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Full text of "Romania"

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jT^ 



^^«ez*^ 



ROMANIA 



BOMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ A l'étude 

DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 

PUBLIÉ PAR 

Paul MEYER et Gaston PARIS 



Pur remenbrer des ancessurs 
Les diz et les faiz et les murs. 
Waci. 



9» ANNÉE — 1880 




PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67, RUE DE RICHELIEU 



LIBRARy OF THE 
LELAND STANFORD JR. UNIVERSltf. 

(X. 'fioS'B'S 



LA CHANSON 



DU 



PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE'. 



Parmi les chansons de geste que nous a laissées le moyen âge, la plus 
courte et la plus singulière est celle qui raconte le- pèlerinage de Char- 
\eai2gne au saint sépulcre et son retour par Constantinople. Un seul 
manuscrit >, écrit en Angleterre au ziii* siècle par un copiste qui savait à 
pdne le français et qui a cruellement maltraité son texte, nous l'a conser- 
vée ; mais elle a eu, comme beaucoup d'autres productions de notre vieille 
épopée, un grand succès à l'étranger, et nous en possédons deux traduc- 
tions anciennes, faites toutes deux au xlu" siècle, l'une en norvégien î, 



1. Cette étude a été écrite et communiquée à l'Académie des Inscriptions il y a 
deux ms et demi. Un extrait en a éié lu à la séance publique de cette Académie 
du 7 décembre 1877 et publié dans divers recueils. Je venais d'en terminer la 
révision quand j'ai reçu la nouvelle édition de notre poème, due h M. Kosch- 
wit2 : Karls des Grosun Reise nach Jérusalem und Conslanlmopd (Heilbronn, Hen- 
ningcr, 1880; t. Il de \' AUjranzxsische Biblwthek dirigée par M. Fœrster). 
Cette édition est naturellement très supérieure à la première : la collation 
du manuscrit n'a pas donné grand résultat; mais le nouvel éditeur, aidé des 
conseils de M. Fcerster, a amélioré le texte en un très grand nombre de points, 
ioit en interprétant mieux, soit en corrigeant le manuscrit. Dans la préface, 
M. Koschwitz, sans reprendre à nouveau l'étude linguistique qu'il avait déjà 
faite sur le poème (voy. ci-dessous), en a rectifié certains points. J'ai revu sur 
cette édition les vers cités dans mon travail ; j'ai indiqué A quelques endroits, 
lorsqu'elles en valaient la peine, mes divergences avec l'éditeur. 

2. Brit. Mus., ms. 16. E. VIII. Voy. Charlemagne, p. xxu ss.; Rom. Stud., 
II, 2; Hast. p. 7. 

{. Katlagiagnàs-Siga, p. ^66-485. Sur les différentes recensions du texte 
Scandinave |e ne puis mieux taire que de renvoyer à la préface de M. Kosch- 
witz, p. 9, où sont donnés tous les renseignements nécessaires. La version sué- 
doise, imprimée par M. G. Slorm (SagnkreJseine ont Karl dm Store og Didrik af 
Btni, Knstiania, 1874, p. 2iS ss.}, mérite d'être consultée, comme pouvant 

Rtmanit, IX l 



2 G. PARIS 

l'autre en gallois '. En France elle a été renouvelée à la même 
époque, comme il arriva à toutes les vieilles chansons de geste qu'on 
ne voulait pas laisser perdre, et elle a formé le début du poème de 
Galieii, aujourd'hui inconnu, au moins sous sa première forme ^ : on 
en fit au xv siècle deux versions en prose ; l'une, incorporée à la 
vaste compilation imprimée sous le nom de Guerin Je Moniglane, a été 
retranchée du texte de ce roman quand on l'imprima et ne s'est 
conservée que dans un manuscrit fort altéré ; l'autre, isolée, nous est 
parvenue dans un manuscrit et a été imprimée, sous une forme assez 
différente et avec le litre inexact de GdUcn le Restoré, à la fin du 
XV* siècle'; aujourd'hui encore les presses populaires en tirent à des 



avoir parfois une leçon meilleure que les mss. conservés de l'original norvégien. 
Cette version suédoise est à son tour l'original de la version danoise insérée 
dans la CAfO/ii^u^ dt CharUmagne (la dernière et meilleure édition est dans 
Brandt, Romantisk Diatning fra MiJdelaldenn^ t. III, Copenhague, 1877I. Deux 
versions poétiques, I une composée en Islande, l'autre encore populaire dans 
les lies Fœroe, ont été récemment publiées par M. Koelbing (Koschwitz, Secks 
Bearbcitungen, etc., p. 134 ss.). — Je désigne par K, avec M. Koschwitz, la 
version Scandinave. 

1 . Cette version galloise parait avoir été dés l'orighie annexée i une traduc- 
tion du Pseudo-Turpin. On en possède trois recensions, dont la meilleure est 
contenue dans le célèbre « livre rouge 1 de Hergest. Imprimée une première fois 
avec une traduction anglaise par M. John Rnys i. la suite de l'édition du 
PUerinage de M. Conrad Hoffmann (voy. ci-dessous, p. 6, n. 2), elle a été 
publiée, d'après la copie et avec la traduction anglaise du même savant, dans le 
recueil de M. Koschwitz : Suhs Bairbtitungtn du allfranianscken ddichts von 
Karls des Grosscn Rein nach Jérusalem uiid Conslantinopel (Heilbronn, Henninger, 
1879), p. t ss. — La version galloise est désignée par H. — C'est ici le lieu 
de mentionner le fragment, malheureusement très mutilé, d'un poème anglais 
sur le même sujet, imprimé dans la nouvelle édition du Livre de tmllades de 
Percy (p. 274 suiv.), et auparavant dans l'introduction de Sir Fr. Madden à 
Sir Gawaine. Arthur remplace ici Charlemagne et vante sa Table Ronde ; 
Genièvre lui dit qu'elle en connaît une bien supérieure. Après avoir longtemps 
erré avec quatre compagnons, Arthur arrive à la cour du roi de Cornouailles, 
qui est celui que la reine avait dans l'esprit. Les gabs sont remplacés par des 
vows ; ce qui suit, jusqu'aux dernières strophes conservées, où on voit Arthur 
couper la tète du roi de Cornouailles, parait, autant que les graves et nom- 
breuses lacunes permettent d'en juger, très différent de notre poème. Cependant 
la ressemblance du début est telle qu'il faut croire que le poème anglais provient 
plus ou moins directement du Pilcrinagc. 

2. Sur ce poème de Galiea, dont il existe probablement un manuscrit en 
Anf;leterre, sur le rapport des versions en prose à l'oricinal et sur l'origine de 
l'épithète de restoré, mal à propos attribuée au héros du poème, on trouvera 
des renseignements dans un article, déjà imprimé, qui paraîtra dans te t. XXIX 
de VHistoire littéraire de la France. 

l- J'avais l'intention de publier dans la Romania ces trois versions du rema- 
niement du PUennagey et )e comptais imprimer en regard, sur deux colonnes, 
les deux textes du Catien proprement dit, et au bas de la page celui de Guerin 
de Mongtane (ms. de l'Arsenall. Ayant appris que M. Koschwitz avait de son 
côté commencé l'impression des rédactions en prose, je lui abandonnai les copies 
que j'avais fait prendre. Pour le Galien, j'avais fait copier l'édition de i$2S 
(comme je l'ai écrit à M. Koschwitz dans une lettre qui, paraît-il, ne lui est pas 



LA, CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMACNE ? 

milUers d'exemplaires un texte devenu inintelligible à force de fautes 
d'impression '. 

Voici le sujet de cette curieuse composition, dont |e veux essayer de 
déterminer le caractère, la date et la patrie. 

Un jour Charlemagne est à l'abbaye de Saint- Denis ; il a mis sa cou- 
ronne sur sa tète, son épée à son côté ; il se promène devant ses barons, 
«r Dame, s'écrie-t-il en s'arrêtant devant la reine qui le regarde, croyez- 
vous qu'il y ait un homme sous le ciel qui sache mieux porter couronne 
et glaive? » La reine répond imprudemment : n il ne faut pas se vanter 
trop, empereur. Je connais un roi plus imposant encore ci plus gracieux.» 
A ces mots, Charle est rempli de honte et de colère ; il oblige sa femme 
i lui nommer ce rival prétendu, et jure qu'il ira le visiter avec ses bons 
dievaiiers : si la reine a dit vrai, c'est bien ; si elle a menti, il lui fei^ 
trancher la têle au retour. Elle a beau se défendre, il lui faut nommer le 
roi Hugon, empereur de Grèce et de Constaniinople. — Ch.irle con- 
voque tous ses barons et leur annonce qu'il veut aller à Jérusalem adorer 
le saint sépulcre et en même temps voir un roi dont on lui a parlé. 
Les douze pairs, — Roland, Olivier, Turpin, Guillaume d'Orange, Oger de 
Danemarche, Naimon, Gérin, Bérenger, Ernaut de Gironde, Aimer, Ber- 
nard de Brusban et Bertrand, — déclarent qu'ils le suivront ; quatre-vingt 
mille hommes se joignent à eux'. Ils prennent l'écharpe, — c'est-à-dire la 
besace, — et le bourdon à l'abbaye de Saint- Denis et se mettent en marche. 
Après avoir traversé la Bourgogne, la Lorraine, la Bavière, toute l'Italie et 
\a Grèce', ils arrivent à Jérusalem. Le patriarche les reçoit à merveille, 
leur donne au départ des reliques admirables, entre autres la couronne 
d'épines, un des saints clous, le saint suaire, la chemise de la Vierge, et 
le bras sur lequel le saint vieillard Siméon porta l'enfant Jésus. — Après 
avoir été cueillir à Jéricho les palmes qu'ils rapporteront en France, les 
Français se remettent en marche, et, traversant la Syrie et l'Asie mineure, 
arrivent à Constantinople. Le roi Hugon, qu'ils trouvent en train de 



parrenueK avec l'intention de collationner ensuite cette copie avec l'édition 
ftmtips ae 1 500. M. Ko.schwitz a imprimé :\ la suite l'un de l'autre, dans l'eu- 
vnge cité plus haut : t' le texte du nis. de l'Arsenal; 2* le texte du Galitn 
OUmucnt; y le texte du Gaiun imprimé. 

1, Le Gdtitn a passé en Italie, sans doute dès le XIII" siècle, et y a peut-être 
pris \» forme ordinaire d'un poème franco-italien. Ce poème s'est perau : mais 
an résvmè assez altéré s'en est conservé dans le roman en prose publié par 
M. Ceruii soos le turc de Vi^igio Ji Carlomjgno in Ispjgna. En outre, un trait 
essrntiel se retrouve dans le Lbro dd Danesc, analysé ici par M. Rajna (voy. ci- 
dessous, p. 10, n. 4). 

2. De ces quatre-vingt mille hommes il n'est plus question par la suite ; on 
ne toit figurer dans les aventures du voyage que Charle et ses douze pairs. 

}. Je reviendrai tout à l'heure sur cet itinéraire, que je donne ici non tel que 
le présente le poème, mais tel qu'il a dû être à l'origine. 



4 G. PARIS 

labourer la terre avec une charrue d'or', les accueille avec un faste vrai- 
ment digne de l'Orient et les émerveille par les splendeurs fantastiques 
de son palais. Après un souper magnifique, où on mange de tous les 
mets les plus délicieux, — des cerfs, des sangliers, des grues, des oies 
sauvages et des paons roulés dans le poivre, — où on boit du vin et du 
clari* pendant que les jongleurs font retentir la vielle et la rote, Hugon 
mène Charlemagne et les douze pairs dans la chambre qui leur est destinée; 
douze grands lits de bronze sont rangés autour d'un treizième, plus riche 
que tous les autres. — Les Français se couchent ; ils sont joyeux, ils ont 
bu des vins; Charlemagne leur propose de gaber avant de s'endormir '. 
Caber, c'est se livrer à des gasconnades où l'un cherche à dépasser l'autre. 
La proposition est acceptée, et les hôtes de Hugon s'en donnent à qui 
mieux mieux. Malheureusement le roi grec, méfiant et sage, a fait cacher 
un espion dans le gros pilier qui soutient la voûte de la salle ; cet espion 
écoute les gah, et il prend au sérieux toutes les terribles choses que les 
Français se vantent de faire. « Qu'on m'amène, dit Charlemagne, le 
meilleur chevalier du roi Hugon, qu'il ait deux hauberts sur le corps, 
deux heaumes sur Da tête, qu'il monte sur un fort cheval : je prendrai 
une épée, et je lui assènerai un tel coup sur ta tête que je fendrai les 
heaumes, les hauberts, le chevalier, la selle et le cheval, et la lame entrera 
en terre plus d'un pied. — Que le roi Hugon me prête son cor, dit Roland : 
je sortirai de la ville, et je soufflerai d'une telle haleine que toutes les portes 
de la cité en quitteront leurs gonds; si le roi veut s'avancer contre moi, 
je le ferai tourner si fort qu'il en perdra son manteau d'hermine et que 
ses moustaches en seront brûlées. — Vous voyez, dit Oger de Dane- 
marche, ce pilier qui soutient tout le palais P Demain au matin, je l'étrein- 
drai et le secouerai si rudement que le palais s'écroulera. Gare à ceux 
qui n'en seront pas sortis à temps ! — J'ai un chapeau merveilleux, dit 
Aimer, fait de la peau d'un poisson marin, et qui rend invisible ; je le 
mettrai sur ma tête, et demain quand le roi sera à son dîner, je mange- 
rai son poisson et boirai son vin, et je lui heurterai la tête sur la table ; 
il s'en prendra à ses hommes ■♦, et on verra de belles querelles. » Les 



J'ai déjà foit remarquer {Hist, «où. de Ckarl., p. ^a^) la cur 
e de ce trait singulier avec l'usage chinois d'après lequel 



curieuse comci- 
empereur. 



dcnce 

chaque année, ouvre lur-méme le premier'sillon. 

1. Vin mélangé de miel (voy. Sainle-Palaye au mol clairi) et d'épices (voy. 
Du Cance au mot ckrctum). Le mot clautl (vin rouge clair, angl. dard] semble 
être différent de clmè, mais il est difficile de les bien distinguer (voy. Littri au 
root clairet). 

]. Les vers contenant la proposition de Charlemagne manquent dans le 
manuscrit du poème ; ils se trouvent dans les autres rédactioDS (voy. la préface 
de M. Koschwilz, p. jy). 

4. Cette circonstance, nécessaire à l'intelligence du gab d'Aîmer, est omise 
dans le poème, et les versions norvégienne et galloise ont déjà eu sous les yeux 



LA CHANSOH OU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 5 

auires pairs assurent aussi qu'ils feront des choses extraordinaires ; le 
giib d'Olivier, qui s'est épris d'un subit amour pour la fille du roi Hugon, 
est aussi cru que prodigieux. — Quand les comtes ont fini de gaher^ ils 
s'endorment. L'espion court au roi, et lui rapporte en toute épouvante 
les eflrayantes vanteries des Français, Hugon entre en une grande 
fureur; au matin, quand Charte et les pairs arrivent de l'église, il les 
apostrophe avec véhémence : « Vous vous êtes moqués de moi, leur 
dit-il, vous m'avez outragé et menacé. Eh bien ! si vous n'accomplissez 
pas vos gabs comme vous l'avez dit, je vous trancherai la tête. » L'em- 
pereur et les pairs sont interdits. « Sire, dit Charlemagne, c'est l'usage 
des Français de ^aher avant de dormir ; vous nous aviez donné hier de 
forts vins à boire ; si nous avons dit des folies, nous n'en sommes guère 
responsables. Laissez-moi me conseiller avec mes barons. » — Les 
pairs se rassemblent autour de lui sous un arceau. « Il paraît, dit l'em- 
pereur, que nous avions bu hier trop de vin et de clarè, et que nous 
avons dit des choses qu'il aurait mieux valu ne pas dire. Prions Dieu de 
nous tirer de peine, n II fait apporter les reliques que lui a données le 
patriarche ; tous se mettent à genoux et prient avec ardeur. Soudain 
parait un ange envoyé par Dieu : « Ne crains rien, Charle. Vous avez 
eu tort, toi et les pairSj de gaber hier comme vous l'avez fait : n'y 
revenez plus. Mais va, fais commencer quand on voudra : tous les gabs 
seront accomplis. » Les Français se relèvent joyeux, et vont trouver le 
roi Hugon dans son palais. « Sire, dit Chariemagne, vous vous êtes 
conduit avec nous d'une manière qu'en plus d'un pays on taxerait de 
trahison. Vous nous avez fait épier dans la chambre où vous nous héber- 
giez, et vous avez entendu les gabs que nous avons faits. Nous étions 
quelque peu ivres, et nous ne savons plus ce que nous avons dit ; mais 
allez, désignez les gabs que vous voudrez : nous sommes prêts à les 
accomplir. » Le roi choisit d'abord, on ne peut plus singulièrement, le 
gab d'Olivier, et, le soir arrivé, enferme le jeune homme avec sa fille. 
■ Sire, dit la belle en tremblant, êtes-vous venus de France pour mettre 
â mort les pauvres femmes? — Rassurez-vous, réplique le courtois 
Olivier ; il n'en sera que ce que vous voudrez. C'est l'amour qui m'a 
fait parler ainsi. Promettez-moi seulement de dire à votre père que j'ai 
exécuté mon gab. » Il n'en accomplit que le tiers, et c'était déjà une 
belle merveille ; mais la princesse, fidèle à son serment, dit le lende- 
main à son père qu'il avait fait tout ce dont il s'était vanté. On passe 
ensuite à Guillaume d'Orange, qui s'était fait fort de prendre une boule 
de pierre énorme, et de la lancer contre le mur du palais de façon à en 

un t«te altéré. Le geb d'Aïrorr, attribué 1 Naimon dans Cutrin de Monglaiu 
(Koschaitï, Sedu Bearb., p. j6) et à Ganeion dans Galien (p. 87, uo), y est 
dè6garé. 



6 ^^^^^^^^ G. PARIS 

abattre plus de quarante toises; il défubie ses peaux de bièvre brun, prend 
d'une main cette boule que trente hommes ordinaires n'auraient pu 
remuer, il la laisse aller, et renverse en effet plus de quarante toises du 
mur. « Par foi! s'écrie le roi Hugon, ces gens sont des enchanteurs; 
mais voyons les autres. Bernard de Brusban a prétendu qu'il ferait sor- 
tir de son lit le grand fleuve qu'on entend d'ici bruire dans la vallée, 
qu'il le ferait entrer dans la ville et tout inonder, que moi-même je 
m'enfuirais sur ma plus haute tour et n'en pourrais descendre qu'à son 
commandement. Qu'il le fasse. » Bernard court au fleuve, le signe, et 
l'eau sort aussitôt de son lit, remplit les champs, inonde la ville; tous 
s'enfuient, Hugon monte en sa plus haute tour; il se lamente, il promet 
à Charlemagne, s'il le délivre, de lui faire hommage et de lui donner 
tout son trésor. Charle prie Jésus, et l'eau sort de la cité et rentre dans 
son canal. Le roi Hugon descend de sa tour et s'incline devant Charle- 
magne. « Eh bien ! lui dit l'empereur, en voulez- vous encore, des gabsf 
— J'en ai assez, répond Hugon. Je reconnais que Dieu vous aime; je 
veux être votre vassal, et mon grand trésor est à vous ; je le ferai con- 
duire en France. — Je n'en veux pas un denier, dit Charle ; mais j'ai 
une chose à vous demander. Faisons aujourd'hui une grande fête, et 
portons l'un et l'autre nos couronnes d'or. — Volontiers, dit Hugon; 
nous ferons une procession solennelle. » Charlemagne et Hugon mar- 
chent côte à c6te, leurs grandes couronnes d'or sur la tête ; Charle est 
plus grand d'un pied et quatre pouces. Les Français les regardent et tous 
disent : « Madame la reine a dit folie ; nul ne peut se comparer à Char- 
lemagne; en quelque pays que nous venions, nous aurons toujours 
l'avantage. » Après un repas somptueux, Charle prend congé. Ils tra- 
versent les pays étranges et arrivent à Paris. L'empereur va à Saint- 
Denis et dépose sur l'autel le clou et la couronne d'épines. La reine 
l'attendait là : elle tombe à ses pieds en lui demandant pardon ; il la 
relève et lui pardonne pour l'amour du saint sépulcre qu'il a eu la |ote 
d'adorer. 

Tel est le sujet du PHerinage de Charlemagne ' , publié il y a quarante- 
quatre ans par M. Francisque Micheh. Le manuscrit unique qui nous 



1 . Ce titre, à la fois plus court et plus caractéristique que celui de < Voyage ' 
de Chariemagne à Jérusalem et à Constantioople », est confirmé par le titre de 
Janalajcrd que porte la branche VII de la Karlamagnùs-Siiga. 

2. CfharUmcignt, an angio-norman poem of the twelltn century, now first 
published... by Francisque Michel. London, Pickering ; Paris, Tcchener, 
KWXfixxxvi. in-i6. — J'avais préparé, il y a quelques années, une nouvelle édi- 
tion de ce poème, quand j'appris que M. Conrad Hoffmann en taisait une de soo 
côte. Il m'envoya en effet, sur ma demande, les bonnes feuilles de cette édition, 
que je lui retournai en y joignant quelques remarques; la dernière feuille seule, 
s'il m'en souvient bien, n'était pas encore tirée Cette édition n'a pas été livrée atl 
public. Sur celle que vient de donner M. Koschwitz, voy. ci-dessus, p. i, n. i. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 7 

en a conservé un texte très défectueux a été écrit, comme je l'ai dit, 
etî Angleterre au xiii' siècle ' ; mais quelle est la date de la compo- 
sition ? M. Michel accepte l'opinion de l'abbé de La Rue, qui assignait 
ce poème, qu'il avait lu en manuscrit, aux premières années du xii' siècle». 
Mais celte date n'a pas été admise par tous les critiques. En 1859, 
M. Paulin Paris, dans une dissertation spéciale sur notre chanson, 
j reconnaissait des formes de langage analogues à celles de la Chan- 
son de Roland^ el, en s'appuyani sur diverses considérations histo- 
riques et littéraires, en faisait remonter la composition à une époque 
antérieure aux croisades'. M. P. Meyer, rendant compte de cette dis- 
sertation, croyait pouvoir mettre l'apparente antiquité du poème sur le 
compte des formes anglo-normandes •♦. M. Louis Moland, qui donnait trois 
ans après une nouvelle analyse du poème, le jugeait delà première moitié 
du XIII" siècle, et allait jusqu'à supposer que « les archaïsmes de rhythme 
et de langage pourraient bien n'être qu'un artifice'. » En 1865, dans 
mon Htsioire poéliijue de Chaïkmagne, j'aiiribuais, sans préciser davan- 
tage, l'ouvrage au xii" siècle, et j'inclinais alors, pour des raisons que 
je dirai plus loin, à en abaisser la date ; cependant je le considérais, à 
cause des formes de langage et de style, comme certainement antérieur 
au xiii« siècle 6. M. L. Gautier, en 1867, faisait remonter < ce fabliau 
épique » au premier tiers du xii" siècle ; il s'appuyait sur les assonances, 
qu'il ne trouvait pas différentes de celles de la Chanson de Roland, et 
concluait qu'entre les deux poèmes il n'avait pas dû s'écouler plus de 
trente ou quarante ans". M. Mail, dans sa savante introduction au 
Compul, attribue le poème au xii« siècle^. Enfin, récemment, M. Kos- 
cbwitz, par un examen approfondi de la langue du P'derinage, a cherché 
1 démontrer que cette curieuse composition appartenait au xi* siècle 9. 
Je n'ai pas l'intention de discuter ici les remarquables études de ce 
jeune savant : laissant de côté la question philologique, je veux exami- 



I M. Koschwiti le fait descendre k la fm de ce siècle ou même au commen- 
cemeot du XIV" siècle. 
2. CharUmagnc^ p. xxxiv. 

5. Jahrbuch fur romaniiche und englische Literatur, I, 198 ss. Le présent mé- 
moire, malgré quelques divergences de détail, peut être regardé comme une 
édition revue et augmentée de cet article, qui aDOutit aux mêmes conclusions 
en employant souvent les mêmes arguments. 

4. B16I. Ec. Ch. y s., t. II, p. sji- 
\. Origints litlirairts de la France, p. lOi. 

6. Hut. poil., p. ^42. 

2, ÊfOfKti pAnçaiits^ II, 260. 
. P. S-). 80, etc. 
9, Rottiiintschc SluJien, II, 41 ss.; Ucber litfenmg und Sprachi der Chanson du 
•oyagc de Charlcmape â Jérusalem (Hcilbronn, 1876). Cf. 'Romania, JV 505, 
VI «46 ; Jtnjcr Uuralarzctung, 1877, n' 4. Il faut maintenant renvoyer surtout 
i ta préface de M. Koschwitz à son édition. 



8 G. TARIS 

lier le poème au point de vue historique et littéraire, et rechercher s'il 
porte en lui l'empreinte d'une époque que nous puissions reconnaître. 

On s'aperçoit du premier abord que la chanson du Pèlerinage de Char- 
lemagne comprend deux parties distinctes, qui n'auraient entre elles 
aucun rapport si la main habile du poète n'avait pas su les relier. L'une 
est le pèlerinage proprement dit à Jérusalem ; l'autre est la visite au roi 
Hugon et la scène des ^abs. L'auteur les a rattachées de plusieurs façons, 
d'abord en plaçant à Constantin opie, c'est-à-dire sur la route du saint 
sépulcre, le roi que Charle va visiter, puis en représentant les Français 
comme impuissants à se défendre contre le roi Hugon parce qu'en leur 
qualité de pèlerins ils ne portent pas d'armes ; enfin en attribuant le 
miracle que Dieu fait pour les tirer de leur fausse position à la « force » 
des reliques qu'ils ont rapportées de Jérusalem. Mais malgré cet ajus- 
tage soigneux, les deux pièces de son récit se laissent parfaitement 
démonter '. Il est clair qu'il a fondu un conte fort amusant, originaire- 
ment étranger à Charlemagne aussi bien qu'à Constantinople, avec un 
récit relatif à Charlemagne dont nous rechercherons tout à l'heure l'ori- 
gine et le caractère. Parlons d'abord de ce premier conte, qui occupe la 
plus grande partie du poème. 

Réduit à ses éléments les plus simples, il peut s'analyser ainsi : un 
roi, qui se croit le plus noble et le plus magnifique du monde, entend 
dire qu'un autre le surpasse ; il se rend à sa cour pour s'en assurer, pro- 
mettant, si ce n'est pas exact, de punir ceux qui se seront joués de lui ; 
arrivé là, et bien que réellement ébloui par la magnificence dont il est 
témoin, il se livre à des vanteries imprudentes, dont son hôte exige l'exé- 
cution, et qu'il parvient, à la grande terreur de celui-ci, à exécuter grâce 
à la protection divine ; il résulte d'ailleurs de la comparaison finale que le 
roi étranger ne l'emportait pas sur lui comme on l'avait prétendu. L'un des 
motifs principaux de cette histoire se retrouve identiquement dans un conte 
arabe. Haroun al Raschid y remplace naturellement Charlemagne, et le 
vizir Giafar joue le rôle de l'impératrice : " Un jour que le calife venait 



I. Il semble même, à un endroit, qu'on retrouve les traces d'un poème pri- 
mitif consacré uniquement au pèlerinage à Jérusalem, que Charlemagne aurait 
fait, avec ses douze compagnons, â l'insu de tout le monde. Quand il a séjourné 
quatre mois i Jérusalem, il dit au patriarche (v. 216 ss.) : 

Vûstre congiet, bels sire, se vos plaist, me donez : 

En France a mon reialme m'en estuet rclorner ; 

Pose at que jo n'i fui, si ai molt demoret, 

Et ne set mis barnages quel part jo sui tornez. 
Il est vrai que quelques vers plus loin on lit : 

L'enperere de France i oui tant demoret 

De sa moilier li menbret que il oit parler, etc. 
Mais cela a précisément assez l'air d'un raccord. 



LK CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 9 

de distribuer à tous ceux qui l'entouraient de riches présents, il s'écria : 
Existe-t-il quelqu'un de plus riche et de plus magnifique que moi ? Le 
vizir se leva et répondit : Seigneur, vous avez tort de vous louer vous- 
même. Il y a à Bassora un homme, appelé Aboul Kacim, qui est encore 
plus riche et plus magnifique. Le calife irrité lui dit : Si tu as dit la 
vérité, c'est bien ; mais si ce n'est pas la vérité, je te ferai trancher la 
tête. Et après l'avoir fait jeter en prison, il partit pour Bassora, afin de 
s'assurer par lui-même de ce qui en était '. n C'est donc là un de ces 
motifs anciens, probablement d'origine indienne, qui dès le commence- 
ment du moyen âge circulaient dans les récits populaires, auxquels notre 
poète l'a emprunté. Mais il faut remarquer que des traits analogues sont 
particulièrement fréquents dans l'ancienne poésie germanique et surtout 
Scandinave. Le début rappelle par exemple un des récits de VEdda en 
prose, la Fascination de Gylfi, et un des poèmes de l'ancienne Edda, le 
Vjfthrudnismdl. Odin dans celui-ci, le roi Gylfi dans celui-là, jouent à 
peu près le rôle de Chartemagne : ayant entendu vanter, l'un la sagesse 
du Joie Vafthrudni, l'autre celle des Ases, ils se déguisent et vont chez 
eux pour en juger par eux-mêmes. Ce cadre, il est vrai, dans les deux 
versions islandaises, ne sert qu'à amener une longue série de questions 
et de réponses qui forment une espèce de catéchisme de la religion 
Scandinave, et le point de départ lui-même rappelle assez le récit de la 
Bible sur la visite de la reine de Saba à Salomon pour qu'on puisse l'en 
croire imité. Mais l'un et l'autre présentent aussi des traits particuliers 
qui ne sont pas sans rapport avec notre poème; ainsi, dans le Vaflhrud- 
nisrrul, Odin et Vafthrudni s'adressent une série de questions difficiles ; 
celui qui ne pourra pas en résoudre une aura la tête tranchée : de 
même dans le Pèlerinage Charle et les douze pairs perdront la tête s'ils 
n'accomplissent pas leurs ^abs. Dans Gylfugynning les Ases, pour punir 
Gylii de sa témérité, le reçoivent dans un palais fantastique, qui dispa- 
raît après leur entretien ; ce que Gylfi voit dans ce palais excite telle- 
ment sa surprise qu'il en est comme aveuglé, fasciné, d'où le nom du 
morceau ; on retrouve quelque chose de semblable dans l'accueil fait par 
le roi Kugon aux Français; ils sont aussi victimes d'une sorte de fasci- 
nation 1 le palais où ils sont se met à tourner ; les portes ont beau être 
ouvertes, ils ne peuvent sortir ; ils tombent à terre, et leur étourdisse- 



1. Je donne ce résumé d'après les diverses rédactions du conte en question. 
Le début est plus délayé, quoique semblable au fond, dans le texte des Mille et 
un loan (éd. du Panthéon lutériiin, p. 7) ; il est au contraire à peu près tel 
que |e l'ai donné dans un conte aes Tartarcs de Tara (RadIofF, Probrn du 
Vollulitteratur dtr lùrkischtn StJtnmt SûJ-Sibiriens, t. IV, p. 120), où toutefois 
Haroun al Raschid n'est pas nommé. Le nom du calife se retrouve dans une 
version recueillie chez les Tartares de Tobol (ib. p. 510). 



I» G. PAMt$ 

■oC dore ÎBiqa^ oe qoe le prodige ait cessé. — On trouveraii daiu les 
IDMBS rédcs saukfaUTCS plm d'un auire point de contact ; ainsi la 
fiàte dX)dia à Gented. où un fleuve déborde, où le visiteur divin 
tntapercK m pSer de marbre d'un morceau de fer qu'il lance, rappelle 
dm des gtàf des douze pairs. Mais c'est surtout un trait tout genna- 
■qae qoe ces voyages lointains entrepris par un roi avec toute sa cour 
fC^SHènbe avec a bande, avec ses fidèles) pour aller s'assurer de la 
vérité d'Sine cbosc qo'on lui a contée. Le plus souvent, il est vrai, il 
s'agit à'tlkx Tftifier si h beauté d'une princesse étrangère est aussi 
iMOMpanble qoloa le dit, et le tout finit par un mariage ; mais entre 
Mites ces expéditions aventureuses, il y a une évidente ressemblance K 

Ub tnàl qui revient dans plusieurs d'entre elles et qui manque dans 
Mtre p«èa»e, t'es» que le visiteur se déguise pour pénétrer chez celui 
>;u'i] veut observer de près *. Je suppose que c'était là aussi la forme 
priottlive de notre récit : le héros et ses compagnons s'introduisaient 
dMS leur bâte sous l'apparence de personnages vulgaires et faibles ; ils 
se vantaient d'exploits dont on les croyait bien incapables, et qu'ils 
exécutaient cependant à la grande surprise de leurs hôtes. Un reste 
de cette ancienne conception ' me parait s'être conservé dans notre 
cKanson ; tandis que plusieurs des gubs des pairs de Charlemagne sont 
d« pures tiintaisics, dignes des contes de fées, d'autres ne sont que des 
loun de force ou d'adresse qui dépassent, il est vrai, les facultés ordi- 
naires des homcnes, mais que la poésie a fort bien pu attribuer à ses 
Mros*. 

Quoi qu'il en soit, en rapportant cette aventure à Charlemagne, notre 
poète 1*» sensiblement modifiée, soit pour l'approprier à ce nouveau 
c, soit pour la rattacher à l'autre partie de son poème. En en 



I. P 



,'mc allemand de Biterolf et DictUib (Xll* s.), le roi Bileroif, qui 

nlcnd laire par un pèlerin une description si magnifique de la 

■ ■ ' A la visiter, abandonne son royaume et sa femme, et 

(. »|i. Ce début rappelle singulièrement notre chan- 

\ 1 >uiic, ^.■i-i d'aventures assez peu liées, n'a aucun rapport. Il y 

1 i>e un Heu commun épique, que le crois, ainsi que beaucoup d'autres 

,„,,„v ,lr -.'sie, d'origine immédiatement germanique. 

conte arabe cité plus haut. Dans la ballade de King 
1 . - i ^ "''" t^oy- ci-dessus, p. i), Arthur et ses compagnons 

l t^ p«ul r»ppro«h«" ^^ <* ''*'* '« succès inattendus que remporte Odys- 
i«n «KAXMiu cher l« * 

« l\>M If !'.h<> [Rom4ma, IV, 401, 401, 414 ss.), Olivier, 

HcMu iincnt aussi des actions extraordinaires dont ils 

t>t»t; ■• de miracle, et on pourrait croire retrouver iâ une 

V Mitr des iijbt: mais il est beaucoup plus probable que 

jn^cnicnl . rationaliste > (et, pour le gai d'Olivier, tout 

!f* tonte; les Italiens l'ont connu par Galun (voy. ci- 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE I I 

plaçant la scène à Constantinople, il s'est donné l'occasion de peindre 
celte ville merveilleuse et la cour du souverain byzantin telles que les 
concevait l'imagination populaire. De loin on voit resplendir les clochers, 
les dômes, les aigles d'or de la ville; à plus d'une lieue elle est environ- 
née de jardins plantés de pins et de lauriers, où peuvent s'asseoir et se 
dtvcrtir vingt mille chevaliers et leurs belles « amies », tous magnifique- 
ment vêtus. Au milieu d'eux le roi Hugon, assis sur un siège d'or mer- 
veilleusement garni, porté par des mulets, conduit dans le champ les bœufs 
qui traînent sa charrue d'or. La richesse du palais est éblouissante : dans 
la grande salle voûtée tous les meubles sont en or ; les murs, entourés d'une 
bordure d'azur, sont couverts de peintures qui représentent toutes les 
bétes de la terre^ tous les oiseaux du ciel, tous les poissons et les reptiles 
des eaux. La voiite est supportée par un pilier d'argent niellé ; le long 
des murs se dressent cent pilastres de marbre niellé d'or' ; devant chacun 
d'eux sont deux enfants de bronze, qui ont en leur bouche un cor 
d'ivoire, et qui semblent être vivants ; quand la brise s'élève de la mer, 
la salle se met à tourner sur elle-même ; alors les enfants de bronze se 
regardent en souriant, et leurs cors sonnent doucement, « l'un haut et 
l'autre clair o ; en les entendant on croit ouir la voix des anges en 
paradis. Dans la chambre où Charte et les douze pairs trouvent leurs lits 
préparés, chambre voûtée, peinte, ornée de pierres précieuses et de 
cristaux, reluit et flamboie une escarboucle, qui jette autant de lumière 
que le soleil au mois de mai ; les douze lits de bronze, si lourds qu'il 
faudrait vingt boeufs pour les remuer, sont garnis d'oreillers de velours 
et de draps de « cendal n ; le treizième, celui de Charlemagne, a des 
pieds d'argent et une bordure d'émail ; la couverture est l'œuvre d'une 
fée. — C'est bien ainsi que l'imagination des Occidentaux, excitée par 
Icj récits des pèlerins qui avaient traversé Constantinople en allant en 
Tene-Saintc, se représentait la ville des merveilles. Au reste, ces récits 
<^ paraissent fantastiques sont encore, en certains points, au-dessous des 
magnificences puériles, bien faites pour frapper des esprits eux-mêmes très 
enfantins, qui s'étalaient réellement dans le palais impérial de Constanti- 



K Cent colones i i tôt de marbre en estant, 

Chascune est a fin or neelée devant. 
Le mot cûlùtie ou colombe en anc. fr. signifie « pilastre » au moins aussi souvent 
que • colonne ». Ce qui me le fait ici traduire par « pilastre », c'est le fait 
que cts colotus étaient neelées Jtvant, niellées par devant, ce qui n'a de sens 
que pour des pilastres. Il faut donc se représenter les cent paires d'enfants en 
bronze comme garnissant tout le pourtour de la salle ronde, supportée au milieu 
par le grand pilier central {tslache, v. 349). Ce même pilier traverse aussi, sans 
doute a l'étage au-dessus, la chambre où vont coucher les Français (voy. v. ^21, 
t*U auckct, et enfin se termine au-dessus de tout l'édifice qu'il couronne [En 
soma ctlt tor sor cel ptler dt marbre, v. 607). 



12 



G. PARIS 



nople. Qu'on se rappelle les descriptions laissées par les historiens du 
chrysotriclinium : « C'était une grande salie octogone à huit absides, où 

l'or ruisselait de toutes parts Dans le fond s'élevait une grande croix 

ornée de pierreries, et tout à l'entour des arbres d'or, sous le feuillage 
desquels s'abritait une foule d'oiseaux émaillés et décorés de pierres fines, 
qui, par un ingénieux mécanisme, voltigeaient de branche en branche et 

chantaient au naturel En même temps se faisaient entendre les orgues 

placées à l'autre extrémité de la salle '. » Je ne parle pas des fameux 
lions d'or qui se dressaient sur leurs pattes en rugissant ; mais ces 
oiseaux qui chantent sur des arbres d'or, cet orgue où le vent des 
soufflets fait passer de suaves mélodies, n'ont-ils pas visiblement servi de 
type à la description de notre poème ? Ces merveilles furent exécutées 
au ix" siècle ; Liudprand, qui les vit au x', nous dit que les arbres d'or 
étaient simplement en bois doré ; mais cela ne changeait rien à l'aspect, 
qui dut rester pareil jusqu'à la prise de Constantinople par les Francs. 
La salle où sont dressés les treize lits des Français semble aussi devoir 
quelque chose au souvenir du Tridinium aux onze lits, dans le même 
palais, oïl des colonnes d'argent supportaient au-dessus du lit réservé à 
l'empereur les plus riches draperies. 

Depuis le jour où Charlemagne avait restauré l'empire d'Occident, 
et, en établissant sa domination sur presque toute l'Europe romane et 
germanique, avait donné au monde latin, pour la première fois depuis 
des siècles, une sécurité relative et une organisation politique, les 
rapports entre l'empire grec et l'empire franc étaient devenus assez 
nombreux. Ces rappons n'eurent que peu d'importance politique, 
mais l'influence qu'ils exercèrent sur les mœurs, sur les arts et sur 
la littérature de l'Occident est considérable, et, au moins dans ce 
dernier domaine, n'a point été assez remarquée, Les recherches les 
plus récentes tendent chaque jour plus décidément à montrer dans les 
Byzantins les grands intermédiaires entre l'Asie et l'Europe pour ta pro- 
pagation des contes merveilleux ou romanesques qui forment la matière 
d'une science encore bien jeune, la mythographie comparée. Mais en outre 
les deux peuples se plurent de bonne heure à inventer ou à modifier des 
récits antérieurs pour s'attribuer dans leurs rapports la supériorité l'un 
sur l'autre. C'est ainsi que le moine de Saint-Gall, au ix< siècle, en 
répétant un conte assez piquant rapporté de Byzance en France par un 
ambassadeur de Charlemagne, y attribue le principal rôle à cet ambas- 
sadeur lui-même, et ajoute avec complaisance : « Voilà comment ce 
Franc subtil triompha de la Grèce orgueilleuse'. » Nous avons dans 



I . F. de Lastcyrie, Histoire dt i'orftvrerU, Paris, Hachette, p. ^9-60. 
i. Voy. Ronunia, IV, 478. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE i; 

notre poème quelque chose d'analogue. Au milieu des splendeurs paci- 
fiques de la cour de Constantinople, Charle el ses pairs semblent un peu 
grossiers ; leur ébahissement à la vue des merveilles de la salle tour- 
nante amuse les Byzantins ; peu faits aux raffinements d'une table 
somptueuse, ils s'enivrent au souper royal et se livrent le soir à des 
gaietés assez déplacées ; mais, grâce à la protection divine, ils jettent à 
leur tour leurs hôtes dans la stupeur, et quand les deux rois se promè- 
ntnt côte à côte, 

Charlemaines fut graindre plein piet et quatre poiz. 

C'est la revanche que prennent sur le faste el la science des Grecs la 
force, l'adresse des Francs et surtout l'amitié particulière que Dieu a 
pour eux. Les sentiments et les descriptions de cette partie du poème 
peuvent convenir à toute la période qui va du x' siècle à la fin du xii" '; 
cependant il serait singulier qu'un poème fait après les croisades n'eût 
pas sur et particulièrement contre les Grecs quelque trait plus spécial et 
plus méprisant. Depuis les difficultés qu'amenèrent naturellement ces 
expéditions, il y eut entre les Grecs et les Francs une méfiance et une 
haine à peu près constantes, qui se font jour dans un grand nombre de 
productions littéraires du temps, et qui aboutirent enfin à la catastrophe 
de l'an 1 204. 

Venons à Charlemagne et à ses compagnons. La manière dont le poète 
se représente le grand empereur est en partie conforme à la plus 
ancienne et à la plus noble tradition, en partie, au moins suivant notre 
manière de voir, absolument opposée : le Charlemagne de notre chanson 
a un pied dans le sublime et l'autre dans le ridicule. Notre vieille poésie 
héroïque n'a rien trouvé de plus beau, pour représenter la majesté 
presque sainte de Charle et de ses « pairs », que la scène de l'église de 
Jérusalem où ils prennent la place de Jésus et de ses douze apôtres (voy. 
ci-dessous, p. 2^1 : rien ne symbolise avec autant de grandeur et de 



I. Un poème allemand très singulier, U Roi Rolhtr, présente avec notre chan- 
son de remarquables analogies en ce qui touche les rapports des Latins 
(parmi lesquels le poète range sans hésiter ses héros) el aes Grecs. Le style 
général et le ton de Rothcr ont un caractère fort archaiquc (il ne s'agit que 
de l'original, dont nous possédons seulement un rifacimentoi, el on serait tenté 
de le placer i la même époque que le P'ckrinaec. Mais il paraît bien probable 

3ue Wilken {Ctuh. dcr Krcuzzàge, t. I, p. 461) a eu raison de reconnaître, 
ans l'épisode où Asprian, géant au service de Rother, tue un lion familier 
de l'empereur grec dans la salle oili il prend son repas, un souvenir d'une 
circonstance du passage des premiers croisés i Constantinople, où, dans une de 
leurs nombreuses querelles avec les Grecs, ils tuèrent un lion apprivoisé 
d'Alexis. Rothtr aura donc été composé après la croisade, et on pense que les 

Suelcues traits précis qui s'y trouvent sur Constantinople, comme la mention 
e l'nippodrome (podcramui), tiennent à ce que l'auteur avait passé par la ville 
grecque lors de la croisade de Conrad en 1 147. 



14 C. PARIS 

naïveté le rôle prêté par l'admiration populaire à celui qui devait plus 
tard être appelé saint Charlemagne. M. Koschwitz a déjà remarqué 
combien il y a de rapports entre le Charlemagne de notre poème et celui 
de la Chanson de Roland. « De même que, dans Roland, Charle est pré- 
venu à l'avance des malheurs qui le menacent par des songes prophé- 
tiques, ici il est amené par un songe à visiter Jérusalem <. De même 
que dans Roland un ange apparaît pour lui annoncer l'aide divine qui 
lui permettra d'accomplir sa vengeance, un ange descend aussi du ciel 
pour lui promettre le secours de Dieu '. « Charle est entouré du respect 
et de l'admiration des siens ; le seul roi du monde auquel on ose le 
comparer se trouve, à l'épreuve, inférieur à lui en tous points ; non 
moins pieux que puissant, courageux et sage, il construit à Jérusalem 
une église pour les Latins, rapporte en France des reliques inappré- 
ciables, et reçoit des messages de Dieu même, qui fait des miracles à sa 
prière. 

Certains traits font avec ceux-là un contraste qui nous semble étrange. 
Au début du poème nous voyons le grand empereur se pavaner devant 
toute sa cour avec sa couronne sur la tête et solliciter l'admiration de sa 
femme i ; et comme elle déclare connaître un roi auquel sa couronne 
sied mieux encore, il s'emporte, ei part pour aller se mesurer avec ce 
rival, jurant que si la reine n'a pas dit vrai, il lui tranchera la tête au 
retour*. Les merveilles du palais de Constantinople ne l'ébahissent pas 
moins que ses compagnons ; quand la grande salle se met à tourner au 
souffle du vent, il tombe par terre comme les autres, se cache la figure 
et dit au roi Hugon : « Sire, cela ne va-l-il pas bientôt finir ? » Enfin le 
soir au souper il boit aussi largement que les douze pairs, leur donne 
l'exemple des gabs, et n'éprouve aucune honte à dire le lendemain pour 
excuse : 

Del vin e del claret fumes erseir tuit ivre. 

Cette singulière disparate a frappé les critiques modernes. « La pre- 
mière partie de ce poème, dit M. Léon Gautier, est parfois sublime et 



1 . Jo l'ai ireis feiz songicl, nui i covUnt aUr [y. 7 1 ). C'est ainsi que dans Turpin 
saint Jacques apparaît trois fois en songe à Charlemagne pour lui ordonner d'aller 
en Calice. Ce trait se retrouve plus d'une fois dans le cycle carolingien ; voy. 
Hisl. poil., p. 48^; Karlamagnàs-Saga, dans la Bibt. Ec. Ch. 5, VI, }8. — Au 
reste, dans notre poètne, concis jusqu'à être elliptique, le songe de l'empereur 
n'est pas autrement rapporté. 

2. Roman. Studun, 1. c, p. 42. 

). Il la prist par le poin desoz un olivier ; 
De sa pleine parole la prist a araisnier : 
f Dame, veistes onkes home nul desoz ciel 
Tant bien seist espéc ne la corone el chief? » 
4. La tradition arabe ne se faisait pas plus de scrupule, comme on l'a vu, 
d'attribuer à Haroun al Raschid la même vaniti et le même emportement puéril. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMACNE I ^ 

vraiment épique ; la seconde obscène et ridicule. » M. Molanda vu dans 
le Pèleùnigt une parodie des chansons de geste. M. Koschwitz est allé 
plus loin encore : il l'a regardé comme une satire de la poésie épique, et 
a voulu l'attribuer à un clerc qui aurait eu l'intention de jeter le ridicule 
sur les jongleurs et leurs chansons. Cette opinion n'est pas soutenable '. 
Si jamais poèrae fut véritablement populaire, c'est assurément celui-ci, où 
la géographie et l'histoire sont traitées avec une égale fantaisie', il n'y a 
pas lieu davantage à y reconnaître une satire, ni même une parodie : les 
parties sévères et nobles du poème excluent cette hypothèse. La disparate 
tient simplement aux deux sources différentes auxquelles l'auteur a puisé: 
d'une part le conte des gabi , primitivement étranger à Charlemagne, d'autre 
pan la tradition du Charlemagne épique. Avec la naïveté populaire, il 
ne s'est pas rendu compte de l'opposition- intime qui existait entre ces 
deux matières, et sans doute, même dans la partie comique de son 
poème, il n'a nullement eu l'intention de bafouer le grand empereur. Il 
ne lui semblait pas aussi ridicule qu'à nous que Charlemagne eôt la pré- 
tention d'être le plus gracieux porte-couronne de son temps, ni qu'il 
voulût couper la tête à sa femme pour avoir révoqué celte supériorité en 
doute ; il ne trouvait nullement dégradant pour l'empereur de s'enivrer 
el de gjbcr à cœur joie avant de s'endormir : l'important, pour l'hon- 
neur de la France et de son chef, c'était que le roi de Paris fût vraiment 
plus majestueux et plus puissant que le roi de Constantinople, et que 
par la protection divine les gabs les plus aventureux fussent accomplis. 
Il en est dans le poème de l'admiration pour Charlemagne comme du 
sentiment religieux, si différent de celui que nous concevons. M. Gau- 
tier se sent â juste titre révolté du dénouement miraculeux de l'aven- 
ture : o Que dire, s'écrie-t-il, du poète qui fait intervenir la puissance 
divine dans l'accomplissement du gab d'Olivier ? Qu'est-ce que ce Dieu, 
descendant du ciel pour sanctionner de tels crimes et protéger une telle 
obscénité P « Ni le poète, ni ses contemporains, ni ceux qui ont imité ou 
traduit son spirituel ouvrage n'ont pris les choses tellement au tragique : 
Dieu aime tant Charlemagne et les Français qu'il les tire même des 
embarras les plus mérités et les moins édifiants ; voilà ce qui réjouissait 
no» pères et ce dont l'équivalent flatterait encore l'amour-propre popu- 
laire. Il faut cependant reconnaître que l'attribution à Chariemagne de 
semblables gaietés indique un milieu différent de celui de la grande poésie 



1. M. fCoschwitz y a maintenant renoncé : voy. sa préface, p. 20. 

2. Le nom tout français (germanique d'origine) de Hugue ou Hugon donné 
lu souverain de Constantinople (il est appelé, comme Chariemagne, tantôt roi, 
Unt6t empereur) est une des bizarreries les plus frappantes. On est tenté de 
rapprocher ce roi Hugon de Hugdieiricli (Hugo Theodoricui) qui, dans le poème 
auemand de ce nom, règne ùl Constanlioople. 



li 



{ 



{6 G. PARIS 

épique : l'auteur du Roland aurait secoué la tête à ces badinages hardis. 
Nous verrons en effet que la chanson du PHtnnagt de Charlemagne 
s'adresse à un public autre que celui des grands poèmes nationaux ; elle 
a déjà, bien que fort ancienne, été composée à une époque où ces poèmes 
existaient depuis longtemps ; enfin, au lieu de s'appuyer sur une tradition 
héroïque antérieure, elle n'est qu'une création de la fantaisie d'un poète 
qui a réuni des éléments disparates et qui s'est proposé de faire rire 
autant que d'intéresser et même d'édifier. Seulement, et c'est là ce qu'il 
faut bien retenir, il a voulu faire rire non aux dépens de Charlemagne 
ou de la poésie épique, mais bien aux dépens du roi Hugon, c'est-à-dire, 
en général, de ceux qui prétendraient être plus puissants, plus magni- 
fiques ou plus malins que les Français. Par l'esprit qui l'anime, par son 
mélange de bonhomie et de. fanfaronnade, par ta malice naïve de son 
style, par plus d'un trait de détail, le PHtmage nous apparaît comme 
un précurseur du charmant roman de Jtan de Paris. 

Le récit du pèlerinage proprement dit est, après le conte des gabs, le 
second élément de notre chanson. L'idée d'un voyage de Charlemagne 
en Orient ne peut nous servir à rien pour fixer une date. Répandue dès 
le X' siècle au moins, cette idée était, on le sait, si populaire au moment 
des croisades que les compagnons de Pierre l'Ermite croyaient retrouver 
le long du Danube la route qu'avait construite le grand empereur ', et 
que de graves historiens appelaient la première croisade la seconde, 
Charlemagne ayant fait la première. La pensée du grand empereur 
dominait tellement les premiers croisés qu'ils le crurent même ressuscité 
exprès pour prendre part à leur expédition ^ On ne s'étonnera donc pas 
qu'un poème sur ce sujet ait été composé dans le xt* siècle. Mais ce qui 
est bien digne de remarque, c'est la manière dont le poème que nous 



1. Il s'agissait évidemment de la ruule romaine qui longeait le Danube, route 
commencée par Tibère, conlinuée par Trajan, el menée par Constanlin jusqu'à 
Byzance. 

2. Vov. les témoignages réunis dans mon Htst. poil., p. j 57 ss.; Hagenraeyer, 
EkkeharJi Huroiolymita (Tubingen, 1877), p. ijo-iai. La longue note de 
M. Hagenmcyrr sur le passage d'Ekkehard d Aura est fort instructive, mais il 
m'adresse à ce propos (p. 413) une critique qui me paraît très peu fondée. 
Ekkehard dit (Xi, 2) : t Inde fabulosum illud confictum est de Karolo Magno 
quasi de mortuis m id ipsum resuscitato et alio nescio que nihilominus redi- 
vivo. ► J'ai traduit (Hist. poèt., p. 427) : c C'est d'eux que vient ce conte de 
Charlemagne ressuscité des morts pour la croisade, et de je ne sais que! autre 
aussi qui serait revenu i la vie. <■ D'après M. Hagenmeyer, j'aurais fait un 
contre-sens, car pour traduire ainsi il faudrait que di fût répété avant alio. 11 
est vrai que cela serait plus clair ; mais si Ekkehard a mal écrit, ce n'est pas 
ma faute. D'après son éditeur, il faut « sans aucun doute suppléer le mot ioco 
et rapporter rtdmvo à Charlemagne. » Je serais curieux de voir quelle traduc- 
tion on pourrait donner du passage ainsi complété, et ce que signifierait 
nthilominui. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 17 

avons se représente le voyage de Charlemagne. On peut affirmer qu'après 
l'expédiiion de Godefroi de Bouillon et l'impression incomparable qu'elle 
produisit sur les esprits une telle conception n'aurait plus été possible. 
O'abord il ne s'agit pas de croix : ce signe, indispensable depuis 109^, 
cit encore inconnu au poète '. Mais ce qui est le plus frappant, et ce que 
n'a pourtant relevé aucun critique >, c'est le caractère absolument paci- 
fique de l'expédition : il s'agii bien d'un pèlerinage et non d'une con- 
quête. Le poète dit expressément, en nous décrivant l'équipement de 
l'empereur et des Français (v. 79) : 

N'i ont escuz ne lances ne espées Irenchanz, 

Mais fuz ferez de (raisne et escrepes pendanz ^. 

C'est parce que les douze pairs sont désarmés qu'ils se trouvent si 
penauds devant les menaces du roi Hugon. On pense bien qu'il n'y 
aurait pas besoin de miracle pour défendre Charlemagne, Oger, Olivier et 
Roland s'ils avaient à leur côté Joyeuse, Courtain, Hauteclère et Duren- 
dal. C'est pour cela aussi que ceux des pairs qui, pour l'exécution de 
leurs gabs, ont besoin d'armes, offensives ou défensives, empruntent celles 
de leurs h6tes (voy. les vers 4^, 471, 5}}. Î9î> 604) ; enfin c'est ce 
qui fait tout le piquant du poème et qui explique la joie de Charlemagne, 
K.i tel rei at conquis senz bataille champel (v. 859), 

Ce ne sont pas seulement les armes qui manquent à ces guerriers 
devenus pèlerins : ils ont changé leurs destriers de guerre contre de 
paisibles mulets (v. 89, 240, 275,298, SjO't). — Or nous trouvons dans 



1. Les versions galloise (Koschwitz, p. 21) et norvégienne (p. 468I disent 
expressément que Charlemagne et les siens prirent des croix. Dans les poèmes 
postérieurs aux croisades où des héros partent pour la Terre Samie, ils ne man- 
quent pas de marquer leurs vêtements d'une croix. 

2. M. P. Paris remarque cependant que les Français sont « armés non de 
lances et d'épées, mais de simples bâtons. 1 Mais i) ne tire pas de conclusions 
de cette circonstance. 

}. Cela n'empêche pas M. L. Gautier de dire expressément que Charlemagne 

emmène » quatre-vingt mille hommes armés. » — La version galloise paraît 

n'avoir pas compris ces vers, ou peut-être avoir suivi un texte déjà modifié. 
Elle dit ip. 21) : < Bien qu'ils eussent beaucoup d'armes de toute sorte^ la 
bonté du roi les rendit encore plus riches en leur oonnant des colles de mailles, 
des épées, des heaumes et autres armes nécessaires. » La Saga est plus fidèle : 
• Ils laissèrent leurs armes et prirent des bourdons dans leurs mains. » — Le 
Galien suppose, comme nous le verrons plus loin, les pèlerins armés. 

4. Il est vrai qu'on lit au v. ^40, quand les pèlerins arrivent au palais du roi 
Hugoo, que les gens du roi allèrent à leur rencontre, et 

Receurenl les destriers e les forz mulz amblanz ; 
mais dtUrieis est une faute du scribe pour somius; cf. v. 850 : 

Les mulz e les somiers lor tint on as perons. 
Lev. 81 : 

Les destriers font Terer e detrés e devant, 
Romtnla, IX 2 



l8 C. PARIS 

cet ëquipement la représentation fidèle de ce qu'étaient les pèlerinages 
en Terre-Sainte avant les croisades'. L'Église regardait ces voyages 
comme absolument pacifiques, et plus tard même elle ne fit exception à 
cette règle que pour les combats contre les infidèles ; toute autre guerre 
était sévèrement interdite aux pèlerins même armés, et ce fut, comme on 
sait, la cause de la grande dissidence qui éclata entre le pape et l'armée 
réunie pour la quatrième croisade, quand les Vénitiens induisirent cette 
armée à prendre Zara au roi de Hongrie pour leur compte. Il était vrai- 
semblablement interdit aux pèlerins, avant le concile de Clermont, de 
porter aucune arme'. Les pèlerinages, ordonnés le plus souvent comme 
pénitence, devaient aussi s'accomplir avec la plus grande humilité : les 
riches vêtements étaient remplacés par l'esclavine; on permettait le 
mulet, monture essentiellement pacifique ' ; mais la plupart des pèlerins 
se contentaient du « fût ferré », auquel on donna par plaisanterie le 
nom de bourdon, qui signifiait primitivement « mulet n *. — L'idée de 
disputer par les armes le tombeau du Seigneur aux infidèles est encore 
si peu entrée dans les esprits à l'époque de notre poème que, le patriarche 
de Jérusalem invitant Charlemagne à combattre les Sarrazins, celui-ci 

'ui promet d'aller les attaquer en Espagne, ce qu'il fit plus tard 

comme il l'avait dit, ajoute le poète ». Au reste l'auteur laisse dans un 
vague calculé la situation de Jérusalem par rapport aux musulmans ; il 
semble se figurer la ville sainte comme indépendante sous l'autorité du 
patriarche. Cela ne peut guère nous amener à fixer une date, parce 
qu'il a évidemment voulu représenter les choses autrement qu'elles 



est aussi certainement une erreur ; mais je ne sais comment la corriger; je crois 
le vers entier interpolé : on ne le retrouve ni dans K ni dans H. Au reste H 
ne connaît que des chevaux comme monture des pèicnns ; K. parle au départ 
de Paris (§ al de chevaux et de mulets, au départ de Jérusalem (§ 3) et de 
Constantinople (§ 18) de chevaux seulement. Le Catien ne connaît naturellement 
que des chevaux. 

1. Le pèlerinage de Robert de Normandie, tel que le raconte Wace, est 
l'image exacte de ce Qu'étaient ces pieux voyages au XI' siècle. J'aurai occa- 
sion de reparler procnainemenl ici de ce curieux récit, qui s'appuie peut-être 
sur un poème plus ancien et qui a un autre point de contact avec le nôtre : 
nous y retrouvons la rivalité entre les Grecs et les Francs à Constantinople ; 
mais c'est Robert qui éclipse de beaucoup le roi byzantin en magnificence et 
en courtoisie. 

2. Il semble bien que les pèlerins allemands de io6j eussent de^ armes, mais 
ce n'était qu'un petit nombre d'entre eux, et en toutes choses ils ne se confor- 
maient guère aux habitudes des pèlerins (voy. Rœhricht, Beinagt zur Cesch.dcr 
Krcuzzûge, t. Il, p. j). 

5. Dans le Roland (v. 89) et ailleurs les porteurs d'un message de paix mon- 
tent sur des mulets. Robert de Normandie fait son pèlerinage monté sur un 
mulet, comme Charlemagne et ses pairs. 

4. Voy. Du Cange, s. v. burJo, Diez 1 1, s.v. h>rdoiu. Cette étymologie n'est 
cependant pas assurée; cf. Littré, s. v. bourdon. 

). Cette remarque a déjà été faite par M. P. Paris. 



UA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMACNE I9 

n'étaient de son temps, et exclure la possibilité d'un combat entre Charle- 
magne et les Sarrazins qui n'était pas dans son plan. Mais après que les 
croisas eurent enlevé Jérusalem aux Turcs, quand touie l'Europe 
croyait que Charlemagne les avait précédés avec ses preux et se repré- 
sentait son expédition à l'image des croisades, il aurait été impossible 
de tracer de la ville sainte un tableau si contraire à ce que tout le 
inonde en savait. Celui qui ressort de notre poème peut au contraire 
assez bien se concilier avec les notions qui devaient être courantes en 
Occident quelques années avant les prédications de Pierre l'Ermite, 
avant que les sévices des Turcs, nouvellement maîtres (1076) de Jérusa- 
lem, contre les chrétiens et surtout contre les pèlerins francs, eussent 
rempli l'Europe d'indignation et préparé la grande explosion de 1095 '. 
Jusqu'à cette époque en effet, au moins depuis 1012, les chrétiens 
vivaient à Jérusalem dans une sorte d'indépendance ; les patriarches 
avaient de l'autorité et déployaient à l'occasion un faste qui indique 
une sécurité complète ' ; les pèlerins venus d'Occident étaient librement 
admis moyennant une faible redevance, et trouvaient un accueil 
empressé chez leurs coreligionnaires 5. Ce sont leurs récits, comme 
on l'a déjà remarqué plus d'une fois, qui ont propagé la croyance à un 
pèlerinage (plus tard à une croisade) de Charlemagne : n'étaient-ils pas 
reçus dans l'hospice qu'il avait fondé pour eux, près de l'église Sainte- 
Marie Latine, construite par lui ? Il fallait donc qu'il fût venu dans la 
ville sainte , et sur ce thème on broda des variations très diverses. 
L'auteur de notre poème s'est certainement inspiré de ces récits des 
pderins : c'est sur le modèle de leurs expéditions qu'il a représenté 
celle de Charlemagne^, et c'est d'après eux qu'il a inséré dans son poème 
les curieux renseignements qu'il donne sur Jérusalem. 

I. Les mimn données peuvent conduire â des conclusions bien différentes. 
Ce qui prouve pour moi l'antiquité de notre chanson atteste sa date récente aux 
yeui de M. Léon Gautier. Conslatjnt que pour l'auleur du Roland Jérusalem 
appartient auc Sarrazins, il ajoute : « Au siècle suivant, l'auteur du Voyage À 
Jtnualtm nous représentera la cité sainte comme une ville au pouvoir des cnré- 
litns. avec un patriarche libre et honoré; mais c'est que très évidemment il 
écrirait après la fondation du royaume latin de Jérusalem. L'auleur du Roland 
eût pu, je pense, être son père. » Ch. Je Roland, éd. de 1872, p. Ixij. 

a. Ingull raconte ainsi l'arrivée des pèlerins de 1065 (voy. ci-dessus, p. 18, 
n. 2)i Jérusalem : 1 Ab ipso tune patriarcha,Sophronio nomine, viro veneranda 
canilie honntissimo ac sinctisstmo. grandi cymbalorum sonitu et luminarium 
immenso lulçore suscepli sumus (Fell, Rcr. finglic. Sciiptores, t. 1, p. 7^1. • 

j. On croirait lire la traduction de quelques vers de notre chanson oans ce 
pauage de la vie de Ricliard de Saint-Vanne, qui visita Jérusalem vers l'an 
1022 : < Gccurrit ei venienti patriarcha Hierosolymitanus; audierat enim famam 
epis omnium cre celebratam ; et consalutati mutuo, daio pacis osculo, laetati 
tunt in D. - r,SS. VIII, 210). . 

4. Ces ; , da XI" siècle furent souvent de véritables expéditions 

bites par de mlliers d'hommes (voy. Rcehricht, Dit Pilga/ahrtcn vor dtn Krcuz- 



20 C, PARIS 

Ces renseignemer.ts sont bizarres, incohérents et fragmentaires, mais 
ils ne sont nullement, comme on pourrait le croire, de pure imagination. 
Il est très singulier que l'auteur, qui fait dire expressément à Charie- 
magne qu'il part pour adorer « la croix ' et le sépulcre (v. 70) », et 
qui termine son récit en racontant que l'empereur pardonne à sa feanne 

Por l'amor d«l sépulcre que il ad aoret, 
ne mentionne pas expressément le sépulcre (ni la croix] quand il parle 
de la visite et du séjour de Charlemagne à Jérusalem. Ce qu'il dit de la 
ville sainte contient d'ailleurs, à c6té de celte étrange lacune^ et de 
confusions non moins étranges, des réminiscences singulièrement pré- 
cises du récit d'un paumier quelconque. Trois traits bien distincts de ce 
récit paraissent mêlés par le poète : la description d'une riche église 
byzantine, ornée de peintures et de mosaïques représentant entre autres 
des processions de saints et de saintes, — la mention du lieu de la cène 
transformé en église, — et celle d'une autre église élevée à la place où 
fut enseignée aux disciples l'oraison dominicale. Examinons chacun de 
ces trois points. Les Francs arrivent à Jérusalem, et quand ils ont 
u pris leurs herberges », ils vont a al mostier », dont ils admirent la 
magnificence : 

Molt fu liez Charlemaines de celé grant bdtet : 

Vit de cleres coiors le mostier peinturet. 

De martres et de virgenes et de grant raajestel. 



iiigen, dans le t. V de la V' série de VHistOfisches Taschtnbuth de Riehl, p. 521 
ss.). Les pèlerins revenus en Europe y rapportèrent bien des notions semblables 
à celles qu'a conservées notre poème. Les étapes de la route, notarament, étaient 
assez souvent citées pour être généralement connues. C'est ainsi que la forme 
Laita (Laodicée), évidemment populaire et non prise dans les livres, se trouve 
déjà dans YAltxts (voy. ci-dessus^; c'est ainsi, a mon avis, que la mention de 
Buientrot ne prouve rien contre l'antiquité du Roland (cf. Rom.^ VII, 4)5)» sur- 
tout mise en regard de l'ignorance générale où est ce poème de tout ce qui 
concerne l'Urient. De même les pèlennages en Galice avaient fait connaître par- 
tout les étapes du • chemin de Saint-Jacques » (voy. Rom., IV, jiS); l'auteur 
du second Titurd dit : Swcr in Gaittz ist gcwesm, Der wctz wol San Salvator und 
Sahjtcrrc (éd. Hahn, 506). De même Wolfram d'Eschenbach connaît sur le saint 
cimetière d'Arles, lieu de pèlerinage marqué dans les Itinéraires ad hoc (voy. 
Hist. liH. d( h France, t. XXI, p. 285!. des légendes pieuses qui ne se trouvent 
nullement dans le poème d'Aliicam qu'il imitait. 

1. Adorer la croix était en effet un des grands motifs des pèlerinages à Jéru- 
salem. A vrai dire, la croix découverte par Hélène et reconquise par Héraclius 
sur Cosrocs n'existait plus depuis le Vil* siècle iRohault de Fleury, Mém. sur 
Us instruments Je la Passion, p. jy) ; on l'avait brisée en morceaux pour la 
soustraire aux infidèles, et ces morceaux avaient été dispersés ; mais on paraît 
avoir exécuté i Jérusalem des simulacres de croix, dans lesquels on avait enfermé 
des parcelles plus ou moins authentiques. C'est l'un d'eux qui tomba, en 1 1S7, 
au pouvoir de Saladin, à la bataille de Tibériade, et que les auteurs du temps 
désignent comme < la croix •. 

2. Elle se remarque dans toutes les rédactions; voy. cependant la note 2 de 
la page suivante. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMACNE 21 

Et les cors de la lune et les festes anvels, 
Et les lavacres corre el les peissons par mer '. 

Il est difficile de dire quelle église, au xi" siècle, pouvait à Jérusalem 
répondre à une telle description. Les basiliques élevées par Constantin, 
détruites en 1012 lors de la prise de Jérusalem par les Perses, relevées 
ensuite à deux reprises, mais avec une simplicité toujours plus grande, 
avaient-elles, vers 1070, conservé assez de splendeur pour justifier 
l'admiration exprimée ici i* On a beaucoup de peine à le savoir dans la 
grande pénurie des renseignements que nous avons sur l'état de la ville 
uinte précisément à cette période. C'est peut-être de l'église du saint 
sépulcre que le poète a voulu parler en disant simplement ■< l'église )>'. 
Mais il y a réuni deux souvenirs qui se rapportaient à de tout autres 
lieux. « Là, dit-il, il y a un autel de sainte Paterncstre. » C'était une 
église située hors de la ville, sur le mont des Oliviers, qui s'appelait 
Sainte Palet nostre, comme nous l'apprend la description française du 
m* siècle : « Sor le tor de celé voie a main destre avoit un mostier c'on 
apeloit Sainte Paternostre : la dist on que Jesucris fist la paternostre et 
l'ensegna a ses apostres 3. » Il ne faudrait pas croire que ce nom indique 
une époque postérieure aux croisades : quand les premiers croisés arri- 
vèrent devant Jérusalem, ils firent sur le mont des Oliviers une proces- 
sion solennelle, in loco, dit Albert d'Aix, ubi DominusJcsuscoclos ascendit, 
ddnde procedenUs alio in loco ubi discipulos suos Pater noster orare docuit*. 
Ainsi l'attribution à ce lieu de l'oraison dominicale est antérieure à la 
conquête de Jérusalem, et par conséquent le nom de Sainte Paternostre 
devait être familier aux pèlerins français dès le xi" siècle. Quant à 
l'église, elle fut sans doute plusieurs fois détruite et restaurée depuis le 
viij* siècle, où saint Willibald nous dit : « !n monte Oliveli est nunc eccle- 
iia ubi Dominas ante passionem orabati. » C'est en effet le même lieu, où 
la tradition voulait que Jésus, dans la nuit de son arrestation, eût prié 
et enseigné ses disciples, qui devint plus tard, par une confusion fort 
explicable, celui où il avait appris à ses disciples l'oraison dominicale : 



1. M, Fœriter (éd. KoschwitZj p. 107I juge ce dernier vers altéré, et il a 
uns doute raison ; mais le mot lavacrts devait être dans l'original ; le copiste 
ne l'aura pas introduit. Il aura plutût fait un vers de deux ou plusieurs : Et les 
Ijtactts serait le commencement, seul sauvé, d'un vers perdu. Lavacres aurait le 
sens de • fonts baptismaux. • 

2. Le Galitn, dans ses deux rédactions, dit expressément ici qu'il s'agit de 
féglise du saint sépulcre. 

j. Tobler, Detcnptiones Tarât Sanclat ex saeculo VJII, etc., p. 222. 

4. Cf. Tobler. die Siloahtjaelle und dir Oelberg, S. Gall, 18^2, p. 240. Edrisi 
(cité ib.) l'appelle Bdlernoister. On montrait au Xl° s. (d'après Ssewuif, cité 
ib. p. 241} une table de marbre sur laquelle te Seigneur avait écrit roraisoa 
dominicale. 

5. Tobler, Dacriptioms, p. 55- 



23 C. PARIS 

les mots locus orationis dominicae, locui ubi Dominas discipulos docuit, 

suggéraient pour ainsi dire d'eux-mêmes cette méprise ' . — Notre poète 
ne s'en tient pas là ; dans cette même église, où a été pour la première 
fois prononcée la prière par excellence, « Dieu a chanté la messe, et les 
apôtres après lui ; leurs douze chaires y sont toutes encore : au milieu 
la treizième, bien close et scellée. » Ce souvenir se rapporte évidem- 
ment à l'église appelée Sainte Sion, considérée comme occupant la place 
du cénacle, où Jésus, en partageant le pain et le vin, avait institué le 
sacrement de l'eucharistie, ce qui, pour le poèie populaire, devient tout 
naturellement la première messe célébrée par Dieu lui-même *. Le pèle- 
rin du vi" siècle connu sous le nom de Théodore nous parle déjà presque 
de même de celte mater omnium ecdesiarum , sur le mont Sion, ^iwm 

Dominas nosicr Christus cum apostolis fundavit Ibi docebat Dominas 

discipulos suos, ijuum coenavit cum m', On a là sans doute le point de 
départ de la description de notre poème. « Lau li mostiers est, nous 
dit le texte français déjà cité en parlant de l'église de Sion, fu la maisons 
u Jesucris cena avec ses apostres le juesdi absolu, et fist le sacrement de 
l'autel 4. » D'après un auteur qui parait du xii* siècle, on y montrait la 
table qui servit à la Cène i. Jean de Wurzbourg nous apprend que dans 
l'église élevée à cette place le Seigneur était représenté prenant son der- 
nier repas'' au milieu des douze apôtres?. L'église qui s'élevait là était 
en ruines quand les croisés arrivèrent devant Jérusalem, hors des portes 
de laquelle elle se trouvait ^ ; mais elle fut promptement relevée. 

Quoi qu'il en soit , l'auteur a su tirer de ces souvenirs à la fois précis 
et confus un merveilleux parti, que lui suggérait le rapprochement qui 
s'offrait naturellement à son esprit entre Charlemagne entouré de ses 
douze pairs et Jésus entouré de ses douze apôtres : « Charle, dit-il. 



1. Le terrain du PaUr Nouer a élè acheté en 1868 par la princesscdela Tour- 
d'Auvergne, (jui y a fait construire une église et un cloître. On a trouvé plu- 
sieurs antiquités en creusant les fondations. Le lieu où le poète du XI' siècle se 
représentait Charlemagne assis avec les douze pairs apparlicnl donc à la France. 

2. Anionin de Plaisance, au VI* siècle, va presque aussi loin. Parmi les 
reliques merveilleuses qu'il vit dans celte même église du Cénacle, il cite le 
calice • in quo post resurrectionem Domini missas celebrarunt apostoli (Ed. de 
la Soc. de lOr. latin, p. 104I. • 

;, Tobler, Palatuinat Dtscriptiones ex taeculo IV., V. et VI Paris, Franck, 

1869, p. J2. 
4. Tobler, Descriptiona ex sattulo VIII, etc., p. 198. 
<. Tobler, ib. p. lo?. 

6. Ce renseignement s'applique il est vrai à l'église restaurée au XII' siècle ; 
mais cette peinture, ou plutôt mosaïque, pouvait fort bien provenir de l'ancienne 
église, dont l'intérieur, au dire du témoin cité plus haut, était encore splendide 
au XI' siècle. 

7. Tobler, ib, p. 156. 

e. On pourrait encore songer i l'emplacement dit du Credo; maison y ratU- 
chait U présence des apôtres réunis, et non celle du Seigneur. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMACNE 2) 

entra dans l'église, le cœur rempli de joie ; dès qu'il vit ia chaire du sei- 
gneur, il marcha droit vers elle ' . H s'y assit et se reposa quelque temps ; 
i ses côtes, autour de lui, prirent place les douze pairs : avant eux, aucun 
hoxntne n'avait osé s'asseoir sur ces sièges, aucun ne s'y est assis depuis. 
Charte admirait la splendeur de l'église ' ; il avait levé son fier visage. 
l^n Juif), qui l'avait suivi de loin, entra dans l'église; il vit Charle et se 
prii à trembler : si fier était le regard de l'empereur qu'il ne put le sou- 
tenir ■♦: il faillit tomber à la renverse, et, s'enfuyant vers le palais du 
patriarche, il monta d'un élan tous les degrés de marbre : « Sire, dit-il 
au patriarche, allez à l'église; préparez les fonts ; je veux me faire bap- 
tiser aujourd'hui même. Je viens de voir entrer dans ce moutier douze 
comtes, avec eux le treizième : jamais je ne vis leurs pareils ! Je n'en 
doute pas, c'est Dieu lui-même; lui et les douze ap6tres, ils viennent 
vous visiter. « 

Bien reçu par le patriarche, l'empereur séjourne quatre mois à Jérusa- 
lem, « y laisse des marques de sa munificence (v. 204 ss.) : 

Quatre meis fut li reis en Jersalem la vile, 
Il e li doze per, la chiére compaignie ; 
Demeinent grant barnage, car l'eniperere est riches ; 
Comencet un mostier qui'st de sainte Marie ; 
Li home de la tere le claiment LaUnii^, 
Car li langage i vienent de trestote la vile; 
Il i vendent lor pailes, lor telles e lor sirges", 
Coste^, canele e peivre, altres Lones espices, 
E maintes bones herbes <jue jo ne vos sa! dire ; 
Deus est encore el ciel qui'n vueit faire justise ! 



(. Dans Gdlien, cette chaire s'incline miraculeusement devant Charle. 

2. Fuerat mire opère fabricita ecclesia, antiquitus constructa, quod interius 
patel. Gisu Francorum expugn. Hier. 26. 

j. C'est un chrétien dans Galien. 

4. Ce passage est peut-être, avec un autre de Roland (v. 2271 ss,), la source 
de la belle légende qui représente un Juif tirant la barbe du Cid mort, assis 
dans un fauteuil au milieu de l'église, et puni de son irrévérence. 

\. Le ms. porte h Ijunii. Dans la Saga : « Thd er landsfôlkit kallar sancte 
Marie Letanie (vjr. s. M. Letaniam, Scelantine ; suiJ. sancte Marie Latine; 
dan. Salatine). Ce vers manque dans H ; tout le passage manque dans Galiea. 

6. Le ms. a lor uiUs < lor scrics (et non seirics, comme le dit par erreur 
M. Koschwiti. p. jol ; M. Fœrster corrige sires; â la vérité je ne connais pas 
d'exemple de lirc, au sens d'étoffe, et M. Fœrster n'en a pas trouvé non plus, 
Ljr dans les vers qu'il cite {Comte de Poit. p. 4, Biiaut, drap, chemise de sirt, 
Viol. [1. léi hliaut Je sire, p. 204 drap de syre), il faut écrire Sire {=z Syrie). 
Toutefois ces pa-rsa^es attestent l'usage d'étolTes syriennes, confirmé par le bas- 
laim lyicui ou sincas. Siruii s'emploie même absolument : dans un texte du 
XIV* s. cité par Du Cange on lit : Dixit etiam in sua supradtela ecclesia habere in 
iiricii pictum dictum beatum. Sirua a dCi donner en fr. sirge; cf. l'esp. sirgo. 

7. Le costus, sorte de gingembre, était une des épices si appréciées dans la 
cuisine et la médecine du moyen Ige. 



j, G. PARIS 

L'exactitude de ce passage curieux a déjà été signalée. On l'a rappro- 
ché > du passage suivant de Bernard le Pèlerin, qui visita Jérusalem en 
8os : « Recepti sumus in hospitale gloriosissimi imperatoris Caroli, in 
quo suscipiuntur omnes qui causa devotionis illum adeunt locum lingua 
loquentes romana : cui adjacet ecclesia in honore sanctae Mariae, nobi- 
li&simam habens bibliolhecam studio praedicti imperatoris, cum xii man- 
sùonibus, agris, vineis et horto in valle Josaphat. Ame ipsum hospitale 
e»t forum, in quo unusquisque ibi negotians in anno solvit duos nummos 
iUi qui illud providet '. » L'église fondée à Jérusalem par les soins de 
CharWmagne et restaurée au commencement du xi* siècle par les Amal- 
Atains s'appelait effectivement Sainte Marie Latine : les Grecs avaient-4k 
tait de ce nom Latinie, qui aurait pu désigner tout un quartier de la ville >, 
OM fuut-il corriger la Latine dans le vers cité, c'est ce qu'on peut se 
sl^nanUcr. La leçon Latenie convient mieux à l'interprétation que notre 
iH>^l«> donne de ce nom. On sait que latin signifie au moyen âge toute 
U»Kue (jtiangère, latinier un interprète ; de là le vers 

Cm li langage i vienent de trestote la vile, 
il /u/K-K^'» c'est-à-dire les gens pariant des langues étrangères. Le grand 
iu.«vhtf attenant à cette église est mentionné dans un grand nombre 
a»; tvxws i i«^ citerai seulement ici, après Bernard, la description fran- 

^.\v slu X»* siècle : « A senestre del cange a une ruetote covertea vote 
yiui .« iH»n l^i rue des herbes ; la vent on tôt le fi-uit de la vile e les herbes 

, iç^ v.o,i>Js!i<'s. Al cief de celé rue a un liu lau on vent le poisson, et deriére 
Iv (U.MSK' l-*u on vent le poisson a une grandisme place a main senestre lau 

su wiH les ot^s e les fromages et les pôles e les annes. A main destre de 

.'i ku.«i\K* s>v>nt les escopes des orfèvres suriens A main senestre 

v»c« îv* v^^vvH'*** ^'*^* orfèvres latins. Al cief de ces escopes a une abeie de 
vi^s(4.*i*».t Apr^s celé abeie de nonains trueve on une abeie de moines 
^niiA s \^> ■♦l'^'^*- ^•ii'*tf Marie le Latine. Après trueve on le maison de 

>» »\, i», ■.<V'^u.V /. /. 

ivvvvt, I I >> >>i, 

^ \ -i- . x,i»Msi,>tt mnhriner cette interprétation, et en même temps rendre 
y .vV"' ' ^■'^^ ' «(\HNtitMt du nom de lalemt (letanit) soit à l'église de Sainte- 
V, ». x>"* »»* vj»>AMh'« >>{» rllr se trouvait, c'est le passage suivant de la chan- 
^^. ^ ;„' , .V . .. ,nSI Hi|>|>c4U, II, p. }8). Pierre l'Ermite, du haut de la col- 
,\^ v'tvA \^ v><>\. wsMitip AUX chrétiens les saints lieux de Jérusalem qu'ils 

\>>v« :< k\MW \^\\ il Irs doctrina 

A <«v>M>«tv nrui ijnuiifs que il lor enseigna. 
\ .o<' >•« '< « >'" •"<'**' l'^'t» comme dans notre chanson, mis en rapport 
xv>, '»•'''» '*>• ■ ■> •• * <'••«••.»;''•'■ >• l«f l-dJuie, Lctaniam des mss. Scandinaves paraît 
, Kv w. >;• > »w t\>Hn»> ivimllr à celle de notre ms. ; il est vrai que d'autres 
^j, , .,., V.. . -hn, ^doi» s. d. Im altérations Sa/jnfi/i« etSûlatine, voy. ci- 
X-vx.O •=•» ^ **'» >'«'»' •''H*''»**' """= variante comme une correction postérieure. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 2f 

l'Ospital'. » Aujourd'hui encore, c'est au même endroit qu'on vend, 
csome au xi' siècle, les riches étoffes et les épices. « Dans l'immuable 
Orient, où rien ne change, dit M. de Vogué, les mêmes emplacements 

conservent les mêmes destinations Le marché du u(« siècle, comme 

l'j^'ofj du temps de Constantin, comme le change et les achoppes des 
croisades, était à l'endroit où se trouve maintenant le bazar L'hôpi- 
tal latin du ix' siècle était donc probablement sur l'emplacement où 

nous trouvons plus tard l'église Sainte -Marie Latine, l'hériiière et la 
continuatrice de l'oeuvre de Charlemagne, » Je crois que le savant 
écrivain commet ici une légère erreur : l'église de Sainte-Marie Latine 
est la même que celle dont parle Bernard en 865: les Italiens du 
XI' siècle n'ont fait que la relever ; l'hospice du ix= siècle n'était donc 
pas sur l'emplacement où s'éleva plus tard l'église Sainte-Marie Latine» 
mais à c6té de l'église Sainte- Marie, fondée par Charlemagne, détruite 

au X' siècle, reconstruite par les Italiens [hospitale Caroli cui adjacet 

eecUsia in honore sanctae Mariae). 

On voit avec quelle précision notre poète avait retenu certains détails 
do récit que lui avait fait quelque pèlerin de ses amis. Mais un trait bien 
remarquable de cette description c'est, à côté d'une exactitude si frap- 
pante, la confusion dans laquelle il tombe. Il semble croire que le mar- 
ché en question occupe la place même de l'église bâtie par Charlemagne, 
et s'indignant de cette profanation, il s'écrie : « Mais Dieu est au ciel, 
qui en tirera vengeance quelque jour. » Ce vers est extrêmement pré- 
cieux, parce que c'est le seul où le poète, quittant le ton du récit, parle 
en son propre nom et exprime ses sentiments sur un fait contemporain. 
Il est clair que cette menace s'adresse à ceux qui occupaient Jérusalem 
au temps de l'auteur, c'est-à-dire aux musulmans ; elle n'aurait eu aucun 
icns à une époque où la ville sainte aurait appartenu aux chrétiens, et 
d'ailleurs le poète n'aurait pu alors puiser dans des récits mal compris 
l'erreur que je viens de signaler et la colère qu'elle lui inspire. Le mar- 
ché attenant à l'hôpital et à l'église de Sainte-Marie Latine était si peu 
une profanation de la fondation de Charlemagne que l'hôpital, d'après 
Bernard, percevait au ix* siècle un droit sur ceux qui y exposaient leurs 
marchandises. Ce droit, octroyé sans doute à Charle par la gracieuseté 
de Haroun al Raschid, avait cenainement cessé d'être perçu au xi" siècle; 
les maîtres de l'hospice s'en plaignaient sans doute * ; les pèlerins pâtis- 
saient de la diminution des revenus de l'hôpital, et nous trouvons dans 



I. Tobler, I, I. p. 201. 

3. C'est pour cela que de bons pèlerin.^, revenus dans leurs pays, faisaient 
dès fondations en faveur de l'hôpital de Jérusalem. M. Saige a publie trois actes 
de ce genre, faits dans l'Albigeois en io3), 1084 et 108) [Bibl, £c. Ch., 
XXV, 5521 



26 C. PARIS 

les vers en question un écho de leurs récriminations mal comprises. 
Nous remarquons le même mélange d'exactitude singulière, d'incohé- 
rence et de confusion dans l'itinéraire que le poète fait suivre à ses héros; 
mais ici les difficultés sont rendues inextricables par l'évidente altération 
du texte. Notre auteur paraît encore avoir retenu quelques particularités 
fort précises du récit d'un pèlerin de Terre-Sainte, mais il a choisi d'une 
façon tout à fait bizarre celles qu'il lui a plu de rapporter et les a ran- 
gées dans un ordre qu'il nous est impossible de comprendre. Void 
l'itinéraire pour l'aller : 

Il eissirent de France e Borgoine guerpirent ; 
Loheregne traversent, Baiviére e Honguerie, 
Les Turcs e les Persanz e celé gent haie ; 
La grant ewe de! flum passèrent a Lalice ; 
Chevalchet i'eraperére très par mi croiz partie, 
Les bois e les forez, e sont entret en Grice, 
Les bois e les inontaines virent en Romanie, 
Ë brochent a la terre ou Deus receut martirie : 
Virent Jérusalem, une citet antive. 

Le début est correct, si on donne au mot Loheregne une extension 
v<^r!t le sud qu'il a souvent comportée ; mais une fois en Hongrie nous 
pculons la piste. Comment trouve-t-on des Turcs et des Persans avant 
vIVMitrer en Grèce ? Quelle distinction faut-il faire entre la Grèce et la 
KvMiwnic ? Qu'est-ce que Croiz partie ? où chercher ce pays fantastique 
JM milieu de telles aberrations ? Un seul point est précis ; mais au 
ItcM vrocluircir le reste, il le rend plus obscur encore. Lalice répond 
ui, lAMuine dans plusieurs autres textes français, dont l'un au moins 
^ t'\M(^ tïitl certainement antérieur aux croisades, à Laodicée, devenue 
t,»,Ji\i.< ibns lit prononciation des Grecs. Mais à quelle Laodicée ? Trois 
vtllv* \\\' u« nom, — celle d'Asie-Mineure, celle de Syrie et celle de Célé- 
x\uv<, \\>y\\ également nommées Lalice par les textes français : LaUce 
s\.\\\\ >.\\a est I dodicée de Syrie, Lalice dans la chanson d'Antioche est 
\ K\*M\'\- sl'\!«i«" Mineure, Lalice (ou Laliche] dans Guillaume de Tyr est 
\ ^s»>Ii\\"n' \W » clesyrie. Il faut renoncer à la première, située sur la mer et 
>kxM» «Mt m ilc«\e; des deux autres, l'une est sur l'Oronte, l'autre sur le 
\ \\\\\. m«i> elle\ paraissent ici également déplacées. Je suppose que le 
kvss^ky> \ \'\\\U\*\M\^ les noms et les souvenirs qui lui restaient des narrations 
vUWt«<ivtv'«. «'( ^|^|'<I * r'**'-'^ ><^i ^^^^ l'itinéraire d'd//fr des noms qui appar- 
yivwwxt»» V rutiu'irtiie de rflour. On pourrait croire que cette conftision 
wVx\ ^»-*'« ^<»» •-"' > "**'''' *"'*'"' ^'"" copiste ou d'un arrangeur postérieur. En 
v\H*S V\ \ > » <>•»»»> ou .inj;f res ou renouvelées ne sont pas ici d'accord avec 
»^v^^v k^M»s»*>>»» «i«v|ue. Voici ce que dit la saga: « Ils vinrent en Bour- 
liN<«it^>. U<«xsHv»\ »Wut^r« eux la Lorraine et la Bavière, la Lombardie^ 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 2~ 

la Fouille, la Perse et la Turquie (Pu/, Perse og Tulke), et ensuite ils 
arrivèrent à la mer et firent passer la mer à tous leurs gens, et vinrent à 
Jérusalem', u Sauf la bizarre mention des Persans et des Turcs, nous 
trouvons ici quelque chose de raisonnable : les pèlerins, après avoir tra- 
versé la Bavière, entrent en Italie, descendent en Fouille et s'embar- 
quent pour la Terre- Sainte ; il ne s'agit ni de Lalice, ni de a Croiz 
partie, » ni de Grèce, ni de Remanie. La version galloise est encore 
plas simple : « Four faire le récit court, ils laissèrent la France, l'Alle- 
magne, la Hongrie, Rome, la Calabre et la Fouille... et en peu de 
temps arrivèrent à Jérusalem, u Le Galien, dans ses trois rédactions, 
fait passer les pèlerins par Rome, le texte imprimé seul dit qu'ils s'em- 
barcjuèrent à Venise. Toutes ces versions, à la vérité, sont fort abrégées, 
et la présence des mots Perse og Tulke dans le texte norvégien semble 
faire remonter à l'original la confusion que présente notre manuscrit. 
Mais d'autre pan l'accord des trois versions secondaires à présenter le 
voyage comme une traversée mérite d'être pris en sérieuse considération. 
C'est ainsi que l'expédition de Charlemagne en Orient est présentée par 
le plus ancien te.xte qui en fasse mention, la chronique de Benoit de 
Saint-André '. C'était la route la plus ordinairement suivie par les pèle- 
rins. De la côte orientale de l'Italie on allait débarquer directement à un 
port syrien, — Tripoli ou Antaradus, — ou bien on traversait la Grèce 
et on se rembarquait à Salonique. On peut admettre que les pèlerins dont 
notre poète reproduit le voyage en l'embrouillant étrangement avaient 
suivi cet itinéraire : Bavière (Hongrie ?i, Lombardie, Fouille, Grèce, 
Syrie». Mais alors il faut supprimer Lalice, et la reporter dans le voyage 
de retour. C'est là aussi qu'on pourrait intercaler •( les Turcs et les 
Persans ^, c'est-à-dire les Turcs dépendant du soudande Perse, établis 



1 . La tradaction suédoise a modifié ce passage en faisant embarquer Charle- 
ffljgne â Marseille {ManUiam): la chronique danoise, dérivée du suédois, se 
borne à dire au'il • passa par mer jusqu'au saint sépulcre. ■ 

î. Htil. poh., p. hy. Il est vrai que Benoit raconte que Charle fit jeter un 
pont sur la mer, de l'itilie à \a Grèce! — La Dtsaiptio (voy. ci-dessous, p. j i) 
lait passer l'empereur et son armée par la Hongrie, en sorte qu'ils arrivent 
droit i Constantinople. Ce chemin ne put être pris par les pèlerins que quand 
les Hongrois furent devenus chrétiens, c'est-à-dire depuis le commencement du 
XI* iiécle. 

}. M. Koschwitz a essayé de restituer le texte dans cette donnée, mais sans 
Miccéi, comme l'a reconnu M. Fœrster, gui a proposé une autre restitution, où il 
s'écarte moins du manuscrit, mais qui n'est guère satisfaisante non plus. 
M. Fifster veut que Romanie désigne l'Asie-Mineure, et Grice l'empire byzan- 
tin d'Europe : mais dans tous les textes que je connais Ramante désigne ou la 
Turquie d Europe actuelle ou l'empire grec en général. Le fleuve qui arrose 
Lalice est, d'après M. Fœrster, le Menandtr ; je ne sais quel cours d'eau il a 
voulu désigner. — De toutes façons, il faut admettre dans ce passage de graves 
altérations, et en même temps reconnaître que le poète se faisait une idée vague 
ée Titinératre, tout en ayant des notions précises sur certains points. 




al G. PARIS 

depoB te mîtieu du xi* siècle à Konieh et occupant une grande partie de' 
l*Aae Mineure'. Cependant, comme le poète parait avoir voulu éviter 
tout conurt des pèlerins avec les infidèles, — ce qui aurait en effet 
iroubiè son récit tel qu'il l'avait conçu, — il est plus probable que le v. 1 02 
(ttt Turcs t Ui Persaum e ctU gent haie) est une simple interpolation 
J\in copiste du xii* siècle, scandalisé de ne pas voir mentionnés, dans 
uoc expédition en Orient, les Turcs et les Persans dont étaient remplies 
In chansons postérieures aux croisades. L'hypothèse d'une navigation 
•wiiil l'avantage de faire disparaître une des plus grandes étrangetés du 
poime : les Français, qui semblent ici traverser la Romanie, ne voient 
crpendant Constantinople qu'à leur retour. Tout s'explique si on admet 
qu'ils passent par un chemin et reviennent par un autre. 

Le retour ne s'effectue pas d'ailleurs d'une façon beaucoup plus claire 
t^ue l'aller, du moins dans tous ses détails. De Jérusalem les Français, 
jCCHmugni*' du patriarche, se rendent à Jéricho, où ils prennent leurs 
féÊim. On sait que cet usage de cueillir à Jéricho' des palmes qu'on 
NiyyortAil en France comme preuve et souvenir de son pèlerinage?, 
iM^ ()llli «'est longtemps conservé, est attesté dès avant les croisades *. 
0« Mrictkû nos pèlerins ne reviennent pas à Jérusalem, mais vont tout 
^hvik ^ Coiutantinople. Voici leur bref itinéraire : 
'^ft lemperere od sa companie grant, 
...a montelcs e les puis d'Abilant, 
L4 rvch* del Guitume e les plaines avant, 
VlNM Constantinople, une citet vaillant (259-262). 

ClMMUl («tut-il corriger le second de ces vers ? Le mot montdes 
HffW»l> U« non de lieu défiguré, ou suffit-il d'intercaler les [E passent 
•4«JNi ou mieux monceles) pour rétablir la mesure et le sens s f 

[\. li »«i>tioi 4m l^ifcs en etif-mème ne serait nullement pour le poème 

«1.XJV. .t«^*l« r^ente. Avant même les victoires de Togrul-Beg (f 1065), 

ttte l'Asie musulmane, et remplit le monde de leur nom, 

iités par les historiens occidentaux. Turcac se trouve 

', rt I auteur du récit fabuleux sur l'origine troyenne 

. kic wurce â Frédégairc prétend que les Turcs sont, 

icicendants des Troyens, et doivent leur nom â un pré» 

• note savante et complète de M. le comte Riant, 
4^ SijinU, p. 59. « Pour la première fois, en 1191, 

I[m|||. . ' ^uste et à ses chevaliers revenant du siège de 

|jS|||J, '■ des palmes sans avoir été à Jéricho. * 

I W 4 *• "■*'*" '!<■ r.u'-<ii.:, ijui n'appartient proprement qu'aux pèlerins 
|P«tai «W >MwuImh uI. Uic*. t. V. palmutt). 

, - ' ■• I- i>iisaf:;c de Pierre Damien cité par Du Cange, s. v. 

^ m» peregrinatione devenicns palmam ierebat in 

c Michaud place avant les croisades Raimond de 

sut lu XII' siècle (/l/l. 55. Jul. 28p. 

, ,rrt '^«^ --j o -' "<■ "'^'"^ *û"* ''^' d'aucune utilité. La Saga dit 



d 



U CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 39 

Quoi qu'il en soit, lu puis d'Abilant doivent sans doute être entendus de 
l'Antiliban, comme me l'a fait remarquer M. Clermont-Ganncau. Le nom 
d'Abilant représente évidemment, en effet, celui de la ville d'Abila, capi- 
tale de l'ancienne létrarchie d'Abilène, aujourd'hui Nebi-Abil, située au 
pied de l'Antiliban. De Jéricho, nos pèlerins, après avoir remonté le 
Jourdain, se rendent sans doute à Damas ; de là la grande route romaine 
passait devant Abiia. Le chemin suit à cet endroit une gorge étroite où 
coule le Barrada; des deux c6tés se dressent de hautes montagnes : ce 
sont Us puis d'Abilant >. Sur les rochers se voit encore gravée une magni- 
fique inscription romaine, rapportant que la route, détruite par le fleuve 
débordé, a été reconstruite par les ordres de Lucius Verus'. C'est entre 
Abila et Consiantinople qu'il faudrait intercaler, si on admet la conjec- 
ture proposée plus haut, la mention de Lalice et de son grand fleuve. 
Mais qu'est-ce que la roche du Guitume, qui précède de grandes plaines? 
Il m'a été impossible de le découvrir). U est singulier que notre poète 
fasse arriver ses pèlerins à Consiantinople sans dire un mot du Bras 
Saint-Georges. 

Si les notions de l'auteur de notre chanson sur l'Orient paraissent bien 
refléter les récits des pèlerins du xi' siècle, les circonstances dans les- 
quelles son poème a visiblement été composé semblent aussi l'assigner à 
la même époque. Aux motifs que nous avons déjà énumérés, — conte 
populaire des gabs, merveilles de Constantlnople, pèlerinage de Char- 
leraagne, — il faut en effet en joindre un dernier, qui à mon avis a été le 
principal et a groupé tous les autres autour de lui. Notre chanson a été 
comp>osée pour expliquer aux nombreux pèlerins attirés à la foire de 
\'Endity entre Paris et Saint-Denis, par l'exhibition de certaines reliques, 
l'origine de ces reliques. Il est nécessaire, pour faire bien comprendre 
cette partie du sujet, de dire brièvement ce que l'on peut savoir de l'his- 
toire de ces reliques célèbres. 

Nous ne trouvons pas avant le xii' siècle une preuve authentique de 



siroplement : < Au matin ils montèrent à cheval et allèrent droit à Constanti- 
noplf. • Le gallois est encore plus abrégé: il ne mentionne pas Jéricho. Le 
Câlien place entre Jérusalem et Consiantinople diverses aventures inconnues à 
Pancien texte, mais il n'en détermine aucunement la scène. — M. Koschwitz 
lit : E passcrtnt les muni. 

I. AoUant reparaît souvent dans les poèmes postérieurs aux croisades, mais 
uns avoir le plus souvent de signification bien nette. La c tour d'Abilant > 
parait même provenir d'une confusion entre Abiia et Babel. 



1. Voy. le guide de Terre-Sainte public par Ba:deker, p. 51 1. 
}. J'avais pensé au val de Garhtnie, près de Nicée (vov. Chans 
t. I, p. 148), mais, outre que le nom ne ressemble que fort peu, et qu'il n'est 



pas parlé de t roche >, cette petite vallée n'avait aucune raison d'être connue 
eo Europe avant la bataille qu'y livrèrent les premiers croisés. Au reste, le nom 
et la place de cette roche dcl guitumc sont trop peu assurés pour fournir une base 
solide aux recherches. 




)0 G. PARIS 

la présence à l'abbaye de Saint-Denis des trois grandes reliques dont il 
s'agit surtout ici : un fragment de la couronne d'épines, un des clous de 
la croix ' et le bras de saint Siméon, sur lequel il porta lésus enfant lors 
de sa présentation au temple^. Ces reliques sont mentionnées dans un 
diplôme de Louis le Gros de 1 124, où il confirme certains privilèges de 
l'abbaye de Saint-Denis sur la foire de l'Endit : « Preterea omnimodam 
potestatem omnemque justiciam atque universas consuetudines nundi- 
n[ar]um Indicti, quoniam prefatum Indicium honore et reverenlia sanc- 
tarum reliquiarura, clavi scilicet et corone Domîni, apostolica auctoritate 
archiepiscoporum et episcoporum confirmatum. antecessorum nostrorum 
regum Francie constitutione constitutum est, in perpetuum condonavi- 
mus ; dignum enim duximus Domino Deo his et aliis quîbus possumus 
modis grates referre, quod et regnum nostrum ea Indicti die insignibus 
sue passionis, clavi videlicet et corone, dignatus est sublimare, et nos- 
tram et antecessorum successorumque nostrorum protectionem in capite 
regni nostri, videlicet apud sancios martyres dignatus est collocare 5. » 
La dévotion de Louis VI à ces reliques était grande : quand il se sentit 
mourir, il remit à Suger une pierre précieuse qu'il tenait de sa grand'- 
mère, Anne de Russie, en le priant de la faire appliquer sur le reliquaire 
qui contenait la sainte couronne *. Suger, qui a évidemment rédigé au 
nom du roi son ami la charte que je viens de citer, parle encore des 
reliques en question dans une pièce où il recommande la célébration 
solennelle de l'anniversaire de Charle îe Chauve, qui, outre plusieurs 
autres bienfaits, « a illustré l'abbaye de Saint-Denis des insignes de la 
passion du Seigneur, à savoir le clou et la couronne, et du bras de saint 



I 



1. Ce clou fut perdu et retrouvé en 1252. Détourné lors de la Révolution, il 
fut offert en 1828 à Notre-Dame, et il fait partie des grandes reliques qu on 
vénère encore tous les ans dans la semaine sainte. Les autres reliques de Saint- 
Denis paraissent perdues (voy. Rohault de Fleury, Mim. sur Us inslrummls Jt 
la Passion, p. 178). 

2. On aurait une date plus ancienne si la relation de l'ouverture des châsses 
de saint Denis et de ses compagnons en lo^o, écrite par le moine Hatmon et 
dédiée i son abbé Hugon, pouvait être considérée comme contemporaine de 
l'événement qu'elle raconte. C'est ce qui, à vrai dire, ne me paraît pas impos- 
sible; mais les critiques sont d'accord pour admettre qu'elle est bien postérieure, 
et que l'abbé Hugon auquel elle est dédiée était, non l'abbé de ce nom qui pré- 
sida à l'ouverture des chAsses en 10^0, mais un autre, qui vivait sous Philippe 
Auguste (voy. Pertz, SS. t. XI, p. 57i-?77l- ^^ ''* "'•^^ ^^ ^^"'^ • " Ante- 
quara ad corpora sanctorum perveniatur, criptula quaedara aureis geromis 
extrinsecus decorata habetur, in qua duabus seris diligenter munita dominici 
clavi et coronae servantur pignora. » 

j. Tardif, Monumtnls hisloriques, n- «91, p. 216 ss. 

4. Œuvres de Suger, p. p. Lecoy de la Marche (Paris, 1867), p. 14J. — 
Louis Vil avait les mêmes sentiments. Il 6t enchâsser dans ce reliquaire, oCi 
la vit Rodrigue de Tolède, une 1 escarboucle > que lui avait donnée Alphonse VII 
de Castille {Hut. de F., t. XII, p. 385). 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE } I 

Sîméon '. n Ce sont là les plus anciens témoignages absolument authen- 
tiques; mais à défaut de textes de ce genre, il est facile de prouver que 
ces reliques étaient conservées à Saint-Denis et montrées aux croyants, 
i la foire de l'Endit, au moins dès le règne de Philippe I. 

En effet, les renseignements donnés, dans les chartes de Louis VI et 
de Suger citées plus haut, sur l'origine de ces reliques se réfèrent sans 
aucun doute à l'écrit connu sous ce titre : Descriptio i^ujUter Carolus 
Magnui davum et coronam Domini a ConstantinopoU Aquisgrani adtulerit, 
quAliurque Carolus Calvus hec ad sanctum Dionysium reluUrit. Or il a été 
prouvé par l'abbé Le Beuf et confirmé depuis ^ que cette légende a été 
composée à Saint-Denis au xi" siècle, très probablement avant 1085. 
Elle rapporte que Charlemagne, étant allé secourir les chrétiens d'Orient, 
reçut en don de l'empereur de Constantinople ces précieuses reliques, 
et les déposa à Aix-la-Chapelle, d'où plus tard Charle le Chauve les 
enleva pour les donner à l'abbaye de Saint-Denis. Charlemagne avait 
établi à Aix, du 1 1 au 14 juin, un indictum^ pour la vénération des 
reliques; cet indkîam avait été consacré par le pape Léon, venu exprès 
de Rome, et assisté de nombreux évêques et archevêques*; Charle le 
Chauve transporta la fêle, avec les reliques, d'Aix à Saint-Denis, oîi elle 
devint la célèbre fête de VEndit (plus tard du Lendit), Il n'est pas difficile 
de démêler l'origine de ces fables. Charle le Chauve avait réellement 
été un grand bienfaiteur de Saint-Denis ; il y avait son tombeau, et il 
avait donné à l'abbaye des reliques déjà fort remarquables, — le bras 
de trois grands saints, saint Jacques, saint Etienne et saint Vincent). 
Quand l'abbaye se trouva, je ne saurais dire comraentj en possession 
de reliques encore plus précieuses, — parmi lesquelles un quatrième bras, 
— il était bien naturel que les moines répondissent aux questions des 
\Tsiieurs curieux qu'elles leur venaient également de Charle le Chauve. 
Et comment Charle le Chauve pouvait-il les avoir, si ce n'est comme héritier 
de Charlemagne ? Celui-ci , tout le monde le savait , était allé à 
Jérusalem et à Constantinople ; il en avait rapporté ces reliques pour sa 
chapelle d'Aix, et plus tard son petit-fils les avait offertes à Saint-Denis. 



1. Œuvrts de Suger, p. Jjj. 

2. Hul. poh. dcCkarlemagne, p. 56. 

j. Le mot uidiitum, qui apparaît dans le latin mérovingien (on ne trouve en 
latin classique que mJictae fena<), signifie simplement, comme on sait, • annonce 
officielle < spécialement de fêtei, fête annoncée d'avance. • Peu à peu il s'est 
restreint  VtnJtl de Saint-Denis, mais antérieurement on le rencontre appliqué 
i d'autres foires analogues. 

4. Cest i ce prétendu synode que se réfèrent les paroles citées plus haut de 
ta chane de Louis le Gros. 

S- Voy. Œuvres de Suger, p. îoi-2, 554. Au premier endroit, Suger ne 
parle pas des autres reliques attribuées à Charle le Chauve; au second (voy. 
a-deitusi, il les mentionne séparément. 



;2 G. PARIS 

C'est sur ces données que fut composée, vers la fin du second tiers du 
XI' siècle, la légende iatine en question, une des fraudes à la fois les 
plus grossières et les plus audacieuses qui soient sorties des officines 
monacales. L'auteur ne connaît à Constantinople d'autre souverain con- 
temporain de Charlemagne que Constantin, fait venir le pape à Aix pour 
consacrer les prétendues reliques, réunit au même effet un concile imagi- 
naire où figurent les abbés de monastères fondés à la fin du x' siècle, et 
prouve en un mot autant d'ignorance que d'effronterie. Son ouvrage n'en 
eut pas moins le plus grand succès, ainsi que celui du faux Turpin, son 
émule. Nous avons vu que dès 1124 Louis VI, ou plutôt Suger, abbé 
de Saint-Denis, s'y réfère comme à un document authentique ; plus tard 
il passa dans toutes les compilations historiques ■ , et ne retomba dans le 
mépris qui lui est dû qu'à la renaissance des lettres '. 

A côté de cette version monastique et pour ainsi dire officielle sur 
l'origine des reliques de Saint- Denis, il en circulait d'autres parmi le 
peuple i. Les reliques exposées à l'Endit avaient été rapportées de l'Orient 
par Charlemagne, voilà ce dont personne ne doutait, parce que c'était 
d'accord avec une croyance universellement admise ; quant à Charle le 
Chauve, que l'auteur de la Descriptio avait jugé nécessaire de faire inter- 
venir, les récits populaires le laissèrent naturellement de côté : rien ne 
s'opposait pour eux à ce que Charlemagne eût rapporté directement les 
reliques d'Orient à Saint-Denis, tandis que l'auteur de la légende latine 
savait au moins que l'empereur d'Aix, qui vint fort peu à Paris, n'avait 
aucune raison d'honorer particulièrement l'abbaye qui, sous son fils, 
dut au fameux Hilduin sa gloire et sa richesse toujours croissante. Les 
explications populaires de l'origine des reliques durent rapidement donner 
naissance à des poèmes : la foire de l'Endit réunissait un grand concours 



■ 



I. Cependant les libertés que prend l'auteur avec l'histoire d'ailleurs établie 
embarrassaient quelque peu. Il faul noter à l'honneur de Guillaume de Tyr 
qu'il ne mentionne aucunement, dans sa grande histoire, la prétendue expédition 
ae Charlemagne. 

3. Mal^é la justice de ce mépris, ta Descriptio offre aujourd'hui de l'intérêt à 
divers points de vue, et je me propose d'en donner quelque jour une édition 
dans ce recueil. 

). Un poémc aujourd'hui perdu, mais résumé par Jehan des Preiz (t. III, 
p. t2 ss), avait pris pour baîc la Desaiptio en accommodant le récit à des 
chansons de geste connues. Le patriarche de Jérusalem demande secours à l'em- 
pereur de Constantinople, appelé non plus Constantin, mais Richer, < qu'on 
nommoit aussy Estienne •. Après la victoire, Richer donne à Charlemagne 
beaucoup de reliques, et, bien qu'il ait cent ans, sa fille Sibile en mariage (ainsi 
le poème est ratt.^ché â la chanson de la Reme Sibik, où celte reine est en effet 
fille de l'empereur de Constantinople Richer). — Un autre passage de Jehan des 
Preiz (III, 80) raconte très brièvement un autre pèlerinage de Charlemagne; il 
revient cette lois par la Sicile (comme dans Godefroi de Viterbe) et a des aven- 
tures â Palerme. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMACNE 3) 

de gens, attirés, les uns par l'exhibition des reliques, les autres par les 
acheteurs rassemblés et les marchandises mises en vente, tous cherchant 
des distractions une fois qu'ils avaient terminé leurs dévotions ou leurs 
aAaires. Les jongleurs arrivaient donc en grand nombre et cherchaient à 
captiver les auditeurs: rien de plus indiqué que de leur chanter l'expédi- 
tion où Charlemagne avait rapporté le clou et la couronne qu'ils venaient 
de vénérer. Aussi ne s'étonnera-t-on pas qu'on ait composé sur ce sujet 
au moins trois chansons différentes. La première s'est perdue, et nous ne 
b connaissons que par un très bref résumé de la Karlamagnùs-Saga '. Elle 
n'est pas, dans sa marche générale, sans rapport avec la légende latine, et 
il me paraît vraisemblable, non pas qu'elle s'en est inspirée, mais au con- 
traire qu'elle lui a fourni son principal motif. On y voit également Char- 
lemagne secourir l'empereur de Constantinople contre ses ennemis et en 
recevoir des reliques incomparables. L'idée de tirer ces reliques de 
Constantinople et non de Jérusalem, commune à ce poème et à liDescrip- 
tio. repose sur une certaine connaissance des choses : en effet, à partir 
de la fin du x* siècle environ, les reliques de la Passion, plus ou moins 
authentiques, qui avaient longtemps été montrées à Jérusalem ou ail- 
leurs, étaient concentrées à Constantinople, notamment dans la chapelle 
impériale de Bucoléon ' ; elles faisaient l'admiration des pèlerins qui 
passaient par Byzance, et c'est pour cela que la chanson perdue et la 
légende latine en font venir les prétendues reliques de Saint-Denis. 
L'auteur de notre poème, ignorant sans doute ce fait, a trouvé naturel 
que ces reliques fussent à Jérusalem, et les fait donner à Charlemagne 
par le patriarche et non par l'empereur. — L'antiquité de la chanson 
résumée dans la Karlamagnùs-Saga est établie par l'allusion qu'y fait le 
RoLjndK Elle parait ne s'être pas bornée à mentionner les reliques de Saint- 
Denis, qui ne figurent même pas dans l'abrégé norvégien, mais avoir 
énuméré plusieurs autres trésors du même genre conservés dans diverses 
églises de France et censés rapportés d'Orient par Charlemagne; les autres 
textes relatifs au même sujet en font d'ailleurs autant. Voici ce qu'on lit 
i ce propos dans le texte norvégien : « L'empereur des Grecs donna à 
Charlemagne du suaire de notre Seigneur4, et ses chaussettes, du bois 



1. 1, 49- vo. Cf. Bitl. Ëc. Ch. XXV, 102. 

2. Voy. Riant, Exmiat sacrai Constant'tnopolilanat,U, 205 ss.; AlaiiEpistola, 
p. Hxiv, etc. 

;. Au V. 2^29 Roland mourant énumcre, parmi les pays qu'il a conduis pour 
son oncle. < Coslantinoble, dont il eut U fiance. • Il y a quelaue difficulté î 
rapporter cette allusion au poème dont il s'agit, parce que la Karlamagnin-Saga 
du eipressément que quana Charlemagne partit pour l'Orient, il laissa Roland 
i Rome ; mais c'est sans doute une erreur du rédacteur. Le fait que l'auteur 
du RaUiid connaissait le poème abrégé dans la saga résulte avec certitude d'un 
astre passage ivny. ci-dessous). 

4. Le texte est ici embarrassé par une glose inintelligente. Le mot SHil<utuk 



Kûmâniû, IX 



i 



^J\ C. PARIS 

de la sainte croix, et la pointe de la lance qui perça son côté, et la lance 

de saint Mercure' Charles revint en France et arriva à Aix ; il y 

laissa les chaussettes^, le suaire à Compiègne [Komparins] , la sainte croix 
à Orléans ) ; il garda la peinte de la lance et la fit incruster dans la poi- 
gnée de son épée, à cause de quoi il l'appela Joyeuse ; et c'est pour cela 
que les chevaliers, quand ils veulent s'encourager au combat, crient 
Montjoie'i. » 



traduit littéralement le latin sadarium, c'est-à-dire le linge dont la tète de Jésus 
était enveloppée dans le tombeau (Jean. XX, 7) ; mais il signifie proprement 
• mouchoir •, ce qui a donné lieu à la glose : ■ le smtadùk dont il s'essuya le 
visage après avoir parlé au peuple. » Un autre manuscrit, duquel dérive la ver- 
sion danoise, a conservé le vrai suaire, mais ajoute une autre relique : « un 
suaire {iwtdtdug) dans lequel Notre Seigneur lut mis au tombeau, et la serviette 
avec laquelle il s'essuya au jeudi-saint (Brandt^ Romaiitisk Digtmng, 111, 16). » 
Remarquons d'ailleurs que ce mot suaire a été en français complètement 
détourné de son sens : on l'a assimilé au linceul où le corps de Jésus était 
enveloppé, mais à tort, d'abord parce que sudartum ne peut designer qu'un 
linge de petite dimension, ensuite à cause du passage forme) de saint Jean. Le 
mot smdon, employé dans les évangiles synoptiques pour désigner le linceul, 
avait donné en ancien français signe. De là le nom de la chapelle du Saint Signe 
à Saint-Corneille de Compiègne, appelée aussi chapelle du Saint Suaire, quand 
on eut confondu les deux objets, 

1. En traduisant jadis le sommaire de la Karlamagnàs-Saga {Bibl. Et. Ch., 
XXV, 102), j'ai conjecturé que Mercure était ici une faute pour Maurice. Cette 
conjecture, repétée par M. Cauti<r {Ep. Jr., II, 268;, est tout à fait erronée. 
S. Mercure passe pour avoir souffert le martyre sous Déce (voy. Martene, 
Amplissma Coltectio, VI, 74J ss.) ; sa lance avait surtout un grand intérêt : on 
racontait que la nuit où périt Julien l'apostat, elle avait disparu de l'église 
d'Antioche où on la gardait, et qu'on l'avait retrouvée toute sanglante, dans 
cette même église, le lendemain de la mort de cet empereur, que saint Maurice 
avait percé sur L'ordre de Dieu et à la suite des prières de saint Basile. Je ne 
sais SI quelque église de France prétendait la posséder au moven âge ; en 768, 
Arichis avait fait transporter à Bénévent un prétendu corps ae saint Mercure. 

2. Je pense qu'il y a U une confusion : on montrait, on montre sans doute 
encore à Aix les chaussettes de saint Joseph ; mais je ne vois pas qu'on ait 
jamais parlé de celles de Jésus. Je traduis hosa par chaussettes a cause de ce 
passage de Philippe de Vigneulles, qui assista en 1 po à Aix à l'exhibition des 

grandes reliques : « La ctergie aportoil les chaussettes saint Joseph, dont 

l'une est noire et l'autre comme tanée, sans avant-piedz ne nulle façon, mais 
sont lairges et tout d'ugne venue (AftmofVw, p. 177). > 

î . Cette relique est évidemment l'origine de la construction à Orléans de la 
célèbre église de Sainte-Croix. 
4. Ce passage se retrouve à peu près textuellement dans leRoland (v. 2^03 ss.) : 

Asez savuns de la lance parler 

Dunt nostre sire fut en la cruiz naffrez ; 

Charles en ad la mure, mercit Deu : 

En l'orie punt l'ad faite manuvrer. 

Pur ceste honur e pur ceste bontet 

Li noms Musc l'espée lut dunez. 

Barun franceis ncl deivent ubiier : 

Enseigne en unt de Munjoie crier. 
Cette étymologie est d'ailleurs fausse; le cri de Montjoie a une tout autre 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHABLRMACNE 55 

Ceue chanson avah, i ce qu'il semble, assez peu d'intérêt. Une ver- 
sion très différente sur l'origine des reliques de Saint-Denis s'est conser- 
vée dans le poème de Fierabras. Ce poème, tel que nous l'avons, n'est 
pas plus ancien que le troisième quart du xii'" siècle, mais il remonte 
certainement à un original antérieur, il donne aux reliques de Saint- 
Denis et de Compiègne une tout autre histoire. Ce n'est plus de Cons- 
tantinople qu'elles viennent : c'est de Rome. Un roi païen les y avait 
enlevées ; Charlemagne les a reconquises. Malgré cette divergence radi- 
cale, ce poème, visiblement composé pour être chanté à la foire de 
l'Endit (voyez les vers du début et de la fin] , semble avoir subi pour 
certains détails l'influence de la légende latine. Je n'en parle pas ici plus 
longuement, parce que j'en ferai prochainement l'objet d'une étude 
spéciale ■ . 

Notre chanson est la plus populaire, comme elle est ta plus ancienne, 
de toutes ces narrations poétiques. L'importance particulière qu'elle 
Bccordait aux reliques rapportées par Charlemagne était sans doute indi- 
qnée dans des vers placés soit au commencement, soit à la fm, vers qui 
ont disparu de notre manuscrit unique^ et que la mise en prose et les 
traductions étrangères ont également omis, comme n'ayant pas d'intérêt. 
Toutefois il reste dans le corps du poème assez d'indications pour nous 
en bien révéler le caraaère. Voici les reliques que le poète énumère 
comme ayant été données à Charlemagne par le patriarche de Jérusalem : 
le bras de saint Siméon, le chef de saint Lazare, du sang de saint 
Etienne, du suaire de Jésus « qu'il avait sur sa tète quand il fut couché 
dans le sépulcre n, un des clous de ses pieds, la sainte couronne qu'on 
lui mit sur la tète, et le calice qu'il bénit, ainsi que l'écuelle d'argent et 
le couteau dont Dieu se servit à son repas, du lait de sainte Marie dont 
elle allaita Jésus, et de la sainte chemise qu'elle portait sur son corps. 

Si nous comparons la liste de notre poème à celle que donne la Des- 
criftio, nous trouvons dans celle-ci, outre les trois reliques principales 
\bras de Siméon, clou, couronne), un morceau de bois de la croix, le 
stiaire du seigneur, la chemise de la vierge Marie et un des langes de 
l'enfant Jésus) . Le bois de la croix n'est pas mentionné dans notre poème ; 



origine. L'explication du nom de Joyeuse doit aussi être récente, et tout Ce 
pjissaee est sans doute emprunté au poème perdu dont il s'agit. 

( . Une dernière fiction, dont |e ne m'occupe pas ici, racontait que les saints 
dous, le suaire et la couronne avaient été rapportés d' • Angorie » par Renaul 
de Mooiauban (voy. Michel, Chûrltmagnc, p. cxij-cxiv; Koschwitz, Scclis 
Buf^., p. 451 

2 N'oublions pas qu'il a été exécuté par un Anglais i la fin du XIII* siècle. 

5, Jehan des Preiz dit de même : a Une grande piechc de la saincle croix 

Hcn de la couronne nostre seigneur Dieu item ung des claux dont nostre 

vagneuT fu claveit ; item le saint sudaire ; item la chemise nostre dame ; itéra 



j6 G. PARIS 

mais nous savons de source certaine qu'un morceau était conservé à 
Saint-Denis dans l'autel également consacré au clou et à la couronne 
d'épines '. On ne mentionne pas à Saint- Denis la «< fascia qua [Maria] pue- 
rum Jesum in cunabilis ctnxit > » ; quant au suaire et à la chemise de la 
Vierge que la légende latine et notre poème s'accordent à citer, ils 
n'appartiennent pas à l'abbaye de Saint-Denis, mais à deux villes 
voisines de Paris, l'une à Compiègne et l'autre à Chartres. Leur exis- 
tence est attestée de bonne heure dans ces deux villes, et l'une et l'autre 
de ces reliques passent pour avoir été données par Charle le Chauve, 
qui les avait rapportées d'Aix ; quel fondement historique y a-t-il à cette 
tradition, et dans quel rapport est-elle avec la Dcscriptio, c'est ce qu'il 
serait trop long d'examiner ici. On voit seulement que notre poème, 
d'accord avec la légende latine, mentionne, outre les célèbres reliques 
de Saint-Denis, celles de quelques villes voisines qui se vantaient égale- 
ment de les tenir de Charlemagne. On a vu qu'il en était de même 
dans l'ancien poème résumé dans la Karlamagnàs-Suga, qui, à côté des 
reliques de Saint-Denis (omises dans le résumé, mais bien probablement 
mentionnées dans le texte), parlait de la croix d'Orléans et du suaire de 
Compiègne. Quant aux reliques qui ne se trouvent ni dans la Descriptio 
ni dans le résumé norois, c'est-à-dire le chef de Lazare, du sang de 
saint Etienne, la coupe, l'écuelle et le couteau de la cène, du lait de la 
Vierge?, il est probable qu'on les montrait aussi, au xi' siècle, dans 
quelques églises de France. 

Tout se réunit donc pour nous faire regarder notre poème comme 
composé au xi" siècle, avant les croisades, et ces conclusions, je l'ai dit, 



!v pclis drapeillons en queis Jesu Cnsl fu faissret ; item te brais saint Simeon 
dont il tint Jesu Crist en temple Salomon (p. i8). » Ces derniers mots parais- 
sent un des vers conservés de la chanson de Richer. 

1. Comuralum til altarc sancle crucis in honore sancU crucis tt sanctarum 

Ttliquwum, clavi et coroni Donmi et sancti Synieoms, etc. {Consfcrationts altarmm 
beau sancti Dionysti, p. p. L. Delisle dans la Bibl. de l'Èc. du CA., t. XXXVIIl, 
p. 464). La consécration rappelée ici fut faite en 1 144 (voy. Suger, éd. Lecoy, 
p. 234, îj6). 

2. Dans les testimonia sur les reliques de Constantmople rassemblés par 
M. Riant (I. I.), on voit plusieurs fois figurer des fasciat ou vTie fascm, mais sans 
rien qui précise le sens. On montre  Aix les langes de l'enfant Jésus. Un 
morceau de ces lances avec d'autres reliques, et au milieu un < souvenir > de 
Charlemagne, fut offert i Napoléon I" par le Chapitre d'Aix-la-Chapelle. Ce 
reliquaire, sous le nom de ■ Talisman de Charlemagne «, fut conservé dans la 
famille Bonaparte: l'impératrice Eugénie l'eut prè< d'elle lors de la naissance 
de son fils, et le faisait porter, quelques années après, dans b chambre de 
M. Bacciochi, malade 1 Biarritz |voy. Rohault de Fleury, Mèm.y etc., p. 118; 
De Gourgues, Lt saint Suaire, Périgueux, 1868, p. 1 jj. 

}. Un grand nombre de villes, — Reims entre autres, — prétendaient possé- 
der du lait de la Vierge. Les rédactions en prose française et étrangères ajoutent 
ici la mention de ses soutiers. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE Jy 

sont absolument confirmées par l'examen philologique auquel i'a soumis 
M. Koschwitz. J'ai fait cependant autrefois à l'antiquité de la chanson 
du pèlerinage de Charlemagne une objection que je dois aujourd'hui 
examiner. La liste des douze pairs qui entourent Charlemagne diffère ici 
sensiblement de celle que donne la chanson de Roland. Les voici en 
re^rd l'une de l'autre : 

Roland Pilennage 

I Roland — 

3 Olivier — 
j Bérenger — 

4 Gérin — 

5 Gérier Turpin 

6 Otton Natmon 

7 Sarason Oger 

8 Engeiier Guillaume d'Orange 

9 Ivon Bernard de Brusban 

10 Ivoire Ernaud de Gironde 

1 1 Ansels Aimer 

12 Girard Bertrand i. 

On voit que huit des noms anciens sont remplacés ici par huit autres : 
trois de ces huit noms nouveaux se retrouvent dans beaucoup d'autres 
textes et ont dû de bonne heure à leur célébrité d'être intercalés dans 
la liste des pairs : ce sont Turpin, Oger et Naimon (voy. mon Hist. 
poit. de CharL, p. 418 et 507). Il n'en est pas de même des cinq 
autres, Guillaume d'Orange, Bernard de Brusban, Ernaud de Gironde, 
Aimer et Bertrand. Ces cinq personnages appartiennent tous, d'après les 
traditions poétiques, à une seule et même famille ou gesie, dont les pos- 
sessions et les prouesses sont également rapportées au midi de la France. 
J'ai montré ailleurs' qu'ils sont absolument inconnus à ceux de nos 
anciens poèmes nationaux qui parlent de Roland et d'Olivier, et que 
réciproquement les chansons qui leur sont consacrées ne font aucune 
place aux héros habituels du cycle carolingien ). J'ai émis l'hypothèse 
que ces guerriers appartenaient primitivement à une épopée provinciale, 
qui, étant propre au midi, avait dû naturellement s'exprimer en langue 



1. LeCalien 2 modifié cette liste; il a supprimé Guillaume et Ernaud de Gironde, 
remplacés par Ganejon et Richard de Normandie; il a changé Aimer en Aimeri, 
Bernard de Brusban en Berard de Montdidier, Gerin en Cuerin (de Mongluine 
dans le ms. de l'Arsenal, qui ajoute à Aymery le nom Je Beaulande et change 
Bertrand le neveu de Guillaume en Bertrand le fils de Naime). 

2. Hist. poil, de Charlemagne, p. 81. 

:. Dans le travail cyclioue auquel la geste de Narbonne fut soumise au 
Xlll' siècle on y rattacha Olivier, mais c'est une invention récente {Hul, poii.y 
p. 8of. 



r.i ?rsLiK « fondre avec l'épopée du nord. 
1 .:=:5 isTer.: contestée par d'autres, — 

• :.. *-•— ■ ;: -«n Gautier, — cette hypothèse, 
.: .'.-iTï- Tccveau et approfondi que je ne puis 
• -riiTi c-i i partie qui a trait direaement à 

-.- — :*;>ri î"tre la geste du roi et ce que j'ap- 

. j:>iï :i Nirbonne n*est pas contestable ; non 

. -.> ■ _-:•:■;-:. mais en bien des points ils se 

...-. .TUiTi- de voir ici Charlemagne conduire 

i -."î .vcrrajnïie », mi-partie de « Francs de 

■ .-i;j M-s Roland, O^er, Aspremont, pas un 

■^ •^:■^r.. '.":<; ijns les poèmes qui racontent les 

-X -.••.-* iu nord. Ici ils sont réunis comme 

. •xr^"-^ J'en ai conclu à une date assez 

^ .' ; «: ce qui m'avait déterminé, malgré 

..-,:i.-,* 1 ne l'assigner qu'au xii* siècle '. 

.-. V -r \a pas beaucoup plus loin que je 

-....; -~ ^ïcr.ier tiers du xii" sièclç », a réfuté 

- •.-.> ,V'".'ctera que, parmi les douze pairs de 

,. rt . ;t i-itf et que sa présence est un signe 

- - .--„?>cr Mais nous répondrons en rappe- 

.- . .içp.Je de Guillaume. Faire entrer ce 

~... .V .' ."ï^ une idée qui a pu tout aussi bien 

-. ■ .• -; >-s :o que dans la tète d'un poète de 

. . . -■ o •-• • J -Jute antiquité » de la légende de 

.... ; n; s'aslit pas de savoir si cette légende 

•i, jvc-:".?ment connue dans le nord de la 

.. -. .-a.? que de Guillaume : il s'agit d'ex- 

Ni -.- -V .-s-rrard. Ernaud, Aimer et Bertrand. 

v_ ,v.v: .ron savant ami a raison, et je crois 

.^ .vv.'-'"*J!i"fS sont mentionnés dans notre 

.v- . .-r ■.o;:ur Je l'antiquité que je lui recon- 

... -, ,^ .« -utionjlité primitive du cycle de Nar- 

^ ^A."«s* en deux groupes distincts, celui 

■ .v-i i*-' î'fs frères, Bernard de Brusban, 

.■V »'-.:vadc, Garin d'Anseùne, Aimer le 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE ^9 

Chétif et Guibelin. Ces six personnages, héros de poèmes dont la plu- 
pan sont perdus, étaient sans doute à l'origine parfaitement indépen- 
dants les uns des autres : on leur a donné d'abord un même père, puis 
à ce père commun on a aussi donné pour fils Guillaume d'Orange, le plus 
célèbre adversaire des Sarrazins du midi. Mais la nouveauté de ce 
raccord est visible même dans les poèmes où il est le plus complètement 
admis'. 

Je n'ai pas à donner ici les preuves de ce fait ; j'ai seulement à cher- 
cher si ce raccord a pu être accompli dès le xi" siècle. Rien ne s'y 
oppose : le Fragment de La Haie, qui est de la fin du x" siècle, ne le 
connaii pas encore, mais il a dû se faire peu de temps après, puisque 
nous le trouvons généralement admis dans tous les poèmes que nous 
possédons, et dont plusieurs remontent au commencement du xii° siècle. 
Laissons de c6té ceux de ces personnages qui ne figurent pas dans notre 
chanson : il est bien remarquable que les quatre guerriers qui y sont 
nommés avec Guillaume, Bernard, Bertrand son fils, Aimer et Ernaud 
de Gironde se retrouvent tous, sauf Aimer, dans le Fragment de La 
Haie, qui n'a en plus que Guibelin. C'est déjà assurément un indice 
d'antiquité, mais ce n'est pas le seul. Toutes les chansons que nous pos- 
sédons où figurent ces héros placent sous Louis, fils de Charlemagne, la 
scène des actions qu'elles racontent; Guillaume apparaît bien déjà, dans 
les Enfances et le Couronnement de Louis, à la cour de Charle ; mais ce 
n'est que sous le règne suivant qu'il bataille contre les Sarrazins de Pro- 
vence. Un seul poème, d'un caractère fort antique, aujourd'hui perdu, 
mais heureusement traduit dans la Karlama^nùs-Saga, place sous Charle- 
magne non-seulement les exploits de Guillaume, mais sa vie monastique 
et sa mort. Or en cela ce poème est d'accord avec l'histoire, au moins 
de l'un des <■ Guillaume » qui ont servi à composer la figure épique de 
Guillaume d'Orange : Guillaume de Toulouse, qui se retira, après une 
vie remplie d'exploits et d'honneurs, dans le désert de Gellone, y mourut 
comme on sait en 812, deux ans avant Charlemagne. Si plus tard on l'a 
fait vivre sous Louis et non sous Charle, cela tient à diverses causes, 
mais surtout à ce que dans le « Guillaume » épique se sont fondus d'autres 
personnages du même nom qui se trouvaient en relation indissoluble 
avec un roi Louis. Mais comme on avait d'autre part rattaché à Guillaume 
d'Orange le groupe des héros méridionaux, — Ernaud de Gironde, Ber- 
nard de Brusban, Bertrand, Aimer et Guibelin, — ces héros, devenus 



1 . On y voit Guillaume représenté comme un Franc de France, bien qu'on 
le dise fils d'Aimeri de Narbonne. J'étudierai cette question prochainement. 
Dans notre poème, Guillaume est aussi présenté comme Français, ainsi que 
von neveu Bertrand, son inséparable compagnon. En voyant la charrue d'or du 
roi Hugon, il s'écrie (v, 527) : Car la tenisse en France e Bertrans si i fussel! 



40 G. PARIS 

ses frères, suivirent son sort et furent également présentés comme ayant 
vécu sous Louis, fils de Charle. Toutefois le poème qu'imitait avant la 
fin du x"^ siècle l'auteur du Fragment de La Haie les faisait encore vivre 
et combattre avec Charlemagne. C'est également autour de Charlemagne, 
et non de Louis, que notre poète range et Guillaume et Ernaud, Ber- 
nard, Bertrand et Aimer; il est d'accord pour ie premier avec l'histoire 
et le Momage Guillaume traduit en norvégien, pour les autres avec un 
texte latin traduit certainement d'un poème en langue vulgaire au x« s. 
On voit que cet argument se retourne en faveur de l'antiquité du PkU- 
rinage. On ne peut non plus soutenir que Guillaume et ses frères n'étaient 
pas connus en France au xi" siècle : c'est vers 1125 qu'Orderic Vital, 
moine de Saint-Evroul, écrivait, avant de résumer la vie monastique de 
Guillaume de Toulouse d'après la légende latine : Vulgo canitur de illo a 
joculatonbus cjntikna. Cette chanson, que de nombreux jongleurs français 
chantaient dans le premier quart du xii" siècle, rien n'engage à penser qu'elle 
ne leur fiit pas connue dès le xi*. Le Fragment de La Haie, composé au X"-, 
me parait même indiquer l'existence dès cette époque d'un poème français 
plutôt que provençal. — Notre poète a fait preuve, ici comme ailleurs, 
d'une grande individualité. Il ne s'est pas astreint à prendre dans la 
seule tradition relative à Roncevaux la liste des douze pairs dont il vou- 
lait entourer Charlemagne. Il l'a composée à sa guise avec quatre de ces 
pairs de Roncevaux, trois des guerriers les plus fameux de l'empereur, 
— Naimon, Turpin et Oger, — et cinq autres héros dont les jongleurs 
célébraient les exploits accomplis aux côtés de Charle. Il est sans doute 
le premier qui ait transporté cette conception des « douze pairs «, ori- 
ginairement propre aux récits sur la guerre d'Espagne, dans un épisode 
étranger à cette guerre •, et il y a été peut- être amené par l'état où lui 
était parvenu le conte des gabs, qui mettait en scène un roi et ses douze 
compagnons. 

Il reste cependant contre cette opinion, en ce qui concerne les héros 
« narbonnais ". une objection très grave, et qui serait de nature à rui- 
ner tout l'édifice laborieusement élevé jusqu'ici. Guillaume et ses frères, 
Bernard, Ernaud et Aimer, sont expressément présentés dans notre 
poème comme fils du comte Aimeri (v. 740, 76^) '. Nous voyons en 
effet par les autres poèmes du cycle auquel ils appartiennent que ces 
quatre héros fplus Beuvon de Comarchis, Garin d'Anseune et Guibelin) 
sont présentés comme fils d'Aimeri, comte de Narbonne. Or il est géné- 



I. Au V. 765 le ms. porte [iernart,fils U conte Aimer, et M. Koschwitz con- 
serve celte leçon ; mais il faut lire Aimeri. Bernard est filî d'Aimeri amsi que 
Guillaume, Ernaud et Aimer. C'est ainsi que Bertrand, fils de Bernard, est 
neveu d'Ernaud (v. i^60 : nutre poète connaît évidemment la lamille de Nar- 
bonne au complet. 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 4I 

ralement admis, depuis Fauriel ' , que cet Airaeri de Narbonne est en réa- 
lité un personnage historique, Aimeri II, vicomte de Narbonne de 1 105 
à 1 1 Hi transporté dans l'épopée par les troubadours désireux de plaire 
à sa fille Ermenjart, vicomtesse de Narbonne après lui. Cet Aimeri aurait 
eu également une femme appelée Ermenjart comme celle d 'Aimeri de 
Nafbonne dans les poèmes; il aurait eu, comme l'Aimeri épique, un fils 
appelé Aîmer (= Ademar) ; le père et le fils combattirent toute leur vie 
les Sarrazins d'Espagne, comme l'Aimeri et l'Aimer des poèmes; si 
l'Aimer épique fut fait prisonnier par eux, l'Aimer historique trouva la 
mort en les combattant. Tout semble donc justifier l'hypothèse du bril- 
lant historien de la poésie provençale : !a poésie épique a emprunté à 
la famille d'Aimeri les trois personnages d'Aimeri, Aimer et Ermenjart. 
Mais si Aimeri de Narbonne , dans la poésie , est modelé sur un 
personnage qui fut surtout célèbre après 1 1 20, il est clair qu'un poème 
où il est nommé ne peut appartenir au xT siècle. Il y aurait bien un 
moyen de sortir d'embarras : l'Aimeri du PUtnnage n'a pas de surnom ; 
on pourrait croire que le père de nos héros était d'abord appelé sim- 
plement Aimeri, et qu'on n'en fit Aimeri de Narbonne qu'au milieu 
du XII* siècle. Mais ce serait là une échappatoire peu satisfaisante. 
Guillaume d'Orange, Ernaud de Gironde, Bernard de Brusban ont 
déjà dans notre poème (v. 62, ^66, 6j, etc.) les' noms sous lesquels 
les connaissent tous les poètes épiques ; il est bien peu vraisemblable 
que, comme tous ces poètes aussi, l'auteur du Pèlerinage n'ait pas entendu 
par Aimeri leur père Aimeri de Narbonne. D'ailleurs la difficulté que 
Dous éluderions ici se retrouverait pour d'autres poèmes : le Couronne- 
ment de Louis, par exemple, mentionne expressément Aimeri de Narbom 
|r. 211) comme père de Guillaume, et il est difficile d'admettre que cette 
belle chanson soit assez récente pour avoir transformé en personnage 
épique un vicomte de Narbonne mort en iiH? 1^ tradition qui fait 
prendre Narbonne par Aimeri, père de Guillaume et de ses six frères, 
est d'ailleurs tellement répandue au xii" siècle qu'il est bien invraisem- 
blable qu'elle ne remonte pas au moins au xi*. La vérité c'est que l'hy- 
pothèse de Fauriel, tout ingénieuse qu'elle est, doit être rejetée. Notre 
poème ne saurait en aucun cas être postérieur à 1134, date de la mort 
d'Aimeri II ; or comment un baron de Septimanie, qui passa sa vie à 
guerroyer dans le nord de l'Espagne, serait-il arrivé à devenir chez nos 
jongleurs normands ou français assez populaire pour être introduit de 
son vivant dans la tradition épique ? Fauriel pouvait croire la chose pos- 



I. Hlit. de la poésie piovtniak^ t. Il, p. 410- Hist. litt. de la France, i. XXII, 
p. 467; C. Hofmann, dans les Comptes-rendus des siancis de l'Académie de 
llnnich, 1871, p. j}8; Gautier, Ep. fr.^ t. III, p. J18. 



^a c. PARIS 

sible, parce qu'il jugeait nos chansons de geste bien plus récentes qu'elles 
ne sont, qu'il pensait qu'elles avaient suivi des modèles provençaux, et 
qu'il attribuait l'introduction d'Aimeri de Narbonne et de sa iille Ermen- 
jart dans le cycle épique aux troubadours qui effectivement entouraient 
celle-ci et l'ont chantée. Mais alors les poèmes provençaux en question 
seraient du milieu du xii" siècle, et leurs copies françaises ne pourraient 
guère être plus anciennes que la fm de ce siècle. Or il est certain, sans 
même parler de notre chanson, qu'Aimeri de Narbonne était célèbre bien 
plus tôt dans l'épopée française. 

On pourrait essayer de sauver au moins une partie de l'opinion de 
Fauriel en faisant le prototype de notre Aimeri non pas d'Aimeri 11 de 
Narbonne, mais de son père Aimeri I, qui tint Narbonne de 1080 à 
1105. Mais il faut avouer que toutes les circonstances qui rendaient 
séduisant le rapprochement fait par Fauriel cnire l'Aimeri des poèmes 
et Aimeri II disparaissent dès qu'il s'agit d'Aimeri I, et la vraisemblance 
de l'identification se réduit à l'identité du nom. Faut-il donc regarder 
cette identité, qui paraît s'étendre à trois personnages, comme pure- 
ment fortuite? Remarquons d'abord qu'elle est moins grande qu'on ne 
l'a dit. Le fils d'Aimeri II, qui ne fut d'ailleurs pas tué par les Sarrazins 
à Fraga, mais mourut avant son père, s'appelait Aimeri comme lui, 
et non Aimer. Ensuite l'existence d'une première Ermenjart, femme 
d'Aimeri 11, ne me parait nullement prouvée : elle figure, d'après Catel 
(Mém. pour servir à l'histoire du Languedoc, p. 585, 587), dans un acte 
de 1 1 26 ; mais dans un acte de 11^0 la femme d'Aimeri est appelée 
Ermessent. Je soupçonne une faute dans la lecture du premier acte, et 
je suis porté à croire qu'Aimeri II n'a eu qu'une femme du nom d'Er- 
roessent, et deux filles, appelées Ermenjart et Ermessent (voy. Hist. du 
Languedoc, éd. Dulaurier, 111, 691). La coïncidence se réduit donc à 
l'existence, dans l'histoire et dans la poésie, d'un Aimeri de Narbonne et 
d'une Ermenjart, sa femme suivant les poèmes, sa fille suivant l'histoire. 
Même ainsi restreinte, cette coïncidence est remarquable, et on ne peut 
guère y voir un simple effet du hasard. 

Je crois en effet que la coïncidence est voulue, mais je l'explique en 
sens inverse. Si le premier vicomte de Narbonne qui a porté le nom 
d'Aimeri avait été un étranger, investi à un moment donné de la seigneu- 
rie de Narbonne, le problème serait insoluble ; mais il n'en est pas 
ainsi : Aimeri 1 était fils de Bernard, et Bernard lui-même était le hui- 
tième descendant, de mâle en mâle, du Mayeut que nous trouvons établi 
comme vicomte à Narbonne au commencement du x' siècle. Il est fort 
vraisemblable que si Bernard, vicomte de Narbonne, donna à l'un de ses 
fils le nom d'Aimeri, c'est parce que le nom d'Aimeri de Narbonne était, 
vers la fin du xi* siècle, très célébré par les poèmes. Son fils en fit autant ; 



LA CHANSON DU PÈLERtNAGE DE CHARLEMACNE 4^ 

son p«it-fils, Pierre de Lara (fils de sa fille Ermessenl et successeur d'Er- 
mcnjart), suivit leur exemple, et nous trouvons jusqu'à neuf Aimeri parmi 
les vicomtes de Narbonne jusqu'à la fin du xiv' siècle. C'est exactement 
ainsi que le nom de Guillaume s'est perpétué dans les maisons d'Ommelas, 
des Baux, de Châlon et de Nassau, qui ont successivement possédé Orange, 
et qu'il est encore aujourd'hui porté par le roi des Pays-Bas'. C'est 
aiu même goût pour l'épopée héroïque, mêlé sans doute de prétentions 
généalogiques , qu'on doit attribuer le nom d'Ermenjart donné par 
Aimeri 11 et à sa fille. — H faut d'ailleurs remarquer, sur le nom 
d'Aimeri, qu'il devait être répandu à Narbonne avant le xt° siècle. 
Nous trouvons au x' un archevêque Aimeri de Narbonne' : il est fort 
possible qu'il fût de la famille des vicomtes, comme Pierre, frère de 
Bernard, archevêque de Narbonne et tuteur de son neveu Airaeri 1 à la 
fin du XI' siècle. Rien n'empêche d'ailleurs qu'au ix" siècle, époque à 
laquelle nous connaissons fort imparfaitement la suite des vicomtes de 
Narbonne, un d'eux se soit appelé Aimeri et ait transmis ce nom dans sa 
famille ; rien n'empêche qu'il ait été le véritable héros de la poésie 
épique, et qu'elle en ait fait plus tard le père des guerriers les plus 
célèbres dans le midi. 

