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Full text of "Romania"

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ROMANIA 



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ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ A l'Étude 
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 



PUBLIE PAR 



Paul MEYER et Gaston PARIS 



Pur remenbrer des anccssurs 
Les diz e les faiz e les murs. 

Waœ. 



30e ANNÉE — 1901 




PARIS 
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR 

67, RUE DE RICHELIEU, 67, AU I*^ (Ile)] 



TOUS DROITS RÉSERVÉS 



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NOUVELLES ÉTUDES 

SUR LA 

PROVENANCE DU CYCLE ARTHURIEN 



XI 

ARTHUR EN CORNWALL 

Nous avons insisté à plus d'une reprise * sur le rôle, impor- 
tant à nos yeux, que joue la Cornouailles anglaise dans les 
récits arthuriens. Certains noms d'hommes (Modret ^, Gorlois, 
Blery) et de lieux (Tintaguel, Camelot, l'îleSaint-Sarnson, etc.) 
décèlent pour ces légendes une origine cornouaillaise directe ou 
indirecte. Le récit qu'on va lire nous fournira l'occasion 
d'insister sur ce point que nous croyons intéressant. Ce texte 
n'a rien d'inédit. C'est un passage de la l^ita sancti Carantocù 
Il est contenu dans le manuscrit Vespasian A XIV du fonds Cot- 
ton au British Muséum, lequel date de 1200 environ. C'est un 
recueil de vies de saints gallois exécuté environ un siècle aupa- 
ravant 5. Toutes ces vies sont antérieures de trente ou quarante 
ans au moins à VHistoria Britonum de Gaufrei de Monmouth, 
ce qui en rend pour nous la valeur (légendaire) inestimable. 
Nous reproduisons le texte d'après la publication de Rees *, que i 



1. -Ro/miMW, XXIV, 334; XXV, 11,20; XXVIII, 12-14, 40, 336, 346- 

347. 

2. Ajoutez à Rhys {Arthur ian Legetid^ 392) Loth, Èttules corniqtus^ dans 
Rn*ue celtique y 1898, 404, note 3. 

3. Voy. Phillimore, dans Y Cynnurodor^ XI, 128. 

4. Lives of th Catnbro-british Saints ^ Liandovery, 1855, gr. in-8, p. 99- 
100. Cette édition, comme toutes celles de Rees, est détestable. 

Romamia, XXX. t 



>■ 



2 F. LOT 

nous corrigerons au moyen de rédition des Bollaadistes. Toutes 
deux reposent, du reste, sur le môme manuscrit Vespasien XTV ^ 

Et postea venit itcrum ad suam propriara regionem Keredidaun ', ad suam 
spcluncam cum clerkîs multis, et ibi multas virtutes feck quas cnumerare 
aliquîs non potçst. Et dédit ei ' Chrisius akare honorificabile de exceiso, 
eu jus nenio intdligebai colorera. Et postea ad Sabriiwm amncm venit ut 
navîgaret » cl misit altare in mare, quod et precedebat ubi Deus volebut 
iUum venire. In istis temporibus Cato et Arthur regnabant in ista patria, 
habitantes in Dindraiihov*; et venit Arthur drcuicns ut inveniiet serpentera 
vaïidbsiraum, ingentem, lerribilem, qui vastaverat ^ duo deci m partes agri 
Carrum. Et venit Carantocus * et salutavit Arthurara, qui gaudcns acce- 
pit beoedictionem ab illo. Et interrogavii Carantocus Arthvimm utrum 
audisseï ubi applicuissrt altare suum, et Arthur respondit : a Sihabuero pre- 
cium numiabo tibi. » et illedi^^it : « Quid precium 7 (postulas?» Illc respon- 
dit ; « Ut deducas serpeiuem qui m prope est tibi ut videamus si servus 
Dci es* ». Tune beatus Carantocus perrexit et oravit ad Doniinum, et 
illico venit serpe ns cura sonitu » magno, quasi viiulus ad matrem currens, 
inclinavitque caput suura ante *° servum Deî, quasi servus obedïens domino 
suo humilis '* corde^ et lenis*» oculis. Et misit 'î stolara suam drcacoïlura ejus, 
et dedustit illum quasi agoum, nec exahavit pennas ncque ungulas, et erat 
coUum ipsius quasî coUum tauri septem annorum, quod vix poterat stola cîr- 
cumdare ^*, 

Deinde perrexerunt una adarceraetsaluwverunt Catonera et bcne suscepti 
sont ab eo. Et duxit illum serpentem in média aulaet cibavit'î illum corara 
populo, et conati sum occidere illum. Non reliquit eum^*^ occidi quia dixtt 
quod ex verbo Dei venisset ut deleret peccatorcs qui in Carrum erant et ut 
ostenderct virtutera Dei per illum. El postea perrexit extra portant arcis et 
Carantocus dissoîvit eum^*, irapcravit illi ut dîscedcns nemini noccrct nec 
reverieretur araplius, et cxivit*?, hesitque, sicut ante dixit ordinatio Dci'*. 

'^[Et accepit'* ahare quod cogitaveret (iic) Anhur in mensam facere, sed 



I. AcUt Sanci.t t. Kl, de mai, $84. Les Bollandistcs devaient leur copie 
de ce ras. du fonds Cotton à robligeance de Dugdale, Fauteur bien connu 
du Mouasiicon an^Umnum^ {B désigne Tédition des BoUandistes, R celle des 
Rccs). 

t Kerîdiciam B. — \2 illi B. — 3 navigarît ^. — 4 Diudraithov B, Dîn- 
drarthon H, — ^ 5 in ajoxHé par R, — 6 Carentocus partout dam B, — 7 perac- 
tuni /?. ^ 8 et videamus si ser\'us Dei es iî, si servus Dei es ut videamus R, 

— 9 sonatu B, — 10 auiem B tt R, — 11 humili R. — 12 levis R. — 

— 13 dcdit R. — 14 circuire R, — îj ut cibaret R. — 16 illum R. — 
17 exibit R. — 18 annon sicut dixit ordinatio Dci R. — 19 acceptum /?. 



ARTHUK EK CORN WALL J 

quîdquid=''apponcbatur suptfrilUm jacubatur iii ïongînquo. Et postuUvît rex 
ab illo ui reciperet Orrum in sempiterno graphyo et postea edifica\nt ccclc* 
siam ibi. Postea venit vox illi de celo ut mitterei altare in mare]**». Deinde" 
misU Catonem" Arthuruni ut intcrrogarent** de aïtari, et nunciatum est 
il lis quod in ostîum Gueltit appuierai. Bt dîxit rex : « Iierum'^ date illi 
duodccim partes agri ubï aïtare inventumcssct. » Postea venit Caraniocus et 
ediBcavk ibi ecdesiam, et vocata est ctvitas Carrov*^ Venit autcm vox illi de 
caelo et dixit ut in exilium pergeret et relinqueret famtliam suam. Hic 
înnumeri sepuîtî sum in istam** civitaicm nec nomîna illo ru m nomînantur. 
Et ille soliîs perrexii ad Hiberniam insulam et sepultus est xvn. Kal. Janiî, 
in civitatc sua praeclara et optima prc omnibus civitatibus suis que vocatur 
civitas Chcrnach*7, Et niigravit in pace et pacem reliquit et pacem invenit ut 
legitur : ir Beat! paciBci quia^^ filii Dei vocabuntur. » Et iterum propbeta 
dicit : « Preciosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus. » Memor fuit 
quod carnalis hujus mundî substantia fragilis est, orania quaravis modo 
sint pulchra tamen corruptibilia. Zabulo^» vaido extitit contrariusî'\ multos 
homines lucratus. O vere vita beata, o Dei digna donorum** ! O vere vir 
bcate in que dolus non fuit! Neminem judicans, neminem contempnens»*, 
nulli malum pro malo reddens, saepc tkbatpro blasphemantibus; qui manei 
sine macula cum gaudto et gioria inter angelorum agmina in secuia scculo- 
ru m* Amen. 

Nous devons établir tout d'abord que la patria où régnent 
Arthur et Cato est bien la G:»rnouailles insulaire, la Domnonée. 

Cela ne saute pas aux yeux. Les premiers éditeurs se sont 
mépris. Ils ont cru qu'il s'agissait do pays de Galles. Et cela 
est bien naturel : riugiographe donne pour père à Carantoc le 
roi Ceredic, lequel a donné son nom à k proviocc galloise de 
Cardigan. C'est dans une caverne {spelunca) de ce pays que le 
saint homme se retire ** C'est lu qu'est située la principale 



X. La Vita la nomme (1. ^j)spfJufU4i Edih, Cest peut-être le rocher en 
forme de chaire appelée EislM/a Carannog^ « siège de Carantoc », dans la 
paroisse de Llangrannog. Cf. Rees, 598, n, i. 

ao Lfs mots tnirt crochits sont visihknieut une inUrpolatwn, — 20 quoi- 
quot R, — 2t dein ^. — 23 sk dam B, U passa ffc est itt intelligible. Selon 
B iï y a Caronem et wn Catonem, corrige par conjecture Caio, li faut sans 
iîouif lire Deinde raisit Caio ad Arthurum ut interrogaret de altari ou 
Dcinde miserunt Caio et Arthur ut interrogareni de altari. — 2} interra- 
garci B. — 24 sic, dans R, item B; lire nunc? — 2$ Carrou R, — 26 sunt 
ista dvîtate B, — 27 Chernacli B. — 28 quonani /?. — 39 Tubulo R. — 
30 comraxius /?. — ji donorum digna B. — 32 conteninens B. 



4 t\ lot 

localité qui lui est consacrée et qui porte son nom, Llan- 
grannog*. Ncannioins il n'est pas douteux que le pays où il 
aborde, lui et son autel, ne soit la Domnonée, puisqu'il s'em- 
barque sur la Severn et passe la mer, Uager Carrum, ou aborde 
Taute! et où il fonde une église S a perdu son nom pour 
prendre celui du saint personnage : c'est aujourd'hui Crantock ', 
ù Tembouchure du Ganne! Creek*, sur la côte nord de 
CornwalL 

La ville ou château où habitent les deux souverains Arthur 
et Cato n*est pas loin de Carrov (Crantock) et porte le nom de 
Dmdraiîkw '\ Personne n'a pu Tidentifier jusqu'ici. Mais nous 
sommes sûrs que cette localité est en Cornwall. En effet, Din 
Draithov n'est autre que le Din Trcdûi que le Glossaire de 
Tévêque-roi irlandais Cormac (tué en 907) place au nombre 
des forteresses goidéliqucs situées chez les Breian Cornu ^. Et 
c'est en même temps évidemment le mystérieux Cair Draithov 
que l'on trouve dans Nennius parmi les 28 civitates de l'île de 
Bretagne ^ 



1. En Cardiganshirc, Cf. Rees, 596, note 2. 

2. Le rccit est embrouillé, mais en le lisant attentive ment on voit que 
VagcrCanum dévasté par le dragon ne fait qu'un avecla civitas Carnrv fondée 
par le saint. 

j. Cornwall» hundred de Pyder. Cf. Davies Gilbert, The purrochiaî history 
ofCornU'ûll, III, 47, 

4. Cmrtri est, je croîs, tout simplement Tanglais channeî. Le nom celtique 
gtutUit a dû disparaître, 

5* Telle est la vraie forme, et non Dindrartlxm, comme riraprime Rees, 

6, Voy. Thffc ithh glûssaries, éd. par W(hîtley) S(tokes), Londres, 1862, 
in-8, p. 29-50, au mot Mo^iifhne, Aux traductions de ce passage déjà citées 
(Romanm, XXVII, 532) on doit ajouter celle, peut-être préférable, de 
M, KuûO Meycr, dans Tranutctiom of ilie ScKidy Cymmrodorhn^ session 
1895-96, 59-61. 

7. Nennius, éd, Mommsen, 212 {Mon. Germ., Auciorn antuiuissimi^ 
t, Xni). — Le mérite de ce rapprochement ingénieux et probant revient à 
M. Egerton Phillimore. Voy- Y Cymmrothr, XI, 90, note i. Je dois ajouter 
il ce propos que je me reproche de n^avoir pas dépouillé plus tôt méthodi- 
quement h collection du Cymmrodor pour en extraire les notes précieuses que 
ce savant a ajoutces aux articles de ses collaborateurs. Elles m*eussent été d'un 
grand secours. Je signale ooiammeot ce qu'il dit de la CbronUitu de &wcnt 
(/Ai^., XI i6}-i68) pour remettre au point ma note à ce sujet {Romania, 



ARTHUR EN CORNWALL 5 

Ce nom a disparu. Ne peut-on au moins essayer de retrouver 
l'emplacement de li capitale d*Arthur et de Cnto? 

On a vu qu'elle ne doit pas être loin de Vagcr Carrov 
(Crantock). Or, à lo milles anglais (16 kiL environ) à Test de 
Crantock je vois une colline, la plus élevée de la région, qui 
domine toute rextrémité de la Cornouailles. Du sommet, on 
aperçoit le canal de Bristol, le cap Land's End, la mer dlrlande 
et la Manche. Elle porte aujourd'hui le nom de Castle an 
Dinas ' ; au xvi* siècle, on disait encore en langue celtique 
Castill an Dinc\ c*est- à-dire « Château de la Montagne » '. 
El sur le sommet que voyons-nous? Les ruines d'une impor- 
tante forteresse circulaire, consistant en trois murailles^ 
concentriques de masses granitiques asî^emblées sans mortier; 
entre chaque rempart un fossé. Le diamt;tre du castell est de 
436 pieds anglais (130 mètres); sa superficie de 6 acres (envi- 
ron 2 hectares). 



XXVII, 1898, 572, note 2). Sur la malhonnêteté de réditeur William abitheï, 
j'étais arrivé au même résultat (//»/(/,, ^66, note) que M. Philllmore, sans 
connaître son article. 

i, Cornwaïl, hundred de Penwilh, paroisse de Ludgven. 

2. Voy. CarfU'^s Sunyy oj CornwaUy éd. de ï8iî, p. 541, Dwis ou iknh 
est en Comwall ei Cumbcrland la forme qui tépond au gallois iiinas (voy. 
Phillimore, dans Y Cyntmrciîar, XI, 45-44), Cette forme a amené dans l'esprit 
des archéologues un rapprochement avec le mot Danish (Danois). De là 
Thypoibésc absurde de cerîains érudits locaux que ces constructions sont 
d'origine scaïuiiiuve. Les Danois ont bien fait des fortifications dans le 
Cornwjll» mais là^ comme en France (à la Hagtw Diki\ près Cherbourg) et 
en Angleterre (au cap Flamborough), ils se sont bornés à isoler du continent 
un promoaioire par une levée de terre et un large fossé- Ainsi le promontoire 
de Tolpcdffi Pfmvith, à j miles au S -E. du cap Land's End, si Ton en juge 
par la description de Borlase (p. 544), a été certainement un hi^uf-dikt 
danois Cet archéologue avait du reste supposé avec sagacité (p, 345) que ces 
caps avaient dû être fortifiés par des envahisseurs étrangers (qu'il n'identifiait 
pas). Mais, encore une fois, cela n'a aucun rapport avec les collines fortifiées 
de Tintérieur. 

3. Dimn en bntton. s*entend de la cime d'une montagne, fortifiée ou non. 

4. Les descriptions du xix* siècle ne parlent que de deux remparts. Voy. te 
Naihmal Ga^fHetr ; Gilbert» ùp. cit., IH» 47- 48» et surtout William Cotton, 
Accmmt of ctttainhilUmlks siiuatrd nearihe Land's End in Côrnually dans VAr- 
(hirologm^ vol. XXIl (1829X in-4, p. ^oo 'jo^^tiirc plan §, Mais Borlase, au siècle 



F. LOT 

Il me semble qoe nous avons là le Cair DraWmj ou Dun 
DraitJxrv A^mànàè. Les détails donnés sur rarchitectorc par les 
chercheurs locaux montrent d'une manière absolue, à mon avis, 
que nous sommes en présence d'un Dûn irlandais * ; cela 
confirme les assertions du glossaire de Cormac sur la 
conquête de la Domnooée par les Scots aux iir'^ et iv* siècles \ 
Cette forteresse n'est pas la seule de son espèce, quoiqu elle 
soit une des plus importantes. Toute l'ancienne Domnonée est 
parsemée 5 de ces forts dont Torigine scotique est à mes yeux 
indéniable. Tintaguel », Camaalot ^ résidences arthuriennes, 



dernier, avait noté un troisième rempart, lequel paraissait inachevé. Voy. 
Antiquitui histùfica! and moinimental of CornwaU^ Londres, 1769, in-foL, 
p. 546. Le Glossaire lit Conmu voit dan^ D'tnn Tradùi (en irlandais Dun 
Tr/tiut) les mots trt « triple et tllme « rempart »*, et l'interprète « tripîf 
rnnpari de Crimthan le Grand, roi d'Irlande et de la Bretagne jusqu'à la 
Manche », Mais il n'y a pas a tenir un corapte sérieux de cette fantaisie 
étymologique. 

1. Les nombreux et importants travaux sur rarchiteciure irlandaise, dus 
d lord Dunraven, G, Pclrîe, Fergusson, Wood-Martin, Andersen, etc., sont 
résumes dans un article de M. Pflugk-Hantung, paru dans les AVwr Haddher- 
ger Jahrhûchcr^ I, 201-226. 

2. Sur rétablissement des Scots en Grande-Bretagne, voy. Zimmer, 
Netiftim vimiicatus^ 84-9 ;, et surtout Kuno Meyer, Early rektions bdwan 
Gadand Brythyn^ dans les Transactions oj th socîtHy o( Cymmyôiiorion, session 
de 1895-96, s 5-86. Les Irlandais ayant occupé le pays de Gallt^, on doit y 
trouver également des forteresses scotiques. De fait, en relisant la description 
de Dina<, Emreis^ au pied du Snowdon, nous pensons qu'il a dû y avoir là une 
construction irlandaise, un dùn. Nous avons tenté de montrer qu^un conte 
d'origine irlandaise précisément s*était atuché à cette localité (Rom an ta, 
XXVlll, 1899, 538). 

3. On s'en assure aisément en étudiant les cartes de cette région. Pour 
rcxtrémitè de la Comwall, voy. Tarticle de Cotton, cité page précédente, 
note 4. 

4. TintagueL Comwall, hundrcd de Lcsnewîth. Cf. Gilbert, op. cit.^ I, 
322- }4}. Une description et une vue de Tintaguel sont données dans Borlase, 

5. Camalet, Somersctshire , à un mille au sud deNorth Cadbury. Voy. sa 
description daiis IcXational GairtUn, 1, 443, Camakt^ ainsi appelé dans les 
»♦ old record • (Sluart-Glennie, XXVI), est plus connu sous le nom de 
Codbury castle. Le premier terme de ce dernier nom, qui est celui de deux 
localités du Sotnersetshire et d'une du Wiltshire, est peut-ètre d'origine cel- 



ARTHUR EN CORKWALL 7 

sont des constructions irlandaises. Cette dernière me semble 
un râth plutôt qu'un dtin \ 

Arthur règne donc en Cornwall, où notre récit le montre en 
quête d'un dragon ^ dévastateur. Cette légende hagiographique 
se rencontre avec les récits des Mabinogion et des Triades du pays 
de Galles. ♦ 

Ainsi dans le mabinogi de Kuhvch et Ohuen c'est en Kernyw 
qu'Arthur atteint et jette à la mer le monstre Jwrch tnuyth^. 
Il commande aux habitants de Kernyw (Cornwall) et Dyfneint 
(Devon et Somerset '*). De même dans la ViîaGildae deCaradoc 
de Llancarvanj Arthur voulant assiéger dans Glastonbury 
Melvas, ravisseur de la reine Guenièvre, cotnmovit exerciius îôîius 
Cornulnae et DihnenmcK La Cornwall joue encore son rôle dans 
rhistoire non moins fantastique de Chapalu (Cathpaluc *). La 
mère du monstre, la truie Henwm (vieille et blanche), est gar- 
dée par Koll i\ Glyn Dallwyr en Kernyw. Elle se sauve jusqu'à 
Penryn Jtvstin, également en Kernyw, d*où elle se jette à Teau 
pour aborder de Tautre côté de la Severn, en Gwent, à Maes 
Gxveniih ou Aber Torogi en Gwent is-Cofd 7, 



tique et doit sans doute être rapproché du gallois C4td-lyi, qui désigne une for- 
teresse à plusieurs enceintes concentriques (cf. Tirlandais air lis). Ici cad se 
rattache à la racine cudur « garder «^ selon J. Loth, Mttbwogmtf l^ 259, 
note 1. 

1, La différence principale entre le dûn et le râth^ qui sont tous deux des 
forrificacions rondes formt^es de plusieurs enceintes concentriques, c*esi que le 
premier est constitué par de grandes niasses de pierres asseniblées sans mor- 
tier, et le second par des levées de terre précédées d*énorraes fossés, Voy. 
Pflugt-Harttung, uri.dt.^ iio-aii. 

2, Un dragon, puisque ce str petit a àii% ailes {pfmms) et des griffes (ungu* 
las), Chest les Celtes» le même mot désigne le ver, le serpent, le dragon : cruim 
chez les Goideb, pHv chez les Brittones. De même chez les Germains, le 

3, Loih, Mabinogion^ I, 281. 

4, Ihid,, I. 279-280. 

5, Vita Gildae, éd. Mommsen» dans Mon* Gtrm., Auci, antiq,, XIII, 109, 

6, Voy. Loih, II, ^48-249, et remportante étude de Freymond, Arius 
Kampf mit drm Katimungtiùm. Halle, Nicmeycr, 1899, ln-8, 86 p. (Extr. 
des Bfitrâgf ^ur roman. Plnhiogit^ Festschrifi Grôber), 

7, Cette dernière mention, qui se trouve dans une version de cette triade, 
éditée par Skeiie {Fùtir ancUnt booh of iVaUs, II, 45S-46o)« permet d*idcmi- 



8 F, Lcrr 

Même quand Arthur ne gouverne pas directement b Cor- 
nouailles, le chef de ce pays est ou son vassal, comme Erbin, 
qui y règne par sa permission', ou son parent, comme Gor- 
mant ', frère d* Arthur par sa mère et fils du pcnnhynev de 
Kernyw'. Notons enfin que Gwynnhyver ou Gwenwyvach 



fier â coup sûr Pntryn An'itin que certains (dont La Borderie, Li'i x*ériiahUs 
prophêtks df MftUfi) ont placé à tort en Galles. Ahr Torogi en Mocmouth 
(Gwent is cùrtf) est très cenaîncment T embouchure du ruisseau de Troggy, 
près de celle de la Wye. Pmryn Justin^ sur l'autre rive delà Sevem, ne peut 
être que -^//5/ C/rjf. (Voy. Phillimore, dans Cymmrodor, XI, 89, en note.) 
Amt C/j/f (paroisse et hundrcJ de Henbury, comté de Gloscester, à ^ m, â 
Touest de Thornbury) était un passage {trajectus) connu dès Tépoque 
romaine. Cette identification amène à un résultat intéressant. Penryn 
Awstiti est dit en Krrnyiv dans toutes les versions de cette triade (Skene, 
lik% cii.; Hed hooh of Hft^isi^ p. 307, n° 56 i Htngurt ms, 102, dans Cymm- 
rodor^ VII, 151, dernière ligne)» 11 en résulte dune que la Cornouailles 
insulaire s*cst étendue bien ;iu delù de la rivière Tamer, A vrai dire, elle a 
embrasse toute Pan tique Domnonée. C'est donc à tort que j'ai dit (Romania^ 
1899» Î45» note 2) que, s'il est vrai que le Devon embrasse la Cornouailles, 
la réciproque n*est nullement certaine ». Ces deux termes sont au contraire 
(parfois) synonymes. (Yoy. encore Loth, Mabin., I, 195% noie 2.) Ce résultat 
concorde avec un passage du Glosmn df Connue (cf. plus haut p, 4» et 
Komania, XXVIl, 512-5^3)» qui prétend que les Goidels (Irlandais) ont 
fondé chez les Breiotis Comhjxtes {Brttan Cormt) non seulement les Ibrteresses 
de Din Tffdui (selon nous, Castell an Dinrs en Comwall), Dimi map L^tfjûin 
(inconnu), mais encore GlmUvihnry, laquelli' tst en Somersetshire. Il parait 
asi*cx probable qu'i une époque très ancienne le pont de Gloucester, qui 
marquait la fin du Gwent(Loth, 1, 54, note i) et la frontière saxonne, formait 
aussi rextrêmc limite du Kernyw. Dans le mabinogi de Gtraita^ la Sevem 
forme ta limite des états d'Anhur et de Geraint roi de Kernyw (trad. Loth, II, 
138» \^o),Dyn^Hmmn (que je n'ai pas réussi à identifier) paraît â la frontière. 
De ridenlitè du Kernyw et de la Domnonée découlerait une dernière con- 
séquence : c'est que le nom de Cornouailles ou Cornwall n'a rien à faire 
avec les Commi de Chcsitr {Dnd) et WroxitiCT (Uricontum), comme on le 
dit habîlucllement (Loth, La Borderie, etc.). Il s*applique simplement aux 
Bretons occupant Tangle (corn) sud- ouest de F île. L*étudc des origines de la 
Cornouailles française m'a conduit récemment à la même conclusion. 

1. Mabitiùgion, trad, Loth, II, ijs- 

2. fhià., I, 208-209, 

3. M. J. Loth (ibid,^ 20^1 note i) suppose qu*un nom propre a été sauté et 
que c^pennljynev était Kmhvr, comte de Cornouailles. C*est une erreur. Kadur 



ARTHUR EN CORNWALL 9 

lequel causa la bataille de Camlan en donnant un soufflet à 
Gwenhnyvar (Guenièvre), femme d'Arthur, était muer de 
Kemyw et Dyfneint \ On voit par cette liste, qui est loin 
d'être complète % que la Cornouailles a joué un rôle important 
dans les récits arthuriens des Gallois ^ 

L auteur de la Fie dé saint Carantoc était peut-être Gallois, si 
l'on en juge par Tintérèt qu'il porte au Cardigan et à son pre- 
mier roi Ceredic. Il a eu Tidée, lui ou sa source, de faire de 
Carantoc un Gallois du Cardigan, ce qui me semble douteux^. 
Il a donc pu puiser ce qu*il dit d* Arthur et du dragon dans une 
source galloise écrite ou orale. Toutefois la mention de localités 
aussi peu connues au xr siècle que Carrm (dont le nom était 



est une forme forpée par Gaufrei de Monmouih et imitée par le Songe de 
Rljonau'hy, cî, ci-dessous, pu. 

1. Voy» Loth (I, 207) et triade (I, 210, note i). 

2. Voy. encore Loth, I, 218, et II, isi, 

%, Voy, encore (plus bas), p. 16, U bataille de Caralan. 

4. Il noQs apprend ^^ue saint Carantoc est honoré en Irlande, où il a fondé 
une ch'Uas, et que sa vie est lue partout : « opéra kguntur in Hibemia per 
totam patriam. » Seulement en Irlande Cajranioc est connu sous le nom de 
CtruiU'h (Rees, p. 98). La première pensée qui vient à Tesprit, c'est que l'au- 
teur a identifié arbitrairement le Gallois Carantoc avec l'Irlandais Crrtiach, 
Mais ce dernier nom ne peut s'appliquer qu'à un étranger ; en irlandais, 
Ce macb s\gn\û^, en effet, « Cornouaillais ». (Voy, Kuno Meyer. dans Trartî- 
actions,., Cymmrodorîon^ 1893^961 75.) Or, pour que les Irlandais dési- 
gnassent Carantoc sous ce surnom, il faut qu'il ait été originaire de Kemyw. 
S*il eût été Gallois, ils Teusseni appelé Bffti ou Brdnach, nom fréquent en 
Irlande, où il est rendu depuis le xvii* siècle par Wahh, (Voy* Kuno Meyer, 
ibiiL^ 76.) H me paraît donc vraisemblable que Carantoc était Cornouaillais» 
mais que Tauteur de la Vie était Gallois. Voyant en Cardigan une paroisse 
dédiée à ce saint, Lîangramio^^ il aura cru qu'il était originaire du Cardigan, 
ei Taura rattache aunrois de ce pays. On connaît, en effet, le goût si singulier 
et si peu chrétien des hagiographes du moyen âge pour la noblesse du sang* 
Leur héros doit toujours être de bonne race. La curieuse généalogie imprimée 
à la suite de la Vita savctt Carantoci (Rees, 100, depuis quodam tefnpore, et 
îoi) fait aussi de Carantoc un fils du roi Ceredic, l'éponymc du Cardigan, 
Elle raconte comment, les Scots ayant envahi le pays, les habitants veulent 
placer à leur léte Carantoc, mais celui-ci prend un parti édifiant : il se sauve 
et va faire son salut au désert. Cette généalogie constitue sans doute avec la 
Vie irlandaise (perdue) de Cemach la source de notre Vite sancti Carantod, 



fO F, LOT 

déjà remplacé par celui de Crantock), Guelîit, Dindraiûm, 
rendent beaucoup plus vraisemblable qu'il a recueilli ce récit, 
modifié dans un intérêt religieux ', à Tabbaye même de Cran- 
tock. Il y a tout lieu de croire, du reste, que Thagiographe a 
recueilli dans ses voyages les éléments de son récit \ Nous 
pensons donc, et ce sera notre conclusion, que cette vie 
de saint prouve Texistence de traditions arthuriennes en 
Cornwall vers rannce i loo au plus tard. Les habitants voyaient 
dans Arthur un ancien roi du pays. Nous ne nous en étonne- 
rons pas si nous nous rappelons que, non loin de Crantocket 
vers la même époque (1U4), tes habitants de Bodmin affir- 
maient aux moitiés de Notre-Dame de Laon que leur pays 
était la patrie d'Arthur et montraient sa chaire et son four : 
^ ... ONiendenmi uobis cathcdram et turnum ilUus, famosi 
<i secundum fabulas Britanoorum, régis Arthuri ipsamque ter- 
« ram cjusdem Arthuri esse dicebant '. » 



t. Us moines de Cramock ignoraient évidemment roriginc de la possession 
de î'^fff GiriTH». Ils mirent en œuvre les légendes locales sur le combat 
d'Arthur et de Cido contre un monstre. 

J* Il parait bien que l'auteur a visité Tlrlande. Saint Carantoc y au 
foiKÎo beaucoup de chitate%, dont la principale est appelée Civitai Chermcb. 
{\o\\ p«^c prècéd. note 4.) Chitas ne désigne pas une ville, mais un cîan, U| 
réunion d«sdisdplo et serviteurs qui accompagnaient le saint celtique. Ccl 
moittnd sans doute nrbndâi$a»mfMiiol. Dans le Mcaili existait encore, aill 
XVt^ siècle» un C<mtbiml Ck^rw^^ « ONRgi^tîonde Camech ou Gernadi*^ 
Voy. 01>(mov*i», Tffefrtfkimi pom^ efjoht CrOuNkigain, p. 51. «té " 
Ktioo Mm? , Iw, dt., 7^ On oc peut affirmer que ce soit là notre 
Cktrmfè^ CiT kl y aeu detim Ctimmb, Vun mort un 16 mai. l'autre mort le : 
m)g%,\of, CûjfU^ AOêmmOmm,., Ifïkntùr (Lovanii. i^S, ia>fo1 X?^ 
T^l; Cf OlmàÊr ^ anvitt(M. Slûte, i$7i. gt, \sl-a\ p. UM- Celui i 
Mtuh (iMki) n'est pcobdblcaMi f^ le nôtre, qni a OLercé soo ap 
«Emile Ldnitcr« m r^pmt Ugm (Re&, 9S)l 

1. HéOMB M Uoo, MTmnb mmct» Hanx ImÊim* 
^-^-^. ltf.« u t$i, aà. 9I1. Ko» Méam absenter <^ 
^iie k cMie ei k ter 4*iMM» 4e«iikot être à Boii 
<»n>gQS, ée wtee fie h tùàt ithxùm à K 
m fa KUOtttq. |e %nifc «nlflaent^ I b mille 
«ne cdfiae^fçdlèe .^9fe«r*r Hdi (l onUes E. 
«Ainnr â pecsise sm tOiiie cette iryiiii i 



SOURCES CORh^OUAlLLAISES DE CAUFREI DE MONMOUTH II 



xn 



SOURCES CORNOUAILLAISES DE GAUFRE! DE MONMOUTH 
CADOR DUX CORSIUBIAE ET GORLOIS DUX CORNUBUE 

Nous avons déjà signalé Tinfluence de la Cornouailles 
insulaire sur Gaufrei de Moomouth'. Nous croyons bon 
de revenir encore sur ce sujet. I! nous paraît difficile de ne pas 
voir dans le Cata qui, dans la Fie de saint Carantoc, règne en 
Gjrnwali de concert avec Aahur et réside à Dindraithov % 
le prototype du Cador dux Cornubiae dont Gaufrei fait le bras 
droit d*Arthur et le général en chef de ses troupes*. Nous 
avons la bonne fortune de posséder quelques renseignements 
sur ce personnage, sans doute historique *. Une généalogie gal- 



King Âr timr* s palace {Kaîiotml Ga^ilteer)\io^Tè&dc Tintaguell, à BanasPoioi, 
un promontoire porte le oom de Kin^ Jrifmr's castk (Gilbert, lo<. cil.), et les 
roches, bizarrement taillées, sont appelées u tasses et soucoupes o du roi 
Arthur (Stuari Glennie, XXVIII): 50 près de Gimelford, un retranchement 
est appelée Arthur* s Hall (ihiJ) ; 40 à Slaughter Bridge, entre Tintaguel ei 
Camelford, une roche porte son nom (ibid .} ; j*» au nord de Liskeard, un 
groupe de roche est appelé Kittç Arthur* s Ivd (r7»iW,); 6*» enfin, seloo le 
même Stuart Glennie, Castît-an-Dinas aurait été, selon les traditions (?) : 
« the hunting-seat of King Arthur, who, according to thelegends,chascd the 
wild deer on ihe Tregon Moors » (lire Tre^ross ffttxyrs, grande lande maréca- 
geuse, au sud de Castle-an-Dinas). Il n*indique malheureusement pas sa 
source. Il serait curieux de constater la persistance d'une tradition arthuriennc 
en ce lieu, que nous avons tenté plus haut d'identifier avec le Dhidraithyv 
résidence d'Arthur dans la lie de saint Carantcc, 

u Rofmtm, XXV lU (1899), }î6. 

2» Voy. plus haut, p. 2. 

}, Histotia Britonum, IX, i, 5, 9, 13, 15 ; X, 4, 5, 6 (San-Marlc, p* 12a, 
125. 132,135, i4S-îi7)- 

4. Il est dît dans les textes fils de Gérant map Erhin. Or^ Gereint est un 
personnage parfaitement historiïjue. Il a gouverné la Cornouailles insulaire 
à la fin du vti« et au commencement du viii« siècle. Cado aurait donc vécu 
au vm* siècle. Est-il identique au Catfxnnus^ roi de Dotmioti/e, de la TiV de 
saint Guémlé (Anaîecta Boïîandiana^ VII» 176, noie 2)? Nous le croyons, 
mais la critique de cette Vie soulève des problèmes que nous examinerons 
dans un article spécial. Disons seulement qu'il est inadmissible que Guénolé 
ait vécu aux v« et vi* siècles, comme le prétendent La Borderie et les Bol- 
landîstes. C'est un personnage du vin« siècle, et nous le prouverons. 



12 



F. LOT 



loîse fait de Cado un fils du célèbre Gereint raab Erbin *, ce 
qu'une autre généalogie rend en latin par « Cathov filius Geren- 
tonis^ ^K Son nom est donné en passant dans le mabinogi de 
Kulwch et Olwen : Cadwy vah Gereint \ Une triade en fait 
(avec Gwalcbmci ou Gauvain et Cadeir) un des trois chevaliers 
amoureux et généreux de la cour d'Arthur ^ Une autre en fait 
(toujours avec Gwalchmei et (Cadeir) un des trois hommes les 
meilleurs envers les hôtes et les étrangers K Des poètes font allu- 
sion en passant à sa vaillance et à sa générosité ^. Aucun de ces 
textes ne met du reste ce Cadwy en rapport avec la Cor- 
nouailles. Enfin Cado semble avoir été considéré comme un 
saint, et on trouve mentionné comme tel un Caiaw ou Cadoab 
Gcra'mî^ mais en Cornouailles seulement, car aucune église du 
pays de Galles ne porte son nom 7, Il ne parait donc pas dou- 
teux que Gaufrei n'ait emprunté son Cador dux Cornubiae à la 
tradition cornouaillaîse. Seulement, selon son habitude, il a légè- 
rement modifié le nom ; de Cado % Catkw, Cadiv)\ il a tait 



1, Éd, dans Y Cymntrodor^ VllI, 86, n'> x. 

2. Dom Morîce, Hht. de Brd.^ Preuves, 1, coL 211. Nous étudierons plus 
tard cette généalogie, dont b critique n'a pas été faîte sérieusement. 

j. Dans Kulwch et le Son^e de Rhonahvy le texte porte : ac Aduy mah 
GertiHiy erreur visible, pour a Cadwy mab Gertittl^ comme Ta fait remarquer 
Phillimore {Cymmrodor^ XI, 90, note 4), dont l'émendadon est préférable à 
celle de Loih (Mnhitwghu, I, aoj, note }, 511 ; II, 268, note 3), 

4. Myfyrian ar€h:cohi^y^ éd. in- 4, p. 411, col. i, n<> 119, 

5. Lotb, 11, 268, note 3. 

6. Il semble bien, en effet, que le Ganuy cité dans les poèmes {My/yrkifi, 
295, col. a; 325, col. i ; 328, col. 2; 339, col. ï)t doive être corrigé en 
Gadxvy (= Cadwy). Le fait est cenaîn pour k p. 41t. col. i, n«» 119, où 
Ganvy mah Grraint ah îirbiu n*esc autre que Gadwy {Caduy) mah Gftaini ah 
Brhin. Cf. notes précédcnies. 

7. Voy. Rice Rees, An essay on the wehh saints (Londres, 1836, in-8), 232. 
Avertissons que le Cado dr Prydciu de Kuluch (Loth, 1, 247) n*a rien à faire 
avec notre roi de Comouailks. Cette lo;on est très certainement une faute 
pour Caw de Pryditî (Ecosse). Voy. Phillimore» hc.cil,, XI, 91, en note. Le 
Cado Ut'H d'une tri.ide (Loth, II. 207) est Caton l'Ancien. 

8. Dajîs la Vita Sancti Caratttnci, la forme Caio est visiblement laiiniséc. 
Cador de Gaufrei n'est donc pas une déformation de Cadoc^ comme le dit 
M, Philipot {Rommùt, XXV, 286, note 2). Cadoc n'est pas du reste breton 
à rorigine, mais irlandais. C'est Thypocoristique irlandais du breton Catmael 



KELLIWIC, RÉSIDENCE d'aRTHUR I3 

Cad^r, Un texte gallois, en compojinon littéraire, inspiré de son 
Historia Britonum, lui a pris Kadiur^, iarll de Kern}n\^ et porte- 
épéc d'Arthur '. 

je ne connais pas de texte ancien où il soit question de 
Gorlois. Gaufreien faitun rf«x Cornubiae^, Or la forme Gùrîois 
nVst pas galloise : elle est cornouaillaise ^ Cette coïncidence 
ne saurait être fortuite, Gaufrei a certainement emprunté ce 
nom (rien que ce nom probablement) à un récit de Cor- 
no uailles. 



XIII 



KELLIWIC, RÉSIDENCE d'aRTHUR. 

Je me suis efforcé de démontrer par des raisons d'histoire 
ecclésiastique que le mystérieux Kelliwic, résidence d*Arthur 
dans les Mahinogion et les triades, n*était autre que Bodmin, 
capitale du Cornwall *. Je n'avais au moment où je rédigeais 
cette note que des cartes du Cornwall à petite échelle. Ayant 
eu récemment Toccasion d'étudier les admirables cartes 
d'Angleterre du colonel Mudge, j'y ai trouvé la confirmation 
de mon hypothèse. A un mille anglais (1,600 mètres) au nord- 
est de Bodmin, je vois une localité de Cnlîiwilh où il me 
semble bien impossible de ne pas reconnaître notre Kelliwic, 
Et prés de U je trouve encore un bois, Calliwill (sic) toood, qui 
achè%'e de me convaincre. On sait, en effet, que Kclti signifie 
<t bocage, bosquet d'arbre « en gallois et en cornouaillais K 11 
y a bien longtemps que cette localité a perdu toute importance. 



« prince de bataille. » Voy. Philliniûre, loc, ciL, XI^ 92, ooie6). Catmaeî fut 
en effet élevé par un ermite irlandais (Ktcs, p. 25), qui transforma son nom 
suivant un procédé tamilier à sa langue (i« syllabe -f ô^ = « petit »). 

1. Sofige de Rljonuwby, dans Loih, 1, 301, 3 12. 

2* Hhtwria BriUmum^ VIII, 6, 18, 19, 20 (San-Marte, p. 106, Ii6-u8). 

5. Rotmittia, XXVIII, 1899» 345-346. Par suite d'une fliuie d*imprcssioD, 
les mots tt Ktllki'k om été sautés» p. 34.^» îigne 10, entre les mots Artlmt 
et fu Keniyti\ ce qui rend le raisonnement difficile à suivre, 

4. Loth, Mabinogion, I, iSi, note 2, et dans Revue aîiiqtu^ XIII, 482. 

5. ïhid.^ 546, noie 1, 



Î4 F. LOT 

Sur la carte du colonel Mudge (iSi}), ce n'est même pas un 
hameau, mais un simple point, peut-être rien qo*un Heu dit, 
La vieille résidence de Kelliwic a do être délaissée vers le 
XI* siècle au profit de la nouvelle ville groupée autour de 
l'abbaye de Bodmin (Boi-tnenei), fondée ou rétablie vers 905 '. 
Seulement G>rnouaillâis et Gallois consen^èrent encore long- 
temps le souvenir de cette localité, et ces derniers môme, au 
xtr siècle, lui attribuèrent rétrospectivement un évèché. 



XIV 



LE BLANC PORC DANS GUINGJMOR 

y M rapproché ' le blanc sentier ou le blanc porc dans le lai de 
Guingamor du Twrch Tnoyih (porc Trwyth) du mabinogi de 
KuUïwch et de la truie Henwen d'une ancienne triade. Par une 
de ces éloyrderies qui me sont malheureusement si habituelles, 
j'ai négligé le rapprochement curieux, et même tout à fait 
saisissant, avec un épisode du mabinogi de Manatayddan fils 
de Llyr. On sait que celui-ci fait partie d'une des quatre 
« branches » qui portent plus spécialement le nom de mabino- 
gion^ Ce sont les plus anciennes de toutes, et leur origine irlan* 
daise a été établie par Nutt * et Rhys^, Nous reproduisons deux 
pages de la traduction de M. J. Loth * ; 

Un matin Pr>'dcn et Manawyddan se levèrent pour aller à la chasse; ils 
préparcreni leurs chiens cl sortirent de la cour (château). Certains de leurs 
chiens partirent devant et arrîvèreni à un petit buisson cjui se trouvait à côté 
d'eux. Mais il peine étaient-ils ailes au buisson qu'ils reculèrent immédiate- 
ment le pcnl hérissé et qu*ils retournèrent vers leurs tuai très : " Approchons 
du buisson, dit Pryderi, pour voir ce qu'il y a, a lisse dirigèrent de ce cûté. 



1. Borlase, op, cit., j8o, 

2. Hornnnia, XXV, 1896, $90-91. M. Schofieïd a sîgnabi les rapports 
entre Guuigatmr et le Voyagr of Bran irlandais dans son étude TTr lay of 
Guitigiimor {Han^ard Studin in Pbilalogy and Literature, voL V, 222-225. 

J, Mabinogion Sttidm, Branuvtt, dans ihe Folk-îore Record, V (1882). 

4. Dans Hibhert Uctura on Cfltk Heathemlom (1886) et Stiuim on tU 
Arthurian k^^md (1891). 

5, Midnnogion^ I, ï 05 -107. 




LE BLANC PORC DANS GUINGJMOR îj 

mais quand ils furent auprès tout à coup un ianglirr irun hhnc éclatant ' se 
leva du buisson. Les chiens excités par les hommes s*éiancèreni sur lui. Il 
quitta le buisson et recula à une certaine distance des hommes. Tant que les 
hommes ne furent pas près de lui. il rendît les abois aux chiens sans reculer 
devant eux. Lorsque les hommes le serrèrent de près, il recula une seconde 
fôîs et rompit les abois. Ils poursuivirent le sanglier jusqu'en vue d'un châ- 
teau très é\ç\ù paraissant nouvellement bâti, dans un endroit où ils n'avaient 
jamais vu ni pierre ni trace de travail. Le sanglier se dirigea rapidement 
vers le château, les chiens à sa suite. Qpand le sanglier et les chiens eurent 
disparu a rimérieur, ils s*étonnèreni de trouver un château là où ils n'avaient 
janiais vu trace de construction. Du haut du tertre, ils regardèrent et écou- 
tèrent, mais ils eurent beau attendre, ils n'entendirent pas un seul chien et 
n'en virent pas trace «• Seigneur, dit Pryderî, je m*en vais au château cher- 
cher des nouvelles des chiens. >• — « Ce n'est pas une bonne idée, répondit 
Manawyddan, que d'aller dans un château que tu n'as jamais vu. Si tu veux 
m*écautcr, lu ni ras pas, Cest le même qui a jeté charme et cnchanieroent 
sur le pav's* qui a fait paraître ce château en cet endroit, » — « Assuré* 
ment je n abandonnerai pas mes chiens, dit Pryderi. w En dépit de tous les 
conseils de Manawyddan, il se rendit au château. Il entra et n'aperçut 
ni homme ni animal, ni le sanglier, ni les chiens, ni maison, ni endroit 
habité. Sur le sol, vers le milieu, il y avait une fontaine entourée de marbre 
et, sur le bord de la fontaine, reposant sur une dalle de marbre, une coupe 
d'or attachée par des chaînes qui se dirigeaient en l'air et dont on ne voyait 
pas l'extrémité ». 11 fut tout transporté de l'éclat de l'or et de l'excellence du 
travail de !a coupe. Il s'en approcha et la saisit. Au même instant, ses deux 
mains s'attachèrent à la coupe et ses deux pieds à la dalle de marbre qui U 
portait. Il perdit la voix et fut dans rimpossibiltè de prononcer une parole. 



1. Clacrwyri^ Un, n clair et blanc ». 

2. L'enchantement du Dyved avait fait disparaître d'un coup de tonnerre 
hommes, animaux, récoltes, demeures, âTexception de Manawyddan et Pryderî 
avec leurs femmes Riannon et Kicva(Loth, I, loi). L'enchantement du Dyved 
resta célèbre au moyen âge dans le pays de Galles. Au xiv^ siècle, le poêle 
David ab Gwilym, appelle plaisamment a plusieurs reprises le sud-ouest de 
Galles « Terre d'Illusion w. M. Rhys a rapproché ïn^énitus^mcni {A rthurian 
Lêgtnd^ 291 sq.) l'enchantement du Dyved des Enchantcmtnti de Bretagne, 
de Cycle du Graal, dans Gaucher de Dourdan, peut-être Chrétien» le Pcrcevaï 
en prose, la Quaîe du GraaL (Cf. Nutt, Holy Graiî, 59, 87-89.) Les clercs 
français auront très librement remanié dans un sens mystique un banal conte 
celtique de sorcellerie, 

\, Cf. dans Mael-Duin le filet d'argent qui descend du ciel et dont on ne 
peut voir Pextrémité (d'Arboîs de Jubainville, Cours de littératun celtique^ 
V, 484). 



i » ,. . — »»n <;tiu*vMt ■\:.niiK>ii. iCMiiTic Jc M.mdwydiian, éprouvki 

, i.^r..^ ...-.»' ■«•i..;\ .i.NMvoi .\\\ ù '.m Muit. -jn cour Je rcnnerrri se "it 
...^.., :» .. .\ .'.»•* nia;;v. vi v'uiciu w't sTUx-.-twnies iisparurent- » 

*' » . V ■ *w -^'vi^* •.•ïr>;\>i'c ù;itï> '.iu:t-s: 'r-ccc^u'. De rnêmc 



\- 



» 'v , 



LA BATAILLE DE CAMLAN I7 

que Modred s'eiiRiit devant Arthur Cornubiam versus et Tatten- 
dit de pied ferme sur le fleuve Cambula ', qu'il faut îdcutifier 
'évidemment avec le Camlan des Gallois. Pans la Fita Mcrlini^ 
Gaufrei emploie la forme Mlum Camblani^ qui s'en rapproche 
encore davantage % et Wace reproduit cette dernière forme 
dans le Brut : 

Joste Gimblan fu la bataille 
A Ecnirec de Co muai lie \ 

Dans ces conditions, il paraît impossible de ne pas identifier 
ce fleuve avec la rivière Camcl en Cornwall, près de la fron- 
tière nord-est. La bataille aurait eu lieu vers Canulford^ comme 
, le veulent les antiquaires du pays*. II est il remarquer qu'entre 
Xamelford et Tintaguell un pont gartle encore aujourd'hui le 
nom de Slaughîcr Bridge K Bien entendu, il n'y a rien à tirer 
de li pour riristoriciié de la bataille de Camlan <*. Il est bien 



1. Éd, San-Marte, p. 156- 

2. Éd. Francisque-Michel, v. 929, p, jy, 

5. V, 13659-60. De remploi de Camblan dans le Brut résulte un nouvel 
indice que Wace a utilisé non seulement VHistoria Bntotium, mais la Ti/a 

. Aft^r/jrri, comme je Fai déjà supposé {Romania, XXVII, 1898, 39, note i). Le 
k passage, v. 13692-95 : « Mt-rlin dist d'Arthur, si ot droit, Que sa fin 
Cdotose seroit, etc. », semble bien inspiré de la même page de h Vita 
Merlim.iCt Romania, XXVII, 554.) 

4, Camelford, Comwall, paroisse de Lanieglos, hundred de Lesnewîth, 
à 13 milles au N.-E. de Bodmin (^National Ga^tUetr^ I, 468). 

j. Voy. Stuart Glcnnie, op. cit., XXVill. Je ne Vai pas trouvé sur la 
CEtne de Mudge. 

6. Ltîs Animks Camhrùr portent : « Gueiih Caniliinn in qua Arthur et 
Medraut corrueruntet nionalitas magna. » La date de 557 ne doit pas nous 

, impressionner (cette chronique ne porte aucune date d'année; la date résuhe 
du calcul, du reste exact, des éditeurs). On en doit conclure simplement que 
le clerc gallois du Dyfcd qui, au milieu du x« sîtclc, a rédigé ces annales 
(voy. Phillimore, dans Y Cytnmtodoi\ L\, 1888, 145) croyait à l'historiciié de 
cette bataille et la ^xaitÀ une date qui, selon nos supputations, coïncide avec 
l'année 537. Mais nous ne pouvons affirmer qu'il ait eu pour cette époque 

' des sources historiques dignes de foi ou qu'il n'ait pas admis comme histo- 
riques des faits légendaires. Or, précisément, la bataille de 516, in qua Arthur 
poriovitcnmm Domini nostrt, paraît inspirée de Bèdc (hélium Badonis) et de 
Nennius (éd, Mommsen, 199-200)» Qui nous assure que pour Camlan il 



V. LOT 

plus admissible que la bataille suprême d'Artliur n'a été loca- 
lisée sur les rives de la Camel que pour expliquer U préseuce 
de débris d*armes, d'ossements, etc. '. 

Quels sont les auteurs de cette localisation ? Les Cornouaîl- 
lais sont tout désignés. Et il est à remarquer que ceux des 
Gallois qui ont conservé le mieux le souvenir d'Arthur et de 
Camlan sont les Gallois du Sud, leurs voisins, et non les Gallois 
du Nord ^. Parmi ceux-là même on doit distinguer plus parti- 
culièrement les Gallois du Gwent (Monmouthshire), proches 
voisins des Domnonéens à Tépoque où le Kernyw s'étendait 
jusqu'à Gloucester K Cest^ en effet, dans le code de Gufcnt et 
non dans ceux éc Dyved (sud-ouest de Galles) et de Gwyncdd 
(Nord-Galles) que se trouve le passage bien connu concernant 
la bataille de Camlan * : Pan tjnbo y vrenhitm kerd ysîavell, 
canet y bard kerd o Camlan ^ a hynny yn disson rac îenysgu yn y 
tieuad.Ce qu'on traduit par ; « Quand la reine voudra un chant 
« dans sa chambre, le barde chantera le chant concernant 
« Camlan, mais à voix basse, de peur de troubler la salle, » 

La traduction des derniers mots ne serre pas le texte d'assez 
près : tervysgu veut dire « causer du trouble », <* occasionner une 
querelle ». Cette nuance a son importance. Le sens exact est : 
a Quand la reine voudra un chant dans son appartement 
«' (ystavelf)^ le barde chantera le chant concernant Camlan, 
u mais à voix basse, de peur d*cxcitcr de l'agi tation dans ta 
w ncuadd » (c'est-à-dire dans la salle où se tiennent les hommes, 



n'ait pis paiement utilisai une source ôcrite ou orale suspecte ? — Tout ce 
qu*OD peut tirer de là, c'est qu'au milieu du x« siùcle les Gallois possédaient 
un récit sur la lutte mortelle entre Arthur et Medraut, à k bataille de Cam* 
lao, et cela est déjà précieux. 

ï. Les rives de la Camd et de laTamer qui bordaient la frontière de Cora- 
wall ont été certainement le théâtre de bien des combats du v^ au x« siècle. 
On croît qu'une bataille entre les Cornouaillais et Egbert, en 823, s'est livrée 
pris de Camel ford. 

2. Nous reviendrons plus tard sur ce point» qui a des conséquences impor- 
tzmes. 

3. Voy plus hauti p, 7, note 7, 

4. Gu'eniian Codt^ t. l, XXX VU, 5 6, dans Aneurin Owen, Andcnt Itnvs 
and imiitutions 0/ iVaies^ éd, tn-fol., p. 531. Les manuscrits de ce code sont 
du îtiv» siècle; le tcitic peut être du xii« siècle. 



CARADICAN ET DINATIRON I9 

hôtes, guerriers, etc.). Cette recommandation de chanter X 
voix basse n'est pas une politesse à l'adresse des gens de la 
muadd, c'est une précaution. On craint évidemment que léchant 
sur Camlan n'éveille leur fureur et ne provoque des querelles. 
Cest un nouveau témoignage de la susceptibilté des peuples 
brittoniques au sujet de la fin d'Arthur \ 



XVI 



DEUX LOCALITÉS ARTHURIENNES, CARADÏGAN ET DîNATlROK. 

V Caradigan, Nous avons mentionné l'étrange identification 
proposée par M. Zimmer ' pour Caradigan, résidence d'Arthur 
chez Chrétien de Troyes et ses continuateurs. Nous voyons 
dans cette XocàWié Cardigan y capitale du comté du même nom, 
en Sud-Galles. On objecte qu'en gallois cette ville est appelée 
Aber-Ttivi encore aujourd'hui : c'est à une époque indéter- 
minée * que le nom du comté, en gallois Keredigiaun^ a été 
appliqué à son chef- lieu par les Anglo-Normands, mais non, 
semble-t-il, par les Gallois. 

Une intéressante hypothèse de M. Phillimore nous avait 
échappé*. Ce savant voit dans Caradigan, écrit aussi Caradi- 
gnan, une localité située près de Bodmin en Cornwall, 



1 . Nous avons supposé que le chant sur Cambn ctait la préface nécessaire 
des iraditioDs sur Avalon et le retour dWnUm {Romattia, XXVIII, 1899, io, 
note I). Peut-être conveoait-il de rappeler que le po<^te gallois Llewîs Glyn 
Cothi appelle la bataille de Caralan bataiiU d*AvaUach (My/yrian Arckcol,, 
548, V. 3; Loih; I, 210, noie 9), bien que cet auteur soit de basse époque 
(xvc siècle). — M. Khys (Arthur um Lt^^éind, 50) donne une autre Interpréta- 
tion 'de ce passage du code de Gwent. Le chant devait raconter rinfidélité 
de Gueniévre, qui occasionna î* catastrophe, et ainsi exciter la reine â 
demeurer dans le sentier de la vertu. C'est très ingénieux, et cette întcrpré* 
tatlon n'est pas exclusive de la nôtre, 

2 Gôtting. gdehrte Anieiggn^ ïSço, 527. Cf, Hômatiia, XXV» 1896, 9^ 
note I. Rhys qualifie cette identification de CariuH^'an avec Caer-Agned 
(Edimbourg) de « desperate suggestion *» (Artburmt U^^ettd^ 595), 

5, « We hâve not becn able to ascertain how carly Cardigan bccamc the 
name of the tov-m *, dc-clanc M. Rhvs, op, ciL, 153, n l. 



4. Voy. Y Qmmrodor, XI (1890-9!), 46. 



20 



LOT 



Cardinham (= Car-dinan), à deux pus pnr conséquent de Ktl- 
liwicy autre résidence arthurienne\ Mais en foit Caradignan 
n existe pas. M. Phillimore a emprunté cette forme A des 
ouvrages vieillis et sans autorité. Son hypothèse manque donc 
de base, et identification de Dinaîiron qui suit nous ramène à 
voir dans Caradigan tout simplement Cardigan. 

2"^ Dinatiron. Dans le Percnml on voit Arthur tenir sa cour 
à Dhiatiron ou Dinaderon (v, 3908 et 3929). J*avais longtemps 
cherché et en vain à identifier cette localité» lorsque. Usant der- 
nièrement un article deM. Phillimore, j y trouvai la mention de 
VAntyrron ou Antarron^ petit coors d'eau qui a donné son nom 
à Ysîrad Antarron^ <^ vallée d'Antarron ^>, « a place opposite the 
place of Aberystwyth whcre a (ighi took place between ihe 
Welsh and Norraans in î 1 13 ^ » Dinathon ou Dinadtron repré- 
sente évidemment le gallois din Anîyrron ou din Antarnm^ 
t< forteresse d*A, », située non loin d' Aberystwyth, à la limite 
du Nord-Galles et du Sud-Galles, une localité bien « armori- 
caine », on le voit! 

XVII 

LA FOHÈT DE CAUSSE 

Dans le Tristan en prose, il est question de la forêt de Calisse 
ou de Calfisc \ qui semble la même que la forêi de Cbelibe de 
la Qtustc du Graah, C'est, je crois, la grande forêt de Calédo- 
nien appelée par les Gallois Cdyddon (prononcez Keliiljofi). La 
forme Calisst ou Cakisc n'implique-t-elle point que les roman- 
ciers français la tiennent du gallois par transmission ora!e ?L*i 
ou ss du mot français rendrait le dd gallois, qui a le son du ib 
doux anglais. Une transmission écrite de ce mut paraît exclue 
Nous en avons une preuve : de CuleJoinc est dérivé Caledonius^ 
d'où l'imaginaire Celidoyne, fils de Nascien, de la Quesîe du 
Graal K 



1. Voy, plus haut, p. 13-14. 

2, Y Cymmrodor, VU (1886), t03 ; d'aprfe b chronique galloise intitulée 
Bntt y Tywyîogim, 

J. Lœseth, S 5îO, p. îs6. 

4. Éd. Furnivall (pour le Rojtburghc Club, Londres, 18^4, în-4)» p. 179. 

5. /W,, M 5- 116, 119-iai. 



ÈNIDE 21 



XVIII 



EN IDE 

Dans les études sur la provenance du récit à'Érec et Énide 
Tattention des romanistes et des celtistes s'est portée sur le nom 
du mari, Èrec\ Personne, que je sache, ne s'est soucié de 
rechercher rorigine du nom de la femme. La signification n'en 
a pourtant rien de mystérieux. Le gallois enit^ prononcé enid 
au xir siècle, s'entend de l'a alouette des bois' ». L'épouse du 
héros portait ce nom gracieux. Chose à noter, le mot n'existe 
pas en breton armoricain, du moins à ma connaissance. Inu- 
tile d'insister sur les conséquences qu'on peut tirer de cette 
remarque au sujet de la provenance du poème de Chrétien de 
Troyes. 

' Ferdinand Lot. 



1. Cf. Romania, XXV, 7, u, 588-590. 

2. Le dict. d'Owen Pughe donne « wood lark ». 







LA BELLE DAME SANS MERCI 
ET SES IMITATIONS 



I 

Il est banal de dire que chez Alain Chartier le prosateur 
vaut mieux que le poète. On l'a depuis longtemps remarqué, 
et il n'est pas difficile de voir d'où provient cette différence. 
Chartier, qui se faisait de la poésie la même pauvre idée que 
ses contemporains, ne voyait en elle qu'un passe-temps à l'usage 
des hautes classes de la société: pour plaire à de riches et puis- 
sants patrons, les poètes ne traitaient dans leurs vers que de 
questions amoureuses, sans personnalité ni sincérité, avec les 
mômes formules et les mêmes situations. Vivant à la cour, 
Chartier se crut sans doute obligé de composer des poèmes 
semblables à ceux de Guillaume de Machaut, de Froissart, 
d'Oton de Grandson, de Christine de Pisan; de disserter subti- 
lement sur des points du code amoureux délicats et controver- 
sés ; d'énumérer comparativement — fût-ce même par ouï-dire 
— le bien et le mal d'amour. Il n'eut pas assez d'originalité 
pour s'affranchir de la mode, et il a banni de ses vers ce qui 
nous toucherait le plus, ses tristesses patriotiques, ses découra- 
gements et ses espérances. Au lieu d'un fier poème. 

D'un hymne jaillissant tout armé de son âme ' , 

il ne sut écrire que des vers d'une banalité correcte et froide. 
Aussi à tous les poèmes d'Alain Chartier,. au Livre des Quatre 
Datms lui-même, préférons-nous aujourd'hui, à combien juste 
titre, une ballade de Villon. 



I. Vicomte de Borelli, Alain Chartier ^ un acte en vers héroîqtus . Paris, 
1889. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 2} 

Le prosateur vaut mieux que le poète, parce que la même 
convention ne Tenchaînait p*is. Dans le Quadrilogm Jnvectif et 
dans le Traité cks trots vertus, Chartier, qui s'était ressaisi et qui 
avait changé son « sentement »i, se montre tel qu'il est, c'est- 
à-dire, comme il dit lui-même, en proie à 

Peine, paour, povrcté, perte el doute. 

Nous ne sommes plus en présence d'un poète de cour qui 
compose par devoir et sans conviction des vers d'amour : nous 
avons devant nous un honnête homme, un grand patriote, 
un « magnifique orateur », que les malheurs de la patrie 
rendent éloquent, et qui parle avec autorité parce qu'il a 
quelque chose à dire, Uamour conventionnel n'avait pu l'ins- 
pirer au même degré. 

Je n'oublie pas que Chartier lui-même a écrit quelque part 
ces deux vers : 

... Un moy n'est entendement ne sens 
D'escrire» fors ainsi comme je sens '. 

It s*est calomnié, ou plutôt cette déclaration qui lui fait hon- 
neur ne s'applique pas ;i son œuvre poétique, à ses a joyeuses 
escriptures », Le Livre des Quatre Danies^ par exemple, avec 
au début la description nécessaire du printemps, avec les 
lamentations non moins obligatoires du poète sur la « très 
belle " qui le fait languir, avec les plaidoyers incolores des 
quatre amantes, n'était pas l'expression des sentiments d*Alain 
Chartier au lendemain de la fatale journée d*A/îincourt. Char- 
tier n'a-t*il pas dit lui-même : <* Griefve douleur fait grant 
engin » ? * 

La Belle dame sans merci est un autre exemple de ce divorce 
entre les événements extérieurs, les souffrances réelles, les luttes, 
les «t griefves douleurs i> privées du poète, d'une part, et les 
préoccupations poétiques des courtisans d'autre part. Le 
poème date, à ce qu'on peut croire, de 1424. A ce moment la 
France était à deux doigts de sa perte. Le roi légitime ne 
régnait plus que sur une partie très réduite du territoire. Paris 



i. Traité des trois x*€rtus, édil. Du Chesne, p. 262. 

2. Dldogus familiaris amici et soddis, édit. Du Chesne, p. 462. 



24 A. PIAGET 

avait acclamé le roi anglais. Les villes étaient ruinées, les 
églises brûlées; les habitants des campagnes, devenues désertes, 
avaient dû fnir « aux boys comme bestes esgarees ». Les hor- i 
reurs de la guerre civile s*ajoutaient aux horreurs de la guerre 
étrangère. La France, dit Chanier lui-même, était comme la mer 
« ou chascun a taot de seigneurie comme il a de force », ou 
bien comme une nef dont tf les avirons sont conppez, le mast 
rompu, la voille dessiree et le gouvernail desordonné ». Et il 
conclut, dans son angoisse, que « la main de Dieu est sur la 
France et que s;i fureur a mis en œuvre ce fiael de persécu- 
tion )>. 

Oubliant tout cela, maître Alain Chartier, secrétnire du roî 
et archidiacre de Paris, se kmente en 1424 sur la mort de sa 
dame et s'intitule << le plus dolent des amoureux »* Et il com- 
pose, h l'usage des amants et des amantes, la Belle àame sam 
merci y dont le succès fut si grand. 

La mon lui ayant ce tollu » sa maîtresse, Chanier se repré- 
sente chevauchant dans la campagne, fliisant les réflexions d*un 
homme dont la vie est brisée, qui n'a plus goût à rien, pas 
même à la poésie. Vaincu par la fatigue et la douleur, il s'arrête 
dans un village pour prendre repos et nourriture. I! croyait y 
être tranquille, à Tabri des importuns, tout au souvenir de sa 
dame, mais bientôt le bruit des ménétriers et d'une joyeuse 
fête arrive jusqu'à ses oreilles. Voulant fuir à tout prix ces 
gens heureux qui dansent et qui rient, il se retire dans un coin 
solitaire, pensant n'y être pas dérangé; mais il avait compté 
sans deux de ses amis, qui, avertis de son arrivée, « moitié 
force, moitié requeste *>, Tentrainent au milieu des danseurs. 
Là le spectacle d*un amant malheureux lui fit pour un instant 
oublier ses peines. Ce personnage, tout de noir vêtu et sans 
devise, blême et pale, allait et venait en apparence comme tout 
le monde, dansait avec une dame, plaisantait avec une autre, 
s'efforçait enfin d'être aimable et gai. Mais notre poète vit 
bien que cette gaieté était feinte et que le regard et les pas de 
cet amoureux étaient sans cesse ramenés au même endroit, 
comme poussés par une force invisible, auprès d*une dame 
jeune, gente et fraîche. Alain, amusé un instant, se lassa bien vite 
de la fête, car, dit*il, « joye triste cuer travaille », et il alla 
s'asseoir à l'écart, sous une treille « si drue de feuilles « qu'on 
ne pouvait voir au travers. Il venait à peine d'y entrer, de 



LA BELLE DAME SANS MERCI 2^ 

s'asseoir, quand i*amoureux et sa daine, fatigues de la danse, 
vinrent se placer non loin de lui. Dissimulé derrière la treille, 
Abin ne perd pas un mot de leur conversation. Il entend 
ramant qui soupire, puis qui passe des soupirs aux larmes et 
des larmes aux plaintes. L'amoureux supplie sa dame d'avoir 
pitié et au moins de le prendre pour « servant a. Alors s'en- 
gage entre les deux personnages un long dialogue. L*amant a 
recours aux grands arguments : il mourra pour sur s'il n'ob- 
tient les faveurs de sa dame. Celle-ci répond tranquillement 
l'amoureuse maladie 

Ne met gueres de gens a mort. 

Tous les arguments de l'amoureux sont immédiatement réfu- 
tés. Il veut, par exemple, se prévaloir de ce qu'il a donné son 
cœur X sa dame : qu'elle le vueiUc ou non, « ce don ne se peut 
abolir »* Il s*attire la réponse suivante : 

Je ne tiens mie pour donné Trop a de cueur qui entreprenl 

Ce qu*on offre a qui ne le prcnt. D'en donner a qui le refuse. 

La dame déclare enfin sans ambages qu'elle n'a pour l'heure 
aucune envie d aimer et de se donner un maître. Elle est 
franche et franche veut rester. Son soupirant fera donc bien, 
s'il ne veut perdre son temps, de quérir ailleurs une plus gente 
et plus belle dame « qui d'amours se vueille esjoïr ». Mais 
l'amoureux ne se rend pas à cette déclaration. Il larmoie et 
discute toujours. Ainsi la dame annonce qu'elle ne veut pas 
aimer parce que les vrais amoureux sont très rares et qu'il n*y 
a que faux amants au temps qui court. Faut-il, remarque 
Famoureux gémissant, que les bons soient punis pour les mau- 
vais et les déloyaux? La dame répond sommairement que, pour 
éviter les mauvais, « il se fait bon garder de tous w. 

A bout d'arguments, l'amoureux se lève et quitte la fête, 
plus mort que vif. Alain apprit plus tard qu*îl « estoit mort 
de courroux «. 

Aucun poème, aucun traité d*Alain Chartier n'eut au xv* 
siècle plus de succès que la Belk dame sans merci. Ce succès 
nous étonne. On trouve sans doute dans le poème une aimable 
facilité, un certain charme mélancolique, quelques vers francs 
et pleins, quelques détails bien observés, à côté de beaucoup 
de longueurs et de prolixité. Mais à part la marque de Char- 



26 A. PIAGET 

tîerj il n'y avait dans ce poème rien de nouveau. II est écrit 
dans ces strophes de huit vers a trois rimes entrelacées, abahbcbc^ si 
souvent employées au xv*^ siècle. Quant au sujet lui-même, 
un poursuivant d'amour implorant merci de sa dame, quoi de 
plus fréquemment traité dans la poésie du moyen âge? 

Les dames de la lyrique française au moyen âge sont toutes 
sans merci, et il faut remonter bien haut, jusqu'aux chansons 
de toile, pour rencontrer des belles d'humeur plus facile. Les 
amoureux, par contre, sont tous dolents et transis, et rem- 
plissent leurs poésies de lamentations, de supplications et de 
larmes. Chartier lui-même eut une maîtresse sans merci, et il 
explique dans le début du Livre des quatre dames comment 
depuis son enf;tnce il n'eut en amour que « courte joie et 
longue doulour ». L'amoureux mis en scène dans le Débal de 
Réveille matin aime depuis longtemps une femme accomplie, 
« fors que pitié n'est pas en elle ». Oton de Grandson, pendant 
plus de six mille vers, ne s'est-il pas lamenté à propos de sa 
dame « plaine de refus » ? Froissart ne soupire-t-il pas après 
le u gracieusdon de merci «.^ La belle dame sans merci d'Alain 
Chartier n'était donc pas seule de son espèce : elle était bien 
dans la tradition, et elle ressemblait à s'y méprendre à toutes 
les dames chantées depuis deux siècles par les poètes. 

Le cadre de la Belle dame sans merci n'est pas plus original, 
La situation du poète, triste et malheureux, se promenant 
dans la campagne et tombant par hasard au milieu d'une 
joyeuse fête où il remarque un amoureux désespéré, lequel 
suit des yeux « une dame belle et génie entre mil », n'est pas 
nouvelle. On la retrouve X peu près pareille dans îe Débat de 
deux amant s y de Christine de Pisan. Quant au poète, « embus- 
ché ï» dans une treille, ne perdant pas un mot du dialogue de 
deux amants, c'est également là une situation des plus fré- 
quentes, dont les gens o courtois » du moyen âge ne voyaient 
pas l'indiscrétion. Je ne citerai que \ejt4gement du rot de Bohême, 
de Guillaume de Machaut: le poète, errant dans la campagne, 
voit venir une dame et un chevalier ; 

Si me pensai qu*aiiiis îcn ci amie : Si embrunchiés qu'il ne me virent 
Lore me boutai par dedcm la feuDlée, [mie. 

Ce qui dans le poème était peut-être nouveau, c'est la façon 
assez peu respectueuse et parfois ironique avec laquelle la dame 



LA BELLE DAME SAKS MERCI I7 

parle de ramour. Le bon sens et Tesprit sont toujours de son 
côté, tandis que Tamant joue un rôle assez piteux. On sent que 
les sympathies de Chartier sont toutes pour la jeune dame, et 
qu'il réserve ses jugements les plus sévères pour les amoureux. 
Il prétend que les nobles eux-mêmes, qui devraient donner 
Texemple, 



Sont les plus avant en la fange, 
Et ont leurs cuers habandoonez 



A courte foy et longue langue. 



Il se crut cependant obligé, en guise de morale, de faire la 
leçon aux dames comme aux amants. Aux derniers^ Char- 
tier recommande de fuir médisance et vantardise, les pires 
ennemis d'amour; puis il invite les premières, au moins pour 
la forme, à se montrer moins cruelles et à ne pas imiter la belle 
dame sans merci. 

Le poème de Charrier fit scandale à la cour du roi de 
France. Après la composition de la Belle darne sans merci, Char- 
tier était parti en ambassade, ne se doutant guère de Fcffet que 
produisait son poème. Les « poursuivants d*amour », qui s'es- 
timaient visés par les vers d*Alain, protestèrent contre la con- 
clusion qui, d'après eux, se dégageait de la Belle datne sans 
merct\et accusèrent Tauteur d'avoir voulu endurcir le cœur des 
belles. Ils écrivirent aux dames de la cour une épître en prose, 
dans laquelle ils insinuent, avec malveillance, que c'est le dépit 
qui a fait parler maître Alain, et son peu de succès auprès des 
dames. « Il est venu a leur congnoissance que aucuns ont 
escript en vers rimez certaines nouvelletez ou ilz n*ont gueres 
pensé. Et puet estre que envie, rebutement d'amours ou faulte 
de cuer, qui les a fait deniourer recreuz en chemin et laisser la 
quesie qu'ilz avoient encommencee avecques nous, les a fait 
ainsi parler et escrire. Et ont tant fait, comme on dit, pour 
destorner aux autres la joie a quoy ilz ont failli, que leurs 
escrips sont venuz en voz mains, et pour Tattrait d'aucunes 
paroiles doulces qui sont dedens vous estes amusées a lire leur 
ivre, que on appelle La belle dame sans tturcy, r> Ces beaux 

"ints recommandent aux dames non seulement de détourner 
Teursyeux de « si déraisonnables escriptures », mais de « les faire 
rompre et casser par tout ou trouver se pourront, et des faisans 
ordonner telle pugnicion que ce soit exemple aux autres ». 



28 A. PIAGET 

Cette lettre est en prose dans tes manuscrits des œuvres 
d'Alain Chartier et dans les éditions*. Elle a été mise en vers 
au XV* siècle et se trouve, sous cette forme, dans un manu- 
scrit intéressant de la Bibliothèque de Besançon, le n** 524, fol. 
68*71. Voici quelques vers qui suivent la prose d'assez près et 
n'apportent aucun détail nouveau ; 

La copie de la letîre envoyée aux dames par riîhme contre 
hdict mahîre Alain ^ en manière de supplication. 



Humbkmcm supplient aux dames 
Vox humbles et loyaulx servans 
De penst'e, de corps et d'ames 
Et leur doulce grâce attendans, 
Qui les fais d'atuours poursuivans 
Ont csïé et sont jusqu'à cy. 
Pour estre en la fin rcccpvans 
Le don d*amoureuse nierc)* ; 

Comme ceulx qui(l2) ont ordonné 



Leurs cuers en pensant a veillier, 
Et leurs corps ont abandonne 
Pour vous en servant traveillier. 
Leur temps a grâce pourchasser. 
Et leur vouloir a désirer. 
Leurs bouche mis a supploier 
Et leur pensée a souspircr; 

Et de puis se sont embuchiez 
En la forcst de longue actetite..* 



Les dames ainsi prises à partie écrivirent à Chartier, encore 
absent, le priant de faire taire ses accosateurs par une explica* 
tion nette et claire. La lettre, datée d*Issoudun, le dernier jour 
de janvier, est en prose dans les manuscrits et éditions*. Elle 
est en vers dans le mcmc manuscrit de Besançon (que je 
désigne par la lettre B), fol. 65-66 v**, et dans un manuscrit 
du xv^ siècle appartenant à M. Max de Diesbach, à Fribourg 
en Suisse (D)», fol, xxiîj-xxiij v^. L'épître en vers, plus 
longue que la lettre en prose, a dix strophes : 

Copie des lettres des datnes en riîhme envoyées 
a maistre Àllain^, 



Honnouré frère, roaisire Alain, 
A vous nous nous recomman- 
[dons, 
Comme celles qui tout a plain 



Vostre honneur et bien deman- 

[dons. 

Pour tant a présent vous man- 

[dons S 



1. Édit* Du Chesne, p. 525. 

2. Édit. Du Chesne, p. 525. 

j. Voir ji TAppendicc une description de ce raanuscrii. 
4. Le litre manque dans D, 



Var, 4 B en bien, — j B au présent. 



■ 


LA BEUE DAME 


SANS MERCI 39 ^^^^^1 


^^H 


Qu'aucuns sur vous ont ùit cn- 




Amcroyent et a vetr ^^^^H 


^^H 


[queste 




Vo$tre io/ croij^tre qu'empiricr, ^^^ 


^^^B 


Et hont bailUC', en lieu de dons, 




Et qui vouidroicnt que venir ^H 


^^m 


Aux dames certaine rcqucsie; 




Peussics a vostre desiiier. 40 ^^M 


^K 


Laquelle fort et au vif touche 


6 


Pensés donques d'estre soubtil, ^^Ê 


^^K 


Vostre tresgracicux rcnon, 10 




En donnant respnnsc affinée ; 


^^H 


Et tant par cscripi que par 




Car droit le premier jour d^avril 


^^H 


[bouche 




Journée est et heure as3^rgnee 


^^^H 


L*ont présenté, et se ce non, 




Pour la cause estre examinée ; 45 


^^H 


Pour abattre le beau pennon 




Lors par raysons judiciaires 


^^^H 


D^onneur que long temps ave/ 




Sera commaicie ou finec 


^^H 


fquis, 




Entre vous et vot adversaires. 


^^1 


Et pour vous gitter du bon 


7- 


Et ta vous pensons a veoîr, 


^^^H 


[non 1 5 




Se vous n'estes ou pris ou 
[mort. îo 


^^f 


Que vers elles avés acquis. 




B^ 


Mais (car de certain nous tenons 




Donc Dieu vous gart, ains pour> 


^^^^ 


Que moult prudent estes et saige) 




[veoir 


^^^h 


Fiablement nous maintenons 




Vous vueillic en bien, combien 


^^H 


Qpe de vous excuser l'usaige 20 




(qu*au fort, 


^^^B 


Bien trouverez et beau iangaige 




Se conscience vous remort 


^^^1 


Pour dcffcndre vosirc party, 




Et sç^vcx comment on vous 


^^H 


Et sans mal passer ce passaige, 




[charge. 


^^^P 


Quant vous en serez averty. 




Mieulx voulriés encourir 1a 


^r 


Si vous envoyons la copie 25 
De celle supplicacion, 




(mort Sî 

Qpe demourcr en telle charge* 


^^B 


Afïin que point ne soit sopie 


8. 


Honnouré frère, nous prions 


^^^1 


Ne teue leur cntencion, 




Nostre Seignîour qu1l vous 


^^^H 


Ne selon leur relacion 




[envoyé 


^^^1 


Ne demeurez pas comme în^ 




Autant que pour vous des irons 


^^H 


[famc, jo 




De plaisir, solas cl de joyc, 60 


^^H 


Mais par vraye excusaiion 




Et bricf retourner de b voyc 


^^H 


Mettei vous hors decellyblasnie. 




Ou ja long temps ave/, csid% 


^^^ 


Et ce sera pour vosirc honneur 




Et vous prionti qu'on vous revOye 




El f>our ceulx aussy resjouyr 




En par^nne, a ce temps dVsté. 


^^^M 


Qui volen tiers vostre bon cur 3 s 


9 


Car se par de çà vous est 1 es 6$ 


^B 


Verroyent, et mieulx a ouyr 




Venu et appliquiez a port 


^P 


Far. 6 B Saucun. — dame. 9 B et 


m. 


— 12 B Leur présente. — 17 B 


^M nous sçavons, — 27 B ny soit, — 38 


D Ne tenez. — 51 D vray. - ja B | 


■ 


ce blasme. — 52 B Vous %*euli. — 


54 


A comment ce vous charge. B Et 1 


^m sçavez comme cest va charge. — $5 E 


cDCoa's la mon. — 56 B celle. — 


^■^^ 60 B de solas, — 64 B en ce temps. — 


' 66 B appliquié au port. 


H 






, 



JO 



Et diligenment enqueslîés, 
Votis verriés que ceulx qui a tore 
Contre vous hont fait lour rap- 
[pon 
El requcstc en voire absence, 70 
Qu'en abatunt tout leur câfort 
On leur împoseroit silence. 



A. PIAGET 

10. Escript le derraÎB de janvier 
A Yscldun, en un vergier, 
De par les vostres bien vueil- 
[lans 7) 
Jane» Marie et Kaihcrine, 
Qui ont esté et sont vucill^s 
A tenir amour entérine* 



Explicit la Lttn des danies envoyer a meistre Allain, 

Les dames avaient assigné Chartier au premier avril. En 
attendant, pour se disculper, maître Alain, toujours absent, se 
hâta de composer une Excusation : il y fait un grand éloge des 
dames, qui sont le « patron ^y de tout bien terrestre, et jure que 
pitié, comme un joyau précieux, se trouve cachée dans le cœur 
de chacune d'elles. Il proteste enfin de sa soumission et remet 
sa cause aux dames : 

Je suis aux dames ligement, D'honneur et de bon sentement 

Car ce peu qu*oucques fcui de bien, Vient d'elles, a d'elles le tien. 

H ne savait pas si bien dire. L'apocryphe baiser de Margue- 
rite d^Écosse n'a-i-î! pas plus fait pour la gloire d'Alain Chartier 
que ses longs poèmes et ses traités « élégants et substancieux » 
si admirés au xv*^ siècle? Trop occupé par ses ambassades, 
Alain Chartier ne put paraître à la « Court amoureuse >ï le pre- 
mier avril, comme il en avait eu l'intention '. Mais les dames 
et les « poursuivants d amour n ne se contentèrent pas de 
VExcusatiofî de Chartier, On trouve dans trois manuscrits une 
Rcsponse des darnes^ dans laquelle maître Alain et son poème 
sont traités de la façon la plus dure : i*" ms. 3521 de la Biblio- 
thèque de TArsenal à Paris, foL 74-73 v** (A); 2"^ ms. 524 de 
Besançon^ fol. 77-79 (B); 3° ras. Diesbach, foL xxx*xxx v**, 
incomplet (D) : 



1 . Dans la dernière strophe de VExcusaiion, Alain annonce qu'il va se 
tendre â la cour des daraes, Êdit. Du Chesnc, p. 531. 

Var, 68 B Vous verres que ceulx quilz ont tort. — 7} B dernier. — 74 B 
Yssodun. — 75 B Johanne. — ^ 77 B esté m, — ExpOcit dam B : Cy finissent 
les lettres des dames par ntbmc envoyées a maistre Alain* 



LA BELLE DAME SANS MERCI 3I 

La Response des Dames faicte a maistre Allain, 

I . Puis qu'ainsy est, Alain, feu » nostre amy, 
Qp'en ton méfiait chiet mercy et amende, 
Et tu escrips que dame est sans mercy, 
Par quoy Amours le jugement commande 5 

Du tout a nous et le cas recommande, 
Autant vauldroit qu'Amours meismes jugast, 
S*aultre conseil ta follie n'amende. 
Qu'on te pendist ou que Ton te bruUast. 

2. Car quant tu as escript premièrement 

Que serviteur es et seras aux dames», 10 

L*excuse aprez que mçtz première ment 

Par tes escrips, esquelz tu nous diffames 

Tant grandement que se fuissohs infâmes ; 

Sy que le. sens pers, a ce qu'on t'oit dire. 

Ne charge point ta frénésie aux femmes, 1 5 

Mais prens conseil et recours a ton mire. 

3. Tu tcsmoingnes que telles et sy belles 
Sommes que Dieu y a tout bien comprins, 
Et puis escrips que nous sommes cruelles, 

Dont nous donnes villain blasme pour pris. 20 

Et quant a ce que tu as tant apris 

Que cruaulté metz sans division 

Aveucq tous biens en sy pou de pourpris, 

Tu es ainsy comme Tescorpion. 

1. Au sens figuré. 

2. Alain Chartier dit dans VExcusation en parlant dos dames (édit. 
Du Chesne, p. s 29) : 

Leur serviteur vueil demourer, 
Et en leur service mourray. 

Var, Titre dans B : Cy sensuit la responce faicte a maistre Alain par les 
dames. D : Cy apprès sensuit une lettre tramise par les dames a maistre 
Alain quant il ne volist revocquer la Belle Dame, et est quasi un deffiemant. 

— I B Puisqu'il est Alain sceu nostre amy. — 2 A Qu'en tout D ou 
amande. — 3 A Et en. — 4 D Pourquoy. — 5 B De tout. — 8 B ou que ou 
feu on te boutast. — D ou quen feu te boutast. — 1 1 BD Lexcusation que 
tu metz premier ment. — 12 B ouquel. — 13 B et suppose quen près de 
nous [mot illisible]. — D Et suppose que près de nous affames. — 14 
B sens par ainsi co [ ]. — D ainsi quon doit dire. — 15 B aux dames. 

— 21 BD ad ce ou tu as. — 23 D et si peu. 



32 A. PIAGET 

4. Tu oingz, tu poins, tu flattes, tu offens, 2$ 
Tu honnoures, tu fais bien, tu le casses. 

Tu t'acuses et puis tu t'en deffens, 
Tu dis le bien, tu Tescrips, tu l'effaces. 
Mais se ton bien et nostre honneur amasses, 
N'escripvisses en franchois n'en latin 30 

Chose par quoy tellement pourchassasses 
Qu'on te nommast fils au prestre Manin '. 

5. Se jeune estois, tu ferois a reprendre ; 

Mais vieulx deviens, et nous savons bien toutes 
Qu'on doit jeune chastier et viel pendre. 35 

Ce sauras tu s'a nostre court te boutes. 
Car se t'atens a mercy et ne doubtes 
Toy submettré a nostre jugement, 



I . Le prêtre Martin chantait et répondait tout ensemble : 

Il sera le prestre Martin : 
Il chantera et res pondra. 

{Hôpital d'Amours 1 édit. Du Chesne, 745.) 

J'estoic le prestre Martin, 
Car je respondoye en chantant 
Et parloye françoys et latin. 

Uamanl rendu cordelier à T Observance d^ amour ^ édit. Montai glon, p. 30 et 

124. 

Hz sont chappellains et prelatz ; 
Hz sont les drois prestres Martin, 
Hz chantent hault, respondent bas ; 
Ils parlent françois et latin. 

(Coquillart, Droits nouveaux, édit. d'Héricault, I, 157.) 

Moy mesmc je me veuU respondre 
Et seray le prebstre Martin. 

(Clément Marot, édit. Jannet, t. I. p. 221.) • 

« Mais si ce curé eust eu un peu d'esprit, il n'avoit qu'a respondre qu'alors 
ils estoyent prestres Martins, chantans et respondans. » {Apologie pour 
Hérodote, édit. Ristelhuber, II, 182). 

Var. 26 D tu les casses. — 27 B et puis tu te. D et puis se te. — 30 A 
tu neusses escript. B la mescripvises nen françois nen latin D la nescripssc en 
franchois nen latin. — 31 D pour quoy tellement pourchasses. — 33 A 
jeunes. B se jeune testoye tu feroye. D se jcusne estoyes tu feroyes. — 
34 B mais tu deviens et nous savons toutes. D mais tu devien vieulx et 
nous s<;avons toutes. — 35 A pugnir homme jeune. B quon doit chastier 
jeune. D chastier josnc homme.- 



LA BELLE DAME SANS MERCI 33 

Tu en morras, puis que mercy nous ostes, 

Pour acomplir sans plus ton dampnement. 40 

6. Se tu cuidez en nous trouver secours, 
Sans corrigier ton faulx mensongier livre. 
Tous tes cuidiers te seront a ce cours, 

Et les amis qui te pourront poursuivre, 

Ains que soyes de ton meffait délivre, 45 

Se n'affermes plainement devant tous 

Que menty as com hors du sens ou yvrc », 

Querant pardon a chascune de nous. 

7. Et puis après ce fait et advenu 

Cïesvertué Ton verra ton effort 50 

Jusques ad ce que soyes devenu 

Parfait leal et requeras confort, 

Tu trouveras et le verras au fort 

Que leaulté, doulceur, bonté, franchise. 

Portent la clef du chastel ferme et fort 5 s 

Ou honneur a nostre pitié soubzmisc. 

8. Et ne croy point qu'on te tiengne a failly 
De corrigier ton desleal ouvrage ; 

Car il eschiet, depuis qu'on a failly, 

Changier conseil, et est fait d'homme sage. 60 

Rappelle dont ton orgueil et oultraige : 

Car tu vois bien, se tu scez qu'honneur monte. 

Que le vray sens de ton double langaige 

Nous donroit tost aultrement blasme et honte. 

9. Honnie soit d'entre nous qui vouldra 65 
De tel honte le grief meffait couvrir, 



I, Es tu fol, hors du sens ou yvre, 

Ou veux contre moy guerre prendre ? 

{Excusacion, éd. Du Chesne, p. 526.) 

Var. 39 A pitié. — 40 BD eschever. — 41 BD trouver en nous. — 

— 43 B cuidiers te feront a secours. — 44 B que ten feras. D que ten 
saras. — 47 B as ou hors. — 48 A chascun. — 48 D s* arrête à ce vers. — 
49 BEt après quant ce sera advenu. — $0 B Quesvertuer on. — 51 B que 
seras devenu. — %2 B et requérant — 53 B Bien le trouveras. — S7 B Et ne 
tiens pas quon te viengne assaillir. — 59 B eschief. — 64 B tout autrement. 

— 6$ B Bannis soit dentre nous quil vouldra. — 66. B honte semblant. 

Roman ia^ XXX 9 



34 A, PIAGET 

Ne qui jamais du pechié t*assouldra 

Pour quelque mal qu'en ayes a souffrir, 

S'on ne te voit a tout ce faire offrir 

Que Ten t'a dit, sans y espargnier rien. 70 

Car nul ne puet a hault honneur venir 

Se il n'a chier honneur sur toute rien. 

10. Tu dis moult bien, que on ne doit pas croire, 
Pour cuidier toy et ton livre excuser, 

Et que l'effort d'amours t'a fait recroire 75 

De bien parler et de bon sens user. 

Mais encores te voit on abuser 

Comme heritê en ce que as escript 

Que, s'on te veult de mespris accuser. 

Tu en veulz bien respondre par escript ». 80 

11. Or escrips ce que escripre vouldras; 
Car en tout ce que tu sauras escripre 
Le jugement a raison ne touldras 

De ton mcffait qui nostre loz empire. 

Pour ce choisy de ces deux le moins pire, 85 

Sans pourchasser qui deffende ou debate : 

Ou tu mourras, ou il t'en fault desdire ; 

Car point n'affiert que femme t'en combatte. 

12. Et pour mettre en ce conclusion, 

Veu que a nous du tout te recommandes *, 90 

Toutes sommes de ceste oppinion : 

Sy t'en desdiz et humblement demandes 

Grâce et pardon, et ton faulx livre amendes ; 

En ce faisant tu respites la mort; 



1 . Et combien que j'ay peu apris Poar quoy je puis cstre repris, 
S'ilz en ont dît riens ou escript. Je leur respondray par escript. 

{Excusation, édit. Du Chesne, p. 531.) 

2. Ayez moy pour recommandé. 

(Excusacicn. édit. Du Chesne, p. 5322.) 

Far. 67 B de pechié. — 69 B a tout ce faire offrir. — 70 B Que on ta dit 
pour ton honneur et ton bien. — 72 B cliier son honneur. — 74 B Pour 
toy cuidier. — 75 B et que leffort damours ta fait retraire. — 78 B et en ce 
cas escripre. — 80 B bien dctfendre. — 82 B Car pour tout ce que tu seras 
escripre — 87 B ten m. — 88 B te combate. — 91 B Entre toutes sûmes 
Jopinion. — 93 B grâce pardon et ton livre amendes. — 94 B Quen ce. 



LA BELLE DAME SANS MERQ 35 

Ou aultrcment gaigeras les amendes 95 

D'un hérite qu'a herese s'amort. 

13. Riens plus n'auras de nous, c'est somme toute. 
Mais s'il t'appert qu'on te fasse injustice 
Par trop veoir ou par n'y veoir goutte », 
Comme dit as glosant ton mallefice, 100 

Requier Amours qu'il t'en face justice. 
Par devant lui appellant en cas tel, 
Et nous ferons pour monstrer ton mallice 
Nos avocatz Dessarteaulx et Chastel. 

Cyfinist la respotice des dames faute a maistre Alain. 

Faut-il prendre au sérieux cette querelle ridicule ? Les cour- 
tisans ont-ils réellement monté une cabale contre le secrétaire 
du roi, coupable d'avoir blâmé les amants volages et vantards et 
d'avoir voulu « mettre rigueur en la court amoureuse » ? Il 
semble vraiment que cette grave affaire a occupé la cour en 
1423, à Issoudun. 

Dans le Laide Guerre^ de Pierre de Nesson, on trouve une 
curieuse allusion à Alain Chartier, qui n'a pas encore été rele- 
vée. Ce poème, inspiré à Nesson par le Lai de Paix de Chartier, 
commence par ces vers : 

Guerre, déesse des abysmes d'enfer. 
Engendrée du félon Lucifer, 
Tresbuchee du trosne impérial. 
Mère aux péchiez mortel et venial. 
Régnant en l'air sur le climat de France, 
A tous subgiez de désobéissance, 
Nos desloyaulx et forCsûteurs de fiefz, 



1 . Mon livre qui peu vault et monte, Qpi prie et plaint que trop attent, 
A nulle fin autre ne tent Et comme Refus le reboute. 

Si non a recorder le compte Et qui autre chose y entent, 

D'un triste amoureux mal content^ Il y voit trop, ou n'y voit goutte. 

{Excusaciotty édit- Du Chesne, p. 551.) 

2. Bib. nat. ms. fr. 1727, fol. 179 vo-189. Cf. Romania^ XXIII, 270. 

yar, — 96 A qui en herese mort. B qui herese sa mor — 98 B mais si 
tapert. — 100 B Comme dit es. — 101 B Requérant con ten face justice. 
— 102 B Par devant nous appelant en tel cas. — 103 B Et nos (Ja fin du 
vers manque). — 104 B Nos advocas {la fin du vers manque). 



36 A. PIAGET 

Oultrez ainçoys qu'ils soient dcftîez, 

Emprisonnez par avant qu'assailliz 

Hayne, rancune et malédiction. 
En lieu de salut et dilection ! 

C'est Guerre qui parle; elle est furieuse contre Alain Chartier, 
l'auteur du Lai de Paix : 

On ne peut, ainsi que l'en dit sans faille, 

Jamais grans fiens faire sans Tautruy paille : 

Pour ce fault il que les gens j'apouvrisse ; 

Et le rebours faisoit Torde vies * lisse ', 

Qui, quant regnoit ou royaulme de France, 

Donnoit a tous a grant foison chcvance. 

Ainsi que dit son ribault, Charretier, 

Qui d'elle fit une rime avant hier 

En blasmant ceulx que je nourris et paix, 

Et l'appelle le truant îay de Paix, 

Et dit qu'elle est fille du roy des cieulx J, 

Et qu'elle fait tant de biens et de mieulx, 

L'ort* infâme, de loyaulté mescreu, 

Qui [n'en] devroit estre en tesmoingne creu J, 

Lui qui jadis fut, anmy d'Issouldun, 

Présent son roy et trestout le commun, 

Publicquemcnt banni a son de trompe ; 

Mais le ribault le fait affin qu'il rompe 

Tout nostre fait. Toutesfoiz ung garçon, 

Qui moult nous [hjait^, qu'on appelle Nesson, 

Sans nostre sceu et sans commandement 

Le diffama ainsi publicquement. 

Il est clair qu'Alain Chartier ne fut pas « banni à son de 
trompe » de la cour du roi pour avoir écrit la Belle dame 



1 . Ms. falloit lort vieille. 

2. C'est-à-dire dame Paix. 

3. Allusion au début du Lai dé Paix : 

l^aix heureuse, filh du Dieu des dieux, 
Engendrée ou Ihrosne glorieux... 

(Édit. Du Chesne, p. $42.) 

4. Ms. Lors. 

5. Ms. Qui devroit csire tesmoingne creu. 

6. Xesson est représenté dans le poème comme haïssant Guerre et sa 
bande. 




LA BELLE DAME SAKS MERCI 57 

sans mrrd; en 1427 il était encore chargé d'une ambassade en 
Ecosse; en 1429, suivant M, de lieaucourt, il assistait au sacre 
de Reims, Il faut entendre autrement les vers de Nesson. 
Excitées par les courtisans, qui n'aimaient guère Thonnête 
secrétaire du roi et qui réclamaient pour Tauteur de la B^llc 
dame sans merci u telle punition que ce soit exemple aux 
autres », les dames trouvèrent spirituel de bannir de leur 
(* court amoureuse » cet empêcheur de danser en rond. Pierre 
de Nesson semble avoir été leur porte-parole. Les poursuivants 
d*amour donnèrent à la cérémonie un certain apparat, et le 
jeune roi jugea sans doute la chose très amusante» Tels 
étaient les délassements des dames et des courtisans au 
moment où la France se débattait dans les plus cruelles diffi- 
cultés. La punition fut peut-être dure au cœur sensible 
d'Alain. Mais aussi qu'allait-il faire dans ce guêpier?! 

M. Gaston Paris (Romamay XVI, 41 r) a daté la Belle dame 
sans merci de 1426. La mention de Chastel à la fin de la 
Rêfxmsc des dames nous oblige à reporter le poème de Chariier 
une ou deux années en arrière, Chastel n*est autre certainement 
que Jean Chastel, secrétaire du roi, Tauteur du Pin^ qui avait 
quitte Paris en 14 iS pour suivre le dauphin, et qui mourut 
très probablement en 1423 '. Chanter aurait donc composé la 
Belle dame sans merci à la fin de 1424 ; la Lettre des dames à 
Chartier daterait du 31 janvier 1425. A ce moment-U\ précisé- 
ment Alain Charrier était absent de- la cour. Le J i décembre 
1424 Charles VU Tavait envoyé, avec Artaud de Grandval, 
abbé de Saint-Antoine de Vienne, auprès de Temperj^ur Sigis* 
mond en Hongrie. Peu après, Chartier était à Rome auprès du 
pape. De là il se rendit à Venise, où il arrivait à la fin d'avril 
ou au commencement de mai. Sa mission terminée, il rentrait 
àlssoudun, où les dames, comme nous l'apprend Nesson, le 
bannirent de leur cour, en présence du roL En mai et juin 
1425, Charles VII fit à Issoudun quelques courts séjours '. 

Il y a encore, me semblc-t*il, une autre conclusion à 
tirer de la Rcsfkmse des dames, D*après l'auteur ou les auteurs de 
ce poème, Alain Chartier se faisait vieux en 1425 : 



i, Romania^ XXIU, 202. L'autre avocat des dames, Dessarttauh, est un 
inconnu, au moins pour moi. 
2. G, Du Frcsnc de Bcaucourt, Histoire de Charles VU, ^ Ht P ^-94' 



38 



A. PTAGET 

Si jeune estois^ tu feroîs a reprendre, 

Mais vicuh deviens, et nous savons bien toutes 

Qu'on doit jeune cbastier et vieil pendre».. 



Nous savons que Chartier est mort à Avignon vers 1430 '. 
Quand est- il né? 

Les anciens biographes d'Alain Chartier, croyant que VHis- 
îoire de Charles Fil qui se trouve imprimée en tête de Téditioa 
d'André Du Chesne était l'œuvre de notre poète, le faisaient 
naître en 1386, cette chronique commençant par ces mois : 
<t Au seiziesme an de mon eage, qui fut en Tan mil cccc et 
deux... » Les éditions de 1528 et de 1594 attribuent en eflfet 
cet ouvrage ;\ Alain. Du Chesne fut induit en erreur par ces pre- 
mières éditions, mais il s'aperçut lui-même plus tard de sa 
méprise. Cette chronique, comme on sait, a pour auteur Gilles 
le Bouvier, dit Berry, né h Bourges en 1386, mort vers 1460, 
On reconnut donc de bonne heure que la Chronique de 
Charles Fil n'avait rien à faire avec Alain Chartier; mais 
Tannée 1386 — qui s'applique à Gilles It Bouvier — resta 
comme date de la naissance de Chartier, et c'esc celle qu'on 
trouve dans la plupart des dictionnaires biographiques. 

Tout le monde se rangea plus tard, comme définitive, ;\ la 
date que proposa M. de Beaucourt, 1395 ^ Les anciens bio- 
graphes avaient regardé Alain comme Tainé des frères Chartier. 
M, de Beaucouri soutient, au moyen d'un acte de 1455, que 
c*est Lî une erreur, et que Guillautne Chartier, qui fut évêque 
de Paris, était Taîné, Or Suillaume mourut le premier mai 
T472, au retour d'une procession soîennellc, en plein exercice 
de ses fonctions épiscopales, « Il n'est pas présumable, dit M. 
de Beaucourt, qu*il ait eu alors 87 ou 88 ans. Ce n*est pas un 
homme de plus de So ans qui eut pu avoir le rôle actif que 
nous lui avons vu jouer dans les troubles du Bien public. Nous 
croyons qu'il faut placer sa naissance vers 1392, Dans cette 
hypothèse, il aurait, X 40 ans, débuté à Poitiers comme pro- 
fesseur de droit canon; serait devenu évéquc à 55 ans; aurait, 
vert encore i\ 73 ans, pris part aux événements qui accompa- 
gnèrent !a guerre du Bien public, et serait arrivé, à 80 ans, au 



î, Romania^ XVI, 414. 
2, Us Chartier, p, 16, 



LA BELLE DAME SANS MERCI 39 

terme de sa laboiieuse carrière* Qu*int à Alain, il ne peut être 
né après 1395, puisque nous le trouvons composant, en 1415 
ou 1416, après la bataille d'Azincourt, le Livre des quatre danus^ 
et bientôt investi des fonctions de notaire et secrétaire du roi. 
Il devait être, dès lors, un « notable clerc ». Il y a donc, à 
notre avis, toute vraisemblance à placer entre 1392 et 1395 les 
naissances de Guillaume et d'Alain ». Voilà donc où l'on en 
est quant aux dates de la naissance et de la mort d'Alain Char- 
tier : frère puiné de Guillaume, il est né au plus tard en 1395 ; 
il est mort vers 1430, Agé d'environ 35 ans. 

II me paraît que Tune des deux dates est fausse, celle de la 
naissance, Alain Chartier ne nous parle pas souvent de lui 
dans ses oeuvres, comme Eustache Descharaps ou Christine de 
Pisan, mais il en a dit assez pour que nous sachions qu*il n'est 
pas mort jeune. Dans le Traite de F Espérance ou Consola i ion des 
trois vertus^ Chartier nous apprend que son âge commence à 
décliner : « Que vaut ta vie, dit Désespérance à Tauteur, dont 
tu ne peux acquérir que misère, qui croist avccques tes ans et 
senforce contre toy quand ta vertu se affoiblist? Ton aage 
tourne ja vers déclin, et les maleurtex de ta nation ne font que 
commencer'. » Quelques lignes plus loin, Chartier parle de 
sa Jeunesse qui est passée et il se représente à Tentrée de la vieil- 
lesse : a Tes meilleurs jours, continue Désespérance, et ton 
joyeulx temps est le premier passé. Et dès que jeunesse faut, 
la commence chagrin et soucy de pensée. Bon fait laisser aller 
un espace de ton brief aage, pour toy préserver de cheoir en 
vieille povrcté* » Il est vrai que dans le Prologue du même 
ouvrage, Chartier parle de sa jeunesse : 

Je souloye ma jeunesse acquitter Douloir méfait par ennuiqui trop dure 

A joyeuses escriptures dicter... En jeune aage vieillir malgré nature. 

Comment concilier ces données qui semblent contradic- 
toires ? Faut-il admettre que Chartier a mis plusieurs années à 
composer le Traité de F Espérance, qu'il n*a d'ailleurs pas 
achevé ' ? Ou bien n'est-il pas plus simple de croire que, lors- 



1. Êdit. DuChesne, p. 274. 

2. Le Traitt'tit V Espérance, inachevé, est sLppééV Imparfait dans le ms. 
de la Bib, nat. fr. 1642 : « Explicii TEïtil, autrement riraparfait, de maistre 



^. PIAGET 



qu'il écrivait cet ouvrage il était d'un âge où, suivant la façon 
de considérer les choses, il est encore permis de parler de jeu- 
nesse, et où Ton peut dire, d'autre part, que v l'aage tourne 
ja vers dcclin »? Les hommes du moyen âge faisaient com- 
mencer la vieillesse de bonne heure, à jo ans. Jean de 
Courcy, par exempte, estimeque Fadolescence dure de 15 a IJ 
ans, la jeunesse de 25 à 35 ans, l'âge d*homme de 35 à 50 ans, 
la vieillesse de 50 Ji 70 ans, la caducité commence à 70 ans. 

Qo.and est-ce que Tnge commence à déchner? on accordera 
que ce n'est pas avant 40 ans. Or de quelle année date le Traité 
de r Espérance} Le ms. 12455 du fonds français de la Bibliothèque 
nationale le date de 1420 : « Prologue de maistre Alain Char- 
tier sur le livre par luy composé de Testât de France durant son 
exil, environ Tan mil quatre cens vingt, régnant le roy Charles 
sixième, » Cette date est fausse, puisqu'il est question dans le 
Traité lui-même de « Charles sepiiesme de ce nom a présent 
régnant »», M. dePuymaigre croit que le Traité de F Espérance a été 
écrit après les désastres de Crevant et de Verneuil, « peut-être 
dans le courant de Tannée 1424 » *. Vallet de Viriville ^ et M. 
de Beaucourt ^ le datent de 1428, à cause du premier vers du 
Prologue : 

An dixiesme an de mon doîcnt exil, 

qui ferait allusion à Tentrée des Bourguignons X Paris en 
1418 et ;\ la fuite du Dauphin et de ses partisans. M, Petit de 
Julleville^ fixe la composition du Traité à 1429, André Du 



Alain Chanier. » Jean Boucher tait également allusion à Veut inachevé de 
cet ouvrage : 

HcgArJcs bîca la treshaulte matière 

Du dïci Charticr» si elle eftoit ^rttiere : 

TroQvercz vous aucuD grec ou Ifttin, 

Si vous veitlci dessus tard et matin, 

Cbii Ait de Foy niieulx dit en rithme et prose 

Ne d'£sper>nce, ainsi qu'il le propose ? 

(Tmiplf de Rfmmmêf. Paris, iSi6, foL LXU v».) 
i, Alain Charlitr et ks d/sastrcs de la frattce au AT« sièck, dans Ret'w du 
Mondi tatbolique, 1^72, p. 223. 

2, Au mot Ctmrtier (Aiaw) de la NoiarlU biographie gênerait, 

3» Lis ChartitTy p. 16. 

4. Hhtmrt dt k langm d dé la littérature française, t. Il, p. 371. 



LA BELLE DAME SANS MERCÎ 4I 

Chesne * i 1457 et Dehonay * a 1458. La variété des dates 
proposées montre qu'il n'est pas facile de se prononcer. M, 
Bijvanck ^ cependant croit avoir trouvé la date précise du 
Traité de F Espérance : 143?. Chartier en parlant des juifs 
dit : « Voyez qu'il a passé mil ccc Lxiii ans qu'ilz sont 
exiliez,.. «. Cela nous reporte à Tannée 1433, et, dit M. 
Bijvanck, <^ tous les faits mentionnés dans ce livre concourent 
à nous faire accepter cette date : il doit avoir été écrit avant le 
traité d'Arras, aux premiers temps du concile de Baie, au 
milieu des guerres hussites, environ vingt ans après la bataille 
d*Azincourt, lorsque fauteur, pour finir par lui, avait déjà 
presque passé Tàge viril. Tous les problèmes qu'offre le Traité 
de TExil ou de FEspérance sont résolus d'eux-mêmes, quand 
on place sa composition en 1433 ». Tout cela serait parfait si 
la date de 1363, qu'a eue sous les yeux M. Bijvanck, était assu- 
rée. Mais les manuscrits sont loin d'être d'accord à cet égard. 
Le ms. 832 de la Bib, nat. a 1364, le ms 1549 ^ T444> 1^ 
ms. 1642 a 144J, le ms. 12435 a 1363, le ms. 12436 a 
1474, les mss. 12437 et 24440 ont 1364, le ms, 24441 a 
1443- Les meilleurs mss,, les n*'* 12e, 1123, 1124, 11 28, 
1133, 2265, 18583, ont tous 1354; ce qui fixerait la date du 
Traité lie l'Espérance^ d'après le calcul de M. Bijvanck, à 1424. 
Si Alain Chartier est né, comme le veut M» de Beaucourt, en 
1395, il ne pouvait pas dire en 1424 (il aurait eu 29 ans), ni 
même en 14 28 (il aurait eu 33 ans) ; mon âge « tourne ja 
vers dedin ». 

Le petit poème publié ci-dessus, la Responsc des dam^s^ nous 
apporte une autre preuve du « déclin d*Alain Chartier 
en 1425, D'après ce poème, Chartier était i Tentrée de la 
vieillesse : 

Si jeune cstois, tu feroîs a reprendre; 
Mais vieulx deviens. *.......,,,., 

Si Alain Chartier n'avait eu que 30 ans en 1425, répithctc 
de « vieux » eut été quelque peu exagérée. 



1 . Lei Œ tares de maistre Alain Chariitr, p. 85 1- 

2, Etude sur Alain Oxirtier^ P- 9S* 

5. Spéùtmn 4^ un essai critique sur Us auvres de Fran^oU ViUon, 
ijan. 



A. PIAGET 

D y a d'ailleurs, à accepter la date de 1395, non pas des 
impossibilités absolues, mais de grandes difficultés. On est 
d'accord pour dater de 141 5 ou 1416 le Livre dés Quatre Dames ^ 
le plus important des poèmes d'i\lain Chartier, Ce ne sont pas 
les premiers vers du poète. Il est facile de voir, par exemple, 
que le Lai ik Plaisance leur est antérieur : dans le Livre des 
Quatre Danus^ Alain Chartier se représente comme amoureux 
depuis deux ans; dans le Lii de Plaisance^ il se plaint au con- 
traire d'être sans dame : 

Sans dame suî, oncne me fu donnée 
Loyale amour jusqu'à celle journée, 
Car je n'jy pas sens pour y labourer» 

Le Lai de Plaisance daterait donc de 1413 ou 1414. Chartier 
aurait débuté bien jeune, a iS ans! Et il aurait v-ite acquis une 
incontestable réputation de poète et de galant homme, <« Outre 
que le Livre des Quatre Datiies est le plus étendu de ses poèmes, 
dit Delaunay, pour être choisi comme arbitre par ces dames qui 
plaident si longuement leur cause devant lui, il fallait que sa 
réputation eût depuis quelques années au moins parfaiiement 
justifié sa compétence dans ces délicates questions de Thonneur 
et de la galanterie '. » Ce juge de vingt ans renvoie le débat à sa 
dame, qui était sans doute plus jeune encore ! Delaunay, recher- 
chant quels avaient pu être Téclat et la rapidité de ses succès, 
explique que les dames de la cour, maltraitées par Eustache 
Deschamps, accueillirent avec enthousiasme le nouveau poète, » 
C'était de ces dames que le jeune Alain, en venant prendre 
comme secrétaire [duroijla place d'un censeur importun et gron- 
deur, devait attendre des ménagements adressés bien plus h ses 
talents poétiques qu'aux agréments de sa personne et de son 
extrême jeunesse. C'est ce qu'il comprit de bonne heure et ce 
qui fut évidemment la première cause de ses succès. » N'insistons 
pas sur cette explication de Textraordinaire succès du poète de 
18 ans. I^ protection de « ces dames » expliquera- 1- elle égale- 
ment les succès rapides d'Alain Chartier auprès du roi et du 
dauphin ? M. de Beaucoun reconnaît qu*en 14 18 le jeune Alain 
avait déjà dans l'entourage du dauphin tt un rôle actif 



Delautuy, Étude sur Aiain Ojartier^ p* 31- 



LA BELLE DAME SANS MERCI 43 

et une sérieuse influence' ». Ce n'est pas tout, A peine 
âgé de 23 ans, il parle au nom de l'Université et adresse une 
épître latine au roi sur le maintien des libertés de l*Église 
gallicane. Aussi Delaunay, pris de scrupules, se deroande-t-il si 
vraiment Charrier a écrit lui-même cette épître : « Elle 
pourrait avoir été plutôt dictée au jeune secrétaire par 
ses chefs universitaires que rédigée tout entière par lut seul *. p 
A 2) ans, le jeune Alain se permet de donner des conseils à 
l'Université de Parts au sujet de la paix du royaume. Quelle 
autorité^ si jeune, croyait-il donc avoir? Si Chartier est né, 
comme on ledit, en 1595, il aurait fait, il faut favouer, une 
carrière exceptionnellement brillante et rapide : de très bonne 
heure secrétaire du roi, maître es arts, docteur en décret, 
chancelier de Baveux, archidbcre de Paris, ambassadeur et 
orateur près l'empereur, le pape, le duc de Bourgogne, le roi 
d'Ecosse, il aurait trouvé le temps dans sa courte existence, 
déjà si remplie, d'écrire encore des œuvres considérables qui 
témoignent d'une maturité de pensée, d'une expérience et d'un 
dégoût delà vie bien rares chez un jeune homme. 

D'autre part, si Ton admet, comme M. de Beaucourt, que 
Guillaume est iVmé des frères Chartier, il n*est guère pos- 
sible de faire naître Alain avant 1395: cela donnerait un âge 
par trop avancé à Tévèque de Paris, mort en 1472 dans le plein 
exercice de ses fonctions. 

Il faut croire que iM. de Beaucourt s'est trompé. Regardant 
Guillaume comme plus âgé qu*Alain, il s* est vu dans Tobliga- 
tion de rajeunir l'un et de vieillir Tautre outre mesure. Admet- 
tons qu'en 1425 Alain Chartier avait 40 ans, — ce qui n*esi 
pas exagéré, puisqu'à cette date on le traite de vieillard, — il 
serait né vers 1385. 

Reste ;\ expliquer l'acte du 8 août 1455» qui mentionne 
Guillaume Chartier, « révérend père en Dieu, monseigneur 
Tevesque de Paris, fih et héritier aisné de feu Jean Le Care- 
tier» n. Que dit cet acte? Jean Le Carerier ou Jean Chartier, 



1. G. Du Fresne de Beaucourt, Bhtmt àt Charlu VU, t, I, p. 11 -S. 

2. Dt'launay, Etude ^ p. $>- 

tj. Cet acte a cté publié deux fois» par Plaquer, dans les Piète^ pour servir 
Tbtsiûirf des mtiun d des usages du Bessin dans îe miyytn dgé, Caen, iSij, p. 

30, et par le vicomte de Toustain, dans la Rn*ue noHUaift^ bistûriqm H hio- 
graphique^ nouvelle série, t. Il» Park îSh6, p. 6- 




44 A. PIAGET 

bourgeois de Bayeux, père d*Abin et de Gailbame, ivah fait 
donation d'une rente de vingt sous toamots aux chapelains de 
la chapelle de Notre-Dame de Téglise cathédrale de Bayctut, 
le 13 mars 1387. En 1454, pour obtenir le paiement des arré- 
rages dus, les chapelains voulurent se saisir d'une maison qui» 
en 1387, appanenatt X Jean Charrier; mais ce dernier avaic 
donné ou vendu cette maison a Guillaume Le Tybonnier, sans 
le chnrger du service de ccne rente. Les fils et héririers de Le 
Tybonnier firent opposition aux poursuites et appelèrent en 
garantie Tévéque de Paris, Guillaume Charrier, qui prit la rente 
à sa charge. 

Peut-on conclure de ce docomenr, comme Tant £ait Pezet % 
le vicomte de Toustain, M, de Bcaucourt, que Tévèque de 
Paris était Tainé des fils Charrier et qu'Alain, par conséquent, 
était frère puîné de Guillaume? Ce serait £iire dire à cet acte 
plus qu'il ne contient. Tout ce qu'on peut affirmer, c*cst que, 
en I4$S, Guillaume était Tainé des fils et héritiers vivants de 
Jean Qiartier, — ce qui est bien possible. Mais on n'en peut 
rien conclure sur les rapports de naissance d'Alain et de Guil- 
laume. A la date de notre aae, en 145;, Alain était mon depuis 
un quan de siècle. Dès le décès d'Alain, — mort sans enfants 
ni héritiers directs puisqu'il était prêtre, — Guillaume était 
devenu légalement le « filz et héritier aisné » de Jean Charrier. 

La priorité de la naissance convient, du reste, de toutes 
façons à Alain Chartier, dont l'activité se déploie de 1415 à 
1429. Guillaume n'apparait que beaucoup plus tard sur la scène 
publique. II fut, comme nous Tapprend Martial d'Auvergne, 
le premier boursier du roi Charles VII : 

Le (tu bon ro^r, esmeu de bonne colle, 

Tcnoît des ders et boursiers a TescoUe ; 

Et fut jadiz son cscolUer premier 

Le boa evesque de Paris Châretler, 

Qjû en son temps 6st grant fruit en Testude ** 



t . Pezet, ktcherdm histûri^nef mr ht maissana it la pargnit fAlaiti, Jmm 
tl GuiJkwne Chariier^ et sur h maism où Us wnt nè%. Baveux, 1842 
{Mèmmei dt la Soc. ift^ricultun, sc,^ arts a beiks-kUrts dt Baytux^ t, I, p. 
254 et 2 J9), 

2. Ui Vigiiht éi Chârks VU, t. H, p. 27. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 4^ 

Il est peu probable que le dauphin ait cutretenu, de sa 
cassette toujours vide, des écoliers dans les différentes univer- 
sités ; il avait d'autres soucis. Guillaume Chartier était donc 
encore écolier après 1422, tandis que son frère Alain tenait 
déjà une place considérable h la cour. Ses études furent bril- 
lantes, et, en 1432, docteur en Tun et l'autre droit, il fut 
appelé ù l'uni versitè de Poitiers pour y professer le droit 
canon. Vers la même époque, il était simplement curé de 
Saint^L;imbert, près Saumur. Dès lors, son avaocement fut 
rapide : chanoine de Paris en 1457 *, il fut nommé évèque le 
4 décembre 1447. Son activité dans les atîltires publiques se 
place de 1450 à 1472. 

Pour montrer enfin que Guillaume est le plus jeune des deux 
frères, je serais tenté de dire : Relisez kCurial; Alain Chartier 
n'y parle-t-il pas en frère aîné? Mais je suis loin d*oublier que 
M. Hèuckenkamp ', professeur à l'université de Halle, est 
venu dernièrement enlever à Chartier la paternité du Cnrial, 
et que, suivant la remarque de M. G. Paris, ce texte « perd 
toute la valeur autobiographique qu'on avait voulu lui don- 



ï. Alain Chartier fut nommé chanoine de Pans le 7 mars 1418 (v. s.), 
2. Le Cun'ai, par Alain Chartier, tfxie français du XV* sikU avec F original 
ktin, publiés tTapris les matuiscritu H^lle, 1899, La publication de M. Hcuc- 
kenkanip est faite avec beaucoup de soin. Le texte latin est reproduit 
d'après cinq m.muscrits et d\iprcs Tédiiion parue en 1724 dans VAmplissima 
Cùlluiiù de DD. Martene et Durand. Le texte français est b.isé sur quinze mss., 
sur Tcdition de 1489, iur l'édition de 161 7 et sur les variantes que 
DuChesne a reproduites dans les marges de son volume. (M, H. a connu 
trop tard le ms. fr. 2265 de la Bib, nat, et n'a pu obtenir de rensdgne- 
q^ctus sur le ms, Ashbumham.) Il a étudié minutieusement tous ces mss. 
et en a dressé un tableau généalogique où les mss, aujourd'hui perdus 
figurent nombreux, il eût bien fait d'écarter quelques copies qui donnent 
des variantes inutiles. Teî, par exemple, le ms. de la Bib. nat. fr. 835 (que 
M. H, désigne par P*), qui est copié sur la première édition (désignée par 
I). L'édition de 1617 (D) également devait être laissée de côté, puisque 
Du Chcsne a simplement reproduit les anciennes éditions gothiques. Quant 
aux variantes dans les marges (D'), ta plupart sont tirées du ms. Du Puy et 
d*autres du ms. de maître Jacques Le Marié. Or, le ms. Du Puy est le fr. 
1737 de la Bib. nat, (que M. H. désigne d'autre part par P'). Aux dix-sept 
mss. que cite M. H.» j'en ajouterai trois, qui n'apportent sans doute aucun 
élément nouveau, le ras. fr. de la Bib. nat, 55591 fol, 6-11 v^, le nu. de 



4^ A. PIAGF.T 

ner ^ ». D'après M. Heuckenkamp, le Ctirial^ adressé à Gontîer 
Col, aurait pour auteur un humantste italien, Ambroise de 
Miglie. 

DD. Mnrienc et Durand, ayant trouvé le texte latin du 
Curial dans le manuscrit qui est aujourd'hui le 978 de la 
Bibliothèque de Tours, l'ont publié dans ÏAmplissima colkc- 
lio^j à la suite du recueil des lettres de Jean de Montreuil, 
avec ce titre : Epislola LXXVL Ambtvsii de Miliis ad Gonlhe- 
rum, Dehoriaîur eum a curia. M, Heuckenkamp^ admettant 
telle quelle cette attribution, s'efforce de montrer que la chro- 
nologie, Li position sociale, rérudition d'Ambroise de Miglie, 
son caractère, <f le peu de respect et la manière presque païenne 
a%'ec lesquels il traite les questions de la foi catholique m, tout 
en un mot prouve que cet Italien est Fauteur de Toriginal 
latin, dont Alain Chartier n*est que le iraducteur. 

Il faudrait reprendre chacun de ces points : bornons-nous à 
la chronologie. Se basant sur l'envoi du Curial à Gontier Col, 
M, Heuckenkamp date ce traité d'avant 1395 : « Cest à cette 
année, dit-il, que Gonthier Col paraît pour la première fois 
comme curial \ il est envoyé par Charles VI auprès de 
Benoit XII. » Il n'y a là qu'une petite erreur de quinze ans. 
Gontier Col était déjà curial en 1380, En mars 1380, il touche 
des gages comme secrétaire du roi ^ Ainsi le Curial daterait 
non pas, comme le veut M. Heuckenkamp, d'avant 1395, 
mais d'avant 1380, A cette époque, Ambroise de Miglie était- 
il déji en France? C*est peu probable : Jean de Montreuil, 
son protecteur, n'avait pas vingt ans» 

Toute la thèse de M. Heuckenkamp repose sur Ten-têTe du 
Curial dans V Atnplissima collectio. Or, cette inscription est 



Turin, L, 11, î2, ioK j6 (Pasini, 11» 475) qui, comme le ms. de Munich, 
est copié sur Galliot du Pré, et le ms. d^Oxford. BodL Lib. Clark., XXXIV, 
fol. 101 v«. — La comparaison des mss. a amené M. H. à découvrir une 
lacune assci considérable dans la plupart des copies du Curial, et le texte 
qu'il nous donne est, à tous égards, bien supérieur à celui qu*on avait 
jusqu'ici. 

K Romania, XXVIlî, 484. 

2, T, II, col. 14591465. 

5, Compin iit l'hdul dts rois de Fratiu aux XI ^^ el XV^ sikles^ publiés par 
M. L. Douét-d'Arcq. Paris, 1865» p. 22. 



LA BiXLE DAME SANS MERCI 47 

Te rînvention de DD. Martene ei Durand, Dans le manuscrit 
lui-même, qui date de 1435, le Curial est sans titre, et, comme 
veut bien me le faire savoir M, G. Collon, bihliothécaire de 
Tours, u rien, pas plus -i la fin qu'au commencement, n'en 
indique Tauteur i>. Le traite est précédé et, sauf erreur, suivi 
de deux lettres d'Ambroise de Miglie : DD. Martene et Durand, 
ignorant que la lettre : Snades sepius eihorîaris n'était autre que 
le Curial d'Alain Chartier, l'ont prise pour une épître d'Ambroise 
de Miglie, adressée h Gontier Col *, L'échafaudage élevé par 
M. Heuckenkamp s'écroule. 

On ne trouve le nom d'Ambroise de Miglie dans aucun 
manuscrit du CuriaL Est-il besoin d'autre part de mettre en 
regard ce que nous apprennent les manuscrits, tant latins que 
français, des œuvres d* Alain Chartier? Une vingtaine de ma- 
nuscrits attribuent formellement le Cunalh maître Alain. Nulle 
part celui-ci n'est donné comme le simple traducteur d'une 
lettre d'Ambroise de Miglie. M. Heuckenkamp a établi que 
les deux textes latins et français proviennent de deux écrivains 
différents : le traducteur n'a pas toujours, semble-t-il, compris 
l'original qu'il avait sous les yeux. Il n'y a qu'une conclusion 
à en tirer : le texte français du Curial n'est pas d*Alain Char- 
tier. Un inconnu a traduit le Tractatus de vita curiali^ et sa 
traduction, qui eut beaucoup de succès, fit oublier le latin et 
passa pour être de Chartier lui-même. Un autre traité latin 
d'Alain Chartier fut également traduit au xv* siècle par un 
anonyme, le Dialogus jamiliaris amici et sodalis *. 

M. Heuckenkamp remarque avec raison que le Curial n'est 
pas Tceuvre d'un novice qui vient d'arriver à la cour: i< Il a 
fallu, dit-il, un certain temps, toute une série de contrariétés 
et de désillusions pour que l'âme de ce jeune homme se rem- 
plît du dégoût et de ramertume qu'il nous découvre dans son 
épltre» » M. Heuckenkamp en conclut qu*Ambroise de Miglie, 
duquel on ne sait presque rien, a seul pu écrire ce traité sur 



1. Je n*ai pas eu sous les yeux Je ms, de Tours cl je ne sais à qui sont 
adrcssces les deux lettres qui accompagnent le CuriaL Toute la question 
d'ailleurs mérite d'être reprise plus ù loni, 

2, jMs, fr. 1642» foL 7 : « S^eosuic la rranslacion d*un dyalogue en latiu 
que fist en son vivant feu maistrc Alain Chanier, et fut transbté par • (lir), 



48 A. PIACET 

la misère des courtisans. Comment ne voit-il pas que tout cela 
s'applique admirablement à Chartier ? Qu*il relise donc le cha- 
pitre du Traité de t Espérance intitule : Indignaîkm fait remons- 
Irame des abu:( cl vanitci qui régnent es cours des princes, Alain 
Charrier s*y montre-t-il assez désabusé? N'est-il pas exactement 
dans Tétat d\inie qye suppose le traité des misères de cour ? 

