le péril des KuerTc» 
qui rcwurdroiem aprissa mon. U prince et 11 baron s'asamblcrent cniourle 
roy: U royne li estoit det-ani, qtti s'espousc estuil cl pucele avoîl veNCU 

..avec lui ; moult s'.iseoit pins près de lui que nus des autres, ne ja ne s'en par- 

^mtsc s'il ne lî pleûsi.et luuie l'amour et la douceur qu'ele li pouuit mousirer 
ek li moustniit, et ramoncstoii de s'ame , elc le soustcnoit en son cvourceure 
et l'aidoit a couchier et li eschaufoii ses pies de ses propres mains. Ainsi 
comme li baron et la royne seoieiu cniour le roy, si fu 5t agrevés qu'il )ut -ij. 

.jourz en transse*. qu'il ne ^o^ ne ne paria ne n'oï, cl niieul; croi je qu'il fu 

■vis que je ne cm! que ce fust de sa mibdic, si comme il aparui. Li roys 

Ouvri ses iex apr^S ce qu'il Ot ainsi cst^ en transses, et resg:irda sus honic^ 

aniour lui. (0 Dont >e drefa en son séant ce tendt ses mains ver? le ciel, ei 

di&t ainsi : « O Jcsucrist, rois loui poissans qui veet toutes choses, vous 

■ savis ce qui est a avenir avant qu'il soit, vous dciuni« les règnes ei tolis et 
« mais les choses a vostre v'oleniè ; je vous pri que vous ra^e dounfs pouoir 
« de parler si que loujt ceus qui parler m'orroni cricmmeni vous et vosire 
a puissance cl se a-pentcni de leur pcchié. Sire, doun^-s leur amenticment par 

■ quoi il puissent cscliîvcr vosire ire et esclupcr de U venjancc que il ont 
» dcservie pu pechié. » An^oîs que lî roys cùsi parfaite s'oroison. lircvjm sa 
force et sa raiwin si qu'il se pot lourncrscur uncosié et scurl'aulic. Li roirme 
et toute lageni s'esmcrveilliercmmouli quant il virent que li roysavoil receù 
lel force, qu'il .tvoieni veû un poi de\-jnt si foibie. Il parloil bien et deKvre- 




J 



^6 



P. MEYER 



ment par douce parole (i/) « du cicre raisoD. et devant ne pouoii mou- 
voir ta Ungue ; et qu.int il scnâ sa force, il se prîsl a parler, quar il voulnt 
nrvcler a ses amis ce qu'il avolt vcû. tl leur coumcnça ainsi a parler : • Sei- 

■ gncurfta, Jrst il, " quant jf fui e«\!li«Sct je dcmouraie en Normcndie, m 

• foinme vouïsavei.j'amoîe moult gcni de sainte viL\ja fust^c chose que je 
i luise cnfcs, et toui^ joun amoic je Ici preudoum. s et \ci botu. lintrc les 

■ sains de paradis je en aï deus en especîal amuur aus queb )< ni'aliai pour 

• leur ijnini biens ; orc, quant je m'tndormi, vinrent a moi ci! dui mien ami. 
•> quar Dicx les î avoit envoie)!. Il me firent uvoti de par NoMre Sogneur que 
« il se vautra vengier apr^s nu mort Jl-s grans niaus que ccsie genl ont fait, 
« quar leur pcchié suni graai et parfont. Il m'oni dît tout apcnctncot qu'il 
a som plaîri d'inlqilJtiï, et que Diex en prandra vcnjance, quar il ne poncm 
« foi (W. 1 17) a leur sousgis et enlrainpicnt l.i loi, et li pasieur vendent ce 
" qu'il leur doivent en don et pour Dieu. I.i prince sont robccur searlcur 
u homes, n'tl ne leur portent foi, ni! n'en huiiUL'Urent Dieu ne ne crtemeni 
H et moult leur plaist faire cruautO. Lî prélat ne foiil justice ne lî subjeci n'en 
u ont ' cure. Or a Dicx son arc tendu; si moosicrra sa venjance. St> mjus 
<> acigetes prandront vengement de ceus qui lï out mesfaii. Un an et un )our 
o sera la terre en grant guerre et en feu et en flambe. 

4S. * Seigneur, quant jeoy lis paroles de mes amis, ci j'cntcndi la cruel 
u menace et la grant pestilence mnnel. si demen.iî moiili grant duel ci puis 
a respondï par ic\ nios : Vous qui savez le >ecré de ccste ^ent que Uiex 
u vous moubtru, pourront il jamais merci trouver s'il se repentoteni ? ja est 
<■ I>iex si dehonatres que il regarde les repeniaus (ft) et destourne sa venjance, 
M si comme il fîst de ceus de Ninive a qui il 01 mandé sa venjance, et pitia 
o il se repantireni et tirent penitinct. et Uies trcstouma sa vcntancc. Je sai 
« bien que encore n'est il pas changiez en boni* de en debonaircté, si que je 

• cDorterrai ma gentqu'il s'amendent, et, n'iI le fout, je espoire en Dieu que 
« il muera h sentence et qu'il avra merci d'aus. Et quant je leur oy ce rev 

■ pondu, si me distrcnt que cestc gent n'en orront ja bien ne chose que 

■ on leur die en nuniece qu'il seu ametident. Il sont si pliiîn de pechii 
n qu'il ont les cuers touz endurcis. 11 ne se rcpenilront ja ne il ne deslrrent 

• bien faire ne bien oir, n'il ne se urgent de mal faire. Ei quant je oy tout ce 
R entendu, ù fui moult curicus de savoir se le puepics avroit nul confbn 
« apr^ u grant mal, dont dis je qu'il leur pleùst qu'il me deiucnt te nus 
a confors cnsiurroit aprte ces grans (t) maus que li puebles soufferrtùt. 

ifl. u Quant je leur oy mis devant tes parotes, si me distrent tant seule- 

■ que uns arbres seroit trenchtte. et si esloiigiés de son tronc que l'espasse de 
« trois arpens seroit entre deus. Et quant cil arbre revenrroit * a son tronc 



I . Ms. Il'*» iKWl, — a Ms. revfttrroieul. 



M5. KCrERTCni 74$ DO MUSËE BHITANNIQDE 

< ttyax s par lui et de snn gr^, Mn* ce t^uc on ne li lîJaM. il se remcTroit sus 
« son tronc, ut se racîdroîi a ses tacincs, ci après il fioutiroii et poncroït 
B fruit, Aiianc pconont e5ptTcr d'avoir îonforl. Et ijuant mes .iniîs m'orent 
V ainsi dit, m se ilcpanireot de moi e: râlèrent ou ciel, et je sui revenus 
« 1 vous pour anoncicT ce que je iivoic ot. » 

M. («OTant corameli ro« disoit tés paroles, seseoit li cuensH.ilars devant 
lui jouste la roync sa sercur. et si vno'n Ava Yi arccvc^quc STignr»,(|ui moult 
ntoU pbia de m^l. Il esioit cnirés a [ort et j pcchi^ cns ou sic^fc de l'arcc- 
vcschic et en avoit osi<.^ a ton le bon arccvesquc Robert. El quant li apostoles 
le sot, si le souspcndî, cl Diex en prîsi '.■enjancc. quar il ne dcmouni puis 
gatrcs que le ventre li creva ex ts^ieni les enTraitlcs. Quant cil Siiganz ot oy 
comment li rois avuit pari* « comment il R^niissoît l;i gcnt. onqucs rit-n ne 
te douta ne jritîé ci'ot du nul que M roys avoit anoncîé, n'tl ne creu&t rien 
qu'il cùst dit, auçoilcicharnî Iciw" et disl que c'cstoit rcdos", ne il ne savoît 
qu'il disoit. Il coumen^a a dire et a ^aber de ce dont il doâsi plourer; 
mais U bonc gcnt coumcncîcrcni a plourer moult tenrcmenl. quar il aavoicnt 
bien que li puepics âvoii me&ptis envers Dieu, et pour ce creoieni mieulx ce 
qui: li sain.^ roys avott dit. El a la parfin trouva on bien que li mvï avoît 
dit vérité, quar, [quant] H roys tUlars re^na, la terre s'en dolui i-t pcrdi sa 
franchise, et fust venue en grani servage, se li (Jol. 1 iS) dux Guillame ne fusi 
qd le prbl et fist tout les plus rii^hcs povres ; ne nus qui fuit nés d'Hngleterre 
n'oc le pouoîr du règne, Adoiil Tu ta douleur si grande que li pluseur cui- 
doient qu*ele ne pr*rsi jamais fin, et disoient que pour ce avolt li roy* dii que 
quant l'arbre irvenroic a son tronc, adonc prandrott leur douleur lin. Il »e 
crcoîcnl ne l'on ne l'autre ne que l'arbre repairast a son tronc, nu que leur 
douleur preîst fin ; ainsi cstoient en dcsperancc. Mais il avoicnt mauvais 
cuidier. Il n'avoienl pasvcût'cscHpt saint Dunestanqul parla de celé metsme 
douleur, et moult inane^ la terre, mais puis leur pramisl il conlort ausu 
comme fist saint Edouan. 

51. Seigneur, vous qui oci ccst livre, s'il vous plaisi a siivoir que l'arbrw 
senelîe di>nt li roys fist la prophecie. volentiers ^-ous usponrai ce que je en ai 
apii.s par autrui, ne (^) je n'en woil ja estrc blasmis ne loex, qiiar je ne dirai 
mie de moi ce que j'en sai. quiar pluscur l'ont escripi avant moi, mais je l'ai 
translaté en roumant et contre ma volcnté, quar je ne i.ii mie tant que mesiiers 
me fust. Ciâ arbres dont li sain^ roys parU senefie Angleterre qui toute plenté 
ot en li de gloire et de nobiltl^, de valeur en de richesse ; la mcine qui ce nourri, 
CT de qai toui cis biens issi, fu le grant lignage royaus qui esioit issus du 
foy Alvred qui fu li premiers roys des Englais qui fu cnoins et fais roys de par 
Tapostole. Su lij^itie crut tant et tant s'estendi en loini, oît apris oir, qu'ele 
régna toux joun dusques que li roys Edouan lîna, mais, quant li sains roys fu 



I. Corr. 'tJi/i.i>. radotage? 



S8 p. MEYER 

devras, dont fu YjibK coupés et (k&fcvré« d« son tronc, quax adonc fu li 
rcg*M:s dicib des drois oirs cs raains d'cstrangc lignage <)ui peu i pourfilu. La 
sendiancc ik l'arbre <]ui s'cslonja (i') du tronc \tiT rc»[uvse de trois arpens fu 
l«Ie.Lcs uoU arpem sendiereai irols roys ^ui pui» le saint roy regnereitt, ne il 
n'esioienl mlc dépendu d'Aivrcd, quar quant saint lidouartCu fines. 11 cucns 
Alars X miat kh la possession du rËgnc. Li du» GuillaunKs de Noimcndic lî 
loli ; si Kgni puis um comme il vesqui, eiapréksamort rcgna Guillaume &a 
lîlz. Au ttfinps de ces trois roys que je ai noumH m; dcp;irti si li parente que 
Cliques ne se rasembtereiu, mnis quant li roys Henri régna il resiura tout ie 
lignage, et qujnt il Tu venu» au rcgiic. dont fu li arhtvK revenu a son tronc, 
quar il prisi fcnie venue du droit cosic et de la lignie saint Edouart a qui l'cri- 
t2gt afTcTOit, et si ne le fist ne par couvoitisc ne par destraiûgnance ne par 
mauviùs vice, mais seulcmeni par amour. La bone dame oi noo Mahaut. Par 
la force de ccst mariage revint la terre aus drois oirs. Ainu (lO Tu li arbres reve- 
nus -t son tronc s.ins nul enfurccmeni. Et quant li eni|M;rris nasqui d'aus, 
adnnc dourî U arbres et dont pana il vraiemi-ni fruit, quant de cesic empe- 
rciis [L-is^ui ti ^lorieus rov Mcnri. (lis as&cmbla deus terres a une et fist de 
dcus lignagnes .j. .Miisi rot la terre le roy de l'aïKien lignage. 

92. Or vous ai conté U sencliance de l'arbre; si voil repairier au bon roy 
Edouiin. Li bons roys estoit formcni f^v^, quar ii cstoii en la dacrrainc 
enfermci^. Ses mous t'angoessoit.car l'cure aprochoit qu'il se dcx'oit partir de 
cest sitijlf. Il regarda cnlour lui ci vît plourer sa gcnl. 11 les conforta nioull 
beoignenient et dist : « Seigneur, ne plourés mïe pour mot, quar cesie iimri 
M me maine a droite vie. M<^s, se vous ni'ameit, si sobfs \\i, quar |c m'en vois 
Il a mon chicr pcrc en mon droit pais, ou \e seroi en joieC/À/. rr$>) sans fin, 
•> non pas pour bien que j'aie fait, nuis de sa grâce. Et, se vous m'amei, si le 

■ me rooustrei, quar j'ai une fort voie a faire, quar pluscur î sont ctratre moi 
« qui Die gaitcnt. 11 n'est nus si parfaix qui en ccst moncl siècle ait vcscu, qui 
m n'xit dur encontre, quaut il trespasse de cesi siecle,quar U eoconire tés qui 

• voleDEÎers mal li feroîcnt, et sll ne pnecni destoumcr U voie du cfel, si 
- mucvcnt il pucur et tourmen*. Je vous pri, très chier ami, que vous me 
« secourcx a ccst bcsoing par vos prières et par vos aumosaes, qtie Diex me 
u conduic sanc l'oncombricr de l'aDenii. a 

$3. Il dist aprH au conte Alart et a ceus qu'il veoit eotour lui : n Sri- 
1 gncur •,dtst il, « je vous cri merci a touz communément ensamblc que vous 

■ aici tendreur et pitié de laroyne pour l'amour de moi. Je vous pri que vous 

• l'onotex (f>) (.-t li aidiez ses droîx a garder, et ne souffrex mie que on li tace 
«tort de son douaire, et si coumant qu'elc ait en paisquanque je liaidoundet 
« woil qu'il li soltconfemiéde moi et des hirons,ûqueuushom n'ï pubtcon- 
« trcdire. Sactiiés que je b vous lais chaste j et s'clc cstoii m'cspousc en 

• apert. si estoit elc en se-ni .lussi comme s'elc fusi ma suer ou ma fille, et 
« quaoqucsje vuuloîcele vuutoit: louz jours a m'^ cstéloial compaigne : moult 

■ l'en devei amer. Et si vous pii moult de mes amLs que je amenai dcNor- 



MS. ECKHTON 74, OU MUSÉE BRITANNIQUE ;9 

•t mendie cncest pals, que ^i-ous les h-inortfs et porte» pais, s'il avieni qu'il 
« demeureai. Et si vous pri que j« soie cnit-rr^cu l'cglise Saim Pierre mon 
a avou^, pour laquele nmour je ni redcâii.- k' ticu. Ne voub cslongia roii: de moi, 
a quar l'eurc de cnon irop» cm pr^. Voillîn moi tecourrc par vosomiwiis 
« a cest bcMiing, se vois (i) m'umtM. Je vous rcquicr ccngié. A Jhnucrist 
a \-oij» coumini. n 

M. Qsiam li roys ot le congté requis de la roync et des boirons dont 
veï»iiex plourer et forant duel (Icmencr. Pleur^Tit I) eonic er li haron, hraicnt 
et crient scrjam et moisnics. Dont aprocha l'eurc du ire<ip» le roy, et il lîsi 
mander tes evcsques, et si vîndrenc li moine de l'église et ..vccqucs grant 
pleiité de clers et iporiereni Iccnn Nosire Seigneur en grjiit rev«Tcnt:e ci ^1 
gnint pourcession. Ei quant li roys les vit venir, si s'enfoT(;i outre pouoir « 
]• inst ses inaiDi cl ploura par dcvocion. Il re;ul le cors Nosirc Seigneur et 
dont fu tout iseûrés en Dieu. Il retourna ses kx ver> sa gcni ei regarda la 
royniK' qui plouroit moult tendrement, et vit bien qu'il n'îavoii nul qui plou- 
nst si parfondemcni, quar U ni avuil nul qui tam l'aniast. Qujnt 11 roys vit 
la dame en si grant trîstecc, û (d) U dist par ^ant douceur : « A I ma irés 
■ chierc fille, tic plounric ; conforta vous eu Dieu. Sachi^s que je ne muîr mie, 
a ains commencera nu vie d'ore en avant. Je lai;» la lerre de mortaliiil- ; si voi» 
o en la terre de vie ; et pour cc vous pri je. ma douce chiere amie, que vous ne 
V plourez mie pour moi. >' 

55. Qpant U roys 01 ainsi confortée la rayne, si la commanda a Dieu 
cucr et cors et toute s'cniciUc pUiiinumcul ci se dcmist tous du siccle. I^r^ 
rciidi s* sainte amc a Dieu le lout poiisani. Si tost comme cic issî du cors U 
re^rent ti saint aiigcle. Saim Pierre Tu son coiiditeur. quar il l'avoit moult 
ami, et si i fu saint Jehan aN-ec si, comme il It avoit promis. Il fu présentés 
par do'ant Dieu en gloire la ou il Kra uns fin et v(»i toux temps son crca- 
:euf. 

S4. U bous roys saiut Edouart irespa&sa de ceti siccle en l'an de l'încar- 
lUdOD Nostrc Scignor (/u/.jao) Jheiu Crisi u. et Uvj, ens ou quint jour de 
geiivicr. U n'est nus hom qui vous pcâst dire comme gr.ini paour U gent 
d'En^eterrc orcni quant li roys fu mors, qiar H doutèrent les maus a wnir. 
Quant li roy^ rcndi l'ame, la roynnc sa fenie cMuii jou&ic lui, cl si ami et si 
privé ntoiem devant lui. Il firent adouber le saint cors, ainsi comme on doit 
Elire home mort. Cil qui Tavoieni conneu en vie resi^ardercni longuement le 
cors puisque l'ame s'en fu partie. Il e.luicnt «nain qu'il csioît trespis- 
sès, et nepdurquam il avoii la couleur frcschc et vermeille. Il dcscouvritem 
k cors et trouvèrent qu'il avoit ccle couletir panout. Moult s'estncn-eil- 
lièrent, et mutes voies leur plot il et en furent Mi, quar il s'aperijurcnt bien 
par tel sixnc que u duJMés Jvoit pIcO i Dieu, quar il vaut enluminer le cors 
de qui la cluastés avuii pleù a lui. Après cc qu'il l'oreni regardé, si lîrcm le 
cor* envclopcr de pailcs, et quant (/>) la bicrc du roy fu mîw en mi la \ale, 
dont pcCssicz oir grant duel démener. Ccl jour i ot mainte lerme espandut; et 



^0 p. ME VER 

maini 50U»p!r fait, maini cri ti m;iintc noise. Evcij^uts, abbés et gtni de rdî- 
gion le plouroicni furmcni. qiur il leur avoii esté comme pvrcs. Dont fu U 
»aiiit cors porté a l'^IÙG, ft fu couincnciés le service tis comme il afferoit. 
Mjis pluïuur y fureai qui {|!ianl ilutrl Jeiuenoîeui. Le cors iu mis en l'église 
de Woimousticrquc il mchmes jvoU fondiic. Ueve<q"c et cil de l'église H 
firent le service tel comme il apanenoil j roy, puis cmeirercnt le cors en U 
pièce qu'il mcismcs ivoit demandtïe, ou Dlex a pitis fait nutni mincie pour 
l'ïmour de lui. Or prions Dieu que il nous face parUoii de nos peeliîi* par 'c* 
mérites du hoii roy saint Rdouart et nous mcie en si compaignie quant nous 
isirons de cel mortel vie, 

57, Se aucuns de vous destrroit Jivoir qui (îstcest livre en roumins, vous 
II* s,-trib par (f) lis couvcnans que vous piieit Dieu qu'il lace pardon de ses 
pcchi^ j la personne qui le fist. Cestc \-îe fu translatée en l'abeïe de Bcr- 
kingcs. Une des anccicïjhesucrisi le translau. mais ses nons n'en mie ciou- 
mes, quarulc n'est encore pas digne, sclons'cnicntcquc ses nonssoil leûs en 
h vie de si gmtu home tome fu li «in» roys Hdouart. Kle rctjuictt a touji ccus 
qui orront ccst Hvtc *|u'il tiie l'aicni mie en pour vil pour ce se famé le irin^ 
latft. EIc prie ;i ioue ccus qui ovQt ceste vie que il prient j Dieu que II li face 
pardon en ce tju'cle fu si lurdie que par presonipciou ele osa transbter si 
digne vie, et tous ceux qui prieront pour li et pour toute U compaignie dflu 
lieu ou ek* demeure 3i(en]i b vie pardurabic. 

58. Mouli par est bons nosircSiic, plains dcpouoir et de douceur qui lanl 
honneorc les siensci moustre par eus son pouoir et fait ses miracles, si comme 
vous avc;c oi de saiiLt Edouart son bon ami. Quant U roys (J} vivoil en cvsl 
siècle, il repaissoit gram pictité de povrcs, entre le^iueU il en i avoii un qui 
estoit de Nfiriiicndie, Raoul avnit nnn. Ctl R:tc>ul e>t&il contrais et 1! cMoîent 
retrait les neri des jatcz. Les fWi. li tournoient devers les noces, si qu'iJ n'aloit 
point lits seur les gcnouï, quaril scotoii gratis angoesscs en ses cuisses et en 
ses tiiins. Il ;ivoit fait faire uo vjbsel en quoi il seoîl aussi comme un baclûn. 
Cil Ls povres hom avoic cCi son vivre et son vesttr du bon roy saint Hdoiurt, 
tant comme il vesqui, maïs ce li failli apr^s la mon du bon roy. .^don>.' fu i] 
du tout csgarez ; et ncqucdeni il li ramembra du bon roy .s-iini Fdouan cl 
comninii^ a penser en lui nicimcsquc il rci^iicrn>il s.niiil Edoiiart ou lieu ou 
SCS cors gisoil, et tju'il li prieroii qu'il le secourust, et tant s'cnforija de son 
petit pouoir qu'il vint ou le cors saint Edouard gisoit. Lors commença a dire : 
<■ Ma I (Joi. lit') bbus dou/ sire, vous soulîeï, quant vous estlés en vie, faire 
« aide a ccuï qui aus grans besoins vous prinieni en foi et en créance. Sire, 

■ praigne vouspi:ié de moi quivifagrani douleur et a grant paine.quar je suis 
« aiigoeueus de maladie et plains de povcnc et desconfortés. Sire, tant 
>• comme vous vesquistcs, oy je mcn visrc, mais ore sui je dcscoofonés, qmr 

■ je suis chargiés et du nul et de la povreté ; or sui veuus a vous a mon irfe 
« grant hesoing ; si vouspri que je aie de vous aucun confon. • Q)iant li 
povres contrait oi ainsi dit, este» vous la souvraine vertu qui s'estendi seur 



Us. ËGURTON 745 DU MV^kV. BRITANNIQUE £l 

lui : les ncrs de ses jirix «'csurndircni loui scudalnncniLnt ; les ïambes k <Jre- 
cicreni et les pîis ic retournèrent a leur droite naiure, i;t les os se misircni 
en leur jointtircï : le vc-nin (.1 le une issoit hatumd.inmcnt de tes membres 
<]tii tedtecté cfioienT. Quant il «cniî ses membres recroîstrc (^) ci sa force 
revenir, îl se leva eti Kjn e»tant vuî^int tou/. Dont oiuier K^nl esbaudir Cl 
Dieu locr. ;]uiavoit le loy hounoridesi» miraclc&aprte^a mon au&ïi comme 
a son vîviint. CIII qui scseiiti gari rcndî grâces & Dku el a saint Edoii«n, puis 
s'en tourna saint de t:or£ et de membre». Puis que i:eïte miracle tu seûe du 
pocple, si Tu )i cors sains requis de toutes part et moult honoras et auto* 
risiés. 

fis. (^) Nous avons dît dcsseure que H roys ot espccialment le don 
de Dieu que il pouoîca pluscurs rendrir leur vcùeï, iî comme vouï pourrci 
orendroit olr. .xxx. jouri Apris que le cors sjitit oi esté eI1Icr^l^^, vlndreni 
en pèlerinage ,vij. povres dom les .vj. ne voient ROutc, et li scptinus veoil 
d'un oeil et mcnoii les autres. Il s'agenoillicrent louz .vi). dcvam le lonibel 
et li prîcreni moult dévotement que il eûst pitié d'eus, qunr il uvoivni pour 
voir, et certain en estoient, qu'il n'a-(()-voit mie perdue la grâce qu'il avoil 
eue en son vivant, quar s'il avott rendue la vcùe a pluwrurs quant il cstoit en 
terre, avec io pccllceurs, mteuU les puci ii enluminer qu.un il est eu gloîrC 
avec lesangeles. Aiasi comme il oioîent, la grâce Dieu s'esieiidi seur aus,quar 
Diei vouloit honorer saint Kdouarl son bon ami. Li K-ptïïmc, qui ne \-eoit 
que d'un oeil, reçut bon loicr pour son travail, quar ce fu li fucmicrs raliimc/ 
et tantcii apr^ li autre .vj. recouvrèrent leur lumière et rcigardctvni liiins 
Tautrc. « Vraïcmcnt nous soumet ralumé. Je vous voi bien : dites ci ne mu 
■ vcez vous? — Oïl, » dist chascuns, <• ce n'est p;is songes; vraienicnt nous 
« sommes ralumè. ■ Donc conmiencieienl ncrier a liauie vms : « Sîres Dîex, 
• vous soîei graciez ei li sains roys honorés par quel mcriie vous nous avez 
« ralum^. n Dont vcissiczgcns csmouvoir et courre a l'élise et hautement 
locr (J) EMeu et s.iini Hdouan. Atant pristrent con^îO tes .vij. qui ralumé 
estoicnt, et s'c» ailerCnt par la terre luant et anont;anl la grant >ainteté 
de saint Edouart. 

60. Vous ^vcz oy devant comme Eî roys Bdouan Tu sains hom et qu'il avoit 
l'csperit de propbccie uni qu'il vesquî, si comme il aparui en ce qu'il dist des 
fih Gtiuduiiie et en b guerre qui fu après sa mott dont il avoit parW quant il 
jui du tnal Je la mort 

61. {Foi. t22 c) Adont manoTt a Woiniousticr uu jomies hom qui estoïi 
avugles. Il «toit nés de bone gent et moult estoli biaus, mab poi li cstoit de 
*a btaulé pour ce qu'il cstoit avugles 

62. {Foi. tif à) Aprà» eeste a\-caiure niLst li roys grant cure et grant 
entente de hounourer le cors de saint Edouan son cousin. Il tîst faia' une 
fiesirc d'ttf et d'argent « trtii bien ouvrer, si comme il apen encore, et ta \i 
saint cors mis en» a grant honneur. 



Ci 



!• MKVËK 



63. Il avttit en une ^nndi: espace Je tkiups aprâs que I» nioinvi de 
WoimoiBticr dcsirrcreni nioutt a savoir m: le cors saint lulouart csioil 
entiers,. . , . 

44. iFd. 13 f ^ Oïl a oy dire souvent qiit.- Dïex pntnt ii-cnian^es de cvus qui 
loespriscnt et dnhouneureni ks uins, m comme- vouï porrcs oti jur un 
cssample qa\: je vous voil dire. .... 

65. (fW. ii; iJ] SL-tf{ncurs,i:îs moines dont }C vousdi [Ktrhiîqiii t'u saoéspar 
saini Edouart, cMoic l>on& de», btcn leirâs ci bien p«lan& et iOfXA du sicch: 
et bons amis et moult volontiers ciionoit le pucple de bien fjini:. . . 

M. (Fo!. îiS b). Une dame quifcsioit nonne beneoiic en l'abeie de Ber- 
kynges oy ptifk'r de ceM miracle. Ele me contu ce que je vous dirai ci après. 
Cc»tc dame dont je vuu» woîl parler avoîi Ijnguî de fièvre quartainne deu& 
ans touz plains, et bien en cuidoii mourir, pour ce que tant lî avoïl duré. Quant 
elc ot rjiiiontcr k*:t in'tracics dou bon &atiit lùlouuTt comment il avoîc curj plti- 
&eun> de tel mal, si esfvt2 que par lui ravroit ele santé, . . 

67. (/-'iiJ. 13V) Motill Cil Diex bons cl poistan» qui tant honneur« ses 
amis: pour ce ne me woil je me taire d'une merveille qu'il fist pour saint 
Kilouan sou ami. Il avoil un moine en l'aibeie on ks saint cors gist . . 

68. (_Fvl. iJ^if)!! tÎM un autre niiradk' en l'abeie de Berl<in(;uo d'imc 
nounbaia qui fu tant forment malade du mal du fianc qo'ele en cuïdolt mou- 
rlr, n'cle ne se pouoît scfr di* gesîr, mais cic re^ul s^ni^ par les mérites de 
saint Hdouart après l'iovocation qu'ele lîst a lui. lu qui vautoit loui les 
miracles du saint loy mcire en cscrii, trop li esiouvcroit longuement mcire. 
Or prions Dieu que, par les mérites saint Kdouan, il nous doinst venir a La 
ftotre pardur^ble. .\men. 



REM ARQUES 



1 . Ce Ç est sam rapport avec ta vîU. 

2. Je ujnscrb ici l'orij^inal latin (Mignc, CXCV, col. 740 D et 741 a k). 
La version est tris libre. Plus loin, p. (>j, v. 59, on lira le commencement 
de la rédaction en v^n français. 

A fiRioatuimo i^uippc cl climtiBnlsiinia rcgc AKrcdo, •^utm omnium rc^um .^n|;lix 
HnciusLto pâpiin lp*i urbc Roins contccnvit ci unxii Inrcxcin. gcncrationcseitu*; 
iiitcr COI vcro qui ciejui Mitpe rc^ivcnim lucccniunc dvcimm, iitrim<)ue nucncii 
sortttuses! (lucium, qu^ rabu&tiMJme ponani pandut dlci et cntis, hibuii In opcris 
p«rf«CiiaDC («luriiiin ei id veiperini niciult ccbImii |>itrtr4ni>1u* Urgictit« Jcrtarju.ii. 
Poti AUrcJtim if^iim nunc liïlii pdiribus luccedcntibu*. nunc frutribui [nm< fraim 
rena^Ktibuti, ia i<fi<in tdoicm t^Igi-jrttm auinium relLcltJis simul «t Muctilas videlui 
csK liintfuM. <\vi arnnck ïkul unctiitic iu cl hotiocc vieil ci glorU. Iti h\3]ut >>rtu 
refcruniur aiiK<:li cccinitM. «t Anfclix |Mïein cjus tcmperiliui promisme. Quucirca mm 
pfocixlciliijiiiculo.lunt pfu ip*iu» ctTcklu uiMuli. (ummunc catn Sjloinoiie HMliitncst 
BOBien puilicum rcgnt illius naium rcsiniulct noiuine, Hu)UifiliiJircxiiricaui*sitnai 




Ms. egkRton 74Î DU MOstE ftHrïAS-sioui; 



«î 



Etlxlr^ils [immsni Kuhjtdj iiabiliMimi dudt Nonn:iniiici liliAm duxll iiiorcm. ut ex 
(iDpItciU niriut^UG gtiKTit uncliuu lobolei unciior creartiur, Uuale* naniiiuc fne- 
fuoi inclyti Nutni4Li)ni-K Juco. |{lutïii*iw)m.r hu|lI^ rctiiruL' fraicr ci nc|>iM, Kicliardus 
uilkcl et Kobenu*. Iind^bilii conini viu et mon nihiloniiriui prcliou JKl«T«t 

3. Chap. iniittil^ Quonmh atiAum itutm m rf^rm fatrut rleclus, cq\. 742 c. 
Dans la version fraïKaisc « lo Djtioîï ", mais Jans le taiin Irrtifnfibtu ... h 
An?Ham harbiirù. 

4- Cliap. i}uotnoii(i cum tmitrt in Sorvianiam rxiiiUthat, col- 7J1 i>. 

5. Chap. Quiâàe foet regno ejui cuidani efinapp mvlahlur GlaHtmix, col. 
741 D. <• Brituojd '1 cït une mauviiUc \i:i;an pour l'oriftinal BrwhttitsMus. 
H Glastinberi « (Glustottbury) evt le bûn Glaiihnunu. 

6.-9. S^iitc tlu cha.p. prOii^dcrit, col. 74; b. 

1M5. Les trois dernières liRnes du chap. précideoi et k cliap. Dt iniliis 
regHÏ tjui, fl Je fraitt it Htpfitibui tim, co\. 743 0—7.14 c. La version e« irts 
peu eiJcti;. Voici, parescmple, le latin qui comnpood au commenccmcm du 
ch. ij: 

«... bciium Bdwirdum cuî necditm nuo lou IntuU tidetn fNcrat, in regei» de< 
gerunt. qucm cumiuntma honore injxiraoH]uc omnium iripudiii ncepiatn In AnglUm, 
archtcpUtopl CiniuiTknsii kIIUci tt hbaraccra<ii cum iinivcnis Icre Anglir cpùcopi» 
unvrtunl n ïonKccravcruni in legcm, • (Col. 744 n). 

16. Chap, Ot fjut vn\friindù finnvrfaliont el tnaribut, col. 745 c. 

17- Chap, QuornotUi fur, ai intpicimif, litfsauros fjus furaïus ill, col. 74 B. 
Voir ci-après le poème (p. 66). 

18-30. tlhap. Decttilis imptiis et virginitiHe ejiis et rtginx, col. 747 a et 
xuiv. Vmcî k latin qui correspond ^ b tin du paragraphe 11 : 

Scd «cul »pin« roum, gcnuii Godwinus Kdïvini. qux; quidcin ti ipia lijbuîi 
nuicriam cjfnit, ^eà, 1 D«o ipitiiu mugitteriiim s4ii<tiuiU. Hjhc dilecio sua CfaHstui 
ptxpiTavcm lùlwirdo. inipiiani ci ib ip» iafanlu cmIiIiiIi Amorcni, ciilium vitjn- 
rum. vinutis iffLMuii). In .iniiis puclUrit<ut uriviuieni prxivndeni «nileni, publicum 
(ugiciu, xecrcta tbjiami frcqucntakU. UN nandisiuluuotio, ntc oncnju fMtidlo, 1«|>ctc 
aui Dpcnri manibus consuc^-lt, 0rn.ir« miru artllîcio vestes. scHds «urnm intescrc, 
iftiar^ue ntum imiuH piciuri, i.ili aperc ic mcdluiioiie viun: Uicivijiai, foUociuî* 
juvcnam Jcviurc. I£ni pxierea pal£b.ra l»t,\t, led moram proMt'le pukhrior multo. 
(Col. 747 c D). 

43-49. Chap. De annula qtiam %aactai rtx healo joanni fvangtlistit dtdil et 
ijstoïKiJo tuimUm rfctprn'r, col. 769 V770 D. Au sujet de t'aumûne fiiiie par le 
roi FJouard ($43). je rupcllctai en passdnt que le niCme récit a été conic 
dam un manuscrit fr.uit;ai!> cxëcutù en Flandre à la lîn du xvc si^le, ci qui 
e«t conservé au MusCv briiantiii^ue. Kn voici b copte : 

liÂutit btit., Kay. in S u.io]. ii.} D'ua iiiitu.li- ijuf S. J^baii pi .if-in st mort. 
Entre les iuir.iï1cs itiriumcrablesquc Ëil iiioiii' uiat Jehan, e» %a vyc ci api^, on en 
CKove en celte iraniliiion de u vye iing miTadc qui lut ticl •{ue lainl lûloiurd ro}' 
d'Fingletenc avoh li xianJ amour ci deviKÎon a ulnl Jehan l'eivjiii^rlittv que nu] 
porre iic lui diimandâit auiiiMiic qui; il ne lui tist dtiiKu-t par inm aumtniiicr uu par 
wn cliambelbn, on de fi main maitmct £iitg>i touveat te»auinotnes,ifar il Cïtoit ung 



64 P. MEYER 

jour &cul «D prières, et faisoit (f) mémoire de saint Jehan l'euvaDgcliste; il seul 
regjirda eniour lui et vey anprezde lui uug beau viel homme pour qui lui demandoit 
l'aumosne an nom de Dieu et de monseigneur saint Jehau reuvangeliste. Et quant le 
roy vey ce povre homme, il eut grant pitii de lui et ne lui sfaToit <|ue donner car il 
ji'avoit point d'argent sus lui, et, comme Dieu le vouloit, il estoit tout seul. Et le 
roy s'avisa d'nn aneau pre-(/'. |j)-ciuiqui estoit en son doy lequel estoit 

46. Chap, De infirmitate régis et nwtiaslerii sui dedicatione iVeitmonoiterii, 
col. 780 D et 771. 

47-SO. Chap. De visione quant vidil in extremis, col. 771 D-773 D. 

51. Chap. Expositio probUmatis a rege propotili, col. 77J D. 

52-53- Chap. De morte saticti régis et exsfquiSyCOl. 774 0775 a. Lesg S4 *^t 
iSne correspondem pas au latto. 

66. Cf. col. 77s B, mais avec beaucoup de dilTérences ; ainsi k latin ne fait 
pas mention de l'église de Westminster. 

58. Livre II, chap. De contracta ad ejus lumuluni sanato, col. 77s c. 

59. Livre II, chap. De sex cacis et septimo monoculo ad ejus sepulaiim iilit- 
minalis, col. 777 A. 

60. Chap. De Victoria r^is {JaralJi per beali régis mérita, col, 777 c. 

61. Cïap. Quomodo coecus bealum Eduardum vidil de sépulcre exire et ita 
visum recepit, col. 778 c. 

63. Chap. De prima ejus translatione et corparis incorruptione, c. 78 1 D 
65. Chap. De quodam fratre a fehrequarlami per sanctum regemliberato, coi. 
784 D. 
87. Chap. De/emina quam absentent sanavit, col. 787 a. 



LA VIE DE S.'MNT EDOUARD 

d'après Lb MS. DE WELBBCK, APPARTENANT AU DUC DE PORTLAND 

I De kcl li bons Deus tant ama 

Ici comtnce U roman^ de saint 8 ti"[el '1 deus feii le coruna : 

EiiiL-itrd rei ( fol. s s^- ^° ^^^"^ *™' P"™^^ coruné, 

Al loenge le Creatur ^' P"'^ ^" "^^' P"^ " ^''°'^- 

Cornent cest ovre et sa valur. l" •^ '=°''."^*^ ^^"'«"«^ 

P % . - 12 Conquist illa celestïene: 

Sa vamr et sa aie , . ^ ' . 

„ I . • . ■ 1 01 preisa la ncheise humaine 

4 De translater ci ceste vie, "^ 

n 1 • ■ Par cco OUI la plenti: suvcraine, 

Qjje mun travail receivc en are, / ' 

T- m ■ 1 .' La pleiité de la crant duçur 

bta[l] seiiit seit a volente, '^ t» ■> 



1-3 Corr.j4 I[d] loenge au C, \ Cotnenç c. o. et [a Ponur} [Par] sa. . . ?. 
7 De, corr. Let 



MS. EGERTON 7^ 'i l)V MCS^E BRITAXNlCiUE 



^S 



t6 De Ix prcMncc m creaiur, 
Li quel« li angle destreui 
El nrpurquiini saoz lia sr mirent : 

K'O 

Tant lur tlclîte resguard«r 

lo Qjjc ne se pocnt saûlcr. 
Faire dc»ireni cco qu'il |r|uat 
El ccodvïircnl k'îl plus uni ; 
Cuni plus le vdctiiplus ï tÏTcm, 

14 Coni plus en um plus im dciircut ; 
De iur povr lur dcsir naist 
Et lur poer lur de»r prise. 
Il uat dcl vsguarder poer, 

iH El dcl ciigujid naist lur vukr. 
A la pltfnié de cvsi enguard 
Hst ja vcnui li rtis EJwjrd; 
V.H ceste plcnii se dcliic, 

{3 Kar sa joit: <.-si en li suDiic. 
Ohy! mm urani notiilitc 
Et cum dubltic bonuné 1 
T'Ivnii OUI ci et plenlébi, 

jfi Héi ccïic OUI vile et mIc ama. 
Cvsic cimuist fuitivx- et vaine, 
Cclc estabie de tux bleni pUtne ; 
Ici list Dcus son cors rc^ncr 

40 K'il pom tut tent son qucr lumcr. 
Po*'rc en pcchié en délit, 
En veine glorle, en fol délit 
Ki si CM riclie cum 11 fu 

A4 Ri si pot bien povrv esire leuu, 
Ht cil bi ci suit a powrte 
Bien Ucit riche esire par desuric, 
Kt purcco riche et povrc csieit 

48 Q}i[e) il anibore avcr voteii 
En lj ricbesce humilitO 



Et tncrilc de povctté. 
Or preium Deus, ke tant vu 
[bons 
{2 El ki partui receit Ick ccdï* 
Ki les povrcs n'ad en despit (Jol. 

Ifà) 
Ne sul de riches n'est suftil, 
Ke, pur la suc grant buntt, 
}6 Senc ki nul bien jonc ?] n'est dune 
K'il de la joie nus doint part 
Ke oiv ad dané a saint Edward. 

Al tens a bon Englcis jadis 

60 Régna AIvrcd en ccl pais. 
.■\pres lui le lindrcnt si cir 
Ki muli fureni de Krani pucir. 
Tant l'un! laissiî al Rz le pere 

64 El tant regn.-»t frère apràs ffca- 
Kc aprvs ceo <]ue cist furent mort 
Oieù sur Edg.ird puis U son. 
Cisi Cdgardfu forciblcs reis, 

68 En Deu sagi:, en siècle curuis. 
Tu2 les surmimia de biimcc 
De gloire et de grjnt <^înie4. 
Sa bunié plust a Dieu forment 

73 Cum niusirai j sun naissemenl, 
Kar, al hure que Edgard fu né, ' 
Une li angle en terre chanta : 
■ Joie aient lî angle, paisaitierre; 

7e "' A ses jiiri! scii relés de giirrrcl* 
Cest chant fu puis bien averi, 
Kar taut cum il tint le régné 
Ourem joie angle, terre pais 

80 El de tute guerre relais. 
Sis fu fu Edelred lut reis 



24 Ms. éiitrriil. — 15 Ms. lur iitùr iur tiiiiit. Ce vers cl le suivant sont 
obKurs CI ne riment p.is, ce qui fait croire qu'il manque deux vers. — 
41 Le vers est trop court et •Ulit répète la rime. Peut-iire [*t\ rn 4tjpil7 — 
44 Suppr. 51 ou biffit} — jo Ms./wtvrcA'. — ji Ms. ore, et de mime II, v. 69, 
74, etc. — sa Cm.f, cQtT.Us dont} — 59 Passage obscur ; corr. Ai t. ah rtit 
E.7A partir d'ici cf. la venion va prucic $ 3, ci-dessu.'.. p. 4j. — éi it,ms.la.— 
7 S Suppr. li. 

mm.n s 



^^^^H 66 p. icETca 


^^^^^^^^^^H A bV 1cm mwicsl ■ DtWB 


Ea m pM Km ot dSBc «cnm. 




fim»i ddornsni vofié. 


^^^^^H &4 Si Hir br poeui b tBODcoL. 


{3 Sî Tjd mai aoJnKJMM ■■ni. 




OemMcfaluowaniK 


^^^H 


Et tiODo aim {te] pois jJ fait. 




Lins ad tv tcas eopBfW* 

)6 Com d) ad dd trexv wié. 


^^^^H (Voir d-dcMU», p. {o. S 17) 


^^^^^H UD)nr»'csteâUn9»aidié(/.tfjrj 


La tierce &£, pnr plus atrairt, 


^^^^^H Et dd honnir aatngt. 


Se nbt k vaUet al repcine: 


^^^^^H Mes oa fcwet l'ad cm-iv 


Mes k rets, si ca«4ci fcocoid. 


^^^^^^K 4 Kc cd Rspoc Tad iluru: loljr. 


40 Le TÙ par kteiiii Eipcril 


^^^^^^H Et cco Kwi lovmt jr«mr 






Ki k trésor ea guardearcÎL 


^^^^^^1 Si cum lî reû tMî xnrciil pKtt, 


Al Umn ad ifit dnkcBWtU : 


^^^^^^1 S Eo ki ntd pemer mal o'cstdt. 




^^^^^^H Si vit vmir hui tmxcr 


■ Se tu me cnie% tu t'en fuens. 


^^^^^^1 Et rcn le tnsor apnKchier, 


« Si prnK ou td cvo <)ue tu as ; 


^^^^^^Ê Pub ad te cofrc destermi. 


> Deu et u mrre ore t'en iar. 


^^^^^^H 12 Si en prût a sa volcntt 


4J} « El tu en ïCMS bien scûr. 


^^^^^^H Et tini cum nmlicr|1i) i-stdt 


■ Si fluf^in le pout trover. 


^^^^^^H A cro •ju'il fairr en ilc^cii 


• Se te km denier porter. • , 


^^^^^^H Mes D obliat a fermer, 


Ql ki i»i a non avdt, 


^^^^^H 16 Kjt aiUun M liutc d'alcr. 


j2 Chamberlain krci( lors] estcit. 


^^^^^^1 Un poven v»\iz ceo cotcodi 


Lt valk-t, quant ceo oui Of\-, 


^^^^^H Ki vil cuni il le cofrc ovcri. 


IgtK'k-nient s'en en fui. 


^^^^^H Bien ioui que pis n'citeil fermei; 


Auot L-s le gordcin vcouf , 


^^^^^^H *30 Vers cdc pan t'en e^l aicc. 


j6 Si ï'cst mut toM aparceûx 


^^^^^H Cesiui wleit as kius Mrvir 


Kc del trésor esteit emt>k | 


^^^^^^^P IX lur esquiclc^icuillir. 


Qmv li rets li out comandê. fl 


^^^^^V l*ur ceo kH povcres estât 


Pour la »m dol le suspmt. 


^^^^^^L 3.| Et si gnr\t richeisc v(c{ett. 


60 Trcstut a sa dolur se rcat ; 


^^^^^H Pri&t de sa porcrte aciieisun, 


Pafïst, ncrctsi.venu li f^ust. 


^^^^^V De sa richcise estre bntn. 


Suspirv Cl brait et cric an baost. 1 


^^^H^ Onuitmait ad dune del trcsor pris. 


Par les suspirs et par le cri | 


^^^H >8 En sun Kin l'od musd^ et mis. 


64 lÀ rds sa dolur entcndî ; 


^^^^1 Auni est de b ciumbrc cïuuk. 


Dcm.inda li dun lun dol fu. 


^^^H 7 Suppr. itK't'il. — 10 Corr. aUj. 


— îO Suppr, Juxv. — 44 £rr«ùesi 


^^^H cmlurrjssam; bui-tl etret} ou, d'âpre U \-eniion en prose, onTtsï — 


^^^H -li tlOTi. cm'». — S-] Sic. corr. i'fn est f. — 59 Sic, corr. P. /flirte iW... ? 


^^^H — 62 Ms. tuipirel tt giit ti... baïutt. 


— 6i Ms. iiupires. 



MS. EGEKTOH 745 

Cum c'il l'achaisiin ne seOsi; 

eu 1) dist ço que ainz savcît 
68 Del trésor que cmblé cstcîi. 

Li rcU li ilîst : ■ Or vus uisv;i ! 

<• Nt: ja pui Cl» dclur n'aîci. 

<i Fol cet csirc ki l'uvcil prbt 
73 u Ke put Min gr.im boujûiig le 11» i 

« Grct^ur lucstïer en ot de nus. 

• Or l'vit, a s'en face joîus I 

ir Certes, aui nti5 soflira 
76 a L'autre partie qu'il laissa, u 

Si .id It Kti te f.iit celC- 

Kt le buiiie de mon r;it.-li»t«. 

Ki pot dire sa gran: du^ur, 
Ko Sa charité, sa jurant v-a.lur. 

Ne sa 1res ^rjni beni)>nctc 

Ne ^ duce simplicitc, 

Q.ue il, qui ai iioHe^ esteit. 
H4 Lequel ciel ci tcnc lionurcit. 

Voici le latin : 



ou MC5ÉE BRITANNIQI^E 



67 



Vit un niavtfis gar^un crahlcr 
Sun trésor grani ei hors porier, 
K'il uniics nc|Il volt descuvrfr, 

88 Mm le coni-inda a fiifr, 
Sun forfait 1î ni p.'urdun^ 
Rt, l<e plus CM, de mort sauve. 
Chacune solunc cco qu'il voudra, 

92 Lui rei de ceo fait jugera, 
Mes jw jug que cc&t digne fuit 
Seit pur Rrant mîratîle retrait, 
Kar cco que ^laludc^ gtiari 

96 Et Cco que a eius viue rendl, 
Et que cuutrats Tcscit ak-r, 
Plus que ne puis or rcniembrcr, 
Tut ceo f:^cc luSjecùuii 

looAI fait qu'il Est de ct-sl larun. 
Plusdeit cstre de ceM locv 
Ke dva autres qu'il ad uvrë. 



Reoimbebat aliquando k-ctuto rcx (^riiia quîcsccndt, scd atîqua, ui ticri solet, 
cogîtatio soiniiuni suspenderat. Accessit ad thccani j.-dituus in qua Xi regiuni 
scrv'abatur, el aliquid pro tem|iorc sîctit et vîdcKiiur aul tiisiulit aiil repowtl. 
Ucinde arcim obliius claudvre. quidpiaiu 0|)en5 alias facturus cgreJitur. 
j\nmudvci'tit hoc puer pjupcrculu5 qui, ut dicitur, ad nienîas scutcllis tccoI- 
ligendis opcram darci, et ad iliecam acccdcm, liaustuni non parvuiu numt»* 
maium numerui» io ïinu recoodii, et eiicus. quo tutuni intérim arbitraba* 
tur. reposuit. Reversas denuo, reRc inspectante facious, iteravit. Quod cum 
tertio ■iticnla^sec, cemcns, ut credo, rex lu spirilu janijanique thcsauroruni 
ade»e custodcm, ei furis volent cavvrc pcriculum ; « Iniportutic 0, inquil, 
" agis, o puer. Si milii cn;di>, lolk- quod liabe» et fuRe, qiionîani, per 
w Matreni Domini, s! vvucric Hui^^clînuig (hoc cnim erani regii cubiculari 
■ itomcn), nec unum tibi nitmnnim reliiiquct. n Fugit puer, iicc redicns a 
rege piodiius nec fug3tu^. Jam pedcui fur exlulerai, et ecce iiiiuisterei tlie:>aurob 
rcj^îos rcpcriens conipilatos oSMupuil : pallor vnltum, trcmor corpus iiivasit. 
.'Vngusiiam cordis et furorem metuis clamer cl iiupirla prodideruut. Surgit 
rc?(,et qiia» ncsciensquid accidorit, cduum perturbationis hujus inquirit. 
Quant cum a camerario didîcisset toTace, iaquit; ronctiicqui cepit plus hi^ 
nobis indiguti; habcat sibi, nobis suflîcit qund renunsit. » Rogo, quîd hoc 
rege perfectius, quid lioc simpticius oculo ? qutd l;tU meule leiiiu», qui :iua 



7t^Ms.£i ij.— 87MS. Jftiuvirtr. — 96 :>uppf. iV ou fw; nV, corr. tOT«. 



^^^^^P MEYTÎR ^^^^^^^^^^^^^^^^^H 


^^^^^^^ furjri vîdit, et tacuil, iitsupcr Turî comiiluit :id s^Iutcm ? Ut volet quisquc ^^Ê 


^^^^^^H accîpui, ego quoil cxhm illuminavii. 


quud curavii daudos, quod ab adversa ^^M 


^^^^^^H valttudlDC multos eripuit, hukcjus aimpliciuti et paiicatîx xstimo postponcD* ^^| 


^^^^^^H dum (Mignc, col. 746 n-u). 


■ 


^^^^1 III 


Doiind delgreinur dignctf. ^H 


^^^^^^1 du 8j. 


Ceo Tu de luic ^ainie E^Use ^^| 




32 Lascignurie et lajusiise; ^^M 


^^^^^^H (Voif ci-dessus, p. ja, $ 42, 


ti ceo que l'autre meins dotia ^H 


^^^^^^H sion en prose.) 


Par l'uniur cent lui rcstora, ^H 


^^^^^^H Li rcis Edward est ja grcvt 


Kar pluji di.LccnteDt l'ad ami ^H 


^^^^^^H Par fiL-blcue de htimaiti eé. 


;6 Ht par singulc privera ; ^^M 


^^^^^^^H Cum ïun conpluï afiebliscil, 


A la ccinc bien aparut ^^^ 


^^^^^^H 4, Sun quer de tant plus s'csfnrceît 


Kam sur le pix son maistn- jut, ^H 


^^^^^^^1 Dv Dca et de sa iiierc amer 


Purs, quant Deus aniineicr voleît ^^| 


^^^^^^H Ht ses sainz par tut lionurer. 


40 Cum SUD tcm apiocKé estât ^^| 


^^^^^^H Trvatuz k-5 Jmat et servi. 


K'il RUS dut par mon icchater ^^M 


^^^^^^m 8 M^ de muillurs ad dcuz choisi 


Et dcl mund a son père aler ^^| 


^^^^^^H Li uns de[s)deu/ uint I\:rc esteic 


Et a ses dùcipl» diseii ^^Ê 


^^^^^^H K'il pur son ;tvou<3teneii, 


.M Qpeli un-s d'els le iraierdt. ^H 


^^^^^^H Kar m^iintconron li ;ivoii 


Trestua puis que il ceo oircnt ^^M 


^^^^^^^H 13 Kl Je maiul i^eril Tout reiruît. 


Asaintjohan lur signes firent ^^| 


^^^^^^H Saint Johjn Jpiiïs lui cslit. 


K'il enqueîstquî ccocstcit, ^^M 


^^^^^^H Celui qui eti diu Jheïucri», 


4S Kar cliascun de sei dute aveil, ^^M 


^^^^^^H Si Vàd nuniévnieni 


Nul ne osa prendre surscy ^H 


^^^^^^H 16 Pur la siiiguk- chjstcé. 


De demander ccl grant sccrey ^^| 


^^^^^^H Eti cekdeu/ ad sun quor 


Mis sul Jolians Va demandiï ^H 


^^^^^^^H Ex si ad do eu/ bon espcir prî». 


j 2 Ki fu le dru et lur privé ; ^^M 


^^^^^^H Kc il par tut rui aideraient 


Sur scy sid hardicmcnt pris ^^M 


^^^^^H 20 Si tott oim son bûsoing savc- 


Cum dl ki en fu ]>ocstt5. ^H 


^^^^^H 


Saim Edward pur ço mull l'atiui ^^Ê 


^^^^^^H U reÎ5 soleit sovcnt penser 


)6 Et a son poeîr k honur;tl ; J 


^^^^^^^H Li quels t aiseit plus a amer. 


Saiat l^iecc l'ad aniè iornient ^^fl 


^^^^^^H Mis {0 lui disctt ses pcnsiers 


Kicstpastur de tutegent. ^^M 


^^^^^^H 14 K[e] iIouDeucsti:icni pers, 


Ne saveit lequel plus amer ^^M 


^^^^^^H Kar ça qu'a) un oui plus donee 


60 Ne lequel deveic plus locr, ^^M 


^^^^^^H et de pocsté, 


V li qui fu del eîcl porter, ^^| 


^ G» empli a l'autre par s'amur, 


Et del eittr^-[e] oui le dangicr, ^^M 


^^^V iH El dcl délit de sa duccur 


Ki des apostles prince esteic ^^H 


^F A lui qui esteit meios amé 


64 Et sainte Eglise guvemeit, ^H 


^^^H j 1 fA, ^H 



?f7" nu MOSÉE BBITAMVl 



«9 



U li ipi est dru»1 seignur, 
De iiel et de tt-ire crcatur. 
Lequel Dcu sur son pîz cuchn 
6S Et dc^'.imur lut l'viiivcrj. 
De la (lu^ur que ilac bcui. (J) 
Si digne science rceeui 
Qu'il sout plus de sa datée 



72 Ke iiom nionel kc en mund fu 

[uee. 
Li reis Edward ki ceo sa^xit 
Ou graiit dii^tir (lej salucit; 
Si ^raniu duceiiieni U aniur 

76 Al dru .1 sun piu crcatur. 



Ce morceau est, comme on va le voir, très éloigné de 
l'original : 

intcTca rex &aiicius xxo pm gravis miliii.v nxx stipcndiît parab.iliif , angcba- 
tur ci indien circa Deum et Dci matreni afTeciio. circa uuctos Uei devQiio, 
imcr quos bcitissimum Pctruin ut spccialem pnlronum siium vencrAbaïur, 
dÎKÏpuiuRi illura queni dilittcbat Jésus, ob singulirc privileRium cutiiaiis 
mira mentis dulcedlne .implectehaiur. Apud Deum parcs .irbitrabniur uiros- 
qiie.cum .-dteri lolius Ecclesi-v primatum Clirisius comulcrît, allcri >u3viiatem 
sui areoris copiosius indulscrît. Qiicd isrf dcfuit de primatu, suppk-but affcc* 
tus, et quod ille ii)inu> li;ibutt ex aHectu, collat:i dignltas rceoiiipcnuibait. 
Uode congrue <>imul vocnntur a Christo, siniul in monte fuere cum Chrisio, 
stmul mi&si sunt ca:nacu1um gractde stratum ut Pascha pararciur Chrîsio, 
ùmul ad moiiumenium curreham ut Christî resurrectîo probareiur, sïmul 
aKcndebanl in lempluil) »d horam or^itionis nonam ut cUudui cur^uetur. Ht 
quid hoc aponolo duiciiB, qui 3 pe^iorcjcsu et ab ubertbus ejus inebrijbatiir 
sapicntia et dilcciionls eju* bae poiabaïur ? \ixc el his similia bcatus Edwar- 
dus admirationc diliKcmi perpcndcns, post apostolorum principcm hune ami- 
CUm JeïU 4rct)U« diligel»t,e)tn libcm insistehat obseiiuii*. fiequcns ci icrmo 
deciuscucellcniia, frequeiisdeilIiusviTgmitatetncditaiiutMîgnc.coi. 769^-1:). 

Paiii Meyer. 



66 Suppr. le second de} 



MÉLANGES 



i-RAGMI-NT DU COMPUT DE PHILIPPE DE 'IHAON 

L'édition du Compitt de Philippe de Thaon, publiée en 1873 
par feu Kd. Mail, est un travail remarquable pour le temps où 
il parut. Si je ne nie trompe, elle est ;ictuellciTieiu lîpuisée. Il 
est à souliaiter qu'elle soit rt-iniprinitv. On pourrait, A cette 
occasion, y introduire quelques ami^liorations que comporte 
lecac actuel de nos études. Le fra^nieni que je vais faire con- 
naître prendra une petite place dans la nouvelle introduaion, 
mais n';ipportera aucun changement notable au texte de l'édi- 
tion. Il mérite surtout d'être signalé, parce qu'il présente une 
particularité qui ne s'observe en aucune des cinq copies qu'on 
possède de ce poème'. On le verra plus loin. 

Ce fragment est un feuillet de parchemin, ayant à peu près 
le format d'un petit in-4" (228 mm. sur 177), qui fait partie 
d'un recueil récemment constitué par la réunion de fragmenK 
très divers, et conservé A la Bibliothèque de l'Université de 
Cambridge sous le n" Addithnai ^}i6ii ^ L'écriture est environ 



1 . Ij dcstiripiion de ces manuscrits, dans l'édition de Mail, est fort exjcie. 
Toutefois ii nVst pis vrai qui: W ms. de Lin«)ln soit du mfmt" temps qtic 
lu ms. Cotioaici). J'ai cximiiK: le nis. de I.incoh, U y a p«;u d'annik's. ci 
mon Impression est c[ii'il nVst pa.^ antérieur :iii milieu ou m^me i li firi du 
xiii< siècle, tandis que te Cuttonicn est ceruincmcm de h seconde moitié du 
XII*. 

2. O; recueil a été légué, en 1894, à b Biblioiliu^quc de l'Universiii par 
Sdmuel Sdndars, de Triniiy Colk-^. Il avait appjnenu aiitiricurcmcnt J un 
bibliophile dont l'«-/i"Iiri'î est collé sur le plat liiiérieur du volume : Bateman, 
ofMiâdUlcH Hall (by Youlgiav^) in Ov County 0/ Derhy. La vente Baienian 
eut lieu en 189J (35 mai cl jours sui^'ants. chcx .Soiheby). 




PRACMRMT DU COMPVT !W PHIUPfR DÎ 

de la fin du su* siÈ-cle ou tout à fait du coniiiicncc- 
iiiem du xiii' siècle. Le second vers de chaque paire csl entré 
un peu plus à droite que le premier. Ccst une disposition qui 
est fréijucntc J^ns les manuscrits en vers accouplés faits 
en N'ormandic ci en Angleterre, jusque vers le milieu du 
xdi' siècle '. 

La particularité de ce fragment c'est que le leste du poème 
est acconipa^n*^" de gloses latines qui n'existi-nt dans aucune 
des autres copies : sur le cûté gauche au recto est placé le 
français, et à droite le latin ; c'est l'inverse au verso. La ques- 
tion qui se présente laui d'abord est de savoir si ces fitoses ou 
explications en latin sont l'ieuvre de Philippe, ou si elles sont 
extraites de quelque conipiit antérieur. Eu ce dernier cas nous 
aurions ici la source du pocnie français, je tiens pour la pre- 
mière hypothèse. D'abord, on s.tit que Philippe a fait entrer 
certaines gloses latines dans son Bestiaire '. Hnsuite j'ai parcouru 
les traités latins de comput qui ont été le plus en vogue, et je 
n'y ai rencontré aucune des gloses latines du fragment de Cam- 
bridge. A vrai dire, j'incline h croire que le comput français est 
assez original. Sans doute Philippe s'est inspiré des traités latins, 
mais je ne crois pas qu'il ait traduit ou imité de près aucun de 
ces écrits, du moins aucun des plus connus, ceux de Bède, de 
Helperic et de Gerland'. Je remarquerai en passant qu'il pour* 
rait iire utile de rapprocher le comput français des computs 
latins, ce que je n'ai pu faire que d'une façon soninmire. 
A vrai dire, la préface de Mail est très satisfaisante en ce 
qui concerne la langue de Philippe de Thaon et l 'établi s.scmcnt 
du texte, mais, quant aux sources du comput, il n'y a à peu près 
rien. Voici les auteurs latins mentionnés et utilisés par Phi- 
lippe : 



t. Je ciic des exemples de ccnc dîsposîtton dans le vieux ins. d'Orléans 
qui comietit les anciens mîrjclcTi en vers de 1j Vler;;*.' ; voir ma Notice ( iR9})< 
p. lO (Xniitfs tl exiraili. XXXIV. 2'' p.irtit', p. j6). Voir aussi mon édition 
de L'Hiibtiu dt GuUlannu dt Mtuédial, III, p. cxxxtv. 

a. Ccst ce qui est établi par M. Walfacrg. p. xcvil et suiv. de son édi- 
tion. 

}. tl y a des éditions de liëdc et de Helperic, ma'is, pour Gerland, j'ai dû 
a\-Dir recours A un manuscrit. 



72 



MELANGES 



Saint Augustin, vv. 241, 616, 2777. 
Bètle, vv. 2079. 2î6o, 249-,, 2639. 
Cingius {GÎHgius, dans un des mss.), w. 744. 
Dionîsîe, v. 210. 
Gcriant.vv. 211, 484,2079,2360,2495,3109, 3119,3208, 
J326. Î34I. 

Helperis, vv. 1249, 1366, 1400, 1409, M^Ji 2361, 2497. 

Macrobies, v. 2719. 

Nebrot, v. 2362. 

Ovide, vv. 394, 2804. 

Pitagoras, v. 2687. 

Plinius, vv. 2699-2717, 2761. 

Turkils, vv. 2080, 2361, 3498, 3208. 

Assurément Philippe Je Thaon n'a pas vu tous les auteurs 
qu'il nomme : plusieurs ne sont cites que de seconde main, 
et certains (Cingius Nfbrot, Tnrkils) sont peut-être inconnus. 
Mais d*où viennent ces noms? Il sera aussi utile de vérifier les 
passages que Philipe a cités d'apriis saint Augustin, BMc, Denis 
le petit, Gerland, Hel[wric, tous auteurs connus, et de voirs'ils 
ont été utilisés de première main. Hn somme, il reste encore 
quelques recherches à faire sur le comput de Philippe de 
Thaon. 

QMj.ru la lune en suti curs 
N'en ;it niâiï tjunirg jurs (>444) 
Puis les nonm tic mai ; 
4 D'iceo guarnict vus ai. (ï-M^) 



Del idvent (Ici nocl, 
t><: il granl fesic auvd. 
Or veiei par raisun 
8 Quel reule nus douum, 
Ki bien vuîdni guardicr 



Qfiicamique advcntum Domini 

apte cclvbran; d«»deTai. videat ne 

(ï4-l7) ^i>^e vto K. deccmbris nec post Uj 

Bonas ejusdetu tiiensis iraosein, icd 

infn ho5 scptem sLve in ipsis diebin 



a Cène leçon, qui est acceptable, n'est exactement conforme à celle d'iiu- 
CU11 des ;iuties mss. 

S-ô Ces deux vers ne se trouvent que dans C (où W y z Dts awn^). Mail 
ne les admet pis dans son texte, cl les LOnsidcrc comme une sone de titre 
de chapitre. 



^^^^^^^^ntAGMw^m^ 


ôAfpyr DE PHILIPPE dëtoB^^^t^^^^^^^^^I 


^^^H L'advmt célébrer. 




ubicumque domirrica vencrit ibidem ^^^^| 


^^^H Siiïîcx, que bien ['entendes. 


adventuiu celebret. ^^| 


^^^^ 13 Devant Le.s cinc kiilendcs 


cmîî) 


^H 


^^^^ De décembre cm venét 




Nemliii auiem catholico licet dut»- ^^H 


^^^B Ne ddt e&lrc guardit, 




tare quin régule superiusdateamuhis ^^| 


^^^™^ Ne en Apruef le» trcis 




patribus sini confinnaie, nec non dico ^^H 


^M i6 Notws de cel mvîs, 


(MS6) tilis qui supradictas régulas ser\-are ^^| 


^^^^ Mais en trente dous vcndat 


voluerint pcr me a^ere et cpiscopo- ^^H 


^^^V Tus lens, ja ne fnldrai. 




tum suorucn dccanorum et omnium ^^| 


^V U iluc eni verte t 




singuloruin bl;i&phemia« quantum ad ^^H 


^M lo Que ai detcrmiotit. 


iUto) tupradiaas peninct a se îpsb remo- ^^| 


^B Sedrcit ilucateinne 




vere, et hoc est quod dtcit. ^^H 


^^^K U jurs de) diemeinc. 




^^1 


^^^f V. iMcict pur vcnét 


(Î46i) 


^H 


^V 24 Si cum est espruvéi 




^^1 


^^^_^ Les reules qu'ai dun^cs 




^H 


^^^B Sunt de uim confermOes 




^H 


^^^^ El ki sis guarderat 


(Ï4<i5) 


^H 


^H 38 Mult bien l'ett avcndrtt. 




^^1 


^1 Ne ja n'i ert cosii 


, 


^H 


^^^_ Ne en senit blajinât. 


{Î468) 


H 


^^^ Et or demustrum 




Eruditis et saplcniibus hec scicnlia ^^| 


^K^ }3 Qpcl clef seît pnr raisun. 




atlinel, îllis non qui utterius progrès- ^^H 


^^^^L Ker icoïi niaisiric 




si sunt. Omnis igîtur qui se vull pre&- ^^| 


^^^B Kcl lairrai ncl vus die 


(M72) 


tare ceterts animalibus huju^ artis ^^H 


^^^f Et hom k) deit valeîr 




mcmoriam petcre débet, Ulam peiiLim ^^| 


^V }6 Icest de'u bien saveir. 




firniiter trahcre in memoria. Undc et ^^H 


^B^^ Scdiscnucf pcrucx 




numéros clavos (nV)ictmiaoruni die- ^^| 


^^^^ Et a Kl les 


(Î476) 


los )]OC modo fotmabis : DeE:cm et ^^H 


^^^H Vint c sis i arrcz : 




itovcm junge ad .vij. ; crunt .7.xv\. ^^| 


^^^H 10 Suppl. e ;ivant cetthi-er. 




■ 


^^^H 1 1 MaU : S. t. h. Mais le ms. A est 


déchiré à cet endroit. ^^| 


^^^^^ 16 Mail : if/ rW jrJ m., d'.n 


priïs /.; C a ancre chose, et dans /I il ne reste ^^H 


^B plus que les deux premiers mots du vers. ^^| 


^^^^L Lire rti/r; i/ntu. 




H 


^^^H 21-2 Ces deux rers manquent dans 


tous les mss. ^^1 


^^^^1 34 Ici Cl alIJeura (vv. {;, 


. 48. Ï4. 


etc.) lit «M llgUT^ ainsi : f. ^^| 


^^^H )l Corr. Dr\f]. 




■ 


^^^H ]2 Q»*i, corr. ^f. 




■ 


^^^^B 34 Ktl, comme djuis A, mais il Taui 





74 

40 C'en In clef que tendrez 
Enz sel pFcmcraio sâni 
D'îcc/ du e nuef aoi, 
Ouni jo la sus parlai 
44 Q^ant dvs icmu-s Imitai 
Oc £cst numbrc cm vcnai 
Ki quimc en nustraïrat 
QMÏtue en i remaindrat 
48 Ccoest la clef ([uc iciidn; 
En aitte an en vertit 
Si cum est cspruvéï. 
Se a qutnK Bju»tct 
53 Dis etiuef si avrcz 

Trente quatre cnz en l'an 
Cca est b ckrdel tient an 
Hiiwmcnt d'an en an 
$6 Le fcrei cesctin an : 
Unie en dc\'cx .tustralre 
E dis e Duef atrairc. 
Qp<; te irei cumant ? 
60 Se lis numbrcs creist tant 
Qfic il vicnget n quarante, 
Trente lioMcz de ijiiarante 
F- ceo que i rcniaîndral 
64 Ij cl«r demasicnii 
Del an ki est a venir, 
Ja n'i purras faillir. 
Or veic2 parraisun 



MÉLAXOES 

Hic Qumcrut e» clavis tn primn anno 
.xix. cicti'. Anoo vero secundo de 

(W*o) numéro clavis prctcmc .xj. Subtrahe 

quDd rcmanei, secimdî annicbvU est, 

i^"^) îd est .XV. Item, ad .xv. adicc .xix., 

6uat .xxniiij . . tcrcîi clavîs est. SïmlIL- 

(54*^) ter per totiim cidum fades, .J^. vl- 
dcUcet subtrahes, et per -xix. adath 
gens, et anniias tcnnînorum dnves 
rrapies. Hîac tamen duplicaiio cum 

()4£8) uitfj xl. cxcrcveril, trijttnt:) rccide et 
rcmancptcs pro clavï tcoc. 



(J49») 



(1496) 



CÎS04) 



41 Corr. Eit^ ri. 
46 Corr. Qui n«i;/, 

48 II faut prononcer Cro 'u ; de mime v. S4. 

49 Corr. Fa [J"]. 

{) Dans ]i:% autres mu. , ru cfi iin. 

5; Lems. portait arigînaircmcnt iMUHtmeut\ les Icttrci ne ont M grantot, 
mais cependant ont reparu partiellement dans b pliotographie. 

t9 Mieux irtie dans, les autrvs mss. 

66 Après ce vers, Mail iiidicjuc, d'apriït le <m%. A, un nouveau chapitre 
(DtoiJinathnf ilaiiiim urmlnorum). Dans les mss. CL la division est après 
le V. ]S ta, comme djns notre fragment. 



I. C.-i-d, JftmtiKnvlh ckli. 



^I^JuJvMt^i ^y^w^^^. 



il 



VH ^Mtn.' 



CinVHC^, 



y*T ( ^v/i ^gjfc, a .tianrjgfrgrntd'naicni 

I 1\ #f-*lt' niimkfV rtniiflTSr 



f 



IHf^K 



'vo'Htdin 



fifâftt Af/M ^ivr 



^. 



C 



f.^ 



pttrf >I>W» M 



u 



iMm'HUt fat Urt Mini fni» t Nfek. 



rmttwtVinil'iUint T. 



Mi.ïa;wiv. 




DfccA numbre cmmixar 
^1 «ThitC* fnftifhtiinir 

C«f l4fUf qucundrnr 
C/n atat arTcmucror 

Oif«mîrt fi amw' 
tffTnictqnnnr tn^ cnlân 

C«o -t lActcf clflon^an 
(/nfriumofT diloenati 

l«ltT(rM<cun ail 
Kjvat c ntUucr' fit [irai ir 

<<lift»iii«f anaiït' 
0. M t te TÔ f M nranr 

Û.M<tl tiKTiyt âquamncc' 

a'miccboft«r'd*aHarame 
Cc<o <|iieiiTmAmait»r 

iaclcf d<inuftrmr 
O el ihi k< * auenii* 

1 a m ptirraf fdilUit' 
riioff'pdrraifoti 

Ctitnnuf UfalùuTU 

V A clef fdCKT'lCOITr' 

DaHd «nclonnr 
t fï«- tdef par tiar- 
ÛtiOï«i<r datf«f»ciir* 

[l 1.1 Clf f'darfrritciïk/ 

cfwftmr efcïiTc Kal^ndcT 
l>«fewnti* tien Itntctifief 
Acitf'arprtft^Mcnr' 
tnc'cnmatr'iccltnaf 








76 

6d Cum nus les aJuum : 

1^ clef, tackx hant, 

D'AUeluiaeadoam 

Hs SCI idL'S par vcir 
72 De jenvier ddi teilidr. 

El la clerd'Cit jetheir 
De qu>in»fiie pir veir 
Tustum eï cinc Ulcndcs 
76 De fcrrier, bien l'entendes. 

La clef de pa»]i]«rci 
Rru L-11 mar/ ii:el nicit 
Es duc ides »;fat 
80 Tustens, ja ne faldrai. 

La clk:f lie ruvci^uns, 
Sacicjc le pat raisunï, 
El dis e ict kâlendett 
84 De mai, ca bien l'eniendcs. 

De P«mecoïtt avrei. 



MÉLANGES 

ClavLs veto septuagesimalis vîj» 
(5106) idus Jjnuarii collocatur, ci hoc c&i 
quod diat. 



(îS'i) 



QM-idragcsimnlis .v. kl. rcbruariî, 



Paschalis clavis .v. idus manii posi 

(5516) fcsiutn sancti patris nostri Bencdkti. 

l'ost .xiiij. dinosccs uMcrc lunam. 

lllic fac MCrc nietam scnipcf tibi 

pasche', 

Rogationum ctavîsest xvu kt. mai. 



Pcmccostetitialis clavit cM iij kl. 
mai. 



P. Meyer. 



LE DIT DU BOUDIN 



La pièce imprimfic ci-après est iir6e du nis. 792 (ancien L, 
f. in-fol. 13) de la BiHioîhùque .Saiiiie-Gentviève, composé 
originairement dans la seconde moitiC' du Mir siècle, mais qui 
a reçu, à différentes époques du xiv siècle et au commencement 
du XV' siècle, un assez grand nombre J'addÎTions. J'en ai donné 
une description dctaïllcc dans hRomam'a, XXIII, 497. Depuis, 
quelques pièces, d'une certaine valeur historique, ont été 

70 Allthiù en abr^è; il faut enieiidre la foniie française ulUluie. 
73 yf donne 3U«i ulheir, C stiUir ; Mail a pr^fil'rc sffir. 
i\ De mime Je dam AL, nuis 1/» dan& C. 

Hi If manque dans CL ; M.>ll compL'ic le vers en ajouiani [(ù\ au com- 
mencement, d'apiès A. 



I. Ce sont deux heiAmètrvs. 



BOCDIK 

publictrs d'après le mSmemanuscnC. La composition rim^c que 
je tire aujourd'hui du même livre n'est guirc rtconimandable : 
elle est grossiiïrc dans tes idées comme dans l'expression. Aussi 
aurais-je laissé inédite la copie que j'en aï faite il y a plusieurs 
années, s'il n'y avait, dans la façon de présenter les idées, cer- 
taines particularités intén.'ssjntcs. 

Ce dit nous apprend, en forme burlesque, comment un fai- 
sait les boudins. C'est un mets qui était fon apprécié, pendant 
le moyen âge comme maintenant, mais plutôt dans les 
classes inférieures que dans les familles riches. Je ne crois pas 
qu'il eu soit question dans les vieux livres de cuisine. Taille- 
vent n'en dit rien. On peut croire que le boudin n'était pas 
touiours fait très proprement : c'est ce que fait comprendre, 
avec une évidente exagération, l'auteur de notre dit. Ici les 
ingrédients utilises sont tout à fait répugnants, ce qui faisait 
rire les lecteurs, ou plutôt les auditeurs. Ce qui nous intéresse 
c'est plutôt la forme sous laquelle les qualités du boudin sont 
présentées. Il y a lA cerraincN particularités litiéraircs qui est 
curieuses. Selon notre dit, les propriétés du boudin s'expriment 
par trois F, trois P et trois S. Les trois/sont le fil qui attache 
le boudin, le fiel et le foie (pourquoi ces deux éléments ?) et le 
« ficn n ' ; les p sont la peau, le poit et la " porrette » (sorte de 
poireau) ; les s sont le saindoux, le sel et te sang. Il n'y a là, 
certainement, rien de bien spirituel ; mais il est i propos de 
rapprocher ici une sorte de dit en prose sur les propriétés du 
vin, dont on a deux rédactions que j'ai imprinïées jadis dans 
la Ronujnia (XI, 573). Ces propriétés sont ttKirquécs par vingt 
lettres : trois B, trois C, trois N, trois S et huit F : le vin est 
bon, bei, blanc (iî), court, cresp, cler (C), etc. Il est probable 
qu'on trouverait .lilleurs d'autres petites pièces du même 
genre,dont l'objet est d'e.xprimer par des allitérations certaines 
propriétés. 

L'auteur de notre dit s'est sagement abstenu de faire con- 
naître son nom. Nous supposons que c'était un étudiant de 
rUniversité de Paris. On verra qu'il connaissait très bien 



1. Par ex. le poème relatif au Grand Schiïme {^Hom., XXIV, 197), ci 
« b Palcnostn; de LombarJie •> {Bihl dt VÈiole Ja charin, LVU, JJ?). 
3. Ce n'ai pjs tout à fait le fumier. 




S(aiiite-GeDCvic\-( 



qall ècriTait rers U lin du xn* siècle. La copie, qui n'est guère 
plus récente, est bien inconeoc. Le poème panît încoinpkt. 



Cf emna k iit im hmOm (L 4 v). 

A nrik, ruiBiUMtt* 
l-0VttBCict de uivtuilc* 
De éaaH [a| f aanMonK, 

4 Des jfx ei éc pMkMofe, 
Dt aom a de lo^qne. 
De — igk aéfc âsia|or, 
OTviinctiofne <t de iDOM^iic, 

5 

Uc tfOWlpOM, OC pjQBtlfie, 

^^ iRpunanœ, d*sn|uiBte^ 
ly^rgoniaK, (fe^pcniimis. 



Il I>ccfaenDo,dc «oofumnese, 
Pc oogh— in, de an tu les. 

OuDoeicn, aarinMon. 

16 RecMWhKgem a aidibaKs, 
Bengjeus ci scciuen, 
nif vfclie{c)Di3' n conSeBen, 
Abb^ riMMMS et mjtditu, 

30 Ban^ ooû^ et mgustmSi 
Ficnsdo Val des Escooftws, 
Fiulx tcnifdien et ho^nttBen, 
Cculx da Moatroogc et de ChV' 

F 



t. La ptinic s up ii î e u re x iAè coup^ put ic couti::)u tlu rvKviir. 

S Je «ppote qa*U ntan^oe ici m ^xn, ayant peine i admettre ijuc l'ui- 

teur ait terti troi» vers amsccutiCi sur U mime rime, mais d'aaire pan )t ne 

M s'il m permU de supposer qu'il en a &m quiiT. On pourrait alors ou 

■■P|iri nM.r le vcn 7 ou jdmciln: uov bcuoe, entre 6 et 7, ik trois wrs, deux 

jyaoi ooe rime autre que -i^, et te trotùâmc en -^w. 

13 «ylrmrui est probablement pour migtifmtni, ou Mf^rnuKi. 

14 Dtitinii (va nûcux IXaîusf) semble carrompu. 

19 On sait que les MaMim ou Milburiits, originaîietiiem Trinitaires, 
avaient à Paris un coti^-eot dédié i Miot Matburin, d'uâ le nom ïous lequel 
U» cuâcni hatrituclletiicni fonnus. Voir P. Deflandrcs L'ordre Jet Tfinitairts 
f9m tf raciMt 4tt (Jpti/s, I (190}), 14; Lcbcuf, 11,915, éd. BoumoD. I, lîj. 
lxfan^ï'e»t trompé sur l'origine du nom de ' Trinitaires ■, cf. Boumon, 
R/ttiJk. fi aJdil., p. 76. — GcdcTroy, kxjs mmUlit, cili; cet eiicmplc : u aux 
mattUm de Paris » (i}79> Arch. nat.), qu'il n'a pas compris. 

JO Barrh, on Trèrcs barri-s, les urmeS ; v-oir Du C^nge, Urhati. ils 
jntiegi â i'jri» on éubli^scmem sur le tvnitoin: de Til^liM: Saiut-Éticune-du- 
Mont: voir Lcbcuf, I, 407. Od. Boumon, I, 354. 

2t Us Otres du Val des Étolivr^ OtJteiii des «:lijootncs tauliers; vmr 
Lrbetif, I, J49, éd. Botimon. I, ^40. Ils avaient it Parb des écoles depuis 
iaf)(Ch. Thuroi, Dt Forfanhaiiem dt rfmf'gnfwfitl Jam l'mmvmit^ A 
Paris, p. IIS). 

3) Probablement Ic^ ermites de Mooirou^e d'après U règle de saint 
Benoii, Lxbeur, IX, 44}, cd. Boumou, lU, jââ. 




LE DU 

34 El toute ordre rcligicussc, 

Les Boas [infaiis. aoniii», begui- 
[tics. 
Les coTxIdicn de Lontncs 
Et les reclus et tes hcrmitcs, 

iS RetligicMu grat» et pvtiitcs, 
QiaiiEnoc&, prcsiresvi ilbcrvs. 
Gratis (Jeans et arcidiacrcs, 
ChapeUiiiï, clers de i;uer, vicai- 
■ 1res, 

J3 Oâidaub, ju^es, notaires, 
Advocas et sires dt loy, 
Lci nujstrc» de lu court le roy, 
Corrigeurs, souffleurs [et| bcdcaus 

)6 OuUers de champs et de bour* 

(Ucaus, 
Gouliardois, ribaus, palUis 
Et n:[?[ieiitjm et papvliiri. 
Et ceulx qui forgent les deniers, 

40 Toutes guises de monnoiers, 
Et toutes Kens qui entremette 
Se scevent 3 Paris de lettre, 
Prcactn par droit et par cuture. 

44 Pjr raison et pair cscriptuie. 

Que boudins soui le incUcur mis 

Qui on(]ues futem et seront ja- 

[niais. 

Neu et counois, carit/ sont tous 

48 LîOs de cordes aus deux bout»;, 



BOUDIN 



7? 



Rn cuir boulu si 1 dcsiroil 
Que otduie a'\ enireroil, 
Qsi'i ne lez voldroii depccier 

S J A force, a fer ou [a] ader ; 

Mais un nioustier roat l'en a 
(force, 

Voirun chaslel ou tout le porche;. 

Mais nous trOMvoni tout le coir- 
[tnire, 
56 Car. selonc la vielle gramairc, 

Kuef lettres sont <|uî font savoir 

Q)iel[s} chosefs] 11 y doit avoir : 

Trois /ly, trois /i;i/> [et] trois J« 
60 Kn le ah toutes expresses. 

La prctnîerc/scnefie 

<' Fil n,de quoy la vielle Ici lie; 

La ïecoDcie /, ce me semble, 
64 C'est « fiel ■ et « foye n'tom en- 
[semble; 

Par la tierce/ est signilli^ 

Le ■ fieos » qui dedans en lié. 

Le premier p c[el est la n pel o 
bH De quoy la merde avolt cluppel ; 

Le second p monstre et contient 

Le * poil ■ «]ui de la bcste vient ; 

Le tiers f disi, que l'on y mette, 
73 Pour pUispuirde la pourette. 

Les trois sti sont « sain » blanc. 



3j Est-ce le cotlèf^e des Bons Enlànt^, pré5 de la rue Saint-Hoaoré, fondé 
en 1 209, ou celui de Saini-Victor qui est en tout cas antérieur à r 247 ? Sur 
le premier, voir Lebeuf, I. S9, éd. Boumon, I, jé. ei le volume de recii- 
ficatioi», p. 26. Fout le second, LcbcuF, i, j6a, éd. Boumon, 1, }46, et le 
volume de rectificutions, p. }94. 

16 a Les cordelières situées au bout de la rue de Lourcinc : elles ont £té 
établies U dés U fm du mii< siè>:le. « Lebeuf, 1, 414; éd. Uournon, 
1, z6o, et le volume de rectîticatious, p. 3i8. 

j) corrij;turt sout les titres de divers relii^ieux ; voir Du Gange, corrbc- 
tORFj; Trévoux, c^rbecteurs . — Souffleurs de cuisine ? ou d'orgues? 

}6 ouiltrî, plu» correctement houtifr}, Godefroy, tioiiER. 

46 Corr. Qui cu(...maii. 

72 La poatette est probablemeul une M>rte d'oiguon, en tout cas une 




1 



8o 



MÉLANGES 



• Sel " (le Poitou et rouge 84 Ont teste et cul tout en un mont : 

« snnc ». Les unes sont a istoupons. 
Je tw dy pas que l'en ne Irui^se Et Icx autres a croupetons, 

76 Autre cliosc qui bien n'i puisse, Ht Ȕ se lievent souvent 

Mais toutes voyes, coinent qu'il 91 Pour Ies(s]icr coure cntour le 



liiaut, 
Qu^tii plus y a merde et nivîns 

[v-ault"; 
Ne je ne «y chose si nette 
80 tîe si bonni: que l'en y tiMitte, 
Ce m'est advis, ijuc l'en ne pcTiie, 
Puis i^u'eUe est boutée en la 
fmcrde. 
C«> tripicres, quaitt il les font. 



(vent. 

Merde dehon, merde dedans ; 
Ke ne s'en briw pas les dens, 
Kg ne dcpîcce ses couteauls 

96 S'il n'y a trop dures peaulir, 
Mdis quant le cuir co CM crevé, 
Si en est un gnind buhaa levé 
De la fumée qui en sauh 

100 Ht Fienïquiput()uanttlcstcbaut... 

P. Meves. 



UNA POESIA PROVENZALE INFRANCESATA 

* 

Fra î tcsti provenzali infrancesatî prenJe posto, corn' è noto 
ai cuirori dell' antica lirïca ocdianica, il n" 46s, 167 del Grun- 
diiss ilfl Bartsch. È una poesJa, che è giunia a roi anonima nel 
ms. X ', dal qunic è stata pubblicata dall' Appel, Fr&v. lufd. atis 
Parisfr Handschr., p. ^27. 

Ora, il ms. a (copia dt;l canzonïerc di lictTiart Amoros) et di 
Il tesio genutno provenzalc dcl componiinento e ci Ta inoltre 
cunobccre il nome deli'auiore : Albertct de Sisleron. Giovm 



plante ayani une forte odeur. Dans les patois ce mot a des sens difTéroits 
selon les pays: voy. Godefroy. pohkttr. En Mormaitdie, c'est le poireau 
{jotct, Florr ptipuhiirt lit !ii Kortmtiufie, p. içt). 

74 Le sel de Brouage; voy. le Df'bai Jtt hérauts d'armu (Soc. des atK . textes 
français, 1877), S 74 « I1 note, p. 171. 

77 voyn, corr. fois. 

91 Vers trop court, mais on ne sait comment le restituer, la suite Aani 
obscure et probablement corrooipue, 

100 Ce vcn forme la fin du fol. 4 ; le feuillet suivant, qui contient la lin, 
est coupé. 

t. P. il ms. Pb" detU * BihUcjfra^U * di G. Raynaud. Ora questo mt. i 
stato edito, in riprodiuionc fotolipica, d.illa Sadilf Jti itmiens UxUs /ramais, 
Paib. 189a. 



UNA POESIA PIIOVEN7ALE INFRANCKSATA 

lurre, l'una di fronie ni!" ultra, le duc lezioni, âvvcrtcndo 
elle l'origiiiaria rcdazione provenzale ha una strofe di più. 



(Ms. II. 44l). 

Mos coraigw s'cs cambuti!. 
quVu non xm Unt [qanl !tolÎ3,] 

ni no mi pUiz amUuu 
denuillautn q'cl mon sU 
s'aircsiin noil plai la nui, 
tfii volm. 



(Mj. X, 91 ; Appd. ep. (il., p, jï?.) 

I. Mos con.^i:i m'es chaniax, 
cjir mains jiîm (|iit.' ne »olii.', 
ne 13 no*m plaBil'jmisUE 
Je rLCgunt n'el miin ix, 
&';i1tit:si non plaiï la mie : 
si voldric. 



$'eM«r pogucs. (j'en tou It» lîax inuuz ï'estre pogu», c'a tox ahr«ï antani 
en (os aissi camiaiK <»)r c ia]«ni. fous altresi chamax cor et talam. 



II. Dutnna. si vtK m'amavaiz, 
voIuniLers vos amaiia ; 

l^ si m'amor no vot plaK. 
non creza» q'cu me'o aucia ; 
e pero. a'a vos pbzia, 
be-m pLiiria 
qc la ricors ni l'oi^olls ni'] bobanz 



II, Donne, se vos m'amiai, 
volencers vos amené ; 

se m'ainistatt: non vos plat, 
non crvdaz gins q'cu m'ocit ; 
flon porcani, se vos pbîsic, 
mci plairie 
por voz valons, k'orguch et II bobani 



(fi es en vot, 00 fm vas mi tan granz. qui es en vos, non fou* vers mci >i 

[gnnji. 



III. Fis ami» eoanioraiz 

sui va vos, qe q'cu me dia. 
c [ja| d'al K nom crciatt, 
con plus vos o iuraria ; 
sleu trau per fcllonia 
dk foUia 
ni m' csfoTia orgoilx m mais lalanz, 
belU domna, sîvals ao'm sîa dani. 

IV. Q|ù aina c non es amati 
eniauz es e iricharia ; 

aqcl enîjn eipcrate 

nutintas vcti per ^J>a follia. 

Be-m plab d'amie e d'amiu 

qan se iria 

c s'acotdoQ ambdut ab un scmblan 

Tus vas l'autre tai [tow] w» comam. 

V. d'eu m'en de&esperau 
qan mi iiovenc qc fariiL 

alq«s de ma|s| voluntau 



III. Fins amis enamora/ 

sui d^e vos, coi quL' ic die. 

ne îa d'autre non tredaz, 
i]an mais vos en iurerïe ; 
mais îriei per ialoîiic 
die faunie, 
caa sui cliariaz d'ire cl de mais ulanx, 
belk dotniCf si'us pUi/, non me «eii 

|d«nc. 
IV. 



(Mauca.) 




V. Ton tere desesperaz, 
Cani d me dist qe leria 
alqes de mes volentn 



82 



MËLAMGBS 



Un q'tru no Un blasuuna ; si qac ia ut men pijindrîe ; 

ai dcus, qal[s] m<'rce[*| scrîa ;ii dex, kals nieices série, 

il o S»iiz\ sel faisici 

^' m'ogra estort toncmps dels greus c'osut m' arcii d'ire et de mak taUns, , 

\ahnx 

<]e m'aura fag sulTrir mais de da$ ani. ou ai estai par lï mais de .11. anx. 

Vacianti.J, i MqI^. i qum wn <>m [Vananii. Tuiia ta prima sirofc é 

liint ni qant. ^ i^t tton tia. 6 ru cou (i Jcconipa^naîa di note, lll, i Fin. j 

canccUato dal revÎMin: dt-l mi. — II. wiillalanl.Si si filai {. —\',j WiiItaliUit. 

t -If di iituiinal; jgy. J^l t:om:tH)rc dcl Ntlla ilr. II, i l'Appel corrtgge jihm^ 

m*. — 111, 4 uharia. — IV, j ntian^, in «Miot-u^; rtstituiwi;. doc, la forma 

4 MMi»/^ iift\. — V, 2 qtu, con l'iMjî- provcnMÎc- Vcdrcmo clK-ii«ii.J,* hasuc 

giunco da] correitore dcl iiis.] particolarî nigioni, per csïcru conwr- 

vaco in qucsto teste. | 

La Iczionc iiifrnncesata dcl coniponimento c ibtt' aliro die 
inuLilc pcr ta cosiitu/ione Jel lesio, ma é in più punti inferiurt:, 
corne i: facitc pen^are, ail' originale ucciunico. Nella &tr. I, 2 il 
ms. a lia cooservato uiia lezione falsa (tant ni ifani), che si lascia 
correggere dalla rcdazioiie fraimcse. CosJ, in I, .( la sostitiizionc 
dî g' tl me» a qe non è un ottiiiio cmcndamento suggerito dalla 
medesima fonte. Per contro, la lezione di il, 7-8 e V, 7-8 c 
niigliorc ncl teste provcnz,iIe, »;oine in qualL-hc akro caso. È 
certo chc afan^ V, 7 va sostituito a lalan^, che è un vocabolo il 
qualeègiàin rima in III, 7. Curiosoè itnnhlaii IV, 7, che rimacon 
■an^. ïra i francesismi, introdotti ne! testo, noto i seguenli ; l'-o 
è stata surrogata da -r (solie I, 2; aun-rie II. 2; ilonrte IlI, S, ecc. 
ecc.) e si è consers-iita soltanto in kllu ilimne [II, S. Vedansi 
aUri casi di -a conservatn în sinitlc con^iuntura uellu stcsiio 
ins. 200)0 (Pb" di Raynaud e X Ji Bartscli) in Gauchat, 
Rïwwwio, XXII, 384'. Abbiamo in I. ^ la forma muit c sono 
vcre c proprie esprt&sioni e forme franccsi : ftw quf te dtf III, 3; 
piaiu I, 5. Notcvolc anche ^jHt pLT>.v.t II, .(. Sono, poi, effetii di 
incroci francesï e provenzali : dww^II, i f//ii^f> V,6*, Abbiamo 
due voltc fous I, 8 e II, 8. Da notarsi anche chanta^ I, 1 e aràt 
V, 7- ■ 



1. Aggîungi : ivMJ iT mkwiI'iiv c Mtjyî'Jj nclU c. Si' dcl nis. Altri ewmpi 
000 Riancaiio. 

2. Xemania, XXfl, }8s. 



I 
I 



UNA POESIA l>ROV&N/.AL£ IKFRANCESATA 83 

Non i questo U solo testo di Albcrcet che si Hnvenga in 
nianoscrîtti franccsi. La stcssa sorte hanno avuu duc altri suoi 
componimenti. Di uno (£"« iih»i cor ai un aîtal encuHda), con- 
servaio nel ms. de!Ia Naz. di Pari^, fr. 844, c. 2oy, si conosccva 
già il nome dell' autort, mcntrc di un altro (Ha! me mm fat 
chatitar, AppL-i. Op. cit., p. 525) nullusi siipeva c iiulla cm lecïto 
congeiturare. In base al ms. a (c. .136) è perniesso afîermareche 
anch'esso apparticre ad Albenei. 

Di frontc a quesii cd alcrccuH testi passaci dal Sud al N'ord 
délia Fraiicia, una questionc si sollcva di grande itnpurtanza agli 
occlii dcH'crudiio : qutrlla, ^;iot-, conter iiciitt: l'îiiflusiu clic la 
pocsia occitanici ha cscrciuio Njlla lirica aulica franccse. Dopo 
le sagaci riccrclic di P. Meyer' c di A. Jeanroy ', gli stiidiosi 
sono d'accordo nell'animcttere clie la poesla amorosa di Francia 
si sia modcllata su quclla di Provenza e che i piii amiclii cstm- 
plart di codesta imitazione sianu andati perdiiti t.- Jrrinicdiabil- 
meiite perduii. Il priiictpîn dell' Intlusst) occiianlco si puù anzi 
fissare al tempo di Aliènor di Poitiers, reginadi lTancia(i 137- 
1152); ma es&u non si lascia scur^crc (in cauM dcl naufragio 
di buona parte dclla Hrica francese) tUe nei prodotti lirici a 
nei pervenuii, a comiiKiare, all'incirca, dnlla niei del &ec. xii. 
Non è da crcdersi elle i componimenti provenzaïl infrancesati 
servaiio .1 meglio prccisarc codesto primitivo influsso. No; essi 
valgono piuttostoa mostrarci che la Hrica occitanicatrovôûRnora 
unosbocco al Nord dclla Francia, anche quandola poesia méri- 
dionale c settentrionale aveva raggiunto il siio pieno sviluppo. A 
parer mio, niolti (anzî la maggior parie) di i^uesti icsti proven- 
2ali vulavanu al Nord sull'ali délia musical la qunic (aggïun- 



I. Koiiuiiia, XIX, [ s^. 

3. Nella icïi latina De nositalibus medii aevi potUs, Paris, 1889. \'e»lj5i 
ancbc : Gauchai. R^m., XXII, \(,i,. 

}. La musicd, com' è n.UuraJ<:, iiot) Jc^'c vSKre »aia il solo tf;imiie. Altri 
ha gil c»aervdlo clic alla diffusîonc Jii Fwncia dcllc liri**he occiuuiche poic- 
roiio cnniributrc ^li SKssî aulori, cou i loro vu^i, k sopra luito coatTÎbuU 
roiio le CTOciatc, le i]ii.ili nitscro in rclaxione trovaiori e trovcri. Un IkU" 
cscmpîo di ci6 ilic un icsio poicva tlivcnirc îii Oricmc c fotniio forsc dalle 
^uardie dul mb. ambrosiano D $; sup. (sec. xiit) coniL-ncniu il Rf-nuiu ât 
TnU e scriito, a parer mio, in Urienic, cuu ugni probabilité. (Vi si trova, 



MÉLAîIGES 

gcrô tra parentesi) iwteva pssare facihiiente tla iina strole 
occiunica ad un'altra t'raucese'. Tra essi, m: nun mi in^anno, 
dovremo collocare i trc cumpunimcnti dt Albertci de SUtcron. 



Giulio Bbrtom. 



MODIiLES FROi ANES DE CHANSONS PIEUSES 



H 



Sur les soixante-cinq chansons pieuses récemment publiées 
par M. J;j;mstrœm ', il en est une quinzaine dont les modèles 
profanes iHatent déjà connus. M. J. est arrivé h retrouver le fl 
modC-le, plus ou moins probable, de vingt ou vingt-cinq autres. ^ 
Je suis en état de compléter sur quelques points ses érudices 
recherches. 

I.a pièce XVItl (Raynaud. 804) est certainement imitée d'une 
chanson anonyme (R. 879), que Tarbé a cru devoir, je ne sais 
pourquoi, imprimer parmi les a-uvres de Thibaut de Cham- 
pagne '. Le « compas n, rare et compliqué, est identique, de ■ 
même que les rimes des deux premiers couplets. Cette chanson fl 
profane a dû jouir d'un certain succès : le premier couplet en 
csi cité dans le Cmle du fivz'al de Just *, et elle a servi de type 
i une autre chanson pieuse, qui en reproduit non seulement 
les rimes, mais lesdeux premiers vers'. 

Le n" XX (R. 66.() a la même structure qu'une chanson à 



I 



in fine, un aUO dî divisione fra Vene^iiani e Fnnccsi, i lempo <ï\ Marino 
Zcno podcsti dï Conaminopoli.) Ora, nelle guardîc di qucsto ms. si legge 
un lesto che inCOni'mcU '■ Vu gai dtuan Irnme leu (sic) fui Jtitr dt muu fori 
il nian trtil... car sum gtnt con non mit, e<:c. Nun v' lï nome d'autore: tiu 
è facile riconoiceTc qu^to fûniponimcfiio : t un discordo di Pom de (lap- 
duoiU (pocia cht: fu in Terra Miiia)c t»or(3 neU'edû. di Max voa XapoUki 
llnoXXVIl(p.9i). 

I. Ciierù, per dare un «cmpio, il caso prcscnuio i\» mw lirica di f'trrin 
d'AagicourT c precisamentc dal n" 36 deircdû, Sn-ffcns (Hal)c, 190;). Cfr. 
Jcanroy, Ramstnie, XXXV, ijy. In quolii po«i4 di Fcrrin, .ihl>iiiiK> il rtlmo 
(c ceno ^nche li musîa) di un a>mpommenta di P. Ralmon. 

1. Voy. plus loin, aos comptes rendus, p. 114. 

4. ZfUuiv.f. rom. PM.,\, 464- 

ï- Raynaud, 84X). Impr. Arehiv, LXXXVIU, 124. 



^ES PROFAïre^^HÏNSONS PIEUSES Rj 

refrain, tout à fait dans h manière de Colin Muset (K- i-f-f) ' ; 
il y 3. identité, non pas entre toutes les rimes, mais entre celles 
du refrain et du petit vers qui rattache celui-ci au couplet. 
Peut-être cette forme, très simple et d'allure popul-iire, étaii- 
clle empruntée i une chanson antérieure, qui parait perdue. 

X" XXI (R. 426); la forme est des plus fréquentes : M. J. la 
retrouve dans sept autres pièces; je l'ai rencontrée dans six 
autres encore, 864, 10J5, 10J7 (ces deux pièces Noni probable- 
ment imitées l'une de l'autre), 1466, 1684, 1755. Il serait bien 
Étonnant que l'une de ces pièces ne fût p:is le modèle de !.i 
cliaiiMin pieuse. 

N° X3CII (R. 648). Aux douze exemples de cette forme que 
cite M. J. je puis en ajouter dix (276, jn, 314, 3t6, 579, 
9S5. MO?. M75' léio, [927). Le même m compas «, avec 
alternance de rimes masculines et féminines, est fréquent aussi, 
CI je puis signaler dans cette catégorie un cas d'iniiiaiion : uii 
serventois anonyme, sorte de hmientation sur la perversité du 
temps (R. 720), est imité d'une ch.inson de Jean Hrart (R. 
644)', dont il reproduit les rimes. 
•N" LIV (R. 713). M. J. note que cette chanson (de Richart 
de Fournival) reproduit la forme d'un jeu-parti entre Thibaut 
de Champagne et Philippe de Nanceuil; mai.s ce jeu-parti lui- 
même est imité d'une chanson de Moniot d'Arras (R. 739), 
dont il reproduit les rimes. 

I,a forme du n" LVII (R. 654) est des plus fréquentes : tou- 
tefois l'identité parfaitedcs rimes permet de croire que la chan- 
son pieuse est imitée directement d'une chanson d'Audefroi le 
Bâtard (R. 688)'. 

N' LXIV (R. 3,53). Il n'est pas étonnant que M. J. n'ait pas 
retrouve le modèle de cette pièce, qui est une clianson iné- 
dite (et anonyme); quoiqu'il n'y ait identité de rime qu'entre 



t. D'après M. Ra>*n3ud, elle serait imprimée daos la ChrrstotnalhU Je 
Bartsch.où je ne la trouvir pas; en revanche, de» fragments en ont éti publics 
dans VHiitoût Hlleraire, XXIII. 819. 

a. Publi* par L. Brandin dans ZeiUehr.f. /r. Spraehe uiut l.itfralur.XXU ', 

). Pubiife par Du Méri!, MiSat^a Jrcfiioiogiqius, p. Jjt, « Brakclmjinn, 
Lrs plut aMcmiS rhansiuttiùrs (Mtrburg. 1896), p. 9;. 



B6 ^^^F MÉLANGES 

les vers par où commencent les deux pi6ccs, je n'hésiie pas X 
considérer l'iinitaiion comme probable, tellemeni cette struc- 
ture est compliquée et rare. Voici (d'après Pb'*, fol. 212) le 
premier couplet de la chanson donc je parle (R. 72^) ' : 

AmoTS qui sorprcnt 
Quanqu'a lî u prcnt 

M'a Mrpm ; 
Hu peu dV-urc csprcni ; 
Son esperasncnt • 

M'a cspris : 
yensi l'cùst pri«: 
Et «n s» las miw, 
Ccle qui m'a pris, 
l'out a ma dirvise 
Fusicn mon serviïc, 

S'il li plcâst 

Que trie cAn 
D'amors tout le pris , 

A. Jeanrov. 



SUR UN VERS DE LA R>L/E TRlSrÀW DE BERNE 

Le vers 184 de la foUe Tristan du nunuscrii de Berne est le 
suivant > : 

Je ai sailli et lancîct jons, 

M. Bédier propose en note : « Je ai tailliéf Le fou ferait ici 

allusion aux menus branchaf^cs que Tristan taillait et lan^'ait au 
ruisseau pour appeler Iseut au rendez- vous du verger. « 

11 me semble que nous ferions mieux de garder la leçon du 
manuscrit. L'allusion se rapporterait assex bien à un épisode 
qui se trouve d.ins la version d'Eîllinrt Ù ta suite du deuxième 
Tendez-vous de la Blanche-Lande : Tristan, déguisé en p«ini- 
tent, se risque à prendre part â des jeux chevaleresques, parce 



I. Ljuire m%. (Pb*, 14)) ne présente que dn v-arianies gra[4iiques Sâits 
aucune importance. 

I. GoàtUoy, qui a cit* ce passage <». v, EapRENEMBirr) d'aprâs la copie de 
i'Ancnal, oc donne qu'un autre exemple de ce mot. 

». Édition J-Ik^dier (Sociiti des anciet» texte» français, 1907), p. JJ. 



SUR ON VEHS DE LA IX>UB TRISTAS Bj 

qu'il en a. été conjuré au nom de sa dame. It fait un saut et 
lance un trait à l'émervcilleniL-nt de tous'. 

Thomas raconte le même épisode avec de légères modifica- 
tions'. Chez lui les traits sont précisés '. Il s'agit de lancer des 
rcîiais, des ^avfios^ et des ejpic^ : 

u R pu» firent un iiiu wsdcts 
E uns qu'apelent n-avtleis, 
E yiuh si portcrcnt ccmbcals 
H ii lancurest oâ roscols, 
Od gavetos c oj cspicx. » 

Nous ne devons pas nous étonner que la Folie parle de jons 
tandis que dans le roman il est question de roseah. On confon- 
dait partout les deux termes '. 

!1 est encore fait mention de ce jeu dans le Trizlait de Tho- 
mas parmi les divertissements du mariage de Tristan et d'IsoU 
aux blanches mains ' : 

* Pois voDt cum a fesic maagicr, 

E en après csbinîcr 

A» quintaiaes c a» cembcb, 

Asgavelocs cas roscts, 

As palosiics. as esclicimics, 

A gieus de plusurs^aatics 

Cum a iiels fmes affireni 

E cum cîl dt't siècle requirent. » 

Menestrier, dans son Traita des Tournois, parle de /«//« avec 
des cannes et il en cite plusieurs exemples qui se réfèrent au 
répne de Charles Vtl et aux r^nes suivants*. Comme il s'agit 



t. Eilbarl cwi Ohfrg, W, F. Lichtcnstcin, (;^W/fw uud Fonchungfn, XIX, 

1. Li rrman de Triitan par Thomas, id. J. BédiCr, 3063-3096. 
j. Ouvr. cité, 2073-2078. 

4. Parewrople le ronuo en" prose de Tri»Un {Le ramm dt Tristan par 
Thrmjs, oun. ci[6. II. Jtio), parle dt ;wi«. (juc Tristan « commence a lan- 
chcf Cl Jtucher en la courtine I'hii litJem fiiul'e ». Puisque le jotic n'est \a$ 
percé, il c«t clair que le rédacteur aurait dû dire ntseah. 

5. Ouvr. cit.. .)i9-:i37. 

6. TraiU dtt Tournon, jouilft, carrousels et iiutret sptctaclei JniNif s, Lyon, 
1669. p. 272 scq.; cf. aussi J. Stmn, Spons anJ Ptutimeî of tbe Ptopit ùf 
Hiigland, ooav.id.t Londoii, 1876. p, 300, 




81 



MÉLANGES 



[dans le Midi de la Francs 



de fôies qui eurent Ueuen Espagne i 
on serait tenté de croire que les jeux avec cannes ne lurent pas 
connus de bonne heure dans le Nord, d'autant plus que U-s 
roseaux suffisamment forts ne poussent que dans les pays méri- 
dionaux. Mais les vers de Thomas moittreui le contraire '. 
Le vers suivant de la Folir 

Et soutenu àoier, hoistons ■ 

ferait peut-ftre allusion h quelque jeu d'adresse où il s'agit de 
balancer les bâtons aplanis. Nous trouvons, dans les manuscrits 
du XIV* siikle >, des miniatures qui représentent des jeux de ce 
genre. 

M. Bédicr semble n'avoir pas remarqué que l'épisode des 
jeux se trouve dans Thomas. Il en parle comme d'un trait par- 
ticulier à Eilhart*. Toutefois, puisqu'il se trouve non seule- 
ment dans Kilhan et dans Thomas, mais aussi dans la foSie, 
nous devons croire qu'il a appartenu à leur source commune*. 

Gertrudc Schoepperle. 



ANC. FRANC. JOBREVS, SU 

(Chanion n^ 8{6 de Raytijud, v. 44}. 

M. Alfred Jeanroy a publié dans les Mélanges IVilmotte 
(pp. 257-261) une chanson pieuse, dont il loue justement le 



t . Un passage ilc l:i chronique connue som te nom de Btnoit de Petcrbo- 
rough, 50UÏ l'an i i<j 1 , donne encore une memion aucz intéressanic de cette 
joute : 

Mcnie rcbnMKi.4re Purificaiionl* Del gciiitricii Mariai, Sabbaio, poti pntaJinm, 
Kiardo* rex Aagiixc et inulii milites Je fimilla ejui, tt nmlil de Ixmiiii t<K'* ^"^' 
ciic £onvcii«runt, oiorc wllto, eut» civLuum .Muuujim pluriba» jocti Inteati : ei 
cum dotnuni reiliiiaeni, iiin*iluiii ficicnict pcr iiimliuin civitsTisobvuTcrunt cnidun 
ruitiCd miicnti de villa cum onualo j.Ktla «tundinitiu.t qa» unn.is vocint : de <|iii- 
bu< rcx Angluc, ci cdcicii ijui iora «o cojiiiMbjnlur. t:cf>erun1 \ d unt m)(Û«i]iic illo- 
rum,Altar advenu» «lierum, congresiut ut. (lid. Stubbt, London. ilSb;.) 

2. Vos l8î. 

}. Struii, ouvc. dté, p. )3t-3. 
4. Thomas. Éd. J. B«dicT, H, 180-1. 
;. Dans \i venion de Bcroul, )987M'^7> "(>"> trouvon» pcut-Jtrc udc 
varianic de cette épisode. 



ANC. FRANC. JOBREUS. SI 



89 



Style énerj*iqiie, et que nous 3 consLT\'ée. non sansaltérauon, 
le ms. (t. 1248^ de la Bibliothèque nationale. Il a dû faire à 
cewe pièce un ccnain nombre de corrections ; voici, d'après 
sa resiitucion, la sir. VII de la chanson : 

Vil Voui ijiii portés chapi-ius de fl>eurs, 
40 R«^rilez Jhcsu le Rouri. 
Qfiî 01 le chapel iloulereus 
Q.ui SU& k chief li fu assis : 
Par mi la face douce descendi U une cler 
44 En b bouche tavrttuf. 

Le mot en iiallqucs du v. 44 est ainsi commenté en note par 
M. Jeanroy : « M. Moack a lu jobreuse que le ms . semble porter 
en effet; savori, savoreui, etc. (voy. Godcfroy, s. f.) sont des 
épithètes appliquées souvent à la bouche de !'oK)c[ aimé; 
sai-reus pour iavorais me paraît admissible, au même titre que 
conràer pour courroucier. a II n'y a pas à discuter les titres par- 
ticuliers que pourrait avoir savrms i figurer dans le vers 44, oti 
je crois que jahrâiiie est fort bien à sa place. La leçon de 
M. Noaclt est en effet excellente, bien que celui-ci ne l'ait pas 
comprise et l'ail accompagnée d'un point d'intcrroj^aiion; clic 
donne pour la fin de U strophe le sens suivant : « Le sang 
vermeil coula en sa bouche souillée a, qui s'accorde parfaitement 
avec le ton vigoureusement réaliste de toute la composition. 

Je n'ai pas, à la vérité, d'exemple ancien de l'adjectif /tiircw, 
ni d'aucun mot de la même famille, pour appuyer la lci;on du 
ms. 1248}; mais les exemples modernes sont assez abondanLs 
et sûrs pour ne laisser aucun doute sur l'existence ancienne du 
mot et sur son sens. Ces exemples paraissent peu connus; je 
crois utile de transcrire ci-dessous, avec quelques coupures» les 
aiticlcs des dictionnaires patois qui me les ont fournis. 

H. Beauchct-FiUcâu, Hsiai lur It patois poitevin [canton de Chrf-Boutoonc 
M comnioties voiMtie*J, 1864 : dejobrer, v. 3.. débarbouiller, bvcr la figure 
princi[ulement. D^obrt donc îino drôle, igltu to.it utorchoux. Olic expression 
vient de fobrtr, barbouiller, usité dinï ccnaines punies du l'oitou. mût 
iocannu parmi nous bien que son fompostî soii fréquemment en uïage... 

Et glé s'csi IDut /ot>r/ co mangeant i pougaii:... 
Si jy mettons (es pis, y nous j^hrons dajis l'aive. 

(GuMCiU, p. 6}, 67.} 



l 
I 

à 



MELANGES 

— Dejobrsr (se), V. pron., se Jcbirbouillcr, se Iiver la lîgure. Ckftibrt U 
Jonc, fis tait hirbpuiiloa. 

Lcvricr. Diel. étynwi. du patois poUn^iti, 1867 : Jourbkr, v. a. Bar- 

Mulllcr k figure. — DsjOCBRRK, v, a. DiJlijrbjuilItT, Uver, ncitoycr. . . 

L. Favrc, GloiMire du Poitou, dt la Sninionge rt de VAunis, 1R6; : Jodrï, 
V, a. Barbouiller, ^^raisscr, salir. Rif^rencvsi Fontcnay et Pressac, Vcndièc.] 

— Dejqhbkr, V. a, Nfnoycr le visage. — Se dkjobhrr, v, pron. Se débar- 
bouiller. 'QuUllfpHU te àejohtf ijHitnJ >i ebtut doN Vèvt. 

tjiUnne, GlosMre du fnileis poitet'iti, 186S : J\bxol', -sr (j aspiré), ai^., 
sale, milpcoprc, se dit principalement du corps ; Etsuf* li do» l'bfc Jî, l'a 
toui/iifrù« (Vendée; arr. Civraij. — Jobb.m, v.n. .salir : GU Jotré âtgtuu 
dt la léte aux prt (Dciax-Sèvie*, cani. Srei^uire ; Vcnd<;e, l'ontcnny). — 
joiliou (Deux-Stvrts, Brcssuire), v. J.mjrou. — Dejahroiisni (d'jab.), v. a. et 
O., (lébarhouillcT, laver la figure (Vcudée, Deux-Sèvres). 

Jânaio, Ditt. du putois iaintùttg«ait, 1869 : Juobkou'ï, Barbouillé, sale... 
Voy. Dejiiobrer; jiioBRER se dit peu. — DF.jHOBRtR. Débarbouiller. 

L.-E. Meyer, Chaaire de PAums, 1870 : Hsjobkbr, salir, graisser. 

VAtfas Unguistiqut âe la France ne nous fournit pas de maté- 
riaux permettant d'étendre beaucoup le domaine assigné à 
jobreTf etc., par les dictionnaires cités ci-dessus : j'y relève 
cependant, dans la carte 754 (if fairr la ft^ttri) U forme dthobri 
au point 529 (Angcduc, c'" B-irbczicux, Charente)*. J*ai moi- 
même recueilli dans le canton de CiiAteauneuf-sur-Charenle 
(Chari;nle) les formes johrotts, dejohrer (Jxybr-, deh-). 

D'autre part M. Antoine Thanias me signale, dans le parler 
de Saint-Yrieis-la-Montagiie (Creuse) les (ormts jàbTiKf, -tif^â, 
« crotté, souillé de bouc ", et s'èjâbrtta se crotter », qui 
étendent sensiblement vers l'est le territoire où notre mot 
parait connu. 

\\ est probable t^uc l'on pourra encore ajouter des témoi- 
gnages au dossier de jdhreus, et il est prudent de les laisser se 
produire avant de se livrer sur ce mot à des spéculations éty- 
mologiques. La voie a cepenJ.mi été frayée déj-i par Jônain 



I. M. Gilliéiom me tîfïniie U même fomie i 327 (c"" Saintes, Charente* 
InrSrieure) avec le sens de « dilurbouiller <^ (SupptfHunl à XAtUs, en cours 
d'impression). 



rENESTRH DAKS 1^ JiOM.IS DE KOV 

qui à iVt. dqhobrer nous dit simplement : « C'est du grec », 
mais qui nous révèle son secret à l'an, jhobrous : « tntiî*rement 
grue, de Kopros fumier n.er par Lévrier qui propose succcssive- 
mena une éiymologie bretonne, p. 66 ; « Joubrer.../(j/, joue; 
bfrOf couler », et une étymologîe française, p. i6i : « Dejou- 

BK£K débarbouiller... ce qui est couvert d'un )us quelconque. 

Rad. jus n. 

Il conviendrait aussi d'attendre les témoi{;nagcs éventuels 
avant de rechercher d.ins quelle mesure la présence de jiéreuie 
dins la chanson publiée par M. Jcanroy permettrait de placer 
au sud de la Loire la patrie de l'auteur de la pièce. Nous 
n'avons voulu ici que signaler ce mot peu connu et en relever 
le plus ancien exemple littéraire. 

Mario RcxiUES. 



FESESTRE DANS LE ROMAS DE ROU 

Wace raconte qu'avant la bataille de Hastings, les Anglais 
prenaient des mesures de défense qu'il décrit ainsi (^Rou, 7815 
et s., éd. Andrescn) : 

Fait orcnt deuani cl& cscii/ 

Deuant ds les orvm leuez 
Comme deies ioini et serrée ; etc. 

Comment faui-îl comprendre le vers 7816? Rejetant une 
conjecture inadmissible proposée par un philologue anglais, 
M. Young, MM. Bémont et Thom-is pensent qu'il faut cor- 
T\^i:\ fmestres en seuesirfs : les Anglais se seraient abrités der- 
rière M des [bois] coupés dans la forêt et d'autres bois ' n, 

Paléographiqueinem, CLite correction ne fuit pas la moindre 
difficulté. D'autre part, M. Thomas ayant montré, dans une 
note ajoutée à l'article de M. Bémont, que l'existence d'un adj. 
français stîvtstre < silvestris était parfaitement admissible, il 
semble qu'il n'y ait rien à dire contre cette séduisante hypo- 
thèse. J'hésite pourtant à l'accepter et je crois que le texte de 



1. iîamniiiia, XXXIX, p. jyu ss. 



i 



i 



99 



MétAKGCS 



M. Andrcscn doit être conservé; il demande seulement un 
commentaire. 

Si étrange que cela puisse paraître, Temploi de « fenesires » 
comme écus impravisés est diimcnt attesté. Dans son pré- 
cieux GIoss,iirc du Clscvalier au Cygne', M. Cachet a réuni 
un certain nombre de passades qui, it me semble, ne laissent 
aucun doute àce sujet. Je passerai rapidement en revue quel- 
ques-uns de SCS exemples. 

D'après l'auteur du Chevalier au Cygne*, les fameux Ta^rs 
aimaient à recourir  ce procédé un peu sommaire : 

9}6) Mais âcfiniestrfS onl ly aucun p;ir<lcvjiiit, 
Hn quoy li TatTur vont It» quari^us recevittit. 
D'Aniliaclii; aporiL'icnt maini hui« Ton cl pc^nt : 
C'est >;ou qui les .iloii fomicnt rcconroruni. 

Plus loin (vv. 16290-91 et 16504-06), on les voit agir de la 
même façon ; mais cette fois, ce sont les fenêtres et les portes 
de la « ville de Rames a qui leur servent de boucliers impro- 
visés. D'autre part, U Chronique de B^rlrand du Guesclin par 
Cuvelier' nous apprend que les soldats du fameux capitaine 
coiîTiaissaient aussi cet expédient qu'ils employèrent au siège 
de la ville de Pestivien(vv. ?is6-59)ct à l'assaut d'une abbaye 
périgourdine ; 

17406 Lors coruTciii jtux armes ses hommes et sa gem. 

Les huis ei les [finira tt es>:)iii.'ieA bieii cent 
Pfinrem en Pienegon partout communément 
E[ s'en vont j l'assaut sans nul ancstemcnt *. 

Reste à expliquer comment on a pu se défendre efficacement 



I. LeChevaliirau Cjpuet Godffroi dt BouiUon, l. HI, l' partie, Glos- 
saire, Bnixclln, 18^9 {ColfecSion du Chr(mi^ufs htiges Mdilfs). 

3. Ed. RcifTeuberg, } voL (Coii. tUs Chroniques belges viiÀitiJ). 

). Éd. Charriée (CoU. de Jatumemti inédits tur Phistoire de Frantiy. 

4. Voici du reste \a liste de tous les passages réunis par Cachet sous l'ar- 
ticle rENiESTSES de son Glossaire du Chrf. au Cyg'u', v-v. 9)65, 16391, 
l6}os, lOiSa, 20776, 255Ï9, 3>)j4. 36^34: Chr. dr du GmscUn, w. it^S, 
1 7407, I74SO, Cbr. d'Eimond de Dynier, 1. VI, c. CVII. Un auire passage de 
I3 Chr. de du GMeuliu{vii. dc< vv. 17101-I)) a M enref^inté par GodefrO}- 
sous l'article TARCtlR 1. 



avec lies « feiiestres ■». A ce 



DE UËHtHE AV GRASti 

propos, de ReitiTenbcrg ' et Cachet 



om émis l'opinion qu'il s'agissait plutôt de « volets » que de 
or feniitres » au sens moderne du mot. Je crois qu'ils ont rai- 
son. On sait que fenestra et ses dérivés romans désignent 
non seulement l'ouverture pratiquée dans le mur pour faire 
pénétrer ta lumière A l'intérieur d'un édifice, maib aussi ce qui 
sert à fermer cette ouverture. Or, X rc[)oque qui nous inté- 
resse (xii* siècle) ei bien plus tard encore, les fenêtres vitrées 
étaient très rares; ce sont des volets qui les rcmptav'aient '. Une 
fenêtre de cette espèce devait être assez semblable à une porte 
à deux battants. Or, le Rotrutn ik Rou nous atteste que les 
« fcnestres n employées comme écus inïprovisés étaient en bois, 
et les passages que je viens de citer font figurer à côté d'elles 
des huis c'est-i-dire ces assemblages de bois qui ferment les 
baies des portes. Nul doute que ces volets et ces huis, en 
planches robusies, n'aient été bien appropries au sirrvicc qu'on 
leur demandait le cas échéant <. 

F. Rrchnitz. 



l'OUR L'HISTOIRE DE BEHTE AU GRAND PIF.O 
ET DE MARCOUL HT SAL0MO\ 

Hauréau, en décrivant le nunuscrit latin 676s de la Biblio- 
thèque nationale *, a signalé te poème suivant, dont tl ne cite 
que les deux premiers vers et le dernier, et dont je donne ici 
quelques autres qui m'ont paru intéressant.'* <. 



I. Vfrirsa note au v. 9^65 du Chtv. nu Cygne. 

1. Voir A. Schulti, Dat hôfischf Ltbf», 3* ià., X. \, p. 68 3&. 

1. Autre exemple relevé au Jcmicr moment Jaii& l'aTi. pavois du coni- 
plimcQt de Ciûdcfroy : = îl lut ityt parniy l'ost que chucuii se |)rcpara.it ti 
mi>i en point, ftjmi:. de pivaix, liuvï et ffrtUifi, i.\t:<. autres lubilIeuKi» 
nécessaires pour aaaililir ledit pom. o (Wavwn, Andiitun. Cron. d'Engin., I, 
390J. 

4. Notiets a extraits lU qiuJqMS mss. latitit de la Hibliitlhiqaé nathml*, 
I. 1. p. Î07. 

j. J'en donne le lexic d'aprts les mis. 676s (A), f» 48, col. t, ei Î7t8 » 
(A), fol. 84 v*>, col. i. Voici les v.inuntes «qu'ils présentent pour les Vers 



94 ^^^^ MéLANCES 

P«r quoquc, fn-rcirric, pcr ccten juro, Kobcrtc, 

PcrquL pcJcm Berte, t^uia tu vcnificaris apcrtc. 

Ut dicaïur itd, pcr te Mjrculfi::! vita 
4 bic est exposita, quotl non minus liinc tua scita. 

Vcrbis niifisonis validoquc minus muge pronis 

Liie> exponis cum Marculfo Saloinoim. 

RobtTto detur qaod plus Salomont meretur : 
8 N^m quis icsiciur quod sic Salomon loqucrciur> 

La pièce i l-iquellc appnriicnnent ces vtrs, n'esr pas posté- 
rieure à la rin du xW siècle, puisque c'est à celte cpoqce que fut 
écrit le manuscrit 676) où on la trouve. Hauriîau a montré 
qu'il fallait ratiribucr, ainsi que le recueil de poèmes parmi 
lesquels elle figure, à l'Anf^lals Serlon de Wilion, qui vivait 
dans la seconde moitié du xii'siède. Voici, quant à son con- 
teuu, ce qu'il en dit : « Elle est i l'adresse d'un certain Robert, 
qui, pardît-il, avait mis en vers les formules de Marculfe. Le 
début semMe annoncer un éloge du poète {ici. Us deux premiers 



imprinita i.i-di-isus ; i B supprime, jvtc raison, lu, et !it ^iW v. — ^ B 
Mtikulficd, — On rt:niarquera la forme coniplitjuêe du s^'st(mt; du versifica- 
lion. Les ven sont léoaîn» et riment deux Ji deux. Setloti pratiquait ordi- 
nairement cette combinaison, qui ne rend pas \c\ pommes plus faciles 
â entendre. Pour celui qui nau« occupe, outre que le sens Je plusieurs 
passages ra'tichappe. peut Ûtrc par ïgnorancc.Ia pcnstîc y «t très contoutnce, 
les t^4Ît^ d'esprit y M)ni forcés, d i) contient plusicurt jetin de niDis inira- 
diLÎsibles. Je n'en ai citù ci-Jessus que le$ huit premiers vers, les seuls qui 
cussvni ici de l'iiitérOt. Néanmoins j'imprime le reste de la pièce pour le 
cjï où uu critique plus heureux que mui uuraii y découvrir une indica- 
tion utile : 

Scriplï tait" gcnus vct te docuït Cluvieitus, 

Vel tibi pube ietiu& notus sjpur ut alïcuuï. 

Pube tenus quai^: ? Quia pubi vincta notare 
13 Nosti lam clarc punto^que deum cclcbnire. 

Dum speculor {A speclor) vcrsum, dum Carmen tant bene vcr- 

JBiim, 

lllic (B lllum) pctvcreum nicliil iuvcnio nisi versura. 

l".ii tcjlor jurb ac cetera numina ruri», 
]6 Spem devcniuris {AB de veiituiis) prae»enl:int ista Illuris. 

Qnod versu quaeris, venu placuisse ntercris; 

Sed Maro itempcr eris m nunquam versificeris. 



POUR l'histoire de bbrthe av grasd pied 



95 



vers). Mais la suite est une satire qui finit par. . . (fW, k dernier 
vers). Nous regrciions de ne pouvoir rieii dire de plus sur ce 
Robea. ■• 

Cette note, en dépit de 1 obscurité du texte sur lequel elle 
porte, peut être cumplC-téc et doit itrc corrigée. 

En premier lieu. le vers Penjiu- peJetn Baie, quia tu xtrsili- 
caris aperSe nous fait connaître un fait intéressant, et il semble 
bien qu'on puisse tenir pour attesté que Robert avait composé 
ou du moins entrepris un pot:me sur lîerte au ^rand pied. Or, 
on sait que les traces les plus anciennes qu'on ait relevées 
d'une composition épique relative A cette hérofne, se trouvent 
dans la Cbrtmiifue Saitihmgivt.'if des mss. de la Bibliothèque 
Nationale fr. 124 ci 5714 (début du \iii* s.);et c'est pourquoi 
G. Paris, dans le tableau chronologique de son Afant/f/> suppose 
que la légende a été traitée, pendant le dernier tiers du 
XII' siècle, dans un poème aujourd'hui perdu'. Cela éiant, et 
en admettant que Robert eûtécrii en français, les vers de Serlon 
contiendraient le plus ancien témoignage direct sur un poème, 
dont la Chronique Snituongeotse permettait d'induire l'existence. 
Ou plutôt, ne précisons point tant : car nous ne saurions déter- 
miner les rapports de l'œuvre de Robert avec celle que connais- 
sait l'auteur de la chronique; et disons simplement que Scrlon 
nous conRrme la vogue poétique de la légende de Berie à une 
époque où un autre texte permettait seulement de la supposer. 
C'est un point noiablc. 

D'autre part, il parait hors de doute que Hauréau s'est mépris 
sur l'identité du Marculfe cite aux vers ï et 6. Il ne peut être 
question, en effet, de voir là Marcixl/e l'auicurdcs Formules, ci 
c'eût été une Idée sinj^uliêre de menre cette œuvre en vcrs^ 



I. Je rappelle que. surk-s itilTiïrcnto venions dd'tiistoirc de Iknhc cCHur 
Ses sources, les principaux rcriicigtiemcnts se trouvent dans : G. Paris, Hît- 
UHif fvètitfue tif OmrUniit^nf, p. 75, 166 et 33 J ; \. Feisi. Znr Krilik Jer 
Btriitsa^t (Stcngcl, Ausg. unJ AMwiâ., n» LIX, 188s); E. Muret {RMiania, 
I. Wlll, 1886, p. 608 : compte icnilu de \i dùscnailon de Feisi). — Le pas* 
Mj^e de 1.1 Chrminjne Sainlmg/aise qui nous intèiesie \c\ a éli donné par 
ti. ?jris, oitv. (il/, p. 1J4. 

3. L'erreur a dÉji été trommise pur dom Krial (//if/, litt. itla France, 
I. XV, p. X), et <iïi»i<, AlIgetiKinf LttUrài^nchkhle, II, III, t, 467, slgrulv 
une confusion analognc J'EscIienburg. p. 17;. 




Serlon a voulu jurlei dii personnage légendaire de Marœul^ 
dont la n disputaison » avec SAtomon a été extrêmement popu- 
laire. C'est à quoi (ait certainement allusion le vers 6, où le 
mot HUi traduit avec exactitude celui dç disputaistm. S'il en est 
bien ainsi, et si les vers de Serlon se rcféreni au dialogue 
fameux de Silomon cr de Marconi, il est Intéressant de souli- 
gner les quelques données qu'ils fournissent pour l'histoire du 
cycle proverbial qui met ces deux sages aux prises. Sous le titre 
de Sakmum rt Marconi, les seules a-uvres que nous ayons con- 
servées en français pour le xn* et le xni* siècles, sont des pro- 
verbes dialogues". Mais les mots per te Makuifica vitn sic est 
exposila semblent indiquer qu'une partie au moins de l'œuvre 
de Robert avait un caractère narracif; et ainsi il y aurait lieu 
d'admettre, en France ou en Angleterre, dès le xii' siècle, 
rexistence, à côté des dialogues, de récits relatifs à Marcoul. 
Que de tels récits circulassent alors, c'est ce qui parnit résulter 
du témoignage de Guillaume de Tyr, qui parle de « narrations a 
populaires' ; et c'est aussi ce qu'atteste, pour le xii' siècle, la 
rédaction allemande de Salomon und Marko!/^. Mais rien ne 
pouvait faire croire que. vers la même époque, ils eussent déji 
reçu une forme littéraire. 

J'ajoute que je n'ai pas pu identifier le Robert auquel s'adresse 
Serlon, et je ne saurais dire s'il écrivait en latin ou en français. 

Edmond Faral. 



1. On sait qu'il en a été publié trois versions par Cnpelei iPtvivrbn tt 
dictons populairti du moyrn dgi, p. 189). par Méon f-VoinruH rnuf'l dt cmtes, 
I. I, p. 416) et par Mooc (^An^Hger fur Ktindt dtr deulwf^n Ailerlum, t. V, 
itljé, p. jS). — |11 y a, sur ce sojvt, J'auire* rWaGiioriN ; voir HvU. dt tu 5«". 
dtsavtc. Uxte}, II, &], ni, 90; ftofiwiia, XXXII, (.j. -- P. M.|. 

2, Hiît. oaid, lUs croisadn, I, JS7 (I. XVU, ch, 2) : « Et hic fortassc vst 
c\uem fiibulotf pi^Jarwm Harrothws MarcoUum vocant. de quodidtur, tfuod 
.Salonionb lOlveÏKit acnigmaia ci ci responiicbat. ^icquipollcnttrr iienini m[- 
vandj proptmens. Le contenu dci récits atisqucU Guillaume de Tvr faiit 
;t]lu!>>oii appamlt d'ailleurs i^i coiunic tout JtlJcrcnt du :ujjcl traité p;» Ivs 
Prtft-erbes. 

j. lïd. Vogî.Hnllc. :88o. 




DOCUMENTS INÉDITS SUR P. llBRSUIRB 



97 



DEUX DOCUMFNIS rNKDITS SUR PIERRE BtRSUlRE 

J'ai publié ici-même, i! y a vinRi-neiif ans ', d'aprts les Archives 
du Vatican, quatru- bullus pontificales relatives à Pierre Bcrsuire. 
Elles constituent des documents fondamentaux pour la biogra- 
phie du cclùbre écrivain eï coniplèteni ou rectifient sur plu- 
sieurs points la notice que lui a consacrée Léopold Pannier 
en 1872, Les deux documents que je vais faire connaître aujour- 
d'hui, cl qui viennent des Archives nationales, n'ont pas la même 
importance; mais ils méritent cependam d'être signalés et 
reproduits intégralement. Je dois rindicntion du premier A mon 
confrère M. Le Grand; le second mVst tombe par hasard sous 
les yeux au cours d'une recherche historique. 

En vertu d'une bulle du pape Innocent VI, datée du 8 avril 
tîS4» Pierre Bersuire avait permuté son office de chambrierde 
l'abbaye de Giulombs contre le prieuré de Saint-ÉIoi de Paris 
que possédait Pierre Gresie. Des conventions spéciales, non 
mentionnées par la bulle, iniervinrcni entre les deux permu- 
Unts. Soit en vertu de ces conventions soit à d'autres titres, 
Pierre Bersuiie fit ïaire,en 1 3 54, une exécution pour la somme 
de quarante-cinq livres sur Vincent Aies et appela Pierre Gresie 
en garantie. Pierre Gresie ayant formé opposition au Chàtelei 
contre l'exécution, l'affaire fut par la suite renvoyée devant îe 
Parlement, pour venir le 10 janvier 1355. Alors, d'un com- 
mun accord, avec l'autorisation de la Cour, les parties eurent 
recours i^ un arbitrage dont les conditions sont insérées dans 
les lettres royau?; du 19 janvier suivant, que je publie stius 
le n" I'. Les deux arbitres sont niaitre Jehan des Mareys, pour 
Gresie, et maître Jehan Hivaut, pour Ikrsuire. auxquels est 
adjoint maître Nicole d'Ariees comme tiers en cas de désaccord. 

I , Ronumùt, XI, l84-7- CeSiIocUttlcnh ont étc r^imprim^, en 1884, d^ns 
les .Whngfs iTarcJtifologlf tt Xl/ishûrt de l'EcoIv iVin^ÎM.' de Rome {IV, aj- 
7) et figurent (p. 6;-7) >Lins le lirjge .1 [ait in(ilul£ : Lu IrUra à la cour dts 
fttpa (Rome. impr. Cuggtani, i884)' 

1. Cette pîCcc a ili connue de l'abbé Lchcu( (Ht'st. Ju Jioc. Jt Parh, III, 
)8i), iiuU daiéc i ton du 14 niar;.. Faimicr n'avait pu U retrouver aux 
Archives Nationales où U collection dei a Accords » n'était pas Hon rigou- 
reusement cb»^. 

■fa, XI. 7 




MEtANGBS 

Le texte Je la sentence arbitrale ne nous est malheur cuscinenT 
pas parvenu. 

L'(îi;hange entre Bersuirc et Greslc avait été conclu primiti- 
vement à condition que Gresle verseniit entre les mains du 
collecteur du pape une somme de trois cent vtnm moutuns 
dW. Les arbitres annulèrent cette clause. N^mmoins le collec- 
teur pontilical lani;a un moiiîtoîre contre Gresle pour le paie- 
ment de cette somme, et ce dentier, supposant que lîersuîre 
était l'instigateur de cette mesure, l'assigna devant le Parlement 
pour l'obliger ii la faire rapporter, it ses dépens, comme contraire 
à la sentence des arbitres. Bersuire protesta qu'il était étranger 
à tout ce que pouvait .tvoirfait le coIIecteur,soit.ivant soitaprès 
l'arbitrage, déclarant qu'il ne tenait pas à lui que Gresle ne fût 
absous des censures ecclésiastiques qu'il pouvait avoir encou- 
rues. Le Parlement, lui donnant gain de cause, rejeta les con- 
clusions de son adversaire, tout en réser\ant à ce dernier le 
droit de se pourvoir comme il l'entendrait à l'égard du prieur 
de Saint-litoi. Tel est le résumé de l'arrêt du 14 août ]$57* 
que je publie sous le n" U. Je n'ai trouvé aucun document sur 
la suite du procès, si tant est que Pierre Gresle ne s'en soit pas 
tenu U vis-^vis de Pierre Bersuire. 

A. Thomas. 



I. — lJlS,l9i*f'vifr, Parit.— Litres rttyaux notifiaal Pattw^ iflnrruu m 
Parltmmi mtrt PUrrt BenKÏTt, fit itur Jt Sainl-Èhi, rf Pierre (imU, thùruhrùr 
Jt C*mlttmhs, il orJaaKtint au fté'.^ de Pjrù Je liélinrt à Pierre Benaiit lu 
tamm* Jt frupan/r-cinf liirrt mis» toat la main du rvi. 

Jolunncï Dvi gniU Francorum rcx .. prcpûsiio Piminui aul cjus locum 
tcncnti, uluteni. Si|;nî(io)inus cibi ijiknI a jurtibic iufiiHiîptb in DWiro 
prevnti l'arbmenlo prcscniïbus super debaro pcr opposdooem cl *fiis âA 
nostnim Curùm dc^oluio wh ipt cooconijindi intiîr se de licencia Curk fuit 
trJiJiu quediin) ci^iuU cujus tciior util est : 

tjïmmc GiiilI[auTn)t: Ix Bel, clerc de Mnns. l'icnr Bcnuyrc, prieur de 
Saint Eloy de Paris a prvscnt, cua fait taire cxecucîon iur Vînecnt A\is de 
U somme de xlv. livres tournois, awtre b «quelle Me». Pierre Grolr, a prc^ 
seat chaniberier de Coulons, ci le dit Vîitcenc m: sont upp(»is en proposant 
plui(curs) cautcs par dt^'int te prévoit de Paris par Icsquctlei csccucion ne se 
dcvoii iH>im faiiedc la d(ilclt]e somme, ei aus^ ledit pritur de Saint Eloya 
preseiti ivoii Eait appcllerledit t:hambCT|icr| rn cas do garantie par devant le 
dit prevott, Cl depuis par coramaodcnwnt àç b Court toutes les causes et 




t 



DOCUMENTS INÉDITS SUR P. fcERSUIRE 



99 



^[am-] cniri: l« J[ijt(t](;ï p-mlts furt-ul renvoites eu Tarlcmeui au 
j jiinvicr dcrrlcnicr) pjssi-, acordc est entre les dit pficor cl cham- 
bcricr tjiu; de toutes tes choses ^u'il voudront denunder ou proposer l'un 
contre l'iiutrc il ont eslcux arbitres, ou ois qu'il plaird a Ia Court, c'est aua- 
voir le dît chjmbericr mcMrc Jehan J« Marcys ei le dit pritur mcsirc Jchjn 
lti\'aut, pour en ordecur, scntt:ncier et déterminer comme arbitres, arbîlra- 
Kun ou «miablcs i.ompt>«tcurs, ci ont fromi» a tenir leur liii. «tiicacc ou 
ûfdcnance, a paitinc Je mil livrwv. moitié applique a la partie lenam le dit et 
nioitK^ appliquic ^ll roy nostn- s[eig»cur}, et au^^l de coiiipjroir a toutes les 
JDumcvs assignées [.ur les dix arbitres, a pjiane de v. s. parjtsiïj ; et ou cas 
que les du arbitres ne pourroieiU acorder, il ont esku mi.-stte Nicole d'Al- 
lées pour tiers et pour moyIc]iicr en ce que les dix deux arbitres ne pour- 
roîent acord«r, et promis a tenir ce qui pjr li sera fait ou nioy|e|ni> avec l'uit 
des deux arbitres dessus dlz et sur la painue dessus d(i|c[t]c, ei prmi ce les 
d(i]c[t}ca XLV. livres, qui esioîenr eti la nuin du roy pour cause de la 
d[i]c[t](.- opixislcioii, wroul baillceii et ilclivrcet au dit prieur des inalni ensuit, et 
durera ces: arbitrage ou comproiiiis juMjue^ jus Brandon:* procli[ainemenil 
vcii[ans]; 

Mandantes t'ibt quaiinusdictam pecunie sunimam dîao priori vel e}us ceno 
nuodato deliberari faciens, prout in dicta cedula continctur, dictas partes rntcr 
se ïuper hiis et -iliis imcr ipsas concordandis pacilicarc eiconcordarc pcrmic- 
tas ncc easdem super hoc inipedias qiiovismodo. 