Je crois avoir détruit le seul obstacle vraiment redoutable qui s'oppo- 
sait à la conclusion que je veux établir, et qui est d'attribuer le PcUri- 
lugt de CharUmagnc à l'époque antérieure aux croisades, au troisième 
quart environ du xi' siècle. Avant de terminer cette étude, il est bon de 
relire ce curieux petit poème pour voir si, en dehors de la fable elle- 
même, quelque détail ne nous fournira pas une indication sur l'époque où 
il a été composé. 

Dès le début, nous voyons Charlemagne prendre sa couronne au 
« rooutier Saint-Denis ». Cela nous rappelle une charte de Louis le Gros, 
datée de 1120, dans laquelle il restitue à l'abbaye de Saint-Denis la 
couronne de son père et s'impose une sorte d'amende pour ne la lui 
avoir pas remise plus tôt : jute et consuetudine... regem Francorum insi- 

gnia SMCto martyri deferunturK — La reine, en voyant son mari si 

irrité de son imprudente préférence pour le roi Hugon, lui offre de se 
soumettre à une épreuve judiciaire qui assurément, si elle avait bien 
tourné, aurait prouvé une protection spéciale de Dieu : 

Emperere, dist ele, mercit por amor Dca... 



I Cependant ici la coïncidence a commencé par être fortuite : le prsmier 
comte d Orange appelé Guillaume, Guillaume d'Ommelas, n'avait rien à faire 
avec Orange quand il reçut ce nom ; mais il était très répandu. Le nom d'Ai- 
aeri, au contraire, est assez rare hors de la famille de Narbonne. 

2. Hut. gin. du Ltneucdoc, éd. Dulaurier, t. III, p. iij, etc. 

j. Suger, Œuvra, éd. Lecoy, p. 44 i. 



44 G. PARIS 

Je m'escondirai J3, se vous le commdti, 
A jurer serement ou juise a porter : 
De la plus halte tor de Paris la citet 
Me lairrai contreval par créant dévaler 
Que ja por vostre honte ne fut dit ne penset. 

Certes nous sommes ici en pleine poésie, et des épreuves de ce genre 
n'étaient pas appliquées dans la réalité ' , mais ce moyen de se disculper 
auquel la reine a recours spontanément n'a guère pu être imaginé qu'à 
une époque où les épreuves judiciaires étaient tout à fait usuelles. — Le 
roi Hugue est empereur de Grèce et de Constantinople, 
E si tient tote Perse tresque en Capadoce. 

Ce nom de Cappadoce peut paraître bien moderne et bien savant. Il est 
en effet l'un et l'autre, mais dès le x' siècle il circulait dans le peuple, à 
cause de la légende de saint George, qui se répandit vers cette époque : 
on le trouve aussi dans te Roland {v. nyi). La mention de la Perse 
comme faisant partie de l'empire du roi Hugue semble bien encore indi- 
quer que le vers sur Us Turcs e. les Persans est une interpolation (voy. 
ci-dessus, p. 28). — Le roi prend son bourdon et sa besace « à Saint- 
Denis de France », comme le fit Louis Vil, mais, trait assez remarquable, 
c'est Turpin à qui est attribué l'office que remplit Suger en 1 1 47 ; les 
témoins de cet acte solennel, qui attira une si grande affluence, n'auraient 
sans doute pas fait faire par un autre que l'abbé de Saint-Denis la 
bénédiction des insignes du pèlerinage, — Les Français prennent leurs 
palmes à Jéricho, puis 

I OItrée! Deus aiel • crient e hait e derV 

Oltrie était le refrain d'une chanson propre aux pèlerins, et signifie sans 
doute proprement : « En avant! n On trouve aussi bien cri«r outrée que 
chanter outrée. Guillaume de Saint-Pair, décrivant le pieux empressement 
des pèlerins qui se rendent à une fête de Saint-Michel, nous les montre 
chantant des psaumes et des hymnes, et ajoute : Qui plus ne puet si chante 
outrée! Ou Deus aie! ou asusée (v. 765)! La chanson attribuée à la dame 
de Faiel (voy. Rom. VIII, j6o) dit au refrain: Dieus, tjuant crieront: 
outrée ! Sire, aidiés au pèlerin. Le Pèlerinage Renart se termine par ces 
vers : Lors ont crié : outrée! outrée! Si ont fête la retournée (le mot se 
retrouve encore dans Audigier). On en avait fait en latin ultreia; la 
chanson des pèlerins de Saint-Jacques, qui est du milieu du xit^ siècle, 



1 . Les épreuves étaient ordinairement déférées et non demandées, et celui qui 
les refusait, qui se recroyaU, avouait par la qu'il avait tort. On peut cependant 
rappeler ici la terrible épreuve à laquelle se soumit à Antioche le pauvre prêtre 
Pierre Barthélémy, pour établir l'authenticité de la sainte lance. 

2. Le ms. porte Ultrt, et la nouvelle édition lit : £ • utirt Deus aïe •. La 
bonne leçon avait cependant dé]4 été donnée dans l'article de M. P. Paris. 



U CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMaCNE 4$ 

a pour refrain : E ultreia! e suseia ! decantemut pariter {Histoire Uttèrairt 
de la France, i XXI, p. 277). Or c« rooi dans ce sens appartieni cer- 
uinement au xr siècle, puisque Landulf de Saint-Paul raconte qu'en 

1098 u Anselmus Mediolanensis archiepiscopus praemonuit prae- 

electam juventutem Mediolanensem cruces suscipere et cantilenam de 

tttirtia! ultreia! caniare. .. Atquead vocemhujus cruces susceperunt 

eteandem cantilenam de ultreia! ultreia! cantaverunt » (voy. Du Cange, 
I. V. Ultreia] , La forme du mot semble indiquer qu'il venait de France 
(quoiqu'il ne faille pas sans doute y reconnaitre 'ultrata, qui au xi* siècle 
aurait fait oltrede); il ne se trouve à ma connaissance dans aucune autre 
iangK romane. Notons que olirée est accompagné, dans deux des pas- 
ages que nous avons cités, de sosie (ou asusée), mot formé de même, et 
qui a le sens de : « En haut! » Susee se trouve aussi seul, et toujours, 
comme oltrée, mis dans la bouche de pèlerins : Quant se furent segnié si 
crièrent: susée (Antioche,t. il, p. 192)/ Sus^e de son côté parait avoir eu 
pour pendant vaUe, qui signifierait : « En bas! a Une bergère surprise 
s'écrie : « Susée Bartsch Sus see)! vaUe! » \Rom. et Past. Il, 612, var. 
Yalic! susée!), ce qui montre d'ailleurs ces mots en dehors de leur emploi 
ordinaire. Un autre cri des pèlerins était Dieus aie [au est à l'impératif), 
que nous offre notre passage, et où il ne faut pas reconnaitre le cri natio- 
nal des Normands. Guillaume de Saint-Pair fait chanter à ses pèlerins 
OBtrie, Deus aie et asusée; Pierre Barthélémy, quand il sortit, à Antioche, 
du feu où il était entré avec la sainte lance, cria : Deus adjuva [Hisi. 
Ou. des Croisada, t. III, p. 284)/ — Les chevaliers du roi Hugon sont 
vêtus 

de pailes e de hermines bians, 
E de granz pek de martre jcike as piez trains nz ; 

comme les chevaliers de La chanson de Roland, comme Ganelon, quand 

Oe son col jetet ses grandes pcis de martre, 
Et est remés en sun blialt de paile. 

— Charles exprime ainsi à ses compagnons l'admiration que lui inspire 
le palais de leur hôte (v. ^6^ ss.) : 

Seignun, dist ChjrJemaines, molt geat palais at ci ; 
Td nen out Alixandres ne li viclz Costaotios^ 
Ne n'eut Oisaos de Rome qui taoz honors t>a$tit. 

Les deux premiers noms se comprennent fort bien : ils étaient l'un et 
l'autre familiers à la tradition populaire ; mais qu'est-ce que ce Grisant 
de Rome qui bâtit tant d'honneurs, c'est-à-dire tant d'édifices somptueux ? 
C'est certainement le même personnage auquel plusieurs textes attri- 
buent également au moins un monument de Rome, le ChasUl Creissanî ; 
ce château est mentionné dam une chanson de geste perdue, dont j'ai 



^6 C. PARIS 

déji eu occasion de parler, dont Ph. Mousket nous a conservé l'analyse 
et qui a servi de base au poème postérieur de Fierabras ' : c'est là que 
les chrétiens se réfugient ; il en est également parlé, comme d'une forte- 
resse dominant la ville de Rome, dans le roman des Sept Saga en vers, 
éirit vers le milieu du xii' siècle d'après un original sensiblement plus 
ancien ; Gautier Map, dans le recueil indigeste, mais si curieux, dont 
un seul manuscrit nous est arrivé avec le titre de de Nugis Curialium, 
parle également du Castdlim Crescens. J'ai émis autrefois sur cette for- 
teresse dominant la ville une conjecture que des textes qui m'étaient 
alors inconnus viennent pleinement confirmer. Le château Saint-Ange 
est appelé Château-Croissant à partir de la fin du x* siècle. Ce nom lui 
vient du célèbre Crescentius. qui fut maître du môle d'Hadrien et exerça 
de lu sa domination sur la ville de Rome; c'est dans cette redoutable for- 
teresse qu'il fut assiégé par Otton II, et c'est du haut des murailles que 
son corps décapité fut précipité par ordre de l'empereur. Son nom 
resta longtemps attaché au « château » qui avait été l'instrument et le 
tkmter rempart de sa puissance ; toutefois ce nom ne se maintint pas l 
te souvenir de Crescentius s'effaça et l'ancien nom de « château Saint- 
Aage « prévalut de nouveau'. Le nom de « Croissant de Rome » dans 
notre poème est donc un indice d'antiquité relative. Quant à l'hémistiche 
qui le suit, n qui tanz honurs bastit », il ne faut peut-être y voir qu'une 
nwniére de finir le vers ; mais on peut lui accorder une valeur plus nette. 
lit peuple attribuait naturellement à « Croissant » la construaion du 
(hlttr«u qui portait son nom ; or il existe à Rome un édifice des plus 
CUiieux que plusieurs archéologues font remonter à la fin du x* siècle, 
^U* le peuple désigne aujourd'hui par les noms de Casa di Rienzi ou 
CM'i M f'il.ito, mais il a aussi été appelé CasadiCrescenzio^, et c'est sans 
(loulC! l'attribution la plus ancienne. Les pèlerins du xi*" siècle, dans les 
h :t"ls noire poète a puisé, voyant la riche demeure de « Crois- 

>u,t , ^ avoir admiré son imprenable château, devaient lui attribuer 

4Wlft« constructions encore, et en faire le grand bâtisseur dont parle 
(\M^vi' ■ ' iiUi^e. — Le roi Gotias [v. 4i4 n'est sans doute que le 
VfM^^ dont le nom se trouve sous la forme Golias dans plu- 

limu HWt» Utins. Un fantastique « roi Golias » figure dans le roman 
ttl f^wt^Wl. D'ailleurs Golias devait surtout être célèbre parmi les gens 



\',\, ft\A h*il Ji CharUKagne,f. 2^1 



fCSTl, 



Citittntii, appelé aussi casttllum ou Jomus Thio- 

MùWtnho^ iZeitsihr. f. d. Alt. XII, 519), sans 

Je Nibby. Gregorovius et Jordan. 

n'est pas antérieure au X« siècle, elle ne lui est 

Mttl^^MC ijuc de très peu; voy. Gregorovius, Geschichu der Sladt 



LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNE 47 

<\\à avaient fait le pèlerinage de Jérusalem, si l'usage mentionné dans un 
curieux passage d'Antonin de Plaisance au vi' siècle existait encore 
au xi< ; « Miiliario vicesimo de Jérusalem venimus in moniera ubi occidit 

David Goliam Jacet ibi Golias in média via, ad caput habens acer- 

Tum ingentem lignorura et super eum congeriem peirarum, ita ut ad 
millia viginti non possis invenire lapidem quem movere pos$is,quia usus 
est taiis : quoties quis illuc transierit, ternes secum defert lapides et 
eos projicil super ipsum tumulum; sic et nos similiter fecimus ' .» 
C'est un exemple à joindre à ceux du même usage qu'a réunis M, Lie- 
brecht dans un très savant article \Zur Volskunde, p. 267 ss.). — Le 
nom de ta fée Maseut (v. 4Î0), qui fait le vers trop court, est sans doute 
altéré, et je ne sais pas comment le restituer (M. Koschwitz lit Maseûz 
en trois syllabes, ce qui me paraît bien invraisemblable). En tout cas il 
ne faudrait pas voir dans la mention d'une fée la trace d'une influence 
celtique. Le mot fie remonte au latin fata et est inconnu aux Celtes. 
Dans toute l'épopée carolingienne on trouve la mention de fées célébrées 
comme tisseuses ou brodeuses d'ouvrages merveilleux, mais n'interve- 
nant pas autrement dans l'action. — Il est dit de la couverture « ouvrée » 
par cette fée : 

Mielz en valt ti conreiz te trésor l'amiral. 

Cet emploi du mot amiral absolument, comme signifiant sans doute le 
commandeur des croyants, Vamlr al moumenim, ne se rencontre pas ail- 
leurs à ma connaissance et me parait être un indice d'antiquité. Le 
Roland emploie amlrail pour Baligant, qui est bien le chef suprême des 
Sifrazins, mais aussi pour d'autres. 

Si touteS' les relations que nous avons pu établir entre notre poème et 
les données de l'histoire ou de la tradition nous ramènent à une époque 
très reculée, il en est assurément de même des mxurs qui y sont 
dépeintes^ du style, en prenant ce mot dans son sens le plus général, 
c'est-à-dire la manière de comprendre les caractères, de poser les per- 
sonnages, d'exprimer les sentiments. J'ai déjà fait remarquer la naïveté 
brutale avec laquelle Charle et ses douze compagnons s'enivrent et 
l'avouent le lendemain ; d'autres traits ne portent pas moins l'empreinte 
d'une simplicité qui va jusqu'à la grossièreté. En regardant la charrue 
d'or du roi Hugon, Guillaume d'Orange s'écrie : «Par saint Pierre! 
si je la tenais en France, et que Benrand fût avec moi, nous aurions 
vite fait de la mettre en pièces à coups de marteaux. » De même l'admi- 
ration des douze pairs pour le palais de leur hôte se traduit par cette 
exclamation : « Plût à Dieu que Charlemagne l'eût conquis en bataille ! '> 
Olivier jette un regard à la fille du roi Hugon, et dit aussitôt entre ses 

I. Éd. de la Société de l'Orient latin, p. 108. 



48 G. PARIS 

dems : « Plût au roi de gloire, de sainteté, de majesté, que je la tinsse" 
en France ! j'en ferais tout mon plaisir. » Et son gdb, au sujet de cette 
jeune fille, manque essentiellement de délicatesse. — Le style au sens 
purement littéraire est peut-être de tous les arguments que j'ai réunis 
celui qui est le plus convaincant. Il frappe irrésistiblement par son carac- 
tère archaïque tout lecteur habitué à notre ancienne langue : il présente 
au plus haut degré cette élégance concise, même elliptique, cette allure 
saccadée, cette absence de transitions, et en même temps celte extrême 
précision des termes et ce réalisme dans le détail qui donnent tant de 
grâce et d'originalité aux monuments les plus anciens de notre poésie 
nationale. Il offre souvent des obscurités, qui ne tiennent pas toutes à 
l'altération du texte ni à notre connaissance imparfaite de l'ancienne 
langue, qu'on peut sans doute reprocher au poète, ainsi que le défaut de 
proportion de son œuvre et de son style, mais qui, si j'ose le dire, ne 
nuisent pas à l'effet produit sur nous par ce conte étrange et fantastique, 
où les accents de la plus noble poésie épique se mêlent aux éclats du 
rire le plus abandonné, où le poète semble se plaire à dérouter ses audi- 
teurs et à les faire passer par les sensations les plus soudainement 
diverses, comme le roi Hugon s'amuse à fasciner ses hôtes en faisant 
tournoyer, au son des cors de bronze et des tabours, la grande salle de 
son palais. 

J'ai dit plus haut que la différence de ton qui se fait si vivement sentir 
entre notre poème et quelque ancienne chanson purement épique, comme 
le Roland ou le Charroi de Nîmes, tient en partie à ce qu'elle n'était 
pas destinée au même public. Notre vieille épopée est primitivement la 
poésie des hommes d'armes, des barom et des vassaux : les jongleurs 
chantaient leurs œuvres ou celles des autres soit dans les châteaux, soit 
en accompagnant les expéditions guerrières ou même en engageant le 
combat. Mais bientôt ils cherchèrent naturellement un public plus nom- 
breux et plus varié, et profitèrent des assemblées qu'attiraient les pèleri- 
nages ou les foires pour y faire entendre leurs chansons. Celles qu'ils 
composèrent en vue de ce nouvel auditoire, naturellement très mêlé, 
durent avoir un autre caractère que les anciennes, tout en leur emprun- 
tant leurs personnages, leur cadre et une partie de leur inspiration. Le 
spirituel auteur du P'derinage nous offre dans son petit poème un des 
types les mieux réussis des productions de cette catégorie : il ne s'appuie 
que très légèrement sur la tradition, il mêle le comique au sérieux, il 
place les héros consacrés dans des situations toutes nouvelles et qui con- 
viennent peu à leur gravité, en un mot il se joue des données tradition- 
nelles, et au lieu de chanter, comme les poètes antérieurs, ce qu'il croit 
vrai, il trouve ce qu'il juge amusant; il est complètement au-dessus de 
son sujet et le façonne avec toute la liberté de l'artiste, tandis que les 



^ 
4 



La chakson du pèlerinage de CHARLEMAGNE 49 

pères de notre épopée étaient dominés par la a matière », et ne s'atta- 
chaient qu'à reproduire aussi fidèlement qu'ils en étaient capables l'ins- 
piration qu'elle leur fournissait. Ce caractère personnel de notre poème, 
à une époque si reculée, est un de ceux qui le rendent le plus digne 
d'attention. 

il excite encore l'intérêt par plus d'une autre circonstance. Il nous 
offre le plus ancien exemple du vers de douze syllabes, coupé en deux 
bémistiches : VAltxis et le Roland sont écrits en décasyllabes. Certes 
l'auteur du Pèlerinage n'est pas l'inventeur de ce qu'on a bien plus tard 
appelé l'alexandrin, mais il a précisément le mérite de nous apprendre 
que dès le milieu du xi' siècle ce vers, destiné à une telle fortune, et qui 
paraît n'être qu'une extension du décasyllabe, s'en était dégagé et se 
prétait comme lui à être aligné par les poètes populaires en bisses asso- 
nantes et à être chanté avec accompagnement de vielle ou de rote (voy. 

V, 41}, 8î7l. 

Ce qui donne encore plus de valeur à la chanson héroi-comique du 
Pèlerinage, c'est que nous avons le droit de la regarder comme le plus 
ancien produit de l'esprit parisien qui soit arrivé jusqu'à nous. Nous 
avons vu qu'elle a été composée pour être chantée à la foire de l'Endit, 
entre Paris et Saint-Denis ; tout nous indique que le poète était de l'Ile- 
de-France et sans doute de Paris. Il ne mentionne dans son poème, 
outre Paris et Saint- Denis, que deux villes, Chartres et Châteaudun. — 
Quand Olivier s'éprend d'amour pour la fille du roi, il souhaite de la 
tenir « en France ou à Dun la cité |v. 406) '. » Ce passage est précieux, 
parce qu'il nous conserve peut-être une ancienne tradition sur la patrie 
d'Olivier, si obscurément indiquée dans le Roland, et transportée depuis 
dans une région où certainement elle n'était pas à l'origine. Quand 
Charlemagne veut justifier auprès du roi Hugon les gabs qui ont irrité 
celui-ci, il lui dit que ce jeu d'esprit est un usage des Français. 

Si 'st tel costume en France, a Paris et a Chartres, 
Quant Franceis sont colchiet, que se giuent et gabent, 
E si dient ambore e saveir e folage. 

Il est probable que dans des vers qui auront disparu à ]a fin du poème 
Ivoj. ci-dessusi , l'auteur nommait aussi Compiègne, pour laquelle Charles 
avait rapporté le saint suaire. — Mais c'est sur Saini-Denis et sur 



I. M. Koschwitz croit reconnaître Dijon dans ce Dun. M. Fcerstcr objecte 
awc toute raison que Dijon ne peut être monosyllabe; il propose de supprimer 
o \tn France u a Dun la citet), et de lire a Laon la citct. — Dun est usité pour 
Cfeaj^/Jun précisément au XI' siècle ; on trouve Dunum en 1061 et Civitas Duni 
ta 1089 (Merlet, Dictionnaire topographi^ue d' Eure-et-Loir). Laon ne figure d'ail- 
leurs que dans une série de poèmes dont la forme primitive est antérieure aux 
Capétiens: cette ville y est considérée comme la capitale du royaume; notre 
poime, tout parisien, ne la connaît pas, 

Romania, IX 4 



)0 LA CHANSON DU PÈLERINAGE DE CHARLEMAGNB 

Paris que porte son principal intérêt, Charlemagne prend sa couronne à 
l'abbaye de Saint-Denis (v, 1-2'i, et fait ensuite son offrande à l'autel 
principal (v. 60) ; il reçoit à Saint-Denis son bourdon et sa besace de 
pèlerin (v. 861 ; aussitôt revenu de Constantinople, il se rend à Saint- 
Denis, se prosterne devant le tombeau du saint, et dépose sur l'auiel 
la couronne et le clou qu'il a rapportés (v. 85?-866). Paris n'est pas 
moins familier au poète ; il se représente Charlemagne comme séjournant 
et tenant sa cour n a la sale a Paris (v. 61), ainsi qu'il le voyait sans 
doute faire au roi Philippe (d'Aix et de Laon pas un mot) ; c'est à Paris 
qu'il arrive tout droit en revenant d'Orient (v. 852); quand la reine 
veut subir pour se disculper une épreuve solennelle, elle offre de se 
laisser tomber « de la plus haute tour de Paris la cité (v. 36). s II est 
fâcheux qu'elle n'indique pas plus précisément celle qu'elle choisit pour 
cette expérience : nous aurions là un précieux renseignement. 

J'ai déjà fait remarquer que l'esprit de noire petit poème est éminem- 
ment parisien et rappelle le roman bien postérieur de Jean de Paris. La 
capitale de la France jouit au xi'' siècle, sous le gouvernement sage et 
pacifique des premiers Capétiens, d'une longue période de tranquillité, 
qui dut être aussi une période de prospérité. Il s'y forma, au-dessous 
du monde brillant qui entourait le roi et la cour, une riche bourgeoisie, 
très convaincue de la supériorité que le séjour du roi donnait à Paris sur 
les autres villes de France, et sans doute déjà libérale, spirituelle, posi- 
tive et quelque peu frondeuse. L'épopée nationale, née dans les pro- 
vinces et toute pénétrée de l'inspiration âpre et belliqueuse de la féodalité, 
devait subir une réfraction toute particulière en pénétrant dans un milieu 
si différent. C'est probablement dans le voisinage de la cour, mais dans 
des sphères plus hautes, sous l'influence directe de la royauté, que la 
chanson de Roncevaux a pris fa forme qui nous est parvenue ; en face de 
cette poésie chevaleresque le Pèlerinage de CharUmaj^ne me paraît repré- 
senter la poésie bourgeoise; l'un de ces poèmes a dû, comme on aurait 
dit au xvu" siècle, plaire à ta cour, l'autre surtout à la ville; les Parisiens 
qui, il y a huit siècles, entendirent pour la première fois, à la foire de 
l'Endit, le conte merveilleux dti voyage de Charlemagne en Orient, n'en 
adorèrent pas sans doute avec moins de dévotion les reliques exposées 
à Saint-Denis; mais ils furent charmés des péripéties de la chanson qui 
en racontait l'histoire, ils rirent avec leurs femmes des gabs des douze 
pairs et de la déconvenue du roi Hugon, et ils restèrent plus fermement 
convaincus que jamais que nulle nation ne pouvait se comparer aux 
Français de France. « Nous n'irons jamais dans un pays, répétaient-ils 
avec le poète, où nous n'ayons l'avantage et l'honneur. » 
Ja ne vendrons en terre nostre ne seit 11 loz. 

Gaston Paris. 



TRAITÉS CATALANS 

DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 

(Sidte*). 



IV. — Jaufré de Foxa. 

Don [fiigo Lopez de Mendoza, marquis de Santillana, prévoyant que des 
lecteurs, plus prompts à critiquer autrui qu'à composer eux-mêmes, pourraient 
reprocher à sa poésie certaines répétitions de rimes ou de vers, se défend par avance 
dans la préface de ses Proverbios en disant que dans les poèmes d'une certaine 
longueur de telles répétitions sont permises. Aussi suppose-t-il que ces critiques 
ne pourraient émaner que de gens ignorants, < los cuales, * dit-il, « creeria 

< non aver leydo las Régulas del trmar escriptas e ordenadas por Reuon Vidal 

< DE Besadug, orne assaz entendido en las artes libérales e gran trovador ; nin 
c la continuûçion dtl trmar fecha por Jdpre de Foxa, monge negro, nin del 
• maillorquin ilamado Berenquel de Noya ; nin creo que ayan visto las Le-jes 
f del Consistorio de la gaya dotrina que por luengos tiempos se trovo en el 
c collegio de Tolosa, por autoritad e permission del rey de Francia '. » 

Un contemporain du marquis de Santillana, Don Enrique de Villena, s'ex- 
prime ainsi dans son Artt de trobar ou Gaya Sciencia : f El Consistorio de la 
f gaya sciencia se formé en Francia en la cibdad de Tolosa por Rauon Vidal 
c DE Besal(> 3... Este Ramon, por ser comenzador, no fabl6 tan complida- 

< mente. Succediôle Jofre de Foxa, monge negro, e dilaté la materia, llamando 
t a la obra que hizo Continuacion del trobar. Vino despues d'esté de Mallorca 
t Belenguer de Troya {sic), i 6zo un libro de figuras i colores rhetoricos*. » 

1. Voy. Remania, VI, }4i, et VIII, i8i. 

2. Obras de don Inigo Lopez de Mendoza, marques de Santillana..., compiladas 
e illttstradas ... por D. José Amador de los Rios. Madrid, 1852; p. 28. Le 
passage des Leys que le marquis de Santillana a pu avoir en vue se trouve au 
t. 1, p. 140. 

3. Il est à peine besoin dédire oue cette assertion est tout à fait erronée. 

4. Mayans 1 Siscar, Origenes de la lengua espaiiola. Madrid, 1737, II, }22. — 
Nous n'avons pas l'ouvrage d'Enrique de Villena dans son entier ; nous n'en 



- .7 ;- du XV" siècle environ, 

. . ..: Jauiré de Foxa et sur 

; :;s. C'est d'après le mar- 

: ri-jé Raimon Vidal parmi 

-:-e juteur qu'il mentionne 

:; • Berengarius de Noya^ ». 

_ • :; N.7a se trouvaient dans le 

-_ r.irin: perdu et, selon toute 

..-Lt: zizi la copie conservée à 

_ --.:'.. Présentement occupons- 

-.• .r; ■. ni M. Mihi y Fontanals, 

. .::S. ;es premières et les der- 

■. -. :; rechercher de quel lieu il 

..■ :ji.-d. c'est que je ne trouve 

• •■.:-■ ou Foja, mais seulement 
:-.:iblement le lieu cherché". 

.•;-:-v-::n, Torres Amat n'avait 
. - ; jnage du marquis de San- 

..:.-:té sutfisante : le ms. con- 

•:;-::.-n qui manque à notre ms. 
>; Jéduit de son prologue où 

.-..•.-Je de Jacme, roi de Sicile. 

• -iT 1286 au 23 juillet 1291, 
■; i'.-\rai:on, laissé vacant par la 
-:--ut le ;i octobre 1527. La 

i son protecteur, semble indi- 
=■■ c? cas, Jautré écrivait-il à la 

• e dire, ne trouvant ni dans le 
:.- .-enseignement sur l'activité 



NÎ.:V3ns, abrégé ainsi indiqué à 
;■:? Je trobar, de Don Ennque 
.- r Ticknor. History of spanish 

. tjt d'une faute de lecture. 
->S. Il, 576. 



:■ .' r.::;o Je los c sentons cala- 

: .".îutre y est intitulé ArU poeticj, 

• «■ h.ilia entre los papeles de 

.-. \ou!u probablement écrire, — 

'..Î-. uc . — I uno de Lis siete 



.\rij;oa mourut d'un accident de 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE JJ 

littéraire des Catalans i la cour de Jacme, soit comme roi de Sicile, soit comme 
roi d'Aragon '. 

Le but que s'est proposé Jaufré de Foxa est clairement exprimé dans son 
prologue. • Raimon Vidal de Besaudun, dil-il en substance, a fait un traité inti- 
lolé Rtglti Je trobar. Ce traité n'est pleinement intelligible que pour ceux qui 
entendent la grammaire \grjmmatica, le latin). Mais, comme • trouver » con- 
vient à beaucoup de personnes qui ne savent pas la grammaire, je me suis 
attaché i composer un traité qui fût à leur portée. » Il est permis de douter que 
notre auteur ait atteint son but. L'opuscule de R. Vidal n'est, il est vrai, 
qu'an recueil de remarques ou de préceptes isolés et assez mal groupés. Mais 
il s'en but que l'écrit de Jaufré de Foxa soit plus complet ou mieux composé. 
On y trouve des régies de composition littéraire, de grammaire, de venification, 
le tCDt, non pas jeté au hasard, — car l'auteur annonce son plan (^ 2) et s'y 
conforme, — mais groupé selon un ordre très imparfait. Du reste, toutes ces 
remarques, quelles qu'elles soient, sont fort élémentaires et par conséquent peu 
instructives. Notons cependant les observations du § 40 sur la Faute que com- 
mettaient certains Catalans en ne tenant pas compte, dans les rimes, de l'r des 
mots en ars, irs, in, ors, ats. C'est qu'en effet IV dans cette position se faisait 
i peine entendre*. C'est aussi en Catalogne, bien que Jaufré n'accuse pas nommé- 
ment ses compatriotes, qu'on faisait rimer les toniques ( fermé ipoJer)^ e ouvert 
(»trj), ir {cavallier). De telles rimes, blâmées par notre auteur (^ )7-8), sont très 
fréqoentes chez Raimon Lui]. Notons enfin la mention, entre les langages appro- 
priés à la poésie, du sicilien, — ce qui pourrait faire croire que l'auteur écrivait 
en Sicile, — et du gallicien, désigné par l'expression espagnole galUgo (^ 11). 

L'importance du texte, qui voit ici le jour pour la première fois, consiste sur- 
tout en ce qu'il constate théoriquement ta tendance des Catalans à assimiler 
leur idiome au provençal. Il ne paraît pas que jusque vers la fin du moyen âge 
les Catalans aient eu conscience de l'individualité de leur langue. Leurs premiers 
poètes composent en provençal ; le petit traité de R. Vidal est aussitôt adopté 
par eux et leur fournit un nom, celui de • langue limousine >, qu'ils acceptent 
aussitôt, par lequel ils désignent leur idiome littéraire, à l'opposition du catalan 
(cttalanach, ^ 1 ij, leur idiome vulgaire, et qui, chez eux, a joui et jouit encore 
d'une popularité qu'il est loin d'avoir obtenue au nord des Pyrénées. Enfin ils 
adaptèrent à leur usage les compositions grammaticales de l'école de Toulouse, 
dont plusieurs, comme on le verra par la suite de la présente publication, 
n'ont été conservées que par eux. Et cependant, tandis que, pour certains 
points spécialement étudiés par R. Vidal, tels que la déclinaison, les écrivains 
catalans se soumettaient aux règles provençales, pour le reste, ils écrivaient 
naturellement leur idiome, ne croyant pas s'écarter du pur limousin des Reglas 
dt trobar. L'écrit de Jaufré de Foxa, malgré ses tendances provençales, est du 



1. Ticknor(I, Z90, éd. de 1865) dit seulement : t If Alfonso the third and 
James the second were nol themselves poets, a poelical spirit was found about 
tbeir persons and their court. ■> 

2. Voy. Mussa6a, Catalamsckc Vcriion dcr Sicben wdstn MasUr, préface, 
n* j6. 



■:.- ;;5 altérations causées par 

■ :'.. notre Jaufré aime à citer 
-rc-ruver toutes ses citations, 
.c.rcïs maintenant perdues '. 

P. Mlykk. 



:î foxa. 

• :.-. ietrobar savis e enten- 

- -; «jber, en llurs trobars, 
;:C':rae ensenyament per 

- jijtet e fe un libre qui es 
■: r.jils homs no puga per- 
■ ." . e trobar sia causa que 
; i dachs, a marqueses. a 
;- er.cara a altres homens 
r..;j : eu, en Jalfrks de 
:-."a.. per la grasia de Deu 
. zrantmen studiey e pessey 
::;:rina en romane per que 
:rs en ■ sobtil e clar engvn, 
:r:bar. E si alcuna causa de 
■: piatz fort que la pusquen 
iùVîLA m'o ensenya en una 



::;. ■;■-? "ai '-min pour vérifier les 

;- ::.\ c;î.!t:<-ns de FerramaRnino : 

■..■: :• ■•."• ^•'' Tcrrama^nino i GirauJo 

\ ■ .-:-< >a r:-.ce Kwn Jon Dieus ijut' 

V .■-T.ir.wu l'avait trouvée de son 

X. 1 jj:::' e^t celle des w. :24-^, 

• -. .. Malin. GV.î.fAft-, n' :t-i. 

"r: ■•'"-■• — 4- /■■"«'"''■''/II)» emprunta 

.". .■.■••. -ir." — C-. Ces vers sont Jort 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE JJ 

Nota quantes causes deven esser guardades en trobar. 

3. En trobar deu guardar cascus nou causas, ço es saber : rayso , ma- 
neyra, nombre, linaige, temps, rima, cas, lengatge, article. 

;. Rayso deu hom guardar per ço cor ■ la mellor causa que ha mestier 
totz cantars es que la rasos sia bona e que hom la vage continuai! , ^o es 
a entendre que de aquella rayso que començara son cantar, perfassa lo 
mig e la fi. Car si tu començes a far un sirventesch de fait de guerra, o 
de reprendimen o de lausors, nos conve que y mescles raho d'amor; o si 
tas canço o danza d'amor, nos t[r)ayn que y mescles fait d'armes ne mal- 
dit de gens; si donchs per semblances no o podielz aporlar a raho. 

4. Maneyra es que d'aytantz rimz 00 faras la primera cobla faces les 
ailres, e que les rimes de les cobles sien serablantz en llur loch e pars 
en sillabes, en axi que la primera rima de la primeyra cobla sia semblan 
a la primeyra rima de la segona cobla. e atressi a la primeyra de totas 
les altres cobles; e la segona rima de la primera cobla a la segona rima 
de les altres cobles. E en axi deus ap[ar|ellar lotes les ailres rimes. Em- 
pero be potz far la primeyra cobla d'unes rimes e cascuna de les cobles 
d'altres rimes; potz fer las primeyras duas coblas d'unas rimas e dues 
altres coblas d'altres rimes, e les altres cobles d'autres rimes. E aço es 
maneyra, que axi com començaras perseguesques ; pero tota hora 
deven esser les cobles d'un nonbre e en rimes e en sillabes. 

Nota que es nombre, 

5. Nombre es que ajustz una causa ab una, e moites causes ab moi- 
tes, axi con bom ditz le reys ve, o s'en va) ; e aquell reys non es mas 
.]., e aquell ve e aqueyl vay non parla mays d'altre, per que s'acorden. 
E aque&tz nombres etz' appellatz singulars. Atressi, [cant] ditz hom ti rey 
venon, s'en van, e abduy li rey, son duy e 5 son mays, e axi son moitz, e 
aycell motz vtnon, s'en van parla de raotz, per que s'acordon ; e aço es 
appellat plurals, per que es dit be. Mays le reys venon s'en van es fais, 
car aquests motz U icys parla d'un, ells venon raostra que sien motz; el 
vtnon significa que sien moltz+, perque séria fais en nombre, don es obs 
que d'aço se gart totz homs. Empero, si tu pauses dos nomenetiuz sin- 



iorrompui. On en trointra un texte plus correct dans U Parnasse occitanieo, p. ryi ; 
Jiftz au qualriime vers : Si per dreg m'o contraditz. 

I. Cor, qui se rencontre souvent ici concurremment avec car, n'est pas une faute; 
onen a d'autres exemptes. Cf. Chabaneau, Rev. des I. rom. 2,1, 513,^ propos du 
». 1 1 1 1 du roman catalan des Sept Sages. La mime forme est releva au glossaire 
ie itttx textes catalans publiis par M. B. Muntaner sous ce titre : Invencion del cuerpo 
de S. Antonio abad e Historia de la hija del rey de Hongria. Palma, 187J. — 
2. Corr. es. — 3. Corr. o? — 4. Corrompu? Il faudrait, et semble, cui, ou iiefui- 
M/cn( ... parla a'un, e venon o s'en van mostra (ou signJÀca) que sien niotz. 



J4 

pur catalan, <. 
les copistes. 

Comme K. 
les troubado! 
dont quelque 



ra pinral, per ço car duy 

. -se 3E à m nominatiu plural ; e 




xrço cor lo verb singular 
a axi coin qui desia : 



I. Lo» <■•: 
denz, vesei 
a donar a < 
que pogues 
appellat Ht 
fetament e;-. 
pranga} a 
princeps, s 
laichs li pi 
FuxA, per ; 
rey de Sicii 
a dar, sego 
cells qui nv 
pusquen mi! 
reprenimer.i 
esmenar se.: 
sua canço c. 



. ^K X xsKni, axi com qui desia 
.;y^ sm. -xna. Mas, dir rey s fronça, 
s, - s'xanâ. axi com qui desia 
gt 3nn ffS pariar de linatge. Em- 
B :. jcs quais son appellats en 
;£ jsMni; axi com qui desia 
f ilrs qu'en hi ha semblantz 
■ se§uir aquesta manera e 
; qui fenexen en entz, el 
"^ -^ ja. ttaenz, jausenz en lo roas- 
g^ jBseai, manenîa, e d'alcunz 




^ ^.^ a. Tsaps sia semblant e acor- 
■*■" . ^^ tuam^s qaem do rich joy, car 
'*" , jcs^ ?* V^^ s'acorden ; e per 
"^^Zats «0**^ *^" i"*^'" presen temps 
~ _j ^atat. axi com qui desia yeu 
■^ ' -, .-awr; per que d'ajso te deus 



1 . Les rei 
citations de . 
la première <■ 
le Koux, tai. 
repaire (Hcrr 
côté ; voy. . 
tirée de la p 

2. Corr. i. 
à R. Vidal, ... 



^g^^ S ievets saber que son dues 
"*V^ a aK Jo accent del mot se fay en 
•'■"^l* j yag. e molts d'altres qu'en hi 
* ^*^tfa » ^tuat lo accent se fay en la 
^ jfx «ix« com fiasença, sofrença, 
"^^ .-yitf «oHiRts a aquestz. En alguns 

"** "m Ja"*- * *° aquella cove de fer 

*J* . 

^ jflB j ns, — 2. Corr. entz. — 
*»• ' ^ jai *w <"« Leys, II, 70, — 4. Ou 



ilS* 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 57 

per força l'accent; en axi co pas, franchi, larcns, e d'altres asats; e a les 
veu es le motz de dues sillabes, axi co do[m]pney, vensd, tcnza ; e del domp- 
itej fac l'acceni en la derreyra sUlaba, e del vensa e del tema en la pri- 
meyra sillaba. Encara, a les vetz, es le motz de très sillabes axi corn 
jioiimenz, a les vetz de quatre, axi com mahtralmenz; a les vetz de cinch, 
aii com amoroiamentz. Pero, de qualche longaria sia, l'accens s'a afTer 
en la derrera sillaba o en aquella que denanl li estay pus près. 

Nota que es accent. 

9. Accent es con hom agusa la votz e la rete pus en una sillaba que 
en altra, en axi co conexenz, que en aquell xenz qui es derrera sillaba 
s'agusa pus la votz que en les altres sillabes; o en axi co benanança^ co 
en aquell nan qui es denan lo ça, s'agusa plus lia vois que en les altres. 
E si vols saber en quantes Hêtres se deven acordar les rimes, guarda en 
quai sillaba se fay Paccent, e en la primera letra vocal de aquella sillaba 
tu comença apropellar ' e comptar las letras -, e primeyramen pausa aquella 
vocal e puys las autres qui après li venen. E aço deus far quant l'accent 
se fay en la derrera sillaba o quant se fay en aquella qui es denant la 
derrieyra : en la derreyra axi co plasenz es aquell sens, per que, laxada 
aquella letra s, deus pendre e començar la rima en aquell cnz, car la s, 
DO es de la rima com aquella e sia la primera e sia letra > vocal de la 
sillaba, per que li ve a rima gens o sofrens. Attressi deu hom far quant 
l'accent se fay en la sillaba que es denant la derreyra, axi com semblunsa; 
la sillaba que esta pus près denant la derreyra es blan, perque devets 
començar la rima en aquella letra a, e puys que pauses totes les autres 
ieires, per que li ve a rima França dança. F. sapias que' las letras vocals 
que son cinch, scilicet a, e, i, o, u. Donchs que faras si trobes aquesta 
rima uensa? car aquella letra u, es la primera letra vocal de la sillaba en 
b quai se fay lo accent ; e per aquella raho qu'ieu t'ay ditxa dessus, deu- 
ras començar la rima en aquella leira vocal u, e puys que pausaces totes 
les leires altres per orde. Mas certas non es tengut, per ço car aquella 
letra a te aqui loch de letra muda e no sona axi coma vocal, e puys 
per[t] sa natura en lo so, raho es que perda son dret en la rima ; e quant 
ne trobaras semblantz fay atretal. Empero d'aquestes vocals nenguna 
no pen son so, sino lesdites dues u s i : u pert son so axi com yensa, 
vayre, wstrt ; i pert son so axi com qui diu /«, jors, lonjana : e per 
aquesta raho vensa fay rima ab unsa, e nostrd ab vostra e vayre ab layre. 
E atressi es rima /'« ab bes, e jors ab amors, e lonjana ab senana ; per 
que seguiras aquesta manera com ne trobaras de semblanz. E deuts 
entendre que nulls motz qui facen rima no deus tornar altra vetz en loch 



I . Cerr. atropelUr ? — 2 . Corr. com aquella e sia la primera letra. — 3 . Corr. de ? 



58 p. MEYER 

on fassa alira rima en lo cantar que faras, sia que tu començes lo cantar 
que y respones, si donchs aqueli motz no habia divers entendimentz ; 
e per eximpli mostri le aysi una cobla : 

Eu faray canço en may, 
No per tal c'adoncs am may, 
May car e[u] acordat m'ay 
Que si |am deu valer may 
Mi donz, hon ay lo cors mes, 
Qu'eras m'ajut* com ops m'es; 
Car sim davall jor sine mes, 
Manjan nom voyrion * mes, 
Tais es la dolors qucm^ puny ; 
E noi vuyl exir del puny; 
C'ades a ley servir puny, 
C'avan totz bos (los) vasalls puny. 

Encara polz tornar o mètre en ton cantar un mot dues vetz, ab que 
la una vetz sia verb e l'altre nom, e[n] axi com qui desia : 
Tarn ammidonz cors azaut 
Que d'altr'amar no m'azaut. 

Primers azautz es nomen, e l'altre es verbs. E per senblant maneyra 
potz usar dels altres motz quan loch sera. Atressi potz tornar en la segona 
cobla una o dues o très o tôles les rimes de la primeyra cobla, ço es a 
dir los motz qui fan rima, ab que en totasias autras coblas seguenz faces 
atretal. E aço, qui ho sap fer, es gin e maestria^. 

10. Mas deu cascus guardar forment car ii hu s'alonguon e l'autre 
s'abreujon a la fi. Alongar apeyl eu quant aquesta leira ; o z se pausa a 
la fi : s, axi com bes o merces, reys savh; z, axi com sufrentz, amatz, 
grazitx, celatz, e moitz d'altres; car si tu pauses bis la on deus pausar 
be, pauses sofren la on deus pausar sofreniz, fas fallimeniz gran contra 
cas; e mostrar t'em en son loch, al miels que porem ni sabrem, quant 
los deuras abreujar o allongar. 

11. Lengatge fay a gardar, car, si tu vols far un cantar en frances, 
nos tayn que y mescles proençal ne cicilia, ne gallego, ne altre lentgage 
que sia strayn a aqueli; ne aytanbe, sil faç proençal, nos tayn que y 
mescles frances. ne altre lengatge sino d'aquelt. E sapies que en trobar 
proençales se enten lengatges de Proença, de Vianes, d'Alveryan e de 
Limosi, e d'altres terres qui llur son de près, les quais parlen per casi. 
Empero, si tu irobes en cantar proençal (si alcun mot qui sia frances o 
catalanesch, pus hom aqueli motz diga en Proença o en una d'aquelles 



I. Ms. maint. — i. Corr. Maniar nom volria .j? — j. Ms. auen. — 4. // 
devrait y avoir ici une rabriijue sar les cas. — 5. Imilè Je R, Vidal, id. Sungel, 
p. 70, lignes 4-7. ou Remania, VI, J46, if 6, cf. la note. 



TRAITÉS CATAUNS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 59 

terres qai han lengatge covinent, los quais lors son près, aquells motz 
potz pusar o mètre en ton trobar o en ton cantar' ; e si ayso fas, no 
potz dir per axo que sia fais. E de les damunt ditz motz potz pendre 
exiinpli per aquesu pa'u, va, sus, e d'alires moiz qui son frances e 
lemosi, axi com dona castell, saber, haver, e moltz d'altres qui son cala- 
Unz e proençals, mes en los caniars son mes proençais que alires. 

Aci paria dels articles. 

12. Articles son .vij., ço es saber, U, le, la, lo, e aquestes se ajusten ab 
Romen singular; //, las, los, aquests se ajusten ab nomen plural. En singular 
s'ajusta aquell // ab mot femeni allongatz, lo quai [es] en cas nominatiu, 
ïxj com // ciutatz es bella^. E atressi s'ajusta ab mot femeni qui fenesca 
en a, sol que aquells motz sia nominatiu, axi com // reyna ve. Le s'ajusta 
ab mol singular qui sia masculis e allongatz, axi com le reys ve. La 
t'ajusta ab toi femeni qui sia singulars e abreujatz e que fenesca en a, e 
que no sia nominatiu, axi com eu vcy la tor, o la dona, o ta rtyna. Lo, 
t'ajusta ab toi mot masculi abreujat en singular, en axi com no am lo 
mon ne lo stufaytx. En axi li e la, en singular, son femeni, e le e lo son 
masculi; //, en plural, s'ajusta ab tôt mot abreujat, en axi com // cavalier 
tenon o U rey guerrejon, e aquell mot sion masculi. Las s'ajusta en plu- 
ral ab tôt femeni, en axi co las flos venon, o eu vey las donas. Los, en 
plural, s'ajusta ab toi mol masculi qui sia allongatz, en axi con ta vey los 
urallers, li falco lian près los agros. Empero eu t'en diray pus breu 
régla : En nominatiu singular masculi ditz e met hom le, e en femeni ditz 
e met hom li. En los alires cazes del singular ditz hom lo, si es masculis, 
c si es feroenis ditz hom ta. En plural, si es nominatiu masculis, ditz 
bom II, e en los altres cazes ditz hom los; c sil nom es femenis, en totz 
cas ditz hom las. E axi deu posar e ajustar lois homs los articles als 
nooienz. 



I), Ara t'ay dites les sposicions de les nou causas damunt pauzadas, 
per quioz ^ cove dir e amosirar huymas en quala manera poras conexer 
los cases. E per ço com séria causa greu donar a entendre a home no 
tabeni gramatica que es nomen, pronomen, particip, nomen verbalz, 
verbs, conjunccionz, proposicionz, inlerjeccionz, adverbis, per aquesta 
raho no havem voluntat de parlar sino de aquells per los qualz conesca 
lo cas; car per los unz enien hom puyz los altres. 



I. Cf. R. Vidal, éd. Sungcl, p. 70, /. 40 d /;, 71, /. 2, ou Rom., VI, 346, 
If 9. — 2. Rcmarqaom qui nolri auteur n'admti que li \à l'exclusion dt la) comme 
arbelt fiminin du cm sujtl. En auoi d ut en dêmccord avec la Leys qui n' admettent 
^ttt \i a iomidercnt l'emploi de li comme vieilli, antix (II, 11 4}, ou propre à 
eutadui partie t de l'Auvergne (II, ii^, cf. ibid., 122); mais cet emploi a ili ir'es 
ripandu et test eonservé fort tard en Provence. — j. Con. quens. 



58 P. MEYER 

on fassa altra rima en lo cantar que fiaras, sia que 
que y respones, si donchs aquell motz no habîa 
e per eximpli mostri te aysi una cobla : 

Eu faray canço en may, 
No per tal c'adoncs am may, 
May car e[u] acordat m'ay 
Que si jam deu valer may 
Mi donz, hon ay lo cors mes, 
Qu'eras m'ajnt^ com ops m'e' 
Car sim davall jor sine mes, 
Manjan nom voyrion ' mes, 
Tais es la dolors quem* pun 
E no! vuyl exir del puny ; 
C'ades a iey servir puny, 
C'avan totz bos (los) vasal j; 



;3n nomens 

Juchz, CAfOU^ 

î d'altres mo^^ 
:î« les quai» «o»^ 
i;2un accident ^^ 
jppeliada nomeii -s 
.n primen, tu lo^ 
. sraqnettBomenz^ 
. - sKT seoz b nomei^ 
_- si aoa ban rasuoda» 
^.aaneo bdk, bot, 
rxkfaBfMn ni belles» 
pcrqnecorequesi 
■«Btturaloacd- 



Encara potz tomar o mètre en ton canto.. 
la una vetz sia verb e i'altre nom, e[n] axi 
Tarn ammldonz cors aza 
Que d'altr'amar no m'a^^ 

Primers azautz es nomen, e I'altre et 
potz usar dels altres motz quan loch 
cobla una o dues o très o totes les 
dir los motz qui fan rima, ab que en 
atretal. E aço, qui ho sap fer, es ^ft 

10. Mas deu cascus guardar f< 
s'abreujon a la fi. Alongar apeyl eu 
la fi : f, axi com bes o merees, reyT^ jm 
grazitz, celatz, e moitz d'altres; tr 
be, pauses sofren la on deus pau: 
cas; e mostrar t'em en son loch, 
los deuras abreujar o allongar. 

11. Lengatge fay a gardv, i 
nos tayn que y mescles proençr' 
que sia strayn a aquell; ne a* 
mescles frances, ne altre leng 
proençales se enten lengatgei 
Limosi, e d'altres terres qui 1 
Empero, si tu trobes en a 
catalanesch, pus hom aque 



^ 2àtNfi bn nom ajeciin 






,fcvietttt;e 
frmcSj arinats, 
; e deu los dir 

lHrtfItfun;perque 
qui aia sustan- 

ço es saber, nomi- 

■s, ablatius, Tuyt 

que nos pausen 

itîu e lo ! voâh 

ijon ; ei nomJnatia 

L. E aquesia régla es 

k> nominatiu sin- 

00 btii m'es ^a*ia 

Fayditz : 



^BtBasculïs ne femenis. car 

iJ 9ih ^ ^ parlas de femeni 

d'aquell avinen, mes 

r. I^namen ditz hom no 

i aomtnatiu, mas no es 

aUoDgat^; e sapies 



1 . Ms. maint. — a. Corr. 
Jevrait y avoir ici uiu rubriqm 
p. 70, lignes 4-7, oa Roman 




rahW par M. Mastafia 

SÊgct, ta mot FER. -^ 

; poden. — j, Carr. 



60 p. MEYER 

14. Primeramem devetz saber que totes les causes qui son nomena- 
des e han sustancia, en axi com Deuz, angles, reys, comtes, duchz, caval- 
iers, viles, terres, Jolianz, Raymonz, ayres, f asters, freners, e d'altres motz 
qu'en hi ha senz nombre, cove a for ■ que aquestas cosas les quais son 
appellades nomen, haien alguna natura o algun acte algun accident 
alcuna causa, qui los a justada ', aquella es axi matex appeilada nomen, 
per que eu te dich que com tu los ajustaras als nomenz primers, tu los 
deuz posar en aytal caz com aquell a qui l'ajustaras, car aquests nomenz, 
segonz que son accident, en la major part no poden esser senz lo nomen 
primer, per que lor coven asseguir llur natura, car ell non han sustancia, 
ans los cove esser en los nomz qui han sustancia; en axi co bellz, boz, 
blanchi, emantz d'autres, car beutatz ne bondatz ni blanquesa ni bellesa 
no podon esser sino en los nomz qui han sustancia, per que cove que si 
lo nom que ha sustancia s'alonga, que l'altre nom qui so natural acci- 
dent s'alongon, e sil sustantiu se abreuja,que l'altre qui han nom ajectiu 
s'abreujen, en axi co Deus es bos, e jotz ^ e merceners, sants, benezets ; e 
tuyt aquest nom so natura! en Deu; le reys es larchz, francs, avinents, 
perque s'alongon? Car llur sustantius naturalz s'alonga; e deu los dir 
breuz en axi : aysi no say null rey tant bon, tant car, tant plazen ; per que 
tôt en axi co pauses Deus ho rey qualque autre nomen qui aia sustan- 
cia, deus pausar tots loz altres numz que allur ajustaras. 

1 5. E devetz saber que li cas de! nom son sex, ço es saber, nomi- 
natius, genetius, datius, acusaiius, vocatius, ablatius. Tuyt 
aquest cas pot* esser singuiar plural; e devetz saber que nos pausen 
may en dues maneras, ço es saber que tots tempz li nominatiu e lo ( voca- 
tiu singuiar s'alonguen, e ii autre caz singuiar s'abreujon; el nominatiu 
el vocatiu plural s'abreujen, e li altre cas s'alonguen. E aquesta régla es 
gênerai, mas empero cascu dels nomz ha excepcio, car lo nominatiu sin- 
guiar s'abreuja quant no es masculi ne femeni, en axi co iyell m'es qu'eu 
xan, mal m'es qu'eu faça mal, o axî co dix Gaucelmz Fayditz : 

Assatz crey 
Que bell me fora t avinen, 
Per que aquell beyll no parla de nomen qui sia masculis ne femenis. car 
si parlas de masculi dixeras beyls m'es le reys, si parlas de femeni 
dtxera bella m'es ta dona; e axi matex se enten d'aquell avinen, mes 
per ço c'om parla generalment, nos pot allongar. Eyxamen ditz hom no 
m'es aysiu que cavalqae encara; e aquell aysiu es nominatiu, mas no es 
ajustatz a masculi ne a femeni, per que no pot esser allongat^; e sapies 



t. Il y a ici i'tmploi ptiona^iaue de a far tfui a déjà été relevé par M. Mussofia 
dans le glossaire de son édition au roman catalan des Sept Sages, au mol feb. — 
2. Corr. qui lor sia |ustada? — j. Potir justz. — 4. Corr. poden. — i. Corr, 
li. — 6. Cf. R. Vidal, éd. Stengti, p. 73, /. 27-)^. 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 6l 

que aquest nominatiu aytal son appellat neutra, e no pot esser en nom 
que liaya sustancia, axi coin en Deu, en rey, en nau, o en manz d'alires 
semblantz a aquesU ; car aquest nom totz tempz s'alonguen en le singu- 
lar nominatiu, atressi le nominatiuz pluralz s'alonga lots tempz com es 
femeni, en axi com hom diiz, lu flors venen, o son vengudas ; per que 
dix Gaucelmz Fayditz : 

Don me venon al cor plasenz dou(ors*. 

E par aquesta rayso sapiats que no pot fallir null temps a allongar 
totz noms femenis en plural en tois cases. 

|6. Per que a conexer quai es nominatius o acusatius se cove prime- 
rament de conexer e de saber quai causa es verbs, car nulla paraula no 
pot haver emendimen si no ha nom e verb. E devets saber quel verb 
nays del nom, car tôt so quel nom fay es verbs, en axi co le reys cavalca 
bdl cdhall, que aquell riys es nom, e aquell divalcd es verb, Car es causa 
quel nom fay, ço es a saber le reys que es nom. E sabxais quel nom qui 
es pausatz denan lo verb, segonz raso es nominatius, per que deu esser 
aliongatz, e totz nom qui sia pausatz detras lo verb deu esser abreu- 
jatz, per que en aquesta paraula, le reys calvaka bell cavall, aquell reys 
qui es nom s'alonga, car esta denant aquell molz cavalca qui es verb, e 
aquell autre mot bell cavall s'abreujon, car son nom qui son pausatz 
detras lo verb. E aço devets far cant li nom son singular axi com eu 
t'ay ara dits ; quant li nomens son plural, tôt lo contrari, axi co li rey 
cavalijuen beylls cavallz; car luyt li nom que en plural stau denant to verb 
s'abreujon, pus son masculi, e li nom qui detras li son pausat s'alongon. 
Cant li nom son plural e femeni, ya ay dit que en lot cas s'alongon ; per 
ço t'ay dit quel nom sia pausatz denant lo verb o detras, segonz raço, car 
a les vetz aycells nomz qui segonz rayso e emendimen es pausat denant 
io verb, sera, per raho de rima o per autra causa, pausatz detras lo verb. 
E ayso pot veser per exirapli d'en Fouquei que dix en una sua canço : 

Pus ella vol venser tota ves 
(^'una venç la vences merces'. 

E aycells verbs vences de sa natura vol après son acusatiu qui s'abreuja 
en singular e en plural s'alonga ; per que hom ditz en axi : le reys ha 
vistz tôt son enemich o lots sos enemkhs, els primers enemich es singular 
el segon es plurals ; mas aquell mot rverces, sitotz s'es pausat detras lo 
verb per ordenament de rima, segonz rayso e entendiment es pausat 



1. Dans la pike : Tant ai suf«t longamen greti afan. li y a pour te vers citi 
Jeux. Uçons, l'une adopUe par Ra^nouard [0\a\x^ III, 289), Vautre, celle que nous 
avons ici. par Rochegade (Parn. occit. 108, ms. jr. 856, /o/. 72 d). 

2. Fin du premier couplet de la pièce : Mok i fetz gran peccat arnors (Lex. rora, 
I, J43). Il Jaat lire: P. ilh vol. v. lotas res | Qu'u. veiz la venques m. 



62 

denant lo v; 
merces est:r. 
per far rinî. 
Bertrans 

Per que ii 
miers que- 
pus que 
enten aqi: 
pus que c^ 
segons r:iy 
per ço s'a! 
sats dena;. 
conexer { 
motz quis 
axi segon-; 
vezer qui.- 
aquell toi 
qui han a. . 
gon en si: 
so, era. . 
per eximr 

fuist bon.', 

ja no /il'.: 
nyen. E ■:• 
lar, en ;i. 

ditz // n 

matex del 

cambien i. 

texa, COLS 

aquell csi. 

tri e sent . 

eu me scn: 

gays. K 

membran 

car li aui: 

ralment, 

mostron . 

cai-all, e . 

ralmen l<: 

e puys n 

aquell no: 



_»,» _rc - 1 a: ?n>eiiçal, pensatz d'ar- 

- .= r^sa: ^el nominatiu el voca- 

_. _ »>»■ £ 3n qui ditz : Donas plazents, 

~: -;~ : vrwr rey 

^35. -. ,7= T=-.S3:2S, e son aquestes : ab, 

; ^ ss. acre, sor, fors. E tots 

■ g-j' . ; 2 _iîral s'allonguen, axi corn 

~^ _ _ ^ an s2aidre de motz altres per 

^ . i i xsBSCa. genetiu, datiu, acusa- 

_^ _ - «a sasil que tota hora que tro- 

--^■•^ ^trxaàoBz que t'ay dites 

" '_^ - jsxi. i s: es plural tu l'alonga. E 

" " 2 ■<» .-3 xsts- ib nominatiu ne ab voca- 

. s ^SD ieoNStratiuz, ço es a dir los 

^ .^ js 381 sistanda. E sapies que en 

— . _^ aîccpr. axi com cells, atfuestz, 

■ • ^*" . j ,sr» >3ses s'abreujen, e ditz hom 

j.--< irss nomz derrere ells [s']a- 

- ""^ __^ .acsJS 5sneninis ditz hora ceyla, cil, 

' ' .-^^esiitz hom ley leys; e en los 

. -gs -— '-. Jv«//, a<ju//, cist, aycist, 

"^ .. 1: ■«»■ "7-^' ayceïls, aquelU, aquests, 

^ -^3S ic hom «v//(«, aycellas, ceyllas, 

, ^ 'j.iBiudus com en los autres cases. 

j^jjrs fol: e en los autres cases 

ia los autres cases totz ; e per 



«SEW*» 



._; T-,<- i« fM/r dretura, o tof rê)» Jeu 

_^tt;. ; rc /« wv* vey asemblar. 

' ^ -.-c riusar los noms possessius, en 

]^ ^seriics allongaras els abreujaras en 

4 338^ axi com qui diu : aquells cas- 

„ as ."0*8 iJ '''*»w ""«i teu, seu, ay 

„-j suri: deu hom dir // teu, // mieu, 

j^ ,10 3001 ditz me pot hom dire mi 

.. SIC 2c«a dire se sey, e en tôt loch 

.. ; jjpies que en lo nominatiu sin- 

^-" ,^Bs »«iv»l$ qui fenexen en dor com 
'''^ . «lits <ktM semblants a aquestz. E sapies 



-U 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 65 

que si denantla siilaba derreyra qui es dor, trobes a, faras lo nominatiu 
en aire, axi corn amador, amayre ; tauzador, lauzayrt; merceyador, mer^ 
uyayre ; e en axi dels altres semblants a aquesU. E si trobes [i] denani 
la siilaba dor primer, faras lo nominatiu en ire, en axi com servidor fay 
stmirt, trasidor trasire, e motz d'altres semblanlz a aquestz. E si trobes 
denant !o dor «, faras lo nominatiu en ey re, en axi com entendcdor enten- 
deyrt, fanyedor fa[ri]yeyre' . E sapies que tuit aquesi nom s'alongon o 
s'abreujen, quai te ptacia, el nominatiu singular, en axi que podetz dir 
amayre o amayres, servire o servires, entendeyre entendeyres. E per ço 
s'alonguen cor es régla gênerai que totz nominatiu singular s'aiongon, e 
perço se pot abreujar car sitot'z'i son abreujats, si hay gran diferencia 
en l'un e els altres cases, per ço cor lo nominatiu singulars fenexen en 
ayre, o en yre, o en eyre, e li autre cas fenexen en or, o en i>'; car 
sapies quel nominatiu plural fenexon en dor, e en totes altres cases fene- 
xen en dors, en axi com la régla gênerai manda. Aquest nom so masculi ; 
e tuyx ii femeni d'aquest verbals, sapies que fenexen cominalment en 
itz, axi com amayritz, galiayritz, transiriîz, serviritz, enUndcintz. E axi 
matex entench que pG[sa]ras tots los altres semblants. 

25, Encara sapies que son algun altre nom qui han atressi mudament 
plus que abreujar o allongar de una letra, en axi com gençor, que fay en 
\q nominatiu singular genser et en los altres cases gensor, el nominatiu 
plural fay gensor et en los altres cases gensors; et axi matex diu hom en 
lo nominatiu singular meyUr, e en los altres cases mellor ; e axi matex 
en lo nominatiu singular diras aaser et en los autres cases ausor, et en 
kw plurals seguexen la roaneyra de gensor. Empero enten la régla que 
l'ay dessus diixa quel nominatiu plural femeni s'aiongon totz temps, per 
que hom ditz // rey so gensor, mcUor, ausor, las reginas so mellors, ausors, 
gcawrs; e axi matex diu hom en lo nominatiu singular hom, bar, layre, 
b*yU, coms, et en los altres cases ditz hom home, baro, layro, baylo, 
comte. E sapies que tuyt aquest nom qui han aytal diferencia entre lo 
nominatiu els oblichs se podon, o en aitre hora, allongar e abreujar a 
ton plaser en lo nominatiu singular, acceptât aquell motz coms qui nos 
pot abreujar per ço c'om no poden ' dir com ; e sovinga te tota vegada 
qoel nominatiu el vocatiu son semblants, car solament son appellatz 
obtich li autre .iiij. cas, ço es saber el genetiu, el datiu, el acusatiu, el 
ablatia. E sapies que en lot lûch on diras ley podetz dir leys, e (d)/or, 
(ayors. 

Encara sapies que tuyt li nom que fenexen en i>, poden finir en ire, 
en axi com martir, martire; désir, désire; sospir, sospire. Mâs li nomina- 

I . Pour (enyedor fenyeyre, avec a pour e arant la tonitiue, ce qui cn ordtnairt 
itiu il cataliui oruntal ; cf. Milà, Trovad. en Esp., p. 462, cl Mussafia, prlfact 
eu Sept Saga, if t. — 2. Corr. ors. — j. Corr. pot. 

Romania, IX c 



fé P. METCR 

tâs qae V"*»^ es ôrx nos podeo aDoogv ta trépan cooi dr mvIDX, 
or BOB pae &r. or a m b' ^u s u t a e, dim aalEnst', eserie lag e no 
Tndne oc ic. 

26. Eaon siçBS ({oe adfabis son matz, e son nfwnnmi aiivabis car 
pies loverib.efoulion lien' e dexenakanenteni&aent, e[n]axi 
boa ditz k rtjî parU be, fraacamat, e aqnefl be e framcMmad son 
adreriâi car estaa près lo Tcrb, e aqod]^£« es verbs per cpie fi squsten 
zfoi. fPKndimfn com potz reser aqoell be o aqoell fnacMmtat. E sapies 
que Fadrerfai ao ia cas, per que fenex cascos en nna uun ejr a soiament, 
en an com bom (fitz b< fajtz o nu/, car no porieo dir besy foytz, o 
«lii ho fiju, o enazi com bom dhz : cayakatr, tost^ étzaat,fort, qoe ya 
snrf nos modo d'antra goisa. Empero no entenes en aquesta regja los 
a d igfan <fâ fenezen en pun, car aqoell s'alongon o s'abreojon a la 
Tofeniac dei trobador, azi com ^amtat, aninatmmt o sabiamaa, que 
pdz <Sre pnamemt t coriiUMtments. fer que posaras azi tots los altres 
scmKantz a aquestz. E sapies que son alguns molz qui algnna vetz son 
noms o adrerbi, po* quels potz posar doas retz en rima en un cantar, 
azi com bom ditz be, axant, g/Êllart, fort, raoB, mal, gen, e tacixz d'aitres 
semblants a aquesu ; e tostz pansais azi breu com son advert». Mas 
com son noms s'alongon o s'abreujen segons lo cas en que son pausatz; 
com son adrerbi s'abreujon, en azi com bom ditz U rejs canka be, o 
bejU, o Uig, o fort, o mal, gent ; e azi posaras los altres. E cant son 
nom se posen en azi que ditz bom le rejs u geiit[z], azaatz e betts. E si 
aies ditz U rey doaa nlenter, sapies que aquell nUnter es adYeriHS ; e 
per ajso es be dig, car si era nom, diria bom roUntas, per ço car séria 
nominatios. E son estau alguns trobadors qui debien que era £ilç, per que 
no paria hagaessen auzit ço que dix en Riques Noves, qui dix : 

Mal ùif dona car non eoqner 
Panbre caTalier quant es pros, 
HbbûIs e franchs e amoros, 
Bos d'anses e serf Tnlattr\s). 

37. Sapies que t'ay dig que tôt ço quel nom bj es verb, per que 
deretz sâktr quel Terb ba sincb manqras : la primera es maneyra 
demostranz, perque bom lo appella indicatiu ; la segona es maneyra 
comandanz, per que l'appella bom imperatiu ; la ter^ maneyra es desi- 
ranz, que bom appella optatiu ; la quarta maneyra es ajustanz, per que 
bom l'appella conjunctiu ; la quinta es maneyra no finida, per que bom 
l'appella infinitiu. Primerament sapies que indicatiu es aquella maneyra 
qnîl ) mostra ço quel nom fay, en azi com bom ditz eu. am, eu roo, eu 

I. Paaagt nsiUœitat corrompu. — 2. Corr. ve? — ;. Corr. quit, ou que? 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 67 

mtagi, eu cavalcli. E sapies que ell ha très temps : présent, pasatz e sde- 
renidor. Présent temps es am ; pasatz temps es amey, amaba e habia 
amai ; sdevenidor temps es amaray, yray, faray. E cascus d'aquetz 
temps ha très persones, ço es saber, primera, segona, terça. La primeyra 
dcl présent temps es am, la segona âmes, la terça ama ; e en la primeyra 
se enten tu, en la segona si enien in, e en la terça uyl; e aquestz verbs 
son singulars. El plural han altres très, axi corn amam, amatz, amen; e 
en lo primer s'enten nos, en io segon vos, en lo tercer ceyt. E axi matex 
ha lo temps passatz très persones, axi com amey, amest, amet ; es aquell 
vcrbqui en aquest loch fan en poden axi matex fenir en «f '; atressi ditz 
bom en lo plural amtm, âmes, ameron. En lo temps sdevenidor diu hom 
amarty, amans, amara ; en lo plural ditz hom amarem, amaretz, amaran. 
E sapies que tuyt U verb qui en aquest loch fenexen en ay poden finir 
en ej ; e en axi com hom ditz amaray, amarey ; faray , farey. E son 
alcuns verbs en los quais en Ramons Vidals dix que li trobador havien 
errât, en axi com dir en la primera persona del indicatiu eu cre, com 
hom dévia dir eu crey, tu cres, ceyl cre; e en axi aquell cre significa terça 
persona e no primera '. Encara dix que havian fallit posan en la terça 
persona del temps passât de l'indicatiu ausi, vi, grasi, irasi, co tuyt 
aquest verb sion de primera persona e no de terça ; car en la primera 
persona ditz hom vi, auzi, trasi, grasi, e en la terça ditz hom ausil, vie, 
grasic; e que en axi debia hom pausar totz les autres semblantz i ; o eu 
alirey* li que segonz art el dix ver, e quels deu hom axi pausar, mas no 
li alirey que li trobador errason, per ço car us venç art, e longa costuma 
per dret es hauda tant que vençi per us. E con sia us en algunes terres 
on le Icngatges es covinentz e autreyatz a trobar que tuyt corainalmenl 
diguen aytam o plus en la primera persona eu cre com eu crey, e en la 
terça persona diguen aytant aasi com ausic, per aquesia raho die eu que 
ii trobador no y faltiron, car ill seguiren lo us del lengatge e la cos- 
tuma, e pus tuyt li trobador ho han ditz en llurs trobars, es us e confer- 
mamentz de lengatge. Mas si us o dos ho haguessen ditz, asatz pogra 
dir que fos enrada, perque die eu que cascus pot dire quais que mes li 
plasia. Atressi die aquest verb tray quel podem axi declinar : eu trasch, 
(8 tray s, aquell tray ; o en axi : eu tray, tu iras, cell tra ; e en axi aquell 
tray pot esser primera persona o terça, e en axi matex pausa hom atray, 
esiray, retray. E l'infinitius fay trayre, atrayre o trar, en axi cora dix us 

trobador(s) : 

Bem platz car ab vedar 
L'avesques no sastia, 



1. Pasiagt torrompuf — 1. Voy. R. Vidal, id. Slengcl, 8i, 50 i 84, jj. — 
|. iiiJ., 84, 36-41. —4. Pour aulrey; cf. Mussafia, préface des Sept Saga, 
t^ 17, rt la non. — 5. Corr. ven? 



68 ^^ P. MEYER 

Dines sabtar 
E père ab besvesia*. 
Es atressi que hom pusca dir en terça persona tray n'Aymerich de 
Peguila nos ho ensenya qui dix : 

En luy so tuyt li bon ayb c'on retray 
Estres que Urt promet e leu estray, 
E eu no puch sotrir los mais qu'eu tray*. 

28. Imperatiu es aquella manera con hom fay mandament az alcu, ez 
a singylar, axi com hom ditz home vay t'en, manja, cavalca; ez en 
plural axi con hom ditz anatz, mtnjaîz, cavalcatz, e non ha mays présent 
temps e segona persona. 

29. Obtatiu es aquella manera qui mostra semblant de desirar, en axi 
con hom ditz en presen temps iu volrria, tu manjaria, si habia que j 
e en temps passât si lieu bagues cavalcat, si heu hagues pro manjal, eu 
fora sadoyls. E sapies que ha plural e très persones e temps esdeve- 
nidor(s). 

;o. Conjunctius es aquella manera qui ajusta algun faig a les altres 
maneyras, en axi con hom ditz eu vos prech que m'ajudetz ; di al rey que 
cavalque ; e aquell ajudetz e aquell cavalque es maneyra ajustans; e ha 
très persones e très temps. 

^1. Infinitiu es maneyra no fmida, e no ha persona ne singular ne 
plural ne temps, mas ajusta s'ab primeyra persona e a segona e a 
terça e a totz temps e a totes les autres maneyras, e co en si no sia 
(inida, feneys las autras maneyras, en axi con hom ditz anar, manjar, 
entendre, mover, e a maneyra demostran en présent temps s'ajusta, axi com 
[hom] dilz«u le vullauzir; a maneyra comandan, axi com vay manjar ; 
a maneyra desigan, axi con hom diu eu volrria foc encendre; a maneyra 
ajustan, co : eu mic{h) voigues mover K En axi eu dich que aquet ausir 
feneix l'entendiment de aquell vull, ez aquell manjar d 'aquell vay, ez 
aquell entendre de aquell volrria, e aquell mover d'aquell mi volgues. 
E devetz saber que aquesta maneyra, la quai es appellada infmitius, se 
pausa algunas vetz en loch de nom denant lo verb deiras. E per ço 
com es pauzats denant lo verb, ell s'alonga en axi com le nom ; e per 
eximpli, axi com qui ditz vostres servirs me platz. E com es pausat detras 
lo verb s'abreuja, en axi com qui ditz no vull vostre servir, e aquella 



I. Corr. Dinelrjs $ab racap]tar, ou ademprar, E pe[njre ab envaziap — 
2. Dans la piice : En amor trop alques en quem refranh, Makn, Ged. ii9)-6. 
— ). Priscitn, Vlll, 69 {dans Keil, Grammatici taticii, II, 42 il : • Infinitus est 

< qui et personis et numeris déficit, unde et nomen accepit jniiniti, quod nec 

< personas nec numéros définit, et eget uno ex quattuor supradiclis modis 

< (('. c. indicative, impcrativo, optativo, subjunctivo) utsignificct aliquid perfec- 
« tum, ut t(S<r( propero, Icgere propera, ulmam Ugirt propcrarcm, cum Ugut 
• proptrem. » 



TRAFTÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POéTIQUE 69 

bora es pauzat en loch de noni^ per que rayso es que seguesca sa ma- 
nejra. E encara deves saber que motz dels infinitius que fenexen en ir 
podcn atressi fenir en ire, en axi com ausir que potz dir auzire, o dir, 
iirt; ayzir, ayzirt. 

%2 '. Mas nengunz infinitius finens en />, no poT finir en ire, si tu lo 
trobe« en lo nominaiiu dels noms verbals que fenexen en idor ; e per 
«impli axi com servir qui es infinitiu, e no pot[z] dire eu vos vull servire ; 
per ço com servire es nominatius d'aquest nom servidor ; ne potz dire eu 
U riUl grasire, non vullan mentire, ne deves decir jausire, no pusch h mal 
sofrire, nom devetz iransire, car tuyt aquist son nominatius en singular de 
llurs noms ; e per eximpli, axi com hom diiz eu suy gallarti servire; eu. 
say dels mais grasire; eu suy dels bons et dels mais sofrire; eu suy d'amor 
jasire; non siats trasire; ja nous seray mentire ; e per aquesta maneyra 
Mguiras dels altres. Encara son d'autres infinitius qui axi matex fenexon 
en ir, e nos podon allongar en ire, per ço cor no son irobat en noms ; e 
per eximpli axi con venir e acolUr e adousir e afortir. E aquestz en nuila 
manera nois podetz aliongarne poden esser termenalz en ire, perla raho 
dessus dita, e per tal car no es anz mellors de lengatge. E axi ne tro- 
baras motz d'altres semblants a aquests. E sapics que aquests hauras a 
conexer per lonch us, e per longa practica '. 

; } . Atressi sapies que potz allongar en ire tôt verb qui fenesca en ir : 
e per eximpli axi com hom diu eu desir[e\, eu désire ; eu cosir, eu cosire. 
Et aço matex faras dels altres semblantz a aquestz. Encara sapies que 
tuyt li verb que fenexon en isch podon finir en is, e per eximpli, axi com 
qid diu eu jausisch, eu jausis ; eu grusisch, eu grasis * . 

J4. Atressi sapies que tuyt li verb de segonda persona que fenexon en 
eti podon finir en es, e per eximpli axi com qui desia entendetz, entendes; 
faretz, fares ; e axi dels altres. E atressi matex potz far dels noms, e per 
esûmpl), axi com bos pretz, bas près ; una vetz, una vis. 

J5. Atressi sapies que tuyt li nom que fenexon en itz poden finir en 
is; t per eximpli, axi com aunilz, aunis; fayditz, Jaydis; farsitz, jarsis; 
Biatritz, Biatris ; amayritz, amayris. 

]6. Atressi sapies que tuyt li nom que fenexon en ichs poden finir en 
tf ; e per eximpli axi com amichs, amis ; enemichs, enamis ; enichs, enis. 

J7. Encara sapies que devetz fort gardar que no metatz en alguna* 
rima alguns noms qui fenexen en ers, e son très o tray i quai te vuUcs 

I. Je suu la division du ms., mais c'est trois lignes plus haut, à E encara, ^ue 
ialinèj dorait commencer. — i. La question Je savoir si Us verbes en -ir (lut. -ire) 
paatnt admettre un e final, a 11, réciproquement, lu verbes en -ire yp.-ex. lat. 
dicere) peunnt Itrt pnm de leur e, a ili examinée depuis par les auteurs des Leys 
d'jmors, 11. 404-6, qui n'ont pas mieux réussi que J. de Foxa à l'élucider. — 
% Us Leyi, II, 364, donnent grazisc et graziihi. — 4. Plutôt una. — 5. tray 
m'iti ûhuut 



70 TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 

potz dir, ço es a saber podyers, cavalliers, envers, car le us no pol fer 
rima ab altre, ans hi a mant hom errât ; per que develz pausar de una 
part poders, voUrs, sabers, avers, aders, spers, lasers'; e axi raatex deus 
pausar tols los infinitius qui fenexen en er[s] quant son pausatz en loch » 
denant lo verb, en axi com teners, vesers, temers, e molts d'autres qu'en 
trobaras. E deus saber que d'altra part deus pausar envers, revers, 
convers, pervers, esmers, Besers, sofers, fresquers, esters, mers. 

j8. D'autra part pausaras cavalliers, mestiers, scudadiers, miers, diniers, 
estiers ; e de aquesiz irobaras assatz ; mas en aquo los potz conexer, 
que en aquest[z] trobaras tots temps [i] denant la e de la derrera sillaba 
(primera). Encara quel porets conexer en lo femenique fan en eyra, axi 
com soudadiers soudadieyra, viers veyraf, plasentiers, plasentieyra. 

J9. E sapies quel nom dessus dit, ço es saber convers, esters, fan llur 
femeni enversa, conversa, esters cstersa ; aquells ahres nomenz, sabers, 
poders, no han null temps femeni, per que los potz conexer assatz ab 
aquesta doctrina qu'eu t'ay donada serta. 

40. Encara sapies qu'eu te do altra régla per ratio d'alguns noms en 
los quais erron alcuns homs que usen de trobar, e assenyaladament en 
Cathalunya ; e ells cuydon ho far per gallart parlar, per tal que mellors 
venga allurs rimes, e fallen en axi en los noms termenatz en ars, en «rj, 
en irs, en ors, en urs, que Irason dels motz aquella letra r, per quels 
mudon d'enteniment e de lengatge ; en axi que moltz homens ay eu 
vists a cuy venion en les rimes aytal mot : amars, tars, avars; espers, 
plas{i)ers, vokrs; martirs, ausirs, sentirs; flors, amors, cohrs; purs, murs, 
scars, e trasion per la dita raho aquella r de la fi del mot ; en axi que 
com degron dir amars, cars, avars, dezien, amas, cas, avas; e com degron 
dir spers, plas'i]ers, volers, edizon spes, plaie{r)s, voles; e com degron dir 
martirs, dizen martis ; e com devion dir amors, dizionamoi; e com 
devien dir purs, scurs, dizion pus, scus ; perque fallion malament en 
moites de maneyres. E tu gardet que en axi no ho messesses 4 per re que 
no volrria dir nul la re en aytal lochs, 

E axi son compUdes les règles d'en Jaufre de Foyxa. 

(M suivre,) 



I Pour iesen ; cf. p. G^, n. 1 . — 2. Suppl. [de nom], (/. p. 69, /. 1 . — 
j. niers neyra? — 4. Corr. menesses. 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE 

ESPAGNOLE ET PORTUGAISE. 



CREY, LEY et REY 
disyllahes dans Berceo, l'APOLONlO et t ALEXANDRE. 

A lire l'explication que Diez, Cramm. I, p. 267, donne des formes 
esp. et port, ky et rey, auxquelles il eût pu ajouter grey, on voit que 
pour lui elles remontaient aux intermédiaires * LEG et * REG. La voyelle 
serait d'abord tombée, puis la gutturale serait devenue i. Il est cepen- 
dant a priori sûr et certain que les bases en ont dû être LEGEet REGE. 
C'est ce qui est confirmé par les formes lee ou lié, lees ou Uis, grée ou 
pU^ qu'on rencontre à c6té de Uy ou lei, rey ou rei, dans le FJ. 
(= Puero Juzgo) du comte de Campomânes ■ et dans celui de la Biblio- 
thèque royale de Munich (Cod. hisp. 28). Lee est évidemment LE(G)E. 
Grty, ley txrey présentent-ils la contraction des deux e en ey ou faut-il 
les r^arder comme des formes parallèles à gru, lee, ree, où \'e final 
serait devenu / sous l'influence de la gutturale fondue en y, comme cela 
a eu lieu dansl'esp. hinojo GENUCULUM, /dziWo FACIEM GELATUM, 
ygunos P. del C. v. 72 JACEAMUS, et dans le port, imào GERMA- 
NUM P Mais si grey, ley et rey étaient contraaés de grée, lee et ree, ils 
ne pourraient être que monosyllabes. Or tous les textes poétiques qu'on 
peut attribuer avec certitude au xiii* siècle et qui offrent une versification 
r^ulière, tels que les poésies de Berceo, VApolortio et {'Alexandre, comp- 
tent ces mots pour deux syllabes, ce qui prouve que des deux alterna- 
tives la seconde est la bonne. Des six cents vers environ que j'ai réunis 
les deux tien ou peu s'en faut les montrent disyllabes, tandis que l'autre 
tiers les fait monosyllabes. Je considère par conséquent, sauf quelques 
exceptions dont je parlerai plus tard, les vers où grey, ley et rey sont 
monosyllabes comme fautifs, comme modifiés par des copistes posté- 

I . Édition de l'Académie espagnole, p. j-xv. 



72 s. CORNU 

rieurs aux auteurs des poèmes mentionnés, copistes auxquels l'ancienne 
valeur métrique de ces mots était inconnue. C'est ainsi qu'il est permis 
de retrancher du bagage littéraire de Berceo — il n'y perdra rien — 
les trois hymnes qu'on lui attribue, parce que dans les vers suivants rey 
est monosyllabe : 

1 V. 1 1 Tu ères dicho dedo del Rey de magestat 
il V. 2 Madré del Rey de gloria que nunqua ovist par 
1! V. iS Un regno, un imperio, un rey, una essencia 
III V. 1 1 Non consienta la carne al rey de los pecados 

Si, comme j'en suis persuadé, on doit lire dans les textes indiqués 
gr'éy, iéy et r'éy, il est clair que les anciens plur. espagnols greysy léys et 
rëys, qui vivent encore en portugais, mais sont devenus monosyllabes, 
sont les plur. étymologiques remontant à GREGES. LEGES et REGES, 
tandis que greyes, leyes et reyes doivent leur forme aux innombrables 
mots od -es restait sans modification par la nature des consonnes qui pré- 
cédaient cette terminaison, autrement dit ces plur. sont formés du sing. 
au moyen de -es. 

Il est clair aussi que la première et la seconde personne de l'indicatif 
présent des verbes Uer et régir, que les trois personnes sing. du subjonc- 
tif de legar, aujourd'hui ligar, de regar et d'autres verbes qui présentent 
les formules -ÉGE ou ÉGI, devraient être monosyllabiques aujourd'hui, 
si l'analogie ne les avait fait dévier de leur développement, comme cela 
est arrivé si souvent dans la conjugaison, qui cherche et saisit tous les 
moyens de devenir régulière. 

Tenant, comme je l'ai dit, pour fautifs les vers des poésies de Berceo, 
àel'Apobnio et de ['Alexandre, où grey, ley et rey sont monosyllabes, 
j'ai tenté de les corriger, en ayant égard à la chute des atones, à l'en- 
clise et à l'élision, telles qu'elles sont en usage dans ces anciens textes. 
J'eusse pu me passer, dira-t-on peut-être, de citer ceux où la mesure 
ne laissait rien à désirer, mais les critiques qui voudront contrôler les 
corrections que j'ai trouvé à propos et nécessaire d'y introduire ne 
seront pas fâchés de pouvoir le faire facilement et sans perte de temps. 
]'ai marqué par des astérisques les vers trop longs ou trop courts et par 
des points d'interrogation ceux où les corrections présentaient un moindre 
degré de certitude. A la suite des citations on trouvera des remarques 
sur un certain nombre de vers auxquels je n'ai rien osé changer, 
quoique rey y paraisse être d'une syllabe. Ce travail aurait dû être pré- 
cédé par des recherches sur l'élision en espagnol et en portugais, mais 
comme je prévois qu'elles me prendront un temps qu'il m'est difficile de 
déterminer à l'avance, je l'offre sans plus attendre au jugement de mes 
amis et de mes collègues. 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 73 

GRE Y. 
S. Dom. 
266 d La grey demostraba qnal era el pastor 
494 c A Dios vos acomiendo, la mi grey querida 
San/. 
216 a A essos dezia fijos el nuestro Salvador, 
* b Aquessa grey bnscaba commo leal pastor (écrire essa qui répond mieux 
Dttclo. [i essos ou lire Buscaba aquessa grey) . 

16 a El pastor sovo firme, non dessô la posada, 

* 16 b La grey de las oveias fo toda derramada (suppr. las qui est une très 

mauvaise cheville). 

LE Y. 
S. Dom. 
*2-jb Los que de la ley veya fueron componedores (suppr. Los qui manque 
dans le ms. de l'Académie). 

* j6a Dieronle sus cartiellas a ley de monaçiello (I. su cartUlla comme porte 

le ms. de l'Académie). 

107 a .El varon del buen seso por la ley comprir 
472 d Si vos entrometedes, la ley quebrantades 
47} d Esta ley es dada a todos los credientes 

S. MiU. 

4 c Commo la ley manda, baptismo demandaron 
6 b So cayado en mano a ley de pastor 
*442 c Jnraban los moriellos por la ley que prisieron (suppr. por) 
4j j d El libro en que era sue ley debuxada 
Sacr^. 

* 14 c Hi estaban las tablas en que la ley fue dada (I. do) 

* 22 a Todos los sacrifiçios los de la ley primera (suppr. tos du sec. hémist.) 
*28b Cumpriôlos sacrifiçios los de la ley passada (suppr. los) 

*28c Levante la ley nueva, la vieia callantada (suppr. p.-ê. l'article) 
*job Que non tienen de Dios nin ley nin su sinal (suppr. su) 
'58 c Es fiie çerradura de la ley primera (I. Essi) 

73 a Très vezes fue orar por la ley complir, 

73 b Ca la ley mandaba très ganados offrir 

* 76 d De toda la ley vieia el çerrâ el portiello (je lirais De la ley antiga) 

* 88 c Fazie el ministerio commo la ley dizie (ou remplacer commo par quai 

ou supprimer la) 
93 a En la ley antigua que fue otra saçon, 
'93 b Nin en la ley dagora los baptiçados son (suppr. ley et tos et lire de 

agora, car cette élision n'est guère possible dans Berceo) 
9$ a Los de la ley nuera tal creençia tenemos 
1 06 d Es de la ley vieia la nueva mas complida 

108 a En la ley antigua el obispo natural (I. el bispo comme fréq. dans Berceo) 
123 d Echandoles el sangue que la ley mandaba 



.. :o*su 
.'.rr:^: zzr: i ;iSE s a .« rnaera 
: .->-■: •iii-'. iiïïT a ;! .i!v srinera 
_ *ss T:=tr-:-ST= a e» sais retrcdu (I. sin) 
-:.-=!j: xr :a n sra a j ;«t porgatoria (sappr. la) 
ù~ . f ^.zur^ rsvsB sa van 
tersî -r^ - Mi.^ 3cr a e» ^ne tenedes (I, des ou rempl. lej par/<) 

r'-sKA:- t nisaoc c* ie ànstiandat 

r;:rvjs-- ? ï=» itmiJO la ley mandaba (suppr. la) 
"'. :• «u-.>. s ïij se siodados 

- . . >c:7.-^ nez roai s la ler leemos (I. ela et suppr. /f^) 
""i-i-' .iï j(<rree .-xw a j ler me dado 

^..-.- .- c:*'; «ff.*2t& 2 e» ncebieron (I. Despms sUu semanas ou 

<v^ ty T':v;32v«. à iitutiio conquisieron [uneiorme predcaron est- 

[elle possible?) 
. :• Tr. rf»*:. i 3 iiM*! ibrist (I- ÇOTcst la là vieia) 
<«. ^ in. -erii-.-n^-i ;'.*iBmi: Il !ey prediga (I. quai ou retr. la) 
c- ' . ."« J!* --«^«-^ 't'-xo S** ^ ^^^^ (I- fcviôl et suppr. la) 
• ■ -,- : .-xv: ï<«b-ï^vK a .« ie mercaderos 
;.«-,' 1 < «ï. ..:«> -i<c$ echaba 

r K-!«> riJW." •« •"'f* portaba (I. como et ^uant tormt i 
-^v-. .* is- ■»-»«««■ J*sWf:« de Berceo) 
:»■ ...> - -> -r»*» t S» *! .AÏron 
^:^ ..;i^w .<*.T «« «svedado 

- ., o> '«*»i»- .'«w» «estidura 

>,^ ...*■*« s» »^ * ccnpiida (suppr. c) 

.> ■•».« J e* •»■** '"* pedrica (suppr. la ou vos) 

. ^ ,. .< 4 «• .fcesieton (I. mont) 
. ., - H?*. >■»- a •*» que tienes 
,", ^,.. .. .♦ >.*&■'•• 

, ».*.i.« j»:^-v* .Vv^iones (suppr. la ou 1. manda) 
, .» . .>e<x <«*••* jcrecluis 
V\ .* -.-^v^ '^ "* BPi> jrcenadas 
'"" ' " ..^ww ■ «y «« « d«a 

> v> ,< -«► ,VM» rtcaldar (suppr. def) 
' ' j. ,*»•»«**■ « vcUiu isuppr. le second de] 



ËTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 75 

3 1 d El Rey de los çielos nos dé ei su amor 

120 a Di6le tamanna gracia el Rey çelestial {(tltstlal compte pour trois syll.) 
127 a Ei rey don Garcia de Nagera sennor 

'137b Fijo dd rey don Sancho el que diçen mayor (t. Fi on suppr. ion} 
130 a El rey don Fernando que mandaba Léon 
1 36 a Rey, diz, merçed te pido, que sea escuchado (suppr. d'à. inutile) 
140C Rey, guarda tu aima, non fagas tal pecado 

* 144 b Rey, dixo, yo en esto verdad digo probada (1. Hz on suppr. yo) 
145 d Rey, Dios te defienda, que non fagas tal fecho 

147 a Todas estas menazas quel rey contaba (1. qut tl rey) 

147 d Pesabale sobeio porque ei rey peccaba 

1 48 a Rey, dixo, mal faces, que tanto me dennestas 

I )o a Fablô el rey, e dixo : don monge denodado (1. fablôl rey) 
I j I b Rey, por Dios que oyas esto que te digo (1. que te yo digo) 
I j 3 b Mas non as en la aima, rey, ningun poder 

* I )4 a Rey, yo bien te conseio commo atal sennor (suppr. yo ou bien) 
16s a Fablô con el abbat el rey don Garcia 

1 67 c Diz el rey : con esto seré vuestro pagado 

* 169 b Porque vedian que era el rey su despagado (suppr. su) 

174 a Dixol Sancto Domingo : rey, en que contiendes? 

175 a Rey, tu bien lo sabes, nunqua me diste nada 
178 a Rey, esto me pesa mas que todo lo al 

180 a Rey, dixo el monge, si tal es mi ventura 
'1820 Arribô a la corte del bon rey don Fernando (suppr. bon) 

182 d Plôgo al rey e dixo quel crescie grant vando (I. que le) 

184 a Rey, dixo el monge, mucho te lo gradesco 

186 a Dexemosal bon omne con el rey folgar 
' 200 a Vinole a desoras al rey en corazon (I. desora, cf. S. Dont. 36 a) 

201 a El rey del buen tiento fablô con sus varones 

208 a Rey, dixieron, as nos en bon logar fablado 

3 1 3 a El rey don Fernando, de Dios sea amado 

2 19 a El rey don Fernando sea en paradiso 

220 a El rey e los pueblos dabanles adiutorio 
22 j a El rey de los reyes, por qui tanto sofrie 
263 a El rey don Fernando siempre amô bondat 
345 b Al rey de los çielos, cabdal emperador 
364 d Cumpla lo que falliere el Rey omnipotent 

? 368 d Plegô alas oreias del Rey de Magestat 

392 b Que le darie conseio el Rey omnipotent 
'405 d Diçie : ay Rey de gloria, tu faz tu piadat (suppr. ay) 
'41 1 b Valasme, Rey de gloria, que ères trinidat (I. Valme) 

486 c El ruegue por nos todos al Rey divinal 

505 b Al rey e la reyna, con gran caballeria 

506 c El rey e la reyna eran much allongados 

* j 1 1 c De reyes e de reynas ellos an meioria (suppr. de) 

* 733 c El buen rey don Alfonso le tenie a mandado (suppr. buen) 



^ 


CORNU ^^M 


^^^^H *734d Ca del r«y don Alfonso era ensennorada (faut-ii lire al qui permettrait ^| 


^^^^K 


l'élision ?) ^M 


^^^^^1 * 744 b Non os6 traspassar del rey el su mandado (suppr. el) ^| 


^^^H 747 c 


Aviale de fiera guisa el rey amenazado (1. Avial ii mtmtâdo. Ce dernier ^^Ê 




changement n'est peut-être pas indispensable} ^^| 


^^^^ 7773 


Debetnos render gracias al Rey spirital ^^| 


^H 


■ 


^^1 


Mas el Rey de gloria que es de grant ambisa ^H 


^^^ S8a 


Querria si lo quisiese el Rey cetestial ^^| 


^^^^^^H 59 b Sennor, Rey de gloria^ oi mi petiçion ^^| 


^^^^^^1 


El rey de los çielos que nada non oblida ^^| 


^^^^H 84 a 


Gracias, disso el bispo, al Rey celestial ^^| 


^^^^^H 90 c 


Guie nuestra façienda el Rey omnipotent ^^| 


^^^V 


Que los très reyes magos gui6 en orient ^^| 


^^^H 


Que faces lo que quieres commo Rey poderoso (1. qaal) ^^| 


^^^^^H 1 S9 b Tornô en Dios e disso : ay Rey glorioso ^^| 


^^^H 


Rogô al Rey del çielo que suelta los peccados (1. Rog6{\ ^^| 


^^^^H 


El Rey de los (ielos e la suc madré gloriosa (suppr. la) ^^| 


^^^H 334a 


El Rey de los çielos de complida poten^ia ^^| 


^^^H 


El Rey de los çielos sancto e poderoso ^^| 


^^^H )69 a 


El rey Abderraman sennor de los paganos ^^| 


^^^m 37$ c 


Doiiô de corazon al Rey celestial ^^| 


^^^H 394 a ^^ 


El Rey de los çielos de complida bondat ^^| 


^^^^^1 396 b El rey don Remiro era sobre Léon ^^| 


^^^^^1 400 a 


El rey Abderraman e los otros paganos ^^^ 


^^^r ^'^^ ^^ 


El rey don Remiro un noble caballero ^^| 


^^^L^ '414 b E al rey don Garcia sennor de Pamploneses (retr. £ ou don). ^^| 


^^^ 4'âa 


El rey don Remiro maguer fue espantado ^^H 


^^^^^H 420 a 


El rey don Remiro de la buena ventura ^^H 


^^^H 


Quai manda al apostol el rey de Léon ^^| 


^^^^ 436a 


Quando estaban en campo los reys azes paradas {1. tilos et retr. nys) ^^| 


^H 449' 


El rey Abderraman que los moros mandaba ^^| 


^H 4S4a 


Del rey non sabemos si estorci^ non ^^| 


^^^1 460 a 


El rey don Remiro que aya parayso ^^| 


^M 483 > 


EJ rey de los çielos al so siervo leal ^^| 


^^^^ 


■ 


^^1 47d 


Rey de los iudios, salva tus fiuçiales ^^| 


^^^H 


Faze muy grant peccado, pesar al Rey divino (1. ptsa) ^^| 


^^^^^B ^ (l f'sn e vino e plogoi mucho ai Rey de gloria ^^H 


^^^f 81 d Vozes Ules que plagan al Rey perennal ^H 


^^^^^_ P 101 b E otrosi por el obispo, al rey non lo oblida (1. bispo) ^^| 


^^^H ii7c 


Con los brazos abicrtos ruega al Rey de gloria ^H 


^^^^ ia8c 


El oITreçe por todos al Rey verdadero ^H 


^H '^^'^ 


Algo entendin desto el rey çitarista ^^| 


^^H is8a 


Fijo fue est cordero del rey celestial ^^| 


1 '" 1 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 77 

* 19s b Ruega al Criador bnen Rey apoderado (suppr. buen) 
32} c Ruega al Rejr de gloria de todo coraçon 
224 a Ruega al Rey de gloria de toda voluntat 
S. Laar. 

I a En el nomme glorioso dei Rey omnipotent 
Loor. 

10 d Rey fue et obispo et sabidor legista 

* 1 1 c En essi vino la pluvia, en ti el Rey divioo (I. es ou snppr. la et appuyer 

tl sur ti) 

* 20 b Por ende te fizo Dios de ios reys nasçer (I. ent) 
5 1 c Sopieron que era signo del Rey omnipotente 
35b Los reyes de Judea ibanse apartando 

37 d Rey de tal justiçia de Dios sea confuso 
Signas 
'25 c El rey sera en medio con su az revestida (I. Jesu au lieu de El rey) 
37 a Tornarse a Ios justos ha ei Rey glorioso 
49 a El Rey de Ios reyes, alcaide derechero 
61 a Qnando el rey de gloria viniere a judicar (I. Quandol) 
MiUg. 
'24 b Coronados e legos, reys e emperadores (suppr. e) 
37 c Ella es dicha trono del rey Salomon 
d Rey de grant iustiçia, sabio por mirazon 
? 59 a Apareçiôl la madré del Rey de Magestat 
94 a El Rey de Ios çielos alcaide sabidor 
1 24 a Apareçiôl la madré del Rey çelestial 
319 c Los reys redor ella, sedie bien compannada 
365 d Fizo un grant miracio el Rey omnipotent 
(23 a Madré del Rey de gloria, de Ios çielos Reigna 
)29 c Apareçiôl la madré del Rey de magestat 
6i4d Nin las pedrien asmar reys nin podestades 
620 b Par el Rey de gloria, façen derecha cosa 
734 c Con su rey en medio, feos, ca non luçientes 
*737a Dissoli el iudio : sennor rey coronado (I. cronado qu'on renc. ailleurs) 
*777 a Plégoi al Rey del çielo al quarenteno dia (I. piôgo al) 
Datlo 

'72 c A su rey misme fiçieronio damnar (ajouter el devant su) 
199 b Por al rey mançebo la vida destaiar 
S. Oria 

1 1 d Cobdiçiaban la gracia de el Rey çelestial 

* 66 a Si del Rey de la gloria li fiiese otorgado (retr. la, détestable cheville) 
79 c Daria por tal su reyno el rey de Castiella 

loob Que rogassen por ella al Rey de maiestat 

1 1 3 a El Rey de Ios reyes, sennor de Ios sennores 

177 b Commo qui riende gracias al buen Rey espiritual (1. al Rej upirital) 

205 c Dios nos dé la su gracia el buen Rey spirital (I. el Rty e 



76 J. CORNU 

*7;4d Ca del rey don Alfonso era ensennorada (faut 
i'élision ?) 

* 744 b Non os6 traspassar del rey el su mandado (su 
747 c Aviale de fiera guisa el rey amenazado (I. Avi 

changement n'est peut-être pas indispensabJ 
777 a Debemos render gracias al Rey spiritai 
S. Mill. 

9 a Mas el Rey de gloria que es de grant ambisa 

58 a Querria si lo quisiese el Rey celestial 

59 b Sennor, Rey de gloria, oi mi petiçion 
69 a El rey de los çielos que nada non oblida 
84 a Gracias, disso el bispo, al Rey celestial 
90 c Guie nuestra façienda el Rey omnipotent 

d Que los très reyes magos gui6 en orient 

* loj b Que faces lo que quieres commo Rey poderos 
1 59 b Tornô en Dios e disso : ay Rey glorioso 

* i7{ c Rogô al Rey del çielo que suelta los peccado 
*;o8 a El Rey de los çielos e la sue madré glon'osa 

334 a El Rey de los çielos de complida potençia 
354 c El Rey de los çielos sancto e poderoso 

? 369 a El rey Abderraman sennor de los paganos 
375 c Doliô de corazon al Rey celestial 
394 a El Rey de los çielos de complida bondat 
396 b El rey don Remiro era sobre Léon 
400 a El rey Abderraman e los otros paganos 
412a El rey don Remiro un noble caballero 

'414 b E al rey don Garcia sennor de Pamploneses 
4 1 8 a El rey don Remiro maguer fue espantado 
420 a El rey don Remiro de la buena ventura 
429 d Quai manda al apostol el rey de Léon 
436 a Quando estaban en campo los reys azes pa 
449 a El rey Abderraman que los moros mandab 
4J4 a Del rey non sabemos si estorciô non 
460 a El rey don Remiro que aya parayso 
483 a El rey de los çielos al so siervo ieal 
Sacrif. 

47 d Rey de los iudios, saWa tus finçiales 
'62 c Faze muy grant peccado, pesar al Rtj 
64 d Pan e vino e plôgol mucho al Rey de f 
8 1 d Vozes taies que plagan al Rey pereniu 

? 101 b E otrosi por el obispo, al rey non lo • 

.127c Con los brazos abiertos ru^a ai Rqr 
1 28 c El offreçe por todos al Rey verdader 
I ) 3 d Algo entendiô desto el rey çitarista "■. 
I }8 a Fijo fue est cordero del rey çdestial "^ 

* 190 d El Rey qui lo guiaba non lo dex6 c 






éTUDBS DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 79 

i6j b Beso al Rey manos commo bien enscnyada 
171c Que digas el tu nombre al Rey raio senyor 

* 182 b Rey, de tu fija non digo si bien non (1. de la lu fija) 

' 186 a Ovo desta palabra el Rey muy grant sabor (appuyer el sur palabra ou 
retrancher muy) 
187a Quando el Rey de Tiro se vyo coronado (I. Quandol) 

191 a El Rey Architrastres non séria mas pagado 

192 a Padre, dixo la duenya, al Rey su senyor 
194 c Amigo, diz, la gracia de el Rey as ganada 
197 b En cl Rey Apolonio fue luego cnt[endjiendo 

Jooa El Rey Architrastres fyeramienlre se dolie (I. fye/amientres) 
201 a Ovo sabor hun dia el Rey de cavalgar (app. el sur dia) 
205 a Rey, dixeron ellos, tiempos ha pasados (ajocter ya) 
21 } a El Rey vuestro padre saliôse ha deportar 
*2i8 b Oigasme, Apolonyo, el myo buen Rey de Tiro (suppr. biun) 
'319 c Lo que al Rey ploguiere e fuere vuestra ventura (I. ploguur al Rej^ e 
221 d Que del Rey de Tiro desdenyada hncase Ifuer) 

22} a Abrio el Rey la carta, e fizo la catar (app. il sur abrid] 
ii^i Fizose de esta cosa el Rey maravyllado (app. (/ sur cosa) 
22 j c Rey, yo fuy esse, e fuy verdadero 
229 a Fue el Rey metiendo mientes en la razon 
231 a Respuso Apolonyo : Rey, muchome embargas 
239 a Sallo esto partido ei Rey por el corral lapp. el sur partido) 
246 c Al Rey Apolonio sil podnes cooesçer 
2)6 a El Rey Antioco quel havia yrado 

2)9 a Diô el Rey a la fi|a por hir mas acompanyada (app. el sur Diô et sup- 
primer mai) 
'290 b Yo el Rey Apolonyo enbio merçei pedir (app. el et lire manda) 
*]I7 b Fija so de Rey, e con Rey fuy casada (1. De Rey fija jo, e ton Rey 
?325c En el Rey Apolonyo tornemos el ministerio [casada) 

327 a La companya rascada, e el Rey descasado (appuyer el sur e) 

* 3j8 c Rey, dize, yo te ruego e pidotelo en donado (I, diz) 
359b Al Rey Architrastres oviestes por auelo 

360 a El Rey Apolonyo, un noble cavallero 
'438 b Rey, de tu fija, esta es la verdat (I. la ta fija) 

446 c Fija de Apolonyo el buen rey de Tir 

4$6c Echôlos su ventura e el Rey Espirital (I. e el Rey spintal) 

4)9 a El Rey en todo esto non lenye nuyil conuerto 

4(9 d El Rey Apolonyo lazdrado cavallero 
*46ob Echôsse en hun lecho ei Rey tan deserrado (suppr. tan) 

496 b Dixo el Rey : amiga bien so de ti pagado 

* (02 a Tornô al Rey Tarsiana faziendo sus trobetes (1. Tornô Tarsiana al rey) 
{043 Ovo el Rey dubda que si la desdenyasse 

* ji4d Tu fablas de la esponi.i, dixo el Rey, ermana {suppr. Tu) 

* i 19 c Fuy del Rey Architrastres por ella onrrado (placer fay au second hénr., 

mais l'élision entre ella et onrrado est-elle possible .^^ 



8o J. CORNU 

J28a Ovosse ya con esto el Rey de enssaoyar 

537a Ay rey Apolonyo, de venlura pesada 
" J52 a Rey, dize Antinâgora, yo merçet te pido (I. diz) 
''5$3 b Ca Rey so de derecho, reyno he por mandar (suppr. de ou Caf) 

55 j c Bien te puedes encara, Rey, maravillar 

j6i a El Rey Apolonyo omne de grintpoder 

^68 a Quando el rey ovteron de tal guisa vengado 

568 d P'ue el Rey de Tire del conçeio pagado 
? 570 a Tovosse el conçeio del Rey por adebdado 
" 572 b El Rey Apolonio, de grant meiura (aj. rey ou senyor dans lesec. hém.) 

J7J a El Rey Apolonyo ssu cuyta amanssada 
? 586a Cayô al Rey a piedes e dixo a allas bozes 

* 586 b Ay Rey Apolonyo, creyo que me non conosçes (lire ijuem) 
•587 c DeIRey Architraslres fija fuy muy querida (retrancher muy) 
f )94d Quando el Rey e la Reyna partirsse quisieron 

)9^ d Alegres e gozosos e! Rey e la Reyna 

598 d Entrô el Rey en medio, començô de fablar (I. Entr6l\. 
•609 c Que autel Rey de miedo non osarie mentir (remplacer /fue par ca afin 
de rendre l'élision possible; comp, cep. 626b) 

61 j a El Rey, esto ffecho, entrô en la çibdat 
'617c Fizoles entender cl Rey aventurado (I. venturado) 

620 a Del Rey Architrastes ffueron bien reçebidos 

622 a El Rey avian vieyo, de dias ançiano 

626 b Que al Rey Apolonyo naçiesse criazon 
'627 d Qua muriô Archiirastres, un Rey muy acabado (relr. un ou muy\ 

629 a Quando el Rey fue deste ssiegio passade 
•63 1 c Enbiô quel dixiescn quel Rey le demandava (lire Reyl] 
•632 c Kue de tan alla guisa del Rey bien reçebido (retr, bien) 

637 a El Rey Apolonyo, ctierpo aventurado 

640 a Quando el Rey vieron, hovieron tal plazer 

641 d Non avien, bien ssepades, de aver Rey novell 
Alex. 

* 5 a Quiero leer un livro de un rey noble pagano (relr. noble) 
6 a Del prinçepe Alexandre que fue rey de Grecia 

* 6 c Venciô Poro e Dàrio dos reys de grant potencia (suppr. dos) 
?22 a Eran les reys de Greçia fasta essa saçon (relr. tos) 

' b Vassallos trJbutarios del rey de Babilon (I. de el) 
26 d Por el rey Alexandre a ombre obedeçer 
77 d Qujnto ovo el rey Carlos fasta do se el sol pon (I. ovol) 

•82 b El al rey Felipo con présente fue embiado (I. présent) 
93 a Ovo d rey Philippe este manto ganado (I. mof) 

'98 d Quisquier que le cavalgasse fuesse rey aventurado (1. quel^ jues eX. 

1 16 a Fallu en luengas lierras un rey eslrevido [nnturado) 

liée Quando vio estas yentes el rey tan agudo 

* 1 18 b Felippo el rey de Greçia esse es mi padre (I. et mi padre) [bada) 

* 1 34 a Non avia el rey acabada su paraula (i. El rey non avia su paraula aca- 



ùIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 8l 

^$o por desondrado (1. Tovos rey Felipo) 
iul desbaratado 
.j, ca tanto se valia 
s ;a rey a coronar 
. mdo fue coronado 
~ ""-^ Ij comme el rey mandâra (I. cort) 

iiicdio a toda parte catando (rempl. tstava par scdia 

'..into, respuso el senado 
Tebas el rey muy fellon (1. los de Tebas) 
;os borros cobdiçia an de sal 
:i\do vieno al rey veer (I. vicnol] 

.ys sodés el siegio mandades (aj. e dev. el s'uglo, mais il 
lie lacune qui empêche de savoir si la correction est bonne) 
su canca, el rey fue pagado 
-xandre sabia tal costumbre (I. atal) 
por moverlos el rey muy fazendado (retr. muy) 
Alexandre dava les grant conuerto 
tanto non pudo de rectorica saber (I. tant et mer) 
Jezien elles, much as de livrar (I. tllos dezien et mucho) 
. suefres grant pena, noio podris durar 
..) el rey : veo que buen conseio me dades (I. constiom) 
fys e reynas, e duques e duquessas (aj. los dev. Reys) 
>.ey, dixo, e padre, sennor, merçed te pido 

Non ha rey enno mundo nen tal emperador (I. no comme au vers 
1976 d, cf. na 1377 c et 1 580 b) 
:< Al rey con su fijo plôgol de voluntat 

b Lo que pora fijo de rey devien siempre buscar (retr. /o et I. fi) 
4 a Ovol a la privanza el rey a connosçer 
7 \ a Ovol rey a yr en una cavalgada 
' l~6i Fueron al rey las novas e sobieronge mal (suppr. las) 
- ;8oa Con esta segurançia al rey creçiôl coraçon 
* j9j d D rey Agamenon porque bien Ile pareçie (I. plazie) 
398 a Rendiô el rey la duenna a todo su mal grado 
409 b El rey por la ueste mandô ferir pregones 
412 a Otro rey de Greçia por nombre Agamemnon 
427 b Al bnen rey de Troya legaron los mandados 
?428 a Nembr6 al rey del suenno, ovo miedo sobrello 

496 a El rey Agamenon pero tant alto era 

497 c Diô al rey tal golpe por el diestro costado 
$26 a El rey de los griegos magar que era cansado 
{86 a El rey Agamenon ferie en los troianos 

*7i7aQuando ovo el rey Alexandre complido su sermon (retr. el rey ou 
7J4C Jurava con la yra ai Rey omnipotente [Alexandre) 

?7}5 b Oàrio rey de los reys, egual del Criador 

*74i a Quando fueron las letras delant el rey rezadas (I. ant au I. de dclaiU) 
Romania, IX g 




8o J. CORNU 

528 a Ovosse ya con esto el Rey de ensunyar 
537a Ay rey Apoionyo, de ventura pesada 
" 5 j2 a Rey, dtze Antinàgora, yo merçet te pîdo 
" 5 53 b Ca Rey so de derecho, reyno he por 
553 c Bien te puedes encara, Rey, maravîlkr 
561 a El Rey Apoionyo omne de grant poder 
568 a Quando el rey ovieron de tal gaha "■ 
568 d Fue el Rey de Tire del conçeio pi 
? 570 a Tovosse el conçeio del Rey por adct 
" J72 b El Rey Apolonio, de grant mesura u 
575 a El Rey Apoionyo ssu cuyta amanssau 
? 586a Cayô al Rey a piedes e dixo a allas 

* }86 b Ay Rey Apoionyo, creyo que me 
•587 c Del-Rey Architrastres fija fuy muy '^ 

? 594 d Quando el Rey e la Reyna parlir^r,» ^ 
595 d Alegres e gozosos el Rey e la ¥<■ 
{98d Entrô el Rey en medio, corne n', 

'609 c Que antel Rey de miedo non 
de rendre l'élision possible ; 
613a El Rey, esto ffecho, entrô éo 

'617c Fizoles entender el Rey 3 vent 
620 a Del Rey Architrastes ffneTon 
622 a El Rey avian vieyo, de dias 
626 b Que al Rey Apoionyo natie 

* 627 d Qua muriô Architrastres, l 
629 a Quando el Rey fiie dest^ s 

*6i I c Enbiô quel dixiesen quel 1 

'632 c Fue de tan alta guisa deV 

637 a El Rey Apoionyo, cnerpf 

640 a Quando el Rey vieron, t 

641 d Non avien, bien ssepade 
Alex. 

* 5 a Quiero leer un livro et 
6 a Del prinçepe Alexandr 
"6c VenciÔ Poro e D&rio 
? 22 a Eran los reys de Gre 
* b Vassallos tributarios 
26 d Por el rey Alexandr 
77 d Quanto ovo el rey ( 
'82 b Etal rey Felipo ca 
93 a Ovo el rey Philipp 
* 98 d Quisquier que le 
116 a Fall6 en luengas I 
1 16 c Quando vio estar 
' 1 18 b Felippo el rey àf 
'134 a Non avia el rqr 




Mnj) 




frj^ 



4 




il. tti car d rej 



A. Àsxà et retr. Mm) 
rsp. Eitxmi par Stàui 



f^pàoi (retr. tvji et I. ife < 



fiTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 8; 

I a El rey contra Gaza fue fiera mient yrado 
I b Poe el rey guarido, ios otros esforçiados 
^telji El Tty Alexandre con toda su mesnada 

10S4 1 El rey de Ios griegos tan cosido baron 

1087 1 El rey iiie yrado e mandé cavalgar 

ia99C Lam6 el rey a todos quel veniessen oyr 

III» a Qnando el rey Phelippo mi padre fue passado 
*tii) c Que es rey e obispo e abbat e prior (I. bispo ou I. Que es en une syll.) 

1117b Entrô pelo Egipto cuemo rey yrado 

) 117 c El rey fue de seso, el pueblo acordado 

) 1 13 c El rey Alexandre, sennor de grant valia 

'uji 1 El buen rey Alexandre, buen guerrero seglar (suppr. le prem. baen) 
*jij) a Dezien : rey Alexandre, nunca dévieras naçer (I. dévias) 
*ii;8a El rey Alexandre firme de Ios rayos duldado (suppr. firme) 
'119] a Sopol bien el golpe el rey destaiar (I. Sopole) 
h 1961 Orcandes un rey, en India naçiera 
*iié4c Exioron de traviesso dos reys apoderados (I. podtrados?) 

12Ë) a El rey Alexandre fizos maravijado 
'i];6'c A rey tan leal en tan buen créer (rempl. en par t de) 
* 118) 3 El rey Sersis que ovo tan grant poder 

ri^2 b El rey Alexandre con su cavalleria 

1194 a El rey de Ios griegos de la buena ventura 

i})8d A nn rey podrie sacar de povredat 
*i;é} c Todos por natura son reys naturales (aj. su dev. natura) 

1372 a El rey Alexandre plôgol de voluntat 

1173 b Quandol bes6 la mano el rey de la çiudat 

1)74 c Exioron reçeviio al rey aventurado 
hjT^c Por al rey fazer servicio eran bien guisadas 
h;go c Et el rey çerca elios a que ordenan las fadas 
' 1384 a Por amor de veer al rey de grant ventura (retr. granl) 

i}S6 b Quaodo fue a su guisa el rey soiornado 

);9(a El rey Alexandre tesoro de proeza 

13983 Quando el rey sus cosas ovo asentadas (placer mo après r<y) 

1402 a Metades avie nombre el rey que la ténia 

1407 b Al rey venioron oy XII. omnes corriendo 
*S407cDixioron : rey sennor, en que estas contendiendo (1. Rf) sennor^ dixio- 

141 i a El rey Alexandre de la otra partida [ro/i) 

1424 a Embiô luego Metades al rey de parage 

1432 a El rey Alexandre pero tanto ganava 

1437 a Deçendiô de la sierra el rey acabado 

14)93 La çibdat non se pudo ai rey amparar 

■4^1 b Ca Ios reys de Persia se fazien cavalgada 

■44^3 Dixo el rey : amigos, esto en que estades 

1498 c El rey Alexandre a quien la mano besaron (retr. la) 

• S*** Rey, ères caydo en mal polla ventura 

'S^Sb Al rey Alexandre se a por afijado 



82 

*75oa : ~'>^ 

7J2 (J i ... gw*- » jmsT l. ftticra) 

*7S ; b . - - -3 ^ .i jjeaii •!. Rej Ddrio mandé mmtr su 

757'l 

764!. __.- î. : a-T 

7S3 .1 _ .T JB. 5 szT '.. cotât) 

791/: : := r= -SOT 

"8u8!. . .. -s ^araa aqJes 

* 8 1 C j_ . - .:z»r,3l .Ttr. ion) 
?82î.: 



1- 



"828 ■ .^ - ..î ^rms '.. J grant priasa) 

8}c«. ^^~ SS3L. ■: ns .aj. que nécess. après segundo) 

834 .... _-■- .»-S K3C 

8;S . .^.-T -i:; 

85>s " _ _^ ._•-. asoff»:<:* 

86..: ■ " . ^ , i sec ;. pasolo) 

86: — — ^^ -f^. itsirar 

86^ " ^ _^ ;i T^n is cobdiçia 

' 86 , . .. Ij^ -i-rriio 

* 8( ~ . r^fe xC'jias 

*86' * ^ . âcacdfflos (lire fe/o) 

^" ~ r . -. -VS-" 

87 ' ~~ .. -atc xr J rienda (retr. /u<) 

«;■ - "'""^' .^ -s; j::enda 

* ^ "^ ,.;--. - -s» ■* '■* proniesM (suppr. al et mettre une 

^ ff: je yiio (aj. cl dev. rtj) 
..^ /.c-- i «xr il. rjfronfii d/ rey vieno f) 

iavsfW maero (I. la moneda) 

" .^ -i • "^ fsaientado 
. j *.-»tx ie Dàrio 

- - • ^ .." « ,. t; j?iat es tu poder (retr. aj et placer « 
..ifu.." ? «oJiùo [après « 

- ""^-^ .^« •■■i» =J-"ienemos 
■''^.^<ï .vjîfî i-errear 

- * * .v> iJ =■»■ "Sfrn> assado 

**'^^j, .,\vfl rtv taa temprado (suppr. bon) 



» « 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 85 

* 178J d Fazerlo rey de Persia despues que fus armado (temp\. fazer piT fer) 

* 1786 c Rendian a Oios gracias, al rey omnipotente (I. Gracias rtndian a Dios) 
1793 a El rey Alexandre, un corpo acabado 

* 1806 a El rey maguera norio non qniso grant vagar (1. magutr) 

* 1808 a Fezioron al rey créer grant falsidat (aj. bon devant rey) 
? 181 1 c Non pl6go al rey Poro, fii ende espantado 

1819 b Trae en su conpanna rey Poro VIII. çientos 

1822 a El rey Alexandre un bon trasechador 
?i86oc Mas por toda la pérdida el rey greçiano 

1864 a Mas el rey Alexandre del lazerio usado 
' 1866 a Seyan en su companna del rey aventurado (I. venturado) 

187) a Fues de la almafalla el rey comescolando 

* 1874 c Por al rey Alexandre fiie bona ventura (aj. muy devant bona) 

* 187) c Metiôsse en las naves el rey aperçebido (I. perçebido) 
1877 a El rey Alexandre quando fue arribado 

1884 a El rey Alexandre quando fue allegado 
? 1887 b En un elefant fiero al rey vieno golpar (I. vienol rey) 

* 1887 c Esperd el rey, sôpose bien guardar (I. El rey esperô) 
1892 a El rey Alexandre à Poro demandando 

? 1900 d El rey era bono, esforciado e leal 
1903 d Pero al rey Poro non podien allegar 

* 1926 c Rey, dixo, séria seso e conseio mui sano (I. diz) 

* 1926 d Que a la merced tornasses daquel rey greçiano (retr. l'art, la) 
1927 d Rey, se al fezieres, faràs grant torpedat 

? 193 5 d Quando la el rey dixo, quierolo yo cuntar 
*i937 a El rey Alexandre nunca fall6 par (aj. su) 

* 1940 c Rey, dixo un sabio, non as que temer (aj. mas devant que) 
194 s a En cabo coroo vieno un rey de Caldea 

* 1989 d Dava bon serviçio al rey el mançebiello (I. A! rey boa seryiçio dava el 

mançebiello) 
' 1990 El rey quando lo vio compeçô de rier (1. quandot) 
1999 a Mandé el rey a todos tollerse los vestidos 
*2oi I c Ovo bon conseio el rey a sacar (aj. un devant bon) 

2020 d Pero ovoia en cabo el rey a delivrar 

202 1 a El rey Alexandre guerrero natural 

?202} a Los rey s tenien sus azes firmes e caudaleras 

2027 a El rey Alexandre ya los querie ferir 

2032 c El rey Alexandre en cabo te espéra 
? 2037 a Ya eran aiuntados los reys ambos senneros (remp. ambos par dos?) 

204 j a Ovol rey cambiada la raaia voluntat 

'2048b Rey. diz, yo bien entiendo que era engannado (suppr. yo ou bien) 

205 3 a Avie toda sa cosa el rey bien acabada 

2oj8 a Dixol rey : por esto non puede assy seer (I. pued) 
*2o6oa El rey fincô sennero ençima del castiello (I. Fmcé el rey sennero) 

206 s d Cobrô en un ratiello el bon rey greçiano 

2066 b Fnd rey Alexandre en sus pies ievantado (retr. sus et I. piedes) 



86 i. CORNU 

• 2071 a Ya era de la priessa d rey tan enflaquecido (retr. lan ou 1. cnflaquido) 
'2071 c Non venie de nenguna parte al bon rey apellido (I. Dt nuUa part nnii 

el retr. bon) 
2080 b Fuel rey acorrido a estranna sazon 
1087 a Cobrû el rey su iengua e todo su sentido 

2090 a Rey, es bon conseio, averlâs allegar 

2091 a Diz el rey : semeiame cosa desaguisada 

2091 b Pora yazer rey preso con su barva legada (I. par) 
2099 a Quando vioron que era el rey ya meiorado 

* 2100a Fuc a pocos de dias el rey muy bien guarido (suppr. muy) 
2102 a El rey Alexandre en vida aventurado 

2104 c Poro e Abisono dos rcys cabdaleros 

* 21 14 a Los reys as conquistos, las serpientes enganadas (I. sierpti) 
* 21 18a El rey fue alegre, tôvogelo a grant grado «retr. granl) 

2i4od Exio conio caboso el rey aventurado 
'2146 a La cuba fue fecKa en quel rey azia (i. Ela cuba fat faha) 

21^0 a Tanto se acogien al rey los pescados 
'2150 b Como si los ovies el rey por subiugados (suppr. par) 

21 ;3 a Diz el rey : sobervia es en todolos lugares (I. lodos) 

2169 d Poral rey Alexandre mala carrera dar 

• 2266 a El rey de los griegos un sobervioso varon (suppr. un ou écr. sobcnlo) 
' 2266 c Vençiô al rey d'india e al rey de Babilon (rempl. al rtj par el) 

227ja El rey de los griegos es muy iiero exido 

2286 b El rey Alexandre por el a enviado 

2294 a El rey Alexandre, corpo tan acabado 
? 2315 c Tomf) al rey per la mano, pregunliM como andava (suppr. p<r la) 
*2ji7 a Rey, dixo el frayre, se me quisieres oir (I. icm ou ^mcrw) 

2)21 a Diz el rey al frayre; capellan, bien sabades 
•2522 a Prisol rey pannos viles como de romero (I. Priso el rej et retr. de) 

2j26b Rey, yo bien entendo la (u entcncion 
'2327 c Rey, diz, se firme que nunca seras arrancado (I. firme si, retr. fut et 
rempl. nunca par non] 

2328 a Oixol rey al arvoi : se me quieres pagar 
'2329 a Rey, dixol arvol, si fusses sabidor |aj. el dev. arvol) 
'2330a Reyj dixol frayre, assaz avcdcs oydo (a), el dev. frayre et I. eJti) 

2j}7b El rey Alexandre todavia sobia 

23}7d Alla yvan los grifos do el rey queria 

2 338d Era el rey traspuesto de la su aibergada 

2345 c Los brazos son la cruz del rey omnipotente 

2355 c Ca el rey Alexandre non cobdiçiava al 

2 3 (6 c Que avie desta manera el rey grantcorage 

2363 a Allegaron las novas al rey aventurado il. nnluraJo) 

2364 a El rey con las novas ovo grant alegria 
2366 a El rey Alexandre, corpo tan acabado 
3369 a Fu el rey vcnido çerca de la ciudat 
2371 c El rey conna priessa non podie yr carrera 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 87 

3374 b Maad6 fazer el bon rey conçeio gênerai (i. ftr ou suppr. bon) 
24 1 1 a Quando el rey Alexandre estas gestas veya 

* 242 5 b El que ai rey Feiipo mat6 a traycion (remp. El que par Qui) 
2426 d Como sôbo su fronta al rey bien vedar 

*24}4 a» Rey de los Reys que non connoçes par (aj. 0) 

2442 a El rey con la gloria e con el grant plazer 

2444 d El rey sobre todos como bien ensynado 
} 2448 a Quando vino la hora que el rey querie dormir 

2448 c Mandô el rey del vino a Jobas aduzir 

24JOC Priso el rey la copa, noia déviera prender (I. dd)ia) 
'2452 a Tom6se el rey la pennola poramor de tôrnar (retr. st inutile) 

* 2459 c A atal sinal avedes a uuestro rey llegado (suppr. a) 
? 2466 a Serey del rey del çielo altamiente reçebido 

2476 d Mando que caten todos por rey a Nicanor (retr. a) 
' 2493 c Otros dezien rey, otros emperador (I. Otros rey dtzUn) 
2^043 Grado al Criador que es rey de gloria 
2 J04 d Del bon rey de Greçia sennor de Babilonia 
2507 a Alexandre que era rey de tan gran poder (suppr. tan) 

REMARQUES. 
S. Dom. 

505 b Al rey e la reyna, con grand cabaiieria 

506 c El rey e la reyna eran much allongados 
Apol. 

595 d Alegres e gozosos el rey e la reyna 
S. Dom. 
364 d Cumpla !o que falliere el Rey omnipotent 
392 b Que le darie conseio el Rey omnipotent 
S. MilL 

90 c Guie nuestra £içienda el Rey omnipotent 
S. Lmr. 

I a En el nomme glorioso del Rey omnipotente 
Loorcs. 

3 1 c Sopieron que era signo del Rey omnipotente 
miag. 

36) d Fizo un grant miracio el Rey omnipotent 
Alex. 
734 c Jurava con la yra al Rey Omnipotente 
1786 c Rendian a Dios gracias (1. gracias a Dios), al Rey omnipotente 
234$ c Los brazos son la cruz del Rey omnipotente 
Apol. 

197 b En el Rey Apolonio fiie luego ent[end]iendo 
32$ c En el Rey Apolonyo tornemosel ministerio 
69 c Ay Rey Apolonio, digno de grant valor 
537 a Ay Rey Apolonyo, de ventura pesada 
586 b Ay Rey Apolonyo, creyo que m(e) non conosçeo 



88 



1. CORNU 



26 d Por el rey Alexandre (a) ombre obedeçer 

751 d Dezien : rey Alexandre, Dios te faga durar. 

871 b Con el rey Alexandre ovo desabenençia 
1 1 ( f a Dezien : rey Alexandre, nunca devi|er|as naçer 
1 530 a Dexé rey Alexandre e vin ati servir 
1 594 c Diz el rey Alexandre, segundo [que) yo creo 

1669 d Si del rey Alexandre les fuesse otorgado 

1670 c Por el rey Alexandre nunca fue [el] vençido 
1864 a Mas el rey Alexandre del Sazerio usado 
1874 c Par al rey Alexandre fue bona [a]ventura 
2i69d Por a! rey Alexandre mala carrera dar 
24 1 1 a Quando el rey Alexandre éditas gestas veya 

393 c El rey Agamenon porque bien lie pareçie (1. plaiie) 
496 a El rey Agamenon pero tant alto era 
586 a El rey Agamenon ferie en los Troianos 

Faut-il regarder les vers ci-dessus comme du nombre de ceux qui ont 
été modifiés par les copistes ou peuvent-ils rester têts que les textes 
nous les donnent ? Quoiqu'il ne fût pas difficile d'en corriger la bonne 
moitié, je tiens que j'aurais tort de le faire. En effet dans 

et rey e la reyna 
el rey omnipotente 
En el rey Apolonio 
Ay rey Apolonio 
Por el rey Alexandre 
El rey Agamenon, 

nous avons pour ainsi dire des composés, autrement dit des formules 
toutes faites, venues du latin, dans lesquelles REGE rey s'unissait ou pou- 
vait s'unir étroitement au mot suivant. Que la plupart des exemples dans 
\'Apolonio et VAlexandre fassent rf)» de deux syllabes : el rey Apolonio, el 
rey Alexandre, et paraissent contredire ce moyen de justifier les vers en 
question, n'est pas une preuve qu'il faille y changer quoi que ce soit. 
Car nous pourrions, sans aucunement faire violence à la grammaire, 
retrancher l'article devant rey Apolonio, rey Alexandre, rey Agamenon, cf. 
Diez, Gramm. Ut, p. 38, si cette suppression était bien d'accord avec 
la langue de ces poèmes. — Dans les quatre vers suivants : 

5. Dom, 14 b Que to yba ganando el Rey de Maicstat 

368 d Plegô a las oreias del Rey de Magestat 
Milag. 59a et 529c Apareçiôl la madré de) Rey de Magestat 
S. Oriû 100 b Que rogassen por ellaal Rey de maiestat, 

si rey n'y a pas pris la place d'un autre mot, je serais tenté d'admettre 



ÉTUDES DB PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 89 

une forme populaire de MAIESTATEM où les deux premières syllabes 
auraient été contractées en une seule, comme cela a eu lieu dans mais 
mas MAGIS et dans les noms de nombre. 



LA TROISIÈME PERSONNE PLUR. DU PARFAIT EN -lORON DANS 
L'ALEXANDRE. 

En castillan ancien et moderne les seconde, troisième et quatrième 
conjugaisons ont une même terminaison à la troisième personne plur. du 
parfait. Toutes ces troisièmes personnes riment ensemble. Le portugais 
et un dialecte espagnol, son proche parent, divisent les parfaits en trois 
classes. Un autre dialecte espagnol a -ieron dans les parfaits dits forts et 
-iron dans les parfaits dits faibles. C'est du portugais que je partirai pour 
établir la classification des verbes de l'Alexandre que j'ai réunis afin 
d'approcher de leur solution des questions depuis longtemps pendantes, 
à savoir si l'auteur de ces interminables quatrains monorimes pronon- 
çait -ioron ou -ieron, si la forme -ioron appartient au dialecte léonais, et 
enfin si les explications que Diez et Caix ont essayé de donner de cette 
forme ont quelque degré de vraisemblance. 

Je range les parfaits d'après la voyelle portant l'accent, laquelle peut 
être ^, « et /. Ont un e ouvert puzirào, tivirâo, jouvirâo, prouvirâo, 
troiaérâo, trouvirom vieux port., pudirào, sevirom vieux port., coubérâo, 
sottbérâo, houvérâo ; ijuisérâo, presirom vieux port., resposérom vieux 
port., iissérào, dussirom vieux port., fizirâo, viérào, dérào, esiivérâo. 
Ont un e fermé tous les autres verbes de la deuxième et troisième conju- 
gaison à parfait régulier [comérâo). Moins viérào, ont un i l'ensemble des 
verbes de la quatrième conjugaison, auxquels nous ajoutons virào. 

Je n'ai fait entrer dans aucune des classes ci-dessous /u^ron eifuron, 
parce que de sa nature ce parfait occupait une place à part. La première 
de ces formes est de beaucoup la plus fréquente. 

PARFAITS DITS FORTS DE LA SECONDE, TROISIÈME ET QUATRIÈME 
CONJUGAISON. 

-ioron: posioron 70 ^ a 719 b 899 d 1612 a 2477 d pusioron 690 d 
7i)C 1 208 d, toworon 3630 584b87ob 1134a 1669b i698d 1773 a 
1889a detovioron 1571c mantovioron 716c 1208b 1773c 2477c 
•tovoro/i 740b, venioron 759d 1375a 1407b 1571b 1572a 1754a 
1857b 2013c 2159b Test, benioron 1520b, troguioron 1425a, visquioron 
224^d, podioron 356c 676a 841c 883d 969b 1031c 1043c 1231 a 
1247c 1263 d. 1417c i439d 1 580 a 1779c 184730 i852d i872d 1913b 
1922a 1946c 2077a 2108b 2439d 2455b pudioron 626a, sovioron 



90 J. CORNU 

201 5 d, io/jioron 577 c 968 c 1489(1 1941c 2020 a sobioron 1420 b 
I J7} c, ovioron 687 b 708 bc 719 d 841 d 886a 968 bd 1045 d 105 1 c 
iii^d 1135a iijîd 1201a 1229c i2jibc i26;3b 1272c i287d 
1 )48bcd 1^97 d I4i6d 1417a 14^6 b 1577 b 1580 d 1581 ab 1 $843 
1600 d 1847b i882d 1890 d 1894b 1922c i944ac 1991a 199)3 
3001a 2oo2d 2006a 2oi2cd 2015b 20193 20J4C 2051 c 2077a 
2078 c 20793 2082 ab 23ioad z^i^c 2^87c 24iod 2448b 2501b 
Test. 

-ieron : posieron 181 d pusieron 617 a, tovieron 250 b 448 b 542 d 
548b 582 b 690b 2000 c, venieron 268a abenieron 521 c, visquieron 
186c, podieron 425 b, ovieron i86d 208b 250 a 274b 299b )8ia 
487 cd 491 a 520 b 525 b 5;7d 56} c 576 c 579 bc 58od 619b 625 d 
626b 685b 708a 872d 886c 996d 1051b 1201c iî9jb 1669a 
1847 d 1894 a igogd 2507 b 252) b. 

-toron : quisioron 577 d 625 a 6793752 b 88^ a 886 d 899b lO^Sb 
1 12; b I2J2 a 1260 b 1287c iJ4;b i5^9abd 1577c 1825c 1909b 
1919c 2079 d 2407 c, pMioron ic8}b 1698 c I984d pmioron 687 c 
94) d 10)4 b 1067 ac 1 182 b 2487 d, dixtoron 251c )56c 727a 75 1 a 
104c b ii47d 1407c 1574a 1696a i7))d I9)ic 2100c 2i;ic 
2281 b Test, dexhron 748a 749c 792 c 1701 c Test, maldixioron 67)0, 
fezioron 508b 567 c 589a 501 b 60 j c 6roc 687 c 701 d 719 a 721 d 
725 b 886 b 899a 901 b 94) b 964 bd tot)b 1088c ii)4b 1208a 
1290 c I )4) c I )44a I )75 c I4i2d 1445 a 1469b 1 55) bd 1 577d 
i589d t7i8c 1740a 1742b i745d 1808a 1849a 2004c 2006b 
205 2 a 2075 c 2i)ib 2197 c 2249ac23))d, andodioron 2 1 ) 5 b, dioron 
208c )iob )))a ))9b )92a 457a 460a 700c 705a 707a 899a 
96)3 967a 10)1 a ro94a 1056c 1081 ad 1196c 1208c 12320 
r2)6a i272d i375d 1416b i422d 1488b 1571a 1577c 1586a 
200) a 20)8 c 2075 a 2079a 2))6c 2491 d Test. 

-ieron : prtsieron lùfjh prisieron )0) d 580c 84) b, troxieron 425 c 

ii54d, dixieron i94d29)d 3283 )56a )97b 476a 1676a dixeron 

i)4b [dixiron 47 îc est une faute) maldixieroa 67)ab dexieron 665 d, 

ffeiieron 89a fezieron )ioa 3973 5403 56) d 1272 b, estodieron 269c. 

PARFAITS DITS FAIBLES OE LA SECONDE ET TROISIÈME CONJUGAISON. 

-ioron : cayoron 9b 967b 1233 b 1445 c 2059d, descogioron 21 )4b. 
coneçioron 594 c, ençendioron 1068 b, mereçioron io67d 2249 b, metioron 
574 d 700 a 1047c 1067 b 1552 b 1805 c 1841 c 1905 c 1909c 2041 b 
2077 b 2078 d 2 1 3 1 b prometioron 3 56c 2085 c, movioron 1 228a 1 570a 
195 ic, naçioron 11 b 1147a 1858 c, ofreçioron 588 d, /)er<^/oron 687 a, 
perecioron 716a 967 d, respondioron t489d, rompioron 2079 b, stahleçio- 
Ton 1773 d, contendioron 2077c entendtoron 1030a 1 1 14a 1 147c 20i 5 b 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 91 

estendioron 1718c, estorçioron 716 bd, vengioron 687 d, volvioroa 1594a. 

•itron : cayeron 457c tojoc i232d 1605 d, cogieron 581 d acoieron 
309 b, comieron 16} b, creyeron 402 a, falleçieron 425 d, metieron 209 b, 
movUron 425 a 474a 520a 1944b, perdieron 241 a, respondieron jjid, 
vobfieron 1848 d desvolvieron 228 c. 

-iron : cayron 665 b 1857 c, cogiron 572 b, acorriron 465 c, metiron 
}92b 462 b 457 d 471 a, moviron 1995 c, Mtro/i 1552 c, va/iron 392 d 
663 d 664 a 785 a, bolviron 477 b. 

PARFAITS DE LA QUATRIÈME CONJUGAISON. 

-ioron : cobrioron 1093 a, contioron 9 a, destruyoron 715 b, escrevioron 
719c, «ioron 459c 625 b 646b 980 d 1374c 1376c 1586a 1589b, 
ferioron 508a 841 b 91 1 b, foyoron 1 571 d, mentioron 332 d 356b, mo- 
rioron 1 147 b, oyoron 1 995 a, partioron 1 375 b, pedioron 1115b, reçebio- 
Ton 769 a II 17 d 1 399 d, recodioron 967 c, rendioron 867 b 2477 a, salio- 
Ton 976 d, senùoron 508 a, sofrioron 723 d, vestioron 1611b, vivioron 
1773 a 2477 b, woron 173 c 209 a 319 c 665 a 700b 709a 841 a 882 d 
911 c 1152c 1153c 1235c 1243c 1412c 1419b 1422 b 1577a i584d 
1781 c 1 842 a 201 5 ac 2022 c 2099 a 2440 a. 

■Héron : çinnieron 1841 a, exieron 433b, fuyeron i03od, oyeron 179 a 
/^•j^d, salieron 216c 1450a, sentieron 3i5d, sofrUron 26^ à, vevieron 
188 b. 

-iron : bastiron 1046a 1047b, conft'ron 8a 9c, dormiron 274c, falli- 
ron 471 Zjferiron 665 c 2066 c 2291 c, foyron 103 1 d, moriron 713 a 
1852 b 2503 a, partiron 403 a 1047 a, rendiron 1686 a, id/iro/i 269 a 
1498 a 1 5 50 d salliron 2005 a, sofriron 1 1 2 3 b 2056 d, vestiron 1552 c, 
riron i587d 1825 d 2445 d. 

Si l'on jette un coup d'oeil sur les formes ci-dessus, on verra que 
celles en -ioron sont beaucoup plus nombreuses que celles en -ieron et 
que celles en -iron. En même temps l'on découvrira que les premières 
appartiennent tant aux parfaits forts qu'aux parfaits faibles des deu- 
xième, troisième et quatrième conjugaisons, tandis que celles en -iron, à 
l'exception de viron, ne se rencontrent que dans des parfaits faibles, ce 
qui nous autorise à affirmer que l'Alexandre n'a été écrit dans aucun 
des dialectes qui distinguent les parfaits à la manière portugaise : 
ov'uron comeron partiron 

ou ovieron comiron partiron 

L'étude des rimes que voici en donnera une preuve encore plus cer- 
taine, puisque toutes les classes établies plus haut viennent s'y confondre, 
comme si notre texte était castillan : 
269 saliron 356 dixieron 665 vioron 

presieron mentioron cayron 



92 


J. CORNU 




estodieron 


podioron 


feriron 


sofrieron 


prometioron 
425 movieron 
podieron 
troxieron 
falleçieron 


dexierott 


687 perdioTon 


716 pereçioron 


719 feziomn 


ovioron 


estorçioron 


posioron 


prisioron 


mantovioron 


escrevioron 


vençioron 


estorçioron 


ovioron 


841 vioron 


967 dioron 


1067 prisioron 


ferioron 


cayoron 


metioron 


podioron 


recodioron 


prisioron 


ovioron 


pereçioron • 


mereçioroR 


1 147 naçioron 


! J75 venioron 


1571 tUoron 


morioTon 


partioron 


venioron 


enttndioTon 


fezioron 


detovioron 


dixioron 


dioron 


foyorott 


1577 vioron 


1775 vivioron 


2015 vioron 


ovioron 


tovioron 


ovioron 


quisioron 


mantovioron 


vioron 


fezioron 


stableçioron 


sovioron 


2077 podioron 


2079 Aoron 


2249 feùoron 


metioron 


rompioron 


mereçioron 


contendioron 


ovioron 


fezioron 


ovioron 


quisioron 
2477 rendioron 
vivioron 
mantovioron 
posioron 


visquioron 


48 ovieres 


55 w«rej 


7Î movieren 


quisieres 


pudieres 


fagieren 


fezieres 


tovieres 


vieren 


mugieres 


mugieres 


qmieren 


102 fiere (1. fiero\ 


^62 quisieres 


924 quier 


preziere il. presiero] 


tovieres 


ferier 


oviere (1. oviero) 


falleçieres 


troxier 


soviere (1. soviero) 


lieves 


ferier 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 



9J 



{21 pr estera 
fiera 
feritra 
séria (l. soviera] 

896 vitise 
conoçiesse 
oviesse 
prisUsse 



1121 



196 naçiera 
ventera 
fiera 
viera 



1476 moviessen 
quisiesstn 
pediessen 
viviessen 



marinera 
carrera 
era 
perdura 

)9i valisse 
mereçisse 
poiiesse 
entendisse 

1477 feztessen 2198 partiesse 

serviessen obiesse 

mantoviessen pidiesse 

podiessen pediesse 

Les rimes nous fournissent donc la preuve assurée que -iron appar- 
tient à l'un des copistes de l'Alexandre. Ce copiste était vraisemblable- 
ment léonais puisqu'il emploie des formes qui ne paraissent appartenir 
qu'aux dialectes du nord-ouest de l'Espagne. C'est à ce même copiste 
qu'on peut attribuer avec cenitude, outre certains traits dialectaux dont 
je ne puis m'occuper, les formes suivantes du futur antérieur : comirdes 
1582 b, creyre 2049 c, naçir 529 b 2471 b, vençires 72 d ; du plus-que- 
pariait de l'indicatif: perdira 2573 b, valira 5 14b 2292 d, vençira 17 joc ; 
du plus-que-parfait du subjonctif : bev'use2o\oh 2218 c,fondissen I7i2d, 
mertiisse 1 591 b, movissen 202JC, perdis 460b, entendisse 1 39id, valisse 
IÎ91 a, dans des verbes de la seconde et de la troisième conjugaison, 
ainsi que dans la quatrième, celles du futur antérieur : contir 877 d, 
destroyrmos 1695 c, moriren içgod, rendir 1054c, virdes 926 a; du 
plus-que-parfait de l'indicatif: ferira 1826a, mentira 500c, repentira 
124 d, salira 389 d, vira 1979 b (le vers exige vidiera), ' viran 999 d, et 
du plus-que-parfait du subjonctif: cobris 92a, mûrisses ijjoc, moris 
1025 b, sdlissen 1755 c, strvissen 1661 b, vivisse 1977 c. 

Il est en revanche difficile d'affirmer s'il faut lire faeron on juron, fuere 
oa fur, fuera ou fara, fuesse ou fusse, et je ne sache pas qu'aucune rime 
permette d'élucider cette question. 