J'estime donc que le Curial est bien d'Alain Charrier, Est-il 
adressé à Guillaume, comme le disent les manuscrits? Je ne 
vois pas ce qui empêcherait de le croire. Le manuscrit latin 
5961, copié du vivant même de Févèque de Paris, est très 
explicite : Scrihit magistcr Alanus Auriga sm fratri magislro 
GuUkhm Aurige^ c^inonico parisiensi, et consiliario regio curie 
parlanwUiy nunc vero parisiensi episcopOy de vita curial i tracîatum. 
Les manuscrits 767 de Douai et 3391 de Vienne disent la même 
chose. Enfin n'avons-nous pas le témoignage d'un contemporain 
de Guillaume Cliartier, Jean de Lannoy, qui en 1464 écrivait ce 
qui suit à son li!s Louis : « J'ay escript icy ensieuvant la coppie 
d'unes lettres que maistre Alain Caretier a aultrefois escript, 
touschant Testât de la court, a son frère quy de présent est 
evesque de Paris, de treshonnorable et trcsiouable vie, quy 
lors desiroit par son moyen estre retemi a îa court do roy, et 
inaiotenant est bien d*aultre volonté, comme saige et quy la 
court a expérimenté ^ » 

Je me résume : Alain Chartier est né vers 1385 ; il est 
Taîné des frères Chartier; il est bien l'auteur de la rédaction 
latine du Curial, 

{A suivre,) Arthur Piagbt. 



I- Voy. Mangeart, Cat. des mss, de Vakmimtm^ Paris, 1860, p. 665. 



LE DÉBAT 

ENTRE ANTON DE MOROS ET GONZALO DAVILA 



Les pièces de ce àchu saiirique, au nombre de neut actuelle- 
mentj ont été copiées sur quelques feuillets du manuscrit ita- 
lien 590 de la Bibliothèque Nationale (ancien 7763), assez 
inexactenieni décrit par M. Mazzatinti, en premier lieu, dans 
son Inventario dei mamscriiii iîaliani ddk biblioteche di Francia^ 
t.I(Rome, 1886), p. 115. puis dans son ouvrage intitulé : Ltf 
Bibliokca dd rc d\4raginia tu Napoliy Rocca S. Casciano, 1897, 
p. 105 *, Ce manuscrit, quoiqu'il ne porte aucune ancienne 
marque de classement ou de propriété, semble bien avoir appar- 
tenu A la bibliothèque aragon.use de Naples; il a certainement 
passé par les mains de dames et de gentilshommes catalans 
et castillans de la cour d'Alphonse V ou de Ferdinand I*^, 
comme en témoignent qos inscriptions de noms sur le premier 
feuillet : « La senyora VilaffVanqua de Panades ; la senyora 
loland Dolzinelas (Olsinellas -); la senyora Elfa de Biure », 
et d'autres indices encore. 

Du premier des îrobadores qui ont pris part à ce débat, Ton 
ne connaissait rien jusq'u'ici pas même le nom; du second. 
Ton connaissait et le nom et une petite pièce galante insérée 
dans un chansonnier du Musée Britannique * et que Gallardo a 

1. D'abord, touta les poésies noo italiennes de ce volume sont en castillan 
et non en catalan ; puis le poème italien transcrit aux ff. 66 et suivants traite 
delà mort de Pans et des lamentations d*HelcQe,ei n'est pas un« fnimincnto 
dcl pocmetto di Paris e Vienna 9. 

2. VUlafranca dcl Panadiis et ObinelUs sont deux localités de U jmu\ m^e 
de Barcelone. 

3* P de Gayangos, Catalogué ûf tbc manuscripls tu tht spanûh languagc in 
tht Britiih Mmtnm^iAW, p» 29>. Ce cbanioanier a appartenu à Nicolas 
d*Herbcray des Essarts. 



50 A. MOKKL-rATîO 

publiée '. L*Lîn et Tautre ont vécu vers le milieu du xV' siècle et 
ont peut-être même dépassé cette époque. Aucun trait histo- 
rique de leur dispute ne permet d'en fixer exactement la date. 
II y est question (I, i) d*un « infant »>, qui pourrait ôtre l*un 
des fils de Ferdinand I" d'Aragon, et d'un « président » 
(V; 34), qu'il y a lieu d'identifier avec l'un ou Tautre des 
personnages qui ont exercé sous Jean II ou Henri IV les fonc- 
tions de président du Conseil royal. L'allusion à Juan de Mena 
(V, 26) peut s'entendre du poète mort ou du poète vivant, de 
celui-ci plutôtj je crois ; en ce cas, notre dispute serait anté- 
rieure à Tannée 1456. 

Anton de Moros était aragonais. Cela ressort d'un ccrtam 
nombre de mots de sa langue qui ne s'expliquent qu'en les rap- 
prochant du catalan % sans compter que le nom de Moros^qui 
peut exister a vrai dire dans plusieurs provinces d'Espagne, se 
retrouve en tout cas sûrement en Aragon : N. Antonio, dans sa 
Wbliothcm noim, cite deux Moros et tous deux sont aragonais. 
Nous connaissons de plus, au xnr siècle, un Lope de Moros, 
auteur ou simple copiste de la pastourelle et du débat publiés 
dans la Romania (t. XVI, p. 364), et qui appartenait certai- 
nement à la région navarraise-aragonaise. Quant à Gonzalo 
Davila, son adversaire lui-même semble bien le désigner 
comme castillan (V, 69*70) : 

Porquc os dciîan niirratichon, 
vos salistes de Castilla, 

et rien n'indique qu'il convienne de lui chercher une autre ori- 
gine. 

Ce débat, comme tant d'autres du même genre, qu'on peut 
lire par exemple dans le chansonnier de Baena ou dans le recueil 
des poésies de Montoro, consiste surtout en injures que 
s'adiessent, chacun à son tour, les deux rimeurs : injures très 
personnelles et souvent fort grossières qui atteignent le phy- 
sique aussi bien que le morah Moros s en prend surtout à b 
figure et à la taille de son adversaire ; il le dépeint faible (I, 



1. Ensayo dt una hihîiokca esptinola dg îiîfros raros y curicsoi, t* I, col. 494. 

2, Je n'attache aucune importance, bien entendu, à la graphie ny p<jur «, 
qui pourrait être du fait du copiste. 



LE DÉBAT ENTRE ANTON DE MOROS ET GONZALO DAVILA JI 

28), petit (I, 31), laid (III, 23), mal bâti (III, 1 1) et « incom- 
plet » (I, 20; m, 22; V, 88; VI, 72) : sur ce dernier défaur, 
il insiste même plus que de raison et descend à des détails qui 
ont dû effaroucher quelque ancien lecteur, car la neuvième 
pièce, une réplique de Moros, a été brusquement interrompue, 
sur un mot obscène, par la coupure de deux feuillets remplis 
sans doute des dernières invectives qu*échangèrent les deux 
îrohadorcs. En revanche, Moros loue Part et la science poétique 
de Gonzalo Divila (V, 17), il le met sur le même pied que Juan 
de Mena, le grand maître, le chef suprême de Técale du trobar 
(V, l'y) : 

En lodas estas comarcas 
Johan de Mena vi alabar, 
en el artc del trobar 
vos y el &er tos monarcoSp 

et lui-même se fait tout petit devant ces puissances, il est !e 
petit chien blanchtiy Tautre le grand dogue (V, 30). Dâvila, 
contraint de passer condamnation sur sa faiblesse physique et 
sa laideur (IV, 12; VII, r, 33), attaque surtout la moralité de 
Moros, qui remplissait probablement quelque emploi de 
finances (\TI, 57 ; \TII, 84); il le traite d'usurier, de faussaire, 
de bdratier, et par surcroît d'ivrogne (H, 6; IV, 47, 53; VI, 
76). L'un et l'autre se renvoient répithète de juif ou de mar- 
ratk^ {n""^ V et VI); Davila ajoute que son adversaire était fils 
d'un rabbin et que le nom de Moros, nom du père putatif, en 
cachait un autre mal famé (VI, 43, m). 

Assez vivement et correctement écrites et, sauf quelques 
passages peut-être altérés par le scribe, facilement intelligibles* 
— bien plus intelligibles que beaucoup de poésies du recueil 
de Baenaou du chansonnier de Montoro, — ces neuf pièces ne 
présentent au point de vue de la langue, du style et de la ver- 
sification rien de particulièrement remarquable. Je noterai seu- 
lement dans le n** VII (v. 107 et 110) la citation de deux chan- 
sons françaises : nouvelle preuve de la connaissance de notre 
poésie lyrique en Espagne au xv* siècle, attestée déjà par 
d*autres témoignages. J'ai relevé dans les notes les mots parti- 



1. Sauf cependant ravani-dernière pièce (n« vni) que Moros lui-même 
trouve 41 un poco escura «. 



52 A. MOREL'FATIO 

culicrs A hi langue aragonaise et ceux auxquels je n'ai pas su 
trouver de sens ou qui m'ont paru mériter Inattention ties lin- 
guistes. 

Alfred Morel-Fatio* 



12 



i6 



I 
Anton de Moros 

CONTRA GONÇALO DaVIL\ 

Esundo en c^ dd inùntei 
por5avnn qu*era un aguila 
en irobar Gonçalo d'Avila : 
apostaron un dîamante. 
Yo pense qu'era gigante, 
trafcgudo matador, 
y» par Dîos ! no se pastor 
qu'en un dîa nos lo vante. 

Qualquicr dara por sentençia 
que no es fLCrte ni aperte; 
bien pucde ser valyentc 
mas no espanta su presencîa. 
No se por la eloqueiicia 
ho en dincros ser famoso, 
que, qyanto por ser fermoso» 
nunca casara en Vaîencia, 

No es de niucho luvido 
a nuestro Senyor quel crio, 
pues que no lo acabo 
de faa^er onbre conpiido. 
Un dya yo vy vestido 
un mono que era tamanyo ; 
creo quVn qualque mal anyo 
este Glabre (ue naddo. 

£n la tîena do pelean 



28 



32 



12 



16 



las gruas con las personas, 
yo dudo honbrcs ni donas 
tan magros y flacos sean> 
Los que ulgun bien le dcsean 
no rruegan Dios qu'enrriquezca, 
mas (que) le de gracia que crczca 
en foz de quantos lo vean 

II 

Respoesta 

de gonçalo de a vil a. 

Quien es aqueste merchante 
de obra tan mal mcdida? 
Quai sca su negra vida 
y au 11 el aima por senblante. 
Yo pense quVra algun D.i!ue 
y es un baraïador, 
de los que a Nuestro Senyor 
vendicron cl mas culpante. 

Qualquier que tenga prudencia 
fallara, sy byen advierte, 
que jamas se vyo por sucrte 
tan vil onbre d'asistencia. 
No caso por decendcncia 
de lynage generoso, 
mas por mas presumtuoso 
que llcno de suficiencia. 

Este Cayn atrevido 
jure lugo por su Dio 



b îraje^tido pour irtfe^udo\ cf. port, trefego^ « remua nt» vif*», aussi 
tf rusé ». — 8 nos =: no se. — 10 aperte n'a pas de sens et ne rime pas avec 
Xfalyente, Le texte doit être altéré. D'après la réponse (n» 11)^ qui suit la 
même disposition métrique, \\ nous faudrait ici des rimes en erle. ^ 16 A 
Valence où sont les plus belles femmes. — 17 tuvîJo, participe formé sur 
le parfait; c'est un trait du dialecte aragonals. 




LE DÉBAT ENTRE AKTON DE 

qu;îl coraçon le movîo 
20 a ver comigo rruydo ; 
ca, scgun cl s*cs aWdo 
en sus plcytos con enganyo» 
por enxenpio devc oganyo 
24 COQ la for«:a scr punido. 

£n las partes do guerrcan 
y se gana^n las caronas» 
son sus matios mu y haronas, 
i porquc d'onrra no s'arrcan; 
ni su sangre las cnplean 
syno on logros y vileza, 
faisando, scgun se rreza, 
l los contratos que menean. 

Fyk. 
Pues su rrequcstar es vîsto 
d'îgnorancia procéder, 
rreniesa le deve ser 
%6 la mucrte de Jcsu Cristo; 
y por tamo yo Tabsolvo 
de lo dicho yde la rresu : 
el lan bien en mi rrepuesta 
40 perdone syl fa go polvo. 

111 

MOROS 
CX)NTRA GONÇALO DaVÎLA 

Por b burfa hos etisanyaes, 
amigo senyor Gonçaïo, 



MOROS ET COKZALO DAVILA 53 
(de) la verdat vos sabe mato 
4 quando tanto os agreujacs, 
Con gran maîicia fablacîi, 
que, a faîta de consonanics, 
dczis laslimas tajantes : 
H tn csro vos deportaes, 

E yo, (a verdat dixîendo 
y no arguyendo rrondalla, 
no diria vuestra rruyn lalla 

i2 entodo undia escrivrcndo, 
Haunquc me fiigacs melcndo 
y rrudo mas que pastor. 
no saidreys con ntucha honor 

i6 desu ly<a yo cntyendo. 

Honbrc por cscamîo fecho, 
sv niiraes vucsiras annas, 
quando se echan tas gallinas, 
deveys salir de so e1 lecho* 
Para que leneys provecho, 
pues menguo en vos la simicnte? 
Ora de ximio syndiente, 
Dios lome con vos despecho ! 

Tocaes me de Macabeo 
con tcmor que no vos loque. 
Rrcccbii este rrctoque» 

2^ entrât (en) medio dcl lomeo ; 
que yo ni los mîos no creo 
nunca entrassen en synoga, 
Tencos tirme a la soga, 

52 don mosquito, vîcjo y fco. 



20 



24 



29 Ce vers n*a pas de sens* Fa ut- il corriger - «1 /a su sangre mpUan^ 
ou bien : ni su iangrf eîlas emplmtt, ou encore : ni m sam^n' la icnpîfan} — 55 
rre/mia pour remitida est X cette époque un caialanisme; mais le castillan a 
connu aussi ce participe fort, puisqu'il Ta garde dans le substantif rrnma. 
— 4 a^nujofs. Le verbe a^renjar, formé sur grtn^e^ appartient à la langue 
juridique catalane-aragonaise. — to rorutalla, « conte ^ récit », estdupuratta- 
lan. — 13 rtu'kndo équivaut à mtUno^ v, paysan grossierit, qui paraît fait sur 
mtîffw. On connaît Tépithète melemiâo^ si souvent appliquée aux bergers dans 
Encina, — j8 itiinas. Je ne vois pas le sens de ce mot, qui ne saurait être 
pour haiittas, — jo iymga. Cette forme, pour synaçoga^ est fréquente au 
xv« siècle; voy. par ex. G, Manrique, CanciontrOt t. lî, p. 141, et le Can- 
dmifo àf Anton de Mantoro, p. 52 et 285 



54 

Y qucreys enamorada? 
Parât mientes, escudcro, 
sy os pican en un mortero, 

56 no ay uiia bticna vegada. 
Monja, ilonzella ho casada 
quiercri buena proporcion, 
que vos rouy chica rraciori 

40 daryades en Talborada. 

Enfengis de vnuy valyente ; 
digo vos mal adcvino, 
ca si todo cra(d)es venino, 

44 00 podriades ser nuziente 
Bien séria in pertinente 
la aldca y rruyn alfaja, 
que vos por fucrça la paja 

48 tamascdes a la gente. 

J)e3:ism?î que soy logrero 
y de cartas falsador, 
salvi sienpre vuesira honor, 

5 S mentis vos, don agorero ; 
intbrmaseys vos primera, 
como îa irazon rrequiere» 
no d'aquel que mal me quîere 

56 mas de onbre vcrdadero. 

IV 
Respuesta 

DK GONÇALO DE AviLA. 

La sanya que vos toraaes 
me poneys por entrevalo. 
rrecelando vos del palo 
4 *:*a mcnudo conportacs. 
Sy la cicncia vos crraes 
en accentos bien sonantes, 



MORHL-FATIO 

de las faltas semejantes 
8 neciaraente m'înculpaes» 

Nynguna malycîa prend o : 
la obra que Dios se falla 
gran îocura es rrerratalla> 

12 lan dnco me discrivicndo. 
De lo quai m'estoy rrîeado ; 
no lo tengo ha desonor, 
comos vos, Anton senyor, 

16 los vicios que vos rreprendo. 

Recordaos, don conirafecho, 
dexat las cosas divinas, 
que por causas muy mezquinas 

20 vos aveys visto en esirecho. 
Ponei la mano nei pecho, 
ca si os mienbra on acidente^ 
en la vida cîerta mente 

24 no tencys ningun derecho. 
Enojaes vos, segun veo» 
por vuestro judayco estoque, 
perdcr con xaque por rroquc, 

28 fallando con devaneo. 

No fagaes d'ukrance arreo, 
ca si bien vos interroga, 
quien la vida vos prorroga 

32 mcrcce muenede rreo. 

Sy vuestra muger prestada 
vos me daes y yo la quîero, 
de lornar vo5 la profiero 

56 bien corne ma y mal ïigada ; 
y sera la tal jôrnada» 
por mayor satisfacion, 
en la plaça con prcgon 

40 aîtas boxes publicada. 



)6 Ce que Moros entend ici par vi^ada est dairemem indiqué plus bas 
(VÏI, 17 et suiv.)^ dans une r»^pofise de Davila : « Y conozco, Porser ximio, 
Que me bruma Y consuma Um vegada y me farta «. — 4>-|8 Je ne com- 
prends pas le sens de ce quatrain. -• 27 Perdre le roi pour gagner une tour? 
n faudrait, peut-être» lire perdet pour perder, — 29 uJtrûncf^ c'est le mot fran- 
çais mttrance^ que les usages de Ja chevalerie avaient porté en Espagne. — 40 
aîtas bo^éSt pour a aîtat hoies. 



^^^^^^LE DÉBAT ENTRE ANTOK DE 


MORO^^oSzAL^DÂm^S^^^^^^^^H 


^^^B Yo no enfingo dertamente, 


12 


en arte de gaya cîencia ; ^^^^B 


^^^H nus quai sera tan mezquino 




pues si con mi ygnocencta ^^^^H 


^ que h capa en cl camino 




vos toco en la verdat pura» ^^^^H 


^^^^ 44 no vos tome, si os la siente? 




no deve\s tomar rrcncura : ^^^^B 


^^^B Vuôstras amias, don pâcîente« 


f6 


conportat lo con paciencia. ^^^^H 


^^^H son, sy suenyo nos ataja, 




Bien conozco que tcneys ^^^^B 


^^^H conbatîrnos con tinaja^ 




de ciencia un gran [a]syIo, ^^^^B 


^^^^ 48 pvLCS cosiunbrc os lo consîente. 




yo no se syno este estilo, ^^^^H 


^^^ Yono soy cierto çlprimcro. 


20 


conponer ast al rreves. ^^^^1 


^^^H segun vuestra gran furor. 




De la cara fago en{v]es, ^^B 


^^^V que os acusa unia herror 




lo desuso pongo ayuso : ^^Ê 


^M )3 ni syn duda el postnmero. 




por ende, si cl artc abuso, ^^M 


^^^B Amansaos, don baratero, 


24 


no bîvo d'esté intcrcs. ^^B 


^^^^ que qualquier onbrc que viere 




En todas estas comarcas ^^^^B 


^m vuesiros actes y Icyerc, 




Johan de Mena vi alabar, ^^^^H 


^^^^ 56 vos porna aqucste sonbrero* 




arte dcl trobar ^^^^^^M 


^^^^^ 


28 


vos y d set los monarcas. ^^^^^| 
(Yo) so cl rrcmo de talcs barcas^ ^^^^H 


^^^^^V Anton de Mqros 




un blanchet(e) ccrca un alan; ^^^^B 


^^^V CONTRA GONÇALO DE AviLA. 




mas a vezes sotil can ^^^^H 


^^^H Nunca os ialta que dcîir, 


Î2 


irostga bucnas avarcas. ^^^^H 


^^^V vilezas contynuando ; 




Syn meter la m a no al pecho ^^B 


^m al diablo os aconiando, 




se que al rrey y al présidente ^^B 


^H 4 al quai vos mostraes st^rvîr. 




dcvû te mer cier lamente, ^^B 


^M Pues que bien sabeys mentir, 


î6 


como es rrazon y derecho ; ^^B 


^^^^ sabet que os an coronado 




mas, por mal que yo aya fecho ^^B 


^^^V por poeta alamado, 




a ninguno ho syn rrazon, ^^B 


^V 8 maldizieme syn fallir. 




nunca por esta ocasyon ^^H 


^^^H Visca esta la difcrencia 


40 


aure fyrma de derecho. ^^B 


^^^H de vuestro sabcr af m 10 




Dcl pato no me rrecelo, ^^B 


^^^H conio de la mar al rrio 




vos teniendo lo en la mano, ^^B 


^^^B 46 nos =- m os. — 30 bîancheU, petit chien de dame. Le mot se rencontre ^^| 


^^^^ déji chez Tarchiprêtre de Hiia (str. 


137^ 


\ et suiv.). Ce doit être le franc, ^^B 


^M hkncffft. Dans le Cane, de &una, on trouve le féminin blauqudû. Un Alonso ^^B 


^m de Jaen, répondant à Anton de Monii 


oro, 


lui disa'iit humblement : •< Y ante ^^B 


^H vos soy )'o con raoco, CQm& goiq\i$ anU gran can {Canciontro dt Antàn de ^^| 


H Montoro, Madrid, 1900, m Xcix). - 


— )2 rrosiga^ « ronger peu à peu » _^^| 


^P (Borao, Dicciotiario ât vocn ara^omits 


, éd, ^^^ 


. de 1884), Cf. cat. ros^ar. — 54 ^^^^M 


^L prisidente. Le prC'sident du Conseil roy 


al ou Conseil de Cistille. — 40 Al lu- ^^^^H 


^^^K stOD â la pratique appelée en droit catalan- 


uagonàis ferma dt dtêt, ^^^^H 



A. MORlX-l-ATIO 



56 

que, aunque soy viejo cano, 
44 yos fare besar cl suelo ; 

y maguer va soy avuelo, 72 

si vos tomo entre mis potes, 

vos dare tantos d'açotes 
48 como faria a un moçuelo. 

No euro ni satisfago 76 

a todas vuestras malicias, 

pues veo las supreficias 
5 2 vcninosas mas que drago ; 

aunque juro a Santiago, 80 

que pues pintaes con tal ploma, 

yr por solucion ha Roma, 
56 nos caldra, queaqui aureys pago. 

Muchas vczes el qu'es rrudo 84 

y que trae mal apero 

fiere en medio del tablero 
60 y quebranta buen escudo. 

Qui vio castellano mudo 88 

ni lycbre ser perezosa 

ni lealtat en rraposa 
64 ni judio no ser agudo? 

Vos, for aquesta rrazon 92 

que vos he alegado agora, 

vos previene del Atora 
6« saber mas que Salamon ; 

porque os dezian marranchon, 96 



vos salistes de Castilla : 
sy vos miran la rrczmilla, 
verdat dira mi sermon. 

Quien es marrano rrcbiente 
y le de Dios mal estrena ; 
luego os acuso la pena, 
que aqui no basta argumente. 
Que muy cercano pariente 
soes de Mosse G)hen : 
no vos lo tyenen a bien 
fer ydoUtrar la gente. 

Que aqui daes a entender 
a gentes de miga boça 
que soes de los de Mendoça 
en lynage y en valer. 
Demandaes a mi muger, 
escudero muy fermoso? 
Ella no ha me(ne)ster potroso 
ni tal cidon cavalier. 

No qiiiero otra poesia * 
para confonder a vos, 
syno la verdat y Dios 
que nos pagan de falsia. 
Lo que un ciego veria 
bien se puede adverar, 
que al rniyn no cal madrugar, 
pues prol basta claro dia. 



46 poh's. Kncorc un mot catalan. C'est le pluriel ôq pota^ « patte ». — 51 
Siipft'ficias. Sens?— 56 nos = no os. -67 previene. Lire proviene, comme VI, 
$6. — 71 rrc^niillay le gland du membre viril (Nebrija^f. Ce sens et celui de 
« suppositoire » qui en dérive sont indiqués par Oudin et les autres lexico- 
graphes qui l'ont copié. Le mot, au moins dans sa première partie, semble 
d'origine arabe (voy. Dozy, Glossaire^ s. v.). Dans le no 563 du Cancionero de 
Bihua, les éditeurs espagnols ont lu trsinilîa et n'ont pas relevé le mot à la 
table : Miciiel a mieux lu rcsmilla : en fait, le manuscrit porte très clairement 
re^milhi.— 82 miga hça me paraît être du catalan « Gens de demi-bourse (w/^a 
bosHi), gens de peu ». Dans le n*» 467 du Cane, de Baena, ce même mot se 
trouve à la rime avec Mendoca, mais là il ne semble pas avoir le sens de 
 bourse ». - 88 ciclon, cast. cicLin, « altero testiculo carens »>. Borao donne 
coni;ne seconJ sens : « la res que tiene un testiculo interno y otro esterno, 
i) anil^os internos. » — 92 nos -. no st\ 



^ LK DÉBAT ENTRE ANTON DE 


MOROS Er GONZAtO 0A\1LA 57 ^^^^^B 


^^^H Gargantero golondrino, 


mas servaes otra manera, ^^^^H 


^^^y aveys nos desonestaJo 


qu*cn vilczas atî^ar, ^^^H 


^K en averiâîuo juzgado 


nunca os cessa el paladar, 


^^^^ loo de tinâja scr vezino. 


136 assi como cademera. 


^^^H Enetnigo del tocino, 


QjiVl pocu muy quleto 


^^^B poeta mal bevedor, 


devc estar y rreposado. 


^^^B vuestros huesos y color 


en sus fechos moderado, 


^ !04 lodos son cochos en vino. 


140 savîo» coites y discreio. 


^^^_ Muy suelto teneys el freno, 


Vos fundacs vuestro intekcio 


^^^H poeu gran chirlador; 


en vilezas arguyr. 


^^^^ qui vos fizo iTobador 


prcclando vos de métilir 


^^^^ ic8 de h fama dd qu*cs bucno? 


144 en pubbco y en secreto. 


^^^H Q}ii os Base lo ageno 


El poeii verdadero, 


^^^H y os dassç avînenteza, 


en ciencia syngular, 


^^^H con vuestra mucha pobreza 


no se mcte a trobar 


^^^^ 1 12 sy lo pornudes al scno? 


148 pullas de castanyetero. 


^^^^ Poeu mal deitidor, 


Ya perdeys cl ccntenero. 


^^^B DO aveys avido vcrguenya 


no catando cortcsia, 


^^^^ meter en copias a duenya 


dezis tania villania 


^K 1 16 rrobando le su valor? 


152 como puta con pandero. 


^^^K Los qu'est) ma 11 qu'es honor 


Aunque os escuseys un poco 


^^^m van di/Jendo por la via 


por faa^er el }uego par, 


^B que vuestra gran poesia 


no podcys biun colorar 


^^ 130 vos metaes al salvonor. 


1)6 las faltâs de que vos toco. 


^P Auiique fuera yo mas necio Bien sabcysqu*€l ninyo y el loco | 


quan noie vuestra presencia, 


mucho dizen îa verdat. 


usaraes vos de prudencia 


Don Gon^ab, perdonat 


134 no salir con tal desfccio. 


160 si lo dicho no rrcvoco. 


Sy miraraes a Boecio, 


Bien senbla qu'en la montinya 


Aristotil ho Lucano, 


no ïcneys que procurar» 


no espcndieraes en bano 


cavar, rregar ni podar 


128 vueslro saber de gran precio. 


164 canpo ni <;afran ni vinya» 


Vuestra Icngua laslimera. 


No quiero con %*os mas rrin}^. 


maldiziente y veninosa, 


porquc socs de) fatso quarto ; 


a l(o) mcnos fabîasc cosa 


de vuestro tedio m'apatio 


« 152 (que) fuese cierta y verdadera; 


168 como pelmazo de tynya. 

j 


98 nui. Ms. iw, — 1 10 dasse po 


Mxdksie se trouve en aragonais. — 124 ' 


ditftào. Cat. dnficu *" inquiétude, 


impatience». — i\\ mas paraît avoir 


Ici le sens de /miv en catalan. — i\ 


6 cadfnt/ra = quaJernera^ « relieuse ». 


— 149 anUfUfo. En catalan cenUner signifie « le cordonnet qui sépare les 


èdievcaux pour que les fils ne s'embrouillent pas «. — i)l de^is. Ms. dt^ir. 



^^s» 


A. M0REL«FAT10 ^^^ 




Y por no esperar aul 




do perdi mas sangre y huessos ^Ê 




rreprcnsyon ni vituperio, 




que vos cavallos en guerras ^H 




buscat algun monesteriOf 


27 


m venu dos por bs sierras. ^H 


^^^ 172 (y) raeiet persona y cabal; 




Dcïis me que soy marrano : ^^^B 




que, quan vendra a la rynal» 




vos mentis, don vil judio, ^^^| 




vos con pobreza y canssancio. 




ca cîeno el [y nage mio ^^^H 




envegecido en palacio , 


3î 


no d CCI end e de tal mano. ^^^H 


^^ 176 


morircys al ospital. 




De los pies a b cabeça ^^^H 




Fyn 




soy fîdalgo verdadero, ^^^H 




Pcrdonat sy poca sal 




syn mal quarto y falsa pîeça ; ^^^H 




meto, por no aver espacio ; 




ni soy û\o de togrero, ^^^H 




poeta, de vos me agracio 


36 


salvo de lynpio escudero. ^^^H 


r 180 


para !odo este carnal. 




Mas vos que tanto negaes ^^^H 
no ser de sangre iudayca. ^^^| 




VI 




ta plâtica muy ebrayca ^^^| 






40 


deztt por que la servaes r ^^^H 




Respoesta 




Vuestro padre fue rraby, ^^^H 




DE GONÇA!,0 DE AviLA 




vos un muy gordo confeso. ^^^^| 




Anton, vucstras copias vy. 




£1 nonbre de Moros vy ^^^H 




y quanto a lo que dczis 




que os bolvteron del avieso, ^^^H 




que d*aquellas no btv>'S, 


45 


segun consta por processo, ^^^H 


^H 


loando en el arte a mi, 




En el quat son msertados ^^^^| 




syn duda fueran ganados 




los senyales verdadcros, ^^^H 




con muy mas justo sudor 




lestigos no lysongeros ^^^B 




vuestros bienes sobomados 


49 


de vuestros ante passados ; ^H 




con arte de trobador 




con los quales syn falsia ^H 


^^L^9 


que con logro y desonor. 




^sta los ojos, Anton, ^M 




Quanto toca a los açotes 




csues en la juderia, ^H 




que dezis que me dareys. 




do tcncys el coraçon, ^H 




frescos los palos teneys 


54 


el aima y ta condicion. ^B 


^^ 


que vos dieron en très motes. 




Pero veamos de donde ^M 




Quien y quando y quai lugar 




ser logrero vos previene : ^H 




no lo cunple ircpetir; 




dertamente no vos vieiie ^H 




basta que, syn los bcngar. 


58 


en ser Bjo de gran coode. ^H 




Jos quesistes mccebîr : 




Socs en quanto fazevs ^H 


^H 


pues *^Uai syn mas def ît. 




Macabeo muy antigo, ^M 




Ca no se nynyo ni vie|o. 




aunque vos esto negueys ; ^M 




visu vuestra covardyi. 




cada quai tîeva consigo ^H 




que de coccs cada Jia 


6î 


con las obras el t^tigo. ^^^H 


^^H 


110 carguc vuestro pellejo. 




Dezisme que demande ^^^| 




En peUgios bien excessos 




a vuestra muger, scnyor; l^^^l 




yo ni' e ^-isto en muchas ticrras. 




bien se qu^es dona d on'^r ^^^^| 



^^^^LE DÉBAT ENTRE ANTON DE 


MOROS ET GOiîZALO DAVILA ^9 


■ 


■ 


y notable por mi fe. 

En su bondat yo no toco, 




que si de vos he fablado 
qualque lastyma fyngidft, 


^M 




mas digo que, si querrtys 


108 


por verdat sera creyda. 


^1 




por veniura ser tan loco 




Pues sabet que os an presiado, 


^1 




que su virtui injun^s. 




a culpa de vuesira madré. 


^H 


1 


no cïdon me fallaneys. 




Anton senyor, esse padre 


^ 




Juzgastcs ser mi color 


113 


que de Moros es nonbrado ; 






y huessos cochos en vino : 




pero, quanto a la verdat» 






todo es agua quanto orino. 




vos soes fijo d'un judio : 




J 76 


don beudo, Iteno de herror. 
De là quil vos no tomastes 




esto sea en poridat ; 
y d'aquel mesmo gentio 






mucha parte, yo lo juro, 


117 


es don Yuda vuestro tîo. 






y si vos lanto engordastes» 




Arguysme que no tengo 






syn falta vos asseguro 




canpo ni vinya ni huerto. 




^f 8t 


qu'es obra dei vino puro. 




y a por en, Anton, por cîerto, 






Dczis que ofcody a mugcr; 


121 


de iogro no me raantengo; 






cicrta raicnie mcntyrcys 




muy mas va le con pobreza 






quanias vezes lo dire)^, 




morir en el espytal 




^^{(^ 


sy mis copias quereys ver* 
Yo vos dixe, Anton hermano, 




que ser pobre con rriqueza, 
difamado mucho mal 






que no soy uno de dos 


126 


por todos en generaK 






ni cornudo ni marrano ; 




¥rs 






sy d'csto vos seotys vos 




Mucho dudo, don costal, 




^^90 


abenios alla con Dios, 
Alegaes me cicrtos sabios 




sy con vuestri»s pu 11 as mesmas 
saqueys comigo el cabal 






por enxenplo y no mimstes 


IJO 


d*estas catorze quaresmas. 






a sus dichos, quando echastes 








^■94 


vilezas de vuestros labyos ; 
agora dezis que quieto 
el poeta deve estar : 
si vos fuerades discreto, 
no cunpiiera a mi quebrar 




VH 

GosçALO Davila 
CONTRA Anton de Moros 

Yo coniiesso que soy fco 




V 99 


cl uso de bien fablar, 
Iten dezis que me fundo 




y enano 
ho surmano. 






y me precio de mentir. 


4 


negro, fiaco, muy racnudo ; 






D*esio os podeys desdezir 




mas» Anton, segun yo creo, 




H loj 


aote Dios y todoî mundo, 
ca ^n falta yo he ganado 




no villano 
ni marrano 






tan buen credito en ta vida 


8 


ni logrcro ni cornudo. 




H 


surmano, La lecture du mot est sûre. 


Qpe signifie-t-il? 








• 




i 



4S 



$2 



60 A. MORLL'F 

Ny unpoco so\', par Dios, 

atvocado 

sobomado, 
12 ni me ptco dcssas artes; 

ny mcnos hc como vos 

cohechado 

y rrobado 

16 en un pleyto las dos partes. 

Yconozco, por ser ximio, 

que me bruma 56 

y consuma 
20 una v^ada y me fana ; 

mas no furto ni vendimio 

con la pluma 5q 

tanta su ma 
24 de bienes en falsa carta. 

Ny me viene de nacion 

mal jurar 64 

ni acusar 
28 faziendo falso testigo ; 

y sabeys que a vos, Anton, 

enmelar 53 

y enplumar 
32 vos pueden por lo que digo. 
Otorgo mas que me fîzo 

la natura 72 

de figura 
36 diforme quai vos quereys ; 

pero nunca lyranizo 

syn mesura, 74 

con procura 
40 que contrafazer sabeys. 

Enforcan a les que troban, 

no coplillas 78 

ni fabllilas, 
44 mas turtos fuera poblados ; 

y dan vida a los que rroban 

en las villas 82 



ATIO 
las manyllas, 
rrigo y rrofa de CDytados. 

Tnygo de mosquito âaco 
syn 2Ùkn 
el albaran, 

y soy negro mas que pebre ; 
pero Dunca perro cnsaco. 
ci mal pan 
o mai çafran 
vendi, ni gato por liebre. 

Ny soy d'aquellos notarios 
concegiles, 
îorpes, \-iIes. 

que, cegados de cobdicia, 
trasmudan los calendarios 
con gentiles 
y sotilcs 
argumentos de malida. 

Pues, Anton, tan mala vida 
ya dexat 
y maginat 

que, s\*n fuzia d*esperança, 
tras una piedra perdida, 
con verdat 
en tal hedat, 
mas pierde quien otra lança. 

Pero, pues a los sesscnta, 
obstynado 
en pecado, 

teneys tan duro el pellejo, 
yo fallo, segun mi cuenta, 
que, mirado 
vuestro fado, 
es perdido mi consejo. 

Vuestras famas d'entendido 
son rrafczcs 
y sohezcs, 
fablando con rreverencia, 



30-31 Dâvila menace ici Moros du châtiment infligé aux maquerelles : 
« A las alcahuctas acostumbran desnudarlas del medio cuerpo arriba, y 
untadas con miel, las siembran de plumas menudas » (Covarrubias, s. v. 
emplumar). — 51 a/taraw, Técriteau, l'étiquette. 



LE DÉBAT ENTRE ANTON DE 
ca mayor es el rruydo 
. que las nuezes 
ve)mte vezes 
86 de vuestro saber y ciencia. 

Vuestros dichos desdonados 
y desayres 
o desgayres 
90 dubdo callente cien capas ; 
ca cierto vuestros dictados 
y sus ayres 
y donayres 
94 son del tiempo de las chapas. 
Ya he visto yo no pocos 
mas letrados 
pregonados 
98 por plaças y por triquetes, 
y vi menos que vos locos 
tresquilados 
y rrapados 
102 a cruzes y panderetcs. 

Pues por plaga tan excessa 
cierto es 
que vos podes 
106 cantarante quieu vos mira : 
Ge soy pobre de lyessa ; 
y despues, 
sy la sabes : 
1 10 SenyoTy de cuer ge sospira. 

Fyn 

De tantas verdades yrj 
no tomeys ; 
mas, sy sabeys, 
114 rreplicat, Anton, apriessa; 
ca por cierto una mentira 
no vereys 



MOROS ET GONZALO DAVILA 61 

ni fallareys 
118 en quantode vos s*espressa. 

VIII 

Otras de Gonçalo de Avila 

CONTRA Anton de Moros 

Pues me quiso 

por diviso 

necio, que tar. mal départe, 

en proviso 

ya deviso 
6 a que basta su estandarte ; 

ca rreparte 

y conpartc 

donde tiene vos aviso, 

ni mas arte 

ni mas parte 
12 qu'el diablo en parayso. 
My rrespuesta 

va mas presta 

que verna su rrcsponsion, 

pues que rresta 

r.u rrcquesta 
1 8 menguada de discrecion . 

Gran lision 

de presuncion 

deve tener en la testa, 

ca rrazon 

con discrecion 
24 a las bestias mucho cuesta. 
Mas Tacusa 

que Pescusa 

lo que dizcn en Tafalla, 

qu* es su musa 
comamusa 
30 y su dança Cornualla. 



8}-84 Allusion au refran : « Mas es el ruido que las nueces ». — 90 cal- 
lente est-il pour calleuten de calleniar =zcakntar ? —94 « Le temps des chapes, 
le vieux temps. » Allusion à une époque où l'on avait emprunté à la France 
le nom et la chose. — 102 On connaît l'expression tresquihr à cruccs^ 
« couper les cheveux de travers », et c'éuit une peine infamante; mais que 
signifie Tad jonction de panderetes} 



62 



A. MOREL-FATIO 



Syenpre ralla, 

jamas calla 

syno quando el palo s* usa, 

ca, syn falla, 

en su talla 
36 gran vildat es interclusa. 
En quademo 

muy etemo 

Lucifer tiene sumado 

quando temo 

de cisterao 
42 en processus ha falsado. 

De lo dado 

y ganado 

el bive todo el invierno, 

mas menguado 

y lazrado 
48 qu'el Tantalo nel infiemo. 
Por sus gestos 

indigestos 

y blasfemias d'albardan, 

sus denuestos 

denen prestos 
54 grandes palos que le dan. 

Tiene afan 

de turjaman 

en aaos tan desonestos 

qu*el rrefran 

« parla Rolan» 
60 faze mucho a sus propuestos. 
Con tal copa 

s'axaropa 

no cierto sobre mirraustre, 

que su hopa 

es una sopa 
66 toda de puro v\-nastre. 

No es de Castre 



ot Alencasre, 

mas, sy en algo de bien topa, 

es desastre 

de mal sastre 
72 quando acierta en una rropa. 
No san Gil 

mas san Barril 

célébra por no passar 

d'un carril 

mucho civil 
78 que le faze enbaraçar. 

Su rrymar 

es publicar 

su locura nuy gentil, 

ca trobar 

y bien fablar 
84 no es d'onbre concegil. 
£1 rrapaz 

por ser audaz 

lyeva de cada costado 

del solaz 

del bastonaz 
90 el cuerpo todo brumado ; 

y fynado 

el cuytado, 

por no moryr en agraz 

desonrrado 

y menguado, 
96 lugo rrequiere por paz. 
Sus trcpadas 

rropas, dadas 

en precio de sus desdones, 

son chollâdas, 

concertâdas 
102 de traviessos rrapagones. 

Sofiones, 

rrepelones 



41 cisUnWy A se dice del articulo de propriedad, para les que ya litigaion 
(en el proceso de Aprcfjension) en alguno de los artfculos anieriores ; i dife- 
rcncia del cxtcrno, que es para aquellos, que 6 no litigaron ô deducen des- 
pues nucvo derecho » (Borao, /. c). — 59 parla Rolan ou par la RdaH, 
Qu'est-ce que ce refran ? — 67 Castre, La grande famille castillane de Castro, 



LE DÉBAT ENTRE ANTON DE 

le dan y grandes colladas, 

coxcorrones 

y capones 
io8 con que nunca medra aosadas. 
Fyn 
Sy menguadadas 

ho sobradas 

van mis copias y diciones, 

las erradas, 

del miradas, 
1 14 an lugar (?) mis conclusiones. 

IX 

Anton de Mords 

contra gonçalo de avila 

Pues syn brida 

ysin medida 

fabla el poeu alabado, 

la su vida 

es ya fynida 
6 y quanto el ha trabajado. 

O cuytado, 

amenguado, 

entre gente entendida, 

judicado 

y notado 
12 la verguença aver perdida I 
En figura 

vn poco escura 

fabla el pœta de precio, 

syn mesura 

y derechura; 
18 no lo apriso de Boecio. 

Con desfecio 

y menosprecio 

se fundâ en tanta locura 

que en atjeccio, 

in interjeccio, 
24 no se rrige por natura. 
A lo que digo 



MOROS ET GONZALO D AVILA 63 

do en testigo 

la verdat qu* es cosa pura ; 

diz Tantigo 

qu* es enemigo 
30 quien las cosas mucho apura. 

La escriptura 

o lectura 

syn verdat no vale un figo ; 

es locura 

y travesura 
36 blasmar Pedro por Rodrigo. 
Sus rrazones 

y defenssiones, 

sy bien mira el consistorio, 

son baldones 

y rrepullones, 
42 (y) libelo difamatoryo. 

Ya es notorio 

su cursorio 

en ques fundan sus passiones, 

posessorio 

de su avolorio 
48 senbrar muchos mentirones. 
£1 salir 

he arguyr 

con tanta indiscredon, 

de boUyr 

ni de payr 
54 no demuestran perfeccion. 

Salamon 

ni aun Caton 

nos preciavan de mentir ; 

con rrazon 

y discrecion 
60 costunbravan corregir. 
£1 prudente 

y eminente 

poeta de sentyraiento, 

cierta mente 

no consiente 



53 payr. Cf. cat. pafnr, a digérer ». — $7 «w = wo se. 



64 


A. 


MOREL-FATIO 


66 


sobrexir atan syn tiento. 




torrezneras 




Movimiento 




y triperas 




y turbamiento 


I08 


que lo suelen festejar. 




es a la fama nuziente ; 




De todo vicio 




un tal viento 




es juicio 




en un momenio 




synse verguença en la faz. 


72 


faze al sabio inpertinente. 




usando ofîcio 




Sy natura 




de maleficio, 




da y procura 


114 


biviendo de mal percaz. 




inperfeccion o defeao, 




Ya es secaz 




que locura 




d'algun gaïaz 




aver rrancura 




que le fa fer tal judicio, 


78 


ni gastar el intelecto ! 




car la paz 




De discreto 




sienpre a Dios plaz 




gran secreto 


120 


y a los que aman su servicio. 




es de Dios y gran fondura 




Sy cholladas 




ser directo 




ni colladas 




he inepto, 




se dieron por rrapagones. 


84 


chico de grande estatura. 




cabaladas 




Pues ciencia 




y bengadas 




ho eloquencia 


126 fueron por buenos garçones. 




homan noble eniendimiento 


> 


Taies sermones, 




la prudencia 




ocasiones, 




y paciencia 




son de pro mal anegadas. 


90 


deven ser su fundamiento. 




tentaciones 




Yo no miento 




y lisiones 




ni m'arrepicnto 


152 


dcl gran Satan amostradas. 




en judicar tal presencia, 




Aun que rrudo, 




pues gran cuento 




no comudo, 




y mas de cicnto 




que miente qui tal dira, 


96 


conocen la diferencia. 




tome escudo, 




Su rrimar 




el agudo : 




es publicar 


138 


aqui ay quien lo défendra. 




las cosas no verdaderas, 




Si muger pendra, 




mal fablar 




el lo vera, 




y difamar 




mentira mi estornudo; 


102 


por plaças y por carreras. 




cl la arreara 




Cantoneras 




y proveyra 




y taverneras 


144 


. y otro le mctra cl enbudo... 




ya tienen de que trufar ; 







III synse, Cat. sensé. — 121 cfjolladaSy « coup donné sur le cou ». Borao 
cite « choUa:(o, pezcozôn ». Cf. n© viii, v. 100. 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS 
EN MOYEN-NÉERLANDAIS 



L'étude des mois étrangers qui ont obtenu droit de cité dans 
une langue est utile pour la connaissance non seulement de U 
langue qui les a empruntés, mais aussi de celle à laquelle ils 
ont été empruntés. Ccst pourquoi, ayant précédemment con- 
sidéré Félément français en néerlandais au point de vue du 
néerlandais, je crois qu'il y aurait peut-être quelque avantage à 
étudier les mêmes taits pour y chercher des renseignements sur 
la langue des régions ou de la région d'où les mots nous sont 
venus au moyen âge. Leur intérêt principal es{ qu*ils per- 
mettent de localiser des traits dialectaux. Je pars de cette idée 
qu*il doit y avoir eu une région d'où nous venaient, en pre- 
mier lieu, les mots français, au temps, bien entendu, où le 
français central n'était pas encore la langue écrite générale. Les 
sons du français se rencontrent chez nous le plus souvent sous 
deux ou plusieurs formes; parmi ces formes il y en a toujours 
une qui est la plus fréquente, qu'on pourrait appeler '< nor- 
male )>. Or, ces formes normales doivent toutes provenir de la 
même région, Qr de supposer que ka =^ ca français, qui est la 
forme la plus usitée, viendrait du picard, tandis que la conser- 
vation de / mobile final — autre forme normale — nous vien- 
drait du wallon, cest ce qui nouii paraît difficile. Nous 
insisterons donc dans la suite sur la fréquence plus ou moins 
grande des différences formes, et la conclusion de cet article 
sera alors Ténumération des traits « norjnaux j», la reconstitu- 
tion de la physionomie linguistique du dialecte auquel nos 
mots ont été empruntés en premier lieu et un essai de locali- 
sation de ce dialecte. 

Quand un mot, emprunté par nous au français, présente â^s 

Homêmiëf XÂX z 



66 ^^^V s. DE GRAVE 

différences de forme avec le français actuel, ces différences 
peuvent provenir de trois causes : i° ou bien la forme du mot 
emprunté représente le mot français à une étape antérieure de 
son développement ; ainsi nous disons palets^ et non païi^ parce 
que ce mot a passé la frontière à un temps où le mot français 
palais se prononçait encore pakis ; 2** ou bien la différence 
s'explique par l'adaptarton de la prononciation du mot français 
aux organes des Néerlandais; c'est le cas par exemple de sjets 
pour chaise^ où la chuintante française a été remplacée par s sui- 
vie de yody le néerlandais ne possédant pas de chuintantes; 
y ou bien enfin la cause de la différence réside dans le fait que 
le mot a été emprunté, non pas au français de rile-de~Francê> 
mais à un dialecte limitrophe des Flandres et du Brabant. 

Cest aux phénomènes de la troisième catégorie qu'est consa- 
cré cet article. Seulement, on comprend que, pour les séparer 
des autres faits linguistiques que révèle Fétudedes mots emprun- 
tés par le néerlandais, on ne peut pas ne pas tenir compte des 
deux autres cas. En effet, le plus souvent il nous faudra discu- 
ter l'attribution des différences que nous constaterons à une des 
trois causes possibles 

C'est pourquoi nous choisirons comme point de départ ces, 
différences elles-mêmes, que nous tâcherons de grouper avec 
quelque logique ; puis nous essayerons de déterminer pour cha- 
cune d'elles la cause dont elles proviennent, et nous arriverons 
ainsi, par élimination, à connaître celles qui s'expliquent par 
les dialectes. 

Ces dialectes limitrophes des contrées où Ton parle et où Ton 
parlait néerlandais', se ramènent à deux grands groupes : 
le picard et le wallon, que sépare une ligne qui passe entre 
Binche et Charleroi '. On doit donc s'attendre à trouver, dans 
les mots dialectaux qui sont venus chez nous, des panicularî- 



I 



1, Nous nous servirons dans b suite de ce nom pour k langue génériile 
parlée dans le royaume des Pi>3-Bas : nous ne tiendrons compte de la langue 
fUmande qu'autant qu'il s'agit du moyen âge. J'ai essayé de justiBer < 
dénomination dans mon Essai sur quelquti ^toupts de mots emprunta par 
néfr landais au hiin écrit (Amsterdam, 1900), p, 8. 

2, Voyez sur les détails : ]. Simon» Les Hmiies du fyicard ei du wallon^ daj)s 
Milangti walhnSf Liège, 1892. Maiscp. Roinania^ XXI, p. J)4t 



LES MOTS DiALECrAUX DU l-RANÇAIS EN NÉERLANDAIS éy 

tés wallonnes à côté de traits linguistiques propres au picard. 

Cest en effet ce que nous aurons souvent à constater. 

Quant à h limite chronologique qu'on peut fixer à l'emprunt 
de mots dialectaux, il est assez malaisé de se prononcer là-des- 
sus. En général on peut dire que c*est avec la disparition de ces 
dialectes comme langue générale d'une certaine région — et non 
comme parler local des endroits situés sur la frontière — que 
doit coïncider la cessation de l'emprunt fait a ces dialectes. 
Notons en effet que la plupart des mots étrangers ne nous 
viennent pas par suite du frottement qui se produit à la fron- 
tière entre villages voisins : seuls les grands centres intellectuels 
et commerciaux ont le pouvoir d'imposer des mots à une con- 
trée étrangère avec laquelle ils ont des rapports* Or, cette 
langue générale a disparu en Picardie vers la fin du xiv*^ siècle : 
Froissart écrit encore en picard. Il est vrai qu'on a encore 
après lui des chroniques en picard (Chronique de Floreffe) et 
en wallon (Jean de Stavelot), mais ces œuvres ont un caractère 
trop local pour qu'elles nous permettent de conclure à une 
langue générale wallonne et picarde au xv* siècle. 

Cette limite, les mots empruntés ne nous la font quVntrc- 
voir, car la date de la première apparition d'un mot dans les 
textes ne doit être que rarement celle où il a réellement com* 
mencé à être employé. Pourtant il est bon d'indiquer pour 
chaque mot l'époque où on le rencontre pour la première fois. 
J'ai à cet effet muni chaque mot néerlandais d'un chiffre 
allant de i à 4, qui correspond à une division de la littérature 
néerlandaise en quatre périodes. Ces périodes se répartissent 
ainsi : i°du commencement (environ 1250) à ij 15 ; 2° de 1315 
à 1450 ; j"" de 1450 à 1600; 4** après 1600 '. 

Conformément à ce qui fait I objet essentiel de ce travail, il 
n'y sera en général question que des périodes i et 2^ et excep- 
tionnellement des suivantes. Afin de ne pas l'étendre outre 
mesure, j'ai renvoyé, quand c'était possible, à trois articles 
publiés dans des revues néerlandaises, où j*ai traité des points 
de détails', et à rfu^if cité plus haut. 



i. Voir, pour U justification de cette division, mon Euai, p. 28. 

2. Bijdragen tôt di hennis dit uil hei Franuh ovtrgenomm xcconleft in het 
Nederîandsch (dans le ; Tijdschrift voor Nederlandscbe Utterkunde, 189^ et 1897, 
et d&as Taalen LttUren^ 1897)' 



m 



s. DE GRAVE 



VOYELLES 
Voyelles toniques. 

L INFLUENCE DE LA aUANTIxi SUR LE TIMBRE 

§ ï , Règle : Les voyelles qui, en français, siMt longues et ouvertes 
drciennmî fermées cf)e:^ nous. 

Exemples : sjas 4 (chaise), tettaîett 4 {tâe-à-téte), frets 4 
(fraise)^ fenotfurn 4 (pljéwtnéne) ; nobel i, loods î (loge), nmtbeî 3, 
peupel 3 , etc. 

J'ai pris soin de choisir des exemples dont l'origine française 
n'est pas douteuse. Or, parmi ces mots, il y ea a où le chan- 
gement de prononciation ne peut s'expliquer que par la quan- 
tité longue de la voyelle française. Car il est vrai que dans nobel^ 
peupel f 0^ à français sont venus se placer à la fin d'une syllabe 
(par suite de notre habitude de prononcer avant la liquide 
rélément vocalique des groupes où entrenf des liquides) et que 
dans ces mots le changement de la voyelle ouverte en fermée 
pourrait s'expliquer par la « Dehnung » que subissent chez nous 
les voyelles en syllabe ouverte, et qui» dans les mots germaniques, 
amène chez nous le changement des voyelles ouvertes en fer- 
mées. On pourrait faire valoir ce raisonnement également pour 
kodSy emprunté lorsque Ve muet du français se prononçait 
encore. Mais les autres {sjees, frea^ etc.) sont tous venus chez 
nous ù une époque où Ve muet ne se prononçait plus, et il ne 
saurait donc s*y agir d'une w Dehnung jj néerlandaise. Le pas- 
sage du son ouvert au son fermé ne peut pas non plus s*expU 
quer par l'absence de voyelles ouvertes chez nous : nous aurions 
parfaitement bien pu dire nobbtl (avec <), comme dans knobbel), 
mubbel (avec à ouvert, comme dans dubbel)^ fenotmn (avec é 
comme dans ben, ren). 

Il me paraît donc certain que c'est la quantité de la voyelle 
qui a déterminé le changement, et on peut alors le comprendre 
de deux manières. Ou bien, comme nous n'avons pas de 
voyelles ouvertes longues », les i, ô, œ français sont devenus é^ 



1, Vâti Heltco» MidMtuiktlaitdsch Sprmkkunsi^ $ t. 



LES NfOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS E\ NÉERLANDAIS 69 

(5, éy absolument comme dans nos mots indigènes i^ à longs 
deviennent fermés. Ou bien, comn:ie les voyelles longues 
ouvertes sont plus rapprochées des voyelles fermées correspon- 
dantes *, les i^ dj à longs ont sonné à nos oreilles plutôt comme 
^, ô^ é. 

Que ce soit un changement qui s'est produit chez nous indé- 
pendamment des dialectes du Nord de la France, c'est ce que 
prouve le fait que ces dialectes ne le connaissent pas* 

Une conclusion A tirer de la règle que nous avons formulée, 
c'est que fosse se prononçait encore avec d bref, au temps où 
nous avons emprunté fosse j, qu'on rencontre une seule fois au 
moyen âge ^ 

§ 2. Le terme de « voyelle longue ») manque de précision : 
si Ton appelle « brève n la voyelle dont la durée est d'une 
mora, le terme <c long » s'applique aussi bien ^ des voyelles 
de deux morae qu*à celles de trois. Dans les exemples cités 
tout à rheure, j'ai à dessein choisi des mots à voyelle de 
trois morae^ et c'est à ces voyelles-là que dans la suite je me 
propose de réserver le nom de « longues »»* Celles de deux 
ffwrae seront appelées ici « moyennes' ». 

Nous allons maintenant voir comment les voyelles brèves et 
les voyelles moyennes du français ont été traitées chez 
nous. 

Si nous nous bornions à comparer les voyelles brèves du 
français actuel avec les voyelles correspondantes des mêmes 
mots sous leur forme néerlandaise, nous devrions renoncer à 
trouver une règle fixe pour le traitement qu'on leur a fait subir. 
En effet, tantôt é^ è brefs français restent ouverts chez nous 
(chemisette y post^ parlât)^ tantôt ils deviennent fermés (^hsmf^ 
pravtxist). Même irrégularité pour les voyelles moyennes du fran- 
çais (comp. bibîiotheek^ parool à kôlonel^ rapport). Est-ce il dire que 
la quantité n*cst pour rien dans le changement de è^ ù en ^, (} ? 
Cela n'est guère admissible, i cause de la constance de la règle 
relative aux voyelles longues (§ r). 



I, Passy, Changntirtiis phon/tiqttfSt $ 295. 

a. Je renvoie, pour la partie îcxicographique de ce travail, une fois p(vur 
toutes au Dictionnaire du moyftt-n/fj landais de MM. Verwijs et Vcrdani. 

j. On sait que ce sont les termes du Dktiofinaire génfraî : nos distînctions 
reposent sur les indications de ce dictionnaire. 



70 s. DE GRAVE 

Or, il ne £iut pas perdre de vue : i^ que la quantité d'une 
voyelle française n'a pas été toujours nécessairement lamèmej et 
que ce qui doit avoir déterminé le son de la voyelle chez nous, 
c'est la quantité qu'elle avait au moment où ie mot a passé la 
frontière; 2° que, dans les dialectes, la quantité des voyelles 
n'a pas non plus été nécessairement la même qu'en français, de 
sorte qu'il est possible que telle voyelle qui est fermée chez 
nous ait été longue dans le dialecte, tout en étant brève en fran- 
çais; 3° que la quantité telle que la perçoit un étranger n'est 
pas nécessairement la même que celle que croit entendre un 
Français. 

Cest pourquoi nous n*aurons aucune chance de voir les 
choses comme elles sont, si nous ne faisons pas abstraction de 
la prononciation actuelle. Cherchons donc on autre point de 
vue. Ten Brink ' a montré que la diphtongaison des voyelles 
brèves libres du latin en français s'explique par le fait que ces 
voyelles, placées en syllabe ouverte, s'étaient allongées (gtdehni}^ 
et que, par contre, les voyelles longues en syllabe fermée 
avaient une tendance à s'abréger. 

Maintenant, je me demande si ce phénomène de la « Deh- 
nung )* n'a pas eu en français une extension plus grande qu'on 
ne croît, et si, dans les mots savants comme dans les autres (où 
une voyelle primitivement entravée était devenue libre par 
suite de la chute d'une consonne), ce n'est pas la position de 
la voyelle qui a détermine sa quantité. Ce n'est là qu'une 
hypothèse, mais it me semble qu'en la prenant comme point de 
départ nous pourrons arriver à quelques résultats assurés. Je 
grouperai donc les mots d*aprés la position de la voyelle, et je 
prie le lecteur de vouloir bien se reporter au petit tableau sui- 
vant, où j'ai rangé les voyelles suivant qu'elles étaient primiti- 
vement suivies d'une ou de plusieurs consonnes. 



ï, Dautr und Klan^, Strassburg, 1879. 



fl, iy à moyens en franc, a, è^ à brefs en franc. 





Fermés en 
néerlandais 


Ouverts en 
néerlandais 


Fermés en 
néerlandais 


Ouverts en 
néerlandais 


A. Devant une 
seule con - 
sonne pri- 
mitive, ou 
muta c. li- 
quida. 


kiithedraal 3, 
kapitaal 3, etc. 

bihliotheek 4, 
fideel 4, etc. 
parool 4 y kami- 
lool 4y sober i, 
proper i , etc. 


\ Fidel 4.\ 
UxUel 4.) 


acrchaat 4, 
automaat 4, 
plaats I , etc. 

filosoof I, 
kroot 3 , per- 
sooti I , helto- 
troop4ypiloot4y 
etc. 

root se I, 
galootse I, etc. 

ÏMuceloot 1, 
minioot i, 
iralioot I, 
ijavelote i , 

malloot 3, 
Âvï/w/ 4, etc. 


>/ 4, fregat 4, 


B. Devant une 
consonne 
longue sim- 
plifiée. 




wfl/ I, plat I, 
i/f/ji// 4, wfl;- 
mot 2, 4'inr- 

/0//<'2. 

ibjrw)/ 2, 
/wr/o/ 2, 
5;fl/o/ 4, 
kapot 4. 


// 


-aal (-allum), 
p. ex. chevael i , 
metaal i, etc.' 
-eel (-ellum), 
p. ex. kasteel i , 
wasteel i,etc. 


bal 4 y interval4 
kolonel 4, Jia- 
nel 4, carrons- 
sel 4y protocol 4. 






ss 






te I, etc. 
gros I, etc. 


kk 








f'^'ib i,/roÂ- 2, 


If 








Â-o/eT I, 5/0/3, 
geroffel 1. 


c. Devant un 
groupe de 
consonnes. 
r -\- consonne 


kaartïy paerci, 
paert i, etc. 
taveerne i, 
apeert i, etc. 
koord I, foor- 
tse 7, poort I, 
etc. 


part iypark4. 
vers 4, Jerm 4 y 
ressort 4, rap- 
port 4. 






st 






plaester 1, etc. 
;>('.«/(• I , fcest 1 , 
etc. 

propoost I, 
provoost I, etc. 


ra5/t'4, etc. 

/V5/4, arrest l, 

etc. 

compost 3, 

/>t)5/ 4 


pi 






5f-<'/)/é'r I. 


kt,ks 








5e*5^ 4, 

collecte 4. 



72 5. DE GRAVK 

§3.1^ première rubrique nous apprend que : dumnt une 
seule consonm toute voyelle ouverte française est deik'nue fermée che^^ 
nous, excepté dans quelques mots récents. Les mots })ôtel cx Fidel 
ne sauraient infirmer h rèi^ie : hôtel (moyen-nécrL osteet} nous 
est sans doute venu par la langue écrite, étant très fréquent sur 
les enseignes, et Fidel, nom de cliien, n'est pas un mot vrai- 
ment néerlandais. Rapprochée de ce qui a été dit au § i, cette 
règle confirme doue notre hypothèse, car il est évident que, s'il 
y a eu « Dehnung », elle doit s'être produite devant une seule 
consonne. Ainsi toutes ces voyelles, quelle que soit leur quantité 
actuelle^ auraient étc à un moment donné longues. Les mots 
Jregat.fat s'expliqueraient alors par le tait qu'ils ont été emprun- 
tés par le français à des langues étrangères et ont apporté en fran- 
çais la quantité qu'ils avaient chez eux. Dans tous les cas ils 
peuvent n'être venus ici qu'avec la quantité brève. 

§ 4. Considérons les voyelles placées en latin devant une 
consonne longue, qui a été réduite en français. 

Devant ss, nous n'avons que des a, e^ ouverts. 

Devant kk, t\ d restent ouverts. (La^forme cloec dont on ne sait 
si elle se prononçait cluqne ' ou cloque ne se rencontre qu'une 
seule fois et n'a par conséquent pas de force probante.) 

Devant//". «, restent ouverts {Coefcr^ dont j'ai un exemple, 
se prononçait sans doute avec u — on trouve d'ailleurs aussi 
la forme coufer chez nous — et est alors identique à la forme 
dialectale citée par Llttré comme berrichonne, mais qui sans 
doute a été répandue au Nord, Groeffel n'est sans doute 
qu'une graphie isolée : la forme se rencontre une seule fois). 

Devant //, à reste a, ô reste à ou devient è. 

Devant //, nous trouvons dans les mots empruntés par le 
moyen-néerlandais rf eô fermés, mais dans ceux empruntés par 
le néerlandais moderne u e ouverts. Il est vrai que, dans les 
textes du moyen fige, on trouve quelquefois e au lieu de ce (gra- 
phie néerlandaise pour ^*), maiscVsr rexception : nous y revien- 
drons. 

On voit donc que seuls devant ti et è devant // (dans les 
mots tnédiévaux) deviennent fermés devant une consonne 



1 , Je note par le signe w le son qu'exprime le français actuel par ûw, et 
Remploie ù pour le son que le français actuel écrit ». 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EK NÉERLANDAIS jl 

longue réduite. Je réserve pour plus lard la discussion de 
ces deux cas ; pour le moment je me borne à formuler la règle 
suivante: Devant une comonnc lon^m en latin ^ brève en français^ 
e, o ouverts restent ouverts en néerlandais^ sauf exceptions. 

On comprend tout de suite que, si nous réussissions plus 
tard :\ rendre compte des exceptions, celte règle corroborerait 
notre hypothèse de tout ù Theure : elle est pour ainsi dire la 
contre*partie de celle du § 3 . 

§ 5. Il nous reste à résumer les données fournies par les 
mots où é, sont placés devant deux consonnes latines. Nous 
constatons que : 

Devant pt, kt, ksy ê et sont restés ouverts. 

Devant st et r -f- consonne, é et d sont devenus fermés dans les 
mots empruntés au moyen âge, sont restés ouverts dans ceux 
qui ont été empruntés par le néerlandais moderne. 

Ici encore, avant d'examiner de plus près les cas particuliers, 
nous formulons la règle suivante : Devant deux consonmts latines 
è, 6 sont restés ouverts en néerlandais^ sauf exceptions , 

Et ici encore on se rend compte que, si les exceptions 
peuvent être suffisamment expliquées, la règle fournit un appui 
à notre hypothèse, car il va de soi que devant un groupe de con- 
sonnes (sauf mwf^ cum liquida) il ne peut y avoir de «• Dehnung », 

§ 6. Parlons donc des exceptions. Et d*abord traitons 
ensemble les trois cas d*allongement que présentent les mots 
empruntés au moyen âge, tandis que dans les mots plus récents 
il est inconnu. C*est le cas de è devant //, de è^ à devant st et 
devant r + consonne. Le moyen-néerlandais lui-même ne connaît 
pas rallongement des voyelles placées devant ces groupes; il 
est vrai qu'il a une tendance à allonger les voyelles devant 
r -(- consonne ' ; seulement dans les mots français c'est plus 
qu'une tendance, c'est une règle. 

Il me semble que le changement de quantité s'explique par 
les dialectes du Nord de la France. La différence seule du trai- 
tement des voyelles en question au moyen âge et en néerlan- 
dais moderne suffirait pour donner à cette hypothèse beaucoup 
de force. Mais il y a plus. On sait que, en picard et en wallon, 
e bref du latin s'est diphtonguée en ie en syllabe fermée. 



! . Franck, MiittînUdtrJândischt Grammatik, 5 S6. 



74 s. DR GRAVE 

sauf devant les consonnes nasales* ; ces formes diphtonguées sont 
fréquentes dans toute la zone limitrophe des Flandres et du 
Brabant; il paniii cependant qu'à Liège ie s'est introduit plus 
tard qu'en Picardie- et qu'il est plus fréquent dans TOuesl 
que dans TEst de la région en question '. On peut assurer que 
c'est un phénomène relativement récent ; la cantiléne de 
Sainte Eulalie ne le connaît pas. Or, cette diphtongaison s*ex- 
plique probablement par rallongement de la vojelle -*. Il s*agit 
maintenant de savoir si nous sommes en droit de la rapprocher 
du changement de timbre que nous avons constaté en syllabe 
fermée dans les mots français néerlandais : si oui, nous aurions 
confirmé Thypothése d'après laquelle il y a un rapport entre 
ce changement de timbre et la quantité de la voyelle. 
Et alors il y a Heu de relever deux ordres de faits. 
D'abord, le changement de timbre n'a affecté chez nous 
que les e qui remontent à é latin, non pas ceux qui pro- 
viennent de ê ï entravés. Exemples : rebel i, fcl i K Or, juste- 
ment, la diphtongaison en f> ne se produit que quand la 
voyelle remonte à ê latin. 

Puis je constate un hh qui au premier abord semble aller 
contre ma thèse : c'est que dans les dialectes la diphtongai- 
son de è entravé a lieu devant tous les groupes de consonnes, 
tandis qu'en néerlandais le changement de timbre ne se ren- 
contre que devant les groupes de consonnes cités plus haut. 
Mais n'oublions pas que Torthographe des textes du moyen 
âge ne rend pas toujours exactement Tétat plîonétique réel de 
la langue. Et si nous contrôlons par les patois actuels les données 



1, G. Paris, Alexis^ p. 279; Tobler, Vrai Anid*, p. xxii ; Ten Brink, 
Dautr und Kîang^ p. 47; Lûcking, Ait/jj, Mundartni^ p. 194 (^/?o«i,, VII, 
p. lîS); Koschwitz, Coww/w/ar^p, 87. 

2. Wiltnotte, dans Rom,, XVII, p. J57. 

j. Je renvoie pour les détails à mes articles cités plus haut. 

4. Ten Brink, 0, /., p. 47 et 48. 

5. Je ne cite ici que des mots où è est placé devant U^ car ceux-là seule- 
ment sont probants, parce qu'on peut les comparer avec e provenant de é, 
placé également devant //. Sur fel, voye^ Mackel, German. Eîeni,^ p. 95, 98. 
RtM rime avec ê qui provient de i entravé, par exemple Rtnart k Nouifel^ 
4757, elUs : rtheîks. Les mots en -lllum avaient de bonne heure substitué 
-etlumà ce suffixe (Suchier, Aîtfri. Gramm,, p. 19). 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EK KfeERLAKDAIS 75 

fournies par ces textes, voici ce que nous constatons ; en 
Wallonie e, o brefs du latin sont diphtongues devant si et 
r -|- consonne, tandis que devant ss ils sont restés intacts. 
Malheureusement je manque de renseignements sur leHainaut; 
mais le fait d*un allongement qui ne se produit que devant ces 
deux groupes de consonnes reste acquis. Pour ce qui est de la 
diphtongaison de é devant //, je Y ai rencontrée dans le patois 
d'Ellezelles, en Hainuut'. Ces faits nous autorisent à sup- 
poser, quoi que nous apprennent les textes du moyen âge, 
qu'il y a eu un dialecte où la diphtongaison n'a eu lieu que 
dans les trois positions où nous rencontrons chez nous le 
changement de timbre. 

Nous trouvons un appui pour cette supposition dans la des- 
tinée qu'ont eue en anglais Jes mots français * : ainsi, français 
y est devenu d long devant une seule consonne, et beMf^feste 
Y ont un è long ; ces deux mots ont été empruntés de très bonne 
heure; enfin fool, qui a également été emprunté très tôt, pré- 
sente l'allongement de à devant IL 

S'il en est ainsi, si les mots où la voyelle a été allongée 
devant les groupes en question proviennent d'un dialecte, on 
pourrait expliquer les mots où, au moyen âge, on trouve -el 
pour -eel (voyez plus haut) et -est pour -tesî^ comme des 
emprunts foits au français, A moins que -<•/ n'y soit une simple 
graphie pour -eel^ et -est pour -ttsi^ cela est assez probable, car 
actuellement on ne prononce plus jamais è dans ces mots, 

§ 7, Il nous reste à rendre compte du double traitement Atà 
devant//. Ce qui empêche d'y voir un développement dialectal à 
côté d'un son français, c*est qu*aucune des deux voyelles, ni () ni 
rf, n'appartient exclusivement au moyen âge. Le changement de 
à cnà est d'autant plus étrange que a reste toujours ouvert devant 
//* Je ne vois qu'une seule solution, c'est d'admettre que à français 
onnait dans cette position à nos oreilles comme un son inter- 



ï . Je renvoie pour les détails i mes articles îndicjufe ci-dessus. 

2. Behrens, Beitrâ^e ^tr Geschichtr der fr^. Sf^achf in En^land^ p, 105, 
88. Les rapprochements sont nombreux- qu'on peut i!:tablir emre les mots 
français che2 nous et en Angleterre, La pUcc me manque pour m'étcndrc U- 
dessus, mais je compte publier sous peu une comparaison détaillée qui 
fournira des résultats curieux. 



76 s. DE GRAVE 

médiaire entre è et à néerlandais. Je me rends compte que 
c'est là plutôt une supposition qu*une explication; pourtant je 
ne crois pas que cette anomalie poisse infirmer notre hypothèse 
sur le rôle de la quantité dans te développement des voyelles 
françaises en néerlandais. 

Voici les conclusions auxquelles nous conduit ce chapitre au 
sujet des dialectes du Nord, Nous pouvons dire qu*il est pos- 
sible que, dans un de ces dialectes, les voyelles a e ose soient 
allongées devant st, r -[- cons. et / provenant de //, et que la 
diphtongaison de é latin en te en syllabe fermée n*ait pas été 
toujours ni partout aussi générale que le ferait croire la graphie 
des textes du moyen âge. 

n, PALATAUSATION DE VOYELLES VÉLAIRES 

Il s* agit ici de deux séries de faits entre lesquelles il me 
semble qu'il y a connexité : 

I ô libre latin devient quelquefois û en néerlandais devant 
r, l, n dans les mots que nous avons empruntés au français. 
Exemples : lahure r ( : cure Ro. 7997, : tsure, D. Luc. 3973), 
Blensefluer i (: aventuer S^g\\. 475, : natuer, 577), Copegule i 
(fr. Coupegueule, Ro. 11220), nur i (fr. hure); habberguil 5 
(v. fr. hauberjâul); kruin i (fr. courûnne)^ masteluini (v. fr. mesiil- 
lon), ajuineniuun i (fr, oigmn), capruun i (fr. chaperofi), pusuun i 
(fr. poison), ocsuen i ffr. occasio}i)^ mutîuen 2 (fr, mouton) \ 

A côté de ces formes on trouve devant r bien plus souvent 
00 et eu (cp, plus loin, p. 89), et devant n oe, prononcé u et 6 
(cp, plus loin, p. 99), 

Les rimes de û latin avec ô latin ont déjà souvent été signa- 
lées dans des textes du Nord de la France et en anglo-normand ^. 
Elles peuvent s'expliquer de deux manières, en admettant ou 
bien que û change sa prononciation ordinaire ou bien, comme 



1. On trouve quelques autres exemples de ces rimes cher Van Helten, 
p. 82. Cp. encore Rom., XXIX, p. 99, où M- Huet relève ce fait que le 
traducteur n^eriandah des Mat Uns de Maerlant fait rimer eu avec «. 

2. ]. VTsing, ÉUide sur le diakcte anqlo-normand ^ p. 73, et cp. Behrens, a. 
U^ p. iî8 suîv. ; Dos Adamsspiel, hcr. v. Dr. Karl Grass» p. 122; Meyer- 
Lûbkc»I,S5S- 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 77 

je crois devoir le faire pour nos mots, que c'est ô qui se pro- 
nonce comme tL 

L'avis de presque tous ceux qui se sont occupés de ces rimes, 
autant qu'elles se trouvent dans des textes français, c'est que 
û s y prononce o ou œ, Vollmoller, qui avait prétendu que ô 
s*y prononçait u', a été contredit de toutes parts. 

Je laisserai de côté tout ce qui ne concerne pas directement 
nos mots, et je tâcherai de rendre probable que, chez nous du 
moins» la voyelle commune était ft. 

M, Van Helten dans sa Grammaire^ ^ ainsi que M. Franck 
dans la sienne ', admettent que chez nous c'est le û qui se pro- 
nonce œ, et ils signalent tous deux la prononciation actuelle 
de û germanique et français devant r comme œ dans la Flandre 
occidentale. 

A cela j'ai à opposer ces trois arguments : i*' Le mot actuel uur 
(^iH'ure) ne se rencontre chez nous que sous cette forme : il 
prouve que le changement deo en û s*est produit au moins une 
fois, a^ Dans les mots en question on écrit exclusivement u 
pour u latin; or, si la prononciation avait été a\ on aurait dû 
s'attendre à rencontrer quelquefois une autre orthographe, car 
œ s'écrit chez nous au moyen âge de différentes façons *. Eh bien, 
jamais on ne trouve par exemple aventore. 3** De l'aveu même 
des deux savants cités, les rimes ô : û ne se trouvtrnt pas exclu- 
sivement dans des textes de la Flandre occidentale» Aussi M* 
Maxeiner* fait-il bien de séparer ces rimes du changement de 
en dî, particulier à cette région (voyez plus haut). 

Voilà pourquoi je vois dans ce phénomène plutôt on chan- 
gement de o en il et pourquoi je ne saurais rapprocher ces 
rimes ni de la prononciation picarde de û comme œ *", ni de la 
prononciation wallonne de li devant r comme a- s qui me 
paraissent plus jeunes. 



1, Mûncfntur Brut, éd. Vollmôlkr, p, xxvj, 

2, P, 81 ; cp, p, 82» où M. Van Hehen dit qu'il admettrait au besoin ù : li. 

5. a /., s 47 

4, Van Hdten. p. 73 et suiv. 

5, Theodor Maxeiner, Beitrûgeiur Gescbichti derjri, H^'ôrier im MUttlhùch' 

6. Meyer-Lûbkc, $ 55. 

7. W,, S J9» Cp. Ziitxbr.J,rom, PhiL, XXIV, p. 251. 



s. DE GRAVE 

S*il n'y avait que les mots en -orem qui présentassent ce 
changement, on pourrait se demanderai, pour l'expliquer, il ne 
vaudrait pas mieux prendre comme point de départ une étape 
de l'évolution française de o, rapprochée de œ. Cest ce que fait, 
pour le moyen-allemand, M. Maxeiner '; et ce qui nous amè- 
nerait à admettre que c'est bien à un changement de œ que 
nous avons atTaîre, c'est que le passage de a» à // s'accorderait à 
merveille avec la tendance, très forte chez nous, à élever le timbre 
de la voyelle française, ou plutôt à tenir compte, dans la pro- 
nonciation, du timbre plus élevé des voyelles françaises com- 
parées aux nôtres. Seulement, d'abord, ô latin, dans le Nord, 
n'est devenu a' qu'assez tard (voyez plus loin), et puis nous 
serions alors obhgés de séparer ces mots en -orem de ceux en 
-onem,que nous avons réunis avec eux dans Ténumération pla- 
cée en tête de ce chapitre. Or, justement, le rapprochement de 
ces deux groupes nous permettrait d'expliquer ce changement 
incompris de -onem en -aun, 

M. Van Helten * croit devoir faire remonter ce changement 
à Tépoque où le ti germanique se prononçait encore u chez 
nous ; Vu de ces mots français en -onem serait alors devenu « 
avec les mots indigènes. Mais il me parait évident que Fintro- 
duction de ces mots français n'a eu Heu que longtemps après le 
changement néerlandais de u germanique en k. 

Le changement de o devant une nasale en ii n'a pas encore 
été constaté dans les dialectes du Nord, abstraction faite de 
fmmi\ qui seul a ù en picard *. Les rimes de ô avec û devant r etc. 
sont fréquentes dans le Nord, ainsi que nous l'avons constaté. 
Ainsi, ce n'est que dans cette dernière position que les mots 
qui chez nous ont w = o latin pourraient s'expliquer par le dia- 
lecte, tandis que cela très douteux pour les mots en -onem. Il 
vaut mieux peut-être admettre, dans les dialectes du Nord et 
chez nous, une action identique, mais qui se serait manifestée 
dans tes deux régions indépendamment Tune de l'autre : il 
n'y aurait rien que de naturel à ce que dans deux contrées. 



2. 0. /.. p. 72, 

}, Suchîer, Âltfri. Gramm.^ p. 16, Cp. Kurth, La frontUn Unguistifuê m 
Bdgiqut, p. itS Cimier dans un liei]*dit d'Etlezelles). 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 79 

dont l*une est germanique et dont l'autre est romane, mais 
possède des éléments germaniques très nombreux % une même 
tendance se fût manifestée spontanément. Cette tendance serait 
ici la palatalisation d'une voyelle vélaire : en effet, ou ou «(pro- 
nonciation probable de ô latin, voyez plus loin) se changeant 
en (i, quVst-ce sinon le passage de la voyelle vélaire fermée à 
la voyTîUe palatale arrondie fermée ? Les lèvres gardent leur 
position, mais la langue s'avance. Or, ce changement phoné- 
tique s'accorderait bien avec ce que nous savons de la pronon- 
ciation française comparée à celle des Germains : on sait que 
lesFrançiis parlent plus avant dans la bouche que les Germains; 
ainsi une voyelle vélaire du français est beaucoup plus près de 
la palatale correspondante du néerlandais que la vélaire cor- 
respondante du néerlandais lui-même : quand les Français ont 
prononcé ou ou w, il se peut que chez nous on ait entendu un 
son qui se rapprochait de //, d'autant plus que Té^^olution de 
ou en français atteste sa tendance à devenir palataL Cette expli- 
cation ne convient naturellement qu'autant qu'il s'agit de mots 
empruntés; est-ce à dire qu'elle n'est applicable qu'aux mots 
français qui ont passé chez nous ? Je ne le crois pas, car dans 
les dialectes aussi on a « emprunté » des mots au français du 
Centre, et on n'a donc qu'à considérer ces mots qui ont il = 
o latin comme des emprunts faits par le dialecte à la langue 
générale. 

L'explication que nous avons hasardée du phénomène de 
devenant u trouve un appui dans un autre fait linguistique 
auquel nous passons maintenant. 

n, provenant de o bref entravé latin, et ly (u) provenant 
de o long et u bref entravé btin deviennent dans quelques 
mots, empruntés par nous, œ (écrit u)^ Exemples : brutse 3, 
bruetse 3 (fr. broclje) ^, butse 2 (fr, bochc}y scuersc i (fr. icorce), 
turke 2 (tr. lorch)^ kust 3 (v. fr. caste), hurs 4 (v. fr. cors)^ 
Buggcre i (fr. Bougre), dubbel 3 (fr. doublé)^ guds 3 (fr. goti^e)^ 
iursen 2 (v. fr. torscr), bmrde i (fr. bourde)^ bcurs l (fr. bourse)^ 
putrpcr, purper 3 (fr. pourpre), buckcl 2 (fr. boucU) , kutts 3 (fr. 
couche). 



1. Suchier, dans le Grundriss. I, p. 602. 

2. Dans CCS mots £m, ue rcprésemeot^î, et u représente à. 



80 s» DE GRAVE 

Dans tous ces mots, la voyelle, au moyen Age, s*écrii sou- 
vent Oy et dans quelques-uns de ces mots on prononce aujour- 
d'hui ou H. 

Constatons d'abord que ni les textes français du moyen âge 
ni les patois actuels n'expliquent ce passage de o, n à â\ On 
pourrait hésiter un moment pour kust^ keurs^ scmrse et turke^ 
où Ton a affaire à o bref entravé latin ; car on sait que dans 
certaines parties de la Wallonie cette voyelle se diphtongue'. 
Ainsi à Seraing ô entravé devient m devant r -\- cons. et s 
-\- cons. ^ Or, dans les quatre mots cités ce sont 'fustement ces 
groupes-là que Ton rencontre; on pourrait donc se demander 
si, dans ces mots du moins, la voyelle en néerlandais ne s*cx- 
pliquerait pas par une diphtongaison. Pourtant je crois qu'il 
faut renoncer à cette explication, car si œ dans kust^ etc. 
provenait d'une ancienne diphtongue, la voyelle serait sans 
doute longue et fermée chez nous. 

Dans quelques patois de TEst ô entravé et même ù entravé 
deviennent quelquefois œ * ; mais il me paraît impossible d'ad- 
mettre une influence exercée par des dialectes si éloignés. Dans 
le Lexique Sainî-Pûlois je trouve d^aPd pour dàoudre^^ où œ 
provient sans doute des formes fortesj car c'est un exemple 
isolé : ô entravé latin resté dans ce patois o, et ii entravé latin a 
le son u. 

Enfin, ce qui paraît exclure la possibilité d'un développement 
dialectal, c'est qu*yn des mots qui présentent le phénomène, 
hurs^ ne se rencontre chez nous que dans la quatrième 
période. 

Il me semble donc certain que le changement de ô, û brefs 
entravés en œ s*est produit chez nous. Or, les sons qui, chez 
nous, répondent réguHèrement à û entravé sont o oo bien u ; 
c'est, le son commun à ô entravé et ù entravé , c*est-à-dire a, 
qu'il faut considérer comme le point de départ * . 



1. Rom,, XVll. p, )éo. 

2. 'Ititîchr, f. rvm. PhiL, ÏX, p, 486. 

î. Homing, dans Fran;, Stud., V, p. 475, 479. 
4, Htvuf Âti pdtoii gallorotitam^ V, p. 22. 

j. Comme !c son à s'*Jcrii chez nous u en syllabe fermée, on pourrait 
Tcxpllqucr dans quelques mots comme une graphie latiac. Voyei mon Essait 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NâERLANDAIS 8l 

Le changement de o en it n*est pas tout à fait inconnu au 
moyen néerlandais dans les mots indigènes; mais, abstraction 
faite des cas tï ft Umlaut » \ qui naturellement n'entrent pas 
en considération, il y est trop rare pour qu'on puisse s appuyer 
sur les mots isolés qui le présentent quelquefois pour expliquer 
le phénomène identique des mots français chez nous comme 
un trait phonétique du- néerlandais. Il parait donc que nous 
avons le droit de considérer le changement de o en œ comme 
une adaptation du mot étranger aux organes de ceux qui s'en 
servaient, et alors un rapprochement s'impose entre ce phéno- 
mène et celui de tout à l'heure; en effet, ici comme là, la 
voyelle vélaire a passé à la voyelle palatale arrondie correspon- 
dante, c'est-à-dire elle s*est palatalisée. Et ce qui milite encore en 
faveur de ce rapprochement, c'est que la prononciation actuelle 
et la graphie des textes médiévaux montrent que, à aucune 
époque ni dans aucune région, il ne s'est agi, dans ces deux 
groupes de phénomènes, d'une modification générale: c'a été 
toujours une tendance qui a triomphéquelquefois, par des causes 
qu*il nous est actuellement impossible de démêler. 

Le résultat de ce chapitre serait donc plutôt négatif pour 
Tinfluence exercée par les dialectes français du Nord. 

III. SUR LA DIPHTONGAISON DES VOYELLES LATINES LIBRES 
EN NÉERL.VNDAIS 

e BRKr, O BRtF LATIXS LIBRES. 

I. On trouve en moyen-néerlandais les développements 
suivants de è latin : 

1. ie : fier i, grief i, relief i, jeniever i, sie^e 2. 

2. é fermé : jetmoer i, rckef 2, scdgc 5 (siège), fever 2 
(fr. fièvre), 

3. f : geniver i. 



p, 112, Mais cda n'est naturellement possible que pour les mots où la voyelle 
provient de û latin, non pas de û, à latins. 
I. Van Helten, p. 75, 

Mamumië^ XXXr ^ 



s. DE GRAVE 

On trouve pour ô btin * : 

1, ne, eu^ : rmiibeî 3, gepeupel 3, fucr 2, cner 3, fuelge 2. 

2, oe (pron. «) : /ïrtvtr r (fr. preuve) y foelge 2 (feuille), 

3, a fermé : fm)/v/ i, popel i, /tw i (v. fr. fuer), koor i 

(fr. chœur), colovere 3 (fr. couleuvre), 

§ 2. Avant de passer à la comparaison de ces deux groupes, je 
constate qu^^jenieifcr tijenever ne peuvent remonter au v. fr. gefm- 
vre, genoivre^ de sorte qu'il faut admettre que la forme française 
genièvre est plus ancienne que ne le feraient croire les textes *. Il 
se pourrait que, primitivement, elle eût été plutôt dialectale» 

§ 3. Nous remarquons que, en moyen-néerlandais, on ren- 
contre des é ô diphtongues à côté d*é ô intacts. 

Pour expliquer au lieu de ue, on pourrait avoir recours a 
Torthographe du moyen-^néer landais, où Ton trouve souvent, 
dans des mots indigènes, pour eu-^. Seulement, le lait que dans 
colûvere on n prononcé un est prouvé par le dérivé klovenier ; 
on prononce également dans kmr^ mais dans ce mot cela pour- 
rait être un latinisme. D'ailleurs, khn*emer suffit pour prouver 
que pour ue est autre chose qu'une simple graphie. 

Puis il vaut mieux ne pas séparer c de 6. Et alors la première 
solution qui s'offre à nous est d attribuer le double dévelop- 
pement des voyelles ù la double origine, française ou dialectale, 
des mots. Seulement^ tandis que, pour ë, les formes diphton- 
guées sont en général plus anciennes que celles où la voyelle 
latine a subsisté, c'est plutôt le contraire dans le second groupe ; 
or, les formes dialectales sont les plus anciennes, de sorte que, 
si nous voulons faire intervenir le dialecte, il faudrait alors que 
dans ce dialecte Té fut diphtongue, tandis que l'ô restait intact. 

§ 4. Existe*t-il un dialecte qui présente cette contradiction? 
M. Suchier croit qu'il y a eu en effet des régions où ô libre latin 



i. Nous y ajoutons les mots qui ont ô û devant h pv et où cts voyelles 
ont été irai tt-cs comme ô (Suchier, AUfri. Gr , p. 40). 

2. ut pourrait aussi repnisenter chez nous la prononciation w, mais les 
rimci et d'autres considérations prouvent que c'est bien tr qu'il faut proDOn- 
ccr dans les mots en question (Van Helteci, p. li), 

3. Rom,^ VI, p. 4} 5. Le plus ancien exemple serait^ d*après le Dktiùn* 
naite gén/raJ^ de 1694. 

4. VanHchen, p. 7$ ci suiv. 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 83 

restait o; sans se prononcer sur I extension géographique de ce 
phénomène, il en relève des exemples dans des textes du Nord 
et de FEst de la France '. Mais ces exemples sont trop isolés pour 
que nous soyons autorisés à conclure à l'existence d*un dialeae 
qui n'aurait eu que des o non diphtongues. D'ailleurs, on trouve 
autre part encore des exemples de au lieu de ut\ et, ce qui est 
curieux, ce sont partout à peu près les mêmes mots. Ainsi, 
M. Suchier lui-même cite, en normand et en anglo-normand : 
I** quelques mots qui ont devant / mouillée (iw7, oil) ; 2" aiol; 
3** iloc, aifix- ; 4'' des formes verbales; ^^ jovene'. Or, dans les dia- 
lectes du Nord et de TEst il avait relevé : r^ des mots avect> 
devant / mouillée (foilk, orgoil, doly voil^ olh); 2** aid ^ filhJc \ 
y aiHXy poroc^ iloc ; 4*^ des formes verbales; 5° iox = hms{^'Ax\s 
les Dial. Grèg.). Nous ajoutons, du Brut de Munich^ dol, çvre, 
aiol, des DiaL Grég,^ aixfgles^ rmhk.O^ et du Rendus, dol aioh. 
On voit que ce sont toujours à peu près les mêmes mots. 

Il me semble que dans aiol Qifillok — *\ moins de les consi- 
dérer comme des mots mi-savants >, ce qui est certainement le 
cas pour avogUs et pour mobles — /doit être pour quelque chose 
dans la conservation de <?; on sait que dans le manuscrit du 
Roman de Troie publié par Joly devant / reste souvent o^. 
On pourrait alors rapprocher de ces mots ceux où se trouve 
devant / mouillée. Les formes verbales ne sont pas probantes, car 
il se peut que y provienne des formes faibles. Dansatw, poroc^ 
iloc y la non-diphtongaison pourrait au besoin s'expliquer par 
la position protonique (cp, poro). 

Restent les mots jovttu^ bos^ auxquels on pourrait ajouter des 
exemples de cokyvere, cité par Godefroy, qu'il est impossible 
de localiser avec précision, mais qui parait bien appartenir 
à FEst, 



1. Aucassin^, p, 63. 

2. Âttfri, Gramm., p. 41, 

j. Wiese, Dû Sprachder Dialogt âts Papsks Gr^or, p. 17. 

4. Éd. Van Hamel, p. cxxiv. 

5. FiihU cuit encore au xvu< siècle une forme très répandue, V, N}TOp, 
GrûmtHûiri historique f I, p. 15S. 

6. Stock, Rom, StudUn, lU, p. 456; Sirauch, LaUin. Ô in dtr Norm, 
Mwuiarti p. 7a, 77. 



84 s. DE GRAVE 

Ces mots-là semblent bien présenter lies u lutins non diphton- 
gues, mais cette non-diphtongaison ^'explique difficilement, car 
nous répétons que ce que nous savons de la langue du moyen 
âge au Nord de la France ne nous permet pas de croire qu'il y 
eût une région où o restait intact. Non seulement les textes 
présentent la diphtongaison, mais les lieux-dits du Hainaut b 
confirment {\nr vxvmpk Ntd'flfoun^ a Ellezelles, en 1276'). 

Et puisj si nous consultons les patois modernes, voici ce que 
nous constatons^ : le mot joveiiem, v. fr, /«^/rt<r, existe dans la 
région limitrophe de la Belgique sous les formes suivantes : à 
Lille et Douai jante^ TounvAÏ jamne^ puis a partir de Trasues (à 
l'exception de Mons, qui ajeum^loù cette forme s'explique par 
l*influence du français central, plus forte dans une grande ville) 
fone, jonney qui se maintient, en atternant ^vccjune, jusqu'aux 
extrêmes limites de la Wallonie. Il est vrai que les renseigne- 
ments des Fers ion s sont sujettes à caution; ainsi elles donnent 
ô là même où Marchot ^ et Horning ^ ont constaté ti ; mais il paraît 
bien que c'est un son différent de eu qu'on a dans ces patois. 

Comment peut-on concilier ces données avec la diphtongai- 
son que nous avons constatée plus haut ? Les textes wallons du 
moyen âge présentent le phénomène de la réduction de lu 
diphtongue qui provient de o (et qui est oc ou tic) :\ a, u ^, 
Ne pourrait-on pas expliquer les des mots moyen-néerlandiiis 
également par une réduction de la diphtongue ? Il est vrai 
que, en wallon, celle de k à / accompagne le changement de oc 
en 0, tandis qu en moyen-néerlandais nous avons gardé /V. Mais 
cette apparente contradiction disparait quand on songe que nous 
avions dans les mots indigènes /V, tandis que nous ne possédions 

• Il n'est pas nécessaire que la réduction de oe à a se soit 



I 
I 



I. Kunh, Lafrmtihe linguhtique^ p. 212. 

2* Je prends cçs n?nsdgîiementî> dans les Venwns wallonnes de k ParaMe 
de VBnfani prodiguf^ Lîcge, 1870, 
5. Paioh dt Saini-Huhfrt, p. 20. 

4. Zcilscbrift f. rom.PhM., IX, p. 485. 

5. Cloetta, Poén$e moral, p. 6\. 

6. Je suis heureux de me rencontrer sur ce point nvec M. W. Horn» quî 
arrive à un résultat analogue pour les moib allemands. V, Zeilschr, J, fratt^, 
Spracke und Literatur^ XXI, p. 46. 



LES MOrrS DIALECTAUX DU FRAKÇ,\IS EN NEERLANDAIS 8> 

déjà produite dans le dialecte duquel nous viennent nos mois. 
Nous reviendrons sur ce point au chapitre V. Il se peut quVIIc 
se soit produite spontanément che^: nous et dans le dialecte. 
Mais il est certain que ce dialecte doit avoir eu cvet non tu. 

Ces observations nous permettent de d<îtermincravcc quelque 
certitude le point d'où nous viennent les mots en question ; ils 
sortent d'une région où o s'était diphtongue en oect où rV n'était 
pas encore i ; or pn\l devient puis a partir de Gosselies ; c'est donc 
entre Tournai et Gosselies, c'est-à-dire en Hainaut, qu'il faui,;\ en 
juger d'après les mots que nous venons de discuter, chercher la 
patrie de la plupart de nos mots empruntes* 

§ 5, Les mots où à ô latin répond chez nous eu doivent nous 
être venus du français centrai. Mais comment expliquer ri* pour 
te} Rien ne prouve qu'il y ait eu un dialecte où é ne se soit 
pas diphtongue. Comme ces mots sont en général plus récents 
que les autres, il est impossible d'y voir un développement dia- 
lectal du français. Ils doivent doncprovenirdu français moderne. 
Or, voici comment il me semble qu*ils s'expliquent. On sait 
que, tandis que les dialectes avaient gardé la prononciation le, 
avec l'accent sur 1 (attesté par nos mots empruntés au moyen 
âge, ainsi que nous venons de le voir), en iVançais propre, l'accent 
tombait dès les temps les plus anciens sur e\ Il semble que 
c'est i\ cette prononciation qu'il faut taire remonter rtr pou ri> 
dans les mots néerlandais : nous citerons des cas analogues 
tout i\ l'heure (par exemple ui : 1). 

§ 6. Il nous reste à parler du troisième son qui répond à ô 
latin, oc (pron. w), et que nous avons constaté dans pmeve et 
dans/W/t\ Proeic pourrait au besoin s'expliquer par l'influence 
des formes faibles du xcrhc prouver ; malheureusement nous 
possédons trop peu de verbes empnmtés pour qu'il nous soit 
possible d*affirmer que cette explication est admissible, Fcrnmi 
et vernooien, nous le verrons tout à l'heure, ne proviennent pas 
nécessairement des formes faibles; d'autre part grirven peut être 
formé chez nousde^fnV/. Il est vrai que le traitement des mots 
français en anglais tburnirait une preuve en faveur de la géné- 
ralisation des formes faibles ' . 



1. Nyrop, 0,Ly p. 149, 

2. Behrens, 0. /., p. 152, 160, 



86 s. DE GRAVE 

Quoi qu*il en soit, dans^/iV, etc., la voyelle doit être expliquée 
phoiictiquement, et il n'y a aucun inconvénient à étendre la 
mî^me explication à proevc. Quelle est cette explic;ition ? Il est 
probable que ce sont des formes dialectales; nous avons vu plus 
haut que, dans les patois actuels, on a parfois u pour o\ cest 
sans doute d*une de ces régions-là que nous vient le son u. Et 
comme ces régions sont situées au Nord et à l'Est, c'est de ce 
côté-lù que nous viennent /t)t7/> et pron^e^ etc. Cela s'accorde bien 
avfc ce que nous verrons plus tard, que, à côté d'une majorité de 
formes qui nous viennent du Hainaut, nous en avons quelques- 
unes qui remontent au wallon proprement dit. 

§ 7. Nous allons maintenant aborder les combinaisons de ê, 
ô avec yod, qui nous permettront de contrôler les conclusions 
auxquelles nous sommes arrivés jusqu'à présent. 

À é -{- yod répond chez nous exclusivement f, qui devient ^ 
(écrit ij) comme dans les mots indigènes : dcspijt i, delijt i, 
projiji 2, prijs i. 
A 6 -|^ yod répond chez nous : 

I, 00 dans le corps du mot, mi quand la combinaison est 
finale : poye 3 (fr. puï)^ ghi 2 (fr. ^/w/), '^^f'f^^i r (y- 
fr. enuij avec substitution de préfixe), biscoot 2 (fr, 
biscuit'). 

2** ûe(pron* u) : oesier i (v. fr. uistre), ho€i i (fr. bid). 

V w/ (pron. œ*) : puyeZyglui 2, hiscnit 3. 

4^ ei : vernei i (v. fr, enui), glei 2 (fr. glui), peie 2 (fr. 
pni). 
Cette diphtongue est assurée par la rime verneien : 
Kcyen, WaK 281,5055. 

S 8, On constate donc, en face d'une forme unique pour é + 
yod^ une grande diversité pour ô + yod, I d une part et ui de 
lautrc doivent être ramenés à des formes où ê et ô sont diphton- 
gues. Est-ce à dire que ooi provient de la simple combinaison 
de o latin -f" y^^ c*est-à-dire d'une région où ô ne s'est pas 
diphthongué ? C'est possible : la diphtongaison de é combiné 
avec yod ne va pas nécessairement ensemble avec celle de ô + 
yod^ pas plus que l'inverse; du moins, d'après M. Wilmoite, îl 
résulte des chartes de Liège que é + yod y devient ci au moyen 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NàERL.\NDAtS 87 

ûge et ô + yod ni' j il est vrai que M. Horning conteste la 
diphtongaison de ô + yod à Lièges 

Mais il faut se garder de se prononcer tout de suite en faveur 
de k non-diphtongaison de 6. D'abord oi peut être chez nous 
une graphie pour «2 (pron, i'); ainsi au lieu de /rui/ on trouve 
so\x\ cm froiî : il est donc possible que pote, etc., doive se pronon- 
cer puie; et au fait tous ces mots ont actuellement la pronon- 
ciation tti. D'autre part on peut faire valoir que biscoot remonte 
certainement à o, que ifernooi rime avec joie {Jroy, Epis., 9555) 
et que oester et hoei ne peuvent pas non plus provenir de ut\ II 
paraît donc que la prononciation oi a existé. 

Comment s'explique-t-elle? Y a-t-il eu un dialecte où é -|- 
yod présente la diphtongaison de la voyelle, tandis que dans û 
-j- yod h voyelle ne se diphtongue pas? Nous n'en avons pas 
trouvé ; et d'ailleurs, d'après ce que nous avons vu dans les 
paragraphes précédents, il y a lieu de se demander si oi ne serait 
pas plutôt une réduction d*une triphtongue oei^ au lieu de 
uei. Ce qui confirme cette supposition, c*est d'abord que nous 
avons dans ooi un long; cette quantité s'explique quand nous y 
voyons la réduction de(3f, mais reste inexplicable si nous admet- 
tons que ce n est que la simple combinaison de ô latin avec yod. 
Et puis, il y a les mots cités sous 4", qui ont ei pour ô -|- yod. 
Cet ei ne peut provenir que de oéi^ accentué sur e, et atteste 
donc à une époque ancienne Texistence de la diphtongaison 
dans les dialectes limitrophes. 

S 9. Comme la réduction de uei à ni a eu lieu dans le fran- 
çais du Centre avant le xn*" siècle \ les mots qui ont ui doivent 
être entrés chez nous après cette date. Il est probable que ce 
sont des emprunts faits à la langue centrale. L'introduction des 
mots qui ont ei devrait alors être antérieure à cette date, mais il 
est possible que la réduction de la triphtongue ait eu lieu plus 
tard dans les dialectes du Nord. Du moins, le Brut de Munich 
contient au vers 3988 la forme puejs\ D'après Schulzke ^ ce 
serait une simple faute, mais M. Fœrster considère pueis comme 



1. Ront., XVII, p. 556 et 560. 

2. ZtiUchrijtJ. rom. PhiL, XII, p, 257, 
;. Suchier, AUfri, Gramm,^ p. 59. 

4. BetonUî é -f i und ô + î «« dtr nomtann. Mundart, p. 2S. 



88 s. DE GRAVE 

une forme existant rcellement à Tcpoque du manuscrit du 
Brtit \ D'ailleurs ce fait d'une réduction tardive dans le Nord 
de la France s'accorde bien avec d'autres faits, dont il sera 
question dans le chapitre des diphtongues, 

A côté de oi, oo nous trouvons oei^ oe (pron. u\ u) et il me 
semble que cet œ s'explique comme celui de foelie (§ 6). 

Voici donc ce que ce chapitre nous a appris jusqu'à présent 
sur les dialectes d'où viennent nos mots : 

ô s*est diphtongue en oe (non en tte) accentué sur o, 

à + yod s*est développé en une triphtongue oei, qui por- 
tait l'accent tantôt sur o, tantôt sur (*. La diphtongue of a été 
réduite à u dans une partie de la Wallonie, à o dans le Hainaiit, 
et il est possible que cette réduction de oe a o se soit produite 
spontanément chez nous, 

e LONG, i BREF LATFNS LIBRES. 

§ 10. Ces sons sont devenus dans les mots français qui ont 
passé en néerlandais ivi ou (X>, qui renvoient à la diphtongue fran- 
çaise ai. Il n*y a que deux mots qui aient n : lampreie, terme de 
pêcheur, qui nous vient sans doute de la Normandie ; cowrriY, 
dont le Dictionnaire de M. Verdam nous donne un seul exemple, 
à côté d*une foule d'exemples de conroot ^ Ces deux mots 
peuvent être négligés. La présence exclusive de f?/dans nos mots 
noustournit une indication sur la date du passage de ei à oi en 
français. En effet ,nous avons de très bonne heure commence à 
emprunter des mots au français, et il est curieux qu aucun mot 
ne présente plus ei. On pourrait peut-être admettre que dans 
les dialectes du Nord, le changement de^/ en oi s'est produit plus 
tôt qu'ailleurs. Cette supposition cadrerait bien avec le fait que 
les plus anciens exemples de oi se trouvent dans des textes du 
Nord'. 



I, Voyez son -inidc, Roman. Studien, lïl, p. 184 suiv. 
1. PrfU (MidiMn. JVûorJ.. 01, 1926) n*est pas le fr, preit^ proie, maïs une 
graphie pour priff^ qui vient directement du latin praeda. ^ 

|. Meycr-Lûbke, S 72- 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN KÈERLANDAIS 89 
O LONG LIBRE LATIN, 

§11. Cette voyelle se rencontre chez nous sous quatre formes : 
fermé : commcndoor i, Haxw 2, revisoor 3 ; funwos 3, plan- 

tîoos I (v. fr. plantiôus}y pomboos 3 (fr, pompeux), etc. 
oi : dangerois i, orgeliois i, Tsarirois 2, facîoir 3. 
oe (pron. ti) : spinjoel (fr. épagmut), Blanckfloer i (rime 

avec ^wr), majoer i (rime avec roer). 
eu, ue : coadjuîeur 3, rigiur 3, successeur 3 ; atfwreus î, rfr/i- 

r/ir«.ç I, sittgeretis 3 (v. fr. seignoreus), 

§ 12. Le traitement de ô, û libres en français et dans les dia- 
lectes nous oblige à entrer dans quelijues détails. En français û 
fermé tonique libre qui résultait de ô, ù libres latins est d'abord 
resté t^; d'après quelques savants il a ensuite commencé par devenir 
au (diphtongue), puis il a passé à œ au xir siècle *. Mais il n'en 
est pa.s ainsi dans les dialectes de FOuest ni dans ceux du Nord 
et de TEst. Au moyen âge on trouve en normand 0, u; actuelle- 
ment iT y a pris une grande extension^ mais u subsiste également 
à côté de œ, qui vient du français littéraire ^ Dans l'Kst, les 
textes du moyen âge présentent 0, u, w, oi\ et actuellement on 
y prononce u et ù^. Voyons les détails des régions limitrophes 
du moyen-néerlandais. 

Aciuellement on trouve a depuis la mer jusqu a Liège '•, mais 
ce son paraît être plus récent en wallon qu'en picard. En effet, 
on le constate dès le xnr siècle dans les chartes du Vermandois 
et de Tournai ^; dans la Chronique rime de Philippe Mousket 
(milieu du xin* siècle) on trouve eu à côté de a, m, et eu y est assez 
fréquent \ Par contre le Brui de Munich écrit presque eicclusi- 



I. Suchier, AUfr\. Gramm^^ p. 29; Nyrop» Grammain^ p. 163. 
3, Mcyer-Lùbke, S '^îî Suchîer, dans le Grundriu, I, p. 601 (cp. h 
carte XI); Gôrlich, Fr^. Stud,, V, p. 376, 378. 

3. Maxeincr, Bdtràgi tic, p. H* 

4. Mcyer-Lûbkt% S 122 ; This, Mundart i*ûn Faîkenhtrg^ p. 24. 

5. A Sàint-Pol (Rcviu pat, galL^ V, p. 141), Mous {^Versiom uaîlonn/St 
p. 4 s), Saint-Hubert (Marchot, 0. /., p, 21), Vervicrs (Rev, />. f ., Il, p. 81), 
Uégc{Rn^. p,g,, I, p, 196). 

6. Ncumann, Afr^. Laut- und FlexionsUhre, p. 45, 

7. Link» UdYr dû Spnui)i der Chron. rima, p. 12, t6. Pour les formes en 
-ûiii et CD -our on pourrait rapprocher ce que dît Suchicr {*4fri. Gramm.^ 




90 s. DE GRAVE 

vement o^ «, ou (ce qui peut être un trait d'anciennet2 
Pûime moral (xiu* siècle) et les Dialogues du pape. Grégoire 
n'écrivent que t>, «, ou ', les clianes wallonnes du xui*" siècle 
publiées par Wilmotte dans Rom,^ X\TI, XVITI et XIX, con- 
tiennent en majorité ou (oi), à côté de eu; mais la Chroniqut de 
Floreffe \ dont la langue se rapproche beaucoup du liégeois \ 
écrite de 1462 à 1463, écrit **« (mais -t^wr); enfin ^ des chartes 
de Couvin du xv*^ siècle écrivent en 5, Il paraît donc que eu est 
plus récent en wallon et en hennuycr qu'ailleurs, M. Wil motte 
dit ^ : <t Le liégeois a conser\'é très tard ou ^ ». D'après lui 
m y est une imponation française. 

Il paraît qu'en général s'est maintenu plus longtemps devant 
r que devant les autres consonnes, A côté du témoignage déjà 
cité de M. Suchier et des données fournies par la Chronique 
de Floreffey voici ce que dit M. Fœrster^ : « Am aufTalligsten 
ist, dass vvàhrend -osum =^ -eus, dagegen -orem nur --or m ; et 
Gôrlich dit à propos des dialectes du Nord-Ouest* : « Zu berner- 
ken ist dass à vor s frûher in ou uberging a!s vor r. « 

§ 13. Rapprochons de ces faits le traitement des voyelles ô ù 
en moyen-néerlandais. Nous y constatons.que, pendant les deux 
premières périodes du moyen âge et jusque dans la troisième, 
on y trouve à fermé plus souvent que œ. Cela s*expliquerair 

p. 50) à propos du francien , « Die Francîschen Texte des xiii Jhts. zejgea 

neben dem ^m in dcnselben Wôrtem auch 0, ou Das Schwanken, dasj 

vor r in Francischen Hss. gan? allgcnneîn ist, erklârt stch vielJeicht daraus 
dass das in der Normannischcn Literatursprache des xii Jhts. vorlierrschendc 
durch das Francische eu nicht sofon verdrùngt wurde, sondcrn dass *lcr 
Normannische Laut eine Zeit lang neben dem Francischen herging, Vor r 
wâhrt dièses Schwankcn bis îns xv Jhi, » Dans Phil. Mousket ou pourrait 
s*explîqucr également comme une graphie traditionnelle. 

1, Mûnchata Brut, éd. VollmôlkT, p. xxn^ 

2, Puèmt moral, éd, Cloetta, p. 78; Wiese, DU Sprache âer DiaJcge du 
Papstes Grff^or^ p, 18. 

3, Zs.f.rom. PhiL.XXl, p. 7. 

4, Bulletin deVAcad, Roy. de Bruxelles, 67* année, 3* série, t. 33 (1897), 
p. 253 (Wil motte), 

5, Hetme de Phtitr, puhl, en Beîg., XXIX, p. 217 (Wiîmotte). 

6, Bulletin ^ p, 254. 
7» Cligh, p. Lviu. 
8. ^ p, î7<5 



1 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 9I 

au besoin, sans avoir recours aux dialectes, pour o devant r, mais, 
comme devant s nous constatons le même phénomène, il vaut 
mieux le mettre au compte du développement particulier de ce 
son dans les régions limitrophes du néerlandais. Notons que la 
diphtongue, ou pouvait devenir chez nous fermé, de même 
que t*f, ainsi que nous 1 avons vu plus haut (comparez d'ailleurs 
le chapitre des diphtongues). Les mots anciens et modernes 
qui ont eu en moyen-néerlandais s'expliquent comme des 
emprunts faits au français du Centre. 

14, Comment faut-il expliquer oi dans les mots empruntés ? 
^ abord, ai peut être une graphie néerlandaise pour ô long \ 
mais celle-là paraît être à peu prés limitée aux manuscrits hol- 
landais, et c*est donc elle que nous trouvons peut-être dans ^*de 
factùir^ qu'on rencontre dans les Coutumes de Leide; les autres 
exemples de oi sont plus difficiles à locafiser, mais il me paraît 
certain qu'ils ne sont pas tous hollandais. On ne peut donc pas 
a priori repousser une autre explication de 0/. Or, on trouve oi 
pour 0, ù latins dans des contrées limitrophes de la Belgique 
on Ta constaté dans les énumérations du § 12. D après Horning* 
ce serait même de oi que proviendrait eu dans les dialectes de 
l'Rst. Et rien ne nous empêche de voir dans oi du moyen-néer- 
landais cet oi dialectal. Nous aurions alors, comme si souvent, 
une forme orientale à coté d'une forme plus occidentale. 

§ i>. Enfin, dans les mots empruntés, nous trouvons aussi 
quelquefois cv (pronoticé u) à coté de fermé. Cette double 
prononciation s'accorde bien avec ce que nous verrons plus loin 
dans le chapitre des diphtongues. 

L'étude de ce son confirme donc le fait qu'on avait déjà con- 
staté, que, dans les dialectes qui ont dû nous fournir au moyen 
âge les mots français, o n'est devenu eu qu'assez tard* 

Puis elle confirme peut-être également l'existence de 0/ prove- 
nant de ô dans les dialectes wallons. 



1, Franck, 0, /., S ^* 

2. Ztitschr, f, rom. PhiL^ XIV, p. 590. Cp. Maxcîner, /. c. 



92 



s. DE GRAVE 



W. LES AUTRT^S VOYELLES TONIQUES 

Jusqu*à présent nous avons traite ensemble les voyelles qui 
nous semblent présenter un développement identique. Nous 
passons maintenant à Tétudc des particularités des voyelles 
isolées. 

$ 1, t FRANÇAIS, PROVENANT : T" DM a LIBRE LATIN ; 2*^ DE C 
LATIN DANS LES xMOTS SAVANTS. 

i** Règle : A cet e répond che\ nous, ait moyeu âge, ei d ruant 
t latin, i^ fermé devant r, e ou ei datant L 

Exemples : josseit i, prài i, -lâl i; cantrek i, mellde i, 
livreie i ; cher i, competr i, -eirre (lat. -ator); caieel 2 ou cateil 
i, oskeî ou osieil 3. Un seul exemple de ei devant r : procu- 
reirre i . 

Il n'est pas douteux que nous n'ayons, dans et pour r, affaire 
à on trait dialectal do Nord et de FEst de la France. Voyons 
donc ce que les textes et les patois nous apprennent sur ce phé- 
nomène'. On le trouve depuis la Franche-Comté jusqu'en 
Bretagne et en Touraine avec plus ou moins de rét^ularité; le 
centre do développement paraît être en Lorraine, et de là il 
devient toujours moins fréquent vers le Sud et vers l*Ouest, 
Dans différentes régions ci est plus rare devant îr que devant 
d'autres consonnes. D'après M. Wihnotte -dt est plus général 
que -eir, -eir moins rare que -m(-fi;) et-n7- 

Cette cemstatation que ei est plus fréquent devani / que 
devant / est importante, car nous rencontrons ici, en com- 
parant nos mots au français des dialectes, une difficulté ana- 
logue à celle qui sV-st dressée devant nous dans Tétude de c 
entravé : les conditions oii le phénomène dialectal se produit 
chez nous ne scmhlent pas aussi généniles que dans les textes du 
moyen âge. 

Avons-nous le droit d'admettre qu'il y a eu un dialecte où rf 
ne s'est produit que devant / ? C'est bien ce que semblent pos- 



i. Pour dcî renseignements détaillés je renvoie à mes articles cités plus 
haut. 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLAMDAIS JJ 

tulernos mots français; car, si au besoin on pourrait admettre 
que devant r a aurait pu devenir*? chez nous, il est certain que 
letf devant / ne peut pas provenir d'un n plus ancien; il n'y a 
aucune raison pour qu'un d plus ancien se soit changé en é dans 
cette position» 

Deux choses sont possibles : ou bien nos mots représentent, 
pour le dialecte d'où ils sont sortis, un état plus ancien que les 
textes, et iis prouveraient alors que le changement de e en ci 
s'est d'abord produit devant /, plus tard devant les autres con- 
sonnes; ou bien, ici comme plus haut, nous aurions une preuve 
que rorthographe des textes du moyen âge n'est pas d'accord 
avec la prononciation réelle de répoque dont ils datent; alors 
ce dialecte peut n*avoir jamais connue'/ que devant t. 

Les patois actuels semblent militer en faveur de la seconde 
supposition ; seulement, les conclusions qu'ils nous permettent 
de tirer, et que j ai essayé de justifier ailleurs, sont plutôt vagues : 
i"^ il est possible qu'a Seraing, dans le Luxembourg du Centre, 
et à Saint-Hubert a latin n*ait jamais été et; 2** ei devient plus 
fréquent a mesure que de l'Ouest on va vers l'Est, et cela semble 
confirmer les données fournies par la langue médiévale (voir 
plus haut). 

D^autre part, cette supposition d'un développement condi- 
tionne! àcei n'est pas contredite par les deux faits suivants, qui 
pourraient cependant être considérés comme des appuis pour la 
première hypothèse. 

D'abord, on trouve dans des textes très anciens, le Jonas et 
la Paraphrase^ ei seulement devant / : ireist (pour ireii)^ asei:^^ 
seit, mmcieii^ apeleid A côté àt ploreTy rcgreter^ citer \ 

Puis, les mots français en anglais pourraient bien renvoyer 
également à un dialecte où ei ne se serait développé que devant 
^ car on y trouve ei : i** dans la terminaison -ata (Journcy)\ 2"* 
dans -atum ; c*est du moins ce qui me paraît résulter de la 
prononciation :' de cette terminaison dans la langue actuelle*. 

l"" Dans les mots savants e latin libre est devenu chez nous 
ei devant une voyelle, e fermé devant une consonne. 



I, Koichwius, ComtntntaF, p. 148, 154» 178. Cp^ Lûckîng, Allfr;^. Mun- 
dartrfîf p. 233. 



94 ^- I3E GSATE 

Excfnfphs : Mo^ik i (iltfrsfirX /tf'»^ ^ (v- fi'- /^>^) ; • 
iarui t, diuran j, sansn i, etc. 

Dam les dialecte» (tu Kord et de T Est on rencontre a, at 
bien devant une voj^e que devant une consonne * ; cepenciant, 
il n'est pas probable que à devant une voyelle dans nos mois 
emprunté* au français doive être rapproché de ce d ' ^eœent 

dialectal. Car pourquoi cette diphtongue ne se n: ait-eUe 

que devant les voyelles? Aussi, f y vois plutôt un phénocnèw 
du nteiafidais : nous aimons à intercaler un juif ou un tci entre 
deux %'oyelles en hiatus : dans ce dernier cas, nous écrivons 
souvent b consonne intercalée (juwal, fluwul^ issuivc, voycae 
plus loin); dans le premier cas, on ne Técrit pas, mais on ne 
l'en prononce pas moins {^e/ën, pron. :^eeyen; gcUden, pron. 
geleeyen). Gmime le e français provenant de ê latin dans des 
mots savants éuil un e ou%ert % il en est résulte cher nous 
la diphtongue è", écrite n', qui se prononce absolument comme 
et dans les mots indigènes. 

5 2. u i^EAKÇAis. On sait que chez nous ft germanique est 
devenu û^ comme u latin est devenu /len français. Il n*est donc 
que naturel que, dans les mots français qui ont passé en néer- 
landais, û soit resté /i. Les exemples abondent : saluut^ plunié^ 
confuus. Quand ces mots sont venus ici assez tôt pour participer 
^ révolution de û germanique, ils se prononcent actuellement, 
ainsi que cet w, œ' (écrit ni). Exemples : pruikQtrnujHe^^ sluis 
{iclu$e), suiktr (sucre), etc. Et de même que tl germanique est 
resté u devant r» on trouve dans cette position également û dans 
les tnots empruntés, àquelqucdate qu'ils aient passe la frontière, 
par exemple avonîuur. 

Je ne trouve à relever qu une exception à la régie, c'est qu'il 
y a deux mots où il s*est changé en i : Salisbireii i (angl. Salis- 
bur% mais comme le mot se trouve dans le Laficeloi, il nous est 
arrivé par Tintcrmédiaire du français Saksbirc\ il rime avec I 
mmiren au vers in, 11141); almisse 3 (;\ côté de almuîsey v. fr. 
almuce). On voit que les exemples sont rares. Le phénomène se 
retrouve ailleurs. Vising * en cite quelques exemples pris dans des 



4 



t. ZcniUn« Dit Nachîuut l, p, 10. 

2. Suchicr, Aît/r^. Gramm.yp, 18, 

j, (7. /., p. 72. Cp. Suchicr, i^fri. Gnimm., p. u. 



LES MOTS DIALECTAUX DU IKANÇAIS KK NÉERLANDAIS 95 

textes anglo-iiormands, mais i! n'y voit pas un trait phonétique. 
Il nous semble également que dans nos mots il s*agit plutôt d'une 
graphie et d'une rime inexacte (cp. d'ailleurs dans le même 
Lanceloi uren : mantrenj III, 3995). 

V, DIPHTONGUES FRANÇAISES. 

Il a été à plusieurs reprises question dans les chapitres précé- 
dents du traitement qu'on to subir chez nous aux diphtongues 
françaises. Notamment nous avons constaté que dans oe, oh, il 
se pourrait que le premier élément seul eût subsisté chez nous. 
Nous allons voir que c'est un phénomène constant. 

ai, Qi^ ni, 

§ I. Régie, A la fin du tmt ci datant um voyelle nous conser- 
vmts au moyen âge la diphtongue^ en allongeant la première voyelle. 
Devant um ou plusieurs cottsonnes an trouve a o u à côté de ai (eî), 
oi, ui(i). 

Exemples : paaien i (J>ayer)y gai 2 (fr. gaf), vraai 3 (fr. vrai) ; 
prooi r, tornooi ijoie i ;puye2^ gluii; compaen i, naen i^ plein i, 
Romein i ; 

pats I (fr. pais), palaes 2 ; pais i, palais i ; peis ), pakis j ; 
fransoes i, Walœs i (v. fr. Galois), conroot i, hiscoot 2/deduui i ; 
Artois 2 (: vernœis)^ conduit i (: uit) ' * 

§ 2. L'étude du développement de ces sons dans les dialectes 
nous apprend que la réduction de ai à a est connue dans la 
région limitrophe dêi. Flandres et du Brabant et s'étend jusqu'en 
Bourgogne. Elle est plus fréquente dans TEst que dans TOuest, 
mais nulle part elle n'est générale : la diphtongue subsiste à 
côté de ^, La réduction de oi à et celle de ui à u sont moins 
fréquentes que celle de ai à fl, et leur domaine ne coïncide pas 
avec celui de ce dernier changement : le tbyer de la réduction 
de ai à semble se trouver plutôt dans TOuest. 

Cela nous fait croire que Cloetta a raison en parlant d'une 
« tendance » qui se manifeste dans plusieurs dialectes à supprimer 



1, Je renvoie pour les déiails de ce chapitre à raon article dans laaï m 
LeUtrm, 1S97. 



s. DE GRAVE 

( dans les diphtongues en question ' ; nulle part cette réductï 
n*a été une règle absolue* 11 est probable que, dans ces régions, 
le premier élément était fortement accentué et a fini quelquefois 
par absorber le second. 

D'ailleurs, comme les mots en question tantôt ont chez nous 
la diphtongue réduite, tantôt la possèdent intacte, et qu'entre 
ces deux groupes il n*existe de limite ni chronologique, ni 
lodle, il n'est pas nécessaire de supposer qu'il y ait eu un dia- 
lecte où la réduction aurait été générale. Il est même probable 
que la fréquence de la réduction dans nos mots empruntés doit 
être mise au compte du moyen-néerlandais : nous n'avions pas 
de diphtongues ai, oi, ni dans des mots indigènes ', et il 
était naturel que nous les adaptassions a nos habitudes de pro- 
nonciation ; ce qui prouve que cette adaptation fut pour beau- 
coup dans cette réduction, c'est que nous avons gardé intacte la 
diphtongue française ei, tandis qu'en wallon ci devient è : 
justement nous possédons*!;/ dans des mots indigènes (cp, plus 
loin te). Que, à la fin des mots et devant une voyelle, i ait été 
conser\'é, celas'exphque sans doute également par la phonétique 
du néerlandais : nous intercalons souvent un yod ou un w pouri 
éviter Thiatus (cp. plus haut, p, 94), et après les mots qui se ter- 
minent par une voyelle fermée nous prononçons un i (que 
nous n'écrivons pas). Ainsi ai^ oi, ai finals, loin de nous cho- 
quer, devaient nous être plutôt familiers. Et le fait qu'actuelle- 
ment, à Falkenberg, l'élément i est encore conservé ù la fin des 
mots et devant les voyelles, exactement comme chez nous,J 
semble prouver que dans ces dialectes et che^ nous, c'est^il-dtn 
dans un pays fortement germanisé et dans un pays germanique, 
la même tendance s'est spontanément manifestée (cp, plus haut, 

§ 3, A côté de ai on trouve eij et cela est très naturel : à ur 
moment donné ai est devenu ei en français, et il est évident que 
les mots empruntés au français après ce changement aient ri. 
Seulement, %*oici une difficulté* Ce changement de ai en r; s'est 
déjà produit de très bonne heure, et on se demande si les mots 
qui che;î nous ont ai ou a ont tous été empruntés avant cette 



1. Poème mcraî^ p. 77. 
a« Vaa Helten, p. 119, 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 97 

date ancienne (xi*' siècle) : cela est peu probable. Je crois que ce 
fait s'explique de cette façon que, dans les dialectes du Nord, le 
changement de ai en et s est produit plus tard. Cela résulte d'ail- 
leurs également d'un fait constaté par M, Suchier et qui reçoit 
ainsi par les mots que nous avons empruntés une brillante con- 
firmation '. 

Pour en revenir aux mots où ai est final, on se demande 
comment il se fait que, dans cette position, on ne trouve jamais 
ei au moyen âge. Il me semble que cette particularité s'explique 
par le fait constaté par Ten Brink ' que, à la finale, «/ s'est main- 
tenu longtemps dans la graphie de manuscrits qui pourtant 
écrivent fî pour ai dans le corps des mots. Il se refuse à tirer de 
ce fait des conclusions sur la prononciation ; mais, si je ne me 
trompe, les mots empruntés par le moyen-néerlandais nous y 
autorisent. En efiet, l'absence en moyen-néerlandais de r/ à la 
finale ii' explique parfaitement bien, si Ton admet que, en fran- 
çais, ai est resté plus longtemps ai dans cette position. D*ailleurs 
le même phénomène s*est produit dans les mots français en 
îleterre * . 

4* La prononciation / pour«/ prouve que cette diphtongue 
portait quelquefois l'accent sur i. Est-ce un trait dialectal ? 
M. Suchier a déjà constaté que nulle part Taccent n'a été aussi 
hésitant que dans cette diphtongue •♦ : dans Mousket nous 
rencontrons des rimes qui supposent Faccentuation de wj surf, 
et en moyen-haut-allemand elle est très ancienne î. 

te, 

§ 5. De même que ei est resté intact chez nous parce que 
nous possédons celte diphtongue, de même si la réduction de ie 
à I est infiniment moins fréquente que celle de tfi, tw, «i, c'est 
que nous avons en néerlandais également la diphtongue «V. 