Datum Har[ïsius] in Pariamento nosiro, de conscnsu parcium prediciarum, 
die X[X* januafii anno Domini niiUcsimo irc>:ente.\iniu quinquai^esimo quarto 
sub sigiUo OsteUeti nostri Par[isieQsts | in absenda niagni. 

(Arch. nat., ParUnMtl, AavrJs, t. 14, coté X'c 9», pièce n<^ 14; orig. 
parch., jadis sccl1<ï.) 



II. — 'Ji?' i-t^oiU, Paris. — .-iriil Ju Ptirioma drhtuu.iiil Pifri-fCraU, 
tbam^Urdt Coittcmbi, dti fins ik m poui suite contre Pierrt iknuirf./'rifur Je 
Stuil'thi. 

Cum frater Pctrus Gresle, nunc camerarïus nionasicrii de Colunilm, pro- 
I posuisset contra fracrem Petrum Bersuirc, ad prcsens pnorem prîoraïus sanctî 
Eligii Parisicnsis. quod, lîcct per ccrtm ckcl()^a ditiî^ pariihui ordinatuni et 
I détermina tum ac eciam per Cuiîani austrani de consvnsu dictaruru patcium 
aucioriutum (u'nun quod oulb ipsaruni parcîum contra altoram îe juvnre 
po«M;i de aliquibus convenciontbus habitis inier ipsiis quando dicta su:i betie- 
ficla perrautavcrant ad invicem.ttieratque inhibiium ex parte nostra, stib ceriis 
pénis, diclu KLT»uire prinri ne dictum camerariunt molesurct aut niolcjtan; 
procuraret contra tenorem ordinacionis predictc, nichilominus ipsuni came- 
rariuiii ' pr0curavcr.1l moncri ex pane collectons sumnii poDtilïcUdoolvLniJo 



1. Le sCftbe a icrit priortm xu lieu de aimfrunum. 



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MÈLANnES 



cidi-ni coUcclori trcccntos «t vipnVi deturiu» uuri ad niuionvtii, in ^uibt» 
jsm;t<;Ikii ipMim i:.-imcrdrium ' tt-neri ad causam convcndonuirt pn^Iicbirum, 
licci nulle m:u ^jlccm anntillatf fuUseni, ui prcftnur. tontra ordtrucioDcm 
CI inhibtdoncm pa-dittas tcmcrc atctrmpunJa, pcnas in^tirrendo a^ in prcjU' 
dicium Cl dampiiuoi ipNÎui cunicrariî ' non modicum, m dicirbal, quaix* pcic- 
bat dicium Bersulrc prioreia per deicticioncm et CKplcciacionmi ccmporati- 
Utis sue et per alia |uris rcmcdia i:ondcmpnari ci compctU »d fa^tmiium et 
piDCUrandum suU sumpùbus ci cxpcEisïs revocari monkion». prediaos et 
omnia que exindc sequu tram et cessaii de ulicrius conir.i ipïum camcrarium 
piuccdciiiio dccbrariquc ip«um priorem penu bcumuc « mis expcosis 
condenipnari ; 

Frebto prïorî ex xdverto dii:ciit<:qtiod,&i um(|ium ^lEîquid de dîv~U tnoai- 
dont factuni fuerat, lioc fuît unit: ordinaciontrm pt-r ipsuin camcrarium allc- 
lîai.im, cl laniL-n quicquid pwr diciun colicciorcm anic vcl posi facluni fuerat 
nullaienu5 pcr ipsum priori;iii aui ad iasitgacioncni ipsius scd vx oflicio col- 
lectons fdcluni fucrjil, ni:c Lilluni impedimentum Jippoiiob.u quominiis idcni 
caraciJ,riu:i pucttîcuï rcmaocrct et absolvetciuc, si fonna aliqua c»<.-t ïcuicncja 
innodatus. et io liiis canscncitjbai, si opus cssci, pcicndo ab impL-iicionc 
ip>îut CJmerarii ^ibitolvî et ipi>um in >ui^ cx|>eiHis condcnipn^ri, plurîbu» 
racionibus -ilk-iratb bine indc: 

l'aiulcni auditif dicti^ partibus iti omnibus que diccrv et proponcrc votue- 
rum, v'»a lÎL'tcriicx pane dicti camerarii prudiKii» vt uiieiitis circa lioc attcn- 
dcndi), pcr arrcstum Curie nusire di<:tum l'uii i^uod rcquc^ta diai unKntrti 
t:o modo quo fscxa est non lîei sibi ; rcservavîl tanien cidcni Curia oostra 
de proscqucnda Jiciuni priorcni pcr viiini et nioduni pcr quo* *ibi vident 
expedirc. cxj>ensis compcnsdlis hinc ludc- 

xnij« die augusii LVijo. 

(Areh. oat.. Parlemtnt, UttrfS ei arrils, t. ij, coté \'\ i6, IbJ. 4J0 vu, 
acte cv). 



SAlNTMAH'nN-VALMIiROUX 



B Saiin-Martin-Valiiitroux » est le nom officiel d'iine 
commune du canton de Salcrs (Cant.i[), sur le territoire Je 
laquelle 5c trouvait le cKâtciu de Oèvcc.eur, <\u'\ fut jadis le 
•>iij;e du bailliage des Monu^nes d'Auvergne. i\tlmeroux n'esi 
^ le nom d'un lieu voisin, mais celui de la vallée U- premier 
texte où il apparaît est resté inconnu de M. Emile Ame, 



• ^.' .lor 

auteur d'un Dictionnaire topo^tapbiquc du Can/a? (Paris, impy. 
n.it., 1897) où d'ordinaire l'inforniation vaut mieux qtfc'.'JJ; 
critique; j'en dois l'indication à M. J.-B. Chanipcvai. O^-'- 
V lit : « in parrochia sancti Martini de Valk Marotu'... »•' 
Saim-Mnrtin-Valmeroux est en ert'et dans la vallée de la . 
Marone ' (en latin Marana}, affluent de la Dordof;ne. En 
1447 (voir Anié), cène localité est appelée Sanctm MarUmis 
lie yahnaion. D'où il suit que Maroti, prononcé réellement 
Maroy puiï Maroii (avec chute normale de Vn caduque) repré- 
sente le génttir lattn du nom de la rivière de Marone. 

On saie combien est rare la survivance phonéti^jne des géni- 
tifs singuliers de la première déclinaison latine : aigaros <Z 
aqua rosœ et rampaîm <. ramuni palm.ie'en sont les 
témoins les plus authentiques en provenijal '. On me saura gré 
sans doute de venir y ajouter aujourd'hui Valmaron <Z Val- 
lem Maronae. 

A. Thomas. 



I. Saige et de Dîcnne, Doc. sur Cttihl, II. 2j: cf. Laretia lîu Tr/for itti 
Cbjrlts, IV. S41S- 

3. On tcr'n gén^nlcmcnl Marùuut. 

I- M. Meyer-I.ûWte (Orjtitm. J. t. rwi.. t. II. ^ 545) rappanc rampahii a 
rumiis p.ilmi; mais, pour designer le palmier, le Utin emploie p;> 1 ni4 . 
Cl non palmus. 

4. Dics lunae est devenu de bonneheurecn bi'm vul^^irc ilic': lu ni^ 
pctr jimlof(îc ^ dict martis; cf. une franc. (unsAi ci titlum, prDv. JilH{u)t. 



« 



=J 




Romanlsches etymologisches 'Wôrterbuch, von w. Mkyer- 
LùBKt. i"livra)son. Heidclberg, \S'înicr, 191 1. In-8o,xxiv-So pages (n"} 
de U !• série de U Sitmmhin^ romanîtcher Ettmentar- unJ Hani^thrt'). 

Ce premier fascicule comprend b lettre A iolii cntît-re et Is kttrc fi jusqu'au 
mm *bisoccj, t)uî putic k- 11» 1119. I.vdiuur atitiniKC que l'ensemble du 
dïaiounaïre foniieTa 1 1 livmisotis, de j fvuilk-s bliaciinv, et que la publication 
«ni achevée dans deux ans. l'rix Je Li livraison ; 2 niarVs. I^cr^nnc n'ftaii 
plus quali(itt que l'auteur de la Crmiiittaire lUi hngiies tonmnti pour mener A 
bien une ceuvre de celle envergure, desiim^e a remplacer, pour i'uMge cou- 
rant, et le diciionnaîie étymologique de Die* ci le Lileinifeb-ronmiiisclits 
tt'tiiltrbueb de M. G. Koning. LTnc courte et tuminensc imroductiOD explique 
le but pounuLvi cl expim." les moyens employé» pour l'jitvindre. J'en 
résumerai ici les indications esscntiiilk-s. 

Il ne s'agit pus KukuKiit d'invcnioricr t'immcDSi: labeur de la phîlolc^ic 
dans le domaini: de l'itymotoj^ic romane, mais d'en faire la critique et de 
résoudre ccnjins problèmes en suspens, oti du moins d'en fAciliicr la solution. 
Tous leï groupes linguistiques sont pris en coiiudéraiion diinî^ l'ordre suivant : 
roumain, végtioie, italien, sarde, engadin, friouliin, français, proven>,~al, cata- 
lan, espagnol, portugais, l^-s paioi'S inicrvienneat, soit quund le mot cansidér4ï 
n'i [>as de repri.Hentjnt dans l'idiome littéraire dont ils d'jpctidcnl, soit quand 
ils olTreni, aux points de vue plionétique, morphologique ou sémantique, des 
faits dignes de fixer rattcmion. L'expansion des mots latins en dehors du ter- 
ritoire roman est laissée de côté, sauf djns quelques cas cxcepiiontieU. ïin 
appendice, on aura un résumé de l'tHstoire du laiin, où il sera tenu compte 
des éléments étrangers qui y ont été anciennement incorporés. Tou* les mots 
sont cla&sés dans une seule série alphabétique (c'est le système de K&rting, 
le seul pratique dan» l'état de nos conniûsAJu^cs), mai* une exposition >ymlié- 
tique sera tentée en appendice. Les reconstructions théoriques sont écartées 
et l'on ne donne comme tètes d'iriicle que ks mots qui ne peuvent pas être 
sortis de mots plus simples par les procédés de la dérivation romane ; Jeu prin- 
cipaux dérivés romans tigiirenl donc sous un chef de file ei non dims l'ordre 
alplut>étique. Les mots de chaque langue sont donnés avec leur orthographe 
ollîciclle ; pour les patois, une uniformisation très bien comprise a été réalisée. 
Cn certain nombrv de bases étvinnloj{iqucs ont été maintenues d^ns kur onlrc 



meyer-lObicb, Rom.-itymoi. IVôrterbufh. lo} 

ll^uliédquc. bien que a'conniics busses, car elles oITrenl tle l'iniirit pour 
14'hiïtoirc lie l'étymologn;. Oii s'csl aitjcht.' â mculionocr exacicnicnt U pro- 
venance des £t)'mologicsiJéfmi!ivcmcnt acccpiicï « même de quelques auircs ; 
Riais on n« soumit demander A un msmici d'Cire absolumcDt complet à ce 
point de vue. Ll-s niuts ;Ie furmjlion populaire Cormem l'élémem csscmlel 
du Dulioumire él)ino!a^iqiu, mais les mots Mvjnis les plus répandus y ont 
aosii une pcliie pbce, entre crochets. Le» emprunts faits par les langues 
rontanes aux langues voisines à l'Opoque modirmc, et sous une forme irÈS 
I KCDnnaîuAble, sent ginOTatenicin laissas de ctni . 

En somme, nous sommes en présence d'un plan mùremcm élaboré et qui, 
dans ses grandes lignes, me panitt dei-oir rencontrer l'approli^tion générale. 
Tout au plus pourrait-on désirer que les fausses éiymologics fusient pourvues 
d'un signe spécijl destiné i les faire rei:oniiiaîia' i:oinme tdics, A première vue. 

L'cjiécution maiérîelle a été surveillée avec le plus grand soin. Je n'ai relevé 
qu'un nombre înlîmc de fautes d'impression d^ins le& Ho pages a deux colonnes 
de ce premier fasacule : la seule ^rave est celle qui, à l'art. 248, AEsmxs, 
a transformé rcxpression italienne lino stio en Utnùus., et a rendu par Id la 
pensée inimelligible '. 

On ne saurait avoir trop de rcconnaiSiancc d M. M.-l.. pour cette nouvelle 
oeuvre. Les »cr>ic«s inappréciables qu'elle est destinée à rendre i b pliiio- 
logîe romane sont cenaincmeni la récompense la plus belle et la plus haute 
que s'est proposée l'auteur en s'aEletant .i sa lourde i^k:he. Lui seul pouvait la 
porter au point de perfection qu'elle a aiieïnt dés çs premier jcl. Mji^ ÎI va 
sans dire que, dans le détail, elle appelle plus d'une retouche. 11 est A prévoir 
qu'une deuxième édition ne se fvra pas longtemps attendre. Je considère 
connme un devoir, que j'accomplis dans une pensée de respectueuse déférence 
pour l'auteur, de consigner ici la plupart des obsen-atioas que m'a suggérées 
la lecture du preniii:r fascicule, ci je les soumets à son ju^cmL-nt. 

4, Ai!.\KTK. — A l'auc. (t. linvnliiU. qui est rare ', {oindre Jevatilet, dont le 
surtixe primitif est peut-être -aie (cf le prov. iiav^uttaï), submergé plus réccm- 



I . An. s6s (APTif ICARE), au lieu de atefitgti, lire atuftgà ; art. 79} (auri- 
CtlLA), au lieu de oieiUia, lire OreilUte. 

^■ Oodci'roy ne donne que drux exemples de nE^'AKTAtL, donc un seul 
rcnionlc au r:ioyen ij^e. Il a joué de nifllheur avec ce dernier, qu'il a pris > 
Carpentîer (Du Onec, antepfnuium; ; il le date de !î5*f et le croit tiré 
d'un document législatif publié dans les ihJon»., VU, aî4,undis qu'il s'.igit 
de lettres de rémi^iion de l'nn 1476 (Arch. nat, JJ i^%, pièce 164a), lettres 
que par com pcns-ision i] invoque î tort i l'an devanthl, pour l'enemple 
« gallicc Jeiiintel •>, pris aussi à Carpeniîer et qui vient de IWi/inuriuwi de la 
cathédrale de Rouen, recueil du xv« siècle ; mais, en fait, les Stutul} Jfs hoti- 
/ir« d'An^ccs, qui sont pu)>liés dans le» Ûn}oHti.,\'ll, i^.) et remOMicnt 1 
[)S9> contiennent deux fois, dans leur &n. t?, la forme 'iev.iiitail : ■ II peueni 
défendre le Jeivnlail a ccHui qui se sera forfait..., ne ne sciodra le •lewntail 

{'tùa qu'il ara esté défendu u. Carpeniier a indiqué la référence, mais non cité 
e texte. 




I 

à 



104 



COMPTES KEKDUS 



ment par -etium, comme ilxQ» liiUtau ^ limiiale. — Il cAt hé bon de 

mcntuxiDcr auiâ, parmi les d£ri%-és Transis, le subsi. dnwituri. tt^s usité. 

17, ABEU^NA. — L'anc. prov. cooDait b forme tiukuia ausii bien que crv- 
Uimi (voir Somania, XXXII. 473). A cûté du roum. alun et de l'iul. attllano. 
il convenait de mentionner le prOv. ittv/>iM, laiLin. Ontc coexblimcc porte i 
[aire remonter au lai. vulg. le type 'abelUnus « noUetùrr ", d'autant plus 
que le béarnais l'i mnsfonni en 'abello, «onis, d'où u/vnx), chun);cnicnl 
qui rappdle cdot de libsnus en *tabo. -oaîs et qui doit fitrefort anden. 
24, ABies. — Le gasc. abei est ccruiocmeni un mot populaire : le IV est 
normal. Cf. le dérivé béarnais aMaa ■ TorËt de saphu ». 

II, 'abismus. — Le* représenianii de ce t>pc h>-potbétique, pIu* Hdl^ 
santquc 'abissîmus. n'appanimncnt pas A b couche primitive et devraient 
itre mis entre crochets conformément i U régie suivie par l'auteur. 
)4, arominati;». — Même remarque que pour 'abissus. 
3S, ABONNIS. — On serait heureux d'avoir un rcnseigncnuni précis sur ce 
mot bai blin, que M. M.-L. date du vue siècle et dont îl Taît le chel de lîlt- 
du fr. bi?itHei et des mats apparentés. 

î8, ABOHTiiiE • avorter .. — Je t»e vois aucun rapport entre les représen- 
tants nofiTMUX de ce mot btlo et dAon/fV, etc. ■ s'abliardir a, formé répilîé- 
remcnt sur le thème de burdo « mula ». En admettant qu1l y ait contami- 
nation, il faudrait en renvoyer b consuution à i'aniclc burdo. 

Î9, AHROTOSUM. — Lc franf .dial. vrogiu est mal traduit par « Waldrebe •, 
c'est-à-dire ■ clématite • : il s'agit de l'armoite, qu'il fnut luturcllemcnt di»- 
tinffuer de la planic qu'on appeUe u grande irAu, grosse trifiw > en Anjou ci 
daiis le .Maine (Kolt-tud, Fhrt Jvp., 1. 4) et qui est cRectivement la clématite 
(ce nom de vrAu «e raitjcbc 1 viburnum et non i abrotonum). 

41, AKSCOVDBiu!. — Ajouicr aux dérivés t'anc. frao^. fscoMte • laniemc 
sourde II. ciKore vivant dans le patois de& environs de Valcneicnncs. 
46. AAsoLVEKK. — Voir ci-dessous l'art. ASSEaCl. 

48, ABSTERCFJtE. — .\)outer l'atK. franc, tittràra * kilavcr ■ (voir Remania, 
XXXVIU. Î9S)- 

(1. ABSVS. — Au lieu de ' lînwus. Jq«ji«J », lire « b. limou». i^^tmitti)^ 
avec M itiphtungue, ce qui est la forme affaiblie, en position atone, de U difh' 
longue tonique an. 

S9, ACASTus. — Voir d-dessous l'art, acerkcs. 

W, AccirroR. —Tirer le prov, j«j/.>r de acceptorem et dire qtie b 
diphtongue au vient de avis ne me parah pas tté» clair : je dirais que accep- 
te rem a été remplacé pat aucceptorcm (fonoe attestée, Ux Rihuaria, 
XXXVI, !i. dans les .Mo». Gmm. bist.. Ugts, V, M9X «>«s llnfluence de 
auccps, aucupium, etc. 

77, ACtxixis. — Le mot n'est représenté que par l'anc. fr. ci prov. acUn ; 
o* Miin (ait toujours luUnt au féni. en ancien françab (ï' n'y " f^ d'eiemple 
pour le provenu). II fciui donc adraciirc comme type une forme "acclinus 



I 




mÊ^-TObke, Pom.-etvnio!. ff^Cvttrbwt? 



m 



dulat.vulg.; noter que inclinus au lieu de inclinis est formvitcmvnt 
aitetté (Ctrp. gfois. hl., IV. 375, 28 et ji). 

78, 'accognitio. — L'anc. fr.dMi'Hf«i,qui n'est pas dans Godeiroy, appelle 
uae référence. 

9t, ACER, -SKIS. — La survivance du mot un [trov. est atic^u^c pnr te com- 
posé aïKiur < accrcm durum, nom de l'traWc dati* l'Hérault. 

97, ACHRKUS. — L'auitur ranachc â ce type le«samîong. a(*(rl» (livrable 0, 
En fait, il'.ipréN la carte 178 de V.-itioi linguitti^ue, ce mot est usité dans une 
panie (les départements de ta Clurcnte, de la Cliarenie-lnférieure et Jes 
Deux-Sévrcs kjus Ic^ formes a/V, <i/V, .iJl, uAiV, .i/inr. Labnne le sifçnale du 
eàti de Ci%Tay (Vienne) et l'écrit .irjart. Son ; (évolué an b) est absolument 
inconciliable avec le t de acernus. Je croîs que ce mot remonie au tv-pe 
acasius, enregistré par M. M.-L. sous le n" î9, lequel donne agas en Lan- 
^edoc, adjy/is tlans les Bjises-Alpes, et se prolonge vers le nord-ouesi sous 
les formes og-f et gjtir (Lot), qui sont dans VAtUs linguhliifae, et >ous b 
forme agher, que Rolland (Fl.pcp., III, 14^) signale i Brive d'après G. de 
I^inay. Du cAté du nord-est on trouve, d'a;?ré-\ Rolland, 0^ en ÎKivoie cl 
dans ta Sui&se romande, èyt' dans les Vosges, fya, fyar. uyar dans l'Aube ei 
la Haute-Marne. Tous ces mots paraissent inséparables, quelle que soit l'ex- 
plicaiion que comporte l'r qui se montre si souvtm d^ns h syllabe finale. 

loj, ACint;s. — Le prov. aisse en absolument inexplicable par le lac. ctass. 
acidus, qui n'aurah pu donner que a{#. Il faut supposer un type comme 
'axidus ou 'ascidus; mats cnmnieni l'expliquer? Une contamitulion 
entre acidusvl oxalis (sans parler des autres mots plus ou moins teclinii^ues 
dont le premier élément renferme le grec ijû;) aurait-elle mis en usa^^ U 
fomie hybride 'axidus? Je rappelle qu'on aJmei généra'emem (M. ,M,-L. 
comme les autres) ^ueYodefitfiUe est dO a l'action de oxalls sur 'acidula. 
110, ACiNUs. — L'auteur indique ui^i' (et, trois lignes au-dcnous, aû«) 
comme nom auvergnat de l'airelle : ailleurs, sous le n» 7^3, art. .\r£Jl, c'est 
t'je qui est .luvergnal, et atir devient^ du roucr^ai, Kn réalité, i/t'îc tl rr^e 
appartiennent ii la lé^iou alpinir ; dans le Kouergue, on dît airr ou ni'ie. Voir 
laFIar. fiop. de Rolland, Vil. 1J4, la carte C 1751 de VAiitrf UngKîstùjuf et le 
Trtsor de Mistral, an. airg [î], en pretuni jiarde que Mistral abrège ■ alpin » 
par a. et • auvergnat •> par .1»;'. Même dans les Alpes, ai^t (et encore moins 
tri) ne peut représenter acintix. Cf. ci-dessous l'art, avu. 

13). ACULtATUS. — Ajouter le pTov. afn/f.<(ir (Castres), d^'u/Wir, elle franc, 
dtol. aiguili^ (Poitou), qui se prononce par u «.t i mouillée, • aiguillon pour 
toucher l'attelage ". 

t]i, Accs, -fi»TS a baie •>. L'juteur ne coniuli de représentant de celui 
mot que dans le patois des Abruz^es, qui a d'ailleurs cban^é le sens en celui 
de a blé M. A-l-il ignoré l'article acs de Misiral, ou rejetic-t-U de parti pris 
fétytttologte qui y vsl iiiidiquéc etque Misttal n'est pas le premier i avoir 
proposée ? En fait, b carte B I4j3 de VAUas hnsuiitigue (balle de blé, etc.), 
confirmant et précisant les renseignements fourriit par Mistral et par l'abbé 



t06 COMPTES REKBUS 

Viyssier, nous montre un substantif mise. plur. ali, atits ri>[Mndu dans l'oucM 
<k rAvcy-roa et sur la lisière de trois dipanementî limitrophes ou rapprochés 
(le Tarn, li: Tam-et-Garonne et le Lot-ci-Garonnc), et qui, sous la forine 
Jdb, a un autre pt-tït domaine dan* le coin ilcs H;iuie*-Pyr6nics qui s'cntonct 
entre la Haute-Garonne ut le Gers. Le passage de aa i nls ne fait pas diflî- 
cultii : l'abbé V.ivitier s'en «t si bien rendu compte qu'il a cnrtgistnl un sin- 
gulier hypotlitïiiquc ni. Il faut partir de acus neutre (j^enre qu'a le mot dans 
Varron), d'où acs, invariable i l'origine. Dans les comptes d'AlbJ de 1572- 
1}83,M. A. Vidal a lu & deux reprises Jtx (Complfs cwisut. ifAIH, L V de la 
Bibl. mfy-idimjit, p. 121 ) et M. E. Levy a enregistré dans son Petit dia. pnrv.- 
frûnç. un art. <> lif;, s. m. pi., balles des céréales, dépouilles du blé ■ : je croi» 
qu'il faut lire aex. 

t}8, AOAKQVAXB. — Le prov. K^ar a pris aussi les sens spéciaux de >• chl- 
ircr » (que M. .M.-L. enregistre sous aequarh) et de « renouer un membre 
brisé », spécialement dans le Vclay, sous la fonnc i/i^'' (Baron de Vii-iols, 
p. 69). 

147, ADAQUARE. — Le Logodouricn.iWw'i' vient du «mplc aquarc;ct.ratt. 
S&ï, où abbadu est rapporté avec raison ;k aquaius. — Lj forme normale de 
l'anc. prov. est a^aigjr, non a;^{igar. Criant il l'arn:. franc, astvier, Je n'en cou- 
nais pas d'exemple; on trouve iittvr duns un texte normand (Godcfroy, 
aigukr). 

163, ADUHtGERE. — Il iiic parait impossible de débouter adhaererc de 
ses droits i l'éiynKilogie du Uiaii-oerdif. Le partie, 'adhacrsus, au lieu de 
adhaesus (par restauration de l'r du radical), doit remonter très haut (cf. 
ercniem : adcrsum dans les gloses de Reicheruu), et l'analogie de sur- 
gcre, 'sursus a dû latrc créer de bonne heure 'adhacrgcrc i cAlé de 
adhxe rerc : les formes wallonnes avec la diphtongue » tious reporteni k 
l'iM de idhxrere et non ik 1'^ de adcrtgcrc. 

191. AOorERiKE « ouvrir». — M. M.-L raTtat:l)e à ce mot l'anc. franc, 
aowrir et l'anc. prov. a^rir; mais il se trompe en attribuant au mot ladn 
te sens de ■ ouvrir », car adoperire signiAe « couvrir ■• et ■ fcrmCf », pas 
autre chose. Donc, l'artidc est 1 supprimer, étant manifeste que le prus-cnçal 
et le français ont trav-:ul!é indépendamment l'un de l'autre a^-ec le prétixc Cl 
le veibc simple. 

t9}, AOFOST. — K mentionna l'aoc. prov. «{naM ■ après tout ■ qui ttunque 
dans Raynouaid et dans Lc*v,niats qu'on trouvera Rn\ dtt I. nw., XXXIV, 

ii$. AOvocATtw. — Je rattache sjn : hésiter 1 ce mot le ftan^ . suisse Jwajw 
■ premier magistrat *, où l'r est adventice et duc i une confusion avec Icstifl 
ier. Dans un tente fri bourgeois de 1)19, on lii, au nom. plur. li tivoyr (voir 
RtC.Jipl.U.69). 

îo6,ALAB*ST«t™. — M. M.-L. distingue alabast ru m et 'alabausiructt. 
Au premier type il rattache l'iul. til^aUro, Tanc IraiK- iit)tikjitre, le franç- 
mod. alMtrt, l'esp. et pan. alakturo, toutes formes placées entre crochets, ce 



MEVER-Ll^BKE, Kûiii .~£lv»tol . iVôrtcrbuch 



ro7 






qui Mt partiit. Au scconj type U ne (ail rcnionicr ilircctement que Iï prov. 
^ahtastre (d'où l'anc. franc, (aythaïutre), lequel n'est pas entre crochcu. Je 
ne rois aucune ranon pour ne pss mcilre sur lu même pied le fran^-iis et le 
proM;t>faI, voin: l'anc. sicilien, que M. M.-1.. n'a pas songé â invoquer (un,t 
buxulit Ji iilahitutlni, Riummiii, XXV'III, lîl), en tant que reprii-sunlaot ala- 
bJusiruni (l'asiiïritquv est inutile): mais U ^'agii, bien enicadu, de t'orma- 
tion a savante», tout comme pour le type classique alabasirum, car si 
Tellement le skîlien, k proveiigal et le fraiif(.is rerooiualcm à U coudie 
populiîre primîlivc, le b aurait cùdC b place J uti v. Il faut d« crochcti par- 

lom. 

\i%, 'alkispima. — L'uuiL-ur n'indique pour le fran^. que la forme auhi- 
fine, nuis albnpi» dans les jncicns textes et tiuh/fii» dans les patois est n-trs 
fréquent. Il y a lieudViahlir un type 'aibi&pinui, d'autant plus que spinus 
a'e«t pas moini usité en latin que ^pina; le chani^eitieui de ((cnrc de ce 
mot dm. en -ut ne fait pas ditHciiltc. 

pj, *ALBtic«. — A iiiinitiotincr le sens sp^ial du patois alpin auhujo 
M clâmatiie ». 

}29, ALBURSUM. — U cùt Hé boH d'iiidiqucr J'avance, par ud renvoi, la 
fusion qui i'esi produite dans le lat. vulgaire delà Gaule entre alburnum 
aburnum. 

îji, Ai-BVs i( blanc «. — Ij: p;itois de la Creuse a conserve l'adj, sous la 
forme nornule (1)105^. [.ii'f']f, iùm. aiilv) au scds de « blanc incandescent », 
en parlant d'un four, d'une poik, etc., chauffés à bUnc. 

]6l, ALLEVCARE. — L'exprcssjon du patois de Saint Pol mer aijfrtue a'» 
pas de rapport, i l'orinïnc, avec le verbe allcviare : c'est une ahération de 
m^raUressf u sage*femme », dériviS du verhe composé w/i-rtf/c/, primitivement 
nulaltr-.çf. Rmnaniii, XIX, ]]l. 

}77, ALuxiSL'H. — Je ne crois pas que le prov. atoiiSf existe léeUeuieni ; 
je ne connais au moyen Ag^t; que alniuie, d'origine frani^aise. 

Î9I. ALVEOLUS. — Ajouter l'aac. fran^. jd/wr/ (cf. le» an. aucel et al^joel 
de Godcfroy), qui s'est conservé sur la Loire moyenne comme terme d'agri- 
culture. 

443, ANCU.LA. — L'explication de l'anc. itm^.\ma! à riant bentoiti par 
une forme masc. •anceMus est vraiment par trop fantaisiste; je ne crois 
pas davantage à un dimitmtifde hama.opinion de M.Bchrensquc M. M.-L. 
\m^k auMi admissible. On a tout simplement atfairc k une déformation tar- 
dive du t)-pe latin urccolus ■. 

4;o, AS'DROM, -6na. — Ajouter le prOv. aadron, androna (Mistral). 

46], ANCuiLLA. — On ne sera pas surpris que M. M.-L. tnainlieiine son 
étvmologîc de envoyé, nom dialectal de l'orvci, par la forme masculine hypo- 
iliéiique 'anguillus {«-"l". <?•/■ '»'«. WjiV., XXIV. 400). Mais la formule par 



I. Voir ci-dessous, p. m. 




loS 



COMPTES RENDUS 



laquelle il [<.-Tiiiiue soti iiiidv : ■ Dunn -f- ordcs : fn. vrvfl a, vsi vraiment 
par Irop sibylline. Pluîcomplcl que naguère, il rangvmiimc sous *aiigulllas 
le gaioiinait ntplvfiî!, daiu lequel lout esprit non prévenu rcconn^iitra i^ns 
h£.riter l'anc. prou. anaJuffh, conserva non moins clairemeni par k paioi» Je 
Sjint-Yrieix-b-. Montagne, qui appelle l'or^el liffiWcf . 11 est clair qtic MutJufilt 
n'a rien il fjîrc avec 'anguilltis : il pouule un type 'anatolium ilotit il 
reste ii trouver l'on|îti)e, et 3ii<|uet k raii.ichcnl aussi plusieurs autres des 
rornicb )7atiiiK$quc M. M.-L. a accaparées au compte tie 'anguillus. 

469, ANCiUïTiARK. — Le morv. i\ingokhri • s'tîtoufîcr » tcnionte cssenlîel- 
lenicoi a la même âtyniologie que le franc, i'fiigeiur (et. le poïtc»'. s'tngoiiur 
« avoir an violem désir o), Icqud a été contaminé par t'ftmtfr, très fréquent 
dans ce sens . 

47j. ANIMA. — Pour U i;omWnaiïOii Je ce mot awc !i négation, au sens 
iiégiilîrJe « personne n, il taui joindre à l'auv. j^riwnt» (plu» cluîreiitoit njrnw) 
k poiiev, nerm/. 

489, .ANQuiNA. — Ce ternie de marine, d*aprés Jal, vient du grec Sr^tnvm. 
M. M.-L. n'y rattache que VU.amhifii (poufquoî pas >i»rJftno r] ci le franc. 
<iiiquil. Jal n'indique Jtrfr/// que comme lorme calulnne, et il donne comme 
a français « aiufiii, qui figure, en effet, dans des textes du xvi« et du xvii» s., 
où on trouve aussi ha^ui : la pêne de la nasale suppose nécessairement une 
fnrme IjngucdcLieiiiie '.i-nifui, d'uii provient b Tonne fram^aise, aujourd'hui 
inusitée d'ailleurs, aussi bien que anquiti, qui est dans Amoine Oudin. 

(09. ANXIA. — A Côté de aina, forme usuelle du pro/.. il faut noter .irriw 
dans Saacta Fides, 22; et 41a: un mot d'explication pour la pêne morpholo- 
gique de la nasale n'aurait pa<i été de trop. 

Sti, AMZAKOT (arabe). — Ajouter l'anc. franc. nrfsirrof, donné par Cotgrave, 
Antoine OuJin, etc. 

SIS, APERiHE. — On ne comprend pas pourquoi le prov, d/xr/ est men- 
tionné ici, undis que le fran;. homophone est laissé de côté. Il me paraît 
difficile de voir t.\ Iv part, apenus (.i part les caii ofi le sens est bien celui 
de " ouven »). et Je crois qu'il faut remonter à expertus avec subsùiuiion 
do préfixe ad au préfixe ex, c'cst-;ï-dirc i un type 'appcrlus. 

i>l, .iFPOsiTicios, — Ajouter le prov. ij^j/((^, qui se trouve louvem, ci 
l'anc. terme français Je marine apotih. d'origine méridionale. 

S64, "apticdlahe. — Ce type étymologique me paiatt absolument inac- 
ceptable pour l'anc. fr. alUJUr où l't du radical est certainement primitif, tan- 
dis que nous n'avons aucu» exemple de -tcularc comme sulTixe servant i 
former des verbes : c'est toujours i -I eu lare que celle fonction est dévolue, 
AU moin) quand il s'agit de verbes remontant i la couche primitive. 

i70, \Q.VA. — Puisque routeur mentionne parmi les composés Tiial. orftM- 
viu, etc., on s'attendait i le voir mentionner aussi le prov. aigaros ■< 
aqua rosae dont le second élément est si intéressant. 

S32, Aaj;£MAii.\i.ts. — Seul représentant : «sp. Oëuamanil. Alors, pourb 



MErER-t.OBKE, Roui.-etyttiol. K^rierhtich 



109 



quoi nr pas donner comnu- typt^ ^iquamanilc, qu'emploie l'oriunat cl qui 
wûrrcspond seul exactement au moi cïpi^nol? 

574. AQt'ARIOLA. — Ajouter le prov. aigarala u pciitc (juantilt J'eau, petite 
pluie '■ et 4Ui9i, Heu que MiMra] ne le di^e pas, << ampoule » et le (nu^. dial. 
étroit m ampoule ■, rciructlli pir £c D/rt- générji de Hairfeld et Dârnicitcter. 

(88, AQLOiL-s. — Ajoktter le Uanç. did. l'tvii;!- (HniKleM-Darmesieiei). 

6t)i, ARATOHiL's. — Ajouter l'atic. t'ran^. Urre areurt (Go-iKftov ), où arture 
e»i «Iremcot une fomic contracta dialcaale pour 'arcoirt. 

611, KKizh. -~ Parmi les composi^s,)! ii3i\ initircssant de signaler le prav. 
artalkit » chAlït " ; voir Mistral, ARrXHi.iE. 

f6l7 bis]. — " AitcuNCLLLUS. mol omis, me parait a&»irc par l'cxiMcnce de 
l'ital. arcoiutlto et du prov. ^nccme! (voir Mirtral, ahcousskl'). 

641, ARGiLLA. — Le franc, dia). 4idilt ne Joli rien i ardoite; wjn d cil un 
dÈvdoppenicm bien connu de com. — jf h voy., par t'iotcrm^iairc de ç : 
cf. hoTdtns':^botjois, mardrlit = ma^gtlU, etc. 

6s9, AHMIL1.A. — A)ouiL-r te prciv. arnuia et. as'ec changement de geiire ei 
•Je luffixe. le rouer^. arm/l et le ^:i^. artuil, de ' arnicllu m, 

671, ahrSctos. — La ibrniL- régulii-re du latin «T arreciuï>, type auquel 
remonte l'anc. ftanij. ^roil, que M. M.-L. ne mentionne pas. 

64Ï7, ARTlCLaLS. — 11 6tait imêa-siont de noter le sens, v ei^oi du coq », 
qu'a pris le moi dan» le patois de l'Aube. Le herricbon et le pi>iievia pos- 
sèdent le dérivi arte^nole, artiguoU, ttrli^wlf (n cnouilUc au lieu d'i niouill^i:, 
par dissiniibtion), soîi ;ivec le m6me »ens retlreint, toit xvec le sens plus 
L^tcndu de a i^rilTe o des animaux. 

718, * ASSfijCitiîTiAfiH. — L'anc. franc, dit lîo/maleiticnt asserhUr avec / 
sonore : les eicmples abondent, et on ne comprend pas que l'auteur ne donue 
que atseriuifr, forme tout A fait isolée. 

724, .issEQUi, — Le niçard tiuvuirt <■ aclicvcr u ne vient pat de isiequi, 
mais, comme l'a. bien vu Mistral, qui indique ausM le (or^iicti iifftire, de 
absolvere. 

7Ï», ASSts. — L'anc, franc, aissntnf (qui offre beaucoup de variantes) n'a 
rien Ji voir avec dssi^ : il se rattache X se indu la. modifie, à ce qu'il semble, 
en 'icilduna; cf. le^ art. ai^ekorf., essaule, rsaal'MI de Godcfroy. 
tCENTEde Hatifeld-Darmcsteter. etc. 

7Î9, ATViFLEX. — l.a forme curieuse lornigt, u.sît».V' à Met* au xiv siècle 
iRamanùi, XXXVII. îOi)i O" ''<»> "ouve l'incorpoïation de l'article eoDimc 
dans le wallon larip, que mentionne M. M.-L.. aurait pu itjv indiquée. 

77), 'ALCTO»lc.\ftE. — M. M.-L. dit que le franc, fr/mvw. le prov. aulrryar, 
etc., sont formés <■ par substitution de sutlixc ». Il serait plus clair, peuinhit 
m^meplua exact, de constituer en article distinct k type bien cannu 'aucto- 
rîxarc, prononcé "auctorediare. 

786. AUCOSTVS. — Il est bien probable que Timc. fran^. aotUrelr remonte 
primiti%'cmem à [ocusta >■ iaoitt (cf. dans Uodefroy un exemple de •uuet 



I!0 



COMITES ttENDbS 



pour laoilt) el que le mois d'aoùi n'est iniervtnu que par ^ymolc^e Popu- 
laire. 

8i}i AVA, — L'jnc. béarn. >i/>Jit nie Tait l'rfRi d'un niol tav;inl calqué Sur 
le bt. dass. abava, plutfit que «l'un moi vraimcoc populaire. 

8ll. AvtRHJS. — Le prOv. mod. ûvèrs, avit ne signifie pn a ouest •<. mais 
* côté du nord », par opposition 1 aiirril « câi6 du midi - r je ne comprcuds^ 
pai ce que l'iutcur veut dire par ces mots : <• pcuT-étTc sous une inflli 
celtique ». Le pièmonuis. le imUuai!> et 1 asiurien coonuissent en somme le 
méniL- sens. 

834, AVlA. — On CM tout ^OTinê de vair reparaître kï le priîtendu auver- 
gnat ai^e « airdlc ». dont j'ai parti ci-dessus, art. aCinus, et que personne 
De peut ïonger t^ricuienii:nl à rattacher 1 l'avtj énigmatique de Clolumellc. 
8)0, AzvMOS. — Ajouter l'.inc. prov.uiHrc. issu de "*^>w/, que M. Emile Levy 
me parait avoir tort d'imprimer utmt djiis iOn Prat. Safif^J. H'oiterb. 

866. HAOctNUM. — L'esp. bada etc. est peut-^ire dû à une conumiiuiion 
de banH et de vnciùr ■ vider u. O'iuirc part, le berrichon hoaie et k limous. 
hissiS « pierre d'évier » puraisseni bien postuler un type 'baccfa, tandis que 
le poitcv. l>aiiéf,<\\\\ a te mOme sens, parait remonter à 'hacciata. 

1014, "mbcos (gaulois) «abeille». — Je ne puis i\uc me référer aux 
obsen-aiions que j'ai présentées îci-méme {Ru^iaHÛi. XXXV, 159) contre 
l'éiymolugie gauloise imaginée pïir l'auteur pour le limous. iffki^, Siei) qu'il 
les von^idére 'comme non avenues puisqu'il n'y renvoie pas son leacur. 
La mention du caul. i'iigoi est un fait nouveau dont je ne suit pas, pour k 
momem, un étal d'apprécier la valeur. 

toî3, nELKNiox (rtcc '(). — M, M.-L. aurait pu renvoyer A un article inti- 
tulé : A^fr Au'oN H la étudiants tspaguoh, f\\.K j'ai publié dans le BnUdin 
bhpaniiftu, 1904, pp. t8-l8, et où j'ai fait valoir Ici raisons qui rendent vrai* 
Mrnibbble l'origiae celtique de l'esp heUûo << jusquiamc ■. 

iOl.|, HEILA (franciquej • clixlie «. — Le français Murr est pour kcrlière 
CI n a iiucun rapport avec le mot germanique: îl paraît signilier ptoptcnieni 
• anse • (cf. le* nombreuws formes de bei-krf, etc., que donne, dans le sud- 
ouest de la langue d'oII, la carte 45 de VAHm tÎHguistiqm). 

losi, " matsiLM * bertreau ». — La forme primitive contiem certainenivni 
un c et non uite 1 ; tf, non seulement le» anciens grjphïcs Arr^ (pic. i<ft{li), 
htr^udi. mais le h\. vutg. bercîolum dans la Vie de saint Pardoux, laquelle 
remonte .\ U tin du viii* siècle. 

t to6. * BtusA. — Il aurait fallu renvoyer de 'bilisa à belenion, et 
indiquer <)ue l'anc. prov. Mw « jusquiamc noire « n'est attesté que par le bas 
Uiiti(voir ce que j'ai dit icc sujet ici même, XXXIX, ajO- L'eipagnol htUM 
(telle est Ij forme usuelle, ei non tv/i'u), quL* M. M.-L. rattache à la même 
étyraolo)îie, et qu'il traduit, à ton, par • kcrbel " (cerfeuil), s'applique à une 
plante asset dîtTérentc, la denielaire ou m.-i1hctbe. Toutefois, le rapprochement 
phonétique est si Irappaiit qu'un a de Ui peine à croire qu'il soit fortuit : je 



». BEHREVs, Bft'tr. ^lir Jran^. Wortgescmchu \ i t 

rvniartiuv ijue lu Juscjuuitic noire et la «Icntckirc !ont touK-s deux emplo}'^4:s 
coiilrc U tciK'i'^ tlans U nic>Ji'>:iiie popuUirc, ce qui pvuc, iusqu'A un ccrl^iin 
poil», expliquer le pasuge du nom d'une plan Le j ]':)utre. 

A. Thomas. 



Bettrage zur rranzOslschen 'Wortgeschlchte und Oram- 
matlk. Stadlcn und Kritlken, \q\\ Diciridi Hi^hhens. Halk. 
Niemej-er, 1910. Iti-S", xii-joopaffei. 

Touk le:> amis Je b philologie sauroiii gn: à M. D. Bclinm à.<e. \x peine 
qu'il a prise de réunir en volume le» numbntix jrticl^ dct;ichés publiés p«r 
lui fur la U-xkogTapliie et la grammaire du français, d'autant plus que ce 
voUimo CM muni d'un sommaire, d'un index des mois et d'une table des 
matières qui en i'aciliient singulièrement l'usage. 

Ijes 288 premières pages iont CKCtipiïcs par des Slii,lifii (:[ymoi{)giques ou 
loiic(%raphii.iiics porwut sur 295 mois isolés (la plupart dialectaux), de ua-on 
i ^<irt. Viennent ensuite t^uairc Kritikfn consacrées i des ouvrages d'impor- 
tance inhale ; le l^l.-Toiri. H'urUrtttich de M, G. Kùnîng {2* éd.), le Dîd . 
gftrcml df la lan^ut Jnuiiahe de Huirfeld et Darmesteier, b dissertation de 
M. K, Amibruslcr intitula iJachlnhlm'finiirl ini i-'mitjofhilyi (lâ88\ et le 
livre de M. A. Schulie iiilitulé Der aHjuui^ùiinlx dtitktt l-uigaoSx {188.8). 
L'ameiir Indique toujours avec précision le périodique oïi a paru l'ariick 
qu'il réimprime ; mai» il a parCuis moditié, qiiniid le besoin s'en faisait sentir, 
la forme prîmîtti'e do sa rédaction. 

Dans son ensemble, le recueil de M. B. i;onluiiic l'impression favorable 
qu'avaient déj^ produite chez les uvanis Cûmpétenis la largeur de son infor- 
mation et Li solidité de sa méltiode, vraiment digues d'un maitre, au fur et à 
mesure de la publication de ses articles détachés. Comme la critique s'c5t 
d^à exercée sur quelques-uns de ces articles qujnd iU om paru, il ne saurait 
ctrc question de tes passer tous en revue mainteiunt qu'ils sont réimprimes. 
M>is les faits étudiés sont si complexes qu'il est toujours possible d'ajouter 
■quelques retouches aux reclierclies les plus approfondies; parfois tnéme le 
p<nni de vue change a\'ec les atmces, et Le temps vient ruiner des hypothèses 
dom la nouveauté écail k principal attrait. Voici quelques observjiious faites 
au cours de la lecture des SluJie» de -M. B. ; quant aux Kriliteu, il suffit d'en 
rappeler Texistence pour en souligner t'imérit. 

Antiean <r bénitier portatif», p. 3. — Ji: ne crois p.iï que l'étymologie doive 
£tre demandée au lat. a ma ou h a m a ; il s'agit bien pluidt d'une corrup- 
tion de ^rf-uW < lac. urceolus, mot qui a été de bonne heure affecté à 
cette lignification spéciale, comme on peut k constater par le* art. obcel, 
0ltcXl£,0SCUfcL, etc., de Godefroy ; cf. Rotfiawa, XXXIX, (91, el ci-deïsus, 
p. 107. 

.Ipplfer • attendre a, à Momluijon, p. 6. — Cf. Clioussy, Ltpolei'f OuKtka- 
lutù. p. 64 iapiUr) et 86 (fpiUr), où les sens indiqués sont ron scuUment 



(12 COMPTES RENDUS 

a attendre » et « regarder », mais encore « écouter o. M. B. pan du lat. 
expectare; je me demande s'il ne s'agit pas de ad s pec tare, d'autant plus 
que les seuls textes anciens que nous ayons, et qui sont auvergnats, donnent 
apeitar (dès le xiii* siècle). Faut-il voir la même base dans le morv. épiUr 
" espier, espionner ?» Je n'en suis pas aussi sûr que M, B,, car la loc, être 
â répit, usuelle en Berrj', peut avoir fait créer un verbe correspondant avec 
un t analogique, ipiUr. La cîution de « afrz. tspit » est malheureuse : ce pré- 
tendu subst., que Godefroy a péché au petit bonheur dans le ms. du Vati- 
can (_Reg. 72J) du roman de la Charrelle, est en réalité la }« p. s. sub). pr. 
du verbe épier, jadis espier (voir le v. 6872 de l'édition Foerster), subjonctif 
qui a déjà joué un mauvais tour à l'auteur du Glossaire du Morvan. 

Avaissa,^. 1 j. — l-egasc. arrede,arrelesi invoqué à tort: il n'y a pas li un a 
issu de r^rt. féminin, mats la représentation normale, en gascon, de l'r initiale 
par le groupe iirr-. Quant à la question de savoir quelle est la forme primi- 
tive du mot qui, en provençal, désigne le noisetier (tu ma ou avaissa), question 
que M. B. laisse indécise, elle se résout .historiquement en faveur de vaissa. 
En effet, dans un acte de 919, il est question d'une « villa qua: dicitur Vaxa > 
(Cari, de Conques, acte 322 de l'éd. Desjardins), et la notice de cet acte 
porte ; n De Fuiîja in Barrés. » 11 s'agit de La Vaysse, commune de Mur- 
de-Barrez (Aveyron): cf. J.-P. Durand (de Gros), Noies de pUbl. roturgaU, 
p. 77. Un renvoi à YAlias Uugtiistique, carte 918 (noisetier), aurait été le 
bienvenu de la pan du lecteur désireux de connaître l'habitat actuel de ce 
curieux mot. 

BHà « ceruine quantité de chanvre tressé en natte », p. 24. — M. B. appuie 
avec raison l'étymologie par le verbe battre, proposée dubitativement par 
M. Grammont. Sa note, très instructive, a paru en 1905 ; je regrette qu'elle 
m'ait échappé au moment où j'ai rédigé celle que j'ai consacrée à l'anc. bres- 
san halior et au groupe dont il fait panie (Romatiia, XXXIX, 203) ; mais nos 
conclusions, formulées indépendamment, se prêtent un mutuel appui. 

Braie de coucou, p. 31. — Je crois avoir montré que la forme brairelte n'est 
qu'une coquille lexicographique pour hraietle (voir Romania, XX, 619). La 
déformation est allée encore plus loin, caT Duchesne,Répert. des plantes utiles, 
2' éd., p. 70, enregistre biairelle. 1! eût été bon de rappeler que cette dési- 
gnation populaire de la primevère remonte très haut puisque coculobraca 
se lit à plusieurs reprises dans d'anciennes gloses botaniques; voir le Corpus 
gloss. lat., m, SS4. 68; 587, Sî ; S89, 7 ; 608, 43 ; 609, 48. M. Goeti sup- 
pose que boalca, qui est constamment donné par ces gloses comme syno- 
nyme de coculobraca, est une forme fautive pour buglossa (Tlxs. 
gloss. etn^id., v boalca); cette opinion n'a aucune vraisemblance. 

Droisne,^- 86 — Le rattachement de cemotài/^ra/iw, subst. verbal del'anç. 
fr. deraisnifr, est une jolie trouvaille. Parmi les survivances de Pane, verbe- 
français, dont l'auteur cite un cenain nombre, il faut faire une place au 
patois de l'Aunis : t se dragner, se remuer en jasant, en parlant des petits 
enfants » (L.-G. Meyer, p. 49). 



p. ^ ' " >• I 



lï. BE}rRENS, Reitr. ^«r Fran^. IVortgeichichtf trj 

Maator, p. r6(. — tlci aticien nom Ju niil-lcil, que M. lî, explique fort 
bini et qui survit dans Iv patois de la Hauie-Narmandic où l'on prononce 
mentomê, est employa miu» lu forme « ]a niau(oi-nt{tMne typographique pro- 
bable pour mancorut) ou msttitotne « iUds la Novv. Maison rustique, 4,' éd. 
(1732), p, 650. 

filoraifUt.p. 188.— U'étyinologiepar iii^truni meruluut, ïi satisfaisanic 
au premier abord, parait n'être qu'une étymolope populaire ; en tout cis. 
M. U. D'aucaii pus dû réimprimer soa anide de 190; sans tenir compte d'une 
étude trt^'i pi^nécranie de MM. Gilliiron et Mongin qui a p.iru en 1906 dans 
la Jtf^'m dfpbihl(i^'if/niti(. ri dtUtUralitrt, XX, 86-yo, étude iniiculéc :« Le 
merle dans le nord de U France. » 

Pi'irf, p. lo). — Noter que Itiultramt a él£ enregistré par Ménage dans son 
Dut. cSyttol, (d'où il apâsséd^uis le Dût. gin.'); Ménage le qualifie juïtcmciil 
de » mot FLanun n, mais il n'en explique pas la formation. 

Soiptcon, tapeam, p. 3Z0. — M. U. est porté à voir dans le premier Je ces mots 
une déformation du nom latin-grec decc poisson ( urano^copus A l'accu- 
satiO: c'est peu probable. Son .ir>iclr est d'ailleurs fort iniércssaiit. Je fera! 
seulement remarquer que le fragment latin qu'il cite, p. 221. d'apriS k- Ght' 
sarium de Du Can^je (addition de Orpemier), appartient au célèbre traité Df 
piuibttt marinii de Rondelet (Lyon. it}4) : cf. la remarque faite i ce sujet 
parj Bauqiiier, ffowA/ww, V!. 269, n. î- /fiii^»« et /ii/vmi» *oiiiJc> mot» mar- 
seillais dont la dcrniiïre :>yllabe l^ravc l'hoiméieié : une coquille lypograpiiiquc, 
comme il y en a tant dans les complbtions kxicographiques, a transformé 
le premier en raspw», modcniisé en i\i^<m dans le Dur Ut. Jiiifif. de 
Qjjicherat-DaveUiy et dans le £):rf. ^(-«-/riinc. de M. .\. Bailly; le secoud 
piralt avoir échappé i ce maquiltafitc, mais U a disparu (heureusement I) des 
livres clanique». Puis» son synonyme, avec ou sans cn^dillc, en faire autam 1 

R^mouWf.p. 33). — J'incline tout A faîiaujourd'hui, en présence des textes 
réiititN par M. B., à s^arer réfnotiltuit n sauce n de r^invuiaJf •■ emplitrc pour 
les chevaux, i base de son », et à adopter pour le premier de ces mots l'éty- 
mologie qu'il préconise et qui a son point de départ dans armoracia * rai- 
fort ". Pour le second, U hue italienne rtawlala, de rtmoh ■ son b ne sau- 
rtil être contestée. Je saisis l'occasion Je signaler le plus ancien témoignage 
de mol connu sur l'existence en Italie de cette désignation du ^on (en réser- 
vant pour plus tard l'exanien des patois frau«^jis qui ont b même base, d'après 
la carte 1243 de W-tltjt Unguistl^ite et mes renseignements personnels), d'au- 
tant plus que ce texte a échappé à M. Pu^riu au moment où il a parlé du 
roumain làmurd (voir Z. /. rvm. Pkil., XXVIII, 681). Pans un t-lossaire du 
XIlHsiicIe. conservé au Vatican (Vaiic. Ut. ^I.^l, fol. ;o), on lit : " Fuifur, 
ertuea vcl remuJa. a 11 n'y a ps lieu, biai entendu, de corriger rtmitla en 
jtMti/j, comme l'a proposé G. Locwc (cf. Thti fiais, fmtnd.. v» cuRfuit). 

Rognon, p. 2)6. — L'adj. dqfNt" tendre, mût, malléable n n'a cenainemeni 
rien i l^re avec le lat. unio * ognon ■; d'ailleurs il n'est pas pirticulier au 



tM 



COMPTES REXBUS 



patoii de Bcaune. comme semble le croire M. B., et il se priante »uv 
sous ia forme diminutivc : Jo^tif, deugui-l, liiiiignat u douillci » en Bcrry (Jiu- 
bcn), JogiriS diUJs l'Yonne (Josiier), eic. J'en ignore i'étymologie. 

S^ier « châtrer ■, p. 141. — Comme le rcconiull M. B-, l'éqfmtJogJe 
pw isnarc, qui est la seule bonne, n'cïi pas neuve ; mais il l'^cbire par 
des rappToclwmenis «^untiques intûres^anis. J'auriiis aimé i y trouver 
riiiiJk.ilioii MJÎviinte : en prov. mod. ittloniti et augn (paloi» du Velay *i'W*) 
«gnilient concurremment u remettre im membre » et 11 cUtrer • ; cf. d-de»- 
siis, p. 106. 

Strompf n aiguillon », p. 3S8. — Sansm'inscrîrecn fiuï conue l'opinioa de 
M. B., q\» rjtuchc LC mat Je Mjimàdy au bas-allemand, je doi:» faire obser- 
ver qu'il a'eïl plu^ exact de dire que le ht. stimulus n'a pas de représca- 
tani po)vuljire d.)ns k donuLnc gallo-roman : cf. Rmhiiim, XWVIII, {98. 

Ti>rj a manche de ftina ■». p. 366. — M. B. rattache ce mot à un type lai. 
'tuduculum (c'est par dtstractioo qu'il écrit tuducula), qu'il cnvt 
reconnaître auksi dans le prov, mod. I^tidoti. ttdiv, quia le mi^me sens, tout 
en avouant que, pour le proven<;jl, le iraitemL-nt du d inter\-ocal»quc 
petit faire clifTiculté. Comnic le patoL.s de b Clreuitc appelle au»î le nunclie 
du fléau Udcu. cette difttculié est îmumiontable : uti type avec un i inter%'D- 
caliquc pourrait seul ùirc proposai-. J'ajoute même que la désinence -ucu- 
I unt est paiement incom])atiblv avec h plioiiètiquc du patois de la Crvute, 
où. elle aboutirait à •outî, 

A. l'HOMJU. 



< 



Die Trlstansage aad (tas persische Epos von Wls und 
RAjnIn. von R. 7.f.Siii»(^Rotniiiiùflif ForschuagfN,WlXl\^ii\,i22-i69}. 
— Untersuchuncen zur TrlstAns&ce. vtin Jacob Keikmina. 

Ixiy'r.tg. i9to. In-g", ix-;i pages (n" j6 of Ttutenia). 

The second volume of M. Bédier's siudîes on ilic Tristan story, wMeh 
appcared in 190^, focused the rcsurdi of ihe prcviaus thiny years în tbc 
st:itemeni : •• qu'il a existé, À U base di: toute la iraditîon poétique de Tristan, 
un puime uuique, archétype commun de tous les romuiis coimus n (p. 168). 
Crofcssor Zenkcr compictcly aller» the rcconaruction of this common source 
made by Uédier, and Dr. Kcteminj dunics cven the possibîlity of ïts caist- 
ence. Boih point oui, with justice, ibat M. Bédier overloolts the possîb'ilîty 
of secondarv influenct bctweei» iIil- vcrsiorw (Z, jS^, K viii)'.ln \-ifw oTlhcM: 
h is injusiilîable to aitempt 10 esublîsh thcir common source, as M. Bédicr 
Uppcars to do, by a ublc of concordance». 



I. W« quote KOOrding to the Knes ofEllhart under discussion by Kel6- 



ZenKëk, Dît Trisfiitisage u. d. penlscbe Epos 11$ 

Prof. Zcnicer nttaiik^ Kvcnil ipccilîc ptiUiU Jri M. BédicTs rcconstoiction. 
lii oue oftheM; h« «.-en» to us iuïtifii:d : M. Biftlkr accL'p» sonicihing sUiiilii 
lo the B^rOtil-EiUurt version of tlic rviuni fmni tlic foicH in prc^Tcncc to 
ihai ofTIlonus (11, 3}8>. But lie Ti:]vai tlic Bvruul-tîïltmrt Jcluiinon of tliu 
ihc potion as timiicd in its cffcct to a pcrîod of three or four vcjrs (II 2j6). 
Since ihe ivtuni from thc torcsl m thv-v versions is duc to the txpirjûon of 
potion, il h impossible to acccpt thc ow wichout thc other. Tho secoti<l 
ilKonsislcncy of uhicli Prof. Zcnkcr accuws M. Bédivr ls ooly apparent : 
M. Bédicr dclinrs js oii< of thc funJjnu-ntJl elcmcnii ot' thc inijttdy ihc 
cliaructrr ol Mark : « plus hcju luv Icn ;iiiuiit», vivant du seul amour qu'il 
ponc à sou Ah adoptif, pui.% j ta reine, les chAiîani um pouNtiir les chasser 
de SOti oxur a (II, 179). LiCvr, hi Hx-kin^; la %how llut tliL- scène iit Thonus 
whvre Mirk diKQvent che loven ^k-epin^ logetlivr, aftcr iheir reluni from 
the foicst. docs iiot belong 10 thc comnion source, M. licdicr points to thc 
H invraisemblable siupiditiî de Marc, qui, teuouvani seule la reine, se persuade, 
comme un mari de fahlîju, qu'il a été fujantosnU et ïju'il a rév* n (II, 161). 
In ihe narrative esscniÏRls of thc tfadition. Mark has thc tolc, it is inie, of thc 
diipcd hushandol' the fabliau. Bilhan siiceeeds nevenhcless in giving his cha- 
ractcr the dignity whieh M. Bcdier ttefines. Bul Thomas, îii his désire lo 
allow tlie pocm to procetd wjihout too violent a siraîn upoii tlie emoiions. 
is frequetilly conipellcd to sacrilke his dtgnity (11, î6i). M. Bédicr proves 
ihat the garden sc«iie, suspiciou» on otlier g[oui]ds. is really an invention of 
Thomas, by showinjt ihai lis treainicni of Mark is ch.iraaerîs.tic of ihe latler 
poet. Similarly justilïablc is M. B^dicr's omission l'roni ihc common source, 
of the incidents of thc youth of Tristan whïch we Itnd m lliomas (B. Il, 
191 il. Î29)- 

Thèse crilieism» touch but a lé w deuils of M. Bêdicr's study. Evcn ïfthey 
were adniîited. they would not in ilie Icast justifr ihc wholcMile rejeciion of 
M. BéJicr's résulta. Tiie niethods which Prof. Zenkcr and Dr. Kelcniitia 
cmploj* in ihe consiruclive porûoiis of tlieir Mudies are o^icii to far moie 
scrious criticism. Characieristic of thc Uller's meihod Ls ihu fallacy thaï ihe 
nio«i realistic version is ilie most primitive. Any irait whïch dislurbs the 
unïty of composition (i); 2-126}, 486) )t .inything tiaivc or improhible<Sit. 
1 110, î 771-91, .i';74, JlSi, îîis. etc.). anylhin^ fini:;isi!c iir romaiilic (lîîî- 
n6î. }o8i-77i), in short aiiything unsatisfaciory 10 Dr. Kelemina, is atm- 
buted bj- him to a hypothctical version Q, vkhich is thus ditTcrctitiaied from 
4 hypotheiîcal more priiuitlve version C, characieriwd bv its reatism and 
repre^tnicd by ihe Prose Romance fix. pp. t'j, -(4i7' ^■^- In accnrdance with 
iIicm: principics the siorj- of the svi.jillows' hiir, the chips sent down ilie 
stream etc., arc fantastîc additions m.ide by Q (p II. p. 19). 

Une of thc niosi imporium coDsidc rations which lead Prof. Zcnker and 
Dr. Kekmina to propose a new classïtication of the vctsîods, is their convic- 
tion thji thc épisode in nhich Mark Unds Triitau standing bcsJtk I»o1t's bed 



J 



ll6 



COMPTES RENDUS 



cmbndng her, is such certain proorofthc-irguilt ihat itic try^i unJerthetm 
which, folkra'in^ h înimcdUicly in Eilharx and IWroul, induces tbc king to 
bdievc in itidr innocL-ncc. musc be an int«rpobtion. tnneail of bemg imposs- 
ible lo rcconcik, thc two sccnn »tk rcally nîccly cakulatcd lo baUiice nch 
oiher. In thc lîm thc king surprises thc \o-nn m » situation whtcli has » 
dccidcd appe:arjn<:c of guUt; in tlic second hc surprises tliem a î^cnc tu 
which, 00 It»s uiicooscious of his présence, lliey show thctm«Ivei innocent 
and IcK'j) Knowing thaï lliu kii^ ovcrhears iheir conversation, thc lovera 
ukc cire to make n reassure him ; tsolt allndes to ihe cotnpronwiog ctr- 
cumstjnccs oflhe previoui épisode as follows : 



Ich vm dit dorch mlnen hitto holi, 

wcn dit sin nebe wérist 

und ini in ^eMrist 

mit wcn ditf andcm aile. }5$i>4 



The bing is accordingly convinccd, and with reason, that he wat hxiy 
aiid unjusc in hi» inlcrprrt^cion of the Brïl »ccne : 



4 




nihc&t, (lô her dich ku^tc 
dô xorncic ich lû sére. 

cz gtfscbti nimmii mi^rc. 



%6$$4\ 



Dr. Kek-mÎTia fmds tt ncccssaiy, sincc thc kiss sccms lo hîm lo încriminate 
lliç lovrrs iireparably and ihc Irysi under the tree an rnterpoUtion, lo dcvcl- 
op the follo^^ing iheory : n cven before thc liter.ir>* period, ihe Tristan ston- 
(ic. thc love stor)-) scenis to hâve cxistcd in a iwo fold fomi h (p. ix). In thc 
one ihc guilt of thc lovets is establishcd front this épisode. He iakcs thc 
fr3)(niems of tlic Prose Romance prii\tcd by M. Bédicr as rcpririenting ihû, 
vi:i>iou (y. yi). In thc other this épisode i» jbsetit and at e^cry turn ofthc 
action ihe guili o( thc lovers retniiins unproved. Chnmctcrisltc of ihb lattei 
vcrïion jrc thc followinf; ihrcc sccne* : ilic tn,-st undvr ilic ircc ; the sepxr»- 
titiK sword ; thc ambiguous aath. Hc ruconsttucts iis ouiline from oihor (n^ 
menis of ihc l'rosc Romanci- (p. 71 tf.). .'\II thc entant lexiit tt >cenis, cxcepi 
Thomas, rcprcMrm tt conta mi nation of thcsc two x-ersions 2 (pp. 3;. }|, 
71,79-82). 

l*hc înconsistcncy of ihc Eilhjrt version ihus inicrprcicd, does iiot tnxiMc 
frof. /cnker, who makes no etfnn to dirferei^tiatc ihc conceptions of thc 
ttory hcld by ihc variom rcdactor»- Me îs intcrotcd in ihe sccnc as oflerîng 
an opponuiiity 10 tilusirate the fallacy of M. IWdîer's mcihod of deiermining 
thc comnion «>urcc by mcJiis ofa ubic of concordairKcs. Ilaving shown 
ihat this ïCCDc is luisaibfanory, l]c concludcs ûui (hc Eilhart version and the 
Pnue Romance ^which eontains a similar scène) mu» bc dcrivcd from a 



« 




R. ZENKBR, DU Tristansage ». d. persisdx Epos II" 

columoDïiib-ïourccCjîoJ'.Smctf M.Bédierlu*iioi iucludcd thîs iccnc îii hi» 
rcconsiruction, thc discussion of Prof. Zcokcr, irven tf il w«re convincing, 
unulil liât iiivaliJate ît '. 

Simîkriy uufonuauie îs Prof. Zcakei's ittAck od ihe«piMxle in w-hich Isoh 
«llcmpts 10 havc Bringicn sccretiy murdcru-d (U')- M. BL'dier ha» herc 
adopied thtf ilt^uil, l'ounii in Tlionut and ilic Prose KomjtKc-, \\\»\ IhoIt 
sends \\it serfs inio thc forttt, in préférence to thaï of Kilhiin, which repre- 
scms Khv murderert as pUtining lo kill Brangicn and cnt out hcr licirt whcn 
s le ffflei 10 draw water at t1ie Jountam. M. Hf dicr defciids his prcferencc by 
ihe rsplanation that thc fountain proMbly beiiig in ihe ^n>iind*, Brangtcn's 
crics would hc heard in thc casilc (II, 24J), Prof. Zenlscr on ihe other hand, 
argues tlwt ilic Eïlliart version is more priiiiîlivc, bccausc, ia a sJmilar Mory 
in a 131I1 ccntury Irisb manuscripi, tlic plan is to throw Uie maid înto a 
foimtfiiti. The two arnumcms sccm cqiialîy inconclusi^i'*. 

Prof. Zeulter rematns ko far in accord with M. Uédier ihat hc ucknowlcdijes 
the neccsïity of postulating a conimon source for thc cstatït vt-r-îlons (îî4, 
î68). Thc object of his studv is 10 idcniify ihis «ourcc wiih the Persian 
rrvmincc iVIs iiiul Riinitn,xo which H. Kthtï calU:d «ticntion in 18H;. Prof. 
Tcnker conïidcrs the Mmiiaiities which he points out bctwecn thc two, so 
striking lliâ.1 ihey can be accounled for ouly on ihe supposition that H- h anJ 
Riimin a thc source of 'i'ristjn. But in ordcr to ntabiish iheM ^imilarilics 
hc reprcscnts thc common source of Tristan bv whatevcr version chances 
10 conespond wirh Wh and Jiilniln, jt ihc point undcr di&cussion (izli. }48. 
Jî I, î68). This îs manifcstly K-R^int; thc question. 

The parallels which Prof. Zenker adduces do not wiih»und 3 crîti- 
caJ examination. The thcmc of both storîcs is ilk^itiniate \ovc. It would 
bc surprisio); it thc Tri:^tan stor>-, wliich apptopriatcd so large a aumbcr of 
folk-talcs to illustratc it, dîd noi présent sonic traits in comnion -A'iih an 
oriental romance lounded on ihe vaine ilietiie. Sctlie uf ilic points v.'blcli 
Prof. Z«nker cites are the inévitable JccoRipaoinacnisof a romatiiic treatinent 



I. The other jMîms by which h« fonified iliis conclusion are based on thc 

^lUâcy that iufcnor rcalîsni proves a version posierior. VA', his effort to csu- 

IfUîih ihe garden scène as an ulemcnT of the common source f;s4 iï.), his 

PHToft to pTOve thaï Rïlliart anJ iIil- Pro\e Romance dr^w froni a common 

rsnbsource in represcntinu the daiight&r of the me.ssengcr as knowing the 

siçnilîcaDcc u( thc ^mIs ( j i^-i n.>, a similar cflan in rccard 10 thcîr detiniiion 

01 ilic tovc-potion (î.16 n. i). In repird to the rôle of the messcDgcr's daugh- 

ter in Eilhan, Zcnkcr has morcover misread the icxt. The glrl inerely know* 

that she is to watch for the reiurn of hcr fathcr aod tlie color of ihc' sails. It 

is not from her that Isolt of the Whiie Haiids can havc Icamcd thc secret. 

Eilhsn saj-s dbtinctiv that hc docf not know ho» shc Icarned it (9î.l6). 

a. As a matier ol'faci M. Bodicr in no case dépends on thc concordances 

iito détermine an iniport.-iat dtriail, bue invariably cslablishes hïs oatline by 

L-ii motifs de goùi, de sentiment et de logique h (II, 191). 



ii8 



COMPTES RENDUS 



of that litcnw. For exemple ihc falktwinft : the conoivancc of the hcrotne's 
womJiii servant, the characiers of ilic dnimaiis {vrumae (the kn-crs aniquely 
intcrcstcil in iIk' graiiiîcation ofthcir f»»ioa aaJ continually «n ihc poittt 
of bring diAcovered, the husband consuaily hoodwinkcd and slways ready 
to bc <Jixeî%-cJ ancw), ihe faci ihat tlic hera î» aii lulcpt in romai^tic accont- 
pLislimcnt^ and the cndîng of the romance wîih the d«Ui of t)K loven. 

'ITicre remain a iiunibcr of more itultvidua) charaacristics citcd by Prof. 
Zeokcr, ^xhÎGh are uncoovindng bccausc tlicy arv noi ivallv siniUar in ihr 
two romaticcs : In WR the lover, not the Udy, bccomei inUtuated when 
she is oa the route front tlie home of Ikt parcnis to ihat of bcr husband. 
Snce Wit nioums for ihe hushand she has left m honte, ihc woman ser- 
vant by a talisman which shc buries in the earth, rcndrrs the ntru- huiband 
impoiLni. Tbe husband sonJs Wls away front him on hcaring ftoni her 
thaï »lic lov» Ritnin. She rciums lo her moihcr's homi: whîlhcr she ts fol- 
lowcd after somc timc by hcr iovcr. Hcn Rlmfn pasxs hîs linnc alicnuiely 
in htuitiag and ntth WK. The huiband threaicTi» to stibmit his wife lo an 
ordeal. Scein^; the pa'paraiions anj suspccting their purpOM.', Wl&andher lo^'cr 
rlcc to the houîc of a frîctid in anûihcr coumry. Once whilc the wifc g/Xi 
to nieei her lo^'er. ber ser^-a»t lakes her place beMdc her husbaod. Rùmln 
goes to anotlier countr^- and marries Gui. whOK brother is a brave warrior. 
Hc lires of hcr howcver and returns 10 Wls. Tlic traits are citcd in the or 
dcr in which, in ihe midsi of a hundred others. ihey o«ur in the tVls ami 
Kilmfn story ■. It il pcrhaps necessary to suggm to chc reader ihc points in 
ihcy Tristan siory » liich thcy are suppo^eJ to rc>cmbie. Prof. yU.iiker ctjiuies 
the ihreaieoed ordcal u-lth the ambiguous oath in Thomas and the sentence 
TO tteaih in Eilhait. Hccxplaîns ihc fact thaï ricîthcr arc strikingly si'mtlarto 
tt'H, by supposinii; tliat H'R aloiie haï faithfully prescrved the version of 
tlie common source. The othcn rcprcscat ihe lorcst lift, the potion, and 
tbe substitution on ihe weUditig iiîghi. Prof. Zei\ker refuses to grani thaï 
thèse similaritîes (?) are %t'eakened by the f^ct that Wis and Itimin do not 
live in ihc forest.ihat ihcy drink do love potion, that Wls iakcs no imcrrst 
in Rlmîn until long after her marriage (nevcr con^ummated) with MoKid, 
and that tlie hii&hjnd beint; at lasi kilk-d, the lovcrs rule the ktnK^oni 
IKJCvfully uTitil the dcath of Wls, which occurs three ycars before that oi 
RAmIn. 

It seems to us idle to rat» the question of ilic rvUtion of two romances 
who*c piiinu of reiemblance are *uch fundamcinal iraits of human nature, 
and such universal lîterary devîces, as ihose whiJi we Itnd in Tristan and 
H'U itiiJ kilmSn. 



I. Profeuor Zenkerai iimc> ba^es arguments on cunMderaiions of séquence 
(ï49)< ^' others déclares thaï îi i« of iio inipoi tance ()$H). 

3. Simîlarly in the double occurrence in It'lt and Ràmin of whdi he oills 
iheforert iife fîîl)- 



BECK, ht musique des Trouhadûurs 119 

Tbe wurk ol Prof. Zcalcur anJ Dr. Kelcmba represents a réaction jgaiast 
the gênerai acccptance of M. Bédier's rosults whicb ha prcvatled among 
schoUrs up 10 ihis tirae. The réaction is saluury inasraoch as ic rccogtiÎMS 
ihal ihc mcthods of tlcmonstration which M. IWJier employs should hc rcvb- 
eJ. It is not. as tic L'dii-vcd, by drjwiiig up a lablc of concordanco, and ol 
varianis, that thc common source of tht extant icMS ts to bi: rcsioa-d. The 
mcthod by which lie chose 10 rtprtscm his rcconslructîon docs not, as M. ttù- 
dicr wctTU 10 consider, con»itute a proofof chi: validiiy ofhisresuh». Bui le 
«Mablishcs ihc sccnario of a conuncc which corrcspotids approxinialcly to ihc 
version of Eilhan. and the version of Rilhart rcprcsenfo {If wk tuay be per- 
inittcd to cite our cunclusion jxnidini; tlic publication of our rcscarch ') tuorc 
faiihfully than any oihcr vt-rsioo or rcvOtistiuctiou, tbe *;omnion source of 
ihc exiant tcxts. To M. Bidiw bclon^s ihc honor of ha:vi[\g cstablishedbcyon • 
question, in ilic Di'icuMimj ofhis second volume, the fact that the Bérould 
Eilhart and ihc Tliomas versions both proceed from a cingle pocm. Objuc- 
tioas to table ihe of concordances Jo not louch the vjlidity of ihis conclu* 
sion.Thc cffonof Prof. Zcnker to prove that ihc source, of the Tristan tradi- 
tion is to be fouod in (f' (j .w*i KJmln and Dr. Kelcmina» endeavor to discn- 
tjngle in carlicst form from The Proie Komance arc ceruinly baekwanJ steps. 

O. SCKORPPiiRLa. 



La musique des Troubadours, par Jean Buck, ^ludc critique 
iUustnïe de dûu/e reproductions hors texte. Collection des MuiiiUHS 
cilibrrs. Paris, Laurcns, s. d.(i(^to). ln-8», isti pages. 

LiRomania a slgrulé (XXXVII, 487) un prfoêdenc ouvrage de M. Beck, 
Du Melisiùij dtr Trouhuinurf, en s excusant de ne pouvoir donner de cette 
ceuvre importante lu compte rendu déuillé qu'elle aurait m<hit£, faute d'un 
collabor.iTcur vcni dan* l'hisioirg de la musique ; je ne prétends point i 
rvnipiacer ce collaborateur averti, et je ne me serais peui-iltre pas permis de 
parler du nouvel ouvrage de M. B., »î précisément il n'était écrit pour ces 
ignorants paniit lesquds je ne fais pas difticulti} de me ranger. A ceux-ci, 
M. B. s*e91 proposé de donticr. sou% une fomie élénu-ntalrc, Ji la fois une 
idée des mélodies dei troubadours et ud aperçu de la façon dont elles nous 
loni consGr\'ées CI des moyens propres i Ici reconstituer exaclctticnt, moyens 
dont son premier travail, adressé aux muwcoloçues de profession, exposait la 
découverte et démontrait la valeur. De U, dans son petit Uvrc^ deux parties 
que nous cxjinvincroas 5ép.irément ; pour toutes deux nous devrons nous 
rappeler que par « troubadours ■» M. B. entend h la fois les pattes musi- 
ciens du Sud et du Nord de la France, les vrais troubadours et les irouviires. 
oc qui en plus bref, i coup sûr, mais ne va pas. sans un certaiu trouble pour 
le lecteur. 



uo 



COMPTES RENDUS 



Après quelques remarques sur le plan ci U matière de «m livre. M. Beck 
nous donne, sur le diveloppemeat de 1% musique au moyeu Age antérieure* 
meni aux troubadours, des indications sommaires, mais précises, qui per- 
mettent di- déf;ageT diji des conclusions iniponanics, en particulier sut le 
caracicre uvani de la musiqiie des iroiiliiidours dt% f-on origine, et sur 1c râle 
des ;ibb<iy«% limousin», où pro\pcrjiC l'Oludc de la musique religieuse, d;)Ti$ 
la formation des premiers troubadours, euk-m£mes timousim. Puis M. B. 
passe ù l'histoire de la noutioii musicale âu moyen Igc et des étions suc- 
cessifs qui donu^eni i cette noTatioii plus de précision et de clmé; ce dit' 
pitTL- poiimit sembler un peu extérieur ju sujet, il n'en est rien ; avec le cha- 
pitre suivant sur le nihme dans lus ceuvres des troubadours, qui temiine la 
première partie il constitue un morceau essentiel de l'ouvrage de M. R. : 
nous nous y anélerons un instant. 

La notation d'une mtindic doit, pour erre lue tililemcni d'un chanteur i 
qui cette mélodie n'e^tl pas encore connue, indiquer :ivec précÎMon les inter- 
valles de hauteur entre les sons successifs et les duriîcs relatives des sons ou 
des silences. La première notation connue du moyen if^c, la notation en 
Mnimn, ?\%nei conventîonttels îsius des accent.s grecs, ne satisfaisait pas ik 
celle double nécessité ; elle indiquait la direction des inicfx-alle.s, ascendant 
ou descendant, mais non la grandeur de Tmiervallc ; elle pouvait aussi indi- 
quer des mouvements, mais non la mesure et le rapport rythmique des élé- 
ments de b mélodie ; vile Vadres^uit cnetTciàdosi:hanteurs qui connaissaient 
les mélodies par tradition orale ci qui ne cherchaient dans la notation qu'un 
l^uide de leur mémoire. L'on s'elfort;a de lendre cette notation plus tar^> 
ment comtnunicabk- et l'on réussit tout d'abord, non sans tâtonnements,! 
mettre plus de clanè d:tns l'indication des intervalles en écriv-ant tes neumes a 
distance^ variables d'une ligne horizontale, distances plus ou moins propor- 
tionnelles aux intcrvjilles musicaux réel» ; cette noution iiiaiU'matii)ite a scrrvi 
i^ écrire (es chansons des premiers troubadours; elle devait se géniralberei 
aboutir i l'écriture sur portée de plusieurs lignes qui sera l'écriture du XilK 
siècle. Au système très imparfait d'expiession .ilgébrique que constituaient 
les nifumes, se substituait ainsi un miénie ds- reprincntation i^phique. oïl la 
sinuosité de la série des notes par rapport .'i l'hori/uniale moyenne repro- 
duisait exactement les intlexions successives de h mélodie : dés lots la valeur 
sSMiibolique des neumes dcscnait sans iniérél, et l'on renomma à la variété de 
leurs formes pour les reiupUcei tous par de |jros points cjiriés, munis ou 
non sur la droite d'une queue deHendantc : nous sommes anivés à l'écri- 
turc quiuitaugHlaiif sur portée, c'est sous cciic forme que nous ont été 
en général conservées les compositions masicatcs de nos trouvères et trou- 
badours. 

Resuii it Indiquer le rythme : la notation quadrangulaire s'y prêta après 
quelques transformations, et devint une notation mftuw oi!i les diverses 
durées des sous furent exprimées par des signes enircieaani entre eux des 



[. BECK, La musiifiu df; TrmibadoHrt îii 

rapports de proporiioti parfois usfic/ complitjuûi. nui» conaums. et dont le 
principe est que le orré muni d une qut:uc cM une longue, le cxrri sans 
queue une brève (et le losange, iuiroduil plui. tard, une semi-brève). Mais 
UDiJîs que, dans la noiâition mesurée. Ucombinaison rùguLlérc ilcs longues ei 
Je* l>rèv« indique d'emblée « évidetîimein r«isteiice J'un r>'Thmc, Jatvs la 
notation quadrangiiUlre non mesurée nou; ne trouvons pas tl'îndice Je ce 
genre : souvcm inu;cs les notes simples d'une m«ilodic y sont rcprt^nlici 
par le m^me ligne, longue ou bnèvc. parfois les longues et les brèves s'y 
milenc uns que leur combinaison puisse donner rimpre>sion d'un r)*thme, 
sans qu'elle aboutisseen louicas j une régularité rythmique. Gjmment donc 
interpréter cette iiouiionî' Faut-il, avee certains musicologues, dooncr à 
daque signe la vak'ur de durée qu'il aurait dans une nocLtion mesurée ? 
Faut-il croire dès lors que les composiiiùus des troubadours écrites en 
Houiîou non iiicïurùe étaient des réciutifi iu\s rythme régulier? Ou bien 
leur inipouiC'On un r\'ibmc traditionnel que l'i-criture n'indiquJit pas? L* 
question est d'imporuncc pour qui veut ;ipprécîer l'teuvrc lyrique du moyen 
Age; depuis longtemps elle restait ouverte. M. Reck a le grand mérite d'eu 
avoir propOït^ le premier une solution claire, d'application générale, fondée 
&ur un examen niinuticun et étendu des faits matcncls.ct contre laquelle il ne 
parait pus que l'on ait pu jusqu'ici élever d'objection piécisc. 

M. Beck a exposé cette solution dans ses MeloJien lier TroitkiJourt, 
il l'indique ici sommairement et avec une discrétion qui a pu dierun peu 
de chné i coile partie de son pciit livre ; )« lenierai d'en donner J mon 
tour un résumé as!>cz libre, ibodé sur ses deux ouvrages : 

I. — a) L'emploi des longu^rs et de^ l>r>;ves (carré* avec ou sans queue), 
dans U uoiaiion non mesurée est incohérente ; d'une ccpic ^ l'autre de 
la même mélodie, d'une reprise A l'auitc de la même phrase dans une méitiv 
copie, ces signes s'iniercltaflgent : il ne faut dooc pas leur attribuer les 
durées proponionnelles qu'ils peuvent comporter .-litleurs. ils n'indiquent pas 
un r)-thme. 

h) Une mélodie peut nous être conservée dans des copies non mesurées Cl 
dans une transcription mesurée; dans le second cas, qwi est a»»e* fréquem, 
elle apparaît avec un rythme propre, régulier et certain. Il n'y a d'ailleurs 
aucun lien nécessaire, comme on l'a cru.CLittc la transcription d'une mélodie 
en notation cncsurée et sa présence dans une composiliou potvplu'niquc, OÙ 
la régularité du rythme est indispens.iMe au pantUélisme des parties ; il n'y a 
donc point de rai^n de croire que le rythme ait été imposé i la mélodie en 
même temps que la notation mesurée et pour lesmémcs raisonsque celle-ci: 
la Iransaiption mesurée n'a fait que mettre en lumière k rythme, non indi- 
qué dans les autres copies, maïs qui a'cQ existait pas motos a l'état bicnt 
dans ta mélodie. 

c) A côté des notations quadnuigulaires mesurée et non mesurée, il existe 
une noianonou les signes sont groupés en ligaturer régulières, dontladispo- 



COMPTES RENDUS 

siiion su£(ït â indiquer, suivaot des principes {notice par les théoridcnf ^ 
m*diév3us, le r>llime tis U niélodk' ; de « syHènie un seul trait nous "tti- 
resse ici : cette notaiioo indicatrice du r\-ihme en la tioution normale de» 
mélodies non accompagnées de paroles ; si nous ne la trouvons pa.s pour les 
ttt^lod'es accompagnées d'un Texte, c'est qu'elle n'y éuit pas nécessaire, cl 
une conL'IuMon s'impose : le rythme propre S une miîodic de ifouhadour, 
rytlime bien défini encore que non marqua par l'icriturc, nous est indiqué, 
comme il l'tl.iit au dunietir du moyen âge, cwcnticUcmcnt pjr le texte. 

II. —L'examen attentif des coptes qui notis om conservé co notation 
mesurée des mélodies médiévales amène aux constatations principiles sui- 
vantes : 

d) Les lyriques du mo)wn âge n'ont usé que d'un petit nombre de lor- 
mules rythmiques ou modti ; iLs'agic toujours de rythmes ternaire», les trois 
temps éunt répanis entre deux ou trois éléments ; il n'y a à tenir compte 
que dctroi» mode*; premier mode: 3+1 ou ^J | ^J : deuxième 
mode : t + 2 ou ^-Jl J^ \ troisième mode : $ + 1 -|- 1 ou, 

b) En principe le rythme adopté pour la première mesure persiste dauf ' 
toute ta phrase musicale, même dans toute la chjinson. 

f) En priacipc, à chaque élânieut constitutif de la mesure concspond 
une sj-llabe au texte et une seule : il y a donc deux syllabes 1 U mesuiv 
pour les deux premiers modes, trois pour le troisième. 

J) n y a corriUiion entre le* Accems ioniques du texte et les rappfeoo 
temps torts (temps initiaux) de la musique : la sylbbc ionique rimante es. 
toujours sur on frappé; les autres toniques sont de même sur des frappés, 
ou, dans k- cas spécial du Jeux.i«me mode où les temps faibles sont occupés 
dans la mesure par l'élément le plus long, quelquefois sur ces temps &ibks: 
l'allongement de I.1 tonique compense ici le frappé qui porte sur l'atooe pré- 
cédente. 

in. — Dés lon> il était facile à un chanteur du moyen igc. en présence 
d'une notation quadrsngubire non mesurée, qui ne lui donnait que le contour 
de ta mélodie, d'en retrouver le rythme par une lecture accenruée du texte : 
la présence ou l'absence d'un ^oupe de deux atones entre deux toniques 
principales ou secondaires lut Indiquait le [roitiéme mode Ç^BtV Dâ \ fH[t\ ht 
fl I 'ifihiisè I ïf/O-ou au contraire l'un des deux premiers ; la rime donnait le 
point de départ d'une divi»on mhmique aussi exactement qu'une barre de 
mesure : la présence de toniques à des places impaires à partir de cette rime 
impliquait le deuxième mode ( -f/ir/i | tii qu'en \ chanMnl j pliur, donc 
^ I ^ ; d'autres indices encore pcrmetiaicni de décider entre le premier 
mode et le deuxième. 

Je neveux point essayer de pousser davantage dans le détail l'exposé du 
sraéme de M. Hcck, et Je ne saurais donner la clef de toutes les transctipiions 
en notation moderne qu'il promet de publier prochainement. J'en ai dit 



j. BïCK, iJl musiqw des Trotéadmrs 123 

ass« (Jour faire juger de la nouveauté, de la cohiircnce et de l'eiccpiionncllc 
imporunce de ce lystéme dlnieqjriuiion. Je suis sunout frappé de l'excel- 
lente qualité Je U mixVoàc ilriclcnicnl pliUolo^miJC cniployiic par M. B. ; 
touic sa d^ouvcrte sort de la critique de U traditiuii manuscrite et de la 
Cûiiipiaraisciii dc^ divertei noi-uions d'un môme leste muncal écLiirée au 
l>eM)iti par Je témoignvige ina thi^oricicns ii)éiiic\'3ux ; c'est U philologie pure, 
dC-iachHÎc de toutu corisid^Tation d'tsthéliquc ou d'histoire gtïnéralc de 
l'aa musical ou de U tec1mi;{ue musicale ; l'oti comprend quelle uilidité 
cette tuïe toute réelle donne nu iys^t^ie t?dîtté pdf M. B., l'on peut 
dc-vincr aussi quelle somme de hbeur minutieux «t dUîgciU a di^ Ctre 
consacra â rétablir. 

Ij thtorie de rinierpriiatioii modale det mélodie* de no& troubadours OU 
irouvèrcs peut ihre féconde en conséquences. D'une part.elle éclaire d'un 
jour tout oOLiveau les rapports de la niusîquccl de l,i poiHic dins l'ctu^Te de 
DOS hTÏques : il appnfaitra dorécuvaiK comme il peu pi es impossible d'étudier 
l'une sans l'autre, puisqu'elles ne sont pas seulement deux formes parallèles, 
nuis sont, sur ccnaios points, strieicmcnt conditionnées l'une parl'autit; 
d'autre part elle impose de ne point séparer davantage Thistoirc des migiocs 
du vers rocn^n de rbïstoirc de la musique ; eiifm, en leur [ci\d:mt uti rythme 
expressif, elle dotine une valeur et OMnme une Ame uouvelle aux mélodies 
médiévales, que l'on |ugeait volontiers langui ssanies, monotones et creuses, 
fjuie de savoir les lire correciemem . 

Nous nou^ sommes un peu écartés du petit livre de M. Beck, pour faire une 
excursion dans son grand ou\Tagc ; dans la MusijUf da Trouhhicivn k théorie 
de l'interprétât ion modale ne tient pas une pLice aussi gnmJe qu'on pour- 
rait le croire d'après notre compte rendu. Je ne pense pas toutefois avoir 
trahi M. B. en imisunt ïur une punie de son livre an^si essentielle; je 
regretterais plui6t i^ue, sans doute en rabon du cataaère vulgarisateur delà 
collection i laquelle il collaborait, il ait ici k U lois réduit, fragmenté et 
comme dissimulé l'eipoié de sa ihéoiie. 

La seconde partie du livre est consacrée à Vaitvrt méhdiqtié des troubadours. 
C'est une revue rapide des différents genres de la lyrique médiévale avec 
exemples transcrits en notation moderne, brèves analyses ou renuin)uet 
musicales, et indications historiques ; deux traits sont i retenir : d'abord cette 
valeur des mélodies correctement rythmées que je signalais tout •! l'heure 
(certains des eseiiiples citè> par M. R sont di^es de toute admiration, 
p. ex. la poignante cluoson de I.1 p. Itj, Aprii ai ■ju'e» ckiHlant pUmr) ; 
put& le caractère compliqué, r^Bîné et savant entre tous, des genres que 
l'on pouvait tenir pour le plus populaires, comme les ihamotu dt foiU. 

L'ouvrage de M. B. est uiilcmetit complété pair une bibliographie, un 
répcnojre des définitions et une illustration le plus souvent bien clioisîe. Il 
serait possible de lui reprocher quelques inutilités d'amant plus notables 
que la place lui était mesurée : une ou deux planches supcillues, un dive- 



124 COMPTES RENOUA 

loppcment«ur l'amour «courtois (p. 68-72) iiss«jt peu en situition, d» prtam- 
bulcs ua peu longs, iiiatii ces repitKlies initrnt moita ii l'ameur qu'à la 
CDiketion pour laquelle il écrivait et qui avait des exigtoc^. L'exposé de 
M. B. en i ioufftin : il est parfois écouné ci, par exemple, il me paraît fort 
diftîdlc de comprendre ei d'accepuT ranal\*s« et l'îtiterprttaiion tnclodique 
que donne M. B. du " sin'cmes « de IVire Cardenal, Un ùrtYiltu 'untl 
tiM/Âcomffuiir. parce que ccRc inicrprétaiion oc peut àtrc fondée que sur le 
npptochcment de iouï les couplets ui que M. B. cite et utilise seulement le 
premier. 

Je rcgrcllr aussi que M. B.. faute de place ou peut-*tre crainte de paraître 
tenta une synihëse prématurée, ne nous ait pas renseignés davantage ^ur 
les changements qui ont pu se produite dans l'an musical entre les premiers 
troubadours ci les derniers irous'^rc^ et ne nous ait pas dit si toute cène 
produaion mélodique ne portjit pas la trace d'un progrès accompli en 
quelque sens ; et aussi qu'il ne nous ail point éclairés sur le rôle des instru- 
ments dans CCI an musicjl. Mais j'espère qu'il nous donnera un jour prochain 
CCS indications, plus abondantes et plus précises, lorsqu'il écrira, à l'usage 
des romanistes, le nunuel de musicologie médiévale qui nous serait s utile 
et dont le présent petit livre, en dehors même de l' importante théorie d'inier- 
préiit'um que j'ai cuprKéc, appnratr comme une première esquisse pleine de 
proincstes et d^a très ptécieuse. 

Mario RoQDES. 

Recueil de chRnsons pleuBes du XIU* siècle, publiées par 

£dw. JXRMSTHŒW, I. Helsinki, 1910. In-^>>, iv-176 pages (/4nini/ei AeaJeitta- 
aÙMtiarmn jtnnUx, sér. B. 1. 111, n" t ). 

Les soixandscinq chansons ' publiées dans ce premier fascîaile sont groo» 
pécs d'aprcs l'ordre même où les donneni les manuscrits : et c'est lâ, vu Tin- 
certitude qui rq;ne sur la pairie et l.i date de \a plupart des auteurs, une dis- 
position foft acceptable. L'Introduttion est consacrée i l'eiumeit de ces mss. 
et X utK br^-e appréciation iittéraîrc des œuvres publiées : l'éditeur nous pro* 
met pour plus tard une éiuJc sur les principaui lieux communs et les « allu- 
sions au symbolisme mariai » : toutefois, les notes contiennent quelques tm^ 
ressAnics indications sur ce sujet. Dan» la uotice qui précède chaque pièce, 
M. jasustnxm en étudie la lan{;ue et la structure r\-thmique et en rechcrclie 
so'igneusement le modèle profane, car il part de ce principe {d. p. i î. o.), 
que je ctoÎA juste, que les chansons pieuses sont généralement des imitations. 
Il a fait dans ce dottuinc d'iméressantes constatations : il a montra par 
exemple, que plusieurs pièces vivaient pour modèles des chansons provençiles 
copiées dans des chansonniers fran^b et que ce soal précisément les rédic- 



1. Malgré l'invocation â I>ieu et J U Vierge qui la termine, la pièce 
XXXVll est en réalité un Krvemois moral et non une chanson pieuse. 



k. JA'KssTRŒM. Recueil Je cffatisetu (nettses 12$ 

ttoDS iionservées dans ces ctunsonaiers i^ui ont ■*té connun des auteurs pieux 
(voir noummeiu o" XX VIII), Il n'admet de filiation assurée que quand il y 
a identité de rimes : en quoi il est peut-Otre un peu rigoureui, rexemple ds 
Jacques de Canibni, -^ qui a luï-mémc indiqua •ics modèles — nouspcmivttani 
de coastaicr que tous les auteurs ne s'imposaient pas ce ralîinemem '. Les 
notci pbcik^ JpT^^ I» plupurl des pitfcs élucident quelques alluViODS ou 
commentcni quelques passages obscurs; j'avoue que j'eus» déûri, dans ce 
dernier cas, des explications un peu plus abondantes; il est parfois difficile, 
mâine avec l'aide du Glossaire, de savoir comment comprend l'éditeur ou 
quelles sont Ic^ raisons de sa dëterminaiion. 

M. J. a montré (et c'est une des parties les plus tméressanics de soniniro- 
duciion) que les vingt-quatre prcniièrv^ chuinwns dir son recueil avaient été 
puiséi-s p;u' les mss. y et C i la même vource. Or, il est remarqu^tblv que 
plusieurs de ces pièces ramènent sous nos yeux, avec une Insistance caracté- 
ristique, les mêmes imu^es ou expressions, et développent les mêmes lieux 
commune '. II serait assex naturel d'en conclure que louie» ces chansons 
émanent d'un même auteur, dont les chanson» pteutes auraient été réunies 
en an UtdtrhMch, comme celles de l;sm d'auteurs profanes », 

J'arri« maintenant à L'examen du texte a des notes. 

II, IJ : chose] corr, clxinuMt, et noter L-etie faute és-idcntc, commune aux 
deux mss, — IV, notîct. I,cs chansons de Raoul de Ferrièrcs ne sont pas 
inédites; elles ont été publiées par L. Licour (Paris, Aubr\, ]8s6). — 47 
am\ 1. aim'.— VII, aj : virgule à k lin de ccvcn.— 4,3 dévier] can. dffiner, 
i cause du mot à la rime de )j. — Note aux v. 29-]3 ; la légende d« In 
■ Vengeance de Jésus-Christ ». «t connue par des texte* bien antérieurs su 
XVt siècle, et cette alluMOn d'Antoine de la Salle n'a pas i<rand intérêt. — IX, 
1-2, note (relative aussi i X, 19). Je ne comprends pas ce qui y est dit 
sur aiu et air. — XIX, îl-î : la phrase ne se construit pas : lire avec 
V : a m Jtht 'Hti dt stfiioH ^ itih qut . , . — XX, 2J : or u pri jr, paU 
damât, h Métaphore employée du Christ a, dit M. J., sans se prononcer nulle 

I. M. J. n'a pu, malheureusement, comparer les mélodies. Peut-être essaie- 
rai-je de compléter ses recherche* sur ce point, un peu plus tard, car je n'ai 
pas, i l'endroit oti j'écris, le^ moyens de le faire. 

2- Les suivants p.ir exemple : l'union intime en Jésus-<Ihrist de l'hum;!- 
nilé et de U divinité (II, 9 : III. 19); un Commentaire très littéral cl assen 
puéril du Ferhini caro fiuSum tsl, où le Verbe n'est pas l'esprit diviu, mais 
une parole, sans doute celle de l'ange (1. {8; III, il ; X, 17: XVIII, 24) ; 
cette idée, fréquente chez les mystiques, que luuic la sagesse du monde 
(même celle de Salunion) ne suifirait pas .1 embrasser les vertus de Marie, 
que la terre et la mer, etc., changées en parchemin et encre, ne suffiraient pas 
pour les décrite (IX.îi; V. 49; VH. lï; IX,9; X, JS; XII, J; XVÙJ, 

}. 11 ne faut pas attacher une grande importance à ce que toutes ces chan- 
sons ne présentent pas les mêmes ir.iits lingui uniques (les unes, pAr exemple, 
confondent mi et m, les autres non). Ce ntélangc n'a rien d'étonnant i la fin 
du xiti< siècle et dans un genre médiocrement artistique, comme celui-là. 




I 



J 



né 



tOUPTtS kËNuUS 



part sur le sens de ^iimas. Mais l'auteur s'adresse ici i on ami, non nu Oirîst ; 
ce nom antique de Poi ida mut ksi lout dt iiième singulier. — XXJ,4-j : lairam- 
poiltion de CVS deui vers ne donne pas de sens, tandis que le tcxie de l' est 
»tî»rai.uiit . I.'xutcur entend ijue le moi aumif !i'appli(|ue ma! au culte de la 
Vlargv.pcut-itte parcequ'il a été profané par l'jniour courtois: cl. XLVtl, )l' 
ear il n'a pai r» twi stivir senvgf. — XXII, a j, note. l.e livre i dlcr li-des* 
SOS éuit celui de M*'" X. Traver, Ttre/eur Daugirttn o) God, 1907 ; cf. Rom., 
XXXVII, 484. Des fragments de ccne chanson avaient dî-ji été imprimés 
diuu 17/i'irr. ÎUtéraire, XXIII, 814. — XXIII. ii : timmt ^i*r] I. ^jwiiyw ou 
quanqui. — XXIV, 39 : je croit <)ue c'en tiien lo sens, mais il faudrait expli- 
quer que deuiour (lioclQrtm) équivaut i « ifur Jvcrt ; îs rncoittbii {se rappor- 
l»t iipainturt) ne peut être* iOiOHcaiWdim : lire entcuchît =1 tulatchift; Vtwsl 
amufc -X ccttt époqui: comme le monlrt- le Jnniinr de XXVII, 39 ; pour le 
sens. cf. LX, aé : rtiiYnimèj quarrimu. — XXV, 9 : ptirdl n'est pas nvutrt, 
mais masculin, fég. dir. de •Uàintiti. — XXVII, ij : trtniert est Mmplcment, 
pour (nnitTi (tanière); cf. xwÎH, ccc .. et un peu plus loin (LXI, 39) merin ; 27 ; ' 
M. J. COTTÎfte ingifrrt en iHgiuifrrf, qui ne satisfait pa^ du tout; lire ff/yAil-j 
jufirrn (• appréciateur « [de b pureté de cet or)). — XXVIU, 8 : qu'est ce 
qu'est ce muii, non expliqué'' On lit Eoui auui bien muVj, car le quatrième 
jambage cftt Cvrtaincmvui un i ; 11' .tcribe a .laii» doute voulu écrire imi/t 
(y'iAe), nu'il faut corriger en itilz, car le vers est de scpi syllabes. - XXIX, 
17 : l'expUcatiOD de rr/aWir n'est certainement pus bonne, nuis je n'ea v<ms 
pas de meilleure, pas même avec resaidr. -^ XXXI, 9 ; vanae] 1. \-anln 
(vaincre). — XXXV, 7 : le sens, non saisi, est : « je ne me repens pas 
encore ». — XXXVIII, 12 : I. c\m Ji'l, an jais (non au); 57, meire[tit]. — 
XLI. 77 : trop coun ; corr, ri \cflft\ H ja niait (1"). ~~ XI. II. î4 : fi ait ; 
sens ? Corr. Ji ait (?). — XLIll, 3 : le sens parait Être c que Jésus-Clirist a 
voulu l'honorer d ha mort i>(à clic, la Vierge), en l'enlevant au ciel: 9 : ms. 
iu, c.-i-d. (OU, ce; 37, ivtis\ I. uotn ; sStvf) I. nos ; nouirt[ corr. liutrt', j) 
tus. (•uitsit, corr. transis. — XLIV. 29 : virgule au lieu de deux points ; 47 
I. t'iuhmintii : 48 conserver joiV. — XI.VI, 1 1 : reiai k'tile JiV] corr, «/ni ke 
ttit^ c-'d^d. «celui qui l'a i>; cf. lesv. 2»)} ss.du passage cité de Hliilippc de 
Tliion ; 1 4 ne pat ajouter U : }tû ijaéxi cu toujours disyllabiquc : cl. XLIX, 
17 ei aj et LXIV, ji ; 16 nos\, corr. «(f).— U, S : amtnJir w qiitrrlt, noo 
« répanrr son toit «, mais ■> améliorer sa condition n. — LII, IJ -8 : coni- 
mcni l'éditeur t;ompreud il ces vers qui paraissent altérés? — LUI, j8 ; 
jflW'j] I. Mwtw (avec tous lesntss.). — LVI, 18 ; Jigtu [tsl] : 27 ; transposer 
tu et t. — LIX, 28 af<^s est une conjecture : irwus vaudrait mieux. — LXJ^ 
1 1 : tnparkr] corr. fuparU. — LXIU, 17-14 : la swophe, ainsi ponctuée, n'a 
n'a pas de sens ; k v. 1 1 notamment auntit bien liesuin d'une explicatïou ; 
17 : fMie) I. AflciV = Ixticifiei d'où vient la traduction par « honte n ? — LX, 
li : tvitrt gtanJf tainlf] corr. v. gnwt sainler ; }];scns? 

Au Glossaire (qui donne tantôt les formes originales, untdt les fomes 
francisées) manquent quelques mots qui méritaient d'être relevés: aign, X, 



k. l=ARAL, Mitnrs fraftfais du XlII' siicfe II? 

t (ardeoi); XXI, JJ (cruel) ; K«Jr, XI.VI, là ; tiraisUment, XIJI, )8 Ijfonr- 
(elt, LI, 24 ; gresii, LI, } 1 ; IJI, }o ; monjoie (avec ses divers sen» m^pho- 
riqucs), IX, ï; XIII, ij; XVI1I,}9; I.V, 59; ptacicr, U, 27 (chiiagcT en 
pr*) ; rtpoiulfe(p. p. itpni), LXU, 16; ivlage. VIII, 2s (inconsidéré). 

Toutes 1« traductions ne sont pas exactes, ni toutes les formes correctes : 
adosser, non abanJounei », mais • tourner le dosa « ; cl)fi'ir(s(}i), nou « vcuir à 
bout de, maîtriser », maïs h se tirer d'alTaîrè, vivre > dans le premier exeni|de, 
" venir i bout de » dans le second ; consirfif. I. (cnsh'rr ; ikpffhitr (JeftcUr), 
non <■ brisLT », niais u st' briser, iHre brisi " ; iluntkr, 1. dftrfir; eiuauvrir 
nt A supprimer ; lire Jjns le texte tn coiivri! ; ttaint, a trompette n, non 
n cor du jugement dernier >t ; mirait, »on n remède », nuis « onguent, cat.i- 
plasme »\ es/toit ; a joie, ardeur •> ; seni douteux ; aiPrber^ non a absorber ■>, 
nuis « aveugler n, par csietu>îon, « rendre impui&unt ■; «mirer, 1. maïritT; 
niereie {mestarire t\i), non •< jouer mauvais jeu n, ni^is ■< masquer son coup» ; 
nwmi, non « renommé n, mais « tîxé n ; phi, non o ordie, lang, ligne n. 
mais M pli, habitude » ; prfu( qnf, non •■ pour cclj «, mais » quoique n ; san- 
iahU, Doa H qui a du seutimeui ■, mais ■ plein de santé n; IriMer, non 
a s'agiter n, mais souffrir, vivre dans la tribul;ilion ». 

Ce «ont h des fauies vénielles, fort excusables ctiex un débutant; elles ne 
nous cmpéchcm pas de reconnaître les qualités de soin, de méthode et de 
péuCtraiion dont M. J. a ùît preuvi: ut de saluer en lui un digne élève des 
exceUenis maîtres qui i.-n:KL){nL-niÂHe1singtbrs et qui ont tant fait, depuis une 
vinguinc d'années, pour l'étude de la langue ci de la iiitér.iturc franvaiïc du 
moyen âge. 

A. Jeanrcy. 

Mimes français dD XIII'^ siècle (Tenues, notices et glossaire): 
thèse complémentaire pour le doctorji es leiircs, présentée .1 la Faculté des 
lettres de l'Université de Paris, par K. Kabai.. Paris, Champion. 1910; 
îii-8« de xv>il9 pases. 

Sous le nom de • mimes *, M. F.iral désire des pièces du xiii* siècle où 
le r^iiateur abdique sa personnalité pour jouer un râle ou parfois plusieurs. ' 
Ce» petites «.ovu-s peux-ent donc être considérées comme les première* 
œuvres de notre thédtre comique, et méritent à ce titre la plus sérieuse atten- 
tion. On en avait déji des éditions, nyjiii éparses et médiocres, ou mulaisf- 
riKni accessibles : c'^it donc une heureuse îdfe que de les réunir pour 
en former le présent recueil '. 



I. Les oeuvre» ici publtée:», dont M- F. eût dû indiquer, au même endroit 
cl d'une fa;on plus exacte, les éditions antérieures, sont les suivantes : I-H, 
U PriviUgt aux Bniotn ; UI-IV, la P.iix aux AtivUiii it iti Clsute ,lr la 
Paix aux Angiaii; V-Vll, VF.rheru Ac Kutcbeiif, \F.rhrie anonyme et h 



13$ 



^Ml 



ÎM 



Cette nouvcUc tidition, dit M. F. , « ne scmii p» tout A fiii inutile ù elle 
componait un texte sévèremem établi, un groupenicui compkl des ccuvics 
se rapportant au mCme »urn. la mention des f^its hi^oriqurs ou autres 
capablk:> d'en licUircr I.i lecture, et un glosMirc sullîummeni explictlit. ■ 
En réalitt^ M. V. nous a donniî ù ti fois plus et moins, car il ajoute, d'une 
part, pouf le* pitccs 1-IV. écrite* dan> un iar^oD qui pirodic le fraaçùs 
p;irlé p.\t les Brciom ut les Anglais, un relevé (bien niïcessaire) des panicuU- 
rites linguinic|ucs '. cl d'^tutrc pirl îE s'est contenté i trop peu de Trab dans 
l'exécution de quelques- unc^ des t;khe5 énumérêes plus haut. Les manuscrils 
n'avaient pas été d'abord, comme le prouve u» lon^ erratum, colUtioniks 
avec toute U diliftcnce nécessaire, et le glossaire ne nous donne pas toujours, 
pour les srtis adoptés, des éclairciwemcnts nu confirmations suflisant*». C'csl 
sur tes textes et le K^u^saîre que porteront la plupart des observations qui 
vont suivre. Elles ne doivent pssau reste nous empêcher de reconnaître tout 
Cl- qu'il y ;i de méritoire djns cctrjvaii. M. I-. a déployé, notamment dans 
l'imerprétation de^ pièces en jargon, beaucoup de science et de pcrspicjciié ; 
le commentaire historique et littéraire est 'également riche en observations 
lutéicssantcs et nouvelles. Les imperfeciions paraii^scnt surtout imputables à 
h hitc avec laquelle l'auteur, comme tant d'autres candidat* au doctorat, a 
cru devoir rédig« celte seconde tliésc, qu'il y .1 peut-être eu quelque impru- 
dence i qualifier otïicicEIcmctit de •< complémentiiire h. 

Hécc [ (p. I)}, V. 7-8, Le sens serait meilleur en nieitant une virgule 
après le premier de ces vers, un point après le second — 9-10. J'écrirai! jfi 
(non g'i), >ii (non ni) et verrais li des déformulions de jf, nt. — }3, tolait\, 
le manuscrit a (n/imf, qui donne un sens escvlleni. — 48» et gtntst H fts' 
Ji'ûtjj], ms. df gfnif grun-/. (raénic remarque), — 64, htbl\ ms.hlilt, mot qui 
reste à expliquer et qui parait signifier s sceau h. 

Il (p. 30), V. 1 ;, juuiue], nis. junfua. — 62, It toi li'tm os est traduit par 
n la boue d'une boite a, sans que ce sens soit justice. — 80, hîfr rfitiwb, 
non ■ lier avec une corde », nuis <> lier au poteau •>. — 13}, *m pw peut 
très bien avoir ici son sens propre; en trjduisam par « avec fougue •, 
M. F. comgc sans doute mentalement en ni^'iVJ. 

Ht (p. 41). Dans cetli: pièce difficile, les intcrpréutions bypothéliquc« 
sont assci nombreuses; mais je ne m'arrêterai pas à en proposer d'autres, 
qui ue le seraient tiuére moins. — 14, irtVr est traduit par v craindre •■ ; i| 
doit être pour tretr, déformation plaisante dt rrtire, irtsirt. — 67, tmii est 
«eriaincment pour maele, maaHïf, il faut, ici comme dans les autres mots de 
la strophe, la diplitougueui. 



4 



I 



Coule eH Faine; V'[II-X, Ut Deux BonnUurt rihniJi.h Répotueik Tuh dttdeux 
hurJeuri, la Cmlregetislf. 

t. M. F., avant eu à se dciuander si les pièces VIII-X ont été romnosét's 
par le métm- autL-ur. ou du moiiu dans le même pays, a cru devoir faire le 
même travail pour ces trois pièces. 



E. lAKAL, Milites ffan(ais du XJIJ' ùkU 129 

VI (p. 69), I. 3. Sur CK prcn vrbe doiii la forme correcte est rtoblic i l'Er- 
ratum, voy. Tohier. tf Provtrhe ju vilain, n» MJ. Il y en a on autre exemple 
dtas une chanson rc:cn]m<:ni publiée ', 0(1 il faut, .-iu vers ;i, corriger n^ en 
wrç.— L. 2^. U nis. porte XlHI tl XIH! .<■ stmi Xni tl pttitlllXXXt; 
cci chîlTrea sont rutiiblis à l'Erralum (^auf le dt-rtik-r). nuii-jucunc eiiplii:^ 
tien ri*y est tlonik-c. Si un i:orTigi: XXVII au lieu àt XVII, nnohiian un 
wns. qui est bicndans l'esprit de U pitcc : 14 et 14 = 27 -f j^ji; c'esi 
X cette erreur d'une unité que font allu^ion [e$ deniîcrt mots ; gui ne ul con- 
ter, si perde, — L. «4, aepor iwiV). Tout ce passage a ilà lilété par une 
erreur de lecture et l'omission de plusicur* mots : il esi clair que le Tait 
d'être awis ne peut proJtiire U Tatigne. Ix nis, a aii correctement : iif for 
fooir (/oîr, fodirt) ut fvr fcw, w ft'i lOrir tu pcr Iroier. 

VIII (p, 93). Ij lefon du manuscrit pris comme b.-is>: n'ttt pus iodÎohts 
exactement n:f>roduitL- et quelques v.iriamc^ iiiti>re«ante» maïKjuenl. — jy. 
bemi\,tttsJvm iquiex. w't.qHfx (rime mieux avec mniftlertx). — ^$,^uafiijiies), 
tas. quaitcjHf. La plupart des (citons Uu nis. ont 6lê rétablies à l'Krniiuin, pri*-- 
oMfres de la lettre / (/ij^'ï). qui pourrait faire croire qu'il s'agit d(^corrt:i:iions. 
— M j. U wriaiiie •liiei /ri^ (d'cruf* frits) devait passer din* le texte. 

Il est rcRicuablc que le Glossaire, auquel l'I^rratuni apporte aussi deï cor- 
reaions importantes, se home à eiircgisirer les mots iméresunis des ïîrherifs 
et des Dtux h'iiiJturi. |1 y en a bcivicoop, dan» les autres pièces, qu'il eût 
été utile de relever, avec renvois ans noces où ils sont expliqua-». 

A. Jeanbcy. 

La Prise amoureuse, vuu Jclun Au\ki, de Hesdin, allegurische 
Diditunf; aus deni XIV. J.ihrhuiidert, xum crsicu Malc herausgegehcn von 
Ernsi HûtPiïNiiH. DresJen, 1910. In-S", XCV-ici pagcsCn" a de la C«eW- 
uiu/t /ùr romaniiebe Lileralnr). 

1 

M. Em. HoeplTncT vient de publier l'œuvre jusqu'ici inédite, /.d PriseatUffU' 
Ttuit, d'un pocte picard asscï ignoré, le ftèrc haspiialicr Jean Acart, de Hes- 
din, qui i^rivait vers 1 ) {2', et que malgré l'opinion de l'^ïditeuron ne sau- 
rait identifier avec le théologien Jean Je Hesdin, 

Ce poème alligoiique, qui appartient au cycle du Romm Je h Rose, s"ms- 
plre visiblement aussi, comme le montre M. H., du Batriiite .{".i meurs de 
Richart Je houniival, dont il reproduit cenaioes id^s et «naines expres- 



I. Rniie iiti langues Tvmaun, Ll, 41. 

3. La rubrique uiitialc du poème porte la date : « ou mois d'avril n i{)i. 
P^ues mmtunt ccne année-li k 19 avril, à défaut de quantième, il peut 
s'a^r tout aussi biea de l'annie ■}{}■ 

lUmâmiê.XJ. 9 



13° COMPTHS RHN'DUS 

sïons. Lj 6clioD du po^c nous traïuporte sut le terrain de la vincfie, ou 
Amouts. le sugr itn/vr. i l'aiiJc de se puissams aunilUircs, poursuit l'«wa«/ 
devtoii b béte de chasse, M lînit pjr en cùmtr U prise. Le texte qui compte 
prùs de 170a vvn est e» outre augmeillé, dans le nn. qu'a connu M. H. 
(Bibl.mt. fr. 34}9]),ile 9 rondeaux et de9 ballades disséminés au commcn- 
cenitnt, il la fin et au cour» du poêmc. M. H., qui a consacré un chapitre 
sp^îal de son introduction Jl h mhniitjue de ces pi<ïces. a conclu que leur 
auteur, tani nu point île vue du mcbngc de vers de diffircnte longueur que 
de remploi Je vers d'un nombre de syllabes plus ou moins grand, et pour 
d'autres raisons encore, formait comme un intermédiaire entre les .mcicfU 
poètes ayant cultlvi ce f;cnre de compositions, comme Adam de la H-iUe. 
Guillaitme d'Amiens, cii:., et ceux plu» récents, appartenant à l'école de 
Guillaume de Macbaut. 

Malheureusement M. II. n'i pas connu un autre ms. de la Prise iinmireiaf 
(Arras 897) sur lequel M. Hmesi Langlois vient d'attirer L'atwnlion ', et qui 
ne contient ni rondeaux, tli ballades, Si^uf celle qui lennine le poème datu 
ic ms. de Paris. M. Langlois serait assez porté .1 croire que le ms. d'.\rTM 
(qui du reste est d.itiï de 1370) repr^ï-scnic quand même un ancien eut de 
l'ouvrage, et que lo ballades et rondeaux, .ijoutés après coup, ne sont pas 
l'œuvre de Jean Acan. Sauf véritïciiion A faire sur k- ms., nous pensons au 
contraire qu'il y a eu suppreskioii de la part du copiste d'Arras ; car, s'il est 
vrai que ccnuiues Je ces pîèa'S, adressées il la dame, et insérées dans le texte 
de Paris ne s'y ranacheni pas étroitement, il est aisé de coiiRJtcr d'autre pan 
que la moitié d'entre elles (huit exactement) sont annoncéfis par le coniexlc : 
ce sont amant de corrections délicjies que te copiste de Parts eût dû faire au 
tente primitif pour justifier l'hypoiliésc de M. Ijinglois. La présence d'ailleurs 
de poésies courtes, de rythme diiTca-nl, d.ins les [Kiétiio de ceMC époque est 
fréquente- Coiiinient aussi expliquer autrement la ballade liiiJJe qu'a conscr- 
\-ée te ms. d'Arras? Bien entendu, resaincii de ce ms. donnera la vraie 
explication; niais que ce soit Jean Acan, cotuiiie nous le croyons, ou lout 
autre, l'auteur des rondeaux et ballades figurant dans la Pritf timfiurfuu ne 
joue pas moins, .iprés la démonstration de M. H., un rôle à part dam l'his- 
toire de la poésie fran<;aEsc au xiv« siècle, tenant encor>: de ses devanciers 
ccrlaim trniis camaérÎMiques que répudient plu> tard M;tcbaut et Ses disciples, 
et fusant déjA voir plusieurs tendances que ceuvci adopteront. 

Iji langue du po^te est assez facile, mais sa pensée est souvent obscure, et 
le ms. éiam défecLucux demandait beaucoup de corrections pour l'établissc- 
meni du texte. Il est regrettable que M. H. n'ait pas eu sous les yeux le ms. 
d'Arras qui aurait facilité sa liclie et comblé aussi certaines Lacunes; l'éditeur 
ne s'est piis iiioin*. tirO .ivcc honneur de ce travail iiiinutJcux. 



I. Ut muniftfrifi Ju KoutiiH Je la Rou (1910), p. lio-tlâ, datn les Tni- 
VMx té MfniQtrft df fVnivtrsité dt LUi*. 



j. ACART, La Prise amoureuse 151 

Quelques remarques pour finir : v. 256, soie, corrigez voie; — v. 314, 
en/awieuftiient, lisez ctifiuilieuinent ; — v. 525, il eût été préférable d'unifor- 
miser les rîmes et de substituer aUnI k ateiic, pour rimer avec biiiHhli'iimit (de 
mèmt senc au v. 11 17), d'autant que M. H. admet (p. Lxxxviii) que l'auteur 
usait lui-même des formes en /, le c final ne se prononçant plus ; ^ v. 1772, 
/Vifrd/, corrigez Fesbat, c'est-ù-dire PabiU, rapproché iX'issiies; — v. 1778, 
i'cî/ro/, corrigez Pestrac; — v. 1781, iim, corrigez les; — v, 17H2, tieiieiis, 
lisez de tiens. 

Gaston Raynaud. 



U 

11 existe encore deux autres manuscrits du même poème. L'un, le plus 
important, est le ms. 3656 de la collection l'hillipps, à Cheltenham. Je le 
connais depuis plus de vingt ans; on m'excusera de ne pas l'avoir signalé 
plus tôt, mais je ne puis pas faite tout à la fois, et puis cette littérature est 
bien ennuyeuse ! Le ms. Phiilipps est un livre en parchemin, de 247 mm, en 
hauteur, de 176 en largeur. La reliure, en veau plein, a été faite en France, 
vers le commencement de la Restauration, Cette reliure doit avoir fait dis- 
paraître toute trace de propriété, s"il y en avait. Tout ce que je sais de l'ori- 
gine du livre est qu'il a été acquis par Sir Thomas Phiilipps, en 1828, avec 
une quarantaine d'autres mss., à la vente Robert Laug (n" 722) '. L'écriture 
peut être du milieu du xiv siècle. J'ai copié les 1 1 3 premiers vers du poème, 
et j"ai noté les refrains des ballades. Le texte m'a paru correct. J'en citerai 
tout à l'heure quelques vers. Quant à l'autre ms., c'est le n" B. N. fr. 24432, 
fol. 396 v et ss. Il est inférieur, en ce qu'il ne contient pas toutes les ballades 
ni tous les rondeaux, non plus que la rubrique initiale. Il se présente donc 
dans les mêmes conditions que le ms. d'Arras. 
Voici maintenant le début du ms. Phiilipps : 

Chi coumeiiclK l.i PritiSi- Aniourtaw, Mes douls cuers, que li miens 

faite pur frère Jehan Ai'drs, île Hesdîn, Iprise 

Iwpitalier, en l\tn de ^uce (^u'a vous me rench, et com pris 

M.CCC.XXXn, on mois J'iivril. j _.^j compris 

I Si plaisaumeni m'avez prins En ceste amoureuse prise. 

Et espris, En douls biens qu'amours m'envois 



I. Les manuscrits de la collection Lang qui ont été achetés par Phiilipps 
sont indiqués dans mes Xotices sur qiielijues iiianiiscrili fntiiçuis de la liiblio- 
lltèijiif Phiilipps à Cliellenhiiw (i89i),p. 7 {Notices et extraits, XXXIV, f= par- 
tie, p. tsi). Je ne sais où Lang s'est procuré le ms. de la Prise amoureuse. 



132 



COMPTES RENDUS 



D'esta- en voie. 
Pour vostrc ;imour destrvir, 

10 Fkur du monde a vous scr\'ir. 

11 Dont nedoy estre repris, 

S'ay empris 
Vouloir de si r.oblc emprise, 
Quar ja pour venir a pris 
1 5 Sent apris 

Mon cuer de si douce aprise 
Ciue, se ja merci n'avoie, 

Si s'avoie 
Mes cuers, sanz ja messervir, 
20 Fleur du monde, etc. 

111 Tels ' corps ou rien n'a nicspris 
Et pou rp ri s 
Ou toute honour est pourprîse, 
Ains" que mors n'ait soupris 

2S N'entrepris, 

Par )j;racc soies esprise, 
Que vo pitiés me pourvoie, 

Et si voie 
Moi a ma vie asservir, 

jo Fleur, clc. 

Puis ce que plaisant sentement 
Font cncliner l'entendement 
Ajugier seionccequ'il sentent, 



Fet il que li vouloir [s'Jassen- 
[tent, 
35 A moustrer par dit et par 
[oevre 
Ce que sentemcns en cuer 
[oevrt: ; 
Et pour ce chascun cuers 
[s'assent 
A parler selonc ce qu'il sent, 
Car la parole fait sentir 
40 Ou li cuers ne veult assentir, 
Meïsmes cil qui joie esmuct. 
Car parole voulentiers muet 
De cuer ou joie a demouré 
Pour ce du mien énamouré, 
45 Espris de joie plaisanment 
Et dous service loiaument 
D'Amours ou liëche est encio- 
[se. (6) 
Etdroisqu'il isse aucune chose 
Com d'amoureusement > espris 
50 Pour moustrer conment il est 

[pris 

En douz las dont amours scet 

(prendre 

Par celle qui en luy compren- 

(drt; 

Puet tout quanques bons cuers 

[prise... 

L'édition de M. H. e:,t faite avec soin. Il est regrettable qu'elle ne puisse 
être considérée comme définitive, puisque, par la faute du seul ras. utilisé, 
il y manque quelques vers. 

P. M. 



1. (^orr. G^iis^ lei^on de M. Hoepffner, 

2. Corr. Ainçoii. 

î. C^'est la leçon de trois, niss. (Arra^. Clieltenham, B. N. fr, 24432). Le 
nib. que reproduit M. Hoeptfner porte, à tort, Coin I Amours (iiseiiieiit. 



Mort ArUi .. nf. by j. d. brcci-: 



m 



Mort Artu, un oIJ Kri-ncli prose romiLnce of thc xiild) ccntuiy, éd. by 
J. CXHiglu Bhl-cr. HjIIc, Niemcj-er, 1910. In-ftf.xxsvtl-jli pages. 

I 

Dr. Bruce, who had tlnaiiy coniributcd :o tlie fzarlr Englith Text Society 
an édition nf thc EnjîIîsTi %"eT5C McrU Artburr hjs htre p^intl^J for ihe 
fim lime, ihe lexi of thc Frciich proie version af thut roiiiiuict-, rcprcscnliujt, 
in thc cyclk rcdaaion.thc concludînt; ponion of ihc prose Latutlot. The m>. 
sclccied for ihc purfK»e is \u. 542, Fvmii franiùii,oi thc Bibliothèque 
Nattonale, wltîdi lus h<Kn colljiirii wiili two Mss. of ttte Briiî&h Muscum, 
viz. Royal iq, C. XUl. (R>, and AJd. 10:74 (A). 

In tnaking thïs wl«tiori Ptof. lirucc was guïdfd by thc advicc of M. Paul 
Meyer, who considcrcd Î43 the best of tlie B. N. tnss, and jud^ing froma 
cotop-nison wiih ihc noies wbicli I havc madc at vjiiom tiinvs l'totii othcr 
mss. of ihc Mi^rt Arlu. thc i»c in (]uc<iiion docs nlTcr n vcry good représen- 
tative ireriîoii of the romance, ilioiJj<ti, ficre and thcrc, a cltical editor mighi 
possibly rcjwi che reading given in favour of ihat of some other ms. 

Anv work which rciidcrs a section, hûwcvtr small.of this grcai body of 
romance, gvnerally accei-siblc to die siudeiit, niusi bc rciieived wiih sincère 
gratitude, (he more so when thc work re[>Teicnn so niuch careful invcitiga- 
tion as does ihc édition befotc us, and if I venturc on certain ctiiicistns of 
Prof. Bruce'* method of csrrying out his task, il W in no carpîr\g spirit, but 
bccause I sïticctcly bclîcvi: tliat the work, good aa il ïs. faits short of what 
schoiars iud a daim Eo expert, nnd of whjt thc cdîtor, doubilcss, could h.ivc 
gi'-'eo. 

Beforc enicring on my criticisra I would nuke somc additions 10 l1i« list 
of versions, aod translations, of the romance. Prof. Bruce (p. xxiii, note) 
ïeems to doubt ihe existcnci: of ihu Jehnn Petit, i5);,ediiionof thc l^itahl; 
ttic BihI. Nal. contain» threc copies of thc work, one in ihc original threc 
TOliimu form, lu-o, in which ihc ihrtc vois, arc hound in onc '. 

Thc Hcbrcw version (fi. XXV) was Ir.tnutjtcd hv Dr, Ga,ster in FaIlc*l.orr, 
Sept. 1909. and criiicbed by me în ilic D«. N'o. of the same journal. TIic 
tent is vcry condcoscd, but noticcablc for thc form of ihc proper naines ; c, 
g. Adcifot, Hcrbrand, Svc, whi<h seeni 10 înJicate a possible Northern origiii. 

Insutïidcnt attention haï, I ihinlt. becn bestowed on ihc Italian Chuitai-i iH 
htnfilhlfo (p. WV). (his version was evLdcntly deriveJ from J vcrv full and 



I. I madc acquainuncc u-ith ihis édition, which is iaken frnm a ms. infe- 
rior lo that at the base of the Le Noir. 1 iij.somc icn v'tars .igo, w)nm i u^ed 
ihe ihrcc vol. copy ; whcn verifying my rocollectinns for ihe pnrposc of ihij 
revicw a single vol. was broughi to me, and on enkjuir)' I was loM thaï the 
librart- poM«sed ihree coptes. 



'34 



COMPTES HEÎJDD5 



(Ictaîk-d orignut, aiiii pa-îcnts cwiaîn points of couik: wlih ihc Fnglïsli 
forma oftlic lOm^EKc whkh nuy prove of distinct crilical vaIuc'. 

Thiii, in Uk- cpisodc of tlic MaidciJ of Am:«)oi, in cooimon w-ith xhe 
English mctricjl version, thc lady icYtals hcr love lo I^ncclot on thc cvc- 
uing of hii arrivai M Ok ciKk, not, 4> in ihc Frcnch form. ;il"icr his betun 
v,*oundcd at ihc Toumami-nt. Il agrccs witli Malor\- in giviofi: tlic cpiiodç of 
Mador de la Ponc in a eons4xuuvc form (cf. noie lo p. 277), anJ aftcr thc 
arrivai of ilie dcad body of ihe Maid of Ascilot. Anothcrvcry inteteiiing 
vari-int is ihat tht Icikts forpcd by Mordicd with thc fjlsc iiewi of thc dcaili 
of Gawain, .-ind (Jk- King, nru, in (lie iMiun vcrîoti, suppOiVd 10 bc wiiilcn 
by the suprivot* Iwain, htrc, il wtill bc sccn, Arthur hiiniclf wnl« froni his 
supposcd death-t>cd. Now, inasmudi as in this Frtfnch tcM Mordrcd » 
Arthur *ft «on, :ind Gucncvcrv kiiQi^^, or Ntrongly wspccIS it, ihc fict that 
ihe Icrccrs arc suppuscd 10 be from the King wouU hâve nudc hcr doubt 
llicîr gciiuincitc^s, ihc Ilalian version lias f.ir niorc i'r4ijrf«ft?ii«r^. 

But il is in ilie eJîtorS ircaiiiieni of ihu rclatioii of thc M. A. to thc othcr 
romances of thc cycle, and thc sources from which thc diiîcrcnt épisodes are 
drawn, th.n U scenis » nie Arthuriao scholars bave a Icuiiini-nc ground of 
complaim.Thc hi<tory of tlit évolution of this (Uriicular section of the cj-cle 
b, I hold.a point of cardinal importance for thc clucitbtion of tlic Jcvclop- 
'inent of thc Anhvirian tradition as a wliole. Bcginning with llic comparatîvcly 
brief account givcn by Gcolfrçy of Anhur'y wars «hh ihc Romans, and «fcath 
ut the hand of Mordrcd. the !»or>- d«veloped in thc hands of thc tneiricat 
chroiiiclcri into wbat >Aas practically, afull-(It;d|;ed. ptcudo-hUtoric. roninace. 
and, as sulIi, was utili/cd by Horron in his cvclc. 

GraJually it iK'canic divcïtcd of tlic histocit: vleinents. the dcnianJ for iri- 
•hutc, and war with thc Rotnan*, heîng O'ansfcrrcd to thc Merlin, and th* 
ocmquvM of Gaul, and fi^t with Frollo, 10 thc Lo'nelol, rcceivtc^ in ihcir 
stead, as central « motif » thc guilty love of I^ncelot and ihc Qucun, and 
Arthuï's w.irs with hîs faithlcss kniftht. No stiidy would, at Ihe présent 
moment, be of more gcncra) value for critical purposcs ihan onc which fol- 
lo\t'cd, and diicid.itcd, the various ph^ties of the Si. A, m lU tnit-xition from 
historîc tradition 10 liicrary romance. 

But ait ihis Prof. Bruce has i^nored ; so f«r as cnn bc jud^cd fnnn his 
rcniarks hc appears to ton-Mder ilie romance, in îts ordinary, Vulgnte, fomi 
as an indcpcndem litcrary invention of thc tirst half of thc i^ih ccntun', and 
tlic rcNult of this mosi inadéquate vicw îs to introducc a hopcicss confusion 



I. Diiring a v^sit to tHorencc in ihe spcing of tbift vcar, 1910, I rcad ibc 
pocm carcfully. and madc full notes from it ; as Prof, ftajna pointed out boih 
priiited ediiioTit arv, uiifortunaielv, far from good 

3. Cf. on this point Vol. il of my /ViwiW StuJies, «hap. xii. 



fort Afin. .. éd. by j. n. bruct 135 

lâto thc writer's irpatnieni oftlie inier-rcbiion suKbiing bctwc-en Ihc difie- 
rcnl brai)chc\ oi llit cycW, and ihc allicd romances. 

A lïood uisuncc of ihis confusion wïli be fouuJ in ilie noie to p. 9 (v. 
p. 267}, whkh licAh u-jih tlic gift of hcr ilc<.'vc niadc by thc lady of .-V^caloi 
to Lïiweloï. Prof. Bruce says : « Wc Iiavc I bclïcvc, au initUtion of thc pre- 
scni pjsMgc in ihc DiM-Pttuval, wherc the daughicr ol thtf lorJ (it should 
N: Ijiiy), of iIk ULini; CuMvl scnJi l'vrceval lier skevc to wcir Jt thc Tour- 
funicfil -. A fcw Iim-4 bglow : - U'c h.ivt' a mariilcAl iniiliiiion oi' tliis paMagc 
in thc Dùht-PfrcfXirf, whctc l'crctval rgccivcs r^rd armour. - thc slcevc 
îs nai meniioncd — from Alcitur, nivcc to (lawain. » Fïnally hc suggcsts 
ihat il il poï^blc th^t ■ thc iiiciJciil of (■;iwjiri :inJ t1ii: « puciclc JS niJtices 
petite* « in CItréticn's Pfmval, has iiiflucncvd llic .M. .-t. But in ilic tioM note 
wc arc told 1)1.11 ihc uliolecpî'ioJv of thc TouriumenlJi Winchester ha^ bccn 
influeuwd by Cluitieii's Chevalirr Je fa Ohiriftlt, wliere LanceLoi appcars al 
a Toumcy in rcd «rmour ! - It is dillicuit to know what thc wriicr hirnsclT 
itndcrstatids 10 ihb mue of su^ested crpsi-borrowings. 

Now ivhai are ihe real f^icls ■ Scltin^ asidt thc practiiTjl mïj>o«ibility (as I 
«tullprcscmty shewlofthc D. P. hnviiig bocrowcd fromtlie rumanik St. A., 
thcrc is absolutdy nn paraDcl in th« rcd armoiir infidenl, as thc niaîd of 
. AkuIoi durs not ){ivtr Lancrloi thc arnioiii (it N:longs co hcr btulher, and is 
borrowcd from thc faihcr, thc owncr being too il! to wcar it), and, a* Prof. 
Bruce hinistjf admit*, Alctnedid not givc Pcrceval a slccvc, thc only icscm- 
blano; hcre is thaï both liniglils wc;ir rcJ amionr. But Ptrccval always is, at 
thc otitwt of his carcvr, cijuippcd wïth rcd amioiir, it în une of ihe a stage 
propenies ■ of thc charactcr : .ts a rulc lie wins it from (hc knifîht thc slaying 
of whom is his initial fi^t, the O- P. hM omitied ihc k I-ufanccs », and I 
suspect this incident wns simpty iniroductd to provide the hero uiih his 
charactcristic oultil. 

Tlie Tourncy at thc Blanc Caste! cenaïnly dcrivcs froin ihc stor)* of 
Cawain and thc httic niaiiicn, chough il i^ not cK-ar whcilicr tlic D. P. dtcw 
from Chr^ien. or from aiiothcr version of ihc samc siory; 10 aitciiipl to 
introducc a Laruchl siagc bclwecu thc iwo Percrval romances is cniircly 
uncallcd for. As a mailer oi fact tlic cicscst panLili.-] is oilc whîch the edilor 
has ovcr-looked, it will bc found in thc Umch LancthUW, 19595, rf n^' ; 
wherc Lancdot, dîsguîscd h thc qucen, 011e day in whîi«. one day in red, 
annour, coitics secrccly ta a loumcy, and a\-cntirtm'S thc knighis of tlic 
Round Table, who arc jetions of his famé. As I pointcd om in ■ ÏV TIfrtt 
Da\i Toumameiil d (Cïritiim I ibrary, vol. XV). thcrc is good groiind for 
holding ihat thc oiiginal gctm of thc Lnifrhl siory w.ts an indepcndcnt, 
and widc-sprcad, fotk-tal«, ïu which th« hcro, disgui^d each day in ditTctvnt 



I. Cf. my ijgntJ 0/ Sir Lanfrli'l, p. 3}>. 



13* 



COMPTES RENDUS 



mii whcii doting wilh otic such tt î» Karc«ly ncceuar}- to icck fijr paralleh ^ 
autsiJc, ihcy lie ucarcr to lianJ . 

But, as a maitcr of fact, coiiM ihc tîidot Prrf^-al havc horrowcd from ihe 
>/!>»■/ Artti in thiî, tlie Vulgjiie. form r Let ui look al thc queKioo more do- 
scly. The date Prof. Bruce assigna to this lattcr romance is somewhcre ia ihe 
decude t2io-îo; if hc holds ihc PinnvI to bc laicr he. very probably, acccpis 
Dr. SommL'r's thcor>' of isjo as ihe probable tlat« for thac romance. 