-iron étant éliminé du dialecte de l'auteur de l'Alexandre, est-ce 
qu'il prononçait -ioron ou -ieron? Cette question est plus difficile 
i résoudre, vu que ces formes se couvrent parfaitement. Cependant 
d'après le texte du ras. Osuna — les quatrains qui nous ont été con- 
servés du ms. Carnet: n'ayant aucune troisième pers. plur. du parfait, ils 
ne servent à rien pour mettre au net la question ' — d'après le texte du 
ms. Osuna, dis-je, la prononciation -ioron est la plus probable, car cette 



I. Cf. Romania, 187J, p. 17-23. 



94 >• CORNU 

forme y est de beaucoup la plus fréquente dans les rimes comme dans 
l'intérieur des vers. Ajoutons encore que dioron y est constant, quelque 
souvent qu'il revienne. Les formes en -leron dans les parfaits forts de 
la seconde, troisième et quatrième conjugaison auront donc été intro- 
duites à leur tour par un copiste castillan, 

Ainsi l'étude de la troisième personne plur. du parfait nous permet de 
dire que {'Alexandre a été au moins copié trois fois. Le premier des trois 
scribes pourrait être identique avec l'auteur. 

Maintenant il s'agirait de localiser la terminaison -ioroti. Si nous ne 
pouvons y arriver, elle fait néanmoins du dialecte de VAlexandreun parent 
très rapproché du castillan. La seule indication qui ait pour nous quelque 
valeur est celle que nous fournit Sanchez dans son introduction au Libro 
de Alejandro : « en tierra de Salamanca dicen todavia las gentes vioren 
por t'ieron, salioren por salieron )>, p. xxx des Podas castetlanos anleriores al 
siglo XV, éd. Rivadeneyra. Car elle me semble appuyée par un autre fait, 
c'est que le texte de l'Alexandre a comme première pers. plur, du parfait 
de la première conjugaison passemos 167; c, gancmos 1682 a. Or dans 
des chartes du xiif siècle écrites à Avila et conservées en tête du FJ de 
Paris (B. N, esp. 256) je lis mandemos MANDAVIMUS fol. ) v», 
fol. 4r"'. 

Il nous reste encore à faire le principal, c'est-à-dire à tenter une nou- 
velle explication delà terminaison -toron; M. Gessner, dans son étude 
beaucoup trop louée sur l'ancien léonais, et M. Morel-FatiOj dans ses 
Recherches sur le texte et tes sauras du Libro de Alexandre, se sont conten- 
tés de la rappeler sans plus; et nous ne sommes satisfait ni de l'cxplica- 
Tion qu'a donnée Diez, Cramm. II, p. 172 note, ni de celle qu'a fournie 
M. Caix, Sul perfetto dtbolc romanzo {Giornaie di filologia romanza [878, 
p. 232). 

Diez regarde la terminaison -ioron comme appelée par l'a de la troi- 
sième personne du singulier. C'est à prendre ou à rejeter. 

Dans son très remarquable travail sur le parfait faible roman, M. Caix 
fait venir ixioron de ixloron = * fxjuruji exiv'runi exivhunt. Si cette 
explication était bonne, nous trouverions dans ['Alexandre io non seule- 
ment au parfait, mais encore au futur antérieur et au plus-que-parfait. 
Or nous trouvons aux temps indiqués les formes castillanes, donc elle 
doit être repoussée. 

On trouve constamment dans notre texte dioron, qui, comme dieron, 
est toujours disyllabe. Dioron reroonte à DEDERUNT par 'dieoron 



I . Remarquons encore la seconde pers. du pluriel du partait de la première 
conjugaison mise hors Je doute par les rimes 

mantovicslts quisieiles cuidtsies jciesles 1695 
Jixusus ftiitsUi olvidestcs contradtxiestes 2120 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 95 

flcf. diâ = 'dieo, dios = 'duos, yo = 'ieo) deoron dedoion dederon. C'est- 
i-dire que l'e atone s'est transformé en o sous l'influence de \'o final. 
Ainsi s'expliquent sans difficulté les parfaits de la quatrième et peut-être 
aussi les parfaits forts de la seconde et de la troisième : PARTIERUNT 
est devenu parlicron partioron partiôron. Quant aux parfaits dits forts en 
castillan et dans le dialecte de V Alexandre, ils ont ou bien subi l'influence 
des parfjits faibles (mais le ponugais s'oppose à cette explication) ou 
bien ils ont subi celle de dteron dioron, et le portugais confirmerait cette 
manière de voir. 



l'enclitique nos dans le POÈME DV CtD. 

Outre la conservation de nos après la seconde pers. plur. de l'impé- 
rstif dans les exemples suivants : 

Mandadnolos ferir de quai part vos semelar p. 26 b (v. 2364) 
Daiinos nuestras mugiercs que avemos a bendiciones p. 28a (v. 2)62} 
Dainoi det vino si non tenedes dinneros p. 3S b (v. 373)) 
DanJnos conieio por amor de Santa Maria p. 4 b (v. 273) 

nous trouvons une roétathèse apparente de l'n dans les vers que voici : 

Dandoi las, Myo Çid, si vos vala el Criador p. 23 b (v. 2081) 
Dtnios de! agua, si vos vala el Criador p. 30 a (v. 2798) 
Dandos, rrey, plazo, ca cras ser non puede p. 3 J b (v. 3468) 
Cortandos las cabeças, marliresseremos nos p. 29 b (v. 2728) 
Tenatdoi a dcrecho por amor del Criador p. 36 b (v. jjSo) 
Sinon dr> sopieredes que somos, yndos conseguir, p. 1 1 b (v. 883) 

Dandnos fournit l'explication de cette singulière forme signalée déjà 
par Sanchez dans son glossaire du poème du Cid et oubliée ou non 
admise par Diez dans la Grainm. des langues romanes II, p. 173, quoi- 
qu'elle lui f&t connue, voir Gramm. I, p. 29;. L'n a sonné d'abord 
avant et après le d, puis a disparu par dissimilation. Il en a été vraisem- 
blablement de même dans rienda = ' rendnn * redena (port, rédea) 
' RETINA et dans cmdado = * candnado cadenado (port, cadeado) CATE- 
NATUM. Pour le dire en passant jecrois que l'espagnol amaWo remonte 
à l'intermédiaire * amaldb ' . 

Mais c'est moins pour indiquer un phénomène connu, quoique analysé 
autrement que je ne le fais, que pour appuyer sur une vérité qui est 
loin d'être généralement reconnue (la plupart des éditions en four- 



I. Il s'offre i mon esprit une autre explication : amaldo est peut-être 'amallo, 
d. buUa, ctUa, ribddc. 



C)6 J. CORNU 

Dissent des preuves surabondantes , que j'ai réuni les impératifs dandos, 
conandos, tenendos, yndos. Nos est devenu presque méconnaissable dans 
les exemples indiqués parce qu'il s'est, par un double anneau pour ainsi 
dire, enchevêtré avec l'impératif qui le soutenait, mais ils n'ont fait que 
suivre une loi de phonétique propre à l'espagnol. Il est clair comme le 
jour que les enclitiques forment avec les mots sur lesquels ils s'appuient 
des unités phonétiques soumises aux mêmes modifications que les bases 
simples. Les indiquer par des apostrophes, comme font beaucoup d'édi- 
tions, c'est méconnaître leur nature. 

J'ai cité ces exemples tirés du Poème du Cid, parce qu'ils sont une 
preuve particulièrement évidente de la vérité que j'avance. Dans le 
même texte si intéressant à tant d'égards il y en a une autre qui n'est 
pas moins claire. Te enclitique se réduit à f, mais nous aurions d, si la 
forme phonétique n'eût été entravée dans son développement par le 
pronom tonique ti et par le pronom proionique te, ainsi que par les cas 
où l'enclitique se liait étroitement à une consonne forte qui ramenait 
nécessairement -d à -t '. 

Cependant nous lisons : 

Did (= dite) el cavallo, toveido (=: tovedio tovetelo) en poridad p. ?4 b 

(V. U") 
FfuileJ (^ fuislete) meier tras la viga lagar *, 
Mas non vatid (:= vestite) el manlo nin et brial p. 34 b (vv. }}6j et ))6£) 

EKCORE -TUME = TUDINEM. 
[WoiT Romania 1878, p. 565.) 

En cherchant à donner l'explication de -titme — TUDINEM, j'ai 
commis un oubli que je vais réparer. Mais ceux qui ne veulent pas 

1. C'est ainsi que, d'une manière analogue, rcndilique -me devenu -m se 
change en n, quand il précède s, dans les vers suivants : 

Aiudarlé a derecno, sin salve el criador p. 31 b (v. 2960) 
Dixo el rrey : Noio feré sin salve Dios p. 3 1 b (v. 2990) 
Respondiû el rrey : Si fago sin salve Dios p. 32 a (v. 5042) 
Los que an rebtado lidiarân sin salve Dios p. 3)3 (v. 2960) 

2. Cf. p. 25 b (v. 2290) : 

Tras una viga la^ar metiôs con grant pavor : 

El manto e el bnal todo suzio le sacii. 
et Chronica àd Cid léd. Huber), p. 233-234 : « Fernan Gonçalez salid por un 
postiso que havia en el palacio, que salia a un corralejo, que havia bien très 
tapiales ayuso, e el logar non era tan limpio como era menester : t con el 
grand mieJo salt6 ayuso. e non se pudo lener en las piernas, e cay6, e unta- 
ronsele todos les partes de mai lixo. — el p. 270 ; E tu hermano Fernand Gon- 
çalez, que hy esta, atan grande ovo el miedo aquel dia del leon, que saliô del 
palacio fuyendo, e cay6 en un lugar muy lixoso : e quando dende saliâ, nin il 
nin sus panos non olian 3 musquete. • 

Il y a dans vuud la plus amère ironie, qu'anéantirait la conjecture vesùst de 
Damas Hinard qui a bien compris did, loveldo, ffustcd. Au sujet de^usied, je 




1 



ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 97 

admettre les modifications que je fais subir à ce suffixe ne l'ayant pas 
remarqué, on me le pardonnera facilement. Suchier, Zeilscbrift fur rom. 
Philologie 1879, p. 151, dans une critique que j'aurai ailleurs l'occa- 
sion de réduire â sa juste valeur, Ascoli, Archivio glottologico italiano III, 
p. }6i note, et moi, le plus coupable, nous avons oublié que, à peu 
d'exceptions prés, l'une est costume, -TU DINE est rendu en portugais 
par ~dôt doi -doôe dooê -doô -dô -dom -doom -dam -dâo. Nous lisons 
dans la Regra de S. Benio ' : dulcidôe p. 25 ;, limpidoê p. 277, manssidoë 
p. J87, mansidoê p. 288, ' multidooê p, 250, senidoè p. 256 274, iobe- 
gfdoê p. 280 ; dans les Historias d'ahreviado Testamento velho ' : mansidoê 
Il p 14, multidoc II p. 52 76, simildoê II p. 4, à côté de : escoridom II 
p. 118, escuridom II p. 121 12^, Uvridom III p. \2^,multidom II p. 106 
1)9 146 166 176 195 III p. 19 20 23 ;8 77 136 i;9 168 181 210, 
mtdiidam II p. 108, multiam III p. 16, servidom II p. 7^ 164 19J 210; 
dans les Actos dos Aposiolos ' : firmidoot p. 5 1 , mullidoè p. 78 ; dans le 
CaUcismo de Doutrina Chnstâa * : dulcidoê p. 14), mansidot p. 142 14;, 
tandis que les Opusculos de Joâo Clarot ont : engratidom p. 218. multi- 
dom p. 175 17J 177 181, mulùdam p. 177 t Si y servidom p. 181 192; 
dans le Orto do Esposo " ; mansidooem fol. 72 v b, mansidoôe fol. 60 r" a, 
livridôe fol. 81 v''b, mdtidàoem fol. 14 r^a, multidoôe fol. 21 v"a, servy- 
dûôe fol. 81 v* a, à côté de ; escorydom fol. 86 r" a, escoridam fol. 4) v°b, 
Uvridom 122 r'b, iyvirdom fol. 82 r"a, mansidom fol. ji r°a, mansidôo 
fol. 116 v<*a, multodom fol. 8) r'a, multidoô fol. 42 r"a, muUidom 
fol. M4 fb 121 v'b, podridom fol. 152 r" b, servidom fol. 54 v''b 
81 V* b 82 roa 82 v"b 95 va 102 v"a, simildom fol. 6 r" b 83 r^b, 
simildoom fol. 61 fa, simiidô fol. 37 r*b, sobegidom fol. 140 v'*b; et 
enfin dans le Leal Conselheiro e Livra da ensinança de bem cavalgar toda 
sella por Dom Duarte (édition de Lisbonne 1843) : certidoôe p. 306, 
ctrtidooe p. 30 j, côpndôoe Enss. p. 117, ingratidoôe p. 86, engratidoot 
p. 238. manssidoôe p. 23 1 18 144 200 2^4 259, manssidooe p. 121 287, 
midttdoôe p. 134 140 141, regidoôe p. 254, regidoot p. 257, servydoôe 
p. 54 118, sobegidoôe p. 76 24t 246, Enss. p. 110 iii, sobegidôoe 
p. 324, sobegidoôe Enss. p. 34, sollicitodoôe p. 86^. 



San étonné qu'un savant connu par d'aussi remarquables travaux que Milâ y 
Foalanals l'explique pir fui suis {De la puma haoko-popalar caUellana.p. 248). 
t. ColUi(âo dcincditoi portugatzes dos seculos XI V e XV, por Fr. Fortunalo 
lie S. Boaventura, t. I, Coimbra, 1829, p. 249-291. 

2. Colitciâo, t. II et III. 

3. ColUiiâo, t. I, p. 21-128. 

4. CoUec(âo, t, I, p. 133-168. 

5. CoiUcçâo, t. I, p. 1-73-242. 

6. Mi. de la 6n du XI v» siècle de la Bibl. nal. de Lisbonne, n* 27;. 

7. Les pluriels manstdàos p. 22 mâssidôos p. (6 sont sans importance pour 
notre démonstralion. 

Romama, IX 7 



98 ÉTUDES DE PHONOLOGIE ESPAGNOLE ET PORTUGAISE 

La Regra de S. Bento nous donne ia forme la plus ancienne -dôe oo' 
'doè qu'on rencontre également dans les Foros. Elle ne saurait en aucune 
manière remonter à l'un des intermédiaires supposés par Ascoli, mais 
elle s'explique fort bien par -TU DINE devenu -* dunen -*dûè, puis sous 
l'influence de la nasale -'dôè -dôe ou -do&. La prétendue chute de l'< 
admise par le savant linguiste italien pour le domaine espagnol et gaulois 
est invraisemblable, pour ne pas dire impossible. Elle est certainement 
impossible en portugais, où AMABILEM devient amaril anuad (esp. 
amable). 

Jules Cornu. 

Prague, novembre 1 879. 



ESSAI 

DE PHONÉTIQUE ROUMAINE. 



VOYELLES TONIQUES. 

Nous n'examinerons dans cène étude que l'élément latin qui se 
trouve dans le parler populaire roumain et dans les anciens livres écrits 
en roumain à partir du xvt* siècle. Quant à l'élément étranger, nous 
nous en servirons, autant qu'il nous sera possible, pour déterminer à peu 
près les époques où commencent et où finissent les différentes évolutions 
de l'élément latin. 



Le roumain, pas plus que les autres langues romanes, ne distingue 
a long du latin classique d'avec a bref. Aussi a latin long ou bref reste 
intact en roumain, s'il ne se trouve pas dans l'une des conditions que 
nous allons étudier ci-après. Voici des exemples où Va ne se trouve dans 
aucune des conditions qui lui font subir des modifications : 



fagum 


fag 


scalam 


scarà 


nasum 


nos 


carnem 


carne 


laudare 


liuiâre 


sal-salis 


sare 


partem 


parte 


talem 


tare 


mare 


mare 


caput 


cap. 



Les conditions perturbatrices sont les suivantes : 

i) A tonique du latin classique, suivi d'une n ou d'une m plus une 
autre consonne, se change en roumain en un son obscur, que nous 
marquons par î et que Diez rend par i{ ■ : 

I . L'alphabet cyrillique, appliqué au roumain du XVI* et du XVII* siècle, 
marque surtout ce son soit par ih soit par 1>, signes qui représentent aussi un 
autre son obscur que nous marquons par à et que Diez rend par ( ; mais de 
cette confusion dans l'orthographe je ne crois pas qu'il faille conclure à la con- 
fnsion dans la prononciation. Ce n'est qu'une question d'orthographe que nous 



100 




A. LAMBRIÛR 




^^H 


paganum 


pâgtn 


canem 




dne 


romanum 


romîn 


panem 




ptne 


canto 


dm 


angelum 




Inger 


quando 


c'ind 


sanguis 




singe 


blandum 


blind 


sabatum- 


sam- 


sîmbStà 


languîdum 


lînged 


b a t u m 






plangere 


plîngere 


strabum- 




5fr;mi(tors,tomi, 


veteranum 


bàlrîn 


stramb 


utn 


courbe, de tra- 


tnanum(mana) 


mtnâ 


etc., etc. 




vers) 



Mais il arrive souvent que la voyelle obscure / se change en i (voyelle 
linguale) ou en u (voyelle labialei, selon que dans le corps du mot nous 
avons des voyelles linguales ou des voyelles et des consonnes labiales ; 
et cela par suite de l'influence que les voyelles atones ou les consonnes 
exercent sur les voyelles toniques ; ainsi : 

anima, inimà inima 

glande m, gh'inde ghinde, aujourd'hui gkindS 

grandinera, gdndine grindine, aujourd'hui grm<iinfï 

expantico, spîntec spintec (évemrer, fendre) 

perambulo preambulo, priimbiu pnimbiu primplu (promener) 

Christian um, crcst'dn crestiin crestin 

taliando (gérondif d'un type taleare), tâitud tSiiud tSind 

molliando (gérondif d'un type molliare), muund muiind, muind 

etc., etc. 
Dans tous ces mots la voyelle obscure l est devenue /, parce que 
dans le corps du mot il y a une voyelle linguale [e, i]. Quelquefois, un 
ï atone est soumis à la loi des l toniques : 

'demanltia. demineatà demineata lie matin) 

supracfliasuprancflia, spnncinc spnnctnt (sourcils) 

a n n e 1 1 u s , IrUlintl (anneau) 

etc., etc. 

Dans quelques mots la tonique î ne s'est pas changée en t ; mais, par 
suite de l'influence de l'atone finale, il s'est produit un i à côté de I'} : 

panem , piint à côté de ptne 

canem , dine à côté de dne 

mane, mline à côté de mine 

m a ni (plur. romani, mïini à côté de mîni (les mains). 
Parmi ces quatre mots, le dernier peut nous présenter à la finale une 
voyelle autre qu'une linguale, à savoir J et u ; mais alors la production 
de Vi à côté de / n'a pas lieu, ainsi : 



ne pouvons pas aborder ici, mais qui mériterait bien une étude à part. Nou$ 
nous occuperons seulement des conditions dans lesauelles ces deux sons se sont 
produits, et nous tilcherons ensuite d'en examiner la nature. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE lOI 

le classique manus est devenu par analogie mana, d'où mtnâ et jamais 

miini. 
le plur. classique manus s'est conservé dans la forme mînu-le qui n'est 
jamais mUnu-U. 
[\ est donc clair que la présence de 17 dans ces quatre mots n'a pas 
d'autre origine que l'influence des voyelles linguales sur la voyelle 
obscure. 

Cette influence des voyelles linguales sur la voyelle obscure / ne sau- 
rait être très andenne, car nous trouvons dans les vieux monuments de 
la langue des mois dans lesquels la voyelle / n'est pas encore devenue i; 
ainsi on a : 

grindinà, aujourd'hui grindinS 

demîneatâ et souvent demiineatà, aujourd'hui demineatà 
Inimâ, aujourd'hui inimâ 
spûnceanc, aujourd'hui sprincine • 
clc. , etc. 
Notons que cette tendance à modifier l'îsous Tinfluence d'une voyelle 
linguale qui se trouve dans le corps du mot est encore vivante, en 
Valachie surtout : 

lat. moldave valaque 

plangit pllnge ptùige 

sa n gui s singe singe 

frangit frïnge fringe 

etc., etc. 
De même que les voyelles linguales, qui se trouvent dans le corps du 
mot, modifient î tonique en /, les voyelles labiales le modifient en u, 
ainsi : 

ambulo, anc. roum. imhlu, aujourd'hui umblu 
angulus, anc. roum. inghiu, aujourd'hui unghiû 
tabanus a di!l passer par tivln tâuun pour arriver à tSun (taon) 
•^ cTbanusadû passer par ceuh ceuan pour arriver à ceun ceaun 
(marmite) . 
Le nom propre Andréas se présente en roumain sous deux formes à 
sens différents, Indre et udrc^. 



1 . Voir pour tous ces mots, Cipariu, Prinapia dt limbà, p. 96. 

2. Il est vrai que dan$ le nom propre Andrcas, qui est représenté en roumain 
par deux formes i sens différents. Wrf et udre, nous n'avons ni voyelles ni 
consonnes labiales ; mais ici la forme udrc, signifiant en vieux roumain André, 
provient de la difîcrenciation du sens, et voici comment. Le type Andréas 3. 
donné phonétiquement Indre ; mais comme cette forme servait à désigner le mois 
de décembre, vers le commencement duquel on fête la Saint- André, on l'a modi- 
fiée en imdre-udre, quand on s'en servait pour nommer des personnes. Cette diffé- 
renciation, qui présente le même jmot sous deux formes distinctes, parce que 



I 



t02 A. L/VMBRIOR 

Un l peut venir aussi d'un i classique = é roman suivi d'une n ; par 
exemple, la préposition in devient in ; mais dans les composés, où cette 
préposition est suivie des consonnes ou des voyelles labiales, / devient u : 
inflo imjlu un/lu 

impleo implu umplu 

etc., etc. 

A part ces écarts, dus aux influences des voyelles les unes sur les 
autres, a + n latin est représenté en roumain par în dans les mots qui 
n'ont jamais cessé de faire partie de la langue. 

Non seulement an de l'élément latin s'est modifié en in, mais aussi ■ 
quelques mots étrangers empruntés par le roumain et contenant un an 
accentué ont subi la même modification. Ce fait nous permet d'établir 
une sorte de chronologie. H 

En effet, si nous considérons le roumain de nos jours, nous voyons 
que tous les mots qu'il emprunte, soit aux langues romanes, soit au lâlin, 
et qui contiennent \ind + n, nous présentent cet <j + n intact : 
constantia constantâ 

nuance nuantS 

garant garant 

galant galant 

amant amant 

versant versant 

marquant marcant 

etc., etc. 
Si nous étudions les monuments du passé (i 500-1700], nous y trou-^ 
vons des mots latins qui ont toujours persisté dans la langue et qui nous 
présentent un = in à côté des mots empruntés à des langues étrangères, 
qui nous présentent dn = an, ainsi : 

le slave paua transcripi. lat. rana, roumain ranS (blessure) 
— npitraHd — prigana, — pnhanâ (tache, 

souillure) 

deux sens différents s'en sont dégagés, est un procédé connu. En voici quelques 
exemples certains : 

Le latin ifuid a donné en roumain ce: ce ce est devenu aussi une conjonction 
signifiant « mais • ; mais alors il se présente sous la forme ci. 

L'adjectif latin longus-a a donné en roumain iung-lungâ, conformément aux ^ 
lois phonétiques de celle langue. Le féminin lunga est devenu adverbe, mais fl 
alors il a modifié sa lorme, devenant //ngà, qui signifie t i côté de >. H 

L'adjeclif roumain mau, « grand • (qui vient, d'après Diez, de mas-maris, et, H 
d'après Cihac, de majorem) a servi d'abord et sert encore dans la langue popu- V 
laire à former un superlatif absolu, par exemple : marc frumos era (il était très 
beau). Dans cette expression, outre le sens de superlatif, il y a encore celui 
d'admiration, et c'est bien \à l'origine d'une exclamation roumaine qui n'a plus 
la forme de mare., mais celle de miircmàri., qu'on trouve assez souvent dans les 
ballades populaires. 



i 



KpdNk 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE 

— vrani , — 



10? 

vranà (orifice de 

tonneau) 
stranâ (chœur) 
hrani (nourriture) 



— strana, - 

— hranu, - 
roumain lance 

— càpitan 

— càndtlà (par un changement d'accent 



— rrp^Hd 

— Xp4Ml 
lltalien lancia, 

— capitano, 

— candéla, 
etc., etc. 

La conclusion est que ces mots et beaucoup d'autres n'étaient pas 
présents dans la langue lorsque un latin est devenu în, et qu'il faut reculer 
plus haut dans le passé l'époque à laquelle ce phénomène a eu lieu. 

Parmi les mots slaves donnés par M. Miklosich dans ses Sbvisclieu 
tltmeau im rumunischen, j'en ai trouvé quatre qui nous présentent un an 
slav« ^ In roumain ; ce sont les mots suivants : 
le slave cT4Nl (diversorium), transcript. lat. sianû, roumain stlnâ 
(bergerie) 

— diAuraiid (flos lactis}, transcript. lat. sûmentana, roumain 

smintlnji i crème) 

— ff;ovndiii ^zupanus), transcript. lat. [upanù, roumain jupîn 

(seigneur) 
bulgare stopan, albanais stopan (primus inter pasiores), roumain stapln 
(herus) . 
Pour nous, il est certain que ces mots ne sont pas entrés en roumain 
i la même époque que hrâna, strina, etc. Sur le mot jupanû Piciet ' 
cite un passage de Constantin Porpbyrogénète, où il dit que les tribus 
siav«s de son temps étaient gouvernées par des « Zsy-avoi 7é;5ov;c^ «. 
Par conséquent, au x" siècle le moi jupanû était bien connu dans 
l'empire byiantin ; il l'était probablement dès l'arrivée des Slaves dans 
la presqu'île des Balkans. C'est donc entre le vr et le x' siècle qu'il 
but placer l'imroduction de ce mot en roumain*. J'en crois autant des 
trois autres, de soae que la nasalisation et l'obscurcissement de l'a 
tonique devant n ont dû commencer après l'introduction de ces mots ; 
car si l'a tonique de l'élément latin était déjà ébranlé, Va de l'élément 
slave 'devant n serait resté intact, comme il l'a fait depuis le xiv" siècle 
jusqu'à nos jours. De même les mots grecs, qui nous présentent un 
u + n devenu in en roumain, ont dû être introduits avant l'ébranlement 
de l'ii devant n ; car pourquoi aurait-on : 



1. Origines indo-européennes, 2' partie, p. lo. 

2. Le mot lupIn signifia en roumain « seigneur » jusqu'au XVIII« siècle, 
ofc il fut remplacé par le mot cucon ou cocon (seigneur, monsieur). De nos 
joars, on ne s en sert que lorsqu'on s'adresse i un commerçant. 



^•' 



104 A. LAMBRIOR 

jjioviû, miniS (je me mets en colère) 
, |jiaY7avÉu(ii, par un déplacement d'accent mdnganeo mdnganio mln- 

gîiu (je console) 
oicaviç, spànos spin (imberbe) 
etc., etc. 
à cAté de : 

9iXaY^, faldngâ 
oaXaiJi.âv3pa, salamàndri? 
Il va de soi que ces mots sont entrés en roumain à des époques diffé- 
rentes, et que ceux qui ont subi le même traitement que celui de l'élé- 
ment latin sont les plus anciens. 

il faut donc supposer qu'il y eut une époque à laquelle an, dans tous les 
mots latins ou étrangers qui se trouvaient présents dans la langue, a 
subi une modification qui aboutit peu à peu à in, et que cette époque a 
dû commencer tout au plus au x° siècle, sinon avant, lorsque des mots 
slaves comme jupanû étaient déjà introduits en roumain. 

Cette évolution de \'d en / devant une n était déjà finie au commence- 
ment du XIII" siècle, car voici ce que nous trouvons dans un monument 
de ce siècle. 

Dans un document écrit en latin ', en 12^1, nous trouvons que dans 
le pays des Roumains (in ipsa terra Blacorum) , dont on fait mention dans 
beaucoup de documents et qui était situé en Transylvanie, il y avait un 
village qui s'appelait « Zumbathel », lequel correspond géographiquement 
et phonétiquement au village roumain de nos jours, situé au sud de 
l'Oit (Aluia) et appelé « S'imbdta ». Ce mot SlmbâtS reproduit bien le 
type Samfcjtum, que confirme le français samedi (le changement de genre 
n'y fait pas de difficulté, parce que tous les jours de la semaine sont 
devenus féminins en roumain). Mais pourquoi la première syllabe du mot, 
zum? Parce que l'écrivain, eût-il été roumain, se serait heurté contre 
l'impossibilité de rendre par un signe correspondant de l'alphabet latin 
notre voyelle obscure f ; aussi l*a-l-il rendue par le signe d'un son pro- 
chain, c'est-à-dire par u. De nos jours même, les étrangers qui ne sont 
pas habitués à la prononciation du son l le changent tantôt en i (lorsque 
i est précédé de c, g, tantôt en u itorsqu'il est précédé d'autres con- 
sonnes), de sorte qu'on entend presque toujours un étranger dire : 
kine pour ctne icanemj 

kind — clnd (quandoj 

putte — ptnt (panem) 

mune — mine (mane) 

sumbau — slmbM (sambatum), etc., etc. 

I. Voir ce document dans Istoria criticu a Romtmlerét M. Hasdeu, I, p. 1 1 . 



^^k I 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE loS 

Si l'explication que nous donnons du mot <> Zumbathel s est bonne, 
nous aurons sambatum = s'imbatâ au commencement du xiiT siècle. Par 
conséquent, an ou àm, plus une autre consonne, s'étaient déjà changés 
en In, im, qui avaient la même valeur qu'ils ont de nos jours. Il s'ensuit 
que c'est entre le x' (ou même avant) et le xiii" siècle qu'il faut 
placer l'époque à laquelle eut lieu la transformation de dn en in, et que 
tous les mots étrangers, dans lesquels dn est devenu In, ont été intro- 
duits en roumain avant le premier ébranlement de l'a latin devant une 
fl, c'esi-i-dire, dans notre hypothèse, avant le x° siècle '. 

fi est impossible que le changement de d en f (devant une n) se soit 
fait tout d'un coup ; il faut admettre au moins une étape sensible par 
bqueile il a dû passer avant de devenir /. Mais, faute de monuments, 
nous ne pouvons montrer directement cette étape. Pourtant je crois 
qu'on peut profiter d'une circonstance pour constater une phase impor- 
tante de cette transformation : c'est qu'à côté des mots slaves dans 
lesquels dn est devenu în, nous en avons d'autres, et encore en grande 
quantité (ce qui indique pour leur introduction une époque postérieure, 
où les relations entre les Roumains et les Slaves étaient plus fréquentes; , 
qui nous présentent la nasale de Vo, a », devenue in en roumain, 
ainsi : 
le slave msb^a*^ transcript. 

— 3«MpS — 

— KpiftÔHHa — 

— 06AAK3 — 

— m<^n3 — 

— rjiùtisa — 

— ocAAMnni — 
etc., etc. 



izbondon 


, roumair 


izbindâ (vic- 
toire) 


zonbrû , 


— 


zimbru (tau- 
reau sauvage 


croncina 


1 


crincen (ter- 
rible) 


obloncii , 


— 


oi//«c(arçon) 


tonpu. 


— 


//m/7 (hébété) 


gonjva. 


^ 


gînj (corde 
d'écorce) 


osonditi, 


subsi. verb 


. osîndâ (puni- 
tion) 


ponditi, 


— 


pindMg^rdc, 
embûche) 



I Parmi ces mots il faut compter le nom J'rtnc de jrancui^ qui signifiait 
• Italien » au XVII* siècle, comme on le voit dans le passage suivant du chro- 
ni<;ueur moldave Miron Costin : < Gaspar vodâ era italian, adicâ frinc • (le 
pnnce Gaspar était italien, c'est-à-dire franc). Voir LetoptsitjU uni MolJoni 
par M. Michel Cogalniceanu, i"' éd., I, p. 2\6. 

3. Voir, pour la valeur de ce signe, Handbuch der altbulgariichin Sprache, 
par A. Leskien, p 4. 

). Voir, pour tous les mots que nous citons ici, Die slMiiciicn Eltmentt im 



lo6 A. LAMBRIOR 

Je crois que ces mois se sont introduits en roumain justeroem à 
l'époque où an tonique de l'élément latin passait par ô (à la portugaise) ; 
car il est absolument nécessaire de supposer le passage de a par o pour 
arriver à l, son voisin de Vu ', comme nous le verrons quand nous discu- 
terons la nature de ce son. 

Pour en finir avec ce premier cas, il nous reste à parler du suffixe rou- 
main an, que nous avons écarté de la discussion, et dumoiannus devenu 
en roumain an. 

Le suffixe dn, qui est très fréquent en roumain et qui a différemes 
acceptions que nous n'avons pas besoin d'énumérer ici, est-il le latin 
<inus, ou bien provient-il des mots terminés en dn que le roumain a 
empruntés aux langues étrangères lorsque l'évolution de anus latin en in 
était déjà finie ? 

Voici ce qu'on pourrait produire en faveur de la première hypothèse : 

i) Le mot latin annus, devenant de très bonne heure monosyllabique, 
par suite de ta chute de Vus final, a été par ce fait même soustrait à la 
loi générale des transformations de Vd + n latin en in roumain ; mais 
si cette raison est bonne pour un mot monosyllabique, elle doit l'être 
aussi pour le suffixe an, qui tantôt se rattache à un radical, tant6l s'en 
détache selon les besoins de notre intelligence. 

2) Dans tous les mots oi^ le suffixe an est resté intact, on a un radical 
qui lui-même est un mot, ainsi : 

pour popor-dn (paroissial) on a popor (peuple) 

— lup-an (grand loup) — lup (loupj 

— porc-an (gros cochon) — porc Iporcl 

— bàietan (garçon d'âge moyen) — bàiet (garçon) 

— muntt-an (montagnard) — munie imontagne] 

— Vile-an (habitant de la vallée! — vale (vallée) 
etc., etc. 

tandis que les radicaux des mots dans lesquels le suffixe anas est devenu 
In ne se présentent pas autrement dans la langue , c'est-à-dire que : 



Rumuniuhtn, von Fr. Mikiosich. 

I. Nous avons i dessein éurté de la discussion les formes gothiaues Rumo- 
ncii, Runionini, qu'on trouve dans la bible d'Ulphiijs ; car, si I on aarnet qu'Ul- 
philas nous rend ces rnots tels qu'il les entendait de la bouche des populations 
romanej, il nous faudra placer I étape an = on au IV» siècle; mais alors on ne 
saura pas expliquer l'assimilation de iin slave à on roman, à moins que l'on 
n'admette la présence de mots slaves en roumain au II" et tout au plus au 
m* siècle, c*est-â dire quelques siècles avant l'apparition des Slaves dans la 
presqu'île des Balkans. Je ne produis ici que les raisons que nous fournit la 
}hunétique roumaine contre l'opinion de ceux qui voient dans Aumo/iirij humonim 
e rrtlet de U prononciation des populations romanes du bas-Danube ; mais 
M. Hasdeu, pour d'autres raisons très plausibles, n'y voit que la prononciation 
gothique (Voir ZinaFUma, Go(ù |i Gtptdii in Dacia^ p. ii-ii). 



I 



i 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE I07 

pour paginai pigin on n'a pas pag , qui viendrait de pagus 

— veterànus bdtrln (vieillard) on n'a plus pensé à vetulus qui, 

sous la forme veclus, a donné vechiù (vieux) 

— Romanus romln on n'a plus pensé à Rome 
etc., etc. 

ée «one qu'on pourrait dire que le suffixe anu; n'est devenu in que dans 
les flMMs qui n'avaient plus de parents reconnus dans la langue : du 
moment que le radical n'avait plus de sens par lui-même, le suffixe ne 
s'en est plus séparé, et alors on a traité le mot comme s'il était d'une 
seule pièce. 

Voici maintenant des faits qui nous empêchent d'admettre cette hypo- 
thèse : 

1 1 Parmi les formations à radical latin que le suffixe an a produites 
en roumain (en admettant que an soit resté intacii, je n'en connais que 
deux qui puissent provenir des types romans sans violenter les lois pho- 
nétiques du roumain ; ce sont les mots : 
pcporan, qui pourrait venir d'un type populanus par le changement 

régulier d'une seule / en r. 
et ctrtdn (poulain), qui pourrait venir d'un type caballanus par les 
transformations : caulldn-coMn-côHân-drlàn ' . 

Tous les autres mots où figure ce suffixe s'écartent jusqu'à l'évidence 
des k>is phonétiques du roumain ; ainsi le mot {arân ipaysan) ne 
saurait venir d'un type terra nus, car, même si l'on admet que le 
suffixe an est resté intact, Vi de ter ne se serait pas diphihongué en ie 
puisqu'il n'est pas frappé d'accent, et par conséquent /, qui n'est modifié 
en r (z italien du mot zio] que lorsqu'il est suivi d'un t, serait resté 
iniaa et nous aurions taran. Mais, par bonheur, la langue nous a con- 
sen'é ici la forme qui vient de terranus ; c'est le mot très populaire en 
Valachie tarim (champ), où le changement d'n finale en m ne fait pas de 
difficulté, car on le voit dans buccinus bucium et dans des noms propres 
craujun à c6té de crucean, Rostam à côté de Rostdn, etc. 



I. Nous ne pouvons pas discuter ici toutes les formes intermédiaires par 
lesquelles aurait passé le type aiballànus pour aboutir à drlàn ; nous le ferons 
lorsque nous parlerons du b médial et de 1'/ médiale. Pour le moment, nous 
aotis bornons â signaler deux points : d'abord, qu'il y eut pour Je roumain 
ne épo<^ue où l'on prononçait Ws deux //, fait qui nous est prouvé par leur 
dïssimilatiûn dans les mots suivants : 

u I u I a r e ullare-urlàre 

e X V e 1 1 e r e-enelluc-svelltrf-svlrlin f jeter) 
_ — ' igneW \re-gmHirt-mclltrt-mirlire (couvrir, en parlant des béliers) 

Etc.. etc.. 
ensuite, qu'on peut expliquer le mol c(rlàn sans avoir besoin du tvpe caballanus, 
en supposant ieuiement que quand cabailus était devenu caullU-cailû le suf6xe an 
s'y est ajouté : on a eu talldn, puis par dissimilation drian. 



I08 A. LAMBRIOR 

Même raisonnement pour le mot càlàlan (chien de taille moyenne), qui 
ne vient pas d'un type catellanus, car ce type aurait donné càtîrUut 
ou catalan, et jamais câ{àlan qui vient de catellus-c^{^/ plus le suf- 
fixe an. 

Le mot muntean [montagnard) laisse assez voir sa provenance de 
munte (montagne) plus le suffixe an, et non pas de montanus qui, même 
si l'on admet que le suffixe an soit resté intact, aurait donné muntan. 

Même raisonnement pour le mot vàlean, qui ne vient pas d'un type 
vallanus, mais du substantif vale plus le suffixe an. 

2) Aucune langue romane ne soustrait l'a tonique du suffixe anus à la 
loi générale du traitement de Va tonique suivi d'une n. Pour le prouver, 
il suffit de rappeler comment se comporte Va du suffixe anus dans les 
langues romanes qui possèdent une nasale, comme le portugais et le 
français. 

En portugais nous avons : 

paganus pagâo 

capitanus capitâo 
etc., etc. 
de même que lana donne lâa 
vanas — vâas 
etc., etc. 
Ce n'est que dans les mots savants que nous avons des formes comme 
humano, romano, etc. 



En français 


on a : 






humanus 


humain 




medianus 


moyen 




paganus 


payen 




ccrtanus 


certain 




villanus 


vilain 




etc., etc. 




:ôté de 








manus 


main 




panem 


pain 




lanam 


laine 



etc., etc. 
Si l'on tient compte des faits qui s'opposent à la première hypothèse, 
on se demandera quelle peut être l'origine du suffixe roumain an. 
Avant de donner une opinion sur l'origine non latine de ce suffixe, 
nous allons examiner deux faits importants que nous présente le roumain, 
toujours à propos d'un a tonique suivi d'une n. Ce sont encore deux 
suffixes, man et andru, qui ne viennent pas du latin pour la raison très 
simple que le latin ne les connaît pas. 



ESSAI DE PHONâTIQUE ROUMAINE I09 

Le roumain nous présente quatre sortes de mots terminés en man : 

I) Il y a des noms communs dont les radicaux ont un sens dans la 
langue, lors même qu'on en détache le suffixe man, par exemple ; 

Pour hotoman (brigand gros et grand) on a ho[ (brigand). 

Pour gogoman limbécilei on a gog (nigaud!. 

Pour vSiâman (fonctionnaire de l'ancien régime) ou a vàtav ' (inten- 
dant). 

Pour coiman (gros paresseux) on a coiu ' (coleusi . 

Pour sârmdn, ancien, sâràiman (pauvre mendiant), on a sarac (qui 
vient du vieux slave sirak (pauper). 

Pour gagiuman (coiffure de parade à l'usage des princes moldo- 
valaques), on a gugiû. 

Pour contoman (espèce d'habit) on a contasû (vestis rustica acu picta 
et pellibus vulpinis subsuta, Glossaire de l'Académie roum.). 

2} Il y a d'autres mots terminés en man où ce suffixe provient du 
suffixe an par des tnnsformations phonétiques, ainsi : 

Le mot duman signifiant *< bœuf né le dimanche » vient de domnan- 
iamnan, et ensuite par l'assimilation des consonnes dumdn. 

L'adverbe iamdn (justememi vient de tocma (justement), qui, selon 
R. de Pontbriant, vient du russe tocmo par les modifications suivantes : 
locnan-tdcman-tàmdn-taman (ces deux dernières formes sont égale- 
ment usitées). 

)} Nous avons des mots qui sont entrés tout faits dans la langue, 
ainsi : 

da^man (ennemi) du persan dusbman ', venu par les Turcs. 

stttndn (saie) du polonais sukman (voir Miklosich, Sbv. Elem, im Rum,, 

?■ 47'- 

dragoman idrogueman) du grec îpavoujxivo; (mot d'origine sémitique, 
selon Brachet, Diaionnaire, p. lx de l'Introduction). 

ferman ifermdn), du turc ferman 'selon Pontbriant). 

liman (havre, portj , du turc liman (selon Pontbriant) . 

Sttliman (fard), du turc sulumen. 

kjiman chef de l'armée), du polonais hetman. 

Etc., etc. 

4) Enfin nous trouvons dans tes anciens monuments des noms propres 
terminés en man, tels que : 

Alâman (voir Cuvinie din Bâtnni par M. Hasdeu, I, p. 2^9, dans un 
doc. de I s;6|. 



1. Du lartare yotag; voir M. Melchissedek, Cronica Rômanalui, I, p. 240. 

2. Du mot coiû (coieus) on a fait un verbe a se coi qui signifie c marcher 
lentement, a^ir lentement >. 

3. Voir Pictel, Origines uidoeuropicnntSf II, p. 201. 



KO A. LAMBRIOR 

Cràloman {Id., p. 252, doc. de 1573). 
Hârman [Id., p. 116, doc. de 1480). 
Cherman {Id.). 
Etc., etc. 

Dans un des plus anciens monuments slaves concernant les Roumanu, 
l'acte de donation de l'empereur serbe « Stefan Dusan », daté de l'an 
i)48s on a plus de deux cents noms propres de Roumains (Vlaâ), 
parmi lesquels il y en a quelques-uns qui se terminent en man, tds «{ue : 
Altoman 
Dusman 
Dârman 
Rasman 
Drago-man 
Gràd-man 
Sis-man 
etc. 
Notons que le radical des trois derniers mots forme, à l'aide de diffé- 
rents suffixes, d'autres noms propres, ainsi : à côté de Drago-man on a 
dans le même monument : Drago-sS, Dragotâ. 
A côté de Gràd-man on a, toujours dans le même monument : 
Gràd-an 
Crâd-oe 
Gràdâ-tà. 
Et à côté de Sis-man on a dans le même monument Sis-atu. 
Il suit de là que man était un suffixe à l'aide duquel on formait 
des noms propres au xiv* siècle '. Aux siècles postérieurs, il n'a pas 
perdu cette propriété, car, à ne nous en tenir qu'aux choses certaines, 
nous avons comme noms propres 
Petri-man, formé de Petru (Petrus) ; 

Et Margbilo-man, formé de marghiol (le grec moderne \uifi^tQkUt qui 
vient de l'ital. mariolia). 

Des noms propres le suffixe man a passé aux noms commans serrant 
d'épithètes, et il exprime l'agrandissement de l'idée exprimée parle radical 
du mot. Je crois que ce qui a facilité ce passage a été l'introduction de 



1. Voir ce monument avec un excellent commentaire de M. Hasdeu dans 
Archiva istoricà a Rominiei, HI, P- 85-126. 

2. Si nous trouvons le nom 5/;-d(u, où nous avons le suffixe roumain dtâ (du 
latin atus). à côté de Sij-man, où nous avons le suffixe man, nous sommes en 
droit de dire que le roumain reconnaissait dans man un suffixe formatif aussi 
bien que dans atu. En outre, on comprendra facilement comment le roumain est 
arrivé à séparer le suffixe man des noms propres et à s'en servir pour faire de 
nouveaux noms propres, si l'on voit qu à côté des noms comme Dragoman, 
CràJman, etc., il arrivait dans la langue des noms comme Dugu, Cradu, etc. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE III 

quelques noms communs terminés en man (voir ci-dessus]. Ainsi, quelle 
que soit l'origine du suffixe man, il est entré en roumain â la suite de 
l'emprunt d'une quantité de noms propres terminés en man, emprunt que 
le roumain a fait aux langues étrangères. Ce qui prouve ce fait c'est la 
position de l'accent ; en effet, les noms propres que nous venons de 
dter ne portent pas tous l'accent sur la même syllabe : les uns sont 
accentués sur le radical, tels que Harman, Ghèrman, Sisman, Gradman, 
etc.; les autres sur le suffixe, tels que Alàmdn, Crâlomdn, Dragomân, 
eK, C'est justement ce même phénomène que nous présentent nos noms 
communs terminés en man ; par exemple, holomdn, gogomàn, vStâmdn, 
etc., se présentent toujours accentués sur le suffixe, tandis que càiman 
est accentué sur le radical. 

Il est vrai que nous n'avons que très peu de noms terminés en man 
qui soient accentués sur le radical, mais il faut tenir compte de la ten- 
dance qu'on devait avoir à placer l'accent sur le suffixe par suite de 
l'analogie avec le suffixe an, qui porte toujours l'accent. Cette tendance 
est encore vivante, car on entend dàsman et dusmdn, Câman et Comdn 
inom propret. 

Si l'hypothèse que nous venons de faire sur l'introduction du suffixe 
man en roumain est vraie, ce suffixe ne saurait être plus ancien que les 
premiers noms propres terminés en man dont les Roumains se sont 
xrvis. Or ces noms propres ne sauraient être au moins fréquents 
avant le xii» siècle, car, d'après la relation du rabbin Benjamin de 
Tudèle ', qui a visité les Roumains de la Macédoine vers l'an 1 170, ces 
derniers donnaient à leurs enfants des noms hébraïques ». Cette habitude 
n'a pas encore disparu même de nos jours, car, bien que nous ayons 
passé depuis lors, quant aux noms propres, par deux phases successives, 
l'une slave et l'autre grecque, on rencontre chez nos paysans des per- 
sonnes qui s'appellent Moise, David, Salomon, etc. 

Ainsi, pour revenir à la question de l'a tonique devant une n, le suffixe 
man a gardé son a intact parce qu'il ne se trouvait pas encore dans la 
langue lorsque Va tonique de l'élément latin s'est changé en une voyelle 
obscure par suite de l'action de la nasale n. 

Pour le suffixe andni, dont le sens est aussi augmentatif, nous sommes 
obligés de suivre la même méthode que nous avons suivie pour le suffixe 
man. Ici aussi le roumain nous présente trois sortes de mots terminés en 
andru : 



I. Voir cette relation dans Archiva istorkà a Romlniii par M. Hasdeu, II, 

p. 2$. 

a. Je n'ai pas distingué k nom de famille de ce qu'on appelle le petit nom, 
parce que dans les plus anciens monuments les personnes ne sont designées que 
piT un seul nom. Ce n'est que plus tard que des sobriquets ou des noms sortis 
de l'usage devinrent des noms ae famille. 



112 A. LAMBRIOR 

i] Des mots à radical connu dans la langue, tels que : 

copil-andru, augmentatif de copH (enfant) 

cmlandru^ — caitl (catellus| 

flâcâoandru, — fl^icàu (jeune homme non marié) 

bâetunJra, — bjïet (garçon, de bajutatus) 

etc., etc. 
2) Des mots empruntés aux langues étrangères, tels que : 

poluandni [lustre), du grec ;:oXyx.ivoT,Xov 

oleandru, de l'it. oleand ro 
et mjcâleandru (espèce de pinson^, dont je ne connais pas l'origine. 

1) Enfin un nom propre, Alisandru, du grec 'A>,é^T<2ps;. qui se pré- 
sente encore sous la forme hongroise Sandru ' (qui persiste comme nom 
de famille] et sous la forme roumaine Lisandra. 

Nous sommes obligé d'admettre que c'est de ces mots étrangers, bien 
qu'ils soient peu nombreux, que la langue a tiré le suffixe andra, parce 
qu'il nous parait impossible qu'un suffixe étranger, le grec avSpîç par 
exemple, se soit attaché à des radicaux roumains avant qu'aucun mot 
étranger terminé en andru fût emprunté par la langue. 

Maintenant, si nous appliquons cette méthode à la recherche de l'ori- 
gine du suffixe an, nous trouvons qu'on a en roumain trois sortes de 
mots terminés en an. 

I ) Des mots à radical connu dans la langue, tels que : 

sitean (villageois) , de sat (village) 

lâran (paysan), de ma 'pays, campagne) 

munuan (montagnard! , de nmntt (montagne) 

viUan (habitant de la vallée^, de valt (vallée) 

Oltean (rivemin de l'Oltj, de Oit (Aluta, rivière) 

Moldovan [habitant de ta Moldavie) 

Jesan (habitant de Jaiï) 

Cioian (nom de bœuf né le jeudil , de gioï (Jovis) 

florean ( — le dimanche des Rameaux) 

etc., etc. 

Dans tous ces mots le suffixe an indique la provenance, mais dans 
d'autres il se présente aussi comme augmentatif, ainsi : 

aulan, augmentatif de câiel (catellus) 



I 

I 



bàielan, 

flacaoan, 

lupan, 

vultan, 

porcan. 



hiiet (garçon) 
flàcàu (jeune homme) 
lup (lupus) 
vuhuT (vultur) 
porc (porcus) 



t. Voir Chronica Romanului, par M Melchissedek, I, p. I2j, notrs. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE I I J 

— tung (longus) 



rean. 


— 


prost (imbécile) 


fTSSS. 


— 


gros (gros) 


xuM le dindon). 


^~ 


curcâ (dinde, de xoOpxa selon 
Pontbriant) 



e&., etc. 
2 Ites flKNs enpruntés aux langues étrangères, tels que : 
sxjM berger), du persan coban venu par les Turcs 
aoLsa mer, océan), de l'albanais ulana (avec une n provenue de 

h prép. ùi). Voir M. Hasdeu, Cuvinte din Râtrîni, I, p. 295. 
fèeriu 'collier), du turc gherdan 

jnysan, imbécile), conf. l'it. macù (à Brescia), macan (dans 
h Val-Tellina) . Voir Hasdeu, Cuvinte din Bjitrîni, I,p. 29J. 
fmarteau), du slov. cekan (selon Mikiosich) 
Ojpian 'capitaine), de l'it. capitano 
ctt., etc. 
ji Dei noms propres en grande quantité : 
Bog^ 
CMan 
Deiaa 
Dnjm 

(kiian I Tous ces noms se trouvent dans le document de 
han \ Stefan Dusan que nous avons déjà cité dans cette 
Milwan [ étude. 
Segovan 
Priban 
Radott 
etc. 

Virban ou Vnban dans un doc. de 1 5 56, Cuvinte din Bstrîni, p. 244. 
Bârcan — 1 j6o, — p. 246. 

Drigan — 1573, — P- 252. 

Mirian — — — — 

Andrian dans {'Archiva de Hasdeu, I, p. 5 . 
Domentian — I, p. 140. 

Sàrban, Stan dans beaucoup de documents, 
etc., etc. 
De même que pour le suffixe man, le premier pas a été ici l'introduction 
de quelques noms propres terminés en an; ensuite on en a détaché la ter- 
oinaison an, à l'aide de laquelle on a formé d'autres noms propres, et 
enfin on a appliqué ce procédé aux noms communs. Tant qu'on ne 
te servait du suffixe an que pour former des noms propres, le sens en 
était probablement celui de parenté, de filiation et par extension celui de 
Rommia, IX g 



114 ^- LAMBRIOR 

provenance locale ; mais du moment qu'on a étendu ce procédé aux 
noms communs, le sens d'augmentatif s'est dégagé des radicaux auxquels 
on ajoutait le suffixe an, et voici comment : 

Pour la première étape, nous avons des noms propres étrangers qui 
sont entrés tout faits dans la langue^ tels que : 

Bogdun \ 

[van I 

Stan I Noms slaves du document de Stefan Dusan. 

Hran \ 

etc. I 

à côté de serban, qui est évidemment une formation roumaine tirée du mot 
serb (lat. slrvus). Mais comme la plupart des villages en Roumanie por- 
tent le nom de leur premier propriétaire, soit au pluriel, soit au singulier, 
selon que la propriété a passé à ses héritiers ou à des étrangers, le sens 
de provenance locale du suffixe an s'est dégagé pour ainsi dire de la 
localisation des noms propres de personnes. En voici des exemples : 

Le village de Piticeanii tire son nom du premier propriétaire, Pilic (nain) , 
qui vivait du temps d'Alexandre le Bon, prince de Moldavie (1401-14) ;|; 
tant qu'il vécut, les voisins nommaient sa terre « La Pitic » (cher Pitic). 
Après lui, ses descendants se partagèrent la propriété paternelle ; ainsi, 
du temps d'Etienne le Grand ( 14 j6-j 504), nous voyons que les neveux 
du vieux Pitic n'étant pas d'accord sur un nouveau partage, s'adres- 
sèrent au prince, qui fixa à chacun d'eux sa part de patrimoine. Comme, 
à la suite de ces changements, il y avait plusieurs propriétaires des- 
cendant tous du vieux Pitic, on les nommait Piiictani (plus tard Piticenî], 
en désignant toujours la terre par le nom de ses propriétaires « La Piti- 
ceani n (chez les descendants de Pitic). Avec le temps, le mot Piticeani 
perdit son caractère de nom de personne et ne servit qu'à nommer le 
village, parce qu'on avait oublié le vieux Pitic; de ce moment, tout 
homme de Piticeani fut un piticennu '. 

Le village de LSsIaoanii lire son nom du nom du premier propriétaire 
Lasliu, qui possédait cette terre du temps d'Etienne le Grand, prince 
de Moldavie (1456-1 $04); après lui, ses descendants se partagèrent 
la terre, comme d'habitude ; mais, depuis lors, le nom du lieu prit la 
forme du pluriel, « Lâslâoanii » >. 



1 . Voir pour tous ces laits les documents suivants : 1 ) Une confirmation de 
vente de l'an 1 jiS (dans Uricariu, 2' éd.. Il, p. 149). — 2) Un autre acte de 
confirmation donne par le prince, en 1 ji8, i une nièce de Pitic, et où l'on fait 
l'histoire du village (dans Uricariu, 2' éd., t. I, p. i ji). — i) Un acte de vente 
de l'an iH^> 0^ l'o" ^ 3""' l'h'stoire du village et où Ion ajoute souvent 
■ village qui à présent s'appelle Piticuni » (dins Uficariu, 2" éd., t. I, p. i^}). 

2. Voir toute ihistoire de ce village dans un acte de vente de l'an IJ19, 
publié par M. Hasdeu dans son Archiva istoncda Romdnici, I, p. 38. 



ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE IIJ 

Mtme histoire pour les villages d'Ecusanii ', Opriiami*, Onictanin, 
Piscann*, etc., etc. : tous ces villages tirent leur nom (de la façon que 
nous avons étudiée ci-dessus) des personnes : lacus, Opris, Onicà, Piscu, 
etc., de sorte qu'on peut dire que la plupart des noms de villages qui 
se tenninent en tant, eni, ani proviennent de noms de personnes. 

Il va de soi que c'est de cette façon que le suffixe an, qui ne signifiait 
au commencement que filiation ou parenté, a pris le sens de provenance 
locale, qu'on a étendu ensuite à tout nom de lieu, en formant : 
de Prut (Porata, rivière), Prutean (riverain du Prut) 
Oltean ( — de l'Oit) 
delean (habitant d'une colline) 
sjtean (villageois) 
orisan ^habitant d'une ville) 
pâdurean (qui habile la forêt) 
munlean (montagnard) t 
vâlean (habitant d'une vallée) 
tàran (paysan] 



— Oit (Aluta, 

— deal (colline), 

— sdt (village), 

— orat (ville), 

— pâdure iforét], 

— munte (montagne), 

— vole (vallée), 

— tari ipays), 



etc., etc. 

Mais ce qui rappelle encore l'origine personnelle de toutes ces épi- 
ihètes, c'est qu'elles ne peuvent s'appliquer qu'à des personnes, c'est-à- 
dire qu'on ne peut pas dire par exemple peste prutean (poisson du Prut), 
comme on dit un croitor bucurestean (un tailleur de Bucarest). 

De l'idée d'espace on a passé à celle de temps, comme nous le mon- 
trent les épithètes gioian, duman, florean, que les paysans donnent aux 
bœufe nés le jeudi, le dimanche et aux Pâques fleuries. 

Enfin, par une extension plus grande, on a appliqué ce genre de for- 
mation à toutes sortes de noms et on a fait : 



de bip iloup), 

— lung (long), 

— prost (nigaud), 

— càtit (petit chien), 
etc., etc 



lupan (loup gros et grand) 

lungan (celui qui a la taille trop haute) 

prostan (imbécile) 

CtVâlan (chien de taille moyenne) 



1. Voir un acte de l'an 1480 dans les archives de St-Spiridon (Jassy), n" ), 

2. Voir un acte de l'an 1490 dans les archives de Saint-Spiridon, n° 6. 

j. Voir un acte de l'an 1429 publié par M. Hasdeu dans son Archiva istoricâ 
t RoaiiSniti, l, p. 121. 

4. Voir un acte de l'an 1 529 dans les archives de Saint-Spiridon, n" 8. 

{. (I est vrai que quelaues-unes de ces formations ont donné plus tard des 
Bomi A de nouveaux établissements ; ainsi des montagnards établis tout prés 
de U rille de Blrlad ont fondé un village qu'on appelle MunUnii. Mais nous ne 
prétendons pas faire ici l'histoire complète de la nomenclature des villages rou- 
miins, car si nous avions cette intention, nous ne pourrions pas négliger un 
uitn suffixe, qri (plur. dtescu),q\i\ est aussi riche en formations que notre dm. 




Il6 ESSAI DE PHONÉTIQUE ROUMAINE 

Une fois là, le suffixe an a passé du sens augmentatif au sens péjoratif, 
selon les radicaux auxquels il s'est ajouté. 

Avant de finir, nous trouvons bon de noter quelques particularités de 
notre suffixe : 

i) Il se présente au pturiel sous les formes ani et eani, ou plus tard 
eni\ et au singulier sous les formes an et ean, c'est-à-dire tantôt sous la 
forme originaire an^ tantôt augmenté d'un e. Sans doute cet e provient 
originairement de noms doni le radical se terminait en e. 

2) Une autre particularité de toutes les dérivations par le suffixe an, 
excepté quelques-unes qui viennent des adjectifs, c'est qu'elles forment 
leur féminin en ajoutant encore le suffixe c3 : 



ollean 


olteancâ 


iSiean 


sâteanci 


muntean 


munteancd 


liTun 


iHrancJ 


v&ltan 


vàltancà 


etc., etc. 





Ce câ vient de romin-ca = la roumaine (de romanica-romanca- 
romtnca)] il s'ajoute encore aux dérivés faits avec d'autres suffixes quand 
on en forme le féminin (ainsi le féminin de lupoiû = grand loup est 
lupoaicâ, etc.). 

Voilà tout ce que nous pouvons dire sur le suffixe an. Maintenant, 
vient-il du latin anus et par conséquent a-t-il toujours été présent dans 
la langue? ou provient-il des noms propres introduits dans la langue 
postérieurement à l'évolution de ï'dn lat. en în roumain? Je m'en rap- 
porte aux savants compétents ; je n'ai fait que produire ici, autant que 
j'ai pu, les arguments des deux côtés. Mais quelle que soit l'origine de 
ce suffixe, toujours est-il qu'il ne s'est pas trouvé dans des conditions oJi 
il dût subir les transformations qu'a subies i'ti latin sous l'influence de la 
nasale '. 

A. Lambrior. 
{A suivre.) 

I . Nous montrerons comment tant est devenu eni, quand nous traiterons de la 
modification de i'ii tonique en e. 

1. La plupart des phénomènes dont nous nous sommes occupé dans cette 
partie de notre étude ont été constatés d'abord par M. Cipariu dans ses EUmtntc 
de Itmba romana, publiés à Blasiu en 18)4 (voir les p. 7-ioK et ensuite par 
M. Mussafia dans son excellent article Zur rumanischen \o(alisation., publié en 
1868 dans les Comptes-rendus de l'Académie de Vienne (t. LVUI. p. 140 etss.). 
En soumettant ^ un nouvel examen ces questions de phonétique roumaine, notre 
but a été de suivre historiquement, autant que possiole, les étapes par lesquelles 
ont dû passer les sons du roumain actuel, et d'expliquer les exceptions appa- 
rentes que souffrent quelques-unes des lois les plus connues et les mieux établies 
de l'étymologie roumaine. 





MÉLANGES. 



I. 

PISCIARE, ETC. 

Le latin pinsere a comme supin pinsam et pistant. On trouve en roman 

pistum aussi bien que pïstum. Un verbe p'istiare donnerait fort bien it. 

pidare, fr. pissUr; le roum. piià pourrait venir de pisiare. Quant à la 

signification, on dit de même en ail. dos wasser abschlagen. Si l'on 

objecte qu^ faudrait absolument un mot signifiant « eau » ou quelque 

diose de semblable, je remarque qu'on a la même ellipse dans andare= 

addare — addere. 

i. Ulrich. 

II. 

OIL = HOC ILLIC. 

M. Ad. Homing a publié dans les Romanische Studien, XIV, 
p. 229-372, un travail très utile et fait avec beaucoup de soin sur le pro- 
nom neutre U en langue d'oïl. A ce sujet, il revient sur l'étymoiogie de 
cil présentée par M. Tobler dans la Zeitschrift fur vergleichende Sprach- 
forschang, NF. III, 1877, p. 423, et admise aujourd'Iiui, je pense, par 
tous les romanistes. 

Je suis étonné que MM. Tobler, G. Paris et Homing aient oublié un 
argument de première force contre l'étymoiogie reçue auparavant. 
ILLUD ne saurait donner que el, cf. ILLA elle et ILLOS els, eux. Nous 
en avons la preuve dans puet cel estre, où cel est certainement le neutre 
de cil. On rencontre dd reste en dehors de cette locution cel comme 
neotre, ainsi que l'a fort bien remarqué M. Homing, dans Benoit de 
S»Bte-More, Bartsch, Chrest., p. 12^-30-31 : 
al sai jo bien et prové l'ai. 
cel savés dont que jo ne sai. 

Je ne doute pas que dès à présent on ne puisse trouver la forme ailleurs. 

Jules Cornu. 



||8 "^^^^ MÉLANGES 

m. 

TROIS PASSAGES DE LA CHANSON DE ROLAND 

CORRIGÉS A TORT. 

Dans les trois vers suivants : 

2676 Se io truis 6, mult grant bataille i crt 
3004 S'il troevent oi, bataille quident rendre 
302) S'il troevent 01, bataille i ertmult grant 

au lieu de remplacer 6 ou ol par l'ost ou l'host, comme l'a fait M. Miiller 
dans ses éditions et à son exemple M. Gautier qui a eu la malencontreuse 
idée de le suivre, ces éditeurs eussent mieux fait de garder, comme Génin. 
Michel et Hofmann, la leçon du manuscrit, irréprochable à tout point de 
vue, ou peu s'en faut. 5c 10 nuis 6 signifie «■ si je trouve où », comme 
M. Fr. Michel l'a fort bien traduit, — quoiqu'il n'ait pu se garder d'une 
bévue dans les deux autres passages, — autrement dit « si je trouve lieu et 
occasion ». Il est surprenant que la leçon de Vz et Vs citée par Millier, 
v. joaj, Se trovent (Vs ou), bataille feront grant, ne lui ait pas fait 
entendre les deux premiers passages. UBI ne pouvant donner oj, je crois 
que le manuscrit portait originairement ou, qui est la forme du Saint Alexis 
(L) lie 17c jja 69c 986, à côté de 16c 47^ 6}^ et de u \()i i-ji 

n4C. 

Jules Cornu. 

IV, 
ÊTYMOLOCIES FRANÇAISES. 

ÉBROUER, s'ébrouer, BROUÉE, BR(o)uINE. 

Diez (^Etym. Warterbuch, s. v. bravo), suivi en cela par M. Schclcr, 
a attribué au verbe s'ébrouer la même origine qu'à l'adjectif it. bravo^ 
pr. brau, encore que l'équivalent de cet adjectif manque à l'ancien fran- 
çais; il y aurait élé, remarque-t-il, frrou, et c'est de ce brou supposé 
ou disparu que viendrait suivant lui le verbe s'ébrouer. Cette étymologie, 
bien qu'elle ait pu paraître v plausible u à M. Littré, si elle est <• ingé- 
nieuse », ne me semble pas admissible, et M. Brachet a eu raison de 
ne pas l'adopter, même sans rien proposer à la place. D'abord l'exis- 
tence dans notre ancienne langue de ce problématique brou n'est rien 
moins que prouvée. D'un autre côté on ne voit guère le rapport qu'il y 
a entre le sens de l'it. bravo et celui du fr. s'ébrouer, le premier éveil- 
lant l'idée de courage, le second, au contraire, celle de peur'. Enfin 

I. Voir plus loin la définition de s'ibroucr. 



4 
4 



4 
4 



^ 



ÉTVMOLOGIES FRANÇAISES ] I9 

l'explication de Diez a le tort très grave de séparer complètement les 
deux verbes ébrouer et s'ébrouer, lesquels, comme nous allons voir, ont 
une origine commune. Ébrouer (laver, passer dans l'eau) est générale- 
ment rattaché, et avec raison, à l'ail, briihen (échauder, passer dans 
l'ctu bouillante); la différence de voyelle au radical n'a rien, en effet, 
qui s'oppose à cette dérivation, car à briï[li]cn correspond l'a. h. a. 
prêt ou prod, équivalent de l'a. m. briihe (bouillon, sauce), bav. brod, 
fsnne à laquelle répond l'ang.-s. broi, ang. broth. Or à câté de broth, qui 
8gni6e bouillon, comme l'a. briihe, l'anglais a le doublet froth (n. 
fnia), lequel a le sens à la fois de bouillon et d'écume. Cette double 
sgnification de frolk est précisément celle qu'on retrouve dans les 
deux verbes ébrouer et s'ébrouer. Au radical germanique prot ou brod a 
dû correspondre le latin vulgaire 'broda (it. broda), lequel en français 
aurait donné brouc, comme nodat a donné noue. Or ce mot brouc ou brôe 
K trouve dans Cotgrave et dans le patois normand, ainsi que son dérivé 
broaer. Mais ébrouer est évidemment composé du suffixe e = « et de 
brouer; nous avons donc ici les deux éléments constitutifs de ce 
rerbe, sans avoir recours à aucune hypothèse et sans porter atteinte 
aux lois de la phonétique. Cette dérivation n'est pas moins d'accord 
d'ailleurs avec le sens des mots. Broue, représentant l'a. h. a. prod, a dû 
avoir une signification analogue à celle de ce mot, c'est-à-dire la signi- 
fication d'eau bouillante, de bouillon, celle au reste de son diminutif 
brouel, et de son équivalent italien broda; de même brouer a dû, comme 
t'a. briihett, signifier échauder, et l'on voit par là que ébrouer, répondant 
pour la forme à l'a. ausbrùhen, a dû y répondre aussi pour le sens, et 
«jgnifier primitivement : passer dans l'eau bouillante, d'où, par exten- 
sion, passer tout simplement dans l'eau. Mais outre cette signification 
que l'analogie permet d'attribuer à broue et à brouer, qu'ils ont eue vrai- 
semblablement dans l'ancien français et qui a d'ailleurs persisté dans 
leur dérivé ébrouer, ib en ont une autre toute différente et propre seule- 
ment, je crois, au patois normand, mais qui se retrouve, comme on va 
k voir, dans leur second dérivé s'ébrouer. Broue dans ce patois, en effet, 
agnifie écume, en particulier l'écume qui sort de la bouche d'un cheval, 
qui se forme sur un liquide violemment agité, etc., et brouer a le sens 
d'écumer; d'après cela s'ébrouer, si l'étymologie que je propose est 
exaae, doit signifier rejeter l'écume par la bouche, les naseaux; or 
cette signification, il est facile de la retrouver sous le double sens attri- 
bué à ce mot. « S'ébrouer, terme de vétérinaire^ » dit en effet M. Littré, 
c'est " faire ébrouement », et il défmit l'ébrouement une » sorte d'éter- 
nuement chez les animaux domestiques qui consiste en une expiration 
{orte et sonore » ; quant à « s'ébrouer, terme de manège, » c'est, dit-il, 
■ souffler de surprise et de frayeur, en parlant du cheval » ; il faudrait 



I 20 MÉLANGES 

pour compléter cette définition ajouter qu'un cheval qui s'effraie se débat 
et le plus souvent écume ' . On voit dès lors comment a pris naissance 
l'expression de s'ébrouer; on voit aussi, en comparant cette explication à 
celle qui précède, comment les verbes ébrouer et s'ébrouer, en apparence 
si divers et auxquels MM. Diez, Scheler et Brachet ont attribué une 
origine différente, en ont en réalité une seule et même, le radical ger- 
manique prod ou brod. 

Mais ces deux verbes ne sont pas avec broue et brouer les seuls dérivés 
français ou normands de prod, comme ce radical n'a pas seulement les 
deux significations d'eau bouillante et d'écume que je viens de lui assi- 
gner ; il en possède encore, en effet, une troisième, conservée dans son 
dérivé allemand brodem, celle de « vapeur qui s'élève d'un liquide en 
ébullition n et en général de » vapeur aqueuse ». Cette signification se 
retrouve dans toute une série de dérivés français ou normands. On la 
rencontre d'abord dans brouc lui-même, que Cotgrave traduit par « a 
little white clowde », dans brouèe, brouillard, dérivé de brouc par l'in- 
termédiaire brouer, puis dans les diminutifs nortn. brouine, fr. bruine, 
«I brouillard, pluie fine », et leurs dérivés hrouiner, bruiner et brouachiner. 
Le rapprochement de ces formes suffit pour montrer la légitimité de ces 
étymologies. Enfin c'est encore ce radical et avec le même sens, comme 
M. Scheler l'a remarqué avec raison, qui a donné les mots brouillard, 
anciennement brouilas, et très probablement brouiller. On voit donc com- 
bien, grâce à la multiplicité de ses significations, il a été fertile en déri- 
vés français; pourtant je ne crois pas les avoir tous énumérés, et il n'est 
pas impossible que — au moins sous une forme différente — il en ait 
encore formé d'autres. 

MAN. 

<i Mans, nom en Normandie du ver blanc ou larve du hanneton », 
dit M, Littré, mais sans donner l'étymologie de ce mot, qui se rencontre 
d'ailleurs dans d'autres provinces'. L'origine de man n'est, il me semble, 
rien moins que difficile à trouver et ce nom me parait évidemment venir 
de l'a. h. a. mado, m. a. made, ang.-s. nuia, a. s. matho^ goth, ma()a : 
larve, ver. Le sens convient à merveille; il était naturel qu'on donnât à la 
larve la plus destructive de notre pays le nom générique qui désigne les 
larves de tous les insectes; quant à la dérivation, elle n'est pas moins 
d'accord avec les lois de la phonétique : à l'a. h. a. mado a dû corres- 



1. C'est cette écume qu'un cheval qui s'ébroue rejette de ses naseaux et de 
sa bouche qui a fait songer, bien à tort sans doute, à faire de ce verbe un 
dérivé du substantif bourre, i le cheval qui s'ébroue faisant sortir de ses naseaux 
comme une bourre ». Cf. Littré, s. v. 

2. Voy. M. Littré, Supplément, s. v. 



ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES 131 

pondre le Urin 'mado, madomm, et 'madonem a dû donner à son tour 
en français 'maon, man, comme pavo, pavonem a donné paon, 'pan (cf. 
/dn de fiadont). On voit qu'il n'y a pas de raison pour écrire ce mot 
avec nne s, et, comme le remarque d'ailleurs M. Littré dans son SuppU- 
aunt, on le trouve aussi le plus souvent sans s, c'est-à-dire sous la forme 
man (min). 

MERLAN. 



« Les données manquent, dit M. Scheler, pour fixer l'étymologie du 
mot merlan n ; elles manquent dans le fait moins que ne le dit le roma- 
niste belge, et les difficultés qu'on a rencontrées pour en expliquer 
l'origine viennent de ce qu'on a voulu lui assigner une origine exclusi- 
vement germanique et en faire, comme M. Scheler lui-même, un dérivé 
du root mtr ou mur = mare. C'est ailleurs qu'il fallait chercher l'étymo- 
logie de merlan, dont le thème n'est point allemand, mais latin. Merula 
servait non seulement à désigner l'oiseau qui porte en français le nom 
de merUy mais encore, dans Varron, Ovide, Pline et Columelle, une 
espèce de poisson (Forcellini, s. v.) 

Auratis muraetia notis merulatque virentes. Ov,, Hal.^ 114, 

Quel était ce poisson ? Je ne saurais le dire au juste, et cela importe 
peu ; pour le moment, il me suffit d'avoir constaté ce sens particulier du 
mot merula. Cette signification d'ailleurs ne devait pas se perdre , elle 
sun'écut à l'époque classique, et nous la retrouvons en plein moyen âge; 
Diefenbach Gloss. laJ.-gcrmanicum medLie et infimae laliniiatis, s. v. 
merula, cite des glossaires qui traduisent merula par « meeramsel », espèce 
de poisson. On sait que, à côté de merula, a existé la forme merulus; c'est 
de ce merului réduit à merlo que semble venir notre mot merle, tandis que 
le nom italien et espagnol de cet oiseau vient plutôt de mer{u)la. Toutefois 
dans ces deux langues mer{u)lus = merlo n'a pas été perdu, on le ren- 
contre dans quelques dialectes comme nom de notre merle, mais il sert 
plus généralement à désigner un poisson du genre labre, le meih. Ce 
labre est-il le merula d'Ovide et de Pline ? Il est difficile de répondre 
avec certitude à cette question, mais on voit que le thème merl sert, de 
nos jours comme du temps d'Auguste, à nommer un poisson en même 
temps qu'un oiseau. Ce rôle, il ne l'a pas seulement en espagnol et en 
italien : merle désigne aussi en français une espèce de labre ' , mais dans 
ce cas on emploie de préférence son diminuîif merlot. Ce dérivé n'est 
pas le seul au reste que mcrl ai) dans notre langue. Nous avons vu que 
merula est traduit dans Diefenbach par « meeramsel », ce qui est évi- 



I. Il a même désigné, i ce qu'il parait, le merlus ou la merluche {Ditt. de 
Tthwu, s. V.). 



_^ -.-^-j-a ; il me semble qu'il y a là 

-_ *- ■-■ .-ï irder mot du thème merl. Com- 

. . : '^ .:fu. - rrobablement à l'aide du suffixe 

-..-<- -«.is .< mot merling (Prompt, cité par 

•_ _- ^rîzi^^ ; toutefois comme ce mot, 

.1. -T-r. ^i TrJrt par Stratmann, est traduit 

--.- _T. :- -i peut rien en conclure d'une 

; s .T-rïï Ti- :V. merlanc de l'ancien français 

-.-^ -.-_r;. r^nné de merl à l'aide du suffixe 

_- ,•-. .-.r; = a. hâring'. Il est vrai que le 

_. , -«v-s — r.ous offre le mot merlan, qui, s'il 

._ - . 32î:îr.ce d'un dérivé en anus, lequel 

,^~ -i-^- iins cet idiome, mais comme ce 

. _- _- -îrrrjnt récent fait au français», l'exis- 

.■;-■«: rès douteux, et il est plus que vrai- 

- . a: ie s'y rapporter, n'est, comme je 

. , r. >'^ déformation ou une transformation 

^ï>LVS. 

.•r.rx i-iourd'hui le nom de merlan sur les 

-N, :£ J ^àde ainsi appelée sur les bords de 

- .- ^4-dire le gadus merlangus , mais une 

_^ T.-.ïi-f juf , le merlus. Quelle est l'origine 

^ i -.'iTS-ère, lit-on dans Diez (Etym. Wœrter- 
.-sare ~- composé de maris lucius (brochet de 
;;•. :.^s Je raison qu'en catalan le simple Uus 
: ■..•.•.■;. i* qu'ainsi on ne peut songer à un dérivé 

: .--.Tï -e cet article n'est pas très claire et la 

.-..vti; l"'i"- adopte ici l'étymologie un peu 

. ;r ."•■i-* Ménage {Dict. étymologique., s. v.), éty- 

.'. 5v"'.fr ont acceptée à leur tour, sans remar- 

. ; .^^ jux règles de la phonétique. Pontus de 



^. ._; .'i-^;:? . on devrait plutôt l'attribuer à spierling, 

_ ^ -ô^xlrjlion ne paraît pas suffisante. Les deux glos- 

'. \, ifu\ du XV' siècle, ne funt pas autorité. L'an- 

-...- r.' corive de mtr (forme germ. de marc) et /i/ir, 

V *-t jt.rJit ainsi la forme germanique cherchée en vain 

> ^,( .:j N>rt des Martigues que dans son enfance on 
^.rjsw^t ia ne dit presque plus que merlan. 



ÉTYMOLOCIES FRANÇAISES 123 

Thyard' s'y conformait mieux, quand il faisait de mer/u5. non une dériva- 
lion du latin , mais un composé des deux mots français mer et lus (bro- 
chet), regardant merlus, ainsi qu'il le dit, comme l'équivalent de luz 
de mer. 

Cette explication a été reprise récemment d'abord par M. Brachet, 
puis par M. Darmesteter [Traité de la formation des mots composés, p. 1 57), 
qai a cherché à l'appuyer de nouvelles preuves. « Merluche, ancienne- 
ment mtrluce, dit le premier, en espagnol merluza — composé des deux 
roots luce et mer (proprement luce de mer). » M. Brachet, on le voit, 
s'en tient à l'explication et aux expressions mêmes de Pontus de Thyard; 
mais il a inventé la forme merlucc, qui ne se trouve, que je sache, dans 
aucun texte. M. Darmesteter, qui parait aussi croire à cette forme et 
qui conclut de l'existence de l'anglais luce à celle d'un féminin français 
luce >, a eu de plus le ton, je crois, d'admettre que l'italien merluzzo et 
l'espagnol merluza — il faudrait ajouter le provençal merlus — ont été 
empruntés au français. « Le radical luscius\ dit-il, a donné en italien 
lacào, forme qui prouve, ainsi que la présence de e (au lieu de a} dans 
merluzza, que ce dernier est un emprunt fait au français et non un mot 
indigène. » M. Darmesteter a eu grand'raison de voir dans \'e de mer- 
tttzzo une preuve que ce mot ne peut venir de maris lucius, mais ce n'en 
est pas une qu'il vienne de merlus ; la forme luccio ne prouve pas davan- 
tage en faveur de cette origine ; lucius donne très régulièrement luzzo 
en italien, témoin barluzzo = bis -j- "lucio et tous les dérivés en uizo 
= ttceus. D'ailleurs merluzzo existe en italien comme synonyme de mer- 
leno. et par suite comme dérivé probable de merlo (créneau), ce qui 
montre qu'on peut le considérer comme une forme indigène. Il en est 
de même de l'espagnol merluza et du provençal merlus. « Merluza, dit le 
Diccionariû de la lengua casiellana (1751), pescado conocido, que tiene 
la boca grande y rasgada... Es su carne blanda... Trahese salado de 
Inglaterra y de Gallecia y se llama Pescado cecial. » On voit qu'il s'agit 
ici d'un poisson indigène (conocido) qu'on distingue, par une dénomina- 
tion particulière, de la merluche : pescado cecial +. Quant à merlus, Ray- 
nouard donne ce mot comme étant usité en provençal au xiii* siècle 



I. Cité par Ménage (Dicl. étymologitjue] s. v. merlus. 

z. L'anglau luce permet peut-être de conclure à l'existence d'un mot français 
lute, mais il ne prouve pas que ce mot soit ou ait été du (éminini luce n'est 
même sans doute qu'une manière anglaise d'écrire las. 

3. Une Faute d'impression, qui se trouve déjà d'ailleurs dans M. Littri, a 
fait écrire i M. Darmesteter, au lieu de lucius, luscius oui n'est pas latin et qui 
aurait d'ailleurs donné luis et non lus en français. iJne autre faute lui a fait 
iaire du féminin l'it. merluzzo., écrit mtriazza, et du masculin l'esp. merluza, 
écrit merluzzo. 

4. Il faut ajouter que te mot merluza sert aussi â désigner le merle (oiseau). 



I 24 MÉLANGES 

(1249), ce qui prouve au moins en faveur de son ancienneté; de plus 
son emploi sous la forme marlus^, dans des locutions proverbiales comme : 
coucha lou martus (vivre à l'aventure), montre, je crois, que ce ne peut 
être qu'un mot indigène ; enfin loin d'être un emprunt fait au français, 
ce vocable tend à disparaître en provençal et il y est précisément rem- 
placé par le mot français merlan, ce qui serait peu explicable si merlus 
était lui-même français. D'ailleurs comment admettre que l'italien, l'es- 
pagnol et le provençal aient été chercher dans notre langue un root pour 
désigner un poisson indigène ' ? On n'a pu le supposer qu'en confondant 
le merlus et la merluche ?, c'est-à-dire un poisson péché sur les côtes de 
la Méditerranée et un autre venu salé d'Angleterre ou de Hollande, 
poissons qu'on désigne parfois l'un et l'autre, il est vrai, en italien par 
le même mot merluzzo, mais qui y sont aussi le plus souvent distingués, 
comme en espagnol et en provençal, le premier s'appelant merluzio il., 
merluza esp., merlus pr,, le second baccala it., bacallao esp. (cf. pg. 
bacalhao), merlusso pr. A ces objections contre l'origine étrangère des 
noms italiens, espagnols et provençaux du gadus merluccius, il faut en 
ajouter une sur la prétendue dérivation du mot merlus, considéré comme 
l'équivalent de lus (^de) mer ; elle est tirée du peu de ressemblance qu'il 
y a entre un brochet et un merlus < ; il n'y a évidemment qu'un gram- 
mairien étranger à toute notion d'ichthyologie qui ait pu inventer cette 
étymologie ; la véritable doit être cherchée ailleurs et elle est beaucoup 
plus simple. Merlus, en effet, est comme merlan et merlot un dérivé de 
mer(u)l- formé à l'aide du suffixe uceus 1 ; ce suffixe donne respective- 



1 . C'est la seule que donne Honnorat, ei elle doit être relativement récente, 
mais elle montre que la forme mtrlus qui l'a précédée remonte très haut dans 
l'histoire de la langue. 

2. Comme le gadus merluccius n'est désigné dans ces trois idiomes que par le 
mol merluzzo, mtrluia, merlus, il en résulterait, si ces mots étaient empruntés 
au français, que ces langues n'auraient pas eu de nom pour désigner un poisson 
si commun et du pavs, ce oui est absurde. D'ailleurs pourquoi le portugais qui 
a emprunté te vocable bacalhao pour désigner l.i merluche ou morue salée, n'au- 
rait-il pas aussi pris au français le nom du merlus, qui s'appelle dans celte 
langue pcscaJa, probablement parce que le radical mtrl, change en melr, ne se 
prêtait guère i la même dérivation qu'en espagnol et en italien? 

j. Celte confusion a été faite par MM. Scheler et Brachet. 

4. Si le merlus ne ressemble guère au brochet, on peut dire qu'il ne res- 
semble pas du tout au merle ; cela est vrai, mais ce qui n'est pas moins vrai, 
c'est que les habitants des cdtes et les pécheurs en particulier ont eu de tout 
temps une propension à donner aux poissons des noms d'oiseau ; ainsi merula 
oiseau et merula poisson en latin, merli oiseau et poisson en français ; ainsi le 
nom de perroquet donné au(ourd'hui sur les côtes du Bessin au latrus bergylia, 
la même espèce peut-être que les Italiens et les Espagnols appellent merlo, le 
merlot de Litiré, c'est-à-dire le « merle » ou le petit merle t. 

;. Il peut se faire, du moins en français, qu'à côté du dérivé en uceus il y 
ail eu un dérivé en ulus, ce qui expliquerait les formes merlu et mcrlut, utus 
ayant été ajouté â merl(e) pour le renforcer en quelque sorte. C'est ainsi que 



ÉTYMOLOGIES PHaNÇMSES 13^ 

ment us el uzzo en français, en provençal et en italien ; il convient donc 
très bien sous le rapport de la forme. Quant au sens, cette dérivation 
n'est pas moins vraisemblable; il était naturel, en effet, de tirer les 
noms du ^adus merlangus et du gadus merluccius, c'est-à-dire de deux 
espèces de poissons appartenant au même genre, du même radical. 

Maintenant comment expliquer le mot merluche ^ C'est évidemment 
une forme féminine de merlus, forme qui semble avoir dans nos patois 
du nord-ouest un sens péjoratif ou d'infériorité, et dont on aura été 
amené Â se servir par le besoin de distinguer le merlus frais du merlus 
talé. 

ORPHIE. 

« Orphie, esox belone, poisson, » dit M. Littré sans essayer de donner 
l'étymologie de ce mot à tournure si singulière. Dans le fait, sous la 
forme où ce vocable se présente, cette étymologie est assez obscure, et 
il y a là un exemple curieux de la déformation qu'ont subie parfois dans 
l'écriture les mots d'origine germanique d'importation récente dans notre 
langue. Le m, h. a. scelfisch (a. m. schellfisch), qui a donné d'abord esdejin 
IHoffm. von Fallersleben, Horae belgicae, cité par Scheler s. v. aigrefin) 
— modification peut-être déjà de esdefi — a fini par devenir niglefin, 
puis aigrefin en français. Orphie est une déformation, moindre sans doute, 
quoique assez peu reconnaissable à première vue, de l'a. bornfisch ou du 
hol. hortnvisch. Vn du groupe m tombe régulièrement, on le sait, en 
français, du moins à la fin des mots, ainsi four (furnum); horn a par 
suite pu se trouver réduit à hor, modification qui paraîtra encore plus 
naturelle, si on considère la forme hollandaise hortnvisch ; la syllabe en 
étant atone, en effet, devait disparaître presque dans la prononciation, 
Si maintenant on considère combien peu nous faisons sentir l'aspiration 
dans les mots étrangers, on comprendra sans peine que hor soit devenu 
définitivement or<. Quant kfisch on le trouve représenté en français par 
phis, — ex. stocphis (Paré, cité par Littré s. v. merlus), — par^'i, — 
ex. Oocfiz (Rob. Estienne, cité par Ménage, Dici. étymologique s. v. 
merlus), — partant il a bien pu l'être par phie pour fi (cf. [h)orfi norm.); 
on peut donc dire que le mot orphie représente réellement l'a. hornfisch 
ou le hoU. horenvisch transformé. 

Charles Joret. 



dans le patois du Bessin on trouve à ztAi de iitrn la forme litrru qui a fini par 
s'y substituer. 

I. On trouve d'ailleurs aussi horfi (cf. Bulletm de la Sociiti des antiûuaires 
dt Normandie, IX, i8i). Cette forme horfi parait bien s'être conservée dans le 
Bosin; ainsi, tandis qu'on dit de l'orfi à Caen, on dit i Bayeux du horfi, et 
fhorp vun-l an avn est un proverbe connu du Bessin. 



I 




126 



QUIA. 

Quia, comme aussi quibus (avoir du — ), est un mot de la langue 
française, où il a reçu droit de cité par décision de l'Académie française, 
qui nous avertit toutefois que c'est un terme emprunté du latin, et nous le 
montre usité seulement dans ces phrases proverbiales : itre à (juia, mettre 
à quia, n être réduit ou réduire quelqu'un à ne pouvoir répondre. » Il 
est ancien dans la langue : Cotgrave l'a enregistré, et traduit « H est à 
quia » par « He is almost at a non-plus ». M. Littré en cite des exem- 
ples du XVI* siècle, et dit que « Itre à quia représente la situation de 
« celui à qui, dans la controverse, on pose une question cur ou ^uar*, et 
« qui répond quia, sans pouvoir aller plus loin », explication raison- 
nable, mais évidemment hypothétique. Etant donné que quia est un 
commencement d'explication donnée en latin, il faut que l'expression 
vienne de la philosophie scolastique. S'il en est ainsi il doit être possible 
de trouver un texte précis ayant quelque rapport avec notre quia. Or ce 
texte, il m'a semblé le trouver en lisant les explications des commenta- 
teurs sur le dernier de ces vers célèbres de Dante : 

Matto è chi spera che nostra ragione 
Possa trascorrer la iniinita via 
Che tiene una sustanzia in tre persone; 
State contenti, umana gente, al quia, 

{Purg. m, J4.7.) 

Les commentateurs disent tous avec plus ou moins de développement' 
(je suis particulièrement Philalethesl qu'Aristote {Analyi. pou. xm) dis- 
tingue deux manières de connaître : connaître qu'une chose est (irtcTot- 
îOîii Tc c-ct) et connaître pourquoi une chose est (-c îisrtl. On connaît 
de la première manière en remontant de l'effet à la cause (a posteriori) , 
de la seconde en concluant de la cause à l'effet (a priori). L'ancienne 
traduction latine traduit ces deux termes par scire quia et scire propter 
quid, d'où les expressions de l'école demonstratio quia et demonstratio 
proptir quid ' . Le sens du vers de Dante est donc que l'homme doit se 
contenter de savoir que telle chose est (ts :ti, quia] sans faire de vains 
efforts pour savoir le pourquoi. De même, je crois que « être à quia » 
signifie originairement être dans cette situation modeste où on sait qu'une 
chose est, sans réussir à en connaître la cause. 

P. M. 

I. Au moment où ceci s'imprime parait la Revue critique du } janvier où 
M. Thurot (p. ), note 4), cite divers textes de schoiastique pour expliquer non 
pas notre (jiua, mais, ce qui revient au même, lej expressions a prion et a pos- 
Icriûri, que l'usage a considérablement détournées de leur sens primitif. 



MARTIN-BATON 



127 



VI. 



MARTiN-BATON. 

Il y a quelques jours, en relisant La Fontaine, je tombai pour la ving- 
tième fois sur le passage suivant : 

Oh \ oh ! quelle caresse ! Et quelle mélodie ! 
Dit le maître aussitôt. Holà ! Martin bâton I 
Mariin-biton accourt : l'âne change de ton. (La Font. IV, 6.) 

Ce Manin-Bàton sur lequel je ne m'étais jamais arrêté m'inquiéta cette 
fois, et comme tout le monde en pareil cas, j'eus aussitôt recours au 
dici. de Littré. Il y est dit, d'après M. Jamet, qu'un livre singulier publié 
en 1618, et dont le titre courant porte : Le Martin à la touche, a donné 
lieu au dicton populaire de Martin-bâton. Il me sembla que M. Littré 
avait été induit en erreur, car je me rappelais vaguement avoir remar- 
qué cette locution dans des ouvrages antérieurs à 1618. Je cherchai et 
je finis par trouver ces deux exemples : 

Je voudrois bien, dit lors Pasquier, que la femme de chez nous m'eust tant 
cootesté, je crois que Maritn-baston trotteroit. iNoé\ Du Fail, p. 44; édition 
Gaichard.) 

L'a quidam assez paisible et rassis d'entendement espousa une femme qui 
avoit une si mauvaise teste... qu'il ne pouvoit éviter qu'il ne fust d'elle tour- 
menté et maudit i tous coups, et que pour belles remontrances et gracieux 
accueil qu'il lui sccust faire, elle ne s'en voulsist garder, encor que le plus jou- 
tent Martin Baston l'accolast. (Bon. des Périers, N. CXV.) 

Il est donc bien certain que l'explication donnée par M. Jamet et 
reproduite par M. Littré doit être rejetée, et qu'il faut remonter plus haut. 
C'est dans le roman de Renart qu'on trouve peut-être l'origine du dicton. 
Le prêtre Martin a pris le loup dans une fosse, et avant de lui administrer 
une bonne volée de bois vert, il lui tient ce langage : 

Sire Ysengrin, or vous vauidrai 
Ce que je tant promis vous ai : 
Aprcndré vos, à ccst baiion, 
Comment prutrt Martin a nom {v. 74$7). 

Un annotateur des fables de La Fontaine, M. Aubertin, explique 

iiirtin-bàion par valet d'écurie ' ! 

A. Deldoulle. 



I. fM. E. Picot nous signale, au XVI« s., la Paru joyeuse de Martin Bâton 
eut rabbat It atautt des Jemmrs, Rouen, J. Ouf$el ; Martin Bâton est aussi invoqué 
dans la Farce du Badin, Ane. Th. fr. I, 278. — Rid.\ 




128 MÉLANGES 



AU, F AU, VAU. 

Dans le n' 39 de ta Remania (VllI, 14), M. Ulrich, éditant les Miraclu 
de Notre-Dame d'après un ms. du British Muséum, a donné une explication 
de l'emploi de tiu pourjn à la troisième pers. plur. de l'indicatif présent 
à'aver que M. Meyer n'accepte pas. Il me parait que M. Meyer a parfai- 
tement raison dans ses objections ; seulement ]e ne crois pas que, s'il 
avait eu sous les yeux le ms. en question (addit. 17920), il aurait expli- 
qué au comme venant de habent en passant par auent, au'nt. 

La terminaison au à la ]' pers. plur. de l'ind. prés, ne se trouve en 
provençal que dans trois verbes, aver, vader et far, qui donnent dans 
certains mss. au^ vcrn, fau '. M. Ulrich ne cite que au et vau : s'il avait 
lu un peu plus loin dans le ms, dont il a publié les six premières feuilles, 
il aurait rencontré de nombreux exemples de fau. Or, ce sont les trois 
seuls verbes qui, n'étant pas de la première conjugaison, mais ayant a 
comme voyelle de thème, s'en servent également comme voyelle de 
terminaison à la )< pers. du pluriel, en laissant tomber la finale -ent -unt 
du latin. Les formes vju,fau nous montrent que Vu de au ne vient pas 
du b vocalisé de habent. Encore moins peut-on admettre l'explication de 
M. Ulrichj qui y voit l'influence de \'n. Pourquoi, s'il en est ainsi, ne 
trouvons-nous jamais des exemples de au pour an dans les troisièmes 
personnes plur. de verbes de la première conjugaison? 

Il n'y a donc aucun doute pour les exemples cités que au de la troi- 
sième pers. plur. de l'ind. prés, n'est autre chose que a du thème plus la 
voyelle atone f u du latin. Mais ce qui complique un peu la question, 
c'est que dans les Leys nous trouvons cités haiau, amariau à côté de 
aurau, serau, toutes formes qualifiées de mauvaises par les Ltys; et que 
dans les coutumes d'Alais nous avons non seulement comme dans les 
sermons limousins le futur en -an à cfrté de la forme en -du, mais encore 
siau à c6té de sion, les imparfaits deuiau, veniau, faziau, et les présents 
du subjonctif fassau, esdeueniau. D'abord il faut remarquer qu'il n'y a 
pas d'exemple de cette terminaison pour la première conjugaison, mais 
que dans tous les cas -au représente la rencontre de deux voyelles 
latines dont l'une est a. Ce qu'il y a donc de mauvais en ce cas, c'est 

). M. Diez cite, comme présentant ces formes, le ms. fr. 1749, et d'après 
M. Barlsch le n» XLVI ^9 de la bibliotlièque Barberini. M. Ulrich y ajoute 
l'addit. 17920 du British Muséum. Dans les Sermons limousins, ms. 3(48 n de 
la Bibliothèque nationale, que je compte publier prochainement avec l'aide de 
M. Meyer, j'ai rencontré au et /au. Au se trouve aussi dans le morceau que 
M. Bartsch a tiré du ms. fr. J428 de la régie de Saint-Benoit pour la y édition 
de sa ChrcstomathU, on y trouverait donc probablement fau et vau. Dans les 
chartes, au se trouve assez souvent. Voyez Meyer, Recutily n' {o. 



I 
I 

a 



ki« 



ÉTYMOLOGJES ESPACNOUES ET PORTUGAISES I29 

q|De l'on a représenté par au un a atone précédé d'une voyelle autre que 
a, tandis que la forme ne devait naitre que d'à ionique suivi d'une 
voyelle atone autre que a. Puis les formes où cette terminaison apparaît 
i lorx sont de celles où te roman ne suit pas régulièrement le latin, mais 
où l'analogie domine, c'est-à-dire dans l'imparfait de l'indicatif et le pré- 
sent du subjonctif de verbes qui ne sont pas de la première conjugaison. 
Doit-on peut-être reconnaître dans les terminaisons auin], fau(n], 
v<u(fl), une marque distinctive du vrai limousin, dérivée directement du 
laiin. que l'on a employée à tort à Alais, et que les Lcys rejettent comme 
étant étrangère au dialecte de Toulouse ' ? 

F. Armitage. 

VIII. 

ÊTYMOLOGIES ESPAGNOLES ET PORTUGAISES. 

CORAZON =r CURATIONEM. 

Selon Dicz EW. s. v., l'espagnol corazon, port, coraçâo, serait un 
dénvé de cor ou cuer, qui n'est pas rare dans les anciens textes, au 
moyen des suffixes -az et -on : cor-az-on. Dans le FJ. de Munich {Cod. 
hiip. 28) on lit curazon fol. 10 v" a j8 r» a 172 V a, curazones fol. 
4 v^ a 6 yo b 7 v'a 10 v* b 5 1 v° a. Dans la note de la page xv b du FJ. 
publié par l'Académie espagnole on lit également curazon, L'u de la pre- 
mière syllabe me parait fournir un indice que la base du mot est CURA- 
TîONEM. Cf. puridaJe FJ. de Munich fol. 25 Va, aujourd'hui poridad 
PURITATEM. Le changement de genre est seul embarrassant, mais 
nous en avons des exemples en espagnol et en portugais : meson MAN- 
SIONEM, cajom OCCASIONEM. 

Il n'est du reste pas impossible que le genre de cor ou cuer, une fois 
le synonyme en usage, ait influencé celui de corazon. 

Port. ESCADA = esp. ESCALADA. 

Diez EW. II b s. v. se demande si le port, escada est le latin SCALA 
avec le changement de L en d, ou s'il répond à l'espagnol escalada 
avec chute de / et contraction des deux a en un seul. Mon ami Coelho, 
QaeHôes da Itngua portugucza, p. 292, pense que escada est escala et 
non escalada. Mais, si c'est le cas, le remplacement de L par d n'est 
nécessité par aucun son que ce soit, comme il l'est dans deixar à c6té 
de lexar. L'ancien portugais ayant escaada, Rcgra de S. Rtnto, 
p. 26}, • vio Jacob a escaada em sonhos », Hisiorias d'abreviado Tes- 



I. [Il ctl vrai que les formes en ait se trouvent dans les sermons que j'ai 
appelés limousins parce qu'ils nous ont été conservés par un ms. de Saint-Mar- 
tttt de Limoges, mais on verra dans un article <^ui paraîtra dans notre proch.iin 
ahier qu'en fait ces formes sont étrangères au limousin. — P. M.J 

Kûmaaia, IX q 



ifLAWGES 

espagnol employant escalada comme 



tau- a sa-'adas enno muro poner 
,. - .<^Hiun {lUeciô lescalera, 

•^ ^-=-= îjraîada. 

IST.--'-^ ^ EXCONSPUERE. 

■c- - --^ :S3r!>. qu'on rencontre en espagnol, en por- 

_^_^_3^ «r xcŒ fiançais (aussi escopir) et qui est en 

-w - : i. V. suppose une métathèse d'EXSPUERE 

->■ JS8 rx: i fait invraisemblable. Escupir en portu- 

.. ..y.'. i« Horaes, est un provincialisme ; le terme 

.> jarc » est cuspir ou cospir CONSPUERE. Ce 

,-P-f.. -anee base d'escupir EXCONSPUERE, où le 

. .. --r ^ssÉBsiation. 



■Î?IR = EXPETERE DEEXPETERE. 



> j^ r . "espagnol et le portugais espedir ou despedir, 

. .- jy-ï « rïus anciens textes, aurait pour base EXPE- 

~ - -._- ^î. qui a donné le port, despir déshabiller». 

•K i'.jcr;» suivants recueillis dans le poème du Cid et 

^ r;-*;u-ïa? plus naturel de reconnaître dans espedir le 

-:<- ,■' Tili' de PETERE). Espedir signifie d'abord 

. ;„- vr=xité constamment exigée, avant de quitter un 

r.^-vrîsss du moyen âge, puis « prendre congé. » Espe- 

\ >;ts jaxvViues, pour la forme réfléchie, à l'ail, sich beur- 

■ VÎ4.- -■* :-f 6 ^^ veiuntad p. 4 a (v. 226) 
^ ' ^, , ;;j. Minaya le ovo consseiado 
, ,_^ je ios so$ ques le non spidics, no! besas la mano, 

* >ce-: -vrt'i''"* '' '"*"' aicançado, 
"" ** " _. \\,-x e pusiessenle en un palo p. 16 a (v, 1252) 
*^1"-.' îJWï *' ''"'" "^ ^ «;»i</i«» p. 17 a (v- I jyS) 
* ^!",j i - ïjsse de la cort p. 17 a (v. 1 384) 
. ■.Ntfossan de cavalgar p. 17 b iv. 1448) 
"--«>. con este lornados son p. 22 a (v. 1914) 
^, ; ilij de se sennor Alfonsso p. 24 a (v. 21 56) 

- , . - "';;f;.>TUi« d'itjmologic daco-romane. 

■ '"' ' "^ ,Ii êërenves, je m'aperçois que, en dernier lieu, DiezEH'*, 

. f;-'^ , j[,„gé à tirer le port, dtspir de DESPICERE (prés. 

•>* '-'•*^" ■"■. ■'Yj^, Si cette étymologie n'était de l'auteur de la Grammaire 

aî<î "V " * ^^' c'est à peine si elle mériterait l'honneur d'être mentionnée. 



ÉTYMOLOGIES ESPAGNOLES ET PORTUGAISES IJI 

Veriedes cavalleros que bien andantes son 

Besar las roanos, espedirse del rey Alfonsso p. 24 b (v. 21 59) 

Hyas yvan partiendo aquestos ospedados, 

Espidiendos de Ruy Diaz p. 25 a (v. 2263) 

Hya salien ios ynifantes de Valençia la clara, 

Espidiendos de las daennas e de todas sus compannas p. 28 b (v. 2612) 

Dallent se espidieron dellos, pienssanse de tornar p. 30 b (v. 2873) 

Espidiôs Munno Gustioz, a Myo Çid es tornado p. 3 1 b (v. 2974) 

Essora se espidieron, e luegos partiô la cort p. 36 a (v. 3)22) 

Espidiôs de todos Ios que sos amigos son p. 36a (v. 3 J31) 

FAZILADO FEZILADO - FACIEM GELATUS, 

On b't dans Gonzalo de Berceo, Vida de San Millan : 

20 s Magner que ementaban muchos otros tractados, 

Por esta cosa solo estaban fezilados : 

Dizien que est serrano Ios avie afontados, 

Ont se tenien por muertos e por descabezados. 
3 5 { Ixieron Ios Ihantores, dos ratiellos passados, 

Dando a sus cabezas con Ios punnos çerrados, 

El ^adre e la madré de todos delantados, 

Los que Ios corazones tenien raas fazilados. 
4J5 Perdieron dos sennales moros en la rancada 

Por qui sue generacion fue siempre fatilada. 

dans la Vida de Sancta Oria : 
186 Desque mntih la fixa sanctà emparedada, 
Andaba la su madré por iella fetiUada. 

dans V Alexandre : 

1 182 La negrura demuestra Ios quebrantos passados 

Los que de nos prisioron, onde son fatilados * 
I2i6 Quando Ios vîo muertos, parôs desarrado, 

Estido un grant dia todo desconortado, 

Non podie echar lagrimas, tant era fatilada, 

Si duras en el sieglo fiiera demoniado. 
1242 Pannenio el dioso quel ovo criado, 

Por poco non morie, tant era fatilada : 

De .III. fijos tan buenos unol avie fincado, 

El que, sin [on] iiies nado, fuera bien aventurado. 
2492 Sennor, conna tu muerte mas gentes as matadas 

Que non mateste en vida tu nen tus mesnadas : 

Sennor, todas las tierras son con tu muerte fatiladas 

Caeran contigo todas alegtes e pagadas. 

D'après les passages cités le sens ne saurait être douteux. Sanchez 
t. L'Uitmn de Rivadeneyra ifauladas. 



-irr .: -ur^aïc ie Berceo a traduit assez cor- 

:. :ar i afiigido, angustiado », fazilddo 

-.. -_.i-; :s icior. dolorido », fatilado -a S. Mill. 

. .: ;r ai::;-^ado, desgraciado », /e//7/aJo -J 

-. .—: -TjT^s^Jvio. entristecido ». Dans le glos- 

-; : ^:^1: par « triste, afligido ». En même 

- . . z^iCTx.'. peut-être lire fatilado et fetillado. 
. .r .T :x:0 graphique l'inverse seul a de la 

; ^ ivmissent la preuve que les manus- 

_ ;i::eur qui n'entrevoyait pas l'origine 

, ^ ~: .:-..* f- --ne base FACIEM GELATUS suffit à 

. .-.-irrosiuon, comp. capgirar cat., cabUvar 

jc i^::"-' = fdzferir facerir, voir Ronuinia, 

:.. •...i:ji'. pirniquebrar, exemples auxquels on 

/' Tcio^ie que j'en donne est approuvée ; 

..= ■.. ;") ^' barras punientes Ihid. 11450, 

• ..1; iv/^jJoi Ibid. 1781 d 2]^o c, cabez 

„; ..Vi.-.Vi Ibid. 1570c, mientes metudo Ibid. 

-. ". ir. ■: dans fezilado a été amené par l'in- 

.".-inr -j/e'/u Loores 90 c et Apolonio 198 d, 

- ".•i*i":"er.t de \'e en i est dû à l'influence du / 

; .' et le port, -irmào. 

..• sîT.b'.e également avoir existé ; car autre- 

..j .-js rjjilement l'existence d'un substantif ver- 

. ---i iix\% le Duclo de la Virgcn 1 j et que San- 

.■«"J. dûlor ». « P'iecha » est, cela s'entend, 

^. - îT. question : 

.^ -s -^e cosa pessada 
. .. .a so glorificada ; 
. ^ '.- .-bliiiaJa, 
. .;^.- rii'n fincada. 
••> <* .\::.-'Tchcs sur le texte et les sources du Libro 
>• . . r. 44 . t'fc fatilado de l'arabe fatîla « char- 
. ; -e n'ai rencontré que dans VApol. 445, dans 
■..• :ss:i si l'accent est sur 1'/. Voici le passage : 
. .■ .os s'JS ""-'"^ vestidos, 
-.:. A-n non son mollidos. 
..,._.;; :11e sean vendidos 
. ..'i >îue somos leridos. 

j.: reste déjà réfutée par le fait que la seule leçon 
-.■;..^J«'' 4"'**'* <^crivait aussi facilado ou fecilado. 



ÉTYMOLOCIES ESPAGNOLES ET PORTUGAISES Ij) 

HALACAR FALACAR. 

Dîez Ew. Il b s. v. ne donne aucune étymologie probable de halagftr 
• flatter P. La base'AFFLATICARE proposée par M. Storra, Romania, 
1876, p. 178. est trop problématique. Cependant l'auteur du Diction- 
naire étymologique a presque mis le doigt sur celle que je crois la vraie. 
A la fin de l'article consacré à haîagar, il écrit : « On pourrait enfin 
regarder le mot comme un composé fa-lagar, « mais la seconde partie 
seule aurait un sens, et il renvoie au prov. lagot II c u flatterie », qu'il 
rapproche du gothique BI-LAIGON, ail. bdecken. 

En supposant que le verbe indiqué soit devenu en espagnol Ugar ou 
lagar, d'où lagotear, flatter, et que la première partie de falagar soit fa:, 
nous aurions un composé qui satisferait aussi bien au sens qu'à la forme. 
FACIEM 'LEGARE ou LAGARE serait devenu 'fazlagar, puis par assi- 
milation de :! fdllagar. Il aurait eu d'abord le sens de « lécher le visage n 
et aurait été construit avec le datif. Le redoublement de / n'est pas sim- 
plement hypothétique : nous lisons faliago Berceo S. Dom. 64 d et jalla- 
gûba Arçipreste de Fita 1 }75 c. 

A première vue, les formes portugaises fagueiro = faaguciro, afagar 
^= afojgar, afago = afaago semblent, à cause de la chute de 1'/, s'op- 
poser à cette explication, mais l'ancienne langue avait afalagar. Il n'est 
du reste pas plus singulier de voir / tomber dans ce cas que dans iho 

1 Ihj Ihos Ihas = anc. port. Ihtlo lliela Ihtlos Ihelas 'Iheslo Ihesia Iheslos 
thtsLti. Cf. enguia ANGUILLA cité par Coelho, Questôes da lingua porta- 

^gtaa, p. }68. 

LEXAR ET DEXAR. 

l. Tailhan, Romania 187^, p. 262-264, a écrit un article sur 
laar ex dexar, d'où il ressort clairement que l'étymologie proposée par 
Diez et soutenue par M. Morel-Fatio a été combattue avec raison par 
MM. Schuchardt et Coelho. Les mêmestextes fournissent les deux formes, 
comme on sait, sans qu'on puisse y reconnaître une loi dans l'emploi de 
l'une ou l'autre. Mais le changement de l en d n'est pas aussi extraor- 
dinaire qu'il parait au premier abord, si l'on réfléchit que l'on avait 
souvent plusieurs / successifs, par exemple dans El lo lexa. U y a eu 
tout simplement dissimilation, à moins que Ton ne préfère voir dans et 
\ dtxj. ie même changement que nous trouvons dans bulda, celda, rebetde, 
etc II en a été de même dans el lintel qui est devenu pour la même 
raison el dinlet. Dans la Chronica del Cid on rencontre fréquemment 
dtvaataT au lieu de Icvaniar. Voir p. 44 $4 j6 64 6j 74 97 1 jo 24^ 
26s de l'édition de Huber. 



MÉUANGES 

LLEVAR. 

Die2, Gramm. I, p. 206 note, se demande si llevar doit être mis au 
nombre des formes dialectales telles que llegar et Uodo de VAlcxandre 
ou si llevo n'est qu'une mauvaise orthographe de lievo, laquelle aurait 
passé aux formes accentuées sur la terminaison. Comme il l'avait deviné, 
cette dernière hypothèse est certainement la bonne, car dans les anciens 
textes écrits avec le plus de soin le présent de l'indicatif, celui du sub- 
jonctif et l'impératif sont : 

lievo lieve lieva 

l'uvas lieves levad 

lieva lieve 

levamos levemos 

levades leiedes 

lievan lieven 

Ml EN N A = Ml DUENNA. 

On lit dans Berceo, Vida de sancto Domingo de Silos, v, 241 a : 
La otra te gano mienna Sancta Maria, 
et Milagros, v. 669 a : 

Sennora gloriosa, mienna Sancta Maria. 
Mienna est évidemment MI DUENNA. Comp. dans Diez EW. I l'it. 
monna qui est une contraction de MA DONNA devenu * MAONNA. 
Nous pouvons citer une autre contraction toute semblable, ora de 
AD QRAM. 

Ane. port. PANCAA, port. raod. LAVANCA ou ALAVANCA = esp. 
PALANCA. Port. PANCADA = csp. PALANCADA. 

'i Pancaa, s. f. ant., Rolo, pào roliço que se mette por baixo das' 
cousas pesadas, para se levarem com facilidade. » Moraes. Il est évident 
que ce mot est identique à l'esp. palanca «. péniga de hicrro 6 madera 
que sirve para levantar cosas pesadas. Vectis. » « La pértiga 6 palo de 
que se sirven los ganapanes 6 palanquines para llevar entre dos un gran 
peso. Plialangae. » Acad. De pancaa (= ' paanca avec une métathése 
extrêmement fréquente en portugais) est dérivé pancada qui signifie 
d'après Moraes << Golpe que se dà ; v. g. com a mào, com um pâo, com 
espada de prancha; que se leva caindo, ou de encontre », et qui 
répond lettre pour lettre il l'esp. paLmcada, que le dictionnaire espagnol- 
portugais de Manuel do Canto e Castro Mascarenhas Valdez traduit par 
Il Golpe dado com barra, varâo ou alavanca. Fustii ictus », et que le 
dictionnaire de l'Académie esp. explique par « El golpe dado con la 



ÉTYMOLOGIES ESPAGNOLES ET PORTUGAISES I 5 $ 

p&Ianca. Pâli ictus. » C'est avec ce sens qu'il est employé par Gonzalo 
de Berceo, Milagros : 
890 Dabanles grandes palos e grandes carrclladas, 

G>çes tnuchas sobeio, e muchas palancadas. 
897 Adusueron el clerigo las manos bien Icgadas, 
Losombros bien sovados de buenas paUncadat. 

Malgré la singulière transposition qu'il présente et le changement de 
p en V qui est rare — nous le rencontrons dans povo et escova^ voir 
Coelho, Qu«fô« da lingua portuguiza, p. 281, — lavanca o\i alavanca 
avec l'article préposé qui a causé l'adoucissement de p en i' ' , est iden- 
tique aussi à l'espagnol palanca que le dictionnaire de Manuel do Canto 
e Castro Mascarenhas Valdez traduit par « Pau de que se servem os 
marioias ou moços de frètes para levar entre dois um grande peso. Pha- 
langae. » — « Alavanca ; barra inflexivel, recta ou curva e movel em 
tomo de um ponto fixo, que se chama ponto de apoio. Vectis. s 

Ces doublets d'origine populaire qui n'ont été signalés ni par Coelho, 
Forma divergentes de mots portugais, Romania 1873, p. 290, ni par 
M"" Michaélis de Vasconcellos, Studien zur romanischen Wortschapfung, 
p. 206-207, devront avoir leur place dans \'EW. s. v. pulanca, joint 
on ne sait trop pourquoi à l'art, pianca. 

PRENDAR = PIGNERARE PIGNORARE». 

Dicz, Gramm. II, p. 291, et EW. Ile, s. v. nans, fait venir l'espa- 
gnol et le portugais prcndj. de prender. Mais le premier sens que l'Aca- 
démie donne à ce mot est » La alhaja que se da 6 se toma para la segu- 
ridad de alguna deuda <5 comrato, u satisfaccion de algun daiio que se 
ha hecbo. Pignus », et la signification qu'il donne à prcndar qui en serait 
dérivé est « Sacar alguna alhaja 6 prenda para la seguridad de una 
deuda, à para la satisfaccion de algun daiio cometido. Pignus ab 
aïiquo exigere ». Le dictionnaire espagnol-portugais de Manuel do 
Canto e Castro Mascarenhas Valdez, Lisbonne 1864-1866, traduit 
pnnda par petihor et prendar par penhoiar. Au surplus, quoique l'éty- 
mologie soit toute indiquée par ces deux dictionnaires, dans le FJ. 
publié par l'Académie espagnole prenda (]" pers.) p. 95 a, prendar dans 
Toled., Malp. 2 et Esc. 1, estprinda dans le manuscrit de Paris (B. N. 
c$p. 2<;6)-,prende p. 95a a les formes pnVjrfe dans Malp. 2, Camp., Esc. 
j et 3 et dans le manuscrit de Paris et pendre dans E. R., Esc. 2 et ^ ; 
kprenddron 27 b répond peindraron Esc. 1 tiprindaron Esc. 6 et Bex. ; 



I . AUbanca est la prononciation du vulgaire selon le traité d'orthographié de 
Joaô de Moraci Madurevra Feyjo, s. v. 

I. Ducange 3 PIGNORARE s. v. PIGNUS. 



I )6 MÉLANGES 

à prendado p. 27 a répond prindaào du manuscrit de Paris, pendrado des 
mss. S. B., Malp. 2 et Esc. 1 t\ pennorado de B. R. et Camp. ; à prtn- 
àada p. 27 a correspond la forme peindrada Esc. i et prindada Bex.; 
à prcndar p. 27 a correspond peindrar Toled., Camp, et Bex./)r//i<i<irmss. 
de Paris, et pennorar B. R. 1 ; à prendat p. 141 b pendrar Esc. i et 
prindar mss. de Paris. Enfin, le FJ. de la bibliothèque de Munich ^cod. 
hisp. 28) zprinda PIGNERAT fol. 96 r"b, prinde PIGNERET 96 r^b 
et prindar PIGNERARE 37 r"a. 

Quant au substantif /)rf/iiid p. 27 a. il a les formes pendra S. B. Esc. 2 
et 4, pc)ndra Esc. 1 , prinda Esc. 6, tlpennora B. R. i . — Il est évident 
c{\xt pTinia ne rend pas directement PIGNORA, il a subi l'influence de 
prendar. 

A côté de penhorar et penhor le portugais a prenda et prendar. Comme 
ils sont anciens dans ia langue, nous devons y reconnaître des doublets, 
autrement il faudrait supposer que ces deux derniers mots ont été tirés 
de l'espagnol ■. 

QUEXAR = COAXARE. 

Diez EW. Il b cherche à appuyer l'étymologie de l'esp. ijuexar, port. 
queixar, qu'il regarde comme identiq^ue à une forme latine * QUESTARE* 
au moyen de lexar dexar qui est pour lui *DESITARE. Nous avons vu 
que l'origine qu'il assigne à ce mot n'a aucune vraisemblance. Bien que 
Vu ne sonne plus, je crois qu'une base COAXARE peut plus facilement 
satisfaire aux exigences de la phonologie. 

SENCILLO = SINGELLUS. 

Diez, Gramm. I, p. 269, a remarqué le changement de G en f en 
espagnol après N et R. Il en cite les exemples suivants auxquels j'ajou- 
terai les formes portugaises correspondantes : 

arcen it. argine AGGEREM 

arcilb port, argilla ARCILLA 

ençia port, gingiva gengiva GINGIVA 

frcer port, erger ERIGERE 

erçer Arçipreste de Fita 1415 a, erçia Feman Gonzalez ^95 d 



i. C'cit avec raison que M"* Michaèlis de Vasconcdlos, Stmiien zur romanis- 
chcn Wotischapfung, p. 206, rejette l'étymologie de prtnda (PRAEBENDA) 
proposée par M. Coelho, Formes divergentes de mots portugais, Romaniù 1873, 
p. 28461 287, mais je ne suis pas persuadé que le mot soit tiré de l'espagnol. 

Je remarque après coup au même endroit que pour elle la base de prtnda est 
•PIGNOREM qui ne pourrait en aucun cas donner prenda. Du reste elle ne 
fournit aucune preuve de l'étymologie qu'elle présente, de sorte que mon exposé 
conserve toute sa valeur. [Cf. Rom. VIII 620. — Rid.] 

2. Voir aussi Gramm. 1, p. 23 1. 



V/WIANTES INDIENNES ET DANOISES D'UN CONTE PICARD I J7 

erzU Maria Egipc. p. m b, erçyan Feman Gonzalez 738 c 

erfiâ Berceo, Mibgros 655 b, lierçieron Feman Gonzalez 519 c. 

ruio port, rijo RIGIDUS 

ancir port, jungir JUNG ERE. 

C'est à tort qu'il en sépare l'ancien esp. fcurzM BURGENSIS Apol. 80. 
Maria fgipciaca, p. jo8a, burçesa Apol. 445 a, port. Bornés, nom propre. 
J'ajouterai encore esparcir, v. port, espargtr, port, moderne espargir et 
tsparzir, SPARGERE.et o/JfWaouonzeid 'UNGICULA Berceo S. Af/f/an 
laj a, MU. 564 b. 

En conséquence sencilto, que le dictionnaire espagnol-portugais de 

Manuel do Canto e Castro Mascarenhas Valdez traduit par singclo, n'est 

pas 'SIMPLICELLUS, étymologie phonétiquement impossible admise 

par Diez, Cramm. I, p. 176, et EU'. !Ib s.v., mais SINGELLUS, qu'il 

faudra ajouter aux exemples indiqués. 

Jules Cornu. 



IX. 



VARIANTES INDIENNES ET DANOISES D'UN CONTE PICARD. 

Presque tous les contes populaires picards que M. Carnoy a publiés 
l'année dernière dans la Romania nous offrent des thèmes bien connus, 
qui se retrouvent sous des formes similaires dans beaucoup d'autres 
pays et qui ont été l'objet de savantes recherches. M. Reinhold Kœhler 
adonné dans la Ztitsckrift filr romanhche Philologie (III, jii) tous les 
rapprochements désirables. Je veux seulement ajouter quelque chose à 
ce qu'il dit du conte XIV : Les six compagnons. Cet amusant récit se 
compose de trois parties : les hommes qui partent pour voir la mer et qui 
croient y être arrivés à la vue d'une plaine couverte de blés , — l'homme qui , 
en comptant la troupe dont il fait partie, oublie de se compter lui-même, 
— et enfin l'homme qui crache dans ses mains et tombe dans le puits 
avec tous ses compagnons attachés à ses pieds. Je n'insisterai pas sur 
les deux premiers traits, qui se retrouvent, plus ou moins défigurés, dans 
la littérature facétieuse de beaucoup de pays, sans du reste être toujours 
unis comme ici dans un seul conte ; je me bornerai à parler du dernier 
trait. 

M. Kœhler cite, — outre le livre des « Schildbùrger » et trois contes 
allemands de Souabe. d'Oldenbourg et de Mecklenbourg), — un conte 
indien publié par Aufrecht et traduit par Weber {Indische Sireifen, I, 
2481. On en retrouve dans la littérature sanscrite une variante plus 
ancienne. 

Voici ce qui est raconté dans le dixième livre du recueil de Somadeva, 
Kathdsaritsdgara [Hv. X, chap. 65,200 de l'éd. de Leipzig, 1866) : 



^ WKl M.VSKS 

Ik smbb art ao. jgyaat va jamr k roiA^ i ob «la^ zntoafaiîé le 
.failli i ZjOb^b. 3BX psaonts, su !■£ liimt ds MciMiic le Hi^^în 
afc-ssBs: K 'zme inias ;rÉs  'j. -wÈ e . Le aC k cb& àac à Tvitre, 
z - ^laojk. 3t ic iisDt : • Cesc hàs js-âcsbei ée cet «H t u e ^oe n le duBÎa, 
fjMts. s m n X I iit. > &3iic amoe fasn'iB ■mit, me b aod ie pia son 
f i r'bfia ie amncr i i'saa ^*cs s'y crampanaBOt (fe tades ses 
i -itsit sasaado. à^ sttvz xb l'ifjihaiit inrtaaC hb crafier sar 
BK XK Ile 3K [ni siz anaitât dTaae «oix oeiBbiaBie r « Ok f om aiB, aiik- 
9H. t- Le .jMliei .jciis sok croc à Tade ■^['— '* d £ngcBt Tciip&aBî) et 
aBK ex vnx sefas <;Ée rjetre jiaar x erer ie racive: ns râépèaat 
arrwrr s « caagriîer resa jbk uisf «m aix pieiisiK soC Ccfat-cî lii dit 

IBBES '^OÊT aoas siier i aescEBore. sbb ods iobs aloas tnifacr tuas les 
iwr g!a nrâse jobs esiparïn. > Le eatatig- >.niuf t i yt Ame i ctaater tf"— e 
BBBcre a jçcsane ooe ie ne C9 àc Ont rxvt. 1 cra ie ine. et. saobSaBttaaX 
s 3DL i ic3z î'iriire et se mt i bcre ùs ataôisc ib atee m^rjiif 3 ton&a 
ace .e j^uKèlKT' ians !2 nvtère. oà is sKrrsBt siib îcs ^if^r A (^ {k" " ^ot 



•le afene diÉme ae r e ttume ^àns os sue oonie Âi mésie recaeS X. 

'zc^ ^ sons TT*^ *rtyfii^ mi DQIX lilWw^ i Wtw^ ^ QQHK9HV DIOS SBHOBOiB 

2 2de mt Weàer i tnduôe : 

Za juiui. iit snene iass le csei i i'adr il^st Uun» cèicstr ioat i ^aait 
2 laese "oi f i ui ' g aninssee 115 iccac mirimig 3!Bps en j) i nt i r rfitE et loie. 
« i -usaqpat ia jâesa à Jamfcmt . Fins arà i se it raaœr k h tezte â 
*aae tu. aèsK sareso. «£ oar xs jjesci.pDoas jUijmuBb a jmna eavK à 
jex -»xi m»» je *aire ce m«.vB^ Js Tiiiiwit aar k cescnafe cns à ]Hcttr. 
3tare Eiuit. sirt inac a . pa a ie ia anroK. m àe xs ' jmétJiisi se caa- 
SHDB i 2s jieeis. 3IUS 3n Bdxe sadaâa mi xeami «t ssa. Je anie jsa^ a 
JKner. ie aaière i nraer aoe lo^ne -àMùi* ^ îic fk » u. ^ur ic tancHi 
7CCS e ce. Thriwn âsaot 7m x'tax ixnsst À iiwinwr ÂaHUre àonae es»- 
ses i jarait ssige À jftesit i a jc i i a u g g vstie st oé. Oànt-c Jda la 
xmaat. jamr t^ricfor^ a eKuant les aaua x jjaaàeir ie 'a ^«Qih : sais à 
TostsBt séne onis e auuioa eat i asTs ïC se stenst*. 

Ces .TmTP* •iwiwiv ae rotnnrnint sotcï ies &xaes 3B. ^6l amS&êcs 
jaa%. ia ineraonc annuaire ie lXjnp« ; te câaat «aà m ¥iii"fnwi jm t 
^'™"' 3BB jerant je le i)MO<t "e 3K ^enMixm >ôe <ârs <çKiiÇKS ohcs 
SOT ca amoasaiam Sttsfàeases^, r«s nçnointiss « DaoeBnck. Jfoi»> 
mane Teat Jre insanre «t vWte fus JVm^^ t ai ht a nt f^joe are9qpf& 
•w*™«=°«* . les Mo^atr se »at JC.çaSv «t x siuraît Jre aourçnL k 



je Stsnaam. saorn a te c» «va ,»ates a 41K rutileaiK a«»Kau« ianone 
an a* invj .nu 1 «w suOiM* «• ^'^^ }>ir 4a <«ae aoBcrtiste iiaaB ( | ae 

jKrraaz a S. 3>BBcat!«M. 



VARIANTES INDIENNES ET DANOISES D'UN CONTE PICARD I }9 

répuution d'une grande stupidité et jouent dans les anecdotes et 
bons mots danois le même rôle que les Souabes en Allemagne : ce sont 
les Béotiens du Danemark. Les histoires qu'on leur attribue sont 
1 l'ordinaire de petites narrations plaisantes et railleuses d'une aventure 
de la vie commune, dans bquelle le héros ne fait pas preuve d'une trop 
grande sagacité ; elles répondent ainsi et pour la forme et pour le con- 
tenu aux Pàcâlitm tsiganesci des Roumains ' et aux Schildburgcrgcscbich- 
ttn des Allemands'. The Merry laies of the Wisc Men of Cotltam > appar- 
tiennent au même genre. Toutes ces productions sont sans doute pour 
une très grande partie de provenance indienne, et il y en a beaucoup qui 
se retrouvent dans le dixième livre du Katluisaritsiigara et dans les aven- 
tures de voyage burlesques de Gourou Paramartan <. 

Après cette petite digression, je reviens au conte danois en question, 
le voici : 

Quelques Molbotr vinrent un jour i passer près d'un petit étang ; en voyant 
li un arbre qui se penchait $ur i'eau, ils pensèrent aussitôt qu'il devait avoir 
soif et qu'il s'efforçait d'atteindre l'eau. Émus de pitiéj les Molbotr réso- 
lurent d'aider l'arbre et d'en approcher les branches de l'eau ' \ mais l'arbre 
était assez haut, et comme ils n'en pouvaient toucher les branches, ils s'avisè- 
rent d'y monter tous et de former une chaîne en se pendant les uns aux jambes 
des autres, pensant ainsi faire plier les branches. Ils se mirent aussitôt à 
l'ceuvre, mais comme ils étaient suspendus, les mains de celui qui tenait la 
branche commencèrent à lui laire mal ; il cria alors aux autres ; Tenez bon, 
pendant que |e crache dans mes mains ; sur quoi il lâcha la branche et les 
Molbotr tombèrent dans l'eau '■. 



1. Voir pour des épreuves de te genre l'intéressant opuscule de Fundescu, 
Basmc, Oralii, Pacàtiiun st gkkilori. Bucuresci, 1875. 

2. Publiées dans le Narnnbuck de F. H. van der Hagen. Halle, 1811. 

}. Ce livre populaire semble remonter au XVI' siècle, et il en existe de nom- 
breuses réimpressions. Une des dernières a été faite par les soins du savant 
Halliwell. London, 1840. 

4. The jdvcntures of the Gooroo Paramartan, a taie in the Tamul Language bf 
B Babington. London, 1822. 

j. Cet arbre qui a soif et la compassion qu'il inspire se retrouvent dans les 
Scfuldbûrgirgeschichten (Hagen, Narrcnbuch, p. t88), mais l'aventure est autre. 
Un deî • Schildbiirger • monte sur l'arbre pour y attacher une corde â l'aide de 
laquelle on le courbera : la corde se brise, et la branche qu'il tirait le décapite 
en se redressant. Le corps retombant à terre sans tète, ses compagnons n'y 
comprennent rien, et ils vont demander à la femme du mort si son mari, en 
sortant de chez lui, avait bien emporté sa tète. Ce trait est connu en Danemark, 
bien que Rask ne l'ait pas compris dans son recueil de Molbohistorier. 

6. Voir Btntnmg om dt viJtKJenJti Molbocis vise Gjtrnmgcr a g lapre BeJrifter^ 
B. 7 1 De torstiçe Traî • (l'arbre nui a soif). Le célèbre R. Rask en a donne 
en 181^ une édition, qui a été réimprimée en 1870 par M. L Pio. H faut 
aussi citer l'excellente édition de M. V. Fausbœll (1862) qui, dans ses savantes 
renuTqaes et éclaircissements, a rassemblé beaucoup de notes comparatives ; 
malhettreusemeni elle est épuisée depuis longtemps. 



Ij8 

Un homme fort sot, devaiv 
chemin ; il s'adressa aux p.-i 
au-dessus de l'arbre là-bas pr 
et y grimpa en se disant : <• > 
d'après ce qu'on m'a dit. » i 
son poids, et il n'évita de '. 
forces. Comme il était susp 
son dos. Le sot lui cria au 
moi. > Le cavalier lâcha 
saisit les deux jambes d 
avança, et le cavalier r 
alors : « Si tu sais une 
tendre et venir nous aid<. 
deux, et la rivière nous ' 
manière si agréable quo 
à fait, il lâcha l'arbre 
avec le cavalier dans h 
porter bonheur ? 

Ce mène tbètne :; 
65, 177) sous une ; 
à celle que Weber . 

Un homme fut en! 
la queue fortement c 
et il mangeait du g.'^ 
l'aide du même tau: 
ses camarades de 
Notre homme prit 
ponna à ses pieds 
dernier, de manii 
vers le ciel. Chct: 
bien il avait ma: 
queue, pour indi- 
l'instant même ! 

Ces contes 
dans la littéral 
danois, mais 
sur ces com: 
historié veut 
jutiandaise 



s zre d'un recueil 

zfcoles (Hjort's 

r . -s une empreinte 

jt^L- icsinrent sonner la 

B vf s ue i la mort d'un 

i r soient pas de corde 

•«3. seaer plusieurs fois le 

rs. Les Molbotr pensèrent 

Mt X corde qui était atta- 

iainceodie; l'un d'eux 

.;<«-«; santé, on autre se pendit 

~ s 3 assent atteint la terre, 

•3e.<aKSC cette corde singulière 

± -xas anfflencèrent bientôt à 

. ;x SI autres : Attendez que 

,^ e Mathoir tombèrent â terre 

K. Nyrop. 



^ -s, let anand j'étais enfant me 
ariflK I '^'c d^ Molbotr, où figu- 

^i^« e se rappelle qu'on les voyait 
^mn, ztrce que celui qui comptait 
^^ Àr doigt dans une bouse de 

^ jt »ss;iBt sur un pont, l'un d'eux, 
.^«e. les autres s y jettent pour le 

^ ar ^Bce une corde, que le pre- 
«. icà. Ils sont en l'air, quand le 

>ygpjc«$ un moment, je cractie dans 
' — G. P.J 



-* ^ 3»,atBoyés 



1, Cornu; 
de Somadc, 
(du 10" liv 
(Iniiikt a: 
oversatu ai 



COMPTES-RENDUS. 



Tronvères belges du XII« an XIV* siècle. Chansons d'amour, jeux-partis, 

pastourelles, dits et fabliaux publiés d'après les manuscrits et annotés 

par M. Aug. Scheler. Bruxelles, 1876. In-8<> xxvij-359 pages. (Publication 
de l'Académie royale de Belgique.) 

Tronvéres belles (nouvelle série). Chansons d'amour, jeux-partis, pastou- 
relles, satires, dits et fabliaux publiés d'après des manuscrits de Paris, 

Tarin, Rome, Berne, Bruxelles et Berlin, et annotés par Aug. Scheler. 
Louvain, imprimerie de Lefever, 1879. In-8*, xxiv-396 p. (Publication de 
l'Académie royale de Belgique.) 

I. 

Les matières contenues dans le premier de ces deux volumes sont variées. 
160 pages sont occupées par des poésies lyriques de trouvères ayant vécu (ou 
supposés avoir vécu) dans les limites de la Belgique actuelle. Viennent ensuite 
ks contes en vers de Jacques de Baisieu, la Veuve de Gautier le Long, et enfin 
le Combat de Saint-Pol contre les Carmois, poème en vers octosyltabiques 
rédigé an commencement du XIV* siècle i Valenciennes, à ce qu'il semble. Il y 
a U bien peu de f trouvères belges i, mais, si le contenu du sac est bon, peu 
importe l'étiquette. Peu nombreux aussi sont les textes qui n'ont pas déjà été 
imprimés, c mais, dit l'éditeur, à part qu'ils se trouvent disséminés dans des 
c recueils divers et spéciaux, la plupart d'entre eux ont été livrés à la publi- 
« cité d'une manière si peu conforme aux conditions que la science d'aujour- 
c d'hui impose aux éditeurs d'anciens textes, qu'il y avait utilité à en refaire 
c une édition nouvelle et critique fondée sur les mss. originaux. » Sans doute, 
mais l'édition qu'on nous donne est-elle réellement < conforme aux conditions 
« que la science d'aujourd'hui impose aux éditeurs d'anciens textes » ? C'est là 
nue question i laquelle nous voudrions mettre le lecteur en état de répondre. 

La partie la plus épineuse de la tâche qu'avait à accomplir M. Scheler était 
assurément la publication des poésies lyriques par lesquelles s'ouvre le recueil. 
Il est bien certain qu'il n'y a pas là de difficultés comparables à celle qu'on 
rencontre dans la publication des poésies lyriques provençales. D'une part, en 
eflet, la poésie des trouvères est en général plus simple et plus claire — moins 
variée et moins élégante aussi — que celle des troubadours. D'autre part les 
recueils manuscrits des poésies lyriques françaises sont ordinairement plus cor- 
rects que les mss. qui nous ont conservé la poésie des troubadours ; différence 
ifù s'expliqoe aisément par cette circonstance que les chansonniers français 




142 COMPTES-RENDUS 

sont contemporains ou du moins postérieurs de peu de temps â IVpoque ob 
florissaienl les poètes euxmimes ; tandis qu'au midi les plus anciens chanson- 
niers sont souvent postérieurs d'un siècle ou de plus encore à telles des poésies 
qu'ils renferment, sans compter que de ces chansonniers provençaux, beaucoup 
ont été écrits en Italie par des copistes qui n'avaient pas de la langue une 
connaissance bien profonde. Enfin — et cette remarque découle de ta précé- 
dente — les mss. des troubadours qui nous sont parvenus sont souvent formés 
par la combinaison de recueils plus anciens, d'où il résulte, comme j'ai eu 
occasion de le dire plus d'une fois, que beaucoup d'entre eux ne se laissent pas 
(grouper par familles, mais en réalité se trouvent appartenir à plusieurs familles 
i la (ois, d'où, par suite, la nécessité de recommencer à nouveau le classement 
pour chacune des pièces qu'on publie, tandis que les chansonniers français con- 
servent en générai assez purement la tradition des recueils primitifs, et, à de rares 
exceptions près, se répartissent très nettement en trois ou quatre grands 
groupes. Néanmoins, s'il est incomparablement plus aisé d'éditer Quene (ou 
Conon) de Béthune qu'Arnaut Daniel ou même Bertran de Born, on doit con- 
venir que l'édition des poésies de Quene de Béthune exige bien plus de travaux 
préparatoires que l'édition d'une douzaine de fableaux. 

Quels sont les travaux préparatoires qu'exige une édition de Quene de 
Béthune, par exemple, puisque c'est par cet auteur que s'ouvre la publication 
de M. Scheler (quoique Béthune n'appartienne pas, que nous sachions, à la Bel- 
gique) ? Il fallait d'abord déterminer, entre les poésies que les mss. mettent sous 
le nom de cet auteur, celles qui sont incontestablement de lui, soit que l'accord 
unanime des mss. les lui attribue, soit qu'il s'y rencontre quelque indication 
historique qui ne laisse pas place au doute. Puis, il fallait, i l'aide de ces pièces 
sûrement authentiques, déterminer, par les rimes ou autrement, les caractères de 
la langue et de la versification de l'auteur, et, ces caractères étant établis, s'en 
servir pour faire la critique des pièces d'authenticité douteuse et pour apprécier 
la valeur des leçons diverses fournies par les différents mss. Telles sont les 
conditions • que la science d'aujourd'hui impose aux éditeurs d'anciens textes i. 
Malheureusement, si M. Sch. connaît ces conditions, il ne s'y est guère con- 
formé, il s'est si peu préoccupé de démêler entre les pièces attribuées i Quene 
de Béthune celles qui lui appartiennent réellement, qu'il les a imprimées toutes 
indistinctement, authentiques ou non, en une seule série rangée par ordre 
alphabétique du premier mot, système qui, pour le dire en passant, a le grand 
avantage de dispenser l'éditeur de tout classement véritablement intelligent. 
Toutefois, h cause des difiicuKés d'un classement méthodique, nous admettrions 
l'ordre alphabétique, si au moins M. Sch. avait eu soin de grouper i part les 

i' )iéces qui ne sont pas de Quene. Mais pour distinguer ces pièces, il aurait 
allu d'abord établir à quels caractères on peut reconnaître l'œuvre de Quene, 
It c'est l.i un travail dont M. Sch. s'est complètement dispensé. Tout au plus, 
qtund l'allributicn i Quene est manifestement erronée, trouvons-nous une note 
qui notjs met en garde. Ainsi la pièce 2 (p j) est un jeu parti entre deux trou- 
vère» dunt iucun n'est Quene. Elle n'est placée sous le nom de celui-ci que 
par le chansonnier de Berne où on sait que les Fausses attributions sont nom- 
breuses. Sur quoi M. Sch. : « Bien que cette pièce soit inscrite au nom de 



I 



I 



Trouvères belges, p. p. Scheler 14) 

• Canes de Belunei >, il est peu probable qu'elle soit de lui, puisque les 
« Interloculeun s'appellent Berlran et Guichart ». Peu probable! M. Sch. 
dira-t-il qu'âpre tout le mal n'est pas grand, puisque le lecteur est averti ? Je 
répondrai qu'on n'a jamais vu, dans aucune édition faite avec critique, mélanger 
avec aussi peu de souci ce qui est authentique et ce qui ne l'est pas. Ensuite, 
M a beau avertir le lecteur, le meilleur moyen de lui épargner une méprise est 
Cflcore de ne pas lui mettre sous les yeux ou au moins de lui servir à part ce 
qu'on ne veut pas qu'il prenne pour authentique, M. Bartsch par exemple n'a 
certainement pas fait attention k la note, du reste insuffisante, de M. Sch., 
lorsqu'il s'est fonde précisément sur cette pièce qui, étant l'œuvre des nommés 
Bertrao et Guichan, ne peut être l'œuvre de Quene, pour prétendre que 
Qpene admettait à l'hémistiche un c féminin en surnombre comme la poésie 
épiqoe'. 

Je ae puis pas, à l'occasion d'une édition oti les questions capitales, loin 
d'être résolues, n'ont pas même été posées, entreprendre une étude en règle de 
b tangue et de la versification de Quene ; je veux toutefois indiquer un lait de 
versification qui, pour n'avoir pas été remarqué jusqu'ici, que je sache, ne 
m'en semble pas moins assez facile â établir, et qui a de l'importance pour la 
critique de ses poésies. Ce (ait, c'est que le trouvère de Béthune admet, dans 
aoe certaine mesure, l'assonance, ce qui du reste n'a pas lieu d'étonner de 
la part d'un trouvère relativement ancien , et qui d'ailleurs n'était pas un 
trouvère de profession. Prenons la première des pièces rééditées par M. Sch., 
cdie qui commence par Ai amors corne dure départie. Elle présente sur d'autres 
cet avantage particulier qu'étant conservée par plusieurs mss. appartenant à 
troB fomilles différentes, il est possible d'en établir le texte avec une certitude 
assez grande. Il y a dans cette pièce deux vers qui n'offrent que des assonances. 
Les deux derniers vers du troisième couplet sont ainsi conçus dans Berne 

«846; 

Or ne nos doit retenir nuie honors 
D'aleir vengier ceste perde hontouse. 

Les autres rimes masculines soal prous, hontous et /fUi ^ (lieux). Pour faire 
ne rime exacte, 844 et 1 26 1 ^ ont mis : 

S'or i laissom nos anemis morteus 

A tous jouri maiz iert no vie honteuse 

Les autres mss. 84^, 847, 24406, Clairembaut, Arsenal, tous de la même famille, 
Vat. 1490, fr. 1(91, qui sont d'une autre famille, ont supprime le couplet. 
Dans la même pièce, quatrième couplet, les rimes étant tes mêmes qu'au précé- 
dent, c'est-à-dire rus, eme, Berne et 846 ont ces vers : 

Car celle mors est douce et saverouse 

Ou conkis est paradis et honor. 

DajB 844, 1361 (, 1591 et Vat. 1490, le second de ces vers a été ramené i la 
lise comme suit : 

Dont on conquiert le règne prccUui. 



I. Ztiliehr. /. rom. Phil., Il, 477. 

a. Le nu. de Berne est, comme on sait, d'origine lorraine. Il faudrait ici rétablir les 
faala en nu. 



1 44 COMPTES-RENDUS 

Le ms. 845 porte : 

C'on i conquiert le règne glorieus. 
et de même tous les mss. de la même famille, sauf 847 qui, comme i'indique 
M. Sch., omet ce vers. On voit clairement dans ces deux exemples comment 
les copistes ont travaillé chacun de soii côté â se débarrasser de formes qui 
n'étaient plus de mode. M. Sch. a ici conservé les deux assonances, parce que 
son ms. principal (Berne) les lui rournissait. Il n'a pas cherché â se faire une 
opinion sur ce point, car à la pièce 9, aux vers 9 et 1 6, il a supprimé deux asso- 
nances fournies par le même ms. et par le ms. de Saint-Germain (fr. 20050). La 
leçon du V. 16 a été corrigée sans que le lecteur en fût averti. La voici d'après 
S. -G.: El loeni ceu qut H saigi Jesprisent; dans Berne : Et louent ceu ke li saigt 
moins prisait, assonnent avec justise, mist. Dans les deux autres copies de la même 
pièce (844 etii6i 5) il y a ce remaniement évident : Et (844 Si) ioeni çcu ke nus 
oatrcs ne prise. M. Sch. a adopté la leçon de Berne en mettant, sans en prévenir, 
li sages et prise au singulier. 