1, Aucassm*^ p. 64, 

2. Damr uttd Kh»g^ P Î4* 
). Behrcns, 0. /., p. 124. 

4, Zdtichrift fur rom. Phih^ 11, p, 269 {Pôéme moral t p. 67). Cp. Suchier, 
AU/ri.Griimm., p, ^. 
$, Tiialm Utteren,p, rjS. 



tâmémis, XZX. 



1 



98 s. DE GRAVE 

Voici quelques exemples, rangés d'après les manuscrits : R 
putircy Pirs {Pierre)^ Lancelot tnenire, tirche, etc.; Reinaert 
phitirCy citiren ^ Ces exemples sont naturellement trop ancie 
pour nous permettre d'expliquer la réduction par celle de 
en / que cette diphtongue néerlandaise a subie plus tard, apr 
le moyen âge. Il me semble qu'on doit y voir un trait du di 
lecte wallon *. 

Nous avons rendu compte plus haut des deux prononciatioi 
de te en moyen-néerlandais, qui s'expliquent par la différen 
d'accentuation du dialecte et du français. 

La réduction de iee à ie^ qui est constante dans les mots qi 
nous avons empruntés au moyen âge, est picarde aussi bi< 
que wallonne ^ et ne permet donc aucune conclusion. 

VI. VOYELLES NASALES 

aity en. 

§ I. On sait que, dans les dialectes du Nord, en et ^«restei 
séparés quand ils sont placés devant une consonne *. Aus 
prononçons-nous dans les mots empruntés de bonne heure « 
comme en. Les exemples abondent : attente i, consent i, rente 
etc., etc. On trouve â côté quelques mots qui ont an : plantio 
i (v. fr. pIentivos)y penitancie i, tampiceren 3, rantsoen 3, angien 
pravande 3 ; la plupart de ces mots ont aussi des formes avec e 
qui sont ou contemporaines ou plus anciennes. Quand mên 
il n'en serait pas ainsi, nous aurions le droit de mettre an 2 
compte du français central, car aucun de ces mots ne se trou> 
parmi ceux où en, dans les dialectes du Nord, se pronon< 
exceptionnellement an >, excepté penitancie. 

On constate la séparation de an et de en dans les dialecte 
depuis la mer jusqu'à la province de Luxembourg ^; c'est doi 



1. Cp. Rom., XXIX, p. Qo. 

2. Po^me moral, p. s^ : Rom., XVII, p. 556. 

3. Mcycr-Lubkc, 'l 267. 

|. Haasc, l\is l'iihiiUtH dcr pihird. inul iiuiU., Dt^nhiiiilrr in Bei^u^ auf 2i m 

c vor i^i\l\-ktem n. 

5. O. /., p. 41 et suiv. 

6. \\ )4. 



tES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 99 

— ainsi qu'on pouvait s*y attendre — du Sud que nous est 
venue la grande masse des mots qui ont en. 



on. 



§ 2. En dehors de uun, dont il a été question plus haut, on 
trouve chez nous au moyen âge oon (avec o fermé) et oen (pron, 
un) pour o latin libre suivi d*une nasale ; dans Timmensc 
majorité des mots on prononce oen, et il est même probable que 
souvent l'orthographe aw, one cache la prononciation ww*. 
Seulement, oen peut aussi être une graphie pour rendre o fernié, 
et ainsi seules les rimes et la prononciation actuelle peuvent 
rendre certaine la prononciation du son. Exeraplesdeo^: sdi^oen i, 
(saismi), hatpoen i,garniioen 2, fatsûcn i, citroen ^^boen^, etc.; 
de 00 : visiotne i ( ; trone)^ gonfanonc i ( : scme)^ etc, ' 

Cette prononciation de comme u est fréquente dans les 
dialectes. Voici ce que nous apprennent là-dessus les textes 
Dans les chartes d*Aire et du Vermandois on trouve oun i côté 
de un S dans Mousket ou et u (qui est sans doute une graphie 
pour le son u) ■*, dans le Brt4t on écrit toujours u (prononcé sans 
doute également ï<)n ^^^^ ^^ Poème moral on est devenu oun, 
puisow^, dans les chartes de Liège on trouve ow, m«, les Dia- 
logtm du pape Grégoire écrivent '. 

Les patois modernes ont le plus souvent à nasal, ce qui 
n'est pas en contradiction avec une prononciation primitive 
un ou an. 

On se demande si la prononciation un est exclusivement 
dialectale. Nos mots semblent prouver le contraire. Car on 
trouve parmi les mots en -oen des mots relativement récents, 
comme citroen 3, boen 3, Or, si dans citroen on pourrait attri- 
buer t^ à r analogie des autres mots qui ont le suffixe *onem, 
cela n*est guère possible pour boen. Voilà donc un mot qui 



ï. Par exemple religbfui: dûem). Rose lOjjç. 

2. Qiidques autres exemples chez Van Helteti» p. 90. 

). Neuinann, 0. t,, p. 4;. 

4, Link, U/ht'r die Sprachf dur Cbramquf rintre^ p, 12. 

5, Éd. VoUmôlkr, p, xxiv- 

6. Poème fnotitî, p. 79. 

7. Rom,, XVII, p. s6o; Wiesc, o.L, p. 19, 



100 



s. DE GRAVE 



remonte certainement au français littéraire. Si le français avait 
déjà prononcé on avec à à l'époque où bon fut emprunté, nous 
aurions dit bon (cp. salon , posltljon^ station^ balkony. 

ein. 

§ 3. Une petite observation à propos de ein. D'après M. 
Suchier ein a fini par se confondre avec ain dans le son ain*; 
d'après Nyrop^ le son commun était ein. Chez nous, on trouve 
presque exclusivement ««, rarement ain. 

Voyelles atones. 

§ I. Les changements que subissent chez nous les voyelles 
françaises en syllabe atone sont multiples : il semble presque 
que toutes les transitions étaient possibles dans cette position. 
Le tableau suivant donnera une idée de cette extrême diver- 
sité. 



a peut devenir 


au 


: fautsoen 2 (façon), saustelet 2 (chas- 
telet), etc. 




e 


: melaetsch 3 (tnalade), bernas i (har- 
nais), etc. 




i 


: britsiere i (v. fr. brachiere), cipau i 
(chapeau), etc. 







: gordijn 2 (gardien), dolfijn 3 (dalfin), 
etc. 




ai 


: aisuer 1 (a:^ur). 


e peut devenir 


a 


: tarmijn i , niatael 3 (tnétal), moitié 2 
(meslee), etc. 




i 


: chivaetsie i (chevauchie), virgier 3, 
irisoor i, etc. 







: bordes 3 (breiesche), motael i (tnétal^, 
etc. 




u 


: buscuut 2, musure i, etc. 




eu 


: freurie 2. 



1. Cp. Nvrop, <7. /., p. 194, Rem. 

2. Altjr^. Gramm.y p. 72. 
}. O. /.. p. 189. 



LES MCyrS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÈEULANDAIS TO! 

(w) peut devenir a : calomne i {colonm)^ hanioor 3 {comp- 
toir)^ caloor 3 {couleur)^ etc. 

e \ greniaert 2 {grognard), dtmeinc 
(domaine)^ etc* 

; : almintejre i (v. tr, almosniere)^ gri- 
niaert i (grognard), etc, 

«I : culicre 2 (v. fr. coliere), duwarie i 
(douaire), etc* 

auiflauwijn 3 (v, ir, fluine), flauwiel 3 
(v. fr. veluel), etc. 

e : trewant i, lemierc i (v. fr» lumière), etc. 

f : limierc i (lumière), triivant^ etc. 

<? ;/or^f 2 (Jureî), cobebe 3 (cubebe), 

a, «, tf, t, ï<. 

fl, I, 0, u. 

0^ K ' . 



u peut deveuir 



j/ peut devenir 
oi peut devenir 
«I peut devenir 



Puis tous ces sons peuvent rester intacts en néerlandais, ce 
qui augmente encore le nombre des variantes d'un même mot. 

§ 2. Cette grande variabilité des voyelles atones existe aussi 
dans les dialectes. M. Cloetta signale* « die ausserordentliche 
Wandlungsfahigkeit der unbetonten Vocale » ; et ailleurs ^ il 
parle de « la tendance générale en wallon à ramener Tatone à 
t*une des voyelles i ou û », il mentionne le fait que « le wallon 
favorise les voyelles 0, ii dans l'emploi de protonique j>, que « a 
protonique est un trait caractéristique du wallon et, en général, 
des dialectes orientaux », que « e protonique remplace d*autres 
voyelles ». M. Neumann ^ relève dans les chartes d*Aire le passage 
de toutes les voyelles atones à e, a. Enfin au pour a est -un phé- 
nomène de l'Est; dans le Flooi'ant j'ai trouvé auloii (^^aloit 1 10), 
auler (= aler 41), Aufricans (2153), paidefrai::^ (4^2): ce phé- 
nomène doit avoir existé en wallon; sans cela nos mots pour- 
raient difficilement le présenter. Car ce qui est certain, c'est que 



I . Pour ne pas trop charger les listes, je renvoie pour les exemples de ces 
sons i mon article de Taal en titUren, 
1, Pcèmi morale p. 78. 

5. Rom., XVÎI, p. 560 et suiv. ; R^v. d, pat* galî,, l, p. 227. 
4. 0.i.,p. 6?. 



102 S. DE GRAVE 

c'est surtout au compte des diiilectes qu'il faut mettre l:i diversité 
des voyelles protoniques qu'attestent nos mots. La difficulté 
serait de trouver les formes « normales » ' pour chaque voyelle 
protonique. Ce qui compliquerait ces recherches c'est que, parmi 
les chatagemcnts, il doit y en avoir qui se sont produits sponta- 
nément en néerlandais ; ce serait possible par exemple pour e 
devenant a devant r. Mais ce qui pour le moment serait encore 
tout à fait impossible, ce serait la localisation , d après les mots 
néerlandais, des différentes voyelles protoniques dans la région 
limitrophe ; il flmdrait, pour pouvoir entreprendre ce travail, 
que les manuscrits moyen-néerlandais fussent localisés avec 
plus de précision qu'ils ne l'ont été jusqu'à présent. 

§ 3 . Dans quelques mots nous constatons chez nous le change- 
ment en syllabe proionique de an en en, phénomène picard aussi 
bien que wallon *, et que connaît aussi le français. Exemples : 
mendeeren 3 (mander), commendoor i , Normandie 1 , FerntenJois i , 
nitngitren i, hlancmengurj . Toutes ces formes se rencontrent 
dans les dialectes. Ouant à Bkncefloer (à côté de Blancefioer)^ 
cette forme s'explique peut-être comme une graphie inverse* 

§ 4. M. Suchier croit ^ que e devant une voyelle s'est amuï 
plus tôt en picard qu'ailleurs. Nous n'avons pas cet e 
dans les mots français que nous avons empruntés. Exemples : 
caplijs î, Ixwdiji i, aloor 2 (akoir). Seulement, remarquons 
que chez nous la chute de la syllabe protonique se produit 
là même où elle est suivie par une liquide. Exemples : kîeur 
(couleur), kram (coNromw}^ prci (pon'i\ fr. poirée)^ pruik (perruque^ ^ 
fluwed (veluel)^ etc., etc. ; il paraît que devant une autre 
consonne que /, r cette syllabe avait plus de consistance, 
par exemple kaneeL La chute de la syllabe protonique s'explique 
sans doute par la place, inusitée chez nous, où se trouve dans 
les mots français l'accent tonique, et par la plus grande force 
qu'a chez nous cet accent tonique. Il est donc douteux que la 
chute de f dans les mots cités au commencement de ce para- 
graphe doive être mise au compte du picard. 



1. Cp. p. I. 

2. Hiiasc,c /.» p. 46. 

j, Ancasîin *, p. 68. Mais cp* Gaston Paris, Vie dr saint Gilks, p. xxii, 
», 1 {Onon de Bi4immts, p^.xxxvi). 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EU NÉERLANDAIS I05 



CONSONNES 

C DEVANT a LATIW 

§ î. L'histoire de c dans les mots empruntés n'offre d'inté- 
rêt pour le but que nous poursuivons qu'autant qu*il est placé 
devant a. Nous dîstingucTons deux cas, suivant que Ta latin qui 
suit le c est resté a ou qu'il est devenu e^ ic. 

1, c devant a, au moyen âge, reste chez nous le plus souvent 
i, devient /i dans quelques mots. Les exemples dei abondent: 
kampiûen i, kameel i, kanselkr 2, etc, etc»; voici ceux de is : 
isapeel i (à coté de capeel i, fr. chapeati), isatrter \ (la forme carter 
est rare), chantccrm 3, marisauclm i {maréchaucie'), qui ne se 
rencontre qu'une seule fois ; puis des noms propres : Tsarel i 
(Charles), Tsampanms i (Chattipenois), Tsaerttrms i (Char- 
tftus\ etc, 

2. C devant f , ie provenant de a latin devient le plus souvent 
Is (i, r/;), plus rarement reste k. Exemples : sUr i (chiere), karts i 
(coucfje), art s ter 2, rots i, brootse î, toorise 3; rok' i, broke i, 
torki 3, hanht i. On remarquera quHl y a des mots qui ont les 
deux formes» l'une avec k^ l'autre avec chtSy et que ces deux 
formes sont toujours contemporaines. 

Ce qui nous frappe tout de suite, c'est que dans cts deux 
groupes c se comporte difl'éremment : devant a il reste ;\ peu 
près toujours k^ devant e il devient plus souvent ts. Or 
on sait que les mots qui ont k viennent du picard et que ceux 
qui présentent ts doivent nous être %enus du wallon ou du fran- 
çais ; en effet, le traitement de c devant a constitue une des 
principales différences entre le picard et le wallon *. Comment 
faut-il donc expliquer la différence entre c devant /ï et c devant 
f, iVdans les mots français en néerlandais ? On ne peut pour- 
tant pas admettre que ceux où c est placé devant a viennent du 
picard et ceux où c se trouve devant c, i>, du français ou du 
wallon. Ka et tst^ tsie sont toutes deux des formes « normales i>, 
donc toutes deux représentent le développement du même 
dialecte. 



I, Mêûngis Wijthns, p. 108. 



r04 s. DE GRAVE 

Maintenant, est-ce que les renseignements que nous four- 
nissent les textes du moyen .ige corrohoreni ce postulat ? I^i 
question du traitement différent de cdnns ces deux positions a 
déjà été soulevée par les romanistes. M. Tobler' admet le 
double traitement, M. Suchier ' le nie, M. Beetz » également. 
Et ce qui semble donner raison aux deux derniers, c'est que les 
patois actuels ne distinj^ment pas deux développements différents 
de c d'après la vovelle qui suit. M- Beetz dit : << Undenkbar ist 
es, dass man auf unserem Gebîete /.. B. fruher cher und heute htf 
sprecheiT konnte » ^. Pourtant nos mots sont là, qui disent le 
contraire. D'ailleurs, ne pourrait-on p;is admettre que, dans le 
domaine du picard, aussi bien que plus tard en France, une 
langue générale se soit répandue et ait effacé des différences qui 
existaient entre les différents parlers? 

/ MOBILE FINAL. 

§ 2, Le pic-ird a conser\^é le / qui était primitivement placé 
entre deux voyelles et qui est devenu final jusqu'après le moyen 
;îge. Sur les limites de ce phénomène les avis sont partagés, 
M. Suchier* l'appelle <* picard, wallon et lorrain », et puisque 
les Sermons de saint Bernard ^' et le Psautier lorrain ' récrivent, 
il paraît en effet assuré pour le lorrain, du moins jusque dans le 
xrV' siècle. Par contre M. Cloetta* nie son existence dans le 
fùiim morale qui pourtant est wallon et qui date d'environ 1200, 

Dans les lieux-dits i est écrit au xnr siècle dans la province 
de Liège, par exemple fimel ^, d'accord avec ce qu'a constaté 
M, Wilmotte'^, qui donne 1241 comme limite pour le liégeois; 
en namurois, on la connu jusqu'à la fin du xm" siècle''. 



1. l^ai Anki*, p. XXL Cp. Gaston Paris, dans Rom,, VI, p. 617, 

2, Zntschr, /. rmu, PhtL, II, p. 276, n, 5. 

}. Karl Btetx, c und ch wr latan, a (Dîirmstadï, 1887), p. 52. 

5. Aucassin », p, 62. 

6. Éd. Foerster^ passim. 

7. Ed. Apfelstedt, p. xu. 

8. Fourni morale p. 108. 

9. Kurih, 0, /,, p. 1R6. 

10. kom,^ XVII, p. séj, 

11, ^Qm.t XrX» p, 81. 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS F,N NÉERLANDAIS lOS 

Quant aux mots empruntés on trouve t dans ceux qui sont 
anciens : virtuut i, Menfroot i, Joffroot i, conroot i ; îraitiet 2, 
clergiet i ; puis tous le? mots en -Uit (fr. -té). Seul le mot 
greii (fr. gré) fait exception, mats c'est sans doute le substan- 
tif verbal de gmtn, 

bL 

§ 3. Dans le groupe hl {-ahlf, -/Wr^etc.) b devient chez nous 
V. Exemples : paysivel 2, payavel 2, conincsiavd i (am^stahle), 
kasuifd I (clmsuble) i^ favck i (Jable). 

C*est là un trait dialectal du Nord et de TEst de la France, 
du Hainaut aussi bien que de la province de Liège. Voycz^par 
exemple le Cartulaire du Hainauî^ n** 52, paisivlcy etc. ; dans un 
lieu-dit de Ghislenghien du \uv siècle * ahatiauUs^ et dans les 
Sermons de saint Bernard respessaules^ etc., etc. *, 

qu A L*IXITIALH, , 

§ 4. Dans la plupan des mots qui ont en français qu en 
position forte, nous prononçons kw^ comme en latin. Exemples: 
kwaliieii 4, kwart 3, kunjt i, ktmriier i (à côté de car lier r), 
quaretl i (à côté de carul 2). Dans un mot récent, comme 
hvalitcit, cette prononciation peut s'expliquer comme un essai 
de latinisation \ mais dans les mots anciens deux autres expli- 
cations sont possibles a priori. Les mots en question peuvent 
avoir été empruntés avant le changement de kuf en k en fran- 
çais et en picard, lequel sVst produit entre le \'][^ et le xir siècle K 
Ou bien on pourrait voir dans la conservation de rélément 
labia! un trait dialectal. D'après les Mélanges wallons ', kw st 
prononce encore aujourd'hui ù Liège, Beaufays, Hervé, etc., jus- 
qu'à Malniédy. En lorrain quattuor est devenu qot4éU *", Et en 
Hainaut ? Je manque absolument de renseignements sur les 
patois actuels de cette région. Dans Mousket et dans le Brut 



1. Kurth, 0, !., p. 205. 

2. Cp. Rom., XVII, p. 565. 
j. Voyez n\on Essai, p. ia6. 

4, Nyrop, 0, /., p. 345; Meyer-Lûbke, S 426. 

j. P. 65 et suiv,, 82. 

6. Homing, dans h Langue et h LiUéralur< fraii^ahei^ p 3'- 



lOé S. DE GRA\^ 

on rencontre souvent la graphie inverse qu pc^ur c latin ; 
Saint-Pol on prononce actuellement k, 11 paraît donc que la 
prononciation kw est exclusivement waHunne, et dans nos mots 
il ne nous reste qu a l'expliquer par la date ancienne à laquelle 
ils sont venus ici (cp. la conclusion de cet article). 

s DEVANT UNE CONSONNE. 

§ 5. « prosthétique est inconnu dans les mots français en néer- 
landais. Exemples : stoft 3 (étoupe), spinjoeî 3 (èpagntul), spons 3 
(épongé)^ etc. La prosthèse est ioconnue en wallon actuel, mais 
cela n'explique pas que, chez nous, on ne la constate jamais. 
Behrens, après avoir relevé le même phénomène dans les mots 
français en anglais, cite un passage de Seelmann, qui voit dans 
l'absence de la prosthèse une preuve de rinfluçiice germanique *. 
Nos mots français confirment cette façon de voir, surtout parce 
que parmi les mots qui n'ont pas e prosthétique il y en a qui 
sont trop jeunes pour provenir du dialecte. 

§ 6, Dans le corps du mot, 5 devant liquide est amuï dans 
nos mots et il subsiste devant explosive; on sait d'ailleurs que 
dans la première position 5 est tombé en français plus tôt que 
dans la seconde. Exemples : blaam i, melkk i^ile i^fantoom i, 
achemant i, etc. ; bust ^, fcest i, pasuH i, etc. Nous nous sépa- 
rons donc nettement du wallon, où s ne s'est jamais amuï ^ 

W DAKS LES MOTS GERMANiaUES, FRANÇAIS gU. 

§ 7. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, nous avons presque 
toujours w dans les mots anciens. Exemples : walois i , umnbtm i , 
want I, warisoen i, wasteel i, wikeî i, etc. Les mots peu fré- 
quents qui présentent^ s*expliquent comme des emprunts faits 
à la langue centrale ; gahis i, gariic i, garant 2, garnt:;pen 2, 
etc. On sait que w est un trait du picard et du wallon; dans 
les Versions de la Parabole de F Enfant prodigue on trouve w dans 
toute la région limitrophe, exception faite pour tes grands centres 
(Douai, Mons). 

w INTERCALÉ. 

§ 8, Exemples : juweel i^flutueel 2, bruwet 3, mutmerde i 



I. O /,, p. 182. 

1. Mélanges wdlmi, p. loS. 



LES MOTS DIALECTAUX DV FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS tOJ 

(a. fr, coourde)^ duwarie i, etc. M. Wilmotte relève * le même trait 
dans les chartes de Liège. Mais il est trop général chez nous 
pour être rapproché d*un phénomène dialectal isolé- Aussi je 
['explique par la tendance que nous avons à intercaler des con- 
sonnes pour éviter Thiatus et dont il a été question plus haut. 

V DEVIENT W, 

§ 9. Exemples : corwei i (corvée) fjenrtver i, claumer j (cla- 
vier)^ pauwelioen i. Comme ce changement n*a jamais été gêné- 
rai chez nous, il n*y a pas d*inconvénient ;ï le rapprocher du 
phénomène identique que connaissent les dialectes wallons et 
ceux de t'Est \ 

iv DEVIENT tu, 

§ 10. Exemples : baljuw i répond à une forme haliu^ qu on 
constate dans le Hainauc ^ et à Namur *. Mousket connaît le 
phénomène* ; le Poème moral ne le présente pas^. 

Vocalisation ou chute de /. 

§1!. Dans la grande majorité des mots empruntés, / s est 
vocalisée devant une consonne; dans quelques mots nous avons 
gardé /, dans quelques autres / est tombée sans laisser de trace* 

Les mots où / s*est conservée chez nous ne nous intéressent 
guère pour la question qui nous occupe. Ils s^expliquent en 
panie comme des germanismes (herald y rihaUiy soldij)^ en partie 
comme des latinismes, soit que les mots aient été directement 
empruntés au latin (altaar)^ soit que ce soient des latinisations 
de mots français (olm) ', en partie sans doute par la date 
ancienne où ils sont arrivés chez nous. 

La fréquence de la vocalisation s'explique par \:\ date très 



1. Rom,, XVn, p. 563. 

2. Apfelstedt^ Psautirr lorrain, p. xLv; Wilmotte, Rc^n,, XJX, p. 81 
(Namur), XVIII, p. 216 (Huy). 

î. CatUilaire du Haimut^ n« 45* 

4. Jbid.^ no 71. 

5. Link» o, /,, p. 17. 

6. Pocme mcral^ p. 99. 

7. Esmi, p. 128. Dans Mmtalluun la conservation de / est duc s^ia doute 
au caractère de nom propre du mot. Cp. Van Helten, p. 103, qui constate le 
même phénomène dans des noms propres germaniques. 



I08 s. DE GRAVE 

ancienne à laquelle ce phénomène s'est produit en français, 
mais en partie sans doute par le fart que, en néerlandais, /devant 
une consonne devient également u. Du moins, si l'on songe 
que, en allemand, / ne s'est pas vocalisée dans les mots indi- 
gènes et que justement les mots français y ont également gardé 
/ (à moins qu'elle n'y soit tombée sans laisser de traces) ', on 
ne peut se défendre de croire que révolution des mots germa- 
niques est pour quelque chose dans la constance avec laquelle 
nous rencontrons chez nous / vocalisée. Je me suis demandé si 
après a la vocalisation s'est chez nous produite plus tôt qu*après 
fy a: on sait que c'est l'opinion de M. Fœrster*. Or, nous 
trouvons chez nous une / dans pols^ solfer^ polver^ dolfijn, colpœn, 
culctc (qui sont pourtant certainement des emprunts faits au 
français) *, mais aussi àzws calkoen (formé dccbauchain avec sub- 
stitution de suffixe), aïfijn^ ahnisse. Pourtant on ne peut nier que 
les exemples de la conservation de /sont plus fréquents après o, 
e qu'après a, ce qui pourrait être considéré comme un appui pour 
la théorie de M. Fœrster, surtout parce que les mots qui ont un 
a devant / sont les plus nombreux. 

§ 12. Ce qui importe plus, ce sont les mots où / est simple- 
ment tombée, car ceue chute peut çtre dialectale. Les exemples 
sont rares chez nous : tmaes ^ (à côté de nmaus, fr. émnux) ; 
abeel i (à côté de aiibeelijn^ fr. anbef)^ aber^otl 2 (fr. baubergeon) •*, 
cassiedê i (fr. chalciee^ pic. calchie; nous avons aussi couisiede et 
keltsiede "*), chivaeîsic i (à côté de cl}evautsie\ acôHoen i (v. fr. 
aucohm\ vcrbabe^rt i (ébauhi)^ amutse 5 (fr. aumuce)^ favisage 2 
(faux visage), kanded i (v. fr. cbaudel). 

On sait que, généralement parlant, la chute de / est propre à 
la Wallonie^. A en juger d'après les Versions^ la limite 



1. Kassewitz, DUJran^, Wdrier im MUtelhochd.t p< 5î^ 

2. Cîigèi, p* LXIX. 

5. Enai, p. 129. 

4. La forme Itakhr^ott çsi une adaptation au néerl. JxiJshrr^. d*où pr 
viennent haubert et hauberjon, La substitution dt ! k n dans U terminaison : 
rencontre aussi dans patrœl 5 a côté de pahoon. L'inverse est plus fnîqueoi 
ipiîjùen (eipQj^noï), hocraal pour bocrat»^ fr. bottgran, etc, 

$ . Je ne comprends pas cette forme. 

6. Hofn,^ XVII, p. $65 ; Potmt moral, p. 93. 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS £N NÈEKLANDAIS 10^ 

entre la vocalisation et la chute de / serait actuellement à peu 
près entre la province de Namur et celle de Luxembourg, du 
moins on trouve à peu près régulièrement /rf/ (=faut) à partir 
de Havelange (p. 95). Dans les dialectes de FEst on reiTouve 
la vocalisation %du moins en syllabe tonique. 

Remarquons que dans nos exemples il ne s'agit que de la 
L chu te de / après a et que, à un mot près, cette chute ne se 
rproduit qu*en syllabe protonique. Le premier de ces taits s'ex- 
plique par la fréquence des mots qui ont un a devant /; le 
L'second nous fait hésiter à expliquer Tabsence de / comme un 
'trait dialectal. Car il serait bizarre alors que / se fût con- 
servé presque toujours en syllabe tonique : en effet nous ne 
voyons pas que le wallon fasse une différence entre / dans ces 
deux positions. Il est vrai que la séparation existe peut-être 
aussi dans le Psautier lorrain'; seulement, on ne peut pas 
rapprocher ainsi les dialectes de TEst de nos mots français. Aussi 
je prétère considérer a au lieu de aw dans la syllabe proto- 
nique des mots néerlandais cités comme un phénomène du 
néerlandais. Il y aurait eu alors réduction de au à a, et, vu 
rextrcme variabilité des voyelles protoniques que nous avons 
constatée plus haut, ce changement n'aurait pas de quoi nous 
surprendre. Dans inuus par contre, nous aurions affaire à la 
chute dialectale de /, et la rareté de ce trait chez nous s'ac- 
corderait bien avec le résultat auquel nous conduit Tétiide de 
nos mots français : que les emprunts laits au wallon ne sont 
qu'exceptionnels et isolés. 

/ MOUILLÉE, n MOUILLÉ. 

§ 13, On trouve chez nous quelquefois /, n au lieu de /, n 
mouillés. Exemples : taie i (à côté de taelge i , fr, taille)^ ama- 
keren 2 (à coté de amelgieren 2, fr. éniailUr\ artelrie 3 (à côté de 
artillerie 2), nwntane i , lijn i {ligne)^ mitwot 3 , 

h\ réduction de / mouillée n'est pas inconnue aux dialectes 
du Nord, mais il m'est impossible d'en déterminer la région. 



t. Homing. dans fr^, 5/m/., V, p, 505; This, Falhtfé^rg^ p. 41. 
2. Apfdsiedt» L^thr, Pi,, p, xxxvii. 



IIO 



s. DE GRAVE 



On la trouve aa moyen âge à Arras ^ à Lille S à Namur^; 
actuellement on dit à Saint-Pol attirai, bâtai, bàl ♦. Quant à n 
pour h j*en ai trouvé des exemples à Saint-Pol à la fin des 
mots ; les rimes de n mouillé avec n dans Mousket ne prouvent 
pas que n mouillé y ait été réduit. 

Dans c^s circonstances il est indiqué de voir dans le 
phénomène attesté par nos mots un fait de phonétique néer- 
landaise, et cela d*autant plus que chez nous il n'a jamais été 
général et que ce n'a jamais été qu'une tendance. D*aiUeurs, il 
sVxplique parfaitement bien quand on songe que nous n*avons 
pas de / mouillée : il était donc nécessaire que ce son français 
fût adapté à nos habitudes de prononciation. Or, le plus sou- 
vent nous Tavons scindé en deux en en faisant / -(- yod^ n -|- 
yod^ mais il est naturel que cette adaptation se fit parfois en sacri- 
fiant Télémcnt palatal. 

Intercalation de tîj m. 

§ 14, Elle est fréquente chez nous : visenieere i (visiter), 
winhî I (wihi% tnoniet 2 {mùtet% messengier r Qn^ssager% 
kandeel i (clmud^f), singlatuen 1 (ciglaton), hrancaen 2 (v. fr. 
bracon), jansoen 2 (Jaçon)\ pampier 3 {papier), komfoor 3 (chauf- 
foir), ampart 4 (à part), camplijs i (v. fr. chaplets). 

On constate en picard Tintercalation d'une nasale devant les 
dentales et les gutturales >, en wallon aussi devant t^, w^. 
Comme chez nous elle a lieu également devant p, il me semble 
qu'il s'y agit d'un phénomène qui s*est produit spontanément. 
Ce qui d'ailleurs rend ce fait encore plus probable, c*est que nous 
le constatons aussi dans un mot très récent, qui n'a donc cer- 
tainement pas été emprunté au dialecte (ampart), puis que nous 
trouvons Tintercalation aussi dans le verbe spanseercn^ qui nous 
vient de rallemand spa^ieren. Dans des mots germaniques nous 
intercalons n devant I, i'. 



u Mcver-Lûbke, S S*7* 

2. Tailliiir, RnuHÎ d'mUs, p. 371, 

5. /î^i./xrx, p, 82. 

4. Revue des patois f^all.^ U, p. 116; III, p, 234, 2}!. 

5. Ncuroânn» 0. /., p. 74. 

6. Poème moral, p. *j; ; R^>m*. XVII, p 566 ; XJX, p. 85. 

7. Van Hettet), p. 210 et 211, Cp. Hattddini'en van hct 2* Ne*ierl, Pbihl, 



LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÈERLAKDAfS I î I 

Intercalation de b E^mu m et r . 

§15, Exemples : kamfr i (chambre), komkomfner 3, nommer 3 
(à côté de nomher 2), konimer i (à côté de comber 2). 

On sait qu'en français on intercale un b entre m et r : dans . 
les dialectes du Nord il n*en est pas toujours ainsi. D'après 
Suchier' rintercalation n'a lieu ni en picard ni en wallon. Dans 
Tailliar je trouve à Arras (121 1) ensanle^, mais à Douai (1268) 
sambleront ', Dans les chartes d'Aire^ il y a un b^ à Tournai ^ 
il est le plus souvent absent. 1! est très difficile de se faire 
une idée de l'extension du phénomène, parce que les formes 
avec b peuvent ne représenter qu'une graphie française. 

Quoi qu'il en soit, l'absence de h dans nos mots est un fait 
du néerlandais, car : i"^ Aixxxsîomfmr (fr, r ombré) le èest étymolo- 
gique et est pounant tombé chez nous; 2° les formes sans 
b paraissent, en général, plus jeunes que celles qui ont b, 

MÉTATHÈSE DE f. 

§ ré. M. Suchier^ cite plusieurs exemples picards de con- 
sonne -f- er qui devient consonne -f- re et il considère cette 
métathèse comme un trait du picard '. Chez nous on constate 
quelquefois une métathèse analogue : trenwntine } (térébenthine) y 
concraleeren i (coticorder), profier i (porfier). Mais Tin verse a lieu 
plus fréquemment : kersp i (cresp), kerstael r, bordes 3 (bretesche)^ 
pif sent 2, garnaat i, karttioiijn 3 (cramoisi). Il se peut que la 
métathèse qui a lieu chez nous dans les mots français soiï un 
trait du néerlandais, car elle se rencontre aussi quelquefois 
dans des mots indigènes ", 



I. Aucmsin ♦. p. 62, 

a. P. 42^ 

3. P. 399' 

4. Neumann, 0. /., p. 75. 

5. Schwake, Vetmch tiner Darstdlung der Mundart von Tournai, p. la. Cp. 
Doutrepont, dans ZeUsch\ f. fr^. Spr, u. Lit., XXn, p. 77. 

6. Au^u^sin *, p. 66. 

7. Cp. Sçhwakc, o* /., p. 14; Doutrepont* p. 77, 
S. Van Hclten, p. 184. 



/ 



112 



S. DE GRAVE 



CONCLUSION 



En réunissant ce que nous avons appelé les traits dialectaux 
' « normaux n qu*attestent les mots français empruntés par le 
néerlandais, nous arrivons a la reconstitution d un dialecte qui 
a connu les phénomènes suivants i f les voyelles y étaient 
allongées devant une consonne simple et devant les groupes st, 
r 4* consonne et //; 2° a latio libre y était devenu ei devant / et 
devant une voyelle; 3"^« suivi d'une consonne y était resté dis- 
tincte de an\ 4° les diphtongues qui provenaient de é, ô latins 
y étaient accentuées sur le premier élément ; 5" ô libre latin était 
resté plus longtemps («) qu*ailleurs; 6"* c devant a conservée y 
était resté A% devant e^ te provenant de a huin il y était devenu 
ch; 7^ /mobile final vêtait resté plus longtemps qu'ailleurs; 8° s y 
était tombé devant les liquides; 9'' w; germanique y était resté w. 

Le phénomène cité sous 6" nous permet d'affirmer que le dia- 
lecte d*OLi proviennent nos mots se trouvait i TOuest de la ligne 
qui sépare le wallon du picard. ï.e dialecte eti question est donc 
picard. Et comme d'autres considérations (par exemple la fré- 
quence moins grande de fi = a dans la partie ouest du picard, 
et comparez plus haut, p. 85) nous interdisent de le localiser 
trop vers l'Ouest, nous sommes tout naturellement conduits à 
considérer le Hainaut comme la région d'où la plupart des mots 
français nous sont venus au moyen âge. Cette conclusion est 
corroborée par deux faits historiques : on sait que les comtes du 
Haînaui ont longtemps régné sur toute la Hollande, et en outre 
on connaît Timportance qu'avaient au moyen iige les villes du 
Hainaut. 



Leide. 



Salvlrda de Grave. 



MÉLANGES 



PRÎMUS ET \4NrANEUS EN ROUMAIN 

Le numéral ordinal p ri mus ne s*est conservé que dans une 
petite partie du domaine roumain. II apparaît, sous la forme 
invariable primai usitée aussi comme adverbe^ dans le parler 
maccdo-roumain de Meglcn ', où il dispute le terrain au 
turc pHinij employé avec la même valeur. En dehors de cette 
région, il n'est attesté nulle part, comme mot populaire 
dérivant directement du latin. M. Bojadzi ^ et D. Athanasescu ^ 
citent bien la forme macédo-roumaine primu^ prinmt, mais 
elle a été sans doute inventée par eux, puisqu'on ne la trouve 
dans aucun des textes publiés par M. G. Weigand *, Le mot 
propre au maccdo-roumain pour exprimer l'idée de « pre- 
mier » est /ïm/w, protul, emprunté au grec \ L'istro-roumain 
ne nous offre aucune trace de primus; pnn, introduit du slave, 
remplit ici la fonction du numéral latin '\ En daco-roumain, 
primul est d'origine savante» Au xvi* siècle, on ne le trouve, à 
notre connaissance, que dans la traduction du Vieux Testament 



1. G.Wdgatid, Vkch(hM€glen, hti^ug, 1892, p. 18. 

2. Eomanischf oder Mac^dono^Wîachischc S^rachkbre^ 2c éd., Bucarest, 1863, 
P-43. 

3. Gramaticà rotnituascd, Bucarest» 1865, p. 25, 

4. Cf. G. Weigand, ZtutUer Jahrtibericht dts Inst, fèrrum. Sfracfx^ 1895, 

P ni* 

5. Kavallîotîs» npoTo::itpi«, éd. G* Meyer^W. Studifu, IV, 1895), n» 823; 
G, Weigand, Die Sprache dcr Olympo-Walachm, Leipzig, 1888, p* 7î i Oie 
Atùmuiun, Leipzig, 1894, t. lï, p. 326, etc. 

6. G. Weigand, Sichsta Jahnsbirkhi des Imt, fur mm. Sfrad^e, 1899, 
p. 322. 

H^mtié, XXX g 



tl4 MÉLANGES 

de 1 5 82 (Palia £k la Oràstié). La présence à^primul s'explique ici 
par la circonstance que les traducteurs de ce livre avaient devant 
les yeux, en dehors du texte hébreu, grec et slave de la Bible, 
aussi la version latine, d*où ils ont Siins doute pris ce latinisme, 
A partir du xvni^ siècle, primid apparaît plus souvent, et ce 
furent surtout les écrivains transylvains qui rintroduisirent dans 
la langue littéraire. Aujourd'hui, on Tentend partout à côté de 
iniîiy et il a pénétré même dans le parler populaire ^ 

Ce qui est intéressant, c*est la manière dont întli s'est déve- 
loppé peu à peu en roumain et a supplanté la forme primus. 
II est hors de doute que ïntfi, qui, en dehors du daco-rou- 
main, s'entend aussi quelquefois en macédo-roumain % doit 
reproduire une forme latine *antaneus, dérivée de ante'. 
On se demande seulement comment on est arrivé à former un 
mot comme celui-là, dont 00 ne trouve pas la moindre trace 
dans les autres langues romanes, et pour quelles raisons ce nou- 
vel adjectif numéral a remplacé primus en roumain. L'expli- 
cation do phénomène nous est donnée par Falbanaîs, la seule 
langue qui nous oflire quelque chose d'analogue au mot en 
question. En etfct, on trouve en albanais, à côté de la prépo- 
sition para^ traduisant le iat. an te, prae, le numéral paf^, 
i pari^ correspondant à priraus^, et dérivant de la racine 
indo-germanique per- (por-)^ Le parallélisme entre para, 
pari, d*un côté, et an te, *anîaneus, de l'autre, est frap- 
pant. Il nous montre que*antaneus n'a pu se former que 
dans une région où an te s'est trouvé en contact iwccpara, pari et 
où l'idée de « premier » était intimement liée à celle de <« avant, 
devant ». On peut donc affirmer avec certitude que *antaneus 
a été refait sur le modèle de part, et qu'il n*est autre chose 
qu*un albanisme introduit dans le latin balkanique. 



1 . Cf. par exemple la locution dim prima employée par le peuple à Vîdra 
(Hongrie), dans Wcigand, Viertes Jahresbfrkht, 1897, p. 530. 

2. G* Weigand, ZwtiUr Jahresherichtf^. 112, s. v. intem, 

j, Cihac. Lha. d^étytn. daco-nm.^ élim, ki., p. 129; cf* Meyer-Lûbkc, 
Gramm* des kftgitrs r ornant i^ X. Il, S 5^1* 

4. G. Mcyer, Etym, H^orîerbuch d^raîb, Sprache^ Strasbourg, i89i,p, 32t. 

j. Cf. K, Brugmann» Grundrus der ver^l. Gramm. dtr indqgerm. Sprachm^ 
Strasbourg, 1890, t. Il, p. 466* 



PR! Sf us ET \imAXEUS EN ROUMAIN ÏIJ 

L'explicarîon que nous avons donnée pour tnîti est surtout 
intéressante, en ce qu'elle vient jeter un peu de lumière sur 
un chapitre des plus obscurs de l'histoire de h langue 
roumaine. Tandis que les éléments albanais du roumain qu^on 
avait admis jusqu'ici pouvaient être d'origine rebtivemeat 
récente, *antaneus nous ramène aux premiers temps de 
l'extension du laiin dans la péninsule balkanique. Une forme 
comme *antaneus n'a pu prendre naissance qu'au moment 
où le latin était encore une langue pleine de vie et capable 
de mettre en circulation des mots nouveaux. C'est donc à 
une époque^ assez ancienne que *antaneus a di'i commencer 
à être employé dans le latin du sud du Danube, ;\ côté de pri- 
mus, qui a fini par disparaître dans la plus grande partie du 
domaine roman orientai. Or, admettre que *antaneus est dû 
à une ancienne influence de la langue des Illyriens ou des 
Albanais sur le latin, c'est reconnaître d'emblée Texistence en 
roumain d'éléments qui n'ont pu s'y introduire, à l'origine, 
qu'au sud du Danube. 

Ov, Densusianu. 



AMAIZA 

L'article suivant, dans le dictionnaire de Godefroy, a, je 
crois, passé inaperçu jusqu'ici : 

2. Masel, s. m., fourmi ; 

Ces maseaiix, ces founnJs* 

(BouNiN, S4ii. au roi, î* ^^ éd. Js860 

Dans le patois berrichon on dit man', nia\eau, masiau^ pour fourmi, au sens 
propre et au $en:> de picotement dans les jambes : 
Les voitQres suspendues donnent des mâUs^ c'est-à-dire des eugourdisscmcats dios 
les mollets. (G. Sand, U Meunier d'AngibauH, î. SJ.) » 

Le mot existe aujourd'hui dans un assez vaste territoire du 
centre de la France, qui semble à peu près homogène : Haut-Berry 



I , Je oe sais à quelle édition s*est rùfùré Godefroy : dans Téditlon Hetiel» 
à laquelle je me suis reporté, le Meunier irAngibaitH est divisé autrement, ce 
qui a rendu assez longue F identification du passage. Mais j'ai 6ni pir le 
retrouver et la ciuiion est exacte. 



lié MÉLANGES 

(ex. de Bouoin, jurisconsulte de ChAteauroux ' ; ex. de G. Sand ; 
glossaire du Centre, de Jaubert); est de la Creuse (Bel- 
legarde, communication de M. Thomas); la majeure partie du 
Puy-de-Dôme (enquête personnelle), sauf Touest (région des 
monts Dore et des Dômes) qui ne connaît que « fourmi », et 
le sud-est qui emploie dans le même sens « belette ^ » ; ouest 
de la Loire (Leigneux, communication de M, Fabbé Charles); 
Velay (cité par Deribier de Cheissac); nord-est du Cantal (cité 
par Laboudcrie^ et recueilli récemment par M- Edmont). En 
faisant abstraction des suffixes, sur lesquels nous aurons à 
revenir, tous ces dialectes nous offrent la même racine mai-. 

On pense immédiatement à Tallemand ameise, et je crois le 
rapprochement justifié. La plus ancienne forme de ce mot que 
l'on possède est l'ancien haut allemand amei:^a. L*éiymologie 
soulève, paraît-il, de grosses difficultés : mais les germanistes 
semblent d*accord pour restituer une forme gothique à radical 
*amaiî- (Grimm, Kluge, etc.). Pour aller de *amait- hamcix-^ 
il faut passer par *amai::^- : c*est à cette étape ^amaiz- que le 
mot a pénétré en roman, La phonétique ne soulève aucune 
objection : le changement de ai germanique en a roman se 
retrouve dans une série de mots (waidanjan-^ pr. gaianbar^ 
V. Tr, gnaaignier^ etc.); le traitement de z (x ^" provençal, 
s sonore dans le domaine français) est absolument identique 
à celui, par exemple, de sazjan-^ ^siuirc-* pr. sa:;Jr, fr. saisir, 
Qu*on n'objecte pas ici le non-dégagement de / dans les 
formes berriaudes masenux et autres : ces mots appartiennent en 
effet à une région où ce dégagement ne s'est point produit. 
Quant à la chute de a initial qui s'observe partout, sauf dans 
Texemple de Deribier de Cheissac aman^eda \ elle n'a rien de 
surprenant, si l'on songe surtout qu'elle n'est pas attestée avant 
la fin du XVI' siècle. 

La racine éclaircie, passons aux suffixes. Le terrain sera vite 



i. La phrase de Bouain, citée plus haut» où maseaux est immédiatement 
suivi de sa traduction fourmi ^ montre bien que (^auteur employait à dessein un 
terme local. 

a. I] y a aussi quelques îlots de «> belette » dans le domaine mai-. 

5, Encore id cet a peut-îi avoir èié mmcnc récemment par un pliénoméoc 
inverse. 



amajzâ 117 

déblayé dans le Berry et dans la Loire : noQS n'avons qii*à noter 
radjonction au radical des suffixes bien connus -elhi (nmsel^ 
-ean,,.^ Bounin, G. Sand), -j//w, -Uta {masel^ ni., niaseUe f. 
[dérivé masetière\, Jaubert), -ôtta {fna^ftœ^ f,, à Leigneux). Ce 
sont la des formations romanes. Mais en Auvergne, les faits 
présentent une bien autre complication. Tous les exemples que 
j'ai recueillis, ou qui m'ont été signalés, se classent en trois 
groupes, qui remontent respectivement aux trois types régio- 
naux, tous féminins, ^ma^ie^ (ex. unique à Grandrif, près 
Ambôrt : forme actuelle mwitâ), *?na^de{est du Puy-de-Dôme: 
formes actuelles nnvfde, etc.), et nia^^de (centre, nord-ouest et 
sud du Puy-de-Dôme, Creuse, Cantal, Haute-Loire : formes 
actuelles maièdê, maièJây etc.). 

Les deux dernières formes, m(}:^de et maxfde^ proviennent évi- 
demment d'un plus ancien *tnq:^ed€^ qui a éprouvé là la syncope, 
ici le glissement d'accent. On serait tenté de réunir ;V leur tour 
^mq;ed€ et mqxte^ en posant comme ancêtre une forme prcromane 
^mifjçete, proparoxyton syncopé dans le second cas, et maintenu 
dans le premier jusqueset après la sonorisation du / intervoca- 
lique. Mais cette seconde hypothèse, si séduisante soit-elle, est 
impossible : la chronologie phonétique y met son veto. Poser 
en effet les deux évolutions concurrentes *mqiete -> mqite et 
*m^^tVt* ^ mq^edi^ c'est admettre que le mot germanique a passé 
en roman avant la sonorisation de / intervocalique ; d'autre 
part, nous savons sûrement que Tintroduction de ce mot est 
postérieure au changement germanique de / en ^. Or il est 
certain que le premier phénomène est antérieur au second : à 
défaut des éléments historiques qui permettent de dater les deux 
phénomènes, il suffit de rappeler la série de mots, tels que 
hotan -^ bouter^ où un t gothique, par conséquent antérieur à 
l'époque de la Lauîverschiebung^ a été conservé en français, 
parce qu'il a pénétré dans la langue après la sonorisation de / 
intervocalique. 

Il semble donc que le problème soit insoluble, à moins que 
d'obligeants dialectes germaniques ne nous offrent un suffixe 
présentant tantôt f, tantôt d. Précisément il en existe un qui 
semble nous convenir. M. Duvau, dont l'obligeance et la 



ï. Nous verrons plus loin que là voyelle finale primitive a dû être un i. 



ii8 



MELANGES 



science de germaniste m'ont été d'un grand secours pour Fèla- 
boration de cette petite note, m'a signalé en effet un suffixe 
atone -idî ou 4fï qoe l'on rencontre assez frèc|uemment en 
ancien haut allemand : c*est un suffixe neutre, qui sert à for- 
mer des diminutifs (jnngidi^ petit d'un animal^ àt jung) et des 
collectifs {owwidi^ troupeau de moutons, de miwi ^= mouton). 
Rapproché des plus récents nmsel, inaseî^ etc., je crois qu*un 
diminutif ne nous paraîtra point déplacé. Le mot, ainsi formé, 
neutre en germanique, a dû être primitivement masculin ; le 
passage au féminin a eu lieu en même temps que l'aphérèse 
de r^ initial : on a dit / ama:^ede (m.)> puis la ma:^ede (f.). A son 
tour, le nouveau genre a réagi sur la terminaison, en substituant 
dans beaucoup de pariers un a à IV final '. 

Nous pouvons donc désormais établir les séries : i** ûmqiiïîl 
-* ma:{te; 2° amqiiidï -^ mqit'de -* ma:^d^^ mû:^edt\ On sait que, 
en français comme en provençal, le d germanique intervoca- 
lique introduit à cette époque a fusionné avec le d issu de / 
intervocaliquc latin (qui devait disparaître en français'), et que 
le / intervocalique germanique s'est confondu avec îe / issu de 
// latin. La phonétique n'a donc aucune objection à faire? Il 
reste malheureusement une petite difficulté, à propos du type 
ma:^de. Les deux seuls mots analogues à ^amqi'^tdï que je con- 
naisse dans cette région, Iqcrhna et p^rsica^ donnent en effet 
îagriniâ QXper€\diây en regard de hmpàda -> làp^ià et de maiêde. 
Il me paraît cependant difficile d'admettre que dans Iqmpeia ei 
Iqgrema les deux e aient conservé une différence de timbre assez 
sensible pour aboutir phonétiquement à deux résultats aussi 



t. Ce mot présente de nombreux phénomènes secondaires dans les patois. 
Citons : i^ l'intcrcalation d'un r entre d gi é final (ttmiidri, mwjiirê) ; 2* 
Tadjonction d'un nouveau suffixe : ^i, èira {arim : mê^êdrii, m. ; miièd{iro 
f,) ; I» dont Toriginc soulèverait une longue discussion (jnmjdi^ tnâiâdi {.) ; 
î« des attractions vocalîques : méi^di^ ctc», pour *mâi^dê^ etc., et inverse- 
ment mSiMi pour 'mâ^fdi^ etc. 

2* La forme masc de Jaubcrt vient-elle de *amqi^U} ou du simple amaiia ? 
Je rignore, car je ne suis pas sûr du genre, Jaubeii donne man masculin, et 
wwrr^ auquel il n&nvoic, féminin : c'est pourtant -la môme forme, avec Tal- 
tcmancc de r et f fréquente en Berry. De même ntarouai L et maiouat m. Il 
serait oiseux de s'attarder plus longtemps sur des fautes d'impression. 



URGERE 119 

éloignés Tun de Tautre que i et /. Je crois que la question 
demanderait à être étudiée de plus près. 

Il me reste un souhait à formuler, c'est que Von retrouve, 
soit dans les anciens textes, soit dans les dialectes germaniques 
actuels, quelque trace du suffixe -idi, -iti accolé au nom de la 
fourmi. Ainsi serait pleinement justifiée notre hypothèse : ren- 
trée dans le domaine roman du mot vieux haut allemand tout 
armé de son suffixe '. 

Albert Dauzat, 

VKGERE 

Kôrtîng ne nous donne aucun représentant roman de urgere 
et je ne crois pas qu'il en ait été signalé ailleurs. J'ai récem- 
ment relevé dans an patois d* Auvergne que je connais beaucoup^ 
à Vinzelles, le terme difr^è pour dire : pousser, ramener [le 
bétail] vers retable. C'est évidemment wr^'^r^, dans un sens bien 
latin : le d peut être récent et prosthctique (très commun dans 
la région, où « oter « devient souvent douta^ douîiy etc.) ou 
provenir d*une combinaison d[e]-urgere du latin vulgaire 
(cf. pellerc et depellere). La forme actuelle ne peut nous 
indiquer si le latin vulgaire avait conservé l'accentuation clas- 
sique urgêre*. 

Ce mot, qui est inconnu de la plupart des habitants de Vin- 
zelies, et que j'ai entendu pour la première fois, il y a quelques 



1. [Le rapprochement Ca'tc par M^Dau^cat est xxH séduisant^ et il est possible 
qu*ll soit conforme à la réalité des choses. Il présente cependant une dt^cultê. 
Si la forme primitive du mot germanique est amait-» ce qui semble bien pro- 
bable (cf. anglO'Sax. ^ttuHe4, angl. tmmet et anl\ la forme amaiz- ne s'est 
produite qu'à Tépoque du haut allemand, et on ne comprend pas bien comment 
à cette époque cUe s'est introduite dans le centre de la France. Je ne connais 
pas d'exemple semblable du traitement de t germ, (h. aU. ^) tntervocaliquc:, 
car le sac ire auquel renvoient le prov.5â^/r et Icfr. sahîr est sans doute, non 
un représentant de 'satjan (qui offrirait d'ailleurs un x sui^i de j), mais un 
dérivé roman de sac a; voy. Rom., XXIX, 149, 588. — G, P.]* 

2. En effet, dans cette région, tous les infinitifs' issus de îa finale -cre ont 
éprouvé, à une époque récente, un recul d'accent qui les a assimilés aux des- 
cendants de ^re ayant conservé ô pénultième (cf. ma Morpl)ohgU du patois 
de Finxilles, p. 172), 



120 MÉLANGES 

mois, dans la booche d'une vieille femme, nous prouve entre 
mille combien Tétude des patois est utile — et urgente — pour 
les philologues romanisants* 

Albert Dauzat. 



CANOA 

La hîstoria de esta palabra se halla intimamente enlaza<b 
con una cuestiôn bibliografica. 

La parte ktina espanola del diccionario de Nebrija se impri- 
mio por primera vez en Salamanca el aiio de 1492, segoin lo 
reza el colofôn, puesto en la hoja sexta de k signatura L : 
jJzUi Anlomi nebrissensis grammaîici Ltxicon ex scrmotte lalîna in 
hispaniemem imprcssum Salmaniicm Anno a natal i christiam 
M.cccc^xcAj, La parte espanola latina fue tambîén împresa por 
primera vcz en Salamanca^ pero e! colofôn no îndica el ano : 
é^lii Antonii Nebrlssen. granntmiici dictionum hispanarutn in 
liUinum sertnmetu îranslaîio explicita est : aîque impressa Sal- 
vianîiciV. Sin embargo^ es tal la semejanza de! papel, letra y 
estampa, qui a primera vîsta parecen las dos partes de un 
mismo ano, y asi lo han creido algunos, aunque no de un 
mismo modo : el Conde de la Vinaza se inclina al de 1492; 
Floranes, atendîendo a los datos que suminisrra el prologo de 
la parte espaiîola y de que liablaré en seguida, supone que la 
parte latina de su ejemphr es reimpresiôn en que se conservé 
el antigoo co!of6n> y que ambas son de 1495 '. 

En el prôlogo mencionado escribe asi Nebrija : Insta! nohis 
annus aiatis primus et quinquagesimus, quia naît mmus annoantca 
quam Jobanne setundo rege ad Ulmeîum est fœliciUr dimicatum; lo 
qui; en la traduccion del misoio suena asi : « Se me allega La 
el ano de cincoenta e uno de mi edad; porque naci un aiîo 
antes que en tiempo del rei don juan el scgondo fue la pros- 
péra batalla de Olmedo»; ahora bien, conio esta se dio el ï9 
de mayo de 1445, el prôlogo séria escrito en 1495. Pero aqui 
se présenta D, Juan B;iutista Mufioz alegando en el Elogîo de 



I. Vinaza, BiMioUai bistôrica de Jafilologla casUUana^ col. 1457; Mèndèz- 
Hidalgo, Tipograjia espanoh, pp. 118, 298, 



cjyo.i 



121 



Nebrija ' que de otros lugares contestes se colige con evidencia 
que el autor del Diccîonario luciô d principios de 1442, y que 
por coûsiguiente errô la fecha de la batalla de Olmedo, lo que 
atrasaria el prologo al ano de 1493 : lastima que el docto aca- 
démico no haya citado esos pasajes, que yo tampoco he tcnido 
facilidad de buscar. Como qiiiera que sea, el vocabulario his- 
pano4atino fue publicado algim tiempo después del latino- 
hispano segùn lo vio Clemencin *; y esta fecha de 1493 basta 
para que no disuenc la referencîa que ahi mismo hace Nebrija, 
corao va publicada, a la Gramatica castellana, cuya impresion 
se termine cl 19 de Agosto de 1492. 

En la parte espaiiola se lee este articule : « Canoa, nave de 
un madero. monoxylum, i. » Si esto se hûbiese impreso en 
Ï492, resultaria que la voz carioa era conocida en Europa an tes 
que Colon volviese de su primer via je (Marzo de 1493), y ten- 
drian razôn los que ban buscado el origen de ella fuera de 
America. Mas es cenisimo qiie ésa fue una de las primeras pala- 
bras indigenas que los dcscubridores aprendieron en el Nuevo 
Mundo. En la relaciôn del primer viaje decia Colon que el 
sâbado ij de Octubre, « EUos vioieron a ta nao con almadias, 
que son hechas del pie de un drbol, como un barco luengo, y 
todo de un pedazo, y labradomuy a maraviUa segun la tierra, y 
grandes en que en algunas venian cuarenta 6 cuarcnta y cinco 
hombres, y otras mas pequenas, i*ista haber délias en que 
venia un solo hombre ►>; por donde se ve que el Almirante 
aun no sabia el nombre; por varies dias después sîgue valién- 
dose del termine abnadla, Cisas, que ora copia textualmente, 
ora extracta los originales deColôii,pone enel 3 de Diciembre: 
« Hatlo una caleta en que vide cinco niuy grandes almadias que 
los indios llaman canoas, como fustas inuy hermosas y labradas 
quediz era placer vellas; » de aqui podria cenjetorarse que ya 
conocia el nombre propio. En la carta que el Descubridor escri- 
bio, estando todavia en el mar el 15 de Febrero de 1493, al 
escribano de racién de los Reyes Catôlicos, lo empleaba como 
cosa a que cstaba acostumbrado : « EUos tienen en todas las 
islas muy muchas canoas, de nrnnera de fustas de rcmo : délias 



I. Memorias de h Academiû ât h Historia, ÏII, p. 2. 

2. îK, vr, p. 475* 



1 22 MÉLANGES 

mayores, deltas menores, y algunas y muchas son mayores que 
una fusta de diez y ocito bancos : no son tan anchas, porque 
son de un solo madcro; mas una fusta no terna con cUas al 
rcmo, porque van que no es cosa de créer, y con estas nave- 
gan todas aqucllis islas, que son innumerables, y traen sus 
meradcrias * », Estacarta circula extraordinariamente, y â poco 
fue traducida al latin é impresa en Roma; quiza no es temera- 
rio suponcr que esta traducciôn rccordô a Ncbrija que en su 
diccionaria latino habia pucsto este articulo : « Monoxyloa 
.i. por navczita de un madcro », donde estaba el équivalente 
exacto de canoa, no hallado por Cosco, autor de aquelLi tra- 
ducci6n, y que de ahi le vino la idea de poner la voz americana 
en cl diccionario espanol. Kn las cdtciones posteriores (tengo à. 
la vista las de Zaragoza, iSHi y Sevilla, i5ié)puso las dos 
partes de acuerdo, rcdacundo ari el artkulo en la primera: 
« Monoxylon J, la canoa nave de vn madcro n : nuevo indi- 
cio, si no prucba» de que en 1492 Ignoraba la palabra. 

En la relaciùn que del segundo viaje enviô i la ciudad de 
Sevilla cl Dr, Chanca, cscribia, hablando de los Caribcs : « Van 
por marcicntoi^ cincuenta léguas a saltcar con muchas canoas 
que iiencn,que son unas fustas pequenasdeunsolo madero *. n 
À lamisma, n d otras relaciones andlogas, que trajeron las doce 
navcs con que se dio X la vêla Antonio de Terres el 2 de 
Tcbrero de 1494» se rcfi ère Pedro Mdrtir de Angleria, cuando 
descrihiendo las costumbrcs de los caribcs dice : u Lintres 
habent uniligneos, multicapaccs, Catioas vocant ^ 

En rcsumen, canoa es voz americana, y la primera que entr6 
en cl dîccionario castcUano; por consiguiente el de Nebrîja, en 
que se Iialla, no pudo iniprimirse, cuando mds temprano, sino 
muy adclantado el afio de 1493 : aserto que abonan los datos 
cronolùgicos que la misma obni suministra. 

R. J. CUERVO. 



1 . Nâvarr. :mi de loi viajts y descubrimientos que hkieron par mar 
ifii fifkiûoies il. / si^h XV, I, pp- 22, 26, 75. 171. Casas en la Hiitùria 
df lai InJias (1, p, ^99 : Madrid ^ ^^7^) dice que cl ij de Oaubrc « vcnian i 
los navios en sus barcos y barquillos que Ilamaban canoas (en btln se llamaa 
mMûxilia (iic] », como si tuvicw prcscoïc d libro de Nebrija. 

2. Njvâfrctc, 0. c, ], p. 2CX4. 

î. Ofm tfiièkntm, p. 81 (Amsterdam, 1670); es h carta 146. fechadi d 
S de Dîdcmbre ée 1494. 



SABANÀ 



12? 



SÀBANA 

Rlôlogos cuya lengua nativa no es la castellana han sopuesto 
que la voz sabàna en su significaciôn de Uanura es acepcion 
metafôrtca de sàbana^ pieza de lienzo 6 algodôn que forma parte 
de la ropa de cama, Littré nos dice que savane sale del caste- 
Uano savanùy « proprement drap de lit, qu'on trouve avec le sens 
de savane pour la première fois dans Oviedo, Hisl, de las Indias^ 
XXV, 2 » ; el Stanford Dktionary of anglicised words and phrases 
(Cambridge, 1892) asienta que savanna es el castellano savatta, 
<t Hterally a sheet : a treeless plain, a prairie », y anade : 
« Generally used in référence to Tropical America » '. 

La semejanza cnire una sdbaiia blanca y una tlanura verde 
no es niuy obvia que digamos, y sin duda este escrùpulo ha 
sugerido la idea de reforzar el fundamento de la metdfora : el 
Dicctonariû de Webster (Springfield, r868) nos ensena que en 
castellano sàbana, ademds de su significado propio, tiene el de 
llanura cubierta de nieve, y el etimolôgico de Skeat (Oxford, 
1882) apunta que la acepcion de llanura proviene del aspecto 
que ofrece 011 llaiio cobierto de nieve. Quien considère que tal 
denominaciuo aparece por primera vez en las islas del mar 
Caribe, no podra menos de mirar tal expliciciàn corao aegri 
smnnia. 

Inùtil es toda esta disciision, porque sàhana y sahâna Iian 
sido y son dos voces distintas y de todo punto diferentes. 

En primer lugar la pronunciaciôn esdrùjula correspond icnte 
d la cantidad y i la acentuaciAn de sabànum y ai^x/sv, estd 
comprobada desdc los monumentos mis antiguos de nuestra 
lengua ; 

Despoiaron las sabanas que cubrieti cl altar ; 

(Berceo, Mil, 878). 

Con una lucnga sabana lo ouieron cobtjado ; 

{Rimado de Paîocto, i joi). 



I . Debo advenir que en cl Dktionnaire général de la langue française de 
Hatzfeld, Darmcstcter y Thomas se asienta ya el origen amcricano de «te 
vocablo. 



124 HÉLANGES 

Versos (particularmentc el priniero) en que el hemistiquîo 
octosilabo comprueha la prononciaciùii esdmjula, igualmence 
que en estos otros de los mismos au tores : 

Quando te lo dixîereinos, terraste por pagado 

(Berceo, S, Dom,, 257). 

Dexé los sus apostolos buen conviento complido 

(Id., Sacrif,, 29). 

Porcjue dende cl su subdîto lorae cn3tiemp!o e comida; 

{RimaJo de Falacio, 1325), 

Deseredar su proximo, traerlo a pobredai. 

(i^..i362). 

Para el aiio mîsmo en que se descubrio Amérîca esta com- 
probada idéntica pronoiiciaciôn por b Gramatica de Nebrîja, 
que cuenta â sàbana entre los esdriijulos aaibados en a (II, 4). 
Conserva base un sigio despucs, como vemos en la silva de con- 
sonantes esdrùjulos de Rengifo, que da como taies d sàbana y 
almajâbanûy y asi ha seguido hasta hoy 

AIK entre blandas sibanas reposa 

(Hojeda, Crîstiaddt I); 

mârcanle el acento en la primera silaba los Diccionarios de 
Frandûsini (1638) y Sobrino (1705), y la Academia en todas 
las edidones del suyo ' . 



I. Ociosa parecerd esta probanxa; pero no lo es deî lodo, ya que D. J.Cal- 

cano {El caiUîlano tn Veneiwla, S 4' * - Caracas, 1S97) prétende apoyar b etU 
mologfa de Webster, ascgurando que en castellano se ha dicho saMna por lo 
que hoy dccimos subam, y para probarlo alega este verso del Alejandro : 
« Non le fazicn mcngua sauanas neti tapedes » C'9>9)» Y ^^^ pasaje de ia 
Historia dtl tthîiùn y castigo de los morium dd rcino de Gtanada (II» 6), doode 
dicen las ediciooes de Milaga, 1600 (fol jô), y Madrid, 1797(1» p» 144): 
« Dexarian [uo dtjarian] las almalafas y sauanas [1797 : sabanas] y se pon* 
drian [no pimdrian] mantos [no montai] y sombreros ». Supongo que la fuerz^i 
y chiste del argumento esta en dar por cierto que la leciura de los m.muscri- 
tos y cdiciones antîguas debe rcgularse por los ci non es ortogrificos de la 
Acadetiiia : si Dingûn esdrùjulo lleva acento en el MS. del Alejandro (véase 
iiUahas en el facsftnîleque da R(os, Hist. crH.^ IIl), si ninguno lo Ucva en 
las dos cdiciones de Mdrmol, { seri porquc en castcllano no los habfa? 



Il 



SABJSA 125 

En balde se buscanin ejemplos de sabaria anteriores al descu- 
brimiento de America, y abundan lestimonîos concluyentes de 
que esa voz era propia de les naturales de las islas del mar 
Caribe; su aceniuacion esti coniprobada a cada paso en los ver- 
sos de Juan de Castellanos, y su ortogratla es muestra curiosa 
, de la evolucion de la escritura conforme d la de la pronuncia- 
ciànen Espana y en America. Pondran csto a la visra los tesci- 
monios siguientes : 

Ovicdo : « Este nombre çavana ' se dize a la tierra que estd 
sin arboledas, pcro con niucha 6 aha hierva, ô baxa » {Hist, 
\gcfi. ynaî, de las Indias^ V, 5, t, I, p. 144 : Madrid, 1851-5), 
« Que si desto no se aseguraba, que él se tornaria à salir ;i la 
çavana 6 a lo raso « (/i., V- 6, p. 146), <( Llaman çavam los 
indios, conio en otro lugar lo tengo dicho, las vegas é cçrros é 
costas de riberas, si no tienen drboles, é d todo terreno que estd 
sin ellos, con hiervaô sin ella » (/i., VI, 8, p. 183). Todo e^to 
trataiido de la Isla Espanola. ♦ 

Qsas, hablando de la misma : 

8 Esta province tienc dos partes, la una de llanos y campinas, que los 
indios IJamaban (ahanas, de yerba muy hermosa» como parte y fin que son de 
la Vega Real y grande, y duran dicz y doce léguas algunas délias, con algu- 
nas manchasde arboledas... » (Hist. de las Indias^ V^ p. 258 ; Madrid, 187 >-é), 

Juan de Guzmdn, habiendo dicho que catwa es voz de la 
isla de Santo Domingo, anade : 

«c Desta mîsnia isla salieron otros vocablos que cstàn repartidos por todas 
las Indios, los cuales aunque son usados de nuestros cspanoles, no saben los 
mfômos nuestros, que alU cMin, de dénde fueron aqucllos vocablos, sino 
son aîgunos curiosos ; porque canoa por el barco de un palo, ^abatia por la 
campana rasa... y otros innumerables son de aqucsta tal fnsula >» (Las Gtàr- 
gkasdi Public Virgiîio Maron, I, notaciôn 38 : SaUmanca, 1586) '» 



I . En cl Glosario que va al fin del tomo IV, advicrte eî cdJtor que *< los 
£spanolcs de la conquista pronunciaron çavana »; de donde colijo que as( 
estard en los originales de Ovicdo. Yo he resiablecido la ortografia conforme 
d las ediciones que de esta parte de la Historia salieron en vida del autor 
(SeviUa, 1S5S, y Salamanca, 1547, ff. ji, 65 ; pues en ambas es idèniica la 
foliacîôn). 

1. Tomo la cita de Cabrera, Diccionario ât etimologias de la kngua Wi- 
UUuna, 1^ p. 91-2. Su^îongo, por la fecbade la edicién, que Gu^miln escri- 
blWa çabam à çavana. 




126 » MÉLANGES 

Juan de Qstelknos, retîriendo el mismo hecho de cuya 
narraciôn- es uno de los pasages de Oviedo, dice : 

Aqui lîegô con hasta diez soldados» 
Dexando l<}s demas en h (avana; 
Vio inJîos en c»no2s bien armadoSi 
Que le hablaron lengua castellana. 
(Elé^tas dé mroms iîustns de îndias, V, 2, p. 102 : M;tdrid, 1589), 

Aqui tenemos pues la pronunciacîôn de los conquistadores, 
que se halla muchas otras vqcqs^ en el oMsmo escritor, segiin 
queda dicho. 

a Cômo alla nunca hay inuierno que llegue a firio, y la humidad del delo 
y del suelo es tanta, de ahi proviene que las tierras de niontana prodazen 
infinita arb«>leda, y las de caniphîa, que ILinian çaïujnas, îiifinita yerua » 
(Acosta, Historia natural y moral de hts IndiaSj IV% 50, fol* 175 : Barcelona, 
159Î)- 

Desde principîos del sîglo xvn, cuando ya en la ortografia 
se confundian la ç y la :{, hallamos escrito labana, Antonio de 
Herrem^ describiendo en sus Décadas la Espafiola, dice que 
Diego VeUizqucz poWô el ano de 1503 <« a Satvaticrra de la 
Zabana^ que significa Uanura y praderia en lenguaje de lodios « 
(Dfjfr,, VI : Madrid, 1601-1615 *). Asi en la Dragonka de Lope, 
ff. 350 v^j 394 v'^j 407» 432 V" (ioipresa con la Hcmmsura di 
Angélica^ Madrid, 1602); Fr. Pedro Simon en el cuerpo de las 
Noticias Insîoriaks de las conquhtas de Tierra firme escribe çavana^ 
(por ejemplo, pp, 321, 324 : Cuenca, 1626-7); pem en 
Tabla para la intdigenda de algunos vocablos d^sîa Hisiorta se] 
lee : « Zabana, se llama toda la tierra que no tîene monte, sea^ 
llana, ô doblada. » Con :^ esta también en la Historia général de 
las cmiqiiisîas del Nuwo Reyrto de Granada por Fernindez de 
Piedrahita(I, i, 3, p* 18 : Amberes, 16S8). 

En el siglo xvui, parece que, perdida la tradiciôn en Espana, 
y conservada la palabra de viva voz entre los americaûos, éstosi 
la escribieron con s como la pronunciaban, y en la Metrô- 
poli, por oirla asi, la escribieron de igual manera. Con esta 
ortografia esti en la Historia de la pnwincia de S. Antoftino 



t. Es curioso que en la edicién matntense del stgio xvui s« ha3ra puesto 
çabana. 



LE CRI DE LA BETE DANS LE DAXIEL DU STRICKEk ÎZJ 

del NueiH) Reyno de Gratiada de Zamora, natural de Bogota (pp. 
15, 131 : Barcelona, 170 r); en la Historia delà cmquisia y 
poblaciôn de la provincia de Vene^iula por Oviedo y Banos, 
jiatural también de Bogota y vecino de Caracas (pp. 34, 35 : 
Madrid, 1723); en la Historia de la provincia de la Compania de 
Jésus dt*l Niicw Reyno de Graruida de Cissani (p. 26 : Madrid, 
1741); en el Diccianario de Alcedo (Madrid, 1786-9), etc. 

A juzgar por el siguienie articido del Diccionario de voces 
espanolas geograficas, publicado por la Acadcniia de la Historia, 
podiera decirse que à principios del siglo xix los espanoles que 
no tenian que ver con las cosas de America, desconocian com- 
pletamente nuestro vocablo : « Sdbana, s. f. Lo mismo que 
:^abana, Véase; » y no se ve, porque olvidaroii ponerlo. La acen- 
tuacion pudieron sabcrla por Alcedo, que, para no dejar duda, 
escribe sabàna, poniendo el acento en la peoùltiraa, 

R. J. CUERVO. 

LE CRI DE LA BÈTE DANS LE DJNIEL DU STRIO^ER 

Dans le fiintastique roman en vers du poète allemand 
le Stricker ioiitulê Daniel se trouve un épisode dont la couleur 
celtique me paraît indéniable; je veux parler de celui de la 
» bête î) qui garde rentrée du pays de Cluse, gouverné parMatur, 
Tennemi d'Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, La 
bête, «t fondue en or », avait la gueule bouchée par une 
bannière (banier), Otaît-on la bannière, la bète poussait un cri 
si affreux que ceux qui l'entendaient tombaient à. terre privés 
de sentiment. Arthur et ses compagnons, Iwcin, GaweinetPar- 
cival, éprouvent les effets désastreux du cri de la bête. Heureu- 
sement Daniel lui renfonce la bannière dans la gueule. Par la 
suite, quand les Bretons qui assiègent le château de Cluse se 
voient pressés par d'innombrables adversaires, ce héros, non 
moins avisé que brave, a Tldée d'utiliser les propriétés delà bête 
pour triompher de Pennemi* Il conseille à Arthur et aux siens 
de se boucher les oreilles et retire la bannière. Les assiégés 
tombent aussitôt évanouis, et la ville est prise sans coup férir, 
grâce à cet ingénieux stratagème \ 

li Le poème de Danid a été édité par G. Roseah;igen, Breslau, KoeVoer, 



128 MàLANGES 

La croyance i Texistence d^ètres dont le cri fait mourir^ ou 
tout au moins prive de sentiment^ se retrouve dans la littératurt 
galloise. Le mabinogi de Lludd et Lîevelys cite au nombre 
des trois fléaux de Tile de Bretagne w un grand cri qui se 
« faisait entendre chaque nuit de premier mai au-dessus de 
ce chaque foyer. H traversait le cœur des humains et leur causait 
« une telle frayeur que les hommes en perdaient leurs couleurs 
w et leurs forces, les femmes leurs enfants dans leur sein, les 
« jeunes gens et les jeunes filles leur raison. Animaux, arbres, 
« terre, eaux» tout restait stérile ' ». Une triade ajoute quelques 
détails : «Trois oppressions vinrent dans cette île et disparurent: 
« l'oppression de March Malaen^ qu*on appelle Toppression du 
« premier mai, l'oppression du dragon de Prydein, Topprcssic 
« du magicien. La première venait de l'autre côté de la mt 
« La seconde, etc. ^. » 

Ainsi le monstre fantastique, ennemi des Bretons, dont 
cri au premier mai * causait de tLlles calamités, s'appelait Marà 
Malaen^ c'est-à-dire ^ cheval de Malaen ))j^et son souvenir est 
resté longtemps dans le peuple**. Il ne me paraît pas douteu 
que la croyance aux cris surnaturels ne soit venue en Galles i 
rirlande. 11 est question en effet dans Tépopée irlandaise de cris 
magiques poussés par des héros (Cuchulainn), par des femmes 
(Mâcha ^) ou par des objets inanimés (les vagues, la pient 
de couronnement, un bouclier), et on retrouverait sans doute 
des témoignages de cette croyance encore aujourd'hui* 

On a cru longtempe que le Stricker avait eu un modèle pro- 



1S94» în-8, Bartscli en a donné en 1857 une longue analyse en icic de sot 
édition du Kati der Grosse du Stricker, p. viii â xxxiv. Les passages «onc«f- 
nani « la b^te 9 se trouvent dans l'éd, Rozenhagen, v. 758 sq. (p. ig sq,}, 
et dans ranalysc de Bartsch, p. xii, xvn, xvni et xxiv. 

1. ïrad. J, Loih, I, 176. 

2. Trad. J. Loth, II, 278. 

^. Les prodiges (apparition s> enièvements, fléaux de toutes sortes) ont liai 
généralement chez les Gallois et les Irlandais le i**" mai, le i» août ci k 
1*' novembre, qui sont les points de départ des trois saisons celtîqu<;s, 

4. (t Un dicton gallois, à propos de tout bien dissipée dit que c*est parti sut 
le cheval de Uzhçn {Camhro-Britûn, I, t2>). » (J. Lotîi, II, 27S, note 5.) 

5, Le cri de Mâcha occasionna*» la Neuvaînc des Ulates », qui condamnait 
les habitants miles de l*Ulster à subir une fois en leur vie les douleurs de 



LE CRI DE LA BÉTE DANS LE DANIEL DU STRICKER 



129 



vençal ou français ** M. Rosenhagcn a montré * que le Daniel 
est une composition originale. Seulement rnuteur en a pris les 
éléments de droite et de gauche. Il p.iraît difficile d'admettre 
qu'il ait pu avoir directement connaissance des légendes cel- 
tiques. Il a dû emprunter Tépisode de hi « bète » a quelque 
poème ou conte français aujourd'hui perdu. 

Selon M. Rosenhagen, le Daniel aurait été composé entre 
1210 et 121 s ', Le mabinogi gaîluis de Lludd et Llevdys est sans 
doute contemporain, car il s'inspire de Gaufrei de Monniouth, 
oû plutôt du Bri4t Tysilio* , qu'il a combiné pour fabriquer son 
petit roman historique, avec des contes populaires sur les Kora- 
nieiî^ le cri du premier mai et le magicien endormeurï. Mais, 
bien entendu, ces contes ont un passé reculé. II n'est pas dou- 
teux au surplus que rintcrmédiaire français, présumé, do Daniel 
n*a pas puisé dans le mabinogi : tous deux ont, pour cet 
épisode, une source commune, incontestablement celtique. 
Pour terminer, je suggérerai que la ft bcte » (le march Malaen 
des Gallois) est peut-être Ténigmatique ksU glatissant dont il 
est question incidemment dans quelques romans de la Table 
Ronde. 



Ferdinand Lot. 



renfaniemcnt « pendint cinq jours et quatre nuits ou pendant cinq nuits et 
quatre jours ». Voy. d'Arbois de Jubainville, Cours de lia. ait., V, 275, 3x4» 
403 J98. 

1. 1^ Stricker se réfère à AJbcric de Besançon, ce qui est certainement un 
mensonge dans le goût du temp» (cf. note suivante). 

2. Unkrîudmngtn ùher Daniel i>om BlulHndfii Taî vom S tricher, Kiel, Schardt, 
1890, in-8 (voy. Rùm,, XIX, 371; XXIV, 6oi, 633). 

3. Op.cit,, ti). 

4. Le Brut Tystlio est une traduction g;iIloisc de VHistoria Britonum de 
Gaufrei (d'après des mss. disparus aujourd'hui). 

5. Les Koranuit sont dcsctres fantastiques (ils viennent du pays dePwyU), 
qui surprctiaient toute conversation sur la surface de Fîle, si bas que Ton 
parlât. (Xuant au magicien voleur de nourriture et cndomieur, il a une 
saveur irlandaise qui ne trompe pas (vay. en particulier les pp. 1 81-181 de k 
trad. J. Loih). 



COMPTES RENDUS 



Dr« Gustav Schlbssinger. Die altfï*aiizœslschen ^^œrter in 
a Machsor Vîti^^ n naeh der Âusgabe des Vereins 
H Mekize Nirdamim »>. Mainz, Joh. Wirth*sche Hofbuchdruckerci, 
A, -G., 1899, 104, in-S. 

Le travail de M, G. Scbicssîiiger est une utile contribution à Tétiide 
des glosscs hébréo-romanes ou des loazim, comme i*ai proposé de les 
appeler '. Malheureusement^ il ne me semble pas que l'auteur ait des notions 
suffisantes d'ancien français, ce qui est regrettable dans une matière où il est 
presque plus utile de connaître notre vieille larigue que celles de la Bible et 
du Talmud. Je ne discuterai pas dans ce compte rendu la plupart des élymo- 
lagies données par lui, ni la manière dont il croit pouvoir assigner aux gloses 
les caractères du dialecte bourguignon : je pourrais tout aussi bien démontrer 
que les gloses sont catalanes ou picardes. Je me bornerai à apporter quelques 
rectifications de détail aux explications qu'il propose. 

Je cite les loazim d*aprcs le fol. des mss. Le Machsor Vitry^x contenu dtss 
deux mss. du British Muséum, Add. 27200 et 27201, Le catalogue du B. M, 
en doone la description suivante : « Originally compîled by R. Simbah, a 
pupil of Rashi. VoL IlaJso contains rTlSN ''piD with a Qjramentiry slighUy 
iniperfect, Vellum. ff. 182 and 268. Folio ; xiii-xrve s. » Il se trouve en outre 
dans un ras. d'Oxford, que je n'ai pas eu à ma dbposition, H est regretublc 
que M. Schlessingcr n*ait pas songé à voir lui-même le manuscrit ou tout 
au moins à faire collatîonner les toa^im : il m'aurait tout d'abord évité ce 
travail long et fastidieux, et ensuite il aurait gagné beaucoup de temps en 
n'étant pas obligé de raisonner parfois sur des données fausses. 

1. iragiéfs n'existe pas en anc. fr. Le loaz ne peut d'ailleurs être ainsi inter- 
prété : il faudrait C^^ilts ou même t?N^^i*^'û. Il faut évidemment lire S au 
|icu deT3et Ton a ïy^^-^s = fris, part» passé à^ frire et exemple intéressant 
du sens de frire qui devait plus tard se développer dans le mot friandise, 

S a) est écrit Tffns et non ©li2- 1, 19 û. — 8» Lire ]W^13 (ibidem) et 



ir Cf- Pmtims dt thèm Ûti Ëihts dti*£coU des Chartes, 18^8, p. iç-ié, Li thèse même 
ett en court de publtcauon d»a» U Het^m des Études fmim. Cf. H ooiedc M. Schlessingcr 
«onceniAot cette «ppelUtîon hébraïque» p. 7. 



scHLESsrNGER, DU alîfrani. WorUr in « Machsor Vitry » 131 
oon WinS. — 9* Ri«î de sÛr à proposer, mais à chercher à\i côté de rûsti en 
changeant le 2 etil. — Lire avec le ms. ï, 11 â : «T-aînti? «21K et 
iranscrire : érbe savûkéyre. — 33. Lire avec le ms* 1, 48 a tTlfSp et noo 
i:?:iSp, — 25. Lire en ponctuant I, 60 1/ HÏ^S- — ja- «) et ^) ont la même 
onhographe, 1, 62 </. — 56. Transcrire cuïture et non « cautère )*, — 37. 
Transcrire espigle, forme militant en faveur de Tét^'m. *spictda. — 44. 
Ponctué 1» 71 a "^^E^g, à transcrire carpir et non te charpir j». — 45. Inutile 

de corriger S^^lînSs. —47- Lire inB^tl?, 1» 73 à, — 48. Aucun philologue 
ne peut admettre la triple superposition à^eschaper^ nclnimpir^ tnniicier, pour 
arriver à la forme eschamocitr^ qui donnerait tsaimoier : c*est ingénieux 
comme un tour de passe-passe, mais ce n'est pas plus sérieux. On pourrait 
peut-être interpréter par un composé du verbe cimnwiier avec la particule : §s, 
d*oû : ESC HAMOSiER»* faire sortir en frappant i», puis simplement * faire sortir» 
(cf. latin excuUre). — > i. Lire avec ï, 74 r yiiUO et non ]^n2:D» A Iran- 
scrire memeruç (^^nitféruim), « Menbroin » n*existe pas, que je sache, en 
anc. fr. — 58. Le ms. 1, 165 a porte K'^^DlSs» qu'il faut changer en 
«•^I^'Se et lire plomure (cf. Godefroy, VI, 227 à). — 62, A effacer Tobser- 
vation concernant rafne et rafle. — 6^ Le ms. porte L 176 a KiT^TK, non 
>K3**>^K. — 66. A lire évidemment KS^£Etî.'^"ip et a transcrire crêspe fole, 
la feuille frisât à comparer ave amerfoilk. On pourrait même, fon de ce der- 
nier exemple, transcrire, en s'en tenant au texte du manuscrit, crêsfole pour 
un cresttfoîe où le /> se serait assimilé à Vf suivant. — 68. Lire avec le ms. I, 
176 cnVsi^OH et transcrire AMER FoiLE» ce qui est iroportam à signaler pour 
comprendre la notation de 127. — 80. Lire K*i^"^11^K avec le ms. II, 17 a, — 
9S.Ainsiponauédansll,6l fr Ml'^pSs HZ'^N. 11 faut changer en Ml^^^Sè 
ny^H et lire : èrbe felcaibe. Ce traitement de c devant a (cf. d'ailleurs car- 
pir) n'est pas — soit dit en passant — pour corroborer le raisonnement 
qui tend i nous montrer dans ces gloses les caractéristiques d'un 
dialecte bourguignon. — 97, A lire S^IS et à transcrire poil. Gode- 
froy, VK 249 c. — A transcrire littéralement gonnelasques qui 
semble, comme l'indique Tauteur , devoir être en rapport étroit 
aircc goHêk. — 102. tuS^S, U, 65 c. — 103, Ponctué traS, II, 66 h. 
— loj. Probablement à lire cyntsSs = flétris. — iii. Le ms. porte, 
n* 74 t, TS^^SKinrp. — 113 Ne doit pas être corrigé en y^xSw, 
comme le dit Tautcur. yfïSlîT est autrement intéressant : il nous donne 
la figure saisissante de la prononciation d'un groupe (<? + /) où Vï 
tend à se vocaliser : ce n'est pas encore smiçê^ et ce n'est plus salçrx 
c'est : SOLÇEZ (prononcer ol apparemment comme l'anglais a//). — 1 16 
et 117. La main qui a ajouté les gloses en caractères latins est très moderne 
(ivn* s. apparemment). — 120. Ponctué II, 109 v y^t2'*^2K' — 121. Ponctué 

U, m V, WW^S. — iiî* Peut-être faut-il lire sanbrh ou sahvue, c.-A-d. 
tkamvrt, — 124. H, iia r donne : «133^'' et non ^K1i:^>. — 127. Glose 
marginale de mëtne gsnre et main que 116 et 117* L( loax est ponaué H, 



132 COMPTES RENDUS 

lis r : HVlhl, à transcrire : baldaire. Cf. ci-dessQS 68. — ijo. 11 y a bien 
dans le ms» II, 1 ï8 i', sa douleur st-ra pour lui. La phrase est ainsi ponctuée 
^lS T3 Hlt27 llSil N*C? Sa dolur sera por lui. — 131. Le ms. II, 121 r 
4 ; tm^mpJK. c.-à-d. ENCOSÉREs. Cette forme vaut mieux que celle i^uc 
propose Téditeur, Uf^impS». Pourquoi le second 1 avant le u? ? — 1)2. I, 
122 V ponctué : Nplîa. — i j6, II, 129 r ponctué : KD^nj. — 14). H» IÎ7 ^ 
ponctué : 1i:2H ^S doit être lu lé at*r (français actuel k Ixiier, aîl. 
du Eiîi), — J46. SURPONDRE (?) de super -^ ponere} — 161 Lire 745,5 et 
non 74S,îS' *- 165. — Peut-être lire nK^131p:U7 ^ sancotra et à rap- 
procher d'un loaz de Gerschom de Metz, Men. 42 h K'^l3S"'p3tï? •» — 
167. Je serais curieux de trouver — ailleurs que sur les bocaux des phar- 
maciens — le « Schriftlatein w humulm^ et heureux de savoir ce qu*est le 
if Mittellntcin », Certes l'auteur n'a pas tort de repousser Tétymologie de 
hop pour homlon. Mais il a tort de raisonner sur hmihhn conmie sur homhn. 11 
y a la un problème délicat â résoudre *. — 170. Le mot est ainsi ponctué, 1^ 
128 ^ ; Ma^^riDTp — cortivXyne. U n*y a aucune difficulté et je ne ooiii- 
prends pas ce qui a arrêté rauteur, — 171. Transcrire armèles» sans diffi- 
culté.— 174, ï, 154 6, donncKiTiH qu^il faut corriger en NIÎ^Netlire évrb. 
gr* tjnap. Jamais ûhtr n*eût donné fwri en aucune langue romane et 1K ne 
peut être transcrit que ou non point « 1. — 175, I, i jS d W3pl, — 177. Ms. 
ni3 =/or<f. —178 Ponctué ansia. 

Louis Brandik, 



Orson de Beau vais, chanson de geste du xji« siècle» publiée d'après le 
manuscrit unique de Cheltenham, par Gaston Paris. Paris, Firmin- 
Didot et Oe« 1899 (Société des anciens textes français). 

On sait d'avance qu'une édition préparée par M. Gaston Paris non seule- 
ment satisfer.t les exigences, si rigoureuses qu'elles soient, du philologue et 
du linguiste, mais encore qu^dlc témoignera d'un bout à Tautre d'une con* 
naissance — presque sans égale aujourd'hui — de la vie du moyen ige. 
L*édition que voici ne fait que confirmer cette observation. 

Si je viens ajouter ici a Toeuvre de Tédlteur quelques remarques insigni- 
fiantes, c'est que mon intérêt pour Orson de Beauvais avait été éveillé en 1873 
par une lecture que le possesseur du manuscrit unique avait bien voulu me 1 



x< ÇS»op, cii,^ article lanadire^ 

a« Cf. 9p, rtV.. article b0mhm, 

|. Cf. oft. àt., article èvre, — Un autfc rapprochemeat avec les loaatcn de Gcrichoin 
permettrait d'eipU^acr i6. l^^l ne serait autre que hufed, c*eit-à -dire -7^0*3^ 
donaé par le mi. 4*Oxford (cf. moo article fur ce mot op. cU,). Mai* 37 reste une éoigme 
potir mu* 



Orson de Beauvais, p. p. g* paris 135 

permettre lors «le mon séjour dans le garJen-ioum de Chelicnham . Une ana- 
lyse rapide, écrite au crayon, était tout ce que j'emportais alors comme résultat 
de ce petit travail*. 

Le scribe, comme le constate M. Paris, était lorrain. Quelques petits traits, 
comme la confusion des propositions per et por, me font aoire qu'il apparte- 
nait plutiSt au midi de la Lorraine* et je chercherais sa patrie dans le dépar- 
tement actuel des Vosges ou dans la région avoisinante. On retrouve la plu- 
part des formes dialectales du texte d'Orsofi dans quelques-uns des Documents 
rares ou itiMiti de TMitoirt du département des Vosges^ Épinal, 186S ss, ; voyez 
par exemple les chancs publiées au t. I, p. 172; au t, III, p. 28, 29, 144. 

L'auteur d^Chson était, suivant M. Paris, soit du Beauvaisis, soit du Vcr- 
mandois. Je serais peut-être un peu moins aSîrmatif, mais dans le fond je lui 
donne raison. Déjà îa terminaison ornes, de la i^* personne pL du verbe, 
fréquente dans (}rion, nous contraint d^éloigiier le texte de la Lorraine et de 
le rapprocher plutôt de la Flandre ou de la Picardie, 

La chanson a été composée, suivant l'éditeur, vers n8a-ii8$ au plus 
tôt (p. xxxvj, xxxvii, Lxxvii), Arras, réuni â la France en 1191, fait encore 
partie de la Flandre» ei Jérusalem, arrachée aux chrétiens en 1187, paraît 
encore être paisiblement occupée par eux. Ces raisons ne rae semblent pas 
tout à fait probantes. Un poète qui avait vécu avant 1187 pouvait, bien qu'il 
composât son oeuvre au commencement du xm^ siècle, supposer pour 
l'époque de Charles Martel Tancien état de choses. Il n est pas non plus 
nécessaire, tant s'en faut, que la composition de sa chanson ait été antérieure 
à la réunion d*Arras à la couronne. Je ne trouve pas dans Orson de trait lin- 
guistique qui oblige à le placer avant le %im siècle. Je signale ici mile 
employé comme singulier (2068), wï7 comme pluriel (5227). 

L^éditeur juge que la Bexion à deux cas a été parfaitement observée, sauf 
pour quelques mots de la troisième déclinaison latine. On trouve employées 
comme nominatifs les formes nei'cui 2090, garçons 708, Mihn 656, 1806*, 
et comme accusatifs les formes On 827, conpaig 61. Le poète, quoique s'ef- 
forçant de former des rinies pnres, est souvent tombé dans l'assonance, ce 
qui nous enlève la ressource ordinaire de la recherche philologique. Cepen- 
dant remploi, au n. sg., de mveu:^ à côté de wiVj, de Mûon ^ côté de Mxks^ 
plaide singulièrement en faveur de Thypothèse qu'il employait comme nomi- 
natifs, selon les besoins du vers ou de la rime, tantôt fa forme de Tancien 
nominatif {U murs), tantôt celle de l'ancien accusatif (k mur) y. Cette même 



I. [En remcrcÎAtii mom ami H. Suchier de ses iotérc&ssmtes observations, ]t me per- 
mets d'âiouter une remarque h. qaelqiies*tines d'entre elles. Dans h plupart dcji autret» 
je lui donne volontiers riison; pour ceruines, d'un caractère plus général, notamment 
celles qui concernent l'époquCi le dialecte, etc.^ je laisse au lecteur le soin de décider. 
- G. P.| 

1. On tait que nwi 3)17 comme n. s^« art déjà dam Chrétien de Troyei. 

%, [Je ne croîs pas la conséquence juste : les forme:« nettui, garçons^ ctc.^ ne sont 



i^ 



r34 COMPTES RENDUS 

hypothèse estsugg<irée encore par une autre réflexion. La laisse I se compose 
d'un vers en ait (dontU ver sunihien fait) et de cinq en ais. Or, comme le poète 
a rimé en ais les douze vers de la laisse LXV, il est à supposer que les six 
vers de la laisse I rimaient aussi exactement. Il est d'autant moins probable 
quHl ait commencé sa chanson par une rime imparbite que dans le vers en 
question il vante la bonne qualité de ses vers. J^écrirais donc sans hésiter 
dont les vtn sunt bien fais, et de même partout où un rajeunissement scm- 
blable de la flexion peut servir à rétablir la rime, comme au v, 277 quant 
a fors fu paranSf qui est le seul vers en ans dans une laisse toute en ont. 

Comme le texte â'Orsôn dans le manuscrit unique est fort corrompu» 
l'éditeur a dû faire» pour ïe rendre lisible, des centaines de corrections, 
presque toutes heureuses. La contribution qu'y apporteront les remarques 
suivanies est bien modeste. 

5 Contais, nom de lieu du Berri. Peut-être Touchay (Cher)? 
102 affQuter, qui suivant le Glossaire serait pour esgouter, semble identique 
à l'espagnol agotar. Voir encore agouter dans Godefroy. 

110 ms. Bor m drap ne escrin. Cette leçon {Bor pour Sort, p. xtit) roe 
semble soutenable. 

172 L'éditeur a changé en qui tous les qiu employés comme nominatifs do 
relatif. Il aurait pu laisser subsister ce trait lorrain, d'autant plus que le poète, 
qui en élide parfois la voyelle (p. xxrx), ne doit pas non plus avoir ignoré ce 
qm du scribe. 

196 Ne iaut-il pas Clmaïons comme au v. joa ? Le second et serait alors à 
supprimer, 

198 Bakciif situé entre Clidlons et Rome, est peut-être Tun des deux 
Baldissero en Piémont, B. Catmvest, B. Torimse, qui existaient déjà Tun et 
Tau ire au moyen âge. 

2} 8 aseûrei dans deux rimes consécutives. J'écrirais au v. aj8 fttf iUU mie 
ansiei (259 // t*int as marcheam.,.), 

244 doi maxeltir, « doigt annulaire », semble dû à une confusion faîte pir 
le poète entre maisseier^ terme propre aux dents (2124), et mecimî^ terme 
propre à un doigt. Voir pour ce dernier mot Godefroy, art. mtcinalt et Du 
Cange, art. dtgitus (nttdUinalis), 

aj6 Ici lédiieur a admis hs comme forme de l'article. J'écrirais ks^ qui se 
trouve panout ailleurs. C'est une particularité de certains scribes d'écrire 
quelquefois pour f et ^ pour Or Le nôtre est du nombre, comme Tattesteot 
bien des leçons (191, 2j), c^^)* 

297 Celkrne, C'^t sans doute Saleme. 



pu, M. Suchier le sait micax que personne, des fautes contre la dêclînuson à deux 
cis r ce font de nouveaux nominaiifs tirés des anciens accusatifs sur le modèle de la 
déclinaison la plus usuelle (cf. Mu^safia, Zur Kritik und ïnitrprtt. tom. Texte, Vil» 
p. t;» n. )). Je ne me permettrjîs donc pas de£iire au texte les changements proposés 
par M. S,] 



Orson de Beauvais^ p* p, g, paris. 133 

50a HrU^ forme familière aux miîmes documents de la Lorraine qwî écrivent 
juritr pour jurer, etc.; donc à corriger cngaincIncK 

349 anmntir reste douteux ; peut-être desmtniir. 

580 Vaniaul H a montré a son d^i n^eîi. Les vers de la laisse étant tous en 
tr — sauf 572 où Ton peut écrire nmi irm^ rctûrner —, j'écrirais ici fnuisu- 
Itr comme 4u v. 244, On s'attend à une épithète de dM, 

381 , 604 diut, bute de lecture ou de transcription pour duii, La forme diui 
n'est pas lorraine. 

439 Nt faiki iteil pîait pour avoir andtirrr : « Ne souffrez pas pour de 
Targent une telle affaire. i> L'éditeur (art. tndunr du Glossaire) trouve ici une 
difficulté que je ne vois pas *. Cp, mfrir tu andurer 4$o, 575. 

666 et 667 Les deux vers se terminent par // traUor Jtîon. On pourrail écrire 
au second vers a ^rant deslrucion, phrase favorite du poète. 

679 Fort ingénieusement M. Paris remplace ici ûrme^y certainement fautif, 
par a ars. J'aurais pensé tout simplement à un mot comme errant, 

H77 L'éditeur introduit ici la forme de la négation wf«, bien qu'il n*y ait 
qu'un seul passage (5172) où cette forme soit dans le manuscrit. Je propose 
d'écrire au v. 1177 ^' quant il n*out k pi, et au v. 5172 : // »en (6d. ncn) a 
céans fx>mntequi de ce me desdie.Je suppose que en appartient au verbe desdie, 
et qu'il fait double emploi avec de cei, Nat est tellement commode pour les 
vieux poètes, quand ils ont besoin d*une syllabe pour allonger le vers, que le 
nôtre, dans ses 374$ vers, Tauralt employé plus de deux fois, s'il Taviit 
connue. 

1197 Après avoir identifié VEslùîU (comp. estôiîk 1258, oroïle 83 3) avec 
Esiellaen Navarre, l'éditeur corrige Rofuevau et Espiue cnRoticex'au et Estorgt, 
Or il existait alors entre Roncesvalles et Viscarret, tout prés du premier 
de ces deux endroits, un couvent du nom d'Espinal avec un hôpital, servant 
sans doute aussi d'hôtel. Ce nom pourrait se cacher sous Hspinc, et cette der- 
nière forme, toute défigurée qu'elle est, appartenir au poète. 

1243 Ms. îa terre et le pontis, éd. la terre et le pais : peut-être la terre dt Pan- 
Hf. 

1301 Ms. a (éd. oi) est soutenable. 

1517 Le roi Basile invite Milon et les Normands à entrer dans son armée. 
Sire, ce a dit Miles ^ nous iommes remenant. Je comprends : « Nous demeu- 
rons, nous ne partons pas. » L'éditeur» art. remenant du Glossaire, attribue À 
ce passage un autre sens que je ne saisis pas *. 



1, fl^ forme tirier est-elle propre au lorrain r J'en doute. Je crois que l'on a dit 
tirer et tir ter comme tréet tm, viier et viiiery etc.] 

2. [Je ne pais, comme le fait M. S.» admettre ymVr» tndurer ^ ew</iir«ç; j'ai précîlé- 
mcnt indiqué au Glossaire comment j'entends remploi pcriplinslique de faire.\ 

j» [Une telle construction me parait peu admissible] 

4. [U y 1 dans cet article du GUmairt une confu&ion dont je ne dèeouirre pista 
cause : rexplicttioti de M, S. est éndente.) 



Ij6 COMPTES RENDUS 

1582 t'i oy /ï * ; car o» peut dire : s^ ht plat si, 

1455 L'éditeur, p. tlxî, constate que dans 567 vers qui se répartissent »ur 
iS laisses il n*y a que le vers 14$$ où Vo de b rîme ne soit pas suivi de 
nasale : de France Ja milîour. Je crois que ce vers est à corriger tnde France 
lé non. Le vers 141 ï» qui fait aussi exception (/t- vorn commant a /o^, seraatissi 
défiguré (peut-être /V vom mant potir Maljon), 

1529 Ci cfjti'oiî jurmi hric, son curèrent par de/ors, dans une laisse de 
}o vers en ois. Il faut sans doute remplacer par de for s par tn df/ots. 

1560 Peut-être t]tt*ûut k jor ^ainf^nit^. 

i6îî Dans le Sic^e de Barbastre, Argenté est wne rivière aui environs de 
cette ville. 

16 j8 Ms, Jeî cotmois a Ja masse que H ai amviee, dit ta princesse sarrastne 
Oriente. 11 s'agit probablement d*une mancht- (pic, ntance) qu'elle avait envoyée 
i Milon. L'éditeur a mis « Tamàgne', mais c'était son p^re, ci non elle, qui 
avait envoyé Vavuïgnc à Milon (v, 1651 et 1664) ». 

1880 /i; L n. 

1968 se jour ^ 1. h jour, 

2} 86 Ms. et éd, Chevanthet^ corr, Cfmmirhoe et comp. ma remarque au 
V. 256, 

2467 a esconble, peut-être a se conhU, 

1518 soti pfre, qui suivant p. 190 serait à corriger en son Jrere, pourrait se 
rapporter à la dame. 

2540 qtii tant /h vers Hu^ùti. Mieux vaudrait /5f pour/w. 

2558 Dt}i fu,,. a son palais ; plutôt an, 

2590 Ms, Cl éd. Quil Datcrmt croonles grans pom lor#wlf, J*écrirais Qui il 
cravanUront (supprimant Dooti), 

2620 Et H ijomme Doon cotintencent a Imchier, La correction de l'éditeur (de 
httchier en chacier) me semble superflue, vu les vers 2577 ** ^éjo» 

2659 Plutôt rettifi et 2662 fie /. il clkicier*, 

2700 rendre serait ici plus tiaturei que kndre, 

2^90 a Turs^ L as Turs. 

açsi U hardi conhatant, répété dans le vers suivant, pourrait être remplacé 
par et h fort mandetneni, 

3056 Se trait devers le roi, al prant a amiguîtr. Dans le manuscrit il y a 
sans le moindre doute araignier, comme aux vers 3078, 31 Ji» etc. K 

3167 ciudrc est une forme lorraine plus difficile à éliminer que U forme 
lorraine jurie du v. 3179. Je proposerais par exemple n'ait espee hailîii *. 



f , [Mih ici le pronom paraît bien être atone.] 
j, [CL la n, 2 de la p, xxiv^ où il faut corriger *iiï en pnt.] 

\. [Oririite lui «rait envoyé un pule ticlariant (1V43), S^^ pourrait autsi être qualifié 
é.'enyeigne\ manee me parait trop précis en rtgafd de cette désignation ^^guc) 
4. [Pourquoi ch a ngçr l'flfi»flfi>r du ms. >] 
^. [Il fnut donc retrancher du Glostaire Vxîi. ùiniguier,] 
6. (Je doute qne eindre ^oit vraiment une forme lorraine. Je renvoie dans le Glossaire 



Orson de Beauvais, p. p. g, paris 137 

3J7Î J*ècrirais Î*IU€ pour LilU. 

5430 liS orisons de tôs kiapotra^ c'est probablemcni ïc icxie du Symbùîum 
aposioïicum divisé en douze phrases que Ton répariissait entre les douie 
apàires. Un tel texte, de provenance française, se trouve par exemple dam 
Hahn, BihL der Symln)k, y éd,, 1897, p. 76. 

3$o) L'éditeur, p. xxv, note i, n^admet pas ducheé îd. On pourrait 
cependant écrire de ma grant ditçhei, 

ÎS48 diïacU^à\i de latarge.ne me semble pas inadmissible, vu les exemples 
dans Godel'roy, 

5S70 (Dûnt plûra U dus Ors...) La duchesse s^anfut. Ce s'an fut, pris par 
erreur au vers suivant» pourrait être corrigé en si fisi K 

3)94 Corrigez traiien ait. Le /r fautif provient du mot précédent. 
Halle S. 

H. SucmER, 



Je profite de l'occasion pour insérer ici deux rcctî6catîons que je dois à 
l'obligeance de mon savant confrère et ami A. Longnon. 

Par une singulière distraction, j'ai dit dans mon Introduction (p. LXXix, 
n, 2, qu'Orsott de Beamms n'était pas mentionné dans Aubri de Trois- Fon- 
taines^ J'avais cependant noté il y a longtemps le passage suivant de ce chro- 
niqueur (Pertz, SS.f XX m, 716): /Imw 779. lient sub Karolo Ma^no quedam 
hisioria eontigit de innoceniia et veftditimtt Ur sortis Beh'ûunsis ducis et de inc^r- 
Ùratione ejus in Colimbria stib Y'soredo et de liberatiofit ijus per Miknem filium 
^us H de tratiitore Uçone Bituricemif qui Bdisendem nxorem Ursonis et ttrram 
Sfiimit^ sed ad malnm exilum pervenit. Ce résumé est fait évidemment d'après 
notre chanson telle que nous l'avons : le roi y est identifié avec Charlemagne. 
Le nom de Belissent donné à la femme d 'Orson, au lieu d'Ac4linê, n'est dû 
sans doute qu'à une erreur de mémoire du chroniqueur. 

Au V. 2199 on voit paraître Gui de Vermandois, qui tient d'Ugon, devenu 
le maître des possessions du duc Orson de Beauvais, Sautier^ ks pors et les 
âistrois^ et qui est appelé au v, 2414 Gui de Sautier, J*ai dit à la Table géogra- 
phique» ;i l'art. 5rtw/i>r : n Ce nom est sans doute altéré, et je ne sais comment 
Tinterpréter. »» M. Longnon me fait remarquer qu'il faut lire Santier, et qu'U 
s'agit du Santerre, nom sous lequel on désignait cette partie de la Picardie 
qui comprenait Montdidier, Roie, Chaulnes, Lihons, Harbonnières et Brai-sur- 
Somme. A côté de la forme Santerre^ qui a prévalu, et qui est rendue 
en latin par Sana Terra dans des diplômes de 877 et 883 (voy. 
Allas historique f texte explicatif, p. lay)» on trouve des formes 



àrintroduaiQii, où toutefois (stufU mention p. xxit) j'^î otibHé d'h 
sertation qu« je m'étais proposé d'écrire sur cette forme; je U dontit 

I. [C'est plutôt au v. j^ji que j'admetinis que s* an fut (= t'en /m.i 
¥, précédent; on pourrait le rempUcer par entra,] 



rj8 COMPTES RENDUS 

cuîines dans divers actes cites par Gamîcr dans son Dictionnaire iopo^raphiquâ 
du diparUment di la Somme (t, II, pp, joi-i) : Sangtets en 1503, 1440, etc. 
Sanguis tersus en 1509, 1522, etc. , SaticUrs en 1517, 1428, etc.» Sanihers ea 
ï}B^^Santers en 1390, 5«wtori en j ^Sj ^ Sainthers en 1487. enfin 5fl«/iffi 1379. 
Onvoit que celte dernière forme n apparaît qu'à une époque bien récente, naais 
notre poème, où Santiers figure à la rime, est la preuve qu'elle est beaucoup 
plus ancienne. Il est probable d*aiileurs qu'elle est impliquée dans le dérivé 
Santerimse soîum qu'on trouve déjà dans la PhiHppid^ de Guillaume le Breton 
(et au xivc siècle dans le Chronicon Sithiense de Jean d'Ypres). — G, P, 



Canchoiifi und Partur^fs des aîtfranzœsisehen Troovere 
Adam de le Haie le Boohu d'Aras, herausgegeben von R. Ber- 
cer. Erster Band : Canchoks, Halle, Niemcyer» 1900; petit in-8 de 
vni-530 p. 

On ne croirait pas qu*une édition dç textes pût avoir une physionomie, 
refléter, comme un livre de philosophie ou de critique, un caractère ou un 
tempérament. Celle-ci prouve le contraire : elle n'est point banale. Certaines 
parties sont excellentes ; d'autres, non moins importantes, ont été omises 
ou négligées ; même dans les premières on se heurte à des partis pris qui 
étonnent, à des outrances ou à des excès de zèle qui rebutent, à des erreurs de 
goût ou de jugement qui déconcertent, M. B, a consacré plus de dix ans à 
cette édition ; il y a li une ardeur juvénile mise au ser\'ice d'une tâche austère 
et ardue, une belle continuité d' efforts auxquels on voudrait rendre un 
hommage exempt de réserves. Mais le critique doit mettre au-dessus de tout 
ce qu'il croit être la vérité. 

Ht d*abord, bien qu'il ne soit pas habituel de faire ici des observations de ce 
genre, j'aurai le courage de dire tout haut ce que penseront certainement tous 
les lecteurs de M. Berger, — même, j'imagine, ses lecteurs allemands. Sa 
taçon d'écrire est plus que fatigante : elle est franchement énervante- Ses 
phrases sont des microcosmes où se coudoient les idées et les objets les plus 
di^arates* Et quelles constructions ! Dans une proposition relative vient 
s'intercaler une incidente, gonflée d'une parenthèse, elle-même distendue 
par une nouvelle incidente : le verbe n'arrive parfois que quinze ou vingt 
lignes après le relatif ou b conjonction qui l'ont annoncé. Il Êiudrail, pour 
se reconnaître dans ces emboîtements indéfiniment multipliés, tout un sys- 
tème d'engins indicateurs que ne possède point la typographie, L*œil parcourt, 
éperdu, cette brousse épaisse, cherchant un point de repère qui permette à 
l'esprit de se reposer un instant. Pour ma part, je Ta voue en toute humilité, 
il n'est peut-être pas une phrase de M. B. que je n'aie du relire deux ou trois 
fois avant d'en embrasser tous les replis. Que Fauteur veuille bien songer 
combien la vie est courte, combien celle du philologue est chargée d'occupa- 
ÛODS : il prendra en pitié ses lecteurs, et fera cet effort — il est jeune encore 



Adan de le Haie, Canchms^ hgg. von Berger 139 

' et pcui se réformer — d'alléger et de filtrer son style, de distribuer en cinq 
ou six phrases ce qu^il accumule en une seule. 

J^ai parlé d'omissions. Dans une édition qui vise à être si complète, on 
s*attendrdit à trouver un tableau, au moins sommaire, de la langue de l'au- 
teur; ce tableau est renvoyé it une publication ultérieure. Mais i) y a plus : 
la langue du poète. M, B. a prétendu la reconstituer; or dés les premiers vers 
on est frappé par une graphie très particulière, au moins un peu surprenante. 
Onatrendrart quelques explications sur ce point : M. B. lesremet, elles aussi, 
à plus tard. N'eût-il point pu trouver» dans un volume de s 50 pages, un peu 
de place pour des éclaircissements et des justifica rions indispensables ? Les 
huit ou dix pages qui lui étaient nécessaires pour ccl^ il eût, certes, trouvé 
a les élaguer ailleurs. Nous ne parvenons même pas à bien comprendre ce 
qu'il a voulu, bien qu'il s'en soit expliqué à trois reprises (p. 4, 6, 29). 5ion 
.but a été, dit-il, « de rétablir la langue d'Adam, d'après le dialecte stria 
{nach der strengm Mundart) d'Arras », de restituer à son auteur « le vête- 
ment linguistique qu*tl croit lui appartenir ». Mais sur ta graphie adoptée, 
rien de précis. Cette graphie est -elle phonétique? Non, é%'idemment, puisque 
M. B. écrit longuement^ fraint. Elle vise donc simplement à reproduire la 
graphie usitée dans les documents anésiens contemporains du poète. Mais 
on en voudrait la justification j d'autant qu'il semble qu'il y ait beaucoup 
de réserves à faire : j'ai lu un assez grand nombre de ces documents et je 
vois ici plus d'une forme que je rencontre pour la première fois. Et, dans 
Tapplication de ce système, que d'inconséquences (auxquelles, je le recon- 
nais, il était presque impossible d'échapper) ! Pourquoi, a côté de 1 n'est (IIJ, 
2, i)\ il mptut (XX, 2, })? à côté de Marner (VI, 4, 2), disnuer (I, s, i)? 
Pourquoi mndit (XI, i, 2) à côté de cacum (V, î, î)?et M. B. n'admet-îl pas 
que ramuîsscment de Vi s'est produit plus tôt devant les sonores que devant 
les sourdes? Pourquoi écrire es devant ch (1, 3, i), est devant *(X1V, 4, 7), 
m (XIV, I, 3), /^ (XIll, 3, î), s (I, 2, i), sam devant les labiales, sans devant 
r (1. 4 5)? M. B, croit-il que, dans le dernier cas, b consonne finale de 
CCS mots se prononçait plus que dans le premier? Pourquoi borner i quel- 
ques mois la suppression de Vs finale, et ne pas écrire par exemple gtan (ou 
'^gram) vahurs (1, 2, 7) comme sam vttr (IV, 6, 2) ? 

Dans cette graphie, que de bizarreries ! Pour n'en citer qu'une, la non- 
synérvse est ordinairement indiquée par un tréma sur la première voyelle : 
jûi (VU, s, 4), trâkiroié (XXIX, 5, 1), géir (II, 4, 2); mais alors pourquoi 
h^ane (XXVI, 5,6)? 

Il n'y aurait pas à tout cela grand inconvénient si M. B., â côté de sa gra- 
phie personnelle, nous faisait connaître celle des manuscrits; mais on com- 
prend que cela lui éuit impossible, i moins de grossir du double ce gros 



1. Le prunier cbi£&c dé&igne le otnnéro d*onlre de U chAnton, le fécond la itrophet 
te troitî^iu, le ven. 



140 COMPTES RENDUS 

volume. Il faut avouer néanmoins qu'il a éié un peu chiche de variante" 
graphiques, A intcrpréier rigoureusement ses indications, ou Tabsence d'in- 
dications, oh risque d'attribuer aux manuscrits des formes qu*ils ignorent. 
Quelques-unes sont en réalitC' forgées par M. B., comme houdîe pour hoisdU 
(sur ce mot, voy. plus loi») ou nnpUus^om empleus (XXVÏII, j, ii), que je 
crois un barbarisnne *» 

La ponctuation est à ravenani de la graphie. C'est un point sur lequel je 
n'aime pas, en général, à chicaner les ^diteurSj chacun ayant là-dessus son 
système» qu'il faut respecter. M. B. est évidemment libre de mettre une vir- 
gule après une conjonaion ou locution conjonctive (car, cant plus suefte, 
IX, f, 5) même quand elle régit une proposition (yt, U XI, 5^ i ; si voi- 
renunt, ke XV'II, i, 7), entre le sujet, quand il est complexe, et le verbe {ki 
des bons tst^ soitej Jîaire! VIII» 2, 8), inversemem de n*en pas mettre avant et 
après un ablatif absolu {sauve nttsperanche VII, 2, 7), de mettre un point 
d'exclamation au milieu d*une phrase qui n'a rien d'exclamatif (/i dùtis matts 
me rmotweïf ! avufc k printans X, i, t), un point d'interrogation après une 
proposition conditionnelle {se fat merchi? fi venrai XIX, 3, 1). Mais il est 
des cas où la ponctuation fausse le sens. Par exemple : Ki pour gouir^ 
é^amùur souframh gage {l\\ 14); le sens est meilleur en plaçant la virgule 
après tTamour. M- B. objecte qu'on aurait ainsi un décasyllabe coupé 
eo 6 -j- 4 ; mais ces coupes sont précisément très fréquentes (voy. plus loin), 
— De chiaus ki sont au-dessus^ D* amour {W : 5, ]) : effacer la virgule. 
L'expression eslre au-dessus df^ que M. B. n'a pas comprise, comme le montre 
sa traduction, signifie « être maître de, n'avoir rien à craindre de ». Cf. Au 
dessus àf me kereîe — Ai esté deus ans (X, 2, 1), où kereîe ne signifie pas pro- 
prement « douleur d'amour », mais « difficulté, embarras » en général, — Mais 
as hiaus entent tus — A che kHi ont entrepris f — La va merchis! (XXIII, 4, 
8-îO)- !1 faut entendre : « Aux amants loyaux va merci [et elle les aide] en 
ce qu'ils entreprennent. » Il iaut donc supprimer tout signe de ponctuation 
après le V. 9. — Em i*ous ai mis de ravine — Cner et cors, vu et tenon — 
Coi ke soit degueredon, — Jou n^ai mais kî pour mi fine! (XXVI, 5, 1-4). Il 
faut mettre deux points après le v. 2 et un point après le v. 4. — rra/» me 
fisies longuement — Amis^ a mi proiierentt — se vous m^amies hiaument f — ]e 
vous amoie ensement.., (XXXJ, 3, 1-4). Deux points après le v. 2, virgule 
après j. (Au \\ î, mefistes est le parfait de mesfaire : « Vous avez eu lort de 
me prier si longtemps à ce sujet. ») 

En parlant plus haut de négligences, j'avais surtout en vue la classîâcation 
de» manuscrits. C'était une des parties les plus délicates, sans doute, tuais 



I 
I 
I 



I 
I 



ï. Parfoi* U forme du mot importe grandement au sens : ainsi fXXXï, 1, ç-6) M.B. 
ne donne pas b îeçon de Pb** (je m*«n rapporte, il est vrai, à De Coussemaker), «tm 
iemb ami^ qui va à IVncontre de foti système, lequel consiste à voir ici, certiiDcmeni 
A tort, une chaotoa dialoguée. 



n de le Haie, Canclwns^ hgg, von Berger 141 

aussi les plus essentielles de la tâche de M. Berger, On ne peut supposer un 
insiani qu*il ne s*en soit poini douté ; mais il a fait comme s'il ne s'en dou- 
tait point. Nulle part il n'a exposé son système en un tableau d'ensemble : 
on est obligé de le chercher dans les indications éparses — et jamais 
appuyées de preuves — qui sont données en tête des chansons, ou pluti^t des 
premières chansons. Or, ce système est, â mon avis, insoutenable. M. B. 
dasse ensemble (en tête des chansons 1, U, III) les mss, : 

«) 0, Pb*. Pb7, Pb«, Pb^*; 

6) A, Pbs, Pb", Pb'\ Pb^sR*; 

y) Pb'ï occuperait une situation intermédiaire. 

Or, cette classification se décèle immédiatement comme fautive en ce qu*elle 
rend impossible la consiituiion du texte : des leçons divergentes sont en effet 
appuyées par l'accord de deux, ou même trois de ces familles supposées, 
0*admcis pour plus de simplicité, et sans croire usàm la pensée de M. B., 
que Pb'i forme A lui seul une famille.) Voki quelques exemples, qu'on 
pourrait multiplier à rin6iii : 
Leçon rejetée : 
: et tant m*i sont (} familles); 
: tTun ivloir (-^ fa m.); 
; qui plus s'umilU (j fam*); 
: iw>(r« fam. -|-Pb'*); 
: sur k peint (2 fam. -f les 
% mss. de b Pantbèrf); 
m, I, I : prii (2 fam.); 



ï, 


I, 


9 


h 


h 


9 


I. 


4, 


4 


n, 


I, 


2 


n, 


2f 


2 



Leçon adoptée : 
ci tant m* en sont (2 fam,) ; 
tfun mgart (2 fam.); 
ht bien i'w. (^ fam»)i 
puisse (2* fam* -^ Pbî)j 
sour r espoir {2 fem.); 



— 2» j : m puis je (j fam.); 

— 2, 7 ; Vamoit autant (2 fam.); 

— 3, 2 : soufrar$t } fam.); 

— 3, 6 : w<f dame {"^ (am.); 

— J, 10 ; poîtr enfant (2 fam.); 



tspris (î fam.); 
m puis (2 fam,); 
raloit autant (2 fam.); 
crttmnt (2 fam.); 
la hk(2 fam.); 
a enfant (2 fam.). 



On le voit, M, B. éuit acculé i une difôculté insurmontable; il en est 
sorti en jetant lui-même son système par-dessus bord et en constituant son 
texte en dehors des principes qu'il avait posés. Ce texte est lisible, mais ce 
n*esi à aucun titre un texte critique. 

Je ne puis refaire ici tout le travail préliminaire de rédition et ne prétends 
point indiquer la situation exacte de chaque tnanuscrit; mais je puis au moins 
fixer celle de quelques-uns des manuscrits principaux, et poser ainsi les bases 
d'une classification nouvelle. Je les partagerais en deux groupes seulemeûl, 
dont le second comprendrait uniquement A» R» et Pb?, et le premier 
tous les autres (sauf ceux de la Panthère, dont je ne m'occupe pas) ; dans 
celui-ci, les plus rapprochés seraient Pb*, Pb ■, Pb** et O ^ 



I. Stuf excepûoDs, naturel lemeot : c'est aidiI que pour la cbanfcra II» O empruate 
det teçoas lux deai famillet. 




142 COMPTES RENDUS 

Tout d'abord ?b^\ loin d'occuper une « situation iniermédiaire », appar- 
tient certainement au premier groupe et se rapproche de très près de Pb*, 
comme le prouvent une quantité de leçons communes, évidemment fautives : 

IQ, a, 7 : VamoU autant (H- Pb ') (pour TaioU antant) ; 
^ 4, 1 : hià* (pour ttle), faute du rubricateur dans l'original de$deu& mss. ; 
— 7 ; î«»if (pour/ttiVcnV); 
$» 4 : m cmf (pour m t4fure) ; 
i« } : fraint (potiT f^mi} : 
' — I, 8 : ke iiêmandfr (pOQT ke rrprout'er); 
VI, 4, 5 : c^' î§ Imsi (pour chi laisQ; 
Vil, 5,4 : Pb'ï ruja douii J4 fCêms€\ Pb* «/ /a «/aii/i! «Wjf w (pour m fa 
de H doutr n eusse auiSi); 
Cûtitre V0 cuer (pour amirt vas caus); 
en toute contenance cote (pour «if coêttenaftchc eoie); 
trais (pour trait). 



V, 



IX, 4. 2 • 

xin,4. i 



PbT n'appartient pas au premier groupe (sauf de rares exceptions, où U hnt 
admettre quii a connu un manuscrit de ce groupe) \ mais se rapprocha très 
nettement de A et R » : 

I, 2, 10 : distourher (qui est peut-être la bonne leçofi); 
IV, 5, 7 î kar fenvalmius (id.); 
XVn, 2, 6 : ^/u/ (avec H'), faute évidente (pour fnds) admise par M. B* 

dans son texte ; 
XVII!, t, 4 : en nu soufrattcfje (avec R '), faute admise par M. B. ; 
XXIV, 2, 4 : iwûW5/r^ (avec R'X faute admise par M, B, », 

Pb>« est de tous les manuscrîts le plus difficile à classer : il semble pour 
quelques chansons avoir fait des emprunts aux deux groupes * ; mais en géné- 
ral il se rapproche beaucoup plus du premier, spédalemetît de Pb*, Pb«, Pb** 
comme le prouvent les fautes suivantes, qull a en commun avec Fun ou 
Tautre de ces manuscrits : 



I. Pârntcmple Xlfl, 4, i, traU pour traïr (avec O. P\A, Pb'î); XXXV, i, 8 Jb" voit 
(ïï^rec Pb»», Pb»S)' —Cf. le ubleau dcSchwân (p» 33%), où Pb7 est aussi donné comiae 
très voisin de A et R ^ 

3. J'empronte Tiadiciûon de ce» troii dernières fautes i un compte rendu que 
M. Goy ptjbliera prochiinemcnt dans U Rn^M Critique, et qn* ri a bien voulu me com- 
muniquer en manuscrit. [Ce compte rendu a paru dans le numcrD du 14 janvier]. 

î. Danî îa chanion K Pb»* a deux fautes communes avec A ! trouver (j, j, pour 
mtnm) et cuer joli (J, 7» pour emi joli). Ce sont sans doute ce» fautes qui ont ameaé 
M, B« à das^r Pb** comme il Ta fait. Mais outre qu'on peut admettre pcmr ctitte 
chanion un emprunt k la féconde famille, ces fautes pouvaient se produire spontané- 
ment : la première peut être une résolution fautive d*nnc abréviation et La seconde 
tnmt été pfofoqaêe ptr coofosion avec une foimnle très fréqoaite. 



Adan de le Hale^ Canchus^ hgg. vun Berger 143 
I, I, 9 : «/ tant mi sont (avec Pb*, Pb'^ Pb«»)'; 
m, î. 6 : iii#dam*(avecO,PbS Pb», Pb'v. Pb«»); 
V, I, 5 : eascuns amans {avcc O, Pb*, Pb«, Pb'ï); 
VI, I, 5 ; m'en cùvmra (avec Pb* cl Pb'*); 

— 2, 8 : Hplm isetQd,); 

— 4, 3 : fraint (avec Pb«*); 

— 4, 4 : non (id.); 

Vn, I, 4 ' ««« (avec PbS Pb', Pb's et Pb'*); 
— — : w«*iw (avec Pb", Pb'*)*. 