Now tlii» I liolJ. on inicTnal cvidcncc, to bc an absoUii«Iy impouible date. 
As Prof. Brucv considirs ihc M. A., in thc form edit«ii, lo bc thc Ust link 
in thc diaii) of Ijiiictiot'Arlbttr, ronianccs, tt conscqueiilly lollows tlul thc 
popuLir fûrni of tlitî siory, ai tliat momtni, was ihai in which Galahad was 
tht Graîl winncr, and th« ■ amours ■ of Laticclot and Gucncvcrc thc CCDtial 
motif of ihe whole cycle ; — the Anhurba historic tradition had bccn dcfi- 
nitcly, anà finally, iransforined into Anhurian litcrar>' romaDcc. But what do 
we fiad in xht Pfruvan'iiot. only is Pcrccv.il thc Grai] winnur, Gataliad 
absolutcly unknon-n, but tlierc ïs no trace, no hiot, no shaJou, of thc 
I^iicclol-Gucncvtirc dcvclopmcnt, \mkz\m \s mcntloncd, tmiccd, but in a 
purcly sul>ordiu;iit.> rOli;, and in onc advcniurc only ; wliUe thc concluding 
section, ilit; M. A., ii purcly Iiistoric m cluracicr, bcin^, as thc Modcoa text 
dearly demonstiates, the mise-tm-prose of a tnetrical chronïclc doscly skia 
boih to Waa*. and l^ayamon '. 

Now il niighi pcrhaps bc conccîvablc ibat a latc ufitcr, chaniied wtih thc 
Pmtvai story. should mate an efibn to replace thaï hero in liit Mrlier position 
as Grait winncr, but ihai ilic writcr of sucli a romance should havc had thc 
lîterJTv insight to pcnreivc ihat if thc QurUf wcrc a l'enniil [ht^itr, thc MorI 
Artti lo bc in kccping niUït K- an tiisturic and not a Tomantic Mtvl Arlu, 
and should havc aiso possesscd ihe skill to suppreu absolutely. eiu) 



t. In certain of tbc Merlin mss. Borron n;fers, as hisiorical source, lo the 
Brutus of Mc»vr Martin de Roceiter, which ihat wriler had immiatcd ■' de 
laxin en rocnau ». I quoicd ibis pa^sa^c in vol. Il, of my ^PtneiMl sladUs, 
p. )36, aud note ; I do tioi undcrstand w)n M. Kcrd. Lot. in ciiticùins my 
work (JUM. itf rÛioh dn finuUs. lyoy. p. 564) omits aïl mention of this 
cardinal fact, usscrtin^ thaï thc uie of a ^ourvc otlier ihan Wace is a hypp- 
tbfit iniiiih, iIk- itatcnieut (liypoihe&tï i& not theriglii word hère) is not mine, 
but Borron ï, 1 only produced ari^unients in proof o( Im wordi. M. Lot does 
not seeni to kaow that the possible existenci.- of such a chronicic had loug 
been recognised by ït:hoIar$; by WcchsAler, in liis l'enchieilfrien HtitaktiiMm 
dti Gtad-ljinstiot Cuius ; Brugger, in liis linserrtment Merlin , Kletdier. 
in lus Arihurum materiul in ihe OironicUs; tjuite recently Sommer has 
aonounced, tnere tuo, as a discovery of hii own, that ail the hUtoric cicmcn» 
in the Luatlol cydic rcdjaioit were derived froni iht firui of Manin of 
Rochcstur. 



Mort Aria... éd. by j. d. bruce 137 

entîrely, *1l met: of ihe roir.mùc ijnueht Jnlluenec, and go hicV, M least, 
fUty years foi his sources, is wliat I absolutclv. anJ uuerly, refuse 10 believc. 
Sach sn aitempt would constitutc x litcrdry phcnomenon absaluiciy unique 
in chiracicr. I suspect thaï Dr. Sommer rualiicd ihis, whcnhcsug^e$icd in his 
Mutiy on [he />. P. thaï ihe concludinf" section had noi btlongcd 10 thc Per- 
ffuU. but. x% I bave shown to vot. II, the sanie cliroiiicle tourcc î* used 
ihroughoui*. 

On tlic point of the pa-Vkige on p. >, whcrc tbc numbcr ot tlic knigliti 
ïlain h>' Gawain In the Quen h. gïvcn. I niusi adhère to my original opinion 
that il bclongs o!' right lo itic Qiustf, ind was borrowed by tht: compik-r of 
ihb version of ilie M. A., or an eariy copyisi, to connea ■ tant bkn que 
nui ». the in-o romances. The fact that it is found in ail the Msi of this 
M. A. necJ protc no more ihao ihat it wa* borrcw-ed m an carly stage of 
thac rominec. The cdiior I5 carefu] to notL- the dépendance of the M. A. on 
Ihe Q.^ which he holds to bc ilie older, a» in one sensc it b, iliough in tlie 
process of évolution the romances hiivc niutuully influenced euch other. 
A priori, it is roorc probable ihat M. A. should borrow from Q. than vicc- 
vcrsa, and the vereioni In whjch 1 fouud the passage iiicluded in the Q. otTer 
a singuUrly complète, and accurate texl of tliat romane. 'Pu- edllor fails to 
note thaï while Gawain makcs ihe vcry natura] esctuc ihai thi» u-liolesaic 
killing of his brother knighis was by n mcschd-ance r. Anhur tells Itira it waï 
by « pikhîcl a. \W ail knuw ihat to the ;iutlnir of {>■ (jawain ïi the « awful 
cxaniplc n, his namc a synomym for nuterialism, and scn.'%ua1ity, while in the 
M. A. he is the niau dearesi 10 Arthur's heari, tlie most vjlunt gf kuîghts 
uve Lancelot, who, it is carcfuUy exptaîned, is by many years hïs junior. 
The décisive proof, howcver, tics in ihe faci ih.ii lia^dem-igus, whose death 
at Gawain's hand is ground for the bitteresi rcproachcs broLifçht af^aintt thaï 
knight, i^, in M.ilory, and hîs Hnghsh iource, siill livin(« in ihtr jW. A. He 
sides wiili Liincelot in hi& u.-ar nîtli the Kîng, and actï os tiis councillor'. 

The cdiior his, I ihink, aiso gonc istray in rcferring the source of Guene- 
vere's talting tlie veîl to the prose Lin(fhHao\<e to p. 209, p. 390) : ihii is part 
t>f the original pseudo-historîc tradiition. found in GeotTrey and his transta- 
tors, and no wriicr could sjfely hâve chanjied or ignorcd il, 

There iire other points in ihe Noies to whlch exception might bc tAlien but. 
arniour, wins a Toumey, and frees an imprisoned Princess. This would 
account for the fréquent occurrence of this thème In the Liuahl romances. 



I. Probably Prof. Bruce had not read the Modena test wlmi his édition 
passed through the press. otherwisc hc would havc secn ihat this M*, bnows 
Anhur as the Wild Hunstman, a tradition which Prof. Bruce «aies he ha» 
fouud only in Gc^^■ase of Tilburv. 

ï. Lt^md et/ tir l^ttwlct, p. 3Ô3, foot note. 



Ijfî COMPTP-S RENDUS 

is I saiil abovc, 1 havc no wish lo dcal unKr,icîouïly «ith a worfc whkh n 
a gsnuitie boon to Anliuriin scliolirs; if Pruf. Bruce c*n «e his way la 
fUiving us a criti»! MutJy on tlic cvolutiûn of tlu- rotnancir. thc Uimi form of 
^^'hich lie bas hm eJiied, he will atld inimcnscly lo the dcbt wi: owe him. 

Jessic 1.. WrsTON. 

II 

Le nombre des nianuscriis de la .Vfor/ Arta c&i tr^s considérable ; M. Bruce 
en a ^numérù (pp. viii-xxiii) environ trci)lc-ciii({ dont vingt k Par», sans 
cotiipier les an(;ienni.-s i-Jiiions; îl en a d£-cril, «i dcuU. un ccTi.iin nombre, 
ceux du moins qu'il Ji pu voir, et je ne croîs pas qu'on puiMu co auf^nicn- 
tcr uoublcmcnt In liste'. Les versions étrangères ont été indiqua som- 
mairement, mais jwc précision (pp. xxiii-xxv). Toulefois. M. B. B*a p*» 
(ait usage, ii beaucoup près, de tous ces maouKrits : U s'est borné 1 imprimer 
b copie du tns. B. \. fr. 342, qui es\, it la vémé. l'un des mciltenrs, en indî- 
>ju:ini ç.i cl li les v4ri;mU-t di: dciis ou trois autres nianuscrîtv ANSUrément 
je ne veux j-as prétendre que M. B. aurait dû ùirc une édition critique, rele- 
vant toutes les variantes. Outiv que M. R. n'avait sans doute pas le loisir de 
faire une édition aussi compliquée^ il faut rcconniiltre ^uc beaucoup des 
variant» n'onl qu'une bien faible valeur. Mais au moios autail>il pu îom- 
mairemem utiliser les principaux manuscrits, j'entends ceux antérieurs au 
xv< sii-elc. Ce n'eût pas ét^ bien difficile. Un transcrivant un possa^e bien 
choisi, d'aprib cous les textes, comme je l'ai l'ait en d'autres occasions (pour 
7'roie L-t pour Atp'tiHùtii), on arrive k établir un clavienicnl asscx probable 
des copies. Reconnaissons toutefois que, telle qu'elle se préivi^ie. l'édition du 
nis. ^42 csi correctement inipTÎmée : disons d'ailleurs que ce manuscrit est 
très facile .\ lire. Ou peut ce).iendant critiquer certains détails dans la publica- 
tion. Ainsi l'emploi des capitales est siniplctnent absurde. M. B. njproduit, 
d'après le maouscrii, les capitales de certains mois, comme Sinis, 5r', etc., 
qui ne sont pas au cotnmencemeni d'une phrase. Si le système était de 
reproJuÎTe seulement les capitales du manuscrit, mènK quand elles n'ont 
aucune raison d'être, niais ccllcs-Ll seules, ce système serait pufril, mais il 
ne serait pas illogique. L'absurJiiè est d'avciir reprutluit toutes les c^ipitales 
du nutiuscrit, et d'avoir, en outre, employé les capiules, selon rusj)ie 



1. M. Bruce n'a pu ideniilier le nis. (6 du c-iialosuc Barrois (Aslibumlum. 
n" 5J7 do caUloi-UL- de vente, en 1901) conlciiant le Saint Ciraal et L-inCeloi, 
en trois volume»', de la seconde moiriê du Mti* siècle. Je ne l'ai ps vunoa 
plu!t, niai« on peut savoir qu'il a été acquît par Lin aniaicitr an^iais, .M. Oi. V. 
Miirray (voir Omonr, /fiW. Je tlU. des nihiruj, i. I.XMI, p. s6j. Une page de 
ce livre a été reproduite en photographie d.ins le périodique, en anglais el en 
français, intitulé /> ConKaissfnr, t. I (1901). planche I. entre les pages ^h 
«49. 



Mort Ârtn. .. ed, by j, d. bruce 



139 



hA^ai^dlM les noms propres et au coninicncumcm des phrases, c« qui 
n'tfl- pw,4m6a par acci^Jviic, l'uiutgc du nuauicrii. Il est visible que M. B., 
ayant fait l'aire une copie littkVaJfmtnl exacte du texte, a Introduit Jcn capi- 
ulcs WD* JiKun svsicrac. Ajoutons que ta poociuation est mtJitxrc. Telle 
qu'elle wt. cette édition peut strvir. d'autjm plus qu'elle est a<;compagnn: 
d'un 'màxx des noms. Il n'y a pas d« glowaire. 

P. M. 



» Baro " et ses dérivés dans les langues romanes- 'ni>èse 
pour It dot-iorat iiir Cir! Augusi WEâTFHBi AD. Upsil, impr. Almqvîst et 
Wiksell, 1910. [n-8", 148 page». 

L'auteur de cette thèse a beaucoup de lecture, ce qui est méritoire cliei un 
débutatii : nuis il ne uiit p.iscom|ioier. [,e sujet qu'il a choisi comporte une 
qut.'Stioii initiale fort difficile 1 résoudre, vclle de savoir s'il y a dans \k tonds 
germanique un mot baro indépendant du baro qu'cm|iloie le latin cb«&ique. 
On a bcju^iuup <ï<:rît pour ctirontrc; M. W. analyse jsscj: cniifuM:nicnt ce 
qui * été dit (la dernière panîe de sa iliêae, iuiituléc n discussions sur 
baro jr, aurait cté micu* placée en téie) et se prononce pour l'affirmative 
«vec tan: d'ardeur qu'il semble dénier au mot latin toute intluence sur les 
tangues romanes. Je dis : m il semble », p.trce qu'il h'est pa« facile de Kiisir sa 
pens^. En effet, p. 7, il icrii: « C'cM une erreur de croire que le baro de 
4i LucîI:U3, Gcéron, Perse et Pètnirtc suffit â former un point de d'fpart 
« sdmologique pour les séries de sens qu'offre hiro dans les brij^ues rumaaes... 
Il Comme cxprimanl l'idée de n lourJjud «, baro s'est tidnt avrc le latin 
a classique. » Plus neilenienl encore, p. 126 : « Nous avons aifairc it deuK 
• baro préromans, dont l'un ne s'est pas cominuédana les langues romanes. * 
M.iis quand on arrive d la conclusion, on trouve cette dfclaraiïon (p. 1 J4-0: 
■' Les significations fondamentales gardées par k morphème hit-i et par ses 
dérivés dans les laii);ues romjnes sont cdies que présente le tableau suivant : 
I. lourdaud (}Kl'iin> classique)... » 

En somme, dans cette première partie, M . W. n'ajoute rien de personnel .\ 
ce qu'on savait depuis Eouj^tenipS, niai^ sa compilation n'est pas sjn» utilité. 
La seconde partie est plus ori^nnle. Mjlhcureusenieni. l'auteur ne sait pas 
mettre en lumière ce qui est \TJiment îniércss.mt ; il se jette à chaque instant 
it côli. Cl sa critique est encore incenaine, comme on pourra s'en rendre 
couaplc par le* quelque^ observations suivantes. P, jr.c'esi une singulière 
idée que de dire, même sous forme de remarque : « A cAlé de barus, il y a 
eu un Aiirriiiri... qui s'est continue dans plusieurs noms di: lieux frjfiçail : 
R»-sur-Corréïc, ytiMc-Ouc... " —P. 53, l'auteur rappnc sans sourciller 
l'opinion de Samuel Berger, que dans le niaiHiKtit t;otionicn du Psautier 
dit de Momcbourg U kinin au cas sujet sinjj. ■■ est un solécisme qui nuin{ue 
un texte dép un pent'wil/i'»; maïs ou 17V1W/ est unsîmple lapsus pour r^/MMii, 



r40 



COMPTES RENDUS 



OU l'opinion de S. Berger vst nbsuTtle. — P- î^- l'auteur rej«nc en bloc les 
excmplei de ber au sens de a bon » qualiliant un nom de chose, donnte par 
GoJetroy, et y voit M <:^bi:lliiin n par une ^litiiénttion dr i en r • : un 
seul de ces exemples me p;irjfi comporter cette explication (et il s'agît bien 
entendu d'un luf^im de scribe): it^in^ lti« autre;) il Tiui L-ertainenicni recoii* 
tuttre fc«r < baro cuiployi: adjectivement. — P. >î. c'est à tort que l'auteur 
attribue- k Hcrman de Valcncituncs un vers où on lit le nomi». lifvur : ce 
vcn appartient au poème snonyme sur saint Alexis qui a été pubik. eo 1879, 
p.ir Joseph Hcr7 (cf. Rcmufii/i. IX.iji) Bienque celte forme Mir soil îsolte, 
M. W. s'appuie sur elle pour .idracttre k viuljic dans le roman du oocd Je 
U France de la varbnicgcrm.ini<jue boro pour baro (p. ti et 50). C'est ris- 
quer grot, et je ne voudrais pas, pour mon i-ompte, courir ce risque, bien 
que le rapport vocaliqui- de finir et de baro me reste obscur. 

L'auteur reproche à M. P. Meycr d'avoir admis, dans son édition d'AIbf- 
ric de Besancon, v, }7, la correction de rn Kiroir en r;V han^n pr<^iDSée par 
Barisch: il aurait dû remarquer que M. I*. Mever s'est prononcé pour le 
maintien de la le^on du manuscm dans le t. Il, p. 9;, n. i, de son Kvre 
iniîtuli AUxiimire U Grand. — P. ;8, l'idée de di^fendre la leçon barons, 
condamnée par G. Par'*, dans le v. 9693 de VEitoirr df h Cutire totale 
d'Ambroise, est tout â fait malheureuse. — P. 61, l'auteur attire l'atieniion 
sur le fait singulier que l'anc. frani^nis ne paraît pas conoattic le nomin. sing. 
hir quand buroH est employé au sens de " mari •• ; il suppose l'existence en 
lat. vulg. d'un paradigme de nominatif * baro ne en s'appuyam sur ks 
e:[emples recueillis par d'Arboïs de Jubainville. OifUn. Ittt. à l'épopte mfrc- 
vin^itnnf, p. 86. sans remarquer que la liste des mots donnée par d'ArbOi» 
de JubainvlUe ne comprend que des mots féminins. L'hypothèse d'un type 
'baronus, qu'il indîf]uc timidement, serait moins invMÎscmbhbte: maïs 11 
est plus sage de supposer que hurom est un nominatif refait par le franfais 
d'après le type des noms parisyllabiques. — P. 69, le t>'pe 'baronsrîum 
n'a aucune réalicé : Il ne s'appuie que sur trois exemples de Godefroy où la 
désinence est ahéréc, pour des raisons diverses, et où il s'agit sûrement du 
type 'baronatus. — P. ï(>-77,le prétendu type verK-il * baro 11 ire est i «up- 
primer ; l'auteur a ion de comcsier l'opiniou de M. Wicse qui explique hami 
dans Li Diatogt Grtgoire comme une variante graphique de hxriiil <;*baro- 
ailis, sans prendre garde que ce hirnt qualifie gofdt et ne peut éirc qu'un 
adjectif en -i/ in\-nriab1e en genre.^ P. 78, ex.iminani In question de savoir 
si, au V. 3999 de Mofaire, le mot hfroirr est im verbe ou un nom, question 
bissée indécise par Mussalîa. M W. si- prononce résolument en faveur du 
verbe, qu'il déclare formé sur Itr it l'imitation d<: gaerTOyfr , etc. ; je suis d'un 
sentiment tout contraire et j'y \-ois l'eilmique des habitants du Berry. pro- 
prement ftfKiiVr, employé comme nom commun. — P. 9a. l'auteur écrit que 
le sens de << mari d paraît faire début au provençal, mais cette apparence n'est 
duc qu'a une Wunc de son information ; voir, par exemple, le Scm.: Tata- 



O Bitro o. 'fhéSf par C. A. WESTERBLAD I4I 

mtnl <lv Lyon, reprod. publke par L. Cléddt en 18S8, p. \6o (lïplttc I de 
sdiiat Piul aux Corinthiens) : n \c bar kJa le dcutv a b molcr, nus ntru^i c 
la Dioler al htro; iiiais la fcmnu no a pozestai de so con, miu le Nir... » — 
P. 9J, le pro\'. harûnàar ne vient p.u plus (le * ba ronicarc que atUreiar âc 
'auctoricare : les vrai» types ^yniologiques sont auctorîjiare, *buro- 
nizarv. 

La Cultun: historique ilc l'jtiteur e>t encore loin d'clTC parfaîli; : p. ii;, 
ayain à cîicr la traduaîon vihiitieime des proverbes de Dcn» Catoa, il en 
pjric connue d'un « iJcs plw^ vieux glossaires îullcus, savoir Caioii le Déo- 
nysien -, ei, p. tl3, il coosidèn: Claude l-'audiet comme un écrivain du 
XVII» siecie. 

A. Thomas. 



G. P^c^l^ Desprc ctmlltturi, >tudiii tîlologic )i Ibiklorîc ; parler I. 
la^, chei t'auu-ur. 1909. In-S», xi-ayé pa^es. 

Les cimilituri sont les « ^igmes populaires j> àcb pays roumains; nous en 
possédons une bonne collcciîoD, publiée en 1898 par l'excellent folklorisic 
A. (Jorovei (CimUUutUf KomJtnbr, BucarcM. Acad. roum, ; cf. b traduction, 
française dans la Rnw >Us Tnuiiti.wi popuiairti, Vil et XII): depuis lor5 
quelques suppléments ont ixx publaS de divi.-Ti cOiés. et M. l'accu nous dit 
avoir nïunidcson cûté urrasscxgrand nombre d'énigmes inédites qu'ilse pro- 
posait dtjotndrcàïoii étude générale. tnai^de celle-ci mêmeîl adùK borner 
il imprimer la première partie ei il a remis à plus tard la publication des 
mJlériaux îtiédils, comme ccllt: de sou élude roll(lorii]ue. LVcude linguistique 
traite des alicraiiom que subissent le» mots d;ms ks timiUfnii, sous l'in- 
fluence de leur cniourage. pour pro^luire ces alliiéiations qui paraissent h 
essentielles au genre, — des créations onomaiopéiqucs fréquentes dans lus 
énigmes, dont elles sont un élément de>cri|itir nécessaire. — enfin des 
raccourcissements de* mots qui se pniduiscm souvent îcl comme dans tout 
Unga(;c familier. D.iris ce dcrriîci fait M. P. c'icrchc un princi|^e d'cx- 
pllcation pour beaucoup de formes dîuIccMles d'origine obscure, et le prin- 
cipe «SI en lui-même ircs acccpuble. mais il est appliqué ici, d'une façon un 
peu trop uniforme, J des mots de forniatioa cerlaincnieni très diverse: 
si l'on dit en tnegteno-rounuin riidd pour jwpitrudd. il cm é^'ident que ce 
n'est pas pour les mêmes raisons .jiii uni pu faire supprimer en Transylvanie 
le redouhlemeui initiât àc jfrfiîegji-Jtltgfn^ et le cas de cel adjectif n'est pas 
non plus le même que celui des noms de parenté employés coastanmienl 
comme vocatifs cl comme mois de tendresse, /i{il pour Idi^â ou tucà pour 
UUudI, et ces réductions J leur tour sont encore bien dilTéTenics de celles qui 
se produisent, «u roumain comme partout, dans des foimules d'allure excla- 
niative où les toniques Seules sont netteotcat articulées, comme t,,i ! pour 
' Jimltos tOAfHinlale! pour muifimiesc) dumUakl (cf. fr, paris., 5(»i'r, situi 




142 



COMPTES RENDUS 



damti ! zic). NLIgrâ cdtt: confusion et malgré l'incertitude di- bcauiuup des 
«i pli cations, propoï^v» d';iiIWurs sous réserves cotnmr il convoiaît ai un 
pareil sujet, le travail di: M. P., >)u'n a pribenié comme tlic&c pour lu docto- 
ral k l'univcrsili! de U|i, conNtituc un utile index liiiguistii)U'C pour l'un de» 
|i;vure» de la litt^aiure popubirc ks plui l'ikonds en Cormei anortnales. 

Mario RoQUBs. 



Alexandrla In literatura rom&neasc&, de N. CAnrojAN, Huca- 

:i-at, Ciiibl, ii)ii>. ia-H", \l-ii>a p-Hîc*. 

L'bisioirc fabuleuse d'.'Uexandre duc du pKudo-CallisdiÉcea pémhrédam 
Li liitératurc slave en deux Iriduetiom, l'une bulgare, l'autre serbe; cette 
dcmi^i: vur^bn dérive de \ix forme lu plus tardive, la plus développée ei aussi 
la plus remplie de mv-nreillcuii, du roman grec. La vcrjioo serbe a ihi eUe- 
méme traduite eu rouiiuîn et plus de 30 mss. sont actuellement connus qui 
nousoni conserva- en tout nu en partie .:ette ^radllclinn, Ces mss. prcieiiicni, 
comme il est n;itiitcl pour une *«uvrc de ce genre, des diffiJreiKirs aMcx 
Double^i, CI M. CartDJnn a dû les rcpnnir en deux cb&ses: l'une abrtïge le 
r6cit, l'aulrc a une rédaction développée et se divise clte-inéaie en deux 
groupes : ma\^ il p3»H bien que ces groupes divers ne représenlent pas 
autant de traductions de la version serbe; ils remontent tous It uiic «ule 
traduction. Celle-ci uïtuniêrleute :ï ]';iniiéc 1620, dite du plus jucicn n». 
conscr\'c (Ca/'-v Kft^cn^tMUi, du nom de son .ineien propriéiaîre. le prof. 
St. Ncagoe). lequel n'csi .qu'une copie ass« butiw. M. C. pense que la 
ti;idui:ii(in a éltî faite ai Transylvanie, dans la région du sud-oucM proclte 
du bauai de IVme;, pcut-ètte d^ns la seconde nioîttc du wi' sticle; 
mais date et bc.ilis.it ion rcileiu liés douteuses, et le resteroni lanl que l'oo 
n'aura pas une éi.Liiioii iménraie du C<n/i-ji Kf'ii;ofiifiiis (ni*, d'ailleurs 
fragmentaire), qui permette une élude linguîsiiquc minutieuse de celte 
rédaction. L'on notera que !cs conclusions de M. C. sont asscjt dil- 
férenics des indications founiicj nu t. Il du Ctuadrisi deM. Grâber (}<"« 
part., p. Î79) par M. Ga»ter, qui croyait ^ l'cxiMciice c!c plusiciir* tradtK- 
lions roumaines didérentes. L'Akxattdrie a élv imprimée peut-être dès te 
d^bnt du XVIII* s., bien <^ue la plus ancienne édition dont nous ayons 
conservé un exempîairc soit de 1794 ; M. C. étudie sommairement lei imprcs- 
rions les plus anciennes. Il termine par quelques indications sur lesalluttou* 
à VÀiexiituirif d.ins la llttérJUirc n^uniainv et dans les poésies populaires. — 
Cette étude l;iiS5V i coup sivnioiiibre de iiuesiions ouvertes, et d'iiutre part eîle 
n'est pas toujours cijircmcrtt rédigée, p. ex. pour ce qui concemi- les car.ictt- 
risttqucs et les rappoiis des niss., m.ii.'i elle c:si dans rciiscmblc très méri- 
toire et prépare ucilemeni les travaux fuiDrs: resseniîel mainiciunt serait de 
nous doniicT une bonne édition du Cotlfx A'caA'oArimj si précieux par *a date, 
puis une édition d'un bon ma. complet de I.1 version la plus étendue uvec 




N. CAHTOJAN, Àh-xatidna m UUraiitra roiiuîiacscit t.|3 

riodiouioa des plus impunanies voimatu dcsauues rédacUoDS; ni l'un ni 
l'autre de ces imviui ne serait très coniidfrable, et il faut espérer que M. C. 
se dC-cidvra à l« cnireprcudre. 

Mario Roques. 



D. Russo. Studiî $i critlCe- Bucarest, Gdbl, 1910. In-S*, rv-133 psiges. 

Un seul de> ^rtklci de ce petit recueil ^luit iiicdil, ci il ae noui iiit^cMC 
pas ici directemeot, c'est un exaiuen crîtic{ue du CalaJegiu dn ma. gitti ite 
TAcaÀtmit toitmaine rddigO par M. Lît/iiid. Les troU autres article!! sont 
réimprimés d» OtntvrHri iitrr^rr (1908-1910), nuis il sera commode de les 
trouver ici réunis : 1. O itotéâ {>irtf Asufoa luviHdluiilor fui Pifutio-Stugoe 
(rtifHiit) est une réponse A Van. de M. Ronunsk>' sigtulè diins U Romtiitia 
(XX.\VJII..i7o)et b diHensc d'une précédente Ctudc de M. Russo dont nous 
avons douné les conclusions (.Ko«n<in:'ii, XXXVll, 174). — a. Jtâspans unui 
crilii nefntftUit défend sur d'autres points la même étude contre les critiques 
de M. ApostoIcMii. La discussion l-m par cllir-mémt: fort iiiiércsîjntei c!le 
porte iur rautlicniicité et It vénuble carKtère d'teuvres qut l'on a rangées 
parmi les plus notiiblcs dv l'ancienne littérature rounuinc tt tlle met en une 
vive lumière les rapports de cette littérature avec les lltiéntur» grecque et 
sUvone. Pouree qu\ esc des Hustii^iuiuenis atlnbufs an prince NcjgocBasMrab, 
prince de Valachie de i;i3 ^ ij2i, il apparuU bien îjuc M. K. a raJïOO d'y 
voir une composition niotiaMiquc, fall^sc^len^ iiii»e sotis le nom d'un prîncc 
célchre qui n'aurait jamais pu tenir les propos ni employer les termes que 
l'on met dans sa bouche. P^rmi les sources de cette composition originaire- 
ment écrite en sUvou, M. Ru&m> avait iodii-iuë l'écrit ^ec du moine Sini'ioti 
sur la coDtrilion (KtUtitiuxts), et M Itomao^kv avait cru pouvoir ruiner 
l'hypoiiiése de M. Kuïso en retrouvant le« passages aniilognes 1 ceux de 
la A'ii/i]Na\/t dans une version ^Uvonc d'bomèlies de Mint Clirysostomc ; 
mais voici que ce iaîl nouveau, întércsi>anl en lui<mCiiie, tourne i l'avan- 
tage de M. Kousso, car ces homélies ne sont pas authentiques : elles ne 
sont qu'une verMon \lavune de l'truvre même de !Sttn6on, version qui |urJit 
intermédiaire entre l*u:uvre originale et la forme utilisée par le rédacteur des 
Ens(ii;iumenis. II est fâcin;^^ que toute cette discussion roule sur des textes 
inédits ou dinicllemenl LtccesïiL'l^s et cuinmuniquésseuletnenip;ir fru^meiits; 
ks érudits Toumains scmblLOt reculer quelquefois devant le travail d'édition, 
rien ne serait cependant plus indispensable pour permettre l'étude du passé 
roumain que des éditions provisoires modestes, mais sincères et com[)Iéies, 
des irijvre» du WV et du vvii* », : lc> reclierches MblioRraphiques et le 
classement des depuis sont aujourd'hui assez avancés^ pour qu'on ne soit plus 
retenu par l'espoir de découvrir en grand nombre de nouveaux exemplaires, 
et il en temps de rendre utilisable ce que I'od a recueilli, plus qu'on ne t'a 
&it {usqu'iô ; j'ai déjà IndiqLié celte nécessité, j'ai tenu i prêcher d'exempte : 




1+4 COMPTES RENDUS 

1*21 missous presse une édition intégrale de la Palia «j'Ori^de dont b première 
panie {fréjsue et Geiùsê), est depuis longtemps terminée, VExode est en cours 
d'impression, je souhaite que les savants roumains reprennent à leur tour 
le cours interrompu des éditions de leurs vieux textes. — }• I^ troisième 
article de M. R. traite des Manuels de civilité grecs ci roumains et démêle 
un écbevcau assez compliqué de versions en grec vulgaire, en grec classique 
et en roumain ; parmi ces dernières, b plus connue est la version en vei3 
d'Anton Pann, faîte sur la version en grec vulgaire (en vers) de Dapontès, 
lequel avait mis en langue vulgaire une version en grec classique d'Antoine 
de CoQSiantinoplef début du xviiics.). Celui-ci, àson tour,déclareavoir remis 
en beau langage une version en grec \-uIgaire antérieure (anonyme et 
aujourd'hui perdue), et l'on constate en fin de compte que cette première 
X,^T,TT'<r|6i:z n'est qu'une traduction adaptée du De tivilitale montm puerilium 
d'Erasme ; l'article un peu touf^ de M. R. contient un grand nombre d'indi- 
cations précises et en partie nouvelles sur les linératures grecque et roumaine 
du xviti< et \i\' s., p. ex. sur le véritable nom d'Anton Pann, qui ajoutent 
beaucoup au mérite de cette coatribution. 

Mario Roques. 



PÉRIODIQ.UES 



RoMANistiiE I-uKscHUNtiEïi, XXI, fasc. I (190;}. — P. ), A. Couiison, 
DitHUftt Ffiune. Voir Roin^tma, \XXV, 187. — P. 276. Mition Sulil Giir- 
vcf, Smnts 0/ Ibe tvail iimilti in Otf Italian lyric of iIk thirlrenlh ceututy. Vi 
conclusion génirak est que U-s poctc itnticns du \rii< s. ont emprunte les 
coini»nit»]i)s où le icKitc .niîmal joue un rAk- ^ des ^oun:» uxi divcrsL-s d, 
me SGmUc-t-il,A peu prJis à toutes les sourcn oi!) ils pouvdicni puUcr : sources 
liltininri : Biblt « iroiihaiour» provwnijjnux; — i^oiirccs sivjnit* ; Its bts- 
ti^res : — sources folk-loriqucs : uul- collection de ûblcs et L-s concn ou tra- 
ditions orales, — enfin obscrxMtîon directe tic Ia rèu,Utc : chasM au cliic-11 et 
it'oiseau. 

FaJC. 3 C19OÎ).— P. jai, K. Lcwcnt, Dm dtprmrèt^iûiuin K'tu;}ifd. M. L. 
a Atch^ un catalogue des compositions provctisalcs qui méritent le nom de 
chansons de croisade: il en trouvi: 33, qui s'éirhulonncrt sur deux sïtclc»^ 
pjrtir de 1 140 ; il essaye de rattacher chatuuc aux cittonstanccs liiî^toriqucs 
qui lui donnèrent naissance, puis il <^nidic succesaivcmcni le fond et la Ibrnic 
de cescliansons. Le travail se termine jvec des notes critiques sur le texte 
des chanMins de t:rci)aile provençales cl l'édition de quatre d' cuire cllc^ avec 
DOTCS et traduction : ces quatre chamutis ont pour auteurs, AinierLc de Bele- 
noi (Hartscli, 9, 10), Folijuct de Marseille (H., i >;, 7), Kïias Caircl (B,, ii;j. 
Il) et Olivier del Temple (B,, ]I3, 0. — \' . 449. Il- Hi:iss, Shidùn (ihr Mt 
hurliike Modfdichlitag FrAvkrrkhi lu Xt'II. Jd})il>umhrl. 

Vise. î (1908). — P. 698, H. Vjgauav, Sti jwti/i Ji corrtsImnJniXii (wlica. 
ScwtliJi prepciln friipofta. Sag^iiiJi bihiiifrajîa. Ce travail av,iit On' com- 
mencé au t, XV de* Rornan. l-onch. (voir Rirniania, XXXIV, J40) : dans Kl 
première panie, M. V. avait catalogué &i ; ïontictsdu Xltl< au x\< s.; il nouï 
donne ici l« trois dernières parties qu'il avait annoncées, xvif, xvii» et 
xviii^ slcdirs, comprenant 65S4 ïunneis, et il y ajoute deux ublcs alphabé- 
tiques des premiers vers et des auteurs, qui s'appliquent i l'cnscniblc de l'on- 
vi;ige. 

XXII (1908), fasc. 1 (1906). — V. 1. J. SchitKt, Herkunjl un.l 
Geiallung Jer Jranxùiiiihtn HtiligeituisitKH. Sur ce travail, voir liof»anù, 
XXXVII, 6lî. — P. 97, G. lîaiît. Df tpanische Liauht. Qjjclqu» indica- 
tions sur les rapports du roman c«p<iKno1 et du roman français. — P. 99, 
W', Kcller, £>r)J Sin-fnUf a h\idit fogldr o Jts Gairaiil i'iwi Calanse. î-i Roma- 
HÎa a dcji simulé (XXXVJl, 185) l'cstiniable tr.ivjil de M. Kcllei. — I'. Jig, 




I 



I4< ^^^F PÉRIODIQUES 

J. Glxlow, fo» frtiH^ôiiicbtn Ffrsbau neiurtr Ziit. Ëtudes sur h prosodie «t 
la ryThmiquc de poètes npiurtciiAni pour Ij plupvi à h seconde rooitîi> do 

X)X« ». 

Fasc. a (190K). — P. JH, O. Wcnderotli, Der jungt Quiatt uni seine 
Vttfneljiitif iwi Hf'iffrf B Itittt ■'. iiin Dellrag ;tif GtsihkiHt drr UUiariwhtH 
WninelbciiehungtH ;^U'iSi-JKn t-r,mkrei(.h unà Dfulfc/ihuJ. - P. 3^9, A. Gass- 
ner, Oif Sfi/iu-fv .In A'>''i(v-f Of'iif iiwi Porlugai. Suite de <t travail utile, mais 
vncore biciisomtruirv : morpl\olof;ïc, avec quelques indicitions relatives i la 
formation des mots et i h syntaxe. — P. 426, B. K-tcr», U^r dû Géogra- 
phie im Gueriw Mesdiiuù eUt Amirra de Ma^nahetti. G. Paris a rendu compte 
dans la Ronumia, XXXt, 6îi, et raoniti l'imérit d'un travail de M. Hawkk- 
hyrstsur Ij géographie d'Andréa dt" M.ign.iboitî paru au t. XIII des /ipfwn. 
Fcnch. : M. Pctcrs a rejTis avec plui de priS:Uioii tcti.iviiil sur Gitrrino Mei- 
àmioet ahoutiii retPou%-CT chez Andréa, à cùté de connaissances géographiques 
directes pour l'haHc, des emprunts i PtoliiiiOc ou plulùt A des travaux gt^ogra- 
phi^u^soii canop-aphiques oïl les indiiJiUious grecques de Ptol^rnV avaient 
lité laiiniséfs; M. P. a joint J son ùlude une tabtc des noms g«k>graphiqucs 
mù se rencontrent dans Gtirrino Mfichine. — P. soé, Fr. Lubînski, Dit 
Viiicii dir Jeuî-partii dir Ox/orâer I.iettfrhiwisikrift (Ooiia joS). Le ms. est 
Wcn connu et G. Steffcns en avait donné une édiiioii diplomatique dans 
YJrchiv de Herrif;; M. L. en extrait 16 jeuN panis i^ui n'om pas seulcmem 
ce trait commun de ne se trouver que dans ce nis., mais qui proviennent 
d'un même groupe : ddiis tous ce jeux, il une exception près, l'un des 
tenants 1:51 un po^ie, iixoiinu pai .liileurs, nommé Uolant ; les noms des juges 
sont un peu moins obscure que ci^Iuî du poète, et Je mfme les nonu de crr- 
laiiiï de SCS adversaires pcrmeiient quelques hypollitvcî sur Ij date et la loca- 
li^tiou de CCS piOccs ; llolant ihaii Champenois et, selon M. L., il apporie- 
naii A I L-nioura^e de Tliibjut II de Bar , le* jeux où il ap^i.iraii remonieratcnt 
pur suite au troisième quan du Xl]i« s., ce qui n'est pas louiei'ois parfaiceineitt 
assuré. .\ son ^itde historique, M. L. [oint des notes granintattcalcs ; puis 11 
imprime, avec tora-ctions ei rcnurques, le texte des 36 jeux panis. — P. î^j, 
L. Poulet, AfjriV df Fr,}Hi-t ft Ut Ugemle Jii Purgalclrt df mil l*airi(t. M. F. 
s'est proposiï J'tïiiidier Vl-Upurj^atoirt saint Patri;^ de Marie Je France et le 
Jractalus latin du cistercUn Henri de Saltrey qui en est l'original, pour 
déterminer quelle éwit la teneur primitive du Traituiut-, qiielk est l'origine et 
quel nt le caractère des interpolations qui sont ^i;nues siKCvuivemeut le 
modilîcr, quelles sont les dates de ces divers états du 'i'racUiius, A qticl état se 
rappone la tiaductiou fran>,'aise et pjr suite quel est le U'mimii 11 fr») de 
celle-ci, eiilin quels sont les caractères de la version de Marie de KratKC. Il 
a'est possible de répondre A ccriaînes de ces questions que par des hypc^ 
thèses, et M. F. prend grand soin de nous le rappeler au moment opportun : 
mais il y a aussi i faire, en particulier sur les étals successif» du TMn.'dfuj, 
des constatations priicîses dont .M. F. nous donne tr^ cbirement le résultat. 



PRRÎOOICOÏBS 



147 



MillKurcuscRicnt il 11c lui (urah pis possible d'jrrivcr pour U dironologio A 
une ciiltcri: précision : <• Ll- TraiLilui, iltt-'i], ne (H:ut n.'iiiotitt:i: Jti dclA de 

1 i;o, daie pluiôi de 1 180, n'a ixi vniisemhUblemcnt complète que vers l iSj 
ou plus tard. L'tUpmgahiie, it la grande rigueur, pou!r;iii -ivoir èii écrii dès 
apr^s 1(70, mftia est prohahlemcnt postOrieur i itSo ot mûmc. selon In 
apparence*, â it8(. •> Quclt^iirs rcni.irniitfî ingttiicusçs ci prWic» *ur la 
fa^on dont Marie a iraîtt! son original, dont vile ncscmbL- yai avoir compris 
lc« scrupules CriliquC-S mettent utik-incrit en luiniiL-rc h Mncèntè iiri peu native 
de la poèicssc. — . P. 628, G. Baist. Dtu HaupI des Bnin. Le inolif se retrouve 
«lani la sapa de Kagiiar Lcàbrok, — Sfoltlùdir itin tjon. Témoî^nam: d'Yves 
de Clurtre» (l«n. 68, de l'aii. 109$) retatif à <> rnuiiùs rUhmkiH (aniîîentu «, 
Mlirium let mccun cond^ m natales d'un archidiacre de l'aura, u qtMt ,1 futdis 
luMfsifntifnii, sUul nuitis miurian ttrrar iUmi^ fvr nrivs Fraiiciar m phitii tl 
coiupitit caiilitiiHlut •. — I-.crou. ieroutlU. T)c scrofa. — Gnbeile und g,iuU. 
GaMlr est liicn l'ar. tii-kuhsla, venu par la Sicili;ci de U on Provence; i]uani 
au wall. j^uU, c'est l'anxlo-saxon ga/oi répandu Jatu la latinil<i anglo-nor- 
mande ioiii la fornic gabium et passé de là en Normandie et en l-landrc. — 
Sm. En alfirnuint de nouveau pour ce moi l'éiyniologie germanique iii, 
M. B. propose de reconnaître itH Ains le v. 1 ; ShiililU i^u'il corriguraii : 
lilU ntt oiiiinrt lo seit t U ment. 

Fasc. î (I90«>. — P.ôjt, K.Slciti, ZtirTfxtkritik dfr RolmiAiûurliejeruug 
in dtn tkanétuaviitheit Lândtrn. M. St. conclut que la CbroHÏqut damatt et la 
CbroHÎipie utèdoiit l'frafîmL'ntaÎTe) dt Chtirltm,Ji;nf proviennent inui« deux, 
mais iud<!pendamnicnt. de La rédaction la plus ancienne de la Kurlamagntil 
biga islandaise, ceHc<i ix,mi d'ailleurs primitivement plus itcndue que les 
niM. conservés ne permettaient de le croire vi contenant lepisode du roi 
Vivien qu'a dâ posséder aussi le l^ltinii français. —P. 675. A. Biedemiann, 
Znr Syntax tUi k^friwim bfr Antcim df ti S-'if. Son dipouîllemeni, bien classe. 
avec comparaison de l'usn^c d'autres .-luieurs du xv< s. - P. 7;;. Ci. Mana- 
COrda, Niiliyif inlortio aHe fouit Ji atcttni mulivi sulirtci i^ï •.tliii hro Jifftitiotie 
\iarmU il Rinaicirtumc. — P. 761, G. Bosdorff, Bernard tw; R<mv<>iaç, fin 
rùvtn^aliulitr 'J'rohiihr Jes Xfli. J,ihrlmniityl. Nous avons conservé de Ber- 
nanl de Ko^-eiiuac (Rouvenac, .Aude), quatre sinvntn (2 dans un seul ms., 

2 dans deux mss.); M. B. en donne une édition critique avec notes et 
^|ossai^e, et, d.im une assci longue imroduciion, étudie les allusions histo- 
riques qui permettent de dater ces pîiVes : cllcï auraient t>tO cnniposées en 
1x41, 13.13. I2t.t et 1174 (dMi: tardive qui surprend un peu). — V. K18; 
A. Aron. Dus i)(b'àisàt^U}ta>Uf>iiit)x Giotsar Jrr Leif^iger UnhtriUâls- 
BiUiitlM (ms. lui). C'est le glossaire désigné depuis l>aTn)estelei- par le 
sigle F; il s'applique \ l'Ancien Testament tout entier el pourrait contenir 

^jusqu'à tMuoo closes ; le nis. serait du tLOlMème qiurt du xiii^ s. et d'origine 
dianipenoLsc ou lorraine, mais ces indications sont peu cenaîues. M. A. 
imprime, avec quelques autres, les globes tux psaumes i-so. — P. HSj, 



148 



PÉKIOUiaUES 



J. Hubcr, L' EvaKgiU lU rfnfana en /rroTyxfn/. Sur ceut MiiKMi, >'oir Remania, 
XXXVII, îis. 

XXIII (t907). — Ct volume ot constitue par 1« SWangc 0>aht»ut»ii, 
•XcnX \\ a vie rviidu bomptu va tlùtaîl dans iioin: vol. NXXVII, pp. 445 s&. 

XX!V(iij07), — C, Dccurtins, Rarofamauiuh Ontilonutlbit.Xlil : Oftw* 
eni'tklinhii), VmtitugiiiUmub. ûu XIX. JobtbundtrI, 

Mario Koql'bs. 



Neuphilologischï Mitteiiunckx, hgg. vom Ncuphilologiscbcn Veretn 
iu tlclMn^lfors. 1 1< année. 1909. lti-8^, 204 pages, huit numéio» en cinq 
fascicules. — P, ]î-î7. A. XÀagion, I^ ih^rus tui hi fonttatioH des chamom 
4t getle. Conférence tiitc à HdïingfoTs. M. L. expcwc assci wnimsirc- 
ment les thi^orics «iucccsnvcs de G. Paris, lie M. Rajrui, de M. Bédicr. Son 
opiuion periionnelle n'est pis très dairc et m Jîicus^ion ii'csi pa* toujours tris 
nctie. Evidcninieni il est encore très hèsiiani. — P. Sj, O. ). Tallgrcn, 
Lt Jasiagf diJfiiiU lU /■[ Clidusou Amoro« donna tina J/ KiuaUio .i'Aquino. — 
P. 96. W. O Sireiig, Vtber <iiii l'msler ». iltsien Somtn im Fran^ônubcn 
u. Prititit^alistlien. L'autuitr «l'tudic spécialement, a l'aide dos dictiomiaires 
patois, i" Les peiiics feuéta-5 du luut, les lucarnes {putbftnslfr) a» les pctiut 
(en£tr«3 des caves, ks soupiraus), {KflUefensUr). C'est une compiLition qui 
n'est pas sans inttr^i, ni.iit faite entière ment de :ieconJc main. Nous n'y 
remarquons aucun renseignement ïur les termes de la languedu moyen J|||e. 
— P. llj, W". StWerhjcIni, Soif sur tut tniinutcrit iln lixrtn^a dt Jacques 
tU Vilry. C'est le ms. tfi 1 roo de ta Bibl. de l'Arsenal, du \v siècle, qui a 
iti indii);té. par un ancien copiste, comme renfermant (fol. es) " exempta 
quedini ex libris Peiri .^Ifnnsi h, erreur qu,i n'a pas d'té corrigée dans le 
caialt^ue imprimi.^ M. .SiHK'Hijelm montre t|Ue ckW un recueil des taum/des 
de Jacques de Vitr\', exemplaire d'dilLeui^ de faibk* intérOl, éiam A peu prés 
semblable au ms. Bibl. nai. lat. ilti}4, quiesi plus ancien et qui e>t bien 
connu, — P. iao-6, Compte rendu des Primifti Je piionéUiine cxpf'rimetitak 
par t'abbè Uouiselot, I. U (J. Poirot). — P. i2"-«. Sur quelques pocsies 
A h Vierge p. p. }■ Pricbsch, en divers périodiques (A. Laiiftfors). — 
P. 129 sur Rolf Scvfan;,'. QMlkn \i. ViirbUdtr <les F.pos ■ Gaujtn », 190S 

(L. P.). 

— Ij'anniie, 1910, 1^4 pa^cs. ~ P. 15-30. Compte rendu de la Gnini* 
malikJts AilJran^sisc/KH de Schwan LnBchr«is,8« i*d.(A. WalIcnskôM). — 
P. 2Î-7, H. Martin, I.ti pfinltfi liirs muuuKtils et Lt miniilurf. ea I-ntia 
(A. Ungfors). — P. 45-7. --i-l- TMc, uulice de M. Wailctisltôld. — P. 48- 
75, W. SCdcrhjeltïi., Btmtrkunuen ;ui Disciplina Clcricalis unj ihrtn jran^ii- 
iselttn Btarhfiiunsin. Couticni une notice sui' l'auteur, l'indication des 
manuscrits, et des recherches sur les versions françaises en vers et en prose. 
— P. 76-64. J. Aawilt, L'iasuffisana dt la,Unviilion /raniaise. Sans ponée, — 
P. 84*88. Rem.irqucs de M. Walierîsltftld sur un court Iraiié de veniilicatton 
Eran^oise de M. Xyrop, en danois (CopeuI]:tf{ue, 1910). — P. 139-IJ7, 



I 



I 




T0D1C1CF.S 

Edw. /âmstr&m, Rtoteiî dt ^wiiou^ pifu^tt .lu Xlthiikit. t 1. I k-lsiiigft>rt 
{W. Walknskôld, ariiclc irc* bien fait, rectifiant un urand nombre des )c;ons 
ÛKOfTccivs de l'édïtion. On pcm ajauicr nussî que le rtxucil »t iiisuffÎMni. 
L'auteur *V« homi à publier — et beaucoup uvatcni ctc dcjâ imprimées — 
les clwmons qui sooi iiidiqui^cs dan*, le recueil de M. Kaynaud. C'ctaît 
facile, nuis il v cii avait dVuitrcs ii recueillir. Cl'. d-dcMUS. p. 124)- 

P. M. 

AsitAXEi DU Midi, XXII (1910). Janvier. — P. 4-1*. A. Tcrtachcr, 
Mi/^r ti'f » L'Archinl n Jant In :l),nnoiif de geile sur CuUlaume iiri Cou/ï-.V*^. 
H ot impossible de r&umer ce miimoTrc, dont U tnmiç cm t.urclur|jéc de 
'notes de toute sone et i\w aurait dt tïirc rtïdigâ plus méthodiquemciil. 
L'auteur çsl convaincu qu'en plaçant i Argmtana, locjliti siluic à Jl kîl. au 
ooid-cst de Barcelone, b bataille légendaire où péril Vivien, neveu de Guil- 
laume d'Orange, on cxpli;)ue toutes les données de la CJwmjoi» Jf GuilUuiiif 
et de& textes dérivés; ni.iis il veut bien rcconiutire que '> pour que l'idcaii- 
fkaiion proposée ne Tût pas vaine, il faudrait établir qu'une jEiande bataille 
s'est livrée à Argcnton.i... • « bieo d'autres choses encore. La nouvelle 
hypoihiiw ne nue par.iît pas destinée A faire fortune ; il y a des choses ()u'il 
faut Se résigner i ne pas s.)voir, — V- i7-ti> l^- 1 av.iud, i^i pMiui d'Anmut 
Danû!. Réédition critique, d'apri-s CancUo, avec tradui;iion fran^iise ci notes. 
St2Îtc dans W no* d'avril (p. 163-179) ^' '^^ juillet (p. ;oo-};9), fin dans le 
n" d'octobre (p. 4.)8-^fi6). Travail méritoire sur un sujet fort difficile, plus 
difficile même que ne croit l'auteur, lequel dûviare que robscuritèdes poésies 
rd'Amaut Daniel a été très exagérée, a qu'elle ne tient nullement i des 
arcanes de Ungi^ qui lui ser.iient propres, mais aux conditions générales 
d'infériorité ofi nous nous trouvons aujourd'liuî pour l'inicrprétaiion d« la 
langue tiniousUie classique n. Dans le détail, comme bien on peut penser, il 
y a plus d'une défaillance. Pour la pièce I, je crois que Canclloa raison 
d'attribuer à Daniel des linics fautives en f^s, au Heu de en : di-cf du v. î ne 
peut pas être dia » liiiiîles », le sens imposant absolument d/a • qualités ", 
et au V. 9 ^xs ■ plis • ayant aussi un ,e fermé. Au v. 7, fw*. traduit par 
a grains », est raitiiclié au lai. grcgem, ce qui ne cadre ni avec le sens ni 
avec la forme, Au v. 1 >, comment l'auieur peut-il dire que le verbe rtllettlar 
a Cit fomK régiilitremeiit par dérivation de rr/n t ? — D:in^ h pièce II, v. i, 
dwll ■■ doue les », qui rime en ouven, est aussi irrégûlier si l'on v voit 
Obi que si l'on y voit ûndc. — Pièce V]l, v. 45, ui doit se traduire par 
a sain n et non par > sauf h.— Pièce V[|],v. 8, U correction deai.iHfs en Ji;j)n/<i 
ne me paraît pas heureuse, — Pièce IX, v. 14, la le^on agmrna, avec le sens 
de aguilt'is, n'est p.is adniis.sible : la forme vollavicnne engL'ittVHt, sur laquelle 
l'auteur s'appuie, offre un changement loiii moderne de ' en t. — P. j6^4, 
A, Vidal, G/iJtwrM UxUoarapifiqwt. D'après un a-gbire de La Salvetat. 
^elqucs mots tniércssants; j'ai bien des doutes sur b réalité de la forme 
ttnUnJirtt, ad], qualificatif de forn : je lirais plui6t Itultubtr. 




IJO PÉRIODIQUES 

Octobre. — P. 467-481, C. Fabrc, U sin'fulii d'Atislorc de Segret (à 
suivre). Nous iUtcniirons la fin de cet nrlide pour en parler à nos lecteurs. — 
P. 485-6, J. Calmette, Noie siti le mol « cartipel », Se borne à signaler le 
mot dans des documents mont pcl liera iiis du xvi» s., avec le sens d" « éti- 
quette », sans en rechercher rétvniologie. 

A. Th. 

Mémoires df, la Stx:iiV[K dk LiNtiUisiiciUE, t. XIV (1906-1908, six 
fascicules). — P. 210-27). L- Sainéan, Les noms romans du chien el Uiin 
applicilionf iii(hif>lvyiqw>. Je me suis cNpliqué ailleurs sur la méthode de tra- 
vail de l'auteur ' ; je ne reviendrai pas là-dessus. Il suffira de constater 
qu'elle n"a pas varié et que sa monograpliie du chien n'est ni moins intéres- 
sante au point Je vue philosophique ni plus fouillée au point de vue linguis- 
tique et historique que celle qu'il a consacrée naguère au chat. Ce sont tou- 
jours les mêmes divisions : I, noms et cris du chien ; II, sens des noms du 
chien ; ni, métaphores usées. Avant de passer aux remarques de détail, j'at- 
tire l'attention sur un manque de critique dont les conséquences fâcheuses se 
font sentir en maint endroit. M. S. s'occupe du lat. catulus, catellus sans 
tenir compte du fait que le sens i< petit du chien » n'est qu'une restriction du 
sens général « petit d'un animal » et sans se demander si le sens général 
n'a pas passé dans les l.mgues romanes concurremment avec le sens restreint. 
Pour lui, le sen-^ restrcini paniit seul exister : c'est ainsi qu'il note (p. 238, 
n. 4), que le sens ic chatter » du fraiii;. chirler <_ 'catellare est « déjà » 
dans Robert Esiienne, comme si c'était une extension récente du sens 
" chienner •>, tandis que c'est là une application du sens général qui remonte 
à l'aniiquiié. Quel rapport y a t-il entre !e norm. calièrev brebis qui agnelle », 
le prcv. ùhlitifTo » vache qui vêle souvent », cités p. 244, et le chien ? Le 
normand et le proveni;al remontent au môme type 'catellaria, de catel- 
lus pri.s au sens général el non au sens de » petit chien », et « l'emploi péjo- 
ratif » que croit voir là -M. S. n'existe pas réellement. Dans la section o sens 
des dérivés de canis, botanique, ternies spéciaux u (p. 246), M, S. groupe 
beaucoup de mots romans signifiant " chatrn », « gousse », « grappe », 
" rejeton », «sarment ■■, et qui remontent presque tous à catulus, catel- 
lus : le point de départ e.st-il dans le sens restreint ou dans le sens géné- 
ral ? Le suis.se allemand hinulen « provigiier », que cite M. S., fournit, pour 
l'examen de cette question qu'il n'aborde pas, une donnée intéressante et 
semble parler en faveur du sens restreint ; mais, d'autre part, le développement 
botanique qu'ont rei^u dés le latin classique pu 11 us ei ses dérivés (pullare, 
pu II u lare, etc.) incite à croire que le lat. vulgaire a connu une évolution 
analogue pour catulus, catellus, 'catellare, etc. pris dans le sens géné- 
ral pluKH que dans leur application spéciale au chien. Le développement 



T. Hi'nratii.i. X\X\', 471. 



PÉRIODIQUES 151 

botanique a e» par la suite ww riiiicrcusiion dans le doni;imc iûologiqu«, 

i co jogL-r par un mot dupatohmanccaii (yWwn,JaDS Doiiiil ^ytht 'O'^O 
que M. S. cite au sens Je n jeune chk-n, petit chien », sans dire qu'il 
<li^ignc concuncnimcm 1c5 « cfl%*ics ou pellicule qui se diiacheni de la peau, 
pr^ de ta racine de not finj^lcs », d'âpre le t^nioigOÉgie de DotTtn, Gimt. 
du Bui-Mahte, p. 13^. 

je note nuintcnant quelques points sur lesquels, au cours d'une leciutiï 
rapide, nioii atieiiiioii s Cït paniculi^reitieoi arrOtte. 

P. m, •' aïK fr, diiiUhti iial. CiUflltw a : Godefroy n'a que 

etsutiUm, pour VAiJrrVAw, qui s'explique non par •catcUonem, comme 
Tiial. iakihw, mai* par *caiellionem. — IM. et p. 2.\h,« aac. fr. ibiiea^ 
(ocn, peii; chien, de chat), avec substitution de sufFixe a: ckion, cjon u peiîl 
chien " n'existe pas rieUcmcm ; il laut le kisscr pour compte à Godefroy qui 
en cite deux e>emple» socs rHAOs 2 *an> Vj]>crcevoîr que ces exemple* 
appanîvniieni i l'article ciiaoh y •• partie du lard qui ne fond pus A la po^Lc 
« lex^ille, grèsilton » (n^ît dit en passant, grisHton n'est pas du (raillais 
ccuram, car il manque, en ce scas, aux diaîonnaiics usuels ; riUt^n et friloii, 
ce dernier dan» k .Viiuc. Liroiifu iH.. sont phu usités). — lt>iJ., c'est par 
erreur que le vendéen rW, t/V " chien » est ramené i eatcllum : c'cM 
cancm dénasalîsè, comme la plionétique et la séniantîque s'accordent pour 
rétablir. — P. au, l'anc. fr. kiUr, a\niy<T. n'est pas iolidemerii attesté: 
Godefroy ne cite qu'un excmpk des Cotilumfi de Bfnintxhii d'après la vieille 
édition de Beu^ot (XXXIX. j6) et puiir ce pussagc 1'éd. ^ialiiion (art. 
11K9) donne lI^nl>^ sans variante. ^ P. lij, » Ut. bajulare, glapir»: 
qu'est-ce que ce laiiii-l;K ;l c6ié duquel l'auteur connaCt k bas'lat. haularc, 
qui est cffeciivcment anesté } — i*. ziy-iS. parmi les a termes obscurs ■ qui 
son: usité* pour lignîtier « eicitcr un chien ", je vois tivcc surprise les deux 
vcibe» du provenu, niod. nniouifa. -w et iisjriiu : le premier est sûrement, 
comme le dit Mistral, parent du franc. ('w«i/^t- et 'représente 'adniovitarc; 
le second se rattaclie i \:t rimilkdu !ai. acëre par un hypothétique * acfmen 
(cf.niesMéffJM^ri J'ftym. franc. ,^. 3, an. .^acikk). — P.it^t • anc.prov. chifa, 
cbtfa, chienrK (Peirc Vidal) • : c'est en erïet le -teii-^ indiqué par Kaynouard 
et par Bjnsch, ni.iis ce sens paraît înaduiiïsiWe, bien qu'on ne soil pas tout 
it-fail lizésur ce mot qui est très r.ire; voir â ce sujet le Prot'. Snf-pl.-ll'ôrtfih. 
de M. t,cvy, I, 3ji. — I'. j 19-30, les clïotts faits pour *oule^er le mystère 
des noms de chien apparentés respectivement à Pesp. fo^qiu-- et {vrra n'abou- 
tissent i rien dvpruitil'.CL' qui nV>t pas stirprenant ; l'auteur considère ces mots, 
sans raisons sérieuses, comme des hypococisiiquc^. — ?. 3ii-}, intéretsantes 
considérations sur la force cré^^trice des tangues romanes, avec application i 
l'éiymologie de abityfr, pour laquelle l'auteur accepte ta m.iiiiére de voir de 
M. Tliumeysen: une onomatopée rnmane /mi" à I.1 pljce ou à cité de l'ouo- 
nutopée fraudes langues atuiques. —P. 227. c'est par distraction que M. S. 
attribue â M. Sehuclurdt i'opioion li'aprcs l-iquel!e IVs}ia((n. poJtmo viendrait 



IS2 



pèRIODIUt'ES 



du basque /x'/'n^ii : M. Schuclurdt pente, au conirairc, <iiie le basque »t 
cmpruiilr à l'cspaKHol (tf. Romania. XXXIX, 344-S). — P. aja. M. S. (lUce 
toSfz malaJroUcmoiit pormi les » nuUdin propres aux chiens » le hemchon 
(hifiii et le l'IaisoU ihUntit) <■ flQ4:on5 Je moisissiiiciur le vin ", ou iJ voit une 
alluïiun.itj pelif^ du barbet ou chicn-momon, il faut Assurément consiiJi-rer 
le K-rrielion comme une .iliérjcion par etymologic populaire et le bhiiwif 
comme la forme noimale eorrespondjnut l'âne, fran^. dmaes, cbieHes,cxc, qui 
se uiiachc Alatli. bl. cinu» ■■ bUnc^'Ct non à canis « chien ■ (cf. Ktlning, 
lSî7 et (kkiefroy. chanes). Si lei testes du moyen flge qui nous sont par- 
venue olTrent cx£lu»îirciiieiil le >ei)^ de " clicvcux bljnc^ », cela tient i ce que 
les « ticurs » «lu vin ont motus luit parler d'elles que celles des plantes, voWi 
tout ; dans le prov. niod. le sens ■ (leurs du vin « a seul surv^u, comme en 
frani^ais (Miiiral, c.\nd4), bien que l'anc. pTov. tanas ne soit attesté, lui auaî. 
i]u'>iu Sens de >• clu'veuK bUncs «. Clm d'un painl^dii cianir pour m moisir », 
iltiiif. cUtmr, (Miir o lie » ou " fleiit» du vin ■, et Cotgrave traduit t*»« ibtnu 
par •' niustie wine n. — ÎHJ., le sens pfiuratif de • freluquet > tat ainsi 
appuyé par M. S. : n Bctr. thitH frtth,cbim /rr^M, affecté, prétentieux, /tllVrwn 
ttiim j'mii, aftïcher des préteutions ; ^r/ff fj&iVN /rWu (ou fvinlu), se servit 
de ternies ampoules, afiecter de parler bon français, c'ciT-J-dire parler 
contme un freluquet qui lait le bel esprit. ■ Or l'expression cbim /rfln (ou 
fvinlu), est nix d.iiu te cerveau de Tauieur pour avoir lu trop vite le Giatsain 
Jh CfHtrt de Jaubert, ob lont signalas comme (équivalentes troia k>ctntotu 
distinctes : parUt (hitv frait (et par txtctision /«/« fi-w ihitn Jraii), farter 
frtlu (ou ftrfa), et fsirln pointu. \\ me parait certain qiK thitn /tais vil une 
déformation plaisante ck fraiH-iis soumis \ une méuthésc qui a dû cit l'aire 
d'abord "iiiM/ur» : cf. le terme Mîutongeais ifctw/nt'j/r, • essav-er de parler 
français ■, qiK Jdnain a justonk'Ht expliqué. ~ P. 24a, l'atK. fr. cbfUft ■ se 
dessécher d'ennui ■>. que M. S. emprunte k Bord, n'est pas connu d'ailleurs 
et me bit l'effet d'une simple eoquiUc pour »# f ibrnm-, emprunté au xit* l. dr 
l'ital. icrMMirn. — V.i4%, ridcotiticaiion de t'inlerj. (hofU^t), û frC-quenle en 
anc. fran^., v-xz tbatU < catcUa ■ petite chîentve *• ne me parait pas 
devoir Éiire fortune, — P. ï-48, l'idée de ratlivcher chinUf4ei*Tt « eutotnKMr, 
rot>ine(. etc. ■ au nom de la chenille, priiuitiveniciu irtu/^/flur. est teUement , 
dépourvue de base historique qu'on ne peut li discuter sérieuscntciu. 
On ne peut non plus admettre i'^ssimitaiioa de la maladie de la vigne dhe 
thai^uiv » la fonue dialcaaie homoplrane qui désif^ne la chanicpleure : il v 
a un verbe ihonpUr ii b kisede chcmpiure t mabdic de la vipic >. — P. liO. 
k pruv. ni/iK •■ myope • est ccrtainemeni indécomposable en caais+luscus 
pour desraisons qui crèvent les yeux, niais qu'il senh peut-être difikile ic 
fâirv apprécier par fauteur. — P. jjy. • aiw. fr. jttfis, scmorKe » %-iem àx 
Codefroy qui dit ■ gronderie ■ ; mats il n'y a qu'un exemple i l'appui dxm 
GviJelVoy, a savoir un vers de ta Outv iom arj où ïl eu dû qoe/o^ doit 
« liie en dcu» mots (:- Ut. jani pejus) : JVVa Ami-Utu m-^i/i/ù. 



PCTÏÔDÏCHJES 

Je m'Arrfic, mal-iie ttoUajnuUT liul- ilmi^ les dernières p4{(cs In Eimaîae de 
l'auicur ne sv donne pas moins carricrc que dan» le> premières : c'est ainsi 
qu'il voit chiftt dans eucitifrmè (p. 2Si) et danî le prûlisc wallon qui. èx,uA\i 
pAr Grandg^nage (p. ;!S)), iju'il refoiioaît !>iins h^tiu-r rhypaconMtc{uc 
ciWnM « [eune chien a au lieu du célèbre Chicot, qu'Aleundre Dtmus a 
rendu populaire, dans un passage de lîu VcrJicrfp. 169), lIc. etc. 

A. THaM.\s. 

jAIlRJiSBBBICHT 1)13 TKSnTUTi Ft)R RL'MASISCHt SPKACHE ZL' LfJPitIC 
XVI (1910), — P. :, p. llciJkf , /«"J Gthraiich rVr Teinporn im RunuhlUthen. 
Travail de classetneni fait A peu pr^s uniqucnicni d'jprcs de^ recueils et contes 
popubires, ce qui ne donne pas un tahlciu tîdtïle de la variété symactioue 
d'un parler; on 50uhultcfail un classement plus p^'aélranl el <]ui groupât de 
façon pluii organique les paragraphes o(i se r^parii^sent les cmpluis d'une 
même forme. — P. 74, C. Weîgand, Fi'iUsfl. 1 . pup, daas a fiJtn pup <• se 
tenir i croupeton ». serait le primitif, aujourd'hui disparu, de pripd^ » huppe m 
et représenterait upupa : la valeur sémantique mériterait d'élrc expliquée 
plus ptMsimei]!. — 2. In raptui capuliii v pour rien au monde ■>, plus préci- 
sément K au prix de la tète n, ruptiil ay;i(it ici la valeur de « prix », attestée 
par nipiii o prix fait ", rnpjMrf v convention de prix ■>, fn^faj « salaire i b 
journée ». — ). Mtàu, dans a-^i gùsï hilrdut « irou\'er son maître •> et u ûrMa 
hihdui fititv « menacer quelqu'un de coups ■>, n'a rien à faire avec Bacâu, 
nom de ville, comme l'a dit Hasdeu : c'dt ie lig. bak>f n bourreau »; c'est déjà 
l'opinion de Ciliat. — 4. l-lrgmifU, dans i:urii At tdryotuflf « mauvaise 
langue •. n>it pa^ da%-antage l<! nom de l'anc. capitale de la V'alachic, mais le 
nom commun, d'origine slave, auj. disparu, litrgaviftt • foire, marché ». — 
S. a nu (tvea mci In <Un nid (rt mdntiànt cinrva s n'avoir rien à démêler avec 
quelqu'un n, propTemcat a ni d.in^ le hiats, ni dan% !a manclie n, est une exprès- 
slon, prise au IatixaK<ï de b cotifcciion des vêtements, qui reste obscure, mais 
dont U (orme e5t certaine, cir clic se rerrouve en bulgare. — 6. ni4laiu a mil, 
farine de mais o, de "irin iiitu ■ millet noir n. - 7. ftibreil >< fragile •■ ; la 
iransfonnution du si. Suptt en juhrrA s'est accomplie sous l'influence d'adjectifs 
de sens voisins, pulrnl^ mutfd, Jragfd. — 8. Le suff. adverbial et nominal -if 
est d'origine bulgare. — 9. n'am parle i< |c n'ai pa.<i de chance » : le sens pris 
ici par fuite s'explique p.ir la double valeur dit hu!g. ccsil ■ part, bonheur u, 
ce qui (ournit un ex«:elleDl parallèle A l'Iiis'toire bien connue de /wm^ « monde». 
— 10. ui protonlquc >■ » : celte formule s'applique 1 l'étymologic de a fia- 
fwm o voltiger •< 'fluitulare, dérivé de fluiiare, ci *i.jjfr)«iT " euseve- 
lir» < 'astruicare: cette dernière forme avait élè indiquée par W. Mcyer- 
Lûbke comme une corix'ction pussibledu type 'asirucare de asiruere pro- 
posé par A. Candrta-Hecht (Koiminia, XXXI, joîj. — P. 8i , .M. Doritsch, 
Gthraiich -itr allM^aiitclKtt Aih'tthîa. — P. 195, G. Weigar.d, Dif Aromuntn 
in NorJdbnHÎt» . Compte rendu des enquûlcs de M. W. dans la région de 
Dunuio, Tiiana, Hlbassan. Kavaja ; â Tirana se niiouvc un parler apparenté 



I>4 PÉRIODIQUES 

à celui du CoiUx Dimonû, dont M. W. n'avait pas trouvé, jusqu'ici, de forme 
vivante ; cela permet de localiser l'origine de ce précieux ms, dans la région 
de Linga, d'où proviennent les Roumains de Tirana.— P. 21}, G. Weigand, 
Zur Terminologie der Molkerei. M. W. annonce qu'un de ses élèves prépare 
un travail sur le vocabulaire roumain de la fromagerie ; il fournit ici 1 cette 
étude qui sera la bienvenue une contribution lexicale et étymologique inté- 
ressante fondée sur une enquête sommaire dans le nord de la Transylvanie. 

Mario RoauES. 

ReaLK ISTITUTO I^MBARDO Dl SCIENZF, 1- LETTERE. Rmdiconti, SCric 11, 
t. XMII, Miliino, 1909, — p. 8î-ii8, Fr. Novati, Di un' ars punctandt 
erroiieaiiiftite attribuita a Fruncesco Pelrarci. Mémoire intéressant où 
M. Novati ne traite pas seulement du court traité attribué à tort k 
Pétrarque, mais fait connaître et classe les traités de la ponctuation que 
l'on possède au moyen âge ; sujet qui, jusqu'ici, n'était pas très connu en 
France. On peut cependant citer Ch. Thurot, Solices et extrait! des mss., 
XXII, 2' partie, p. .(07 et suiv. A propos du traité de Folchino de Borfoni 
da Cremona (p. 113 du mémoire de M. Novati), on peut comparer un 
opusizule (Quttiam régule de modo litiilatidi seu npijicatidi pro ncntUis scripto- 
ribus copiil.ife), cité par L. Delisle, Hisl. litt. de Ja Fr., XXXII, S9Î- — 
P. î27-î6s, M. Scherillo, // n FIfgias .■, di Dante e il « Phltgyas » di Vir- 
gilio. — P. 666-697, «15-869, C. Salvioni, Note di lingua sarda (série 
l-II). — P. 97(V987, P, H. Guarnerio, Apputili lesiicali Bregagliotti. 

T. X1.IV. P. ii-84, C, Salvioni, Commtmoraiione di G. I. Ascoli. — 
P. 271-2^1. t:i. Mcrio, Vegii^'ltK e UiJiuc — P. Î72-Î90, P. E. Guarnerio, 
Appiinti leMÎiiili Hregiigliolli. -- P. 408-4}!, 46^-48;, 652-678, E. Gorra, 
Origini, spi'iti e )Wmf dellu poesia anuwoiii di Prcn-en^a Sfcondo le più recaili 
iitdiigiiii. D'après l'ouvrait de M. F,. Wccli^slur, sur lequel voy. Rom., 
XXXIX. îH6. P, 6<it)-6)i, C Salvioni, Spigi^laiure siciiiane. 



CHRONIQUE 



M. A- M.irshjll E1.L10TT, profe«cur à l'Université Johns Hopkins, 1 
B:iItimon;. est dticiUé le 9 nowitiba- 1910. Né d.im U Cirolîiic du nord en 
18.14, il suivît k-s cours de l'L'niwniiié Harvard, où il n'esîstait alon aucun 
enuifineniciit sur les l.inKucs rumines. Hn [86^, il se rctidil en Europe, oil 
ï) svjoumJ jusqu'en i8;6. tn France, en luUv, en Espagne, cci Allenugne, 
»*occup.int d'ciudcs asscï diK^rcntes, notamnicnt de diverse* langues orien- 
ul«. Revenu un Amérlt^ui:, il fut nommé thiirgé de iours â ruoivcniliJ 
johns Hopkins (1876), où il s'appliqUiH bicniât i l'étude des langues romanes. 
Plus ucd (1893), il re^ut le titre de professeur. Il obtint ;iinsi In ptL'iiiîere 
chaire de lingues romanes qui Jit éii fondée aux I-tWS-Unis. si bien quâ 
U pittpari des Aroêricains qui enseignèrent plus urd Iw langues romanes 
ont ^tè ses él<:vi--s. Eliioii, qui était un gntnd voyageur, pu&aît •:haquc 
ann<.^c, pendant loiii^temps, ses vacances en Kurapc. Je l'ai vu souvent 
A Pnris, en juillet ou août. C'éuit un homme aimable et d'une conversation 
intéressiuite. (Jii voyait qu'il b'était forma luî-mèiDe. Il ï'intiïresMit ^Ij philo- 
logie romane en général, sans toutefois s'être sp^alïsc- en aucune partit . 
Cest probablement pourceitc raison (qu'il n*j jamais trouvé le temps de rédiger 
les irjvauxqu'ilacommencé^.. En fnit.lcspuhlicationsqH'onconnaft de lui sont 
peu nombreuses et de faible iniponancc. Ilfond,!, en 188;, avec quelques amis, 
U Modem Ltn^mige Association of Atturica qui.d^s ro[i)îiiie. donna une pUa: 
imponantcaux études romanes. En lilSt.il publia les .Hi«/mi LanguageNotn, 
dont nous avoi» a-ndu compte pendant quelque temps {RiiNiinia, XV, 6}3, 
etc.). Mais « collaboration â ces re^-ues fut très limitée. Nous ne connaissons 
gwère Je lui qu'un petit uoinbTe d ariiclei : yfrhii ptiriuynlhHiis in-A in tht 
raufitw* hngtiagei, dans VAnie/ita» J^wrHiil of Philoloi^y, t. V (iSK.)) ; Contri- 
hulioMS to a bhiory of tht Frttub langiinge of Canada ; Speech-mi xturt m Frmch 
Canada, extern iw/wniv (même recueil, VI, VM); Sputft-mixturf in Fruudi 
Ctinotla ; hidinn unJ l-rtnch (Mcalrni ijinguiii;/ Atsocialiatt, II). Qlioil 
avait annoncé, il y a trente ans, une édition criiique des fables de Marie de 
France, Cette publication, [>our laquelle il av^iil reeucilli de nombreux 
niaicriaux, n'a jamais été menée à fin. — P. M. 

— Cn nous annonce la publîc^itîon d'un volume de mélanges en l'honneur 
de Marshall Elliott : StiuUfi in ho'wr of A. M-mî/alt EUiett (Baliimere, thc 
Johns Flopkios Press). 



T56 CHRONiaOR 

— M. K. Vo^»ll.-^, pTofcvMur de pliilolopt romane ;i Wiinxl»oiirg. a frté 
Qomiiiiî Jjiis If mime cuscigncrnfnt, â l'Univcrsiid Je Municli, en remplace- 
ment lit- feu Brcymami. 

— Dans k 11" iJiis AniMiri drs Alptt. rrciuil p^riojiqiu dtt Artiikti dtt 
Hautet-AIftf (guc nous avons tignaté pi^cédcmnunt, XXXV, 333), «note 
1910, livraison de novembre-décembre, l'archivisK du Jipanement, M. l'abb* 
Guillaume, » puhlic, sous ce titre La languf vulj^airé d'Embrun m isji-tffS, 
uneséried'acteïen langue vulgaire p^usiîs à Embrun; l'un toutefois ch dressa à 
ThfiB. cant. de Chorge». arr. d'F.mbrun. Ces documents ne préscmeni pas 
beaucoup d'intérêt, non icuWmcnr en raison de leur date maU mw i cauK 
deleurrédaciiot) qui n'c5l guin- variée. Cependant, \\s méritent d'Être not^ 
pariTcquc les textes vulgaires de cetle ri^gion sont aisex rares, bien que j'en 
aie publia un cenaîii tioiiibre, qui !>oni plus anciem, dan^ mes DtxiinunU 
linguistiçiui W« A/r'Ji i/<- h Fmme, pji. 440 et suîv. A noter encore une ordon- 
nance du parlement de Grenoble, que je ne connai^ais pas et que M. Guil- 
laume mentionne, >iins e^\ citer la source, comme « publitïe en la cour com- 
mune d'Embrun le 2 novembre 1531 «. Par cctie ordonnance, i) £ialt 
enjoint aux notaires de l'Embrunais décrire à l'avenir, leurs notes ou 
minutes en bnj^ue vulgaire {ahnuie ht jhUj isii^rful aribere notas histni- 

intHlurum, iitc instiiintfiitj, tiiii in i-ulgaii ii-mwitr). Il eut visible que ce 
tiglcmem s. é\i rendu en oiâcutlon de l'ordonnance de ViltervCotlcret 

(1530); voir mai Dceumfttts Ungnhtiquts, p.42î. — P. M. 

Livres annonciïs sommairement : 

Ivmesto MosACt, AitûMaimo ritmo wlçart sullit iegentia di Sauf Alasio. 
Roma, 19117. In-lt», 32 p. (cxir. des HetUiionti de l'Ac. des Lincei, sèanct '■ 
du 21 avril 1907). — Frafçjncntintilressant el par sa daic(lîndu xii< siècle) 
et par yi provenance (région de Fenno). 11 se compose de 38 Lusses taono- 
rimes de vurs de 8 ou 9 syiUbes, dont les deux ou trois dcmi«rs sont plus 
longs et sur une rime diJfiïrenie, ce qui rapi>e[le la structure du céliïbrc /fifiw 
GitfiHf'jtf. Dans un« introduction courte, niais substantielle, l'éditeur traite à 
fond le* questions Hn^uisiiques « littéraires que soulève ce texte. Il en 
donne a la fois une transcription littorale (cf. tes fac-similé, Arth. paJrcfr. 
Ual., (x\c. 27, pi. 18-36) et une Iranseriplion iiilorprètativc, auKqtKJIe» 
viennent s'ajouter un relevé des traits dialeaauxei un lexique comprcnaat des 
notes explicatives qui n'ont pas pu prendre place au bas du texte. — Au vers 
307.on esc surpris de irouveruii léger désaccord entre la iraoscriplion litté- 
rale, qui donne flni^ia, et la Transcription interpr^ïtative, qui donne flnifia ; 
cela tient ^ une question de paléographie assci délicate dont )e dois dire 
quelques mots. A ci^té de la forme classique du ;, que le scribe emploie 
de loin en loin, il trace volumien une forme un peu r^intaisisie qui n'est 
pas toujours îdcmiquc àellc-mémc et dont plusieurs spécimens nous sont 



aiSONiUUE 



ï57 



oflcru pur Li pteiiiivrc Ui»e, rini;;ui en •itKia : ceice forme j fini par 
jhiuiir ^ ce que Voa jppcUe le ■: cidUle (ou tniillé), et clic y aboutit cfftc- 
tivcmi;iit sou!> sa plumi;, mais une seule fois, uu v. 17S, 06 M. Moiuci 
Hi avec raison (/M. Au v. 207, il faut lire i vc non i : c'est Ju moins mon 
scntimcni. — Au v. 8, IV-diteur n'apas pu déchiffrer les dcrniciscaracicrcs- 
Sa traïuaîption întcrpri^uiivc est : meii xv nosira k chra a..., ci il piopoïc 
dubildlivcmciit de coinplcter a[ritais^a\. Je crois i\\ï"\i n'y a rien d'i^crit 
^prés le dccuier a, niais j'jpcK^oi^ a»« neticineni un ; avant, soît ch- 
roiii : il faut èvîJemmcnl supplte un signe d'jbrévîjiîon cl lire cliU-nn^a, 
ce qui en parlait pour ic sens ei pour la mtsure du vers. — Au v. 1 S9. 
je lis clairement iculiui}, et non sctiltrh, c'est-U-dîri; la foime môme que 
l'éditeur ptopOK Je re«ituer par torrtctioii. — A. Tu. 
ŒiitTfi d\irl du wpvrw lige iiufirtti pur lu lilttTMiiri amttinfariiim. Commu- 
nications faites en liancc par M. A. Buinchet. Paris, 1910. la-i", iz 
page»- (Extniil du BuU.drlaSot. nul. dis Auttijuaires dt Fraiitt, fjd^ 1^)10.') 
— L'auteur décrii vt commente, giSnérak-mait avec compcicncc ': i" un 
moule i:iri:ulaiie de schiste reptésciUaui un épisode du potmc de Ueiur tlt 
Hiinlont ; 3° un sceau anonyme où »t reprvM;ii(t.'e la counisane Campaspe 
chevauchant Aristotc ; }<* le sceau de Robert PIcurepaiii (particulier non 
idcntiftii) oii l'on voit un oiseau sur un arbre avec la Légende : «ri, ai i[t] 
vil[iiin]. Lauieur met juMement celle lé(;ende en rapport avec le cOliïbre 
lai de XOiitltt ; mais peu familier avec la iangiic du moyen ^c, il pro- 
pose â tort de conipUicr i[i\ vii\tiins\, ci il s égare en suppoMni que iwi, 
impératif du verbe (ViVr, tient au [atin vuig. aucellus > WjiUu. [1 n'a 
pas cûmiu le plus ancien exemple {avcc inlcrpréiacion) de ce cri attribué 
au rossignol : on le trouve dans te poème de Philomma, lècenmieui publié 
par M. C. de lloer, v. 1467, où G. Paris l'a sif^nalé dés \M\ (Hisl. lia. 
tlt Jii franif, XX1\, 498). U y et» a bien d'antre» ', not;iuuucni celui qui 
est curieusemeui ench<1ssé dans un distique guliardcsquc l>ilingiie que le 
grave I]auré.iu a publié, sans le comprenda' intégralenicm, en iH&b {\'ot. ti 
txtr. dfi maanscrits, XXXII, l" panie, p. 68) : 

Frondca tccta païens, /* rvsitwi e» cei ati Itm 
Concinit : où, •xi |cum] graviiaieioci. 

Hauréau indique qu'il faut probablement suppléer (tim, comme je l'ji fait, 
mais 'il imprime en deux mots o ri. — A. Th. 



I. Voir un mL-moiri: sjiWal Je L. L'hlind, publié dans b GfHhmitt de 
Pfciffer en 1858, et réimprimé plus tard dans ses Schiiften ;uc Geschi:hlt der 
Dichlung und det- Sagt, 111, 97. Ci. P. Mcvcr dans HhU. de Li Sm. des >3uc. 
lextafrant., iSSj, p. JJ ; R. KOliler dam Z. /. rvtn. PfiU., VIII, 1:0; 
Thurau, Der Rtjnii in Jet Jnin^. Cfnimon, Berlin, 1001. p. yj. M, Mau- 
rice Roy me signale un passage du Dil de Poiai de Clirisiîne de Pisan, v, 
181 cl ». ({Tzuirfi poét., l. Il, p. 164- ifij) ; M. P. Mcycr me renvoie au 
Houmn J'Èmtaebe U Maine, v. 1146, et k Ave d' At-ignon, p. 80, etc. 



Dégrùéaliondu tMj i/*( mots, par Kr. Nviop (Acdil. royale des icc. « do 
leitR» dv Dancmnrk. L-xtr. du Buil. de l'année 1910, no 6, ;>p. 481-504). — 
On SAït nue le t. IV de b Cramm. hist. Jt la langut fraufaise de M. Nyrop 
doit ^rc con^acrL^ À l\ sémJniitiiic. l-a brochure que nous annonçons 
aujourd'hui donne V'ïàit: h pUii fjvof.ihlc du volutOL- qui ne tardera *ans 
douce pas j paraitrv. L'auteur esi admirablenieni inTomi^ ei analyse avec 
unccUnccxtrônio \c\ ■ptoct^is le» plu» délitzut^ du Ungage. Il n'y a pour 
ainsi dire rien ^ critiquer chcx lui ; tpui au plus rcgrctw-t-oo parfis que la 
rapidi[£de l'eipositton l'ail ubligè A tupprinitir quclqut-s détails in^rcs- 
UDtï. Ce:st ainsi qu'i propos du moi hagaue (p. 4197), que le français a 
emprunté .ni prDveiii;al (a).'aifrj, j'-iurais ainié i voir rappcicf que \'»n<,. 
Uinti. possède le ttiot t:orrespoiidant btimt ei le diminutif htaieie qui a fini 
par ïc confondre avec le thème toui dilTcreot qui est dans bacMiir, et par 
produire baàxUtU, dont un dramaturge récent a faix un nom propre pour 
tenir en ^chec amoureux le subtil l'aiiurjje. — Aux termes euphémiques 
tcb qoc hinéi, imhf'dJi^ idiot, (r^liii, on aurait pu joindre, ^ ce qu'il semble. 
iauacefit a iiaif. — Ans injures telles que ttfJee, type, part, ntcAr, tnigvu 
(P- soi). M- î^-. H"' lit l"-'* joutnaUJi fran^ar*, ajoute d'iterlingHt, d'après 
Le Temps du ji juillet t9i)î. Si d'avemure tu IJlvrt/ du i*) février 1911 
lui élaii coiubèe sous les yeux, il n'aurait pas miuquf d'y jtAewt /ouriwut, 
qui i:omnience peui-êlrc. i vieillir, et Oval-Hiat, qui a sa place toute mar- 
quée dans une étude sur U dégradation. — A. 'l'H. 

Ein/abruii^ in dat Stmlium J/r nvmaiichtn Spraiim-iiitischap , von W. MirtlUt- 
LÛBKK. Zweitc ncubcarbcitcie Auflagc. Heidelbcrg, Winier, 1909. ln*8», 
xvi-278 p. — Le manuel de M. M.-L. a nauircllement conservé, dans 
celte seconde édition, le caractère si profondènient nrîginal qu'a l'ait con- 
naître rt noslccteuni le long compte rendu de M, Mario Koqiies {Rom^niii, 
XWI, 394 et 1.); mais H a rL-i;u de nombreuses additions. H comprend 
aujourd'hui 36; paragraphes, au lieu de ji6, et, dans le diKail, l'auicur 
s'est appliqué ù le mettre au courant de IV'tnt actuel de la linguistique 
romane, Nouï lui souhaiioiis un succès prolongé, cl nous consignerons ici 
quelques remarques critiques auxquelles a donné lieu une lecture rapide 
de la seconde édiiion. P. J9 et 41, la forme viVn^rr «C 'véltragus, prise 
comme type d'anc. français, est mal clioisie : il faut ^rir« %wutrt. -~ 
P. 4}. une lilclieusc f-uite d'impression a transfoimé le gaulois basCAUda 
en basauda ; plus bas. au lieu de fifgwi, lire W/ik : ce nom du j>etil- 
Uil appartient aussi bien à b i.mguc d'ofl qu'à la Lingue doc (voir l'an. 
UESCUU de Godcfroy, ']ui appelle beaucoup d'addiiions, nuiumnicut Ghst. 
de Touri, n« 121, dans VAltfr. Vfhuagdmeh de Focrster ci KoschwitK, 
)*id.,col. 210; Utpidiiirt de CawiinJj^f^ w. ijs "-'l '*m6. 'l-iris L. Par»- 
nicr. Us lûfid. /ran\:,p\j. i6i, 177; UUvrt 4u roi Afj./Ki, ms. Bibl. nai., 
fr. IJOI, foi. %2^. in piJtimit dtijeimiits, é.iu%yionvû)^\o\x, Ret. àe pcéiirt 
MiHfM'wf, m, 3^)). On ne peut peu partir d'un type *mesgi, mai» de 



aiRONJ^UE 



IS9 



me>go. primitivcmcQi •tiiesico (cf. ftwutfia. XXXV, l2)-4). — P. 44, 
l'idii* que le franc, gounnftu serait un cmpninl au breion me paraii sans 
vjlcur : voir Homanui, XXXVIII, sSs- — P-46. l'îul. toîo (en composi- 
tion, lancf^mt. Utiiopoïco) et le prov, tais, encore vivnnt. auraient dû ilrc 
mcnlionn^ comni>; rcprcscniint le gcrman. ulis pJus exactement que 
loisfifie.Kic; sur le lat. viilg. taxos et laxo, cf. Rmtiania, XXXV, 193-.1. 

— Ibid., ;iu lieu de G\irgiiUus, lire Gargitius; d'aillcur^i k icxtc Ulîn où 
w lit aringtti o'cst piis de CArgilius, mais d'un auteur anonyme bien posiô- 
rictir.dit Ptnid>>-G,iiji]ius. — P. i>i, au lieu de vcsijja, lire vcsîca- — 
P. 161, le t\'pe*nrtra n*app;inicnl pas seulement à la langue d'oc, mais A 
\i ïigiot^ >ud-uiieM de b Lingue d'oi'l (Poitou et Herry) : voir la carte B 
1477 '^^ ^'•■t'I'ii litigHhtiqth: — P. ijç. la forme classicjue dti aura lutin 
de la Pouilic est Apulia, non ApûltJ. — P. 141, l'anc. Irao^. ne dit pas 
Ot h'irns po\iT OrMmf, nuis Oriietis en deux syllabes, (orme issue très régu- 
lièrement du ivpc mérovingien Aurviianui; voir le* nombreux exemples 
qui X tiouvent dans <4iW, 126, ino, cic. La ddsmcncc moderne (dis le 
comm. du xv< Mécle)csi diriîcile à expliquer, et l'influence (iv la forme 
latine n'y suffit pas ; cf. \'cv/jnt < N ov igentuni. — A. Th. 

Albert Dac2.\t, La rifilu bagage. Paris, A. Colin, 1910. Pet. in-8*, îiap. 

— I.'autcuT prend pbîsir à mettre à h [mrlit: du ^jnud public le* questions 
de lingutiitique. II le fait sans pédantisme, de nuniére i se concilier ta 
faveur de ses lecteurs, mais un scm:tni i,'â c-t là des ob^rv.Uions intéres- 
santes, que les tingui:iic& de profvSMon ne doivetii pa& diîdaigner de reoiL-il' 
lir. Le titre qu'il a donni ù Mu nouveau volume n'est pas ticuf, puisque 
(sans qu'il s'en doute, scmblc-t-il) c'est celui sous lequel a paru un recueil 
du savant Amèricjin, W. D. Whitney, dont la traduction lornie le 
t. XIV de b riihUcilhtqiu Stieiilipqui- puWice .^ la libr-nirie Germer Raillére. 
M. D. a un champ d'ob«:rv.iiit)n inlininicni moins vjste qvic Wliiluey ju point 
de vue de la linguistique gèni^rile ; il se confine dans tes lungucs romanes, 
surtout dan» le françjis wus ses aspects les plus moderne», et fait volon- 
tiers, quoique raremeni. appel aux patois guiLo-Tom.in%. Sa perspective his- 
torique e^tt un peu courte, et il se laiise parfois duper par ie& apparences, 
comme, par exemple, p. 1)7, noie, où il nous dit, sans prendre 1a peine 
d'y lllcr voir, que AnteuH est un ancien Augusioi.iluni. A l'ordinaire, 
cependant, il est bien infornu^ et puiae à bonne source. 11 suRira d'iiidit^uec 
ici les quatre grandes division:^ de Ut vie Ju hngjgr pour fairv comprendre 
la portée et rinièrêt Je ce volume : 1, Les pliénoniènes mécaniques; II, 
Les phénomènes psycliologîques; 111» Les phénomènes sociaux; IV, Les 
phtootnèses liniraires. — A. Tu. 

Carlutijirf de l'iibbiiye Jt SUvanis, p. p. P. -A. Vf.ri.acuet. Rodci, tmpr. 
Carrêre, lyto. In-S", xcvt-éjS p. — -Ce volumineux cartulnîre est publii 
d'aprib l'original, tidigi dans I.1 seconde moitié du xii' siècle et donc un 
£ac-Mniilé nous pctnici d'admirer la bcUe écriture. L'introduction est 



i6o 



CHRONICIUE 



très nourrie; en appendice, on irou%'e une uble chronologique des chartes; 
le v^tuiiK- K Icmiinc par une ublc ff^iér^ilc où tous ks noms de jicux 
soiil idcniilîés. Cuite publkatîou fait honneur A son auteur ci inaugure 
bien U nouvelle collection Je* .it>hsvts insloriqttfs tlu Routrgite a laquelle 
nous souhaitons longue vie. Malbeurcusement pour U philologie romaoc, 
il n'y 3 que deux chartes en Inague v-ul^iri.-, les n» i>2 et ^(8, lestjuelles 
sout trcs courtes et n'olTtent uucuu intérêt liii^ui^iiquc panicuHci. Ou peut 
cependant glaner quelques renseignements inicrcssanU dins les noms 
propres de personnes et de lieux, pjticKciuple le» noms de femmes Blaïua- 
/o[r]j, Mitr-iUis. les noms d'hommes Eu<>fir,\'omfafaJÇ--- m rw'rw w/, peu 
m'en eluut), Rfbuf; le* noms de lieux, C'>ii'/('Nn7ii(icrrainpUiQi< de geuiè\rcs, 
ou iodts), CiViliilops, CaUiSchi (= chu btùli"), Comlahriax (celtique Con* 
dabri|^a''), elc. Ujos Ic&uoms connnuns, le biiii hiissc souvent transpa- 
raître le nom tonuii : iiiusî i^itîvvt fn" S i ) signifie ■' agneau n (prov. riKxl. 
tuti'rti), et il faut l'insérer, avec ce sens, dans Du Lange, où l'appt-I vassi- 
NUM doit iire. en outre, corrigé en vassivuu. — A. Th. 
L.1 vu Je Siiinl ihi/iili», par Htos l K R(n de Camma], publïtc par Artur 
LJUmuKS et Werncr StinKHHjiii.M. HcKiuBfors, 1909. In-*", x.\v-6S 
pjges {ActaSocicUtii siUntiurum fennùs, t. XXXVHI, n" 1). — Saint Q.ucii- 
tin «l l'un dtï s.iiiii» locaux qui ont l'ounii la niaiiCTc la plm ntiondanie A 
l'activiié des éaivaios «le b région où il était révéré. Oa en possède trois 
vies riniéei, dont deux avaient ili publiées avant celle que nous annnn* 
(ons aujourd'hui (voÏt Hia.iUi. tU bj-'t-., WXIII, ;7)); il y en aauuiau 
moÎDS deux versions en prose, et on conoati deux mysiilrcs sur le méine 
sujet (voir Romania, XXXVIII, 177)- L^ vie de saint Quentin, rédigée par 
Huon Le Roi, pour U puiilication dt Uquelle M. SAderlijelm s'est associé à 
M. Unglors n'est cotmue que par le seul ms. B. N. l-r. 6aai (viùr nu 
notice sur ce nwiiuscfii, Solicfsel txlraitt, XXXV, iûj). M. Sùderhjelm s'en 
était une première l^oîs occupé dans sou ^irti^le sur Hjigurt le Raii^i. Rvui., 
XXV, îSi). Le manusait, bien que généralement correct, n'est pas sans 
présenter quelques ditïit;uhés. L'édition esi laite avec soin. Les éditeurs ont 
joint au texte du poème, en bas des pagts. le latin corresponJam. Les 
noti^ Cpp' 6o-6i) écUircisscnt certains mots qui sont insuttisanmicnt expli- 
qua par Godefroy. I4 glossaire cl la table des noms de personnes et de 
lieux sont itès utile». — l'. M. 



Le Propri^tairt-Gèram : II. CHAMPION. 



UACOH. rHOTAT tHUCS, Ull-MMHUtS 



OVIDE ET QUELQUES AUTRES SOURCES 
DU ROMA\ D'ÉNÉAS 



InfonHa^it Cato morts 

Et poxluxit id honom 

Ndso suos honiincs'. 

Les quelques pages qui vont suivre, amorce d'un travail 
plus ample, sont destinées i monirer l'intérêt d'une étude qui 
porterait sur les rap|iorts du roman frainjais aux xii'' et xiir" 
siècles avec certaines œuvres de la luiératurc aniiquc. La ques- 
tion est vaste, et, avant de l'examiner dans son ensemble, j'ai 
voulu, malgré les inconvénients du proccdc, ne traiter d'abord 
que de l'influence d'Ovide. J'espcrc monircr un jour, avec le 
détail que mérite le sujet, combien elle a éiè importante. Il 
faudra alors en exposer avec précision les circonstances géné- 
rales et particulières ; la suivre à tr.ivcrs les différentes œuvres, 
celles de Chrétien de Troyes et les autres ; en distinguer les 
périodes ; en marquer lorigine et les conséquences ; et de là 
résulteront des conclusions d'une assez grande ponée touchant 
la n.iissance, l'iiistoirc et la nature du roman, louchant aussi 
les méthodes à employer dans l'étude de certains problèmes 
littéraires. 

Pour l'insunt, mon propos est seulement de considérer, du 
point de vue qui a été indiqué, le roman d'Bnéas, et de mettre 
en lumière ce qu'il doit à l'imitation d'Ovide. L'entreprise n'est 
sans doute pas dépourvue d'iniérét, s'il est vr;»i que de là un 
bon nombre d'éléments essentiels, empruntés au poète latin, 
sont passés dans toute une série d'autres romans. 



I. Dans un poéniL- l'anicux du xii* siâcle. Voy. H;iur£au, KolU^ et atlniitt 
it <j\itiquts tHiinuscriti di }a Bibliothèque mUioniitt, i. VI, p. joo. 

M0mmm,XL. Il 



162 



ED. FAR AL 



Divîs.int le sujet en Jeux parties, je commence r.ii par faire 
tjiielques remarques préliminaires. Elles tendront à montrer de 
quelle fa^'on l'auteur du roman utilisait à l'occasion les connais- 
S.1IUCS qu'il avait acquises à lY-cole, quel parti il tirait de son 
crudîiiun ; et on verra que de nu! plus que de lui il n'est vrai 
de dire qu'il n'a rien inventé, mais que toute son initiative s'est 
il peu prO s bornée i transformer et à adapter. — Le fait une 
fois établi permettra de comprendre l'exacte valeur des rappro- 
chements qu'on fera ensuite entre VÉnùts et l'œuvre d'Ovide, et 
qui fourniront la matière de notre deuxième partie. 

I 

I . — Un certain nombre de traits ajoutés par VÉtUas à VÊnèidt 
ont pour orij^ine le souvenir des Sept merveilles dont s'enor- 
gueillissait le monde ancien. On sait que le mer\*eilleux tient, 
dans notre roman, une place considérable : la description de 
Cartilage', celle du tombeau de Pallas ', celle du tombeau de 
Camille', en fournîsseni des exemples. M. Salverda De Grave 
a fait, à ce propos, les obscr^'atioiis .suivantes : " li est curieux 
qu'une lampe qui brûle toujours • et un archer arrangé comme 
celui des tombeaux ■, soient mentionnés parmi les miracles que, 
d'après tes lé^'endes populaires, Virgile a faits à Naplcs. . . 
Pourrait-on supposer que, par une singulière combinaison 
d'idées, le poète du Uoraan d'Énéas ait voulu mettre en rap- 
port Vir^^ile avec son a-uvre ? Parmi les merveilles de Cartilage, 
que nomme notre poète, il parle au vers 537 du Cipitolc où, 
quelque bas qu'on y parlât, on était entendu panout ; ce même 
trait est raconté du palais que construit dans la lcj»ende le poète 
latin. La concordance me parait curieuse* ». On ne saurait 



1. V. 4»>9-)-l*'- 
a. V. A409-6Ï18. 

V V. 7Sλ-7724. 

4. Voy. V. 6J09 et V. 7669. 

5. Je doute que M. Dv Grave songe ki au v. 6440 ; mais il pense k coup 
sur au V. 769Ï. 

6. iînitti, l«ic critique p. p. J. Salverda 1>k Qrw< {BihJiolhtea narmannita, 
IV), Iniroduciloo, p. xxix.n. i. — Il m'ârrivcrj, daiu lasuitedeceneétude, 



QUELaUES SOURCES DE l'ÉSÉAS 



163 



accepter l'hypothèse avancée par M. De Grave, cl, s'il y a lies 
éléments communs tlans !e roman J'En/wt et dans la légende 
Je Virgile, c'est la légende ;issurémcnt qui a été influencée par 
le roman. Les traits dont p;irlc M. De Grave n'apparaissent que 
tard dans l'histoire fabuleuse de Virgile, et d'abord dans des 
romans français : c'est ainsi qu'il est question de la lampe pour 
la première fois dans V Image du momie * ; de l'archer qui éteint 
une lampe, dans CUomoiUs'^ ; et quant au palais sonore, j'avoue 
que je n'ai rien trouvé dans la légende virgilienne qui rappelle 
précisénieni les détails fournis par ïhnéasAMX vers 5Î7-S49. 
L'explication de M. De Grave ne peut donc pas être acceptée. 
Laquelle lui préférer? c'est ce que je clierclierai ailleurs 
pour la lampe > et l'archer. Je ne prendrai ici en considération 
que deux passages de VÈnêas. 



Ju proposer «quelques opiniaiis contuirei à cdIesJe M. De Grave; nul!) i« 
tien» d'uboni ï affiniicr loutc nu consiJiraiion pour ta fa>ïoii doni ce savani 
a ment: j bout l'œuvre imporumv qu'il jvaii cDtrcprî». 

1. Les tcslu-s rcUlif* A I.1 lOgonde de Virgile ont itt- publics par M Corn- 
[urcni en appendice i son livre KiVyi/ic piW mrdionv,!''"' i^., Tirenzc, 18^6. 
Voy. lepiSMge en question de Vltuttgr Ju motidt au t. Il, p 196, Je cet ouvrage. 
Sur Vlniii^e mime voy. Cli.-V. Lau^Ioîs, La mnmtiuaticf Je U n<ilurf tt du 
taottJr 'lu iiirnvH tfgf, Pjris, 191 i, p. 49 si. 

2. Éd. Vaii tUssclt, 1. I, V. 171] M. 

;. Je Qc ferai ici qu'une remarque qui inliresse ]'iiiterpr^iioii du tcite de 
YÈtiAu aux vers 6514 ». Il »'agit U d'une lampe : 

De bc&ion en cr^teii la mece, 
lï'unL- pietc que Icn alunie ; 
'Ici uuLurc a et tel costume, 
Ja puis esieJntc ne sera. 

Au glosviîre M. De Grave tr;iduil heilua par Mvn. Eu léalité, il «agit de 
la picRC astfilos, » laquelle les iiaturallsies anciens aiiribuent en cAet une telle 
propri^iiî. Elle figurt, pourvue Je cette vertu, dan» plu»M:ur» t'i-rits coniem- 
porj'ms de L'i:'ir</;. .\itiiJ, un lit J;)ns un iii!>. de U ver&ioii njdîgée vers 1 1 ju 
dci MiraMiii Hùiiuif, i<S. Jordan, Top\fi;iiipiûi dtt Stadl Rvm ivi AilnOmm, 
1. II, p, 6;S : Il i. Balbîna in Albtston(iMr. Asbeston). Ibï fuit candelabrum 
tactum de lapide albcsion qui semel accensus et sub divo posiius nuniiiiiai» 
aliqua ratione extinguebatur. Qui locus idtfo dieitur Albesion quia iW fiebani 
albc stolae imperaconim. « .■//ftftMi», comme b*!t<.m dani le romjn fran^'ai», 
est une déforniatioii d'ojMA'j, due pcut-ctre dans les MitiiHtia A udc erreur 
d« leaure (/ pour t), et criginc d'ut\e éiymoSogie absurde. 



J 



164 ^°- i'akaL 

L'un concerne It; capitole de Cartiiagt, bâti de telle sorte 
que 

t}7 Ja u'i p9i\is\ ocm laitt en bas, 
Ne fust oli en es ic pu 
Par toi le cjpitoîle aitor. 

L'auire (v. 7551 ss.) est relaiif au tombeau *îe Camille. 
•1 Set merveilles a en ccst mont n, dit le poète en commen- 
çant ; mais, explique-t-il, il n'y en a pas de plus grande que ce 
tombeau. Sur quatre bases formées par des lions reposent deux 
arceaux qui se coupent en croix. De l'endroit où ils se ren- 
contrent s'élance tnie colonne de sept-iolses de haut : elle 
supporte un plateau de vingt pieds de diamètre, et, sur ce pla- 
teau, des piliers, disposés en cercle, avec des arcs, supportent 
un second plateau- Sur ce Necoiid plateau, trente piliers, tou- 
jours disposés en cercle, avec des arcs, en supportent un 
troisième. Enfin, sur un troisième éuge de colonnes « 
d'arcs repose un chapiteau à voûte. C'est Ih qu'est le tom- 
beau. Au sommet de ledihcc se dresse une aiguille dorée 
avec trois boules autour. En outre, un miroir permet de décou- 
vrir les ejinemis d'aussi loin qu'ils viennent. Et le poète 
admire avec insistance l'évasentent progressif de ce monument. 

Les inventions qu'on vient de voir paraissent ôtre en rap- 
port assez étroit avec certaines traditions relatives aux Sept 
merveilles'. Une liste de ces merveilles, qui parait avoir été 



I. Pour l'histoire des Sept nicrvcîncs dans l'antiquiiC-, on pourri recourir 
h l'édilioii donnée par tJrclli en iHij du De ifplem orhii miractih's de l'hilon 
de Byxjnce, et ik la disi«il;iuoiii du Hcrni. St:liott, Dt itpiem orbii spntaculit 
tfuaettioius, progr. g>'mn. d'Aiisbûch. 1891. — Les wxlcs principaiw som 
ceux de Philon, d'Aaiipaicr Sidoniu^, de Nicéiis, pour la Qjkit. ei, pour les 
Lstim, ceux (le Maniai, d'Hygin et de Oassiodoiv. Une foule d'autre* écrivains 
mentionnent î-iolément telle ou telle merveille :ain^î HéroJote, Diodorc, S»ra- 
bon, Pline, Solin, Valère-Muime, Aulu-Gclle, Ammien Mariielliii, Sidoine 
Apollinaire, etc. 

Pour l'histoire de ces merveilles au moyen ige, voy. le riche anlde de 
M. H.Oniom, La i/pi utrrvfUUi itit matuie an moyemigr (Jiibliotbiiftif df l'I-foîe 
lies Chartes, 1883, i. XLIII, p. 40 ».). — Les tentes htliLs sont : l" un opus- 
cule, qui a été imprimé plusieurs fois parmi le» (ouvres de Bédc, et dont il 
existe de nombreux maauscrit» depuis le X* siècle (voy. Omont, p. 4J ss., 




(SDELQUES SODRCES VF. t'ÉVÉAS 1^5 

irès connue, nous a ct6 conscr\-ée dans Ue nombreux manu- 
scrits, dont un du X' siècle '. Elle range ^ leur nombre le capï- 
lole lie Rome, le phare d'Alexandrie. le coIomc de Rhodci, 
1.1 statue aimantée de Bcllcrophor, le théâtre d'MéracIée, les 
thermes d'Apollonius de 't'iane, et le temple de Diane d'Kphèse. 
Voici les indications de ce texte sur ie capitolc et sur le théâtre 
d'Héracl^c : 

Primum miraculum est CapiUtUuni Rmif, i^iic lorîui miindi cK'it.iuim civî- 
u^csl. Et iW consccraiio îiaiu.irum omnium ncntiutn. Que statue ^crjpu 
Tiomiru in pcciorc gcntis, cujiç ittLi^încm tcncbant, gcsiah.inl. ci tintinnabii- 
lura in çollo uniu>euiiisi]uc sutuc cT:it, wctrdmt,> ({uoquc die ac iiocic »em- 
pcr vigilinivs cas custodicbani. Et que geins in rebcllîonetii vottsurgere cona- 
batur coMti Rcnuiitiit) împcrium, statut illîui Rcntis commovcbaïur, et 
ilminnibiiluni în ^ollo qui. rcsoiiab^t, îu ut s<;riptum nomett comlnuo saccr- 
ilotes jiHncipibus dcportarcm, cl ipsi abst]uc mor.i excrcitum ad reprimen- 
dam caoïiiciTi gtiitcm dirl^creai... *. 

QMÎnium est Thtatrum in Heradea c\\^iMc, de unn tnantioa- ita <v:ulpium 
ui omncs cellube, ni,msicinfs, mûri çi amrj hcvtbruni «« imo «»lo lapiJv 
conspîcîantur, quad supur scpicm cancros, Je ipso Ijpjdv sculptas, pcndcin 
\uMinciur. [;t iicniu iiitra ipsum t;iii) sccn-lc solu:^ ;itit cum jEiL[UO io(|ui 
potcsi. Ut oinncs ipsum non judiam, qui in ;>yra liuiu^ cdîlkii contisiunt ■■. 

Peui-écre n'est-il pas trop hasardé de penser que le poète de 



textep. 47J ; — a* un traité sut l» tucrvcilles humaines (ms. du xti* s.. Bib). 
nat.. Ii277,f'' 8] : voy. Oraoni, p. 44, texte p. 50); — ;° un traili ourles mer- 
veilles na[urelles(niimcni5,,ï" Sï ; voy.Oaioiit,p.44, texte p. %l)-, — 4" une 
traduction d'un pissagedc Grégoire de X^nanze rclitifaux sept merveilles, par 
CxTiaqoc d'Ancànc fms. du xv« s., Bibl. lui ,nouv. acq. lai. 1434, fin; voy. 
Omom, pp. 47- 57. n. 1. texte p. >6): — 5" une note sur le miîincsujet (ms. 
du tx« s,, Vaticm bi. 19.19', f* l6q vo; voy* Omont, p. 47. texte p. 17). 

i. Voy. la note pricédeiitc. 

I. Éd. Onioni, p. 47-4S. Sur les sutuc* sonores du Capitule, %-oy. au>si 
les MiVuitiid RaniM, éd. citée de JoTd.iii, t. ]|. p. 622, I. 4 ïï.. etn. j ; p. 6îi. 
n. t4: puis Alexandre Xecham. £V nalurii rerum, I, 11, cap. 174, et /> 
laudibui divim* mpitntiat,\ , v. aSij ». (éd. Wriglii, daus \a RtruHt hri- 
tan. scriptorts), et toute une sWe d'autres lestes ; voy. C'omparcni, i'irtiilh 
ml mediofivf, t. Il, p. 76 »S. 

J. ^. Omont, p. 49. Variante pour b dernii^n: phrase : « Et ïn gyro aut 
in îpsis nunsionibm nemo lam secrète aut soius dut cum jlitjuo Eoqui potcsl, 
qtKNl ottmes qui la circuiiu suot non audlant. » 



l66 ED. FARAL 

VÉnéas, en décrivant le capitote de Carthage, a combiné des 
élOmcnissf rapportatit les uns au*:apiiole romain, les autres au 
tliéâtre d'Héraclée. Li légende des statues qui s'a^itciu ut font 
du bruii au moindre mouvement des nacîpns révoltées fournis- 
sait l'idée d'un palais sonore; et la légende du théâtre d'Héra- 
cléc fournissait le détail qui exprime de la {ai;on la plus frap- 
pante la sonorité de l'édifice. ^ 

I.'opinion que j'avance ne repose, il est vrai, que sur des 
fondements assez fragiles ^ m.iis elle prend de la force sî on con- 
sidère l'usage que le poète a fait par ailleurs du souvenir des 
Sept merveilles ; et voici un rupprochcmcni qui n'est pas sans 
valeur. 

Le phare d'Alexandrie comptait, on l'a vu, dans la pléiade 
des monuments prodigieux; et on racontait, au xii* siècle, 
qu*un miroir, placé à son sommet, avait permis autrefois de 
voir venir les flottes ennemies d'une très «irande distance. Ben- 
jamin de Tudèle parle de ce miroir dans la relation du vo>'age 
qu'il fit en Orient entre les années 1160 et 117^ '. Peut-être 
1.1 fable avait-file pour origine l'installation d'un observatoire 
dans l'île par les Arabes et l'emploi de certains instruments 
d'optique; et 11 semble qu'on aie dû la raconter aux jiélerins, 
qui venaient visiter, à Alexandrie, le tombeau de saint Marc '. 

N'est-ce pas ce souvenir qui a conduit l'auteur de VÉrum à 
placer son miroir merveilleux au sommet du tombeau de 
Camille ? Je sais bien que, dans la léj^ende, Virgile place aussi 
un miroir du même genre en h.iut du capitole de Kome, et que 
M. De Grave aurait pu joindre cet exemple à ceu.x dont il a 
été question ci-dessus '. Mais cette anecdote n'apparaît pour la 
première fois que dans les textes des Sept Sages *, de Clàmtadh * 

I. Bcojjimin de Tudélc, dan^ le recueil da l^oyagrun aucitmel mt>Jrmft, 
p. p. f.. Clunon, I. Il, p. 3i(>. Ia pliu nïccrue éilïtloii du u-xtc hébreu, 
accompagné d'une traJuclion xnglaiM:, a éié doMiiùe par Mircui N. Adler, 
dans h Jfwhbquarttrlv rn-ieui, 1904, t. XVI. p. Jj} ci fasc. bs. 

3. C'e>t du itioin^ ce qu'on peut déduire du fait qu'Alexandrie et te lotn- 
bcau de &aim .Mar^ sont ordmaircmcni mentionnés dans les ItiiiérEiires du 
voyage en Terre saimc. Voy., par exemple. Arculphe, //iVr,, chap. jo; 
BÛe, Detucit tanctis, chap. 18; Benjamin de Tuiiéle, /kut. (iU. 

^. Voy. plus haut, p. t6l. 

4,. Éd. KeUcr, v. 397a ss. 

(. Éd. Van Hawel!, 1. 1, v. 1691 ss. 




QUELQUES SOURCES DE l'ÂKÊAS 

«de Renart k cmtrcfait '. El c'est pourquoi or doit pcns(;r 
qu'ici encore c'est la légende de Virjîllc qui a c:é influenccc par 
le roman d'Énéas '. 

Ainsi se fait jour, à cote de celui du capïtolc et du thc.Urc 
d'HéracIée, le souvenir du phare d'AU-x.indiic. Ht voici en(iii 
celui du temple d'Éphèse. 

On l'a \^l, le poète, au vers 7551, annonce que le tombenu 
de Camillecst plus beau qu'aucune des Sept merveilles, ci il est 
clair par conséquent que, ici, \es ayant nomm£-es, il y a songé. 
D'autre pan, si on examine de quelle façon le tombeau est bâti, 
on lui trouvera de grandes ressemblances avec le temple légen- 
daire d'HpIiésc. La description qui en est faite, est très composite, 
et les éléments en ont été rapportés de dilTcrents côtés : tels ont 
pu venir, par exemple, du temple de Snlomon, qui ét.iii rangé 
quelquefois parmi les Sept merveilles» ; mais l'idée d'une con- 
struction à plusieurs étages soutenus par des colonnes et qui 
vont en s'éUrgissant de la base au sommet, parait iiispirée par 
celle du temple de Oiane, dont voici la description d'après le D^ 
seplert} miracults mumii déjà cité : 

Scptimuni[mîraculuiiijc*a tciupluin Dunat-. Super quatuor coluniiu'ipniiin 
fundamcnu pcMi^a suot arcuum, Jcindc paulatint succrcsccns, super quatuor 
arcusemineutiores lapides jrcubus priorihu-i suppositi. Super qujiuor ot;to 
columnac et octo arciis porrc^ti, Jn4c tercio online eqiia ponderationc pcr 
([unuor panes siiccrcsccns, »t'mp».T cmîntrntiorci l.ipiJcs poiiti. Super cicio 
wsdecim futidan siim: super scxdccim iriginia duo : îsic ortlo quartus est. lit 
i)ULnto ordinc Kxagïnta quatuor cûliininac et arcus succrescunt - et super 



1. Voy. Du Mfiril, .Vf.'/.iriivj. p. .140 ^s.. cité par Comparctti, wvr. rM, 
t. II, p. 81. 

2. Ci:i article avaii ét^d^jà envoyé A l'imprimeur quand j';iicu conn3iss.iiii:e 
de l'étude de M, A. Hilka wr i'Hiiloria Aieximdri imi^ni de Liegnit/.. parue 
^3ax% \vi RomanitilM Fontbtmgta, 1910, t. XXIX, p. i ss. Le teste que 
M. Hilka examine et publie mentionne le miroir magique au sAmmet d'une 
tour Mite en li^ypte par Nepuuabus, « c'est, pcmc au»i <x critique, h vm 
souvenir des Sffilfm minihUia minuli que celic niciilîoi) est duc. Notre reii- 
coDirc me paraît éirc uae preuve en laveur de la vérité de nos thèse». M. HUka 
n'a pas mentionné VÉ'Uas parmi les textes ocddeotaui qui se rattachent À là 
tradiiion dont il parle. 

). Par exemple dans le texte H (voy. plus haut. p. 164, n. i), au déjA «lans 
Sidoine ApollinaÎTC, IV, tp. 18. 



r«8 



ËD. FARAL 



Mxaginu -iiuiuor cenium viginti et oao columnw fioem faciutii tam min- 
biUs acdiâcii •. 



I. Ëd. Omoiit. p. 49-so. Sur le temple d'I^ptiÈM.', voy. U dJiserutioii ile 
CI. Le Mcneitrier, De tfn^lo Dianaf Ephtuaf, 1688. Voy. aussi l'arricle Ai U 
Rtal-EiKydopâ'iif de Pjtilv-Wissowa, itouv. tid-, t. V, col. 2807 if-- 

Va réputiiion de ce temple au moyen ^e ^tait fon jurande. A la fin de la tra- 
duaîoiidc Grégoire dc NaiJanK p;ir Cyciaqvnr d'ADCÔni:, dom il aéié<]ucsÙQn 
plus haut (p. 164, n. i), on lit dans le n». cette note que M. Omont n'a pus 
jugé 1 propos J'iiiipriniCT : ■- lùgo vcro prtce II* minimum illud Diane |E]phe» 
sic tcmpluTii il Giegurio tiac in parle pructaniiissum esse miror. » 

Q^IO r^mlcur tic Viiium se soit Miusvnu, dtiris les pass-igci en question, des 
Sept merveilles du monde, i'vil ce qui me parait tncoflieï>table, >lais je n'o»- 
rais pas soutenir uns hiiviation qu'it ait it£ le premier 1 utiliser de:i sou%-c- 
mn de ce ffenre dans des descriptions d'cruvrcs imaf;Jnaircs, ni m£me, dans 
une certaine mesure, dies coiiiibincrde I.1 far;on .]ti'it .1 fait. On tmtivcra, en 
effet, entre i'/--jj/ai Cl U plu4Jiieii:Hiie version latine de U l^Urt da Pritre je.in. 
des rapports qui ne jwuveni tous ilre dus au hasard, et voici des rapproche- 
nients qu'il est tcgitimcdc faire : 

I" Le roman parle d'une lampe étemelle garnie de baume (v. 9îl3). La 
itltie (lîd. Zamcktf, dans les MbhiUiJI. lier kimi^lùb sâcinitdxu GfSfUu-kt/i 
JfrfViisnisctM/leii. phil.- Htt. CUssf, t. Vil) dh, 5 éj : * Haisamum îemper m 
eaderii caméra iirdel, » 

2" Le roman dit que l'on fabrique la pourpre avec le sang de certains petits' 
poissons (V. 471 is,). Ijil.ellrt, de>tnic6té, porte, S Ï'I - * ApudnoMiapiuntur 
piues, quorum saugulnc tinguiiur purpura. » 

)■> Le ronua décrit la couverture du tombeau de Pallas de la tnaniire sui- 
vant : 

6429 La covcrturc de dcsus 
Fu toie faite d'chenu» ; 
Une afsuille ot amoni levée 
'lotc de cuivre sororc* ; 
Tre^getiï i 01 treîs poniels . 

Et la Lfttrt porUnt du palab du prêtre Jean : 

5 57 : «Coopenura ejusdcni paLv^iJ e^l de ebcno, ne aitquo casu possît com- 
buri. In exiremii.uibuï \cro super culnicu palatil sunt duo ponia iur«:a. . . - 

4» Knfin, on a vu pn^-cédcmmeni lie quelle façon singulière cHjit bâti le 
tombeau de Camille. Or la Lttlrfdicrh un monumeoi du m£mc K^^nrc placé 
devant le palais du Prêtre : 

$ 67 : ■ Antc fore» paLntii nostri justa locuni, ubi puf^iiantes in duello ago- 
nizant, est spéculum praccctsae tnngniiudlnis, ad quod per cxxv gradus 
asccndiiur. (iradu^vero suot deporàritieo, partim de serpcntiao et oUbastra 




aUELOUES SOURCES DE l'ÉNÉAS 



169 



Et si l'on se demande pourquoi l'auteur de l'Énéas aurait 
pensé au Temple d'I^phèsc à propos de Camille, il ne faudra pas 
dubiier que ce temple passait pour avoir t-té biiii jiar les Ama- 
zones ', et que Camille, aux yeux de notre poète, était une 



a tcrcU parle infcrins. Hine uîqiie ad Krciam fuirtem Nupcnus sunt Jv crisulln 
lapide et sarJonico. Superior vcro icrcia pars de jniciisio, »tnbrj, laspidc et 
p^inthcra. Spci;ulum vom una soh cnlumpn4 inntciiur. Supi;r tpsam vcrn 
basiî jacvns, »ipvr i^ua^ iik'ni alu bnsi» et stipcr ipsjtii (juituoT coluiDpnac, 
super <iuas item ali.i hasts et super ipsam vni columpnac, super quas item alia 
bisiihet tupcr ip&im columpuau xvi, iupef qiJJ3 iicni alia bash, «iupcr i]uatii 
culumpnac xxxii, super ^uis item alla basii et super ip^ni kolumpnae ixiv. 
«upcr qujs item iilia bjïîv super quam iicm columpnac LXiv. supfr quat 
iietn alia hasiï ci super ipsam coluiqpnac xxxil. Et sic desccadeado diml- 
nuuntur côlumpn.ie, liait J^cend>L-iuln creveruni, usquu ad unam. Columpnar 
auicm et bnsis ejusdcm ijenirns bpidum Mmt, cujuket gradua, pcr quOK asccii- 
diiurad eas In summitatc vero ïupruniac columpnac est bpi'culum, tali ane 
>:ontecr3ium, iiuod omrirs inuctitiuiluiics et oninu, ijujc pro iiobû et contra 
nosinadjacuKtbus et subjcLiis Dobis ^rovinciis fium, a wootiieniibus lii^ui- 
Jbsimc vidcri possunt c( cognosci . ■> 
De CCS rapprochcmems. tous n'oni pas, 3 la vinxt. la miîme Imponance : 
i" La lampe Ramie de baume ei qui brille toujours se retrouve ailleurs <[\ii: 
daiwMS tencs, et déjà, par exemple, dans h relation de l'Ardiipri^tre des Indes 
(td. Zamclce, 5 }))■ 

20 Si les deux textes appellent les coquillages 1 pourpre des poissons, Isi- 
Jore et BMe en font aiitani. 

}<> Quant au toit JVbCnectaux houles d'or, il faudiait savoir si les deux 
testes n'ont po^ puisf directement, et chacun de son côté, dans la rtalité 
ou dans d» traditions courantes. 

Il n»tc tuutcï^ois (et ceci est indiscuiabU) i4;ut: lu coii]bin.ii&oii de la cous- 
tructioo A évasemeot progressif et de la colonne surmontée d'un miroir cons- 
titue un tien très étroit entre le5 deux écrits ; clic prouve ou tjue l'auteur de 

b Lellrt 3 vtt'ûiii VÉnéiis, ou que celui dic VÈnias a utilisé la I.fllrf. ou que 

l'uo et l'autre ont utilise «ne mûnic source. 11 n'y a pii-i d'autre explication po^ 

siblc. Mais laquelle est Ij bonne ? 
J'avoue que je ne ïuis pas, pour l'instant, en mesure d'y répondre d'une 

façon satis6isanie. 

[. Voy. déjà Pline, Hiit. ml., V. xxxi, 4 ; puis, pour ne citer que les 

textes familiers an moyen âge, Isidore, Etymol., I. NV, n" 58: et Hygin. 

Le» écriv.uns du mo>-cn ige même ne t'ignoraient pas et la pièce V 

(voy. plus haut, p. 164, n. i) mentionne te temple en ces termes : « Acdis 

Diarue Bpheso quam consiîtuil Amairon. a 



170 ED. FARAL 

Amazone' ; en sorte que la rencontre a pu se iàire naturelle- 
ment dans son esprit entre l'idée du tombeau de Camille et 
celle du temple d'hphèse. 

Voilà comment, dans VÉnéas, la légende des Sept merveilles 
est venue, très probablement, s'ajouter à la donnée virgiliennc. 

2. — Il y a, dans ce roman, toute une série d'autres inven- 
tions, qui se rattachent plus ou moins directement à des tradi- 
tions antiques. 

Ainsi il est difficile de ne pas admettre que les « trois fées 
soeurs » qui tissèrent la « pourpre noire » de Camille (v. 401; 
ss.), ou que les trois déesses qui firent le « blîaut » funèbre de 
Pallas (v. 6391 ss.), doivent être identifiées avec les trois sœure 
filandières ou tisserandes de la mythologie gréco-romaine, avec 
les Parques. 

Décrivant les remparts de Carthage, le poète dit qu'ils ont 
été bâtis avec de l'aimant (jnangnele), pierre « molt dure », et, 
ajoute-t-il, 

436 La mangnete est de tel nature, 
Ja nus oem armez n'i venîst, 
Que la pierre a sei nel rraisisT : 
Tant n'i venissent o halbers. 
Ne fussent lues al mur aers. 

Plus loin, il imagine que Messapus, « fiz Neptuni, le deu 
marage », possède des chevaux dont il fait cette description : 

Î9JS Poltrels oreni de Capadoce, 

Ki n'om mehaing, jale ne boce, 

D'un mer\'cillos haraz de nier. 

Et molt sont legicr a armer ; 

Cheval n'a soz ck-l plus Vâillanz, 
Î940 Mais ne vivent que seul treis anz. 

Avant n'en puet uns seuls durer ; 

Né sont des ives de la mer 

Ki en mer vivent seulement. 

Si com conviirut, totes de! vent ; 
Î94) Molt par en sont buen li poltrel 



I. C'est pourquoi^ ce que ne précise pas Virgile — il la représente 
chaste {y. 3977 ss.) et entourée d'un peuple de cavalières (v. 6979 ss.). 



LQPES SOURCES DE l'ÉNÉAS 

Et a merveille sont tsnel. 

Et molt scrcicot de grant pm 

Se vhTÎcnt neuf aiu o dis. 

M. Dt Grave a pcnséque cetïe invention des remparts aiman- 
tés et des chevaux marins devait avoir des origines orieninles. 
et il considère comme certain que l'auieur a connu le Voyage 
tfe iinrfW. Je ne puis partager celte opinion. Sans doute, i! y 
a dans le roman des éléments de provenance orientale. Si l^néc 
et ses compa)i;non.%dre&.sent leurs tentes au milieu d'une enceinie 
carrée fgrmiic d'étolTes tendues, c'est peut-être que le pntHc a 
[ïcnsé à une coutume des Arabes, qui entouraient .ius-.i leurs 
pavillons d'une enceinte de toile ^. Maïs il n'est pas nécessaire, 
pour les passages qui nous occupent, de recourir à une explica- 
tion de cette nature. Pour ce qui est des remparts nimantés, 
le trouveur a bien pu les inventer à lui tout seul, et le rappro- 
chement avec la montagne aimantée du Voyage de Sindhad ne 
s'impose pas. Quant aux chevaux marins, il est certain qu'ils 
ne proviennent pas de récits orientaux, mais que l'idée en a été 
puisée dans des traditions latines écrites de l'Occident. \'oici 
comment. Virgile appelle Messjpus « equum domitor, Neptunia 
proies «(VII, 691). Or son traducteur n'était pas sans connnitre 
l'équipage dans lequel Neptune est représenté par les poètes 
antiques. Il avait pu trouver dans Stace, par exemple, qui émit 
alors extrêmement étudié, la mention des chevaux marins dont 
ce dieu attelait son char : 

7I1A., II, 4J Illic Ac^KO Ncptunos gur^iitc fessos 

In ponum dcducil cquos : prior luuril arenas 
Ui^ul.l, p05trcnii 6o!vunUir in acquorJ [HSCCS. 



Adn'l., 1, f9 lllï spumifcros glomcrant a pcciore cursus, 
Poae nauni deleuiqu«peduni vestigLa cauila. 

a prêté au fils les mêmes chevaux qu'au père; et, se pl.1l- 
sani à les décrire eu détail, il a puisé dans Pline ou dans Solin. 



1. Éwu, Introd., p. Lxvn. ' 

a. Voy. les Prelégomiwt d'Ibn Khaldoon (yvoliui et Extraits, u XX, a* 
9àne, p. 68 ss.). 



172 



ED. FAtAL 



On lit, en effets dins Pline, que Solin reproduit îd euac- 
ment ; « eduot cquac et venns concepcos ; sed hi nunqtuiQ 
ultra triennium aevum trahuul '. •• 

Et voîli pourquoi les juments du poète f»n<;ais sont fécon- 
dées par le vent (v. $943-^4); voili pourquoi leurs poulains 
ne rivent que croîs ans (v. .1941-42). Rajoute qu'il parait à peu 
près nécessaire que l'auteur du roman ait connu directement 
l'une ou l'autre de ces sources, Pttnc ou Solin; cardans aucun 
des écrivains postérieurs, ni dans Isidore, ni dans Hugues de 
Saint-Victor, qui. reproduisent l'informaiion de Solin sur les 
chevaux*, on ne retrouve le passage rclatit" aux ca\-alcs fécon- 
dées par le veni et aux poulains de trois ans. 

Il y a des cas, d'ailleurs, où l'auteur de VÉn/as s*est scr^-i de 
sources rcUtivemeni récentes, comme le prouve i elle seule b 
mention de l'oiseau calade (v. 7467) '. 

Toutefois, il est peu probable que ces sources aient été des 
traités en langue vulgaire. M. De Grave a reni.irqué que cer- 
tains animaux décrits dans le roman sont aussi nommés et 
décrits dans le Bestiaire de Philippe de Thaun : ainsi les croco- 
diles, l'oiseau calade, le cetus, et l'oiseau qui fait son nid sur 
l'eau *. Les rapprocbemenis qu'il indique sont justifiés; mais les 
ressemblances sur lesquelles ils sont fondés sont ducs i l'imita- 
tion d'une source commune plutôt qu'à celle du BeHiaire pat 
VÉnéaf. Tous les renseignements qu'il donne et qui se retrou- 
vent dans le Bfstimre, l'auteur de VÈnéas pouvait les trouver 



t. Plioe, tV.iixv, 4;Toy. SoUd, Co/iin-rdiM» renom mtimrâhiHmm,Wi, 

iB.éd. Moinmscn, iK95,p. 177, I. 3. 

3. \oy. Isidon:, Rlymcl., I. \1I,n»4) u. : pscudo-Hugucs tteSomt-VictCR', 
De hfitUs et aliit ratnu. I. III, c. ij (Mignt, Pair, lai., 1. tlLXXVlI, col. 91). 
Bien que x dLTni«r mité ne toit pat de lui, je le citerai, pour la commodité, 
sous le nom de Hu^cs, j <]ui on l'a tits anctcoocmcnt anribuj. 

). La tnulHton rcliiux- i ici oiïcau est inconnue aux naïunilisics tic l'anti- 
quîtâ Utinc. tc]s()uc Plino. Si Solïn, ni Isidore non plus n'en paHcnt. lien 
faut rechercher la souKe dans le PhyiifJogut, c'e>t-i-dire du càtè de l'Oricm , 
Le texte btiu le plus ancien t]ui s'y rapponc e&i peut-être celui qu'a publié 
dora Pitra dans son Spiolegium SoleimfHU, l, III, p. 418. Voy. aussi Cahier. 
At/langa ifartbéolçgit, X. U, p. IJO. 

4- Ën^, Introd., p. LXVil-LXlx. 



QUELQUES SOURCES DE l'ÉN^S 



Ï7Î 



dans d'autres traiiés divers» qui lui fournissftii'nt eu mcine 
temps tels traits absents du Bfstiaîr^. 

Ain», l'oiseau calade est décritdans beaucoup de traités latins 
dérivés du Physhhgiis ', par exemple le De l'eslUs et atiis rehus 
attribué (faussement, d'ailleurs) à Hugue$ de Saint-Vicior'. 
L'oiseau merveilleux qui pond au fond de la mer et qui couve 
ses œufs en flottant sur l'eau, doit être rapproché sans doute de 
la fulica du Bestiaire de Philippe ; mais cere même fulica est 
déjà décrite par Isidore de Scville : 

Est eoim avis sugncosis, lubetis nidum in mudio a^uae, vcl in pctrts, quas 
iiqiiac ctrcmndânr, fturitinifi<juc icmper dclcciatur profundo. Qiim duni 
tcnipcsUtcm pcrscnsciît. l'ugicos in vido luJii '. 

Et Hugues de Saint-Victor reproduit la même inibnnaiion ^ 
Le cclus figure dans le Physiologm ' ; les recueils de gloses en 
parlent fréquemment"; il est mentionné par Isidore ^ et El est 
lon^îuemcnt décrit par Hugues *. Enfin l'histoire des croco- 
diles qui font ou laissent curer leur bouche et l'intérieur de 
leur corps par des oiseaux, se rattache à une tradition dont 
l'origine est déjà, parmi les Latins, dans Pline ^; de là elle a 
passé dans Solin"* et dans Hugues de Saint- Victor". On 
n'oserait dire, du reste, que l'auteur de yÉrùas l'y ait 



1. Voj'.. parcxctnple, les Dirta Johannis Crisoilomîtit nalurit htstiarum, n" 
jé, p. p. Hcidcr (Arcbiv /ûr Kunde aster. Gtscbitiits-QuelitH, 1S50, I. II. p. 
SÏ2 ii.) (ms. du xi« ■*.); le Dt httliii d alîis tehvs, I. I, c. 48, etl. II, c. 31 : 
et je renvoie au d(iooml)n:nii;iu dvs Bestiaires latim iju'a f;itt R. Keiiiscli dan» 
son édition du IkiHaiff de GuilUunic le CItrj, EinUil., p. $6 a. {,Ail- 
Jran'^iiisibt liiblictfitk. t. XIV). 

2. Voy. la note prvrtdtote. 

j. Voy. £/;«..;..!. XII, S îî- 

4. Voy. De bnliii et aliis r^tu, I, (8. 

5. Voy. dom Pri™. Spicîlei;. Soittmtnu.t. 111, p. jj!. j8], ] 86, ct Cahier, 
onvr. ilte. t. lU. p. aîj. 

6. Voy. Ci>rpuj i;hsiiiriorMtn KilhMtiiHi, éd. GocU,i. VI,p. SOJ. 

7. Voy. DiffertHl., I. I, S 13^. 

H. Vov- Defvstiii ftuHis r**n(. Il, î6. 

9. Voy. //»/. mil., VIII, XXXVII, 1 >*. 
tO. Voy. Ccil. rtrum mtmortth., X.XXII, 21. 
[|. Voy. Dt btstiii tt alUs rebut, JI, 8, vt UI, SJ. 



»74 



ED. FARAL 



prise; car il présente les oiseaux comme utiles aux crocodiles, 
a'ors que, chez les autres auteurs, et dans le Btstiairc aussi, ces 
uiscaux, CD pcnctrant dans les or);;aites de l'amphibie, lui 
dotincni la mort. M. De Grave cite précisément un passage 
d'Apulée où l'oiseau dont il s'agit, ami du crocodile, arrache les 
sangsues de sa gueule < : le texte de VÈttias paraît se rapporter 
à une tradition plus voisine de cette dernière que de celle de 
Fline et de ses imitateurs. 

3. — On le voit, il y a dans ^Éaéas des cléments, étrangers 
au texte de Virgile, qui viennent de l'antiquité, mais pas tou- 
jours dtreaemcnl. Il est remarquable, en particulier, que l'au- 
teur, s'il connaissait Stace comme la plupart des clercs ses con- 
temporains, n'en a guère subi l'influence qu'à travers le roman 
'de Thibfs. Ses emprunts à ce poème sont, d'ailleurs, nombreux 
et notables. M. F.. Lanj^loîs, occupé à établir la chronologie des 
romans de Tijèhes^ à^ÉtUas et de Trou^ a relevé trois passages 
de Thèbes qui auraient été ceruinement imités par l'auteur de 
VÉniai'. 

Il imprime d'abord parallèmeni les textes suivants : 



IX-I ciel 5itvcït lot le sccrd ; 
Il preni rrï[toni et gicfc «orx 
Va revivre ùit hom» mon; 
De lOï oiicaus sot \c latin. 
ÏKM civi n'uvil nieillot «Icvin ■. 



D'oiscls savcit lor. lc& langages 
Ht molt Mveh bien deviner 
Et i^eter sorx ei encliauer ; 
Soi ciet n'aveit cncillor devin <. 

El rcsuscité liottws mors 
Et dcvinô et i;etc sont >. 



Ut il considère qu'ils prouvent la dépendance de Vhnéu par 
nippon à Hfthe-i. I.es raisons qu'il en donne compteraient. 
s'il n'y avait pas moyen d'expliquer lus ressemblances du ces 
testes auta-ment qu'en admettant une imitation de l'un par 
l'autre. Mais, d'une part» les vers 50)6-59 de Vflnéas peuvent 




I. Voy. Apotogie. IV, 21. 

3. E, Laniiilois, ChrQftMogi* àti romans de « Ibfhes ■, « d^Kmat W iU 
Tr<4e » (^Bibtielixiiutde rf:ceitàtsChariett 190J, 1. LXVI, p. 1075s.). 

j. Tbilfej, V. 1028 ss. 

4. hnAii, V. jojà ss. 

5. IhiJ., V. 1909-10. 



QUELQUES SOURCES DE L^ÉNÉAS 



175 



très bien passer pour une ainpliiîcaiiuii de l'endroit correspon- 
dant de Virgile ', tes détails « et geter sor/ ei enchanter 
étant venus, par surcroit, pour les besoins de U rinit;. Quant 
:iu vers 1909, il ne f-iut pas néjiliger i^ue XÉnéide donne l'indica- 
tion : « Nocturnosquc niovei Mancs '. « D'autre pan, on verni 
plus loin que le passage 1909-1926 de VÊnéas paraît, daiis son 
ensemble, avoir été inspiré par le souvenir de certaines lectures 
nntiqucs, qui dispensent de recourir à l'idée d'une imitation 
de rW/v't par Xkniaî. Ainsi la rencontre signalée peut n'être 
due qu';"! l'Idencité du sujet traité, et dont les différents élé- 
[ucnts étaient tournis, dans l'un et l'autre cas, par la tradition 
antique. 

En revanche, les res.scinblances relevées par M. Lanylois en 
d'autres endroits ne peuvent avoir pour origine que l'imitation 
d'un texte par l'autre, et plus précisément de Théhes par 
VÈnéat. Voici comment les auteurs des deux romans ont fait le 
portrait, l'un d*Anti«one arrivant dans le camp de Polynice, 
i'auirede Cimille arrivant dans celui Je Turnus. M. Langlois 
remarque avec raison que le second de ces portraits est calqué 
sur le premier, « avec des surchai^es et quelques modifications 
dont le mauvais goût trahit de prime abord le plagiaire ». 