Examinons maintenant les autres pièces dans l'ordre où elles sont imprimées 
par M. Scheler. — Pièce 2. Nous avons déjà vu que le )eu parti publié sous 
ce numéro n'est pas et ne peut aucunement être de Queue. M. Scheler le dit, 
mais d'une façon trop peu nette. — Pièce ;. Au commatr de ma nouvelle amour. 
En tète cette remarque : t II y a peu de vraisemblance que cette chanson soit 
« composée par Quene de Béthune, bien qu'elle soit sous son nom dans le 
t ms. M • d'où je l'ai tirée, et dans D^ qui a servi au texte de Buchon. • Il 
n'y a aucune vraisemblance à ce qu'elle soit de Quene, puisque — ce que 
M. Sch n'a pas remarqué — elle fait rimer ens et ans (par ex. eniendemens et 
joians), usage certainement étranger i Quene, comme à tous les Picards. Il y a 
dix ans qu'on doit savoir ces choses-là. Disons en outre que le choix du ms. 
M comme base du texte est très malheureux. M. Sch. ne peut pas ignorer que 
ce ms. est l'un des plus mauvais de tous. Le fait qu'il attribue la chanson en 
question à Qupne ne te rend pas meilleur. Il était en tout cas possible de lui 
emprunter l'attribution à Quene, si on la croyait fondée, et de prendre le texte 
ailleurs. M. Sch. nous dit encore : • Je n'ai eu le temps de collationner que 
« les mss. D etG. • Or c'est une pièce qui se rencontre dans neuf mss. M. Sch. 
eût donc mieux fait de toute façon de ne pas la comprendre dans son recueil, 
où d'ailleurs elle n'a rien à faire, puisqu'elle n'est pas de Quene. — Pièce 4. 
Bêle dote dame chicre, ne se trouve que dans deux mss. (844 et 1261 ;) qui sonl 
de la même famille et corrigent, comme on l'a vu plus haut, les assonances 
pour en faire des rimes ; mais le contenu montre qu'elle est bien de Quene. 
M. Sch. n'a pas aperçu toutes les fautes qui sont communes à ses deux mss. 
V. 6-8, Par lonnnt que ma proiere \ hTeast la mis \ Qui: /c fusse voslre amis ; la 
mesure y est, mais non le sens : au lieu de Que (v. 8) corr. Ou. M. Bartsch a 
justement remarqué l'irrégularité des petits vers, qui sont tantôt de trois, tan- 
tôt de quatre syllabes, et a tenté de [es ramener tous à trois syllabes ' : à tort 



I. B. N. fr. 1(91, 

X. Lt nu. de Noaillei, B. N. fr. 1261 (. 

). Zeitschr. f. rom. Phil., Il 477. 



Trouvères belges, p.p. Scheler 14s 

selon noi, car ses corrections nuisent au sens, au lieu que ces tnèmei vers 
se laissent aisément ramener à quatre syllabes, comme suit : v. 1 1-2, Neforfis 
I Que fussiez ma guerrière, corr. [Tant] ne forfis | Que [voiu] fassiez, etc.; pour 
ce dernier vers ni fussiez ni guerrière, proposés successivement par M. Sch., 
ne sont possibles. V. 15, Corn trous, vers trop court, corr. Corn [hom\ iroas; 
00 voit que la consonance de com et de kom a fait perdre le second mot. — 
Pièce 5 . Bien me deûsse targier. Cette pièce se trouve dans sept mss. apparte- 
nint à trois familles : A, le petit Saint-Germain (fr. 20050) ; B, la famille des 
mss. du roi de Navarre, 845, etc., y compris ici 846; C, 844 et 1261 5. Cette 
circonstance donne i la constitution du texte une base solide. L'ordre des 
couplets est dans chaque famille celui-ci : 

A I Bien me deôsse targier 1 — chans * 

1 Chascuns se d<nt enfbrder — talans 
} Vos qui robeis les creusiés — ansi 

4 Ne ja por nul desirier — tyrans 

5 Li qués s'en est ja vangiés — faillit 

6 Qui si ait baron anpiriet — servit 

1* enoi Or vos ai dit de barons la sanblance — dit 

1' enoi Par Deu compains adès ai ramanbrance — mons 

Il semble qu'il y ait ici une interversion, car si l'on fait attention à la finale 
dn 2* vers de chaque strophe, on verra que la pièce est dépourvue de symétrie. 
Passons i la seconde bmille. 

B I Bien me deûsse targier — rhanz. 

2 Ne ja por nul desirrier — tiranz. 
} On se doit bien efforder — talens. 
4 Qai les barons empiriez — servi. 

{ Dehait li bers qui est de tel fiance. 
I* onoi Or ai je dit des barons ma semblance. 

Le dnqaiéme et dernier couplet a quatre vers et ces quatre vers ne sont que 
b fin da couplet j de la famille A. Nous verrons tout à l'heure pourquoi le 
commencement de ce couplet a été supprimé. Notons que le second envoi est 
oais et que le premier se trouve dans un seul des mss. de la famille, à savoir 
846. Passons i C. 

c I Bien me deûsse targier — chans. 

2 On se doit bien esforder — talanz. 

) Vons qni dimez les croisiez — einsi. 

4 Qni ces barons empiriez — servi. 

( Ne ja pour nul desirrier — tyrans. 

Pas d'envoi. On voit que le cinquième couplet a été cette fois omis tout 
CBtier. Pourquoi ? Simplement parce qu'il contenait une assonance apparem- 
■ent diffidie i corriger : 

li qués * s'en est ja vangils 
Des haus barons qui or li sont faillit 
Cor les vosist anpirier. 

I. Il y a dans le ms. 200(0 ataisir, faute évidente. 

z. Je donne le dernier mot du 2* vers de la strophe, indication nécessaire pour la 
wt —iituii on de la pièce. 
). Ccsl^i-dire Dieu, mentionné i la fin de la strophe précédente. 

IX 10 



146 COMPTES-RENDUS 

Et pourquoi les envois ont-ils été omis? Toujours par la raison qu'ils conte- 
naient des assonances. Les voici (200J0 fol. xcfv) : 

Or vos ai dit de[s] barons la sanblance ; 

Si lor an poise de ceu que ju ai dit 

Si s'an praigni:[ntl a mon mastre d'Oissi _ 

Qui m'at apris a chanier très m'anfance. 

846 a conservé cet envoi, mais en corrigeant de teu que jt le di pour rimer 
avec Oiisi. Quant au second envoi, il l'a supprimé, sans doute parce que l'asso- 
nance mons-Gilon était pour lut un obstacle insurmontable. M. Sch. en a fait 
autant, non sans doute pour la même raison, mais probablement parce qu'il 
avait oublié de le copier dans le ms. Cet envoi n'est pas clair, mais ce n'est 
pas une raison pour ne pas le donner tel qu'il est dans le ms. Le voici 

Par Deu, compains, «dès ai ramambrance 
Conques aûst amins, ne tous li mons 
Ni vadroit riens itm li magrei Cilon 
Adés croisril sa vaillance. 




Revenons maintenant à l'ordre des strophes, qui dans le texte A, le seul 
complet, semble interverti. Je viens de dire en note que le couplet } d'A se 
rattachait nécessairement au couplet 4 de la même famille. Ces deux couplets 
doivent donc rester dans Tordre que leur assigne le ms. D'autre part la place 
de la première strophe est garantie par l'accord de tous les mss. Par suite le 
seul changement possible consiste à placer le couplet ] entre le cinquième et le 
sixième. De la sorte la pièce est divisée en deux séries de trois couplets. Une 
division en trois séries de deux couplets serait beaucoup plus dans les 
habitudes de la poésie des trouvères, mais il est impossible de la former 
puisque la pièce entière n'ofre que deux formes entre lesquelles se répartissent 
également les six couplets. Notons aussi que l'envoi exige une rime en / au 6* 
couplet. — Pièce 6. Chançon kgurc a entendre. Publiée par M. Sch. d'après 1 i6i ^ 
et I {9 1 qui diffèrent très peu ; la principale difTérence est que le personnage appelé 
i l'envoi Noblei dans le premier, est appelé Robert dans le second. Je la connais 
dans un troisième ms., le fragment signalé par M. Bonnardot dans les Archives des 
missions, }, L 283-4. où elle est anonyme. L'attribution de deux mss. de la même 
famille qui ont quelquefois en commun des erreurs sur le nom de l'auteur, comme 
nous l'avons vu plus haut pour la pièce ;, est loin d'être une preuve absolue que 
la pièce soit de Quene. — Pièce 7. Chanter m'eslutt que pris m'en est coragc. Le 
seul fondement pour attribuer à Quene cette chanson est le ms. 1^91 qui, nous 
l'avons vu plus haut il propos de la pièce 3, a bien peu d'autorité. Cette chan- 
son est mise sous le nom de Robert de Marberoles par une famille de mss., de 
Cille de Vicu:<-Maisons par une autre. Le motif invoqué par M. Sch. que les 
premiers éditeurs l'ont rangée parmi celles de Quene, n'a bien entendu aucune 
valeur, puisque ces premiers éditeurs n'avaient pas d'autres sources d'informa- 
tion que les nôtres. — Pièce 8. // <nint /j en ul autre pats. Cette pièce se 
trouve dans plusieurs mss., y compris ceux qui conservent les assonances. Et 
cependant il ne s'y trouve que des rimes exactes. Ce n est pas assez pour enle- 
ver la pièce â Quene, qui peut cette fois avoir rencontré la rime plus facile- 
ment qu'en d'autres cas ; qui peut même, à un certain moment de sa carrière poé- 



esi 

H 

:eul m 



Tromrèru bdga, p. p. Scheler 147 

tiqae, avoir renoncé absolooMnt i l'assonance, mas c'est cependant on motif 
de SBspidon. Et mon doute ne bisse pas de s'augmenter lorsque je constate ice 
que ne dit pas M. Scfa., cbez qui les indications bibliographiques laissent fort i 
désirer) que des onze nss. qui contiennent la pièce en question, trois seule- 
■cnt, 844 et 1261 5 (qni sont d'une même &mille> et Berne (chez qui les attri- 
butions sont souvent erronées), désignent Qnene- comme l'auteur. Les mss. de 
la fuille 845 etc. désignent Richart de Fournirai, les antres ne désignent aucun 
am. — Pièce 9. L'aatria nn jour apris la Saint Denise. J'ai n^ontré ci-dessus, 
en traitant de la pièce 1 , que la pièce 9 renferme quelques traces d'assonances. 
— Pièce to. Moat me sanoat amours que je m'amiu. C'est la pièce où sont les 

KTS CCKOfCS t 

Encor ne soit ma parole françoise 

Si U p«et on bien entendre en Craaçois. 

Les deux mss. (844 et 12615) qui ■■o"^ ''<"'* conservée ofrent malheurense- 
■ent, nous l'avons déji constaté plus d'une fois, un texte peu fidèle. On peut 
craindre qu'ils ne nous l'aient pas rapportée dans son intégrité, car elle n'a que 
trois couplets. Elle se trouvait dans le chansonnier dont M. Bonnardot a 
retrouvé à Metz et signalé dans les Arthites des missions un fragment, mais dans 
Pélat actuel de ce fragment il ne s'y trouve plus qu'une strophe, celle-ci : 

Dex ! que ferai ? Dirai li mon corage 
(Et) irai a li por merci demander ? 
Oïl, per Dieu ! car tcus est li mages 
Cou ne donc nuis rien sans demander, 
Et je » sni outrageas de parler, 
Si pfaU Diex ifi doi[t) [x)ayoir damage. 
Ne s'en doit pas madame a moi irer 
Mais a Afflors ki me fait dire outrage. 

S on compare cette leçon i celle des deux mss. seuls utilisés jusqu'à présent, 
on y remarquera assez de variantes pour qu'il soit impossible de rattacher les 
denz leçons i la même famille. Le fragment de Metz nous a conservé une asso- 
nance, li usages, au troisième vers, qui est modifiée dans l'autre leçon : Car 
td sont H usage. Il est de toute évidence que la bonne leçon est celle du frag- 
ment. Le vers qne j'ai souligné est sûrement de trop ; c'est une interpolation 
dont je ne devine pas la cause. — Pièce i\. Se rage ei dervetie. Se trouve comme 
la précédente, non seulement dans les deux mss. 844 et 1261), mais aussi dans 
le fragment de Metz^ qui à cet endroit est en trop mauvais état pour qu'on 
paisse avec certitude en tirer les variantes. — Pièce 12. Si voirtment 'com celé 
dont je chant. Cette pièce se trouve, sans nom d'auteur, dans lems. de Modène, 
qne n'indique pas M. Sch., et dans 20050, sous le nom de Quene dans Berne, 
qui est, quant aux attributions d'auteurs, une bien faible autorité. M. Bartsch, 
de même que M. Scheler, ne parait avoir conçu aucun doute sur son authenti- 
cité, et il lui emprunte des exemples pour prouver que Quene employait la 
césure épique <. Je ne nie pas que Quene ait pu faire usage de la césure épique : 
cet usage pourrait même s'associer assez naturellement avec celui de l'asso- 

I. Zeitschr. f. rom. Phii, 11, 477. 



148 COMPTES-RENDUS 

nance, mais les preuves en doivent être cherchées dans des pièces d'une authen- 
ticité non douteuse. Dans ta même pièce M. Bartsch considère comme admis- 
sible l'étrange césure du vers suivant : Vaut mieux que louUt | les bones ki sunt. 
Je crois plutôt que ce vers est corrompu. Quant à la pièce elle-même, je doute 
fort qu'elle soit de Quene : d'abord elle est parfaitement rimée, bien qu'elle 
nous soit parvenue par des mss. qui respectent les assonances; en second lieu, 
elle offre une disposition de rimes qui ne se rencontre dans aucune des pièces 
authentiques de noire auteur. — Pièce i j. Tant ai ami c'or me covieni haïr. Se 
trouve dans Berne et dans la famille 844-1261 ). Ces deux derniers mss. ont 
omis, comme c'est leur habitude, un couplet où se trouvaient deux assonances: 
I* chei/al-fous, où M. Sch. n'a pas manqué de rétablir la rimCj en mettant che- 
vaus, qui va moins bien au sens que le singulier cheval : 2' desclinc-coyiius. — 
Pièce 14. Voloin de faire chanson. Cette pièce, qu'une famille de mss. attribue 
i Guillaume le Vinier, qui fait rimer en et d/t, qui est d'une forme tout â fait 
étrangère à Quene, ne peut absolument pas être l'œuvre de ce dernier. 

Je me suis étendu longuement sur ta partie du recueil de M. Sch. qui est 
consacrée à Quene de Béthune, afin de montrer, non par quelques exemples 
isolés, mais par toute une série de faits, comment l'éditeur a accompli sa tâche, 
afin d'indiquer sur quels principes devait reposer une édition des chansonsde ce 
trouvère. Ces principes sont que Quene faisant encore usage de l'assonance, on 
doit accorder à la famille de mss. qui conserve les assonances une grande 
considération, quelles que soient les fautes qu'on puisse relever dans ces mêmes 
mss. ; que par suite nous devons nous attendre à ne posséder que sous une 
forme viciée et tronquée les pièces pour lesquelles nous n'avons que tes mss. 
d'où les assonances sont systématiquement e.i(clues. Le critérium que je tire 
de l'assonance n'est pas le seul : il y aura lieu d'examiner aussi la disposition 
strophique et la césure; de rechercher si entre les rimes ou assonances il 
s'en trouve qui soient propres au nord de la France, qui puissent par consé- 
quent fournir des indices sur le dialecte employé par l'auteur, En un mot il y a 
â taire tout un travail critique dont M. Sch. s'est complètement dispensé. 

Je ne pousserai pas plus loin le compte-rendu de cette publication. Pour que 
l'examen d'une édition puisse être fructueux sans atteindre des proportions exa- 
gérées, il faut au moins que l'éditeur ait fourni, à défaut d'un texte bien établi, 
les éléments qui peuvent servir i l'établir. Or il s'en faut que nous ayons dans 
la présente publication ces éléments. Y a-t-it lieu par exemple de discuter telle 
ou telle leçon de la pièce Amors voslre seignorit imprimée aux pages 60 et 61 , 
et qui, selon M. Sch., c ne se trouve que dans C t> (Bibl. nat. fr. 844), quand 
elle se trouve dans trois autres mss. ' .'' Le moins qu'on puisse exiger d'un édi- 
teur émérite tel que M. Sch., c'est qu'il connaisse la bibliographie de son sujet. 

Je m'en liens donc aux observations qu'on vient de lire, et pour n'avoir pas 
à les répéter à propos du second volume de ta même publication, je passe la 
plume â M. Raynaud. 

P. M. 



t. Fr. iicii fot. 171; 14406 fol. III ; Vat. 1400 foL 10$. 



Trouvera belges, p. p. Scheler 



'49 



PtttS que toutes les autres publications du même éditeur, le second volume 
des Ttotnires btlges se ressent d'une grande précipitation, qui se trahit jusque 
dans la réaction abrégée des notes et des notices. M. Sch., avant d'envoyer 
la copie i l'impression, n'a pas fait, nous semble-l-il, toutes les recherches 
bibliographiques que réclame un ouvrage de ce genre. Il n'a certainement 
pas vu tous les mss. des pièces qu'il publie, et ceux qu'il a consultés ne sont 
pas toujours exactement reproduits ; la mention des précédents éditeurs est 
souKUt oubliée ou laissée incomplète. Tout ce volume soulTre d'une sorte de 
nigligCDce, causée sans doute par le désir de publier le plus tôt possible des 
copies qu'on avait entre les mains. L'éditeur, qui pour gagner ainsi du temps, 
se coatentc d'imprimer le premier ms. qu'il a à sa disposition, laisse après lui 
le travail i tehitt i ses successeurs. M. Sch. connaît assurément la bonne 
manière de procéder, et il nous l'a prouvé maintes fois ; mais dans la publica- 
tion dont il s'agit, il prend trop facilement son parti de ne pas s'être servi de 
tous les mss. ou d'avoir égaré ses collations. Le besoin de ce volume n'ét.iit 
cependant pas tel qu'on n'eût pu quelques mois encore en attendre l'apparition. 
Ce léger retard aurait permis à M. Sch de compléter fructueusement la biblio- 
graphie manuscrite et imprimée de ses trouvères; le texte vieux-français f&t 
devenu meilleur, et l'ouvrage ainsi amélioré eût été plus digne de son éditeur. 

La première partie du volume comprend des Chansons, Pastourelles ou Jcux- 
pertis, appartenant i un certain nombre de trouvères belges (il serait plus 
logique et plus vrai de les nommer trouvères de la Flandre romane). Pour don- 
ner une idée de la légèreté avec laquelle est faite cette publication, nous ne 
citerons qu'une pièce (p. ii) de Gontier de Soignies, qui dans ses 36 vers 
n'offre pas moins de six différences — dont une grosse faute de lecture — 
avec le ms. fr. de la Bibl. nat. 12615 auquel elle est empruntée, à savoir: V. 5 
attnJans, lisez atcndens : 12 fous, lisez /aus (forme picarde); 18 effroi, lisez 
^ttroi. et non pas désir que M. Sch. a mis en note comme fautif; 24 5on, lisez 
Som ; 27 doUns, lisez dolans ; 28 coi, lisez tjuoi. 

Nous présenterons maintenant quelques remarques sur les textes en suivant 
l'ordre de leur publication. — P. 1 , v. j-4, les signes de ponctuation 
doivent être intervertis, ce qui donne uti meilleur sens. — P. 4, cette chan- 
son se retrouve dans le ms. Ir. S44 de la Bibl. nat. ^fol. ^2). Ici, comme plus 
loin pour les pièces VI et XXI de Gontier de Soignies, M. Sch, n'a pas vu que 
la partie intercalée du ms. Clairambaut (=: L) est une copie (copie du xvnr s.) 
de la partie correspondante du ms. 845 (^ E) ; il était donc inutile de repro- 
duire les variantes de L, identiques à celles de E. — P. 10, v. 5)-4. M. Sch. 
renonce à comprendre ces deux vers ; et il nous dit en note (p. 290] qu'il aime 
mieux passer outre que de perdre son temps à en découvrir le sens précis, f II 
» j 1 des sujets qui ne comportent guère un grand effort delà pârtducommen- 
I tateur ; mes loisirs sont trop précieux pour les consacrer i dissiper tes nuages 

• dont les chanteurs d'amour ont quelquefois enveloppé leurs ennuyeuses et 

• monotones confidences. > Ces paroles, — au moins extraordinaires dans la 
bouche d'un érudit qui a publié tant de vieux français, — nous révèlent une 



I JO COMPTES-RENDUS 

mfthode de travail que nous ne soupçonnions pas. Il était d'ailleurs facile de 
corriger ces deux vers, et de lire : D'une ocoison dont me haï Ne puis venir a 
esconJi; le sens devenait clair. ^- P. 43, chanson déjà publiée par M. P. Paris, 
Hist. litt. XXIII, 602. — P. 45, cette chanson existe aussi dans le ms. Clai- 
rambaut (=: L) et a été imprimée par Tarbé, Ckans. de Champ. 1 j6. — P. 48, 
chanson attribuée i Raoul de Ferrières dans le ms. fr. 844 (fol. 8}). — P. 89, 
ce n'est pas i erronément » que Brakelmann a lu dans cette pièce bien connue 
cincenis et cinccjuz ; les deux formes existent dans les mss., absolument prouvées 
par le signe d'accentuation. — P. 96, chanson publiée par Tarbé, Ckans. de 
Champ. 58. — P. 141, cette chanson, dont le premier couplet manque, n'est 
pas du Trésorier de Lille, mais de Thomas Hcrier ; elle se retrouve dans d'autres 
mss. et commence ainsi ; Quant la froidure en partie. M. S. a lait du reste cette 
supposition ; il lui ebt été bien facile de la vérifier. 

Si nous passons maintenant aux pièces qui font suite aux Chansons, nous 
retrouvons les mêmes détauts. — P. 162, dans le Moulin a vent, v. 6, la cor- 
rection est mauvaise : il faut lire : Plain de truffe, fort mmlceur. Pourquoi dans 
ces vers M. Sch. a-t-il changé l'article féminin picard le en la (v. ), 22)i Est- 
ce système ou inattention i* — Nous arrivons, après la Prise de Nuevik, au 
Songe d'Enfer, œuvre de Raoul de Houdenc, poète dont l'origine picarde est 
admise par M. Sch., et qui, nous ne savons pourquoi, figure ici dans une col- 
lection de trouvères belges. C'est surtout pour ce poème qu'il eût été vraiment 
désirable que M. Sch. n'eût pas négligé certains mss. Sans parler des mss. de 
Berne et de Turin^ qu'il cite dans son introduction tt dont il aurait pu consulter 
les copies â la Bibl. nat. (collection Moreauj à défaut des originaux, M. Sch. 
a laissé de côté le ms. fr. 2168 qui offre de nombreuses variantes et diffère 
même notablement du ms. 837. Pourquoi aussi M. Sch. accentue-t-il contrai- 
rement à une prononciation bien assurée arm'erent, montèrent, au lieu dearmàenl, 
monUrent (p. 199), tris au lieu de tris (p. 74, 211, etc.)? — Le Songeât 
Paradis vient ensuite, sans les variantes de Turin ; puis le Roman des Etes, 
réimpression pure et simple de l'édition déjà donnée par M. Sch. en 18&8 dans 
les Annales de l'Académie d'archèologu de Belgique (XXIV, !•■ série, IV), Nous 
regrettons à celle occasion que M. Sch. n'ait tenu aucun compte d'un article 
consacré à cette édition par M. Paul Meyer (Re*ut mti^iu, 1869, I, )i6-8), où 
il aurait trouvé quelques explications utiles. 

Nous le répétons en finissant, ce volume a été fait trop vite; les textes qu'il 
offre pourront être utiles, mais on ne saurait se fier aux passages qu'on leur 
empruntera sans recourir aux mss. pour les contrôler. Espérons que la troi- 
sième série qui nous est annoncée des Trouvères belges sera plus soignée, et que 
M. Sch. saura trouver encore de précieux loisirs, précieux â nous surtout, pour 
métier i bonne fin cette collection qui pourrait être si intéressante. 



Gaston Ravhaud. 



De Saint Alexis, p. p. Herz 



iji 



De Saint Alexis. Eine altfranzœsische Alexiuslegende aus dem i }. Jahrhun- 
dcrt. Herausgegcben von Joseph Herz. Frankfurt am Mein, 1879, in 4", 
ivj-lî p. (Extrait du Programm Jer Realschule dtr israditischcn Ctmeinde). 



J'ai annoncé déjà (Vllt 304) la publication de M. Herz, qui devait originairement 
faire partie de ce second volume de V Alexis qui ne paraîtra pas ; elle mérite qu'on en 
parle avec quelque détail. Elle nous présente un excellent texte du XIII" siècle, 
bien composé, sobrement et correctement écrit, parfaitement rimé (i une ou deux 
exceptions près), enfin établi par l'éditeur d'après deux manuscrits, l'un de 
Parb et l'autre d'Oxford, avec tout le soin et toute l'intelligence désirables. Je 
BCToè que bien peu de chose à relever. Au v, 7 la leçon de O, za (=: (a) me 
panlt préférable à celle de P, qu'il. — Au v. 17 quelle est donc la leçon de O? 
— V. 280 Or la foit le punis, I. en. — V. 335 vous, I. nous. — V. 391 Que 
tmoistre Ail plussent si père mesagitr : il n'y a pas de variantes ; cependant j'ai 
k^rine 1 croire que les deux mss., qui paraissent d'ailleurs indépendants, aient 
«I commun cette forme sûrement fautive : il faut son père mesagitr (= les 
mesMgersde son père), l'article étant supprimé comme souvent en pareil cas. — 
V. 431 O ta le mauois done, P |voy. p. xvjl ia le maustie doneil ; il faut proba- 
blement lire /al m'oûstes donet, mais non avec ja le m'jvois, forme impossible 
as XHI» s. — V. Î07-511 les deux vers $08-9, qui manquent dans P, sont 
interpolés; ^10 suit immédiatement ^07, et la leçon de P est meilleure que 
celle d'O ; lisez donc : Chcl commant d'cuvangile (et non twiingite) tient sorcnl a 
Ktnn : Qui hm a a mangitr gart ne penst dou matin, Ifamonchiaut (et non amon- 
duant, c'est le sub|. de amontheler] pas deniers etc. — V. 782 Eufemien vont 
^tture ta a virent ester, ce vers manque dans P ; je lirais lau le. — V. 869 Aine 
K te peiic veoir tant me seuisse pener ; la leçon de 0, tant ne m'en sou pener, est 
bien préférable. — V. 898 Innochens Taposioik et vesque et ahet ; malgré l'ac- 
cord des mss , qui est ici de peu d'importance, je lirais evesqut, l'hiatus me 
paraissant peu admissible (M. Herz ne mentionne pas ce vers en parlant de 
l'hiatus i la p xiv, il ne cite que le v. z 18 où d'ailleurs O lit irencbat isnc- 
lanint au lieu de trente). — V. totdi-j En la maison ton père as estet a uiblee 
Qttf uns pmtts paumitrs : ce vers n'est que dans P ; il faut piutdt Con (cf. 
1046). — V. 1 J49 Apostoile et martir, juges et confessor^ lisez évidemment vv- 
gaui (cf. 187, 449) pour juges. 

Dans une introduction très claire et très concise (l'auteur se plaint d'avoir 
Blême été obligé, faute de place, de la faire trop concise), M. H. rend compte 
de la méthode qu'il a suivie pour établir son texte. La critique des leçons n'of- 
frait pas de difficultés, les deux mss. se rectifiant et se complétant suffisamment 
l'un l'autre, Chacun d'eux est sujet à omettre des vers ou même des laisses; 
M. H- a pu presque partout admettre avec assurance ce qui ne se trouve que 
dans on ms., d'autant plus que le texte latin, fidèlement suivi par le poète 
iraoc^t, en démontre souvent l'authenticité. Sur 80 vers environ (v. 223-3 li) 
^ui Ite se lisent que dans P, l'éditeur a hésité ; il en regarde au moins dix 
comae interpolés et les met entre parenthèses (293-303); pour les autres il ne 
M décide pas. H serait assez étonnant que eût omis un long morceau authen- 



152 COMPTES-RENDUS 

tique, et que P en le conservant y eût interpolé dix vers. Le tout doit 
sans doute être jugé de même. Or les vers 293-305, qui paraissent les plus 
suspects à M. H., contiennent précisément une circonstance qui se trouve dans 
plusieurs rédactions de la Vie latine, la recommandation faite par Alexis  sa 
femme de ne croire personne qui lui annonce sa mort si on ne lui présente la 
moitié de l'anneau qu'il partage avec elle. Ce trait me parait emporter l'authen- 
ticité de tout le morceau. La répétition des vers 219-22^ dans 293-297, sur 
unt autre rime, n'a rien d'inadmissible. 

La critique des formes a donné beaucoup plus de peine à l'éditeur. Il s'est 
fort bien acquitté de sa tâche, en établissant d'abord par l'étude des rimes, là 
où elle pouvait l'éclairer, les particularités phonétiques de son texte. Il a amsj 
constaté que le texte distinguait ain de ttn, an de tn, qu'il conservait le t final 
des terminaisons et, if, ut, oit, et il a introduit ces traits, méconnus le plus sou- 
vent dans les mss., dans l'orthographe générale du texte. LA où les rimes ne le 
guidaient pas, il a cherché d'autres moyens d'information, en partant du fait 
constaté par les rimes mêmes que le texte était du XIII'' s. et du nord-est de la 
France, et en s'éclairant des recherches nombreuses faites dans ces dernières 
années sur ta phonétique de l'ancien français. Partout il a fait preuve de pru- 
dence en même temps que de décision. On pourrait contester quelques points. 
Ainsi la réduction de z à s est-elle bien constatée pour notre texte ? Les deux 
tirades en ii au contraire n'ont que des mots où 1'^ n'est pas admissible. Cette 
observation tendrait plutôt à faire admettre la distinction de : et de ]. Pourquoi, 
admettant le c dur devant a latin et ses représentants, M. H. admet-il le g 
amolli dans /oie de gaudia? En qualifiant son texte de picard, M. H. me parait 
ne pas donner une idée exacte de la région i laquelle il appartient : la conser- 
vation du t indique une contrée un peu plus septentrionale et orientale, le 
domaine du wallon. Je regarde ce texte comme à peu près compatriote du texte 
rimé de VAk^ii publié en troisième lieu dans mon volume. Aussi aurais-je 
volontiers rétabli partout u pour t bref accentué devant deux consonnes, que 
M. H. a conservé dans les quelques mots où les mss. le donnent, mais qu'il n'a 
pas introduit ailleurs. 

En résumé, le texte donné par M. Herz est très satisfaisant ; sa conscien- 
cieuse introduction est instructive, et l'ensemble du travail a droit i une qualifi- 
cation tout i fait favorable. 

O.P. 






• 



Études de philologie et linguistique aveyronnaises, par J.-P. 

DunANn ide Gros). Paris, Maisonncuve, 1879, in-S", 102 pages. (Extrait des 
Mémoires de la Société des Itllres, sciences et arts de i'Avejron '.) 

Mémoire divisé en deux parties : i' Us noms de familles et Us noms de lieux, 
2" Notes sur l'idiome roucrgat. Ces deux parties sont formées d'une suite de 
petites dissertations qui sont juxtaposées plutôt que classées. De là un certain 
désordre, au moins apparent, auquel aurait pu remédier dans une certaine 
mesure un sommaire ou une table. Dans la première partie, M. Durand traite 



L.e volume d'où al extrait ce mémoire n'a pas encore paru, croyons-nous. 



: 



Durand, Études de philologie et linguistique aveyronnaises i ; ] 
sacccohment des mots celtiques et des mots germaniques qui sont restés dans 
la Bom^ de personnes et les noms de lieux tant dans le Rouergue que dans la 
MMrie environnante. Plusieurs de ses assertions sont contestables. C'est à tort, 
par eiemple, que M. Germer Durand est blâmé (p. 13) pour avoir rattaché 
litlt au Ijtm villa ; la production d'un a entre l't et 1'/ est un fait constaté, 
nf. non édition de la Chanson dt la croisade contre Us Albigeois, p. cxj et cf. le 
OictkouJre de Mistral au mot abriiu * ; le latin via n'a donc rien à faire ici. 
Il l'jr a rien de celtique dans Caire {lat. quadrum; ni dans Cnynr, évidem- 
Kflt identique à C<islar, Casllar, oâ il faut rcconna1trecastellare(Du Cange- 
HenscbeJ. Il, 2H,a\. Au contraire, il paraît difficile d'admettre que le suffixe 
uâlun {c'est la forme la plus ancienne qu'offrent les textes) deRotoialum 
Maroiatnm, soit identique au suffixe latin diminutif de giadiolus, filiolus. 
Pour des exemples de ce suffixe, M. D. aurait pu consulter Longnon, Cèogra- 
fku dt la Gaule au VI* siècle, p. p. 237, 278, 296, ]6i. Dans la seconde partie 
rjvtmr traitant des sons qualifiés de larges (ouverts) et d'itroits par le gram- 
Buirien provençal Hugues Faidit, présente des observations, justes en elles- 
feéncs. mas qui manquent de nouveauté. Il y a une douzaine d'années que 
cette question a été édaircie. Il s'en faut du reste que M. D. l'ait traitée à fond. 
Ce qui est dit p, 73-4 du recul de l'accent dans les noms de lieux S, Afrique, 
S. Rome autrefois A/ricii, Rama (Africanus, Romanus) et dans quelques 
autres mots, est intéressant; cf. les remarques de M. Nigoles sur le même 
S!i|et AoAijnij VIII, 401. Ce recul de l'accent n'est du reste pas propre au 
Rouergue. Laure, dans l'arrondissement de Carcassonne, était autrefois Laura 
(Lauraous) Notons encore, p. 90 et suiv,, d'intéressantes remarques sur les 
suffixes diminutifs et péjoratifs. Au sujet de la combinaison de Sanch et A' Amans 
d'où Son Chamans pour Sanch Amans, M. D. aurait pu se référer aux remarques 
faites sur des cas semblables par M. Bréal, Romania, II, ;;29. Le même fait 
avait été déji reconnu, ou au moins entrevu, par feu E. Mabille, Bibl. de l'Êc. 
da cb., 6, III, 492 ; cf. dans le Dict. topogr. de la Dordogne, de M. de 
Goorgues, Sain(-Chabis et Saini-Chavis pour Saint-Avit, Saint-Chamassy qui est 
Sanctus Eumachius. L'explication donnée (p, 98) du prov. bajd me paraît 
fort douteuse. Comme l'a dit M. Tobler {Romanta, II, 341), ce mot que Hugues 
Faidit rend par • msipidus • répond à l'italien baggiano; il signifie donc « sot, 
ioepte, I et l'idée de v saveur i, au sens propre, n'y entre pour rien. Cela étant, 
le rapprochement que fait M. D. de ce mot qui existe encore dans le patois du 
Rouergue-, avec ba/anar, ayant le sens de faire tremper des aliments salés pour 
leur taire perdre leur salure, me semble fort aventuré. 

En somme, malgré les défauts du plan et des lacunes dans l'information, il y 
a dans l'opuscule de M. Durand d'excellents aperçus, dont quelques-uns pour- 
raient devenir le point de départ de très intéressants mémoires. 

P. M. 



d 



I. Comp. aussi en français beat, beau de bel! um. 

a. Pour lï dire en passant, je ne le trouve pas dans le dictionnaire du patois de l'Avey- 
ron de Vihbi Vayssier. 



PÉRIODIQUES. 



I. — Rkvdb dw LANnues romanes, j» série, t. II, n- 7-8 (juillet-août 
1879). — P. J-i 5, Fœrster, Eptirt farcie de la Saint-ÊtUnnt en vieux fiançais du 
XII* siicle. M. F. a revu sur le ms. de Tours cette petite pièce, que j'ai publiée 
il y a dix-huit ans, d'après une copie de mon ami P. Viollet, dans le Jahrbueh 
fût romanische LiUratur. Le nouvel éditeur attribue à la première édition « un 
nombre considérable de fautes de lecture », ce qui est très exagéré, et y corrige 
plusieurs fautes d'interprétation ; il reste des passages inexpliqués, et toutes les 
explications de M. F. ne sont pas bonnes. Il, 1 Enma ou tmma est identifié 
à ûma ; il faudrait en ce cas comprendre tmm- avec le son de anm- comme 
dans femme, et non admettre, avec M. F., que enma ^ «rm<i, forme bien plus 
récente que notre document. Mais je verrais plus volontiers dans £n/nd une faute 
pour Enmè := tnmi que nous trouvons plus loin |1V, 5), 06 M. P., qui l'a bien 
reconnu, l'écrit, je ne sais pourquoi, sans accent, Ib. M. F. corrige avec grande 
vraisemblance {retient pour crimtnt. — H, j ms, non de démide ; j'avais com- 
pris non Je Dtu mendi ; M. F. comprend non de Demnedi, supposant que le 
titulus sur le premier t est fautif (on pourrait lire Demmnedi) ; cette interpréta- 
tion est plus plausible, maiso = au est bien surprenant ; je comprendrais plutôt 
^ ou = el ; cf. os = els. — II, 4 As cuntrat e au ces a lot dona santé, vers 
trop long : M. F. propose Donal as cens (pourquoi cette forme? cf. Jui, Dé) et 
as contrat santi, mais le changement est bien radical ; M. Boucherie, dans une 
note, lu : Contrat e us a tôt dona santé, mais cette construction n'est nullement 
appuyée par le vers de Roland dont il la rapproche. — II, 5 peut-être : Por 
cei haierent a ctl lens li Jui, — III, 2, ms. Distrent ensemble mauueis mes tetui ; 
j'avais corrigé peu heureusement Distrent ensemble mauveis mos [de] cetui; M. F. 
lit Distrent ensemble : Mauveis mes [est] cetui ; mes — missus ; t la forme cetui est 
la bonne dans l'inversion > (?). Il n'y a rien i changer â la leçon du ms. : 
Distrent ensemble : Mau veismes cetiù = maie (= mala hora) vidimus istum. — 
m, 4 Jotum (= joslûns) au lieu de jocun avait déjà été conjecturé par P. Meyer. 
— XII, I, A icest mot li senJt fu ftni ; j'avais proposé U sens deus ; M. F. dit 
qu'on ne peut attribuer du « deuil > à Etienne, si joyeux de mourir pour Dieu; 
mais deuil signifierait ici « martyre, souffrance ». J'avoue d'ailleurs que cet 
emploi du root est insolite. L'explication de M. F., li stn Dé, • le saint de 
Dieu » offre deux dilficultés : sen pour sain[:], et fu Jeni appliqué! un homme; 
je n'en connais pas d'exemples. — XII, 3 Oi est la ftste est une correction 
évidente pour Oi est laste. En somme, M. Fcerster a notablement amélioré ce 



PÉRIODIQUES 155 

petit texte ; l'introduction qu'il y a mise est aussi fort intéressante. Il attribue 
l'kfilure i la seconde moitié du XII° siècle : un fac-similé héliographique (bien 
mal venn au moins dans notre exemplaire) permet au lecteur compétent de con- 
trôler cette opinion. Les faits de phonétique très curieux que présente le texte 
iont ensuite relevés et classés. L'auteur ne donne pas de conclusions quant à 
l'époque et i la patrie de l'épître ; il désigne simplement la langue comme un 

Ii dialecte de l'ouest >. La confusion de m et an me semble indiquer que la 
rfgion où i été composée cette pièce n'est pas absolument occidentale; d'autres 
traits empêchent de ta reporter trop au nord ou au centre ; elle a été écrite en 
Tqurainc, et ]e pense encore qu'elle y a été composée. — P. 15-28, Alart, 
Rana, tan, ranar, randa, randar. Il est clair que les formes catal. rana et ranar 
proYienaent de randa et randar et non l'inverse. Elles n'ont donc rien â faire 
»rtc te lit. rana encore inexpliqué dans ce passage des Tables d' Al juslrcl où il est 
dit que le fermier des bains devra fournir de l'eau dans la piscine usijut ad sum- 
mam ranam. Sur rtinda et ses dérivés, voy. Diez. Le terme forestier fr. rain n'a 
rien ï faire ici, non plus que rain ^= ramus. Les exemples catalans rassemblés 
p» M. A., surtout dans des textes inédits, donnent de la valeur à son article. 
— P. 18, Boucherie, V'uur. M. B. montre sans peine que dans ce vers de 
}. de Meun Plut ton muèrent li jeune louvcnl que h rieur, il laut lire meur, et ne 
pas soupçonner avec Diez dans vieur un comparatif de vted. 

Comptes- rend ut. — P. 67, Stickney, Daudc de Pradas (Chabaneau). — P. 76, 
Raynaud. Le Chaïuomuer Claiiembault. 

Piriodiqius. — P. 77, Romania, n' 29, M. Chabaneau combat l'explication 
donnée par M, Ulrich ip. 14) des j" p. pi. en au. A propos des Lais inédits, 
M. Boucherie demande que veut dire Tyolet 4^ le Ii or a : c'est « Elle lui sou- 
haita cda > ; pourquoi j'ai changé deux fois (v. 43, 48) sijie en sifltr : parce 
que |e ne connais m ne crois vraisemblable < un substantif verbal > sifit. Le 
nèmc savant repousse l'identification faite par M. Havet de anche =: atque, â 
caoïe do v. fr. uncore. M. Chabaneau fait de bonnes remarques sur le Testament 
nurseUlaii publié par G. Raynaud et l'article de M. Bauquier sur le change- 
ment de II final en es et en tch. A propos de la chronique, M. Boucherie 
réclame avec vivacité contre certaines critiques que nous avons mêlées i 
nos éloges i propos de sa leçon d'ouverture. Il assure qu'il n'a pas dit que 
Charlemagne partit le gallo-romain ; mais il a appelé le gallo-romain * son 
antre langue quasi-maternelle. • Si ■ langue quasi-maternelle » signifie 
quelque chose, cela ne signifie pas assurément une langue qu'on se borne i 
lire. Le passage où M. B. reconnaît Charlemagne « entouré de ses poètes 
teutons et gaulois, ttuionicis gallictsqut vatibus, » est, comme je le soupçonnais, 
Boe réminiscence altérée de deux vers de la Coena Cypriani de Jean ; Unde gau- 
dtns laelabatur imptralor Karolus Cum Francigenis poetis, cum Gallis btbentibus 
(E. du Méril, Poisits pop. latines, p. 199). Mais il s'agit ici de Charte le Chauve 
et non de Charlemagne, ce qui dispense de discuter l'appréciation que M. B. 
(ait de ce passage. Je ne répondrai pas i ce que M. B. dit à propos du reste de 
la oote en question ; il croit voir du persiflage où il n'y a que de la sincérité i 
il nous accuse de travestir malignement sa pensée parce que nous avons contesté 
que la double création de Montpellier eût < rendu i la France tous ses avan- 



Ijô PÉRIODIQUES 

tages vis-i-vis des étrangers » ; il avait seulement dit que le gouvernement, par 
cette double création, < avait voulu rendre à la France tous ses avantages vis- 
à-vis des étrangers. » La différence a paru grande â M. B., parce qu'il s'est 
figuré que nous cherchions à « lui prêter des prétentions qu'il n'a jamais eues 
et qu'il a encore moins affichées. • Une telle pensée est aussi loin de nous que 
possible: ce que nous avons critiqué uniquement, c'est l'illusion, prêtée par 
M. B. au gouvernement, qu'en créant deux chaires i Montpellier il rendrait, 
dans une mesure quelconque, « â la France ses avantages vis-à-vis des étran- 
gers ». Nous n'avons pas eu la moindre intention blessante pour les titulaires 
de ces deux chaires, dont les ouvrages et les personnes ont depuis longtemps 
notre estime et notre amitié. Nous avons critiqué une théorie aventurée, et, 
nous a-t-il semblé, accommodée aux circonstances, sur un point particulier de 
haute pédagogie, et nous maintenons l'opinion, parfaitement impersonnelle, que 
nous avons exprimée à ce sujet. — P. 82, Rommia, n' jo. A propos de l'art, 
de P. Meyer sur h en prov., M. Chabaneau dit c^u'ades avec e ouvert cesse 
d'être une exception si on le tire de ad de ipso et non de ad ipso ; mais, sans 
parler de la chute anomale, en hiatus, de la deuxième voyelle ^ellc peut se justi- 
fier ici), l'r long ne donne pas moins que \'i bref un e fermé (eslreit) et non 
ouvert (bn) \ il lit près au lieu de pes au passage de B. de Born allégué p. 1^6, 
n. ), et explique la double prononciation de nasques, p. 160. Sur la Vie de 
S. Alexis, M. Boucherie demande ce que veut dire baûta (v. 389) : c'est t il 
regarda de côté et d'autre, il guetta 1 ; il corrige avec raison au v. 450 j'apirt 
en ja pire, et propose au contraire un changement tout à fait inutile au v. {46. 
M. Chabaneau fait de nombreuses remarques sur le texte de Terramagnino et 
sur les Strophes au saint Esprit, approuve et appuie les conclusions de M. Clédat 
sur le sirventes Bem plai. M. Boucherie fait sur vies et viisir des observations 
que je ne comprends pas bien, mais ne me parait pas édaircir beaucoup la dif- 
ficulté en alléguant piz de pectus et pifre de pectorem (!!), — Zeitschnft fur roma' 
nische Philologie, II, 1-4. A propos de 1/ est allé = allatus est, M. Boucherie, 
sans accepter celte étymologie, rapproche le fr. tolar, bas-lat. eollare pour con- 
ferre, formé sur collatus. M, Chabaneau fait quelques remarques sur les Œuvres 
deMaigueriu d'Oyngt. — Autres périodiques. — Chronique. — G. P. 

II, n" 9-10 (sept.-oct. 1879). — P. 105, Pasquier, Leudaire de Saverdun. 
Ce leudaire, rédigé en 1527, est public d'après un exemplaire conservé aux 
archives de l'Ariège. Il est regrettable, et j'ai trop souvent l'occasion d'exprimer 
ce regret, que l'éditeur n'ait pas eu le soin de numéroter les articles du texte. 
Par suite les renvois ne peuvent être faits avec précision. Le glossaire, qui 
est très complet, plus complet même qu'il n'était nécessaire, étant dépourvu de 
tout renvoi au texte, est à peu près sans utilité. — P. 1 14, A. Roque-Ferrier, 
Vestiges d'un article archaïque roman conservés dans Us dialectes du midi de ta 
France. Cet article archaïque est (/ qui se rencontre actuellement en certains 
pays de la langue d'oc, tout comme en espagnol, et dont il y a aussi des 
exemples au moyen âge. Le travail à faire sur ce sujet consistait à délimiter 
avec précision la région où cet art. cl subsiste encore et à faire un relevé aussi 
complet que possible des exemples assurés de la même forme que nous fournis- 
sent les anciens textes. Puis il y avait â expliquer étymologiquement les deux 



PÉRIODIQUES IJ7 

ferme* de l'article, tl et lo. Malheureusement, sur ces divers points, le travail 
de M. R.-F. ne donne pas toute satisfaction. D'abord, en ce qui concerne I 
l'existcBce d'un art. t!, c'est aller trop loin que de dire que « nul ne supposait 
• qu'il pôt encore exister en aucune partie du domaine des idiomes romans du 
t midi de la France > (p. 1 16), puisque non seulement M. Lespy l'avait 
signalé en certaines parties du Béarn*, mais qu'en outre M. Luchaire l'avait 
reconnu eo d'autres pays voisins des Pyrénées ^. Il faut savoir gré toutefois à 
M. R.-F. d'avoir très notablement accru l'étendue du territoire où de nos jours 
encore on peut trouver, quelquefois dans des locutions proverbiales, par consé- 
quent de formation ancienne, des exemples de l'article </, modifié diversement 
seJon les lieux, mais en tout cas bien distinct de l'article h. Comme il est de toute 
évidence que la forme el ne peut être de création récente, l'auteur a dû cher- 
cher i en faire l'historique, mais quoique ses recherches n'aient pas été infruc- « 
toeutes, elles n'ont cependant été ni poussées assez loin, ni conduites avec 
isiez de circonspection. Le plus ancien ex. de cl article recueilli par M. R.-F. 
«1 fourni par Je v. 868; du poème de la croisade albigeoise E Jàz cl tpiclafi 
ul ^ttil iap bcn Itgir où il pense comme moi que el est l'article sujet, bien qu'il 
toit â la rigueur possible d'y voir la contraction de en h^. Puis M. R.-F. cite 
nn certain nombre d'exemples tout à fait certains à partir de i ]6^. Mais on en 
pourrait trouver des exemples plus anciens. En voici quelques-uns que me 
fooniit le poème de la guerre de Navarre, qui paraît représenter assez bien 
l'état du langage de Toulouse vers 1280 ; « Els Sarrailni que mon cis 
Chnituni etforsar » (v. 361). Le premier els peut certainement être consi- 
déré comme composé à'e las, mais cette supposition n'est évidemment pas 
admissible pour le second, de même q\i'audigo el mandamtn (830), que auzi el 
muugt (37^), lài or vivo Et. Navarr (1411), on l'ondregon Rh Casco (1461), 
etc.; remarquons que dans tous ces exemples (/, soit sujet soit régime, est 
enclitique, et, ne comptant pas dans la mesure, pourrait être écrit '/, si on 
voulait rétablir pour l'œil la régularité du vers, ce qui est le système qu'appli- 
quait Rayoouard. Voici un exemple où il n'est pas enclitique (si te vers est 
correct) ; lo règne j eu pays (224). Si on objectait que le ras. du poème peut 
bien avoir été écrit i Pampelune, où il se trouve actuellement, el par consé- 
quent avoir subi une influence espagnole, je pourrais citer d'autres exemples 
provenant de pays de langue d'oc. Ainsi dans le Nouveau Testament albigeois 
du palais Saint-Pierre à Lyon, on lit, M.'iTn. XII 28 : dont el règnes de Deu 
ftnt t voSy dans la Vulgate : igilur pervenit in vos regnum Dei. Puis, dans le 
débat d'Izam et de Sicart de Figueiras : Aras rueih qaem respondas... Sicauiirûs 
zl/oc (v. i()l. Ce n'est pas ici le lieu d'écrire une dissertation : j'ai voulu seu- 
IcDcnt établir l'existence d'un article masculin el (je n'ai pas rencontré le fémi- 



1. Grammaire béarnaise, p. 121. La forme sigmlée est etk (qu'on pourrait ausii bien 
torîrc et', ou fcinimn ère, ce qui en français correspond i el ela des autres parties de la 
taogued'oc 

1. Oaa» ses Études tur la idiomes pyriniens, que dte M. R.-F., mai» qu'il n'a con- 
oa qu'après avoir rédigé son mémoire. 

«. C'est d'après cette interprétation que j'ai traduit < et on lit sur l'épitaphe •. Mais 
écfttii, ayant uouvé des exemciln cenaiu de ta forme el, j'ai changé a'avis. il est du 
NMe pli» naturel de faire ici ac et epictafi un sujet. 



1^8 PÉRIODIQUES 

nin qui serait ela) employé concurremment avec /o, quoique en tout cas beau- 
coup plus rarement. Mais M. K.-F. ne s'en tiendrait pas à cette conclusion et 
c'est là qu'il a manqué de circonspection. Il en revient entièrement au système 
de Raynouard, repoussant l'opinion maintenant généralement adoptée d'après 
laquelle les combinaisons cl, cis formées de la conjonction ; ou de la préposition 
tn jointes â l'article, doivent être résolues en c lo, e los. Pour M. R.-F. comme 
pour Raynouard ces combinaisons doivent être résolues en i </, t els, par con- 
séquent écrites e'I, <!h. Selon lui (p. 1 1 \) qutl mon, entrels barons sont non pas 
(}ue lo mon, cntn lot baros, mais ^lu'd mon intr'th baros. Il considère comme 

* toute gratuite » la chute de \'o final. Il y a ici une question de principe et 
une question de fait. En principe la chute de ï'o final est tout aussi naturelle 
que celle de 1'; final dans le français del qui est bien pour de U, M. R.-F. ne 
le niera pas, je l'espère. En fait, les exemples quel mon et enirels barons 
peuvent prêter i doute dans certains textes. Le poème de la guerre de 
Navarre par exemple, ayant (/ à câté de lo et /;, on peut hésiter entre qa'el 
et ijue 1' ; il y a là une question de probabilité. Mais dans la plupart des 
textes on ne rencontre aucun exemple assuré de la forme et, d'où il suit que 
dans ces textes il faut écrire non pas fu'cf, mais que /'. ou simplement quel 
comme les mss. M. R.-F. oublie que les textes qui n'offrent aucun exemple 
certain A'tl forment l'immense majorité, il oublie aussi que les grammairiens 
provençaux ne font de cette forme aucune mention ; qu'ils connaissent unique- 
ment les formes lo et U. Quant i l'étymologie de l'article el, M. R.-F. émet 
des hypothèses qui, dans l'état actuel de la science, sont très extraordinaires. 
Voici ce qu'il écrit (p. 1 1 ^) : « On rattache ces formes au latin ille, mais elles 
( ont des similaires en beaucoup d'autres idiomes. Le breton de Vannes dit 

• el leon (le lion). Ainsi que me le fait obligeamment remarquer M. le colonel 
« Fulcrand, cl est l'article de l'arabe : el hntara (le pont), el malek (le roi), 
Il el kitab (le livre). » Je ne discute plus; je m'étonne seulement que M. R.-F. 
ail écrit cette phrase sans consulter M- Chabaneau. k termine en faisant 
remarquer que les formes el et lo, toutes deux dérivées à'illum^ sont parallèles 
aux formes il et lo de l'article italien, et doivent s'expliquer de fa même façon *. 

— P. 138, Ch. Revillout, Le « pauvre drille « de La Fontaine. Longue disser- 
tation sur l'emploi et l'étymologie du mot drille. M, R. incline i voir l'origine 
de ce mol dans drilles subsl. féminin, ayant le sens de chiffons, haillons (voir 
Litlrc). Mais d'où vient drilluf En somme, aucun résultat précis. M. R. ne 
paratt pas avoir tenu assez de compte de l'étymologie présentée par Diez qui 
rattache dnile à un mot germanique (drigil) signifiant serviteur ; la confusion 
entre dnlle lun bon drille) et drilles (chiffons) me paratt très peu vraisemblable, 

— P. I ^6, Espagne, « A-nuit • =: aujourd'hui. Mémoire en forme, avec divi- 
sions et sous- divisions, et quantité de citations, la plupart superflues, pour 
arriver â dire qu'anmt vient de ad noctem (étymologie très vraisemblable, mais 
qui n'est plus nouvelle, voy. Ramania^ VI, laç) et se rattache à l'usage, cons- 
taté depuis longtemps dans les pays germaniques, de compter par nuits. — 



I. Voir plus loin, au compte-rendu du Giorvale di Filologia romanza n* 4, la notice 
du mémoire de M. Caix sur l'anicle italien. 



I 



I 



PÉRIODIQUES I )9 

P. 17]. J. Bauquier. Le jargon chmook. Il s'agit d'un jargon américain mélangé 
de français et d'anglais parlé par certaines iribas de la Colombie britannique. 
La modifications que les sons français peuvent éprouver dans les bouches des 
Peaux-Rouges n'ont pas pour les études romanes un très vif intérêt. En tout 
cas, pour rendre cet intérêt sensible, il eût été bon de transcrire en notation 
française les mots qui nous sont présentés dans cet article en notation anglaise. 
Leseao, Uloo, callipten paraîtront, à beaucoup des lecteurs, plus éloignés de • les 
ciseaux, le loup, carabine » qu'ils ne le sont en réalité. — P. i7},Fe$quet, £<iigma 
fCfutairci ricuàlUu à Colognac. — Variétés. M. Chabaneau rattache ji« au sens 
d' « extraction, famille » à tigrum, se fondant sur des exemples provençaux où 
la forme tsi non aire mais ogre. Le même rattache avec toute probabilité i uee 
■Ottvdledes Cento nonlk anticht (n" 49 ou 46, selon les recensions) l'allusion 
qa'offrait ces vers de P. Cardinal : Tah cuja hen avec filh de s'esposa | Que no i a 
rt plut que tel de Toloia..., et rétablit deux vers provençaux mal écrits dans 
l'édition des Chroniques de Saint-Martial de Limoges due à M. Duplés-Agier. 
Bibliographie. Thomas, Rapport sur une mission philologique ; cf. Romonia, 
Vlll, 469; Durand, Eludes de philologie et lingtiisùtjue avejroniiaises ; M. Bou- 
dierie, en terminant le compte-rendu de cet ouvrage, fait allusion à un travail 
publié par un Français dans la Zeiischnjt f. rom. phil. sur le dialecte rouergat 
(voir plus loin) et exprime à ce propos cette idée bizarre que « c'est encore en 
I Allemagne que nos apprentis en philologie romane vont faire leurs études plutôt 
• qn'cn France, où ce nowitl enseignement vient à peint de naitn. » N'en déplaise à 
M. Boucherie, il y a bien des années que l'enseignement delà philologie romane 
euste au Collège de France, à l'École des chartes, à l'École des hautes études, 
et les professeurs chargés de cet enseignement peuvent porter témoignage que 
pour un Français qui va étudier la philologie romane en Allemagne, il y a 
chaque année des douzaines d'étudiants allemands qui viennent l'étudier k Paris, 
DM uns profit apparemment, car plusieurs d'entre eux occupent actuellement 
des chaires dans les universités de leur pays. — P. 188, Périodiques. — 
P. 20a, Chronique. P. M. 



II. — GlOB.NALE 01 FILOLOOIA BOMAÎCZA, I, }. — P. ÎOI, G. NaVOHe, 

Folgore da San Gemignano. M. N , qui prépare une édition de ce poète, pré- 
sente les résultats de recherches qui tendent à lui assigner une date un peu 
plu» récente que celle  laquelle on l'a rapporté jusqu'à présent. Dans le pro- 
logue de la Corona de men est mentionné un certain Nicole qui fait partie 
d'une t nobile brigata di Sanesi • à laquelle est dédié le poème. Cette noble 
Mciété ne paraît pas différente de la « brigata spendereccia », société de jeunes 
gens riches et viveurs qui ne tardèrent pas à se ruiner par leurs folles dépenses, 
i laquelle il est fait allusion dans le XXIX" chant de X'Enftr. Dante nomme â 
cet endroit un certain Nicolô qui se serait fait connaître par un emploi particu- 
lier da clou de girofle {Inf. XXIX, 1 27-9, le passage est obscur), et on a cru 
pouvoir identifier le Nicole de Dante avec celui de Folgore. M. N. conteste 
cette identification par des arguments qui ne semblent pas probants. Il veut que 
le Nicol'b mentionné par Folgore, et qui dans un ms. de cet auteur est appelé 
* Nicolà de Nisi », soit le même qu'un < Nicolaus Bandini Nigi • mentionné 



l60 PÉRIODIQUES 

par un historien de Sienne, lequel Nicolaus ne serait pas différent d'un 
■ Nicolô di Bandino di Dionizi • qui, en i J09, aurait été mêlé à des négocia- 
tions pour la conclusion d'une paix entre Volterra et San Gemignano. C'est li, 
comme on voit, une hypothèse assez compliquée. M. N. essaie ensuite de prou- 
ver que certains sonnets de Folgore ont été écrits entre ijOQ et ijij. 
Mais cela ne prouve pas que la Corona de' mcsi n'ait pas pu être composée à la 
Gn du XIII° siècle. Telle est du moins l'opinion de M. Bartoli qui, dans le second 
volume, récemment publié, de son Histoire de la littérature italienne \ croit 
plus prudent, jusqu'à preuves ultérieures, de s'en tenir i l'opinion traditionnelle. 
— P. 216. E. Slengel. La Uggenda di San Porcario seconda il codict 1 102 délia 
Bibliouca municipale di Lyon. Cette légende n'est autre chose qu'un remanîment, 
fait au XVI' siècle, du cinquième livre de la Vie de saint Honorât par Raimon 
Féraut. J'ai montré dans noire précédent numéro que ce cinquième livre était, 
comme le reste, traduit du latin, le texte de la légende latine suivie par Féraut 
se trouvant dans le ms. de Dublin, et j'ai eu occasion i ce propos de dire 
quelques mots du présent travail de M. Stengel'*. Le remantment de Lyon 
n'offre guère d'intérêt, et les extraits donnés par M. St. suffiront à contenter 
la curiosité des plus exigeants. Quoique le ms., qui m'est bien connu, soit 
écrit avec une parfaite régularité, plusieurs fautes se sont glissées dans la 
copie de M. St. que l'on excusera sans peine de n'être pas très familier avec le 
provençal moderne ni avec la paléographie du XVIl" siècle. Je relève seulement 
les principales. P. 220, les vers 24-5 Que a la veire complido Ello hi qua- 
lung granl lemp deviennent très clairs si on corrige la veire en Vaver (et ce n'est 
même pas bien nécessaire) et si on lit quai ung, en deux mots. P. 221, 
V. 24, duron, le ms. porte et il faut avion. V. 68, vo qui a embarrassé M. St. 
wt un pronom fort usité en provençal moderne (voy. Rom. IV, jj9 et V, 
2)5). P. 222, V. m. Or grant Affre cm ero ne présente aucun sens; ms. 
Que g., el a§re n'est pas un nom propre. V. 154, malaitoso, ms. maiairoso. 
P. 225, V. 363, arribat, ms. arnbar qu'exige la rime. V. 391 , Dal matinavir la 
corono : M. St. a bien raison de mettre un signe de doute après matin, mais il 
y a marliri. — P. 229, Caix, Sul perfetla dibolt romanio. L'explication de la 
troisième personne singulier du parfait est chez Diez erronée et incomplète. Il 
suppose [Gramm., trad. II, 1 37I que l'italien canlà est cantà plus un comme 
voyelle d'appui ; il n'explique pas les parfaits espagnols. M. Caix montre que Vo 
de cantù représente l'iiu de cantavit, cantav't (explication déjà donnée par M. Ascoli' 
et par G. Paris*) ; et que l'esp. rindià, partiô ont d'abord été rindio, pamo, ce 
qui permet de voir dans l'a la vocalisation d'un v. M. C, dont l'exposition n'est 
pas très méthodique, n'indique pas de type latin. M a probablement en vue un 
type *»cndi)fit, *panivit. A ce propos il remarque que les formes en ivi {parlivi, 
givi, etc.) existent encore en napolitain. Sur quelques autres points, il y a 
matière à contestation. Ainsi M. C. ne voit pas clairement pourquoi l'i reste 
dans cantai tandis qu'il est tombé dans canl6 ; cette question a été élucidée pour 



I. Storia délia letltratitra italiana, II, 211-9. 
1. Komania, VIII. (07. 
j. Archivio glottohgico, IV, 17J, note. 
4. Romania, vil, |6S. 




PÉRIODIQUES l6l 

Il français (^AjâMi, chaniii] par M, Cornu, Romania, Vil, j6o-i. C'est tout au 
plus du reite si on peut expliquer le prov. cantà, caniet par cantavi, cantavil 
ne l'explique autrement ), mais il serait impossible de considérer vf/i</f(, oii la finale 
1 le son ouvert, comme la continuation de 'rendivit, comme le correspondant exact 
do français «nj/if; c'est une forme qui suppose un prétérit vendëdit et qui corres- 
pond au français nnJitl. En terminant, M. C. présente sur certaines troisièmes 
personnes de prétérits pluriels {amorno, cniorno) des observations passablement 
confuses qui du reste sont contestées par M. d'Ovidiodans le n" suivant. — P. 233, 
Toi, Akuni ycrsi uuditi dtl PaUuhio ; 38 vers tirés d'un ms. de la Bodieienne. 
— P. 2 J4, Levi, Una caita volgare picina dtl su. X!l(\ 193), mélange de langue 
Yulgaire et de latin. — P. 238, Rajna, Nota pcl Donat proemal ; rectification i 
un article de M. Bauquier dans la Zeilschr. f. rom. PhU., qui a déjà été faite 
ici mime. Vil, 467. — P. 238, Monaci, Una ndaùont italiana intdita dd Roman 
it U Rota. C'est la rédaction en sonnets italiens du roman de la Rose que contient 
an ms. de Montpellier, et dont M. d'Ancona a le premier apprécié le véritable 
aractère, tout i fait méconnu dans te Catalogue imprimé, ici, comme ailleurs, 
SI défectueux. Il a déji été question plus d'une fois de la publication de ces 
sonnets. M. Monaci annonce que la publication doit en être faite par lui-même 
en collaboration avec MM. d'Ancona et H. Delpech, de Montpellier. Mais il ne 
paraît pas qu'il y ait encore aucun commencement d'exécution. Chemin faisant, 
M. M. signale un ms. du Roman (français) de la Rose A la Casanatense. — 
P. 243, Monaci, La leggtnda du tu motii t dct tu vivi. Pièce composée, ou à 
toot le moins copiée, dans le midi de l'Italie, et consistant en 16 quatrains, 
dont l'un, le huitième, est incomplet. Plusieurs passages paraissent corrompus. 
C'est un intéressant supplément au livre de M. P. Vigo : Le Danzt Macabrt in 
katiâ. Livomo, 1878, in- 12. — Comptes-rendus : Ferraro, Poésie popolari reli- 
giose Jet sec. XIV\ Bologna, 1877, in-S' ; Raciolla di sacn poésie popolari fatta 
dtCiotanm Pellegrini net 1446, Bologna, 1877 (Monaci, éditions très incor- 
rectes) ; L. Amcdeo, Teorica du \erbi irregolari délia lingua italiana, Torino, 
1877, 8* (Navone, travail conçu d'après un système erroné). — Bulletin biblio- 
graphique annonçant cinq ouvrages. 

N" 4 (janvier 1879). — P. 1, N. Caix. Sulla declinaziont romanza. x" L'ar- 
iKolo iialiano. L'auteur conteste l'explication de la double forme de l'article 
italien présentée par M. Grœbcr selon qui i7 ne serait qu'une forme dérivée de 
Tenditique I apocope de lo. M. Caix fait entrer dans l'étude de la question la 
considératton des tendances dialectales, ce que n'avait pas fait M. Grœber, et il 
établit que il et lo sont l'un et l'autre des formes enclitiques, partant dépourvues 
d'accent, et toutes deux anciennes; que i7, représentant la première syllabe 
i'dle, devient cl dans les pays où i atone devient e, comme à Arezzo, par 
exemple, mais reste t â Florence, conformément aux lois particulières au floren- 
tin. — P. 10, N. Caix, Soir wfluenza dcli accmto nella conjugazione mandu- 
CUdU AJUVTKnt. Remarques intéressantes sur le passage d'u à 1 dans l'italien 
mankart ; M. C. fait voir que l'u reste aux cas oii il est accentué, et s'affaiblit 
co I aux cas où il ne l'est pas ; dans ces derniers cas il tombe en français et en 
prorençal, comme on l'a vu ici même, VII, 420 et suiv. — P. 19, p. Vigo 
Dtlk rime di Jra Cuittone d' Arezzo. Appréciation judicieuse, et qui pourrait être 
komaiiit, IX 1 1 



l62 PÉRIODIQUES 

sans dépasser la tnrsurf, un peu plus favorable encore, d'un poêle qui me 
semble avoir été jusqu'ici placé au-dessous du rang qu'il mérite. M. V. s'attache 
à démontrer que les sonnets compris dans ses poésies sous les n<>« CCIX à 
CCXXXV sont d'une époque bien postérieure. En appendice il publie, comme 
inédit, l'acte de fondation, par Guittone, du monastère de Santa Maria degli 
Angeli, â Florence, 1295. Je dois faire remarquer toutefois que cet acte est 
mentionné comme déjà publié, dans l'histoire de la littérature italienne de Tira- 
boschi, [V, 591, éd. de Milan. — P. 44. W. Fœrster, Un Usio dioluiali ila- 
liano del secolo XIII. Ce texte • dialectal » (tout texte italien ancien est dialec- 
tal) est un poème religieux composé de 16 strophes de treize vers, oITrant dans 
la disposition des rimes quelque particularité, dépourvu d'ailleurs de tout 
mérite. Il occupe les cinq dernières colonnes (c'est-â-Jire un feuillet un quart) 
du ms. ^84 de la bibliothèque du collège, à Lyon, lequel se compose de 18 ff. 
de parchemin ', mesurant 0,^95 sur 0,200, écrits vers la fin du XIII" siècle. Ce 
ms., qui s'est plus d'une fois trouvé entre mes mains, m'est parlaitement connu, 
et dès i8j9 j'en avais pris des extraits suffisants en vue d'une notice, que je n'ai 
jamais rédigée, ayant reconnu le peu d'intérêt des ouvrages qu'il renferme*. 
Ces ouvrages sont tous français, à part le texte italien publié par M. Fœrster. 
Celui-ci a donné la description complète du ms., mais comme il ne s'est pas 
trouvé en ét^t d'identifier les ouvrages français qui y sont contenus, il n'est pas 
inutile de donner ici quelques indications supplémentaires. Le premier (inc. 
Hoiis moi trtstuil doucement) est le poème de la passion dont j'ai ici même signalé 
plusieurs autres mss. [Rom. V, 473 et VI, 24, note 1), la plupart meilleurs que 
celui de Lyon, lequel est incomplet de la tin'. Le deuxième ouvrage (ioc, 
fol. Il, L'an scgont de la passion) n'est autre chose que la fin de la Conception 
de Wace; le début transcrit par M. Fœrster répond â la p. 60 de l'édition de 
Mancel et Trebutien (Caen, 1842) et à la p. 65 de l'édition de V. Luzarche 
(Tours, 1859). Le troisième ouvrage (inc. Dame resplandisant raine gloriouse) est 
la • prière Theophilus 1 publiée par Jubinal * et dont on a de nombreuses 
copies'* Le quatrième ouvrage est le poème si connu des Quinze signes; voy. 
Romania^ VI, 22 et VIII, 5 1 j . Le cinquième enfin (inc. Belle dame tris pie enpe- 
rtris) est une prière i la vierge en vers décasyllabiques à rimes plates, que je 
ne crois pas avoir rencontrée ailleurs. J'en ai pris copie, et elle trouvera peut- 
être sa place dans quelque publication future. Vient enfin dans le ms. le petit 
poème italien, que M. F. incline à croire véronais ; v. 184, pechado, ms. 



I. Les ff. I 1 8 forment te premier cahier ; les il. 9 et 10, qui sont blancs, ont été 
ajoutéii lors de la reliure du ms, ; les IT. 11 i 18 forment le 2' cahier. 

1, J'ai fait faire un fac-similé d'une des pages de ce ms. pour l'enseignement de l'École 
des chartes. 
) . La leçon de Lyon se termine ainsi, fol. 8 à : 
En cel «ecle pluî demorcr Qui tote créature pe$t 

Ne volt Diex, ainss'cn vol aier. Si li a dit : Consumatum est: 

Prcuci que a la fin a dit, Et dlit : Pères omnipotent 

Si come reconte l'escrit, Pardone ceste mal gent. 

La suite compri^nd, d'après le ms. B. N, fr. 1821, 200 vers de plus. 
4. Œuvra dt RuUbiuf. ]' éd. III, )i4. 

(. Par ex., indépendamment des mss. cités par Jubinal, le ms. B. N. fr. i49(, fol. 
6j V (le Catalogue officiel n'en soqffle mot), et le ms. Égerlon 94) du musée britan- 
nique. 



PÊRIODlii^JES 16} 

fttàûta; V. 186, il y a b\en famé dans lems. et non Jami. — P. 57, P. Rajna, 
Toiio. M. R n'a pas de peine à montrer que les deux élymologies entre les- 
qoelin hésite Diez, le participe lottus, et le très hypothétique tot-cito (dont la 
première est adoptée par M. Litlréi ne sont pas soutenables. Il pense que la 
tuk du mot représente (il^lo, et forme, pour expliquer le commencement du 
■tme mot, diverses suppositions, entre lesquelles la plus vraisemblable lui parait 
I être le tr.éme mot ntû; ainsi tosio, ou le français lost, serait formé d'un redoublement 
*d'u/o. — Variétés. P. 6?, F. d'Ovidio, Ancora del per/cllo dtbolc, bonnes obser- 
vations critiques sur l'article de M. Caix contenu dans te précédent n' du Gior- 
HiU, voir ci-dessus. — P. 66. N. Caix, Suit' etimologia spcgnuola ; remarques 
Tiriées sur les Sludun zur ronuniuhtn Wortschaepfung de M" C. Michaêlis. — 
Comptes-rendus : Beschnidt, Die Biographie des trobadors Guillem de Capeslaing, 
1879 iCanellol. — Zambrini. Le Opta volgari a siampa dei secoli XIII e XIV, 4a edi- 
tione, 1878 (nombreuses additions par MM. d'Ancona et Monaci ; les éloges 
placés au début de l'article par M. Monaci sont de trop ; la vérité est — et je 
le Bontrerai dans un prochain article — que le livre de M. Zambrini est fait 
sans aucun souci des règles qui doivent présider â la rédaction d'un répertoire 
bibliographique; c'est par l'absence de méthode qu'il pèche, bien plus que par 
des erreurs de détail ou par des omissions). — Gaspary, Die Suiliarnsche DichUr- 
KhuU des Xilhtn Jahrkunderls 11 878 (Nâvotie). — Passano, / novelllcri italiant 
m frosa, 2» edizione, 1878 (Zenatti). — Bulletin bibliographique, contenant le 
C0B)pte-r«ndu sommaire de 24 ouvrages ou opuscules, — Périodiques. 

P. M. 

rV. — Zkitschbitt FÙH HOMANT8CHE PBII.OLOOIE, ni, }. — (P. 322.J. Aymc- 
fie, I^ dialecte rouergal, travail consciencieux, mais bien médiocre, d'un homme 
qni, ayant suivi un cours de langues romanes*, a fait entrer dans le cadre de 
ce cours tous les phénomènes du dialecte rouergat qu'il a su rassembler. Par 
suite l'auteur ne peut pas être tenu pour entièrement responsable de tous les 
défauts qu'on peut noter dans l'ordonnance de son mémoire. Le pbn d'emprunt 
qu'a suivi M. A. est celui de Diez avec des modifications dues en partie i 
M. Ascoli. Mais le tout est mal londu et forme un cadre très peu satisfaisant. 
Prenons comme exemple ce qui est dit de VA tonique. Il y a dix subdivisions. 
La première est ainsi définie : • A devant simple consonne ^ ou liquide (aussi 

• infinitifs are) : a la (i/(7, caricare carga... Devant muettes : lacum 

« Uc, acrum agre, 'capum cap, clavem clan, i Puis sous le n" 6 : 

f Participes et substantifs atus, a, um =: aJ et ado pour le féminin. » Il est 
fendent que ces deux subdivisions devraient être réunies en une seule; il n'im- 
porte absolument pas que la finale at soit ou non celle d'un participe : c'est 
toujoars comme au n* \^ A suivi d'une simple consonne, La seconde subdivision 
est consacrée A A suivi de deux consonnes : « liquide + dentale, labiale, gvt- 

• turalc •, par ex. gallum gai, faisum/d/i, manica margo, p\iXe3 plaso; 



I. Un placard imprimé qui nous a été adressé par l'auteur nous apprend que ce Ira- 
nil at une dissrnation de dociorai présentée i l'université de Bonn, 

a. Je dois dite que je ne saurais approuver ce parler nègre. Le travail de M. A. eii 
i'm bout k Tautrc écnt en fart mauvais français. 



(64 PÉRIODIQUES 

on voit que c'est une série assez compréhensive. Il fallait aussi y faire rentrer 
les n" 4 et ) ainsi formulés : i ^. A + l -t- dentale, labiale = du ; alba àubo, 
t talpa tdupo, 'faltâ/oB/o. — i- A + dr, cr, tr, gutturale = ai : radere 

• rdide, ... patrem pàide, ... macula mdlho... * Il est en effet manifeste 
que dans ces deux subdivisions \'a est intact comme dans la seconde subdivi- 
sion ; le cas est identiquement le même, toute la différence porte sur le sort des 
consonnes et la constatation de cette différence n'est assurément pas à sa place 
au chapitre des voyelles. Inutile de pousser plus loin l'examen du plan suivi : 
il est assez clair que l'auteur a fait son travail d'une manière entièrement méca- 
nique. Citons cependant, comme preuve surabondante, cette assertion qu'on 
serait étonné de lire dans un travail offrant quelque originalité : « On pourrait 
I se demander d'où vient r dans le mot grammaire en français, et gronméro en 

• rouergat, puisque le latin grammalua ne l'a pas. C'est un r épenthétique » 
(p. 3 59). Le maître de M. A. a oublié de lui apprendre que l'opinion d'après 
laquelle l'r de grammatica serait épenthétique a été contestée : l'c vient du l 
soit en passant par / (G. Paris, Mussafia^ voy. Rom. VI, 132 et 309) soii en 
passant par J et 2 (L. Havet, Rom. VI, 256'^ En outre, il est de toute évidence 
que gronmtro pour grammaire est une importation du français, et par consé- 
quent n'a rien à faire dans la phonétique rouergate. Les défauts du plan mis â 
part, il est visible que l'auteur ne se rend pas compte de la précision géogra- 
phique qu'il convient d'apporter à l'étude des patois, t Le dialecte que j'entre- 
I prends d'étudier, » dit-il p- pi, « est parlé dans tout le département et ne 
t se distingue des autres dialectes du midi de la France que par quelques 
t formes spéciales, ses terminaisons sonores, sa prononciation. » Je ne conçois 
pas bien ce que signifient les terminaisons sonores distinguées de la prononcia- 
tion ; mais en somme, dire tout cela, c'est ne rien dire. H est tout d'abord 
évident que tout dialecte se distingue des dialectes voisins par la prononciation. 
Ce qu'il faut indiquer, et ce que l'auteur n'indique nulle part, c'est le territoire 
qu'occupe chaque fait de prononciation. Suppose-t-il que ce territoire c'est 
toujours le Rouergue P Mais il n'y a aucune raison au monde pour que les 
limites d'un dialecte coïncident avec les limites d'une province ; et en fait, 
l'auteur reconnaît lui-même, en citant une note publiée par l'abbé Vayssier dans 
la Rtyuc dts langues romanes^, que le Rouergue offre des variétés dialectales très 
notables. Il aurait donc fallu tenir compte de ces variétés, en faire en quelque 
sorte, là où elles se manifestent, la grammaire comparée. Mais bien loin de 
chercher à préciser les indications très sommaires données par l'abbé Vayssier, 
l'auteur n'en tient aucun compte et en fait nous laisse ignorer à quelle partie 
du Rouergue appartient l'idiome qu'il étudie. Cette partie du Rouergue est, je 
crois, Rodez et la région environnante, mais encore est-il à craindre que l'au- 
teur ait mélangé des formes de provenances diverses ; car p. 326 il cite comme 
exemple i'a intact d/io de canna (n* 2), ce qui semble étrange quand on 
voit i l'article suivant que a + nn devient 0, ainsi annum on, pan nu m poa ; 
c'est qu'en réalité cano est une forme propre au S. et i l'E. de l'Aveyron, comme 



• 



i 



I. cf. aussi M. Chabaneau, Rev. des l. rom.. VII, ^08. 

i. III, 3i4-( ; elle est reproduite dam 11 préface au Piitionnaire patoii-fraitiais 
t'Areyron, Kodez, 1879, p. xxi-xxii. 



PÉRIODIQUES 165 

on le voit par le dictionnaire, réceTnmcnt publié, de l'abbé Vayssier. Dans la 
même région on dit an pan, et \à où on prononce on et pon on dit cono. 
Notons en outre que M. A. n'a connu aucun des phénomènes, pourtant 
roucrgats, que M. Nigoles a récemment étudiés ici {Rom. VIII, 392 et suiv.). 
Ce travail n'a guère, en somme, d'utilité que comme recueil de formes, mais cette 
utilité est bien diminuée par le fait que le dictionnaire de l'abbé Vayssier (anti- 
rieur au travail de M. Aymeric, puisqu'il y est cité à la première page) nous 
fournit ces matériaux, non pas avec toutes les indications géographiques qu'on 
pourrait désirer, mais pourtant avec plus de précision que M. Aymeric. — P. M.l 

— P. ^i^c}^ Birisch^ Miiriijue celtiijue cl romane. Nous examinerons cet article 
dans notre prochaine livraison. — P. 585. Ulbrich, Sur l'histoire de la d'iph- 
ihongut oi en français ; observations intéressantes, conclusions contestables. 

Mélanges. I. Histoire litleraire. P. 59J, Gaspary, Filocolo ou Filocopo P C'est 
le nom de Filocolo que Boccace, qui savait peu de grec, a donné à son héros ; 
Filocopo et Filopano sont des altérations postérieures. — II. Manuscrits. P. 396, 
Krebs, Un ms. de la Vita di Dante e Petrarca de Lionardo Bruni; l'auteur de 
cette notice oublie de dire qu'il a déjà signalé ce manuscrit dans la Romania 
(VI, 316). — m. Textes inédits. P. 397, Englert, Deux chansons pastorales 
limousines^ copiées au XVII* siècle (et non au XVI') dans un ms. de la biblio- 
thèque du gymnase de Deux-Ponts, assez gracieuses. — P. 399, Grœber, 
Plainte funéraire béarnaise, extraite d'un livre du XVI» siècle. — P. 399, Caster, 
La Condemnatio Uvae en roumain ; jolie variante d'un thème fort répandu au 
moyen âge dans diverses littératures. 

Comptes-rendus. P. 408, R. Fœrster, Zamheccari und die Briefe des Ubantus (Kœr- 
ling). — P. 409, Stimming, Bertran de Born (Bartsch)'. — P. 453, Schweppe, 
Etudes sur Girart de Rossilho (Bartsch; cf. Rom. VIII, riH). — P. 438, Lasso 
de la Vega, La Escuela poetica Sevitlana en los sigloi XVIll y XIX {Lemcke). — 
P. 459, Rambeau, Ueber die aïs echt naehweisbaren Assonanien des Oxforder Textes 
der Chanson de Roland (Mûller ; article important, qui conclut au rejet du sys- 
tème de MM. Stengel, Rambeau et Farster). — P. 4^2, Kutschera, Le manus- 
ml des sermons français de S. Bernard ... dale-t-il de \2oj? (Kœrling; le même 
rend compte plus bas, p. 467, des remarques de M. Fœrster sur le même sujet). 

— P. 4S4, Paris et Raynaud, Le Mystire de la Passion (Ulbrich : cet article très 
bienveillant, et qui témoigne d'une lecture attentive de ce long texte, contient 
beaucoup de corrections et d'observations judicieuses!. — P. 459, Ayer, Intro- 
duction à l'étude des dialectes romands (Haefelin ; cf. Rom. VIII, 458). — P. 461, 
Romanische Sludicn, XII (M. Suchier fait quelques remarques intéressantes sur 
l'art, de M. Willenberg, cf. Rom. VIII 299 ; pr. pose, fr. puis (= pueis = pocs de 



I, Dans ce compie-rendu M. Baruch appelle l'aitention iur le* coïncidences qui exis- 
tent entre divers mss. quant au rangement des pièces. M. Clèdat nous écrit pour noui 
fjire remarquer qu'il avait fait lui-même i peu près identiquement les mêmes observa- 
tions dans sa thèse sur le Raie historique de Bertran de Bom. circonstance que M. Banscti 
a ignorée ou cru devoir passer tous silence. Toujours est-il qu'il y a coïncidence entre 
les quatre tableaux comparatifs des nus. B A D donnés par M. B. p. 4 19 de la Zeitsckri/t, 
Cl ceux des mêmes mss. (désignés par C N U) donnés par M. Cl. p. 116 de sa Ihèse ; 
de même entre Ztitsehr. 410 [tableau de J K d N C) et Clèdat 1 16 et 1 18, entre Ztitschr. 
410 (tableau de F J K) et Clèdat ii), entre Zeilschr. 421 et 42» (tableau de U V) u 
Clédat 110, 



|66 PÉRIODIC^ES 

pocjo) ne peut remonter à pot •(■ te inchostif, parce que, sans parler d'autres 
raisons, les lettres inchoatives se ne sont jamais restreintes à la i" pers. sg. ; 
ru'i pruis truis ne sont pas mieux expliqués par la même hypothèse ; j'ai dèji 
remarqué que vois et estais ayant s douce et non ss comme les formes précé- 
dentes ne peuvent être confondus avec elles ; M. S. conteste le fait sans raison. 
Autres remarques de MM. Seltegasl et Suchier). — P. 465, Romanische Slu- 
dicn, XII (remarques de MM. Stengel, Mussafia, Koerting. Suchier, et longue 
critique, par M. Gaster, de l'art, de M. de Citiac sur les études roumaines de 
M. Hajdeû). — P. 476, Nyrop, Une caution de phoiùligue romane (Suchier, 
voy. ci-dessous, p. 174^ — G. P. 

V. — Zeitschbift fur jjeoFBAfizoesiecHE Spbache lnd Litebatub, mit 
besonderer BerùcksichligungdesUnterrtchts im Franzœsischenauf den deutschen 
Schulen, herausgegeben von prof. D' G. Kœrting und D' E. Koschwitz'. — 
Non contents de la Zeitschrift fur romantsche Philologie, qui fait au français une 
part si large, de VArchiy Jûr das Studium Jer neueren Sprachen, où la littérature 
française moderne est l'objet de si nombreux articles, nos voisins d'outre- Vosges 
ont éprouvé le besoin d'avoir un recueil périodique, d'un caractère a la lois 
scientifique et pédagogique, consacré à la langue et â la littérature françaises 
modernes, étudiées d'ailleurs historiquement. L'entreprise sulfit  prouver que 
l'étude du français va toujours prenant plus d'importance en Allemagne. Les 
noms des deux directeurs garantissent le sérieux de l'oeuvre commencée ; ils 
nous sont toutefois connus comme ceux de savants versés dans notre langue et 
dans nutre littérature anciennes plutôt que dans celles des derniers siècles. Et 
à vrai dire on citerait peu de noms allemands que des travaux dans ce dernier 
domaine aient rendus célèbres. La lecture du premier fascicule ne dément pas 
ce que te nom de MM. Kœrting et Koschwitz pouvait faire augurer. On y 
trouve presque exclusivement, soit de l'ancien français, soit du français moderne 
èclairci par l'ancien. On y remarque aussi entre la langue et la littérature une 
grande disproportion, toute k l'avantage de la première. Nous ne nous en plai- 
gnons pas, mais d'autres pourraient ne pas être de notre avis. Nous ne signa- 
lerons naturellement dans la nouvelle revue, à laquelle nous souhaitons le meil- 
leur succès, que ce qui appartient à la période ancienne. I, 1.— P. 1-40. 
Stengel, Les plus anciens ouvrages composés pour enseigner le franfais. Cet article 
fort intéressant contient quatre parties. La première est consacrée i la Manière 
de langage publiée par P. Meyer; d'après un ms. d'Oxford, que Mcyer n'a 
connu que depuis celte publication, M. St. donne des variantes; puis il ajoute 
des chapitres contenus dans le ms. de Londres même, mais séparés du reste. 
Notons (p. il une énigme qui est à joindre â celles qu'a réunies E. Rolland 
sous le n* 179 de son recueil, Vient ensuite Un petit livre poiu enuigmr les 
enfantz de leur entrcpûrler commun français, composé sans doute par T, Coyfu- 
relly, auteur de la Mamire de langage, mais bien moins intéressant, .^u contraire 
le n* III, Tractaïus orlograpkie gallicane, par M. T. Coyfurelly, est un document 



I 



I 
I 



1. Oppein ei Leipxig, Franck, 1879. — Prix de l'abonnemeoi : 12 nurki {ij fr.), 
que les libraires de Paris comptent 20 frana. Abonné, j'ii reçu le premier numéro, 
mais non le deuxième, qui était promis sans faute pour la fin d'octobre. 



PÉRIODIQUES ^^^^~ 167 

prédeux, tX notable surtout par la distinction que fait souvent l'auteur, pour 
la prononciation, entre tes Gallici et les Romanict (il désigne ainsi bizarrement 
lej Pictrds, les confondant sans doute avec les Wallons). Ces ouvrages sont de 
h fin du XIV siècle ; le dernier, Donait Jrançois , est du commencement du XVI*. 
Il «SI important en ce que c'est là vraiment le premier essai d'une grammaire 
française régulière, mats il laisse beaucoup à désirer. Les remarques de l'éditeur 
sur ces diverses pièces sont sobres, mais utiles. P. 12, I. 16, villttaigncns, I. 
nUan ttigiuus; p. 17., I. 10, tûnqutnla, I. tanqutnca (tant qu'tn ça}. — P. 41-46. 
Liodser, Dtscription d'un bréviaire français du XV' s. conservé i Rostock, et 
publication de quelques pièces qui se trouvent en français, à la suite du texte 
litin, relatives aux quinze joies de la Vierge et aux sept pitiés du Christ. Rien 
de particulier. 

Comptn-rcnJus. P. 71-79. Schmitz, Encyclopadi( des philol. Sltiditimi dtr 
nuurtn Spraditn jKoerting; l'insuffisance de cet ouvrage est depuis longtemps 
recoonae). — P. 79-80. Varnhagcn, Vcrzeichniss der auj die ntuercn Spra- 
iktx... btifiglichtn... Dissertationen, etc. (Kœrling; louable bien qu'incomplet). 
— P. 80-89. Chabaneau, Histoire et théorie de la conjugaison française (Fœrster: 
ce long article, qui rend justice au mérite du livre, contient de nombreuses cri- 
tiques de détail presque toutes aussi justes qu'intéressantes. Je crois avec 
M. F- que lu dans cMre he est originairement étranger au français propre ; 
mais les mots qu'il cite comme étant dans le même cas, vautour, vanter^ torche, 
feroiulu, tsquisstr, équiper, sont plus que douteux: Ku/lur<u5 ne donne pas vautour 
en picard plus qu'eti français [Rom. VI 616) ; la vraie origine de vautrer et de 
/<r«uAr est inconnue ; torche est inséparable de lorchin ci distinct de Jorw et 
tartia: uqmvtr vient directement de l'it. schivare, comme le prouve le maintien 
de \'s; quant i équiper, il présente Fn beaucoup de points une histoire qui n'est pas 
claire. L'eipiication de culzi par collocet (de même csctrst pour estent, chevahi, 
etc.) est eicellente et bien supérieure à celle de M. F. (que )e m'étonne de 
retrouver dans l'introduction de M. Suchier au sermon deCrant mal fi si Adan)\ 
bien loin d'être contraire au « principe analogique de la conjugaison française», 
le rcsplacement de roii/:( par couche y est tout i fait conforme; je ne comprends 
pas ce que veut dire M. F. en prétendant qu'on attendrait colst. M. F. veut 
ranger les )•* pers. pi. des verbes français dans la série des cas où la 1" conj. 
s'est aMimilé les autres . • servent, dit-il, semble être 'servant comme servons est 
servdmoi et servez est tervdiiî. • Mais toutes ces formes, ainsi présentées, sont 
busses: l'assimilation est postérieure au changement de Va en è ou é,iim quoi 
on n'aurait pas plaisons et plaisez, mais bien plaions et plaiez lit *phcamus et 
*pUcatts pour placemus e{ placelis). Cela posé, toute atone finale conservée deve- 
paal en fr. é, debent, currunt, peuvent fort bien avoir donné directement deivent, 
camtrti; qn'auraient-ds pu donner d'autre? La question de la chute ou du main- 
Ijcd de l'i dans uniunt etc. est indépendante. Font vont remontent sûrement â 
*fâ[c)uttt, vadutft et attestent le maintien de l'u au moins en gallo-roman; M. F., 
3 est vrai, le conteste  cause de estant := slant ; mais sto a été changé en tatin 
ralg. ttt itao ' li-même constaté ailleurs), et de même jM/i/ en jM«nr, 

saos doute pat jn à vdo >'Ciin/, dont le traitement est partout identique; 

iifiutf fait dum aussi bien qne dicant, mais plaçant aurait fait plaient et non 



l68 PÉRIODIQUES 

plaisent. Je ne suis nullement convaincu que sapuerunt etc. n'ait pas donné 
sàvrent etc. On saura gré à M. F. d'avoir appelé l'attention sur les formes 
fréquentes siet, piert etc. pour sapet^ paret, etc.; on ne peut encore les expliquer. 
— P. 113. Périodiques (les analyses de la Ztitschrift et de la Romania, par 
M. Koschwitz, contiennent des remarques intéressantes). G. P. 

VI. — Le GAY SABER (Barcelone, 15 décembre 1879). — P. }ii-}. Milâ 
y Fontanals, Un manuscrit del arxiu capitular. Ce ms. est un recueil de constitu- 
tions relatives au diocèse de Barcelone, dont la plus récente est de 1 390. Sur 
les feuillets laissés blancs on a écrit diverses petites pièces en latin et en italien. 
L'un de ces écrits, daté de 139J*, est suivi d'une version ancienne des signes 
de la fin du monde. M. Milâ transcrit cette pièce, qui a 66 vers, dont voici 
les premiers : 

Al jom del judici Un rey vendra perpétuai 

Para qui aura fayt cervici. Oel cel^ que hanc may no fo aytal... 

M. Milâ mentionne le texte du même poème que renferme le ms. fr. 1497; ; 
il fait allusion à deux autres textes, c l'un dans l'importante œuvre bibliogra- 
phique de M. Aguilô, l'autre publié par M. Briz >, et il ajoute : « Ici nous ne 
faisons que transcrire la version de notre ms. sans comparer aux deux éditions 
< imprimées que nous possédons. » Je ne saurais dire si dans ces allusions si 
peu précises est comprise la version assez différente publiée en 187 s par 
M. Manuel de Bofarull dans la Reyista historica latina, II, 103 <. Il y a dans l'édi- 
tion de M. Milâ diverses incorrections que la comparaison avec les autres textes 
aurait tout probablement fait disparaître, ainsi v. j c encaru vendra certana- 
ment 1, lisez en carn, et non encar. — V. 7 au lieu de tôt anant le ms. de Paris 
a tôt enan, qui est plus clair. — V. 10 estrtmira est dans le même ms. E tremira 
certainement meilleur, etc. P. M. 

VII. — Galleria (Nuova) universale, III, 3. — D'Ovidio, NotutUa al 
verso 39 del canto X dell' Inferno. Dans ce vers : Dicendo : Le parole tue sien 
conte, M. d'O. est porté â reconnaître dans conte le synonyme de contate. 11 est 
certain que le sens s'accommode mieux de cette explication que de cognitae ou 
comptae ; mais le mai est que le mot conto = contato est inconnu non seulement 
à Dante, mais, que nous sachions, à toute la littérature italienne. En français 
Que tes paroles soient comptas irait très bien. G. P. 

VIII. — NuovA Antoloqia, 1879, 15 juin. — D'Ovidio, L'Enfer de Dante 
mis en vieux langage français par Littri. Le critique italien admire le travail dans 
son ensemble, signale quelques erreurs ou quelques défaillances de détail, et 
conteste, dans l'introduction et les notes, qu'il trouve d'ailleurs trop élémen- 
taires, certaines appréciations de M. Littré. Quelques remarques philolo- 
giques sont inexactes ; ainsi M. Littré emploie, par inadvertance, les dui clef (il 
faudrait les dous dis) comme sujet pluriel ; M. d'O., au lieu de relever cette 

I. Ce n'est pas à l'édition de M. Bofarull que M. Miià fait allusion. Li présente notice 
était imprimée lorsque nous avons reçu de M. Mili un travail plus ampfe qui paraîtra 
dans une de nos prochaines livraisons. 



PÉRIODIQUES 169 

méprise, en donne une prétendue justification. Les remarques sur Dante en lui- 
même sont dignes d'attention. 

IX. — GiORNALB NAPOLETANO, noova scrie, vol, II, 1879, septembre. — 
P. S9-108, d'Ovidio, Altro conlraslo ml contrasta di CtuUo d'Akamo. M. d'O. 
passe en revue les derniers travaux sur cet inépuisable sujet et réfute vivement 
la dernière hypothèse de M. Caix (voy. Rom. VIII, 471). 

X. — N0RDI6K TiDSKBiFT FOR FtLOLOGi, Houv. série, IV. — p. \'\i, 
Nyrop. Remarqua sur le partie, passé en artcitn français. Travail utile, fait avec 
intelligence et méthode, malgré quelques méprises (par ex. Nous eûmes mille Grecs 
tiili, cité p. 12, ne signifie pas c Nous eûmes tué mille Grecs •, mais bien « On 
nous tua mille Grecs », etc. — P. i ji'i 57. G. Trier. Sur la classificalion des 
vertes dans les langues romanes. M. Trier critique la division de Diez en verbes 
forts et faibles, trouve que les philologues français, en se bornant à parler de 
formes fortes et faibles, n'introduisent pas d'élément de classification,, et propose 
de diviser les verbes romans (le français moderne excepté) en verbes qui ont au 
parf;»it l'accent fixe [amài, vendi) ou l'accent mobile {dissi., scppi). Cette division a 
des avantages sur celle de Diez, bien que certains verbes (comme /ui) y échap- 
pent, mais on peut varier le point de vue auquel on se place pour classer les 
verbes romans, et il n'est pas évident que celui-ci soit !e meilleur. Il n'est pas 
évident surtout qu'on puisse classer les verbes romans, comme le veut l'auteur, 
sans tenir compte du latin. — P. 353-243, Koschwitz, Sechs Bearbeitungen des 
alijrani. Gedichts von Karls Reise (Nyrop: bonnes observations; le critique relève 
avec raison dans le Pèlerinage une tendance bourgeoise en regard de l'esprit tout 
féodal du Roland). 

XI. — LlTEHATUHBLATT FiJR OERMANISCBE OSD ROMA.N'ISCHE PHIl-OLOatE. 

unter Milwirkung von Prof. D' Karl Bartsch herausgegeben von D' Otto 
Behaghel und D' Fritz Neumann. — Malgré le nombre des recueils périodiques 
consacrés à la philologie romane et germanique, ce iaurnal, uniquement des- 
tiné â des comptes-rendus critiques et i une bibliographie sommaire des tra- 
vaux qui se publient dans ces deux domaines, a paru nécessaire et rendra d'in- 
contestables services. Les directeurs annoncent l'intention de maintenir la plus 
stricte impartialité et d'accueillir tous les articles où, malgré la différence des 
résultats ou des points de vue, se montrera une recherche vraiment scientifique. 
En rendant compte du Lileraturbtatl, pour lequel nous n'avons pas besoin d'ex- 
primer toute notre sympathie, nous laisserons naturellement de côté les articles 
relatifs i la philologie germanique, à moins qu'ils n'aient quelque rapport avec 
nos études. Deux numéros de l'année 1880 sont dé|i distribués, bien que le 
recueil soit mensuel (prix ; ij fr. 50) : ils ont paru avec une grande avance, 
ce qui est le contraire de l'usage. 

r. Skeat, An Etymohgical Dictiotiary of the engttsh language, I, A— Don 
(Nicol : article très compétent, mais un peu sévère). — Rambeau, Uebcr die 
Assonanien der Chanson de Roland (Suchier : sans se prononcer sur la classifi- 
cation des mss., M, S. présente quelques bonnes remarques philologiques. Je 



170 PÉRIODIQUES 

relève un point ; il cite quatre textes qui « ont cela de commun que, comme le 
Roland, composés en laisses, ils nous sont parvenus avec la forme du dialecte 
normand, et cependant, contrairement i d'autres textes normands, mêlent à la 
rime tn avec an ». C'est Gormond, U PiUrinagc de ChatUmagne, le Sermon de 
Guichard de Beaujeu et la Chronique de Jourdain Fanlosme. • On ne peut, 
ajoute-t-il, nier avec certitude l'origine normande d'aucun de ces textes. • Mais 
Gormond (ou plutôt U Roi Louis) n'a pas la forme normande, et, étant originaire 
du Pontieu, puis sans doute remanié en France, pourquoi l'aurait-il jamais eue? 
Guichard i seigneur de Beaujeu, de cette grande famille qui donna plus d'un 
connétable à la France, n'a rien i faire avec la Normandie. Le PUcrinagt porte 
tous les caractères internes d'une origine française. Quant â Fantosme, il emploie 
dans son curieu.x poème des formes étrangères à tous les dialectes connus, et, s'il 
était né en Angleterre, il ne laut pas oublier qu'il avait étudié Â Paris. Que 
conclure donc pour le Rolandf qu'il n'est pas normand, ce qui d'ailleurs est bien 
vraisemblable, en dehors des arguments linguistiques). — La gtnlt PocUrintru 
(Picot : article rempli de remarques intéressantes sur deux réimpressions de ce 
texte patois). — Birch-Hirschfeld, Dit dm Troubadours bekannien epischtn Stofit 
(Liebrecht : article arriéré de toutes façons après ceux de la Romania et de la 
Zeitschrift). — Ploetz. Grammaûk der fran:. Sprache (Kraiiter). — Un sommaire 
des périodiques afférents, une riche bibliographie, des notices et des annonces 
terminent chaque numéro. 

2. Reinsch, Us Joies de Nostrt-Damt de Guillaume (Mussafia : cf. Rom. VIII, 
625). — Beschnidt, Dic Biographie des Gu. de Capcslaing (Bartsch : cf. Rom. 
VIII, 573; le critique relève certains manques d'exactitude). — Ive, Canti popo- 
lari italiani (Liebrecht). — Le numéro contient encore, avant les appendices de 
la fin, une longue note de M. Scarta/zini sur les écrits les plus récents relative 
i Dante. Rien n'est plus utile aux travailleurs que de semblables résumés. 

G. P. 



4 
4 



I 



XII. — Revce cbittque, octobre-décembre 1879. — Art. 209, Poulet, 
Vocabulaire de Plancher-Ies-Mines. — Art. 222, Mûllcr, Ueber ias Somnium 
Viridarii (M. N.; cf. Rom. VII 149). 

XIII. — JounNAL DES Sav.\nts, novembre 1879. — M. Littré annonce la 
première livraison du Dictionnaire de l'ancien français de M. Fr. Godefroy (qui 
n'a pas encore paru). Il fait quelques observations de détail, mais ne parle pas 
du plan général. 



XIV. — LiTEtiAniscHEs Centralblatt, octobre-décembre 1879. — N» 40, 
Heydenreich, De Constantino libttlus \\\ s'agit d'une ancienne version de la 
légende conservée par Jacques d'Acqui et étudiée par M. Wesselofsky, Rom. 
VI 17J). — 42. KofTmane, Gcschichte dci Kirchenlatcim, I (bon commencement 
d'un ouvrage qui ne sera pas inutile aux romanistes). — 47. Stimming, Beiiran 
Je Born. — 49. Scheler, Trouvhts belges^ II. — 50. Quépat, Chants populaira 
messins. 




CHRONIQUE. 



An Collige de France, pendant le semestre d'hiver, les cours suivants ont 
trait i la philologie romane ; chacun compte une heure par semaine. 
G. Pab». Les Romans de la Table- Ronde. 

— Grammaire de la langue d'oil. 
P. Meybi. La D'mne Comédie. 

— Grammaire de la langue d'oc. 

A PËcoie des hautes études, deux conférences hebdomadaires sont consa- 
crées aux langues romanes : 

G. Pabis. Introduction â l'étude des langues romanes. 

A. Dabheoteter. Grammaire romane (Phonétique, Morphologie). 

En outre, une conférence pour les élèves plus avancés est faite par M. G. 
Paris sur la Chanson de Roland. 

A la Faculté des lettres, M. A. Darmesteter fait deux leçons par semaine, 
l'aoe sur la Chanson de Roland, l'autre sur la formation du vocabulaire français. 

A i'Êcole des chartes, M. P. Meyer, dans ses deux leçons hebdomadaires, 
expose comme d'habitude, avec exercices pratiques, les éléments du bas-latin, 
de l'ancien français et de l'ancien provençal. 

— Notre collaborateur M. J. Ulrich s'est i habilité * comme Pmat-Dount 
poor la philologie romane à l'Université de Zurich. 

— La Société des anciens textes français vient de mettre en distribution un 
Toinme (exercice 1879) : le t. I de la Chronique du Mont-Saint-Michel, p. p. 
S. Lace. Elle a mis sous presse le roman provençal de Béton, d'après le ms. 
onique appartenant à M. Didot. 

— Nous avons déji annoncé VAltfranzcesische Bibliothek que dirige M. Foers- 
ter. Les deux premiers volumes viennent de paraître. L'un contient le PiUrinage 
de Charlemagne, publié par M. Koschwitz : il en a été parlé dans l'article qui 
ouvre le présent fascicule. Le second volume, dt à M. John Koch, est consacré 
anx enivres de Chardry, Josaphat, les Set Dormanz et le Petit Plet. Les produc- 
tions d'un des meilleurs poètes anglo-normands du XIII» siècle méritaient d'être 
mises au jour ; le Petit Plet est un des morceaux les plus intéressants et les 
fim originaux de la littérature morale du moyen âge : l'auteur y combat direc- 
tement, avec un bon sens relevé de gaieté, les sombres idées de l'ascétisme. 
Les introductions et les notes de M. Koch sont tout à fait satisfaisantes. — 
L'AltfroMzasische Bibliothtk est bien imprimée, dans un format agréable. On 
annonce comme devant en faire partie : VYzopet de Lyon (voy. Meyer, Recueil, 



172 CHRONIQUE 

II, n« J4), — VOetavicn du ms. Bodl. Hatton. loo (dont on connaît l'analyse 
et les fragments privalily printcd i Oxford en 1800, et le début et la fin impri- 
més dans les Archives du missions), — le roman de Jaufrl, — la Vit (poitevine) 
dt sainte Catherine, — le Planh de la Verge Maria (cf. Romania VI 615), — 
le Saint Thomas de Guarnier. Espérons que toutes ces promesses se réaliseront 
bientôt. 

— En même temps que paraissent les deux premiers volumes de VAIlfranza- 
sische Bibtiothck, M. Suchier inaugure une autre série de publications consacrée 
i l'ancien français, la Bibliolheca normannica. Deux fascicules ont paru. Le pre- 
mier, dû à M. Suchier lui-même, est une édition critique du sermon en vers 
commençant par Granl mal fist Adam, imprimé d'après un seul ms. par Jubinal. 
Le texte est établi avec autant de circonspection que de sagacité, et les variantes 
des trois mss. sont mises sous les yeux du lecteur de la façon la plus commode. 
Un autre sermon en vers, anglo-normand, suit le premier, dont il est imité. Sur 
le poème, la langue, la versification, on trouve les recherches les plus complète! 
dans une introduction oii l'auteur touche a beaucoup de questions de lingui$-i 
tique et de littérature, qui nous donneront maintes fois occasion d'en parler. 
Signalons les arguments (ils ne nous ont pas convaincus) par lesquels M. S. 
essaie d'établir que la Chanson de Roland, telle qu'on peut la restituer d'après 

< toutes les rédactions connues, a été composée sous Henri I d'Angleterre dans la 
> Normandie méridionale. — Le second fascicule de la Bibliolheca normannica, 
publié par M. Walter, contient cinq textes grecs, quatorze latins et huit fran- 
çais de la légende du « petit juitel », que son père voulut brûler pour avoir 
communié avec des enfants chrétiens, et qui fut miraculeusement préservé. Ce 
curieux recueil est précédé d'une savante introduction qui épuise la matière. — 
Bien que nous soyons portés à trouver beaucoup trop large la part que 
M. Suchier fait, dans sa préface générale, à l'influence des Normands sur le 
développemcnl de la poésie française, nous ne pouvons que nous applaudir de 
voir que cette opinion l'a conduit à entreprendre un recueil dont le plan est si 
intéressant et l'exécution si digne d'éloges, 

— La dernière livraison de VAnnuaire-BaUttin de la Société de l'histoire de 
France, année 1879 (qui sera publiée au commencement d'avril), contiendra le 
débat (provençal) d'Izarn et de Sicart de Figueiras, publié par P. Meycr, avec 
traduction, introduction et commentaires. 

— La première livraison du Dictionnaire de l'ancien français de M. Godefroy, 
imprimée depuis le mois d'octobre (voy. ci-dessus, p. 170) et retardée par cer- 
tains détails matériels, paraîtra sans doute au mois de mars avec la seconde. 

— M. Conrad Hofmann prépare une nouvelle édition d'Amis et Amile et de 
Jttttidain de Blaie ; l'édition qu'il a donnée en 18^2 de ces deux poèmes si inté- 
rtuants est complètement épuisée. 

— M. Settegasi s'occupe de publier le roman en prose de Jean de Thuin 
{Hiit. lut. XIX 685) sur Jules César. 

— La librairie Franck, i Oppein, annonce la prochaine publication, par 
M. G. Weidner, du Joseph d'Arimathie en prose. 



CHRONIQUE 17 J 

— La Société philologique-historique de Copenhague, qui compte dans son 
sein plusieurs savants de premier ordre, vient de publier un aperçu de ses 
travaux en 1876, 77 et 78; elle a fait, dans les trois années dont nous avons ici 
le compte-rendu sommaire, une certaine part aux études romanes. M. Kr. Nyrop, 
qui a obtenu un prix de la Société pour une étude sur le développement histo- 
rique du participe passé en français (voy. ci-dessus p. 169), lui a soumis des 
observations sur la langue de Joinville, et une note, imprimée ici (p. 20-25), ^'"' 
Vapophonu en français^ qui, dans sa brièveté, n'est pas dénuée d'intérêt et montre 
en général chez l'auteur un bon esprit de critique. 

— Livres adressés i la Romania : 

Uekr die Conjugation im Rhaloromunischen . Von Jakob Stûrzinoer (diss. de 
docteur de Zurich), 8», 64 p. — Très bon travail. 

Di GtoVANNi, Filologia e Letteratura siciliiinii. Nuovi Studi. Palermo, in- 12, viij- 
422 p. — Les deux volumes que l'auteur a publiés sous le même titre en 
1871 sont connus. Celui-ci comprend plusieurs articles, imprimés dans 
divers recueils ou inédits, sur l'histoire ancienne de la langue et de la litté- 
rature de la Sicile, principalement dans leurs rapports avec celles de l'Italie. 
Dans la plupart de ces études, l'auteur soutient une thèse patriotique plutôt 
qu'il ne fait acte de critique impartiale el vraiment scientifique. Mais ses 
raisonnements méritent souvent d'être médités, et il présente à l'appui de 
ses opinions des faits dont quelques-uns sont nouveaux. L'article le plus 
important est consacré aux origines du vulgaire iUustrt, à l'école sicilienne et 
naturellement à Ciuilo d'Alcamo. 

Rime e Lettere di Ser Ventura Monaci. Testo di lingua. Bologna, in-i2, )8 p. 
— Publication per noue de M. E. Monaci. Spécimen des lettres et des rime 
de ce Florentin distingué (f 1348). Dans le dernier sonnet, les Cûmim, 
malgré le recul assez étrange de l'accent, sont certainement les Cumans, 
peuple tartare souvent nommé au moyen âge, et mentionné dans nos chan- 
sons de geste sous le nom de Comains ou Conmains. 

Inventaire sommaire des manuscrits des biblioîhiijtus de France dont les cata- 
logues n'ont pas été imprimés, publié par.Ulysse Rodert, Premier fascicule; 
Agen, Aire, Aix, Ajaccio, Alençon, Alger, Arbois, Argentan, Arles, Arse- 
nal. Paris, Champion, gr. in-8*, xxxvj-izS p. — Nous ne saurions trop 
recommander cette publication, dont l'utilité n'a pas besoin d'être signa- 
lée. Dans les sept fascicules qui se succéderont à de brefs intervalles, on 
trouvera l'inventaire sommaire d'une centaine de collections de manuscrits 
dont les unes sont jusqu'à présent absolument inconnues, les autres n'ont 
reçu d'autre publicité que les notes incomplètes de Hxnel. L'éditeur, qui a 
eu de grandes difficultés à vaincre pour réaliser l'idée qu'il avait conçue, 
n'est naturellement pas responsable de l'exactitude et de la bonté des inven- 
taires qu'il reproduit ; il faut, en ces matières, commencer par faire con- 
naître ce qu'on a, quitte à l'améliorer sans cesse par la suite. Espérons qu'il 
sera permis i M. Robert de se procurer les inventaires de toutes nos biblio- 
thèques. Un Êlat des catalogues (imprimés) des manuscrits des bibliothii^ues de 
France précède la publication et en est l'indispensable complément. 



174 CHRONIQUE 

Dtl philologisk-historiske SamfunJs Nmdnknjt i AnUdning aj dtl( i^aarige Vui- 
somheJ, 1854-1879. Dans ce volumr publié par la SocUfé phihloglqui- 
hiiioriqtit de Copenhague k Toccasion de son a 5* anniversaire, oout ne 
trouvons pas moins de trois mémoires concernant la philologie romane, 
tous trois fort dignes d'attention. P. 47- ^, Nyrop, Un{ (jututon lie phoné- 
tique romane ; t + r en provenfal. L'auteur, s'écartantde l'opinion deDicz, 
qui voit dans paue de putrt un 1 euphonique, de celle de M. Chabaneau, 
qui suppose que patrt est devenu pacre puis paire, admet qu'en gallo-roman 
la dentale, soit entre voyelles, soit devant une liquide, est devenue 4 {th 
doux), son qui a pu se transformer en yod ; il apporte i l'appui de sa thèse 
les raisonnements les plus vraisemblables et des analogies très frappantes, 
tirées de la phonétique des langues Scandinaves. On n'ose dire cependant 
que cette thèse soit prouvée, et l'auteur n'a pas soumis  son examen des 
faits qui, en provençal, sont analogues à paire = pâtre, sans qu'on puisse les 
expliquer de même. Toutefois ses ingénieuses recherches jettent un nouveau 
jour sur des points importants de la phonétique romane. — P. 197-204, 
Thomsen, Andare — andar — anar — aller, en Kritisk'etyrtwlogisk understzgelse. 
Le savant philologue passe en revue les diverses étymologies proposées pour 
ces mots, qu'il juge avec toute raison ne pas devoir être séparés : vadere, 
aditart, ambilare, admire, addere, et les rejette toutes pour des motifs qui me 
paraissent e.vcellents. sauf en ce qui concerne addtre. il essaie ensuite de 
montrer que les mots en question peuvent se rattacher à ambulare, et conclut 
en disant que si sa manière d'expliquer le phénomène est susceptible d'amé- 
lioration, il y a au moins un fait avéré., c'est qu'ambulare convient à tous les 
raotsromanset leur convient seul. Je ne partage pas cet avis, et je pereistei 
croire qu'addere, devenu addare, — non, comme le dit M. Th., par le passage 
i la conjugaison en j, mais parle phénomène roman bien connu de la restau- 
ration dans les composés de la voyelle du simple, — peut, mieux qu'amiu- 
liire, servir de point de départ à toutes les formes romanes. On a fait remar- 
quer ici (VIII 616) contre M. Wœlfflin, qui vient aussi de se faire le cham- 
pion d'ambulare, qu'un fr. aller de ambulare serait bien surprenant en regard 
de trembler de tremuhre. Mais il est vrai, comme le dit M. Th., qu'il faut en 
tout cas admettre pour andare, mot très usité, des altérations qui échappent i 
la rigueur des lois phonétiques ordinaires. — P. 215-251, Trier, Om futu- 
rum og KnnditiOnalis af det romanske verbum essere. M. Trier cherche i 
prouver que fr. serai, it. lerà sont composés de sedere (et non de essere) et de 
kabeo. Chemin faisant, l'auteur présente d'intéressantes observations sur les 
formes du futur roman dans les diverses conjugaisons. Ses explications 
d'aidier par agitare, d'enverrai par imadire habco ne sont pas heureuses : 
emurrai (a. fr. ennierai) est simplement une forme contractée, comme tarrai 
pour hierai. Fart pour faire (p. 250) n'est pas admissible sur la seule auto- 
rité du ms. unique, très fautif et très mal publié, du Tristan de Berol. L'im- 
portant, c'est que la thèse principale de M. Tr., déjà indiquée par Diez, 
mais abandonnée depuis lui (voy. notamment Chabaneau, p. 106), paraît 
assurée. La forme esserai est appréciée avec vraisemblance comme une ten- 
tative de rapprochement entre serrai (forme anc, de icrai) et estrai. La seule 



I 



J 



CHRONIQUE I7J 

difficulté, c'fst qu'on ne trouve pas en français secir employé comme syno- 
nyme d'estrc i d'autres temps (ce qui a lieu p. ex. en espagnol). Cette diffi- 
culté ne doit pas arrêter, si on réfléchit que pour le futur on dut chercher 
naturellement dans un verbe Toisin un moyen de remplacer la forme itr, 
trop courte ou trop en dehors de l'analogie. — G. P. 

Us mihJies populaires dt la France (paroles, musique et histoire) publiées par 
Anatole Lovctx. Première série. Paris, Richault, in-S-, 196 p. — Bien 
que cet intéressant ouvrage dépasse généralement la période oh nous nous 
ffnlcriDons, nous croyons devoir le recommander à nos lecteurs. Une décou- 
verte tout i fait curieuse est celle de la mélodie originale (au moins jusqu'i 
nouvel ordre) du célèbre noèl Or nous dues, Manc, dans une des Chansons 
du XV" sUcle publiées par la Société des anciens texlts français. 

Ein tpamschtf Sttinbuch, mit Einleitung und Anmerkungen zum ersten Mal 
herausgegeben von Vollmueller. Heilbrona, Henninger, in- 12, i7-;4 p. 
— Lapidaire en prose, tiré de Marbode et d'Isidore, publié d'après le ms. 
unique du British Muséum. 

H«iSB, Untersuchmig ùbtr dit Reime in der Image du Monde des Walthtr von Metz. 
Halle ^dissertation de docteur), in-8', 2j p- — L'auteur de ce travail, fait 
avec attention, conclut que la langue de Gautier de Metz, si elle présente 
encore quelques traits lorrains, est fortement influencée par le français, 
devenu dès le XIII° siècle langue littéraire. 

Bcloaîtt è + i in der normannischcn Mundarl... Scripsit P. Schui^zb (Dissert. 
de Hallej. — On reconnaît dans cet écrit d'un élève de M. H. Suchier 
l'excellente méthode du maître. Les résultats de cette étude soigneuse peu- 
vent te résumer ainsi : dans la Normandie, comme en France, ? + ietSi 
+ I (accentués) donnent 1 et u< (contrairement k l'opinion de M. Fœrster) ; ', 
cette contraction n'a pas eu lieu de même dans les dialectes plus occidentaux \ 
Itta création d'un dialecte sûdnormannisch nous parait assez superflue), oCi les j' 
innules primitives iei et aei [oei) sont représentées par ù te, oi). Il y \ 
lira beaucoup à ajouter aux recherches de M. Schuize ; mais il a ouvert la 
une voie. 

W&BeR, Ueber dtn Ctbrauch von devoir, laissier, pooir, savoir, soloir, voloir im 
chjranztsischtn, nibst einem vermischtcn Anhange. Berlin (diss. de docteur), 
m-8*, 38 p, — Les observations de l'auleur sur certains emplois remar- 
quables des verbes en question en ancien français sont intéressantes et 
appuyées sur de nombreux exemptes ; on reconnaît à la méthode un élève 
de M. Tobler. L'appendice, consacré à certains traits de formation des mots, 
a moins de valeur : on peut y relever un certain nombre d'erreurs. 

HxB^iciM, Vocalisnius und Consonantismus im Oxfordcr Psalter. Bonn (diss. de 
docteur^, 8*, )4 p. — Extrait des Romanischc Siudien. 

LiBCHCv, Dictionnaire des noms, contenant la recherche étymologique de vingt 
mille deux cents noms relevés sur les annuaires de Paris. Chez l'auteur, 
in-ii, xxiv-^i I p. — Ouvrage qui a demandé plus de travail qu'il ne le 
semble, et qui présente souvent de bons résultats, mais auquel manquent 
malheureusement les preuves à l'appui, et où b méthode est trop vague et 
trop peu jcienliliquc. 



176 CHRONIQUE 

NcELLE, Die Lcgende von dtn fûnfzehn Zeichcn von dem jûngsten Gtrichle. Halle 
(dissertation de docteur), in-8<>, } i p. — Ce n'est que le commencement 
d'un travail qui a paru en entier dans le t. VI des Beitrage de Paul et 
Braune, que nous n'avons pas encore entre les mains. 

Victor Balaouer, Un drame lyrique au Xllh sàcU, communication faite i la 
Rtal Acadcmia dt la Histor'u, et traduite de l'espagnol, par Charles Bot, de 
la Société des langues romanes. Lyon, 1880. In- 12, 28 p. — Ce drame 
lyrique, c'est le mystère de sainte Agnès qne l'auteur croit devoir qualifier 
de c tragédie i en se fondant sur un titre écrit au XVII* siècle dans le ms. 
unique de la Bibliothèque Chigi. M. Balaguer prétend encore, tans donner 
i l'appui de son opinion la moindre preuve, ( que l'auteur inconnu de cet 

< ouvrage est originaire du pays compris entre 'Montpellier, Narbonoe, le 

< Roussillon et la Catalogne, de sorte que son œuvre appartient att rameau 

< espagnol (??) de la littérature provençale. » Voilà tout ce qu'il y ade neuf 
dans cette dissertation qui n'offre d'ailleurs que la compilation d'opinions 
surannées et de faits apocryphes entre lesquels figurent les fables de J. de 
Nostre-Dame, citées et admises comme vérité pure d'après M. Baret; le 
tout ensemble témoignant d'une complète ignorance des travaux dont le 
théâtre provençal a été l'objet dans ces dernières années. On a certainement 
rendu un mauvais service i M. Balaguer en faisant passer en français un 
travail aussi dénué de valeur. 

Die Stellung von V^ in der Ueberlieferung des altfranzœsischen Rolandsiiedes. 
Von Hugo OsTMANN (dissertation inaugurale de Marbourg). Heiibronn, 
Henninger. — M. 0. repousse les conclusions de MM. Stengel, Rambeau et 
Foerster, et regarde le ms. IV de Venise comme provenant au moins de deux 
manuscrits, dont l'un avait déjà des fautes communes avec O, tandis que 
l'autre avait des fautes communes avec la rédaction rimée. La question des 
rapports des différents mss. du Roland sera traitée en détail, comme nous 
l'avons déjà annoncé, dans la Romania. 

— Nous empruntons au ms. fr. 914 de la Bibliothèque nationale les vers 
suivints qui comblent deux lacunes de la Vu dt saint Crigoirt, publiée par 
M. de Montaiglon dans le dernier n* de la Romania : 

V. 1 299 (^e près de luy ilz aproucherent (Jol. 587), 
V. 2000 De quoy j'ay devant fait mémoire (fol. 396). 



Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. 



Imprimerie Daupeley-Gouvemeur, à Nogent-le-Rotrou. 



LA VERSIFICATION IRLANDAISE 



ET 



LA VERSIFICATION ROMANE. 



I, 



Dans le n" 3 du tome ill de la Zeilschrift fur romanische Philologie 
(p. Î59-J84), M. Bartsch a publié un article intitulé Keltische und roma- 
nische Metrik, Il y prouve deux choses : la première est que mon mémoire 
sur les rapports de la versification du vieil irlandais avec !a versification 
romane ne lui a point paru clair et l'a contredit sans le convaincre, la 
seconde est que le savant philologue n'a peut-être pas dans les questions 
celtiques la même compétence que dans les domaines où il s'est conquis 
une si légitime réputation. 

Voici ma thèse : 

La versification irlandaise repose : i" sur le nombre des syllabes; 
2° sur l'accent dans l'intérieur (césure) et à la fin des vers; 5° sur l'homo- 
phonie des syllabes accentuées à la fin des vers (assonance ou rime); 
40 sur un certain rapport de son entre une partie des syllabes initiales des 
mots du même vers (allitération); j" sur la division des idées et des mots 
en quatrains ou distiques : tout poème irlandais est divisé en quatrains ou, 
pour parler plus exactement, en distiques, présentant chacun un sens 
complet, et la phrase est construite de telle façon qu'il y a un repos entre 
la première et la seconde moitié de chaque quatrain ou distique. 

Sur les trois premiers points,, les bases de la versification irlandaise 
sont identiques à celles de la versification romane ; sur le quatrième 
(allitération), l'irlandais se rapproche des langues germaniques ; le cin- 
quième (quatrain) constitue l'originalité de la versification irlandaise. 
Romania, IX 



sura: 
N(H.- 
tou: 
thé. 



176 

NuELLE, /' ■■■"__£ 

(*^'"'^' .. — ~c:= ;-i preuves et de dévelop- 

d'un tr. • '^ 

. .:- r^zcjist repose sur le nombre 

^"^'°'' ,''' - :-« aucun rôle. Les Irlandais 

Real . • 11 1 

1 ^ .- iï-r.guer si ces syllabes sont 

l„ri i^ - -=■-■" i* ?°^ '• comptent-ils toutes 

de • • 

uniq: . .--.- rançaise, quand il s'agit de 

à l'ai - .: «voir quelle valeur attribuer 

• ou . ..-'-r.a sur la pénultième. Je parle 
« R' _ . z^~'i- La règle en français est de 

• ^■>i- . - .:.r.-îi. c'est-à-dire les désinences 
''^"■^ . - j; ~niédiatement après la césure ; 

. .-^ sit la syllabe atone commence 
. ■:N:..:e en français ne nous est pas 
•_^ijis. puisqu'en vieil irlandais les 
rçn,; . , -..i r.e sont plus écrites, ou que, si 

tra\ < r -.« -Jns la syllabe précédente avec 

Die stf;: ■ -Tixs ^viir-x» siècle) on écrit nuicc 

Vc! ■; s inscriptions ogamiques. L'atone 

Hc: _ s rjs comptée dans le vers du vieil 

Ffi I . .-risder si dans certains cas en vieil 

!"■'■ " ' . - subsistait pas à la fin des mots une 

,,-~ . muet. En effet, dans la construc- 
*.e finale préhistorique, que l'ortho- 
. • — . *oJitïe en vieil irlandais le son de la 
" - .-îi-.rait même souvent cette consonne ; 
-, . n'y a pas trace d'action qu'à cette 
M. de r - :" :;'™<î <^cs composés aurait exercée sur 

- .-scription bilingue, c'est-à-dire écrite 

.,^ ;; en caractères latins vers l'année 600 

"' ' , .~s ieux textes le composé Cuno-cenr.i ' 

;_, •_ :-. et ni l'un ni l'autre texte n'offre 

" ' j ..'ve!le finale du premier terme aurait 

. ^ ; ju second terme. Il est donc probable 

...-je sous le nom de vieil irlandais viii"- 

> i:v'~«J Je l'irlandais préhistorique ont sub- 

"^ "^ ~-e;. C'est à cette époque qu'elles ont en 

• "cr. rroJuit dans les consonnes initiales du 

,.- «je .i^euss appelle infccUo. Mais ces muettes 

i ^iuc ckiisliMJ, n' 4.S. 



1'.-.. 
ra: 



SUIVIIi 



VERSIFICATION IRLANDAISE ET VERSIFICATION POMANE I79 

finales ne comptent jainais dans la versification irlandaise, quoique sou- 
vent les muettes finales comptent dans la versification française. Il n'est 
donc pas certain que le compte des syllabes se fasse dans le vers fran- 
çais de la même façon qu'en irlandais. 

Je passe à la question de l'accent dans la versification irlandaise. On 
ne peut en séparer celle de la rime. Suivant une communication de 
M. E. Windisch à M. Bartsch, les lois de l'accent prosaïque en irlan- 
dais ne sont point encore établies. J'ai la plus haute estime pour les 
travaux de M. Windisch que je considère comme un maître, mais je 
crois que sur ce point il pousse la prudence trop loin -, et., d'accord avec 
M. Nigra, je crois démontré ce qui est encore douteux aux yeux du 
savant allemand. 

Une des bases de la versification irlandaise est la rime, c'est-à-dire 
rhomophonie des finales accentuées. Donc toutes les finales des vers 
irlandais sont accentuées, et comme, sauf les préfixes, il n'y a pas de 
mots irlandais qui ne puissent terminer un vers, toutes les finales irlan- 
daises sont accentuées. D'ailleurs la finale irlandaise nous otfre les carac- 
tères par lesquels la tonique française se distingue des atones voisines : 
I» diphthongaison de la tonique, 2" chute de l'atone finale quand la 
ionique était pénultième à l'époque préhistorique, 5° chute de l'atone 
qai précède immédiatement la tonique. Le premier et le dernier phéno- 
mène sont intermittents, le second est absolu et ne présente aucune 
exception. 

De ce phénomène, c'est-à-dire de la chute de la finale quand la pénul- 
tième était accentuée à l'époque préhistorique, je ne dirai qu'un mot. La 
règle qui prescrit la chute de cette finale résume en un principe unique 
les règles multiples exposées par M. Windisch dans le mémoires! remar- 
quable qu'il a intitulé : Die irischen Auslautgesetze. J'en ai publié dans la 
Reyu< ctlûque un résumé dont le savant celtiste a bien voulu revoir les 
épreuves. L'inégalité du nombre des syllabes dans la déclinaison vieille 
irlandaise du moxftr « homme », par exemple, s'explique par l'accent : 
le nominatif singulier 'viros <■ homme » est devenu /«r avec perte de la 
finale parce que 'viroi était accentué sur la première syllabe, et 'virus, 
accusatif pluriel, est devenu firù en conservant la finale, parce que*virj/j 
était accentué sur la dernière syllabe. 

Si toutes les finales atones de l'iriandais préhistorique ont péri, l'atone 
immédiatement suivie de la tonique n'a pas toujours eu le même sort. 
La chute de la syllabe qui précède la tonique est un phénomène inter- 
■iuent; mais il est incontestable. Il a déjà été étudié. On en trouvera 
des exemples réunis dans la Grammatica celtica, 2' édition, p. 27 Nous 
allons en donner ici quelques-uns. Nous les emprunterons à la déclinai- 
ton, â la dérivation et à la composition. 



i8o 


H. D'aRBOIS de 


JUBAINVILLE 


^M 


Voici pour 


la déclinaison : 






Nom. s. 


cretem, la foi, 


génitif 


creitme; 


— 


môidem, gloire, 


— 


môidme ; 


— 


Uter, lettre, 


— 


litre; 


— 


carcar, prison, 


— 


carcre; 


— 


iresdcli, fidèle, 


ace. pL 


ireschu ; 


— 


— — 


dat. pt. 


irescliaib; 


— 


sualig, vertu» 


nom. pi. 


iualchi ; 


— 


failid, joyeux, 


— 


failli; 


— 


crocbad, crucifixion., 


gén. sing, 


. crochtho; 


— 


etarscarad, séparation, 


— 


etarscartha ; 


— 


brothad, roomeni, 


— 


brotto; 


— 


spirad, esprit, 


— 


spirto, etc. 



Passons à la dérivation : 

Dliged, loi, dligteclt, légal; 
imbedy abondance, imda, nombreux ; 
lobur, malade, lobrct maladie; 
cretem, foi, cretmtch, fidèle ; 
gobann, forgeron, Goibniu (nom propre) ; 
denum, faire, dentnid, agent, etc. 
C'est la composition qui nous montre les effets les plus curieux de 
l'accentuation. Dans un nombre considérable de mots de l'ancien irlan- 
dais, la voyelle de la racine est tombée comme atone : 
DAL, partager, fo-dlat, = vo-DAL-ant, ils partagent; 
TEC, couvrir, cunutgaim = con-od-iEG-im, je bâlis; 
CAR, crier, /ocrer = vo-od-CAR-ia-, avertissement ; 
tak, aller, cuintgim = con-iAC-imm, je me rends à ; 
eus, je choisis, tuicse = do-vo-cvs-tta-, choisi ; 
KAS, voir, frescsiu = fris-CAS-iu, attente ; 
viD, savoir, cuhus = con-vio-fu-, conscience ; 
VIN, aimer, cùibnes = con-wm-essa, parenté; 
MEN, penser, /o«m/iu = vo-men-z/u, observation; 
CAB, prendre, foacbat = yo-aitli-GAB-ant^ ils déposent; 
MED, juger, coimdiu = co-med-/u, seigneur '. 
Le mol latin confessio a été traité de même et est devenu coibse en vieil 
iriandais. L'irlandais primitif avait un composé 'con-samalis, identique au 
latin consimilis et qui en vieil irlandais est devenu cosmail. 

De l'examen de ces composés dont on pourrait facilement augmenter 
le nombre, il résulte que l'accent irlandais est régi par des règles tout 
autres que l'accent germanique, c'est-à-dire qu'il n'affeae pas syslémali- 



I . Sur ces élisions, voir CrammalUj cellica, 2* édition, p. 27. 



VERSIFICATION IRUNDAISE ET VERSIFICATION ROMANE |8| 

quement la racine. Quelques autres mots sont curieux à étudier à ce point 
de vue. Tel est le substantif ben « femme ». On dit avec l'article au 
nominatif in-ben « la femme «, et au génitif inna-mna n de la femme », 
en supprimant la voyelle de la racine au profit de la voyelle de flexion. 
Jamais l'anglais queen qui est une des formes germaniques du néocel- 
lique bcn n'a été traité de cette manière. Ailleurs la syllabe radicale sub- 
siste, mais affaiblie. Dans l'irlandais/or-^/M/, « enseignement », la syllabe 
ci est un débris atone de la racine kan « chanter » conservée intacte 
dans le breton ktntel, » leçon ". Dans foditiu « action de supporter », la 
syllabe di est un débris atone de la racine dam « souffrir », qui forme la 
seconde syllabe du breton gouzanv. 

Outre l'accent tonique placé sur la finale, les composés que nous venons 
de citer et les composés analogues avaient un accent secondaire sur la 
première syllabe. Cet accent secondaire est devenu prédominant dans la 
prononciation moderne ; il est cause de l'incertitude qui existe aujour- 
d'hui chez les savants irlandais sur la vraie place de l'accent tonique que 
certains grammairiens mettent systématiquement sur toutes les pénul- 
tièmes ; et dès une époque fort ancienne cet accent secondaire, supplan- 
tant dans quelques mots l'accent de la syllabe finale, a fait diphthonguer 
les initiales. Mais ce n'est point le phénomène primitif. 

Il y a en effet en vieil irlandais des exemples de diphthongaison qui 
confirmegt pleinement ce que nous avons dit de la place de l'accent. Un 
certain nombre de monosyllabes diphthongués perdent la diphthongue 
quand l'allongement résultant de la dérivation ou de la flexion enlève à 
la syllabe diphthonguée son accent pour le porter sur une autre syllabe. 
On connaît en français un phénomène non pas identique, mais analogue : 
je dois, devons, 





|e meurs. 


mourons. 




je tiens, 


tenons, 




foi, 


féal. 




cœur, 


courage. 




pierre, 


perron. 


irlandais nous offre de cette règle les exemples que voici : 


Nom. s. 


grian, soleil, 


génitif sing. grêne 


— 


pian, peine, 


— pêne 


— 


sliab, montagne, 


datif pi, sUbib 


— 


biail^ hache, 


génitif sing. blla 


— 


cliab, corbeille, 


dérivé cUbene, panier 


— 


fiach, dette. 


— jèchem, débiteur 


— 


yîa/, voile, 


— }èle, pudeur 


— 


criad, boue, 


composé crêd-ume 


— 


uar, heure. 


génitif ôre 


— 


sluag, corps de 


troupes, dérivé slôiged, expédition 



H. d'arbois de jubainville 
Ainsi en vieil irlandais la finale atone préhistorique est toujours sup- 
primée : l'atone qui précède la syllabe accentuée tombe souvent, même 
qiund elle appartient à la racine, et dans certains mots une voyelle, 
diplithongttée quand elle est tonique, redevient simple, quand par l'addi- 
tioo dNme sjUabe de dérivation ou de flexion elle cesse d'être accentuée. 
El voili pourquoi l'assonance et même la rime est une des bases de la 
rersi&cation irlandaise. 

A quelle date l'accent des finales, l'accent qui est le principe de la 
iMDe et de b césure, a-t-il eu la puissance nécessaire pour faire diphthon- 
Kuer ï't du bas-latin pêna, devenu pian en vieil irlandais, et \'ô d'kora, 
eo vitfil irlandais ujr, et pour faire tomber la seconde syllabe de confes- 
«a, en vieil irlandais coibse f 11 est évident que ces phénomènes se sont 
produits après l'introduction du christianisme en Irlande, v° siècle de 
notre ère, et avant la date des plus anciens manuscrits irlandais où cette 
langue nous apparaît déjà formée, viii'-ix* siècle. Voilà les termes de la 
période où s'est accomplie la révolution d'où sont sorties la langue et la 
versification du vieil irlandais. La révolution qui a donné naissance aux 
langues romanes est contemporaine de celle-là, et elle a les mêmes 
causes et tes mêmes résultats. 

S^tns contester que les vers irlandais fussent rimes, M. Bartsch pré- 
tend que le nombre des syllabes avait dans la versification irlandaise 
une importance dominante. A l'appui de sa thèse il cite un passage de 
la préface du calendrier mis en vers au ix' siècle par Œngus. 

Dans ce fragment, qui parait dater du xi< siècle, il est question du 
nombre des syllabes, il n'est pas dit un mot de la rime ' . Cela n'empêche 
p*s que le calendrier d'Œngus ne soit rimé ^ Ce calendrier est en une 
espèce de trirtch » où le demi-vers est de six syllabes et le quatrain de 
vingt-quatre ; ta douzième syllabe rime, ou au moins assonne, avec la 
vingt-quatrième. Donc, de la préface mise à ce calendrier deux siècles 
«pris sa composition par un grammairien quelconque, on ne peut rien 
conclure contre l'importance de la rime ou de l'assonance en Irlande. 

VoiU assez de détails sur le rôle de l'accent et de la rime dans la ver- 
lUlfCMion Irlandaise. Jusqu'ici, point de différence entre le système irlan- 
^ti» «< le système roman. J'ai seulement un doute sur la question de 
Mv«ir ti les Iriandais et les Français ont compté ies syllabes de la même 

Malt i© n*»i encore presque rien dit de l'usage iriandais de l'allité- 
mkHi. et de I» loi iriandaise qui veut que la pensée s'enferme en phrases 



\\>it U l*\\i Jf ce fragment chez Whilley Stokes, Thru Imk gloisaiiu, 
Ju Leabhar brtac, p. 7^, col. 1. 
■ , p. 7 1- 1 05 , et les fragraenU publiés par Whitley Stokes, 
Ir* ini»* a«»i*u*, p. I i7-i j8. 
|. Ibwwili VIII, 4)1-42} ; cf. Tkru iriih glossarits, p. Ixx. 



VERSIFICATION IRLANDAISE ET VERSIFICATION ROMANE l8j 

toutes d'égale longueur (quatrain) et toutes divisées en deux membres 
égaux (demi-quatrains). Voilà ce que nous ne trouvons pas dans la poé- 
sie française la plus ancienne. Si, dans les poèmes de Clermont, la Pas- 
sion da Christ est en quatrains, la Vie de saint Léger est en sixains. Enfin 
nulle part l'ancienne poésie française ne nous offre d'allitérations. La 
loi du quatrain et l'allitération sont aussi étrangères à la versification fran- 
çiise primitive que les sujets celtiques. On sait que les sujets celtiques 
apparaissent pour la première fois dans la France du moyen âge au 
xn' siècle avec Wace et Chrestien de Troyes. 

■ Mais », dira M. Bartsch, «je ne soutiens pas que dans son ensemble 
■ la versification française ou provençale vienne de la versification irlan- 
t daise. Je le soutiens seulement pour certaines espèces de vers. » Soit. 
Prenons le vers de quatorze syllabes. On trouve le vers de quatorze 
«yllabcs en Irlande et en France : donc, suivant M. Barisch, le vers de 
quatorze syllabes est en France d'origine irlandaise. Mais premièrement 
il n'est pas prouvé que le vers de quatorze syllabes irlandais n'aurait eu 
que quatorze syllabes dans le système métrique français qui compte les 
syllabes muettes, tandis qu'en Irlande on ne les compte pas. En second 
lieu, du moment où la loi du syllabisme était admise en France et en 
Irlande, où d'autre part il était reçu dans les deux pays que les vers 
pouvaient avoir tantôt une longueur, tantôt une autre, il a dû fatalement 
arriver que sans s'être entendu on a fait en France certains vers qui ont 
eu le même nombre de syllabes que certains vers irlandais. Si les Fran- 
çais avaient imité les irlandais sur ce point, ils les auraient imités sur 
quelque autre des points que j'ai signalés : on trouverait par exemple en 
France dans la poésie la plus ancienne quelqu'une de ces légendes si 
caraaéristiques qui forment le fond des cycles épiques de l'Irlande. 

a Mais ». reprendra M. Bartsch, « que dites-vous du vers de onze 
<r syllabes qui se trouve dans la poésie latine des moines irlandais? » Je 
pourrais dire exactement la même chose que pour le vers de quatorze 
syllabes, mais il y a une question préalable : je trouve fort singulier qu'on 
croie avoir démontré l'existence du vers de onze syllabes en vieil irlan- 
dais quand on a cité des vers latins. Que Zeuss en 1855 ail raisonné de 
cette manière avec les ressources si restreintes qu'il avait à sa disposi- 
tion, cela se comprend ; mais aujourd'hui qu'il a été publié tant de monu- 
ments de la poésie du vieil irlandais, qu'on se donne la peine de citer du 
vieil irlandais, et alors je discuterai s'il y a lieu. 

Enfin M. Bartsch attribue une origine celtique au vers français de 
dix syllabes avec césure à la cinquième et au vers français de neuf syl- 
labes. La Grammatica celtica de Zeuss offre des exemples gallois de ces 
deux vers. Donc ces deux vers seraient d'origine celtique. 

M. Bartsch ne s'est pas aperçu : 1" que la première des deux p 



184 G PAHtS 

galloises qu'il cite est tirée du Livre Noir de Caermarthen, manuscrit du 
xiii" siècle où l'on trouve des allusions à la domination normande en 
Angleterre ; 2° que nous n'avons aucune raison pour croire cette pièce 
plus ancienne que le manuscrit qui nous l'a conservée. Elle a été com- 
posée en l'honneur de la sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit ' ; elle 
traite donc un sujet qui n'a rien de celtique et dont on ne peut tirer 
aucune indication chronologique qui la fasse remonter plus haut que le 
manuscrit. La seconde est celtique par le sujet, le Gododin, qui paraît se 
rattacher au souvenir des luttes soutenues parles Gallois chrétiens contre 
les Saxons encore payens^ mais malheureusement ce poème est emprunté 
à un ms. du xiv" siècle, et bien qu'écrit en vers de neuf syllabes, il se 
divise en laisses monorimes imitées des chansons de geste '. Vraisem- 
blablement les vers gallois de neuf syllabes avec césure à la cinquième 
ei les vers gallois de neuf syllabes sont imités des vers français cons- 
truits dans le même système, et M. Bartsch a tort de supposer l'inverse. 
Je serais heureux de voir quelques romanistes se laisser attirer aux 
études celtiques par les ressemblances qu'elles offrent avec l'étude des 
langues néolalines. Une recrue aussi distinguée que M. Bartsch serait 
certainement accueillie parmi les celtistes avec une joie unanime. Mais 
avant de s'engager plus avant dans celte voie laborieuse et nouvelle, 
qu'il me permette de lui donner un conseil : c'est de prendre à l'avenir 
une connaissance un peu plus approfondie des textes néoceltiques qu'il 
voudra citer; dans cette étude il ne pourra choisir de meilleurs modèles 
que ses propres travaux sur les langues et les littératures romanes et 
germaniques. 

H. D'ARBOIS de JUBAlNVItLE. 



i 
■ 



II. 



L'article où M. Bartsch développe et essaie de fortifier sa théorie sur 
l'origine celtique de quelques vers romans n'apporte en réalité aucun 
appui nouveau à sa thèse : il la laisse d'ailleurs dans un tel vague qu'il 
est difficile de bien saisir sa pensée. Je vais essayer de l'exposer, sans 
qu'il me soit possible de la dégager complètement des hésitations de 
l'âuieur. Rappelons d'abord que, dans deux précédents articles {Jalirb. 
XII, 5 ; Ztitschr. 11, 195 ss.), M. Bartsch avait attribué une origine cel- 
tique : l'à la strophe provençale et française de cinq vers, composée 



t. Voir I* texte complet chez Skene, Th< four ançient books 0) Wala, II, i}, 
et la traduction ibiJem, t 1, p. ji 1. 

). Skene a donn^ le texte dans le même ouvrage t. Il, p. 6} et suivantes; la 
traduction t. I, p. J74. 



ék 



VERSIFICATION IRLANDAISE tT VERSIFICATION ROMANE 185 

de î (1 , 2, 4) vers de 8 et 2 (j, j) vers de 4 syllabes ; 2» au versprov. 
et fr. de 14 syllabes, divisé en 2 hémistiches de 7 syllabes; 5° au vers 
de 1 1 syllabes avec césure après la 7' ou la 8«. Il y ajoute dans cet 
article : 4° le vers de 10 syllabes séparé en 2 hémistiches égaux ; 5" le 
vers de 9 syllabes. Tous ces vers se trouvent à la fois dans l'ancienne 
poésie de la France, du Nord ou du Midi, et dans la poésie des Celtes, 
Irlandais, Gallois ou Bretons. 

Comment l'auteur se représente-t-il cette origine celtique ? Là-dessus 
il n'a pas d'opinion bien arrêtée. La versification celtique et la versifica- 
tion romane reposent, dit-il, sur le même principe, la numération des 
syllabes. <c On aurait donc un certain droit d'admettre une parenté entre 
le principe roman et le principe celtique, d'expliquer celui-là par celui-ci; 
mais on n'y est pas contraint. Le développement naturel du latin, après 
que le principe de la quantité fut abandonné, devait nécessairement 
aboutir au principe du vers roman, fondé sur la numération des syllabes 
et accessoirement sur l'accent. Je suis donc bien éloigné de tirer la ver- 
sification romane du celtique. Mais je suis autorisé, quand je rencontre 
chez les Français et les Provençaux des formes qui se retrouvent en 
celtique, à admettre un rapport entre elles (p. 585). » Or l'identité de la 
versification des Irlandais et de celle des Gallois rend probable que les Gau- 
lois avaient aussi la même. « Je n'admets aucunement avec certitude un 
emprunt fait par la poésie française et provençale à l'irlandais, bien qu'on 
ne puisse regarder comme impossible que les moines irlandais, dans les 
pérégrinations qu'ils aimaient tant, aient transporté avec eux cette forme 
de vers [le vers de 1 1 syllabes] qui leur était particulière. J'admets plus 
volontiers que les Gaulois avaient ce même vers de 1 1 syllabes et qu'il 
est venu de là en français et en provençal (p. î66). » « Quand même les 
Gaulois n'auraient pas connu les vers de 1 1 et de 14 syllabes, on pourrait 
encore admettre que les Romans les auraient empruntés à l'irlandais, 
par l'intermédiaire des moines irlandais (p. 583), » Voilà deux hypo- 
thèses contradictoires. Il est inutile de les discuter l'une après l'autre. 
parce qu'à mon sens on peut leur opposer à toutes deux la question 
préalable. 