Ce serait une besogne fastidieuse ei trop longue que d'entrer dans le 
détail et de montrer en quoi une édition critique différerait de celle-ci ; je 
ne crob pas du reste qu'elle en différât très sensiblement, M. B. s*étant réglé 
plutôt sur le sens que sur sa classification des manuscrits >, 

Je ne puis m^occuper Jonguement des » remarques critiques et exégétiques » 
qui suivent le texte de chaque chanson. On me permettra du moins à leur 
sujet une observation générale. Il y a vraiment ici excès de citations, 
d'exemples, de rapprochements. On demande grâce, on succombe sous Tamas 
des richesses. Telle chanson, dont le texte compte 44 vers (n» XX VI), exige 
47 pages de commentaire, plus d'une page par vers! Si M. B. faisait école, 
udlc croyable masse arriverait à former une bibliothèque d^anciens textes 1 
Et corabîen ne faudrait-il pas attendre la pubUcation de ceux qui sont encore 
inédits I II y a même trop de remarques grammaticales. Je les crois, quant 
au fond, excellentes, autant qu'un examen rapide et très incomplet m*a per- 
mis d*en juger ; mais je proteste contre le système : y a-i-il îieu de refaire 
une grammaire de Tancienne langue à propos de diaque texte publié? Si 
encore le volume était pourvu d'un index (comme par exemple YAuberù de 
M. Ebeling, qui n'a pas échappé complètement à ce défaut)! Mais non* Le 
lecteur désireux de chercher là sa pâture est obligé de se plonger dans les 



1. M* B. ajoute îet PbM; c^est une cncor évidente, puisque U le^oti de PbM cft 
déjà dûnoée à )a li^c précédeute, inexactemeat, il est vrai : ce manutctit porte : îâmt 
amt vtrs li aMi mi ptmtr, 

2. Dtns U même chanju^n (4, ;)« i eo croire b note, Pb>* «arait eocoK ooe dote 
commune (tfiHîf pour aini) avec Pb' et Pb»'; mai» il y a là une crreor : ce» trois mM. 
portent correcicmcoi oiVi, 

|. Dans les trois premières chansons je n*ai relevé qu'on passige un peu important. 
m, S, 7-9. tl faut certainement préférer la leçon rejetée en note, qui donn« un tent 
e^œlleut et qui est appuyée par Taccord de toute la seconde famîîlc et de Pb7, tandis 
que 11 le^ou adoptée ifa pour elle que A et R '. — M. B. dans «es restitutions Cait 
preuve psrfois d'une cnceSAÎve hardiesse : il substitue dans quatre passages (Vf« i. é; 
Xni, $,6; XXV, I, }; app. I, i, 9) au mot bien connu hoiiâi* le mot beudit, que ie 
ae crois pas avoir jamais cjiistc en ce sens; il n'y a pas U une simple erreur de lectnre, 
comme le prouve la note (p. 116) où M. B. défend $a confecmre; les six mas. que j'ai 
consnltci pour le premier pissage donnent tout hmdù ou kmdiê; de même les deux 
, setib qui contiennent le denucr. 



144 COMPTES RENDUS 

profondeurs de cette seha selvaggia ed aspra e forte. Beaucoup de remarques 
enterrées là risquent bien de ne point passer dans la circulation, et ce sera 
parfois dommage. 

Les notes « exègétiques « sont précédées d'une traduction» qui m*a semblé 
en général exacte '; je remarquerai pourtant que dans les passages difficiles» 
M. B. me paraît enclin à préférer le sens le plus compliqué, le moins naturel. 
Ainsi X!» 4,6» il faut certaiiK-ment ponctuer : re^gars f>our otfvrir cors, pour 
cuers dtdans ravir. La métaphore du cœur arraché au corps, du corps sans 
coeur, est médiocrement gracieuse, mais elle est claire et très fréquenté (voy. 
Chrétien de Troyes, C/î^/j, 4460. SiSo); or, avant de ravir un coeur (au sens 
propre), îl faut Tarracher de la poitrine qui le renferme. M. B, traduit bizarre- 
ment ; M regard pour ouvrir les cœurs, corps pour entraîner les cœurs en IuL « 
— m, 5, 6, ss. : il abandonne un texte très clair parce qu*il s'obstine à ne 
pas le prendre dans son sens tout simple et tout uni. Voici le passage qui 
rembarrasse : Vom ai servie toudis — hialment^ — maii m chantant — nt puis 
de XK>us esîreouU — ni eu phignant , M> B. comprend : « Ma liaison avec vous 
m'empêche de chanter », ce qui, dit-il, est ;ibsurdc, puisque cette chanson 
est précédée de deux autres où le poète exprime son amour, précisément au 
moyen du chant. Mais dans ces vers l'auteur constate au contraire qu'il 
chante pour sa dame, mais que celle-ci ne Têcoute pas. — M» B. va parfois 
jusqu'à renoncer à un texte clair, ou du moins intelligible, pour en forger un 
qui Test beaucoup moins : lll, 5, lO-ti, la leçon de che n'avés pas sivatU — 
k cutr au vis est assurée par l'accord de deux familles et donne un sens excd- 
leoi. Celle que lui substitue M. B. {de che n'avés pas ser\^ant — au cutr k 
vis}) n'est dans aucun manuscrit» — Pour quelques passages difficiles, 
l'explication juste a été donnée a M. B., en un mot, par M, Tobler ou 
M, Suchicr : même dans ce cas, il ne se résigne pas â sacrifier son commen- 
uire^et il est assez piquant de le voir, dans le texte, tourner et retourner 
en tous sens deux ou trois interprétations évidemment fausses, alors que 
la bonne est indiquée en note(IIL ii li Hl, 6, j; XX, s, i; XXVI, 4, 2). 

Les remarques métriques donneraient Heu aux mêmes observations que les 
notes critiques et exègétiques. Il y a là une foule de constatations dont les his- 
toriens de notre versification tireront parti ; mais ici encore Texcés est sen- 
sible. N'est-il pas évident que les trois quarts des allitérations signalées sont 
purement fortuites? Alors à quoi bon les relever? En revanche, certaines 
particularités n'ont pas été signalées qui eussent mérité de l'être : par 
exemple, la fréquence relative des enjambements (XI, 2, 4-5 ; XIX, 2» 2-| ; 
1,7-8) et de cenaines coupes du vers décasyllabique assez rares chez la plu- 
part des autres poètes >. — M. B. n% si je ne me trompe, signalé aucune 



f . Je dots dire que je h'ai examiné «ttcntiranciit que tes dôme premières chsnsans. 

a. Coupeten s +S ^ XII, ^,9; XV, 2, î; $. j; 5, 4.— Coupcien 64-4 îH.î, |; 
IV, }, 4 ce s ; XIII. a, i ; XIV, 4, a; XVII, 3, a* — Coupes en 7 -K 3 r ti, 4, 1; 
XVII, a, 4; 4, 4; XXIX, a. a. 



Adan de le Haie, Cafichons, hgg. von Bekgek 145 

imitatîon métrique doni les chansons d*Adam auraient été Tobjet ; je puis au 
moins indiquer une sorte de parodie : la première it sotte chanson « du ms. 
d'Oxford {Anhiv, CIV, îji) est sur le rythme et les rimes de la XIV* de 
notre poète ', 

H y a en somme dans ce iivre beaucoup de bon, à côté de singulières 
lacunes, dont la source paraît être dans un tour d'esprit qui se plaît au com- 
pliqué et a horreur du simple ^ Mais ce qui y manque le plus, ce sont en* 
core les qualités de forme, Que M. B. consente à sacrifier quelques-unes 
r de ses notes, à clarifier sa pensée» à l'exprimer avec plus de concision et 
l^e netteté» et la crîiique n'aura plus â tempérer d'autant de réserves les 
éloges qu*elle accorde bien volontiers â tant de patience, de persévérance, 
à une érudition déjà si étendue et si nourrie. 

A, Jeanroy. 



Je m'associe au jugement de M. Jeanroy sur le singulier ouvrage de 
M. Berger, qui certainement commande le respect et inspire la sympathie 
par le labeur considérable dont il est le lémoin et par l'enthousiasme ardent 
que fauteur appone à sa tâche, mais qui en même ten^ps provoque le sou- 
rire et cause par moments au lecteur une involontaire cataspéraiion. Ce que 
je dois malheureusement constater, c'est que M. Berger a eu beau lire 
plume en main de très nombreux textes, recevoir les leçons et les conseils 

tile M, Suchier, savoir par cœur les livres de M, Toblcr, il n'est pas arrivé à 
posséder de Tancien français, qu'il aime si passionnément, cette connais- 
sance familière et pour ainsi dire instinctive qui faitqu'on entre dans le génie 
d*une bngue, qu'on devine ce qu'on ne sait pas^ ou du moins qu'on ne se 
trompe pas lourdement sur le sens et b portée de ce qu'on lit. M. Jeanroy 

j 'donne une approbation générale aux traductions de M. B. ; s'il les avait 
regardées de prés, il les aurait jugées moins favorablement. Je ne les ai pas 
toutes lues, mais celles que j'ai examinées montrent que l'auteur, en des cas 
uop nombreux, u*a pas saisi du tout te sens de son texte, et naturelle- 



1. Je |oins ici une ou deux observations de détail qui ne se rattachent directement 
à rien de ce qui précède. Le couplet 3 de la chanson XV pourrait bieo cire iroîté d'un 
couplet célcbre Je Gact Brillé, jadis attribué i Aubouin de Sczanne (voy, G. Paris, 
lotrod, à Guillaunu de fhh.p.av); une pensée très Analogue (qu'éprouver son amie 
c'est Aimer en égoïste) est commentée dans le roman de la rwUfte, p. 116. — Le cou* 
plet 2 de la chanson XVIIÏ parait être une imiucion de Foiquet de Marseille (Ewften- 
Ittft jnf'tfufii» dans Bartsch, CbrestomatbU^ p, 1*1). — P. 6a, note, vers la de la cita- 
tion : n faut certainement Hrt d'EiCitvalon et nou déiç* Axnilon, Le rot d'Escavalan est 
un personnage de Percei'al et de Méraugh, 

2. Faut-il ajouter encore que les fautes d'impression y abondent? M. B. a cru devoir 
en corriger une quinzaine» dont quclqucs-unciinsignîlîantci.Il estloiti de compte : on 
poamit lui en tiignakr des quantités d'autret, notamment dans les textes, où elles 
sont particulièrement gênantes. 

XXX. to 



14^ COMPTES RENDUS 

ment cela a eu pour conséquence que le texte a été mal êlabïi et surtout ma] 
ponctué (sans parler des points d'exclamation que M. B, prodigue avec une 
pudrile abondance). Je dois reconnaître qu'en donnant la traduction des chan* 
sons qu'il publiait M. B. a fait acte de courage et de loyauté : bien des édi- 
teurs ne soutiendraient pas, s'ils ralTrontaient, Téprcuvc à laquelle il s'est 
soumis. Mais il faut dire qu'elle a mis en lumière ce manque de comprélien- 
sion que j'indiquais. Je ne veux, dans les chansons d'Adam, donner que deux 
exemples, que je prends tout â fait au hasard. 

Chanson XV (4 mss. seulement, avec peu de variantes), I 7-to : Li ma! 
tfamormse vie Ne tne jmtt fors catillier De goU et de desirier. Au v. 2, M. B. 
corrige vie en envie parce que vie reparaît â la rime (V, 7) ; mais la raison est 
insuffisante (voy. couvent deux fois ch, XX). Il traduit : «* Die Leiden des 
Uebesverlangens lassen mich lediglich den Kitzel (Reix) voîî Wonne und 
von Verlangen empfinden. » L'exen:iple qu*il apporte à Tappui de Templor 
de chatouiUier dans ce sens est fort douteux ; il faut c'atillier : « Les maux ne 
font que me munir, m'armcr, de joie et de désir. » — II 8- 10 : 5ï ne me het 
ne n'a kier^ Ains ai un salut levier Par contenanche a le fie. Ces jolis vers sont 
fort clairs : « EUe ne me haït ni de m'aime; mais j'ai d^elle, de temps en 
temps, un salut par contenance, » M. B. a lu (certainement à tort) aUm 
dans deux de ses mss., et il remarque : « Dasungewôhnliche aîeiiexM natûr- 
lich und irrigerweisc in Pb '* în das gebrauchliche und auch bei unscrero 
Dichter wieîJerholt vorkommende, abcr gar nicht hierher passende a le fit^ 
«f zugleich • oder « soglcich », das das unentbehrliche Attribut zu contt- j 
nanche gar nicht ersctzen kônnte, und von da aus in Pb* in mehr zen traies lï /a 
fie geàndert worden. » Mais a le fie signiBe « quelquefois, souvent » (voy, 
Godcfroy, qui traduit à tort « ii la fin, enfin ») et convient parfaitement ici; 
contenance, qui est encore français dans ce sens, n'a aucunement besoin d*un 
attribut. Et qu'est-ce q\i*alesiil « Aksie kommi mit der afrz, und prov. 
bckannten Dissimilation» wie sic sich auch bei altfr. fenir gegenûber/«er u. 
a. zeigt» von einem Infinitiv aliùer tur zentrales^ aîaisier, lat. 'allatiare, das 
eutweder von dem Adj. latus « brcit » kommt und dann « ausweitcn i>, 
« vcrbreîtern », « brcit machcn n bi;deutet, sodass par contenanclit altiU 
« mil einem breit gewordencn Gesichtc w, d. h, wie wir auch sagen, « mit 

eioem vorFrcude breiten Gesichte m heisst oder andererseiis wohl besser 

von ad latus « zur Scite « kommt und dann <r zur Seite wenden » bedcutet, 
sodass par contmanch aUste dann « mit zur Seite gewendetcm Gesichtc, 
Kopfe », « mit seitltch gewendeter Gcstalt u heisst, wie man sie wohl bei 
eîncni flùchtigen mit Geichgihigkeit dargebrachtem Grusse zu zeigen 
pflegt I». C*est de la divagation pure. £t M. 6. traduit en conséquence : 
« Vielmehr bekorome ich einea lelchten Gruss mit sdtlich gewendetem 
Antiii£c. * —III igarchon est peu exaacment rendu par « Knabc » ; y^okison 
n'est pas très bien traduit par « Veranlassung » ou « Grtjnd ». — IV 8 : Ou nt 
set mais cuigaitier, inintelUgîble dans le texte et dans la traduction ; il faut sans 
doute lire On, et, avec R* : On ne set mais cui aiâier ; ic on (une dame) ne sait 



Adan de le Haie, Cancbons, hgg. von Berger 147 

plus (aujourd'hui) à qui être sccourable ». Cela reste douteux, — V, 4 : le 
poète vient de dire que la prijvtnde qu^il re<;oit (ce « saîut léger ») lui suffirait 
k la rigueur pour vivre longtemps dans la prison de sa dame; tuais il ajoute : 
Ei se croistre daigtioil mt îwmorty Viaus Vêle ntc rie, S^en aroU miîlour vu. 
Et fermt a merchiier^ c'esi-à*dirc, très clairement i « Et si elle daignait aug- 
menter ma ration, rien qu'en me souriant, j*cn aurais une vie meilleure, et elle 
mtïriterait mes remerciements. » Voici Finimaginable traduction de M. B. . 
« Und selbst wenn sie geruhte» meine Prûgelvcrabfolgung (oder auch « die 
Verrâterei g«^en mich »» « meine Verunglimpfung ») 211 vcrgrôssern, wâr s 
auch nur, dass sîe mîr zulache, etc. » Et il faut voir le commentaire! — 
Envoi : Ue dKsie cambon jolie Feissea H messagierifdsse, « j'aurais fait, j'aurais 
bien fait », est mal rendu par a hattc ich einen Boten an sie miichçn u^ollen, * 
Qî. XX, I 8-9 : Car casams hee a tksennr^ Puis k'il i tent : « Dcnn jeder 
verlangt danach, (dasselbe) zu vcrdienen, sobald er danach strebt. » Je ne sais 
ce que M. B. entend par la, et notamment par « dasselbe ». Je pense quc<to<r- 
vir est pris ici absolument, et que le sens (d'accord avec ce qui précède) est : 
• Car chacun aspire à mériter du moment qu'il sV adonne (à servir 
Amour))». —Il, 8-9 je ne comprends pas le sens ât disaervir \ M, B. traduit 
« zu nichte geben » et il explique : « Dessertir als Infinitiv = soi desservir 
« sich schâdigen. « Mais desservir au sens de « rendre un mauvais office », 
qui d'ailleurs conviendrait ma! ici, n'apparaît pas avant fc xvii* siècle. Peut- 
être faut-iî lire avec Fh^^ dessertir^ — VI : M. B, a mis en note la traduction 
évidemment juste que lui a communiquée M* Suchicr; mais, ici comme 
ailleurs, il laisse subsister dans le texte la sienne, qui est un contresens; 
pourquoi? — VHnt>oi est curieux; le poète l'adresse à un ami et lui dit : 
« Robert Nasan, je vous ai fourni un gentil garant pour un chant que j'ai 
promis de vous fournir. De grâce, sire, tenez-le pour quitte, car je vous offre 
ce chant pour remplir mon engagement envers vous ; pour rien au monde 
je n'eusse voulu y faillir; qui obtient du crédit sur la foi d'un tel répondant 
doit bien tenir sa parole. « Il est probable, d*après le ton de cet Envoi, que la 
caution était une aimable dame, qu'Adam demande à Robert de déclarer 
quitte, puisqu'il a payé sa dette. M. B. traduit pl^e par « gage » (Pfand), ce 
qui est tout à fait inexact* ce mot s'appUquant toujours à une personne, et là- 
dessus déclare que cet envoi se prête « zu einer grob materialistischen Inter- 
prétation » : l'envoi voudrait dire qu'Adam donne sa chanson en gage à 
Robert Nasart pour un prôt d'argent ! Je n'ai pas le courage de reproduire 
tout le raisonnement de l'auteur sur cette belle imagination. Mats je dois 
citer l'explication qu'il donne d'une strophe des Congà de Baude Fasloul 
relative à Robert Nasart, explication qui lui a suggéré celle de l'envoi en 
question. Eau de prend congé de Robert Nasart et de Colart Baudin et déclare 
qu'il leur donne une part dans ses biens fait, c'est-à-dire dans les mérit» qu'il 
va acquérir par sa vie sanctifiée (M. B. traduit : « dass (auch ich) ihnen an 
dcn Tiûr widerfahrenen Wohlthaten Anteil geben muss », ce qui n'a pas de 
sens); puis il ajoute : Hontes qui nCest monté[i] ou front Fait a savoir tous cheus 



148 COMPTES RENDUS 

UioniKe des gages sui LiV«ûfr/,c'est-i-dire : « La honte (la marque delalépfëj 
qui mVst montée au froni fait voir i tous que je suis aux gages (au service) 
de [s;iimj Léonard », c'est-à-dire, je crois, u que je suis en liens », à moins que 
, saint Léonard ne soit un patron des lépreux, ce que je ne me rappelle pas avoir 
vu ailleurs. M» B.veut lire au dernier vers i Qtu disgagiés fui U îiuart, expli- 
quant liuari par *locardum (I), ce qui voudront dire : « denn ich wurde 
eingelôst, (der ich) der Schuldner eines Pfandleihers (gewesen bin), » Com- 
prenne qui pourra. Et il ajoute avec une tranquille satisfaction : « La situa- 
tîon est assez claire »> ; je laisse â ceux qui ne la trouveront pas telle le soin de 
réclaircir dans son commentaire. Je note seulement qu'il traduit ainsi les 
deux vers précédents (en îlsatît à tort kl pour ki) : « Eine Schamrôte» die mîr 
în die Stim gestiegen isr» giebt Allen kund, worin dicsclben (c*est-à-dire les 
bienfaits que j^ai reçus) bestehen. » Il est impossible de patauger d'une façon 
plus déplorable. 

M, Berger s'est beaucoup occupé de cette pièce de Baude Fastoul, ei il 
annonce l'intention de la réimprimer. On peut déjà juger par ce spécimen 
de ce que seraient le texte, la traduction et le commentaire. Ce n'est pas le 
seul. A propos de V Envoi de la ch. U (suppr. le ? au v. 2), il imprime et tra- 
duit (p. 62, n.) la str. VI des Congés, ainsi conçue dans le manuscrit unique 
imprimé par Barbazan et Méon : 



Je me tenroie a trop félon 

Se jou a segnieur Nicolon 

Depj Castel ne vois congié quere. 

N'avoit mie cuer de félon 

Au tans le bailliu Nevelon, 

Ains que cîs quens venist a terre. 



Mal ait li goûte kî î'enfetTC, 
Ki si son cors destraint et serre 
Que ja mais n'ert de revelon ! 
Neporquant, s'il fust d*Engleterre, 
Et fust cha a fuis pour guerre, 
Samble il bien rois d^Eskavalon. 



Le sens de cette strophe est : «c Je me mépriserais si je ne deniandais congé a 
Nicole du Castel. 11 n'avait pas un coeur mauvais au temps du bailli Névclon. 
avant ravènement du comte actueL Maudite soit la goutte qui le tient, qui 
tourmente et enserre tellement son corps qu'il ne sera plus jamais J*un 
joyeux repas 1 Pourtant, quand il serait Anglais et se serait réfugié ici à cause 
d'une guerre, il a l'air d'un roi d'Escavalon, w Ce comte est le comte Robert, 
dont ravènement remonte à 1249 • ^''^^l à une époque antérieure que Nicole 
du Castel était bien portant et brillant. Malgré tout, il a encore l'air d'un roi, 
et, pour la rime, le poète dit « d'un roi d'Escavalon sj, roi qui figure dans le 
Pacn'ol et dans plusieurs autres romans de la Table Ronde. M. B. met un 
point après Nntl&n, une virgule après krre, corrige (1) à l'avant-demicr vers 
EtfusicfM mjouis, pour fer i{=-g/$ir}, lit au dernier desc'Avahn (Barb.-M. des 
Kat*ahn) et traduit bravement : « Ehe dieser Graf in die Erde gînge, niôge 
die Gicbt vcrwûnscht sein, die ihn fesselt und die seine Person so drOckt 
und 50 bcdrângt, dass sie nie mais mehr dîc eines heitcren Menschen (I) sein 
wîrd I Qeichwohl wûrde cr, wenn er aus Hngland ware und Kicrselbst 



PoTANïNE, Motifs orientaux dans Fépopée occiâentme 149 

begrabcn wûrdc, wetin er âuch schon ruhte, wohl sogar in Avalhn als 
Kônig erscheineni » Et il n'appelle Nicole du Castel que « le comte Nicolas 
du Castel ». Les explications philologiques et autres qui accompagnent cette 
traduction seraient divertissantes si on n'éprouviîi au contraire un sentiment 
p<inible à voir tant d'efforts cl de bonne volonté si complètement fourvoyés. 
Espérons que M. B. lâchera de mieux s'initier au sens intime de notre vieille 
langue et de notre vieille poésie avant d'entreprendre son édition du poème 
intéressant et difRcîle de Baude Fastoul. 

Je ne voudrais pas terminer cette note sans dire encore une fois que la 
publication de M. Berger est faite avec amour et lui a coûté beaucoup de 
travail, et qu*on trouve dans son prolixe commentaîrc, quand on surmonte 
la |>cinc que donnent ses intenninables phrases coupées d'incises et de paren- 
thèses et l'agacement que produit son commentaire toujours surabondant et 
trop souvent erroné, plus d'une remarque dont on peut faire son profit. Je 
souhaite que le second volume, qui doit réunir les /wïr/wrfî d*Adara de h Halle, 
contienne encore plus de bon grain et surtout beaucoup moins de paille que 
celui-ci. 

G. P. 

PoTANtNE. Vostotcîinye motivy v sredneviekovom evro- 
peiskom eposiei Moskva, 1S99, pp. S93 (Les motifs orientaux dans 
l'épopée du moyen Age) '. 

M, Potanîne étudie dans ce volume les récits tartares» mongoliques, kir- 
guises» kal mou les ettoungouses au point de vue des analogies qu'ils présentent 
avec différents épisodes de répopéc française, germanique et russe. Comme 
on pouvait s'y attendre, il est le plus souvent question, dans ce travail, de 
motifs qui n appartiennent pas à « la grande poésie épique i*, M. G. Paris, 
dans son étude sur la chanson du Fikrim^eàe Charltmagiu,^ attiré fattention 
sur le fait que Té pi sodé des gabs rappelle un des récits des Mille tt une nuits 
ainsi qu*un conte tartare publié par Radloff {Kom.^ IX» p. 9). M. Potanîne, 
qui parait ne pas connaître Tarticle de M. G. Paris, ajoute au texte de Rad- 
loff des variantes caucasiennes, russes et mongoliques (p. 60-68). 11 a aussi 
réuni un nombre considérable de contes populaires qui représentent des 
variantes du thème si répandu de la femme innocente persécutée. Suivant le 
plan de son trAvail,ces contes sontciassés sous la rubrique de « Berte au grand 
pied » (pp» 5-24, 251-259). — Dans on chapitre intitulé « Saint Gilles >\ il 
étudie la poursuite d'un cerf miracuJeux par le chasseur mongol Lombou. 
poursuite qui rappelle les chasses de Flavius, de Placidas et de saint Hubert. 
— Plus curieuses sont les analogies avec \ts principaux « lieux communs 
épiques » qu'il a signalées dans \ts, chroniques et les contes mongols et 
chinois. Tel est, par exemple, le motif des enfances du héros. Comme Char- 

I, Sur h contenu de ce livre, cf. ^mh., XXIX, t(0. 



150 COMPTES RENDUS 

lemagne dans Mainet, Tchinguiss-Khan, dans un conte kirguise, traité de 
bâtard par ses frères, s*enfuit de la maison paternelle. D'après la chronique 
chinoise Yung-TcJxio-mi'chi, une aventure semblable est attribuée à l'un des 
ancêtres de Tchinguiss, Bodoutchar, et Tchinguiss lui-même rend de 
grands services à un roi de Corée, nommé Vanne, auprès duquel il se 
trouve dans sa jeunesse, comme Charlemagne en rend à Galafre. Il est 
l'objet d'une trahison de la part d'un fils de Vanne et sort victorieux de cette 
épreuve (p. 37, comp. 233-250), comme Charlemagne est en butte aux 
embûches du fils de Galafre et les déjoue. — Un autre groupe de récits 
mongols représente les rois Kharalik et Abatai rapportant d'un pays lointain 
une sutue sainte qui amène avec elle le bien-être général. M. P., en étu- 
diant ce trait d' « importation d'un nouveau culte », rappelle qu'on attri- 
buait à Charlemagne l'honneur d'avoir apporté en France les célèbres 
reliques de Saint-Denis. De ces rapprochements et d'autres semblables, il 
croit pouvoir conclure qu'il existait sur toute Tétendue du vaste domaine 
qui sépare l'Extrême Orient de la France un fond commun de récits légen- 
daires, et que les épopées des peuples de l'Europe y ont toutes puisé large^ 
ment. Cette thèse, que l'auteur poursuit avec trop peu de critique et de 
méthode, l'amène malheureusement souvent à des théories qui ne seront 
acceptées ni par les philologues ni pai les folkloristes. Ces derniers trouve- 
ront néanmoins dans son long et savant travail des matériaux précieux et 
instructifs. 

E. Anitchkof. 



PÉRIODIQUES 



Zeitschrift fur romanische Philologie, XXIV, 4, — P, 465, O. DU- 
trich, Ueber lVoTt\usammenseiiung,auj Grundder neu/raniùsischenScfyri/tspraclie; 
suite de cette importante étude. - P. 489, H. Tiktin, Der KonsonaniUmus 
dts Rumànisclyen ; suite. — P» SC>ï' P» Savi-Lopez, Studi d^antico napùlttano. 
1. Vinfinitù cmiiugato. On avait à peine remarque jusqu'ici cette particularité 
curieuse du napcvUtain du xv^ siècle, qui s étend à Tinfinitif et au gérondif et 
participe présent, lesquels, quand le sujet de la proposition est au pluriel, 
peuvent s'adjoindre les désinences {-mo et -no) de la ir« et de la 3* pcrs. du 
pluriel fune fois -10, désinence de la 2« pers. plur.); M, S.-L. montre que ce 
phénomène éphémère et sporadique n'est au fond qu' « un scgno di spropo- 
sîtaia cocreiua grammaticale, che non ebbe le suc radici ncHa parlata popo* 
lare ». H, -t^e : cette terminaison, qu'on rencontre souvent en ancien 
napolitain pour des mots terminés en -I tia, renvoie à une terminaison latine 
en -Itie, comme le montre la forme parallèle /iî^i^ ou /a^f= facie; ces formes 
— qui, comme on sait, se retrouvent en hispano-roman — ne sont pas dues 
à rinfluence espagnole; elles appartiennent au contraire à la période antique 
de la langue et n'ont cessé de perdre du terrain jusqu'à disparition complète 
devant les formes provenant de -îtia. — P. 508, G. Ebeling,Zw Friedica^mrs 
Ausgakt dts Metaugis, NL E.» qui avait donné dans VAnhiv fur das Stndium 
der neuertn Spradxn une critique extrêmement longue (27 pages) des joo pre- 
miers vers de cette édition, examine ici en près de 40 pages les 1700 vers sui- 
VAQts : à ce uux, îl lui aurait fallu encore au moins cent pages pour les 
4000 vers restants, et il eût été vraiment plus simple et plus commode pour 
tout le monde qu'il donnât une nouvelle édition du poème; aussi paraii-il De 
pas songer à insérer dans un, deux ou trois autres journaux la suite de sa 
critique. Pour conserver « l'indépendance de son jugement {^Archh\ GUI, 
450) «, M. E. n'a pas voulu prendre connaissance des comptes rendus du 
Meraugis qui ont paru avant le sien, ce qui fait naturellement qu'il reproduit 
souvent des remarques ou des correaions qui ont déjà été faites : il me 
semble qu'il y a la un véritable abus, et que les directeurs de revues scien- 
tifiques feraient mieux de ne pas se prêter à cette façon de procéder. Le résul- 
tat final de l'examen de M. E.,en ce qui concerne rétablissement du texte^ 
est» comme celui du compte rendu qui a été donné ici, que la classification 



152 PÈRIODiaUES 

des mss. admise par Téditeur n*est p⣠la bonnt» et que c'est le ms, T qui 
aurait dû être la base de rédition. Jl invite M. Frîedwagner à donner de 
Mtraugis une petite édition (comme Vu fait] M. Fôrster pour les poèmes de 
Chrétien) où il constituerait le texte sur ce principe et profiterait des obser\'a- 
lions de ses critiques : le conseil est bon et mérite d'être suivi. Le commen- 
taire minutieux de M. E. est d'ailleurs fort savant, comme on pouvait 
Tattendre de Fhabile éditeur d'Juhrée^ et contient beaucoup de remarques 
précieuses; mais sera-t-il bien commode d'aller les chercher où l'auteur les a 
mises? Parmi les propositions d'amendement au texte, presque toujours exceî- 
lentes, il en est quelques-unes d'assez forcées et contestables, et Tétymolc^ie 
suggérée pour adès (ad de ipso) n*cst guère persuasive» non plus que celle 
de [xcTjv pour mon^ qui n'est dailîeurs pas nouvelle» — P, 545, A. Homing, 
Zur Bekindlung von Ty mià Cy, M. H. développe et appuie rhypothèse qu*il 
avait jadis émise, d'après laquelle, dans certaines sphères sociales et à une 
certaine époque, dans des mots qualifiés demi-savants, cy, iy, ce(i) ont abouti 
uniformément à la prononciation ^ {s douce), tandis que dans les mots vrai- 
ment livresques ces groupes phonétiques sont devenus ç (^v)** L'auteur rend 
en effet extrêmement probable cette thèse intéressante. Subsidiaire ment i' 
revient à celle» plus générale, qu'il avait sou tt;nue jadis, sur l'importance dei 
Taccent dans le traitement du groupe - 1)- et il essaie de Tappiiyer de nou- 
veaux arguments. Je regrette de ne pouvoir actuellement la discuter à fond, et 
je ne puis que répéter ce que j'en ai dit jadis (Rom., XX 111, 615), a savoir que 
les arguments de Tauteur et les faits cités par lui ne m'ont pas convaincu ; 
mais ces arguments et ces faits méritent la plus sérieuse consîdéraiicn. 

Vermischtes. Zt4r tVoftgeschkhte. P, 556, Horning : esp, akchigar < allcc- 
iicare; fr. suie i élève des doutes^ qui paraissent fondés, sur Vétymologie 
celtique indiquée par M, Thumeysen (Rotn., XXIX, 615); fr, (roche : connue 
rit, traki^QK.^ de iradùce en passant par *traduca •traudca. — P, SS^^ 
Ed. Schïieegans, Neptunus-lutin ; fauteur suit les étapes de la curieuse trans- 
formation du sens et de la forme de ce mot et cite beaucoup de laits intéres- 
sants; ra'étant aussi occupé de ce sujet, sur lequel j'aurai prochainement 
l'occasion de revenir, j'aî trouvé dans Fétude de M. Schn. plus d'un jcnsd- 
gncment qui m'avait échappé. Sur la survivance demi-savante qu'il admet 
pour le mot neptunus, je ne serais pas tout â fait de son avis, et il ne me 
paraît nullement invraisemblable que des clercs du xiik siècle, comme Gcr- 
vais de Tilbury et Thomas de Cantimprè, reconnussent sans peine le mot 
latin neptunus dans le mot français miîun ou mion {ce dernier encore très 
usité au xiv« siècle: voy. A. Rigault, le Procà de Gukhard, évoque de Troyes^ 
jjoS*ijîj^ p, 125-126, et mon article sur ce livre dans le numéro de sep- 
jembre 1S98 de la Grande Rei'ue). — P. 564, A. Schuïiz-Gora, v, fr» Jais (voy» 
Rom,, XXVni, iij) * exemples de ce mot tirés de Foucm de Candie, qui 
confirment Tidentificalion de kis avcc/fl/«5. — P, 565. O. Schulu-Gora, v, 
7r* «scarimant : Tautcur rapproche ce mot du bas grec ^xapatiayxav (%, d. d^ori- 
gine perse), qui désigne un vêtement ample et magnifique en usage dans les 



pèRîODianEs 

cérémonies à la cour de By?,ancc, et qui, sous les formes scarawangumut îcnra- 
tttanga, apparaît dans Liudprand çt des ccri vains postérieurs (toujours affecté 
à ce vêtement officiel de la cour byzantinL). J*avais pensé aussi â ce rappro- 
cheroent très séduisant ; ce qui me le rend douteux, c*est d*abord la substitu- 
tion consume d'un r au second a (ce que M. Sch.-G. aussi trouve surprenaot)» 
c'est ensuite le tait qufscarimant est toujours adjectif et sert d'épithète d paik 
ou à bliaut (je ne comprends pas comment M* Sch,-G. dit qu'au v. 537 dti 
Pèhrituige on peut conserver la leçon la teU d^escarimant du nis. : le vers aurait 
une syllabe de trop); le ^nispajjiaYX'^v est toujours un vêtement, jamais une 
étoffe» encore moins peut-il servir à qualifier un vêtement ou une étoffe. Mais 
à la rigueur on peut croire que le sens de ce mot étranger s*est altéré dans la 
transmission orale (cf. le sens iie «riche étoffe* qu'a pris en moy. h, alL le v. 
fr. hliaU). — P. 566, Schuchardt, Die romanhchm Nanten derGIockt; remarques 
intéressantes sur un article de M, Wôlfllîn relatif au moi campana^ tioîa^ sifftnim^ 
caccabulus^ etc. — P. 569» Schuchardt, Zur Méthode dtr Wôrtgesrhkhie. A pro- 
pos du mot fr, gahitit que M. Meyer-Lùbke (voy. Rom,, XXI V» 510) a rat- 
taché à rit. gtidfile, M. Sch., qui donne un dessin du gabieu (toupie de cor- 
dicr), montre que les deux mots n'ont aucun rapport, étudie les synonymes 
àtigabkn dans différentes langues, et donne aux philologues qui veulent faire 
de rétymologie technologique Tcxceilent conseil d'apprendre d abord un 
métier manuel pour bien se rendre compte de la forme et de l'emploi de 
tous les objets qui s*y rapportent et comparer ensuite les noms qu'ils 
reçoivent dans les diverses langues. — P- 571. Schuchardt» fr» calthre ; 
rétymologie cti est certainement Tar. qàlib, écarte sans qu'on voie pour- 
quoi par y^Dict. ghthaL — P. 571. Sdiuchardt, ragus. *fd\er\ ce nom d'une 
monnaie byzantine (JoUana, foUaris) a passé dans le mag. fiUer, — P, 573, 
Schuchardt, Ir. thif. \M. Sch. se demande si tie, qui a été rattaché au germ, 
tiuhan(voy. Rom,^ XXIX, 208). ne viendrait pas de theca, le gr. OfjJtr^ 
ayant pu prendre en lat, vulg. une forme *théca à côté de la forme usuelle 
thêca. Il est certain quVn français propre thêca >► tie irait tout seul; 
mab il ne faut pas oublier que tU est la seule forme usitée en Saintonge, à 
côté de lait lige < tactûca, migf -r mica, ûrttigf < urtica, etc. Ni le 
vocalisme ni le consonantismç ne recommandent 'theca, même en 
admettant que Te ait pu être ouvert. — A. T.] — P. 572, Schuchardt, vén, 
fûlpo (c{, Zfitsctïi\, XWV, 416) : r/ provient d'une dissimilation, mais le/» est 
devenu/ et non autre chose sous rinfluence|de la prononciation slave. 

BesFRECHUNGEV, p. 574, Brûckncr, Charaktnistik der germanhchen Ek- 
nunte tm Italiemschett (M. Goldschmidt). — P. 579, /^ livré de comptes de 
Jacme Olnier, p. p. A. Blanc, II, t (Ed. Schneegans). ~ P. 581, R. l'obier, 
Di4 aHproi*eniaUsc}K Venim der DiUkha Catûuis (R. Zenker). — P. 585, 
Riese, Uatcniichungeu ftber die Vtherliefernng dir Enfattcei VtvUen (Ph. A. 
^ Beckcr: arrive aux mêmes conclusions que moi, /îfw,, XXIX, 659). — P. ^87, 
^Gmmli mrico dtlla Utteratura iiaUana, XXXV, 2-5 (B. Wiese). — P, S89, 
Uomania, XXIX, 1 (G.Grôber; M,-L. : conteste les explications de L. Havct 



154 PÉRIODiaUBS 

pour ûbri el aiUeursy — P* S9i, Archiv fur dos Studium der neueren Sfradn 
und Litteraturen, XCVIil (W. Cioètta). — P. 592. Schuchardt, DU Kntà 
àner < Kriiik *k [M. Sch. n*est pas satisfait du compte rendu que fai con- 
sacré dans ÏSiRùmania, XXIX, 438, au fascicule II de ses Romantschr Eiym^ 
logiuH, H est panîoiliérement sensible au reproche que je lut ai adressé de 
« faire trop bon marché de la phonétique » ; il se plaint de roa « critique t^ 
qui, à son sens, n'en est pas une; il se plaint de mon « respect », dontQ 
semble soupçonner, bien à tort, la sincérité; il se plaint d'avoir parlé àufl 
sourd, et quesais-je encore? Sa plainte est éloquente. Je ne crois pas du tout» 
ai-je dit, a turbare, et pour rien au monde je ne déserterais *trûparç 
que la phonétique peut seul avouer. Là -dessus, M. Sch. s'écrie : « Pro- 
fessions de foi, serments d*amour, allusions à un Jossier secret, tout, cxcepît 
le langage de la science ! >» Que répondre à cela ? A mon avis, U sdence i 
parlé par la bouche de M. Gaston Paris et elle m'a convaincu que •trô- 
pare était bien Tauteur de Irouvtr et qu'il ne pouvait pas y en avoir un 
autre. Je n*ai pas de dossier secret, mais je ne crois pas qu'il y ait Itcu à ren- 
sion. — A.T,]— G, P. 

SiEBENTEK JaHRESBERICHT DIS INSTITUTS FUR RUM^EKISCHE SPRACHE ÎU 

LeH^zig, hgg, von,.. G. Wcigand. Leipzig, Barth., 1900, tn-8, vij-250 p, 
— D'août à octobre 1899, M, W. a parcouru la petite Valachie et les terri- 
toires de langue roumaine de Serbie et de Bulgarie; il nous donne les résul* 
tats de son enquête, complétés par des recherches de M. Byhan sur quelque» 
points du Banat, sous le titre Du rumânischen DiaîekU der Kleincn lP'$jIachtà, 
Serhifn<; und Bulgariftts, — M, A. Storch a étudié Tassimilation vocal ique« 
yokalbarmonu im RumânischefË . Le phénomène semble de grande importance 
dans les diverses variétés du roumain, et tout essai de collection et de classe- 
ment des formes obscures qu'il pourrait expliquer doit être le bien\*cao. 
M. Weîgand a indiqué par avance dans la préface â ce Jahresherichl les défau;îs 
de travail de M. S., travail très incomplet encore et d'une critique trop peu 
sévère. Une précision plus grande dans le classement serait aussi désirable* 
M. Grammont,dans sa thèse sur la dhsimihtion consonaniique^ avait esquissé 
un plan complet et rigoureux que devraient suivre toutes les monographies 
de ce genre. Vovci les résultais provisoires auxquels aboutit M. S, : 10 Tassi- 
milation (dans les mots, car M. S. n*a pas étudié les groupes) peut être pro- 
gressive ou régressive ; 2° dans le premier cas elle se produit le plus souvcn; 
sous rinfiuence de la protonique initiale, dans le second sous celle de b 
tonique; j» elle substitue plus fréquemment dans le premier cas une 
voyelles a, J, 0, «, l â un e ou un î, dans le second un e ou un 1 aux «ut! 
voyelles. 

Le travail méthodique de M. E. Neumann : Die Bildung der Personalproniy'\ 
mina im Mumâmscbtn n'apporte rien de nouveau et gagnerait à être nés 
réduit 

Mario Roques, 




CHRONIQUE 



Le 5 octobre dernier est décédé à Paris M, Adolphe Hatzfeld, survi- 
vant de bien peu à l'achèvement du Dictionnain gMéral de la iatigae française 
qu'il avait entrepris, avec Arsène Darmesteler, en 1871, Il était né à Paris, le 
17 décembre 1824, d'une famille Israélite (il se convenit, jeune encore, au 
catholicisme). Entré i FEcole normale, il s'y prépara à l'agrégation de phi- 
losophie; mais, à la suite d*une brouille avec Cousin, il jugea prudent de ne 
pas poursuivre cette route que la rancune du terrible philosophe lui aurait 
probablement barrée. Reçu docteur es lettres en 1850, il fut nommé profes- 
seur de littérature étrangère à k Faculté de Poitiers, puis à celle de Gre- 
noble> Des raisons d'ordre privé l'ayant décidé à quitter renseignement supé- 
rieur pour reuseiguemeni secondaire, il se fil recevoir agrégé des lettres et 
revint à Paris, qu'il ne devait plus quitter. On le nomma d'abord au lycée 
Charlemagne, fitialement au lycée Louis-le- Grand, où il tint pendant près 
de trente ans b classe de rhétorique avec une rare distinction. Beaucoup 
de ses élèves, iirrivés â de hautes positions littéraires, se sont plu à recon- 
naître tout ce qu'ils devaient à Tascendant qu avait pris sur eux cet esprit a 
la fois vigoureux et fin. Taine fut du nombre, et ne nia jamais sa dette. 

HatJifeld avait étudié de bonne heure les questions que soulève la signifi- 
cation des mots, ou, comme on dit aujourd'hui, la sémantique. Dès 1^5 1, 
mis en rapport avec Louis Quicherat, qui préparait son Dictionnaire frafiçai^ 
latin, il s'efforçait de lui faire comprendre la nécessité de classer les sens dans 
l'ordre logique de leur développement, et non» comme on le faisait ordinai- 
rement, en allant du sens le plus usuel au sens le plus rare, Il n'y réussit pas, 
et Louis Quicherat fit son dictionnaire tout seul et à sa guise, Hatzfeld songea 
dés lors à entreprendre pour son compte une œuvre Icxicoîogique. On trou- 
vera ailleurs * des détails sur sa longue collaboration avec Arsène Darmes- 
teter pour la préparation du Dictionnaire gmérd. Privé par une mort préma- 
turée du concours d'Arsène Darmesieter, Hatzfeld ne cessa de prodiguer i 
Toeuvrc commune, qui était encore loin d'être mise au point, les soins les 



I. Journal des savants, oct. et nov. 1890 (art* de NJ. Gaston Paris), et Arsène Dar- 
mcÂteter, Reliqwi scUniifiques^ L p. xxi cl *. (art. 4c James Dirmcsictcr). 



rilÉ 



15^ CHRONIQUE 

plus vigilams et les plus jaJoux. Logicien de tempérament, il comprenait 
toute rimport*ince de Thistoirc ; mais il lui maniquait les connaissances spé- 
ciales nécessaires pour devenir, dans toute la force du terme, un historien. 
Il avait le respect» plutôt que le sens de la philologie, et il mettait une cer- 
taine coquetterie à se défendre d'être philologue. Sa sollicitude allait toujours 
de préférence aux iilémcnts essentiels du lexique, les seuls qui, à ses yeux, 
valussent la peine d*être mis en plein relief; aussi la place faite dans h Diction- 
naîrc gcneraî aux mots techniques s*y est-elle de plus en plus réduite. De 
un certain manque d'éi|uilibre entre le commencement et la fin, défaut dû aus: 
en partie à des exigences de librairie, que le remplacement d'Arsène Darra 
teter par un nouveau collaborateur, M. Antoine Thomas, n'a pu empéchi 
de se produire. Malgré tout, \^ Dictionnaire général fait grand honneur à celui 
qui Ta conçu et dirigé jusqu*au bout, et à la science française en général; les 
distinctions qui viennent de lui être accordées cette année môme, et qui om 
été une grande joie pour les derniers jours d'Adolphe Hatzfcld, auront 
certainement l'aveu da monde savant tout entier. 

L'activité d'Adolphe Hatxfeld s*est exercée dans les sens les plus divers, en 
dehors du Dictiomtairf gênerai. II a été le collaborateur de Louis Ratisbonne» 
qui vient lui aussi de disparaître, pour un drame en vers, Héro et Uatidre, 
représenté à la Comédie française en 1859; il a publié des livres sur la R/pu* 
Nique et le Parménide de Platon, sur la Poétique d'Aristote, sur saint Augus- 
tin ; il laisse une étude prête k voir le jour sur Pascal. Dans le cadre des 
études de la Rontania, nous rappellerons qu*il a été le collaborateur d'Arsène 
Darmesteter pour le Seizième siècle en France (1878), et que M. A. Thomas a 
tenu à honneur d'associer le nom d'Adolphe Hatzfeld au sien en publiant 
les Cvqmïîei îexiccfraphiques qui ont paru ici même (XX, 464 et 616). 

— Le docteur Durand (df, Gros), dont nous a%'ons plusd'une fois signale 
et discuté les recherches sur la philologie provençale et spécialement sur les 
pjtois du Rouergue (XI, 458; XllI, 177; XIV, 517; XVIII, 517, etc.), est 
décédé le 17 novembre dernier. Il était né à Gros (Aveyron) le 16 juin 1816. 
Les études sur son patois n'étaient pour lui qu'un passe- temps. Ses principaux 
travaux concernent diverses branches de la physiologie et de la psychologie. 

— Vient de paraître à la librairie Bouillon, dans la BiMiotbêque française dm- 
moyen dge, le premier volume de la nouvelle édition de Flamenca, par Paul 
Mcyer, édition entièrerocm refondue. Ce premier volume contient le texte, 
précédé d'un court avant-propos, et le glossaire, qui n'occupe pas moins de 
1 10 page». Le tome second renfermera l'introduction, la traduction et 
table d« noms propres, 

— Nous avons annoncé il y a longtemps (XVII, 645) le projet de 
M. Eilen Lôseth, de Christiania, connu par son excellent livre sur le 
Tr titan en prose, de publier le roman de Robert le Diable (il annonçait en 
même temps la publication du Ptrcn'aï de Gerbert, à laquelle il a renoncé» et 
que doit faire prochainement M. Wilmotte), Ce projet va aboutir. M. Lôscih 






CHROKiaUE 157 

mettra prochaineinent sous presse l'édition critique du roman en vers de 
Rebâti U Diable^ d*apTès les deux manuscrits connus» 

— M, J. Vising publiera prochainemeni deux poèmes anglo-normands, la 
Plainte à-Amoun (voy. Rcm.^ XXIV, 4) et la Vision ât saint Paul. 

— MM* Brandin, Jeanroy et Steffens se proposent de publier le recueil 
complet des « jeux partis » du xin< siècle. 

— Dans le second fascicule de la Ri vis ta Dalnuittca de 1900 % M. Rartoli 
a inséré un intéressant article sul nedaUno mdigena di Daimatia ou dalmaiico^ 
« qui a expiré !e 10 juin 1898 » en !a personne d* Antonio Udina (dont Ta 
Rivista donne le portrait). M, Bartoli Indique aux Dalmates non slaves, très 
curieux de l'histoire de leur patrie, un champ d'études qu'ils n'ont guère 
abordé jusqu'ici. Nous avons rendu compte du premier essai, si digne de 
Tatteniion des romanistes, que le jeune et lélé philologue a déjd publié sur ce 
sujet. Il nous en fait espérer d'autres, et nous serons heureux, k Toccasion 
de les signaler â nos lecteurs. 

— Dans le t. XIX de la Tijdschr. v, Ned. TaaU en LetUrhmde (1900)» 
M. Siilvcrda de Grave a inséré une très intéressante étude sur quelques mots 
français passés en néerlandais ancien ou moderne, Âhra\ « entremetteuse », 
n'est autre que le nom propre Auherte, attribué dans le fableau bien connu â 
une entremetteuse, et peut-être déjà typique (comme Rtcheut, que M. de Gr. 
cite à propos); il fan remarquer que d'autres appellatifs français sont devenus, 
grâce à k diffusion de notre littérature, des noms communs en néerlandais 
sans l'être devenus chez nous : ainsi eems^tunc, u ûh d'Aimon n, penUkruî, 
« Pantagruel »* (on peut rapprocher l'emploi du mot laban en danois). 
Baanrtii remonte non kbanntret^ mais àb forme ^ primitive bantre;^; on 
trouve aussi haamoUt qui semble d M, de Gr. devoir s^expliquer aussi par 
une forme française, et où on peut voir en etïet une forme orientale bancroi 
{p <; é). — Le néerL cortu (ou corre)^ « charogne «», viendrait d'une forme 
picarde carone^ cela paraît assej: douteux, et le berrichon (Littré) carne n'a 
rien à faire avec clnirognt (voy. carne dans le Dict. gén.). — Ayant constaté 
que le néerl. sprhigaaï vient du fr. eipringa.t (xiii* s,), M. de Gr. recherche 
1res ingénieusement l'origine de celui-ci, qu'il regarde comme provenant de 
la forme espringahk (dissimilèc de espnngarJc) par un jeu de mots avec un 
*cspringaU qui aurait été le subst. verbal d^rspringaler , ^* danser «, lui-nléme 
formé ù!*fspringuiUr, fréquent, d'esprittguirr, contaminé avec galtr {fspritigok^ 
d'où tspingok, serait une forme du français orientai). C'est acceptable, bien 
qu*un peu compliqué; toutefois on ne peut regarder ces rapprochements 
comme déônitifs, et Torigine à'tspringah reste douteuse, ainsi que le rapport 



I. Ce rccucil, qui parait iZara (împrimcric Artalc) et qui termine s» seconde année, 
mérite toute sympathie. Nous y remarquons une ciuiic de M. L. Benevenia sur This- 
loire de Zâra au xir siècle, et m commeaccment du xui' où on trouve» d'iniéres* 
lantes obicrvâtions sur U prise de Zara par les croiitt en laoj. 




IjS .CHRONiaUE 

de ce mot nvcc t'sprin^mrdf. — Le mot fr. carabin, passé en neeriandait {Mrn^ 
bijn), à étc par M. A, Kluwcr rattache j un berrichon (?) crapitf, v samv- 
sin, grain de peu de valeur *» (d*où « homme de rien », puis « soldjt 
d*ordre inférieur ») M. de Gr. rectifie dans le détail plusieurs des explica- 
tions de M, Klu>'ver, mais il n*en rejcnc pas ressenticl. Ce rapprochement 
paraît bien douteux, et l'éiymologie de carabin est encore à trouver. — 
G.P, 



— livres annoncés sommairement : 

Alcidc Macé» De emendanào Diferentiarum hbro qui mcrihUur u t>e pro- 
prietate sermon um » et tsuioti Hispaiensis fsse fertur. Condate Rhedo- 
nura, 1900» in-8, de 168 pages. —M. Alcïde Macé prépare une édition cri- 
tique du De PropnHate sertnônum ; les longs prolégomènes qu*îï vient de 
menre au jour nous montrent que ce n*cst pas une petite affaire et qu*il 
nV épargnera pas sa peine. Cet opuscule, jusqu^ici mal connu, sera-l-il de 
quelque importance pour b philologie romane? Voilà ta seule questioq 
qui nous intéresse ici, et on n*y pourra répondre en pleine connais 
sanccdc cause que quand ropuscule sera publié critiquemeni, P, 9-11J 
TautcUT fait une petite dissertation sur le lemmc 96 du De Pr\ 
prittatt sermonum, où il faut tire^ d'après lui : « Tuga, quibus aqua 
dcducitur,.. n. Il croit à Texistence d*un mot neutre tugum (et non 
tu g a au féminin, comme le donnent les éditions), dès le temps de Cioé- 
ron, parce que Cicéron parle d'un personnage du nom de M. Tugio 
Cela est bien aventuré: mais ce qui est plus grave, c*cst que M- M. ve 
tirer de tugum le français tuyau (en jetant par-dessus bord te pro\*e 
ttM et Tespagnol tudillo, dont le d aurait pourtant dû lui servir de gan 
fou), voire même l'espagnol tueco (de *t u g ecc u m !) et tuetano (de 'tugc 
tan u m M), dont le sens n'a qu'un rapport éloigné avee celui de tugum. 
Il aurait été mieux inspiré en rapprochant le lemme 96 d*uQ passage 
Grégoire de Tours, souvent cité, où Diez a vu le plus ancien exemple ^ 
mot français douvt^ et qui se trouve dans le De Gloria nmrtyrum^ 24 1 
M. Knischlii togii occuitis, tandis que les anciennes éditions ponent^ 
occuUis. Reste i examiner si Pétymologie courante, par le grec îoyï^, peut 
être maintenue^ ce qui semble peu probable, en présence de Taccord deGti 
goirede Tours avec le De Proprietatt sermmmm pour le t initial. — A- T. 
La satire des femmes dans la poésie lyrique française du mayen âge. 
tîon,,... pour Tobtention du doctorat en philosophie, par Théodore 
Neff. Paris, Giird et Brière, 1900, in-8, x-iï8 pages (dissertation 
Chicago). — Travail mal conçu et rédigé en un français plus que média 
L'auteur, ayant copié sur fiches les attaques contre les femmes qu*il a i 
contrées dans les poésies françaises du xili» au xv* siècle, a classé 
' extraits sous un certain nombre de chefs qui ne sont pas toujours ! 
choisis : inconstance, stupidité (mot qui doit être entendu au sens de Ta 



CHRONiaUE 159 

glaîs stiêpidity), faiblesse d'esprit, irritabilité, manie de critiquer ci humeur 
quereileusef loquacité^ etc. Puis il a relie ses citations par des observations 

• qui manquent un peu de finesse, pour ne pas dire plus. Mais d'abord l'au- 
teur sait-il ce qu'on entend par «r poésie lyrique al Presque toutes ces cita- 
tions sont empruntées.^ des fableaux, a des dits, à des poésies morales. On 
ne voit pas qu'il ait rien tiré des trouvères. Et puis, il est évident que tous 
les textes qu'il cite n'ont pas la portée qu'il leur attribue. Il est ridicule 
de ranger Marie de France parmi les contempteurs du sexe féminin parce 
qu'elle a traduit une ou deux fables où les femmes jouent un vilain rôle. 
Beaucoup de fableaux n'ont pas d'autre but que d'exciter un gros rire chez 
des auditeurs peu raffinés; il n'y faut pas chercher d'intention satirique» 
ou, si cette intention existe réellement, ce ne sont pas toujours nos poètes 
du moyen âge qui ï'y ont mise, puisqu'ils ne faisaient qu'arranger de 
vieux contes d'origine lointaine. M, Lee Neff aurait dû tout d'abord appré- 
. cicr sommairement la portée des témoignages qu'il invoque et qu'il a le 
tort de mettre tous sur le même plan. Ceùi été Fobjet d'un chapitre d'in- 
troduaion. Peut-être a-il jugé ce travail au-dessus de ses brces. Mais à tout 
le moins nous dcvaît-îl une bibliographie exacte et précise. Celle qui 
occupe les premières pages de sa dissertation est toujours superficielle et 
souvent inexacte. 

Per la biblio^rafia dei Candonrrvs spagntéoU, Appunti di Adolfo Mussaha. 
Vienne, 1900, in-4. — Kssai de classification des CafKtoneros castillans du 
3tv« siècle, où Témineni professeur déploie ses qualités bien connues de 
sagacité et d'ingéniosité. Peut-être cependant les résultats obtenus ne 
pjLraîtront-ils pas répondre suffisamment au travail dépensé. Il eût mieux 
valu attendre encore. On vient de publier le Canciùnero de Montoro et 
une description détaillée d'un autre chansonnier, jusqu'ici inconnu» con- 
servé dans la maison de Castaneda : M. Mussafia ne connaît pas ces pubh- 
cations. Il lui manque aussi une connaissance exacte des chansonniers de 
la bibliothèque du Roi à Madrid. Eo ce qui concerne S., je rappeUerai que ce 
ms. est maintenant à la Bibliothèque nationale de Paris, comme l'indique 
la préface du Cataîopie des manuscrits espagtwh ci portugais. — A. M, -F. 

Essai sur quelques groupes de mots empruntés par U néerlandais en latin krit^ par 
J. J. Salvf.rda de Grave. Amsterdam, Mùîlcr, 1900» gr. in-8, 165 p. 
(extrait des yerhandelingm der K, Akademie %*an Wetemchappen te Amster* 
dam, N. R., D. III, n. i). -- Dans ce travail fait avec ta plus grande cir- 
conspection et une critique toujours en éveil» M. de Grave s'occupe des 
mots empruntés par le néerlandais au latin écrit, et recherche, ce qui 
û'avait pas encore été fait et ce qui fait rentrer son étude dans notre cadre, 
ceux qui ont passé par Tintcrmédiaire du français. Il les divise en trois 
groupes : ceux qui (à cause de leur forme ou de leur sens) ne peuvent 
\'emr que du latin, ceux qui ne peuvent vtnir que du français, ceux qui 
pourraient venir de l'un ou de Tautre, ci dans ce dernier groupe il dis- 
tingue ceux qu'il y a lieu de aoirc plutôt directement venus du latin et 



l6o CHRONiaUE 

ceux qu'il y a lieu de croire qui ont passé par le franç^iis. Le résultat est 
que de beaucoup le plus grand nombre des mots latins usiics en néerlandais 
ont éiè empruntés au français, et que le nombre de ceux qui ont été sûre- 
ment empruntés au larin est extrêmement restreint* Ce résultat est fort 
curieux et montre Tinfluence exercée de mut temps sur les Pays-Bas par 
la culture et la littérature françaises. Le présent mémoire n'est d'ailleurs 
qu'un fragment du grand travail qu'a entrepris M. de Gr. sur les mots 
français en néerlandais er dont nous donnons dans le présent numéro un 
chapitre important a nos lecteurs, 

A hiiiory of criticism and lituary tmtf in Europe ^ from the earlitst Uxts to tljc 
présent day, by George Saintsbury. Vol. 1, classicaland mediaîval criticisra, 
Edimbourg and London, W. Blackwood» J900. In-8, XV'499 pages» — 
Si nous mentionnons ici cet ouvrage» qui reste un peu en dehors des 
études que poursuit la RotfmmUj tant par le sujet que par la manière dont 
ce sujet est traité, c'est il cause des chapitres consacrés à la critique (il ne 
s'agit guère que de critique littéraire) au moyen âge. Ces chapitres, au 
nombre de trois, sont intitulés : I « avant Dante d, Il « Dante m, III « les 
quatorzième et quinzième siècles. » Dante, et dans l'espèce le De vulgari 
fhquio, représenterait, pour ainsi dire, îc point culminant de la critique au 
mov^cn âge, ce qui, si on s'attache à faire l'histoire du développement des 
idées critiques, est un point de vue fort contestable, le De vuigari tloquio 
étant resté à peu près ignoré au moyen âge et n'ayant, en tout cas, exercé 
aucune iniluence. Disons toutefois que le chapitre sur Dante, empreint 
d'une admiration un peu excessive, est riche en idées personnelles. Ci et 
là des erreurs (par ex,, p. 422, ce qui est dit de la langue à*oc et de 
l'Espagne, il propos de Vulg. tïoq., 1, viij). Dans le chap. intitulé « avant 
Dante o, il n'est question que de la littérature latine du moyen âge. Les 
auteurs dont s'occupe (iwrfois un peu longuement) M. S. ne sembismt pas 
avoir été choisis à la suite d*un examen bien approfondi de cette littérature- 
Rien, par exemple, sur Richard de Fournival et sa Bihlionomia. On regrette 
que M- S., qui a prouvé par d'autres travaux sa connaissance de la littéra- 
ture française en géntTal, n'ait rien dit du sens httèraire qui se manifeste, 
dès le Xiii* siècle, chez certains poètes de langue vulgaire (par es, chez ceux 
qui apprécièrent Chrétien de Troyes, et au midi chex Raimon Vidal). Le der- 
nier chapitre, relatif aux xiv« et xv« siècles, fait une part aux oeuvres 
non latines ; mais il est très sommaire, et beaucoup de ce qu'on y trouve 
est étranger au sujet. 



Li Propriétaire-Gérant, V* E. BOUILLON. 



MACÛH, PSOTAT PRÊKES, IMPltUlEUItS. 



L'ÉLÉMENT HISTORIQUE 



DANS 



FIERABRAS ET DANS LA BRANCHE H DU 
CORONEMENT LOOIS 



FIERABRAS 

La chanson de FierabraSy dans la version, du dernier tiers du 
XII* siècle, seule parvenue jusqu'à nous, est composée de deux 
parties d'inspiration très différente * . La seconde, où nous lisons 
les aventure» merveilleuses des douze pairs enfermés dans une 
tour à Aigremore avec la belle Floripas, est une œuvre de 
remanieur, toute d'imagination ou d'imitation littéraire, non 
de tradition. 

La première partie est d'allure moins romanesque : elle nous 
conte la ruine de Rome par les païens et les premiers combats 
livrés par l'armée de Charlemagne venue au secours des chré- 
tiens. Tout ce récit existe à peine, à vrai dire, dans notre 
chanson^ qui le suppose connu et se contente en général de le 
rappeler par de brèves allusions. Mais nous en avons gardé 
deux formes plus complètes : Philippe Mousket a fait entrer 
dans sa Chronique rimée ' l'analyse d'une chanson dont le con- 
tenu était tout semblable à celui du début de Fierabras, et dans 



1. Cf. Bédier, La composition de FierabraSy Romattia, XVII (1888), p. 22. 

2. V. 4664-4717, éd. Reiffenberg, I, 188-190. 

JSflMMMI, XXX* Il 



lél M, ROaÛES 

le manuscrit de notre chanson conservé ;\ la bibliotlièque de 
Hanovre le poème du xn' siècle est précédé d'un prologue, la 
Destrtiction de Rofne% qui nous conte avec force détails les 
événements survenus sur les bords du Tibre avant l'arrivée de 
Charles et de ses pairs. 

Le récit de Mousket ne correspond piis exactement aux allu- 
sions de Fierabras, L'extrême brièveté de la Chronique et de 
cette partie de la chanson expliquent sufRs;imment chez Tune 
et l'autre Tabsence de quelques traits; d'autre part il est peu 
probable que Mousket ait rien ajouté de lui-même au poème 
qu'il analysait. Il est plus remarquable que la Destruction^ si 
riche en détails, n'ait pas tous les traits du résumé de Mousket 
ou de Ficrahnu ou même soit en contradiction avec ceux-ci^ et 
c'est là un point sur lequel nous devrons revenir. 

En tenant compte de ces divergences *, et quel que soit d'ail- 
leurs le rapport des trois versions, les événements qu'elles 
racontent peuvent se résumer ainsi : « Les Sarrasins ont pris 
Rome (D, M, F), brûlé les moustiers (D, M, F) et en pani- 
cuher Saint-Pierre (D, F), pris er brûlé Château-Miroir 
(D, M) et tué le pape (D, M, F). Château-Croissant »' tient 
encore avec le duc Garin (M). — Charlemagne, averti par 
message, envoie immédiatement Gui de Bourgogne (D, M, F) 
et Richard de Normandie (M, F), qui guerroient avec succ^ 
sous les mors de la ville jusqu'à rarrivée de l'empereur (M, F). » 
C'est là sans doute une légende, mais où n'apparaissent ni les 
traits merveilleux, ni les souvenirs littéraires dont est remplie 
la seconde partie de Ficrabras, et nous ne pourrions accepter a 
priori de lui appliquer le jugement de Léon Gautier, qui préten- 
diît « établir scientifiquement que le roman de Fierabras ne 
repose directement sur aucun fondement historique^ ». 



■ 



1. Éd. Grôbcr, R&mania^ 11(1875), P 1* *^- Brandin» U manuscrit de 
Hanovre de Fierabras et ât la Desiructim de Rotne, Romania^ XXVIII (1899), 

P 4«9- 

2. Pour éviter toute confusion nous ferons suivre chacun des traits de 
noire résumé de rindkation de sa source : D, Destruction de Rome ; M, ana- 
lyse insérée dans la Chronique de Mousket ; F, Fierabras, 

l. Ccst-â-dire le Môle d'Hadrien^ le Chlt eau Saint-Ange, cf. Ratmnia^ IX 
(1880), p. 45. 
4. L, Gautier, Les Épopées françaius, 3« éd., t. III» p* 87. 



l'élément HISTORîaUE DANS PIERABRAS 1^3 

Léon Gautier songea d'allteurs loi-même à rapprocher l'in- 
vasion sarrasine dont parle Fkrabras et les incursions dans 
la campagne romaine des mahomètans d'Afrique ou de Sicile, 
mais les Sarrasins é^ Fierabras et Texpédition de Charlemagne à 
Rome étaient pour lui un souvenir des Lombards de Désier et 
de Texpédition de 773 ; il ne s'arrèra pas à ce rapprochement *. 
A. Graf, dans une note plus précise quoic]ue très brève encore, 
a rappelé, à propos du récit de la Destntction, le siège de Rome 
Lpar les Sarrasins en 846 % et C. Voretzsch a nettement tden- 
^tifié, sans apporter do preuve à Tappui de son opinion, les évé- 
nements contés par la Desiniction et l'expédition de 846, seule 
expédition sarrasine qui ait pénétré jusqu'à Rome ^ Enfin, 
dans un intéressant article des Mélanges d'arclmlogie et d'his- 
toire de r École française de Rotne*, <i Le poème de la Destruc- 
tion de Rome et les origines de la cité Léonine » M, Ph. Lauer 
a montré entre les faits de 846 et le récit de la Destruction des 
analogies frappantes K 

Au mois d'août 846, une armée sarrasine arrive à Rome par 
le Tibre* On envoie pour Tarrèter les schlae Saxotmmy Fri- 
sonttm €i FratKorum^ c'est-à-dire tes pèlerins étrangers; ceux-ci 
sont écrasés ù Porto, et les Musulmans viennent s'installer autour 
de Saint-Pierre, que n'entourent pas encore les murs de la cité 
Léonine; les trésors que renferme la basilique sont mis à sac. 
Une nouvelle tentative des Romains contre les envahisseurs 



1. L« Gautier, /. &%, p. 54* 

2. Rotmi ntîîa mtmoriat nelk immagmaiiom dd twdio evo, Tonno, 1882 , 

1.1, p. 22Î, , 

3. Ufi¥r die Sage imi Ogkr âem Dâmtt^ Halle, t^ï, p. 8u 

4. XIXe année, fasc IIMV. avril-juin 1899, p* 507-361 ; cU Rôtmfm\ 
XXIX (1900), p, T56. 

5. J^avais moi-même dans un travail lu en 189H à rhcole des Hautes 
Études (cf. Anmmire de P École des Hautes Etudes ^ 1899, p, 59), mais reste 
manuscrit, exposé des conclusions très semblables k celles de M. Ijtuer. Cet 
accord, d'autant plus remarquable que j'érudijîs Fterahas^ et non la Den- 
trudlon comme M. Lauer, n*cst pas sans doute une vérification de nos 
coodusioûs communes» mais c'est peut-être la preuve qu'elles ne sont pas 
Sans vraisemblance. C'est ce qui m'a encouragé 1 mentionner ici un travail 
resté inédit avant ^^tn extraire quelques additions ou recti5cation$ Â rarticle 
iie M. Lauer. 



164 M. ROQUES 

SOUS les murs même de la ville n'a pas plus de succès. Pourtant, 
après an ùchec autour de S,iint-Paul, les Sarrasins se retirent 
Li chronique de Benoit, moine de Saint-André-du-Soracte 
attribue le mérite de ce départ des Sarrasins au marquis Gui, 
chef d'un exarchat lombard» qui ne peut être que Gui de 
Spulère. Cest de Spolcte aussi que \'ient l'armée franque, qui, 
d'après certaines chroniques, se met à la poursuite des Sarrasins, 
Enfin^ dans un capitulaire de 846 dont M. Lauer a montré 
toute Timportance, nous voyons figurer comme ambassadeur de 
l'empereur Lothaire dans le sud de Tltalie un comte Gui, qui 
doit être le même personnage. Peu de temps après Tinvasion, 
le 27 janvier 847, mourut le pape Serge IL Je ne sais si la 
tristesse de Finvasion y fut vraiment pour quelque chose; Ton 
peut du moins affirmer que, dans les mémoires, il se fit un 
rapprochement entre la mort du pape et l'expédition sarrasine. 
Cest ainsi que k Vie du pape Léon IV ' fait mourir Serge II 
« repentina morte n pendant rinvasion, et de même Pru- 
dence deTroycs et le moine Benoit. 

Le récit des chroniqueurs' et la légende des poètes s'ac- 
cordent sur trois points importants : la prise et le sac de Saint- 
Pierre, la mort du pape pendant l'invasion, le secours apporté à 
Rome par un Franc ^ le duc ou comte Gui. Aucun de ces traits 
n'est banal : Ogitr^ Olinel, le Corommeni Loof's nous content la 
prise ou Tattaque de Rome par les Sarrasins, mais ils ne 
parlent pas d'un pillage de Saint-Pierre, ils ne font pas périr le 
pape pendant l'invasion; d'autre part, le 00m de Gui n'est pas 
très fréquent dans notre trésor épique. Cela me paraît suffisant 
pour permettre d'identifier les événements de 846 et ceux qui 
Yorment la trame de la Destruction de Romc^ de Fierabras et du 
poème analysé par Mousket, 



I 



9 



Les conclusions de M. Lauer sont beaucoup plus précises. 
Dans les événements de 84e il trouve Torigine, non seulement 



1. Ub, Pmiif., Duchesnc, II, 106. 

2. Je n'ose pas dire» rhisioirc ». Nous n'avons pas de documents origioaux, 
les clironiques ne s'accordent pas et ne fournissent pas d'éléments de ciitiqtie 
sufBsants. Nous ne pouvons atteindre qu'un ràiit ancien, sans nous pronaii* 




L'èLÊMENT HISTORiaUB DANS FIERA BRAS l6^ 

des traits essentiels- et sommaires communs aux trois versions, 

mais aussi de tien des détails conservés par la seule Destruction 
dé Rome, Ce poème prend dès lors pour lui une valeur particu- 
lière. <t Le poème de la Datructkm^ dit-il, tout remanié qu'il 
est, a conserve un fond ancien presque intact, le tableau très 
vivant et très exact de l'invasion sarrasine d*aoùt-septembrc 
846. La contamination n'a atteint que le dctaiL L'auteur avait 
lison de dire : 

V. I Ni sera lablc dite ne mensonge pro\vc. 

C'est une chanson peut-être presque contemporaine i Tori- 

jine, comme U chanson de Raoul de Cambrai, œuvre peut-être 

l'un témoin oculaire, de quelque Franc de la scJyola Francûrum 

^échappé au massacre, de quelqu'un dest/«rt'i de Loihaire ou de 

Tun de leurs écuyers ^ « 

Mais le travail de M. Lauer n\i porté que sur la Destruc- 
tion : n*y a-t-il pas quelque arbitraire a n*étudier qu'une 
seule des trois versions du siège de Rome que nous possé- 
dons, i moins d'avoir montre par avance qu'elle a gardé 
mieux que les autres la légende primitive ? Or les rapports de la 
Destruction, du Fierabras et du poème connu par Mousket sont 
loin d*étre clairs, et M. Lauer n'a pas cru devoir les éclnircir. 
Il parle même « du poème connu de Philippe Mousket et 
retrouvé par Grôber avec le titre de Destruction de Rmie^ », 
alors que le résumé de Mousket et la Destruction nom pas le 
même contenu : Mousket nous fait connaître un poème complet 
avec un dénouement normal, la défaite des païens sous les murs 
de Rome ; la Destruction s'arrête sur une expédition des Français 
à la poursuite des Sarrasins rentrés triomphants en Espagne. 

Il est évident en effet que la Destruction de Ronw^ dans la 
forme que nous a gardée le manuscrit de Hanovre, a été com- 
posée comme un prologue à Fierabras, tel que nous le possé- 
dons, avec son action romanesque transportée (^ es vaus soz 
Moriraonde »>. La Destruction se termine au point précis où 
commence Fierabras. 



ccr sur l'authenticité dé5 t'aits rapportés, et nous ne devons prétendre ici qu'à 
identifier une légende vague avec un récit qui situe précisémcoi les fûts. 

I, Lauer, /. c, p. 525. 

a. £.. f.,p. Î27. 



î66 



M, ROaUES 



Faut-il admettre avec Grober que cette Destruction et le 
Ficrabras remanié forment on tout, sont l'œuvre homogène d*un 
seul auteur, ou, au contraire, se représenter la Destrtictim comme 
ou prologue ajouté à cette rédaction de Ficrabras ^out des raisons 
de clarté? Cette dernière opinion paraîtra seule vraisemblable, 
si l'on remarque que la chanson de Ficrabras fait allusion à des 
faits que la Desirucîimi ignore. L'auteur d'un prologue fait après 
coup a bien pu oublier de les rappeler, mais on n'en compren- 
drait pas l'absence flans une œuvre d*un seul jet. C'est ainsi 
que le rôle de Richard de Normandie sous les murs de Rome 
avant rarrivée de Charles, rôle important si l*on en juge par 
les allusions de Ficrabras et le résumé de Mousket, est inconnu 
de la Destruction ' ; ainsi encore, Ficrabras suppose au moins 
une entrevue de Ftoripas et de Gui de Bourgogne devant 
Rome% tandis que dans la Desîrmiion Gui n'arrive à Rome 
qu'après le départ des païens. On pourra trouver une autre 
preuve à Tappui de cette opinion dans le fait que la Dcstructioti 
et Ficrabras ne sont pas d'accord sur la personnalité de Gui de 
Bourgogne, Pour l'auteur de la Destruction^ Gui est le neveu de 
Charlcmagnc : 

Fils crt de sa soror et de sa parenté ». 

C'est évidemment le même que le héros de la chanson 
Gui de Bourgogne^ le fils de 

Sanson de Borgoîgne qui gentils est et ber. 

S'a la serour Karl on le fort roi coroné, 
El si en a li dus ,i. vallct engendré*. 



4 



î. Le nom de Richard de Normandie n*apparaït qu'une fois dans la tk»- 
tnutim (v. 541) à propos de Stvari de Hongrie^ qui 

Cosios germaînf cstoît Richard de Hormaudie. 
a. Cf. Fiirahrasy éd. Kroebcr et Scrvois, v. 2257-234^ : 

.1. chevalier de France ai Ioniens cnimé : 

Gui* a nom de Borgoigne» moût 1 a bel armé..... 

Des que je fui 1 Rommc, m*a tout mc^ cuer cmbli* 

l, Dtstruction de Rome y v. 1180. 
4» Oui de Bourgopu^ v. 216 sqq. 



l'élément historique dans FIERJBILiS 167 

Fierabras fait dire à Gui : 

On ra*apçle Guion, de Borgoigne suî nés. 
Ht fils d*ane des filles lu duc Milon d*Ainglcr, 
Cousin germain Rolhnt qui tant fait a douter ». 

L'auteur du prologue a très bien pu confondre le Gui de 
Fierahras avec le héros célèbre de Gui de Bourgogne \ la substitu- 
tion inverse du Gui, fils de Milon, inconnu par ailleurs de 
r épopée, au « roi des enfants » serait invraisemblable. Ainsi le 
Fierahras du xn*= siècle n*est pas la suite ou le développement 
de la Destruction^ il en est indépendant, et toute étude sur la 
légende du siège de Rome en devra tenir compte. 

La Destruction, prologue ajouté au Fierabras, n'est pourtant 
pas constituée seulement d'emprunts à ce poème. Elle contient 
des traits qu'il ignore et qui sont traditionnels, puisque nous 
les retrouvons dans le résumé de Mousket. Elle connaît par 
exemple avec Mousket Garin de Pavie, que ne nomme pas 
FierabraSy^i de même Château-Croissant et Château-Miroir, Sup- 
posons donc que la Destruction procède en quelque manière de la 
version ancienne de Fierahras connue de Mousket. Cette ver- 
sion disparue serait représentée par trois dérivés, la Destruction, 
le résumé de Mousket et notre Fierabras. Dans cette hypothèse 
encore Tétude de la Destruction ne saurait dispenser de celle des 
deux autres poèmes, et même Taccord de Mousket et de Fiera- 
bras sur le rôle de Richard de Normandie devant Rome devra 
nous mettre en garde contre la Destruction^ qui Tomet. 

L'on peut enfin se représenter la Destruction comme indépen- 
dante du poème connu par Mousket et comme remontant à une 
forme plus ancienne de Li légende. Dans cette hypothèse, la 
û*j/rM^//Wi aura la valeur d'un témoignage, l'accord de Mousket 
et de Fierabras une valeur égale, et nous pourrons croire de 
préférence l'un des deux, mais non pas rejeter Tautre par 
avance. 

Nous pourrons d'ailleurs, même en ce cas, trouver contre la 
Destruction des raisons de défiance. L'influence du Fierabras 
du xu*^ siècle a pu nuire i la bonne conservation, dans le pro- 



K V. 3406 sqq. 



f6$ M. ioosje 

togue du nt de Hanovre, de la cradirion origioale. 

Dans Mou>._-, ^ ^rin de Pavîe est encore vivani au moment 
de rarrivfa des Français^ il combat i leurs côtés après a^otr 
\or T - ' ' Chltcatt-Croissant ; La T n fait 

tuer . I -asrns. Pour M. Laner, cc rgence 

s'eirpliqueratt peat-ètre par ane simple inexactituiïk de 
Moasket '. N'est-ce pas platdt que, Fterabras ayant cessé ée 
s'occuper de ce personnage inutile à l^histoire des reliques de 
Saint'Dents, il fallait bien le faire périr avant la fin dn pro- 
logue? 

Hors même de Tinfluence de Fkrahras^ la Dcstmctim z 
faussé la tradition ; ce qu'elle dit de Château-Miroir peut nous 
en être une preuve, I^ situation de ce château y est incertaine; 
tantôt il semble qu'il soit dans Rome : 

De Ij cité de Rome veoit hom ti cbné; 
£n son de Miraour en seul aikun monté, 
Mouh cnir'cls longemem ont le fu csgardé (479 sqq.); 

untôt^ et plus souvent, c'est une défense avancée de la viUc, 
on fort détaché placé sur le Mont Che\Tel et sans communica^ 
tîon permanente avec Rome : 

Deii k*a roont Chevrel n'i ont règne tin! 

5Mvans et Garin sont d chastel monté 

La cft ë Miraour..... (644-666). 

Cependant M, Lauer a vainement cherché dans la campagne 
romaine une trace de ce <r miroir » ou de ce Mont Chevrel, et 
il a supposé ' qu*il avait « dû exister » à Porto quelque phare 
que nous rappellerait 

Il Mirnour doni hotn a tant parlé : 

Ki par le hait estage a son chef hors bouté 

.XXX. lieues voit bien et de long et de !é (666 $qq.)« 

Cest qu'en effet ce Château-Miroir est dans Rome, comme le 
laisse entendre le résumé de Mousket, et non hors de la ville : 
il n*est pas autre chose que le Miroir merveilleux bâti par Vir- 
gile où se voyaient les ennemis de Rome et dont nous parlent 



I, L. 4%, p. py, note i, 
a. L c, p, 30' 



L'èLèMENT HISTORIQPE DANS FIERABKAS I&9 

le Roman des Sepi Sages ^ Renard contrefait^ CUomadès^ etc. '. Ce 
Miroir est lui-même une forme de la Saîvatio Romae^ et celle* 
ci est toujours placée dans Rome, le plus généralement sur le 
dpitole *. D'ailleurs le Mont Chevrel n'est que le Capitole, mûtis 
Caprittus K L'auteur de la Destruction, en plaçant le Miraour 
hors de Rome, a déformé une tradition qu'il ne compre- 
nait plus : les détails du poème qui ont leur origine dans cette 
situation de la forteresse sont de pure invention. Les scrupules 
de méthode qui pouvaient empêcher d'étudier isolément la 
Destruciimi se fortifient ainsi d'une légitime défiance pour les 
faits que ce poème est seul à rapporter. 

Cette défiance nous empêchera de prêter trop de valeur aux 
analogies signalées par M. Lauer entre les événements de 846 
et le récit de la Destruction, — Laban menace les Français J'un 
tribut : 

Quatre deniers par an pour lour chieCs rachatcr (149}; 

pouvons-nous voir là un souvenir du tribut payé quelque 
temps aux Sarrasins par le pape Jean \iri ^ ? — Les Sarrasins 
viennent d'Espagne par mer. Païen ou chrétien, un héros d'épo- 
pée ne peut être qu'un chevalier, la piétaille étant de peu d'in- 
térêt* tout naturellement les Sarrasins de la Destruction auront 
dans leurs bateaux des destriers et du fourrage pour les nour- 
rir ; 

Moult fu grans li chalans et ovrés par roestrîc ; 
Laens sont les esuibles as destrers de Surie,., (333) 
Et de foen et d'avainc, qe servent li destrer(233), 

sans que le poète ait songé aux chevaux réellement amenés par 
les envahisseurs de 846 *. — Nous ignorons le nombre des 
Sarrasins qui vinrent à Rome ; h Fie de Serge II parle d'une 



j . Œ Graf, Roma.,.y I, 206, et Comparctti, Virgiîiô nd midio evô^ Livorno, 
1872, II, 74. 
a. Cf. Graf, /. c, I, ï88. 

3. Cf. P, Rajnai Un' iscriiianr rteptsitm dd nji^ dans A rchivio stor ko ita- 
/*ôiw. XIX, 1887. p. 48. 

4. Laucr, L c, p. 329. 

5. Uucr»/. c, p. 339. 



lyo M. ROQUES 

multiiudo gentii Sarracmorum ad XI milia\ La Destruction 
parle de a. C, fois .M. », de « .Vil fois .C. mil t», de « ,C. 
fois ,C. millier^ « ; il serait bien étonnant en effet que, contre 
les chevaliers chrétiens, les païens ne fussent pas une multitude, 
et sans doute ces chiffres expriment la même idée que le mulii- 
tudô de la Vie de Serge : Ton n'en conclura pas qu*ils y 
répondent î. — A peine débarqués les païens pillent, brûlent et 
tuent, en particulier les prêtres, clercs, moines, ermites et non- 
nains, tout comme les Sarrasins de 846 d*après les chroniques *. 
Le poète pouvait-il attribuer aux envahisseurs une autre con- 
duite ? — La Destruction parle d'un assaut donné à Rome par 
les païens ; les chroniques ne signalent rien de tel en 846; seul, 
Raoul de Fulda dit : a Cum non possent urbeni inrum- 
pere...» j»; M. Lauer en conclut qu'il y eut un assaut tenté et 
voit là une analogie de plus avec la Destruction ^ D*un assaut de 
Rome en 84e nous ne pouvons rien affirmer, pas même que 
Raoul de Fulda veuille réellement en parler, mais, dans la Destrm- 
tion, l'abstention des Sarrasins aurait été bien extraordinaire. 
— Un autre combat sous Rome où les Sarrasins ont l'avantage 1 
dans la Destruction correspondrait à une réelle défaite des 
Romains, dont nous parle Prudence de Troyes'. La coïnci- 
dence n'est guère plus frappante que pour les autres traits, — 
M. Lauer remarque que Savari de Hongrie, dont la Destruction 
seule fait mention, est, d'après ce poème, «< de mult grant baro- 
nie », ce qui n'est pas pour nous étonner, et parent du pape : 

« Cela va h merveille avec ce qu'on sait de Serge II. Ce pape 

appartenait à cette noble famille... etc, * ». Mais le pape pou- 
vait-il pour un poète épique être autre chose qu'un haut 
baron ? — Le poète aurait fait de Gui de Bourgogne un neveu 
de l'empereur parce que Gui I de Spolète avait épousé Ite, qui 



î. Lilfer pontificaUs, Duchesnc, IL 99. 

2. Dfjtruction, v. 217, 585 et 12^. 

5- Uuer, /. c, p. 329. 

4. Lauer^f. c, p, 350. 

5. M, G, Scr,, l, 365. 

6. Le, p, JÎ7, 

7. Lauer, l. c, p, j|8. 

8. L,c,,p. 53a. 



l'élément HISTORiaUE DAKS FIER A BRAS fjl 

parait avoir été une nièce de Timpératrice Judith, femme de 
Charles le Chauve^ Nous avons vu que la généalogie de Gui 
est toute ditfèrente dans Fitrahras^, — Enfin M. Lauer croit 
retrouver le combat de Porto dans le combat autour du 
MiraûurK Ce rapprochement ne saurait subsister, si Château- 
Miroir est dans Rome. 

Avec ces analogies, que M. Lauer avait crues dignes de fixer 
Taltention, nous devons rejeter le jugement trop favorable 
porté sur la Destruction de Rofue; ce poème n'a d'historique que 
les éléments communs aux trois versions du siège de Rome. 






Les événements de 84e ne suffisent pas à rendre compte de 
tous CQS éléments communs : les chroniques ne nous parlent ni 
de Château-Croissant*, ni de Château-Miroir, et nous n'y 
voyons paraître aucun personnage qui puisse être le prototype 
du duc Garin ou de Richard de Normandie ^ 

Nous ignorons si le Môle d'Hadrien eut en 846 à subir 
quelque assaut des Sarrasins, mais il était naturel de le suppo* 
ser, et de même, puisque le poète transformait les razzias des 
païens en une dévastation complète de Rome, nous ne devons 
pas nous étonner qu'il ait fait piller et brûler Château-Miroir, 



1, Lauer, l. c, p. $46. 

2. Mousket confond aussi le Guî de Fitràbras et Gu! de Bourgogne 

Ki nouvîaus chevaliers cstoît, 

Et des joveDCs enfAns âYoit 

Devant çou la couronoe prise (v. 4680 «i4)<].). 

Maïs il paraît bien évident que Mousket, trompé par le nom de Gu» de 
Bourgogne, a inséré dans son résumé de Finahnn un rappel de la chanson 
de Gui de Bourgogne qui n^avaii rien de commun avec la première épopée. 
L*erreur était si naturelle qu'il n'y a aucune conclusion à tirer de l'accord de 
Mousket et de la Destruction, 

î. I, c, p. 536. 

4, Rappelons que la mention dans Fifnibras de Château- Croissant» au 
moins sous ce nom, ne peut pas être antérieure au début du xi« siècle. 

$. M. Lauer n'a pas eu à s'occuper de Richand, que la Dfstrttdiort nomme 
à peine, mais il a vainement tenté d'identifier le duc Garin, et mes recherches 
D'avaient pas eu meilleur succès. 



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L'ètèMENT HISTORlQyE DANS FlERABRÀS Ijf 

les pones à l'empereur. Henri IV entreprend immédiatement le 
siège des points fortifiés de Rome que tenaient encore les 
Grégoriens ' : le Septizonium, le Capiiole, le Château Saint- 
Ange. Le Septizonium mis en ruines tombe bientôt au pouvoir 
d*HenrirV j le Capitule, ou résistaient les Corsi, a le même sort, 
Tempereur y pénétre et brûle les maisons des Corsi*. A ce 
moment Henri IV peut écrire : « Tota Ronia in manu nostra 
est, excepio illocastello, m quo inclasus est Hildebrant, scilicet 
in domo Crescentii v, « Cette maison de Cresccntius, le Château 
Saint-Ange, le Château-Croissant de l'épopée française, servait 
en effet de dernière forteresse à Grégoire VIL Henri IV dirige 
sur ce point tous ses efforts. Ils devaient être vains. Grégoire 
avait depuis quelque temps déjà envoyé à Robert Guiscard des 
messagers pour implorer son secours. Le pape %*aincu, Henri IV 
devenait menaçant pour la puissance normande, Robert réunit 
donc une armée imposante, 30.000 hommes. Normands, 
Lombards et Sarrasins, et marche sur Rome. Henri IV effrayé 
se retire. Après quelques combats dans les rues de Rome et de 
nombreux pillages, Robert délivre Grégoire VII du Château- 
Croissant et le rétablit au Latran ; il devait ensuite Femmener 
avec lui a Salerne,où le pape mourut^. 

Si Ton pouvait admettre une contamination des deux cpi* 
sodés de 84e et de 1084, les faits qui dans Fierabras restaient 
obscurs trouveraient ici une explication. La résistance de Châ- 



1. BrrnoUf Chrofiicon {M G.5i%, V, 440): « 1084.., Papa autem in castel- 
lura saocti Angcli se reccpit omnesque Tiberinos pontes et firniiores Roma- 
norum munttiones în sua cbtinuît potesute. « 

2. Pjndulphus Pisanui, Vita Greg. VU (LU. pont,, Duchesne, II, 290) : 
o Rex dpuoliuni ascendit» domos oraneis Corsorum subvertii» « — Bontzo, 
Ad AwkumiM. G., Lih, de HU^ I, 614) : « Cipîtolîna domo dcstructû... * 

5. Lettre i révô^^ue de Verdun^ Théodore, dans Geitu Trcitrortim {M. 

G.Sf., Vm, î8s). 

4, Cf. sur lousces faits, outre les textes déjà cités : Anti. Sandi DfuhaU (M. 
G, 5^., XVII, 8); Vita Atiidmi tfihiopi Lucftah (ibiJ,, Xll, 20); ikn^onis 
ad. H. !V imp, /ift., VI, 6 (/W., XI. 666) ; Guillelmus Apulus, Gesta 
Rob, Whc, IV, )}6 {i^d,, IX, 290); Undulfus, Mtdiolan, Hlsi., IV, a-j 
(ièid,, VIÏI, 100); Lupus Protospatarius (ibid , V, 61); Wido Ferrar. cpisc. 
( Af, G,,Lib. àt îiu^ l, S49) et beaucoup d'autres textes conformes. — Cf, 
aussi Grcgorovîus, GcschkhU der Stadt Rom. 



174 M- ROQUES 

te,iu-Croissant et la ruine du Capitole ne seraient plus dues k 
l'imagination d'un conteur et n*auraient plus rien de contradic- 
toire. Quant au normand Guiscard, sauveur du pape, il serait le 
prototype du Richard de Normandie de notre chanson. La tra- 
dition, la tradition française du moins, pouvait bien retenir de 
Robert Guiscardcequi lui importait le plus, qu'il ètaitnorniand 
et qu'il avait sauvé le pape de Tinvasion étrangère, mais elle 
ignorait le duc Robert; elle connaissait au contraire un duc de 
'Normandie, célèbre déjà dans l'épopée, celui qui guide â Ron- 
ce vaux les 20.000 Normands de la « quinte eschiele », Ricbart 
le vieil, et elle pouvait attribuer àcelui*ci les exploits de l'aven- 
turier du xi^ siècle. Peut-être la confusion nous paraîtra-t-elle 
plus probable encore si nous remarquons que Renier n'appelle 
jamais Guiscard autrement que Robert Ricarî^. 

La fusion intime, dans la tradition, d^èvéoemenis survenus à 
plus de deux siècles d'intervalle surprendra sans doute. Pour- 
tant elle pouvait être singulièrement facilitée par les remar- 
quables analogies des deux épisodes. En 846 comme en 1084, 
c'est de Rome, séjour du pape, qu'il s'agit et c'est un Franc qui 
vient au secours du Saint-Siège ; Serge II meurt peu après l'in- 
vasion, Grégoire VII quitte Rome avec Guiscard et meurt moins 
d'un an après à Salerne sans être rentré dans la capitale. Les 
deux sièges de Rome se ressemblent par un fait bien plus 
important encore ; la prise et le piltage de Saint-Pierre» En 
quelque lieu et dans quelque cerveau que se soit produite la 
fusion qu'il me paraît si tentant d'admettre, elle a dû être puis- 
samment aidée par là. 

Je croirais même volontiers que c'est de Saînt-Pierre que 
nous viennent directement les deux traditions des sièges de 
Rome et peut-être le mélange intime que nous en connaissons. 
Elles ont dû être rapportées en France par quelqu'un de ces 
nombreux pèlerins qui cheminaient sur la route de Rome, et Ton 
peut assez bien se représenter dans quelles conditions- La basi- 
lique de Saint-Pierre était un des premiers monuments que Ton 
montrait à la pieuse curiosité de ces pèlerins, et là sans doute. 



I. B, N, fr. 24 J70, Je dois à M. G. Paris l'indication de ce fait. Cf. entre 
autres exemples : f« 146 d ; 14^^; 149^; 150 i; i$i^; t^} i; i$4 a; 
160 h, c ; 163 1*. 



l'élément historique dans fiera bras 



m 



quand on avait étalé à leurs yeux les richesses du trésor, quand 
on avait attire leurs regards sur le luxe des ornements, on ne 
manquait pas de leur expliquer pourquoi le monument gar- 
dait des traces de ravage, pourquoi le trésor n'était pas aussi 
riche qu'il eût pu l'être, pourquoi tel objet était moderne ou 
telle partie de la construction restaurée. Cela intéressait vive- 
ment les chrétiens, toutes les chroniques romaines ou étran- 
gères en font foi \ Le siège par les Sarrasins, le pillage par les 
soudards d*Henri IV, devaient être ainsi contés aux pèlerins par 
les clercs de Saint-Pierre. Qu'un de ces visiteurs, connaissant 
déji par quelque chanson les événements de 846 ou les appre- 
nante Rome pour la première fois y eût mêlé ceux de 1084, il 
n'y aurait à cela rien d'impossible. 

Qtte tradition cléricale de la légende de Fierabras résoudrait 
une difficulté soulevée par mon hypothèse sur les sources his- 
toriques et la constitution de cette légende. Maîtresses de 
Rome, les bandes de Guiscard y firent les plus grands ravages, 
pillèrent, brûlèrent et massacrèrent non moins que les troupes 
impériales. Ni le peuple, ni ces bourgeois qui avaient ouvert 
les portes à Henri IV ne durent garder de larmce normande un 
souvenir reconnaissant. Si Guiscard put passer pour un sau- 
veur, c'est seulement chez les grégoriens et chez ceux qui 
avaient comme les clercs de Saint-Pierre souffert de l'invasion 
allemande ^ 



I . Le pîlkge de SAint-Pierre est le trait essentiel, parfois unique, de tous 
les récits des événements de 846. Cf. p. ex* Ami. S. Gcrmani fftinon'S (Af. G» 
5c., m, a) : « ... Quo anno Saraceni basilïcam Sancti Pétri et Pauli vastavc* 
nint ». 0. encore Prudence de Troyes : w 846 ... Ablaiis eu m ipso al tari,,, 
otfimbus omamentis atque tbesaurls... » et les traces de coups aux images 
sacrt:ts doni parle Benoit du Mont Soracte. La vie de Benoit 11! (Ir7>. potiti/,, 
Duchesne, 11) relève soigneusement les dépenses faites par ce pontife pour 
remplacer les ornements calevés à Saint-Pierre. 

a. On pourra encore m'opposcrque des événements de la fin du xi* siècle 
n'ont pas pu fournir matière à composition épique. Je ne puis traiter ici cette 
difficile question, mais Tobjection ne me paraît pas décisive. Je suis porté à 
croire en effet que les événements Je 846 ont été l'objet d'une première mise 
en œuvre épique et que dans Je moule ainsi façonné est venu se couler le 
rèdt des événements de 1084, A défaut de chanson française, il a existé sans 
doute iRome un récit très légendaire de l'invasion sa rnsîne, cl, le miracle 



176 



M. tOQPES 



n 



LA BRANCHE lî DtJ COmHBMEST lOOrS 

La deuxième branche du Corontmeni ùmhs* nous cook, 
comme Fierabrasj une invasion sanrasine en Italie, mais idb 
succès des païens ne vont pas jusqu'à la prise de Rome. La | 
Sarra^s» que mènent 

Li rds Gala&es et li rcis Tcnebrer 

U rds Cremui cl CorsoU ramiret (501 sqq*). 

ont pris Chiiprt (Capoue), fait prisonniers le roi Goaiferj 
d'EspoUce, sa femme et sa tille. 

Et trente mile de cbattis qu'uas que dues» 

S^ 0*0(01 secofs, qui tuit moiront a glaive (f )a sqq.). 

Ils sont venus jusqu'auprès de Rome. « L'apostoile i> tco» ' 
vainement d'acheter leur retraite au prix du « grant trésor de' 
l'arche », il obtient seulement qu*un combat singulier dédden 
du salut ou de la ruine de Rome. Les Sarrasins ont pourclii]r| 
pion G>rsolt 

TavcRier 
Qui contre Deu vuek Rome desraisnicr (559 sqq.). 

Les chrétiens trouvent un défenseur en Guillaume FU 
venu à Rome en pèlerinage avec seulement « seissante dej 
valiers a armes », Après un long combat où Corsoh 
d'un coup d'épée le sùmeron du nés de Guillaume, cclui-d fit) 
par abattre le païen. Un engagement général suit dans lequel ' 
roi Galafre est fait prisonnier. Mais, épargné par Guillaume,! 
se fait baptiser et fait rendre aux chrétiens les prisonniers 



dont parie Benoit et ailleurs la tempcte qui engloutit les Sarrasins» et 
asseï vraisemblable de supposer que dans la bouche des clercs de Saim-Pvc 
le récit dei événements de 1084 avait pris une allure aussi peu historique. 
L'inHuencc des légendes relatives au premier siège, le milieu spécial ota 1 
doute été recueilli te récit du second mettent celui-ci hors des conditions < 
naires. 
i, Édit. LangîobG^m-. Ttxt*i, 18S8), laisses XV-XXXIl, 



l'élément HTSTOR. dans la BR. Il DU CORONEMENT LOOIS IJJ 

Capouc, Le roi Gualfier, délivré, donne à Guillaume sa fille et 
la moitié de sa terre. 

Ce récit, à ladilTérence de celui de Fierabras^^ été tenu par tous 
les savants qui s'en sont occupés depuis Paulin Paris pour une 
légende d'origine historique. Après quelques hésitations sur 
les faits dont le souvenir nous aurait été ainsi gardé, l'on s* était 
accordé à y reconnaître un épisode d'une expédition de Feni- 
pereur Louis II dans ritalie do Sud, le siège de Salerne par les 
Sarrasins en 873 ; même, on avait remarqué entre ce récit et 
celui du Cbronicon Sakrnitanmn^ qui nous relate le siège sup- 
porté par Salerne et le duc Guaifier, des analogies qui parais- 
saient convaincantes'* Dans une dissertation dont la Romanm 
a déjà indiqué toute la valeur ', Die htslorischan Grundlagcn der 
:^*eiten Branche des a Couronnement de Lùttis^ », M. R. Zenker 
a montré que ces analogies sont très douteuses, étant donnés 
surtout la date relativement récente et le caractère très peu his- 
torique du Chronicon Salernitamim^ et que les différences sont bien 
plus frappantes : dans le Couronmment^ il n'est question ni de 
Salerne, ni de Tempereur Louis; on ne voit pas que Guillaume 
ait pu remplacer dans la iradiiion ni Louis, ni son neveu 
Gomier, un enfant de quinze ans, qui dans le Cbronicon décide 
de la victoire; le duel décisif de Guillaume avec Corsolt est 
bien différent des combats singuliers, tout épisodiqucs, qui 
auraient eu lieu sous les murs de Salerne. La seule analogie 
certaine consiste dans la présence et le rôle de Guaifîer, dont le 
nom est assez rare et Li lutte contre les Sarrasins assez caracté- 
risûque pour rendre i peu près indiscutable Tidentification avec 
Guaitier de Salerne. 

Pour expliquer les autres traits de la *^ianson ♦ M. Zenker 
recourt aux luttes des Normands contre les Sarrasins : Guillaume 
serait Guillaume Fitrebrace, fils de Tancrède de Hauteville, et 
le Couronnement^ ou du moins la branche II, garderait le souve- 



1. Cf. Linglois, InUodncthn, xJtxii et suiv., et Jcanroy, Uomania^ XXV, 
357 et suiv. 

2. Romania, XXIX, 119 (G. Paris). Cf, aussi Revue mtiqm^ 11 juin 1900, 
p. 492 (Jcanroy). 

3. Halle, Niemcyer, 1899, în-8, il p. (Sondcrabzug a us Ar^rd^if ^r Roma- 
nhchn pbîîoîo^ie. Festgàbe fur Gustav Grôber). 



lyS M. ROQUES 

nir de ses exploits dans le sud de l'Italie et en Sicile» Le pèleri- 
nage de Guillaume à Rome serait emprunté à un événement de 
1016, l'arrivée à Saleme de Normands, ^ dont Guillaume 
Fierebrare n*étaic naturellement pas, — sous le costume de pèle- 
rins. Les analogies que découvre M. Zenker entre ces faits et la 
chanson ont été discutées par M. G. Paris et M. Jeanroy; je 
crois comme eux qu'elles sont illusoires ou banales. 

L'hypothèse de M. Zenker, comme celles qui Tavaient précé- 
dée, laissait inexpliqué le transfert de l'action de la Campanie 
ou du sud de lltalie à Rome. Pour résoudre cette difficulté, Ton 
s'est accordé à invoquer l'ignorance géographique des trouvères, 
a Pour eux », dit M. Langlois, et M. Zenker cite textuellement 
ce passage, « le siège du pape était un centre où venaient se 
grouper tous les événements qui se passaient au deU de 
Montjeu. Le fait avait lieu en Italie, donc ce pouvait être prés de 
Rome*.» L'explication est ingénieuse; elle ne va pas, dans sa 
généralité, sans quelque exagération. Nous voyons très bien 
distinguées dans Ô^vVr Rome, SutrijBari, Otrante; ni 0/w/, ni 
Ogier ne confondent les villes qui sont sur la route des Alpes 
à Rome; ce sont, il est vrai, des villes de l'Italie du Nord bien 
connues des pèlerins; mais il n'en est pas de mcmcdes localités 
mentionnées dans Aspremont, qui cependant n'a pas substitué 
Rome à Reggio et à la Calabre. 

M* Langlois a tente lui-même une autre explication : le 
changement de théâtre remonterait au premier auteur de la 
rédaction que nous avons conservée. Dans la légende du siège 
de Salerne, le pape n'avait pas de rôle, pas plus que dans le 
ChronkonSaltrniianum, Un remanieur le 6e intervenir, et le lieu 
de l'action en fut changé* Dans cette hypothèse, le remanieur 
cesserait d*ètre mauvais géographe, mais il resterait conteur 
bien maladroit ou bien négligent* D'après M. Langlois on recon- 
naît à l'examen de la branche II du Couronmment que la scène 
n'était pas i l'origine aussi près de Rome que dans la rédaction 
conservée. En eflfet, au début de l'action, personne i Rome, ni 
Guillaume, ni le pape» ne songe aux Sarrasins ; ceux-ci sont à 
Capoue. Tout à coup, dans la même journée, les chrétiens 
entrent en pourparlers, puis en lune avec les Sarrasins, aux 



I. Langlois, /. cit., XL. 



l'élément HISTOR, DANS LA BR. II DU COROSEMENT LOOIS lj<) 

portes de Rome* « Dans la premiLTe partie de récit, Capoue 
et Rome sont assez distantes pour que dans celle-ci on ignore 
ce qui se passe dans Tautre; dans la seconde partie, au con* 
traire, les deux villes sont a peu près(?) confondues *. » 

Il y aurait là une étrange inconséquence, si Topinion de 
M. Lmglois sur la situation respective des chrétiens et des 
païens au début de Taction était tout à fait juste. Mais il n*est 
pas exact qu'à ce moment les intidèles soient à Capoue : on 
nous apprend seulement qu*ils y ont été et qu'ils ont pris la 
ville, le roi et les habitants, 

Ciujr Sarrazm espleiiierent d'aler,.. ; 
Pris om de Chapre les maistres rernietez. 
Li rm Guaifiers î est etn prison ez, etc. (300-507), 

Mais, dès que commence la chanson, c'est bien Rome qu*ils 
menacent. C'est de Rome qu*il s'agit dans le songe de 
Guillaume : 

Devers Rossic vint uns feus embrasez, 

Qpi esprenott Rome de trestoz lez (290 sqq ). 

Bertran ne parle nullement d'aller défendre Capoue, mais de 
délivrer les prisonniers et de sauver Rome : 

Païen nos cjuîerent a cent et a milier. 
Or lost as armes, n'jvons que delaier; 
Dcfendoos nos senz point de Taiargicr (37^-375). 

C*est qu'en effet les païens ont très bien pu venir de Chapre 
aux environs de Rome durant le temps que les messagers 
mettaient à parvenir jusqu'au pape. Je ne prétends pas que 
l'auteur de notre rédaction ait fait ce calcul; je crois seulement 
qu'il n'a pas commis d'absurdité en plaçant à Rome toute Fac- 
tion dans le même jour où les messagers viennent annoncer au 
pape la prise de Chapre, et qu'il n'y a aucune explication à 
chercher de ce ûiii. Mais Thypothese de M. Langlois n'a plus dès 
lors de fondement. En aucun passage on ne peut retrouver de 
traces du changement supposé de Chapre en Rome, D'un bout 
à l'autre de la chanson le lieu de l'action est Rome et rien que 



I. Lmglois» p. xu. 



Komt ; !i privj de Chaprc est du pissc sur IîtcucI on ne revient 
pas. 

Ce'st Ron:e que \'\tnr.tni izvtqutT les Sarrasins • ; les Romains 
'/apprêter.: â défendre leur ville comme une ville assîcgêe = ; 
c'e-st sur Ln tertre en vue de Rome qu'a lieu le combat de 
Guiliaunîe et de Qirsoît». Enfin îe Tibre joue un rôîe dans 
l'action : les Sarrasins vaincus s'enfuient vers îe Tibre : 

I^ cl al Tcivre n'i voidrent aurgier (1269;: 

et quand Giîafre, fait prisonnier et baptiî>é, veut feindre de par- 
lementer pour délivrer les prisonniers chrétiens, c'est près du 
Tibre qu'il se fait amener : 

Se me metez 

Si près dtl Teivre que ge puisse huchier (i 306). 

Ix- fleuve a été en effet la route suivie par les Sarrasins. Ils 
sont venus par mer ; entrés dans le Tibre, ils ont débarqué 
sur le rivage ♦; c'est sur leurs navires qu'ils s'enfuient : 

Lor ncs trovereni qui lor ont grant mestier; 

lin/ sont entrez, s'esloignent le gravier (1270 sqq.). 

Hnfin, et cela me parait ruiner définitivement l'hypothèse dé 
M. Langlois, c'est dans leurs bateaux que sont les prisonniers 
de Chaprc : 

Ix* dromont font a la rive sachier, 

Fors en ont trait les chaitis pnsoniers(i 327-1 328) ^ 

Ce ne sojit pas là d: ces traits qui font partie du « matériel 
roulant »» de l'épopce, il me paraît difficile de les attribuer à 
riningiuatioii de quelque remanicur. 

Nous en conclurons que la légende primitive, tout comme 
l.i rédaciion actuelle, contait non le siège de Capoue, qui n'est 
qu'un épisode antérieur, mais une tentative des Sarrasins 



1. Ci'ion. l.iHHi^ V. .163-466, 502, 560. 

2. V. 42), -ni, 157» 59»' ^^^^y ï2()). 
\. V. 606, yo), 957, !()«), ii)C. 

■\- V. ny. 1)1- 

). (!l. ciiùorc V. 1276. 1298, 1354. 



l'élément HISTOR. dans la BR, U du CORONEhSESn' lOOfS i8i 

contre Rome, c*est-à-dïrc qu'ici encore le siège de S46, avec 
Tarrivée des Sarrasins par le Tibre, a seul pu donner naissance 
à notre légende. Le nom deGuaitîer, devenu roi de Salerne, le 
souvenir des luttes soutenues par les villes campaniennes, sont 
venus s'ajouter au récit du siège de S46; mais ils ne forment 
pas «f l'élément historique essentiel de notre poème * ». 

Mario Roques. 



Je demande la permission d'ajouter quelques mots ;\ Tarticle 
qu*on vient de lire en ce qui concerne la branche II du 
Couronmmeni . Dans une leçon faite au Collège de France en 
décembre 1896, et que M. Roques n'a pas entendue, j'étais 
arrivé à des conclusions très voisines des siennes, bien que 
moins précises \ Je copie ici les notes que j'ai gardées : a II 
parait impossible de ne pas reconnaître dans notre poème un 
certain souvenir des faits de 871 ; mais ce souvenir, à mon 
avis, est très vague, et se borne à fort peu de chose. Il a peut- 
être existé un poème sur le siège de Salerne où figurait le nom 
de Guaifier (M, Jeanroy a rele%^é Tallure légendaire du Cbro- 
nicon Sakrnitanum^ au x*' siècle); mais ce nom, avec le souvenir 
d*un siège, est tout ce qui en a passé dans le nôtre. Le sujet de 
celui-ci est très différent : c'est la délivrance de Rome des Sarra- 
sinsj faite par un chevalier français, appelé Guillaume, qui du 
itiême coup délivre un prince cliréiien, prisonnier des infidèles. 



1, U reste encore dans Thistoire de ceue branche H du Couronnaueut de 
nombreuses obscurités. Par quelle confusion Guaifier de Salerne y est-il 
ftppdé Guaifier iCEs^oîke} Quel per^ynndge ii été remplacé par Guillaume 
lorsque cette chanson a pris place dans le Couroitnanati ? Et, puisqu'il nous a 
paru que le siège de 846 était à la base de ce poème, dans quel rapport est-il 
avec Putahrasl Autant de questions que je me coniCTite de poser, dans Hm- 
puissance où je me sens de les résoudre. 

2. JeTaî indiqué dans la Remania^ t. XXIX^ p. itç» 



l82 G. PARIS 

et plus tard épouse sa fille*. (On retrouve cette donnée, comme 
on Ta remarqué, dans Oger^ et aussi dans Fierabra^, avec 
le combat singulier ; mais là les champions chrétiens se trouvent 
avec Charlemagne et Tost française, ce qui change tout le carac- 
tère du récit). Or les événements rapportes dans notre chan- 
•son sont des événements tout aussi historiques, au sens large 
du mot, que ceux de 871. Rome fut plus d'une fois menacée 
par les Sarrasins ; en 846, notamment, une flotte musulmane 
remonta le Tibre, ne put s'emparer de la ville, mais pilla les riches 
trésors de Saint-Pierre et de Saint-Paul; une armée chrétienne 
de délivrance ne put prendre les trésors, mais mit en fuite les 
Sarrasins, dont une tempête détruisit en pirtie les vaisseaux. En 
856 le pape Léon IV les défit à Ostie. En 877, nouvelle incur- 
sion, et victoire du pape Jean VÎIL En 916 enfin le papeJeanX 
les écrasa au Garigliano avec t'aide de Tempereur Bérenger 
(voy* Voretzsch, Ogier.p, 80), et cf. Gautier, t. III, p. 54). La 
prise de Capoue dans notre chanson n'est pas due à une simple 
confusion avec Salernc : en 840, Capoue fut prise par les Sar- 
rasins, et si bien btiilée que les habitants, quand ils revinrent 
(cL Cûur,^ 1. xxxi), reconstruisirent leur ville ;\ deux lieues de 
l'ancienne, sur remplacement de Tantique Casîlinum. Notre 
chanson ne renvoie peut-être à aucun fait précis, mais elle 
contient des traces de souvenirs confus groupés autour de 



I. Dans une note marginale j'ajoutais des remarques qui répondent en 
partie à une des questions de M. Roques : « Il n'est même pas du tout certain 
que rintervemion de G u ai fier ne soii pas toute récente et étrangère À la 
première forme du poème. Dans le Charroi (v, 15455,) Guillaume raconte 
son combat contre Corsout comme ayant été livré pour le roi Louis (Que fe 
te /rt* sans aucune mention de Guaifier (et il semble à plusieurs passages 
du Cour,, — vv. 88î» 1422, 2258, — que Guillaume soutient surtout à Rome 
les droits de Tempereur, suzerain du pape). Et d'autre part il dit (CIjarrùi, 
94 ss,) avoir reçu il y a un an (donc un certain temps après cette aventure 
avec Corsout) un message du duc Guaificr d'£spolice Im* oBrant sa fille et la 
moitié de sa terre, sans doute pour le défendre contre les Sarrasins; il ne 
dît pas qu'il eût jamais dû épouser cette fille : on ne s*cxplique ce passage 
que comme le débris d'un poème où un Guillaume, ainsi mandé par le duc 
Guaifier, le délivrait des Sarrasins (sans qu'il fût question de Rome), puis 
épousait sa tille. » 



l'élément HISTOR. dans la BR. II DU COROSEMENT LOOIS iSj 

trois noms : Rome, Capoue, et Guaifier de Salerne devenu 
Guaifier d'EspoIicc* ». 

j'examinais ensuite le personnage de Guillaume Fierebrace et 
l'épisode de la mutilation de Guillaume; mats ces questions 
sont étrangères à Tarticle de M. Roques, auquel je n'ai voulu 
qu*apportêr cette petite confirmation. J'ajouterai seulement 
que dans mon opinion Tordre du Charroi et du roman en 
prose, qui placent rèpisode de Rome avant le couronnement 
de Louis cl Aix, et non après comme le poème que nous avons, 
est le plus ancien. II fait mieux sentir que le poème de Corsont 
est tout i fait étranger au reste du Couronmtmnt , et que le 
héros n'en est pas le même ^ 

G. P, 



I, Note marginale : « Dans le titre même donné à ce prince il y a une 
confusion avec d*autrcs personnages, Gui d*Espolice, Oton [d 'Es police], tous 
deux mentionnés dans une autre partie du poème. Cela prouve que c^s tradi- 
tions remontent i pne époque où Salerne était encore peu connue en France» 
tandis que le nom de Spoïcic, siège d*tm duché, et dont les ducs jouèrent 
un grand rôle aux ix« et x^ siècles, était très souvent prononcé, — Les poètes 
ne s'apercevaient pas de l'absurdité qu'il y avait à donner Capoue pour capi- 
tale A un duc de Spoléte, •> 

2- Si nous divîi^ons le C0wro«Mfwi'«f (sans parler des derniers vers) en quatre 
pariies (î. Couronnement de Louis du vivant de son père^ IL Corsouî^ IIL 
Second couronnement de Louis après la mort de Charles et guerres de 
Guillaume contre les ^-assaux rebelles, IV. Guerres de Guillaume pour Louis 
en Italie contre les Romains et les Allemands)» nous constatons que le sur- 
nom de Fierebrace n*est donné i Guillaume que dans H et dans les vers de I 
qui forment tninsition avec II ; il est inconnu de III, de IV et des der- 
niers vers, que ceux-ci forment ou non une branche à part. 



ÉTUDES SUR ALISCANS 



Dans toute la geste de Guillaume il n'y a pas de poème qui 
soulève plus de difficultés quAIiscans. D'une part, cette belle 
chanson présente des inconséquences intérieures frappantes, qui 
sont pour la critique autant de problèmes attrayants. D*autre 
part, elle cadre si mal avec les chansons apparentées de la geste 
qu'elle fournit toute une série de problèmes plus généraux que 
les premiers, mais tout aussi attrayants, et d'une importance 
plus grande. Les critiques se demandent depuis bien des années 
le mot de cette énigme. Comment expliquer, en effet, qu'une 
si noble chanson de geste contienne tant de contradictions, et 
s'agence si mal avec les autres poèmes qui traitent la même 
matière ? Il fout lui supposer bien de la beauté, pour que tant 
de générations d'hommes aient passé par-dessus ces contra- 
dictions. 

I 

INCONSHQUKNCES INTERIEURKS DU 1>0ÈME 

Commençons par l'examen des difficultés intérieures du 
poème. Déjà P. Paris a dit quAIiscajis n'est pas l'ouvrage d'un 
seul poète ^ Jonckloet est du môme avis*. Guessard et Montai- 
glon, dans leur édition du poème, ont combattu cette opinion, 
de même que L. Gautier K M. G. Paris a autrefois émis l'opi- 
nion que notre poème, le Loqnifcr, et le Moniage Rainoart^ 

1. ///>/. ////. de lu France, t. XXII, p. 515 ; les Manuscrits François, t. III 
p. 153. 

2. Guillaume d' Orange, t. II, p. 50. 

3. Guessard et Montaiglon, Aliscans, p. xxxiv et ss. ; Gautier, Épopées 
t. IV, p. 473- 



ÉTUDES SUR ALISCANS 185 

étaient Toeuvre d'un même poète \ mais il a certainement aban- 
donné cette opinion \ En effet, d après les études qui ont paru 
dernièrement, soit à part, soit dans les re%*ues philologiques, 
il est clair que la théorie de P. Paris est la seule acceptable. 
Aucun critique, que nous sachions, ne pense aujourd'hui que 
la chanson d'Aliscans soit Fouvrage d*un seul poète, si ce n'est 
M. Ph.-Aug. Becker K L'origine complexe d\4liscans est main- 
tenant généralement admise. Etre de l'avis contraire serait, ce 
nous semble, fermer les yeux, départi pris, aux inconséquences 
du poème, à ses disparates de style et de langage. D'ailleurs, on 
peut poser en principe général qu*iin monument tellement variée 
et remontant originairement à une aussi haute époque, ne peut 
guère Être Fœuvre d'un seul poète. Nous sommes même tenté 
d'aller plus loin, et dédire que le grand nombre de scènes d'une 
beauté si grande et si variée est en lui-même suspect, et indique 
une origine complexe. Nous reviendrons sur ce point. 

On peut relever les difficultés intérieures suivantes dans 
Alhcans : 

T, Le commencement brusque, si justement admiré : A icel 
jor ke la dohr fn grans^ — commencement unique entre les chan- 
sons de geste, — nous paraît appartenir à une chanson tronquée, 
comme nous tâcherons de le montrer par la suite, c'est-à-dire 
que ce début célèbre peut être un effet du hasard et non pas du 
génie du poète. 

2. Pour qui connaît la légende épique de Bertran, il est diffi- 
cile de croire à la prise de ce héros par les Sarrasins telle que la 
raconte notre poème ^ La renommée poétique de Bertnm est 



1 . G, Paris» La Litt. franc, au moyeu dge, 1890, p. 69 ; cf. Archivf. das Stud, 
d. m-Ui'r, Spr., XClll, p. 439, 

2. [Ce qui reste toutefois assuré et ce qui résulte de l*examen des manuscrits, 
c'est qu\'//i.ïrjm,dansrétat actuel de nos sources» n'a pas de limite finale, et ne 
forme bien qu'un seul poème avec ce qu'on a appelé Loquiftr et le Mottiiti:^u' 
Raifwuart. L'agglutination est Tœuvre d'un renunîeur» non d'un poète ori- 
ginal; mais c'est uniquement dans ce conglomérat qu'AHuuns est parvenu 
jusqu'à nous. ^ G. P,] 

\, Becker, Dk altfran^ôùichf Wilhchma^^e, Halle, 1896, p, 48; Der sftd- 
frani. Sa^enkreis, H aile » 1898, pp* 73» 74 

4. Aux vers 292-322» édition Guessard. Quand nous n'indiquons pas 
l'édition, c'est à celle-là que nous renvoyons. Le vers ^536 de cette édition 



§on mâtfme^ et dépasse et beaoamp oeUe de b pliçoit des 
penoonagei de h geste. Oo le xmi igiaer dans des momuneats 

t^CÊÊnmmimmi de Lâmis, San ràkesilOBÎaKi^pBe. Wd docte 
qee Tw» ifqpOBcn W m deccslifcfs épiques, indépenJanis 
i TorigiDe, qm ont été peu à peu sibûtdoonés à un béitK plus 
heoftax'. M. RoIîb proteste airec raison amiir œ trait de ootie 
pocmc'. En effet, k capcure de Bertran nous surprend. D cîent 
de dire i Vfvien : Tat^œm d poing mfptûa dmnr U hrmmi^ Fm 
Mraifm vers Sarraiim aidam (20} , ^04)* Après un si fier ian- 
gage, on soil vers nous annonce sa capture avec odle de six 
autres comtes ()îi). II semble que Beruan ait été sacrifié a 
Vivictî; car celui-d, blessé à mort, échappe néanmoins aux 
Sarrasins, Ce procédé ne serait pas nouveau. De même, on sjicri- 
fiera plus tard Benran à un héros bien autrement nouveau que 
Xlvien : ce sera Renouart qui délivrera Bertran. Encore si Ber- 
tran. une fois libéré* accomplissait des merveilles dignes de lui . 
Mais il n^en est rien. Pendant cinq nulle vers il est resté captif; 
mis en liberté, il ne joue aucun rôle. Sa seuk utilité, c'est 
de rehausser les rôles de Vivien et de Renouan). 

î- Vivien, blessé à mon, est le seul des jeunes héros qui ne 
soit pas fait prisonnier. Cela n'est pas naturel. Les Sarrasins 
savent qui est Vivien (234 ss,, 370 ss.), et ik devraient désirer 
le prendre vivant, car il est évident que lui et Guillaume sont 
les chefs des chrétiens* . Ne peut-on pas croire qu'un remanieur 
a prolongé la vie de Vivien libre, afin de préparer la belle scène 
de sa mort*? 

4. La question des sept cousins qui sont pris est fort 
embrouillée et attire depub longtemps l'attention des critiques*. 



â élé compté deux fois par une erreur que nous ne corrigeions pas, L'éditioa 
et M. iU^iiii Leipiig, 1894^ est fort udkçQ ce qu'elle donne les variantes de 
fil dio pnodpaux manuscnis. 

f . ex M. Dcmaboo, Aynuri de Narhnnet t. 1, p. cxxzi. 

2* idto, Alùamt, p« L\it. 

I* Uéfbodc des vûcbien (au vers 71 ss.) nous montre Vivien plus cour»- 
^ma ^ot Bertran* 

4« Difi» le CovfMonif le plus grand désir des Sarrasins est de prendre Vivien : 
117*140^ 20J, 204; 272-274; 511-516; S42-HS. etc, 

5. Voy. Tavis de M. Jeanroy, RommM^XXVl, p. 199. 

6> Hous ne citerons que M. Rolio, pp. lvii, 59, note 4, 



ÉTUDES SUR AUSCAKS 



1S7 



I 

I 
I 



On trouve dix listes de ces prisonniers, dont quatre sont évidem- 
ment incomplètes. Il y a beaucoup de variation dans les noms. 
Quatre seulement se retrouvent dans toutes les listes, à savoir : 
Bertran, Guichart, Gérart et Guielin. De plus, en ce qui touche 
ces listes^ aucun ms. ne parait conséquent. Une telle confusion 
dans une liste de sept noms est bien étrange. 

5, Comment Guillaume apprend-il la capture de ses neveux? 
Nous n'en savons rien. Au vers 431, Guillaume s*écrie qu'il a 
perdu Bertran et la fleur Je son lignage. Il est clair qu'il ne sait 
pas que quelques-uns de ses neveux sont pris, car aux vers lîjo- 
15^3, où Aérofle offre de libérer les prisonniers, Guillaume 
croit que c'est un piège. A son arrivée à Orange, Guibourc lui 
demande trois fois ce que sont devenus les jeunes héros. La 
première fois, il répond que tous ont trouvé la mort en Aliscans: 
Nul ncn i a nait la testé' copee (1828). La seconde fois de même : 
Mort sont mi Imne^ nen est nus escapans (1842). A la troisième 
demande, Guillaume répond que Vivien est mort, mais que les 
autres sont emprisonnés dans un bateau (188455,). Comment 
peut-il sa%-oir cela? Évidemment nous sommes ici en présence 
d*une contradiction embarrassante. 

6, Aux vers 1503-1529, nous assistons au duel entre 
Guillaume etBaudus. Guillaume désiirçonne Baudus, mais ne le 
tue pas. Ce fait a paru invraisemblable aux critiques*. Il est 
à remarquer que dans le IVHhhalm ce duel n'a pas lieu. 

7, Aux vers 1902 ss., Guibourc engage Guillaume à aller en 
France chercher du secours. Les vers qui suivent (1905-19 11) 
sont presque incompréhensibles, 

8, Il est étonnant de voir combien sont vagues les données 
géographiques à\4liscans, surtout dans la première partie. Si la 
scène est près d'Arles, comme le disent les critiques, comment 
expliquer que rien ne rappelle l'entourage de cette ville? On ne 
mentionne pas même le Rhône ', 

9, Est-ce que le roiTibaut prend part aux événements racontés 
dans le poème? Il y a des passages qui indiquent qu'il est 
présent^ ^d*autres qui supposent le contraire K Nous savons 



1. Rolio, p. X. 

2. Cf. i'avisde M. Jeanroy, Romanm, XXVI, p. 19J. 

j, Tibaut est raemionné aux passages suivants : 239,58}, 491, 1048, 112, 



l88 R. WEEKS 

cependant qu'il était ladversiiire par excellence de Guillaume 
dans les plus anciens monuments touchant Orange. 

10. Guillaume, à peine arrivé à Orange, quitte la ville, en y 
laissant Guibourc exposée aux pires dangers, car Orange est 
dépourvue de défenseurs et de vivres '. On ne comprend pas 
commentai ville pourra résister un seul mots, à plus forte raison 
pendant les quatre mois qui vont passer avant larrivée du 
secours ^. 