Desaiplivn rf( U htnuU Jf Camille 



O'uDt; i>orpre inde fu v«Ui<: 

Toi soiglcnictit a sj char nue... * 

Vcsiuc fu csucitcmirrit, 

D'un baM^xi aMiUc b^chcmvnl : 

Chaudes (u duo hanagut 
Et d'un lollcrs de cordoan : 
Sis niantcaus fu, ^o m'en vis, vaïrs, 



(v. Î987 4006). 
[Gic^'clriot K>r%, lou« jusqu'ils pi«z, 
A un fil d'or les ot tivcicz;] 
Rien fil l;i lianx" otrcît vcsiiie 
De porprc ncïrc a sa cliar nue... * 
Vl-Muc lu «Irtitcnitnl, 
Oesus (ut (;einLe Usclitriiicat 
D'une sorccintc à or brosdcc... » 
Clu)cie« fu d'un si^bioo, 
Si soller furent d'un pcissoo... * 
Ses manicls fu riches cl chicrs 



1. £n^/, IV.481 SS. 

2. INd., 490. 

3. Tliifvi. V. 1807 s. 

4. Ûiwai, V. 4009 n. 
j. IhiJ., V. 4031 SS. 
6. iiid., V. 4025 s. 



176 ÉD. FARAL 

Et afubla s'en en travers : 
Les paos en ot bien cntroveri, 
Que li costez fu descoverz. 
[Les cheveus ot et Ions et sors, 
Plus reluisanz que n'est fins ors : 
D'un fil d'argent sont galoné, 
Pendirent lé sor le baudré.j 
El chevauchoi un palefrei 
Qpi fu l'autr' ier tramis le rel: 
[Bien amblanz fujet bien délivres, 
Sis prez esteit de treis cenz livres ; 
Et fu toz neirs, ne mais les hanches 
El les espaules, qu'il ot blanches. 
Et les costes et les oreilles 
Et les jambes que sont vermeilles. 

Le frein ot precios et gent, 
Les rênes sont de fil d'argent, 
La cheveçailk' de fin or : 
Les pierres valent un leasor. 
D'un blanc ivuére fu la sèle 



Ht d'un brun paile la sorsèle, 

Ht li estreu et la peaignc 

Sont tuit massiz de l'or d'Espaigne 



Et fu toz faiz a eschaquiers *.. 
Elle en ot entroverz les paos. 
Que li parut li destre flans, 



El chevalchot un palefrei 
Qui soz li meine grant esfrei ). 



longue descripiio» de Li robe du cbeivl 
(v. 4049-4068). 



[Li palefreîs fu bien anblanz,] 
Et li freins fu molt avenanz ; 
De tin or fu li cheveçals, 
Faiz a pierres et a esmals, 
Etlesresnes de fin argent... * 
La sele en buene, et It arçon 
Furent de l'oevre Salemon, 
A or taillé de blanc ivoire... * 
De porprc fu la coverture... ' 
Li estrier furent de fin or, 
Li peitrals valut un trésor >. 



Le troisième rapprochement que fait M. Langlois est le sui- 
vant : 



Ses contes ot, si coni jo crei. 

En la cité esire le rei ; 

Et si aveit set maisires rues 



Set niaistres portes i aveit ; 



1. Thfivs, V. j8i ) ss. 

2. liiiêiis, V. 4029 s, 

3. Ihhl.. V. 404; ss. 

4. litid.. V. 4069SS, 
). Ibid., V. 4075 ss. 

6. Ihid., V. 4079. 

7. IbûL, V. 4o8î s. J'ai mis entre crochets les passages qui contiennent 
lus mêmes détails dans les deux textes, mais qui n'occupent pas la même place 
dans le développement. 



ttUELQUES SOURCES DE l'AnÉAS 



177 



Uns cucns sot choscune maucît. 
Son feu en lu-ntît et » terre ; 
Se 3 Cftiu^t: sordeil );iM:ir«, 
Chascun conic cstovcit servir 
Bt set uval cKevaUers tenir : 



tponeset set vissucs : 
sa ne ot hcrbcrgice 
Des ses montes o u nuusutee. 
Et en La rue principal 
Furctit herbergié lî reiol; 
ChascuDS des set sa porte a\*eli ' 

Et chascuQs par sa porte eisscii ■. _ ■,'' 

Il est certain que les ressemblances de ces deux derniers passages 
ne sauraient âtrc fortuites; d'sutrc part, le* détails contenus 
dans Tliélvs étaient fournis à l'anteur p:ir Siace, alors qu'ils ne 
l'ctaii-nt pas à celui de VFnéas par \'irgile ; enfin, en dehors de 
Tbihes, il n'y a pas, comme pour les vers [909 ss., de texte 
familier au moyen Age, d'où un écrivain nit pu tirer les traits 
dont il est ici question. Aussi est-il tout à fait probable que 
nous nous trouvons en présence d'une imitation de TiMbcs par 
VEnéas. 

Aux preuves qu'a données M, Langlois j'en veux joindre une 
nouvelle qui me paraît très forte. Dans le roman de 7/VA.-;, la 
t^rande bataille éclate, sous tes murs de la ville, à la suite du 
meurtre de la tigre^e sacrée des Thêbains commis par les sol- 
dats d'Adraste : 

43B1 Por neîent et porlegcrîe 
Comcnça W jor la folie, 

De même, dans le roman d'fc*wài/, les premières hostilités 
entre les Troyens et les Latins sont provoquées par te meurtre 
du cerf apprivoisé, que tue Ascagne : 

^i2i Kl pJT iiiolt petite avcmurc 

Mut la gu«rre. ki tant Tu dure- . 

El voici comment sont décrits les deux animaux, ou du 
moins voici quelques-uns des vers qui leur sont consacrés : 



DonisM' 16 o ihuT o pain, 
E] le iTianjast en voscrc imin ; 
De vin beùsi plein un grjntcuévre. 
Donc l'avreiei: lote jor évre : 



la damctsele o luiioctt 
El il taui bicu lacutK>i»«i, 
QjJc, des que cle l'apclot, 
Devant sus pic^ ^'agunoîllot. 



1. TIMa, V, (17) ». 

2. Éliras, v. 465 ss. 

tmmmi., XL. 



la 



178 

lioac uillist, idonc i<uU, 

1 .int que tmloc vos cnoiost. 

Kk avt'n enz cl front cUrant 

Tjn ncharbonck moût luisam : 

Ne cuii que atu: en nule bcsic 

\'d« on iiani gcntc UMe ; 

îii aveii de tôt k cois 

Plus nrluiunt i^uc n«n est orv 

Ne la vouvikt perilrv It rds 

Por Ireîs cvar. Uvm de maruds ' 



eO. FAHAL 
Ln pk 



It lorchoi a si nom, 
A xpn escox aunjoi le paia, 
A molt grmi trait be^Tit le vto : 
Por uisunic livres d'oc 6n 
Ncl volsist perdre U mevibinc. 
T;)nt en li ccn de buccc ocinc. 
Que b nuit scrvdt al mangier. 
Si crt en ku de chanddkr 
Devant 1c pcrc a la pucdr. 
McTvctlk» ert sa tcsic bdc, 
Quaai uns granx derges 1! vdcit 
Sor cliascuQ raim que il a^i'cit '. 



Les res&emblancn de ces d&ux passages sont indéniables. Il 
faut mettre noumment en rappon les vers suivants : Théba 
4289-92 et Énàis 3548-^9, Théhes 4301-02 et Enàts 3ÎSO-51, 
r/vi« 4293-94 et tnéas 3S4]-4é. Quant i l'idée du cerf dont 
les cornes servent de Lhandclier, clic n'est pas snns relation .ivec 
«Ile de la tii;ressc portant sur son front une escarboucle '. 
Comment expliquer ces circonsunccs ? La panie que nous 
avons citée de ta description du cerf dans Vknéas ne corres- 
pond A rieii dans le texte de Virgile. Celle de la ligresse dans 
Thèhei est, de son c6té, irfrs fantaisiste. Mats du moins elle doit 
à Stace te détail que t'animai buvait du vin : 

VU, J7^ HxtTevUEitqu'cdbos. Tuioquc horrmda supioant 
Ora xacTO. 



1. IfMi'fi, V. 428g SS, 

2. Éh/iU, V. JÎ43. 

î- Oo sait quv l'cKarboude pasMÎt pour rendre de la lumiihe pendant 
li nuii. Cette croyance iiiH tr^ ancienne. Saint Augustin considérv le ùàt 
comme i:aurjiiim>i:nt .iJtnis (vov. Dr Jotiriiiit cbrislititia, I. 11, § l{, éd. Aks 
Bénédi>:iinï).Aux tvMcs qui uni Ctc rvuniï )>uut Icmoyvii A^c par .M. Cods- 
tans. damksnoic5 de wn Odilton du roman de Tlxbes, v. éjl ss {\-oy. aussi 
P. Mcycr, Gbart dt RoussUIon, p. ij, «1 Drcsskr,/>i iiiijluss JtsaUj'. Etmu- 
Rimants, p. )S), on en pourrait ajouter un grand nombre d'autres. Ootre 
les lapîtlaim et les traités didactiques, il faudrait dter utw rouk d'wuvrcs 
nitnM\vvs : \i: PiJerinage lit CJurltmagne À jhuiaUm, v, 442 ; la lettre du 
Pritre Jean, Ç î? ; Troit, 1 17;^ 5*. ; Flniie ri Blutichefietit , v. 478 ss. et v, 
1607 s&. (ce dernier pas&jpc rappelle le ii-ste de T/V^v-i de beaucoup pltis pris 
quclrt^-ers S7î ss. cilis par .M. Constans); Cligà, v. 2749 is.; IpcmeJon, 
V. )3Di ts. ;ctc. 




tlUF.LQ.UES SOURCES DE L'ËNËAS 



179 



Ce trait est une indic.itioii prôcicusc. Kn effet, on ne peut le 
considérer comme ordinaire aux btics apprivoisées; et si Siacc 
l'a imaginé, c'est parce que, dans son poi-ine, les ti^rcsses dont 
il est question étaient consacrées à Bacclius. Sans en comprendre 
la signification, l'auteur Je 7'M'm l'a reproduit; et le reprenant 
à son tour, l'auteur de Vlhtéas s'est dénonce cotnnic un imitateur- 
Nous savons maintenant que la description du cerf est une 
réplique de celle de la tigresse. 

Une fois bien prouvé, comme on vient de ïc voir, que l'au- 
teur de VÉnéas a connu et exploité le roman de TijéJvs, on 
peut considérer comme des emprunts ou des imitations de sa 
part tous les passages de son œuvre qui présenteront des res- 
semblances précises avec celle de son prédécesseur. — S'il s'est 
plu à décrire la tenie d'hJiée ', et bien qu'il se soit écarté ici du 
modèle fourni par Théùes, n'est-ce point qu'il a pensé à latente 
Je Polyiiicc ou à celle d'Adrastc? I<e c tref » de Polynice est 

2921 Tailliez: J bcxte^ct 3 tlors. 

Celui d'Knée l'esi aussi ^ 11 y a un aigle sur le iref de Poly- 
nice ' et sur celui d'Adraste* : il y en a un sur celui d'I.néc'. 
L'aigle et l'escarboudc du tref d'Adrastc ont été conquis sur 
les Perses' : le tref d'bnée a été conquis sur les Grecs'. De 
même, dénonibrant les héros qu'Ènée rencontre aux enfers, 
le irouveur eu ajoute un certain nombre à ceux que nomme 
Virgile, parmi lesquels 

AJTiiilm, 
2670 Po]init.-ô& et TydcÛs, 

IpomctJcn, PjrlonopCiU, 
AmptiuMos cl Capancii». 

Or ce sont les sept chefs théb;ttns, et d'où viennenl-ils sinon 
de ÏVvè« même " ? 



i. V . 7390 sa. 
2. V. 7,16. 
j. ÏTWej, V. 1947. 
^. Ihid., V. 40S{. 

5. Ènfai, V. 7J21. 

6. Thèhf}, V. 40S7 !. 

7. i:HÀu, V. 7113 ». 

8. n ne wn pa« ici question «lu rûman de Tr^if parmi les soiircn tic 
l'Ln^its. Maigre les objections f^iiics pj.z M. Dn^cr (jMivr. itlt, p. i j)) i b 



i8o 



eo. rARAL 



4. — l.'auieur de" VÉniai n'a donc pis Uàiaigoé de ton des 
emprunts a une couvre conictnporaîae ca langue vulgaire. 
Mais ce qui <at particuliiremeat remarquable, c'est ce qui pro- 
vient, dans son œuvre, de la littéranjrc en langue latine àe la 
m^c époque. Il a emprunté à la poésie des clercs des cbérocs 
et des procédés; et nnlle part mieux qu'en cène occasâoo ne se 
manifeste !*origine «vante de ceruines fonnes de la littéiature 
popalaire. 

Si, au moment où [e bniît des amours d'Énée et de Dîdon 
commence à se répandre, il imagine, là où Virgile se tait, de 
l'aire dissener les princes carthaginois sur rinconstanoe des 
) femmes '. c'est que le tliéme était alors 1 la mode et se trou- 
vait traité dans une multitude de poèmes *. 

S'il se laisse cntraîntr à une digression sur FortutK *, ei si, 
ventu de là, des développements analogues ont été introduits 
ensuite dans d'autres œuvres narratives en langue vulgaire*, il 



tli^ tic M. H. Langlots (vo>'. p. 174. a. 3), et malgré le» iu^umcnu qa'il 
invoque en fanur de la théw contraire, je crois I'Ënàu aot^eur d Tnw. Je 
tJoniHrni mes nûwns ailleurs. 
1. V. 1^89». 

a. Sor l'sotifêmîmime i l'époque romaine, voy. Boîsskr, Larvfigwm nPHUtw. 
t. Il, p. 312 ss. Sur raotif<EiniDÎ5me au moyen ige, voy. CarioPascnl, Poe- 
tialaUna mrdievalf.iofgitttoteçritkfx, p. I47 : ,4nlifemtiiiuiimcmtJitviiU ; du 
mime. P^iia lût. mtd. : nucvi seggi e nott tritithe, p. to; : Cirmi ctmtra feminai. 
— Pour In tcxtn (il ne s'j^pt ici que des biiiis), ouirc ceux dont il a> 
quuiiofi dans l'étude de Pascal, on en irouvL-ra un grar>d nombre dans Jak. 
Wcroer, BtUrdift ^ur Kunie Jer iateiniubtit IJUiatur dti SUllrlaUeri. Voy. la 
n» 67. 69. 70,260, etc., et les notes de l'^iteur sur les réptiques, rvnuoie- 
nicnts a versions de ces munies poèmes. Le noTOdèvcloppc pnkiscmcnt l'idée 
que tKHis trouv-ons djns YÈniat : 

Cbiisifuis cris qoi crcdidcris lîdei mulieris, 
Crcde mihi.si crediderit, quia deeipicris. 
Jurât naraque âdcm itbi, quam violabit ibidem, 
El tibi quod jurât, quod te super omnia turat, 
Aspice, quod jurai quitm par\-o t«mpore durai : 
Attribuens munus si mox ;).:ccsscrii unu^ 
. Quilibetignotus, tu mox eris inde rcmotus, ...vtc 
\. V. 674 ss. 

4. Voy. Drcsslcr, Der Einjluti Uei all/ran^. Entin-Rotnanu un/ Jû all/mni. 
LUiimliir, p. 10} ss. On peut aisément augmenter le nombre des pa&sago 
cilcs par M. Dressicr : voy., par txempk, La nv Je Forlmif (Jubinal, Jaiiglain 



QUELQUES SOURCES DE l'ÉÎJÈAS 



rSi 



ne faut pas oublier que le sujet était déjà un Heu commun 
dans les écoles '. 

S'il ne manque jamais une occasion de dire quelle épituphe' 
on a mise sur un tombeau, s'il compose celle de Didon % celle 
de Pallas ', celle Je Camille *. n'est-ce point parce que l'épi- 
taphe était un genre eu faveur et qu'on traitait avec prédilec- 
tion ï ? 

Beaucoup plus curieux encore est l'usage qu'il fait de la rhé- | 
torique qui s'enseignait dans les écoles. Certaines descriptions 
qu'il 1 ajoutées au texte de Virgile sont, à cet égard, dignes 



et irouvirei, p. 117). A? dit Momol lU FoTluw (Jubinal, R/cufil de canif!, t. I, 

p. '9S)- 

I. Sur l'idic de ronunc au moyen igc, voy. les travaux îadiqu^b par 
J. E. Msixke, dansTîniToduction A soa édition des œuvres de Simund de Freine, 
p. Lxvni, n. I (Soci/U des aneietu textes Jratiçiiii). — Pour le* Cexto qui 
traitem le ibtme At son iiisubiliié, voy. Canaim hurana, ta. Schmdlcr, p. t< 
no I ;p, 45, no 75 ; p. 47, n^ 76*, n» 77 ; — Wtmcr. ouvr. ciU, no» 2, îïj, 
cic; — Hauréju, NoSU* iur In wéiangts pc^tiquts d'UilUitrt dt LûvanHa, 
p. 352, n«* 41 Cl 42 (.Vo/iV-ci W extraits, r. XXXVIII, l'' partie); etc. Mathieu 
de VendÔtin;. Ars venificatoria, éd. Bourgaiii, p. 4, mentionne te (hétnc 
comme un lieu commun; ci il ciie comme exemple six vers, parmi lesquels 
deux vicnncm d'Ovide. Les vers d'Uvidvsurh Fonuae (Triut*. V. viii, 15 js.; 
Pontiquei, IV. m. î 1 ss. ; etc.) filaient o.'I^hrcs au moyen ig*" ■ 2' '^'^^ ainji. 
^ p^ir exemple, qUL- 1« vtrs des Tristes, IV, m, js-jô el .19-50, ont servi 
damorce à uu po^c du x.u< siècle qui en dOrvcloppc longuement te cuntcnu 
(voy. Haurfiau, ouvr. citi, p. 3 jï, n" 41). Il est bien possible i^uc l'auteur de 
VÈnHii tes ail connus ; mais ses vers ^ont ausïl irte voisins p.ir le sens n 
l'cxpreMion de eeniiînes phrases du A* cousoUlictu phikaophiae de Bot-ce, l. II, 
début ; Cl cV« pourquoi du ni^me coup ils présentent des rcsscmbbnccs par- 
fois assez pnldses avec les vers Z)j-)26 du Roman àf pinlosophie de Simund 
de Freine. 

a. V. 2IÎ9 ». 
}. V. 6491 ss. 

4. V. 7663 5ï. 

S- Je ne Murais entreprendre le dénombrement de toutes celles qui nous 
Mmt par%'cnue5. Je me comenterai de renvoyer aux recueils tels que les Mots. 
Certn. hitlorita, ki BfitrJge de Wemer, ou IVtudc de Hauréau sur HUdcbcn. 
Sur l'histoire du genre jusqu'au milieu dux' sîick, voy, Manilius Gi-nlnchte 
ttêr .itttittisàien Liltraturdn Millflalurs.r. I, Index, p. 736, au mat fpitjtphîuw 
(twan von Mûller, Jtamihtch der klats. AUtrl.-Wiuefuchaff). 



I82 

d'aitântion. Lorsqu'Énée fait mdh entrée à Cinbagc et se pr^ 
■^■mc il Ditlon ', il insiste sur sa beauté, bien que Virgile n'en 
parle poinr. 11 h rappelle encore lorsque le mime héros vient 
se promener «îus les fenêtres de Lavinie'. El il le fait parce 
qu'il avait entendu enseigner que la description, dans des cas 
comme ceux-là, explique les é\'énemcnts, et que la beauté du 
héros justifie l'aniour de la femme. C'est ce qu'expose 
Mathieu de Vendôme : 

Non en... pretcrmîlteiidum utrum pvnona de ()iu agilur dcbcat JcMribi, 
jn qus dcscriptio prciermitii... Si... ïgaïur de cfficacU amoris, qnomodo ui- 
licci Jupiter P^rr^dîi aiuorc cxancrit, prvUbanda e!>t pMcllc dcscriptio cl smI- 
giuoda pucllarii pulcrituJînis fomia que Jovem impulh ad Tttium corrup- 
tion is ■. 

Mais il y a une autre description, dans le roman, qui donne 
lieu à des remarques plus intéressantes. On a vu, plus haut, 
que le tahleau de l'cquipjge de Cimillc, développé avec corn- 
plitisiince aux vers 4007-^084, reproduisait, en l'amplifiant, le 
passage du roman de Vjèlvs où l'auteur représente Antigoiie. — 
Pour la description de Tfk'bes, on ne peut s'empêcher de trou\er 
qu'elle rappelle d'assez près celle du poème latin de PMilis ff 
Flora •, 011 on nous montre les deux jeunes filles partant pour 
aller consulter l'Ainour. En introduisant dans son roman telle 
lies scènes qui le rendent le plus original, l'auteur de TWbes 
n'aurait donc été inspiré, peut-être, ni par une pure fantaisie, 
ni, commi; on l'a dit, par l'exemple de romans antérieurs et* 
depuis ()erdus; m.usil aurait tiré parti, pour embellir sa matière, 
d'unecertaine poésie d'école. Quant i la description de Camille 
liinsVÊttMs, l.irgement développée, elle porte non seulement 
sur son costume et son équipage, mais aussi sur sa heauté, qui 
est peinte d'abord en ces termes : 



I. V. 713-719. 

1. V.80ÏI-80S6. 

i. An itrsificatoria. éd. Bourgain. p. t6. C'est sans doute pour Atic ni- 
lon que, dans son Phiiotiuna, C)ir<ïlten. au motTHMit ou U jeune lîlle pandi 
devant Téréc, inwpwlc dans le texte d'Onde une longue desctiptkin de sa 
)>cauti(v. i}(>-io4). 

4. Itdil. Hsiunbu, Solicft tl fxUvHide qutiqitts manustriti ^ ta BihtùHbfpif 
wolimatf, i. VI, p. 278. 



QPP.LQUES SOaRCES DE l'ÈNÉAS i8) 

J987 De belle n'en o Ei igals 

Nule femme ki iun monals; 

L^ froiii 01 blanc CI bien traiib. 
Î990 La gTcvc da-iic cl la vctih. 

T.CS sorcii ncirs et bien dclgicz, 

l,(.-t oiU rianx et tresto» lie/; 

Bcls en li nOs, cnpr^s L face, 

f^tr plui bUivche crt que ncîs ne gbcc, 
599) Enirtmcllcc trt la ro^or 

Avcnalmcni a lablancbor; 

Molt 01 bien faite h bochete, 

N'oti guaircs f^ant, mais ;>ctitete, 

Mc»u serrées oi les dcn^, 
40no PIiiï reluirent ifiie niil^ ar^cna. 

Que (lireic de &a belté ? 

V.n toi If plus Innc jor d'csié 

\e (litcic ce qu'en meit 

De la belté que cle avcii. 
40OJ Ne de SCS mors, de sa bonté, 
. Ki valtuiE tnielz que lu beilté... 

Pourquoi une pareille ainplifii;4lion? Sans doute parce que 
l'auteur avait entendu dire à l'école que décrire la beauté d'un 
personnage, c'étaiilerendre sympathique, et par là même rendre 
sa mort plus paîliétiquc quand elle doit être prochaine. Mathieu 
mentionne cet aniSce : 

Sic Statlus Thebaidos qui PancDopeum describît speciilo pulcriiuiiïiits insi- 
gniium, ut, audiu famu- vcnmute, auditori (àdlius ponrt inMÎIIari pucro 
moricnti condolui&si.' aiivcnarim '. 

Voilà pour ridée; voici pour l'exécution. Il a été remarqué 
que les descriptions des romans du moyen âge représentent un 
type de beauté uniforme et constamment te même ; mais on 
n'a pas assez diique ces descriptions étaient faites, toutes, selon 
les mêmes procédés, conçues selon le même plan et tracées 
dans le même style. Si l'on en cherche l'explication, on la trou- 
vera dans l'enseignement de l'école, où l'on sexer^it j décrire 
et où l'on apprenait les régies du genre. Je cite un des modèles 
que donne Mathieu de VendAme : c'est une tt descriptio forme 
pulcriiudtnis ». 



I. Mrs vtrti^aloria, éd. Bourgaîn, p. };. 



l8^ ED. FARAL 

7 Auro respondet coma, non replicaia magisiro 
Nodo descensu liberiore jacet ; 
DïspeDsare jubar humerts permïssa decorem 
II) Explicat et melius dispatiaia placet. 

Pa^na fronlis habet quasi verba favetitîs, inescat 

Visus, nequitie nescia, labecarens. 
Blanda superctlia via lactea séparât, arcus 
Dividui prohibent luxuriari pilos. 
I ) Stellis preradiam ocult Venerisque ministri 
Esse favoralt simplîcitate voveni. 
Candori socio rubor imerfusus in ore 

Militât, a roseo flore tributa pecens. 
Non hospes colit ora coior, ne purpura vultus 
20 Langucscat niveo disputai ore rubor. 

Linea procedit narîs non ausa jacere, 
Aut inconsutto luxuriare gradu. 
Oris honor rosei suspîrat ad oscula, risu 
Succincio modica lege iabella tumeni. 
2) Pendula ne fluitent modico succinaa tumore, 

Plena dyoaeo melle Iabella rubent. . 

Dentés contendunt cbori, serîcque retenu, 
Ordinis esse parcs in stattone studeat... < 

Les éléments de cette description sont exactement les mêmes 
que ceux de la description qu'on a lue dans VÉttéas, et ils se 
succèdent dans le même ordre. J'y vois seulement cette diffé- 
rence que le texte de VÉttéas mentionne les qualités morales de 
Camille, tandis que Mathieu omet celles de son modèle; mais 
celui-ci a expressément indiqué dans son traité que la descrip- 
tion comporte un double développement : 

lit notanduni quod cujuslibet persone duplex potest esse descrîptio : 
una superfïciaJis quando membrorum elegantia dcscribitur, scilicet homo exte- 
rior ; alia intrinseca, quando interîoris honiinîs proprictates, scilicet ratio, 
fides, patientia, honestas, vcl vîtia, ut superbia, luxuria, et cetera epiteta inte- 
rioris hominis. scilicet ad laudem vel ad vituperium, «xprimuntur ' . 

Sans doute, l'Art de Mathieu de Vendôme a dû être com- 



1. vJrï twii/rco/orfu, éd. Bourgain,p, 26. 

2. Ihid., p. )4. VEn/as ne fait qu'esquisser te portrait moral de Camille. 
Au contraire, le Philottietia développe longuement cette partie de la description 
(v. 170-204), 



QPELQOES SOtRCKS OE t-'^VÉAS t^S 

posé iprès VÉn/a$. Mais il n'est pas prouvij que Matliiini ait été 
l'inventeur de m thidoric, ci les poèmes qii'ïl cite à titre 
d'exemples sont conformes aux mimes principes qu'on trouye 
dé]h appliquc-s dans ceux de Hildebert. Cela revient à dire que 
VÊti^as doit être considéré, non pas comme le chef-d'œuvre 
selon lequel ont été établie^ les régies du récit parfait, mais 
comme un produit de la rhétorique alors en vij^ueur dans les 
écoles. D'où cette tradition scolastique venait-elle ? comment 
s'était-elle formée? c'est ce qu'il est difficile de dire; mais il est 
remarquable que les élégies de Maximien nous offrent déjà un 
type de description, dont l'ordre, sinon l'abondance, se retrouve 
le même dans le passage précédemment cité de \'J:n/as : 

Aures cwsaries, demissaque bctea ccrvlx. 

Vullihui ingcnuis visa sedcrc magit. 
Nigra supen:in.i et froiis libéra, lum'msi nigra 

L'rtbant.inimuni i.i«pc noLita m<um. 
Fbmmcj dilcxî moilicumquc tumcniij bbrj, 

Qiiac milii gti^t.-imi hasi-n plcn-i darcm ■ . 

Et on ne doit pas oublier que Maximien est compté par 
Aîmeric au nombre des « communes auctores ' <». 

C'c^t donc dans un poème erotique que je trouve le germe 
des descriptions qui fleuriront dans V^ti/as, dans les romai\sen 
général, et aussi dans certaines compositions, saluLs, complaintes 
d'amour, qui rappellent l'élégie latine. La littérature en langue 
profane le» a muùipllées, et sans doute h l'imitation de la poé- 
sie latine contemporaine ^ 

La description est un procédé d'amplitîc.ition; et amplifier a 
été pour les auteurs du moyen iige la grande affaire Mais il n'y 
a pas que ce moyen ; bien d'autres s'offrent au pot'tc, et notam-' 
ment celui qui consiste h. répéter la même chose plusieurs fois 



I. Amtrts, 1, dans le recudi (hniiti Natùnù Pelignautt erotùa a amaUria 
afiucula, Francfort, léio, p. 51. 

I. Voy. GottUeb, Viher milUiaîUrfUht Bibliotheit», p. 1 } o. 

). Voy, des ponrahs de îcuncs filles du miîmc t>'pc cxaciemcni dzns Y Aida 
(écrite vers 1 170), ià. C. Lohnicycr (Bih}. tcriptiirum maiii a^i Uulmniaiu), 
V. iij u,. Cl, avec beaucoup plu» d'ampleur, dans la y/tula (Ovùiii Satonh 
Pàigtteasis erotka tt iitiuUùriM opmeula, Frandart, i()io),5 i7->t. 



l86 ED. FARAL 

de suite en variant l'expression. VÉnias en fournit de très 
nombreux exemples. Ainsi on y Ht : 

IÎÎ9 Ja maisn'avrm nul bien del mon : 

Faites del vif vosire déport . 

El mort n'a mais recovrement : 

Faites del vif vostre talent. 

Fols est qui por mort se consire; 

Sai que est veirs et si l'ot dire : 
134s Tenir estuet le mort al mort. 

Le vif al vif, ço est confort. 

Trois fois en ces huit vers la même idée revient, exprimée 
en termes à peine différents. Usons encore ce passage : 

1590 Molt par est fols ki femme creit; 

Ne se tient pro a sa parole. 

Tel tient l'en sage kî est foie ; 

Ele diseit qu'a son seignor, 

Ki morz esteit, pramist s'amor, 
159; Ne lî toldreit a son vivant; 

Or en fait altre son talant, 

Or est meniie sa lîance, 

Trespassec est la convenance 

Qu'a son seignor aveit plevie. 
1600 Fols est ki en femme se fie ; 

Molt a le mort tost oblié, 

Ja ne l'avra si bien amé; 

Puis fait del vif tot son déport, 

En nonchaleir a mis le mort. 

Que font les vers 1600 ss. sinon répéter les vers 1590 ss. ? 
Enfin, prenons encore un exemple entre cent. Drancès parle et 
■dit à Turnus ; 

676s Se g'en giseie mon loz freiz, 

Ne m'en plaindriez nule feiz. 

Asez vos vei or graot duel faire. 

Plaindre, plorer, voz chevels traire 

Por ccls ki por vos sont tuit mon : 
6770 Molt en estes de bel confon I 

Tel duel com faire vos en vei, 

Feriez vos asez de mei. 

Se g'esteie por vos ocis 

Et vos eussiez te paîs 



IjJOlTRCES DE t'ÉNÈAS 



187 



6771 El metdssifzvanre posnee, 
M'amc scrcit bufnc cùree ; 
Se tcTiIi>z b fillu al rci, 
Voi fcrtiiv bel duel pOr mci ; 
Molt m'avrici! to« oWè. 

Cette fois encoru, que font les vers É77Ï ss. sinon répéter les 
vers 676 5 ss. ? 

Le procédé d'amplitication que nous venons de relever, les 
txrivains du moyen âge l'ont pratiqué volontiers. Il convient de 
rappeler ici les observations de M. Carlo Pjscal sur certaines 
œuvres latines du xii' siècle. Ce pliilotoguca montré de quelle 
façon HIMebcrt (c'est à lui que l'étude de M . Cirlo P.^scal est 
particulièrement consacrée) ^e plaisait ii introduire dans ses 
poèmes des vers empruntas à des auteurs anciens, qu'il se 
mettait alors i\ développer, ou commi:»!. môme, prenant un 
poème antique, il travaillait :'i lui donner l'ampleur qu'il jugeait 
convenable*. Or le procédé d'ainpiilication employé par le 
poète renianieur con^ste très souvent à reprendre tout simple- 
ment la môme idée en termes un peu différents. Je n'en rap- 
porte qu'un exemple, cité par M. Carlo Pascal, et que je choisis 
pour sa brièveté. Il existe dans l'ATiihologie une épitaphe de 
Lucrèce que voici : 

Cuii] loJeretgl.i<Jio •.astuin LucretU pectus, 

Sinf^uinis tfi torreiis cga-doreiur, ait : 
Testes proi;eJjoi nie non favissc lywnno 

Sanguis .-ipud Mnnr^, spiritus antedcos. u 

L'épîtaphe existe aussi sous une autre forme, probablement 
ceuvre de Hildcberi, où aux vers précédents s'ajomeui ces deux- 
ci : 

C^am bene producti pro me post &ta locuTiiur 
Alter apud Mânes, jleer apud Superos I • 

Et ces deux nouveaux vers ne font que répéter, sans même 
modifier complètement l'expression, les deux derniers de l'épi- 
laphe originale. 



t. Carlo Pascal, Pofiia lalîna mrJitvaie : taggi t noie erilid/t, p. 1 w. : L< 
mitallanet poetùbe di Udebfrla. Voy. sunour p. If IS. 
1. Omr. ril/, p. 17-18. 



tSS 



ED. PAHAL 



Il est mutile d'insister sur ce procédé : il suffira ici de l'avoii 
mentionné, cl de rappeler !e passage où un théoricien, Geof- 
froi de Vinsauf, l'indique, dans sa Poétit/iu. parmi les plus ordi- 
naires, disant : 

118 Hic primo proccdc gradu ; «cnteniia cum sit 
Uoici, non UDOvcnut contenu paratu, 
Sed varici ve«et, vt inut^itoria sumal. 
Sut verbls aliis pr^e&umta rcsumc. Rcpont 
Pluribus in causis unuju. Multîplkcfonna 
Di^imuletuT idem. Varius sis, ci tninen idem •. 

Si l'aïueur de \'Én/as en use, ce n'est donc point un hasard» 
« on a suffisamment reconnu en lui le clerc averti et conscient, 
ancntif âimitcrcequ'il trouve intéressani, soigneux d'appliquer 
les principes de rliétorique qui lui ont été enseignés, Il imite; 
il imite Virgile, il imite Les poètes latins ses conteniipor-iins, il 
imite Ti)èfvj; il en imiic la matière et les procédés. Nous .liions 
le voir maintenant puiser i pleîne-s mains dans l'œuvre d'un 
écrivain de l'antiquiié alors très en vogue. 



n 



Nous atteignons, en ciTct, le centre de notre sujet, qui est de 
savoir ce que l'auteur de VÊnéas doit à Ovide '. 



I. GaJfrtdi if Vinoioliv An fvftita. éd. Polycarpus Le>'«r. Amsterdam. 
1714. 

3. Ce serait ici l'endroit de montrer à quel point Ovide était farotltcr à 
tous ceux qui, vers cène époque, avaient été fomifs àans les écoles. Dans le 
recueil des Vortesuigm ukiJ Ahiwnilungtn de Traube, t. U. p. 11;, on lit: 
- C'est l'époque (il s'agit des xii« et siii* siècles), c'esi l'époque qu'on pour- 
rait nommer !'«/'» tKldMna, qui succède à Varias ifr^iliano des vrii« et 
IX* siècles et à i'a.'tas hiralùimi des x' et xi* siècles, a Kn fait, il e&t ai^ de 
Taire voir comme, dés le début du xii> siècle, le nom d'Ovide se répaind dans 
les catalogues de bibliothèques, comme les copies de ses œuvres se muliiplieoi, 
comme les poèmes pscudo-ouidicns deviennent oombreux. comme les imiia- 
tious, les citntioDs, les extraits de ses oeuvres anesient ci accroisscni sa popu- 
Urité. Je reviendrai en détAil IA-dessu&, 

Parmi les travaux les plus généraux consacrés à l'histoire d'Oiideau moyen 
âge, il faut rappeler les suivatiTS : K. Bartsch, Aibrecht uni Haïbtrsiùdl und 
Ovid im Mitltlalttr (BihUothik ittr gnamten dtuluhn Katùmai-LiUrûtuT, 



OVrOE ET l'ékéas 



189 



ïvcrda Dl- Grave a dtjà indiqué un certain iionibri.- 
li'empruncs faits par lui au poî:[i; latin. On peut contester, il 
est vrai, l'opportunité du rapproche nient qu'il fait entre le teste 



t. XXXVIIIJ, 1861 ; — G. Paris, Cltréften Ltgouais et aulrti IrmSucttiirs ou imi- 
Mturs SOvidt {IHitoirt lUUiain di la t-'r>}ni.t. 1885. i- XXIX, p. 4SiM0; — 
Sudrc, PubliiOtiidii Miiowii Mftamorpixiseon iilwù! <jiitmto,iû noslialis ineifii difi 
pottat imitait interprttai'n^iif Jin/ (thèse de Paris, 189));— ManitJus, Ovid m 
Mifteli/ter(Pfri7ii%«i,Supril., 1899,1. VII, P- 724 M- ; I90j.t. LXI, p.46.js.); 
■^ Carlo Pa»cal. Piwin ïalina tufditvaU : I ennui mutlini'ii •litriiniili atl CH-iJio, 
'9*7 i — W- Schrùner, Ot-iil uiiJ die Troubadours. 1908 (voy. Vossltt, dins 
le LiUraturhlalt fut gatm.UHiimm. Philolo^iit, 1909, iv î, p. 6j, cl A. J«aii- 
roy, da»s les. Annalti du Midi. 1909, t. XXI, p, ^17). 

Concernjni les imitJliom d'(3vi(lL- paricï écriviiins français en lan);uc vul- 
gaire, il faut Tcniurquvr qu« les liépouiUemcnis ont été Uns trop sou veut d'aprâs 
•ics index, qui ne foumiïsaicm guùre que des noms de personnages et <)ui ne 
pcrnietuienl de suivre que l'hisloirc de certaines légendes. C'est quelque choix ; 
■nais ce n'est pas lout. On a laissa ainsi écKippcr un gnmd nombre de faits. 
pxt iGiqucIs s'est ni^nitc^t^c l'inHuencc du puète latin sut In îiii^es l'invei^tion 
et le style d'un gntnd nombre d'cBuvres. Le roman de Tli^hes menlionne- 
t -il des légendes ilIustiL-c<< par Ovide)* i;itc-l-il un uoni d<: héros qui f»x 
penser il Ovide } Et pounant je crois s^seï: assuré que l'auteur 3 connu les 
MHamorphous. Je n'insisterai pas ici ; mais je croîs ini^cssant de hoilt dès 
maintenant quelques faits. 

]o Le comb..i[ tiva' au dru}>on qui a d^vuié le lils de l.ycurfi^c est décrit. 
dani la Jhtbaîde de Suce. V, > ^6-587. d'une fa^on qui rappelle celle dont 
Ovide décrit U lutte de Cadtnus contre le drai^on de Mjrs, XU'tam., 111, %o- 
luo. Le> deuil desciiptious commet] ce ni delà tnénie U^on, mais elles fînisseiil 
différemment. Dons l'une et r.iutrc, le monstre est attaqué d'abord avec un 
roc, piiis .ivcc le javelot. M-iis, dans Stace, il emporte ce javelot jusqu'au 
temple de Jupiter, où îl expire ; au contraire, dans Ovide, Cadmus le cloue i 
un arbre : 

90 Donec Ageuorides conjccium ia guiiurî fcrrum 
Usque scquens pressit, dum rctro quercuscuntt 
Obsiitli, et fixa est pariter cum roborc cervix. 

Or. <]in>> Tltfbfs, ie récit est beaucoup plus proclic d'Ovide que de Staec. 
Le javelot «ressorti- du i:orp» ^:tn.'> le bleuer. De nouveaux javx'lots ne 
peuvent le percer : 

3424 One la pel ne porront pcrcicr 

(ce qui rappelle Ovtde v 62 : . . icrptns jrW vnlufu tiiansil, Lùricatqtu modo 
iqfamii dtjmtui. ,). £1 en fin de compte, Capanéc 



i^O Et>. FARAL 

Jcs Mitamorp/jos£M, VII, 207 : « te quoquc, Luna, iriho » trt 
celui de l'Én/iu,où le traducteur, au lieu tju t verterc sidéra 
reno « que lui foumîssaic Virgile, a mis ces vers : 



2«)2 Un jtirvne chusnc a amcbié. 

A|;imié l'a devers le gros ; 

Lmce Cl fit^ b part mé le dos ; 
24 ]{ D'outre cfi outrt le li passa. 

Que (tous pleins picz en tare tmn. 

Iji serpent se lini [por] fcruc, 

Que di:I pal fu par mi cço-ut. . . 

Ce chêne n'«^-il pas M pris â Ovide i* E\ si C usage qu'en fah Capante n'est 
pas le mime que ctduî de Cadmus, c'est que l'auteur de Thibfi aura Taît un 
contrc-Kiu sur les versas des StHamùrphoui, et aura entendu non pas que le 
dragon fut fixé ■ au • cMne, mais ■ au moyen ■ du chtee Ou du mcrifts, il 
te sera inspiré assex librement du texte biin. 

V* Le pMte de Tbthes fait, aux vers ]979-4o68, une longue description de 
U lenie d'Adrasie. M. Consuns 1, fait remarquer, dans une note de ion iA\~ 
lion, qu'une description analogtu' se troiiv^iit d;>ns la version dod6c3sylUibique 
du Hom^in d'AUxitidtr, dan» un fragnieni de Doo» t/^.V4jii/«ui7etdanslcpoèiiic 
de b Croisade îmii^ de Baudri (cp. dans Alfiit tl Prtfhitius, U tente du roi 
BiUs. dunt b description a itt publiév par Lagc F. W. Staël von Holsicin 
dans son étude sur ce roman, Upsal, 1909, p. 71 ss,). Tous c«s poèmes sont 
postérieurs i 77rfAri, ei b descripliou de 7'W/vj vient, elle, en ligne droite 
d'Ovide. La tente a « deus pans ■•, l'un a davani desus l'enircc h, l'autre « a 
dcsire ». Et sur ces deux pans som rxrpTéseniêcs les mêmes cboMrs que »tir 
b porte à deux ballants du palais du Soleil {M/tamoi phmes, U, l ss.). 

Sur le premier pan se trouve U in.ippcmondc, pour ta descrîpdoQ de 
laquelle le poète recourt au IUtv I des Mèt4imi'rphnts : 

39)^9 ?ar cinc aoncs b mape dure 

Si peintes com ie^ dst naiure : 

Car les doits que sont deforainirs 

Ile gUcTt' «ont cl de neirplettlc», 

lit orcnt indeUcolor, 

Car auques tamcnt a freidor : 
)^> El la chaude, qu'est cl mi Ioll 

Celé est vermeille por li- fou. 

Que por le fou, que por les nci», 

N'habite rien en ctfe trcis. 

Hnirc cha&cunc daerrainc 
40UO El la chaude, qu'est meîloaiae 



OVIDE ET l'ÉNÉAS 191 

191 1 ... le soleil fait resconser 
En plein midi et retorner 
Toi ariere vers orient ; 
De la lune fait ensement... 

Les textes relatifs aux opérations magiques par lesquelles les 
sorcières prétendent agir sur les astres, et sur la lune en parti - 



£n ot une que fu tempree : 
Devers gualerne est habitée. 

I, 45 Utqueduae dextra caelum totidemque sinisira 
Parte sécant zonae, quïma est ardentior tUis ; 
Sic onus inclusum numéro distiniiit eodeni 
Curadei, totidemque plagae tellure premuntur : 
duarum quae média est, non est habitabilis aestu : 
Nix tegit alta duas ; lotidem mter utramque locavît, 
Temperiemque dédit niixta cum frigore flainma. 

Puis, comme au livre II, figurent tes objets et les êtres qui couvrent la terre, 
parmi lesquels l'Océan (77;., v. 4019 ; Me'l., v. 6) et Egeon qui « ses braz i 
cspant «(Th., v. 4020 ; MU., v, 9 : «... balaenarumque prementem Acgaeona 
suis immania terga lacertis a). Sur le même pan, 

402 ) Esmeraudes, jaspes, sardones, 

Berils, sardes et calcedones 

Et jagonces et crisolïtes 

Et topaces et ametisies 

Ot tant en l'or, qui l'avironeni, 
4OJ0 Contre soleil grant clarté donent. 

Ce qui correspond exactement  ce que dit Ovide du char du Soleil, nom- 
mant les chrvsolithes, les pierres précieuses, et indiquant qu'elles réfléchissent 
le soleil : 

109 Per juga chrysolithi positacque es ordine genmiac 
Clara repercusso reddebam lumina Plioebo. 

Quant au second pan, on y voit figurés les douze mois de l'année et deux 
saisons : 

48; } Estez i est o ses amors. 

O SCS beautez et o ses Hors ; 

O ses colors i est estez ; 

Ivers i fait ses tcmpestez, 

C^i vente et pluet et neige et grcsie 

Et sesorez ensemble mesle. 



culier, se trouvent en nbondancc chez les auteurs anciens, et 
comme il y en a plusieurs dans Ovide lui-même, c'est une rai- 
son pour qu'on ne puisse pas savoir s'il a pensé à tel ou tel 
spécialfinent. 



Kst-ix donc h.isard » les mois et les saisons figurent lussi sur les porter du 
Soleil ? 

3H Stdbat nuiU Aestu «t tpiwa »ena gerebat— 
)0 Et glocialis Hîcms canos hirsuta capiUos. 

î" Ij description dr l;i tfgresse apprivoisée dans 'Hjfhfs, v. 418; ss-, diffître 
strniibk'nicot, avons-nom. dil, de celle des ligicsscs sacrée» dans la Tbrhcule, 
VU, [64 ss. En particulier, le tradiiacur dit : 

4395 Ele avtfil au et front devant 

Un escbarboncle moui luisant. 

Le détail maihjui: dan& Stacc. Mats le cerf de Cyparissc, i(u'Ovide dikrii 
lOQgucmcnt au livre X des Wtdmorphiwt, portait une perle sur son front ; 

114 BulU super frontem pirvis argcntea loris 
Vincta movcbatur. 

L'auteur de Titihet ne s'en est-il pas souvenu ? 

4" Le char d'Amphiaraû* est longuemeni décrit aux wts 47ii-J77X de 
Tbfbfi. Or IHJU* rciiiarinif ron* ; qu'il est couvert d'ornements cosmitiuo (v, 
4717-4728), comuieles portes du Soleil (Méiam., H, 7 ss.); — qu'il est iga- 
Icmcui précieux par l'u œuvre u et par la « matière •> (v. 47^9), comme cnfort: 
les ponts du Soleil {M/tam., 11, s ; « MAieriam superabat opus ■>>; — «ju'll 
est l'oiuvrc de Vuleain fv. 471 i), comme le char du Soleil (Af//tri>r.. H, 
u»6) ; — que l'or et les pierre» piicicuscs en couvrent le limon et le* roue» 
(v. 4771 ss.). comint dans celui du Soleil (Mêlam., Il, 107 ss.); — enlinqull 
est traîna pur ijuairc » izcivrc n, qui o plus tosi vont qu'oiscaus qui vole • 
(v> 477S isO> de mime que k char du Soleil ettatiek de quatre coursiers 
allés (Mrtrfw., II, liî ss.). 

%•> Pour tinir, i'juieur de Thibti s'est plu k peiodre longuement le déses- 
poir d'Isméne a la mon d'Acou (v. 6x44 ss.. 6};9 ss.). .Sur ce point Sace 
est très bref (Vin, 6îl-)0 ^4 le trouveur a divclopp* la «4nc, n'est- cjc 
point pours'^re souvenu de la uion tic Pymmc telle que l'a TvprésvniJc 
Ovide? Uécrtvam (sniènc pimèe, il dit : 

6263 Vert cstcit conte fucille d'ierrc. 

La comparaison n'est-elle pas inspirée d'Ovide, qui dît de Tlii^bê découvrant 
le eorps de Pyrame : 

Mit., IV, 154 . . .onique buxo 

Pjllidioragercns. . .? 




OVIDE ET l'ÉNÉAS t^j 

Mais le rapprochement que fait M. De Grave entre les vers 
4550-42 du roman et le passage des Métamorphoses, VI, 5 ss. 
repose sur une base beaucoup plus solide. Il apparaît, en effet, 
que le poète français a connu sinon le texte (nous n'en avons 
pas de preuve décisive), du moins tous les éléments de la fable 

Void, (l'autre part, de quelle façon Ismène se lamente sur le corps d'Aton : 

6]7J Par la chïére l'ève li cole, 

Del peliçon moille la gole, 

Cent feiz li baise de randon 

Les ueuz, la face et le menton ; 

Al cors piuement se complaint 
6}8o Et son grant duCt îluec refraint : 

« Ates, beaus sire, tu ne m'oz ? 

« Uevre les ueuj;, por quei les cloz ? 

« Ço est Ysmeine que parole. . . a 

Et voici l'attitude de Thisbé devant Pyrame : 

Met., IV, 1)9 amplexaque corpus amatum, 

Vulnera supplev'.t lacrîmis fletumque aniori 
Miscuit, et gelidis in vuttibus oscula (igens: 
« Pyrame, clamavit, quiste mihi casus adeniit? 
« Pyranae, responde : tua le carissima Thisbe 
Nominat ...» 

Enfin, Stace raconte qu'on conduit Ismène devant Aton mourant, et il lu laii 
en ces termes : 

quater jam morte sub ipsa 
Vllt, 649 Ad nomen vîsus, dejecta fonitcr ora 

Sustulit : illam unam neglecto luminecoeli 
Aspicit, et vultu non exsatiatur amato. 

Ovide, lui, en parlant de Pj'rame et Thisbé, dit r 

Met., IV, 145 Ad nomen Thtsbes oculos jam morte gravatos 
Pyramus erexit, visaque recondidit illa. 

On lit dans Tbibes : 

6249 Uevre les ueu/., si l'a veûe, 

A tant l'anme est del cors eissue. 

Le texte n'est-il pas plus près d'Ovide que de Stace ? 
Que ces quelques faits suffisent ici. 

bmmim, XL. 1 1 



194 ^^- t^ARAL 

uvidtenne qui raconte la querelle de Minen'e et d'Arachné, et la 
tiansforination de cette dernière en araignée. 

Le fait a déjà de l'importance. Le rapprochement des vers 
jji-iS^du livre IV des Métamorphosa et des vers 4355-7$ au 
roman (M. De Grave l'a aussi indiqué) va maintenant nous 
fournir la preuve irréfutable que l'auteur de VÉnéas connaissait le 
texte même d'Ovide. Il s'agit des amours de Mars et de Vénus. 

Mél., IV, t/i Primus adultcrium VmerU cum Marie putatur 

Hic vidUsc Deus ■ : videt hic Deus omnîa primus. 
Indoluit facto, Junonigenaeque marito 
Funa tori furtique locum monstravit. At illi 

1 7 î Ht incns et quod opus fabrilis dextra teoebat, 
Bxcidit. Extemplo graciles ex aère catenas, 
Retiaque, et laqueos, quae lutnîna fallere posseot, 
Hlimat : non iUud opus tenuissima vincant 
Stamina, non summo quae pendet aranea tigno : 

180 L'tque levés tactus monientaque parva sequantur, 
Efficit, et Iccto circumdata coUocat apte. 
Ut venere tonim conjunxet aduller in unum, 
Ane viri, vinclisque nova ratîone paratis, 
In mediis ambo deprensi amplexibus haereni. 

18} Lemnius eniemplo valvas patefecit ebumas, 
.^dmisitque Deos : illi jacuere Ugali 
TurpitfT, atque aliquis de dis non Iristibus cflal 
Sic fieii lurpis. Superi riscre, diuque 
Haec fuit in toto notissima fabula coelo >. 

4 } j 5 Vulcans sot bien de B senz faille 

Que Mars, ki en deus de bataille, 

Amot sa femme et ele lui ; 

Enlrehaîrent s'en andui. 

Vulcans en maistre dcl mcstier 
4}6o fît deus de feu et de forgier; 

De fer lîst une reisotil, 

Moli en furent delgié li fil; 

Entor son lit l'apaieilla. 

Des que Mars o li se colcha 
4î6) Et il la tint entre ses braz. 



1. 11 s'agit de Phébus. 

2. Je cite Ovide d'aprrs le texte de l'édiiicn h h wald (collection Ttubrer) 



OVIDE ET L*ÉKÉAS I9S 

Si asenbla Vulcans ses laz, 
Eaz en la rei les enmaitla, 
Trestoz les deus i amena 
Et mostra lor lot en apert 
4Î70 Celé avoltire a descovert. 
Celé chose dtsplot as deus ; 
Por quant s'en t ol il de tels 
Kivobissenl estre ensemetit 
Lacii o li estreitement. 

Le seul rapport des vers que j'ai soulignés suffit à établir 
indubitablement l'étroite parenté de ces deux passages, et que 
l'un dérive directement de l'autre. 

Enfin, s'il faut une preuve de plus que l'auteur de VÉnéas a 
pu faire son bien de lambeaux arrachés à Ovide, on pourra 
encore rapprocher deux nouveaux passages, qui lèveront les 
derniers doutes. Il s'agit de Cerbère. Le traducteur ajoute au 
texte de Vii^ile un détail qu'il a tiré des Métamorphoses : 

Met., Vil, 406 Hujus ■ in exitium miscet Medea quod oltm 

Attulerat secum Scythicis aconiton ab oris. 

lUud Echidneae memorant e deniibus onum 

Esse canis. Specus est teoebroso caecus hiatu 
4JO Et via declivis, per quant Tirynthius héros 

Restantem contraque dïem radiosquc micantcs 

Obliquamem oculos, nexis adamante catenis, 

Cerberon abstraxit, rabida qui concitus ira 

Implevit pariter ternis latratibus auras 
41s Et sparsit viridês spumis afbentibusagros. 

Has concresse pulant, nactasquc alimenta rcrat:is 

Fecundique soli vires cepisse nocendi. 

Cluae, quia nascuniur dura vivacia cauto, 

Agrestes aconita vocant : ea conjugis astu 
420 Ipstf parens Aegeus nato porrexit, ut hosii. 

2579 Com chiens aboie par costume; 
De sa boche chiet une escume, 
Une erbe en naiit mortels et laie, 
Nus oem n'en beit, a mort nel traie, 
Senz mort n'en puet nus oem gostcr ; 
Aconita Toi nomer ; 



1 . 11 s'agit de Thésée, dont Médèe a épousé le père, Egée . 



196 E6. FiRAl 

Iî8( Ço trsi l'erbf que les marastrcs 
Doncnt a bcivrc a tor 6IUstres. 

C'est l'histuire de Méilée préparant l'aconic pour le liire boire 
à Tliésée qui seule rend întclligibtes les vers 5585-86 du ronian. 
Il faut donc, au glossaire de l'édition De Grave, corriger la tra- 
duction du mot fillttiue, et entendre Ivau'/ih au lieu de helle- 
fiUt. 

Après cela, on peut bien augmenter encore la liste des 
endroits qui, dans le rom;in français, rappellent de près ou de 
loin tels autres endroits du poète latin- 

Ainsi, aux vers 918 ss., It- teste du roman porte : 

Lj fu li juvcilloiis le TL't, 
La fu 1.1 hcrbcrgc Achilléb, 
La iist Aiaus, la Ulix£&... 

qui correspond à ce vers de VÉnéide : 

]]. 29 Hk Dolgpum manus. hic ucvus tcndcbat Achillcï. 

Il est possible que les trois uoros d'Achille, d'Ajax et 
d'Ulysse se soient associés dans l'esprit du trouveur parce qu'il 
les avait déjà trouvés groupés dans le passage du livre Xlll des 
Mé!a»tor(>hosti, où Ajax et Ulysse se disputent les armes 
d'Achille. Qu'il ait connu ces pages famcusvs. c'est probable, 
et on en trouve l'indice ailleurs. Ainsi, lorsque Tumus combat 
devant Latinus les conseils de paix donnés par Drancès, les 
expressions dont il se sert (^ci qui ne sont pas dans Virgile) 
rappellent d'une faijon surprenante celles dont se sert Ajait 
dans les MétantiyrpJjoses. Turnus dit à Drancès ; 

671 1 ToE est cocor sains voslre cscut, 

et : 

6745 De parol« vos sorpoez. 

O la langue vos cambatn. 

Ajax dit à Ulysse : 

117 AdJir <]uod iste mus, um raro proclb passus, 
Imcgcr est clipcus. 

et: 

^ 'l'uiius est igitur ficds conteoderc verbii^ 
Quun pugnare manu. 



^ 



0\nDE ET L*é\ÉAS 



»9: 



arrivfÀ plusieurs reprises que des personnages du roman, 
Didon, la m^re de Lavinie, celle de Pallas, accusent la mau- 
vaise foi des Troycns. 

1 Ton Malvebe fci ont Trolan I 
îj89 Qjjc TtoTeo n'oni poîni de fci. 

Ktr il ne itenent nule lei. 
6)26 Lor nulc fci vos ont mostrec... 
6îîJ Mnlvciie fci vos dcmostrcrcnt. 

Il se peut que ce son là le souvenir d'une idée souvent indi- 
quée par Ovide. Car le crime du séducteur Paris, « vir Pliry- 
gius ' o, rejaillit sur les gens de .sa nation. Didun, écrivant à 
Enéc pour lui reprocher son inlîdclité, incrimine toute sa race : 

Hir.. VU, (Î7 Protinus occurreni falsac ptrjurid lingiUK 
Kt Pbi-ygia Dido JratuU coacu mon '. 

Quand Laomédon, coupable de parjure, trompe les dieux 
Apollon et Nepmne, la honte de son action atteint Troie 
elle-même : • 

MA., Xi, iij Qii perjura capîl supcrauc nwenùi Tre^iU. 

Et Ulysse donne naturellement à la ville le nom de perfide : 

Wl., XIII, 246 ... et ctildici, quid ptrfida Traja p-ararn. 

Il a ét»i remarqué plus haut' que l'auteur de XÈnéas ne 
manquait jamais une occasion de rapporter quelle épitaphc on 
a placée sur tel tombeau. L'épitaplic ét.iit un genre fort cultivé 
depuis l'antiquité ; mai.s il n'ej^t pas invraisemblable qu'il ait été 
surtout guidé par l'exemple d'Ovide, qui se plaît aussi 1 rédi- 
ger le distique funéraire ou l'inscription votive*, et à qui le 
moyen ige en attribuait un grand nombre ;\ ton ou i raison. 

Quand la Sibylle, accompa^mée d'Énéc, se présente aux 



I. Art A'iiimer, I. I, v. 54. 

I. Au [ivre XI\' tlo MHam., v. 79. finée en appelé «> Phrygius maritus » 
prcctstmcni au moment où il abandonne Dtdon . 

j. Vov. p. 181. 

4. Voy. W«V.. XIV. i29(Hypemicsire); VU. :9s (DidonJ: MV/am., XIV. 
44Î (Caitte); TrhUi, IIl, Ul, ^\ (Ovide) ; Fastes, \\\, 549 (Didon). 



19^ ED. FAKAL 

portes de l'enfer, c'est au moyen de formules magiques qu'elle 
endort le monstre : 

2598 La ptesircsse disi aconseïi 
Eatre ses d«iz toc bêlement 
Un charme et dd CDctuntemcat ; 
.\inz que li charmes fast fenîz, 
Fu Orbenis bien endormiz... 

Dans VEnéide c'est d'un gâteau qu'elle se sert : 

VI, 420 Meile soporatam et medicatis (nigibus offam 
Objicii. 

Pourquoi celte différence ? Parce que l'auteur de YÈnéas, qui 
connaissait bien l'histoire de Médée racontée dans les Mita- 
;nor/)^j«j, et qui s'en est plusieurs fois servi', s'est souvenu que 
Jason, pour endormir le dragon gardien de la toison d'or, pro- 
nonce des paroles magiques, qui lui ont été enseignées par 
Médée : 

Méi., VII, I }3 Hune postquam spantt Lethaeî graraine sud 
Vcrbique ter dixit placidos ficientia somnos, 
Quae mare turbatum, quae conciu Sumina sistaot, 
Somnus in ignotos oculos sibi venit >. 

Au vers 2747, le poète introduit l'histoire de Tantale, alors 
que Vhnéide ne parle que du supplice de Pîrithoûs et d'Ixion, 

VI, 602 Quos super atra silex jamjam lapsura cadentique 
Imminei assimilis. Lucent genialibus aliis 
Aurea fulcra tons epuUeque ante ora paratae 
Rcgitîco luxu : Furiarum maxima juxta 
Accubat CI nianibus prohibet contingere mensas... 

Virgile applique ici à ces deux héros les châtiments qui, 
selon la trndition ordinaire, étaient ceux de Sisyphe et de Tan- 
tale. Son traducteur a rétabli le nom de Tantale, et s'il l'a fait, 
c'est que ce nom lui était familier, peut-être pour l'avoir ren- 
contré fréquemment dans Ovide'. 



1. Voy. plus haut, p. 195, et plus bas, p. 20$, 2i3 n. {. 

2. Sur la venu soporifique des formules magiques, voy. encore JWAaf»., 
VII, î29-}o, où c'est Médée qui les applique. 

î. Voy, Hér., XVII, iSi-iSj ; Amours, II, 11, 44; III, xii, 30; Art, II, 
(x>6: Mrt.nii., X. 41 ; etc. 



OVIDE ET CÈNÊA5 



I9i> 



Parmi les présents qu'Énée envoie à Évandre se trouve, lians 
VÈîUas, 

... une eope i chicrs csinaus 
{140 Que li doHa rcit Mcnclaus 
Dcsa/ Troie sor le finge, 
Qpam vint a lui en un mcugc, 

VÈnéiiie parle de la coupe', mais ne fournit aucun des iraÎK 
de ta description. Kn revanche, au livre XIII des Métamor- 
phoses, on trouve une longue description du cratère offert par 
Anius à Ënée, et qui commence ainsi : 

... dat niunus ituris... 
iSSt Craieram AeneAc, if uam quonJucn iransnitii illi 
Hotpetab Aoniis Therses Um«oiui oris... 

Il est difficile de ne pas admettre qu'il y ait entre ce p.is.<ugc 
et celui de VÈn^as un rapport assez (itroit. 

Quand, au vers S494, le poêle français représente Bicias et 
Fandarus comme faisant partie de la « ligniee as jaianz ", il n'est 
pas impossible qu'il ait pensé à l'histaïrc des Géants, et sans 
doute pour l'avoir lue dans l'auteur qui olTrait réunis les tré- 
sors de la mytholoj;;le ancienne, dans Ovide '. 

Tarcon, dans YEiUas, en provoquant Gimille, lui dît : 

707b Femme ne se dcit pas combairc 

Se par nuit non tôt en {gisant... 
7087 Eli bclc clLiobrc soi. cortîne 

Paii i}uen<:on)t>^ire o ici iiicscliîne. 

Et Camille lui répond : 

713} Mielz sai abatre un chevalier 
Q.UC acolcr ne doncier ; 
Ne me sai pas combaire mverse. 

Bien qu'elle soit indiquée dans YÈtiéide (^XI, 736), on ne 
sauraîc oublier que cette métaphore du combat amoureux 



1. VU, 24S- 

3. Voy. Mium.,\, ist ss>; V, ;i9ss.; cic. Je rappcltcrii ici cette phrase 
du roi Alphoiise, Gmttilf ttgnurat ittorùi, I, vin, 7, citée par Comparetti datu 
son yirgiliofitl itudio nv. t. H, p. 7. n. 1 : « El Ovidio mayor (i:Vtr-tî-./j« 
les M/lamorpivus) non es à! cotre ci\oi(c'ttt-àilirt tts niuienii sinon la tlicoto- 
gb et la BiUi.) dullo» «turc Un gentîk-s. » 



200 ED. FARAL 

sur laquelle le trouveur insiste si volontiers, revient plus 
d'une fois chez les poètes erotiques, Catulle, Tibulle, et les 
autres'. Ovide l'emploie avec une particulière fréquence, et il 
a consacré une élégie tout entière à développer cette idée 
que t'amant est un combattant, « noctuma proelia geren 
tem ». Il s'agit pour lut de vaincre et il doit être pourvu des 
qualités du bon guerrier : 

Am., ], IX, 5 Quos petiere duces animos in milite forti, 
Hos petit in socio bella puella viro '. 

Et comment s'imaginer que l'auteur de VÉtUas n'ait pas connu 
cette élégie ? 

Nous clorons cette liste de rapprochements', pour en venir 

I. \'oy. Pierrugues, Glossarium eroticum îinguat hUimu, aax motspugna 
et proelium. Voy, aussi Pichon, D< sermone atnalorio <ipud latinos elegiarum 
scriptorti (thèse de Paris), p. 20-2 1 . 

3. On peut citer une infinité d'autres passages. Voy. par exemple : Hir.t 
XIII, 8} : « Fortius ille potest multo, qua pugnat, amare a ; Amours, II, x, 
29 : « Félix quem Veneris cenamina mutua perdant ! n; etc. 

3. Od peut ici encore faire la remarque suivante. Ënée, se lamentant sur 
la mort de Pallas, tinit sur cette idée, qui n'est point dans Virgile : 

6200 Ge ne sai plus que ge te die ; 
T'ame n'ait peine ne ahans, 
Ains ait es Elisicns chans, 
Iluec o li buen home sont . . . 

Un peu plus loin, la mère de Pallas, se lamentant à son tour(Ia lamentation 
tout entière est ajoutée à Virgile), dit ; 

6})) Ja mais noz deus ne preierai 
Ne mais enor ne lor ferai ; 
Ja n'avront mais de mei servîse. 
Mal ai or fait le sacretise 
Que lor faiseie chascun jor 
Moh hattement a grant enor ; 
O il ont esté endormi, 
ôjéo O mes preieres n'ont oï, 

O ne pueent homesalver, 
Guaraniir vie ne tenser. 
Il m'ont mostré molt malement 
Qu'il ne sorpuissent de neient. . . 



OVIDE ET L*èMèAS 



3or 



tout de suite aux Jeux passuges du roman qui méritent le plus 
de retenir rattenllon, le récit des amours d'ïtnée et de Didon, 
et le récit des amours d'Éntc et de Lavinic. 

Le premier de ces deux épisodes se trouve àé]h dans Vir- 
gile'; mais le traducteur l'a modifié et amplifié, et void les 
additions principales qu'il a faites à son modèle : 

V. 712-719. Description d'Èuée entrant dans Carthagc. 

■V. 74 1-760. Description détaillée du manteau cju'Enée donne 
à Didon. 



Il est mniz ndtiirel de se conMiler. devant la mon, i la pensée que le dvfuiu 
iTDUvvia le boohcur dan> im<: vii^ nouvelle. Toutvïob. j'aiEhtrrchécn vain une 
expression inaloguc de te sentimcm Jans les autres exemples de lamentation 
fiiniSrc fournis pat !c^ raiu;ms Ju xn* sitclc : on peut donc douter i^u'dle 
soit uo simple lieu commun. — O'itutte part, l'idée d'accuser ringratiiudv 
deb divinité pareil beaucoup pluiAi pjii>cnnc que chrétienne, ci il est permis 
decoojcCTureT (]u'eUc a èii fourniL* au irouvcur français par un auteur lacto. 

Or, l'él^îe IX du livre I1[ des Amours, sur la mon de Tibullc, iTaito pré- 
cisément les dcuK thèmes donc ÏI vient d'être questioti : 

]) Quid vos Mcra juvant? quid qudc Acgj'piia ptosum 

Sisira ? «(uid in vacuo s«aibuisse loro ? 
Cum rapiuni mala fata bonos(Lgiiusci!c fasse ))■ 

Solliciior nullosesse pui.ire Dcns. 
Vive pius : morieie; plus cok uctu : colentera 

Mors gravis a tcmptis in cava busia ir ahct ... . 

Ces paroles otÏTcnt avec eellei de la mëre de Pallas (Inco qu'elles n'ex- 
priment pas tout 1 fait la même idée) une ressemblance întércssanie. Et voici 
sur quelle idée s'atrhévc l'élégie : 

59 Si lameo e nobis aliquid. nisi noincn et unibra, 
Restât, in HLysia vaille Tibulliis erit.. . 

Il faut observer que les deux mêmes développements se retrouvent dans 
la ConfoliJiioii à Livie. qu'on est disposé aujourd'hui à considérer conitue 
un exercice d'ilipoquc as.sci récente ei peut-être pas antérieur au xv« siècle 
(voy- l« vers ijoss., 187 ss., }I9 ss.), Lii renconlrc serait propre à dimi- 
nuer ou même ruiner la valeur du rapprochement que nous avons fait id 
entre le texte d'Ovide et celui d^VEu^ai, si ptéciscnient b Conxohilioii à Livit 
ne devait pas de nombreux cléments ;ï Ovide, ei en particulier à son éli^îe 
sur la mon de Tibulle. On sait même qu'elle a été longtemps atlribuée i ce 
poète, 

I, Enéide, IV, i ss. 



302 



BD. PAML 



V. I20?-04, I219-7I, I4OS-O7, I4JÎ-44, 1489-90, 1795-95. 

l9>8-70. Description des effets de l'amour : soupirs, pâmoi- 
son, insomnie, impatience, rêves de bonheur, etc. 

V. 1276-7S, IÎ22-2S. Didon se pâme au mument de iiora- 
mer ei aprèsavoir nommé Éiiéu devant sa surur. 

V. 1405-07. Didon est toute distraite. 

V. 1449-56. Remarque que l'amour se nourrit de l'oisiveté. 

V. rî9o-i6i4. Développement sur l'inconstance des femmes. 

V. 1662-64. Remarque que l'amour esc toujours détiant. 

V. 1700. Allusion à la mauvaise foi troycnnc. 

V. 1907-26. Description détaillée de l'art de U sorcière. 

V. 2o6i-^6. Didon, en mourant, pardonne k Knée. 

V. 2129-44. Description du tombeau de Didon. 

D'un certain nombre de ces traits il a été déjà question pré- 
cédemment ; d'autres trouveront leur explication plus loin, à 
propos des amours d'Énée et de Lavinie : je n'en retiendrai 
donc ici que quelques-uns. 

a) Le passade relatif à l'amour et à l'oisiveté doit être com- 
paré à un passage des RcnUiîcs de faimttr, où Ovide exprime pré- 
cisément la même idée : 

Rem., I )4 Fac monitis tugias oiïa prinu meis : 

Hacc, ui amcs, fjciuni ; hjcc, m fcccrc, tucnnir ; 

H;iec suni jucundi aiuid cibusquc malî. 
Olia « tolUs. pcritfrc Cupidînih arcus, 
I4tf Conicmpucquc jaccntctsinc lucc faces. 

Qaam plaunits viuo gaudci, quam populin undj^ 

Kl quam linioM umia palustrU huiiio, 
Tarn Venus otia anui : qui finem quaeris amoris, 

(Cnlil araor rcbus) res agc : (utus cris. 
ijo Languor, et incnodici siib nullo vindlce somaî 

AlcJKluc t-t mullo tcnipora qu^iivu mcro 
Hripiunt omn'es animo sinu vuLhctl- nervns : 

Adfliiit tncaiitis insïdioMi» Amur. 
Dcsidiam putr iik Kquî solci, ndîiagentcs. 

Da %'3ci.iac meiafi. quo tfiicatur. opus '. 

t44ï A un matin romneni tî plaisi, 
Q>i'ira chacicr en la Ibtest, 



I. Ovtde, on peu plus lotn, v. 119 u., indique pr6:iȎiiie il la cliasK 
comme un moyen de distmclion. 



OVIDF. ET l.'éNÉAS 



20Î 



Por cshalrc de m dolor, 

S'cncrobliër porrcit s'amor: 

Car jmon est niolt plus grïcs chose 
UfO Quant en Icîsomë > et repose. 

Et ki s'en vueli bien dtlJvper, 

M QC dcii mie reposer; 

Se l'en s'en vuelt bien eiloignm, 

Altrc entente li a nicsticr, 
I4JS Car quant il entent altrc port, 

Se li Novicnl d'amor pli» (art. 

Le ton didactique que prend ici, sans nison app.irente. l'au- 
teur de VÉtic'as, ne parait s'expliquer que par un souvenir 
d'Ovide, qui se pose, lui, en médecin des cœurs. 

b) Pour ce qui est des vers f662-6^. 

Car ki aime toi tcns me»cre)t; 
En dotance est et en peor. 
Ja n'crt xùi ne nuit ne jor... 

il est tout naturel d'en rapprocher les suivants : 
H^r., 1, 12 Resest soIlicLti plena liniorisamor, 

et surtout : 

H/r., IX, loq Otnnta scd vcrcor : (|uis «nïm securus amuvit ? ' 

c) Enfin, il y a bien des chances pour que la description de 
la sorcière, aux vers 1907-26 du roman, doive quelque chose il 
Ovide. Je donne parallèlement le texte de VHtUide et celui Je 
VÈtUai, en fîoulignant dans ce dernier, selon un procédt' 
emprunit^ à M. De Grave, les éléments ajoutés au modèle. 
Ceux dont Virgile contient le gemie ont été suulignésen poin- 
tillé. 

fd., IV, 48} Hinc rnihi Massylae getitis monstrata sacerdoi. 
HUperiduni tcmplt cu«o«, cpuLitque dra^ioni 
Quac dahat et «acros servabat in artiorc ranios, 
SpargcQs humîda mella soparifcrum<|uc papaver, 
Haec K carminibus promittit solvere mentes 
Qaas veitt, an atita duras imminere cunis ; 



1. (Ce prétendu verbe Itiiorur, que M. De Grave traduit dubiutivenicnr 
par ■ ne rien faire •, n'est qu'un 1 uboiagt; « de copiste pour tfjortrr, — 
A. Th.| 

2. Voy. eiKorc M/tant.^ VII, 719, cl Men d'autres passages. 



204 ED. FARAL 

Sistere aquam fluviis et vertere sidéra rétro ; 
490 Noctumosque movet Maoes : mug^e videbis 

Sub pedibus terram et descendere montibus omos. 

1907 Ici près a une sorcière, 

MoUfor^ chose li est Ugiere : 

El resuscitê homes morz 
1910 Et deviné et gete son. 

Et le soleil fait resconser 

En dreit midi et retorner 

Tôt ariere vers orient ; 

De la lune fait ensement, 
1915 Ele la fait novele o pleine 

Treis feiz o quatre la semeine, 

El les oisehfaii el parler 

Et l'eue ariere retorner ; 

D'enfer trait Us in/emals Fuires, 
1920 Ki lianoncent les auguires ; 

Les chaînes fait des monz descendre 

Et les serpeni dcnter et prendre ; 

La terre fait soz ses piez muire ; 

Enchanter set et bien d'auguire ; 
1925 Et fait amer o fait haïr, 

De tote rien fait son plaisir. 

De descriptions de cette sorte la poésie latine antique offre 
plusieurs exemples. Ainsi ce passage d'une élégie de Tibuile : 

L II, 43 Hanc ego de caelo ducentem sidéra vidi, 

Fluminis haec rapîdi carminé vertit iter, 
Hacc cantu findilque solum Manesque sepulcns 

Elicit et lepido devocat ossa rogo ; 
Jam tenet infemas magico stndore catcrvas, 

Jani jubet adspersas lacté referre pedem ; 
Cum libet, haec tristi depellit nubila caelo, 
SO Cum libet, aestivo convocat orbenives ; 

Sola tenere malas Medeae dicttur herbas, 

Sola feros Hecatae perdomuîsse canes,, . ' 

Ce passage pourrait expliquer que, dans VÉnéas, la sorcière 
sache ressusciter les morts (v. 45-48), et qu'elle fasse remonter 

I . Tibuile et les auteurs du Corpus Tibullianum, éd. A. Cartault. 



?rrïE ET t.'ÉNÈAS 

Its riviîTL'i. à leurs, sources (v. .[4), au lieu, comme dans Vir- 
gile^ de 1e.s arrêter. Mais U n'est pas nécessaire de recourir à 
Tibulle. Ovide parle souvent de l'art des sorcières, et il n'y a 
à peu près rien, dans la description de VÉn/as, qui n'ait pu 
venir de lui. A deux reprises, dans une HéroïcU et dans les 
Mètamorphcises, il csi question des charmes de Médée. J'extrais 
quelques vers seulement de ces deux pas-sa^es : 

Hér.t VI, Si Ula Tcluctsniem curru JuJuc-re Lunara 
Nttitur «t tenvbrU ibOcrc Soli» cquos. 
IU2 refreiut a^uas obtiquat^ue flumma sisth... 
S9 Per tumulos errât pj&f>is Jiscincu cipillU 
CcrUque tic icpidb colli){it os» ic^is- 

Mil., VII, 199 Qjiorum ope, iiuiii volui, ripis niiraniîbus, amncs 
In fonitfs rcdiere ïuï»..- 
ao] Vipcrcjis rumpo vcrbis et «Ttnine ffluccs, 
V] vaque saxa sua convuluque robora tcira 
F,t silvas inoveo, jubeo>:)ue trcmcscere montes 
& mugirtf solum, maoesquc c^îrc wipulerîs. 
Te quoquc, Luna, traho, quamsns Tcmcsaca l^borM 
Acr:i tuos mJnuani ; cumis quoquc carminc no&tro 
Pallw avi. 

Ces vers semblent être revenus eu mémoire à l'auteur de 
YÈtûas. ÏIs expliquent qu'il psric du soleil et de la lune (i/f*/-., 
86; Met., 208); qu'au vers 1921 il remplace les ormes de 
Vii^le par des chênes {Met., 204) ; qu'il parle de résurrection 
des morts {Met., 205); de rivières qui remontenth leur sourfc 
{Mél., 199); qu'il mentionne enfin le pouvoir de la sorcière 
sur les serpents {Met., 20)). Ce qu'il dit à ce dernier propos 
est remarquable: les serpents sont « domptés i>. Or. si les 
magiciennes passaient ordinairement pour savoir échapper au 
venin des reptiles, Médée, elle, avait un char traîné par des 
dragons, dont il est fréquemment question dans le livre des 
Métûmorphoses cité ci-dessus '. 



I. Dans sa lecture intilulée : Véi-ofultOH du romaa fruH^aii aux unirons dt 
iiso, p. 28, Q. 2. M. Wilmotie s'éionne que l'auteur de Troie ait eu 
•I IVtrange « idée de donnCf les ulcDls de magicienne, que \'Én/at décrit aux 
vers 1905 Si., A sa Mé<Jéc. C'est pr^isémeui la preuve que Benoît s'était 
bien rendu compte des origioes de la dewriptiOD qu'il lîuit dans l'fiMu, et 
qu'elle corrcspondaii à telle qu'Ovide lait Je U fille d'iolchos daoi les Meta- 
mertlmu. 



2o6 



Klï. IARAL 



Il faut encure rappelc-r \e passage des Mitamifrpljoirs relatif 
aux enchantemerts lie Circé : 

XIV, ]66 Ignotosquc dcos tgnoto urminc adorai, 

Quo solet et niveae vultum confuinJere Lunav 
Et pMno «plii bibubs ïubttfxcK nubcs... 

Hi d'ailleurs, les œuvres éroiiques d'Ovide eiles-mèmes four- 
nissent des textes sur ce sujet. Ainsi les Amours, où le poète 
peiiit une vieille femme : 

i, vui, 6 Inquc caput liquiJjs jrtc rccurvat ^quas... 

9 Cum voluii, loto glomcraniur nubtla trado; 

(Itim v-oluil^ puro ful({Ct in orU; dics.-. 
17 Evocai 3nii«]uis proavos aiavosquc sepulcm 
Et solidam loDgo canuine findit hutnum. 

Les Hcmêda dt Cavwur contiennent aussi une allusion au 
métne art : 

Xt3 Me duce non lumulo prodirc julicbitur umbnt; 
Non anus infami camiinc rumpct humum.. . 
3;6 Ncc subito l'iiocbi pallidus orbU erit; 

L't solet, jc^uufkMS ibii Titx■^ÎIlll^ în und^is, 

Ui sok't. in (livcis Luna vchciur c^ui». 
Nulla rccamaus dcponctit peciora curas; 
Nec fugict vîvo suipure vicnis atnor. 

On voit par W que, sauf une ou deux inventions concernant 
les oiseaux et les Furies, l'auteur de Vhnéas a pu puiser dans 
Ovide toutes les additions qu'il a faites au texte de Virj^ile. Je 
pense môme que, si l'on considîrre particulicrcinent les icrs 
1909, 1918, '921, 1922, 1925, on trouvera d'assez fones rat- 
_ sons de croire qu'il en a bien i}té ainsi. 

L'épisode des amours d'ï^née et de Lavinic, un des plus 
considérables de VEnéas et tout entier de l'invention du traduc- 
teur, compte environ réou vers. 

La uiëre de Lavi nie exhorte sa lilte ù prendre époux, lui van- 
tant ce mal délectable qu'on appelle l'amour, et elle l'eiiyage à 
porter son clioix sur Turnus. Mais Livinie ne se soucie guère 
de mariage et elle n'a cure de connaître les lùurmenis de l'amour 
(v. 7857-8024). Cependant, un jour, elle aperijoit Ruée du 
haut de sa tour^ et elle le trouve si beauj qu'elle reçoit les 




OVIDK ET I-'éNÊAS 



lûî 



fiches de Cupition (v. Sosj-Si). En uii long monologue elle 
exprime sa douleur et son trouble (v. Ko8{-8;;4). Et quand 
elle voit Énée s'en retourner, elle s'abjniîorme au désespoir 
(v. 8ÎÎJ-98). L.1 nuit, l'insomnie la tunure (v. 8399-8425); 
elle se répand encore en plaintes (v. 8426-44). Ht le lendemain, 
sa mère, lisant son agitation sur son visage, l'oblige à lui 
confesser la vérité (v. ^445-8564). La reine, furieuse de son 
choix, tient contre Enie les prapos les plus injurieux; mais elle 
ne peut convaincre Lavinic (v, 8565-866?). Celle-ci. restée 
seule, fait lancer A E:néc une flécivc A Lit^ucllc elle a attaché un 
billet, et elle échange avec lui des signes (v. 8664-8999). Puis 
Enéc se retire dans sa tente, où, pendant toute la nuit, il est 
agité par l'aniDur (v. 8900-9118). Quand, le lendemain, Lavi- 
nic ne le voit pas paraître, elle s'irrite contre lui (v. 91 19-9188); 
mais clic se repcnt des qu'elle le revoit (v. 9189-9228), et clic 
échange de nouveaux signes avec lui (v. 9229-9274). [Puis, 
comme dans XÙnéide, on fait des préparatifs de bataille (v. 9275- 
9ji2)l', et Lavinic exprime ses craintes (v. 9313-9542). 
[Énée sort vainqueur du combat contre Turnus|; mais il lui est 
impossible d'aller aussitôt voir Lavinïe, et celle-ci se désespère 
(v. 9830-9914). De son côté il n'est p:i5 moins tourmenté par 
la pensée que Lavinic interprétera mal son absence (v. 9915- 
10078). Kn fin de compte tout s'arrange, et le mariage a lieu. 

D'où vient cet épisode ? 

Rien dans VÉniidc n'amorce l'Iiistoire, imaginée par le trou- 
veur français, des amours d'Énée et de [.avinie '. Si l'idée lui 
en est venue, il faut peut-être l'attribuer au succès qu'avait eu. 
dans le roman de TMfj, l'épisode ou les épisodes où figurent 
Antigène et Ismène, et aussi i l'exemple que lui avait fourni 
Virgile lui-même en taiiant des amours d'Itnéc et de Didon. 
Peut-être enfin n-t-il été guidé par le succès qu'obtenaient alors 
dans les écoles les contes galants dont la littérature latine 



1. Je mets entre crochets les passaj^es qui ont un pendant dins Vlinéidr. 

2. M- De Gr.<uc, tnnr.citt'.p. Ltx, a 6nib l'hypothèse que celte uddhio» du 
traducteur jurait son origine dans lesven suivants de VÈiinde : 

XU, 64 .\ccepii voccm lacrimis l.avinia matm 

Ftagramis perfus-i gen», cui plurimus igiiem 
Subjecil riil>or et calcl'acia pcr ora cucumt. 



ioH ED. FAKAt 

ancienne ec récente présentait de nombreux spécimens; et il 
serait assez naturel qu'il eût peiist' à orner son motièlc des ptus 
belles fleurs <]uc lui offraient d'autres brillants auteurs. 

Quoi qu'il en soit, quel quaît éit son point de départ, une 
fois connue l'idée de l'épisode, il n traite son sujet en suivdnE 
Ovide pas à pas. Nous allons voir commeiu, en examinant suc- 
cessivement les personnages et les situations, les idées, les 
repr&entations mythologiques et les procédés littéraires. 

Lfs personnages et les siltmtions. — S'il y a, dans tout cet épi- 
sode, un personnage qui tienne le devant de la scène, c'est bien 
celui de Lavinie. Dans ceite aventure d'amour, c'est l'amou- 
icuse qui joue le principal rôle; et l'on ne s'en étonnera pas 
si l'on considère que, dans Ovide aussi, ce sont les femmes, les 
Daphilé, les Médéc, lesScvUa, les Myrrha. les Byblïs, qui, daos 
les histoires du même genre, figurent au premier plan. 

D'ailleurs, Lavînie n*a-t-elte pas avec les héroïnes du poète 
latin des ressemblances qu'il est intéressant de relever? 

Remarquons d'abord que t'est ^ elle que revient l'initiative 
du premier mouvement et de la première déclaration : elle est 
la première atteinte par l'amour ; la première elle se découvre à 
Énce'. C'est ainsi qu'Écho va au-devant de Narcisse''; que 
Médée désire Jason ' ; que Sanialcis provoque Hcrniaphruditc * ; 
que Scyila provoque Mlnos' ; que Byblis provoque Caunus* ; 
que Myrrlia provoque Cynire ' ; que Vénus provoque Adonis ' ; 
que Circé provoque Glau«;u5^i que Circé encore provoque 
Picus '°. El cenc attitude prêtée à la femme tnc parait assez 
particulière pour que, se trouvant à la fois chez le poète latin et 
le poète français, elle mérite dette notée. Au reste, 1-avinic 



1 . Voy. V. 8047 55.. 8776 ss. 

2. Méldtn., m, J70SS. 
î. IbiJ., VU. 7 ss. 

4. IbiJ.. [V, jïo «. 

5. IhiJ., VUI, 81 ss. 

6. Ihid., IX, Î28 5S. 

7. Ibid., X, 4;i «. 

8. Ihid., X, W9st. 

9. Ihid.. XIV. 2S H. 
Il), tbiii., XiV, 346 ». 



OVIDE ET l'ÉKÉAS 209 

cède à une passion qui lui a été défendue : sa mère ne veut pas 
entendre parler de son mariage avec Énée, et le cas de la jeune 
fille illustre l'ordinaire afErmatton, chère à Ovide, que rien ne 
peut vaincre la force de l'amour. 

L'amour a besoin de confidences, et Ovide place ordinaire- 
ment près de ses héroïnes une nourrice, aux conseils de laquelle 
elles ont recours'. De la même façon, Lavinie a auprès d'elle 
sa mère. La première conversation que les deux femmes ont 
entre elles rentre dans la catégorie des cas où des parents 
engagent leurs enfants à se marier, alors que ceux-ci, pour une 
raison ou pour une autre, n'y sont guère disposés. Sans pré- 
tendre ici établir de parallèle, je remarquerai qu'il y a des 
exemples de situations de ce genre dans Ovide : ainsi celui de 
Daphné' ou celui de Myrrha '. Mais, ce qui est beaucoup 
plus important, ce sont les ressemblances qu'offre la scène où 
Lavinie avoue son amour à sa mère avec celles où des héroïnes 
d'Ovide font le même aveu à leurs confidentes. 

Il y a lieu de rappeler ici le passage de VÉnéas où Didon 
confesse à sa sœur qu'elle aime Énée. Elle commence : 

1273 « Aana, ge muir, ne vivrai, suer. 

— Qpei avei donc ? — Fait me li cucr, 
Nel puis celer,, joaim. — Kt cui? 

— Gel te dirai ; par fei, celui ...» 
Et quant ele le dut nomer, 

Si se pasma, ne pot parler. 

Enfin, après bien des détours, elle déclare : 

i}2i « Fors tant qu'eu ai oï parler, 
Eneas l'ai ol nomer. . . ■» 
Quant l'en sovint, qu'el le noma, 
Ele nercit, si se pasma : 
A poi que ele ne fu morte. 

Lavinie, pour sa part, éprouve te plus grand embarras à révé- 
ler ses sentiments à sa mère. Elle se fait longtemps prier. Sa 

1. Voy. Hér., XI, 27 ss.; XIX, 19 ss.; XXI, 18 ss.; Métam., X, 382 ss ; 
XIV, 70Î ; et vingt autres passages. 

2. Mètatti., I, 478 ss. 

3. Ibid., X, 3s6 5S. 

«ammmim. XL. t4 



2IO ED. FARAL 

mère est obligée de multiplier ses instances, et elle ne lui 
arniclic la vérité que par bribes. Voici enfin comment elle 
prononce le nom d'Énée : 

8s ;o n Jo aim, ncl puis avant neicr. 

— Donc a nom Turnus tes amis ? 

— Nenil,dann;, gel vosplevis. 

— Et cornent donc ? — Il a nom E, . , n 
Donc sospira, puisredist : » ne... », 

8;55 D'iluec a pièce noma : nas... ■, 

Tôt co trenblaot le disi en bas. 

La reine se porpensa 

Kt les sillebes asenbla : 

o Tu m'as dit £ et ne et as. 

Ces letres sonent Eneas. 
8s6o — Veire veir, dame, ce est il. m 

Cette situation, la scène de l'aveu, se trouve déjà traitée dans 
Ovide et d'une façon qui rappelle celle-ci. Myrrha, sollicitée par 
sa nourrice de lui confier les causes de sa peine, s'y décide 
enfin : 

Mit., X, 419 Kxtullt illacaput, lacrimisi^ue implevit obortis 
Pectora nutrîcis ; conataque saope faterî, 
Saepe icnet vocem, pudibundaquc vestîbus ora 
Tcxit et : « O, dixit, felicen) conjuge matrem ! » 
Hactenus, et gemuit : geltdos nutricis in artus 
Ossaque (sensîi enini) pénétrât tremor, albaque toto 

425 Verticc canities rigidis stetit hirta capillts. 

Muliaque, ut excuterct diros, si posset, amorcs, 

Addidit. .At virgo scit se non faisa moneri, 

Certa niori lanien est, si non potiaiur amore. 

« Vive, ait haec; potière ti:o. , . » et non ausa : « parentt: o 

4ÎO Dicere, conlicuit. 

Ne .sont-ce point là l'idée et tous les éléments de la scène 
traitée par le poète français? Didon, Lavinie n'arrivent qu'avec 
peine, connne Myrrha, à prononcer le nom de celui qu'elles 
aiment; comme elle, elles s'interrompent au moment de le 
faire; et si Lavinie confesse syllabe i syllabe le nom d'Enée, le 
jeu de scène est aussi indiqué par Ovide, qui, dans un autre 
passage alors fameux, où Byblis remet à un esclave une lettre 
pour Caunu.s, représente ainsi son émotion : 



OVIDE ET l'ÉNÉAS 211 

II Fer has, fidissime, Dosiro. . . » 
Met., IX, $70 Dixit, et adjecit longo posttempore : « fratri ». 

Ces analogies ne me paraissent pas accidentelles. D'autre 
part, quand il a montré Lavinie au sommet de sa tour, occu- 
pée à considérer le chef du parti ennemi et en devenant amou- 
reuse, l'auteur de l'Enéas ne s'est-îl pas souvenu de Scylla, qui, 
du haut de la tour d'Alcathoiis, a distingué Minos venu pour 
assiéger la ville et s'est prise à l'aimer? Et si les deux femmes 
éprouvent ensuite des sentiments qui se ressemblent, faut-il 
l'attribuer seulement au hasard ou à la similitude des sujets ? Je 
mets en parallèle ces deux passages : 

Met., VIII, î8 Impetus est îl!i, liceat modo, ferre per aginen 
Virgineos hostile gradus ; est impetus itli 
Turribus e sumniis in Giiosîa mittere corpus 
Castra... 

... utque sedebat, 
4j Catuiitia Dicfaei speclaus tenloria régis : 

* Laeter, ait, doleamne... 
51 ego terjelix, sipennis lapsa per Miras 
Giiosiuci possem castris insisterc régis. 

8666 El s'en râla a la fenestre, 

La o amors l'aveît saisie ; 

La tente Eneas a choisie, 

Molt l'olentiers la reguarda 
8670 Et celé part son vis toma. 

El n'en poeii son oil torner : 

Bieit losl, s'ele peûst vcler, 

Fust eU lui el pitveilloii ; 

Ne poeit penser s' a lui non 
867s Et rediseit al chiefiiel ter : ... 

J'ai souligné, p.irmi ces vers, ceux qui renlerment les ren- 
contres d'idées et d'expressions les plus notables, et ces ren- 
contres ne sont pas dépourvues d'importance. 

Pour ce qui est des hésitations au milieu desquelles Lavinie 
se débat, et qui la font balancer longuement entre des résolu- 
tions contraires', l'autenr du roman a pu se souvenir de 
nombreux personnages qu'Ovide a représentés ainsi tiraillés par 

I. Voy. V. 8676 ss. 



212 ED. FARAL 

des sentiments opposés, Médée ', Byblîs ', Myrrha ', ou 
d'autres. — Et il avait pu lire, en de nombreux endroits aussi 
du poète latin, les souhaits des amants qui, dans l'excès de 
leurs souffrances, appellent la mort *. C'est pourquoi Lavinie, 
songe elle aussi à se tuer si ses vœux ne se réalisent pas'. 

Il suffira maintenant d'ajouter quelques mots touchant l'argu- 
ment dont se sert la mère de L^vinie pour écarter sa fille de 
l'amour d'Énée. Elle accuse celui-ci de vice contre nature et elle 
développe abondamment son dire. Si l'auteur a donné de l'am- 
pleur à ce développement, c'est que la sodomie a préoccupé 



I. Voy. Mélam., VII, 7 ss. 

3. Voy. Ihid., IX, 474 ss. 
j. Voy. Ibid., X, J20SS. 

4. Voy., outre l'exemple de Didon, celuideSapho, //(•V.,piV], i6j ss.; de 
Myrrha, Mélatn., X, ^77 ss. ; de Pyrame et de Thisbé, Métam., IV, 108 ss. ; 
etc. 

5. Voy, V, 8747, 9912. — On pourra trouver de l'intérêt à comparer 
encore les deux passager suivants extraits des monotogues de Lavinie et de 
ML^dée. au moment où elles disputent en elles-mêmes sur les droits de l'hon- 
neur et de l'amour : 

iWrt., VII, 31 quid in IxMpite, regia virgo, 

Ureris et thalamos alieni concipis orbis ? 

8720 Toi, ne dire tel vilenie, 

CUie ja femme de tonparage 
Empreigne a faire tel viltage 
Qp'a bcmie estrange aille parler 
Por sei offrir ne présenter. 

CI ceux-ci : 

.W;,, Vil, 18 Si possem sanior cssem. 

Sed gravât invitam nova vis, aliudque Cupide, 
Mens aliud suadet. 

8^44 Guidiez vos donc que bel me seit 
Kt que gel face de mon gré ? 
C'est encontre ma volenié \ 
Amors me tient en sa Kiiltie. 

D'ailleurs, l'idii-e qu'on aime malgré soi est aussi développée dans les Amours. 
Il, IX, 29 ss.; III, XI, 3} ss. 



OVIDE ET l'ÈKÈAS atj 

vivemenï ses contemporains '. Mais pourquoi l'avoir intro- 
duit îd ? En voici l'explication. 

8577 En ce • sont Troiài norri, 
dit la reino. El plus loin Lavinic : 

91IS S'ua Ganiniedc a avuec $ei, 
Aseï )i est or poi de mci. 

Il tnc semble- que, si la mère de Lavinic accuse Énéc et les 
Troyens, c'est précisément en songeant (et le poète y a songé 



I. Sur Mlle question, voy. C. VicUbrd, Oillfs dt Ct>thtil, qui donne les 
indications bibliographiques esseuiieUes et cite d«s textes in HtldeI>eTi de 
Ijvardin, de Jean de Salisbury, d'Alain de Lille et de Gille* de Corheil, — 
J'ajouierai que. lorsqu'il Otait question de ce vice, on pcmaîi iouveot i Ovide 
Aimi AUin, dam le pusugi- àié p.ir M, Vieiflard. parle d'Orphtïc. Qu.ini i 
hiildcl^en, il mentionne tou jour» parmi >e» cxcm|i!H»ceuii que lui riHiniiNN:iii.'[il 
les Màamorphoses (voy., dans l'étude de Hauréau parue au 1. XXVIII, 
a* partie, des Noiùes cl ExtraUt, les n»* 1, xxx, p. îj8; III, 1, p. 41a ; 111, 
viu, p. 419) : c'est le nom de Ganymide qu'il cite le plus souvent. — Ber- 
nard de Mcungf un do " dictatures « le* plu* célèbres de In tin du Xli» *lècle. 
donne deux modtle^ de lettres sous les titres : ■ Q.uidam honatur piienim ad 
.ipurciiiam « L-t » Rcsponjio pucri ». Dans les deux cas les aTgunicni» et le* 
exemples sont pris dans Ovide (voy. les textes p. p. L. Delislc, Ketiet srtt 
uue D Sutnimi dictamînis n dan> les Xolùa rt BxIriiJli, t. XXVI. I« partie, 
p. 199-200). 

Hnfin. M. Comparttli, dans son livre sur Vii^tc au moyen jge, 1. 1, p- 1 1 S, 
n. 1 , a leeueillî ou meniionné, d'après les philologues L. Miller et Wôlfflin, 
les corrections de certains manuscrïis au texte orignal d'Ovide ou de Tibulle. 
Dans un ms. delà bibliothèque de Zurich, le vers suivant de VArl d'Aimer, 
III, 68} : » hoc est quod pucri tangar amore minu: 1 a 6tè corrigé en 
■ ... amorc tiihii 0, et une note miir^^iiialv dit : a ex hoc nnta ;)uod Ovidiuï 
non funii sodonùla. « Il y a d'autres exemples. — Ou remarquera. J'ailleLu^ 
que la m*rc de Lavinfc, en accusant finéc, entame le proct^s des sodomite^ 
en général, et elle fait valoir contre eux ks arguments qu'on développait le 
plus viîloTHier» de son temps (voy. les textes d'Hildeben, d'Alain, de Cilles), 
disâtti : 

S;96 De cest stegle sereit tost lin, 
Se tuit II home ki i sont 
Esteicnt tel par tôt le mont... etc. 

1. n s'agit du vice contre nature. 



214 ^°- PARAI, 

en lui prêtant l'argument) à l'aventure de Ganymède, qui était 
Troyen ', et qu'Ovide, à l'endroit où ii rapporte son histoire, 
ne manque pas d'appeler « Phrygius Ganymedes' ». 

La peinture et la théorie de l'amour. — Je ne me dissimule pas, en 
abordant cette partie de mon étude, ce qu'elle a de délicat. Car, 
s'il arrive que, dans la peinture de l'amour, deux auteurs se 
rencontrent, dans quelle mesure les ressemblances des œuvres 
ne s'expliquent-elles pas par l'identité des sujets? Si l'amour a 
toujours existé, et toujours le même, il est bien naturel que 
deux écrivains, sans pourtant se connaître, en parlent de la 
même fai;on. Et comment découvrir, en pareil cas, si l'Étiéas 
doit quelque chose à Ovide ? Cependant cette difficulté est sur- 
tout théorique, et on verra que les textes présentent entre eux 
des ressemblances qui ne sauraient tenir au sujet. 

Une des singularités les plus notables de YÉnéas est la descrip- 

, tien, souvent reprise, des effets de l'amour. Celui qui aime 

change de couleur et pâlit ' ; il tremble ■•, frémit ', tressaille "; 

I il souffle ', il bâille "; il a froid ' et il transpire '°; il se pâme " ; 

] il se « démente »'% soupire'', pleure'*, geïnt'S sanglote'*, se 



1. Voy. Mi'Utm., XI, 754 ss. 

2. /WJ..\, lii. 

j. « color niutr » 1204, 1490, 7926, 8242 ; « changîcr color ■ 8059 ; — 
« pâlir n 7927, 8244 : ■■ cspalir n 7926. 
4. <i ircmbler » 12}). 7922, 8074, 8243. 
}. « frcmir » 1253, 7922, 8076,824}. 

6. « tressaillir » 125}, 7925, 8075, 8i3j, 8401, 8934, 8936. 

7. B sortor » I2Î1, 8t>77. 

8. « baaillier » 1231, 792J, 8077. 

9. « rufreidir » i960, 7922, 8074, 8933 ; « aveir freit » 8126. 

10. 1' iivcir chalt " 8126 ; « iressut;r n i960, 807}, 8932 ; « sutr » 7920. 
7921. 

11. « se pasnicr 11 1230, i9>9, 807; ;» espasniir « 8243, 893} ; «li cucrs li 
ment » on « H fait » 1234, 8076. 

12. 8082. 

13. « sospirtr » 1204, 1231, 7925, 8244, 8926, 8934. 

14. « plorer » J2ji, 7928, H079, 
1$. « giendrc >■ 7927, 8079, 8244. 
16. Il scnfjlotir » 7928, 8076. 



OVIDE ET l'ÉNÉAS 



215 



I 



plaint ', crieS voz\(ète ' ; il perd le boire et le manjçer •; il « se 
travaille » * et songe' ; il veille', s'i-tire et se retourne sur son 
lit"; il se démène ■', ^e « degcte » '" ; il est comme eu raj^c ". 
D'où vient cette conception des elTets physiques de l'amour? 
Que l'amoureux soupire, soit la proie des soucis et de l'insom- 
nie, c'est ordinaire ; mais il n'est pas canicti^ristiquc de l'amour 
qu'on bâille, qu'on tremble, qu'on cr.inspirc ou qu'on vocifère. 
Aussi faut-il considérer que l'auteur a entendu le peindre 
comme une maladie. L'idic est abondamnicnt exprimée dans 
1'" enseignement « que la reine adresse X Ijivtnie. L'amour est 
une « enfermeié » : 

7918 Une fièvre quarialriL- valt. 

l*irc est jfiiors que ficvrc ague, 
N'est pjs rmors qumt l'en co suc . .. 

Et vient ensuite l'énumèraiion de tous les effets que nous 
avons indiques plus haut. 

Pour expliquer cette idée que l'amour est une maladie, il est 
inutile de recourir, comme on l'a proposé, à l'hypothèse que 
l'auicur aurait puisé dans des traités médicaux ". Elle est très 



I. « plaindre n 7927. 
i. a crier u 8079. 

). n braire ■> 8079. 

4. 7934, 891 î. 

5. iaj2. 

6. • penser " 7927, 8931. 

7. Il vcillier » 7918. S^oo. 

8. ti s'esten^Jre u iijo, 8917; f se dctorner » I2;j. 

9. a »c dctncncr B IJ}3, i3Sî> >2Î7- 
la 7925, 81177. 8401. 8927. 

II. 1361, 1170. — On pourra ici consulter U diMcrtjitioii d« O. Kiîhn, 
Vthr FruJbntini^' uml Schildfrwig vca korperlic^Kn KriinhiKifrn und Kàrftrgr- 
brérhm m tiUfriiii{. nUklungeH, Breslau, 1903,011011 trouvera mini» un 
certain nombre de cextes qu'lt tst iiitérnsant de rapprocher de celui de 
l'£«ftit. 

13. Voy. Hilka (VoIlmôUer, KriUieher J>Artsberkht,%. VIII, 3™* part., 
p. 399} (|uî coiiMdere qui-, dans la peinture de l'amour telle qu'elle coiiiiiiunce 
A se répandre dans ia liuèramre ârangiise au xiF siècle, entrant des clâmentii 
ortenTJux. il tif^nalc â «.e propos le irav.iil de M. lljalmar Crohns, Zur Oe- 
scbUbU Jer Litbfah KranVmt iAràiiv fèt KuUur^tKhkhif. 19OÎ, i. lU, p. 66- 



1. 



u6 



ED. FAWAL 



répandue dans l'œuvre des erotiques latins, et notamment dans 
celle d'Ovitle. Celui-ci qualitîc «ordinairement l'amoureux de 
malade, « aeger a, « languidus » '. Il applique A l'amour les 
noms de « malum » ei de « mnrbus » '. Débarrasser ceux qu 
aiment de leur passion, c'est le^ guérir, « sanare a, n curare » ' 
et pour y arriver, il faut leur donner des remèdes, « remédia n 
Cl mcdicina ' ». Enfin, c'est en médecin, inspiré d'Apollon 
qu'Ovide se pose au moment où il entreprend d'écrire ses 
Remédis de Vamotir '. 

D'ailleurs, ce n'est pas seulement une idée générale qu'il a 
fournie à l'auteur de VEnéas : il lui a fourni aussi plusieurs élé- 
ments de sa description, et en certains endroits le texte du roman 
rrant;ais ne parait être qu'une amplification du texte latin. Il 
n'est pas opportun de relever longuement dans Ovide les cas 
où Ton voit un amoureux changer de couleur, ou pâlir, ou 
trembler, ou soupirer, ou pleurer, ou pousser des cris, ou perdre 
le boire, le manger, le sommeil, ou tomber dans la fureur. El 
voici un pass;igc entre vingt où s'offrent réunis plusieurs des 
traits indiqués dans VEnias : 

H/r., XI, 27 Pugcril orecolur, macics addusenit artus, 
Sumehini mmimos on canna cibo» : 



i 



86); rtîlpcn&c fu'il n'est pas improbable que. vers te milieu du xi'siteEc, ks 
traités desn»frii«ins arabes aicni frté connus en Occident par l'iotcrmidiarr 
de inductions latines. 

I. H a^cr n Rem., 109, 129, ;i;, ^t.| ; » languidus » Hér„ IX, i)6; X, 
t);Xlll, 116. 

3. « nialuni » Jîm.,9a, [}B, saft, (191 r< morbus ■• Afm., 61, its ; «> tor- 
por ■• ll^r.. \, 44 : vov. aussi Re*»., 613 : « facito fcmta^a vlies », c'en-A- 
dire la «loiitagiou des autres amoureux. 

]. «cur.ire > Rrni. }t; ; x sanare > Jm.. I. x, 9 : Knii., 4j, toi, $27. 
546,^51,611,794, 814. Ot> dit de celui i]ur l'amour n'a pas lOucbéqu'il 
est fl sanus a : Art, ttl, 713 : Rem,, 493, joi ; FaUts, IV, 7. On UM auaj 
dans ce ca* du veibe « valcrc n : Rem„ 236, 231. On applique l'épithètc de 
sattthrii aux choses qui cflaccnt l'amour : Art, I, 158 ; Rem., ) 16, 704- 

4. Pour o rcmcdia », voy. le tîirc même Je l'ouvrage d'Ovide ; « medica 
bilis n Hir., V, 149: Rim., 131 : ■ mvdicina <• Afrm., 91; i}) ; 79s ; <■ mcdi' 
eus ■ Rem., )I4. 

t- Voy. Ami., v. 41 ss. 




OVIDE ET l'ÉNÉAS 217 

Nec somni faciles, et nox erat annua aobis >, 
Et gemitum nullo laesa dolore dabam '. 

Mais j'insisterai sur la description que fait volontiers le poète 
latin des insomnies et des rêves provoqués par l'amour. Et ici, 
jl est clair qu'il a été suivi de près par l'auteur de VEnéas. 
Canacé, Médée, Laodamie, Byblis passent de longues veilles 
dans les tourments' : de même Didon*, Lavinie*, Énée*. 
passent de longues nuits d'agitation. — Plus particulièrement, 
voici comment Ovide peint, dans les Amours, la fièvre de l'in- 
somnie : 

I, II, I Esse quid hoc dicam, quod tam mihi dura videntur 
Strata, neque in lecto pallia nostra sedeni. 
Et vacuus somno noaem, quam longa, peregi, 
Lassaque versati corporis ossa dolent ? 

Or c'est le développement de cette donnée qu'il me semble 
voir dans le passage suivant de VÉnéas : 

8}99 Por dreit neient s'ala colchîer. 

Car tote Duît l'estm veilUer . 

Et degeter et tressaillir, 

Descovrir sei et recovrir ; 

El lit se loroe de travers 

Et dOQC adeiu, puis a envers, 

Et met son chief aspiez del lit... 
8420 Et se tornot de l'altre pan, 

Relevot sei, si s'aseeit, 

El donc se recolçot a dreit,.. 

Enfin, — et ici le détail est plus intéressant parce qu'il est 
plus particulier, — Ovide mentionne fréquemment les songes 
durant lesquels les amants, jouets de l'illusion, s'imaginent 



1. Cp. Én^as, V. 9955 : « Plus d'un an a ore en un jori « C'est Énée qui 
parle et exprime son impatience de revoir Lavinie. 

2. Cp. ÈnéaSf v. 8508 : « Que tu te muers et si es saine. » C'est à ce signe 
que la mère de Lavinie prétend reconaaitre l'amour de sa fille pour Énée. 

}. Voy. //<'r.,Xl, 29; Xll, ;7 ss. : XIII, 104SS. : ^m., 1, 11, i ss. ; Wrtam., 
IX, 472- 

4. Enéas, v. 1227. 

5. [bid., V. 8399 ss. 

6. Ibid., V. 893s, 992} ss. 



2l8 ED. FARAL 

dormir dans les bras l'un de l'autre. Je cite ces vers d'une 
Héroîde : 

(XVJ, 113 Tu niilii cura, Phaon ! te sonmia nostra reducunt, 
Somnia formoso candidiora die. 
lllic te invcnio, quamvîs refjionibus absîs ; 

Scd nou longa satis gaudia somnus liabet. 
Saepe tuos nostra cervice onerarc lacertos, 
Saepc toae videor supposuisse meos. . 
1)1 Blatidior intcrdum, vcrisque simillima verba 
Eloquor, et visitant sensibusora meis '. 

Or, encore une fois, le même thème est repris dans VÉnéas 
et traité dans les mêmes termes. Didon, amoureuse d'Énée, 

12)7 Rnsemble lui cuide gésir, 

Entre ses braz tôt nu tenir ; 

Entre ses braz le cuide astreindre. 
1 240 Ne SCI s'amor covrir ne feindre ; 

Ele acole son covertor, 

Confort n'i irueve ne amor : 

Mil feiz baise son oreillier. 

Toi por l'anior al chevalier, 
124) Cuide que cil ki est absenz 

Enz en son lit li fust presenz : 

N'en i a mie, aillors esteit. 

Parole o lui com s'el l'oeit... 

Et Lavinie se berce des mêmes rêves. 

Ce n'est pas une profanation de prétendre que la façon dont 
Liivinie, sa mère et Énée dissertent de l'amour dans le roman 
françiis est au moins bien inopportune; et si leurs discours 
prennent si volontiers et si hors de propos un tour didactique 
et sentencieux, il faut l'attribuer au désir de l'auteur de faire 
valoir son érudition, qui, ici, s'alimente à peu près exclusive- 
ment aux p<,>èmes d'Ovide. C'est i ce dernier que reviennent 
une foule d'idées, dont voici quelques-unes. 

D'alxird celle-ci que l'amour est un mal, mais un mal 
aimable. Cette opposition est longuement développée par la mère 
de Lavinie : 



1. Vov. eiK-ori.- /-/.■'., XtU, 10; ss., i:tc. Que l'hêroide [ \V]soit d'0\-îde 
ou n.m, [VU iinporK-, II suflit qu'elle lui ait é:c attribuée anciennement, et 
depuis lonj^temp» déjà quand notre irouveur écrivait {'Ètu'ds. 



OVIDE ET l'ÉNÉAS 219 

7958 Soef traii mal ki l'acostume ; 
Se ilî a un poi de mal, 
Li biens s'en sîut tôt parigal,,., etc. 

et la fille ensuite, revient sur cette théorie. — D'où celle-ci 
a-t-elle été tirée ? Sans doute d'Ovide, qui en fournit les élé- 
ments dans une élégie de ses amours, où tout à la fois il se 
plaint de l'amour et le célèbre, concluant : 

II, IX, 26 ... usque adeo dulce puella malum est ! 

Et ailleurs encore, du reste, il reprend la même antithèse, 
qu'il résume dans les expressions « dulce malum » ', ou 
« jucundum malum » ', ou « incendia niitia » ^, ou « molHa 
castra » ■* . 

Touchée d'amour pour Énée, Lavinie s'afflige à la pensée que, 
s'il est tué, elle sera obligée d'épouser Turnus ; et elle se dit, 
un instant, qu'elle aurait dû, afin de ne pas s'exposer à la dou- 
leur des déceptions possibles, partager son aff"ection entre les 
deux hommes. Elle réfléchit : 

8259 Ge ne défisse m'amor pas 

Atorner si vers Eneas, 

N'en eus t Turnus altretant ; 

Nus n'en deûst aler avant. 

N'en défisse plus amer l'un, 

Mais bel semblant faire d chascun 
8265 Et faire si, coment qu'alast. . . 
8269 Ne sai que est a avenir. 

Se défisse m'amor partir, 

Q.ue chascun l'eûst igalnient ; 

Ce cui, ne me nefist neient, 

L'un et l'altre défisse atraire ; 

Ainsi peûsse ge bien faire, 
827; Se ges amasse andeus issi ; 

Donc ne faillisse a un ami... 



1, Amours, II, ix, 26. 

2. Remèdes, 158, 
j. Fasits, I, 411. 

4. Art d'aimtr. II, 2^6. Sur le succès de celte antithèsi; au moven Age. 
voy. P. Meyer, Mélanges de poésie aiigliy-iiormaïuie, n° IX : Une defiiiilmi de 
l'amour (^Romania, 1875, t, IV, p. 382-84). 



22n 



ED. FARAL 



Un instant Après, elle reicttc loin d'elle cette pensée; raab 
elle lui était venue. Ht pouri^iioi avait-elle songi, comme elle 
le fait, â se prémunir contre les surprises de l'avenir ? N'est-ce 
point qu'Ovide en donne longuement le conseil et le moyen 
dans un passage de ses Rtm^^fs de f amour ? 

44t Horior et ui panier hinas habetti» arnicas.... 
4.^9 Qui ûbi jjmpriJcm toLitia bina para\-il, 

J.tmpriili-ni iunima viaor in arec fuit. 
48$ Ergo adsumc nov-as, auctore Agamemnonc. flamnus. 

lit luui in Wvio discineatur amor... 

Et il multiplie les exemples; et la leçon vaut pour les femmes 
comme pour les hommes. 

Quand h mère de Lavinic, en apprenant son amour pour 
finée, s'applique à l'en détourner, celle-ci icsie insensible  tout 
ce qu'elle entend, et clic dt'clare même ; 

8541 Vos le m'avM molt de^oé. 
Vos m'en jvcz nioli chasiiC-e ; 
De tam m'en sui plus aprismiee : 
Amors nen asoing de chasii. 

L'observation est d'Ovide. Quand l'amour est dans toute sa 
force, remarque-t-il, 

Rem., lïî 



'» 



Inpatiens inimus nec adhuc rraciabilîs arte 
Kespuit atque odJo verba moncniis h^bct... 

Q^in eri^m accendas vitia inritesque vetnndo, 
Temporibus m aon adj;rcdian: suis, 



Ccst une idée qui revient plusieurs fois dans les discours 
d'Énée et de Livinie, que l'amour rend fort et courageux' : 
elle est chère à Ovide '. 

Énéc, devenu amoureux de Lavinie, se préoccupe de répondre 
à la déclaration qu'elle lui a faite. Mais un doute lui vient, et 
lise demande s'il ne fera pas bien de différer quelque temps: 



1. Voy. V, 8759 ss., 90)1 is., 9Î40 *$. 

2. Voy. ooummeni les élégi«s I, vt et I, rx de ses Amours, où l'idée est 
d^-elopp^avecuae»naine ampleur. Maisonpeut fdcver d'autres passages: 
Hir„ XIU, 61 ss.; XVI, 189 s, : XI. sî s. ; M^tam., XV. 96. 




OVIDE ET L ÉNÉAS 221 

9078 Ne faire, on se deit molt covrir ; 

Ne deit pas tôt son cuer mostrer 

A femme, ki la vuelt amer ; 

Un poi se fece vers ii fier, 

Qpe de l'amor ait le dangier, 

Car se la femme le saveit 

Qu'el fust desus, il s'en plaîndreit. 
9085 L'en deit femme faire doter. 

Ne Ii deit l'en pas tost mostrer 

Come l'en est por Ii grevez ; 

De taot aime ele plus asez. 

Il ajoute toutefois : 

9089 Ce est tôt veir, mais nequedent, 
S'ele ne set de mon talent 
Et que je l'aîra en tel manière, 
Ge criem que el resort ariere. 

Ovide l'avait déjà dît dans son Art d'aimer : 

'i 717 Quod refugit, multae cupiunt, odere, quod insiat. 

Il donnait ce conseil : 

II, 349 Cum tibi major erit fiducia, posse requiri, 
, Cum procut absenti cura futurus eris, 

Da requiem... 
3 5 7 Sed mora tuta brevis : lentescunt tempore curae. 
Vanescitque absent et novus intrat amor. 

ou bien : 

II, 444 Acribus est stimulîs eliciendus amor. 

Fac timeat de te tepidamque recalface mentem. 

ou encore, s' adressant aux femmes : 

111, 473 Postque brevem rescribe moram : mora semper amantes 
Incitât, eniguum si modotempus habet. 

Sed aeque te facilem juveni promitte roganti 
Nec tamen e duro quod petit ore nega. 

Fac timeat speretque simul. 

Lavinie, naturellement, souffre de la réserve d'Enée. Elle se 
l'explique en se disant : 

9874 Femme est plus faible par nature 
Que nen est oem por mal sofrir ; 
Ne puet mie en son cuer tenir. 



222 ED. 1-ARAL 

Femme est trop hardie d'amer, 
Molt set mielz oera son cuer celer. 

Or Héro écrivait à Léandre : 

//(■/■., XVIII, 4 Da vcniam fassae : non patienter amo. 

Urimur igné pari, sed sum tibi viribus inpar : 
Fortiusingeniura suspicor esse viris. 

Et on lit dans l'Art d'aimer : 

I, îli Omnia feniinea sunt ista libidine mota ; 
Acrior est nostra plusque furoris habtt. 

et : 

III, 29 Fcniina nec flammas nec saevos discutit arcus , 

Parciiis haec video teta nocere viris. 
Saepe viri fallunt ; tenerae non saepe pudlae. 

Énéc, retenu dans son camp après sa victoire sur Tumus, 
s'afflige que le temps dure et il exprime longuement sa hâte de 
revoir Lavinie '. Le thème est indiqué plusieurs fois par Ovide, 
qui n'a pas manqué de noter l'impatience avec laquelle les 
amants souffrent les délais'. 

Tout cela, tous les faits qui précèdent, établissent mieux 
qu'une ressemblance accidentelle entre les façons dont Ovide et 
l'auteur de VEtiéas traitent de ce que l'on peut appeler la phy- 
siologie et la psychologie de l'Amour '. 

1, Voy. V. 9929 ss. 

2. Voy. //(';., I, 8 ; XVIII, j ; Amours, I, xi, 7 ss.; Me'Uim., IV, }ji ; VI, 
S 14; XI, Î07. 

j. Je pourrais relever d'autres traits. .Ainsi la mère de Lavinie, l'exhortant 
à se marier, lui dit qu'elle doit cotntnencer à « savoir d'amour », 

7880 F.t les engins et les tresiors 

Ht les reguarz et les cligniers. 

Si LCite û-iiime, parlant à sa lille, le fait en pareils termes, n'esi-ce pas que 
l'esprit ga).int d'Ovide a déteint sur l'auteur du roman ? On ne peut ici s'em- 
pêciier lie peuser à ces vers de l'Art J'aiiiier : 

111, 515 Speciantem specta; ridenti niollia ride. 

Innuei ': acceptas tu quoque redde notas. 
Lavinie dit en parlant d'i-Jiée : 

nio[i cuer en porte, 
83 j I li le m'a de mon sein enblé. 



OVIDE ET l'ÉNÉAS 22^ 

Le dieu cT/itnour. — Dans le roman à'Énêas, l'amour est 
l'œuvre de l'Amour et l'Amour est un dieu '. Il est représenté 
comme un archer dont les flèches font naître la passion. Cette 
manière de l'imaginer est constante dans la poésie erotique des 
latins, dans Catulle, Tibulle et Properce comme dans Ovide*. 

Mais, ce qui mérite une attention particulière, ce sont les 
détails fournis par le roman sur la nature des traits de l'Amour. 
Ces traits sont de deux sortes : les uns ont une pointe d'or et 
font aimer; les autres ont une pointe de plomb et empêchent 
d'aimer : 

7979 Li uns des darz est d'or en som, 
Ki fait amer, l'altre de plom, 
Ki fait amer diversement. 

Et à plusieurs reprises reviennent des allusions h ce sym- 
bole '. — Or, si on en recherche l'origine, on la trouvera dans 
Ovide, à qui on est d'accord pour en attribuer l'invention ; car 
elle ne se rencontre nulle part ailleurs avant lui, et dans la suite, 
elle n'a fait fortune qu'au xii* siècle, grâce à l'influence exercée 
par VEnhs. Voici ce qu'on lit dans Ovide : 

Mrl., I, 46S Eqiie sagittifera prompsit duo teia pharetni 

Diversoruni operuni ; fugat hoc, facit illud umorem. 



X'est-cc point la métaphore nipere du latin ? Ovide l'emploie souvent. Voy., 
par exemple, Arl, 1, 24} : « lUic saepe animas juvenum rapuere puellae a ; 
et w rapere oculos », Amours, II, xix, 19 ; 111, ix, 48. 
Mais je ne veux insister que sur les faits essentiels. 

1 . Ij description que la mère de Lavinie fait de l'Amour commence par 
ces mots : 

7975 Guarde el lenpie conifaitement 
Amors i est peinz fotement... 

Hii imaginant ce détail du dieu représenté dans un temple, peut-être s'est- 
il souvenu qu'Ovide présente de cette façon le « Lethaeus Amor » dans son 
livre des Renihks de V amour 1 

).[9 lîst prope Collinani templum vcnerabile portam : 
Imposuit teniplo iiomina ceisus Hryx. 
Est illic Lethaeus Amor, qui pectora sanat. . 

2. Voy. Pichon, ouvr. cilé, p. 20. * 
}. Voy. V. S]6i-8i69, 8953. 



ii^ ^^^"~ ED. FARAf. 

Quod Tacit, (umaïuni m et cuspid'C lulgct 3cut;i ; 

Q.uo«J fugat, nbtusutn est, et habci sub jrundini: plumbum. 

La stmilitude des expressions « divcrsorum operum » et 
« amer divtrsemetit » me parait devoir persuader quiconque dou- 
ïCrait que rautcur de \'Ènéas.m connu directement Ovide, et 
l'ail imité dans le détail. 

L'Adîour. dans le roman, n'est pas repré-senti seulemenr 
comme un ^relier qui blesse, mais aussi comme un médecin qui 
soigne lui-même les plaies qu'il a ouvertes : 

7972 La pisic saioc que il fai; ; 
Se il ic Niicii un pai navrer, 
Bien le »vrj enprts «rrer... 

Il porte à la main gauche une boite qui montre 

qu'il set uoer : 

7987 Sor lui n'esiuct mire venir 

A lj pbic qu'il t'ait ^arir; 

[1 lient l-i murt et la wmé, 
7990 U resainc quant a aivté. 

MqU deil l'co bien aoîtir d'amor, 

Ki navre « saine en un jor. 

El la mcnie fiction réapparaît en plusieurs autres passages ' . 
D'où vient-«lte? On ne la trouve ni chez Ovide, ni ailleurs. 
Mais, dans une élégie dont l'auteur de VÉn^as (on l'a déjà vu) 
a fait son profit, et où Ovide exprime l'idée que l'amour, tout 
mal qu'il est, est un mal désirable, l'auteur, s'adressant au dieu, 
lui reproche de le irup maltraiter et lui dit : 

Ain,, II, IX, 7 Quid '' non Hjnnoniu^, qiieni ctispiJc pcroilii, heroi 
Confossum nurdica poïtmodo juvit ope ? 

Il est probable que le trouveur français est parti Je là pour 
attribuer à l'Amour (Ovide ne faisait que la lui demander) la 
même attitude qu'à Achille, blessant puis soignant Télephe, ei 
pour faire de l'archer un médecin. Et je le crois d'autant plus 
volontiers que le même exemple, celui d'Achille et de Télèphe, 
est repris dans un passage des Remèdes de l'amour, où Ovide 



1. Voy. V. 8007, 8toi-Siiî, 832a. 



OVIDE ET [.'ÉNÉAS 



12$ 



explique comment, après avoir enseigné l'art d'aimer, il se pro- 
pose d'ensfigner ^iclui de ne plus nimer : 

44 Disciic; sanari, pcr quem didicisti* armre : 
LTna manus vobis vulnus opcmque fer«t. 
Terra lalulim hcrbis cadcnique noccntc» 
Nuiril, et urtk^ie pioxîfiu sucpe roia kH. 
Vulnus in Htrculco ijuae quondam l'ctcrji hostc, 
Vuliicris auxtlium Pdus husu tulil. 

j'.idmcis que, lisant les deux vers cités de l'élégie, le poète 
français se sera rappelé le passade des RetnhUi^ dont ils pou- 
vaient en effet éveiller le souvenir, ei que, oubliant le véritable 
sens de celui-ci, il aura conçu, fruit d'une confusion, l'idée de 
sa fiction ' . 



t. Car il ne faut pa» oublier, je le répète, que, dans le passage dn ttemhieM, 
le maître qui apirreiid A .lîmcr ei i ne j^lui aimer c'ej.1 Ovide, la inaïn qui 
blesse ei qui guérii t:'i.si celle d'Ovide. M. Oreisler, ouvr. (tté, p. 9<), eu rap- 
proshiDl Icï verï4V44 dc« Rtmides et les vers 7991 s.. 7987 ss. du loman, 
a ni-giigé de marquer cette ditficulié. C'est pourquoi je crois niccssairc que 
le iroiiveut loit parii du pasKige zni d« Ainoiirf, otx Ovide invite l'Amour 
lui-même ^ iinilcr Acbille. — A iiumun ^ue ce moitié trouveur, parlant sïiii- 
plement des Remàles, ait fait, en lisaiii, un conirc-setis. Le texte porte, en 
effet: 

)9 Haec ego, Movit Amor gemmatas nureus alus; 
Et tnihi : « Propoiiiuni pcificc, dixit opu*. n 
Ad mca, decc[»i juvenes, praeccpta venite. 

CiviOs suu* ex onini parle fefêllit amor. 
Disette ïanuri pcr qucm. . etc. 

El il aura cru que l'Amour qui pirie au vers 40, prononce aussi ht, vers sui 
vanu. 

On peut faire valoir, senible-t-îl, un arguiiicni assez fort en faveur de cette 
dernière hypcillèse. f'o ctTei, à plusiturs reprijcs, daii> l'ftirctu, l'Amour est 
feprti^entè coinnie un inaitre qui donne une Ici^oa à uti él«:ve : voy. lesv. 
8i8î a.: Sïiî ss.:8jji si., etc. Et peut-Oirc l'idée de le figurer ainsi est-elle 
venue au irouveur 1 la »uite du conirc-scns que j'ai supposé ; il aura entendu 
que le maître qui s'annonce aux vers 41 ss. des Rtmldts, c'était l'Amour et 
non pas Oiidc. 

Toujours esT-ii qu'Ovide est, pour la ïiaion de l'Amour médecin, à la 
source Aa toiDJn fran^aî». 

.M. SchrOucr, ouvr. ciU, p. 74, laîi un contre-sens d'un autre geiue, nuis 



1 



226 



hO. HARAI. 



Ce portrait de l'Anioiir une fuis cuniposi!-, il a t'iiit ensuite, 
pour tîgurer les effeis de sa puissance, touie une série de nou- 
veaux emprunts à Ovide '. 

L'amour brûlt, dit Ovide ' : le roinan parle de ses feux, de 
SCS Kammes, de ses nrdeurs '. 

Ovide conipare l'iuuoureux qui cherche à se faire aimer et 
l'Amour lui-uièine au chasseur qui icnd des pièges' : dans 
VÉiiiiis, l'Amour aussi est ch.Ts-5cur, et il y est dit de Liviiiie : 

Soéo or CM chacitc « Un damor. 



non moins CCTUin sur rîmcrprétation du %crs -ij,. Il êcth : n Die bt-sii; Hilfc 
^c^en liit; Kniiikliiril cIl'c l.it;bi: i^t lucli An^ttlit OviiJs der Ke»iu dcr Bclicblcn 
striber. Sic rufi liîc Knnklicit hcnoT und hcili iic auch wïcdcr. Charahicris- 
lisch fÛT die -■i'S am. urid kfntnh'u i*l : liiKîle f^tuiri, pcr qiitm liùliciitii 
iiiHJrt. « 

I. Il est superflu dtf diic que l'Amour, d.ins le roman comme dans Ovide, 
se bcn de SCS llcchtfs pour bk-sscr. Cv qui esi pl^J^ iuiéressiut, c'tM qu'Ovide, 
pour peindre les dmenumi,'s et tes douceurs dernnioiir, les compare 1 du Hcl 
et J du miel. Il dil : 

^rl, II, $10: 

quac paiimtir, multo spicula f«Ue madent, 

tl. un parbin des faveufi d'une feriiiiie : 
.■ini., l. vtu, t04 : 

n Impi4 >ub dutci mette xtrnciu Ijlcnt, ■ 

L'atiiithèse/'*/ ■ meiac retrouve dan» \» poésie UlÎDedu xir: siècle (soy.dir- 
mi'm bur.tm, Od. Schmcller, p. 1 jo, n» 60, v. 4-;) ; et on lit duns VlUinit . 

3320 Hl cor» ni'u iiiiiunc Jnicrtutitc 
Pcior que suie ne que lîel. 
Aniors, rcdauc nici dil niid. 

a. L'amour cal un feu : « ignis n Un., V, 142; XVJI], 170; Atl, 1, 573 ; 
Htm., 4SI ; cic. a flamnia a Hér , XII. jS ; XV, }, aj ; Ani., ti, i, 8; Arl^ 
I. îSï. lïS. 5^6 : Rfiu., .18s : etc. Je ne croîs pas nécessaire de rele^-er les 
innombrables passapTS ou b métaphore c^t reprise au moyen des mot5 
" ardere », <• COi)>)i », n llagrarc », " torrvri o, c uii », etc. ; ni ceux 0(l 
l'Amour est repcéienté avec ses torches » faces «, « Umpadei », h uedje m. 

). « feus n 1171, 8100, 6419; s ardor » 80K7 ; i< enflanmier a 1795. 

4. Pour l'Amour, voy, Her., XIX, 4( s.; pour les amoureux. Art, I, ï6;, 
370; Htm., to2. 




OVIDF. ET l'ÉSÉAS 



227 



Ovidf conipart' encore l'amoureux à un pêcheur qui tend ses 
lignu' : da.ns VÉttéas l'Amuur lut-niénu- cï.c pécheur, et Enée 
dit: 

8948 )a m'a Aniors pris a son flim; 
Il m'ueMitM de 3a pucclc- 

Ovide représente l'Amour aciné d'aiguillons comme un con- 
ducteur ou un cavalier * : il ax représenté Je même datis 

Les amoureux, dans Ovide, prétendent souvtrni mourir 
d'amour* : dans Vh'iéas. Didon, Livinie, Enée se pUiyncni i 
chaque instant que l'Amour les fasse impitoyablement mourir*. 

L'Amour, ajoute Ovide, est cruel et injustL* : dans VÊtiéas, 
Didon se plaiiit qu'il ne soit pas « îgals - », Lavinic, qu'il n'ait 
pas ti merci » d'elle *, qu'il la « mené a tort et malement " ", que 
sa « manaie m soie mauvaise"', ettUc prétend « appeler de lui "" 
comme de quelqu'un d'injuste. 

Ovide, entin, dans l'éjégie fameuse oà ii décrit son triomphe. 



I. Vqv- Art, ni, 42; : n KTiiper libi peodcat hamus ». Cp. I, 47 ci )ij} 

I. Voy. Aniaun, T, u. 17 ss. Cp. FutUi. Il, 779. 

)• S{40 Trop me indues );rjnt aleûre ; 

A ce que m'as durcie grant fais. 

Lasser m'csiuei. 
4. Cp. V. 86>i. Voy. Hir.. VII. 76, 8j, ; Am., I, vi, 16; II. vu. 10; II. 
X, 21 ; II, ïiv, ïr ; Art. I, ^73 ; Rtm., 21 ; cte. 

(. Voy.v, I44ï-4î,8i66, tir?©. Sli9. 8429, 8703. yijia. 

6, Voy. Hir., IV, 148; Am., I, 1, 9 ; I.vr, î4 ; II, x, \^;Rem. î3o:<:ic. 

7. V. 1826. M. De Grave traduit, au glossairi;, par f< juste i>. Ccm uii eflei 
le fens. Le mot rend le latin afqnits qu'Ovide emploie d'une l*ii^-on toute 
pareille : 

Hér., I, 3] ScJ bcne \:oiuuluïi castu Deus ncquus amuh. 

Cp. Tristts, 1, n,6. Cependant, dans le passage suivuni, « ac<]uus •> se prC- 
scQie avec le sens de <• panagiî u, en parlant de l'amour : 

Uér., (>} . . .Quonbiii uoti ignihus acqui» 
UrcrJs,.. . 

's. V. 8is8. 

9. V, 9164,8436. Cp. V. »i9;. 
10. V-SI9U, 

II. V. 8194 u. Cp. u Amor ne fait Jrcil >> v. 8668. 



J 



228 



ED. VARAf. 



supplie l'Amour de le mener moins durement, s'avouant son 
sujet : 

jfm., I, II, io C«ii3niu« : levé ttt, qtiod bene fenur, onus... 

1 1 Verl>tfrfl pkm feruni. quam quos juv^t usus aratri. 
Dcircaant prr&M dum juga prima bov». 
Asper cquiis duris coniundïtiir on lupatis : 

FrcMia minu» Mrntit, quîsqubi ad ;inna facil. 
Acrius invites roulioque fcradus argct, 

Q,Liani ijui scrviiium ferre fatentur, Aniat. 
En ego ainlîtcOT : tuj suin nov;i prncda, Cupido I 
lo Porri^nius vicus a<i tua jufd niunub : 

Kîl opu:> Kii bello; paccin vt-nianique rogamus : 
Nectibi liius, atma victus inennts, ero. 

Livinic, Énée le supplient de môme d'éire cléneni •; ci 
nous lisons dans l'Hnéas, cène prière de Lavinie : 

8647 Amors me tïcm en sa baillie : 

Nv sai i:omcnl gel conin-dic 

Ce i^ue il vmkU que gc ne) tuiv 
8650 Ne por dcitreit ni- por ua-nace. 

Kiconirt aguUIoQ eschilcirc 

Oeiis iVm: ic point, lor. \nn l'ot dire, 

Gt ne l'os mie tOiTccîer. 

Car dd loi ^ui cii son din^cr. 
86 ji Amois, ge sut en u bailli«,' 

En ton dcmeioem'js saisie. 

Aniors, des or me claim par tei. 

Amor*. ol" faire tel desrci I 

Plus soavx'l lin (x>i me mcinc I 

Ce passage n'est-il pas inspiré directement par l'élégie citée 
précédemment ? N'est-ce pas la même idée, le même mouve- 
ment ? Ne soni-cc pas les mêmes comparaisons avec l'animal 
qui regimbe contre raiguillon Ê' Ne sont-ce point dt:s exprès- 
sions parallèles : nova praeiia, tua jura, sa haiîUt, son demtim, 
ïOTi dangitr ' ? 



I. Voy, V. gaoj-Siî 5:8438 ss.; 993) ss. 

1. On remarquera qu'au vers 10, Ovide parJc de fardeau. La i;omparai»OD 
avec l'animal qui ponc ci qu'on pousse se retrouve dans VÉnéai aux vers 
84}9U. 

Aniors, de ma vie n'a» cure. 
Trop Qc niL-incs grant aleûre, 
A ce que m'as chargé gram fais... 




OVIDE ET I.'ftnéAS 



229 



dieu d'amour que peint l'auteuT de VÉnéeis n'est pas autre 
que celui d"Ovide. 

Lei procédés litiéraîtfi. — Sur et point \e veux être bref, et 
)e m'en tiendrai à quelques observations essentielles qui ne 
peuvent prêter à coniesiaiion. 

C'est une .inciennc a-marquc de Sénèque le père qu'Ovide, 
élève des rhéieun>. d'Arellius et de Ptucius Latro, avait été un 
poite-rhéteur. IL a compose les Hivoîdet à la manière de suaso- 
riat; et lia rempli les Métamorphysti de monologues qui sont 
de vrais discours. Les sujets n'en sont pas toujours les mêmes; 
mais, le plus souvent, ils ser\'ent à exprimer les passions dont 
sont travaillt^s les îinioureijx '. 

Or, le monolojîiie amoureux, dans les romans fran»;ais des 
XII* et xiii" siècles, est de style ; et déjà dans Xû.tiéas il y en a 
un très grand nombre d'exemples '. 

Il est douteux que ce soit là l'effet d'une simple coïncidence; 
et il n'est pas possible d'oublier qu'au XIT siècle Ovide a été 
considéré comme un habile maître de rhétorique ' : on a étu- 
dié avec prédilection les subtilités de son art, et les productions 
d'école de la même époque portent la marque d'une iniilalion 
constante et incontesiahlc, 

Mais y a-til qiielque partictilnrité qui, se retrouvant .^ la fois 
dans les monologues d'Ovide et dans ceux de ÏÉttéai, prouvent 
d'une façon décisive que ceux-ci ont été imités de ceux-là ? Je 
le crois. Examinons le monologue de Lavinie au moment où, 



1. Voy. M/lamorpk^jf!. III, ,J4I ". : IV, loftss.. l.|8ss. ; VII, 11 m.: VUI. 
4.) w. ; IX. 47.1 w,, jftj ss,. 7ï6 s*. : X. îio w., 6t2 5s. 

3. MonoloKut: : Je Lavîtiic toticliit- par l'amour, v. 808; ss.; — Ji; Lavinie 
Mïiyant pariîr l-ntc, v. 8)4^ ss. ; — Jl- Ijivînîe pcndini b nuit, v. ^-416 si.; — 
de Lavinie inMiuiit de se <16:larer i l*n^, v. 8676$».; — d'Ënée toucbé par 
l'amour, v. 8940 ss.; — de Lavinie ne voyant pa5 rtappdraltK Énie. v. 91 jo 
M. ; — de Lavinie se rcpcnunt d'avoir ilouxt de lui, v. 9209 ss.; — de Lavi- 
nie récitant qu'P.néc ne soit pas venu ausïitAt aprti sa victoire, v. 984e ss.; 
^ d'Ka^ iinpjitiiMii de revoir Lavinie, v, 9939 ss. 

). Aimeriv k- nomme parmi les « suret auciorcsa(voy. Goillieb, Ufl/er 
mitUlalUt liait BMivthken, p. i j.n.), et Jean ilc Garlindc, parmi les invenioirs 
de l'^in. L^s traités de potKique et de j^rammaire lui cmpruilteot <:DatinuelIe- 
toem des exemples. 



230 ED. FARAL 

blâmée par sa mère de son amour pour Énée, elle se demanie 
ce qu elle doit faire. Elle balance entre des partis opposés, et le 
débat des contraires dans son esprit se traduit par un dialogue 
fictif d'elle-même avec elle-même : 

8679 « Foie Lavîne, aies mesure, 
N'atorner pas a ce ta cure, 
Ne te puisses d'amor partir 
Des que te voldras repentir. 

— Ki puet amer en tel manière 
Ne retomcr ainsi ariere ? 

Puis que Amors m'a si saisie 
H6^$ Et qu'il me tient en sa baillie, 

Ne m'en leist mie resortir 

Ne a ma volentii piirtir... 
8708 A mon oes est maie l'ateme, 

Ne puis mie tant endurer, 

Ne mal sofrir ne doloscr. 

Si longuement ne voil mal traire. 

— Coment le voldras tu donc faire ? 

— El ja li voil faire savcir. 

— Quel mesage portas aveir? 
871 ) — Ge ne quier nul alirc que mei. 