La thèse de l'origine celtique de la versification romane en général 
est, d'après M. Bartsch, sinon prouvée, ni même probable, au moins 
soulenable ; on n'est pas contraint de l'admettre, voilà tout. Mais il n'en 
est pas ainsi. Cette thèse est absolument insoutenable. J'admets avec 
mon savant contradicteur que le principe de la numération des syllabes, 
joint à l'accentuation de certaines d'entre elles, est l'essence de la versi- 
fication romane. Or ce principe est déjà établi dans les vers populaires 
des Romains, dont le chant des soldats de César est le plus ancien échan- 
tillon arrivé jusqu'à nous. A moins qu'on ne soutienne que ces soldats. 



i86 



G. PARIS 



qui revenaient de Gaule, avaient emprunté aux Gaulois la forme des 
vers qu'ils chantaient au vainqueur des Gaulois : 



Ecce Caesar nunc triumphat, qui subegit Gallias, etc., 



on est forcé de regarder le vers syllahique, rhythmiqut et plus tard asso- 
nant comme un produit tout latin, organe de la poésie populaire dès le 
premier siècle avant notre ère. Après les très rares exemples que nous 
en ont conservés, à l'époque impériale, les historiens ou les inscriptions, 
il disparait, non certes de l'usage, mais de la littérature qui nous est 
parvenue, et qui n'a rien de populaire, et reparait seulement dans les 
plus anciens monuments de la poésie des diverses nations romanes. 
Les formes sous lesquelles il se rencontre sont très diverses, mais il offre 
toujours ce triple caractère d'être syliahii\ue, d'être rhythmique, d'être 
assonant (plus tard rimé]. En outre, du moment qu'il dépasse sept syl- 
labes, il est partagé en deu.x membres. Enfin il se présente habituellement 
comme faisant partie de strophes. Les versifications celtique, ibérique ou 
germanique n'ont absolument rien à voir dans ce développement. 

La diversité, dont je viens de parler, des formes du vers roman 
porte sur deux points seulement (en dehors de la variété des groupe- 
ments strophiques) : le nombre des syllabes qui composent le vers, et, 
dans les vers de plus de sept syllabes, la proponion différente du pre- 
mier membre au second. Nous trouvons des vers de i, 2, j, 4, 5, 6, 7, 
8, 9, 10, 1 1, 12, I î, 14 syllabes; les plus usités sont ceux de 8, 10 et 

1 2 (ceux de 5 , 6, 7 sont assez fréquents, ceux de 9 très rares, ceux de 

1 3 et 1 4 exceptionnels ; il s'agit surtout ici du français et du provençal). 
Le vers de 8 syllabes perd d'assez bonne heure sa division en deux hémis- 
tiches (de même qu'il se dégage, par la rime plate, de l'enchaînement 
des strophes). Le vers de lo syllabes est coupé 4-6, 6-4, 5-^ ; le vers 
de 1 1 syllabes 7-4, 8-?; le vers de 14 syllabes 7-7, 8-6 (forme anglo- 
normande). On a prétendu faire dériver telle ou telle de ces formes de tel 
ou tel vers latin (c'est-à-dire d'origine grec) métrique où le nombre des 
syllabes est à peu près le même, et M. Bartsch est encore attaché à cette 
idée surannée, absolument comparable à celle qui voyait dans le français 
une corruption du latin classique. Pour lui, « les vers latins sont cons- 
truits sur un tout autre principe que les romans, et pounant aucun 
homme de bon sens n'aura l'idée de contester la parenté des uns avec les 
autres [p. 561). » Celte parenté n'est réelle, ou au moins probable, que si 
nous nous reportons à l'origine, encore absolument insaisissable, du vers 
latin populaire syllabique et rhythmique; mais^ dans ma conviction, du 
moment que ce vers, sorti peut-être d'un vers métrique peu à peu amené 
à la forme syllabique et rhythmique, se fut constitué, il n'y eut plus de 
contact entre les deux versifications, si ce n'est dans les productions semi- 



 



I 



m^ 



VERSIFICATION IRLANDAISE ET VERSIFICATION ROMANE 1 87 

populaires de lettrés qui essayèrent de garder la forme du vers métrique 
Cl adoptant plus ou moins complètement le principe rhythmique. 
M. Bansch n'en juge pas ainsi : « Le vers dactylique de quatre^ 
pieds, dit-il (p. ^64), est une forme qui n'est pas très fréquente en latin^ H 
«1 îl eît pourtant devenu en roman la forme qui règne dans la poésie 
épique presque exclusivement et dans une grande partie de la poésie 
iTiique. n U n'est pas de vers roman qu'on ne puisse de la sorte rappro- 
eber de quelque vers latin plus ou moins usuel; mais rien n'est plus 
nrn que ces rapprochements tout extérieurs. Il est bien clair que la 
poésie romane, une fois en possession des principes essentiels de sa ver- 
siication (syllabisme, accent, dichotomie, assonance, strophe), a dû 
easxfcr toutes les variations conciliables avec l'harmonie et le rhythme 
loturel de la langue, laissant tomber ou employant peu les moins heu- H 
reoses, élevant à un empire de plus en plus exclusif celles qui satisfai- ^ 
went le mieux l'oreille et l'esprit. M. Bartsch lui-même admet à chaque 
iimant, dans ses écrits sur la versification, des variations de ce genre, 
et le bon sens suffit à en démontrer la vraisemblance, la certitude même, 
surtout si on remarque que toute cette poésie est à l'origine inséparable 
de la musique, et qu'il est de l'essence de la musique de chercher des 
formes et des coupes variées. C'est ainsi que j'ai regardé le vers de 
Il S]rilabes comme une variation de celui de 1 5 (septénaire rhythmique). 
• Que dirait mon ami Paris^ s'écrie là-dessus M. Bartsch (p. }66), si 
quelqu'un voulait regarder le vers de 10 syllabes avec la césure après 
b 6* (6-4) comme une abréviation de l'alexandrin (6-6) ? Il dirait certai-*^! 
nement : recourir à de pareilles explications, c'est ouvrir les portes toutes " 
^ndes à la fantaisie, qui aujourd'hui est bannie de la science. Affirmer 
cela du vers de 1 o syllabes en question serait fort téméraire, car il 
peut s'expliquer d'autres façons, ainsi que l'alexandrin ; quant au vers 
de 1 1 syllabes, je n'ai pas dit proprement abréviation, j'ai dit variation, 
ce qui fait une nuance. Le septénaire rhythmique, ou vers populaire 
latin, est à mes yeux le thème sinon unique, au moins principal, dont 
tous les longs vers romans sont des variations (les vers courts en sont 
sans doute des démembrements). L'idée de ce vers, son rhythme propre, 
ce par quoi il prend une forme pour l'oreille et le sentiment, c'est d'être 
composé de deux moitiés, la première paroxytonique (féminine), la 
seconde oxy tonique ^masculine). Dans ces limites, il est sujet à varier 
beaucoup. Nous le trouvons par exemple dans des poésies latines avec 
a première moitié réduite à <j syllabes : 




tSîi G. PARIS 

le p rea u er ne reproduit que la fin du premier membre : 
lEcce Cae)sar ounc triumphat. 

I>auis d'autres c'est le second membre qui est plus court, et M. Bartsch 
lut-méffle en donne des exemples (Zeitschr. II, 208 ss.) : 

Vax patenu super Christum sonuit ; 
le premier membre est absolument conforme au type primitif : 

Eccc Caesar nunc triumphat ; 
le second ne reproduit que la fin du second membre originaire : 

(qui subegit) Gallias. 

Or c'est précisément là le vers de 1 1 syllabes que M. Bartsch, voyage 
bien inutile, va chercher en Irlande. 

U y cherche aussi le vers de 14 (15) syllabes des Provençaux, qui 
n'est visiblement que le septénaire rhythmique sans altération. Il est 
singulier qu'on puisse méconnaître dans 

Et es tan fers e saivâtges que del baillar si defén 
le m^me rhythme que dans 

Caesar Gallias subégit, Nicomedes Caesarèm. 
Voici les objections de M. Bartsch au rapprochement que j'ai fait de ces 
deux vers : « U est pourtant impossible que G. Paris ignore que, en 
provençal ou en finançais, quand on trouve à côté l'une de l'autre la 
césure masculine et la féminine, c'est la première, et non la seconde, qui 
r$t regardée comme normale. On ne compte pas les syllabes atones de la 
v'ésure ou de la fin de vers féminine. Un alexandrin qui a la césure et la 
rime féminines, par conséquent en réalité quatorze syllabes, n'en est 
)>M moins un dodécasyllabe. Donc un vers qui a une césure après la sep- 
<»(>«>« syllabe, et sept autres syllabes après la césure, ne peut être qu'un 
v«rs de quatorze syllabes, par conséquent différent dans son principe du 
$*^nt^n«ire trochaique, qui, compté par syllabes, n'en a jamais moins de 
^vùiue, tVest là un point important précisément dans la métrique romane 
«>(k w\ avnpie par syllabes. Se mettre au-dessus de cette règle, c'est ne 
js*s appliquer <:^ la métrique cette rigueur de méthode qu'on exige aujour- 
v) KuK AVtv raison, de tout le monde dans le domaine de la linguistique. 
U <Nx( vrM, <\ je l'ai remarqué expressément, que le plus grand nombre 
sKf* \w» ;pnvvençaux de quatorze syllabes] a une césure féminine. Mais 
K^ nsMuhre infl^^ieur des césures masculines ne peut rien prouver pour 
l\i>»yi»n* du Vf rs <M encore bien moins servir à renverser une loi métrique 

jiv»»K»»>*l* Il est possible que le septénaire trochaique ait eu plus tard 

^vK^«{uc («rtu^rnce sur la préférence donnée à la césure féminine dans le 
>vH\ iv^tun, nvùs il n'est aucunement permis de chercher dans le premier 
l\M«(^»t< slu »«cond (p )6$)- » Pour débrouiller toutes les confusions 



VERSIFICATION IRLANDAISE ET VERSIFICATION ROMANE 189 

qui s« trouvent dans ces lignes, il me faudrait exposer au long des idées 
sur le développement des rhythmes latins en rhythmes romans qui ne 
peuvent trouver place ici. Je me borne à quelques mots. Certes je 
n'ignore pas l'usage français (mais non italien ni espagnol) de ne pas 
compter les syllabes atones de la césure ou de la rime féminine ; mais ce 
n'est qu'un usage commode, un procédé mécanique qui ne signifie rien 
pour l'histoire et la classification du vers. Supposons que les Romans, 
en conservant le septénaire rhythmique, aient pris la licence de négliger 
parfois la syllabe atone du premier membre, est-ce que pour cela le 
principe du vers aura été le moins du monde changé ? Or c'est précisé- 
ment ce qui est arrivé. Le rapport entre le nombre des oxytons et des 
proxjtons est devenu tout à fait inverse en roman (notamment en gallo- 
roman] de ce qu'il était en latin, et c'est ce qui a surtout causé la trans- 
fennadon du rhythme trochaïque du latin populaire dans le rhythme 
iaœbique du roman. Mais quelquefois, dans un vers si long que chacun 
de ses deux membres est presque un vers, la chute féminine du premier 
membre s'est maintenue, comme dans le vers de romance espagnol, 
comme dans les vers provençaux cités, comme dans les chansons popu- 
laires françaises : 

J'ai un long voyage à taire, je ne sais qui le fera : 

Si je l'dis à l'alouette, l'alouette le dira. 
L'usage de ne considérer les vers que dans leur forme la plus courte 
possible (masculins à la césure et à la rime) est à conserver poui l'époque 
postérieure ; mais à mesure qu'on remonte dans le temps il est moins 
justifié, et il ne serait pas plus raisonnable de l'appliquer aux plus anciens 
vers romans qu'aux vers populaires de l'époque classique. C'est ainsi que 
l'altération inverse, qui consiste à changer en féminine (paroxytonique) 
la chute originairement masculine (oxytonique) du second membre, 
n'empêche pas que ce membre ne représente en roman le membre cor- 
respondant du vers latin populaire. 

On le voit, les vers romans étudiés par M. Bartsch sont parfaitement 
analogues à tous les autres vers romans ; ils s'expliquent comme tous 
les autres, ni plus ni moins, parles variations infinies, sous l'influence de 
la musique et du besoin de nouveauté naturel à l'homme, d'un thème 
commun. Y a-t-il la moindre vraisemblance à les supposer, seuls au 
milieu de leurs congénères, légués à nos poètes du moyen âge par les 
Gaulois, dont la langue avait complètement péri dans leur patrie ainsi 
que leurs institutions, leur religion et leurs mœurs, ou apportés par les 
moines irlandais qui parcoururent l'empire franc du vu" au ix" siècle? 

M. Bartsch fait là-dessus une comparaison qui cloche doublement. 
«Quand un mot français, dit-il, ne trouve d'explication ni en latin ni en 
allenund, mais qu'on rencontre en celtique un mot qui lui répond biea. 



190 G. PARIS 

pour le sens et la forme, quel romaniste hésitera à admettre l'origine cel- 
tique du mot français, surtout quand en celtique il est démontré ancien P » 
Je dirais plutôt : Quel romaniste n'hésitera pas ? El surtout quel roma- 
niste voudra souscrire à ce que dit ensuite M. Bartsch? « Il n'est 
même nullement besoin que le mot soit attesté chez tous les peuples 
celtiques ; il suffit qu'il le soit chez un. » Il faut une extrême prudence 
avant d'admettre pour un mot français une élymologie celtique, à moins 
qu'il ne s'agisse de noms d'objets empruntés aux Celles dans l'antiquité 
(^braie, banne, etc.) ou dans le moyen âge {lai, raie, etc.); pour ma part je 
n'admettrais une telle origine pour aucun verbe par exemple, et je n'en 
connais pas une de ce genre qui ait été proposée avec quelque vraisem- 
blance. Lorsqu'un mot celtique est identique à un mot français, l'emprunt 
fait par le celtique au français (ou au latin) est d'ordinaire beaucoup plus 
probable que l'inverse. Mais en tout cas il faut redoubler encore de 
méfiance quand il s'agit de mots qui n'existent que dans une des langues 
celtiques. Diez a déjà dit à ce sujet des vérités qu'aucun de ses disciples 
ne doit oublier, et qu'il a mieux exprimées qu'il ne les a appliquées, 
parce que son grand travail étymologique était accompli avant qu'il se 
fût rendu de l'état des choses le compte qu'il s'en rendit par la suite de 
plus en plus exactement. Or on ne peut accorder à l'influence celtique 
sur le terrain de la versification plus que sur le terrain étymologique; 
on doit même lui accorder beaucoup moins. Les mots s'empruntent bien 
plus facilement que les formes de versification, el dans le système de 
M. Bartsch il s'agit de formes qu'il aurait fallu aller démêler au milieu 
de beaucoup d'autres, et dont il aurait fallu extraire habilement, — en 
négligeant le quatrain, l'allitération, la rime intérieure, etc., — le seul 
côté par lequel elles étaient susceptibles d'une adaptation à la versifi- 
cation française! M. Bartsch admet que les mots français ne doivent 
être cherchés dans le celtique que quand on n'en trouve pas l'explicaUon 
en latin. Or les vers en question s'expliquent aussi bien que n'importe 
quels autres par le développement naturel de la versification romane ; 
donc il n'y a pas lieu de les chercher en celtique, il est vrai que M. Bartsch 
ne trouve pas de type latin métrique sur lequel il puisse modeler le vers 
de II syllabes et celui de 14; mais assurément cela ne lui serait pas 
difficile avec un peu de bonne volonté, et l'identification qu'il propo- 
serait vaudrait bien celle de l'octosyllabe, du décasyllabe et de l'alexan- 
drin avec les vers classiques desquels on les tire. 

Je n'entre pas plus avant dans la question soulevée par mon savant 
ami. Ce second article, comme le premier, en dehors de l'argumentation 
qui en occupe une partie, est fort instructif par le nombre des exemples 
de vers de 14, 11, 10, 9 et 5 syllabes, provençaux, français et latins 
qu'il réunit. On reconnaît là l'érudition spéciale de M. Bartsch, si versé 



I 

1 



VERSIFICATION IRLANDAISE ET VERSIFICATION ROMANE I9I 

dans toutes ces recherches difficiles. On pourrait naturellement augmenter 
sa liste. Je remarquerai seulement que le vers de 1 1 syllabes coupé 
après la 7", vraiment populaire, se retrouve dans les Chansons du XV" s. 
que j'ai publiées : 

Trop penser me font amours : dormir ne puis 
Si je ne voy mes amours toutes les nuytz (XXX). 
James d'amoureux couart n'orrez bien dire (LXXVIII). 

Je n'ai voulu ici que m'opposer à une théorie qui me paraît fausse, et 
je n'ai touché que les points sur lesquels elle porte. Je n'ai pas prétendu 
aborder les rapports de la poésie romane et de la poésie celtique. Ces 
rapports ont été très fréquents et très importants à une certaine période : 
l'influence des fictions celtiques sur notre littérature est connue; l'in- 
fluence exercée par la musique des Irlandais et des Gallois sur celle des 
Français me paraît aussi avoir été très considérable et a été, si {e ne me 
trompe, complètement négligée. On pourrait faire valoir à l'appui de la 
thèse de M. Bartsch des arguments tirés de cet ordre de faits ; mais les vers 
romans qu'il veut que nous ayons empruntés aux Celtes sont plus anciens 
que l'époque où les rappons entre la poésie et la musique des deux 
peuples paraissent être devenus intimes et fructueux, et d'autre part 
(sauf peut-être en ce qui concerne le lai], il ne semble pas que depuis 
le XI 1" siècle on puisse trouver dans la versification romane quelque 
trace d'une imitation des Celtes. 

En résumé, M. Bartsch a soutenu une thèse ingénieuse; M. d'Ar- 
bois de Jubainville et moi nous l'avons révoquée en doute. Il a voulu la 
prouver; je crois qu'il a achevé d'en démontrer l'inutilité et l'invrai- 
semblance. 

G. P. 

P. S. — Une remarque bien importante, pour la continuité en roman du 
septénaire latin rhythmique, et c\ue je consigne ici rapidement, est celle-ci : dans 
les chansons populaires françaises composées de quatrains aux i"" et ;' vers 
féminins, 2» et 4" masculins (ci-dessus p. 189), c'est-à-dire proprement de vers 
de I ^ syllabes À chute masculine, à césure féminine, la musique, au moins de 
toutes celles aue je connais, met les temps forts sur les syllabes 1, 5, % 7, 9, 
II. 13, I (, c est-à-dire exactement aux places occupées par l'accent dans le 
septénaire rhythmique. C'est un des caractères de la versification romane que 
d'avoir détruit, sauf à la césure et à la chute, la loi de l'alternance binaire des 
syllabes toniques et atones, observée dans la versification latine rhythmique; 
mais cette alternance est au fond idcakmcnt maintenue, en ce sens que le vers a 
des places lorUs et des places Jaiblcs, et la musique populaire, dont le rhythme. 
pour les anciens temps, doit toujours être regardé comme inséparable de celui 
des vers, l'a conservée ici d'une manière éclatante. Il résulte de là qu'on peut 
chanter Caesar Gallias subegit et autres vers pareils sur l'air de J'ji un long 
yoyage à faire, ou Nous étions trois jcanesfilUs, et que les temps forts de la musique 
coïncideront avec les accents des vers latins. Je ne sais s'il en est de même pour 
la mélodie des vers populaires espagnols, portugais, etc. 



LES 

i^HHES PERSONNES DU PLURIEL 
se ?«iO\'ENÇAL'. 



^ 'A s "^le livrent un caractère commun : la présence 

.^.^^ jj .250, cjnaoones : hâbent, amant, vident (j'ex- 

_s > iwHïvdtfXS kIs que sunt, dant, stant). L'atone 

_ .^^ 1^ 1*1'"*' <^c se conserver ou du moins de laisser 

~" ^ . ^xâ-ddK îLbs, à côté de ce fait commun, il y a des 

'"^ " .,. ^- ju xile terminaison. L'atone peut arriver à se 

».c» «rv. -Ut ■* appartenant au thème : c'est le cas 

^ -., ,. jiiat. Puis, cette circonstance particulière 

c-jK -!'■ sssctfcpeut être un a dans amant, amabant, 

i» ^iS. t:. vidfnt, un u dans viderunt, inten- 

•s-a-«i ,» ansctuent des types qui peuvent se ramener 

^ ^te 'jL terminaison correspondante du futur ; 

' J.. *i«i»» -3» 7KS*"t de l'indicatif de la première conjugai- 

Vi siCtcncc: dans les trois autres conjugaisons, des 

^ç> oMuçfiSiXB, latin -an t. 

"*" .«. «i*v'»- -34 cr««it de l'indicatif des conjugaisons II à IV 

<iï,«eqc iu subj. de la première conjugaison (-enl), 



j^ -.^ -j Axrs de grammaire historique du provençal aue 
■•■^ ■ ~ ] ..j;^ jf Krince. C'est un extrait des leçons consacrées 

'^^ T. v^-'i ■««*•» '^PT'- 

' v««*» •' ** *"■•*'* '''"'* *""' ^' travail que de la 3* pers. 



I 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL I9Î 

Je me propose de rechercher les continuations de ces divers types au 
midi de la France. Mon but serait d'arriver à déterminer les formes qui 
correspondent à ces types latins en chaque temps et en chaque lieu. Je 
sais que je n'y arriverai pas. D'abord les documents sur lesquels j'opère, 
bien que les plus nombreux qu'aucun philologue voué aux études pro- 
vençales ail jamais eus à sa disposition, ne s'étendent cependant pas à 
tous les temps ni à tous les lieux. Ensuite, dans la question que j'étudie, 
comme dans toutes celles qui concernent la conjugaison, on voit les 
tendances analogiques contrarier fréquemment la marche naturelle de la 
dérivation, d'où certaines anomalies qui font du classement des formes 
une œuvre assez épineuse. Toutefois j'espère arriver à un degré de 
précision qui n'a été jusqu'à ce jour obtenu dans aucune partie de la 
grammaire provençale. 



Chap. I. — habent, faciutit, vadant. 



i 

rque^^ 



. Le résultat commun de ces trois formes est tel qu'il faut supposer que 
dans la période préhistorique des langues romanes la terminaison -unt 
s'était substituée à la terminaison -ent, soit *habunt. Nous devrons 
avoir recours à la même hypothèse plus loin en étudiant le troisième 
type. Il faut supposer aussi que dans faciunt le son spirant de ci ne 
s'est pas produit. La consonne médiate s'est effacée, fait exceptionnel, 
mais qui pourtant se présente dans vado, gradum, fagum, donnant 
MB, grau ', fau, d'où en somme les formes intermédiaires 'aunt, 'faunt, 
'paunt'. 

Les formes les plus rapprochées de ce type que nous fournissent les 
documents sont aun, dans un acte du Cartulaire de Saint-Victor de Mar- H 
seille, écrit vers 1080 ' ; seraun, qui est fréquent dans certaines parties 
du cartulaire de la seigneurie de Montpellier connu sous le nom de 
■ Mémorial des nobles 4 », tandis que d'autres parties du même cartulaire 



1. Craa dans le sens spécial de canal mettant en communication avec la mer 
ks iungs qui existent sur certaines parties des côtes de la Méditerranée, par 
CL le Grau du Roi, près d'Aigues-Mortes, le Grau de Palavas, près de Mont- 

Sfier; voy. le Dict. topogr. de l'Hérault au mot Grau. Dans le sens ordinaire 
• degré >, le rapprochement d'u et d'à ne s'est pas produit, et gradum a 
dosné gra. 

2. Cette explication est, avec Un peu plus de précision, celle même que 
K. Annitage a donnée dans la Romjnia, IX, 128. G. Paris avait déjà assigné la 
otee ètymologie au français ont vont; voy. Romanm, Vil, 368. 

}. N* 10&& de l'idition, reproduit dans mon Choix d'anciens textes, partie 
fWrenvale n* jg. 

^Chirtcî 315, }2o à 356 (sauf 327 et 329), 556, etc. — Les actes sont 
él aII* siècle, la copie des premières années du Xlil*. Je cite d'après l'édition 
putieile donnée dans la Revue des langues romanes, tomes IV â VI. 



194 P- MEYER 

offrent d'autres formes, comme on le verra plus loin; aan, vaun, jaun, 
formes habituelles au chansonnier Peiresc, Bibl. nat. fr. 1749 '; Aun, 
auraun, Testament d'Adalbert II, évêque de Mende (-}- 1 109 ou 1 1 10) ; 
vjun, Vie de sainte Enimte, éd. Bartsch, 268, 30, éd. Sachs, v. 19^5*. 

2. La finale en aun se réduit généralement à au, forme qui se rencontre 

en un vaste territoire que le lecteur circonscrira aisément à l'aide des 

indications suivantes ' : 

ALPES (BASSES-). 

Entre 1 loi et 1 1 lo-t : aurau, incommonrau. 
ALPES-MARITIMES. 

Lerins, cartulaire de l'abbaye, fol. 1 54 v°, écriture de la finduxiies.i : 
aut, acabtarau, farau, somoirau. 

AVEYRON. 

Conques, cartulaire, pièce n° 5 56, vers 1115 : au, mais volran (il y 
aurait lieu de vérifier cette leçon sur le ms.l", n" Î73, vers 1 160 : ligerau. 

Najac, arr. et 1 j kil. S. de Villefranche, 1254 : auziraa, nirau. 

Peyrusse, canî. de Montbazens, 16 kil. N. de Villefranche, 1252, 
1256 : duz/MU, veirau. — 1284 : escairau, ttnrau^ venrau. 

Rodez, 119^ : au, serau. 

Les documents de Rodez et de Milhau publiés par M. AfTre dans la 
Revue des langues romanes, 3,1, 5-17, ont la finale an, mais sur ce point 
comme sur d'autres, je doute de la fidélité de l'édition'». 

CANTAL. 

AuRiLLAC, Paix d'Aurillac, ms. du xiv« s. : apelarau, aurau, serau, 
trametrau. 



1. La descriplion donnée dans le Catalogue des mss. français fournit aun (p.j 
du ms.) et vaun (p. 48); on trouvera faun dans la pièce n» 41 des Gid. d. 
Troub. de Mahn, etc. 

2. Ce poème peut être considéré avec certitude, malgré le surnom de l'auteur 
(Bcrlran de MarsulU), comme un texte de la Lozère. 

y Je classe mes exemples par départements, toute autre circonscription ter- 
ritoriale manquant plus ou moins de précision. Je range les départements par 
ordre alphabétique et de même les lieux mentionnés dans chaque département. 
De la sorte les vérifications se font d'un coup d'oeil et les additions trouvent 
facilement leur place. Les documents dont je fais usage et que je ne cite, 
pour plus de brièveté, que par leur date et par le lieu d'où ils émanent, sont 
des chartes dont fai vu les originaux ou un fac-similé. On conçoit qu'il n'est 
pas prudent de s'en rapporter à autrui lorsqu'il s'agit d'une différence graphique 
aussi légère que celle d'u à n. Mes citations pourront être aisément vérifiées 
lorsaue faurai publié le recueil de chartes qui forme l'appendice du mémoire 
sur la langue d'oc que j'ai présenté en 187J Â un concours de l'Académie des 
inscriptions. 

4. C'est le n" 42 de la partie provençale de mon Choix d'anciens taies, qui ne 
peut être exactement date de lieu. 

}. La charte est, je crois, de la fin du XI* i. 



6. Cf. Romania 



»t, ]c crois, ( 
, Vlll, 29$. 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 
GARD. 



'9J| 



I 



est^ 



Alais, coutume ' : conlenrau {/)^ jutgarau \^, plaigarau, poinarau, 
poiraa, retrairau, venrau, volrau. 

GARONNE (HAUTE-). 

Bessiéres, arr. de Toulouse, cam. de Montastruc, sur la limite de lâl 
H.-Gar. et du Tarn. Je place sous ce lieu les chartes de Guillem Repol- 
ietr, parce que dans la plupart de ses actes il se dit « escrivas comunals 
de Veseiras », ou « de Buzet e de Veseiras » '. Celles de ces chartes 
qne je connais sont comprises entre i2)j et 1248. On y lit fréquem- 
ment ju, avenrau, escairau, mots ramenés par la répétition constante 
des mêmes formules. 

Buzet, commune voisine de Bessiéres, Là furent passés un grand 
nombre d'actes rédigés par un certain Jehan de Malaura qui se qualifie 
ordinairement de -i notarius de Rabastencs » ; Rabastens ITam) es 
tout près de Buzet. J. de Malaura écrit auzirau, veirau. 

Il est à remarquer que Raimon Amel, notaire qui a écrit de 1 198 à 
iJio un très grand nombre d'actes pour Peire d'Auriac et Guillem de 
Valesville ' (Auriac et Valesville sont dans le canton de Caraman, à 
quelques kilomètres au sud de Buzet et de Bessiéres), a toujours an. fl 

ViLLEMUR, arr. de Toulouse, à l'extrémité septentrionale du départe- 
mCTt, I2J2 : au, prendrau. 

HERAULT. M 

Montpellier, Mémorial des nobles; ch. 62 (n° cxxv de l'édition) , 
urgarau, estdrau, ixirau ; ch. 6} (cxxvi) portarau, trametrau ; ch. 317 
inv) seraa ; ch. }i8 fxv) seraut (ne serait-ce pas serantf) ch. 319 (xvi), 
ÎI7 (xxiii) serau. Dans d'autres chartes du même cartulaire, et parfois 
dans celles mêmes qui viennent d'être citées, on trouve seranty seran, et 
même seron. J'ai signalé plus haut les formes en aun du même cartu- 
laire. ^ 



not 

e 



I. r»i »éri6ésor l'original fArch. nat., K 878) l'édition donnée par Beugno 
i l'jpp«idice du t. III des Olim. L'écriture, qui est du XIH" siècle, ne dtitingu 
fii toufours très cbirement n d'u ; je place un point d'interrogation auprès des 
Icfons Jouteuses. En plus d'un cas Beugnot (ou plutôt Dessalles qui lui a fourni 
la copie de ces coutumes) s'est trompé ; ainsi, au § 9, moran, leçon du ms., a 
élé lu mofM, comme si c'était un futur, tandis que c'est un subjonctif. Il est à 
remarquer que les formes en question <ont en an dans le texte de la même cou- 
tume publie par M. d'Hombres, Socitti n'uni, cl Itttir. d'Alait, année 1870, 
ijj-jo ; mais celte édition est bien médiocre, et il faudrait voir le ms. 

i. Teulet a donné de la plupart de ses pièces des analyses à peu près aussi 
longues que les pièces elles-mêmes, et souvent peu exactes. H l'appelle dans 
plasieurt cai • W. Repoli », n'ayant pas tenu compte de l'abréviation {Layctlu 
a** 2406-8, 24(0-11, etc.). Dans les mêmes actes, au lieu de 1 corne o escrius • 
lisa • c'o vi e escrius 
Tenlet, 



3- 



»i "• 477i i72> $77i 



196 



p. MEYER 
LOT. 

au. — Registre Te igitur, 1278 : haa, com- 



Cahors, 1255 ou 1254 
prarau, vendrau. 

Cajarc, an. et 20 kil. S.-O. de Figeac, 1249, 1280: ausirau, 
veirau. 

Cardaillac, arr. et 10 kil. N. de Figeac; 1^01 : auzirau, veirau. 

GouRDON, coutume, 124; : au, auvirau, diurau et dirau, farau, 
ichirau, serau, veirau, fau. 

Martel, arr. de Gourdon, à l'extrémité N. du dép.; 1241 : auvirau, 
poirau, veirau. 

S0UILLAC, arr. et 18 kil. N.-E. de Gourdon, règle de Sainl Benoît, 
fin du XIII' s. : au, aurau, irau, serau, vcnrau. 

Thégra, 28 kil. E. de Gourdon, coutume, 1266 : aurau, auvirau, 
habitjrau, intrarau, veirau. 

Dans les coutumes de Gramal (tout près de Thégra), de Gréalou 
(12 kil. 0. de Figeacl, de Montcuq (20 kil. S.-E. de Cahors),les finales 
sont en an, mais des deux premières je ne connais que les éditions don- 
nées pour Gramal par M. E, Dufour, pour Gréalou par Champollion- 
Figeac, et si le premier de ces éditeurs ne m'inspire qu'une confiance 
limitée, le second ne m'en inspire aucune. Quant à Montcuq, nous n'en 
avons que deux copies très tardives, dont la plus ancienne, écrite à 
Paris, abonde en fautes de tout genre ■. 

LOT-ET-GARONNE. 

AgeNj 1197 : serau, — 12} 5 : aurau, auzirau, garderau, îenrau, vei- 
rau ». — 12^7 : ûu. — A Prayssas, à une douzaine de kilomètres 
au N.-O. d'Agen, la même finale serait en an, d'après la coutume 
publiée en 1 860 dans la Revue historii\ue du droit français et étranger. A 
Agen même, une pièce de 1222 publiée dans le recueil de MM. Magen 
et Tholin sous le n" XIV, et dont j'ai le fac-similé sous les yeux, porte 
clairement auziran, seran, veiran. 

LOZÈRE. 

Mende, 1209 : dirau, remenrau, serau, vertrau. 

TARN. 

Albi, 1 220 : farau. — Le cadastre de 1 545 porte au d'après un fac- 
similé que j'ai sous les yeux ', mais des cadastres postérieurs ont an* 



1. Voy. mon Choix d'anciens textes, part. prov. n" 61-2, et cf. Bibl. de VÊc. 
des chartes \, V, 45-^0. 

2, Mal lu auran, etc., par MM. Magen et Tholin (n" XXVII). 

). Recherches sur Albi à l'aide des anciens cadastres Je la ctli, par Isidore Sar- 
rasy. Albi, 1860-2. L'auteur lit, p. 147 I. j an, mais le fac-similé placé en 
regard porte sûrement au. 

4. Ouvrage cité p. 327 (cadastre de i jaj) et J4; (cadastre de 1489). 



«fa 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL I97 

DouRGNE, chl.-l. de c. de l'arr. de Castres ", i [85 : au,aurau, serau, 
fau. — 1 187 : au, lolrau. — 1 192 : tiu, aurau. 

Gaillac, 124} : escairau, endevtnrau. 

PutuuRENS OU ViELMUR (?), 1 16$ : estarju, serau. 
TARN-ET-CARONNE. 

Bra&sac, cant. de Bourg de Visa, arr. de Moissac ; 1 246 : au. 

Lauzbrte, ch.-l. de c. de l'arr. de Moissac, 20 kil. au N. de cette 
ville. Fin du xii' s. ' : au, donarau, serau. 

MoNTAi.'BAN, 1204 : au, aurau h 

r Si on réunit par une ligne les poinis les plus excentriques entre ceux 
qui viennent d'éire mentionnés, on trouvera que la finale au, correspon- 
dant à la finale latine -â'unt, règne sur un territoire dont la limite pas- 
serait par Agen, Gourdon, Souillac, Martel, Aurillac, Mende, Alais, 
et s'étendrait jusqu'aux Alpes-Maritimes pour revenir à Agen par 
Montpellier, le sud du Tarnj le nord de la Haute-Garonne, et Montau- 
ban. Mais il faut se hâter de dire que sur une grande partie de ce vaste 
territoire la finale au a de très bonne heure cédé la place à la finale an. 
Les exemples cités pour la rive gauche du Rhône et pour Montpellier 
appartiennent à des textes très anciens, et je doute fon qu'au xiii" siècle 
on puisse constater aucun exemple de la forme au en Provence ni même 
i Montpellier. A Albi, comme on l'a vu plus haut, l'exemple le plus 
récent est de i ^45, et j'ai vérifié qu'au xvj"^ siècle le poète Augier Gai- 
llard, de Râbastens (TarnI, ne connaît que les formes en an. Dans 
rAveyron et le Cantal, au contraire, les formes en au existent encore. 
Le temps, l'espace, et souvent aussi les moyens d'information, me man- 
queraient si j'entreprenais de suivre en chaque lieu te sort de la finale 
au. J'ajoute seulement que le périmètre ci-dessus tracé doit être étendu 
vers le nord ou le nord-ouest, puisque maintenant encore la forme au se 
retrouve en bas-limousin, selon M. Chabaneau*. Je dois dire toutefois 
qu'il eût été à désirer que le savant auteur de la Grammair^c limousine 
dix, en ce cas et en maint autre, précisé ce qu'il entend par « bas- 
limousin ». De Tulle à Nontron (que M. Chabaneau fait entrer, au 
moins au point de vue linguistique, dans le bas-limousin) il y a près de 
100 kilomètres, espace où peuvent se produire bien des modifications 
phoniques. En fait je constate, d'après M. l'abhé Roux, qu'à Tulfe 
habent produit an et non au 1. 'Quant à Nontron, les moyens de vérifi- 



I C'est \i pièce 48 de mon Choix d'ancUns textts. 

î Le n* ço de mon Choix d'ancitm uxles. 

j. Teolet, Layettes du Trésor des chartes, n» 710, lit i tort an, aurait. 

4. Grammaire limousine, p. 224. 

\. Rtnu du langues romanes, 2, VI, 272, 271 {an, cherckaran). 



190 p. MEVER 

cation me font défaut, mais je remarque qu'entre cette ville et le Lot, 
où nous avons vu que régnait la finale au [à Gourdon, à Gramat, à 
Souillac), se trouve Sarlat. Or à Sarlat, habent, faciunt, vadunt ont 
dû donner au moyen âge an, fan, van, car, au xvii* siècle, Pierre Rous- 
set, né (1625I et mort (1684I en cette ville, écrit ont, font, vont '. Je le 
répète, l'assertion de M. Chabaneau a besoin d'être précisée. 

4. Outre les documents à origine certaine qui ont été cités plus haut, je 
ne connais que peu de textes où la finale au soit employée, à savoir le 
ms. Addit. 17920 du Musée britannique, connu par mes Rapports » et 
par la publication récente de M. Ulrich, les sermons du ms. B. N. lat. 
j J48 B où on lit, par ex. au fol. 1 9 v°, fau, creirau, venrau ; et le descort 
ou lai que j'ai publié en 1860 dans la Bibtiothèi^ue de l'École des chartes, 
où on lit remanraii, v. 84. Comme je l'ai noté précédemment', il y a lieu 
d'attribuer le premier de ces rass. au Rouergue. Quant au ms. des ser- 
mons, il est certain qu'il a été exécuté à Saint-Martial de Limoges, 
mais il s'y rencontre des fautes qui montrent qu'il a été copié d'après un 
autre ms., probablement d'après des feuillets détachés 4. Cet exemplaire 
primitif venait peut-être de l'Auvergne : à tout le moins, je suis mainte- 
nant persuadé que les sermons, tels que nous les avons, n'ont pas été 
composés à Limoges. 

î. En dehors du territoire ci-dessus déterminé, les formes correspon- 
dantes à habent, faciunt, vadunt, sont an, fan, van, ou vers le nord ant, 
fani, vant. Elles sont produites par la chute de l'u métatonique, de même 
que l'italien hanno, fanno, vanno « . Le domaine de la finale an entoure 
de toutes parts celui de la finale au, et confine, au nord, au français ont. 

Il est curieux de constater que la forme prov. aun, au et la forme 
française ont, bien que produites par le même procédé de dérivation, la 
juxtaposition et la combinaison d'à et d'u, ne se touchent pas, étant 
séparées par une forme due à un procédé différent. A vrai dire, le fait 
est peut-être pbs apparent que réel. Nous ne sommes pas en état de 
déterminer rigoureusement les lieux où se produit le passage de au à 
an, puis de an à ont. Pour la ligne de démarcation entre an et ont 

i. Œuvres di Purre Roussel, nouvelle Witiot» par J.-B. L. (feu Lascoux, 
conseiller à la Cour de cassation), Sarlat, iSjg, p. j, j, 8. — On sait qu'en 
Périgord Va nasalisé du latin devient dès le aVi" siècle, sinon plus tôt. 

2. J'ai eu te tort d'imprimer van au lieu de vdu, Arch. des missions, 2, III, 
]o8 (tiré à part, p. 62). 

j. Romania, VII, 13, note j. 

4. C'est la supposition que j'ai émise jadis, Jahrbuch j. romanische Literalur, 
VII (1866)^ 26. 

5. L'italien a de plus sanno qui n'a pas de correspondant exact en provençal 
non plus qu'en français. 



1 

■ 

t 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL I99 

urtout. la rareté des documents empêchera toujours d'obtenir des 
résultats bien précis. A l'extrémité occidentale, dans la Gironde, la limite 
se présente avec assez de netteté : depuis le moyen âge, le saintongeais a 
bit vers le sud un mouvement de plus d'un demi-degré, de sorte que la 
langue d'oc et la langue d'oïl sont juxtaposées, sans transition. La 
différence n'est pas aussi tranchée dans la Charente, le sud de la Vienne, 
le nord de la Haute-Vienne et de la Creuse, le sud de l'Allier. Là, d'ail- 
leurs, les documents anciens de la langue font à peu près complètement 
Jétaut, Ils sont moins rares pour la Loire, le Rhône, l'Ain et le Jura ; 
mais je n'en ai pas encore à ma disposition un nombre suffisant. J 'indiquerai 
cependant, à l'aide de documents rares et espacés, les points les plus 
septentrionaux où j'aie rencontré an ; ce seront autant de jalons pour 
des recherches futures. Dans la coutume de Charroux, tout au sud de la 
Vienne (laL 46» 10'), je rencontre les futurs achatarant 52 ', aatanl 7, 9, 
faanî, retornerant, seront 20, mais on y trouve aussi ont, rendront, ten- 
drottt Jo. Il faut dire que le texte que nous avons de cette coutume est 
loin d'être sûr, mais toutefois le mélange des deux formes n'a en 
soi rien d'inadmissible ». Je citerai encore ta coutume de Saint-Bonnet 
le ChMeau (Loire, lat. 45» 26') où on lit ant, aurani, galjar,int, segrant, 
tetaai ; et aussi cbmiirent (futur de clamar) '. Les Méditations de Mar- 
guerite d'Oingt, dont la langue est tant soit peu plus septentrionale 
[Oingt, Rhône, lai. 45» 55'), nous offrent des formes discordantes : ant, 
jant (p. 41), var\t et vont (p. 44), serant et seront (p. 41) recevrent, arent 
(p. 42, 45_ , osèrent, sentirent, vendrent (p. 45), povrent, vivrent (p. 46), 
vfrrCTf (p. 471, etc. Le désaccord entre ant de habentet la terminaison 
-ent du futur est un fait notable, mais non isolé, car dans la coutume de 
Saint-Vallier, au nord de la Drôrae, nous trouvons ant, art. 11,12, et 
au futur aur^/i, 8, aurent, 14, meirent, comendarent, perdrent, portarent, 
7, galjarent, 27 (exceptionnellement, clamarant, 27} ; dans la NobLi Leyc- 
son, han, v. ^2 |de même fan, v. 55I et au futur auren, v. 18, venren, 
V. 20. La Nobla Leyczon représente la langue des vallées vaudoises à la 
fin du xv' siècle ou au xyi'. A la même latitude, dans les Hautes-Alpes, 
au Queyras, on a de même, d'après MM. Chabrand et de Rochas d'Ai- 
glun, an [habent] et au futur aurén, sarén, etc. *. En Piémont han (de 
même au futur, saran, avran),janf van. En Savoie je me trouve en pré- 



I . Cité par articles. 

j. M. Boucherie a relevé iingoissirant dans le texte poitevin des sermons de 
Maurice de Sully \Diakcu poitevin, p. 2661 ; fant se trouve aussi dans le même 
texte à côté de font {IbiJ. 264K 

}. Voir mon Choix d'anciens textes, partie prov. n* ^6, art. 7, 9, 1 }, 18, jô. 

4. On trouve ailleurs quelques exemples isolés du même Tait ; ainsi auren 
dans la coutume de Condom, art. 27, sinn 38, etc., mais plus souvent auran, 
ter an. 



20O P. MEYER 

scnce d'indications contradictoires. Dans le Plaisant discours d'un médecin 
s^yoyart emprisonné pour avoir donné advis au duc de Savoye de ne croire 
son devin, 1600 =, je relève an^faran, seran. Mais dans le « chant poli- 
tique et religieux », composé vers 1 590 et publié par M. de Jussieu ', 
je lis ont, font, vont, et plusieurs futurs en ont. Ces formes en ont sont 
aussi celles du patois genevois '. Pour la Savoie comme pour Genève je 
ne connais pas de textes du moyen âge qui soient proprement en langue 
vulgaire. Dans le patois de la Gruyère nous avons an pour habent, 
mais on au futur *. 

6. Je mentionne ici deux exemples isolés du futur en on que je trouve à 
une grande distance des pays de langue d'oil. L'un m'est fourni par un 
document fort ancien, l'acte de partage des biens de Dragonel de Mon- 
dragon, rédigé à la fin du xii"' siècle à Mondragon (cani. de Bollène, 
arr. d'Orange) ou aux environs s ; on y lit le futur wiron*. L'autre se 
rencontre dans le Mémorial des nobles et appartient par conséquent au 
voisinage de Montpellier : seron, ch. 529 in'^ xxv). 

La forme en an est la seule dont il soit fait usage dans la poésie pro- 
vençale. C'est aussi la seule qu'approuvent les Leys d'amors (11, 374), 
en rejetant une forme en ou [hou, vou, estou, fou] qui ne paraît être 
qu'une prononciation particulière, du reste encore usitée en certains 
lieux, d'au. Les Leys mentionnent aussi comme fautif le futur liaurau et 
n'approuvent que hauran {U, 402I. 



I 
I 



Chap. 11. — Latin -ant. 



7. Il s'agit, comme on l'a vu plus haut, des terminaisons de l'indicam 
présent de la première conjugaison (amant], du subjonctif présent des 
conjugaisons 11 à IV (debeant, mittant, audiant, *sianl), des 
imparfaits (amabant, debebant, mittebant, audiebant), du condi- 
tionnel dérivé du plus-que-parfait latin [pogran, degran, de potuerant, 

1 . Je me sers de la réimpression publiée il y a quelques annies par le libraire 
René Muffat. 

2. Mémoires lus à la Sorbonne, Histoire, annie 1864 (vol. publié en 1865), 
p. 240-j. 

). D'après la Conspiration d< Comptsitrcs, 1695, édition de Genève, Cherbu- 
liçz, 1870; ainsi /o/i couplet 73, on c. 123, aron c. G),/eron c, 6j. 

4. Voy. les con|ugaisons données par M. Comu, Romania, IV, ij6-8. 

(. Il en a été fait quatre exemplaires dont deux nous sont parvenus et ont 
été publiés ; voy. Rn. dts soc. sav. 5, II, j68, et Vu de S. Beneztt p. p. l'abbé 
Albanès, p. 87. 

6. On trouve aussi des futurs en ont idifferiront, prolongueronl, etc.) â côté de 
futurs en an dans la coutume de Saint-Gilles publiée en 1873 par M. Bessot de 
Lamothe, mais ce texte n'est qu'une traduction qui me parait dater de la un 
du XV» siècle, et ces futurs peuvent bien être dus à l'influence du français. 




TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVRNÇAL 301 

deboerant] ; enfin des imparfaits du subjonctif en essa. Diez, traitant 
de ceue finale et en même temps des finales ent (debenl) et unt 
loittunt). s'exprime ainsi : « Dans les finales atones de la }' pers. plur. 
»il c$t i peu près indifférent de placer devant la caractéristique propre 
» de cette personne, n ', l'une ou l'autre des voyelles a, e,o, bien qu'au 
« présent cela puisse être préjudiciable à la distinction du mode. En 
1 eflet, à la place de la finale primitive an, on a introduit aussi on et en: 
< (hanWJ, -on. -en ; de même pour cliantavan, vindian, chantéran, cltan- 
« tariaa ; vendan, -on. Pour en, on a de la même manière on : chanten, 
« -on, chanttisen, -on ; pour on on a en : vendon, -en, chanUron, -en » 
,tnd , II, i8i|. Tout cela est bien peu précis. Le point est de savoir où 
et quand ces diverses finales se manifestent. 

8. A métatonique se conserve régulièrement en provençal ancien, sauf 
en quelques cas dont aucun ne se présente ici. Nous devrions donc avoir 
partout deâ imparfaits tels que amavan, melian, des subjonctifs tels que 
•luiiin. des conditionnels tels que degran. Mais l'analogie des formes 
venant de la finale -unt est venue troubler la dérivation étymologique. 
En Provence et dans le Languedoc oriental et méridional la forme étymo- 
logique est généralement observée, mais toutefois des irrégularités se 
manifestent çà et là. Commençons par citer des textes qui sont, à cet 
égard, réguliers. 

De ce nombre est le recueil de vies de saints traduites du latin en 
prose provençale qui forme le n" 1 07 de la collection Libri à Ashbum- 
han>-place *, où on trouve toujours des formes régulières telles que gui- 
davan 41, tormenlavan 52, dizian 4?, 52, venian, 41. — Une lettre écrite 
en 129; par des Marseillais établis à Bougie nous offre les imparfaits 
avion, volian, le subj. prés, jvjn, le subj. imparf. fossan. 

Aucune irrégularité non plus dans la vie de Douceline, texte marseil- 
lais de la fin du xiii' siècle?: eran 16, ahitavan 55, aministravan 12, 
MAvan 4$, gardavan 9, acuUian 1 1, azimpUan 9, despendian 1 ^, Jazian 
70, rezijn 71 , vivian 8, etc. — Il en est de même aussi dans la Vie de 
saint Honorât de R. Féraut, ou du moins dans le ms. d'origine proven- 
çale d'après lequel cet ouvrage a été publié. Entre autres textes qu'on 

1. Oiez remarque, auelques lignes plus bas, que f la terminaison on peut 
mèine perdre son n : cnanto, plazo. • Alors/) n est pas une caractéristique. 

2. Je cite par lignes, d'après mon Choix d'anciens ttxUs, part, prov., n" jj. 
Ce ms. est sûreraeni d'origine provençale. A la fin on lit cette note qui imite 
l'écriture du XIV' siècle : lue liter est canventui S. Dominici île Mantuj. Mais il 
me parait certain qu'elle est de la main même de Libri qui ajouta de la sorte \ 
fiittsieurs des mss. qu'il avait volés de fausses mentions de provenance pour 
dépister les recherches. Je soupçonne que ce ms. aura été volé i Carpentraj. 

5. Cité d'après mon Choix d'anciens textes, part. prov. n* j^. Cf. les • pro- 
légomènes * de l'abbé Albanés à sa récente édition de cet ouvrage, p. Ixxxv. 



Î02 



P. MEYER 



pourrait encore alléguer, je citerai le règlcitiem des Prudhommes pêcheurs 
de Marseille ', daté de 1451 : adordenjn p. 59, coniradtstan p. 60, les 
subj. prés, et imp. aian p. 6^, deian, fossan, pren&n, perdan p. 60, pua- 
CM p. 66, le condit. serian p. 60, etc. 

9. Actuellement ces finales sont, en Provence et en Languedoc, et depuis 
le XVI' siècle au moins, en -on ', sauf lorsqu'elles sont précédées d'i, cas 
où elles sont en en : amon, nnavon, mais amarien, disien >. On peut se 
demander si la substitution de Vo à\imon à l'a à'aman a été produite par 
l'analogie indiquée plus haut, des finales venant de -unt, ou bien s'il 
n'y a ici que le passage ordinaire au midi d'à métatonique en 0. De ces 
deux hypothèses il faut sans hésiter adopter la première, car à Montpel- 
lier et lieux voisins, où Wi métatonique se conserve encore maintenant, 
on a cependant, comme en Provence, la finale on prononcée avec un 
son plus fermé *. Nous allons voir d'ailleurs qu'avant l'époque où a pos- 
tonique passe à 0, la finale on envahit, en Provence même, le domaine 
que la finale an occupait par droit de naissance. 

L'un des textes qui constatent cet envahissement est la relation de la 
prise de Damietlei, document d'origine française, mais que nous ne pos- 
sédons que sous la forme d'une traduction provençale exécutée certaine- 
ment, à en juger par l'ensemble des formes du langage, par un proven- 
çal. Les formes étymologiques y dominent dans une proportion considé- 
rable. Cependant on trouve gitavon 177 [gitavan 199), portavon 29 j 
\port4fan 297), avion 91 (avian 10^, 118, i;2, etc.), combation 112, 
fatiott 109 ifazbn 141, 194), jasion 461, metion 294 [trametijn ;o2), 
sahion 80 {sabian J9^). — Il y a aussi quelques formes en on dans le 
mi. Bibl. nat. fr. 1049, exécuté à Aix peu après 1 ^4^ ; ainsi, dans le 



I. Cf. Pâvan d'Augery, Us prudhommes plcheurs dt Marstillttt leurs archnes, 
Aix, «875. Le texte du règlement occupe les pages 57 à 71 de cette brochure 
^ui en I 7} 

}. Çà rt 11, dans 1rs Alpes, la finale an est conservée. Ainsi i Briançon 
•unidn, (hantait, tournai (Cnabrand et de Rochas d'Aiglun, Patois des Alpes 
Cylhinnes, p. i^o-i], mais toutefois /ur/oun, cherchoun {Ihtd.j; au Monètter de 
llruncon, minjavan, Jansaran (Ibid. p. ij6); de mfrme à Oulx, non loin de 
iuun^on, mus de l'autre côté du mont Genèvre, en Piémont (Ibtd. p. 1 jz). 
INtti au sud, au Queyras (Ibul. p. 17, 19, etc.), à Embrun et à Barcelonette 
\(Hid p. H7, \S^h c'est oun qui règne. 

{ I4 tendance  faire passer â en la terminaison an quand elle est précédée 
4S«it I, \e manifeste dés le XlV' siècle. Dans des documents rédigés probablement 

IA>.t ih (lu Kh.l, en 141'}, 1427 et 14;^, on lit sien, senen, solien (Laplane, 
< . un, 11, i,<,y, 561, ^77) quoique des formes comme .fwn, sermn, 
^ t etc., y soient d'ailleurs constantes. 

' I ivait patioun, tcurnaroun, pourtavoun, où Mistral écrirait pas- 
,, 'tjvon; voir Revue des /. rom l.passim. 

^ r- l'Ecole des chartes, 1877. pp. \i2 et suiv Cité par lipes. 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 20? 

morceau publié dans la Chrestomathie provençale de M. Barlsch, r7i»/7rc- 
lavon 551, îî, vejon (videanl) 355, 44. 

10. Plus au nord, on parait tendre de bonne heure à se substituer à an. 
Dans l'ancienne charte de Mondragon citée au g 6, on lit aion (ha- 
beant), tengon (teneantU Wnguesson ; le présent et l'imparfait de l'indi- 
catif n'y figurent pas. Dans la même région, un peu plus à l'est, une 
charte du cartulaire des Templiers de Roais (n" 156), datée de 1205, 
nous offre à côté de fazian, dizian, les imp. du s\ih\. fezesion rendesson. 
Plus au nord encore, dans le cartulaire de Saint-Paul de Romans, on 
constate, en diverses chartes du commencement du xiii' siècle, l'hésita- 
tion entre les deux finales : donanl (n" ^ 5), aviant (48), ^aescssant, Unes- 
sanl (79), demandessant (91), mais avion [<^z], feesson (54). A Grenoble, 
tous les textes que je connais [ils sont postérieurs au xvi' s.) ont on. 

11. Vers Lyon, dans les Méditations de Marguerite d'Oingt, an se 
fait très rare. On trouve les deux formes à l'imparfait de l'indicatif et au 
conditionnel : erant p. 37, 46, faysiant p. 42, payant Cpotebanl) 
p. 44, porriant p. 42 ; au subj. prés, seiant p. 44 ; — d'autre part, 
aviunt p. 45, erunt p. 4], faysiant p. 42, desiravont p. 44, giiavont 
p. 37, tornavontp. 39, porriant p. 45, sariontp. 44, et au présent de 
Windic. de la i" conjugaison : amont 46, 47, regardent 41, relornont 42. 

La coutume de Saint-Bonnet le Château, au S.-O. de Lyon, ne con- 
naît que les formes en on : aviont 52, auriont,penrioni. sériant dans le 
préambule, venriont 5, diu/jf (habeant) 5, metunt (mittant) 49, et 
l'imp. du subj. meneisiint 49. Nous sommes, à cette latitude, bien près 
des pays où la finale que nous étudions est -€nt. 

12. En Savoie et à Genève ant, ent, unt, sont uniformément rendus 
par on ou ont, au moins d'après les textes cités plus haut, p. 200, notes 1-?. 
En Piémont ta forme correspondante est '. Mais dans un texte de 1446 
récemment publié ' je trouve deux subjonctifs en tn : habien (h a béant) 
et possen (subj. de possum). 

I }. Passons maintenant sur la rive droite du Rhône. Les documents 
me manquent pour l'Ardèche. Dans la Haute-Loire, an parait bien con- 
servé jusqu'à la fin du moyen âge au moins. Je trouve dans une pièce 
de 1428, insérée par Estienne Médicis dans sa chronique, tome I de 
l'édition de M. Chassaing, les ind. prés, aprochant p. 148, montant 147; 
les subj. prés. (conj. II à IV) agant 147, aveignant \^S, fassant 147, 



1. Voy. les conjugaisoDs données dans la grammaire de Pipino. 

2. Archmo stoiico italianOy 4, II (1878) }8i, 382. 



204 y. MEYER 

vendant i $o, siant 14) ; les imp. de l'ind. sentiani, vesiant 149; les imp, 
du subj. aguessant 146, mandessant 149; les condit. devriant, poiriant, 
voaldrianl 146. Au xvii' siècle ces finales sont en on dans les Noêls de 
Cordât : donnon 62, pouorton p. ^ i, et pourton 61 , vuelbon 5 5 creydavon 
6?, aguesson ?! ; la même terminaison, précédée d'i, devient m, cas 
qui a déjà été signalé plus haut, p. 202, n. i, dans avien )i, Jumn 16. 
poudicn } I , îflnVn 25. Je ne suis pas sûr que an ne subsiste pas encore 
en quelque partie du département, notamment vers le N.-E., car M. Aimé 
Giron écrit badavan^ sortian '. 

14. Plus au sud, dans la Lozère, tous les documents, y compris le 
testament de Tévêque Adalbert cité plus haut, ^ i , ont sans exception 
des finales en on ou 0. Parmi ces documents on peut comprendre la Vie 
de sainte Enimie qui, bien qu'elle ait pour auteur un certain Bertran 
de Marseille, n'offre pas les caractères du marseillais, tandis qu'elle a 
ceux qu'on peut reconnaître dans les chartes du Cévaudan. 

15. Dirigeons-nous présentement vers le sud. Nous allons voir la 
finale on se substituer de plus en plus à an dans le Gard, l'Hérault et 
tout le centre de la langue d'oc. Mais an se conserve dans le voisinage 
des Pyrénées et dans l'ouest. 

GARD. 

Coutume d'ALAis ; ind. présent : dcmandon i], pecco 18, pas de 
formes en an ; imparfait : csdevenian 5, venian g, mais podion 1 j ; sub- 
jonctif présent : jasiaa 15, puescan 14, mais aion 4, $, compliscon 6, 
desfasson 25, purlon 5, puescon ], 10, 19. 

Le Caylar, cant. de Vauvert, première moitié du xii« siècle : tollian. 

Sauve, arr. du Vigan (;) kil. 0. de Nimes), 1 168 : aviun et aWon, 
teniun, vendessun, voliun, volriun, vendriun. 

Coutume de Remoulins', texte de ijoo; ind, présent ; baylont, 
ordonont p. 217; subj. : ayon p. 22}, ayont p. 226. 

HÉRAULT. 

L'hésitation n'est pas moindre que dans le Gard, comme on le verra 
par quelques documents choisis dans le grand nombre de ceux que nous 
possédons pour ce département. 

AssAS, 1 1 kil. N. de Montpellier, 148? : trobavon, art. 6»; sie/i (soient) 
art. 21. 



I. Pohics couronnief au centenaire de Saboly, à Api et aux Jeux floraux de Tou- 
louse. Marseille, Olive, 1876, p 1 j. 

i. Rcvuedcs langutf romanes, iV, 217-27. Je cite par page, l'éditeur n'ayant 
pas numéroté les articles. 

j. Revue des I. tom.^ I. Ce texte, o5 les mêmes formules se répètent cons- 
tamment, n'offre pas d'autre exemple i citer. 



I 



I 

I 
I 



I 



* 

I 
I 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 20$ 

BéziERS, chronique de Mascaro, 1347-90. Ce document a pour la 
présenie élude une valeur considérable. D'abord il est assez long pour 
nous fournir un très grand nombre d'exemples. Ensuite il nous est par- 
venu d;ins )a forme la plus authentique, puisqu'il est publié d'après 
l'autographe de Pauteur. Il faut donc que les irrégularités que nous allons 
constater, et qui ne sont pas de simples variétésorthographiques.maisse 
(lisaient sentir dans la prononciation même, aient existé réellement dans 
la langue. Voici d'abord les cas où an étymologique est conservé : imp. 
de l'ind. eslavan 90, 1 14, montavan 8;, occupavan 92, pilliavan 92, rau- 
iifdn 92, tombavan -jc), eran 69, 121, avian 74, 79, 1 r4, 125, remanian 
7j, sosienian 1 14, tenian 92, voiian 85, 104, 1 38 ; cond. : farian 69 ', 
loj, serian \2y, subj. prés. : aian, prcngan i2\, puescan 143, vengarfjx, 
mt-jt, 12}. Voici d'autre part, dans le même ordre, les cas où on se 
substitue à an : balavon, dansavon 74, demandavo 1 12, portavo 129, eron 
71. 116, volio 85, aion 1 rS, 123, ni, puesco 72, 142. Tous les impar- 
bits du subjonctif sont en on ou : aguesso 74, pagucsson 86, tenguesso 
76. Puis, à l'année 1381 fp. 1 19I, nous voyons apparaître pour la pre- 
mière fois dans avien une forme en en dont il a été déjà question précé- 
demment, S§ 9 et 13. 

Gicnac, 25 kil. N.-O. de Montpellier ï. 1465 : aian 292 ; 1470: aion 
39s > 1471 ■ <^'on 12, sian 1 j, 19, 22 ; 1474 : mandon (à l'indic.) 297. 
Montpellier. Je ne cite pas le Mémorial des Nobles : le mélange des 
formes étymologiques et analogiques qui s'y remarque s'expliquerait trop 
aisément par la variété des actes dont il se compose. Mais le même 
mélange, avec une tendance très prononcée vers les formes analogiques, 
s'observe dans des documents offrant plus d'unité, tels que les privilèges 
de la Commune clôture. Je prends mes exemples dans la partie la plus 
ancienne, écrite en 1264? : en an; trian 7, sian 3, 4, poynan 18, 19, 
30. En o/i, prés, de l'ind. : aordenon 20, juron 4, manifeston 3, 20; 
nibj. : iiSion 20, mtton 3, puescon 3, 41, vuelbon 41. 

16. Si ce n'est pas là encore l'uniformité des troisièmes personnes du 
pluriel à finales atones, il s'en faut de peu. L'uniformité complète, nous 
la trouverons., dès les temps les plus anciens, dans le nord de la Haute- 
Garonne, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Lot*, le nord de l'Aveyron, la 

I. Peut bien être un imp. de l'ind., avec r pour z. 

i. Roiu du l. rom., I., 292-8, II, 1 j-22. Je cite par page. 

3. Revue its I. rom.. Il, 91-102. Je cite par articles. 

4. Probablement aussi dans la Corrèze. A la vérité les textes anciens me 
manquent, mais je vois par les Ënigmes limousines qu'a publiées M. l'abbé Roux 
{Rn. des i. lom. 2, IV. 174 et suiv.) qu'actuellement à Tulle et aux environs 
Ici troisièmes personnes du plur. (sauf bien entendu habent, faciunt, va* 
dont) sont uniformément en on. Elles sont en ou dans la Moulinade du P La 



1 



I 



206 p. MEYER 

Lozère. Les Leys d'amors se montrent pleinement favorables à la forme 
unique : « Il est beaucoup mieux, selon l'usage généralement établi en 
a roman, de dire à cette troisième personne du pluriel amo, canto, crido, 
« que aman, cantan, cridan » (II, n^)- Et plus loin les Leys mention- 
nent les deux formes amesso et amcssan, aguesso et aguessan, en donnant 
la préférence à la forme en o (II, 396). Mais on verra plus loin que pour 
l'imparfait les Leys défendent la forme en an. 



i 



I 



17. Plus au sud, dans l'Aude, l'Ariège, la Haute-Garonne et le Gers, 
an domine à peu près exclusivement, au moins dans les temps anciens, 
comme en Provence. 

AUDE. 

Fanjaus ', arr. de Castelnaudari, 1276, (Musée des Arch. dép., n'ço). 
Il n'y a pour notre sujet à relever que des imparfaits et des subjonctifs, 
qui tous sont en an : eran, fasian^ podian, — aian, deveriscan*^ tnqidey- 
ran, estian, fassan, yscan, offran, redan, sian, tengan, vengan, 

LiMOUx, Libertés et coutumes de la ville de Limoux, p. p, Buzairies, 
1851 (trad. du xiV s.?). Cette publication, faite sans aucune connais- 
sance de la langue, de l'écriture ni du sujet, ne se prête pas à un _ 
dépouillement exact. On peut toutefois constater quelques exemples cer- I 
tains du présent de l'indic, qui est en : demanda p. 5 5, uso 64, tandis 
que le présent du subjonctif des conjugaisons II à IV est encore presque 
constamment en an : aian 65, obtengan 4}, puscan 55, sian 4J, mais 
pourtant aion 70. 

Les finales en an sont toutes conservées dans Guittem de la Barra, le 
roman d'Arnaut Vidal de Castelnaudari. Actuellement au contraire, 
toutes ces finales sont en oun, comme dans l'Hérault; voir les para- 
digmes donnés par M. Cantagrel en tête de la Cansou de la Lauseto, par 
Ach. Mir, Montpellier, 1876. 

ARIÈGE. 

Saint-Félix (?), cant. de Tarascon, 1 176 : serian. 

Saverdun, 1327 {Rev. d. l. rom. j, FI, 166] : ind. prés, pagan^ 
jmparf. passavan, avian , subj. prés, fossan ; mais poyrion au condii. 

Foix (?), traduction d'Abulcasis, xiv* s. Rev. d. L rom. I) : gettan p. 15, 

combe (poème composé à Tulle en 1781 et imprimé à la suite de quelques 
exemplaires du Dictionn. du patois bas-limousin de Beronie), mais toute la diffé- 
rence porte sur la consonne finale, et ce qui importe ici c'est simplement de 
constater que la terminaison n'est pas en en comme dans la Doraogne et la 
Haute-Vienne Ivoir le chap. suivant). Du reste M. l'abbé Roux lui-même ne 
parait pas avoir sur ce point d'idées bien arrêtées, car dans une pièce de sa 
composition qui est imprimée dans la Revue des L rom., VII, j^2, il adopte ou 
et dans une autre, publiée dans la même Reyue (2, VI, i?'-)), '' emploie on. 

1. Je ne puis me résigner a admettre l'orthographe officielle Fanjeaux, 

2. Pour devcziscan : nouvel exemple d'r pour /. 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 207 

desacordan, pausan, sofferlan, estiman, caydan p. 505. M. de Tourtoulon 
dit que la langue de ce texte est identique à celle de VElucidari composé 
pour Gaston II, de Foix (1 j 1 5-43!, assertion qui n'est pas exacte en ce 
qui concerne le point qui nous occupe, car je trouve dans l'E/ucii^dn des 
formes en o et non en an, ainsi dans la Chrest. prov. de M. Bartsch, 
j" éd., col. 567-8 : pauzo, porto, parla, sono, vuelho (subj.), et dans 
les Denkmder, p. 62 et 6) : menavo, nomnavo, mezaravo, recito, ero. 
Le compilateur de VElucidari aura peut-être subi quelque influence 
littéraire. 

La finale en on remplace an, tout au nord du département, dans les 
chartes du cartul. de Saint-Pierre de Lézat, voy. n*" ^2 de mon Choix 
d'anciens textes : avion, domanavon, podion. 

GARONNE (HAUTE-). 

Ici, plus encore que dans l'Ariège, on et an se touchent et s'entre- 
mêlent. 

Toulouse, 1221 (Magen et Tholin, n" x") : awan, sian. — Guill. 
Anelier, poème de la guerre de Navarre ; prés, de l'ind. de la i"" conj., 
guerreyan 1206, jogan 758, malmcnan 736, saludan 249 ; imparf., ama- 
van 878, «n/rawn \2^-], gitavjn 609, taihavan 1247, eran 900, 1249, 
disian 1244, /eria/i 484, poiiij/7 7 j 5 , volian 846; condit. simple (ancien 
plus-que-parfait>, degran 810, pogueran 77; condit. agglutiné, puirian 
756 ; prés, du subj. des conjug. II à IV, atendan 572, aujan 714, dejan 
711, fessan 448, foisan 1227, sian 929, ttnguan 204, vengan 374; 
imparf. du subj. anassan 1747, mangessan 774. Le même poème nous 
offre quelques formes en on : prés, de l'ind. delà i"conj., destrujon 
1202, pensson 78; imparf. tenion 176; volion 145, 378'; condit. 
simple, anesson 351, parlesson 466; condit. agglutiné, conquiririon 3J2, 
puirion 352 ; imparf. du subj., anesson 351, parlesson 466. Il y a aussi 
des formes en en : imparf., eren 610 ; prés, du subj. des conj. I! à IV, 
sien 197, 662 ; imparf. du subj., presesen 4J0. — Dans les Ordenansas 
et coustumas del libre blanc (vers 1 5 5^), an étymologique est conservé, 
mais moins d'un siècle plus tard, chez Goudelin, cette finale est rempla- 
cée par on. 

Valesville, canton de Lama, à l'est de Toulouse. Les chartes du 
notaire Raimon Amel, déjà mentionnées au § 2, offrent encore l'an éty- 
mologique, mais un peu plus au nord, à Buzet, à Bessières, à Villemur, 
qui sont à l'extrémité septentrionale du département, an laisse la place 
à un dès les plus anciens documents. 

MoNTSAUNÈs, canton de Salies, arr. et à l'est de Saint-Gaudens, 



I . A ces formes on peut ajouter crediù 2 1 , voUrio 22, ea rime ; cf. dizidn 23 1 , 
également en rime. 



308 



p. MEYER 



Jazian, tiian (itnehanx)'. Montsaunès esl à une trentaine de kilo- 
mètres au S.-O. de Lézal (Ariège) où nous venons de voir que cette 
finale était en on. 

GERS. 

Mauvezin, arr. et à l'est de Lectoure, coutume, trad. de la fin du 
XIV' s. : afermaban, ayan,fossan, poscan, sian, bengan. 

CoNDOM, coutume, i? 14' : ajudan 48, alonguavan, anavan, apurelba- 
van 16, trobavdn 2&, fazian 5, aian 42, melan 28, puscan ^, sian 5, 
auzissan, deguossan ^2. 

Dans les poésies de D'Astros (}• 1649), qui représentent l'état 
du langage dans la Lomagne (Lectoure) au commencement du xvii' 
siècle, ces fmales sont en on : ind. prés, de la i" conj. : daman, man- 
quon, trobon ; imparf. eron ; subj, prés , ajon (habeantl. Ces finales 
ne se confondent pas avec celles qui correspondent à -ent -unt, 
lesquelles sont en oun. Les cas où la terminaison est précédée d'un i 
subissent un traitement paniculier : Vi et le an primitif deviennent en, 
ainsi pouyren qui serait en anc. prov. poirian. C'est un phénomène dont 
on a en gascon des exemples anciens J. 

1 8. Un peu plus à l'ouest, nous retrouvons nos deux formes distribuées 
ainsi qu'à l'extrémité opposée, selon l'étymologie. Seulement une des 
deux s'est modifiée : ce n'est plus on que nous trouvons à c6té de an et 
parfois empiétant sur son domaine, c'est en, que nous avons déjà vu 
faire son apparition à Toulouse, chez Guillem Anelier. 

DORDOGNE. 

Péricubux, 12 ;i : avian, devian, respondessan, mais sapcben (sa- 
piant). 

Canton de Villef ranch e de Lonchapt, 1289 : aian, pusquan^ pogua- 
san, venguessan ■». 

Actuellement ces finales, ou à tout le moins celle du prés, de l'indic. 
de la 1" conjugaison, sont en en : voy. une pièce en patois de Mussi- 
dan, Rev. des l. rom., 2, V, 91, et Ibid., 2, VI, 164, un noêl péri- 
gourdin. 

GIRONDE. 

D'après le livre de la Jurade de Bordeaux, 1402 (. Imparf, de l'ind. : 
armaban 27, entraban 62, eran 46, 62; subj. prés, ayan 24, beyan 8, 
fassan 65, mettan 17, prengan 6, pustjuan 3 ; împ. du subj. fossan ;, 

1 . Luchairc, Êtudts sur Its idiomes pyrénéens, p. 3 1 3-4. 

2. D'après le Musée des Arck. dip., n' 105, cité par articles, 
j. Voy. Romama, III, 4?8, ^ 17. 

4. Voir aussi dans mes Rapports les extraits du m%. [}ouce 162 qui offre 
beaucoup de formes que je retrouve dans les chartes de la Dordogne. 
^. Je cite par pages.^ 



y 



TROISIÈMES PERSONNES PLOR. EN PROVENÇAL 209 

aguossan, degossan 2. Toutefois, la finale en empiète sensiblement : eon- 
taben 62, enbarchaben 45, ayen 7, 14, 1 ^,Jassen 2, etc., etc. 

LANDES. 

Gabarret, n.-e. du département, 1268-9' : valessan I. 59, mais à 
l'imparfait vaUn 1. 57- 

FERCiyiÉ, cant. de Villeneuve-de-Marsan, à l'est du département, 
I3;6' : compran, laisan, ijuitan, mais à l'imparfait ;7or/^vf/i, ayen,deven. 
PYRÉNÉES (BASSES-). 

Vallée d'Ossau (?) ?, Récits béarnais publiés par MM. Lespy et Ray- 
mond, comra. du xv« siècle. Tous les présents de l'ind de la i" conj. 
sont en an : anan 22-*, 32, 38, comensan ^o, àeharan 12, $4, demanan 
20, 28, Icxan 2, peccan 18, sercan }8, troban }8, Quelques imparfaits de 
la même conjugaison sont en an : adoraban, estahan 4; de même tran 
18; mais anaben 28, 42, denhaben jS, entraben 2S,portaben 42, trobaben 
28; aussi crobiben (cooperiebant) 40, eren ^(>,fasen (faciebant) 22, 
ce dernier mot offrant un cas spécial, celui d'un i se trouvant originai- 
rement avant ta terminaison. An est rare au présent du subj. ; aparescan 
12, mais augf/i (audiant) 16, vegen {y \dea.nl) \i, vtii^uen (vivant, 
formé sur le prétérit vixi, *viski), vulhen ('voleant). Il y a à l'imp, 
du subj. tornassan 40, mais plus souvent en : agossen 42, dixosscn ^o, 
42, mostrassen 42. 

Dans les Fors de Béarn, qui sont un peu moins anciens que les Récits, 
la finale an se fait rare. Je citerai le présent demandan 16 i, l'imp. du 
subj. dcclardssan 55, mais nous trouvons pour la première conjugaison 
les présents alleguen ;}, autreyen 16, peleyen 2; ; puis pour les subjonc- 
tifs des conjugaisons II à IV : fassenO, deyen 16, reden, sien 16, l'imparf. 

eren 25, etc. 

VIENNE (HAUTE-). 

Là la terminaison en parait, à l'époque ancienne, avoir tout envahi, 
sauf les imparfaits du subjonctif le trouve à Limoges en 1207 mezesan, 
en {2^j aguessan, requerissait, dtmaniessan, mais eren (1254, 1257) et 
les subjonctifs /d^en, venien (1218), aun (i2)2). De même dans l'an- 
cienne traduction limousine de saint Jean (xii' siècle) : eren, esgardaven, 
cujaven, etc. De même aussi, comme on sait, dans Boëce. Toutefois, 
d'après d'autres textes, il ne parait pas que la finale an ait été entièrement 
expulsée par en, car vers la fin du xiv* siècle, dans le ras. de la coutume 



I. Rômània, III. 440. 

ï. Musie des Archives dipartemcntûles, n* 86. 

3. Voy. la préface, p. xxri, xxiii. 

4. Tous les exemples sont empruntés au t. I. Je cite par pages. 

j. Je prends mes exemples dans les premières pages de l'édition Mazure et 
Hatoudel et je cite par articles. 



Romania, IX 



«4 



210 P. MEYER 

de Limoges de la Bibliothèque nationale (tr. i (3 1 9] on trouve non seule- 
ment aguessaii,poguessan, mais encore les ind. prés, de la première con- 
jugaison /«vd/i, menan, les subj. des conjugaisons II à IV ayan, puechan, 
panichan, ce qui n'empêche qu'il y ait aussi dans les mêmes cas quel- 
ques formes en 0; demando, fol. 6 v°, et en en, aporten, logen (locantl, 
faun (faciant), f. 7, punissen et punisso, f. 7 V, etc. Il règne dans ce 
texte une vraie confusion de formes. Actuellement, par une contradiction 
singulière à l'étal ancien, le patois de Limoges conserve an partout où il 
y a en latin ant, comme on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur les 
conjugaisons données par M. Ruben dans l'étude sur le patois limousin 
qui précède son édition des poésies de Foucaud, p. Lxxxi-xciv. 

19. En catalan on peut constater une assez grande variété. Dans le 
catalan de Barcelone, qui est depuis longtemps devenu le type de 
l'idiome littéraire, an se maintient assez bien à sa place étymologique, 
en correspondant aux finales latines ent et unt. Dans le poème des Sept 
Sagesj dont l'origine est incertaine, la finale an reste au présent de 
l'indicatif des verbes de la première conjugaison, mais elle est supplantée 
par en au subj. prés, des conjugaisons II à IV, à l'imp. du même mode 
dans toutes les conjugaisons, et à l'imp. de l'ind.; voy. Mussafia, pré- 
face à la version catalane des Sept Sages, n*' 86, 87, 95, 99. On voit 
qu'an a perdu là une partie de ses positions étymologiques. Mais dans le 
catalan du Roussillon il les a toutes perdues, et en a tout envahi. Du 
moins les exemples de an étymologique sont-ils extrêmement rares dans 
les textes de ce pays. Il en est de même dans les Baléares : toutes les 
troisièmes personnes du pluriel, quelle que soit leur origine, sont en en 
dans les deux légendes en prose publiées d'après un ms. conservé à 
Palma, et probablement exécuté dans l'Ile, par M. B. Muntaner'. En 
revanche il y a des textes d'où la finale en est complètement bannie, et 
où sa place est occupée par on. De ce nombre est le ms. du roman de 
Blaquema appartenant à M. Piot et que M. Morel-Fatio a décrit dans 
la Romania. Là les deux seules formes usitées sont an et on, employées 
parfois avec peu de régularité, car on y lira, par exemple, venguessjn et 
venguesson à deux lignes d'intervalle {Romania, VI, 5 1 jj- A cet égard, 
comme à d'autres encore, ce texte est plutôt provençal que catalan'. 
L'édition de Valence a partout remplacé an et on par en. 

1. Invcncion del cuerpo de S. Antonio abad e historia de la hijii del Rey de Hun- 

ffnj. Palma, iSyj. — Le mayorc|uin moderne se coir.porterait comme le cata- 
an de Barcelone (c'est-i-dire aurait an étymologique) selon la Gramalica dt la 
Ungua maiioiquina d'Amencual (Palma, is^j). 

2. Dans le texte de Jaufré de Foxa publié dans la précédente livraison de la 
Romania, il y a, à c6lé des terminaisons en en, de nombreuses terminaisons en 
on qui ne peuvent guère s'expliquer que par une influence provençale. Il est 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 211 

20. La finale an n'a pas eu seulement à subir l'invasion souvent viao- 
rieuse de la finale on ou en; elle s'est vue encore supplantée en quelques 
lieui par la finale au étudiée au premier chapitre de cette élude. Dans 
les pays où tiabent, faciunt, vadunt sont devenus au^ /<iu^ vau, nous 
voyons souvent au se substituer à an dans les imparfaits de l'indicatif où 
la terminaison est précédée d'i (conj. 11 à IV), et dans le présent du 
subjonctif d'esser et à^aver où la terminaison est aussi précédée d'un /. 
Ces formes analogiques sont loin d'être récentes, comme il était assez 
lé^me de le supposer à première vue, et comme on l'a en effet sup- 
posé '. Le fait est que je trouve faziau en 1 183 dans une des pièces 
relatives à Uourgne (Tarn) et en 1201 dans une pièce de Rodez, et 
sdiatt à Dourgne en 1)9). Siau est fréquent dans la coutume d'Alais, 
comme l'a déjà remarqué Diez [Gramm., trad,, II, 181, note), où d'ail- 
leurs se rencontre aussi sian (art. 8 et 46, où Beugnot lit siau] et sion ; 
on j trouve aussi faziau (art. 3;). Les Leys confondent dans un même 
blÂme les imparfaits en et ceux en au : « Quelques-uns se trompent à 

• La troisième personne pluriel de l'imparfait, en disant parbvo, esiavo, 
e ritiau, beiiau, manjavo, etc., car on doit àirç parlavan, estavan , rizian, 
« bevian, manjavan » (II, 376). Les Lni excluent également la terminaison 
éa du conditionnel et du subjonctif : « A la ?• pers. plur. du parfait du 
«conditionnel et du plus-que-parfait du subjonctif..., quelques-uns 
« p^hent en disant : cil lugrau et hauriati amat^ où il faut dire hagran 
f Cl liaurian par n » (II, ^96). Et plus loin : « On se trompe quel- 

• quefois au parfait du subjonctif en disant : cilh haiau amat avec u, au 
« lieu qu'il faut dire haian avec n n (II, 402). C'est par une complica- 
ikn inutile que les Leys citent des temps composés au lieu des temps 
simples. Je ne m'explique pas bagrau. Je n'ai jamais rencontré cette 
forme qui, si elle a existé véritablement, se présenterait en des condi- 
tions exceptionnelles, puisque dans ce seul cas au ne serait pas précédé 
d'i. Les imparfaits et conditionnels en au se sont conservés dans le 
patois de l'Aveyron, où on dit bibiau (vivebant), cresiau (credebani) 
«te. », dam le Cantal, /or/aou (faciebani), tenioau (tenebani), aou- 
rioatt, etc. K 



bien possible que Jaufré ait voulu composer en provençal, et que les formes 
âtaUnes soient dues aux copistes. 

1. Rcv. des l. rom 3, II, 77. 

2. Du moins dans le nord de ce département; mes exemples sont empruntés 
i Jalno et Ptefrou par J. Fromen, ouvrage imprimé à Espalion en 1840,61 
doat l'auteur résiaait i Sainte-Geneviève, au N. d'Espalion. 

;. Us Hiaouhii d'un rcipdii, recueil de poésies patoises par J.-B. Veyre, 
îiBtiluleur à Saint-Simon (Cantal). Aurillac, 1860; ces exempks cités sont tirés 
in pages ji, 32, 33. — Ce son est figuré par oue dans la version du livre de 
R«tb par I abbé Laboudcrie, qui était de Chalinargues, arr. de Murât iCantai): 
«•M» ihabebant) I, 6. 



212 



P. MEYER 



Chap. III. — Latin -cnt, -un t. 



2 1 . Nous pourrons, en nous référant aux notions qui précèdent, traiter 
rapidement cette troisième partie de notre sujet. Le fait à relever tout 
d'abord, c'est qu'il n'y a nulle part au midi de la France aucune diffé- 
rence entre les produits des finales latines ent et unt. Le résultat com- 
mun de ces deux finales est on ou o dans une partie de la langue d'oc, 
en dans l'autre, ce qui donne à supposer que dès l'époque préhistorique 
des langues romanes ces deux fmales s'étaient réduites à une seule. 
Etait-ce ent ou unt.'' Je crois que c'était unt. On peut admettre en effet 
que Vu en position de 'debunt se soit conservé dans dnun, devon, 
que, dans une autre partie de la langue d'oc, il se soit affaibli en e, d'où 
lieven', mais il est difficilement admissible que \'e de debentsesoit 
renforcé en u ou o [ferméi. En outre les formes aun, au, ^' pers. plur. 
de l'ind. prés, d'aver, ne peuvent venir d'habent, mais supposent 
nécessairement, ainsi qu'on l'a vu au premier chapitre de cette élude, 
une forme *habunt, "aunt, analogue à vadunt. Tenons donc pour 
assuré, ou au moins pour infiniment probable, que la latinité vulgaire 
remplaçait ent par unt. 



4 



22. La finale on, correspondant à unt (et au latin classique entlest 
constante dans tout l'est et dans tout le centre de la langue d'oc, jusqu'au 
Lot inclusivement. En Lot-et-Garonne on la trouve à Agen. Elle se 
confond avec la finale fi-ançaise -ent entre 46'' et 47" lat. N.; en tout 
cas, au N. de Lyon. Dans la coutume de Saint-Bonnet le Château, au 
S. 0. de Lyon, on trouve fréquemment devunt, poont ; chez Marguerite 
d'Oingt, un peu au N. de Lyon, on a encore beyvont, sintont 41, veont 
^■j,furont (fuerunt) ^, pont {'pot ent] 41, mais déjà pownr 45», 
BOUCHES-DU-RHONE. 

Marseille. Règlement des Prudhommes pêcheurs, 14^1 ; finale unt: 
dison, entendon, venon, voton J p. 62 j fmale ent : tenon p. 62, juron 
(subj. prés.) p. 6j. 

HAUTE-LOIRE. 

Le Puy, document de 1428 inséré dans la chronique d'Etienne 
Médicis ; finale unt: batont, fieront I, 151, sabont 149, venant 148; 
finale ent : debvont 147, 149, pregoni (Subj.), mais podenl 147. 



1. On peut aussi expliquer \'c d'en comme une lettre d'appui, appelée par les 
consonnes finales ni. 

2. Il y a aussi p. 4$ et ailleurs volent, mais dans le ms. tn est abrégé, 
j. Ce verbe se rattacherait mieui à la 2' conjugaison latine, mais peu 

importe, puisque le résultat doit être le même. 




TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 21 3 

LOT. 

GiHORS. Registre de 127S; finale uni : vendo i finale ent : auzo 
(labi.), éeyo, teno. 

LOT-ET-GARONNE. 

Agen. chartes de 1 197, 1218, 123^, 1239, 1242, 1248; finale unt: 
volo, agro. autreuro, fera, fow, marquera; finale ent : aperteno, devo, 
solo, teno, et les subjonctifs amo, dono, garda, ondro '. 



• 



2^. La finale en correspondant au laiin ent, unt, règne dans les pays 
gascons et béarnais (S.-O. du Lot-et-Garonne, Gironde, Landes, Gers, 
Basses-Pyrénées, S. de la Haute-Garonne}, dans la Dordogne et ta 
Haute-Vienne >. Les documents gascons et béarnais sont si nortibreux 
et, grâce aux publications faites à Bordeaux et à Pau, si accessibles, que 
je me dispenserai d'en citer aucun '. Les textes sont beaucoup moins 
conimuns pour les parties du Gers, de la Haute-Garonne, de l'Ariôge, 
où on et en se trouvent en contact, de sorte que je ne puis me repré- 
senter que d'une manière assez vague la limite entre ces deux formes. 
Je remarque toutefois que Condom est l'un de leurs points de ren- 
contre. On lit dans la coutume de cette ville (1^14) : aparienon j, 
devon 1,12, tntenon 16, 17, podon 17, volon 16; mais entenen 5, voUn 
16, 44, tous présents de l'indicatif; au subjonctif des verbes de la 
première conjugaison, c'est en qui règne: amparen, serqutn, tornen 10. 
Dans les Hautes-Pyrénées, à Bagnères de Bigorre, je trouve en 1 260 < 
Mon et bolen ('volent). A Montsaunès, tout près de Salies du Salât, 
dans le sud de la Haute-Garonne, en, provenant du latin ent, unt, 
parait constant: dans des chartes de [ 179, j2;j, 12^6 1, on lit deven, 
arceberen, permeteren. A Saint-Bertrand de Comminges, en est actuelle- 
ment encore la finale usitée dans le même cas : bujen (fugiunt) pour- 
tirtn, passe ren, troubèren, courreren, etc., p. 11 des Massouquets de Scnt- 
Bmh, per Bictor Cazos (Victor Gazes), Saint-Gaudens [1851], in-8°. 



1. Fortn (fuerant) dans une pièce de 1240 (Magen et Thoiin, n" 34) dont 
Pai le fac-similé sous les yeux, mais il y a des raisons de croire qu'elle a été 
(crite i Marmande ou à La Réole. Une autre pièce, certainement rédigée i 
A|;en (iW. n- 3I offre voUn find.| donen (subj), exception dont je ne puis me 
Ttsàrt compte qu'en supposant que le scribe n'était pas d'origine agenaise. 

1. Aussi dans les pavs catalans. 

;. Pour le Béam, fe me bornerai à noter la substitution, en certains cas 
dont je ne me rends pas bien compte, de in à en. Ainsi dans les Ricits bcamah : 
t\itsUn (adjuxtent) 8, txin (exeunt) 20, 42, tenin (tenenl) 11. PoJin, debin, 
4adat sont constants dans les Fors oii on trouve même responm jrespondeant) 
par analogie aux subjonctifs de la première conjugaison. Sauf ces exceptions et 
qoeiques autres encore, c'est toujours en qui répond au latin ent, unt. 

4. Miisét des arcknes dèparlemenules, p. 170. 

y Luchaire, Êtudtt sur les idiomes pjritiàns, pp. ^11-4. 




214 P- MEYER 

Je vais citer quelques exemples pour la Dordogne, la Haute-Vienne 
et la Creuse. 

DORDOGNE. 

Pébigueux, 1231 : autreeren, tenguen ; 1287 : auîrceren, dtvtstirtn, 
promezen, quiteren, rcconoguen, tenguen, venderen ; canton de Ville- 
franche DE LoNCHAPT, 1 289 : ttnen, volen, manderen, promezen. 
HAUTE-VIENNE. 

Limoges, 1207 : saelleren ; — Solignac, canton de Limoges, 1218 : 
deven, parleren, etc. — Dans la coutume de Limoges citée au § 18, 
c'est en qui domine quoiqu'il y ait quelques exemples d'o ; ainsi Tequero^ 
f. 6 v. 

CREUSE. 

Merignat, cant. de Bourganeuf, fin du xii' siècle : autreeren, done- 
ren,feiren, lauertn. A quarante kil. à l'est, reparaissent, dans la coutume 
de Chenerailles. les finales en on, souvent écrites ont. Elles y répondent 
aussi bien aux terminaisons latines eni, unt [apartenont, devant, foron, 
remanont, volant, etc.) qu'à la terminaison ant (le subj. prés, faaon, 
les imparfaits /jzion/, iwiont, ventant; les condit. estarion, penriont). 
Pourtant on y trouve encore quelques exemples isolés de en, correspon- 
dant, soit au latin ant (puesclien, subj. prés. p. 17)), soit à ent ou unt 
[devent, podent^ p. 172). 



En résumé : 

\° La terminaison latine unt, à laquelle a été de bonne heure assimilée 
la terminaison ent, se continue dans la plus grande partie de la langue 
d'oc sous la forme un (dans les plus anciens textes), on ou 0. Dans les 
pays gascons et limousins, elle se continue sous la forme en (chap. II!). 

2° Exceptionnellement, habent, faciunt, vadunt, après avoir 
passé par une forme jun, /au/i, vaun, dont on trouve quelques exemples 
jusqu'au xiir siècle, subsistent plus ou moins tardivement selon les lieux, 
dans le centre de la langue d'oc, c'est-à-dire dans l'Aveyron et pays 
circonvoisins, sous les formes au, fau, mu, tandis qu'ailleurs régnent les 
formes <jn,/a/i, van fchap. I;. 

5" La finale latine ant se conserve sous la forme an sur la rive occi- 
dentale du Rhône, jusque vers la fin du xv siècle, époque où elle est 
peu à peu éliminée par la finale on. La même substitution a lieu à une 
époque beaucoup plus ancienne à l'ouest du Rhône, en certains pays 
avant l'apparition des documents. Dans les pays gascons et limousins, 
l'élimination de la finale an se fait au profit de la finale en (chap. II). 



TROISIÈMES PERSONNES PLUR. EN PROVENÇAL 21 5 

Pour faciliter l'usage du présent mémoire, j'y joins une table des 
départements pour lesquels j'ai cité des documents, soit anciens soit 
modernes, d'origine certaine. Cette table renvoie aux paragraphes numé- 
rotés en chiffres arabes. Les §§ i-6 sont consacrés aux continuations de 
babent (par conséquent aux futurs], vadunt, faciunt, les §§ 7-20 à 
la finale ant , les §§ 2 1-23 à la finale ent. 



Alpes (Basses-), 2. 

Alpes (Hautes-), 5. 

Alpes-Maritimes, 2. 

Ariège, 17. 

Aude, 17. 

AvEYRON, 2, 20. 

Bouches-du-Rhône, 7, 8, 9, 22. 

Cantal, 2, 20. 

GïRRÈZE, 3, 16 (note). 

Creuse, 23. 

dordogne, 3, 18, 23. 

Drôme, 5, 10. 

Gard, 2, 15, 20. 

Garonne (Haute-), 2, 17, 23. 

Gers, 17, 23. 

Gironde, 18. 

Hérault, 2, 15. 



Landes, 18. 
Loire, 5, m, 22. 
Loire (Haute-), 13, 22. 
Lot, 2, 22. 

Lot-et-Garonne, 2, 22. 
Lozère, 2, 14. 
Pyrénées (Basses-), 18. 
Pyrénées (Hautes-), 23. 
Pyrénées-Orientales, 19. 
Rhône, 11, 22. 
Savoie, 5, 12. 
Tarn, 2, 3, 20. 
Tarn-et-Garonne, 2. 
Vaucluse, 6, 10. 
Vienne, 5. 
Vienne (Haute-), 18, 23. 

Paul Meyer. 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL. 



I. — Les Congés de Jean Bodel, publiés pour la première fois par 
Méon <, forment un petit poème de 492 vers intéressant au double point 
de vue historique et philologique. Ce poème, dont la langue et la verù- 
iication méritent d'être étudiées, nous donne en outre sur son auteur et 
sur une partie de la société artésienne du commencement du xiii* siècle 
de précieux renseignements. 

Le peu que nous savons de la vie de Jean Bodel, c'est en effet dans 
les Congés que nous l'apprenons. Natif d'Arras, poète de profession, 
attaché peut-être au service de l'échevinage *, Bodel était l'ami et sur- 
tout l'obligé des plus gros bourgeois de la ville. En 120$ il devait se 
croiser et partir pour la terre sainte ; son voyage était décidé, ses com- 
pagnons étaient choisis, mais au dernier moment il fut forcé de renoncer 
au pèlerinage. Atteint depuis longtemps déjà de la lèpre, et, malgré cette 
maladie' qu'il avait jusque-là repose (v. i j i), reçu et choyé encore par 
ses amis qui, nous dit-il (v. 60), le souffrirent 
Moitié sain et moitié pori, 

Bodel fut contraint d'abandonner son projet et de laisser partir sans 
lui Baude, Tumas, Waignet et Vaast Hukedeu. Bientôt devenu un 
objet de répulsion pour tous, le poète lépreux, le mesel, dut même 
s'éloigner de la société des hommes et vivre à l'écart. Il demanda alors 
congié à ceux qui l'avaient toujours aimé et secouru, et leur adressa ses 
adieux dans le petit poème que nous publions ; c'était en même temps 
une occasion de se rappeler à la générosité de ses protecteurs et de 

1. Fabliaux et contes (1808) I, 135-1^2. 

2. Voy. y. 480. 

}. Ne doit-on pas voir dans le v. 186 où Bodel nous parle de vivres gâtés, 
à'en/erme viande, une allusion à la cause de sa maladie? 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 217 

réclamer auprès de la municipalité d'Arras la faveur d'être admis dans 
une des léproseries où elle avait droit de faire recevoir des malades. 
Bodel obtint-il ce qu'il voulait, et finit-il ses jours à Meulan ou à 
Beaurains ' ? Cela est fort probable ; c'est du moins la meilleure 
manière d'expliquer l'allusion faite plus tard au jief de Jean Bodel par 
Baude Fastol, poète artésien lui aussi et lui aussi lépreux '. Comme 
Bodel, Baude Fastol remercie les échevins d'Arras, qui 

ont trouvé un brief 

Ke je doi recevoir le fief 

Ki vient de par Jehan Bodel. 

Ce ^(/ était sans doute la place, le lit, comme on dirait de nos jours, 
qu'occupait Bodel dans une des léproseries citées plus haut et que Fas- 
tol, après la mort de son confrère, demandait à occuper à son tour. 
Malheureusement le lieu certain de la retraite de Jean Bodel et de Baude 
Fastol ne nous a été jusqu'ici révélé par aucun document. Il est singulier 
et triste en tout cas que sur les trois poèmes artésiens qui nous sont par- 
venus sous forme de Congés, deux soient conçus et composés dans les 
mêmes circonstances par des poètes affligés de la même maladie ; ajou- 
tons que Fastol n'a fait qu'imiter Bodel. Adan de la Haie au contraire, 
l'auteur du troisième Congés, a écrit ses vers dans une tout autre situa- 
tion de corps et d'esprit : en quittant sa ville natale pour suivre en 
Italie Robert d'Artois, c'est une apostrophe sanglante qu'il lance à 

Aras, vile de plait 

Et de haine et de detrail. 

Dans les Congés, comme aussi dans une autre de ses œuvres, le Jeu 
Saint Nicolas^, Bodel a le ton populaire et familier; son langage pitto- 
resque et fécond en locutions imagées emprunte souvent ses expres- 
sions au domaine du jeu et des cabarets; l'idée est parfois difficile à 
comprendre, surtout lorsque le trouvère, comme dans certaines scènes 
du Jeu Saint Nicolas, fait parler l'argot à ses personnages. Tout autres 
sont la langue et le style de la Chanson des Saisnes !, poème châtié et 



I. Voy. v. 167. 

1, Méon, Fabliaux et contes I, 119. 

j. Mèon, Fabliaux et conta I, 106-1 1 1, et Cousseinaker, Œuvres d'Adam de 
la Halle, p. 27^-279. 

4. Publié par MM. Monmerqué et Fr. Michel dans le Théâtre français au 
moyen Aee (1859), p. 162 .207. 

5. Publiée en 2 vol. frSjg) par M. Fr. Michel d'après \ mss. : le ms. de 
Sir Thomas Phillipps aujourd'hui à Cheltenham (anc. ms. Lacabane), le ms. de 
la Bibl. nat. fr. ^68 lanc. 6985) et le ms. de l'Arsenal 5142 (anc. B. L. F. 
17p. Il faut ajouter à ces trois mss. un quatrième appartenant â la bibl. de 
l'université de Turin, que M. M. n'a connu que postérieurement et oui est de 
la même famille que le ms. Lacabane. M. M. a suivi dans son édition les leçons 
du ms. Lacabane et a mis en notes les variantes des deux autres jusqu'à la 



4 



2l8 G. RAYNAUD 

correct, qu'on attribue ordinairement à Bodel. Cette attribution est-elle 
juste P C'est là une question que nous ne voulons pas trancher aujour- ■ 
d'hui ' d'une façon définitive, mais dont l'examen mérite attention. Cons- ' 
talons seulement que la langue de la Chanson des Saisnes semble moins 
archaïque, et que le vocalisme, tel qu'il ressort des rimes du poème, est 
souvent différent de celui que nous fournissent les rimes des Congés et 
du Jeu Saint Nicolas ^. Ces raisons ont fait que, pour l'établissement du 
texte des Congés, nous nous sommes abstenu de tenir compte de la 
Chamon des Saisnes ; car ce poème, même s'il a pour auteur Jean Bodel, 
dont il porte le nom », a bien pu être remanié d'une façon grave. 

Une question du même genre se pose au sujet de la paternité d'un 
certain nombre de fableaux. Jean Bodel est-il le même que Jean Bedel, 
le rimeur de fableaux, cité à la fin du Sohait desvé *, et l'auteur probable ■ 
des neuf pièces attribuées autrefois par contresens à Jean de Boves t ? 
La chose nous parait assez vraisemblable *, et le scribe du ms. de Berne 7 
auquel est emprunté le fableau dont il s'agit n'est pas assez soigneux ■ 
pour qu'on ne puisse le rendre responsable d'un changement d'o en e. 
Mais dans le doute, cette fois encore nous avons laissé de côté les 
fableaux, nous en tenant pour notre texte à la comparaison des rimes 
des Congés et du Jeu de Saint Nicolas, 

Quant aux Pastourelles attribuées à Bodel *, et qui sont bien certaine- 
page 245 du tome I, où, remarquant une divergence entre les deux familles, il 
n'a plus donné jusqu'à la fin que le texte de son manuscrit. Il n'a pas vu que le 
panllélisme des deux familles ne cesse que pour un instant, et qu'a partir de la 
page 99 du tome II tes variantes des autres mss. auraient pu £tre notées de 
nouveau. 

1. Nous nous proposons de publier bientôt ce poème, d'après les quatre mss. 
connus. 

2. C'est ainsi par exemple que la Chanson des Saisnes confond aine et aient, 
qui sont toujours distincts dans les Congés ; ou se montre partout dans le poème 
aux rimes qui, dans les Congés, demandent eu (voy. ci-dessous, p. 229); nous 
avons encore relevé quelques autres divergences en étudiant plus loin la langue 
des Congés. 

}. Le ms. Lacabane et le ms. fr. j68 ont la forme Bordions^ ce qui pourrait 
bien être le vrai nom du poète. Comme nous l'avons déjà montré, l'r tombe 
facilement en picard devant la consonne suivanle {Et. sur le àial. pic. p. 97 ; cf. 
aussi W. Fœrster, U chev. as deus esp. Introd. p. xlix): la forme picarde bodel 
peut donc très bien représenter le français bordel. 

4. Méon, Nouveau recueil I, 299, 

5. Méon, Fabl. etcont. III, 197, et Recueil des fabliaux, p. p. A. de Montai- 
glon et G. Raynaud, I, 1 ^;. 

6.. C'est aussi l'opinion de M. Fr. Michel (Thiâlre Jrançais au moyen dgc, 
p. 660). Cf. Htst. lut., XXIII, 115. 

7. Ms. U4, fol. 100 V à 102 V*. 

8. Ces Paslourtltes, qui nous ont été conservées par deux mss. de la Bibl. 
nat. (fr. 844 et 12615), sont au nombre de quatre et non de cinq, comme le veut 
M. P. Pans (Hijf. litt. XX, 61 ;-6i6) ; elles ont été publiées en dernier lieu par 
K. Barlsch, Rom. et pasi. p. 287-291. 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 2I9 

ment son œuvre, nous ne les avons pas non plus utilisées : ces poésies, 
gracieuses et légères comme toutes celles du même genre, n'ont pour 
nous d'autre avantage que de fournir la date approximative de leur 
composition. Une allusion à certains troubles des Flandres au commen- 
cement du règne de Philippe-Auguste ' nous reporte sans doute à 
l'année 1 187, qui concorde parfaitement pour cette période de la vie de 
Bodel avec l'année 1205 dont nous avons parlé plus haut. Cette date de 
120) mérite d'être expliquée, et n'a pas toujours été admise par les bio- 
graphes, qui ont fait de Bodel un poète du milieu et même de la seconde 
moitié duNiii* siècle. C'était là Fopinion d'A. Dinaux' ; elle a été vic- 
torieusement réfutée par M. P. Paris, qui, invoquant en faveur de sa 
thèse la présence dans les Congés d'Ansti de Biaumont (v. 160) et de 
Maliaut, dame de Tenremonde, avoeresse de Betune (v. 465-465), a prouvé 
que la pièce n'est pas postérieure à 1 205 î. Nous avons d'autre part la 
preuve qu'elle ne peut être antérieure à 1 204. 

Celte preuve, nous la trouvons dans le Registre de la confrérie des jon- 
gleurs et bourgeois d'Arras, conservé manuscrite la Bibliothèque nationale 
de Paris (fonds fr. 8541, anc. suppl. fr. 5441I, où sont mentionnés 
année par année depuis 1 194, aux trois termes de la Purification, de la 
Pentecôte et de la Saint-Remi, les noms des nouveaux adhérents. Jean 
Bodel ne figure pas dans ce registre; son entrée dans la confrérie 
remonte évidemment ù une époque antérieure à 1 194. Nous y voyons 
au contraire inscrit le nom de Rabuin Raol, à la date de 1204, Ce Raol 
fijfcuin n'est autre que !e gentil maire, traité de confrère (v. 2?l) par 
Bodel. Nous constatons ici que cette confraternité n'a pu exister qu'à 
partir de 1 204; nous admettons de plus avec M. P. Paris que les Congés 
ne sont pas postérieurs à 1205 : la date de leur composition est donc 
bien fixée à l'année 1205. 



II. Personnages. — Les noms propres sont nombreux dans les Congés 
de Bodel ; mais les personnages qu'ils désignent ont peu marqué dans 
l'histoire, et sauf quelques exceptions comme la dame de Tenremonde et 
Ansel de Beaumont, parent de Wibert et de Mahiu (v. 160 et l6j), 
ce n'est guère que par hasard qu'on peut rencontrer dans les pièces 
d'archives les noms ignorés aujourd'hui des bourgeois d'Arras, amis de 
notre trouvère. Nous avons cependant parcouru avec soin tous les docu- 
ments manuscrits ou imprimés où nous avions chance de trouver trace 
de ces noms, entre autres l'Inventaire chronologiijue des chartes de la ville 
iPArras publié par M. Guesnon, dont l'édition n'a pas paru, mais dont 

1. Voy. P. Paris, Hist. litt. XX, 616, 

2. Trombes arUsitns, p. 260-261 . 

3. Hut. litt. XX, 610-61 1 et 795-796. 



G. RAYMAUD 

en bonnes feuilles a été mis graciçusement à notre dispo- 
wàom pv H. Léopold Deiisle \ malheureusement la plupart de ces docu- 
flMiMS se rapportent à des époques postérieures à celle qui nous intéresse. 
Deox volumes ont été principalement utilisés par nous : c'est d'abord le 
CartÊlâirt de Vnbhaye de Saint-Vaast d'Arras, rédigé au xii'' siècle par 
CanMon, et publié par M. Van Drivai, en 187$ ; ce volume donne 
pour \â période comprise entre 1 1 70 et 1192 les noms des tenanciers de 
l'ïdbbaye mous le désignons par Cart.). C'est en second lieu le Registre, 
défà indiqué, de la confrérie des jongleurs et bourgeois d'Arras; ce ms. 
fournit pour chaque nom une date précise (nous le représentons par Reg.) . 

A côté du nom de Raol Ravuïn, le gentil maire qui devait bientôt 
avoir pour successeur Belin, les noms les plus considérables cités 
par Bodcl sont certainement ceux des Piédargent et des Locart, dont les 
tunilles étaient alors puissantes et riches. Les mentions de Piédargent 
<ûnt fréquentes dans le Registre de 1 1 94 à 1 io6 ; et le Robert Piedar- 
f/tat (v. )4< • ^'£* ' '9^) ^"' P*"^ pour la croisade apparaît dans le Car- 
lubire (p. 202); Aliaume [v. ji^) figure dans le Cartutaire (p. 204). 
Quant à Robert Locart [v. 1^5) dont nous avons la mention en 1206 
(UibI nat. ms. lat. 9910), nous le voyons payer à l'abbaye de Sainl- 
Waast un cens de six deniers [Cart. p. 204). Trois Locart sont connus 
d« Baude Fastol iCong. v. 158-1 jg) ; au commencement du xiv siècle 
Il ti Î-IÎ47I l<^s noms répandus de Gilon, Sauvale, Adan et Englebert 
Louchart < montrent qu'encore à cette époque cette famille était des 
plus importantes. 

D'autres bourgeois encore ont leur nom rappelé par Bodel. Ce sont 
pour la plupart des bienfaiteurs du poète, qui les remercie : Henri le 
Scir (v. 169, Reg. 1202), dont la famille resta célèbre [Cart. p. 2ot, 
jjo et h8> ; Baude Wisiernave (v. 182), sans doute fort jeune en 120$ 
et mentionné en 1 240 dans le Registre comme non clericus ; Robert Werri 
^, i4{}. échcvin entre 1 170 et 1 192 (Cart. p. 209) ; Waast Hukedeu 
^. 90, Rtg. «194), qui partit pour la terre sainte; Waignel (v. 421), 
^ui lui aussi se croisa, peut-être le même que Urso Caigncs [Reg. 1 199); 
(jnAttd'Rsfaigrteiy. 388, ««g. \2o^)\ Robert Cosset[v. 109, Cart. p. 210), 
dont MAhia |v. 1 10) est sans doute le frère et Marguerite {Reg. 120}) 
laMunei Johan Bosket, le plus a main à Bodel (v. i6U dont la femme 
t«l drte {Rtg. lî}7l ; les al Dent (v. 20 j et 446, Reg. 1 195, Cart. 
|U Ml) et les Vrtdiert (v. 291 et 293, Reg. 1209. Cong. de Baud. Fast. 
Vk M4-i)6), («milles nombreuses dont nous retrouvons quelques 
i d bt t» épiixi. 



t. OtwniawKJ SUT rkhevinage de la ville d'Arras, par C. de Wtgnacourt 



LES CONGÉS DE JEAN BODEU 231 

Dans ses adieux, Bodel a soin de n'oublier ni les marchands, qui lui 
om/d/f maint hien, Pieron Wasket (v. 220) et Simon Durant (v. 224), ni 
son médecin Jofroi (v. )02), qui sut si bien lui rotsnier et fendre la teste, 
ni surout les jongleurs et trouvères, ses confrères en poésie : Warin 
(V. 241!, qui est appelé li jogkre {Reg. 1204) et est peut-être le même 
que l'auteur d'un assez grand nombre de fableaux ; Renaut de Biauvais 
(v. 409), dont Bodel fait un grand éloge ; Huon de Saint-Omer, caste- 
tain d'Arras (v. 194), qui devait se croiser bientôt; Bauduïn Fastol 
(v. J25) enfin, l'auteur futur des autres Congés, et qu'il ne faut pas con- 
fondre avec Baude, qui tos autres canpions vaint (v. 2(4). Ce dernier 
évidemment s'appelait Baude des Canpions et devait être de la famille 
de cet autre Baude Fastol des Canpions dont nous trouvons le nom en 
I ji j ' ; le vers 254 des Congés n'est qu'un jeu de mots. C'est encore, 
croyons-nous, par un jeu de mots qu'on peut expliquer les v. 107-108, 
où Bodel nous dit à propos de croisade que le Sarrazin qu'il haïssait tant 
est mon ; ce Sarrazin serait non pas un infidèle, mais un nommé Sara- 
sia, peut-être Roger [Can. p. 57 1), peut-être Tiebaut {Cart. p. 20 j), 
ennemi très chrétien de Bodel. Une dernière allusion faite à Btrtel (v. 7^) 
se rapporte, comme nous l'avons montré », non pas au trouvère Jean 
Bretel, mais à son père ou à son aïeul. 

A tous ces noms ajoutons pour épuiser la liste du trouvère ceux que 
nous n'avons pu retrouver ailleurs : Simon Disier (v. ^7), dont la ban- 
nière porte le nom de Passe avant ; Bauduin Sotemont (v. 51); Tiebaut de 
U Piere (v. 61), parent sans doute du trouvère Guilebert de le Piere et 
de Guillaume de le Piere {Cart. p. 210); Mahiu le Fort [V. 295), parent 
de Huon le Fort {Cart. p. 200) ; le Monoier (v. 397), sans doute Gerart 
le Monoier (homme de l'abbaye de Saint- Waast dans le Cart. p. 334) ; 
Waubertle Clac (v. }7}), de la même famille que Henri le Clerc {Reg. 
1 194I ; Nicole le Carpentier (v. 4^3), le compaia de Bodel ; Wibert de te 
Sale (v. 89); Gerart Joie (v. J72), à propos duquel le poète fait un 
nouveau jeu de mots; Baude Bolart (v. 278) ; Berart (v. 265), et finale- 
ment le castelain de Biaumés (v. 1 24). 

m. Manuscrits. — Les manuscrits des Congés^ sont au nombre de 
sept : trois appartiennent à la Bibliothèque nationale de Paris, deux à 
b bibliothèque de l'Arsenal, le sixième à la bibliothèque de Bourgogne 
k Bruxelles, et le dernier à la bibliothèque de l'université de Turin. 



I. Ibid. p. 133. 

1. Voy. Si*/, dt CÉc. des ch., XLI, 201-j. 

j. Nous disons Us Congis et non h Congé, car telle est la forme adoptée 

Ear le plus grand nombre de mss. Le ms. B a la mention de Us dis, le ms. F 
! éu; le nu. E a l'incipit : Cal li tongiis, et l'explicit : le dit. 



m C. RAYNAUD 

Nous donnons une courte description de ces mss., que nous désignons 
ici et dans les variantes du texte par les sept premières lettres de Tal- 
phabet. 

A. — B. N. fir. }75 (anc. 6987I fol. 162 t/ à [6\ d. Ms. sur vélin du 
XIII* siècle, qui présente des formes picardes et contient 41 strophes 
dans un ordre particulier. Ce ms. a servi de base à l'édition de Méon. 

B. — Bibl. de l'Arsenal ;i 14 (anc. B. L. F. 60} foi. i a k ; c. Ms. 
sur vélin, du xiii* siècle, qui n'a que 57 strophes dans un ordre nouveau. 
Ms. utilisé par Méon. 

C. — Bibl. de l'Arsenal ^142 {anc. B. L. F. 175), fol. 227 a à 229a. 
Ms. sur vélin du xiii" siècle, comptant 45 strophes, dont les quatre der- 
nières sont ajoutées à tort, dans un ordre particulier. Ms. inconnu à 
Méon. 

D. — B. N. fr. 8î7 (anc. 721 SI, fol. 60c à 62 d. Ms. sur vélin du 
xtn' siècle, dont le texte en dialecte français est assez correct, et qui 
contient 59 strophes dans le même ordre que celles de C en n'y com- 
prenant pas les deux qui manquent. Ms. utilisé par Méon. 

E. — Bibl. royale de Bruxelles, ms. portant les n** 9411-9426, 
fol. 90 à 9} ^= n" 9421). Ms. sur vélin du xiii' siècle, dont le texte 
présente un certain nombre de formes picardes du nord ; il compte 
41 strophes, dont 39 sont les mêmes que celles de D, et deux ajoutées 
par un copiste. Ce ms., qui était à la Bibliothèque nationale de Paris en 
1808 et portait dans la série des mss. provenant de Belgique le n* 128, 
a été connu et utilisé par Méon. 

F. — Bibl. de l'université de Turin, fr. 154 (anc. L. V. J2), fol. 
461^ à 49 £. Ce ms. sur vélin du xiir siècle est une mauvaise copie d'un 
ms. de la famille du ms. E, dont il reproduit toutes les particularités, 
sous la plume d'un copiste ignorant et inintelligent. Ms. inconnu à Méon. 

G. — B. N, fr. 2Sî66 (anc. La Vall. 81 j fol. 280 c à 28J a. Ce ms, 
qui offre certaines formes picardes est incomplet : un feuillet manque 
entre le fol. 281 et le foi. 282. Chaque colonne du ms. comptant 
Î4 vers, il manque donc quatre fois ^4 vers, c'est-à-dire 1 }6, ce qui 
représente 10 strophes de 12 vers (^ 120), auxquelles il faut ajouter 
6 vers pour achever la strophe terminant le fol. 281 et 10 vers pour 
compléter celle qui commence le fol. 282 : l'ensemble des strophes exis- 
tant ou remplacées est ainsi de 41, dans un ordre nouveau. Ms. utilisé 
par Méon. 

Pour classer ces manuscrits, on peut tenir compte d'abord de l'ordre 
dans lequel ils présentent les strophes. Cet ordre varie d'une manière 
extrêmement frappante : il est le même dans C D E F, mais il diffère 
^complètement dans A, dans B et dans G. Les deux tableaux ci-dessous 
permettront de se rendre compte de ces différences. Dans le premier, 



I 
I 



I 
I 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 23) 

ks strophes étant rangées dans l'ordre que leur assignent les manuscrits 
C D E F, la place que chacune d'elles occupe dans A, B, G est marquée 
par un chiffre ; dans le second, les strophes sont rangées dans l'ordre 
qu'elles occupent dans chacun des mss. A, B, G, et marquées du chitTre 
romain qui indique leur place dans C O E F. 



Éd. 


Méon 




Éd. 


Méon 


CDEF 


A 


B G 


CDEF 


A B G 


1 




1 1 


XIII 


7 M »' 


II 




1 1 


XIV 


54 '6 » 


ni 




î î 


XV 


9 17 • 


IV 




4 4 


XV!» 


jz/nf. jo 


V 




S S 


XVII 


}8 27 57 
10 18 1 i 


VI 


i8 


6 6 


XVIII 


VII 


21 


7 7 


XIX 


27 28 31 


vm 


J7 


10 36 


XX 


24 29 10 


IX 


1} 


Il 9 


XXI 


12 30 II 


X 


1 1 


12 .7 
1? ;8 


XXII ï 


2imq. * 


XI 


?6 


XXIIl 


8 ji » 


XII 


29 


14 28 


XXIV 


)0 22 )J 



Éd. M^on 


Éd. 


M6ort 


CDEF ABC 


CDEF 


A B G 


XXV 28 IX 29 


XXXVII 


'7 54 '4 


XXVI H M H 


XXXVIII 


5' 5S 5$ 


XXVII 26 2C 12 


XXXI X 


39«m^. 40 


XXVIII 2j 26 16 


XL 


40 }6 39 


XXIX 2s 8 • 


XLP 


4'' 57 4' 


XXX 19 9 8 










XXXI 5j 19 . 


42 





XXXII 14 20 II 


4} 





XXXIIl 6mj. . 


44 


— . 


XXXIV 20 21 • 


4^' 


. — 


XXXV 16 }j 12 


46 


427 


XXXVl it )} 13 


47" 


45 ^ 



A 

1. I 

2. II 

3. m 

4. IV 
}• V 

6. XXXIII 

7. XIII 

8. xxm 

9. XV 

10. VIII 

11. X 

12. XXI 

13. IX 

14. XXXII 
IV XXXVl 
lé. XXXV 
17. XXXVII 

lé. VI 

19. XXX 
Jo. XXXIV 

ai. VII 



G 

I 

II 

III 

IV 

V 

VI 

Vil 

XXX 

IX 

XX 

XXXII 

XXXV 

XXXVI 

XXXVIl 

XVIII 

XXVIII 

X 



A 

XXII 
XXVIII 
XX 
XXIX 

xxvn 

XIX 
XXV 

XII 

XXIV 

XXXVIII 

XVI 

XXXI 

XIV 

XXVI 

XI 

VIII 

XVII 

XXXIX 

XL 

XLI 



B 
XXIV 
XXV 
XXVI 
XXVII 
XXVIII 
XVII 
XIX 
XX 
XXI 
XXllI 
XXXV 
XXXVI 
XXXVIl 
XXXVIII 
XL 
XLI 
(XVI) 
(XXII) 
(XXXIII) 
(XXXIX) 



XII 
XXV 

XVI 

XIX 

XXVII 

XXIV 

XXVI 

XXXVIII 

vm 

XVII 
XI 
XL 
XXX IX 

XLI 



1. Cette strophe et toutes celles qui sont marquées de guillemets manquent 
dans G par suite de l'arrachement d'un feuillet. 

2. Cette strophe n'existe pas dans x' |:= D E F). 
}. Cette strophe n'existe pas dans «' (= D E F). 

4, Cette strophe et la suivante sont interverties dans le texte de Méon. 
I,. Les strophes XVI et XXII manquant dans D E F, ces trois mss. n'ont 
que 39 stroplies. 

6. Les 4 strophes 42-4} sont ajouties par C. 

7. C^tte strophe et la suivante, qui n'existent pas dans A, ont été emprun- 
tées par Méon au ms. E. 

8. Cette strophe et la précédente sont ajoutées par E F. 



224 C* f^VNAUD 

L'ordre suivi dans C D E F nous a paru le meilleur, et c'est celui 
que nous adoptons dans l'édition. Des trois mss. divergents, il en est 
un dont l'ordre, comme on le voit par le second de nos tableaux, se 
rapproche beaucoup de celui de C D E F ; c'est B : il offre en eifei, 
outre l'accord des sept strophes initiales et des sept strophes finales (en 
y comprenant XXX IX qui manque dans B), la même suite pour cinq 
groupes de 2, 8, 4 (moins une strophe manquante), $, 6 (moins une) 
strophes, comme le montre la disposition suivante : 

1 II 111 IV V VI VII 

XXIX XXX 

VIH IX X XI XII Xlll XIV XV 

XVIII 

XXXI XXXII -f' XXXIV 

XXIV XXV XXVI XXVII XXVIII 

XVII XIX XX XXI -f- XXIII 

XXXV XXXVI XXXVII XXXVIII + XL XLI. 

Cet accord peut faire croire que le ms. B a eu pour source plus ou 
moins directe un ms. où l'ordre des feuillets avait été interverti. Les 
strophes XXII, XXXIII et XXXIX ont été omises ; quant à la strophe 
XVI, qui devrait être soit à la fin du groupe VlII-XV, soit au début du 
groupe XVIl-XXill, elle peut avoir été supprimée parce que, l'une de 
ses deux moitiés finissant un des feuillets intervertis, l'autre en commen- 
çant un autre, le copiste n'a pas su rajuster ces deux parties et les a 
abandonnées comme incomplètes. Les strophes XVI II, XXIX et XXX 
paraissent d'ailleurs avoir été hors de leur rang déjà dans l'original de B. 

L'ordre suivi dans A et dans G est bien plus diflérent. Les sept pre- 
mières strophes dans G, les cinq premières dans A, vont encore avec 
B C D E F ; mais ensuite on ne trouve presque aucune trace de concor- 
dance, sauf pour les trois dernières strophes, XXXIX XL XLI dans A, 
XL XXXIX XLI dans G. Notons encore le groupe XXXVI XXXV 
XXXVII dans A {15-17), XXXVl XXXV XXXVII dans G (12-14) : la 
communauté de ce groupe indique un lien entre A et G ; un autre, plus 
sensible, parce qu'il n'a rien de commun avec les autres mss., se trouve 
dans la série ^6-38 de A et de G : A XI VIIl XVII, G Vlll XVII XI. 
Mais sauf ces points de contact, l'ordre A G diffère profondément de 
l'ordre B C D E F, et entre A et G même il y a une divergence presque 
constante '. 



I 

■ 



1 . La croix indique la place qu'occuperait sans doute une strophe omise. 

2. Les strophes de G qui sont perdues sont les suivantes : Xlll XIV XV. 
XXI XXII XXm, XXIX, XXXl, XXXIII XXXIV. II est clair qu'il y avait tl 
des groupes qui se rapprochaient de B D E F. Aucun ne se retrouve dans A. 



I 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 22 J 

Comment expliquer ceue variété ? Il est difficile de se représenter des 
scribes s'amusant à déranger toutes les strophes de la composition qu'ils 
copiaient, et cela au moins à trois reprises (sans parler de B) : dans 
l'auteur commun de A G, dans A, dans G (ou leurs auteurs). Il parait 
plus vraisemblable d'anribuer ce changement à la transmission orale. 
Aucun lien logique ne marque la suite des strophes dans les Congés : il 
était nature! qu'elles se déplaçassent dans la récitation. Les Congés ont 
sans doute été récités publiquement à Arras pendant assez longtemps, 
comme le montrent les strophes postiches qu'on y a ajoutées : c'est ainsi 
que s'expliquerait l'interversion désordonnée des strophes, qui na res- 
pecté, comme on devait s'y attendre, que le commencement et la fin, 

S'il en est ainsi, nos manuscrits ne représentent pas une tradition 
écrite unique et ne peuvent se grouper généalogiqùement. En effet, 
quand on essaie de les classer, on se heurte à des difficultés insurmon- 
tables, au moins si on veut dépasser un certain point. Que G D E F for- 
ment une famille au sens ordinaire du mot, ce n'est pas douteux. Sans 
parler de l'ordre où ils présentent les strophes, qui ne prouve rien, 
puisqu'il est à notre avis authentique, ces mss. ont en commun des 
fautes évidentes. Ainsi ils intervertissent les v. 29-^0 ; ils lisent au v. 68 
povreiés pour penitanche; ils omettent le v. 79 et pour le remplacer 
ajoutent un vers après 80, etc., etc. Dans tous ces cas, la bonne leçon 
est dans A B G ; mais 11 y a des cas où A fait les mêmes fautes que G 
D E F. Ainsi au v. 41 ; A et G D E (F manque) lisent : se tu si Jais, 
impossible parce que le mot fais se retrouve à la rime dans la même 
strophe ; au v. 42 ? A et G D E F lisent : Quar le fai si con tu le dis, 
répétition maladroite du v. 41 1 . Aux v. 17, 95, }oi, 37J, A et G D E F 
ont une leçon contraire à celte de B G, sans que l'avantage de l'une sur 
l'autre soit évident. Il semblerait donc que A d'une part et G D E F 
de l'autre appartiennent à la même famille, B et G en étant indépendants. 

Mais d'autres faits contredisent cette hypothèse. Ainsi A et G ont en 
commun des fautes qui ne sont ni dans B ni dans G D E F. La plus 
frappante est celle des v. 460-461 : A et G, ayant omis le v. 460, l'ont 
remplacé en ajoutant après 46 1 un vers qui est impossible, parce qu'il 
répète la rime de 458. Voyez encore les v. 86-87 cl 514-1 {. En de 
nombreux endroits (par ex. $9, 82, 217, 234, 226-7, 240, 28), 422) 
A et G ont une leçon et B G D E F une autre, sans que des raisons 
intrinsèques décident clairement en faveur de l'une ou de l'autre. Il y a 
donc un lien entre A et G comme il y en a un entre A et G D E F. 

Le ms. B n'a de fautes communes ni avec A, ni avec G >, ni avec G 



1 . Les fautes communes à B et G se réduisent i deux, ob la coïncidence peut 
parfaitement être fortuite : v. 8 truerie pour truandit, v. 92 cuer pour cors. 
Romania, IX I r 



2^6 G. RAYNAUD 

D E F ' ; il semble donc bien représenter un manuscrit indépendant. 
Toutefois il se présente une difficulté sérieuse : les strophes XVI et XXII 
manquent dans B et dans D £ F, ce qui parait indiquer une provenance 
commune ; mais elles se trouvent dans C, qui d'ailleurs forme avec D E ■ 
F un groupe très sûrement constitué (voy. ci-dessus). Il faut croire à une 
coïncidence fortuite, qui est moins invraisemblable si on remarque que 
l'omission de XVI peut avoir, comme on l'a vu, une explication particu- 
lière. G n'ayant de fautes communes ni avec B, ni avec C D E F, on 
arrive à classer suffisamment six manuscrits comme il suit : 



(ofll. XVI, XXII, - — — -^^-— , 

XXXIII, XXXIX) C X (om. XVI, xxf 

b x" 

E F 

Mais on ne sait que faire de A. Ce ms. a, comme nous Pavons vu, des 
fautes communes avec x d'une part, avec G de l'autre ; il lient d'ailleurs 
à ce dernier ms. par certaines ressemblances dans l'ordre des strophes. 
Il faut le regarder comme provenant à la fois de x et de G lou plutôt 
d'un intermédiaire entre et Gi ; cette provenance a-l-elle été orale ou 
scripturale, nous ne pouvons le décider, de même que nous ne pouvons 
le décider pour la relation qui existe entre et G, O et B, et x. 

Cette classification, à laquelle nous nous sommes arrêté après de très 
longs tâtonnements ', nous a fourni la base de l'établissement du texte. 
Le texte original résulte : i° de l'accord de tous les mss.; 2" de B -<- G 
contre X ; y de B + x contre G ; 4" de G + x contre B. Le ms. A ne 
peut, par sa position intermédiaire, qu'appuyer G ou x sans avoir une 
valeur à part. 

I 
Les Congés ont 41 strophes véritablement dues à Jean Bodeh. A ces 
41 strophes primitives ont été ajoutées d'une part quatre nouvelles 
strophes par C et de l'autre deux par E F. La classification donnée plus 
haut suffirait à prouver que ces deux additions ne sont pas authen- 
tiques ; mais on peut l'établir autrement. Les strophes du ms. C, qui 

I. Au V. 29j mescontéi, dans A, gui sans doute est la source de l'osUi de G, 
est certainement la bonne leçon, mais ouHUs 3 pu être amené indépendamment 
par le sens dans B et dans C D E F : la locution pat ni oubliis.... est très ordi- 
naire. Au V. 122 B et C D E F ont en commun la leçon fautive Buauui pour 
Btaumes, mais ici une coïncidence fortuite est fort admissible. 

1. La trace de ces tâtonnements est restée dans les lettres affectées comme 
sigles à chacun des mss., lettres dont l'ordre alphabétique ne représente pas la 
valeur de ces mss. 

). Nous rappelons ou'il manque deux strophes à D E F, ouatre i B, et que 
G, par l'arrachement a'un feuillet, a perdu plus de dix stropnes. 



LES CONGftS DE JEAN BODEL i37 

présentent une langue plus jeune et une expression moins précise que 
tout le reste du poème, ne renferment rien de personnel à Bodel, et sont 
très certainement l'œuvre d'un trouvère artésien, vivant à une époque 
postérieure : l'allusion que fait l'auteur à la chandelle de N.-D. des 
Ardents d'Arras et à la tour du Petit-Marché qui la contient (v. 506- 
^\y ne laisse aucun doute à cet égard, car celte tour ne fut érigée qu'en 
1214. Nous lisons en effet dans un petit volume du xvit' siècle ' : « Il y 
« a au milieu du petit marché de la dite ville une excellente et superbe 
■ pyramide, d'antique et admirable structure, bastie du temps d'Odon 
M abbé de S. Waast, l'an 1214, dedans laquelle ceste saincte Chandelle 
« est nugnifiquement conservée. » 

Quant aux deux autres strophes (XLVI et XLVII), existant dans E et 
F, elles s'éliminent d'elles-mêmes. L'une d'elles en effet, la XLVII", 
mélange les rimes anche et anke, ce que ne font pas les autres strophes des 
Congés (cf. les str. XVI 1! et XXX). De plus, dans ces deux strophes, le 
trouvère remercie Dieu de lui avoir fait la grâce de raconter la vie d'un 
baron^ le plus gentil de France, qui par sa bonté gagna le Paradis et 
vécut dans un ermitage, menant une existence de souffrances et de 
privations, après avoir renoncé à la richesse et à son hireté. Ce solitaire 
n'esî évidemment pas Bodel, et nous ne savons ce que viennent faire 
ces deux strophes à la fin des Congés, d'autant que le manque de préci- 
sion dans leur texte empêche de savoir à quel saint personnage elles 
font allusion. Peut-être s'appliquent-elles à S. Thibaud de Provins, qui 
appartenait à la fronce lignie des comtes de Champagne : quelques traits 
en effet de la vie de ce saint ^ peuvent se rapporter aux vers des deux 
strophes, mais d'une façon trop incertaine pour qu'on ose rien affirmer. 
Ce fait reste toujours acquis^ que les deux strophes n'ont pas été com- 
posées par Bodel. 

IV. Langue. — Tous les mss. des Congés sont du dernier tiers du 
titi* siècle : ils ne représentent donc nullement par leur orthographe la 
langue parlée par Bodel en 1 205. Voulant donner ici une édition critique 
du poème et reproduire aussi exactement que possible la notation gra- 
phique et en même temps la prononciation correspondante du commence- 



1. Hiftoire de la S. Chandelle, par Guillaume Gazet 0651), p. 16. — Nous 
citons de cet ouvrage l'édilion de 163 1 et non celle de iS99, connue de \'His- 
Itiri lilUraire (XX, 6121, car elle est plus complète. L'édition de 1 599 ne men- 
tionne m efTet ni la date de 1214 que nous donnons ici, ni celle de 1200 aue 
l'Hijroi.'î litùrain rapproche du nom de l'abbé Ûdon, lapsus évident, puisqu'Oaon 
n'étaii pas encore abbé en 1206 (Gall. christ. 111, col. }86). 

ï. Deux vies de S. Thibaud en vers français du XIII" s. existent dans le ms. 
b. J4870 de la Bibl. nat.; l'une en vers de 8 syllabes (fol. 56), l'autre en vers 
de 12 syllabes (loi. 68). 



XlS G. (UYNAUD 

■CBt da un* siècle, il nous a fallu chercher ailleurs les éléments de notre 
travail. Nous avons dit plus haut pourquoi nous laissions de câté la 
Cfuiuon lits SaUnes et les Fabliaux, dont la paternité ne peut être sûre- 
ment attribuée à Bodel ; d'autre part les Pastourelles offrent peu de matièrefl 
à IN ' jistique : c'est donc, dans l'œuvre de Jean Bodel, le Jea 

Sat et les Congés qui nous ont permis de reconstituer, le plus 

aouvem au moyen des rimes, la langue de l'auteur. Nous avons de plus 
tenu compte dans une certaine mesure des caractères généraux du dialecte 
art^en et aussi de certaines leçons données par les mss., qui, bien 
que postérieurs à Bodel, peuvent parfois avoir conservé les formes 
exactes. Enfin nous nous sommes servi avec utilité d'un document que 
nous avons déjà cité, le Registre de la confrérie des jongleurs, où nous 
avons relevé la notation orthographique des sons qui apparaissent dans 
les noms artésiens pendant l'année lioj et pendant quelques années 
«voisinantes. Disons aussi que la connaissance que nous pouvons avoir 
du patois moderne nous a dans certains cas autorisé à adopter de préfé- 
rence telle ou telle orthographe. ^ 
Nous passons en revue dans l'ordre habituel, voyelles, consonnes, etc., H 
les divers phénomènes phonétiques que nous présente l'étude des Con- 
gés, retenant uniquement ceux qui sont particuliers et négligeant les 
autres qui appartiennent au domaine de tout l'ancien français. 



Voyelles. 



î; lai 



A. — (» + i est nettement distingué de è dans toutes les rimes ; 
confusion se trouve une fois dans le Prologue du Saint Nicolas ' , qui 
pourrait bien n'être pas de Bodel, confis: fais (p. 162I. Nous avons 
donc écrit partout ai. — Cependant /aic/na/ Aoxmtferne (y. 196) ; cela 
lient aux deux consonnes qui suivent l'a/. 

tin se confond avec ain dans les formes masculines, comme le prouve 
le mot frenum (Jrein, v. 159) rimant en aùi. — De même au féminin 
'minât {metne, v. 275) rimant en aine ; cf. aussi Elaine [Rtg. fol. î^ de ^ 
Mena. I 

La notation orthographique du suffixe ania est hésitante entre aigne et 
.1*1^ ■ F.spaigne [Reg. fol. 5 c) et Tiefanie [Reg. fol. 6 a] ; nous adoptons 
U lorme aigne. — Ici comme dans S. Nie. la distinction est nette entre 
«M et ania, aine et aigne. M 

et*. La forme féminine en ie t= iée] du participe passé en ata des 
>MrbN en ier ne se montre pas dans les Congés, non plus que dans le 
& ttk. ; elle est au contraire fréquente dans la Chanson des Saisnes. M 



\h ^i0Ut renvoyons aux pages du Théâtre français au moyen dgi, puisque les 
m M WOt pAt numérotés. 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 229 

E. — L*^ donne la diphthongaison bien connue ié. Remarquons que 
dans les mots enlire (v. 312) et matire (v. 309) ce n'est pas ié qui est 
devenu 1, mais iei (te + yod] ; ces formes sont communes à tous les 
dialectes. Pour entier la forme en ier existe aussi : entiers fv. 435), et 
Bodcl semble avoir employé les deux formes parallèlement dans S. Nie. : 
mmlirs : entirs (p. 204) et mcointier : entier (p. 183). Le mot pire 
tv. 80) avait aussi un yod en latin ; voy. au Glossaire. — Deus parait 
faire Deus et non Dieus ; cf. ci-dessous. 

L'e en position prend la forme française ordinaire è et non iè. Dans ce 
cas certains mss. , dus à des scribes originaires d'une région picarde 
plus septentrionale qu'Arras, ont la notation ie, mais la véritable ortho- 
graphe de Bodel est fournie par le Registre : Robert (fol. 5/;), Ranben 
*fA. { fr),/rr (foi. 5 1) \ la prononciation actuelle du patois dans ces mots 
' est la même qu'en français, preuve à l'appui de notre opinion. — A propos 
de IV en position, il faut rappeler que le groupe t// devient iau. dans tous 
les cas oxi il est suivi d'une consonne : Carhonials (Reg. fol. 1 1 b), pro- 
noncé Ctirbonijus (voy. plus loinl'Li. Le suffixe iaus se distingue du 
reste absolument de jus, qui provient, comme on le voit dans la strophe X, 
itaUs, als el eils. 

i . — Rien à remarquer. 

0. — VS et Vù dans les mots où il est traité comme Ô deviennent 
K, qu'il faut parfois noter par eu : nuef (v. 588), renucf [v. 596}, gutule 
(▼• i'i})t rimant avec seule (v. 144). 

L'6 se note eu : seule [\. 144) ; eùreus, rimant avec teus (v. 421). Le 
'5. Nie. confirme la forme seus, qui peut rimer avec DeuSy en établissant 
par un procédé mathématique la proportion suivante : seus : deus [p. 181) 
— deus : Deus fp. 183}. 

L'o atone est écrit ; Locart [Reg. fol. ja). 

U. — Vù en position, qui devient plus tard ou, est encore noté par 
tous les mss. ; de même aussi dans le Registre: Erenbors (fol. 5c), dote 
.(t. 14O. 

Diphtongues. 

La seule diphtongue dont nous ayons à nous occuper esiau, qui donne 
[0, différent de 1 devenu ou plus tard. — Citons dans les rimes en ore 
Oat. aure) les mots ore^ encore, vemnt àe ad-horam, hanc-ad horam {a-ore, 
I anc-a-ore). 

Voyelles nasales. 

Constatons que dans les Congés, comme aussi dans le 5. Nie, i se 
diiférencie absolument de ê. 



«. a*i 



ca^oiii 



Ba.ksl 



et le c Tâaire kDB 



par ci, VÊÊrikpÊrk, ht, 



adopte M^M**! <ia wàM posT kf aflBto vMnes de itos,l^nauàtm 
tki tfKt a dtfe qg^ cette époqae ob pra— qk cfe en— e en finaçais 
■odenK ? ao« ne k 0070» adfeBem. LaaoUDOB dk nfémte kî 
k MB t aMBBK JUfoddlao CBOwe en naBen; et krb ea traawoi b 
pranre dam k mot Jachtma 'M. 5 / par exenpk qm, p r weiu H t de 
JtuiuUf n'a iiwaw pa avmr na cfe frianiH ^ de wèwtt anss k mMs 
Cémdad (fol. 6 iî m troove éoii on pea ploi tard Kifwirf fol. 1 8 rt. 
Cl l'on ne pcn adactire n on c fcange i nem de praBocdation, car kt 
pem devenir cik, aas non pas cbe éerear kt. — Le ^ o&e anaii h 
même onhy ap fc t • CAiBekrt (A;^. fol. %a], H*mt»^ûdtiRet. isl. je). 
Kott* adoploM les formes en k. ga. qm représentent h pronoadatioB. 

Le c palatal, dont b prononciation chuintante est p r ou vée par Faccord 
de tout les mss. et par le patois moderne, est cependant représenté par 
c dans le htg^re: Climenu (foi. }/), à (fol. 6^. Nous adoptons La 
notation ch. 

Rien i dire sur les deniaUs. 

Dans le groope des labialu, le w seul noos occupe, d'abord comme 
consonne conservée dans les mots d'origine germanique : Warin {Rtg. 
fol. 4 /), Wisternave {Rtg. fol. 17 e)\ en second lieu comme semi- 
voyelle dans les mots uc/i/W (v. ^)9l, miwe v. 3421, etc. Ces formes 
sont éclaircies par les formes masculines en iu, rimant avec giu jv. 1 20) : 
elles ne peuvent donc s'écrire ni se prononcer eschive, mire; d'autre 
part si l'on adoptait l'orthographe uchiue, miue, on semblerait vouloir 
prononcer l'u à part. 

L'ujuides. 

VI devant une consonne était évidemment vocalisée au temps de 
Bodel (cf. Icus, rimant avec eùreus), mais dans l'orthographe l'hésitation 
existe encore : Bauduin {Reg. fol. 5 c) et Halduin {Reg. fol. 4 /), Rainais 
{Reg. fol. Il /■) et Rainaus iReg. fol. 11/). Nous adoptons la notation u, 
excepté à la fm des mots, où la vocalisation n'a pas lieu : del bure [Reg. 
fol. 7 ^1, del mes [Reg. fol. j M. 

La métathèse de l'r paraît aussi, comme le prouve la forme Berteel, 
empruntée au Cartulaire de S. Waa.il (p. 210), à côté de Brctel donné 
par tous les mss. : nous adoptons Bertel^ fourni par un document plus 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 2]l 

ancjeji. Dans les mou dont l'étymologie est connue, nous faisons la 
inétathèse : enfreté (y. i ji), Vrediere (v. 291), etc. 

Telles sont les remarques phonétiques que nous fournit l'étude des 
Congés ; c'est d'après ces principes que nous avons constitué notre texte, 
en l'uniformisant, nous le répétons encore, d'après les caractères du parler 
artésien, entre autres la substitution des formes féminines me, te, se, à ma, 
ta, sa, etc., caractères dont nous trouvons la trace ddns les documents 
du temps et dans les mss. mêmes de Bodel, qui toutefois ne les donnent 
pas d'une manière constante. Au point de vue grammatical, nous n'avons 
guère qu'à constater l'observation des règles de la déclinaison et la pré- 
sence d'un subjonctif en endc (str. xxxu) au lieu de la forme picarde 
habituelle en enge. 

V. Versification. — Les Congés sont écrits en vers de huit syllabes ; 
chaque strophe se compose de 1 2 vers établis sur deux rimes ainsi dis- 
posées : aah aab bba hha. Cette strophe parait avoir été inventée du 
vivant même de Bodel ; nous la trouvons peut-être pour la première 
fois dans les fameux Vers sur la mort, composés vers la fin du xii" siècle 
par Hélinand, publiés à diverses reprises, et dont un grand nombre de 
mtt. ont été indiqués par M. Paul Meyer' \Romania l, 364-^67, et 
Bulletin de la Soc. des anc. textes, 1878. p. 51), auxquels mss. il faut 
ajouter le manuscrit de la B. N. fr. 12471 (fol. 41 r° à 46 v°). Si Héli- 
nand fut le créateur de ce rythme, la célébrité des Vers sur la mon 
explique facilement la vogue dont il a joui. Nous donnons ici une liste, 
que nous n'avons pas la prétention de rendre complète, des pièces com- 
posées dans ce rythme : 

Les Congés de Baude Fastol, publ. par Méon I, 1 1 i-i 34. 

La Congés d'Adan de la Haie, p. p. Méon I, 106-1 1 1 et par Cousse- 
roakcr, Œuvres d'Adam, p. 275-279, 

Un Salut d'amour, p. p. P. Meyer, Bibl. de l'Ëc. des ch. XXVIII, 
162-165. 

La Complainte de Jérusalem, p. p. Jubinal, Rapport ... p. 57-65, et 
Lettre ... p. 65-71, et par Stengel, Cod. man. Digby 86 ..., p. 106-1 18. 

Le Dit dt Jean le Rigolé, p. p. G. Raynaud, Romania VII, 596-599. 

La Complainte d'amour, de Philippe de Beaumanoir, p. p. H. Bordier, 
Œuvres de Ph. de B., p. 287-294. 

Li Espitlc desfemes, p. p. Jubinal, Jongl. et trouv., p. 21-25. 

Li mariage desfilla au diable, p. p. Jubinal, Nouv. rec. ], 282-292. 



1. Voy aussi Mussafia, Siliungiberichle dtr pkil.-hisl. CL dtr k. Akad. der 
Wus.iu W^nLXlV, 546-550. 



2}2 C. RAYNAUD 

Les vers du monde, p, p. Jubinal, Nouv. rec. II, 124-131. 

Des droit au clerc de Voudai, p. p. Jubinal, Nouv. rec. II, 1 32-149. 

Le Vergier de Paradis, p. p. Jubinal, Nouv. rec. Il, 290-296. 

La Povreté Rutebeuf, p. p. Jubinal, Œuvres de Rutebeuf, 2« éd., I, 1-4, 

La Pais ou la Prière Rutebeuf, p. p. Jubinal, Ibid. I, 22-25. 

La Mort Rutebeuf, p. p. Jubinal, ibid. I, 57-43. 

Complainte au comte Huede de Nevers, de Rutebeuf, p. p. Jubinal, Ibid. 

'. 65-74- 

Complainte de Constanti noble, de Rutebeuf, p. p, Jubinal, Ibid. I, 
117-128. 

Les Ordres de Paris, de Rutebeuf, p. p. Méon II, 29J-298 ei par 
Jubinal, !bid. I, 187-201. 

De Sainte Eglise, par Rutebeuf, p. p. Jubinal, Ibid. II, 45-50. 

La Divisions d'ordres et de religions, par Le Roi de Cambrai, p. p. 
Jubinal, Ibid. II!, 147-155. 