I T. Guillaume réussit à s'échapper d'Orange, grâce à Farmure 
d'Aérorte. Cependant il n'est plus question de cette armure. En 
arrivant à Orléans, Guillaume a si peu Tapparence d'un Sarrasin 
qu'on le prend pour un espion : or un espion se serait certaine- 
ment déguisé en chrétien» A Laon non plus, on ne mentionne 
rien qui rappelle larmure du roi sarrasin. On n'a qu'à comparer , 
les passages qut dépeignent Guillaume en messager avec la des- 
cription de rarmure d'Aérofle pour voir qu'il ne porte pas 
cette armure K 

12. En quittant Orange, Guillaume monte le beau cheval 
arabe qui! a pris a Aérofle. Il est difficile de croire que ce cheval 
soit celui dont se moquent les courtisans du roi a I-aon -*. 

ij. L'épisode d*Or!éans offre plusieurs difficultés. Il ne fait 
guère que retarder l'action. Il sert tout au plus à f;iire savoir à 
Guillaume que le roi se trouve à Laon et non à Saint-Denis, et 
qu'Aimeri sera à la cour : le poète aurait pu faire aller son héros 
tout droit à Laon, sans cette intervention. On ne peut pas dire 
que Tépisode sert à avertir Aimeri de l'arrivée de son fils à h 
cour, car il ressort du texte qui! serait venu quand même. Cet 
épisode a Tair d'être un reste d'une action autrefois importante 
pour Hiistoire, mais qui n*a plus de raison d'être K 



<i99t 1776, 1908, 5466, 4141, 4390, 6;6i, S2}9i ^l^l* Voy. 2o$sî Rolin^ 
variante 6B00, et ravant-derniêre ligne de là p. 131 des variantes; dosst uoc 
remarque de M. Jeanroy, Rotminia^ XXVl, p, 205. 

1. Voy. les vers 1622 ss,, 1660, 12\2 ss,, 2451 ss., 2679 ss, 

2. Voy. le vers S $69. L, Gautier admire ce départ : ÉpojH'rs, IV, p. 477, 
f, Voy. les vers 136655,, 14U ss., 1575 ss.» 1702 ss,» 20125s., 205j$s,;l 

et comparez pour l'apparence de Guillaume ; 2088 ss., 2317-2348, 2|)4>| 
2537, 2566-2577 ; aussi Jonckbloet, 1 309-1353. 

4. Aun vers 1172-1175» 1313-1355,2006,2068,2165,2290-2295,3331- 

5. Voy. Roltn, pp. uv ss.; Guessard défend cet épisode, p. tx. 



ÉTUDES SUR AUSCASS 1$^ 

14. Nous sommes surpris de voir que personne ne reconnaît 
Guillaume, qui cependant devait être assez généralement connu 
en France d'après les vieilles traditions du Courmttement et du 
Charroi * , 

15. On dirait, à lire les vers 2393-2400, que le roi sait ce 
qui amène Guillaume, Il ne peut cependant pas connaître la 
défaite d^Aliscans, si Guillaume arrive tout droit du champ de 
bataille. 

16. On nous dit (2547 ss,) que Toccasion de \i f este joïe (226 j{} 
est le couronnement de Bîanchefleur. On peut s'étonner de ce 
qu'Ernaut n'en ait rien dit a son frère. Mais de ce couronne- 

icnt il n'est plus question dans tout le poème. Il serait 
d*aiHeurs bien tardif, puisqu*Aélis, la tille de la reine, a déjà 
treize ans, voire quatorze (3860-3868, 8230 ss.), 

17. Guibourc avait dit ;\ Guillaume que tous ses frères vien- 
draient au secours d'Orange (19 14-19 15), mais Garin et Aïmer 
n'arrivent pas. L*absence d'Aïmer est expliquée avec soin, mais 
on ne dit rien de Garin (2596-2603). Faut-il croire que Garin 
est mort, ou qull n'est pas considéré comme un frère de 
Guillaume ? 

iS. Ernaut vient d'apprendre a Oriéans le désastre d'Aliscans. 
U arrive a Laon avec son. père et avec trois de ses frères, 
auxquels il a assurément tout dit. Personne, cependant, ne 
paraît être sous le coup d'un si horrible malheur. Pour s'en 
convaincre on n\i qu'à lire le passage banal 2658-2705. 

19, Avec l'arrivée sur la scène de Renouart (3146), lesprit 
même do poème paraît changé. Jusqu'ici Ion s'est senti le cœur 
serré d'angoisse. Dorénavant le rire va dominer. Guillaume 
lui-même semble oublier Orange et Guibourc. Kous voyons 
Renouart l'engager a partir (3462-3463). Il faut plus de huit cents^ 
vers pour amener Guillaume aux portes d'Orange. Il est diffi- 
cile de croire que toute cène fin du poème soit de la même 
souche que le commencement. 

20. Les quatre frères et le père de Guillaume le quittent à 
Oriéans pour aller chacun dans ses terres et lever une armée. En 



I. jiîiicaui, 22.20» 2221, 2556*2}9i. Pour ïe premier de ces passages» b 
bonne leçon se trouve dans l'excellent ms. </, où le vers 2220 est suivi du vers : 
G. wûnt, ne font pa$ conefi. 



i 



IJO K. WEEKS 

les quittant, Guillaume marche tout droit vers Onmge. Il entre 
dans la ville sans coup fcrir, et monte dans son palais. Il regarde 
par une fenêtre, et voit arriver ses frères avec leurs forces! C'est 
bien le cas de dire avec le poète : Héf Ditx^qés frères! œm 
cascuns se prova! (4942). Voy. aux vers 5945-4130 et suivants. 

21. La rentrée de Guillaume dans la ville a elle-même Faîr 
apocryphe. Les Sarrasins viennent de prendre et de brûler 
Orange, mais^ ne pouvant pas s'emparer de la citadelle, ils s*en 
vont tous par fa ire en^in. Ils ont à leur disposition des centaines 
de mille hommes, et Desranié a juré sa barbe de se venger de 
Guibourc ; pourtant ils s'en vont tous, laissant le champ libre 
aux chrétiens ! 

22. Au commencement de la scène de la sale pai^ee, on nous 
a dît qu'Aïmer est en Espagne, où il guerroie jour et nuit contre 
les Sarrasins. A notre grande surprise, nous le voyons arriver 
devant Orange en même temps que les autres frères (4232SS.). 
Comment expliquer cette arrivée inopinée? 

23. Aux vers 4499 ss., Guibourc présente a Renouart une 
belle armure qu'il revêt pour la bataille. Cependant, Aucebier 
et d'autres qui le rencontrent dans le combat rappellent va-nu- 
pieds, et se moquent de ses haillons (6214, 6299-6301, 6447, 
6483, 6584-6587, 6910, 6911). 

24. Aux vers 5238 et 5262, on parle de l'Aupatri, qui 
cependant a été tué au vers 222. De même, au vers 1778, le 
ms. d portQ hlpairei (Rolin omet cette variante), comme au vers 
5238 *. Si l'Aupatri a été rué au vers 222, comment peut-il 
reparaître ici ? 

25. Nous lisons aux vers 5930-5931 : Perdu avei Vivien le 
vaillant; Deso^cel arbre gist mort sor un estant. Vivien est mort au 

^vers 865. Quatre mois ont passé depuis lors. On remarquera 
(\uegîsl est au présent. Comment expliquer ce passage? 

26. Dans la laisse qui commence au vers 5867, Renouart et 
Desramé se rencontrent en bataille. Nous nous anendons à un 
dueL Cependant Desramé frappe non Renouart, qui malmène 
les Sarrasins, mais Gaudin, dont le nom n'a été mentionné 
qu'une fois dans les trois mille vers précédents (5349), et 



4 



H 



I, Pour cette forme làpatri, voy. le ins. m, 222, ic ms* C(BcnieX 52|d, 
et aussi A» KcHcr, Romi^rt^ p» 56, au vers 19. 




trvDv.s su^AyscANS 191 

encore ce passage est-il suspect. La mention de Gaudin ici est 
infirmée aussi par le bon ms. J^ qui fait se battre Gaudin plus 
tard tout comme un autre (Rolin, variantes 6779-6790). Il est 
clair, cependant, que la blessure qu'il aurait reçue de Desramé 
était dangereuse (8384-8385). Autre fliit qui peut avoir son 
poids : le ms, L porte au lieu de Gaudin, au vers S901, Hubert, 
nom inconnu d'ailleurs. Qu'est-ce qui a motivé cette substitution 
apparente de Gaudin à un autre ? 

27. Il y a beaucoup de confusion dans l'énumération des frères 
de Guillaume qui prennent part au combat de la lin du poème. 
Le nombre des frères varie de quatre à six, Garîn, par exemple, 
est-il présent ou non ? Le ms. m paraît être seul à le mention- 
ner nominativement (variante 4635). 

28. H y a des passages d'après lesquels on ne dirait pas que 
Guillaume fut un fils d'Aimeri (6249-6251, 6645-6647). 

29. A la fin d'^//Vmni (7363-7366), Guillaume va relever le 
corps de Vivien, qu'il fait placer entre deux écus et enterrer. 
On dirait, à lire ce passage, que Vivien vient de mourir, mais 
nous savons que quatre mois ont passé depuis son trépas. Cette 
difficulté est â rapprocher de celle qui a été mentionnée sous le 
n° 25. 

30. Enfin, le grand nombre de belles scènes, d'une beauté 
tellement variée, nous paraît indiquer qixAUscans ne peut être 
Tœuvre d'un seul poète, mais que le poème compte plusieurs 
auteurs et réunit peut-être les morceaux les plus remarquables 
de plusieurs poèmes. Si cesscènes étaient quelque peu pareilles, 
ce problème ne se poserait sans doute pas; mais nous croirons 
difficilement qu'un seul poète ait pu créer une telle série de 
tableaux de maître chacun si ditférent des autres. Nous mettons 
donc hardiment le nombre et le caractère de ces scènes entre les 
difficultés du poème. 

Voilà les principales difficultés intérieures \i'Aliscans\ mais il 
s'en faut de beaucoup que nous les ayons signalées toutes. Ces 
difficultés ne sont pas, à coup sûr, d'égale importance, mais, 
réunies, elles donnent à penser, surtout quand on y ajoute les 
contradictions entre Aliscans et les autres chansons de la geste 
méridionale- 



192 



R. WEEKS 



II 



INCONSèQUENCES EXTÉRIEURES DU POàME 

Les inconséquences extérieures, les inconséquences pour ainsi 
dire cycliques, à^Aliscans sont peut-être moins nombreuses que 
les premières, mais elles sont d'un caractère bien autrcmeni 
important. Car ici nous allons nous trouver constamment en 
présence de problèmes dont la solution décidera peut-être de 
Fage de plusieurs poèmes apparentés, delà nature de monuments 
perdus, de l'évolution enfin de toute une geste. Le manque 
d'éditions critiques va nous gêner beaucoup dans cette recherche. 
Si l'on avait de telles éditions d'Jliscans, du Caveuattty de Fûu- 
con et du Charroi^ notre tâche serait plus facile et nos conclusions 
seraient plus sûres. Cependant il faut profiter des moyens tels 
qu'ils sont, en sachant gré aux savants qui ont déji\ éclairé bien 
des coins obscurs de la geste de Guillaume. 

Un examen superficiel suffit pour montrer quAliscnns cadre 
fort mal avec les poèmes qui sont censés lui être les plus appa- 
rentés, tels que le Cinrmtnt et Fouccni dt* Caudie, Jamais grande 
chanson de geste ne fiât plus mal agencée avec les autres chansons 
du même cycle. Aliscans est en désaccord frappant avec le Coit- 
nani et avec Faucon. Mais la chose est plus compliquée encore, 
car ces deux chansons sont en désaccord Tune avec l'autre. Ceci 
est doublement étonnant si nous réfléchissons que tous les 
critiques considèrent Aliscans et Fouam comme deux suites d'un 
poème antérieur, et que la plupart voient dans le Coitrmnt ce 
' poème antérieur. 

Passons sommairement en revue les principales contradictions 
entre Aliscans^ le Coirnant Fivicn et Foucon de Candie^ surtout 
celles qui touchent à la « bataille d' Aliscans »k 

I. La scène de la bataille d*Aliscans, selon le Gn*. et Foucûft, 
se trouve en Espagne ^ Dans Aliscans, malgré le vague surpre- 



I. C(n\, 62, 267-274, ÎII-31S, 527, 1059, m 1, etc. Tour Foucon de Cûniit 
nous Q*âvons que rédition tronquée de Tarbé, Reims^ 1860. Il ressort du 
quatrième vers d*cn bas de U p. 6 : Lk Burirlone quant il issit, que la scène 
de U bataille est en Espagne, comme nous le montrerons. Œ p. 83. 




ÉTUDES SUR ALISCANS I93 

nant des données géographiques, il est clair que la scène de la 
bataille est près d^Orange '. Selon la tradition, elle se trouve près 
d'Arles \ 

2, De même, TArchant, selon le Cov, et Fouant^ se trouve en 
Espagne; selon Aliscans^ près d*Orange ^ 

3, Vivien, enserré par tes Sarrasins, envoie chercher son oncle 
Guillaume. Celui-ci part d'Orange selon Aliscans et le Cav,^ de 
Barcelone selon Foucon *. 

4* Dans Aîiscans et dans le CW., Desramé est le chef des 
Sarrasins, tandis que dans Foucon il ne paraît que postérieure- 
ment ;\ la bataille d'Aliscans- 

5. Tibaut ne joue aucun rôle dans le Covetuinî, Dans Aîiscans 
son nom paraît, mais on a peine à le croire présent, car un 
si grand personnage devrait signaler sa présence par quelques 
hauts fivits, et il ne t^it rien. Dans Foucon, au contraire, il joue 
le grand rôle. 

é. Selon le Cùik et Aîiscans, Bertran joue un rôle important 
dans la bataille d*Aliscans; d'après Foucon^ il nY'tait pas même 
présent. 

7. Dans Aîiscans, Bertran est un des prisonniers dont la 
libération est due à llenoart. Selon Fonum, n'étant pas présent, 
il n'a pas pu être pris. 

8. Selon Aîiscans, le nombre des prisonniers est de sept, 
seulement leurs noms sont assez embrouillés, comme nous 
venons de le voir. Dans Foucon trois seulement sont pris : 
Guichart, frère de Vivien, Gui et Guielin'. 

9. Dans ^/m?w^, c*est Renoart qui libère les prisonniers; 
dans Foticon^ c'est Girart, Bertran» Foucon et d'autres^. 



1, AliKattf, ij6o. 

2. Jonckbioct, GuiUaumf ^Orange, II, p. 56 ss.; Gautier, Èpopén^ IV, 
[p. 472 , G- Paris, La lJU,p\ au Sdoye^ Agf, p. 68; Rolin, .4/ïjm«i,pp.XLii-Liv. 
p«tc. Pour TArchant, voy. les mômes passages. 

j. Cm'.,86, \i^, t66, 278, 350, JO>6, 1241, etc.; Fô«û>«, p, 16, Crjean- 
roy, Romania^ XXVI^ p. 181. 

4. AUic.^ ijéo; le Cm»,, 8J7-841, 979, i2is;fo«ro«, p, 6, au quatrième 
vers d'en bas, 

\, Fotum, pp. 4, 7, is, 16, Cf. Prist ût Cordres^ IniroducUm^ p. Xiv. Les 
passages à.*Alncam ont dé)l été cités. 

6. Foucon, pp. iSi 16. 



XXX 



«î 



Î94 R- WEEKS 

10. Dans Aliscans^ BauJus se bat .ivec Guilkume et réussit à 
échapper. Dans Faucon il meurt \ 

11. Selon Aliscans^ Guillaume se sauve de la déroute, monté 
sur le cheval d'Aérofle; selon Fotiamy sur celui de Baudus^ Ce 
cheval joue un rôle important dans ta légende. Il a même 
pénétré dans le Moniagc * . 

12. Aimeri de Narbonne paraît dans la seconde partie 
d'AIiscans; selon Faucon il est déjà mort *. 

13. Selon le Cov.^ tous les fils d' Aimeri sont vivants. Ils 
paraissent tous dans JUscans, si ce n'est que Garin est absent 
selon certains mss., présent selon d'autres*. Selon Foucm, trois 
seulement sont en vie^\ 

14. Dans Aliscans, Guillaume part lui-même pour chercher 
du secours, après Tinvestissement d'Orange par les Sarrasins. 
Dans Foitcon il envoie un obscur messager, Girart'» 

15. Selon Aliscans et le Cov.y Gaudiii le Brun, personnage 
imponant pour k critique, joue un rôle dans la bataille d'Alis^ 
cans, mais non pas selon Faucon. 

Et ainsi de suite. Si nous avions une édition complète de 
Foîican^ nous pourrions sans doute augmenter considérablemeni 
le nombre de ces divergences, même à ne compter que celles qui 
touchent la bataille d'Aliscans. 

La chanson d'Aliscans renferme donc non seulement des 
inconséquences intérieures, mais des disparates pour ainsi dire 
cycliques. De ces trois poèmes, Aliscans, le Ccm. et Faucon^ 
lequel a raison ? 

On déciderait difficilement en faveur d'Aliscans, dont le 
témoignage se trouve plus ou moins infirmé par suite des 
inconséquences intérieures do poème, résultat peut-être de 



I. FoHCûtt, p. 4. 
a. Ihid.^ p. 4. 

J. Jonckbloct, Guillaume iTOraugi^ U, p. 144; Arcbivf, d, SUidium âtr 
ntuiftH SpracfsfHf XCIII» p. 434* 

4, FoHCûnt pp. 4, 29, 67, 

5. Pour le léraoigaage du Cw., voy. le vers ïBio, et cf. le vcra 14$» Le 
ms. m paraît t'tre le seul ms. d'Aliscans qui meutionne Garin; voy. à la p, 71 
des variantes de Rolin. 

6. Foucon^ pp. 29, 44. Il se peut qu*Emaut soit encore en vie aucommen* 
cernent du poème* Il faudrait consulter les manuscrits. 

7, Ibid.,p. 5. 



ÉTUDES SUR A use ANS 19 J 

remaniements inhabiles. Pour le Cov.^ nous ne pouvons pas 
lui donner raison non plus, car il est rempli d*impossibiUtés, 
comme on s'en convaincra par le relevé suivant. 



m 



INCONsèaUKKCES DU COFEKA^ riHEN 

1. Au commencement du Ctyv. on nous donne les noms des 
cousins qui accompiîgnent Vivien (57 ss. ; cf. 336 ss.). Aux vers 
739 ss. (cL 88} ss.) nous apprenons que plusieurs de ces mêmes 
héros ne sont pas avec Vivien, mais qu'ils sont avec Guillaume. 
En effet, ils viennent d*Orange avec Guillaume, 1144 ss., 
107, ss., 51543 ss. 

2. On dit au vers 69 que Vivien fait la guerre depuis sept 
ans en Espagne. Comment expliquer alors que Desramé ne 
paraisse rien en savoir, et se félicite de ce qu*il n'y a plus de 

^ guerre entre lui et Guillaume, qui représente les Narbonnais 

(89 ss.)? 

3. Vivien, serré de prés par les Sarrasins, réussit à se 
réfugier dans un vieux château, 729 ss. Cela ne parait guère 
vraisemblable, ce château laissé ainsi sans défenseurs si prés 
des chrétiens, comme exprès. 

4. Tout de suite après ç'étre réfugiés dans ce chiteau, 
Vivien et ses hommes se mettent a tuer leurs chevaux pour se 
nourrir (775 ss.). C'est avec raison que les critiques ont relevé 
ce fait, qui paraît supposer un siège prolongé. 

5. Vivien envoie un messager à Orange pour que Guillaume 
vienne avec les forces qu'il a rassemblées. Mais à l'arrivée du 
messager, nous apprenons que Guillaume est dépourvu 
d*hommes (738-743; 837-842; £117-1125). 

6. On dit de Guillaume, au moment de son départ d'Orange 
(1210-1214), q^*Avant quatre jours il sera dans une bien mau- 
vaise passe. Il s'agit évidemment de ce que nous appelons la 
défaite d'Aliscans, Mais Vivien est en Espagne. Comment 
croire que Guillaume puisse aller avec une armée jusqu*en 
Esp;igne et livrer une bataille dans l'espace de quatre jours? 

7. Il est difficile de croire que les chevaliers qui sont avec 






196 H. WEEKS 

Vivien, déjà réduits à manger leurs chevaux au moment du 
départ du messager, puissent tenir bon jusqu'à ce que Guillaume 
ait rassemblé une armée (î 1 58-ï 142 ; 121 5-1220). 

8. Vivien fait une sortie inopportune, et reçoit des 
blessures fatales. S'il avait attendu encore quelques heures, 
tout aurait été bien. On a Taîr de vouloir le faire mourir. 

9. hntîn, pour ne pas trop multiplier les choses suspectes 
dans le Gw., l'action do poème est fon vague, et la topographie 
du champ de bataille Test davantage. Ceci est d'autant plus 
frappant que le poème possède de réelles beautés'. 



IV 



où TROUVKR LA LÙCKNDH l>R[MÎTIVE 

Où trouver la légende primitive de la bataille d'Aliscans ? 
Nous croyons que la seule source française qui conserve la tra- 
dition primitive est Faucon de Candie, poème dont on a dit 
beaucoup de mal ^ Remarquons que la bataille d'Aliscans est 
le portique de la chanson d'Jliscans. Si Ton peut trouver le 
mot de cette bataille étrange, on aura une compréhension plus 
ou moins juste du poème. Il f;aut commencer par abandonner 
les tentatives, parfois grotesques, de dresser le champ de 
bataille d'AHscans dans le voisinages d'Arles, Comment croire 
en effet qu on ait pu omettre toute mention du Rhône, si jamais 



1. Plusieurs de ces difficultés du Coi\ ont été signalées par M. Bccker et 
par M, JeaDroy : Dir altfraniàsiscffe WUhthmagt^ pp, 4} ss. ; Rùmania^ XXVî. 
pp. 18 ï ss, 

2, Nous n*avons relevé que deux ou trois disparates de peu de conséquences 
dans Fouwtt, La plus importante est cclîe-ci : la mère de Foucon appelle 
Vivien et Guichart ses frères (p. 7). A ta p. 117, on dit Guichart le fils de 
Guérin Almanoîs, Foucivt, donc, fait de Vivien un fîls de Garin. Seulcmcm le 
poème a certainement connu la légende, plus ancienne, tjui fait de Vivien le 
fils d'une sœur de Guillaume. A la p. 86 on rapporte que Tibaut s'est vanté 
d'avoir tué à Guillaume U fil de sa ifror. Ces mots se rapportent à ce qu'a dît 
Tibaut à la p. 85, où il nomme Vivien. Cf. AUstam, éd. Rolin, au vers 59, 
et çt aussi le WilUbalm, 



ÉTUDES SUR ALISCANS 197 

ce fleuve a figuré dans les légendes primitives d*où vient 
Aliscans ? 

Nous allons tâcher de montrer que l'emplacement de la 
bataille d' Aliscans était en Espagne; que le combat décrit dans 
le C(n>, n*est pas la bataille d' Aliscans ; que le récit de la bataille 
au commencement à' Aliscans est fortement altéré; que les 
données sur la bataille d' Aliscans dans Foucon sont les plus 
anciennes et les plus fidèles qui nous soient conservées en fran- 
çais ; que Guillaume n'est pas parti d'Orange pour venir en aide 
à Vivien ; que Bertran n'a pas pris part à la bataille d'Aliscans, 
et que, par conséquent, il n'a pas été fait prisonnier; que Guil- 
laume a tué Baudus, et qu'il lui a pris son cheval ; qu'une fois 
rentré à Orange, Guillaume n'a pas quitté la ville, mais qu'il a 
envoyé au roi de France un messager ; que Tibaut, et non pas 
Desramé, était le chef des Sarrasins dans les sources les plus 
anciennes à* Aliscans -y bref, que là où Aliscans et les autres 
poèmes sont en désaccord, ce n'est pas à Aliscans y comme l'ont dit 
la plupan des critiques, qu'il faut demander la légende la plus 
ancienne, mais plutôt à ces poèmes. Quand ces autres poèmes 
sont en désaccord avec eux-mêmes, comme cela arrive souvent, 
la légende authentique, au moins pour tout ce qui touche la 
bataille d'Aliscans, se trouve dans Foucon de Candie. 

(A suivre.) 

Raymond Weeks. 



LA 



PROCESSION DU BON ABBE PONCE 



CHANSON HISTORIQUE ET SATIRIQUE DU XîII* SIÈCLE 



I 



Au coors du siècle qui vient de finir, rattention des érudî 
sVst portée plus d'une fois sur les chansons relatives à notre 
histoire nationale, Paulin Paris en publia quelques-unes, dès 
t8j3, dans le Rotnancero français^ et, en 1834, Jules Desnoyers 
mettait au jour une intéressante série de « chansons histo- 
riques et politiques desxvr et xvii* siècles *.« Quelques années 
plus tard, Le Roux de Lîocy Hiisait paraître son Reaml de chants 
hisloriques français depuis le XII'' jusquau XVIt siècle^ et cette 
publication semble avoir excité l'émulation de collecteurs qui 
limitèrent te champ de leurs investigations à une époque ou à 
une province déterminée^. 

De Texamen des recueils auxquels je fais allusion il résulte 
que> si les chansons historiques nous sont parvenues assez nom- 
breuses pour les XVI*, xvir et xvni* siècles, elles sont relative- 
ment rares pour le moyen âge. Les collecteurs ont tenté de 
dissimuler cette pénurie en admettant des chansons qui ne 
sont point toujours absolument historiques — chansons de 



i 
4 



I, BulUtitt 'de la Société de t histoire de France^ année 1Ô34, docuraents ori- 
ginaux, pt 261 à 300, Cf. p. 16 $-169 du même volume, 

a. Jcciterai« comme exemples de Tune et de Tautre méthode, le Noui^ûu 
siècle de Louis XIV ou choix de chansons liistoriques et satiriques^ presque toutu 
inédiies {it%J^-\j 12% Paris, 1857, in-i2, elles tomes III, IV et V du Roman* 
uro champenois, de Prosper Tarbé^ Reims, 1864-1865, in-d, comprenant ce 
que Fauteur appelle les cfxints historiques et légeitduirts. 




LA PROCESSION DU BON ABSfe POKXE I99 

genre ou chansons d'amoor * — ou bien encore de fragments 
d'ouvrages versifiés qui n'ont rien de la chanson; mais de tels 
artifices ne trompent personnel De loin en loin cependant, les 
émdits glanaient dans les aianuscrits quelque chanson du 
XIII* siècle, inspirée par un événement contemporain, et 
comme exemple d'aussi heureuses trouvailles on peut citer la 
chanson de la Procession du bon abbé Ponce, dont Paulin 
Paris a donné le texte en 1855 dans V Histoire îiitéraire de la 
Frûnce\ et la chanson sur la bataille de Taillebourg que M. A. 
Thomas a publiée et commentée en 1892 dans les Annales du 
Midi^. 

Le commentaire d*une chanson relative à un événement 
aussi important que ta bataille de Taillebourg n'offre point de 
sérieuses difficokcs ; il est susceptible d*ctre poussé du premier 
coup à un degré fort voisin de la perfection. Il n'en va pas de 
même lorsque le sujet de la chanson est un fait d^histoire 
locale, comme la Procession du bon abbé Ponce dont je vais 
tout d'abord présenter le texte, d'après Tunique manuscrit qui 
nous l'a transmis *. 



De la procession 

Au bon abbé Poinçon 

Me covient a chanter : 

Hons de religion 

Ne fist mais tel pardon* 

Par son pais aler. 

Tout a fait agaster? 



Et tour mis a charbon ; 
S'il ne fusi si proudom 
10 D ne Fosast panser. 

De la procession 

Là croiz et te baston 
Ont chargié Guienot% 



I. Il en est du moins ainsi dans ic lonie I" du Hccutil de Le Roux de 
Lincy. 
a. Cène dernière critique s'applique au Romancero champenois. 
5. T, XXIII, p. 82r-822, 

4. T- IV, p. 362-570. 

5. Le nis. iVançais 846 de la Bibliothèque nationale, où elle figure au fo 4$. 

6. Au moyen âge, pardon, au sens de pèlerinage, n'était nullement spécial à la 
Bretagne, comme le croit le plus récent des commentateurs de la chanson. 

7. agoiitr doit s'écrire ici en un seul mot, et non agaster comme l'ont fait 
les précédents éditeurs. Sur ce synonyme de gasUr, tu ravager » voir 
Godefroy, Diciicnmire de Vancknne îangiu française^ t, I, p. 159. 

8. Guitnoi est un diminutif bourguignon de Gui ou Gtiion, et c^est à tort 



200 

Qui ot a compaignon 
I s Gauterot de Greingnon, 
Ranfroi et Denisoi, 
El maint autre vallot 
Et maint vilain félon ; 
Jusqu'où Val de Suson* 
20 N*ont laissiC* chacelot '. 

Jchanz de Triehastel î 
1 vint et bien et bel 
A la procession; 
Avec lui maint donzel, 
2$ Qui portent penoncel 
Le conte de Chalon : 



A. LONGKON 

La moichc et le brandon, 
N*i quiert autre joel : 
Ne veinera mais cembel * 
30 A Roins ne a Loon. 

Li Loichars s de Preîngei * 
Vint devers Pclcrcy 7 
Par mi Vilemurvi ^ : 
Nostre abbes li mandey 
3 S Que dcstruisist Lcrey^ 
Et si nou Icssest mi ; 
Et il a tout saisi 
Jtisques vers Pelerey '<> ; 
Ne Frajgnoy ^* ne Poncey '* 



que l'auteur d'un article paru dans le Réveil hùurguigmn, du 10 décembre 
1900, prétend qu' <* il faut lire Guillemot, que Ton orthographie parfois Guie- ! 
mot. » 

I . Val-Suïon (Côtc-d*Or, c^n de Saint-Seine). 

2* Ce mot, mal interprété par les deux derniers commentateurs de la 
chanson, a été relevé par Godefroy, Dictionn. de Fane. L française,!, il, 
p. 29, qui ne le fait suivre d'aucune explication. lî faut y voir une mauvaise 
transcription âcclmseîot^ diminutif de cfmsel (en bas latin cûJij/*), jadis en usage 
en Bourgogne, et qui est la source du nom de lieu Chazeloi, en usage dans 
les dép. de Saône-et- Loire, de la Haute-Saône et de TAm. 

3. Ccst, dans les textes français du xui* et du xive siècle, b forme la plus 
ordinaire du nom de Thil-Qiâtel (Côte-d'Or, C" d'Is-sur-TilIe)» 

4. Mal interprété par les deux derniers commentateurs, cemM est un mot 
bien connu de notre vieille langue, où il a le sens propre de « provocaiiofi 
guerrière *, plus ordinairement celui de « combat j». 

5. L'un des commentateurs a rendu Imchart par « garde forestier n. 
M* Bouriier y voit un terme populaire^ a lichard », au sens de « glouton », 
« vorace «, Ces interprétations sont également inacceptables : îokfmrt n*est 
autre chose qu'un dérivé de lu se us, une variante de hschart, dont on peut 
voir des exemples dans Godefroy, Dictionn. de Pane. L française, t, V, p. 35 ; 
huessart^ «< louche », est encore usité dans le Mor\*an (Chambure, Glossaire 

^du Morvan, p. ^o}). On trouve en 1234, aux environs de Saînt-Scinc, le sur- 
nom latin Luicardus, 

6. Prangcy (Haute-Marne, co« de Longeau)» 

7. Pdlercy (Côte-d*Or, co» de Saint-Seine), 

8. Villermervry (Haute-Marne, c» d'Auberive). 

9. Lér}' (Côte-d'Or, c»» de Saint-Seine). 

10. Pdlcrey, (11) Fresnois, (f 2) Poncey (Côte-d*Or, c» de Saim-Seinc.) 



LA PROCESSION 
40 Ne mbi pas en obli. 

Par devers Duymois" 
Vint Girars li cortois, 
Plus blans que flors de lis, 
Avec lui SCS Irois ' ; 

45 Très ci qu*en Digenois î 
Ont gasté le pais : 
Wi laissent, ce m'est vis, 
Orge, froment ne pois. 
Chargiez .VII^x. chamois ♦ 

50 En ont devers aus mis, 

Sanz les bues viennois f 
Dont il ont cent et trois, 
Chargiez lor accersis *, 
Qu'il mointicni en Ausois 7; 
5 i 11 nés rendront des mois» 
Qu'il ne Font pas apris. 



DU BON ABBE PONCE 

Girars lorna son vis 
Par devers J, maroîs : 
Se ne fust Vesinois *» 
60 Beligney ' fust maumis. 

Girars s*est bien garnii 
De portes, de postîz, 
Por fermer sa maison : 
N'i coxnent plaisseïz *% 

65 Ne autre rolleîz ', 

Se de vtez marrien non. 
Orli doint Dex moisson ! 
D'arches est bien garniz. 
Fox est qu'au viel oison 

70 Enseingne le pasquiz. 

Li fili au bon Hugon 
D'à ceaus près de Noiron ** 
Seii bien terre gastcr ; 



201 



1. Le Duesmois, le ^t« Duhmetms de la première moitié du moyen 
âge. II était situé au sud de Saint-Seine et son souvenir survit dans le surnom 
de Fontaine-en-Duesmois et de Vilbînes-eo-Duesmois (Côte-d*Or, c9^ de 
Bagneux-les-Juifs). 

2. Le mot Iroh reproduit id la vieille appellation française des Irlandais^ 
c'esi»à-dire Téquivaient de l'anglais iri$h, 

3. Le Digenois, le pagtis Diviotunùs de la première moitié du moyen âge, 
à rodent de Saini-Seine. 

4. Récemment interprété par « chariot " , ce terme n*a encore été signalé 
en aucun autre texte* 11 peut désigner une béte de somme. 

5. M, Bourtier a parfaitement traduit *r bœufs viennois »» et je ne m'ex- 
plique pas comment le rédacteur du Réveil bourguignon a pu croire qull 
s'agit sans doute ici « de bceufs gras dits plus urd viâlai {voir La 
Monnoye) ». 

6. Terme encore inexpliqué, bien que les derniers commentateurs y voient 
une forme vulgaire du latin accfrsilus. 

7* L*Auxois, pagus Ahensh^ à Touest de Saint-Seine. 

8. On ne sait trop si Vesmols esc un nom d'homme plutôt qu'un nom 
de Heu. 

9. Bligny-Ie^ic (Côte-d'Or, €<>« de Saint-Seine). 

10. ClôtuR' formée de branches entrelacées. 

1 1 . Palissade de troncs d'arbres ou de fascines roulées. 

12. S*îl eitste trois communes du nom de Noiron au département de k 



202 

N'î a bl&sié monton, 
7 S Gdinc ne chapon, 
Qu'i ne face tuer, 
Nuns ne Ten doit blmer 



LONGNON 

Qui entende raison » 
Car filz d^esmeriUoîi 
80 Doit par droit oiseïer. 



La Procession du bon abbé Ponce est imprimée ici pour h 
quatrième fois, et la lumière n'est point encore faite sur la date 
des événements qui Tont inspirée. Cette chanson parut tout 
d'abord, en 1855, dans V Histoire littéraire de la France, et, par 
suited*un évident lapsus, Paulin Paris attribue au milieu du xiv* 
siècle, au lieu du xiir siècle, ce qu'il appelle « le récit chanté 
d'une invasion à travers plusieurs villages de Bourgogne, %^ers 
« le Val-Suzon. » — « Dans Tabbè Poinçon, » dit-il, « nous 
(t croyons reconnaître Ponce, le célèbre abbé de Vézelai, qui 
« mourut le 14 octobre 1161, après une vie fort agitée. Les 
« ministres de la colèie du bon abbé contre les gens du bourg de 
« Vézeki,qui venaient d'établir une commune, se nomment Gui 
« ouGuienotjGauterotde Greignon,Rainfroi,Denisot, Jchande 
« Trichastel, les vassaux du comte de Chalon, le garde fores- 
« tier de Pringey, Girart avec ses Irois et le fils au bon 
« Hugues. Les lieux et villages pillés sont le Val-Suzon, Pelé- 
tf rey, Villemurvi, Lerey, Fraignois aujourd'hui Fresnois, 
« Poncey, Beligny aujourd'hui Bligny, Vesinois et Noiron V. »» 

L'opinion émise par Paulin Paris au sujet de l'abbé Poinçon 
a été acceptée par M. le chanoine Bourlier, vicaire général dy 
diocèse de Dijon, qui a réimprimé le texte de la chanson, 
d'après VHisloirc littéraire^ au mois d'août dernier, en un article 
intitulé Une chanson satirique bourguignonne au moyen âge ^ 
L'article est divisé en trois parties : la première renferme le 
texte de la pièce, la seconde est consacrée à ses « particularités 
littéraires, historiques et géographiques » ; la dernière enfin, qui 
a pour objet la « glose et traduction » delà chanson, renferme 



Côic-d*Or, Koirûu-lés-Cîtcaux, Koiron-sous-Bè/e et Noiron-sur-Seine, il 
semble qo on tic puisse hésiter ici qu'entre les deux premières, et j'incline 
vers Noiron-lés-Otcaux (c*» de Gcvrey), i huit lieues au sud-est de Saint- 
Seine. 

I. HUtùirt littérairt de ta Frana, t, XXin, p. 820. 

2* Bulletin d'histoire^ de Httératun et dart rcligitux du diocèst de Dijon^ 
no du 15 août 1900, p, 174 à 186» Œ p. 204, note 4. 



LA PROCESSION DU BON ABBÉ PONCE 203 

quelques inexactitudes contre lesquelles protestent^ tacitement, 
quelques-unes des notes jointes au texte reproduit ci- 
dessus. 

M- Bourlier, qui habite Tancienne capitale de la Bourgogne, 
a déterminé avec plus de précision que son devancier les 
diverses localités mentionnées dans la chanson, et Ton ne peut 
que louer cette partie de son travail. Mais il est moins heu- 
reux dans la partie historique de son commentaire : « Quand 
« parut l'œuvre, » dit-il, « du moins dans la forme où elle nous 
« est parvenue, il y avait près de deux cents ans que Pons de 
« Montboissier, le légendaire abbé de Vézelay, était mon; à 
« peu près le temps qui nous sépare du héros de la chanson 
deMarbrou* A une telle distance, Thorizon de Thiscoire ne 
se présente à l'œil du peuple que chargé de brumes épaisses. 
« Les dates, les noms, les souvenirs se brouillent. Les person- 
<t nages sont passés h Tétat de types, sinon de mythes. Ce qui 
u est vrai pour nous modernes, Test à plus forte raison pour 
« le moyen âge, qui ne lisait pas. La notion du temps s'obli- 
térait dans les esprits de ce temps avec une facilité étrange. 
De ptos, pour des gens qui avaient conscience de vivre dans une 
« ère nouvelle depuis rétablissement du régime communal, la 
« tendance naturelle était de mettre indistinctement au compte 
« d*un passé dont on ne voulait plus tous les actes d'arbitraire 
« ou de violence qui se i attachaient i cette révolution ou qui 
« rainaient précédée, à peu près comme aujourd'liui le public 
« demi-lettré de France ne voit plus guère dans tout ce qui a 
«f précédé la Ré%^olution française qu'un bloc chronologique 
" informe, qualifié d'ancien régime '. » — « Il se pourrait donc, 
conclut M. Bourlier, « que Tabbé Poinçon, tout historique 
« que fût le personnage, et précisément à cause du souvenir que 
« la postérité avait gardé de lui, eût été traité plus ou moins 
« en personnage de légende par notre chansonnier, et il faut 
« en dire autant des autres noms qu'il a groupés autour de 
H celui-Ii. Du fait de réloignement du temps et de Tintention 
tt satirique, il y a eu confusion des dates, grossissement et 
« simplification des faits et des physionomies ^ d 

Aux yeux du nouveau commentateur de la Procession, 



1. Btilktin,,.., dudiochf de Dijon ^ n© du l\ août 1900, p. 180. 

2. Ihid., p, 181. 



204 



A. LOKGNON 

,., Girars 11 cortois 

Plus bUns que Hors de lîs. 



ne serait autre que Girard de Roussillon, le fameux héros 
épique^ Girard de Roussillon, qualifié « H vielz », par Tauteur 
du Rolande Quant au personnage nommé dans le dernier cou- 
plet de la pièce, 

Lî ûh au bon Hugon, 

c'est, au sentiment de M. Bourlier, « un fils de duc de Bour- 
o gogne, à coup sûr, puisque de 1075 à 13 15 cinq ducs de 
« Bourgogne ont porté successivement le nom d'Hugues. Il 
« importe peu desavoir », ajoutc-t-il, « lequel des cinq rauicur 
a a voulu nommer, ou même s'il a eu en vue un des cinq, 
a plutôt qu'un autre ^. » 

Des trois identifications de personnages qu'a produites M* 
Bourlier, aucune à mon avis n'est acceptable, et j'essaierai tout 
à l'heure de le montrer. Je me bornerai pour le moment à cons- 
tater qu'elles n'ont point certainement convaincu un troisième 
commentateur de la Procession, qui a tiré de cette chanson la 
matière de deux articles tout récemment publiés en un journal 
bi-mensuel de Dijon, le Ràvril hurquignon ^ 

On doit savoir gré i Tauteur des deux articles du Réveil 
bourguignon d'avoir corrigé, dans la chanson reproduite parlai, 
cinq menues fautes de copie ou d'impression que présente le 
texte de Paulin Paris; mais le nouveau commentateur de la 
vieille chanson bourguignonne a été moins bien inspiré en 
déniant à cette pièce tout caractère historique, et surtout, alors 
qu'il a vu le manuscrit où elle figure, en la considérant comme 
une oeuvre du temps où les ducs de Bourgogne dominaient en 



t. BitlUim «/» iioche di Dijon^ n» du 1$ août 1900, p. tSi. 

2. Ibid., p. 182» 

l r Le premier de ces articles d*un atioDynie a paru sous le titre Vab^ 
PMnçm, dans le ûuraéro du 25 novembre 1900 ; le second, inséré dans ic 
numéro du lô décembre, est intitulé Utu chamon hourgul^mnm. Ils ont 
motivé un nouvel article de M. le chanoine Bourlier, A propos d*un Uxtf bùur- 
fu^noH publié dans V t HUloirt liUèraire dt la Fra^ia », inséré dans le 
Bullitin d^histmre^ ctc,, du diocèse di Dijon, du i> décembre 1900, p. 
26}-269, 



LA PROCESSION DU BOK ABBÉ FONCE 20 5 

Picardie, c'est-à-dire, si jVntends bien, du xv* siècle. Le 
manuscrit est en effet dû xiir siècle, comme Tindique le 
tome I" du catalogue de la Bibliothèque nationale '. Je concède 
volontiers au rédacteur du Réveil bourguignon que la Procession 
du bon abbè Ponce n'est point un chef-d'œuvre poétique^ mais 
je ne crois pas possible d'admettre le sentiment qu'exprime cet 
écrivain dans les termes suivants : a Un moine malicieux de 
<( Fabbaye de Saint-Seine, venu de Picardie au temps où y domi- 
« naient les ducs de Bourgogne % y aura apporté diverses pièces 
is rimèes, notamment une contre les Dominicains, ainsi que 
« celle dont nous nous occupons et qui offre dans ses trois pre- 
« miers couplets Timage d'une procession. Ce terme même de 
« procession sent son origine religieuse, et le cinquième vers du 
« premier couplet où Ton parle de pardon^ porte à croire que ce fut 
« dans un couvent de la Bretagne que fut fabriquée en premier 
« lieu la chanson à laquelle le moine démocrate de Saint-Seine 
« ajouta d'autres couplets empruntés à une satire contre les 
« nobles, en ayant soin de substituer partout des noms bour- 
« guignons aux noms picards ou bretons. Le placage et le 
et replâtrage ont été parfois maladroits ', » 

Pour Fauteur de l'opinion que je viens de citer, l'origine 
picarde de la chanson résulterait, si je ne m'abuse,du trentième 
vers : 

A Roim ne a Loon. 

Le rédacteur du Réveil kvtrguipton n'est pas plus heureux en 
ce qui touche le principal personnage de la chanson. Ses 
devanciers ont reconnu dans le nom de Tabbè Poinçon une 



1. Bihliothèqui Impértaky dipartemmt des mamiscrits. Catalc^ue des manttscriti 
français^ t. ï, p. 110-114, ûû se trouve décrit le ras, 846 du fonds français 
(ancien 7522* et précédemment Cangé 66). Ccst par erreur que le rédac* 
teur âuRcfeil hurgutgnvn a dît que la chanson figurait dans un second manu- 
scrit de la Bibliothèque nationale « dit de Cangc », 

2. Cest en vertu du traitii d*Arras, de 1435. que les ducs de Bourgogne 
établirent leur domination sur les « villes de la Somme », ou, en d'autres 
termes, sur la Picardie proprement dite. Depuis 1418, cependant, Philippe 
le Bon jouiss.tit des chdtellenies de Péronne, deRoye, et de Montdldter, cons* 
tituant la dot de Michelle de France, sa premicrc femme. 

3. Likéveit bourguignon, vp du 10 décembre 1900. 



2o6 



LONGNOX 



forme oblique de Pons ou Ponce^ Pontius; il n*y voit, lui, 
qu'une sorte de sobriquet aaqoel il attribue le sens de « ton- 
neau ' », que présente en effet le mot poinçon, non seulement 
en patois bourguignon, mais encore en français. 



H 



Mon sentiment se rapproche beaucoup de celui qu'ont suc- 
cessivement exposé Paulin Paris et M. le chanoine Bourlier. 
J'admets comme eux Torigine historique de la Procession du 
bon abbé Ponce, mais au lieu d'y voir un lointain écho de 
rexistence agitée de Fabbé Ponce, sous lequel le bourg de 
Véadty conquit ses libertés communales, j'y reconnais un écrit 
inspiré par un événement contemporain, et je suis, dans une 
assez large mesore^ en état de prouver le bien fondé de cette 
opinion. 

Les huit couplets de la chanson sont relatifs à une sorte de 
guerre privée au cours de laquelle les auxiliaires de Tabbé 
Ponce exercent leurs ravages aux environs du monastère de 
Saint-Seine, Leur objectif principal est Léry; ils dévastent 
également trois villages voisins, Fresnois, Pellerey et Poiicey, 
tous trois situés dans la vallée de llgnon. Bligny-Ie-Scc 
échappe cependant à leurs déprédations, qui s'étendent depuis 
Léry, à quinze kilomètres au nord de Saint-Seine jusqu'i Val-j 
Suzon, à dix kilomètres à Torient du même lieu. S*il n'était 
question de Noiron au dernier couplet, le théâtre des hostiUtés 
serait fort nettement circonscrit. Il comprend la meilleure 
partie des possessions de Tabbaye de Saiot-Seine : Léry était 
en effet le siège d'un prieuré dépendant de Tabbaye de Saint- 
Seine, à laquelle appartenaient plus ou moins complètement les 
villages de Fresnoy, de Pellerey, de Poncey, de Bligny-le-Sec 
et de Val-Suzon *. 



l, Li Rntii hHrguigfwn, n» du 25 ncr\*einbrc 1900. 

a. Une bulle du pape Innocent IV, en date du 4 novembre 1245, énumè 
rant \c$ possessions de Tabbaye de Saint-Sdne^ mentionne au moins quatre 
de ces localités : • L>Tiacus» Piliriacum et Ponciacum villas cum capellis et aliis 
peninentii.% suis..., Fnuietum cum pertinent i is âui s » (Second cartubire de 
l*abbiyc de S^iînt-Seine» no», latin 9874 de la BibL nat., p. 3). Le monastère 



LA PROCESSION DU BON ABBÈ PONCH 20? 

Tous les villages que je viens de dire sont i une distance de 
vingt lieues, pour îe moins, de l'abbaye de Véztlay. H est donc 
absolumeot inaprobable que le nom de Poinçon désigne ici 
Ponce de Montboissicr, qui gouverna Vézelay de 1138 à u6i. 
Il s*agit bien plutôt de quelque abbé du monastère de Saint- 
I Seine. Il est vrai que le nom de Ponce ne figure point sur la 
liste des abbés de Saint-Seine insérée dans la Gallia chris- 
tiana *; mais cette liste est inexacte, car le cartulaire de Saint- 
Seine mentionne à plusieurs reprises un abbé qu'il appelle 
Pontius^ lequel gouvernait le monastère en 1240, 1241 et 
1242% et qui par suite d'un lapsus assez bizarre est devenu 
Pierre, Peîms, dans la Gallia christiana ^ L'errèur est absolu- 
ment certaine, car Tabbé Ponce est nommé Pontius, en toutes 
lettres, dans les actes qui parlent de lui, et ce vocable est 
reproduit dans chacun des travaux manuscrits relatifs à 
Tâbbaye de Saint-Seine conservés à la Bibliothèque natio- 
nale ^, 

Au mois de juillet 1240, le monastère de Saint-Seine avait 
encore à sa tète un abbé du nom de Jean, qui, au courant de 
la môme année, résigna ses fonctions entre les mains de 
Tévéque de Langres, Robert^ lequel lui assigna i cette occasion 
les revenus de Francheville, Tua des domaines de Fabbaye. En 
temps ordinaire, Francheville énit employé pour la dotation 
de Tabbé aussi bien que pour celle du chambrier, ce qui amena 
sans doute quelques réclamations de la part des intéressés. Se 
défendant alors de vouloir troubler la tranquillité du mona- 
stère *, fex-abbé renonça à Francheville et reçut en échange le 



possessionné à Val-Suzon dès r2î8 (ihiâ, p. 22), Quanta BUgny-le-Scc. son 
église ctait depuis 1198, une succursale de IVglise paroissiale de Saint-Seine, 
si Ton en croit CourtéptSe. « et de la justice de Fabbc, dès ce temps » 
(Description du duché àe Bùurgognt^ 2<= édition, t. IV, p. 24s). 

1. T. IV, p, 696-70Î. 

2. Le texte à<^% piêc« du cartulaire de Saint-Seine où figure Tabbé Ponce 
est reproduit dans TAppendicc du présent travail. 

3. T, IV, coL 699. 

4. Fonds ïatin, tus. 11819, ^ 243 r», et nis. 1269e, \9 157 v«-i58 ro, 

5. « Tandem dictus Johannes nolcns conventum propter hoc aliquo modo 
conturbare... «(voir plus loin, p. 210). Deux des copies du cartulaire de Saint- 
Seine que possède la Bibliothèque nationale, les mss. 12824 «t 17085 du 



210 A. LONGNON 

sonnages secondaires; mais, dès maintenant, l'on peut afiirnier" 
que la Procession du bon ;ibbé Ponce fut composée entre 
1240 et 1248, plus vraisemblablement vers 1241, Elle appar- 
tient au milieu du règne de saint Louis, pcriode ijuî semble 
relativement riche aujourd'hui en chansons historiques. 

Auguste LONGNON, 



APPENDICE 



L — DONATIO PRIORATUS DE LERIACO (1240), 

Nos, Pontius jibbas totusque conventus Sancti Sequani, univcrsis pré- 
sentes litteras înspccturis rd geste notiiîam cuni saltiie. Cum vcncrabilis 
pater noster Robertus, Dei gratia Lingonensls episcopus, resignationem 
do mini Johaimis quondam ab bâtis San cl i Sequani in manu sua recepisset, ci, 
de volutuate eiassensu convcntus^eidem î n omnibus rébus providisset de rébus 
que ad vîllam Franche Ville pertinebant» tam ad proprietatem abbatis quara 
camcrarii, et eadem provisio sigillo dominî episcopi et conventus fuisseï 
sigîllata, tandem dictus Johaiwcs, noleiisconveiiium propter hocaliquo modo 
conturbare propter res sîbl assîgnatas ad necessarios usus conventus pertinen- 
tes, Cl in aliis rébus consensii et voluit» et de coosensu ci voKiniatc con- 
ventus rébus provideri, scilicet quod nos dedimus et conccssimus sepc- 
dicio Johanni, pro sua provisionc. prioraiiîm de LerÎJCû ' et candem villam 
de Lenaco cum hominibus, justitiis, nemoribus et aliis provcntibus ejusdenii 
ville, pcrtiiientibus ad ecclesiain Sancti Sequani. et erum ad dïctum priom- 
luiu, et in omnibus reddiiibus quos habcmus in vïUa de Eschallo ' et in villa 
de Saliva >, et apud Paluz grangiam de Oigniaco «, et apud Pusois grangîam 
de Fomcniaco*, et in omnibus rébus que ad proprietatem et dominîum nos- 
trum pertinent in locis supcrius jam expressis, cxceptis viginti solidis qui 
dcbeotur convcntui pro annlversario veiierabilis pat ris domini Galterî, Lin- 
gonensis episcopi, prima die maii. Hanc provisionem venerabilis pater noster 



1. Léry (Côtc-d'Or, co« de Saini-Seine). 

2. Écbalot (Cûte-d'Or, c^ d'Aignay-te-Duc). 
J. Salives (C6tc-d'Or» co«de Grancey). 
4. l^ ferme de l'abbaye d*Oigny, à Palus (C6te*d*0r, C9^ de Granccy, 

co» de Salives). 

S- Peut-être une ferme de Tabbaye de Fomenay à PoiscuI-lês-Saulx (Côte- 
d'Or, c*>« d'Is-sur-Tillc). 



LA PROCESSION DU »OK ABBÈ PONCE 2 I I 

Robcrtus, Lingoncnsis episcopus cotifirniavit, qiijni confirmationcm ratam 
habuimus et habemus, et ut ratum et siabilc permaneat predicto Johanni lit» 
tt:r.is nosinis tradidimus, sigillorum nostrorum niuniminc roboratas. A^tum 
atino Domini M» CO XL*». 
(Second cartulaire de Tabbaye de Saint-Seine, copie de Dora Aubréc, nis, 

latin 9874 de la BîblioîhL'<;iuc nationale» p. 69; cf. copie de Bouhier» m s. 

latin i7oHi, pp. 88-89,) 



II. — DK JURAMKNTO DK TURCiitO, DE MARGELLA hT DE UNGOKtS (1241). 

Nos, Irater Fontius, humilis abbas Sancti Sequani, et ejusdem ccclesiecon- 
vemus, notum facimus omnibus litteras inspecta ris qaod nos, in capiinlo 
constitutif de comuTunî consensu et singuloruni.tactis sacrosanctîs evangeliisj 
juramento firniamus quod nos numquam vïllam de Margella ' cum ejus 
appetidiciis, ncc ctiam Turceium ' cum ejus appendicîis, nec etiam prioratum 
nostmm Lingonensem ^ slienabimus alicui clerico vel laico, ncc pcrpetuo 
ncc ad vitam, volentes et contcndentcs quod si aliquis nostmm contra hoc 
factura et juramentura ire prcsunrpserit, ab ecclesia nostra expellatur, et 
numquam de cetero in ipsa nostra ecclesia, nec ad vitam nec ad mortem, 
rrcipiatur. Statuîmus etiam quod abbas qui pro tcmpore fuerit^ statîm post 
cunRrniationt:m s^am ad hujusmodi juramentum teneatur» et similiter qui- 
cumque habiium monachalem in eccïesia nostra susceperit, statîm post prp- 
fcssioncniab ipso factam, hujusmodi faciat juramentum, alioquin înter fratres 
non recipiatur nec pro nostro monacho habeauir. Actum an no Domini 
millcsimo duceniesimo quadragesimo primo. 

(Second cartulaire de l'abbtj de Saint-Seine, copie de Dora Aubrèe, p. 70; 
cf. copie de Bouhier, p. 90.) 



JIL 



CARTA DE MATTHËO DE NOIËLLES (mars Ï242» n. St.). 



NoSt Anserius, archidiaconus Divionensis, notum facimus umversîs pré- 
sentes litteras inspecturis quod Matlheus domicellus et Maria uxor ejus, filia 
domini Guidonis, domini de Coyum ♦, laude et assensu Guidonis et Pomicetc» 
libcrorum dicte Marie, vendiderunt etconcesserunt in hereditatcni perpetuani 
vcnerabili viro Pontio, abbati Sancil Scquani, et conventui ejusdem ecclesie 
quicquid juris habcbant et possidebant apud Blaseium Castrum ci Blaseium 



1. La Margelle (Haute-Marne, c*»" d*Auberive). 

2. Turcey, C6te-d'Or« c*>" de Saint-Seine). 
j, Langrcs, (Haute-Marne). 
4. Coyon, depuis Sainte>Marie-sur-Ouche (Côic-d'Or, co«» de Som-* 

on). 



212 A. LONGNON 

Villam S tam in hominibus quam in decimis, rcdditibus, cxitibus, mansis 
et possessionibus, et omnibus aliis rébus; et, de his omnibus se coram nobis 
omnino dcvestientes, dictes abbatem et conventum Sancti Scquani corpo- 
raliter investicrunt, et tenentur eisdem abbati et conventui corumque succès- 
soribus contra omnes légitime et fîdcliter in perpetuum garantire. De pretio 
siquidem dicte venditionis, videlicet de ducentis quater viginti libris divio- 
ncnsium, se tenucrunt coram nobis a dictis abbate et conventu in 
numcrata pecunia etsibi tradita penitus et integrum pro pagatis; promittentes 
nihilominus, tam dictus Mattheus et Maria uxor ejus quam dicti Guide et 
Pomiceta, liberi dicte Marie, per sacramentum eorum coram nobis cerpora- 
Htcr prcstitum, quod de cetero contra hanc venditionem, per se aut per alium, 
non venient nec venire consentient aut permittent. Et in hujus rei testime- 
nium ad preces et instantiam partium prescntibus litteris sigillum nestrum 
apposuimus. Actum anno Domini Mo CC® XLI®, mense martie. 

(Second cartulaire de Tabbaye de Saint-Seine , copie de Dem Aubrée, 
pp. 40-41 ; cf. copie de Bouhier, pp. 52-53). 



I. Blaisy-le-Chûtcau, auj. Blaisy-Haut, et Blaisy-la-Ville, auj. Blaisy-Bas 
(Côte-d'Or, c«n de Sombernon). 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 

AUX XnU ET XIV< SIECLES 



Lorsqu'en 1884, j'ai fait paraître îd même la Plmiélique lyon- 
naise an XI V^ stick \ on ne connaissait comme textes lyonnais, 
que les Q^uvrcs de Marguerite d'Oingt et un certain nombre 
de documents d'archives. Depuis lors, Téminent directeur de 
l'École des chartes a démontré rorigine lyonnaise des Vies de 
Saints en prose contenues dans le ms. franc. 818 de la Biblio- 
thèque nationale (fol. J ^4-275) ^ Grâce à Tobligeance de 
M. Léopold Delislcj j'ai eu :\ ma disposition pendant plusieurs 
mois ce précieux nis, et j*ai pu vérifier, à diverses reprises, cha- 
cune des formes dont je me suis servi. L^s Lé^endts en prose ^ 
apportent à h flexion du vieux lyonnais, en général, un contin- 
gent considérahie^ mais cVst dans la flexion du pronom per- 
sonnel et du verbe que Tintérêt de cet apport se fm surtout 
sentir : la forme dialoguée qu'affectionnent les légendaires 
nous a conservé, en effet, un très grand nombre de ces pre- 

t. Rommtia, t. XïII, p, 542-590, 

2. Voyez la savante Xoticr de M. Paul Mcycr, sur le Rfcueil df miracles de 
la Vierge rettftrmtf dans le nts, Bibî, }{at. fr, StS^ Paris, 1895. 

3. La première moitié de ces légendes pieuses a été publiée en 1895 par 
MM, A. Mussafia et Th, Gartner : AUfrtvt^mhclye Prosûle^emien amder bs, der 
PtiriifrXathnaîbihliotM f>. .*Î7.f, l Theil» Wien und Leipzig, 1895, La partie 
publiée va du fol. 154 au fol. 226» et comprend treize légendes sur vingt- 
six. Deux ans auparavant» M» Mussafia avait publié le texte de la légende de 
saint Christophe (fol. 207*^-2 ii*"), suivi du texte latin de la même légende, 
que renferme le ms. BibL Nat, lat. j8oi, le tout accompagn^j d'un savant 
commentaire bibliographique et linguistique. Le Z«r Chriatophîegende de 
M. MussaHa forme le fasc. ix du t. 129 des Sitiung^hrùhte der Km.Ahati^ 
der iVhsencîiaften in H^leti ; il a été tiré à part (Wien, 189J), 



2f4 H. PHÎLIPON 

mières ci secondes personnes du singulier ou du pluriel, qui 
apparaissent si rarement dans les textes purement narratifs^ et 
qui sont absolument inconnues des documents darchives. 
Sans le ms. fr, 8i8, la flexion du vieux lyonnais présenterait 
de nombreuses lacunes, et son étude n'offrirait, en somme, qu*un 
assez mince intérêt; gnke à lui, au contraire, il n'y a guère 
de dialectes dont la morphologie soit aussi complète que celle 
du dialecte lyonnais. 

Je vais éoumérer maintenant lus textes en vieux lyonnais 
dont je me suis servi. 

A. Œuvres de Margmriie d^Oyn^t, prieure de Pakteins^ publiées 
d'après le manuscrit unique de la Bibliothèque de Grenoble par 
E, Philipjn^ avec une inlroduclion de M.-C. Gnij^uey Lyon, 
N. Scheuring, éditeur, 1877. 

Li prieure de Poleteins ou Pelotens appartenait ;i Tune des 
plus anciennes familles du Lyonnais ; son père Guichard, sei- 
gneur d'Oingt, testa en 1297 *. Marguerite était déjà en reli- 
gion au mois de février 1286; au mois d'août 1288, elle avait 
succédé a Jeanne de Villars dans les fonctions de prieure ; elle 
mourut en 13 10. Oîngt est aujourd'hui une commune du can- 
ton du Bois-d'Oingt, arrondissement de Villefranche, Rhône ; 
cette localité est située à une trentaine de kilomètres, à vol 
d oiseau, au nord-ouest de Lyon, et c'est là ce qui explique les 
légères différences flexîonnelles qui existent entre la langue des 
Méditations et celle des documents rédigés à Lyon même. 

A en juger par Técriture, le ms. unique qui nous a conserve 
les œuvres de Marguerite d'Oingt a dû être écrit dans le pre- 
mier tiers du \iv^ siècle*. Il débute par des Méditations en latin, 
pagina Meditaiionum (f*'* i à 12 et p. i à 33 de mon édition); 
ces méditations sont datées du dimanche de la Scptuagésime de 
Tan 1286. A la ligne 6 du f' 15 (p* 3^ démon édition) com- 
mence le récit en dialecte lyonnais d'une Vision que Tauteur 



î> Le lesijmcni de Guichard d'Oîngi est conservé aux Archives nationales»' 
P I \6q, cote 888 ; il a <îtê publié par Valemîn-Smith à la suite de ses Cùh- 
suif rations sur la Domhts^ Lyon, 1856, p. 49 à 53; Marguerite y est appelée 
mouiatis ft prwrhsa nwnastaii tf*' Ptihtryfts* 

2, Voyei la description du ms. ;i la p. xxvu de l'Introduction. Le ins. ne 
porte pa« de foliotagc ; il a été paginé à une époque récente. 



MORPHOLOGIE DD DIALECTE LYONNAIS 215 

du recueil des écrits de la sainte prieure appelle Spéculum SancU 
Mar^arcle vir^inis^priorisseât Pelolens, Li note en latin qui pré- 
cède ce récit nous apprend quHl avait été envoyé par la prieure 
dePelotensà Hugues, prieur de la Valbonne \ qui Tavait apporté, 
en 1294, ^^ chapitre général préside pardom Boson, prieur de 
Chartreuse. A la fin du Spéculum^ une autre note, également 
rédigée en latin, nous dit que Marguerite mourut en 13 10, La 
note du début qualifiant cette sainte femme à^ priorissaconâam 
de Pelotens, il faut nécessairement que notre recueil ait été com- 
posé postérieurement à 15 10, Li Vision de ta prieure de 
Pelotens se divise en trois chapitres et va de la p* 36 à la p, 48. 
Elle est suivie de Li Via Seinîi Biatrix, virgina de Ornaciu 
(p. 49 a 78), qu un attribue généralement à Marguerite d'Oingt % 
sans qu'on ait pu toutefois, jusqu'à ce jour, donner une preuve 
directe du bien fondé de cette attribution. Viennent ensuite 
cinq lettres (p. 78-90) dont la tangue est fortement mélangée 
de bourguignon mais où le lyonnais domine. Notre recueil se 
termine par trois miracles de la prieure de Pelotens rédigés en 
pur lyonnais (p. 90-93)- 

B, Le Canabeau du pî'age de Givors de 122$^ publié pour la 
pretnière fois par Georges Guigue, Lyon, s, d, 15 pp. gr. in-8. I^ 
péage de Givors fut concédé a rarchevéque de Lyon, Renaud de 
Forez, en 1208, par lettres patentes de Philippe-Auguste; le 
tarif ou carcabeau de ce péage nous a été conservé par une copie 
de 1375 environ, qui contient la liste des préposés chargés de per- 
cevoir les droits d'entrée, de l'an 1225 à I an 1375. 

C I. TariJ des droits qui devaient être perçus sur les marchandises 
entrant dans la ville de Lyon ^ vers 1295, publié par M.-C. Guigue, 
dans le Cartulaire municipal de la ville de Lyon^ p. 419-423, 
d*après l'original conservé aux archives de la ville de Lyon. 

C [L Tarif du péage de Lyon^ 1277-15 15, ibidem^ p. 406-409, 



1. La Valbonne, hameau de Saint<Michel d*Euzci, G^irti. La cliarireuse de 
la Valbonne fut fondée au xni* siècle. 

2. Voyl'z not;inîmeni la notice que Victor Le Clerc a consacrée à la prieure 
de Pelotens dans VHi^toire tUtùaire de la Fram*, t, XX, p. 307 et sui%*. 
Béatrice était originaire d'Omacicux, canton de la Côte-Saint-André» Isère ; 
elle fut pendant quelquïfs années religieuse à Pelotens et mourut en ijoj 
environ. 



21 6 E. PHILIPOK 

d'aprcs une copie du commencement du xiv siècle conservée 
aux archives départementales du Rhône : titres non classés: 

C irr. Tarif municipal des droits d'oaroi à percevoir sur les 
marchandises entrant dans Lyon, voté le 4 décembre 1358 par 
le Consulat. J\ii public ce tarif dans la Rûmania, x, XIII, p, 575- 
579, d'après une copie contemporaine conservée aux archives 
de la ville de Lyon, CC. 186, f^' 4 v° à 8 r\ 

D 1. Li contios de allar abatrc Peyratui, décembre IJS*^- Ce 
compte et le suivant ont été publiés diaprés les c»riginaux con- 
servés aux archives de Lyon, par M, A, \'achez, à la suite de 
ses intéressantes Notices sur la destruction du château de 
Peyraud, en Vivarais (Lyon, 1879), et sur celle du château de 
Nervieu et delà maison forte de Foris, en Forez (Lyon^ '877); 
malheureusement les éditions de l'érudit lyonnais sont trop 
incorrectes pour pouvoir ser\ir de base à une étude linguistique; 
aussi ai'je dû prendre copie de ces importants documents aux 
archives de Lyon, C'est de cette copie que sont tirées mes 
citations. 

Du, Li contios p allar abatre Ncrveu et Fouris en Forets^ 
décembre 1350. 

E. Le livre de raison d*un bourgeois de Lyon au xïv* siècle 
(ni6-i342), publié par G. Guigue, dans Lyon-Rcum^ n"* d'oc- 
tobre 1882, p. 206-221. 

F î. Syndicat ou procès-verbal i élection des conseillers de la ville 
de Lyon pour r année ijs) (19 décembre 1352), publié par 
M,-C. Guigue, dans le Cartulaire municipal de la ville de Lyon^i 
p. 455-460, d'après l'original conservé aux archives de Lyon, 
BB, 367. 

F lU Syndicat ou procés-verhal de f élection des conseillers de ta 
villede Lyon pour Vannét ijjù (18 décembre 1355), ibidem, p. 462- 
465, d'après Toriginal conser\é aux archives de Lyon, BB. 367. 

F UL Syndicat ou procés-verbal d'élection des conseillers de la ville 
de Lyon pour Famiée ij}^ (22 décembre 1358), ibidem, p. 466- 
470» d'après Foriginal conser\éaux archives de Lyon, BB. 367. 

G. Compte présenté à la \ille de Lyon, en 1384, par Jehan 
de Durche. J'ai publié ce document d'après Foriginal conservé 
aux archives de Lyon, CC, 378. à la suite de la notice intitulée 
Un Lyonnais à Paris au XI F* siècle ^ Lyon, A, Brun, 1885. 

H. Règlement fiscal promulgué par le consulat de Lyon en 
nS'* J'ii» publié ce document dans Lyon-Revue^ n" d'octobre 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 2T7 

à décembre iSSj, d'après Toriginal qui se trouve aux archives 
de la ville de Lyon, partie non inventoriée. 

I î. Leide de Tarchevêché de Lyon de 1300 environ (arch- 
du Rhône, armoire Abram, vol 23, n^ i); — lu Reconnaissance 
aux citoyens de Lyon du droit de peser leurs marchandises à 
domicile, 1 325 environ {ibidem^ arm. Abram, voL 25, n** 4); — 
m. Taille communale de 1341 (arch. de la ville de Lyon, 
ce. 294, pièce i); — v. Convention passée en 1358 entre le 
consulat de Lyon et Bernard de Varey^ sur le fait des fortifica- 
tions (arch. de la ville de Lyon, CC. 189, P' 31 v** à 33 r*'); 
— VII. Fragments d'un terrier lyonnais (Sainte-Consorce et 
Marcy-le-Loup, Rhône), xiv* siècle. Ces différents textes ont 
été publiés, d'après les originaux, dans la Romania,i.Xllly\>> 567- 
S88- 

J. Comptes des fortifications de Lyon (1^46-1 378), publiés 
par G. Guiguc, dans Les Tard- Venus en Lyonnais^ Fore::^ et Beûu- 
jolais, pièces justificatives, p. 393-419, extrait des archives de la 
ville de Lyon, CC. 191, f'* î-42, 

K i et ih Comptes municipaux de h ville de Lyon de 1364 
et 1380 (arch. de Lyon, CC. 373 et CC, 13). 

L. Terrier de Saint-Germain-au-Mont-d'Or et de Poleymîeux, 
Rhône, de 1260 environ. J ai publié ce terrier dans la Revue 
lyonnaise^ n'^ de juin 1885, p. 418-430, d'après Toriginal qui 
se trouve aux archives du Rhône, fonds de Saint-Jean, arm* 
Jonas, vol. 35, n" i. 

M. Terriers de Mionnay (Ain). Ces terriers sont conservés 
aux archives du Rhône, fonds de Tabbaye de Saint-Pierre, par- 
tie non inventoriée ; ils ont été rédigés dans cette paroisse de 
Mioonay où se trouvait la chartreusine de Poleteins. Je les ai 
publiés dans la Revue des Patois^ V^ année, p. 29 ;\ 35*, 

W Légendes en prose du ms. fr. BibL N.ition. 818. Mes cita- 
tions sont faites d'après le manuscrit. 

O. Terrier de Ponce de Rochefort. A en juger par lecriture, 
ce document paraît dater de la seconde moitié du xiii'' siècle; 
il se trouve aux archives du Rhône, partie non inventoriée; 



I. Les autres textes bressans, et notamment le Terrier de Mgé et celui de 
MailU-Ssole, sont cites ici d*après les D<kimunti îinguhtiqitis du déparUnwnt ât 
VAin que j*ai publi*i5 dans le Ktcml ie textes dialectaux de M. P. Mcycr. 




arS E. pHiLipoN 

j*en ai donne d*importants extraits dans la Ronwnia, r, XXJ1,J 
p. 39 et suivantes. Les citations faites J*après ces extraits sont 
cotées Ivî. Rochefon est aujourd'hui un hameau de la commune 
deSaint-Martin-en-Haut, cant* de Saint-Symphoiicn-stir-OiîïC, 
arrond. de Lyon, Rhône, 

P, Compte rendu aux religieuses de Saint-Martin-le-Paul 
(Rhône) par Pierre de la Bête, clcrc^ leur re^etmr, 1 5 sep- 
tembre 1373, publié par M.-C. Guigue, dans le Polyphque de 
Saint-Paul de Lyon, p, 209. 

Article défini. 

Masc. siKG. !.//•; — 2. */<r/ ; don à côté de dfi dans E et F 11, H î, 1 1, 
I V» 8, VII 22, j poisim ; — 3. etÙ, E. H» I If, m ; aJ A, C, F, I, K, L» N ; 
ou F, G. I n» fv, j ; — 4. în- f . — ^ut-J.,i4. i>'F u; — 2. del, ddsl vn, 
p, N i64<*, dem et deu^ devant voyelle I i, 23, M, f» 2 v*», Jri 1 vir. 44, 
doui C, D, F K H I, s, î, I m, î. v, 9, 24. Jtm.v I v, j, do;^ l, u, ï. 
dou I V, 4; — B, als F in, us A, N, a/, A 59, I i, 2 ; ûm^, C, K, L, 4, 10, 
aui F I, I vu, 47, aux B, aw A 45 ; om F, J, ou^ D, H, I m, 25, iv» 22, ùu 
E ; -^ 4. /ai. 

Ftu. siKG. 1, //; - 2. */*? ^; devant voy. de k et </i' /' ; — 3. a /a; 
devant voy. j /û et a /* ; — 4. /a; devant voy. /<j et T, — Plur, 1 , /<^5 ; — 
2^ */'- /<îi ; — 3. iï ^J ; — 4. /<*i. 

Les formes de Tarticle masculin n'ont pas besoin d*explîcation : 
ce sont ;\ peu de chose près les mêmes que celles du vieux 
français; quant au féminin //il la, il suppose le développement 
d*une palatale qui a changé Va enr, d'où /;V, bientôt réduit à /i\ 

Neutre, sujet et régime» h A 57,68, D u, I iv, 12, 55- 

Nos textes nous offrent plusieurs exemples certains du main- 
tien do neutre en vieux lyonnais ; en voici quelques-uns : 
Quant veneit h matin; — h tjuart jor de chaletules^ dans 
Marguerite d*Oingt, p» 37 et 68 ; — trovtes de Geneveys payera h 
cent vj gnrs^ I> iv, 12 ; — h quintal d( femella hatua ei f errata 
paiera lo quart dou gros I iv, j 5 . 

iNSTHUMEKTAt. I ff/, û Its. 

Se il aveunt volunîa de lei^ar tôt lo ntmido al petit dei A 45 ; — 
a les does mans N 24^ 

Locatif : el, al i r/j, al^ ; en la; m Its, 



I . Les formes qui ne sont suivies d*aucune indication de provenance sont 
celles qui 5c rencontrent dans tous nos textes. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 219 

De alla gloriousa roba qui! prit el très noble cors de Nostra 
Donna A 43 ; — el servis de son creatour A 56; — el num de 
nostron seignor N 198*; — el contencifnen D i; — deit estre 
li livra de Lion de xiiij unces el marc de Lion I 11 ; — el teins de 
vtndeimes l; -r al primer ost O y 22; — els temps des jeunes N 
191*; — els seglos dels seglos N 164**; — al:^jors de les festes N 
191*; — en la dicta cita H i ; — en le^ quanx festes D 11. 

Substantifs féminins. 

V* Déclinaison. — Elle comprend les substantifs féminins 
de la première déclinaison latine et ceux de la cinquième qui 
leur avaient été assimilés, tels que materia, facia*. Suivant 
que Ta final latin était pur ou précédé d'un son palatal, le sin- 
gulier se termine en -a ou en -1 (='j^). A l'origine, tes sub- 
stantifs en -I se terminaient en -ie, plur. -ieSy et Ton trouve encore 
dans nos textes quelques débris de cette formation primitive : 
graciCy glorie N230*'; bestieSy chargieSy chastagnieSy gracies y mais 
le plus souvent -ie et -ies se sont réduits respectivement à -1, -es, 

A. Sing. arma, terra A $2, 54, îatta II, 25, rota D i, 3, campanna F n, 
fenna, pena, cJx>sa N 224^, 19 1<*, 220*>, via vita, partia N 214* Qt passim, 
ftia N 170*». 

Plur. armes A 41, choses A 40, mesures I iv, 3, onles au las B, fennes^ perres, 
roses N 214 •, ^^ parties D i, 42, f êtes N 211c. 

B. Sing. lumeri\ g^ract\ faci A 40, 36, 44, N 208* hestt\ clxirgi B, C passim, 
aigui I IV, 47, N 189c, maneri H i, 1$, vendeymi I iv, i, Frattci\ Proifetici I 
IV, 37, 40, Indiy Ltici'S 17 1«, 266*, malaiii N 2I9*>, A56, f/ via A, joi N 208J 
eftvei N 26î«, g^raci N passim, e/^ieisi, tri, fattgi, hataiUi N 224J, 260^, 217c, 
220^,01551, du b. ht. c 3L s SI a, compaigni,diotneini, gloi ri, ploiin N 228'>, 2i2«i, 
24$*>, 213*», 218*, t^' viam N 214*, I vi, 32, raibi *rabiam N 229«. 

Plur. besties C, D I, 45, H i, 25, N 204«, cfjargies D i, 45, cJmtagnies B, 
xngnies H i, 22, gracies li 256»:, tnaladiesli i84*,t/i«via N 217*»; — aiguës I 
III 21, places, fatig es, victoires, vitideimes N 220*, 220*, 214*, 253c. 



I. La substitution du suffixe -W- au suffixe féminin primitif -/f- remonte, 
dans un certain nombre de noms, à l'époque classique :Iuxuria, materia 
dans Cicéron ; facia au contraire est une création de la décadence latine; cf. 
AnecJota Helvet, dans les Gramm. latini de Keil, 131, 20. — Sur le suffixe 
-f?-, voyez Brugmann, Gruudriss, t. Il, 5 109, et Lindsay, The latin Ijiitguage, 
p. 344. 



220 E. PHILTPON 

Cette action de la palatale sur Va suivant a cessé de se pro- 
duire à une époque qu1I est, bien entendu,, impossible de déter- 
miner exactement, mais qui est, en tout cas, antérieure à la 
chute en moyen-rhodanien du d médial venu de t. Ce qui le 
prouve, cVst que Tyod qui s'est développé au coptact des deux 
voyelles ainsi mises en présence est resté sans influence sur Ta : 
seya C^seia N 220% feia N 170^; il en est de même de la palatale 
venue de i voyelle par suite d'un rejet d accent : partià parti ta, 
via vitam, et tous les participes passés fém. dérivés de -ita : 
Jînia^i 2i^\ scniia N 244% etc. Ainsi s'explique tout naturelle- 
ment la différence du traitement subi par vjà vitam pour un 
plus ancien *vida et par vi pour un plus ancien hjc viam. 

A la différence de ce qui s'est passé dans le HaïU-Dauphiné *, 
l'action de Tyod s'est fait sentir, en lyonnais, alors même que 
la gutturale qui a développé cette palatale se trouvait séparée 
de l'a originaire par une consonne persistant en roman : sainti 
AetN passim, constreirtti, esireinti N 213% 261^, faite Du 13, 
lin, i7,/rttv//*fructa, I r, 3, /7n// electa N 248% fm/// tracta 
N 168^, enjtnnti inj u net a, /ram// Fi; de même en bressan 
faiîi dans la charte de Lent (1276) dont l'original se trouve 
aux Archives nationales P 1391, cote 572. C*est une nou- 
velle raison d'attribuer les Légendes du ms. fr, 818 au dia- 
lecte lyonnais ou au dialecte bressan des environs de Lyon, à 
rexclusion du dialecte dauphinois \ 

On peut rattacher à la i'* déclinaison féminine les participes 
p.issés et les substantifs verbaux en -ata, ainsi que les subs- 
tantifs en -as, -atis qui leur ont été assimilés. Au singulier, la 
posttonique paraît avoir été de très bonne heure absorbé par 
r^ accentué; au pluriel, au contraire, on trouve encore au 
xui* siècle quelques rares exemples de la persistance de Ve venu 
de a atone suivi d'une s de flexion : poesîaes (potest- -^- -aias) 
dans les iJgcndes, i"' 220'', bicherays, assigays *adsediatas 
dans un terrier de Mionnay (Ain) de la fin du xiu'= siècle; cf. 
salâtes dans iint leide de Vietme de 1505 (art. ij), et achatays 
dans les comptes consulaires de Grenoble de 1338-40 (art. 



t. L*abbé Devaux, Esiai sur la lanpie ful^aire du Dauphin^ sfptentriùiml au 
moytn âge, p. 324 et 225. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 



221 



56*); mais d'ordinaire la diphtongue ae^ ay nous apparaît 
réduite à e : 

Sing. suj. darta clarit- -h -ata, huta A 43, N 214J» mai^^nia N 233**. 

Rég. cJaria A 59, N iié^i, ^uantia quaiitit- -h -atcm N 2iJ^, tmnttiii 
*muhitatcm K J)4S ianda N2ï6^ nVa I iv, N z^i^^iuUia castitalcm N 
3 14** ; /^''"^ N 2^oJ, /MJîij D II, 1 1 . 

Plur, suj, divcniUs k 71, crus A 40» disphyrs, tmtres^ I iv^yj. 

Rég* War/^i A 44 \ portes^ livres ïi i 32, df^asUs N 215**, û^/ji^/^^ H l 25, 
copes L I, jaW« N 224*', citts N 227*, Hkrtes F k 

Accusatifs en -an. — Un assez grand nombre de substan- 
tifs féminins en -a ont leur cas oblique en -an; ce sont prin- 
cipalement des noms de femme, de rivière ou de lieu. 

Noms de femmes d OKintNK latine : Blandhmn, Rosan I vn, 
3Î, 18, Jaqntmetan, Tevenan E, Johannan, Marietan^ Peroncllan, 
Jofmnnetan^ Jai]uetam, Silvistran^ L, ^i^ 38, 28, 3, 6, 36. De 
même en bressan : Beneitan^ Esîruenan^ Jaqucîan^ Johamiûn, 
iMcatty Marictan dans le Terrier de Maillisola de 1341 
(S§ 44, 28, 33, 3, 48, 56), Jobanmtan, Marîinan, Perrctan, 
Perronetan, Poncetan, dans le Terrier de B%é dressé entre 
1294 et 1323 (§§ 29, 23, 13, 24, 60), Crislinan dans un ter- 
rier de Montluel de 1325 environ (§ 4), Jordanan dans un 
Terrier de Mionnayde 1300 environ (§ 21), Filippatu Jaijuetan, 
Mathian^ Ptrûiidlan^ dans les textes foréziens publiés par la 
Romania (XXII, 17). Après une palatale, Va s est régulièrement 
changé en c et la diphtongue je s'est ensuite réduite à / : 
Blanchirt pour un plus ancien *Blamhien I vu, 30, Ckmencyn 
dans le Censicr de la Commandtrie de Cfmi^elleS'Sur'Lyon {Roma- 
nul, XXII, p, 24, L 3), Lwencin dans un Terrier bressan en 
regard du nomin. Larenci I vu, 27 K 

M. l'abbé Devaux cite, d'après un texte du xvn*^ siècle, les 
forïnes dauphinoises Perneian^ Pernetam^ Clamian, Tbicvtnan et 
Philipam^ auxquelles on peut ajouter Kaialinan qui se lit à côté 



I. L*abbi^ Devaux, Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné sepUntrional att 
Moym-Agf, p. 107» 

a. Clartis ne peut pas venir, comme le dit M. Tabbc Devaux (p. 108), d^ 
clarîtatcs qui aurait donné ^clartas; tl faut de toute nécessite supposer 
un bas latin *claritatas. lien est de mimt: au divtrsUeSj lattdes^ etc* 

3. Sur la réduction i -J>r de '-iVm (=/-j-aM-), cf. Stbastim N 214^, Cra-' 
tin Christimum N passim, Crfi/iria N 258*. 



222 E, PHILIPON 

(le Bcrcngcyrin^ dans k resiamcnt de Giiiguc Alkniant (an. 

1275 0- 

Enfin, k-s Légendes (fol. iSj^) déclinent Eva, Evàm. 

Noms de femmes d'origine OERMANiauE : Guilkrman E, 
Huginmn I vu, 22, Bererdan et Bemcrdan dans le Terrier de 
MaUllsola(§§ 5ïi 33> 

Noms de rivières : VAmonany affluent de TOignin (Ain), le 
Conan^ affluent de la Brevenne (Rhône), le Futan et le Sèran^ 
affluents du Rhône (Ain), le Soanan. affluent de TAzergue 
(Rhône), \tSolnan^ affluent de la Seille (Aio), le Suran, affluent 
de FAin (Ain); VOignin, affluent de TAin, et le Moidin^ au 
département de TAin. 

A ces noms que je cite d'après M. Thomas*, j'ajouterai 
celui de Sonnan ou Sùunan{}\ la Saône, qui se lit nombre de 
fois dans le Terrier de B;if>é dressé sous le gouverneniem 
d' Edouard de Savoie, celui du i/>;* de Pcrrosan qui apparaît au 
Terrier de Maîllisola (§ 7) et celui de Gandam donné à un petit 
ruisseau dans un acte de Clunv (n. 159). 

Noms de lieux : MaiUisoîan ^ Breissolan aujourd'hui Bres- 
solles, cant. de Montluel, Ain, dans un terrier de Montluel 
de I J25 environ, Osan^ cant. de Pont-de-Vaux, Ain, en regard 
A'Osa qui se lit dans une charte de Cluny de 946 * et A'Ousa 
qu'emploie le Terrier de B;\gé (§ 12), Senman^ au département 
de Saône-et-Loire. 

Noms communs et adjectifs ; puîan N 225* et au plur. 
pHtans^ 209''; — unan unam, et tnan tnortan au Terrier de 
Bâgé (§§ 60 et lî), m la comba heneyîan dans un terrier bugey- 
sien de 1345 (Arch. de la Côte-d'Or, B 776, toi. 65). 



I » Uabbé Devaux, Eisai sur h langue vulgaire du Daufhiné septentrional^ 
p. 553. n- I, et p. 4^- 

1, Les nottn de rivières et la dklinaisùn féminim tTotigine gernmni^i^ 
dans Roman ta, i, XXJl, p. 4S9. 

). A» Bernard et A. firud. Recueil de cktrtes de Vablmyt de Cluny ^ U 1, 
n* 68iJ. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 223 

Je relève les formes fenafiy lavtmany caxrrnan et unan dans un 
Noël en patois savoisien paru à Lyon en 1556 ^ 

Les noms d'hommes en -as font également leur cas oblique 
en -an : Satbanas et Satbanan N iii^ et 234*, \4cbarias et 
Acbarian I vu, 32 et 34; cf. Jonas et Jonan, au Canuiaire de 
Saint-André-le-Bas," de Vienne (n*** 33 et 79). 

n« Déclinaison. — Elle comprend les féminins de la III* 
déclinaison latine et se subdivise en deux classes au singulier, 
suivant que la forme romane a été tirée d'une forme latine 
dépourvue d's au nominatif ou qu'au contraire le type latin 
avait, à ce cas, une s de flexion, d'origine latine ou romane. 

A. Sing. SU), mare A 54, N uy^EmoUler^, 2i6<^, moller I vu, 4, moiliir 

K I et II passim, moyttier L; cf. le comparatif fém. nu^er N 

216^; maïs aussi lei N 206^. 
Rég. m OTc; N 214^ ti fassim, muUier et moiller N 214^ 242* et 

passim^ Ui N 206^. 
Plur. suj. muillers N 2i4«. 

Rég. muillers N 213»*, moilUrs N 214». 

B. Sing. suj. dolorsy odors. resplandors, wior^ N 216*», 21 5», 2i6<*, 2iS«,/fW 

N 207*. 127*', marnions N 224*», doucors^ temors^ amors 
A 41, 53 régions ^regionis N 2I2<, tvr/ii^ N 227»*. 
Rég. dolor^ honor, mori N 2I4«, 214-=, 2i6*, fei N 217^, doiiçour A 
42, mayson, I vu, $1, r^ion N 234«,/dqoM I iv, 19. 
Plur. suj. JlorSf maisons N 214**, amors, savors A 41, 43 ^^ff'l, tfr^N 207»*, 

227<i. 

Rég. odors, maisons N 214J, 213J, dolors A 60, f^'en;^ N 211*», 
régions N 2I2«, y>ar- N 211*. 

in« Déclinaison. — Elle comprend un petit nombre de 
substantife féminins imparisyllabiques : 

Sing. suj. stierN 220* mais d(:]a suer s dans Marg. d*Oingt, p. 93. 

Rég. seror N 220*, serour E. 
Plur. suj. et rég. serors I vu, 15, sorors A 77. 

I . Noel;;^et clxinsom uonveUcmenl compose^ tant eu vulgaire françoys que sinvy- 
sien dict paloys par M. Xicolas Martin, musicien en la cité Saini-Jean-dt-Mo- 
rientie en Satvye, à Lyon, chez Macé Bonhomme, 1556 : Nocl iv. M. Th. 
Gartner cite dans sa Râtoromaniscl)e Gramm. (Heilbronn, 1883), p. 89, les 
accus, plur. donans, watans, fenanSy etc. ; déjà, en 1872, M. Ascoli avait 
signalé Pexistence d*accus. plur. fém. en -ans, dans la partie du canton des 
Grisons située au sud des Alpes; cf. G. Paris, Les accusatifs eu -ain, Roma- 
nia, XXIII, p. 336 et 337. 



224 



E. PHILIPON 



Substantifs masculins 

r* Déclinaison. — Elle comprend tous les substantifs cor- 
respondant à ceux de la seconde déclinaison latine, masculins 
et neutres. 

Sing. suj. anos B, contios H i, dyablos A 51, diahhs N 216^^ livras A $6, 
mttmbroî A ^6 ^ tnnphsN 184*, pohîos N ib^^^piuhhsï'; — cbani 
A 41, crestim N 212^, i^wierj C,Jiui A 37, wio«^ mundusAj}, 
Reg, ^M^ro I ïv, 10, cuvro B, rfvflWtï A 51, ^iah gïadium N 214*, 
Hvro A 36, N 2Î7», maistro N 200**, pobb N 2(1'»» remtio 
remedium K 213J, temph}^ 184**; — ck}pdm K ni, draper 
H pass., 7fr N 214*, fil A 37, mor^/ mundum A 37, /v/W l 
I, 4. 

Plur, suj. anoC i, bùscimgo N 214**, «/rt</a N 21 5», waisiro N I7î'i^ wïtfw- 
^0 A 44; — </fd[/><T H, /î/ N 2SS", mmtrer^ 21 5«, 
Rég. exemples A 36, fromagios I iv, 10, //ï/roi N 169^^, tmmhûs N 
21 s*» /<m/>/£)i N 326*>; — carrmi A sj, cUvaîUn N 214*, 
drapers H,yî/^ N 2i5«, /^/f^r/x I i, 14. 

Les pluriels neutres *fructa et ligna ont donné les fémi-j 
nins fruyti I i, 5, leigni N 21 1*. 

Les Z/^f-^^^fj distinguent encore les noms qui ontun thetne" 
en ^er- de ceux qui ont un thème en *o- : les premiers ne 
reçoivent pas d*s au nomin, sing. : maisire N 201 *; mais par la 
suite, ils furent assimilés aux seconds ilivros^ metsires K 36^46, 

Piper avait passé i la seconde déclinaison latine : peyvros I 
IV, 64, suppose en effet un primitif *piper us, *pipri. 

Dans la langue des LcgcndeSy la voyelle d\ippui avait un 
son flottant entre f et : Wiiûfr^r magister et m^ij/r^} magistri 
N 201^ et 173*^. Notez le maintien de la désinence latine dans 
auiri alteri A 59, N 154% tuntri^ vosiri N,et par analogie li dm 
N Ï57''. Tuii suppose un pré-roman *tuti, 

La tonique a attiré Tu posttonique dans amius amicusN, cf, 
riu rivum I, 16. Le type amius^ amiu amicus, -uni une fois 
formé a été étendu par analogie au pluriel // amiu N 213 ^\ 

La diphtongue iu s*est développée en im dans amieu N 260* ; 
de même riu est devenu rieu dans Rieussec, nom d'une famille 
de Lyon \ Cest de la même manière que s*expliquent les noms 



t n y a dans rHèrauU une conmiUDe du nom de Rieussec ^u'uq acte de 



MORPHOLOGIE nui DIALECTE LYOKKAIS 22 J 

de lieux en -icu (= j-j-acum) tels quJmberim Ambari- 
-acurn, Cey:^éneu Caesari-acu-m, etc., à cette seule diffé- 
rence près qu*ici ieu est primitif aa lieu d'être, comme dans 
amieu et rieu, un développenieni de iu. Il se pourrait toutefois 
que dans certains cas -ien fût une transformation de -ievu^ cf. 
le vieux lyonnais siou sébum, pour un plus ancien \ùwu; ryoUt 
Ctiseau^ Soloyntemi, à côté riou de Cyireu en v. forézien {Rûma- 
nia, XXII, 8). 

II* Déclinaison. — EOe répond à la 3^ déclinaison latine 
parisyllabique des substantifs et à la 3* déclinaison des adjectifs, 
Cest à l'influence analogique de I qu'est due Tabsence de Vs 
étymologique au nomin. pluriel, 

Sing, SU), chim N 187*^', cnrtiui I vt, 2, kotti N 189**, Opitalx C n, oi^ 
hosiis, N 268*, pans 1 îv% s.pêissonî I iv, 47, reis N 208^^, sal^ C i, sans A 
^jfSancs, N 254*»; — Jolmi N 2t2*, ekrnaitiA 46,)^rani N 210», nohhs I iv. 

Rég. ctmr. N 209*, coriil K l, ost N 268*, pan Ci, j^^ H l, 22, sanc A 59, 
N 235^; ^ Johni, grant N 212*, 208^, ttobh N 2é\^* 

Plur. suj. parmi N 209» ; — panl^ rtiplamkut N 20%^ y ptrdmahh N 214I*, 

Rég. ar^ N 209<î, pans C i, sirvtns K 1; granit lah N 209*, aoS^, pérdn- 
rahlûs N 2ï4<i. 

Les substantifs qui n'ont pas d*s de flexion au nomin. sing. 
latin en sont très régulièrement dépour\ms en lyonnais, dans 
les plus anciens textes. 

Sing. suj. pare N 213s 2ï8*, 255% 256^, I vl 14» fiare M 21 3*», 214^ A 
6i,L29. 

Rég. pitre N 213*, frare A 57. I Vii, 32, fraro L 34. 
Plur. suj. frare \ vu, }2,ftaro N 226^, arbro N 215*, 
Rég. fraras N 314*», arhres I vn, 44. 

A dater du milieu du xiV siècle l'analogie de I a fait ajouter 
une s au cas sujet du singulier : /rares I vu, 4^, E, coupures E 
et Ta fait enlever au nomin. pluriel. 

Certains substantifs qui en latin ont la pénultième brève 
déplacent Taccent en lyonnais. 

1069 appelle Rivus Sk<us, cf. E. Thomas, Diction, topogr, du département de 
!* Hérault, p. 169. Les Rifutord du Diaioo, des Postes sont d'anciens Rivas 
tortus. 



XXX 



n 



226 



E. PHILIPOK 



Sing suj. bom N 208*, honi A 35, ftons B, 

Rég, fe*?**» N 2o8t», 2 r4»», 2J7«, K i passim,prodomen N 2o8l>, ^ofiJbomriT Li;, 
34, Urmen N 216^', F I à lit; cf. orrf^rifi N 228» et Urmtnw N 189'*, 

Plut, suj, homen N 227*, 254*», 2}7«, 268'^. 

Rég. ^me«^ N 200I. 21 J», 214^, C i, D i, bomem I 11,2, lïrifn^ A 41, C t 
Itrmeni H I, JO. 

Je n ai pas d'exemple à citer du nomin. sing. à'ordm et de 
Urtmn; il se pourrait que de même qu'en dauphinois on ait 
eu au nomin* orden;^ et tcrnt^n:(\ Notez que Vi du thème était 
resté bref en roman, autrement nous aurions (Wm, tcrmin. 

Ht" Déclinaison. — Elle comprend les substantits dérivés 
de substantifs latins qui déplacent l'accent aux cas obliques du 
sing. et au pluriel, ainsi que quelques comparatifs. 

Sing. suj.^w/M A6}, N léS^/wj/r^ N 2ns lerre lairo, N 214^ Siigner N 
poisim, nies D i ; aidart^ arart a rat or, creare, enchantan^ emperart^ mengare^ 
orare^ salmre^ luan^ 199»*, i86s 258s îîy^, 268«, 225s 248'--, 255*, 25 J^; 
Tisire M 56; — ntnUr, metlUr N l'^i^^ 20S«*. 

Rég. infant A 63, iàgnor A 36 et N lkiSiim,pastor}s 207», emperaor N 217s 
ttuhanteor, gaigfteor, saiveor^ N 227*1, 215^, 230**, tortuour 1 iv, 44, creatùr N 
256^*, creaiourA, ptysour { n, 2, salvour A 64 ; Tisfor, M 37 ; — ntajottr F. 

Plur- suj. seignar N 212**, larron N 2iy, enfant N 213», na*ou M 73» ukH* 
fifor K 178'*» ahfrgiour^ cfMittghur H t, 23, 27, acl^tour I iv, 68. 

Rég. mgnon N 267, segniours l i, 2, fkt'Wi L, anuors^ empereors N 214**, 
226J, pûd^ors A jl, herber^wn^ pûutvion F ï vmdoun H 1, j6; — maiors, 
méilîùn N 261», 254'. 

A partir du xiV siècle, et déjà même dans les oeuvres de 
Marguerite d'Oingt, on trouve au nomin. sing, une s analo- 
gique : creareSySalvares A 46, 60, aiheiares^ H i, 12, affanaresl 
tu, 23, albergiares H 1, 23, goitmares H î» 3, pechares l ni, 43, 
pesares I n, IroUares I i, 21, Le nom d*horame TmVt; M 36, 68, 
*tixitor atteste encore Torthographe primitive, crmre^salvare. 

Le suffixe -îtor a été ajouté au thème des verbes de ta lll' 
conjugaison pour former des substantifs : desfendire N loô**, 
Tisire, M 36 destruisire N IS?*** roais son emploi est beaucoup 
moins fréquent que celui du suffixe -ator, qui apparaît même U.| 
où on attendrait le suffixe -itor: revendares li^ 3, veftdares Hi, 9, 

Au féminin, on employait le suffixe -atrix: enchantcris N 



I. L*abbé Dcvaux, iùc, ciL^ p. js8, et Suchîer, loc, cit., p. 128, 



MORPHOLOGIt DU DIALKCTK LYONNAIS 

2^y\pec})rris N 210''^ rcvenderis. Il csi probable que IV d'cnclmn- 
teris^ revenderia, est dû a rinfluencc rétrugrade de Vi. 

IV Déclinaison. — Il existait en bas latin une Jcclinaison 
hybride PetruSf gen. Peironis ou Pctroniy ablat. Pétrone ou 
Petrono. Cest elle qui explique les noms suivants : ]acquemos et 
Jacqnemon(tI), nom de famille, ^Pupos et Pupan (Romania, XIII, 
582, 583), Piros^ Peron I vu, 4 et 5, Guillernios I vii,é6,et GwiV- 
l€rmon{d) nom de famille. Hugos, Hogun I, i, 12; 6, 10; 
Malhms et le nom de famille bien connu à Lyon MathaHyn. Les 
textes bressans nous offrent P/Vrt?^, PtT(^« {Terrier de Maillisola^ 
§S 6, 7), Andréas, Andrtvon {ihid.j 27, 25), Benei^, Bemiton et 
le nom. Beneiions refait sur le cas oblique {ibid.f}^^, 49), Marion 
de Marim (ibid.^ i), Crestinons au Jcrrter de Bage (§ 19, est 
aussi un nom in. refait sur Cnsîimn^ cas oblique du v. lyonnais 
Crestins ou Crisiins C h r i s t i a n u s N passim * Les textes foré- 
sîens emploient P^rroj, Peron, Pupon {Komania^ XXII, 17), 
Enfin M. Tabbè Devaux cite d'après des textes dauphinois, 
Andrevon, Peron, Felipon, Permm, Johannon; Guilîermon^Guigim^ 
Hugon^ Odon \ Cest la déclinaison en -us, -unis qui explique 
les doublets si nombreux dans Tonomastique des familles fran- 
çaises : Ctaudin^ Claudinon ; Fargt^ Farjon ; Martin, Murtinon^ etc. 

Un certain nombre de noms communs et d'adjectifs 
suivent cette déclinaison ; clerc^ clerjon; magns^ tnagon N iï5^ 
noslre, nostron; vostre, vostron. 

Les neutres latins en -us sont indéclinables; eors corpus 
N227**, Uns tempus» las latus, etc. 

Adïectîf possessif conjoint 

SINGULIER 

j« personne. — Masc. sing. 1. mos A, E, N; 2. mon; — Plur. 1, nu N 
175*; 2* ftios N 261» MtpaiSim; moin N 159c, 209», 

Fém. sing, mi E, L, JO, N 22}'', ma\ — Plur. nus, 

2* personne. Masc. sing. 1. toi N 174* et ^}nim\ 2. M"; — Plur. 1. /» N 
227*; 2. /aj, toiu K h 

Fém. sing. // N 266^ /a; — Plur. /^j, 

}« personne. — Masc. sing. 1. sos\ 2. son^ ian N 228»; — Plur. 1, si A 
47, N 2ï }^ cl ^iiiVw ; 2. iûf , Jï?M5 K 1. 

Fénn. sing. 11 E, I vu, 47, 60, L 5» N 266» et passitn\ sa E et passtm» — 
Plur. sfs, A 77. 



I. L'abbé Devaux, ioc, d/., p. 362, n^^ i,et p. 366, 43. 



2l6 



E; PHrLIPON 



PLURIEL 

iw personne. — Masc. sing. 1. nostri A 59, 59, 51, nosire N passim, 
noUresA 0; 2. «iJi/r(?« A, D r, 11, H 1, ii, N 175*, 263s ftostrom N 215**, 
nolront E, — Plur. 1. tjostri A 39, 50, Ji, N 227*»; 2* ww^rw N K L 

Fém. sing. noiira; — - Plur. nostres. 

2e personne. — Masc. sing. 1. twiri A 60; i^j/« N 217*»; 2. mstiwt A 
49, N îl8«, 229*»; tostrom N 215**, t/i>iiru A 56, N 2o8«. — Plur. l^voifriN 
220^»; 2. VOitros N 217»>. 

Fcm. sing, vostra A, N. — Plur. vosires N. 

je personne. Sing. 1. hr.l vi, 14, N; 2. lor A 41, 91. I vi, 14, N; /awr 
A 72, I IV, 76, V, 6, VII, 4. — Plur. 1, hr paaim ; 2. lor A, N, iiwir l IV, 75 ; 
— lors A 91, N passm\ hurs H i» 7» 1, v, i, 4; /«ri D i, il, H l, 8, ii 7. 

L'explîcatioa des formes du possessif conjoint ne souffre pas 
de sérieuses difficohcs. 

Au masculin sing, meus est devenu fiws, après avoir passé 
par *meos, forme attestée par les Serments, et sans quHl soit 
besoin, comme pour le français, de supposer un pré-roman 
*mieus, Vc échappant fréquemment à la diphtongaison dans 
notre dialecte. La nasalisation s*est produite dans mim 
(=*nieon). Au sujet pluriel, m/ représente un plus ancien w/Y 
= mei. Au xiv* siècle mas se prononçait ttious^ cL tous tu os, 
sous suos, dans un compte municipal de Lyon de 1364. 

La forme féminine mi qui était aussi usitée en Dauphiné 
serait due, diaprés iM. l'abbé Devaux, à une faute ^ provenant 
sans doute de Texprcssion provençale de midons » *; cela me 
parait d*autant moins vraisemblable que le féminin si se refuse 
absolument à cette explication. Il serait préférable de voir dans 
les féminins wi, //, si des formes analogiques dues a Tinfluence 
des fénjinins //, i7/i\ fi7/i, dstii c'est d'ailleurs 1 explication 
qu'en donne M. Mussafia'. 

On pourrait également supposer la série mea, •mw, ^mjâ^ 
^mje^ mi^ cf. vi via. Ti et ji seraient dos â Tanalogie de mi, A l'ap- 
pui de cette seconde hypothèse, on peut alléguer la forme mya en 
rime aveci'm dans les Grisons et le Tyroh. Quant aux formes 
tna^ ta, sa^ elles sont apparemment d'importation française. 



1. L'abbtr Dcvaux, loc. cit,, p. 37$. 

2, A. iMuîtsaiia, Zur Chrutùplikgmde^ \, CXXIK des Sitiun^shrkhte dit 
Kuis, Akad.dtr misemchafUn ttt (Viettt p. 27, note i» 

}, W, Meycr-Lûbkc, Cfimm, des Ling, rom,, u II, S ^^* 



.MORPHOLOGIE UV DIALECrH LYONNAIS 



229 



Adjectif possessif absolu. 



Masc- 



5ii)et 



•/ïMi. 



— rég, *min *tin, *sifi — Plur. suj. 



Fém, sing. *mein, 'iein^ Vm; — Plur. ^mêins^ Uim^ *$dm* 
tre wfiw, tin, *sifj. 







fe rclcvc dans les Légendes en prose les exemples suivants de 
remploi du possessif absolu : 1. Quant que tn lai querres sera 
^pnn{{o\, 171*); — rû que H apôtres m'a fait est min; — 2. iot 
quant que jo ai est tin (foL 256^); ~ qui nozHjlont ohdr alcoman- 
I demeni de Fempereor ne a tins; — totes les cimes qui sont teins 
I (foL 266*"). — 3. per alcuns cysimeni sins D i, 47. 

»Au pluriel je n'ai à citer que nostre : Cist hotn est nostre N 
3o8\ 
Les masculins singuliers min^ tin^ un sont attestés par le 
pron, poss. lo sin et par radjectif pron* poss. cest tin. Ils repré- 
k sentent de plus anciens *micn^*tien, sien; cette dernière forme 
I persiste dans Texpression malf^re sien N 169% malgré lui» mais 
aussi malgra sin N 226*^; cf. mau gre suen N i6o^ 
Nos textes ne contiennent pas d'exemples du sujet singulier. 
De même que le pluriel sujet et régime, le singulier sujet parait 
être une formation analogique. *Mieny forme antérieure de 
mm, vient lui-même de*m/«w m eu m, peut-être apr^s avoir passé 
piir *mian, cf, Lyan Lugdunum (Romania ^ XIII, 548)*- En 
tout cas, on ne peut pas, comme pour le français, alléguer l'ana- 
logie de vendent ^vendunt^ puisque dans notre dialecte Tu post- 
tonique devient o : vemlont^. 

Le féminin de même que le masc, paraît être sorti de l'accu- 
satif singulier : on ne trouve pas, en lyonnais, le singulier m/V 
que M. Meyer-Lobke signale dans les dialectes duSud-Est ^ Il 
est vrai que le singulier mein ne se rencontre pas non plus 
dans nos textes^ mais le pluriel teins Timplique nécessairement, 
il est en outre attesté par le pronom possessif /a m/«, la tin, la 
sin des patois du canton de Vaugneray, Rhône'. 



P 



1. Œ Puitspelu, Dktionnairt étymotcgiqut au faims lyonnais^ p. XLin. 

2, Mcyer-Lûbke» loc. cit.^ II» J 90. 
5. /MÎ, U, 5 90. et 1,5278. 




230 E. PHILIPOX 

Mein étonûe, au lieu de min(^*nit€ti) qu'on attendrait. Si 
Ton pouvait supposer la réduction de *mkn \ *mm, toute diffi- 
culté disparaîtrait, cf. ben (bene) Imntt bin qui sont de simples 
variantes graphiques {Romania, XIIl^ 545); malheureusement 
il n\y a pas d'exemple du passjge de ic k e. L'é latin a bien 
pour correspondants en vieux lyonnais e et ù% mais c' est évi- 
demment antérieur à ie^ comme le prouve sa prédominance 
marquée dans les Légendes^ notre plus ancien texte lyonnais'. 
D*aillcurs, la diphtongaison ne paraît pas s'étpe produite devant 
fi, ce qui prouve que la nasalisation de fêtait un fait accompli, 
en lyonnais, à l'époque où cette voyelle a commencé à se diph- 
tonguer. 

Quoi qu*il en soit, ce qu'il y a de certain, c*est que le pro- 
nom possessif absolu ne connaît que la forme la min. On peut 
donc supposer, i côté de mein^ une double forme min. 

Pronom possessif. 

Masc. sinp. SU). *// mim^ *U tins, *Ii sms; — rég, *h mitt, •/û ttn, h na; 

— Plur. SU). *îi min, *H tin, U sin; — rég. *los mim, *hs tim, los sins, 
Fcm. sing. suj. U iwi«(5)N 202**, *li iin^^li jiw ; — rég. k min,^la tittylasin. 
Masc, pi UT. rég, hs nosirosK a 16*. 

1. Per ço que jo desirro vostra salut as si corne jofoy (con,fay) 
la minA'^G, — 3 issi quel avit cspandu la sin N 23 1**; — St 
aucuns draper s vosl marchiandar d*atro meiter qtu del sin H i, 7 ; 

— plus crois que U sin D i , 47 ; — lo dit Piero et lû:^ sin^ en 
quittent P; — d'atra ntain segm'a et aprova de la sin, I v, 4. 

Le patois de Saint-Genis-les-Olliéres (Rhône) emploie encore 
au}Ourd*hui : lo min et la min. 

Cette forme féminine min dérive, comme je croîs ravoir 
démontré ici méme^ de l'accusatif me a m, après avoir passé 



1 . Sur la question délicate et non encore résolue du rapport de ^ et de «#, 
voyez Meycr-Lùbke, t. I, 5 ^1V^79* 

2. Homania^ i, XV, p. 430, U possesiif tonique du singuîitr en lyonnais. 
— M. Meyer-Lûbke dans sa htWi: Grammaire da langues romanes, t. II, p. 124 
de ta traduction française, soutient au contraire que le féminin min remonte 
mi — *mia et qu*il doit son existence * à la tendance qui poussait 1 assimiler 
aux masculins correspondants les formes féminines qui s'en éloîgiiaicni 



par 



MORPHOLOGIE DV DIALECTE LYONNAIS 2}I 

^mjm, La persistance de h nasale finale n'a rien de plus 



surprenant au féminin qu'au masculin, et d'ailleurs la conju- 
gaison lyonnaise maintient constamment celle de la terminai- 
son -eh a m, qui après la chute du b médial et le rejet d'accent 
s'est trouvée à bien peu près dans la même situation que !e pos- 
sessif me à m : avin pour un plus ancien *avieri ou ^avfyen 
\\2.hthzm ^ desctndin descendebam, dans les Fies de saints 
du ms, fr. 8i8. 



Adjectif-pronom possessif. 

Le lyonnais avait deux adjectifs-pronoms possessifs pour le 
singulier, Tun formé sur le nominatif latin et l'autre sur Taccu- 
satiL De l'emploi du premier, je n'ai ù citer que des exemples 
féminins : la sua partia^ I vu, 12, 14, 42, la sua part, I vu, 
13, 44, la vercheri sua et per la vercheri soa, dans des fragments 
de terriers du xiv* siècle conservés aux archives du Rhône. 

Voici maintenant des exemples de radjectif-pronom posses^ 
sif tiré de Taccusatif latin : a cest tin Immni U 261^; per un 
notairo^a saidlar un sin wis^ Ini, 34 ; —per recovrarla tin moil- 
hr N lyy**; — jodeprâo la tin grant benignita N 203 '^; — per la 
tin saint i pidia N 229* ; — de la sin gloriousa mare A 49 ; — per 
la sin part ta de la terra de la Buisseri, 1, 27 ; — per la sin part, 
L 28; — per una sin vigni dans un fragment de terrier conservée 
aux Archives du Rhône ; per h un ifohir N245^ ; — una son (corr, 
sin) filli N 248*'. De même au pluriel : H vostre enchante men:;^^ 
227**; ' — per la lot part de les choses Tfwntas Pachon, I, vi, 27, 



trop 1. C'est bicQ invraisembbbîe. Lidentilc du masculin et du féminin se 
conçoit lorsqu'elle est due à Inaction régulière des lois phonétiques, mais que 
Von ait de parti pris fait disparaître la différence existante entre les deux 
genres pour les confondre en une seule forme, c'est ce que l'on fera malaisé- 
ment admettre. Les exemples cités par M. M,-L. aux §562 et 6j ne sontnulle- 
rocm concluants; certains sont de date rciativement récente, d'autres, comme 
tottgui refait sur iong et antie sur anti, n'ont rien a voir ici puisqu'ils distinguent 
précisément Icmasc. du féminin. Si, comme le dît M.M.-L., on avait refait le 
possessif féminin lyonnais sur le masc, correspondant, il est infiniment 
probable que ce possessif serait aujourd'hui mitm ou mîna et non pas min. 



23: 



E. PHILIPOK 



Adjectli démonstratif, 

I. — ECCE ILLE 

MaK. sing, 1. cil, ceï N, iaî N l^^ ; — cli A 36, 41, 44. cis. D i, 1 m, 
3 ; — cmi A 75 ; —yc^ctii H 1, 10, 12 ; - 2. cd\ — ycd A J9. — Plur. 
1, n7 A s }, 59, N passim ; — 2. ^Wi N ; cttii N ; — (^/o5 A 58, 59 ; celïûi 
H I, 22 ; — r/5, kts }i passim^ cts l vi, 13. 

Fém. sing. 1. nV/i A 63, N, a/i N 245'*, 268= ; ra7/i A 62 ; — 2. ff//fl A 
H, I, N ; aia A 63, 73, N. - Plur. 1. tv/« N ; — 2. crlks A 62, D, H, 1 v, 
5, N 190** ; — ciUi A 73, 91, I v, 10, N 189** ; — iulksl v, 3, 



n. 



EcCE ISTE 



Masc. sing, 1, dit N 198^ 2o8^ etc. ; — cit A 40 ; — 2. f«/ A 41, D, I, 
N ; — «f A 37 ; — astui N 21 5*», c^iuy I iv, 64, C4tui F ï, — Plur. 1. cù! N, 
iWi/ N i8os d( A 58; — 2. fiîioi H i, setos E, 

Fém. sing. 1. cisii N 114b ; kisti N I79<1, citi A pamm^ H 1, 32,N/aiJiiii; 
— 2. t'^iiû C I, F II, N passim ; cela A pâssini, N 21 i*i, D i, Ci; ri/a A 
50, 51 ; ^//û H I» 2S- — Plur. 1. cestcs N, K 1 ; — yctUs A 63 ; — iquem K 
I ; — 2. mUs K I, N ; — ctUi A 60, 73, N 208** ; — kestes N 194*, 2î4<, 

M. Mussafia voit dans ^^j un dérivé de ecce-iste', mais étant 
donnée la fréquence del*apocope de 17 devant j, en lyonnais^, je 
crois plutôt qu'on doit y voir le représentant d*ecce-îllos. De 
même n^, qu'emploie Marguerite d'Oingt, à Texclusion de cil^ 
me paraît représenter ecce-ille-|-5 de flexion. 

Cette s introduire dans le but de différencier le nom. sing. 
du nom. plur. apparaît pour la première fois d une façon régu- 
lière dans Marguerite d'Oingt : r/^, ctu\ ; c'est également la 
forme avec s qui est de règle dans les textes administratifs lyon- 
nais de la seconde moitié du xiv*= siècle; par contre, fes Vies de 
Saints emploient presque toujours la forme étymologique, cil 
ou cel^. Cette constatation vient à Fappui de ce que dit M, P, 
Meyer de l'ancienneté relative des légendes en prose contenues 
dans le ms. fr. 818 '. 



1. Mussafia, toc. cit,, p. 26. 

2. Voy€2 les exemples que j'en ai donnés dans la Romània, t. Xlfl, p, Sf 8, 
5 . Paul Meyer, Notice sur le recueil de Miracles de ta vierge renfermé dans 

le mi. BihL Nat. Jr. StS^ p. 12 et 21. Sur la date de la composition des 
légendes, voyez f» 24 un miracle de la Vierge qui, au dire du légendaire^ avait 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 233 

Pronom démonstratif. 

I. — ECCE ILLE 

Mas. sing. 1. cil N, «/ H i, 4, 2$, I i, i, lo, N ; — c^:ç C 11 ; ceui C 11 , 
c:((ni^, c^oux H i. — 2. <:«/ N ; — celui F i, celuy H i, 2, cdluy F 11, cellui N 
2i3<ï. — Plur. 1. cil A 45, $8, etc., I i, $, III, 21, N passim ; — cils, cil^ F 
I, C II ; — cisVi. — 2. t«iy N, tr^w^ A 47, 91, N, cetis 1 1, 20, ceuh F i ; — 
c«w5 A 74, ctottjc K I ; — ces I vi, 13, N 2i4<i et passim; —cellos D i, F 11, H i , 
7, 10, 17, I IV, 85, V, 7, «^5 F I, H, I, 22, I ni, 4, V, 2, 8 ; — icelos F i» 
ycellos H I, 13. 

Fém. sing. 1. cilliy C 11, N, cili Ci ; 2. cela A 63, N, cella ^4 4$ , I v, 6. 
Plur. 1. celés C i, N ; —ycelles F i, m ; 2. ceUs A 3 38, 39, 73, }i, celles H 
I, 22, I V, 5, icelles l v, 7, ycelles H i, 22. 

n. — EcCE ISTE 

Le pronom démonstratif tiré de iste était d'un usage beau- 
coup moins fréquent que celui qu'on avait dérivé de ille. Voici 
les seuls exemples que j'en puisse citer. 

Masc. sing. 2. cestui N 192^', 208», 2io«, — celuy A 42. —Plur. ±, cist 
N 193** ; icw/N 204<*. 
Fém. sing. 1. iciti N 214c ; 2. cestei N 215*», cetei N 21 3«. 

Iciii est dû à l'analogie des fém. ////, cilli ; quant à cestei il 
remonte peut-être à iste hic ? 

ni. — EcCE HOC 

Neutre suj. et rég. O) A, N, qo D, H, I, ^o E ; — ico A, N, iqo C i , D i , 
II. 

Nos textes ne font aucune différence entre ico et co que les 
documents administratifs rédigés à Lyon écrivent CTp ; toutefois 
co est d'un usage plus fréquent. Voici quelques exemples de 
l'emploi de ces deux pronoms neutres : co eret uns gran:^ ebay- 
meriTi A 43 ; — il demanda que co estoit N 172^ ; — c^oest a saveir 
I V, I ; eles ne poent outra co desirra nient A 41 ; — ico li dit 
tant benignament A 56 ; — qtuint illi avit ico dit N 563**. 

eu lieu le samedi « la terce kalanda de juin, Tan de Tincarnacion mil et ce et 
XXXVII ». Le trois des calendes tomba efTcctivement un samedi en 1237. La 
légende de Saint Mamcrt est datée de Tan 1209 (f" 27 5«*). f 



234 ^' PHIUPON 

Le lyonnais, comme d*aiilcors le bugeysien, le bressan et le 
vaudois % avait un autre pronom neutre : cen^ dont l'origine 
n'est pas claire et qui prenait parfois a« nominatif une s de 
flexion ; oy H fut semblant que ccn:; fui sturs Margareia A 93 ; 

— to^ li mmti non e que un po de c}ma a regar de cen A 40 ; — tôt 
un que tu nio wm^ donar N 266" ; — ne d'atro qui de cen se deyve 
entrameire H i, 1 1 ; — jmj cenl v, 4 ; — les geni li contèrent cen 
que estoit avenu N 172^ 

Cen s'expliquerait-il par ecce-liunc avec changement de 
genre? Ce pronom subsiste dans les patois actuels, qui l'ont 
même développé en cenqui pour *cen iqui, ceci. On emploie aussi 
les formes /Vf « et iquien : comme icen et comme iqnieny comme cela ; 
pour le maintien de la gutturale vélaire, cf. /^wi, ici N 227 ^ 

ProDOms personnels conjoints. 

MASCULIN ET FÈMIMiN 

i« PERSONNE sing. 1. jo\ — ;« A 54» 56, K 1 ; — % et 3> mt\ m\ 

Piur. 1, 2, 3, noi. 

2« PERSONNE sttig. 1. /w ; — /*' N 24CK ; — 2 et 3. te\ C N 264<i. 

Hur. 1* tv^ ; - - 2 iw, — iï> A 40 ; — 3. tvi* 

Y PERSONNE, masc. sing. 1. d, — il; ^ 2, /i, — ly Kl; —S.b. 

Plur. 1. il ; — v/ H I, 17 ; — 2. hf\ — tour A 45, 47, F i et 11. I v» 6 , 

— 3. los, 

Fém, sing. 1. Uli ; — 2, là N léjJ, U A, N. — ly à c6té de li K 1, — 
3. la, r, 
Plur. 1. eles, iUes ; — 2* /or; — 3. Us. 

NEUTRE 

1. oy hoc A î6, 4î, 51, D I» H 1, s, 9, I îi 5 ; — ay hàc A 62, 75, 74; 
C ï, F I, îi. ai E, F II, Jbv A 74 ; — o A s i ; — i7 N 239* ; — 3. /o A 40» 41, 
47, 67; — dA 4S, si, 69, 7i, C I, F, H u j, 7, N, ou F u. 



î. L, Fjvrat, Oïmmire du patois dt la Stiisst romaftde, p. $08 t « Qp*ét-c 
cein que t'as catzi dein ta vesic ? » {Lhiiimre de Guyatitm-T^^ en patois àts 
environs de Lau&anoe) ; voyez aussi mon étude sur Le ptUois de Jujurieux, 
p. 41* 

3. NUier du Puitspelu, Dictionnaire ètymckgique du patùis lyonnais ^ v« ciit- 
qui. J'ai constaté ]*existence de ces di^C'rentcs fornies dans te patois de Sâinf 
Genis-Ics-OUières (Rhône); de même dans le patois de Jujurieux (Ain) : 10 
lyi i ât tin, je lui ait dit cela. Cette forme paraît inconnue des patois du Dau- 
phiné étudiés jus<|u\i ce jour* 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 



iJS 



M. rabbé Devï 



ïplî 



la forme i7/j ills 



la 



pronon- 
ciation mouillée » de //, d'où la série *///)'û, *illye, illi. Il a évi- 
demment raison, mais c'est là un fait d'ordre plus général que 
ne semble le croire le sa%'ant romaniste. En lyonnais, tout au 
moins, on peut dire que Fa posttonique précédé d'une liquide 
passe à i (= */i*), toutes les fois que cette liquide est elle-même 
îmmédiatemtrnt précédée d'un i voyelle persistant sous sa forme 
latine : iri ira N 21 1*", ciri *cira. Le même phénomène se pro- 
duitàla tonique : rfwirrr dans Marguerite d'Oingt. p. 44, irriei N 
lii^-yOcirier D i ^7, retiri dans la Bernardu Buyandîri, acte I, v, 
166 \ /ir/dans un Noël lyonnais du xvm'^ siècle, wr/, diguirt^ 
déchirer, dans le patois de Saînt-Genis-les-Ollières*. Quant à 
elles il las, cette forme est avec illi dans le même rapport que 
} charges avec clmrgi ' , 

n faut noter dans les Légendes en prose remploi au neutre de 
it à l'exclusion de r/, qui n'est employé que pour le masculin. 
Ia's textes écrits ;\ Lyon et Marguerite d*Oingt se servent indif- 
féremment de tn ou de ûy hàc. 

L'omission du pronom personnel n*est pas rare : per ço les 
apello vcraies quar serant perdurables N 176* ; — en tes trians. Sire 
DeuSj coffumdo mon es périt N 199* — cela possession mut achetar 
à ion num N 266^ ; — faire porra H i, 7- 

Quant à remploi du pronom neutre comme régime direct, 
en peut dire qu*il est de règle dans tous nos textes : inii tu 
qmjo proveise N 178* ; — mais moût faisit esconduament N 
2 1 2** ; — di nos N 208' ; — il porriunt Jayre légèrement A 4 5 ; — 
cui illi revelavei A 69 ; — se aucons drapers vost marcbiandar 
d'atro mtiter que del sin^ faire porra ^ H 1, 7. Toutefois on 
trouve dans les œuvres de la prieure de Poleteins quatre 
exemples de Temploi de Lk 



1 . La Bernarda Bttyandiri^ tra^i-eomidU en patois lyùnnais du XV i h siècle» 
publiée par E. Philipon, Lyon» H. Georg, 1885^ 

3. Voyez l'étude que j'ai fait paraître sur ce patois dans la Rn'ue des 
patois^ t. L p. 277, 

j. Fiîta fait exception, mais c'était un mot du langage adminisirauf et par 
conséqucm mi-savant, comme le prouve d'ailleurs le maintien de Vi latin. 
Dans le bressan ci le bugeysien ivia^ i'i originaire ne persistant pas en roman^ 
li: phénomène ne s'est pas produit. 



t 



256 E. PHILïPOîJ 

De même qu'en ancien français, !e régime Jirea se place 
parfois avant le régime indirect : Se lu lo tne doncs à baivreK i6j^^ 
— qui el les te gardest, N 215^; — aporta lo nui N lo^'^; — si 
fjenemi los me toucessani N 2 1 j' '. 

Pronoms personnels al)solus ou toniques. 

i« PERSONNE, masc. et fém. sing. l./oN 207*; — 2. met N 264J et/»- 
sim^^ tfw K 211*. — Plur, rtûs. 

2« FERsoNKK, Hiasc. et fém, sing, 1, iu N 179s 202s 225^, 264^; -^ 
2- rri N 264J cipassim, — /<• N 2oï *. — Plur. vos. 

j« PERSONNE, masc. sing. 1. el N 264*^; — 2. lui N passim, A 59, 60, E, 
luy A 57, 42, D 1, H 1, 2» I, V 4; — jfi N 227», 254^, s^y 1 n, 2 L, ^ Plur. 
1. 'i/; — 2. ^ii N 179J, 11 j*, etc.; «/^ N 213'^; *«^N 2i4*;<?//oi H i, j, ij. 
Iiv, 47, F n; Woj F i, I v, 8; —/or A 58,^ 2i3<*, 226^, hur A 58, 1 v, è. 

Fém. sing. 1. *ï7/i"; — 2 i^'N 238*, 253*», 256*»; /iflci As4; îiey A 56, 57, 
60; /y<r A >i ; /f N 224*1, 2Jî^ A 54, — set A 59, 62 ; J« A jB ; sey A 41 ; n' 
A 65, — Plur. 1. 'elles; — 2. hur A 63, P. 



Exemples. L1. jo qui ero stmiotis^i 207^ ; — 2.di nui N 227 



— mosira ntei N 20 r; — garda tei N 201'^; ~ non aie^ vergaini 
de mei N 264*^; — a met N 264* ; — œ^tm luit N 2 1 1^ ; — dona nu 
de mostrarN 21 2^\ — Plur. nos, 

II. 1. tu,qi es maleJstrus N 264^; — tu sacrifia as detisN 264^ 
— tu^ douce moiller^i 202''; — 2. apensa tei N 264^ ; — jo luerei 
tei N 265' ; — jo tei preio N 228, qe un aoret tei sol N 229* ; — • 
qe tei, verrai deu lot pusent, acrcssant N 229**; — a tei N 264"; — en 
tei N 266"*; — renî^mbreise te de tna hnmilita N aia**; — tl 
non de nostron seignor le levé N 20 1^ — Plur. vos, 

IIL Masc* sing. 1* el nuinws ma trameis a tei N 264*^; — 
8 . nosîre sire, , , vesttt sei N 2 20 ** ; — transfiguret seiN 2 1 r ** ; — il 
avit despûillie se meismo N 220**; — ckie'^ scy (cliez lui) I, n, 2; — 
avoi sei, N 227'; — per sei N 205 *• — Plur. 1. *els; — 2. entre 
els N 179"^; — davani eli N 213^; — per dlos H i, 5 et 13; — 
tnaugre lor (maigre eux)N 213**, 226^; — etfuront entre lor dtys 
cuors A 58. 