— Iras i tu? — Oïl, par fei. 

— A grant honte t'iert atome. 

— Cui chalt ? se faz ma volenté, 
Molt m'en ieri poi que l'en en die. 

8710 ^ Toi, ne dire tel vilenie 

Que ja femme de ton parage 

Enpreigne a faire tel village... 
8729 Que ferai donc ? Cèlerai li ? 

— N'esi biens que il le sache issi. 

— Et coment donc ? — Un poi atcnt : 
Li termes îert prochainement 

Que la bataille en estera, 

Et se il veint, il te prendra... 
87Î7 Et se il est morz et veîncuz 

Et Tumus seit a ce venuz 

Que il te deie a femme prendre, 
8740 Sel poeît saveir ne entendre 

Que eusses cestui amO, 

Toz tens t'avreit mais en vilté, 

— De ce n'ai ge nule peor... etc. 



OVfDE ET LÉNÊAS 2^T 

Or CK'ide. nous l'avons déjà remarque, aime à peindre les 
hésitations et les incijhércnccs auxquelles les amoureux sont 
sujets. Ht pour le faire, il a recours quelquefois it la description, 
quelquefois aussi au monologue. Dans ce dernier cas, il fait 
tenir à ses personnages des discours où se lieurtcnr les rc^solu- 
cions contraires. L'amoureux, alors, discute avec lui-même; il 
se pose des questions et se fait des objections, comme s'il se 
dt-doublait; il s'adresse la parole à ta deuxième pcrsonjie en 
s'appclant par son nom. Et voici un exemple de ces mono- 
logues, où Médée, blessée d'amour pour Jasoii, exprime le 
désarroi de ses sentiments : 

Mft., VII, Il « Frusira, Mcdea, rcpugoa^ : 

XcKÎO quis deus obstat, ait ; n]irum«]uc, nisi hoc est, 

Aui alitjuid ccne similchuic, quod aniarc vooaiur. 

Xam air jus^a patris niniiiim mihi dura videniur? 
ij — Siim i^uoque dura iiimi^. — Cur, quem mododenique vidi, 

Ne pcrcat, timcofqu.nc tant! causa liiHoris? 

b'xculc vir^nco concepl:)^ p«:ctore il^iiinux, 

Si potes, tnfelix. — Si posseni, sanior csscm ; 

Scd gravât inviiam nova vis. Aliuijtjuc Cupido, 
lo MentaliuJ suadct. Video mi-lîora proboquc, 

lïctcriora sequor. — Q.iiid In hoiphe, rcgia vitgt», 

Urerij>, et tliabnii>s a)ii.-ni coruipis orbis ? 

Ibcc quoqui: icrra potest. quod .imcs, darv. Vivat aii ille 

Occidai, in t^scsi. — Vivat lamcn! idque prccari 

V-el sincamoie liCft : t|itiJciiini commisil la*oQ*... 
}7 Di meliora \'clînt1 quanquam non îsia prccaiida, 

Scd fadcndj mihi. — l'nxlamiie cfi,o tOf;iM parcntb?... 

40 Ut per me sospu^ sine un;, dvt linica vcntis?. . . 

41 Si facerc hou:, dlianive poi«l pm^poncrc nobt«, 
Occidat ingr^ttus t — Si.-d non i* vultus in Ulo... 

4[ L'tiimeam fMudcm nn<:mi<^ue oblivia nostri. 

El djbit .lotc (idem ; cogai)U}ue in foedunt icstvs 

Esse deos. Quin tuta timcs ! aircin^crc I... 
ji — Ergo cRo gcrmanam, fratrcmque, patreniquc, Deosquc 

Et natale solum, vcntis ahbi.ï, rclinqiiam? 

— Nempc patcr sacvus, ncmpc est niea turbara leJlu»... 
67 Pet frcta longa irahar : nîhil iliuTn amplexa verebor ; 

Aut, ii quid mctuaiii, mctuani de conju^^c solo. 

— Conjuglucnue puta.s. speciosaquc nomina culpae 



233 ED. FA1IAL 

Inponis, Mcd«a, iiuc? Quin adspicc (^uaniura 
j\ggrediar« nefss. et, duiii Vkvi. ctTu^^- vrimcn. f 

Les ressemblances du monologue de Lavinic et de celui-ci 
soin évidentes. Sans douic, dans le dialt^ue fictif, l'auteur de 
VEitfas précipite parfois plus qu'Ovide la succession des 
répliques. Maïs le procédé est-il pour cela différent? Il en a 
abusé, voilà tout, l'employant à tout instant et donnant au 
dialogue, naturel chez Ovide, une allure invraisemblable. Ovide 
lui en a donné l'idée ; elle lui a plu ; il s't'n est ser\-i tant qu'il 
pou\'ait, de môme qu'ailleurs il a amplifié à plaisir, nous l'avons 
montré, certaines données sommaires du poète latin, prouvant 
parla à plusicun. reprises qu'il n'était pas homme A se soucier 
des venusdc la juste mesure. 



J'ai présenté ces faits sans apprêt '. 

Dans leur simplicité, ils paraissent comporter une ou deux 
remarques. Avant tout ils montrent que l'auteur de \'Én/as était 



t. Voy. luui les monologues de Myrrlu, de Hyblû. d'Htppom^nc. 

A propos de cette ()ui»tî(m du moiiolugue diiloguv. il taul citer deux 
éludes: l'une de Warrcn. Scttu ftaturfs of shU in airh Frtafh Harraliw 
pMtry(PiiMii. oj Hu myJtrn long. Association, I905-6, p. WÎ-SJ9) '• l'autre de 
Norman ft'eniwonh Ae Wiu. The Dido epitodt m ihe FnfiJ of Virgi}. Chica- 
f{0, diss.ïoronio. 1907, M. Warrvn, ne pouvant en dëtcrnitt>er l'origine :ivcc 
cenitude, inditiue. pour le monologue du type ({ue priMrmcm \.'ti»^ ei 
d'autres romans ensuite, une influence possible de Térencc et de dialog^ics 
scobsttques. M. dv Win remiT<]uc que rèpisodc d'Amnc, lel que l'a trait* 
CnTuIlc. fournit un modèle di: plainiir amoureuse, du g«nre de celles qui uous 
occupent, arec monolngue cttilc^ui'. L'observation est fondée, mais comme 
le procédé se rarouve, le même et plus développé encore, dans Ovide, cominv 
il ai prouvé ausn que l'aulcur de Vdnéiu c:oaiUt>MÎt Ovide i fond, je crob 
juste d« considérer ce dernier poOtc comme U source immédiate de notre 
irouveur. Voy. ce que G. Paris x écrit sur cette question dans son article 
sur Ciigh (Mitanga Je littéraiurt fran4Mit, p. 176 s,). 

2, Jenentedissimulcpas quciouslcsrapprochcmcotsqu'onvienidc vojroe 
sont pas, si on les considère un A un. également concluants. Mais leur accu- 
mulation, CI aussi 11 ccnittide du plus^rand nombre, leur confèrent 1 tous 
une autorité singulière. Au reste, j'ai diï en négliger beaucoup. 



OVIDE ET l'ÉNÉAS 



2H 



rout imprégna de la lecture d'Ovide, et *:\ue le principal de son 
orijîinalité a viù de cunsamiiicr deux modèles, de complt^ter le 
poète de VÈtiéidi' pr celui des Amours, de VArt d'aimer et des 
M/tat/iorpk^vi. Mais d'autre part, on sait que !e roman d' Étiras a 
obtenu un très vif succès et qu'il a été très imité. M. Diessier 
a pu f:iirc entre ce texte et ceux de la liilératurc postérieure 
un très prand nombre de rapprochements, qui en attestem 
l'influence considérable '. Et il est arrivé ainsi que l'imitation 
d'Ovide par notre trouveur a eu sa répercussion sur une foule 
d'autres œuvres. 

Cette repercussion s'est manifesTéedcdcux manières. D'abord, 
comme il n'avait pas échappé aux clercs contemporains que cer- 
taines parties fort coûtées de Yknéa.f avaient été directement 
inspirées par Ovide, ils se mirent n leur lourà puiser dans le 
poète latin, et ainsi se nmliipliêrent les adaptations du (jenre 
de Philometia, de Pitistne et TisU, des divers Aris d'aituer, sans 
compter les larges cnipauits de Chrétien de Troyes, menu- dans 
ses <tuvres le moins antiques d'.ispect, à tous les poèmes ovi- 
diens. De plus, beaucoup d'autres écrivains, sans remonter A la 
source elle-même, se contentèrent d'imiter Vf.n^ai et subirent 
ainsi indirectement l'infliicncc dti modèle primitif. 

Décrire en détail cette inHuencc exercée par Ovide ï travers 
VÈnéûi, ce serait faire une double recherche : ce serait, parmi 
les éléments du ronuin dont M. Dresster a relevé la trace dans 
les productions plus récentes de la littérature, dresser la liste de 
ceux qui viennent d'Ovide; et ce serait ensuite compléter cette 
liste : car il ne conviendrait pas seulement de noter, entre les 
différentes <ieuvres, les ressemblances matérielles qui tiennent 
aux choses, A la mention de certains faits, au retour de cer- 
taines idées, au goût de telle forme d'expression ou même de 
tel thème ou lieu commun : il faudrait en outre tenir compte 
de toutes les analogies de style, qu'engendre l'application d'une 
même Jormule littéraire. 

U est souhaitable que ce travail se fasse, et il se fera. Ce que 
nous retiendrons simplement ici, c'est que, si l'^n^^adû une 
grande partie de son succès, la meilleure peut*étre, aux épisodes 



:, A. l>r€Mler, Der binfims dti iiUfran^. Entât- Romamijuj liiiaitjrani. 
Utlfratur, diss. Goitinf^en, 1907. 



334 i^- muL 

gabncs qu*il contient, ccui-ci émanent directement J'Ovtdc. 
Or le Eût esc capital dans l'histoire du roman français puisqull 
permet île ntucher les débats de ce genre à la vo^e des 
poèmes imités de l'amiquité. 

L'idée a di]i été émise. Rendant compte de Fétudc de 
M. Wilmotie sur VÉvoluiion dit roman frûn^ais aux ixvinms de 
nso, M. Jeanroy a écrit : • L'intérêt de ce travail est en somme 
d'aicirer l'attention sur l'importance, dan^ l'évolution du ronun 
français, des poèmes imités de l'andqutté. L'idée me parait pro- 
fondement juste, et il y a longtemps qu'elle m'était venue 1 
moi'méme'. • Cependant M. Jeanruv a pris soin, dans le 
même anicle, de marquer aussitôt les diffîculiésquc soulève la 
thèse, et n l'a fait en ces termes dont je ne saurais vaincre la 
brièveté ni la netteté ; « II reste, ce me semble, deux questions 
à examiner. La première, d'ailleurs ^ile à résoudre, concerne 
les origines du vocabulaire et des lieux communs amoureux qui, 
dans TIjHki et Hnéas, tiennent déjà unt de place. M. Wilmone 
me paraît être d'avis, comme mot-mémc, que cette :>ource n'est 
autre que la poésie lyrique. Mais il n'effleure nulle pan la 
seconde, plus grave et plus difficile : sous quelle influence les 
épisodes amoureux ont-il pu s'introduire dans les romans 
antiques, où ils apparaissent presque tous comme des hors- 
d'œuvrc dont il n'y avait aucune trace dans leurs modèles *? a 

Cette double difficulté me semble facile à lever. Xous savons 
pourquoi et comment les épisodes galants en question ont pris 
naissance; nous savons d'où ils sont venus et de quels éléments 
ils sont formés : l'idée et un bon nombre des thèmes (il iaut 
réserver sur ce dernier point les droits de la poésie lyrique) en 
ont été empruntés à Ovide le « maître d'amoui » ; et voîll 
comment ï l'origine d'un genre comme le roman, d'aspect 
pourtant si original, — j'entends parler aussi du roman ba^ton, 
qui ne doit guère à la Bretagne que quelques parcelles de 
matière — se trouve l'imitation d'un cbssique latin. 

Edmond Faral. 



I. KMMflM. 1904, I. XXXlll. p. 4X]. 
3. IM.. p. 424. 



LE CHATEAU TOURNANT 
DANS LA SUITR DU MERLIN 



Parmi les aventures mcrveilk'uses mentionnées dans cer- 
tains r^-cits du cycle arturicn, il est qucstlan d'un château qui 
courue »vec une grande rapidité et dans lequel le chevalier qui 
entreprend l'aventure doit pénétrer. Mention est faite de ce 
chàtenu dans le roman de Petksvaui (éd. Potviii, p. 195) : le 
ilièinc primitif s'est ici compliqué d'inventions adventices. Une 
forme remarquablement simple et l'on peut dire archaïque de 
Taveniurc se trouve, au contraire, dans la MnU sans frein (Méon, 
Ni*uveau rtateiî, t. I '), v. .).jn et suiv., puis dans le poème 
nioyen-hauiiillcmand />'« Kmie, d'Ulrich von dcin Ttirlin (éd.* 
Scholl, V. 12951 et suiv,). Une quatrième mention', qui n'a 
pas été sufllsamnient remarquée, se trouve dans la suite du 
MerUti ou Livre d'/irinr, oii elle vient immédiatement après 
l'épisode de la " caroie ■> merveilleuse et de l'échiquier magique, 
faits p.ir Guinebaui. Comme les manuscrits présentent pour ce 
passage des v.iriantes qui, sans être très f>ravcs, pourraient cepen- 
dant donner lieu à des doutes, nous allons l'examiner de près. 

P. Paris, résumant la leçon de la «Vulgate », dit' : « Guinc- 
bautnc borne pas sesenchantementsàla caroie et àl'échiquicr; il 



I. Nous ïommei Informé» qu'une Tiouvelle édirioii do et pdtnic vient 
d'être publiée aux Ëcits-Unis : Lit tiiuU saa^frain, .m Arihiirian roiiuncc by 
Païens de MaisiciËS. éd. by Raymond Thompson Hill (thûse Je l'Université 
Jt Yatc). Bdtimorc, J -H. FiirM, i9ii,in-8', 51 pJg<--*., 

a. .\u fond, U WwV Htm frii» et le pocme allemand ne foumisseni t\vt'\\n 
seul te moi g n, IRC. Ulrich von Jcn» Tùrlin ne fuuaiit qiK- reproduire, dans loutt 
ccnc panie de soa récit (v. t26ii i tlJlo environ), b MuU sans frtin i]ue 
nous possé<JODS. ou un texte qui en fiait tris rapproché. Conip. G. Pairis, 
dans Hift. Un, Je h France. \XK. 6q. 

3. t^t Romamâe Ut TaMf HunUe. II, [99. 



2V 



G. HCET 



apprit maint autre secret à la dame, qui sut bien en ouvrer après 
ta mort Je celui qui Tavait enseignée. C'est aiasi qu'elle éleva 
le ChAteau tounïoyant cï d'autres caroles, que Méraupis trou- 
vera dan«; !a Cité sans nom, en achevant sa qu^tc de Messire 
Gauvain. » 

Ce résumé a été obtenu par la combinaison de leçons 
diverses. Le manuscrit B. N. fr. 747 (xin* siècle), que P. Paris 
semble avoir surtout suivi dans cette partie de son travail, 
offre le texte que voici (fol. 157 V) : 

HÎ11M con LLOi aiin oi csuhlî GtiîncluTi/ h <|ui.'roIe ei IViuluquiei et puis 
fîsi nuioz biaux icus et apmt la puceli: dam clc oun puiis après c< qui) fu 
mort Apres si list il le cha»lcl (ornotant et Icn querolcs qui- Mcraugis 
troua puU quant it queroii monsdgnor Guuvaîn quil troua puiïan la àte 
funt non . 

Un autre manuscrit, de la fin du xui' ou du début du 

XIV* siècle, B. N. fr. 1 17, fol. 107, col. b, a la même leçon, pour 

les mots qui nous intéressent essentiellement ; « et il fist puis 

II- clixstel tournoiant et les karoles que Meraugis trouua puis 

'en la cite sans nom. » 

Une variante qui est une altération évidente Je la le^'on de ces 
deux manuscrits, et qui esc paléo<>raplnquenient asse?. r:ici]einent 
explicable', est fournie par le manuscrit B. N. fr. 770, fol. 
21 i v, col. t- : " et puis fisi il le castel lornoier et les karoles que 
Meraugis trouua puis en la cité sans non ». — Cette erreur n'est 
pas propre .\ ce manuscrit, puisque nous ta retrouvons dans la 
traduaion anglaise du W siècle {MrrUti or the eariy history of 
king Arthur, éd. Wheailcy, part 11, p. 365) : 

..jind aher mnde h« (h« iurneW Tomovier. and the ka^oW^ iliai Merai^s 
fiMide after at the Citée orNameli»s... 

Une leçon plus difficile  expliquer se trouve dans le ms. 
B. N. fr. 9S (xm* siècle'), fol. 244 f col. a : 

... « puiî i fist maint gïeu et aprisT la dame dont clic en ouuru puiî maintes 
fois puis qui! fu mors que elle âil puis tourner le casicl que Mcraugi» trouua 
ce les caroles ainsi puis aU a la chité sans non. 



t. On peut supposer une mauvaise lecture de laurnoiH pour tournoiitiit. 
2. C'est le ms. dont P. Paris a reproduit les mïniarurcs dans les tomes I et 
II de ses Romant di la TabU Kand*. 



LE CHATEAU TOURNANT 2^7 

Une leçon analogue, mais non identique, pour le passage 
essentiel, se trouve dans le ms. B. N. fr. 24394 (xm* siècle), 
fol. 20c v° : o car il tîst puis torncric chastcl et les cardes que 
Meraugis troua puis a h citii sans non « ; Ic^on qui se 
retrouve dans le manuscrit du Musée britannique, publié par 
M. Sommer {Homati de Merlin, p. 262) et dans le ms. B. N. 
fr. 19162 (xiir siècle), fol. 167 r", où on lit égalcnieni, « i7 fist 
puis torner o, non elU comme dans 15 ms. fr. 95 de la B. N. 

\ji leçon de ce dernier manuscrit, qui est remarquable en ce 
qu'elle attribue la construction du château non i Guincbaui, 
mais iiladame, n'est pas une fantaisie individuelle du copiste; on 
la retrouve en effet dans la traduction néerlandaise en vers par 
Louis de Vcltliem ', v. 2^395 et suiv. I^s vers 2.(^96 e: 24^98 
présentent un non-.sens, soit par la faute du traducteur, soir par 
celle des copistes (le MfrUti néerlandais ne nous est parvenu 
que dans un seul manuscrit), mais le v. 24597 E»df su dedt 
stnt keren dett ' kasieet est clair et correspond absolument  la 
leçon du ms. 95 : .fiV (non W) ^ eUe, et hen» àen kmle/I ^= 
iourwr h Ctuiri ". 

Nous obtenons ainsi un yroupc de cinq tt*h3oigna(ies (B. N. 
fr. 9î, 19165 et 14594, Musée Britannique, add. 10292 ci tra- 
duction nécrUndjise) pour U leçon fist fourrier le cbasltt; en 
outre, deux de ces lémoign-iges (nis. B. N. fr. 95 et néerlan- 
dais) attribuent la construction du château magique à la dame et 
non à Guinebaut» par la leçon w fllf lîst ■» — leçon adoptée. 



I. \tfriiJit,Ktl. vin Vlotcii (I Aride, iliBa), p. 271. On sait que la iraduaion 

du Merlin piopteiiK-nt dii i;si tic J^ajuci Je MjcrUnl ; celle Jt U suilc est de 

la mai» Oc LouU de Vdthcni, et tie saurait être posivricuri: su cumnicnumcnt 

du XIV» siik-lc. 

a. Je ne ;:omprend» pa» pourquoi l'éditeur 3 corrige ilen, leçon du nu., lai 

t- Od n'a donc pas besoin de faire subir au tcts nterland.iis le> currcctioiis 
viokmes qu'a proposa }onik)y\oct, Geich. Jer S'fiierl. UUtrk., Il, int (j* ià."), 
pourobtcair une ie{on ciiti<ïrL-incat cûnfoniic ait texte proposé par P. Paris. 

4. Guinebaiii. »t b Iei,-un de b plupart des m», que j'ai i:on.^uliî'^ et celle 
■\m A tlê adopiCc par P. Paris et par Miss Pjton, Slmliet m tf:e Jairv myt))o- 
log}, Boston, 1901, p. 90; aotoiis cependant que le nit. B. N. iV. 747 vt la 
version nwrlaitd,iiso (li^n ceriifiiïe par la rime) lisent Guincbaiit, la version 
anj^Ulie, Guynebaws. 



33** "■" r.- iH.i-rr 

comme un l'a vu. par P. Piiris ei pour laquelle il y aursit des 
choses A dire si elle se trouvait dans un plus grand nombre de 
manuscrits. 

La \c^on Jisl lonruer U chastd est acceptable en elle-même, 
puisqu'il est naturel que la personne qui construit le château 
iiiiigiquc est aussi celle qui le met or mouvement, mais elle 
donne lieu à des difficultés quand on la considère dans l'en- 
semble de la phrase : i fisl tourner iecbasiei et les earoles... «; on 
attend un verbe faisant pendant ^ a tourner o et placé ilev;mi 
K les caroles»; la construction qui ferait se rnpporcer le verbe 
« tourner » à la fois à « les caroles » et à « le chasici ■> ne serait 
pa^ absurde, mais bien forcée. 

On est donc obligé d'admettre que la le^on est altérée. Il c!>t 
possible qu'elle doive son origine à un copiste qui avait sous 
les yeux la mauvaise leçon tt fist le c.istel tornoier » et qui l'a 
m.il corrigée en déplaçant le verbe et en le ineiiani immédiate- 
ment après ^5(, conformément aux habitudes de la langue '. 

Un témoignage imponaiu en faveur de la Leçon des manu- 
scrits B. N. fr. 747 et i ly (chasfel loiirmiant') se lit dans 
l'autre rcdaciioif de la suite du Merlitu qui se trouve dans le 
ms. fr. i37 de la Bibliothèque Nationale et qui est connue par 
l'analyse de M. l'Veymond. On sait que cette rédaction spéciale 
a une première partie qui lui est commune avec la " Vulgaie »; 
le récit des mer\'cilles inventées par Guînebaut se trouve dans 
celte partie. Voîci le texte J« passajje ' qui nous intéresse (B. N. 
fr. Î37, fol. 71 V"): 

...II puist H [— pour Va ilumv] lUi il [GuinebautJ le cha^tcl tomuuiu et Les 
(juijral» dciJcn/ que Mcr^ugis irouj puûs i^iunl il tjucratt mon >cÊgi)Dr 
Gauvaiu. et qui trouj pui» b cité sutir. iiuu... 

[| est évident que les leçons communes i la « Vulgatcw et la 
rédaction spécinle du ms. 5^7 présentent de fortes présomptions 



t . On K drniJiiKle cepetuJjint pourquoi aucun nuiiuïciti nv porte u fui 
touj-fiiiier le chasiel ■■. \x mèmL- scrihc qui a déplacé le verbe a-l-il prit sur lut 
lie remplacer laurnvier par linirtitr, plus u>ucl ? 

a. Ce poiisigc j déjà tii imprimé par M. Frcymond, dans son analyse dr 
celle rédaction, Zalicl/rîJI Jûi Jmit^otiidx !ipi<,n:ht, XVHI, 1 16, noie 1 ; j'ai 
virifïé ïUT !e nuuuscrJt. On aura remarqué que le lUS. } j; lit H J^ti, <n non <U 
jut, cDitimc le ms. 95 et le nctrrlanddii. 




t.E CHATEAU TOURNANT I3JI 

d'antiquité, sinon d'autheiuicitc absolue (l'auceur Je ceue rédac- 
tion spéciale a pu, en effet, se servir d'un manuscrii déjà fautif); 
cette prcsunipiion, juinit- au caractère manifestement crronL- des 
variantes, nous autorise à cryirc que la lei^on (hatul ioumoiani 
est bien la bonne. De toute façon, il est question, dans notre 
passade, il' un cliitcau qui tourne; In lo^on « chastel tourmiant v 
a l'avantage tie présenter cette idée Je la taçon la plus simple; 
elle mérite donc la préférence. 

Notre pas-sage donne lieu à différentes remarques. D'ordi- 
naire, les allusions de la suite du Mniin se rapportent au !jin- 
cefol en prose, il en est ainsi, dans notre épisode même, de la 
prenïiérc carolc qu'ét.iblit Guineb.iui et de l'échiquier merveil- 
leux : Cf sont deux épisodes bien connus du Lanalot. Il en est 
.autrement de la seconde carole et du cliAteau tournant : le 
Lanceiol n'en parle p.is. An contraire, noire passade contient un 
renvoi exprès à Mernngis Je Porth'sgfie\ et, en effet, h recherche 
de la C.lté ians Ntmi est une des données principales de ce 
roman et la carole mer\'eil]euse que Meraugis rencontre en fai- 
sant cette reclierche est un des épisodes les mieux connus de 
l'oruvre de K;ioul de Houdan '. Aussi notre passage n'a-t-il pas 
échappé i M. iTiedwi^ner, qui t'a signalé d.uis l'Introduction 
à son édition (p. Lxxxvui); il est évident que nous avons ici 
afTatre à une réminiscence directe Je XUratigis, d'autant plus 
que ce roman semble avoir frappé l'auteur de cette partie de 
la suite du Merlin^ qui a trouvé moyen d'introduire le nom de 
Meraugis une seconde fois, dans un épisode placé plus loin dans 
le roman *. 

Mais — et c'est liï ce qui mérite l'attention — le cIiAteau 
tournant, justentent le détail qui nous intéresse, n'est p;is nicn- 
ciunné dans Meiaugh. Le compilateur de la suite du Merlin a-t- 
il pris ailleurs l'idée du château? C'est possible; mais notre 
passage est rédigé de façon à suggérer l'idée que le château fut 



I. Edit. FriodwiigncrCf Lille, 1897), v. 3663. — Comp. f. Lot, Jan* ftcnw- 

w«:xxiv, 336. 

3. Voir P. Paris, /. /., Il, ajfi, L'accord des mw. (par en. B. N. fr. 117, fol, 
ja8, col. d, nu. du Mus^c briunniquc, i4. Sommer, p. té9)ct d« U iraduc- 
tloD n^r):itulaLsc v. }o}94, montre tfu'i) est Ucn questiun de Meraugis 
dans ce p;us<i)[i.-. 



a^O ^^^ G. HUET 

une des aventures de Méraugis, loui auiisi bien que la carole '. 
Il est possible qu'il aii existé une rédaction interpolée de 
Méraiigh qui ne nous est pas parvenue, et dans laquelle on avait 
inséré une aventure de château tournant. 

On sait que le château tournant — et c*cs[ U ce qui £ait 
rintcréï de cette invention singulière — se trouve mentionné 
dans les vieux récits épiques irlandais. Dans la Navigation de 
Maelduin h rencontre du château tournant est une des dernières 
aventures du héros : 

•■ II) aper<;ijrcni ensuite v, dît le ri^ît, ■ une petite tl« ; un mur de feu l'en* 
louraîi: ce mur £uii mobile ci lournaii tout autour. Il y avili une porte 
ouverte sur un calé de ce mur. Q,U;ind celle porte (par l'cHct du raouvcntciu 
de r^otuttoii de ce mur) arrivait en face d'eux, ils voyaient Pile entière, tout 
ce qu'il y avait dedans et tous Ict habitant» ■. •• 

n y aurait encore une mcncîon du « Château cournant » 
dans un autre récit épique irlandais célèbre, le Fesltu àf Jincriu ; 
mais ici les traducteurs ne sont plus d'accord. Je nie home donc 
à indiquer le passage'. Du reste, te texte de la Nai-igatiim de 
Mncliiuin (texte dont le sens est très explicite), nous suffit : il 
ne bisse aucun doute sur l'antiquité du « Château tournant » 
dans la mythologie des Celtes, du moins des Irlandais. 

Il n'entre pas dans le cadre de cette notice de rechercher le 
sens niyihulojiîique primitif de cette conception singulière; du 



[. Dans b rédaction du m$. ]}7, comme on l'a vu, te Heo entre le» deux 
épisodes est encore plus intime : la carolc est placée Jans le ch^itcau luununt. 
Mais ceci semble une invention Individuelle de ce rédacteur. 

1. D'Arbois dcjubainviilc, L' Épop^ulUqw en Iriamlf,l. 493. M. FI Zimmcr 
{Ztitukriji fût <ifultilyti Alttrtimm, XXXUI, 171) donne e»seniieI!enieoi le 
m£me sens. 

\. G. Henderson traduit {FU.t Bricrmd, Loodon, 1889, in-8», S "O, p- lOî, 
il s'agit di- rciichjnieur Cunn et de &on t:hiicau) : '■ In whai ain soever of thc 
globe Curoi >h(iuld lup^tcii to hc, e^t^fv iiïf(t)t o'cr thc tort hi: diatmiedu spcll, 
till the fort Tvvolvcd as ïH-iftly as a luillMuiic. Ttie euirauce v/Ja nevcr to be 
found aficr sunsci. ■■ — Mais ta traduction de D'Arbois de Jul«invtlle(i;/WjPft' 
ulUipit tn Irhnde, I, l j6) est dttt'iîrtnite et supprime |ustemem l'cSsetiiUcl, le 
mouvement du chAieau. Aux Ccltisants de diécider. C'est M- Arthur C. L. 
Brown (dans Studia atid nottt oj f^ilolf^y and lîllrriUure, Vlll, 80, note) qui 
a le premier rapproché cet épisode des récits l'ranfais. 




[lÊCHATEAU TOURKAf 

Miss Weston a promis de imiier ce sujet dans le prochain 
le de son Sir Pncrual. Je me borne ici à deux remarques 
de déuU. 

n y a une ccriaiiie ;maIoyic cuire le « Cliâteau tournant » 
des Irlandais et des récits .irtiiricns et le " palais tournant o du 
roi Huon de Constantinoplc, dont il est question dans le Pfh- 
rimgc àe Cbarïonagnc. Le rapprochement a été fait par M . Brown 
(artidecîté, p. 76)et par M. W. Foerster (yiwm, petite édiiian 
de 1906, Inrrod., p. xuv); il est naturellement permis. Mais si 
l'on voulait disjoindre If « chAtcau tournant « des récits artu- 
riens rran(,"ais de celui des récits irlandais, et faire de la « mer- 
veille » française une simple copie du palais du Pèlninage, il 
faudrait protester. Il y a entre les deux conceptions cette diffé- 
rence essentielle que le palais du roi Huon est mis en mouve- 
ment d'une fai^on naturelle, par le vent, undis que le château 
tournant des récits français aussi bien qu'irlandais appartient 
manifestement au monde magique et surnaturel. La Navii^ation 
de Maeliiiiin — pour nous borner à ce texte — étant bien plus 
ancienne que le Pèlerinage', il ne saurait être question d'un 
empnmt fait par l'auteur irlandais h la chanson de geste. Tout 
au plus pnurrait-on supposer que le ricit du P^knnagf est une 
rationalisation w de l'épisode du Ch.lteau tournant : si les vues 
de M. Goulet sur la date du P/kritsage sont justes, cette chanson 
a été conij^toséc à une époque où les récits arturiens cura- 
men<;aient dé|i\ ix se répandre ci elle a pu en subir l'inlluence. 
Mus l'hypothèse Inverse n'est pas admissible. 

Une autre forme " rationalisée >j de notre thème se trouve 
dans un poème nllemand.le IVigahis de Wirnt von Gravenberg. 
Il y est question d'une roue horizontale, munie d'cpécs acérées, 
qui tourne incessamment dn'ani la porte d'un château et qui est 
mise en mouvement par un cours d'eau très rapide (éd. Pfeiffer, 
V. 6775 et suiv.). Le héros réussit à arrêter le cours d'eau et la 
roue et à pénétrer dans le ch.lienu ^ Li « rationalisation » est 
ici évidente. 



t. Voir ^ur U date du ridt irlandais. M. Ziii]ni«r, atikleâiO dcb ^«if- 
scbrifl.p. i<|8. 

3. Cet épisode a été signalù par M. Brown (an. cité, p. 80, S [ , noie}. L'au 
titur noie, dan^ te mime lïpisodb- b mcniion d'un brouillard magique, qui 



2.|2 C. HUBT 

Une derrière rcnurquc. En tenant compte du succès qu'ont 
obtenu les romans arturïens dans ioutc l'Europe occidentale, 
on pourrait s'attendre à retrouver cert.iins traits fantastiques de 
CCS romans dans les contes populaires modernes, notamment 
noire épisode duChAleau tournant, ou encore le récit si caracté- 
ristique et si souvent reproduit au moyen âge, du Décapité 
vivant'. II n'en est rien : le Château tourtiuiit survit dans des 
récits populaires, mais, chose remarquable, en Irl.inde, pays cel- 
tique, qui CSC pcuc-itrc la patrie delà fiction (Brown, p. jj noie, 
Si, noie), lion ailleurs; du moins, je ne connais pas de conte 
populaire, en dehors de l'Irlande, contenant nuire épisode. Il 
en est de même du Décapité vivant. Ceci s'explique peut-être 
par le caractt^rc spécial des récits arturitus qui n'ont circulé, en 
dehors des pavs celtiques, qu'en des manuscrits volumineux et 
coûteux, à Tusage des liantes classes, non du peuple. Les récits 
« bretons » n'ont pas pénétré dans la mémoire populaire, de 
même qu'ils n'ont jamais fait partie dt- la Bibliothèque iilcue'. 
Pour revenir à notre point de départ, l'épisode du ChJteau 
tournant est un exemple frappant des services que peuvent 
rendre ,\ l'étude des traditions arturiennes les romans en prose, 
malgré leur valeur inégale et leur date récente, quand un sait 
les interroger convenablement. Ij suite du Mfrlin cm certai- 
nement une œuvre peu ancienne, postérieure au hiitceht en 
prose, auquel elle renvoie incessiimmeut ; elle n'en a pas moins 
conserx'é le souvenir d'une conception fort ancicmie de la 
mvtliologic celtique. 

G. Hiirr. 



arréttf le bérot et qui prcscntL- Ij p\ui grande ;injli%ie avec le brouillard 
Il druidique " doiu il est question dans le h'fstUi Jf Brùn'ii Si celle aniiogic 
n'ai pjs due .lu )i.ii.iriJ, 1) ùui jJtiicnre que te poclc .ilknund (qui nu savait 
cerijinemeni jun Virbndaiï) a puis^, pour toute cette partie de son réeir, A 
une source IratK^nisc perdue ou «on encore retrouvée. 

I. G. Paris, djoi //».(/. fi7fc'«. J^ /j f(iiii.v.XXX,7i,ct Mîsi Weston, Legfnd 

3. \je tt-'igahù et le Tristan, nai font partie de la Biblioctiéque bleue en 
Allemagne, sont les seule» excepiioii* que [e connaisse à cette r^lc. 




ESSAI on RECONSTITUTION 
DU CHANSONNIER DU COMTE DE SAULT 



INTRODUCTION 

Parmi les documents que Cliabane-iu avait amassés en vue de 
son édition de Je.in de Nostrcdanie, se Trouvait un paquet de 
notes formant le dossier du célèbre chansonnier du comte de 
Sault. Dans les derniers temps de sa vie, Chabane-iii avait résolu 
d'extraire de ses nombreuses notes sur N'astredame tome une 
série d'articles qui ne pouvaient prendre place, vu leur longueur 
ou leur caractère technique, dan.s la piétace ou dans les coni- 
nieuialres de l'édition projetée. L'article sur le chansonnier de 
Sault étailde ceux-là. Chabaneau en avait préparé les matériaux 
depuis longtemps, si j'en juge par récriture et par certains détails. 
Mais il ne s'était pas encore résolu à écrire l'introduction ni les 
conclusions ; la mort le surprit au moment où il se remettait au 
travail jvcc le ferme dessein de donner aux provençalistcs l.i 
notice qu'il leur promettait depuis longtemps. Une »ltr nos pre- 
mières préoccupations a été de la publier. Klle ne pourrait pas 
paraître au complet dans l'édition de Nosiredame que nous 
avons entrepris de terminer le plus rapidement possible; et il 
nous a paru juste de ne pas garder plus longtemps dans l'ombre 
des documents intéressants. 

Chabaneau avait fait le relwé des textes et idcntilîc la plupart 
des pièces citées. Mais il n'avait pas terminé les renvois aux 
vies manuscrites de Carpcntras. J'ai rais entre crochets, dans la 
deuxième [wrtie de ce travail, tout ce que j'ai dii ajouter de ce 
chef, ainsi que les chiffres du GruHdiisi de Bartsch ; j'ji fait de 
même pour les notes complémentairts. Quelques notes sont 
rédigées d'après des fiches vagues, incomplètes ou obscures, 
dont j'ai tire le meilleur parti que j'ai pu. 



244 



C. CJUBANRAU RT J. ANGI.ADR 



La première et la troisième parrie sont exclusivement l'œuvre 
du second signataire de cet anicle ; dans h deuxième on verra 

1.1 part qui rcviem à chacun des deux collabon leurs. 

Voici comment Nostredanic s'exprime au sujet de notre 
cliansoiiiiicr. On lit daiib le Proesme de ses Vies dfs plus céUhes 
et anciens ptWes pnnruinux (p. 12-t j de l'édition de 157$. 9-10 
de l'éd. Chabaneau) tes lignes suivantes : 

Je puis useuTcr vrayemcnt ^ivoir veu et leu deux grans tomes diven 
ifsnipU en leilrc de forme sur parchemin illuminez d'or & d'azur, qui soni 
dans les archifs du seigneur cotmc de Saull, juiqucls :<ont dcscrîtc^ en I>ctlrc 
rougtf les vies des poètes proveiiMUX (qu'ils tiommoyerit Troubadouri) et 
leurs puOiiea en Icilre noirr. en leur idionut. c-n nombre de plus de quatre 
vtn^t&. unt hommes que femmes. U ptuspart gentils hommes et xd^ncurs 
de pbccs.ctc... ' 

C'est sans doute au même chansonnier que Kostredanic fait 
allusion dans sa lt:icrc à Scipion Cibo, que l'on trouvera dans 
l'édition Cliabancau, p. 260-262 '. 

Q}idn[ S notre Un^vie provensill«. je siii<> ^iprcs j redif^er p;ir v-saipt en 
noire laugue f^ranqoisc les vîe« des poètes pcovcnsaulx d'ung vieulx livre 
que j'ai recouvert d'une noble maison de ce pals, auquel sont de<icripics leurs 
vies cl leur potmc en langue antique provcnsalk. bien diffidlle et bien 
obseurc, qui ont Heury environ deux cens cinquanlruiu, jusc^ucs au Ircspas 
de \i feue JeFunnc de N.ip1es. cl de Sicîlle, que fut vn l'an ] }8<.\ que sont 
eo nombre At plus de quatre-vingtz poftcs, les ungï I-lorcntins, lesaultrcs 
Mantuans, les autres Gencvoys et Lombards, ei Inaulires Provensaulx.etc.* 

Le <( Moine des Iles d'Or a\ait vu le célèbre chansonnier. 
Voici en effet ce qu'il en dit : « Hius poemata [de Folquct] 
manuscripta in membrana vidimus manuscripia pênes loanneni 



1 . Ce passage i éii souvent cité et commenté : on s'est mépfîï qoelque- 
Ibîs sur le chiffre de ^ikUrt-vinglf. Grammaticalement ce chiffre devrait se 
rapporter â poèùés plutôt qu'à vits; mai» il se rappone probablement à trvtt- 
badoun et indique leur nombre. Jl y a, dans i:ctie phra^-, une de ces nom- 
breuses incorrections dont Nostrcdariic est coutuniier, 

On verra que nostrc liste, probablement incompk-le, donne i peu prés le 
chiffre indiqué par Nostradcme. 

2. Publiée d'après une copie de la bibliothèque de Sienne Elle a éti 
publiée d'jprés l'original, qui se trouve au musée de Psdoue, par M. Crescinî 
{BotltS. Je! Musfofiv. M FtuimM. h» 1-4, 190J}. 



RECONsrrrunoN du chansonnier de sault 245 

Nosïradaiiiam, famîlurem nostrum. qui ea ex scriniis domus 
Saltaensis, sivc de Agolio, eruia esse dixerat. lu cfuibus, incer 
cœtcra^ iliuscrcs muliorc!), Adclasiac uxons Bcrraill laudes 
dccantavit. f> Mais ce nouveau témoignage n'ajoute rien à celui 
de Nostrcdamc; car, d'après un autre passage, il est |X)stérieur 
à sa mort, et surtout il paraît avoir été copié sur Nostrcdamc : 
c'est l'habitude de Reimond de Soliers '. 

M. P. Meyer s'es' occupé un des premiers de ce manuscrit. 
On lit dans ses DernUrs troithathurs de la Provence (p. 1$. 
n. I ') tes lignes suivantes : 

Il ïicraii intérvuani de savoir si les Jeux votuin'i::> du comte de Sault 
peuvent iXK idcntîfiO^ xs\:c i]iiclqucs-un!> di'i» chansonniers actiiçlk-niL'nt von- 
uut, ou s'il» sont pcrJuK ; m»n \<n indications fournies tant par le livre Je 
Mostrc Dame que par les notes du ms. de Carpentras ne donnent pas les 
éléments iiccci-saires a l.i Milution de oc petit prohltmv. Dans les notes de 
Carpuntnis. citées d-de^^us, il est qiK'Slicri d'un >eLil clunsonnier : dans la 
préljcc de N'ostrc Uanit- il «t patlt de « deux grans lomo divcr* n [l e«, d 
mon avis, vraiscmbUble ({u'il s'ogii de deux chansonniers, et non d'un seul 
<\\à\ aurjii forntO deux volumcv Tmis le*, chanionniêrs connus, aussi bien en 
frani;,iis qu'en provent;al. sont compris en un seul volume. Celte eipHcation 
admise, notre rcclierclu: doit se limiter aux <euK reçu .-ils qui coniicnncnt 
les Vies écrites en vermillon, c'esi-a-dire aux mss. Ss4 [/ de Bansch], 12471 
[A].., ti92 et 12474 !"• 'WJdcla Bibl. imp., et 52^2 \A\ du Vatican. 

Après avoir éliminé S et Ai qui ne peuvent prétendre à 
être qualifiés de " gr;ins tomes », M. P. Mcyer élimine encore 
K et *^ qui étaient en Italie A l^poque de Nostredame. Il ne 
reste plus que le ms. 854 [/] ■ qui contient en effet plus de 
quatre-vingts troubadours ». « Mais pour certains détails », 
ajoute M, P. Meyer, » il ne répond pas aux indications four- 
nies par les notes du ms. de Carpentras- . » D'où « il résulte- 
rait que l'un des deux cliansonnicrs du comte de Sault (admis 
qu'il y en avait deux) est perdu. . . T^ plus sûr, quant au 
chansonnier ou au:t chansonniers du comte de Sault, est jus- 
quà présent de ne rien affirmer, n 

1. Reymond de Soliere, manuscrit de Carpentras, reg. 75, fol. JI7 v« 
(d'aprèi une «pie de Chahaneau), 

2. D'aprts le tirage à pan (1871), ou Bibî. dt TÈeeU éis Chartes, XXX 
frS^). p. =59. 




34^ C CHABAKRAL* ET j. ANCLADE 

Voki ce <{ue Binsch 2 dit, i son tour, du chansonnier de 
Sault : 

En rappelant In lieut vi«UK manuscrits de« Archift do comte de Sanli, 
NoMndjRtiM r)oui j donné le moi. en de suivie ses tmealionï i la trace. Ces 
dcui miDuvrits sont les modèles d'après lcs<;ucU iJ a inventa b £iMe des 
deui moines des Iles d'Or et de Saîm-C^aire ci celte des deux coHeoiou 
qu'ils avaietu faites. Les deux tnanufcrits conteiuknt, ce ^i est le cas pour 
tom ic» f[ru>ds cluo*onnien, en grande panîe les mtmes tn^^raphies et 
duBttoas, ce qui pouvji; ^e d'autant plus le cas qu'îH ayipanenaicn! pein- 
iUK. i b même clauc ou i b m^mc ùmille- Par là «'explique que cbei 
Notttadamui les r^H) des deux moines cimcordent preïquc toujours'. 

Il est élonnani, dit ailleurs Banscli ', que Nustrcdanie n'in- 
dique pas ce chansonnier parmi ses sources. 

Pour Bansch, la ftrittrifkiU fottree où a puisé Nostrcdamc est 
l'original dont une copie nous est par\'cnuc dans le manuscrit 
2S14 (i>)dt: la Riccardienne. II ajoute que la troisième source de 
Nnsircdame, après lu chansonnier B. \. fr. 12^72 (^/de 
Bansch) et l'original de a, était «le deuxième manuscrit du 
comte de SauU, que \osi redame avait sous les yeux, qui res- 
semblait extéricurcmeni au premier et qui, par conséquent, 
appartenait au .viu* siècle. XostreJame lui a emprunté ce qui ne 
se trouve pas ou ce qui ne se trouvait pas dans les deux autres». 
Bansch semble donc admettre qu'un des manuscrits du comte 
de Sault était identique À l'un des deux manuscrits cités» / 
ou l'original de a ^ 



1. Bjnsch, Jabilmd', XHI, 17. 

2. Jabrbud,, XIU, S. 

;. Bansch, y<iV(Mi<A, XUI, 14). — Jetrouve sur oc point U note suivante 
de Chahineau : 

■ B^rTvh suppose, tout il fait gratuticmcnt, qu'il y avait deux chansonniers 
de Sduli et non pas un seul. Supposition gratuite : car 10 d'auitcs manuimts 
sont en deux tomes (citer celd de Montpellier*); 2» ce chansormicr, bien que 
très Toisin de u ne lui était pas identique et pouvait contenir des pieors 
manquant dans celui-ci; }" Nostredame a eu i sa disposition d'autna 
chansonniers que / ex SauU, par exemple T ci le cluii>oiiiiicr Péruuis. - 

*. Il s'agit du ms. 4). a C'est un lome II. dit Chabaneau, dans une autre 
Acbe (k l" manque) à paf^nation contiuuc. En ellct au verso du feuillet de 
garde, de la même éerimre que le volume, est une table dont te i" anicle 
renvoie â f" CXXV, qui est celui par lequel le vtidunie commence, a 



RFCONSTITUTtOM DU CHANSONNIER DH BAULT 24^ 

Qiunt \ Cliab-ineau, il écrivait des 1883 les lignes suivantes' : 
1' Jt; ne mentionne ici ce célèbre cliiiiisonnier que pour 
mémoire, en ayant fait l'objet d'une étude panicLilîère qu'on 
jKiurr.i lire ;iv;uu peu dans mon édition de Jtan de Nostre- 
daiiic, en ce inoiilem «ms presse. Il sufBra d'avertir que l'iden- 
tilication proposée par M. Bartscli, et aujourd'hui, A ce qu'il 
semble, généralement acceptée, du cliansonnicr de Sault avec 
rorijîiiiai du ins. 2814 de la bibliotlii-quc Riccardi à Florence, 
est démontrée impossible par les documents sur lesquels s'ap- 
puie surtout mon étude. >• Comme on le voit, l'opinion de 
Cluibancau sur le ch^rnsonnier du comte de Sault date de loin 
et les documents que nous donnerons dans ce: article moiure- 
roiit A l'évidence qu'il avait raison. De ces documents, plusieurs 
(comme les vies mnnuscrites de Carpentras) avaient été con- 
nus par M. Paul Meyer et par Bartsch, mais d'autres leur 
avaient écliappé. On les trouvera tous, les uns et les autres, 
dans l'édition Cliabaneau, et on verra que, grâce à eux, le 
problème, qui paraissait insoluble, peut parfaitement être 
résolu. 

Ces documents sont les suivants : les f^îes manuscrUa Je 
Carpentras (a) ', qui sont le premier jet de l'ouvrage de NoStrc- 



I. Hntie ihi iangutt rvtnt\net,\Xlll, p. 23- 

3. Voici ce qu'&;riv.iii Clubiiicau A propos des vies niiimiscntcs de (Jr- 
pcniraï(i) : » Apnls avoir inscrit iriis proprenwm ;tu nMo des 21 piciiiicrs 
(vuilli.>is Jcs trd^uciions lîtlèle» Jl'ï biographie fournies p.iT son mv de 
Sault, tians IVirJrc m«rnc où ce m*. Ivs donnait, il i ir-inscrii au verso de 
Cul fcuîIWis de» notices extraites de Vcllutello. jusqu'à K v<> (Pierre Ro];ivr. 
Guilluume Je CabejUn^, Ugue de I\-t»ne sont le> seul» de V'cllutcllo 
qu*ii n'ait pa^ doii.név^). Il djoiie ensuite, d'après son itnaginaiina, Ronifaee 
de CiSIclLane, Bcrir.in de Ljmanoii, Giiiliiem Ad^it»r, (tutiheni Fî^niL-ie, 
Bernard Kascis, ta comtesse de Die, Ntjrvhebrusc, .\!bcr:et de Sisteron, 
Pcrceval Doria, Rcmon 1-eraud. Elias de Bdrjols, le .Mon^e de Monlmidon, 
Aucune de c-~-s notices n'i en tête d'indiciiioii de folio. Au verso de li (Bla- 
c!i«s*<tj c*l la notice de Sordcl, pn^t des coiiimenuieurs de Danie ou de 
Bembo. Puis Rlcjid de Koves (r"), Arnaut de Coiigimt ( v"), tout cela d'une 
toriture beaucoup plus négligée. Ainsi : i'' traduction des vies l'ournies par le 
im. de Saull, au nombre de 31 : 2- de celles de Velluiello ; }° fabrication de 
la (îust]ues et y compris MontauJon); 4» tradiiciiun deSordel ; )<■ invention 
des autres, jUKiu'l la fin, a l'aide dev donnée* de nés rnss. et de son î[na};i- 
nation, h 



248 



C. CHABAUEAU ET J- ANGLADE 



dame. La plupart d'entre elles renvoient ;\ un folio, qui est celui 
du ch-iiisonnierde Saule. Deux autres documents confirment cette 
fotioution : c'est d'abord la liste dressée par Nostredame et 
conienani l^s mms Jrs piwtri provensauix dfscripts tant aux 
(Tuvrei du ieignenr de Saull ijite de ceux de Noslredame. Intitulés 
trobadors quesl autant qut inventeurs ou poètes (C). « Ceae 
liste suit, dans le manuscrit de la bibliothèque de Carpentras 
(n" 520, lome H), les Vies des troubadours. Elle renvoie, elle 
aussi, aux folios d'un manuscrit, niais cité cette fois, le clianson* 
nier de Sault. Or cette foliotatîon correspond à celle des i'ies 
manuscrites. Fnfin les deux gloss,iires(fl) composés ' par Xostrc- 
dame renvoient également aux folios du clian.sonnier de Saule 
ei ce troisième élément de comparaison permet de retrouver la 
place qu'occupait chaque troubadour dans le chansonnier. 

De ces trois documents, ou de ces trois groupes de docu- 
ments, c'est celui qui est formé par les glossaires (par l'un 
des deux plus particulièrement, comme on verra plus loin) 
qui est le plus précieux, car beaucoup de ciuiions sont accom* 
pagnées de Tindicition des folios, tandis que la liste des 
poètes ei les Vies manuscrites se contentent de renvoyer au 
folio où se trouvent suit la vie d'un troubadour, soit ses poé- 
sies, probablement le début du groupe de poésies que le manu- 
scrit lui attribue. 

Mous connaissons donc des faits cenains, et on les trouvera 
consignés dans l'essai de reconstruction du chansonnier. Mais il 
reste beaucoup d'incertitudes et d'obscurités, et il y a trop de 
place encore pour l'hypothèse. On s'en rendra compte en exa- 
minant tes poésies que nous avons groupées sous chaque nom 
de troubadour. 

Quand les citations données par l'un des deux glossaires ■ — 
qui forment, je le répète, un de nos plus précieux éléments 
d'information — sont assez longues, elles nous permettent de 
retrouver la^pièce d'où elles sont tirées, et, en général, Chaba- 
neau y était parvenu. Mais quelquefois les citations se com- 
posenc d'un mot, et il n'a pas été toujours possible de retrou- 
ver la pièce d'où ce mot était tiré. Le problème est d'autant 



1. On trouvera «5 deux glâssaires rfrunis dus l'édition Clubincau, 
p. r7^aOî. 



RECOXSTITCTION DU CHAMSONNIRR DE SAOLT 



249 



plus compliqué que les glossaires cicent souvent plusieurs 
auicurs pour le même mot. 

jMdi". c'est surtout dans les fies imprimées ou manuscrites 
qu'il y a place pour l'hypothèse. Les unes et les autres ren- 
ferment de nombreuses allusions aux poésies des troubadours. 
Chabaiieau, apris Rarrsch, a pu identifier la plupart de celles 
que contieiment les t^ies imprimées; nous avons pu .\ notre 
lour, soit à l'aide des notes de Cliabaneau. soit par nos propres 
moyens, identifier la plupan des allusions contenues dans les 
fies manuscrites. Mais jusqu'à quel point peut-on dire que les 
pièces ainsi identifiées étaient toutes dans le chansonnier de 
Sault? I! y a la les éléments d'un nouve;iu problème. 

Chab.inc.iu avait relevé ces allusions des l^ies imprimées et 
■les avait admises comme éléineni, sans doute accessoire, dans la 
reconstitution du chansonnier. Nous avons suivi son exemple 
et terminé \l- relevé des allusions qui se irtiuvaient dans les 
f^ics manuscrites, qui, elles, renvoient aux folios de Sault, tan- 
dis que les yifs imprimées n'ont pas de renvoi. Il y a donc des 
chances pour que les allusions qui se trouvent dans les l^ks 
manuscrites se rapportent à des pièces qui se trouvaient dans le 
chansonnier de Sault, et il y avait intérêt à en faire un relevé 
aussi complet que possible. Cependant, dans la troisième partie 
de notre travail, quand nous arriverons aux conclusions, nous 
ne tîcndrotis compte que des citations qui renvoient formelle- 
ment au cli-insonnicr. Heureusement elles sont en nombre suf- 
fisant pour nous pcmtettre de le reconstituer en partie '. 

Une note de Chibancau va nous faire conn.iitre comment il 
a fait cette reconstitution. Quoique cette note ne fût qu'un 
brouillon et que la rédaction en soJi un peu obscure ci embar- 
rassée, je crois nécessaire de la donner tout entière, pour faire 



I. Lt- faii s(iiv.int mooirera que le rekvt Jo allusions nVuIt pas inuiile. 
Dao» une biograplii« d'Hupics de Pcna qui n'est pai celle Ju ms. de Car- 
penirji (a) cl qiK l'on irouvera dans l'édition Cliabancau > la page 90, 
Noscredjine dit que le chjnsonnicr -le Sault contctuii de lui « quatre 
belles ctunsoiu » et que k sien n'en conienait qu'une en (orme de dialogue. 
Or la yif imprimée d'Hugues de Pena contient des allusions J quatre chan- 
sons. Il y a des chances pour que ce «jit prtîcisément ccJlc» du chaiiwonier 
de Sault. 



2ÎO 



C. CHABANEAtT ET J. ANGT.ADI-: 



connaître sur quels princit.ies est fondé le classenieni fait par 
Chabaneau : 

L» tabk de Xottrecl^mf [C\ a fourni le cadre. — C'eit dans les comparti- 
ineiiiï ({irelle imlii^uc que j'ai cUssc. selon les renseignement fuiiTuit, sekm 
les cas, par l'un et L'iutrc combitiL-^ ou par l'un du l'autre des deux ^os- 
sairn, ou ïeulenieat par kï vers cil^. tout seuU, quand iil Tauteur ni le folio 
ne sont imfiqués (ce qui est le C2s de toutes les citatioos tirées des fiet) les 
pièces ifnumtirves. 

J'ai ^-xcIli ïysKnutiqucmcnt de cc ubicau tout ce que N. D, donoe 
ccmme »■ trouvant exclusivemciii dauï sou <:h:ictHniaicT. Mais la préi«nce 
d'une piéci- djo*/, du moment ^ul- r.n)ieur de ccttt pifice est mentionné 
dan» la Tahlr, nv m'a pas paru suffisante poui* ta faite exclure. J'avertis ' 
seuk-nu-ni dans tous tes cas, m^mc >:ciix oii le folio [du chansonnii.T] de 
Snult ew inJiquc, qu'elle était dam/. Les .luteurj qui, dan*. la Tui'U, ne sont 
suivit d'aucune îniicaiion particulière (c'est le cas <ie P. Je Cialclnou, etc.) 
ne sont pas exk:lus; il v a lieu de croire qu'ils étaient dïns [le chansonnier de) 
S.iu]t Ku1eni<;ni. 

Je les ai seulement rcjctés apr^-s les pièces foliotées, ainsi que SorJcI. qui 
est marqué N. S., mais sans folio. 

Je reproduis in extenso, sans moJilîcatioti, les indications de N. D. Après 
chaque ciiaiîon j'inditjiic le moi sous lequel , dan» chacun des ((l<>ssaires, on 
ta trouvera. 

.4 se Ivirne en (■i^U'^ral 1 renvoyer aux folios. B ■ cite sans indication de 
folio, itui^en retivovant aux auteurs. Le ra(>prochcmcnt de ces rcnscipic- 
inenis a permis dans un grand nonibrv de cas de mettre tes citations 1 leur 
vraie place. 

L« chifires de folios sont fournis, celui qui pricWc le nom des portes par 
la table de N. D. : celui qui précède le* niow Ficj </<■ par les i^i/s Manu- 
scriles: celui qui précède les ciutions par le glo»a)n: 4, le glossaire B ne 
donnant aucune indication de folio. 

Les noms qui suivent les citalions sont reproJuit» tels que le* donnent B 
et .-t dans le petit nombre de cas où A les donne. Les mots qui suivent les 
citatioiii sont ceux ou on 1c^ lit dans le glossjîre. 

Les ciiaiioas tirées des fîfs sont suivies tics mots Fies avec l'iodicaiton de 
Upajfc de l'édition. 

Voici les -sigles dont nous nous servons, après Chabaneau : 
A représente les Vies imfriMécs ; les ctiations sont faites 



t. r.hihancau n'a pas écrit œt « avL-nisumiciil »'. nous avon^ établi li 
compar3i>on avec /dans noire laWe alplubiiiique. 

1. Hd. Chab.. p. 179-3(11- Cliabjneaii .i foitdu les deux |;lusuîres en un 
seul (fl>. 




RECONSTITUTION DU CHANSONNJEK DU SAULT 



2>I 




d'après la paginatfon de 1575, que Ton retrouvera dans l'édi- 
tion Chabaneau. 

» reprwcnte les Fies iiianusrrites contenues dans le manuscrit 
de Carpentras et reproduites dans l'édition Cliabaneau i la suite 
de la vie de chaque iruubadour. 

C représente la liste, la lable dressée par Nostredarae ' des 
troubadours qui étaiem dans le chansonnier de Sault — et dans 
le sien. On trouvera cette liste p. I7s-r78dc l'édition Chaba- 
neau. Elle est précédée des ligne;, suivantes ; La noiui lin 
fkxifs proiftistiitlx àfscripti tant aux œuvres du seigneur de Suuii, 
que de reiiy de Nùsîredame, intitula irobadors quest autant cjue 
inventeurs ou poètes. 

Enfin nous désignons par B, quand il y a lieu, les deux 
glossaires dont Chabaneau parle plus haut et qu'on trouvera 
réunis dans son édition, p. 179-203. 

Il est ^ peine besoin d'insister sur les réserves qu'il faut faire 
constamment au sujet du témoij^naj^-e de N'ostredame. L'au- 
textr des notes de Carpentras n'a peut-être pas agi avec une 
bonne foi entière, comme l'a fait observer M. P. Meyer(/>rH. 
Trottif., p. 1% n. i)-. Cependant en ce qui concerne les essais 
de glossaire (qu'il destinait sjus doute à son usage perhonnet)il 
semble que sa bonne foi soit hors de doute : de môme pour 
la table des poètes. Hnfin ta concordance des folios du chanson- 
nier de Sault, quand nous avons trois sources différentes, est un 
indice sérieux de la bonne foi de Nostredame. Si donc on peut 
et on doit faire quelques réser\'cs d'ordre général, on verra par 
la suite de cette étude que les documents sur lesquels nous 
nous appuyons sont assez nombreux et assez sûrs pour que 
Cet ess.ii de reconstruction repose sur des bases solides. Les 
erreurs n'y manqueront pas sans doute, venant soit de Nos- 
tredame, soit de ses commentateurs; mais la part de vérité 
doit rester encore assez grande K 

1. P;]r orJre :)lpli3héli>)ue, «.lufiiuelques noms nul places. 

2. Liliibl.iUriw. diiCb., XXX, p. 260. 

%. Je rctcvc Jaas ic Ciilatogut des nisi. Jft BibthiUstijua de France (Dépar- 
tement, tome XXXV [Carpeniras, Uïmc II] p. 17}) h noike suivaoïe (Jcs- 
crîptîon du m\. n" 1769 CdiaU'gi caH uw m-miiariplorum, ï" ÎI9) * Livre 
manuscrit dc5 Archi^x's Ju clu^tcau de Sault ». P^mii les mjnuMrhs cités : 
M L^gctiJc de Nostre Djim-, tu pri>vciv,Ml fi iulico >■ ; ■" Chansons PBt^ 
VKNÇAi.ES VIEILLES a ; « l.a vii; dt saitit Hoiiorc eu vers provcnçauK ». Ces 
u chaDsomureprcscnicnt-vELcsnotrcaDCLcnchansoTinJer? C'est \TaiwmHabli:. 



1 



252 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

II 

RECONSTITUTION PARTIELLE DU CHANSONNIER 

[Dans cette seconde partie, nous avons mis entre crochets 
tout ce que nous avons dû ajouter, numéros de Bartsch, notes, 
exirairs de a, etc. Nous rappelons que A renvoie aux Vies 
imprimUs, % au ms. de Carpentras, C à la liste des troubadours 
qui se trouve i la suite des vies dans le même manuscrit. — 
J- A.]- 

F" 1 GIRAUD UE BORNEIL (C) 

{Vie de Giraud de Bomeil.] 

(17 ou 18 ?) Altgrar mi volgr'rn chantan... [Gr. 242, S-I 

Ja per ruuza ny per dam. 

GiRAU DE BoRNEiLH (Nauza). 

Quan lofreiti ri glat^ e ia neus... [Gr. 242, 60.J 

Si la beila cuy soi profers. 

DE BoRNEiLH (Profeft). 

Vn somt fat^ vialvat^ e bo... {Gr. 242, 80.J 

Ung sonet fac malvays e bon. 

GiRAOD DE BoRNEILH (Sonoet). 

22 BERNARD DE VENTADOR (C) 
[Vie de Bernard de Veniador.) 

28vo Gabar '. (Gabar.) 

Aram cosselhat^, Senhor... [Gr. 70, 6.] 

29 vo Eram conselhas, Amour, (Era.) 

Car s'yeu l'ame en desonnour 
Esquier es a touta gen, 
E tenran me ly ptuzour 
Per cornut e per sufren. 

Bernard de Ventadour (Esquyern). 



1. [Le mot ^e trouve dan^ la pièce Gr. 70, 4]. 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DÉ SAULT 2$^ 

Bem cugfi de chantar so/rir . . . [Gr. 70, l}.| 

jo Non pol hom myels eavylanyr. 

Bernard de Ventadour (Avillenir). 

30 Ben conneys a leur parladura 

Qu'el regnon niai contra natura. 

B. DE Ventadour (Parladura). 

Eu <b]tust gai sonel UugUr > . . . 
Allusion i «tte pièce. {A, p. 70.) 

La dousa vai\ ai au^ida... \Gr. 70, 23.) 

}2 La doulsa voux ay auzida 
Del rossignolet saulvage, 
H m'es dins lou cor salhida. 
Si que tous lous consiriers, 
Lous maltrachs qu'Amour niy dona 
M'adoucis e m'assayzona. 

Bernard de Ventadour (Consirier). 

Lo temps vai e t-en, e vire . . . [Or. 70, jo.] 

} Dolsa res ben enscgnada. 

B. DE Ventadoor (Dolsa rcs). 

An/ors, e quetii es i-ejaire... [Gr. 70, 4.) 

Ben es enuech e grand nauza 
De tous jours merce claman. 

B. DE Ventadour (Nauza). 

Amors m'enviJd e.m somo'... \Gr. 124,2.] 

36 (?J Hn amar domna coinda e bclla. 

Ventadour (Coinda). 

Be m'ati perdut, lai enves Ventddom... \Gr. 70, 12.] 
Allusion à cette pièce (^A, p. 70). 

Lu rossignols s'eshaitdf va... [Gr. "jo, 29.] 

Allusion à cette pièce (A, p. 71). 

Tant ai mon cor pleti de jota... [Gr. 70, 44.) 

Allusion dans A, p. 70. 



1. (Je ne trouve cjue Daudc de Pradas, Gr. 124, 10, avec la chanson : Eu 
un souet gai d leugier.\ 

2. Pièce de Daude de Pradas, mais que It nis. a attribue à Btman de 
Ventadour, comme le faisait le chansonnier de Sauit. 



2)4 C. CHABANKAU ET j. ANGLADE 

î6 RAIMBAUD DE VACHÈRES (C) 
[Vie de R. de Vachères ■."; 

Sai-is f fols, umils et orgolhos... [Gr, jçj, 28.] 

Savys e fols, humyls e hergulhous, 
37 Cobez e lares, e volpîl, e tiardit. 

Rambaud dk Vaqoeiras (Volpil). 

Ara quart vei l'erd^ar ... ' [Gr. J92, 4.] 

Aras quau vei verdeiar. . . 
I son quel che ben non ho. . . 
Belle douce deme chère, . . 
Dauna yeu my rend'a bous. . . 
Mes Un temo vuestro pletto. Ç4, p. 79.) 

Ara pal oni conoiiser e proar. . . [Gr. ^92, ;.] 

Allusion à cette pièce ? (A, p. 79.) 

4Î BONIFACE CALVO (C) 

4j CoDsir. (Consir.) 

Fis t hiais mi soi mes |Cr. 101, 6.] 

Fin e lyal my soy mes 
Donina en vostre poder ; 
Vous voly amar, e tenier, 
E blaiidîr, car m'a conques 
4j Vosira doulsa captenensa 

E vostre gent corps honrats. 

BONiFACE Calve (CaptenensaJ. 

Entjufr Liih sut darii r s«\at\. . . [Gr. loi , j .] 

46 E sel rcy Namphous qu'es sénats 
En tous fachs, e valent c prous, 
LJU7.I mous dichs, es ben razos 
Quel dej'csstT eramorats. 

BoMhA(;\ Calvo (,Scnat_). 

46 Ikn vendra tal guizardos 

Clu'cn seray irist e cousiros, 

BOMFACE Calve (Consyrous). 



I. [Les trois premiers folios du cahier irotucnant les Vies manuscrites de 
Carpentras manquent : aussi mettons-nous entre crochets ces trois premières 
biof^aphies, dont nous connaissons l'existence par ailleurs.] 



KECONSTITimON DU CHANSONNIER DE SAULT 255 

Gti »o m'figrttis s'eu no sut ren pre^at^,. . [Cr. loi, 7]. 
AUusioQ {A, p. 109). 

Mvul II i}tie sm-inensa. . . [Gr. lO!, 7.) 

Allusion (A, p. 109). 

48 ARNAUD DE MEYRUEIL ' (C) 
48 v Vie d'Arnaud de Meyruelh (a, p. 44), 

Si (Util H peii a» en l'aiga lor vida [Gr. jo, 22.] 

49 Pensjnt vous baj'ze e manegu e vous embrasse 
Aquest domneys mVs pros e car c bon, 

Enol mi; poE vcdar alcung jalous. 

Arnaud de Meyrueilh (Doniney). 

49 Dezenjnsa. (Dezenans^t.) 

50 S'atura. (Satura.) 

Li franca caplenensa... {Gr. jo, 15.] 

5 1 La t'rancn captenensa 
Q.u'yeu non pod'oblîdar. 

Arnaud de Meyrueilh (Captenensa). 

[Allusion, A, p. 66; a, p. 44,] 
5Î Sobranciers. (Sobrancicr".) 

Sî BERTRAND DE PESSARDZ (C) 

Corlesamen voil comemar ' . . . 
? Conezamen vueiih cotnensar, 

B. DE Pezars (Cortezament), 



1 . f« .Arnaud de Meyrucil, fameux poète prouvcnsal, en a fait de fort belles 
et bonnes chansons, ainsi qu'elles se treuvcnt tant au chansonnier Ju scign^ 
comte de Sault que au niyen, en nombre de quatorze... », a, éd. Chab,, p. 45. 
Le passage avait déjà éitï signalé par M. Paul Meyer, Dfni. TTOub.,^. 15. 
Dans le même folio se trouve traduite la vie d'Arnaut de Mareuil. On y trouve 
aussi le début de la chanson : 

La francha captenensa 
Que non puesc oblidar.] 

2. Riiios es e mesura, . . [Mahn, (Verke, I, 176.) 
(A. Peut-être allusion d'après Bartsch, ya/jrfruci, XIII, p. iî7.) 

3. Celte pièce est attribuée à Marcabru \Gr. 293, 15] par la plupart des 
mss. Aucun de ceux qui nous restent ne ta donne à B. de Pessard, de Pezars 



ajé c. cHaôaneaO et j. anglade 

54 GUILLEN FIGUIÊRE (C) 1». P- 9îJ 

D'un sirvenles far , . , [Gr. 217, 2.] 

D'un sirventes far 
En est son que m'agensa. (À, p. 152.) 

Roma enganeyris 

Qu'es de tout mal guyds, 

E cyma e rays. 

GuiLHBN FiGUitRE (Enjan). 

Ronia cuganejTÏs 



Cobeyiai vous engana. 



FiGUiERA (Cobeyiat). 



Amour engauayris, 

Cobcytat vous engana 

Qu'a vostras berbys 

Tondes trop de la lana, (a p. 1 52.) 

Roma non întres. 
Coma es fats* e trafana, 
Vas nous e vas Grecs. 

G. FiGUlERA (Vas). 

Roma, alshomes pccs 
Ronzez la carn e l'ossa, 
E guydas lous cecs 
Ambe vous ins la fossa. 

GUILHEN FiCUEtKA. (CcCS.) 

E guydas louï cecs 
Ab vous ins la fossa. 

G. FlGUlERE(In5). 



ou de Pessatz (C 8(f). Mais une des tables du ms. B. N. 8j6 l'attribueàBer- 
traii de Saissac, nom approchant. 

[Allusion dans a, p. 129 : • tiiii longti^mps ctîcole publique, enseignant la 
jaijon de rithnicr en sa langue vulgaire, ainsi i]u"û l'a escrit en l'une de ses 
dian^ons, disant que cetuy qui ne sait chanter ne romancer, à peine saura il 
sayncment juger si le chant et la riihme sont agréables aux auditeurs, ainsi 
qu'il faict, dont il en ha très bonne et seure congnoyssance... » Aucune des 
deux pièces attribuées à B. de Pezars ne contient rien de semblable, 

Le manuscrit de Beniart Amoros attribue à Bertran de Pessars les deux 
poésies suivantes : l" Mal V€i^em de nm'el florir \ 2<> Cartes' ainor voil comensar. 
Cf. Benoni, Gioni. sloiico délia Idt. ital., XXXIV, 14.] 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER OE SAOLT 2$-J 

Malament r^nas 
Roma, Dieu vous abbala. 

FiGUiERE (Malament). 

Roma, verament 

Say yeu ben sens doubunsa (dobtansa) . 

Qp'ab gualéament 

De falsa predicansa 

Lieures a tourment (turmem) 

Lou bemage de Fransa, 

Luench de paradis, 

El bon rey Lois, 

GuiLHEM FiGuiERA (Bernage et Gualiadour). 

Roma als Sarrazins 
Fes vous pauc de daumage, 
Mais Grecs c Latins 
Meies al carnalage. 

GuiLHEN FiGUiERE (Carnalage). 

Roma, ben decern 

Lou mal qu'on vous deu dire, 

Car fcs per esquiem 

Dels chrestians martire. 

GuiLHEN FiGUEiRA (Esquiern). 

Roma, vers es plans. 
Car trop es angoyssosa 
Dels perdons trefans 
Qpe fies: subre Toulousa. 

G. FiGUi&RA, en la coubla finale contre Rome (Trafan). 

Allusion daiiii A, p. 152, où sont cités 4 vers. 

Ja de far un iiou sirvtntes,.. \Gr. 217, 4.) 

Ben e mal e sens e foulour, 
K conoys anu c honneur. 

Gl'ilhem Figl'ieras (Anta). 

Car nol tenon per scgnour 
Enaissins quon deurian far. 

G. FiGUlERE (Nol). 

Ja de rie près sobtyran 

Non haura tant quon aver sot. 

GuiLHKhi FlGLIERE (Sol). 
XoMnMf XL. I 7 



2;8 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

Tali hom qui he» comenfe heu finis... [Gr. 217, 7] 

LugDJi de si blasm'e rcten lauzour. 

G. FiGUiERA (Lugnanas). 

Non laissarai prr paor (Y) . , . (Gr, 217, 5.] 

S'erapetich a far deshonnour. 

GutLMEN FiGUiERE (EmpegRa). 

Ane mais dejoi ni de chan ' . . . \Gr. 10, 8.] 

Car li hueths son drugoman. 
Del cor. 

GuiLHEN FiGUiERAS (Drugoman). 

Allusion à la mém<: pièce {A, p. 1 5 1). 

Ja no ni'agr'obs que mos huelhs trtchadours 

My tcssou tant abellîr ni plazer 

So dont non puesc nul jauziment aver'. 

GUILMEN FiGUIERE (M a g ro b s). 

56 GUILLEM DE S. DEYDIER (C) 

j7 La vil! de Guilhem dt* S. Desilier (a, p. 26). 

57 Ucliayson. (Uchayson.) 

iGuillftns de Saint Dtsdtr. . . [Gr. 2)4, 12.] 

(Allusion, A, p. 59) 

60 GUILHEM DE CABESTAN (C) 

Li dons coHsire. . . [Gr. îij, 5.) 

Sen Kemond la grjiid bellessa 
E lous bem qu'en ma donna es 
M'en say lassât e près. (A, p. 57 ; a, p. 58.) 

Aissi coin cel que hissai joill . , . [Gr. 213, i.| 

Allusion (a, p. 38). 

Ar vei qu'eiii vengiil uis jorusloncs. . . [Gr. 213, î.| 
Allusion (a, p. }8). 



1. \j. plupart des mss. attribuent cette chanson à Ainieri>; de Peguillan. 
Une des tables du ms. 856 est seule, aujourd'hui, à la donner à G. Figueira. 

2. Ces vers ne se trouvent dans aucune des pièces qui portent, à tort ou Jl 
raison, le nom de G. Figueira. [C'est le début d'une pièce de Guilliem 
Figueira que nous a fait connaître le nis. Campori, p. ^06.] 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 259 

62 ELIAS DE BARJOLS (C) 

Arncri hem plat^ em sap ho. . . \Gr. ijï, a.) 

Ges sa valour non oblida 
De la comtessa grazida 
Beairîx, ny sous bons seos, 
6î Ny sous bels captenemens ■. 

EuAS DE BARjOLS(Capteiietisa). 

Car comprit tvstras beutat^. . , [Gr. 152, 7.] 

Car crompiey vostras beautas 
E vostras plazens fassons. {A, p. 3}.) 

6î KIC\S NOVAS (C) ' 

63 Coioda. (Coinda.). 

63 Escarida. (Escarida.) 

? 

64 Ab sous angeh azire ) 

RiCAS NovAs(Azir). 

Poi partit a» h cors en Sordels fn Bertrans[Gr. 330, 14.] 
Allusion (A, p. 128, a, p. 80). 

1 . La chanson Amors hem plat^, dont je suppose que ces vers sont tirés, ne 
nous a été conservée que dans un seul nis. (E), où ils ne se trouvent point. 
C'en était peut-être la tornade. [Cette seconde tortwda se trouve dans le ms . 
Campori; cf. Bertoni, Il Can^oniere proivn^ale di Bernart Amoros, p. 56.) 

[Parmi les chansons adressées à Béatrix, Chabaneau a noté les deux sui- 
vantes : 

Be deu hotn son hofs seîgtwr. (Gr. 132, 4.) 

Morir pogr'eii sim volgues. {Gr, 1 32, 9.)] 

2. [Dans ^ et X il est dit qu'il parlait contre ta maison d'Anjou. Chabaneau 
se demande s'il n'y a pas li une confusion avec Boniface de Castellane, Gr. 
102, 2, Guerra e trehalhs.] 

j. Peut-être de la pièce qui commence : Ben es ra^oi qn'ieu rtlruiu {Gr. 
330, 4). Le vers cité correspondrait, dans le ms. 856 (qui attribue c.tle ciian- 
son ù Amaut Catelan), à celui-ci : Vok Deus en vos geni msire (Mjhn, Gedkhie, 
987). [Il s'agit de la pièce Gr. 10, i (Aimeric de Peguillan) que le ms. Cam- 
pori attribue aussi à Ricas Novas. Cf. Benoni, op. laud., p. 482.) 

[n A son trépas [du comte Bérenger] feist un citant funèbre de ses vertus », 
X, p. 80. Chabaneau se demande s'il ne s'agit pa^ d'une confusion avec 
Aimeric de Peguillan, (7r. 10, I, ^t »iii«7-/fH«»$. Ratisch renvoie à Gr. 330, 
14.1 



'.^r 'îie:. tîs^= rue inir isl i-n-m-n- 

».lit>jiTir, t. j. ; - 7-: -.T- 
i Ti]>aii- s. T. I ■.?.. . ; 






5 :* L-iJtiXCN N^^i< . 



y;'.r,"'îm' • j.:_;^, i ~. iirsss* i;-* ;"r-ir.jc-j. • O-'r'in^a;; d:c lœ propos : 
?.:::. .: ;: .-.: tr. }.'B'-^: C- - u. -";—.'. C- :::, ;.7; 7. e. Z'JSsi Gr. 

: : t 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 26 1 

De la sal de Proensam doii . . . [Gr. y6, >.] 

De la sal de Proensa ay dol 
Quand a mon pon non passa plus, (A, p. 169.) 

De Vanivesqtu me sap bon ■ . . . [Gr. 76, 4,] 

Cels d'Arl estavan emb alegrour 
Sens trabailh e sens nauza, 
Tro qu'an agut lou fais pastour. 
Beo es fais, car el auza 
Prendre a sy la leur cauza. 

Bertrand df Lamanon (Nauza). 

70 FOLQUET DE MASSEILLE (C) 

70 La vie de Foulquet de Massethe (», p. îs-î6). 

Pois eniremes me sut de far chansos. . . [Gr. 155, 17] 

70 E so qu'yeu fau non deu mètre en desdang. 

FoLauET DK Masseilhe (Desdang). 

Molt i fet^ gran peccal Amors . . . [Gr. 155, 14.] 

7 1 Qu'estîers non pot durar Amour. 

FoLQUET DE Massf.ilhe (Esti er). 

Chantar mi lorn'aJ a/an . . . \Gr. 1 s î, 7.] 

Mermon lur gauch on mays n'an. 

FouLacET DE Masskilhe (Gauch). 

I. [Je trouve dans l'exemplaire du Grundriss de Chabaneau un renvoi â 
César de Nostredame, p. 421,] 

[Ce sirventes est cité en entier dans U Chronique de Proz'ence de Jean de 
Nostredame, dont Chabaneau donne de nombreux extraits, p. 121-259 *^^ son 
édition. Nostredame ajoute la notice suivante : « Bertrand d'Allamanon feist... 
un syrventez... lequel syrventes se treuve par escrit aulx œuvres des poètes 
provensaulx en riihme proveosalle, qui sont entre les mains de Monseig^ le 
présidant de Lauris, qui est de cette sorte, f" 45. » (Cf. Chabaneau, Sur 
quelques mantiscTits prffiviiçaiix, p. j.) 

Chabaneau s'est demandé encore s'il n'y avait pas une allusion, dans A et 
a, à la chanson Qui que s'esmai nis desconort (Gr. 76, 16). Voici le texte de a, 
p. 106, 1. 7 ; « se meist a escrire satyriquement et a mesdire des princes et 
mesme de Charles deux™'.., « Dans A (p. 171), rallusioo pourrait se rap- 
porter, d'après les noies de Chabaneau, au passage suivant : a A escripi un 
traité en rithme provensalle, intitulé Las gutrras intestinas qu'estoyeni entre 
les princes. « Mais ces hypothèses sont suivies, dans les notes de Chabaneau, 
d'un point d'intenogaiion,] 



202 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

Tan m'élis Pamoros pensanuns . . . [Gr. i$$, 22.] 
Tant m'zbelys l'amouroux peosament 
Que s'es vengut ins en mon cor assire. 

FOLQ.UET DE Masseilhb (Abbelif). 

Si eom cel qu'es tan grevât^ ' . . , [Gr. 1)5. 20.] 

Allusion {A, p. s î)- 

77 GUILHEN ADHÈMAR (C) 

Non pot esser sufftri ni atmdut , . . [Gr. 202, 9.] 

A son ops m'a de bon cor retengut 
Cela que m'a per amyc conquistat '. 



(Ops.) 



77 EYMERIC DE ROCHAFIXA > (C) 



Enaissim frren com fai al ptscador . . , 
Sens tout enjan e sens cor trichadour *. 

Aymeric de RocHAFixA(Trichadour). 
(Allusion : A, p. is6.) 

Nom lau de mi dons ni d'amor . . , [Gr. j, 2.] 

Per qu'yen fau a vos mas clamors. 

Ung poètes (Clamors). 
(Allusion? a, p. 156.) 



I. [On lit dans x (p. 36) : k 11 a faict ung livre intitulé Las complanchas de 
Berni de Claustral, ausquellcs il introduit Beral se plaignant de la mon de sa 
femme » ; même chose, sauf de Clatulral, dans l'imprimé. Ceci se fonde, dit 
Chabaneau, dans une note, sur le planh de Folquet relatif à la mon de Barrai 
lui-même ; Si com cfl qu'es tan gm-ati(Gr. i s s, 20), qui, dans le manuscrit?, 
est intitulé : Lo pior d'en Barrai... laquai feg Folquet de Marseilla.] 

2 [a, p. }i : « il dict en une chanson que s'il estott si savant que Virgile, 
il feroit un gros livre des louanges de sa dame. » A a}oute Homère à Virgile, 
Je n'ai pu retrouver cette chanson.] 

J. Ademar de Rocaticha (Gr, 5). Ce troubadour est aussi appelé Aimeric 
(Haumeric) dans le ms. a, 

4. La pièce dont ce vers fait partie est attribuée par la plupan des mss. 
conservés i Guithem Magret (Gr. 22j, j). Aucun ne la donne à A. de Roca- 
Bcha. [Le ms. Campori fait la même attribution que le chansonnier de Sault ; 
cf. Bertoni, pp. laud., p. 482.] 

). C'est Ademar de Rocafichn (Gr. j, 2). 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAUI.T 263 

78 AUCELM FAYDIT (C) 

78 Vie d'Ancelme Faydit (a, p. 42). 

Ra^oa t numâameitt . . . \Gr. 167, jl, . 

82 Drud qu'ama falsament 
Deu per drech jujament 
Aver fais guyzardon. 

Gancelme Faydit (Drudaria, drud). 

Lu rossiçtwUi salvalge. . . [Gr. 167, J4. 

Lou rossignoict salvage 
Ay auzit que s'esbaudeia ■ . 

Ancelme Faydit (Esbaudîmcn). 

Yeu ram sens enjan 
E sens cor truan. 

Faydit (Truan). 

Yeu l'am' ses enjan 
E sens cor truan, 
Qp'yeu non ay ges ul corage 
Com ly fais dnits an, 
Qui van galyan 
8} yo Per que Amour es en soan. 

Ganselm Faydit (Soanar, Soanet). 

Silol m'ai tardai mon chan. . . [Gr. 167, 53. 

Ves ley que ha segnorage. 

Faydit (Lyeys). 

Pueys vy mon humil semblan 
E rccep mon homenage. 

Gancelme Faydit (Homenage). 

Qu'yeu ja vires m'csperansa 
Ny changesson mos consirs. 

Gancelm Faydit (Consir, coasirier). 

En autra part vîr mon fre. 

Gancelm Faydit (Fre). 

Jamais nttlh temps itom pocrtnfaramors...\_Gr. 167, 30. 1 
Mays l'ung se gard vas l'autre de falhir. 

Faydit (Vas). 



1. [M(me citation au mot amiir.\ 



264 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

Tant ai suferl lonjamen grat a/an. . . \Gr. 167, 59). 
Mourir pogra lost e leu, si volgues. 

FAYOiT(Pogra). 

Malladomoa e bonna fe. (Malla). 

(?) Domoa de hault parage ', (Parage.) 

Défaire chanso. . . [Gr. 167, iS.] 

Pcr qu'es fol qui s'esmaya. 

Gancelh Faydit (Esmaya). 

Non cry ny brava. 

Faydit (Brays). 

AlluMon (^,62.) 

Ptl joi de] temps qu'es floriti. . . [Gr. 267, 45.] 

Bonna domna, quand ycu vous vv, 
Vous fy ccrtan homenage. 

Gaucelhe Faydit (Prim), 

}a fk>K t'rr;ii/; quieti de chuntar me Ja\s ' . . . 
Ly sieu bel huelh. clar, amorouz, n'sen. 
E b beoiat qu'en Icy sujouma e nays. 

Faydit (Ly reys). 

De solal^ e de liam , . . \Gr. l6~. 20.'J 

Qu'enquer* auray de son dur cor venjansa. 

Faydit (^Enquera). 

S'en ti<sf^ ,\'r:i>mlxmUfngtiesdreitura'... [Gr. ^64, 42,] 
Aquost deiir qui ni lol sou\-ent l'alena. 

Faydit (Tolre^. 

Car cIIj es ^ancu e ly^ c grazida 
A toutj5 gens, o a Dieu jgyraJ'vJ. 

Ancelhe Fa^T}IT iGraitdy). 



î , r. Y 1 ï,iT«?'.i'nwr.: dans le j'v^tssjirv : Le ivovixsa; a àïci ZX"^*^ Je 
■c;.."; .W^">. e: le :Vja>o\-s aussi, ■ ' 

: F^i.>.-ï or.-ise «r.s le ô-i-iJ- :.•.•. V.-i: Mahr., OiJù-ru. 47^, 474. 

; , IVus '.e^ T^-isus^ri:* çu: -.ou* a-xer:: j~H;erï: Jtrre piéoe s Pért Vliaî. 
s*u: -,;r. «;;' 0\ oi: c'.:t es: ir.or.vîT^e 



RECONSTITimOK DU CHANSONNIER DE SAULT 265 

? 
N'a Beatrix '. cascun si segna 
Otfl honrat pretz qu'en vous es. 

Anselme pAYDiTfKa). 

Clam merce. 

Faydit (Clam). 

Fort^ causa es que lot h major dan. . . [Gr. 167, 22. ) 
Allusion {A, p. 64). 

À kit eut am de cor e de saber »... [Gr. 24} , 2. ] 

Allusion {A, 64.) 

Ara nos siaguit^. . . [Gr. 167, 9.I 

A : allusion d'après Bartsch [Jahrbuch. XIII, p. ijô). 

94 PEYRE VIDAL (C) 

94 V" La Vie de Peyre Vidal (a, p. 62). 

h'eus «i gels ni phia ni/anh. . . [Gr. 364, jo.' 

Allusion (A, p. 97, a, p. 63). 
S'en Jos en œrt 011 oni lenguesdrechurai...[Gr. 364,43.1 
Allusion^? {A, p. 97) 

Qitanl ûiii es en autrui poder . . . [Gr. ^64, 39.] 

Allusion? {A, p. 97) 

A mars près sui de la hera. . , [Gr. 364, j.] 

Amor prop soy de la bera. 

Un poète* (Bera). 



1. A fait un planh ^ur U mort d'une comtesse Béatrix : Casais Ixrni dot 
conoisser et entendre, Gr. 167, 14. 

2. Pièce attributSe à Gaucelm Faidit par trois mss. seulement {A O a), sur 
neuf. Les autres la donnent à Guiraut de Calanson (Gr. 243, 2). 

3. Cf. p. 264, n. 3. 

4. Ce poète est Pcire Vidal (Gr. 364, 3). La pièce était-elle anonyme dans 
le chansonnier de Sault? Ou Nostredame a-t-il tiré ctl exemple d'un autre 
ms. ' 

[Un passage de a, que l'on trouvera dans les variantes de l'édition Chaba- 
neau, dit : « regarde qu'il faict mention qu'il est empereur en une chanson 
fo 94 vo, 98 vt> ». Cf. Gr. 364, 39.] 



266 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

104 CADENET (C) 

104 La Vie de Cadena (a, p. 97). 

Àisom dona rie coralge. . . [Gr. 106, 2.] 

Lauzengiers, grazïdaus sia 
L'honnour quem Tes ab mentir. 

CADENET(Grazida). 
Temer deu hom villanage. 

CADENET(Villanage). 

Ans quart jaunis d'Omar . , . [Gr. 106, 8.] 

Amb entîera vallour 
Vous sabes enantir 
E als pros far grazir. 
En gardant vostr'honnour. 

DE Cadenet. (Enantir). 

Oimais m'aure\ d'avinen. . . [Gr. 106, 18,] 

Potestar queq e celât. 

Cadenet (Queyre). 

? 
Tout mon ben e mon segnorieu, 
Tout mon aver e tout mon lieu. 

DE Cadenet (Fi eu). 

/4d OHU tiuih no vat . . . [Gr. 106, ).] 

Allusion (A, ijô), 

&• ivli^ra s'fsser pogius. . . \Gr. 106, 10.] 

Allusion {A, 156, «, p. 97). 

Si ttobaiia won compaire etiBlacal^. . . [Gr. 106, 24.] 
Allusion {A, 156)'. 



I . [On lit, i la Bn de la notice, d^ns i, p. 97 : h Nota des chansons qu*t] feit 
contre les lauzengiers. » Chabaneau remarque, dans ses notes, qu'il y en a 
au moins deux : Meravilh me lif loi fin aiiiaJor (Gr. 106, 16) et .Vo sai quai 
lOHsrill mi pmida (Gr. 106, 17); sans doute aussi Amors e ciim ir dt mt 
(Gr. 106, 7). Et il y en a d'autres : cf. .4il Imiie iiuiUs 110 ïuii (Gr. 106, 1), 
Acom dona rie forait (Gr. 106, 2). etc.] 



FECONSTITUTIOK DU CHANSONNIER DE SAULT 2^7 

io8 JAUFRED RUDEL (C) 
De Jaufre Rudel (a, p. i8). 

Lanquan lijorn son lonc en mai. . . [Gr. 262, 2.] 

Irat e dolent m'ea panray 
S'yeu DOn vey est'amour de luench 
E non say qu'ouras la veyray. 
Car son trop nostras terras luench. 

Dieu que fes tout quant van e vay, 
E form' aquest' amour luench 
My don poder al cor, car hay 
Esper vezer l'amour de luench. 

Segnour tenés mi per veray 
L'amour qu'ay vers ella de luench 
Car per un ben que m'en esbay 
Hay mille mais tant soy de luench. 

J'a d'autr 'amours non jauziray 

S'yeu non jau d'est amour de luench 

Qp'uua plus bella non en say 

En luec que sia, ny près ny luench. {A, 2$.} 

De la même pièce : 

Lanquand los jours son longs en may.. 

My metnbra d'ung amour de luench... 

Dieu qui fes tout quant ven et vay 

E form' aquesta amour de luench... 

Ben ten' lou segnour per veray 

L'amour qu'ay vers ella de luench... 

E si li plas m'albergaray 

Près d'ella, si ben soy de luench... 

Yral e dolent m'en partray, 

S'yeu non vey est' amor de luench, 

E non scay quouras la veyray. 

Car trop son nostras terras luench <. (a, t8.) 



I. [On lit dans a, p. 19 : « a faict ung traité intitulé la Figura d'amour ». 
Chabaneau se demande, dans ses notes, s'il n'y a pas 1;V une allusion à Jjin- 
ijuati h lembs rnioi'tUia [Gr. 190, i.] 



268 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

110 REMOND DE MYRAVALZ ' (C) 

i iQ La vie de Remond de Myrcvaulx (a, p. 40). 

117 Anu. (Ania.) 

118 PEYROLZ (C) 

118 La vie de Peyrot (3, p. 22). 

Atressi col cignes fat . . . [Gr, j66, 2.] 

Altressî quel cigne fay. (Altressi.) 

Camjal ai mon consirirr. . . [Gr. 366, 6.] 

Car so dis el reprochier 
Qui COQ troba non trya. 

Peyrolz (Reprochier). 

Cora qium fe^ei doUr , , . \Gr, ^66,. 9] 

Meyshuy yeu voly tener 
El reprochier que dvs vray : 
Nons mova qui ben estay. 

Peyrolz (Reprochier). 

M'fnteticio ai loi' enutivers mesa. . . [Gr. 566, 20.] 
Mays say ben yeu quel reprochier dis ver, 
Tostems vol hom so que non pot aver. 

Peyrolz (Reprochier). 

Tuil iil quem pregon qu'eu chan'. . . [Gr. 70, 45,] 
Yeu perdrai ma benaoansa 
Per ma mala destinansa. 

Peyrot (Dcstinansa.) 

Quant amors tri^el partit . . [Gr. j66, 29, | 

Allusion (A, J2, a, p. 22). 



1 . (On lit à la Hn de la notice de 3 (p. 40) : « Regarde vers la tin de presque 
toutes les chansons qu'il adresse il Audciard, faisant mention de Myrevaulx. 
F, 113. » Ce folio est celui où commencent les poésies de R. de Miravaldans 
/: cf. la table dressée par M. P. Meyer, Dem. Troiih., p. 154.] 

2. Trois mss. seulement attribuent cette chanson à Peyrol : M,N et a. 
Tous les autres, au nombre de douze, la donnent à B. de Ventadour (Grwnrf- 
riis, 70, 45.). 



Reconstitution du chansonnier de saulT 1^9 
126 arnaud danyel (c) 

126 La vie d'Araaud Daoyel («, p. 29). 

126 Jensour. (Jensour.) 

126 Ans quelcim reilon de hrancas. . . \Gr. 29, J.j 

Ans quel dm resion de branchas 

Secs ny despulhas de fuelha, 

Faray qu'amor m'o comanda 

Breu chanson de razon lonja, 

Car yeu m'aduch de los arts de s'escolk 

Tan say qu'ai cor fats resur de cyberna 

E mous bous es pro plus correns que lebres. 

(*, p. 29.) 
128 Molherats. (Molherats.) 

Amors e jois t locs e temps, , . [Gr. 29, i.] 

D'aquel joi qu'avia l'autr'an, 
Quan cassava la lebre al bou. 

Arnaud Danyel (L'autr'an). 

Ben grans avolesa intra' . , , \Gr. 2Jî, 2.) 

Ln grand' avolessa ïntra. 

Arnaud Danyel (Avol). 

Douti braii e crit^. . . [Gr, 29, 8.] 

Doux brays e crys, e sons e chans c voltas. 

Arnaud Dakyel (Brays). 

En est sonet coind'e Itri . . . [Gr. 29, 10.] 

Ab gay sonet coin e lery 
Fats mois e capus e doly. 

Arnaud Danvel (Sonnet). 

Yeu syeu Arnaud qu'amas' l'aura 
E casse la lebre ab lou bou. 

Arnaud Danyel (Amas). 
Allusion à la même pièce (A, 41 ; a, p. 29). 



1 , Cette pièce est de G. de S. Gregori. Nostredame t'aura sans doute con- 
fondue avec celle d'Arnaut Daniel (Lo ferm voïer) dont elle est une imitation. 
Il est moins probable que l'erreur d'attribution existât dans le ms. Peut-être 
y était-elle anonyme. 



2yO C. CHABANHAU ET J. AMGLADE 

La grani beutati et fil ensmhamens ' . . , [Gr. jo, 16.] 
Per qu'yeu retray vostre près cabalous. 

Arnaud Danyel (Cabals). 

Lo ferm voler qu'el cor m'intra . . . [Gr. 29, 14.] 

Lou ferm voler qu'ai cor m'intra 
Non pot ges becs escondescendre ni onglas 
Dels laiizengîers sitôt de mal dir s'arma 
E pus non l'aus batr' au bran ny a verja 
Si vays ab frayr lay on son ha vray oncle 
Jauzïray joy dios verdiers ou dins chambra. 

C«, p. 29.) 
Allusion, A, p. 42. 

Siitt/ûs amon de joî dottar ian larga. . , [Gr. 39, 17. J 
Car tous bons atbs, joy e joven e sens 
R^non en leys. 

Arnaud Danyel (Aibs). 

Sin m'ajud cel qui ntostret en colomba. 

Arnaud Daniel (Ajud et Sin). 

E non cujats qu'yeu n'abbays mes talens. 

Arnaud D. (Abbays). 

Fats lauzengiers, fucc la lenga vos arga. 

Arnaud Danyel (Arga et Lauzengiers). 

H per vous es cazus près e jovens, 
H es pejor qui plus vous amonesta. 

Arnaud Daniel (Cazus). 

Vostre remanc. 

Arnaud Daniele (Remanc). 

Jeu m'esmer. 

Danvel (Esmer). 

Allusion à la même pièce {A, 42). 

Sols sut que sai lo sohra/an qttem sorl^... [Gr. 29, 18. ~( 
D'aultras veser soy cecs e d'auzir sourd. 

Arnaud Danvkl (Ctcs). 



I. Celte pièce est d'An-.aut de Mareuil ; il est peu probable qu'elle figurât, 
dans le chansonnier de Sault, parmi colles d'Amaut Daniel. Je crois plutôt à 
une confusion, facilement explicable du reste, de Nostredame. 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 27 1 

[Dante, Puij. xxvi.] 
Taa m'abelis vostre cônes deman. 
Chansonere du comte de Sault, d" Arnaud Danyel (Abbelir). 



I îo RICHARD DE BERBEZIEUX (C) 
Vie de Ricard de Barbezteux (a, p. 146). 

Ra^on t àreit ai sim chant em demori. . . [Gr. 2j], 4.] 
et Tuit demandon qu'il devenguJ' Anton. . . \Gr. 421, 10.] 

Drech e razon es qu'yeu chaaie d'amour, 
£ davant tous en dirai la vertats. 

Richard de Berbezieu, en une chanson qu'on dit qu'est 
d'Arnaud Danyel' (Drcch). 
Allusion à Tuit demandon (A, 41).' 

Allressi cotn h leos. . . [Gr. 421, 1.] 

Altressi que lou lyon. (Atressi.) 

.liressi comme VoUfans . . . [Gr. 421, 2.] 

Atressi corn l'elephant. (Atressi.) 

Atressi corn Persofous . . . [Gr. 421, 3.] 

Atressi com Peisevals. (Atressi.) 

[AliusiOD dans a, p. 146.] 

Be volria de la meillor . . . » [Gr. 421, $.] 

[Allusion a, p. 146.] 



1 . La chanson Rii^on t dreit nous a été conservée par deux mss. dans l'un 
desquels elle est anonyme, et dont le second l'attribue à Guilhem de S. Gre~ 
gori. Mais il se pourrait bien qu'elle fût en eflfet d'Amaut Daniel. C'était 
l'opinion des commentateurs de Pétrarque, et celle aussi, semble-t-il, de 
Pétrarque lui-même, opinion qui s'appuyait sans doute sur l'autorité de mss. 
aujourd'hui perdus. Il ne semble pas, d'après les paroles de Nosiredame, que 
le chansonnier de Sault fût de ces derniers. Mais notre auteur a confondu ici 
deux pièces différentes, savoir Ra^oti e drtit, et Tuit demandon qu'es devetigutT 
aiHOrs. Cette dernière est bien de Richard (5(i:)de Barbezieux, et le deuxième 
des vers cités en fait partie. C'en est le second. Il serait possible, à la rigueur, 
que la confusion existât déjà dans le ms. [Cf. Bartsch, Jalirbuch, XIII, 28.] 

2. (Allusion i Ra^ûneâreit dans A, p. 42. P. 41, il n'existe aucune allusion 
à Tuit demandon.] 

}. [Enfin il y a dans z une troisième allusion que je ne puis identifier. 
Chabaneau a noté sur son exemplaire de Kostr^dame : « cf. Amor si ton 



iyi C. CHABANEAU ET J. AtJGLACÊ 

124 MARCHABRUSC (C) 

1 3 s Sonnn. 

[Bel m'es quart son li fruich madur... Gr. 39), i}.] 
1 }6 Car aon ton anta ni blastem. 

Marcabrusc (Anta). 

Per savil tenc ses dûptansa. . . [Gr. 293, 57. ) 

1 39 Fols pueys tout quant aug romansa. 

Marchabrusc (Romant). 

Dirai vos senes doptansa (?). . . [Gr. 293, 18.] 

Amar es hardida cauza, 

1 39 Plena d*orguelh e de nauza, 

Marchabrusc (Nauza). 
Allusion i la même pièce {A, 209 et a., p. 125). 
Ivtrns vaieï temps s'ai^ina. . , [Gr. 293, ji.] 

Allusion (?) {A, 209 ')■ 

140 SERCHEMONS (C) 

Pois nosire temps comens' a brune^ir' . . . [Gr. JJO, 13.] 
Tant es sous près valens e cabalous. 

Sbrchauons (Cabal). 
[Allusion a, p. i$7.] 

poder es lai v, mais je n'ai pu retrouver cette citation. La même allusion se 
trouve d'ailleurs dans A (p. 243 : « car en un' autre de ses chansons, parlant 
contre Amour dict, que s'il veut qu'il retourne estre auiant amoureux affec- 
tionné de ceste, comme il a esté de l'autre, qu'il face retourner les beaux yeux 
de l'une à l'autre t), mais n'a pas été identifiée par Bartsch, dans \e Jahrhuch.'] 

1. [On lit à la fin delà notice de et (p. 125) : o estoit du temps d'Amphous, 
roy de Castille, auquel il adresse ses chansons. » C'est une allusion, dit Cha- 
baneau dans ses notes, à Fer Vaura freiia que guida, qui est adressée â un 
N'Amfas ; mais le D' Dejeaune voudrait voir dans ce K'Amfos, Alphonse 
Jourdain, comte de Toulouse. Il y a trois Aiifos dans la chanson Aujat\ de 
chan (comte de Toulouse, roi de Léon, roi d'Aragon).] 

2. Un seul des mss. qui nous ont conser\'é cette pièce (B- N. 856) l'attribue 
à Cercamon. Tous les autres, au nombre de quatre, la donnent à Peire Bre- 
mon Ricas Novas (Gr. jjo, ij). (Le ms. Campori l'attribue également à Cer- 
camonj. 



Reconstitution du chansonnier de sault 273 

Isi trobadors entre ver e mentir 
141 v° AfoUon druds e moulbers e espous, 

E van dizen qu'amour torna (tourn') en byays, 
Per quels (que) marits en devenon jalous (gielous) 
141 E domnas son intradas en paotays, 
Car trop volon escoutar e auzir. 

Serchamontz (Drud et Pantays). 



142 Malanaosa. 

142 BERTRAND DE BORN (C) 

14s Captenensa. 



(Malanaasa.) 



(Captenensa). 



Cortî e guerrai t joi d'amor . . . [Gr. 80, 11 ,] 

147 Pcr Christ. 

(Per Christ.) 

Un sirt'enles on mol'^ nonfalh. . . \Cr. 80,44.] 

147 E non hay volpil ni couard 
Enemy que no m'assalha. 

Bertrand de Bor (Volpil). 

Quan h dous temps d'abrit. . . [Gr. 532, i.j 

Mays se pogues trobar 
Com pogues castyar 
Las domnas de failhir 
147 (^) Qu'anta ny dam no l'en pogues venir. 

Bertrand de Born '. (Anta,)- 



I. La pièce dont ces vers font partie est de Peire de Bussinhac. Aucun des 
mss. qui la renferment aujourd'hui ne l'attribue à B. de Born. Peut-être y a- 
t-îl eu, de la part de Nosiredame, ou d'un copiste, une confusion amenée par 
ce fait que la biographie de Peirc de Bussinhac, qui précède immédiatement 
cette pièce dans les mss. où on lit aujourd'hui l'une et l'autre (/ et A"), se 
termine par les mots Sirvmles d'en Bertran de Boni. [Lems. Campori attribue 
la même pièce à B. de Born.) 

Lire i4y au Heu de iiy à uk/u? 

[Le chansonnier du comte de Sault mettait u au nom de Bertrand de 
Born u une chanson de Guilhem de Saim Gregori (éd. Chab., p. 160, ms. 



27-J C. CHABANEAU tT J. ANCLADE 

148 BERNARD MARCHIS (C) 

? 
148 Tout autre a fach e guerpir c layssar. 

Bernard Marcuis (Guerpir). 

î 

148 Las non es drech domnejayre 
Qui lous mes met en soan. 

Bernard Marquis (Domniey)- 

148 Très jours (so m'es vist, pechayre) 
Ges non m'a durât aquest an. 

Bernard Marchis (Pecayre). 

148 Qu'yeu fora ben tùi amayre, 
Si non fos janglous iruan *. 

Bernard Marchis (Jangloux et Joglar). 

? 

148 Gap, ou Gabar. 

(Gap.) 

> 

149 Cna say qu'es tressalhida ' 



j J9 Uc la Bibl. Méjanes, à Aix). C'est la chanson Bet;i p}al\ h gais temps de 
Paicor, Gr. 2\i, 1. Nostredame ajoute : <> il a faict une chanson rustique ou 
pastorelle qui ce commence : >< L'aultre jour j'alloys cavalcans le long d'une 
rivière, ou trouvai une genit: bergère, qui arresta mon cheval p^ir le frein... ». 
Quelle est cette pastourelle? Chabaneau renvoie dans une note i Gr. 194, 14, 
Gui d'L'sscl.] 

1. [Je n'ai pas pu identifier la première citation de Bernard Marchis ; mais 
les trois qui suivent appartiennent à une pièce que nous fait connaître le ms. 
Omipori : LiiHCJW h dous temps s'iscUiirf (^nam, Kimf ptm\ intd., p. 45). 
M. Bertoni a mis la pièce sous le nom de Keimonz Rascas. à qui appartient 
la pièce précédente Ditiis et tiiiiors el inertes. Mais dans la table du manuscrit 
a (p. 14) il a fait remarquer que « en tète de cette composition [Lança» h 
doits temps...] on ne lit pas de nom d'auteur n. La pièce était-elle anonyme 
dans 11 et devons-nous croire, avec le chansonnier de Sault, qu'elle appartient 
à l'èni^niatique Bernard Marchis ? Ou bien y a-t-il confusion avec Bemartz 
.Martis. dont deux pièces suivent dans a (comme elles suivaient peut-être dans 
Sault) la chanson Laiicoit h dons leinps...}] 

2. [Cette citation est précédée dans le Ghssain- de la note suivante : o Ber- 
nard Marchis, poêle provensa!,a faict une chanson dont Pétrarque en a fait 
une de ceste façon, qui >e conmicnce : l'eidi pniiiii ».] 



RKCONSTITUTION DU CHANSONKIER DU SAULT 275 

Cambyayris e desleyada, 

Que plus de cen druds playdeia 

Non era sa mayzon vueja. 

Bernard Mabchis (Cambyayris). 

149 Tant ay s'amor encubida 
E en mon cor albergada. 

Bernard Marchis (Encubit). 

Tant es ma donna endurmyda". 

(^. 196-) 

î 
Extra mon grat m'an fach vezer 
Aquo que plus al cor my dol. 

MAKCHis(Estra). 



ISO LA COMTESSE DE DYA (C) 

Ab joi et ab jmien m'apah . . . [Gr. 46, i .] 

Allusion (^, 47) [*.P- îîJ- 



iSi RAMBAUD D'AURENJA (C) 

Als durs crus coieiis laui^tngiers . , . [Gr. jSy, 5.] 

1 5 î Per so qu'ycu ai vist e provat 

Qu'en ellous non y ha que baratta. 

Rambai-'D d'Aukknja (Barat). 

153 Giata. 

(GlaM.j 

Aiii mon. . . \Gr. 589, î]. 

I s 5 Ayc y mou 

Un sonet nou. 

R. D'OKtN(.K(Siinm:ij. 

I s6 S'aluru... Doussa rcs, res veraya. 



I. Bartsch supposant (^fitb-hmb, XIII, p. 60) que ce vers l'aisait partie de \.\ 
chanson \Gr. 6î, 8] qui appartient ù B,:rnart Marti, identifiait avec ce Bernart 
Marti ou Martin, le Bernard Marcliis de No-itredame. Mais cette identification 
ne parait pas possible. Aucun des vers cités par ce d.-rnier 11e se retrouve en 
etlet dans aucune des compositions de B.Tuart Marti qui nous restent [nis. 
Canipori compris]. 



J/^ <.. f.HAItAïlEAC ET \. ASGLADE 

fiuatatx. ma^ fut ioi que in. . [Cr. ]89, 28.] 

r;7 V" Stnmhot c lyrvenws. 

CStrambot.) 

r ;J( £u n<) <iii /<! nuif <r astrnx . . . [Gr. jSç, 14.] 

Vcu non fuy (aoa toy) gcs malaatrui: 
Ane «tiy mabsiruc adreyu... 
Domna per vous wy nulastruc... 
Ar aujas »'yeu soy nulastnic... 
S'ycu trobes dou» nulaitnics... 
Ycu soy auuot malasmic 
Oiic <lc me]astre pon la flour, 
R ay ben nulastnic honaour. 

Rakbaud D'AuitENjA(MalUstruc). 

Loncttmpt ai tstat eubtrt^ . . . [Gr. {89, }i.] 

I iif A domna» me ûeu (soy) profen. 

R. D'OREN-jA(Profcrt). 
Allusion à la mtoe pièce (À, 95). 

Un vrrijarai de tal mma . . . [Gr. J89, 41]. 

t >s Q^i'îns cl cor mi naysem tresca. 

(Tresca.) 

Amon com er'f ^ut farai}. . . [Gr. 389, 8). 



i6o l'er tju'yeu vicu blos. 



(Bios.) 



tntrtl gtl t ttfit i/anc . . . [Gr. 389, 17.] 

i6o V» Gibre. 

(Gibre.) 

Bruis, chans t crit^. . . [Gr. jSg, 21.] 

bruys, chantï, grids, cndS'. 

Rambal'D d'Aurekja (BraysV 

Cut ivi ifur clan ibans i'tibrn;i . . . [Gr. ^89, 2^.] 

,\ ! iTjtu' cor cljr. rcs vemya. 
iM ^- ) A ! dv,iulsj rcs, cuiiiil'e ^yj. 

Kamb.m'd d'Auren;a (Gentil res). 

.^■JJ/; Mi j'jmi.'r ivH purliir . . [Gr. J89, 18. J 

Altu:>ioa(.^>, 94). 



» l- \ lAivi un tijiw tuûtulo U ,Ujfj/iij Xjmour. a C'est Bcrtsbh {Jtibr- 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 277 

i6î PEYRE MILHON (C) 

Si corn lu mege fai crer . . . \Gt, ^49, 9.J 

164 Yeu soy cel que nom giquis. 

(Gcquis.) 

Poit que dal cor m'ofen farai chanso . . . [Gr, ]49, 6.| 
Puets que dal cor my ven faray kanson nouvella. 

(A, I9S;«, p. I20'.) 

Hay mala res Dieu nous lays repentir. 

Peyre MiLLON (Gentil res). 

QruiHt om Iroha dos bos combatfdors. , , \Gr. ^49, 7.] 
Q.ue court plus tost qu'angel que vaî volant . 

(AnRel.) 

164 S'atura. 



16^ S'atura. 



166 EYMERIC DE PIGULAN (C) 



(S'atura.) 
(S'atura.) 



Enqueram vat recaiivan, . . [Gr. jsSi 7'] 

Encaras vai recalyvan 
Lou mal d'Amours qu'avy 'aman. 

DE PiNGULAN ou DE PiGNANS (Rccal i vaf). 

Ja n'tr cre^ut qu'afans ni cossirios^. . . [Gr. 9, ii.) 
172 V" Domoa, vostre bom lipcs e domengit-rs, 



1. [h II a faict une chanson qu'est transduicte l" xx, par laquelle démonstre 
qu'après avoir iravaillié auprès de sa dame, Amour finallement l'a faict joyr 
heureusement de ses désirs. » Chabaneau s'est demandé si ces mots (f° Xx) 
n'indiquaient pas que Nostredame avait t'ait un cahier de traduaions.] 

2. Chanson qu'aucun des mss. qui nous restent n'attribue à A. de Peguil- 
l.in. La plupart la donnent à Peire Raimon de Toulouse, et c'est sous le 
nom de ce dernier troubadour que Nostredame lui-même, dans A, p. 73, en 
cite un fragment . 

î- (Cette clianson est attribuée ;\ Aimeric de Belenoi par Z. et i Peire 
Rogier par 7".] 

[Extrait de a (p. 70) : « fut contrainct... se retirer chex le comte Bereoguier, 
du temps que ses quatre filles esioient en prix et en bruit... et sur toutes feit 



c OLUASEAi: ET t~ xxiuum 

E Tcsrc ten zanm. £ jsat iiamt 
Es Tntic inivc 'vat e TCrrafieis. 

< illWWl r s. p. ^ f . 

l>u; jj/^â- .'j^ !«Bf jft. O-. lo. 4£-i 

174 POVS DE C\.E)CEIL C 

: ~i Vie lie Pcnâ ie C^iuidlfa > x. p. ï4' '. 

fiamiZi t i; * -'-.cri Aijrût roï rus . . . [Cr. j^j. 10,] 
Vastr* nom mu. iona ^^^t. 
:'H Ejm vous ebi-:^ ju'Anlr-ïiais kh ws Atx. 



piusicars .duiMons ^i'ù ^inxA x Bcsirru. < Curaseaa ^ noce lia mxs dktn- 
«ww suivantes ailrcss«es j V.* âaa-t 1 i'Estî. et am ie Pnnafcx. axnnie 
le i£: Vm«nalamf : Alzreiiim prpt. G'. :o. i^: fi ««wr :nh. Gr. to, 2» : 
Ijimjamtn m'i :rà^îIJal, Or, to, j;.] 

I- Void i:n ermir ii« a : ■ H jaircsse »> dunsons ^ Maiime Bêmû iSi. 
179^ cî .1 A^^iÛTiie 17^,1^ i Mirie :77, m rov J'Arajon '7)- iTT-^ ^ 
.Kihlncr^ :7e. et ixr.e chanson ie Li mcrt Je u >Lime .Uilazâ ou Eiyi 176. ■ 
r: àthiriir «ni doute conipicti^r ainsi I"":n.l'.:jroQ Jcs fbtks : .'7^ J iSi. 

On aurj-t ilorî : 
F'ï 17;. S) /.:■»_-»»,■ iWfiJrosêe iz rji z.\rupr.: Sipobky, Xtll : Bxnsch. 

f-- '.-6. !>• :-!7 :lyû:ri: iplmb. . \jpoîs«v. XXI\': Biirtsdi. Î7ï. 7-) 

fbiJ. Même pusie l'e^.voi Adreuc a JtJr.'^i, cite encore dans !es pièces I\', 

XI. XIV. XXII. de icdidon NjpoUtyf. 
F- 177. .-**:«.:.■; luiUi hem liircisce ju rot d'Angixi: Jtmbuée par U plu- 
part dei m,îs. j Rstoîeu : F et j ritnribuerî comme Sd k Poos de Cip- 

j^oirj. 

thi. Ji «,■— tr hem Un pra l'Sipoli^v. XXII: Kirtsch. î7>. Il); ou piutôl 
fin tat'ti fuii.im av^i Am<?n CSjpoIsty, p. 101 (pièces ipocrT."phes). 
Bartsch. 194. é : rotis les mss., sjcf j. attribuen: cette pièce â Guï 
J'L'ssei ; il comme 5j railribuc j Pon* de Opduoil. 
F' 17ÎÎ. ■- S'iea fit ni dis fNapohky, VI H : Barts^h, î7>, lot. 
> Aissi niVi pr« (NapoUiy. XXI : Bansch. î7j. i ). 
r /j non ^r /x'«( fj« ^Ai; •Njpotst/, XXII : Bjrtsch. î7j, 1 1^. 
Aiiiiart. Odiart se Iroiive j ['envoi dans ceN îrois pièces. 

F, -.-^f-lAt. Si lot- lo: /JU?,- fli ^ï... &>i ■.!( dd-' /Vr (.^rrzv'Ur... (XapolskV, 

XVI, XVII: Bansch, ;7i. îi. j.)! 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 279 

E subre tous ay la cku d'atnar be, 

Per qu'yeu ailhors non pose vyrar mon fre. 

Pons de Capdueilh (Andrieu). 

Allusion à la mdme pièce (^, 82). 

Aisii m^ es près corn celui que cercan .. . \Gr. 375, i.] 

Allusion (^, 82). 

De tol^ chaitius sut eu aicel que plus. . . \Gr. 375, 7.J 

Allusion (i4, 82). 

Ja ttaner om tan pros. , . [Gr. 575, i.) 

Allusion (A, 82). 

181 GASBERT DE PUYCYBOT (C) 
181 Vie de Gauberl de Puycibot (*, p. 72). 

Partît de foi e ^amor . . . \Gr. 173, 8.| 

Allusion {A. 114). 

i8î FOLQ.UET DE ROMANS (C) 

183 Ma MIa ihmna, per vos dei esser gais. . . {Gr. 156, 8. 

184 E mourray tout ensins quom fes Andryeus. 

FoLOUET DE Romans (Andrieu). 

y 

Canson qui voidria dire 
Qp'yeu no soy de Romans, 
Volly sofrîr martyre 
E la mort de mas mans. ' 

(«.p. ISS-) 

i8s GIRAUD DE CHALENSON (C) 

Tan dûuuanun inii-en al cor ferir . . . [Gr. 243, 10. | 
Qu'on plus destrcign on hom mays n'es prisât 
Lou mal d'amour quand on non pot aver 

185 Lou domnejar nyl bayzar nyl jazer, 

GiRAUo DE Chalenson (Domney). 

I. [a A fait une diansou du Prince d'Amour, que Pétrarque a imitée. » 
(a, p. ISS-)] 



C. CnABAXE.\C ET '. .OiGLADE 

:ic LE COiCTE DE POYTOL" Ci 

Li vàe ^ cr=:; Jc ^t-^zx. *. r. :xî= >. 

:5- PE^TtE DE V.viiER.\S C" 

S; j»\^ ^i.--^ -ei /ic-fT IGr. jéj, ï.] 

Es a XV rrazc JesrLLrers.!. 

f J. 196) 

:îS peyke 30s:?ac: c = 

:OL-> ODIL DE -rAllASS C • 

.\ll-.:sioQ I .'I. 196), 

E:> j ioc cor :an: ha-ÙT z~'iZ.< rres-naa 

i.J. 196,) 



:. ■ Li ;c:î;:; ^c ?j-. -,-j ^ ù;: ie;:\ chirjcrj. Li i^r^d^re cfunson se 
rljir.c; j^ ôcr-r: ^u" '. '.^•. US.-, 'i.-^ ^- :\-;;u-l: cric U:T:oi\Tî. taict men- 
:: :r. i ,;- iJÀrijIj.> ;: ,:; t-".'-!^.:^ i A-:^i:>-,. S-mr^s ^/^"il :acc ."ene •:han9oa 
i . '.-.i-r. ,:c 1x1 "-.cr:. -M.- .! -.c: ^-"-. i^: 7ri:\.-j:-: Je Li ::ior:. ■ C'esr ix piicc 

:. s. 7. :;:. <t r»::cc i .;"; -:>::::u- : ■ j :.i:,.~ qL^q-..es ctunsOQS 
^CETT:: les nur-j. O^rj^ïîJL: i-! j^.- st-s -ou-i - ."t; rrcpos : • Peut-*tre 
!s "i :? i-t:'-: '.*■ '::f : riis Je rj-c.' ij-- 1^^ r?:* jumrf pièces. •] 

:. ■ '.' i l:::i :\:^ --^ ?c<'.i eu: -4. n;j-; -.i-r,; x'r- ~ctz r.i bons soos ne 
i=v-j;-. à.TËj;? ;hjr::T, - ."v. ":-■■■■...•;■:■.■ jt t'j-r«r;ras. !<■ ^î. ^^~ i »>, Ch»- 
rir.ejj -;- ■;:; -jz> -"tf "0!t . ' K.:jt . V.- -.:.■ :'^t:j- .-utï &• ne Ji \0r, 

^. I. 7 ::: . • Es'.j:: ^t;7.:i!hor:~. J. l-r^'-^^io»; : 1 fiict l'onlic « 
iTjr.-r: z'-- 'U-'-' :cr::r jux jn:,-UTSU\ j; >:^' j-r.itfr. ■>" CVa U pKCe 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 28I 

190 LOYS EMERIC ' (C) 

? 
Kascuo jour m'es ben afort mays d'un an 
Quand yeu vezy aquella que tant aniv >. 

(A. 197) 

191 ' PEYRE DUGON (C) 

Vie de Peyre d'Ourgom (a, p. 121). 

Toi l'anmiten Amors d'aital/aisso... [Gr. J70, i).] 
Tostemps amour my ten en tal façon 
Ensins qu'aquel mal, dont s'adormys *. 

C-^, 197) 

191 GUILHEN DE MONTAGNAAGOUT (C) 
191 v» Vie de Guilhen de Montagne Agoult («, p. 25)- 

Nonan lun iig U premier trobador... [Gr. 23$, 7.] 

Allusion (A, 35). 

Suis hom non ual nideiitsser pre^at^... [Gr. 225, 10.) 

Allusion {A, }s)- 
(a, p. 2S?)» 



1 . [« Loys Emeric est sans aucun doute le même qu'Aimar de Rocaficha, 
qui dans a s'appelle Naimerics de Roccaficha... Les vers [cités par Nostre- 
d;inie] sont sans doute apocryphes, n Sartsch, Juhrbuch, XIII, p. 61.] 

2. [>, p. 121 : « 3 faict une chanson en laquelle il fait comparaison de 
l'aloete quand elle chante, l'adresse au roy d'Aragon et se plainct contre 
Amor. a Si l'hypothèse de Bartsch est juste, il n'y a rien de semblable dans 
les trois chansons qui nous restent d'Aimar de Rocaficha.) 

). |La pièce est de P^ri/ig'on, qui a cependant sa place dans les ftW, 
p. I2J. Cf. le ms. Campori.p, 262. | 

4. f* A faict une chanson qui faict comparaison de malade qui meurt eo 
dormant, et de larron qui guyde le vovageur pour l'occvre. » », p. 121.} 
C'est Toi l'an mi ten, Gr. 370, 1 j (Chab.). 

j. [" Il adresse ses chansons au Roy de Castille. 11 a escript doctement et 
a faict un petit livre intitulé: /ou Tractât Ms vycisel vertus. » Peut-être allusion 
à Nuls hom no» val, dit Chabaneau.j 










,*(■_- „ if.- -•:■-. -■•-in;. .. 
,'. I -" ■'-Il l'i i-'.in ri .T.;—* 



'Ur.'f P" ,!*■• -.. -.' ^i. -i-j'i.- 

j r. :, ;i: ' J 'i.-j .-j; :" ' - V.1 ;--. ^■;- u ii-^c ".T j œimon .^tae 

• /, 
\ ï. ;. : ii T j ; j.,-- j ^ . . r. ;'. >'..-.-.: .j-js-â-tr- i _i ^tnaesa« et JU 
.".' 'I >:f4/',: '-'. ! .'..1 .-.^ (*"ji;.^*j. y, * O', ;-7'- PcTs Miloa, p. 177 (*H". 

, '.<••* r.i< < ■, ■;< ■;''; j./oj'il n-i ^ui: Jj^ • J^ :' -n-i-, liotit Jucun ne 



RECONSTITUTION DO CHANSONNIER DE SAULT 283 

Ny greus sospirs ny plagner ny plorar, 
Ny grans trabaîlhs oy fortz raaitrachs sobriers, 
Ny longs désirs, pauc dormyr ny velhar 
Ajon poder de nul home aucyr, 
Ni per amour puesca nuls hom mûrir, 
Car ycu non muer e mos mais est tant grj-eus 
194 Per que yeu non crey qu'auc non mury Andryeus. 

Aymeric de JABLAT (Aûdricu). 

194 Domna, per Dieu non crezas lauzengiers 
Ny tengua dam a vous lur lauzenjars, 
Qp'yeu no syeu ren d'eytals amans leugiers, 

Aymeric de Sarlat (Lauzengiers), 

Fis t Uiali tunes totenjan... [Gr. 11, 2.] 

Fin e liai e sens dengun engan 
Eosias qu'aquel qu'a conquisut Amours 
Auray en pax sufertat nias doulours 
E non my vac plagnen, ny rencuran. 

(A. 198.) 

?' 
Ay, franca res, on tout ben si noyris, 
Assas val mays e es plus avynen 
Don ses querer que quand es dat queren. 

Aymeric de Sarlat (Rcs). 



195 L'GUES BRUNET DE RODDEZ (C) 

19s Vie de Hugues Brunet (a, p, 46). 
197 Escarida. 

(Escarida.) 



l'attribue à Aimeric de Sarlat. L'un la donne à Peire Rogier, l'autre â Ainie- 
ric de Belenoi. Nous l'avons déjA rencontrée plus haut sous le nom d'un 
autre troubadour du même nom, Aimeric de Peguillan. Se trouvait-elle, en 
effet, deux fois, dans le chansonnier de Sault, avec des attributions diffé- 
rentes ? [Cf. maintenant le ms. Campori, qui l'attribue aussi à Aimeric de 
Sarlat.] 

t . [C'est la pièce S'ni nom hiii iramor tant quon sol que nous fait connaître 
le ms. Campori (Bertuai, Rime proi: iimi., p. 2}).] 



284 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

Ah placer receb etactulh... [Gr.^^o, i.] 

Q}ie tant vous cobeytoa mous huelhs. 

Hue. Brunbt (Cobeytat). 

CorUsamen mou en mon cor nusclansa... \Gt. 450, 4. ] 
Cortezamen mou en mon cor mesclansa. 

Hdgues Brunet (Cortezaraent). 



198 GUILHEM DE BERGEDAN (C) 

198 Azir. 

(Azir.) 

1 99 Messios. 

(Messios.) 

Arondfta de ton chantar m'air... [Gr. 461, 28.] 

Scgne aray, quand fes ves vous venir 
199 Vostra domna, fes jurar e plevir. 

G. OE Bergedam, en une sienne chanson qu'il 
adresse à son amye et à l'irondelle '■ 

(Plevir.) 

200 REMOND JORDAN VISCOMTE DE SAINT ANTOJNE (C) 

2OC) Vie de Remond Jordan («, p. J4). 
201 Gequys. 

(Gequys.) 



1. Pièce anomyme dans le seul ms. (Vatican }2o8) qui nous l'ait conser- 
vée. Les deux vers cités ci -dessus s'y présentent sous une forme assez diffé- 
rente : 

Signer Amie, vos a sam fe venir 
Per vos vezer que ma domna dezir. 

Milâ y FoQtanals, en un passage de ses Trovadorei m Espaûa (p. 341) 
auquel Bartsch {Or., 461, 28J a omis de renvoyer, émet l'avis que l'auteur 
en était peut-être Huguc de Mataptane. [Le nis. Campori l'attribue également 
i G. de Berguedan.] 

[«, p. 99 : « cstoit gentilhomme de Gascogne ; a faict une chanson adres- 
sante à l'arondelle ci une chanson au roy de Barcellone ». Pour la chanson 
adressée au roi de Barcelone, Chabaneau suppose qu'il s'agit de Joglars 
not desconorl^, Gr . 210. 12,] 



ftECONSTlTOTlON DU CHANSONNIER DE SAULT 28$ 

20I PISTOLLETA' («, p. 122.) 

? 

201 Non chanurey hugan'. 

PisTOLBTA (Hugan, ugan). 

? 

202 Car qui non tem non ama sens bauzia 
Ny sap d'amour quais es ny son uzage. 

PiSTOLETA (Bauzia). 

20Î PEYRE D'ALVERGNA (C) 

Chantarai d'aqutsis irobadors. . . [Gr. jaj, il] 

204 Espelh. 

(Espelh.) 

205 Pantayar ». 

(Pantays.) 

Domna dels angtU regina * . . . \Gr. })8, i.) 

Dotnna dels angels regina, 

Esperansa dels crezeas. 

{A, léj.) 

[Allusion R, p. loi.] 
Deusvera vida verais. . . [Gr. 323, 16J 

Aliusionî (*, p. 101):. 

Î07 B. DE PARAZOLS' (C) 



1. [Le folio du chansonnier de Sault manque dans C. Voici ce que dit a : 
«estoit gentilhomme de Languedoc; a faict la chanson adressante ;iu roi 
d'Arragon, autre au comte de Tholose . ■ Parmi les chansons adressées au 
roi d'Aragon, je trouve Ailan sospir,Gr. 372, i. Ane m<tis nuls hom, Gr. ^72, 
3, et ms. Campori (Bertoni, Rime pr<n-, tned. p. 18).] 

2. (Ms. Campori, Se chantars /os gTa^it^ (^Benoni, Rime prov. ined., p. 16), 
str. I, V. lo.J 

3. [Pantays se trouve dans Gr. 32;, 12 et 323, 33. | 

4. [La plupart des manuscrits attribuent cette pièce à Peire de Corbîan.] 

;. (u II a faict quelques chansons spirituelles adressantes â Dieu, toutes 
en forme de prières. »] 
6. [«, p. 144.] 



2&6 C OiAUKEAU'ET }. AïiOJlDE 

2oK JACSSR.«CT DE S. DETDŒK (C) = 

Pm fin' nmtari mi i«nt rm âlffrier [Gr, itK i .j 

Fin e lyal. faumvl c vera^tr 

M'aura tostcmp&, gardan àc mr wm mn 

Jacssxxak ue Saivt-Desoies ()lc5prezOD>. 

209 L-VNFRAXC CYGALLE (C) 

209 Vie de LanfirxDc Cvgalle (*,p- 8î>. 

\Cares Um amoisievi i<m tmV... (rf. iSl, I.J 

AUosion (.-f, p. Iji). 

EitÛTi WKm grat mi jaw dir '.■Uaaatge \Gr. 282, 6.j 

Es i icT moQ gm nn' ian dir \-Uen^c. 

• L'x AVTXE [que Fokquet de MarsoDc]. > (Estier^ 
AIluùOD i axte pièce (^, 1 54). 

Gloriota tanta Maria. . . [Gr. iSl, IO.| 

Ch maire fiUû dt Dm. . \Gr. 282, 17 '.] 

Allusion i ces dunsoos {Â, 1 J4). 

Si mci chans /os df foi ni JaoLii^ fCr. 283, Z}.| 

Alluàoa (J, 1^). 
Stnixr Tomas, Ion mi f<lat^. . [Gr. 28a, 22.] 

AUusioii (.4. 1 }4). 

Z16 MONOE DH MON! At'DON • (C) 

Pfs l'être Lik-rmlie a chantai. . . \Gr. îOj. 16.] 

AlluMOD (.-f. 227) |3. p. 1^8). 

.7(1.1 .«'(M iW ^«'j estât Sfi i>eii}x'i . . . 
.4ii;i com ceî qu'a pUv^ ma} e sohrier. . . 



I. I*. p. 157 : " de Jausserand dt Si Deviier. Estoii seigneur de 
Si Dcsdier: 3 fjia une chanson adressante â U comu-s^'. ■ S^ins doute 
Gr. i6H, Ij seule chanson qui nous reste de ce poète.] 

2 [i, p. 8; : « feîst mainte^ bonnes chansons et nicsmemeot es choses 
spirituelles. » Ljnfranc Cigala e-^t nn des premiers troubadours, au moins un 
des premiers d'origine italienne, qui aient chanté la Vierge.] 

>. [«Le Mongede Montjudon ou de Montmajour », », p. ijS.J 



RECONSTITUTION DU CHANSONMIER DE SAULT 287 

Aissi com cet qu'es en mal senhoratge. . , 
Aiiii com al qu'on men' al jutjanien,. . 

\Gt. îos, 1,2, î,4-! 
Allusion â ces chansons ? (^ ', 227.) 

219 PERDIGON (C) 

219 La vie de Perdigon. (a, p. 77 .') 

221 PEYRE REMOND DE THOULOUSE (C) («, p. so.) 
224 Gequis. 



(Gequys.) 



Aniors si lospoders « tais '. 
Amour si ton poder es tal 
Ensins que cad' un ho razona. 



M, 74-) 



Enqueratn vai recalivan.,. [Gr. 355, 7*,] 

Encaras vac rekalivaa, 
Lous mais d'amours qu'avyey antan 
Qu'una douloul- senty venyr 
AI cor d'un angoyssous afao 
Lou mege que my pot guarir 



1 . \A dit seulement : n Sainct Cézary dict qu'en plusieurs de ses chansons 
3 usé de comparaisons et figures n ; « est plus explicite : « En plusieurs de 
ses chansons il use de belles comparaisons, où îl compare Amour à un vain- 
queur qu'on meyne pour estre jugé par ses ennemys, ainsi est d'Amour 
qu'est son ennemy monel ; et d'ung subject qui faict tout ce qu'il peut pour 
complere à son seigneur qu'est un tyran cruel, ainsi est d'Amour auquel il 
s'gssaye de obcyr et complaire : et d'tmg vassal qui, pour estre trop vexé et 
molesté de son seigneur, luy veut quicter sa place et chercher d'habiter 
ailleurs ; ainsi est d'Amour, n La première de ces chansons est Aissi com al 
qii'oti mena, la si:conde Aissi com cel qu'a estât, la troisième Aissi com cel qu'es 
(Gr. 30S,4. î, 0] 

2. [« En une de ses chansons, il faict comparaison de luy à Tantale, 
disant qu'il est toujours près de sa dame de laquelle il n'en peut retirer 
aulcun fruict. » Il s'agit, dit Chabaneau, de la chanson Trop ai estai qu'en 
bou espei uo vi (Gr. J70, 14) où on lit (str. 2) : « qu'ini soi com sel qu'en viieg 
de l'aiga's hauht — E tu"r de set. » (Mahn, Ged. 512).) 

j. [Chanson inconnue d'après Bartschi/u/frèui/i, XIII, jô.] 
4. Cité sous le nom d'Aimeric de Peguillan au f» 166, 



288 C. OiAUANtAl' ET J. AN(a,ADE 

My vol CD dîaia leoir 
Coma louii aimt» meges £m. 



(^. 7V 



Son fi unHi tii faire hen ùpra... [G»'. 241. îo. 

Son ts sa^-v , n} ga^ir ben après 
Aquel que bla^ina amois. e ma] eo di>>. 
Car el up bCD domtar gaudi als marrû. 
E lous auiT» lousfav louniaT counés. 

( J. 74. ' 

S' eu foi aiienliiral- . . . \Gr. 3)), J>-J 

Vergienny âour> ny prais 
Noc m'as bch kantadour. 
Mars pe i-ous (qu'yco adour) 
Domna, xk allegraz. 

î2î UGUES DE SAINT CYRE (Cj 

Hue de Saint Sire . ( v p. > i -) 

ÂtK nemii gu'in agyet... [Gt. 457, 5.] 

225 E cils qu'amcm sens cayaa 
ScDï soanar e mcspres. 

Hcc DE S. CïRE fSoaoar, Soanet), 

22) Dieu sia lauzai e grazit. 

(Graiir.) 

Tm erumici e dm malt unhon ai. . . \Gt. 4S7. 40-] 
A la vallent comteua de Proensa 
Qu'a tous ioub faclis dhonnour e de saber 
Sous dichs counes sous sembUns de pUaer 
De gjand' amour e de granda valensa. 



1. [D'aprc-. I u il a faici pluMLt:r> ;hjn--.>iis adressâmes au roi d'Aragon; 
une aulrc i^uc l'étrar»jut- a fâia -jn -cmblaHe -onnel : Bmfàetic sia ; a faict 
un chant à Guilhcn Mile^pinc . Parmi Ics chansons adrtssées au roi d'Ara- 
gon, Chabaneau note Al'di- .vm la cjuJ/Iti et Xc ('•■se '•^frir, Gt. 355, j, 9.] 

|La chanson : Son <i sj-jÎ! est attribuéL- par un manuscrit (?) à Gtraut de 
Bomcil, tandis qu'un autre <c) l'aiiribue à Peire Vidal. Cf. Bartsch, Jahrhuch, 
MU, jo. Elle n'est que dans ces deux manuscrits.] 



RECONSTITUTION DU CHANSONKIER DE SAULT 289 



Mand mas kansons, car cella de cui es 
M'u commandât qu'a leys la tramezes'. 



227 PEYRE ROGER (C) 



(A, 76.) 



Per far esbaudir wmw ve^s... [Gr. 356, 6.] 

228 De touls druds suc yeu lou plus fin. 

Pierre Rogier (Drudaria, drut). 

Senh en Raimbaut per ve^er... \Gr. J56, 7.) 

Fer vous meteus volray saber 

228 Per quai nom seres appdlat, 
S'auresnon drud ou molherat" 
Ou voldres amb dous remaner". 

K Dialogue entre Pierre Rogier et Rambaud de Vaquieres* 

(Drud, drut.) 

229 DAUDE DE PRADAS (C) 

Daude de Pradas. (i, p. 157*.) 

1. [Extrait de a : « F^Pe numéro du folio a été laissé en blanc] faïct men- 
tion d'Avignon, de Tholose et de Savaric. Il s'agit, dit Chabaneau, de la 
chanson Nulha ren, Gr. 457, 25, dont voici l'envoi (Mahn, GriJ,, 1141) ; 

Regina Saîncha. Aragos 
E Toisans e Avignos 
Son gen per vos revengut, 
Car Dieus vos fai tal vertut 
d'en vostr'onrat rie capduoill 
Trob'om fruich e flor e fuoill. 
Il n'y est pas question de Snvdric ; est-ce une confusion avec ivslr'oiiiiit 
rie}] 

2. Peut-être à inollk-nits \(° 128) faut-il lire 2aÂau lieu de 12S} 

}. [Le teste dff Sa se rapproche de celui de G U, sauf que C V ont Uwr 
(G), releiifr (U) au dernier vers; cf. l'édition Appel.] 

4. Cette pièce est une chanson composée tout entière par P. Rogier, et 
adressée, non à Raimbaut de Vaqueiras, mais à Raimbjut d'Orange, et à 
laquelle celui-ci répondit (Gr. J56, 5 : ^89, 54). 

j. [a se borne à la mention suivante : n a faict plusieurs chansons spiri- 
tuelles. ») 

Sie.:.%<a, XL. 19 



tft I.. tMh%k%\AK H J- ASCLADK 

f',H un umtt fai€ lev^Ur... [Or. 124, lO'.] 

2 }f ( Vit ufi Mnct iffiy c taufïier. 

G. Dt PtADASfSonoei)- 

7<i« itntiil iffr un amorot diiir... [Gr. 124, 17.] 
1)1 (Jiicl nuMiJ iKMi c« nuls homsun nulaïuns 
fille rwm uirnv» joym v bcnîsuns. 

)}. i)K I'kadas (Malanaosa). 

Ji4 r:vMi-:Ki(; Dr: itHUiNNUi-v (C) 

liynitric Je Bcknut-y. (», p. 7s.) 

l'rt qui pumtt it son coral nttiic... [Gr. 9. 8.) 

AriiN id'mvcx Cl) fv vvn paria 
l'iliibUt mon cor c sufrct iju'ycu ni'auda. 

AvMKHli: i>F. BuKNUEY (Emblar.) 

l-:i kliniN ts^ard, cl franc tlïch benvstan 

\\- vom, fvT i]u'yi-u met tout' autra en soan. 

Kimkkk: dk Bkleni-ey (Soanar). 

, ii.iii n'i ^i-.i i^wf jV« •ru/Il Jiigir... [Cr. 9, î-J 

Allusion {A, 120) [*, p- 7>1. 

\ii/n'»« c'< M' w /«(/'.,. [Gr. 592, 26.1 

Allusion {A. tjo). 

AUusioQ (.-I, 120). 

L ■'< ■ (."■;,•.' -".i-ii ,M,-o .-imi-» '. •! [(/'■- -J- ri-i 

Alluïjoi! i s ft W : et- la notut]. 