De Gaersai, p. p. Jubinal, Ibid. III, 547-352, 

A ces pièces déjà publiées ajoutons-en quelques-unes manuscrites, 
dont plusieurs sont empruntées au ms. fr. 12483 de la Bibliothèque 
nationale; ce ms., bien qu'écrit au xiv* siècle, renferme des pièces 
du milieu du xiii': 

Fol. 4^ à 6i. — Du moigne dangereus (lis. languereus) que N. D. remit 
a point par le electuaire quelle li mit en la bouche : 
Hom, qui créature es resnabie. 
De bien et de mal entendable 

Fol. 700 à 7! c. — Pièce en l'honneur de la Vierge: 
Quiconques met s'entencion 
En foie delectacion 

Fol. 175 a à 177 j. — Un Dite de ta Passion : 
L'escripture nous dist pour voir : 
Cil qui scet bien ramentevoir 

Fol. i8oa à 181 fr. — Le Dite des Droiz : 
Or escoutés une chosete 
Petite qui est nouvelete 

D'autres pièces bien connues et encore inédites ont aussi ce rythme 
c'est d'abord le Miserere du Reclus de Moliens (voy. Hist. titt. XIV, 3?- 
56), le Roman de Charité (voy. Hist. Utt. XIV, 36-38), le Dit du Cors et 
de l'Ame (voy. Hist. Utt. XXIII, 283-284, Mussafia, Sitzungsherichie der 
phil.-hist. Cl. der k. Ak. derWiss. zu Wien LXIV, 594-595), le Dit d'Amour 
de Nevelon Amion (Hist. Utt. XXIII, 612), et enfin une pièce en l'hon- 
neur de la Vierge, citée par M. H. Suchier dans le 1" vol. [Reimpredigt] 
de sa Bibliotbeca normannica, Introd. p. xliv-xlv ; il faut noter cependant 
que dans cette dernière pièce les vers n'ont que cinq syllabes. 



I 

I 



I 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 233 

Les rimes de Bodel sont variées, et celles qu'il a employées plusieurs 
fois sont assez rares ; nous en donnons ci-dessous le relevé complet par 
ordre alphabétique. Dans ce relevé chaque rime est suivie du numéro 
de la strophe où elle se trouve ; ce numéro est lui-même suivi de la lettre 
d ou b, suivant que dans la strophe la rime paraît d'abord au premier ou 
au troisième vers. Pour les principes qui nous ont déterminé à adopter 
pour telle ou telle rime une orthographe particulière, il faut se reporter 
à ce que nous avons dit de la langue des Congés. 



âge— IX ^ XXVIII fr. 

«de — XXVIII a. 

aie —VII a. 

aigne — XXIV^. 

aille — XLI a. 

ain— II«, XlVfc. 

aindre — XII b. 

aine — XXIII ^. 

aint — XXII a. 

aire — XX a. 

ais— XXXVa. 

aite— XVa. 

aie— Villa. 

anche— XVIII fc, XXXb. 

ande — XVIt. 

ant — IVa, XlXfc. 

art — XXXVlII a. 

as— XXXa. 

asse— XXIU. 

avs — Xb. 

é— III b, XLI b. 

él— XlVa. 

ende — XXXIIt. 

endre — XXVI b. 

ère— XX 6. 

ème — XVIIa. 

èi»'— Via, XXXII a. 

es — XXV a. 

est— XXXVII t. 

èl — XIXa. 



ète — XVIII a. 

eule — XII a. 

eure — XXXVIIIt. 

eus— XXXVI a. 

i — Va. 

ié — XI b, XXI a. 

ie — lb. 

ieî — XLb. 

ier — XXXIVa. 

iers — XXXVII a. 

iés — nia. 

ieve — IV b. 

ime— XVlIi». 

ir — VlIIi. 

ire — VII*, XXVI a. 

is— XXXV t, XXXVI fr. 

ise — XL a. 

iu — Xa. 

ivre — XXIV a. 

iwe — XXIXfr. 

oi — II b. 

oie - IX a, XV b, XXXI a. 

ointe — XI a. 

ois — XXIX a. 

Oise — XXI II a. 

oite — XXXIV />. 

onde — XXXIX a. 

ont — Wb. 

onte — VI b. 

ôre — XXVII b. 



I . La première des strophes en trs n'offre que des mots ayant en latin un e 
en position -, la seconde ne contient que des e ayant pour base un c long ou un 
i bref. Est-ce un hasard? La strophe XIX a n'a que et venu d'« en position, mais 
dans XVIII a on trouve reU = reputat au milieu a'e provenant d'/. 



2)4 G- RAYNAUD 

6me — XVI a. uise ~ I a. 

ôrs — XXVfr. uit — XXXIi». 

ôrt — XXXIII t. uite — XXVIIfl. 

ôte— XlIIa. une — XXXIX t. 

uef — XXXIII a. use — XIII b. 
ueil — XXI b. 

Nous terminons par quelques mots relatifs à notre édition. Nous ne 
faisons du reste que résumer ici ce qui a déjà été dit au cours de cette 
notice. Les leçons ont été établies d'après la classification indiquée plus 
haut ; les formes ont été unifiées d'après les résultats de l'étude gramma- 
ticale; les Vf riantes, sauf celles qui sont purement orthographiques, 
sont notées au bas des pages. L'ordre des strophes est celui du groupe 
x; les strophes ajoutées sont imprimées en italique à la fin des autres et 
portent un numéro d'ordre à la suite. Un glossaire, pour lequel M. Gas- 
ton Paris nous a donné de précieuses indications, termine la publication 
et comprend aussi les noms de lieux et de personnages qui figurent dans 
les Congés. 



LI CONGIÉ 

JOHAN BODEL D'aRAS. 

I. H. 

Pitiés, me matire puise, Congié demant tôt premerain 

M'enseigne qu'en cho me déduise A chelui qui plus m'est a main 

Que jo sor me matire die ; Et dont jo plus loer me doi : 

N'est drois que men sens amenuise Jehan Bosicet, a Deu remain ! 

Por nul mal qui le cors destruise, Sovent recort et soir et main 

Dont Deus a fait se comandie. 6 Les biens que j'ai trovés en toi. i8 

Puis qu'il m'a joé de bondie, Se jo pior sovent en requoi. 

Sans barat et sans truandie Assés i a raison por quoi, 

Est drois que jo a cascun mise Auques anuit et plus demain. 

Tel don que nus ne m'escondie, Neporquant, se jo ne vos voi, 

Congié, ains qu'en me contredie, Men cuer purement vos envoi : 

Quaradès crien que ne lor nuise. 1 2 Tant a en moi remés de sain. 24 



1 F me manque — 2 D Me sèment B F G que je F menduise — 7 F joie de 
B de boidie — 8 B G treccrie — 9 B Cest drois G Drois est — 1 1 B quil me 
— 12 G Car des or A D quen ne B que je 

1 5 X je mieus — 17 A Jt Plorant — 23 B Mon cuer premerain x Purement 
mon cuer 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 235 

III. Qui de bien faire le semont; 54 

Deus croisse s'onor et amont ! 
Amer se fait a tôt le mont : 
A l'atne li soit il meri 
En le joie del chiel lanont, 
Et los chiaus qui tant sofert m'ont 
Moitié sain et moitié pori ! 60 



30 



Cuers, se tu trop vilains nen iës, 

ia ne li oncles ne li niés 

N'icrent de mcn escrit plané, 

Car en aus ert mes liges fiés ; 

Onques ne lor samblote vies : 

Tos tens m'ont a lor cost mené. 

Chertés ne sont mie e ngané ; 

Por Deu soit cho qu'il m'ont doné, 

Tcusdons est moût bien cnpioiés. 

Or m'a Deus a point ramené 

A cho qu'il m'avoit destiné. 

Dont jo sui et dolans el liés. 56 

IV. 



Simon Disier, de vos me vant 
Tos jors, el après et devant, 
Quar tote honor en vos akieve ; 
Mainte gents'en vont parchevant : 
Vo baniere a non Passe avant, 
Qui 10$ les abatus relieve. 
Simons, uns maus qui en moi lieve, 
Qui a tôt men vivant me fieve, 
Fait que le congié vos demant, 
Si dolans que li cuers me crieve ; 
Mais nule riens tant ne me grieve 
Coo fait dire : a Deu vos cornant! 



VI. 

Tiebaut de le Piere, en ches vers 
Preng congjé, honteus et covers 
Con chil que Fortune desmonte. 
Tant m'est mais li siècles divers 
Que n'os aler fors les travers ; 
Nule povretés ne ra'esironte, 
Tût mcn mal obli et mescontc, 
Mais li penilanche est el honte 
Qui seûs est et descovers. 
Et Deus qui tote rien sormonte 
En penitanche le me conte I 
Quar trop aroie en deus enfers. 

VII. 



66 



48 



V. 

Coogié demant de cuer mari 
A chiaus qui soéf m'ont nori 
Et a Bauduin Sotemont : 
Onques nel trovai esmari ; 
Le cuer a en bonté flori 



72 



Bcrtel, quel gré que je en aie, 
Me covient que jo me retraic 
Del siècle, me keanche enpire, 
Que Deus reposer ne m'i laie : 
Enfreté et poison et plaie 
M'a doné por le cors despire. 78 

De Tune part plor et sospire, 
Qu'or m'estovra gaitier le pire; 
El de l'autre part me repaie : 
Deus doinst qu'a li servir m'espire, 
Quar al cors est mesgius li pire, 
De quel merele que jo traie, 84 



2^8 nies — 28 x' est G En eus estoit — 29 F ne len s. G trouoie v. Ce 
ttrj a U prècidtnt sont intervertis dans x — 30 A x Tos jors — 52 A x quanquil 

— J5 A De cou — j6 B joianz el 

j8 B et auant — 59 B Que — 41 B La b. — 44 F sicue — 4; B Me 
fait que c. — 47 A x Quar 

49 A X a cuer — ja A x Aine ne le — j j B son bien et — 58 B des cieus 
B D G amont — ^9 A G Et ceus qui tant consenti mont 

62 B Mcn vois et honteus — 64 G chis s. — 66 G malronte — 67 C Tant 

— 68 X la pouretes est — 69 B Que D descouuerte — 70 B Cil d. — 71 A 
A p. 

74 F men r. — 75 A créance — 76 V He dieus G Car — 80 C Or B au 
pire. Ce vers dans les mss. x est mis à la place du v. 79, (jui est alors rcmplaci par 
alid-à : Al cuer en ai dolor et ire — 01 G mi — 8a A G Dieu proi C Dieus 
qui a lui seruir — 83 B encor est 



^^_ îî6 ^^^ 


RAYNAUO ^^^^^^1 


^^^M 




Cornant a Deu vos et Mahiu, ^^H 
Quar de moi est pris li consaus ; ^H 


^^H Anuis qui en men coer avale 




De vos et des autres m'eskiu : ^^Ê 


^^H krere tempestée et pale, 




Che qu'ai siècle ne voi men liu ^^M 


^^^1 Qui me fait sople devenir, 




Me fait joer a reponaus. 1 [4 ^^| 


^^^1 Ainchois que jo torse me maie, 




Tost monte uns hom corne amiraus, ^H 


^^H Die qu'a Wibert de le Sale 




Et tost rekiet corne orinaus ; ^^M 


^^^1 Prende congié sans revenir. 


90 


Tost a cangié chire por siu : ^^M 


^^^1 Bien me doit tos jors sans fenir 




Con plus fui en le roe haus ^^H 


^^H De sen gentil cors sovenir 




Et j'oi tos fais mes enviaus, ^^| 


^^^1 il n'a ne soros ne gaie, 




Lors me covint perdre le gia, iio ^H 


^^^1 Et de moi soit al covenir. 




^H 


^^H Quar je ne puis nape tenir 




H 


^^^B Entre sains, puis que )o mesale. 


96 


Joie, qui vers moi ies repoitite, ^^M 


^H 




Dusqu'a Biaumèsfai une enpointe; ^^M 
Si me Salue a cuer haitié ^^M 


^^^1 Waast Hukedeu, tote voie 




Le castelain en cui -j'apointe ^^M 


^^H Sui jo vostres o que jo soie. 




Amors, qui le fait sage et cointe ^H 


^^^1 Quar aine ne vos trovai onbrage ; 




Et de bon aire et alaitié ; 1 26 ^^Ê 


^^H Espoir, se j'alaisse en le voie 




Tôt sen cuer, ne mie a moitié, ^^M 


^^^1 (0 pas aler ne dévoie, 




A en cortoisie apointié, ^^| 


^^^1 Mieus mefust de vostre voiage; 


102 


S'en a vilenie desjointe : ^^M 


^^^1 Mais j'ai fait men pèlerinage : 




De sens li muet et de pitié ^^Ê 


^^^1 Deus m'a desfendu le passage 




Que a sen cost m'a acoJntié, ^^| 


^^H Dont bone volentè avoie ; 




Quant tos li mons me desacoiote, 132 ^^M 


^^^1 Ncporquant jo le tieng a sage : 




^H 


^^H Mors est, j'en ai eii message, 




^H 


^^^1 Li Sarasins que jo haoie, 


108 


Anuis, qui m'estopes le gueule ^H 


^^^B 




Qui tant fu envoisie et veule, ^H 
Robert Locart me di sans faindrç ^H 


^^B Robert Cosseï, a cuer petisiu 




Que joie me fuit et eskeule : ^H 


^^^1 86 E tempeste F tempestes A C G i 


Qui B Ft — 87 G A me [A ma] fet et s. ^H 


^^^B — 88 F croisse — 89 x Di moi 


B Dient qua huibert A mestuet x Di moi ka ^^1 


^^^1 — 91 G tos tans B souuenir — 


92 B G cuer B sans faintir — 91 B Quil na ^^M 


^^H A B F seur os — 94 D au souenir F 


a c. — 9S B Que A x ne puis mais ^^H 


^^H 97 (^ u que soie — 98 F tou 
^^H ... oe vo — 101 B » ven man^u 
^^H len — 108 E F cui jou 


ites voies — 99 B D ains — 102 A Que m., ^B 


le — 


ios-106 B ces vers manquent — 106 x le ^^M 




■ 


^^H 109 F al c. — 1 1 1 B Que — 


- m 


B ineo — M s- 120 G ces vers manqaent ^^1 


^^H {feuillei dichtri] — 116 A Et tost descent — 117 A Et tost cange — 118 ^^1 


^^H A Quant plus sui C Quant je fui 


— 1 19 X fait tos — 120 A F couient B Dont ^^| 


^^H me c. p. mon g. 




^^H 


^^H 121 G Pitiés, empointe — 123 B 


X biauues, une pointe — 124 x a cui B ^^| 


^^H sacointe — 125 A Honors F Anuitz 


— 127 B non pas a — ijo G Douneur ^^| 


^^H li nuit — 1 ; 1 A X Qui F apointic - 


- 1 j2 C De ce dont mains me d. F tos ^^| 


^^^1 manque mes des. 




^ 


^^H i^J'U^ G c(i vtn manqutnt (feuilla dcchiri) — i)} F ma g. — 134 B trop ^H 


^^H f. enuiei:$e x lu anieuse — < ] ) E loucare F dist ^H 



LES CONGÉS 

De dru forment en vuide esieule 
Sui mis, mais troparoie a plaindre 1 38 
En lot recorder el refraindre 
L'anui dont Deus me fait destraindre, 
Qui si m'abaubit et aveule 
Que nus ne me poroil ataindre 
D'anui, que li miens ne soit graindre; 
Mais cui vient une, ne vient seule. 144 

XIII. 

Robert Werri, sans nule dote 

Me œvient partir de le rote : 

N'i voi mais riens dont jo m'escuse, 

Quar de moi est sevrée totc 

Joie qui m'a se triwe rote ; 

Et de tôt sen pooir m'acuse 1 ^o 

L'enfretés que j'ai tant repuse. 

Avuec cho m'amenrit et use 

Hontes que jo tant crien et dote, 

Qui m'a recomandé le muse 

Dont jo meismes me refuse : 

Hieus m'en vient aler qu'en m'en bote. 



XIV. 

AnuLS qui abas maint baudel, 
Qui m'as fait torner men caudel, 
Vers Saint Juri torne ten frain : 
Wibert de Biaumonl et Ansel 
Sdne par Johan Bodel, 



DE JEAN BODEL 2)7 

Cui Deus met de cueteen estrain. i6j 
Signor Mahiu, que |o moût ain, 
Di que joie cuite li clain 
Dont j'ai bien pris men quaresmel : 
Or me mostrent ioire et reclain 
Chi! de Miaulens et de Biaurain, 
Qui tuit sont pori fardel. 168 

XV. 

Henris li Noirs, a vos m'afaite, 
Se nule rien vos ai mesfaite 
Ainchois que jo tiegne me voie; 
Moût fu me meskeanche entaite 
Puis que j'oi le cop de retraite 
Dont jo garder ne me savoie. 174 
Vos m'escueillisles me topoie 
A tel ore qu'aine puis n'oi joie, 
Mais honte et anui et sosfraite 
Et mal qui avuec moi guerroie; 
Mais a tort le vos requerroie, 1 79 
Quar grant pieche a que Deus me gaKe. 

XVI. 

Anuis, qui me fais mat et morne, 
157 Vers Baudc Wisternave tome ; 
De me part congié li demande, 
Quar d'aler en un ost m'atornc 
Dont nus aliegre ne retorne, 
Tant se gart d'enfermé viande. i8é 



I J7 B De dieu — 138 E Sui nus — 159 A remirer et restraindre B Les 
maus recorder et destraindre — 140 A qui si me f. B ce *ert manijue — 141 
C D E Que B Qui si me malmet (et] awogle — 142 B maus ne me puet — 
144 A E G Mes quant B Mais sauienl une nauient sole 

14^-1 s6 G la strophe mandat (jmiUtl déchiré) — 146 A E Ne — 148 B Que 
X partie toute — 1 51 B je ai — ' SJ B La honte que je criem E ja tant — 1 54 
B Qui me — 15^ B men acuse — 1 56 B Mieus me vaut aler com me boute F 
Mieus vaut alor con ne me bute 

1^7-168 G la strophe mandat {feuillet dkhiri) — 1 jS E candel — 158-160 B 
us nrs manquent — 160 D Umbert — 161 B Salue moi — 162 F de tôt en 
C a lestram — 164 B Di li que je cuite — 166 E loue et F lore et — 167 F 
Chil de bialuais 

16^180 G /j strophe manque (feuillet déchirl) — 169 A Henri bougier B 
Vem, a oui — 170 B mauez A forfaite — 172 D Moût par fu ma cheance — 
174 A soloie B pooie — 17^ F coupoie — 176 B Des celé eure que puis — 
177 X Mais duel — 178 A auoec qui me F qui auec me B De moi ne faites 
eschargaite — 179 A Mais pour ment F ce vers manque — 180 B Que, magaite 

iSi-ivji /il strophe ne se trouve pas dans B x' — 181 A ma lait C me fait — 
182 C guistrcnaue G wislrenale — 184 G une ost — 185 C en santé ne 



2^8 G. RAYNAUO 

Et puis que raisons me comande 

A estre en vie peneande 

Et mes afaires me bestorne, 

Chil Deus qui de II list ofrande 

Le me laist endurer si grande 

Que en ches ténèbres m'a)orne. 192 

XVII. 



Pitié pri qui me nef governe, 

Al Castelain cûnte et discherne 

Et Bauduîn sen fil meîsme, 

Cornent Deus a sen droit me ferne : 

Quar (0 floris quant il iverne 

Et quant il fait esté |0 rime. 198 

Emi ! contre poiî rewalme ; 

Mais Deus m'a joé d'un sofisme, 

Que tuit li mire de Salerne 

N'abaisseroient cheste lime; 

Quar |0 fui obliés a disme : 

Ch'esl uns blés qui volentiers gerne. 

xvni. 

Jaques al Dent, que que ]'i mete, 20 f 
Me covient que men giu demete: 
N'i afiert mais nule dotanche. 
Sovenl boliés a me carete, 
Ains que li maus dont en me rete 
Me partist de vostre acomtanche. 310 
Or n'atent mats nule pilanche 
Qui a liège me mesestanche, 
Ne ja Deus ne s'en entremete 



Que il chesie dolor m'estanche, 
Ains doinst al cors tel penilanche 
Par quoi l'ame soit fors de dete. 216 

XIX. 

Pitiés, qui en men cuer se met, 
Va moi la o jo le tramet, 
Quar jo n'os aler si avant ; 
Pren congié a Pieron Wasket : 
Moût m'a fait et moût nie pramet 
Qu'encore fera en avant : ÎI2 

Maint bien m'ont fait li markeant. 
A li et a Simon Durant 
De me besoingne t'enl remet ; 
Quar aine ne furent recréant 
De moi aidier a lor vivant : 
A Deu mcïsme les en met. 



228 



XX. 

Raol Ravuïn, genlius maire, 
Or i puet en aumosne faire 
En moi qui sui vostre confrère ; 
Or n'ai mais al siècle que faire, 
Ains me covient ariere traire ; 
Et neporquant, quant jo i ère, 
Par lot trovoie père et mère ; 
Or est drois que jo le compère, 
Mais tôt me doit seoir et plaire 
A) cors dure vie et amexe 
Por faire l'ame nete et dere : 
Ausi est li cors a refaire. 



Ï54 



240 



187 A que cascuns — 192 G ses 

19} B qui mauuais — 194 D et manque — 19^ B D F. A bauduin — 196 
D Comme — 197 B C E F Que — 198 B C G ruistne — 199 G D E Ainsi 
F Ensi A reuwime B regayne C regayme D rimuime E runwime F runverime 
G reweisme — 200 G Car — 202 B Ne passeroienl — 203 F je sui — 204 
C D F germe 

20 ( A Makes A D quoique F quanque — 206 B en mon gieu meste G que 
je me mete — 207 A sofrance — 210 A de vo — 211 B Or narai — 212 B 
Qui maliet de ma — 2 1 5 B Mais B E an cors 

217 A G Anuis B en qui piliez se met — 218 B Or va F la manque — 219 
B x' Que A plus auant — 221 E et bien me — 222 F G Ke A Et fera encor B' 
El encor me fera G en anant — 22j B F Mais. Dans A Us vtrs sont dans rordre 
suivant : 224, 227, 22J, 225, 226 tt 228 — 224 A G huon durant — 225 
x' le iramel — 227 x m. bien faire E F en I. Ce vers et le précédent sont rem- 
plaus par les suivants dans A G : Di lor que a deu les comant A cui de lor 
Dienlais [A Et feront de ce bien] me vant. 

229 B Ha raoul rauin — 251 D F A moi — 232 G Car — 234 A se jou F 
i ère manquint — 238 G Au cuer E vie dure — 240 A G défaire 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 



2Î9 



XXI. 



Warin, puis qu'ainsi m'est jugii, 

N'en doi aler sans vo congié, 

Ne jo pas faire ne le vueil : 

A Deu, amis, vos cornant gié. 

Refusé m'a et calengié 

L: mons que |o tant amer sueil; 346 

N'a mais cure de men acueil. 

Mats jo cuidai en autre escueil 

Avoir le pais eslongié ; 

Mais ne me loist passer le sueil : 

S'en lo Deu et en gré recueil 

Qni m'a men quarcsme aiongié. 2} 2 

xxn. 

Coers, va moi la Baudes maint, 
Qui tes autres canpions vaint, 
Quar de bien bire onques ne lasse. 
Joie, dont petit me remaint, 
£t santé dont moût me sosfraint 
Udoinst Deusl choseroitgrant masse, 
^edolors totes autres passe, 2(9 

<5uar en moi s'aûne et amasse 
"Tos li anuis qui joie estaini, 
<^i m'a fait avoir en le nasse 
X3cl mal dont nus hon ne respasse, 
Cor qu'il l'ait a plain cop ataint. 264 

XXIII. 

Serait, n'est drois, por qu'il me loise, 



Que sans vostre congié m'en voise 
Faire me peneuse semaine. 
Tant sai vo manière cortoise 
Se viaus non |e cuit qu'il vos poise 
Que j'ai canté le daerraine ; 270 

Mais s'issir puet por nule paine 
De cors enferm parole saine. 
Dont est drois que men sens aoise ; 
Or primes sordra li fontaine : 
Mes cuers et li maus qui me maine 
Ne sont pas fait d'une despoise. 276 

XXIV. 

Pitiés, qui m'as apris ten livre, 
Vers Baude Bolart me délivre ; 
Di ti que il a Deu remaigne, 
Que hontes et anuis m'enivre 
Qui nuit et jor assaut me livre. 
Et loe et castie et ensaigne 282 

Que, por aise qui me sosfraigne, 
Plus ne me mêle en lor conpaigne: 
Assés en ont sotert le cuivre. 
Loer me doi, qui que s'en plaigne, 
De Deu qui me donte et ensaigne 
D'une mort dont en puet revivre. 288 

XXV. 

Pitiés, qui par vos me dontès, 
Avuec mes bons amis contés 
Martin Vrediere de la fors : 
Par ii est li kemins hantés : 



241-212 G la strophe mùnqut (Jeuillel dkhiri] — 241 A Mahiu F me sui jugies 
— 242 B Men puis — 245 C le vers manque — 246 x Li mondes que tant 
^mcr seul — 247 B Nai A mon orgoel B ton orguel — 248 A autre iuel — 
^49 F enlongie — 2^1 DSilo — 252 F eslongie 

253-264 ta strophe nt se trouve pas dans B *' G {feuillet déchiré) — 2$} C bau- 
«îuins — 2^7 Ce vers est remplacé dans C par le suivant : Et biens tant corn il 
rtien trespasse, qui vient après /f v. 258 — 261 A que joie — 26} C Dun mal 
de quoi nus ne — 264 C Puis que il a plain coup lataint 

265-276 C la strophe manque {feuillet déchirl} — 265 C F Gerart E Bernart 
B C que il me — 269 C Que je sai bien que il — 270 B Quant — 271 x par 
«nie — 272 A De cuer E Des cors — 275 C nacoise x desploie B le vers manque 
— 27J B Li maus et mes cuers — 276 B II ne sont pas 

277 G pris comme liure — 278 B E F A b. A baillart F baudet B lastoul — 
379 A C x" De lui — 280 A Car B Car honte et raison me desyure C Car 
honte et anuis me deliurc — 281 B chascun Jor — 283 A pour anui — 284 A 
lor bargaigne B vocoropaigne — 28) A G Trop en ont il [A Car trop en ont] 
t. le [A dej cuiure — 286 B F G men D F quiqui se — 287 A ma mostre 
G ma done 
289 B par tout — 291 A Mahiu B la defors — 292 C De lui est drois 



240 G. RAYNAUD 

Et Bertran pas n'i mescontés, 

Quar se promesse m'est trésors. 294 

Ja ne il ne Mahius li Fors 

N'ierent de men escrit mis fors, 

Cornent que soie démontés ; 

Mais contre Deu ne vaut nus sors, 

Et puis qu'il m'a tolu le cors, 

Je li doing lame de bontés. joo 

XXVI. 

Anuis, en cui mes cuers se mire, 

Salue moi Jofro) le mire, 

Quar bien doj a li congié prendre : 

Jo sui ses hoti, il est mes sire. 

Bien ai prové scn maîstire : 

Nus bon ne l'en porroit aprendre. 506 

Moût li covint grant paine rendre 

A ma car sauder et reprendre 

Qui tant est de foibic matire : 

Cornent osa il entreprendre 

Tel teste a roisnier et a fendre, 

Qui ert mauvaise tote enlire? jia 



XXVII. 

Anuis, qui me joie as destraite, 
D'AJiaume Piedargetit m'acuite : 
Va, si le me salue encore, 
Quar mètre m'estuet a le fuite 
Et tote joie clamer cuite 
Qui m'a non' duskes a ore ; 
Mais cheste povretés me dore 
Quar jo sat bien que Deus restore 



Qui en grache prent cheste fuite. 
Or primes doi men sens descbre, 
Le cuer ovrir et les ieus clore, 
Q^jar il m'ajorne et si m'arjuite. 

XXVIII. 



5 M 



}i8 



Bauduïn Faslol, or m'eriplaide 
Une ochoison honteuse et laide, 
Qui me tait guerpir men estage : 
Joie qui m'a cueilli en faide 
Ne m'a riens preste en manaide, 
Aios a de moi pris doble gage. 330 
Kier m'a vendu sen avantage, 
Mais je tieng a preu le damage 
Qui chi me nuist, s'il aillors m'aide : 
Bone esperanche m'assoage 
De le grant joie a irelage 
O cascuDS a quanqu'il sohaide. 336 

XXIX. 

Pitiés, va la o jo ne vois, 
Congié prendre as Piedargentois : 
Con plus les ain, plus les eskiwe. 
Robert, chil Deus en cui tu crois, 
Il te laist bien porter te crois 
jo ne puis porter le miwe ! 342 
Remés sui dedens le banliwe ; 
Paien ont de moi ferme triwe, 
Mais se Deus fust assés cortois, 
Tant m'eùst viaus preste s'aiwe 
Qu'en le tere qui ja fu siwe 
Eusse fait un servenlois. 348 



29} B Ne G estes B x oublies — 294 B Que sa pr. mert — 296 A De mon 
escrit nerent plane B ï De mon escrit ne seront fors — 300 B mame de 

joi G Pitiés A X qui en men cuer — 302 F Salues — 30: B Que — 304 
A il est mes hom — }o6 G ne men — J07 F couient — 3 1 1 G Tel les a 

314-515 C(s diux vers wnt remplacés dans A G par Us vers suivants , Salue moi 
et si macuite Aliaume piedargent encore — 316 A Cor mestuet tomer — 318 
C E de si F de chj — po C E F Que B je croi B estore G mestore — JJl 
G Que jen — 322 B tmproier x' vueil mon 

325 A Baude A ore B moût men — 327 x G ma fait x cangier — 330 B 
a pris de moi — 3 3 1 B Bien — 3 3 3 B et aillors G se aillors — 3 3 6 F O manque 
B ce se souhaide 

337-348 G la strophe manqiit {feuiUa dichiri) — 337 E F Congié — 339 A 
esquie — 340 x Simon B la ou tu — 341 B la crois — 342 B Lau — 345- 
344 ces vers sont intervertis dans A — 34} B lusl auques — 346 A daiue — 
347 F En 



LES CONGÉS 



XXX. 



Coreciés et honteus et mas, 
Cornant a Deu Baude et Tumas, 
Quar moût pris lor acostumanche : 
Deus, qui tos biens acostumas, 
Qui de te verge batu m'as, 
Donc lor vertu et poissanche 
De maintenir lor bone enianche I 
De lor aîwe ère a fianche 
S'aler peûsse vers Damas ; 
Mais remés sui par conissanche ; 
Deus m'a contée me keanche, 
Si m'a fait geter anbesas. 



ÎS4 



j6o 



XXXI. 



Aoûts qui en moi se desploie, 
Qui m'amatit et asoploie, 
Me semont par jor et par nuit 
Qu'ai siècle me toiile et desvoie ; 
Et hontes me maine et convoie, 
Qui pieche a m'a pris en conduit; 366 
Ôur en liu il ait déduit 
N'a mais a men ues siège vuit, 
Ains preng congié con hon sor voie 
A chelui cui sornons me fuit : 
Qnar grant diferenche a, jo cuit, 
De Johan Duel a Gerart Joie. 372 

XXXII. 

A vo congié, Waubers li Clers, 



DE JEAN BODEL 24 1 

M'en vois malades et enfers, 
Dont Deus tos nos amis défende I 
Entiers m'avés esté et fers ; 
Aine vos avoirs ne me fu fers 
Se i'oi mestler d'une provende : 378 
Deus bon guerredon vos en rende 
Et de moi tel venganche prende 
Que li siens huis me soit defers ; 
A sen cois en a pris amende, 
Sans nul respas qu'ai cors atende, 
Quar jo fui entassés trop vers. 384 

XXXIII. 

Puis que jo de l'aler m'esmuef, 
N'en doi mie porter l'estuef : 
Al congié prendre me racort. 
Gerart d'E^paigne, or sont tuit nuef 
Vo vies don, et si le vos pruef : 
Revescu sont par cheste mort. 390 
Quanqu'on m'a doné en déport 
Tôt soit en aumosne ressort. 
Devant Deu vos biens vos repruef. 
Qu'il a l'ame les vos restort : 
N'ai plus bel don que vos aport 
A bone estrine a l'an renuef. 396 

XXXIV. 

A Deu comant le Monoier, 
Chelui cui Deus puist envoler 
Pooir de porsivir le coite, 
Quar s'il ne pert par desvoier. 



349 x* Corouceus — Jji B Et — 352 B qui les biens — 353 A Et de — 
15Î É De parsuir — 356 x en fiance — 3J7 B Aler — 359 r conte — 360 
S Et ma 

361-372 G la strophe maïuiiu {feuillet dichirl) B x Pitiés A en mon cuer 
«lesploie — 362 F Si — 364-365 ¥ ces deux vers manquent — 365 A Et honte et 
anuis me conuoie x Et hontes qui me reconuoie — 366 x mont pris — 367 
a il a — 368 B maïs auec moi — 369 A Congié demenc — 370 A sonors F 
sor nos B A gerart qui 

375 A X mes amis — 377 B x' Ains A vos osteusC Onques vos huis — 378 
B Quant joi C Se partir voil a vo A /< vers manque — 381 B Dont li A le vers 
amque — 382 B son cors C G son Icieus B G lamende — 383 A respit E 
entende 

38«-396 B G [feuillet dichiri) la strophe manque — 385 F daler si — 389 
A si les vous reproef — 391 C Kaucuns — 393 A aproef — 394 A D Qui A 
resort 

397-408 G la strophe man^/ue (feuillet dichirS) — 398 B auoier — 399 B Cil 
■met de parsuir A se c. — 400 B Se cil A nel pert 

Romania, IX 1 6 



240 

Et Bertran 
Quar se ^ • 
Ja ne il iir 
N'ierent ■■ 
Cornent ■ 
Mais ce:;- 
Et puis . 
Je li du.- 



.-: :i::t wandis 
;:. : 1 Brandis. 
;• :u estre eûreus ; 
i i'. moi escondis : 
. :cr moi kaitis, 
;.- :c'i maleùreus. 

XXXVII. 



4?' 



Anuis, 
Salue r 
Quar I. 
Je sui 
Bien ,1 
Nus h 
Meut 
A ni.T 
Qui r 
Coni' • 
ïelt 
Qui > 



.;;«.! Carpentiers, 

. ■:: ;e bon aire et entiers, 

. :jir de l'aier m'aprest. 

-.-:: et volentiers. 

. :j ruissiés mes rentiers, 

■:.;ea men besoing prest. 4j8 

: ijtre tor que chcst : 
■ :ti el haut conquest 
::js m'est li sentiers : 
:: qui bons pèlerins est, 
:.»e a l'ame me prest, 

cors gist sor les gantiers. 444 

XXXVIII. 



An-.: 
D'.\ 
V.i. 
Qu. 
Ks 

Q- 



■" : s. salue de me part 
.".rirt al Dent, li et Bernart, 
;.:■ t:5 |ors m'ont esté anbeure 
. - i.-.e et de bone part; 
\ • 5 por peu le cuer ne me part 
.".-.-'.es pensers qui mccortscure. 4^0 
• ;■ et dolor en men cuer neure, 
■:. î: sospir, et cante el pleure ; 

■ _ i.-; B tenir sa main — 40; F s.i 
. •. r -^ *-"c B sauoir aimme E El conour 

j st — 408 G auoier 
• .- i : .\ C D E se tu si fais F le vers 
. ■■ ■'. certes si abaubis C E F Certes seroit D 
. ■ i r.i D Oui ni E Oui lui x rccouer.i 

..: .;• 410 et eiZ »t',7;,i.'ji-: II.' /.'.I/ : La 

. ,.-.—; N — 4io V. Sauoirs dis et tolies lais 

•: -.i-j - 4-5 A .V le fai si corn tu le dis 

,;i E le lunijtic — 42 N C Forte une 

■ i >' :u cstoies B U vas ruHijui — 4J7 B 

,:;" A BCDGïrc 
;..v •: "fs entiers B ce vers manque — 457 
• ;:.•.;.■ — 44'-''^ en haut — 441 B Dont 
;-• / \c-S prest — 444 X G cors est 
^ " . K •.r.out este — 440 F poi que tous les 
;-s%i;re — 45 ' A Joie dolors qui G Por le 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 



A men sens et a men esgart 

Sui jo et desos et deseure; 

Li cors s'en va, l'amc demeure : 

Ainsi remaing, ainsi m'en part. 4^6 

XXXIX. 

Anuis, qui en men cuer abonde, 

Salue moi a te reonde 

Aras et tote le kemune, 

Quar tote onor en aus soronde ; 

Mais de lotes cheles del monde 

Mar m'en salueras que une : 462 

L'avoeresse de Betune, 

Plus cortoise ne sai nisune : 

Ch'est li dame de Tenremonde. 

Deus qui le fist en plaine lune 

Mete en li volenté aucune 

Que se plenté en moi esponde. 468 

XL. 

Pitiés, qui en moi iés csprise, 

Ne sai qu'autre mes i eslise : 

Porte al maieur d'Aras chest briel, 

Fai tant qu'en devant li le lise ; 

Se Deu plaist et se gentelise, 

Ja en li ne perdrai men fiel. 474 

Et as eskevins de rekief 

Le fai lire de kief en kief, 

Tant que pitiés lor en soit prise ; 

Quar se j'ai anui et meskief, 



Par raison lor doit eslre grief : 
Avenu m'est en lor servise. 

XH. 



Mî 



480 



Seignor, ainchois que |o m'en aille, 
Vos proi a cheste definaille 
Por Deu et por nativité 
Qu'entre vos fachiés une taille 
A parfornir cheste bataille 
Dont cascuns doit avoir pité. 
Moût m'ariés bien aïreté, 
S'a Miaulens m'aviés bote ; 
Jo ne sai maison qui le vaille; 
Pieche a m'a li Nus delitéj 
Quar gent i a de carité : 
Bien me sofiroit lor vitaille. 



486 



492 



(XUI.) 



Dame, cui Dieus al père et fis, 

VeuiUiez qut ni soit desconfis 

Mes cturs, quoi qu'il me mcsaviengnc ; 

Car jt sai de ce tnstout fis 

ICen rien ne gist tant mes parfis 

Ken Cl que je si me maintiengnc 498 

Que en vo service me tiengne. 

Plaise vous qu'ainsi m'en aviengne 

El qui adis soit enlentis 

Mes cuers, quels que mes ciurs daiingne, 

Que tout ad'ts li ressouvungni 

Et d'enfer et de paradis, ^04 



4i^ B Mes cuers, li cors — 4^6 D Ainsi men vois E F Ensi demeure B Ainsi 
sen va ainsi sem pari 

457-468 B la stroohe manoue — 4(7 i" Pitiés — 460 F en sans abonde A 
G Mais de lotes cheles (A dames] de! monde — 461 C Mais seur A Si con 
il clôt a la reonde G Si con il est a la reonde — 462 C Vueil que tu men 
salues une — 46^-464 ces vers sont intervertis dans F — 464 A nen i a une D 
nen sai nis une G ne sai aue une — 466 x en prime — 468 A Que de ses biens 
X Que sa bonté sor moi aoonde 

469 F sor moi A reprise B ot en moi reprise — 470 F que autre mais les 
lise — 471 C G ce F chest manque — 472 C E F ke deuant soi B D ke deuant 
li — 474 D en aus G Ja ne p. par li — 475 A As eskeuiiis tout — 477 B lor 
sera prise — 478 B Que se, ne — 480 B Cauenu 

484 B C D (êtes — 485 B Por parfiner F Et por fomir — 486 B Dont li 
mons — 487 B hérite — 489 B Que C Ne sai maison qui mieus me vaille — 
491 B Que — 492 A Si tne ï Se mi B Bien me soffira x la vitaille 

493-504 La strophe n'aiste que dans C 



244 ^- >^AYNAUD 

(XLIII.) Comment que li ours m'en itstràgu. 

Avou moût diverse compaigne 5}j 
M'estuet que je me racompaigne : 
Or m'i doinst Dims si endurer 
Le mal qui le mien cors mehâigne 
Que par [le] prendre en gri ataigne 

$40 



Dame, en cui sont tout bien logii, 
A vo candoille pren congii. 
Que donnastes as jougleours ; 
A li baisier ai renoncU 
Par un mal qui si m'a bluii 
K'aler me couvient les destours. 
Dusk'a li n'iert mais mes retours ,■ 
Mais m'amour li laisse a tous jours, 
Et quant iere ou petit marchii. 
De moi iert baisie la tours 
Ou establis est ses séjours ; 
S'avrai cuer mains mesaaisii. 



$10 



5.6 



PCLIV.) 

Hi! ménestrel, douch compaignon, 
Ami m'avez esté et bon 
Comme tris fin loial confrère ; 
A pourckacier ma garison. 
M'avez fait amour et raison 
Plus que se tout fuissiez mi frère: 
Dims vous en soit guerredonnere 
Et sa tris doce chiere mère 
Qui a vous a fait le haut don ; 
Priiis que sa largece père 
En moi : par quoi prie a son père 
Et a son fi II pour moi pardon. 

(XLV.) 

A Dieu vous veuil tous commander 
Ensamble, sans cascun nommer. 
Car n'i a nul dont je me plaigne, 
Ains m'en lo moût et doi loer ; 
De vous me couvient eschiver 



5" 



Î28 



A Dieu m'ame représenter. 
(XLVI.) 

Moût boniment m'a Dius prati 
Sens et engien par sa bonti 
De recorder le bon usage 
D'un baron qui par sa bonti 
A en sa vie conquesti 
Paradis, et dient li sage : 
Il commencha en joene eage 
Ditt a servir de bon corage, 
Tiere gutrpi et hireti 
Et vesciù en un hermitage 
De viande povre et sauvage 
Dont il n'avoU nouris esti. 

(XLVn.) 



$46 



SSa 



LÀ plus gentitts ki soit en France 

Et ki lignie avoit plusfrance, 

Demoutra bien par grant francise 

Qu'il fu souffrans de grant souffrana. 

Estre en doit sainte ramenbrance 

Tout par tout contie et reprise. {58 

// f ranci s'ame de francise : 

Sa volentisfu si esquist 

Qu'il n'i remest mauvaise brance : 

De quanqu'il potfist Dieu servise, 

Si que sa chars fu toute mise 

En grant souffraite d'abondance. {64 



505-$ 16 La strophe n'existe que dans C 
$17-528 La strophe n'existe que dans C 
529-540 La strophe n'existe que dans C 
541-552 La strophe existe seulement sans variante dans x" 
55}-564 La strophe existe seulement sans variante dans x" — 562 seruice — 
564 souffrance 



LES CONGÉS DE JEAN BODEL 



24s 



GLOSSAIRE. 

Lu immiros prkidis de p. rtmoicnt aux pages de la notice ; les autres à la muni- 
roMuM des vers. 



Abaabir 141, rendre bigue, faire perdre 

f usage de la parole^ stupéfier. 
Abitier (s') 169, s'adresser. 
Mftgn 185, dispos y en bonne santi. 
Afflatîr ;63, accabler. 
Anbesas (getfr) )6o, jeter le double as 

{aux dis), au fig. avoir mauvais jeu. 
Anbeure 447, tous deux, 
kaat 273, 1" pers. subj. pris, de 

aoire, augmenter {forme bizarre). 
Aoite (d') 406, en plus, par surcroît. 
A1A8 414, 459. — Le castelain d' — 

194 (Hue se S. Oher), p. 221. 
Assoagier })4, soulager. 
Aûner (s') 260, s'assembler. 
BiKLETE 428, Barletta {en Italie, sur 

F Adriatique) . 
Baudb }5o, p. 216, 221. — Voy. 

aussi Campions et Fastol. 
Bandel 1 57, jo'u bruyante. 
Badddïh (fiis du châtelain d'Arras) 

Behast (différents mss. ;)ortenf Bernart 

(t Gerart) 265, p. 221. 
Bernart, voy. Berart. 
Bbrtel, 73, p. 221. 
Bbrtran 293, p. 220 {peut-être est-ce 

un Bertran Verdiere ?) 
Bestorner 189, mal tourner. 
Betunb (l'avoeresse de) 463, p. 219. 
BiADMÊs 122, Beaumetz {Pas-de-Calais) 

— le Castelain de — 124, p. 221. 
BiAtniONT, Anse! et Wibert de — 

160, p. 219. 
BiAURALN 167, [liproserit de] Beau- 

rùns, p. 217. 
B1AUTAI8 (maistre Renaut de) 409, 

p. 221. 
BooiER (Henri), se trouve dans un ms. 

à la place de Henri le Noir. 



BOLART (Baude) 278, p. 221. 
Bondie (joer de) 7, se moquer, jouer 

par en dessous, allusion au jeu de 

paume oH le coup de bond est opposé 

à la volée. Cf. Ste-Pal., Bond. 
BosKET (Johan) 16, p. 220. 
Brandis 428, Brindisi {ville d'Italie). 
Canpions (Baudedes) 2 5 3-2 54, p. 22 1 . 
Carete (boter a la), 208, pousser, au 

figuré aider. 
Carpentter (Nicole le) 433, p. 221. 
Castelain (le), voy. Aras et Biauhéb. 
Clerc (Waubert le) 373, p. 221. 
Coite 399, désir pressant. 
C088ET (Mahiu) iio, p. 220. — 

(Robert — ) 109, p. 220. 
Covenir (al) 94, comme cela se pourra. 
Cueilloite 407, collecte, qulte. 
Cuete 162, couette. Prov. : (mètre) de 

cuete en estrain. 
Cuivre 28 j, tribulation. Voy. W. Fœr- 

ster, Chev. aus d. esp. 400- 1. 
Daerraine (canter se) 270, chanter sa 

dernilre [chanson], au fig. en finir 

avu la gatté. 
Damas 357. 
Defers 381, voy. Fers. 
Definaille 482, fin. 
Dent (al) Bernart — 446, p. 220; — 

Jaques — 205, p. 220; — Robert 

— 446, p. 220. 
Despire 78, mépriser. 
Despoise 276, alliage. 
D18IER (Simon) 37, p. 221. 
Disme (oblié a) 203, [bli\ laissé comme 

dtme [et exposé à pourrir] , au fig. 
Dorer 319, enr'uhir. 
Durant (Simon ou Huon) 224, p. 221. 
Enferm 272, 374, malade; enferme 

viande 1 86, vivres gâtés. 



U6 G. 

Enfreté 77, 151, maladie. 
Enpointe (faire une) 122, faire une 
Entait 172, mis en train. [pomle. 

Entassé ^84, mis en tas {en parlant du 

bli qui se pourrit dans cet état), aufig. 
Enviail 119, enjeu., acte de mettre dt 

l'argent au jeu. 
Elscaudir 425, échauffer. 
Escueil 248, ilan, départ. 
Escueillir 175, lancer. 
Escueilloite (prendre s') 403, prendre 

son ilan. 
Esfronter 66, décourager. 
Eskeule 136, 5* pcrs. ind. prés, de 

escouler, fuir, échapper à. 
Eslandjr 426, exiler, 
Esr\iiJNE (Gerart d') 388, p. 220. 
Espondre 468, manifester. 
Estage (guerpir son) 327, déménager., 

au fig. 
Estanchier 214, au fig. apaiser. 
Esteule 137, chaume. Prov. : De dm 

forment en vuide esteule. 
Estoper \j^, fermer, boucher. 
Estrain 162, paille. Voy. Cuete. 
Estuef 386, balle de paume. L'expression 

enporter l'esluef parait signifier : s'en 

aller sans prendre congé. 
Falde (coeillir en) 528, déclarer la 

guerre d. 
Fardel 168, botte (d'herbe); pori — , 

au fig. [mime image tfu'au v. 384). 
Fastol (Bauduïn [ou Baude]) 32}, 

p. 217, 220, 221. 
Fernier 196, ensorceler. 
Fers; 1° 376, cas sujet de firmus, 

fidtle, ferme en amitié. — 2' 377, 

adj, verbal du verbe fr. fermer, 

fermé; de même defers ju v. 381. 
Fievcr, 44, au fig. inféoder. 
Forbalu 441, interdit. 
Fort (Mahiu le) 29;, p. 221. 
Gantier 444, chantier (piice de bois). 

Voy. Littrè, chantier 1, 
Gerart, voy. Bf.rart. 
Gerne 204, 3* pers. ind. prés, de ger- 

ner, germer. 
Craindre 143, plus grand (au cas 

sujet). 



RAYNAUD 

Hue d£ s. Ombr (chdtelain d'Arras), 
194, p. 22r. 

HcKEDEu (Vaast) 97, p. 216, 230. 

Iverner iij-j, faire hiver (impers.). 

JoFROi 302 (médecin de Bodel), p. 221 . 

Joie (Gerart) 372, p. 221. 

Keanche, point obtenu en lelant les dés ; 
aufig. 7j, chance. 

Lime 202, peine. Cf. Stc-Pal., Lime el 
Limer, 

Livre (aprendre ton) 277, au fig. éle- 
ver à ton école. 

LocABT (Robert) ij^, p. 220. 

Loire 166, leurre: aufig. mostrer loire 
et redain, appeler et réclamer. 

Lorgne 419, louche, au fig. 

Luite ;2i, assaut. 

Lune (faite en plaine) 466, i Cépoquc 
la plus favorable pour prospérer. 

Mahiu 163, p. 219. 

Main (estre a) 14, être à la portée, i 
la disposition. 

Maïstire 305, science. 

Maie (torser sa) 88, au fig. se prépa- 
rer à partir. 

Manaide grdce, merci ; en — JJ9, ^ 
lilre gracieux. 

Merele (traire de) 84, jouer aux ma- 
relles, pris au figuré, 

Mcsaler 96, être gdté., corrompu. Cf. 
Du Cange, Mescalia, el Ste-Pal., 
Mesalé. Ce verbe composé d'i\a a iti 
une conjugaison analogique. 

Mesestanche 212, mauvais état, 

Meskeanche iji, mauvaise chance. Voy. 
Keanche. 

MiAULENS 167, 488, [léprottrit de] 
Meulan, p. 217. 

MoNorEB (le) 397, p. 221. 

Muse (recotnander la) 1^4, loc. sans 
doute analogue ù donner la muse, se 
moquer. 

Movoir 1^0 (verbe neutre); de sens li 
muet, cela lui vient de sens. 

Nape (tenir) 9^, aufig. 

Nasse (avoir en la) 262, pécher, au fig. 
avoir par le sort. 

Neure45i, 1" pers, sing. ind. prés. 
de norir. 



I 




LES CONGÉS 

Non (Henri le) 169, p. 320. 

Orinal 1 16, rase de nuit {pris au sens 
iiprlàetij). 

Passs avant 4 1 , nom de la bannïtre de 
Simon Disier. 

PiÉDARQENT (AHaume) )i4, p. 220. 
— (Robert oa Simon) 540, p. 220. 

PiÉDAnoBiiTOis 338, les membres delà 
famille Piédaboent ; wy. ce mot. 

PiUE (Tiebautde le) 61, p. 221. 

Pire 80, grand chemin {Jormi </; piere, 
lot. *petricus). Cf. Jahrb. X, 263, 
XI, 152. La loc. gaitier le pire n'a 
pas de sens bien défini. 

Poil (contre) 199, à rebours. 

Quaresmel 165, Mardi-Gras: [de joie 
prendre son] quaresmel, prendre sa 
grasse part de joie. 

RavuIn (Raol) 329 {maire d^Arras), 
p. 219, 220. 

Rebondi 416, retentissant. 

Redain 166 {termt de fauconnerie) ^ 
rappel de Voiseau. Voy. Loire. 

Rentier 437, débiteur de rente. 

Renoef (a l'an) 396, au nouvel an. 

Repaier (se) 81, s'apaiser, se réconfor- 
ter. 

Repoint 121, excité, hostile. 

Reponaus (joer a) 114, jouer à cache- 
cache, au fig. se cacher, vivre à Fécart. 

Repos 151, caché. 

Respas 383, guérison. 

Respasser 263, guérir. 

Reter 209, accuser. 

Retraite (copde) 173 {terme d'escrime), 
coup de revers. Cf. Cachet. 

Rewaîme i" pers. ind, prés, de rewai- 
mer (regaîner) 199, produire la nou- 
velle couche d'herbe, le regain, au fig. 

Rimer \<)i, geler blanc. 



DE JEAN BODEL 247 

Roisnier 311, trépaner. 

Ruise 9, subj, prés, de rover, deman- 
der (la forme ordinaire est ruisse). 

Saint Juri i 59 , église ancienne de 
Saint-Géry à Arras. 

Sale (Wibert de le) 89, p. 221. 

Salbrne (li mire de) 201, }es médecins 
de l'école de Salerne. 

Sarasin (le) 1 08 {c'est peut-être le nom 
d'un artésien), p. 221. 

Siu 1 17, suif. Prov. : Tost a cangii 
chire por siu. 

Soros 93, suros, tumeur osseuse. 

Sosfraindre 2)7, 283, manquer. 

Sosfraite 177, indigence. 

S0TEHONT (Bauduin) 51, p. 221. 

Tenrexonde (la dame de) 465, voj, 
Betdne. 

Topoie 175, toupie. 

Tomer i58(«i/>dr/dnt</'aRchaudeau), 
retourner, renverser. 

Triwe 149, 344, trh>e. 

TuMAS 3J0, p. 216. 

Veulc 1 34, léger, frivole. 

Viaus 346, se viaus non 269, tout au 
moins. 

Vies 29, vieux : onques ne lor sambloie 
vies, ils ne se lassaient pas de moi, je 
leur paraissais toujours nouveau. Cf. 
Durmart y. 284, où il faut lire vies 
et non niés avec M. W. Foerster, fui 
prétend que vies n'aurait aucun sens. 

Waioniet 42 1 , p. 216, 220. 

Wandir 427, tourner. 

Warin 241 (jongleur), p. 221. 

Wasket (Pieron) 220, p. 221. 

Werri (Robert) 14 j, p. 220. 

Wisternave (Baude) 182, p. 220. 

Vrbdiere (Martin), 291, p. 220. Kojr. 
Bertran. 



25 mars 1880. 



Gaston Raynaud. 



LE CATÉCHISME DE BONIFACI 



Le catéchisme roumanche que nous publions ci-après est la traduction 
de celui de Pontisella, rédigé en allemand. Le catéchisme de Pontiselia 
n'est pas le seul ouvrage de ce savant. Il a publié les livres suivants : 
1° Hymnus in Venerem, latine a Jo. Pontiselia versibus keroicis expressus. 
Tiguri, I ^90, in-4''. 2° Leichpredig iiber den Spruch haie XL, 6 and 7. 
Basel, 1601, in-4». }• Evi ad Adamum deductio descripta in Gènes., H. 
22, homilia itlustrata. Tiguri, 1602, in-4°. 4» Kurtze AusUgung; des Engli- 
schen Crusses. 1 602 , in-8°. 5° Salutatio angelica homilia illiisirata. Herbonae, 
1605, in-8*. 6" Cygnsa B. Simeonis cantio tribus homiliis illustrata. Son 
père était professeur à Coire, dans la même école dont le célèbre Siméon 
Lemnius était le recteur. 

Le titre du catéchisme allemand est : Catechismus Kurtzer Btricht der 
Houpipuncten Ckristenlicher Religion fur die Kirchen und Sch'ultn loblichtr 
dreyer Piindten in alter Churer Rhetia Obérer Teiilscher landen. Darch Johan 
Pontiselia | Diener am wort Gottes \ geschrieben. Suit une gravure avec 
l'inscription : Libertas. a. Deo. data, concordia. justitia. et. fortitudine. 
conservatar. Ensuite : Lassend die Kindlin tu mir Komnen | und wehrends 
Jnen nit : dann solcher ist das rych Gottes. Mar. 10. Il compte } i pages 
et deux pages non numérotées remplies par des prières. 

Le texte allemand est plus court que le roman. Il n'a pas la préface 
(1-89^, il n'a pas la recommandation des deux pasteurs Jecklinus et 
Dominicus (90-1 1 j). Il commence par les devoirs des pères et des mères 
vis-à-vis de leurs enfants. Il va de soi que l'annotatio du texte roman 

I jo-i 57 lui est étrangère. Après 1059 vient dans l'allemand 1454-1460, 
ensuite les prières 1062-1090, 1 ioi-> 1 17. Le livre finit par les mois : 
Getruckt zu Ziirych, by Johanns Wolffen, 1 ^96. 

Le traducteur était maître d'école à Fùrstenau, dans le canton des 
Grisons, c'est-à-dire dans la région que M. Ascoli désigne par Sottoselva, 
Tumliasca, § 1, B. III. Il m'a été impossible de rien apprendre sur sa vie. 

Notre texte n'a pas été utilisé par M. Ascoli, mais M. Schuchardt en 
a fait usage dans son petit écrit : Ueber einige Fslle bedingten LantwandeU 
im Churwàlschen. Il y relève surtout le fait que a tonique aboutit après 
une palatale dans notre texte à ea, comme en afr. à te. 

Une singularité de ce texte, c'est l'emploi d'un .1 pourvu d'un point 
au-dessous (a). Cet q a été remplacé dans notre édition par un a italique. 

II représente : 1* a + n + Cens. = au/J, ou a/j + Cons. infdntem = 
infaunt, sanctus = suigh. 2° a + / + Cons. = au + Cons. aller z= 



LE CATÉCHISME DE BONirACI 249 

aitfcr. )• a de du := au : causa = chiausa. 4° a de la terminaison atus 
= aa : monstratas = mussa. 

Oicz ili, 462) relève le fait qu'en espagnol et en portugais on ne 
répète pas la syllabe ment dans les adverbes, et il donne en outre 
quelques exemples italiens et provençaux. Le même procédé se trouve 
dans notre texte : viuna et malnûtzameng 2 1 o. fearma et stattevlameng 
}97. Prusa, gisu et sanghiameng 520. prusa, gista et innoceintameng 
1087. diligeinta et biimmelmcng 1 141. 

La langue de notre texte possède très peu de verbes composés avec 
des prépositions, dans lesquels la préposition soit encore sentie comme 
telle. La plupan du temps, le verbe est construit avec une préposition 
qui le suit, et c'est là, je crois, une imitation de l'allemand. Voici 
quelques exemples : trœr sij [aufziehen) 45, 48, 36, j). plantar int 
(einpflanzen) 55. tinter avzunt vorhaben, vorhalten) loj. gir tiers (zusa- 
gtn] 105. inetter giu (niederlegen) 120. dumbrar sij (erzcehlen) 168. 
Jriar stj jerrichten) 196, friir sutt (unterwerfen) 267. âriar ora (aus- 
richten) 456. prender sij (annehmeni 513. morir giu (absierben; 562. ir 
^iu (hinabgehen) J98. lavar sij (auferstehen) 576. laschar sueinter (nach- 
lassenl 685. raschunur tiers ^anrech^enl 882. schantar tint (einsetzen) 
5)iô. /)artc/)ir or (austheilen; i)^}. se dar ora ^sich ausgebenj lo;;. star 
titrs (beistehen] 1 140. prender tiers (zunehmen) 1 169. faravunda (genug- 
ihum 907, etc. 

On remarquera aussi dans notre dialecte des mots d'origine allemande 
inconnus pour la plupart aux autres langues romanes, même aux autres 
dialectes ladins : trujf (brust) 1^59. butiegear [putzen] \]^&. dscimber 
isauber) n45i dschubregear (séeubern) 4Si. flysegear [be-fleissigen'i 358. 
frafentlickameng ffrevenilichl 307. fryalaa (feiertag) H4. furdregiar (foer- 
demj 3 1 ^.garagear (be-gehren) 328. gast (id.) 23 1 .^dmc/iejr(wùnschen) 
J28. guaregiar guerroyer 508. gvunchir (vfr. guenchir), handei ihandel) 
)2 î . ttandlegear ihandeln) 539. hindergear [hindem] 974. manegear (meinen) 
404 minglar imangeln) 965. maungel (mangel) 404. muotwilligameng 
(mutwillig, 978. niitz, malnutz fnutze) 210. niitzegear (nutzen) J77. 
predigear 'predigen) 943. schenckagear sckenken) 883. schùssdring (id.) 
1329. spysd (speise) 994. vandlegar [wandeb) 1071. varnagear warnenl 
106, etc. 

Les dialectes ladins possèdent un grand nombre de verbes en -antjr, 
•tnttxr, -intar. Voici quelques e.xemples tirés du catéchisme : bevrentar 
108). moventar 27 j. scheniar 200. spysentar 1116, stendschentar 61. 
ûsgitntar (*toxicare', perintar 347. Quant au verbe schkurtzanir, je crois 
iju'il est formé du verbe ail. kiirzen, comme sparagnare de 'sparanjan 
|cf. Zeitschrift f. rom. Philologie, 111, 295 s.) ; gnndanlr 854 aurait alors 
été formé sur schkurtzanir. 



10 



Catechistnus 

CVRT MVSSA- 

MEINT DELS PRINCI- 

PALS PVNCTGS DELLA CHRl- 

stianevla Religiun, per las Baselgias et Schko- 

las da Communas Trees Ligias, iras 

quel! Auli amus&id S. Iohann 

PONTISELLA da Cuira 

fatg per Tu- 

deschk. 

Vssa da nief tras Daniel Bonifaci mess 

ora in Roniijunsch. 

Ala fign ees un curt tnussameint da buns 

Cusiims à d'un Ciuvnai zunt nù- 

Izevel mess vi tiers. 

Squitscheu à Lindauv vid' igl Bodensee. 

tras IOHANN LVDVIG BREM. 

M. DC. I. 



Sur le verso il y a une gravure avec l'inscription 
20 data, concordia, justitia, et fortitudine conservatur. 



Libertas, a Dto < 



I 



(I). Als beinadatchidds, niebels, statevels, prus, sabigs et hundrevels 
s. vugdii et signurs d'una imiera Dretchura et Commun da Fùrstenouv, 
als meas oraviiunt Hundrevels et chears signurs et buns amigs, salud da 
Deu. pasch et beinesser tras noss Signer lesum Christum. 

2j Sidunt cha la Siinghia scrittiira, Hundreivels Signurs, da per tutt igi 
Mund eintin da tuttas sorts linguaghs ees rasad' ora et messa per scritt, 
da tal sort et aschi clxr, cha bigchia namx ils Docturs et Muss^ds da 
quella, la cognuschan, mo era Juter commun pievel et infjunts tras las 
schkolas et Catechisems, quegl es, curtas formas et compigliameints da 

]o tutts principals punctgs delta Christianevla Cretta et Religiun vegnan 
mus&jjs et intraguidijjs, ch'els quella ear cognuschan et tier una veera 
cretta vegnan tratgs sij : Scô nus bein vesein, cha nua cha nus vegnign 
or* da nossa terra, cateins cha bunameng mùn-(Ii)-chia dûn sa un quai 
chidusa or d'Ia scrittura sjnghia : Schi ees igl pija ear per basùnghs cha 

;( nus la nossa Giuventutna eintin veera cretta, dretgia cognuschientscha 
da Deu, buna et dcscheinta manduntza délia vita iragian sij. Sijunt cha ■ 
la experientia da munchia gij ans mussa, cha pur lura un pievel et 
Regemeint un ventùrevel et paschevel beinstadi et bein esser ùnandretg 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 2^1 

a gud^, cur cha eintin las Baselgias, quegi ees eintin vera cretta et 

40 Jervetsch da Deu vean mess un bun fundaraeinl, seintza ilg quai no pô 

csscr nagùn bein esser, ne vid' corp ne vid' orma, m6 blear plij l'ira da 

Deu sur tais Christiduns vean à d'esser. Schinavaunt cra la Giuvcntutna 

ees ûna ragijsch délia Baselgia da Deu et Deus vutt cha quella vignig 

tnanada à Igui tiers, vut ell duvrar Babb et Mamma la tiers, ch'ells 

4$ quella à Igui megnan cun dretchia forma et iinandretg trjer sij, ilg quai 

^m ees à Deu ilg plii gr^iund bein plaschêr. Sur quegl scô Deus tutts Chris- 

^1 liauns ba sckiffeu der seu laud et hunur, aschija ha ell era ordimui Babb et 

^M Manuna ch'els lur infjunts iinandretg tragian sij, per nolt ch'ilg nûm da 

^^ Deu 111) vignig hundrju et glorifiCiîJ. Mo quegl vean bigchia pudeer 

50 daventar, upija che vignig viviiunt mess un bun fundameint or digl quai 

crescha un bein reformât Regemeint et Baselgia. Quest fundameint vean 

alura schantj>2 ûnandretg, cur cha la divina verdad bichia nams avearta- 

meng eintin las Baselgias clxr et funsadameng vean mussada, mô era da 

Babb et Mamma à cheasa, et Mussaders eintin las schkolas alla Giuven- 

j 5 tûtna plantada int, eintin la da fora mantiuntza > délia vita mussada, et 

tnanada giu digl mal. Nus savein cha la Giuventùtna ees à Deu adûna stada 

j cheara, scô Christus setts confessa tier S. Marc, eint' igl lo. cap. Nua 

' ch'ell gij : Laschad ils infdunts vegnir nà tiers me, et bigh ils dusteies, par 

cfae cha da tais ees igl reginjj da Deu. Sumgi^mntameng era : Malà quell 

^o ilg quai datt scàndel alla Giuventùtna, è fuss plij bien ch'ell havess ùna mola 

d'mulin eintin culiets et fuss stendschenMj in funs délia màr. Damse 

Christus pija la Giuventùtna da tal sort ha cheara, schi ees igl bein per 

I basùnghs cha quella vignig tratchia sij iinandretg et tier cognuschientscha 

I da flV) Deu, perche cha nua cha Igiês cognoschientscha, schi ees igl 

*5 vcntùra. Vesiaunt damae cha ilg diever et excertitatiuns délias schkolas, 

tras da quella sort cudischs, numnadameng catechisems, portan tjunt 

> fnjtg et eintin noss linguagh ma na nean ne scritts ne squitscheus et la 

I nossa Guiventùtna juters linguaghs bichia pô intelir : sunt lo gr.}unda- 

meng et fitg vegneu moventjj, iras grjund nott basùngs ch'ees uss 

ÏQ eintin nossa terra da intraguidar, mussar et manar la Guiventiitna sùn 

veera crena, dretgia cognuschienscha da Deu et descheinta manjuntza 

délia vita (cun agud da Deu), da scriver, metter ora et far squitschear 

quest cudîschet eintin noss' natiiràl linguagh da Tumigieschka : Cun- 

bein quell ees pitschen, cuntean ell imprô tutts ils principals punctgs 

délia nossa Christianevia Religiun et d'una Christianevla descheinta > 

vita. Mô per nott che hagigtaunt plij authoritad, vx lo voleu scriver tiers 

i vus numn<ijs signurs da quest hundrevel Commun : Sun buna spe- 



1. L'édition a : manauntaza. 

2. L'édition a une faute : desceheinta. 



352 



ULRICH 



Muntza che vignig (cun agûd da Deu) portar grjund bun frûtg. Rogjund 
cha la V. H. vigtig questa chiausa bigchia virar in mal, nr.o prender 
80 la buna viglia avjunt igls fatgs et me adûna eintin tutt bien, scô buns 
Signurs et Patruns laschar esser per recommend<w. Deus dcttig gratia 
che portig bun frutgh, et siervig tier seu jjud et honur et lier igl noss 
salùd. Amen. 

Datum Furstno à miets Martz, digl ann sueinter la Naschientscha > da 
8j Christi^ noss Signer. M. DC. I. 

D. V. H. 
Voluntûs, subiett et obiedig 
Servieint et cunvischign 

Daniel Bonifacius. 



i 



90 (IV.) Conradus lecklinus Rhaetialtus, Andréas Dominicus, servieints 
délias Baselgias da Tus.iun et Schaniuntz in Domlgeaschka in Commû- 
nas Trees Ligias : Gratia et pasch da Deu Babb iras Jesum Christum. 

Sueinter quegi cha à nus ees vegneu avjunt da léger et surveer quest 
praescheint cudisch guar calhechisemus et intraguidameint dels infjunts 
g j eintin nossa viglia et natiiraia Romdunsch da Cuira et linguagh danossaterra 
zunt diligeintameng bigchia namae eintin igl intelectg, ma era eintin la 
orthographia, iras quell Prûs et Mussjii Humm Daniel Bonifaci da quest 
leimp Meister délia schkola à Furstno, ees mess ora et converteu : Ans ha 
la diligentia et lavur da quest humm giuven da tal fort bein plascheu, 

100 cha nus zunt tutta via, per basunghs etnûtzevel havein Judicjj, per ùttcl 
et prô délia nossa guiveniûtna et digl commun pievel, cha quest praes- 
cheint cudisch vegniss stampjj et squiischeu. Per quegI nus era zunt {V) fl 
fitgh igl havein togaa, damae ell quella fadigia ha mess lundarvij ch'ell 
viglig ear laschar ir igls cust sûntzura et dritzar, che vignig squitscheu : 

10; Igl quai ell era tras igl noss amievel rieg et teneer avdunt ans ha gitgh 
tiers et impromess da far. Per quegI scha rogeins et varnageinsnustutls 
vus Christianevels Babbs et Mammas, fidêls et chears vischins et pievel 
da nossa terra, cha vus viglias (scô quest humdrevel ' humm giuven, 
nagùna fadigia et costs ha spargneul ear vus un pitschen danar bigchia 

1 10 vus laschar increscher quest als voss infjunts da comprar et diligeinta- 
meng ils far ir à schcola : Sun buna sperjuntza cha quell vignig à vus 
et als voss infjunts tier grjund ùitel et prô servir. Latiers detiig Deus la 
sia gratia da tutt teimp. Amen. Datum Tusaun à miets Febraer. Anno 
M. DC. I. 



1. L'édition porte : Nacshientscha, 

2. L'édition porte : Ghristi. 
;. L. hundrevel. 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 2$? 

|VI) . Officij da Babb et Manima incunter lur infdunts 
Deuter. 6. V. 6. 7 [et 8. 9.]. 
Ils plaeds, iigs quais igl Signer à tij commenda, dees tu prender à côr 
ei dees quels als teas infjums diligeintameng implantar eint et plidar 
landrora, cur tij ees einûn le tia cheasa, guar wàs sùn la via, cur tij te 
mettas giu guar leavas sij et ils dees ligiar per lin' intzenna vid' ils teas 
nuuns et deen esser iina memoria avaunt ils teas ijls et ils dees scriver 
vid' la porta délia tia chiasa. 

Oflici dels injzunts incuntur ' Babb etMamma. 

Proverb. 1 . v. 8. 9. 

Meas figl, tettia igl castigament da teu Babb et bichia terlaschar igl 

commendameint délia tia Mamma : Perche cha quegi (VII) vean à por- 

tar agi teu Cheu una amigievla doradetza et vean à d 'esser vid' igl teu 

collets scô una cadeina d'aur. 

Annotatio. 
Eintin quest linguagh stô un haveer adatgh siin quesi buochstabs. 
Imprimerameng de quest et vegnir legeu per fl, Tudeschk, aa per flfl 

icà per schkô g. incanuras per ch. v. per HJ. Quest d' ch' 1' r' s' t' 
»cgnan fatgs per schkurtzanir ils plaeds et ir plij bein sueinter igl lin- 
guagh. Sc6, d'ia, per délia, ch'ùn, per cha un, l'jutra, per la aum, 
i 5 or", per ora, s' fa per se fa, eint' igl, per eintin igl etc. Per quegI stô 
lin adùna léger sueinter igl linguagh, et bigchia tutt ingual sueinter igl 
buochsub. 



(il Davard la declaratiun et partchir giu digl Catechismi. 
Che ees caiechismus ? 

Una curta doctrina b mussameint dels principals punctgs délia Chris- 
tianevla Cretta et Religiun. 
Qujuntas parts ha igl catechismus P 
Quatter pans. 

Quala es la imprimera part ? 
Ils wnghs dieschs commendameints da Deu. 
C^ala ees la secunda part P 

La apo&tolica confessiun délia nossa Christianevla Credtentscha. 
Quala ees la tertza part ? 
La oratiun digl noss Signer lesu Christi. 
f^o Quala ees la quarta part P 

igl mussameint dagt diever et gudér dels songhs sacraments. 

I. L. incunter. 



'5J 



160 



165 



2S4 J. ULRICH 

(2) La imprimera part digl catechismi dais anghs dieschs commtn- 

dameints. 

Perche ean ils dieschs commendameints la imprimera part digl cate-| 
chismi P 

Per quegl cha nus or' da quels impamein cba nus avaunt Deus eas- 
chan pdupers peccadurs, per nott cha nus tdunt plij datschiert sueinter 
la nossa spindraschun impinseien. H 

Chi nus ha djj ils dieschs commendameints ? , 

Deus igi noss Signer serts iras igl seu servieint Mosen, sùn igl cuira 
Sinai. 

Cô vignan ils dieschs commendameints partcheus giu ? 

Eintin duas Tavlas. 

Quiiunts commendameints hà la imprimera Tavla? 

(j) Quatier : or' dais quais nus impamein che nus easchan culp^ 
agi noss prossem ' . 



La Prima Tavia dtls sanghs dieschs commendameins. 
Mi dumbra sij igl primra commendameint délia prima TavlaP 
Deus piaeda exodi in igl .XX. capitel quests piseds. 
170 I. 

lo sunt igl signer teas Deus, cha te vs manda or' délia terra da 
yEgipta, or' délia cheasa digl servetsch. Tij na dees havêr nagùns auters 
eastars Deus avaunt me, 

Che commenda Deus eintin quesi commendameint ? 
17J Cha nus ell sulett per igl noss sulett Signer et Deus salveien, hun- 
dreien et timeien. 
Cô daveinta quegl ? 

Cur cha nus ell sulett adurein, sun ell sulett fidein et einlin tutla humi- 
litat, basetza et patientia da d'ell sulett tutt bien spitgein. 
180 Mi gij nà igt secund commendameint délia prima Tavla ? 

II. 
Tij na dees far nagûna figura ne intagleada ne incavada, gea zum 
nagùna figura, da naguna chidusa > cha tax seijg, ne da quellas, ch' 
ean in tschiel su dzura, ne da quellas cha ean in terra qui giu d/ut, 
18; ne da quellas cha ean in la mar sutt la terra : avdunt quellas na te 
dees inclinar, ne las servir ne las hundrar, ne las adurar : Perche cha lo 
suni igl Signer, teas Deus, un dschiglius Deus, cha castiga las pultru- 
gnas dels Babbs vid* ils infaunts ', antocka sun igl tertz et quart grau '■ 



1 . Par une négligence de la traduction les deux questions ont été confondues. 

2. L'édition a : chiausa. 
j. L'édition a : Infaunts. 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 2{5 

gea da quels cha mi vutan mal, io fatsch era (4) misericordgia in milliera, 
i(^ da quels, cha mi vuian bein et salvan ils meas commendameints. 
Che manegia Deus cun quest commendameint ? 
^H Cha nus ell zunt per nagima via figureien , ne eara per nagiina autra 
^^ ^isa cha scà ell eint' igl seu plasd ans ha commendiw daveien hundràr. 

rEan pija tuttas figuras communameng cun quegl scommendadas ? 
Gea tuttas quellas cha vignan fatgias per figùrar noss Signer Deus, et 
per hundrar ell vignan praeschentadas et dritzadas sij. Percaschun nus 
davein bigchia voleer esser plij sabigs cha Deus, igl quai la sia Christna- 
dad bichia iras vuds miitts, mô tras igl priedig digl viv^unt vierf da 
LDeu vuU mussar. 
Perche ans scheinta Deus ùna schmanatscha eintin quest commenda- 
' oeint ? 

Per quegi cha nus cognuscheien qui/unt (6) greaf castigameint tutts 

!!crv'ieints délias figuras et wuds ala fign hagian da spitchear. 
Mô perche vean quella imperraaschun messa vi tiers ? 
Per quegI cha nus vedseien, che gratia et pagaglia tutts quels hagian 
da reischever, ils quais à dell sueinter igl seu commendameint et volun- 
tad serviscben. 
III. 
Quai ces igl tertz commendameint délia prima Tavla ? 
Tij na dees igl numm digl Signer, teas Deus prendrer v<iuna et mal- 
xatzameng eintin la tia bucca. Perche ch' igl Signer na vean a salvar 
I 4]aell seintza culpa, igl quai dovra igl sea numm vduna et malnûtzameng. 
Ik Che ans mussa Deus eintin quest commendameint P 
WM (71 Cha nus igl seu sunghisckem ' numm bigchia vijunameng surdu- 
p» 'wreien, mô biear plij da dell aduna eintin honur ans recordeien et ha- 
^L 'vejen indameint. 

^1 Cur vean igl numm da Deu surduvrdd ? 

I Cur nus seintza basunghs guar fjuls gùrein, igl plaed da Deu volvein, 

guar tier stryugn et sinavels seintza fundameint surduvrein, ear quegl 

Stier turp et djnn digl noss prossem targein à strada. 
Cur vean igl numm da Deu duvrjj unandretg ? 
Cur cha nus Deu budein, la werdad lier ell solett confirmein, seu 
; plxd confessein, eintin nott basunghs ell clamein unagùd, et per tutts 
I iisseas duns et beneficijs ell ingratzgein. 
}i IV. 

Mi dumbra sij igl quart commendameint délia prima Tavla ? 
Te recorda digl gij digl pju^^ cha tij quell fetschas Siingh. Sys gijs 
dees tu luvrar et far tutta la tia lavur. M6 sùn igl settavel gij ees igl 



I L. binghissein 



2j6 i. ULRICH 

p<ius digl Signer teas Deus, sùn igl (8] quai tij na dees far nagûna lavur, 
ajo ne teas figl, ne tia figlia, ne leas famelg, ne lia fantschelia. ne teas bov, 
ne leas gast, cha fuss einteinfer las lias portas. Perche cha einiin sys 
gijs ha Deus fatg tschiel et terra, la mar et tuttas chidussas cha ean 
iieint. Ma Sun igl settavel gij hà ell pus&u da tutta la sia lavur. Per 
quella caschun ha Deus igl gij digl pjus faigh &ingh et fryat^J. 
255 Che commenda Deus eintin quest commendameint ? 

Cha nus sùn igl settawel gij dell' eambda guardeien or' solettameng 
igl serwetsch da Deu. 
Cô daveinta quegl ? 

Cur cha nus igl plxd da Deu tetlein, iigs Stinghs Sacrameints ùnan- 
240 dretgh duvrein, igl signer awertameng cun la Communiun da Deu cla- 
mein iinagùd, per tutts ils beneficiis igl ingratzgein et laudein et agi 
noss prossem eintin amur et Charetza per mur da Deu servjgn. 



I 



I 



« 



I 



[9] La secunda Tavla dais sanghs dieschi commtndamtinu. 
245 V. 

Quai ees igl prim commendameint délia secunda Tavla, schiglid 
sueinter igl urdan ilg tschingiavel ? 

Tij dees teneer eintin gr>)und honur igl teas Babb et la tia Mamma : 
sùn tala cha tij vivas gijgh sùn la terra, la quala igl Signer, teas Deus, 
2;o vean à dar à tij. 

Che commenda Deus eintin quest commendameint P 
Cha nus à Babb et Mamma tutta descheinta hundrientscha temma et 
honur porscheien : à dels seien obiedigs et eintin nottbasùnghs à dels 
ear deien agùd et bratsch. 
255 Che improroetta Deus à quels infjunts ils quais lur Babb et Mamma 
da tal sort hundran P 

(joj Ch'ell quels viglig lung teirap sùn quest mund cun honur, Ven- 
tura, sanidad et latetzgia laschar viver. fl 
M6 vuit Deus cha nus namœ Babb et Mamma hundreien? ^ 
260 Ell intelij ear à quia, tutts quels ils quais à nus ean schantdds avaunt. 
Quais ean quels P 

La superioritad, Servieints délia Baselgia, Schuolmcisters, Mussadcn, 
yyxgaai et tuits quels ils quais nus cuvearnan et perchùran. 
Cô ans daveinsa salvar incunter quels ? 
26J Nus als davein tutta honur et temma porscher et à la lur doctrina et 
mussameint, commendameint et castigameint cun descheinta obedient- 
scha ans frijr sutt. ^ 

vî. m 

Cô ddmma igl secund commendamcinr délia secunda Tavla, schiglià 
270 sueinter igl urdan igl sysavel ? 



\ 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 2^ 

Tij na dees amatzar, 

(il) Che scommenda Deus eintin quest commendameint ? 

Bigchia namae igl matzar ei homicidi cun ils fatgs setts, mô eara tutta 
milwoglientscha, inwilgia, ira et ingiergia et tutt quegi, tras igl quai 
7) nistier homicidi et matzar vegnin ridziMS et mowentjds. 

Mô ees igl cuntutt avunda, cha nus igl noss prossem , scô numnaa, 
bigchia matzeien i* 

Naa : Perche cha Deus commenda cun quest, cha nus agi noss pros- 
sem tutta miewietza, charetzgia et buntad porscheien, gea fetschan ear 
2S0 digl bein als noss inimigs. Matth. j. 

Vean la superioritad eintin quel commendameinî ear compigleada, 
guar pô quella matzar ? 

Gea tutta wia : Per che cha quella da Deu ees per quegl schantada 
sij, et ordinada, et la spada à délia recommenda, ch' ella ils buns per- 
îS^ cbùrig, et ils mais sueinter la forma digt fall, ear wid' la witta castigig. 

( 1 2) Mô cô dee la superioritad matzar ? 

Cun dretgh et gistija, sueinter truAvidameint et mussameint da divins 
et gists schantameints. 

VU. 

Mi gij na igl tertz commendameint délia secunda Tavla, schigliô suein- 
ter igl diember igl settavel ? 

Tij na dees rumper la legh . 

Che scommenda Deus eintin quest commendameint P 

Bigchia na mae igl rumper la Jegh setts, igl quais cun ils faighs 
dareinta, mô era quell igl quai cun voluntad, senn, cor, plaeds sturpius 
etcustims daveinta. Matth. $. 

Che coromend' ell lascunter ? 

Cha nus corp et orma (scô quels ommasdus lempels digl sangh spiert 
ean) salveien dschubers, et jvaunt' tutta quegl ans perchurein, tras igl 
I )Oo quai nus tier vanitad et nauscha gavischameints délia chiam vegnign 
hdzjas. 

VIII. 

(1;) Mi dumbra sij igl guart commendameint delta secunda Tavla, 
ichigliô ilg octgiavel ? 

Tij na dees ingular. 

Che scommenda Deus eintin quest commendameint ? 

Bigchia namx igl ingular fraefenlichameng et aveart lademetsch, mô 
eara da tuttas sorts fjuls ingannameints, tras ils quais igl noss prossem 
vid' la sia roba temporala vean d.innjj. 
ilo Mû che commenda Deus eint' igl octgiavel commendameint ? 



I. L. aviiunt. 

Romania, IX 



•7 



I 



25^ J- ULRICH 

Cha nus igl iittel digl noss prossem sueinter igl noss mùglier podeer 
furdregian, igl gidan et fidélmeng lawureien, per nott cha nus als pau- 
pers eimin lur nott basunghs possan gidàr. 

IX. 

j 1 5 Cà cljmma igl tschingiavel coramendameint della secunda Tavla schi- 
gliô igl Novavel ? 

(14) Tij na dees dar faulsa perdiitchia incumer igl teas prossem. 
Che scommenda Deus eintin quest commendameint ? 
Tuttas mentziignas, prender l'honur, blasam, et oravaunt fjulsa per- 

J20 diitchia. 

Che commend' ell lascunter ? 

Cha nus eintin tutts ils noss handels et fatgs haveien chear et geien 
la werdad : ear l'honur digl noss prossem sueinter igl noss muglier 
podeer defendeien et perchûreien. « M 

X. ■ 

Cà cLimma igl sysavel commendameint délia secunda Tavla, schiglid 
igl dieschavel et plij sueinter i ■ 

Tij na dees gavischear la cheasa da teas prossem : Tij na dees gara- 
gear dunna da teas prossem : ne seas famegl, ne sea fantschella, neseas 
};o bov, ne seas asen, ne naguna chtausa cha da teas prossem seijg. ■ 

(15) Che commenda igl Dieschavel et davjjs commendameint ? 

Cha nus bigchia na mae ordafora cun igl fatg, ma eara eintdaveins 
cun ntjuschs gavischameints avjunt igl pecoia ans perchureien. H 

Che ces la summa che cumpeglia tutts ils coramendaraeints ? ^ 

)); Hagias Deus igl teas Signer chear avjunt tuttas chiausas, da tutt igl 
teas cor, da tutta la tia orma et da tuita la tia possduniza, et igl prossem 
scà te tettz : Tutt quegi cha vus voleds, cha à vus vignig fatg, quegl fad _ 
ear à d'amers. Maith. 7, 22. f 

Ha ear ùnchiin quella poss4untza da salvar perfectameng ils dieschs 
}40 commendameints f guar podeins nus tras quels daventar salvs ? 

Naa : Per quegl cha nus da natiira easchan tier tutt bien mal perderts, 
ettier tutt mal incliniiws. Gen. 6. 8. M 

Ha Deus pija igl Christiiiun aschi nausch et corrupt sckiffeu P 1 

(16) Naa : mô Deus hà igl Christijun sueinter la sia hgûra bun et gist 
j4{ sckiiïeu, siîn quegl ch' ell Deus iinandretg cognuschess, da cormeng igl 

amass et cun ell in vera biadientscha viviss. 

Easchan nus pija da tal sort perinuas, cha nus da nus setts na podein 
îu nugun bien, ettier tutt mal inchnujs P 

Zunt lutta via : Upija cha nus Iras igl s.ingh spiert vignan renascheus. 
})0 Nundcr vean pija quella corrupta natura digl Christijun ? 

Or' digl fall dels noss primers vigis Adam et Eva eint' igl Paradis, 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 259 

tras ils quais la nossa natùra da tal sort ees tisgientada, cha nus tutts 
eini' igl pecwd vegnign retschiets et nascheus. 
Perche ans ha Deus pija aschi fearm ils dieschs commendameints 

Il 5 teneer avjunt, damx ch' nus eintin questa viia bichia ils podein salvar P 

Imprimerameng sur queig cha nus tutta la nossa vita, la nossa pec- 

cjunta natùra plij gijg et plij bein imparneien à cognuscher, et tjunt plij 

^i datschiert remischun dels (17) noss peccjiis et gijstija in Christo 

tschercheien. Per l'autra cha nus seintza calâr ans flysigeien, et Deus 

)6o per la gratia digl Stingh spiert rogeien cha nus igl tearm digl weer com- 
pliment guar obsolutiun survegnign. 

La secunda part digl Catechismi dais Artickeis délia Christianevla 
Credientscha. 

Damx cha nus tras las ovras digl Schantameint bigchia podein daven- 
?éS tarsavis', tras che nus vean igl gida^rP 

Tras la weera Cretta eintin Deu igl Babb, Figl et Spiert s^ingh. 
Nundér ora vean quella imprêsa i 

Or' dais dudisch artickeis delta Apostolica confessiun guar gijchient- 
scha della Christianevla Credientscha. 
J70 Perche vean questa confessiun numnada Apostolica ? 

ItS) Per quegl ch' ella dais dodisch Apostels setts ees schantada sij, 
guar cha eintin questa confessiun nagutta statt, cha bigchia cun mussa- 
nieint et doarina dels S. Apostels possig wegnir provaa. 
Ce vean questa Apostolica credientscha partchida giu P 
37 S Eintin irees principais punags : dais quais igl primm handlegia da 
Deu igl Babb et nossa sckiffttiun, igl secund da Deu igl Figl et nossa 
spindraschun, igl tertz da Deu igl sjngh Spiert et nossa sanctificatiun. 

Damae cha Igiès nams iina divina substiiuntza guar esser, perche 
numnas tij trees, igl Babb, Figl et Spiert P 
^&o Per quegl cha Deus eint' igl seas plxd aschija s' hà m\isaa et fatg 
adavierd, cha quellas trees nunspartchidas seien un weer Deus da d'un 
esser, bonur, pos&iuntzaet aetemitad. 

I. 
Da Deu igl Babb et nossa sckiffitian. 
})^^ (19) Quiiunts artickeis ha la imprimera part della nossa Christianevla 
Credientscha ? 
Nanue un solett. 
Ce cldmtna quell P 

lo Creeg eintin Deu Babb, tuttas chtdusas poss^unt, Sckiffidur digl 
Î9Û tichiel et d' la terra. 



26o J. ULRICH 

Che haveins nus dans penarchear vida qudi plaed Creeg > 

Cha nus tutta quegi, cha stait serin eint' iglsartickels, délia Apostolica 
Credeintscha, cun igl noss intelectg bigchia podein cumiiunscher, mô 
solettameng davein créer. 
J95 Che hagi numm Créer ? 

Ee hà numm ùna chictusa bigchia namae salvar et cognuscher per 
veera, mô eara la sia fidtruntza et confort fearma et stattevlameng schan- 
tar sùntzura. 

Mô schinav^unt cha quest ees iina commijna confessiun, perche 
400 dscheinds : to creeg, et bigchia Nus cretein ? 

Per quegI cha miinchia Ghristijun cha vult daventar salv, stô per se 
setts la sia propria tschearta cretta haveer, et nagùn sùn la cretta d'un 
duter se de laschar. 

(20) Che manegia quell plaed, lo creeg einlin Deu guar \-id' Deu ? 
405 lo scheint sùn Deu, scà sùn igl meu plij auh, graund et chear bien, 
tutt igl raeu confort, speniuntza et fidjuntza. 

Perche numneinsa Deus un Babb ? 

Imprimerameng, per quegl ch'ell ees quell perpétuai, natural Babb 

digl noss Signer lesu Chrisli. Per igl secund ch' ell eintin l'intscheata 

410 sueinier la sia sumeglia nus ha sckifîeu et iras igl sjngh Spiert renascheu 

et cun quegl per seas infjunis nus ha preu sij : Per igl terlz ch' ell cun 

tuits basùnghs vid' corp et orraa nus pvedza. 

Perche igl numneinsa luttas chijusas possjunt ? 

Per quegl ch' ell tutta virteu et possiiunlza ha eintin seas mjuns, et 
415 per quegl ell nus eintin tutts et or' da tutls nottsbasùnghs bein sa, vutl 
et pu gîdar. 

Perche vean ell numndd un sckifhdur digl tschiel et d' la terra P 

Per quegl ch' ell bigchia namae tschiel et terra et luttas chiausas ' ch' 
ean lieint or' d' na-i2i)-gutta ha sckifîeu, mô blear plij aunchou igl gij 
420 eintin tschiel et eintin terra sueinter la sia vôglia regia et consalwa, 

Che imparneins or' da quest artickel ? 

Cha nus einlin tutts conturbels et persequutiuns seien patients, eintin 
wentùra, quegl ees cur ch'ans wà bein amjun, seien recognuscheims et 
da quindernawaunt seien tschearts^ cha naguna Crealura ans vignig à 
42 5 spartchir or' d' la charelza da Deu. 

Perche ? 

Per quegl cha tuttas creatùras ean da ta! sort eintin maun da Deu cha 
quellas seintza là sia wœglia, na pon ne s' roower ne s' wolwer ne $' 
stortscher. 



I 



CATECHISMUS ROMAUNSCH ^^^~ a6l 

4i0 II. 

Da Deu igl jigl et noua spindrascliun. 
Mi duinbra sij la secunda part délia nossa Christianevia Credientscha ? 
(2ï, 2. Et in lesum Chrisium, seas solett nascheu Figl noss Signer. 
]. Igl quai ees ratschiet dagl Spiert sangh, nascheu da Maria pur- 
4); ichella. 

4. Ha andirdd suit Pontio Pilato, mess sugl legn délia crusch mort et 
nitterrjj. Ees eu giu in ils infiems. 
{. Sur cheu digltertz gij lavtij sij dais morts. 

6, Ees eu â tschiel, nua ch' ell seadza da la vard dretgia da Deu 
440 Babb luttas chijusas possiiunt. 

7. Nunder ch' ell vean à vegnir à iruvar sur vivs et sur morts. 

Da che handiegia questa secunda part délia nossa Christianevia Cre> 
dientscha ? 

Cô igl solett nascheu Figl da Deu da dretg teimp un veer Christiaun 
44; seijg nascheu et cô ell (23) dalla mort ans hagig spindrdd et la vita 
puschpè ans survegneu, 

Sh'' aud' lo bein Christus ees eintin iina persuna insemmel veer Deus 
et veer Christiaun. 

Aschi) ees igl zunt tutta via. 
4)0 Perche stô ell esser un gist et veer Christidun ? 

Per quegl cha la gistija da Deu dommunda, cha la hum^iuna natùra 
la quala ha fatg peccjj, per igl peccu paegig : m6 quegl igl quai sens 
fuss un peccadur, bigchia podess per auters pagear ils peccaas. 

Perche sto pija Christus ' esser veer Deus et veer Christijun ? 
U Sun quegl ch'ell igl offici da d'un Medijunt trjunter Deu et igl Chris- 
tLnin savess dritzar ora. 

Fuss igl bigchia stJj possevel igl offici seinza la ligduntza délia divina 
(t humjuna natura da dritzar ora ? 

Naa. 
4É0 (i4) Perche ? 

Per quegl cha un Mediaunt stô esser convgni<iunt et plaschevel  
luttas duas parts, las qualas ean incunter l'jutra. 

Mi déclara quest un pog plij bein ? 

Scha Christus fuss sua solett veer Deus, schi vess igl Christiaun da 
<; ddl la sia spindraschun bigchia podeu survegnir. Mo scha Christus namx 
Christijun fuss stij, scha vess ell igl fasch digl peccaa bigchia podeu 
portar giu et ans spindrada> quell. 

Che frutgh survegnigns nus or' d' la ligiauntza délia divina et humauna 
natura eintin la persuna da Cbristi P 



1. L. Sch'. — 2. L'éd. a : Phristus. — }. L. spindrar da. 



470 



47$ 



2^2 J. ULRICH 

Cha nus eintin Christo cun Deu puschpè havein fatg la pasch et per 
quegl haveins nus da quinder ûnavdunt ùna sagûra via tier la supchia 
délia gratia. 

(25) Quiiunts artickels ha questa secunda part délia nossa Christia 
nevla Credientscha ? 

Sys. 



J 



Da che plaeda igl prim artickeldella nossa spindraschun, schigliô suehi' 
ter igl diember igl secund ^ 

Dalla diwinitad da Chrisii. 
480 M' igl gij nâ ? 

Et in lesum Christum seas solett nascheu Figl noss Signer. 

Che inteiijns tras quell f>\seà Et ? 

lo creeg. 

Che numm ees quell pisd lesus i* 
48J Ee Igiês un numm Hebraisch, et ha numm in romaunsch lin Salwader 
et Sprindrader. 

Mo perche nummeins' igl Figl da Deu lesum ? 

Per quegl ch' ell ans ft salv et ans dschubregia dais noss pecc<ias. 

(26) Creen quels ear vid' igl solett Salvader lesum, ils quais lur salud 
490 tier Sjnghs et Sijnghias, guar intzan'' .Juter tscherchian ? 

Zunt lutta via bigchia : Mo blear plij schneagan els cun igl fatg setts 
igl solett Salwader et Spindrader lesum Christum, scha gea els s' laudan. 
Perche cha lesus stô da duas una, guar bigcha esser iin cunplein Salva- 
der et spindrader, guar cha quels ils quais quest Salvader cun veera cretta 
49^ prendan sij, stiin lutta quegl cha tier lur salud ees per basiinghs, haveer 
tras ell. 

Che numm ees quell plsed Christus ? 

Ee Igiês un numm Griechisch et ha numm in Romdunsch iin Vndscbeu. 

Che perschenda landrora ? 

{00 Eles lesus igl noss Salvader, scha daweinsa igl noss salûd tier nagûn 

duter, cha lier ell tscherchear. Ees Christus igl noss Persura Sacerdod, 

Prophet et Regg, scha daweinsa nus ordafor' elL, nagun dutra ufearta, 

et mediduntza ne cheu délia Baselgia haweer. 

(27) Perche veans tij nummtia un Chrislijun? 

505 Per quegl cha lo tras ta cretta sunt un member da Christi et persnavel 
dig] seu utg, Sun quegl cha lo igl seu numm confessig, me à Igui tier 
ùna viva recognuscheinta ufearta mettig avjunt et cun largia conscientia 
eintin questa vita, incunter igl pecciia et Démuni guaregig, et da quinder 
ùnavdunt eintin perpetuum cun ell sur tuttas Creaturas regig. 



I 



I 

I 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 26j 

UO Perche igl numneinsa lesum Christum solett nascheu da Deu?Eas- 
cbans nus bigch' ear figls da Deu ( 

Christus ces solett igl veer, perpétuai et natûra! figl da Deu, mô nus 
csdian tras ell or d' gratia preus sij per infijunts da Deu. 
Perche igl numneinsa noss Signur ? 
tij Per quegi ch' ell cun corp et orma dais noss peccjas et tutta pos- 
sjuntza digl démuni, cun igl seu praeiiûs sdung nus ha spindraa et à Igui 
per un spécial pievel ans ha comprjj. 

liSi Che eschants à Igui culpuunts lascunter ? 
Eschans nus infjunts da Deu eintin Christo, scha daveins Christum 
(îo puschpè haveer chear et viver prusa, gista et sanghiameng, scà è deasch 
â d' infjums da Deu et frars da Christi. 

h 
Dachehandlegia igl secund artickel délia secunda part, schigliàigltertz? 
Dalla incamatiun da Christi. 
)]5 Cà cbmma quell P 

Igl quai ees ratschiet dagl Spierî s^ingh, nascheu da Maria purschella. 

Perche ces Christus bigchia sueinter commun' ùsjuntza, scô nus 

auters Christijuns, roô tras virteu digl S. Spiert da d'iina dschubra, 

neita ^uventschella ratschiet et nascheu f 

no Siin quegI ch' ell la nossa maldschubra et peccjunta conceptiun et nas- 

chientscha dschubergeas et fagiess Siinghia. 

139; Da che plaeda igl tertz artickel délia nossa spindraschun, schigliô 
sueinter igl diember igl quart P 

Daward igl martuiri, mort et passiun, sepultùra et descentiun guar 
$3 5 Ir giu in ils infiems da Christi. 

Perche surpaseints nus dalla naschientscha da Christi, tier la mort et 
passiun .' 

Per quegl cha eintin questa confessiun solettameng da que wean 
handiegeu, cha sierva tier fundameint délia nossa spindraschun. 
S^ Cô cljmma quell ? 

Ha andùrju sutt Pontio Pilato, mess sugl lenn délia crusch^ mort et 
sunerrja ees eu giu in ils infierns. 
Perche geinsa andurjj .'' 

Per confessar cha Christus igl noss Spindrader veerameng sueinter la 
Ut chiam per mur dels noss peccaas ()o) hagig andùnia et nus bigchia 
«uveien andurar sempermae. 
Perche ha ell andùTua sutt igi Derschader Pontio Pilato ? 
Sun quegl ch' ell seingza culpa sutt quell nungist Derschader lier la 
mort wegnis cendemndu ' et cun quest dagl stretgh truwameintda Deu, 
1)0 cha dawew' ir sur nus ans spindrass. 



I. L. condeœtuM. 



264 J- ULRICH 

Ees igl int7iiche plij, cha Christus ees mess sugi lenn délia crusch, 
cha sch' ell fuss mort d'un «îutra mort ? 

Madaschij ; Perche cha qua iras eschans nus tschearts, ch' ell la 
schmaledischun, la quala era sùn nus, ha preu sùn se setz, da ms cha 
5 5 j la mort délia crusch era da Deu schmaledida. 

Perche ees Christus mort ? 

Per noîl ch' ell cun la sia innoceinta mort dagl peccjj et mort perpe- 
tuala ans spindrass, cun Deu fess la pasch et la pearsa gisiija et vita 
perpétua puschpè ans surwegnis et metess à m.jun. 
560 (31) Damse cha Christus ees mort, perche stueints ear nus morir ? 

La nossa mort ees bigchia un pagameint per ils noss peccaiis, mô 
solett un morlr giu dais peccdds, et viaîdig, guar inirar einlin la vita 
perpétua. 

Perche ees ell vegneu sutterrjd ? 
j6j Imprimerameng per dar perdùtgia ch' ell seijg veeraraeng mon, alura 
ch' ell las nossas fossas ■ fagiess Sdnghias et or' da quellas fagiess com- 
bras da dormir et pussar. 

Perche sagutt' igl ees eu giu in ils infiems ? 

Cha nus eintin noss plij graunds tentameints seien sagirjas, cha Chris- 
570 lus igl ligiomm délia mon hagig dschiigeu, et igl Démuni da lai son 
ventscheu, cha nus da d'huss' in via avczunt notts et paeina digl infiern 
nagutt ans vein da timêr. 

5- 
Cô cUmma igl quan artickel délia nossa spindraschun, schigliô igl 
575 ischingiavel ? 

(p) Sur cheu digl teru gij lavod sij dais morts. 
Che ans nuizegia la resisuuntza da Christi ^ 
Per igl prim vean igl noss salùd la iras corapleneu : Per igl secund 
ees quella una tscheana perdutchia délia lavjuntza dels noss corps. Per 
580 igl tertz vegnigns, ussa era tràs vineu délia laviiuntza da Christi lier una 
nova vila daschd^^ds et lavantdds sij. 

Mô perche ees ell in cheu digl tertz gij laviici sij dais mens P 
Per quegl ch' igl corp da Christi bigchia daveva luar, et Christus era 
quegl vivaunl havev' impromess. 
S8j 6. 

Cô cliimma igl tschingiavel artickel délia nossa spindraschun, schiglià 
igl sysavel ? 

Ees eu à tschiel : nua ell sedza da ta vard dretgia da Deu Babb luttas 
chidusas possjunt. 
J90 (îî) Ce ees quest artickel d'intelir ? 

Cha Christus igl seu veer corp avaunt ils seas Apostels dalla terra 



I 

■ 

I 
1 



I. L'éd. a : fossas. 



$95 



6oo 



610 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 265 

dawend hagig manaa eintin tschiel et à nus ees à là per bien, antocka 
ch' ell tuma à derschersur vivs ei sur morts. 

Perche ees Christus eu à tschiei ? 

Per quegl ch' ell ans fess la via eintin tschiel, et avjunt igl Babb 
fagess igl plaed per nus, et à nus per un cunterpens igl seu Spiert ter- 
matess giu, iras virteu digl quai nus Clamein Abba Babb. 

Ees Christus pija bigchia intocka la fign da quest mund scô ell hà 
iropromess tier nus ? 

Christus ees un veer Christidun et veer Deus, sueinter la sia humjuna 
natura ees ell ussa bigchia sun quest mund, mô sueinter la sia Divini- 
tad, Maiestad, gratia et Spiert, mae na gvunchisch ell da nus et mx 
nans bandun' ell. 

Perche vean mess vi' tiers : nua ell seadza da la vard dretchia da Deu 
éoç Babb omnipotent ? Ha Deus un maun dretgh guar siniester? 

($4) Ee Igiês una forma da plidar, preu nâ da Fursts et Signurs da 
quest mund, ils quais lur Officiais et Cunseadzjunts han, ear quels, als 
quais els sumgiuunt honur cuwischen et da maun dreig spser els 
scheintan. 

Che ees igl intelectg da quest arlickel, cha nus confessein cha Christus 
seadzig da la vard dretchia da Deu Qabb tuttas chiausas possjunt f 

Cha Christus per quegl seijg eu a tschiel, ch'ell à là se mussass igl 
cheu délia Baselgia, tras igl quai igl Babb tuttas chidusas regia et 
cuwerna. 

Che ans nùtzegia questa gloria digl noss cheu da Christi ? 

Cha nus seien tschearts et sagùrs, ch' ei! nus seas members eindaveins 
cun ils seas duns benedeschig et ordaforas cun la sia possuuntza incunter 
tutts inimigs wiglig et possig consalvar et perchOrar. 

(îîj 7- 

C6 cUmma igl sysavel artickel délia nossa spindraschun , schigliô 
sueinter igl urdan igl settavel ? 

Nunder ch* ell vean à vegnir à truvar sur vivs et sur morts. 

Cur vean Christus à vegnir tier igl ludici ? 

SiJn igl pli) davôs gij da quest mund, igl quai Deus solett sa. 

Go vean ell à vegnir ? 

Corporalmeng, scô ell avaunt ils ijls dels Apostels ees eu à tschiel : 
lmpr6 cun grjunda pos&^untza, gloria et maiestad. 

Quais ean ils vivs ? 

Tutts quels ils quais ean aungk vivs sûn igl Giuwanessem gij et eintin 
6}o iin subiti sijn la sia vegnida vignan à vegnir stermida^s. 

QuaU ean ils morts i* 



61J 



620 



625 



I. VU. a : sens. 



266 



J, ULRICH 



4 

nevla 



Quels ils quais avdunt igl Guivanessem gij ean morts. 
()6) Che ans nuizegia la plij davôs vegnida da Christi ? 
Cha nus cun cheus sijdretgs sùn la spindraschun spitchcien, la speras 
6;$ tdunt ptij bein awaunt ils pecC(2iis ans perchureien, sun tala cha nus cun 
l^retza avjuni la visia digl Derschader possan compareer. 

m. 

Da Deu igl sdugh Spiert et nossa Sanctificatiun. 
Qudunts anickels ha la lertza et davôs pan délia nossa Christianevla 
640 Credientscha ? 
Tschingh. 
Mils dumbra sij l'un sueinter Igi riuter ? 

8. lo crêg eint* igl Spiert Siingh. 

9. Una Siinghia generala Christianevla Baselgia, la quala ees ûna 
64J Commùnijuntza dels Siinghs. 

10. Remischiun dels peccdos. 
(37) >t- Lavada della chiarn. 
12. Et la vita perpétua. 

8. 
650 Da che handlegia igl primm artickel della nossa Sanctificatiun, i 
gliô sueinter igl diember igl octgiavel? 
Da Deu igl siangh Spiert. 
Che ees igl sjngh Spiert ? 

EU ees là tertza persuna eintin la divina substiiuntza guar esser, 
6j5 igl Babb et Figl sumgi.ium perpétua!. 
Perche vean ell nuroridii sangh ? 

Per mur digl seu offtci et lawur : Perche cha scô ell ees Sdngh, 
aschiia ans fà ell ear sanghs et lavura eintin nus tutt bien. 

I 

660 Da che handlegia igl secund artickel della nossa sanctificatiun, $chigli6 
igl Novavel ? 

Dalla Sdnghia Christianevla Baselgia. ■ 

(;8) Cô cidmma quell P 

lo creeg che seijg una commûna generala Baselgia, la quala ees una 
665 commun juntza dels Sjnghs. ■ 

Che intelijns tras quell pixd Baselgia i 

Tuiia la Chrismadad, la quala igl sjngh Spiert tras igl plaed da Deu 
cldmma et lier lesu Christo eintin dretgia soletta Cretta consalva. M 

Perche ha ella numm Songhia ? 
670 Per quegl ch' ella tras igl sjung et Spiert da Christi ees fatgia sunghia 
et de romaneer et star sanghia. 

Perche vean ella numnada generala guar Catholica ? 



I 




CATECHISMUS ROMAUNSCH 267 

Per quegi ch' ella tutts eligeus et fidéis da intscheatta digl mund, 
amocka la fign da quels, ê seijen nu chi vigtien conpeglia. 
67^ Perche vean ella numnada cominùiiduntza dels sjnghs ? 

Perquegl cha tutts fidêls, scô members da d'un I jgi corp wid' Christo 
et tutts ils seas thesaurs et duns hagian commuriiiuntza. 

Cô cLimma igl tertz anickel délia nossa sanctificatiun, schigliô igl 
Dieschavel ? 
680 lo creeg remischiun dels peccaas. 

Che ees igl inteleag da quest artickel ? 

Cha Deus à tutts crettevels et fidevels tras igl Sdung da Christi, tutts 
ils lurs peccaas or' d' gratia viglig perdunar et laschar sueinter, schi 
saventz sc6 ells ell cun veera cretta per quegl rogan. 
685 II. 

Da che handiegfa îgl quart artickel délia nossa sanctificaiiuii, schigliô 
igl Undischavel ? 

Dalla nossa resistjunza. 
Cô clamma quell ? 
690 (40) lo creeg che seijg ûna resistauntza délia chiarn. 
Che intelijns or da quest artickel ? 

Cha bigchia namae la nossa orma sueinler questa vitta, bein prest tier 

Christo, igl noss cheu, vignig preda sij, mô era cha questa nossa chiarn, 

tras virteu da Christi, vean daschdada et lavantada sij, puschpè cun la 

695 sia orma se compjgnia et à quell gloriûs corp da Christi de daventar 

sumgiiiunta. 

12. 
Cà cliimma igl ischingiavel artickel délia nossa sanctificatiun, schigliô 
sueinter igl diember igl dodischavel et plij davôs ? 
700 lo creeg ùna vita perpétua. 

Che imparneins or da quest artickel P 

Cha sueinter questa vita vignig â d'esser îina vita perpétua, eintin la 
quala Deus à tutts fidêls, una tala laetetzgta ha parageu, la quala nagun 
ijl mx na ha veu, nagùn ureglia mae uudeu, et nagun cor da Christi.]un 
70 { mse compigleu. 

(41) Che ees la summa da questa nossa Christianevia Credientscha P 
lo creeg eintin Deu igl Babb, igl quai me ha schiffeu. lo crêg eintin 
Deu igl Figl igi quai me ha spindrîa. lo crêg eintin Deu igl Stjngh Spierl 
igl quai me ha fatg Siingh. 
710 Mô che ans gùd' igl cur nus quegl tutt cretein ? 

Cha nus avjunt Deu eintin Christo or' d' gratia, seintza tutt igl noss 
merit, eschan gists et persnavels délia vita perpétua. 

Schi eschants avauni Deu solett iras la Cretta eintin lesura Christum 
gists f 




268 J. ULRICH 

7 1 5 Aschij ees igl zunt tutta via. 

Vegnigns pija per mur d' la dignitad della Cretta, avaunt Deus 
gists ? 

Naa. Perche cha Christus ees solett la nossa gistija. 

Cô vegnigns pija solett iras la cretta eintin Christum gists ? 
720 (43) Aschija : cha nus numnadameng la gistija da Christi bigh autra 
guisa, cha solett tras la cretta podein prender sij, et ans far propria. 

Vid' che cognusch un pija la Cretta vid' igl Christiaun ? 

Vid' las bunas ovras, las qualas ean ils fnitgs della cretta 

Qualas ean las bunas ovras ? 
725 Quellas cha or' d' veera Cretta sueinter igl commendameint da Deu 
Igui tier sia honur daveintan. 

Podessan pija las nossas bunas ovras, bigchia la gistija, avdunt Deu, 
guar un frust da letza esser ? 

Naa : Perche cha las nossas las plij bunas ovras eintin questa vitta 
7?o ean nuncunpleinas, et impaladas cun peccaas. 

Ee tmprometta imprô Deus, ch' ell viglig las bunas ovras sun quest 
mund temporal et vin' tschell mund perpetualmeng pagear ? 

(4j) Ear questa pagaglia daveinta bigchia or' d' meritt, mô or* d' 
spira gratia. 
7; ) Mô fa questa doctrina bigchia Igeud nauscha et seintza quittiii ^ 

Naa : Perche cha Igies bigchia possevel, cha quels ils quais eintin 
Christo ean implanta js tras ùna veera cretta, bigchia fetschan buns 
frûigs. 

Chi ans datt la veera Cretta ? 
740 Deus : digl quai la cretta ees un spûr dun. Ephes. 2. 

Cô vean la cretta eint' igl Christiaun ' implantada, graundanida et 
salvada i* 

Tras igl audir' et tettlar digl plxd da Deu et la Christianevla oratiun 
et cun la cooperatiun digl sangh Spiert. 



74J 



La tbria part digl CATECHtSMr Davard la Oratiun. 



750 



Che ees la Oratiun ? 

Un crettevel, devôt pltdar cun Deu, eint' igl (44) quai nus guar da 
dell un quai chiiiusa rogein, guar per un quai chiausa igl ingratzgein. 

De un adorar solettameng Deu ? 

Gea : Per caschun cha Deus ees quella soletta fontauna da tutt bien et 
ees solett per tutt praescheint et possaunt. 

Perche ees la oratiun basgniusa als Christiauns ? 



buns 
itiun 




CATECKISMUS ROMAUNSCH 2b^ 

Per quegl ch' ella ees igl ptij graund punctg guar frust délia recognu- 
schientscha, la quala Deus dom^nda da nus. Et cha Deus la sia gratia et 
755 sangh Spieri na ma à quels vuit dar, ils quais ell cun da cor suspirar 
seinza calàr quegl rogan, et lanturn igl ingratzgian. 

Che pertean igl tier ùna Oratiun cha plxschig à Deu et da dell vignîg 
exaudida f 

Cha nus soletcameng igl solett veer Deus, igl quai eînt' igl seu plaed 
760 s'ha mussjj, per lutt quegl, ch' ell ans ha commendad da rogar, da 
cormeng clameien inagud : Igl noss maungel et paupertad 145) unandretg 
et cun funsameint cognuscheien, avjunt la vista délia sia Maiestad ans 
humilieien et basseien, ch' ell la nossa Oratîun (nun guardjund sura la 
nossa malvengijuntzadad, imprù per mur da Christi, tscheartameng ans 
765 viglig exudir, sc6 ell eint igl seu plaed ans ha ïmpermess. 

M6c6 aschgeins vegnir avaunt Deu, damae che statt scritt, cha Deus 
exaudeschig ils peccadurs bigchia, et nus tutts eschan pjupers pecca- 
duru ' ? 

Per quegl cha Deus à nus igl seu Figl tier un mediaunt ha ordin^a, 
770 et Ïmpermess, che cha nus ell eintin seu numm rogein, wiglig ell à nus 
per mur da dell dar. 

Ees igl ear iina differeniia cur ch' iin roga Deus per roba temporala 
guar cœlestiala ? 

Ee Igiees una diiferentia. 
775 Cô de un rogar roba Cœlestiala da Deus ? 

Eintin tschearta sperjuntza et fidauntza, cha Deus quella vignig àdar. 

(46) Cô de un rogar per roba temporala ? 

Cun stattevla fid>iuntza, quella da Deu ear da retschever, gea scha 
quella servischa tier honur da Deu et noss iittel. 
780 Eintin che lieg de un orar ? 

Eintin munchia lieg, nua igl Spiert nus moveinta et igl nottbasunghs 
domjnda. 

Cura et qujunt saventz de un orar ? 

iin de orar da tult leimp; mô blear plij cur nus vegnign tschertscheus 
785 à cheasa da Oeu. 

De la nossa oratiun esser curta guar longa ? 

Ee Igiees tuttuna , pur che da veintig cun vêra cretia et tier honur da Deu. 

Per chi de lo orar i^ 

Per me et tutts Christiduns. 
790 De un ear orar per ils morts ? 

Zunt bigchia : per caschun cha la nossa Oratiun ees nagûn nùtz per 
ils mons. 



I. L. peccadurs. 



270 i- ULRICH 

(47) Che ans de moventar cha nus oreien mûnchia gij ? 
Imprimerameng igl commendameini da Deuet grattiusa impermischun 

79$ délia exaudida : Alura igl noss maungel : Sûgl plij davôs ils exempels 
da tutts Adlês ', ils quais han oraa et ean vegneus exaudeus. A 

Quala es la plij buna forma délia Oratiun ? " 

Quella cha Christus igl noss Signer setts ans ha roussdd et commùna- 
meng da la sia intscheatta vean nummada igl Babb noss. Matth. 6. 
800 Luc. r I . 

Cà cbmma quell ? 

1. 

1 . Babbs noss quel cha tij ees eintin tschiels. 

U. 
805 I. Stingh vignig fatg igl leu numm. 

2. [g] teu regin^a vignig na tiers nus. 
;. La tia vœglia daveint' eintin tçrra, scô la fà eintin tschiel. 

(48) 4. Igl noss puun da munchia gij dae à nus hotz. 

5. Et perdun' à nus ils noss pecc^iiis, scô nus perdunein als noss peo 
810 cadurs. 

6. Et nuns' manar in provameint, ma ans spindra dagl mal 

lU. 
Perche cha teas ees igl reginad, la posstzuntza, ia gloria in perpetuoin 
Amen. 
S 1 5 Qujuntas parts ha questa Oratiun ? 

Trees : numnadameng l'intscheatta, tas oratiuns guar hegs et la con- 
clusiun. 

Cô cbmma l'inischeatta ? 
Babb noss quel cha tij ees eintin tschiels. 
820 Perche ans ha Christus commendiiii igl noss Signer Deus eintin l'ini- 
scheatta da questa oratiun, da nummar Babb noss : schinavdunt cha nus 
ils dretgs da inf^iunts tras igl pecc<iti havevan pears P 

(49) Sun quegi ch' ell eintin nus iina convegniaunta reverentia, 
temma da inf^iunts et fid^iuntza tier Deum moventass et cun tutt ans 

82 j segirass ch' ell or d' gratia tras igl seu Figi Christum puschpè ans hagig 
preu sij per seas infciunts. 
Che confort survegnigns or' da quest numm Babb P 
Cha Deus blear meins ans vignig à gijr giu, quegI cha nus cun veera 
cretta igl rogein, cha ils noss Babbs quellas chijusas terreinas ans 
8}o tschungan giu. 

Prêche geinsa pija noes Babb, et bigchia meas Babb ? 

Sun quegt cha nus dettan perdutchia, cha Deus seijg iin Babb da nus 



pec- 

i 
1 



I 
4 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 27I 

tutts : et nus per quegi bigchia namae per noss, mô eara per nottbasùngs 
et mdngels la lutts fidèls rogeien. 
M Perche vean mess vitiers, quell cha tij ees eintin tschiels ? 

Per mussâr cha nus daveien alizàr ils noss cors délia terra incunter 
Bchiei et landernà tutts nottbasùngs digl corp et dell' orma spitchear. 
(50) Qujunts riegs ean igl eint' igl Babb noss ? 
Sys : dels quais ils irees primmers Deus igl nos Signer: Ils trees 
$40 davôs igl noss salud et bien pertignan. 

I. 
Cà clitnima igl primm rieg ? 

S, Sjngh vignig fatg igl leu numm. 
I Cbe rogeins nus eintin quest rieg f 
( Cha igl numm da Deu, scô ell vid' se setts ees sangh, ascbij era da 
nus, tier et eintin nus vignig cognuscheu et salv>ia Siingh. 
I '■ 

C6 clamma igl secund rieg eint' igl Babb noss i* 

Igl teu TCginaa vignig na lier nus. 
8jo Cbe garageins nus eintin quest rieg ? 

Cha Deus la sia Baselgia commiinameng tutts members da quetta, 
dimpersee cun igl seu (ji) Spiert et plaed incunter la poss^iuntza et 
nauschas arts digl Démuni, tier iina sjuna, dschubra doctrina et veera 
biadientscha viglig perchurar, grandanlr et consalvar. 

3- 
Cô clamma. igl tertz rieg ? 

La Lia vœglia daveint, eintin terra, sc6 la fa eintin tschiel. 

Cbe ees igl intelectg da quest rieg ? 

Cha nus la nossa propria nouscha voluntad schneagan, et alla sdnghia 
Voluntad da Deu, scô quels s^nghs Aungels et Siinghs eintin tschiel, cun 
dretgia obedientscha, eintin Isetetzgiaet tristetzgia ans herran suit. 

4- 
G6 ddinnia igl quart rieg ? 
Igl noss paun da mùnchia gij da à nus hotz, 
'^S Cbe haveins d'intelir dagl pjun dae mûnchia gij ? 

Tulla quegl cha tier susteintameint et spysa digl corp pertean. 
(52) Danue cha Deus ear ais infidêls datt igl paun da munchia gij, 
Sèiniza lur rogar, schi perche rogeins nus ch' ell quell à nus hdéls detdg 
munchia gij ? 
^70 Sun tal fign cha nus cognuscheien, cha nus igl pdun da mùngchia gij 
dadell, scô da quella soletta fonttiuna da tutt bien bavein, et per quegl 
<)ue cun ingratzgiameint da dell retschevein. 
Mo perche geins hotz ? 
Per ans recordar cha nus siigl gij Damaun per sustentameint digl 



I 



J72 ). ULRICH 

875 corp, or d' mala fidaunlza bigchia davein haveer quiwa, mô ans conten 
târ dagt pdun da cnùncbia gij. 

5- 
Cô cldmma igl tschingiavel rieg ? 

Et perduna à nus ils noss peccjus,scà nusperdunein als noss peccadurs. 
880 Che imparneins or da quesi rieg ? 

Cha Deus à nus tutts, scô pciupers peccadurs, tuns ils noss peccaai 
bigchia viglig raschunâr (jj) tiers, mô or' d' graiia, per mur da Christi, 
schenckagear et perdunar. 

Perche geinsa pija, sc6 ear nus perdunein als noss peccadurs ? Leins, 
88 j forsa cun quest igl noss meritt incunter Deu traîr à strada ? 

Naa : mô solettameng per mussar, cha ingualifmeng scô nus quella 
gratia da Deu, iras Chrisium rogein, aschija seiens car culpjunts agi 
noss prossem cha à nus ha fatg da laed, da cormeng da perdunar. 

6. 
890 Cô cliimma igl sysave! rieg ? 

Et nuns manar eintin provameint, ma ans spindra dagl mal. 
Che ees ilg intelectg da quesl sysavei rieg ? 
Cha Deus tras igl seu Spiert ans viglig confirmar et consalvar, 
nus tutts lentameints tras la crelta possan surveintscher. 
895 (J4) Che rogeins, cha nus meiiein viiiers, mô ans spindra dagl mal ? 
Nus rogein Deu ch'ell avaunt lutta quegl gratiusameng ans perchûrig, 
cha à nus dal Démuni tier dann deli' orma, corp, honur et roba tempo- 
rala podess vegnir fatg, et ch'ell sugi plîj davôs ans inprestig iina buna 
fign. _ 

900 Cô clctmma la conclusion digl Si^ngh Babb noss P ^| 

Perche cha teas ees igl regincjj, la possauntza, la gloria eintin perpe- 
tuum, Amen. ^ 

Perche serreinsa la oratiun cun quests plsds ? fl 

Cha nus cun quest la nossa crena confirmeien, et à Deu igl nos Babb 
905 igl seu Idud confesseien, ch'eli scô igl plij rich, possiiunt et gloriûs, 
solett quegl seijg, igl quai à nus per tutts quests riegs et oratiuns possig 
far avunda. 

Perche ans commenda ell gijr Amen latiers ? 

Cha nus cun quest plaed, bigchia nams gavi({5)schein, mô eara con-| 
910 firmein, cha tutta quegl cha nus havein oraa et rogita, seijg veer et i 
nus tscheartameng da Deu vignig à vegnir àua. 




I 



La quarta part digl Catechismi dals s^nchs 

Tras che vean la nossa cretta eintin noss cors sigillad 
Tras ils sunghs Sacraments. 



1 



Sacrameints. fl 

11 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 27) 

] Cbe ean ils Sacratneints? 

Sjnghias, visiblas intzennas el sigeals da Christo, laiiers schantadas 
tint, cha nus iras igl diever da quellas délia gratia da Deu eintin ell 
vegnign sagirjjs et digi noss offici visius et vamageus. 
Quaums Sacramenis ha Christus ordin^M et schantJ'i eintin la sia 
9^0 Baselgia? 

IDus : Igl Stingh Battésam et la sia siinghia Tscheina. 
(}6) Davard igl BalUsam. 

Che ces igl Battésam ? 
[gl Battésam ees una stinghia, visibla intzenna et sigeall digl lavar 
giu dels noss peccjjs. 
^H Che inuennas visiblas ha igl Battésam P 
^B L'auva. 

^^ Perche ans vean igl lavar giu dels pecows tras l'auva figûrda ? 
^S Per quegi cha ingualifmeng sc6 l'auva lava giu igl malmundugn digl 
noss corp : Aschija iraprometta Deu ■ d'ans lavar giu igl malmundugn dell' 
orma, quegl ees digl peccaa, iras igl s<iungh digl seu FJgl Chrisii, gea 
3cha nus eintin ell cretein. 

Perche numna pija Paulus igl Battésam iin hagn délia renaschientscha, 
et lavar giu dels peccaas ? Ha pija igl Battésam dell' auva quella virteu 
1 dans renascher et lavar giu dais peccius ? 
I Naa. Perche cha quegl fà soleti igl Spiert et saungh da Christi. 

^^L {\-j' Che ees pija la Opiniun guar manegear da S. Paul? 
wB EU vutt mussar, cha Deus tras questa visibla intzenna ans vœglig 
K^ sagirar, cha nus à schi sagirs eindaveins seien lavjds, aschi tscheart et 
pigl veer, scô nus or dafora vegnign lavjjs. 
Chij de battegear ? 

Nagun duter cha quell ch'ees ordinaa da predigear et da partchir or 
^kÎIs Sdnghs Sacrameints. 

^y Cbe ees la forma digl Battésam, guar cun che plsds ees ell schant44 
' eint? 

La forma et plasds ean quests : Amnad vij eintin tutt igl mund, et 

niussad tutts pievels, et igls battegia eintin numm digl Babb, digl Figl et 

I Spien sjngh. Chi crée et vean baitegeu, quell vean à daventar salv : 

i^iS tn6 chi bigchia crée, quell vean à vegnir conderanjii. Matth. 28. 

Marc. 16. 

Quais de un battegear ? 

Tuns quels ils quais cha tier la Christianef; 8) via cretta se confessan 
osa impermischun da viver et morir lier quella. 



i. L. Deus. 

Romanitt, IX 



18 



^74 



J. ULRICH 



960 Sch' aud'' lo bein ch' un deijg ils infdunts bigchia battegear? 



Un ils de bein battegear. 



Perche quegl, damae ch'ells la cretta bigchia san confessar? 

Per igl primm^ ch'ells ingual schi bein scà ils vigis, audan et pertî^ 
gnan eimin la communiun et lygia da Deu. Per igl secund, ch'ells 
96; maunglan ear igl lavar giu deis peccai^s, damae ch' ells einlin quells 
vignan retschiets et nascheus. 

Mo che ees igl da salvar da quels infciunts, ils quais moran giu seintza 
Battam » ? j 

Cha quels da Deu eintin lesu Christo, cun l'auva délia sia gratia 
970 seien battegeus, et per queg! seien els ear infjunts da Deu. 

Perche gij pija Christus setts : Ee seijg cha un or dl' auva et spiert 
renaschig, quell pô schigliô bigchia vegnir eint' igl reginati da Deu ? 

(s 9) Christus placda à la bigchia davard igl ordan igl quai ell setts ha 
schantiid, et per quegl per nagûna via de vegnir hindergeu, nu ch' iin 
975 P^ adavecr. , 

Da che plaed ell pija f I 

Dalla graunda fortùgna et notts, las qualas han nagùn schantameint, 
nua igl Battésam bigchia vean muotvilligameng schbitid et schdatcheu. 

Schi condemna pija igl Christijun bigchia schi fitg igl m^ungel digi 
ç)go Battam' sc5 igl schbitar da quegl P 

Aschij ees igl zunt tutta via. 

Eintin che lieg de un battegear ? 

Eintin quel! lieg, nua cha la communiun da Deu vean insemmel da 
udir et tettlar igl seu plaed. • 

Che ees igl offici da quels ch' ean battegeus ? M 

Ch' els cun Christo als peccajs moran giu, et igl vigl Adam eintin la" 
sia mort sutterran, la chiam, igl mund et igl ûemuni schneagan et scà 
novs nascheus Christiduns tras virteu digl (60) Sdngh Spiert eintin gistija, 
concordgia avdunt Deu vivan. 

2. 
Davard la Tschtina digl Signer. 

Che ees la Tscheina digl Signer .i* 

La Tscheina digl Signer ees una visibla veera intzenna et sigeall délia 
nunvisibla spysa et bevniunda délias nossas ormas. 

Che intzennas visiblas ha quella Tscheina eint? 

Pdun et vign, ils quats sùn igl corp et sdung da Christi nus truvidan. 

Perche ans ha Christus igl seu corp et Sizung tras igl paun et vign 
figùTaa ' . 



985 



990 



995 



I. L. aud. — 2. L. Battésam. 
}. Mettez un point d'interrogaiion. 



CATECHISMOS ROMAUNSCH 275 

Per qufgl cha ingualifmeng scô igl paun et vign han quella natûra et 
1000 vineu, ils noss coqîs tier ûna vitatemporala daspyseniar et bevrentar : 
Aschija ha car la chiarn et sjung da Christi quella virieu, las nassas ' 
ormas lier la vita perpétua da spysentar et bevrentar. 

(61) Perche numna Christus igl paun seu corp et la bevraunda seu 
Mung f Vignan pija paun et vign eintin la veera substantiala cbiam et 
1005 tiiung da Christi schmidiia, scô ùnchuns manegian? 

Zunt bigchia : Perche cha in quella guisa fuss igl nagiin Sacrameint. 

Perche numn' ell pija in quella guisa? 

Sun quegi ch' ell ans sagùrig, cha nus aschi veerameng digl seu veer 
corp et sdung eintin la cretta daveintein persnavels, scô nus queslas 
10 10 visiblas, Stinghias intzennas cun la bucca corporala per ûna sia recor- 
dientscha veeraroeng retschevein. 

Daveinta qua nagùna schmidada da quellas intzennas P 

Bein : Numnadameng iina Sacramentata, quegl ees una figiirala et 
bigchia substantiala, scô ûnchiins manegian, per caschun cha or da 
">l 5 commûnas intzennas vignan à qua tras ordinaitun da Deu et la sia béné- 
diction, sanghias chiiiusas et intzennas : Nundarnà retschevan (62) ellas 
igl numm da quegl ch'ellas muman, et vignan bigchia namas igl ptiun, 
mA car igl corp da Christi numnadas. 

Ees igl noss Salvader Christus bigch' ear eintin ta Tscheina ? 
io»o Bcin. 

Cô». 

Cun seas Spiert, virteu et operatiun eint' ils cors dels seas fidêls, scô 
eint' igl seu SiJngh teropel. 

Schinavtiunt ch' igl corp da Christi substantialmeng, bigch' ees igl 
10] $ pdun et vign, Cô pô tin pija mangear landarvij igl ludicij guar condem- 
naijun? 

Per mur da quegl, cha bigchia se fa iina differentia intr^unter igl 
corp da Christi. 

Tutts quels ils quais igl noss Signer lesum Christum, bigchia per lur 

1050 solen Spindrader et (6j) Salvader incognuschan et creen, remischiun 

dels peccijs eint' igl seu saung bigchia tscherchian, et nagutta tjunt 

ineints per roembers digl seu corp tras diever dels sdnghs Sacraments se 

dattan ora, mô eint' igl coor quegl bich' ean. 

Chij de far igl offici délia Tscheina digl Signer? 
t<)H Nagùn auter cha quell, cha tier igl servetsch délia Baselgia ees 
ordinda. 

Cô da la Tscheina digl Signer vegnir salvada ? 

Scô Christus ha schantJj eint da salvar. 



I. L. Dossas. — 2. L.f 



276 J. ULRICH 

Cô et cun che plâeds ha ell schantni eint? 

ees siaa iradeu, ha ell preu igl 
Igia ell ruit et gitgh. 



quella 



1040 lesus eintm 

et scô ell veti ingratzgeu, 



pdun, 

Pemed et mangead, 

quest ees igl meu corp, igl quai vean rutt per vus, quegl fageed per ùnafl 

mia recor(64)dienischa. Sumgiauntameng eara pemett ell igl bachaer 

sueinter la Tscheina et dschett : Quest bachaer tes igl nov Testameint 

104$ eint' igl meu sjung, igl quai vean spans per blears, per remischiun dels 

peccaas. Quelg faged schi saventz, sc6 vus beveds, per ùna mia recor- 

dientscha. Maith. 26. Marc. 14. Luc. 22. 1. Cor. 11. 

Quais deen vegnir laschdJS lier la Tscheina digl Signer ? 

Tutis quels, ils quais se provan, et han rùgla da lur peccdds, et gare- 

lojo gian cun quest ia lur vita plij gijg et plij bein da confirmar, et da lur 

invija da s'mugliurar. I 

Nua de la Tscheina digl Signer vegnir salvada ? 

Damée cha Igiees un sacrament délia communauntza da Christi, scha 

dee quella ear vegnir salvada eintin la Baselgia et communiun da Deu. 

I0J5 (6^) Che ees igl offici da quels cha van lier la Tscheina digl Signer? 

Ch'ells à Christo, igl lur Salvader, cun corp et orma zunt tutta via se 

rendan sutt, et scô Deus eint' igl noss Signer Christo ans ha chears 

aschi els eara, Chrislianevla Chareua et fee agi tur prossem porschan. 

Ftgn digl Catechismi. 

1060 Saguttan octg Christianevias Oraiiuns à mûnchia fidll Cbristaun 

niitzivlas et basgniusas. 

La prima oratian da giJT la damaun car che s'ieava, 

O Signer DEVS Babb da tschiel, lo te Ijud et ingratzg grjundameng, 
cha tij questa noctg et tutt l'auter teimp eintin la tia chura me ha _ 

lo6j aschi gratiusameng consalvtit], et antocka sùn quella prescheint' ura I 
laschdj vegnir. lo te rog da cormeng, cha tij me vœglias imprô gratius- 
ameng prender sij hotz et tutt igl teimp délia mia vita et me tras igl teu 
sjngh Spiert teger : sun quegl cha tutta schkiretza délia increduUtad 
guar malaCretta, et gavischameints délia chiarn or digl meas c6r vignig 

1070 catschada, et lo tras ùna,veera creiia vignig gisiificjj cun corp et orma, 
et vandiegig. eintin la Igùsch délia lia divina verdad, tier teu Liud et 
littel digl meas prossem : tras lesum Christum igl noss Signer, Amen. 
(67) La secunda oratiun car dit sha à dormir. 

O Signer Deus Babb da tschiel, nus dormijen guar vigleien, vivijen 
guar morijen, schi easchants teas, lo te rog da côr, cha tij vœglias 
haveer chura per me. et bigchia me laschar périr eintin las ovras délia 
sckirelza, m6 vœglias la Igusch délia tia sjngchia fatscha eint' igl meas 
cor vidar, sùn quegl cha la tia divina cognuschientscha, tras ùna veera 



1075 



I 




o: 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 277 

cretta eintin me prendig tiers, et lo aduna ejntin la tia sanghia voluntad 
1080 vignig ciXaa : iras lesum Chrisium igl noss Signer. Amen, Babb 
noss, etc. 

La ttrtza oratiun, cur dit s'vut mangear. 
mnipoteint, perpétuai, Buntadevel Deu, chear Babb cœlestial, igl 
quai spysegias et consalvas luttas vivas creaturas, ans spysegia et 
108$ bevreima, cun lutts ils teas temporals et spirituals duns, et ans impresta 
gratia, cha nus quels bigchia surduvreien, mô lier teu Uud, et honur et 
tottas hundrevlas ovras vignan coniirmiias, prusa, gista et innoceinta- 
mengavjunt te et noss prossem pos-169 -san viver : tras lesum Christum 
igl noss Signer, igl quai te eint igl Splert aschijia ha muss<iii adorar. 

[Babb noss, etc. 
ijn dutra. 
i^ Signer Deus Babb da tschiel, benedescha nus et quests teas Sijnghs 
vvduns et beneficijs, ils quais nusdagl teu buntadevel mjun vegnign à 
retschever, et ans fae persnavels délia tia s^mghia meesa : tras lesum 
Christum igl noss Signer, .^men. 

Aschija ans varnegia igl noss Signer lesus Christus, tier S. Lucam 

dm' igl 21. cap. Vus perchiirad, ch' ils voss cors bigchia vignen sur- 

cargeus cun surbêver et surmangear et cun quhaa digl sustentament 

délia vila et vegnig igl gij digl Signer sur vus, danadetg^ scô un bal- 

100 lester. 

La qmrta oratiun cur che s' ha mangeu. 
Omnipotent, perpétuai, misericordgievel Deus, Babb da tschiel : Nus 
te kudein, hundrein et ingratzgein gnindameng, per quests et tutts teas 
beneficijs, ils quais nus adiina dagi teu buntadevel miîun havein retschiet. 
'05 Nus te rogein (6g) da cor, cha scô tij ils noss corps bas spysentJd et 
bevrcnud, aschija vœglias ear las nossas ormas, da tutl teimp eintin 
veera Cretta et lia cognuschientscha tras igl teas sjngh Spiert gratiusa- 
meng consalvar : iras lesum Christum igl noss Signer, Amen. Babb 
noss etc. 
.'o iJn jutra. 

Nus le budein et ingratzgein grjundameng, Signer Deus, Babb 
da tschiel, tras lesum Christum igl noss Signer, per tutts ils teas sjnghs 
duns et beneficijs. igl quai tij vivas et regiasin perpeiuum. Amen. 
Aschija plaeda noss Deus eint' igl tschingiavel cudisch da Mosis, eint' 
'M igl 8 cap. Cur tij has mangeu et ees vegneu spysentJj, scha dees igl 
Signer teas Deus budar et ingraizgear, et te perchùra, cha tij igl Signer 
teas Deus bigchia imblidas. 

La Tschingiavla Oratiun, cur ils schkolars van la damaun eintin la schkola. 

1701 Oranipoteint, perpétuai, buntadevel, misericordgievel Babb da 

l'Jo tschiel, nus gein à tij lauà et honur, et te ingratzgein da car, cha tij quesu 



Iji J. ULRICH 

noctg aschij buntadevelmeng ans ha perchurad, et la tia gratia imprcs- 
taa, cha nus eint' igl teu sjngh plad ' et tuttas bunas virtùds, tras miets 
dels noss mussaders podein Sr inavaunt. Nus te rogein da côr, cha tij 
ans vœglia imprestar igl teu sjngh Spiert, cha nus lutta quest gij com- 
1125 plijen cintin teas servetsch, igl noss intelectg cun sjnghs hundrcvess» 
mussameints bigigein, agi noss Schuolmeister seijen obiedigs, igunlgiju- 
ter ans ameien et tnusseien, sûn quegl ch' ils teas blears duns sûn un 
bun fundameint crodan, et nus alla tia Baselgia etCommuna Patria eint' 
igl Regianieint cun frùtg et ùttel possan servir : tras lesum Christum 
1 1 ;;o igl noss Signer. Amen. 

La sysavla Oratiun, car ils schkolars van or dH la schkola. 

Signer Dcus Babb da tschiel. Damae cha tij ha plascheu. tras miels 

délia (yt) schkola eint' igl teu sungh plxd, linguagh et virtuds dans 

mussar, et nus puschpè tras agûd digl teu S. Spiert in la schkola eas- 

1135 chan siaas et blear qua tras impreu : Te budeins ei ingratzgeins nos 

gTJundameng, per quests teas sjnghs aultischems duns et beneficijs. Et 

te rogein da coor, cha tij vœglias la nossa cheara Patria, eintin lutta 

pasch, paa$, convegnientscha et bein stadi gratiusameng consalvar. Ear 

als noss hundrevels superiùrs, Babbs et Mammas, Mussaders et Schuol- 

140 meisters star tiers, siin quegl cha nus cun frùtg uttel eintin quest prae- 

posit possan ir inaviiunt, et nus diligeinta et hùmmelmeng eintin la tia 

temma, eintin tutta tschemida à tij et la tia temma, eintin lutta tscher- 

nida à tij et la tia sungchia Baselgia tier honur, à la nossa Commûna 

Patria tier ùttel, et tier noss sustentameint possan harragear. Tras igl 

*i 145 leu soleit Figl, noss Signer et Spindrader lesum Christum, iras vineu 

digl S. Spiert. Amen. 

(72) La settavia oratiun, cur che s' vut Ir lier la Tscheina digl Signer. 

Tù tutt possjunt, perpétuai ei misericordgievel Deus, Babb da 

tschiel, tier te cljmman lutts quels ch' han famra et vignan spysageus. 

1 1 50 Nus te rogein da côr, moveinta eintin nus ùna tamm délia gistija, et ans 

spysegia cun igl veer pa\in da tschiel, igl quat tij agi mund has schenc- 

kageu tier la vita perpétua, quell ees lesus Christus, igl teu soletl naschcu 

Figl nos Spindrader et Salvader. Amen. 

Un <iutra. 

1 1 j{ Signer lesu Christe, Damse cha tij la da chiarn et s<]ungh per fls 

noss peccjds vid' la crusch an has daa, te rogeins da côr, ans dae quella 

tia chiarn et sjungh eintin veera cretta da gudeer, sùn quegl cha nus 

daventeijen persnavels délia tia saunghia passiun. Amen. 

(72) La oclgiavla oratiun cur che .ï' ha preu la Tscheina. 
1 160 Omnipoteint, misericordgievel Deus, Babb da tschiel : Nus te ingratz- 



I 



( 
I 



L, plîe4. — 2. L. hundrevel*. 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 279 

gem da lutt igl nos c6r, cha tij or d* grjunda misericordgia à nus igl teu 
solett nascheu Figl, tier un Medidunt délia vita perpétua has schencka- 
geu, ei ans das veera cretta, tras la quala nus da quels teas beneficijs 
davcintein persnavels. ans has car tier confirmatiun da quegl igl teu 
65 cbear Figl lesum Christum, la sia Stinghia Tscheina laschjd schantar 
ont : Nus te rogein, fidêvel Deus et Babb, cha tij vœglias tras operatiun 
digl teu S. Spiert questa recordientscha digl noss Signer lesu Christi et 
cundadar della sia mort, tier damchiameint dalla veera cretta et délia 
ungchia Communiun da Christi, ans laschar crescher et prender tiers : 
"70 tras quell teas chear Figl lesum Christum. Amen. 

La culpa guar confessiun dds peccass. 
le pduper pecc<]unt Cbristiaun', lo me rend culpaum et me confess 
ivaam te, meas Si-(74l-gner Deus et Sckiffidur : Ch' lo vae lasider, 
blear incumer te peccheu, tutts ils gijs della mia vita, cun mal gijr, mal 
I75 far et maiimpensar, da cô tij perpétuai Deus bein saas, da quegl tutt mi 
ees grtiundameng Isid et rog te per gratia et misericordgia. 

Oronipoteint, perpétuai, et misericordgievel Deus, perduna à nus ils 
nou peccjjs, et nus meina sueinter questa vita, eintin la vita perpétua: 
tras Jesuro Christum, noss Signer. Amen. 
180 Suivent encore une fois : La oratiun digl noss Signer, p. 74. Voy. 
page 2. 

Us anickels dellg nossa Christianevla Credientscha, p. 75. V. p. 10 
et ss. 

Ils dieschs Commendameints da Deus, p. 76-80. V. p. 5 etss. 



(81) Una curta forma et mussamtint, ce un guivnal cun disciplina, quegl 

eu cun bum custims^ civilidad et ordam cun scudin eintin tutta la sia vita 

se de salvàr. 

Avciunt tuttas chidusas gij kud et honur à Deu, et hagias quell chiar 
da coor. Igl temma eintin tunas chifiusas, et igl hagias avjunt igls. 
*9<* Jmprcin ils dieschs commendameints. in ils quais tij veans judir, che 
Deus à chij commenda, numnadameng la spira charetza vid Deus et igl 
teu prossem. 

Alura imprcin la Credientscha, cô quella soletta avjunt Deu fa salv, 
U quala trâs la charetza à tutts Christiiiuns eintin tuttas bunas ovras se 
1*95 mus5a. 

Sun igl pli) davâs la oratiun digl Babb noss, in la quala tij rogas sûn 
la impromissiun da Christi. Tutta quegl cha vus meu Babb da tschiel 
eintin meu numm vegnids à rogar, que vus vean à vegnir àaa, scha vus 
ne creteds. 



28o J. ULRICH 

1200 fSi) Roga Deus chell chij dettig igl coor, la cuveeda, la charetza 
cha lij tras ell cumplischas ils seas commendameinis, et ch' ell A chij 
tras igl priedig digl seu sjngh plaed lina dretgia, viva, veera, creiu 
vœglig dar, la operatiun tras la charetza incunter igl teas prossem. 
Quellas très chijusas ean iras commendameint da Deu. zunt basgniu- 

120$ sas à dun inf^unt guar Giuvnal. Scô Christus gij tscberchead avdunt igl 
reginjd da Deu, alur schi vean tutta quegl, ch' ees per basùngbs tier 
sustentameint digl corp, abundauntameng à curdar na tiers. 

Per igl secund tigna Babb et Manama à d'honur, sees à dels obiedig 
eintin tuitas chiausas, gea scha Igiess bich' incunter Oeu et igl seu sangh 

i2to pla^d. 

Bigh' ' als far da laed, ne cun gijgs ne cun fatgs, scha veanstij à viver 
gijgh Sun la terra et chij vean à dir bein, à qui temporal et à tscha per- 
petualnoeng. Perche cha quegl ees igl commendameint et voluntad da 
Deu. 

121 j Mo chi schmaledescha Babb et Mamma, quell de morir dalla mort. 

Leu. 20. Gen. 9. 

|8^) Hamm fà schmaledeu da seu Babb, per quegl ch' ell igl haveu 
schgamnageu et bigchia cuviert. 2. Sam. 18. Absalon stuvet pender vid' 
tin Ruver per quegl ch' ell havetschkatschtij seu Babb. 2. Reg. cap. «8. 
1320 Per igl tertz tigna à d'honur la vigliadùtna, schi veans tij ear vigl, 
perche cha Deus ha quegl ear commendaj. Avjunt iin chaeu grijsch dees 
lavar tij sij et hundrar la persuna digl Vigl. Leu. 19. 

Alura hagias eintin grjund' honur quell cha te mussa, et igl hagias 
chear, sees à quell obiedig, igl s'avunda che ch' ell chij commenda, et 

122 j mussa, tettia diligeintameng sij, et lae outras chi^^usasir or da senn, sûn 

quegl cha tij inteligias, che ell te mussa guar gij. 

Seu castigameint, paslimns, plaeds dees tij gugient andirar, et dees 
incunter ell bigh esser da mal vœglia guar cuntergijr. Perche cha igl 
cuntergijr ees una intzenna d ùna stinada loscha natùra. 
I2J0 Per quegl dees gugient audir quels cha te mussan, et igl lur mussa- 
meint bigchia schbiitar, et à dels esser obiedig, schi bein eintin prae- 
schientscha, scô cur ch'ells ean davend. 

(84) Per igl quart, te flysegia cha tij igl teu compagn zunt per naguna 
via regiglias guar hindregias : Perche scha tij regiglias nagun, scha 
12J5 basugnias timeer nagun. 