Fém. sing. 2* ami lei N 23S*; — ver lyei A 54; — aratida 
lye A 51;^ — un se départit de H A 54; — chacuna per sei A 59; 



I. Sur Tordre des pronoms régimes, voyci Meyer-Lûbke, t. III, 5 715-721 
et 794. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS Sjy 

^^Wjota set A 62; ^ ilïi travavet m se A 58; — ilîi irahiî 
lûtes les autres assi A 63, 

Plur, iota s'en eniravtt dedenilonr:, — eî les autres traiant tota 
cela a hur^ et iotes s'en entravont dedeniliey A 6} ; — par lot4r (pour 
elles)?. 

Au lieu des expressions françaises « malgré lui, malgré eux », 
où a maJgré » joue le rôle d*une véritable préposition, les 
Légendes ont conservée à « mal gré » son sens primitif d'ablatif 
absolu et le font suivre des adj. poss. sin, hr : mal gré sien N 
169% malgra min N 266*^, malgra sin}i 249% 252^ maugré hr 
N 213^226^, 227^. 

Pronom relatif ou conjouctif. 

M.1SC, sing. 1* qut\ 2. cui^ dt cuy I v, 4, dr eut N 227*»; 3. ctd A 47, 54, 
E, I IV, 66, V, 2, N 21 1\ cuy I v, 2, H i, 4, 7 ; 4. qui\ 

Pïur. i. qui, quy ; %. *dr my ; S* cui A 47 ; 4. qttf^ 

Fém, sing. 1. qm A 37, 40, 41, qui N 214'', I vu, 28, H 1, 8, E, qui A 
55 ; 2. f/^ V'**' A S S î 3. c»i A 69, E pau, ; 4* qin'. 

Plur, 1, quf A 75 ; 2- ^Z** ^/w** A 59 ; 3 </ que I v, ^ ; 4. q*^, tv que A 58. 

Le cas régime l'ui eu jus est fréquemment employé sans 
la préposition de; il se place alors avant le nom : per cui esgard 
N 214'' ; —per lo cui comaudcnient luit H eletnent senmit^ 220''; 
— H puyssanci a la cui volunta iotes choses se encUmnt A 40* — 
Le sens primitif du datif cui s'obscurcit de bonne heure, aussi 
nous apparait'il assez souvent précédé de la préposition à : a cui 
nos sûmes K 179' ; il en est de même du génitif f«/ ; et de cuy 
sunt prises! v, 4. Dans en quei, en t/ue, de que N 214'', A 38, N 
208'', il faut reconnaître le neutre qutd, 

qui est employé au sens absolu dans : ^qi hporrit trovar que 
lo li enmcnii N 227\ 



I4 



Pronom relatif absolu. 

Masc. sing, 1. // quai^, li qua;, li qumti ; 2. del qmil ; 3» ff quuJ D t, a/ 
'^! K If ou quai F I ; 4. /<> quai. 

Plur. 1. li quai, H cal l i, 25 ; %, drl cau^ A Si^dou; quaux D i, 11 ; 3.f/ 
qaui F I ; 4. la quau^, 

Hém. sing. 1. H quaus A 57, /* qmtux H I, 26, ïllî, t'y —^, de la quai I v, 
6, F de la dît A 66 , 3* 'î tu quai D 11 ; 4, h quai. 

Plur, 1, les quau{ A jojt's quaux H i, 28 ; 2. *de lesquaHesi 3* a ks qmlles 
F iti a les quaîes F ru , 4* les quais Kl» lei quas A 61, tes quaus A 38, 19. 




Î38 



H. PHtUMH 



J'ai cherché le relatif absolu dans les L^pmkï sans pouvoir le 
'Tîcontrer ; il peut s'y trouver néanmoins, mais à coup sur soaj 
emploi Joit y être fort rare. C'est une nouvelle raîsoo de croire 



rencontrer ; il peut s'y trouver néanmoins, mais à coup sur soa^M 

à rancienneté relative Je ce texte lyonnais. 



PREMIÈRE CONJUGAISON 



INDICATIF PRÉSENT 
», INRNITIFS EN AR; p. INFlNmFS EN If^R. 

1. d, âisUro A î6, awo, aoro^ conjuro^ thmando, dono^ doto K 260^, 178^'t 
178', IJO*», 17 s*, 21 2*; — ^. preo A 77, mtù^ nieipreiio, otreio, fireio, rtmtH^ 
ciOfVengo N 212*, 227^» 268^ 184s 22 JS H^^- — 2- *• coniamles^ parlée- 
phrts N 269*, 108*», ao8^ ; — ?» appartiîhs, coiles N 209^ 21 ii\ — 3, *. reçaf' 
dit, rttotmt A 46, 42, achaUi C l, portit C 11 et m, Jemoref K m, P» 15 r», 
»u»«/#/ J. pûssti K n, rfstei P ; — ttchate porU C ï, monte D l et il, parti H i, 
S, aimf, ficûutr N 207 *l, 208*; — ^, t43iwi'nfïci (Arch. conom, de Lyon 
ce J75 pasiim); mtttguit N 21 J*; — âwV«, appareille N 207**, 2o8«. — 4 1. 
amrm^ dont m ^ nafrtm N, 216*, 179**, l86^ saluem, îocm N jS*' ; — /fowiw 
A 62, préityn Kl, c^miiif</f», maïuim K i passim.eschjpen N 22>c ; — ^. hlêam, 
tmnpam, navigim, preiem N i86^ iSiS 2}8**, iSj*», — 6- *. aAi^, awai, 
dimamias, rtfmas N 258^, 215*», 184^, 213**; -- ^. aproimm, tspeciti, Uh- 
sm^ fmm^t^^ N 211*'» 208*', 214». — 6- ». amont, rcgardont A 46, 41, passant 
C m, tfn^MMl F II, porionl J, tnû/Uont K it, amont, donont^ gardant N 214^, 
*79*- t**i*; — ?■ ^ro«* P 11, oisignont 1 v, 10, despleymt I iv» 75, tadb«f 
K I» #iifr^p^oii#» mnMfpM/, ptchont N ï8}-, I79«i, 185^. 



La finale -ont est sporadiquement remplacée par -uni : JSf^ 
deltciunî A 46, passunt B, ordcnunt F iv, et même par -tfnl : 
dbMUil F I, quittant P, mais ces deux dernière formes sont vnû- 
semblablement dues à des erreurs de lecture. 

A la y personne du sing., on trouve la finale -a : ama^ nodê 
A 47, sacrifia S 210*. 



I 



mVXRFAVT 



La. 



» A So, onm^ pmunn S lS}^ 174* ; — p. ^pnwo: 
> K t77^. — 3. s. ^yirllii«f« fùsav$s N 222\ 266^ ; ^ ^ 
rN 2i|S >^^* — 3* ^ (mfcntavtt^ asavtt^ '. 
f A 19, St. 1^ 0; ^ny«K A 57, wn^tv, govimam D i er 1 
m; 19, £«fftv, r4sjiLrtif. i«i««v K l8o^, 172^, 1&4'; — ^ -Ajrr#f 




MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYOKNAIS 1^9 

Vêt^ €UfHevtt^frragin*el, eihtdifvft A 75, 40, 69, 75, 57 ; midavet, rmhracavet, 
nludiavet, prfowt, percofutt A 50, 51, 59, 66, 52, Uynavei (arch. de Lyon, 
ce Î7J, pass.); chacavi^ otseignavt^ outrmve N I7S<=, 178"*, aiydai^t D i, 
halliave I m, 16, — 4. *. regardavam N 165^ » — p» ^itj^pk^^awi N 163* ; — 
4SveiUavam^ gmignavam N 216^, 109=. — S. r^ardevas, corr, regardavoi N 
209'» ; - |i* cuidevQS N 186^ ; cuidavas N i89«. — 6. a. mtravont, tornavmit 
A 6}, j9,(/awiïJ«0w/. pîoravont, se ^aifWHldi>crttN 178**, 21 î^, 2t4'» ; — ^. 'preie- 
vont; dtipieaiKmt^ gitavont A 58, 57, hrisavont cljacavont^ espanclxtvont^ rnenga- 
vont, poiaifont.pmavoni}^ a22*,254t',2i8*, 269^ 243^, 22b^, approchaifont K i. 



PARFAIT 

1. a. fli/«, f<)r»^i N l68<^ ; — acUtay^ donnay G, dtmui, partais gardai N 219**, 
256^, aoi** ; — ^. agfuoiUd N î 59'*, baiUiay G, /oj^m (arch. de LyoD,CC, 37 J^ 
f» 19), comtnçai N 3d8*, M/ïji K il — 2. a, /jo«ij, j<w//fli N 220^, 208^^ ; — 
% iuccîs N 2$6«*. — 3. a. avcntct, demamitt, nitrd, trovd A 61, 67, Inrt B» 
/<9ni// D I, domt El tufmtet I iv, 14, a/Ze/ K i, comandett creét^ trtmhlet N 240^', 
172*», 76* ; — avmiét A 57, iii«7, </jrt^f/, o/^i/, poruit N a26«, 228«, 256«, 
226*; -* aïiiet K l, aventiet, parliet, porlyd A 5 s, S S, 77, montiet D i et I 
m, t, modiet E, /v«j*V/ H, menul Kl;— aportit^ coUit Q li^aîit K I, ïevit 
K tu et N 2 je*, jo/»/i (arch. comm. de Lyon, CC. 573, fo 6 v*>), s'artstit^ iro- 
vit^s 265 «1, 268*»; — p. «>^w^fftY/, rwyrf^(, tfforcei, priet A 51, 64^ 61, 92, 
laiisei^ mmgtt^ 238*^, 185^; — eHbractit^ ensetgneit N 228^, 2 H*'; -- Aai- 
xyv/, comenciei^ cudytt^ hyssUi, oireyet A 75, 43, 54, ^2, 61, appûreiUut D 
n. /W/»W I in, 9, K I, s'agenoiUet, pdet^ priitt N 212^, 268»» cheimhiet K I ; 
— iHiiliit K 1, G, s^gnii G, aidit N 266^. — 4- «* phremos, oremm N 25 j*" ; 
detnandesmos N 170^, troi^smo^ N 20 ï S 204** ; — p* cuydemos D n, 6, «Jifirw- 
rfw<w N 188^, 226» ; trai'aiUams^ ^SS** î preiamos N 238<:. corr. prekmos. — 
6. 1. comandesUs, donestei N 181*», smpirtsUs N 165*»; — [i. commcesUi^ 
efforusUs, îocrifiestes N 220", 2iH»>, 2JS«. — 6. «. kveront B, cof<TOtt G, tf/fe- 
r<wil D I, passefont K liî, am^ni-mw/, dontront^ let^ciont N 174*1^ 212*^; ^ûtdei^ 
ront F I ; — aportirront, guastierofttt y tueront D i, allieront, amiandierofit, cotif' 
ron^ dmneTonty ptsieront Kl; — ^. hnstrmit, comenarotU^ puierofitt jf queise" 
ront^ vireront N 222^, i\l^, 171^. IÎÏ4<, aiH; — bailliront, laissiront li 
140^, 234«'* M.iis dans Marguerite d*Oingt : at. comatutaront , pomronty reiar- 
naront^ Irm^aioîit, p. 59^ 73 et 78; ^. agenolieront, balliermtt^ coimmcerunt K 
59» 58 et par analogie de a : airiaront, cometicarunt ^ hnssaront A 58, 65, 73, 
De même dans un document administratif lyonnais de h tin du xiv^ siècle: 
aydaron K r, 45. Ce dernier document omet assez souvem le t final : donk- 
nwi, Cidiiron^ portierott. 

FUTUR 

1, «. appellarei^côinandiirei N 178^, î86» ; anttnereiy Cùmanderei^ r^poseret^ 
N 217^, 222s 240*», gardereyk $4 ; — % emeignerei, mettgerei}^ 175», 217**, 
gikreî N 18 5«. — 2» alegraru^ Umptarei N 236c, i8$< ; aoreres, gardfr€S^ 



24Û E. PHILIPON 

reposerez, trmrrfs N 222*, 240^, 269'» ; — p. deîifrn, laisseras N 169*» 226- 
— 3. semhkra F rv, Irmmra C i ; durera A 41, sfmhhra F i, aclxitera^ srfura 
N 221 *» et » ; — ^. fïiW/m N 209*, payera I iv, i. — 4. a, rfcôirargm, N 
195** ;^(ît'^f^M, trovereni N 222* et «, tichiperem N 69c ; îat^rfti N 252^ ; — 
p. haiUerem N 222«. — 6- trovareh A 60; irtnttns K Î84** ; gardereis^ purk- 
reis, hirvfrHs N 173», 220*, 22i<* ; ircn'tris N 218**; — ^, *hailkreis\ menge- 
rh N 2o8f. — 6* st. agottarent, conr. agoitarant A 45, itarani I iv, 75 ; 
itérant, livrerant^ recçvrerant N 214**, 220*, 218^, appel kr an l F 11, aclfeteratit 
H I, 15. arreterant I rv, 75, ordonerant I m, i, ovrrr<î«l T v, 2 ; — p. paierant 
H I, 22, hissnanl 1 iv, 74, veyeteranî I U'» 75, enseigturani , hnt^ttgerant N 
laoJ, 209^; — tm^igirant A 41, baUlirani H i, 131 cenunciniHî H vu, /tfmi- 
r<i«/ 1 n% 75. 

CONDITIONNEL 

1, «. *amarin ; prcverm N 24^ ; — p, tnetigerin N 185^, — 2. a. axHiUarm^ 
gardants N 220^, 179I»; poser tes N 220^; — ^. agenôilleries N 2iî«. — 
3. a. eâifiareit N 190* ; amerit^ oserit^ torntrit A 44, 53. 74, délivre rit, 
tHfnerim 21 5^, 209», traitrit P, sacrifient X 269» ; — p, j^^/i-nV 24 1*, toclicrit 
F II ; laysurit A 90. — 4. a, ^amariam^ *ameriam ; — 3. 'mengeriam, — 
5. «* *amarias ; tormenterias N 209'». — 6, z. *amarionl ; s'alegreriont, ifnv- 
rerimt N 214*, 271*, sacrifierioni N 214»; aoreiriont 226^; — ^, fireriont 
N 217*. 

IMPÉRATIF 

2. 3. demanda, A 61, ameina, apensa, commdu^ dona, escouta N 185*, 178^, 
i8o«, 266*^, ï8i*» ; — p* ««/i', Wiï, clxingi^ comtmnà^ tiri N 220*, iSé'^, 175'^. 
266^% 169^, '<ï'^' N i8ot», metigui }^ 184b, ^wWi/ N 184-'. — 4. «» amonestem^ 
parlent ^ plorem^ remembrem, torntm N 2i6«, 21^^^ 2i6«, 214^, 2i6«; a/m N 
2J2K ; — ^. appareiUem^ laissetUt mengem N 2i6«, 269*. — 5- at, cùmidcrai^ 
àHas, pensai A 6o» 42» 44, alas^ donai.ploras N 238**» 184J» 21J<1; — p, /W- 
jiVj, deliei, drec^i, etruies^ kissies N i86«, 184**, 214*, 2IS^ 214J. 



SUBJONCTIF PRÉSENT 

1, alyc A 77, atlo N 203*. — 2* doits N 228^ ; deUvreis K l poîsim; — 
iraiHiilleis, sactipis N 2$8*>, 182*; d//fj N204^. — 3. duHt A 48, ^r»»/ N 
Jl^tperduntE^gart N24'*» /ar/ A 56 ; donet, smet A 40, éj» 6û,fl/d K l, tiKhet 
F ir, oûret, resiùret N 267^% 268^ ; aidei, alher^et^ deliet N 213*» 240*», 218* ; 
ffln/W/ F I, Il et tll, N 179=, tdeit I IV, 6, iorruyt (arch. de Lyon, CC. 191, 
f« 1 v<»), dei^neil A 48, tociteit F 1 et m, preieit^ gikit N 207, 228*. - 4, «. 
a/ûw, aiegram X 2î8s 221*, mmam, ostam, tornam N 208^, 2i8«» 190» ; — p, 
hUçam, hrisam^euidmn^Uam N 186»», 222», 20 j«, 208*, — 6, «, (iW«V A 56, 
ûlkii^ aoreis, monireii^ penieis N 200*, 175*. 224^, 17$^ ; —alUs^ prmis^ tt»mi$ 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 24 1 

N 209c, 181*, 167* — p, laisies N 159*, laisis, prêts N iioA, 184c. — 
6. OL. jurant Vi à i\\ entrant J, f« 2 P», aillant , amant, demandant N 224», 192c, 
2I5*>; — p. laissant, mespreisant, travaillant N 266«, 192c. 

SUBJONCTIF PRÉSENT A FORME INCHOATIVE 

1. a.achateiso,alegreiso, aoreiso,appelleiso\^ 174^», 212^,256*, 16 j^^mostreiso, 
parleiso N2i8<*, 23$«; — tueisso}^ 210^. — ^.anuncdso, enseigneiso, sacrifieiso^ 
269», X75*, 210^, vengeiso, vireiso N 169^, 224»; — 2. «. comandeises, deli- 
vreiseSy mostreises, susciteises N 2i8«*, 189», i66«>, 189^, parleises N 207«>; — J. 
bailUises, jugeises, toclteises N 215c, 212c, 266*; — a. comandeisses N 206*, 
2 $6^; — p. aïbergeisses, baiseisses, briseisses, lesseisses N 230*», 196», 178*», 
228«; — mengises N 230^ en regard de mengeises N léS^». — 3. «. ameise, 
comandeise, dureise, entreise'ti 191^, 2i6<*, 215»*, 243**, oreise, poseise, remem^ 
breise, sentieise N 240^», 244**, 2 13^, i^^^forseneise N 214'»; — ^fi. aide ise, cor ro- 
ceise^deigneise, outreisejailleise^ i^Y, 178*» 205^, 244»*, 212*; — a. ameisse, 
Jorseneissey perdoneisse, N 191 b, 214*», i66<i ; — fi.outreisse, sacrifteisse N 257*, 
178c. — 4. pensesan, clxtcessam, N 249», I75<i. — 5. cuidese^ N 209<i. — 
6. amonestesant^ i66«, allessant, tornessant N 214c, 21 3**, tormenteisont (corr. 
tormettteisant) N 216**. 

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF 

1. alegresso, mengesso N 207». — 2. oslesses N i62«, pensesses N 220«l ; — 
delivrisses N 256^. — 3. «/«/ D i, 36, delivrest G 31, amenés t y aportest, escJxil- 
fest N 177s 21 IS 223a, gardestyposestytormentest N 21 5'^, 190c, 258*» ; —deliest 
mengest, mesprisest, N 164^, 2i9«i, 205«i; — amencist N 21 8*, fliWm/N 202« ; 
— amenety aoret, briset N 209**, 255«i, 202 ^ ; — rasit N 258^». — 4. menés- 
samm D 11, sanessam, chacessam N 163*» ; aoresam, monde sam N 229^, 163^ ; 
sacrifisam N 229*". — ^.sacrifiestes, efforcestes; N 255c,2i8'>. — S.ci.alessanty 
amessoftty aportessant, tornessant N 239», 2o6«, 205c, 239* ; — administressent, 
corr. administressanty (Cartulaire d*E. de Villeneuve, p. 22) ; — p. serchessant 
A 75, cbacessiant G 16, enviessant, sacrifiessant^ 245*, 208*; — estrame- 
sant, panesant A 57, aportesant, disputesant, gardesant N 195», 180^, 204»; — 
p. brisesantyserchesant N 202*, 208^»; — a.gardissant N263a; — p. otreissant 
N 226*ïjk eragissant A 52. 

INFINITIF PRÉSENT 

2. OL,chantar,demandar A 41, 4S,aportar D i, i^^allar Du, 11, ^i/ar B, 
/rrflr E, wfiiar F i, /wrar H i, 10, adobarK i, gardar I v, 4, /i^wr I 11, i, t/wi- 
tor G, sdvar N 175*; — adobart à côté d'adobar, alart, donart, plantart, por- 
lart etc, K I ; — entra, desirra, tiecessita, regarda, révéla A 4$» 41, 50, 40, 
62, passai II, 6, ^m/w K m. — p. abeyssier, agenoUer, comencier, cumunier, 
datnagier, deleitier, despleyer, ejforcier, ensennicr, gaygnier, laysier, mengier^ 

Rommnia^ XXX. r^ 



242 E. PHIUPON 

r^raciir, remirer, travaUyer A 74, 59, 75, 65, 52, 39, 58, 51, 36, 52, 65, 
67, 49, 44i 51, acirier^ apointier^ avancier, coi lier, cùnsellitr^ porchacier D J, 
eydier, logier^ D II, Imiîîkf^ etnpiritr, eppuhUer^ pliidier^ F i^ pleydtier F II, 
alber^ier, chargitr^ paier H i, 23, i, 4, changter I ïv, 75, guagier I iti, 21, 
/fï//i>r ! IV, 79, \foiditr I V, 2, dn>r, Utr K 11» aiViVr, baillier^ hapUitr^ en/or- 
cUr, kisifr, mengkr^ n^kr, travaillitr N 268», 215^, ifis**! M^t 214*, 185**, 
241=, 184'* ; — appardîicrt K lu 

PARTICIPE PRÉSENT 

Masc. et fém. : trapercans A 43, phrani N 214* ; — «. entrant 1 IV, 22, <^^ 
morant D i, 43. chaniant, orant N 187s 3^$c ; p. pnagani N 20$^. 

Neutre mvariabîe : simbUn;^ A 43, 55, 92 ; — tnvtiîîani^ en cùnsîderanX^ 
A 52, 60; — pbrani N 213^, 

PARTICIPE PASSÉ 

a, — Masc. sing. suj. élevas^ alas A 43, 67, f/o«<iJ D l, 27, parlas D U22, 
gitas H ï, 12, tmra/ I rv, 28, atnas, lai'as N 226^, 217»; — Rt-g. dana A 47, 
Ofhetu D I, 27, fn^ra I iv, 26, aparta, N 227», — Plur, suj. grava, forma A 45, 
53, aila D i, 6. or^/o/ia H i, 1 1, amasia, amena N 239*, 219*; — Rég. saksB, 
armas D i, 6, tiomas H i, 17, salvas N 212^, />aî^ï P. 

Fém. sing, lormenta, conte npla A 76, 44, /wna D 1(, 11, epHia E, wr» I ï, 
i8,a/H?rfa, </o«a, r/M«/a N 172% 2:7*», liï*». — Plur. crées A 40, appelés B, 
/iL'r^j D, î, 52, ûc/w/^î H I, 25, moires 1 iv, 75, copes L, donnes K i, degates'H 
2IS*<, aveintcs K 229*», 

Neutre, suj. et rég. demanda A 55, dispettssa D i et 11, row/a I v,8, i?aiw,^ 
proiM N 213*, 214^. 

Les textes rédigés à Lyon représentent fréquemment par aa. 
Va du p.irticipe passé, lorsqu'il se trouve à la finale en roman, 
sans doute pour empêcher de le confondre avec Va posttonique 
qui était mi-muet : apellaa, dotma^ menaa D i et it, fouc:;fla^ 
ovraa H i, 10, 11, 3, aresîaa I lu, 20. 

p. — Masc, sing. su], dennies, espa^hies^ nusprisies A 65, 37, >8, chargies B, 
dipecies Vin, pUies 1 îv, 36» bailUes E, hîecmjrics N i86\ 2i8«; — Rt^g. appa- 
reylia, derachia A 59, 75, bailUa D i^paia I m, ï^^outreia K 2|CK. — Plur, suj, 
Percia A 80, corrigiez «npegia H 1, 20, 13, setgnia, lia N 240^, 217'», bapUta 
N 2o8«i; — Rég, pecJ^ A 53, hallies I m, 18, allûtis K i, baiUies, laisiia N 
214*. 

Fém. sing. appartyllia A j8, f^rfin B, paia H i, 25, damera, empiria 1 v, 
5, esclmigia I» 8, /ww, cotmncia K 222^. 217^. — Plur, cbargies, enbronehies 
A 75 » sS» MiiV-r D II, ^it*/Àï«^/>i H I, 25, duplexes I iv, 75, appareillm N 215*, 
trat^iUf^ N 2}2c. /ittiÉç F, 

Neutre : /aûi E, trai^llia i v, 4, /<aï7//d K 267*^* 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 243 

VERBES ISOLÉS 

Alar. — Indic. prés. 1. wi pourrai N 208c, 266^ ; 2. vais N 202e ; 3. %fayi 
A 66, vait N 210*» ; vaist N 215*; veit A 41, vet K 11 ; 4. alUm N passim; 
5. aïas N 2}8<*; 6. vont A 44, 59, 1 vu, 14, ^ pasHm. — Imparf. 1. alavo 
N 17XC; 3. fl/flwN i87««. — Part". 1. fl//« N i68c, etc.— Fut. 1. irei 
N X7i«; 4. iremN 209*; 6. irflw/ N 165 J». — Impér. 2. vai N 202*=; 
4. allem N ; 5. allas N.— Subj. prés. 1. alyo A 77. — Imparf. 3. vaist N 
21 5« et aUst D i, 36. — Infin. aîar N 240«, <i//ar D 11, 11. 

EsTAR, ISTAR, ITAR. — ludic. prés. 3- ytc D 1, II, iiet F iv. — Imparf 
1. w/flt'oN 21 M ; 3. eslave^ 187^ 202c, itave N i86«i; 6. estavont N 20$ï>, 
M/ot/ofi/ N 260b. — Parf. 3. estet N 169s 204*», A 68, isUit N 261», iUit N 
259c; estiet A 93, K i, ;f/i^/ A 67 ; 6. yteront D 11, i, ytieronl D i, 24. — 
Futur 2. esteres N 260**, i7fr« N 201^; 6. itarant I iv, 75. — Impér. 2. ista 
N259'>. — Subj. prés. 3. itet N 259c, iteit F iv, yleit I iv, 75. — Subj. 
inchoatif 2. w/m« N 204^». — Imparf. 6. istessant N 205'=. — Infin. prés, 
«ter N 257», istar N 2^()^,ytar D i, 4, 26. — Partie, prés, ilans K i, ^^/jw/ 
D I, 41. -Partie, passé masc. esta K i, N 2x8^ ita A 74, F i, N 184"*; yta 
D I, II ; fém. esta N 243'*. 

*Dar. — Fut. 1. dard N i67^,darey A 60; 3. dara H i, 12 ; 5. dareis N 
i8i«. — Condition. 3. darit N 221*. 



DEUXIÈME CONJUGAISON 

Aveir. — Indic. prés. 1. «>• A 36, K i, ai E, N ; 2. ai N ; 3. a, at I 11, 2, 
m, 5 passim; 4. avem N 215s 222^, aven N 233«i, 255**, avein A 69, 72; 
5. ai'es; S.ant A, C, E, F, I m, 4,K i-iv,M 51, N, Ijant P, an N 184c. — 
Imparf. 1. atnn Km, 16 r©, N 246^ ; 2. tïW5 N 266'» ; 3. avie N 218'^, flri7 
K III, 15 vo, N 227*, F; aveit A 36, 38, flw)'/ A 37, avet A 74 ; 4. aviam N 
226c, avian N 237c; 5. avias X 2i5«i, 217^»; S.aviantA 58, 59, 62, I m, 8, 
IV, 245*, avian (arch. de Lyon CC. 62 passim) ; aveiant A 44 ; ot'io»/ X, 
2X7<1, 227a ; aveunt A 45, 61, av«w/ A 58, 74. — Parf. 2. ans N 238c, om5 
A 77 ; 3. <>/ A 39, 68, D 1, 7, D 11, 11, I m, 10 N ; 4. aumes^ 154**; ow« 
N x88« (corr. omos); 6. owron/ A 76, orotit K m, N. — Fut. 1. am N22ia, 
l^S^; 2. ar«N 258c ; 3. ara I iv, 5, K I73<:; 4. arem N 217s 222-»; 
5. areis N 174, 222* : 6. aranl H 11, 10, I v, i, N 215*, 222^ ; arent A 42, 
45. —Condition. 2. aries N 169c, 220^; 3. arit F 11, N 268», ari£ F m; - 
Impérat. 2. fl^« N 22i«i; 5. ^^'5 A 54, ais N 189-', 214J. — Subj. prés. 1. 
aio N 191**, 228a; 2. a/« N 21 5^; 3. ail pour un plus ancien *aiet; acil N 
228^; 4. fljw N i69t>; 5. ais N 17$^, 203**; 6. aiant F 11, N 217», ayantV i. 
— Imparf. 1 ausso N 189* ; 2. ansses N 222*, aM5« N 220c ; 3. aust N 164 *>, 



244 ^^^P^ ^* PHILIPON 

2S4^ aitt N 210**^ 227^; 4. attsaoi X 2ioi>; 6* aussani N 20^1'» amante iSS"». 
— Infin. pa^s, aî/n> A 44, D i, 4, D 11, 10, K 266b. — Partie, passe masc, 
ans N 210* ; di* 2S3<* ; — fém. mtu N 143**, awa N 243'* ; — neut. suj. au N 

Chaer. — indic, prés. 3. cbes N 189^. — Iniparf. 6. cfMÙwnt N léS^. — 
Parf. 3> clhiift I67^ f/xii/ N iSi**; cbaisil X 254^% d/m A 86 ; 6. chalront 167»»: 
chahiioni N 255*. — Fut. 2. cîjarres N 249*-' ; 6. dmrrant F i, N 2l6'. — 
Subj. prés. 1. c/m/V» N 1761»; 3. cime N 259*»; 4. chaiam N 216^. — lofin. 
prcs. cîmer N iS>«, r^/r 26 5 J, clmir K 1, — Partie, passé masc* dieui N 187^ ; 
fém dmta N 259% t'/^w/<i N 259'^'. 

Develr. — Prés, de Tindic, 1, àei N 228^ ; 2- i/m N 21 v^' ; 3- àtit B, D 

1 « II» H ï, 10, B» «/«'W K i; 4. devan N 26tV ; 5. deirs N 2 18* ; 6- dHvQnt 
B, M 28, N ajé»», dnvoni C 11, deyvunt C iii. r/«w*^ N 229*. — Imparf, 
1* devin N 223-^ ; 2. dnnâi N 222^* ; 3. devU N 229 s 244»^, dnnt D 1 et lï, K ï 
et lit, N 2 44«i, 268* ; dn'tii A 91 ; 6, dnnanni D 1, 26, dnnant K i et K tti^ 

2 y^^dtvioni N 222* ; dn»eymi Kl — Fut, 3. f^rt'ra I v, 2 ; 6. devrani H ï, 

46, I V, ï. — Condition. 3» </m/ N 252^ ; 6. deriont N 229», — Subj. prés. 
B^dtyvtt P, deivtt I, v, 6, */m'* H i n ; 0. déyvant P, deivaiil et i/wîw< 
F I. H, m. -^ Imparf. 2. t/^»Jieî5 N 2 1 s« ; 3- c'f'w^^ N l 'jo^.dtnt A 64, f/*(t»f A 77 ; 
4. dfttsamK 198^; 6. Jettsiatit N 164*^. — iDfîn.prcs, drveirl n, 4. — Partie, 
prés, dn'ffti P, — Partie, passé, rtiasc. dfu^ F 1 ; dm F i et n, delteu et dthu 
K t, F ni; ^ fém. 'débita. ^ 

•DoLEiR. — Indic, prés. 3. dont N 172*^. — Partie, prés, dôlm^ N 245% 
dclfttt X i64'i. 

MovER* — Ind, prés. 3. mot J 1 ; 6. remaiH>Ht N 76*=. — Parf- 3. wï*^! N 
260c, J10 WM«V A 7$ ; 6 escomùviront N 155*». — Jnfîn. prés, mcvtr N 189* ; 
mais fwwr/, movére N 160*. — Partie, passé fém. esmoua K 238*. 

•Plovêir. — Parf. 3. pl&vU N 238*. 

PoFJR, -— Indie. prés. 2. y^i X 266^; 3. ^>/ A 4^, H 1, 21, I n, 1, H 
227**, /wi/i X 24a'. pmi A 46 ; 4- poem X uj*» ; 5./w5 A 44, 60, K 2i6* ^ 
6. poûHt A 40» F iir» K I, X ijy^pount A 4^, pont A 41, 45,/kywfi/ F il, — 
Imparf. 1. /►om X 217* ; 2. putes X 235*^ ; 3. poUt K i, /»<>/> X 184^% ^iiiV N 
227^ /H)// A 44, D 1, II, /H>vf A 67, puit X 226^', /îof/ A >o^ 66, X i*'4'*; 
Ô, poiatti D u, X 2^6^,pityani A 44, /vw«/ A74, /wtowf X 17s**, /*o«r«/ A 41. — 
Parf, 1. pui(t) A 64, 73 ; 3. poyt A 67» pnyt A 65, />wf/ X 257**; 4. /»ww>rî 
(eorr. poimos) X 207«; 6. poeront X 266^. — Futur 1. ^rm X 221-*; 
2* /»rri'y X 266** ; 3. porta X 21 5*, H i, 1 ; 4, porrem X I7û<* ; 5- porrm X 
219s /vrrw X 184^ ; 6. ponaiH F i, ji, H i, 17, I iv, 7^, X 1\%*, portent A 
45, 46. — Condition, 1. porrin X 207*», porri A 60 ; 2» pories A 72, porria 
K 140^ î 3* /<»rri7 A 61. 64» 70, X 24 H, pourrit P ; /)or/'f/ A •J2^ pornii A 

47, N 241* ; 4. porrîam X ï88^ ; 5» poi«r^ A 72, portes X 184*^; 0. porriant 
A 41» 67, paniaimt H u 22 ; pûtrinnt A 4^^ porriont X 220', — Subj. pré^, 
l.poyuoA S6i /tost//(i X 73»", t7)\ /Wi'/aj X 240*'; /k)iiw X 227*»; 2. p^nu^Hi 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 24 > 

N 228c; 3. poclxt I V, ît p^f^ H VII, I \% 4, N 216*» poict)^ X 219** ; puyîsft 
P; 4. pûscham N 21 6s pocfxim N 256^», puidmm K 185^ ; 6, /wâ^jV K 200**, 
214^ ^ffopsm N 181* corr. poyssti{});6^ poissant N 229»^. puissant F 1, N 179», 
puyssiant A jo, I il, 2, poussant >s ïj4^^ poscfmnt N 74*, 2ï6f, y>a:/jafi/(ardi* 
de Lyon, CC 191, fo i vo)«. — Imparf. 3- poisi 1, v, S, N 71*. 26SS /^r«i/ 
N 71^, poU A 59, 62, N 267a» poyt A 58, />w<7 A 55 ; 4» petmam corr. ^mj- 
^airt N 188^, — Infin, préi. /kvjV K 266^, /^vr N iSs»*, /wi/i-zV, />««>, />o/r F 
11, F I, pUiT I V, 3. — Partie, prés, poissm:^^ N. — Partie, passé masc. poù 
N 229*», fém* 7^i«ï cf. iJWii, iovikï et le pAloh poyu, poyu[t}i. 

On voit que le présent du subjonct. lyon. est un compro- 
mis entre le français et le provençal à forme inchoative /w^r^j, 
avec prédominance marquée de cette dernière forme. 

Remaneir. — Parf 3. rtwast et remansit N 228^. — In fin. prés, nmandr 
N 228»!. 

Saveir * sa père, — Ind, prés. X, my h 66^ sai X 269'*. sei N 202*1 ; 2 i^i 
N 17Î*, ses N 202** ; 3. sat N 214**» 259'= ; 4. «ar^w K 260*» itfîv« N 274»: 

5. ifiR«f A 60 ; 6. Mtwi/ N 179*". -- Impiirf 2* savks N i66'>; 3> mivtV, 
iïit'ify/ A 90, 47, 5iK'w K 179^ savU 1 ti, 6, K 26}^; 4. savîam N 198*»; 

6. idrtiin/ N 214*, savtottt N 267»» satfvnt A 75, — Parf, 3 it>/ A 67, N 
187'i; 4. sttumes }s 207'=; 5. sautes "S 217»»; 6. seront N 164». — Fut, 2* 
sares N rj^^. — Condition. 3. sarii A 70, — ImptT. 2. Jii»/V*j K 243'^, sacltes 
N 17}** ; 5, soiMs N 180*, sathkis N 240K — Subj, prés, 1. saipo N 205^ ; 
2. wfftï'î N 184**; 3. saches 171c; 4. sacham N 249^ Jû/xafw N 207*1 ; 

> 6« 5<îrMs N 174^; 6, sacïjani N 171**; scadHint P. — Imparf. 2. sausses K 
21 s<^; 3- i^wi/N 164*», idii/ N 170J, sont A 40, la/ N 262^ ; 5. sattsii N i87»; 
6, mtmut N 195^*, — InJîn* prés, iaw/r 1 1, 20, savcr N 184*. — Panic, 
passé masc, sau N 176», 245'*; fém. sing. ifli-rra N 248». — Subst, verbal : 
iém. Juki' N 26e'', 

•Seeir sedére. - Indic, prés. 2- sas N 233*»; 3. ^* stit A 43, J»/ K 
t88*i, f** irV/ A 39 ; 6. se seiont N 252^ — Tmp.irf, 3» se sàe N 208^, i^ seit N 
267^ ; 6, segiont N 255"». — Part. 3. sht N 268^% j J5iu/ N 229^». — Impérat. 

2. iie N 170e, — Partie, prés, smnt N 268*. — Partie, pass. fém. sîng. ojîj- 
|f*d 'adsed iata , assegia, asstfa M î ; plur, assegays, asigays M i. 

•SoiEiR, — fnd, prés. 3. xo/ N 230^; iniparf. 3. solit^ sotit N 184*» 202*>» 
s(*ieit K 293^; S. iolias N 179''; 6. W/ow/ N zjé'-'. 

Temer lïmére. — Ind. prés. 1, teittto N 261 ^ 266"^; 2. teimes'V 266«; 

3. trime K 21 3 ^ ; A temem N liO'i ; 5, tetmes N 192» ; 6. Uimont X J 56*, 
— Impart. 3. /<»/'V N 2ïO mais aussi tdmm.'et N 233^, 250^% pjr suite d*une 
confusion avec l. — Parf. 3, ternit N igi^tteirisit Xaés*". — Fyc ±.ieimerei 

I. Le bugeysicn dit irés régulièrement à la 2< pers. du plur, sdtes saptiis. 
La 3* pers. du plur. est sant^ cf. ant^ fant, mnt. 



mA 



246 B. PHILIK)N 

K 256 ^* — 'linpér- 2. tens N 156^. — Subj. prés, 6- irtmis N 192»; 6- in- 

mant N 156*», ^^ Imparf. 6. trirnesant N 215*. — Infin. prés, iemrrK 192*. 

•Valeir. — Indic.prés. 3. l'ow^ N 214* ; 5- vaks A 56 ; 6 vnhnt D li,E, 

— Imparf. 3. i'*ilif N 19^*, l'a/i/ A 53^ N 263=. — Parf, 3.mrxi:/i/N 74e. ^ — 
Fut. 3. voudra H i, 2t ; 6. tniutront N 34. — Subj-'prés, 3. vaîlUl fv, 74. 

VeiR, — îndic, prés, 1. tW N 26H ; 2. ivu N 256^ ; 4. i^i«r« N 22$< ; 

S, t^^ N 2i6t'; 6. t-ftjwf A 47, i^iûnt N 220*». — Imparf. 1. imn N ijj^ ; 

3- veif N 202*», iY»7 A 44, 64, 69» N 267*, m/ A 57 ; irrt A 6? ; 6. v*-/©»! N 
262t>. — Parf. 1. viu N 264'*; 2. mj A 77 ; 3. vit A 40; 4. iy/wkw N 
160*; 5. lYÙUs N j6s^; 6. t/iVowf A 75, N 215». — Fut. 1. verrei N 

2Sj^ t-^rry A 78; 2. tfrres N 24^^»^ 3. vfrra N; 4. tvrrm N 234»; 

5. îvrrmN aié^jt^rr^yj A92,ïvnfy^ A 60; 6. ifrrant N 256*, verrfut A 47. 

— Condition. 2. tvrriVi N 220"^; 3. lï^m/ A 69, — Impér. S. vtti N 219^. 

— Subj. pr^. 1, veiû N 175^ 213*1; 6. tridri/ N 258'!. — Imp^rC 2- iwiri 
N 245**; 3. 'i^iiit N 219**, 255^, T'^// N 2î>»; Wïi7 A 68 » 5. i^^fiïi N 209^ ; 

6. iïtmrt«/ N 173*. — lafin. prés. Vfdr N I97*»,tv<îr N 170»», iWr N z\y. — 
Partie, prés, xteiml N 207^, 254*». ~ Parik. passé masc. vmi N 22oi>, vtu A 
40; — fém, sing. ttua N 175^. 

VotEîR — Indic, prés. 1, wil A 49, 56, N 240^- ; 2. vms N 229% xx^m N 
171^,1^ A 78; 3. t\}ui l u» î. N 266t>, i*05t H 1, 7 ; 4. tK>lnn N 247^, 
vùUn K I ; 5. ttVri N 213*; Ô, îY»/i^fî/ H i» 10, F i, 1 v, 8, N, 261*^, t^/aiti \ 
V 10. N 2I4«. — Impari. 1. voHn N sij^; 3. vf^lU N 207J, î-û/zV A 38, K267J ; 
ivld A 36; 6. it)/*V« K 21 8^; 6. voilant I rii^ i\^ D i* voUont A 74» 91, tW- 
//c'jr/ I IV, 7S, iWi<»«/ K 268» ; — Parf. 2. wwn'j N 207» ; 3- tï>«iri7 A 67, 90, 
N 71*1 75*» ^75**» 268**, vumt K 1 et ni, t'oi^ïj/ N 207»», vonstsi N 25c ♦, 
6. wuciront N 241*, t^sinmi N 34**; — vomiront K2>4^. — Futur 2; 
ifoudus A 61, N 269** ; 3, voudra A 47 ; 5* voudrais K 241*» ; 0. vmdrani F 
l-iv, N 217c, «'wif an/ I IV, 73, mudretit A 45. — Condition. 1. voudrin X 
174*; 3- isiudnt K 223J; 6. Xfoudriont K 217'=. — Impérat, 2. f^ïV/^i K 
256*; 6. xviîîms N 2I4S t«<7/ti N 222*. — Subj. prés. 2. voyUti K 'j'j, 
voillts N 228*» ; 3* voiîU^ 169*, volîie H i, i j ; S.i'oUeis N I7S^ —Imparf, 
1- wwdjo N 193** ; 2. vousisses N i6i<i ; 3- itwm/ N 254*», iwmV, ttjxiï A 6i^ 
$7; — 110/1/ A 73 ; 6. lotissant A 73. — Infin. prés. voUir N 240^*, D I, }6, 
H î, 26, — Partie, passé masc. i*olu N 228^». 



TROISIÈME CONJUGAISON 
T VFRBFS DONT LE PARFAIT EST FORMÉ SUR LE TYPE DlDl 
INDICATIF PRÉSENT 

1, confondu, estendo, eîpando, perdo^ rendo, respondo N a S 7*» 222*». 26 a*». 
21 J«, 27DC, 184*:, — 2. entens N 256^. — 3- tntl J, irn/ H ï, 2, 1 1, t, «IfiiVfi/ 
A 7)% m/^/, s'ispant^ rupont N I84^ 21 JS 208^. — 4. rr»J«'rw N I78<<, 260*, 
fispitftdem S 215^, ^ 5t ^nude^y cf. querei N 209c. — 0. vindont H i, i, I 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 247 

I, 20, enjoignont F 11, atendont^ deffendont^ entendent, rendant N 2i4i>, 20i<i, 
l66«, 220*>, s*acoindont N 166*. 

IMPARFAIT 

1. descendin N 225^ ; — escrisevo A 73. — 2. ^descendies ; entendies N 1 59^. 
— 3. attendeyt, meteyt, offendeit, rendeyt, respondeit A 52, 51, 63, 59, 52; — 
deffendie, descendie, escoisendie, rendie, resplandie, vendie N 230€, 212'*, 184c, 
i88s 223*, 209«; rendit N 2^0^, confondit N 264^;—metii'et A 51.— 4. V«- 
cendiam; cf. franiam N 222'». — 5. querias N 217^». — 6. rendiant A. 63, 
dessendiant, tespondiant N 243**, N 2o8<ï; — atendiont, rendiant, resplandiont, 
tmdiont N 226c, 182», 21 1«, 266^. 

PARFAIT 

1. *descendei; — desundi. — 2. ^descendes; — dessendis, espatidis N 220«, 
26 ic. — 3. deffendety desundet, entendet, escoissendet, estendet, fondet, perdet.res- 
pondet N 206c, 220**, 208<ï, 213^ 260^ 21 1«, 185^ 2i7<ï; — estendeit,rendeit, 
respondeit }i 257», 230c, 229^; — entendit, rendit, respondit A 56, D i, 20, A 
55 is^espandit N 21 1*. — A.descendimos; cf. toîsimos N 24c. — 5. ^descendistes, 
^descendîtes ; cf. feistes ti/eites (= */istes et */^5) N 221c, 18 1^. — 6. /vw- 
deront, renderont, responderont, tenderont N 209^, ii*]^, 183^», 232**; — </«- 
cendiront, estendirunt A 73, 58, espandiront, rendiront N 26i«, 20i<i. 

FUTUR 

l.deffendrey A 54, despendrei N 21 3c. — 2. perdres N 21 5S 262». - 3. per- 
dra F I, 2, rendra N 215*, vendrai iv, 2, N I74«. — 4. rendrem,respondrem 
N 2i5<ï, 183c. — 5. ^perdreis; d.mordreis N i8i« ; temeris N X65C. — 6. ren- 
dront I IV, 2, vendront H i, 6. 

CONDITIONNEL 

1. *descendrin; cf. dirin, farin N 223^, 23S<ï. — 2. descendries, somondries 
N 220c. — 3. rendrit N 223«i. — 4. *descendriam ; cf. avitfm. — 5. ^descen- 
drias ; cf. tormenterias N 2 1 s»*, 209*». — 6. *descendriont ; cf. recivriant N 2o6«. 

IMPÉRATIF 

2. aient, fent N I79»>, 209*1; «/«i N 257b, enten N 243«». — 4. atendem N 
193*. — 5. attendes, desfendes l^ 208c, 213*1. 

SUBJONCTIF PRÉSENT 

1. perdo N 265*. — 2. entendes, perdes N 175», 261». — 3. rende H i, 2, 
rfiMi^/ N 268c. — ^.fondant, rendant, vettdam N 218*, 222*. — 5. respïandeis 
Il iSy, — respondis N 179^. — 6. entendant, escoinsendant N 167c, 217c. 



248 E. PHILIPON 



IMPARFAIT 

1. *descendesso ; entendisse N 207*. — 2. *iiescendesses, cf. venqtiesses N 247c. 
— S.pendesty rendest N 209^, 197'»; pendist^ rendist N 232c, 2x3*; tsUndit 
N 2io«. — 4. retidessam N I75«i. — 5. *descendessis ; cf. reconoisstssis N 179», 
6. *descendessaul, cf. ardessant N 202»»; — perdissant N 2x3*, respondissant N 
179b. 

INFINITIF PRÉSENT 

entendre A $5, revetidre D i, 36, ^rir^, prendre N 21$**, c ; cf. ronpre:^ (arch. 
de Lyon, CC. 373, passim) dont le ^ final indique la prononciation ouverte 
de Ve. 

PARTICIPE PRÉSENT 

resplandeni N 185», 214**; cf. maldiseni^ 2i4<l; — resplandent N i64<ï, re5- 
plendent, pendent N 268c, 226c, vendent C 11. 

PARTICIPE PASSÉ 

Masc. sing. suj. et plur. rég. estendus A 60, vendus C i, perdus^ escondus 
X 208«, 5i8« ; — sing. rég. et plur. suj. conjondu, despendu, fendu^ espanduK 
210**, 208c, 209«I, 2o8«. 

Fém. sing. rejetidua J, vendua C i, E, pendua, perdua, rendue N 210c, aoi"*, 
226c. — Plur. perdues D 11, 23, vendues I i, 10. 

Neutre suj. défendu, entendu H i, 12, 5. 

VERBES DIVERS 

Absoldre, DisîvoLDRE. — Ind. prés. 1. absolve N 223*». — Parf. 3. disso- 
luit X 26iï>. — Subj. prés. 3. assoîiet K i. 

Aduyre. — Ind. prés. 3. déduit A 46 ; 6. aduyont I i, 9. — Impér. 
2.fl//ttiN 22i*>; 5. aduiles N 271*. — Infin. prés, aduyre, duyre K i. — Par- 
tic, passé masc. déduit F, souduit N 255«i. 

Ardre. — Indic. prés. 1. ardo X 186** ; 3. art X 216*» ; 4t. ardent N i69*>, 
183^; 6. ardont X 184c. — Imparf. 3. ardie X 247*»; ardeit N 252*»; 
6. ardiont X 247J. -- Parf. 3. arsit X 229» ; 6. arsiront X 21 1«. — Fut. 1. 
ardrei 261*» ; 3. ardra X 204« ; 4. arJrem X 183» ; 6. ardrant X 169c. — 
Imparf. du subj. 3. arsist X 77», arsit X 202*»; ardest X 2ii«; 6. ardessant 
X 202». — Infin. prés, ardre D 1, 34. — Partie, prés, ardens X 20x«, ardent 
X 2571'. — Partie, passé masc. ars X 183J; fém. flrxa X 232*. 

*Battre. — Imparf. de l'indie. 3. batteit^ 256c. — Subj. prés. 4. Cùmba- 
tam X 2i8«. - Imparf. 3. balist X 227-; 6. avatessant X 202» (qu'ils abat- 
tissent). 



MORPHOLOGTR DU DIALECTK LYOKNAIS 249 

Beivre. — Indk, prés, 6. béeront A 41. — Imparf. 2. btvies N 201 •»; 
8. hevk N 225^, 202«.— Parf. 3. heiit N 228*, bit N loy, 167*^; 6. htvirent 
pour *^'/ii?n/ (Arch. de Lyon, CC* 575), biurmtt A 74. — Fut. 1. herei N 
117'* ; 6. htratit N 189'*, barant A 41. — Infin, prés, bdvre N 256**, kyre A 
9}. — Partie, passé bet4 K 167'*. 

•CtORE- — Indic. prés. 3, ntcht N iSj*^» — Impart. 3. cJoyi A 52; 
6. ehuini A 37. ^ Parf. 3. r/w/ N 23 5^, — Imparf, du subj. 6. ccndtttmnt 
N l8o^. 

CoKOisTRE. — lod, prés, t, conoisso k 36, N 169^, N 319^», cùf^misso}^ 
221** ; 2* coigmh (corr. côig^noisï) N 259*^, cognais N 254' > 4- £^wcm//f N 
2SS»*; 6. «7f>où^tï«/ N i82«. — Imparf. 1. conoimn N 208- ; 3 cx)gnoyistil A 
5Î* co^noissei N 249^% cognoissest N 25 î<» cûnoissie N 205*; 6. foriomo^// pour 
*cofwhsiant N 226^, — Parf. 1. «;^;imï' N r8)* ; 3. reco^nhd A 78, cognui 
N 206*» ; 4. conoissimos N 2to** ; 6. cognomireni N 230*, cv^nnisiront N 254^, 
— Fut. 1. conohtrd N 185"; 2. conoUtres N 222*, recoignestns N 260*1. — 
Iiïipér. 2. cogttois N 253*' ; 5< fOgnoysshiA 60. — Subj. prés. 2- conùissix N 
176*» ; 3. cognoisu'^ 128*» ; 4. c^inoismm N i86c, cognoman N 2S4»>; 5. cûmiS' 
ms N 179* ; 6. cognoi^sant N 226^, cntwissant N 186-^. — ï m parf, 3. Cxngftîsii 
N 265^; B, reconoissesis N 179*; 4. tt^r^ofijam N 158*»; 6. fc>«o/J5«50w( pour 
*conmi$tisani K 195"*, — Infin. prés, f<ï»oi5/frN i85«*,r«o«<JÙ/f<; N l'j^^^cog mitre 
A 47, — Partie, prés. réi^qpfKïmw^ N 221*, ccgnoissm^ N 253»; ccgrmssent N 
260^. — Partie, passé niase. cmoissui K 220* ; troiKHiiM N 321^, cogtmssu ^^l^\ 
fént. sing. cortc^mwaN 222^, 

CONTREINDRE, ESTEIN'DRÉ, ESTREINDRE, CtC. — Ind. prés, 2» CômtmnS N 

2î4>»; 3, esidnt N 255*. — Imparf. 6. dtstragmni N 18 j«* — Parf, 

2, tsiamsis N 261- ; 3, esteimit N 177^, 2J2**, Jeinsit N 25 jK — Impér, 
2- ^i^«« N 257*'. — Subj, près. 1. tsUigno N 2S7'>, — Imparf. subj. 6. cw- 
treigtmant N 71". — Infin. prés. tUrtindre N 206**, — Partie, passé fèm. 
sîng. C4>nstmrtti, estrnnii N 21 3^ 26 t*», 

CoRDRE. — înd. prés. 3. acori N 189' ; 5. correx N 253*^ ; 6. corront N 
214»», socoront N 227^ — Imparf, 3- coreyt A 52. — Parf, 3. Cùrrit N 262*^* 
flfil N 254'*; B.corriront N 181**, coriront A 79»-', N 262^.— Fut. 2. coràras^ 
corr. A)r</iw N 7}*» ; 3* soccordra N 7}*. — Condition. 3, record ri l A 65, — 
Impér. 2. secorres N 254^. — Subj, prés, 3. ^orre 190*'. — Infinitif prés. 
fOr(/r« N 222", encorâre N 214^», socordn N 217^. — Partie, prés, cortat N 
2îî«, — Part, pas. corru N 238^. 

Creire, —Ind, prés, 1. crey h j6. *|6, D t, rm N 258» ; 2. rr«N 229** ; 

3, creil N 226** ; 4, cr/rrri N 170**, crtiem N 221* ; 5. crées N 209^, creei N 
17$» ; 3 creont N 175'*, rrritw/ N 222». — Imparf, 3- creie N 171*; 3, aoiatt^ 
corr. rr«awf N 255'», — Parf. 1, crrm N 219J, 221 ^; 3, crett N 260**, m/ 
N 7T''; creissii D 1» 46; 4- creiimes eorr. aeismos N 210*1; 6- crtetoni N 
187», creiront N 182*. — Fut. 4: creirem N 198* ; 5. tv^rm N 170*»; 6. ^rm* 
ranl N 176^. — Condition. 6. creriont N l6^f. ^ Impérai, 2. rm N 245** î 
S. frfri N 175», — Subj, prés. 1. creio ^U6j^; 2. creies N 179*»; 4. creiam 



250 E, PHIUPON 

K 221»» crfian N ip**; 6. crm N 175*; 6. cniani N i6l^ \ acressanl }i 
229*. — ImparC 6. creissant N iSyi^, 240=. — Infin. prés, creire K 244^ — 
Partie, prés, crani^i 221* ; créent N 230^. — Partie, passé masc. creu N 216**; 
fém. creua N lyS^. 

Creytre. — Imparf. de Tindic. 3. creyseit A 64. — Parf. 3- s*" criut A 75 ; 
créisit^ decrrymt A 51, 75, cresiit N 265**, creisùt N 247^^, — Fut. 3^ creyha 
llV, I, -— Subj. prés. 3. cnist N 195**, ffmi# N 246» - — In fin. prés, creyin 
A 5^. — Partie, près, creisteni N 175*. - - Partie, pûss. masc. cremn N266**. 

CuDRE. — Imparf. de l'indic, 6. cosiani K m, — Parf. 3. cunt K lïî. Cùsit 
N 2}o*- — Infiti. prés. a*f/f* Km. 

Deceyvre et les autres dérivés de caperc. -- Ind. prés. i. dicivoJi 1^6^; 
2. decis K 259»; 3. «/m/ N 259*», récit N 254*; 4. decurm X 202<>; 6. r^rf- 
vont N 254 <^. — Imparf. 3. recivu N 202-*; 6. rcdviont N 2î2^; recn^iant 
A 6$. — Parf. 1. r«:ï(i) N 219*1 ; 2. r^orij N 25 1*^, decis K 259* ; 3. conçu 
N 190s r^ïi N 22î<*, 268*, resit E, i/irr/ N 214*»; décist N 214^ r^/*/ N 
74 1», 212^; —recevit K J, r^fn'i/ et ivcm/ N 254s 195'^ ; s'aperçnit X 240*»; 
6. rfceviront A 58, X 261s ncivitontN 257^- — ï^^^- i- rechrei X 206*» 
2$S**; 3» recivrts X 235»; 3. rerti^ii N 2^5 1'; 6. recivrant X 214**, receirmt 
I V, 7. — Condition, 6. recivrimit X 206 «. — Impérat. 2. r^m A 57, rr^i 
X 237^, reci X i68«, 20 « , B* recivh N 186=. — Subj. prés. 1. recnnc N 
254*, recim X 246*; 2> reuives X 230*^, rfm'^i X 265 1*; 3- </^it'^ X 214*»» 
tedv* "S 237c; 4. redvam X 26o« ; 5. dedt*eis ^ ^V^* rmvh X i86t; 
0. remant X 185 «. — Impart 3. rwrt^r; X 254c ; recemt^ 245'»; 6. reum^ 
sattt X 221 *. — Infin. près, décore, peraym^ rectyire A 51, 52, 65; reciivre 
N 228*; decivre N 217^, concivre N 240 ^ redire F II, I il, i, N 76», 214^, 
^ Partie, pas. nusc. recepi F i, P, rrrr/ N 75^, 220b, ^rrW X 178*, recuit N 
224*1; — fém. recepta^ receptes K i-nr ; — masc. r^tus X 206*, reccu F i, N 
202 • ; fém. reciua X 213*'. 

•Destruïre. — Indic. prés. 3^ destruil N 187*'. ^ Imparf. 3. destrusU 
N 230^ — Fut. 6. destruirant X 183». — Subj. prés. 3. destruie X 184K 
Partie, pas. masc. destruit X 210 <^ ; fém. desîruiti X 245*. 

DtRH. — Ind. prés. 1. diu X 190S 260^, 265*, maiidio X 246^ ; 2. dii M 
186*; 3. dit X ; 5. */iV<i X 234!» 6, diout D i, 22, X 222*. — Imparf, 

2. dimi X 217* ; 3. diiit X 213»», i2^,disit D 1, 10, X 77*, 235^ ; 6* disiani 
X 236*^, disiont, disiiont N 270*, 213*'. — Parf. 2. disis X 207*, 256*; 

3. diseit, diiit X 229^ 256»; J»i/ X 226*, dit A 56eiX; 5. disita K 
198»; 6. distront X 241*, 255^. — Fut. 1. direy A 36, «iï>« N 165*; 
2. ^i>« X ; 4. J/rrm X 21^^ ; 5. dirdi N 220**; 6. dirattt X 25 s**. ^ Coq- 
dition. 1. dirim X 25 IS dirîn X 223 "^ ; 3, dirit X 240*; 6. ^»>w»f/ X aoj^^ 
— Impér. 2. i/iX 269^: 4 <fw^iw X 240^ — Subj. prés. 1. Jtt> N 226 «; 
2. ^rVi X i8$t>; 3. dit X 2î8s 5- dicài X 254*»; 6. ^/ûn< X 220<*. — 
Imparf. 3- dlnn X 185*. 256*. di$it X 265^ 6. diseiant, disisiant X aïo», 
219* ; contradiiissant X 167*. — lofin. prés. </iV<t X. — Partie, prés, masc. 



MORPHOLOGIE DU DÎALFXTE LYONNAIS 25 1 

EscutRE. — Inii. prés. 4. acrions. — Imparf. de Tind, 3- ticrhie N ïSa**; 
Margueriic d'Oingt écrit X !a i^e pers, escrisei'Ot p. 73, par analogie del. — 
Parf. 3. escrist N yS'^^ /scrit N 164». ^ Subj. prés. 4. esctt'am N 234^. — 
Imparf. du subj, 6. acriesant N 234 s escrisassmt qu'il faut sjns doute cor- 
riger en escrisesiatU N 234'*. — Inf. prés, r/cnr^ N 26 *. — Partie, passé masc. 
fscrij; escril A 36, 37; escrist 190*^; ^ fém. «m /a A 37. 

EsTRE. — Indic. pT&i, 1, Jwi A 54, N 227*, soi N 238'= ; 2. es A 54» N 
240-^' et U forme inchoatîve enes N 200^» iSSl- ; 3. '•^f A 41, I \\ 4, etc. ; 
4. suffKs N 204 **; /jwoi N 217 ^, 220<i, 249», tmos N i86« ; 5* eiics N 217*»; 
6. suni A 47, C I» 1 V, 4, N 2i4<i» iûni A 40, D i, H c, ij, N 214*. — 
Imparf. a 1, ero N 307», 223* ; 2. erês N 21 5«; 3. eut A 36, 51, 69, K î, 
ernt A 40, en D ï, I Ml, 10, N 226^' ; 4. *fram',B* 'tras; 6. miw^ A 37, 48, 
51, K IV, N 238*»» Wran/ K t, eyrant K t, rwj* N 2^6^ ; #rtt/f/ A 38, 43, 
fraff/ N 266^; — g. 3. «/«/ N 241*; 4. estiam N i8Hc, eslian N 238*:; 
6* C5/iai N 213^; 6. estiant A 41 ^ 69» 71, tsliannt D t et tt, itlant I ttl, 36, 
yUani A 51, 63, eîtiont N210K — Parf. l, fui N 208c; 2. *Juia\ s/fut 
A 37, I lîT» i, ftt K 2 39«; 4. fumo^ N 238< ; 5. '/uslei ou *fmitês\ 
6^ /wniwf lin, 45, /»rc?fr( A 44, Sj.futon K i i/uirani N 260*^, fueroni Kl. — 
Fot. 1, ttrW K 240'' ; 2. j^« N 221 ^, 266*' ; 3, s^ta A 47, F 1» H i, 12, N 
214^; — tri N 239*, 266^, yert A 90, krt N 24$<*; 4. f^f^wi N 170'*, 
itS^; 5. wmV N 173* ; 6. ierani A 4I1 F i et 11, H 1, 4, 8, N 215»*. - 
Condition, 1. ierim N 262*, serin N 167»*; 2- «W« N 2IJ<^î 3* srrit 
H r, 4, To, I IV, 73, N 175^ 227*, P; -- fttrti A 59; 4. * sfriam ; 
B* ^sérias ; 6* * striant, * seriont, sartont A 44; —Jurant N 2I4<*. — Impérai. 

2. iiiis N 259'»; 4- ^ seitm (c!. ditftn N 240*»); 5. i«V K 16s'', 175 *». 
— Subj. prés. 1, wi(» N 176^, 227**; 2. s^ies N 266»*, s$is N 176*»; 

3. iciV A 45» F J, H i, I, N 239 ^ iï7/ A 69 ; 4. seiams N 237 S seiam N 
2îS<:, 224c; 5. seie;^ N t7>^ .<^/5 N 214* ; 6, setant A 44, F ï, H i, ïi, K 
255 •» imwf I IV, 75, siitnt X 225 1», — Imparf. 1. fusso N 207*, fuso N 
120*1 ; 2./«w^ N 238^, fuses N 210^ ; 3- ftst D i, F m, N 223», 22y*, fut 
A 38, 59» K ly fu A 47 ; 4. fussaim D Ti, s> /«i^^'w N 221 ■ ; 5- *fusseis et 
^pisiiii B^ fussent A 44, 59, N 17$ ^, fusant N 238'^, fumnt G 16 ; —jurant 
forent N, — Infin. prC^s. estre A 37, H r, 13, N 254 ^ 

Suivi d'un participe passif, W a le sens du franc, /m ijo soi leva N 243<l' 
Notons est ans, a été N 220* et £re ans, avait été : sancs non ère aus espandus ; 
^epuîluta nan tte aua faiti^ N 190«. 

Faire, — Ind. prcs. 2. fais K lyj^.fas N 266c; 3. faitD n, 5, N 213 s 
fat ], N 261 '^i A^ faisem N i^S^^faistem N 2SsJ,/arV« N 217^; B. faites 
N 2to^: 6. /ïï/// A 41, F 1 et 11, H 1, 15, J. K i, 2 14 s 244 **• — Imparf. 
l.faisin N 271*; 2. fa i sirs N 184** ; 3. fayseit A 45, é-^, jeyset A %i, faseit 
A SI : --faisie N 218-- : — faisit A 71, N 266b, /m fV D l. 34, îl, 9. N 248- ; 
4. fii^ian K I, fo 4 r» ; 6. faysiant A 42 ; — faisiontyfaissiûnt N 267 », 255 »>, — 
Farf. î,/f Kî, 39: 2. /m N 256^ 259^»; 3. P D i. 15, K i, j, X 210^; fist 
N 226 ^y 228 c, 77 • ; —faisiit N 228 «^ ; 4- /i«« pour *fimoi à côté de toisimot 



2)2 E. PHILIPON 

N 24^" ; 5. fiisies N 221 c ; 0. finmt N 268*. — Fut. 1. farei N 2(i6-* , 

2. /ir#*i N 266 <l ; 3. fara N 221 ^ ; 4. farem N 171 *, 254 -^^ ; 6. farafii F l el 
li et IV, H I, 12. - Condition. %. furiti N 235 ^^/rrin^i 2}6c ; 2»/tïnVi N 
220s 3. farif N isé"-; 6, /drmw/ N 241 »> ; /i/n/:/ (sic) N 254^. — Inipérat, 
1t, Jaili 26(i^ ,, ^, faisfiu K 240^^ Jaiseti N 224'^ ; 5. /aides, faiUi K 209*, 
210^. — Subj. prés, l.fitcû K 73 <* ; 2. /'ï^^'Jf N 75*^ ; 3./^^ H 1, 12, N 240^; 
A.façam N 259*^; B*ficeis N 321S fads N 169*»; Q. /(i(aHt N 189^» /û*V- 
5fl«/ N 225 '•» faisan tF î, /niant F n, /ac^ant F iv. -- Imparf. 2. /tinfi N 
266 J ; 3*>t^/ N 267^ >ij/ b II, 6»>i/ N 268»» ; — yWw/ X 22)» ; 4^ fiissatu 
N 165^; S. /tissant, fnsant N 71*, 226"", 268', — Infin. prés. y<t;/r^ D 1, 
I et ^,/ayre A 56, /trt j, K iîi,^i/if F !, J, — Partie, prés. /aissenl N 245 **; 

faisan^ j,/WwmI Du, 16 ; — Partie, passé masc. /aii K 187»^» I^ ^ »» 9 i 
/ûi7 N, /fl D I, ï»/a/ N259^'; — fém, sing. /aiti D 11. ij, I m, 17, N 
17 1*^ , plur. /a i tes fias îi m. 
Freindre. — Indic. înipârf. ^. framamS 222 1'; 6 frai^niont K 261 «. 

— Par*, 6. /rassinmt, Jraisiiotft N 198^, 257** — Impérai. 2>Jraîn N 169**. 
^ înfin. prés, freindre H t. — Partie, pas. masc. /reint A 78 ; — fém. 
fraites N 164 ** ; frainti F l- 

•FuiRE ou 'roiRR fugère, — Parf, S./orVN 208». — Fut. BJinratji}^ 
186^, — Subj. prés. A^ ptiam N 207^», 251**; 8. /niant N 179**, 
LiERE, Leirk. — Indic. prcs. 3. leit N 178 s eskit N 189^=, — Parf. 

3. fîeisit N I9S**; 6* eitisiront N 2^1''. — Impérat. 2. elei N 264*; 5. rlii- 
Sfl N 18)»^. — Infin. prés, leire N 26o«. iiere A 38» o7/m^ F u. -- Partie, 
pas. masc. Wn^ N 29}*»; /Wï N 238*'; fém. /W/i* N 265 '^j eleiti N 248*, 

• Luire, — Parf. j. /w/iî/ N 75 <^. 

MiHTRE. — Ind. prés. 1. prometto N 254**, tramrto K 2I3« ; 2. w/'v N 
211^; 3. promet I v, 9, met N 254 ^ ; 6, protnetotit F ir, entrantetont H I, $• 

— Imparf. 1. promet in N 26}-'; 3. w*'/o'/ A si ; nirtivet A S t. — Parf. 
2. ntesis N 220*', trameûi N 270'*; 3. trameist N iSé», wW/ N 40c. iwi'l 
K 254 1» ; wi^t N 240^ ; m*i7 A 74 » D 11, 7 ; mesist N 19s <*, 74*^; w**"^'' ^' 75^; 
wr/*/ A 74, rntnmietit D 11, 46, trametit Kl;— 6. mmirentl D 1. 26, 
mHiirvnt N 245**, 268 c, mesiront N 231» ; met iront K 57; mHsttont N 230»^, 
miitront X 2j8'*. ^ Fut. 1. mettrei N 271 ^; w^'^yj N 75*^; 3. wf//rj N 
2J5*» ; 4» metrem N 238*» ; 6. meirant N 260». — Condition. 2. metries N 
220 -' ; 3. wWnV A 46. N 207*^, me tri A 74. — Impér. 2^ tramet N 260»* ; 
5. metes N 234**. — Subj, prés. X. mette N 261 « ; 2* wt^^^'i N 204*" ;6; nutant 
F I et 11, —Imparf, 2- nmissrs N 251»*; 3* meisist, mmit, mesisi N 232». 
252*^^ 173**; — wiV A j2 ; 8. mrsissant K i8o<* ; — minant A 74. — Infio. 
prés, wr/rf A $7, D II, 17. — Partie, passé masc. mis D i, ^6, nieis N 215^, 
Irf/fwri N 208^; fém. sing. meysa I 11, 3, promeisa N 244*, messa K I ; plur- 
mal maei N 212*^, rwri5/j K i, mises J ; n^uixt promyes A 95. 

Mordre. — Imparf. de Findic. 3- mor^ie N 184'. — Parf. 3. morsii N 
265 «I. — Fut. 6* me>r(treis K i8t^;6* monlrant N 181 «. — Partie, passé 
fRftsc mort N 194*. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 2)) 

Naistre. — Indic. prés. 6. uainittt N 222 «» nasqunt N 254^. — Parf. 

3. mnijuit N i84<i, 254*; itaisit N iS9<*. — Fut. 3. naistra K i8j*. — Subj. 

pfcs. 6. ttasijmml N 254'^. — Impiarf, 6. renasqufssmt N 175^. — Partie. 

prés. Hatssrtt^ N 175», - Partie, pas. masc. na^ N 185*». 

NoYRE. — Indk. prés. 6. »0iont N 254^* — Parf. 3. funstil N 227**» — 
Imparf. du subjotict. 3. nuissist N léCK. — Infin* prés, fwyn A 56, «oirr K 
228*, 

OciRRE; — îndic. prés, 3. octt N 214*»; S. ocides N 208*. — Imparf. 
6, ochiont N 211c. — Parf. 2. occis N 262* ; 3* ût-w/ N 211"», ocit X 2571»; 
6. oscistront N 226^, ocistnmt K i%i^, — Fut, 1. occirei N 257*5 ; 6. sWir- 
rani N 175*». — Condition, l.omirïiN 208^ •occisçram. — Impérat. 
S. ociei N 182*, — Subj* prés. 1. ocio N 261*; 3^ ocU N 214»; 0. tvwiw/ 
N 256«. — ImparL 3 octht N 254 s ocijf/ N 164*, oc4it N is j*» ; 6. ocUssant 
K 212*, — Infin, près, ocire, ocirre N 22^*, 21 1*** — Partie, pass. masc ocis 
K 164*; — fém. ùcisa N 189J. 
•Oindre. — Imparf. de!'indic. 6. cfnhnt N 232*». — Partie, pass. mas*:. 

N 219**. 

Paître. — Iinparf. de l'indic. 3. refntissie N 2S>*>. — Parf. i./kiri^wi N 
271* ; 3. rfpausit N 55*. — Infin. pr<b. piùtre N 206**, — Partie, pass. fém. 
rffmistia E; repûyisufs A 41. 

Paraître. — Ind. prcs. 3. af^pitreist N 184^, a/WfrtV I m, 41. — Impart. 
3, p<iri$eyt A 60» appathuit A 40» <>9 ^»* 265 <*; — piùressit N 154** ; 6. a/>/><i- 
Tf/ssmtt A 6} ; pariumt A 60. —Parf. 3. tf/J/Jûn/ A 92,N76*, a/wriV N 25$ »»; 
/wr/l N 229» ; — apparcissit N 216^, appamsît Ni72«l, 25$'*, rfparehsil 
N 226^' ; 6. appaninrùtt N 161 c. — Fut. ^, ptu istrcnt N 73* pour *parcùtrant, 
— Subj. prés. 2. aptifissi's}^ 204 ^'; 3. patrisse N 229», apparmst I v, 4, — 
Imparf. 3 apparissit A6j ; 6. patinant A 6Q\apparfissesant N 200^. — Infin. 
prés, apparaître K 185'^. — Partie, passé masc. apparissus N 251 «; — fém. 
apparissi4a X 240 >'. 

Pu INDRE, — Impérat. 5 pUwiijm'S N 21 jJ. 

Playre. — Ind. prés, 3. plait N 215*; 6, /ï/<kwr N 189s — Imparf. 
3, plaisic X léo**. — Parf 3. phtiit N 209 ^ 260*. — Fut. 3. phtyra A 56, 
pUira I IV, 7î, />/ci/ïi X 228^. — Subj. prés. 2. piacrs X 169*1; 8* pfactt A 
$6, dfipiacf X 181 *. — Imparf. 3. //eiti/ G, -- Infîn, prés, playrt A 61. 

Prendre. — Indic. prés, %, prenna h $4^ prmdo X 216^; 3. />r^/ N 
21 J*»; B. prenant X 2i6*. — Imparf, 1. prefiitt X 266 •»; B^ prenril A S2, 
prrttieK 255 *= - Parf. 2- <//>/« fi X 175^; S.preiit X 219'*, 256"^, y>ni/ N 
2$^^\prit A77tD i,3,K; 4. tipreianifs (corr. aprtiimos) X î6o'» ; 5. presistti 
X 166J; 0, prciitrout X 232 <-, pristrottt X 241 *» ; pm'drotti X 252*». pridruttt 
A 59 ; ptinvU K iv ; — pra iront N 2ji^, pnisirotit X ajç*», 266**. — Futur 
S* pr^^tidranl H i» 10» X 213 J; aprendrrant X 2 34 1. —Condition, B.pfrtt- 
dnl H I, 22. " Impcrat, 2, preti X 21$ J, 256'»; 5- pretttu'i X 185 ", (i/»fyw**j 
N 217^'. — Subj, prés. 3. preîgttei F H, pregnie H J, 4. /^rrnr/ F ï ; 4. premtm 
X 2i6c; 5. prfigneis N 175**; 0. prcignant F n, prtgmtnt X 172^% F iV, 



254 ^' PIMLIPON 

gênant F i, — Imparf. l^preùso K 207* ; 3, pfaht N 173*^» 265% prfisisi N 
227^; priisit^ 226*^ ; 6./>mia«/A67 ; —pnshant N 225 •^preisùant K 22$» 
(sic), pnsissant N 271*, — liifin. prés, piefuhtl n, 2» N 215^', — Partie, 
passé ma5c./>irwD t, I7,N 216s 7J^ (en rime avec iet)^ prh I v, 2. — F<îm* 
plur. prtyses K i, ^ri>i I v, 4. 

QjUERRE, — lï\A, pr6s. 1. quno^ ijero N 186**, 263*, requiitro A 56; 
2. i/w/cri N 179*; 3» qi4^r \ 217'^ ; 4. qmrem N ip'^ ; 5» querr^ N 209 < ; 
6. qiuront N 252^ — Imparf. 3. mqutrit N 261*; 5. qutrias N 217**; 
ô. qmrkmt N 2îO«. — Part. 2- conqucrh K 253 *>; 3- '/wïï/ N 248t. — Fui. 
2. qiéirrts N 171^; 5. querreis N 186'*; 6. qufrtrant N 214*». — Impérat* 
4* qnertm N 168 ■, rtquerrrm N 199^. — Subj, prés. 3. qa^rre N 261^; 
4, requeram N 217^; 6- querant N 215*'. — Imparf. 2. t^qurtshses N 251^. 

— Infiii, prés, qurrre^ conquerre N 184!^'^ '9^^'. aqture N 26CK, mais aussi 
quirrir A 56, — Partie, passé masc. aqutru^ lOfiqurru, rcqueru N 206^, 192 S 
253 «». 

"RElMBRE(redimere). — Parf, 2- reemsh N 206 ^ , 3. rttmsit K 2i8K 

— Subj, imparf. r//wm^N J54d — Partie, pass. masc. rcens N 201 K 
•Remembre. ^ Impérat. 4. renhuhrnn K 214*». 

•Résoudre rcsurgere. — Fuu 3. mdra N 159'»; 6* resordnmt N 170s 
190K — Condit. 3. resordreU N JS7K — Infin. prés, ruorâre N 159*. 

Rire. — Parf. 3. rht, rit N 159*, 2571». — Partie, prés, svrisatti A 57. 

Rompre. — Inf. dnomprt, L v, 3. — Part^pass. niase. plur, rég. ro^ D IL 

*Saudre •salhre. — Fut. 3. stjudru N 359»; 5. iaudirts N 218*; nuis 
impérat, 2« Siitl K 259**, infin. prés, mllir^ 259*», etc. 

SiGRE. — Indic. prés, 1. i<^a N 262 *•; 2.persfcsN ijj"*; — 3, i'emùl 
B, i'cmiftd W u T5 ; 6- Jfj^ow/ A 7$, K 214^, j«"jçfi//wf/ N î66v i'muifgimî 
Du, 15.— Imparf. 3. î/^«ï> N 187*, ii^iV N 249* ; prrstigit N 217J ; 
6. ifguiont, svigiorit.pcrse^'iovt N 213»» 232»», 257**. — Parf, 1. if^^î K 159»*; 
2* i<X"*^ N 207*»; 3* sfgH N 236*, s*emcguit K ïV. — Fut. 2. acomejfrn'K 
2 $9*; 0. sf gif mit N 238 «, srguinmt N 164*. — Condition. 1. stgufrû 
•sequcram N 213c. — Impérat. 2. i**" N 2J9»ï, 198*; 5. ^r^q N 259». 

— Subj. prés. 3- ^fgfi N 206**; 6. s^ftisr^^uanl K tv. — Infin. prés, Sfgrtt 
cmsegre N 2is«î, 260s si^i^e F t. — Part. pass. masc. sigu N 248-, /yri«vw 
Kl. 

SoMONDRE. — Parf. 2. ummtsii N 168^. — Iniîn. prés, iôttmtdre N i68*», 

— Partie, pass. masc. somom N 168*», 207*, 



t. Nizier du Puitspclu, Diction. étytmU du ptttcis lyonnais^ p. 33a v* 
quhi(u), Qtimier remontcrait-tl â un primitif *quifiicarf formé sur quiHus 
comme dupUcare a été formé sur duplum. Ce n'est gucrc probable^ ctr 
•quiciiearc aurait donné en v, iyon, quet^tfr comme predicare a 
donnû prigitr ^ quant au *quc tiare proposé par Putispelu, il est bien 
hypothétique* 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 255 

•Taire. — Imparf. du subj. 6. se taisesant N 167*1, se taisessant N 193'^. 
Les Légendes en prose emploient déjà au sens de « se taire » le verbe se quei- 
sier N 207 « qui a fait fortune dans les patois, mais dont Tétymologie n*est 
pas absolument claire ». On lit au fo 167c la 3* pers. sing. de l'ind. prés, se 
queise. 

*Terdre tergere. — Parf. 3. iersit N 195». 

TouDRE tollere. — Indic. prés. 3. tout N 214^. — Imparf. 6. tolliont 
N 182*. — Parf. 4. toîsimos N 24c ; 6. toUiront N 2ii*i. — Fut. 3. tomira 
N 208»; 4. toudrem N i8o«; 6. toiiàrant N 215 c. — Subj. prés. 3. touse N. 

— Imparf. 3- tousit N 240^ ; 6. touccssant N 2i3«. — Infin. prés, toudre N 
217**. — Partie, pass. masc. tout N 216^. 

Traire. — Ind. prés. 1. trao N .266«, traio N 165*1. — Imparf. 3. traset 
A 41 ; 6. traiant A 63 ; traisiont N 255 *». — Parf. 1. trais N 35 et traisiu N 
201 <i; 3. traisit N 201 * ; 6. traisiront N 212*, traissiront N 198*, traysiront 
A 59. — Fut. 6. retrairant N 260^, — Condition. 2. trairies N 220 c. — 
Impérat. 2. train N 261 *>, trai N 228*». — Subj. prés. 3. traie N 261 c. — 
Imparf. 2. traisesses N 220'*; 3- /rûwiV N 258c; 6. traissesatit N 220^. — 
Infin. prés, traire N 220«, A 53. — Partie, pass. fcm. sing. traiti N i68c. 

Veincre. — Indic. prés. 1. z'^n^o et îW«ço,N 227*1, tWw^oN 25 7 b; 3.w*w/ 
N 247 *♦; 4. veuquen N 225^5 6. veincont N 216. — Imparf. 3. veinquie N 
263*. — Parf. 3. venqueit N 248», veuquit N 185*1. — Fut. 1. venqrei N 
185c. — Condition. 3. wMçri/ N 248*. — Subj. prés. 1. wm</o N 256*», 
veiuqa^ 2'y']^ \ 4. veincam ^ 216 *>. — Imparf. 2. veuquesses N 247 «; 
3. venquet N 190*>; 6. venquessant N 185 <:. — Infin. prés, veinqre^ 227*1, 
veittcre N 2i6''', îvwcré? N 256*. — Partie, pass. masc. fe'WfMj N 2i6«, fém. 
veucua N 25 1»-*. 

Vivre. — Indic. prés. 1. revivo N 157* ; 4. vivent N 224*1 ; 6. viivnt N 
213 *l. — Imparf. 3. vivet A 55, vivit N 266»:. — Parf. 3. vcsquit N 252'!. 

— Fut. 6. vivrant N 214^, vivrcnt A 46. — Condition. 2. vivries N 252'!. 

— 3. vivent N 191'!, î'/VnV E. — Subj prés. 1. viw A 56 ; 3. vivet A 55, 
iTir N 213^; 4. vii'tfw N 253*:; 6. vivant N 216*». — Imparf. 3. vcsqit N 
248 *> ; 6. v.'squisant N 253», visquesant N 205 *. 

QUATRIEME CONJUGAISON 

INDICATIF PRÉSENT 

1. consinto^ oio, partiOySetvOy soffro^ sustino^ mento^ 211*1, 2Z5'i, 230^, 25 iJ, 
237*», 259», 275*=. — 2. repen:;;^}^ 228»-'. — 3. huH , consiut ^ ment, sert N 228»:, 
208*», 214*», 20ia, saut N i6oï>, I IV, 68,. — 4. assaillent, consentent, 
offrent y repentem N 187':, 209^1, 260 >:, 166^; parteyn K i, soffren N 234 b. — 
5. ^sente:^; sentis N 213*1, sttffris N 234b. — 6. purtont, sailhnt, servent, 
suffront N 254*>, 172*1, 173*1, i86b, salïoitt, sinloitt A 42, 41, falliont H i, 
20, betieiont, 258^, salliwtt A 40. 



256 E. PHILIPON 

IMPARFAIT 

1. stijfrin N 221 *», oim N 243 J, ohein N 262». — 2. * parties \ cf. at 
266*». — 3. sayîeity senteyt A 41, 51; — covrie, gisie, offrit, oie, f 
saillie N 214*, 165 »>, 2o6*>, 244 <*, 207*, 187*; — saiUily soffrit N 258c 

— defaylievet A 66, sentievet, sentivet A 52, 51. — 4. *partiam, cf. iirwi 
221*. — 5 *partias; cf. vendias. — 6. Jfrt'/anw/ ou serviannt, D 
tentant N 261 «, rendiant A 63 ; defailliont^ dormiont, ovriont, serviont N ; 
266^ 230**, 207 b. 

PARFAIT 

1. ^ parti, — 2. suffris, vestis N 256»>. — 3. saillist N 228c; o/ri7, 
partit, suffrit N 2s6»>, 265 c, 230s 185 »>, oy/, 5fl//ï7, A 77, 43; — fen 
^o8». — 4. oim^5 N 201 « ; venismos N 201 ^. — 5. sailîistes^ 165 <*, w#fi 
214»; offrîtes N 255c. — 6. ovriront, ouirout, sailliront , serviront , suj^ 
N 207^ 259»», 205*, 205*, 255^ 1S2 ^, partiront A 59, K iv; c(, sali 
Kl. 

FUTUR 

1. partirei, saillirei, sentirei, soffrirei N 240^, 196 c, 258*, 240* 
2. partires, sentires, servir es , soffrires N 240^, 266 <*, 185 s 264», — 3. 
lira, suffrira N 228 ^ 221^. — 4. offrirent, saillirem N 173*, 203*, pat 
N 232^. — 5. orreis, partireis, sentireis, soffrireis^ 191**, 205 *>, 181 «, : 

— 6. partirant, saillirant N 2I3<*,204<*; — partirent, setttirtftt A 48, 4 

CONDITIONNEL 

1. suffririu'S 222*1. — 2. vestiri/s N 220^. — 3. part ire it N I98*>; 
i'/>i7 N 201**. — 4. *partiriam. — 5. *partirias. — 6. *partiriant. 

IMPÉRATIF 

2. /wr/, te repin, sail K 256*1, 227 ï>, 207 *>; offrit 259*- — 4. oir^w/j 
/rtrw N 2i6«, 2iib. — 5. cv^ N i86.l', 2oS^; floris{* = ff or eis) N lôs^. 

SUBJONCTIF PRÉSENT 

1. saillo, fcro, feiro X 228 ^ 208 «, 211^.-2. oies, partes, sailles N ; 
177 c, 204 1». — S.partet N 249c, o/V, 5a/7/<; N 160^, 215*. — 4. if5r> 
partiiin \ 215 b. — 5. 5j/7/«5 K 205 <*; repentis, saillis, soffris N 181 <*, : 
i86a. — 6. ilesen'dnt, oiant, saillant, suffrant N 255*», 2io*>, i83«, : 

tig liant F i. 

IMPARFAIT 

1. oisso, servisse X 243 ^^ 207*. — 2. * partisses. — 3. coillist, pari 
270s 206^] dt'fiillit, oyt, partit, tarit A 70, 55, 65, 40. — 4. ^partissai 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONKAIÎi ^57 

5. *partissis(==. * partisseis). — 6. œnsmtesanty servessant N 2i}b, ijyd; dormis- 
sani, saillissant, soffrissant N 165 c, 265*, 204 <*; partisant, servisant, N 248 «, 
205*. 

INFINITIF PRÉSENT 
ouvrir K l, /erir, suffrir, N 208"*>, 256^, msspariîr I iv, i, oir A 50. 

PARTICIPE PRÉSENT 
repinten^y sailletti N 169», 208*; dormeni A $2; baillent N 257ï>. 

PARTICIPE PASSÉ 

a. Masc. recoillii, N 2jo*>, vistii A 4} ; commtiy oi N 211 *>, 207^, /jj/// A 
44. — Fém. sing. fl</MrwiM A 61, partia Fi, v.'Stia N 260^; — Plur. saillies 
N 256*. 

p. Masc. suffert\^i\%^\ — Fém.a>wr/flN 208*. 

Verbes à forme inchoative 

INDICATIF PRÉSENT 

l.offresco}^ 16^^, beneisOy nureisso, obeissoy N 2 s 7^ 264c, iSy, offreiso 
soffreiso, ufreiso N 256» et 226»:, 228», 185*, mais soffro N 257*». — 
2. deguerpeiSy gareis N 257*», i86*>. — 3. f^areisty langueist N 184a, 176» ; 
s^aiapeit, flacheit *flacciscit, langueityrugeit N 167c, 165*», 176*» i89<*. 

— 4. *obeissem, — 5. ^obeisse^y *obeissis. — 6. emplHsont N 226 «, mais 
btneiont N 258c. 

IMPARFAIT 

±, beneisin N 258c, mais obeiny o/w, suffrin N 262*, 243 «J, 22 1^. — 
2. *beneisies, — 3. beneissit N 261 >», mais beneiCy convertiCy garrie N I7i*>, 
25 1«, 148», gemity offrie N 255s 206^»; — 4. *benfisiam, — 5. *bmfisia^. 

— 6. bemisionty eschaneisont y gemissont N 202 *>, 254t>, 207*, mais aussi fre- 
miont y gariont^i 2}0^ y i^i^, couvertiont N 182*, ofrj'iow/ N 156*. 

PARFAIT 

1. *beneisi. — 2. beneisis N208'ï, 257»:. — 3. bemisit N 256 1», flurit N 
208^, sorbit N 229c, defenit F, /r^»i/7 A 54. — 4. *beneisimoSy oiinos N 201 «. 

— 5. *bmeisisUs, — 6. *beneisironty garironty obéiront t^ 207"*, 213 *. 

FUTUR 

1. finirei N 209'*. — 2. sevelires N 226c. — 3. refreidera N 2i6i>, xf//- 
/rf>aN22il>. — 4. obeirem, perirem N 261**, 69c, offrirent N 173». — 
B. fladtireis}i 165^. — 6. eslabliranty N i'j()^yfineronty coxx.fiuerant K 1. 



258 E. PHILIPOK 

COXDITIOXSEL 

1. *heueirin. — 2. *heneiries. — 3. *heueireity piririt A 74. — 4. *henei- 
riam. — 5. *heneirias. — 6. * heneiriant , 

IMPÉRATIF 

2. ccmverteis, deguerpeis X 261», 2^^^, ofreis^ empleis, raempUis N 231c, 
232c, 2I2C, suffreis A 57; conitrtis \ 2)8*>, mais aussi henei^ ohei^ offri N 
256*», 262», 259». — 4. *beneisem, — 5- *beneisfs, *benmis, mais fm^i N 
228»», /om X 16s K 

SUBJONCTIF PRÉSENT 

1. finetsOygaretsOy guerpeiso N 258s 264**, 2)8», pfrtiso N 26.1 •; nureissOy 
resfufisso}s 264c, 22$*'; murissOy oisso X 224», 243^*; garentescho N 226c. — 
2. converteiseSy deguerpeises^ uvreises K 258*, 257 »>, 176*»; garissfs N 184*; 
sufrfschs X 224*, 229». — 3. ccmtrtfisey florfise, nureise X 206 <*, 251» 
206^; garnisse y surbfisse X 76**, 206*^, (cf. pour la forme pareisse paresca, 
X 229»), convertesset F iv; cn'resche, putiesche X 2i6<*, I54<*; convertiscfie 
N 169c mais^^n^fVX 205*», 206 <*. — 4. grepam X 217*» et non grepeisam 
qu'on attendrait en regard dedeguerpt'ises'S 257^. — 5. *heftfiseis; ^hewisiSy 
convertis y dtgrepis X 189*». — 6. consentesani X 2i }^ ; dfgrepissantygarissaniy 
obéissante 187*», 2ïO*>, 218'J. 

IMPARFAIT 

1. ofrissûy X 256»; oisso X 245<*. — 2. *hcneisses. — 3. gareist N 184*; 
eniplisty ettrichisty garist X 262b, 206»^, 186 *>; hencisit X 172 c. — 4. garissam 
X i6j*>. — 5. *hcnei>i'is, *bcneisis. — 6. degrepissanty ravissant X 187*»; 
195». 

INFINITIF PRÉSENT 

euveyliry guerpir A 46, $0, /rnir, Jiorir }\ 215 b, 208**; esmoUisir N 214*; 
*benir et bai ire X 227^. 

PARTICIPE PRÉSENT 
oh'iii\U'f!; A 58, mais olh'dicns A 38, rugiens X 232*». 

PARTICIPE PASSÉ 

Masc. /v;/«-/< X 261*', /'.»//< A 41, i^arii X 184", punis H i, 2i; — heneit, 
w'W»;", //m;/, 1,'i/n N 2J2»:, 229*, 214J, 207 -. — Vém. sing./'wm, oia^garia'S 
251 ". 207 1\ 264 J; plur. //.»r;V> X 2) J-». 



MORPHOLOCtE DU DfALKCTE LVONNAï5i 259 

La conjugaison inchoative soulevant des questions extrê- 
mement complexes et dont beaucoup sont encore h résoudre, je 
crois bien foire en donnant ici le paradigme de cette conjugai- 
son, dans le patois de Saint-Genis-les-OItières. 

hidmtif présent : Huresso, w je fleuris »» fiurè, rturè, fluresson, fluressî, 
fluresson; — paresso « je parais », eic. 

Imparfait : flurcssiin^ fluressiô, fluressiê, fluressiàn, Buressiô, fluressiàJi; 

— paressîn, etc. 

Parfait : fluressé, flurcssé» fluTcssé» fluresston et fliiressiron, Huresslte, 
fluression et fluressiron ; — paressé, etc. 

Futur i : fiurirè, fluriré» flurira, fluriràn, flurirc, fluriràn. 

Futur 2 (peu usité) : H urètre, fliirèiré, fîurètra» flurètrïn, flurètrè, flurè 
tran; — parèirè, etc. , 

CotUitionnrl i : fluririn, rtuririô, flurirê, floririân, floririô» dorîriàn. 

Comlitiouitd 3 : flurètrin, Éîurètriô, flurètrë, flurétriàn, flurétriô, flurètriàn; 

— parètrin, etc. 

impératif ifiuTè, fltiressin, fluressî. 

Subjonctif présent : Buresso, fturesse, fluresse, fluressà», fturessé, flurjssàn ; 

— paresso, eic. 

Imparfait : fluressèso, flaresst:ic, iîuressès:;, t!uressissiâii, floressissiô» flu- 
rcssissiàii. 
infinitif présent : (lu ré; — parètre, 
Participe prfSf Ht : Huressàn. 
Participe i^assé musc, flurC* ;//»/. fîuria. 

Se conjuguent de même qu^ftitré un grand nombre de verbes 
4e la 4* conjugaison latine : 

Indic. pr^. avart-tsio « j'avertis a, bétesso « je bâtis A^culiesio « je cueille >», 
^ntiio « je finis », murtsso « je meurs », noresso « je nourrb ii, pmtesso « je 
punis », etc. — Imparf. avarttuiin, — Parf. avartnsé. — Fut, l. auirtirK 
— Fui 2. amrUtrè, — Canditioo. i. avarlirin, — Cotiditïon. 2. amrlHriu» 
avartè. — Subj. prcs. ai>artesso, — Imparf. aivrtcssho. — Infin. 
'mmrté, — Partie, prés, avartessân. — Partie, pass. avorté, -yà. 
Cautère « couvrir », san^é « servir », sofré « souffrir n suivent la conjugai- 
son tnitXt : ïndic. prés, serva^ syèr^ sh^ siervon^ sarvî, sifn'on i — Subj. préî. 
sitrvû^ iî>r(Y, sîerifr sarimt^sarfé^ san'àu mais à Tiniparf. de Fiiidic. sanrssinf 
^nessiJ, etc. A Craponne» la r« pets. sing. de l'indic. prés, et le sing, du 
près, du subj, présentent seuls la forme simple : senv^ uiri'è^ sani^ sarvesson^ 
\^$Ênrs$l^ sarvessoit: — servo, serve ^ serve ^sarvessèn^ sartrssé, santisàrt, 

A Saint-Gcnis dorme « dormir » échappe i la conjugiison îocohatîve. Il 
en est de même de tous les verbes des 2^ et j»^ conjugaisons latines. Toute- 
fois les dérivés de capîrre qui ont pkissc en lyonnais comme en fran^jais 
dans la conjugu^ison en -rre ont en lyonnais la torme inchoative : Ind. prés. 



l60 Ë. PHILIPOH 

aparcevtssû; imptrf. aparcevessiin; parf. aparcnfesst; fut. aparcfvr^ €^ apÊTCê- 
viiri; condition, afkmrvrîn et aparcevètnn\ itnpèrit. aparcevè^ subj. prés, 
i^rcevesso; impirf. apan^rsûso; inlin. prés, apitr€e%*è. 

Observations. — A Tindicanf présent, la r* pers. plur, a 
l'accent sur IV, probablement par suite d'une confusion avec la 
3* pers. plur, Cest à une confusion analogue qu'est due sans 
doute la 2^ pers. sing. de Timparfait florasiâ qui ne répond 
nullement au v, lyon. floressks, à a pris en patois un son très 
ouvert voisin de ain\ c*est ce son que je note par an zjloressiàn, 
Jhrétràn, etc. Le par&it floressé représente un type florèsc-ixni 
sur la représentation actuelle de \ par <•*, voyez né nidum, avarié 
« avertir n,/iné a fini ». A côté du (futur et du conditionnel 
primitif /t?nV^, y/or/rin qui répondent au v. lyon, fiorirei^ florin 
rin^ le patois a les formes secondaires fhrètri pour ^fiareistrei 
(^ riorescere habeo), floritrin pour floreistrin Ç=^ florescere 
habebam), de tous points conformes au v, lyon. pareistrd 
(=pirescere habeo), * paresîrin^ ce qui confirme remploi en 
lyonnais, comme en espagnol et en roumain, du suffixe verbal 
inchoatif -êsco, à rexclusion de -îsco* 

VERBES ISOLÉS 

*£ ISSIR. — Subj. prc5, 6. fùsani N i6oK 

•Faillir, — Fut. 3, faudra N 2i4«>, 

MoiUR, — Ind. prés. 1. moto N 256**; 6. mûronl N aij^. — Parf. 
S^pt^rii N 17 J**, 169*» mtitit N 265^'. —0. tnofirent^ léy^^poar 'moriront, — 
Fut. 2. mcrrtsN 166** i 5- murrtis}^ I7j«. — Subj^prés. Imuirf pour *muitv 
N 164''; — murisio}^ 214*; 2. tMûins N îj'j^; 4. woramN 25 J*, muntm^ 
N 255c; fî. muires N lï > *>, munis K 174*»» — 6. murant N 254^. — Imparf. 
3. woriJ/N 226^. — Infio. prés. wwnV N 216*», — Panic. passé masc. iiwr/ 
K passim. — Partie, prés, trtorttti N 196'», muren^N 190»^. 

TtS'iR, — Ind. prés. ±. tino, sustim N 227^», 259»; 2. /i>rj N 32 J^» 
3. l*WKm, N i$i^, susiin K i; 6. n«t)iil N passim, P. ^Imparf. 3* tmmi 
6û, N 226c, /iWyl A sj; — Unie N 269* ; — <^mï7 N 268*, 6. tmiurU N 20t«, 
/fwrti»ï/ A 59, K IV; tintant A $9; — <e««<»w/ N 2^1*». — Part. 3. Arwii K 1, 
AK iSy»!. — Fut. 3. itnitra N 216*, apartindra I v, 2; 6- tlmlrant H i, 16, 
N i69«. — Impér. 2» tin N 180*=. ^ Subj. prés* 1- tino N 18$^, 3- tigniê 
H l. II, rtiinie I m, 6 . — Imparf. 3. ttnist N 208^, ttnit A 36. — Inôn. près. 
itntr \ 41, I V, 4. — Partie, p-issé masc. ttHu^ N 184»; ^«k I v, 6» 

V£Hlit. — Ind. prés. 1. tnm N I68^ 202^; 3 entrevint H 1, 11, annWN 
228^, vin C iï; 6. vinont C 11 K 2i7'>, vinimt N 229», ax^ignont F l, t%iiiM 
C t* — Impirf. 3. irnfit A 37, tr»ï> N 268 % tfw»/ A 71, N 268»; 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 26 1 

4.tvffûim N 221 «; 6. vetitanl A 58, reniant N 204», ivniunŒ 253*. — Parf. 
1. vmtfiN 198c. — 2. ifnis N 253c; 3. venit A 54, 70, 74, 93, K i, m, 
IV, X 75c, 238**; 4. venismos N 201 *>, venimes (corr. venimos) N 169*»; 
5. vtnistes N 214», 238^; 6. veniront A 59, 73, N 240«, 268*»; — vindrent 
(corr. vindront) N 172c. — Fut. l.vindreili 173*, ivnJrei N 206*; 2'Vhtdres 
X I75*>, I96*>, 3- coimndra A 45, viWra I iv, 3, X 215c; 6. vindrantl^2jï^. 
— Condition 3. vindreit X 2o6«, convindrit A 47; 6. vindriant X 172», 
vindriotit N 228«i. — Impér. iWw X 256», tin X 227 b; 5. i'«h<^ A 60, l'^w^ 
X 218*. — Subj. prés. 2. iY"^i X 179*»; 3. viegnet A 45, vignU H i, 9, 
avigne, I v, 9, l'ijfiw X 213c, sovingnt X 253**; 4. vignam X 248**, vignan 
X 249*; 5. xvigneis X 2i8*>, 260^ v/)^w«5 X 2i8*>; 6. vignant F i, 11, m, X 
2i7«, vinant F m. — Imparf. 1. venisso X 201*», 217c. — 3. venist X 213^, 
twj7A75; 6. ivwiwflw/X 239*, 204**, zrMW5^«/(Arch. de Lyon, CC 373).— 
Infin. prés, venir F 11 et passim. — Partie, passé masc. venus E, IV 256"=, 
devenu X 229 1>; fém. venua X 239*, 259c; fém. plur. aveifttes^i 229i>. 



»': 



2é2 



E. PHILIPOM 



PARADIGMES DE LA CONJUGAISON 



1 a 


Indicatif préflent 


II 


am-0 


prei-o " 


po-y-o 


am-es 


prei-es 


po-s 


am-et 


prei-et, -e. 


po-t, puo-t 


am-em 


prei-em 


po-em 


am-as 


prei-es 


po-cs 


am-ont 


prei-ont 

Imparfait 


po-ont, po-y-ont 


am-avo 


prei-evo, -avo 


po-in, po-y-în 


am-aves 


prei-eves, -aves 


po-€S, po-y-cs 


am-avet, -ave 


prei-evet, -avet, -ave 


po-et, po-y-et, -eit, -il 


am-avam 


prei-evam, -avam 


po-am, po-y-am 


am-avas 


prei-evas, -avas 


po-as, po-y-as 


am-avont 


prei-evont, -a vont 
Parfait 


po-ant, -ont,po-y-ant,-oot 


am-ei, -ai 


prei-ei, ai 


po-i 


am-es, -as 


prei-es, preïs 


po-is 


ara-et, -eit, -iet 


prei-et, preït 


po-it 


am-esmos, -cmos 


prei-esmos, -emos 


po-imos 


am-estes 


prei-estcs 


po-istes, -ites 


am-eront, -ieront 


prci-eront, preïront 
Futur 


po-cront, po-iront 


amar-ei, -er-ei. 


preicr-ei 


porr-ei 


amar-es, -er-es 


preier-es 


porr-es 


amar-a, -er-a 


preicr-a 


porr-a 


amar-em, -er-em 


preier-em 


porr-em 


amar-cis, -is, -er-eis, -is 


prcicr-eis, -is 


porr-eis 


amar-ant, -er-ant 


preier-ant, preïr-ant 
Conditionnel 


porr-ant 


amar-in, -er-in 


preier-in 


porr-in 


amar-ies, -er-ies 


preier-ies 


porr-ies 


amar-eit, -er-it 


preier-it 


porr-it 


amar-iam, -er-iam 


preier-iam 


porr-iam 


amar-ias, -cr-îas 


prcicr-ias 


porr-ias 


amar-iont, -cr-iont 


preier-iont 


porr-iant, -iont 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 



263 



DU VIEUX LYONNAIS 



m 



IV a 



Wb 





Indicatif présent 




vend-o 


part-o 


gar-€isso 


vcn-s 


parz 


gar-eis 


ven-t 


part 


gar-eist 


vend-em 


part-em, -en, -eyn 


gar-eîssem 


vend-ez 


part-is 


gar-eissis 


vend-ont 


part-on t 

Imparfait 


gar-eissont 


vend-in 


part-in 


gar-eissin 


vend-ies 


part-ies - - 


gar-eissies 


vend-ie, -eit, -it 


part-ie, -eyt, -it 


gar-eissit 


vend-iam 


part-iam 


gar-eissiam 


vend-ias 


part-ias 


gar-eissias 


vend-iant, -iont 


part-iant, -iont 
Parfait 


gar-eisssiant, -eissiont 


vend-i 


pan-i 


gar-i 


vend-b 


part-is 


gar-is 


vend-€t, -cit, -it 


part-it 


gar-it 


vend-imos 


part-imos 


gar-i mos 


vend-eistcs, isics 


part-istes, -ites 


gar-istcs 


vend-eront 


part-iront 

Futur 


gar-i ront 


vendr-ei 


partir-€i 


garir-€i 


vendr-cs 


parti r-€s 


garir-es 


vendr-a 


partir-a 


garir-a 


vendr-em 


partir-cm 


garir-em 


vcndr-cis, -is 


partir-eis 


garir-eis 


vendr-ant 


partir-ant 

Conditionnel 


garir-ant 


vendr-in 


panir-in 


garir-in 


vendr-ies 


partir-ies 


garir-ics 


vendr-it 


partir-cit, -irit 


garir-cit, -irit 


vcndr-iam 


partir-iam 


garir-iam 


vendr-ias 


partir-ias 


garir-ias 


vendr-iaDt,riont, 


panir-iant, -iont 


garir-iant, -iont 



264 



E. PHILIPON 



am-a 

am-em 

am-as 



atn-o 

am-eis, es 
am-eit, -et 
am-am 
am-eis, -is 
am-ant 



am-eiso, -eisso 
am-eises, -cisses 
am-eise, -eisse 
am-esam, -essam 
ain-esez,-essez 
am-esant, -essant 



am-esso 
am-esses 
am-cst, -eist, -et 
am-essam, -csam 
am-estes 
am-essant, -esant 



Impératif 

prei-i 

prei-em 

prei-as 

Subjonctif 

prei-o 
prei-eis, -es 
prei-cit, -et 
prei-am 

prei-eis, -es, -îs 
prei-ant 



voill-es 
voill-em 
voill-ieis, -is. 



poyss-o 

poyss-es ' 

poyss-et 

poyss-am 

poyss-eis 

poyss-ant 



Subjonctif à forme inchoatiTO 



prei-eiso, -eisso 
prci-eises, -eisses 
prei-eise, -eisse 
prei-esam, -essam 
prei-esez, -essez 
prei-esant, -essant 



posch-o 

posch-es 

posch-e 

posch-am 

posch-eis 

posch-ant 



Imparfait dn subjonctif 



am-ans, am-ant 



Mas.sing. am-as, am-a 
plur. am-a, am-as 

/•Vm.MW^.am-a 
plur. am-es 



prei-esso preisso 
prei-esses, prdsses 
prei-est, -eist, preît 
prei-essam, preîssam 
prei-estes, preïstes 
prei-essant, preîssant 

Infinitif présent 

prci-cr 

Participe présent 

prei-anz, prei-ant 

Participe passé 

prci-es, preia 
prei-a, prei-es 
prei-a 
prei-es gr 



po-isso 

po-isses 

po-ist, -it 

po-issam, po-ussani 

po-issez, -issîs 

po-issant 



po-eir 



po-issenz, po-issent 



po-us, po-u 
po-u, po-us 
po-ua, povua 
po-ues, povues 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 



26s 



Impératif 



vent 

vend-em 

vend-€s 



vendo 
vend-es 
vend-et, -c 
vend-am 
vend-eîs, -is 
vend-ant 



par-eisso, -isso 
par-eisses, -isses 
par-eisse, -isse 
par-eissam, -issam 
par-eissis, -isseis 
par-eissant, -issant 



vesd-esso, -isso 
vend-esses, -isses 
vend-est, -ist, -it 
vend-essam 
▼end-essis 
▼end-essant« issant 



vend-re 



vend-enz, vend-ent 



part 
part-em 
part-es, ■ 



gar-eis, -is 
gar-eissem 
gar-eisses, -eissis 



Subjonctif 



part-o 
part-es 
part-et, -e 
part-am 
part-eis, -is 
part-ant 



bencî-o 

benei-€S 

benei-e 

benei-am 

\k nei-eis 

benet-ant 



Subjonctif à forme inchoative 

ovr-escho, -eisso gar-escho, -cisso, -isso 
ovr-csches, -eisses gar-esches, -eisses, -isses 
ovr-esche, -eisse gar-esche, -eisse, -isse 
ovr-escham,-eissara gar-cscham, -eissam, -issam 
ovr-escheis, -eisseis gar-escheis, -eisseis, -isseis 
ovr-eschant.-eissant gar-eschant, eissant, -issant. 



Imparfait du Subjonctif 

part-isso gar-isso 

part-isses gar-isses 

part-ist, -eist, -it gar-eist -ist 

part-issam gar-issam 

part-issis gar-issis 

part-issant, -esant gar-issant 

Infinitif présent 

part-ir gar-ir 

Participe présent 

part-enz, part-ent gar-issenz, gar-issent. 



Participe passé 



Afa5f.5ffi^.vend-us,vend-u part-is, part-i 
plur, vend-u, vend us part-i, part-is 

Fém, sittg. vend-ua part-ia 

plur, vend-ues part-ies 



gar-is, gar-i 
gar-i, gar-is 
gar-ia. 
gar-ies 



266 E. PHILIPON 



INDICATIF PRÉSENT 



r* PERSONNE DU SINGULIER. — Elle a conscrvé presque par- 
tout Va étymologique : aoro, preio, ardOy conoissOy vhWy obeissOy 
mais crey, ay, say^vei, t'o/7 *voleo. Ce n'est point là d'ailleurs 
un fait particulier au dialecte lyonnais; on retrouve Vo final à 
la première personne du prés, de l'indic. dans les dialectes du 
Moyen-Rhône qui ont été étudiés jusqu'à ce jour, et notam- 
ment en bressan', en dauphinois % en bugeysien ' et en 
savoyard -♦. 

Cet s'est étendu par analogie à la r^' pcrs. du présent du 
subjonctif : alyo, perdo^ dio, tim, oisso. Il apparaît môme dans 
les verbes qui ne l'ont pas au présent de l'indicatif : aio.chaiOj 
poysso, saipo, veto. On le retrouve également à l'imparfait de 
l'indicatif de I : alavo^ pensavOy et à l'imparfait du subjonctif des 
quatre conjugaisons : alegresso, ausso, entendisso, servisso. 

2* ET 3* PERSONNES DU SINGULIER. — L'a posttouique devient 
très régulièrement e devant j, à la 2* pers. du prés, de l'indic. 
de I : parles y plores; de même à l'imparfait : apellaves; et. 
fetiues, roses à côté de femiûy rosa, dans N, f° 214. A la 3* pers. 
on a la double forme parie et poriet; cette dernière manque 
dans les Lé.^endesen prose. Comme ces légendes, dans le texte qui 
nous est parvenu, sont probablement antérieures d'une cin- 
quantaine d'années aux (vuvrcs de Marguerite d'Oingt, il est 
certain qu'au temps où vivait la prieure de Poleteins le / final 
ne s'entendait plus. Il a probablement été ajouté à la finale 
primitive à partir de la fin du xiii* siècle, moins peut-être par 
suite d'une préoccupation étymologique que dans le but d'in- 



I . Cf. réuiJc sur le DiakcU brr>^afi aux XII h et À'/F* siècles que j'ai 
publiée J.iiis I.i Hrvut- Jci Piitiùs, t I, p. 27, et mon édition de : LofjuemetKTon 
f^ouro hiivry ./.' Brcis<\, Pari^, Wcltcr, p. 17-50. 

2 L'abbc Dcv.uix, Av. cit., p. 3S4. 

^. }:. IMiilipon, L' patois de JujuricuK, p. 13. 

4. Sof'h^ et Jjjiisons conifKise; tant eu itiJi^aire fratiçoys qtu Savoysien dicl 
patois par .\f. \icM< Mat lin mii.icieu eu la cite de Saiut Jean de Moriemte en 
.S\/.t'\.'. I.von. 1536 : oto;,pfio;^, i/7«>;; (Nocls, 2,4, i), auiu^ {:tami\craiguui^ 
//.>:•■» (Clî.uisons 2, 1, 10 et 7). Vovc/ aussi La plaininte pionosticalion faite 
par .'■'/ a.:iL'li\'ue de Cl-aniherv. Chanihcrv, n^c} : dio^teuo. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 267 

diqiier la prononciation ouverte de Ve; on prononce, en effet, 
aujourd'hui encore, en bressan et en bugeysien : çanté cantat. 
Quant au changement de Ta latin en e^ il remonte sans doute 
à l'époque où le t se prononçait encore : porte serait ainsi au 
provençal poria ce que le lyonnais fetines est au provençal 
femnas, M. Meyer-Lùbke, au contraire, ne croit pas que la 3'' 
pcrs. -e(J) soit due à un développement phonétique; il y voit 
on emprunt faità la 2*" pers. -es^ qu'il n'explique pas d'ailleurs V 
A Fappui de sa manière de voir, !e savant romaniste allemand 
aurait pu alléguer les formes ama^ revcla qu'emploie Margue- 
rite d'Oingt, p. 47, et la forme sacrifia des Légendes en prose, 
f* 210* ; mais ces formes sont trop isolées au milieu de centaines 
de formes en -e, ou -d, pour qu'on puisse y voir autre chose 
que des fautes de copie, 

i^' PERSONNE DU PLURIEL. — -êuius, -ïmus, -imus ont 
abouti à -em, de même qu'en provençal : avem, rendem, eonsen- 
îem. Cette finale -em a conquis la V" conjugaison ; amem^ 
donerriy prêtent. Il est à peine besoin de dire que cet -em se pro- 
nooçait -è, et, comme le prouvent les graphits azen.faisen, 
soffreriy comanden ; avein^ parieyriy îrovtin. La graphie -dî/j, -eyn 
semble indiquer un t très étroit, comme celui des patois actuels 
où pension se prononce presque pinsion ; elle nous apporte en 
outre la preuve de la prononciation tonique de -em ^ Le verbe 
être nous fournit la double forme sûmes et esmos^ emos^ pour 
TexpUcation de laquelle je ne saurais mieux faire que de ren- 



i. Grûmm. des langues î ornants ^v, 11,5 10- 

2. J'ignore où M. M.-L. a trouvé la forme îàiô (Usez i'Jw /ô?) qu'il ûonnc 
comme lyonnaise (?) (t. Il, 5 ^M)\ \^ connais bien la fomie chàniô et c'est 
également celle que donne Nizierdu Puitspclu, D/r/iort, étymoL du patois lyonnais , 
p. cxui; mais cette forme ne prouve rien, puisque c'est une y et non pas, 
comme semble le croire M. M.-L-, une i^c pers. du plur. On sait en effet 
que dès le xvri« s. le patois lyonnais avait perdu la ir^pers. du plur. et qu'il 
Tavait remplacée par la j^; et dans ta Brrnarda Buyandiri : 4. trovm I, v. 22; 
4, cotisenrran en regard de 6, apf^tleran II v» 129 et I v. 145 ; 4. an ei 6. an 
Il V, }o et I V, 53 ; 4 faran II 60, etc. De niCme dans le patois de Saint-Genis- 
les-Ollières à la i« pers, du plur. fiiiron nous eûmes et ii uinm, ils curent, 
fi i(^n été, nous avons été, et 1 smt éiâ, ils ont éié,/> ciminton et 1 chainton ^ i^\c, 
11 nVn est pas ainsi en bugeysien où Ton a 4. çantén et 6. ç'anton ; cf. Patois 
de JujitntuXf F* 43» 



a68 E, pHïLrpo^ï 

voyer au lumineux article de M. Gaston Paris sur La première 
pasonne du pluriel en français ^ . 

2" PERSONKES DU PLURIEL. — Elles Ont toutes été formées sur 
les types Intins correspondants, conformément aux rèi^les de la 
phonétique lyonnaise : anms, laissies(d, mesprisies *mi uns pre- 
lia tu s); dei'cs; gueres; sentis. Dans les patois actuels du canton 
de Vaugncray -es a fait place h /, probablement après avoir passé 
par -ie : devi^ bein\ cf. à la 3^ pers. sing. du parfait les variantes 
allet^ al lie t et alit ; comencei comenciet et aidit. Cette transforma- 
tion de -es en -1 est ancienne : on la constate déjà dans la Bernar- 
da Buyandiri : dependi II, v. 365, avi I, v, 63, Dites, estes, faites 
n'exigent pas d'explication spéciale; quant :i occides^ c'est évi- 
demment une forme savante. 

3" PERSONNES DU PLURIEL. — Sauf les exceptions dont nous 
allons parler, les y* pers. du phir, se terminent toutes en -ont : 
ûinant^ devant , vendotit^ partout. Cet -ont est parfois mais rare- 
ment noté 'unt dans Marguerite d^Oingt : se delectunt, p. 46, 
salliunt^ p. 40, et dans les textes administratifs rédigés à Lyon : 
deytmnî C, ni. Contrairement à ce que dit M. M.-L. en parlant 
des dLilectes du Sud-Est, Tuniformisation des voyelles paraît 
s'être produite en lyonnais plutôt qu'en français; c'est du 
moins ce que l'on semble en droit de conclure de la forme 
ptaont ^jilsLcunt, en regard du franc, plaisent: a il ant roz 
\ori choses qui lor plaont w dans les Légendes pieuses^ f** 189*. 

*Habunt, *facunt, vadunt ont donné en \\ lyon. ant^ 
fant^ vant, mais*sapunt, qui est devenu en bugcysien sant, a 
donné en lyonnais satmit ^. Comme de raison toutes les troi- 
sièmes personnes du futur se terminent en -ant. Osèrent et 
agostareni dans Marguerite d*Oingt, p. 45, sont sans aucun 
doute des fautes de copie. 

IMPARFAIT 

Dans I, -ab- est représenté par -av- comme en provençale 
Nous avons vu que la désinence -o de la r* pers. du présent 



1, Romania^ t. XXI, p. 351 cl suiv. 

2, Cr le ^vâni mémoire de M. PtuI Mcycr sur Ui irouièmts pitsmutês 1 
fiuritl tn frovençai, dans Roftiania, t. IX, p. 192-21 J. 

5* Dans le Fonri cis*lîgéricn on a au contraire dentnrianl^ mentant \ 
analogie Je II i IV; cf. Homania, XXll, p. 19; cf. Dcvjux, /at% cit., p. }t^. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 269 

avait passé, par analogie, à la î'* pers. de Vimparï, lalavo, istavo^ 
preiavo. Les finales des personnes 2, 3, 5 et 6 s'expliquent comme 
celles des persormes correspondantes du présent- Quant à la finale 
de 4, elle est en -mn : amavam^ au lieu de -em du présent : atuem ; 
cela tient à ce que, comme on va le voir, les conjugaisons II-IV 
ayant un imparfait ditFérent de celui de I, Taction analogique 
qu'elles ont exercée sur le présent de I ne s'est pas produite à 
rimparfait. Notons que dans les Légendes pieuses et dans les 
textes administratifs lyonnais la semi-voyelle est le plus sou- 
vent sans influence sur Va accentué : preiavOy embraçaves^ leyssa- 
V€ty brisavont. Dans Marguerite d'Oingt, sur seize exemples 
de rimparfait de la conjugaison en -ter, cinq seulement nous 
montrent le changement de l'^ en e : charrcyevct, comemevet^ 
cudievei^ mais aussi cuidavet, erragievel et estudicvet à côté de estu- 
diavet. Malgré la prédominance dans nos textes de la forme 
"javelj je considère la forme -jevet comme primitive; pour 
moi, les imparfaits en -javet sont dus uniquement à Tanalogie 
del a. Si c'était -ja'ct qui était venu prendre, au xin'siècle, la 
place d'un plus ancien -javet, nous le retrouverions dans les 
patois lyonnais sous la forme -jcve; or ces patois ne connaissent 
que la tbrnie -jâve (^ javet) : bti:^âve^ secoyove à Saint-Genis-les- 
Olliéreset dans tout le canton de Vaugneray, Rhône '. Le dia- 
lecte bressan s'est comporté comme le dialecte lyonnais : lèi'ove, 
drecbove^ bûliove^ dans un vieux Noe! de Bourg *, pour des pri- 
mitifs */^^âr, *drc£héve, %alîéve. Par contre le bugeysien main- 
tient toujours très nettement la distinction entre l a et 1 b : çan- 
tâvi et buiévéK II en est de même du valaisan : tsàtâvé et beu- 
dyéi>é*y du savoisien amdvcci travaiîlèue %etdu vaudots : passâvè 
et cat:^ht^ des i rave et approlslvé^. 

Tandis que les parlers de la Bresse 7, du Bugey *, de la 



NÎJtitr du Puitspelu, loc, a/., p. cxv. 
2, Philibert Le Duc, Lon Noy^l Brayssan, p. 5 et 6. 
}. E, Philipon, Lt (Htiols de la commune Je JuJurUux, p- 4}, 

4. J, GilHcroti, Pdtoii de k commmit de Vionitai (Bas-VaUis), p, 92-94. 

5. F. Brjii.hti, Dicthnnaire du fvitùis savoyard du canton d'Albertville, p. 26. 

6. L, Fa vrai, Glossaire du ftatois de la Suisse romattde par Bridel^ p. 509 et 

507. 4S7- 

7. Philibert Le Duc, La Noêls Bressans i falive, corimn, venive, 

^, E* ?hi[ïpon^ Patois de JujnrietiXt p. 45 : valyéve, vendyàr, durnive^ 



^70 E. PHILIPOÎC 

Suisse roniaiide ' et de la Savoie * ont maintenu le b latin d^ins 
toutes les conjugaisons, le lyonnais, comme le dauphinois % Ta 
bisse tomber partout ailleurs que dans I : -fJum.'iêham et -ibam 
ont abouti indistinctement à -in^ après avoir franchi les étapes 
'tan et-îVw : avin^ tkvin^ desandin, suffrin. Cette finale -m sup- 
pose rimiiormisation en -ibam des différents types latins: 
après b chute du b, !*î s*est consonantisé et a rejeté son 
accent sur Va\ puis cet a^ ne se trouvant pas à la finale en 
roman, est devenu r ; cf. parlià parius, via via. Q.uant au 
maintien, de Tm latine finale, cf. le lyonnais mfn meam, lin 
*tcam, sïn *seam. M. Tabbé Devaux a donné des 
jre. pçj^ j^i sij^g^ çji .|pj Ljji^ explication qui ne me parait 
pas admissible : suivant lui, on aurait remplacé la i''^ pers, du 
sing. par la r'*' pers.du plur. dans le but d'éviter une confusion 
possible avec le prétérit, de telle sorte que poin représenterait 
*potibamus et non pas *potibam^ Malheureusement pour 
cette explication, la r*' pers. du plur, est poiam et non pas/H>i« \ 
Les secondes pers, du sing. sont en -tes (^^=- î bas) : avies, bcvies^ 
ventes. Quant ù la 3" pers,, son explication ne va pas sans 
quelque difficulté, par suite de la diversité des formes qu'elle 
présente dans nos textes. Les Légendes en prose ^ les Œuvres de 
Margîicrite d*Oingi^ et les textes administratifs lyonnais 



P- 53^ 0» 35- J<^ relève dans les terriers de U Bresse méridionale et de la 
Dombes du xiv« siècle les formes d!«?îv/, dcvitmt, povet^ diid, tout ci Uruit 
{Rtv, des Patois, I 28). Le patois de Coligny a tenim, ^tnivû mats p^uvéA 
{ibid,^ L 176). 

I. GilUéron, Patois dt h commumdi Viommi, p. 96-104 : déviivi,bétwi^^ 
vitth'i; L, Favrat, toc, cit., p. 458 : failUvé h côté àc f aillai (p. 452, 454), 
voïliéi*an^ renascdvan (p. 508) en regard de cogniisai cognnscebai (p. 
510), v<?livé avivotij dmvùn, Jamvon à càié à* avion datis \^ Ct qu'è ifaino^ 
en p^uois de Geoèvc (p, 520-521). 

a. F. Brachet. Dictionmirt du paloii iavo/ard tel qu'il est parle dans te canton 
d^Alhertinlk, p. 22 i 28 : Unih^^ saiéve^ rèOh^, 

3. L'abbé Devaux» kc. cit., p. 587, 588. 

4. L*abbc Devaux. toc. cit., p. 388. 

5. Je reconnais qu*on tîe peut pas, comme pour min meam, invoquer 
ranaïogie de rin franc. riVw; mais, d'autre pan, je répugne à voir dans poin 
la conséquence de je ne sais quelle sorte à'anusvara, 

6. Je relève dans Marguerite d'Oingi îc? exceptions sentigutt^ itniivei et 
defayliivel (p. ja, ) 1 , 66) en r«^ard de Smteyt ei SayleU (p, 51 et 41), 



MORPHOLOGIE DU DlALRCTE LYONNAIS 27 1 

emploient indifféremment, — mais dans des proportions qui 
varient pour chacun de ces textes, — les deux formes -/>[/], sou- 
vent réduit à -(7, -ibat^ Qlfit -ébat, rarement écrit -ci : avk 
N 2t8^ avit N 227% aveit A 36; — devk N 229% deviî N 268% 
D T et 11, K I et ni; dn^eit A 91, K 1; — paiet K 1, poif N 184% 
poit A 44j D I et n, puit N 226' ;poet A 50, N 184^; — ifalie N 
193% valit N 263% A 53; ^ ardie ci ardeit N 247^ 232^ ; — 
côttoissie N 205" ; cogttoissrit N 25 1% cognoysseit A 5 3 ; — coriî N 
234'' ; correit N 25 3^ coreyt A 5 2 ; — disif N 2 1 3*', disit N 235% D 
1, 10; — diffcndie^i rendit ^ 2^0^; ^esteit^i 24 r"; — faisie^ 
218% faisit ou fiisit N 266^ D î, 34, n» 9, A jî \fayseU A 45 ; 
— battit N 256=; — tenie N 269% tenii N 268'; ieneii^ 226% A 
60; — vente N :68s venit A 71 ; vevcit A 37'. Force nous est 
donc, soit d'admettre pour b 3* pers. sing. le maintien des 
types -êbam et -ibam, soit de voir dans -eit une graphie de/ 
très fermé, en passe d'aboutir à -i7. 

Les V^ et 2*^* pers. du plur. sont en -iam^ -ian^ et -m, lat. 
-îbamus, -t bâti s, avec consonnantisation de X'\ latin : -aviam^ 
avian, saviam^ estlan, franiam, wniam dans les Légendes en prose ^ 
fei:^ian dans un Compte lyonnais de 1364 (Arch. de Lyon, CC. 
373 f*" 4 r**); — aviaSy tfolias^ estias dans les Légendes, 

Les 3** pers, du pluriel reproduisent, comme il fallait s'y 
attendre, la di%'ersité de formes des 3^^* pers. du sing. avec, en 
plus, ralternance de a et de ou « : aviani A 58, I m, 8,N 
245% avian (Arch. de Lyon, CC. 62, passim), aviont^i; avciant 
A 44, aveont et nvcunl A; — déviant D i, K i, dtviont N 222vj 
- ^eveyan K i; — puyant A 44, poiant D 11, N 236**, poimt N 175*'; 
^ saviant, saviont N 214", 267**; saveont A 75 ; — voUant D 1, I 
3», 15, wlliont I IV, 75, tWitm/N 268'; vùkont A 74 ; — rendiant 
^63, rendiont N 182*; — respondiant N 208'', rcsplandiont N 
Z26é^; — distant, disionl N 236^ 270-*; — estiant A, D i et il, I 
Mil 36, estionî N 210*!; — faysiant A ^2, faisiont N 267*; — 
^arisant A 60; — iraiant A 63, traisiont N 255**; — tentant N 
1261% tintant A 59 , teniont N 23 1''; tetteant A 59, K ïv ; — venianfj 
^'f niant N 204% 253*; veneanî A 58. 