î- ^ viiv :'Kvv «.-^ -iH' liHu.^ ^ A Jv- Bcit;in.'i '.iir ;roi5 ms». t.'n ta tioimc i 
l'v-'v'i ! (.■l'.'t c^ iu><v->. .Kl :K.>iiii:>(t.' dK <ii\. a in:tT«itt ^oi:^ le nom «te Bainr 

V 'U.\t;K,M. . iOiv Mitlli -■;- .'\lltïOll> .•/;;; :■! "ij ■;:. .J. p. '.SI} H ?fr 

' ■ ■ ..■, > 'uiL- .■.:i'.i. ^vin.'t. .'11.0^ i .^ juc-uon JU ,'«"( i 7nipi& 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 29 1 

236 BERNARD' RASCAZ (C) 

Bernard Rascas. (a, p. [}4'.) 

Dieu e amour e itierce 
E jaasimen e sufrensa, 
Araus quïer, si vous ptas valensa. 

Bermond Rascas (Sufrensa). 

2Î7 ALBERTFT DE SISTERON (C) 

Albertet de Sisteron , (», p. loj). 

En amor trvbtan de mal senhorage... [Gr, 16, ij]. 
2J7 Car ren non trob mays engan e bauzia. 

Albertet de Sisterom (Bauzia). 
Allusion à la même pièce (A, 16s.) 

Ah soti gaieUugier... \Gr. 16, 2], 

Ab son gay e leugjcr 
Vuelh far gaya chanson, 
Car de gaya razon 
238 Son gays mous consiriers. 

Albertet de Sisteron (Consirier). 

En ntottcor ai un' aiuU eticubida... \Gr. 16, 14.] 
2}9 En mon cor ay tal amour encubida 
Dont yen mi lenc per rie e per pagat. 

Albertet de Sisteron (Encubit). 

Ah joi cottumi ma chanso... [Gr. 16, i.| 

Allusion (A, 16) »). 

1 . Bernard est surchargé ; mais on peut lire ce qu'il y avait avant la sur- 
charge. C'était probablement Bermond, 

2. [« Ne se treuvc [dans le chansonnier de Sault?] qu'une seule clunson 
des siennes. . . a faict quelques dialogues spirituels. » Les vers cités pins haut 
sont le début d'une pièce de Reimonz Rascas, qui se trouve dans le ms. 
Campori (cf. Bertoni, Rimt protvn^ali inetiife, XXII, i). Ledit manuscrit en 
contient une autre, mais qui n'est peut-être pas de R. Rascas; cf. ce que 
nous en disons sous le nom de Bernard Marchis, p. 274.] 

}. [Extrait de ot, p. loj : " en une de ses chansons il se plaint de ce qu'il 
n oze luy [à la marquise de Malespine| faire entendre son grief mal, et qu'il 
meurt pour elle cent foys le jour ; il se plainct contre Amour, l'asseurailt 



292 C. CHABANEAU ET J. AN'GLADE 

241 BLACATZ OU HLACHATZ (C) '. 

241 La Vie de Btacasset, fils de Blacas, (a, 109.) 

242 Messios. 



(Messios.) 



24Î UGUES DE PENA (C) 



Corù qutni drsplagves amors. . . [Gr. 456, I,] 

Allusion (A, 147). 

D'ûviitm sap tnganar e lrair> [Gr. 10, 18.] 

Allusion (^, 147), 

Lo griis Uiiips m'abelhem plati^. .. [Gr. 30,18.] 

Allusion {A, 147), 

Si am niefft^ amors quetii desplagties. , . [Gr. 456, 2,] 
• Allusion (A, 147)*. 



que la marqui&c fera lous ses commandements . » Allusion, d'après tes notes 
de Chabaneaii, à Mont esgr'us tuais (Gr. if, 18) Malespineest nommée dans 
cette pièce (Chabaneau) ainsi que dans En attior Iroh ei Ah joi commsi 
(Bartsch).] 

I . [Extrait de r (p. 109) : u Fn une de ses chansons [de Blacas] il dict que 
l'esté prochain il a espérance veoir le camp des Françoys en disroutte, il 
appelle les Provensaux faulx de ce qu'ih s'estoyent laissé subjuguera Charles 
premier du nom, auquel temps il florissoit. » Chabaneau dit dans ses 
notes : " Id-, Imp., p. 176, Bansch observe ( Jiihrbuch, XIII, p. 58), qu'un 
pareil chant ne peut être de Blacas, qui était mort à ce moment; peui- 
fiire de son fils. Mais on ne trouve rien de pareil dans les pièces qui 
portent son nom ; ce peut être d'un autre poète ; à voir. » Chabaneau 
ajoute, dans une note au cravnn : ■■ et. Castellane, Gunia e hrfalh, Silol 
vi'es (Gr. 102, 2 et j). » 

Est-ce au sir^'eutes qiif fei lin Hlaaissfti ilel roule de PriYti^n que se rap- 
porte l'allusion de a? En vérité on n'y trouve pas tout ce que Nostradamus 
en dit, mais, s'il y .1 moins de précision dans les détails, une partie des 
quatre premières strophes se reflèie dans l'analyse de Xoslrcdanit . On y 
trouve \v mot inessions à la quatrième strophe.) 

2. Celle pièce n'est attribuée à Le de l'ena que pour la table du ms. 
Kyb de la B. N. Ce même ms. et tous les autres — moins deux, où elle est 
anonvme, — la donnent à Aimeric île Peguiilan (Gr. 10, 18). 

î- Pièce attribuée à Uc de Pena par le seul ms. [R] Lis autres la 
Jour.ent à Amaut de Maruuil ou à Richard de Barte/ieux (Gr. jo, 18). 
4. |Uaiis une autre biographie d'L'c l'e Pena. qui n'appartient pas aux 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIKR DE SAUI.T 29;^ 

244 ARNAUT DF TINTIGNAC ' (C) 
24J REFORSAT DE TREC'I'S OU DE FORCALaUIER (a, p. is)'- 
2 so GujTCnsa. 



252 Sirvemez. 



(Guyrensa.) 
(Sîrveniez.) 



ARTAUD. 

î 

260? 

277 ? E nom laissci aucvr ad Amour qu'a sa lansa 
282? Mv cuja far mourir, quom fe'f Andryeu de Fransa. 

Artaud (Andricu). 



VUi manuscrites de Carpentras (repnisenlées dans cet anicle par ») et qu'on 
trouvera, p. 90 de l'édition Chabaneau, NostreJame dit que le ciiaiiso mier 
de Sault contenait de lui « quatre belles chansons " et que le sien n'en con- 
tenait qu'une en forme de dialogue.] 

[Le ms. Campori donne une chanson inédite li'Uc de Peiui, Um mnvh 
fois iHiuiiil:^. Dans la biographie que nous venons de citer, il est dit que, 
d'après l'une des quatre chansons, « il appert tju'il estoit amoureux de Hiîa- 
irix, comies-ic de Provence.. . et la nomme Béatrix, en la louam. etc. «, Dans 
les cliansons fJc, 456, 2; lo, t8; îo, 18, il n'est pis question de Béairix.] 

1, [On lit dans *, p, i;s = " il achepta un canton de la seigneurie de 
Coutignac dung des seigneurs du li.u, qui se delectoit en la poésie, nonim^ 
NohUi i/e Kfi ou Jf Kir^ et n'eut .lUire ravenient que uiig livre qu'il feist 
intitulé: Les imyi-if^ pour se giirder coiilif ia Iniitrei iiuioitreux. » 11 faut voir 
la peut être une allusion â la pièce Hn niiiai ri lU coii'irier (Gr. 54, 1) où se 
trouve la strophe suivante (,Mahn. Ge^i ., 968) : Ims per quii fr-rl rkb joi ple- 
ntr -~ Virai car ittich non /e:( failtmen — A mi no' nUtidan lausenger — .V/ 
hoin en mon dan non enten. Cf. d'autres allusions aux lauseni^iers, Gr. 34, j.J 

2 . Coutignac a été substitué après coup a Tinlignac, qui est biffé. Dans « 
([1. !}$) on lit ; Il de Coutignac ou de Tiiitignac, » [Le nis. Campori l'ap- 
pelle A. d. Relif^noi et on peut lire riigun avec une barre sur r dans fi ; 
cf. P. Meyer, /Ji7-'J. Tronh., p. 158.] 

î- l^a, éd. Chab., p. i>7 : u estoit gentilhomme de Provence; a fait un 
sirventes contre... a Le ms. Campori contient une composition de lin He/or- 
^iil, troubadour du xiir siècle, car il est question de Sordel dans la pièce. Le 
moi gnyreii(,i ne s'y trouve pas.] 



294 C. CHABANEAU ET J. ANGLADG 

[Senh' En Blacat^ pos d'amor]. 
268? Senher, Andryeus de Paris 
277 ? Mourit amant, so que mais hom non fez, 
282? E l'escudier Gauzeris. 
De dom Fions 
Ay auzit manias ves 
Que s'en fugit, e layssa son repaire 
Per Blanchaflour. 

Tenson de Pistolleta et de Blacatz ». 
(Andrieu.) 

Eit Peiroitet vtngut m'es en coratge. . . [Gr. 249, 2.] 

260? Senher Giraud, tous lous bcns el domage 

277 ? V'enon d'amour pcr tour huelhs, i)ue q'on dîa, 

282 ? Car Andry\'et met en son cor tal gage 

Qu'en près la mon per ley que Dieus maudia. 
Tenson de Giraud et Peybonnet* (Andrieu). 

262 Per que obs Iv es. 

(Ops.) 

26î vo (?) Gentil res'. 

(Gentil res.) 

Biitissiin (Dalfiti), responJft^ itiesiuspîat^... \Gr. 448, i . 
Quand la touzett' a gran bculat, 
Met en bel touzet s'amystat 
V. liir tin cor son de sazon. 

Bauzai^ et Hugo (Touza). 

268 Mft on touzetta sos entends. 

(Touzetta.) 

268 Ciballous, 

(Cpbbal.) 



1. Cette Icnson paraît perdue. C'est peut-être la môme que contenait le 
chansonnier de Bemart Anioros (voy. Gr.97, i)). [L'hypothèse de Chaba- 
neau est exacte ; cf. maintenant Bertonl, Kimf proivuxiili inédite (Extr. des 
Sluàj di Fil. Rom.), p. 16. Le ms. Canipori donne giiii;^eiis. Cf. Peïre Vidal, 
éd. Bartsch, 40, 26, et G. Paris, Romuiiia, I, 105.] 

2. [11 est fait allusion à Andrieu de France, « qui morut par trop aimer », 
dans la vie de Jaufre Rudcl, W, p. 26. | 

î. Peut-être est-ce 16} v°. 



RECONSTITUTION DU 


CHANSONNIER DE SAULT 


29s 


268 Esquyern oit Esij 


ucniir. 


(Esquyera.) 




269 Derenant . 




(Derenant.) 




270 Cabbal de sens. 




(Cabbal.) 





? 

272 Qfilla (qualla) raion penres (prendres) per plus astruga . 
Chans. de Sault (Astruga)'. 

N^EbU, ciMu^eli de la mtlhor... [Gr. 218, i.] 

274 Dom N'Ebles H domnejadors, 

Lous gays, !ous cônes, lous plazens 
Seran per my dcl jujamen, 

Tenson de Guilen Aymar et Nebles». 
(Doraney.) 

? 

276 Non vous reten ny vous giquis. 

Un poète (Gequys.) 

276 Captenensa, 

(Captenensa.) 

279 Messies. 

(Messios.) 

Bona doiuiJ'ifiti reqitftis dtman... [Gr. 87, i.] 

279 Yeu am aquel qu'es mon amyc corals 
Fin e fidel, vertadier e non fais, 
Ni trop parlier ni janglous (janglier) ni gabayre. 

Chanson de Ber. et de madona >. 
(Janglier et juglar.) 



1. [C'est la tenson d'f« Jaufreset d'En Elyas,(^ue nous fait connaître le 
ms. Campori (Bertoni, Rime prov. hitd., p. îi); c'est le vers 7 delà 
strophe I : la qal ra^on tenretz per plus aslru^a.] 

2. Guilhem Gasmar et Ebles (de Signa] (Cr. 218, i). 

). Le chansonnier de Bemart Amoros contenait [p. 57^] une tenson « de 
Bertran et de soa dona s, qui était probablement la môme. Cf. Gr., 75, i, 
et 87, 1 . (Cf. le texte dans Bertoni, Canonnière provençale di B. Àmoros, 
p. 416.] 



296 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

CALECA PAUSSAN ' 

? 
384 Que pescava armas e non bezans 
E so.inet deliech e près afan, 

Caleca Paussan, eo ung sîrventes contre 
les Taulx pasteurs, parlant de saint Pierre 
(Bezan, Soanar)>. 

Bfriranstvs ju'atiar spliat^ ah lairos... [Gi. 205, I.] 
285 Jogiar. 

User ci Bertrand) (Regarde au chansonere de 
Sault, une tenson de) fjoglars). 

285 Messios. 

(Mcssîos.) 

28s K vos niy seniblas d'amor blos. 

Tenson deGuiLHEN (Bios,)* 

286 Car soanet son présent (?). 

(Soanet.) 

Digal^, Bfrlnitis lU San Felil^... [Gr. 449, i.) 

Liqualla tenrias per milliour, 
Una domna de grand vallour. 



1. (Ne se trouve ni dans C ni dans ï. | 

2. [(-'est la piècf W/- (•! sa^oir'i<ni si ilru iiUgiar c^at: nous fait connaître le 
nis. Caiiipori (BL-rtoni, Kivie jrov. iiicJ., XXV!), sir. 4 : E fx-sitiiii iirinas t 
noii Iv^itii^ E SMiu't Jelieg « pn:s ufiin:;. 

l'iiii-a —-. Piiii^ii(ri), l'an'^ii'io CBertorii, 'l'rozvl. miti. Genova, p. 2 j, n. 2), 
La forme Piiussan de Nostradanius pourrait repfL^enter Panssati, Pan^an, 
forme francisée de Pari^ano.] 

î- Augier et Bertrand. Il ne faut pas voir dans ce dernier personnage, 
comme l'a fait Bartsch (Gr. 76, s)- Bertran d'Alamanon. M. Paul Meyer en 
a déjà fait la remarque : voy. Roiiuiiiiû, X, 263. 

4. [C'est une tenson de Ciiilhcm de Mnnianhagol et de Lanfranc Cigala 
que nous fait connaître le ms. Campori. On en trouvera le texte dans Ber- 
toni, Stwii r ricerrl.v siii Irovulori iiiinoit ili Griioïn, p. JJ. Le vetscitéici est 
ie viirs 59. Je ne sais d'où est tiré le vers qui suit ; je ne le trouve dans 
aucune des trois ou quatre tensons tjui suivent la précédente dans le ms. 
Canipiiri.] 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIKR DR SAULT 297 

289 v° Qu'anc non amei per nom de drudaria, 
2Sq \y ren non up d'engan ny de bauzia. 

Tensonde Hugdes (Ugues) et Bertrand. 
(Bauzia et drudaria, drut.) 

189 Trvcharia, 

(Trycharia.) 

289 Esquyem ou esquemîr'. 

(Esquyern.) 

Berlrans li/ossel^ tan gignos. . . [Gr. 406, 16,] 

Bertran al myeu entendemen, 
291 Cliauzit aves lou sordeor. 

Tfiisonde Remond et de Bert. (Sordeor). 
Allusion {A, 60, où la tenscin est attribuée à « Reniond 
de .Mirevaux et Benrand de Allamanon. ») 

296 Juglar. 

Ouglar.) 

N' Ugo vosirr sfniblan digal:^. . . [Gr. 185, 2.) 

Ny no par ges qu'amour la vensa 
Puevs evtalj' es sa capteoensa ', 

Tenson de Hugues* (Captenensa). 

[SORDEL]*. 

Aitait ses plui viu lioin qiiaii viii jaujeiis... [Gr. 4^7, 2.] 
Ensins my destreing lou dard dont soy ferii. 

(Desireing.) 

Jamavs non m'era estalvat. 

(Estalvar.) 

Que pecat non la vensa. 

Un poète (Venser). 



1 . Peut-être 189 ? 

2. Peut-être caplerwnia, 276, doit-il se lire 296 : cela conviendrait ici. 
;. Ul- de Saint-Cire et le comtt de Rodez (Gr. 185, 2). 

4. En interligne. Sans aucun chiffre [dans la table de Kostredame. C], 
quoique suivi de S (mais NS et non comme ailleurs SN). 

[Dans a se trouve une brève biographie de Sordel, mais sans aucun ren- 
voi aux folios du chansonnier deSault.) 



298 



WEAIl ET J. AVRLADB 
Kect c oultracujai. 



Cctla qu'ycu am. 
AconianKi. 



(Neci.) 

(Selli.) 

Ouns.. de SiultCAcordiDSs)'. 



APPENDICK 

[On a lu plus haut ce que disait Chabaneau des auteurs 
dont le nom n'était accompagnédans la liste de Nostrcdame(C) 
d'aucune indication ; « Il y a lieu de croire, disait-il, qu'ils 
étaient dans Sailli seulement. » Je ne sais jus:]u'â quel point 
ccnc affirmation est vraie ; mais à tout hasard je donne les 
quatre ou cinq noms dont il s'agit et que Chabaneau avait 
ajoutés à sa liste. Il n'a pasrelevé (volontairement ou involon- 
tairement?) les suivants qui ne sont pas non plus accompagnés 
d'indication : Boniface de Castellane, Hrideric {sic), empereur 
premier, Laurete et Phanete de Sade, Perceva! Doria, Reniond 
Her^nid. Il faut remarquer que trois de ces noms sont précédés 
de la mention veu (vu) qui précède la plupart des noms de La 
liste : seuls Frideric, Laurete ci Plianete sont privés de cette 
mention, et pour cause.] 



I . fDe ces cinq citations, qui temuncnt ta Liste dressée par Chabaneau, une 
seule, a£or4ama est indiquée comme éuul dans le cha,iison»ter dcSault ; leti 
devait y £trc, car il csi accompagné de l 'abréviation/?', saus autre indicaiton- 
Il C4t vraiicmblablc que Ici .lulrcs dutions en îoni aussi cxiriiics 

La deuxième citation UTiiil-elle lîréc d'une chanson du Bremon Kascas où 
le moi ifiiia revient comme di:mierc rimedccliaqut.- siroplic? (Ms Campori ; 
cf. Bcnoni, ^l'wi. (wt:. intd., p. 41); cf. ci-dcMUï, p, açt, aniclc bkrmard 
l(.\9CU. Le vers qui K rapproclK-rj.t L' plus iti: b citatian qui nou^occupe ici 
serait le i«uivant : gll irrtftj amort e camon non U vrnr:a. 

Celh qu'yrn am se trouve ilan^ 1j lensoii de PlsioleM et de Bla^itz, d'où 
N<Mtrcd.imc u tire pluûeun ciiaiioni (Benonî, Hiiiu pnn'. xtieJ., ;>. 16). 

On trouve atorda^sa A ia rime dans la tenwMi Ort Omrdptl iCF.n Vgo, nis. 
Campori.j 




RECONSTITUTION DU CHANSOÏTKIER DE SAOLT 

GUU.LËN DE GKASSE > 

GUILLAUME DE TARASCON». 

LUQUET GATELLUZi. 

PIERRE DE CHASTEAUNEUF '. 

[HaitMii ffi)« coi far plus lôHgu' itUiiJtma >. 

(Bertont, Rim. pm: iwi. XXllI.)] 

PŒRREDECAZAULXV 



t. (« De GuUheii Je Grasse. Cestuy a iaici (}iielt{ue» chiuiwas et racsmc 
une qu'il adft.-sseiB^atriK... cttcflecban&on, seloalc cluiMoncre tJusvigiicur 
comte Je Sauh, m in>'se au nombre de Bcnran Je Bom, en forme Je syr- 
vcnlea, qui et commJncc : a Ijt temps de PJijucs nie plaÎM, lequel faîct vvnir 
fleuri Cl (eullie»... •. Mn. n" )ï9 J* '* B»''' Mijatit). i Aîx. ié. Cliabancau, 
('. i6o.Cf. Qtahsneju, Poéiîfs inédUn J/i Irvubadvuri Ju P^rifcr.l , p. S6. Cette 
chaitso» e^t dttribuc^e â OuilUm Attgitt par le seul nts. .Vf que NosircJamc u 
dû conrulin;.| 

I. |« Guîlbuntc de Tanscon, pocte, a cscript le voy^edeMaple^ faict par 
les deux Charles premier et second, roys de Stcillu et comtes Je l*m\-cnoc. • 
Ch. dt Provenu, va. CluKaneau, p. ï,(8.] 

). (Daus sa ChrmUfue dt Prm-rtiu (éd. Clubancau, p. aji). Jelun de 
Nostredame traduit un sirvcotiïs de Luqnci Gatclus : • Combien que j'aye esté 
JcïplaiïaRt de la perte que j'ay receue, si que cliacun;; me dclessoit, ores je 
me conforte et suis g»\ et joyeulx, .lar la )0)'e et le prîx que {'avoys perdu 
reviennent Jesja. » C'est sans Joute Cara qu'iru/ot marril^ t Cûotirai, Or. 
391). I. qui ne se trouve que dans f et dans le ms. Campori : il Jtait pToba- 
btcment dunl> Sa, i^uiit donné I:t parenté de 5d et de a.] 

4. [Se trouve dans C. nuis sansindieatïon de folio ai de manuscrit.) 

{. [La pièce est traduite en entier par Nostredame dans La Chrenéiftu dt 
Prçwn» iînédiU), iixlniili, p. 2^3 Je l'édition ChaKmeau.l 

6. [Il est marqué de N. (MnsireJame = ms. /) dans C. Mats était-il 
dam 5itr] [Cf- Chronùfru de /'nnv>i«v, Hxlraiti, p. 348, >• Pieirc de Caxaulti 
aussi poeie de MasseiUe »]. 



too 



C. CHAB^NRAtl RT J. ANOI.AOe 



m 

TABLI- ALPHABÉTIQUE 

COMPARAISON A\T-C ./ 

CONCLUSIONS 

Cette troisième partie comprenil une table alphabérique de 
Sa ' ; nous avons noié les renvois à û, /, F, manuscrits utilisfa 
par Nostrcdame. Li com|i.imison avec tous les manuscrits ne 
nous a p.isparu lU-Lcssairt- : nniis lu* l'avons indiquée que dans 
quelques cas. Les concordances indiquées dans cette table 
alphabétique sont déjfi suflisanies pour établir des conclusions 
i'enn.s. ÏJoun avons *;cf».'nd.uu étudie à part tes tcnsons et les 
biographies, qui founii'Kcnt un important élément de compa- 
raison. 

AVERTISSEMENT 

Mous (disons précéder d'un astérisque les pièces dont des 
extraits sont donnés au Glofsai'r irt qui par conséquent éuicnt 
dans le chansonnier de Sault, connne l'indique Nosire»iamc. 

Un double astérisque placé devant la citation indique que la 
place de cette pièce dans le chansonnier de Sault ou bien est 
assurée d'une manière encore plus formelle ou qu'elle a, à cer- 
tains points de vue, une plus jîrande importance que les autres. 

Les allusions ' sont précédées, m elles sum tirées des Vki 
imprimées, des lettres A", si elles sont tirées des T/w manu- 
scrites des lettres 7'. S'il s'agit d'une citation, a est remplacé par 

I. C'c« ainM que nmis dénigncron* le chanfonnier de Saul: dan^ ctlte 
iroisi^ne [urtic. 

J. Nous renvoyons, en ce qui contcrnc les .illusions, Â ce tjuc nous avor» 
dn, au d^but <Je notre tr;ivuil (»ijpra, p 3.47>- Nou« aurions pu ne {>as com- 
pandrc d.in!i cette table alplinbi^-Tique k-% pi^o auxquelles elles se rjpponcni : 
mais s'il n'csi pas sûr qu'elles fussent toutes doas ia, il y a Jes chances pour 
i]uv celles qui se trouvent dans les vte« manuseriies (a) y fuswni ; Jk ce titre 
et avce ces rvscrvei iiuus les avons admise». • 




RKCONSTITUTION DU CHANSDNNIKR DE SAULT 



301 



TABLE ALPHABÉTiaUE Diî Sa- 

ADtMAR DE ROCAFICHA (f. 77) 

* Enaîsï>ini pren coin fai al pescador. 
' Nom lau de midons ni d'^mor^. 

AiMERic DE Belesoi (f. 2;4) 

a» Aissi col près que s'en cuja fugir. 

* Cel qui promet a son coral amie. 
A* Kuls om en re no fail. 

A-" a» [Per Crist s'icu crezes Amor|. 

A* Tant us d'amor onraizsossenhoracjes. 

AlMERlC DE PeGLÎILLAN (f, 166) 

* Enqiieram vai recaiîvan. 

* Ja n'er crezut qu'afans ni cossiriers. 
Ac Qui sofrir s'en pogues. 

AlMHRIC DE SaRLAT (f, I94) 

A' Fis et Idals et senes tôt enjan. 

* ja n'er crezut qu'afans ni cossiriers*. 

* S'en nom lau d'amor tant qoii sol. 

Albkrtet Dfi Sestaho (f. 2Î7) 

A^ \b joi comensi ma chanso. 

* Ab son gai et Icugier. 

* En amor trop tan de n-al senhoratge. 

* En mon cor ai un' aital encubida. 

Aknalt de Cotignac (f. 244) 
7.' ? En csniai i;t en cossiner. 

Arnaut Danikl 1 (f. [26) 

* Amors e juis c locs e lenips. 

«" Ans quel «lini reston de biancas. 



«'1/ ^ 



I . (Icttc lablï iie comprend pas les noms mis en appendice dans la 2^ par» 
lie lie notre travail et dont J'eKÎsteiici- dans Sa est douteuse, 

?. !■!)! ce qui concerne le ms. u, il n'y a pas lieu de distinguer ici la per- 
miére partie (publiée par M. Steiigel) du ms. Campori. 

). Anonyme dans 5tf. 

4. Cf. la note au ('" 19^, p. 282. 

i. Cl", R. de Barbe/ieux (T. I joj. 



502 c. chabanf.au et j. akglade 

-^ / T 

* Ben grans avoleza intra>. 

* Doutz braise critz. • 

* En est sonet coind' e leri. 

[* La grans beuutzel fis eosenhameas.) 
A* «« Lo ferm voler qu'd cor m'intra. 

* Sira fos amor de joi donar tan larga. 

* Sols sui que sai lo sobrafan quem sortz. • 
[* * Tan m'abelis vostre cônes deman] >. 

Ar>.'aut de Mareuil (f. 48) 

* La franca captcncnsa. 
A" ? Razos es e mesura*. 

* Si cum li peis an en l'aiga lur vida. 

Artaud (f. 260 ? Ï77 ? 282 ?) 

(Une citation d'une pièce inconnue.) 

Berengoier de Palazol (f. 207) 

(Pas de citation.) 

Bermart Marchis (f. 148) 

* Lancan lo dous temps s'esclairc. • 

Bernart Rascas (f. 2î6) 
' Dieu et amour e merce. • 

Bernart dk Ventadoub (f. 20) 

* .\mors, e qucus es vcjaire. 

* Aram cosselhatz, scnlior, « 
A* Be m'an prcdut bi enves Vcntadom. * 

* Boni cu[;ei de chantât sofrir. « 

* La doussa votz ai auzid^. 

A" Lo rossignols s'esbaudeja. • 

* Lo temps vai e ven c vire. 
A' Tant ai mon cor plen de joia . 



1, Guilhcm de Saint Gregori. 

2. Blacat/. 

]. Dante, Piin^\ XXVL Ce ne ptut être que par suite d'une erreur, volon- 
taire ou non, que N'ostredame renvoie, à propos de ce vers, au chanson- 
nier deSault. 

4. Malin, ll'fiki\ I, 176. 



RRCONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 



30} 



• Amors m'envida em somo. 
A« En aquest gai sonet leugier ■. 

Bertran d'Alamanon (f. 69) 

[' Bem plai lo gai temps de Pascor]. 
A< De la sal de Proensam doil. 

• De l'arsevesque me sap bon. 

Bertran de Born (1. 142) 

* ' Beni plai lo gai temps de Pascor >. 

' Cortz e guerras e joi d'amor. 

I* Pos lo dous temps d'abri.!] 

• Un sirventes on moti non falh. 

Bertran de Pessard (f. Sî) 

• Cortesamen voil comensar. 

Blacasset et Blacatz (f. 241) 

BONIFACI CaLVO (f. 45) 

• Enquer cab sai chans e solatz. 

• Fis e leials mi soi mes. 

A* Ges no m'es greu s'en no sui ren presatz. 

• Moût a que sovineasa >. 

Cadenet (f. 104) 

• Aisom dona rie coratje. 
A' Ad home meilz no vai. 

• Ans quem jauzîs d'amor, 
A" a> Be volgra s'esser pogucs. 



/ T 



1 . Attribué à B . de Ventadour par a' et Sa ; mais le nis. Campori l'attri- 
bue à Baude {sic) de Pradas. 

2. Attribué à Daude de Pradas par la majorité des mss. et à Atbertt-t par 
deux , 

3. Attribuée formeltemem à B. de Born par Sa\ cf. supra f. 142. 

4. Peire Cardenal. 

5. Presque toutes les pièces de Bonifaci Calvo sont dans IKd; mais le 
tns. Campori a de lui 17 pièces. 



^04 



C. CHABANEAU KT ]. ANGI.ADE 



* Oimais m'aurez d'avinen. 

A ■ Si trobava mon compaire En Blacatz. 

Calega Passa ((. 284) 

* Ar es sazos c'om si dcu alegrar. 

CERCAMO^JS (f. 140) 

* Pois nostre temps comens' a bruneiir'. 

Comte de Poitou (f. 186) 

* Pos de chaniar m'es près talens. 

Comtesse de Die (f. i jo) 
A», a» Ab joî et ab joven m'apais. 

Daude de Pradas (f. 229) 

* Hn un sonel gai et leugier ♦, 

* Tan sent al cor un amoros désir. 

Ei.iAs DE Barjols (f. 62) 

* Amors bcm platz eni sap bo*. 
A< Car compri vostras bcutatz. 

Elias Cairel (f, 6j) 

* Ara non vei poi ni comba. 

" Momt i plat7 lodnus temps d'abril. 
«■ Totz nios cnr« c mos sens. 

Foî-QUET DK Marseille (f. 70) 

' Chantar mi torn' ad af'an- 

* Molt i fet/ grau pecat Aniors. 

* Poii L-ntremL-s me sul de far chansos. 



/ r 



1. Uiiik^uc; cl. lÎL'rtorii, ki'Hf pivf. iiii-il..\W'l. 

2. Attribuée a Cercamon par un iiis. (C): les'auiros tjuatre l'attribuent i 
l'eire Bremon (Ricas Nov.is), 

î- L'c de Saint-Cire. 

4. Appck' ici G. de Pradas. 

5. /:' et nih, Campori, 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 



A> Si com cel qu'es tan grcvatz. 

* Tan m'abelis l'amoros pensamens. 

FOLQUET DE ROMANS (f. l8}) 

* Ma bulla dotnna, per vos dci csser gai. 

Gaucelm Faidit (f. 78) 

A»? Ara nos sia ^uitz, 

* De faire chanso. 
» De solatz e de chan, 

A» Foriz causa es que tôt lo major dan. 

* jamais nulh temps nom poc ren far Amors. 

* Ja non crezatz qu'icu de chantar me lais'. (CRl 

* Lo rossignolei salvatge. 

* Pcl joi del temps qu'es florit. 

* Razon e mandamen. 

* Sitôt m'ai tarzat mon chan. 

* Tant ai sufcrt lonjamen ^rt:u afan, 
A° A leis cui am de cor et de saber'. 

' S'eu fos en cort on om tengucs dreitura '. 

Gacsbebt de PUYCmOT (f. 181) 
A» Partit de joi et d'amor. 

Gausserand de s. Desdier (f. 208) 

* Pos fin' amors me torn' en alegrier. 

Gui d'Ussel (f. 66) 

* Si hem panetz maia domna de vos. 

Guiu,EN- Adrmab (f. 77 ; cf. 274) 

* Xou pot esser suferi ni aiendut. 



/ 



305 

r 



1. l'ièce omise dans le Gnimhiis;d. supra au mot Gaucelm Faidit,!'» 78. 

2. G. de Ciilanbon. Attribuée à Gaucelm Faidit par AOa. 

3. Atiribuée ù l'eire Vidal par tous les mss. sauf par O, où elle est auo 
nyme. 

4. Guilhem de S. Leidier. 

Kmwh, XL. 20 



306 C. CHABANEAU ET J. ASGLADE 

GUILLEM DE BerGLEDAM (f. I98) 

* Arondeta de Iod chantar m'aîr', 
A» ? Joglars not descononz. 

GuiLLEM DE CaBESTANG (f. 60) 

i> Aissi corn cel que laissai foilt. 
«" Ar vei qu'en vengut als jorns loncs. 
A', aï Li dous consire. 

GutLLEM FiCUEIRA (f. S4) 

* D'un sirvemes far. 

* Ja de far un nou sirvemes. 

* Non laissarai per paor(?). 

* TotK hom qui ben comens' e ben fenis. 

* Ane mais de joi ni de chan *, 

GuiLLEM DE Grasse (cf. supri Bertran de Born) 

GuiLLEM DE LA ToUR ("f. 192) 

* En vos ai mesa. 

GuiLLEM DE MOSTAVHAGOUT (f. I91) 

A" Non an lan dîg li premier trobador. 
A-», «J Nuls hom non val ni deu esser prezatz. 

GuiLLEM DE LESTANG(cf. G. DE CaBESTANg). 

Glillem de s, Desdier (f. >(i) 
(Cf. suprà Gal'sseramd de s. d.) 

Giraut de Borneil (f. l) 

* Alegrar mi volgr' en cliantan. 

* Q,uan to freiu el glatz et la neus. 
' Un sonet laiz malvau et bo. 

GUIRAUT de CaLANSON (t. 185) 

Tan doussamen mi ven a! cors ferir. 



. / T 



1, Cf. la note supra fo 199. 

2. Cadenet. 

î . Adeniar io Nègre. 

4. Cf. la noie à Guilhem l'igueira. 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 

GuiFAUDo Lo Roux (f. Igî) 

A": ? Ara sabrai s'a ges de cortesia, 
a* Aujatz la derreira chaaso . 

Jaufre Rudel (f. io8) 
As »' Lanquan li jorn son long en mai. 

LaNFBANC ClGALA (f. 2O9) 

A" Car es tan conoissens vos voill i. 

• Estier mon grat mi fan dir vîlanatge *. 
A' Gloriosa santa Maria. 
A" Oi maire filha de Deu. 
Aa Si mos chans fos de joi ni de solatz. 
A» Senlier Tomas, tan mi platz. 

LoYs AiMERic (f. 190) 

Marcabru (f. i}4) 

" Bel m'es quan son li fruith madur. 

• Dirai vos sencs doptansa. 
A» ? Iverns vai el temps s'aizina. 

• Per savi[ tenc ses doptansa. 

MONGE DE MONTAUDON (f. 2l6) 

B» Aissi com cel qu'on men'al îutjamcn. 

a' Aissi com ccl qu'a estât ses senlior. 

a-i Aissi com cel qu'es en mal senhoratgc. 

A', 9" Pos Peire d'AIvemlie a chantât. 

OziL DE Cadars (f. 190) 
iV Assaiz es dreit^ pos jois nom pot venir. 



307 
T 



1 , Raimon Jordan. 

2. Folquet de Marseille. 
}. O, unique. 

4. Cette pièce était-elle anonyme dans le chansonnier Je Sault? Voici ce 
qu'on lit dans le glossaire : Un ii»/rc[que Folquet de Marseille]. 

5. La première strophe seulement d'après Dejeanne, édition de Marcabni, 

P- îî- 

6. Gausbert de Puycibot. 



308 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

Peire d'Alvebgne (f. 20î) 

a> Chantarai d'aquests trobadors. 
A' Domnadels angels regina'. 

Peire de Bonifaci (f. 189) 

A" ? No sap chantar quil so no di (?) ' 

Peire Milon (f. 163) 

i * Pois que dal cor m'aven farai cbanso. 

* Quant om troba dos bas combatedors. 

• Si com lo mege fai crer. 

Peire Raimon de Toulouse (f. 221) 

A« Enqueram vai recalivan. 

A= S'eu fos avcnturatz. 

A' Amors si tos podcrs es tais ). 

Ai: Non es savis ni gaire ben âpres*. 

Peire Roger (f. 227) 

• Pes far esbaudir mes vcsis. 

* Senh' En Raîmbaut per vezor. 

Peire d'Ugon (Pebdigon) (f. 191) 
Ac Tôt l'an mi tcn Amors d'aîtal faisso. 

Peire de Valeihas (f. 187) 
At So qu'az autre vei plazert. 

Peibe Vidal (f. 94) 

' Amors près sui de la bera *. 
A', «■ Neusni gels ni ploja ni fanh. 
A» Q.uant om es en autrui podcr. 
A* S'eu fos en cort ont om lengucs drcchura. 



r\ T 



1. Attribuée à Peire de Corbian par la plupart des manuscrits. Cependant 
b — et d'après l'exemplaire du Grundriss de Chabaneau — Barbien, p. 20, 
l'attribuent à Peire d'AIvcrgne. 

2. Jaiifre Rudcl. 

}. Cf. supra (fo 221) et R, de Barbezieux. 

4. Conservée dans deux manuscrits, dont l'un l'attribue  Giraut de Bor- 
oeil (P), l'autre à Peire Vida! (c). 
;. Dans D<: seulement. 
6. Anonyme dans le chansonnier de SauU ? Ct. suprà au fo 94. 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SADLT 309 

Peirol (f. 118) a f T 

* Atressi col cïgnes fai. *' 

* Camjat ai mon consirier. * 

* Cora quem fezes doler. 

* M'entension ai tota en un vers mesa. • • 
A» Qjiant Amors trobet partît. • 

* Tuit cil quem pregon qu'eu chan •. • 

Perdigon (f. 219) 
X* Trop ai estai qu'en bon esper 00 vî. 

PiSTOLETA (f. 201 ; cf. 260) 

* Se chantars fos grazitz. 

Pons de Capooii, (f. 174) 

A^ Aissi m'es près com celui que cercan , 

A» De totz chaitius sui eu aicel que plus. . * 

* Humils e fis e francs soplei vas vos, • 
A» ja non er hom tan pros*. • 

Raimbadt d'Orange (f. 151) 

* Aici mou. 

* Als durs crus cozens lauzengiers. 

* Ar no sui ges mais etastrucs. 

A-> Assatz sai d'amor ben parlar. t 

* Braischans quiis critz, ■ 
' Car vei que clars chans s'abriva, • 

* Entre gd e vent e fane. 

* Rscotatz mai no sai que s'es. • 

* Lonctcmps ai estât cubenz. 

Raimbaut de Vaqijeiras (f. î6) 

A» ? Ara pot hom conoisser e proar. • 

Ac Ara quan vei verdejar. ■ 

" Savis e folsumilset orgolhos. • • 



1. Rigaut de Barbezieux. 

2. Attribuée parla plupan des mss. àB de Ventadour. Deux mss. et 
l'attribuent à Peirol. 

3. Bemart de Veniadour. 

4. Pour d'autres allusions possibles dans 1, cf. supra, à Pons de Capdoil. 



UO 



C. CHABAS'EAU ET }. AXGLADE 



Raimox Jordas (f. 200) 
Raimon de Miraval (f. tio) 
Reforsat de Trets (f. 24ï) 
Richard de Barbezieux (f. ijoj 

* Alressi com lo Icos. 

* Atressi com l'olifans. 

' Atressi com Pcrsavaus. 
x< Be volria saber tl'amor. 

* Tuit demandon i^u'es dcvengud' Amors. 

* Razon e dreit ai sîm chant em demori '. 

RiCAS XOVAS (f. 6j) 
Ai. a.* l'os partit an lo cors eo Sordel en Bertrand. 
S08DEL (?J 
L'r Brcnet (f. 19s) 

* Ab placer rcceb « acuelh. 

* Cortcsanien mou en mon cor mcsclansa. 

Ut; DE Pena (f. 24î) 

A-" Cora qiicm desplagues Amors. 

A'' Si anc me fctz Amors quem desplagues. 

A-" D'avinen sap enganar e trair. 

A-i 1.0 gens temps m'abcllis emplati^. 

Uc i>H Saint Circ (f. 22; ) 

' .^iic encniic qu'ieu agucs. 
aJ \uilla reii que mesiier m"aja. 
A- Très enemics e dos mais senhors ai. 

TKNSONS- 
Bavzan et Uoo (f" 268) 
■ Dalfin, respondetz mi sius platz i. 



/ 1 



t. ntdans B;irbicri. 

2. Cf. pour ces deux dernières pièces supra f" 130. Not redame dit : « en 
unechanson qu'on dit qu'est d'.Arnaud Danyel >'. 
}. Guillem Ademar. 

4. Note préliminaire, Kousn'avons mis ici que les tensons citées au glossaire : 
celles-là étaient dans 5ii : peut-être faudrait-il mettre ici les quelques ten- 
sons ou partimens qui sont au nom de I^mfranc Cigala; mais rien ne nous 
dit qu'ils fussent dans Sa. 

5. Le ms. Campori a : Bmisaii, au lieu de IJiilfin. 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 3 I I 

Bertran et SOA domna (f. 291) , a j T 

' Bona doni, d'una re queus deman '. 

GUILHEM AUGIER et BERTRAND (f. 28;) 

* Bertrans, vos qu'anar soliatz ab lairos >. 

GUlLHEM GaSMAR Ct EbLES DE SIGNES (f. 274) 

* N'Ebles, ar chauseiz la meillor. 

(s) Gl'ilhem de Montanhacol et Lanfranc Ogala 
(f. 280 
' Lafranc, digatz vostre semblan. ■ 

Guiraut et Peyronnet (f. 260) 

* En Peyronnet, vengut m'es en coratge. 1 é 

En Jaofre et En Elyas (f. 272) 

* En Jnufrez, si Dieus joi vos aduga. 

PisTOLETA et Blacatz (f. 279) 

* Senh' En Blacatz, pos d'amor. . 

Raimon de Miraval et Bertrand Foldo (f. 291) 

* Bertrans, si fossciz tan gignos. 

fto] Uc DE LA Bacalaria et Bertran de S. Felit? 
(f. 289) 

* Digatz, Bertrans de S, Felitz. ^ 

Uc DE S. Cyr et Comte de Rodez t (f. 296) 

■ N'Ugo, vostre semblan digatz. • 

1. Ms. Campori, p. 575. 

2. Dans E seulement; Nostredame dit expressément que cette tenson 
était dans le cliansonnier de Sault. Cf. supra, f" 28;. 

}. Dans le ms. Campori (Bertoni, Ri'tu prov. iiied., p. 18), on a : Pftrotiel 
d'una ruion ai in coratge. Cf. P. Meyer, Dern. Troub., p. 66, 206. 
4. Bartsch renvoie à T, mais sans doute par erreur. 
S- Ms. Campori, p. 589. 

6. Ms. Campori, p. 600. 

7. Ms. Campori, p. 582 : la tfasott d'En Rfiliau W d'En Uf;o. 

8. Dans T, l'interlocuteur s'appelle Certan, au lieu du Comte de Rode:^ ; dans 
a également. 





312 


C. CHABANEAU 


ET J. ANGLADE 








ORDRE DES POÈTES DANS Sa ET DANS a ' 






Sa 






il 


Sa 


n. 




F"! 


Giraud de Borneil 




I 


18; Giraud de Chalenson 


IS4 




32 


Bernard de Ventador 




18 


186 Le Comte de Poitou 


'49 




î6 


Raîmbaud de Vachères 




107 


187 Peyre de Valieras 


(manque) 




43 


Boni face Calvo 




126 


189 Peyre Bonifaci 


(id.) [40] 


(si 


48 Arnaud de Meyrueil 


Fif 


162 


190 Odil de Cadars 


(id.) 




Sî 


Bertrand de Pessardz 




147 


190 Loys Emeric 


(id.) 




54 


Guillen Figuitre 




166 


191 Peirc Dugon 


8S 




S6 


Guillem de S. Devdier 


Vif 


8s 


191 Guillen de Montignagout F» 119 




60 Guilhcm de Cabestan 




88 


192 Guîlhem de la Tour 


148 [4î] 


[lO] 


62 


Elias de Barjols 




9' 


19; Guyzardon lo Koux 


i6s 




63 


Ricas Nova s 




82 


194 Eymeric de Sarlat 


108 




6S 


Elias Carel 




92 


19s Ugues BruncncdeRod 


ez r«il) 




66 Guv (i'Uvsscl 


Vif 


83 


[98 Guilhem de Bergedan 


'ÎS 




69 


Bertrand de Lamanon 




78 


200 Reniond Jordan, vicomte de [50] 


|i)] 


70 


Foiquet de Masseille 


VU 


30 


Saint-Antoine 


VU 81 




77 


Guilhen Adliémar ' 






201 Pistoletta 


ISS 




77 


Eynieric de Rociiafixa 




93 


20î Peyre d'Alvemha 


43 




78 


Gaucelni Faidit 


Vie 


14 


207 B. de Parazols 


(manque) 




94 


Peyre Vidal 


Fie 


33 


208 Jausserant de S. Deydi 


-r (id.)[SS] 


[20l 


104 


Cadenet 


VU 


'17 


209 Lanfranc Cigaile 


Vie 1 2 1 




108 


Jaufred Rudel 




161 


216 Monge de Montaudon 


149 




1 10 


Reniond de.Mvraval/ 


ru 


99 


219 Perdigon 


VU 160 




118 


Peyrolz 


Vie 


)S 


221 PevrcRemonddcThoulouse 61 




126 


Arnaud de Danyel 


vu 


26 


22) Ugues de S. Cyr 


90 [60] 


[25] 


'30 


Richard de Barbtvieiix 




131 


227 Peyre Roger 


I)ï 




iM 


Marcha bru se 




94 


229 Daudc de Pradas 


156 




140 


Serclieniond 




116 


234 Eymeric de Belennuey 


76 




142 


Bertran de Born 




'39 


2}6 Bernard Rascaz 


146 




148 


Bernard Marchis 




146 


237 Albertet de Sisteron 


136 [65] 


[ÎO] 


'50 


La Comtesse de Dya 




76 


24 1 Blacatz ou Blachatz 


VU lîî 




iji 


Rainibaud d"Orange 




63 


243 Ugues de Pena 


107 




i6î 


Peyre Milhon 




79 


244 Arnaud de Tintignac 


'S2 




166 


Eymcric de Pigulan 




109 


245 Reforsat de Trects ou de 




'74 


Pons de Caduoil 


vu 


7' 


Fotcalquier 


169 


[ÎS] 


t8i 


Gasbert de Puycibot 


vu 


6) 


? Artaud 


[70] 




183 Falquet de Romans 




167 


r Sordel 


120 












284 Calega Pansa ! 


170 



1 . La table de concordance des tensons et des biographies est donnée plus 
loin. Les folios de n sont donnés d'après Stengel, Kettu des lunrws romanes, 
XLV, p. 271. 

2. F" iJî-154? Cf. Stengel, ibid., p.272, n. 2. 

î- Voir pour les noms douteux que nous n'avons pas cru devoir com- 
prendre dans cette liste l'appendice de la deuxième partie. 



RECONSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 



313 



Jordan Bonel de Cofemet 


a 
6î 


Perceval Doria 


171 


Peire de Maenzac 


71 


Peire de Casteinou 


172 


Alegretz 


114 


Benran de Paris 


172 


Pojols 


IJO 


Duranz Sartre de Carpentras 


172 


Luquetz Gatelus 


169 


Eugenim Durre de ValcDtînts 


'7Î 


Peire drdenal 


170 


Giugo de Cabanes 


I7Î 


N'Amoros dau Luc 


170 


Bertran Amaut 


m 


RaimoD de Chastelnou 


171 


Lo princeps del Bauz 


173 


Ricauiz Bonomel 


171 


Lo fîl d'En Bertran del Bor 


174 



TABLEAU DES PRINCIPALES DIVERGENCES D'ATTRIBUTION 
ENTRE Sa ET LES AUTRES CHANSONNIERS ■ 



Bartsch 
Ademar de RocaHcha 

Peirt Raimon de Toloza 



Aimeric de Belenoî 

Albertet de Sestairo 
Guillem de Saint Gregori 
Arnaut Daniel 

Arnaut de Maroill 



Daude de Pradas 
Daudc de Pradas 
rCuilIem de Saint Gregori 



Gr, 
5,2 

ÎSÎ,7 



9,11 

16, 14 
2ÎÎ,2 
29.18 

JO, 16 



124,2 
124, 10 



Sa 
Anonyme 

Aimeric de Pégulhan 

Aimeric de Sarlat 

Albertet de Sestairo 
Arnaut Danyel 
Arnaut Danyci 

Amaut Danyel 

Bemart de Ventadour 
Beman de Ventadour 
Bertran d'Alamanon 



Autres manuscrits. 

A. de Rocaficha C; pas d'autres 

mss. 

P. R. de T. CDMKRfa (et Nos- 
tradamus dans les Vies manu- 
jcriftï);Guillem Ademar, AI>K'd ; 
Gaucelm Faidit, Table de C. 

Aimeric de Belenoî L; Peire 
Rogier T; Aimeric de Sarlat 11, 

A. de S. AN ; anonyme W. 

G. de S. Gr. D' H ; B. de Born a. 

Raimbaut d'Aurenga a; A. Da- 
niel, tous les autres mss. 

A. de M. ACDEMPSUVc; Fol- 

Suet de Romans, Table de C, 
[; Raimundus Q.; Blacatz f. 
Bernart de Ventadour a ; anonyme 

0;D. deP. ACI>ElKNf(ï. 
D. de P. CD^ÎKMNRda; Albertet 

AO. 
G. d. G. ABD; Bertran de Bom 

IKTd ; Lanfranc Cigala CE ; 

Guillem Augier M ; Blacasset 

PUV^J 



1. Nous renvoyons ici, une fois pour toutes, aux notes qui accompagnent, 
dans la deuxième panie, les citations tirées de 5fl ; on y verra que dans cer- 
tains cas l'attribution n'est pas absolument formelle et qu'il peut y avoir eu 
erreur ou confusion de la part de Nostredame. On devra tenir compte de 
ces restrictions en faisant usage du présent tableau. 

2. Nous mettons cet article entre crochets parce qu'il y a là sans doute 
une erreur de Nostredame. 



Vi 



C. CHABANEAU ET J. A\GI,ADE 



Bertran d'Alanumon 
Guîllem de Saint Gr^ori 

Peire de Bussigtuc 

Marcabrun 

GaiKelm Faidîl 
Gauceran de San LcJdier 



GuîHcm Fi)i;ut:tni 



Aitncric de P^uilUn 



76,4 

29Î.I) 

167,51 
168,1 



Etenran d'Abmanon 
Bertran de Born 

Bertran de Bom 

Bertran de Pessardz 

Gaucelm Faïdit 
G. de S. L. 



461,28 Guillem de Bor^edan 



217.7 



10,8 



Giraut de Bomeil 242,81 



Peire Rogîcr 

Bernarï de Ventadour 
Guillem de Saint Gregori 



ÎS6,6 
70.45 

2ÎÎ.4 



Guillem Figucîra 
Guillem Figueira 

Giraut de Borneil 

Peire Rogier 

Pcirol 

R. de Barbeziius 



N'existe que dans M, même anri- 

bution que 5a. 
G. de S. G. ABD; Beitran de 

Bom IKTd; Lanfranc Cigaia 

Œ; Guillem Augier M ; Blacas- 

sei PUV. 
B. de B. ABCDR a; Guillem de 

Bussignac, Table de Ca; Peire 

Cardenal D^T ; Peire de Maen - 

sac H ; Foiquet de Romans 

MR>; Richart de Berbezill S. 
Marcabrun AKNd, Table de C, .» ; 

Uc de la Bacalaria Cs; Bennin 

de Saissac, Table de C;anonvnic 

G. 
G. F. ACDcFMNR; Uc de la 

Bacalaria I>IK; Guillem de S. 

Leidier L. 
G. deS.L. ABD-IKS; Guillem de 

S. L. CRT; Foiquet de Marseille 

L; Giraudo lo Ros a. 
Anonyme dans O; Guillem dt- 

Bei^adan a. 
G. F. C1>R ; En Gui Figera M ; 

Ademar lo Nègre T; Cadeiict 

f ; anonyme O. 

A. de P. Cl>ElKQRUc« ; Guil- 
lem Figueira, Table de C, DGl' 
K'R-; Peire Milon N; Guiraiit 
de Bomeill P ; anonyme L , 

G. de B. ABMQa ; Péirol CER ; 

Peire Bremon IK ; Raimbaut 

d'Aurenga V. 
P. R. CD-IK; Giraut de Bomeil, 

AB, Table de,C,N; Peire Lu /er 

R. 

B. de V. ABCI>I>GIKNQRV: 
Peirol MN'a. 

G. de S. G. C; anonyme K; 
Arnaut Diinîel \oflri;Jiiiiiiis (?), 
cf. |o lîo. 



RECOSSTITUTIOK DU CHANSOXVIER DE SAULT 



v% 



Comme on le voit par les tables qui précèdent, il existait «ne 
étroite parenté entre a et Sj. C'est ainsi que les deux manu- 
saics sont d'accord pour attribuer \ Bernard de Ventadour la 
chanson Amnrs meuvida em stmio'. 

Bertnin d'Alamanon, /> la sat de Proensa ne se trouve que 
dansa ct^a. 

De môme pour Bertraii de Pessard, Cortesamett voHcomeiisar 
ms. Campori, œrles'amor). 

Calera Panza, Ar es ra^os c'om si deu altgrar, n'existe que 
dans 5a et a (ms. Campuri). 

5tf et il sont d'accord (avec C) pour attribuer à Ccrcamons la 
chanson Pots noslre innps comens' a hnintiir; les quatre autres 
mss. l'attribuent à Peîre Bremon (Ricas Novas). 

Sa et a avaient la chanson de Bernard de Rascas {Rfïnitm^ 
Ra-scas, dansti) ; Difia et amors et merces. Les trois vers qu'en 
cite Nostredame d'après le chansonnier de Sault ne diffèrent 
guère du icvtc de d que par l'onhographe. 

Sa et a contenaient aussi la chanson de Bernard Marchis, 
Laman h âous temps. Ici il }■ a entre les deux textes quelques 
légères différences : Ms. Campori, str. V, v. i, si m fosso jan- 
glous iruan; Sa : sî non fus j. ir. ; str. VII, v. 2, Campori; i/i 
ja nul mes met in soan ; Sa : qui tous mus rtut fn soa». 

Sa et a sont encore d'accord pour attribuer A Bcrtran de 
Born (avec I K T d) la pièce lii-iu pUtt !o '^ais temps ih Pascor. 
(5(7 l'attribue une fois .'i Bertran d'Alamanon; la deuxième fois 
Nostradamus dit fomiellement qu'elle était dans 5a.) 

Sa appL'ile Penligon Pfire Ottgori et Pi'ire cfOurgo», comme a. 

\ji clianson de Bernart de Ventadour, Tuit cil que m pregoa 



t. L6 ms. Ompori l'attribue i BautJe de Prailùt. Elle étm donc deux fois 
dans le pruioiypc de J. btaiiHrlIc aussi dvux (du dans Sa ? 

Il résulte d'une staiistiquc que nous avons drcv-t^c que les deux tier^ et plus 
Asi pièces contenutfs dan» S>i (ivnïoiu cuniprÎKs) se rctrouvcni dau» a. 
Cette proportion peut ilre encore plus grande, » l'oa songe que nous 
n'avons pas cbcrciic ou réussi i id4.-inifier certaines pièces dont Nostredame 
ne dic qu'un mot. Mais la proportion des poésies de Sa qui ne *c retrouvent 
pas dani a reste encore asscï forte. Les poésies communes \ Sa et i _/ 
sont d'une vingtaine seulement; communes i Sa vi h T, elles snnt un 
peu ptus nombreuses (l6 environ). 




^T 




JÏ6 C. CHABANEAU ET J. ANGLADE 

qum chati esr attribuée à Peirol par deux manuscrits, plus S^ 
et a. 

Les auteurs dont les extraits sont les plus nombreux sont 
AniJut Daniel, Bernan de Ventadour, Gaucelm Faidtt, Peirol, 
Raimbaut d'Orange. 

Pour Amaut Daniel, sur huit pièces données comme étant 
dans 5(1. quatre se retrouvent dans a. Pour Bcmart de Venta* 
dour, b proportion est plus grande : quatre sur cinq. Pour 
Gaucelm Faidii, six sur dix ; pour Raimbaui d'Orange, six sur 
huit. 

On remarquera l'absence d'extraits de Peire Cardeiiat, dont 
les poésies ne sont pas non plus dans a '. Peire Cardenal est 
marqué sur la liste (C) de A/^. — Nastnidamus, c'est-à-dire/. 

Cependant si te clianM>»nier de Saule est en relations étroites 
avec le diansonnicr de Bcmart Ainoros ou sa copie, il s'en 
éloigne sur plus d'un point- Reprenons quelques détails qui 
compléteront la démonstrarion. Ce sont sunoiit les absences 
d'une pièce ou d'un nom et les attributions différentes qui ont 
de l'importance. 

Adeniar de Rocatîcba ', Notn lau de midons m iVamor, est 
anonyme dans Sa, mais n'existe pas dans a. 

Deux pièces, une chanson et une tenson, n'étaient connues 
que par Ê : c'est la chanson d'Elias de Barjols, Amors Um piaix 
et la tenson de Guilhem Augier et Bertrand, Jkrtrans vos 
quatiar sQliat::^ah iairos. La première s'est retrouvée dans le ms. 
Campori ei dans Sault. mais la seconde esc daiu Su seulement. 

Les folios des deux manuscrits ne concordent pas. 

La foliation de a nous est connue par la table qui précède la 
première partie de a et qui a été publiée par Bartsch > et 
Stengcl. 

I>es noms suivants qui étaient dans Sa ne se retrouvent pas 
dans a : pEiRt de Valieras, Peykb Bonifaci, Odil de Ca- 
DARS, LoYs Emeric (f** 187, 189, i9ode5o); Jausserantde 
S. Deydier* (f" 207, 208 de 5ii) Artaud (f" ?). Mais on 



1. StaiTcistemfit a^ir falselat et fnjan, m». Ompori. p. (il. 

2. Sa iJit Aliénât il« RixtuTixa, u Ainuric de Rocharii». 
}. Jahrbueb /ùr r&ia. ua4 fHf;l. LilUratui, XJ, 19, 
4.. La pi^e dv Cauccran de S. Dcsdiemi m\x par le nu. Cjmpori sous 

le nom de Ciraudo lo Ro» . 







RECXÎNSTITUTION DU CHANSONNIER DE SAULT 



317 



remarquera que ces « manquants n forment (sauf Artaud) deux 
groupes, que leurs poésies n'étaient pas nombreuses dans Sa et 
que, soit i cause de leur insignifiance^ soit pour toute autre 
cause, le copiste de a peui les avoir négligées dëtibérément ou 
non. 

I,es chansons de Pcire de Valieras ne se trouvent que dans F 
et />. Peire Bonïfacy, s'il a vraiment existé, nous est inconnu. 
Odil dcQdars nous est connu par quatre manuscrits (CDMR); 
trois autres attribuent la seule chanson qui nous reste de ce 
troubadour à Guilhcm de Cabestang. Loys Emeric nous est 
aussi inconnu que Peire Bonifacy et Artaud. 

Voici enfin quelques cas on Su contenait une pièce connue 
jusqu'ici par un, deux ou trois manuscrits tout au plus. 

Ademar de Kocaficlia, Nwn lau de muions^ n'est que dans C 
ttSa. 

Elias de Barjols, Afwi.i hfm plaii fm sap bo, est dans E et 
dans le ms. Camporl seulement. 

Foiquet de Romans, Ma bfia donna per vos dei esser gais, se 
retrouve dans PSc. 

Gaucelni Faidit, Ja non cre^at^, n'est que dans CR. 
Kaimbaut d'Orange, Car tri que clan cbans s'abriva, n'est 
que dans No ; Lum temps ai atat est dans IKd. 

Tout ceci prouve encore une certaine indépendance de Sa 
vis-à-vis de a. 

Il nous parait peu utile de |>oursuivre la comparaison entre 
Sa Cl les autres chansonniers provençaux On s.iit que ceux-ci 
sont des anthologies et qu'il faut les diviser en plusieurs sec- 
tions pour établir une base de comparaison vraiment solide. 
L'étude détaillée des rapports de Sa avec les autres chanson- 
niers ne serait vraiment utile et intéressante que s'il s'agissait 
d'un manuscrit dont les rapports avec les autres chansonniers 
prêteraient i la discussion. Mais tout ce qui précède établit 
suftisjmmcnt la parenté avec n ; il nous parait inutile d'insister 
plus longuement. Tout au plus pourrait-on établir une compa- 
naison détaillée entre les diverses parties dont se composent a et 
Sa et reconstruire le prototype des deux ; mais ce serait sor- 



I. La table de C r&ttribuc di Pisiolcta. 



J 



^^^^H CIIABANBAU ET ^^^^^^^H 


^^^^H tir de notre sujet ei il faudrait une restitution plus sûre et plus ^H 


^^^^^H cumpli^teque « essai ^H 


^^^^H LHS TKNSONS ^| 


^^^^1 


a' 


Autres mss. ^^| 


^^^^^^1 l-'o 260 Guiraui et Pcyronnvt 


N" 2 


^1 


^^^^^^1 26K Hugo et BauS-vin 


J» 


DGMKQR ^M 


^^^^^^H 27: J^iufrv CI 


» 


Pns d'autre» iiiïs. ^^^| 


^^^^^^^H S74 GuilHcni Aytnor [Gas* 


1 1 


ACDRGl-KL ^^H 


^^^^^H 




^^^1 


^^^^^^H 379 FistoIcU d [lUcatz 1 J 1 


SI 


l'as d'autres mss. ^^M 


^^^^^^B 38} Guilhetti AugWr et Bcr- 






^^^^^^H 




m 


^^^^^^H 385 Guillicm de Monutilu- 


Sî 


l'as d'autres m&s. ^^M 


^^^^^^K 




■ 


^^^^^H 289 Uc «le h Bicalaria cl Ikr- 


fil 


ACDIKO ^M 


^^^^^^M lT3n 




^^Ê 


^^^^^^H 391 Rdimon ik- Mir^val 




IK: Bcnraa d'Avigaou et Kai- ^^M 


^^^^^^H Bcrtran 




mon de las Salas A; Rnimon ^^| 
D; anciiymc (.. ^^H 


^^^^^^H '• Bcman et ta Domtia [lo] 


41 


c:DIKT BcVlrandcl Pojct; Oa- ^^ 
tr.iu S; anonyme 0. ^^M 


^^^^^^^1 396 Tenson de Ugties de 


■l« 


AI): Ccnan (au lieu d'UgojT. ^H 


^^^^^^H Samt-Cyr et du comte 




^H 


^^^^^^H Kodc/ 




■ 


^^^^^H Lo ten&oiis nuVitcnt une mention :ipécinle. Hlk-s conimen- ^H 


^^^^^H liaient aux environs du f" 260 ' et nous avi>i)s pu en relever ^H 


^^^^^H onxe, sV-sp3ç;int du (" 260 au f" 29$. Elles ne représentent ^H 


^^^^^1 qu'une minime p.irtïe des icnsons perdues. Le chansonnier ^H 


^^^^^^Ê Amoros en contenait ^^f; an peut croire que le chansonnier ^^M 


^^^^^H de Sault en contenait au moins tout autant. Ici la parenté de5d ^H 


^^^^^^^H 1. L'indicjlion du folio n'£»[ pis datinée, dans u, pour lo icriKin^; nous ^^H 


^^^^^^H leur doRiKins le iiuniéco d'ordre quVIIes ont dans la tublt: dn-s^ pur Berioni. ^^M 


^^^^^^H 3. BdrtKli indique T : je corrige d'apro l'cxcmpliire du Gniutlriu de ^^M 


^^^^^^H Chabancau. ^^M 


^^^^^^V j. Dans a k*s clianNon; soni comprise» cnitc le f<> l et 174. ^^M 



RHCONSTlTUTlON DU r.HANSONXIKR lîl-. SAUI.T 319 

et de a est encore plus frappante : neuf Jes teniions de Su sur 
onze se reirouveni dans a. Cepetidanc la tcnson de Gullhem 
Augicr et ilc Bertrand, Bertrans, ws ifuiinar W/dJ; afr îairos, 
ne se retrouve que dans F et Nostradamus dit d'une manière 
formelle qu'elle était dans Sa. La tcnson de Raimon de Mira- 
v;il et de Bertrand, Berlrans. si foss^i^ tan gignos, est citée comme 
se trouvant au f° 291 de Sa : elle n'est pas dans a. 

US BIOGRAPHIES 

îl résulte des recherches de Chabaneau que la plupart des 
biographies inscrites sur le recto des premiers feuillets (1-21) 
du nis. de Carpetitras (a) (les trois premiers manquent) sont 
traduites d'un texte provençal semblable à celui de a. Il y a, 
naturellement, déjà quelques additions dues à la fantaisie de 
Nosiredame, mais elles sont assez rares, et celui qui est au 
courant dcb procédés de l'historien mystificateur les reconnaîtra 
lacilcmcnt. Nous donnons ici le texte de a et celui de a de la 
biographie d'Arnaut de Mareull (f" 4 r°). 

TEXTE DK d ' 

[17 b] Aruautz dt: Meruell ti fo iÏmI vwcdl de PcÎTurgos d'un caïlcl t^cavù 
nom Mcroil c l'on cicrgucs di: paubra gcncracion; c atr cl non podia viurc 
pcr 1m mm» lelrds,vl ï'cd jnvi p<;r lo mou ;u si »aubia bvn Ifolxirv s'eiiiviKlvi 
cil la con de h contcsM de Barlic, <\c en liU)a dcl pra conte Hainion, muil- 
Ik-r dcl ucscontc de Bczer*, qc auû nom Tjiitii.ircr. lit .nqucsi n'Ariiautt 
vra avincni! hom de h pcrwiia, e diantjva buii l- lugiu toiiuiix. K U 
izonioM m Tarn gMnt bcn e j^oit huiior; ci ai.^ue.sl si s'cti.iinoii en 
«lia e à faxia chanxos do b eomessa, mas no l'auzava dît ad «lia ne 
a afgun por nom t^'d bt iigue:^ fjiu», aiu dim i^'auircs hi fazijn. Mjs si 
awnc ^'aiiiori los forsa laat i)l fes uns t:itiuon ddia [f* \H'] la cils comcn- 
sei ; la /fiiitfa tiiptcHfti^a çn* non pose oblidar. F-i en uqiiesta ch^in^o i;I li 
dcscobri l'amor q'el li auia, E la contcMa non IVsqiuet.anz entcndctsos pièces 
c lo rcccup cl grazi e garni lo de granz anics, e Tes H gran honor e dit li 
baldcia de trobjr dVIU. E u«nc honral? hom de cort, c m Xm msÀtM-^i bon^i» 
catiEos de la coiiieïsa en lasqab et mostrei ql n'ac grani bes egrani mais. 



t. Publié par Stcngd, Rtvxie du luuguet ronimwM, t. 4$, p. 27a. 



320 



C. CHABANEAU LT J. ANGLADE 



Vie tJ'Anuud de Meyrndh, fol. 48 •■ 

Arnaud de Mcyrucil fut de l'cviscbé de Pcrigord du chastcau qu'avoii nom 
McyiucUi, fut dcrc de pjouvrc gcncralion ; car il ne pouvoît vivre ne >'enire- 
icuir de son i^auuir, l'en alla pai le monde. S(avoit Ton bkn trouver et poéti- 
icr, i' adonna à suvmv et chanter la Cour, s'entendit en la courde la Omitcsscdc 
Durlaz, tju'e)>lo)t tilhe liu procoiiiie Reynn?nd, («ninie du vicomte de Beiiers' 
surnommé Tailhefer.iiujdc» comtes de Thouloute.-. Ce^uy Arnaud ciHMt fort 
gracieux et advenant Je m personne, chinioiifon bien et lysoït tHcn tous livres 
en romans. La comicsse luy fàisoit de grands honneurs ; et fut surpris de 
l'amour de U Coiiitusc, en faMani de KHlcs c)iait»ons a tun honneur, 
mais ne le luy ausoit de^Lirer, ne à jvrsoiinc qu'il les eust faictes, ains bat- 
Ihoil l'honncut J dauircs; et advint qu'aniaui le contraignit tellement qu'il 
reit une chanson d'elle <}ui disait ainsi : Li /mnta caftenensa qu'yru Htm pos 
ûhtidar, c*est-A.<lire ■ La franche contenance que je ne puys oublier >, en 
laquelle il dcscouvroit l'amour qu'il luy ponoit. La comtesse ne rcjecta point 
ses prières, ains s'i arrcstact les fuscoutaji.que fut LacauM;qu'cllc le reccui en 
53 Rtace, cl [le [oumit de vêtement et] J'anncs ci luy fcii ){nin<l honneur Ct 
luy donna occasion de , . . . . d'elle cl devini homme de cour fort hono- 
rable et composa niairtcs bonnia chansons de U comtesse, csqucllcs 

cl^mem avoir receu de grand biens ct de )jrands maulx de... 

On a pu remarquer sans peine ['idertit<^ dcb deux rédac- 
tions. Mais quelque p.ircntt qu'il y eut entre Sa et o, en ce 
qui concerne les biographies, la table de concordance qui suit 
montrera que Sa avait peut-être d'autres biographies que a* 
et que du moins elles ne se suivaient pas dans le mftme 
orâit. 



1. £11 margt : 1278. 

2, En tuargf : de liedcrs. 

I- Les mots cnire crocheis. qui manquent dans le tus. par suite d'une 
déchirure, ont éxè rétablis par Chahancau. On trouvera le texte p. 44 de son 
édition. 

4. Cadcner ct Kentond Jordan. A propos de Cadenei. Chubaneau a reinkr- 
qu£ que le texte de NnstredJtiie ci;)it écrit d'un seul jet, sans surchsrgi» ni 
ratuies. comme s'il s'at^iïMit d'une simple traduction d'un original provençal. 



kECONSTlTUTION DU CHANSONNIER DK SAULT 



321 



TABLE DE CONCORDANCK DES BIOGRAPHIES 
DANS a ET DANS Sa> 



Girauix de Bornell 

BeriiJiz de Ventadorn 

Amautz Daniel 

Folqiiet de Marseilla 
S Peire Vidal 

Gaucelms Falditz 

Peirols 

Gaubert/ de l*onciboi 

Pons de Capdueil 
10 Gui d'Uisscl 

Guillem de Sain Leider 

Rainions de Miraval 

Raeinbaiu de Vacheirns 

Le Brunei/ 
ij Giiilleni de Montagnaf;om 

St>rdel 

Laafranc Cigala 

Blachassciz 

Perdigon 
20 [Aruautz de MemeilJ 



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49 


[162J 


46 



G. de lîorneil 
B. de Ventadour 
Raimbaut de Vaqueiras 
Arnaut de Mareiiil 
) Guillem de S. Desdier 
Guy d'Uvzel ou d'Uzès 
l'oulquet de Masselhe 
Ancelnu.' Favdit 
Peyrc Vidal 

Remon de Myrevaulx 

La Vie de Peyrot 

Arnaut Daniel 

Pons de Cadueil 
15 Gaubcn de Puycibot 

GuilhemdcMontagnagouIt 

Hugues Brunet 

Rfimvitl Jordtiii 

Lan franc Cigala 
20 Perdigon 

Blacasset ' 



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66 

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10.1 
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Iï6 
'74 
iKi 
191 

'95 
200 

2t>9 

219 
341 



CONCLUSION 



Le than.sumiier de Sault parait dériver de la niénic boiircc 
que le prototype de a, mais il différait certainement de ce pro- 



[ . Nous avons ajouté, comme clcnieni de comparaison, les loiios de I. 
2. La comparaison entre 5ii et I en ce qui concerne leï biogr;.pliiei nu.mre 
rindépendance de ces deux manuscrits : 
G. de Borneil Sa f" r, I 18. 
B. de \'cntadour 22 — 26. 
Raimbaut de Vaqueiras 36 — 7). 
Arnaut de Mareuil 48 — .]6. 
Guilieni de S. Desdier )6 — 77. 
Nous croyons inutile de pousser plus loin la conipataisoii. 

((•manu. Xi.. 2l 



322 C. CHABANEAU KT J. ANGLADE 

totype. Peut-être si on en juge par le nombre de folios, était-il 
plus important', surtout s'il était de grand format, comme le 
laissent supposer les paroles de Nostredame. Etait il en un ou 
deux volumes? 11 se peut bien que, pour une raison quel- 
conque, il ait été partagé en deux tomes. Il se peut aussi que 
le second « grand tome » auquel fait allusion Nostredame ne 
soit autre que le prototype de a. Dans ce cas un heureux 
hasard aurait conservé ensemble, jusqu'au xvi' siècle, deux 
manuscrits de la même famille. 

Mais ce sont là questions qui, en somme, ont peu d'impor- 
tance. Ce qui était utile, et ce qui nous a paru urgent, c'est de 
ne pas priver les provençalistes d'un document intéressant, 
qu'ils « espéraient », comme on dit en Provence, depuis si 
longtemps. 

C. Chabaneau et J. Anglade. 



1. C'en ce qut; pcnsu M. G, Btfrtoni, dont le dernier travail, // citu^onieie 
t>n>Teiiyiile ili Beniait Anioros (Fribourg, 191 1), nous ;i cic si profitable; nous 
le remercions de nous l'avoir communiqué ausssitôt qu'il a paru . 



ÉTYMOLOGIES WALLONNES 



DJIHAN 



Grandgagnage, I, 252, distingue — à tort, selon moi — 
entre : 

1, G(han,gihau (Jiran)... [Lire Dj'haii, DjUmui.] 

2. Geban (mot cmployii uniquement dans la locution : ci 11 at ii/n gel)aB, 
c'est œUaiit, qui, actuellement, signifie simplement : c'est cher ou très 
cher). 

J'imagine la scène suivante. Un enfant prie ses parents de 
lui acheter un objet et répète ses instances : djans! djans don! 
h^-il-ve adiré! « allons ! allons donc ! laissez-vous fléciiir ! ». Au 
lieu de lui dire sérieusement : « N'insistez pas ; ce que vous 
voulez coûte trop cher », on lui répond plaisamment par la 
phrase susdite, qui contient un double calembour : on joue 
sur le sens de djans (cf. Grandgagnai;e, 1, 251), que l'on teint 
de comprendre Dj'hnn, et sur le sens de costatil (coûtant, coû- 
teux ; ou Constant, n, pr.). 

Ce genre de réponse plaisante est bien conforme au tour 
d'esprit du peuple en général et surtout de nos Wallons ; j'en 
ai réuni une foule d'exemples. Hn voici deux, cueillis dans la 
comédie fameuse d'hdouard Remouchanips, Tâli l'périijiti, v. 
SI et 548- : 

Estc^-^'e la.' « Ëtes-vous là ? » L'interlocuteur feint de com- 
prendre /'fl n l'ail » et répond : Nèiii, dji so l'ognon ! « Non, je 
suis l'oignon ». 

Qui t' sotme-t-i don ? « que vous semble-t-il donc ? ». L'autre 



I . La Société de Littérature walloiuie vient de faire paraître une édition 
nouvelle de cette pièce. 



324 J- hal-st 

feint de comprendre sonner (saigner) « répond : Dji n sonne 
tiin, àf rêlche lof blanc ! « Je ne saigne pas, je crache tout 
blanc ». 

De même, ce serait un tort de îvoutoir expliquer j^ravement 
l'imprécation : <fiii F àiâk èl possthe! Ce n'est qu'une atténua- 
tion plaisante de : qui }' diâle èl possète ! {= possède), par jeu de 
mots entte sèi' , sept, et sih, six. — De même encore dans : 
àji lîkeù â dohe fi (Remacle, II, 158) =■ « je le lui souhaite de 
tout cceur » ; i! y a confusion voulue entre iiiîr^ (all.^«iwm)et 
keûse â d(^ fi « coudre au double fit »; etc. 

ll'ALL, FER; ANC. FR. FEHLIER, FEHS'OER 

Dans le Bulletin du Dicl. walhm, 1908, p. 39, M. Alpli. 
Maréchal a démontré que le wall. lofer ou tol-fèr, qui signifie 
" toujours, constamment », représente en réalité n tout 
ferme(ment) » ; de même le synonyme fin-fèr, usité à Vies- 
ville, province de Hainaut. M. A. Bayot (ib., 1910, p. 59), 
a rencontré dans le Miroir des nobles de j;icques de Hemricourt 
un exemple ancien du wall./^r, lat. firmum ; « tant fer cheva- 
choit qu'il n'estoit nint a remuweir. » Enfin, pour corroborer 
l'étymologic proposée p;ir M. Maréchal, j'ai rappelé (j'è., 1910, 
p. 60) que fér existe encore, comme adjectif, à Malmédy et à 
Laroche, dans les expressions : fé on fér nok a ses soles, loyî ses 
soles a fér nok « lier ses souliers à nœud ferme, par opposition à 
nœud coulant •• (Malmédv), Uner ou nokera fèr nok (Liroche')- 
D'où le verbe afèrmhî « lier à nœud ferme » (Malmédy). — 
l'aurais pu citer également le gaumais famou-èy « lier ses sou- 
liers à nœud terme »,par opposition ^ fiire in ^()/(Tintigny) et 
le lorrain anfirnoicc, que Jaclot, foc. du pavs messin, 1854, 
p. 2, définit: « noué par tous les bouts, difficile a défaire, en 
désordre; se dit du fil, de la ficelle, etc. » 

Or l'ancien franijais possède lesverbes/cr/iVr, fervoer, que l'on 
traduit communément p;ir « lier de fer, nouer avec du fer », et 
où l'on voit des composés analogues à feranner, ferveslir, sau- 



1. .Aillours, .1 Vcrvit-TS par cxcnipli.', l'L■^p^cs^ioll s'tst alicrOc en : Uni a 
Juirt nok, lier J nœud fort. 



ÈTYMOl^CtlES WALLONNES 325 

poudrer, ifennoiiin, clmfichier, etc. ' niant donnés les termes 
p:Uois énuniénis ci-dessus, je crois que l'analyse iraditionnellc 
csi iiiexacîe, et que fcriirr, ftitioer doivent s'expliquer par 
fer(m) Uer, fer{w) ftoer. Au point de vue formel, »i b confu- 
sion tst possible en fran^jais entre /.t(j>i) <ftrmum, c\ fer 
< fêrruni, en wallon le premier seul aboutit â fér, tandis que 
le second subit la diphtongaison et devient /iVr. Quant au 
sens, la traduction « lier solidement a convient parfaitement 
à tous les exemples connus'. 

iULMUSrOK. AMÈTO 

Godefroy enregistre un mot Ijumeiloc qu'il ne peut délmir. 
L'exemple qu'il cite ' prouvt qu'il s'agît J*un terme de batcl- 
kric et qu'il faut y voirie néerl . hdmsiok » barre ou tîmon du 
gouvernail u*. 

Le vocabulaire du batelier wallon étant, pour les deux tiers, 
formé de termes néerlandais, il n'y a rien d'étonnant à cequ'on 
retrouve dans nos dialectes ce belmuiik, A peine altéré A Liège 
en Imhnttsiok % mais moins facile i reconnaître sur la Sambre 
dans améta ''. M. Emile Ouvcrleaux m'écrit que dans le Hainaut 



1. A. Durmt»ietL-r, Mots composés, i« éd., p. 161-2; Mcyer-Lûbkc,6f<imw. 
dts L rom., 11,$ jim; tiymp, Gr. bût. dtUtl. fr., \\l, % {69; Godefroy, 

PERNOER. 

2. |T>.ins l'un de ces ewmpjcs, on lit prloUr (_AlixaHiitt,éi. Michcbm. 
fol. i6<>), ce qui paraît conticJire l'explJcaiion de M. Haust; nuis cciic 
cxpiiucion cîi par vllv-nitmc si lu mineuse, ei tlans le passat^c cii qui:stiati, 
rinicrvcnlioii du fer (md-talj est si iuvtaisetnbUblc, qu'il ne f^ut vnir dAm. 
furioier qu'une ^ripiilcduc àunc fausse îni(.ipr*iuiion. — A. Tu.) 

J. Tini de TaiUiar, Rec. d'act. dtt Xllt tl XllU ». rn lang. uiiil., p. 
467. 

4. Cf. Bly. On^e Ztil'Vitchslotpm (Geoi, 1902), pp. ij et Si ; Jal. 
Giattaiff nautiijuf, et Uiirc, heaume 2. — Les <Ji<i. «îiym. de Klu)<c. 
I-'rancIt, Vcrcoullie disiin^fucnt Ae/w (poignée, manche) de Wf h (casque). 

1- Je nccDiiiiais ce lialmutlok que par Grand ga^jn^ge, W, ^oi, sRùDAt.On 
dit oiilinairenieiH hamitiiU pour désigner la barre du gouvernail. — Voir 
ci-dc)SOus l'article rttiiit. 

6. A. Cirlicr, Did, u>u//dh, dans le dxj Sau,-uui (Chaileroi, n" du jo oov. 
1907), distingue entre Vaitiito, » ligc reciricc mobile du gouvernail -, et 



326 ^^" J. HADSr 

belge et Jans le département du N'ord on dtt aussi aminio (et, 
avec l prostliiJtique, lamiuto), qui sV-xptiquc par contaminatiun 
de aiii/io X amintr. Les dictionnaires de Sigan, Hécart, Ver- 
mesiîe sont muets sur ce point. 

HA»'L HÈL'GOXDt 
« Hdu't (idiote). Peut-^Ire un nom propre. ■ 

Graitdgagnagc, T, 285, emprunte ce mot au dictionnaire 
manuscrii de De J.ier; on le trouve aussi dans celui de Duvj- 
vicr, sous la forme plus exacte baui. C'est le nom propre ger- 
manique Hfihi'ig (cf, Weigang), dont Heintze, Ikutschen 
Famiiicti-Nnittfn, Halle a. S., 1882, p. 117, cnri-j:istrc la forme 
Hoii-ig'. Sur ces anciens noms de personnes, la plnjurt d'ori- 
^nc germanique, dont le wallon a fait des appellations inju- 
rieuses, on peut voir BiiH. du Dict. wallon, 1907, p. 76, et 
Me'hnr^'O Kinlh, II. p. 324*. 

A la même famille ardiaîquc se rattache le wall. IxTgotuif 
Il gra)iJe IjflegoiiJe, hallcbrcda, cscogritîe » (Gr.indgagn.igc, 11, 
52), d'aprùs le Dii-I. de Lobet, p. *'iss)- La forme fxfegaiid, que 
donne le même Lobet, p. 242, « gigue, grande fille dégin- 
gandée qui g.inibade, etc. «, doit se lire M'gàti^, avec la 
dénasal is.it ion ordinaire en dialecte vcrvictois. Ce mor repré- 
sente, non HiUegarde — compare/ hailfhardf > IhiTl^r —, mais 
Hilâegmide ». 



\'*mi»>* (^^lîég. hatHimkyt « li)^ rcctrice non mohîk: du gou\-erndiI n. Enteit- 
dcx pjr lit. comme M. Cirlkr veut bkn me l'^rirc. que Yamite est une poi- 
ffièc qui VddJiptc ^ I'hiiiim^ cl qui peut s'enlever au besoin. Celte distiDCtton 
poiif»ît bien lîtie puremeiil individuelle ; du moins deux bglclim de lltutn 
que i'at înterroftcs ne h connaissait poiiir : ils appellLttt amflû la barre, d 
ralonff/ Jt r^mik^ U poignée mutile 1511c l'on lire ci repousse i rolontê en 
In faisant filiucr &ur Vamêic. 

t. Ci. A. Body, \»mt dt famille du fup Jt LOgr, dans BuH. S^e. li^. 
Ht Un. uu//., 1. 17 (1879). p. 140. 

1. Pour la finale tnui au moins, on peut rjpprocher de hawt le masc. 
Uhaui (Grand(;at;rta^, I, t5j)> l"! (^^> ^^'^^> probablement un nom 
propre. 

}. Ixibct, p. 1^5, note encore bûMiat (=: biirUtyf), 1 personne difnn- 



rYMOLOGIP„«; WALtOïTOES 



3*7 



MÈtTTÈU 

GrandgagiLige, î, 102, emprunte au Dkt. mamisciii de 
Duvivicr le mot mehldS a s'îrvaiitc », qui serait, pcnsc-t-il, un 
diminutif de l'ali. magd. Ane. holi. Hi<v^/j(i. En réalité, c'est le 
prénûin flamand Machitld, atl. Siechthild {== Mntliitde; cf. 
Wcisang, s. v, et v" Mft^f), devenu nom commutï de la mOme 
façon que Mctyon, Maniye (Mariiin, Mirie) ont pris le sens de 
I' maîtresse, amante »; cf. Grandgj^nage, II, î9, 89. 

MliÙRK tr MAKF. 

Gr.indjîagnaj;e, 11, 6i>, enregistre, d'après Remacle et sans 
cxplicaiioii. cette locution qui signifie " cèie-bOclic ". Cambre- 
ster. l,ubet, Hubert, Goihicr Li iiégiigciu.Forir, V ;«rtir (tète), 
ne la connait que sous une forme alicrée, et traduit gauchement 
le seul exemple qu'il en donne : f>!o\I Niûr ft mnke, « plier de 
la tête au pied, d'un Kt\M \ l'autre «•'; il ignore les expres- 
sions ufti/^rw/ «j^«« ^f »(«it^«dormir téie-bèche », rn^fe dhhoièyfs, 
dfs Jjàhti lunh-f èi itiakf « mettre des bouteilles, des gerhes 
tête-bêche », qui sont bien vivantes - du moins ;\ l'Ust de 
Liège. 11 ne connaît plus que le svnonymc fkmtr iH mah 
K pointe et tête, jeu d'épingles «)^ Par bonheur, deux de nos 



giind^- » (iirtkle cité pat GrauJ^^agna^', II. >}4)* qui cït sjim doute utie 
altériiiott de IjaUehjriU ; comparez le n'nonymc frjnç. itaiUbreda. 

1. Dans U vjlli-e de U Vosdre ('rrooz, Ncssonv.iux), on oc connjtt que 
Kefireil iHdkf.:^ tètt'-birchf : iiuArt s'cM sAxiti oti wùr fnotrj.sjns doiitc par 
JisMTDilation ; cornpjrcz bi^ue-fi-ivue (hcmiapliroilitc), corrompu ai friiiuf- 
èt-lvrc, Reinade. 3* id.. Grandgagiia^e, I. jt- — A Hcrvc, oiiiiv ccite 
altération de rorme, l'cxprctsion j lubi une altthiiioii de sen« : wiiit^r neàre 
èi-miif := jirtcr ptïlL--m£lc. 

2. Forir, POVTT ; cf., nous Makr, l'exproîMon a uiakti lliottne, l£ic i létc, 
I. du jcti d't'piuglc:^ n.Ce Jl'u ne figure pas dans lu GJûnairt dfs ftux u\iUofU 
de J. Deijitc. Il est appelé a Itile Iwhrtvl dj is Oitrgunlun, I, il ; Burgaud- 
Dcsmarecs cl Kathenr-, dans leur noie, disent que ce feu consî&te il faire 
deviner v deux cpinj^ks (|u'on cache djns sa main sont placi-es téie-bêchc ou 
dans le niéme5em(Lî[(iiî, tËTH-BËchk). Ce qu'où appelle en français a jeu 
d'èpinglcs t est tout diffircnt ; cf. Dût. f/n. cl J. DeL-Ute, i_ t.. ATTÈOIK. 



U8 



;. 



précieux v(KjbuIairc5iechnoIopiques nous ont conser\'é le mot 
meiire, s. (.. 2U sens de « pointe ; petit clou sans léie » '. 

Ce mot mfûre, dont voilà l'état civil bien établi, nous le 
retrouvons dans l'anc. franc, meure, forme apocopèc de ameiire 
(rtMi(>rt',rt«i/fr<'), pointe de IVpicu, de IVpèc, de la lance'. Littré 
identifie cet ancien mot avec le terme de marine amure « cor- 
dage fixant le point d'en bas, nommé point d'amure, d'une 
basse voile qui se trouve au vent », et telle est aussi l'opinion 
du Glassairf nautiqui de jal; mais le ïyict. g/tt. distingue ces 
deux mots, entre lesquels il n'y a en eHct aucun rapport de sens. 

Si, comme il est vraisemblable, la forme pleine 'untrilre a 
existé en wallon, elle a dû s'altérer en metlre sous l'influence de 
^cxpre^.sio^ 'amtùre it nuike, où Va initial sonnait comme une 
préposition qui pouvait se supprimer ; comparez le fr. 
« mettre à lèïc-béche o ou « mettre tête-bCchc ». 

PÈR! 

L'excellent VoctUmlairt tU FayinonvtUe {IVallonie prussittinè) 
est seul i noter le v. unîpersonnel pèii au sens de « être 
impuiabicj. dépendre de ». L'auteur, M. l'abbé Jos. Bastin, 
n'indique pas l'étymologie de ce terme, mais, avec sa conscience 
habituelle, il nous apporte des exemples précis et significatifs, 
entre autres : i pirii à comèt, « cela dépend du conseil commu- 
nal Il ; I pèribr^ a iii^s s'ni^les si dfs<^ pûhé, n la faute en sera à mes 
semelles si j'ai les pieds mouillés " ; etc. '. 

lîu réulilé. le wallon pihi est ideniiquc ;iu fr. périr, dans l'ac- 
ception, disparue aujourd'hui, de n manquer, ne pas se faire ■>. 
Scheler a relevé dan;, les Chromants dt iToîssart trois passages 
qui attestent ce sens : »»■ sny à tjuoy c^x demora ne péri (à quoi 
en attribuer ta faute) ,X. 286; il nt savoimt pas en quoy il péris- 
sait (à quoi cela tenait), IX, 48} ; moy et mes eompaignons sçau- 



1. ). Kirublc. Ctoîtairt tixtllcn Ju (.'ardi>nnirr {Bull. tU la Sot. ée Hil, 
vmU., t. 3.|, t8Sçi); J. Trillcl, t'ts:aMisiit Je laJabtUalion du chus â ta main 
A tkw»y-Roms^(ib., I. ;t), igo^j. 

2. • Dd bonespiei elcors limet i'amure. 1 Chanson Jt Sfilmià, laSj. Voir 
d'autres exemples Aatm Codefroy et Littré. 

). Hk//, Soc. LUI- nvH., t. 50, p. iSj. 



ihTMor.OGna wallonx'Es 



319 



rions vaiSrniiers à ffuay il periu, \l\\ 2^).>'. Ciodefroy ne cite 
que ce dernier texte. 

L'ancienne langue, du moins dans le Nord, pouvait donc 
user de cette brachylogie énergique : " A quoi (cela) pcrît-il? » 
pour signilicr : « A quoi tient-il que cela ne se fasse pas' ?. » 
N'cst-il pas curieux de retrouver dans un coin perdu de tu 
Prusse rhénane cette survivance de l'ancien français ? 

REÙDE 
Grandgagnage a un article ainsi conçu : 

BeUJui, I. Je bal. (bois qui relie le halniuMokt cni timon di gou\-cnuiîl avte 
lu punie posiiïneurc tlu gouvernail) UfAiLUiex] 1. 

Je n'ai pu rctcouver cette forme beûtif ni dans le parler de 
nos bateliers ni dans le dictionnaire manuscrit de Hr. Baillcux. 
Comme d'autre part fviîd/, qui a des allures de diniinuiif, ne 
peut se réclamer d'aucun primitifconnu, on est en droit d V-lever 
des doutes sur la recevabilitiî de ce terme. 

Mais il y a plus, La définitinn de Grandgagnage s'applique en 
tuul point nu wall. reiki^. Le batelier de la Meuse désigne par 
la une perche arquée destinée à renforcer le gouvernail lorsque 
le safran se trouve à un niveau plus bas que la barre, ce qui 
est le cas pour le Urm et la migmlf, anciens bateaux de Meuse 
A poupe en retrait et non verticale.* — On en conclura que 
ffthlé est une faute de lecture pour retâd^ qui, lui, rcprî-scntc le 
lat. 'rigidclluni •. 

SAMOVSSE 

G: mot ne tîgurc ni dans le Lexi\jM ni dans le CompUmcni 
gaumel de Ed. Liégeois (. Cl. Maus, dans son f^ixab. gtmrwi àts 



[. Œuvrti dé FnUsarl, t. XIX, Glcasairt, par A. Schcler (Bruxelles, 
1874). 

:. D'où, 1 Favmoriville, lewn* poatif.« il quoi tîenl-il que cela lefasK'? o 
Voir le second cxcnipl* citt ci-dessus. 

j. II, îui (ilaii* le supplémmi édité par Schcler). Il n'eut pas sur que 
H. dilsigne HjîLIcux ; \t>ir ib., .$94, note. — Bodv, Voc. des tanntUgrs, ne tait 
due reproduire GnindKagnAgc(ffii//. dt la Soc. âr Litl. îin//., t. 10). — Sur 
wlmtnUii. voir ci -dessus, p. ^ij. 

4. Grandgiit;nasc, II, 29;. ddtinit niUai : •< perche bi«n droûe ■. 

j. Bull, û^ la Soc.de Utt. tualL, I. }7 et 41. 




530 J. HAUST 

environs de Virton (manuscrit de 1854) enregistre simplement : 
samousse, « lisière ». Je l'ai entendu emp!o\'er à Sainte-Marie- 
sur- Semois pour désigner la lisière d'une toile ou d'une éioHe. 
Pour la lisière du drap (employée anciennement pour faire des 
jarretières et des chaussons), ainsi que pour l'orée d'un bois, on 
dit la îîjière. 

Forme inédite d'un terme bien connu en ancien français et 
dans les dialectes du Sud '. M. A. Thomas, qui s'en est occupé 
dans ses Essais de phil. fr., pp. 78 et 84, tire l'aiic. fr. cimois, 
fi»«M« de *cimussium, *cimussia, dérivés de cimussa 
« corde ». Voir aussi dans Roitiania, XXXIX, 164, un article de 
M. Blondheim sur cimois, « bord d'un vêtement », que donnent 
des sources rabbiniques. 

SOTRÉ 

On appelle ainsi, à Villettes-Bra, la litière de paille ou de 
bruyère qu'on étend à terre pour y déposer les gerbes de blé. 
Cette forme curieuse, qui n'a pas encore été notée jusqu'ici, 
répond à l'anc. franc. s-:ustré v. litière » <; lat. substratum ^ 
Pour s'en convaincre, on lira avec intérêt l'anicle que M. A. 
Thomas a consacre, dans ses Mélanges d" étymologie française, 
p. 147, au fr. soutre « sous-main » et au saintongeais sot'itrer 
« faire litière ». 

La forme waW.sotrè est encore intéressante si on la compare à 
sortini « soutenir » et aux quelques autres mets wallons où 
sor- représente le lat. subtus'. On [ïeut se demander s'il ne 
faut pas p.irtir d'un type 'subtus-st ra t um , d'où * sorirè, qui 
aurait abouti .1 <:otrt' par dissimilation. 

Jean Haust. 



1. GoJelrov, cimois c: cimosse : Du Can^c, cimossa ; Consiantiii et 
Désomiau\, Dkl. saivxjrJ, semossa ; D'Hombres et Ctunet. Dût. hiui;ne- 
JiV(>«. siMOLS et siMOL'sst); Pit'tîTClu, Oii7. lyoniuii, cimdlssa, eic. — 
Cf. Ronuiiij, XXV, 584; XXXIH, 217. — Cet anklo était soui presse 
quanti je me suis jper^u que Labourasse, Ohssa;i^ Jii f^.ilois J,- Ui Même, 
1887, p. >ii. Jonne les variantoi sot."Mtx;F„ sawolck, shumolce. 

2, (,'.:. Mever-Lûbke, GiJmm. des 1. ii"ii.. Il, '' 1 17 ; Kônin^, *sl'BSTrahe 
G^delVov, soLSTRE, socsTRK. Voir jussi I.tbourasse, /. i'., p. 512. 

î- Pi\",-I .if Dnl. :^ij!li.'n. p. 27, Sorkv. 



MÉLANGES 



BERRICHON ASTÉ, STÉ 

Jaubert a reconnu que asté et sié n'étaient que deux variantes 
d'un même mot, quoiqu'il ait institué deux articles, que voici : 

AsTÈ, s, f. sécheresse. — Dérivé du lat. mtus et ititas (voy. Slê). 

St^:, s. m. et f. Sécheresse : « Nous avons un grand sti' ■ cette année. » 
(Voy. Jstr.) — Fst toujours féminin dans les environs de la Cliiitre : .« Li 
sli' a L'té bien grande en 1856 )■. 

Avant de nous prononcer sur l'étj'mologie, consultons les 
patois du Bourbonnais, pays limitrophe du Berry. Duchon et 
Choussy donnent avec le même sens et le seul genre féminin, 
le premier silâ, le second seté. Assurément, si le comte Jaubert 
a écrit sIé plutôt que scié ou s'té, c'est qu'il avait l'idée précon- 
çue de mettre son orthographe en harmonie avec son étymolo- 
gie. Il est à peine besoin de dire que aesias, ancêtre authen- 
tique de élé, ne peut avoir en outre produit selé. En revanche, 
si nous supposons que sïccitas a persisté dans le latin vul- 
gaire, nous irons tout naturellement à la forme actuelle seté 
par siccïtate > *if^/e, *sesté. La conservation de l'rt tonique 
dans le Bourbonnais méridional est un fait normal ; le passage 
de ses- atone à si- doit être un phénomène relativement 
moderne qui n'a rien d'embarrassant. Les lextcs d'ancien fran- 
çais ne connaissent que secheW, forme qui n'est pas le dévelop- 
pement phonétique de siccitatem, mais une dérivation tirée 
de l'adjectif .trc, sèche i l'aide du suffixe demi-savant -ei^. Kôriing 
8690 indique (d'après quelle source, je l'ignore) l'existence 



I. Imprimé par erreur i^raml' sté. 



3^2 MÉLAN'GES 

dans ies patois français de l'Est d'un siibst. fém. jc/jV qui paraît, 
lui aussi, être un représentant régulier du lat. pop. siccita- 
teni. 

A. Thomas. 

.\XC. PROV. l-SBRia.-IK 

Le verbe esbrigar ne figure ni dans le Lexique roman de Ray- 
nouard ni dans le Proven^. Supf>!.-lFôrlerh. de M. Emi! Levy. 
On peut avec beaucoup de vraisemblance supposer qu'il a 
existé en ancien provençal en se fondant sur l'état actuel des 
patois méridionnux, où Mistral a relevé des formes comme 
esbfiga, eibrega, esbria, eihria, ebria, au sens de « briser, 
broyer' ». Mais il y a plus; un témoignage formel nous est 
offert par un texte latin rédigé à Vence en 1488, que Carpen- 
tier a recueilli et qu'il a interprété d'une manière tout à fait 
fautive : « Invenenint... multos lateres fractos et esbrigas ^ ». 
Le dernier mot, qu'il a pris pour un substantif latinisé et qu'il 
traduit par laier « brique », est en réalité le participe passé 
du verbe esbrigar, que le scribe a employé pour renforcer le 
participe hi\x\ fraclos . 

A. Thomas. 



1. Mistral, liMBKlCA. 

2. Du Cangt:, ksbkiga. 



COMPTES RENDUS 



The Bleediag Lance b\ Anhur c L, Drows- <!\iblicjTioiis of ihe 
Modem Lin^uagu AsMxiatiuii of America, vol. \XV, ttjio). In-^, 59 p. 

Dans celte L-tudt- M. Rtown se propoïc de montrer que* le château du 
Gml, le voie d'^ilwndaïKi:, Vipév qui une fuis se bri^i dans une éprcuw, cl 
|j laiiire qui ?iJÎij;nat( toujours doîvcnl i\K idcntiti^ dJDS leur origine 4Vci: 
le pabis des TùutliJ De Dunana a ses incrvcilt». L'^uieur se borne ici ù. 
considi^rcr lu Uncc.doni lcf> trdîis CArKicrittiqucs sont, d'après lui. les sui- 
vdTUi : de cette lance le ïang dcRouitc et loniiie duni une eoupc d'urgent 
(Wauchier): clic c« enipoisonnéc (U*olfrpm>; elle doit causer U dévasta- 
tion du royaume (ChreMîtii) ; elle «t blaiurlic ( Wauchier et CbreKicn). 

M. Hrowii trouve, dans U traditioti ïrlundaEse, plusieurs lancvï qui pré- 
sentent dut traita Hinibbbles. Aimi b hncc de Celtctur a, pir 3ccv«, yolf de 
latvg. Pour Ciilnicr ce^. j>.*ces. le );tierrier qtiî I.1 tient, fjarde di-vunt lui un 
b.iitin plein de san^ Je diicui, de chais elc , cl y plonge la knce au bcioin. 
Le liquide, ci même, dans un manuscrîi. la lance auraient été empuÎMmnés. 
L'ttc tance que possédait le roi Cximiat: est appeli^cla « Uncc ensanglantée u. 
M, Brown eite aussi la lauce de Fiacliiu dom on dit que, « si elle n'est pas 
rejetée du tertre, une épizootie ravagera le (uys, n Les objets appanerunt i 
Artursoi» en péncral Wank.*. Poursuîvani rideniifî<:aiiun faite par Zimtner 
de l'épée d*Artur avec l'éjiée Caladbulg de la légende irlandaise, M. B. dit : 
« Personne n'a jui'qti'îci tiré i:etic conclusion évidente que, si l'épée d'Artur 
est celtique, tous les objets nierveJllcuK lui .ipparieiunt doivent itre cel- 
tiques également et avoir des équivalents dans la kgcnJe irlandaise. > Il en 
met donc en nippon quatre qui paraissent plus ou moin:^ [réquemmeut dans 
les textes duGraal : l'épée. la lance, le gTaal, et le vase dVfïent, avec quatre 
objets merveilleux des TOatlia Dé Danann : la piene de la destinée, dont la 
fonction éiail d'annoncvr le roi légitime en rugissant sous ses pas, l'ipée et 
la lance dL' Lu|j1i et le cliaudron du Daglidlta. 

M. B. passe ensuite (p. 42) ii b conMdéralion du conte arlurien de Ualin 
(Huth Merlin) qui nous fournit, suivant Lui, l'explication la plus cohérente 
de la quête du (îraal. Ce conte présente de nombreux traits i^ue M- B. consi- 
dère comme celtiques, par cxcnipk U demoiselle mi»sagére, le lnngvo>'age 




Î3.| COMPTKS RENDUS 

vxTS un luimaiti pays, r)i6[c bîcnvdibnt t^ui s'olTrc tomme guklt:, l-ic. II y a 
aussi d.i]is ce conic tics dûuîb i]u'il racprotlic de ihisioirt du lui Dmiiai: 
dans le livre d'Akitl , M. H. ^upposc iqijv le» deux réiik «iiiit t')i;alement des 
re&tc« d'un mythe celtique conccmam le tncjnrc accompli par une arme qui 
appjiricnait à des nuisons de fiées. 

Examinons maintenant tcb rapproclwma]:^ ijuv M. II. ù'n <>inrL- la léttfndt: 
de IJ lance du Graal c( ccilc de U trjdilîon irlandiiUe. Ui prticncc d'un Viisc 
ne sutlii pas Ji ;tutoris«r un rapprochcniirui entre k'& deux i >Lins le pri niJer 
cas, c'est h lAnec même ']ui l.m'se dégniitter le ut^j;. tJiin'i le ^i.-cnnd, au con- 
traire, elle ot si altêfce quVn a pr^arf , pour la iMii^raire, un va»e rempli de 
jODg. provenant d'ailleurs. L'idiîe qui est A h base de celte demiùre descrip- 
tion, eït cbiic cl n'a rien d'exira ordinaire. 11 s'agit ici d'une de ces ari)K-:s 
esiin)^& maïs dangereuses que nou:k iTOUvons souvent dâiis b lilt^ture 
primiiivc, tievrntiellemeni destructives i^u'elies ne sont plus %oiinii)CS À U 
volonté de leurs nwfircs, mais d'elles-mêmes d4.nuiideni du sang. Il n'y s 
gub (le Iroce d'une telle idée dans U description de la lance du GraaI. 

Une ipéc empoisonnée ol un lieu commun des jic'ns du mojxi) âge; 
tous les li^ros S(>iii, un jour ou l'autre, blessés par une amie de ce genre. Le 
fait que Cormac ait pos'^cdc une •• lance ensait^lanin- ■ itous SL-niMe iftale- 
mcni sans portée. La singulariié de la buce du (iiaal est qu'elle saigne 
d'elle-même et sans ccvsc. C'est une ericur de raisonnement de dire qui*. 
le roi Anur pinsédant de nombreux objets merveilleux de cinileur Uanche. 
la lance blanche merveilleuse de l:i li^gende du GruI doit aussi lui avoir 
Appartenu à l'origine. U'ailleurï la lance n'y est jamais un objet possédé par 
Anur. En outre les rapports d'Anur avec Cette liÎRcndc conimi: avec celle de 
Trisun Mnt probablement postérieurs. Quant à la lance de l-'iachna, il ne 
ressort pas clairement du contexte si IVpixooiie est l'klfet de la tance ou U 
punition d'un fjux seniiem. l'utsqne la léc a promis -i Kinii de lui reritlrc 
sou arme. 

Avant de i;lcttL-[ J'cipliqucr lei obseurii^» des ronuns français par les ites- 
crtptions des lances «.eltiques, il veTail indispensable de se taire une idée 
dairc dos superstitions qui se rapfiurtent à ces qualités légendjin.s des 
bnees. En outre M. lï- s'est borné .\ examiner quelques iraiis de quelques 
textes de la légende du OraaI. 11 ne prend pas les précauttnns nêces<atris 
pour s'assurer que ces traits ne sont pus accideiileU ou pintérituis, pour 
tttc certain qu'il» ne pru\iennetit pas de tend^inces indivi J uelles de^ .nuieur»', 
AdmeiLint même que les détails relevés par M. li. soient vraiment les élé- 
ments constitutifs de la leijeisde. U^ r.>pprl^lKnlenls entre les l3Jike> irlao- 



1. Par exemple, M. B. ne cite que Waueliier et />'» Critw pour sou- 
lenîr l'idée que le caraciên: eSAcntief de L lance e»t délie su>p(,-ndue datb 
une position vcrtiulc au-dessus d'un vase. <.'x deniii.r en réalité (M.B. 
lui-même le cite, p. t6) représente le vase comme étant placé sur la table il 



!i. DKBKNEutTTl, OU sluât priKVttiaU in ItaJiii 355 

daines et U Uncc du (jrjil sont d un cinicttrrc trop géml-rj! pour qu'ils 
apportent bujucotip dt lumière aux problèmes soulwés par lei textes fr-nw 
çais. tl vn c-it de ménit.' des mpprnchcmcnts cnire Hiïstoirc de Baliii et 
Cille de Cormac : Le hil-roî vit-nt pour »c ix-ngir dan^ U demi:ure d'un enne- 
mi. Sun ipie 5e brise mais il pâment à le He»er à l'itide d'une amie «]ui 
est (gardée Jans U riuisoii i:ommc objet iiicrvdllcux ' M^nij: ^i le» ressein- 
blancui inditiuées par M. B. ëuieiit plui frappAiites. de» recliv relies sur les 
sources îmmèduies du rtcii du Balin (le Giiin,i Siiriit Gintil, etc.) scraio 1 
les prcliminaites n^iccssaiies d'une étude d« sources plus leculéei. 

G. SCHOFFRERLE. 



Santoske Diini^bDinTi, GU studi provenzall lu Ita'.ia uel cln- 
quecento. Torino, It. [.ocschur. 191 1. ln-8, -p-p. viir-ji^. 

QueMo volume è ftuito di studl Loscîeiuiosi e ("oriuiuli. l'ortu in s6 i seniii 
di un iLMuce amorc e le irjoce di nnii lievi T^liche dunite cou ulda lidiici;) c 
iranquîllo entusijsmo. Li criii^j dcvc salutarlu cun gioi;i'. Il volume i divise 
in ire parti. I. « Preparaxionc Alologîcj. u II lîiulu non t.- feliccmcnte scchOt 
p^Tuiiirnidiscofrc în ifuesia >cjione, i:hc kUnstj di tre t:jpî[o!i c di un « excur- 
&UkH, non solo dl ricerche grammailcali t lussioUi, mu anche di tavolc di 



cttti d« Il lance. Dans Chrestieii, Peredur cl le Ptrcev^l Didoi le uoa 
cuule J turrv Vmu VV;iuctiicr, PnUsvaui et le (ji-'iiJ Sjînt Gt-Kil, il m viai, 
il est oucstioii d'un vxte pour le recevoir ; délits Lt {^inte e'est une boiie. 
L'IiistOLrcdc Balin, cil^- pur M. B.. a le mihiie trait, mais ce récit e>Ilutl proba- 
blement un miMangc de motif* postérieur». 

1 . (le irait se retrouve dans une cinquantaine de vi-r<.i(>i,s d'un conte popti- 
Ulirc étudiii par M, PjD^cr. SlmUm j«r grtinnn. 5iPt'rfi_^'i'i./j(.7j/i- (Munich, 
1910), pp. 1^'^' '-^ diïfense d'apporter des armes diiits mie salle de fe-tin 
est si naïuiclle qu'un critique qui l'^Hirnie cxclu-iii-nnni >.eltiquc doit 
apporter des preuves. 

2. OopoquËSta doveroM Iode (piinnnwnte meriiau. a parer niio) il lit- 
lore uii concéda di far qui un appiintn, nel t)ujle non vorrei. iA ngni cnsio, 
foces^eupolino il tiruiio raniosnu délia v^iiiiu. lî non per vuniti (ne Nom' 
ben sicuro), nu per sincero amore del veio. dcbbodirv che il 1). ha trjscu- 
raio un pu' troppudi ricordiirc alcuni' mïei niodeMi siudi. thc qU3 c la lili 
son o pur vjl.ii a qiulcos;). l-4ecti> qucsio ,\ppuiita, scrtza rancore. e ne do'. 
corne mi corrv l'obtiligo. le provc. avvertendo che in nie non parla alciiii 
nscniimcntc nu il dcsiderio di ciû clie mi pjr H'usio, c :ifFemiando che non 
mi sarei punio sotTermato su simili niiseric, se nun avessî notaioneir auiore 
un paniio preso évidente. A p. 8:, l'a. d-l. cume sicum, l'ideniilicajione 
del m-s. .^driani cor quello, la cui tjvoln t accod.ita nd a ; ma non dJcc 
per nulta che quesia iJeniifica/ione i siaia fatu da me {d'orn. itot. d. IfU, 
étal., XXXIV, p 12$). A p. 84. egli sosiiene che dal ms. p.irniense 990 
(coi^a di F) dériva il cod. Pinelli, ora nell' .'^mbrosiatia : ma la leb/ionc 
tra quesii due mss., diflicitî i compararsi per esscn: l'uno a Parnia c l'^liro 
a Milano, c statu dlniosirJita da me (^Rnuttnia, XXXVIII, i]i). H quaiido, a 





J}6 COMPTES KEMOUS 

miS. « di cop'v! con ruvisîooi ed emeniJ.inienti, di traiiuztoiii e iofioe di 
una progcitju c^iuiont: di poesk prov-cnali, ch« rimosc un voto dci provau»- 
isti italiani (k*l itx. xvi, — 11. <i Vaso b comparjMone ■ QuetlJ sworwla 
pane lé dc(iicai.i jUr qucsiionicomplÎMic c imricaïc concenk-nti il nomct: U 
i:onc«^li> di piovctualir ncl cin^uccciilo, i rapport! mttrici italo-pn>vx-nu)i, le 
icoric sut)' origine dv\ vcno c tlulla riraa.c iaûtw i contaili l'Citcrari in Italia 
c Pnsvcn». — ^III.B Coniributi alla Morijc&icma dci manu^criliî provcruali.* 
In qucsl' ultima wiiont: d*:! libto sono espoïU chiarameiiie i risultatî uticnuû 
ncMc duc parti prcccdcnli insicmc -a qualchc jUro notcvolv d»to ïulU sotte 
locciu ad iilcuac ^dvbri Mllogi acciianichc. Si iJiM-oirc dcî kodd. vhù o stu- 
diali o posseduti lia P. Bcmho, da A. Colocci, da M. lïquicola. da B. Vardii, 
dj !.. BciTCiiidti, dj U. Wnicro, da G. M. Barbicri e L. (Juitclvirito, dii Pitro 
di Simoii dd Xcro, da I'. Or^ini c dâ Ci. V. Pindli. Andie il VdiuU'Ilo c 
^taio latlo o^j^cdo &\ riccrchi.- c di snidii, 

Li mau-ria c dunquc van.t c mulccplici; , Le quc^tiuui, chc il Dcb. UMmiiia, 
sonn btrric poste i: fraK-ralmcnti; n^)luw con jiiiisii criicrii. L'.imori; non 
si perde in vane cliiacctiivrc. Quaiido il doLunivitio non \o %OMieiK, ckIî 
non divaga in cu»i^-ilurv, ina si aLcontenta di la^iciarc il pmhlcma ne!)' ombra. 
£ qujuido si abbundoru a qualchc uipposi/ione, lo fascmpre, si puàdirc, 
con cauteU c fon Jî&ccniiroeaio. OIhc a cib, si sente clic il Ubro provient: da 
moite c vMK leiTure, k- quali li sono, per cosi dire, dcpo:4itatc a poco a pocu 
ncl *>uo spiriio c nclb Mia même, ;i»ueraccndoli a^U abiti iniclleuuali di 
(juello ipIcndiJo cinquecenio, ïn cuî l'eli^anza de) soctilii/arc cra voionticri 
aiitcpasta aH'csposizione facile e piana dellv idée e du fatti. Abbianio, 
in»oiiiTiu, un buan libro, fot^c i)ua c Utroppo serrato, lrop))o compjtiù, ma 
ui] buoti libro, al quali: »i put), in realii, rigoirere cou lîdu«:La di riuvc-iitrvi 
noitiic sicure e urili idi:e. 

Lo sforno di coslrmj(erc in un oi^nismo una mateiîa che poco si prestj 
ad «vwre sinteiicanicnic raggruppau, si scnic ncl volutnc; nel qttal«ir anclic 
cvidentc l'inlciito di darc dci singoH proHcmi, lIic i\ «ludiaiiu, un^i xiluxionc 
dedsa c sii:i>ni, chc acconienti lo \pirito oltrc che l'iuielletlu. Talvulu questu 
nEctito i soipînio «in wr^i l'L'sagenizione- Cod, to non ;o se molli uranna 



propoiito dci cod. parmcnse, il D. mi ricorda (p. 124, n. î), lo {» pet 
«vvci'iire il letiorc cne non lio ijîiaio duc puhbli<.-a/ionî, le quali, a vero dire, 
non lanno avani^arc d'un pjiio la quotionc, mcntrc ncl niiu anivolL-lto csvi 
6 siau ri^olia, painii. in modu intoiitroverlibile. A p. 6u e pp. Ij6-I47i 
i>i dii:c dci ins. H c'iù chc c si.ito aflcmiaio ancht da nie in Kr-^\ J. hîNg. 
rom., L, 45-46. In conipcnso. il D. non lacera dicicarmi quiind<:> pu6 darnil 
tono. }ia ^ nwioneip. 3>i^, st^sciita. rj^^iuiie (p. 213, n, 3). Ma di tjiic)Tii.tLie 
luoj^lii !iarà Jiscorso piu innan^i net icsiu del prcïi:nic ccnno t:rt:ici'. Il 
paiiiio prcio arriva nel D, j lal punu», du larRli licltc il raio nome a pro- 
posito délia récente «opcrta dci ms. di Remart Atiitiros. del quale ù parU in 
più punii dci tibro c sul quale ogcorroa qualche îndîca^îone, perche csso 
tnaoca ncUa lisia dt;l Ikrtach, com'O del rcsio naiuralel 



s. DEBEXBDEm, Gti studt provmiali in llaiia. î?? 

(tisposTî aà ammcilcrc, con l'autorc, cho il risveglio dcgii MuJii cvcîianki in 
[uli;i al MMpu delU Rin»ceiiJ:j ïl coileghi per vb direiu al fcrvon; dcRli 
eniili:i cdet lLiii:rati. olire chc deî poeti, pcr FranceKo Pcirarca. Pcr spw- 
gar<: wjpra iiiitoun fimoto pjMO do Tno'ifi y una camone pctriruhexa, y}'i 
siu^Jio&i si sofvbbero L-Mrciuti intorno alLi Urica provcnuL-. Q^i-^to a nu: pjre 
im rinipicciolirc il pruWcmj. I:\i«tfv;t. a\ Ji sopra lii cift, Li j;r.in qiicstioiK' 
(IcUa litigua, entre e fuort i timiti JcIIj t)ii.iU: si csvrciuvjiio stfinpce gli iniel- 
Iciti dciitoMri Mudiusi i:iii>^ui.\:i:niiMi,i:hc, dktro le luro plis o mcno t>i/.xarr4; 
ricerche suH' ongint- della favclU iiultan-i, irrano dî nece&sîù condoiii, quasi 
scn^a accoifierscnc, «no allNsogliddclli poc&ia provciualc. 1^ talvolu questa 
soglia c^;^ feik-ciiienic o no, oltrepassau. Su cib il D. ha insisiiro iropi>o 
poco(p. i8>. 

Non io poi qtunii andranno d'accordo col iionio auturc nell' idca cIk* U- 
tracci- ddla poesia Trovadonca ni-l l\'iraTta siano « quasi insignificiinti ». Non 
si a\Tanno, »c »t vuole, n«l CanjoHitre motti pa»î dcHv-ati diretunicnle da 
lirichc a noi note ; ma îmomo al capo di Laura, chi non «ente ak^iart: qual- 
cosa dclb po»ia provt;i»;i)cr ? Qui mi pan: chc il D. iic(())i con alquaiito trccc^Mi. 
Anctic ririf1ii»«) provoizalc <i\ sud dvib pcnisola. niiraverMi i Citalaiii, i 
quali avrcbbcro ponato un gcmioglin, ■ chc dov*;v;i fiorirc- ciel tcrrtno nostro. 
prcparato L-lHciiccni«nte dal petrarchisnio erudïlo *, a me parc alquanio csd- 
gm^to. Bisogna ^a^s«^^a^^i talvolla, quando ïi traita di grandi o coniplcssi 
Toiomcni, cbc si c^llcgano a tuilo qti^tmo un vasto ordinc di f^lti. c H>pni 
tutcoali' L-nidizionv c alla pot-sia. cite ricntrano nei dominit di-llo «pirtio, 
Msogiia, diio. rassugiiard ad îndicarc alcuni c^mmînî o mcj^lici akuni bvn- 
ticri, pci quali il riccrcatorc puf> awiariti fiduL'io^, lenxa prclcndcrc ch' l-sm 
slano L soli, chu conducano dîtctumunte alla mêla lontuna. aliimè. lauiu 
più loniana, quiinto piû cou insistent riccrcala e con passionc iiivocaïa. 

Ma pcr nou concrv il ri»<.liio tli lasciainii Uasportarv iiell' jUo iiiaie 
dclU* gcneralit.^. n,-sirint;i;rô il mio esamc cnlko a duc »o1i cnidili Irattati dal 
D-, sui quali lio rcalmcntc qualcosa da dire. P.iilcrù del B«:mlx) c di alcunv 
suc posTilIc, L- poscia [(Kchcn'i ;ilcuii yiciio di Picro dcl Ni-ro. R pw v«nia>. 
Se»*' altm, a di^comrL- dcllc poMillc dcl Bcmlm net codd. De K, dîrû chc 
è n«t:i:»ari9, a p.-treT niiu. schîarirc alcunc tcncbtc chc aiKor si addcns^no, 
pcf lalc mpctco. «opra l'uiiu di quctli nunosjrîtEi, e cioé >u qucllo indicato 
ton la Iciicia K, il codice chc il Benil-o chi^m^va prime \je poMlUc in di- 
scorio lono sifltc stanipaied^i I3c LoWni^Homaïuit, XVIII, 467J c da me (5ii/- 
dj rouiaM^i, I, t sgg.). Soliamo, il Dcb. non ha aweniio il dubbio, che mi 
ienc\-a 5ospi>3o circa l'attTibmionc di uiia pjrte di codesie postilie e precisa- 
mcnie di quelle, che »ono il risuliato di una minuta Tcvisioue dcl m->. Sono 
le po&tillc cdite da p, 2; a p. iX (te alirc appntlcngono scnra Tallo al Bcm- 
bo). lo sciivevo appunto a p. 35 dell' antculo ci^ato : « cudati riiocchï.... 
aJ aliro etudiio, che U Bemba non fosse, noi non saprcmmo altri- 
buîrc. M £ agftiun^cvochc, csaminate da vicino ic coït:, risultavachv il niï. 
Hmm-, XL. ta 



33^ COMPTES RICMdUS 

,4 non erj stato uiiliuaio per i litocclii cïuii, di mudo dic ruî noit pouono 
rappTfScniiirci il risultato di quel confronte fra K c A, che si sa csscre siaw 
ùxio Mil linirc (Ici sec. xvi per ci£> che due un aiio cli« si trova appunto 
in A'. Kuàlentt-nicntc, con (]u«Ma atftrrmaiiionc, îo vcnivo ad appogfjlarv 
l'aitribiirtcKiL-dcllc pastille al Bcmho, parcndomi chc appunio rattTib>iiionc 
Knibina avcsse assai bbognodisosicgnl. Se le posttlle, pcnsavo, nonsunno a 
moslrari!! il conrronto iatio sut 6nirc del cinqueccnlo, qiisndo il Bcmbo en 
mono, tï alqujniQ pîù probabîlc di' i-ssc aano appunio dvl Bt.-mbo. Ota, 
conte iiiicrptcta il D. il niio ragioiuiiiciitu ? Com (|> 21 ;, 11. }) : <• Il ik-r- 
« toni da akunv di queste posiillc imva che mului clltaro che le varianii 
" i<^a1c Dci nuigiQÏ e tra lioca c lînu nuila h.anno a chc farc col 
•> cixt. Â e non possono per coniegucrua rappresenurc il riiultaio di quel 
" confronto tra Kc A fchc fu) conipiuio siil linire dci sec. xvi. Chc qu^-su- 
n nnic, ■// maiK dtJ ftfiibc, non jiossâiio lapprcït-'nurc il ri&uluio d'un con- 
Il fronio iUvenmn siil finir.- dd sci;. xvi, c cosa chc nnn abbiîORna di dimo- 
• jinwionc, csscndo il Bcaibo mono ocl IÎ47. « Grajic I Ma cîiJ ch' ïo 
meilo in dubbto si £ che qucstc noie (0 mcglio, quvsii.- varianii) sianu apptin- 
to de) lïctiibo, coRje sonn tcrtamciiie «uc le .thr« dî divtr'a n^tuni. Tbbcnc : 
giacché Tuceasione mi si prs-seni.!. di.-iidi.nj affL-rnrla pa dire »u codv&lc 
varianti lutio il min pcnsicro, du-, dopo ulcunt .iniii c dopo succcwivo ispc- 
zioni dct m». K. non è più qudio cli' ebbi alira voila ad e.vpnmcrt:, sia puiv 
în modo ini.'crto e pcr lo mcno pruùentc. 

Le vamnii, cdiie ncpli Sludj rem., t, pp, ij-jS, sono fane ntl ms. a punta 
di pcnii.i, ccon o^iii probabiliii non !ono dtl Bimto. Al nostio Iciicrato ciri- 
ciuecvntbui appancngunoiuttc k- alire posiillc (pp. 14 22 dv^tW Slfilf ai.); 
ma k- vcre c piopiic vaiûmî paionn a me latle d:i utia munt) antcriorc al 
Ikmbo. G'ub di più : run n'i naraviftlierci chVsse louero »R«he <Si quasi 
un sccolo anicrion al Ilcmbo, il qualc non scrisse, m badi, a punta dî penna 
' pochi rîiDCthi (non rcgisirall dal D. ')i:h' cjili kce tia Itnca eliiica, nclms. D- 
In qutfst" ultim*.*, U mano ix-mhina si riconnscc pirr sicuri irpiti caraiti-risiici; 
fuîlc ahrc v.iriami di K. Kiitic (inis^inumcntc, m3 nci nwigini >ia ntl IcMo, 
le pantcoliriti ddla scriiturn dcl Rcmbo îcna luii' aJiro clic pnccttibili a 
qtulsijsi ind:if(.itorc c paleografo LOnstmiato, Sono variami, clic non han- 



I. L'aitf, di cui ^paiola, é Main itliio in^hr. ctm i' raiurdle. ncll' îmro- 
■luiionc alla M&trpa ili A (IX- loili^, Smij di fil. '•'f'.,ll\, p. i|). Finiscc : 
» cssrndovi aD<hc alcuni Dologn(>i hcspiii ucrmi alla ïctosa (= AKtn- 
sic>nc). » 

1. Quc'Sti ritocchi, a dire il vero. n<n<ono siati nv\-iniii dfglisuidio&i.chc 
lianro fivsato scmptc glî ocihi !>cpra le Eiiaf^îcri pcMilIc dcl Uinibo ju D : 
niu csisiciio itain cnU* qi a c U. I rr es., c. 1 }t (Lj. de Biu.) si kf^u icpia 
IV di uni// un r, di n»i o del Beirto. CoîiI a c. 31S •t<l*(<'<'i.'o cuvaiu da 
un t/<fn), c. ésJ, etc. 



s. DBBENEDKTTI, Clt slndt pTvwni^aH m/M. 



ta. 



^9 



no caraturi fulc-ografici ilîsiinti c si presvnluno pcr quc^ito rii^pclto cosl inco- 
lori (menirc sono prexio>c pcr le Ic/îoni amscrvalc), dx poicr cswtt Jttri- 
buîK- iodit)erenttfiiiciii« a un ijujhia» uiiianisin iiuliano. E su qurno pumo, 
»pctio con tranquille ;tnîmD il responso di nuovi criiici o di ijuilchc espcHo, 
elle voglb picr suo conio riesaminarc ltflfj[a.m*: problenia. 

Dopn avcr loccito df ([ucslc postillc de: Bcnibo, voglio liir quslcoiu cta del 
Icitcrato fuirL-nliiio l'icro Ji Simon de! Ncro c ddlc sin; faiiclu- iiuomn .il 
nis. di Bcrrun Amoros. I/edinone di ({uc^to cin/onicrc, rapprescntJto, 
corn' c Doto, da una copia, di mano di «no Jac<^u« Tcissivr di TaniKon 
conservau parte a Firciuc (Riccâfd. 2814) t: pane ntlla E«tcnsc a Modcnj 
(his, Cimpori N. 8. 4 ; 1 i-i^), ^ ^'^ compîma' yicchi- ^li »tudîo^i fn» p<Ko 
avranno a loro dïsposizionc la bclla sillogc dtl chierico alvergnaic. Ndl' in- 
troduiionc alla ma sUniju ho t-sposit lo vark- idcc siijinctîtcniî dall' c^anic di 
qtiMto tnanoï^riiio, at:uî mîlcguno uniirit:ordi digio\ii)»za; ma Jal librodvt 
Dt-b,, se l'ediiionc non fos5c gii Mail licdnziata o <\uasi liccniiuu quando il 
»uuvu libre coraparvc, avrci poTuio irarrc una notiiûi assai imporunic che 
qtii comunicn volenrikTi a^lî caiditi. lu un codîcc miscdlancn dclla Natio- 
nale di Firciirf trovasi un frjmmctuu di quel lak- libio Jcl Cav. CaJiii chv 
ci c noto pcr la lavola constTv.na in fonJo al ms. Campori • c insivmc, ncl 
mcdcsinio codice, m ha la pTova chc U ms. di Bcrnart Amoros coutciiL-va 
circa un ctmiin^io di coniponinicnti, chi; non l'urono coplati da Jacques 
Tcissicr pcr trovani in altti codKÎ a di^pasinonc di Picro iv\ Kero '. Di 
qiicsto centinaio Ji poésie ^oltanto trent' otto si poiisono conosccri* ne] icsto 
djto dalla sillage dd moiiaco alvcrgnaïc, perché le lexioni di quctta paviou 
raccolia Turono ini^scriite dalb .stcisa Pîcro dcl N'eto hui compaiMnicmi di 
F' (cod. riccard. 1981) di }iia [iroprietJÏ *. (^uamo pu! il pt>vcro Jacques Tcîv 
MVT. che ci luluciaio ndia sua copia una tcscimonianza «vîtlenie dclla sua 



1. PiibiicaUeiis Je fVnivemti <U Frilvurj; (Suisse), vol. XX (191 1). 

2. Oteilcod. d«l cav. Gaddi fosse da avvicinjrsi aJI ms. >, av^vo gîâ 
avveniio, idcmiftcandolo con c» (posicJuto d.i!Io SicnRci». Dopo chc U> 
Sicngd pubblicii c, mi awidi dic m trait^va di un altrc niJno:>i.nUo, ciot: 
di lin' aitra copia di c. l)ra qucsta cûpia i pcrduu, ii».i un framnicnlo %i 
lu^zo net ms. horeniinoNjfiou. paJ. t iQS.uidicaioal D. dal Nuvati. CurïobO 
i die a Firen/c csîiie un' altra copia m i (vedaii Stroo»ki, t'olq. dt Mars., 
Cracovtc. 1910, p. iij). 

\ . I coJici sDi^o /*■ c nii.1 copia di c. La lista dd componinKnti, chc non 
furono L-opiati, e dat;i del DtiEwn. a, p. 377. Ho colLuionato it brève 
dixiinienio : p. 378, I. 2 qti (non .(«), 1. 20 gra^it^, I. aj nî; p. 379, I. 10 
A cIm'iI, l. 12 è sutodimcnticato 1 astcrisco a lato a iiV.i i^>tirj<>f-, ]. lOMrts 
(non r.riv(), ccc. 

4. Nei iiUTKiiii dd m*, il dd Ncro hi scritlo : L. S. Cioè : LUrro Slro^ji 
ovvcro l^-^ne s}ro;'i c non gla Uhro iUtmpiilc (vx-Ji or.i l'edî/. d! lie' 11. Amo- 
ros, p. 4/7) com' 10 intctpreui malaniene e coine il Deb. jjîu'il entente cur- 
reggtf ap, AV- 



J 



j^O COMPTES «EVDfS 

foa pcrîxU paleografica, non vcdo ûornc si po&sâ dirt- ch' i^gli &U stato una 
s»:riha di prolession'e (p. 86). Jjcqui.-s TdwTCr « sieur de Lansac, moitié 
frutccs et moitîv pioucnsal » coni' ^[t bir^aminicnic si chîamava, fa uii 
nicsclitno iruurinorc di codici c ccri^tmcntc [hkh întrndicnrir ddl' ^intîco 
provimutt;. CihïlasciaUutiacupi.i inrdi<:v. deturpau da errori ^rtusohni, nti 
in compcnso assai fcddc. in quanto lalvolta ha riproJotro, scn/a tomprctvdcr 
btuc, okune leitere e alcuni gruppi Ji letîere dell' yriiiinjlc. Quaiido il Dcb. 
scrîvc (p. 86) : ■ non si paà dire che aa' sia una copia fcdclc, n cgii dcvc 
aJtudere csclusi va mente ai ratio ch' c»&a non cl ha tranijudato tutto imero U 
mAnoscrittodi Bcman. ijh't alirimt.'nii qucs!' i-spKSsiODL- sarcbbc impropria, 
arui crrau. La copia é fTcttulQ^j, non c diligcuic. ms i fcdclc, percha i| 
truscrittorir ha i]Uiisi sempri- •.-opiaio, dirci, mucchinalmenie, induiirtandosi 
di tencni strvtlo at patini dcl chi<:rii;u alvcrgrute. <i Trovando&i, ad 
n vscntpio, in prvscn» di un m mantscola dï scriinini wmigoiitra qualc 
a dovcva e:SM:rc i.]Ui'lla dî Htrmart Amoros — ho tcrltto ncii' Introdu/ionealla 
I' ntk cdiziunc, ~ c^li, an^ri chc soiioporsi alla lèvera fatica di interpri.-urc 
R i.ùdvsta Icttcra, chc gli n-sistirva icnxÀ gran ragioac, %i limita a copiarla 
■• ule e quale la vt;deva iiel suoi démenti e »i;risse una specîe di 9, a cuU 
•• a(igii)n»c un sumiccrchio, mentrc-, con un pb di aUcnzione c pcr via d} 
• qualchc tatrcontu, avrebbe facilmcnie potuto risolvtre il piccolo problc- 
« ma. • Codcsia grotiw/-a cd ani-)n- î^nmatifia di Jacques i per noi pre- 
liuva pcrctié, l;iiti ccrti clic il copÎMa tiiill-j lu introdoito di suo, noî poi»ianto 
risalirc taloia ugcvolmcnic djlT crrorc alla Ic/ioiic []ri);iri3k' pcr mcao dî 
bupppoMiioni e cuii^ctiuic. Ci6, s'iotendi;, quando il guascu non ù trovava 
f(ii ne! cantonicra dcll' Anioros. 

A Ijcilîtare le nosirt; industrie i:riti<;lie, vîene poi iti aJuto U colLuione 
falU da Picro del Nero >, toi manoscricto dL-IC Alvcrgnate so!to gli occbi, 
niaiioscritto ch'era allora in possc^Mi dî Leone Stroiïi a Firvntc. Si tiatta di 
una cotlatione assai dUiçcnic, chc non abbraccia tutta la copia, ma che ta 
sana rcalmentc in pîù punli e toltauto di rado, quasi eccezionid meule, la 
guasia ancor più. Iii goierale, Picru dvi Xcru lesse baie il suu orighiale, 
e pcr consc^uciua le suc corrcïionî snno fclici. Ucl rcsio, pcr tutto ciô c 
peraltro ancora, a me non resta «;l]e riitiiindarc ail' iiiiroduxione délia cîtata 
cdizione dcl complemcnto di Bcmart Amoros. 

Qjjeiie o»crvaiioni nondiminuiscono punio l'inncgabile valoir dcl volume 
del D ■. Et deir averle faite îo confîdo che l'autore medc»imo m! sat.\ rico- 



[. Di qucsia colloxionc il Qcb. ha parbto, în vcriii, ttoppo poco. ^ un 
saggio notcvôle délia ditigcnra di uno Miidioso di'l cinqiitfct.'iiTO. Oà urJi 
niQMtato net luio piu&sîino volume sulla ïcjiione ricciirdiaiia de! ms. 

1. Qpakhcaltro appiinto qui in ticu. P. j, Ttrf.mw^iiino dj Pisa po- 
ircbbc euvre chianraio mt;gIio GirobnKi da Fî^a, m Liuaniu Terramagnino 
era un nome chc davau dai Sardi :igli abiUnii di Icrra fcima. Credo atuti 
per qucsto chc il Ptsano abbia com| mto la sua opéra in Sardcgna, Il cbe è 



s. DEBENEDETTi, GH stitdt (jToivn^aH w Ilaltû. 341 

nosceate. Egii pensa ccrto, comc me, che la rkcrca délia verità debba esserc 
posta al di sopra délie nostre umane suscettibilità di erudtti. 

Gïulio Bertom. 



anche confermato da dati intemi. — P. j, n, 7, sul testo proveniale tradotto 
dair AuoHimogenoveie,s\vtàiGiorn. slor.Â. letl. ilaI.,U, joj. — Per il testO 
di Tuixio (p. 4), è dimemicato ciù che ebbe ad osservare il Suchier. ~ Tralascio 
di mettere in evidenza qualche altra dimeniîcanza. DirA suttanto che la 
mano che sul priticipio del cod. braidensc A. G. XIV. 49 (copia del ms. 
Vatic, A faita nella seconda meta del sec. xvi o tutt' al più intorno alla 
meta dello stes^o secolo, corne a me pare) scrisse una nota firmaia A. Z. é 
quella di Apostolo Zeno. Nella citata nota è detto che tl codicc fu forse uti- 
lizzato dal Tassoni, il che è erronée, e che fu posseduto da Jacopo Grandi, e 
ciôè vero. Vedasi in fatti una lettera del Grandi al Redi in C. Musatti, 
'De//' atiatotiiia in Vetif^ia, Vcnezia, 1897, p. 84 ; Ivi il Grandi parla del ms. 
ora braidense. 



PÉRIODIQUES 



Publications of tue modern Languagf. Association of America. 
Cambridge, Mass. — XXII (nouv. série, XV), 1907. — P. îS-SS. H. C. 
Lancaster, Tlx sources 0/ nitàixi-aî Versiom of llje Peace-Fgbïe. C'est la fable 
du Coq et du Renard de La Fontaine, qui a Oié tant de fois contée sous 
diverses formes, pendant le moven âge, et sur laquelle on a beaucoup écrit. 
M. Lancaster ne nous apprend rien de bien neuf. Il y aurait pourtant çà et là 
quelques menus détails à trouver, par ex. ou aurait pu indiquer la citation 
faite dans Guillaume U Mare'c/ial, v. i î9S8. Il est inadmissible de qualifier de 
Komulus HorUianus le nis. Harl. 1288 du Musée brîunnique qui renferme, 
non pas un texte du Romulus, mais la traduction des contes de Bozon. — 
P. 2ÎV27S, L. A. Paton, A Study in iIm Legend of Merlin. Mémoire très 
approfondi sur un sujet qui a déjA été étudié par des érudits compétents. — 
P. Î7 1-420, Caroline Stron^;, Hisloiy ami relations of ll« Tail-Rhyme stropi>e 
in ImUii, Frencb aiiit l:nçlish. Il s'agit du couplet qui, en latin du moyen âge, 
est appelé rhythmiis caiidatiis, dont il v a plusieurs types. Miss Strong cite A 
ce propos \'Ars rhyllmiicamli qu'a publié Tli. Wriglit, Reîiquix AiiHijua-, II, 
jo ; on peut citer aussi la publication de Thuroi, dans les Notices rt exIr.iHs, 
XXII, 2*; partie, p. }îi. Ce genre de strophe, qui a été très usité au moyen 
Age, en latin et en français, en Angleterre, a déjà été l'objet de plusieurs tra- 
vaux, depuis Ferdinand Wolf, Miss S. se rattache A l'opinion de M. Jeanroy 
(Les origines île la poésie lyrique en France, p. 364 et suiv.). La dissertation de 
miss S. est faite avec soin et se lit aisément, mais on ne peut pas dire qu'elle 
ajoute beaucoup à ce que nous savions. — P. 465-520, A. Schinj;, L'art 
dans les a Contes ilrt-ols « île Gautier de Coincy. Travail estimable, mais mal 
composé et auquel on pourrait ajouter bien des faits et bien des idées, La 
supposition (p. 485) que certains traits de la Vierge, chez Gautier de Coincy, 
se rattacheraient à des conceptions gnostiques paraît bien contestable. — 
P- SSÏ-Î95. Lisi Cipriani, Studies in Ibe influence of ihe Romance of tlx Rose 
upon Cbaucer. Sujet qui a été maintes fois examiné (Sandras, Ten Brink, 
Skeat, etc.). Le présent mémoire n'est pas inutile, bien que les rapproche- 
ments établis entre Chaucer et le Roman Je lu Rose soient souvent bien 
peu probants. 



plîmnnmïriîs 



H 5 



T. XXIH (N. S., t. XVI), 1908. — P. I -44. \V. M. Hart. Vie - ««i/j 
Tait », a çemparatitt Slmly of Chaua/f iiariwUvt An. C'est le fjhliju du 
Meunier « Jcs [>cu\d«:fcs(Mootaig1on-Hayiuiid, V.iJi). M. Hjn montre « 
qu'il V a d'ori^naliti dans le rC-cit Je Cluiicer. — P. 47-79. A. de Salvio, 
IMUt ef Frtmcp-P/virnça! in Soiitbfm llitif. Cl îdiomc romtn, D7n itiHen, 
a ixi iaircKluit dans les villages de Cullc a dt: Paeto (dans la Pouillc. pr£s 
de Luccra) par le* Français lîtibln dm» c- piv* au iirtn;»* J: Chérie» 
d'Anjou. Il a itè considéré lo igicni|K conimt.- prove>K3l. et est qualilîê ainsi 
dans le spécimen qui en a éié imprime dan* Pi|tanti, i fuirlari ilnUani 
f ''7S)> P- '73'4- ^I^K Jc^p^i^ Mtirosl ^ m intr6 que ce romin va pluiât 
cchii du l.vonnati ou de la région enviromuntc ; il l'a étuJic avec bcuuctxip 
de 'ioîti, t;[ en a publia plusieurs éclli' ni lions ■. M. de S.i!vio ;i i'i:;onimeni;é 
le nicme travail, nui», bien ^u'il .)»urc avoir repris b Ui'he Jk l'endroit 
a\x Morosi i'iuM arrCti}. je ne vois pas qu'il ait rien apponé d'iraporuni au 
mémoire Je Morosi. ni pour le sujet ni pour les rc<cies. A ce propos, )e dois 
dire que M. Je S. a nmdilîé la gt^phie aJuptCe par «on Jcv:tiii:icr. II .1 emi' 
sulié. dit-il, des personnes nées à F.il-io, qui aciuellernent vivent aux Êiats- 
Vni*- Je ne viU te que vjictit eci ren\ci)(nc!iicms. lui pj^sanl, je signalerai 
un petit volume Jans lequel M. Je S. aurait tn»uvê quelques infornutioiii : 
M^rio Mandallari, YVn un fongrtsio t l'tilln' (iwiimaaica^wni e ttolf) (oa Jppttx' 
dise, Htia colonia proi-tn^aïe ueiC Italij imridiaajfr {CXx\» di Casiello. S. Lapî, 
19OÎ, 60 pages in- 12»). — P. 369-384, F, M. Warrcn, On ibedau mA œm- 
pMÎiicn of GuiiiAnmf Jf Ijirrii' h Hovan Ji h Rat n. Jean At Meuiig noiK 
dit qu'il continuera le pt>éiiitf plii% de quarante ans aprCi W moment où 
Guillaume de Lorris ■ cessera ". La date de ce Jcniier dépend Jonc du 
moment ou Jean aura coatmeneè son auvre. Eà c'est li le point où Ici 
critiques ont été «n désaccord. On a admis en fténéral que Jeau avait com- 
ment; en 1277, étant né ver^ 1250 (Ci. Parî>, Li litlfralurt (tan^alte au 
njur^n dV'. 5 1 m]', pr conséquent la première partie du Roman de la Kose 
aurait été composée vers rïj?. M. Warrcn place le commencement Je la 
seconde partie entre 1271, au plus ttM, et 1I74, au plus larJ ; pjf conséquent 
U première partie pourrait itre placée vers 1233 ou 1234. Celte opinion se 
fonde sur de> arguments en piiriie liiitoriques que je ne puis résumer faute 
de place >. L'ne hypothèse, assez spécieuse, u été récemment émise par un 
navrant italien, qui place le début de la seconde partie vent ]3{i 00 1256, 
tandis que Guillaume Je Lorris serait mon vers 121a 1. — P. )29-)74, 



1. // Jiill/Ho fraHca-broitHldU dï Eulit t CtUf tuir Italid tHfrid'wndU 
Ç^jlrchk'io ghltoh^ii'f italiatio, XII, îl-jj ; cf. Hoirtttnia, XXX, 448). 