Tij na dees da nagun far gommgias ne à nagun plidar mal, perche cha 
Deus vutt mal à quels et ils schmaledischa. Far na nui naguna turp ne 
dann, tutts ils teas terraagis dén daventar cun honestad et mied. 

Per igl tschingiavel, te salva dschuber eintin tuttas chiuusas, vid' ils 



i 



I 
I 



t. L. bigch. — 2. Au lieu de Gènes. 9. 



CATECHISMUS ROMAUNSCH 281 

i:40cavels, vista, nas, detta, et tuit igl teu corp. Sees aduna turpagius, 
perche questa turp ees una buna intzenna vid' un Giuvnal. 

Tunas nauschas compagnias dés lij fuîr et gir lascheint. Mo cun quels 

dees lij tr imum, ils quais ean prûs, hundrevels et d' verdad, cha te 

niussan et te pon far plij bun : Bigchia cun giugaders, mentzadzsers 

(;4j et ladruns : Perche cha lij veans datcheu scô quels cun ils quais tij vas 

inturn. 

Pcr igl sysavel, tschjuntscha pjug et da ràr, perche cha Igiês plij bien 
da judir cha plidar. Scô se gij : Cun taschèr guast' un nagutta. 
|8)) Et che cha à chij vean da scùs commendiM, que gijr bigh ora, 
ujo perche cha Igiés un graund pecc<i4 et plein d' mal gijr ora que ch' nii de 
tascheer. 

Igl teu plaed de esser turpagius et d' verdad, perche cha Deus vutt 
mal als mentzadxaers, 
Cur tij plaedas cun un, agi quai tij dees porscher honur, va da maun 
lijf stiiester, trs giu la tia bretta, bigchia sees da mal vœglia, conturbbd, 
yjka seinza turp. 

Tigna ils m<]uns, et stae ear culs pees insemmel, guarda sùn quell cha 
plxda cun te. 
Cur tij vol spidar, stemidar, guar sufflar giu nàs, te volva or da quell, 
1160 cha plaeda cun te. 

Ee datl ear zunt mal à teneer la bucca jult averta. Tij dees ear rlr 
cun honestad, bigchia da d'jult, claer et blear scô las dunnjunset grobs 
purs. 
Tij na dés car, ne schgrattar ne schfruschar, ne igl cheu, ne ils mduns 
1165 ne las ureglias. 

Bigchia moventar las tias combas vij et na, scô un giuvan seinza turp 
et mal tratg. 

(86) Bigchia plidar imprescha, et cur tij plxdas schi respond ear cun 
cuns et pjugs plaeds. 
'I70 Mo ils plaeds meit insemmel claer et cun differentia. Bigchia Ir davend 
leinza licentia, guarantocka ch'un chij commenda da dir davend. 

Aschija imprein bein ils teas plaeds intelligientevel, claer et plaun da 
gijr ora, bigchia maschdar l'un tniunter l'juter. 
El cur tij pitchias vid'ùna porta guar isch d'una cheasa, bigchia pit- 
"7} chear memgia fitg. 

Tij dees hundrar cun igl teu cheu quels vlgls cha van avdunt te, et 
quels ch'han un quai dignitad et auihoridad, scô hundrevels prûs hum- 
mans et dunnjuns, Burgermeisters Vugdiis, Officiais, Superiurs, Ser- 
ricints délia Baselgia, Schuolmeisters, hundrevels giuvnals et guivents- 
'180 chcllas et da quella sort, à quels dees portscher honur, vuntchir sun la 
via, trxr giu la bretta etc. Mo da teu paer dees tij hundrevelmeng saludar. 



282 i. ULRICH 

Cur tij vas sun las vias, bigch tr meragia pl<jun, bigchia guar-(87)- 
dar eimin luttas incarnas, niô cun prudienischa dees tij dritzar or U 
tia via. 

128J Chij vean igl in quai chijusa commendiij, schi ht gugient, et dritz' 
ora unandretg, et tettla sij cun diligentia che un chi commenda. 

Sees saludevel, cun îr eint et or' et porscha queLla honur. scô si) 
dzura ees nummniij. 

Quels cha vignan eintin cha tia, retscheva amievelmeng, secs cun 
1390 ets laegers, als servischa, et fae digl bein cun hundrientscha. 

Per igl Settavel ees la lavur ùna roateria délia virtùd et honur, chij 
quella schbitu, quell schbitta la virtùd. 

La lavur ha blears gid^u sij, m5 la martschadùlna nagùn. 
PerquegI schi te ardae à d'iina hundrevia excertitatiun guar mastrûgn 
iiQ^ et buns custims. 

Iniprein eintin la tija guiventùtna la latin, perche cha quella gida 
blears tier grjund honur. 

Gea tuttâ la nossa vita seinza un quai ch' un hundrevel mastrûgn et 
buns custims ees vjuna et na gutta. 
1 300 C88) Fui la martschadutna, scô agi tysig, perche cha quella porta 
tutts vitiis et n<iuschadad. 

Te flysegia da far digl bein a scudin, bigchia sees memgia danadetg 
da te viiar, perche cha l'ira dritza nagutta d'bien ora. Sees bigchia 
schvangius, mô perduna bein prest. 
I )o j Te perchura, la tija vita bigchia iidar à l'tiuva, perche cha blears nea- 
gan lieint. 

La ebrinuntza dees tij fiigir, perche cha quella prend agi Christijun igl 

seu intelectg, senn et roba, et igl fa sumgitiunt à nui piertg guar biestg. 

Ce un Giuvnal de far car ell b damaïun Uava sij. 

I Jio Cur tij la dam^un malvegl leavas sij, schi imscheva l'intscheatta da 

quell gij, eintin numm digl Babb, digl Figi, et Spiert Sdngh, et te recom- 

menda à Deu, cun ta oratiun digl Babbs noss. 

Igl ingratzgia ch'ell ta noctg passada or d'gratia et misericordgia t'ha 
perchûrdd (89) et cunsalvjj, avjunt fieg, peccjj et gavischameints digl 
n I S Démuni. Et igl roga da côr ch'ell viglig quell gij far ventùrevel, te per- 
churar avaunt igl peccad et tutt mal : Perche cha nus lavein sij, savdn 
car bigchia c6 nus amnein à dormir : Et ans mettein giu, savein ear 
bigchia cô nus lavein sij : Da tal sort eschanis eimin mdun, voluntad et 
chûra da Deu. 
1 320 Alura bein prest te trx eint, ura à Babb et Mamma un bun gij, pei- 
gna ils teas cavels, lava ils teas mduns et la vista. 

Alura va diligeintameng à far tier que cha tij ees clammud, in la schkola, 
tier igl mastrûgn et da quella sort. 



\ 




CATECHISMUS ROMAUNSCH 28î 

Co un Giuvnal de ordinar la mesa. 
|;2 5 Aunctu tij seadzas à mesa, ordeina et paregia vivdumtutlas chi^iusas. 
Numnadameng l'ijuva ', vign etc. Arscheinta ils bachsrs^ mett tuaglia, 

kcunteals, salerins schùsselring, lagliers, tschaduns etc. 
(90) Cun tal urdan dees ear far cun prender sij mesa, Preinsij avdunt 
Bstigtien, alura ils salerins, scùsselring, caschiel ei la tuaglia etc. 

UO C6 m Giuvnal de semr à mesa. 

^H Avjunt tuttas chidusas dés star sij dretg et cun ils pees insemmel, cun 
^Bfquilaj tettlar sij et haver adatgth che manckig nagutta. 
^" El curtij mettas sij da bever guar porschas vij, scha fae à senn, cun 
I intelectg, pUun cha tij na spondas. 

"i^S Cur dus plaedan insemmel, bigchia als saglia eint' igl plaed, m5 cur tij 

veans impartia schi dse cuna resposta. 

Hagias sûn ils bachxrs adatg, bigchia maschdar l'un trdunter l'duter. 

Digl teimp délia noctg butzegia saventz la Igijsch, guarda cha tij 

' om igl fumm et mal fread da quella, na nui fetschas da Ixd. Cur tij 

);|0 l)utzegias bigchia stidar or 'tras. 

I Da que ch'ùn prend sij d'ia mesa bigchia (91 zundar ne litgear, per- 

^^ cbe cha quegl statt mal et porta nauscha frutg. 

^f Co igl Guivnal se de salvar, cur ch'ell setts sta à mesa. 

Car tij tetts seas à mesa schi salva quesl urdan : Avt^unt tuttas chidU- 
■ ms sas dees haveer las unglas dschubras, lavar ils mjuns, star sij dretg et 
I bigh esser igl prim ella scadella^ sees custimjii et fui la ebri^iuntza, beva 
I et mandigia teas nottbasûngs che ch'ees memgia, porta malzognia. 
^_ Cur scudin ha catschjj m^iun alla scadetla, va ear tij eint : Et sch'ùn 
^Hcèi mett av^iunt, prein una part da quegl et igl ingratzgia, l'autra part 
"MO agi tuma, guar dae à nui auier igl plij tiers lier te. 

Ils teas roiiuns deen bigchia star gijg sugl taglier : Bigchia Baltinar ils 
I pees vij et na sutt la mesa. 

I Cur tij bevas furba la bucca cun dus detts guar lischzvechli, bigchia 

^^ bever d'intdunt cha tij has spysa ella bucca. 

^H (93) Quegl cha tij has mors, bigchia bugnear ella scadella, bigchia 
^^Kigear la detta, bigchia ruir l'ossa, cun un cuntij dees tij tagiear giu. 

Tij dees bigchia scavar ils deins cugl cuntij, mô cun una plimma guar 
«uter dees tij far ora, mô tij dees teneer ils mjuns avjuut la bucca. 

Igl paun bigchia tagiear giu vid'igl brust. Quegl ch'ees avitunt te, 
^ees lij mangear. 

Cur tij vol metter chiam avaunt te, scha metg cugl cuntij et bigchia 
culs mouns. 



I. L'èd. a : auva. 



284 i. ULRICH 

Bigchia schbletschar, scà un pierg, d'int^unt cha tij mandigias, bigchia 
schgrattar igl teu cheu, bigchia trœr igl malmundiign or digl nàs. 
1365 Mangear et scfiantschar ' insemmel ees da pur. Savents stemidar et ^ 
tussir statt ear mal. H 

Cur tij has mangeu, scha lava ils mjuns et la vista, arscheini or la ^ 

bucca et ingraizgia Deu, ch'ell aschi buntadevelmeng t'ha spysentjj et ^ 

bevrentiiâ : tras lesum Christum noss Signer, Amen. ■ 

' Î70 '9?) C"'' "" chi datt da bever, schi t'inclina et beva cun roicd, ingrat- ^ 

gia' à quel! cha chi ha piert da bever. 

Cur ch'iin vutt plidar cun te, scha leava sij agi porscha honur, et 
teltla bein si) che ell chi gij, sùn quegi cha tij nandretg sapchîas respon- 
der Sun zura. 

1575 Cur tij cattas un quai chijusa, è seijg che che vœglig, schi tuma, 
perche cha Igiês bigchia teu. Un vean praest pertscheart che Igiès davAs 
iin Scha tij lurnas, chi vean igl cretteu, salvas tij, chi crée nagun 
nagutta, perche cha Igiês una mala inzenna. 

Or digl teu plaed veans tij cognuscheu, che tij has eint' igl c6r Pet] 
) jSo queg! hagias adatg délia tia leungua. 

Schbilar nagun, scha veans tij ear bigchia schbit/jd. 

Schgaranegear nagun, scha veans ear bigchia schgamnegeu. Gijri 
nui mal, schi chi gij ear nagiin mal. 

Nagûna martscha vjuna et mal hundrevia tschduntscha de ir or d'ia ' 

138s tia bucca. Scô (94) S. Paul. Mussa Colos. 5. Tutta ira, nauschadad i 

seijg lientsch da te. ■ 

Tutt quegt cha uj fas, ix cun diligentia et à senn, schi veans tij h\iàaa 
da Deu. 

Quell ch'ees eintin tschiel vedza tutta la tia lavur : Gea ell vedza et 
)o cognuscha igl teu ctr, scha tij tavuras fidéimeng, schi plaegl à Deu, et 
chi va bein : Mo scha tij handtegias cun mala fee eint 'igl c6r, te vean 
Deus bigchia à laschar ir vij seinza castigameint, è daveintig sur curt 
guar sur lung. 

Bigchia imprender cô tij dees ingannar la Igeud, perche cha quegI ees 
] 395 ûna schgrischur avtiunt Deu et slaas à Deu per quegl dar un greaf quint. 

Sees d'verdad eintin luttas chiausas, perche che siait nagutta plij mal 
à nui Giuvnal cha mentchir : Ord' mentchir perschenda ingular et ord' 
ingular la suga eintin culiets. 

Tij dees bigch Ir ord' cheasa seinza licentia et vœglia da teu Babb 
1400 et Mamma, guar daquels ch'han da commendar sur te. Cur tij veans tar- 
mess ora. schi turna bein prest. 

f95) Bigchia kybigear culs teas conpagns, far na nui da Ixd ne digl 



I. L. tschant&char. — 2. L. ingratzgia. 




catechismus romaunsch 28j 

mal. Schmentchir nagiin faulsameng. Bigchia porur guar tschantschar 
ord' cheasa. 
140) Bigchia guardar sùn autra Igeud, che quella fa, guar cà la viva. Scha 
tfj vedzas quegl cha à nui duter stau mal, fui tij Igietz. Scha tij vedzas 
(juegl cha à nui uuter statt bein, et vean hudau, bigchia te turpagiar da 
bs %cà eil. 
Quell cha te castiga cun plaeds ingratzgia, et igl salva per un cha chi 
1410 run bein. 

Mua dus da scùs plaedan insemmel, bigh ir vi tiers, mô davent. 
Sueinter quegl tutt, chear figl, dritza et meina la tia vita. 
Sùgl pli) davôs te perchùra dagl gieg, et tutt igl teu fatg et vita recom- 
menda à Deu, sueinier igl seu pixd te salva, schi veans à plascheer à 
14M Deu, et esser seu erbtavel, igl quai vutt esser laudau et glorificau car 
^L dais piischans infjunts, Amen. 

^m (96) Igl XXXIV. Psalm. 

^V Vegni na tiers me vus infaunts, et tettlad me, lo vus vij mussar la 
Kmma digl Signer. 
MJO Quell cha garegia bun teimp et havess gugient buns gijs, quell per- 
chùrig la sia leungua avount igl mal, et la sia bucca ch'ella bigchia 
ischduntschig fjuls, quell bandunig igl mal et fetschig bien, tscheart- 
tchig la pasch et vommig sueinier quella. 
Us ijts digl Signer vedzan sur ils gists, sùn quegl ch'etl lur clamar 
P { aadig. Et la sia vista statt sur ils mais, siin quegl cha la lur recor- 
dientscha vignig runcad'ora. 

Igl. XXIll. Psalm. 
Igl Signer ess igl meas Pastur, à mij vean à manckar nagutta. 
Eli me paschejma sûn un paschk verd, et me meina lier aura freschka. 
I o (97) Eli freschgeinta la mia orma et me meina sun la dreichia via, 
1 per mur digl seu numm. 

Et scha gea lo vegniz à vandlegiar eintin raeadza la schkiretza, temm' 
lo iiuncalur nagùn mal : per cha tij ees tier me, igl teu fist et batchietta 
confortan me. 
3 S Tij paregias avijunt me àna mesa incunter ils meas inimigs, tij unds- 
chas igl meu cheu cun ieli, et schenckegias à mij eint plein. 

Bantad et misericordgia mi vean à segutter tutt igl teimp délia mia 
viu, et lo vign adûna à star eintin la cheasa digl Signer. 

Igl. CXII. Psalm. 
Laudad vus servieints digl Signer, laudad igl numm digl Signer. 
Laudua seijg igl numm digl Signer, da d'huss inavaunt antocka eintin 
pcrpetuum. 




2S6 J. ULRICH 

(98) Da solegl Lavatf , antodca solegl darendea, sdjg aak Iada« igl 
numm digl Signer. 
1445 Sur tutts ils pievels ees igl Signer aduitzâd, et la sia boDor et ^oria 
sur ils tschiels. 

Chi ees scô igl signer noss Deus, i^ quai igl seu ester et habitatian 
aschi ouït ha, et auncalur se bassa et s'Iascha giu, per guardar tntt 
eintin tschiel et eintin terra. 
1450 EU trse igl schleatt or digl pulver, et igl pauper or digl malmundûgn, 
ch'ell igl scheintig tier ils Printz et inavdunts digl seu pievel. 

Las nunfhictgievlas fa ell frûctgievlas et tier (ina llanuna di'ha ddectg 
cun infiaunts. 

(99) Eccles. Cap. 12. V. i j. 
t4j5 Laschad ans audir la summa da tutts mussameints : Ha^^at Demi 
avaunt ijls et salva ils seas commendameints, per che cha qu^ tacka et 
pertean tutts Christiduns. 

V. 14. 
Perche cha Deus vean sur tuttas lavurs et consif^s à tnivar, ear tnttas 
1460 chidusas zupadas et secrets, els seien buns guar mais. 

Fign. 



GLOSSAIRE. 

/. 
arschentar i J26, icurer, laver (re- fiinsadameng Sî, <i fond. 

centare). funsameint, cun — , 762, à fond. 

aschgear 766, oser (ausicare). frust 728, morceau, partie. 



c. 



i. 



calar 359, cesser (Diez, I, 99). j j^^ ,^^^^^ 

caschiel I Î29, fromage. increscher 1 10, laschar -, faire 

catar îj, trouver. ^-^ ^^^ ^euen lassen). 

curdar 1128, tomwr (corrotare ou '^ ' 

corrutare). . . ' 
cnmr 60S, ne pas envier, ail goen- g>etz 1406, wfe. 

^g^ luar j8j, K corrompre, pourrir (h- 

d. quari?). 

dacormeng 345, de cœur. "•• 

danadetg 1099, subitement. malvengiauntzadad 764, indignité. 

daschdar j8i, ressusciter. martschadutna 121)^, paresse. 

dsch. mastrùgn 1294, métier. 

dschiglius 187, zili. maschdar i J27, confondre. 



LE CATÉCHISME DE BONIFACI 287 

n. riigla 1049, repentir. 

s. 

schdatchear 978, mépriser (*exde- 

jactare) . 
sckiffar 47, créer (ail. schepfcn). 
sinavel 219, propos. 
stryQgn i^S, enchantement. 
suga 1 ;98, corde. 
sumgiauntameng $9, d'une marùère 

semblable. 
supchia 47 1 , trône. 

t. 

truvar 1459, juger. 
truvidameint 287, jugement. 
tschadun 1^27, cuiller. 

u. 
upija $0, si ce n'est qiu. 

V. 

vilar 1256, irriter. 

vut 198, idole, faux dieu (vultas). 



nott, fa — 4S, à fin que. 

nottbasûng 69 etc., mot formé de 
deux mots soudés ensemble, expri- 
mant la même idée et appartenant 
à deux langues différentes ; cf. en 
ail. genztung (le grec fuvatxcTov 
a Pall. tung), slegibatta {l'ail. 
schlagen et le roman battuere), 
zabelbrett (le latin tabula et l'ail. 
l»«tt) (Zdtschrift de Haupt, VII, 
ijo). 

P- 
pangear 70), préparer. 

perdert 541, prêt (perdirectus) 

pennavel 1 009, participant (*partio- 

lulHiis]. 

pertasdiear ^91, penser (pertrac- 

tare). 

r. 

rasar ora 26, éditer, publier (*ren- 

sare = *renditare?). 



i. Ulrich. 



CHANTS POPULAIRES 

DU VELAY ET DU FOREZ. 



TROIS RETOURS DE GUERRE. 

Des trois chansons que nous donnons ci-dessous, la première n'a pas, 
croyons-nous, été encore imprimée dans un recueil français. Il esta 
croire qu'elle est moins oubliée en Velay et en Forez que dans les pro- 
vinces explorées jusqu'ici par les collecteurs. Les deux dernières chan- 
sons, déjà publiées, auront cet intérêt de comparaison qu'offrent les 
variantes régionales, et c'est assez pour nous engager à les reproduire. 

I. 

LA FILLE DE L'HOTESSE. 

Una fille d'une hôtesse à la guerre s'en allait. 
Au bout de sept années, chez sa mère retournait. 

— Dieu de bonjour * , dame l'hôtesse, le bonjour vous soit donné. 

— Mais à vous, soudât de guerre, le bonjour ' vous soit donné. 

— Qu'y a-t-il, dame l'hôtesse, qu'y a-t-il pour mon souper ? 

— Y a une poule grasse, un chapon entrelardé. 

— Oh I venez, dame l'hôtesse, venez compter mon souper. 

— Que voulez-vous que je compte, soudât? n'avez rien mangé. 
Le lendemain, le matin, le soldat s'est éveillé. 

— Dieu de bonjour, dame l'hôtesse, le bonjour vous soit donné. 

— Mais à vous, soudât de guerre, le bonjour vous soit donné. 

— Oh I donnez-moi une pigne, une pigne pour me peigner. 
Quant est que le soldat se pigne, l'hôtesse l'a regardé. 

— Que pleurez-vous, dame l'hôtesse, de quoi n'en souspirez ? 

— Aia una filla en guerre, soudât, vous la ressemblez. 

— Que dounaia à un homme, qui vous lui ferait parler? 

— Cent écus dedans ma bourse, soudât, si vous le voulez. 
Et lous autres cent cinquante, pour la fille marier. 

1 . Variante : le bonjour, dame l'hôtesse. 

2. Var. : le bonsoir. 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 

— Cardez votre argent, ma mère, voire fille vous l'avez; 
Sept ans qu'est allé en guerre, mon honneur i'ai bien gardé *. 

Une variante de Marlhes développe ainsi la fin. 

— Gardez votre argent, ma mère, votre fille vous avez. 
La dame n'a tombé morte, de la joie qu'elle en avait. 
^Oh! relevez- vous, ma mère; mon père, où est-il allé? 

— Votre père est ï la guerre, ma fille, pour vous chercher. 

— Donnez-moi mon équipage, moi, j'irai le rencontrer. 

N'a bien fait trois jours de marche, sans jamais le rencontrer. 
Mais au bout de la quatrième, son père n'a rencontré. 
Quand le père n'a vu sa fille, ille se mit â pleurer. 

— Ne pleurez pas tant, mon père, vous feriez m'en retourner, 
Au pays de rAllemagne', où travaillent les Anglais. 

Le père n'a pris sa fille, dans son château l'a mené 3. 

II. 

LE RETOUR DU MARI. 

Monsieur de la Bâtie est un vaillant guerrier. 
Trois jours après ses noces, vient un commandement, 
D'aller prendre les armes, dedans le régiment. 
La belle se chagrine, ne fait rien que pleurer. 
— Pleurez pas tant, la belle, y a pas de quoi pleurer : 
Au bout de la campagne, je reviendrai vous voir. 
La campagne fut longue, n'a bien duré sept ans. 
Au bout de la septième, revenantz-au pays, 
Le même jour que j'arrive, ma femme se remari'. 
Passant devant sa porte, ne demande ï loger. 

— Brave soldat de guerre, nous pouvons pas loger : 
Ma fille se remarie, nous sommes dérangés. 

Le frère, qui est en fenêtre, entendit tout cela. 

— Brave soldat de guerre, entrez, entrez chez nous, 
Et mettez-vuus à table, vous ferez comme nous. 

Ne fur^t pas à table, au milieu du repas, 
N'a demandé des cartes, des cartes pour jouer, 
Pour voir qui aura la belle, le soir, ï son coucher. 
La belle le regarde, du coin de ses beaux yeux. 



2 81 



Dite, i Chamalières, par Marie Avinain. — Cf. C. Nigra, Canzoni popo- 
[dtl Piimontc, La guerriera, p. 91. 

D'après une variante de Vorey, c'est en Picardie que la fille s'en retour- 
it, 

iOite, i Marlhes, par Fourncl-Baudier. Une fin semblable m'a été donnée 
|ne chanteuse de Dunières, Mariette Montélimard. 



Romanm, IX 



»9 



CHANTS 

DU VEI 



:k aiiBution du premier 

A ib: ! Le second mari 

lui-même, en 

■ « nidie date, la moralité 



TRO' 

Des trois chansons y 
croyons-nous, été en<. 
croire qu'elle est moi:, 
vinces explorées jusq 
sons, déjà publiées, 
variantes régionales. 



- * vs rtnper, 



> X ^:u tromper, 
1 -ce ici aurez. 



Una fille d'une 
Au bout de ser 

— Dieu de bo 

— Mais à voi: 

— Qu'y a-t-i' 

— Y a une i 

— Oh ! vent 

— Que vou 
Le lendem<ii 

— Dieu df 

— Mais à 

— Oh I d, 
Quant est 

— Quel 

— Aia 1.- 

— Qur ■ 

— Cent 
Et lous 



1. Varu 

2. Var. 



^ fat OBS. 



-jgr: Ijurent. Dans la bouche de la 

.*^ *j, csc«. répété; mais plusieurs chan- 

*" Zf, e xfflier répété isolement, les deux 

•■"^^•Cfc fjiK£^:ero de Champagne, II, 122; 

n. p. 20 ; — E. Muller, Chansons 

u-'t du 19 septembre 1867; — 

'àsdcuie, p. 220 du Bulletin de la 






•*• j e id -sébut que voici : 
-^«*« J guerre, 

jàeoB. 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 29 1 

2 S'en va loger dame l'hâtesse. 

— Apporte à boire de vin blanc. 

— Voyez, sodat, tu as de l'argent? 

j Pour de l'argent, je n'ai pas guère, 
J'engagerai mes pistolets, 
Mon cheval gris, mes manteaux bleus ^. 

4 Si n'a couru toute la ville, 
Pour engager ses pistolets. 

Son cheval gris, ses manteaux bleus. 

5 S'est retourné dame l'hôtesse, 

— Apporte à boire de vin blanc, 
Car à présent j'ai de l'argent. 

6 Tout en beuvant cette bouteille. 
Le sodat s'est mis à chanter, 
La dame hôtesse a pleuré. 

7 — Que pleurez-vous, dame l'hôtesse? 

— Je pleure mon premier mari, 

Y a bien sept ans que l'ai point vu. 

8 — Pleurez pas tant dame l'hôtesse. 
Pleurez pas tant votre mari. 
Peut-être il est pas loin d'ici. 

9 Qu'as donc tu fait, crueille femme? 
Je t'ai laissé que deux enfants. 

Je t'en voie quatre à présent. 

1 Prenons parti, dame l'hôtesse, 

Je prends les grands, vous les petits : 
Allons mie, prenons parti. 

1 1 Oh ! j'ai un frère dans les Landes, 
Me nourrira mes deux enfants, 

Je tournerai au régiment^. 

Variante. 

I Quand le soldat vient de la guerre, 
Tout mal chaussé, tout mal vêtu. 
Pauvre soldat, que feras-tu ? 

1. La chanteuse dit blé, pour que le son final se rapproche davantage de la 
rmioaison du vers précédent. 

2. Chanté par Nannette Lévesque. Cette femme, octogénaire, a vécu en Viva- 
lis, en Velay et en Forez, et ne peut préciser le lieu ou elle a appris la chan- 
m. — Cf. J. Bujeaud, Chants poo. de fOiust, II, 89 ; — de Puymaigre, 
. 3$. Dans un article de la Revue de l'Est (janvier-février 1860), M. de Puy- 
la^ indique un chant albanais et un chant allemand comme ayant de l'ana- 
igie avec notre chant français. 



292 V. SMITH 

2 Si le soldat s'est mis i table. 

— Madame, avez-vous de vin blanc ? 

— Soldat, avez-vous de l'argent ? 

} — Pour de l'argent, j'en ai pas guère ; 
J'engagerai mon ceinturon. 
Mon sabre et mon mousqueton. 

4 Si le soldat s'est mis i boire, 
S'est mis à boire et i chanter ; 
Dame l'hâtesse fit qu'à pleurer. 

5 — Quoi pleurez-Tons, dame l'hdtesse ? 

— Je pleure mon premier mari. 
Il y a sept ans que je l'ai pas vn. 

6 — Pleurez pas tant, dame l'hôtesse, 
Pleurez pas tant votre' mari, 

Que peut-être sera bien ici. 

7 Quand je me suis allé en guerre, 
Je t'ai laissé que deux enfants, 
En voilà quatre maintenant. 

8 — J'ai tant reçu de fausses lettres. 
Que tu états mort, enterré, 

Que je me suis tourné' marier. 

9 De nos enfants ferons partage, 
Un partage de deux enfants, 

Tu auras les petits, moi les grands. 

1 J'ai une sœur qui est en Lorraine, 
Je y mettrai mes deux enfants, 
M'en irai dans le régiment. 

11 Si le soldat sort son épée, 
Trois fois au cœur lui a plongé. 
Tout d'aussitôt l'a renversé ! 

Ce dernier et tragique couplet, que j'ai d'ailleurs rencontré sur plu- 
sieurs points, ne se trouve, je crois, qu'en notre région ; il pourrait bien 
n'être qu'une imagination de nos chanteurs. Si le soldat eût voulu tuer 
sa femme, il semble qu'il n'eût pas pris la peine de faire le partage des 
enfants. Le coup d'épée eût précédé toute explication. Nos chanteurs 
auront pensé que la femme n'était pas suffisamment châtiée et ils se 
seront chargés de la punir, sans s'inquiéter de savoir s'ils ne détruisaient 
pas la concordance et la logique de ce petit drame. 

Les chansons qu'on vient de lire ne sont que des pièces détachées 
d'une assez longue série où se déroulent les incidents des retours de 



CHANTS POPULAIRES DU VELAY ET DU FOREZ 29J 

guerre et qui comprend les plus intéressantes peut-être des poésies 
populaires : Cermine, La PoTcheronne, Florence, Le comte Arnaud. 

Victor Smith. 



ERRATA 
aux Noeh du Velay a du Fortz, publiés au t. VIII de la Romania. 

P. 41 }, dernier vers, il faut ut et non sot. 

P. 41 i, I" vers de la 2» colonne, riagnis et non riagnie; — au dernier vers 
fie ce même couplet, guins et non guin. — Au premier vers du Noël III, v'ts et 
non vesce; — au couplet 3, zinqtù et non zouqiù; — au couplet 4, toute et non 
Uaia. 

P. 416, au couplet 6, penous et non preaous. •— A la note 11, pondre et non 
poadre. 

P. 417, au I* couplet, dinc ena et non din quena; — au 3* couplet, lisez 
Din tin que prtgni. 

P. 418, au refrain du Noël VI, lisez guinc ena altsa; même lecture au refrain 
qni termine le Noël, p. 419. — Au 2* couplet du Noël, lisez guirmon, et au 
vers suivant gmrmi. 

P. 419, au I*' vers, Fayna (nom propre) et non/fjrnrt, puis Urdtt et non 
Uurdat. 

P. 421, aux couplets 9 et 11, ptthit et non pettsit. 



MÉLANGES. 



I. 



NOTES SUR LA LANGUE VULGAIRE D'ESPAGNE 

ET DE PORTUGAL 

AU HAUT MOYEN ACE (7I2-I200) '. 



ACALZAR, ALCANZAR. 

Ce verbe fait son apparition au commencement du xii* siècle. Il se 
montre sous sa première forme en Aragon ; sous la seconde, en Cas- 
tille ; sous les deux en Navarre et dans les provinces basques. 

10 Le fuero octroyé, en l'année 1 1 )2, au bourg d'Asim ou Asin, par 
Alphonse I", roi d'Aragon, me fournit le futur acalzaretis avec la signifi- 
cation de prélever sa part sur une somme donnée : « De ilias calomnias 
acalzaretis quse sunt vestrasmetipsas » (Munoz, Fueros, p. 506). 

2' Le fuero castillan de Lara, signé en 11)5 par Alphonse VII, et 
postérieur de trois années seulement au précédent, se sert de la forme 
alcanzar : « Totum hominem de qualicumque terra qui demandaverit ad 
homines de Lara, si alcanzaverit illum per judicium, pechet (leg. videtur 
pèchent, homines scilicet de Lara) pro suo foro » {id. ibid., p. {20). 

jo Dans celui que Garcia V, roi de Navarre, concède à sa bonne ville 
de Peralta, en 1 144, c'est encore alcanzar qui est employé^ et avec la 
même signification : « Si vicino ad suo vicino habuerit judicium per 
aliqua res, et non alcanzaret ei nisi una jura ; non habeat nulla pecta 
super eum » [id. ibid., p. 549). Mais en revanche je trouve, en 1129, 
dans le fuero navarrais de Casseda, le participe acalzados (id. ibid., 
p. 477] ; dans le fuero également navarrais de Saint-Saturnin ou Saint- 
Scrnin, daté de la même année, l'infinitif acalzare (id. ibid., p. 478}; 

I. Voir Remania, octobre 1879, p. 609. 



NOTES SUR LA LANGUE VULGAIRE D'eSPACNE igj 

enfin, dans te fuero alavais de Salinas qui eut Alphonse 1"' d'Aragon 
pour auteur au commencement du xti' siècle, et qu'Alphonse VlU de 
Castiile confirinait en 1 148, je lis le passage suivant où acaïzar, quoique 
défiguré par ce qui n'est peut-être qu'une faute d'impression, se laisse 
facilement reconnaître (Liorente, Provincias Vascongadûs, IV, esc. 124): 
• Preterea concedo omnibus populatoribus de Salinas, ut habeant soltos 
tneos montes et meas herbas et meas aquas, quantum ita se undique 
poterit acalgare. » Avouons-le, le sens de ce dernier membre de phrase, 
tn^me après la transformation à'acalgare en acalzare, reste passablement 
obscur. Là encore, je soupçonne une corruption du texte primitif. Selon 
toute probabilité, on y lisait : » quantum in die undique potuerint acal- 
zare. C'est du moins ce que portent équivalemment les articles similaires 
des autres fueros octroyés par Alphonse I" à diverses villes de ses états, 
tels que celui de Casseda : u Terminos de montes in totas parles habeat 
Caseda, ad uno die de andatura » (Mufioz, p. 477I; celui de Sanguesa : 

cr Donc vobis lignare, et taillare in'circuiiu Sangossa, quantum 

potueritis in uno die andare et turnare !ib., p. 450) ; et en dernier lieu 
celui de Saint-Semin : « Concedo vobis totos montes per pascere et 
taliare qui sunt meos de uno die :fuanlum potueritis acakare. » 

VI. 

ACENIA, ACENNA. 

Ce mot arabe (as-sâniya, as-seniya, Dozy. Closs. ) s'csl hispanisi àt 
très bonne heure, vraisemblablement au dernier tiers du ix° siècle ; soit 
que les Espagnols l'aient alors emprunté aux populations musulmanes 
des pays conquis par Alphonse III, dans la province de Léon et en Por- 
tugal ; soit qu'il leur ait été apporté par leurs coreligionaires du midi de 
l'Espagne, qui, sous le règne de ce prince, émigrèrent en grand nombre 
dans les provinces du nord-ouest. Toujours est-il que je rencontre cette 
expression dès l'an 91 5, dans la donation consentie par Ordoiio I,', le 
second des fils et des successeurs d'Alphonse le Grand, en faveur de 
l'abbaye léonaise de Saint-Isidore de Dueiias, le 19 février de cette 
année fYepes, Coronica, IV, 24); et je l'y rencontre sans glose d'au- 
cune sorte, ce qui permet de croire qu'elle appartenait dès lors à la 
langue usuelle : << Concedimus ipsum locum, in quo ecclesia vestra sita 
est, cum omnibus adjacentiis vel prsstationibus suis, domibus, arvis, 
bonis, pratis, paludibus, aceniis, piscariis, aquis, aquarumve duciilibus, 
etc. » Une fois entrée dans le courant de l'idiome populaire, acenia, à la 
différence d'autres mots de même provenance [aceipha, akama, annwiba, 
etc.), qui, après un séjour plus ou moins prolongé, en ont été rejeiés, 
t'y maintient jusqu'à nos jours, et sans variation sensible, dans sa forme 
primitive. 



296 MÉLANGES 

On ne saurait en dire autant de la signification du mot. Elle a subi 
dans le cours du moyen âge d'assez nombreux changements, que je crois 
utile de signaler ici, ne sachant pas qu'on les ait indiqués ailleurs. 

i"Au xiv* siècle, l'archiprêtre de Hita (copias 1577, 78) emploie 
aceiia dans le sens de moulin à blé : 

< D)x6 el burro nescio ansi entre sus dientes... 
Yo, en roi espinazo, les trayo mucha lenna 
Trayôlcs la farina, que comen, de! azenna. » 

2° Au siècle précédent, poètes et prosateurs réservaient la dénomina- 
tion à'acena au moulin à foulon, par opposition au molino ou moulin à 
blé. C'est ce qui ressort très nettement de ce passage des Siete Partiras 
(P. III, XXXII, 18) « molino habiendo algunt home en que ficiere farina, 6 
acefia para pisar paiios. » Le poème d'Alexandre établit aussi clairement 
cette distinction (copl. 1 504) : 

< Oe ruedas e de molinos que muelen las ceveras, 
De muchas ricas açennas, que les dizen traperas. » 

Ce nom de traperas idérivé de trapo, drapo, drap), donné dans le 
Léonais aux acenas, montre qu'en cette province, comme dans les autres 
parties du royaume de Castille, Vacena n'était à cette époque qu'un mou- 
lin à foulon, tandis qu'au moulin proprement dit [molino], on extrayait la 
farine des graines alimentaires de toute espèce, alors désignées sous le 
nom commun de Civaria (a. 986, Mon. Port. esc. 151], de Cibera 
(a. 1076, Muiioz, Fueros, p. 294), et de cetera = cevera (a. 11J7, 
Munoz ib., p. 421]. Dans le bail des propriétés du monastère de Hor> 
nillos, passé en Castille, sous le règne du même Alphonse X ;a. 1274), 
la différence entre acena el molino est implicitement affirmée par le fait 
de leur juxtaposition dans les propriétés de nature diverse énumérées ■ 
dans cet acte (Berganza, II, esc. 182]. Le même fait se reproduit dans 
un grand nombre d'autres chartes des x", xi" et xii« siècles (a. 941, 
Esp, sagr. xxxiv, p. 249; a. 1099, Munoz, p. ^}). 

3' Enfin au xi" siècle, dans le Portugal espagnol, acenia prend une 
signification beaucoup plus large, sous la plume du notaire de l'alvazir 
chrétien de Coimbre, le comte Sisenand. Elle désigne un domaine ren- 
fermant des moulins et autres dépendances. Voici, en effet, ce que nous 
lisons dans une donation de ce haut fonctionnaire à sa fille Gelvire, en 
date du 1^ mars 1087 : « Do medietatem de illa azenia de Colimbria 
cum suis molinis et aprestationibus « (Mon. Port. escr. 677) . 



1 



VII. 

AKEISIATO, AKAREISIATO. 

Un contrat de l'an 1042, passé entre Viliulfe et ses enfants d'une 



NOTES SUR LA LANGUE VULGAIRE d'ESPAGNE 297 

part, et le prêtre Emilien de l'autre, me fournit la preuve, unique jus- 
qu'ici, de l'existence du dérivé akeisiato, et du primitif akeisiar, dans la 
ûtigue vulgaire de Galice et de Portugal, au xi* siècle. Voici le passage 
où cet adjectif verbal se trouve enchâssé, et qui par son contexte en 
détermine nettement le sens. Je l'emprunte, non à l'original aujourd'hui 
perdu, mais à La copie qui en a été faite au xii" siècle par le rédacteur 
du tumbo de Celanova (liv. II, fol. 148. reci. col. ij : « Et accepimus 
de vos precio ... et isto precio in anno akeisiato, quando mortui sunt 
illos homines de famé, et intrava uno modio per xx aut xxx in precio. » 
Cette année où l'on mourait de faim en Galice, où le muid de grain se 
payait sur les marchés de la province vingt ou trente fois plus cher qu'à 
Tordinaire, était évidemment une année de cherté et de disette ; et c'est 
très certainement aussi ce que le notaire de 1043 a voulu exprimer par 
la formule anno akfisiato = aho de carestia. 

Assurés du véritable sens du mot, le sommes-nous au même degré de 
la forme sous laquelle le copiste du cartulaire nous le présente ? Sur ce 
point j'ai des doutes très sérieux : akeisiato et akeisiar n'ont laissé aucune 
trace dans l'espagnol et le portugais ; je ne sache pas qu'une seule des 
langues romanes possède rien qui leur ressemble ; enfin il n'existe ni en 
latin, ni en arabe, ni en allemand, ni en basque, de radical exprimant 
l'idée de renchérissement, auquel on puisse les rattacher étymologique- 
ment avec quelque probabilité. Ce qui est au contraire fort probable, 
c'est que le scribe du Tumbo de Celanova, transcrivant en lettre fran- 
çaise au XIII' siècle la charte hispano-gothique du xr, aura mutilé le 
mot en question par erreur de déchiffrement. Où donc il a lu et écrit 
ikeisiato, je propose de lire ak[ar]eisiaio, du verbe akareisiar, qui sub- 
$i$le encore aujourd'hui en espagnol et en portugais sous la forme à 
peine modifiée à'acariciar. Le sens il est vrai a subi un changement plus 
notable : renchérir, hausser de prix, en 1042 ; flatter et caresser, de nos 
jours. Mais cette variation n'est pas telle, qu'elle puisse offrir à qui vou- 
drait en rendre raison de sérieuses difficultés. 



vtii. 



AMARELLO, AMARIELO. 

Ce nom adjectif remonte historiquement au ix° siècle. Il apparaît, en 
effet, dès les premières années du siècle suivant, en 912, dans les docu- 
ments du comté de Castille (Yepes, Coronica, I, esc. }o) : « campo de 
\\\ii amarellas ». Vers la même époque, le premier mars 919, nous le 
trouvons dans une charte léonaise avec sa signification actuelle (Esca- 
lona, Hisi. de Sahagun, esc. 8) : « Linieo de lana tinto amarello. » C'est 
sous b même forme et avec le même sens que je le rencontre en 1041 



398 MÉLANGES 

dans une charte de l'abbaye galicienne de Celanova {Tumbo ms. de Cti 
lib. Il, fol. 92, recto) : « Caballum nimis obtimum, colore amarello. » Un 
inventaire portugais, postérieur de neuf années à la pièce précédente 
{Mon. Port. , Chartae, esc. 578} , me fournit une citation presque identique : 
« uno kaballo amarello. » Quant à la forme amarido, elle est léonaise et 
de l'année 1 10; (Escalona, esc. 136) : « Uno mulo per colore amarielo, 
in quingenios solidos preciatum ». 

Maintenant que l'histoire d'amarello nous est connue, nous pouvons 
aborder avec plus de sécurité l'examen de l'étymologie arabe que 
M. Mahn en a proposée, il y a quelques années; à laquelle Engelmann 
s'est rallié, sans que Dozy y contredise \Gloss. y' Ambar\,tl que Diez me 
parait accepter plutôt comme un pis-aller qu'autrement [Etym. Warterh. 

". P- 94» 95)- 

Donc amarello viendrait par ambarello, moyennant la chute de la lettre 
fc, du mot arabe 'amfrjr, que les Mores d'Espagne auraient, suppose-t-on, 
transféré de la signification d'ambre gris, qu'il a partout ailleurs, à celle 
d'ambre jaune ou succin. Cette étymoiogie, grammaticalement irrépro- 
chable, je me plais à le reconnaître, ne peut en aucune façon s'accom- 
moder aux données historiquement certaines dont nous sommes en 
possession, et à ce titre elle doit être rejetéc. 

Sans nous arrêter à la gratuité absolue de l'hypothèse, évidemment 
imaginée pour les besoins de la cause, d'un changement accompli en 
Espagne dans la signification d'^ambar, abordons immédiatement la 
difficulté capitale. Les chrétiens de Castille et de Léon n'ont pu, 
dans le cours du ix' siècle, tirer amarello de l'arabe 'ambar, et substi- 
tuer ce nom nouvellement formé à celui qui, dans leur langue vulgaire, 
avait jusqu'alors désigné la couleur jaune, qu'après réalisation incontestée 
de deux conditions ; la première que l'ambre jaune ail paru à cette 
époque sur les marchés hispano-chrétiens du nord-ouest sous le nom 
d'^ambar: la seconde, qu'il y ait été jeté en telles quantités, que Léonais ■ 
et Castillans, identifiant en quelque façon ]e jaune avec la substance dans 
laquelle et par laquelle il frappait le plus souvent leurs regards, aient 
été comme naturellement amenés à lui en donner le nom légèrement 
modifié. 

Or de ces deux conditions, il n'en est pas une qui se soit vérifiée soil 
au IX* siècle, soit plus tard, dans toute l'étendue de l'Espagne chrétienne. 
Sur plus de quarante inventaires d'objets de prix que j'ai là sous les yeux 
et qui, par leur date, appartiennent à tous les siècles du haut moyen 
âge espagnol, pas un qui mentionne l'ambre jaune souslenomd''<im^<ir; 
pas un même où l'ambre figure d'une façon certaine sous un nom quel- 
conque. Car l'electrum, mentionné dans un document hispano-portugais 
de l'an 90? \Mon. Port., Chartae, esc. 1)8, not. 162), est un tenue 



NOTES SUR LA LANGUE VULGAIRE D'ESPACNE 299 

ambigu, qui désigne indifféremment le succin, ou l'alliage d'or et d'ar- 
gent dont il est question, sous ce nom, dans Isidore de Séville, l'oracle 
da moyen âge espagnol (Etymol. XVI, 24I. Mais, s'il en est ainsi, si 
comme je viens de le prouver, le succin était, sous Ordofio I", 
Alphonse III et leurs successeurs, aussi peu connu à Léon, en Castille 
et en Portugal, que le nom arabe qu'il portait alors dans la Péninsule, 
on ne peut raisonnablement admettre, même à litre de simple probabi- 
lité, que les chrétiens de ces régions aient tiré un des mots usuels de 
leur langue vulgaire , du nom ignoré d'une substance qui n'existait 
chez eux, si même elle y existait, qu'à l'état de rarissime curiosité. 



IX 

ANDAR et ses dérivés. 

I* AndiT, bien qu'il ait probablement appartenu à la langue vulgaire 
d'Espagne et de Portugal dès lestemps les plus reculés, n'y faitson appari- 
tion A (itori^ar qu'au X' s. et aux suivants : a) andante en 982, «sub uno 
andanta et omnia bene considérantes (Tumho ms. de Ceianova IIJ, fol. 
99, V.) ; » et en 997 : « cum eos andante Proila Gundesalviz » {Mon. 
Port., Chartse, esc. 242J. — b) Andavit, en 982 : « Et andavit suo geni- 
tore cum dolore et fletu {Tumbo de Celan. il, fol. 1 }i). — cl Andemus 
en 1041 et 1082 : a Non andemus unus cum numla arte mala >> [Mon. 
Port. Chart. , esc. 5 1 4I ; « Sedeamus parceiros bonos, et andemus unus 
sd alium cum veritaie » [ibid., esc. 609). — d) Andare et andar la pre- 
mière forme, en Aragon, en l'année 1122, dans le fuero de Sanguesa 
iMuôoz, p. 4^0) : '■' Quantum potueritis in uno die andare et tomare » ; 
h seconde, en Portugal, sous Alphonse I", dans le fuero de Trancoso 
octroyé entre 1 140 et 1185 (Mon. Port., Leges, p. 4:i4) : « llla una 

pars que habuerit à andar m fossado, et non fuerii, quomodo det 

quinque solidos ». 

2" Ce même verbe est escorté, dans l'espagnol et le portugais du haut 
moyen âge, de dérivés aussi nombreux alors qu'aujourd'hui : a] andamio, 
sentier, est couramment employé à Léon en 997 (Bermude II. dans 

Yepes, V, escr. 17, p. 438 verso) : « Annuit ut facerem vobis car- 

lulam restaurationis et testationis de ipsa villa quae vocatur Palum- 

baria, per suos terminos antiquos suo porto integro, et suas pisca- 

rias. et suos raunales, et suos andamios, et saltus. n Le Castillan Gonzalo 
de Berceo, au xiii" siècle, se sert de ce même dérivé avec le sens de 
marche, faculté de se mouvoir dans ce passage de son poème de San 
Dbmingo de Silos (copia 605) : 

< Guarieron de los piedes, el andamio recibieron, 

Pagados e aiegres a sus casas tornaron. • 



;00 MÉLANGES 

Les antiques et primitives significations de ce dérivé ne me permeti^^^ 
pas d'admettre l'étymologie arabe proposée par M. Dozy \ad-da itrf^^ ^ 
kspoutra. Gloss. v* Andafme), qui évidemment n'a été suggérée à sc^^^* 
auteur que par la signification moderne d'échafaud et à'échajaada.gf^'^ 
donnée aujourd'hui à andamio. Pour moi, andamio vient d'andarj!"^ 
comme aramio, dont il sera question plus tard, vient de arar. — b] Anda- — 
doT, bas officier de police chargé de la signification des aaes judiciaires ^ 
(Fuero de Daroca, a. 1 142, Muiioz, p. <,]6] : <• Judex, andadores. saiones fl 
ad pignorandum intrent in omnes domos Daroce, prêter domum Régis V 
et episcopi et domini ville. ■ On voit par le fuero de Molina (xii* sièdci 
que ces andadores étaient à la solde du concejo ou ayuntamiento de U 
ville jUorente, Provinc. Vascong. t. IV, esc. 127, ch. ij et 14). — 
c) Andaduia, marche ; je trouve ce mot usité en Navarre dès le débat du 
XII' siècle {Fuero de Casseda, Muôoz, p. 577! : <t Terminos de montes 
in totas partes habeat Casseda, ad uno die de andatura. » — Enfin, d) 
Andaria, dans le fiiero léonais de Castroverde (a. 1197^, signifie l'obli- 
gation de marcher en guerre : « Preconarii et Saion sint liberi de toda 
sua andaria (Liorente, ub. supr. esc. 199). 



Jules Tailhan. 



n. 



SUI « MIRACLES DE NOSTRE DAME EN PROVENÇAL 
Ed. Ulrich; Remania, VIII, n-a8. 

Il signore Ulrich fece per un certo numéro di questi miracoli alcuni 
utili raffronti, senza perô esaurire la materia; nella Rom. VIII 428^ il 
signore F. J. Child registre alcune version) délia leggenda del Cristiano 
che offre quai pegno al Giudeo l'imagine di Gesîi, e rispeno aile leggende 
I, IV, X e XII, per le quali l' Ulrich nulla aveva potuto rinvcnirc, rimanda 
alla coUezione norvega, Maria Saga, édita dall' Unger; questo libro non 
mi è accessibile ; ora, sebbene sia molto probabile che l'Unger per cias- 
cuna di queste abbia rimandato allô Spéculum historiale, non credo inutile 
di osservare che, di una in fuori, le 13 leggende provenzali ricorrono 
nel medesimo ordine nel settimo libro dell' enciclopedia del Bellovacense. 
Anche la dizione segue quasi parola per parola il latino, salvo che il 
provenzale è più semplice e spigliato. Ecco la corrispondenza : 

I = Vinc. Bell., VII, 81. 

II = — — ib. 

III = — — 83. 

IV = — — 8j. 

V = _ _ 84. 



SUl ■ MIRACLES DE NOTRE DAME n 
VI = — — 85. 
VII ' 

Vni = Vinc. BeU., VII, 86. 

IX = — — 87. 

X = _ _ 88. 



JOI 



xni= - - 9Î-95», 

1) L'edizione Duaci 1624 non ha che un solo miracoto awenuto nelia 
Chiesa di S. Michèle -, ma il secondo, che si legge nella raccolta proven- 

I^e, detl' imagine illesa nell' incendio, si legge nella raccolta di Botho 
hiV), presso Berceo (XIV), in Herolt (LXXXV). 
\ 2) I capitoli 90-92 contengono la storia délia casta impératrice di 
h 



yma. 



)) La dipendenza del provenzale da Vincenzo si manifesta anche in 
ciô, che le rubriche dei tre capitoli in che piacque al Bellovacense divi- 
dere la narrazione ricorrono anche nel provenzale. E il confronto coir 
originale dimoslra l'esattezza délie emendazioni del Tobler (ZRP 111), 
che del rcsto non abbisognavano di taie riprova. Cfr. p. es. 10 un cio~ 
tada que vole divulgar la [swi\fama = nominis sui famam volens extendere; 
i8} assiduojamen = assiduis precibus. 

MUSSAFIA. 



III. 



CHEVRETTE, CREVETTE. 



Le cruslacé appelé palimon par les naturalistes est, ainsi que le 
Xoangon, désigné presque indiJTéremment en français par les noms de 
Xéevrme et de cuvette ' : quelle est l'origine de ces deux noms ? Dans le 
B* îi de la Romania (VIII, p 441) j'ai admis que le second de ces mots 
était une transformation normande du premier. Cette dérivation a été 
contestée dans la Zeitschrift fiir romanische Philologie (II!, 611) par 
M. Suchier, qui parait même mettre en doute l'existence de chevrette 
comme nom d'un crustacé. Que M. Suchier ignore quelques mots même 
tris usités de notre langue, il n'y a là rien dont on puisse lui faire un 



II. La définition du dictionnaire de l'Académie que je donne plus loin en fait 
bi: cependant Cotgrave, toujours si exact, définit la chevrette « a great pra- 
wne I, c'est te palimon, et ts crevette « a shrimpe », c'est le crangon : il est 
vrai qu'il ajoute t ou prawne k, ce qui nous ramène au palémon. Ménage 
donne plul6i le nom de chevrette au cardon, ce qui n'est qu'un nom local du 
aingon ; le palémon est pour lui la < crevette franche •. 



)01 MÊUNQES 

reproche ; mais quand il en rencontre de tels, au lieu d'en contester 
l'authenticité, il devrait, ce semble, les chercher dans un glossaire ; s'il 
l'avait fait, il aurait vu que depuis Ménage jusqu'à Littré, y compris 
Richelel, Boiste, Napoléon Landais, Larousse, Poitevin, etc., tous les 
auteurs de dictionnaires français, d'accord avec l'Académie, ont défini 
chevrette « une sorte de petite écrevisse de mer que d'autres appellent 
crevette »> '. J'ajouterai que depuis Huet tout le monde a dérivé ce mol 
de capra, sans doute, ainsi que le disait, peut-être avec un peu trop 
d'imagination, le savant évéque d'Avranches, « quod caprarum more 
saliant et cornibus quae fronte gerunt ferire videantur. » Cette étymo- 
logie a été acceptée par Diez, qui cite à l'appui les dénominations alle- 
mandes backle et meergeisz^. Cependant, toute vraisemblable qu'elle 
est, elle ne satisfait pas M. Suchier qui, rejetant la dérivation cherrelte 
de capra, veut voir dans ce mot, pris « dans le sens de krebs )>, une 
a umdeutung /> de crevette, lequel viendrait du néerl. cr«v*f. Mais d'abord 
le mot chevrette ne signifie point krebs : il répond à l'aJl. garneeU 
(Schuster) ou garnai lid.) ; d'un autre côté on ne voit guère en vertu de 
quelle « umdeutung » on aurait donné le nom d'un crustacé, dont lafl 
lenteur est proverbiale, à un autre dont l'agilité l'a fait comparera un ■ 
cabri. Voilà pour le sens. Quant à la forme, crevet\te] n'aurait pu donner 
autre chose que tjuervet te], et non chevrette ?. Mais il y a plus ; ce nom 
crevel, que M. Suchier donne comme néeriandais, existe-t-il réellement ? 
On en peut douter ; les divers diaionnaires hollandais et flamands qu'il 
m'a été possible de consulter ne connaissent que la forme kreeft (suéd. 
kràfta), écrevisse ; quant à la chevrette et à la crevette, ils la désignent 
par les vocables garnette et garruxai (suéd. ràka). Nous voilà loin d'une 
identification possible entre la crevette (crangon ou palémon) et la cre- 
viche V. fr. (écrevisse), identification que M. Suchier me reproche de 
n'avoir pas faites. Enfin, pour combattre l'étymologie que j'ai donnée de 

1. Je n'ai pas besoin de faire remarquer ce qu'il y a d'inexact dans cette 
dénomination • d'écrevisse > donnée â la crevette et à la chevrette ; j'ai dit 
aussi qu'on les avait parfois distmguées, au lieu de les confondre, cocnme le fait 
la définition de l'AcaJérnie. 

2. Il est évident que l'expression • ein nahe verwandtes Insect », dont se sert 
Diez, signifie un crustad semblable â la crevette, et non un insate proprement 
dit — quel insecte? — comme semble le croire M. Suchier, et il ne peut itr* 
question ici, comme dans les dictionnaires français, que du crancon et du palé- 
mon. Toutefois si nos dictionnaires n'attribuent point au vocable chevrette le 
sens d'insecte, il est vrai que les entomologistes donnent parfois ce nom 1 une 
espèce de cerf-volant, le platjccrus tctraboides : mais il n'est pas moins vrai que 
ce n'est pas de cette chevrette que Diez a voulu parler. 

3. Cette dérivation me parait valoir celle de gaijff ou gradi, de carde, proposée 
par M. Suchier, qui oublie i» de montrer comment c initial se change en g dans 
le normand, 2" comment, en admettant la chute improbable de Vr de carie, il se 
fait que l'a de gide soit resté bref malgré cette chute. 

^. J'ai montré combien l'allemand et le suédois avaient soigneusement distingué 




CHEVRETTE, CREVETTE, TANGUE ^0} 

crevette, le savant collaborateur de la Ze'tiiclnift , qui ne parait pas avoir 
lu mon article avec plus de soin que celui de Diez, s'appuie sur ce que 
j'auraia fiait reposer uniquement ma démonstration sur l'emploi hypothé- 
tique des mots chevrette et crevette pour distinguer le même crustacé ; on 
a vu s il y avait U une erreur : mais ce n'est pas seulement sur la coexis- 
tence de ces deux vocables que s'appuie ma preuve, c'est bien plutôt sur 
l'identité de chevron et de crévon comme représentant respectivement en 
français et en bas-normand un même dérivé de capra ; la double série : 
capra 'caprionem fr. chevron 

caprn 'caprionem pic.-h.-norm. qiiivron b.-norm. crévon 
m'a fait établir les deux suivantes : 

capra 'capreita fr. chevrette 

capra *capretta 'tiuevrette b.-norm. crtfffffff ; 

d'oïl j'ai conclu que chevrette et crevette étaient étymologiquement iden- 
tiques, comme chevron et crévon le sont d'une manière incontestable. 

Ch. JORBT, 



rv. 



TANGUE, TANQUE. 

« Tangue^ sorte de dépôt terreux, lit-on dans le dictionnaire de Littré, 
qui se trouve en certaines baies et qui est un excellent engrais. C'est 
une espèce de sable gris qui se dépose à l'embouchure des rivières de 
la basse Normandie '. — D'après M. Roulin, angl. dung, fumier, la 
tangue étant un engrais (douteux à cause du ^. » — M. Littré a eu 
grand'raison de ne point accepter l'étymologie de M. Roulin; le mot 
langue ou tanijue ne peut en effet venir de l'angl. dung, ags, dyncg ; mais, 
|s11 faut chercher ailleurs son origine, on la trouve, je crois, aussi dans 
tes langues germaniques, et je suis surpris qu'on n'ait pas songé à iden- 
tifier ce mot avec le radical analogue qu'on y rencontre, nor. ^ang, 
<)an. etall. tang, suéd. tâng, ang. tangle et tang ; espèce d'algue ou 



U crevette ou chevrette et j'écrevisse ; l'anglais n'a pas de dénominations moins 
diverses pour ces crustacés : à l'écrevisse il donne le nom de crayfish, corrup- 
tion de ctnisch v. ang. = v. fr. crevicke; il désigne, au contraire, la crevette et 
U chevrette par les noms de prawit et de thrimp. 

1. La langue est à vrai dire le sable mi\é a'alluvions qu'on trouve dans les 
estuaires du département de la Manche et en particulier du Cotentin. 

2. M. Litiré aurait bien dû repousser aussi l'explication de M. Roulin, qui 
kit dériver tangutr de tangue. Tangue a donné le verbe tangu i)er, litt. « engraisser 
une terre avec de la tangue > ; quant à tanguer, il faut chercher son origine 
ailleurs ; peut-être est-ce un dérivé du nor. tangi. « A point projecting intu ihe 
tea > ou • the puinted end by which the blade is driven into the handie > 
|Vig{., An iccUnJk ilictionary). Cf. a. stamp/er « pilon > et nampjtn • tanguer >. 




HtLANCCS 

i faner la terre comme la tangue ; l'un et l'antre 
1 : 1 n'est pas étonnant dès lors qu'on ait donné à 
ï ie iBB 4ii premier, d'auunt plus que les fucus étant désignés 
or as atas 'MUMwtes par le vocable gennam*que vrac (ags. nie, 
A. anic. àriss jeat à la cÂte), le mot tang pouvait recevoir un autre 
a^Boi «c 3ne antre s^gmfication, signification qui n'est pas plus éloignée 
ia 9EBS «t^Raaiagqne de ce mm que ne l'est celle de vrac de son sens 

Ch. JORET. 

V. 

LES FILLES DES FORGES DE PAIMPONT. 
RONOK BRETONNE ■. 



O «M les fifi's des forges {Us), 
Dts torges de Pkiaipoat, 
F^iandQ«« falarîdÙK, 
Ote tqrjes ie Pùpaat, 
F^iantUa*. 



(^ nuree i codiesse (kt) 
Aa cure ie Beiipne. 
K;ki3niiM. bbndùe. 
Au cur* je 6eig:aoa, 
F;kian«luB\ âlandM. 

>• 
5a MtriBt â»as l'igUse {Us) 
Ok it«MOiiè panioa, 
K^arnioa, fitlaniiame, 
v.^ iciiMihié pardoo. 
Kkîandoin*, talartdoB, 

4- 
,^'3i»«e-»ous bit. les Elles (K»), 

'^^iWttitx». Ittiauitlaine, 
y«),ti j«iMaihier parioa, 
<i^v««iitiii\ tiklaridoB. 

S- 
.'VkXH' <Nttni t<9 liasses [Us) 
V» »*>»'^^ <i* jaf\vns, 
VvA'nN»^ 'aivtdiiae, 



Vons aviez des culottes (iù) 
Dessons vos Uancs jupons, 
Falaridou, filaridaine, 
Dessous vos blancs jupons? 
Falaridain', falaridon. 

7- 
J'avions ben des culottes (bis), 
Mais point de cotillons, 
Falaridon, falaridaine. 
Mais point de cotillons, 
Falaridain', falaridon. 

8. 
Allez-vous en, les filles {bis). 
Pour vous point de pardon, 
Falaridon, falaridaine, 
Pour vous point de pardon, 
Falaridain', falaridon. 

9- 
Il faut aller à Rome (bis) 
Chercher l'absolution, 
Falaridon, falaridaine, 
Chercher l'absolution, 
Falaridain', falaridon. 

10. 

Si nous l'avons i Rome (bis). 
Nous l'aurons à Beignon, 
Falaridon, falaridaine, 
Nous l'aurons à Beignon, 
Falaridain', falaridon. 

J. Fleury. 



j^4*M it'.'^tiUi^ pu Adolphe Orain aux Forges de Paimpont (lUe-et- 



COMPTES-RENDUS. 



Cabi. von Rf.ivhardktœttner , Grammatik der Portu^esischen 

Sprache auf Grundlage des lateinischen und der romanischen Sprachver- 
gl«ichung bearbeitet. Strasbourg, Tnibner, 1878, 8°, z«j-4i6 p. 



* 



» 



M. de Reinhardstœltner n'est pas un inconnu pour les romanistes. Il a déjà 
publié plusieurs essais, assez faibles, sur ta langue et la littérature ilaliennes et 
portugaises. Son dernier travail ne nous oblige pas à changer d'avis sur son 
compte. M. Stengel, dans le même article de Ja Jenaa UlUraim zdiung où il 
parle de la grammaire française de Mxtzner comme d'un livre qui n'est plus à 
\i. hauteur de la science, a fait l'éloge, assez froid il est vrai, de la grainmaire de 
M. de Reinhardstœttner. Je n'hésite pas à dire que la grammaire de Mxtzner, 
eicellente pour le temps où elle a paru, vaut encore aujourd'hui infiniment 
mieux que celle de M. de Reinhardstœttner. Pour montrer comment l'auteur a 
sn mettre à profit pour la grammaire portugaise le latin et la grammaire com- 
parée des langues romanes, il suffit d'examiner un peu la phonétique. A propos de 
Vi il dit : • Des cas isolés sonX. fomt (famés), Tijo (Tagus). » Dans l'un de ces 
deux cas c'est le voisinage de l'/n, dans l'autre celui du g qui influe sur Va, mais 
BOUS n'en apprenons nen. — Il continue : < Ordinairement a, sous rinfluence d'un 
i qui s'appuie sur lui, donne la diphthongue », plus rarement ai, par ex. raiva, 
yngairo, régulièrement nutssanoy vtgario. » Pas un mot sur le rapport des deux 
formes rigairo et rigario. Celui qui apprend le portugais dans cette grammaire 
doit croire que arius donne régulièrement ario, comme a donne a, et irréguliè- 
rement <jiro, comme a donne e dans Ttio et dans fome. — ■ D'une manière 
semblable ai se trouve h «ôté de la voyelle pure dans aplainar et isfaimar. 1 
Cela veut dire que aplainar est issu d'une forme *aplamare et exfaimar d'une 
forme 'cxfamiau, comme vigairo de vicanus. Diez avait vu U une influence du 
français que je ne puis admettre. Je crois y trouver le commencement d'une 
influence de n et m, analogue à celle qu'on connaît en français, commencement 
qui n'aurait pas eu d'autre suite et qui ne se trouvait originalement que dans 
les tonnes accentuées sur le radical comme aplàno aplaino. — Un d commençant 
le mot tombe dans boJega, botica (apolhçc»), dulUrio {E\uç., I, j8^, adulterium). 
M. de R. ne fait pas de différence entre ces deux mots, dont l'un a perdu son 
•i dans la période romane et peut-être déji en grec avant de passer dans les 
lingues romanes, et l'autre seulement dans une forme non reçue en portugais. — 
« Après la voyelle tonique a se conserve. Dans ce cas, la syncope a souvent eu 
Homaiiit, IX 20 



J06 COMPTES-RENDUS 

lieu dans toutes les langues romanes ou déjà dans le bas-latin {spatlattinuchm), 
p. e. obra (opéra) ; de la même manière a qui finit le mot se conserve, p. e. 
casa, Uganda, hora. * Il est difficile de voir la différence de Va atone dans obra, 
casa et hora. Pour la première assertion il aurait fallu un exemple comme 
camaïa. — f Va de l'anc. haut-ail. est resté, ainsi dans albcigar (rad. got. 
harjii], aren^ue {harmc), agasalhat [saijan). » Où M. de R. a-t-il vu un dAms ces 
mots? — Il ne faut pas attendre que M. de R. aborde la question de savoir si 
la diphthongaison de ë, <i a jadis existé en port, et a disparu plus lard en 
laissant quelques traces, ou si elle y est absolument inconnue. Il dit, en parlant 
de \'i, qj'il persiste généralement et qu'il se change en i dans diztma^ ensuite 
que \'e en position persiste également et qu'il devient i dans isca, coitfissâo, pro- 
cissâo. Je ne sais pas si M. de R. croit en effet que l'accent est sur \'i dans ces 
deux derniers mots ; en tous cas ces deux exemples prouvent avec quelle légè- 
reté le livre est compilé. — t / en position est traité comme bref, devient par 
conséquent en partie f, p. ex. cepo. » Parmi tes mots qui ont gardé l'i il cite 
crùta, digno, firmt, limh, lingua, silya^ Irislt, brilkar, cinco, quinto^ miilt, britho, 
villa, et enfin millaimo (!). M. de R. ne se doute pas qu'il y a une différence 
entre une voyelle brève et une longue, même quand elles sont en position, que 
t donne i et que » persiste. C'est en partant de là qu'il aurait dû expliquer les 
anomalies, ce qui est souvent facile ; cf. lingua, limbo, brilhar. — Je finis par 
une addition sur le changement de nombre, dans la même phrase, du pronom de 
la personne à qui on parle. Diez en parle, III, ^7. Cf. encore, pour l'anc. fr., 
Burguy, II, 94, Fcerster, Richart, 969; pour l'it., Liebrecht dans les Catiingtr 
geUhrU Anzeigen, 1B70, 1232; 1S72, ;i8. J'ajoute un exemple portugais : Ncm 
vos perlevo tn nada, Ximaia, Que sendo delguada, Cambaste no taguo a chusma de 
pena. Braga, Anlol., 4, 17. Un autre a déjà été indiqué par Liebrecht. Il se 
trouve dans Bellermann, Port. Volksheder, p. 172. Aux exemples bas-latins cités 
par Diez on peut ajouter un passage dans le Recuti! de M. Meyer, I, 12, 8. 

J. Ulrich. 



Histoire de la lan^e et de la littératare ftrançaiees aa moyen 
&ge, d'après les travaux les plus récents, par M. Charles AunEATiH. T. II. 
Paris, Beiin, 1878, in-8% v|-j8j p. 

J'ai rendu compte ici (Romania, VI, 4S4) du premier volume de l'ouvrage de 
M. Aubertin ; j'en ai apprécié les mérites et les défauts. Le second volume est 
sujet au même jugement général que le premier, si ce n'est que je dois recon- 
naître avec regret que les mérites sont moindres et les défauts plus graves. 
L'auteur a apporté moins de soin et de peine à le composer ; on n'y trouve 
rien de comparable à l'étude sur la poésie dramatique qu'on lit dans le premier 
volume. On y est tout d'abord choqué par un manque de proportion qui indique 
un manque de justesse dans l'appréciation même du sujet. Les • Orateurs » 
occupent trois cents pages dans ce volume, parmi lesquelles il n'y en a peut- 
être pas cinquante qui soient consacrées i de la littérature proprement dite. 
En elTet, les Sermons, qui tiennent cent pages, sont surtout intéressants comme 



AuBERTiN, La Imgtte tt la linirame franc, au moyen i 
«JoaimenU pour l'histoire des mœun ; quant à « l'éloquence politique et judi- 
ciaire », elle ne sert que de prétexte à denx cents pages d'histoire politique et 
îoridiqne, presque entièrement étrangères â la littérature, et où l'auteur résume, 
<3'nne façon d'ailleurs habile et intéressante, les travaux de quelques érudits 
modernes. En regard de ces 500 pages, les fableaux, qui mériteraient une 
place importante, occupent vingt pages, la poésie didactique et morale trente, 
les romans et nouvelles en prose vingt-cinq. Parmi les historiens, Villehardouin, 
Joinville, Froissart et Commines sont bien traités, parce que M. A. a pu facile- 
ment travailler de seconde main ; partout oîi il (allait des recherches nouvelles, 
des appréciations originales, on ne rencontre que des nomenclatures sèches et 
confuses, des jugements d'une banalité parfaite parfois échangée, contre des 
appréciations élogieuses ou sévères qui semblent formulées presque au hasard. 

A côté de ce défaut général dans la préparation et la composition du livre, 
on en remarque presque à chaque page, dans les parties ois l'auteur ne trouvait 
pas le travail fait avant lui, un autre plus fâcheux encore, et qui, en empêchant 
qn'oD puisse avoir confiance dans ses assertions, enlève à ce livre presque 
toute sa valeur. Je veux dire une inexactitude constante et d'autant plus dange- 
reuse et en même temps surprenante qu'elle s'appuie sur un grand appareil de 
citations et de renvois aux sources ou aux travaux que l'auteur semble avoir 
consultés. Je n'emprunterai mes preuves qu'aux quelques pages qui concernent 
les fableaux : elles fourmillent d'erreurs et de légèretés inconcevables (sans 
parler des omissions, des jugements tout faits, etc.). Fabliau viendrait de fabet 

• par métathèse • (p. ^t, tandis que fabUl est un diminutif de fable. Le 

• fabliau • est défini un « petit récit fictif, licencieux tt motfueur », et aussitôt 
après on lit que l'apologue n'est qu' • une variété de ce genre ». Les auteurs 
de fableaux, d'après M. A. (p. 4), i doivent à Pétrone la Matrone d'Ëphbt{(]ii\ 
vient certainement, non aux auteurs de tableaux, mais au Roman Jes Sept Sages, 
d'une tout autre source], à Apulée le conie da Cinier [tandis que le fableau du 
Curifr et le conte d'Apulée imité par Boccace et La Fontaine n'ont de commun 
que le nomj. Ils ont emprunté à l'ancien recueil des Vies des Pères le duc 
Malaquin, etc. [mais ces contes ne sont pas des fableaux et font partie du 
recueil même appelé Vies des Phe$\. La plupart de ces petits drames sont le 
produrt du sol de la France [lisez : la moindre partie) ». En adoptant, pour 
classer les fableaux, le plan assez défectueux de V. Le Clerc, qui les range 
d'après la condition des personnages qui y figurent, M. A. a tort de dire 
que les grands, soit du siècle, soit de l'Eglise, sont épargnés par nos anciens 
satiriques ; mais cette assertion, qu'un critique lourdement malveillant a répétée 
en rampiihant dans la Revue da Deux-Mondes Ivoy. le n<> du i) juin 1879I, 
demanderait pour être réfutée ou expliquée des développements qui m'entraîne- 
raient trop loin. — A propos de Kaoul de Houdenc, M. A. renvoie (p. 6I à 

• la publication de M. Michelant, Stuttgart, 1869 ». Qu entend-il par là .^ — 
Il parle des i inventions bizarres > de Gautier de Coinci, qui n'a jamais rien 
inventé; il parle, i propos de ses Miracles et des 1 contes dévots • en général, 
du mélange avec les effusions pieuses de 1 grossièretés licencieuses », des 
produits d'une 1 imagination cynique », de la < révoltante promiscuité des 
choses les plus saintes avec ce qu'on peut inventer et concevoir de plus pro- 




jo8 COMPTES-RENDUS 

fane ». La douce légende de la « sacristine » pécheresse dont la Vierge, 
pendant une absence, fait l'office au couvent, est citée comme un des < traits 
les moins scandaleux > de ces récits. C'est tnéconnattre absolument le moyen 
dge et notamment le prieur de Vie, Ce qui nous parait grossier, et à bon 
droit, n'est nullement dépravé, et s'il y a dans les Miracles de la Vierge des 
traits d'une crudité, d'un réalisme ou d'une naïveté qui nous choque, il est 
complètement injuste d'y voir le produit d'une • imagination cynique >. L'histo- 
rien d'un monde disparu doit, pour le comprendre, se placera son point de vue. 
Que les protestants aient rapporté ces contes « superstitieux » avec horreur, que 
Voltaire s'en soit servi pour ridiculiser le catholicisme, c'est tout naturel ; mais 
est-ce comme chrétien que M. A. en est scandalisé ou comme philosophe qu'il 
les condamne? Ce n'est pas là le point de vue qu'il devait prendre. — Le conte 
de l'évéque qui bénit sa concubine serait « manuscrit > (p. 9) ; il est imprimé 
depuis longtemps dam les AnecJota litUrana de Wright. — Si dans les 
fableaux un n'attaque pas les moines, c'est, d'après M. A., que « les commu- 
nautés les plus puissantes, ies plus populaires, avaient au XIII« siècle l'ardeur 
féconde de la jeunesse et le prestige de la nouveauté, n Mais les bénédictins 
étaient fort anciens, et comment auraient-ils bénéficié du « prestige • des frères 
mendiants.'' Les railleries contre eux sont bien moins rares que ne le dit l'auteur; 
mais c'est précisément contre les cordeliers et les jacobins qu'il y en a le plus. 

Parmi les fableaux dirigés contre les prêtres * qu'il est impossible d'analyser », 
M. A. cite (p. 1 1) le Dit des Perdriz, qui, sauf un détail grossier, est, comme 
on sait, l'original du 1 Dtner de Madelon >, par conséquent une plaisanterie 
fort innocente. — Le Chevalier au barizcl, cette touchante histoire de repentir 
et de miséricorde, < plaisante, dit M. A. (p. u), sur les mésaventures d'un 
chevalier déloyal et félon >. — Parmi les fableaux où on est « choqué ... des 
mœurs grossières et du langage vulgaire qu'ils donnent aux plus grands «ei- 
gneurs », on cite te Voir Palefroi, ce récit si plein de délicatesse et de « cour- 
toisie ». — A côté de toutes ces inexactitudes foisonnent les inutilités; on nous 
apprend que les Jeux d'aniiture (ce n'est nullement un fableau) sont dans le ms. 
de la B. N. 7218, Boinn dt Provins dans le ms. 7595, etc.; on nous donne 
des renseignements biographiques et bibliographiques (p. )2 et 16) sur les 
novellicri italiens. — Le type de l'entremetteuse se trouverait esquissé dans 
Boivin de Provins ; on n'y trouve rien de pareil. A la fin d'une note sur la 
Housse partie (il eût été bon de dire que c'est un conte d'origineindienne), louée 
pour sa moralité, on lit : < V. d'autres fabliaux, l'Escureuil, ta Bourse pleine de 
sens, la Saineresse, les Deux Changcon », Ce dernier conte a pour sujet une 
aventure gaillarde ; la Bourse est un charmant récit, plein de la meilleure 
morale ; les deux autres sont de grossières obscénités ; que signifie cet assem- 
blage étonnant? — Parmi les histoires de • vilains » on cite (p. 12) Aadigier, 
parodie des chansons de geste, et Richaut, peinture extrêmement remarquable 
et vivante de la vie des courtisanes et de leurs amis. — Les contes étrangers 
qui ont le même sujet que le Vilain mire n'en dérivent pas pour cela. Ce conte 
indien est arrivé en Europe au moyen âge et n'a pas nécessairement passé par 
la France pour pénétrer dans les autres contrées. Il en est de même de beau- 
coup de nos fableaux qu'on veut que Boccace et autres aient imités. Le Clerc 



AuBERTiN, La langue et la littérature franc, au moyen âge 309 

regarde (ou|Ours le français comme l'original, les versions étrangères comme les 
copies ; mais chaque cas est i examiner à part, et cela s'applique â beaucoup 
d'autres assertions pareilles de M. Aubertin. — Parmi les contes dont le sujet 
« est tiré des poètes ou des historiens anciens » figure le Lai d'Aristote ; je 
serais curieux de savoir dans quel ouvrage antique est rapportée cette histoire, 
ceruinement orientale. — « L'Allemagne, qui, depuis Wollram deEschenbach, 
2 traduit plusieurs de nos grands poèmes chevaleresques (comme si Wolfram 
était le premier qui l'efit fait I), s'est moins facilement accommodée de notre 
poésie moqueuse, trop frivole pour sa gravité. Il lui a suffi d'en recueillir de 
vagues souvenirs dans ses poésies latines et de mettre en distiques (!) quelques 
fabliaux {p. 17). I Or l'Allemagne est précisément le pays ob il est le plus sûr 
que nos fableaux ont été directement traduits ou imités, et en grand nombre. 

Voilà ce que |e trouve de plus saillant à relever dans les quinze premières 
pages du volume. Tout ce qui concerne la poésie, c'est-à-dire en somme la 
littérature par excellence, est traité avec une négligence égale. Je ne puis tout 
citer; voici quelques échantillons pris au hasard. — P. 22, on énumère des 
Dttt de Baudouin de Condé sans parler de l'édition complète que M. Scheler a 
donnée de ses œuvres avec celles de son fils Jean, dont, autant que je crois, il 
n'est pas dit un mot. — P. 3$, • on l'appelait [Jean de Meun] Clopincl, parce 
qu'il était boiteux. » Clopincl était son nom de lamille, et il n'était pas boiteux. 
— P. 40. « Nulle part la doctrine du grand oeuvre n'est exposée avec plus de 
clarté apparente, d'ordre et de concision » que dans l'entretien d'Art et de 
Nature au Roman de la Rose. Or il n'est pas dit un seul mot d'alchimie dans 
cet entretien; dans quelques-uns des vers qui précèdent, le poète parle, en son 
propre nom, de l'alchimie, mais il se borne à dire que cette science, vaine pour 
la plupart de ceux qui la cultivent, ne le serait peut-être pas si on savait sur- 
prendre les procédés de formation qu'emploie ta nature. — P. 60. « Nous avons 
de Philippe de Than deux ouvrages, dont te titre seul est en latin ; le Liber de 
Crtaturiî et le Bestiarius. » M. A. cite pourtant les articles mêmes ob il est dit 
depuis bien longtemps que le prétendu Liber de C'eaturis s'appelle le Comput; 
quant au Bestiaire, son auteur l'appelle naturellement ainsi, et non Bestiarius. — 
A côté de cela, on nous apprend, d'après un article de la Romania (janvier 1877), 
qu'il y a un calendrier inséré dans un ms. bourguignon du XIV" siècle. Voilà un 
renseignement bien utile! — On dirait un amas de notes qui ont été mises plus 

00 moins bien i leur place, mais qui n'ont pas été utilisées. Ces notes sont d'ail- 
leurs prises au hasard, dans les ouvrages les plus surannés comme dans les 
travaux les plus récents, et cousues bout à bout sans souci de leur incohérence. 
Ainsi, p. 74, I on attribue à Thibaut de Vernon, qui était chanoine de Rouen 
vers le milieu du même siècle fcela ne se rapporte à rien, mais on vient de par- 
ler d'uo contemporain du roi Etienne, il s'agit donc du XII* siècle], trois vies 
de saintes en vers français- » Thibaut vivait au milieu du XI" siècle; personne 
ne songe plus i lui attribuer les vies en question [avec les auteurs du t. XIII de 
VHiit. litt), mais on a conjecturé qu'il pourrait bien être l'auteur de la Vie de 
tainl Alexis. C'est à la même source qu'est pris ce qui suit sur Garnier de Pont 
Sainte-Maxence et 1 Pierre Longatosta {sic), • qui aurait écrit peu après 1 180. 

1 On a, du même temps, une vie de saint Barlaam, une vie de saint Josaphat, > 



}IO COMPTES-RENDUS 

etc., etc. Toutes les pages consacrées à la poésie religieuse, morale et drama- 
tique, sont un pèle-mèle de coq-à l'âne ; ce jugement, malgré sa sévérité, n'est 
malheureusement que juste. 

Je terminerai par un exemple des erreurs et des méprises que commet M. A, 
même quand il a des devanciers qui, s'il les avait consultés avec attention, lui 
auraient fourni sans qu'il prit beaucoup de peine des renseignements précis. H 
s'agit des diverses rédactions de l'histoire des Sept Sages. Tout le monde peut 
savoir aujourd'hui qu'il y a deux groupes de rédactions occidentales de cette his- 
toire, l'une composée duJ)olopathos qu'écrivit en latin, i la Bn du XII' s., le moine 
cistercien ^ean de Haute-Seille, et de la traduction en vers français qu'en it 
Herbert peu de temps après; l'autre comprenant plusieurs versions françaises et 
iatineSj dont le rapport exact n'est pas encore déterminé, mais dont les relations 
sont très étroites. J'ai résumé tout cela dans un article de la Romania (\l 481) 
que M. A. a pu lire, et dans la préface de mes Deux ridaclions ai prose du 
roman da Sept Sages qu'il cite expressément. Or voici comment l'auteur l'ex- 
plique à son tour, en prétendant < dissiper la confusion p (p. 77 s.) : < Un 
Indien, Sendebad [M. A. prend le nom du héros du roman pour celui de l'au- 
teur !], qui vivait un siècle avant notre ère [II], avait écrit le Roman des Sept 
Sages [ce titre n'appartient qu'aux rédactions occidentales], traduit en persan, et 
du persan en arabe, de l'arabe en hébreu, de l'hébreu en syriaque [cet ordre 
est absolument fantastique], puis en grec et en latin, et de là en français, en 
flamand, en allemand, en anglais, en espagnol, en italien [il fallait distinguer 
tout cela : les versions flamande, allemande^ anglaise, sont traduites du français 
et n'ont aucune valeur ; l'espagnol vient de l'arabe, et appartient au groupe 
oriental ; la famille italienne est au contraire un membre du groupe occidental]; 
il fil rapidement le tour du monde alors connu... Vers la fin du XII« siècle, don 
Jehan, moine de l'abbaye de Haute-Selve, au diocèse de Metz, mit en latin le 
texte grec du roman [un moine du Xll° s. traduisant du grec ! le roman latin 
de Jean, fait sans doute de mémoire, ne ressemble pas plus au texte grec qu'à 
aucun autre]... Un autre moine, nommé Herbert [il n'était nullement moinej, 
rima cette traduction en vers français de huit syllabes... La version française a 

pour titre Do/0;)>i(/io; [mais c'est le titre du roman latin] Il s'est conservé 

une seconde forme française du même récit, œuvré anonyme d'un trouvère du 
même temps [il faudrait dire au moins deux formes françaises, une en vers et. 
l'autre en prose]... Dissipons ici une confusion qui s'est produite assez souvent 
dans les analyses critiques du Dolopathùs et du Romaa des Sept Sages, Ces deux 
poèmes, imités du même original, qui est le livre de Sendebad, sont deux 
ouvrages distincts [et les auteurs d' ■ analyses critiques • ne s'en étaient pas aper- 
çus?]... Nous venons d'indiquer les deux versions françaises d[s Dolopathùs, 
qui sont sorties de la rédaction latine du moine Jehan [mais non ; il n'y en a 
qu'une, celle de Herbert; l'autre est précisément le Roman des Sept Sages, qui 
ne vient pas de cette rédaction latine; quel imbroglio !]; la rédaction latine plus 
fidèle qui a donné naissance au roman français des Sept Saga [cette rédaction 
est perdue, si elle a jamais existé] 3 provoqué de nombreuses imitations. Les 
plus anciennes sont certaines versions françaises qu'on possède encore en ma- 
nuscrit [qu'est-ce que cela veut dire? puisque cette rédaction Uline, que M. A. 



4 



I 



I 



AuBERTiN, La langue et la littérature franc, au moyen âge ? 1 1 

i l« privilège de connaître seul, a donné naissance au roman français des Sept 
Sugo, qu'esKe que • certaines versions françaises » qui ne sont pas ce roman, 
apparemment, et qu'on possède aussi en manuscrit? Toutes les rédactions en 
itn et en prose sont aujourd'hui publiées). Ces versions ont été à leur tour 
traduites en latin, vers 1 550, dans ['Hislorta Sapuntum, et cette seconde rédac- 
tion latine ... a été imitée dans d'autres versions françaises plus récentes [lisn 
traduite ta français à la fin du XV* siècle] et dans un poème publié par M. de 
Relier en i8)é (mais ce poème est précisément le roman des Sept Sagu qui a 
déji figuré deux (ois, et qui, loin d'être la traduction de VHistona^ est la plus 
ancienne de toutes les rédactions françaises ! ajoutez qu'en note M. A. indique 
Li Romans des Sept Sages, von Keller (jiV), Tùbingue, 1874, reprenant une 
qnatrième fois ce poème avec une date fausse I]. Telle est l'histoire abrégée de 
ces deux branches de la légende orientale de Sendebad. • VoilJi une histoire 
claire et bien contée ! 

Il est véritablement décourageant de voir, après qu'on a publié des recherches 
destinées surtout i épargner aux autres de la peine et des erreurs, que, tout en 
les citant, on ne se donne même pas la peine de les lire; et il est attristant de 
penser qu'un livre qui est bien conçu, qui démontre chez son auteur une réelle 
intelligence, et qui, exécuté avec soin, aurait rendu de véritables services, est 
Udé avec une telle négligence qu'il ne peut guère qu'égarer ceux qui s'en ser- 
viront. Les professeurs français, qui font peu d'études originales, pourraient au 
moins nous donner, en dépouillant les travaux d'autrui, de bons ouvrages de 
vulgarisation. Celui de M. A. ne mérite pas ce titre, et ce sera un Allemand 
qui. un de ces jours, publiera la première histoire de notre vieille littérature. 

G, P. 



Deber den Strelt von Leib luid Secle. Ein Beitrag zur Entwicklungs- 

geschichte der Visio Fulberti von Gustav Ki.ei.nebt. Halle, 1880, in-8*, 

77 p. rdissertation de docteur). 



L'auteur de cette thèse a voulu embrasser dans une seule étude tous les textes 
du Débat de l'âme et du corps, si célèbre dans la poésie du moyen âge, et en 
déterminer les rapports. Il en signale un latin, sept anglo-saxons ou anglais, 
cinq français, trois espagnols, un italien, cinq allemands, un hollandais, un 
islandais. Il n'a connu le provençal, qui cependant ne manquait pas d'impor- 
tance, que par la mention de Bartsch (§ ;i) 

M. Kleinert pense que cette composition est originairement anglo-saxonne. 
On sait en effet que le plus ancien texte, de beaucoup, qui nous soit parvenu, 
est un poème anglo-saxon qui remonte au moins au x" siècle. Dans ce poème 
ridée n'a pas encore reçu tout son développement: une âme damnée revient visiter 
le corps auquel elle a appartenu et l'accable de reproches comme ayant causé sa 
pfrte; le corps ne peut répondre un mot et l'âme retourne en enler Trois autres 
poèmes anglais, des xi«, xii": et xiii" siècles, traitent ce sujet, en renouvelant 
diversement le premier, dont ils dépendent tous. Le véritable dialogue, où le 
corps renvoie à l'Âme ses reproches, apparaît dans un poème français (Wright, 
Potms atlnbuted to Walitr Mapes, p. )2i) et dans le poème latin rhythmique, la 



}(3 COMPTES-RENDUS 

Visio Phtlbcrti (telle est la vraie forme), souvent publié. Ces deux compositions, 
toutes deux en forme de vision, ont des points de contact nombreux, mais aussi 
de grandes différences Elles doivent avoir une source commune. M. Kl. veut 
que cette source soit l'un des poèmes anglo-saxons précédemment mentionnés, 
mais rien ne le prouve. Le poème latin donne la vision comme étant arrivée à un 
ermite français, fils de roi, 3ppc\i Philbert Dans le poème français, au contraire, 
c'est l'auteur lui-même qui a la vision. Quant aux ressemblances que M. ICI. 
signale entre l'un et l'autre de ces poèmes et les textes anglo-saxons, elles peuvent 
parfaitement n'être pas directes. Supposons par exemple, ce qui me paraît très 
vraisemblable, qu'une légende latine ancienne, oîi l'ime parlait seule, ait traité 
le sujet, et que cette légende, base des compositions anglo-saxonnes, ait ensuite 
subi deux remaniements o!i, par une idée bien naturelle, on aura fait répondre 
te corps, remaniements représentés l'un par le poème latin, l'autre par le poème 
français, nous comprendrons qu'il y ait entre toutes ces rédactions certains traits 
communs, d'autant plus que ces traits sont les plus nécessaires et les plus indiqués 
dans un pareil sujet. Or il me semble qu'une trace de cette légende primitive 
s'est conservée, tout à fait en dehors de l'Angleterre, dans les vers 21 1-24J du 
renouvellement rimé d'Alexis (p. 285 de mon éditionl. L'âme est ici seule à 
parler, comme dans les anciens poèmes anglo-saxons ; elle revient de l'enfer 
pour visiter son corps, comme dans ces poèmes et la Visio Philherti; son retour 
a lieu dans la nuit du samedi au dimanche, comme dans le poème français'. Des 
éléments particuliers h chacune des versions postérieures se trouvent donc réunis 
ici, et la légende sur laquelle s'appuient ces vers (non mentionnés par M. K.I.) 
peut être la base de toutes ces versions. 

[| n'est nullement prouvé, par conséquent, que la Visio PhilUrti ait été, 
comme le dit M. Kl., composée en Angleterre ; elle a bien plutôt l'air françab, 
et l'épithète de Francigcna donnée au saint ermite parle dans le même sens. Il 
s'agit sans doute ici de saint Philibert, le fondateur de l'abbaye de Jumiègcs, 
qui fut assez longtemps ermite et qui, sans être fils de roi, était de haute nais- 
sance et vécut d'abord à la cour. Il est probable que le poème latin t'appuie 
sur une forme de la légende qui avait été intercalée dans la vie de saint Phili- 
bert, où on la retrouvera peut-être. Le poème en lui-même ne doit pas être 
antérieur â la fin du .xii* siècle (époque à laquelle remonterait le plus ancien 
manuscrit). Les quatrains rhylhmiques qui le composent n'apparaissent pas, 
à ma connaissance, avant le dernier tiers de ce siècle, et semblent avoir été 
employés dans la poésie profane avant de servir à la poésie religieuse. Quant au 
poème français, il est certainement plus ancien ; il appartient i la première 
moitié du xii" siècle, comme le montre le style, et ce rapprochement suffit i 
exclure l'idée qu'il viendrait de la Visio Philberti. Ce poème très remarquable 
mériterait bien d'être revu sur le ms., malheureusement unique, qui nous l'a con- 
servé' et d'être publié avec soin : l'édition de Wright est remplie de fautes, 

I . Notons encore qu'ici (v. 4^7), comme dans le poème français p p. Wright (p. ))o), 
on di» qu'i la résurrection tous les humains reviendront i l'âge de }o ans. 

]. On crouverail peut-être quelque secours dans le remaniement anglo-normand du xiii's, 
(Kleinen, p. jy), bien qu'il ait changé le rhythme. L'ordre des vers paraît troublé dans 
le poème tel qu'il e.st : il semble aussi qu'il y ail des interpolations. Il est bien regret- 
table que la version espagnole ne nous soit arrivée que dans un si court fragment. 



Arih 



Kleinert, Ueber den Streit von Leib und Seele 
sont faciles i corriger, mais 



î'î 



le 



Tes demandent une étude 
particulière'. M. Kl. appelle toujours ce poème j normand • ; je ne vois aucune 
raison décisive pour l'attribuer i la Normandie : le fait que le ms. est écrit en 
Angleterre et que le poème a subi au xiii» siècle un remaniement anglo-normand 
ne fournit qu'un: présomption ; et d'autre part la traduction espagnole (voyez 
Rom., Vil, 46}) doit avoir eu pour base un texte français plutôt qu'anglo-nor- 
mand. 

Il y aurait encore plus d'une remarque k faire sur le rapport de la Visio, du 
poème français et de leur source commune ; je me bornerai à remarquer que ce 
qu'en dit M. K.I. n'est pas toujours juste. Ainsi il n'est pas exact que le corps, 
dans le poème français, nie simplement ce dont l'âme l'accuse, « sans pouvoir 
donner de preuves â l'appui de ses dires (p. J4). » Le corps dit, — ce qui 
rappelle plusieurs passages de moralistes anciens, — qu'il n'avait que des besoins 
simples et ne réclamait nullement les excès où l'âme l'a entraîné et qu'elle seule 
convoitait : < Je ne t'ai jamais demandé ni [riche] manteau, ni vaisselle précieuse, 
ni trésors d'or ou d'argent, ni greniers comblés... ni pourpre, ni vignes ni 
moulins. > Il est probable que dans l'original latin cette pensée était plus nette- 
ment exprimée. — Si dans le latin les diables viennent ressaisir l'Âme au milieu 
de son discours, c'est, d'après M. Kl., • une manière de reconnaître jusqu'^ un 
certain point la culpabilité de l'âme et de présenter la défense du corps comme 
conséquente et solide. ■> Mais l'auteur latin ne fait ici qu'appliquer le dogme 
chrétien, d'après lequel l'âme du damné souffre en enter depuis le moment de la 
mort, tandis que le corps n'ira la rejoindre qu'au jugement dernier. Le poème 
français contient absolument la même idée [Ain: J< nui i [en enfer] « mise Par- 
dreit e par justise, p. Jji)- 

Les autres rédactions (sauf l'espagnole) n'ont plus grand intérêt, n'étant que 
des traductions plus ou moins libres de la Visio PhUbtrti. M. Kl. les énumère 
et les apprécie, et je n'aurais rien à dire de cette partie de son travail s'il n'y 
avait introduit la plus étrange méprise, Il range en effet parmi les versions du 
sujet qui l'occupe un passage de Barloam it Josaphaz, de Gui de Cambrai, qui 
n'y a en réalité aucun rapport. Josaphaz a quitté le tr^ne, il fait pénitence dans 
le désert, là son corps se révolte contre son âme â cause de la dure pénitence 
qu'elle lui impose, et éclate en reproches , l'âme se justifie et montre au corps 
le bonheur éternel qui l'attend pour prix de ses souffrances passagères. On 
voit qu'il n'y a rien de commun entre cette dispute du corps et de l'âme d'un 
saint pendant sa vie et celle du corps et de l'âme d'un pécheur quelconque 
après sa mort. M. Kl. a donc eu tort d'introduire cet épisode dans son étude, 
el il est étonnant qu'il se soit trompé sur le sens de cet épisode. Mais ce 
qui est le plus singulier, c'est que son erreur semble volontaire. Il présente 
le dialogue en question comme se produisant dans les mêmes conditions que les 
autres, el il supprime, dans ses citations, tous les passages qui prouvent le 
contraire. Je signale cette aberration comme une des plus bizarres qui se puis- 



I. Dans les passages reproduits par M. Kl., je citerai : p. n, viaire, I. miirt; p. 26, Qiit 
ja tic cremisse enfer, jupp. Que et non ja ; p. 19, le ver» Or sai d( ta tornee et le ver» suivant 
doivent éire dits par l'âme; p. j 1 , Pris sérum aU) seaestre, j. Mm ; p. ^, El de loi stn 
ctp fors, I. jttot (ou p.-è. drtçot] ; p. ) s , '-o P^'^i '• •'o> ^tc. 



à 



)I4 COMPTES-RENDUS 

sent imaginer, o Ici, dit M. Kl., ce n'est pas l'âme qui accuse le corps, c'est 
le corps qui prend l'initiative, et l'Âme se défend contre ces accusations. • Mais 
ces accusations sont précisément l'inverse de celles que nous avons vues jusqu'ici, 
t Le corps déplore son étal actuel et dépeint la vie somptueuse qu'il menait, 
et qu'il a perdue par le départ injustifiable et sans motifs de son âme (durdi 
das ungeruhlfertigUy unmotivirte Ausscheiden da S<eU von ihm). » C'est vraiment 1 
ne pas croire! M. K.I. termine sa citation à l'appui par ces deux vtn : Lis I 
jea nt m'ai de coi couvrir, Nt jou ne puis la bouche ouvrir, qui peuvent en effet 
convenir à un cadavre; mais il passe (sans en prévenir) ceux qui précédent, 
entre autres ceux-ci : ToiiU la nuit m'estuet viUier, Et touU jour juner m'esluii^ 
qu' sont d'accord avec la vraie situation. L'ime répond au corps que la joie du 
monde n'est rien à côté du bonheur de servir Dieu, • Ainsi, dit M. Kl., l'âme 
essaie de justifier l'état actuel du corps par le fait que dam sa vie il n'a pas tenu 
une conduite agréable à Dieu, raisonnement que nous retrouvons dans le poése 
latin. • Je croirais que M. Kl. a pris des notes au hasard dans Barlaam tf 
Josaphaz et que, les relisant ensuite, il n'a plus compris à quoi elles se rappor- 
taient, si je ne remarquais pas ces omissions calculées. Il m'est impossible de 
comprendre ce qu'il a pu avoir en pensée : si c'est une plaisanterie., elle est très 
froide. En présence de pareilles énormités, il esta peine utile de remarquer que 
M. Kl. dit que Gui de Cambrai a composé son Barlaam d'après la version 
latine de Trope!unlius{\. Trapezuntius'^, c'est-à-dire de Georges de Trébizonde, 
qui vivait au XV* siècle (cf. Gui de Cambrai, éd. Meyer et Zolenberg, p. 318). 

G. P. 



Ghronicqnea des faix de fenrent Monseigneur Olrart de Ro»- 

sillon, a son vivant duc de Bourgoingne, et de dame Berthe sa femme, fille 
du comte de Sans, que Martin Besançon fistescripreen l'an M.CCCCLXIX, 
publiées pour la première fois d'après le manuscrit de l'Hôtel-Dieu de Beaune 
par L. DE MoNTiLLE. Paris, Champion, 1880. In-8», xl-j86 p. (Publi- 
cation de la Société d'archéologie, d'histoire et de littérature ae Beaune.) 



Lorsque j'ai publié ici, il y a deux ans, la vie latine de Girart de Roussillon, 
j'ai dit que la légende de ce personnage nous était parvenue sous quatre formes 
distinctes: i* la vie latine que je publiais (fin du XI" siècle ou commencement 
du Xn«) ; 2* une chanson de geste récrite en vers rimes dans la seconde moitié 
du XII' siècle par un rimeur originaire du sud de la Bourgogne, d'après un 
poème bourguignon de la fin du XI'; )* un poème français composé entre ijjo 
et 1 548 pour Eudes IV, comte de Bourgogne, et Jeanne de Bourgogne, femme 
de Philippe de Valois*; 4" un roman en prose composé en 1447 par Jean Wau- 
quelin pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne. A ce roman en prose se rat- 
tache un texte abrégé deux fois imprimé : à Lyon vers 1 ^00 et i Paris en 
ijao. 



I . Les fautes d'impression sont d'ordinaire nombreuses dans les ouvrages des débuiaoïs ; 
mais dans celui-ci elles dépasseni (oute m»ure. 

}. Une date différente » iii donnée par M. MIgnard, l'éditeur de ce roman: mait 
M. L. Delisle 1 montré {Cabinet dis manuscrits, p. 15) que M. Mignard s'était ireoipé. 



Chronic^ues de Girart de RossiUon, p, p, de Montille 5 1 5 

J'j|ODUis {Romai»a, Vil, 161-2) que jusqu'à présent personne n'avait embrassé 
m différents monuoients de la légende de Girart dans une étude comparative ; 
qu'on l'était borné à étudier le poème du XIV' siècle et le roman en prose de 
1447 Surtout sous la forme abrégée qu'il a reçue en vue de l'impression), sans 
nnian)uer que ces rédactions tardives n'otTraieni presque aucune originalité, 
ayant été formées par une compilation arbitraire d'éléments empruntés tant i la 
ne latine qu'i la chanson de geste. « Le poème du XIV'' siècle », disais-|e, « a 

• pour sources principales* la vie latine et la chanson du XII' siècle. Le roman 
» en prose de 1447 a pour sources la même vie latine et le poème du XIV" s. • 
Ces quelques lignes contenaient l'indication sommaire, mais suffisamment pré- 
cise, de la recherche que l'éditeur du roman de 1447 avait à poursuivre dans le 
détail. 

C'est le roman de 1447, par Jean Wauquelin, qu'a publié M. de Montille 
tous le titre trs mal conçu^ qu'on a lu plus haut. M. de M., malheureusement, 
ne s'est pas douté — bien qu'il ait connu mon mémoire et qu'il le cite — du 
travail qui s'imposait à lui. Sa préface, d'une pauvreté, disons mieux, d'une 
nullité désespérante, ne donne au lecteur aucune indication sur la place que le 
roman de Jean Wauquelin occupe dans la série des compositions relatives i Girart 
de Roussillon. Il ne sera donc pas hors de propos de reprendre actuellement et 
de justiBer les indications que je donnais ici même il y a deux ans. Le roman de 
Wauquelin, disais-je, a deux sources dont l'une est la vie latine et l'autre le poème 
du XIV' siècle. Voici pour la vie latine Dans son prologue, Wauquelin expose 
que sur l'ordre du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, il s'est déterminé à 
« mettre, composer et ordonner par escripten nostre langaige maternel que nous 

• disons waUc^ ou françois, la noble procréation, les nobles faiz, les nobles 
« emprises d'armes, les calamilez, misères et aventures que fist et acheva, porta 
« et souffri le noble vaillant conquérant et puissant monseigneur Gérard de Rous- 

• sillon, ainsi que j'ay trouvé et entendu en ung irailié fait et composé en son 

• nom et intitulé C»(â nobilissimi comitii GiriirJi de Rossillon » iEib\. tiH. h. B\i 
fol. 9 yoet 10). C'est i peu près (sauf qu'il y a Gala au lieu de Vitat le litre de 
ia légende latine que j'ai publiée. Un peu plus loin, au second chapitre, Wauquelin 
s'élève contre un roman qui mettait Girart de Roussillon aux prises avec Charles 
le Martel : « Combien que j'ay lut ung rommant qui dit que Charle Martel fut 
1 oeli qui le chaça hors de ses terres et pays et qui le deshonnoura : saulve la 

• grâce de l'acteur, il me samble que ainsi faire ne se puet, caronques Charles 
« Martel ne fu roy de France, mais seulement régent... car l'istoire dit ainsi : 

• Clùtuit juttm idem preclûrisiimus vir, sicut ubiqui historica annaVmm croniquatum 

• ttrus ii^uidi depallai... » Ce sont les termes mêmes de la vie latine, § }, et 
ce n'est pas la seule fois que ce récit est cité textuellement ^. Le roman contre 
lequel s'éJève Wauquelin n'est autre que la chanson de geste du Xll* siècle oii 



I. f Principales >, parce que ccnains épisodes ont été puisés ï d'auu'es sources: voy. 
Koehler, dans le Jahrhueh fur rcmanische Liittatut, i. Il, i et suiv. 

1. Ce tiire, emprunté lu ms. de Beauoe. met en lumière le nom du coptsie de ce ms., 
suit omet compléiement le nom de l'auteur Comment avec un titre pareil faire une 
bonne carte de cai3logue ? 

}. Il est cité de la même manière ailleurs encore, ainsi ch. CVI (cf. la vie \ 144], 
eu {d. la vie g 69J. 



iltres V 



516 COMPTES-RENDUS 

eti effet le roi de France qui est en lutte avec Girart porte le nom de Charles 
Martel *. Mais le mérite de l'observation critique faite dans le passage qu'on 
vient de lire doit être rendu â son véritable auteur, et cet auteur n'est nulle- 
ment Wauqueiin, c'est l'auteur anonyme qui composa entre ijjo et 1348, 
comme il a été dit plus haut, un poème sur Girart de Roussitlon. On lit dans 
ce poème, p. 6 de l'édition de M. Mignard, ces vers que Wauquelin avait évi- 
demment sous les yeux : 

Cilz Charin fut nommés, sakhés, Charles li Cbinvet 
La cionique ea latin ainssin me le reconte; 
Cilz qui fit le romant '-' en fait ung autre conte 
Et dist Charles Martiaux 

Et plus loin Wauquelin dit encore : « Encore dit le rommant moult d'aultres 

• choses que il baille et met pour notoires et vrayes, lesquelles selon le latio 

• je ne trueve point estre vrayes ne certaines. Et pour ce au latin je me veulle 

• du tout aherdre, car, ainsi que |e cuide, en pluseurs religions et ordres, et 
» par especial a Poulthieres et a Vezelay, qui aler y voudra, on trouvera que 

< pour certain, ainsi que on lit et recorde la vie des anciens pères, on lit et 

< recorde de jour en jour les vies et fais de monseigneur Gérard et de madame 
« Berte sa femme. » (fr. 85^ fol. 11 v°). Wauquelin ne fait ici que traduire, 
sans le dire, les vers suivants du poème du XIV'' siècle (Mignard, p. 6-7) 

Kncore dit moult chouses qu'il baiilc pour notoires 

Que, selonc le latin, je ne trove pas voires ; 

Ht pour ce au latin me vuil du tout aordre, 

Quar en plusieurs mostiers le lisent la gent d'ordre, 

Cilz qui ne m'en croira a Routières s'en voise, 

A Vezelay auxi : si saura si l'on boise ; 

Quir on lit au maingier, c'est chouse toute cène, 

Ainssin comme de sains les faiz Girart et Berte. 

Wauquelin aurait cru faire tort i son œuvre en avouant qu'il l'avait tirée 
d'un roman en vers. Aussi, n'hésite-t-il pas à invoquer « la chronique • alon 
qu'il ne fait autre chose que de paraphraser en prose les vers du XIV* siède. 
Ainsi, dans ce portrait de Girart (ch. ]): * El dit la croniqut que il estoit si fort 

• que de sa pure force il estendoit et ouvroit i ses mains quatre fers de cheval. 
<■ Et que plus est, encore dit que quant il estoit armé en la bataille contre ses 
( ennemis, il confondoit et abatoit d'ung cop par terre cheval et chevalier. Et 

• n'estoit homme nul si fort a son temps comme il estoit. Toujours se tenait en 
t robes et en atours noblement. Ung arbalestre a tour a ses mains tendoit... ■ 
(fol. u|. La ( chronique » d'où tout cela est tiré, c'est le roman du XIV* siècle 
(éd. Mtgnard, p. 13-4): 

quatre fers de cheval a tes mains estandoit, 
Cheval et chevalier tout armez pourfandoit, 
Noblement se tenoii en robes, en atour, 
El tendoit a ses mains une arbalète a tour. 

D'autres fois il lui plaît de dire t le sage • 



siècle 

A 



€ Et pour ce, comme dit le 



I. voy. sur ce point Remania, VU, 17s, noie 1. 
a. C*est-i-dire la chanson du xii' siècle. 




p 



Chronic^ues de Girart de Rossillon, p. p. de Montille 517 
aig« : Oir dire et recorder les biens dis et les biens faiz des preudommes est 
l« chose 2U monde qui plus fait bonnes gens resjoir. Car les bons en deviennent 
meilleurs et les mauivais en amendent, et moult de biens en viennent * (ch. i, 
ff. 8{i fol. 9). C'est le début même du poème : 

La chouse qui plus faii lome gent resjoTr, 

C'est des diz et des faiz des bons parler oîr. 

U bon bien les eniendeni ei meilleur en deviennent, 

Li malvais en amendent ; nuint autre bien en viennent. 

Cependant il ne serait pas exact de dire que Wauquelin a voulu dissimuler 
atièrement tes emprunts qu'il a faits au roman versifié. Il le cite parfois., nous 
faisant même savoir que cet ouvrage lui avait été communiqué par le duc Phi- 
lippe le Bon. Ainsi, au ch. 1^4, à propos d'un passage de la vie latine (§ 80) 
ût il est dit que Girart fonda en Flandre tin monastère qui n'est pas autrement 
spécifié, Vauquelin s'exprime ainsi : « L' acteur : il m'est samblant que c'est 
< l'église Saint Bertin qui est située en la ville de Saint Orner, et ce me appert 

• par ung livret rimé a moy délivré par mondit très redoubté seigneur le duc 

• Phelippe par la grâce de Dieu a présent duc de Bourgoingne, pour qui et au 
I commandement duquel est cesle histoire composée. » Que le « livret rimé • 
Joit le poème du XIV» siècle, c'est ce dont on ne peut douter, puisqu'on lit 
dans ce poème (Mignard, p. .228) : 

L'autre est assise en Flandres, de moines bien puplée. 
Saint Bertin rjppcl'on qu'est de grani renommée. 



Ailleurs encore, au début du ch. 18^, Wauquelin mentionne « ung livret en 

• rommant duquel je me suy en pluseurs pas aydié en la composicion de i'is- 

• loire devant dicte » (fr. 852 fol. 207) et le récit qu'il lui emprunte se retrouve 
dans le poème publié par M. Mignard, p. 37]-4. 

Mais, outre la vie latine et le poème du XIV" siècle, qui sont ses principales 
sources, l'auteur a mis de temps en temps à contribution des ouvrages qu'il ne 
cite pas avec précision, et dont la recherche reste à faire : < et a esté ceste 

• présente hystoire retrouvée et rassamblée de pluseurs volumes et livres par 
t grand labeur d'estude •, nous dit-il au ch. 177 (fr. 8^2, fol. 199). Dans la 
mêjne page il cite les chroniques de France. Au ch. 66 : • De la cité ou mon- 
« seigneur Gérard portoit vendre son charbon je n'en ay point trouvé le nom 

• par nostre histoire, ne en quelle marche estait ; mais je cuide avoir leu en 
« une histoire, laquelle parle de Gérard de Roussillon, selon la mémoire que 
« l'en ay, que c'estoit en la cité de Rains en Champaigne, ou de Laon ; et estoit 
« ceste histoire attribuée au règne de Charte Martel et non point de Charle le 
c Chaulve, ne sçay se c'estoit par vice d'escripvain ou aultrement : |e m'en 

• rapporte en la discrecion des lisans » (fr. 852, fol. 92). 

A la fin du ch. 76: < Et me sambfe que en aucune histoire |'ay lut que ung 
« nommé Droon ou Doon fu grant temps prisonnier en Espaigne > (fr. 8j2, 
fol. 98). 

D'autres fois Wauquelin introduit dans sa narration des incidences qui peuvent 
n'être pas dénuées d'intérêt : celle-ci par exemple : 1 Et est appellée ou dicte 

Poukhieres a la cause des palus, brueres ou boes, que nous disons en Piurdie 



? 1 8 COMPTES-RENDUS 

« boarbes, qui coastumeemenl sont i l'environ de ta dicte place * (fr. i\i, 

fol. 54 V). ■ 

On voit que la composition de Wauqueim, sans être un dociiment de pre- ■ 
mière importance, puisqu'elle est en majeure partie faite à l'aide d'ouvrages qut 
nous possédons, pouvait néanmoins offrir la matière d'études intéressantes i un 
éditeur sachant son métier II y avait lieu d'indiquer en note la correspondance 
perpétuelle du texte avec la vie latine et le poème du X1V° siècle — c'était il 
une besogne bien facile — puis de rechercher la source des passages qui ne 
sont pas tirés de ces deux ouvrages. De la sorte on se serait rendu compte de 
la façon d'opérer de Wauquelin, on aurait déterminé la part d'originalité qu'il 
convient de lui attribuer, et le résumé des observations faites au cours de 
l'édition eût formé une introduction d'autant plus intéressante que Wauquelin 
n'est pas un auteur sans mérite. Nous avons de lui d'autres ouvrages qui tous 
attestent, comme son Gerjrd de Rousiilloa. une érudition assez variée ponr 
l'époque et un certain talent de mise en œuvre. 

M. L. de Montille ne s'est malheureusement pas douté du travail â faire. Ce H 
qu'il dit dans la préface de la vie latine et du poème du XIV» siècle est te! qu'il 
eût mieux valu qu'il n'en eût pas parlé. Amsi p. xiij : • On est d'accord aujour- 
■ d'hui pour reconnaître qu'un ancien manuscrit latin a servi Je texte aux 
« chansons de geste et aux poèmes concernant Gérard de Roussillon, soit en 
f langue provençale, suit en langue d'oïl, ainsi qu'aux versions en langue fran- 
f çaise. M. P. Meyer ne partage pas cette opinion. Selon lui la vie latine ... 
« est postérieure à une très ancienne chanson de geste .. • Ces lignes sont 
écrites au hasard et sans aucun souci de la vérité. La vie latine était inédite et, 
je crois, mconnue avant que je l'eusse publiée. Personne n'avait pu l'étudier 
jusqu'à ce moment. Or, depuis qu'elle est publiée, personne, que je sache, n'a 
contesté l'opinion que j'ai émise sur la composition de cette légende. A qui 
peut donc faire allusion M. de M. lorsqu'il dit : « On est d'accord aujour- 
d'hui .. • ? A la page suivante on peut voir s'étaler l'une des plus grosses 
bévues que j'aie jamais rencontrées dans un livre d'érudition : • Qu'est devenu », 
s'écrie M. de M., posant ainsi une question bien indiscrète, < qu'est devenu le 
f manuscrit original de la vie latine? C'est le secret de la Révolution qui a 

• balayé les monastères et les églises. Une opinion voudrait qu'il ait été détruit 
i dans l'incendie du couvent de Pothières allumé en 1609 par Renars {sic], 
t évéquede Langres. > Comme il y a au bas de la page une note où on voit 
que Rainart lut excommunié par le pape Alexandre II, la date 1609 parait être 
le résultat d'une faute d'impression'. Mais reprenons la citation « ... en 1609 
t par Renars évéque de Langres, Nous ne saunons l'admettre. Ce sont les 
t documents qui avaient servi à composer le manuscrit (!!) et non le manuscrit 
( lui-même qui périrent dans cet incendie. On iiiit en tffd qu'ai 1614, ctiui aiu 

• fias lard, un avocat d'Avallon nommé Pirot copia â Pothières le manuscrit 

• original... * Ainsi c'est en 1609, cinq ans avant 1614, que l'évèque Rainart 
incendia Pothières et qu'il fut excommunié par le pape Alexandre II I! I 

Il est inutile de poursuivre plus loin l'examen de cette publication regrettable. 



Rainart occupa le siège de Lmgm de 1061 i io8|, vojr. Konunia VU, jji. 



BiAGi , Lt Novelle antiche j 1 9 

Noos devrions constater â chaque page l'inexpérience la plus complète des 
choses de l'érudition et une ignorance non moins entière des éléments même du 
sujet i traiter. Ainsi, voulant dire que le ms. provençal de Girart de Roussitlon 
i été édité deux fois, M. de M. s'exprime de cette façon bizarre : « Le ms. 
« provençal a donné lieu à deux versions modernes. •. Ces deux versions 
modernes sont les éditions de M. Michel et de M. Hofmann. dont la seconde 
est indiquée sous un titre tout à fait inexact. Plus loin, parlant tout à fait hors 
de propos de Gtratl de Vienne, M. de M., fidèle à sa phraséologie, dit : i Nous 
« connaissons deux versions modernes du Girard de Viane provençal (il n'y a pas 

• de Girord de Viane provençal), la première publiée par M. Tarbé, la seconde 
■ publiée par M. Beckker. f Quelques lignes plus bas on voit le ms. Hartéien 
de Cifjrt de Rousullon désigné comme français et soigneusement distingué du 
tns. de Paris, quoique ce soient deux copies du même ouvrage. Ensuite on lit : 

• Après la version Hariéienne, le ms. le plus recommandable par son ancien- 

• oeté est sans contredit celui de Sens. • Mais le ms. de Sens contient le 
poème du XJV* siècle publié par M. Mignard et n'a rien de commun avec le 
ms. Harléien de la chanson du Xll' siècle. Tout est de celte force dans cette 
incroyable préface. Quant au texte, il reproduit, non sans fautes, le ms. de 
Beaune qui est certainement plus récent et en somme moins bon que le ms. 8^2 
du fonds français de la Bibliothèque nationale, duquel je me suis servi pour les 
châtions faites plus haut. Beaucoup des fautes soit du ms. de Beaune, soit de 
l'éditeur, ont été corrigées dans un appendice contenant les principales variantes 
du ms. 8p et d'un autre appartenant également à la Bibliothèque nationale. 
Cet appendice est l'œuvre de M. Bonnardot. Le glossaire, dépourvu de renvois 
au teJite, est sans valeur aucune. 

Les travaux de cette sorte se font heureusement rares chez nous : il est temps 
qu'ils disparaissent absolument. 

P. M. 



Le Bovetle antiche dei Codlel Panclatichlano-Palatino 138 e 
JLanrenzlano-Gaddiaoo 193, con una introduzione sulla storia esterna 
del Testo del Novellino, per Cuido Bum. Firenze, Sansoni, 1880. In-S", 
ccvn-2 ^8 pages, (Fait partie de la Rauolta di optrt médite ran di ogni secolo 
délia Ittleratura italiisna .) 



Ce livre, dédié i M- Ad. Bartoli, est, si je ne me trompe, la première publica- 
tion de l'un des meilleurs élèves de l'Institut des écoles supérieures de Florence, 
n résulte des recherches de M. Biagi que les huit mss. connus du Novellino se 
répartissent entre deux familles : l'une, contenant sept mss., est représentée 
par l'édition princeps de 1 525, due à Gualteruzzi (voy. le mémoire de M. d'An- 
cona SUT les sources du Novellino dans la Romama, 11, 385-6) ; l'autre se 
compose du seul ms. • Panciatichiano-Palatino « n° i]8, i la Bibliothèque 
nationale de Florence, dont quelques extraits ont été publiés par M. d'Ancona 
et par M. Papanti |voy. Romama, II, jSy). M. Biagi établit de la façon la plus 
certaine que c'est en combinant la leçon de ce ms. avec le texte de Gualteruzzi 
que Borghini a composé la leçon qu'il a publiée en 1 J72. L'édition que M. B. 
nous donne actuellement est la reproduction exacte du ms. Panciatichiano- 



?ao 



COMPTES-RENDUS 



Palaiino qui contient 1 56 oiorceausi. Vient ensuite la reproduction de l'un des 
inss. de la première famille, le • Laurenziano-Gaddiano » n" 19), qui est tort 
incomplet puisqu'il ne contient que ;2 nouvelles. La reproduction du premier 
de ces deux mss. se justifie d'elle-même; celle du second ne se conçoit pas 
aussi bien. La préface de l'éditeur ne traite que de l'histoire externe de l'ou- 
vrage. Telle qu'elle est c'est un bon morceau de critique ; toutefois la disposi- 
tion des matières n'est pas irréprochable. L'éditeur expose dans le premier 
chapitre les opinions émises jusqu'à ce jour sur la composition du Novellino et 
sur le rapport des éditions Gualteruzzi et Borghini. Le second chapitre est con- 
sacré à la bibliographie, le troisième aux manuscrits, le quatrième à l'édition 
Guallenizzi, le cinquième à l'édition Borghini. Le défaut de ce plan est que le 
premier chapitre anticipe souvent sur les deux derniers. Il eût fallu procéder 
selon l'ordre chronologique, en commençant par la description et le classement 
des mss. pour passer ensuite aux deux éditions fondamentales et terminer par 
les autres éditions. Malgré ce défaut, malgré certaines longueurs dans l'exposi- 
tion, ce travail constitue un début fort honorable et témoigne en même temps 
de l'excellent enseignement du maître à qui il est dédié. 

P. M. 



Ueber die 'Wandepongen der Ramunen In den dalmatlnlsohen 

Alpen und den Karpaten von D' Franz Miklusicu , wirkiichem 
Mitgliede der Kaiserlichen Akadcmie der Wissenschaftcn. Wien, 1879, 
in-4", 66 p. 

Le travail de M. Mikiosich dont nous venons de citer le titre, et qui est 
extrait du tome XXX" des Mémoires de l' Académie des scienca de Vienne, contient 
des études très intéressantes sur les migrations des Roumains dans les pays situés 
sur la côte orientale de la mer Adriatique et dans les Carpates. Il se divise en 
deux parties, dont chacune se subdivise en plusieurs chapitres. A la fin de chaque 
partie on trouve des spécimens de la langue parlée dans les différentes régions 
dont l'auteur s'occupe. Voici les titres des chapitres de la première partie : 
A. Roumains sur le territoire serbe (p, 5-4! ; B. Roumains sur te territoire eroatt 
(p. 4-6). Ici notons d'abord que l'éminent slaviste a compris parmi les pays du 
territoire croate une partie de la Dalmatie et de la Croatie proprement dites, 
puis rtle de Veglia, qui peut bien ftre considérée, i certains égards, corome 
faisant partie de la Cro.itie, enfin l'istrie, qui n'a jamais été ni géographiquement 
ni eihnographiquement regardée comme croate. A la plupart des chapitres sont 
annexés des documents importants soit au point de vue linguistique, soit au 
point de vue historique. II en est de même pour la seconde partie de ce mémoire 
qui traite ■ 1° Des Roumains sur le territoire de la Petite- Russie; i" Des Roumains 
sur le territoire polonais; 3° Des Roumains tjui se trouvent sur le territoire morave. 
Parmi les spécimens ajoutés en appendice aux deux premiers chapitres, non» 
citerons une longue liste de mots roumains qui se trouvent dans le petit- russien 
et le polonais, mots qui, pour la plupart, concernent la vie pastorale (p. 12-22), 
et une autre non moins longue de noms de lieux dus à l'établissement des 
populations roumaines en Gallicie (p. 2$-j$). Ces listes, ainsi que les notices his- 



^ 




I 



« 



MiKLOsiCH, Utber die Wanderungen der Rumunen j2i 

loriqnes qui les suivent (p. ^'S^li °^^ ^'^ communiquées à M. Mikiosich par 
M E. Kalu7.niacki. 

Comme on ie voit par ce résumé, c'est un ensemble d'études très sérieux, qui 
affirme une fois de plus l'admirable talent (dont nous avions depuis long- 
temps un grand nombre de preuves) du célèbre philologue autrichien pour 
aborder avec clarté et une méthode rigoureuse les questions les plus com- 
pliquées de la linguistique et de l'histoire, en cherchant i les résoudre d'une 
manière définitive et presque toujours satisfaisante. Ainsi, pour ne citer qu'un 
Mul exemple et qui s'applique au travail dont nous venons de parler, combien de 
(ots la question des migrations des Roumains dans l'intérieur de l'Istrie^ n'a- 
ttelle pas été traitée par les savants, surtout par les savants du pays ! Combien 
d'hypothèses n'a-t-on pas émises sans parvenir à des résultats précis ! C'est, 
croyons-nous, le professeur de Vienne qui, sans l'avoir encore entièrement 
résolue, a jusqu'ici jeté sur cette question le plus de jour. M. Mikiosich rejette 
l'opinion de ceux qui considèrent les Roumains de l'Istrie comme les descen- 
dants de populations indigènes, qui auraient appris le latin vulgaire des < soldats 
romains » et des • colons latins •, après l'occupation de cette province par les 
Romains*; il fait voir que le roumain de ce pays renferme des mots qui, par 
leurs rapports très étroits avec le bulgare, prouvent que les Roumains de l'Istrie 
sont venus d'une contrée oii ils avaient été les voisins des Bulgares. L'auteur se 
pose ensuite trois questions : i* Quelle était la patrie primitive de ces Roumains P 
2' Quel chemin ont-ils pris pour venir de leur résidence primitive jusqu'à 
l'endroit ob nous les rencontrons maintenant.' )" A quelle époque a eu lieu lear 
arrivée dans la péninsule istrienne? 

Quant à la première de ces questions, M. M., n'admettant pas comme vrai- 
semblable l'opinion de ceux qui prétendent que cette population a gagné l'Istrie 
en partant de la rive gauche du Danube, est porté à croire que la patrie de ces 
Roumains, ainsi que celle de tous lis autres, doit plutôt être cherchée dans les 
pays situés au sud du Danube. C'est de là, ou, comme l'auteur nous l'indique un 
pes vaguement à la page 6, d'un point de la péninsule des Balkans, que 
nos Roumains se seraient détachés pour arriver jusqu'aux bords de l'Adriatique. 

Nous ne nous arrêtons pas â discuter ici l'opinion du savant professeur vien- 
nois sur la patrie présumée des Roumains en général : cela nous éloignerait trop 
de notre sujet ; nous remarquerons seulement qu'en admettant même que les 
Roumains de l'Istrie soient originaires de la rive droite du Danube, cela n'im- 
plique pas que i tous les Roumains • y aient eu leur résidence. Pour les Rou- 
mains de l'Istrie en particulier, on ne pourra, d'après nous, résoudre vraiment la 



I. Lta vilUgei de l'Istrie où l'on trouve encore maintenant des hommes parlant rou- 
BUtn tont : Santa Lucia di Schilazia (où il ne reste plus que ) ou 4 individus de langue 
roonuine;, Bfrdo, Jtsenoyik ISenoyik ou Sanorik), Viltanma, Susnjeyka (iial. Susgne- 
mta, Gromniko), Gradinj, Lttaj, Zejane (ou Jej^oe), dont la population totale, d'après 
kl données que les curés ont bien voulu nous communiquer, monte à ;oo) habitants. 

a. rarmi les savants qui ont cru pouvoir soutenir cette hypothèse il faut citer : 
M. Kandier [Islria, 3, ), n- il, 12 ; a. Vil, n" 18, 19, jo) et M. CCombi (Porto ori>n- 
tâle, itrenna per l'anno i8j9, III, p. K2-115). Dés l'année 1861, M. Ascoli l'avait com- 
banne avec des argumcnii très solides et était arrivé presque à la même conclusion que 
M. Mikiosich (voy. dans ses .SfBt^;' orientali, fasc. Itl, p. n''3i7i '< remarquable article 
mr ce sujet, article qui a été réimprimé dans sti Stitdj ctilici, 1, p. {)-79)- 



Romënia, IX 



21 



}22 COMPTES-RENDUS 

question que lorsqu'on disposera de matériaux linguistiques plus nombreux que 
ceux dont nous disposons jusqu'ici*. Pour se rendre compte de la route quf 
celte population a prise pour arriver jusqu'à l'endroit où nous la rencontrons 
aujourd'hui, et de l'époque à laquelle elle y est arrivée, M. M. croit utile dt 
nous parler d'abord (p. 3-6) de ses destinées dans les pays habités par les 
Serbes et les Croates, car c'est dans ces deux pays, d'après lui, que les Rou- 
mains doivent avoir séiourné avant de parvenir aux montagnes de l'istrie. Les 
documents serbes mentionnent assez fréquemment les Valaques (Vlahi)*. Le 
mol ylah se traduit communément ou par romanus au sens d'habitant d'une 
des villes italiennes situées le long de la côte de la Dalmatie, surtout de la ville 
de Raguse, ou par ptcuarias au sens de berger, pâtre. L'époque à laquelle le mol 
v/<iA a perdu le sens de Romain pour ne garder que celui de pdtre ne saurait être 
bien précisée. Vers le milieu du XII" siècle, les Serbes appelaient Vlahi les pitres 
roumains qui, tout en ayant renoncé à leur patrie, en gardaient encore la 
langue. C'est de ce m£me nom que les Serbes usent encore pour désigner 
le Roumain, en particulier le Roumain du nord ; dans quelques endroits mftne 
ils l'appellent krm/d/r, tandis que chez les Turcs et les catholiques de la Bosnie 
et de l'Herzégovine, de même que chez les catholiques de l'Autriche, le nom de 
vlah est appliqué i un individu du rite grec, et offre une nuance méprisante. On 
a commencé par appeler VUhi tous les Romani et l'on a fini par restreindre ce 
nom à ceux d'entre eux qui, s'adonnant de préférence à la vie pastorale, 
fournissaient aux peuples qui étaient autour d'eux le contingent le plus fort de 
bergers 3. 

Il y a un point dans la première partie du mémoire de M. Mikiosich qui doit 
être signalé, c'est l'extension qu'a prise le mot vUli en composition avec l'ad- 
jectif moro. Au mot vlah d'origine germanique on a opposé et l'on oppose encore 
aujourd'hui pour désigner le peuple roumain celui de moroviaco ou moroblaco (plus 
tard morlaco d'oti Tital. morlacco que l'on trouve dans les documents latms, en fran- 
çais morlaque^} et qui, d'après M. M., est identique avec le grec jiaupolSXoxo;, 



I. Nous espérons aussi y contribuer, et, par la publication que nom allons faire da 
matériaux que nous avons recueillis nous- même dans ces deimers temps en Isttie et sur 
111e de Veglia, jeter peut-être quelque lumière sur ce sujet, qui est, pour ainsi dire, devenu 
une question du jour. 

t. On pourrait consacrer i re seul mot un long article. En laissant le soin 1 M. G. 
Paris qui, tout en effleurant le sujet, a promis d'y revenir en détails (voy. RùmaaU, 
tome III, p. (oî), nous renvoyons no» lecteurs, en attendant, au travail de M. E. Picot 
{Lis Roanams dt la Maciiioint. Paris, Leroux, i87{, p. 4-1). 

;, Il est désormais hors de doute que le mot ylah avait à l'époque des invasions, dans 
l'esprit des Allemands, un sens de mépris qui s'accentua par la condition infime où les 
Romains furent réduits en plusieurs lieux. D'après les indications que Holtimann a 
réunies {Ktiten and Oermantn, Stuttgart, iStji P- iJ^li *alah signifiait en Autriche, 
au vil' et au viii' siècle, " homme dt la dtrnién condition, ttrf, paysan ». — Il en est 
de mime de l'anglo-saxon vealli, qui signifie paysan. Ce fait, comme l'a bien observé 
M. Paris [Romania, t. I. p. 9. note), rendrait incontestable l'étymologie ethnique du 
grec ^Xsvq;, qui s'emploie dans le même sens. — Chez les catholiques et les Turcs, la 
nuance méprisante peut provenir aussi du fait que les Roumiins étant du rite grec, on 
le leur a imputé 1 honte. Vlachi schitmatici, dit un document daté de IJ7J, cité par 
Farlati. 

4. Ainsi un passage du prjtre Diocleas (xii* siècle) : Latini qui illo lempore Romani 
vocibantur, modo vero Manulahi hoc est Nigri Latini vocantur, (Voy. Crndc, Popa Duklja- 
nt/M Utopis Kraljaica, 1874, p. 8.) 



MiKLOSicH, Ueber die Wanderungcn der Rumunen j2^ 

uns que l'on puisse voir la véritable raison pour laquelle les Roumains ont été 
appelés des Valaques noirs'. Ce nom de Afor/dcco a été dès la première moitié du 
XVI' siècle étendu aux populations slaves de la Oalmatie aussi bien du nord que 
des environs de Cattaro et d'Antivari. Cette nouvelle application du mot a eu lieu 
dans le courant du XVI' siècle; c'est ce que prouvent les nombreux rapports 
faits par les magistrats que la république de Venise envoyait en Dalmatie et 
rn lîtrie ; les populations slaves et roumano-slaves y sont appelées indiiTérem- 
1^^ ment NorUcchi. H semble toutefois que les écrivains de l'Istrie aient jusqu'à la fin 
^■dn XVII^ s. employé le mol morlacco pour désigner les peuples du Karst qui par- 
^"^ latent de prélérence le roumain. L'évêque de Ciitanuova, Tomraasini.vers 1650, 
I s'exprime ainsi, d'après un rapport que lui avait adressé le curé Flego de Pin- 
I gnente: • I Morlacchi, che sono nel Carso, hanno una lingua da per si, laquait 
■ m molli tocaboli i umilt alla latina'* ». Qu'est-ce que ce peuple des Morlacchi du 
I Karst? Et quelle langue ont-ils parlée pour qu'on les considère, depuis le XVll" 
^_ (iècle )usqu'â nos jours, comme un peuple tout A fait différent des tribus slaves 
^Hi^ui lesentourentf Ce sont là des questions que M. M. n'a fait qu'effleurer, quoi- 
^B'(|u'elles se rattachent intimement à son sujet principal. Nous ne prétendons pas 
^y non plus les résoudre ici ; nous tâcherons seulement, quant à nous, de frayer le 
I chemin aux autres. 

^—^ Les Morlacchi du Karst ont été appelés aussi d'un nom à eux particulier Cici 
^H^pron. Tchitcht)^. Nous rencontrons ce nom pour la première fois dansundocu- 
^^ ment fort important que nous fait connaître M. J. de Kukuljevic*. C'est une expli- 
I cation du psautier croate, écrite, en caractères glagoiuiqucs , par le prêtre 
! Pierre Fraséii en 146;, à Lindaro en Islrie. — A la fin de ce document on 
trouve nommés des cici, comme s'étant joints au.x sujets du comte Jean Frangi- 
pni de Vegtia pour faire des invasions sur la côte orientale et dans l'intérieur 
de l'Istrie. La péninsule istrienne paraît du reste avoir attiré ces bandes 



I. M. Hasdeu, qui connaiisaii l'ètymologie de Morlacco, proposée par M. M. après 
Diodeas et après Jire^-elc, croit au contraire que la première partie du mot n'est autre 
^f le slave more et que celte désignation ne peut l'appliquer qu'aux Valiques « mari- 
ttnes ». D'après le savant roumain, dont il est regrettable que M. M. n'ait pas mis i 
profit les études, la Valachie actuelle porte seaU le nom de Valachit noire, de Tartarien 
aime d'Arabie. Voy. Hasdeu, tstoria eritica, i* éd., I, p. 37-168. 

1. Commeittarj slcricû-feografici delta Provincia delP litria [dam VArcheografo trUitim. 
I Triait, i8)7,vol. tv, p. 515). 

|. Qaani au véritable sens de ce mot on n'est pas d'accord parmi les savants. M. Dider- 

nunti, dans l'cuvrage qui a pour litre : Die Romanm and ihre Vtrbreitung in Oejterreith 

(Craz, t877^, prétend (p. 79 et 86) que le mot cici se rattache h un terme dont le paysan 

de la Slavonie inférieure te sert pour saluer son voisin, il l'appelle t cica n, c'est-â-dire 

[■voisin >. Quoique cette explication ait pour elle beaucoup de vraisemblance, nous 

IlORinies loutefôis tenté de voir dans le mot cici, donné k ces peuples surtout par les 

I Italiens de Tlstrie, une idée de mépris. Ne serait-ce pas un sobriquet par lequel on a 

jvmlD designer ces Roumains, d'après une particularité de leur prononciation P Pour un 

fmaoi analogue on a appelé les Roumains de la Macédoine Tsintsaru, parce qu'ils 

HOdoneent uniformément ts partout ou les autres Roumains dbent tch. Les Roumains 

lie la Valarsa ont été appelés aussi Cictruni, Ciciliani, et ce qui est encore plus caraaé- 

miuquc, Chiritiri. C'est de là peut-être que dérive aussi le nom « chiribiri p que l'on 

Itroave ï Veniie (vov. la Cazzetla uff. di Ven. du j8 oct. 1861 .) Le nom de C\ci serait 

yùam. plus qu'un* désignatioa ethnographique ; ce serait une désignation méprisante, 

I oeaunc il n'en manque pas dans la nomenclature ethnographique. 

4. Honumenla Historica Slawrum mtridionalium. Acta Croatica, I. tj Zagrebn, 186). 
Doc. LXXIII. 



}24 COMPTES-RENDUS 

nomades non senlement par la fertilitë de ses vallées et la richesse de ses forte, 
nais encore parce qu'elle lenr offrait un asile contre les persécutions des Turcs. 
Os s'y trouvèrent tellement en sûreté, tellement à leur aise, que 60 ans après 
lenr première arnTée (c-i-d. en 1 (25} nous voyons ces mêmes CUi obtenir an 
établisscfflent permanent. Ils sont traités cette fois non pas comme des envahis- 
seuis, mais comme des réiiigiés. Il leur fut, en effet, assigné trois localités dont 
nae se trouve dans la vallée de l'Arse, où maintenant sont les Roumains ; les 
autres étaient alors comprises dans le comté de Goritz et Gradisca * . Les Cid 
sont cités dans d'autres documents; ainsi un document latin de l'année IS17, 
pablK par M. Kandler', parle d'une ordonnance de la ville de Trieste contre 
les < Ckiclù, fut habitant in Charsia »; de même une lettre adressée par le podesti 
de Capodistria i la ville de Trieste (en 1 540), donne aux Chichi l'épithète 
de Nurlxhi [* detti Murlachi »)'. Parmi les historiens qui nous parlent des 
« Cici > il faut citer : i* Vahasor, environ en 1688, qui place ce peuple entre 
Neuhaus ^Castelnnovo) et San SeHf (San Servolo, sur le territoire de Trieste), 
trouve leur langue assez différente de celle d'autres populations du Karst et 
vante lenr adresse i se servir de la fronde^; 2* Fra Irtnto délia Crou (Giov. 
Haria Manarutta 1627-1713) qui non seulement range les Cici parmi les Rou- 
mains, mais nous donne aussi des spécimens de leur langue. Le passage de son 
Ottvrj^ est trop important pour que nous puissions nous dispenser de le repro> 
dttire ici en entier, t Un' altra memoria antica, degna d'osservatione non minore 
délie gii addotte antichiti Romane, osservo in alcuni popoli addimandati 
comunemente * Chichi », habitanti nelle ville d'Opchiena, Tribichiano e Cropada, 
situate nel Territorio di Trieste sopra il Monte, cinque miglia distante dalla 
CitU verso Greco, et in molti altri viilagi aspettanti a Castelnuovo nd Carso... 
quali, oltre Tldioma slavo, comune a tutto il Carso, usano un proprio e parti- 
c\>LiK consùmile al Valacco intracciato con diverse parole e vocabuli latini... 
I nc«$tri Chichi aJdimandansi nel proprio linguaggio Ramtri (sic). » Voici les 
OK^ts cité$ par Ireneo comme appartenant à la langue des Cici : AaibU eu 
0«mit) lambuU cum Domino), ambla eu Draco (ambula cum Dracone), bou 
(bovel, bttba: (qui doit être sans doute le pluriel de bàrbat^ homo, propr. 
IKT), #a>!(';»J ^fla(I;X;xT,>, cargna (carne), cassa (casa), cass (caseus), compana 
VCJitnpjnJi), iD/vJvcapral, domicilio idomicilium),//« ma (filiae mex), forzin (for- 
ceps v>u torle\ :),lizori ma (filioli mei), fratogli (ou plutôt fraUglif) nia (fratres 
mei», mM!< iqui est fort curieux, mater), mugtiera (muliere), patrc (pâtre), sorore 
v$Drv>re), pMn: tpanis), vino (vino), ura ova ou oia (una ovis) '. 

$) nous tftions compte de tous ces témoignages concordants des historiens, et 
SI aous aiouions un autre fait non moins important pour bien juger de la natio- 
»>t<tted'un peuple, le type physique", nous pouvons en toute confiance ratta- 

! >tiM,t>c:>ii\i: J<s Cschlos Marenjels sambt allen gùldt und htrlichait. i luni 151) 
/,»Mj' Jjiiw ÎM Archives prov. de Laibach. Vicedora. Act. Ut M. 3, cité par Bidermann, 
\ S«K il. 

> <.;v,'.:.« Àt".: Uigi <cc. per Trieste (Trieste, 1861). Rubr.: Lo Rimboscamento, p. 1-9. 

t Ai-./.*. uSii.p. IÎ5 (n" J9)- 

, '«. vi ; i,.. H<i:ogthum Crain. 1" partie, liv. Il, p. 15 j (de l'édition de Noriin- 

. i:.-n^« ji. r-.isU ^Venella, 1698, iiv. IV, chap. 7, p. }}4). 

.>, ^ Mtt« <n <>avra£es de valvasor et Combi déji dtés, un article qui a paru es 1875 



MiKLOSiCH, Ueber die Wanderungen dcr Rumunen j2j 

cher ces Roumains du Karst à ceux que nous rencontrons dans la vallée de 
l'Arsj. Les Cici sont partis, en effet, du même paysj ou au moins ils ont passé 
avant d'arriver en Istrie par les mêmes endroits que les Roumains. Il y aurait 
néme lieu de croire que les Roumains du Karst n'ont reçu le nom de Cici qu'en 
Isirie dans la seconde moitié du XVI' siècle, car jusqu'à la fin du même siècle, 
cm continue dans l'Ile de Veglia et en Dalmatie à appeler indifféremment vlahoti 
Marlactc tout homme parlant roumain. C'est du continent dalmate ou croate 
que les Roumains de la Valdarsa sont arrivés en Istrie, en passant par l'tle de 
Vcgiij. 

Cette Ile, située entre la péninsule istrienne et le littoral croate et dalmate, en 
forme, pour ainsi dire, le trait d'union. Douée d'un climat des plus doux, avec 
de fertiles vallées et de nombreuses prairies, Veglia pouvait non seulement 
servir d'étape aux populations nomades, qui, reculant devant l'invasion turque, 
se réunissaient li avant de passer sur le continent opposé de l'Istrie, mais encore 
elle pouvait séduire beaucoup d'entre elles et les déterminer à s'y fixer. Remar- 
quons, d'ailleurs, que les comtes Frangipani, feudataires de l'tle jusqu'i la fin du 
XV* siècle, avaient tout intérêt ï en repeupler les parties qui avaient été rava- 
gées pendant les guerres. Ils devaient d'autant mieux y favoriser l'établissement 
d'une population de nationalité roumaine (ou du moins qui avait été roumaine), 
empruntée i leurs possessions du continent, que ces nouveaux-venus, dont le 
sang était déjà mélangé, pouvaient facilement s'accorder avec les indigènes, 
qui, comme nous le verrons tout à l'heure, avaient un dialecte assez voisin du 
roumain. 

Ce passage, ou si l'on veut cette transplantation de population roumaine sur 
nie de Veglia, s'est opéré, comme M. M. l'a démontré, entre 1450 et 1480. 
Eotre ces deux limites se place un fait assez important pour mériter que l'on en 
fasse mention ici ; c'est le jugement prononcé, le lonov. 146^, par le comte Jean 
Frangipani â propos d'un procès qui s'était élevé entre la commune d'Omisal 
(Castelmuschio) et les Vlahi établis sur le territoire de cette commune. Dans la 
sentence, qu'on a conservée ', ck Vlahi sont appelés alternativement aussi Mur- 
Uthi. Si l'on se rappelle qu'en 1463, d'après le témoignage du prêtre Frascic, 
des Cici du comte Jean Frangipani prirent part i une invasion dans l'intérieur 
de l'Istrie, et qu'en 1465 ces mêmes Cici. d'après le document croate, s'appe- 
laient indifféremment V7dAi ou Murlacchi, il en faut conclure : 

I* Que les Cici de l'Istrie ne sont que des Valaques ou, comme les Italiens et 
les Croates aimaient mieux les appeler, des Morlacchi, etqu'ils ne doivent point 
être séparés des Valaques de Veglia ; 

3* Que ces Morlacchi, depuis leur arrivée en Istrie jusqu'au commencement du 
XVIII' siècle, ont parlé roumain ainsi que leurs congénères de Veglia; 

j" Que, d'après les spécimens de leur langue que nous a transmis Ireneo, et 
le» restes que les habitants de Poljca (dans l'Ile de Veglia) en ont conservés 
jusqu'à nos jours, on est autorisé i rattacher les Cici à la branche de la taraille 



<lan* le périodique Li Gtobiu, a8* vol., n' 1, et ce que nom dit M. G. Obèdénare dans 
U Jioumanie itonomiaue {Pitii, 1876, p. 3^1) 
1. V. Kttkuljevic, I. dt. p. 97, etMikIwtch, p. 64. 



3 26 COMPTES-RENDUS 

roumaine qui se trouve dans la Valdarsa * et qui a gardé le roumain comme 
langue maternelle à cfité du slave ; 

4* Que ces mêmes Cici ont accompli leur passage en Istrie un siècle après les 
Roumains proprement dits, c'est-i-dire vers la fin du XV' siècle, en suivant la 
même route. 