I, D'âpre M> Devaux (p. 387, 388), le haui-daiipliinûis ne coiinai trait que 
â« is-pe-ibam : avie, avit, voîit, fmîH^ f(mt\ mais les formes verbales de 
%«stes dauphinois sont extrêmement rares, et d'autre part M. Devaux lui- 
i^àxne a rcteviî la forme fisid facit^b^t dans un tc:(te de Dempténeux. 



li-jl E. PHILIPOM 

On voit en somme : i*» que les personnes î, 2, 4 et J 

remontent nécessairement au type-ibam; 2'' que pour la y et 
la 6' personnes, on trouve dans tous ms textes^ à coté de formes 
très nombreuses tirées de -i bac ou -ibant» un certain nombre 
de formes en -eit ou et, -dant ou f^w/qui semblent bien remonter 
au type -êbam; y enfin, que ces dernières formes sont à peu 
prèsînconnues des textes rédigés à Lyon même, qu'elles se ren- 
contrent de loin en loin dans les Ugemks pieuses et fréquem- 
ment dans les œuvres de la prieure de Poleteins qui était origi- 
naire de la partie septentrionale du Lyonnais; ce sont à peu près 
les seules qui apparaissent dans les anciens textes bressans ou 
Jombistes : devet^ dnrii, disct, tenet^ teneit^ mais dnnunt. Visi- 
blement nous sommes à la limite des pays de -fbam et de 
-ebam mais les exemples que nous venons de citer montrent 
qu'à bien considérer les choses c*est la forme provençale qui 
domine et de beaucoup dans nos textes. Cest donc à tort que 
M. Zacher ' et après lui M. Tabbé Devaux^ ont cru devoir 
rattacher à la conjugaison française Timparfait lyonnais de II, 
m et IV. 

PARFAIT 

!'•= Conjugaison. Nos textes nous fournissent pour la r^ 
pers, du sing. la double forme : alki et donat. A la 2* pers., je 
n'ai à citer que des formes en -as : posas ^saoUas^ la forme sucHs 
pouvant remonter aussi bien à ^studrs = "succias qu\i *sucms. 
Je n'hésite pas, pour ma part, à considérer les formesen -ai et en 
-aSy qui sont les plus nombreuses m^is aussi les moins anciennes, 
soit comme des emprunts au français, soit même comme des mots 
purement français qui, à l'exemple de tant d*autres, se seront 
glissés dans nos textes. La raison sur laquelle je me fonde, c'est 
que la langue du xvn'' siècle ne connaît que les formes en f, les 
seules aussi dont se servent les patois actuels, et noumment 
celui de Saint-Genis-les-Ollièrc.>, pour les T'^et 2* pers. du sing.; 
or cet f, quoi qu'en dise M* Meyer-Lûbke, ne saurait provenir de 
-a/(^=-a(v)i) * et encore moins de -ai, tandis qu'il a pu très 
normalement sortir soit de -f-i',soit de -e-s par les intermédiaires 



1, A. Zadicr, BeHtàgt xum Lyoner Diakkt, p. jy. 

2. L'abbé De vaux, /cv. n/.,p. 588. 

5» Mcycr-Lùbkc» Grammaiu dti langues romanes, i. II, S ^75' 



MORPHOLOGIE DO DIALECTE LVONNAIÔ 27} 

-•iW,-*«-j qu*attestentlcs 3" pers. du sing. en -iet, J ajoute que, 
dés le xïu* siècle, on a des exemples de la réduction de cette finale 
'in à -1/ : aidit, bailliront, hùssironï^ dans les Légendes en prose ^ 
f** 266**; ces exemples deviennent nombreux au siècle suivant : 
hailUt^ fegniî^ dans le Compte de Jehan de Durche. D*un autre 
côté, il serait véritablement par trop étrange que le lyonnais qui, 
comme nous allons le voir, a fornié la y pers. du sing. et les 
trois pers. du plur. sur le type dédi ou dîdi, ail eu recours 
au^type amavi pour former les deux premières personnes du 
singulier. 

La 3*^ pers. du sing. se termine en -d ou -aV, -ieî ou -it^ : il 
est difficile dédire si ellea été tirée du simple dédi, stéti pour 
•stésti, ou du composé -*didi. M. Zacher croit que les finales 
€n 'ici ont été introduites dans les verbes en -ar par suite d'un 
emprunt à la conjugaison des verbes en -ter; mais ce n*e5t nul- 
lement certain, car on trouve comencet aussi souvent que comen- 
ciet; et-?V/ a fort bien pu sortir de e; cf. les doubles formes lyon* 
naises peci et pieci^ pera et piera ^ . 

La V pers. du pkir, est en -emos^ -esmos : cuyJemos dans le 
compte des dépenses occasionnées ;\ la ville de Lyon par la 
(destruction du château de Neyrieu, avmnccmos et Inmesmos, qui 
est du sans doute à lanalogie de la r* pers. du plur. du 
verbe substantif amos^ dans les iJgetuies en prose. Cette finale 
-emoSf inconnue du provençal commun, se retrouve dans un 
compte municipal de Tournon (1459-1461) : luhakmos^ gaste- 
mos \ ainsi que dans les Comptes consulaires de Grenoble 
(1338-1340) : donetms, patmos^. De même aussi dans la Cou- 
tume de Saint-Bonnet-le-Château (Loire) : anireiesmes, confère 
mtsmcs; cf. ivlgmsmes, fm'sesttu's\ci dans le Livre de raison des 



1 . Il s*e5t peut être produit une confusion entre les doux types* Il est cer- 
tain que le type dldi expliquerait mieux h forme en -èit. Le type dêdi 
oc me parait admissible qu'A Li condition de considérer Vi de fi, dt comme 
le représeniiint de l'i postioiiique latin. 

2. Zacher, loc^cit,^ p. 56, et Romanm, t. XIII, p- 545. 

3. Ce compte a été public par M. Clédat dans la Revue des patois^ t. Il, 
p, 241 ei suiv.; les mots cités au texte se trouvent aux 5S 74 et 162. 

4. Ces comptes ont été publiés par M. Tabbé Devaux, en léte de son 
savant Essai sur la lan^ut vulgaire du Dauphiné stpUntrionaly p. 48-65 ; les mots 
dtés se trouvent aux articles t» 2, 46. 

5. Paul Meyer, Rtaml d'amims textes, i. 1, p. iSo. 



^74 ^* PHILIPON 

seigneurs de Forez (1322) : ttemos^ A la différence de ce qui 
s'est passé en provençal, la seconde pers, du plor., tout comme 
la r% a maintenu la posttonique : comandesta, efforcestes dans 
UsUgendesen prose, de telle sorte que, pour ces deux personnes, 
les formes lyonnaises se rattachent par le choix du type de déri- 
vation au provençal et par le traitement de la désinence au 
français. 

Dans les textes administratifs lyonnais, ainsi que dans les 
LègevdeSi les 3*' pers. du plur, se terminent en -cront^ -ieront, 
-iront, Cest, comme de raison, la forme réduite -ironî qui est 
aujourd'hui en usage dans les patois : chantiron, potliron^ tmn- 
giron\ Marguerite d'Oingt emploie pour les verbes en -aria 
terniinaison -aront, qu'on s'est trop hâté de rattacher au bour- 
guignon % car on lit dans la Coutume de Saint- Vallier (Drôrae), 
art. 7 : cotnandarent, portarenî *. 

II' Conjugaison. — AvEiR. Nos textes nous ont conservé les 
formes otis^ ot, ornes pour *omos, oronl écrit aussi ouronL Li î" 
pers, sing* devait être V ou ^oui et la 2" du plur, *mislcs', cf, 
sautes pour *saustes, La forme aus habuîsti, qui se lit dans les 
Légendes en prose (fol. 238'**), est un reste de la flexion primitive : 
^auij aus, *aut, *aumos *austes ^auront. 

La 3* pers, sîng. phvit suppose un type *p I u v-|-i vit à moins 
qu'on ne préfère considérer le v comme épentliétique; cf. le 
bugcysien rova, franc, roue. ; quant à mwi/, cette forme répond 
à un hypothétique *movu-j-ivit, 

PoEiR. — On trouve les variantes poer, pmr, paueir ctpu^ir. 
Marguerite d'Ûingt emploie deux fois la V' pers. sing, puit^ 



î. Cf. monètude sur heiparkrs du FùreiCh-LigêrUn, Remania, \X\\,^, j6. 

2. M, Meyer-Lùbke (t. Il, p. î54) croit i^ue ta 3' pers. du plur. de I se 
termine en -1*0/1, en p^ttois lyonnais; c>st une erreur : le patois de Saint- 
Genls-les-Ollières et ceux des communes voisines terminent cette pers. en 
'iront, 

), Ce rapprochement proposé par M. Zacher, loc, cit.t p. $6» a été accepta 
par M. l'abbt^ Devaux, ioc. cit., p. $92, 

4. P. Meyer, Rfcutii dt anciens ttxUs, t. !, p. 173, 

5. Sur le p^irfait des verbes dérivés de verbi^s latins en -<îre, voycï Mcyer* 
Lûbke« U, î)7-3^»ct Suchier, Zutuhr, fur mn. PhU,, H, 2S5,ct le Fraisait 
€i U Pr(n*ençal, p. 115. 



I 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 27$ 

dont le t final est emprunté à la 3*" pers. sing. Cette dernière 
s'écrivait indifféremment /ïtiy/ et pny (^=^*potu + ivit). H esta 
peine besoin de dire que je ne prétends pas que potuivit ait 
jamais existé; ici comme dans les cas analogues, c'est la dési- 
nence romane venue de -Tvi- qui s'est ajoutée au thème 
roman venu de pot ni; quant li imr fx^yt de putuît avec 
rejet d'accent, ot habuit et sot sapuit s'y opposent. 

Le patois de Saint-Genis-les-OHières (Rhône) conjugue pué^ 
pué, pué ', puiyon, puik\ ptuyon en regard de due « je dos », dtU, 
duéy deviron^ d€vîU\ deviron -\ On peut donc restituer le para- 
digme du parf, de deveir de la façon suivante : dm, duis^duiîy 
drûimos^ dtvisîes^devironi. 

La i"" pcrs. plur. est poitnos potuimus et la y pocrarU pour 
^poeiront potuêrunt et poiront, 

Savhr, — Au point de vue du traitement phonétique, le 
parmit de saveir ne diffère pas de celui d*aveir : }. sol pour un 
primitif *jaw/î/ (=sapuit, *saupit); 4. saunm pour *saunws 
(=*saupi mus) ; 5 , sautes pour un primitif *sauptes; soront pour 
^sauront. Pour la r* et la 2*= pers, du sing. on peut restituer les 
formes son^ (cf. vifi) et sons, (cf. ous h a b u i s). 

Seeir sedêre. — Sist et s'assist à la j^ pers. sing,, avec une 
i analogique qu'on trouve également en v. franc, représentent 
un plus ancien *seist. 

Veïr est pour *veeir vidêre, — La r^ pers. du sing, viu 
suppose un type *vidui qoi aurait donné *veiui\ ^viui^ puis 
viu, La 2"" pers. tWx, par dissimilation de *viis (^^ vesis) pour 
*viisî, reproduit exactement le lat. vi d is t i, La 3*^ pers, vil pour 
*iv// s'explique dVUe-mème; veimes (corr, ve if nos) çst pour un 
plus ancien *veiinws vidimus, de même veistes est pour 
^veiistes i quzm kinrùnt pour *veiront^ c'est le latin vider uni, 
VoLEiR. — Le parf. en -ui a été remplacé par un parfait sig- 
-xnaiique refait sur le type ^dlcsi^ scripsi et développé au moyen 
^u pseudo-suffixe-ivi*: 3.t^Mn/,i'«jjiV= *volsivit,La y pers. 

tl On sait qu'en patois lyonDiis / a abouti ik f : avarié^ franc, avertir, 
2, Le patois de Craponne a duiyon pour la u^ et la Y pers. plur.; cf. Ni/., 
u V.ylûc. ciL, p. cxx. Notez dans le patois de Saint-Genis le contraste entre 
Cl 6 pniyon et 4 et 6 deviron, 

\, Sur le parfiii btin en -vî, voyez Brugmann, GrutiJriss, u IV, S 875 cl 
^^niâult, Du parfait m grec et tn latin^p, 6 j cl 92. Le pseudo-suffiiçe -ivî est 



I 

I 



2y6 fe. ^HIUPoM 

du plur. vohironiy immrmU remonte à *volsifunt. Les Légendes 
en prose nous offrent la double forme vousiront qui suppose un 
lat. *volsërunt. L'attribution d'un parfait en 5 au verbe wfeiV 
n*est point propre au dialecte lyonnais : le môme fait s'est pro- 
duit en anc. franc,, mais c'est là un trait qui différencie nette- 
ment les parlers lyonnais des parlers du Haut Dauphiné, les- 
quels ne connaissent que la forme provençale voîguit\ Disons 
à ce propos que dans la Légende de Théophile^ le verbe voUir 
a également un parfait sigmatique : voucit (ms. fr, 8i8,f'" yi* 
et 75*)*; ^'^^ ^"^ raison de plus de croire à Forigine lyon- 
naise de cette légende'. 

Comme exemple de parfait sigmatique tenant lieu d'un par- 
fait latin en -ui, on peut citer encore plaisit N 260*, qui s'ex- 
plique sans doute par un type *plâc- s(i) -ivit. 

III* Conjugaison. — Le parfait de III paraît avoir été formé 
en ancien français sur le simple dêdi qui en bas latin av^ait 
remplacé -dïdi dans les composés de do ^. Les formes lyon- 
naises, au contraire, pourraient dériver de -didi : ren- 
det rendeiî, respondd rcspondcit^ tsîendet esUndeiî\ dans Margue- 
rite d'Oingt, 'di s'est réduit à-tV : rendit^ reipotidit^ cL nuistront 
et mistrontK De même à la 3* pers. du plur. la forme avec 



dû au phénoniènc bien connu de Fattraction exercée par le sufBxe sur U 
voyelle thématique: îvi est sorti de fînT-vî. 

1. L*abbè Devaux, loc.dt,, p. 391. 

2. Cr K. Bartsch et Horning, La langue et la Litiirature françaises, col. 
462-490; les exemples de tioucit^ que Téditeur a corrig«i à ton en vomist\ se 
trouvent col. 463, v, 8, et coL 480, v, 1 ; mes citations sont faites d'après le 
ms. fr. 818. 

j. Les raisons que M. Tabb^i Dcvaux allègue en faveur d'une provenance 
dauphinoise ne me semblent pas décisives ; le savant auteur ne s*expH4)ue 
pas d'ailleurs sur h présence de la forme vaucii dans la Légende de Théo- 
phile. 

4. Cf. Gaston Paris et E. Langbis, Cbrettomathie du Moyen-Age^ p. 1.111, et 
Suchîcr, Le francuùet le ProtvPi^a^ traduction française, p. 112. Le savant 
professeur de l'université de Halle croit que le remplacement de ta voyclic 
du composé parcelle du simple est le fait de la langue populaire; c'est appa- 
remment le contraire qui est la vérité. 

5. Mais je n'affirmerais pas qu*il en soit ainsi : Vi de rendeit est peut-être 
dû à n posttonique du latin. Ce qui fait difficulté, c*est qu'il semble bien 
que la forme sans i est la plus ancienne. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 277 

€ est de règle dans hs Légendes en prose. De la 2* pers. du sing. 
il ne nous est parvenu que des exemples avec r. Pour i, 4 et 
5 , les exemples font complètement défaut* On peut néanmoins 
avec une suffisante vraisemblance restituer ainsi le paradigme 
primitif: rendei, rendes, rendcî, rendenws, retidistes, renderont. 

Les verbes dérivés des composés de do étant accentués à la 
3* pers. sing, du parfait sur la voyelle radicale, on se demande 
pour quelle raison les romanistes allemands se refusent à les 
faire entrer dans !a catégorie des verbes qu'ils appellent a forts n. 
Sans doute il n'y a pas de déplacement d*accent A la 2' pers, sing, 
comme dans les verbes dits forts (dis dcùs , mis mesis)^ mais 
cela lient uniquement à la nature de la consonne mèdiale et 
au traitement que le roman lui a fait subir; il n'y a pas lu, 
j'imagine, de quoi justifier la division de III en deux classes. 

Ce que Ton vient de dire des composés de do s applique éga- 
lement aux verbes tels que fundere, pandere, tend ère 
et à leurs composés, qui par analogie des premiers ont formé 
leurs parfaits en d idi ; cf* le lyon. estendeit en regard de rendais 

Voici maintenant, parmi les verbes simples de III, ceux qui en 
lyonnais ont maintenu au parfaii Face entuat ion primitive : bit 
bibit, mais i la 5^ pers. du plur. beviront^ sans doute pour un 
plus ancien bi-veinmi ou bevieronî *bibêrunt ou bibérunt*. 

Disty a dit », mais aussi dini diseit^ *dïxivit, avec dissimi- 
lation, et à la 2* pers. du sing. disis dixisti. La 3' pers. duplur. 
disîront^ avec un / épenihétique, remonte à dixéruni. 

Fist fecit est pour un plus ancien /<?/j/, comme l'attestent 
la 2* pers» du sing, feis fecisti, et la 2* pers. du plur. feistes, 

Escrist reproduit très exactement le lat, scripsit, 

*Meist (cf. tramdsî} fiteil, misl^ mit, mais aussi tfusist et ntetit 
que nous retrousserons plus loin. De même à la 3' pers. du 
plun meistronî et misîront misérunt à côté de meisironi et 
meîiront, 

La 3* pers. plur. ocistront suppose une forme sigmatique 
•occisêrunt. 

Prdst, prist *prensitàla3^ pers. sing-, preisironi ci pris- 
iront, preidroni et pridrunt à la 3* pers. plur. n'ont pas besoin 



I, On sait que pour la j* conjuguaison on trouve b forme irunt à côté de 
U forme habituelle irunt, 



i 



278 ^ E, PHILIPON 

d'explication, non plus qnapreismos, La 2 ^ 
ei la 2*" pers. plur. presistes reproduisent le type latin cor- 
rcspondant; quant à prcisironiy c'est une forme secondaire que 
nous retrouverons plus loin. 

Rien ne s'oppose à ce que Ton voie dans quùî ^oux^quiest le 
dérivé direct de quaesiii. 

Citons encore les 3*^' pers, sing. remasî en regard àtrcmansit^ 
et rist en regard de risit, 

recisî, decist; recis^ decis; récita dtxit pour de plus anciens 
receisî, decast; receis^ dems; recette deceil remontent au lat» 
-ccpisti, -ccpit. La 2* pers, est probablement due à raction] 
analogique de la r* et de la 3% action à laquelle a échapp 
prais en regard de preisî. 

PARFAITS SECONDAIRES 

Un très grand nombre de verbes dérivés de verbes primitifs 
latins (verbes en -ère) ont en lyonnais un parfait secondaire, 
c'est-à-dire accentué à la 3* pers. sing, non pas sur la voyelle 
radicale, mais sur la désinence- Une question se pose tout 
d*abord. Faut*il voir dans les parfaits secondaires de III un 
emprunt aux parfaits formés sur le type -didi, de telle sort^| 
que nuih et mesit^ par exemple, seraient dos à l'analogie de rf^- 
pmdit = ? Pour les parfaits secondaires formés sur le thème du pré-^ 
sent de Tîndicatif, on pourrait à la rigueur le soutenir ; meîi 
serait alors à met ce que rcspcftidit est à respont; mais pour U 
parfaits sigmatiqucs tels que misit, disit, cela me paraît inad^^ 
mîssible, et je crois préférable de supposer a%*ec M, Paul Meyc 
que la désinence -ivi- s'est propagée dans IIL Ce n'est pas 11 
d'ailleurs une simple hypothèse : si nous étions en présence d^ 
la propagation des parfaits tirés de-didi, comme ces parfaits 
terminent, dans nos textes, en -et ou -eit à la 3*^ pers, sing, 
cn-erûnt ou -etront à la y pers. plur,, il est de toute évidenc 
que nous rencontrerions des formes telles que metet ou mttril^ 
meteranï ou tmtnrmi; or tous les parfaits secondaires, en lyon 
nais, se terminent en -it et 'iront : c'est donc bien qu'ils se rat 
tachent au type en -ivi-. 

Cette désinence -ivi- a pénétré dans III de différente^— 
façons : ou bien elle s'est ajoutée au thème de Tindic, prés«]^ 
ou bien, et c'est laie cas le plus fréquent, elle est venue se jux- 




MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 279 

taposer au thème des parfaits sigmatiques. Voici d'abord des 
exemples du premier mode de formation : chait, dmironl, 
cognmsironi, corriî, appareissit; metit, tiuiiront, remanit^requerit^ 
s'emeguif, ternit y fjfrm/, *recepivit, vcnquit. 

Comme exemples du second procédé je citerai : arsit^ arsi- 
tout y closity cusit, disit, *escrisit, (d\ à Timparf. du subj. cscrtses- 
sant), esteinsitjfeinsîi^ mesit, mcsirmt, presiront, à côté de prêts- 
front y remansit, remassit^ reemsii, tcrsit, traisit, traisiranî, iousii, 
tolsimos, La désiner.ce -ivi- s*est également ajoutée aux parfaits 
en -si refaits par voie d'analogie, le plus souvent sur le parti- 
cipe passé : chaisi chaisironl à côté de chait chaironî^ creissit à 
coiédccreît credidit et de creiront^cleisirotiî, frassirmit, marsity 
samonsit, îeinsiî. 

Naquit et vesquit s'expliquent comme les formes françaises 
correspondantes. 

PARFAITS EN -Vî 

Les parfaits en -ui de II ont été étendus par analogie à 
quelques verbes de 11]^ mais ce mode de formation a pris 
beaucoup moins d'extension en lyonnais qu'en français. Voici 
les exemples que j'en puis citer : dissoiuit^ cognui cognutf mais 
an^si œnoissinws^ cognoissiront ^ creiu *credui à côté Atcreit cre- 
didit et de creissit, se criut à côté de creisit dans Marguerite 
d'Oingt ; cette dernière forme est la seule que connaissent les 
Légendes en prose. — Receivre^ deceivre n'ont que des parfaits en-/, 
mais on trouve aperçuit dans les Ugcnd^s^ qui nous fournissent 
aussi paissui; par contre, par ai tre fait au partait pariî et pareissit. 
Plaire a son partit en -/ : plaisii; î! en est de même de chaer : 
chait, cfmisit, cimisiront, et de beivre ; bit, beviront, en patois bevi 
eibeviront. 

FUTUR 

La i'^'' pers. sing. se termine toujours en -ei ou -ey, au lieu 
de -ai qu'on attendrait. Il en est de même en bressan : darey \ 
et en dauphinois *. Le « musicien » Nicolas Martin, qui a fait 



1. Revue des paim, t. I, p. 27. 

2. L'abbé Devaux, toc, ciL^ p. 396. 



iSo E. pHrupoN 

paraître en 1556, à Lyon, des Noels et Chansons « composez 
tant en vulgaire françois que savoysien », mais que je soup- 
çonne fort d'avoir été Lyonnais, écrit aussi amûrey, dar^y (chan- 
sons 2 et 6), tindrey (no<:\ 3), Il est probable que cette notation 
ei n'est point une simple variante graphique de -ai, mais qu'elle 
répond bien à une différence de prononciation : on prononce 
encore dans les patois et à Lyon même : je clmnteral (jchanîeré) et 
non, comme en français, /> cbanieré. La 2^ pers. du sing. se termine 
en -es, à Li différence de ce qui se passe aussi bien en provençal 
qu'en français : garderez, prendras, partira. Les patois prononcent 
aujourd'hui tuchainUré, (chànieré), Li 2* pers. plur. se terminait 
originairement en -ey, -«>; cet e devait se prononcer très fermé, 
car dès le xni* siècle il a abouti à t : troveris à côté de îroverri^y 
temiris à côté de mordras dans les L^endes en prose. Au xvu* 
siècle -n'a complètement disparu; je ne relève, en effet, dans la 
Bernarda Buyandiri que des formes en -i : maingeryU^ w 130. 
serty II, V, 46, fary II, v. 42, ari II, v. 357, stry II, v, 129 *. 
Le patois de Mornant dit de même vos cbanlari; dans les patois 
du canton de Vaugneray» cet i a été rempbcé par /, conformé- 
ment i la phonétique de ces patois, cf. Jiné finit u m à Saint- 
Genis-les-OUières. — La y pers. plur. se termine toujours en 
-ani ; livrerant^ rendrant^ partiront^. C'est là un trait qui diffé- 
rencie très nettement le vieux lyonnais du vieux dauphinois 
qui ne connaît que -ont '. La voyelle thématique a persisté dans 
I, sous la forme de a, en provençal, et sous celle de e, en fran- 
çais : amarai et amerai. Nos textes nous offrent les deux 
formes ; comandcrei et comandarâ^ troveris et trcvaris dans les 
Ligmdis pUuses, garderey et tnivarm dans Marguerite d'Oingt» 
arreierant et iîaranî dans des documents administratifs lyonnais. 
Visiblement, c'est par le lyoniiais que passe la ligne de partage 



I 

I 
I 

I 



s. L'abbé De^^iux (îcc. al.» p. 197) a consutc la réduction de ^ i -i en 
Diitphtoé dés le xvi< sièdc. 

3. Ai» ({ne k femarquc arv«c nison M. Zacher, b ^nalc -m/, que Ton rcn* 
OMitre de loto en loin à côté de -«ni dans les textes admtimtraiîfs K^ontiais, 
CSC de tooieéviéeDoe «1 emprunt au français : le» pafois ne conna'tssent que 
-mU^ Qpmi à -«#, qu'on iroiîvt, raremou d^aflkurs, dans Marguerite d*Oti^, 
ce tCesL qa^llle vamate i^phique de ««/ : cf . le patois actuel -4»! a%xc un 
m très OQVCR. n)KSta de ê. 

|. VM\kk DeinoE, l«. rtf*,p, 596, $97. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 28 1 

de a et de^. Le dauphinois ne connaît que la forme avec a^i 
de même le bugeysien : çanîam^. Le bressan, au contraire, 
n'emploie que des formes avec e : 3. clxunera, 5- gardcray, 
6. chankran dans lo Guetnen d'an pouro labory de Brcissy (161 5), 
V. 153, II, i6î'. 

Si j ai cru devoir insister quelque peu sur les formes du 
futur en dialecte lyonnais, c'est à cause du secours qu'on en 
peut tirer pour la localisation des Vies de Saints contenues dans 
le ms. fr. 818 de la Bibliothèque nationale : remploi presque 
constant du type en -erai : JWfrûi et Tusage exclusif de la finale 
-ant à la 3'' pers. ptur. mettent hors de cause le dauphinois et 
le bugistepourne laisser en présence que le lyonnais et le bres- 
san. Ce que Ton vient de dire des Légendes pieuses s'applique 
également à la IJgende de Théophile qui, comme Ta remarqué 
avec pleine raison M. P. Meyer, parait bien avoir été non seule- 
ment copiée, mais même rédigée dans la région lyonnaise^. 

CONDiTlONKEL 

La désinence -in de la i'*p€rs. sing. est pour un plus ancien 
^ien (*-ibam); à la 2* pers. la diphtongue -ie- a été maintenue 
par ïs finale, cf. besii ci hcsties, La y pers, a ^û se terminer 
originairement en -ri?/, -iV, d.avie, mais on ne trouve plus dans 
nos textes que la forme réduite -iî K Cest encore là un trait 
qui distingue le lyonnais du dauphinois, où -iet se maintint à 
côté de -it jusqu'au xvn^ siècle^. De même que M. tabbé 



1. //'ji/.,p. 395, 596. 

2, E. Philipon, Lt patois de Jujurieux, P- 43^ 

5. Les Lamenta tiofts dUitt pauvre laboureur de Bresse^ piir Bernardin Uchard, 
poème en patois brussas, édké par E. Philipon, p. 47. Dans le Lyonnais la 
ligne de partage passe entre Mornani : àjantara et Suint-Genis-lcs-Ollicres : 
cMnteta; cf^Nizier du Puitspelu, Diction, étymol. du patois lyonnais, p. cxiv 
et note 3. 

4, P, Meyer, Notice sur le recueil de miracles de lu Vierge renfermé dans le ms, 
hibL nat.fr, 818, p. 8. Pour moi commu pour mon savant maître, M. P* 
Mcyer, les Lé^endts en prose ont ùtù originairement composées en lyonnais, 
mais pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, je crois que le ms. 
bibl, nat. franc. 818a. éi«i exécuté en Bourgogne et pour un bfiurguignon. 

5. Arie dans F m en regard de arit dans F n est un exemple unique. 
6* Uabbé De vaux, foc, cit.^ p. J98. 



282 E. PHILÎPON 

Devaux, "fincLine à considérer comme un emprunt au français 
les finales en -et ou -eit -cbat qui apparaissent assez fréquem- 
ment dans les textes lyonnais et dauphinois ; toutefois il est 
possible que, dans un certain nombre de cas, une confusion se 
soit produite entre la notation /et h notation ci qui représentait 
un son très voisin de 1; cf. à la 2* pers. plur. du fut, traiteras et 
troveris \ Dans les Légendes pieuses ^ la i''^ pers. plur. est en -iam 
pour*-/iimjet la 2* en -tas ^j-|-at(i)s; dans les deux cas, 
Tentrave a protégé la voyelle originaire. A la 3*" pers. du pluriel 
nos textes hésitent entre -jWi/ et -iant; mais ici, contrairement 
à ce que nous avons constaté pour l'iraparf. de l'indicatif, c'est 
la forme en -ioni qui domine: les Légendes n'emploient que 
'tout pour I^ Marguerite d'Oiogt nous fournit parriant et par- 
riunt \ porrianî se rencontre aussi dans on compte lyonnais du 
xjv^ siècle (H I 22) et vindriant dans les Légendes (N 172*), 
Malgré cette prédominance de la finale -iont dans les textes des 
xm* et XIV* siècles, c'est la finale -iani qui a fini par triompher; 
c'est elle seule en effet qu'emploie la Bernarda Buyandiri, et c*est 
elle seule aussi que Ton trouve dans les patois du canton de 
Vaugneray, à Touest de Lyon, 

Les Légeftdes en prose emploient à la 1'*= pers. sing. rontpero, 
segueroet ocisiro (N 215' et 208^). Ces diverses iormessont pro- 
bablement un débris du plus- que- parfait de Tindicaiif % (pour 
le remplacement par de Va posttonique, cf. les r*"* pers. sing. 
de rimparf. deTind. de I : alQvo,istai*o). Il en est de même de 
furet ààxxs Marg. d'Oingt, p. S9,et àz Jurant dans les LégCfides^ 
f" 214*^. On doit probablement voir aussi un reste du plus-que- 
piirlait dans itérant, ibid,, f*' 214^, 

L'impératif de 1 a naturellement lalternance : demanda^ 
cbangi\ pmsas^ laissies. De même qu'à l'indicatif, la r* pers. du 



K Ce qui contribue i obscurcir h question^ c'est la divergence des patois : 
t;iT\dis qti*on dit djantarit à Mordant on dit Mnitrit à Saint-Geniâ-tes-OUières. 
De même en bugcjsico çantitèt. La Bernarda Buyanâm ne confiait que U ter- 
minaison '4È : Imvntt I 209» pourrtt I 199, vtrret I 15$. 

2« M. Mussafia {Zttr Christophïtgendc, p« 97), croit e{\i*oci%iro est pour ocis- 
dro (•occisèraro); peut-être serait-il plus simple de supposer occi^érsm 
ou peut-^ue même oc ci se rem par analogie de monerem. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 28} 

plur, de I ;i été empruntée aux i*^" pers. des autres conjugai- 
sons : alkm et atendem. 

SUBJONCTIF PRÉSENT 

La i^* pers, sing. a emprunté sa désinence -o au prés, de 
Tindicat. ; alyo dans Marguerite d'Oingt, p. 77, creio dans les 
Légendes^ f" 167^. Il est certain qu';^ Torigine Ja voyelle finale 
était un a; nous en avons la preuve dans la r^ pers, sing. du 
subjonct. à forme inchozxlvt poscho N 17SS qui est évidemment 
pour un plus ancien posclm^ prov. posca. Notez d'ailleurs dans 
les Z/j^^M^/i, foL 227^, la i*"* pers. fmssa en regard d^ poysso dans 
Marguerite d'Oingt, p. 56. A la 2"= et à la 3* pers. du sing. on 
trouve quelques rares débris do prés, du subj. de I : donSy gart^ 
perdant; mais d*ûrdinaire Tanatogie a fait prévaloir le type 
legam, de même qu'en français: ailes, doneî; deives, deivet; 
perdes, rendet; partes, parîet. Il est a peine besoin de dire que le 
passage de ^ ù ^ s'explique ici comme au prés, de Tindic. de I. 
Certaines formes supposent le type audiam : i. muire, 2. 
moires, 5. muires, mais, par contre, 4. muram, 6. murant; — 
tigniéy reîinie, mais Hno; vi^ne, vigneis, vignani^ mais vhianî. Dans 
I, à côté des terminaisons habituelles -esy -d, des a*" et 3'' pers. 
sing*, on trouve aussi -met -eit. Des terminaisons semblables 
se rencontrent également dans les textes bressans : gardty[t\^ 
bauge)[t\, à côté de garda, ;y/r dans h Guemm d'en pâtira lahory 
de Breiîsy de Bernardin Ucliard (i6r>)\ dans les textes dau- 
phinois des xin' et xiv*' siècles : torneyt, avreit, pourteyi à côté de 
potirtet\Qi dans les Noels et Chansons « en patois savoysien »(?) 
de Nicolas Martin (1556) : almyseit, gardeyli]^ tùuchyt à côté 
de volîkt (Noels i, 6, 4). On s*est donné beaucoup de mal pour 
expliquer cette finale -eii^ mais il ne me semble pas qu'on y ail 
réussi. Tout d'abord, il f^iut se garder de l'attribuer, comme le 
fait M. l'abbé Devaux, aux subjonctifs secondaires en -eiso que 
nous étudierons bientôt \ D autre part, on a eu tort de partir 
de ridée que cette finale *d, -cît était accentuée; rien n'est 
moins certain* Nos textes les plus anciens ne connaissent guère 
que la forme -et pour I a : donet, sonet A 40, 65, 60, aoret, resta- 



1 , Voyei rédition que j*ai donnée de ce poC'me patois, p. 47 et 48> 

2. L*abbé DevauK, /oc, n(., p. 599, 



284 E. PHILIPOK 

rei N 267% 268'; la forme -cil n'apparaît d'une façon un peu 
fréquente que dansi ^ : tkigndt A 48, prekiî N 207, mais ausst 
aidet^ albergeî N itj», 240^. Tout compte fait, ce n'est que 
dans les textes les plus récents que la forme -ffV domine^ dételle 
sorte que Ton peut tenir pour certain que la forme -et est la 
forme originaire. Nous avons vu que -^i était également la dési- 
nence habituelle de !a y pers, sing. de Tindic, prés., et personne 
que je sache n*a encore prétendu qu'elle y fut accentuée. Elle ne 
Tétait certainement pas davantage à la 3* pers. sing. du sub- 
jonctif présent de II à IV : deyvtî P A côté de dtyve H i, 11, 
pochet 1 V, 3 et poch I v, 4, rendei N 268' et rende \, v j\^ par- 
Ut^ 249^ et sailkN 2IÎ*, convertisse! F iv et converteise N 206**, 
Pourquoi donc Taurait-elle été uniquement à la 3*^ pers, sing. 
del? 

D'ailleurs si -^/, -eit avaient porté Taccent, nous aurions très 
certainement des exemples de leur changement en -ï. Cest ainsi 
qu'à la 2* pers. du pluriel nous trouvons allis à côté à*aUeis 
et tornis en regard de penseîs. De même à la 2'' pers, plur. du 
futur trovcreis et traveris. Or, bien que les 3" pers. du sing. du 
subj. près, soient extrêmement nombreuses dans les textes que 
j'ai étudiés, je n*ai pas un seul exemple à citer du passage de 
'iit à -iV. Enfin, alors qu'à la 3^ pers, du sing. on a ralternance 
-d, -aV, à la 2*^ pers. do plur. on ne trouve jamais que -m ou 
son substitut -iV: Cest donc bien que le son noté e ou n à la J* 
pers. du sing. n'était pas le même que celui noté et ou * à la 
2*" pers. du plur. Les patois nous en apponent d'ailleurs la 
preuve décisive, puisqu'on dit aujourd'hui ;\ Saînt-Genis-les- 
Ollières quà chante^ et que vos chànîi^ qtCà verte et que vos venê. 
Il ressort de ce que Ton vient de dire que -eit n'est 
qu*une variante graphique de -f/, qui représentait probablement 
le son de IV ouvert, cf. en bugeysien çanlê et çantassé, dremassê. 
On ne rencontre pas, il est vrai, la terminaison -eit dans les 
conjugaisons II à IV, mais cela peut venir du petit nombre 
de nos exemples; par contre la terminaison -et abonde : deh^t 
I V, 6 et o, pcKhet, I v 3, valliet I iv,74, rendit N 268% renmmt. 
remagnet F i à iv, prenet F i, venquet N 256^, vitgnei A 45, partei 
N 2J^<)^^voUiet dans le Noël 4 de Nicolas Manin, etc. 

Les l'^'et 3** pers. plur. sont en -am (lat. -âmus);-*ï«/(lat- 
-ant) : aiam^ stiatn, rendam^ partant^ dtivant, veiartty entendant, 
sufrant, et par analogie : alam^ hrisam; entrant, laissant. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LVOÏ^NAIS iSj 

A la 2" pers. pliir*, au contraire, il semble bien que cVst la 
forme amctis qui a servi de type commun ; doneis^ sachets^ 
Jeciveis, dkeis, saiikis. Cet ti s'est asaez fréquemment réduit à 
I ; tamis, laisis (^^=^ *laisieis), ais (=*aieis) sas (=^*seieis), 
creis, recivis^ saillis, 

SUBJONCTIF SECONDAIRE 

On lit dans la coutume de Saint-Bon nct-le-Château (1272), 
art. 49 : « Li cossol devunt jurât..* que leîalment meneissont 
la villa ", et plus loin, dans l'engagement pris par le seigneur de 
Saint-Bonnet : a autreiem que nostri er... jureisant ladita fran- 
cheisa »K Des formes analogues se rencontrent fréquemment 
dans les Légendes en prose : en voici quelques exemples qui ne 
laissent pas de doute sur leur valeur syntactique : ^* Sire Deus, 
remenbreis te de ma humilita, que jo ni'alegreiso en tagloiri », 
f** 212'*; « jo te preio que tu li comandeises que los visiteise », 
P* 218*^; *' jo te comando que tu briscises celki ydoh », f*' 204**; 
<c tlli amoneste lo larron que emblcise, al liomen irons que 
forsenneise «, (° 214^; « mais a totes les maneres de tormenz 
per co que plus torraentcisont », corr. « tormenteisant », 

f»2l6^ 

De même dans la Bernarda Buyandin : 

N'a tu rien pou d'una viriai 
Que le îombcise â la renversa? 

(Actel, V. 8ï,82.) 
Et je ne crayou pas qu'elle crîysc d*alarnaa, 

(Acte II, V. 190,) 
Qu'y secouaize aîlieiir se breye 
Je me passcray ben de semblable livreyc 

(Acte I, V. 200^ 201.) 

Cette forme de subjonctif paraît être restée spéciale à la con- 
jugaison I, au moins jusquauxvn* siècle^; de nos jours elle est 
employée dans toutes les conjugaisons : je relève les exemples 
suivants de Temploi du subjonctif présent secondaire, dans un 



I. P. Mcyer, Rtcueild'aftciins ttxUs^ 1. 1, p, 179 et ï8o. 
a. Exception faite bien entendu pour les verbes du type cognosco, 
•paresco. 



lié E. PHtLlPO\' 

recueil de pièces en patois de Condrieu, paru vers 1850, p. 7 

et 14' : 

Ht pu poirque in choquia ayéze bin sa pôr... 
Et ou yé bien domageou que noutron bon râa 
Leu passéze po in revuya coque fia. 

Les œuvres patoises du poète de Rive*de-Gîers, Roquille, 
nous fournissent un très grand nombre d'exemples de la même 
formation; en voici deux ou trois : 

Ht |c volo, plus tord, que de voutron vilbjo 
In chamin vidnal fassésc \o partaja. 

(U D/puiè man^tuK chmt IL) 

Ht te vodn6s qu'iti directeur de mioes 
Scyèse ainsi vex6 par de varmines 
Qu*al cindzurése in paré procédé I 

{Lo Pereyoux, chaol L) 

O convient qu'a donnése a chaque rejiton 
Lyvro, Polychinar, PantAÎn et mirliton. 

{Lô Df'jmtô tnatiquà^ chant II. ') 

Notons encore dans une pièce en patois de Mornant igniday- 
sant^ rejtignayse K 

Le patois de Saint-Genis-les-Ollières (Rhône) emploie 
concurremment les deux formes du présent du subjonci. : 
chànto et chànteiso^ cominço et cominceiso^ devo et dei^isOt marda 
et fnordeisot veno et veneiso. 

Le parler de Saint-Étienne connaît lui aussi le subj. prés, en 
-eiso et dès la fin du xvu'' siècle, il Tapplique à toutes les con- 
jugaisons ; s' of^fh^7/\7^f , ponchize, fa^eise àzns les œuvres des Cha- 



1 . Lf Biautais et ku redskuUu de vai U Roches de CondriyiiLf in vers f>aloue\ 
par Louis Chaunurtin, Saint-Éiienne, R. Pichon, s. d. 

2. Œuvres complètes de GmUaume RoquiîU de Rhe-de-Gier (Loire), Saint- 
Élîennc, iÔ8j, p. 100, 101, 86. En 1789» Rivc-dc-Gier était une petite vilïc 
du Lyonnais, archiprètré de Mornant» élection de Saint-Etienne; c'est appa- 
remment cette dcmicrc circonstance qui explique son rattachement au dépar- 
tement de la Loire; cf. Aimanach de Lyon pour 17S9. 

f. Hymnaa la concorda otix fifros de Mornant ^ par £. C. Condamin tils, 
Lyon, 1846^ p. 34 et 26* 




MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 287 

pelon *; qua m léssêse, que fi chayésa, que saloupèie^ dans les 
œuvres du poète stéphanois P. Phîlippon '. 
Il eo est de même du parler bressan : 

Son cor repose en tarra : é no fa prie Di 
Q.u*i buteyze 5' un arma didan son paradi. 

{Lo Guemeny v. 104.) 

Le Guemen emploie également à la j* pers. du sing. ' ^ogey^e 
(v. 266)j mengei^^e (y , iGj^y faUiey^e (v. 322). De même dans 
la Piemonîeyi^a de Beroardin Uchard, l'auteur de Gtanun : 

Qu'on fasseyze bracqua totore lo canon*.. 
No' te prian, bon Di, oncoretJc bon car. 
Que lo Prinsso Crctin lu buteysc d*ac6r », 

Comme exemples de Femploi du subjonctif secondaire en 
dauphinois on peut citer : 3 . atrapeise, troueist, trouei:;e, atîa- 
kisi\ possei:(f (franc, puisse) et poissci:^e, se tenase dont il faut rap- 
procher la 3*" perSt sing. du suhj. normal : eidei ». En savoisien 
le type en -eiso a fait disparaître le subjonctif présent primitif 
partout ailleurs que dans III : i. ânuise^ travaillàse, aiàsse, 3. 



1, Œuvrts ccmplètes dé Jean Chapdùn, augmeniUs da (euwes de MM. Antoine 
et Jacques Clmptlon^ Saim-Étienne, 1820, p. ijoei 245. Jean Chapebn mou- 
rut à Tàge de 47 ans en 169). Les formes citées »c trouvent aux pp. 100, 130, 

24$. 

2. ŒuvFf s Complètes de Babochi(B. Philîppon), Saint-Étiennc% 1876, p, 146» 

147, 149- 

5. Us Lamentations d'un pauvre laboureur de Bresse, par B, Uchard, édition 
PhilipOQ, p. 14, 21, 23, 47 et 48. 

4, La Piedtnontoixe en vers bressan, pOLT Bernardin Uchard, Dijon, 16 19, 
réimpression de 1855, p. 34» 35 et 4J. A côtd* de ces formes en -eyse, -<Fjrçr, 
B. Uchard emploie aussi des 5** pers, du sing. en -<?){/] qui appartiennent 
manifestement h la forme ordinaire du subj, fvù'i. fassey à côté â\i fasseyse 
(p. î4), suffrây i^ii rime avec rey (p. 49), failky (p. 45) en regard du Jaltiey^e 
du Guemen et dans ce dernier po^me : gardfy, gardet, v. 8a, p. i j et îo. Cesi 
donc bien évidemment à tort que M, l'abbé Devaux (p. 40Î, noie 2) consi- 
dère les formes bressanes en -cy comme appartenant au mode de formation 
que nous étudions ici. 

5 . Ces exemples sont empruntés au Banquet de le faye et au batifel de la 
gistn^ édition Lapaume, p. 33, 70, 71, 74 et 23. D'après Téditeur, ces pièces 
seraient Tune ci Tautrc Tocuvre de Laurent de Briançon, recteur de l'Uni- 



aiassd, tegnàse, mais i. rAfc, 3* rAiri *. I^ bugeysien fle con- 
naît plus que la forme ea -èsso aujourd. -asst : j- çantassé^ 
humasse f valyassé, vtnJyassé^ tenyassé^ dretnassi^. 

Ainsi dans la région du Moyen-Rhône on faisait et on fait 
encore usage, dans nombre de dialectes, de deux présents du 
subjonctif, l'un formé sur le type /(j^tiw, l'autre sur un type que 
nous aurons à déterminer, l*un qui se terminait en -et^ -fit à la 
y pers. sing. et Tautre qui se terminait en -mif, -eisse à cette 
même personne. Il faut rapprocher de ces subjonctifs moyen- 
rhodaniens en -eisOj -eisso lessubjonct. lorrains en -ohse: 5, deli- 
vroisse^ sauvoisse, aaroisse^ chantôissCy dûuhtotse; 6. trembhissmt , 
escoutùissent (I^ Psautier de Afd:^» édition Bonnardot, p. 63, 
ï79ï 93 ^ 9î)i seulement, tandis que dans le moyen-rhoda- 
nien cène forme de subjonct., d'abord spéciale àl,ne s'est éten- 
due aux autres conjugaisons que vers h fin du x\^ sicde, 
en lorrain elle a envahi toutes les conjugaisons dès le xiv* siècle : 
disoissf, recevoissent (ihid.^ p* 179, 201 '). 

M, Meycr-Lùbke, dans sa Grammaire des langues romanes 
(t. n, p. 211 de la traduction française), a proposé deux expli- 
cations des formes lorraines. D'après la première, on pourrait 
y voir un compose du subj. en -oie avec le subj. en -sse^ et cette 
hypothèse, ajoute le savant romaniste, est d'autant plus vrai- 
semblable que le subj. en meizvt défaut dans le Psautier lorrain. 



versité de Valence et qu'on croit être né à Grenoble; elles auraietit été oom- 
posées vers 1560 (?). 

1. Brachet» Dktiojt, du patois savoyard (canton d'Albertville)» p, 2î-î7- 

2. E* Philipon, Le patois delà commune de Jujurieux^ P* 43- ^ forme de U 
5« pen*»iDg. exclut, comme on le voit, rhypothèse que j*avais cniisc d*un 
remi^ement du présent du subjonaîf par Timparf, de ce mode; on doit 
prokibkmcm en dire autant de la a« pcrs. du plur. çanta$$d\ cf. la 2^ p< pi* 
Je rimparf. du subj. en v. lyon. atmstes. 

). A côté des subj. secondaires en -tUso^ -oisse^ on trouve aussîdans FEst, 
mais non dans ta région do Moyen-Rhôtie, des subj. en -m>» -ûw» -eye dont 
je ne puis m^occupçr ici ; c*c5t à ces derniers et non, comme l'a cru M. t'abbé 
Dcvaux, AUX subj* en -eiso, que s'appliquent les explications proposées par 
MM. Mussafia (Sit{urtgshfncbk dtr IVkner s4kad^miey X. CIV, p, 40), Gillié- 
TQt\ (Le patois de Fionnai, p. 86), et Odin (Étude sur le verbe dans U patois de 
Hlonay, p, ^4); cf. W, Foerstcr, Lyouer Yipptt^ p. XL, ciSuchier, Le Frunçais 
elle Pfwtnçûi^ p. ua. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LVOMNAtS iH^f 

Malgré cette vraisemblance, M. M.-L. incline plutôt à voir dans 
lessubj. en -oissc des créations analogiques d'aprts poisse possit, 
par rintermédiaire de voisse^sub]. d\illtr et d'estoisst* Comme le 
subj. d'aller est en lyonnais alyo et non veisso^ et que d*auire 
part poysse possit n'a bien évidemment exercé aucune in- 
riuence sur anietse^ il est clair que cette seconde explication 
ne saurait convenir aux formes lyonnaises. La première ne vaut 
pas mieux, puisque le subj. lorrain en -cyisse n'est pas, comme le 
croit M. M.-L., on composé des subj. en -oie et en -sse; c*est 
tout simplement le subj. inchoatifen -éscam qui a été étendu 
par voie d'analogie aux verbes de ta première conjugaison 
d'abord, puis à tous les autres. La meilleure dcoionstration que 
j'en puisse faire, c'est de donner ici, en regard Tun Je l'autre, 
le paradigme du subj* secondaire en lyonUviis et celui du subj. 
prés, des verbes à forme inchoarive. 

Vieux lyonnais. — Subj. secondaire : i. atneiso^ 2, ameises; 
3. amcisè et ameisse, 4, amessam^ 5. amese^y 6, amessanL 

Subj. des verbes inchoatifs : r. Jîneiso, 2. fineises^ j. Jineise 
et fi misse, 4, *finessam^ 5. *fines(i^ é.fifusanL 

Patois de Saint-Genis-les-Ollieres, — Subj. second. : 
i.chanteiso^ 2. chanteises, 3. chanteise, 4. chanlessan, j. chàn- 
tcssé, 6. chantessanL 

Subj. inchoatil". i. fittesso pour un plus anc. Jineisso, 2, 
finesses^ }, fines se, ^.fifussàn, ^, finesse, é^finessant, 

IMPARFAIT DU SUBJONCTU 

Les conjugaisons I et III ont formé leur imparf. du subj, sur 
le type hypothétique *legissem, en lyonnais comme en pro- 
vençal : alegresso^ meni;^ejso\ traisesses^ venquesses, rendessam^ tou- 
cessant, tolsisscnt. Par contre, Il a suivi le type monuissem 

3mme en français : ausso^ tkusses^ saust ou le type audissem ; 

nst^ poissas, (cf. (e franc, puisste:^ pour "pouissie:^), veïsses^vousisl 
i:\volissant* De même, bien entendu, IV : servisso, partist, par- 
Usant. Nos textes confondent continuellement -iss- et -ess- : 
peudest^ venquessant en regard de pemlisî, perdissant. De même 



i, M. Mcyer-Lùbkc(l. II, % 307)016 d'après un acte savoyard de 1552 
dîment^ cîxvauclmiint. 



^vmmmimt XXX 



«î 



290 E. PHTLIPO^Î 

quoique beaucoup plus rarement d ins I : deîivrîsses^ gardissani 
-iss' a définitivement triomphe dans les patois : amissiOy chan- 
tissio. Je vois là une transformadoa phonétique aidée peut- 
être par Tanalogie de IV. La chute de Vs devant t est (n 
q y ente après j : csîendh^ pendit ^ mais alesl^ delivrest^ pemiesi. U 
V" et la y pers. du plur. ont un a non étymologique du à 
ranalogiedu subj. présent : aoresam^ rtndessam, garisam; apor* 
lésant, toticessant, pansant. 

Dans les patois du canton de Vaugneray (Rhône) les formi 
de rimparfait du subjonctif sont d'une explication difficile 
voici les paradigmes : 

I. — a. chant'àoy -ise^ -ise^ -essàn^ -es5e\ -essàn, 

g. chanî'issio^ -issiôy -issië, -issiàn, -issiô, -issiàn. 

Le patois de Saint-Genis ne connaît au singulier que 
forme X, tandis qu'au pluriel il emploie indifféremment 2 et ^. 
Au témoignage de N. du Puitspelu, la forme ^ serait la seule 
usitée à Craponne, mais est-ce bien certain ? 

IL ày-éso, 'ése, -ése, -issiàn^ -issià^ -issiàn; dev-iso pôy-^so en 
regard du subj. prés, poy-o, c< que je puisse n, sày-éso en regard 
de sày-o « que je sache » ; vaîèso^ vol^so. 

Le verbe avd a avoir » emploie concurremment avec âyéi* : 
ussio habuissem.seul reste du paradigme du v, lyon. idemm^ 
deusscs, deusty deussam^ deusse^^ deussani; et encore la j* pers. 
sing. est-elle nssie au lieu de nst. 

IIL — a. vind-esso, -esse, -esse, -essàn, -essé, -essàn, — ^^vind- 
iso^ 'ésCf~êse, -essiàn, -essiô^ -essiàn. — v. vind-éso, -est, -«*i^ 
-issiàUj -isiîôy -issiàn. 

La forme x est usitée à Craponne, et les fonnes g et X i Saint- 
Genis. 

Le verbe substantif a les deux (orm^f ussio et sàyèso, 

rV. — %. dorm- éso^ -ése^ t^se, -essàn^ -essé, -essàn et -/V;ti«, 
'issiÔ, 'issiàn, à Saint-Genis; ;\ Craponne, venissio^ -issio^ -issii, 
'issiàn, -issié, -issiàn, 

3, Les verbes qui suivent la conjugaison inchoative forment 
leur imparfait du subjonctif en ajoutant la terminaison -éo xu 
thème du présent du. même mode : fluressiso^ -^e, -isef -issiàn, 
'issîâj 'issiàn. A Craponne le plur. paraît emprunté au sub|. 
prés, ijinésséso ^tjin^ssàn^ -essé^ -essàn* Le plur. -essàn parait bien 
attester que fe sing. -ésa est pour un plus ancien -esso. H est 
difficile de dire si cette fioaleaété empruntée à III ou si au con- 



M 



MÔRPIIOLOÛIE DU DIALECTE LYONKAîS 2^1 

traire, il ne faat pas y voir un simple redoublement de la finale 
--esso pour -essa -ëscam qui est dans le subj. prés, flurcs.^o. 

La même question se pose pour le simple dormèso (^^^chr- 
ftmsa)y en regard du subj. prés. dôrmo\ j/inclinerais pour ma 
part à y voir la forme inchoative, tandis que la forme simple 
serait représentée parle plur. dormissiàn. 

mFÏNÎTIF 

Le présent de ce mode est en -ar ou en -ter dans I suivant 
que la terminaison -are est ou n'est pas précédée d'un son pala- 
tal primaire ou secondaire: chantar en regard de ro/w^ntr, irum- 
giet\ Dans II le latin -ère a abouti régulièrement à -er, -eir : 
aveir^ deifeir, poer et pocir^ mver et saveir. 

Nos textes, à la différence des textes français, distinguent 
soigneusement le partie, prés, de I des partie, prés, des autres 
conjugaisons : plorani, dtmorani, chantant ; — mais devenir pois- 
sm:^^ scient, vêtent, pendent, vendent, cognoissent; comU^ sailleni^ 
buiUent^ etc. C'est donc à tort que M. Zacher se refuse à recon- 
naître sur ce point la parfaite identité des conjugaisons lyon- 
naise et provençale \ Rappelons qu'en lyonnais en se prononce 
encore aujourd'hui mi; d'oii il suit que c est bien à l'influence 
analogique de I qu'on doit les formes patoises payant ^ déviant, 
rendant, fhiéssant. 

L'étude du participe passé relève de la phonétique, aussi me 
bornerai-je à renvoyer à ce que j*en ai dit dans la Ronwnia, 
t. XIII, p* S43,et dans la Revue des Patois, t. I, p. 14 et 15, 

DES VERBES INCHOATIFS 

On sait qu'en latin les suflixes inchoatifs -âsco, -êsco, 
Isco, sont sortis par analogie des verbes où le suffixe indo- 
européen *-skû- s'était ajouté il des thèmes en -â, -e, ou î : 
hi-â-scô en regard de hi-â-tus « ouverture », nâ-scôr 
(=ç^-jaî), part- nà-tus; crè-scô, part, cré-vi, qui-c- 
scô, parf. qui-ê-vi, rub-ê-scô en regard de rub-ê-s 
«rouge»; vi-ê-scô, parf. vi-c-tus; hî-scô, sci-scô, 
parf. scI-tum^ 

Les suffixes de nouvelle formation -âsco-^ -isco-^ ^îs€0- s'ajou- 



i. Licher, /or. rt/., p. 58. 

2. Brugmann, Grundriss, i, IV, J 674. 



291 È. PHILIPON 

tèrent respectivement au radical des verbes dont le thème $e 
terminait en -à, -i, -î : am-âsco : aniô {=^amà-o), flor^scù : 
fioré-ây obâorm-tscù dormî-ô; c'est là ce qui explique pourquoi, 
malgré l'analogie de pô-scô, nô-jfà, il ue s* est pas développé de 
suffixe -tiir(7- ' . Les finales -âsco, -iscû, -isco finirent par devenir 
absolument indépendantes du caractère du thème auquel on les 
ajouuit; de là des formes telles que contic-iscô : tace-a^ innot-èscù 
àtnôiu-m, mit-isco de miti-s. On en vint même à tirer des 
inchoatifs de verbes primitits (conj. III) : gcmisco dans Clau- 
dien, de gcnw^ gemère^ procédé qui s*est développé en roman, 
cf. TitaL capisco. 

Le roman a laissé perdre à peu près complètement la finale 
-âsco'; par contre il a développé les finales -êsco, -îsco; 
seulement, il les a confondues en une forme unique qui est, 
suivant les langues, tantôt -Isco^ tantôt -èsco. Cest là d'ailleurs 
une confusion qui remonte à Tépoque romaine : conticesca et 
conîiciscùj miîcsco et mitisco^ bruîesco et brutisco. 

En italien, c'est la forme -isco qui a triomphé : florisco flo- 
resco, languisco isLugucsco y appariscenk, partie, prés de Tinu- 
site appariscOj finisco, parîisco. De même en provençal : florisc^ 
^/fwVr *plovîscit, plcviscat dans une charte du moyen âge; 
pu nisc\ par Use mais pa reisser * pa r ê s c ê r e , su b j , prés . r . paresca . 
De même aussi en français : v. itàiic, JhtiriSy garis, punis ^ pari- 
santj mih parais parésco et bànç, mod. paraître = *parûislre 
par-êscere; cL crotstre crè-scere. 

En Espagne, en Portugal et en Roumanie au contraire c'est 
la forme -ésco qui Ta emporté : esp. fiorecer, parecer; roum. 
floresc, doresc dolesco; nuîresc. Il en est de même dans les dia- 
lectes de ristrie Qitnésk)^ de rEngadîne et de la vallée du Haut- 
Rhin *. Les dialectes du Haut et Moyen-Rhône ont aussi donné 
la préférenceà la forme -csco : pat. de Vionnaiî :îirM floresc o, 
drèttUsè do r m isco ^; pat. de Coligny : nuràsou pour un plus 
ancien *nureiso^. On a cité plus haut, d'après Bernardin Uchard, 



1, Cof^nosco doit en effet s'épçler c^fnà-Kô, 

2, Le V. prov. inùsser tr4sc<:rc, partie, pass. iraicut ùài exception* 
j, Mcyer-Lùbke, t, II, S 301. 

4. Gil Héron, Patoù de îa cùmmum de yiûntm^^ p. 10$ et 104. 

5. Clcdai, U Patoisde Coligmyetde Saint- Amour, Rotmnia, t. XIV, p. 36^. 



MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 29} 

le V. hTes^znrogeyse^faHieyse {Ij>Guemen, v, 266 et 322). Le subj, 
prés, bugeysien dremasse a dû passer aussi par *dran€ysse. Le dau- 
phinois nous à Aouné posseiniey françu, pwwf, et /^mi-f, qui repré- 
sente bien certainement te 11 4" èscat. Enfin on peut citer en v. 
lyon, nureissoy fineîsô, gareiso, gareniescfjo en regard de pareisse 
piirescat et de rmij^r crê-scatj en lyon. moderne jîoresso^ 
finesso ' ^ 

C'est également la forme -êsco qu'on retrouve dans le dia- 
lecte du Psautier de Metz : disoisse^ reccvmssmt (édition F, Bon- 
nardot, p, 179 et 201)'* 

M, Meyer-Lûbke (Gramm., H, 269) donne de Talternance 
dialectale -csco, -isco une explication différente de celle que 
je viens de proposer; suivant le savant professeur, -^sc serait le 
suffixe le plus ancien et -tsc une reformation qui s'expliquerait 
par Tintroduction du suffixe dans la classe en -/, ce qui signifie 
apparemment que le bas latin ayant uniformisé en -ésco les 
finales -isco et -csco, certaines langues ont adopté cette 
finale de nouvelle formation, tandis que d'autres sont allées cher- 
cher dans le latin classique le suffixe -isc- abandonné par 
le latin populaire. Malheureusement rien jusqu'à ce jour n'est 
venu prouver l^uniformisaiion suffixale qu'on allègue et tout 
donne a penser, au contraire, que le suffixe -isc-, qui avait ses 
racines dans le plus ancien latin et qui prit à la fin de Tempire 
un développement considérable \ ne cessa jamais d'être en 
usage, surtout en Italie. Quant à la différence entre le traite- 
ment français de parêscere et celui de flore s ce re, je Tat- 
tribue à ce que florêre a passé à la conjugaison en -i>, 
tandis que parère est resté dans la conjugaison en -eir; 



1. 11 va sans dire que hemiw^ olmsso sont pour de plus anciens *henftiso^ 
*oheeiiso\ cf. les formes simples htitiont^ oh-intigemiismxt a côté à\sà)aneuont^ 
gariiSîi et converUues, nutfisso et mormo, etc. 

2. Sur les verbes închoaiifs» voyez Diez, Gramm, dts Imgim romatus^ t. Il, 
p. 136, 141; i8s, 189; 211, 219; 24s, 249, et MeyerLûbke, Gramm, âis 
languie romand^ t. II, p, 268-273. 

j. Un des exemples les plus curieux qu'on puisse citer de Textension de (a 
forme inchoative dans les bas temps, c*est assurément le verbe hrntisco^ hru~ 
Usco « s'abrutir » qu'emploient Laaance, Sidoine et Fortunai* Notons <jtie 
Sidoine» qui sùjournait fréquemment àLyon,sesertdelaforme&f'M/<^co, tandis 
que Lactance et Fortunai écrivent brutisœ. 



294 ^' PHILIPON 

d'ailleurs on peut, dans cet ordre d'idées, opposer au v. franc, 
parois parésco Titalien appariscente. 

La forme inchoative a pris dans la conjugaison lyonnaise un 
développement exceptionnel que j'ai constaté chemin faisant et 
sur lequel je n'ai pas à revenir ici. Je me bornerai à quelques 
brèves observations sur le traitement phonétique du suflSxe 
verbal -êsco. La i"" pers. sing. de Tindic. présent suffrciso, 
nureisso suppose la série -esco^ -ecso^-eyso ou -eyssû\ cf. le v. lyon. 
coysi coxâ, layssier laxare *, La 2*" et la y pers. sing. -m, -eist 
reproduisent très exactement -éscis et-êscit. Laa* et laj* pers. 
sing. du parf bnieish\ bermsît, om pour correspondant en lyon, 
mod, Jluressé^ fluressé zvec passage régulier de Vt final en roman 
à c; cf nr nidum* Ce temps a été tiré du thème de Tindic. 
prés, au moyen de la finale -ivi. Le v. lyon. emploie encore la 
forme simple \ flurtî^dejenit, mais les patois ne connaissent plus 
que la forme inchoative. Nos textes n'emploient pour le futur 
et le conditionnel que la forme simple ijenirei; bentirirtypiririn; 
les patois ont développé les formes inchoatives iflurèiré^ 
jJuritrin pour de plus anciens )îur<!j[/]ri^', fturis\î\rin, A Fimpé- 
ratif, le v. lyon. hésite encore entre Tune et 1 autre forme : 
2. œnverîeis^ ofreis et btnei^ offri; >. emples, floris. Le suffixe 
-é se a- du suhj. prés, a été traité de deux façons différentes : 
fineiso pour un primitif *finem\ cf. aygui et garenîesclyo pour 
un primitif *garenteschi, cf. blanchi; garisses et suffresches^ flo- 
reiie et (xvr esche pour des primitifs fioreiset et ^ovresclnt ** Le 
simple apparaît encore dans 3. beneity 4. grepam^ dcgrepis pour 
un plus ancien *dfgrepfis, L'imparf. du subj,,quiapris le suffixe 
inchoatif en patois i fluressèso^ ne connaît dans nos textes que 11 
forme simple. C'est aussi celle qui domine au partie, prés. ; 
fugicnSy rcsplandcnty en regard du mot mi-savant ohedissen:;^^ 
obediem dans Marguerite d*Oingi. 

E. Phïlifon, 



1. On sait que dans les vieux textes lyonnais *ir t \ coriisi, dans Margue- 
rite d*Oingt (p. 16), poer dans I v, j; d'ailleurs rien n*empéche de voir 
dans nunhso une réduction de 'nurfiisso, 

2, Sur le traitement de l'a posttonique en v. lyonnais, voyez Romania^ 
i, XIU, p. 55S. 



NOTICE DU MS. 10295-304» 

DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE BELGIQUE 

(légendes en prose et en vers) 



Le manuscrit que je vais décrire ne paie pas de mine. C'est 
un in-foL en papier (29 cent, sur 20) écrit à longues lignes, sauf 
les parties en vers octosyllabiques, qui sont à deux colonnes. 
L'écriture est cursive et ne vise nullement à l'élégance, bien 
qu'en général fort lisible. On y peut reconnaître deux mains 
contemporaines qui, Tune et l'autre, appartiennent visiblement 
h la première moitié du xV^ siècle. La première s'airête au 
fol. 206 recto, et reparaît de temps à autre dans la suite; la 
seconde commence au fol. 206 v°. L'époque où écrivait le pre- 
mier copiste peut être déterminée avec précision. A la fin 
de la vie de saint Antoine (art. 12) on lit : « Escript le jour de 
la Magdelaine par Jehan Wag' (Wagon?), Tan mil iiij"" xxviij. » 
Puis, à la suite de la vie de saint Martin (art. 26) : « Explicit 
finis le vie saint Martin, qui fu parfaite par Jehan Wag', Tan 
mil iiij' xxviij en jungnet, le xxviij^ jour. » Plus loin, à la fin de 
la vie de sainte Catherine (art. 30), se lisent quelques mau- 
vais vers où le copiste nous fait savoir qu'il a transcrit cette 
vie à Ath (Hainaut), un samedi, « le nuit de le fieste », en 
1428. J'ignore quelle est cette fête, mais cela n'a pas grande 



I. On sait qu'à la Bibliothèque royale de Belgique, pour la partie inven- 
toriée par l'ancien bibliothécaire Marchai, chaque ouvrage contenu dans un 
manuscrit a un numéro spécial. Ce système, bien inusité et bien incommode» 
n'a pas été appliqué avec rigueur. 



2$6 V. MEYER 

importance. De plus, à b fin des fables de Marie de France 
(art. 42), nous trouvons des vers non moins médiocres où le 
copiste déclare avoir terminé la transcription desdites fables la 
nuit de la Pentecôte 1429. Nous pouvons donc affirmerque notre 
manuscrit a été exécuté en 1428 et 1429. 

A la 6n, au bas du fol. 385 v*, on rencontre une mention 
qui n'est pas ordinaire, celle deceruines dépenses relatives à la 
confection du livre : 

Item, pour papier» le maîn } s. S 4., monte. , . 20 s. 

Item, pour le loyage ' 40 s. 

Item, pour les gnmdcs lettres. , • . . , , . .. 31 s. 

Item, pour les doans ' . . , s s. 

Notre manuscrit a fait partie de la riche bibliothèque de 
Charles deCroy, prince de Chimai, qui fut parrain deCharlcs- 
Quînt i. On lit en etfet, au fol. 586, cet ex-libris : 

En ce livre sont contenues plumeurs vyes de sains et de saintes, en H nie 
et ea prose, lequel est a Mons. Charles de Ooy, comte de Chimay. 

Charles. 

Voyons maintenant le contenu. C'est une compilation dans 
laquelle sont entrés des éléments très variés, et qui, selon 
toute apparence, n'avaient jamais été groupés en un seul volume. 
Le principal de ces éléments devait être un recueil de légendes 
françaises en prose, plus ou moins analogue à ceux que j*aî 
déjà analysés dans le Bulletin de la Société des anciens textes 
(années 1885, 1888, 1892^ ^897), ou ailleurs. Ce recueil devait 
erre apparenté d'assez près à celui qui occupe une place consi- 



t. La reliure. 

1. tes clous placés sur les plats de U reliure. 

\. Voir ce que je dis sur le sort de cette bibliothèque» qui a été de bonne 
heure dispersée, dans AUxandrf ït Grand dam la Hitératurt francise, 
W, 50Î, note, Cf. H. Martin, Hiit, de U BiN, d* TAnfnaï, p, 129, ci 
Suchier» Œuirts poétiquts di Beaumanoir, l, xvin. Les débris de h Biblio- 
thèque du prince de Chimai ne se mrouvent pas ^utcment à Bruxelles et à 
Paris : il en existe aussi d^ ép«ives à MjdriJ (Durrieu, BiN. d^ tÉ^. dm 
Ck,, LIV, 27 s), à Valencienncs {CaiaL général, XX \', 29 s), i léna, à Oxiord 
(S. Berger, La Biblt françmsi m WÊoym dgi, pp. 228 et 41 }). 



NOTICE DU MS. 10295-304 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 2^7 

dérable dans le ms, français 6447 de Li Bibliothèque nationale. 
Cest à la notice que i*ai publiée, eu 1896, de ce manuscrit ', 
que je me référerai de préférence dans les pages qui suivent. 
Les légendes du ms. de Bruxelles sont, en général du nombre 
de celles qui ont été souvent copiées. Il faut toutefois faire une 
exception pour ta vie de saint Quentin que je n'avais trouvée 
jusquici que dans un manuscrit de Saint-Pétersbourg dont je 
viens de publier b description ^ Mais en outre Técrivain à qui est 
dû le ms. de Bruxelles a utilisé un recueil de sermons français sur 
lesteresdes saints^ que je ne connais pas. A ce recueil sont em- 
pruntés, selon les apparences, les articles 17 a 22 *, et proba- 
blement aussi les articles 13 à 16. Il faut mettre à part Thistoire 
de sainte Marie-Madeleine (art, 23), qui est fort intéressante 
et que je n'ai pas rencontrée ailleurs sous la même forme. Enfin 
notre écrivain a prisj je ne sais si c'est dans un seul recueil ou 
dans plusieurs, neuf légendes en vers (art. 6 à 9 et 28 à 32), 
dont quatre seulement étaient connues : les vies de saint Alexis 
(art, 7), de sainte M.irine(art. 28), de sainte Julienne (art. 29), 
de sainte Catherine (art. 30), Le fait que ces petits poèmes 
forment deux groupes, séparés par de nombreux récits en prose, 
donne à croire que le copiste a en à sa disposition deux recueils 
de légendes versifiées. Il a joint à ces pieuses compositions trois 
ouvrages qui sont ordinairement copiés séparément, VYsopei de 
Marie de France (art. 42), Vlmagc du monde (art* 43) et la 
Cirnsolaliond^ Boece, traduite par Renaud deLoulians(art. 44). 
La Bible des laies gens (art, 45) est un poème didactique et 
moral qui n'a pas été signalé jusqu'à présent, 

1. — (Fol. i) La vie saint Chriitofte. Moût puct yestre Ik-s cui Nostre S. 
doone um de grasce 

(6447, art, 28O 

2. — (Fol. 10) Chi après s^tnsieut k vie mmii. saint Sehastiien, En cel tanps 
que Deocleckns et Maximiens esioiem empereour a Rome 

(6447, art. 2S.) 



I. Dans les Notices it extraits des ntanuscrits, X. XXXV, p, 435-510 (tiré i 
pan chei Klincksieck). Voir particulièrement, pour les légendes, les pages 
472 et suiv. Chaque ;micle a son numéro d'ordre. 

1. Notices et extraits, XXXVI, 677 et suiv. 

V La légende de saint Etienne (17) a même conservé son texteempmnté à 
r Évangile. 



298 p. MEYER 

3* — (FûL 14 vo) Chi après $*emieut h vie me dame sainte UneU et dis ,jt/«". 
vierges. Al tanps que nostre S. Jhesucris avoit ïe siècle aucques converti a la 
sainte loyeta la sainte foy de baptesme., 

(6447» art. s6.) 

4. — (Fol. 19) Chi après s*ensieut le vie des .vij, dortnans. El tans que 
Decius César maintenoit rem pire de Rome estoîeni en la chîté de Fesîc ,vij. 
homes, jovencs bacefer et ât/ belle fourme, dont tî uns cstoit apcUés Maxî- 
mianus et H autres Malcus et U tiers Martinianus, ,.. 

(Cette version n'avait été rencontrée jusqu'à présent que dans It^ mss. 
770 de Lyon et 1008 de Tours; voir Buiîetin des auc. textes, 1888, p, 92. et 
Ï&97. P- SîO 

5. — (Fo!. 22) Chi api h s*ensieut k vie et Je passion Momignettr saint 
Quentin, Tout chil qui sens ont et discrétion doient volentiers oîr et entendre 
les paroUes et les discrétions ' des sains manirs, car elles sont a la loenge 
Nosire Signeur Jliesucrist et a la gloire de ceuls qui la paine en souffrirent, 
par quoy il deservireni a avoir le parraenabïe gloire. Pour ce vous vocl je 
tommenchier a dire le vie et le passion Monseigneur saint Quentio par 
bries ves paroles... 

(Version qui n'a été rencontrée jusqu'à présent que dans le tns. de Saint* 
Péiersbourg; voir Notices et Extraits, XXXVI, 689), 

0. — (Fol, 39 vo) La vie saint Basille, 88 quatrains. 

Or escoutés, segneur, que Dicus vous beneîc. 
Le glorieus dou de!» li fîls sainte Marie 1 
Je vous voel raconter de la vierge Marie 
Une moût haute istore qui duit bien esire oye. 

L*istore dont je voel or comcncier mes dis 
Commenche Approlme cùnsuettuUnis ; 
Et qui ne m'en voet croire voit lire les cbcub : 
Il trouvera pour voir tout ce que je vous dis. 

L'istore doit bien yestre devant cters rechitée, 

Et devant bie gent ne doit yestre celC'c, * 

Car elle est de latin en français translatée. 

Sans mettre et sans ostcr, fors tant qu'elle est rimée, 

Jou ay au translater mise grant estudie 
Et pour le mieus rimer villiét mainte nuttie. 
Que de toutes gens fuist plus volentiers oie; 
Je vocl or commcnchier. Dîeus m'en soii en aici 



it Ms, de Saint-Pétersbourg : les poroîfs M vies. 



NOTICE DU MS. IO295-304 DE LA BIBL. NAT. DE BELGiaUE 299 
A saint Basille doient preudomme prendre exemple; 
En la vierge Marie avoit moût grant fiance 
Qpi bien set ses amis au grand besoing deffendre, 
Cens qui en li siervir ont mise leur entente. 

Bien doivent, ce me samble, justes et peceour 
Siervir si haute dame ou tant a de douçour, 
Qjii adiès en priieres est vicrs Dieu nuit et jour, 
Et pour nous racorder est adès en labour. 

Or voel a mon (sic) matere d[es] or mais retourner ; 
Dou courtois saint Basille vorai premiers parler 
Qpi siervi Nostre Dame de boin coer sans fauser, 
De juner, devillier, de preschier et d'orer. 

Sains Basilles li grans, dont raconter vous doy, 
Evesques de Sebaste en dpadocc estoit. 
A celui umpsa Rome .j. empercre avoit (/b/. 30). 
Juliien Tapostate', ensi noumés estoit. 

Juliien l'apostate, dont je fas mension, 
Avoit * estét crestiien et de religion. 
Moines fu et diacres, et par sa traîson 
Renoya Jhesu Crist qui souHri passion. 

Juliien l'apostate, dont vous m'oés conter, 
Fist maint grant tourment en sainte crestîenté. 
Maintes dignes églises par terre craventcr 
Et mains glorieus sains a martire livrer. 

Juliien l'apostate par sa grant felonnie 
Dist de la mère Dieu mainte grant vilonnîe. 
Que. quant elle enfanta, pucelle n*estoit mie. 
Et que Joseph li fevres si Tavoit engrossie... 

Rn (fol 34) : 

Loée soit la dame, loéc soit ) la roîne 

Qpi, parmi la priiere monsigneur saint Basille, 

Garda crestienté de la gent sarrasinc ! 

Coée soit la dame unt corn elle en est digne ! 

Meut est fols, ce me samble, qui ne le siert bien S 
Car chis qui bien le sicrt en ara boin leuwier ; 
Juste ne peceour ne s'en doit dcffier, 
Car elle voet cascun qui bien le sicrt aidier. 



I. Ms. la postaU, ici et plus loin. — 2. Corr. 0/? — 3. Suppr. soii. — 
4. Le second hémistiche est trop court. 



JOO p. MEVER 

Prions dévotement a le \nergene Marie, 
Qui as boins crestitens fist secours et aîc, 
Qjjc de mal nous deflfengc et imgne en son service. 
Et voelle mettre pais par toute sainte EgUsc. Amen. 

Explicit fims. 

(Ce poème, qui commence comme une chanson de geste, ne pamîi ^ 
se rencontrer ailleurs. C'est visiblement une oeuvre du xrv^ siècle ou tootc 
plus de la fin du xiii^. Malgré sa date relativement récente, on y remarqK 
quelques a&sonnances. Il a pour objet non pas exactement la vie de oàz 
BAStle» mais un épisode détaché de cette rie : le récit 4e ht rencontre dosaiK 
ax'ec l'empereur Julien et de la mon miraculeuse de ce dernier. Cet éfisodea 
étt^ sou N'en t copit^^ prt^et on en connaissait défi filtisietirs \*ensaoiis îasigim: 
voir ce que je dis i ce sujet dans ma notice sur tin manuscrit d'OàiaMoa^ 
tenant d anciens miracles de b Vierge en vers Êrançais, NaHca d alnÊk^ 
XXXrV\2* partk,44 L auteur du poème die, â la v^èriic. comme source oniqof« 
une rédaction particulière oomoiei^aot paj AffroimU amsmgtitdimù. Mais q iv 
faut peut-^tre pas prendre son assertion au pied de la lettre. Il a sans éom 
enca vueun sermcm de Fulbert de Qiaaiie5(l%oc, Fmi9vl,iai,, CXO, poi 
fofi commeiice pir : • Apfimlnte coosnetadfaMS es< , apod Chrisdaaov 
avçlOiUiii pitniiii ifies nataltiios àhscrvxre... •; es îl est ornaâi que dm 
^ nswnm^ dont od t on très gruid oomte de aiptes» rhtsmire de sém 
Railr et de JttlSita est rapportée, ai^ec divers nîrades diratioés à démooticr 
IlBWrumUoft pnimmif 4e la Vkfge dus les attres Inunaînes; arâ « 
dN« «OT^ aoM OBOiDés Wèropcm, et il m paoit feien pmWle çae 
le poêle cowMBsail !■ lé^eode de svnt Baie par des nfiots plus amples- 



(Fût H "<*) If tm mmt Jkxiu 
E^m Vmttm de Dm le poei 




AlolK, pdHH dÉv G. PMi 






CflCkvirj 



NOTICE DU MS. 10295-304 t>E LA fiIBL. ROY. DE fiELGiaUE ^Ot 
Voel recorder .j. dit dé boin entendement 
De .ij. saintes piersonnes; oés moy boinement. 

Douce gens, la prumiere est sainte Dieudonnée : 
En Jhesucris siervir mist toute sa pensée ; 
Si bien se seut porter en la povre valée 
De ça jus que lassus est es cieus couronnée. 

Li père et li mère Dieudonnée ensement 

Furent par mariage ensanle longuement ; 

Ains que euissent enfant prioient Dieu souvent 

Q^ie .j. fieut ou une fille leur donnast Dieus briement. 

Dieus, qui ne set as justes a leur besoing falir, 
Leur donna une fille dont vous pores oîr. 
Moût rices gens estoient, bien le fîsent nourir ; 
Mise fu a TescoUe dès que sot retenir. 

Elle aprent a TescoUe et lisoit son sautier 

Aussi bien que font cil qui lissent (51c) au moustier. 

Tel biauté li veut Dieus a .xv. ansenvoiier 

C'on ne trouvast plus bielle tant c'on peuîst cierquier. 

Avoecq le grant biauté que Dieus ot en li mise 
Estoit parfaitement de boine[s] meurs enprisc. 
Pour sa bielle façon et pour sa bielle guise 
Des plus haus dou païs fu viers les siens requise. 

A xiij. ans espousa le fil d'un haut baron, 
Sage, dous et courtois et de bielle façon ; 
Voir» on ne trouvast pas en celle nassion 
Nulle plus bielle paire que celle dont parlons. 

A noeces firent joie trestout, jovenes et vieus ; (foL 48) 
Mais la prumiere anée veut li glorieus Dieus 
Qpe la jovene espousée se delivrast d'un fieus, 
Dont tout cil dou lignage en furent moût joieus. 

Mais la joie dou monde, douce gent, petit vaut : 
Ce n'est c'un passement qui au grant besoing faut ; 
' Mais le mort qui n'espargne ne le bas ne le haut '. 
Grant duel fîsent pour li si parent H plus haut. 



I. Il doit y avoir ici une lacune causée par la répétition du mot fxiut à 
quelques quatrains de distance. L'auteur devait conter que le mari de la 
datne était mort. 



}02 P. MEYER 

En souspînnt dîst elle : « Douce vierge Marie, 
Gîmmcnt ai ge si los pierdu ma compagnie ? 
DoufsJ Dieu, je ne quidoie, quant asarablames, mie 
Qpc le mort en fcsisi si tos la départie. 

ft \fais je prouaiéc a Dteu de boin coer et apielle. 
Si voir corn il nasqui de la vierge pucielle» 
Qjie jamais jour a homme, par nesune querelle, 
M'arai conjonction ne amistc^ carneilc. 

« Ja ne don rai paratre au petit orfenin ; 
Pries me tcnray de ly au soir et au matin. 
N'aray autre mari ; moût l'aime de coer fin, 
Dîeus asoille &on père, qui de Tiauwe ôst vin 1 » 

Elle met à Técolc son fils Jean, qui A deux ans était déji « plein d'enten- 
dement ». A sapritTeellc quitte un jour ses vêtements de deuil, et revêt \m 
robe qu'elle poïUit le jour de son tnariage. Se regardant en un miroir, elle 
s*efrraie de se voir si belle, et forme le projet de quitter le monde. Elle par- 
tage SCS biens, donne à son fils la part qui lui revient, distribue la sienne aux 
pauvres. etj vêtue « à guise de garçon*), elle s'en va, sans prendre congé dç 
personne, et s'embarque pour Rhodes, où elle se retire en un moutier, Ccpen* 
dant son fils grandissait et ne tardait pas à devenir le meilleur clerc du pays. 
La fille du roi lui fil des avances quû repoussa avec indignation, mais elle 
eût plus de succès avec un chevalier, qui l'engrossa. Sommée de diJclarcr 
son séducteur, elle accusa le clerc Jean qui fut exLlê dans un désert. U avait 
emporté avec lui encre et parchemin pour écrire, mais le diable lai renversa 
son encrier. Dieu fit un miracle : le clerc n'eut qu'à porter sa plume à sa 
bouche, pour écrire en lettre d'or (d'où le surnom de Jean Bouche tfor). Fina- 
lement son innocence fut reconnue. Il fut délivré et devint évéque de ta 
cité. Peu après sa mère revint dans son pays, selon un ordre reçu en songe* 
Elle ne fut reconnue de personne, pas même de sa propre mère, et occupa 
une cellule de recluse. Vers ce temps, Tévéque Jean fut accusé de trahison : 
on lui attribua une lettre missive écrite, d'une écriture toute semblable à U 
sienne, par le démon. Condamné sur cette preuve, malgré ses protestations, 
il fut dépouillé de ses vêtements épiscopaux et renfermé dans un monastère 
après avoir eu la main coupée. Mais la Vierge, qu*il implorait, le guém 
miraculeusement. Dès lors le roi, convaincu de son innocence, le rétabli! sur 
son siège épiscopal \ Sur ces cniretaiies, Dîcudonoéc fut avertie en songe que 



1. Il y a un récit analogue dans une vie de saint Jean Damascène ; seule- 
ment ce n'est pas le diable qui fabrique la lettre, maïs un jeune homme que 
le saint avait élevé (Vincent, Spec, Mi/or,, XVIII [éd. de Douai, XIX], cb. civ 
et cv. Même récit, avec des circonstances peu différentes, dans la vie écrite 
en grec par !e patriarche Jean {AA.SS., ma», JI, 114), 



>îOTlCE DU MS. I029$-ÎÔ4 DE LA BIBL, ROY. DE BELGIQ.UE JOJ 
l'heure de sa mort approchait. Elle ne se fît pas connaître, mais avertit son 
fils.de venir la voir il un certain moment. Ce moment était celui où elle 
venait de rendre l'Ame. Douleur de la mère et du fils. 

Sains Jehans Bouce d'or, qui moût fait a prisier (/. 58 v») 
Fist le cors de sa mcre moût bien apparillier ; 
Puis fu elle portée dedens le grant moustier. 
En trestout le lignage n'a voit que couroucier, 

Ne en trestous les autres qui furent la entour ; 
Et quant fu entterée cascun fist grant dolour ; 
Puis fu elle eslevée, que le douç creatour 
Fist grans vertus pour li ou paîs tout entour. 

On trouva, .j. uublet ou elle avoit escrit 
Les paines et les maus et le crueus labit 
Q^e pour Dieu ot souffiert en estragne païs. 
Toute sa vie i fu et en fais et en dis. 

De son fil vous dirai et puis si ferai fin. 
Bien avés oî dire que par [un] faus couvin 
Fu il' menés ou desiert u il ot maint hustin, 
Qui trestoute sa vie siervi Dieu de coer fin. 

L'anemi qui tous jours contre *les boins estriveC/!. 59). 
Li espandy son encre ; ce fu oevre ketive. 
Mais Dieus, qui est nommés, en saluant, car vive, 
Veut que les lettres d'or fesist de sa salive. 

Puis le cuida moût bien Tanemi engignier, 
Quant on li fist a tort le diestre main trencier ; 
Mais la Vierge Marie le gari sans dangier : 
Q)ii siert si boine dame il ne puet perillcr. 

Douce gent, cel evesque ' dont je vous ay parlé S 
Saint Jehan Bouce d'or ensi est apiellés ; 
Tant vesqui en ce siècle qu*il ot le grant clarté 
Des cieus que Dieus nous doinst par sa grande bonté. 

Expiicit finis de Dieudonnée et de saint Jehan Bouce d'or son fil. 

(Poème jusqu'ici inconnu qui parait dater, comme les deux précédents, du 
Xiv« siècle. La légende mise en œuvre est connue d'ailleurs, bien qu'elle 



I. Suppr. f7. — 2. Ms. ce let'esqtte. — 3. Ici, et aux vers 3 et 4 de ce 
quatrain, le copiste avait écrit un / final, selon l'usage du nord de la France, 
qui a été raturé. 



}04 P. MEYER 

n'ait pis itc,:^squ*:d, Vob\f. d'une é:jJ« approfondie =. Eîe a fourni le sujet 
c j Miracle it sain: Jean Oir.-5os^:>aie, le six-.err^ des Mirjs^ Je Xastn Ddhu 
p-riiir: p^r O. Paris et Uivise R'-/r«rî ». Li le so3 de La mère du saint esi 
Antnjse !, Je ne saurais dire si l'idée de reniplajer oc nom par odni de Dieu- 
doiit tvi propre a l'auteur du poème ou si ceiui-ci Ta emprantêe à quelque 
léger^de que je ne connais pas.) 



9. — CFol. 59) /> tv ;ajn/^ Azrfrf. 
Q.4i a talent de Dieu servir 
Si vîegne avant pour moy oyr, 
H i More voel conter nouvelle, 
Piecha n'oistcs la pareille. 
Sachiés que ce n'es: pas d'Ogier 
Ne de Rolant ne d*01ivier. 
Mais d'une sainte damoisielle 
Qpi par unt fu courtoise et bêle. 
La grant clané de son der vis 
Nus sages ders, unt soit apris. 
Ne le « saroft dou tout de\'iser, 
Mais .j. petit en vocl conter : 
Le chief ot bloncq corn lins parés, 
Bien fait le vb et bouce et nés, 
Coulour avoit en sa masielle. 
Moût cstoit bielle damoisielle. 
Le grant biauté de sa faiture 
Ne le puis exposer par escriture ^ 
Orescoutcs; que Dicx vous garde! 



La damoisielle ot a non Barbe ; 
Dyoscorus oc non ses père. 
Mais je ne sai coment sa mère : 
Haus bons estoit et moût courtois 
Toudis faisoit moût grans conrois ; 
Siergans avoit et vavasais. 
Qui sier\'oient par son palais. 
Paxiens estoit et mescreans, 
E[t] la pucielleen Dieucreans (r) 



Oi{e] prions a la pucelle (/a/. 63 h) 
Sainte Barbe, la Dieu ancelle, 
Q^ejelle prie au Creatour 
QM*il nous donne joie et honnour; 
Tels oe\Tes nous doinst maintenir 
Que nous puissiemes parvenir 
Lassus en paradis tout droit. 
Dittes amen, que Diez Totroit ! 
Explicit le vie sainte Barbe, 

rCct'.e vie, d'environ 320 vers, ne peut guère être antérieure i la fin du 
XII r siècle. L'original est dans Surius, au 4 décembre. Sainte Barbe était 
particulièrement honorée dans les diocèses de Malines, Gand et Bruges. Il 
existe une autre vie versifiée de sainte Barbe dans le ms. 61$, fol. 96, d'Avi- 
gnon Cxvic siècle;. Iille est en quatrains et parait dater du xv« siècle, ou, tout 
au plus, de la fin du xive.) 



1. M. dWncona en dit quelques mots dans son mémoire sur la Sloria di 
San (iioiatnii Bocailoro {Pœtnetti popolari ilalianij p. 38). 

2. T. 1, p. 254. Le même miracle avait été publié peu auparavant par 
M. Wahlund. 

3. Anthusa dans la légende latine de saint Jean Chr)'sostome, Anthura 
cIk/ Jacques de Varazze (éd. Grasse, p. 611). 

4. Il t.iut supprimer le. 

). Vers trop long : il faut supprimer k et remplacer exposer par un 
verbe de deux syllabes, tel que dire. 



NOTICE DU MS. IO295-304 DE tA BIBL, ROY. DE BELGIQUE 305 

10. ^ (Fol. éjN-o) Le vu monsigmnr sain i Jorge. Chi aprùs s'cnsicui le 
vie mons, saint Jorge le glorieus martir, comment il fu martiriics, lequel 
martire en ramembrancc cascuns hommes d'armes le doit porter en bataille et 
en tous lîeus pcrilleus; et qui c'onques le lira ou ora lire, ja Icel jour nus 
maus ne ii avenra ne nus encombriés, mais qu'il ait bonne foy et ferme 
créance ou Père et ou Fil et ou benoît Saint Esperii, et en mons. SAÎni Jorge, 
qui li seront en ayuwe a tous Iesbcsoing[s]qu ilaront, El qui en dévotion le 
portera, ja son anemi n'ara pooir ne victore sur lui. Mess, sains Jorges, 
chieus glorieus martîrs, fu de très grant lignie et fu nés de la chitc de Capa- 
doce. En si corne il pieu t a Dieu, il vint en une contrée que on api elle Libie...... 

(Cette version, qui, on le voit par le début, a un caractère assez populaire, 
n*est pas celle qu*0îi rencontre ordinairement dans nos légendiers français, 
par ex. dans le m&. 6447, art. 27. Un texte très analogue à celui que nous 
avons ici est copié isolement dans le ms. 570 de TArsenal, ioL 106,) 

11, — (Fol. 68 vo) Lr tne sainte Eufrosint, En le chité d*Alixandre, qui 
est en Egipie, eult detnorant .j. moût vailant preudomme et moût gentil, et 
qui de tous faisoit a lionnourer, et wardoit les mandemens que Diex com- 
manda. Cils si se maria et prist a femme une pue i elle qui bien es toit convîn- 
gnable a sen lignage. Plaine elle estoii d*onnesté et de boines meurs, mais 
elle ne pooit avoir fruit de scn ventre 

(Version dont je ne connais pas d'autre exemplaire. L'original dans les 
AA, SS., Il févr. ; Rosweyd, Vitx pairum [Migne» LXXIII, 643]; Rn\ des 
i. rtm.^ n, 26.) 

12* ^ (Fol. 75 vt>) Lt vie saint Antonne. Priestrcs Evagres a sen très 
chicr fil Ynocense salut en Dieu. I^ translation exposée et tnise d'une langue 
en une autre a le parolle si coevre souvent le sens et rentendement^ por tant 
que H orison qui sicrt as causes et as figures aournée et faite par loncq ser- 
mon a paîne demoustre et explique le cose qui puet ycstre plus briefment 
déclarée; et pour tant, ceste cose eskieuwans, ay en tel manière transposét 
le vie de saint Antlioine a te priiere que riens en ceste transpositions ne 
faut dou sens, combien que aucunes desparolles y defallcnt, Lî aucuns, pour 
mieus leur coses aourner, recopent leur sîlabes et leur lettres, mais laisse tout 
çou, si quiers les sentences. 

Très chiers frères, comme boinc et glorieuse cose est que de yestrc iuwiel 
as moisnes ou yaus sourmonter par Tinstancc de vîertut... 

(Cette version, lourde et littérale, ne parait pas se retrouver ailleurs. On 
connaît deux autres versions françaises de la vie de saint Antoine, voir ma 
notice sur le légendter de Saînt-Péterï»bourg, Notices et exlraits^ XXXVI, 688. 
L'originaJ est dans Migne, LXXUl, 12s,) 

13. — (Fol, lo? voj U vie saint Bietnmieu, Quant li aposteles de Jhesu- 
cris s espandirent par le monde pour prechier le foy de Jhesucrist^ sains 
Bertolomees li aposteles vînt en Inde le maiour, qui est en la lin du monde, 

AsMMHidi KXX 20 



i 



306 V. M£Y£R 

dont li prîst a crier uns demodakes qui travilUés estoû dou duble que en 
son corps avoit appostde de Dieu : • Tes proncres m'espnîiideni et ardent 
plus que nus feus »... 

(Version abrégée dont je ne connais pas d'autre exemplaire. Même obser- 
vation pour les trois articles suivants.) 

14- — (Fol. 104 v^) Z> ine saint Mahteu apostde. Sains Nîahieus tu 
aposteles et cvangelistres. W prêcha en Anthioce. La avoit Jj, encantcurs, 
Zaroas et Arphastaf ; cil se muoient en diverses fourmes et enfantosmoient les 
gens, et se faisoîent croire et aorer comme Dieu... 

16- — (Fol. 105 vc») ht vu sainte Agnès, Sainte Agnès fu de Rommc, de 
hautparage. £llereceupt martire, qu'elle n'avoitque .xiij. ans^ pour Taniour 
de Jhesucrist. Li fieux au prouvost de Romme Fama... 

10* — (Fol. los vo) Le vie saint Pinçant. Sains Vincens fu ncs de le 
cbitét d^Aufrique, et fu cousins giermains a mons. Saint Leurent, et cstoit 
diacres d*Au6ique. Li empereres Dachiiens le fist venir devant lui... 

17. — (Fol. 106) Li itf saint Eitievene, Natus est nobis fxkJte sah'Oior, tpii 
est Dominus jimus ChrisbiSyincivitate David [L\jc, II. 11]. CcsparoUes disent 
li angeles as pasteurs : Hui est neis a nous H sauveres del monde, c*cst Jhe- 
sus Crist, et pour çou devez vous grant joie mener. ,. 

(Cette vie de saint Etienne est proprement un sermon pour la fètc du saint, 
2é décembre, et on peut en dire autant des deux articles qui suivent.) 

18- —(Fol. to7 v«} Lt vie saint Jehan ei*angeîiste et afosteU. Nous arons 
rcndenuin dou jour saint Estievene, et au tierch jour de Kocl, le ficste dou 
gloncus ami Nostre Signeur, Monsigncur saint Jehan» qui fu aposteles et evan- 
gdistres et frères monsigneur saint Jake de (jalisce... 

19. — (Fol. 108) Dei Jnoc^ns. Après çou que li sauveres dou monde fu 
nés en Bethléem, pour çou que Erodes li rois de JhcrusaJera vît que li .iij. 
rois qui quis l'avoient ne revenaient nient par lui, bien cuida qu'il fuissem 
deçult pr le vision de restotlc^ dont d'iaus enquist pau, jusques a chou qu'il 
oy dire chou que dit en avoient li pastour a cui li angele s'estoit apparut .. 

20. — (FoL 109 vo) Lt vie saint Piere apostek. De us grans luminaires 
Ast Diex : le soleil pour çou que sour tierc lutsist par jour, et la lune pour 
chou que par nuit peuwist on en la mer dou monde ténébreuse coistr, v^ct 
discerner îa voie de son salut... 

(Est-ce encore un sermon ? Je serais porté a le croire, et je pense quHl en 
est de même "des articles 21 et 22.) 

31. — (FoL m) Le vie saint Jehan Baptiste. David, li rois de Jbertisalem, 
cstaubli a son tamps.xxtiij. souverains priestrescl temple pour chou que plus 
grandement, plus ticment et plus reveranmcnt y fust Diex gracies^ siervis et 
loés,.. 



NOTICE DU MS. IO29S-304 DE LA BIBL. ROY, DE BELGIQUE 307 

22» — (FoL II}) Le vie iahit Denis, Sains Denis fu nés a Athènes, en 
Grcsce ; il fu boins clers eo grieu, ei lani cstoii soubdeus et saiges, que» a 
l*eure que Nostre Sires fu mis en crois, il vit bien, par leselemens» quecieus 
Diex qui ûst ciel et terre ei loutc autre nature estoh en paine,,* 

23. — Vie de sainte Marie-Madeltnne, Grtte rédnction de la 
légende de Marie^Madeleiiie mérite Tattention. Elle a une 
illure toute particulière. Elle ne suit que de loin les vies 
latines. Elle s*en écarte sur un point important. Dans le récit 
du miracle connu sous le nom de « miracle du seigneur de 
Marseille », la ville où habitait ce seigneur est non pas Mar- 
seille, comme dans la plupart des textes latins ' ou français, 
non pas Ballata, Barlate^ Baletc, comme dans VAlérmatw in 
intis sanctorum et textes dérivés *, non pas Aquilée comiue 
dans une des versions françaises ^, mais Arles, ville qui est ici 
ippelée Arles le blanc. On sait que cette qualification est 

'donnée à la ville d'Arles en divers textes du moyen âge, mais 
on n'en connaît pas rorigine^ Le personnage qui est l'occa- 
sion du miracle était, selon notre rédaction, un seigneur 
d*Aquitaine. Peut-être y a-t-il lieu de supposer que Toriglnal 
portait a Aquilée », et que Tauteur ou le copiste de notre ver- 
sion aura commis une confusion. Je ne me propose pas de 
chercher ici à l'aide de quels éléments a été composée la rédac- 
tion du ms. de Bruxelles : cette recherche exigerait de trop 
longues explications et doit être réservée pour un travail ï 
part. Je veux seulement dire : 1° qu'il se pourrait que la rédac- 
tion que je vais faire connaître par quelques extraits fût la mise 
en prose d'un poème perdu; 2** que fauteur de ce poème perdu 

'ou de notre rédaction en prose a utilisé une vie latine formée 
de divers éléments assez faciles à déterminer, au nombre des- 

» quels il faut placer la légende de Tenlèvement du corps de la 

'sainte parle moine Badilon et de son transport a Vézelai, 
légende qui remonte selon toute apparence au xi* siècle, et 
non pas seulement, comme on Ta cru, au xm* ou au xiv^ ^, 



1. Voir Histoire littéraire ^ XXXII, 9s» 

2. Voir ma notice sur le légcndier français classé selon l'ordre de Tannée 
liturgique. Nûtim et extraits, ÎCXXVI, 38 (an. 88). 

3. Ibid. 

4. Voir Chabaneau, Rivm des langues rcmaneSt 4* série, II, $34. 

5. Cest ce que j*ai prouvé, Rùfmnia, VU, %i\. 



3 68 p. MEYER 

(FoL ii3 v») Le vU Marii Magiklainé, Gcnticu damoisidle dcbotriAirc, 
courtoise et largue, âllc de rîce cjstelain, Magdaloch^ suer dou Ladre, 
chevalier nobttei et de Marte qui Dieu servi, fu Marie Magdelainc» bielle ci 
plaisjns, cointe et de noble atour, joveoe et jcuwans, souef et délicieusement 
nourie, sî que a la vanitét dou monde et au delis de sa car s'abandonna 
toute en la ferveur de sa joveneche, et luxurieuscment se maintînt, que son 
non et sa grasce et s*onneur perdi ; car tant fu folle que a tous fu commune, 
si que communemein Tapielloit on la peceresse, et son non li avoit ja son 
grant pekiét toi ut,.. 

(Fol. 114 ^°) Adont se départi li Magdelaine des aposteles ; avoecq I'ud 
des Jxx. aposteles, qui Maxîmins ot non, entra en la mer et vint a Marseîle, 
et d'illuecq a Arle le blanche, u, par sa prédication et par les miracles que 
Diex faisoit par se priiere, convierti moût de peuple a la foy de Jhesucrist, si 
que cil que conviertis ot Ksent saint Maximin vcsque de la citét '. (FoL 
M î) Tant ardanmcnt prêcha la Magddaine que, par sa prédication, con- 
vierti si.j. chevalier d'Acquit.iîne, que la première crois qui oncquesfu carde 
pour vîseter le Sépulcre li carca, car de sa damme de femme ne pooit enfant 
avoir; se li requist que Dieu priast que ,j* lioir maHe leur donnast^ et li pro- 
mîst et voa que il et la damne yroieni en la sainte tiere viseter le sépulcre 
Tbesucrist comme pellerin.,. 

(FoL ii6) Mais au tamps le fort roy Cartemame, en Tan de grasce .vîjc. 
.xlviij., fu Géras de Rousselon, dus de Bourgongne, qui de Biertc sa femme 
ne peut oncques enfant avoir; si s*apenserent que de Dieu fcroient leur hoir, 
dont large furent as povres, et, entre les autres, fondèrent et si fisent faire une 
abbie par grant devoltion. S'oîrent parler des miracles le douce Magdelaine, 
et envolèrent .j. moine» qui Badelp nommés estott, quere le saint corps; 
si vint a Arle le blancc que destruite avoicnt li pâiien, et quisi 
tant que le tombiel trouva sous lequel le cors saint ta sainte Magdclaine 
gisoii comme apostolessc et reposoit et estoit» La dont atendi U nuit, 
et le Iroissa, et prist le corps et Tcnporta a Verselai, ou, entre lui et son abbét, 
l'aporlerent en l'abie, avoecq la sainte procession qui vint contre lui» Si ot 
adont moût grant miracles, et moût en y a encores souvent, mais a Fescrire, 
a Toïr et au retenir poroient tomer as fais; si doit bien $ou6Bre çou que cht 
en est cscript. 

24. ~ (FoL lié) Le vie samU Marthe. Sainte Marthe, li boine hostcsse 
Nostrc S.j fu née de Bethanie, d*un castiel priés de Jherusalem, noble de 
lignage et de royaul lignie. Ses pères ot non Sirus et se mcre Eukarie. Marie 
Magdelaine fu se soer et sains Ladres fu ses frères, que Nostrc S. resuscita. 
£Ue fu soubgite au commandement de la loy.*, 

(Version dont on possède plusieurs copies; voir ma notice sur Trou légm^ 



t. L*idée que Maximin aurait été faitévéque d'Arles est bien singulière. 



NOTICE DU MS. IO295-304 DE LA BIBL. ROY. DE BELGIQUE 309 
ditrs français attribua à Jean BeUt, art. 152, dans Notices et extraits, XXXVI, 
467.) 

25. — (FoL 120 vo) De saint Andrieti. Sains Andrieus H appostcles fu 
frère saint Piere ; ce fu li plus deboinaires de tous les apposteles. Ensi qu*il 
preçoit .j. jour sur le mer en une chitét que on apielloit Patras, li mers jetta 
a rive .j. homme noiiét. Sains Andrieus pria Nostre Signeur qu'il le resusci- 
tast... 

(Cest probablement encore un sermon. Je n'en connais pas d'autre copie.) 

26. — (Fol. 121) La vie Monsigneur saint Martin. Grant joie fist on en la 
chitét de Tours, quant du boin saint homme religieus on fîst vcsque qui 
Martin avoit non, et fait ou encores cascun an au jor que estorés et ordenés 
y fu 

(Môme observation qu'à l'article précédent.) 

27. — (Fol. 124) Le vie et le rnartire saint Leurcn. Apriès che que sains 
Sixtes fu maitiriiés, si comme vous ores » chi après, li chevalier qui avoicnt 
pris saint Leuren le baillierent et livrèrent a Partemie, qui estoit baillicus e 
justice après Valeriien le provost. Et tantost l'ala nonchier a Decius Tempe- 
reour, et si li dist qu'il avoit mis en prison saint Leuren qui diacres estoit 
Sixte l'evesque des crestiiens... 

(6447, art. 35; cf. Bulletin des anc, textes, 1885, p. 60.) 

28. — (Fol. 128) Le vie de Marine d^Egipte, viergene. 

Moult est fols qui son ombre cace. Cil qui oncques ) en abonde 



Mais cis qui le vens ensauce % 
N*est mie granment plus sénés. 
Trop a grant pooir vanités : 
As hommes a ses las tendus; 
Tout li mondes y est ceûs. 
Aucuns par viertus hors en ist ; 
Mais la grignour partie i gist. 
Bien est es las de vanité 
Qui au vent a son coer tourné. 
Moût plaist a celui qui a caut 
Li vens, mais assés tes li faut ; 
Ensi est il des biens del monde 



Ne se garde se vient la mors 
Qui fait l'ame partir del cors. 



Çou est la vraie médecine (J'ol. 1 37) 
Qui la sainte vierge Marine 
Garda tous jours de l'anemi 
Et a le mort le conduisi 
En joie durable et entière 
Ou Diex nous maint par sa proiere 
Amen. Explicit. 



1. n faudrait si com vous ave\ oî, au passé, car la vie de saint Laurent fait 
suite ordinairement, dans les légendiers français, à la vie de saint Sixte, mais 
ici cette dernière est placée plus loin (art. 35). 

2. Corr. vent ensace, 

%. Corr. Cil a cui auques} 



310 p. MEYER 

(Poème d'environ looo vers dont on connaît depuis longtemps un manu- 
scrit au Vatican ; voir Keller, Romvarty p. 605. L'original est dans les Ff7« 
Patrum, Migne, LXXUI, 691.) 

29. — (Fol. in) Le vie sainte Julianne. 

Or escoutés, boins crestiiens ; U ces parolles sont escriptes. 
Qui or ora si fera bien. Qui pour l'amour Dieu les ora 
Cil qui vora a Dieu penser Son gueredoh en recevera, 
Doit bien oïr et escouter. Car ce dist Diex li justideres : 
Ichou n'est pas controuveûre Cil est de son règne hiretieres 
Ains le lissons en escripture. Qui lui aime et sa parolle 
Passions ' a non li livres Et se doctrine et se escolle 



(Poème dont on connaît deux autres copies et un fragment d'une troi- 
sième; voir mes Documents mss, de V ancienne littérature dt la France, p. 199). 
Cette vie a été publiée par Hugo de Feilitzen Li ver del juise, appendice 
(Upsala, 1883). 

30. — (Fol. 146 v<>) Le vie me damne sainte Kateîine, vierge. 

Nous trouvons ' en nos escris Li deus ot le non de son père 

C'uns empereres fu jadis Et après lui fu emperere ; 

Qui Coustantins fu apiellés. Il tint la tiere a grant repos; 

Cils ot .j. fîl vaillant assés. Moult fu preudons et de bon los 

Le poème se termine par ces vers où le copiste date sa copie. 

Dyttes amen, que Diex Totroit! (fol. 158 ^) 

Et ossi priiés pour celi 

Qui l'eut escript par samedi, 

Le nuit de le fieste a At, 

Que il eut fait par nuit bien tart, 

L'an \\\Y et xxviij 

Avecquc mille, je le vous dy. 

ExpUcit finis le vie sainte Kateline. 
(Poème dont on a signalé jusqu'à ce jour huit copies, dont l'une est un 
simple fragment; voy. Bulletin des anciens textes, 1896, p. 40.) 

31. — (Fol. 1 58 v<») /^ vie sainte FMiahethde Hongrie. 

Sire Diex plains de [grant ?]douçour, Que on le puist en bien retraîre 
Fontaine de bien et d'onnour, Ensi que nus ne m'en reprende. 

Or me laisse tel cose faire Ne de mes dis ne me reprende'. 

1. CoTT . passioniers . 

2. Corr. trouvomcs. 

3. Cette répétition de rime paraît fautive. 



NOTICE DU MS. IO29J-34O DE 
D'une sainte vorai conter 
Leur il* Élit moult boin escouter : 
Sainte Elizabet est nommée; 
Moult est de haute renommée, 
Lassus [règne] el saint paradis 
O les angeles, o les eslis 
Car moult par fu de sainte vie. 
Fille le roy de Hongerie 
Fu la damme boine eûrée 
Qui unt par est de Dieu amée. 
Ensi com[e] jel truis el conte, 
Elle fu donnée a .j. compte. 
L'andegrave Tôt espousée 
De Turinges, moult Ta amée, 
CsLT elle fu et jovene et bielle 



LA BIBL. ROY. DE BELGIQUE 3II 
Et moult proisie damoisiclle, 
Et puis qu'elle fu mariée 
De tous biens fu enluminée. 
Sains Esperis l'enlumina, 
Nostre Signcurde coerama, 
Ensi con vous encores orés. 



Uns enfes en .j. pus noiiés(/. 165 /') 
A la tombe fu envoiiés 
De la sainte boineùrée, 
Et elle fu tant reclamée 
Que li enfes revint en vie 
Par Dieu et par la sainte prisie 
Amen. ExpUcit finis. 



(Seule copie connue de ce poème. 11 existe trois autres vies en vers de 
sainte Elisabeth de Hongrie, dont la plus connue a pour auteur Rutebeuf.) 



32. — (Fol. 165 vo) Le vie saint Etistasse. 



Au umps l'empereur Traiien 
Estoit uns bons de grant engien 
Qui Placidas avoit a non ; 
Maistre de Tost Tapielloit on 
L'empereur mener en bataille '. 
Sour tous hommes estoit, sans faille, 
En la court l'empereur amés ; 
Rices bons yert et hounerés. 
Mais unt y a qu'il ne creoit 
En celui qui iburmét l'avoit ; 
Et nequtdent tant se pena 
Et si sainte vie mena 
Que Dieus ne le vot oublier, 
Aîns le vot a soi apieller, 
Si ques vous orés en l'istore 
Qjii très bien doit yestre en memore. 
Ql Placidas dont je vous conte 
Avoit femme fille d'un conte. 



Et deux fîex de très grant biauté 
Qui après eurent grant bonté 



Or dcprions le roy de glore (/. 175) 
Que tout cil qui en leur mcmorc 
Les sains martirs souvent oront 
Et qui de cœr leur prieront 
A leur besoing, que Dicx les mccc 
La deseure en la très » grant leechc 
Qui est a Eustasse otroiie 
Et a toute sa compagnie. 
Che nous voelle otroiier li rois 
Qjii pour nous moru en la crois 
Au jour dou très grant venredi. 
Diites Amen, *queDiex l'otri ! 
Explicit finis. 



I. S'il n'y a pas ici une faute, il faut construire : « on rappelait maître de 
mener en bataille l'ost de l'empereur. » — 2. Suppr. très. 



312 p. MEYER 

(Seule copie connue ; 1230 vers. On a signalé jusqu'à dix autres vies en vers 
du même saint ; voir ma notice sur quelques mss. français de la Bibliothèque 
Phillipps, dans Notices et extraitSy XXXIV, \^ partie, 224-6; cf. RamantUy 
XXIII, 503.) 

33. — (Fol. 175). Le vU saint Ypoîite. Vous avez oît parler de saint Leu- 
rcn le glorieus martir, comment il reçut martirepour l'amour Nostre Signeur, 
et comment sains Justins li priestres a saint Ypolites l'ensevelirent moult 
honnerablemcnt. Après Tacommuniemcnt, quant la messe fu cantée, li bons 
euwireus sains Ypolites s'en départi apriès le tierç jour et revint en sa mai- 
son; si donna pais a toute sa maisnie, et si les acommenia du sacrefîce de 
l'autel 

(6447, art. 64. Ce ms. présente au début une variante particulière, mais la 
leçon du ms. de Bruxelles est celle qu'on rencontre le plus ordinairement, 
voir par ex. Notices et extraits, XXXVI, 429.) 

34. —(Fol. 178 vo) Le vie saint Lambiert. — Gloire honnour et loenge 
doit yestre a tous crestiiens de raconter les passions des sains martirs 

(6447. art. 36.) 

35. — (Fol. 185 yo). I je vie saint Sixtes. Ce fu eltamps que Decius César 
fu enipereres que cil qui Nostre S. apielloient estoient martiriié et souflfroient 
grief tourmens pour l'amour de lui... 

(6447, art. 63.) 

36. — (Fol. 188) I je vie saint Longis. Moutdevroit volentriers cascuns oïr 
et entendre de vrai coer et de bonne pensée retenir les passions et les vies 
des sai ns apostres 

(Bulletin^ 1885, p. 51 ; 1888, p. 9; 6447, ^^' H) 

37. — (Fol. 191 vo) U vie saint Quir tache. En après le regnement et 
noble empercour Coustentin entra el règne Juliiens li empereres qui fos estoit 
et plains de grant cruauté 

(6447, art. 43). Il est assez rare que cette légende se rencontre sans celle 
de l'invention de la Croix, qui la précède ordinairement.) 

38. —(Fol. 193) I^vie saint Babille. Saint Babille fu evesque d'Antioce, 
qui fu nu tamps Numerien qui laloy des paiiens tenoit etadreçoit lesymages 
et les ydi)lcs eniaillies de cuir et d'arain ensi comme se elles eusent viertu 
d'aidier autrui 

(6447, art. 29.) 

39. — (Fol. 194). Le vie sai ni Marins et sainte Marthe et Attdifar et 
Aharnch. H! tamps Claudiicns l'empcreour, avoit a Romme .j. homme 
atout s:i fcinnie et ses dcus enlans. Li pcres avoit nbn Marius et leur mère 
Martlu... 

(6447, art. 30.) 



NOTICE DU MS. IO295-304 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 3 I3 

40. — (Fol. 197) Le vie de .iij, frère jumiaus. El tamps que Speosipus et 
Meleosippus et Eleosipus, cil troy frère vinrent avant, dont courut par toute 
la chité de Lengics renommée qui courut tost nonçant a toUs que troi 
cnfans j unitaus frères 

(6447» art. 32.) 

41. — (Fol. 200) Le vie et le martire saint Cosmes et saint Damyien. Cil 
qui sont crestiien et Nostre Sire aiment et croient doivent volcnticrs oîr et 
entendre les parolles qui de li sont 

(Bulletin, 1888, p. 91 ; 6447, art. 66.) 

42* — (Fol. 206 v«) Chi commetiche Ysopès en rontmanch. 
Cil qui sevent de Tescripture 
Dcvroient bien mètre lor cure 
Es bons exemples et es dis 
Et es livre et es escris 
Qpe li philozophe trouvèrent 
Et escrisent et ramcmbrerent... 

On lit à la fin (fol. 230 vo) : 

Dites amen, que Diex Totroie ! 

Et se doinst Diex santét et joie 

A celui qui recopiiét l'a 

Par fait le nuit c'on vous dira 

Tout droit c*on dist de Pcntecouste ; 

C'est boin a savoir et peu couste, 

Avoecqùe mille et quatre cens 

Et .XXIX., tout droit devens 

5>e cambre leur il se dormoit. 

Dittes amen, que Diex Totroit 1 
(Cette copie tardive des fables de Marie de France a été utilisée dans la 
récente édition qui forme le tome VI de la Bibliotheca normannica de M. Su- 
chier, voy. p. xi et 339.) 

43. — (Fol. 231) [Limage du monde']. 
De la dignité Dieu 
Quant Dieu fist le monde premiers 
Il ne l'en estoit nus mestiers, 
Qp'autex fu devant con après : 
Dieu fu, Dieu est, Dieu yert adès. 
Il n'en fu amendé de riens, 
Qpe onqucs ne li failli nus biens... 

Fm (fol. 286 \^) : 

La est la vie pardurable, 
La est cascunecose cstable. 



314 P. MEYER 

Ensi que jamès ne faudra, 
Ne jamès mors ne Tasaura, 
Car sans fin i sera toudis 
En toute joie et tous delis. 
La nous maint li Père et li Fis 
Et avoecq li sains Esperis. 

Ameo. 

(Texte de la première rédaction. Les deux prologues (Qui bien vuet entendre 
a cest livre, et Qui vuet entendre a cest cornant) et le dernier chapitre, ou épi- 
logue, n*ont pas été transcrits. Il n*y a pas de figures.) 

44. — (Fol. 287) Chi commence de Boice, de Consolation^ li premiers livres. 
Fortune, merc de tristece, 
De doleur et d'affliction 

(Cest la traduaion, faite par frère Renaut de Louhans, dont on a une infi- 
nité de copies.) 



45. — (FoL 557) Le laU Bible. 
Aleit ay amont et aval, 
Rcgardét le bien et le mal ; 
Assés ay oït et veut 
El es escriptures lisut : 
Bien \^i comment N-a li affaire. 
Et que cils siècle ne vaut gaire ; 
S'ai pensct ma vie adrecicr 
.\ une bible commenchier 
Qu'cstraitc ay de sainte Escripturc. 
Premiers y diray do l'ordure 
\\t des visces et des peciés 
lX>nt li mondes est entecics. 
Des vienus N-oraî après dire 
Pour mieus os visces contredire. 
Et puis (urlerai do la mort 
Qui vieles^À")et les jovencs mort : 
Puis redirons dou Jugement 
Et aprrt de ces i:ries tourmens 
Qmc li peowur souricrront 
Qui on peciés trou\es seront, 
Quan: seront tix^uwrs es infers . 
Après referai aucuns vers 



De[s] grans joies de paradis ; 
De œ ferai les plus biaus dis, 
Pour plus faire a désirer 
A ciaus qui les oront nommer. 
Li blâmes fait le cose desplaire 
Et loenge si le fait plaire. 
Por ce font li bien a prisier (r) 
Et li peciét a desprisier 
Et les poines a deviser 
Et les joies a reconter 
C*on le bien hors dou mal eslise. 
Et c'on le bien et aime et prise, 
El c*on les pedés eslaidise, 
El s'on i est c'on hors en issc 
Et c on crime celé dokwr 
Qu*il ' soutferont li peceour: 
Et c'on vive en id manere 
Que on cele grant \oic aquicre 
Dont vous onès après parler. 
Se vous le volés escoutcr. 



i I iv \J^*: ."c v?v 



NOTICE DU MS. IO295-3O4 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 315 
Fin (fol. 363 vo): 

Ains tel plentét ne fu veûwe: Diex! que je tieng celui pour sour 

Tout sera jetét a lagant ; Qpi plus se paine de conquerre 

Olivier aront la courant * ; Celle joie qui est en terre, 

Jamais ne soufFeront contraire. Qui petit vaut et petit dure, 

Ce meîsmes ne fait mie a taire Que celui qui est sans mesure 

Qp'en celle glorieuse vie Et qui jamais ne fînera, 

N*ara ne orguel ne envie, Mais toudis nouvielle sera ! 

Ne plait ne tençon ne descorde, Li doux Diex qui Ta establie 

Mais pais et amour et concorde ; Et le nous a apparillie, 

Cascunsyert* liés d'autrui bien. Se par no peciés ne remaint. 

Nuls ne dira la : « C[e] est mien », Par sa bontét nous y amaint ! ^ 
Car cascuns y ara trestout. Amen. 

ExpUcit finis h Bible des laie[s] gens. 

(Ce long poème — il a environ 2.000 vers ~ ne m*a pas paru d*un bien 
vif intérêt.) 

46. — (Fol. 364) Le vie et le martire nussire saint Denis de Franche. Apriès 
la précieuse mort que Nostre Sires Jhesucrist, \Tais Dieus et vrais hom, vot 
souflfirir mort en la vraie crois pour le salut du monde, et apriès sa resurec- 
tion et sa glorieuse asention es sains chieus ou il sist a la dicstre son père... 

(On a plusieurs copies de cette version qui n*est pas à confondre avec 
celle que renferme le ms. 6447, art. 33, et qui a été parfois copiée à part, 
en dehors des légendiers; voir Romania, VI, 27; Bulletin, 1888, p. 90.) 



1. Nouvel exemple d'une locution rencontrée jusqu^ici chez Gautier de 
Coinci, GeofFroi de Paris et Coquillart. On a supposé (Romania, XVIII, 1 34) 
qu'0/iviVr avait été substitué par erreur à alevin. Je montrerai, ailleurs, en 
produisant d'autres exemples, que cette explication n'est pas admissible. 

2. Corr. sera} car y ert n'est pas probable. 



3i6 



P. MEYER 



TABLE 



Agnès (s^dmc), 15- 

Alexis Csaim), 7. 

André (saint;, 25. 

Antoine (saint), 12. 

Babylas (saint;, 38. 

Barbe (sainte;, 19. 

Barthélemi (saint), 13. 

Basile (saint), 6. 

BibU des laies gens^ 45 . 

Boioce, Consolation^ trad. par Renaut 

de Louhans, 44. 
Catherine (sainte), 30. 
Christophe (saint), i. 
Corne et Damicn (les saints), 41. 
Denis (saint), 22, 46. 
Dieudonnée (sainte), 8. 
Hlizabeth (sainte), 31. 
Etienne (saint), 17. 
Euphrosyne (sainte), 1 1 . 
Eustache (saint), 32. 
Georges (saint), 10. 
Hippolyte (saint), 33. 
Iniage du monde, 43. 



Innocents (les), 19. 
Jean-Baptiste (saint), 21. 
Jean Févangéliste (saint), 18. 
Julienne (sainte), 29. 
Jumeaux (les trois frères), 40. 
Lambert (saint), 34. 
Laurent (saint), 27. 
Longin (saint), 36. 
Marie de France, Ysopet^ 42. 
Marie Madeleine (sainte), 23. 
Marine (sainte), 28. 
Marthe (sainte), 24. 
Martin (saint), 26. 
Mathieu (saint), 14. 
Onze mille vierges (les), 4. 
Pierre (saint), 20. 
(^pentin (saint), 5. 
(Juiriaque (saint), 37. 
Sebastien (saint), 2. 
Sept dormants (les), 4. 
Sixte (saint), 35. 
Vincent (saint), 16. 



Paul Meyer. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 
ET SES IMITATIONS 



II 

LE PARLEMENT D'AMOUR DE BaUDET HeRENC * 

Le Parlement S amour y que composa Baudet Herenc pour réfuter 
la Belle dame sans merci ^ se trouve dans les manuscrits suivants : 
Paris, Bib. nat. fr. 924, fol. 27. Accusacions contre la belle dame 
sans tnercy. — Fol. 39 v°. Explicit. 

— BiB. NAT. fr. 1 131, fol. 108 V**. Sans titre. —Fol. 116 

V**. Explicit, 

— BiB. NAT. fr. 1642, fol. 253. S'ensuivent les accusacions 

faictes et données par Désir et Espoir contre la dame sans 
mercy, — Fol 261 v**. Cy finissent les accusacions faictes 
contre la dame sans mercy ou elle demanda et eut estât par 
absence de conseil. 

— BiB. NAT. fr. 1727, fol. 136. Sans titre. — Fol. 144 v°. 

Explicita 

— Bib. NAT. fr. 2230, fol. 148 v°. Après s'ensuit comment la 

belle dame sans mercy fut traittee enjugetnent en la court 
du dieu d'Amours pour respondre aux articles contre lui 
imposées y ^ic. — Fol. 160. Explicit le traittié du juge- 
ment de la belle dame sans mercy en la court du dieu 
iAmours. 

1 . Le titre de Parlement d* amour ne se trouve que dans les éditions du 
Jardin de Plaisance et d'André Du Chesne. D'après les manuscrits il faudrait 
intituler le poème de Baudet Herenc ; Us Accusations contre la Mie dame 
sans nurci, le Jugement de la belle dame sans merci ou le Procès de la belle dame 
sans merci, 

2. Voy. une description de ce ms. Rotnama, t. XXIII, p. 191 et suivantes. 



3l8 A. PIAUET 

Paris, Bjb. nat. (t. 2264, foL 19 v**. Cy commana U proc^ix cmttrf 
la belle damtm sans fmrcy, — Fol. 32. Explicit le 
pTixeix contre la belle dam me sans mercy, 

— BiB. NAT, fr, 20026, fol. 28, Sans titre, — FoL 39 

V". Explicit le trahie du jugement de la belle dame sans 
mercy en la court du dieu d\Amours. 

— B10. XAT, tV, 24440, fol. 121 v^. Comment le jugement fui 

Jait cmttÉ la belle dame sans tnerci et comme elle en 
appel la, [D une écriture plus moderne : Le parlement 
d'amour.] — FoL 129. 

— Arsenal, n"* 3521, fo!. 76. Tralthi jmt par Baudart 

Hereng correspoiuianî a la belle dame sans mmcy^ — FoL 

85. 

— Arsenal, n° 3523, foL 165. La Responce de la belle âmm 

sans mercy. — FoL 186 v". 

Besançon, n** 554, fol. 32, Accusation contre la Belle dame sans 
mercy faicte par tnaistre Baudet, — FoL 44 v*^. 