1. Je dois dire que M. E. Langlois, oui a étudié en détail le mémnire 
Je M. Wartcn {Rum. irit. Jahreibrricht , aI, 11, too-lD2), en a rc)cié à peu 
prés toutes les conclurions. 

3. D' L. F. lîenedctio. Su ta cnmotogia Jtl - tUmun delà Reif>\ Turin, 
V. BoDfl, 1909 (dans les. -ïn/ de l'Académie des sciences de Turin, t. XLIV 
1909). 



\44 PèRIODIQUES 

W. M. Ilart, Tbf fjHiitH uW fiapuiar l.ilfrature. Considérations linéraîm 
.1I9CX inR^iciiKS, mats ne condaïunt i aucun lisulut bkn iniéresani, — 
P. 471-185. A Potter, Àmi et AmiU. C. Paris j ci^njcauri ^uc l'hisioire 
d'Ami et d'Amilc iuit une vieille téRcndc (iri«uulc. et, bien (lull n'ait paa et* 
en ^tat J'en donner aucune preuve, il a cepeTi<lant,'i dtvcnn repri^-s. insin*^ 
sur CTttc hvpothéw:'. contre Uqudic, tiaturellemciit. M. Bédier, ennemi, 
comme on saîi, de la « théorie orientale ». n'a pas nunqa6 de s'èlevtr. Mal" 
P,im »V3\\ raiNOn, car M. Potter a sisnalé deux cornes, un dans !c recueil 
de K.id)off(sud de U SAthic). i'.iiiTrc, dont il v ;i plii'iîeun i^daalom, d^ib 
signalé pat M. Nyrop ', mais >]ui avait Wuppé à l'.incntion de M. BWic»- 
La disscTtaiioo de M. Poilcr est imircssante et bien prcscntéc. — P. 497- 
J19, Th* miiidle rneliih l'ox (iox)<ind Ihr H'olf. Fable bien connue en France 
aus»î bien qu'en Angleterre. — P. S4Î-SSS- P. f^erf. A daMifitaticm of thr 
mts.ûf OgitT II Dit rai s . L'.iUtcur, qui n'héiite p« .i annoncer (ju'il prépare 
une édition de ce poème. ]nx?pow un classement de» mamiscriis qu'on ne 
pourrait ffitre appriîcicr sans certaines vihificjtion*. — P. iï7-î9S> H. S. V. 
Jrmcs, TA» <■ CJftmadh a im,i rtlaUd FM-Talfs. I:ttidcdét:;till^- des contes, la 
plupart oriemaiix, qui se rattacheni A ClMin^tl^t. Ptui-fitre eOt-il été oppor- 
tun de tenir compTi- de SUUiwiti. — P. s^■(^J^s. MaR.irct Shove Morrij, Th^ 
authonhip oflh v Ot t>riu Wnltmanii a.iNiiffv n Hùtorh SteriiiJociii. Cherche 
i établir l'ofiitiinn de M. J. I>. Brui.-e, «eloii qui ce% deux roniaa& latins 
«raient l'cKuvre de Robert de Mom. Qgani i l'oripine du Dt Orlu. il sero 
n^eïsaire ntaintenint de considérer le frasment des HnjnncM Gauvain que 
U Rimiatiiii j publié récemment. XXXIX, l. 

r. XXIV (N. S. 1. XVin, r9oq. - P. t-îi. j. W. Craw-ford, A Spa- 
uilb Fiirctof tbf tarly Sixlttnih Cfuturi. [Cette petite farce, qui n été décrite 
par D. Antonio PAe v Melia, tous le n" iil? de «on Citalo^uc des pièces 
deihédrre manuscrites de la Rlbtlnlh^i|ue nationale de Madrid, méril»îl d'ftre 
piiMite. F.llc A été composée cotre 1 )Hj et 1(13. cl représentée devant la 
îoycusc Ccimaîne de Foix et son second mari le marquis de Brandebourg. 
vtcc-roi de Valence, mon en i;23. Iji pièce cllc-mtïme n'a pas (grande 
valeur, nuis elle contient cependant quelques «cétws assez curieuses entre 
une d^mcrnlendenne. servie p.ir une duègne et pariine snubrette astillanes, 
i)ui répliquent très vivement a leur maîtresse. On aimait ii Vjlence, comme 
en Orient, les femmes grasses et nés fardées : a Bc'sta la cani «abrets-^ 
oso* », comme dit b dame de la pièce*, qui reproche A se* suivantes d'être 
trop maigres et, de plus, mal chaussées. A quoi elles répondent qu'elles 
aiment mieux tousser que de suer et qu'il v^ut mieui avoir la saleté aux 
pieds que sur le visaRe. Dans cette farce, les personnages valenciens parlent Ici 



I. Cf. Rimuma, XIV, ÎJ8-9; La tittér.frent., J 27. 

3. Dans son livre sur l'épopàS: fraïK^iise, trad, italienne, p. 19t. 



pÉRioniauEs 



MS 



dialcae du pays. I<» -iuitcs tt: castillan, et il y n aussi un Poni^ais ^vi d'iKoun 
dans sa langue. M. Cnvforà reconnaît que k rextc est souvent dxtit et 
> ÙT froiii cltMT jT limci «. M aurjit dû signaler les ;>jts;tKc« qu'il n'a jut 
compfifl et mieux ^^|M^e^ les mots qu'il ne l'a fjïi en bien dos cas. Aind 
V. iji. il faut imprimer lit » st fte n'r fenijul ci non fteutr V, ao8. lire smf 
»//ft non setueli. V 438. cnrrigïjr Çw!"»! 10 ffyia mal cri,iJa, car i^yW n'a 
aucun u-ns. V I14-116. fittta catUllam horaii Pirtumm UvthitHt pmilt 
Mrtijiu Ri^rigoeii hfcrm. Dans ce passage £vrii;i cii pour wii/i(i)rov. ,tnrat. 
cast. ùraJf, qui vient du catalan); ienthum est inintelligible et ^m/i ncl'cil pas 
moïn» f peut-être yfw/ hum pfcalt). Quant i l'allusion au proverbe Imer rnas 
argullo ifUf Ri^lri^d m Ut hctta. clic confirme b rtniarque dé)l faite qu'il est 
bien plus ancien qLic le supplice de Kod/igo Caldcron, ministre de Philippe UI, 
lequel Tut d'ailleurs d^cspitùti nonpenJu — A. Mobel-Fatio)]. — P. 307- 
aw.Gcorgr C, Keidcl.TV hisfo'y of frftwhFahU nianuscripit. On a annoncé 
ici jadis <XXVI. 156) un ManuaJ af .P.tapir Fahle hiuralure (18965. ^ur les 
livres ic ce ficnre qui ont lîté imprimés jusqu'J 1 500, compûs^ par M. Kci- 
dcl, ei nous avons dil que cette puMication éiiiit mal conçue. On en dira 
autant de la présente bi:bliO(;raphic qui concerne Ici nianiiscrics. Comme dans 
le pr^Ment ouvrafte, M. Keidel nous encombre d'une quantité de détails qui 
sont la plupart du temps înmiles, et omet les points imponants. Ainsi, pie- 
nori^ k- premier .initie (p. 308), sur le ms. de Marie de France intiiuli- 
i< Bruxelles, Bibl, rov-, 1019(1. . . u. I.'atticlc contient onze pages qui soin a 
peu prés ÎDuliles, cl parfois inexactcf : le n" du nis. n'est pas (d'après l'an- 
cien caiilo;ïUc) 10196, nuis to295-io]04. Actuellement, du reste, on cite 
le nouveau cautO|4ue puMIé par le conservateur, I*. Van dcn Ghcyn, 
où ce manuscrit est coté JîSî- Comme le manuscrit contient 46 
ouvrages CTi opcisciilc5 divers, il eût M utile de dire que les fables de Marie 
occupent les feuillets 3o6 v» il 2\o v». Ht enfin il n'aurait pa^ Oti inutile 
d'ajouter que le même manuscrit a Ht d^rit en grand détail dans la Romst- 
tiia, XXX, 29i-îi^. Je pourrais citer des ignorances de cciie force J 
chaque page. Mais, aprfs tout, h quoi bon donner h liste (d'un bout i l'autre 
mal faite) des manusCTti^ de iMatic de France > Est-ce que M. K, ignore 
qu'elle se trouve dans l'^ilion de Wamlier Kn vùrîitï, on sctonnc qu'une 
publicatinri aussi nulle ail pu prendre pWe dans un recueil scticux. — 
P. 294-3}! . K. Youag, Some Us(s of Uivrgual Pt'ip, [M. Youug a entiepm 
jprte bien d'iutrcs, mais avec plu* de pcrscvihïince, d'icUirer les origines 
liturgiques du théâtre médiéval. Quelques-uns des textes inédits qu'il nous 
rCvcle ici présentent certains traits nouveaux, A propos du tropaire du xi« s. 
conservé en Kap.igricet provmaini de l'abbiaycdç RîpoU (tt non i'ripotr)ÎA. V. 
insiste avec raisoa sur la présence du ntarctiand àc parfi^ms. un siècle ou 
deux avant la Résurrection de Tours (Marmoutler). M, Y. aurait dû mon- 
trer que les mêmes iropes, le " Sedeanius unguentuni emere v, etc., I« « Die 
tu nobb mcrcitor juvcnis etc. le u Hoc unguentum si multum cupitts u. 



M« 



P^-RIODICfF.*; 



VK.. tïgurcni dam le texie qu'il public, Jaos celui de Tours, dans celui Je 
Marbonn>;, et enlïn, m£lés à des vers dlcmituis, <lins les drjimcsdiude Wot- 
fcnbuncl et dins ceux d'Hdau. Que c« soil le t^tului d'uoe inftueiKe fran- 
çuJK. cVstecijuc se m Me raient prouver ki phras<;$ en frinçais «irofiii ^ut 
comienoL-m le* nièin» mt^iks cttiue M- Fronrnx(ttiJ />.iifl<Ji/. MituMlrn, 
pp. 60 et hJt) a pm pour du latin, l.'itn/infaiarius. qu'on appelle « Me^icus », 
(îftiJ., p. 89) crie à ijf fcmin: : • V'acum do al mila venteur », ce (ju*!! faut 
inierpi^er, j travers les fautes d^-seoplves ei des i^diteurs par : « vj-t-eadotic 
a b maie av^muic >^. Djns le jeu Je Bïiiediklbucr on a (rjiiipo%é le* scène» 
de IVlut des pirfùms en remplaçant les Trois femmes par Maric-Madelelne 
qui veut oindre les pieds Je jisui clie* Simon, wns même tliatiger le ■ inira 
se u de la rubriqui;, qui n'a plus de setis. Le ins. 448 de Saint-<jall (p. ] 18) 
à U'ie Dg{>osiln* et uac EUi:iliocrHcis décrites dans tous leurs détails: il y avait 
d)nc U'i dracnc du Vendredi saint it du SjmeJi siint pi' éliminai r= i celui de 
P.lqucs. Je souligne ta rubrique (p. }i]J u Dominica perïona rubca fasuU 
inJutiis. ..... habens vcuilluin îii minit ». C'est le tvpe que l'art 3 popu- 
larisé. — G. CoiiHH.J — P. jj3-;4{. S, !.. Cîalpîn, Forluiiti IVeel in Ihe 
Riitun lit hi Knu. Eit illisible, nnU pit d'idées nouvelles. — P. ;6;-4tH, 
W. A. Nitie, Th^ Fitlur KiHf in îhe Graîl l^mavtei. (Voici, suivant la 
manière de voir de M. Nitte. rîiitcrpreijtîoo de la cérémonie du GraaI. Le 
pè(c du Roi l'écheur ou sa n doublure ■> e*t le dieu miiilc de la végétation 
rcprésemé quelquefois de même quOiiris, Adonis, DionvMis, comme 
éieudu mon sur sa couche funéraire av«rcunc épée brisée i ioa cifii. Dans 
Il version de Chrétien où ce personna|;e a gardé un reste de s-ie, M force est 
miraculeusement entretenue par le (îraul, qui répond à la xittt, ou cor- 
bcillv sacrée des mv>leres antiques. Qiunt au Roi l'écheur lui-niêiiK-, il est 
un intermédiaire entre le dieu cl Ihutnaniiè. La force déclinante de la 
Nature est symbolisée par U faiblesse et les infirnutés du Roi Pécheur et par 
la djvasuiion de son royaume. Bn sa qualité d'iniermédiairc, c'est lui qui 
dirige les chevaliers d'Artur ver* le Château du Graal, reçoit Pcrccv.1l et 
prétidc au repjs du Graal : c'est .1 lui enfin que doit êtri.- adrewéc la queilîon . 
I.e chevalier du Graal qui prend pan a ce repas mir.iculeux ci accomplit 
avec succès b cérémonie d'initiation, établit .linsi cnire le dieu et lui un lien 
du sang et devient le successeur du Koi Pécheur. La notion du roi Pécheur 
dérive peut-être eu droite ligue des tiles agr.iires des Celtes primitifs de b 
Gaule, du pays de Galles et de l'Irlande, ou encore de cultes non celtiques 
importés par les Romains. Lcscenitc^où les élémcms celtiques. ){ailu<roniaîns, 
orientaux et chrétiens ont fusionne sont, d'après M. N.,Glasionbury (Modirn 
Wifa/of/l, a47-S7)clFécamp.Dan5Ccdemieroii trouve une légende du sang 
sacré que .Kl. V. considère comne semblable .iux mythes agraires d'Attîs et 
d'Osiris. La vogue du roman de Chrétien (niussa d'autres poètes a remonter aux 
sources dont son Vivif n'était qu'un ré.sumé imparfaîl. M. N., d'accord avec 
Hciiuel cl Nutt, reconnaît que le ronun de Joseph d'.^rîmaihîe fournit 




PÉRIODiaUES 347 

l'exemple le plus neitcment établi de rapports entre les rites du Graal et les 
croyances primitives dont ils sont dérivés. Il approuve l'hypothèse du prof. 
Rhys qui explique pourquoi ces romans d'initiation se présentent comme des 
récits d'une quête. Avant de rechercher les origines du Graal, il faudrait être 
d'accord sur la valeur relative des versions existantes. Toutefois l'étude de 
M. N. mérite des élevés pour l'effort qu'il a fait pour interpréter l'ensemble 
de la légende du Graat. Les études sur lesquelles s'appuient les théories les 
plus probables de l'origine de la légende arturienne ïont la littérature cel- 
tique et le Folk-lore. Tant que ces études sont à l'état embryonnaire, M. N . 
a bien fait de se borner en général aux rites primitifs qui ont été le mieux 
étudiés : les mystères antiques. Les rapprochements celtiques que M. N. fait 
nous semblent trop peu certains pour avoir une grande valeur, et la légetide 
de Fécamp nous paraît un témoignage fort douteux. — G. Schoepperle.] 
P. 476-493, J, E. Matzke, Oti llx hislory 0/ falatal A in Freiich witb sfc- 
(ial rffereiice io o and open e. Par n on entend le signe compliqué du fr. gn 
ou ign, en provençal in, nb. C'est VA mouillée. Ce son a beaucoup perdu en 
Irançjis, surtout lorsque I'm termine un mot. Jadis on prononçait /mi», comme 
le prov. juith. On peut hésiter sur la question de savoir si dans l'ancien temps 
on prononçait ai, oi suivi degn, comme une diphtongue, ou simplement comme 
(j, o; ainsi, quand on écrivait châtaigne, montaigne, prononçait-on motilai-gne 
ou monta-gnt, clidtai-gne ou chata-gne ? J'ai toujours pensé qu'en français 
propre on prononçait chata-gne comme le dît M. Brunot (f/i'iJ. de la langue 
françaist, 1, 487). Matzke présente une opinion assez compliquée, qui varie 
selon les dialectes. Ce travail, que je ne puis examiner â fond, exprime 
des idées toujours intéressantes, alors même que toutes les conclusions ne 
sont pas absolument démontrées. — P. 494-546, M. P. Brush, » Ysopft 
III 11 of Paris. Fables en prose très semblables à l' Ysofiel l dont les diverses 
copies sont en vers. Ce recueil, qui est vraiment bien peu îniéressani, est 
publié d'après le ms. B. N. fr. 983, de la fin du xv=, sinon du xvie siècle. 
— P. 676-686, H. A.Todâ, A recentlv discoi'ered fragment 0/ an (Vil Freneh 
Ms. 0/ the H Faits des Romains n. Deux feuillets détachcsd'unt; vieille reliure. 
On sait qu'il y a des Faits des Romains au moins vingt-cinq copies, dont 
plusieurs datent du xiii^ siècle. 

P. M. 



CHRONIQUE 



L'Institut de France a attribué, en 1910, la plus grsnde partie du prix 
Volney à M. É. Bourciez pour son livre intitulé : Éléments ik Un^viitiqtu 
romane (Paris, Klincksieck). 

— L'Académie fram^aise a décerné le i«r prix Gobert à M. Bédîcr pour 
les tomes I et 11 de son livre intitulé : Les légendes épiqnes (Paris, Champion, 
1908). 

— L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a décerné le prix La Grange, 
en 1910, à M. L. Constans pour les t. III et IV de son éditon du Roman de 
Troie, et, en 191 1, à M. E. Langlois pour son livre intitulé : Les manuscrits 
du Roman de la Rose, description et classement (Lille et Paris, 1910, Travaux 
et mémoires de rUniversité de Lille, nouv. série, vol, VII), 

— La même Académie a partagé le prixChavée de 191 1 entre MM. Georges 
Millardet, auquel elle a attribué 1400 francs pour son Recueil de textes des 
anciens dialectes landais et ses Etudes de dialectologie landaise, et M. F. Boillot, 
auquel elle a attribué 400 francs pour son livre intitulé : Le patois de la 
Grand'Combe (Doubs), Elle a accordé en outre une mention honorable au 
Glossaire du patois île Blônay, ouvrage posthume de M™* Louise Odin, avec 
préface de M, L. Muret, publié par la Société d'histoire de la Suisse 
romande. 

Livres annoncés sommairement : 

Les poèmes vnuiiois et Us mystères prcnvnçaux du Xl^' siècle. Étude littéraire 
parle prof, Silvio Poks. Pincrolo, typographie sociale, 1909. In-S", 17 
pages. — Lus mystères dont il s'agit ne sont pas ceux qui ont été trouvés 
dans les environs de Briançon et que M. l'abbé Guillaume a publiés jadis : 
ceux-là au moins sont géographiquement assez voisins des Vallées vau 
doises. M, P. trouve un certain rapport entre les poèmes vaudois et les 
mystères publiés par M. Jeanroy et Teulié qui sont d'un pays fort 
éloigné. Aussi les rapprochements supposés sont-ils bien contestables. 

Tiie Trinily Collège Apocalypse, a reproduction in facsimile of ihe manuscript 
R. 16. 2 in the library of Trinity Collège, Cambridge, with préface and 
description by Montague Rhodes James, with three fully coloured plates. 
Printed for the Roxburghe Club, 1909. In-fol., 33 p. et 62 planches en 



CHROVtQjUR 



W 



ptiDtoCypic, en noir, représentant lis ff . jj Ju ms: en outre, irui» planches 
«1 couleur repriîicntent les ff. t verso, tj rccio, 2î recto. — L'Apoca- 
lypK «n fT2tif;iis du ins. de IVinKy Collège (Cambridge) est iissurénieot 
^ cl on le Mvaii depuis longtemps — l'une des d'uvres le* plus rcnwr- 
qiuHes de l'an jngbis ou an^lo-normand du xiti* si^lc. Au poioi de vue 
di; la langue et de li littiïrature, qui ïniércy^c «pOcialemcm la RtTmaifia. 
•:i:lte vrrsion de l'Apoc.ilyse n'est pas non plus wn» intcrfi, et, j tous 
égards, on ne peut qu'ap|irouvcr et mJïiiic admirer la belle rcprodueiion 
du mi, de Onibridge, dîri|i^c par M. Jamc«, depuis longtemps bieiiconnu 
par ses travaux sur la paléographie et sur l'hbtoîre delà miniature en 
Anglclertc. Tant pour l'ornement ijue pour le texte, ce livre cm absolu- 
ment disùna de^ apocalypses illustrées quel'on connaît. Kot^nintent il ne 
se rattaL'he en rien aux mantiscriis que M. Dellsle a décrit), il y a dix am, 
pour 11 SoL-iûid des iincïens textes franvais, H serait d'aurani plus intér«< 
sani de savoir où il a éli exécuta. F^st-ce dans quelque .ihtuvi', .\ Sjtni- 
Albans, iCaniorWry ^ ou pour une famille ? Malhcurcustmeni on n'a, sur 
»'e point, aucun indice. Tout ce qui est certain, c'est qu'il a «iti fait en 
Angleterre. D'ailleuri', l'histoire du nuTiuicril ne remonte fa uu deB du 
commenceraenl du xvii* sitcle. M. James s\^nt spôcialemeni mtéressé à 
rorncmcnlaiio» n'a pas jugé à propos de transcrire le texte, comme a fait 
la Société des anciens textes pour rApoi.alypse delà Bibliothèque natiomle. 
Il faut dire aussi que le ms. de Triniiy est très facile d lire et ne prfriente 
pa« certaines difficultés que présence le manuscrit reproduit par la Société 
des anciens textes; d'iilkurs l'édition de notre Société exigciit naiurel- 
lenieni U publication du texte. J'ai donné, dans ÏApotalvjue tn français, 
quelques remarques sur la langue du ms. de Trinicy (cf. Hûmanùi, XWIV, 
92). Naiurellemcnt, c'est un travail i reprendre. Il y a là nutïére pour un 
étudiant en recherche d'un sujet. — P. M. 

Di uti preititilo lanicmiert pnifi^ale Jî Roberto •fAngO*. Memorin dî Vincenzu 
DE B.\RTfioLOMAEis. Bologcta, 191 o. In-4'>, 14 pages (extrait de l'Académie 
des sciences de Bologne). — Ce mémoire est désiippoiniant. M. V. de 
Ranholomacîs nous parle d'un érudii napolitain, appelé Carnets, qui, en 
1860, avait tKcasionnelIcmcm fait savoir que le comte Je Provctwc Robert, 
roi de Naples, avait possédé un diansonnlcr provençal qui aurait été 
d'une grande valeur. Après avoir longuement disserté sur celte asser- 
tion (à laquelle personne n'avait fait attention), M. de B. aboutit 1 dire 
que le renseignement du Napchlnin n'.i aucune valeur, étant simplement 
— ce qui saute aux >'eiix — enipmnté à VHisioirt tl diro7n\in df Pny 
\>e«ct, de César de Nostre-Dame. lequel a tiré tout ce qu'il dit des trou- 
badours, comme CD le sait bien, des fabuleuses VitsAti foitu provtnçaux de 
Jean de Nostre-Dame. Donc, rien de neuf. 

ArdihfM anc'fftnrt dt ta ville Jr Saiiii-Qumlin publiées par I£inm.ini:el 
Lluaisi;. t. ][ (1 J3&-I400), Saint-C^eniin, au siège de la Société acadé- 



550 



CflItONIQjtJP: 



mîi|ut:, 1910. In-4«,cLXXi, i)s6p, — l-i Société acjd^miquc de Raint-Quen- 
lin, 4}ui 3 tccvnimtrnt publia uu xta cuTÎeux ni>Mèru de I.1 nivnic vjllc (voir 
RoMtUiia, XXXVIII, 497). avait jadiï niU Jii jour, sou« le titre d'ArcHift 
•tneitffwt dt ta vUU <lfS'iiil-Qutrli<i, le lomi- f« dw plui anciens docu- 
tncots municipaux du ccitc ville (1076 it ni8). L'iiiiprcuian, dirigk'^- par 
M, Ix-maittf, «hait prfJcMce d'une itudc >ur W origine» de la commune pnr 
Arthur Gir>-. Knue c«<> documeats, un grand nombre sont en langue vul- 
{{3ire(i317, 1123, I3J7, etc.), et, par «uitc, intL'refwm mm urulcnicnt 
l'hi&toire locale, mats aunl les études romanes. Le second volume, ^uî 4 
p^ru bien longtemps dpris le premier, n'eit pas moins recoinmaiidablc i^uc 
le pr^^eui. L'nliccur, M. Lemairc, a mis en i^e un imponam mémoire 
iiir l'histoire Ai Saint-Qucni'rn au x^\-* siècle. l<s documems de l jïS a 
14m) ne ^otn guéri: moin» utiles, .lu point de vue de nos études, que ceux 
que renferme le tome I". Jusqu'A la fin, les pièces locales sont dans la 
langue du pays, et, dan« le nombre, il jr a ccriaint document», notamnumi 
les comptes, le» inventaires, les lesumcnts. qui contiennent des mois ram, 
jusqu'j prvscni in-connuv ou mal opliquis Jjas les iliciitiiiiuitcs. A cc 
point di; vue, il n'aurait pas êiO inutile de joindre uu volume un petit glos- 
saiie. — P. M 

Uustav Grargc Lauiuchek, 7"'.* ptui Unsn in t'rrnch (dissenaiioti de l'Uni- 
versité Johns Hopkins). Baliiniore, J, H. Fursi, 1909. In-R", l>o pages. — 
IJaiiMJe tra\Mil, en rtMlilL-di: 44 pagn (il y a au d^but une copieuse biblio- 
grjiplite), M. L. ^iidie Jvec niflliode i:\ Tmeue deux quc.>tton\ relatives 
aux temps passés en franijais. Le pietiiier clupiuc (le plu^ important, p. 
16-40J pone sur la valeur inchoatJvc que certains graminatrîens ont 
reconnue dans noire passé défini. A l'aide de noml-ireux exemples pris aux 
diriereiiies époqueï de la tmgue, M, L. montrt; que celte valeur se 
trouve i tous le» lemp«, qu'elle dépend non du Icinps, mais du seiu du 
verbe, et plus encore du contexte et de la pensiv exprimée. Dans le 
second chapitre-, ^eion la même miïthode, cV^t-^k-dire avec de nombreux 
exemples bien clioisi» et bien classés, l'auteur précise les ditTérence» de 
sen^ et d'emploi qui existent en Iran^ais aQde[\ et modenic entre le pjssé 
.intérieur et le plus-que-parfair. — H. YvoN. 

Henry Martin, SoUs oh liie svnlcx of thf Litiu imcripUens joutui m Spaîa 
(dissenaiion de l'Université Johns llopKins). tîaltîmorc, J. H. l'urst, 
jgcy. ln-8<>, 49 pagt:^. — Pour cette disienation. injpiréc pur les iravaux 
de MM. Camoy et I^irvon, M. M. a utilisé, outre le matériel fourni par le 
premier de ces auteurs, iï l'exception des inscriptions sur amphores de 
C. t. /,, XV, le radicule 9 de YHpiKtiitrii rpi^imphica. Il -.1 l'oiiné ^insî un 
recueil d'exemples rcUufs aux confusions dans l'accord des adjectif» avec 
les noms, d.int l'emploi des cas, temps et niodcs, et .1 l'usage des prépost- 
siiions et des adverbes, heu rapprochements avec U langue de l'époque 
classique et de b décadence sont nombreux et iniéresiants : il est regret- 



CMROKiallH 

Liblv que les c^elIlpl» (iréï Uu iiiKiipiioiu tiv mian pas nits nt:n«iiieni 
t:n rtlicf. Quciqii» rjpproi:)K-nicDls avec l*an^1jis sont peu probants. En 
concluiion, M. M. constate que les déviations de rii»age nomul Nont 
moitu fréquentes î^ttv djns Ici im*;ripiinn$ latines dv la Gaulv. L'ini1ikeiik:e 
Je b syntaxe ptîétiquc «rt de la IjnRue de la Vuljjatc est très sciiMble. I.e> 
tcnsvigncmenis sur l'espagnol, en tant qu'il sedUtUiguv des Juires Un^ucs 
roniancs. sont très rares. — H. Yvos. 

A. PiiiuPPlDE, Vh ipeciaitil Tomdn Ui Up^taAi^i, lllescu, 191D. In-H". lyu 
jwgcs. — Ctitc Jonc brochure ks\ une cfîlîquf, souvent 1res vive, des KJ- 
vauK dtt M. G. Weigaod ei de ses ^ève*. Nous n'avuns pas â pn-ndre par- 
ti dam le dcïbat, qui revêt parfois un caractère personnel, mib iiou> 
devions signaler celte brochure pour les correttions nombreuses qu'elle 
apporte A divers otivrage^ d'util lut ion cotistanti.*, cii particulier la Priittis- 
cfx Graimnaiik àtr mmiUnulKU Spraclv de M. tj. U'eigand (cf. HciuaHiii, 
XXXIII, IcS), et U colleciiot) dci Jdhrtshfricl'U ,lfi imliUiH }hr româu. 
Spi. ;h ir'^î'ff. dont nous avons rcnJu compte ici tcguUèTcmeni « dont 
M. Ph. reprend un A un tous 1» articles. Les index pcnitcttrontdc tirer 
facilcniCDt profit dw ob*er\jlion» di: M. Pli. — Mario Kout't^. 

CRtsitEs's vciNTRO\Fi/.r' Coûta dfl Ciaiil(Pennmi li fclcù). .\bdruc)t dgr 
Handschrift Paris, frani,ais 794,Nichl imBuchlwndd, In-B", laj p. (S.i.ni 
d.). -- L'uutcuT de i;ette publication ne s'est pas nonitni. Nous supposons 
qu'elle csl dut i M. le professeur Haist. qui, il y a bien des années, avAit 
annrnci une édition du Ptrcaat de Chrétien de Troyts. Ij présente publi- 
cation est-elle un travail préparatoire à lediliun propt^sC-c,ou faut-il %uppO- 
ser que celte ^diliinn est abandonnée^ Il est assex ddlcat de juger une 
tcuvrc L)ui n'est pa.s daii> le coninicrcc et qui, p;tr i:on.séi)ucnt, a le carac- 
tère privé. Nous nous bometons à quelques nruseÎKnemeuts saus «iitrcr 
djns U ctiliquc. Quelques lignes tînalcs. à la p. 123, nous apprennent que 
cette publication reproduit le ms. tà. N. fr. 794, eique cette reproduction 
est absolument exacte i partir du v, 617; (mais que peuM^r de ce qui pré- 
cède.''). Le texte contient 919e vers. \x% feuillets du m», ne sont pidsciiîvs, 
non plus que I.1 correspondance avec I édition de Poivin. Disuiis dtmcquc 
U' V. 9198 correspond au v. lo^oi de i'otvîn. Il y a une labl/dts noms et 
un glossaire; niais, à la différence de la table, le gluMaite n'a paa de ren- 
voi* ' — P. M. 
DAKrt .^LiciiiLRi, La dlvina Comnitrdia. rdUrd nmi nimçJalai by C M. 
GRAKnt;ENT, vol. H. Purgalûi io. Boston,- lle.ith and C", 1911. Pet. in-»". 
297 piges. — Nous avons annoncé priciiJemnKnt (XXXVIIJ, (jy) 



t. Un compte rendu détaillé de cette publication vient de paraître dans la 
HtWHHilc Rn-inu, II, p. 101-03. par M. R. Wceks. d'où il résulte que la repti- 
duciion du nis. fr. 794 est 1res peu cxacie, aussi bien après le vers M'S 
qu avant . 



!S2 



fROKIQUË 



le premier tome, dont nous avons appifcié le» mérit»; le torae II » droit 
aux m&niesilogt,-5. 
Diii passi' dèfiii und itufhirfail in AUjianiôiischeii, von P. St^MAEKKTEi.IN. 
Halle, KicmcycT, [911. In-fti>, 8j page» (forme k fasc. jo des BeHit/U ;ur 
X. f. rom. PbihI.). — Le travail de M. Sch. ne lient pastogt cequcpronwi 
(c litic. L'ancîcD français k r£duii k trois auteurs. V'illclianloulo, Hetiri 
dt Valcncicnncs et Join%'ilIc, choisis parce qu'ils sont exempts d'infiiicnic 
laiini:. Un outri:, mr i] pages, lî sont consacrées, au début, ^ exposer tout 
ce qui a èti dit Mir le sujet par les graniitiairien». surtout atk'm.iiiOs, ci 21 
autres (4$-6ir) traitent de question •; variées, comme la racine indo-curupéctinc 
de fu i ou df h a b L- o, b confusion qui s'csT établie dani la lanj^uc niaJemc 
entre ftfut <a futhi, fin/tënx jt %uii aiU, et l'cniploidupaiié ijidéfmi chez 
1 j Fontaine cl Bossuet. Les pages qui trjiieni plus spécialement le sujet 
sont divisik-s en Jeux chapitres, doiH le ïccoiid (yo-Sj) conCL-rne le* verbo 
étfoir et itrct employés seub et joiiinie iiuxiEïaires. tandis que le premier 
< 16-47) concerne tous les aulr» verbes. Oan^cc pieniicr chapitre M. S:h. 
fait utie comparaison minutieuse entre l'usage de ses trots auteurs et l'usag); 
moderne représenté par la traduction Je X. de U'ailly.Leirilducicurs'étanl 
appliqué â coosep.cr le ton des orifjlniu»;. l'usajîe moderne «t imparfaite- 
ment représenté, et les cas d'accord entre les textes sont peu probants; 
les cav de désaccord seuls aont vniinient signiticjtifs. M. .Sch. niontrcbcan* 
coupdelînesse pour îmagÏTier les raisons (»cniimenls ou émotions) qui ont 
anicaé l'auteur a employer le p;tssé déliai et le traducteur l'imparfait, ou 
réciproquement: m ni s son étude, constituée par des solutions successifs 
de petits prot>lénics, ne Uisse pas une impression d'ensemble sur l'uugc 
de ses iiuteurs. La conclusion esi que. si le traducteur emploie pitis rare- 
ment le passé défîiti, les deux temps «ont employée aux deux époques 
avec b même signification e: dans les mêmes proportions. Le second 
chapitre fit plu^i neuf. M. Sch. y montre, avec quelque- subtilité, les 
diiTérentc^ valeur> de iV mt et il Jul (narratif ou explî^atil', àvtx nu san* 
signification inchoativc) el prouve par df nombreux exemples que ses trois 
auteurs emploient rimp«ri3it comme temps relatif (présent dans le passé) 
et te pass? détînî comme temps absolu (dos holierlt Per/rhlum) avec une 
certitude et une fincsMï qui font souvent défaut au traducteur. —M YvON. 



Le ProprUtain-Gérmt, H. CHAMI'ION. 



«ACUN , P«OT*T ra£llES, INPXIMLUIIt 



TRAD1 



ofMOTi 



DE LA 

MUWMEDICINA DE TEODORICO BORGOGNONI 

SUIVIE DE 

RECETTES POUR LE VIN 



Dans les noies qu'a laissées le rc|;rctté Lèupold Delisle en 
vue de VHisloirc Huératre dt la France^ et que M. Paul Meyer 
m'a communiqut-es. se trouve l'indication suivante : 

Ms. .-ippanenani à M. Vacher de Bourg l'Ange, d'Aunllac, en 1786, ren- 
fermant un trailé de nuréch.ikTic écrit en provctual p;ir h Tcderic doctur c» 
U art de phctica e de siirgïa e bjchilîer en s.incU leûlogîu e cotifeuor de 
Mosetiher Honoti papa ». — Morcau, î47- *■ '4*3 v". 

Le n* 347 de la Gilleccion Morcau, à la Bibliothèque natio- 
nale ', contient la correspondance échanjîée entre divers érudils 
auvergnats et le Cabinet des chartes placti, à la fin de l'Ancien 
RC-gimc, sous la direction de Moreau'. Parmi ces érudits 
figure Jean-Charles Vacher de TounK-inire de Bourg-l'Ange, 
qui a fini par adopter le nom niodifii!- arbitrairement de Tour- 
nemim, né à PÈeaux (Cantal), le 4 novembre 1755, mort à 
Mauriac, le 20 septembre 1840'. Neuf lettres de lui et ditfé- 



t. Voir II. Oniom, Intrntai'f iU% ttumustrUi de la Callrction Afprrtiu 
(Paris. Picard, iSi^l), p. iS. 

2. Voir à ce sujet, outre la prélice de l'inveiiuire de M. Omout, le 1. 1 
(le la publtcadon de M. X. Qurmes, Le Comité âti Trnwix historiques 
(1886), p. IV et s. 

;. lia une notice biographti^ue dans U Biographie Micliaud et d!ans le 
Grand Larousse, où son Dom de terre Ji Bcnng-TAfig^ est travesti eu Je 



JImmu, JU.. 



ij 



1 



JÎ4 ANTOrSE 1H0MA5 

renu mémoires sont conservés dans ce volume. Il est question 
pour la première fois de la traduction proveni^ale de l'œuvre de 
« Tciicric o dans une lenre du 21 août 1786, dont voici des 
extraits textuels qui iditicront le lecteur : 



Monsieur, 



A Aurillac le 11 Aoust 1786. 



J'ai iii\i rendit compte ^ M. M. les ofTiciers niunidpaux de cette ville de 
l'honneur que j'ai ilc corresponilre avec vous, et du désir nue vous m"av« 
témoi^é d'avoir tt» copies de ccnaios actes contenus dans leurs archives; 
... Je dois N-ouiaiotiier aussi qi]c nous avons non seutemeiii.... maïs encore 
d'autres cnqucML-s dvs deux parts et Nîaucoup d'aulrts procédures qui furent 
terminées par deux sentences arhitralcs b première de l'an 1 2K», et ta seconde 
de l'a» ll^H... J'ai l-q propriété une copie de ces deux sentences arbitrales 
traduites en langue vulf^aîre d'Auvergne sjus douce pour l'usage des consuls 
et autres habitants tgui n'eniendoieni pa.s le bun, A U suite desi^uclles et dans 
k inânie langage se trouve un petit traité de maréclialerie contenant diverses 
recettes contre les maladies des chevaux composé à U prière du pjpe Hoiio- 
rïus (apparemment d'Honorius 4. qui vivoti «□ 1286.) par u» nommé 'l'éde- 
ric, son confesseur, Bachelier en Théologie, et Docteur en l'an de Phj-sinuc 
(ou pïustosi de Médecioc) et de chirurgie. Vous me permntrei de vous rap- 
porter ici l'intitulé de ce petit traité dans son propre lanf^ige et en imitant 
autant qu'il me sera possible le caractère d'Hcriture de l'original, que j'auroU 
jugé du cominencetitent du i j.' sii'cle, «i la date de IÏ9K. qui y e>t rappor* 
tée ne démontroil qu'il ne peut Être que de U fin : 



Bouhngtr. On irouvera mieux dam celles que lui a consacrée*) le comte 
de Dïcnne en l5te du premier volume de la Rnite Je lu UattU-AttttTgtu 
(Aurillac, 1899), p. j et s., au cours d'un article intitulé : Im arcbnv-t dt ta 
vUit ft Je rnbbayf iJ'AtirHiac tu ijSj.J'afris la (frrespoiulance et lei trunscrift- 
lions Je Vixfher de Bourg-l" Ange, ut dans Iv t. X (1908) du miiinc Recueil, 
p, 37^181, au cours d'un article intitulé : Lt ptinire KuJvr lU Toumtmw.U 
n'est pas quesitioii dans cet article du manuscrit qui nous intéresse. A noter 
que Jhvii'g-r ,iiif:i- C^t une graphie faIltai^i^le de Biniihuti^e, mieu^ Bouilangti, 
hameau de la commune de Drl^uac, canton de Plcuux, que je soupi^ounc île 
représenter un type pruuhil lalm "Burnauicos. Le Dht.lopogr. Ju Cantal, 
de M. Amé, n'a mallteurvusemeni pas d'exemple antérieur i ié}7. — Je dois 
des remerciements i mon savjni ami M. Marccllin Boudet pour m'avoir 
Indiqué l'article du comte de Uienne. Voir plus loin, p. )i6, n., i'iodicatioa 
d'une publication de M. Gabriel Esquer qui m'a été signalée au dertiicr 
monmit. 



TRADUCTION PROVENÇALE DE LA « MULOMEDICtKA 

i:l nom 4e attire unbor diru itsutùit e de U sancla non Jtuisa 
irhiilal ^ leu InUrû ilxlor en ta art Je p/v^ûti / dir turgia < ba^ltuU^r yu uincti 
tfohgîo t (onjfiii» de motenhrr Ixmori fnpa JE Itu f'regttlî pa luj iompiiar .j. 
litre deis eaitals quar aiuais es la plut nûbla bnlia Je tolus Un brillui de luj e Jelt 
siens gwierttamtm Itattar tnimdem, ^.. &. 

Ce Rianuscrii dom je ns rends |>a$ à beaucoup pris l'écriture >ussi belle 
qu'elle l'cM d.im roriginal coiitiitc co ] i fouîllst» de parchemin rclik's en boU, 
et <ic format in-4". Je vous avoue. Monteur, que ce Théologien, confesseur 
du Pape et Maiécbil expert m'a par» curieux. 



5iA'M(' : BoUKC-l'AnCB. 
(Bibl. nai,, Morcau, 547, fol. 140 « i.)i-) 

Vacher rc\'k'nt sur son manuscrit dans le post-script uni 
d'une lettre du 10 septembre suîvanr. 

A Aurillac le 10 .y.bn 1786. 



Du mitne jour à 7. heures du soir. 

Le iraiti! de Maréchalcric qui se trouve k la fin d'une copie de ces 

sentences tjui m'apparticm. 11 "e^ en aucune manière des dépendances des 
deux premiers acics et n'a absolument aucun rapport avec eux, il ne se 
trouve dans aucune de^ exp«.'dition« originales latines que nous avons dcsd- 
scnienct». 11 patoh que les consuls de ces temps là n'entendant pas le latin 
des originaux m tirent faire une iraductio» eu Ungue vulgaire du pays A U 
ïuiie de laquelle ih jugetent à propos de placer ce traité de Manïclulcrit: qui 
peut être étoii alors csiim*. qui du moins pouvoit être regarde: comme 
curieux à raisoa des titres que ponoii son auteur. 

Oln'd., fol. 14S ve.) 

Il est probable que le manuscrit île J.-Ch. Vacher n'est pas 
définitivement perdu. En 1862, il était à Paris, en possession du 
libraire J. Tcchcncr qui Va fait figurer et décrit, sous le n"?, dans 
sa Descripiùm raismn/i- d'utw- coiïfn'um dxiisu- d'andeits manuscrits... 
(Paris, Techener, 1862), pp. i i-i ?. Deux ans après, on le voit 
figurer dans une vente faite i Londres, par la librairie Sotheby, 
de uianubcriiï> de la collection Libri'. Depuis lors on perd sa 
trace. 



I, RenscigncmeiU foumî pur M. Paul Meyer. 



JS6 ANTOINE THOMAS 

En tout cas, lesarchi\'esconimunnle.s d'Aurillac possèdent un 
manuscrit de contenu identique et remontant à la môme date 
approximative, c'est-à-dire aux preniitrres années du xiv* siècle. 
M. Esquer, qui a inventorié récemment ces archives, lui a donné 
la cote AA 4 ; et il a parfaitement établi que ce manuscrit, qui 
compte 39 feuillets, n'était pas celui de J.-Ch. Vacher '. Je l'ai 
pris pour base unique de l'i^ditlon de la traduction abrégée de 
la Muhmciiiàua de Teodorico qu'on lira plus loin, ainsi que de 
la Kectpia dd v! qui se trouve à h suite, comme elle se trouvait 
aussi — cela résulte de I.1 notice de J.Techener, — dans le 
manuscrit de J.-Ch. Vacher. 

La bibliothèque de Clermoni-Ferrand conserve, sous le 
n" 218, une copie du premier de ces textes faite par Delalo, et 
que M. Rsquer suppose avoir été exécutée sur le manuscrit de 
J.-Ch. Vacher. Delalo a mis à la rin de sa copie le certificat sui- 
vant : Je certilie que la présente copie a été pri^e sur un manu- 
scrit de la lin du .xnt' siècle et qu'elle lui est conforme. Mauriac, 
le 29 7*"' iSj". » J.-Ch. Vacher étant mort à Mauriac en 1840, 
l'hypothèse de M. Hsquer p-irait ;issez vraisemblable. Mais la 
collation de la copie de Delalo avec le manuscrit des archives 
d'Aurillac m'a persuadé du contraire, malgré les apparences, car 
elle ne révèle aucune variante qui ne puisse s'expliquer par 
l'étourderie ou l'insuffisance palcographiquc du copiste. Je suis 
persuadé que c'est le manuscrit d'.^urillac que Delalo a eu entre 
les mains et non celui de J.-Ch. Vacher; c'e^t pourquoi je n'ai 
pas fait état de sa copie dans l'édition qui va suivre. 

Le texte latin de la Slulonu-Jinna de Teodorico Borgognoni es( 
inédit. Je l'ai étudié dans le seul manuscrit qu'en possède la Biblio- 
thèque nationale, nouv, acq. lai. 548, lequel otlVe malheureuse- 
ment quelques lacunes. L'ouvrage a une étendue considérable : U 
est divisé en trois parties et compte 1 16 cliapiires. Le texte pro- 



1. îtiv.âts iir<*. ccmm. J'Auriliûc antiriturti «t ^790, par Gahrîcl Ksqucr. 
Tome I (Aurilla*:, 1906). pp. xx-sxi. M. Estiuer fait un renvoi k U Rontmia, 
XXIV <l89S), î66, n. 4, renvoi quiporu- A fjux et qin- je n'ai pa&nl-u»i ircc- 
lltivr. Je n'ii coquu que urdiveniem cet inv<£iit;iire, où l'auteur a publié 
quelques extr.i*rij de h correipontJance de J.-Ch. Vjcher conservée dans le 
n» 34; de U colicciion Bréquigoy ei a complété h notice de M. le cotute de 
Oicnnc sur ce personnage. 



TRADUCTION PROVENÇALE DE LA « MKLOMRDIQNA » 3 S7 

vcnçal est extraordînaircmcnl rtiiluit et ne porte que sur 21 cha- 
pitres choisis arbitrairement et relatifs ^ autant de maladies du 
cheval : la description de chaque maladie est loujours sacrifiée 
cl le traitement est souvent réduit. J'ai l'impression qu'il a dû 
exister une induction provençale intégrale dont le manuscrit 
d'AurilUc ne nous aurait conservé que des extraits. Cette tra- 
duaion est tout à tait indépendante de la traduction catalane 
complète,, parfois même interpolée, qui nous a été conservée par 
le ms. Esp. 212 de la Bibliothèque nationale'. 

Les caractères linguistiques du manuscrit d'Aurillac sont les 
mêmes dans les textes que nous éditons ci-dessous que dans 
les documents municipaux qui précèdent ces textes et qui ont 
été publiés jxir le baron Delzons^ et republiés depuis'. Celui 
qui mérite paniculièremeni d'être relevé ici est l'emploi relati- 
vement Iréqucnt du nominatif pluriel asymétrique. Nos textes^ 
il est vrni, n'en offrent qu'un exemple et qui porte sur un par- 
ticipe passé : « en ferran podo esser adobatz et a la forma de 
rcdondessa podo csscr lortuih *. « Mais dans les documents muni- 
cipaux publiés par Dclzons il y en a beaucoup d'autres. Je citc 
seulemeni ceux qui portent sur des substantifs, pour compléter 
le mémoire que j'ai publié ici même sur ce sujet ^ et je les 
indique d'après le manuscrit lui-même : « les (sic) murs e la 
clausura clh vahh dclsquals es claus lo mostiers » (fol. 5); 
« quan serau noelh ahah a (fol. 7); « que tantosi H dih ahah... 
las rcdo als cossols a (ibid.); a quelh aimh que serau pcr temps 
a Orlhac » (fol. 8 V); et en quais luox e quais mcjuras biah si 
devo vendre « (fol. 1 1 v°); « quejiHrn'j no siau {sic) niés a gar- 
dar îesdihs bés j> (fol. 22 V); « enaissiqueemiehl a molher elli 
€fanh... no siau defraudah de lor cothidias alimens » (fo). 25), 

I. C'esi le no 94 du cawlogue de M. Alfred HoreL-raiio (Paris, 1893). — 
Je rappelle qu'il cxine dans un ms. de Fr^jus une tr.iduiction provençale du 
Lihtr martKakîf de Jordanus Rufus que M. Paul Mcyer a (ait coonaiue mox- 
mairetneni (Rumania. XXIII. ijo). 

3. Acceriii ri stnintcn arh'trntn mtrt Fi^W rt les tontvhd'AuriHût... Auril- 
lac, 1842. ^n-8^ 

\. Par H.-F. Ririêrc, Hùt. dtt iattiluiitmt Jt rAintffiw (Paris, 1874). t. Il, 
pp. 396 ei Î69. 

4. Voir ci-dessous, p. Jjç, art. l. 

5. Jiofnania, XXXIV, jsj ec s. 



3^8 ANTOINE THOMAS 

etc. — A remarquer aussi l'emploi de / pour s sonore dans 
mejuras cité ci-dessus; ce caractère est trfrs rare en ancien pro- 
vençal ' . 

II serait hors de propos de s^ètcndre ici sur l'auteur de notre 
A/My^wJ/n/iif, Teodorico Bcryognoiii, de Lucqucs, mortévéque 
de Ccrvia en 1298, dont la personnalité acte parfois méconnue 
par les hiograplics et bibliographes'. Voici sculemcni le titre de 
sa compilation tel qu'il se lit en tC-te du ms. Bibl. nat., nou%\ 
acq. lat. S48 : 

« Incivil ititiiomediàiia (sic) ex diciis medkorxnn et muhmtdico~ 
rum sapimtium, co[m\[}iIaîa a ventrahili pâtre el fralre TfmulorKOj 
ordinis Prfdicttiorum, episœpo Cermensi. «> 

I 

TRADDCTION DE LA MVLOMEDICJNA DE TEODORICO 

I. — [Prologue]. 

El nom de Nostre Senlior Jh[es]us Crist e de la sancca non 
devisa Trinirat, ieu Tederic.docioren hiart de pheztca ei desur- 
gia, e bachalier en sancta theologia, e cnnfessor de Mosenhor 
Honuri papa S ieu prej»atz per lui conpilar .j. libre dels cavals» 
quarcavalsesla plus noblabestia de toias lasbestias, de lui edels 
sieus governamens iractar entendent, et aisso segonc alcus bos 



] , Je ne l'ai constuié que daiiJ les Mirada ât la yifr,;e publias ici mime 
{Roituiitia, Vin, iij par J. Ulricli d'aprCs le ms. AdJit. 17920 Ju Bntish 
Muséum , cf. XXI, 4J3, n. 1. 

a. Le R^furwiu du chanoine t'ij'ssc Chevalier lui consacre irois notices 
disiincccs : Bokuocs'oni, Tiiisrky Catalam, Thibrky df. Ldcqoes. Ct. le 
flandhiufi Air Caûnchit itr Malf;^!» de Puschmann, édition de NeubuT){«[ ei 
Page!, l, ! (jen^, \<toi), p. 715-718, pour 1'^ ppn^irktion de sa chirurgie ; 
pour b hiograpliii.', la notice du Père Satii reste encore la source la plus prë- 
CKU5K(Df clans urthi^ymn. Baiiimitrnu'i projeiicrihn, \, ,iso-45>), bien que 
non indiquée pair le Kèptrioîrt de Chevalier. Plusieurs manuscriu sont signa- 
lis par M, Mouli, Hiit. de la nuJninr irtên'rutîre, 2« période, l« partie (Paris, 

•9^9). p. îi-îi- 

J. Hooorius rV, pape de iiSj i 1187. 



TRADUCTION- PROVENÇALE DE LA « MOLOMEOICtNA » 5S9 

mcnescalx de Grecia et scgont alcus bos menescaix d'Eipanha, 
aqui ont bos cavals so plus nobles, icu ' vist de trastoiz razos 
trop verayas e prohadas, comensans quant lo cavals nais tortz 
per cambas, en après de totas las malautias que Ihi podo venir : 
de lorïcssa de cimbas o de pès, de cucas, de ancur, d'estrangolli, 
de vivas, de efFondedura, de vorm, de mal de ueltis^ de mal de 
baca, delampas, de floiicels, de barbels, de ma! de len^a, de corn, 
de poimo, de ronha o de pmzor. d'esparvanhs, de sobrt», 
de cranc, de festola, de fie, de ffcndemcn d'onglas, de trop sanc, 
de scrramen de vcnas, d'estrcnher sanc. 

2. — /> tûrlessa àe camlias. 

Sil caval se entrefier am las cambas prumieiras o derriciras, 
sia fecha cochura sus els brasses o en las nicyssasen fazen .iij. 
Iliinas ani .i. fer caiit am lo cap redcn. En après sîa cavalgatz, 
quar per lo cavalgamen lo caval donx certaniens sera* costreitz 
d'anar am plus amplas camba.s. Sil caval avia < las onglas ois pès 
tortz, en fcrran podo esser adobatz es a la forma de redondessa 
podo esser toriiah. 

3. — De cîicas. 

Cucas es .]. cnfcrmctatz que dissent del cap de! caval. La cura* 
es : tantost cum la glindola del cucas aparera, sia fendut lo cucr 
e la carns;en après la jjlandola siajbras tracha de razitz; en 
après en l'anca * sîa pauzat realgar atrossac al pés de .lit. d'., 
mas pruniieiramen estopa sia pauzada en la boca de la nafra per 
tal quel realgar non îesca. E sapiatz quel cucas deu csser mortatz 
per l'espazi de .i.x. dios; en après lo realgar sia esnTo[r]taiz am 
lo suc dels cauls roitz. 



1. Sic. La suppression de ce mot itv donnerait une syniaxc i peu prés 
régulière. 

2. Ms. erra. 

}. Ms, dM, qu'un pourrait, à ta rigueur, conîcr^-cr. 

4. Ms, causa, Id et djns tous les passages où j'ioiprimc cura. 

{. Sic. Lacorrectinn de l'ama eo la nafra eSïasMi indiquée. 



J 



3^0 



ANTOne THOMAS 



4. — ZX; ancw> 

Ancor es .1. glandola que si h el pieitz de] caval, es aqucsta 
glardola es fort contrariosa al cor. La cura es : lantost cuin la 
glandola, de! ancor aparera, adès sia fendut lo cuer e las cams; 
en apr^ ta glandola sia feras tracha ; en après la nafra sia 
ompiida de sa! et de glaras de uous am cstopa; en après .1. drap 
sia pauzatz denani per antor de l'ueu. 

5 . ^ [Yestrangolh, 

Estraiigolh son autras g!andoIas que si fan dcjos lo golayro. 
Li cura es : tantosi sia faclia el cap del cavaî covertura lanenca 
de lana suzolenta ' ; en après l'esirangolh sia onchat ab boder, 
soven enrenovclan. Si l'estrangolh per aquo no s'amcrma, 
adonx sia fendut lo cuer e ta corn ; en aprOs l'estrangolh sia 
foras iraiiz; en après la nafra sia omptida desal et de glaras de 
uou. 

6. — De vîvas. 

Vivas son granctz que se fan jos los ccmples dets cavals. La 
cura es : adès sia fendut lo ctier e la cams, e las vîvas sian foras 
traclias'; en aprùs la nafra sia ompiida de sal non trida. E sapiatz 
si de aquesta malautia noili es ajudac, lo cavat adès mor. 

7. -» /Je effundedura. 

EfTondedura es .j*. enfcrmctatz que se fa en tôt lo cors del 
caval. Li cura es : tnntost quant la effondedura apparera, lo 
caval sia desferraiz dels .iiij. pès; en après las solas sian ateu- 
nliadas entro a frevolessa; en après sia sagnatz de las .iiij. cam- 
bas de las venas sulidals%e quan la sanc sîa resirecha en ayssî 
cum si cove, lo caval sia pau/atz el estable; e garda que no llki 
dones herbas, mas fe o pallia be humezit {sic). 



I. Ms. ti^vfiwa. 

3. Teite li^tin : de tvnis ttiiiu't. Le iL-xte provi-n^l est dî-pour^'u de sens, 
par suiic de la confusion du participe tolUut ex <j« l'adjcctil' sûUJus du ladn. 



TRADUCT1C3ÎJ PROVENÇALE DE LA « MULOMEDlCnîA » ^ÎI 

8. — De vorm. 

Vorm es .j". enfermeiatz que dissent del cap del caval quant 
longamen ha esiat enfrejezit. La cura es : tantost sia ficha el cap 
del caviil cubcrtura de iaiu suzoleiiia'; en après sablo sarrazi- 
nesc sia inés per las nars ab .j*. vei^cta que aia cstacat cl cap 
de la vcrga .j. drap de Ihi; en après sia envolopat, cl sablo sar- 
razincsc sia raès pcr l.»s nars en espcngcn vas lo servel ; e sapiatz 
que las humors longamen ajustadas foras las gitara. Ad aquc 
meteys val lo boder fondut am l'oit de las olivas, que bon? lolh 
fassa resebrc per las nars, sovcn enrenovelan. 

9. — ■ De vial tTueibs. 

Esdevcsique' las humors csmogudascorro als Imelbs ame- 
nant ]agrinia.s o tcala u esciirdat. La cura es : si los huelhs del 
caval lagremeju, amdoas ' las venas de cascu temple siaii cue- 
clias. Si per ferinieu o per reuma o per teala los huelhs si slan 
escurzitz, recep sal geme e rauza e os de sepya, de tôt aysso per 
ettgaP partida ; tôt aysso sia be molt, e pueys sia cruvclai*, en 
après els huelhs sia soflat, per .ij. vcgadas lo dia enrenovelan; 
mas gardât que non i getes massn, quar les {sic) huelhs destru- 
ziria. Esilatclacs vclha, tôt prumieyramen sîaoncha am lo sag}' 
delagalimi enans que la polvera isia gitada. Et [ad] aquo meteys 
val, enaissi quant dîtz Roigier*', lo suc de la edra terrcstola. 

10. — De ma! âe boca. 

Mal de boca se fa per diversas causas, e fan se en la boca del 
caval o lampas o floncels o barbels. La cura es : toias aquestas 
malautias sian foras tiradas ab .j. arpuoc de fer; en après sEan 
talhadas ab unas tezoiras; en après Us nafras sian fregadas am 
vi tebe et am sal. 



[. Ms. tu^oltttca. 

». Ms. m. 

). Ms. am .ij,—. 

4. Ms. tingtl. 

5. Ms, crimfht. 

6. Le célèbre chirurgien Roger de Salertie. appelé queI<]ucrois (Ji lort) 
Hogcr de Parme ; cf. Romania, X, éj. 



JS2 



AVTOIME THOMAS 



11. — De mai de lengua. 

Mal Je lenga si fa per divcrsa^ causas, e fan se nafras las unas 
de lonc e las autns ea travers. La cura es : recep de mel vcr- 
meLh e de las meolas de la carn salada e .j. petit de pebre pol- 
vcrizat e aitant mcieys de la cals viva ; tôt aisso sîa cofit euaissl 
coma cnguen \ en après las nafras de U Icnga sian oalitas d'aqucl 
enguen tôt caudet, mas pruniieiranien las nafras de la Icnga sian 
lavadas ab vi tebe. 

12. — De carn o de polmo. 

\jy dos de! caval en tropas de manieîras es nafratz, e fa se sus 
o dos dcl caval o corn o polmo. La cura es : si lo corn del 
caval es durs, sia madurat:< enaissî : recep de cauls roytz c de 
rozerbe e de malvas, de rot aisso per entais panidas; en après 
sia atnjssat e cueit ab saï viclh de porc; en après, aitant caut 
quant o poyra suferiar, desus sia ligat, .i|. vegadas lo dia enrc- 
novclan; e quant sera madur, sia eniucat en la plus bassa par- 
lida per tal quel poyrc aqui ajustât noy pucsca esser retcngutz; 
en après la nafra sia lavada ab vi tebe, e cenres caudas desus sîan 
gîtadas. Per tal quel corn ol polmo de tôt en tôt sia destruytz, 
pren .j*. scrpcn e tallia la a trolz, c sia foras gîtai lo cap e la 
coa ; en après los autres irotz sîan pauzat/ en .)'. oleta, c tant 
Longamen sîa laysat cozcr cntrucy que li os c la carns comcnso 
a sccar ; en après lo corn ol polmo sîa onchatz ab aquel cnguen ; 
e sapias que en .j. dia destruira lo corn ol polmo. 

13. — De ronha de prui^or. 

Ruiihaes .j*. enfermeiatz que se fa en la codena delasbes- 
lias. I..a cura es : lantost sian guassetai?. los luox runhos ; en 
après sian fregaiz am la sanc raeteyssa, e quant la sanc ' sera 
cssuclia, los luox runhos sîan fregat:: am cayrada fâcha de 
fortz cenres; e quant la cayrada sera essuclia, los luox runbos 
sîan onchatz ab aqucst enguen : recep de ta polvcra dcl solpre 
vicu c de l'alum del toncl e del ellebon nègre per cngal par- 



I. Ms. eairaJa. 



TKADCCTÎON PROVENÇALE DE LA " HOLOMEDICTOA » JÉJ 

tida Ih. emeja, c de la polvera de la razitz de la ortiga, c de 
la lierba que hom at>e!a ongla cavalhina, c dcl argcn vicu, per 
cngal partida -iiii. th., c faî engucn as obs de la bestia, e del avan- 
dili cngucn si[a) onchatz locavals entro a .ix. dias. K die te que 
tant mala runha no sera ' que d'aqui a pauc nu sia murca. 

14. — rfesparvnnhs. 

Esparvanhs sou iiascut lI garrct o .j. petit dcfos. La cura es : 
taïuost cum la dicha cfliiso aparcra d'e|n]torn la vena maestra 
que es apelada fontanela, adès H fay las-sada; et quant sera 
enlassada, siaialhada; en après quant ta sanc sera rcsirccha 
enayssi cum se covt, la[s] ctïiadur3[s] dds esparvanhs aytani 
per lonc coma per travers stan cuechas ; en après sus las co- 
churassia pauwt oli d'otivas. 



M' 



De sobros. 



Sobra*; si fan en tas cambas dels câvals o en la mayccla. La 
cura es : tantostsia ras lo sobros ; en après rcccp cycens, aparc- 
[tajria c branca orcina, nquo que plus icnre es, c de la razitz 
dct lire, c del cat barbât ; lot aysso sia atrussat c cueyt ; en 
après, aitant caut quant o poyra sufertar, desus sia Hat soven 
enrenovelan. Sîl sobros cra trop vielh, adonx Ih en sia a 
judat am lo bcnchci de cochuras fazcdcyras per lonc o per tra- 
vers, e sus la cochuras sia pauzaiz oli d'olivas. 

16. — De cram. 

Cranc es .5'. cnfcrmetai? que se fa en alcuna partida del 
cors del caval. I-a cura es : pren del suc de la razitz del afo- 
dilh. vij. onsas, de cals viva .iiij. onsas, c del aurpiment pol- 
verizac .ij. onsas; tui aysso sia amenât enayssi coma pasta; 
en après sia pau/at en .']'. oleta sus lo fuoc e sîa tant loiiga- 
ment layssat cozer entrci lot sîa tornat en polvera; en après 
aquela polvera cada dîa sia j;iiada sus lo cranc, mas prumicira- 
tent la nafra sia lavada am vi tebe. 



1 . Ms. Cfra. 



1 



3<4 



ANTOINE THOMAS 



17. — De festoîa, 

Fcstoja es nafra ab cstreh trauc, traucans c rozcgans lascarns 
cntroy aïs os. La cura es aytals mctcyssa cum es dicha cl Capi- 
tol de cranc. 

18. — De fie. 

Fie es .')•. enfermerai que si fa am vermellior o am n^ror. 
La cura es : taniost cuni lo cap del fie aparcra, sia tant estrcytz 
an .j. Ihinhol cntro que cnia, c si no podia cazer. sia. talhâtz 
a la razitz; en après mel bulhen desus sia gitatz. 

19. — D< feiiàmitn de onglas. 

Una cnfcrmecat es que liom apela céda, e es aquesra enfer- 
mecaiz e fa se en las onglas dels cavals, talhans las onglas per 
lonc o per travers. La cura es : tartost sian requeridas las 
razit?- d'aqucla malautia tant cnialhan la ongla ab .j. rczonador 
entruy que coniense a ^angnar ; en après las raziii; d'aquela 
malautia sian oncKaiias ab l'enguen de la serpen que t'cscn- 
he[i] a far el capiiol de mal de dos. E sapias que la ongla tor- 
nara a bon estamen per aquel enguen so[bre]dih. 

20. — De massa sanc. 

Quant la sanc habuiida massa cl cors dels cavals, los senhals 
so aquestz : lo cavals trop voluntiers se frega, e la urina es plus 
espessa que no sol. La cura es : adèssia sangnatzde la vcna del 
col, si fortz es, entro al pés de .iii. Ih, si frevols es .j'. ' Ih. e 
mieja. 

21. — De serrar * venas. 

El serramen de las vtnas, sia fendiida per lonc, quar si cra 
fenduda per travers, pcrilhs séria quel^ nervi fos ponhs o tal- 



I. Ms. X. 

i, Ms. itnar. 
). Ms. qMi. 



TRADUCTION PROVENÇALE DE LA « MULOMEDICINA « JÔJ 

haïK. La cura es : si aquo s'endevcnia, reccp lombrix terestols ' 
o limax roytz, e sian codlz am mcl c ani boder ; en après totz 
cauu sia desus fayssau. 

22. — De [dtyorrfmm de sanc. 

Si la sanc dccor massa de la plaga del caval o de la bestîa, las 
ortitz atrussadas o la fclgicyra dcsus sia fayssat {sic). 



H 

RECETTES POUR LE VIN» 

AlSl COMBKSA LA RECEFTA DEL VI. 

1. — A vin blanc que tira a vermclh, prendetz uouse una 
onssa d'alun de glas, c molct[z] o toi csscms, c dcstrcmpatz o 
ab dcl vi meteys, e metetx o tôt el tonel, e rullatz lo be e fort; 
e en après vendra a son punh. 

2. — A vin gras, prendctz .vj. 11. d'arguel, e moletz lo be, c 
sia destrempatz ab del vin meteys, e fatz o bulhir, e metetz o 
tôt el tond; e [ot tornara a son punh. 

3. — A vin que nom pot afinar, quai que sia, prcndetz los 
boiols de .Lx. uous e .j. quartayro d'alum de glas c .j. de 
pluma e niieia 11. de terra cucchn c una junch.ida de sal e una 
11. d'ai^uel, e que sia destrempat ab lo pés de .j. eslerlï de 
spicenardi e ab del vin meteys, e sia tôt molui, e mctetz o 
dedins lo tonel, c rullatz lo be, e meteiz dejos doelas o tau- 
las e de peiitz calliavetz blancs e sablo clar enlorn la codra ; e 
aquestas causas .vos gardaran vostre vin de mal penre. 

1, Mi. éertilols. 

2. On trouvera des recettes ad^ogucs e^ ancien Francs, mah dont aucune 
ne iiofreipOQil litiéralciuuntà wlles que nous publious, dans le M^naper dr 
Paris C1846), t. II, pp. 63-69. ^*'^s '■c yi'tndier Jf Tiulltfent, (:•}. I'ii;hon et 
Vicaire, pp. 2ji-2}t, ei dias VAndhtaire Xicoloi publié par le D' Paul 
Dorveaux (1896), pp. Î7-Î9, Toutefois Upréicncc dans notre texte de mots 
comme biirloc, barJoquar et mue (voirie Glossaire) dteéle une origine fruKaise 
Cl pliis particulièrement iiormantle': le h de hflrtoe ctÀiridi^fi/if-noiLsponed'diU 
leurs 1 croire que U Gascogne (BorJeau):) a servi d'inierm^Lairc entre U 
Normandie ei la Hiuie Auvergne. 



^66 AVTOINF. THOMAS 

4. — A vin afustat o poyrit o tomat, prcndctzuna onssi de 
gengebre e uiu onsîîa de gareng.il e aitant do sitoal, c moletz o 
totessems, cdestreiHpatzo ab del vin inereys, c fat;; o bulhîr, e 
metetz o toi caut el tond ; c vendra toi a son punh. 

5. — A vin afustat, mue' o poyrit, prcndttz dos pas levatz 
faytis totz ciuiz, aissi coma vendran dal foni, e nteteiz los sus 
le lonel al barioc% c aissu fatz dos jorns o irés ; e tomara 
lo vin a punh. 

é. — A vin que a la nuire ronipuda, prendetz .j. basto de 
casser vert ab tota la pcl, e fatz lo be ardre el foni, e aieteu 
lo cl toncl tôt caut e arden, c las calhinas se Icvaran ab lo basto 
e jls carbos ; e lo vin vendra a punh. 

7. — A vin que tira a ogre o que si[a] agre, prendetz de gla- 
na bona los cabelhs de fromcn, e iàt/ bulhtr en ayga tant en- 
iroy quesia logra quebrat, e pueys prendetz .j. baluiet o baru- 
tel, e meteiz lo el tonel a manieira de saquet loue ]>er lo bar- 
loc S e pueys metetf z] \o blat dedîns lo barutel ; e segon que lo 
vin dLssendra, dissendni la barutel. 

8. — A vin 4ue nom pot estar de bulhir, tra^tetz ne .j. ca.u- 
dayron del via, e fatz lo bulhir, e tôt caut mctctz lo cl toneli e 
la un.i calot' ostara raiura. 

9- — A vin debatut de la mar, prendetz dos plés ponhs de 
vaus viva e metetz la el toncl, e no bartoquetz punh avans que 
aia fah son punb c son podcr ; c pueys arullatz lo pcr lo seller 
en terra plana, c pueys layssatz lopauzar; c vinJra (hV) en son 
punh. 

10. — Si tu vols far affinar o donar color a .j. tonel de vin 
vermelh, tu auras per lonel micja 11. e doas onssas de glassa e 
una onssa dj vcnnelhu' inolt e .vj. 11. d'amido inolt, c toc 
atsso ajustarase molras essenis, e desiremparas o ab del vin 
meceys. e auras primer .L.x. uous be batutz, e los uous tu métras 
pirijmcr e tôt lodcmoran après; c aissi aurjs lo vin colore 
s'afinara dedins très jorns. E si es vin blanc, tu métras tôt alsso 



I. Ms. mul. 
1. Mï. harfoî 
). iMs. tarlol. 
4. Ms. œlof. 
j . Ms. nttrmtlho. 



TRADUCTION PROVENÇALE DE LA a MULOMEDICINA •) 367 

dcsus (iih sâ[u]b lo vcrmelho, quar no si (a pns a mctre ; c aissi 
affinara tost lo vin e vendra a punh. 



GLOSSAIRE- 



'jfodilh T 16. asphodèle. Le Petit 
Diit. pnn'.-fr.éeU. Lcvy ne don- 
ne que afroilrl. 

*ûJirMt R 4, ), qui sent le fût {en 
p:irUnt du vin), Ane. fraiiî. afuilé 
(Gtidefroy), eaftaU {le Vianditr 
dir TailIcvcDt, éJ, Pichoii et Vicai- 
re, p. 253) et Juste (Godtffroy, 
tusTER 'X d'o^ l'jngl. lu fini, 
moisir, /wf>, moisi. 

*ûlum lit toiul T I î, tartre. 

'jltm dt gloi R t, }, alun de gbce ; — 
df pluiria R î. alun de plume. Pour 
re:(plication de ces icmics que ne 
mentionne pas LitrrtSvoir Cot grave. 
MÎMral donne aitt» dt pluinj. 

*aMar T I, 4, ancoeur, antitusur ou 
Bvant-ctKitr, tumoir A la poitrine du 
cheval ; tliL Milicuore, qu'Atu. Ou- 
din ludult jur ■iverti-ca-ur ou tofi- 
tre-caur. C'est le tat. mildiéval a»- 
ticor, oris qu'cmploicoi les vit^ï- 
nattfs du xtic* sitelc (manque dans 
Du Cange); cl". Jordamis Rufiis : 
« Decognitionc anUcoris... Kt quia 
Kitis vicina existât ccrdis, imniu- 
ubitiicr advcrsatur, et exhinc in(îr- 
mit3N vulgariicr unfi^uDr nuncu- 
patur i'(Bibl. nat.Jat. 15;}, Tolii 



vo). L.1 traduction par mvinl-earur 
est un contre-sens qui rcTiose sur U 
confusion ilenH'i avec anU. 

*alKire[la]ria T iS, pariétaire, plante ; 
cL Rjynouard, IV, -tjo, PAittTAiitA, 
et Mistral, II. 480, pabkdaio. M£- 
tne addition d'un u initial dans l'aoc. 
fian^. appAtritotre, que donne Cot- 
grave cl qui ic lit dans Lu Marft- 
cbaltritd« Laurmi Ruie, 15 $9, IbL 
68 i«. 

*arguii R 3, }, «lioguc indéxermin^. 
Il est peu probable qu'il s'agiMc du 
iini aigutl, nom que l'on donne 
aux feuilles dw cyn.inqueCK. A. Du- 
chcsnc,/?('/wf. rffj pianffi, p. 109}- 

'arftuoc T to, crochet : cf. Part. a«- 
pioT du P/lil Dût. de M. Levy, 

\ir:illar. R 9, roukr. 

'aleufrhar T 7, atuincir. Le Ptlit 
Dùl. ne donne que aUunar, 

•fl/nJîw/Tî, 'tilriMM/ T 13, I5> bro- 
yé, pulviris*. 

'taiuiti R 7, blutoir. 

barbiit. K'oir ciTt hiirhat. 

'hvMs T I, 10, barbillons, «crois- 
sances de chair sur U langue du 
chc^-al; cf. anc. fran^- barbes {Ro- 

MIlINM, XXIV, .|il>. 



I Les chiffires renvoient aux paragraphes : ceux de la traduction tic 
TeoJorico ioni pnkiidtSde la lettre T, ceux Je la RnepUi del ti, de la lettre 
R. Ne sont relevés que les mots ou formi-s offrant un iniitèt panioilier. 
L'astérisque indique que le mot ou la forme manque daos le LdxiifUé roiiWR 
de Raynouard et dansk Pnyf. Sappl.-IF. de M. Levy. 



AHIOtNE THOMAS 



3«8 

*iêruic R J. 7. hoaàoaide tonneau). 
M. Lcvj- aircgistrc b mime forme 
dans son Piiit Dicl. a il veut bien 
m'xpprendre qu'elle vient de testes 
bonklati (cf. Du Caoge, id. Favre, 
Vni, 441, BARTOCHIUU, et Mistnl, 
BARDic). C*cst un emprunt niani- 
oifeste i l'joc. franc. *tvri«, que 
Ton àmt supposer d'âpre le verbe 
vertûihûr sur lequel je me borne 1 
TTOvoyer 1 ce que j'ai dit dan^ Ko- 
iMjitM, XXXV, 411. ËQ remii- 
quanl qu'il x rattache probable- 
ment i l'aJIem. vmietkefi < barrer ». 

'bcrto^uar K. 9, bondooner (un ton- 
neau) : cf. karloc, 

bodert %, 8, beurrt. Sur cette forme 
rare, voir mes Souv. Eis-iis, pp. 
tel ex 36). 

hrasits (plur. de **■«) T 3, membrw 
antérieurs du cheval ; cf. ital. trac- 
eu, c^p. bra^ V i.imbc» du devant 
du cheval a CI le terme de manège 
français brnsticvurt, 

t^vlh R 7, épi (du froment) ; cf. 
Mistral. CABEL. Il faut distinguer, en 
provençal. càM < capillum ci 
a>btlh<i "capillium;*!. mes i;V- 
sais, p. 78, et Mbeyl dans {'AltxaH- 
drt J'AiWiic, V. 67. 

*calbavtt R ), petit caillou. 

*cafhiwis R 6, pellicules bbnchcs, di- 
tes couramment « fleurs n, qui se 
formeal sur le vin. Cette inlerpré- 
ution est conjecturale : je vois 
dans ialhinas une dis&imilation 
pour 'caninm. d'uu type Ui. vulg. 
'canînas, de canuS" blanc ». Le 
prov. mod. dit canoi en ce sens : 
cf. ci-dessus, p. ija. 

*(M barbai T ij. bottUlou blanc, 
plante, le Virbascum tliainus de 
Linn{, le lapsus ou Mvnx Uirhatus 
des auteurs Uiins du moyen Age ; 



cf. E. Rolland, Ftatt pif., VDI. 
146. 

'caxKatgamen T 3, action de chrrau- 
cher. 

'cajraàa T ij, charrée; cf. Mistral, 
CAiRADO, où en indiqué, je i>e sais 
d'apnts quelle source, le rom. tay- 
raJa. M. txv^- me sigiule cairadi 
dans le 7V igilur de Cabots, pp. 
IIS et 11$. où k sens en proba- 
UemcDi k m£nie. 

'(tda T 19, soie, fente du sabot du 
cheval. Cuia est uoe graphie fau- 
tive pour seda, d'après le latin des 
v^riMÎrei médié^-aux i<ta et sHuîa, 
ital. srtoia. 

codra R }, cerck de tonneau. 

corn T i, 13, cor, callodlé sur le do» 
du clicvaL 

'dttasl I, ), farcin, maladie dselie- 
val. Cttais (ox\-ton) est un dérivé 
de (tta a ver > et traduit eSc ctive 
ment le lat. vrrmis employé eo ce- 
scns par Teodorico et ks auues vé- 
térinaires médiévaux. 

'tffaadtàura'V l,7,gras-fondun:, ma- 
ladie du cheval. Teodorico ci les 
auir» vétérinaires médiévaum em- 
ploient injuHdiiura, qnî manque 
dans Uu Cangc ; cf. ital . injonâitura, 
anc. franc, tufottdrûre. 

'tnfrfgr^il T 8, rcfroîdî. 

'enrenûve}ar T 5, 8, 9, renouveler. 

mtreferir (i") T 2, frapper SCS jambes 
l'une contre l'autre en inarchani. 
.Même emploi dans une tensOQ de 
Bcitran Carbone! avec son -i roo- 
cîn » (P. Mevcr, Dtrnin-s irouha- 
Jevrs, p. 61); noire txcmple vient 
j point pour libérer M. Lcvy du 
doute qu'il a émis sur le sens et 
dans son Prm: Suppl.-iV. et dans 
soa Ptiit Dicl. Teodorico et les 
autres véiériiuircs médiévaux cm- 




Du Cjngc. 

'cntrvty ^«c T 12, jusqu'i « quc. 

'timortar '{' j, amonir ; cf. mottar. 

'(Span-ûuh T l, )4,cpaTvin. 

*fitnirigollj'l' 1, ^, i-iraiiguiUon. 

'fetgUyTiï T 22, fougérv. 

*fiini(tnni T I, 19. fcQie, 

'Jloncfit T I, 10, ukirstiuns i la I*vrc 
tluchtfval. Calqué suric ht.jlt<nfella 
(pi. n.) employa par 't'codorîco et 
lu autres véiérinaîm médiévaux 
et qui nuiiquc dans du Cangc. 

*fOHtiineii T 14, maftressc veine du 
jarret Ju clio'al. Tcodorico et les 
autres v^t^Tinnir» méJk^aux di- 



*miK (mi. 'wif/) R 5. moisi (en pai- 
lam du vin). Cf. le «liihui dune rc- 
cctct lrançats« publiée par le D' P. 
Dorvvaux, Atitiilclairt .\'ii-nj.ii, p. 
}8 : D A vin qui ivni k fuit, k 
mugue et in; porri «. Muguf est une 
variante de tmtcte quv dv donne jias 
Godcfroy, bien qu'elle se trouve 
ausii Amw Ltnc des recctics qui font 
suite au yiitnditr deTaillcvcni, OÙ 
les cditcu», Miivii à ton p.ir le D' 
P. Doiveaux, ont inip'imé mug-^ 
p. (ija). Le ^ se retrouve dans le 
franc, rfmiiglf, mot vieilli. 



«m >«(««///,. (manque da.ii Du ''■"^^'' «»i/'j"i.i T ij, pas d'âne. 

Cinge), terme employé au^sî eii pl""^; ^f- Miitral. oukqlo-cava- 

iualomielmnuinc. t:f. laCWn»j:/^ '"'^O'^' "^o"-''"''. f»^--' /»;-■■ Vil, 

deMonJeville. trad. fran<;., S 1622 : '*'^- 

. Se aucuns a aucune ulccrc ou mi- f^'"'" T l, 12, ulcère sur le dos du 

lieu d« h jambe, soi: U faite cautère '^''=^-'' Teodonco et les aut.c* xè. 

en la A»nf«^fe (Ut. fonlhirlia) sous t^'''"i"^ mcdit-vaus se servent de 



le genoul. n La traduction par 
n fonticiile, cautère ■* que donne le 
CJIos&airc du D' Bos et qui est aus- 
si ectlc de GcjJcfroy, est nianîlcsle- 
nieiit inexacte. Coigrave donne cl 
traduit bien tW« fontertelle, terme 
de vétériiuire. 

glfna R 7, glane. 

•jfMjtfWiJf T I), baigner, lotionner ; 
cf. Mistriil, iJAssA. 

*hume^it 1' 7, humecté. 

'iampaiT 1, id, tampas. maladie du 
cheval. Tcodorico et les autres vé- 
tériiuirei médiév.iux emploient 
Uiirip-isaii, mot d'origine incertaine, 
qui manque dans Du Congé. 

'taneiK T s, de laine. 

'ÏMiiithi T 14. ligature. 

'Ihifia (pour ihinlu) 'V 2, ligne. 

maiit R 6, lie (du vin); cf. Mistral. 
««»•<■. XL. 



puhno et de ftihnomtUin (nianquent 
dans Du Cingc) qui.i pulmo- 
nis fotnuni seu ^imiliiudiaein lu- 
bet ». Cf. lart, pal-.mon de Cot- 
^ravc, malgré la traduction par 
« ruvell-gall n. c'est-A-dire a mal 
du noinbril ». 

ijHti>riU R 7 crcv*ï- Méiaihi^ de ere- 
hit. 

'realgur T j, réalgar. Le Pdit Dki. 
n'a t]ue rialgar. Lespy et Raymond 
{Dût. h'iun.y I, i56) oui relevé 
dans les l-ors de Navarre, haliiitgtni, 
qu'ils qualilient X tort de féminin ; 
c'est un -mol nia^c. oxiton. Les for- 
mes béarnaises outdà évoluer ajaiii : 
'arrtalg.tr (avec le tuitcmentgsMon 
de r initial), Vrm/jfur, 'ariitlgar, 
'aliargar (par niéiaili6b:),(À)j/idi-;fa. 

'rf^iiithr T i<j, rénetie de véiiri- 
naire, proprvmenl « rognoir ». 
34 



370 ANTOINE THOMAS 

*ro^erbe T la, moutarde sauvage, *ii)//Jo/j (t«iaî) T 7. Vott la note au 

plaote; cf. Mistral, rouserbe, et bas du texte. 

Rolland, Florepop., II. 71. 'spicenardi R î, nard indien, en latin 

'ni/Zar R 1, î, rouler. spica nardi; cf. Godefroy, spice- 

sabh T 8, savon. Conianiination fré- nard. 

queme de saponem parsabulo- 'leala (et lela) T 9, uie (dans l'œil). 

ne m (cf. Mistral, saboun et la car- UerrestalT 2, 21, terrestre. 

te 1204 de {'Atlas litig. dt la Fmn- 'vermelbor T 18, couleur vermeille. 

ce) dont on n'a pas encore, je crois, 'vii-as T i, 6, avives, maladie du che- 

signalé d'exemple dans les textes val. Teodorico et les autres vétéri- 

anciens. uaîres médiévaux emploient vivulx, 

suncb. f . T I}, 14, 20, sang. qui manque dans Du Cange, 

serranuti T i, 21, resserrement. Teo- vorm T i, 8, raorve, maladie du che- 

dorico emploie seralio, qui manque val ; cf. Romanîa, XXXVIII, jS] 

dans Du Cange. et XXXIX, 186. 

Antoine Thomas. 



LE CONTE 



DU 



CHAT ET DE LA CHANDELLE 

DANS L'EUROPE DU MOYEN AGE 
ET EN ORIENT 



I" ARTICLE 

te iiontc Jt' Chit et Je U ChanMU : ^l-^ deux ffirnics, apologue et iîmplc 
lipisode de rtde. rolkluriqucs. — Xiccssiii d'étudier à la lois l'une et l'juta- 
forme. 

Pbcmièrk fABTiK. V.n KuHorE. A. LrrTFBATf»E ni' «ovEK At;K. s I. Le 
corne, i l'eiai d'^poio^ue et auisi d'i-pisodc folkloriquv, enodré dans le 
SMouioiiii ri H^molplii DùilogU'. — ExcUHiCS 1 : n) Ll- Siihuwn ft Marcaui 
fnmviiï du xii° uu XJii^ MéJe veut-il aiiivr ù lisier i'i^;e du Salimw» cl Mm- 
cclphi Util! f — !•) Les deux p-irucï du Suhmon et Marnât/'!'!- Ijiiii ont-elles un 
niihnc .lutcurî — t) A quelle L^poiiue ces deux i>,U!ics apparaihscnt-eilcs nlu- 
nics ï — Petite élude sur les manuscrits de Vienne, Munich et Berlin. — S) 
L'A({e de la pteniitre lurtie. la partît: di;(lo{{uée. — r) 1- Agi: de la iccunde 
partie, la psirtie narniiivL-, renfcrniant le conte du Clial. — f) L.1 nationalkO 
des ameiip» anonymes des deux opuscules primitifs. — 5 a. le conte, i l'eut 
d'apologue, non encadra, chci; des écrivains fran^iis au xtll' siiïcle (le LU 
d'AriilvIf, de Henri d'Andeti. un P'oieiW au yUiiiii, une ïablc aiiribu^ 
auirefoii à Marie de France) el clicï des écrivains allemande, plus récents, 

— 5 ï- L'ancienne liitiiarure ruMc. — lî. La tk.mjitiom okale &L'nopÈiLNNi: 

ACIfSILfi. 

Ska>Ni}K t>AKTiE. Hors de L'EfRorA. — Lt coûte, simple épisode folklo- 
ri«]ue, et ses encadrements orlcutaun. — Etude rapide de» (ticnies indien» 
combinés avec noire thème et de rintroduttîoii de certains de ces thiïmes 
dans 1.1 Iniirature européenne du moyen -Ige. — FHt.Mit^KK skcriox. Contes 
isniENS HECVEiLLis DANS l'Ini>k ut.KV.. A. Une légende hûioîtjue de la vaJ- 
lée du Ham-InduN (Pendili»). — B, Contes de la nwinie région du Pendjib, 
du piiys de Cachemire, du Bengale (Santals et Oraons). — Un roman liin- 
douaiaai. — Seconde section. Contes indiens extortù. — Emigration 
du corne, lout euciidré, de l'Iode vtrs l'ilc de CcyUn, le Tibet, l'Aniiam, le» 
pays barbarcsqucs (Arabes et BerL^ères de Tunisie) et vers l'Europe (Rou- 
mains de TTamvivanieJ. — ^ i- Ile de Ceylan. — $ î. Tibet. — ^ ï- Aiinam. 

— EscuRSUs il. Le thème de la « Cicatrice révi-larrice u dans l'Annam a 
ailleurs. — Le itiénie de I' « IjJouse prédesiint^e i'. — Un mot sut la légende 
d'Œdipc et sur le koiuan cU 'iMbtt (xil< siàclcj. 

(A suivrt.) 



37^ 



E. COSQDm 



Le peiii conte que nous allons rencontrer d'un bout à l'autre 
de rÀncien Gjutineiii, tantôt sous forme d'apologue, cantûi 
(et plus souvent) comme simple épisode de récits assez déve- 
loppésqui ne se proposcncaucunetnent de moraliser, n'a jamais, 
croyons-nous, ctc étudié sous tous ses aspects. En 1875, un 
Maître, feu Reinliold Kochicr, réunissait et comparait entre 
elles, avec sa haute compétence, les versions que le moyen ige 
nous a laissées de cette historiette du Chai et de la Ojandelle^ trai- 
tée en manière de fable ' ; maïs, a l'époque où Koehlcr écri- 
vait, on ne pouvait, faute de documents, envisager, ui même 
entrevoir tout un côté du sujet, et non le moins intéressant, 
l'existence de la même Iiîstorieite à l'état A'^iémrnt folkhriijiie, 
lequel, dans divers contes orientaux, merveilleux ou non (et, 
en Europe, dans un conte roumain de Transylvanie, tout 
récemment recueilli), se combine avec d'auires éléments folklo- 
riques ou en reçoit un encadrement. Nous nous permenrons 
donc de reprendre la question dans tout son ensemble. L'étude 
rapide des combinaisons et encadrements qui nous p;isseront 
sous les yeux nous fournira notamment l'occasion d'ajouter 
quelque chose i des rr.iv.aux publiés autrefois dans la Romania : 
aux considérations si remarquables de notre regretté ami Gas- 
ton Paris sur un chapitre du romande Percefûiejt (xiv siècle) ' et 
ï l'intéressant article de M, Pieiro Toldo, professeur à l'Uni- 
versité de'l'urin, sur un fabliau (xrii' siècle), traitant un thème 
de même famille'. — Nous aurons aussi, dès le début, À nous 
occuper d'un petit livre du moyen âge que l'on peut dire plus 
connu de nom qu'autrement, le Sahuionis rt Man-olpbi Diaiô- 
j^Hï.et, si nous n'avons ^us la prétention de résoudre les très 
ditlîciles questions se rapportant à ce curieux ouvrage, nous 
espérons, du moins, que les termes des différents problèmes 
auront été enfin posés avec précision. 



]. )«hrbuich fur rotiutuisciv iiiid eugUsibe Sftrdtfx uud Ultrutur (XIV, 187s, 
pp. .{J 1-4 14): article rcpruJuil Aath KUÎntre Sthrifif» WH Rtinhoid Kothitr^ 
t. II (Berlin, 1900), pi>. 6j8-*4i. 

a. It cmU de la Kote dans It roitum de Perufwtil (Ritmanii!, XXUI, 1894, 
pp. 78 jeq.j. 

j. Pti fiibifau di Cwtlaul r/ii HaintJ (Romanin, XXXil, 1903, pp. s jj s«(|.). 



tE CONTE DU CRAT RT DE LA CHANDELLE 



373 



PREMIÈRE PARTIE 

EN EUROPK 

A. — LtTTtsATURIi DU MOYEN AGE 

§ I. — i> eonte du Chat et de la ChandelU et le Satomm 
c! Marcel phe '. 

Un des plus singuliers épisodes de ce Salomonis et MarC(}fphi 
Dialogus que nous venons de mentionner, — épisode d'origine 
indienne, comme nous aurons à le constater ultérieurement, - 
montre le roi Satomon irrité contre un certain rustre très mali- 
cieux, rotiuiït.^ Miircolphc, qui vient de lui faire une farce gros- 
sière, et ordonnant A ce Marcolplie de veiller avec lui toute une 
nuit : si Marcolphe ne veille pas aussi bien que le roi, il ne 
sera pas sur, le lendemain, de garder sa tiie sur ses épaules. 
La nuit venue, une même scène .se reproduit cinq fuis : quand 
S.ilomou entend Marcoiplie ronfler, il lui dit : « Tu dors, 
Marcolphe 1 Je ne dors pas, mais je pense ( A'w/ dimmo, sed 
ptuso). -- Que penses-tu ? — Je pense telle ou telle chose (p.ir 
exemple, qu'il y a dan& le plumaye de la pic autant de plumes 
blanches que de noires). -Situ ne le prouves pas, tu mériteras 
la mort, o La cinquième et dernière fois, Marcolphe repond au 



I. Nom cilonsd'Aprés une vieille i-Jition (joihiijuc J'Anvcrsqucposscdcla 
Bibliothèque naiionalc (Riiscrvc, niV' c, U4). Ce Saiotuonh et MaicolfLi P)a- 
logui (jjV), -^ illx feuillets dt: iri-s petit format, — pone. A la fin : Finilitm ni 
Ikk opatmtiiin antturpie fii^r trir Ofiirifiiiii Uni. \.i: premier fcuilkl pn.'îcntc, au 
recto et au verso, la nicmc gnivuiL- sur bois : un personnage diffomicdchout, 
MjrCrtlphc. L'exemplaire de b BUilioibciiuc natiotwk- tst iclii uvrc un juirc 
1 i^pumiluiit K, un Esoj'us niPi tmrimrnlo, de même (otjuat. ayant au rocio ci 
au verso du premier feuillet le pcrsonr.igc déjà connu ijui, cent fui», c« 
Ésope. .\ la fin, ceue mention : Hiopm.., impressxn ptr rue GtratiUnu ïeeu 
rtimo tioimin .Vf. fiiv. IxxwHi df^iuin^iiarM Jù nuii}. 1! y a tooi lieu de croire 
que le Miirci'iplx, — qui est décrit au n'^.ïis des AiihiUs i!f lu lypogiaph'tt 
nffrî<i»d.iiie au XV" wck, de M.-F.-A,-G. Campbell (Ui Hâve, 1874); cf. 
BruDCl, M^imtei du Ubtuirr, i«id-, l86.(, \oSahmon et Murtvlphe. — est à 
peu près de la tn^tnc époque que YEtope, c'e&t-a-dire d'cnvimn i^^. 



J74 =- cosqja» 

roi : • je pcnv qoc U lutnre est plus forte que Vè^aexàoo 
(plms vdltre maimram quam nmtritursm). » Le Inviemiia, iprès 
jvcnr mornrc qu'il a raJsoa relaiiveiDrat à ses quaur pmniires 
■ pouées *, Marcolphe muet an soir h dc m o nstri Doo de h 
pensfefiialc. 

Or k rai Salomao axA ua As qui *tm isé dressé (aMrt'fB) de Bcilc 
fâçOD qoc, duqnc aoir, peaéjot k aoopcr do nx, 3 k menàB dctoant et rr»- 
uk là, loiMl tnr diinifWe^«4rfw) dmies den pots ^ dcnm. Les 
4zacMitcs jijmM Bcfii bitfi sûUiw, "BPpnMffu , QOt xwt JMOrtc tTOtf souns oHIS 
•iiinBEhe.caUdietMie. Lecte. jyetcemi hKiarift.«catcoarira}Bit<Me; 
aaiiBigaKdu roikRbaacn pbce. Méoiedtoseafnwncc b waaode 
souris. Miis, qsjnd M«go<plM Ikbe b irobièiDc. k dm bisse maàaOt 
toaberbdUBiSdkeciMtt avbsûortt. « Ehbiotl tei^AtioaUMudtikt, 
«oïd ((OC f ai prcxr^f denni toi tfoe b octm bi plus forte qae Féduca* 
tk». • 

n serait iniéressant de sivoir cour au moins i quelle époque 
et dans quelle coatrée de l'Europe, sinon par quel écrivain, a 
été rédigi le petit li^Tc où se lit ce conte ; mais, malheureuse^ 
ment, l'on ne peut heu atfinner Ut-ilessus. \ot» nous bornerons 
i exposer bnévement, dans le premier des e.Kmrsas dont l'toide 
du «jet prindpil de ce cnvail devra être accompagnée, oc qui 
nous parait cire l'état prcsent des recberchcï sur ce SatomoHÎs 
ei Marcflpbi Diaîogms. 

Excuitsi» I' 

«) tx ajuotsoK ET KAWXHn. nuNCAB oc xm oc xid* «Icu 
NOT-tL umm A nxex la (utc m; suovow rr maioolmoi latik? 

Er-cc dooï Sdtmom tf Harnipèi, sou» dh-ertes fonocs, qae k iiuntw) de 
GanoQ Paris. Zj Lmirature francaiu m mme» J^i (Xh-XIF* tiMrs) *, 



1. Cet tjeursÊU jw (e 5jlMk>« «4 .Vitnv//dv Ulin (un d^ii réifigé en entfer. 
qosid ooe bieovdibnte coaunuoicatioti nous s fait coootlttc on travail tout 
fècem. où b qiiesâoa du Sdftmm tt Mtnalptt est inhfe k FoccuMm de l'inù- 
aiiaa iatkniK qoi «iJ itiCiitc. ib fin du xrr3lidc.parBttè7ivnipaf>u- 
hire de Bologne, Gîulio Ccure Crocc né m i }}o, mort en 1609 (// • Btr- 
toUo » A' C C. Ovf flf 1' amjfmti, par Madame Gnu Cortese f^ant. dans 
les Studi WÊiJitpBli, vol. j. bsc 4. sono 191 1 . — Xous indiquerons, ducm 
en son Ueu, ks deut ou trois peiiis «nprano que ttous avons i faire A ce 
traraïl. 

2. Nous dums d'après 11 }• éAion, 190t. 




LE CONTE DU CHAT ET OE LA CItAS'DELLC 375 

pUct, au TiiNfiiu (hronohgi^iu, djnsk- » troîst^mi: tiers du xii^ si^lc o et lUns 
k n premier licrsdu xiii<ii > Si on se- reporte au ^ tnjdi.- ce mtme minuel, 
on vi:m i)ij'il n'en ai fUs jiiri«i : les vieux écrit» (rAnçih nicnlionn^ -tous le 
titi« (]« Salomo» t\ Maraml, — çvï dialogues ibns lesquels ■' un personnage 
RTOCcsquc opp05c i chjque scntciKc éniiK- par le sage roi une vérité iri- 
vjjle ou uiieobïCTvutiua pUiuole ou obscène >■. - ne correi^poudicnt (et 
encore d*uni; mani^*!; très p;C'n<h^le) qu'il U promliïrc partie du Sdhmon tl Sfar- 
cnîpiit \i\\n- Le S^ilotnou ft Mintoipl» btin, en effet, (un 5UJ%"R' Lt panic dia' 
loguiii: d'une seconde pjnic, principalcmeni en rWis, c^JU tiam laquAU se 
Irouvenûlrt hiitorieltidu CJmt fl dr hi C^kinàtllf, (rt cette setonde p.irtic manque 
absolument dans les Salmwn et M^ircolplif que Gaston Paris a en vue. 

Alt sujet de ocs Saîoineti fl Maraïphe, nous avons étudié, À h. Bibliothèque 
Nationale, tout ce qu'ont bien voulu nous indliquei deux Navantt très com> 
péients : au Départemeiil des M,inuscrit*, M. H. Omont; au Département 
des (niprimés, M. V..-Ct. Lcdos. 

Troi& manuscrits, dont un manusciit duxni°siécle, et un imprimé gothique 
font groupe : le dialogue y a tout A fait la même marche, quand ce n'estpas 
k même lexw '. Apnis chaque seoiencc du Sage. Marcoul Cou Marcol, Du 
Marcon) fait invariablement iinc remarqtie sarc;i!itique sur un seul et même 
thème, sur la femme de mauvaise vie, la p.. , ,n, sur ses rusn, sa perversité, 
son abjection : le tnui, grossitrcmcm charbonné et d'une crudité en rapport 
avec le sujet. Nou> prendrons, comme spécimens, parmi les quaramc-stx 
icrceii de l'imprimé, les deux premiers «1 les deux derniers, lesquels ne sont 
pas impossibles ii citer : 

Les dictz de Salumoo et les responces de Marcon. 
Salomon commence : 

Qpi veut mesurer 

Leauc de la mer 

II est plein de rage. 
Marcon 

Qui lient dans \n main 

La foy de p. , n 

II a mauvais gaigc. 



I. Manuscrit du x]i]« siècle, dans le volume très composite Bïbl. Mat., fr. 
ij S4 î et manuscrits ptu* récent*, rémiis à diïs manuscriis Ulîns : l'un, dans le 
volume lai- 4641 ]), et l'autre, dan^lc volume bt. 6707. — Imprink- gothique 
(sans lieu ni date), intitulé U$ Jiilj df Sahmcn Aiifcquti Ui nspàCfs 4e martM 
fort iaytfiifi |La cote est : Réserve. Y* ayisl- 




à 



576 



K. CX1SQ.UIÎJ 



Et au Jcrnicr fcdillct : 



Salomon 
Lo» tend a la glu 

La ou Ion a vcu 
Reposer obeauli. 

Marco» 
P.. .n liasse vavc 
Quant die scci sa pro>-e 
Peur trouuer ribauU. 

i-inis'. 

Dans un seul des qualn: nianuscrÎK de U Bibliath^tic Naiionalc, manu- 
scrit du xiii« !ticdc *, Marcol ne ic coolini: p.u dans co JipUisanI sujet ; ses 
« rfpoosn » sont variées, mais assex plates. Esemplc : 

Q>iî saigvs hom sera 
Ja trop ne parlera 
Ce dit S.ilonion. 



I. Méon a public, en iSaj, sans înJîqiicr de provenance, une lonj^ic 
'pièce appjftcnant à ce groupe ci intituli:»; De Mdn-ù tt .U Salfinam (.Vawi'ùt" 
RtiiifU lit Fabliaux, \, p. 416 se<),). l.a BiMiothtKjut," di; Genève piiMiJc un 
manuscrit du xv« iiécle (n" 176'"'), Im DhpuSacian de Moraux et tif S'iliwi, 
en 79 lerccu, dont quatre seulement itc se retrouvent pas dans le texte de 
MC'on (BuUelin de hi Sxiélf rUt aiteiftn UxUi framaii, 187". p- Sj ^&\.). Une 
juirc pièce analogue, en {8 tercets, tait partie des manuscrits de la Biblio- 
thèque d'fipinal, sous le n'> 189 (.intime Bittlrli». 1876, p. 81). — Il faut men- 
tionner encore un manusciit du même groupe, intitulé Ln Dttpnlaàon fntrt 
Saiomon ly Saage rt Marconi/ ly Fook, et qui se nx)uve parmi les manuscriis 
fran^aw de Trinity Colleté i Cambridge (Mss. Q.. i-jo), feu John M. Kcmbic, 
qui a reproduit c» partie ce dialoiiue dans sou livre ^ngJo-iitxoii Diiilogiifi of 
Sitlonioii iiuJ Siitiiin (Londres, 1848), p.7S seq.,dit que le manuscrit est de la 
muii) d*uti scribe anglais travailUni vers le coiiimcnccnicm du r^gnc de 
Hcmy VI (1411-1471); voir le travail de M. Paul Meyer : La Manutcritt 
français J* Cambrijg/. III. Ttinity CoUrgf (Soniiinù, XXXU, igoj, p. 6j). 

a. Fr. 19, IS2. — Cette pièce a i\6 iJiiile par G, A. Crapclct dans 
ws Provrrivt ft dicloni fvpiilaîm, ttvec ln DHi du MtrcUr el lirt Mùr- 
chanJi tl Us Crieriti dt Pisrii aux XI l h rt XlV<^ùi(ks, pithlUi iVuprH la 
mafuitrriVf dr la Bibliotliiquf d\t Roi (Paris, iM;i), p. 1&6 scq. Elle porte le 
titre suivant : Ci {ommtiuc Je Maiccul tt Je Salemm ^iie U qntm [« comte n] 
de Bittaigue fiit, titre qui en attribue U composition i un rimeur priacîer, 
Pierre, sumommi! .Maudeic. duc <ou comte) de Brna^ne, mon en 1150. Le 
fait n'est pas si certain que ladmci Kcmble (fip. iît., p, "j^y. Voir Histoire lit- 
térairr ée la Framt, XXIll. p. 688. 



IF. CONTE DD CHAT 1?T DE LA CHA(*DELLE 

Qi.ù \i mot ne dira 
Grant noise ne fon» 
Marcel ti rcspom '. 

Dam tousoesDbloKucsfrnn^ais. la joute oratoire entre .Salomon et Mar- 
cel, " son compaignon n {çommt" dît le prcmi«r des deux manuscrits du Xlll* 
siiïclc). n'a ni intmJuciion ni con<:lij&ion. Toiti au contraire, le Salomoa et 
M'iriTûljJif ]Min, — dans U forniL- i\uc li tV[iogra[ilitc du XV Mich a rendue 
défiiiilîve, — s'étend longuement sur des préUminaircs irt donni: à l'afTairi; 
un dénouement. Il dipeîniSalomoo ■ siégeant iur le trône de David, son 
pire, plein de sagesse et de richesse a ; U fait par le menu le portrait 
du difïbrtne Marcolphe et aiissî, nvec citation de vers latins, celui de Policana, 
femme du malin compère ci non moins ditTormc que son mari ; il repnîsentc 
■ enfin S.ilomon comme renonçant a continuer la dinpiile contre son inbvubk 
advcnaire et lui donnant, nialffré ses courtisans, la ricompcuNe pTOnii>c pour 
3e cas où Marcolpln* serait vainqueur. 

Autre chose encore : le petit livre latin, dont le Salomcin n'est pas, comme 
dans les Dialogues frani^ais, uue personnification du Sage, mais bien le Salo- 
mon historique, cherche de son mieux k sifitft ton roi de Jérusalem dans un 
milieu biblique : ainsi les gnuids personnages, jalou^i de Murcolphc ei de son 
esprit de repartie, cl i^uî demandent À Salomon de chasser a coups de triqnc 
ce rival possible, ont des noms (.juiu^t nnnm) pri* d.»n\ ie I.tfrt dei Jtotl 
Cil Reg., 4-6, S-I9). — Quant aux semences de Salomon, elles sont tirées en 
bonne partie du texte de la Vulgate (dix-huit, du Lnrt dn Pioinht ; d'autres, 
de l'Haléuuilique, etc.) : 1". II. von dcr llagen le faisaitdéj^ remarquer ci en 
donnait le compte, it y a tout juste un siècle '. 

Du reste, il faut noter, d'une tnaniêre générale, que. si nous tte nous trom- 
pons, le Dialogue blin n'a en commun avec les Dialogues français aucun 
de SCS dits et d^ntriJUi : le seul trait qui le rapproche de ces Dialogues, c'e$I 
uniqucrtieni l'idâe du combat, i coups de bons dîcioiiî, entre un sa^ceiun 
« fou », qui. Je part et d'autre, ont lespectîvenient les mêmes noms 
(n Salomon ly Saigc ■> et « Marcouif ly Foole « ; — sapiftis S'jhmtm et SUr- 
(oifiins Jollm, comme Marcolphe se comme lui-niémc) >. 



l. C'est évidemment i un Salomon tt Mttriolplie de cette cai^orie que 
Rabelais a cmpruntti le dit a contrtdit que Kcniblc (fiP- ''''■t P- Sî) nous fait 
connaître : Qui ne ie ûtiventurt, n'a clutxil ni mule, ce Jîtt ^'i/oniou. — Qui trfip 
u ûdvtntitrt , ptrJ itm^ai fl miilf, rtspùndii Maiton (Liv, I, ch. )îj. 

3. Wirrrnftijfii (Halle, 1811), p, 540, 

{. Un litti}ratcur du xtt' sk-clc il faii. en vers Utitis, une imitation expur- 
gée daSii!omm\ ri Martoul lTan(;^iil(pour ne citer qu'un Irait, le Tixiii ou 7tliJ 
du style orné de l'époque remplace consummcni le mot grossier du proto- 
type). Ce court poème (26 vers de difs et aytiJredils) à été publié deux fois : 




57* ^^^"^ B. COSQOIN 

fr) tKS DEUX PARTIES OU SALOMOS ET MAttCOT.7HE LAtoT 
CNT-ELLES »V MÊME AUTEUR ? 

Si, de ce dialogue qui forme h pnrmicrc pirtic du Sahmon et Murcalphe 
Yit'in, nous passons i las«ci)nd« p^irtU-, principal émeut nirntiw et toute 
folklorique (celle où, comme nous l'avons déji dil, Tigurc l'tïpisodc .in Chat 
tl di h Omuitth), un« lemarquc s'impose : sur trois points au nioios il y a 
contradiciion formclic cotreccs deux panics. et l'on s'en convaincra en Itsoni 
la note ci -dessus '. fividcmmcnt nous avoas afTAÎre ^ deux ouvrages disiînci!) 



d'sbortl par Tliomas Wright, dans ses Barly Myttfrits aurf oihtr latin pçtmi o{ 
il<f Itivl/ib arii ihrrufnib rmfHriVt (Londres, iSSS), p. tji, d'après dcn 
nuiiuscrits angkis, et, totit n!cemmcni, par M.idumc Concte Pjft^m (pp. ril., 
p. 5 î9), d'après un des manusaiis Jitsdc la Reine (Christine), conservés i la 
Bibliothèque Viticanc, duquel M. i-nnccscû Novati, co-dircctcur des 5/Wi 
iAtàievaU, a fourni à Madame Coriese une copie, accompagnée d'excellenies 
remarque'!. — liieii que ce D( cfrUtminc SaUinimh /i Manulphi (De Sato- 
pwie fl Mkoii [sic], dans le manuscrit du Vatican) son écrit en latin, Il n'a 
cenaint;meni pas exerce pUi* d'influence que son prototype trançais sur 
notre Suhmo'iii fi M'ncoipbi Dùih^"!- 

I. Prumikh poixt. Dans la première partie, le ^amtay. Jugtmeat âf Sah- 
mon a ûè)i eu lieu et, tout au début de sa dhpuiiâon avec Marcolphe, Salo- 
mon le rappelle pour s'en faire gloire; dans La seconde panic, ce jt^eracni 
n'est pas Jaa» le passi, maisdan^ k- présent, et il lÏKUre tout au long parmi 
les épisodes qui composent l'histoire des relations cmre le sage roi et le mali- 
cieux rustre. — Secoxi» point. Dans la pretnlire partie, quand Marcolphc 
entre en seine, il est prisent^ comme un étranger, arrivé tout récemment 
de t'Oricnl {qui nh OrUnlr nuptr '.tner.il): dans la M:coiidc p.ittie, Marcolphc 
c<rt dans le pays depuis sa premiéie enfance. D'après ce qu'il raconte A 
Salomon, il se trouvait un jour, t\xm iafiinUtlin, dans lei cutsiitcs du palab 
de David, alors que BeraabA: (jtU), la mère du petit Salomon, ayani fait rttâr- 
sur une croûte de pain le cœtir d'un vautour, donna ce co:ur à manger i soo 
fils, lit elle jeta la croCte de pain \ 1.i léie du petit Marcolphc. « lït j'ai mangé 
celle croôic to\iïe imprégnée de jus, ajoute Marcolphc, ci c'est de \X, je pense, 
que me vimit ma tiidice (tmuf/n nnw), comme ta wjjcssc te vient d'avoJr 
mangé le cœur du vautour, n — Troisijîmk point. Dam la première partie, 
Marcolphc esl marié ei il se présente devant Salomon avec «i feninie, bqudie, 
d'ailleurs, cit Jvnom muLi ; dans la seconde panie, il est question du père, 
de la mère, du frère el de l.t sœur de .^Lircolphe, qui sont tous dans le pays, 
mais nullement d'une femme que Marcolphe aurait épousée : tout l'ensemble 
du récit et aus« tel épisode que nous aurons à résumer plus loin, montrent 
bien que le fin matois n'est pas marié. 



tE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 

dont diacim 3 son in^jivKluilîl^ ei v>vi niilcur, et c|ui ont éti tout bonDcment 
juxtaposés par un iroisîûiic liiiùratçur. leiiuel n'a \^j^ ptîi la peine de faire 
des retouches. 

M seiiihle iii<în)e que l'opération se trouve meniionn^' dans le plus ancien 
nunuscrh connu tiu Siiiomiw ft Murfolpht. un manuscrit de Berlin, daté de 
1^24 et dont il sera parU à U scaioti c de cet fxnnsnt. 

Rn ciïet. ;iprCs la paniu dialoj;U4:c, en tiïli: de ki partis namilive. c'cM-l- 
dire au dét)ut du iCxît de la chssu- et île b visite de Siâlomon ^ la ch jumiùrc 
de Marcolphc (.épisode (jLitfnous aurons 3 cxamluer dans X'ApptndUt de <x tra- 
vail), te nlanu^crit niL-t ceci : lkoitL'R qttod rex Jj/chuuk ,tif vouUU'nftn, etc. 
Ce qui paratt vouloir dire : « Nous irouvon» dont un Ihre ce qui va suivre. » 
Les autres manuscrits de licrlin, beaucoup plus r^'cnts, et le tente imprimé 
n'ont pas ce legitur, et rattachent (assez maladroitemcnl) la strconde partiel 
1.1 preniiiïre : Hex iiitn,-R quiuiainJie mm venatoriha suis, etc.. On pourrait 
ptL-squc M' dctiundersi le ifgiltir du doyen des manu?>crils n'aurait pas donné, 
par ahih'ation, ce gauche ^Uur. 

() A QUELLE ÈPOQl'E LES DKOX PARTIES DU SALOMON ET HAMCOLPHE 
IjITKJ APPAH-UiSENT-BlLES Dfe)À RtUKIÏS ? 

Pour le Siitmion tt ManvIf^K blln, il y aurait donc trois dates à lïtablir : 
JjiL-s de la riJaction dcchacunv de ses deux parties et date de leur réunion 
en un même livre. Cette dernière date est, n;)turcllcnient, la inoios impor- 
tante. 

C'est un .\tili}itu)ti ft MiintttplK complet (c'csi-.1-dirc ri^unissant les deux 
ofntsaih), (juî, vîri^t ou Ircnlc ans Ji peine apr».S l'.ipparitioTi des prcmii^res 
produaions Je la typographie (ta fameuse lilhU à quisr iHlf-Jeux Ugnn de 
Guienberg est de t.t5;-i4(f>}, s'est publia prcsquci la fois dans le texte 
htln et dans une traduction allemande. 

Bien quelcsoti pour .imsidircf.ita] dcccspitiics brochures dcquciqucs pages 
(le Satomott et SUinatfiijf l.iiin de la Bibliothèque N.ilionale a dix feuillets) 
soit de ne p.is t-chapper i la destruction dans le cours des .Iges, aîscï d'exem- 
pUires de la hrochure latine sonl parvenus jusqu'il notre temps pour qu'on 
ait pu dresser une liste d'au moins vingt-lroi% éditions de cette platiuetic, 
publiées avant la fin du xv* sièelc, et de sept éditions, publiées au x^i' ; 
presque toutes imprimées en pays germanique f Allemagne ei Pays-Bas). La 
plus anciennement datée ts( de 1482 (sjns indication de Heu) ; une autre, 
non datée ci >jui jur.iii été itiipriméc l'i Cologne, remorïteraii A t473 . 'l'ouïes 
les premières éditions ^ont allemandes (Cologne, Spire, Strasbourg, Leipiif;). 
Aucune des très nombreuses éditions imprimées aux l'jys-Bas (i Devcmer 
et i Anvers) ne parait iire antérieure i i486 ■. 

I. J. M, Kcmblc {op. cit., p. }i-}4> 2 donné une liste chronologique des 
éditions du Sahmo» et Mtircvlpf* laiîn ; on en trou\'era une autre, beaucoup 



jfio E. COSQUIN 

Une traduction allemande t;n prost:, laite :>ur un texte latin i peu pris 
identique au texte imprimiî, a ixi iàitix dés 1477 i Nuremberg ; quatre 
autresiditionsiiuîvent avnm la Riidu xv si^lc : A Nuremberg encore (u^^)* 
i Augslxiurg (1490),^ CIm) (i-w^ >^i 1498): puis une demi-douMinc, au 
xvi« siiiclc, fusqu'j \^3u (j. B;\le ci à Btriii; noumnicnt). Nom laissons de 
cAti celles qui datent Je 1j sci.unde nii>iii£ ilc te niinie xvi' siècle ■. 

Sî nous passons aux manuscrits, tous ceux qu'on connait du Saiomen tt 
M.tni^f>lM lil'm, sont du xv< sUvIe, in, chcnv i noicr, il n*en existe lucun dans 
les bibliotlièques publiques de France ' : tousse trouvent en juy s germanique. 
La Bibliothèque PaUtînc de Vienne en pos*i;dc quatre; ta Bibliothèque Roydk 
de Munich, trois ; la Bibliothcque Royalv de Berlin, ircU aussi <. 



plus complète, dans urt ouvra^ tout r^ent de M. Ccnik ?brt. extrait des 
Mémoires de l'Académie tchèque de Prague (1909) et intitulé MarcoH a 
Wft'im V Uuralure shtnolisk^ (u Marcolphc ei Personne dans la vieille littéra- 
ture tchèque ■), p. 9. — (ïn peut contrôler, vn p.iriic. cette lÎMe au moyen du 
Rfpértt^rium l'iHiogntphiium de I.. Hain (Stuttgart, tHîfi). v Salomim et Mar- 
(oiffbui, Kt du Suppk-nieni à ce réjKrtoirc, publié i I.ondrcs, en 19OI, par 
M. W.-A. Copinger. Il y a lieu ausïî de consulter les .-innalti lit h lypografinf 
lUtrlandaiw an Xi'* iih'h de M.-r.-A.-G. Omphcll, déjà citées plus haut. — 
Sur celte trentaine d'édilions du Suiomo» rt Mtitcoipht latin, on ne connaît que 
quatre éditions iitipriuiées en France, dont trois à Pjri* ci une â Rouen : ui»c 
seule, de l'iniprimeiir Félix Baligaud, i Paris, date de la fin du w* siècle (de 
1490 d I ;oo) ; les autres sont probablement toutes du xv:«. 

I, ZIbn, op. cit., p. 13. — Hmil Weller. dans la revue bibliographique 
Straptwn, 1 K62, pp. 249-353. — F. II. von der Ha(tcn a réimprimé, dans son 
NarrfnhutJi (It.illc, 1811), cette iraduaton jllcinaode en prose, mais malheu- 
reusement en l'arrangi^nt plus ou moins (Voir F,, Weller, <y>. cil., p. 149). 

3. Pour U Bib1iotliéi]iie nationale, nou^ avons l'aftirin.iiion du uvant le 
mieux informé, M. Omont. Four les autres bibliothèques de Paris et pour 
celles des départements, noui avons parcouru kv^ tabie> det 4} volumes de 
caialu^nes des manuscrits de ces bibliothèques, sans trouver aucune tncatton 
d'un Semblable manuscrit. 

j. Bibliothèque palatine de Vienne : Cod. 1092, 3J17>3M3 (fragment). 
5167; — Bibtinth^quero>'alede Munich, Cod. lat. 640, 1974, joij; — Biblio- 
thèque royale de Berlin. Mss.lat.qu. 3{6,qu.)6i et fol. J19 (fragmem). — 
Nous avons récemment, en traversant Berlin, pu examiner les trois 
manuscrits de la Hibliotliéiiiic Royale ; ensuite, à noirt dirmandc, noire ami, 
M. Johannes Bollc. le successeur incontesté du grand folkloriste Rcinhold 
Kochlcr, a bien voulu prendre la peine de les étudier de plus prés sur divers 
points. Pour ks manuscrits de Vienne, nous devons de précieux renseigne- 
meni^ A la hante compétence du très obligeant M. Ph. Aug. Bectter, proCc» 




LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 381 

Plusieurs de ces manuscriis portent une date : le niinuscrit île Munich 
640 est daté de 1470; le nunuscEtt de Berlin lut. ça. 356, de 1469. Le 

manuscrit de Vienne {093 doit nvoir CtO «krit vers 1^50; le manuscrit de 
Mtinich }974, l'u iiè Jan« le» années [4^6-1466. Le plu) jncicn Je tous 
est le manuscriidc Berlin lai. qu. )6i :iL i»t cunaincniuni de 142 -]• lûnsi que 
l'jticsic cette mirntion, mise i U dcmicri; de trois pièces dt nifme <icntiirc, 
dont le SiitoituMf et Manolfiius (ici Marvliim) e» U preniiéie : pfr inaniii M. 
l^tsmiu' dnno Joiriiiti mîiiesimo quatiringfuteiimo vicfiimo ijuarto feriii sfxt<i 
ktHle CiuitmiUiUntnt (c'csi-à-dire « k vcoviredi avjni le diiaaiiclic; de la iiep- 
tUilgésinH- ■))'. 

EniTc celte copie, faite ea 1434, et le manuscrit dans lequel ont iié rihi- 
nis pour \.\ première foîïi les deux o/nirriila coiriposjini Je Sahmati et Mrinafphe 
latin, il y :i eu cettai ne nient dei întermédi.iirci, et il uVn faut pa» be.iucoiip 
pour que soit franchie la limite ijui sépare le xv« siècle Ju xivc. 

Q^anl aux vpuaiih eux-mémc^, si l'oii rcKéchil que citjcun i eu, ayant 
la réunion, son existence propre, on remontera pluâ haut encore *. 

i) l'âge DK la PKSUIÈKB PAKTIK (la PaMTIB UJALOCUÈf) 
UL' SALOHOK KT MAKCOLfHf-: l^TIN 

Ici, bien entendu, oous n'avons pas ^ nous occuper des dialogues français 
des Xlli-'ct xni« siècles, dont le fond evt loue à fait diffèTeni de celui du dialogue 
latin, et dans lesquels Salomon pourrait étru remplacé par un Sagf anonyme, 
faisant contraste avec un Fm. Dans uoiie dialogue latîu, un l'a vu, Salomon 
est II- S^tlomon de la Bible, prononçant des niaxinies qui, en ^andc partie, 
sont de b Bible {ce qui, par parenthèse, donne aux inipertiiK-nces de Mar- 



ieur de philologie romane i t'Université. Quant aux manuscriis de Munich, 
nous n'avions pas à chercher mieux que ce qu'en dit M. Ernst Schaubach, 
dans son inti^rcssantc thtee de doctorat de l'Uiiivcrslté de Leipug : Die erhgi- 
Uit€n lieuhdxn utitl ialfinurbra Brartvitii'tgfn dts Siilunwn-Martolj-Dialoges 
(Meiniti)^en. 18K1), pp. 9 ^eq. 

I. C'est à M. job. Boite que nous devons cette eonstatation importante. 
Nous avions diiji remarqué, en feutlLetani ce manuscrit, qu'il présentait un 
texte plus «impie et paraissant plus ancien que les autres manuscrits de Berlin, 
qui donnent un texte ^ peu prés semblable à celui qui a été imprimé. 

1, N'avani nullement en vue de traiter ici ex firufetsc la question du Sii!o- 
moH €< MarcoifJx, nous labsons de côté deux traductions en vers allemands 
du texte l^itin (dont l'une est iniîiulée Salomon mh> Moroljf), contenues dans 
deux manuscrits du xv* siècle, qui ont été l'un et l'autre publié* (1^. H. von 
der Hagcn et J. G. Bûscliing, DrMsche Gfdichte det MilteltUtrs, tome 1. Berlin, 
1808. — l-dix Bobentag, Narrtnbuib, pp. 39] teq. Berlin, sans date}, et, il 






î82 E. COSaUlN 

COlplK un ccTtaîu carAClire d'iir^véïcnce, plus ou moins contcicnK, 1 
des Livres Saints). 

Un DU pluMcuo dialogues dv Salomûn et Mxrirolphc exisiaîent, à n'en pas 
douter, en AlIcniafiiK au temps du poète ïoiiabe qui. m)u& 1« pKudonynie 
de Fridink(u l^ Vtaac IVnscur u), 3 <S:rit, ^iaTx^ k première moitié du 
xiit* sî^lc, le poiiiie didavtiiiue intitulé Btultrithnlitit (• Le Discerne 
nient»). « Salomon, ditit.ensfignait U sagesse; Marolt (Marolt', Morolf. 
MarcQlt, Mjikoir, MjtLijIIus, iMeirolf, selon ltf& mjnuscriis) pjirodiari scï 
dires : ctnii habitude, trop de gens, nialhcurciucment, l'ont encore aujour- 
d'itui. ■ 

Sdlmon wîsheîl lùrtc, 

MaroU dîir vcrkàle ; 

dtfti site Wm hiuic 

IcidvT gnugc liuic '. 



ujour- 

4 



\m p)uâ récent éJiieur de Fildank, M. H.-K. Betieuberger, croit que l« 
vieux poète vise le Salonux et Mirci^jAe latin ». Le vîse-t-il dirtctêmtnt ? 
Kous nous peimctions d'en douter. Le livre de l-rtdanL, recueil tm langue 
iiUetnande de pnïceptes moiriiix, fahle>, etc., s'adressait non aux savants, 
DUis nu ^rand public d'.Allcnuttnv, et le p:iSMj4C en question suppose un 
dialogue entre Salonion ei Marcolphe généralement connu. Il faut donc qu'il 
y ait eu alors, en .MIeniagiie, wit un semblable dîiloKue en langue vulgaire, 
qui aumitcté l'origine de la première p-irtie du Saicvioti el Manolfiy latin, 
soii, 3U cuntrairc, uue traduaion allemaude (ou ;irrai)gcmcnt) d'un Saiomt>a 
tl Marecipix latin déji cxisUni, .i moins que, — ce«îui ne serait nullement 
iusouteiuble, — une vulgarisation par voie orale n'ait porté dans le pe\iplc 
le cadre ot i]uelque cltose du contenu d'un dialogue écrit pour les lettrés 



plus lorte raison, un secuntt SahmoH tt Morolf, sorte de poème épique alle- 
mand, dans lequel .Morolf est ic trcre de Salomon (publié dans l'ouvrage ri- 
dessus mentionné de von dcr H;igen et Hûsching). — Notons, à ce propos, 
que le manu^ait du xv» siècle de la Bibliothèque de l'.Arsenal, que le cala" 
logue (t. V'I, p. 43S, II" iio2 1 donne comme ét.int le « Dialogue de SaJontoa 
et dt.- Mareuir a, n'est autre que ce poème, lequel, répétons-le, o'a aucun 
port avec notre DùiiogHt. 

1. t'rUanlui lUfihtiJtnixil von H. lî. BcazvL'berger (Halle. 187a). 81, v 
3.6. 

3. Op. cit., p. jfiy, note. 

}. Les différences que nouf avnm constJtées dans les manuscrits du 
d« Fridank au sujet du nom de rimpenincni contradicteur de Salotni 
montrent bien qu'en Allemagne, au xiii* sié;ic et plus tard, le pcrsonn 
était connu sou^diver* nom*. I-It,cn fait, Maroll, c'est le Mitrolilui du manu: 
de Berlin datant de I4M> — Mjrolff Agure dans un manuscrit de Hctddl 



I 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE jS? 

Avant Frldanlc, dans ta secDnJe moitié du xn" si^le, Guillaume de Tyt, 
morlcn nK4 ou ii8[, mcnlioMiuit ilan^ von hîsloîre dtsTrohaii*;*, u» ^icr- 
$onn.-igv V que, Jit-U. Icï récits fubukuxdu peuple up]7c[|cm Murfolphe » (ijutm 
fiihulosx popiilariitm tutralionfi Miiici)lf>biim focaiit) vc qui lutte d'ingéuiosité 
awc Sitoiuou. ribotvani les êtûgiues ^ lui proposées et en propount à soa 
pour (lie juû liidtiir ijnùii Siihtnanii iuhvr^l .Zfti^muta, .rijiiipuflenler ei ittrum 
lolvfidit profvrfni), — riuniëre Je pnJsvnter Marcolphc qui pourr-iîi faire 
pciiK-r que, dios i» version popiiUife Ju Xli< si<ï<:Ie, ce pcrsonmj^e n'avjïi 
pas le caractère de parAliste trr£v£iencicuji. Mais peut-être, »ou$ U plume U'uo 
clerc, cela cxprime-t-il, en styk nobk*, ce que le vieux traducteur français de 
l'archevêque de Tyr rend jii»i : » De cv^tuî diM l'en que 1:1: fu Mircuux, <ic 
que l'en parole, fiu Siihincn el Mancux dapiairnu », exprcsîîcnï qui ne 
permettctil de rien pri>umi;r 4u sujet de la tuture et du ton de cette detpH' 
laiton ' . 

Pluj ancicnnemcm encore, un siècle « demi avant Guillaume de Tyr, un 
autre clerc, un illustre moine del'abbjiye de Saint-Gall, Koiker Ubco (9Sa- 
1012} avait déjà fait allusion au Saîomon ft Miin-W^v, mais d'une fa^on qui ne 
bÏMie aucun doute sur le caraclirc de Martolplie. Dam von commentaire 
allemand des Psaumes, quand il arrive au verset 8j du Psaume it8 : -Vjr- 
tJiftiunt mibi iiiiifui Jabulaliotiei ; sej non ni lexhca, Noikcr passe rapidement en 
Icvue ks Juifs avec leur lifulrrvsii (la Mhchia =^ itcumia Stx) et ses tniUiû 
f^ulttrum, les tu;rctî()uu .iv\x kur vatui lo^uaciutte, et cntin les txcuiiirei 
liUera, et il conclut (nous traduisons liiiéralement le vieil allemand): 
Tout cela » est-ce auire cliosc que ce qu'on dit ifut Manolphe liifpnU coilieUi 
prùvtrhts de Saîomoit > 1'oui cela, c« sout de belle> paroles, sans vérité '. a 

du xv« siècle, iraduttioa fraaruentaire eu vers allemands (Kçmble, t'y. fr'/., 
p. î i leq.), et M^rty}^. darïs une traduaion également ver^îtiéc, mais complète 
{DiiitiiJit CetIktjU dti Mîllflaltf'i, de T. 11 , von der Hageii et J. G. Bûshing. 
Berlin, 1S08, t. I, iri^iie : pagination spéciale); ^ Mani^ll est bien le Marko!l 
des traductions en vieux Tchèque (C. Zihn, op. cii., pp. ai seq. et 7J M:q.}; le 
MArdvlt, HanhuU des iruJuciiAns en polonais (ibid., pp. t6-ao). — Dans 
Markolf, MarkiVfm, apparaissent les ]lom^ devenus cl.iisiilues. — Qjant au 
Mctr<fif, il nous p.irait élre une erreur de copiste. 

j, Guillaume de Tyr, Uhlorta rtrum in p^rlihut transmariHis gejtaïuta 
(Lib. XMI, cap. 1), dins le Retaeîi <ltf HiUvrims Jei Ctoisoiin, pnbUi par la 
soins de rArnJ/riiif rfrj îusiiiptiom ri Billei-LtUrts. Hislfrifis ixtfiîfulatve , 1. 1, 
Impartie (il^j-l), p. 5S7. ^ La vieille traduction frunçaise, mise au-dessou» 
du texte latin et intitulée I.'F.Uoiic Je Er,t(Ui [lléraclins] F.mpiftur tt la coh- 
qutite \U lu le/rr d'i^tilrtnirr, est donnée d'après un manuscrit du xiit« sifccle de 
la BiblioihL:que nationale. 

3. t'titi^ lit iob anJi-rts da\ ma» maii'Mfum tagtl lih /IlrtrûH uuider praturbUi 
Sjlommis ? Alt diin allt» Uni UMri s:dniù. dtu umrhiil. (fiit ScbriJUa Xclkirt 



i \ 



j84 ~^^ E. CXÏSQIÎIN 

II ol cv)U«nt tfuc le momc du X* siède a dins l'esprit itiic Jispulatio 
entre Salonioti et ^artolplic, du i^vnre irrcvtrrencteux. PréciïOus : une Jispu- 
t,!lio non pas comme celle des Siihmon t( Murcotil français, où les scaieoces 
de Salomoii sont des semences quelconques, tjue l'on peut parodier saos 
donner prise .i auctiti M)up;on dv légcTctc plus ou moins iiTi!li;ticus«;. m;Lis 
bieu comme cclk- du S.ihtno'i et Marniip}x blin,oïi une bonne partie de ces 
sentences sont la reproduction \iaProverht3 mimes (pnrverUis, dit Koiker), 
tclsqui; ]e\ donne h Bible. 

Noiker avait-il sous les vcuk un Salvnioti tl M<ircaîp}ie hàn, analogue à ta 
première partie du Stilopwn et Manolphr biiu jctuci, ou parUit-il par ouï- 
dire ? Fnut-iL prendre i b lettre son <• oti dît » ('nuri fugfl), t}uï pourriit faire 
croire qu'U a sculemcat entendu parler du Dùilogut et ne l'a jamais lu ?.. . 
Maïs peut-iire n'y a-i-U pas lieu de donner à ce que Notkcr dît co possaot 
un àens précis qui n'iiuraii pas itt dans sa penstîc. 

D'un petit fait, de la présence d'un de^t diaom du Sfanvlpl^r latin dans un 
manuscrîi du ix* siècle, provimant de L'abbaye de Saint-Gall, feu Karl Hof- 
mann, germaniste et roniarLiiic non sans valeur, a voulu i:oiidurc ou, du moins, 
prbenter comme possible la coDclusion k)u« l'abbaye, au temps de Notker, 
possédait un manuscrit du Dialogue, de m^mi; texte ou i peu près t^ue le 
Dialogue actuel. C'est U, ce nous semble, aller un peu vite. Si le manuscni 
en k^uesiion contenait tout un faisceau de ces diaons, on pourrai! discuter ce 
conmienbemem de preuve; nuis un ttitl. en tout et pour tout, un muI, t)uî 
peut tort bien avoir itii emprunté, non au Suhmm tl MartoffJie, maisi une 
source cotumune, c'est vraiment trop peu '. 

e) l'Ace db la seconde partie (la fahtie narrative) 

Reste La dernière de nos trois questions de dite : à quelle époque la 
seconde panie du Saiormn et M<ircolpite,\3 panic narrative, a-t-dle Êii^ compo- 
sée? 

En 1411, le poète tyrolien Hans Vinilcr racomait, dans ses Pliumea der 
Tugmt (« Flcurï de Vertu »), cette histoire du Chai tout à Oiit de la mène 



kitd seiHtr }iibuit, édition Paul Piper. Frihourg-co-Brisgau, 188}; tome U, 
p. S2Z). L'infinitif ii'Wi/ffiori correspond à l'allem^uid actuel iiii»^'/"», •• dis- 
puter n ; la tournure est toute latine, et équivaut il dkuni Marcoifhum lUiputare. 
1. Voir les Comptes rendus (Stt^wijii^rùhit) de TAcadéniic de Munich. 
Classe philosophico-philologique, année 1871, p. 421-42}. — Ij: dicton que 
K. llofmann cite comme faisant panie de» proverbes qui, dii-il mds plus de 
références, « se trouvent dans la RJittariqaf de SiUnc-Gali », se lit, en réalité, 
avec deuK autres proverbes insignifiants, li la dcrniérx; page- du manuscrit 1 1 1 
de S^m-Gall, qui n'est nultenieni une rhétorique, mais ua Hieruttymui in 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 385 

fifon ijuc Le S.ihiihvi n Manolf^y Ijiïn '. Maid il est peu prottablc que Mans 
VintltT ait eu Iv livrt sous les ycus : car, si Salomon figure dans le ricil avec 
son chst, Marcolphc y tsi Tciiiplacc par « un sage « («m uv f;*r). 

Du reste, ilircclc ou iritJiri.ctf, Va dûrivalioii c^t iitconminblc cl clli; -luto- 
rise A coudutc que luui au niuins cet cpisuslt; dv rmiri: stcnnJe pnic, niiv 
Sitiotiioii Jitus if n<U miiiu i/tu fui fuit joiui U petit liviy hilin, wt.htM liOji, 
suit en btin, yj'n en ailviiund, jut^cieurenivoc i l'aclicvcnK-nt du puenic tic 
Haiu Vinilcr, c'eit-à-dirc amiricurcnient à 1411. Mais, cd définitivr, cvU d« 
nous apprend pas grand 'chose. Nous avons vu pluï haut, en elTvt, t^u'cn 
1434, ttcritf an* seulement après cette date de 1411, un strihe ailcinand 
copiuil un manuscrit du Salomoit tt MaKoiplx latin, pfiiMjiitant les deux par- 
tici K^unics, et certainement ce maiiuacrii Uli-n1H^me était déjà une copie, si 
ce a'cïi une copie de copies. VcrfU cette date Je 1411 bien 4lép;iss^u rétros- 
pective ment '. 



•Isuiain, écrit, comme les trois proverbes allctuands au \x* siècle. Ce dicton, 
qui corre-spond au QuanJo /ugU cup/eoliis, .iHvuH tjus aiim Je Marcolplie, 
est ainsi con^u : Sîi J%^ lihtwhi'hiU fiiel . tô pificfitt imo Ur ikj (en allemand 
Riodcfn« : It'tiin dits Jiehfvcklfin fiubt, w nilbl'jssl iiih ihm Jer ItiuUie). — 
Grjff, en 1834, a publié le premier ce petit teste A^M son AlllMhdtuls^ier 
Sprachsdjut^ (l, lviii). et le rapprochcnient avec le dicton de Marcolphe a été 
fait plus Mfd, en t86j, d.;ns l'ouvratre de K. Mjllenhoff et W. Scberer, 
Dfnh'lxU' i!eijU;hcr Pociie utid Fntsn .wt dcm Vll!-X!l, jitijrhuiiilert. vol, 1, 
p. J9 et vol. Il, p. ((5 (nous nous socnmes servi de h }< édition, Berlin, 
1893). — C'est encore M. Joh. Boite i^m nous a rendu le service de nous 
tignalcr l'erreur de Hofmann. 

l. Dii- PUunitn Jft Tti'^tnt il/is Hatii f^intler, luriiUigigtWii iviitgnax von 
ZTngcHedtuiîbrnch, 1874). Voir Ic5 vers 675 4 et suivant-», — Hans Vintler, qui 
donne lui -mime couune date Je l'achévi;niem de l'ouurag^' l'annCx' 1411, dit 
expre«vment que son poème csi la traduction d'un livre iulieti (iiin wxltches 
ftofcii), iniitul* Fifyés Virlulum, auquel il a fait diverse* addilioiu. Ce livre, 
dont 1c vrai litre est Fiori di Virfh, ci qui eut en Ita.lie un grand nombre 
d'édicion«, a été icrit en t J30 d il e« attribué i Tomaso l.eoiiî. — Du doit 
noter que Vtiisioîre du chai de Salumon est au nombre des additions que 
Hios Vtntk-r a faites i son iwîjçinal. (Voir, sur ces divers points, l'Introduc- 
tion de l'éditeur.) 

a. Tout récemnicntfSf.iwjKW, XL, 1911, p. 9^-96), M, Edmond Fara.) a 
publié un rrnjjmeni d'un petit ponïtne latin du moyeu Jtgc. qui, d'»près 
B. Haurcju, aurait pour auteur l'AngLûs Serlon de Wilton (seconde moîiic du 
Xlie siècle), S'adressant â un certain Roben, iaconnu aujouid'liui, Si-rlon lui 
ftii compliment sur U manière dont il a « exposé » la « vie de Marcolplie « 
iper l( Mai citlfita vila siitst txpon't»...). M. Faral prend A la lettre ce mot 
Ktmtih, XL 1$ 



386 



E. COSQUIN 



f) LA NATIONAIITÉ DES AUTECRS ANONYMES 
DES DEUX OPOSCULES PRIMITIFS 

On se rjppcllc i\ac les nunuscrits du Sakuion et MarcoJphe Utln, conservés 
à Vienne, i\ Muiikh ei A Derlin sont (oiis l'œuvre de copistes du xv* si>èclc. 
Xou« ajouterons que en copistes pAraïsscni avoir été tous Allemands ou, du 
mo!tVï, avoir tous travaille en pays de langue çcrmaniquc •. 