Il reste, malgré tout, une difficulté à résoudre. C'est d'expliquer comment les 
Morlacchi du Karst ont pu tous (excepté ceux de Zejane qui parlent encore 
aujourd'hui roumain) renoncer à leur langue primitive pour adopter un dialecte 
slave, mélangé, si l'on veut, de mots barbares et d'italianismes, mais au fond 
slave, tandis que leurs proches parents de la Valdarsa l'ont gardée jusqu'à nos 
jours ? 

Nous ne prétendons pas résoudre cette question très difficile ; ce que nous 
pouvons faire seulement, pour nous rendre compte de ce phénomène, c'est d'ad- 
mettre que les Morlacchi de l'istrie (Cici) avaient entraîné avec eux un nombre 
considérable de Croates, et que ces Croates, étant en majorité, ont fini par 
imposer leur langue à leurs compagnons; ou bien que, au moment de leur 
arrivée en Istrie, les Morlacchi se sont rencontrés avec des masses de Slaves 
tellement nombreuses et compactes qu'ils ont dû abandonner leur langue et s'amal- 
gamer avec eux. Cela ne put pas avoir lieu pour l'autre branche roumaine qui 
s'était établie dès le XIV"" siècle dans la vallée de l'Arsa, où elle était compacte. 
Elle résista d'une manière plus tenace i toute tentative d'assimilation slave, et, 
tout en Faisant, quant i la langue, de nombreuses concessions à ses voisins, 
elle a su garder intacte jusqu'à nos jours la marque de sa nationalité. 

Nous avons dit plus haut que les Morlacchi de Veglia ont gardé jusqu'à nos 
jours des traces de leur langue primitive. M. Mikiosich nie le fait avec une 
assurance qui nous semble un peu trop systématique '. L'éminent philologue 
voudra bien nous permettre, d'après les renseignements que nous-mèroe 
avons pris sur les lieux, de rectifier à certams égards son affirmation, Parmi 
les mots roumains que nous avons entendus, pendant notre court séjour à Veglia, 
nous citerons ici les suivants : bou (boeuT), qui se rencontre sous la même 
forme dans le roumain de l'istne, dans celui de la Macédoine et de la Moldo- 
Valachie; basilica, pour lequel le roumain de l'istrie nous donne basaerica et le 
daco-roumain bisericn; mnidu (agneau) comme en Istrie (on trouve en daco-roum. 
la forme mid, en macédo-val. la forme nidu); oita (brebis), en daco-roum. on a 
oaie, en Istrie oia; vitd (veau) que l'on rencontre chez, les deux familles roumaines. 
Il en est de même pour tes mots : vacù (vache), coptoru Ifourneau), et les noms 
de nombre : Joi, irei^ patru, cini^ sast, saptu, qui sont communs au roumam de 
l'istrie et à celui de la Macédoine et de la Valachie*. Comme on le voit, on ren- 



I . A l'appui de cette opinion que nous émettons, on pourrait citer le fait que beaucoup 
des noms de famille qui se trouvent chez les Roumains de la Valdarsa, sont aussi 
communs aux CSci; ainsi les noms de rurHovic, Balucic, Cencha, Dudic, Marctlltd, Klama, 
Possedtl, Sadotic, qui se rencontrent chez les Cici et les Roumains de la valdarsa. 

i. a Es ist nicht bekannt (nous dit-il i ta p. ;), dass sich in der Sprache der Veglianet 
eine Spur der ruinunischen crhalten hibe. • 

). A Veglia, de mime qu'en Valdarsa, on a pour exprimer l'unité, ur, et pour le 9 le 
mot nopt, mais dans l'ile, de même qu'à Zejane, on a gardé pour le 8 la forme opt, qui 
est commune aux autres familles. 



MiXLOSiCH, Ueber die Wandtrimgcn der Rumunen 337 

contre des mots tout i tait roumaiDS dans le patois slave de Poljca. Peut-être 
en cherchant plus au fond de ce patois en dècouvrirait-on davantage. Nous ne 
reprochons pas à M. Mildosich de ne pas avoir fait ces recherches ; mais 
ce qui nous a fort étonné, c'est qu'il ignore complètement que dans la ville de 
Veglia presque tous les habitants parlaient |adis, et quelques vieillards parlent 
encore par souvenir, uo dialecte où l'influence du roumain est évidente. 
Le professeur viennois, très précis quant à l'indication des auteurs oii il a 
puisé ses renseignements, cite parmi ses sources (p. 6j) l'Archivio glotlologico de 
M. Ascoli, et même les pages où le savant professeur italien nous parle très en 
détail de ce dialecte. A|outons que même dans le patois actuel de la ville, 
patois qui, d'après M. M., semblerait être slave, mais qui au contraire est vini- 
tvfl et vénitien de bon aloi, on trouve encore aujourd'hui quelques restes de rou- 
oiain. Ainsi., nous avons été frappés par certains mots que nous avons entendu 
répéter aux entants dans le jeu de cache-cache. Les enfants s'appelaient l'un 
l'autre avec les mots : junda cnuc dont le premier est la forme impérat. du verbe 
it. andart, le second pourrait ôtrc rattaché au roum. coacc • viens ici ». Nous 
avons noté aussi la formule avec laquelle une vieille s'adressait â une autre en 
l'invitant à aller avec elle à l'église. Elle lui disait : consubraina maja, zàimt ta 
Dona m basaka « ma cousine, allons à l'église de la vierge », Nous citerons 
enfin le mot passerain pour dénoter toute espèce d'oiseaux, mot que l'on rencontre 
au même sens en roumain (passcrc). Il est remarquable, dirons-noasavecM. Mi- 
Llosich, que t tandis que les Roumains de la Dalmatie et de l'Iltyrie ont été 
presque absolument slavisés ou se sont italianisés plus tard, les Roumains de 
riitrie et, ajoutons-nous, ceux de l'ile de Veglia, tout en étant séparés du tronc 
principal, aient pu résister à l'invasion slave et conserver fidèlement leur idiome, 
tout en s'assimilant des éléments empruntés à leurs voisins. > 

La seconde partie du mémoire de M. Mikiosich nous présente, elle aussi, un 
point remarquable : c'est le groupe des Valaques de la Moravie, qu'avec beau- 
coup de raison M. M. revendique pour la famille roumaine. Au reste, l'origine 
de ces Roumains avait été déjà auparavant reconnue par MM. J. et H. Jire^ek* 
et par M. 0. J. Martîanu ^. En ce qui concerne la question de savoir si les 
ViUquii de la Moravie sont les descendants d'une population composée de seuls 
Roumains, ou bien résultant d'un mélange de Roumains avec des Slaves, M. M. 
incline pour la seconde hypothèse. Il serait arrivé pour ces Valaques, d'après 
nous, ce qui est arrivé aux Valaques de l'istrie, aux Cici, dont nous avons 
parlé plus haut : ils se sont tellement confondus avec les Slaves qu'ils entraî- 
naient dans leur passage en Moravie qu'ils ont fini par s'amalgamer avec eux. 

Comme pour les Roumains de l'istrie, M. M. se pose pour ces Valaques aussi 
trois questions concernant : i' leur patrie; 2° le chemin qu'ils ont pris pour 
arriver en Moravie ; y l'époque à laquelle cette migration a eu lieu. Quanta la 
première de ces questions, M. M. est d'avis que les Valaques sont venus en 
Moravie en partant de la rive septentrionale du Bas-Danube, c'est-Â-dire de 



I. EnUtdiung chrisiUcker Rticlu im Ctbiett du htatigtn atltnùchisthtn Kaistrslctalu. 
WiCD, 186), p. 11\. 
u UritMiul, Uni, 1876. 



)28 COMPTES-RENDUS 

l'endroit où le peuple roamain était le plus compact. A l'appui de cette opinion, 
il cite le fait de la parenté étroite qui existe entre les Valaques de la Moravie «1 
ceux qui jadis s'étaient établis sur le territoire de la Petite-Russie. 

Antonio Ivb. 



I 



Paul Sèbillot. Contes populaires de la Hante*Bretagiie. Pans, 
Charpentier, 1880, in-12, xii-}6o p. 

On se met enfin de divers côtés à recueillir les contes populaires français. 
La collection lorraine que M. Cosquin publie dans la Romamii a sur toutes les 
autres l'avantage d'être accompagnée d'un précieux commentaire ; mais même 
sans cette addition les recueils qui se (ont sur divers points de notre pays sont 
les très bien venus. La Bretagne Française est une des régions où il y avait le 
plus lieu d'espérer faire de belles récoltes. La population y a gardé des mvurs 
anciennes et simples, l'instruction moderne y est peu répandue., les communica- 
tions y sont encore assez imparfaites. Un artiste, qui a été attiré vers les récits 
populaires par leur charme pittoresque plutôt que par leur intérêt scientiBque, 
M. P. Sèbillot, n'a eu qu'à se baisser pour en ramasser i poignées. Il en 
publie un choix aujourd'hui. Il nous garantit, — sauf quelques ornements de 
détail dans un certain groupe de contes recueilli longtemps avant les autres, — 
la fidélité de sa transcription, et, au moins dans l'ensemble, elle nous est en 
effet assurée par l'examen des contes en eux-mêmes. L'art exquis des Gnmm, 
des Asbjcernsen, des Mistral n'a pas donné à la main de l'écrivain ce mélange 
heureux de précision et de hardiesse qui sait rendre les contes plus populaires 
encore qu'ils ne le sont dans la bouche des conteurs populaires. Le français est 
parfois ici un peu mou, un peu traînant, un peu fade; mais en maint endroit 
on retrouve vraiment la tournure inimitable, la grâce ou la malice du récit 
villageois. Le narrateur n'a pas même craint, en plus d'un endroit, de repro- 
duire les grossièretés souvent atténuées dans les reproductions faites pour un 
public plus délicat ; il a bien fait : ces traits parfois choquants appartiennent 
au sujet et sont souvent importants pour la science. En somme le livre de 
M. S., fort agréable à lire, est un recueil de bons et vrais contes, bien écoutas 
et bien redits. 

L'auteur le divise en quatre séries : I, Les Fiertés tt aventures mcryetUeiuts. 
II. Les Fachies et les bons tours. III. Les diableries, sorcelleries et histoires de reve- 
nants. IV. Contes divers. — On pourrait faire des objections â cette division, 
surtout à ta dernière série : si on la versait, comme il conviendrait, dans les 
trois autres, on aurait alors à peu prés la division de M. Bladé : Contes, — 
Réats, — Superstitions. Mais entre ces trois classes la distinction n'est pas tou- 
jours aisée. 

Les contes de M. S., naturellement, sont à peu près tous connus dans 
d'autres versions et se rattachent à l'un ou i l'autre des types de nos contes 
populaires. Quelques-uns sont particulièrement intéressants, comme les Sou- 
liers rouges {p. JJ6-7), forme altérée, mais belle encore, du conte qui s'ap- 
pelle dans Grimm De MachanJelboom, et auquel appartiennent les vtrs mis par 
Gœthe dans la bouche de Gretchen folle : Meine Matter die Har, etc. Ces vers. 



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SÉBiLLOT, Conies populaires de ta Haute-Bretagne pq 

qu'on rencontre presque pareils dans des versions ea diverses langues, n'existent 
pu ici; mais d'après le conte breton, pendant que la petite sœur surveillait la 
marmite où cuisaient, sans qu'elle le sût, les os de son frère, < il sortait de la 
nunuite une petite voix qui disait : Petit feu, soea-sau, petit feu! » M. S. 
remarque : • Le conte des Souliers rouges est l'un de ceux qu'on dit le plus 
volontiers aux enfants ; j'en ai recueilli quatre variantes assez différentes du 
présent récit. « H est regrettable qu'il ne nous les ait pas communiquées, et cette 
remarque s'applique à plusieurs autres contes, pour lesquels M. S. mentionne 
également des variantes sans les donner. 

Une série amusante comprend les contes sur les Jaguens (habitants de Saint- 
iagot'), qui sont les Abdéritains, les Men of Gotham^ les Molboer [Rom. IX, 
i;8) de la Bretagne française. • Au temps jadis, oii les poules pissaient par la 
patte », les Jaguens voulurent voir Paris ; comme les Six Compagnons du conte 
picard qu'a publié ici M. Carnoy (VIII, 2)2), ils prennent un champ de lin 
Icomme dans les conies allemands, et non de blé, comme dans le conte picard) 
poar le grtnt mi saUt et s'y jettent à la nage ; ils croient ensuite avoir perdu 
l'un d'eux et ne retrouvent leur compte qu'en nombrant tes trous qu'ils font 
dans une uupiniére (cf. Rom. IX, 140, n.), et enfin, pensant arriver à Paris, 
ils reviennent chez eux parce que l'âne qui mène leur charrette s'est letoumé 
pendant qu'ils étaient descendus. — Dans une variante, où l'histoire est attri- 
buée, avec plus de vraisemblance, aux habitants de Saint-Jagut du Mené isitué 
i l'intérieur des terres) qui veulent visiter Saint-Jagut de la mer, les Jaguens 
n'arrivent pas à trouver leur compte, et pour sortir d'embarras ils vont chez un 
procureur. Li on les enferme dans un endroit qu'ils ne reconnaissent pas. 
< Ah! crapaud! (c'est leur juron favori), vici un hâti ijui n'cit guiri cossu; i n'y 
ê foiat (faut' meube t/u'une martiire de met qu'est au long du mur do un trou rond 
iuu U mitan. Qui qui mettent dedans? » Pour s'en assurer^ l'un des Jaguens se 
fait descendre dans le trou, suspendu aux mains d'un de ses camarades. Bientùt 
il s'écrie : * Ah! cnpaud! la mam m' glisse, je n peux pus m' lent. — Eh! 
tun, crapaud! crache dans les mains, lu poisseras mieux apth. • On comprend 
qu'il tombe dès qu'il lâche les mains auxquelles les siennes étaient accrochées. 
Voili donc une nouvelle variante du conte qu'a étudié M. Nyrop dans notre 
dernier numéro; elle est altérée, car les Jaguens devraient, comme leurs col- 
lègues d'autres pays, se suspendre aux pieds les uns des autres et former ainsi 
une chaîne qui romprait quand celui d'en haut éprouverait le besoin de cracher 
dans ses mains. 

Nous ne pouvons trop recommander i l'imitation l'exemple de M. Sébillot, 
et nous espérons que lui-même nous communiquera les richesses dont, d'après 
sa préface et ses notes, il doit avoir les mains pleines. 

G. P. 



I. M. S. écrit Saint- Jaeut, mais l'onliogr^phe officielle est Saint-Jagut (CAtes-du- 
Nord, *TT. de Guingamp), qui du reste concorde mieux avec le nom des Jaguens. 



PÉRIODIQUES. 



I. — Zeitschriït Fiia romanische philolooie, III, 4. — P. 481. 
Fœrster, Phonologie romane. Umlaul {proprement iièvalion) de la voyelle en roman. 
Nous n'avons ici que !a première partie d'un travail considérable, où sont étu- 
diés un grand nombre de faits phonétiques qui jusqu'à présent ont été abandon- 
nés comme trop difficiles ou n'ont pas été bien expliqués (plusieurs cependant 
l'ont été isolément à peu près comme ils le sont par M. F.). L'auteur, dont on 
retrouve ici fa vaste lecture, la force de raisonnement el le don de combinaison, 
croit pouvoir rendre compte de tous ces faits par un seul et même principe r la 
présence dans la syllabe posttonique d'un î ou d'un u ferait monter (généralement 
d'un degré) la voyelle tonique. Or nous voyons avec surprise dans le tableau 
des voyelles donné p. 490 que Va est pour l'auteur la voyelle située au plus bas 
degré de l'échelle tonique, les voyelles linguales |^, /, i) et labiales {à, «i, u, û, 
on ne dit rien d'S) s'en écartant en des sens divergents, mais également pour 
monter ; il est cependant assez connu que Vu est la plus basse, l'i la plus haute 
des voyelles, Va étant au milieu. Dès lors tout le système s'écroule par la base, 
ou du moins à l'idée d'élévation il faut de nouveau substituer celle d'umlaut, qui 
n'est pas fort claire. L'umlaut, ou action éloignée d'un i ou u atone sur la voyelle 
tonique précédente, est-il réellement en jeu dans les faits de phonétique examinés 
ici? Il est impossible de se prononcer là-dessus après une lecture; je dirai seule- 
ment que M. F. me paraît en tout cas avoir donné beaucoup trop d'extension 
i son principe. Par exemple Vi latin n'agit, au moins en français, sur IV> pour 
le changer en û que quand il en est immédiatement voisin, et alors le phénomène 
doit s'appeler assimilation (ou àemi-assimildtion), bien plutôt qu'umlaui (pour ne 
pas parler d' c élévation n) ; en général je vois bien plus fréquemment dans 
les cas allégués des exemples d'attraction (suivie ou non d'assimilation) que des 
traces d'une influence exercée à distance. Mais encore une fois ceci demanderait 
à être discuté de près et à la suite d'une étude approfondie. Je ne veux loucher 
qu'un point : l'histoire, déjà si débattue, des mots oh -anus, -aria est devenu 
•ierio, e), -iera. Pour rendre possible son explication (l'i atone a élevé l'ii tonique 
à ^, puis cet i s'est diphthongué en ie comme tout i tonique), M. F. est obligé 
d'admettre que les mots en -ario, -aria où ce changement n'a pas lieu sont de 
formation postérieure, ce qui ne peut signifier qu'une chose, — les lois phoné- 
tiques agissant sans distinction sur tous les mots présents dans la langue i 
l'époque où elles se manifestent, — c'est que ces mots sont des mots savants, 



PÉRIODIQUES JJI 

dej mou d'emprant, repris au latin après avoir cessé un certain temps d'être 
popqjaires. Or i' la plupart de ces mots sont communs à toutes les langues 
romanes; 2" ce sont des mots comme vario^ varia, arto, paria, parcat, c'est-â- 
ciire des mots qui n'ont i peu près aucune chance d'Mre savants. Il est impos- 
sible de trouver une différence phonétique entre varia varia qui donne vair vaire 
et primano pnmaria qui donne premier premitrc. La raison du traitement divers 
cie ces deux classes de mots n'est donc pas phonétique. Entre les mots de la 
classe vario et ceux de la classe primario, il y a une différence, c'est que dans 
les premiers anio) appartient au thème, tandis que dans les seconds ario 
est un suffixe. Puisque c'est là la seule différence, mais la différence cons- 
tante (sauf les mots savants en -aire et un mot dont je parlerai tout-à- 
l 'heure) entre les deux classes, il faut que iâ soit la raison de leur traitement 
divers. Si maintenant nous examinons la liste des mots où -ario [~aria) 
est suffixe, nous voyons qu'ils se divisent à leur tour en deux groupes : 
celui d'-jno pur et celui à'-iario. Je conjecture, et j'enseigne depuis 1877 
comme une hypothèse au moins probable, que les mots en -tario sont le point 
de départ du phénomène en question : leviario a donné U\Y)iero, txtrantario 
itlranjero, etc., ce qui peut, je crois, s'expliquer par la pression de Va entre 
deux yod ('iario ^ -iairo [comme vario = vatro] =■ -itro) ; puis le suffixe -iario a 
été partout substitué à -ario 1 comme en fr. -irr a été substitué à -cr dans bou- 
(litr pihcr sanglier bachtlier etc.). Il y a des mots pour lesquels le procédé paraît 
évident : ainsi l'it. vuzicrt, le pr. fr. vergur ne peuvent venir de ririJano, mais 
r représentent certainement viridiario. Après les gutturales, il semble que Tintru- 
^Ê ma de -iario pour -ario ne se soit pas d'ordinaire produite; cf. l'it. btccajo, 
: portajo etc. Il y aurait beaucoup à faire pour développer cette théorie dans ses 
détails. Si elle ne devait s'appliquer qu'au français, elle ne souffrirait aucune 
difficulté; même dans les autres langues romanes, elle me parait susceptible d'être 
appuyée par plus d'un rapprochement que je ne puis donner ici. Notons seule- 
ment que dans la plupart des dialectes appelés par M. Ascoli franco- provmiaux 
l'a libre, qui reste en général intact, se change en c ou it lorsqu'il suit un yod. 
Dans le patois de Vionnaz, que vient d'étudier M. Gilliéron, |e trouve même avec 
^^B surprise la règle suivante fp. 25-26) ; -ario -arta donnent -ai, -dire, tandis que 
^^'idrio -lana donnent -yé, -yW, c'est-à-dire que la distinction entre -ario et -iario 
s'est maintenue dans ce patois et sans doute dans d'autres patois valaisans lau 
reste on pourrait montrer qu'elle n'est pas morte en italien}. Les mots vanj /)df m 
pttea etc., où il ne pouvait y avoir de confusion de suffixe, ont naturellement 
échappé k l'insertion de \'i et ont suivi leur développement naturel; contrario a 
été traité de même (dans toutes les langues) à cause de la difficulté phonétique 
^^L qu'il opposait i cette insertion. On voit par cet exemple â combien de discus- 
^^fsioas prête le travail de M. F.; mais il sera très utile à tous les philologues, 
par le nombre de faits qu'il renferme, la lucidité de l'exposition et la netteté 
des rues. La dissertation sur les diverses formes du fr. aiguille (cf. la note p. 626) 
me pjralt peu satisfaisante ; M. F. admet à côté d'actiela une forme acnela diffi- 
cilement acceptable; cf. ackla, acàleo et d'autre part colàcla; M. Havet (Rom. 
I|{, ;;oi remontait à acûtula (acûtia acûcla) d'où agullu ; il admet aussi un a, 
fr. agbilh, dont il n'explique pas la formation ; aiguille serait le produit factice 




3J2 PÊRIODtCyJES 

de l'orthographe oiguilU, où \'t n'a en réalité d'autre fonction, à rorigine, que 
d'indiquer le mouillenirnt de 1'// M. Suchier a remarqué avec toute raison (I. I. 
p. 626) que ce déplacement tonique, qui donnerait l'accent à 1'/ contenu dans 1'/ 
mouillée, est, en tout cas, purement phonétique. Mais que faire du berr. agûtilk 
{agueillc: yiuilU Rose, éd. Michel, t. II, p. 86) et de bien d'autres formes (wall. 
iwtle par ex.)? La question à mon avis est i reprendre. Il y a naturellement 
dans un si grand nombre de faits quelques erreurs de détail. Une qui me sur- 
prend est celle qui concerne l'afr. gori (et non gon) de gitrgiu, auquel M. F. 
(p. $17) attribue un à. Ce mol rime en ô, et il est gourt dans les patois qui 
l'ont gardé; de même le pr. gorc rime en estreit d'après Faillit. C'est même ce 
qui empêche de tirer avec Diez gorge de gurges. — P. 518. Von Flugi. Poêla 
lyriques (modernes) dt l'Errgudint. — [P. ^26. G. Jacobslhal, Die Texte der 
UeJerhandschriJt von Montpellier 196. Cette copie diplomatique s'étend jus- 
qu'au fol. 107 de ce ms. L'utilité d'une reproduction de ce genre pour un ms. 
qui ne présente aucune dif^culté de lecture était très contestable. La forme 
rhythmique, qui est ce que ce chansonnier offre de plus intéressant, est difficile 
à étudier dans une édition où les vers sont écrits A ligne pleine, SiM. Jacobsthal 
a adopté ce système commode d'édition, c'est — il le dit avec franchise — que 
n'étant pas romaniste, il ne pouvait faire plus. Ayant étudié ce ms. au point de 
vue musical, il en a copié les paroles en même temps que la musique, eta voulu 
prendre les devants sur l'édition qui s'imprime actuellement par les soins de 
M. Raynaud et qui est annoncée depuis plusieurs mois. Sur ce point, et sans 
attacher au droit de priorité autant d'importance que font certaines personnes, 
principalement outre Rhin, je ferai remarquer que ce droit n'est nullement du 
côté de M. Jacobsthal. 11 y a douze ans que j'ai copié le chansonnier de Mont- 
pellier, en vue d'un recueil général des motets qui a été annoncé ici-même en 
1872, I, 404. Mes occupations ne me permettant pas de donner suite à ce pro* 
jet, j'ai donné tous mes matériaux i M. Raynaud, et c'est d'après ma copie, et 
selon un plan longuement délibéré entre lui et moi que M. Raynaud imprime 
actuellement du chansonnier de Montpellier une édition qui, j'ai lieu de le croire, 
annulera la publication diplomatique de M. Jacobsthal. — P. M.) 

Mélanges. 1. Exighe. P. ^^7. Coronini, Sur un passûge de /'Inferno. C'est le 
fameux vers Sicchi 'l piè ferma sempre era '/ pili basse ; M. C. montre, ce qui est 
incontestable, que %\ jermo veut dire • arrêté i, la description de la marche 
donnée ici ne peut signifier qu'une marche sur un sol plan (on a voulu que piè 
ferma désignât le pied droit, mais toute vraisemblance fait défaut) ; il ajoute 
qu'une marche plane, sur la piaggia diserta, entre la seha et Verta, rentre parfai- 
tement dans le développement général de l'action ; enfin il essaie de trouver à 
celte marche un sens allégorique : elle exprimerait le recueillement de l'âme entre 
la vie obscurcie et désordonnée (la forêt) et la lutte décidée pour revenir au bien 
(l'ascension de la montagne). J'ai, pour ma part, toujours expliqué ainsi les vers 
de Dante, sauf l'allégorie, et je crois cette interprétation la seule soutenabie'. — 

I. fSani prétendre exprimer une opinion sur le sens d'un vers qui parait devoir être 
un perpétuel lieu commun de discussion pour les commcnuicurs de Dante, je me per- 
mettrai de faire remarquer que l'explication pronosée par M. le comte Coronini, quelle 
qu'en soit la valeur, n'a du moins pas le mente ae la nouveauté. Il suffisait de jeter les 



^ÊÊÊéà 



PÉRIODIQUES m 

II. Coirtctions. P. )6o. Suchier, Corrections i un texte portugais publié par 
l'auteur en 1877. — III. Elymologus. FasTsXer , Etymologia romanes (suite; voy. 
Rom. VIII, 628). 13. Esp. encentar, pg. cncetar « entamer t, de micclarctXnoa, 
avec Diez, de inccplarc; douteux. — 14. Fr. meuble, de mnvbU, pour môi/t ; déjà 
expliqué par MM. Neuroanti et Mussafia, comme M. F. l'a d'ailleurs reconnu 
dans une note (p. 616). — 1$. Esp. pg. Ibbrcgo, t triste », de lubrko et non 
de lùgubn (Diez); le changement de sens est difficile; le vfr. labn paraît venir de 
lugubre. — 16. Esp. pg. cat. nata, « crème », de maita, t natte » (?). — 17. 
V. esp. hoto » s&relé, > pg. foulo, t sûr >, de Julto plutôt que de /oro (Diez) 
on f auto (Moraes) ; ce dernier, qui s'appuie iur Jaulor, parait préicrable. — 18. 
Fr. froisser ; M. F. rappelle que l'étynn. frustiare avait été donnée par M. Schu- 
chardt quatre ans avant M. Havet (cf. Rom. VIII, 127) ; M. Schuchardt nous 
en avait prévenus de son cfité et nous attendions une occasion pour lui restituer 
son droit de priorité. Trouatr, dit à ce propos M, F., ne peut venir de lor- 
tiare, qui aurait donné tàrcier. Les dérivés du thème ter- varient beaucoup en 
roman pour la quantité de \'o : on a tourne tourte à côté de tordre lors; on pour- 
rait donc avoir tourser trousser de torsare (car iroussier m'est inconnu) ; mais je 
retrouverais plutôt là le lat. ihyrso, qui a donné l'it. lorjo; l'afr. trousse, 
tarse, trousse en serait le féminin; on trouve fréquemment une tarse, une trousse 
d'herbe, de foin, delà le sens de < paquet » en générât, puis 1 valise », etc.; 
on peut encore arriver à ce sens par une autre voie; cf. truneo, fr. tionc, 
• caisse », angl. irunk 1 malle, valise. • — 19. It. andare etc. M. F. persiste 
à croire à vadere (cf. Rom. VIII, 466), et oppose à addart la raison, faible i 
mon avis, o^ys'addcrt au sens d' • aller » ne se trouve pas dans le latin, adderc 
gradum (d'où on suppose que s'est détaché peu à peu un addere au sens de 
« marcher ») étant lui-même rare. Combien de mots ont pris dans toutes les 
langues romanes un sens inconnu au latin, ou au moins aux écrivains classiques! 
N'oublions pas que nous n'avons pas de textes du latin vulgaire. — 20. Port. 
tito, « rang, ordre, « de ado. — 21. Fr. traeus de crudoso à côté de cruel de 
crudale. — 22. Fr. maquiller, non pas de /twm, primitif supposé de macula, 
mais d'un thème mask-, car l'afr. avait masquillier, et le mot doit se rattacher â 
michurtr (afr. mascurcr), vfr. masquekr, masqueron, etc., c'est-à-dire au rom. 
maschera; mais merguittier., margoiller n'a rien à faire ici. — 23. It. puilo etc. 
Le fr. pute et les autres mots pareils viennent certainement de puiida iputida 
moecha dans Catulle), comme le dit M. F., et pûta aurait donné en fr. peue (non 
poae, comme il le dit ; car en fr. à libre donne eu, (1 entravé donne u écrit ou) ; 



yeux sur un des commenuirei les plus répandus, celui de Blanc, pour voir qu'elle a déjà 
et* proposct par Magalotti et par Scolari. Démontrer longuement que le pit ferma n'est 
sempre il piii basjo ni dans la montée ni dans la descente, ne constitue pas non plus une 
nouveauté, la même démonstration jyant été fournie plus d'une fois avec tout le déve- 
loppement désirable, notamment par le sicilien Buscaino Campo, dans une dissertation 
spéciale trois fois imprimée (voy. Fcrrazzi, Manualt, IV, )66). F.nfin. c'est se montrer 
bien peu au courant de U littérature du sujet que de supposer la possibilité de trois hypo- 
thèses seulement, la montée, la descente, la marche sur un terrain uni. Il y a une qua- 
trième hypothèse, qui mériuit au moins d'être mentionnée, c'est celle de la marche 
oblique sur un terrain montant ; elle a été proposée, avec quelques variantes, par quatre 
philologues au moins : Biagioli, Caseila (voy. le commentaire de Blanc), Buscamo Cimpo 
(Perrazii, /. /.) tt Bergmann [Jahrb. j. rom. titer. IV, 176). — P. M.) 






3 14 PÉRIODIQUES 

nuis il me semble difficile de rattacher l'it. putto â cette famille. M. P. essaie 
ensuite, i propos de puiain, de contester le rapprochement évident à mon sens 
de Bcrtain Aldain avec l'ail. Bertdn Alddn. — J4. It. nocchicre etc.; dissertation 
intéressante, mais sans conclusion bien nette sur cette famille très difficile. — 
P. 568. Tobler, Etymologies romanes. I. Fr. otage de hospilatieo et non de obsi» 
daiico: cette étymologie certaine est démontrée, quant aux évolutions du sens, 
avec autant d'érudition que de finesse. — II. V. fr. cutstnçon, • souci •, tim. 
(voy. Bibl. Ec. Ch.y XXXV, 20^-6); M. T. propose, • non sans hésitation, » 
l'étymologie conquiïttione^ qui ne sera sans doute guère adoptée (notons seule- 
ment que (Ofiiind, comme tous les dérivés du thème coqu-^ avait en latin vul- 
gaire changé son (ju en c, ce qui ne serait pas le cas pour le (oquinstjone sup- 
posé) ; l'auteur ne veut pas tirer, avec Die/., cuisançon d'un hypothétique cuisanu ^ 
= pr. cozcnsa^ parce que les mots en -antia ne donnent pas de dérrvés en -on, it H 
rattacherais plutôt le mot â locenlt = co/juentt. Cocenu a donné un substantif, 
cuisent, cuisant, usité au Xyil" s. dans le patois bourg, au sens de * soin, inquié- 
tude, souci ». La Monnoye, qui l'emploie dans ses Noéis, veut le rattacher i 
quûesini, part, de tjuaeso. • Il m'étoit d'abord, ajoute-l-il, venu en pensée de ^ 

tirer quezan de cuisant mais le participe bourguignon de cuire étant cuduaity H 

et non pas cuesan, j'ai préféré l'autre origine, n La raison est mauvaise, cueùsan 
étant assimilé, comme participe, à l'inf. cueùre, et ne l'étant pas comme nom. 
M. Mignard, dans son Wyre sut V Idiome bourguignon, rapproche ^u<r<i/i defuùwtfo/i, 
qu'il tire de co<]uitatione. Reste la difficulté de trouver un parallèle, comme forma- 
tion, i cmscnçon venant de cuisent: cependant cette origine me parait bien pro- ■ 
bable. — 111. Fr. banquet ne vient pas de banc, mais de tan, confondu avec ^«f; ™ 
un banquet, c'est proprement une c invitation,) une t convocation», et le banquet 
est en effet un repas d'apparat, où on convoque, où on invite. Mais au XV* s., 
où le mot apparaît, i! ne signifie jamais, comme dans l'exemple cité par M. T., 
que t petit repas pris après le souper, dans la soirée » (voy. notamment la 
moralité bien connue de la Condamnation de Banquet) ; c'est donc en partant de 
ce sens qu'il faut chercher l'étymologie du mot, qui n'est p.-é. pas français 
d'origine. — IV. Mai(th)abllo, source du pr. malabde, fr. malade, aurait donné 
malabitiare, d'où le pr. malaveijar. malavejar; puis de ce verbe serait issu le nom 
malavei^ malavech. Cela paraît bien probable. — V. A propos de la forme /wi- 
dosme (cf. h. fandonia) pour Jantosme, M. T. cite quelques exemples intéressants ^ 
du remplacement de nt par nJ. — VL Le pr. dtileiar ne veut pas dire t décrier*, ■ 
mais bien, avec j<, • se conduire injustement, contre le droit », comme le fr. * 
se desleier; le fr. desleté, • sans loi •, est l'origine des mots ital. diUggtatû, 
dileggiotezia, dileggiatamtnte, tandis que dileggiare, « railler t, est le même que 
diletieare, a chatouiller > : enfin diligione, t raillerie, » n'est autre que le latin 
derisione. 

Comptes-rendus. P. 577. Wœlffîin, Lateiniscke und romonische Comparatïon 
(long article, très favorable, de M. Kœrtingl. — P. 583. Kcrrting, Petrarca's 
Lcben und Werke (Gaspary : éloges mêlés de justes réserves). — P. 591. Chir- 
dry's Dichlungen, hgg. von Koch (Mussafia : très long article, rempli d'inté- 
ressantes observations sur le texte et le commentaire, dont il est fait d'ailleurs 
un éloge mérité). — Romania, n' 31. M. Stengel, i propos de l'art, de Meyer 



« 



^ 




PÉRIODIQUES ÎJ5 

sur les mss. de Cambridge, ajoute, à une liste de ){ mss. déjà donnée ailleurs, 
une nouvelle liste de 2^ mss. du Roman de la Rose (ce qui n'est peut-être pas 
tr^ i sa place) ; M. Tobler. i Toccasion du Châtelain de Couci, fait une obser- 
vation fort )uste sur la Châtelaine de Vergi {Mut. Iinir., XXIII, 8j8) ; M. von 
Flugi corrige une erreur dans le gloss. du Sacrifice d'Abraham [adachiar est un 
adj. et siptfie • cher, agréable •) ; M. Suchier ne croit pas aux étymologies 
d'égjca, de pilori et de sentinelle proposées par M. Wedgwood, et conteste aussi 
celles de M. Joret (voy. ci-dessus). — Romania, n» 32. M. Stengel, à propos 
de l'art, de Meyer sur la Vita S. Honorait^ imprime quelques fragments du texte 
Utin : M. Suchier fait des remarques intéressantes (non pas toutes justes) sur la 
Vu de S. Grégoire, notamment sur la versification ; M. Kœhler ajoute ses pré- 
cieux commentaires i ceux de M. Cosquin sur ses contes. Dans une note addi- 
tionnelle, M. Tobler clôt la discussion sur noer et naier dans Aucassm (voy. Rom. 
VIIL 6)i| en citant un passage d'un Tableau récemment publié 0(1 noer est pris 
onciemenl dans le même sens que dans Aucassm. J'avais noté autrefois ce pas- 
9ge en lisant ce fableau dans le ms. (c'est le ms d'après lequel M. Fœrster, i 
qui fi l'avais fait connaître, a publié le Chevalier eus deus espèes et le Vallet qui 
d'aise a malaise se met), mais je ne pouvais plus le retrouver (cf. Rom. VIII, 29}) ; 
|e remercie mon savant ami de l'avoir cité. — P. 619, Giornale di Filologu 
romanza, n' 2-4 (Gaspary). G. P. 

II. — Bulletin de la Société des axcie-ns textes FUAsr.Ars, 1879, 
B» ). — P. 72-95. P. Meyer, Notice du ms. Plut. LXXVl n» 69 de la Lauren- 
tieime iFlorence). Ce ms. français, décrit dans le catalogue de Bandini, mais 
cd'une façon qui n'en faisait pas reconnaître l'importance, avait échappé jusqu'à 
ce |cnir aux recherches des philologues qui ont exploré la Laurentienne. Il con- 
fient : i» un opuscule français qu'on rencontre très fréquemment dans les mss,, 
tuas que les auteurs de catalogues oublient toujours de rapprocher de son 
original qui est le Moraimm dogma de Gautier de Lille ; 2° un court lapidaire 
^n prose; j" une nouvelle version des signes de la fin du monde, en forme 
strophique; 4' le Bestiaire de Richart de Fournival; 5' une nouvelle tout à fait 
inconnue, que M. Meyer publie in extenso sous le titre d'Agnis et Meleùs. 
M. Meyer ne s'est pas souvenu à temps des indications bibliographiques données 
par M. Stengel dans ses Mitiheilungen a, fr. Hschr.d. Turincr Umv.-Bibl., p. 41, 
otisont mentionnés quelques mss. du Bestiaire de R. de Fournival qui n'ont pas 
ité indiqués dans le Bulletin., à savoir un à Turin, un â Londres et un à Bru- 
xelles, L'indication donnée par M. Stengel d'un texte de ce traité dans le 
mj. fr. 244} 2 (ancien N.-D. 198) est inexacte et parait être le résultat d'une 
Mnhision avec un autre ouvrage. — P. 96-8. Additions et corrections aux notices 
contenues dans les années 1875 et suivantes du Bulletin. 

III, — LrrERATDRBLATT PUR OEBMANtSCHE DtfD BOKANISCHE PhILOLOOIE. — 

3 mars, Koelbing, Brynjulfsson, Tristram Saga (Cederschiœld, Behaghel) ; Haus- 
knecht, Der Sowdan oj Babjlon (Wissmann ; favorable) ; Wœlflin, Lateinische und 
ntwùsthe Comparution (grand éloge); Ottmann, die Stellung von V* (Stengel, 
n'admet pas les conclusions de l'auteur) ; Weber, Ueber den Ccbraach von devoir, 



. ..; .-— _ r- ...7 T-y^ijdoar Wilhem /Jlf (Bartsch; 

.--■ . --■--i ii:j-romant (Gaster; rend pleine 

—- ~~ — Àe-ne des programmes : Sachs, Uebtr 

_ . •.. ■.•; M-îces, L'ebtr den Wigalois unJ sont 

?;_ .çi.7ji. — Bibliographie. — Annonces. 

-i-- -<.2h!er); Stimming, Bertran de Born 

.. -. -""ri::. 5<.'tr j/i (/« Born (Bartsch ; étude histo- 

- .-.— sr.-iJ3:e du livre de Stimming) ; Zumbini, 

r ■■:^ ■>! ï-LalIemant, Luiz de Camoens (Reinhard- 

-.'.: :s rro^ammes : Schmitz, Observaçôes sobre 

- -. .^:ur.:e. — Correspondance. — Annonces. 

;f Philolooy, edited by B. L. Gilders- 

-.-...- >>c. — P. 111-116. M. S. Garner analyse 

. _ ■ ~ ùit de remarques critiques (sauf une réserve 

- -, . .. -•- 5. Esprit) que sur deux articles de moi. 

T'= • -■: •• ■r.i-.'. car « on ne trouve pas la forme post- 

. .--r .. . .; j-rait donné non pas santé, mais sanesse qui 

T-xce >[. G. de cet avis instructif; au reste je 

■ .. i-:uvé. depuis mon article, la forme resanicier) 

■ -.-...yi i'^i sjn'Uia (lequel toutefois aurait aussi bien 

; .L ::sticier). — A propos du roman du ChJ- 

■r . r ;•: veut évidemment, trouve que, pour obtenir 

,. ;v:- ic= découvert jusque-là », j'ai « déplacé les 

-.: . :-. .j oute :« Naturellement personne n'acceptera 

• - veur au moyen duquel il est atteint. Cependant 

. >;:;•-• -îjbituel, est si certain d'avoir raison qu'il 

. .- -.om dans la suite de l'article. » Je ferai hum- 

.-.■ -.oir là une nouvelle preuve de « dogmatisme, « 

- .••■: ians l'acrostiche en question, que le résultat 

•.t.vrïjamment de moi, par M. Tobler, et qu'il a 
sirait peut-être bon de lire les articles qu'on 
r •.-:; ,vrpte. — G. P. 

>. .. ?»^ vs F!i.oi.O(ii, nouv. sér., IV. — P. 272-281. 

, • iï iî Copenhague, un épisode de la partie iné- 

; ..■:,' Kjcio, qui est évidemment modelé, comme 

- V. •: -ï Virgile et de la corbeille, mais qui se pré- 
. . - ;•- fï- 

";.'•-? "ES CHARTKS, XL, 4. — P. 471-482. 

;••• ;'^it. Bertran de Born, par A. Thomas. — 

.. -.-.• ";■ dis chansons de geste ; M. S. pense que 

•V..- -.*-ov:nt!ienne avait des chansons entièrement 

■ -_> .-,- .-ir* 1.» poésie populaire actuelle, et que de li 

>.--.v*-f T.'-crime, telle qu'elle est dans l'Alexis, d'autre 



PÉRIODIQUES ÎÎ7 

part la Uisse monorime sans limitation du nombre des vers. Je doute beaucoup 
que la poésie lyrique ait jamais employé la laisse inégale : deux strophes isolées, 
empruntées à un seul manuscrit (Bartsch, Rom. et Pasi., p. 17), ne prouvent 
rien : il manque simplement un vers à la première strophe. — P. 646-49. Clédat, 
Sur la dali Je deux piiccs dt Btnnm Je Born {Un inventes et Pois Ventadorns) , 
discussion avec M. Thomas. — P. 653-4. Delisle, La chronique romanesque jadis 
possédée par le président Faïuhel (voy. Rom. VIII, 633). 

— XLI. P. 46-5). Quicherat, Jean de Mtung et sa maison à Paris. M. Qui- 
cherat a découvert et publié un acte d'où il résulte que Jean de Meun était 
mort en 1305, — dix ans plus t6t qu'or ne croyait pouvoir l'admettre; en 
effet à cette date un • maistre Adam d'Andeli, clerc, demeurant en la rue 
dehors la porte Saint Jacques des Bons Hommes si comme l'en va a Nostre 
Dame des Champs », donne aux frères Prêcheurs de Paris t la maison ou feu 
maisîre Jehan de Meun souloit demourer », tenant (. d'une part au manoir 
dudil maistre Adam et d'autre part au doz le roy. > G. P. 

VII. — Annales de la Faculté des LBirnEs de Bordeaux, 1. — P. 173. 
Joret, Purée-purin ; M. J. rattache purée su latin purare, « découler, dégoutter », 
et veut que ce mot désigne « le coulis qu'on obtient en écrasant des pois, etc., 
et en faisant passer ou purer la bouillie ainsi obtenue à travers un sas. ■ Il est 
possible qu'il ait raison ; l'examen des livres anciens de cuisine le déciderait ; 
mais il a tort de faire à l'étymclogie de M. Brachet, piperata, des critiques 
peu fondées, et surtout d'écrire; « L'existence de pevièe et de peurée n'est rien 
moins que dcmontrce, et ces formes paraissent avoir tout simplement été sup- 
posées pour servir d'intermédiaire entre pip'rala et purée. 1 Pa/iée se trouve à 
chaque page de nos chansons de geste, et il aurait suffi à M. J. d'ouvrir Cachet 
pour en voir de nombreux exemples ; il s'agit de savoir si du &ens de • sauce au 
poivre • on a passé à celui de • purée. > 

11. P. 90. Martin, Notes sur quelques étymologus françaises. Ces notes sont 
pleines d'érudition, mais dépourvues de méthode ; M- M. tire trop et troupe de 
turba, lapin de kporinus, boulanger de polendiarius pour polentiarius, soin, besoin 
et besogne de somniam; il est inutile de discuter ces étymologies, qui ne sont 
pas nouvelles, et qui ne devraient plus se produire après la constitution de la 
phonétique. G. P. 

VIII. — RcviSTA DE CiEKCiAS msToniCAS, publicada por S. Sanpere y 
Miquel. I. Abril 1880. — P. 45-53. Cronica de B. des Clôt: fragmenta inedito, 
intéressant; on en promet d'autres, ainsi quedeMuntaner. — La bibliographie 
des périodiques se borne à un simple résumé des articles ; il est fait une exception 
apparente en faveur de la Romiinia. Nous disons « apparente » parce que les 
vingt-cinq lignes qui sont consacrées à la publication de Jaufré de Foxâ dans 
notre n" 3 1 sont tout autre chose qu'un compte-rendu. Au lieu de parler de 
Jaufré de Foxâ et du travail de l'éditeur sur cet auteur et son œuvre, l'auteur de 
ce prétendu compte-rendu commence par émettre cette assertion étrange que la 
Romama t al igual deotras revistas Irancesas, se distingue por la acriludy descor- 
tesia con que trata de los errores y descuidos de los autores espanoles. 1 Puis il 
Romania, IX 2 3 



-.ir- z^ r_iM xi. et en fait il nous trouve 

— =- -s - .-n.r i". :z'Alphonse III était le père 

^^ : z. sz IX pure faute d'impression. La 

^. - ' . l'arrès Zurita, la mort de Juan I 

- - ^.- ^'^ir-ate::. =ais heureusement sans consé- 

_:- — r •.iiœe enfin est de nous être autorisés 

-..-i.v -ji a: :.-Jces de l'activité de la littérature 

.-. ; 7.7? faute si la meilleure histoire de la 

: T.~er.ciin? L'auteur anonyme dont nous 

_..,■- x:nnz de Vilanova, à Des Clôt et à Mun- 

u -- -li- iKz< le premier, totalement inconnus. 

: -^ a msiseioh ces auteurs parlent de Jaufré 

..^ ''dK r:c sur ces récriminations quelque peu 

P. M. 

-.. 'Cx Î79I. — P. 512-526, Z., Poésies fran- 

..- . •^•A'^magnac ; supplément au recueil de 

. st: ia notes et des additions de M. Couture. 

. r.L-e Seimbres, Dt certains mots employés dans 

>.>^.. ciRMENAUK OU simonage. Le premier de 

•.■■~. 3i=ples, n'offre guère de difficulté. M. C.-S. 

. .--i: ..Tï e savoir, avec les éditeurs du cartulaire de 

- '. :.:e ce mot désignait soit un terrain à bâtir, 

^^ _ . r.:. .:-on en une charte. La définition du capca- 

^ -v. m :rès assurée ; il se peut que ce soit parfois 

.T '.«sï :e peut être aussi la maison principale. Quant 

«■.•• une forme plus ancienne, de cinmanjlgc, déjà 

M -.M) si on voit clairement que c'était une espèce 

r>ie. jprès les recherches de M. C.-S., aussi obscure 

— • ■ ^ 'iî7'59- L- Couture, Pétrarque et Jacques 

;..•;.!> :-rofessées à l'université catholique de Toulouse. 

.-M. -jmmé fort jeune évéque de Lombez,se rendit 

-.•.:*•:* Je Pétrarque alors âgé de vingt-cinq ans. Ce 

.. ■. ■i'Tf.x. par quelques lettres de Pétrarque, de ce 

- . . is: bien fait pour inspirer le désir d'en savoir 

.. - ~ -.7. homme ordinaire, celui qui sut inspirer au 

• -->•:: y-Mt. Et on conçoit combien il serait précieux 

.....is-iN >-' la liaison de ces deux grands lettrés qu'un 

«^ lutre, sur le voyage notamment qui les conduisit 

^. H :..v .<r. Narbonne et Toulouse, t ... Malheureu- 

, ...T> jcn récent ouvrage sur Pétrarque ^ • c'est â 

.. ^-j.. T.'us devons reconstituer les particularités du 

. ^ ,5-.. j.;i-posée avec quelque certitude est qu'à Tou- 

.. ,. .-v^ince \sic Kœrtingl), on séjourna assez long- 

.„ .-"w. .i-.?-!*. 1878, P- 79-80. 



PÉRIODIQUES J]9 

temps ; et nous pouvons nous figurer avec quel inUrèt Pétrarque dut prendre 
connaissance des travaux de la société poétique le Consisiori dt la gaya sdinza 
qui, six ans plus tôt^ avait été fondée dans cette ville, t M. Couture, bien qu'il 
s'en défende, a peut-être cédé un peu trop au désir d'évoquer un passé attrayant 
autant qu'inconnu, mais il l'a (ait avec un go6t infini, ne donnant jamais comme 
assuré ce qui n'est que vraisemblable, tirant parti avec un art consommé de 
toutes les données que lui fournissaient les documents afférents à son sujet, 
notamment la correspondance de Pétrarque, et ne se laissant entraîner à des 
digressions qu'autant qu'elles lui fournissaient l'occasicm de donner un enseigne- 
ment solide, comme par exemple dans les quelques pages qu'il a consacrées à 
l'école poétique de Toulouse. L'information m'a paru complète sur tous les 
points. Je ne reprocherai pas à M. C. de n'avoir pas fait usage du livre de 
M. Kœrting, où pour cette partie de la vie de Pétrarque il n'eût rien trouvé 
qu'il ne sût déji, mais il aurait bien fait de consulter l'édition, malheureusement 
fragmentaire, des Rimt publiées il y a quatre ans par M. Carducci *. Il aurait 
pu s'y référer utilement à propos du célèbre sonnet Mai non vtdranno k mit luci 
asciutte (p. 1 55). La forme de ces excellentes leçons est très élégante, parfois un 
peu oratoire. — P. 49-5. Tabitau sommaire de la grammaire de la langue d'oc 
d'aprh K. Barisch. Ici nous n'avons plus à louer. Il y avait mieux à faire que 
d'emprunter à la Ckreslomathic provençale de M. Bartsch un précis de grammaire 
qui est fort imparfait, et qui, abrégé comme il l'a été par M. Couture, perd 
encore de sa valeur. Les Exercices qui suivent (p. ^i}i, et qui ont été imprimés, 
comme le Tabkau qui précède, « pour l'usage de la conférence de langue d'oc 
établie à la faculté libre des lettres de Toulouse », se composent de courts 
extraits des grammaires de Hugues Faidit et de R. Vidal et des biographies de 
Cercamon et de Marcabrun. Aucun de ces textes n'est bien établi. Les morceaux 
de H. Faidit, de R. Vidal notamment, sont empruntés i l'édition de 1858. 
M. C. devrait savoir qu'il y a lieu maintenant de faire usage de l'édition de 
M. Stengel. De plus, l'édition même de 1858 a été mal suivie par M. Couture. 
Ainsi M. C. écrit, p. 52, ligne avant dernière, ^ue lotas terras et dit en note 
qu'il faut suppléer aijuellas entre lotas et terras; mais il n'y a rien à suppléer, 
cir l'édition de 1858 porte totas estas terras. P. 53,1-9, M. C. imprime mui tn 
qui n'a pas de sens, au lieu de maior. — P. 76 et 1 a8, M. Couture a montré une 
bienveillance mal employée en louant le travail de M. l'abbé Aymeric sur le 
dialecte rouergat (voy. ci-dessus, p. 163) et celui de M. l'abbé Douais sur les 
Albigeois. Ce dernier livre notamment est absolument mauvais i tous égards, 
voy. Revue criti^at, 28 juillet 1879, Btbl. de l'Ecole des chartes, XL, 482. 

P. M. 



X. — Revue des gocrÉrÉs savantes, 7» série, t. I, — P. loj-j. A. de 
Lamothe, Notice sur t'abbi de la Jeunesse. Suit, p. 105-7, "" curieux extrait d'un 
ancien inventaire des archives de Beaucaire, rédigé en 161 1, qui fait connaître 
quelles étaient au XV* siècle et au XVI' 1rs fonctions, droits et privilèges de 



I. Rime ai Fr. Petrarca .,, Sâggio di un têsto e çommento nuovo, a cura di G. Cir- 
docd. Livomo, Vigo, 1876. 



. , '-isiî. qui existait en plusieurs 

•.- .- : iiiirs publics. Sa fonction 

.; ;i y.. Bessot] de Lamothe est 

. :.:;.és sur le même sujet. Un 

-: . ::'. égard d'utiles indications 

. ■ .-s-.i chines de Provtnci publiés 

. *; satisfaction qu'on s'est enfin 

■'- ::. -:s. Le petit glossaire de la p. 15: 

. < :uvrir à un plus grand nombre 

.■ z:.îi notes explicatives au dernier 

■ :-;2;. P. 152, au moi floquttum, la 

■ .-..ai Carpentier. P. 1 70, les « quatre 

...—. r'.re des images peintes sur verre 

;.itre œufs de verre ». — P. 197- 

■ .'a.-J. canton de Pont-Saint-Espriti, 

-::;;e d'un long rapport ip. 182-0-1 de 

• .; - .: articles rédiges on un latin qui laisse 

.. -.- i peine déguisés par une terminaison 

:•. .î". rsu:fisant et sa copie n'a pas toute 

- .;: j.-ticle : unum marcipedes htlneti • 

■.: » i>t demandé (p. 1951 ce que signifiait 

■ -. .- :e point aucun éclaircissement, il faut 

■ •; -..ire phrase est mal copiée et mal ponc- 

:; Joit-il pas se lire h. d cirogrilis minuta? 

. -Xi r^ssible ; pour armamau, 1. arnurutj. 

.• ' viridi coloris » ; art. 82 « cuni si.:nis 

■,. lif art. 550 « una cathedra cum celi.i 

.-.ur scll.i forjtj, chaise percée » ; non. mais 

nj.;nus cslripes ruplus », ne peut être qu'un 

.. .u (grosse flèche » ne se fonde sur rien ; 

.. Mat lire, et non tiinllo. de même à l'art. 

:•:. 571 ■' ... baiistx cum bauJrnUs » 

- ?. 244-5. Rapport de M. R. de Lasteyrie 

• •>.••.?.' à Villicrs-aux-Bois iF^as-de-Calaisj et 

- ; j.'urt ; elle est ainsi conçue : Ci j^ist Hua 

.> :-mes de l'écriture indiquent les premières 

: \'..î"Jement de Loui.i, duc d'Orléans, à son 

. >.-,- .ivres tournois pour • un tableau d'or a 

. .» ..-..ins ... donné a bt-aux oncles de Hour- 

; -..er derrenierement passé » (communication 

r M. 

■ ■. V Si)i:ii:rK ni: i/iiisthiiii: di: Fii\ni;i: , 

x...ïr. le Dibat J'Izurn d de Si^atl d( Fi^uàrjs. 

.: ::lt depuis longtemps sous le nom de .\oiJs 

;.":caré inédit. La valeur littéraire de cette 



PÉRIODIQUES 341 

composition fst fort médiocre, mais c'est un document 1res précieux tant pour 

\a connaissance des doctrines albigeoises que pour l'histoire de l'inquisition dans 

le midi de la France. M. Meyer attribue les faits dont il est question dans ce 

débat, et le débat lui-même, au milieu du XIII" siècle. Une enquête conservée 

par Doat lui a fourni une importante mention de Sicart de Figueiras en 

^^ 1241. Ce Sicart de Figueiras, qui était évéque hérétique, aurait été en rési- 

[^p dence i Usson (Ariège) au moment de sa conversion, si l'interprétation proposée 

^^ dubitativement par M. M. pour !e v. ^j^ est fondée. La traduction jointe au 

texte est accompagnée d'un commentaire qui a pour objet principal l'élucidation 

■ des points de doctrine cathare. Dans la préface, M. M. cite quelques vers d'un 
poème provençal jusqu'ici totalement inconnu, conservé dans un ms, du Musée 
britannique, et qui doit être prochainement publié par M. Suchicr. — P. 286-92. 
P. Meyer, Notes adJitionnelUs au tome II de h Chanson de ta Croisade contre les 
Atbigeois. Ce sont des notes biographiques sur quelques-uns des personnages 
qui figurent dans le poème. Les éléments en sont tirés d'enquêtes faites dans le 
Midi de la France au milieu du XIII* siècle, et qui ont été tout récemment 
mises au jour par M. A. Molinier. 
I 

I^P XII. — Gccrbes-Gesellbchaft. Historisches Jahrddch redigirt vonGeorg 
Hùffer'. I, I. — P. 107-140. Weiss, Le dh/eloppemtnl de la chaalerie chrititnnt. 
Etudes sur la légende de Roland. 

^^ XIII. — Remje critique, janvier-mars. — Art. 13, Gebhart, les Origines 
de la Renaissante en Italie (Charles Joreli. — ^4. Chassant, Nouvelle Grammaue 
française (M. Darmesteter, malgré de nombreuses et justes critiques, trouve cet 
ouvrage supérieur k ceux du même genre qui l'ont précédé). 



XIV. — Journal des Savants, janvier-février. — Ch. Nisard, Brunttto 
Latini est-il l'auteur du Pataffio, et s'il ne l'est pas, /}uel est cet auteur^ M. N. 
montre d'abord, avec Del Furia, que Brunetto Latino (telle est la vraie forme 
de son nomi n'est pas l'auteur de cette sorte de fatrasie; il a seulement tort de 
dire en note : « M. Thor Sundby, dans son Brunetto Latinos Levnet og Skri/ter, 
n'a fait que reproduire, sans y en ajouter un seul, les arguments exposés par Del 
Furia. • M. Sundby a d'abord critiqué quelques-uns des arguments de Del 
Furia et corrigé quelques erreurs dans .ses citations ; ensuite â ses arguments 
contre l'attribution du Pataffio i Brunetto il en a ajouté trois autres, deux de 
lui et le troisième de Fr. Palermo (p. 64-65), et ces arguments (Cimabue, il 
Uecento. l'abbé Paccianoi sont au moins aussi probants que ceux de Del Furia. 
— M. N. attribue le Pataffio i Burchiello (i40}-i448), l'auteur bien connu de 
poésies burlesques qui sont parfois presque aussi obscures que le Pataffio. 
Il appuie son opinion par divers rapprochements fort ingénieux. Il ne par- 



I Mûnstei, Theissing ; trimutriel : 16 fr. par an. On lit dans le programme: « Le 
joomjl doit 5tr\-ir de poini de rsiliemenl surtout aux historiens qui regardent Jésus- 
Ckritt comme le centre d« l'histoire et l'église catholique comme l'institutrice, établie par 
Dien, da genre humaia. • 



342 PÉRIODIQUES 

vient pas cependant i la rendre évidente, et on est toujours porté à accorder 
une grande valeur au témoignage du ms. laurentien (fonds Gaddi, et non Gid- 
diani) de la première moitié du XV* s. (ainsi contemporain de Burchiello) : 

VochaboU fiortntini distinti in diui chapitoli chiamati Pataffio fatto per Je 

Manelli sendo in prigione. Il n'est pas nécessaire que ce Manelli, dont le prénom 
est resté en blanc, soit un des Manelli dont M. N. signale l'existence i Florence 
au XV siècle. 

XV. — LiTEBARiscHES Centralblatt, jauvier-mars. — N* i . Koschwitz, 
Sechs Beûrbeitungen des Gedichts von Karl' s Reise ; Luchaire, Etude sur Us idiomes 
pyrénéens. — j . De Gramont, Les vers français ; Foth, Die franzasiscke Metrik ; 
Lubarsch, Franzasiscke Verslehre; Becq de Fouquières, Traité de versification 
française; Ten Brink, Dauerund Klang. — lo. Fichte, Die Flexion im Cambrii- 
ger Psalter. — ii. Milchsack, Die Osier- and Passionspitle, I. — u. Alton, 
Die ladinischcn Idiome. — 15. Cederschiœld, Clarus Saga. 

XVI. — The Academy. 27 mars. — Article intéressant de M. Nicol sur le 
Roa de M. Andresen : l'éditeur a rempli la partie historique de sa tâche mieux 
que la partie philologique ; il n'a pas cherché les traits spéciaux qui prouvent 
pour M. N., qui en indique quelques-uns, que Wace écrivait le dialecte de 
Guernesey, sa patrie. 

XVII. — ZErrscHRiFT fùh cesterbeichischb Gvunasien, 1879. — 
P. 946-7, art. de M. Mussaiia sur l'index de Diez par Jarnik, où il montre que 
l'utilité de cet excellent travail, loin d'être détruite, est plutôt augmentée par 
la nouvelle édition du Dictionnaire. 



CHRONIQUE. 



M. Alart, archiviste des Pyrénées-Orientales, est décédé il y a peu de 
mois. D'abord voué Â l'enseignement, il s'était formé lui-même au métier d'ar- 
chiviste et était arrivé à force de travail à être l'un des meilleurs fonctionnaires 
du service des archives départementales. Il a publié un grand nombre de travaux 
d'histoire locale qui pour la plupart ont trouvé place dans le Bulletin de la 
Société des Pyrénées-Orientales. Dans ces dernières années il avait abordé 
les études philologiques, et ses publications de textes catalans comptent 
parmi les travaux les plus utiles que la Revue des langues romanes ail mis au 
jour. Nous lui devons une courte mais intéressante communication |IV, 46(1. 
Nous croyons savoir qu'il préparait depuis longtemps un dictionnaire topogra- 
phique et historique du département des Pyrénées-Orientales, conçu sur un 
plan plus étendu que les dictionnaires topographiques du ministère de l'instruc- 
tion publique. Il serait à désirer que cette œuvre, dont l'importance n'a pas 
besoin d'être signalée, fbt mise en état d'être imprimée. 

— L'Académie des inscriptions et belles-lettres décernera en 1882 le prix 
ordinaire (a.ooo fr.) sur le sujet suivant : « Faire connaître les versions de la 
Bible en langue d'oïl, totales ou partielles, antérieures â la mort de Charles V ; 
étudier les rapports de ces versions entre elles et avec le texte latin ; indiquer 
toutes les circonstances qui se rattachent à l'histoire de ces versions (le temps, 
le pays, le nom de l'auteur, la destination de l'ouvrage, etc.). > Les mémoires, 
munis d'une devise reproduite sur une enveloppe cachetée contenant le nom 
de l'auteur, doivent être remis au secrétariat de l'institut avant le i«' janvier 
1881. 

— M, Alfred Morel-Fatio est chargé du cours des langues et littératures 
méridionates â l'École supérieure d'Alger. 

— Le Mystère de sainte Agnès obtient un honneur qui jusqu'à présent avait 
été réservé à des ouvrages d'une plus grande valeur. Un prospectus accompagné 
d'un spécimen très satisfaisant nous apprend qu'une édition en héliotypie (pho- 
tographie reportée sur pierre ou sur gélatine) va en être publiée à Rome par les 
soins de M. Martelli, avec une préface de M. E. Monaci. * L'édition de 
• M. Bartsch, dit le prospectus, quoique très estimable., ne paraît pas avoir 
■ surmonté toutes les difficultés de lecture que présente l'original, et l'édition 



^44 CHRONIQUE 

• de M. Sardou y a réussi bien moins encore'. > L'ouvrage est publié par 
souscription. Jusqu'au ;o juin prochain, le prix reste fixé Â i) francs. Après 
cette date il sera augmenté. Les souscriptions sont reçues par l'éditeur A. Mar- 
telli, Rome, via délie Vite, loj, ou par la librairie Lœscher. 

— L'Armana prouyençau pour 1880 contient une note sur VOmc de la lano 
fp. 40), et deux contes, l'un, Jan de la Vato (p. 74), où figurent plusieurs traits 
du fableau de Trubtrl, l'autre, Lougnoun lou Nia (p. 100), qui est une variante 
du type bien connu Pcrvonto. 

— MM. Thor Sundby et Kr, Nyrop s'occupent d'une nouvelle édition de la 
version en prose française de la Disciplina cUricalis, imprimée fort imparfaitement 
par l'abbé Labouderie en i8i6. Un bon texte de cette version se trouve dans le 
même ms. de Copenhague qui contient Robert de Clari et un ms. de la Chro- 
nique de Reims (voy. Rom. VIII, 150). Les deux philologues danois songent â 
joindre à leur édition l'original latin, et, ce qui serait fort précieux, les deux 
traductions en vers français, 

— M. G. Cloetta, de Zurich, prépare une édition du Poimc moral (ms. de la 
Bodléienne Canonici Miscell. 74) dont P. Meyer a donné des extraits dans ses 
Rapports. Dans ce poème sont intercalées les vies de sainte Thaïs et de Moïse, 
dont la seconde se trouve dans un manuscrit, la seconde dans sept, outre celui 
d'Oxford. M. Cloetta a comparé tous ces manuscrits. 

— On annonce la prochaine publication d'un Diccionario aimologico de la 
lengua ponugueza y de lodos ios dialulos apahoks^ par M. Eguiiaz, professeur 
i l'université de Grenade. 

— M. Sweet va donner une nouvelle édition de son Historj of english sounds. 

— M. Alfred Weber, chargé par la Société des anciens textes français de 
publier la Vie de saint Grigoire, a prie M. Gaston Paris, qui était commissaire 
responsable pour cette publication, de devenir son collaborateur, ce qui a été 
accepte par celui-ci. L'édition est sous presse. 

— M. Staechlich prépare une édition du Roman de la Poire, d'après les trois 
mss. de la Bibl. nationale de Paris. 

— M. le prof. Schum, de Halle, a trouvé dans la reliure d'un ms. d'Erfurt 
un fragment du poème d'Aspremont. 

— M. Fcerster annonce à la librairie Henninger une édition du renouvelle- 
ment du Roland en deux textes, l'un d'après les mss. de Paris, Lyon et Cam- 
bridge, l'autre d'après ceux de Chàteauroux et de Venise. J'ai annoncé dans le 
prospectus de la Société des anciens textes, il y a six ans, mon projet de donner 
une édition des textes renouvelés du Roland ; j'avais alors chez moi le ms. de 
Lyon, que je communiquai à M. Fœrster qui en prit copie. J'ai répété cette 
annonce dans la Romania (VU, 54I, i propos d'une note de la Zeitschr. f. r. 
Philologie, provoquant de pareilles annonces « pour éviter les concurrences invo- 



t. Cest bien ce que nous peniions, voy. Romania, VI, 191-7. 



CHRONIQUE ?45 

lontaires. » Celle de M. Fœrster re rentre pas dans celte catégorie. J'ajoutais 
d'ailleurs : • I! serait inadmissible qu'on marquât pour ainsi dire d'avance â son 
nom un certain nombre de textes inédits^ et qu'on prétendit interdire aux autres 
de l'en occuper. » L'éditeur allemand est parfaitement dans son droit. — G. P. 

— MM. K. Hofmann et F. Muncker annoncent une édition de Joufroi, roman 
de chevalerie conservé en manuscrit à la bibliothèque royale de Copenhague, 

— M. Gaster annonce une édition du livre roumain sur AltxanJre, qui est un 
des plus anciens textes roumains ; il étudiera particulièrement i ce propos le 
groupe slave des versions de la légende d'Alexandre. 

— M. F. Neumann a mis sous presse une grammaire de l'ancien français. 

— M. E. Martin va prochainement publier, dans les QuelUn und Forschungut 
ZUT dtttttchcn Ltteraturgeschichte (Strasbourg, Trùbner) une étude sur la Ligende 
ia Oral. Citons à ce propos un travail paru il y a trois ans à Kief, qui semble 
être resté inconnu aux savants allemands : Skazamt o sv. Gralu, izsUedovanic 
Nicolaia Dachkevitoha. M. Dacbkevitch prépare actuellement un grand travail 
sur Merlin. 

— Livres adressés i la Romania : 

t manoscritti italiani ddla Biblioteca naiionalt di Firenze, descritti da una società di 
studios! sotto la dîrezione del Prof. Ad, Babtoli, con riproduzioni fotogra- 
fiche di miniature eseguite da V. P40a}«ori. Sezione prima, codici Magliabe- 
chiani. Série prima, Poesia. Firenze, tipogr. e litogr. Carnesecchi, 1879-80 *. 
(Se publie par fascicules mensuels de 64 pages : prix } fr. par fascicule, ou 
par souscription annuelle, 48 fr.). — Il y a en Italie à peu prés autant de 
bibliothèques nationales que d'anciennes capitales. Celle de Florence est 
particulièrement riche, contenant les fonds célèbres de la Magliabechiana et 
de la Palatina, auxquels se sont |oints de nouveaux fonds de livres imprimés 
et manuscrits provenant des couvents supprimés, et toute la Riccardiana, ce 
dernier fonds demeurant toutefois conservé dans un local distinct, au palais 
Riccardi. L'ensemble des mss. de ces diverses collections s'élève i plus de 
17000. Pour tous ces fonds les catalogues manuscrits sont très défectueux; 
pour la Riccardiana il y a bien un catalogue imprimé, mais il est très som- 
maire et souvent inexact. Les tentatives de Molini ' et de Palermo\ pour 
procurer i la Palatina un catalogue imprimé, ont misérablement échoué. 
Des trois énormes volumes de Palermo, un seul contient des notices, toutes 
très diffuses et rédigées avec peu de méthode ; les deux autres volumes 
renferment des textes publiés i/i extenso ou par extraits, A poursuivre d'après 
un tel plan il faudrait, pour passer en revue tous les mss. delà bibliothèque 



1 . A partir du 'roisième Tascicule les couvertures portent cette menlion ; col ptttn- 
antù del eiinstglio dtrtttno del R. Itlituto di Studi superiori. 

a. CoJici manoscntu itaUani dell' I. t R. Biblinttca Palatina di Firenze, illustrjd da 
Chisepp« Molini. Firenze, 18)5. in-8*. Le i" fascicule seul (88 p.) a paru. 

J. I manouritti Palatini di Firenze, ordinati e esposti da Fr. Palermo, ln-4*, t. l, 
II]); L II, 1860, 1. III, 1868. 



—T. K. :: f r x sxatenant constituée, des centaine; 

... -- -rt r-. ^ c;e l'industrie officielle des bibliothé 

.-—- -»;.«■ K Birtoli, bien connu par ses travau] 

tr y. '--r-^-~s, II, 135), aidé de jeunes érndit 

; --^ . .-ïrrîrris courageusement le dépouillemen 

■ rîrî iTT-sse collection. La publication embras 

T- inrii nientionnés plus haut ; dans chaqu( 

-,- — . .: nwsie, une autre à la prose. Il n'y aur; 

- -.-TT ■ssr.cïles que nous avons sous les yeux don- 

..- ' r-?rje. avec mention de provenance et toute 

-^ ■ r-i-.-i-iphiques qu'on peut désirer, des mss. d< 

j:;.^: ..■^.-.Tiri compris entre les n«» II, i, 18 et II, ; 

-r. ^T^ « >:i fascicules, sera accompagné de deui 

i • - . n^riers vers de chaque poésie. Ces tables n( 

^ .■: ; ■:■: ie chaque série il y aura une table géné- 

: .i—w * noms d'auteurs; 2' titres d'ouvrages; 

..•.T .; -ue. Voilà une entreprise vraiment utile et 

; ^ ,%: ficcès. 

-..-^!c-:.rn pf noue, Bologne, 11 janvier); texte 

- ~>T.r:iîS. par M. Alvisi, d'après un ms. de la Lau- 
r- '•'■- .-*J=son du XIII' s. qu'a connue Boccace. 

■ --■çj'î Madrider Handschrift mit Einleitung, Anmer- 

tn "■înussegeben von Karl Vollm(klleb. I Theil : 

,. "-c — Nous rendrons compte de cette importante 

'i «rî .-empiète, ce qui, nous l'espérons, ne se fera pas 

. ,■■;; 'rjnçaisc et de tous ses dialectes du IX» au 
. .*r^s le dépouillement de tous les plus importants 

- .: ~?rimés qui se trouvent dans les grandes biblio- 
• ,^• ïEurope et dans les principales archives dépar- 
V '.-spitalières ou privées, par Frédéric Godefboy 

. •« ~-A*, 72 p. à 5 colonnes. — La première livrai- 

..■; ■ ?rt enfin de paraître ; la seconde est prête. Il fau- 

,■ -.-ri-.î que nous ne pouvons entreprendre ici pour 

î-r'-., en indiquer les mérites et les défauts ; d'ailleurs 

. J. ,*-:.'.■ I est à peine suffisant pour permettre un 

■ .o*.> tout de suite que comme collection de mots, le 

v-v. .'■"."« laisse bien loin derrière lui tout ce qui l'a 

.v-.'eî comment l'être dans un travail de ce genre.?), 

-.-:> f. surtout des exemples nouveaux en grand nombre 

., -\-*fs .-clUctanées. L'interprétation, le classement des 

.>. ."ifrples prêteraient à plus de réserves. On recon- 

.- f Tjit d'un immense et long travail, mais on sent 

>: - ;:r.j;u:ste ni philologue. Heureusement l'abondance 

.- -7r$ ces citations permettent à ceux qui feront usage 

o.-:-Mer awc certitude les explications de l'auteur, et 



CHRONIQUE J47 

grice i cette richesse, son livre sera d'une incomparable utilité aux études 
d'ancien français, si dépourvues jusqu'à présent de base lexicographique 
sérieuse. Il faut souhaiter que l'éditeur et l'auteur s'arrangent pour faire 
avancer rapidement une œuvre qui, à ses débuts, a déjà subi trop de retards; 
quand elle sera terminée, un supplément, auquel on songe déjà avec toute 
raison, viendra combler, autant que possible, l<-s lacunes et redresser les 
erreurs. Nous devons mentionner la collaboration fructueuse que M. Bon- 
nard, auteur d'une thèse sur le Participe passé dont nous avons dit naguère 
un mot {Rom. VI. 6}6), a apportée à l'œuvre de M. Godefroy. 

J)u Osier- and Passionsspiele. Literarhistorische Untersuchungen ûber den Ur- 
sprung und die Entwickehing derselben bis zum siebenzehnten Jahrhundert 
vomehmiich in Deutschiand ... von Gustav Mii.gusacic. I. Oie laleinischcn 
Osterfeiern. Wollenbùtiel, Zwissler, in- 4*, vj-136 p. — Ouvrage capital, 
sur lequel nous reviendrons. 

Corttos populares pottugutzts, coiligidos por Adolpho Coflho. Lisboa, in-8', 
xxxij-i65 p. — M. Coelho publie ici soixante-quinze contes portugais, fidè- 
lement recueillis de la bouche du peuple. L'introduction présente quelques 
remarques qui attestent la compétence de l'auteur dans les études mylho- 
graphiques et font concevoir la meilleure idée du recueil, accompagné de 
commentaires, qu'il a promis à la Romania. 

B. Psthiceicd-Hasdec. Limia romand vorbiu intre 15^0-1600. Suplement la 
tomul I. Leipzig, Harrassowitz, in-8', ex p. — Le supplément au volume 
que nous avons annoncé (Rom. VII, 6]6) contient : un < conspectu • des 
discussions qui vont suivre, de M. Hasdeu ; un très intéressant article de 
M. Schuchardt sur les textes et les glossaires contenus dans le volume; un 
article de M. Bari^ sur ce même volume ; un examen, peu favorable, par 
M. Casier, des critiques adressées au volume par M. de Cihac ; des Addenda 
a Corrigenda-, des index. Tout cela ajoute du prix à un ouvrage déjà indis- 
pensable pour l'étude du roumain. 
CunU poporant ait Romanilor in secolul XVI in legalttrà cun literatura poporanà 
eu nucrisà. Studiu de filologiâ comparaùvu, Leipzig, Harrassowitz, gr. in-8', 
xlvj'766 p. — Un faux-titre indique ce livre comme formant le t. H de l'ou- 
vrage dont le livre ci-dessus annoncé formerait le tome I ; mais les deux 
volumes ne sont pas du même format, et n'ont d'ailleurs pas de rapport 
intime. Celui-ci a plus d'intérêt et de valeur encore que te premier. On n'y 
trouve pas seulement des textes importants en roumain du XVI' siècle et un 
long chapitre (extension d'une dissertation précédente de M. H.) sur un 
point curieux de syntaxe roumaine ; l'auteur, à propos de certains textes qu'il 
publie, a abordé le domaine de la littérature comparée, oii il montre une 
érudition d'une surprenante richesse, et a cherché avec succès dans toutes 
Its littératures des rapprochements vraiment féconds. Nous signalerons les 
chapitres sur les Bogomiles et leur influence chez les Roumains', la Desunie 
de la sainte Vierge en enfer, {'Apocalypse di saint Paul, la célèbre chanson des 



I. Ce injet intéressant aanit dû, nous s«mble-t-il. erre étudié déplus près. — L'au- 
teur rapproche l'esp. bellaco, qui serait Valackus, du fr. bougre = Balganis et voit 



Î46 



nation.i!' 
de vuIl: 
cairei: | 
d'histoi 
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de tOL' 

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fonclN 

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.. .. nés formes des Nombns \C 
.:.- " .-.; imes des morts, etc. Ttu 
- T :-:;nnée, n'en est pas moins 

- -■ ~j:.:"Z'', nous serions plus porté 

• : I. k-uchardt a discrètement indi 

■ r.r j: ".:sie I : M. H. peut embrasse* 

-:.-.;; :.ïerses, et pour expliquer Its 

- - r-Tiii.euse facilité dans l'une ou 

— _- ::i ianaue d'origine aussi com- 
. ; ;•: 3 ses dangers. L'auteur de 

. ' .-.'.-.sirc d'ityniologie daco-romjnc 
• -.-.-:;": aucune occasion de se criti- 

• -r .Tî leurs qualités diverses, et nous 
... — ice auxquels la philologie peut 

- v-^ ;-c ft littéraire roumain. 

■ ; — Ces vingt-deux rispetti, publiés 
r. ■': :;r.ts par un notaire du milieu du 

--. X :'::dennent des traits charmants ; 
._- nzi el leur rapport avec d'autres 

■ :.:.•:: pjr It roy CkarUmaigne, chanson 

. ir.~ .'oûON DES LoNGnMS, ancien élève 

.-.•; :îs bibl. bretons, cxxiij-2^9 p. — 

. .;■: T::néro, un compte détaillé de cette 

_- _".'.:. Zuzammenstellung der Anfangs- 

,-. Hirzel. in-S" 12; p. — Nous parle- 

~ dans notre prochain numéro. 

. J ..\an:ç^sspicl. ncbst einem Anh.inc 

. .tîmisches Dreikixnigsspiel. einen Wie- 

..-..«, sowie einen Excurs ùber die Namen 

- ri.*-isjr. Bautzcn, Koesger, in-8 , 94 p. 

V:i> consacrerons un prochain article i 



"innhchen. Halle (diss. de docteur^ 



.■ éiîlion, revue et corrigée. Elberfeld, 
— a oblijîés de maintenir à propos de 
utf générales que nous avons présentées en 

'V, : ;o et suiv.l. Les améliorations portent 



.; .-fr«ic commune aux r>ulgares et aux Bou- 
".■; ^u: Kl»-" par.iit plus que douteux, il se rap- 
^ :.:':r. jura apielt? V.i!j.;:.cs fommc on le.- a 
- ; ■.■.zi Jans le ri.t. il'.irgi-t <lo M. Viv.hel. in 
;>: iiï "aJi verbal .normand) de h/tvh/f, cl e>t 
icr. '.< sens reste à préciser. 



CHRONIQUE ;49 

jur des détails, non sur le système. M . B. dit qu'il a tenu compte des cri- 
tiques « en tant du moins qu'elles étaient fondées <>. Il serait plus exact de 
dire qu'il en a tenu compte en tant qu'elles n'exigeaient pas de modifications 
dans la mise en page, de façon que le glossaire de la troisième édition pût 
s'appliquer avec peu de changements à la quatrième. Ce ne peut être qu'afin 
d'éviter un remaniement que M. B. a conservé son texte de la pièce Dro- 
goman senktr, de Pierre Vidal, bien qu'il ail été surabondamment démontré 
ici-méme que ce texte reproduisait une leçon tout à fait dénaturée (II, 42;- 
}6|. En outre, s'il est vrai que M. B. a purgé ses textes et son glossaire 
d'un certain nombre des barbarismes et des contre-sens qui lui avaient été 
signalés par M. Chabaneau ou par moi, dans les comptes-rendus que nous 
avons faits de son livre, il n'a guère profite des rectifications, même les 
pins évidentes, qui lui ont été suggérées en dehors de ces comptes-rendus, 
ce qui équivaut à dire qu'il s'est bien peu tenu au courant des progrés de 
la philologie provençale dans ces dernières années. Entre beaucoup d'exemples 
que |e pourrais citer, je me bornerai à trois faits : i" Le texte de Boêce n'a 
reçu aucune amélioration, les fautes mêmes qu'on pouvait éviter en 1875 
ont été conservées, et il n'a été tenu aucun compte des nouvelles coupes de 
tirades proposées par M. Bcchmer, dont l'une au moins (v. 40) est absolu- 
ment sûre, ni des corrections indiquées par M. Tobler (par ex. costden: 
24?). 2" Une grosse faute citée par M. Chabaneau, non dans son compte- 
rendu de la troisième édition, mais dans un supplément à ce compte-rendu, 
a été conservée dans la quatrième édition (au mot destantar, qui est un 
barbarisme). 5" MM. Darmesteter, Cornu, Fœrster, Caix et moi-même, 
avons, en français, en allemand, en italien, expliqué les formes dérivées du 
latin manducarc. S'il est un fait linguistique bien démontré , c'est que 
manduja |de manducat) ne suppose pas un infinitif mandu/ar. Eh bien I l'in- 
finitif mandujar n'a pas encore disparu du glossaire t En somme cette qua- 
trième édition, que je ne juge pas à propos de critiquer plus â fond, est 
encore bien loin d'être lui livre recommandable. — P. M. 

Sp. Zamuelios. ParUn grtcs cl romam ; leur point de contact préhistorique. 
Tome premier. Paris, Maisonneuve, in-4", x-2^0 p. — L'auteur, passant 
par-dessus le latin, rejoint les mots romans actuels aux mots grecs des dia- 
lectes les plus divers, recueillis surtout dans les glossateurs. Aberration 
complète. 

PAois de la commune de Vionna: (Bas-Valais;, par J. Gillièwon, accompagné 
d'une carte (XL* fascicule de la Bibliothèque de l'École des hautes études). 
Paris. Vieweg, ia-8', 197 p. — Excellent et précieux travail, qui sera pro- 
chainement suivi d'autres études dialectologiques du même auteur. 

Université catholique de Lyon. Faculté des lettres. Cours complémentaire de 
langues et littératures romanes (langue d'oïl). Leçon d'ouvtrture, par l'abbé 
Jean Condaiu:< (2 mars 1880). — Bonnes intentions; éloges à tout le 
monde. 
Lt Origini dtV.a l'mgua potùca itatiana, prtncipii di grammatica storica italiana 
ricavati dallo studio dei manoscritti, con una iniroduzione sulla formazione 
degli antichi canzonieri italiani, del dott. C. N. C\ix. Firenze, Le Mon- 



) $0 CHRONIQUE 

nier, in-4', 284 p. — Cet ouvrage se rattache à l'ensemble des études i 
l'auteur sur la formalion de l'italien littéraire ; il essaie de résoudre par un 
méthode rigoureuse les questions si difficiles qui se posent quand on éiudi 
les origines de h langue poétique italienne. Nous espérons revenir en déta 
sur cet important travail, qui servira désormais de base à toutes les rechci 
ches du même genre. 

Attilio HoRTis. Srut^i mlU opère lalini del Boccacio, con patiicolatt riguardo ali 
sloria délia erudizione ne! medto no, e alU Ittteraturt strtniere. Aggiitntavi 1 
bibitografia délie edhiom. Trieste, Libreria Julius Dase, 1879. ]n-4* 
xx-956 p. — Nous ne pouvons que signaler en quelques lignes cet exceile« 
ouvrage. Les œuvres latines de Boccace appartiennent déjà à la renaissant 
et par suite sont en dehors du cadre de notre revue. Disons toutelois qn 
le livre de M. Hortis mérite tout éloge. Les écrits latins de Boccace, i 
peu lus qu'ils soient aujourd'hui, ont joui autrefois d'une vogue considéi 
rabie. Leur valeur littéraire mise â part, ils abondent en renseignements soi 
l'auteur et sur ses contemporains. Ils sont d'une importance capitale pom 
l'histoire littéraire. M. H. les étudie successivement, les analysant, recher 
chant leurs sources, ne laissant de cdté aucune difficulté, vérifiant chaqa( 
assertion. Nous citerons comme particulièrement remarquable le chapitn 
sur les auteurs consultés par Boccace (p. ;63-;24), qui contient les élémenti 
tout préparés d'une histoire de l'humanisme en Italie. Le chapitre consacr 
aux traducteurs des œuvres latines, qui nous intéresse directement i causi 
des traducteurs français (Laurent de Premierfait et autres), est égalemenl 
traité d'une façon supérieure. On voit par le grand nombre des renseigne 
ments tirés de nos bibliothèques de Paris et du Musée britannique, qu( 
l'auteur n'a rien négligé pour compléter ses informations. Indispensable I 
quiconque veut connaître i fond Boccace, le livre de M. H. rendra plul 
d'un service i l'étude de Pétrarque et i celle même de Dante. En effet. Il 
précieux commentaire de Boccace sur les 17 premiers chants de Y Enfer , s 
misérablement édité par M. Milanesi, a été de la part de M. Hortis l'abje^ 
d'une élude approfondie, et toute l'érudition que Boccace y déploie es< 
ramenée k ses sources. Ajoutons en terminant que la partie bibliographique 
a été traitée avec un soin et une connaissance des règles qu'on n'est pai 
accoutumé à rencontrer dans les travaux des bibliographes italiens. Ld 
chapitres, très longs et très remplis, auraient besoin de sous-divisions ou d( 
sommaires placés en manchettes. Il n'y a qu'une table des noms : une tabl| 
des matières e&t été désirable. L'impression est correcte autant qu'élégante, 

Felice Barioj.a. Ctcco d'AiCùli e l'Acetba. Saggio. Firenzc, tip. délia CaizetU 
J'Ilalia, 1879. In-8», i;4 pages. (Extrait de la RivUta inUmaitonaU.) — 
Cecco d'Ascoli, de son vrai nom Francesco Stabili, est un assez médiocM 
auteur qui doit d'avoir conservé quelque renommée en dehors du cercle dd 
èrudits à deux circonsunces : l'une c'est qu'il a parlé, et mal parié, it 
Dante, dont il fut contemporain; l'autre c'est d'avoir été brûlé comme héré« 
tique ou nécromancien en 1^27. Son œuvre principale, le poème qui portf 
le titre assez énigmatique d'Acerba, est une sorte d'encyclopédie scientifique 
en quatre chants. Peu lu aujourd'hui, cet ouvrage a |oui au XIV' siècle 6 



CHRONIQUE j;i 

ju XV' au succès qu'ont obtenu au moyen âge Vlmagt du monde, le Trésor 
de Brunet Latin, le Dnvian J'amor, tous les ouvrages en un mot^ ou peu 
s'en fout, qui ont eu pour but de mettre la science à la portée des laïques. 
Le mémoire de M. Bariola se divise en deux parties. Dans la première il 
soumet à une critique judicieuse tous les faits de la vie de Cecco, et dresse 
un catalogue raisonné de ses écrits. Dans la seconde il étudie VAccrba tant 
au point de vue du fond qu'à celui de la forme. Il donne en appendice an 
spécimen de l'édition critique qu'il prépare de ce poème, et pour laquelle 
de nombreux mss. ont été collationnés et classes. Ce travail est en somme 
une des meilleures monographies que l'Italie ait produites dans ces dernières 
années. 

Tradtiionsy suptntitions et lêgtnJti de la Haute-Bidagrit, par Paul Sëbillot. 
Paris, Maisonneuve, in-8*, 41p. — Collection intéressante. 

Miiiagis de paUçgraphie <l de bibliographie, par Léopold Dei.isle. Paris, Cham- 
pion, ix-fo) p. — Plusieurs de ces excellentes notices ont un grand intérêt 
pour les études romanes : nous citerons les articles sur les manuscnts Didol 
Oiquis par la Bibt. nat., sur le Livre à peintures cxiculi en i2{o J Satnt-Denis, 
sur les Elhiquts, les Politiques el Us Économiques d'Aristott traduites tt copias 
pour Charles V, etc. 

Hiitoirt de deux préfixes â travers le vieux français et les patois, par Ed. Lb Hè- 
BiCBER. Avranches, Lctreguilly, in-ii, 6j p. — Poussant k l'extrême une idée 
émise par M. Darmesteler [Traite de la jormaùon des mots composés, p. 1 1 1), 
M. Le Héricher ramène à la même source, qui serait le hKXoagwal, « faux, 
mauvais, • la première syllabe d'une masse démets français commençant par 
git, gali, gaul, gan, ga, go, gar, ger, gte, jar, cal, calt, car, ca, chat^ cra, 
cha, chan, chari, chan, can, cran, cro. La réunion de tous ces mots est assez 
curieuse ; l'étymologie de chacun est presque toujours ou faite ou à faire 
autrement. Viennent ensuite des a transformations • parallèles, mais moins 
riches, de per en par, pa, ba, ber, bre, bes, bé, bi, bis. L'auteur annonce en 
finissant qu'il tient en réserve tout l'ensemble des préfixes, peut-être des 
suffixes de la langue française. 

Lcggtnde popolari siciliane m poesia, raccolte ed annotate da Salvator SA.t.OMO!(E- 
.Mahino. Palermo, Pedone-Lauriel, in-12, xxix-4j5 p. — On trouve dans 
'ce volume soixante-une pièces de vers, parfois incomplètes, généralement en 
cttâra siciiiana, racontant soit des aventures romanesques (c'est le petit 
Aûmbrel, soit des événements historiques (guerres, révolutions, brigandages, 
épidémies, etc.). La plupart de ces pièces ne sont pas populaires au sens le 
plus précis du mot ; mais elles sortent cependant du peuple et y sont répan- 
dues. Le savant et intelligent éditeur de la Baronessa di Carim, auquel doit 
déji tant la littérature populaire de son pays, les a recueillies dans la tradi- 
tion orale, annotées pour les mots ou locutions dif&ciles, et accompagnées 
d'intéressantes observations. La plus ancienne de ces pièces rapporte un 
trait de clémence attribué au « grand comte « Roger (XI« s.| ; la dernière 
est consacrée à la mort de Pie IX et de Victor-Emmanuel. Le volume entier 
est précieux pour la connaissance du peuple sicilien. 
Khtihuions étymologiques par Michel Sghapibu. Origine des mots dits historiques. 



Î52 CHRONIQUE 

I. Armes tranchantes. Paris (Odessa), Maisonneuve, 1880, in-8°, 92 p. -^ 
Petit livre singulier, rempli de faits, et où les idées ne manquent pas, nais 
oii la bonne méthode fait défaut. L'auteur ne croit pas aux étymologies his- 
tor'njues, et appliquant ce fju'il appelle son principe à certains noms d'armes 
tranchantes, il réfute l'origine historique donnée aux mots baionnetle, brclle, 
euitûcht, jariuc et urdun. Celle qu'il leur substitue est d'ailleurs loin d'être 
assurée ; mais ses critiques ont du bon (au moins pour béonnelte, eustackc et 
ycrdua], il essaie ensuite de prouver que tous les noms d'armes tranchantes 
sent empruntés au règne végétal, parce que les premières armes étaient en 
bois ou en roseau, et il passe en revue les noms de cette classe dans les 
langues indo-européennes. Il y a de bonnes choses, mais bien des birarre- 
ries dans tout cela. L'auteur traite les langues romanes comme si elles 
remontaient directement à l'époque où les métaux étaient inconnus. Ce 
n'est pas une distraction ; c'est bien plutôt un système, qu'il est inutile de 
combattre. Si l'auteur renonçait à ce système et à quelques autres, avec 
ses vastes connaissances linguistiques et son intelligence, il pourrait faire de 
bonnes recherches étymologiques. 

— Le tome IV du Recueil giniral et complet des Fabliaux, publié par A. de 
Montaiglon et G. Raynaud, va incessamment paraître. Il contient plusieurs 
pièces inédites ; le Vilain de Farbu (p. 82-86), Jouglet, par Colin Malet (p. 1 lî- 
127I, Des trois Dames (p. 128-1 j2), et une variante de la Boiugoise d'Orliens, 
intitulée De la Dame tjui fist baire son mari (p. i î ;-i4;). — Rappelons que le 
lome III, paru en 1878, contenait aussi quatre fableaux imprimés pour la pre- 
mière lois : DuPrestre ki abevett (p. UM7li Du Preslre a des Deus Ribauiip. j8» 
67), Le Faucon lanier |p. 86-87), ^^ ^i^' variante de Btrangier au lonc cui 
(p. 2^2-262). 

— Les cours du semestre d'été 1880, relatifs aux études romanes, à Paris, 
sont les mêmes que ceux du semestre précédent; au Collège de France seule- 
ment M. G. Paris, suivant son usage, supprime la leçon de littérature et fait 
deux leçons de grammaire. 



Addition à la p. (9j. — Parmi les textes qui ont aun, jaun, naun, |'at 
oublié de mentionner au § 1 le ms. Barberini des Ainels cassadors , Bartsch , 
Chrest. prov., ]' éd. 175 (4* éd. 177), 18, 19, etc. M. B. rejette toujours ces 
formes en note et leur substitue an. Cf. l'édition de M. Sachs, vv. 362, 441. 
— P. M. 



Le gérant : F. VIEWEG. 



Imprimerie Daupelcy-Couveroeur, à Nogcni-le-Rôtrou. 



EL CANTO DE LA SIBILA 



EN LENGUA DE OC. 



In su excelente estudio titulado Les Prophètes du Christ, pag. 2 ss.», 
M. Marius Sepet publicô, conforme k un breviario ms. de Arles (sigio xii) 
un nuevo texlo del sermon atribuido â S. Agustin que se leia en la 
vigilia de la Natividad del Senor y en el cual, para convencer de su 
advenimiento à les Judfos, son llamados i dar testimonio varios perso- 
najes del Antiguo y del Nuevo Testamenio, y despues de esios, como 
gentiles, Virgilio, Nabucodonosor y la Sibila. Todos los testimonios con- 
sisten en brèves textos, excepto el de la Sibila [Judicii signum tellassudore 
madescet) que comprende veinte y siete exàmetros : su extension y su 
forma versificada pudieron contribuir à que llamase particularmente la 
at«ncion y à que, puesto en idioma vulgar, se cantase en algunas iglesias 
y haya seguido canldndose, en una n lo menos, hasta nuestros dias. 

El S"' Sepei, en vista del caràcter dramaiico del sermon, sienta que 
bobo de recitarse con una entonacion semi-musical y con cambio de 
lonos para disiinguir al lecior de los lestigos. Ademas, como en el ms. 
de Arles hay un signo para dislinguir la evocacion decada nuevo testigo, 
y i los dos primeros signos corresponden los nombres de los profetas 
Isaias y Jeremias escritos con tinta colorada, siendo évidente que si no 
dguen los nombres de los demas fue por olvido 6 inconsecuencia del 
escribiente, conjetura con mucha verosimilitud el citado critico que la 



I En las Obseryaciones sobre la poesij popular cité la primera copia de este canto 
legvn la version vulgar que aqui se désigna como Bc. Mas tarde copié la del 
Qtimirio de Urgel que reservaba para las Noiicias de reprcseniaciones fJtalanai 
que me propongo publicar en colaboracion con el joven D. Andrés Baiaguer. 
La adquisicion de las dos versiones ms. me ha parecido mereccr un estudio a- 
parle. 

2. BMoth. de l'Êc. des ch., 6, Wl, h 



Romani», IX 



23 




))4 M'LA y FONTANALS 

recitacion del discurso se dividiô entre el lector y sendas personas para 
cada tesiigo. Lo cierto es que del misrao sermon provinieron vahos 
draraas litiirgicos y semi-liiùrgicos, si bien no por esto debe suponerse 
que todos. 

La costumbre de cantar la version romanceada provino directannenlc 
del sermon y né de uno de sus engendros dramâticos. Dicha version es 
iraduccion, aunque no liieral, del conjunto del Judiai signum, mientras 
en la representacion mâs sencilla y mds prôxima al sermon, cual es el 
famoso di^ilogo 6 tropo dramâlico de les ProfeUs de Limoges, la Sibila 
pronuncia tan sdio sus très primeros versos ' . Ademas vemos que en 
Valencia, y asi hubo de ser en los demas pumos, à dicho canto vulgar 
precedia la lectura del sermon mencionado». No es esto decir que en el 
uso de la lengua vulgar y en el traje mujeril de la Sibila, no se vea 
influencia de los misterios dramâticos ». 

^ Hubo une version francesa del Judicii signum .' Ei muy posible y se 
ha creido que lai era la obra versificada que se cita con el nombre de 
Dit des quinze signes 6 Les quinze signes de la fin du monde ♦. El S»' Sepct 
la llama paràfrasis, y no ha faltado quien la llamase traduccion del canto 
Utino. Que no es lo ûltimo basta para demostrarlo su extension ( ^ 2 ver- 
sos en el ms. de Cambridge), y tampoco, à pesar de la igualdad de 
asunto, puede liamarse paràfrasis. Ni en el titulo ni en el curso de la 
composicion vemos que se mencione a la Sibila, aduciendo unicamente 
como autoridades personajes del Aniiguo Testamento ; el ôrden de las 
ideas es diverse y no se nota semejanza alguna especial en los porme- 
nores f . 

El canto romanceado de la Sibila que en diferentes versiones conoce- 
mos pertenece d la lengua de oc. Nôtase en él un movimiento li'rico 



1. V. Coussernaker, Drames liturgiques^ p. i^ y 20. 

2. V. el pasaie de Villanueva que luego se cita : es de suponer que lo inismo 
se hallaria en los Ordinarios de Urgel y Barcelona. 

}. En la célèbre representacion de Rouen (Du Cange, v* Ftstum asiaorum) la 
Sibila se présenta coronula et muiiebii habilu ornala. 

4. De esta obra francesa conocemos los fragmentes publicados por P. Meyer, 
Romania, VI, 24 y 25 (ms. del Museo Britânico) y 25 y 26 (version provenzal, 
donde se cita, aunque no exclusivamenle à San Gerônimo), y VIII, ? 1 }-• J (ms, 
de Cambridgel. Sepet liabla de ella, Prophètes pag. nj (y en iguafes términos 
en los Dramts chrèti(ns), ciiando algunos versos con relercncia al dram-i !> mis- 
terio de Adan, doade en realidad los Quinze signes lerminan la representacion 
como sustituyendo al Judicii signum. — (Véanse las adiciones.) 

( . El poema de Berceo r De los signas que apareceran ante el Juicio (Sanchez, 
pag. 272 ss.) tampoco se funda en el frances. La descripcion es muy ràpida, 
correspond lendo muchas veces una sola copia â cada signo. El îirden de estos 
es diverso y no se ve semejanza alguna especial fuera de la que lleva consigo d 
asunto (juzgando, se cnticnde, por los citados Iragmenlos}. Cita unicamente 4 
San Gerônimo. 



I 
I 



EL CANTO DE LA SIBILA }J5 

opueslo à la manera difusa y expositiva de Les quinze signes, si bien se 
ingirieron en él algunos versos de la iraduccion provenzai de esta obra. 

De una version provenzai del canto (sigio xiv ?) provienen las cata- 
lanas, la primera de las cuales ha llegado hasta nosotros, aunque en un 
libro de consiituciones sinodales, sin tftulo y aislada, mientras las res- 
tantes se nos presenian como formando parte de una cosîumbre eslable- 
dda. De esta costumbre debemos interesantes noticias i Fr. Jaime Villa- 
nueva ■. 

En el viaje â Valencia, tomo 1, p. i }4, leemos : « En el segundo noc- 
tumo de las maitines de este dia (vigilia de Navidad) la leccion se dice 
ser de San Agustin, en la cual se halla el testimonio de la Sibila Eritrea, 
repitiéndose despues de cada distico (?) el primer verso Judicii tellus 
iléase signum]. Esto es en el breviario de 1464. En el oficio de esta 
solemnidad que se insertô en la semana sania del aiio i ;; ;, se ve que, 
crecjendo la devocion de los prelados, anadieron todos los testiraonios 
que profetizan la venida de Crisio ', los cuales anunciaba el lector de 
este modo : Die tu Jeremia ; dicat et Isaias. Y como se notan con tinta 
cotorada estes profetas, es posible que estos testimonios los dijere otro, 
respondiendo i la pregunta del lector ', como lo previene al llegar û la 
Sibila con estas palabras : La Sybilla etc. » (véase mas adelante). 

En el tomo XIX, p, 96, hablando de las costumbres de la iglesia de 
Tarragona en el sigIo xvi, cuyo conocimiento adquiriô por el examen 
de côdices y de actas capitulares, dice que en la noche de Navidad habia 
lambien Sibila, y sospecha, ignorâmes con que fundamento, que acaso 
se diferenciaba de la de Valencia, siendo mas bien una representacion 6 
comedia I 

Nos informa finatmente, tomo XXII, M ^ , de que el obispo de Mallorca 
Juan Vich y Manrique, valenciano de ilustre familia, en 4 de diciembre 
de 1 575 rog6 al capftulo que se hiciese la representacion de la Sibila en 
Us maitines de Navidad, como se hacia en algunas igtesias, senalada- 
menie en la de Valencia, y que accedi6 el capi'tulo, y anade luego, 
p. (8^, que este rite, abolido à mitad del mismo sigIo, se restableciô 
raomentaneamente. Ignoro si se interrumpié de nuevo, segun parece 
deducirse de las palabras de Villanueva, pero subsistia hace poco y creo 
que subsiste. 



I. Vwg? literario d las Iglesias de Espaha, Madrid, desde 1805 â i8jz. Los 
primeros tomos llevan en la porUda el nombre de D. Lorenzo Joaquin, her- 
mano de Fr. Jaime y anotador de sus cartas. 

1. Es decir que se compietù, ô se reslablecieron las partes del sermon atri- 
buido À san Agustin, si alguna se habia supnmido. 

). Es la misma ob&ervacion que hace Sepel con respecte ai ms. de Arles. 



ÎS<S 



MILA Y FONTANALS 



A. VERSIONES MANUSCRITAS. 



a. Bibl. Nac. de Paris, ras. fr. n" 1497J, fol. 26-27. — ^iglo XV'. 

b. Archive capitular de la catedral de Barcelona. Arman gmn, n" 24. 
Priiicipios dcl sigio XV*. 



Ail yom de! yusisi 
parra qui aura fa g seruisi. 2 

Vn rey uendra perpétuai 
del ce! que anc nun fun(m) aytal ; 
en carn uendra certanamens 
per far del ce[gle] iuyament. 6 

May del iusisi toi enant 
parra una cenya mot gran : 
li terra gilara susor 
e treraira de gran pauor. 10 

Apres s'esbadara mot fort, 
don m'es semblant degreu connort, 
e mostrara an crils [e] an irons 



las enfemaîs confusi(slon[s]. 14 
Un cor mot trist raso(no)nara 

dei cel que root reysidara ; 

la luna eh solely s'esculzira, 

nulya stela non lusera. 18 

Cascun cors l'arma cobrara*, 

aqui parra qui es bon o mal ; 

li bons iran vers Dieus laysus, 

li mal iran en ter[r]a ius. 33 

Fuoc deysendra del cel ardent 

an soipre que es mot pudent ; 

cel, ter[r]a, mar, tôt [périra] 

e tôt can es fuoc délira, 26 



. a. fayt ceruici. 

— 5. cerlanamcnt — 6 cegle iutgemcnt. 

vendra une signe molt — 9, Te t. g. sudor — 



I. Al y. d. judici — par[r|a i 
4. d. cell q. (h)an[c] may no 
7. Car d. |udici t. anant — 8 

10. e'stremiras d. g. pahor. 

I I. A. s'esbendira molt [fort] — ti d. es s. d. g. conort — ■} (17), a c. e 
ab — 14 (18). les infernals confosions. 

I ;. Un corn sonera desus — 16. el mon ressucitera dejus — 17 (■)> le tuae 
e lo sol s'escurira — 18 (14) nulla stèle noy loyra. 

19 (47) Quescun c. l'a cobrera — 26 (48) qui es bo mal aqui parfrja — 
21 (49) los &. niran en lessus — 22 (50) els m. e. ifern legus. 

2} (19) Foc dexendra d. cell a. — 24 (20) e sofre qui e molt p. — 2} Cil) 
c. e terra e m. t. p. — 26 (24) e foc t. quant e. 

1. El articulo de que luego hablamos menciona esta version que indica en su 
Grundriss el S' Bartsch, expresando el deseo de que se publicara : esto bast6 
para que M. Alfred Morel-Fatio me enyiase, con amable solicilud, una copia 
diplomîitica de la misma. 

2. Debemos à la amistad del s' can6nigo D. Buenaventura Ribas el conoci- 
miento de este ms. que describlmos en un articule del Cay saber 1 1 j die. 1879). 
— El canto se halla despues de un escrito de 1395 y antes de un cimputo de 
las Pascuas venidcras, empezando por la de 141 5, y es por consiguiente anl^• 
rior â esta fecha. 

La corrcspondencia dcl ôrden de sus versos, con respecte al de los de a, es 
cl siguiente : 1-12: 1-12. — ij, 14: 17, 18. — 15, 16: ij, 16. — 17, 18; 
"J, '4- — '9-" : 2J-26. " 23-30 : 45-42. — 3i.}4 : 27-30. — 35-38: 
35-34. — 3)-46 "0 tienen correspondienles en a. — 47-50: 19-22. — Ji*$4 : 
55-58. — i\-(>G no lienen correspondienles en a. 

3. En este y otros lugares cl proviene de la union de la copulativa y del arti- 
culo cuya vocal se ha elidido y équivale i lo que antes se escribia e I y ahora 
suelc cscribirse cl'. 

4. En el ms. esta copia esta aiiadida al margen de la que aqui sigue. 



EL CANTO DE LA SIBILA 



Li puey es plans seran eguals ; 
aqui seran li bons el mais, 
ii contes ei reys el barons 29 

que de lur fazt {sic) rendranrason. 

An[c] ren non fes hom tan cicret, 
ni ren non dix ni non peniyjset 
que aqui non sia tôt ctar ; 
negun no poyra ren celar. } 4 

Ado[ n]x non aura(n) on talent 
de rriquesa d'aur ni d'argeln]t, 
ni d'autras causa[s] nuU desyr 
may tan solamens de morir. ^8 

De morir es toi lur talent, 
ado[n]x lur glatiran las dens : 
non y aura negun non plor, 
tôt lo mont cera en tristor. 42 

Ado[nlcxdira Dieus 3sprame[n]s 

a cels que iran a perdement : 

■ anas uos en el fuoc ardent 4 ; 

car ;anc, non fesest mo manda- 

[ment. » 

Als autres dira mot doysament : 
a ce! que iran a saluame[n]t : 
uenes a mi, [uenes] bons fyls 
«queyeu vosguardaray de perill[s]. 



Terratremûl tan gran cera j 1 
que las torres derocara : 
nul oms dempes non romandra 
tan fort ter!rja iremolara. 54 

Li enfans que nas no sseran 
dedins los uentres cridaran 
an clara uos, mot autamens, 
merce a Dieu omnipotent. ^8 

Aqui ceran li u[su]riyes 
que de la mesalya fan denyers 
e de l'emina fan sestyer: 
aquill cayran el uiu brasier 62 

R diran tut enaysi : 
« glorios Dieus, sener, merce. 
may volgram ecer de nient 
que car uenem a naycement ». 66 

Aquel senher que nos formel 
e que de la Verges nasquet 
nos guarde de pecat[z]mortal(l)[s] 
e de penas perpétuais. 70 

Ado[n]cx uendra Dieu e&sa ma- 
iuxar lo mont per ueritat, [yestat 
ado[n]cx ueyran Dieu en la cros 
on moriy per pecados. 74 



e los — 29 



^1 27 (ji) Los puits e los p. s. aguals — 28 [33) a. ceran los b. 

^W)}) reys, comtes e altros — 30 );4l qui d. 1. fayts rctran resons. 

^r }i (j5'l Nos feu <h)anc h. t. cecret — ;2 ($6) ne (h)anc nos d. nis perpen- 

^B» — ?3 <57) cia — 34 (j8) ja noy pora hom res. 

^^P ){ 123) Le donchs n. aura hom t. — 36 (24) de nquese d'à. — 37 (20 ne 

^^aura hom de res desitg — 38 (26) sino ten solament del. 

J9 (27) D. mûrir cera lots lurs talents — 40 (28) le dons les gleliran les — 
,41 (29) noy a. regu qui nos. 



» 



u (si). Los infans q. nats n. seran — 56 (^2) als ventrefs] de lurs roayres 
iaeran — to (ut crideran alternent — s6 (ul Senvor ver Deu. 



4 No tienen correspondientes en b. 
. nats n. seran — 
crideran — ^9 (^4) crideran alternent — 56 (54) Senyor ver Deu. 
59-74. No tienen correspondienies en b. 

39-46 de b. 
Augals, senyo[rjs ten grans do!o[r]s quescu se desiria penssar 



anran los mesquins ide| pecado[r]s: 
en infern legus enireran, 
jamay de qui no axiran. 
55-66 de b. 

Ver fill de Deu, a tum reclam 
dd greu judici aue(s) speram, 
quens guarl[sj de las fiâmes d'abis 
ens acuies en neradis. 

Senyors e dones quins ascoitats, 
lo fill de la Verge redemats 




com SOS pcccats posques leixar, 
penilencia e obres far 
42 que a Deu noi quelgues jutgar. 

que ell nos git a bone sort, 
ens guart de sobitane mort. 
Jhesuxrits qui près carn per nos 
58 que el nos face penedir, 
quel seu règne puscam venir ; 
Santa Maria prech per nos. 



âk 



46 



66 



Jî8 MILA Y FONTANALS 

OiisEBVACiof<ES. Este canto es en gr^n parte traduccion, aunque muy libre, 
Unto en el ôrden de la& ideas como en su expresion, del Judicu siqnum. 

3-6 (de a.) : 2, j del JuDiuti signlm : E cela rex advtnut per sida futurtu || 
Sciliccl in carne presens ut judicei orbem. 

7.9 : I Jadkil signum : Tel lus sudore madcsccl. 

Il : 2 ... tiltus confracla peribit. — 1;, 14 : 25. Tartareumqtu Ch/ios mons' 
trahit terra dekiscens. 

1}, 16 : 2;. Et tuba tune sonitum tristem deminel ab alto || Orbe. — 17, 18 : 
16, 17. Eripitar solis jubar, el thons interit aslris. \\ Solvetur cetum, lunaris splen- 
ior obibit. 

19-22 : 4-6, 11, 12. Unde Deum cernent incredalus atqae fidelis\\Ctlsttm cum 
sanctis cui jam termina in ipso \\Sic anime cum carne aderunt quas judicet ipse... 
Sanctorum sed enim cuncte lux libéra carni | Tradentur fontes eternaqae flamma 
cremabit. 

2}-26 : 27, 9. Decidct e cela ignis et salphuris amnis... Exuret terras ignis, pan- 
tamque polunique. 

27 : 20. Tum equaniur campis montes. — 29 : 26. El coram hic domina rtgts 
listenlur ad unum. 

}t-34: 13, 14, Occultas actas rtiegens, tune quisque !oquetur\\Sccrita, atqut 
Dttts reserabit pectora luci. 

]}-38 : S. Reicicnt simulacra viri cunctam quoque gaïam. — 39-42 : 1 (. Tanc 
erit et luctus, stridebunt dentibut omnes. 

Los versos 55-58 y 6366 estan tomados de la version provenzai dtUsquinu 
signes : Romanta VI, 2(>^ versos 39-46 : Los efans que nat: no ceran || DeJm los 
ventres cridaran\\Ab clara wtz mol autamen \\ Metee a Dieu omnipolen; E diten 
(diran f) ho lolz en ayssi U • Riys glorios, sentier merci ! || Nos volgram mays csser 
men (lease nun) \\ Que car venrem a nayssemen... t 

La semejanza del verso 22 con el 253 de la version francesa, Romania VIII, 
514: El bon el mal luit i seront, es sin duda casual, y los 43-50 que ofrecen 
igualdad de fondo con los 263-284 pueden provenir directamente de! texto 
evangélico. 

Lo 5 1-54 recuerdan à Berceo, copia XV : Tremerâ lodo el mundo todo de gran 
manera || No se terna en pes ninguna calavera. Esto indica, nô influencia de nues- 
Iro canio en Berceo, ni, lo que es todavia menos verosîmil, de Berceo en nuestro 
canto, sino un manantial comun. 

Pot lo que hace & los dos versos primeros, que vemos servir de cstribillo en 
versiones posteriores, .i la conclusion 71-74, a las preces 66-70, y âla mencion 
conminativa de los usureros, se explican facilmente, sin necesidad de acudir d 
una fuente desconocida. 

Es muy posible que en su orfgen constase unicamente el canto de los versos 
1-42 que coiaprenden lo correspondienle al Judicii sioiaii y que mas tarde se 
le agregase lo restante. Asi se explica la posicion de la copia $1-54 (cuyo sen- 
tido estaba ya en parte contenido en el verso 10) y que deberia en todo caso 
estar colocada antes de 44-0. Por otra parte la 58-62 es évidente intercalacion, 
pues inlerrumpe lo relativo â los niflos no natos. 

Tal como la poseeroos la version a es provenzai (entcnderaos esta palabra 



\ 



EL CANTO DE LA SIBILA ^59 

SU sentido lato) y no catalana. Si bien nuestros portas del sigio XIV proven- 
zalizaban su tenguaje, varias formas de las que en ella se notan no suelen ha- 
ine en la poeslas compuestas en Cataluna : taies como i jusisi, 2 fag, 4 nun, 
Bo, 5 etc. may. 8 etc. mot, 9 II |sing. fem.), 23 fuoc, deysendra, 27 puey, }i 
'«le. ren, 6j tut, y adenia^ i?, 24, 57 final n porm, 55, 57, 69 final s por /; y 
^4, 67 n n/) por ny. Por otro lado hay algunas formas que parecen indicar 
que cl copista fue catalan ô avezado â lecr escritos catalanes, en particuiar la 
itjr de 8 y la X de 32 y 92. La j por c de rasonara en 1 ^ y las terminaciones 
«n fnt por en son mas catalanas que provenzales, y la ^ paragôgica de las partes 
indéclinables, aunque en manera alguna cxclusiva del catalan, le es muy propia 
(asi la aplica hasla à un gerundio tomado como adverbio: correns). 

Ei canto provenzal es version de un original frances ? No hay motivo para 
sospecharlo : ci merci |asi deberia escribirse) del 63, es un hecho aislado, que 
proviene de la reproduccion casi literal de la version provenzal de Les quinze 
signa, la cual i su vez adoptô la forma francesa para conservar la rima. 

La version b es cataiana y proviene de un canto provenzal ; mas n^, segun 
creemos, de la version que se ha conscrvado. Pruebanlo las diferencias harto 
kOlables de las dos versiones, y principalraente algun porraenor en que b aven- 
£ a. Asi en 20 (4S) las palabras deben ordenarse como estan en b. 
Por otro lado no puede desconocerse un original comun inmediato, como lo 
demuestran sas semejanzas y el uso comun de c por j é y por /. 

Como la version cataiana es anterior â 141 $, este original presunto debe de 
^^er, cuando menos, de fines del sigIo XIV. 

^B «. 4. nun forma anômala. — /un ms. /ûm. — Las terminaciones en tm que 
^^Bteran la rima deben achacarse al copista. 

^V 12. m'es. Parece preferible b. — connort {conort) solo puede entenderse aqui 
en sentido irônico : como sea, el verso es oscuro. — 14. confusions: la segunda 
I poesta à imitation de los casos en que sustituye una dental, como en susor. 

H- ior por corn: solo se cita un ejemplo en la version provenzalizada del 
Ciratl. Rayn. II, 485. — 16. mot fue acaso morts — reysiJita, nueva forma de 
^^nsstdjr etc. (despertar). — 17. esculzira^ nueva forma de cscurzir (oscurecer). 
^H 20. Debe ordenarse como en i., segun ya se dijo. 

f^ 37. es pudo ser descuido del copista ; pero acaso fue pronunciacion local que 
I luHamos ahora en Valencia. 

^B 47. Nueva forma acaso arbitraria por dolsa 6 doussa. 
^" 5j. Vale por J'en pes. 
$9. Lease usuriers. 

60. mesalya : moneda de infimo valor. En epoca no remota se usaba en Cata- 
IttSa la malla =: medio duier. — 61. La emina y el sestier deben entenderse aqui 
CCoo medidas de granos y liquidos. 
|^_ £{. Entendemos car : caro, en sentido adverbial. 
^B 71 Suprimiendo el AJoncx y entendiendo e por en queda bien el verso. 
^^ 74. moriy. No hallamos esta forma de la 3* persona del perfecto. De la 1» se 
lialla -il monosilâbico en Boecio, v. S7. Es probable que faite una palabra. 
Uue por e|empIo On fe/] moriy, ptr [los]. 



JÔO MILA Y FONTANALS 

i 

Texto b. — 9. k^ despues lune, stèle, criieran, nclemats etc. t por â, inter'- 
de 11 por e. 

1 1. eshandiT 6 tsbaldir cat. : aclarar, enjuazar (fr. rinctr) la ropa etc.: acas^ 
es el tsbaldir (alegrar) prov. con significacion derivada*. 

I }. Para el métro debe decir : /. /. tl s. 

14. Sobra tambicn una sîlaba — confusions : por u. 

27. mûrir : u por 0. 

3 1. Para el raetro : /. p. eh p. — 52. a. s. l. b. tls m. 

46. qiulgues = tilguts. — lutgar (jutjar) signiiica aqui condenar. 

49. niran = {a) niran. 

)0. Todas las demas versiones lempezando por La quinze signes) que llevan 
este verso ofrecen buena leccion. 

64. tjutl por qu'el, es decir qu'ai. 



B. VERSIONES IMPRESAS EN CATALUNA*. 



a. Ordinarium urgtllense imprcso en Léon en 1 {4( ^. Précède al canto : Judi- 
(ii signum, in nona leclione matutinarum Natalis Domini stqutnù modo in sede Urgel- 
Itnsi a puero canlatur. 

b. Ordinarium barcinonense impreso en Barcelona (Claudio Bornât) en i^éç}*. 
Précède al canto : De la mariera de cantar ■ al jotn del judici^ » a Us matines Je 
Nadal. — Judicii signum lellus sudore madescetll En CATHALA : Al jom etc. 

c. Version impresa despues del Ltibre de Fra Anselm Turmeda*. Edicion de 
Cervera, 1818. 



Al iorn del judici 
parra qui aura fet seruici. 



Un rey vendra perpétuai 
veslil de nostra carn mortal 



1 , 2. c les sustituye estos versos 

Mira fill ab gran cobdici 
los versos de la Sibilla 



també al Jorn del Judici 
pera qui haurû fet servici 



1. (Cette seconde interprétation nous parait la seule admissible. — Réd.'j 

2. Hace algunos aiios que D. Mariano Aguilô nos diô à ieer las primeras hojas 
de su importante Bibliografia calalana, y recordamos quedaba razon de las obrxs 
imprcsas en que se halla el canto de la Sibila, imprimiendo una version y 
notando tambien la variante que hailamos en el Ordinarium de Urgel. 

). Segun un eiemplar que poseia el Pbro D. Juan Riba de Cardona, fainoso 
por su museo de sa! gemma. 

4. Esta version se halla impresa en la interesante coleccion de Gansons de ta 
Itrra de D. Pelayo Briz, IV, 257, donde da el titulo especial que précède al 
canto y su notacion musical, y, 259-61. donde transcribe la letra (susiiiuyendo 
los finales es por J5); este seAor ha tenido la amabilidad de indicarme haberla 
copiado en Riells, cuyo cura parroco, Rdo s' Menna Planas, me ha enviado la 
cop:a del titulo, lugar, impresor y fecha del libro. 

5. En la portada se le aa el liiulo : Lo jorn del judici. 

6. En esta version se repiten los versos 1 y 2 al final de cada copia. En la b. 
al principio y, segun parece, al fin de cada copia, à lo mènes las dos palabras 
Al iorn. 




KL CANTO DE LA SIBILA 



?6> 



del cel vindra tôt certament 

per fer del segle jutjament. 6 

Ans quel judici no sera 
un gran senyal se mostrara : 
lo sol perdra lo resplandor, 
la terra iremira de por. i o 

Apres se badara molt fort 
amostrant se de greu conort ; 
mostrar se an ab crits y trons 
les infemals confusions. 14 

Del cel gran foch deuallara, 
coma soffre molt pudira ; 
la lerra cremara ab furor, 
la gent aura molt gran terror. 1 8 

Apres sera un fort senyal 
d'un lerratremol gênerai : 
les pedres per mig se rompran 
y les muntanyes se fundran. 22 

Lavors ningu tindra talent 
de orj riqueses ni argent, 
espérant tots quina sera 
la sentencia ques dara. 26 

De morir seran tots sos talens. 



sclafirlos an tûtes les dens ; 

no y aura home que no plor, 

tôt lo mon sera en tristor. jo 

Los puits y plans seran iguals, 
alli seran los bons y mais, 
reys. ducs, comtes y barons 
que de lus fetz retran rahons. ^4 

Apres vindra terriblement 
lo fill de Deu omnipotent ; 
De morts y vius judicara ; 
qui be aura fet allis parra. }8 

Los infants qui nais no seran 
dintre ses mares cridaran, 
y diran tots plorosament : 
«< ajudaus, Deu omnipotent ». 42 

Mare de Deu, pregau per nos, 
pus sou mare de pecados, 
que bona sentencia hajam 
y paradis possehiam. 46 

Vosallres tots qui escollau, 
deuotament a Deu pregau 
de cor, ab gran deuocio, 
queus porte a saluacio. )o 



Observacioneb. B a y b son copias de una redaccion, hecha probablemente 
hacia la misma época de las impresiones, en que se eiiininaron aigunas estrofas, 
se ordenaron las restantes, se modificô en aigun punlo la expression y se cala- 
bnizô mas el lenguaje. N6tese que en algun punto se aproxima mas à Aa 



6 b. p. f. de tots. 

9^. t. s. p. sa lo c. I. t. tremoiarâ. 



c- y 



12 t. amoslrantse d. gran. — 136. Amoslrarse ha. 

15 b. çofre. — 16 b. y c. temor. 

20 c. terrairemul. — 2\ c. las pedras per mitK. — 21 b. fondran 
roontanyas s. fondran. 

2) b. LIavors hauran de res c. LIavos no haura hom. — 24 t. d'or, de r. n. 
d'à, c. d. o. riquesa. — 25 y 26 *. l'hom no haura de resdesig || sinosolament 
de morir. 

27 *. y t. s. Ilurs t. — 28 i llavors los esclaferan c. Ilavos esclaferan las, — 
29 6. hom c. n. haura hom. — }o c. sera tristor. 

) I K L. puigs e f L puigs. — 32*. aqui s. I. b. yls c. I. b. y los. — j ) i. 
los T. — 34 b. qui d. Ilurs c. q. d. Ilurs f. daran. 

57 b. quiis m. y vos v. jutjara ; que los m. y los v. — 38 b. q, a. b. f. c. 
allas veura. 

40. b. c. dJns en los <c. las). — 42 b. ajudans c. ajudaunos. 

4j *. dels pecadors cde pecadors, — 46 b, possejara c. possehyam. 

47 c, me e. — 50 b, queus «porte c quens aporte. 



j62 MILA Y FONTANALS 

que à. A b. Âsi 1 1 badara : A a esbadara; A b esbendira; 20 habla de Uni 

mol como 51 de A a, que no hallamos en A b. 

Es obvio que la variante 2{ y 26 de Ba. se hizo para evitar d biso 
sonante que résulta del catalan desig (desitx) sustitaido al provenzal dczir. f^' 
esta razon hubieremos preferido, como mas fiel à la tradicioo, la version 
à Ba si hubieremos podido tomarla directemente del original impreso. 

8c es copia de Bb b de otra version anâloga, destinada i la lectura y no 
canto, en que se sustituyô al estribillo una especie de cuarteto inicial, se nM 
garizô algo el lenguaje y se alter6 tal cual vez la parte métrica. 

a. 42 ûjttdaus acaso sea yerro de imprenta ; pero no es imposible que val^ 
por ajttdau'{n)s. 

C. VERSION DE VALENCIA". 

La preceden las palabras : f la sybilla deu estât ja aparellada eo b trou ; 
vestida coma dona > y ei titulo : SIBYLLA. 

En lo ior del iudici Jesuchrist ys mostrarâ 

veuras qui ha fet senruici. 2 en lo vall de Josaphat, 

D'una verge naxeri hon sea tôt hom iutiat. 14 

Deu y hom qui iutiara Portara cascu scrit 

de cascu lo be y lo mal en lo front a sen despit 

al iom del iuhi final. 6 les obres que haura fet, 

Mostrar s'an quince senyals don auira cascu son dret. 1 8 

per lo mon molt gênerais, Als bons dara goîg etem 

los morts ressucitaran, e als mais lo foch d'enfem 

de hon tots treroolaran. ahon sempre penaran 

D'alt dels cels deuallard puix a Deu offes hauran. 22 

On^KRVAOïoxKS. Es una nue%-a composicion sobre el antiguo fondo, en octo- 
$i|jiK>$ ^$c<;un la cuenta espafioU) como las danzas catalanas y los villancicos 
(ji!ite!l.ino$. si bien guarda la forma mas primitiva del pareado. Es brève y 
acaso cl editor se contentv» con imprimir las primeras estrofas. 

El siii Je lo hadeserwn. 

D. VERSION DE MALLORCA >. 

El iom del judici y i cada li lo just dara. 6 

parra qui no ha tet senici. 2 Cran foch del cel deuallarâ, 

Jesucrist. rev uni versai. mars, fonts y rius tôt cremara, 

home V ver Deu eternal. los pexos donaran gran crit, 

del cci xindra pcra iutia perdent son natural délit. 



i. VïliAnueva l. -, ;vy :;o. .-,.,•,•• o 

• ■' V.".-",-! por f! .\rchiJuque de Austna Salvador Luis. Leipzig i8ji. 

IVS' vvpu dé xirtos fvtriotos de esU obra  mi buen amigo el jôven escntor 

P. Maleô OtTjJor-lVnassir. 




KL CANTO 

El sol perdra sa claredat 
naostrantse fosch y altérât ; 
La lluna tio dark clarô 
y tôt lo mon sera tristd. 14 

Als bons dira : « tillsmeus, veniu, 
b«naventurats possehiu 
cl règne queus he aparellat 
de&que lo mon va essé créât. » 1 8 



DE U SIBILA^ îî 

Als mais dira molt agrément ; 
« anau, maleyts a n'el turment; 
anau, anau al foch etem 
ab vosiron princep del infem.» 22 

Humil Verge qu'haveu parit 
Jésus infant aquesta nit, 
vuUau a vostre fiU pregâ 
que del infem vulga'ns lliuri. 26 



ODfiEBVAcroiŒS. Aunque sin duda mas moderna se aparta menos de la tra- 
dicion que c. En la ultima estrofa se nota una mencion mas expresa del dia en 
que se cantan los versos. 

Por lo que hace â la lengua, como se acostumbraba en las composiciones 
literarias de Mallorca, se sigui6 la gênerai catalana y n6 la variedad mallor- 
qnina. La n eufônica de a n'el 20, y los vulgarismos d por or, j, 2} y 26 ; () 
por or 1 ) y 14, y ^ por (r 18 son comunes al lenguaje hablado en Mallorca y 
en gran parte, à lo menos, de Cataluiia. 




Barcelona, Enero 1880. 



M. MlLA Y FONTANALS. 



W tu' 



ADICIONES. 



Remitido â la Remania el anterior articuio, hemos debido à la amabi- 
lidad del S' Meyer el conocimiento de su Notice du ms. plut. LXXVl n' 79 
àt la Laurentienne (BulUtin de la Société des anciens textes français 1879, 
If j). En ella, pag. 79-8}, encontramos la verdadera version francesa 
del Judicii signum, cuya existencia dimos por muy posible. Consta de 
1] copias de 2 pareados de versos de 8 sdabas (segun la cuenta fran- 
cesa), es decir del mismo métro de nuestras versiones (excepte la C); 
lodas ellas precedidas del estribillo : « Toute terre tressuera a(o)u jour 
dou grant juisse », que corresponde hasta cierto punto i los versos i y 2 
de las mismas versiones. Aunque no lleva ti'tulo que lo indique, se ve 
immediaîaraente que era un canto ejecutado por un représentante de la 
Sibiia, y lo confirma la forma femenina de la exclaraacion : « E lasse ! » 

. j2;. Esta version, aunque parafràstica, es fiel y compléta, no se 
aparra del 6rden de las ideas del original y nada esencial aiiade, si bien 
tuvo acaso una conclusion que dejd de copiarse. 

Pudiera pensarse que de ella procedieron nuestras versiones, mediando 
copias mis y mis alteradas ; pero como no se advierte semejanza espe- 
cial en la manera de traducir los conceptos, solo debe admitirse que 
esta version ftancesa otra analoga did el ejemplo de cantar en lengua 



;64 MILA Y FONTANALS 

vulgar los versos de la Sibila : ejemplo que siguieron los méridionales, 
reproduciendo la forma gênera! (que por otro lado tampoco es peculiar 
a estas poesi'as), pero Traduciendo de nuevo e! original latino. 

— En los inieresantes extrados de! ms. (catalanj j- b ?4 de la Bi- 
blioteca de Marsella, insertos por nuestro docto amigo M. Victor Lieu- 
taud en el Gay Sabcr, Epoca II, any 11, n" II, se leen, con relacion à la 
pag. 33 del mismo ms. que sigue i un escrtto que puede, segun el 
editor, atribuirse al siglo xv, cuatro copias del canto de la Sibila. Com- 
parados con nuestra version Aa, que consideramos la mas proxima al 
manantial comun, dan las siguiemes variantes : 

7* 10. Ans d. jodtci t. enans || Sera una senyal tnolt g, || La t. g. sudor || E t. 

d. g. pabor. 

11-14. A. s'estremira molt f. || E dira s. d. g, c, || E m. ab c. e ab 1. 1| Les 
infernals confusions. 

19-24. Foc decendra d. c. molt a. || E cofre qui n'es molt p. || C. terra, m. 
t. cremara || T. quant c. en lo mon pera. 

H-18. Un corn moli trisl resonara || D. c. quils vius e moris dcspertara Q 
Sol, lune sturies vit (?) || Nulla stcla no luyra. 

En un prôximo numéro del Gay Saber debe insertarse la conclusion 
del mencionado ms. por M. Lieutaud, que contendrâ oira version menos 
incompleta del canto de la Sibila. Estàescrita, en letrade haciael mismo 
siglo XV, en las pag. 241-48 del ms., que habian sido dejadasen blanco. 
La comparâmes con Aa en las copias que les son comunes y con Ab en 
las que no se hallan en aquella. 

Lleva el titulo : « Axi comensen les cobles del jorn del judici les quais 
tôt crestia deu saber per tal con an a venir al présent judici de resur- 
reccio, e se canten en les matines de Nadal per cascun any. i> 

1-2 de Aa. AI jorn d. judici || Para q. a fait seruici. 

3-6 dt Aa. l). r. v. del ce! p. || Q. hanc m. no fo a. || E e. c* u. certana- 
ment 6 /alla — RtpiUse il estribillo. 

7-10 dt Aa. A. d. j. t. auas || Vendra del cel un senyal molt g. || La t. g. sudor 
||E t. d. g. paor. 

li-i^de Aa. A. s'esblandtra molt f. || Donans s. d. gran conort || E m. ab c. 
e ab t. Il Les infernals confusions. 

39-42 dt Ab. Vegats || S. que gran dollor || A. I. m. pequados || Aquells qui 

e. i. iran || Jamay d'aqui non exiran. 

)^-8 de Aa. Los infants q. nats non s. || En lo rentre de les mares c. || cri- 
daran tôt altament || Senyor ver Deu 0. 

3^-j8 de Aa. Ar.ch non hac r. secret || Ne nos d, ne nos penscl || Q. a. no $. 
t. c. Il Que res n, y p. hom selar. 



I . Dice encara, pero crecmos que esta leccion ha sido motivada por una inca- 
lificable disiraccion nuestra. 



EL CANTO DE LA SIBtLA )6j 

27-)0 de Aa. Los pugts e los p. e. s. || A. s. los b. e los m. || R., comtes e 
b. Il Q. d. las fayts rentran raysons. 

19-22 it Aa. Cascus ces l'anima cobra[ra] || E qui a bo a p. jj Los b. c. al cel 
I«sns II Los mais i. eo infern lejus 

55-t8 it Ab. V. F. d. D. a tu reclamam || Per lo gran juy que esperam || 
^^uens acoles en paradis || Guarda de les flames d'abis. 

\^'6^ de Ab. Vegats senyos que aço escoIt[a]ts || L. f. d. 1. V. r. || Q. ens 
Suarde de peut mortal |i E quens defence de tôt mal. Amen. 
Signe esta copia : 

Ver iiil de Deu que a nos formest 
E de la Verge nasquets 
Guardans del enemich fello 
E deila ira de Far[a]o. 

— Oportuno es aqui mencionar (véase Romania, IX, 168) las Cables 
éiel judici de Fr. Antoni Canals, notable escritor catalan del siglo xv, 
publicadas por nuestro digne archivera D. Manuel de BofaruU en la 
Revista histérica latina, aiio II, pag. 62 y ;. Estas cobks, aunque de 
carâcter mas individual y escritas en otro métro ■, fueron principalmente 
inspiradas por nuestro Canto de la Sibila, segun se ve en varias ezpre- 
siones y en el tema que corresponde ai estribillo : Al jorn etc. 

— Aiiadiremos finalmente que en algunas versiones de la hermosa 
candon popular catalana : « Ara ve'l sant Diumenge j el sant Diumenge 
del nuns », notamos reminicencias del mismo canto : 

Mentre Jésus bevia la terra tremola tant. 

Els puigs y las montanyas tots s'en aplanaran ', 

Las pedras preciosas (sic) pel mitg se partiran... 

[També] el sol y la lluna sa resplendô perdran... 

Que las criaturetas xicas als (ans ?) que nadas no seran '.. . 



Barcelona 24 Mayo 1 880. 



M. M. Y F. 



I . El tema es de a versos y las copias de 8, mezciàndose enteros y quebrados. 
Los ultimos versos Je cada copia riman con el ûltimo del tema : de este sistema 
de versificacion, que Schack crée de origen arâbigo, hablàmos en La pocsia 
haolco-pofular castellana, pag. xlij y xliij. 

3. Variante: tots s'en tornaran iguais. 

]. En la ûnica version en que hallamos este verso se présenta incorrecto y 
aislado. 



ESSAI 

DE PHONÉTIQUE ROUMAINE. 



VOYELLES TONIQUES'. 

II) A tonique devant une m, non suivie d'une autre consonne, se change 
en un son obscur que nous marquons par i. et que Diez rendait par ;. 
Ainsi : 



manducàmus 


mtncâm 


laudâmus 


làudâm 


llgàmus 


legâm 


ambulamus 


ambiant 


portamus 


puTtim 


levâmus 


luim 


dâmus 


dim 


stâmus 


stàm 



et toutes les premières personnes du pluriel de la première conjugaison. 
En ancien roumain il j avait un prétérit, qui reproduisait à toutes les 
personnes le parfait de la première conjugaison latine ; la première per- 
sonne du plur. de ce prétérit était tout à iak pareille à la même personne 
du présent de l'indicatif : ainsi le verbe s ignare faisait à la première 
personne du pluriel du présent de l'indicatif 5^mnifm (sïgnâmus) et à la 
même personne du partit toujours semnSm (signâvimus)'; c'est-à- 

1. Voy. ci-dessus, p. 09 ss. 

2. Voir des exemples de ce prétérit en ancien roumain : dans c Cuvinte din 
Bâtrtni » par M. Hasdeu I, p. 530 notes; et dans f Principia de iimbS » par 
M. Cipariu, p. 162. La conjugaison complète de ce prétérit était : 

Isemndi 
sing.|»mnâ{i 
[semnà 
Isemnam 
f\viT.hemnit 
{semnàra 
De nos jours les formes semnàm, stmnàt ont complètement disparu ; elles sont 
remplacées par semnaràm, semnaràiï, qui sont formées par la 3* personne du 
pluriel semndrà plus les suffixes de la f et de la 2' personne : m, ;/. 



ESSAI OE PHONÉTIQUE ROUMAINE }67 

ciire que signamus et signavimus ont été traités de la même façon 
en roumain. L'identité du traitement fait supposer l'identité des condi- 
tions, et en effet signavimus, devenant d'abord signavmus et 
ensuite semnamu^, présentait un a tonique suivi d'une m, lorsque l'ébran- 
lement de la voyelle tonique a {suivi d'm; a commencé, 

Ou latin trama on a fait en roumain deux verbes : IntrSma [a se 
intrâmd = se remettre) et distràmd (s'effiler, se débaucher), dont le pré- 
sent de l'indicatif est : 

intram distrSm 

^fe intrdmï distràmi 

^^^^^K întramâ distràmd 

^^^^^^r întrâtnSm distrâmâm 

^^^V întrdmâlï distràmati 

^^^^ întramâ distràmd 

^ D'un type romanderamare nous avons en roumain wnstThtdÎT&md 
(abattre, crouler, démolir) dont le présent de l'indicatif est : 

^M ihâm «L 

^ dârâmi 

^^^V dSrâmati 

^^^ daramâ 

m Nous observons dans ces trois verbes que les personnes qui nous pré- 
sentent a tonique suivi d'une m changent cet d en ^, à l'exception 
de la troisième personne du singulier, où nous avons un a pur : Iniràmd, 
distrima, dàrdmâ, et cela à cause d'un fausse analogie : le peuple a con- 
sidéré cet â de IntrSm, disiràm, dâram comme provenant d'un e, et de 
même qu'il dit : 

apSs (appenso) 

^k apasa (appensat) 

^^^H yàd (vïdeo-vedo) 

w^^P vadi (vldeat-vedat) 

Il dit : tntrâm-întramd, distrâm-distramd, dârâm-dâramâ. 



I. Si l'on tient compte des lois phonétiques du roumain, on est obligé d'ad- 
mettre : signavimus — signavmus — stmnamu — semnàmu — stmniim; 
car si l'on suppose que l'atone i ait persisté (parce qu'elle ne tombe pas régu- 
lièrement en roumaine et que le v soil tombé il cause de l'i suivant, pnénomène 
quia eu aussi lieu, mais à une autre époque, nous aurions semnaim, de même 
que de expdvimen nous avons ipaimd. — Une fois le mot réduit à secna v- 
mus nou5 ne pouvons pas admettre que v, se changeant en u, ait donne nais- 
sance k la diphtongue au, et qu'ensuite du, devenant o, se soit changé en <i, 
comme dans la syllabe atone de pavimentum — pavmtnl — poment — pdmtni ; 
car nous ne voyons jamais un o tonique, suivi d'une m, devenir u; par consé- 
quent le V est tombé tout simplement. 



j68 A. LAMBKIOR 

Dans les exemples que nous venons de donner, il est évident que 
nous avons un a tonique devenu .1 à cause de la consonne m qui le suit. 
Il nous reste maintenant à examiner les autres mots roumains d'origine 
latine, qui nous présentent un a suivi d'm et qui paraissent faire excep- 
tion à la loi que nous avons énoncée. Commençons par le cas le plus 
important, celui de l'imparfait de l'indicatif, dont voici la forme ancienne 
et celle de nos jours : 



forme ancienne 


forme de nos jours 


liudd 


làiidâm. 


lâudài 


làudâi 


làudd 


tiuda 


liuddmû 


liadâm 


lâuddtï 


liadd{i 


Uudà 


Uudàu 



Pour le moment nous ne considérons que les personnes où l'a tonique 
est suivi d'une m ; or nous voyons que l'ancien roumain ne nous en pré- 
sentait qu'une, la première du pluriel, tandis que le roumain de nos 
jours nous en présente une de plus, la première du singulier, qui d'ail- 
leurs est tout à fait pareille à la première du pluriel. Pourtant c'est l'an- 
cien Uudd, qui reproduit phonétiquement laudabam, par le changement 
de t ou V en u, par la modification de \'a posttonique en J, à cause de 
\'m finale, qui même après sa chute a laissé une sorte de résonnance _ 
nasale assez forte pour obscurcir la voyelle atone a, et ensuite par la ■ 
chute de la diphthongue atone uâ, ainsi on a dû avoir les étapes sui- 
vantes : _ 

laudabam ■ 

laudiivâ ■ (je marque par - la résonnance nasale 
que i'm a dû laisser après sa chute) 

laudduil ■ 

lâudà 
Il est donc évident que la première personne du singulier Uudam 
(forme de nos jours) , ne pouvant pas provenir de laaddbam (car cette 
forme a donné («udd, comme nous le prouvent l'ancien roumain et Ix m 
phonétique], ne saurait être que la première personne du pluriel, lauddm, f 
laquelle a passé aussi au singulier, par suite de l'usage populaire, qui 
emploie la première personne du pluriel à la place de celle du singulier 
(cf. le fr. i'iivons etc.). Par conséquent nous n'avons dans l'imparfait 
qu'une seule forme où l'a tonique soit suivi d'une m, c'est la première 



I , Nous reviendrons sur la question de l'a final suivi d'une m, lorsque nous 
parlerons des voyelles finales; pour le moment nous admettons que I'j final s'est 
changé en «i d'abord quand il était suivi d'une m. et qu'ensuite, grâce â l'ana- 
logie, tout a final est devenu u. 



ESSAI DE PHONETIQUE ROUMAINE 369 

personne du pluriel laudab.imus. Mais ce qui frappe le plus dans l'impar- 

#"ajt roumain, c'est que l'acceni n'est pas mobile comme en français ou 

cromme en italien et que la même syllabe porte l'accent au singulier et 

aiu pluriel. Le roumain nous présente donc ici le même phénomène que 

l 'espagnol où l'on a 

cantdba 

canidbas 
cantdba 
cantdbamos 
cantdbais 
cantdban. 
Pour expliquer ces faits il faut admettre que sous l'influence du singu- 
lier il y eut recul d'accent au pluriel (à la i" et à la 2' personne) et qu'on 
piartit d'un type : 

laudàbam 
laudûbas 
laudàbat 
laud^bamus 
laudàbatis 
laudàbant 
Il s'ensuit donc que Va tonique de iMiddm n'est pas celui qui précé- 
dait b désinence mus delaudabamus; mais celuj qui suivait la con- 
sonne d et qui était séparé de m par la syllabe ha. Donc il n'a pu être 
rnodifié par m, du moins aussi longtemps que la syllabe ba l'en séparait; 
cor si nous partons delaudabamus nous aurons les étapes suivantes : 

lauddvamu. 
laudduamu 
laudduâma 
lauddmà 
buddm '. 



I . Les lois phonétioues sur lesquelles nous nous sommes appoyè pour 
démontrer que l'a de l'imparfait làudjm (laudabamus) ne se trouvait pas 
dans les mêmes conditions que celui de lôudàm (laudâmus) ont besoin de 
Quelques éclaircissements, et cela d'autant plus que la dernière (la disparition 
ne la diphtongue uii| n'a pas été observée jusqu'ici. Le changement de i ou y 
en u c<t un pnènoméne assez connu en roumain ; ce qu'on n'a pas encore étudié, 
ce sont les conditions dans lesquelles cet u se perd ; nous en parlerons quand 
nous nous occuperons des consonnes 6 et v. Pour le moment nous n'étudierons 
que le cas où les consonnes b et v se trouvent après les toniques o./i; (êclassique) 
et f ri i classiques) et où la syllabe suivante contient un (ï. Les mots qui se 
trouvent dans ces conditions, outre l'imparfait de l'indicatif (de toutes les con- 
jugaisons), sont: 

nîvem — nevc — note — nuua* — «m (neige) Cknst. Cipariu p. 63. 

' Tout f final précédé de u devient o; exemples ; novem — noua, nobis — no*t 
l — mii« — noui'i, vobis — vove — roue — vouai etc. 



Romaitiû, IX 



M 



I70 A. UMBRIOR 

Dans les dernières étapes làadâmù el IStxdSm (de nos joare], bien que 
nous ayons un a tonique devant une m, cet a n'a subi aucune modifica- 



lëvat — lima — litauà. - iauta — iea (il prend) 
blbat — bcba — beva — beua — btauâ — bea (qu'il boive) 
habet — mc — auc — auîi — a (il a) 

gravi s devenu grevu s au fera, greva — greui — grtauii — gra 
le moyen grec CWa (lorica) — uoa — zaaa — zà (coite de mailles) 
* bava — bniu — bauà — bà (bave) 
Ce dernier mol ne se trouve qu'au pluriel baie, oii U s'est ajouté par l'analogie 
d'une classe de mots dont nous allons parler ci-après. M. A. de Ciliac, dans 
son • Dictionnaire d'étvmologie daco-romane, éléments slaves, magyars, etc. t 
compte ce mot parmi les éléments slaves, quoiqu'il ne se trouve qu'en serbe 
et en croate, langues qui ont fait beaucoup d'emprunts au roumain ou i 
d'autres dialectes romans. Mais l'italien bara, I esp. port, baba, te fr. bart et la 
loi phonétique que nous venons de produire et que nous allons encore appuver 
par d'autres faits, nous obligent à supposer un type lat. populaire ba^-j, d oô 
dérivent l'it. bava, l'esp. port, baba, le roumain ha (d'où le pluriel ba-lc, et le 
français bavt (qui devrait être bivt, mais qui est probablement refait sur les 
formes faibles