C'est aussi en pays gernisnique (en AllcnugnL' cl aux Paj-s-Bas) qu'ont été 
imprimé» ta plupart des ircntc prcmii-res i.'ditions connurs du tvxlc latin *. 

Enlîn, c'est en Allemagne qu'a été publiée pour la première fois unt: tn- 



vita et y voit l'indicjtmn ■■ qu'uiie partie au moins de l'ouvrage de Robert 
avait un caracii^re n.iiT;iiif it. Il noui semHe qu'il lui seul ce vila n'est pas si 
décisif : il nous semble même que Serlon précise son dire, quand, Immédia- 
tement après cette phrase, se poursuit l'éloge de Robert et du « style magni- 
fique {vrrbit tnirûoiis) dans lequel celui-ci « expose a, — le mot «M répété, 
— « b diil'utaiioit de S.ilonion avec Marcolphc b (... iiles exfwnit ctim Mar- 
cul/i) SitlituMnii^ ; ce qui nuus ramène an S'ilonion et Miinoîpfie dialogué. 

Quant 3 l'observation de M. Haral sur l'csistencc. au xii* siùcle, d'une 
c r^ncUoii allcnundc du Sahnwn iiml Murkvlt ». M. Faral se bomc k ma- 
voycr, d'uDC manière générale et sans niOmc donner le titre, i l'ouvrage de 
Friedr. Vogt, Dît lUittichti Di/bluii^-fn iv» ^alùincn wià Mitiki'!/ (Halle, 
ttiSo), dom le prvtiûer volume, le seul qui ait paru, traite d'un poème épique 
.illenund de SiiIimh iind Moroij, tout ditîéri.1» de notre petit livre, et qui, de 
plus, ne se trouve que dans des manuscrits du xv« sicctc (supra, f, note a). 

t. MANU!iciiiT& t>Ë Bf.ri.ik. M. fiolic croïi pouvoir assurer que les trois 
manuscril% ont été écrit* en Allcin.inne : !c manuscrit de l'année 1469 l'a été 
 l'Unïvx-niilé de Leipzig, in univtniutt Up^enii, dit le copiste. Uans le 
manuscnidc 1424, le copiste donne lui-même son nom, le nom nullement 
rooian de Lanniv.: — .Manuscrit» ub ViENst. D'apiés l'ejuinen que 
M. Ph. Aug. Bcclcer a bien voulu faire à notre intention, les quatre maau- 
scriis sont probablement tous d'origine autricliienne. Dafis le nuouscrit 
;;}7. provenant de l'abbaye de Mondsce (Haute-Autriche), se trou%-e, au 
bas d'une pa^e, une ^lose allemindc de b même écriture. Le manuscrit 
}092 doit avoir été écrit A Vienne : le S<iiinu<)ii fi Murcolpli/ y est joint à des 
lettres de savants viennois, à des secnioos d'un ccnaîo recteur de l'UniverTilé 
de Vienne au xv« siècle, etc. — MASLSCRtrs oe Ml'nich. Bien que nous 
n'ayons pa» de rensL-igncmeiits spéciauit, miu» voyons, datis le travail de 
M. Schnubach {cp. cil., p. lo), que le manuscrit ;i^74 donne, outre le texte 
latin, une traduction allemande littérale de la première partie. 

2. Voir supci, e. 



I 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 



387 



duaion en langui: vulgnirc, et ccuc iraJuctLon alknuaJL-, imprima prv!>que 
co mOme temps i^ue le texte liiiin, [>itaii avoir ixi ass« rcpjiiiliic '. 

En Franoc, au contraire, ni manuscrits d'aucuue sorte, uï tiaJuciion popu- 
UireA cnre^iitrcr, inah seulement Irob ou quatre (.'ditioRS du ti'xic latin, et 
non des plus 3iKicniii;s, et uni; irjtdui-tiuii, pul'lici; eu lSt>9 pw un littéra- 
teur ". Rii lialic, rie» qu'une traduction, imprimée en Ijoa i Venbc, et 
riitnprimik, i V«ni*c çntore, eii 1550 '. 

Ainsi, de quelque càté que l'on se tourne duos cette enquihe, k-s p^yi j^cc- 
niiniquci paraissent occuper une place à pan, et l'en pounait dire que le 
Sahmon tl Martolpbe, en son Irxtus uttplus, leur appartient presque excluït- 
venieilt. 

En sera-c-il de même, si nous recherchons quelle peut avoir étiî la nationa- 
lité de l'auteur anonyme ou pluidt des deux auteurs anonymes du petit 
livre? 

Ici intervient un savant allemand que nous avous dijA renconln^ dans nos 
invesiigaiîons, Karl Hofmann. Aprî-s avoir cnaminé le vncakilaîre latîii du 
SalomoH et MiinolfJjf et y avoir rclcviï plusieurs mois qu'il cou^id^re, mou 



1. Voir ibiJ. — II existe au5si dans des manuscrits du .tv siècle, deux tra- 
ductions allemandes en vers; mats elles n'ont été imprimées qu'au MX' siècle 
(vid. suprâ, c. Icsicidicaiions bibliographiques). Li première est ro-'iiVEe d'un 
moine anonjmc; la sc-joude a été faite par uu «.enain Gregor Ilaydcii. en 
l'hjoneur du landgrave Fricdrijih von Leuchtcnbcrg, lequel moumt en 1487. 

2. Un uc peut appeler tri;iduaion populaire cette traijuction fraïKaîse, 
aujourd'hui iotroii\-able, que lirunet décrit, non iff fini, mais d'après des 
rcnsL.igrienietUs d'un tiers (i* Salomon tt Manùlplue) et qui porte le tiuc sui- 
vant : Lrs Di<y ^' Suivmx'n tl lit Murculpbui, jtiUnluUe^ du htiti t» friimois 
itufc les itH^ dti sept M^-fi <l •l'iUitffs philoifiphfi lif hi grect Uaàiiit^ de grec 
en fiiiuioyi fKir Muist't jfljti'i -.ih-ry {Paris, Otiillaunit Eusiate, 1509), — Au 
bas du titre se lit, dans un huîtain, cette amusiante déclaration : 

Maistrc ielun Divery de MaulhoLs 
Ne dhïncoun en beauvoisin 
A traduit ce livre en francois 
Combien qu'il fust mieux en laiin. 

j, Ll DyaJi^o tti Salamon e Marroipln>. Ce petit livre rarissime a été réim- 
primé de nos jours par les soins de M. Ernesio Lamnu (Bologne, 1885). 11 
avait été îêimprimé déjà, revu et corrigé. Ji uuoiv risUituf^ila t nlht hhi utna 
leliow (îiV) fidvtto l'n r)irr;'ia (a Venisi.) en ijîo. Voir dans l'article des iViiJi 
iNéJiei-jIi, indiqué an conimencetncnt de cet txcursm^ la note 6 de U page 
j({, ei, pp' slJ8-6o], la reproduction intégrale Jccclte plaquette. 



I 



V 



E. COSQIÎIW 



»iis niïon k- plus souvent, connue dérivés du vieux fran^aît, il couclut <)ue 
V l'ouvT^^c est sûrement (jkier) ^'origine française •> '. 

•• Sùrcmcnl ">... Pciit-ctcc ne faui-il pas tire si alfirmatif. 

L;i prùsaicc de mats franfib latinisés J^ns un Kvre latin du moyen Agv 
«.-sl-dlc, à clic seule, la preuve que i:c livre aurait iti âcrit par un clerc fran- 
fai»? Ma^ri uutre Lucoinp^icncc en cette matière si sp^ialc. il tious semble 
(|uc itor. La litigna tOintiiuHif du moyen igc, usiiil-e parlotii, en [Uys germa- 
nique comuiv en pay^ tomui), .:e Liliii qm. pour le fund, cuit cuctaîneiiieni 
du vrtii latii^, devait naturellement, iosiinctivemcoi, quand il s'incorpoijît 
des mots nouveaux en les UiinÎMOi, prendre dans le vocabulaire d'une 
langue apparentée, d'une langue néo-latine, plutdi que dans celui d'une 
langue gernutiique ; rien donc d'éioiinant qu'il s'y rencontre en grand 
nnmbredvs mots français btinistïs. 

Sam doute, il n'est jui tmpouiMe tjuc, si jam;iit on entreprend, en iC pla- 
çant au point de vue de la langue, un dépouillement un peu complet des 
li%TC^ c-t auircï document» écrits eu latin au moyen i^c, d'un cAté dans let 
pays romans, de l'autre, dans Les pays germaniijucs, les résultats comparatifs 
de ce itépouillement montrent que la lini^uii lommuuif serait Itntiff un peu 
dilîcrcmmcm J.uis les deux régions. Mais, dans ce cas même, le fait (sll 
étJÎt établi) d'être écrit en UUn nuiia» ne trancherait pas, pour le Sahiuon tt 
MjfKil/Jnf, h question d'origine. Étant données les relations internationales 
contiiiucllcs des clercs au moyen âge, serait-ce chose Invraî<icmb table 
cju'un cUrc allematid (ici, ;\ vrai dire, il eu faudrait deux, un pour chacun 
des deux opusfulil primitifs), aprè-s avojr reifu la formation littéraire en pays 
ronian et s'y étie imbu du laiîn rumau, ait, à son retour en pays germa- 
nique, rédigé son ouvrage à la romane ? Ce serait, à tout prendre, moins 
bicarré que la snpp liiiion d'un livre rédigé en pays roman et n'ayant eu, en 
fait (on l'a vii), de vraie iioiori«ité qu'en pays germanique. 

Karl }lDfni.iiiTi. lui, concilie les cliotcs en pbçam le lieu de naissance du 



1. VoirW Méiuoircde tSjt. p. ^i2. — Les mots cités [>ai Karl Hofmann 
sont, pour la première partie, hefgtjriui (bcrger3,/iiH«i (fou), qui sont iocon- 
testjhk-niem d'ori^jine fran^iiise: pfmure (penser), qui a pénétré dans les 
Langues gemianii]ULS, témoin /«■/«-^?i (même sens) en néerlandais, et phistn 
(/■/.) d;mt l'allcniand de la vieille traduction en vers publiée par von d«r 
Ha)^, vers 71 et suivants. Vient enlïn mmia (que, par parenthe.se. HorMe 
Cl Phèdre peuvent dilfîcilcmcni avoir emprunté au ■< vieux français »). — 
Pour U seconde partie, dtitix mots, iiigtnium et hrUo, sur le^^^uels nous 
aurons 1 rcvcnii pour en Tuer le sens, et auxquels on pourrait ajouter Irua- 
ter (V. français Uiixor, l^hteur, <t garnement "), tiujator (v. fr. trujear, tnt- 
fitur. Il trompeur u). inita [n\] (« bouse de vadie ») et Hutrilum (v. fr. nourrf 
ture, dans te sens d' a éducation n). 



L 




LE CONTE DU CHAT ET DE l.A CHANDELLE 589 

SahtHM et Mitffolpl» dm» iiu pays mi-pani roman rt gemuniquc, en 
Flandre, « dan& U Flandre romane, comme dans la Flandre germanique •• 
(tiaxh FUthlfiit, itni tonianiiilxu, xiit tifin gfrmiwkchfn). Lo point de départ 
de cvtif hypoîh^se, im que les [tremiùrcs ëdiiians du Salaniifn il Siarcoiplx 
auraient ili impTimét» " aux Pay>-Baï. -i Anvers m. Doul", »i nou^ conipie- 
□ODS bien, un Flamand de langue romani' aurait rédi|i;é le livic, et des Fla- 
mflnds de langue germanique l'auraient imprimé. Le malheur, cest que 
(noiis le rappelonï) toutes les premières édiiions tlu Sahiiiû» tt Manoipbt 
ont été imprimées non aux l'jys-li,», mais en Allemagne, à Cologne, A 
Spitc, ^ Stmsbourg, A Leipxig. 

V.n rtl'siimé, aombrcux points d'interrogation, lit il s'en posera d'autres 
encore, »t nGU5 examinoos de pris Ee» détails du livre. 

Tantâi, c'est un mot de l'ancien français, latinisé, dont fauteur de la ira- 
duetion jHemande imprimcc 4u wc Mt^cie délcrniine trëi cxaLtemcnl le sens 
et saisit pTfaitemeni le râle ducis une ceiiaitie antithèse, Undts qu'un roma- 
niste de ptolcssion du \i\' mcle ne voit les chosci qu'.i moitié. Tantôt, c'est 
une rédaction tout ï bit romane (romane ii ce point que le vieux traducteur 
allemand et bien d'autres s'arrêtent court devient une de sei expressions), 
qui masque un fond tout germanique, vm bon gros ji:u de mots allemand, 
sur lequel repose toute l'hisioriette... Peut-Jtrc nous pcrmeltra-t-on detou- 
cliCT en note cc> deux passage^* vmimeni instructifs '. 

.\u bout de toutes ce» recherches sur l'âge des deux partie» du Sahmov et 
MiirMlpbe et sur là nationalité de leur$ auteurs, nous n'arrivons, il faut bien 

en convenir, à aucun résulut pusltir. 



I . Premier passage. — Chaué par StUomon, Marcolphe s'écrie, d'après le 
texte imprimé : « S'fque sir, Htque sic sujtiem Salornon de \farcû]jéa bbitomf. 
pacem Inbehit. 1 

Ce hritfmf. ablatif de hritit f breton », qui vient on ne sait quoi faire ki, 
« trouve dans tous le\ mjnuscrns de Vicnni-et de Ik-rlin (nous n'avons [ms 
de renscignemeais sur ceux de Munich). Karl Hofmann a eu le mente, non 
pis sculeiueni d'avnir cnniprit l'atMiirdité de l'c mot, main d'avoir rél:ihli la 
leijon primitive, bncone, ablatif de brifti, corre.spond.un à l'ancien français M- 
ton, que Hofmann traduit par ScMm, o coquin, frip(>n ». Une ireniaine 
d'années après la publication de son mémoire, sa conjecture était confirmée 
par la réimpression de ta Iraduaion italienne, publiée originairement en 
ii03 (_viile i'jf^o). Bien que très cnauvaise en cet endroit, celte traduction 
donne le mot hiicon. L'édition de 1550 .1 hrir^me (article déjii cité des 
SluJi medtn'ali, p. ^97). 

L'auteur de la traduction allemande imprimtc au xv» litclc avait-il sous 
les yeux un manuscrit portant hrinme, ou a-t-il fait lui-même la correction? 
En tout cas. Il ne s'est pas arrêté .i moitié chemin dans t'inidligence du teste, 



I 



390 



E. COSQUIS 



Il n'en Kra |M» de m^e, croyons nous, si, ùu Ikki de conûtkrcr le livre 
dans son ensemble, nous le décompcMons (ou pluidt, si nous dicompcMOBS la 
panie narrdtivk-) en ses divers <ït<,^mt;n». 



comme Karl Kortnann : il a été droit au xns de <• /ou à. trtts fréquent pou 
le vieux français hricon .tu moyen igc, i cfni du scnï de « coquin ■, et il 
traduit ainsi : " H nier so, uKh st>, uiAur Salem<m, iolhl du ver Jtm Nakhen 
Markai/ Fritde Ixiben » (n ... Sugf Salonion, lu n'aunis pas Is paix a.vee ce 
fou lie Maicolphe >i). 

L'antithèse entre le Sage Salomogi et Mareolplie le Hou, Marfbatpiiui fot- 
îm, est ici cxai^tenient présentée, et l'on !>e dcm^ndt: comment ce vieux tra- 
ducteur allemand était si bien informé du sens précis d'un mol qui a deux 
sens dans l'ancien français, et dont La forme latinisée est idlcmem rare 
qu'on la cherche en vain dant le Glois<i)iufii de Du Cjn^e. 

SscoND pasSaCE. — Sut l'ordre de Salomon, Marcolpbe «Ih à FloscemU, 
99 mère, de remplir un pot du lait de sa mdllckire vache et de le couvrir Je 
atdrm rwi'u (c'c^l-à-dîre, évideiuiiirm, de quelque chose provenant de cette 
même vnche). Flo&cemia fait avec le bit de la vache un K-au gâteau, dont 
clic couvre le pot de lait, et dit à Marculphe de porter W tout i Salomon. En 
route, traversant un pré. Marcolphe a Enim : il niangc te gdieau, puis il 
couvre le pot de lait d'une bouie de vache desséchée, qu'il a remarquée sur 
le sentier. Naiiirellemeni Salonion se récrie, o Mais, dit Marcolphc, est-<c 
que lu n'a pas ordonné ut hu tvcfjr Je t\ifca cmprrirrtiir} — Ce n'est pas 
cela, répond S;ilunion : il fallait lairc un glteau avec le bh. — C'a été fait : 
itil fatiui muUwil incrnium. -~ Comment ? — Je s3VAJ<i, dit Marcoiplie, que 
lu as de quoi manger ; moi. j'avab fuira, et j'ai nuugé le gAtcau ; ri [•ro ipto 
IKGENIO ntttl.iliim hamm vnda- Supfr niUun f»stii. u 

Ce mot ingff:iniii a été poui bien des iecieurs une énigme. Métnc le vieux 
traducteur allemand, qui découvre si bien le sens du mot''r(V<>, s'égiire tout A 
fait au sujet de cet hi^tnium. |j pieniîére fois que le mot parait (/iinwï 
muiavil ingemuiny. 11 traduit ; abfr dtr Hitngfr vem.'^dtUe dtn Siun, « maîs b 
faim a changé mon semimem, m'a fjii changer d'idée n(c'c»t-à-dirc, prob^ 
blcmcnt, m'a donné l'idée do manger le gJlteau au lieu de le porter au roi). 
Qujnt à \n phrase où revient le mot (/"u iput ingénia mulaiam hauim txtftx) 
et où ÏHfffnvm ne peut évîJemnictit significT « sentiment », le traducteur 
escamote le mot, et la JilHLuIté lo mCine temps, cl il traduit : « |'ai mangé 
le gâienu, et i'ai mis il !t> pku la bouse de vache sut le pot au bit a {vnd }tgU 
dra Kuhffiidfn DAI-ÛH nuf Jm fhiltn). 

L'htsioitc de la iiansfurnnnîon du sens de ce moi tout latin A'ingfninm ta 
intfresunie. /Ht<*iiiHNi, c'est oriRinaircmeni ce qui est init/(ingeiiiluin), la n,Uure 
d'un homme ou d'une chose ; puis, vient le sciu li'ftpril. inkUi^fxe, g/tfir, 
iMtrulion ; puis celui A' imlrumetit (ingénieusement Inventé), de mtubine i* 
gvtt re. Ces deux dernières acception» se rencontrent défi dans Terlullien : la 



1 




LK CONTE DU CHAT BT DE LA CHANDBLLB 39 1 

Que la réd;)ction du Sulatrwtt tt Murcr^lffi* soit antérieure ou non au 
xivc siècle, et que sl's tOJacicurs soii;m de l.ingiit romane ou de langue (jcr- 
maniquc, les tlimerït* mi;' en œuvre pjr eu» ont. en grande p^artit, une 
tout autre origine qu'une origine lomane uu ^enitaniquc. ut ils sont bien 
nuircment anciens que le xiv «ii^dc. Combien de temps, en effet, leur a-i-il 
fallu pour fâ.ire. i travcn tant de [Kuples et luitt de iioin mot ions Imtoriqucs, 
le voyage de l'Inde en Europe ? car nous sommes en mesure de montrer, 



première djns suii fie Cccwa (Op., éd. F.OehIcr, Ixxpnfi, 185 î, I. p. 4î6); 
Itt seconde, dani son Rc/W/ji>(i, ad fin.). — Dans le bas-laiin, ingenium prend 
une sigiiifk;Jlion <ît: plu* en plus ctenduc cl de |ilui< cii plus vague ; il en 
arrive à désigner, d'une façon ^i^érnle, loui objet qui ivn \ ijuciquc Rn, rtt 
quTvit, quM usuî ni, dit tris bien Du tjnfîe. Nous eu citerons deux exemples, 
pris l'un dans le midi, l'autre dans le nord de la France. Dans le Dauphioi, 
en 1ÎÎ4, de* comptes du Chaineelier du dauphin Guigues, enregistrant un 
paiement fait à L'occasion d'un transport d'objets, non autrement dési)inés, du 
poTT de Moirans, sur l'Isère, a Moirans même, sitinJ 1 une certaine distance, et 
i la Perrière, s'expriment ainsi -.pro (/wrrcvaHjjj ingp.MIIS quj- trant in pinlu Je 
Moyrenrû versiu Mayreiuum d Pererûim {Histoirt du DuuphitU, ouvrape ano- 
nyme du marquti de V'alhcmuiii. Genève, i^ai, 11, p. 34$). Dans la Flandre 
fmnçaise. en t^&u. les comptes de l't^gltse Saint-Pierre, de Lille, notem des 
frab de sciage, relatifs i la réfection d'uu ma/:ri,.m ingesium tcdttir et ï 
l'achat diï cordes iN-ni!Siis rt-i-Zi-fi-r «/i'i>«/)f'iij(DuCange, v" lngtttivm,n'' 7), 

Dans le Saiomon et Maftolf>lx, le ^Aleau sert de couvercle au pot de lait; 
c'est i Ut place de ce couvercle d'occasion, de cet engin, ^ro ipso ingtnio, 
que Marcolphc met sa bouse de vache. — Dans notre français moderne ultra. 
familier, \c machina latin, >> instrument ingiïnieuseincnt construit k, en est 
bien arrivé, lui aussi, i un sens trôi général, an «eus de tlirtsc dont on n'est 
pas en lïtat de formuler ou dont on ne retrouve pas imniéJialemeat le nom : 
n D^nne-moi cette imch!w\^, ce macbinAln »... Pour \e famts fautavit in^t- 
vium et pour l'autre phrase, risquuus le mot : « La faim a changé le uwihin ; 
à la place du iniffhiii, j'ai mis la bouse de vache. >■ 

Karl Horm.inn, qui, dans sa liste, fait correspondre au mot itigmium le 
mot f'tgin, parait avoir compris ici le Sahmon H Marccl^x. Mais ce dotil 
cenainenieut il ne s'est pas doui^, c'est que cette histoire du gilieau et de la 
bouse de vache repose sur un jeu de mots, non pj.s vieux-français, mais 
foncièrement allemand ; Salonion ordonne i Marculphe de lui apporter un 
pot de lait avec un gAtcau, un llan (Fhd/n) dessus. Quand Marcolphe passe 
par le pré ei que, sur le sentier. Il voit une buu**.- de vaehe {FlaJeu, Kuhfta- 
âat), l'idée de sa grosse farce lui vient tout d'un coup : il mange le Fladrn 
(i" scn»), et il met -1 la place le Fîaden {1^ sens). . , Ce n'est pas très (in, 
mais c'est biïn populaire, et ce n'est pas comoutné comme ce qu'un clerc 
bel esprit a lire de cette facétie. 



A 



392 



R. COSQ.UIN 



cliir comme le jour, que, dms le SuiomoM tt Martolpla, notre petit conte du 
CliKitel àe h OKimkUe, inJieii lut-niinie, est tout cotouré d'ikmcms to)kk>< 
rit)Ucsin(tict)s. 

Pour ae )n& trop «Qtntv«r notre mirthe, qui vin» livj^ d'être mardie dis 
le liclHit. ao\w Knvoyon'; i \\ An de ce tryiaW cet consiAtaiions, dont l'im- 
porunci.' ilcpunse Je beJu>:ou[>, coiniiic portée g^DL^rjile, la qucMÏon spéciale du 
Sitfimou et ÎAnrcotphe. 

§ 2. ^ Le conte du Cftat et de la Omndefle clx^ des krivains^ 
français du XIIl" siècle et che:^ des écrivains allemands plus 

récents . 

Pour l'histoire du Cha!, non rattachée au Salomon et Mar- 
coiphe. nous avons quelques Joniiécs précises qui nous per- 
mettent de remonter assez haut dans la littérature du movcn 
âge. 

Un poème français de la première moitié du xni' siècle, le 
Lai à'Arîstole, du Henri d'Andeli, fait une brève allusion à la 
« chandeille » qui « cheT toute jusqu'à terre au... chat o '. 

A 1.1 rigueur, Henri d'Andeli peut avoir eu dans l'esprit,' 
sans le nommer, le Salomon ti Marcalplx. Mais, toujours ait 
moyen â^c, une fable, attribuée autrefois, à tort, à Marie 
de France, doinie tout au long noire récit sans mentionner ni 
Salomon nî Marcolphe : le maître du ciiat et 1'* autres hom n^ 
sont également anonymes. Un petit détail, particulier à cet» 
version, c'est que I Iiomme qui veut fiiire oublier au chat soi 
(' meistier », a mis à la souris un tîl à la patte : 

D'un fikl pjr le pied l'enîi-'rTC, 
Fui» le bîsi -lier J b lerre. 
Avant et arrière est SJÎlIk. 
Li cluï li vi>ii, ki s'eiiiroublîe. Etc. 

La moralité de la fable est celle-ci : 

On fait maint bon par noreture [^ucaiion]. 
Mais tout adis [lou|oursj passe nature '. 



1. Dans la Roinauia, XI, 140. Gabion Pari^ a fixé la vraie le^on de ce 
[>aiM>te, dapré* un Je* qualrc manuscrit?! cxisianis. 

3. Celte (aWe a iié publUc. comme étant de Marie de France (fin du 
xii»iiècle),par A.C.M.Roberi(fiiftyrtjM(yitode3Xii',xni«et xivsièclc, Paris, 




LE CONTE DU CHAT ET DP. LA CHANDELLE 

Dnns un m.imi«crit lie Li Bîbliotliîîque Bodicienne d'Oxford, 
— l'un des cinq manuscrits, lous de la fin du xiii* sit-ck% que 
feu AdolfTobler a publii-s en un petit volume iiiiiiult Li Pro- 
verlx au VHiiin ', — l'iiuteur inconnu resserre cetie histoire 
dans les limites d'une de ses strophes qui, dans ce petit poème 
comme dans les qu.itr€ autres de ce groupe, se terminent inva- 
fiablemenl par ces mots ; Ce tiU li vifaini. Encore ici, ni Salo- 
mon, ni Marcolphe' ; 

L'en piict fcnim par ii<M)f(e 
Faire le Aat si <agc 
Qu'il ticm cliandoilc artUnt; 
la n'icrt si bien apris. 
Se il voit h souris, 
Qm'U n'i aiit maiuicnam. 
Mieux V3UI naturv t}u« nourrcture, 
Ce dit li viljins. 

On a remarqué la sentence finale, dont celle du Salotmn et 
Marcolph- : Plus talfrc nalimim tjuam nutriinram e%\ un calque 
exact *. 

Un vieil « exemple >i allemand (Bispel), que le baron de 
Ljssbcrg publiait en rSj6, sans en indiquer la date, intro- 



iSiS, 1. 1, pp. i$i, i{6), d'apcÉs un manuscrit Uu xiv< siâele (Bibl. Nit.< 
fr. 14971, anc. Suppl. t>. 6}2'*). Mais, -dmi une rcccotc tdiiion des KibUsde 
Marie de rran<:« (Halle, 1898. p. vn), M. W^riikefait remarquer ijue cène 
fable Ou dial ijui sut'oit Itair thaïuioilf, écrit»: di la mC-me nuîn que le recueil 
portani le nom de Marie de France, vient après [' F.prloi^iir de ce recueil, 
auijud V cUc n'appanient pas i>. Mime consutatîon avait été faite par Léop. 
Hcrvicux, qui a tL-imprimé Ee textcf di; celte fable sxi» en rctrhercher la source, 
dans Ui Fithiinlfi hilins, 2* éd. (iStjj). I. 7Si-î' — Quant à u datf, b 
fable en question, iuscréc d;in$ un manuscrit du XIV" siMc. ne peut, naïu- 
rellemem, élre postérieure i «tie éponite ; elle peut ni£me lui être bien anifr- 
ricuie. 

1. Leipwg, I89Î. 

2. 0;^. cit.. p. 107, n" 2^2. D. Qi- — Celte siropbc avaii déjA iti publiée, 
en une orihogtapfic quelque peu différente, p*r Leroux de Lîncy (Lf Lhrt 
tlfs prifVfrlvs frantait. 3« édition, II, 46tf), 

). Vn carreau éniaillé, trouvé eii 1864 sur l'omplaccnicnl du chJitcju de 
Beauté, que Cliarles V Ai construire â Nogeni-sur- Marne, prés Paris, et oii il 
mourut en ijfio, nous montre, à cité des Prmrrba an Viliim,\ii Proirrbtt 



à 



Î94 



E. COSQUIN 



(luit d.ins notre historiette un élément nouveau, un /wn" : un 
hôic du maître du chat parie cent marcs qu'il fera oublier au 
chai son habitude {gmvuffail') '. 

Inutile de citer ici les écrivains du xvi* siècle, tous Alle- 
mands. Agricola, Luther, etc., qui ont parlé de l'histoire du 
Oial f/ iit la CfmihUilc : ils sont, en effet, postérieurs à la publi- 
cation p.irvoie typographique du Saïvttwn et Marcolptx latin et 
de sa traduction allemande. 

S 3. — /^ cotilt du Chat et de la Oiandelie 
dam fanciemie Hitératun riisst. 

Dans son livre Les IJgendfi slaves sur Sahman el Kilmras rt 
la Ugettdcs ocddciitales sur Marcolphr et Merlin ', écrit en russe, 
mais qu'un ami a bien voulu nous rendre accessible, feu 
Alexandre Vessclofskv donne une légende russe (^potfsf^, qu'il 
résume d'après deux manuscrits s'accordant pour ainsi dire mot 
pour mot, l'un du xvn* siècle, publié par A. N. Pypin; l'autre, 
du xvin*, publié par Tichonranov ' : 



d» Niait (c'c&t-iitJirL- au « Fou », :iu « Sot a, m •< Hadla •>, comme on eux 
dit au xv-e ou au xvi* siècle). Ce canvau, provunaot du puvi;m«oi d'une ilcs 
Mlles du flUteau, pone, disposife d'une fii^oo onumcntale, une nïftexion en 
deux vers, irop groïïUrc pour être cilêe et te teriiiîiiaut pur ce : de : u: 
MIES. — M. de .MoniAiglon qui, en 1877. faiuil à la SiviéCi' N.uionaU dtt 
Aniiquairfi i/c Ft,fite uni- comnumicjûon rchtivi: i ct: iruricux cirte-iu (Bul- 
letin de 1877. pp. 134-1 îï), ne connaiisalt pas les PnnvrMfliii yUain; aussi se 
croyait-il en présence d'un fragment de dt^iloi^iie, tl;in\ !e jçeiirc du Salomtm 
et Manolffie, où Salumon aurait i\i rcmplicé pjr un persoimiije dont le 
nom, lur quelque aulrc i^^irreau, aurait figati duru un vcri lîiul rimant avec 
M« (à l'îiisur du Ct ditl Siikmûns... Marçd /r tfsponf). 

1, LietUf Siiaï, Jas ist S.wimtung alilmltcbfr GtÂichte aus ungfdrtukuu 
Qmiltn vou Reichifrciberm von La»bcrg (lomc II, St. Gallcn, 1846, p. 47), 

2. Saini-Piiiersbourg, 187Î. pp. 98 seq. 

î- A. N. Pypin, P-imjiilnîktst-trinfifj ruciko] liUratury, III, pp. 65 scq. — 
TkhamMOW IJlnpiti rur. literat.. IV, pp. 112 seq. — Nous devons le ren- 
seiKoement sur l'accord d-» deux tniautcriit et les reus.'îgticmcnis bibltogra* 
ph'tqaes qoi suivront, k notre ami, le savmi sbvïste M. G. Polivlca. profcs- 
Kur à rUnîvcnité idt£|ue de Prague, dont nous avons dcjA tant de fois mis 
i contribution l'inipuisablc érudition et l'inlassable obligeance. 




LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 



395 



Dûtcsté de BcrsabO (tic), sa tntrc, c)ui a voulu le faire tuer loui mfant, 
Salomon a ^huppv d la mort et it *'tsi embflT»iut; comme marmiton sur un 
navire de commerce. An retour, il jbordc avec k-s mJri:h:iiiJs, ses patrons, 
dans un des ports du roi David, *on père. Après avoir résolu deux i^ntgmes 
que le roi proposait aun ni;trclunds, le Jeune Salomon, qui :>'e» >ion»é pour 
un « enfani d'outre mer ■>, entre ^ans te palais. 

" Et le roi David ÉLiit assis à lahle. et U dk : « Hôte d'outrt mer, y 
" a-t-il che* vous autres un divertÎMement et un spectacle comme celui-ci ? 
H Vois : devant le roi un chai L-clairc ; se dressant Jeboui, il ttcnt devant le 
■ roi une chandelle cl une bouicillc avec du vin. • 1:1 Salomon de dire : 
B Seigneur roi David, accorde-moi un di'lai. Si je ne devine pas l>nicmc. 
o ordonne qu'on me coupe la i^ie. •' Ht le roi lui accorda un défai ius^u à tel 
jour, Ft, au jour dit. S.ilomon s« préitou devant k roi et lui apporta ta 
chose (c'r). Le rot David dit aux tîirajigerâ : •■ Hôtes d'outre mer, avez-vous 
un tel amu'^ement et un tel spectacle f a Et Salunnin laissa échapper de sa 
manche une souris : ta souris se mit à courir siur la lablv ; te chat éteignit la 
chandelle vt mit à néant r.nnusement roval, et il cassa ta bouteille au vin. ■ 

Bst-il bosoiii de le dire? Quand le jeune Solomoii, qui joue 
ici le rôle de Marcolplic, fait lAcher prise au chat, ce ii'esi là en 
aucune façon une réponse i la question de David : " Avez-vous, 
tians vos pays d'ouiR-mcr, un tel amusement et un ici spec^ 
taclc? » Il y a, dans ceuc léj^'cnJe russe, un embrouillement, et 
Alexandre Vcssclofsky n'a pas de peine à tirer les choses au 
clair par la comparaison avec le Sahmon cl Mtvrolpbt latin. 
L'n énigme " à deviner, c'est le souvenir confus de la « pen- 
si'c » dont il s'agit de démontrer la vt^-nté, du Pim valeu nalu- 
ram quam nulrituram de Marcolphc. 

M. Polfvka croit, — et nous sommes tout à fait de son avis, 
— que la légende russe, isolée au milieu des très nombreuses 
légendes russes sur Salomon, dérive du Sahtmn c( Marcolpbe 
latin, probablement p;ir l'intermédiaire de traductions, faites en 
pays slave. Le SaUvruni ft Manvlf>hs: a été traduit en tchèque 
vers la fin du xV siècle', et introduit également de bonne 
heure dans la litléraiure polonaise'. C'cit peut-être, selon 



I. I.c plus ancii;n excmplairt^ imprimé du Sahmi^ti et Mtircetp/tf m vieux 
ichi-ijuc qui ail 6té conserve, est de l'annfe i6o8 ; mais, d'après des rensei- 
gnements dignes de foi, celte irjduciîon aurait iié imprimée <ii]i anttirteure- 
ment, vraiscmblaMeniei t dans la première moitié du XVI« sii:k-. I! s'en est 
fait des réimpressions pour le peuple jusqu'à la fin du xix' sit^de. M. le D' 
C. Zlbrt, dans le mémoire plusieurs, fois cité, a reproduit, en regard l'une de 
r&utre, la tr-aduciion imprimée en 1^8 et autre iraductîoi] imprimée sans 
date. 

a. Une traduction polotiaise a été imprimée en i s 3 1 . 



39^ E. co&aciN 

M. l'olivka, par une traduction en polonais que le Sahtntm et 
Marcolphe a pénètre chez les Russes. 



B. — LA TRADITION CRALE EUROpftlîNNE ACTUELLE 



M. Polivka nous apprend que l'histoire du Chat ne paraît 
pas avoir été jamais recueillie de la bouclie du peuple dans les 
pays slaves. D'ailleurs, jusqii";^ ces derniers temps, la tradition 
populaire du reste de l'Europe ne nous avait olfcrt, et encore 
en 1res petit nombre, que des reflets plus ou moins directs de 
l't'pisodc du Salomon et Martvlplit '. Mais voici que, dans ces 
dernières années, a ùti recueilli chez les Roumains de Transyl- 
vanie, non loin de Hermannstadt, un conte qui fait absolu- 
ment bande à part. Gimme il ne serait guère possible de bien 
saisir tout l'intéri-t de ce curieux conte sans la connaissance 
préalable de plusieurs contes orientaux analogues, nous en 
réserverons l'étude pour le moment où nous aurons passé en 
revue ces contes orientaux. 



I. Dans un coiili; allemand du diKhè d'Oldenbourg fL. Sirackcrian, 
AherfhvÛmi unâ Sagt aits liem UtriogShnm Ohifiihurg. Oldenborg. iH^, II, 
p. 90), Ih» personnages sont le roi Salomon et son niinîs.trc; — dans un copte 
suisse du Valais (J. Jcgerlchner, Am Herdfftter der Seiinen. Ntue Mrrelxn 
uHd SiigfH aui lUm {t\tUi% Rcrn. 1908, p. 1 j/), ce sont a le sage roi Salomon 
et wîn fou de cour (Ho/narr) », dont le nom csi tlcvcnu Mitkolbiis. — Un conte 
sicilien (G. Piiré, fiabf, twveUe t lOiCùuli [siciltani], lomc IV, Palcrmc, 1875- 
n» 390), qui met en iCèiie un n prince capricieux .1 de P;derme et son ami, et 
qui pr^senic, comme tes deux contes précédents, la forme moralîsAnie du 
Sahmon et Marrolj^jf. dtrivc probablement JUssi du livre ■ 

Ajoutons, i titre de curiosité, qu'on j fait du l'histoire ifii Oial et Je h 
Omml/Ilf un cpi«>Jc dv la vie de D.inte : Danie est l'iiducateur du chat, et 
un ceruîn FiaucrscoStabili.dii // Crue d'Auoli[Ctcco, d\minuûf lis Francftca) 
(|]ît-i)l7), est celui qui fait Uchcr priicau dut. C'est le jijsuilc Paolo Anto- 
nio Appiani (i6)9-i709), oé A Ascolî comme Siabili, qui, dans une tnogni- 
phie Ulinc d< ce dernier (voir Uihiiùgroplyie dr la Cittnpa^tiif dt Jf'stis, dts 
PP. De Bacttcret Sommcrvogçt, i. 1, ilruxeUes, 1890, v" Appiani), rapporte 
cette anecdote, dont Koehler a reproduit le texte {Klehifrf Siitrifien. II. 658- 
6j9). Il est i remar^u^r que la iquesiion a» «rj tii>iuri\ Jortior ih polmtior 
txUttrtt, est posée aussi, dans le conte sicilien, entre Wirti (dialeaal. |>our 
ait4) d la ttaUira . 



I 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 



597 



SECONDE PARTIE 



HORS DE L'EUROPE 



En dehors de la litiérature européenne, nous n'avons jusqu'à 
présent rencontré nulle part, sauf une ou deux exceptions, le 
contt (/w Chai ei de la Chandelle sous la forme didactique et 
moralisante. Les divers rt-clts orientaux dans lesquels figure 
ce thème, le traitent d'ordinaire comme un des nombreux élé- 
ments dont les combinaisons variées ont produit l'immense 
rL-pertoire des conter asiacico-curupéeii:.. 

Un caractère général des récits orientaux en question, c'est 
que là le chat n'a nullement été dressé en vue de fournir la 
démonstration d'une thèse sur la toute- puissance de l'éducation, 
mais en vue d'assurer à son éducateur un avantage d'une nature 
tout à fait positive, le gain d'un pari ou d'un jeu (d'une partie 
d'échecs, par exemple), dont le résultat final entraînera les plus 
graves conséquences matérielles '. 

De là divers petits romans, dans lesquels vient s'encadrer 
celte historiette du Chai ei de la Chandelle. Et c'est avec un de 
CCS encadrements, — presque toujours avec le même, — que 
notre thème a été emporté hors de l'hide, par les grands cou- 
rants historiques, vers le Sud ([le de Ceylan) et vers le Nord 
(Tibet), vers l'Orient (Indo-Chine) et vers TOccideiit (twts 
barbaresqucs). 

L'existence de ces différents cadres, dont il conviendra d'exa- 
miner successivement les variantes, allongera notre travail, mais 
non inutilement, nous osons l'espérer. 

Ce qu'il faut, en effet, avoir en vue, dans un travail de cette 
nature, ce n'est pas de dresser sommairement des inventaires. 



I. ("est dire que, d.uis ces conlc'i orientaux, k' p^rî .i lieu d'une ;iuirc 
maniera que diiisU vieil u exctnpli; - alk-munJ publk- pir te buon Jv IstS^ 
bcrf{ et rèsuniiï ci-dessus. Dji» les contes oticnUux, ca ctfct, le tnaiire du 
chai pariu coittru un visiteur que le chat lienJij, la luiiiicrc pendant un i«t 
temps; dans 1' .. exemple «, c'esi le Ybiteur qui parie, et le part, c'en qu'il 
fera oublier au chai son ■ habitude d. 



1 



398 E. cosQurN 

constatant, par exemple, que le thème ilu Citât a de Ut Cfftin~ 
délie se rencontre ict, là et encore 11, avec ou sans encadre- 
ment ; c'est d'étudier, l'une après l'autre, toutes cts petites 
compositiuns, qui bouvcni ne sont pa^ des clicf:>-d'(£uvrc, 
qui parfois sont singulièrement compliquées et dîflîcîles à 
réduire en leurs éléments constitutifs, m;ns qui, ce nous semble, 
n'en sont p^s moins intéressantes ?i divers points de vue. D'où 
il suit que, dans les contes où le thème âti Citai ei de la Clyan- 
àelU entre comme élément folklorique, les autres éléments 
folkloriques qui s'associent â lui ne méritent pas moins d'être 
examinés de près, au risque que tel d'entre eux exige, pour 
être bien compris et apprécié à sa valeur, tout un excuruis. 

Nous avons, du reste, par une simple disposition typogra- 
phique, donné â quiconque n'est pas auil des excxtnus, toute 
facilité pour sauter ceux-là. 



PREMIÈRE SECTION 

CONTES INDIENS RECfHLUS DANS LINDE MflMK 

Dans ce que nous pouvons connaître jusqu'à présent tics 
contes de Tlnde ', nous nous trouvons, pour notre historietic, 
en présence Je deux encadrements très différents. 

A. Le premier, te plus simple, esc dans te genre merveilleux. 
C'est un épisode d'une série d'aventures du Ràdjà Riiâlou, un 
héros léjjendaire du Pendjab. En voici d'abord une version qui 
a été recueillie dans le village de Ghâzi, sur le Haut-Indus, à 
30 milles en amont d'Atiock ' : 



I. Nous disons : jm^u'A prêtent ; cav il m: faut |>33 se bs^r de répéter «juc 
l'on conimcnccÀ pcitic â puiïcr dans !e& ^c)ltf^sl:s Je U tnidilton oi^e de 
l'Iode. Four ne parler <juc de l'Inde seplciitrionak', M. W. Crookc, qui con- 
xaHi si biai cène région, dOcbre £[u'oii n'itn jui eiicare allé au dulà d'un 
exiiticu supcitidcl u des rouelles su^iérk'unrs du foIV-loa-. « Le nombre «les 
contes, i:luiits et balUilvs. proverbes et croyances populaires qui n'ont pas 
encore *tc notes, «91 mmtitsf. t, ÇFolk-Lcre, septembre 1902, p. jo;.) 

3. Ch. Swynnerton, Four Lfi'fuh 0/ Ki%- Hmahi •>/ Sialitrl (J-'nUk-Lort 
Journal, I, 188}, pp. 129 seij. — Lefeitd HI). 




LE COmT av CHAT BT DE LA CHANDELLE 



399 



Le RÂdj;1 RflsJlou entend (Kiticr du Kidji Sirîkap, rcnonitiii- [tour son li.ilit- 
IctL- aux £'chiMS. Les cooditions que ce râdjà impose d SiS adversaires sont 
ct'lIc-'-ci : pour U premit^rc partie, l'cofeii est If cheval, les h:ibit\ ]« lerres 
du perdant ; pour la seconde, sa ititc. RasAlou ne s'en met pas moins en route 
pour aller provoquer Sirikap. 

Arrivii liins li; TO)-Aumc de son adversaire, il sauve des fourmis, puis un 
hériswn, <:|uî se noyaient. Alois il ei)iei]<] une voix lui dire : « J'aî éi£ 
témoin de la bonté : je te donncui le moyen de vaincre Sirikap- Marche le 
loti^ du tleuve, jusqu'^ ce que lu voies un m j léte Ihnche ; urend»-Ic. » 
La voix Ot celle d'une: prince^u-, tille dirStrilcap, citchaînt.^e pM k!> ordres de 
celui-ci dans une grotte. Elit explique  RasAlou contn^cni fait Sitikap 
pour ^.1^11'^r toujours : quand le jeu coniiuciKe à tourner mal pour lut, il 
donne un signal à son r&if magiqiu (tMHj^iV laf), caché dans sa manche; ce 
chai poite ivr U Utt tim lumière qui k- rend invisible (lii ) et que personne ne 
voit, excepte le rJdjA. L'offtt de cette lumière mystérieuse, c «t d'éblouir les 
V'eux de l'adversaire du x\à!).i : pcnd.jnt ce temps, le chac dispose adroiteitient 
les pions sur 1 échiquier, de fa<;on que, dès le premier coup que Sirîkjp joue 
ensuite, il gagne ta partie. Ce que K^isâlou devra faire, c'tst de unir le rat tl 
dt le mimlifr iiii clxit : quand ceiui-ci verra le r.il, îl voudra se jeter dessus, t:l, 
quand il touchera là main de Rasâlou, la îumiirt tombera par ttrrt, ei rien 
n'empêchera plus Raailou de gaencr. 

Tout arrive ainsi, et HasJlou devient maître des biens « de la vie de Sirî- 
kap : il les lui abaiidonae généreusement, 

Il est évident que, dans cette avemurï du héros indien, nous 
n'avons pa-s affaire à une forme primitive de notre thème : le 
rôle du chat et de la lumière (cette lumlùre qui a pour propriété 
de n'être vue que du ràdjA et de rendre le porteur invisible) est 
certainement un arrangement de la donnée première. Du reste, 
pour n'importe quel ihème, il ne huit pas s'.iitendre .^ ne ren- 
contrer dans l'Inde que des formes simples, pures, non modi- 
fiées, non aliértl-es : mcinc sur cette terre privilégiée, — et cela 
va de soi, — la riche floraison des contes n'a pas donné, pour 
chaque type, que des spécimens parfaits dans leur simplicité; Il 
s'y rencontre aussi des spécimens plus au moins bizarrement 
compliqués, plus ou moins mal venus, parfois en partie étiolés, 
atrophies; et il peut se faire qu'on ait k malechance de ne 
rencontrer que de ceux-là, pour tel ou tel thème, jusqu'à une 
découverte nouvelle. 

Ainsi, dans l'aventure de RasAlou, non seulement ]e thème 
principal a été arrangé, mais le thème accessoire des Animaux 
raonnaismnts Vu. été aussi, et d'une fai,'on qu'on ne peut quali- 
fier de très heureuse; ce ne sont pas ici, en effet, les animaux 
secourus par le héros qui, selon la formule habituelle, viennent 
à Sun secours; c'est une tierce personne qui se charge de leur 
dette de reconnaissance. iMais nous retrouverons, dans d'autres 



1 



400 ^^^ E. COSQ.DIN 

contes indiens de cène famille, ce thème accessoire sous sa fonuc 
pure. 

Cela aura lieu, d'abord, dans une seconde version de la 
légende de Ras;llou, recueillie dans U même région du Pendîâb» 
près d'Abbotcibld (district de Hazâra) '. Là, le hérisson sauvé 
conseille h Rasàlou d'aller à un endroit où est gisant le frère de 
Sirikap, dtîcapïté par celui-ci, et de lui demander conseil. 

Dans cette seconde version, les rûles du chat et du rat soni 
retournas. Aussi le conseil donné est-il celui-ci : il faut que Rasâ- 
lou se procure un chai. Dans le jeu de chaupal (sorte de jeu 
d'échecs), Sirikap, s'il voit les chances contre lui, appellera ses 
deux rats, Hirbans et Harbaiisi. afin qu'ils enlèvent U mèche 
de la lampe cl que Sirikap profile de la confusion pour gagner 
la partie. Mais le chat sera là : il tuera les rats, et tout le plan 
de Sirikap sera déjoué. 

Une troisième version de la légende, recueillie encore dans le 
Pendjab, à Rawal Pindi% et dans kquclle la distrïbuiion des 
rôles est la mime que dans la seconde, n'a plus irace de lampe, 
ni de lumière quelconque. Mais le chat est un chat reconnais- 
sant, donné ù Rasâtou par une chaitc, dont il a racheté les 
petits, destinés A être jetés dans un four de potier. Quand le 
rat de Sirikap, appelé par son maître, vient par h fenêtre pour 
brouiller les pions sur l'échiquier, il trouve devant lui le cbat, 
Cl n'ose avancer. 

De légendes héroïques nous allons passer, dans l'Inde même, 
à une légende mythologique qui donne aux deux grandes divi- 
nités de la principale secte hindoue les rôles des deux rildjâs 
adversaires au jeu. C'est à M. W. Crooke, dont nous citions 
plus haut une importante décïaraiion, que nous emprunterons 
ce récit ^ : 



t. Ch. Swynncrto», HomaitUt Talnfram the Pattdjab (Westmiosicr, 19D]). 

— 9* aventure Je Raidlou. 

a. R, C. Temple, 71j^ L^tiuis of llie Panàjdb (Bombay, iR8î). pp. 4S seq. 

— Cet tpisoJc vsi reproduit Jons Slccl «t Teniplt:, fyiJt-Mi'akt Sloritt 
(Bovnhiv. iSK)), pp. Î76 seq. 

j. Witlum Ccookc, Tlx poJ>iiJar Htligiw ami Folk'hrt oj Noribtrn Inâia 
(Westminster, 1896), t. Il, p. 241. 



!.E CONTE OU CHAT ET DE LA CIIANDELIJ! 



AOt 



<i Lci Hindous Jisoii «juv \Lih3Jcva (Si^'u. Iv <> Grand tlîcu ») et Pdnntl 
(son épouse) joiuienl un |our aux Jéi, et P3ni-.itî appcLi Gancsa (le dieu des 
ingénieux ;iriifï<:<.-s et Ja bon cnnwiij pour qu'il vint, sous form« de rat, 
broiuiller k-s dés jvtji; sa queue ei pcrniuttrc i U JOcssc de faire un bon coup. 
Mahâdcvd fût fàchi, et il appeU un déi-non ious forme de char ; mais il cul 
peur de luur G^iiesi. Alors Mjlildeva lujudît quiconque luvrjit u» chai ■ » . 

Cette légeiiJe mythologique, dans lai^uelle ne figure pas le 
irait de la a lumière magique » ou de la « lampe «» se rap- 
proche piusparticulicrcmciudc ta troisième version de In légende 
de Rr.&âLou. 

B, Après les lOgcndcs de l'Inde, les contes indiens ; ils peuvent 
ifitrc pariagcs en deux groupes. 

Dans l'un et dans l'autre, le jeune homme qui arrivera chez 
le trichmr eu l,i triilxiise, perdra la partie ci sera réduit en escla- 
vage. Il faudra, pourlcdélivrer, l'intervention d'un personnage 
nouveau, son/'^r*- ou, le plus souvent, sà femme, et, cette fois, 
la partie sera g.ignéc contre le tricheur. 

5 I . — Un fHrt dilhre son jrhe ou ses frères. 

Deux subdivisions, correspondant  deux types de contes bien 
distincts : dans la première, le frère délivré est un bon frère; 
dans la seconde, les frères délivrés sont méchants ci ingrats. 

rt) Dans In première subdivision, nous placerons un conte de 
l'Inde du Nord(« Provinces Nord-Ouest », district de Mirzà- 
poûr), qui a été recueilli, avec tant d'autres de la même 
région, par M. W. Crooke '. 



I . Il p;irail que le rat est l'animal sacriï de Ganna, qui s'en fait accompa- 
gner ( W. CrtfOke. op. cit., Il, pp. J41 et l j6). — M. Croolic, interroge par 
□OU&, a bien voulu oou^ apprendre que cette légende csi popubirc dant^ 
l'Inde, et qu'elle se rai:oRie pour expliquer le respect que les Hindous ont 
pour le chat. 

a. North latii.in S'oits and Qiuria, juin ]89J. n» 107,^ Nous avons d£jà 
parlé d'un épisode de ce conte dans notre /r/f«ic df FoJk-lort comparé. Le 
eonIfJt ■ tu CihiiuîiiTu buuiUaitlf. tl la feinte Malaiireise » ditns l'Iniit tt bon it 
rinJt (Htviu dti traiiitioas ffopuUirts, janvier-avril 1910), $2. 

Amuau, XI. 26 



1 



152 



3. COSQUIN 



Aprti toute ïorie d'aventures, un jeuac prince, en chusant diiu la junglea! 
arrive chez un« nlkskui (cgrcae), <\a\ lui propose de jouer [aux fchecs ou aux ' 
dtsi] avec trUc. 

Or, cette rdkslusi a un chat bien drcisé, ifui v'unt iUinJrt U lampe, toulti 
îfs/ois qu'il l'Oit (J matlreui tii dan^tr de peran la partie. De cette taçoa, le 
prince est baciu, et U rJlklujst lui dit qu il restera ïod prisonnier juM^u'i ce 
qu'il ait gagné. 

\x frère jumeau du priiice, averti de ce malheur par un objet mcrvcUleui 
que le jeune homme lui avait iaÎMé en le quittant, 3e met en route ; il arrive, 
lui aussi, chez la rdkïhail ci, dte la première partie, s'aperçoit de sa ruic. 
Alors il amène un (Mfti, devant kk{uel le chat s'enfuit; U remporte la vic< 
tofa-c SUT h r.1kslids], dont il gagne tous les trésors, et tire son fràix de pri- 
son- 

Ici un chien est employé contre le chat, de La même façon 
que le chat Tétait contre le rat, dans les secoude et troisième 
Versions de la légende de Rasâlou. Li disparition de tout sou- 
venir du rit altère ici le thème primitif plus encore t^ue ccU 
n'ft lieu dans ces numéros 2 et 3 de Ea légende. ■ 

L'aventure d'un frérc délivrant son frère qui, tantôt d'une 
façon, tantôt de l'autre, est tombé entre les griffes d'un être 
malfaisant, est bien connue dans le répertoire des contes asiatici>* 
européens. Nous en avons traité jadis datw les remarques du 
numéro 1 5 de nos Contes populaires tU Ijjrraine '.Nous mention- 
nerons seulement trois contes de ce type, remarquables ea ceci, 
qu'ils présentent, dans des pays aussi éloignés les uns des autres 
que le Bengale, la Bosnie et U Toscane, le trait de la partie 
perdue par un des frères, puis gagnée par l'autre*. Aucun de, 
ces contes, du reste, n'a rien qui rappelle, même avec alté 
tions, le chat et la lumière. 



1 



b) Ce thème du chat et de la lumière va reparaUre, toujours 
en pays indien, enchâssé dans un long récit qui, pour son 
ensemble, est d'un type aussi connu que celui dont nous 
venons de dire un mot. Nous avons jadis étudié ce type, lui 



I. Voir tome I, pp. 67-81 de i'éditiûii completcmeni refondue (libraill^| 
Viewcg, actucllenient Honoré Champion) du travail publié originairemeoP^ 
dans Ij Roiiuiiij, de t8;6 h t88i. 

1. Conte bet)|^aIai»(L3l Betiari Day : l'^lk-uUi pJ Bcnnul. l-ondrcs, 18S9, 
rr' I )) : panie de dés, jouée contre une femme d'une mcr\'eilleuse beautî, 
eu qui ï'cat uaïuforiiiée une rjlkiliaiii ; — coûte bosniaque (r^umé Uansics 




LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDEl.LE 



403 



aussi, et nous ne pourrions guère aujourd'hui que renforcer 
notre travail par quelques additions'. Mais nou& aurons ici à 
examiner, — ce que nous n'avions pas à faire autrdols, — notre 
épisode du Chai, tel que le pri^sente le conte indien, ou plutôt 
l'arrangement littéraire de ce conte ; car c'csr sous forme de 
roman, entremêlé de verset écrit en langue hindcustani, qu'il 
s'offre i nous'. 

Voici d'abord, très en abrègi', l'ensemble du conte : 

Un roi, qui 1 quaue fils, devient encore pire d'un cinquiënie, aiii^uel oa 
donne le nom de Taj-Ulmiiluk, (.'horoicopc dii peiit prince est celui-ci: le 
rai, i'il jeitc les yeux sut l'enfant, perdra aus&iiùt la vue. En conscqueiice, 
Taj-Ulmuluk est cicvi djns un pjiais êloigni. Mais, un jour, alors qu'il a 
déjà grandi, k- toi le tencoiilre i la citasse ca poursuivam un daim, et 
devient autnilOl aveugle. Le^ médccini ddcbrctU que le seul remède csi U 
a rose de Bikawati ». Les quatre (ils sln6s du rot panent pour aller chercher 
cette rose. 

Sur leur chemin, Taj-Ulmuluk, qui tes a vus passer et qui a appris ce quits 
sont et le but de leui voyaRc, se joim i leur escorte tonmie «impie voyageur. 

Arrivés dans une ville, les quatre princes entrent dins le pabis d'une cour- 
tisane, nommée Lalikha, et perdent au jeu, par la ruse de cette femme (épi- 
sode du ciuij 10UI leur argent L*t leur libcité. Taî-Ulmutuk rifoiir delesdétî- 
vrcr : il gagne la partie contre LaJikha ei la tend st»n csclavt;. Il lui raconte 



remarques des n"' lo- 1 1 àc^ Litnuif^he /olkstifder miJ Mxnlieii, de A. Lcs- 
kien ei K. Brugman, StrAshourg, 18B2. p. j.|}) : panie do dames jouiîe 
contre une - jeune tilli; « ; — conte toscan de Pisc (D. Comp;ireiii, A'inv/- 
Uiit popafariitiiHane. Turin, lâys, w ;i) : partie de dames auuî, jouOe contre 
tinetrcH iiellc sii;ucni, sorte de mauvaise fée. 

i. Voiries reriiiU-ques de notre corne de Lorraine, ii" 19, U Petit Bouu. 

1. La date de la première réduction de ce roman, intilulè Im Rote de- Baka- 
walivt écrit d'abord dans le dialecte modcrue de l'Inde le plus répandu, le hJudi, 
n'est pas connue: en 17 ta, cet ouvnge était traduit en perian; en tSoi, un 
certain Nihil-Clwnd, ni: â Dellii et surnommé (.•ilvft, c'cst-A-dire " de 
Labore n, ville oU il avait apparemmeiu séjourné longtemps, le reproduisait 
dansce dialecte hindciustant-urdù (la ■ langui; de% camps u) qui s'est formé au 
temps des conquérants Mogob et qui, ccnleii.uit une forte prupiinions de mots 
persans et arabes. est parlé aujourd'hui pat les musulmans de l'Inde (Voir, lur 
cet écrivain, Cjarcin d« l'assy, Hiiloiu Je h SUtéruture Himhuî et HinJims- 
luai. Paris, 1839, t. I, p. j^s). Cette rédaction de N'ihJl-Cliand est devenue 
classique, et Garcin de Tassy en a publié, en 1858, daus U Hnut de VOnent, 
de r Algérie et des Coloniei, une traduction qu'il a réimprimée d^ns son volume 
AlUgo^ifs, récit f poiliqntt tl chtuli populiirts, triuluîts dr Viiraife, du peria», 
dt rhindouslaui tt du twt (3« édition, 1876, pp. }û7'43]). 



1 



404 



E. cosqvnt 



alors son histoire m iippreud que h rose se trouve dans l« j^iiiliu de Bikaw^i, 
lillc du roi des fcc*. 

Grke i Idîde de itiirs (f^iatiti). dont il a eu h chance dvgagaet l'imitîi, 
Tj)~Ulinuluk péncirc d^ns le jardin, puis djnslcchJU-iLLi de Bakawili endor- 
mie, eicniponu l'maïiu de teik-ci, ^iosi qut- la rosi;. 

De retour, il délivre ses quatre frères, toujours prisonniers de I^lcltlu. miil 
non s;ins qu'elle ait mari^uiî sur leurs épaules l'empreinte de son sceau, en 
t^moi};n3>;e do l'cl-tt d'cv:lav3i(c auquel elle tes av^it réduits. Puis il les suit, 
d^tiisé en fjkir. I.cs ciiiendaiii se vanter d'avoir la rose, il a l'imprudertce de 
leur dire que c'est lui qui la possède, et de le prouver en rendant U vue à un 
aveugle. S*:s iVéïes lui prennent la rose, l'accablent de coups et retournent 
chct leur pire, ù qui ils reuden: la vue. 

Cependant Balcawali. surprbc de la disparition de m rose cl de soa anneau, 
se met 1 ta recherclic du riviueur et arrive, habillée en homme, dans hcapi^ 
taie Ju roi, péredcTaj-Ulmululc, où elle lîuit p^r trouver celui-ci. Les méchants 
frên-s sont dém»squC-s, et le ïce.iu infamant se découvre sur leurs épmulcs. 
Taj-Ulmulut, qui s'c»! fait eonnaltie à ^on père, épouse Baka^uli. 

Il conWent de nous arrêter un instant sur ce traie du sceau 
de Lakkhn, mari|ui sur les épaules des lucres du Taj-UImuluk; 
car ce trait d'un sceau inraniant reparaîtra dans tel autre enca- 
drement de l'histoire du Ou/. A dire exactement les choses, ce 
irait n'appartient pas proprement au thème des frères envoyés 
en expédition par leur père malade, tel qu'on en verra de nom* 
breux spécimens d.uis les remarques de notre conte de Lor- 
raine n" 19, ci-dessus visées^ Il appartient à un thème bien 
distinct, quoiqu'un peu apparenté, que nous avons également 
étudié jadis à roccision d'un autre de nus contes de Lorraine 
(n'^ r2, !e Prince et um Chexal). 

Dans ce second thème, le héros n'a pas atfaire à ses frirez 
mais ï ses hfaux-frèrfs , et, dans ses aventures avec eux, il a 
l'occasion d'imprimer sur eux son sceau ou de les marquer au 
fer rou[;e (lui-même, et non une tierce personne, comme Lak- 
kha). Ainsi, dans un conte arabe d'Egypte, résumé dans les 
remarques de notre n" 12, les sept gendres d'un rot vont cher- 
cher pour le roi malade du lait de jeune ourse; c'est le gendre 
méprisé des autres qui se procure de ce laii; il dit A ses six 
beaux-frères qu'ils leur on cédera s'ils consentent i se laisser 
marquer au derrière. (Cette forme, si voisine, en ce qui touche 
l'envoi en expédition, du roman hîndoustani, n'a pas été 
apportée seulement en Kgj'pte par un des courants indo-per- 
sano-arabcs ; un de ces courants l'a apportée aussi dans l'Arabie 
du Sud, dans les montagnes de Dofîr, près du golfe Persique : 
ici, les sept gendres du sultan vont chercher du lait de gazelle 



LE CONTE nu CHAT ET DE LA CHANDELLE 405 

pour [e sultan nuinde. Suit l'histoire de la marque au fer 
rouge. ') — Ainsi encore, dans un de ces contes qui de l'Inde 
sont venus au Cambodge et au Siain avec toute la lîttér.uurcdc 
ces peuples, le roi désire du gibier, et ses gendres doivent lui 
en procurer : mêmes aventures du héros avec ses lieaux-frères '. 
Comparer un poème des Tarrares de la Sibérie méridionale, 
tout à fait du même genre (remarques de notre n° 12, p. 149). 

Maintenant, voici en détail l'épisode du jeu : 

Vvn minuit, Lahkhii propose aux «)uaire princri de jouer 4u trictrac, «ils 
accepieiii avec jiUisir b proposition. Alori tlic pla« priis du tabUci (damier) 
U Umpc iur un chat qu'elle avait eu le soin de dresser selon ses vues, ils 
jouent ccot mille Toupie:i la partie : mais la chance De cesse d'êtn; contre 
les princes, qui perdeiii en crtir DUit ({uînie pjrlle«. 

Pour délivrer ses frÙTcs, qui ont perdu leur liberié avec leur aryiint. Taj- 
Ulmuluk se fait bien venir a une vieille femme, qui c»t h cuiiK'ÎIlcrc Je Lm- 
kha; elle l'atlopie pour son petit-lîls et lui rivtiic, sur sa demande, le secret 
de la bonne chance coDstanie de Lakklia : « Lakictu a ihvé un c1iat et une 
« souris ; elli: a habitué le chai à avoir tine bm[>c sur b ifie, et la souris a se 
« tenir cachée ik l'ombre du chandelier 1. Lorsque la chaucc n'cïi pas favo- 
n rablc i Lalckhj, le chai agile la lampe cl Uk aller l'ombre sur te* j*s ; alors 
« la souris va reioumer le de, et c est ainsi que Lakltha ga^e consum* 
u ment, saii> qu'aucun de ceux qui ont joué avec elle aiimcorc pu eu com- 
u prcTidrc la cause, a 



1. D.-H. Mûller, DU Mr/tri- und Soqotri- Sprache (IH, Slmri-TMt), 

Vienne, 1907, n«36. 

2. Voir, pour le conic du livre cambodgien, nos Cotiies pcpahiitu de Lor- 
raine, no tl, I, p. 147. et, pour le conte siamois, BuUrlnt th In SoàfU Ats 
ttuJa ittiionhinoiseï dt Stiigvn, année 1890, p. 24 (Saigon, 1891). — Dans 
trois coTiïtfs oraux qui ont été rccuciUii dans l'Inde même, \t letKomre l'épi' 
sodc de la «.-enaison cédée aux beaux-fréres moyennant la ctiarque du sceau 
d'un anneau sur leurs cuisses, ou d'une pièce de monnaie rougic au feu sur 
Icui dos, ou d'un fer rouge sur leurs reins (reniurques de noire ii" 13, 1, 
p. 152; — Sorth Inâian 'Hota and Querifi, nowmhre 1894, n" Î07 ; janvier 
1S96, n" 17s); mat» il manqLie le désir ou l'ordre du roi. Fort d'une 
longue expérience, ouus ne douions pas que ce trait, venu de l'Inde ch«z 
les Siamois et chez les Cambodgiens, ne se retrouve, un jour, au pays d'ori- 
gioc. — Il est lemar^uable que l'ôpisode de la venaison, ciAiç aux bcaux- 
fréres aux conditions connues, existe dans des contcN de ce type, recueillis, 
l'un eo Hongrie et l'autre en Danemark (rem. de notre n» 12, pp. 14}- 
144). 

) . Cest-i-dire. comme 00 pourra s'en assuTcr plus loin, i l'ombre du chat 
porie-Jampe. 




•i06 E. COSQDIN 

Tai^Ulmultik va jcbctcr une pctiic bdetic, qu'il dresse à se tenir dans %è 
nundie ci » en MViir ■ cnmmc une panth^c », qxund il fatl daqutr m» 
doigli. Lu belette une fois bien drcs&i^. Il vj jouer die; Lalcblu et lui lai&sc 
K3)(itcr U prcmUn: [nrtic. A U vrcondc, comnic la duncc ne tourne p;l5 en 
hvcai de Lakklia. îc chat et h souris sont au moment de recommencer leur 
maïK-KC lorsque Taj-Uimuluk se met A frapper avec ses doijtis le tablit-r, A 
l'insiam, la bdctte sort furieuïc de la manche de son maître. Rn la voyant, 
la souris disparaît i' comme du c;imp)iTc •, ei le cliai, efTrayi, s'enfuit comme 
le\XQl, UisMnt tomber U lampe de dessus sa lâtc. 

Le prince, se mettant alyrs en grande «ilêre : " Femme artificieuse, dit-ti, 
■ i Lakklia, quelle est dont celte iritliçrie r Quoi ! dans votre maison où se 
" voient des rubît qui cctatrent la nuit, vous n'avei pas de portc-Umpc !» 
Foret t-si i I.jkkh;i d'en turc apporter un, et la partie coniinue. A son tour, 
Taj-Ulmuluk a le dessus, et il gagne tout ce qui est renferma dans Ij maî- 
»on, y compris Lakkha. 

Ce récit, coinmc on a pu le remarquer, a introduit une 
complication dans le tb^me primitif, lequel ne mettait en pré- 
sence l'un Je l'autre qu'un chat et une souris, la vue de la sou- 
ris réveillant chez le chat l'instinci, la nature, momentanément 
domptiïs par r<iducaiion. Ici les relations toutes particulières 
entre ce chat et cette souris qui font bon ménage ensemble ei 
sont devenus collaborateurs, ont nécessité rintcrvcntion d'un 
tiers, la bctctlej^qui effraie les deux compagnons. 

Dans le roman hindousianî, ce que le chat porte sur sa têie, 
ce n'est pas, comme dans U Icgemle de Ras.ilou, une lumiérf 
magiqtUt chose que chacun peut se figurer ît sa fa^on, c'est une 
lumière naturelle, une lampe ail unUe. Peut-être quelques mots 
d'explication, que nous ilevonsàrobligi.*ancL-dc M. W. Crooke, 
ne seront-ils pas superflus. 

Chea les Hindous, une lampe (c/nrti^^, dans l'Inde du Nord) 
est une sorte de petit godec. d'un diamètre de 2 ou j pouces 
anglais (5 centimètres ou 7 centimètres et demi), fait de terre 
cuite chez les villageois, de cuivre chez les gens plus riches, et 
rempli d'huile ou Je gin, c'est-à-dire de beurre clarifié ', dans 
lesquels plon>;e une mèche de coton grossièrement tordu, dont 
l'excrémité allumée dépasse le bord du godet. G:tte lampe, très 
portative, se pose oîi l'on veut, cl notamment, comme jadis 



i. Le bcime clarifia, c'est-à-dire bouilli de faifon â en faire sortir tout ce 
qui pouvait s'y trouver de petit-lait ou d'eau, s'emploie, parait-il, pour les 
limpcs qui brûlent devant les idoles. 



en Palestine et dans le monde gréco-romain, sur un porte- 
lampe (chirâghdàn)^ le cfjondHUr dt- rÉvangilc, c'cst-à-ilirc sur 
une tige raC-talIiquc monuni droit et couronnée d'un petit pla- 
teau '. — Dans le roman liindoustani, le porte-lampe, c'est le 
chat; aussi, quand il s'est enfui en laissant la lampe tomber 
par terre, le prince dit à Likkha : « Vous n'avez pas de portc- 
iampc » ; et elle se voit iorctc d'en faire apporter un, sur lequel 
on pose la petite lampe, qui auparavant était assujettie plus ou 
moins solidement sur la tète du chat, ou que le cli.it tenait tout 
bonnement en équilibre sur sa tête, comme Perreite son pot 
au lait. 

Celte idée bizarre d'une lampe portée sur la tftc est bien 
indienne, ce nous semble. Parmi les cinq cents contes indiens, 
traduits en chinois à des époques anciennes ei que l'illustre sino- 
logue, M. hdouard Cliavanncs. vient de mettre en français., 
nous avons rencontré une légende donc la traduction du sans- 
crit en chinois a été faite entre les années ^02 et 405 de notre 
ère et qui présente ce trait ' : Un brahmane, grand savant, — 
et grand poseur, — arrive dans la capitale du royaume indien de 
Maga.idlia, portant en plein jourimif lumihr sur sa léu, et, quand 
on demande à ce Diugcne hinduu pourquoi cette lumière, îl 
répond que c'est à cause des ténèbres de la stupidité, qui 
régnent dans le pays. 

52. — Une femme déliire son tnari. 

Le spécimen le meilleur que nous connaissions de cet enca- 
drement du thème du Cfjttl provient de la vallée du Haut- 
Indus, comme la première version de la légende du Râdjiï 
Kasâlou, et très probablement^ toujours comme cette version, 
du village de Ghàzt ' : 



j . On t» 'allume pas une Innipc (iiy vov, IriCfrnam') pour la nictirc sous le 
boiS5£;iii ; nuiiim la met iiir le liiiui/i'/iVr (îr.\ rijv Àuy«t3n, wper ditiiSflahiniH), 
afin qu'elle éclaire tuu« ceux qui sont d.ins la maîu>n. ■• (Malt-, V, 13). 

a. Citij ietiti CatiUs tt Apologues (xlmîh du TripiJaia thinaîs tt Iraduitt n 
/r^n^ij^r Hduunrd Chavaiiucs (Paris, 1911), n" 491, lomi: UI, p. l^oseq. 

î , Ch. Swynncnon, tndian Mi/fhli' iùiUrtahitutut ; or, l'olk-Talfi fioin Hx 
UfipfT-inilus (tondrcK. 1893), n» &ti. — Voir au&si, pour le pajs où le conte 
a été recueilli, l'Iniroduaion, pp. xi-xii. 




J 



4|08 E. COSQ.UIN 

1.C prince Ghool, chasseur forcené, ne veut pas se marier, au grand déses- 
poir du roi son père. Un soir, après une chaude journée de chasse, il s'arrête 
pour se reposer auprès d'un puiis ei dit à une des jeunes filles qui sont venues 
tirer de l'eau : « Laisse-moi ooire à ta cruche. » — « Oh ! répond la petite 




3 



nose reiuser, la jeune fille en mariage. Quand elle est devenue sa femme, il 
U m;iUraîle sans pitié. 

Un jour qu'il a pris sa cravache pour la battre, la jeune femme lui dît : 
« Quelle (çloire y a-t-il à battre la fille d'un pauvre artisan? Si tu es un 
homme, va-t-cn épouser une fille de roi ; conquiers sa main, si tu peux, et 
bats-la, si lu l'oses : moi, je ne suis que la fille d'un forgeron. » 

Lu prince, piquéau vif, jure de ne pas rentrer dans son palais avant d'avoir 
é|H)usé une fille de roi. Et il part pour le pays d'une certaine princesse, célèbre 
pour sa beauté. • 

Avant d'être admis à demander la main de la princesse, il faut gagner 
contre elle trois parties d'échecs : si le prétendant les perd, il sera rëduit à 
l'état d'esclave. — Le prince perd les trois parties, et il est relégué, comme 
palefrenier de dernier ordre, dans les écuries du palais. 

Ne le voyant pas revenir, sa femme prend des habits d'homme, monte 1 
cheval et se met en route â sa recherche. Chemin faisant, elle sauve un rat 
ni va se noyer. Quand le rat apprend quel est le but de son voyage, il lui 
it que la princesse a un clxil uiagiifue : sur la tête de ce chat est une lumière 
itutgiqui, qui le rend invisible et lui permet de brouiller les pions sans qu'on 
s'en aperçoive, de sorte que les prétendants de la prîiKesse perdent invariable- 
ment la partie; il n'en sera pas ainsi pour la fille du forgeron, si elle suit les 
conseils du rat. Hlle n'a partie d'y manquer : elle tient donc le rat bien ferme 
dans sa main, de façon que le chat l'aperçoive ; le chat, toujours invisible 
grâce à la lumière magique, fait un bond pour saisir le rat, et la fille du for- 
geron, qui sent le choc, n'a qu'à frapper pour que la lumière magique tombe 
par terre. Alors le chat, décontenancé, s'enfuit, et la jeune femme déguisée 
gagne les trois parties. 

La princesse s'est riîservé d'exiger encore une épreuve. Ce 
n'est pas ici le lieu de nous arrêter sur ce second épisode, que 
nous espérons, du reste, étudier un jour dans un travail spécial. 
Mais nous indiquerons rapidement, — car il y a intérêt à le 
faire, — les incidents principaux de la dernière partie du conte 
indien : le prince Ghool tiré de son écurie, mais attaché au ser- 
vice du vainqueur, c'est-à-dire de sa femme, qu'il ne reconnaît 
pas et qui lui donne des vêtements convenables, tout en ayant 
soin de conserver dans une boîte la défroque de valet d'écurie 
avec la brosse et l'étrille ; — puis le départ pour le pays du 
vainqueur, lequel vainqueur, quand il est tout près de la capi- 
tale du roi, père du prince Ghool, disparaît, après avoir donné 
le commandement de l'escorte au prince, et rentre dans sa mai- 
son natale pour y reprendreses vêtements de femme ; — Ghool 
profitant de l'absence do son libérateur pour faire une rentrée 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANnELLF. 



409 



iriompKale dans son pays ci pour prétendre avoir conquis la 
mai» de la princesse qu'il ramène, et ensintc mandant au palais 
la fille du forgeron; — alors l'exhibition foudroyante des misé- 
rables vtru-mc-iits d'cscl ivc. de la brosse et de l'étrille, et, pour 
lerminer. le pardon généreux accordé par la fille du forgeron à 
son indigne mari, auquel (ceci est bien oriental) elle donne 
une sttondc fcmirn; eu la personne de la princesse dont, sous 
son déguisement, ellt: a conquis la main. 

Nous nous bornerons à constater que cette dernière partie 
se retrouve, presque identiquement, dans d'autres contes 
indiens qui forment avec celui-ci un groupe et dont il nous 
reste à parler. 

Ce bref résumé de la dernière partie de la FiUe du Forgeron 
était nécessaire; il permet, en effet, d'établir un parallélisme 
plus complet entre la forme du conte que nous venons de don- 
ner, la forme fômninc, si l'on peut parler ainsi, et la forme 
mascuHne, que nous avons rencoutrée dans le roman hindous- 
tani de la Rose tk liakawali. Dans la I-illf du Forgeron, les van- 
leries du prince Gbool sont réduites au silence par Texhibition 
d'un souvenir dt servitude, comme les vnntcrics des frères de 
Taj-Ulmuluk te sont par l'exhibition de la marque d'esclavage 
ioiprimée sur leur chair. 

On a pu remarquer combien, en ce qui touche notre 
épisode du chat et de la lumière, le conte de la Fiik du Forge- 
ron présente de ressemblance avec la légende du Ràdjd Rani- 
iou. Une autre particularité h relever, c'est que le thème 
des Ammaitx reconnaissanls a été introduit d-nns les deux 
récits. Mais, dans le conte, ce thème est bien mieux conservé 
que dans la légende : l'animal secouru (le rat) ne voit pas sa 
dette de reconnaissance acquittée par autrui ; il paie ]ui-ménie, 
de conseil et d'action 

Nous avons maintenant à grouper, autour du conte de la 
F'tUe du Forgeron, les autres contes de l'Inde que nous avons 
annoncés ; un conte dés environs de Srinaj^ar (pays de Cache- 
mire)', un second conte du Haut-Indus', el aussi, non plus 



I. J, Hinton Knowles Falk-Uilti af Kaihntir i^\jon<\m, 1888), pp. 144 Stq. 
a. Gh. Swj-nDcnon, op. cil., a" 47, Part III, pp. 181 scq. 



4IO 



B. COSQUIN 



dans llnde du Nord, mais dans l'Inde du Sud, deux contes 
imponés chei: des peuplades de langue et d'origine non 
arj'cnne, établies dans le Bengale, les Santals Parganas ' et les 
Oraon Kols^ 

Dans ce groupe, la future femme est prévenue de ce qui 
l'attend aprùs le mariage : ùtK battue chaque jour ; mais elle ne 
s'cfiraie pas de la perspective, et, une fois mariée, elle a l'adresse 
de faire reculer de jour en jour l'exécution de la menace, jus* 
qu'à ce que son mari parie en voyage *. 

Dans le second conte du Haut-Indus et dans le conte santal, 
c'est, comme dans le conte de la FiUe dit forgeron (premier 
conte du Haut-Indus), une rcBcxion de la jeune femme qui 
provoque ce voyage. « De quoi vis-tu i* dit la jeune femme à 
son mari. Est-ce de ton bien ? non; c'est du bien de ton père. 
Le jour où tu vivras de ton bien, tu auras le droit de me 
battre, o Humilié et irrité, le jeune homme demande à son père 
de l'argent pour aller faire le commerce et gagner une fortune 
à lui. 

Dans le conte du pays de Cachemire, ce pas.sage est fort 
arrangé, comme l'a été, d'ailleurs, toute l'introduction ; néan- 
moins c'est pour un voyage de cummcicc que part, là aussi, le 
fiEs du marchand. . 

Ce conte cachemirien est le seul des quatre contes indiqués 
dans lequel se retrouve, en sou intégralité, l'épisode du chat 
et de la lumière; mais tout merveilleux a disparu : plus d'ani- 
mal reconnaissant, bon conseiller; c'est l.i jeune femme qui, 
de sa propre inspiration, a pris le rat n'importe où; plus de 



1. C, l\. liomp^ii, Folilorf of tli/ Sinl.i! Pargamu {honâm, i^o^), n^ 2S. 

2. Ferd. Hjhn, Blùke in du Geislemtll dtr lieiJnitchfH KoU. Summlitng 
wn Sogtn, Màrchen und Lintfrn dtr Orium in Cltota Nt^pur (GtJicrsIoh, 1906), 
n" aj. 

;. la meilleure forme Je cette introduction nous paraît £tre celle du second 
conte (lu Hsuc-Indus : Le Bis d'un marclutid, ayant eu sous les ycui un 
exemple saisissant d'ingratitude d'une femme envers $on mjri, ne veut pas 
u marier. Son pérc le pressani coDiinucllemeni, le jeune homme lui dit 
qu'il n'épousen qu'une Temme qui lui pcrmccira de b Trappcr, chaque matin, 
cinq fois avec un soulier : il espère qu aîusi son p^re ne lui trouvera per- 
sonne. A la fir pourtant, la Aile d'un autre marchand accepte «(te absurde 
condition. Etc. 



LE CONTE DU CHAT HT DE LA CHANDELLE 



.111 



lumière magique, mais une simple lampe, que (comme dans la 
seconde version de h légende pendjàbaîse du Kl^djA Ras.^lûu) 
le chat a été dressé à éteindre quand la partie va mal pour sa 
maitn:s5c; ce qu'il oublie de faire, quand it voit cuurir le rat. 

Dans le conte santal, tr^ altéré, tout souvenir de la lumière. 
magique ou non, s'est effacé (il en ctaii déjà ainsi dnns la troi- 
sième version de RàJjd Rasâiou); en outre, il n'est plus ques- 
tion de partie d'échecs, ni d'autre jeu. Le rôle du chat devait 
donc forcément changer, et, avec lui, toute l'allure de cet épi- 
sode. Ici le ràdjA tient prisonnier le prince, apprenti commer- 
çant, mari de l'héroïne, parce qu'il n'a pas répondu congrûment 
à une question quasi-philosophique, et toutes les marchandises 
du jeune liouinie sont confisquées. L'héroïne qui, ici. ne s'est 
pas déguisée en homme, ayant bien répondu, le râdjà lui dit, 
ainsi qu'aux gens de la suite de son m.iri. qu'il va décider ï 
qui appartiendront les biens enlevés au prince, l! fait amener un 
rhnt et déclare que la personne vers laquelle sautera le chat aura 
toute cette fortune. .'Mors la jeune femme entr'ouvre son 
châle et fait wir au cffat un rat qu'ellf Irnatt ca^h/. Le chat 
aussitôt fait un bond de ce côté pour attraper le rat, et ainsi 
tous les biens sont attribués à la jeune femme. 

[^ seitond conte du Haut-Indus n, au lieu de l'épisode du 
Chat, altéré ou non, un épisode absolument différent, dans 
lequel l'héroïne montre encore son intellif-ence, et cet épisode 
particulier figure aussi, mais devenu presque inintelligible, dans 
le conte des Oraons. Nous en dirons quelques mots (s""' par- 
tie, 2'"' section, § 3), à l'occasion d'un conte de l'Indo-Chine 
qui, chose très intéressante .\ notCT, juxtapose cet épisode à 
l'épisode lui-même du Chat e! tk la Chamîclk. 



SECONDE SECTION 

CONTHS INDtENS EXI>ORTÊS 

S r. — Dans l'Ue de Ceylan. 

Il n'est pas étonnant que, dans un pays comme l'ile de Cey- 
lan,si voisine de l'Inde, d'où, avec une dynastie conquérante, 
lui est venu le bouddhisme, on trouve de nombreux contes 




4" 



E. COSQUIÏJ 



d'origine et de facture indiennes. Sous le titre de Fillage Folk- 
laîn of Ceyhn (Lonàrci, 1910), un ancien fonctionnaire anglais 
à Cc>'Ian, M. H. Parker, vient de faire paraître la première par- 
tie d'un grand recueil comprenant toute sorte de contes, notés 
avec une évidente et minutieuse fidélité dans toutes les classes 
de la population villageoise du centre de l'île. La lecture en est 
instructive : elle montre ce que sont devenues parfois, dans le 
nouveau milieu où les avaient ponées la transmission orale» de 
petites œuvres d'an. Mais, quelque maladroites qu'elles soient, 
ces grossières copies permettent en général à ceux qui sont un 
peu du métier, de distinguer ou de deviner les principaux traies 
des originaux indiens défigurés. 

S'il y avait i hésiter sur la provenance indienne de quelqu'un 
de ces contes, ce ne serait assurément pas au sujet du conte 
n" 22. Les Fleurs (ou plutôt La Fleur \ Koult'-bakâ. M. Par- 
ker apporte à l'appui de sa conviction i cet égard une raison 
qui n'est pas sans originalité : le héros du conte singhalais, 
qui gagnera par ses talents de cuisinit-r la faveur d'un yakâ 
(sone d'ogre), répond à celui-ci, lui ileitiandant ce que l'on 
mange dans son pays : Nous mangeons de la lleur de farine, 
du ght (beurre clarifié), du sucre et de fa viande de cltaiiuau . » 
« Cela prouve, dit M. Parker (p. 176, note i), que le conte 
esc indien, et peut-être du Pendjab; car il n'y a pas de cha- 
meaux à CcyEan. 0... Mais il n'est pas besoin de faire appel ici 
à la géographie zoologiquc : le conte singhalais de la Fleur 
Kotilé-hakâ n'est autre qu'un gauche abrégé du roman hiodous- 
tani la Rose de Bakawali, résumé plus haut (2''* partie, 1" sec- 
tion, B, 5 I, ^), Xon seulement l'ensemble est le même, mais 
des détails carjctèristiques sont identiques : on trouvera notam- 
ment, de part ei d'autre, les q biftecks de chameau (comme 
traduit Garcin de Tassy), dont le prince régale let/nr ou \çyakâ. 
II y a aussi des rapprochements à faire entre plusieurs noms 
propres des deux récits '. 



t. Dam le conte de Ceyian, une certaine M>iha-niQu4ti, Jocit le nont. 
d'après M. Pnrkcr, signilîuraii en sin^halji^ » CranJ Bonhair a, devient une 
des fcmmcs du prince, comme U M^hmotula du roman, dont le nom est cer- 
iiiaemenc emprumv i l'arabe. D« plus, on peut entrevoir, dans le nom de 



LE 



«BELLE 



41; 



On pourrait donc penser, senible-t-il, que le conte singha- 
lais viendrait direotement du roman hindoustani, écourté, 
mutilé, et toutefois partaitcmcnc rcconnaissablc, non seulement 
pour les traits généraux, mais pour les détails. La seule diffi- 
culté, c'est celle qui; présente l'introduction du conte sin^balaîs. 
Dans cette introduction, le roi, après avoir eu connaissance de 
l'iioroscope du prince nouveau-né, dit de porter le petit enfnnt 
dans la forêt et de l'y abandonner. Et, « par la faveur de la 
divinité gardienne du prince, des animaux viennent l'allaiter et 
l'élever ». Ce passage est évidemment bien plus folklorique que 
le passage correspondant, très adouci, très emhourgeûisé, du 
roman hindoustani. où le rot se contente de faire élever l'enfant 
dans un palais éloigné. 

Avant de hiTc la supposition que les Singhalais, si maladroits 
d'ordinaire, auraient su retrouver, sous l'arrangement que 
présente le roman hindoustani, la forme primitive de cette 
introduction, on peut se demander si cette forme primi- 
tive n'avait pas été conservée dans l'ouvrage hindi, aujour- 
d'hui inconnu et peut-être assez ancien, que Nihâl Chand, au 
commencement du \ix* siècle, a mis en bel hindoustani. en 
prenant sans doute, à l'orientale, ses libertés avec son modèle. 
Dans ce cas, il faudrait conclure que c'aurait été l'iiuvrage 
hindi lui-même, et non son adapSaltoit hindoustani, que l'on 
rencontrerait, estropié, dans l'île de Ceylan. 

Mais c'est assez nous arrêter sur des conjectures qui n'ont pas 
d'importance, puisque, en définitive, l'emprunt du conte à 
l'Inde n'est pas contestable. 

Nous donnerons, du conte singhalais, l'épisode du Chat : 

S'iuni ïait bieo venir d'uoc vieille femme, voisine île la courtisane Dira.- 

biUi'Ldkl. le prince apprend cofnmcnt ccite dertilcrc H-^gnc toujours au [eu : 
'< Après avoir allumé une lampe à pied (Ivni hunp} ', on l'appone dans ta 



D/nlhiri-LAKA, U maîtresse du chat, le nom de son ■ double > hindoustani, 
LaJckiiai dans le nom de la Heur merveilleuse Koaié-iAKA, le nom de Baka- 
wali. 

t. Qu'est-ce que le traducteur anglais a voulu designer par ces mots : beat 
tamp} M. W. Crpokç pense qu'il s'agit d'une biiipc dont te support serait 
fait de ligi» sichei d'herbe* ou de roseaux (btnS). « U est [>osÙbic, nous dïl- 
il, que de semblable» lanipci ^oiem eu usage j Ccybn , nraîs je n'en aï jamais 
vu dans l'Inde- ■> 



i 



4M 



R. COSQUIK 



ulledeieu. Soij:^ la laaipe. un clui estassîs. Pendant ijuc U femme joac. 
le dut iËvc lutte; iilors la victoire est i la rcmme. Quaml un autre )oue, 
le chat bai»e La tctc; alurs. c'est ta défaite pour cet autre. Si ^'ous voulez 
g^gnvT, ctci^ne/ U bmpe ci chasH-jr le chut ; puis apporicz ci mcttrz eo 
pUcc une autre lampe : si s-ous jouez alon, vous gagnerez, u 
Le prince suit ces conseils, et il gagne la pante. 

Il est visible que ce pissn^e est la rcproilucrion altérée du 
passage correspondant du roman hindoustani. Ce chat qui. par 
une sorte de magie, n'a qu'il lever on à baisser la tf-te pour faire 
gagner sa maîtresse, c'est évidemment le chat porte-Jampe du 
roman^ le chat, qui chaque lois que la chance tourne mal pour 
Lakkha, fait aller, par un mouvement Je tétc, l'ombre sur les 
dés, pour permettre h la souris de les retourner sans être vue. 
Mais, à Ceylan, il n'y a plus de souris, et encore moins de 
belette : le rotnan hindoustani ajoutait un troisième animal aux 
deux animaux traditionnels; le conte sînghalais en supprime un. 

S 2. — Au Tilvt. 

Du Sud, nous allons, traversant l'Inde, remonter veiï le 
Nord, vers la région montagneuse du Tibet, où nous trouve- 
rons un conte oral qui présente d'une manière très simple notre 
thème du Clxit, dans un encadrement analogue à celui des 
contes du Haut-Indus, du pays de Cachemire, etc. 

En 1904 et 1905, le c.ipitainc W. J. O'Connor, secrétaire 
et inierprète d'une mission anglaise envoyée à Lhassa, recueil- 
lait de la bouche de Tibétains, dont il avait su gagner l'amitié, 
un bon nombre de contes. Avant de les livrera rimprcsslon, 
ce qui a eu lieu eu i<^o6 ', Il a f.iit, nous dii-il, un cri : il a 
voulu ne publier de sa collection que ce qui était foncièrement 
tibétain, et laisser de côté tout ce qui dérivait de source indienne 
ou de source cliinuise. Or, si l'on examine les contes merveil- 
leux ou plaisants contenus dans ce très intércssanl volume ', 
on peut affirmer, dès maintenant et s-ins attendre des décou- 
vertes ultérieures, qu'à n'en p.is douter tout vient directement ou 



1 . Capt. W. F. O'Connor, Furt Taies from Tibtl (Londres, 1906). 
3. Ayant bien •lèlituliâ notre terrain dans cet immense domaine du folk- 
lore, nous ne nou^ occupous pjs des fables ou contes d'asimaui:. 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLL 



4' S 



indiiecteinmt tic iltuU'. Il en est ainsi nouminent d'un conle 
très composite (n" 6). Jnns lequel notre thème avec son aidre 
vient se juxuposer à d'autres petits récits, ayant chacun son 
individualité. 

Ce conte n° 6 est extrêmement curieux : c'est une vraie 
mosaïque d'aventures grotesques de toute sorte, dont un jeune 
(t musulman » (ceci est une modernisation de vieilles histoires *) 
est le héros ridicule, aventures qui, à peu pri-s toutes, se 
retrouvent dans les contes asiatico-européeiis '. Notre histoire 
termine le cycle (pp. 39-42) : 

Peu après son mariage a vii; mic jeune tille 1res intelligente, le jeune homme 
»c met en tC-[i: d'aller uirc le commerce dai» l'Inde, el il part avvc un bon 
amortiment de martluniJi'Krs. 

Cn soir, il fitt hiltc prfs d'uncgrande maison, te matire du logis le reçoit 
d'une U^on ais ho&piuliére el, pendant le rcp)5, lui raconte des bourdes tr«« 
difficiles a Jivjiler. Le jeitnie honinie jy.int déclitri: tout nëi qu'il n'en croyait 
pli le [>ren)tcr tnoi, son Itùlc lui lilt <]u'i] va prouver la vit'ui de ses histoires 
cn lui faisant voir une cho^c plus sinpuliêre que lout ce qu'il vient de Mcon- 
ter : a Je parie, ajoute-t-ïl, qu'à la nuïi tombante une lanterne ïcia apportée 
dan^ cette clianibre, non par un urvileur, niai> par un chat, a Le jeiiiic 
homme se met a rire d'un air incrédule et lient le pari. L'enjeu, c'est toute 
la fonunc de l'Iiâle, d'un cùii et, de l'autre, lous les bagjj^es, marchandise», 
bétes de somme du jeune homme. 



t. Les rcn»rques de nos ConUt popttliires de Lprraiiie, bien qu'on puisse 
aujourd'hui y ajouicr de nombreux rapprcichcmcnls, indiens cl autres, suf- 
Htcui, en génital, crorons-naus, pour établir, si l'on s'y reporte, ce que nuus 
n'hésitons pas i a^Hrmer. Ce n'est pas ici la place d'cludicr, i ce point de vue, 
les quelques contes, pur exemple les »" 13 el 17, qui u'oni point d« paral- 
lèles dans nos contes lorraius. 

2- 11 vient au l'ibet, pour affaires de commerce, boo Qonibre de Musul- 
mans de l'Inde du Nord. 

j. Voir les remarques de notre conic de Lorraine n*> iK,Jean Bête. — Une 
des histoires du conic libétain (pp. )6-}7) était assez inattendue ; car on ne 
l'avait pas encore rencontrée en Orient. Comme elle donne une bonne forme 
d'un épisode de divers contes européens indiqués dans les remarques de 
notre n" s8 (tome II, pp. 17S-179, noie), nous la résumerons briévemeni : 
Le soir de ses noces, tu jeune sot met la main dans un vase de cuivre d'étroite 
embouchure et ne peut la retirer. Qjiaod il est dans b chambre nuptiale, la 
mariée lut diC d'aller au pied de l'escalier frapper le vase sur une grosse pierre 
et dégager ainsi sa main. Le jeune homme suit ce conseil ; nuis, dans l'obs- 
curité, ce n'est pas sur une pierre qu'il frappe, c'est sur le aime de son tnau- 
pËre qui. ayant bien feitoyë, en tombé ivre-mnrt au pied de l'escalier. 



4i6 E. cosQjom 

Or, grâce 1 un chat drinsé A porter dans sa gueutc uiiu Untvmc ïlliimte» 
l'hôte pariait à coup sût, et il avaii dcj^, par un «cmMablc pari, dépouilK 
nombre de voyj^curs. Le jeune homme nt dépouillé n $on tour et il en est 
ciduîi, pour vivre, A icster dans la nuisoii comme sftviuur. 

Au bout <i'un ou deux mois, sa femme s'inquiète, le sachant de ceux qoj 
sont fiiiu pour s'aiiircr de mauvaises arTaircs: clic &e dégiii&e ai homme ci 
port à S.1 rLX'hcrche. Klle s'artcie dans U mime maiion, où elle a la même 
convcTïatiun avec riiùic; mais, par bonheur, en arrivant elle a rencontré, 
dant b cuiir île la maison, son mati, qui lui a tout raconté ; cUe ajourne donc ix 
ripon5C au sujet du nari, et c'en sculemeni le lendemain qu elle dédare le 
tenir. Entre (ciiips, clic donne à sou mari se» ioïtructions : en coDSÀ|ucnce. 
le jeune homme pn-nd trois sourit et, vers le soir, se met aux aguets dans la 
cour, prib de In porte par laquelle le chat avec sa lamente doit pa»cT pour 
entier dans h maison. Quand le chat arrive i travers la cour, le jeune hommei 
liche d'abord une souriit, puis une autre et enfin la troisième, et le chat, qui 
d'abord avait rc-Msté i son înstiiii:!, n'y tenant pitu, laisw tomber k Umerite 
et se met en chasse. 

Pendant ce temps, le maître de la maison et h jeune fetnme dé^is^ 
aiteudeiii vainement, dans l'obscurité, l'arrivée de la luniiére, et le pîri est 
gagné par la jeune femme, à qui l'hôte est forcé de livrer tous ses biens. 

Dans ce cuiitc tibétain où, comme nous Tavotis déjà dit, 
rcncadrcmciu du thC-mc du ChaJ est si indien, deux chûScs- 
sont frappantes, quaiu à ce thème lui-même. 

D'abord, il n'y a plus là Je partie de dès ou autre, mais un 
^iri au sujet du bon dressage du chai : forint tout à fait dis- 
dncte de ce que nous avons vu jusqu'ici, mais nullement spé- 
ciale au conte tibétain. Nous la retrouverons, en effet, dans 
rindo-Chine, dans les pays barbarcsques et, en Kurope, dans 
une contrée, ta Transylvanie, qui pour un temps fut voisine 
des Turcs et leur vassale. C'est dire que cette forme se rencontre 
à l'e.xtrémicé de quatre couranLs bien reconnaissables^ ayant le 
même point de départ, l'Inde. Si, pour le moment, on ne peut 
encore constater, ùi ce point de départ, l'existeticc de cette 
forme, une découverte tiouvelle viendra peut-être deiiuin com- 
bler cette lacune, contmc cela a eu lieu tant de fois dans des 
cas analogues. 

Une autre particularité du conte tibétain, — une vraie parti- 
cularité, cette fois, — c'est que le chat ne se tient pas devant 
son maître dans l'altitude d'une statue porte-flambeau; il est en 
action, il marche, il apporte une lumière. Ce détail spécial ne 
résulte pas, croyons-nous, d'un arrangement du thème qui se 
serait fait au Tibet ; il vient très probablement de l'Inde avec 
son encadrement. Il ne faut pas perdre de vue que plus on 
avance, — à pas trop lents, malbeureusemeut, tuais encore 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHAKUELLB 4I7 

avance-t-oHj — dans la c un naissance des contes du l'Inde, plus 
on peut se convaincre que « ce n'est pas une forme unique de 
chaque ilièiitc, de chaque type de coniei^, qui scruii venue tn 
Europe [ou ailleurs] pour y donner nais<.ance ^ diverses 
varijntes ». « Bien que jusqu'à pré&cnt on ait i peine puisé 
dans les richcs:vcs de In tradition orale de t'Indc. ce qu'on en 
a tiré suffit pour faire penser que plus tard il sera possible de 
mettre en rt^ard de chacune, pour ainsi difc, des variantes 
d'un conte européen [ou, en gcnéral d'un conte asîatico-êuro- 
péen] unevariantcindicrne correspondanie. » Nous écrivions 
cela en 1886, dans Vlutroducùon de nos Conlts populaires de 
îjtrrainc (tome I, p. xx), et, en 190J, Gaston Paris, dans la 
ii;oHirtH((i, nous faisait I "honneur de rappeler, à propas d'un cns 
particulier, cette thèse que nous reproduisons aujourd'hui 
avec une conviction encore fortifiée par unt de nouvelles 
recherches '. 

Parmi les contes juxtaposés, dans le récit tibétain, au conte 
du Chai, il en est un qui peut, ce nous semble, fournir un 
argument à notre thèse, en tant que nous l'appliquons i notre 
conte en particulier. C'est celui-ci : 

Un jour que le jeune nl.iis est liorï de choz lui, d^ns U camp-igtic, un wr- 
viieui du rui, vciiâiil A pitssLT, lui dcnuiiilt: de t'^iidcr i porter .lu ■^\.\n une 
j.irrc d*hiiîtc : il lui donnera une ])ouIc en récompense. Le bon gan;ûn 
accepte et, toui en marvhint. il se cnct â liwr aux u-ufs de U poule, aux 
poulet», i la vache, — tout It rêve de Perrette, — et fiiuleincni i Va nmison 
qu'il achètera ei où tl aura femme ei curam. Si l'enfant est u^e, cela ira 
bien ; nwis s'il est mèch,*nt... Ei le jeune hoiumc frappe Ju pied violem- 
ment. La iarre. qu'il a sur le dos, glii« et se brise en tombant, e! toute 
riiutle du roi e^t répandue. Le jeune homme est traliiO devant le roi, i, qui 
il ruconic l'histoire, ci le roi lit de si bon cœur que non seulement il fjit 
grâce au jeuue huuiiiie. maiït|u'tl lui donne une piiïce d'or. 

Dans ks livres indiens, Paiitcffaltintia, Hih>pa<{fsa,qi\] donnent 
sinon le prototype, du moins une forme ancienne de La Lai- 
tière €t U Polaii lait, le rêveur est au repos '. Au contraire, dans 



1 . RowftriiLi, t. XXXI (1901), p. t4.0 : ■ ...C'esi un cas où se vérifie l'opi- 
nion, souvent esprinié-cparM. Cosquin, d'après laquelle, dans k-sconle^ euro- 
péens venus de l'Inde, il n'est guère de variante qui lie se retrouve dans leur 
pays d'orî;gine. >• 

2. Voir leAiNfJC^fiifj/'ii de 'l'hcod.Bcnfcy (Leipzig, tS;9),tonicU,p. J4S, 
Cl tome 1, S 209. 

Ks-HNia, XL 37 * 



k. 



4l8 ^^^ E. COSQ.U1N 

b variante recueillie au Tibet, il riîve en marchant, comme 
Perrette ; mais, i la différence du « pot au liiii d (ou du pot de 
bouillie de riz du brahmane du Panlcffatantra)^ ce qui csi 
répandu, ce n'est pas sa^ foraine u à iui, c'est le bien d'autruî, 
l'huile du roi ; car, dans la variante tibétaine, le jeune homme 
est simplement le purtcur et non le propriétaire de la précieuse 
jarre, et ce sur quoi îl bâtit ses cliâteaux en l'air, ce n'est pas ur 
le prix de !»a chose, c'est sur le salaire qu'il recevra. 

Où la variante tibétaine a-t-ellc pris sa forme partioilièrc ? 
Est-ce au Tibet ? Pas du tout : c'est dans l'Inde même. Et la 
preuve, c'est que tous les train caraclémlùjufs de cette variante 
existent dans des contes oraux indiens. 

Dans un conte du Haut-lnJus (Swyniicrton, ûp. cit., n* ij, 
pp. 23-24), le jeune imbécile se charge, lui aussi, de porter chex 
le roi une jarre remplie de beurre clarifié; puis, quand, au bout 
de son rêve éveilli}, il dunni; en im.iginaiiun A sesfuiursenfants 
de petites tapes d'amitié et que. dans cette gesticulation, il jette 
la jarre par terre, il est, lut aussi, conduit devant Le roi, qui rit 
et pardonne '. 

Ainsi, pour ce thème de la jarre cassée, l'Inde nous offre le 
rêveur en marche à côté du rêveur au repos. Au temps de Ben- 
fcy et de sa célèbre Introduction au Pantclutantra (i8s9). on 
ne pouvait le savoir : on le sait aujourd'hui. Ne j>eutH3n pas 
penser, par analogie, que, quelque jour aussi, d'heureuses 
recherches folkloriques nous montreront, dans l'Inde, i côté du 
chat au repos, le chat en marche, encrant dan.s la chambre de 
son maître, à l'heure fixée, la petite lampe sur la tête, comme 
le brahmane du cuntc sino-indien arrivait, la lampe aussi sur la 
tête, dans la capitale du M.igaUha ? 



1 . Il serait trop long de nous arrêter sur J'juires coittes tiidicns analogues 
{liiJi'iin Faîry TjSfs,di: MissM. Scoke», Lomiivs. 1880, 11° 7. pp. )i')2; SîihU 
yUlagf TiiUi, de Mrs. A .G. Dmcoti, Loudrcs, i9i>fe, p. 68>ci jussî sur un canic 
des SiQuU du Uciigalc (G. (1. Uoiiip», (•/>. iiV., Qi^ )9) «1 Aur un cont« de 
l'ile de CeyUn (H. Pdfber, op. cil., n^ j;). Sii'is nous rel^vi^roru, dans te 
conic indien de la collection Siokn, un enchaînement qui se retrouve dans 
le conte tibétain. I'en<:h.iinemcnt de (eue hïMoire de U jirre 3vee une hîitoire 
fotnani pti-umbulc el dia^ bquvlle le jeune homme ï'imAgine «]u'il est mon 
et se couche dans une fosse qu'il a creusée. Cet cndulncmcnt est, saiu Aucun 
doute, arrivé tout fait d'un pjyi dans l'aiicn;. 




LE CONTE DU CHAT BT DE LA CHANDELLE 



4 A 



Mais cette lampe sur la tétc d'un chat qui marche, même 
gravement et A petits pas, c'a ^té, sans doute, pour les raison- 
neurs une chose manquant de vraisemblance, et on lui a subs- 
titué la lanterne que le chut du conte tihétain tient dans sa 
gueule '. 

Où la substitution s'est-elle faite? Pour le coup, nous ne 
prétendrons pas que ce puisse avoir été dans l'Inde. Les Hin- 
dous, nous dit iM. W. Crcoke, ne paraissent piis s'être jamais 
servis de lanternes, avant qu'il leur en soit veuu d'Europe, et 
les lanternes toutes modernes que l'on trouve dans l'Inde 
actuelle, lanternes de fabrication anglaise ou allemande, éclai- 
rées au moyen de cette paraffin oi! toute moderne, ne prouvent 
absolument rien, quant aux vieux usages. 

Est-ce donc au Tibet que la lampe indienne s'est changée en 
lanierne ? Sans doute, il serait inexact de dire que les Tibétains 
n'ont pas de lanternes ; ils en ont. et qui ne sont pas d'iiniior- 
t^Ltion européenne : dans une certaine ièic religieuse, des « lan- 
ternes chinoises » font partie de la décoration d'un temple, et. 
au cours d'une des cérémonies de cette fètc, de " grosses lan- 
ternes rouges » sont portées dans un cort^e '. Mais le vrai 
pays des lanternes, le pays qui certainement (et il doit y avoir 
bel âge) a introduit les lanternes au Tibet, c'est la Chine. Une 
des plus grandes fctcs des Chinois s'appelle la F/te da Lanterna. 



i. Les Tc!iiiiiui:s (J« Bolicmu-. dans leur vieille traJuciîon <ia Sahmon tt 
Mircetplff btin, otil, proKibkineni pour pareil motil. substitué à la cnitdtld 
du wxte une « Uiucnie », Uutmn (ZIbrt, op. dt., jjp. 96, 97). 

t. Nous âvon« sou« I» y:\ix deux de^ripiîoas d'une gr^rnlc fcie qui à lieu, 
utK fois pjr .in, djini U Liniascric de Kouinboun, U plus cflébrc laniasvrie 
tibihiînc (W, W. Rokkliill, T/k I^iiul oj tlu Ijiiinu, l^ndrcs, 1891, pp. 69 
sci|. ; (M"'«) Siisic Carson Rijnliart : (t'ilh ihr Titfldtit m i'ftl nnJ Ttwf'te, 
Bdimbourg, 19U4, pp. n> scq.). Xuiu y lisons (ce une tics ilIiLSirjtions du 
IÎsTl- de M. KiKJkliill le confiimi.-) i^uc, djnt cette fùte du a digu vlu b>iriirre », 
(le grands b.i:i-it:lîcfs de beurre, écbiiéi p^tr une ruogée dv petites *• lampes il 
beurre (sortes de lampions dans lesquels le suif csi rcmpLicti par une autre 
graisstt) sont vxposés ïous un éclufaudagc bien décoré, d'où peiideiK d'in- 
ni>nibr.ih1es tvanniéres, entreniC'liïcf, {i et U, dV écLitantes UaUrnti (hittohtt 
aux parois peintes u, Lesdtgniuires lamas qui viennent adorer U grande image 
de beurre, arrivent d-rcompagnés d'une demi-douuîne de ser%'iteurs, portant 
de fWMf J lauUrufi muga. 



L 



I 



4» 



E. cosQpm 



Aioo. iTapfîÈs tes redis des andeos mwwoOBiîres, • 

IRM oo «jntirc nuits, loate la Chine ecz en feu. Les tîDcs, les 

Tînapn. les riragis de b mer. 



les bonb des chemins et 
rmires soot garnis d'une mulmude tnnocnbcable de i ameni cs 
de looies tes grandeurs ci de tout» les formes ;_ cm en «oii 
aux pones et aux fenéires des maisons tes pltts pauvres ' . - — 
Au Tibel, les illuminations offrent un aspect tout d(S£n3tt i 
dlcSK font au movai de petites Umpes, poaécs pat d' o tain es 
sur le toit de chaïquc maison. Ce soat là des Êtes qu'on poonait 
appeler ££ces non point des lanternes, mais des bmpîoos *. 

II semble donc, sans vouloir rien exagéier, que l'idée de ùixc 
porter une bniernc au chat ait dû venir plus cararcUemcnt i 
l'esprit chez les Chinoisquc chez les Tibcuins. Arri^'c, Il lampe 
sur ta tête, en Chine, le chat indien y serait devenu rite por- 
teur de bntcme ; puis, de la Chine, il serait reparti, lanterne 
aux dtnts, pour le Tibet. 

Cette hypothèse du conte indien passant par la Chine pour 
par\'enir an Tibet, s*cxp|!que tout aussi bien que l'importation 
direae de ilnde. 

— i" HTFOTHàSE. Le conte indien du Chat aurait soîvi, 
vers le Tibet, la route directe qu'ont suiw, versa mànc pays, 
tant de livres indiens dt toute sorte '. 

— 2*" Hypothèse. Le conte aurait fait un détour dans son 
voyage vers le Tibet. Il serait arrivé d'abord chez les Chinois 
avec tous ces contes et légendes bouddhiques qui ont été tra- 
duits du sanscrit en chinois aux m*, V, vi'siéclesdc notre ère 



H 



4 



1. Unhiri Piilores^M. Ofint madtnu, pat Pauihicr et Baiin. Paris, iSj), 
p. 6{ t . — Os lântcroM navt ca soie, en guc, cii corne peinte, en nacre, co 
vcTr«, en feuilU» tnaspireuies d'iiultics, en papier an. EUet soai iclainics 
par une ou plusieurs lampes ou bougies (i^i'rf.). 

2. Su Monter W'illuins : liiMhism, Loodrcs, 1889, p. }4>. 

y. Le courant daheminâ par le bouddhisme i partir du vit* et surtout du 
VIII* siècle de notre ère, a notamment apporté au l'îbct les éléments litt^ 
nlres indiens qui, traduits en tibétain, forment le Kiaàfeur et le Tandjaur, 
CCS inimeiises ci ^trjii)^^ congloniih-jis ou toute espèce d'ouvrages de l'Inde, 
tn^mc purement brahmaniques, des traités philosophiques, des poèmes, se 
(rouvciit ciiie i t:ûtL- avec les Iraiics de dogmatique, de liturgie, d'édification 
bouddhiques. ~ Nous uiroiu A citer plus loin des cotnes Indiens qui ont è[£ 
traduits en tibétain dans le Kandjour. 



Lfi COMTK DU CHAT ET DE LA CI1AÎIDEI.LE 421 

et que M. Edouard Chavanncs vient de faire connaître au 
monde savant, ainsi que nous l'avons ik'}à dit. Puis, l^girremeni 
modiKé pnr le changement de la lampe en lanterne, il aurait 
rebroussé chemin cl aurait pénétré au Tibet, commey a pénétré 
certain livre bouJdliiqui.- indien qui, paraît-il, d'abord traduit 
en chinois par des moines bouddhistes chinois, vers le milieu 
du \' siècle de notre ère, et muni par eux d'un litre de leur 
façon, aurait plus tard, avec ce titre, vraie marque de prove- 
nance, fait son entrée chez, les Tibétains '. 

§ 3. — En Indfl-Chine. 

Maintenant, à la place de la petite lampe indienne, de la lan- 
terne chinoise, nous allons trouver dans l'Indo-Chine la chan- 
àelle, la chandelle du Salomon ei Marculpht, maïs une chandelle 
nullement importée d'Europe. 

Ua conte annamite. 

La longue côte annamite, que borde la Mer de Chine, appar- 
tenait, au II» ou au m* siècle de notre ère, A un florissant 
empire, l'empire deTjamp:!, où tout était de civilisation et de 
religion hindoues ; inscriptions en sanscrit, culte de Vishnou et 
surtout de Siva. A cette civilisation s'est substituée progressive- 
ment la civilisation chinoise, par suite de la conquête, lente 
mais tenace, du pays, et delà qunsi-exterinination de ses habi- 
tants, les Tjanies, par les belliqueux Annaniiies, venus du nord 
et d'abord sujets de la Chine. Le fait de cette substitution est. 
paraît-il, certain pour la littérature du pays actuel d'Annam '. 

I. Voîr.dans le Joumalo/the Rotai .liiitiû Sôcûty (innic I90i,pp,447- 
460), le Miimoire du M. Tal^akiiïu, professeur de sanscrit i rUnivcrsirà de 
Tokyo. L'original du lîvrc ttbctnin k' Dinnghun,io]Dard"i\a\ englobiï dans le 
KandjouT, tcniil un livre diiuois truiIulT du \:m>crit en l'jn 145 Je notre cre \kxt 
des tiioinet houiltlliïïies chinois, tjui lui ont donni le liirc de Le S^tge et le 
Fm}u. P£us larJ, à une épot^ue postt'ricuic A Vintroduiilinn du bouddhbmc tu 
Tib«t (vii<-vin« sitcles). cecK traduction chinobe itsàt cUe-inime traduite en 
tibétain, et son titre Dstin^louu, qui iii>nîfîc paiement Li Sdgt <■/ U l'on, est 
comme la signature des Traducteurs primitifs. 

3. Notre savant ami, M. Antoine Cahatnn, .1 i.'iudi^.avec sa coniMiMaiicc 
des chose» et des langues indi>-cliinoisei, /ys- Chunis lit fMiyChiHf, d,iiis Ja 
JïffUf celonùiSt, de ivi^j. 




433 E. cosqyra 

Le conte oral que noas allons résumer, reoieiHi dans ce 
Annani, conte tout indien, nt-il un sur\'ivani de Tépoquc tout 
indienne de l'empire de Tjampd r uu bien est-il venu de l'Iode 
en passant p.ir h Chine qui. redisons-le encore, a reçu de l'Iode 
tant de cent» } ou enfin, plus simplement, i-t-il été transmis 
aux Annamites par leurs voÎMns les Cambodgiens ou les Lao- 
tiens qui, eux, sont toujours restés sous l'inBuence indienne ? 
Nous ne sommes pas en état de nous prononcer li-dessus. Du 
reste, par quelque voie qu'il soit arrivé dans l'Annam, ce conte, 
ainsi qu'on va le voir, donne i notre thème du Chat un enca- 
drement semblable, pour les lignes principales, à celai dont les 
contes de Tlndc, étudiés plus haut, nous ont ofTert plusieurs 
ïpécimeits. 

Ce conte annamite, qui a été recueilli par feu A. Landes ', 
commence ainsi : 

Un jeune bommc qui. tout cn&nt. j vu sa fimille dispnéepar U çocrre, 
pas», uo jour, 3upm >l'unc EbotatiK «Luu buucllc une jctme SUe vient de 
puiser de i'uu. Il veut lier convcrution jvcc elle. « L'eau de cette entdie est 
pjcn bvlic », dh-il. — ■ Oui >, rtpund b jeune Hllc. « mats «Se n'c3t pas 
pour toi. ■ 

Le jeime homme, vexé de ùette réponx. lait demaiuler U jeimc ftllc eii| 
mariage, et elle lui «t jo»>r(li:-c 

Ici, le thème du Mariage par veng^ana qui, après le dialogue 
auprès de la fontaine, se poursuit logiquement dans le conte 
pendjàhais de la Fille du Forgeron (premier conte du Haut-, 
indus), tourne court. Il n'est plus question du niéconicntement 
du jeune homme, ni de ses suites. Tout ce développement est 
remplacé par une intercalation bi2arrc : 

Après le RuriJf^, un four <]uc Ic5 nouveaux marias % cherchent leurs poux 
(ne), k jcuiK- homme vuit Mir b tèie d« u femme une cicatrice et lui 
dcniJtHle ce que ce« Kilt répond qu'ètom enf.ini, un jour qu'elle joiuit j\-ec 
son frÎTc telle avait unfnïn: alors), «lui-d lui avait jet<îune pierre qui l'uvaii 
blcM^ j la tcle. Alon un Muvcuir lointain ic rî-vcille chez le |cimc liomnic 
CI, A sa grande horreur, il Tci:oniiaIt i\a\\ a épousé iA sceur. 

Ce thème de la Cicalrke révélatrice, — incomplet, ainsi que- 
nous le montrerons plus loin et nu^dilîé par l'infiltration d'un 
autre thème, — a été rattaché ici à un trait du thème princi- 
pal, au trait du voyage entrepris par le mari de l'héroTne : le 



I. A. l^iMJes : CmUs tt Ugtnàes annamUn (SaigOD, 1886), n» j}. 1. 



LE CONTE DU EHAT ÎTT DE LA CHANnET-lJ- 



Pî 



Jeune hoinmc, n'osant ilirc à personne ce qui vient de se révéler 
à lui, équipe un bateau, sous prétexte d'aller faire le i;oiiimerce, 
mais en réalité pour fuir uEie situation odieuse. 

A partir de Jii, nous rentrons en plein dans le thème princi- 
pal du conte de la FilU Ju Forgeron et des autres contes indiens 
de son groupe. Nous allons nous trouver en présence, non pas 
seulement de notre épisode du Chaty mais aussi d'un épisode 
très particulier du second conte du Haut-Indus et du conte des 
Oraons du Bengale. 

Le icunv honmie, dv.im qutué ]« pavs sur son bateau, jette Tancre ilevaut 
la ni.moii d'un mi^ii^c d'^tlrapcufs. (.l-ux-cî l'invîlc-nt à lD({L-r diL-2 l-ux et, 
pL-ndant b nuit, ils envoient leur servante porter (Uns k* biteau une torluc 
il' yr. 

Le Jcmlcmain, ils 3ccust.-nt le jeune hotiitnu- d'avuir tltrobt* ccitc tortue, 
Proiot^iiOHS du ji-imc lioinnic. Pari propoM; p.ir r.iiirj))cu3e : " Si \x tunue 
d'or n'esi pas dans le bateau, tous mes biens seront à vous ; maïs, si on l'y 
trouve, vous perdiez tout ce i^iii vous appariicnc. » Naturellement le pari est 
ga^^ par rattrapeuse, et le leune homniL-, dofiouillè Je tout, est Kircé <le 
travailler b icrrc. 

Pendant trois jus, la femme du jeune homme l'itiend. Un jour, sur le 
bord de b mer, elle voit une puinplemoussv lloiter vers cUe ; elle b TCtire de 
IVau c-t y trou^-e une lettre de uin nuri qui l'avertit lic son iiuDicur ci Fui dit 
qu'outre b tortue d'or il y a chei l'attrapcusc dfiix chtli qni parlent wk fban- 
delU iur kur tilt et un arbre desséwbé qui le^xrdit quanu un le repbntc dans 
un ccrl;iin endroit. 

La femme équip»; un Kiteaii, emporte une troupe de ratset emmène avec 
elle un orfèvre- Comme précédcnunent son mjri, elle loge chez l'attrapcusc, 
qui fjiïi aussi poner la tortue d'or ims le bateau ; mais, le lendemain, l'at- 
tTapeuse a beau cherclitr b tonne : ^orfé^-rc l'a fondue et mise eu liu^oi. 
L'attrapcusc prie alors <]u'elle fcrj reverdir un arbre disséchi ; mais 
l'arbre ne revcrdu pas, la maîtresse du bateau ayant fait enlever b terre qui 
opérait ce prodi);e. Hlle-mt-mc, ensuite*, rcrlantc l'arbre i l'endroit où elle a 
fait tran&noTtcr cette terre, et l'arbre reverdit. 

■ Entin l'aurapcusc propose de jouer aux f.irlcs toute la nuit, tl parir q\u tes 
âem i-IkHs éiUirffwl le jtit m^r vue (hiitâtlk SUT Uut t/it. La maîtresse du 
bateau aeccpic. HUe bclie d» ruis qu'elle a cachés d^ns ses larges manches ; 
les cKats courent apràs les rats, et I attrapeuse doit s'avouer vaincue. 

Le conte se termine sans que le narrateur se rappelle le 
moins du monde son histoire de la Cicatrice révilatrictt qui 
reste à l'état de véritable Iiors-d'ceuvre. 

On aura remarqué que, dans ce conte annamite, la chose 

importante es: uniquement de savoir si le cliat (ici les deux 
chais) laissera ou non tomber la ciiaiidelle : le gain ou l.i perte 
de la partie de cartes sont rclégutl's à rarrièrc-plan. Au pays 
d'origine, — que le conte annamite vient à son lour nous dési- 



h^ 



4^4 G. COSQUIN 

gncr comme ayant été l'Inde, — cette forme du ihème doit, ce 
nous semble, avoir précédé, dans la formation du cutitc (ou, 
si l'on veut, dans ta série de ses transformations et déforma- 
lions), la forme plus compliquée de la lufniérnnagitfw qui loue 
an si grand rôle dans b partie d'écliecs de la lcj;:endc pendjâ- 
baise du RâJjA Rasàlou ou du conte, pcndjîtbais aussi, de ta 
Fille du Forgeron. 

On se souvient que c'«c la forme la plus simple qui a été 
ponèe dans l'Europe du moyen âge et y a été fixée par écrit. 

Quant à l'arbre desséché, qui reverdit lorsqu'on le replante 
dam une certaine terre, c'est là un trait qui relie encore davan- 
tage le conte annamite au groupe de contes indiens indiqués 
ci-dessus, et particulièrement au second conte du Haut-Indus. 
Seulement, dans ce conte du Haut-Indus, les rAlcs sont ictour- 
nfs : le pari n'est pas proposé par une « actrapeuse » au jeune 
homme d'abord, puis à sa femme ; ce sont ces derniers qui, l'un 
après l'autre, parient, sur la place du marché d'une ccrraine 
ville, de faire surgir instantanément un manguier chargé de 
fruits, rien qu'en jetant par terre un noyau de mangue (ainsi 
que la chose s'eM réalisée sous leurs yeux dans un certain jardin 
mer\ci lieux). Le jeune homme perd le pari, mais la jeune 
femme le gagne, parce qu'elle a eu la précaution d'emporter du 
jardin, non seulement une mangue, mais de la terre de u m/nu 
jardin', ce qui est tout â fait le conte annamite. 

Il nous seniblc que la version itidieime qui est par^'enuc dans 
l'Annam, représente mieux le thème primitif que celle qui a 
été recueillie dans l'Inde même, en attendant que l'on mette la 
main sur la bonne version '. 

Un mot sur cette « chandelle », inconnue dans l'Inde et 
qu'on se représente bien plus difticilement sur la tête du chat 
que la petite lampe indienne. 

Est-ce dans r.'\nnam que s'est opérée cette substitution d'un 
luminaire .'l l'autre? Renseignements pris, partout en Indo- 



I. Comme U f.iuc nous borner, nous ne ferons <iue mentionner ki le coane 
qui a M imponc, du pay» liindou dam kqucl ils »oat eT]cl.'i\-és chez les 
Oraons à tiemi sauviKCS da Bengale (FitJ. Hahn, lac. ciL); dons ce contL-, 
cet (psodc est de^t-nu absurde. 



LE CONTE DD CHAT ET 06 LA CHANDELLE 425 

Chine, on emploie des chandelles ou plutôt des bougies; mais 
il en est de niùinc un Chine '. La subsiitutioti peut donc avoir 
eu lieu tout aussi bien dans un pays que dans l'autre, et ïl n'y 
a moyen d'en tirer aucune indication quant à la question posée 
plus haut ; Par quvlle voie le conte est-il arrivé de L'Inde cbez 
les Annamites? 

Excursus II ' 

LB IHÈUE DE LA » CICATRICE RÈV^LaTRICR » 
nANS l'aNNAM FT AIILECRS 

LE THÈME nE l,'« ÈFOUSE PRÉDESTr«f.E ». 

Oo a VU à quel point, dans le oontc annamite, le th^tnir de la Ciratriee 
rh'ilaSnet est un hors-tl'ccuv'ic hc(£TO<:til<: ; mais ce hors-d 'œuvre lui même — 
le (ait est à noier, — n'est nullenicni de rinvcniion de» Aiinjmitei : il e», 
comme l'ensemble du conte, un produit d'iiiijvriijtinu. 



1. D'après ce que nous dit M. W. Croolce, les chandelles ou bougie» ne 
sODl pai en usa^^c chci: \c\ Hindous. — Qp^nt i i'Indo-Chïnt: vl en padicu* 
Ult i'Aoïiam, M A. Cabatun a bien voulu nous fournir les intéressants ren- 
seigocmciils que voici : Ou emploie, dans tous ces pay», une sorte de chan- 
delle, laiie de cire d';ibeille ou de tire viitj*ït»k', substanci.- qui exsude des 
fcuillcî et surtout (lu ifonc de certains arbres. En Annani, ivtc h rire du 
cdytdy, «arbre cAy " {Bm-I>anliiuii fuilisiata Kupliorbucécs), on façonne des 
chandelles ou bougies dites dtn Uy. d'un usage counim. Lc^ Cambodgiens 
font aussi ivi hougi» de ctrc, et les Tîames (le* reMei du grand peuple d'au- 
trefois) ont des bougies de cire animale ou viïgctale asseye molles pour £tie 
fixées par Mmple pression sur le bord des plaic^jux d'offrandes aux divinités. 
— En ce «)ui concerne la Cliiiie, le volume de VUnivrn FUtortufue, déjà ciiè. 
contient tout un trait* sur les ■ arbres à cirv «, \iri de^ auteurs chinois par 
Stanisbs Juhea. Voici un de ces «xtraits : ■ Avant les dynasties des TKang 
et des Song (du vn' au vni» siècle de notre *rc), la cire bbnchc dont on se 
servait pour faire des txjuj^c» était produite p;ir 1« abcillcî. Ij cire blanche 
[dite «■ cire d'arbre "[, produite par les insectes appelés hifhnn ou « insectes 
j cire », n*a commence i être comme que dcpuî^i h dy»aslie des Vouêu ou 
empereurs mongols, c'cM-à-dire au milieu àa X!ii° siècle. Maintenant elle est 
drv'cntie d'un usage général. « 

2. Nous rappelons que VHxcursus / traite de l'origine et de la date du 
Saloimn el Mareolplu, 



420 E. COSQUIN 

Avjm d'aller plus loin, diion; t^ac ce iK^me de h Cùatrlu, jutanté àe La 
même faton que dans le conic qui vient d'Olic résume, punit ûirc ai«cs 
répandu dani rAnnim. Nom l'y rencontrons, non plus îtilcrcjl^ d^ns un 
autre récit, nuis à l'éui ao\i, dans un second conte ei dans une légeode loca- 
Rste. 

Onns le conte <. le jeuae homme, quand il a dficouven l'a^reuse réalité. 
quitte te pays en hateiiu. sous prircxtc d'.illcr fjirc k irommorct.-, et a il ne 
revint jamais plus ii. Ici l'tttsioire a sun déiioueincm, et ua dihioucmeni 
logique. — La légende est rattachée A un certain rocher, dli k rocher de h 
Fimmeifui aiteaâ tou imtri, pris de Lang-So'n : à li lin, 1-* femme, ne voyant 
pas revenir son mari, meurt de chagrin i l'endroit oli elk- va chaque }Our 
interroger l'iiori/on, et son corps devient un rimlier < , 

Mus ce thime tragique n'csi p:>s le thème pur : Il y a U une combinaison. 
De plus, un des éléments consiituiifs du thème pur, l'inflexibilité de» trrtis du 
Destin, adisparu. 

Le meilleur commentaire de noue observation, ce sera la légende chiocisc 
suivante, dans laquelle ligure un pcrsoncuge mystérieux, une sorte de fténie 
dont le ràk est tout â fait spécial et qui, paralt-il, a passé de la mythologie 
chinoise dans la mythologif annamite i ; 

Sous la dya.istie des 'l'Iiang (618-907 de notre ère), un fonaionnatre, 
nommé Vi Cô, envovii pour nliahlir l'ordre dans la ville de To'ng Thanh, 
rencontre pendant la nuit un t-îeillard occupé i écrire dans des livres, au 
clair de la lune. H k questionne et apprend (jue ces livres ïOnt les registres 
djn.t lesquels 5onl în^rits les mariages futurs, n Ixs liens rouges que i'ai U 
dans mon s.k, ajoute le viellUtd, sont destinés à lier ensemble kï çicus des 
futurs maris et de lciir:i fenimes. et rien ne peut les délier, « V i (lA lu 
demande alors où est celle qu'il doit épouser. « Ta future femme est lu fille 
de telle pauvre marchande de léaumcs. « Vi Cô. le lendemain, voit sur le\ 
bras de cette m;ircliandc une pente hlk fort bide. Il ordonne »iors à un de 
ses hommes de tuer l'enfam; m-u^ l'homme ne lui f,iit qu'une blessure au- 
dc^Hui des sourcils. 

Quatorze ans après, Vi 0^ épouse une belle jeune fîlle, la fille adopii%*e 
d'un intendant. Ayant remarqué qu'elle ponc consiammeni entre les sourdb 



1. A. Landes, c^. cil., d« 47, II. 

2. G. Dumontier: tztuiad'tlhni.'graphUràigiewtannJmilf.A^'niXciAcieiJu 
calait Ctmgrh inSfrualiotia! iUt Ortrnlitliilf s (tenu 11 Pirh en 1H97), î* sec- 
tion : langues il Arcftfalcgit dt V Extrfmt'Orient (Paris. 1898), pp. î6i-î6a. 

j. (Zctte linende cliinoi-ic a été tr.tduite par M. Ahel Des Michels dans une 
note de son ouvrage /j*ï Poèm/sdfl'Amiam: kinviUikicit iilntni\en(\, pp. n8- 
119}. Hlle est tirée du Yeati hio itnu ilxtiun v»im, dont l'auteur. Kifoit siun, a 
vécu de 1420 i 149s- ^'vst le savam k ttùcux Uifomié en tout ce qui con- 
cerne la Chine, M. Edouard Chavannes, qui a hien %-oulu nous donner ces 
renseignements sur k titre et rAgc du livre chinois. 



LE CONTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 427 

certsin ometncnl rjitacM i m coîlTure, il l'intcrrogi: et iipprend que cet 
omcmcm iuiche lu ciutiiti; d'une bl»sutc du lenips di^ ïj pttiii: enfance. Et 
Vi Cô reconnaît tjiic a femme est l'enfani qu'il ovjùt voulu faire tuer. 

Une autre venion, pKsque identique, de cette légende place U praniiit 
scène du petit drame dans la ville Je Souog-tching ■ . 

Ce (lui est intcre^um i constater, c'est que non seulement l'idée-mârc de 
cette Icgcndc chinoise, mais ses iraiis les plus cjraciiristiques, se retrouvent 
dans un conic jrméniea et dans un conte épique russe. 

lïj»!* le conte arm^nieo ', on prince rencontre u" vieillard qui écrit Jaiis 
un Ik-rt « les péchés des hommes ci en m'imc temps leur sort a, ei ce vieil- 
lard, â h demande du j<ririL:e, compulse x>n livre, où à] lit que le prince épou- 
sera la nile d'un vadier, Iji^udW est depuis sept ans sur &od lit, etiflée et 
couverte d'ulccrcs. — l>.ins le conte épique russe t, ce n'est pas un vieillard 
que rencontre le héros Sviatogor ; c'est un forgeron ; maïs ce rot);crcin joue, 
plus cxincmcni que le vieillard du conte arménien, le rôle du s-ieilbrd de la 
légende cliinutte : cti ballant sur l'cncltime deux cbeveux fm» (i]ui remplacent 
ici les a liens rouges u de la léftcnde chinoise), il for^e, non p;is le " sort » 
des 1iomniesc!i ^^éral, cnaJs, ctHnme daiit la légende vtûnoisc, ■ /r sori Jrs 
f'jviix priddlinés Vim à ruuttt k : la future femme de Svîatogor gît depuis 
trente ans d.aiu la pourriture. 

Deuil particulier, que ne présente pas la légende chinoise : dans le conte 
arménien et dan* le cocïtc nijse. le coup de poif>nard ou d'épéc, donné par 
le prince ou par Sviatogor, guéril iniiantanément la malade. Dans le conte 
arménien, il la déseuHc, et elle devient merveilleusement belle « une vuic 
houri-parî (une haurï. une fée) «; dans le came russe, il fend une croûte 



1. Celle seconde version a été publiée, sans indication de source; dans le 
Chineie RraJer's Mannui de W, F. Mayers ^Shanghai. 1874). p. 858. — 
M. De Groot. proletNeur de chinois A l'Uni^-crsité de Leydc, l'a reproduite 
dans un ouvrage qui a été traduit du hoibndais en frani;ais pur M. C.-O. Cha- 
vuiincs, cousin de l'illustre sinologue, sous le litre de Les h'ètes aHnuellenuut 
tiUhiiti à Jzinoui. fJtuU concernani /.i rflîf^ioii fvptihn'rt Âti Chini'îs (ÀnnaUs 
Jit MusétOuimti, t. XI et XII, t886, p. 476), — A la p. lîJ, il est dit, mais 
sans preuve iv l'iippui, que la lé^ude chinoise aurait été mise par écrit pour 
kpremiérc fois .sous la dynastie des Thang ((^18-907 de notre ère), cette 
dynjMic snus laquelle U version nJdigèe au xv« siècle, que nous avons don- 
née, place ion ViCo (cnhographié ici Wei-kou). 

3. Cantti et tégemlet dit Caucau, traduJii par J. Mourïer (Paris, lASS), 
p. tooseq. 

î- Ce conte a été résumé par feu Alexandre Vesselofsky dans la Rom.iaia, 
(VI, 1877, p. iSi, note 2). 

4. On s'étonnera moins de cette espresiioD toute musulmane de heurt 
dan» uti récit recueilli en pays chrétien, si l'on s^iit combien peu le» Armé- 




428 E. cosauiN 

« semblable i de l'écorce de sapin s, et la jeune fille en sort resplendissante 
de beauté. 

A côté de ce trait spécial de la Blessure salutaire, Bgure naturellement, 
dans les deux contes, le trait général de U Cicatrict rMlatrict. 

Évidemment la légende chinoise, d'une part, le conte arménien et le conte 
russe, d'autre part, variantes d'un même thème et variantes très voisines, 
dérivent d'une même source. Pour découvrir cette source il faut, croyons- 
nous, remonter deux de ces courants qui, de l'Inde, ont charrié tant de 
contes, tant de variantes de contes, à travers l'Ancien Continent : d'abord le 
courant qui, avec le bouddhisme, s'est dirigé vers la Chine, et puis celui qui, 
passant par la Perse, a, par diverses ramifications, atteint les pays occiden- 
taux et aussi la région du Caucase. 

A côté de ces deux variantes d'un même thème indien, que nous reocoo- 
trons l'une et l'autre hors du pays d'origine, nous en trouvons une troisième 
dans l'Inde même, dans le Haut-Bengale, à Dinadjpoùr '. 

Un rildjâ veut marier son fils : il convoque un grand nombre de doctes 
pandits et les prie de consulter les livres sacrés. Ils le font et ne veulent 
d'abord rien dire. Pressés par le râdjâ, ils répondent que la destinée du 
prince est d'épouser une femme de race inférieure, une femme pâli ', qui 
habite à tel endroit, dans la ville de Dourbachal. — Pour faire mentir la pré- 
diction, le prince monte aussitôt à cheval, se rend à la maison indiquée et, 
d'un coup de couteau, ouvre le ventre de la jeune fîUe. Celle-ci guérit, et, 
dans une certaine circonstance, l'éléphant royal la saisit avec sa trompe, la 
met sur son dos et la pone au palais, où le prince s'éprend d'elle et l'épouse 
sans la reconnaître. Quelque temps après, la mère du prince a l'occasion de 
voir la cicatrice et questionne sa bru. Et le prince confesse que l'on ne peut 
empêcher les décrets divins d'avoir leur effet. 

De l'Orient encore, ce conte est venu che7 les Grecs modernes, avec tant 
d'autres contes dont souvent la couleur musulmane non effacée marque bien 
quels en ont été les importateurs. Ici t, le seul élément grec, c'est le nom de 
Motpai, donné aux trois femmes mystérieuses dont la troisième prédit qu'une 
petite fille qui vient de aallre épousera un étranger, un marchand, hôte acci- 
dentel de la maison. Furieux à l'idée que lui, homme de trente ans, devien- 



niens ont démarqué les contes qu'ils ont rei;us des Persans ou des Turcs : ainsi, 
dans un conte du très intéressant recueil de M. Frédéric Macler (Coules armé' 
niens, Paris, 190s, noy), ils ont conser\'é, sans rien y changer, la polygamie 
du récit primitif. 

1. Indian Autiquary, IIl (1874), pp. lo seq. 

2. Ne pas confondre la race pdli, du Bengale, avec la langue pâli, la langue 
sacrée des Bouddhistes du Sud . 

j, Bemhardt Schmid, Griechisclx Mxrcheu, Sagen und Volkslieder (Leip- 
zig, 1877), n" 3. 



LE COMTE DU CHAT ET DE LA CHANDELLE 

tira te mari de » petit ètK, il prinid l'cnfaot et la jcctc par b fenêtre : dlc 
tombe sur un pieu aigu ce s'y empale. Li>i!iglemps après, r^craiigcr K' mirie 
el, à li cicatrice de m remnic, il nxouiuU que ce q\iz les Moif»» ont une 
fois d<S;itli, elles n'y changent jamais rien, 

Enfin, le conic a traversé les mer» et il a aborda en Islande ; U, c'est uoe 
sorcière qui fait U prédiaion '. 

Ce théRM! du Mariagt ^crit Jaiii U eifl (pour prendre l'^xprcnion liùen coo- 
nue) -A subi, dans ccniias contes, une inodîficaiion tragitjuc, qui nous ramtoe 
au conte aniumiiiL' : k prédiciion, c'est qu'un tîls épousera sa m£fe, ou ud 
frire » «tur. Ici ctn:ort-, le iliènte modilïé >c combine