Fribourg (en Suisse), Ms. appartenant à M, Max de Diesbach, 
fol. XLiiij V, La Cruelle Jemme en amours et comment elle 
ju jugie et accuser devant Amours, — FoL lvj v". Explicit 
comment la belle dame sans mercy fut jugie et accusée devant 
Amours et appellee la cruelle femme en amotérs. 

La Haye, ms. T. 328, fol, 29, Accusations contre la belle Jame 
sans mercy. — FoL 38 v°. Explicit la Response et accusa- 
don de la belle dame sans mercy. 

Londres, British Muséum, Royal 19, A. III, fol. 17. Sans titre. 
Incomplet du commencement. — FoL 28 v**. Explicit 
les Accusacions cmtîre la belle dame sans mercy, 

Rome, Bib. Vatïcane, Vat. 4794, fol. 31. Condamnatiott delà 
dame sans mercy, — FoL 45 v°. 

Saint-Pétersbourg, n** 565, fol. 132 v**. I^ Procis contre la belle 
danu sans mercy dont elle demanda deslay, — FoL 144 v**. 
Explicit le Jugement de la belle dame sans mercy, 

Turin, ms. L. IV. 3 (Pasini, II, 489), foL 99. Balade faicte 
par tnaistre Alain. — FoL 108. 

Éditions : 

Jardin de Plaisance^ édit, Verard, foL ocxxix v^. Comment le 
parlement d^ amours fut tenu au jardin de plaisance contre la 
belle dame sans tnercy, — FoL cxui v**. 



LA BELLE DAME SANS MERCI JÏJ 

Le Parlenunî d'amour a été publié par André Du Chesne, d'après 
le 1115. Du Puy (auj. fr. 1727, de b Bib. nat.), dans les 
Œuvres de maisîre Alain Cfmrtier, Paris, 17 17, p. 695- 
710'. 

Baudet Herenc composa le poème du Parktnent d*amour^ — 
qu'il appelle improprement une « ballade », — pour Toffrir 
en guise d'étrennes à la belle dont il attendait depuis longtemps 
« la douce merci », Accablé par la dureté de sa dame, il s'était 
jeté sur une couche : tout en donnant, il lui sembla être 
transporté dans le plus beau des vergers du monde, rempli de 
fleurs et de claires fontaines. Au milieu de ce verger se trouvait 
un « auditoire »,oia Ton voyait représentées l'histoire de Paris 
et d'Hélène et celle de la « Chastelainedu Verger *). Là se tenait 
le Parlement d'amour, dont Franc Vouloir était président, 
Espoir procureur. Désir avocat, Souvenir greffier et Doux 
Penser huissier. Le poète assiste au jugement de la Belle dame 
sans merci. Cette dame, si fière autrefois, pleure à chaudes 
larmes et ne trouve pas un avocat qui veuille la défendre. 
Désir raconte la triste aventure du loyal serviteur d*amour qui 
fut par elle « descontit mortellement », et il conclut à la con- 
damnation de la Belle dame sans merci. 

Baudet reprend point par point le poème d'Alain Chartier et 
s'efforce de réfuter, sans le moindre esprit d'ailleurs, les argu- 
ments mis dans la bouche de la jeune dame. Les yeux sont faits 
pour regarder, avait-elle dit- Baudet répond : 

On scet bien que les yeux sont faU 
Pour a leur plaisir regarder- 
Mais des faiib regards contrefaiz 
Qu'aucuns font se doit on garder, 
Qui semblant monstreni d'amender 
Les griefs douleurs cju'aux amans donnent. 
Et ib font leur bien retarder 
Par la traison q\i*ûz ordorment. 

Se le cucur n*est aux yeulx d'accori. 
Regard du tout Tarn an t abuse, 
Et par leur desloyal discort 
En tristesse nuit et jour muse, 



I. Voy. Romama^ t, XXIIl, p. 206. 



320 A. PIAGET 

Pensant qu'en douleur son temps use. 
Et ceste femme en tel party 
Mist l'amant par la fausse ruse 
Du regard qui d'elle party '. 

Baudet Herenc expose que la dame sans merci, « ceste 
femme rigoureuse», s'est conduite, «au rebours de la nourriture 
d'Amours », qu'elle a tenu des propos horribles, indignes de 
bouche féminine, et que cette « villaine » et « faulse sorcière » 
ne mérite plus le nom de « dame », 

Mais doit estre femme femmee 
Cruelle et plaine de faulx tours. 

Il découvre, enfin, que « ceste femme très despite » n'a voulu 
rien de moins que déshonorer la plus parfaite créature de ce 
monde, l'homme : 

Dieu a fait avec[ques] Nature 
Uomme tant discret, noble et saige, 
Que sur toute autre créature 
C'est le plus parfait, ce bien sai ge, 
Duquel le féminin image 
Est issu(e) pour sa [grant] noblesse : 
Pour quoy femme luy doit hommage 
Et. garder que s'onneur ne blesse. 

Ah ! que galamment ces choses-là sont dites, et combien la 
« belle ou n'a que reprendre », dont Baudet se disait le « serf », 
dut être charmée de la « ballade » de son poursuivant! 

Ce médiocre poème ne contient aucune allusion historique qui 
permette de le dater ; mais on peut croire qu'il a été composé 
peu après l'apparition de la Belle danie sans merci. Baudet Herenc, 
jeune et amoureux, débutait dans la poésie; il avoue lui-même 
qu'il n'avait jamais encore appris le « mestier de rimer » : 

Car oncques n'apprins le mestier 

De rimer en aucun affaire. 

Qui pour lors me fust bien mestier. 

Or, en 1432, le même Baudet connaissait si bien le « mestier 
de rimer » qu'il composait un art poétique. Le Parlaient (Tanwur 
est sans doute antérieur au Doctrinal de seconde rhétorique^, 

1. l'^dit. Du CIk'mk-, p. ycx). 

2. Voy. sur Baudet Herenc, Romania, XV, p. 135 et XXIII, p. 256. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 32 1 

m 

LA DAME LOYALE EN AMOUR 

Manuscrits : 

Paris, Bib. nat. fr. 924, fol. 71 [de la main de Jacques Thi- 
boust] : La loyalle dame enaniours, — Fol. 89 v". Expli- 
cit la loyalle dame en amours ^ etc. 

— Bib. nat. fr. 1 131, fol. 117. Sans titre. — Fol. 130 v**. 

ExpUcit. 

— Bib. nat. fr. 1169, fol. ioj,Ladame halle en amours. 

— Fol. 126 v° ExpUcit la dame leale en amours. 

— Bib. nat. fr. 1642, fol. 240. S'ensuit le jugement cofnme 

la dame quon disoit estre sans mercy fut trouvée loyalle en 
amours. — Fol. 252 v**. ExpUcit le jugement et arrest 
donné par la court et parlement du dieu d^amours au 
prouffit de la belle dame sans mercy, laquelle a esté trouvée 
loyalle en amours. 

— Bib. nat. fr. 2264, fol. 32. Si commance rexcusacion de 

la belle damme sans mercy. — Fol. 40. Incomplet. Der- 
nier huitain : 

Mais il y a une autre loy. 

— Bib. nat. fr. 24440, fol. 129. Sans titre. — Fol. 142 v<>. 

— Arsenal, n** 3521, fol. 86. La dame leale en amours. 

— Fol. 99 V**. 

Besançon, ms. d? 554, fol. 45. Parlement contre la belle dame 
sans mercy. — Fol. 63. 

Fribourg (en Suisse), ms. Diesbach, fol. Lvij. Cy comtnence ly 
■ second livre sur la belle dame et est appellee la leale dame en 
amours. — Fol. Lxxiiij v°. ExpUcit le second livre fait 
pour la belle dame et dœise comment ly dicte belle dame fut 
appellee par jugetnent devant amour la leale damme en amours 
contre ce que ly livre précédant cestuy rappelle la cruelle 
femme en amours. 

La Haye, ms.T. 328, fol. 50. Sans titre. — Fol. 64. ExpUcit la 
loyalle dame en amours nommée par sentetice. 

I XXX 21 



J22 A. PIAGET 

Comme Baudet Hcreiic, Tauteur de la Davu' loyale en amour 
recherchait les faveurs de sa « très douce maîtresse », dont rien 
ne pouvait fléchir la rigueur. Pour soulager sa peine, il s'en fut 
à lâchasse un beau matin, et rencontra datis une vallée déserte 
la belle dame sans merci elle-même, tout éplorée à la suite de 
sa condamnation. Elle allait commencer le récit de ses malheurs 
quand soudain, au milieu d'une clarté éblouissante, les messa-- 
gers du dieu d'Amour vinrent les ravir tous les deux. Emportés 
à travers les airs, ils traversèrent successivement un ciel rouge, 
rempli d amants qui furent orgueilleux, un ciel ven, rempli 
d'amoureux inconstants, et un ciel bleu et blanc, habité par 
les amoureux fidèles et loyaux. Le dieu d'Amour, mû par un 
sentiment de justice et de pitié, fit juger à nouveau le cas de 
la belle dame sans merci, qui se vit restituer le titre de dame, 
et même de dame loyale en amour, qu'avait voulu lui ravir 
Baudet Herenc. ' 

Ce poème est anonyme, et rien ne permet de le dater d'une 
fa<;on précise. Il se place chronologiquement entre le Parlement 
tfamnir de Baudet Herenc, auquel il répond, et la Cruelle danu 
en amour y qui en est une réfutation. Ce dernier poème a été 
composé par un rimeur de Tournai, et il est fort probable qu'il 
en est de même de la Loyale danu. Dans cette ville florissait, à 
l'époque où parut la Bdk dame sans merciy un petit cercle litté- 
raire fort curieux. Le Prince d*amour de la Cour amoureuse dite 
de Charles VI, Pierre de Hauteville, vécut à Tournai jusqu'en 
1424 environ, puis à Lille, où il mourut en 1447. C'était un per- 
sonnage assez original, qui avait, de par ses fonctions de Prince 
d'amour, quelque pratique littéraire. Il avait groupé autour de sa 
personne un certain nombre de rimailleurs, bons vivants 
et amoureux, qui formaient les Compagnies du Chapel vert et 
de la Verdi priori* C'est ;\ ce groupe qu*appartenaient très pro- 
bablement les auteurs de la hmledamey de la Cruelle dumeti de 
V Hôpital d'amour. On peut croire également que Baudet Herenc, 
Tauteur du Parlement d'amour^ fut en relations avec Pierre de 
Hauteville, vers 14)0, à Lille*. Il y avait à Lille, au xv« siècle. 



i. Nous savons qu'en 1448 Baudet Herenc lut des ballades devant le duc 
d'Orléans. ^ Chalon-sur-Saône. Mais ce fait ne prouve rien sur l'origine et U 
patrie de ce poète. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 323 

une famille Herenc, dont l'un des membres, maître Jehan 
Herenc, notaire, releva dans l'église des Frères Mineurs, le 
27 août 1480, à l'occasion d'un procès, « l'épitaphe de laitton » 
de « noble homme Pierre de Haulteville, dit le Prinche 
d'Amours, seigneur d'Ars en Beauvoisis, en son temps eschanson 
du roi Charles VI* de ce nom et au jour de son trespas conseil- 
ler et maistre d'ostel de monseigneur le duc de Bourgongne '...)> 
Je reproduis le texte de la Loyale dame d'après l'excellent 
ms. 1169 de la Bib. nat. (A), corrigé, quand cela est nécessaire, 
par les mss. de Paris 924 (B), 24440 (C), Diesbach (D) et 
Arsenal 3521 (C), dont je donne les variantes. J'ai conservé 
la graphie du ms. 1 169, contemporain du poème, où les formes 
françaises et les formes provinciales sont mélangées, comme 
elles l'étaient probablement en réalité. 

La datm leale en amours. 

1 . Se tristre penser me fust joye 

Et plains et plours me fussent ris, 

El mercy pour refus avoye, 

Ne vouldroye aultre paradis. 

Mais il m*est bien aultrement pris, 5 

Qiiant de ma tresdoulce maistressc 

Ne puis avoir n'estre servis 

Fors de refTîis qui trop me blesse. 

2 . Et puis que je ne puis trouver 

Envers elle aucune allegancc, 10 

Je sçay qu*il me fault retourner 

A cellui lequel a puissance 

De ses servans mettre en plaisance : 

C'est le treshaultain dieu d'Amours, 

Affin que par sa bien veuUance 1 5 

J*aye confors de mes dolours. 



I. Sur Pierre de Hauteville, voyez entre autres A. de La Grange, Pierre de 
HMiUvilU et ses testaments. Anvers, 1891 ; Ctyoixde testaments touniaisUns anté- 
rieurs au XVI sikh, par A. de La Grange. Tournai, 1897. Cf. Journal des 
Savants^ juin 1898, p. 340-342 ; Comte de Marsy, Pierre de Hauteville, dit le 
AionnieTf seigneur étArs en Beauvaisis, sunwmmè le Prince d'Amours, Bcauvais, 
1900. 

Var. } C jauoie — 8 E fort me blesse — 9 B Et puisque je ne scay — 
la C Vers celui — 15 C Affin que par beniuolance. 



324 A. PIAGET 

5 . Sy me submez en sa mercy 
Pour acquérir joye prochaine ; 
De ses biens doy estre enricy 
Puis que faii a remède humaine. 20 

11 puet bien allegier ma paine. 
Comme droiturier enseignent 
Et de toute joye mondaine 
Trcshaultain et puissant seigneur. 

4 . G: fu ens ou mois de septembre 25 
Qiie tresdollent me complaindoye : 
Incontinent il m*en ramenbre, 

A poy sou:»tenir me pouoye ; 

Car en ce point esté avoye 

Trois jours sans boire et sans mengier, 50 

Que nulle chose ne savoye 

Fors le dieu d*Amours invocquier. 

5 . Moy estant en ce dur martire, 
Un jour, bien matin, m*esveiilay. 

Désirant appaisier mon \Te, 3 5 

Ma dolcur et mon grant esmay ; 

Pour ce prestement m'en allay 

Aux champs atout un esprevier. 

Et deux espaignois y menay, 

Comme il appartient en gibier. 40 

o. Ainsi les champ> trachant aloye, 
Aîoes de gibier querant : 
Sy en :rouvay une en ma voye 
Que mon oisel tu convoitant. 
Trop e>:oi: îone. 1 mon samblant, 45 

E: >e vollo:: de>: rjide elle 
Que par >o:: bien voiler ûst tant 
Que n:c:: oisel ûilli a elle. 



•- «.'a sa — :o B IV sor r.c:\ C io:: — 20 E Puisque hiit — 22 Bet 



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LA BELLE DAME SANS MERCI ^2$ 

7. Qpant mon esprevier ot failli, 

L'essor commencha a pourprendre, so 

La challeur et le vent cueilly 

Sy hault que ne le pus comprendre, 

Et sambloit qu'il volsist contendre 

A moy eslongier durement ; 

Si commencha sa voye a prendre 5 5 

En sus de moy trop mallement. 

8. Plus de deux heures le sievy, 
Courant a tire de cheval, 
Mais oncques ne le consievy. 

Lors me trouvay en un grant val 60 

Qui sambloit tresbien lieu ou mal 
Deuist souvent estre excersez ; 
G)uvers y ot de noir cendal 
Mains sarcus de corps trespassez. 

9. Geste valee me dura 65 
Plus d'une demi lieue grant. 

Assés de paine y endura 

Mon cheval ; pour ce fus engrant 

D'estre oultre ce lieu desplaisant 

Ou nulle verdure n'a voit, 70 

Ains sambloit lieu obéissant 

A Deul, qui bien le regardoit. 

10. Tant plus tenoie ce chemin, 
Tant plus me sambloit anoyeuze 

La voye, et quant vins vers la fin 75 

J'oys une voix trespiteuse, 
Par semblant triste et dolereuse, 
G)mme se fust corps rendant ame ; 



50 A le sor, B Laisser — s 1 C chasseur — 5 2 C que ne le sceuz com- 
prendre, D puis, E le m. — s 3 B Semblant fist quil voulsist contendre, E quil 
vouUoit — 55 A voys — 58 B a force — 59 DE la — 61 B trop bien lieu 
ou val, C qui bien ressembloit lieu, E trop bien — 62 A excerse, B exercer, 
C excercee — 65 BD Couuert y ot de maint, C couuert — 64 A maint sarcu 
de corps trespasse — C sercueu de corps trespassee — 65 A volée — 66 
BC demye, DE demie — 68 C fus je — 70 D Ou nesune verdeur nauoit, 
E Ou aucune verdeur — 72 B A dieu qui bien la regardoit — 73 D le — 
78 A ce, B Comme se ce fust aucune ame. 



326 A. PIAGET 

Mais ne fu pas trop outrageuse, 

Car bien resembloit voix de dame. 80 

11. Ce non obstant, je chevauchoye, 
Tousjours au dieu mon souvenir 
Q.ui les cuers amoureux maistroye ; 
Sy perchus devant moy venir, 

Tout pas pour pas, a beau loisir, 85 

Une dame plaine de plours. 
Trop sambloit estre en desplaisir, 
Qui bien regardoit ses atours. 

12. Tantost que la vy j'aresuy 

Pour veoir la manière d'elle. 90 

Un petit mon cheval tiray, 

Et, en ce faisant, oys qu'elle 

Nommoit Malebouche rebelle. 

Et se plaindoit trop durement 

D'aucune oultrageuse querelle 95 

Dont on l'accusoit fiausement. 

1 3 . Tellement venoit gémissant 

Et plourant pour son dur af&ire 

C'oncques ne me fu regardant 

Sy fu par devant mon viaire. 100 

Prestement se cuida retrairc, 

Sy me hastay du saluer, 

Et elle, comme débonnaire. 

M'en sceut bien autant présenter. 

14. Dont trop grant pitié me rendi 105 
De ce que unt fu esplouree ; 

Pour ce du cheval descendi 

Et le lessay règne avalée ; 

Sy lui requis d'umble pensée 

Que tant contrainsist son vouloir 1 10 



79 B Mais pas nestoit trop — 80 B Car bien sembloit voix dune dame — 
82 BD a dieu — C Tousiours moy au dieu souuenir — 83 B cuers amou- 
reux auoie — 85 B Tout pas a pas — 87 C Trop bien sembloit en des- 
plaisir — 91 B E mon cheual ung peu — 94 E moult durement — 100 B 
Et fut — loi C Et tantost — 103 B Mais elle, D Et celle— 105 C me 
tendy - 106 D que fu tant - 108 AC Et lessay la, B Et luy — 109 C 
En requérant, D Ht Uiy - i to C Quelle contraingnist. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 327 

Qji'elle me deïst la riens née 
Qui plus faisoit son cuer dolloir. 

15. A Lasse ! » dist elle, « mon doulx sire, 
fl Ce vous puet moult peu pourfiter. 

(( Vous ne m'en poés estre mire : 115 

a Ne vous chaille d'en enquester. 

« Car de sa doleur reciter 

« Empir'on assez, ce me samble. 

« Joye et dolleur, au vray conter, 

« Ne peuUent remanoir ensamble. 120 

16. f Car se ma doleur ramentoy, 

« Tant plus me croistera tristresse, 

« Combien que je n'ay que bien poy 

« De joye. Mais trop plus se blesse 

« Chil qui deux fois cheoir selesse 125 

« Que chil qui chiet tant seullement 

« Une fois; dont esse simplesse 

« De cheoir tout a ensient. » 

17. « Ma dame, il est bien venté 

« Ce que vous dittes, je congnois. 1 30 

« Mais on prent bien joyeuzeté 

a Par bon conseil, aucune fois. 

« On ne doit pas en tous endrois 

« Croire le veul de son coraige, 

« Et aussi nous demoustre drois 135 

« Qpe folour n'est pas vasselaige. 

18. Lors dist elle : « Bien vous vcuildire 
n Partie de ma desplaisance, 

o Combien qu'en France et en l'empire 



1 1 1 B Qpelle me dist la chose née, C Et quelle me dist — 1 1 3 A Las, C 
Helas — 115 B Vous ne me — 118 B On empire — 120 B demourer — 
122 B Tant plus macroistra ma tristesse, C me croistra ma tristesse, DE 
croistra -^124 C me blesse — 125 B Celui qui, C Car qui deux fois — 
128 Btout en essient, C a cssient, D tout a escient, E a cnscient — 129 B Ha 
dame, C bien m. — 130 CDE vous congnois — 131 C Mais on peut bien 
— 132 BE aucunes fois — 135 A ne dem., B Aussi nous demonstrent les 
drois, C Car aussi nous remonstre drois — 136 B Que foloycr nest que 
bagaige — 137 A veult, B Lors dist bien je vous vueil dire, E Lors me 
dist elle je vous vueil bien dire — 139 C ou icnipire. 



328 A. PIAGET 

« On a bien de moy congnoissance. 140 

« On m'a mis sus, par ygnorance, 
n Un criesme dont j'ay si grand deul 
« Que je ne puis prendre plaisance, 
« Ains suis de morir en escueii. » 

19. Ainsi que la dame parloit, 145 
Moy cuidant dire sa pensée. 

Une clarté aonda droit 

Sur nous, qui unt fu esmareo 

Et d'estranges rais diappree 

Qu'elle sambloit, tant estoit nette, i $0 

De fine flambe figurée, 

Plus dere qu'esclistre ou commette. 

20. Dont nous eusmes si grant freeur 
Que paulmés cheïsmes a terre. 

Car la clarté par sa vigueur i $ $ 

Nous sceut en peu d'eure conquerre. 

Riens n'eust valu effort de guerre : 

Sans deffence nous convint rendre 

Et le vray dieu d'Amours requerre 

Pour sa doulce mercy attendre. 160 

21. Si comme estiemes en tel transe. 
Une tresdoulce voix oys 

Qui nous dist : « N'ayés pas doubtance, 

« Car nous sommes a vous tramis 

« Du tresamoureux paradis, 165 

« Comme messagiers invisibles, 

a Affin que soyés advertis 

« Des doleurs qui vous sont nuysibles. » 

22 . Et puis fu a la dame dit : 

« Le dieu amoureux treshautain, 170 

« Dont nul leal cuer ne mesdit, 
« Veult estre adverti et certain 
'< De ton fait, car nul cas villain 



140 C de mon — 144 B Ains tost mourir désire et vuéil, E enlescueil — 
146 C ce fers manque — 147 B arriva — 149 C et estrangîez rais — 
154 C Que tous pasmes cheusraes— 155 C Que sa clarté — 156 C a poy 
— 157 B effort ne guerre, C cffroy de guerre — 158 B luy conuint — 159 
C dieu m. — 160 C Pour la sienne mercy — 161 C Si comme estions en tel 
estranse — 170 E Le dieu damours noble et haultain. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 329 

« Ne puet impugny demourer, 

« Ains, sommierement et de plaîn, 175 

« Veult droit pour chascun ordonner. » 

2} . «f Pour ce veult devant sa personne 
« Ta cause estre déterminée, 
« Pour veoir s'elle est fause ou bonne. « 
Puis me dist : « La chose ordonnée 180 

« Est par Amours et disposée 
« Qpe tu compaignes ceste dame ; 
« Son vjcul et plaisir s*i agrée, 
« Adfin que de ce fait soit famé. » 

24. Après ces mos fusmes ravis r85 
Et en hault en l'air eslevés, 

Et noz corps materiez vis 

Angeliquement ordonnés 

Et près impalpables muez ; 

Et plus, car par especial 190 

Nos membres sambloieiit formés 

De matere de fin cristal. 

25 . En ce point fusmes, ce me samble. 
Portez devers soleil levant, 

Moy et elle tous jours ensemble. 195 

Lors entrasmes incontinant 

En un chiel a merveilles grant 

De parfaitte rouge couleur. 

Ou je perchus a mon samblant 

Hommes et femmes en doleur. 200 

26. Lors me dist mon intelligence : 
En che point sont les orghilleux 
Qui point n'ont eu en révérence 
Les treshaultains fais amoureux. 

Et qui ont esté curieux 205 

D'amer presumptueuzeté. 



17s C Mais souuerainement de plaîn — 183 C Si veult et plaisir luy 
agrée — 186 B Et hault en lair tous esleues, C Et en lair bien hault esleuez 

— 187 E vife — 189 C Après impalpables, DE Et puis — 190 C Et depuis 
par especial — 191 C Noz membres soiez formez — 196 C La entrasmes 

— 197 E merveille — 199 C Ou japparcçu, E Que je perceus — 202 E sont 
m. — 203 BD Qui nont point eu — 206 B Damer presumptu eu sèment. 



330 A. PIAGET 

DoDt par leur samblant desdaingneuz 
Ont leaulz amans despîté. 

27? Decestuycn un autre vinsmes 

Qpi de fin vert fu coulouré, 210 

Ou quel pluiseurs personnes vismes 

Chascun d*cstrange vert paré, 

Et tressouvent renouvelle. 

Bien sambloient gens misérables. 

Et c*estoient ly condempné 215 

Qui furent en amours muables. 

28. Oultre ce chiel, ung en trouvasmes 
De bleu et de blanc my parti. 
Tout au travers le trespassames. 

De cestui en vis me party, 220 

Car mainte amie et maint amy 
Y rechevoient unt de joye, 
De ce suis je bien adverti, 
Qpe recorder ne le poroye. 

29. Et me dist chil qui me portoit : 22$ 
<i Chy sont les amoureux loyaulx 

« En qui humilité manoit, 

a Et non mie les desloyaux. 

« Gardez vous d'estre en amours faulx, 

« Se bon conseil croire volés, 230 

if Et ne plaindés point les travaux 

« Dont tel joye acquerre poés. » 

)o. Dessoubz cestui chiel ot flDndé 

Un chiel comprendant grant espère. 

Car tout avoit avironné 255 

Les autres, et fu de matere 

La plus resplendissant et dere 

Que je vy onques en. ma vie. 

Nul autre a ly ne se compère, 

Tant fu ceste clarté polie. 240 



208 B Ont despite loyaulx amans — 209 D vismes — 212 E estnnge m. 
- 218 B imparty, E imparti — 219 B Tout a trauers,C Tout en trauen — 
221 A Car maint — 223 B De ce fus je unt, D De ce fus je — 224 B Qpe 
racompter, C Que partir je ne men pouoye, D pouoye,E ne le sauro3re — 
226 D Ce sont — 227 D Esquclz — 230 D auoir volez, E auoir vouliez — 
2)1 D pas — 2)2 C Dont tel gloire — 233 B ot fraude, E Dessus cestuî del 
cTt fonde — 2J4 C chiel m. — 25s B enuironne — 2j6 C de m. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 33 1 

31. La avoit un trosne comprins 
De tresexcellente haulteur, 
Sur lequel Amours fu assis 
Comme souverain empereur. 

Mais unt fu de dere couleur 245 

Advironné et d'ardans rais 

Qu'il n'est si vif ymagineur 

Qui de sa fourme ait veu les trais. 

32. Dessoubz avoit, a tous costez, 
Judicatoires sièges grans, 250 
De fines pierres aoumès, 

Entretailliés de dyamans 

Et d'escarboudes tant luisans 

Qu'a poy regarder les pooye, 

Sur lesquelx estoient seans 255 

Pluiseurs gens que bien congnoissoye. 

33 . Premiers y vy Honneur seoir, 
Leaulté, Vérité. Celer, 
Souvenir, Doulx regard, Espoir, 

Pitié, Mercy et Doulx penser, 260 

Bel accueil. Gracieux parler. 

Franc volloir. Désir et Largesse, 

Qpi n'y fait pas a oubliier. 

Car c'est de donner la maistresse. 

34. Et ou millieu du chiel plus grant, 265 
Plus que nulle riens par dessus, 

Y avoit une estoille errant. 

Laquelle on appelloit Venus, 

Qui ses rais avoit estendus 

Par dessus tous ceulx de la court, 270 

Tant doulcement qu'a dire plus 

On pourroit bien faillir tout court. 

35 . La fu la dame jus posée 

Et moy, puis oys prestement 

Que sillence fu imposée. 275 



246 A Aduironnes, B Enuironne et dardant rais — 248 A rais — 250 
BCDE Judiciaires — 25 1 B couronnez — 253 A tous, E Et descarbloucques, 
C reluisans — 256 B Plusieurs gens que je — 263 BDE Qui ne fait — 265 
B Ens ou ^dun — 271 A que dire — 272 D On pouoit — 274 E puis y ot. 



332 



36. 



n. 



58. 



A. PIAGET 

Et lors tmesureement 

Amours parla moult doulceroent 

Disans : « C'est nostre volenté 

ic De faire leal jugement, 

« En nostre royal magesté, 280 

« Pour une cause commenchie 

« Entre Espoir, nostre procureur, 

i< Qui fil par Désir prononchie, 

« En cas de criesme au déshonneur 

« De celle dame et pour l'erreur 285 

« Hoster, que nostre court n*empire. 

« Espoir et Désir, sans faveur, 

A Dittes ce que vous volez dire. » 

Lors est Désirs avant passés 

Et dist : « Amoureux dieu haultain, 290 

La court est advertie assés 

Pourquoy d'elle je me complain. 

Je dis que par son cuer villain 

Et par son regard plain de vice 

Elle a un annoureux certain 295 

Murdri, estant en son service. 

Comme autresfois ay proposé'. 

Je tens qu'elle soit conderopoee. 

Pour avoir vostre dit laussé, 

D'estre entièrement dégradée 300 

De non de dame estre appellee. 

Et gettee en chartre de deul 

Et par plains et plours gouvernée. 

.\ ce contens comme je seul. » 



I . .Mlusion au pa^^sage sui\*ant du Parltmfnt d^Amemr : 



lVurqiK>y. Am*>urt. cv^nclun? vu«l. 
A\«n: Fsfv>tr w procureur, 
i^ue ce^ie femme »it en duciî 
Knv!o«. e: sur taîne et doale;:r 



GArdec en u e ag r kfv c luig«nir. 
Ft .)a'a^-«cqacs ce soit |ES>dee 
IV nom de iaae. qui d'oaacwr 
rXv; estre iwarne et i^ardee. 

HJit. Ehi Chcsae, p. 701^ 



270 B .\îors très amesurcement, D E: lo\-s — 277 B 
27S B Disant bien est nu vx^uîente — 27g B De dire — 28 j B C^ par 
%k5ir j prononcte - 2^4 BC oc, E e: *le deshonneur — 2S$ BCDE I>e 
o»:e. C et t. — 207 C jiy - :oS B Je sens — 209 B rostre e«iit — )oo B 
que Jesîre enrierer'.erît ^irJee — ;o: B estre m. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 333 

39. Tantost Amours araisonna 305 
Geste dame et lui dist sans yre : 

« Sachiés que lieu sa raison a ; 

« Il vous convient response eslire : 

« Fort content a vostre martire. 

« S'excuSier ne vous en savés, 3 10 

« Vous pores bien avoir du pire, 

« S'en ce quelque coupe y avés. » 

40. Adont la dame simplement, 

A deux genous, toute esplourec, 

Dist : « Amours, vous savés comment 3 1 5 

« Je suis chy venue esscullee, 

a De conseil nue et esgaree. 

« Plaise vous a moy ordonner 

u Aucun conseil, s'il vous agrée, 

« Pour ma bonne cause garder. » 320 

41. « Qpel conseil voulez vous avoir? » 
Celle dist : « Je veul Vérité 

« Et Loyaulté, qui scet de voir 

« Mon coraige et ma volenté. » 

Lors Amours dist a Loyaulté 325 

Et a Venté : « Levés sus 

« Par vostre debonnaireté, 

a Puis que ne veult fors vous sans plus. » 

42 . Vérité descendy adoncques 

Et Loyaulté la demoiselle. 3 30 

Deux milleurs ne créa Dieux onques. 

Puis vinrent parler a la belle 

Et celle qui de peur chancelle 

Les a d*une part appellecs 

Ou elle leur dit sa querelle, 335 

Puis sont arrière retournées. 

43 . Vérité première parla 



307 B Sachiez que son lieu raison a, DE quel lieu — 309 A Soi — 
311 B pourriez, E pourries --312 BCD S'aucunc coulpe en ce aucz, 
E S aucune coulpe en ce cas aucs — 316 B asseullcc G exillce — 319 C ce 
vers manque D sy vous — 320 G cause monstrer — 322 h Elle dist — 328 B 
que vous sans plus G Puis quel ne veult — 333 B Et elle qui de paour 
decautelle — 334 BG appeliez, E appelles - 355 Bla querelle — 536 BGE 
retournez— 337 B premier commença, G premier si parla. 



Î34 A. PIAGET 

Et dist : « Treshault et puissant sire, 

«t Ceste dame requise ni*a, 

« Ce que ne ly veul escondire, 340 

« Puis qu'elle m'a volu eslire. 

« Sy requier que, se sur personne 

« De la court me convient riens dire 

« Pour sa cause, on le me pardonne. 

44. « Il est vray ad ce que j'entens 345 
« Que Désir met sus ceste dame, 

« Et Espoir, qui chy est presens, 

« Injure, vilonnie et blasme, 

« Pour lui hoster sa bonne famé 

a Par leurs propos chy rechitez, 350 

«t Qu'elle soit réputée infâme 

« Par Êùs que je tiens répétez. 

45 . « Or ne volons nous mie prendre 
<' Contre la court conclusions 

« Declinatoires, pour prétendre 355 

c( Par quelques excusacions 

«t De plaidier par dillacions, 

« Car nous n'y querons accessoires, 

« Mais voulons par vives raisons 

« Proposer noz fais peremptoires. 360 

46 . « Et disons en nostre mageur 

« Qpe, selonc droit, poons prouver 

« Tantost que la dame a bon cuer 

ft A vous servir et honnourer. 

« Vous lui avez volu donner 365 

« Franchise, tout a son vouloir, 

« Pour a son plaisir en user, 

« Qpi qui s'en puist plaindre ou doloir. 

47 . « Et que se pluiseurs amoureux 



339 B dame cy requis ma — 340 B ne le vueil — 342 C Je requier, E 
sus. — 344 D Ion _ 346 BD sur — 347 B qui la est, D que cy — 550 
B Par les procès cy — 351 D Qjielle en est députée — 352 C propo- 
sez — 353 B Or ne pouons nous — 355 B pour reprendre — 356 BCDE 
Par aucunes excepcions — 357 B De plaisir pardilacions ~ 358 A qaerroos 
— 3 $9 A unies raisons — 360 D nous fais — 362 B voulons prouuer, D 
pouons trouuer — 368 B Qui que sen peult, D qui que. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 335 

« La requièrent aucunement, 370 

« Elle puet choisir Tun d*iceulx 

« Qjii sera mieulx a son talent, 

« Selonc vostre loy proprement, 

 Car par la libené qu'elle a 

« Peut retenir tout franchement 375 

« Serviteur tel qu'il lui plaira. 

48. « Mais il y a une autre loy 

« Faicte en faveur de leaulté ; 

« Car puis qu'une dame a pour soy 

« Chobi servant a volenté, 380 

« Et de lui prins la feaulté, 

<i Se depuis autres la requièrent, 

« Elle, sans variableté, 

« Peut refuser tout ce qu'il quiercnt. 

49. « Oultre, par le dessus dit droit, ^5 
a Qpant aucune dame regarde, 

« Et aucun ce regard rechoit, 

A Autrement qu'elle n'y prent garde, 

<« Se par sa pensée musarde 

« Son cuer juge trop de legier, 390 

(f Du vray jugement se retarde 

« Par la couppe de fol cuidier. 

50. « Or savés vous, trespuissant dieu, 
«> Qpe ceste dame, des long temps, 

« A son cuer assis en un lieu, 395 

« En accomplissant vos commans, 

« Envers un qui est ses servans, 

« Qu'elle a tousjours Ical trouvé, 

« Auquel mercy fu ottroyans, 

« Comme il avoit bien conquesté. 400 

51. « Sur quoy ma bouche vous dira 



371 G lung deulz, D lun de ceulx — 375 C Se non vostre loy — 374 B 
pour, C parm. — 375 C tout pleinement — 376 CD qui luy — 377 A un 
autre. — 379 C car puis que dame — 382 BCD Et depuis, A le — 384 
B Doit rduser tout ce quilz, C Doit — 385 A le m., C Aultre — 387 B le 
regard, £ son regard — 389 E Et par sa pensée — 390 B Son cueur y mect 
— 391 A se regarde — 392 CE du fol — 393 A vous m., C Or vous saues 
treshaultain dieu — 394 ^BE de longtemps — 396 B voz sermans — 397 B, 
Enuers ung de voz bons seruans, C son seruans — 400 D Comme il lauoit. 



336 A. PIAGET 

a Tout le fait au plus près du droit : 

« N'agaires elle se trouva ' 

« En un lieu, la ou s'esbatoit 

« Et a son pouoir se penoit 405 

« lUec de chanter et danser, 

a Ainsi que Caire le devoit, 

« Sans nulle mauvaistié penser. 

52. « Et fu la feste resjoye 

«t De tout ce que dire on saroit, 410 

« Et tant joyeusement servie 

« Qpe nulz amender n*y poroit. 

« Mais Fortune, qui pas ne doit 

« Arrester ne dormir nul somme, 

« I amena par son exploit, 415 

« Ce jour, pour ly nuisir, un homme'. 

53. a Tout prestement que Tôt choisy, 
« Assez parchut se contenanche, 

« Car tousjours avoit enfouy 

« Son visaige dedens sa manche, 420 

« Et, soubz umbre de dechevanche, 

« S'esbatoit de simple manière, 

« Faingnant d'estre plain d'ignorance, 

« Mais soubz gros bec langue legiere. 

54. (c A la fois aloit et venoit 425 
« Parmi les gens en traversant, 

« Aussi de pluiseurs s*acointoit, 

A Or assis et puis en estant, 

« Son regard en travers portant, 

« Atfublé de decepcion, 430 

« Et sur aucuns entrcjettant 

« Manière d'infomiacion. 

55. « 11 avoit bel son vouloir faire : 
« Nul de son fait ne se gardoit. 

I . C'est -à-dirc Alain Chartier lui-même. 

402 B Tout ce — 404 CB ou on, D iau on. — 410 BE on sauoit — 412 E 
pouoit — 414 H ung somme — 416 B pour lui nuisir, C pour lui muser, D 
pour luy greucr, E pour y muser, — 4^7 B quil ot, C Tout aussi tost que leuz 
- 422 B Debatoit - 424 E Mais son gros — 426 B Prenant les gens — 427 
B Ainsi, E Et de pluiseurs il, — 431 A entrciettans — 452 E Manière 
dabusion — 434 D ne sesgardoit. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 337 

ff Bien savoit parler et bien taire, 435 

« Les oreilles doubles a voit. 

« Son samblant bien a point mcnoit, 

n Chy sa parolle, ailleurs s'entente, 

« Et celle qui peu y pensoit 

a Ne se gardoit pas de sa tente. 440 

56. « Sy avint que, par aventure, 
« Désir par un ardant vouloir 

« Avoit mis s'entente et sa cure, 

« Comme il en a bien le pouoir, 

c( A un gentil homme esmouvoir 445 

« De sa desordenee Hame, 

« Et tant fait, moiennant Espoir, 

« Q.ue celle avoit chosy pour dame. 

57. « Combien qu'elle n'y ot pensée 

« Ne de lui riens ne ly challoit, 450 

« En un seul lieu estoit fermée 

« Que son cuer hostaige tenoit ; 

« Et ainsi faire le devoit 

« Par droit, a mon entendement, 

« Puis que de leaulté vouloit 455 

« User, sans amer doublement. 

58. « Par ainsi amoit sans partie 
« Chil de la dame énamoure, 
« Car vous Faviés desja partie 

(f Et son fait ailleurs ordonné, 460 

« De deux pars promis et juré. 

« Sy n'estoit pas chose legicre 

« De si tost avoir discorde 

ce Lealle ' amour, ferme et entière. 



438 B Si sappareille, C Et sa paroUe — 439 D Et elle — 440 B point de 

— 441 D Syauient — 4.12 B pour ung — 443 C sa tente — 445 B homme 
espoir — 44*6 B De sa très desordonee — 447 BE Et tant fist, C Et tant fut 

— 448 E Qjic celle fist choisir — 430 B Ne de rien ne luy challoit — 452 
B Q}ù son cueur atachie tenoit, C Qui la son hostaige tenoit, D Qui, E 
Ou son cueur — 455 B Puis que la loyaulte, E lui voulloit — 456 E User 
sans double sentement — 457 C Par ainsi estoit - 459 C Vous lauiez 
ailleurs partie — 460 C Et son fait par vous ordonne — 461 Bpars w., C Des 
deux — 462 C Ce nestoit. 

XXX 22 



358 A. PIAGET 

59. « Mais neantmains il ne laissoit mie 465 

« V«rs eUe sa requeste a faire, 
« Pensifs, plain de merancolie, 
« Moult contendant a lui complaire, 
« Car tousjours prendoit son repaire 
« En tous les lieux ou elle estait, 470 

« Et si ne se vouloit retraire 
<( De ce que plus fort lui nuisoit ; 

60. « Anchois ly contoit sa raison, 

(c Dont elle estoit moult anoyable, 

« Car elle estoit hors de saison, 475 

u Sans quelque tiltle raisonnable. 

« Pas ne ly sambloit recevable, 

« Considéré ce que j*ay dit, 

« Et pour ce, sans parler muablc, 

u 11 n*ot d'elle fors Tescondit. 480 

61 . K Car pas n'estoit neccessité 

« Qu elle lui donnast a entendre 

(c Qu'a autruy ot abandonné 

« Mercy a quoy vouloit prétendre. 

« Elle monstroit que condescendre 485 

u Ne vouloit pas a sa prière, 

« Pour ly eschiever et dépendre 

« De fauseté et sa manière. 

62 . « Ossi leaulté ne veult mie 

A Que dame ait mercy de chascun. 490 

« Mcrchy ne seroit que follie, 
u Qui la metteroit en commun. 
« Mercy en peut bien avoir un 



465 B il m., E Mais m. — 468 BD Moult entendant — 473 B ^^U E Tous- 
jours luy — B distribue les vers de la str, 60 de la façon suivante : 14357826 

— 474 B amiable — 475 B hors de raison, E Car celle — 476 B Sans 
quelque cause — 477 E manque — 480 D délie que — 481 DE point, E 
nestoit m. — 482 E lui demandast — 485 B Quaultre ains habandonne 
— ' 484 B a quoy il vouloit tendre — 480 C Ne se vouloit a sa — 487 B 
Pour leschiuer et deffendre, C Pour eschiuer et pour, E Pour soy 

— 488 C est — 489 D Ainsy — 491 C Mais ce ne seroit — 492 B Qjiî le 
mcctroit si en commun, C De les mettre tout en commun, D Qpi le, E met- 
troit — 493 B Mercy ne peult auoir que ung, C Merci peust on bien auoir 
Jung, E Mercy peut tresbien auoir ung. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 339 

« Et non plus, selonc leauté, 
« Combien qu'il en sont bien aucun 495 

« Qpi ne sont pas de ce costé. 

63 . « Ainsi cellui recommenchoit 

M Par plus d'une fois sa requeste, 

« Et envers elle prononchoit 

« Pluiseurs fois pour fumir sa questc ; 500 

ff Mais petite fu sa conqueste : 

a Riens a conquester n'y a voit. 

« Pour ce se party de la feste, 

« Quant il perchut qu'il s'abusoit. 

64. « En ce point tant poursievis fu $05 
« Qu'il ne savoit tenir manière, 

« Dont son fait fu appercheu : 

« Car cil estoil muchiés darriere 

« Une haye de verde oziere, 

« Dont je vous ay parlé devant, 5 10 

« Qui oy refus et prière, 

« Dont il ne se tint pas atant. 

65 . « Car tout ala en escript mettre 
« Ce que ot veu et escouté, 

a Et, tant par bouche que par lettre, 5 1 5 

« Publiquement Ta raconté, 

(c Et oultre, de sa voulenté, 

« Pour ce qu'elle l'autre escondy, 

« Il l'a par son escript nommé : 

a La ïfdle dame sans mercy. 520 

66. « Puis que dame a merchy donné 
« Une fois, il doit bien souffire, 

(c Qjji n'a cuer trop desraisonné 

« Et de tous les autres le pire. 

« Depuis n'y chiet que l'escondire, 525 



495 B Combien quil en soit aucun — 496 B Qui ne soit pas, C soit de 
ccste costc — 497 B Aussi — 499 E procuroit — 500 A fois m., B pour sui- 
vît — 505 D Ence party poursuyant fu, E poursuiant — 506 B Qui ne sauoit 
— 508 A Car il estoit, C Dun qui estoit, E Car ung estoit — 5 10 E Dont il 
vous ert parle — s 14 E Ce quil — 516-517 Ces deux vers sont intervertis 
dans B — 521 C Puis que dame a merci de homme — 522 C il peut — 
5^3 E trop habandonne — 524 B les m., E Et de trestous aultres le pire — 
525 B Et puis ne" chiet, C siet, E ne chiet. 



340 A. PIAGET 

M Car mieulx vault leauté amer 
« Qjj'tîstre condempnee ou martire 
« Du vert chiel qui tant est amer. 

67. « Mais il resambie, bien le sçay, 

« Ceulx qui contrefont l'amoureux, 5 30 

« Qui livrent a chascun assay, 

« Par faulx samblant, double et piteux, 

« Qpi otiroye mercy a ceulx 

« Qpi scevent juer de ce tour : 

« Avoir convient plain deux orcheux ^535 

« De mercy, pour se folle amour ! 

68 . « Ce n'est pas amour, mais hayne, 
« Ce sont, ensieuvant la ghignarde, 

« Rosiers poingnans plus durs qu'espinc : 

« Toutes y doivent prendre garde. 540 

« C'est deul et pitié c'on ne larde 

« Ceulx qui ainsi veullent avoir 

« Mercy a toutes. Quoy qu'il tarde, 

« Bien leur en porra mescheoir. 

69. « Du umps qu'il estoit amoureux, 545 
« Qui tant regrette sa maîtresse', 

« Estoit mercy si trespiteux ? 

« Faisoit il lors tant de largesse ? 

« Mieulx vault c'on la tiengne a rudesse, 

« Si se face dame escondire 550 

« Que par trop tenir de simplesse 

« On s'en puisse gengler et rire. 



I. C'est-à-dire Alain Chartier qui, dans les six premières strophes de la 
Belle dame sans merci, se lamente sur la mort de sa maîtresse. 

527 B condempne au — s^^ B Mais il ne ressembla — 531 B a m., BCD 
essay — 532 BE doulx et piteux, C doublier piteux, D Par semblant Caulx 

— 554 A Quil, B Qpi nesceuent — 535 B Avoir conuient plaintes a ceulx, 
C Auoit comme plain deux hostieulx, E Auoir comment deux orceulx — 
536 BC sa folle, D si, E sy — 537 B mais est hayne - - 538 B Si son chc- 
uant la guide garde, £ Aussy ncst pain blanc mais guignarde — 5 39 E plus 
fort — 541 C ou pitié — 54$ CD Ou temps — 546 C Qjie tant — 549 
B Mieulx quon tiengne, C Quon le treuue en rudesse, D quon le — 550 
CD Si se sache, £ De toutes dames lescondire — 5 S ^ ^ user de simplesse 

— 552 B Ou ne puisse jangler ne rire, C Ou sen puisse jengler ne rire, D 
ou rire, E On se puisse gengler ne rire. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 34I 

70. « Fault il, se dame est amoureuse 
« D'un qu'elle ara leal trouvé, 

« Qu'elle ait volenté tant crueuse 555 

« Que de laissier sa Icaultô, 

« Pour un de nouvel amusé ? 

« On le deveroit nommer foie, 

« Se si tost avoit transmué 

« Son cuer, pour un peu de parollc. 560 

71 . « Sy me samble qu'on a grant tort 
« De ly avoir ainsi nommée. 

« Il vaulroit autant que la mort 

« Fust a toutes abandonnée 

« Que ce que telle renommée 565 

« On leur portast communément. 

« Au fort, mieulx vault tel, que trouvée 

« Y fust mercy trop follement. 

72. « Se de ccste dame a mesdit, 

« Sy a il fait de vous, Amours, 5 70 

« Assez et non mie petit, 

« Qpi sont tresfaulx et mauvais tours. 

« Il a nonché es haultes cours 

« Qu'en toutes plaches mesdisans 

« Ont vos pooirs et voz honnours 575 

« Tout apparty depuis dix ans'. 

73 . « Estes vous dont sy pou cremu 

« Qu'on se loge sur vostre garde ? 
« C'est de vous pou de bien tenu. 
X Mais je ne prens pas a ce garde. 580 

. « Quant Bien Celer son avant garde 
« Voudra bien conduire et mener, 

I. Si vous pry, amoureux, fuyez Car ilz ont trop mis puis dix ans 

Ces venteus et ces mesdisans... Ijc pays d'amours a pastiz 

Edit. DuChesne, p. 523. 

554 B Dun que ara — 556 C D délaisser — 558 BDE la, C Qui bien la 
deuroit — SS9 B De si tost auoir — 562 B De lui, C De lauoir en ce point 
ncmimee, D De la — 569 C de m., D il a mesdit — 573 La si noncie — 
575 B Ont les pooirs et bons honnours, D vous pooirs et vous — 576 B 
Trop, E Tous apatis — 577 B doncques, E creniir — 578 B soubz vostre 
garde, D quon est loge — 579 C Cest de vous de bien peu tenu, D Cest de 
vo court bien peu tenu, E bien petit tenir — 580 C Mais il ne prent — 
— 581 C vostre avant garde. 



342 A. PIAGET 

« Il faulra forte arrière garde 
« Aux mesdisans pour rencontrer. 

74. « Ce me samble grant nicheté 585 
« De telx parlers mettre en avant. 

« Ont gengleurs tant de poesté 

« Ne tant de forche maintenant ? 

« Que sont devenuz ly vaillant 

« Qui tant ont honnouré les dames ? 590 

« Ou sont ceulx qui ont conquis tant 

« Par leaulté d'amours et d'armes ? 

75. « Qu'est devenus Palamedès, 

« Lancelot, Tristran et Gauvain? 

« Qu'est devenus Dyomedès, 395 

« Qpe ne tiennent icy la main ? 

« Fault il, par un parler villain, 

« Aux dames perdre renommée, 

« Que ly bon ont, et soir et main, 

« En maint lieu si tresbien gardée ? 600 

76 . « Il se fait a vous excuser 

« Que de ce n'est que l'escripvain, 

« Disans qu'on ne le doit blasmer 

« S'il est d'autrui fait recitain ». 

a Mais, saulf sa grasce, il est certain 605 

« Que de son vouloir la nomma 

« Sans mercy, ou coupplet darrain, 

« Dont par ce l'acteur se fourma. 

77 . « Ce point est contre ly tout cler : 

« Il ne peut dire le contraire. 610 

I . Allusion à un passage de VExcusacion de maistre Alain : 
S'en doit tout le monde amasser Pour le chetif livre casser. 

Contre moy. a tort et en vain, Dont je ne suis que Tescrivain ? 

Édit. Du Chesne, p. 531. 

$84 C pour lencompter, D pour rancontrer, E pour rencontrer — 586 D 
de telz paroles, E De telz paroUes mettre auant — 589 A deuenu — $90 C 
Qui gardoient lamour des dames — 596 A Qui, B Qjie ne tiennent il cy, C 
Quilz ne tiennent, D Que ne tiennent ilz cy, E il cy — 597 BCD pour — 
599. BC Que les bons ont soir et main — 601 BD II se voult, CE II se veult 
— 602 CE Que ce nest fort que, D nest fors — 603 BC Disant — 604 
BE daucun fait — 606 BCD la — 607 BD au — 608 B Dont le propre 
acteur se fourma, C pour ce acteur se forma, D ce aaeur. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 343 

« Far son escript roffre a prouver, 

« Qmï en vouldra le procès faire. 

« Mais de son fait me voudray taire 

« Et retourner a la querelle, 

« Pour entendre par quelle affaire 615 

« Désir de criesme nous appelle, 

78 . « Disans que ceste dame cy , 

« Fausement et desloyaument, 

a A ce vray amoureux murdri 

« Par le regard d'abuzement 620 

« Et refusé tant durement 

« Que la mort s'en est ensievye, 

« Combien que ne savons noycnt 

« S'il est trespassé ou en vie. 

79. a Ad ce respons que son regard 62 s 
« Lui sambla jugant son vouloir. 

' c( La dame dist que de sa part 
« Ses yeulx ne fist oncques mouvoir, 
« Par quoy y peliist perchevoir 
« Que le cuer d'elle fust content 6}o 

« Pour lui ne bien ne mal vouloir, 
a Et de ce fait a moy s'attent. 

80. « Qpant Nature premiers créa 
a Les yeulx ou sexe féminin, 

« Amoureux regard leur donna, 635 

« Humble, trescourtois et begnin. 

« Se, par nature, il sont enclin 

a A regarder d'amoureux trais, 

« Y fault il supposer venin, 

« Disans qu'il sont faux contrefais ? 640 

81 . « S'aucun, par ses yeulx abuzés, 
ff Juge ce que son cuer désire 

« Et dame n'ara, de son lez, 
« Pensée nulle qui y tire : 



611 C approuver ■— 615 E Mais du sourplus me — 61$ B par quel, E 
attaindre — 616 C Le sens de crisme — 622 C mort en est — 625 BCE que 
ce regard — 626 B Luy semblant, C Lui sembloit — 629 B Par quoy il 
pcult apparcevoir, C Pour quoy il peust apparcevoir, E peust — 654 C en 
sexe — 6}$ B Amours regard — 637 B De par nature, D Et se par nature 
ilz — 638 B damours les traiz — 639 C II fault il. 



344 A. PIAGET 

« Ce fait Dcsir, qui le fait frire 645 

« I^t nommer doulx regard murdrier ; 
« Xeantmains ne fait, bien Toze dire, 
« Se non son naturel mestier. 

82. « Et, pour sov excuser, disoit 

« Que france vouloit demourer; 650 

u Mais chilz croire ne le vouloit, 

« Ains se penoit de la rouver. 

i« S'elle lui eust fait espérer 

« Mercy devoir trouver en elle, 

« Faulsc se fust faicte nommer 655 

« Kt a cause tresbonne et belle. 

85. a Après ce. Désir ly met sus 

« Que bien se congnoist en faulx dez, 

H En changant ceulx du mains au plus '. 

« Ne s»\^' ^^ *îui est avouez, 660 

«< Mais, s'il se fust bien informez 

ic Des responses par elle diaes, 

« Nul/ faulx tours n'y euist trouvez, 

u Se non prières escondities. 

84 . « l-'ncoTv a Désir proposé 665 

« Parolle oultnigeuse et trop ficre, 

u Dis.in> que tenu et amé 

" A plus d'un parti, sans renchiere '. 

«■ l\ir nia toy, c'est laide manière 

u De proposer contre une dame 670 

. Ch.osc qui îj >ove honneur tîere 

. De dcs'p.v^nr:ei:r ou villain blasme ! 



. lamais n'eust !.ii: airoit son r>^^:r: I.e faisoît joacrma] a point 

I *j:r.Anî. c.î: Ci*N:<r "fr.'rcr jôe: Pour ce qu'elle chaogeoit le$d«. 

Edit. Da Chcsoe. p. 708. 
. l-î ceste' •emn:c er. r.iir: cui:::^- Par malice, qui convoitier 

A Sv^n •ai:!\ icv.ci' dcra::\ î.u: î'eisi d'amer plus d'nng party. 

Edit. Da Chesne. p. 702. 

OîN r .;;:• l.ri tai: Jire - r^r B E: rcr.:me7 — 647 E Et s>- ne fait Œ 
:• cl'.io: sire c;i BC Mais ^e .Tv-.re ce Li, E len — 652 CdelapritT, 

J.c '.a iciv.uo: 0; ; K iVlle .jl: eL:>: :"i:nî espercrer — 654 B Qucmercr 
.;•<: v-wî B : •.: ch.;:-.*::;:- ceu'.x je ::'jL:r.> en plus. C Et changier, DB 
!\r.\i::v: cc;:\ .i.^;: :'.;-.::>. F K: ..'.uniiier cetlx du nuins ou du plus- 
vV lî c^: .u:;::*.-- rc: B r.\ t;j>:. »."E i" r.y eust — 666 C trop m. — ^ 

^...î :;*;v.; r-: c ;.i >:e::::; c*-: B Par déshonneur, BCDE et. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 34S 

8$ . « Elle est de ce pure innocente : 

« Amours, si vous en requiert droit, 

« Tesmoing Leaulté cy présente, 675 

« Qpi d'enfance bien la congnoist. 

« On diroit bien mains, qui voudroit, 

« Et on voit advenir souvent 

« Qpe forche de cuidier déchoit : 

« Petite pluye abat grant vent. 680 

86. « On ne puet son honneur acroistre 
« De dire d'autruy vilonnie, 

« Mais soy amenrir et descroistre ; 

« Car c'est une espèce d'envie, 

n En cuer de fel jengleur nourrie, 685 

« Qui ja nul bien ne pensera 

« Combien qu'il ne s'en tenroit mie. 

« Envis mucrt qui appris ne l'a. 

87 . « Désir dist qu'il ne puet yssir 

« Du sac que ce qui est dedens »; 690 

« Pluiseurs ont de ce biau taisir. 

« Mais nulz mesdisans n est contens, 

« Ains cuident accroistre leurs sens 

ce Et leur los par losengeries, 

a Disans mains parlers au contens 69 s 

« Des dames et de leurs parties. 

88. « Que ly a Bel Accueil meffait, 
c< Qui ainsi l'appelle abuseur ? 

« On peut bien veoir que ce fait 

« Luy procède d'aucune erreur. 700 

« Bel Accueil est le conducteur 

«< De toute honneste compaignie, 

« Et puis qu'en ly a tant valeur 

I. Ht en dit qu*il ne peut du sac Issir que ce qui est dedans. 

Kdit. Du (^liesne. p. 706. 

673 B Elle est de ce point, E pure et — 676 BCD la — 677 B En diroit 
bien mais qui — 678 C Mais on voit — 680 A auant, C Petit de pluie, D 
Et pettite pluye — 682 C De dire a autrui — 68} C Ains soy, E amender 
— 687 A tenron, C tairoit — 689 D nen — 690 D que ce que — 693 B leur 
sens — 694 BCDE losengcrie - 695 BD Disans mcsparler, C Disans faulx 
parlers ou contens, E Mesparlers ou contens — 696 BCDI: leur partie, C 
ou — 701 C est le conditeur — 703 H Puisquen luy a fait tant valeur, C 
Puisquen lui a tant de valeur. 



34^ A. PIAGET 

« Raison n'est pas qu'on en mesdie. 

89. « Quant a ce qu'il ont propozé 705 
« Qu'elle a dit que pas n'estes saige, 

« Mais de losengier compozé 

« Et que mentir est vostre usaige ', 

M Guident il avoir avantaige 

« A tels mauvais parlers retraire 710 

a Pour porter aux dames dommaigc, 

« Dont l'entendement est contraire ? 

90 . « On prende bien garde a la clause 
« Qui de ce point fait mencion, 

« Et on pourra voir qu'il n'ont cause 715 

« D'y mettre variacion, 

« Car ce n'est son intencion 

« Que de l'amour de ceulx parler 

« Qpi untost, sans quelque raison, 

« Veullent estre amez sans amer. 720 

91 . « Il ont dit que tous amoureux 
« Elle a appelle gouliars, 

« Et que le plus secré d'iceulx % 

« Quelque part qu'il soient espars, 

« Veullent tresbien que toutes pars 725 

« Les gens dient qu'il sont amés 

a Et que nul, soit large ou escars, 

« Ne sera ja de moy famés. 

92 . « Quant ad ce point, c'est mal reprins 

« De lui imposer sus telz maulx, 730 

« Car elle n'y a nulz comprins 

1. Édit. Du Chesne, p. 510 et 707. 

2. Vers copiés du Parlement d* Amour : 

Et puis dit que tous amoureux Veut bien qu'on die a la court 

Sont gouliars ou temps qui court Qu'aucune il en tienne court 

Et que le plus secret iticeux Édit. Du Chesne, p. 708. 

705 E a propose — 706 E plus nestes — 707 B losengeries, C losengiers 
— 710 C tel mauvais parler ~ 711 D a damme, E a dame — 71 j C a la 
cause — 714 E Qui de tout ce fait — 715 B Et on pourra vcoir quilz ont 
cause, C On pourra veoir quon a cause — 716 E De mettre — 717 B Car 
se nest, D Car ce nest pas — 725 C les plus sccrez — 724 C quilz fussent 
espars — 725 BCD quen, E que de toutes — 726 C gens m. — 728 B de 
moy amez — 730 CD sur. 



LA BELLK DAME SANS MERCI 347 

« Qpi sont mauvais et desloyaulx, 

« Dont on ne puet trop de mal dire ; 

« Mais des humbles et des loyaux 

« Ne voudroit elle pas mesdire. 755 

« En ceste clause que les faulx 

93 . « Aussi ce qu'elle respondoit 

K A cest amoureux mal content 

« A nulle autre fin ne tendoit 

« Sy non appaisier son tourment, 740 

« Par quoy il sceuist vraiement 

« Qu'il perdoit a celle sa paine, 

« Et qu'il peuist plus plainement 

a Parchevoir sa requeste vaine. 

94. a Et, pour la matere conclure 745 
« Et nostrefait mettre en briefté 

c( Et esclarchir la cause obscure « 

'( Disons ainsi que Leaulté 

« A voit rechu le feaulté 

« Et sairement de ceste dame, 750 

ff Laquelle a bonne volenté 

« De la servir tant qu'elle ait anic. 

95 . « Par quoy elle ne devoit mie 

w Estre en plus d'un lieu amoureuse 

« N'a plus d'un seul amant amie, 75 s 

« Pour prière tant fust piteuse ; 

« Ainchois devoit estre songneusc 

« De bien sa promesse garder 

« Et d'escondire curieuse 

« Pour son bon renon amender. 760 

96 . « Et par ainsi n'est pas coupable 

« Se, pour ce, l'amoureux est mort. 

o Désir en seroit plus dampnable, 

(« Car désirer le fist a tort 

« Et le mist en mer long de port 765 

« Par désirer Sims congnoissance ; 



752 B En celle, C En ceste cause — 756 B Ne vouloit — 759 C Qui a 
autre fin, D aultre foy — 741 C Par quoy il parceust clerement — 742 C a 
elle, D perdroit — 746 B mètre en vérité — 748 B Disant, C Disans — 750 E 
serment — 755 A doit - 75s B amee — 757 E estre gracieuse - 761 E 
point — 765 A feroit, E plus cappable. 



34^ A. PIAGET 

« Car trop désirer sans confort 

« Fait cheoir en désespérance. 

97. « Le tresardant vouloir Désir 

«r Contendoit sa voulenté faire, 770 

« Et ne pensoit qu'a son plaisir 

« Et a son desirier complaire, 

« Et pooit plus Tamant deffaire 

« Que la dame, a ce que je sens, 

« Car il ne se pooit retraire, 775 

« Tant ly fist Désir de tourmens. 

98. « Et ainsi Désir Taveugla, 

« Par quoy tantost espoir perdi, 

« Car sa raison trop mal régla 

« Tant qu*en desespoir descendu 780 

« Puis qu'espoir s'en estoit fouy, 

« La mort i vault calengier droit, 

« Et chilz pas ne s'i deffendy, 

« Car Désir son sens empeschoit. 

99. « Et pour ce, puissant dieu haultain, 785 
a Qui de tout ce le vray savez 

« Et que vous en estes certain, 

o Je dis ainsi que vous devés 

« Ses fais savoir tous aprouvez 

« Pour de ce la sentence rendre 790 

o Et en jugier, se c'est voz grez, 

« Car prestz sommes de droit attendre. 

100. « En concluant que ceste dame 

« Soit de son honneur réparée, 

« Et remise en sa bonne famé, 795 

« Et lealle femme appellee, 

« En revocant la renommée 

« Qu'on lui a porté jusques cy, 

« Car trop a esté surnommée 



771 B Ne pensoit fors qua — 773 C Ce pourroit, DE Ce — 776 A 
tourment — 778 B Pour quoy, C Pour quoy espoir tantost parti — 781 
D son estât fuy — 782 A il, BE y voult, C La mort y veult chalangier, D La 
mort y pot — 783 B Ainsi plus ne se deffendy, C se deffendi, E se — 788 E 
aussy — 789 CDE Ces — 790 B de w., C Pour ce de ce la — 791 A El 
jugier ce cest vosire, B Et jugiez — 792 D de tant attendre — 793 C Si 
concluons — 769 B dame — 798 B portée, D jusqua cy. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 349 

« D'appeller dame sans mercy. » 800 

101 . Lors reprist Désir la parolle 
Avec Espoir le procureur, 
Tout plainement sans parabollc 

En disant : « Trespuissant seigneur, 

« Vous savez que comme accuseur 805 

« Nous avons propozé noz fais, 

« Qyii se preuvcnt, sans nul erreur, 

« Par les livres qui en sont fais. 

102 . «Et quant est aux fais des deHfenccs 

« Qu'elle a fait contre propozer, 810 

« Ossy de toutes les offenses 

« Dont oy Tavez accuser, 

« Sans autres tesmoings depozer, 

« En vous nous nous en rapportons. 

« A ce nul ne peut oppozer : 815 

er Vous savez qui est faulx ou bons. » 

10} . « Tantost ly dieu d'Amours parla 

Et dist : « Nous sçavons, tout de voir, 

a Qpe ceste dame, qui est la, 

« A de piecha fait son devoir 820 

« De nos haultains biens rcchevoir 

« Soubz le penon de leaulté, 

« Pourquoy ly feïsmes avoir 

« Un servant a sa volentc. 

L04. « Or avons nous bien entendu 825 

« Toutes ses excusacions, 
« Et comment Désir contendu 
« Avoit par ses conclusions ; 
« Et pour ce jugier en voulons 
« Par entre vous tous nos subgés, 850 

« Cy presens, affin que soions 
« Tousjours droituriers reputcz. » 



807 C Qpilz — 809 C au fait des infâmes, E aux fins de — 81 c C les dif- 
fames — 812 C Dont lauez ouy excuser — 81 3 B Sans aucuns, C autre tes- 
moing disposer — 814 C A vous— 816 D bon — 818 B Disant nous — 
821 B De no2 amis bien receuoir — 822 C Soubz le pouoir — 823 BC 
nous lui fismes — 826 B ces, C Du tout ses — 827 E Et comme — 829 C 
Et par ce. 



3S0 A. PIAGET 

105 . Adonc se mirent tous ensemble 
En conseil et lonc temps parlèrent 

A Amours, si comme il me samble, 835 

Et pluiseurs livres retournèrent. 

Puis incontinent appellerent 

Les parties pour oyr droit, 

Et prestement il ordennerent 

Qui la scentence renderoit. 840 

106. Je croy que Gracieux Parler 
Fu ordonnés d'icelle rendre. 
Sy commencha a recorder 

Toutes les fins, pour mieulx entendre, 

A quoy chascuns vouloit prétendre, 84$ 

Puis prononcha moult douchement 

En langaige doulx a comprendre 

Et que vous orrez prestement : 

107. « La court vous dist, par jugement 

« Et par arest, que ceste dame 850 

« Va délivre tout plainement 

« Des conclusions et du blasme 

« Contre elle prinses comme infâme, 

« Et veult qu'elle ait nom pour tousjours, 

« Sans ce que nul plus la diffame, 855 

« Ia dame lealle en amours 

108. « Et oultre, pour pluiseurs meffais 
« Dont la court voudra poursievir 
« Desyr et Espoir qu'il ont fais 

« Aux serviteurs d* Amours sentir 860 

K Et la mort de maint consentir, 

« On les adjoume sans delay 

« Par devant Amours pour servir 

« Au premier jour du mois de may. » 

Tantost que Parler gracieux, 865 



109 



Ot ainsi sa raison finee. 



8)3 A se murent, B Adoncques se mirent ensemble — 834 B Et en con- 
seil long temps parlèrent —835 AB Aux acteurs — 839 B Et présentement 
ils ordonnèrent, C Et présentement ordonnèrent — 840 C Lequel la 
sentence rendroit — 843 C a regarder — 848 A oiez, B Ce que, C Ce que 
vous orrez en présent, E Ce que — 851 B deliuree — 854 E a tousiours 
— 859 B qui — 861 C damant consentir, E mains — 864 C Le premier. 



LA BELLE DAME SANS MERCI 3 5 I 

Prestement je me trouvay seux, 
Lès mon cheval, en la vallée 
Ou la dame avoie trouvée, 

Cuidans comme tous esperdus 870 

Qmc ce fust songe ou destinée 
Des parlers qu'avoie entendus. 

1 10. Mais neantmains je consideray 
Qpc ce fu quelque advision 

Pour hoster mon cuer hors d*esniay 87$ 

Et de grief lamentacion, 

Tant que bonne informacion 

Eusse fait pour perchevoir 

De ma dame Tintcncion 

Et moy garder de décevoir. 880 

111. Sy supplie a tous ceulx qui veullcnt 
Ou service amoureux entrer 

Que d*ardant Désir ne s'aveullent. 

Car moult est dur a encontrer, 

Si comme venté monstrer 885 

Le vault adonc pour cestc dame : 

Le service fait bon doubter 

Ope si tresdur mort et entasme. 

Explicit la Dame leale en atnours. 
(A suivre.) A. Piaget. 



867 C Je me trouuay untost tout seulx — 870 D tout — 871 A se — 872 
C que f». — 873 D si consideray, E je m. — 874 C quelque occasion — 
877 AB Et pour aucune occasion — 878 B Qpeusse, C apparceuoir — 
880 E Et me — 881 B Si supply — 882 B Ou seruice damours — 884 B 
dur a enumer — 886 D Le veult adonc par — 888 B Qpi si tresfort mort 
et entame, C Qpi si tresdurc mort entame, D Qpi, E Qpe ung franc cuer 
mort et entame. 



VILLONIANA 



En préparant le petit livre sur Villon que je viens de publier 
dans la collection des Grands écrivains français ', j'ai naturelle- 
ment revu avec soin et les sources de la biographie du poète 
et le texte de ses œuvres. Je n'ai pu dans ce livre, destiné aa 
grand public, donner que les résultats de cette revision, et, 
encore, pour le texte, en très petite partie. Je veux ici les com- 
muniquer plus complètement et, si possible, les justifier^ au 
moins en ce qui concerne le texte. Quant à la biographie, la 
plupart des différences qu*on peut remarquer entre celle que 
je donne et celle que M. Ijongnon a mise en tête de son 



I. François Villon. Paris, Hachette, 190X, in- 12. M. Longnon a bien voulu 
nie communiquer sur ce volume quelques observations que je prends OGcasûo 
de noter ici, en en remerciant mon savant ami. P. 31, 1. 7, « rue de il 
Baudroie », 1. « rue de la Baudroicrie a. — P. 47. Cest certainement ans 
Gesta pontificum Ccnomannensium que Villon a emprunté le nom deHarmtÊT' 
gis qui tint le Maine. Le doute n*est pas possible en présence de oc pungc 
des Gesta : a (lujusconsccrationi interfuit cornes Andegavi, sdlîcet FuIcoFul- 
conis filius, et venerabilis comitissa uxor ejut Aremburgis^ filia coraîtîs Hdic 
quam paterno jure comitatus Cenomannensis contingehat (D. Bouquet, L Xlt 
p. 551). » Les chroniques angevines mentionnent bien Erembourc, nutt 
uniquement conmie comtesse d'Anjou. On na pas signalé de ms. des GutÊ 
en dehors du Mans, et c'est là que ce passage, par quelque rencontre fonniK, 
sera tombé sous les yeux de Villon. — P. 70. Hutin du Moustier, d'aprts 
M. L., fut, en 1463, non point pendu, mais simplement arrêté : il viiait 
encore en 1491. — P. 75. C'est par un lapsus que j'ai fait honneur àWnai 
d'Orléans du sarcasme patriotique prêté par Rabelais à Villon : le héros » 
xiiie siècle en est l'écolier Hugues le Xoir, qui avait hérité de la répuotioi 
facétieuse de Primat (voy. Longnon, Htude biogr, sur François Villon^ p. ^) 
— P. 168. L'ordre des publications de M. Longnon relatives à Villon n'a p» 
été indiqué avec une clarté et une correction suffisantes. Dis le jomil 



VILLONJANA 35 î 

édition reposent sur les découvertes faites depuis 1892 par 
M. Longnon lui-même et par M, Marcel Schwob, J'ai dit dans 
mon livre avec quelle libéralité M. Schwob m'avait conimuni- 
que tous les documents réunis par lui et les conclusions qu1l 
en tirait, ainsi que plus d'une interprétation nouvelle des textes 
déjà connus. Il publiera prochainement un ouvrage étendu où 
il mettra en œuvre tout ce qu'il a trouvé ou conjecturé sur 
fauteur des Testaments, et je ne puis qu y renvoyer d'avance les 
lecteurs de mon esquisse. Sur quelques points où j*ai cru pouvoir 
proposer une interprétation nouvelle (par exemple sur Torigine 
angevine, du côté maternel, de Villon ; sur l'existence possible 
dun jeu de mots dans le legs qu*il fait à son protecteur 
Guillaume de ses îenks; sur l'idée que Villon, sorti de la Faculté 
des arts, étudia en décret; sur Fallusion au duc de Bourbon 
contenue dans le huitain CXX du Testament), mon livre con- 



1S73 était distribué le tirage à part de l'article, paru dans le cahier d'avril de 
la Homania, iniitulc François Villon et ses 1/gatmnSy tandis que la Xoticé sur 
Vilion^ d*A. Vitu^ n aéié imprimée qu'au mots de mai (voy» sur ces deux tra- 
vaux mon anlcle dans la Rnth- critiquf de 27 septembre 1875). En 1875» 
Longnon n'avait pas encore dccouvcn 1* interrogatoire de GuiTabarie et la 
cition de Pierre Marchant ; en revanche , il avait relevé sur le registre de 
Faculté des Arts les mentions de François iU Monkorhier. C*est dans son 
pAude biographiqut sur Françon Villon (Paris, 1877) qy*il publia les documents 
si importants qui concernent le vol du collège de Navarre et d'autres pièces 

L ^u*U avait trouvées depuis son premier travail. 11 faudrait donc refaire ainsi cette 

artie de mon exposé ; « Un liiicrateur qui avait consacré à Villon de longues 

études, A. Vitu, découvrit et publia au mois de mai 1873 la double lettre de 

rémission accordée en 14^6 à «r François des Loges, autrement dit de Vtllon 1» 

et à « François de Monterbier, maistre es arts » ; mais M. Longnon les avait 

I découvertes de son côté et publiées dés le mois d*avril de la même année ; il 

^ivaJt en outre relevé sur le registre de la Faculté des arts les mentions de 
«t François de Monicorbier » et fixé ainsi le vrai nom du poète ; il avait pu dès 
lors, grâce à ces documents et à une interpréiition plus précise des passages 
autobiographiques des poésies, tracer une esquisse de la vie du poète, à 
laquelle il avait joint les renseignements les plus abondants sur ses légataires. 

lEn 1877, il donnait de ce double travail une édition accrue et complétée, 
où figuraient pour la première fois Tcnquéte faite en 14 $7 sur le vol du 
collège de Navarre, Tinterrogatoire de Gui Tabarie et la déposition si précieuse 
<tc Pierre Marchante II enrichit ce travail^ en 1892, etc. « 



554 *^' ^^^^^ 

tient des explications suffisantes. C'est donc aux œuvres et i 

leur interprétation que je m'attacheriii presque exclusivement ici* 

L'édition de M. Longnon ' est faite avec un soin, une intelli- 
gence et une critique au-dessus de tout éloge. Elle constitue 
vis-à-vis des éditions antérieures non pas un progrès, mais une 
révolution. A moins de la découvene, bien peu probable, de 
nouveaux manuscrits, elle peut être considérée comme défini- 
tive. Elle ne peut guère subir que de légères retouches de 
détail. J'espère bien que mon savant confrère et ami en donnera 
quelque jour une nouvelle, où il apportera certainement plus 
d'une amélioration due à ses propres réflexions; je veux lui 
soumettre ici un certain nombre de propositions dont il jugera 
peut-être bon de tenir compte. 

Ma première observation portera sur la façon dont les poésies 
de Villon sont rangées et intitulées. Nous avons d*abord le 
Petit Testament (qu'il me paraît préférable d'appeler Lais avec 
le poète), puis le Grant Tesianwnt (ou mieux le Testatneni tout 
court). Vient ensuite le «^ Codicille ». <^ Le CodicUlt\ dit M. L. 
(p. Lxxxii), n*existe à proprement parler dans aucun manu- 
scrit, car les pièces qu'on s est accoutumé â ranger sous cette 
rubrique ne sont jamais réunies dans les recueils du xv* siècle. » 
Les mots « qu'on s'est accoutumé, etc, » sont empreints d'une 
visible exagération. L'attribution du titre de Codicille aux pièces 
que M. Longnon range sous cette rubrique ne se trouve en 
effet dans aucune édition antérieure à la deuxième de celles qu*a 
données P. Licroix (1877). Ces pièces, dans les éditions anté- 
rieures à Marot, sont placées, sans titre, entre le Grant Testanuni 
et le Jargon; de même dans l'édition de Marot, qui en a un peu 
modifié Tordre et qui les intitule : Autres œuvres de Villon ' ; de 
môme dans les éditions subséquentes, qui y ajoutent, depuis 
Prompsault, un certain nombre de pièces tirées des manuscrits. 
CVst le bibliophile Jacob qui a imaginé le groupement adopté 
par M. Longnon/ Celui-ci range, comme P. Lacroix, sept pièces 
sous k rubrique Codicille ; puis il donne sept autres pièces sous 



1. Piris» Ij:menre, 1892. 

X En outre on sait que Marot, suivi avec raison par tous les éditeurs venuv 
après lui, a mis en tête du livre le Petit Testament^ qui en occupait la lin. 



VILLONIANA Î5Î 

le titre de Poésies diverses^ puis le Jargon, et enfin quatre pièces 
sous le titre de Poésies attribuées à Villon. Cet ordre et ces titres 
me paraissent défectueux. Le titre de Codicille est à supprimer 
purement et simpîenient ^ Il foudrait, semble-t-il, mettre en tête 
les Lais (bien que telle ou telle ballade doive ou puisse avoir été 
composée avant*), puis les ballades morales ou plaisantes de Bon 
conseil, des Cmtre-vérités^ des Proverbes^ des Menus propos, des 
Ennanis de la France^, puis les pièces composées entre 1456 et 
1461 et qui sont ù peu près toutes sûrement datées : le Dit de la 
naissance Marie (déc, 14 $7), la double ballade sur le même 
sujet (id.), la ballade du concours de Blois (id.), la ballade à 
Monseigneur de Bourbon (1458 ?), l'épître en forme de ballade ù 
ses amis(i46i), le Débat du cœur et du corps (iJ-), la ballade de 
Fortune (id.); ensuite le Testament (fin de 1461 ou commen- 
cement de 1462 *) ; et enfin les quatre pièces composées lors de 
la condamnation et de la gnke (janv. 1465) : quatrain-épi- 
taphe, ballade des Pendus, ballade à Garnier, ballade au Parle- 
ment. Tel est le seul ordre logique d'une édition de Villon », 
et il n'y a aucune raison de s'asservir aux traditions de Tédition 
de 1489*, dont Tordre était de tout point détestable et n'a pas 



1. Le titre de Testament et codkilk^ qui figure en tèie des ancietrnes édi- 
tions, me paraît être une simple imitation du titre mis en téic du Testammi 
t't codkitle de Jean de Meun. 

2. J'ai essayé dans ïc chapitre II de mon livre d'assigner à plusieurs de cc5 
pièces une date au moins relative. 

3. Et aussi le rondeau, assex drôle, sur Jenin V^i^mu (où il faut répéter 
le second vers à la fin). Je suis d*avis avec M, Piagei (Rom., XXI, 427) de 
supprimer la ballade des Paures fjûusseurs ; mais iî me semble que Tattrihution 
à Villon de la balade contre les ennemis (et non contre les médisants) de la 
France a un fondement assez solide. 

4. Escript Vai Fan soixante et un^ dit le poète; mais il ne faut pas oublier 
que pour lut Tannée 1461 va jusqu'à Pâques 1462(17 avril). 

y. Il est vrai qu'on n*a pu le tixer complètement que depuis qu'on connaît 
U date de la condamnation du poète. 

6. Je n'ai pas fait mention du jargon : ctironologiquement« il doit i^ans 
doute se placer entre le Testament et les pièces reUtîves aia procès, St je don- 
nais une édition de Villon, je laisserais de côté ces sept ballades, dont on 
ne peut avoir un texte satisfaisant et qui rrintèrciscnt que des spécialistes, ou 
tout au moins je les reléguerais en appendice. 



3J6 .G* PARIS 

encore été suffisamment amendé par Maroi, Prompsault et 
leurs succes^ieurs *, 

M* Longnon garde en principe les i ec /, u et v, tels qu'ils 
sont dans les mss., miiisil ajoute des accents et des apostrophes ; 
ce procédé hybride me paraît quelque peu barbare ^ Je n'hésî* 
icrais pas à distinguer à la moderne i de ;, u de v ', ou alor^ je 
reproduirais fidèlement la graphie du xv^ siècle, sans accents 
et sans apostrophes. 

La critique du texte de Villon doit naturellement se fonder 
sur 1 étude de sa langue et de sa versification. Cette étude, 
M. Longnon Ta certainement faite pour son compte, mais le 
plan de son ouvrage ne lui permettait pas de la communiquer 
au public : on voit seulement çà et là par quelque remarque ou 
correction certains principes qu'il en a dégagés. Sur tel ou tel 
point on peut différer d avis avec lui ; je ne relèverai ici que ceux 
qui me paraissent avoir quelque importance pour la constitution 
du texte. 

Au premier rang figure le traitement de IV atone final (ou suivi 
d's ou de ni) qui suit immédiatement la voyelle accentuée. On 
sait que dès le xni'' siècle on trouve des exemples de la suppres- 
sion de cet e dans la mesure des vers, donc dans la prononciation, 
mais que jusqu'au xvi'-' siècle on a aussi des exemples de son 
maintien ^ : la règle moderne consiste en général à éluder la 
difficulté en n'admettant cette finale qu'à la rime ou devant une 
voyelle initiale sur laquelle Vc s*élide '. Comment Villon se 
comportc-t-il à cet égard ? M. Longnon a corrigé, à Faide des 



1 . Les titres des pièces n'ont pas non plus d*atitonié. Ceux des ballades 
insérée dans le Tfsiameni ont été fabriquas par Mirot et devraient dispa- 
raître. 

2. M. Longnon veut bien me dire que c*esi son avis» et que ce rètait dcjà 
aussi cil 1892 : le système qu'il a suivi lui a été imposé, parce qu'il av^ît 
été employé pour rédition de la PléiatU publiée par la même maison. 

f. C'est ce que je iVis, pour plus de commodité, dans les citadons qut 
suivent. 

4. Voy, Toblcr, V(nH franiosiichen Venbau, }« cd», p* 41 ss. 

$. Les mots en -ti ne peuvent jamais figurer dans rintéricnr du vers; 
pour les roots en -tnt^ où cette exclusion était trop incommode, on les y 
admet (bien que non sans scrupule, sauf pour les formes d'imparfaits en 
-ûitnt et pour aitnt et ment) en ne comptant pas Vi, 



VtLLONIANA }57 

miouscrits, plusieurs passages où les anciennes cdirions présen- 
taient la supprfôsion de IV. Mais il me semble qu'il a quelque- 
fois été trop loin dans cette voie. Plusieurs de ses remarques 
sembleraîent indiquer qu*il n'admet pas cette suppression chca 
Villon. Or on ne peut la nier, et il est bien obligé de la laisser 
lui-même assez souvent dans le texte. 

D est parfaitement vrai que dans la très grande inajorilé des 
cas V^'illon, tant à la rime que dans Fintérieur du vers, compte 
cet t comme faisant syllabe. J'en relève tous les exemples 
assurés^ en les rangeant dans un ordre méthodique. Je ne 
mgnale pas ici les mots employés à la rime. 

I. Mots où IV est final, i) -a* ' : csptt T ^ i io6, charrtïtt T 
1686, Pompée C 104, et plusieurs participes passés féminins : 
chargea T i8}8, procréée C 182, huée A i, enwiee A 47, 
tntrei A 122. — 2) -iV : amie L 104, vie T 84, 1484, 1576, 
A 102, Marie A 5, die T 1541, supplie D 5, erie D 82 (refrain), 
relie T 1 104, espanie T 959. - 3) -aie : aie L ^5, T 419, retraie 
T 870, vraie D 29, 165. — 4) -aie : tnannoie T 540 (refrain), 
fùii C 189^ joie T 1740, A 7, 17» 28, t^ne D 179, soie T 109, 
127, hraieT 1380, emme T 1548. 1824, et une série d'impar- 
faits du présent : fuioie T 206, faisoie T 472, amoie T 476, 
prenoie T 496, soufroieT 676, aimeT 12? j, ou du futur : ante- 
rde T i^^^ ferme C 123, prendroie D 24. — j) -oue : moueT 440, 
l0ut T 1468, joue T 1702, — €)'ue i sue T ^17^, lue T i8iî, 
institue T 1940, descendue A 2. 

n. Mots où IV est sui%M d'j. \) -ees : eslevees T 504, allumées 
T s 30, assemblées T 626, plombées T 1904, — 2) -tes : veciis 
T 696, seigneuries T 1 748, pies £151. — \yaies : braies T 14Î4. 

— j\)'Oies : soies T 1692^ broiesT 1715. - $)'Oues \oues *ï 182 J. 

— 6)'eues : queues T 1119. — 7}~^s : nues T 698. — 8)-iif>J : 
truiesT 1818. 



1. Je ne marque pas d'accem sur 1*^ tonique; il est parfaitement inutile. 

2. Je conscr\*e naturellement, pour les renvois» les divisions de M, Lon- 
gîton : L=£fliV (ou Petit Ttitamtni)^ T ^:= Testament (Grani T,), C =^ Codi- 
cille, D -= Poésies diitrses, A =^ Pùésia attribuées, 

;, Li Bnale -fVfest, dans les mss, et les anciens imprimés, et aussi dans 
l'édition Lotignon, souvent écrite -ye ; j'écris toujours -rV, et de même -<ii>. 



4. Ici M, Longnon admet la suppression de IV en gardant Tancietine leçon 
^ueîîi^ mais il vaut mieux lire : Puis sm Dieu set quel sueur. 



358 G. PARIS 

m. Mots OÙ IV est suivi d'ni. i) -tent : mendient T 235, rient 
T 580, dient T $S$, prient T 1 352. — 2) -aient : aientT 23 1, 1 166, 
/)ji^w/ T 1598. — 3) -oient : soient L 199, T 671 (deux fois), 
884, 1298, 13 15, 143 1 (refrain), 1^27, faisoientT 511, estaient 
T 801, 1138, mettroient T 1148. — ^-uient \ fuient C 35. 

Mais à côté de ces nombreux exemples, qu'il suffit de signa- 
ler, il y en a qui montrent au contraire le complet amuïssement 
de- Ve, soit à l'intérieur du vers, soit même à la rime. Ils 
méritent d'être regardés de plus près. 

I. Mots en e final : 

Ou il luy fauldra sa vie querre L 183. 
Jusques a l'entrée de vieillesse T 171 ». 
Chantée me fut ceste homélie C 20s *. 
Mais, par sainte Marie la belle T 932. 
A menue gent menue monnoye T 1681 ». 

Le mot eau est toujours écrit et compté sans e final (T 14, 
i493> 1597.076). 

II. Mots où IV est suivi d'i : 

Mes braies, estans aux Trumclieres L 10^. 

III. Mots où Ve est suivi d'w/ : 

Ne me tendroient î, non une matinée T 1497*. 

Il faut d'ailleurs ajouter ici les cas où un e intérieur après une 
voyelle et devant une consonne est omis dans la mesure'; c'est 



1. Ainsi portent les mss. et Tancienne édition ; Marot avait corrigé /tis^u'd; 
M. Longnon n'a pas voulu s*écarter de la tradition ancienne. 

2. On pourrait à la rigueur garder cijattte, qui est dans les sources, et com- 
prendre : n II me fut chanté cette homélie «, mais il vaut mieux croire que 
chanté est ici pour chantée. 

3. On voit que dans ce vers notre fait se produit deux fois; les sources 
donnent minue la seconde fois et menu la première. 

4. Notez que le mot braies se trouve ailleurs (T 1454) comptant pour deux 
syllabes. 

S- Cette forme, donnée par le plus ancien ms., est préférable à tiendraient. 

6. La facture du vers de Villon ne permet pas d'admettre que tendraient 
ait ici une terminaison féminine. ^ 

7. L> est tantôt omis tantôt marqué dans les mss. et édd. ; je le laisse par- 
tout subsister. 



VILLONIANA JJ9 

toujours, chez notre poète, dans les futurs de la première con- 
jugaison : prierai I 35, muerai T 155, paiera T 1040, D 15, 
salueront T IJ44. Il n*y a pas d^exemples contraires '. 

Mais le plus remarquable à coup sûr, c'est que deux fois 
Villon a mis à la rime des mots terminés parr ou rj atone après 
voyelle, en supprimant IV et en les faisant rimer avec des mots 
à terminaison masculine sur la même tonique. 

lirni, donne a Michaut Cul d*oue 

Et a sire Chariot Tara nue 

Cent souz. S'îIjê demandent : m Prins ou ? m 

Ne leur chaut. T 1^58, 

Cette rime a embarrassé les copistes : celui de C a cm pou- 
voir écrire Cul dou^ et ceux d*A, de F et de I (orit^inal de Tédi- 
lion princeps) ont écrit om au v. 1357. Marot remarque même 
que a le vulgaire parisien prononce oue (^iquie», en sorte qu*on 
aurait le phénomène, inverse de celui qui nous occupe, de l'addi- 
tion d'un e final atone ; mais cette remarque de Marot est très 
suspecte : rien ne la confimie dans ce que nous savons de la 
prononciation parisienne au xvr" siècle, et il est bien plus pro- 
bable que nous avons dans Cul d'ûu(e) un exemple de la chute 
de Ve final en hiatus. 

L'autre exemple est d'ailleurs au-dessus de toute contesta- 
tion : 

Fors qu'on dit, a Rains et a Troies... 

Qpc six ouvriers font plus que trois. T 614. 

Trais, que donnent les sources, est ici certainement pour 
rroiés^ et la suppression de IV n'est pas douteuse. 

Dans ces conditions, on s* étonne que M, Longnon déclare 
aussi résolimient fautives d'autres leçons où, comme dans ces 
exemples, IV de mots semblables n'est pas compté dans la 
mesure (p. ex. sur L 104, T 177s), et on se demande si ce 



I . Notons seulement que le mot iraiement compte pour trois syllabes aux 
Icux endroits où il figure (T 593, A 1 54); cependant au premier trois mss. sur 
quatre ajoutent si, qui obligerait il ne compter vraiement que pour deux &yl- 



360 G. PARIS 

parti pris ne lui a oas tait rejeter des leçons préférables à celles 
qu'il a admises. T 120 on Ut dans CI*: 

Ceux donc qui me font telle oppresse 
En mcurctc ne me vouldroicnt veoir ; 

AF suppriment tte^ et Péditeur lit nvcc eux (il faut en tout cas 
meurti) : 

En mourté me vouldroîeni veoîr . 

mais j'avoue que je ne vois pas quel sens peut avoir le vers 
ainsi constitué, et je préfère admettre que Villon n'a fait que 
deux syllabes de vouldroient (comme de kndroient au passage cité 
plus haut, p. 358). 
Au V* T 809 ss. tous les manuscrits donnent : 

Qui me dîroît : « Qui vous fait m être 
Si très avant ceste parolle, 
Qui n'estes en théologie maistrc ? 
A vous est prcsumpcion folle « . 

M- Longnon remarque sur le v. 809 : « Malgré l'unanimil 
des sources, il faut substituer ici et plus bas (aux vers 81 1 et 8 1 2) 
le singulier au pluriel, car autrement, même en coinptanr les 
quatre premières lettres de théologie pour une seule syllabe, le 
vers 8ïi aurait une syllabe de trop. » II est cependant bien 
grave d'aller contre une leçon que donnent les quatre seules 
sources, d'ailleurs en général indépendantes, et je préfère ne 
compter (comme fait Marot) thù^logie que pour trois syllabes. 
Au v, 1775 du Testament Kédition porte : 

Soient absolz quant ilz seront morts ; 

mais en note on lit : » I^ mot fV:^ doit estre (jiV) supprimé dans 
le vers imprimé par nous. « Mais quelle est la leçon des manu- 
scrits ? S'ils donnent tous il:^ (comme le fait I), j'hésiterais à le 
supprimer. 

Le cas le plus intéressant est celui du vers i de lastr* III de la 
fameuse ballade d^s Pendus, Nous avons été accoutumés à le lire : 

La pluye nous a debuez et lavei;, 



\ 



I, La note de l'éditeur est d^ailleurs défigurée par une faute d'impression 
après la leçon de CL on lit mittrtîè}^ qui se rappone on ne sait à quoi. 



VILLONIANA 36 1 

leçon de I; M* L. regarde cette variante' comme « imaginée 
par un scribe qui ne comptait pas IV de pluye comme une syl- 
labe ». Et il imprime : 

La pluye nous a buez et laver.. 

C'est la leçon de C P R (du moins lediteur ne mentionne* 
t*il pns de variantes pour ces ms.s.), et on doit sans doute Tac- 
cepter comme bonne, car bien bueid^ F, et but^ de J, semblent, 
comme debuei de I, provenir de scribes qui ont remanié le vers 
en ne comptant /»/wje' que pour une syllabe. Mais il fout avouer 
que la césure entre nous et a est déplaisante, et qu'il n'y en a 
guère, dans les décasyllabes de notre poète, qu'on puisse en 
rapprocher* 

Pour ce qui concerne, en dehors de ce cas, la mesure des 
mots, Villon est, comme on peut s'y attendre, tout à fait 
moderne, c'est-à-dire qu'il supprime, comme le fait la langue 
moderne, IV ou a intérieur en hiatus devant une voyelle, bien 
qu'il récrive encore souvent (twir, gfoiiertj etc.)*. Une seule 
exception se présente, au premier vers àw^Ttsîament : 

En l'an de mon Irentiesme Aage, 

Marot, qui imprime et^e^ remarque déjà : « Il fait eage trisyl- 
labe comme péage, si fait le Roman de la Rose, « Mais ce qui 
est tout naturel au xrir siècle est fort invraisemblable en 146 1, 
et en effet le mot Jdijg'f, qui reparaît trois autres fois dans l'œuvre 
de notre poète (T 1276, 1832, D 48), ne compte jamais que 
pour deux syllabes. En outre le sens quH aurait ici est très sur- 
prenant et ne se retrouve pas ailleurs. M. L. le traduit par 
a année » '; mais que signifierait : u En Tan de ma trentième 
année ? »> Il est clair que Villon a voulu reproduire en tète 



1. Dans sa note le sigle î, indiquant le texte imprimé, a d'ail leurs été 
oublié i l'impression. 

2, W prononce encore ancien^ crtstim en trois syllabes (cf. plus loin la 
remarque sur C t, ij) et il y aurait quelques autres particularités â relever. 

$. Il le traduit de même au v. 18^2, mais là le sens ordinaire suffit très 
bien. Quant au passage de Fauchet qu'il cite : « en mon aage soixante et 
dixiesme », je n'y vois qu*une bizarrerie. 



}62 G. PARIS 

de son Testament f en le modifiant comme il fallait, le premier 
vers du Roman de la Rose : 



Ou vintiesme an de mon a^ge ; 



é 



s*îl avait fait aagf de trois syllabes, il aurait écrit tout simple- 
ment : I 

Ou tretidesnie an Je mon aagc : 1 

il a changé la formule précisément parce que aage était 
devenu pour lui disyllabique * ; mais il a dû la changer aussij 
peu que possible, et écrire : 

En Tan trcntiesme de mon aage. 

Il est singulier, assurément, que les quatre manuscrus ' sa 
cordent à déplacer le mot trentifjnie; toutefois je n*hésiterai 
pas à adopter la leçon que je viens de donner». 

Je passe maintenant à la rime, et je dirai d'abord un mot des 
voyelles. Il va de soi que h distinction entre les rimes mascu- 
lines et féminines est constamment observée, sauf les deux cas, 
cités plus haut, de Culdot^s) et de Troi(e)s. Pour la voyelle 
tonique il y a quelques observations à faire, h 

On a remarqué depuis longtemps que Villon fait rimer er eiJJ 
ar suivis de consonnes, dans des terminaisons masculines ou 
féminines. C est, dit Marot, une preuve qu'il était Parisien, ce 
que confirme H. Rstiennc*. Je veux seulement faire observer 
que, dans les rimes masculines de ce genre, qui sont toutes en 
ert : art^ il admet aussi bien IV provenant d*a suivi dV simple ^ 
{appert part part despart T lu) que IV provenant d'e suivi d'r t^ 
(Robert fmuhert part poupart L xv, Robert Lctwbart T Lxiv), 



1. Ce n'est pas à cause d'au — en le» îbrme qu'il emploie ircs souvent. 

2. Je n*ai pas revu les manuscrits pour ces notes critiques ; je m'en raf 
porte aux indications de M. Longnori, que j'ai tout lieu de croire eauèct 
Cl qui sont d'ailleurs, pour ce vers, confinnécs au moins en partie 
Prompsauh. 

y On trouvera plus loin des remarqucî» sur les formes souirain, vtrii^^ 
vtimntx. Notons encore qu'au v. C j8 Villon élidc Vt dt feusm malgré l'i 
finale. 

4, Voy. Thurot, 1. 1, p. 4, 



VILLONIANA "" 363 

et cjuc: dans les rimes féminines en erre : arre il admet, à côté 
de f provenant de ê ou de e (erre [nom de la lettre r] Barre 
erre [iter] rm/«iTrr T Lxxni)» ue (réduit à f) provenant d'ô 
(Barre fuerrc terre qutrre L xxuij /trr^' 5arrf fuerrc serre 
T Lxvi) et même ne^ écrit w, provenant d'ê (Barre barre 
qucrre poirre T xcvm), ce qui indique la prononciation 
oua \ aussi écrirais-jc volontiers fuerre (pron. Joiuure comme 
dans le nom de la rue connue) : je doute de Texistence réelle 
d\m ferre prononcé far re ; en tout cas cette forme ne me paraît 
pas « nécessaire pour la rime >> (n. sur L 180)'. Ixs autres 
rimes de cette catégorie sont en erdr : arde (Garde perde 
T Lxxvîî), erdre : ardre (ardre aherdre T Lxxiir), erne : arne 
ÇGaUrne Marne iverne gouverne T cxîjv), ertre : artrt (tertre 
Miminmrtre T cxxxvi). 

Les voyelles devant les nasales offrent plusieurs particularités : 
eme rime avec ame (diadème ameT xxxvni), ien avec an (anden 
Vùkrien an crestien T cxxxvi), ce qui indique la prononciation 
tan; en revanche, dans la ballade des Parisiennes (p. 85), iemus 
et aines riment sans difficulté (de m. Estienne di>u:^aineT CLxvn). 
Jin semble rimer avec oin dans la ballade des Conlre-i&ités 
(p. Î38), mais ce oVst pas absolument le czs : avec les mots 
en oing, poing soing coings rimant aux str. II et III, rime 
le mot baing^ mais le ms. porte hing, et cette forme, qui 
s'explique par J*influence de la labiale initiale^ aurait dû être 
conservée ; a la str. I on a en rime foifi(g% qui est pour fein 
sous la même influence, ci fain <famem où il faut également 
fadmettreV — La rime aine : ainr se trouve dans la ballade 
des Dames du temps jadis et dans celle des Contredits de Franc 
Gontier^ mais les deux fois elle est employée avec une certaine 
hésitation. Dans la première, deux strophes et Tenvoi nVint que 
aine; la str. Il seulement présente les rimes moine essoitu roytu 
Saine. Dans la seconde on n'a queow aux str, I et III, que aine à 
la str. IL II est clair que le poète prononçait ouène^ ce qui ne 
faisait avec aine =^ ène qu'une rime assez imparfaite. 

En dehors des nasales oi rime assez souvent avec ai : ejcploi^ 
laii L xxxiiij BeHefaye pensove T cLXix» nio\ may C î-3, pirfjf aise 



î. Sur 1« diverses formes de ce raot, voy. Thurot, L Î7J. 
2. Voy. Ront., Xî\, 125, 



j64 G. PARIS 

C 1500-2 \ et il rime aussi zveci : toiles ^roselks Vaui^elhs tellrs 
T 657-6}, vairre erre T clxvi, clers loirs T cxxrn, scct cessoit 
T CLXVi, où il faut noter que IV est originairement, comme 
provenant d*a» un e distina de celui des autres mots*. Il 
semble bien que la prononciation du poète était sur ce point 
assez incertaine ^ H laut noter la forme jfw/ pour soiff qui est 
attestée par la rime T 729, et qui paraît être une particularité 
du langage de Villon*. 

Notons encore les rimes de ié avec ieu. ou plutôt la pronon- 
ciation flottante du nom Louviers ou Lûuvtmx^ qui rime en iers 
(T 1047) ou en ieux (L 266), la rime de jeu partie, de gésir 
avec jeu < jocum (T cxuvni), la suppression du mouillement 
de 17 dans Ruc(iy T IJ65 ti groselles T 660, Il y aurait bien 
d'autres petits traits à signaler; mais je ne relève ici que ce qui 
peut être utile à la critique du texte, et fai déjà été plus long 
que je ne voulais, 

M reste cependant un point assez délicat, qui intéresse la pro- 
nonciation et la graphie : c'est le traitement de Tancien ïVpro- 
venu de a tonique sous l'influence d*une palatale précédente. 
Villon, dans la très grande majorité des cas, ne fait pas rimer cet 
ii avec é^ et îl sépare ces deux produits d'à tonique comme le 



t . Il faudrait y joindre morUsise T 1480. dont Vorthographe Afictenne est 
mor toise. De m. /raïj T 1937 est pour f rois, 

1. Cf» Ci-dessus yvr/, et très pour trù T 1940. 

l. Plus d*un exemple est d'ailleurs douteux : ainsi mai pour mai est une 
forme très fréquente amenée par la labiale (Rom.^ 1. c); pour pùtsf on peut 
admettra la forme analogique pcsf En revanche dans le h. T CI b^tei ccuritf 
rimant avec teiifs et ktUs pourraient s'écrire baisles et coites (sur ce moi» voy, 
la remarque ci -dessous). 

4. On la retrouve encore, «t à la rime, dans Ronsard (Thuroi, f, Î7î): cf. 
aussi Meyer-Lûbke^ Gramm.^ '♦ S 7^ ^ 7^9 ^^ ^^^^ conservait la graphie, 
qu'un seul m s, a changée ; au contraire T 1264 (le Vocab. a par erreur 1 164} 
quatre mss» sur six ont soif. M, Bijvanck s'est appuyé sur cette particularité 
pour soutenir que les deux pièces de Villon ajoutées au ms. Tont été de 
la main même du poète, parce qu on y trouve siu/^ undis que dans toutes 
|cs autres ballades taites sur le même premier vers on Ut sai/i M. Longnon 
(p. xcv-xcvi) a combattu cette hypothèse par de bonnes raisons^ mais îl 
admet que h graphie seuf remonte i Villon : le copiste de V a travaillé dtrec. 
lement sur l'autographe du ptîète (celui de O. qui travaillait sur V, a écrit mjj. 



VILLONIANA jfij 

faîsdit rancicnni: langue ' ; les manuscrits au contraire omettent 
souvent Vi dans les cas où Fusagc moderne Fa supprimé. 
Dans plusieurs passages rornission de cet i détruit, au moins 
en apparence, la rime, qui, sur ce point, est chez Villon très 
exacte, La graptiie -chitr par exemple est fidèlement conservée 
auxstr. L 21 (ffouchier tic,)y T 24 (lechier etc), T p. ^Q{eniechii^ 
pfcbié), T 102 (archicrs etc*), T 109 {presâner etc.), T p. 72 
{rocbier et treize autres mots pareils), T i \?t{Rkhier etc.). Il est 
donc fâcheux de lire T \x\i\ pocheiç^ embroche^, et surtout, dans 
les six rimes pareilles de la ballade a s^amie (p, 60), chur^ mais 
moKher^ sercljtr, dessécher, marcher au lieu de -chien cette ballade 
contient d'ailleurs une rime inadmissible, car Villon ne fait 
jamais rimer -r/;i>r "qu'avec lui-même; or on lit au v. 3 de la 
strophe II : 

Rkns ne mVusi sccu hors cic ce fait hasier; 

cette leçon n*est que dans les anciens imprimés (I) : des trois 
manuscrits, C F donnent hachier (C hacher)^ A a changé {Rien ne 
iiteustscetide cepitarriic!}er)\ Qu*est ce que^JW?M. Longnon 
a oublié le mot dans son Vocabulaire^ et cependant ce mot 
avait grand besoin d'explication , étant complètement inconnu * ; 
il n'est bien certainement qu'une faute d*împression pour haclner. 
Les variantes sont rapportées, semble-t-il, avec quelques inexac- 
titudes dans la note; mais il paraît bien qu'il faut lire ; 

Rien ne mVust sccu hors de ce fait hachier, 

ce que j'avoue d*ailleurs ne pas cotnprendre* 

Pour -gié-, nous trouvons correctement dangiers Angiers 
Lvî, dangier laidangier T xlviii, langagières messagieres i la 
str, Ide la ballade des Parisiennes (p. 85), A la str. III on Ut 
gueres et harangierej : il faut pour la rime lire guieres^ avec R 
et haranguiereSf forme concurrente de harangieres. 



I. P, 48 00 trouve bachelier ^n rime avec hrmkr^ tnais il faut r^taMir U 
forme ancienne hachekr, 

1, Marota aussi refait le vers : Rien ne meutt sceu hn de ce faire fascber (oh 
hn est resté par une faute évidente). 

}, Dans les notes de l'cd. Cousielier on suppose, d'après Bord, que kastùr 
(sic) est le même mot que harîer, ce qui est inadmissible, 

4. Cette forme, qui s'est développée sous l'iniluence du gu > g de 
guttis <:guûiris, n est pas rare au xv* siècle ei se trouve même avant. 



i 



5^6 G- PARIS 

Pour 'tié- nous trouvons pitié traiclié L xxv ; pour -dit* 
dricr aid{îyr T cxxx. 

Après/ mouillée, les mss., conformément à l*usage mûderiK. 
n'écrivent généralement pas T/ (voy, T cxxiii), mais b nmc 
prouve qu'il existait : L i escollier collier conseiller (verbe) c»- 
seillcr (nom); il serait donc préférable de l'écrire. — Apmt 
mouillée on le trouve écrit dans espargnitr L xx, où la T\m 
avec Basanier Four nier lordouanier montre qu*il se prononyiir 
(de même T 80); il vaudrait donc mieux écrire L xxx an^m 
p'ottgnUe rcnfrongniee rongnier. 

Toutefois, à coté de ces formes traditionnelles, on ne 
contester que Villon emploie quelquefois les formes modcr 
où Vi a disparu. Pour -dé- > -ce- (dont il n*y a pas d'eaempli 
avec on peut sans doute citer T 112, où les rimes suiu; 
lamhroissie percée Macee ' tatixee *. Il y aurait une rime 
plus probante au huit, T cxx, où Tédition porte : 

Et vueH qu'ils soient informe/ 
En meurs, <^uoy que couste baturc ; 
Chaperons auront enfoncez 
Et les poulces sur h saincturc. 

Mais jamais Villon n'emploie la rime en e sans la consonne 
d'appui (voy. plus loin); enfmcei n'est que dans I :il ùut 
évidemment lire enfourtne^ avec FÇetiJcrmei A C); le motfir^- 
tner signifie a enfoncer »>, comme le montrent trois exemples 
donnés par Godefroy, qui traduit à tort dans les deux premicn 
informer par « donner une mauvaise forme, déformer », et dins 
le troisième en/orme par ^' formé, taillé 'K 

Pour la réduction de -chié' à 'Ché- nous avons une prctt^e 
dans T Lxxni, où les rimes sont : njrigere muscljouere cb(J)tTt | 
(subst.) cf}{f)er€ (adj*); toutefois on remarquera que le poeîr 
a pris soin de mettre ces deux mots ensemble dans la seconde 
partie du huitain. 

En regard de tratiié : pitié il faut mettre regretter souhait 
dans les Regrets de la belle heaumiert (p. 39), et en tç^gixik 



1. Mme < Matthaeum devrait, scmbk-t-îl, être Mode (ei la k^' 
Sîaci renvoie en effet à Madé); toutefois on ne trouve guère que AteiM 

2, Mot savant, qui n*a jamais eu tïi. 



VILLONIANA 567 

Perdrier : aidier les rimes de^ esclmude:;^ vnyde^ cttidei de la ballade 
aux Enfants perdus (p. 93). 

D autres infractions à Tusage ancien, qui portent non plus sur 
i>< i, mais sur ie <é, sont dues à Tanalogie : alege plegeT XL, 
grève gr(Ji)eve gre%}t l{i)eve T xck 

Malgré ces traces de Tusage moderne, je crois qu'il vaudrait 
mieux^ sî Ton régularisait rorthographe des poésies de Villon, 
rétablir partout Tusage ancien, sauf dans les quelques cas qui 
viennent d'être cités ^ 

Je n'essaierai pas ici de réunir les renseignements, assez peu 
précis d ailleurs, que les rimes peuvent fournir sur la pronon- 
ciation des consonnes; je me borne à rechercher comment 
Villon entend la rime en ce qui les concerne, soit pour celles 
qui suivent la voyelle tonique, soit pour celles qui la précèdent 
(consonnes d'appui). 

Les consonnes finales des rimes masculines ou féminines sont 
toujours strictement identiques; je ne tiens pas compte des 
variantes de pure graphie comme s et :^ ou x, m et «, d et /, qu*il 
serait peut-être bon de faire disparaître tout à fait d'une édition 
critique*. Villon poussait en cela l'attention fort loin, puis- 
qu'il écrit don T xxii au lieu de dotu pour rimer avec dWi, ce 
qui provoque un blâme de Marot. Il faut en tout cas faire dis- 
paraître de son texte certaines leçons où cette règle est violée, 
non seulement en apparence, mais en fait. Voici celles que j*ai 
relevées. P. 41, à la str, 6 des Regrets de la MU heaumiert^ on 
lit, rimant avec voultii, souhtî{J\ et trakti:^ : 
Ce beau ner, droit, grant ne petit, 

ce qui n'est pas admissible et qui n'est d'ailleurs dans aucun 
des quatre mss. : AGI donnent pctli^ qui pourrait peut-être 
passer, grâce à une licence dont je parlerai tout à l'heure ; mais 
il vaut mieux lire avec F (toujours digne d'une attention par- 
ticulière) : droit et bien fetii. — T lxvi : 

Pour le révoquer ne le diz, 
rimant avec refroidi : il faut di^ forme ancienne. — T cxx au 



1, A noter encore la forme musier (T 1491 : rosier) pour muser, qui 
montre bien que T usage était incertain. 

2. Le fr àt Jacob T 57 rimant avec /rt?/>, le d Je qmd T J9J} rimant avec 
Trkci^ se pronotifaient, suivaQt l'usage ancien, ff ctt. 



368 G. PAKIS 

Heu de fiens^ rimant avec bien, il faut rien, que donnent 
d*ailleurs lous les manuscrits. — Dans la ballade contre les 
ennemis de la France les v. i et 3 de chaque strophe riment 
en 'tans ; ù la str* H, par conséquent, il faut (avec D) chantans et 
contans au lieu de chantant et contant : chantans comme nom. 
sing. est un archaïsme dont nous allons trouver d'assez nom- 
breux exemples dans notre poète. 

O^tte question de Vs finale dans les rimes de Villon est 
assez curieuse. Je ne parte pas de la ballade (p. 36) où» croyant 
reproduire le vieil langage fran^oisy il ajoute des s à tort et à 
travers (non seulement aux nominatifs singuliers comme apos- 
îollesy coeffei, servans, vens^ emperieres^ nobles^ decorei^ Ijontwrei^ tene^^ 
dauphins, mcs^ ainj^ie^^ — mais aux accusatifs comme mauffe^^ 
granSt Dieux, adore:^ et même A Constant inchles et Doles) ; mais 
même en dehors de ce pastiche malhabile il se permet pour 
rimer de munir d'une s finale des mots qui n'y ont aucun 
droit : c'est sans doute précisément cet essai d archaïsme indts* 
cret qui loi en avait suggéré Tidée. Les exemples les plus nom- 
breux se trouvent dans des noms (substaniife ou adjectifs) éli- 
sant fonction de sujets; ainsi p. 41 (Regr. de la belle heaum,} 
en rime avec esiains et altains au pluriel : 

Nez courbes, de beaulté loiogtains... 
Le vis pally» mon et destains. 

Et de même : le bel Ijonnestes (T 637), absolu:;;^ (T 887), pat\ 
(T 1018), Mac robes ÇT 1547), /ïraM/:^ (A 39). Plus choquante 
est Vs à'esiourdis dans ce vers, 

Par mon clerc Prctnin rcstourdis (T 565), 

et celle de ra<i^J pour cadet T 135. Mais la plus surprenante est 
celle qu'il faut ajouter au mot féminin yssue dans le vers 

Cest d*umainc beauhc Tyssues; 

elle est cependant exigée par la rime bossues, et elle se trouve en 
outre non seulement dans A mais dans I, et Marot s'est gardé 
de la supprimer. Villon s est donné ici une licence que l'on ne 
saurait assurément approuver. 

Li voyelle tonique peut être séparée du phonème final, con- 
sonne ou voyelle, par une ou plusieurs consonnes* Dans la 



VILLONIAKA ^69 

rime exacte, ces consonnes doivent être, comme le phonème 
final, identiques, et elles le sont toujours chez Villon pour les 
rimes masculines. Mais dans les rimes féminines il se permet 
des irrégularités parfois très fortes. En voici la liste : ame asne 
T Lxxxvii, — ntasles Charles T xxn, Merle mesle T lxxïv, enfle 
Temple T Lxni, branle tremble T cin, peuple seule T clxii, bible 
evangille T lxxxv, — prophètes fesses T uv, fusîe fusse T xxv '. 
En regard de ces imperfections il faut signaler au contraire la 
recherche visible, et d'ordinaire très heureuse, des rimes riches 
qui caractérise notre poète. Il lui doit une bonne partie de 
Teffet produit par ses huitains, où une seule rime revient quatre 
fois, et surtout par ses ballades, où cette répétition est triplée* 
Il faut noter le soin qu'il prend, quand i! ne peut pas rimer 
richement toutes les strophes d'une ballade, de ne réunir au 
moins que des rimes riches dans une même strophe. Les rimes 
décidément pauvres au point de vue de la consonne précédant 
la voyelle tonique sont rares dans son œuvre. 

Ces remarques préliminaires m'ont déjà permis de proposer 
quelques corrections au texte. En voici d'autres que je soumets 
au nouvel éditeur. 

L 28 trespersanl, 1. trespersans avec A. — 44 impr. cl plutôt 
quV/r.— 64 c€ présent lais ; malgré Taccord des mss., je lirais 
cis presens laiSy d'après le v. 275 et !e rappel de T 755. — 147 
plutôt Pesches que Perches (à cause de poires qui suit), sans pré- 
tendre d'ailleurs que ce passage obscur soit établi sûrement. 
— Au huit. XXI Villon lègue au boucher Jean Trouvé des ensei- 
gnes convenant à sa profession, le Moutan^ le Bœuf couronné, 

ï6$ Et la Vache que pourra prendre 
Le viltaîn qui la trousse àu col. 
S*il ne la rent, qu*on le puist pendre 
Et estraogler d'ung bon licol t 



I. Je DC relevé pas les rimes dont b différence consiste simplement dans 
|j présence ou Tabsencc d*uiîe s devant une consonne : cette *, à rêpOijtic 
dcVilloo» était purement graphique. Des rimes comme asks marmotn (p. 106), 
cûsteipehks (p. 106-7)» *^ revanche» sont fautives en ce que les voyelles ne 
sont pas les mêmes; encore plus défectoeuse est la rime crmU$ (croûtes) cru/n 
(crottes) (ib.). 

R»m«mim XXX ±a 



370 ii. PARIS 

Cela ine parah fon peu clair. Au v. 165, A et B ont tjui^ let 
C quon (C quon m peull), l\ s*agit à mon avis d'une enseigne 
qui représentait un vilain ponant (troussant) une vache sur son 
cou (de la le nom de la rue Tmnsscvache). Je lirais donc (d 
c'est à peu près la leçon de Marot) : 

Et la ViîcU : qui pourm prendre 
Le villain qui la trousseau col, 
S'il 5c là rcni, etc. 

— 183 Villon lègue à Perrenet Marchant trois bottes de paille 
pour les étendre par terre afin de « faire Tamoureux mestier », 

Où il luy fauldra sa vie querrc, 
Car il ne scet autre mestier. 

L'accent que M. Longnon, ~ à l'exemple de Prompsault et 
autres, — met sur Où me paraît détruire le sens : le poète veut 
dire que si Perrenet n'a pas cet instrument de travail, il sera 
réduit à mendier (ce sens est confirme par la kçon Jmldroit de 
F). — Aux vv, 207-8, Villon, parlant des pcnrej ùrpMim det- 
ponrven^ auxquels il fait un legs dérisoire, s'écrie : 

lU mangeront maini bon morceau. 
Les enfant, quant ilz seront vieulx' 

Cette leçon peut se soutenir, mais elle soulève une question 
singulière. Elle est celle que donne aussi M. Bijvanckp mais il la 
donne comme de son cru et note que tous les mss. et Marot 
ont : quant je seray vuulx; M, L. au contraire n'indique aucune 
variante dans les manuscrits, La chose est d'autant plus surpre- 
nante que M. L. dit (p. cix) qu'il n a pu profiter, pour les Lais, 
de l'édition de M, Bijvanck. Il faut donc supposer qu'il a égale- 
ment, de son chef, changé je seray en i/^ seront ^ puis qu'il a 
oublié de noter la leçon des manuscrits. Mais il n'y a pas de 
raison de changer cette leçon. M. Bijvanck dît bien (p. 109) 
que, grâce fi sa correction, « le vers terne et équivoque devient 
d'une ironie poignante et lumineuse »; mais, malgré les rai- 
sonnements paléographiques qu'il donne en note, Faccord de 
nos quatre sources à changer f/:^ senmt en ie seray est inadmis- 
sible, et le vers se défend très bien tel qu'il est. Villon ne fait 
pas ici un testament in articuh mortis : il suppose son legs exé- 



VILLONIANA ^'t 

cuté immédiatement ', et il se voit d'avance, vieux, jouissant 
avec attendrissement du bien-être qu'avec ses « quatre blans » 
il aura procuré aux *< povres orphelins *>» — V. 250 j'imprime- 
rais pilons (ou pijons) et non Pigons : ce n'est pas ici une 
enseigne. — 308 le ms- F donne : Mais num ancre trouuay 
gele^ A et B estoii g, ; M, L. regarde Irouuay comme « impos- 
sible en présence du mot irouué^== trouuay ait vers suivant », et 
préfère estait^ mais en ajoutant s\ avec M. Bijvanck,pour éviter 
rhîarus. Je doute qu'on ait dit au xv^ s. se geler pour gekr^ 
et je ne vois nulle impossibilité i ce que Villon ait répété la 
même expression dans deux vers consécutifs ^, 
Testament^ VI, 489 : 

Du pseaulnie de Dtui iaudem. 

Trois mss. sur quatre suppriment de^ et c*est la bonne leçon; 
Villon, comme beaucoup de ses contemporains, fait {p)5mume 
de trois syllabes comme Ixûunie, et la graphie avec e l'indique 
déjà. — 61 ci donné par ACF est meilleur que si. — 88 le 
poète rappelle sa libération due i Louis XI et ajoute : 

Dont suis, tant que mon cuer vivra, 
Tenu vers luy nrhuoiilier. 
Ce que fcray tant qu'il mourra ; 

ce n'est pas clair; A et C ont jusquil^ rapportant évidemment 
i7âO roi ^ mais ce serait une assez singulière idée au poète de 
dire qu'il sera reconnaissant au roi jusqu'à la mort de celui-ci, 
Gjnsidérant la richesse habituelle des rimes de Villon, je n'hésite 
pas i corriger mourra en mtmvra (: délivra recouvra vivra) et à 
comprendre : « tant que mon coeur battra » ; la lecture tmurra 
pour ffwuura a très bien pu se produire chez des copistes indé- 
pendants, — Le h, xii est célèbre par sa difficulté; Marot Tavait 



1, Pordùnni quHîi Sûimt pttnrveui Au moins pour (tasser cest yvtr (vv. 199. 
aoo), 

2, Remarques de panctuation. Supprimer la virgule aux vv. 25, jj» 77, 
145,247, 261, 265; ajouter une virgule aux vv. 7, 10, 246; mettre un point 
au lieu d'un? au \\ >o; ajouter un second — -àw w 271. 

;. C'est une interpr<l>tation des scribes, Marot, qui garde tant quHl^ tradui^ 
de même : « jusqy*à ce qu^il tnourra m. 



1*^ 



372 G. PARIS 

« racoustré » à sa façon, et s'en vanie dans sa préface; M.Bij- 
vanck dans la sienne Ta à son tour longuement comraenté et 
restitué à sa manière; M, L, a (comme le critique hollandais) 
cru devoir changer au v. 94 Esgmse:;^ qui est dans tous les mss. 
en Esguisani (Bijv. Aguisrns^\ mais à mon avis c'est détruire 
bien gniiuiiement un sens qui est très clair si on lit et ponctue 
ainsi : 

Travail mc^ lubressenteiiiens^ 
Esguiscz coniiiîc une pelote, 
M'ouvtit, ctc, : 

« La souffrance a éclatrci mes sentiments insubies, [qui jusque 
la étaient] aiguisés comme une pelote n, cVsi-à-dire complète- 
ment émoussés »». — 109-10 : 

Combien qu^eti pechîé ^oie mort. 
Dieu voit.,. 

l. Dieu vit avec A (F Dieu k veult); la leçon de CI (ces deux 
textes, on le sait, sont étroitement liés) est fautive ; c*est le 
Dt'tis vivît biblique, très naturellement opposé ici au nwrt du vers 
précédent. — 135 cescades F, cicades A, k codes C» les codes I : 
donc lire plutôt ce codés que le codés, — 193 AGI donnent que 
iay (ou que ic) ame (sic A, meilleur, à cause de la rime, quaimé 
ou aynie)^ F seul quoy ; je lirais : H est verte (et non vérité, cf* ci- 
dessous, p, 382) que fay ofné. — Le huit, xxvu est inintelligible 
dans rédition; il faut te lire ainsi : 

Le dkct du SaigCf trop le ûz 
210 Favorable, bien n'eo puis mais, 

Qui dit : « Esjoys toy, mon filx» 

En toQ adolescence » ; mais 

Aiîlcurs sert bien d'ung auïtre mes. 

Car ■ « Jeunesse et adolescence » 
3tS ^ Cesi son parler, ne moins ne mais — 

« Ne sont qu'abus et ignorance w. 

La leçon adoptée par Fédition au v. 209, est très beoulx dict^^ 
n*est que dans I; A et F ont des leçons altérées; C donne Ij 



I . M. Bijvanck gardiut le fondi c&mnu peloU de 1, qui ne peut tenir contre 
la leçon d'A CF. 



teçon ci-dessus. 



VILLONIANA 375 

due certaine par la rînie et le sens : « J'ai 
pris trop en ma faveur In parole du Sage, qui dît, etc. » Au 
V. 21 î les quatre mss. donnent sert; h mauvaise leçon sers 
remonte à Prompsault (qui sauf cela a bien établi et compris 
le huitain); le sujet est le Sage : « Ailleurs il sert un mets 
bien diSirent » en qualifiant 1 adolescence comme il le fait 
(c'est, comme le remarque Prompsault, le verset de TEcclé- 
siaste : Adokscentia et voîuptas varia sunt, opposé à l'autre du 
même chapitre : Laetare, juvetiis, in adoksccnîia tua)*, — Au 
V, îS^ (Ballade des Dames) tous les mss. (ils sont six) portent : 
Oii sont il^ {ili = elles, comme dans plusieurs autres passages); 
M, L. change iV;( en c//«'j parce que souveraine, qui est aussi dans 
les mss., est une forme inconnue de Villon, qui n'emploie que 
somrain; mais au lieu de lire Of4 sont elles je préférerais lire avec 
C ; Ou sont il^, ou, Vierge sauvraine} — Le huit, xlvi manque 
dans A; l'édition en donne ainsi les six premiers vers : 

14 S Aussi, ces povres fameletes, 

Qui vielles sont et n'ont de qiio\\ 

Quant ilz voient ces puceîleies 

Emprunter elles â requoy, 

Hz demandeiit : ■ Hé f Dieu, pourquoy 
250 Si tost nasqulrcnt n*à {|uel droit ? « 

Ainsi imprimés et ponctués, les vv. 249-250 se comprennent 
mnl : nasquirent ne peut s'appliquer qu'aux vieilles femmes qui 
parlent, et alors il ne devrait pas être à la Y personne ; il faut lire a 
Z)r>fi avec C(I/?rt), sans guillemets ni point d'interrogation* Mais 
le V. 148 me reste inintelligible; la leçon adoptée est celle de CF, 
donc autorisée (I a refait En admene:^ et a requoy), mais que 
veut^elle dire? Le Vocabulaire traduit emprunter (évidemment 
il faut entendre s'emprunter) : « se donner (en parlant d'une 
femme) »; cette traduction est prise à Godefroy% mais elle n'est 
guère admissible : emprunter est tout le contraire dt prêter^. 



f . Le mot Saige et le renvoi à ces passages ont été oubliés dans le Voca- 
bulaire-îodex. 

2. Il y a ici une bizarrerie. Godefroy donne notre passage tel que ci-dessus 
et cite » Gr. Teyt., XLVI, éd. Cl. Marot 4; mais Marot a : Endtmtnées et a 
f§C9y ; Godefroy se sera embrouillé dans les variantes de Prompsault. 

3. Il est vrai que Godefroy donne deux exemples, ûrés de chartes, où 
emprunter signifierait <* prêter », mais ils sont plus que douteux. 



A 






374 G- ^^^^^ 

— 478 au[x] pie^, — Sja au lieu de emprent il vaut mieux 
imprimer enprenî avec CL— 580 le poète, parlant des femmes 
qui a n'aiment que pour l'argent « et qu'on « n*aime que pour 
l'heure », ajoute : 

Rondement ayment toute gent , 
Et riens lorsque bource ' ne pleure ; 

j'avoue que je préfère la leçon de C I : 
Et rient lorsque bourse pleure ; 

rient pouvait bien facilement être changé en riens. — 590 tel:^ 
n'est que dans F, ces est dans AGI, et vaut mieux (en suppri- 
mant la virgule après 590 et 591)» — 63s ifc murtrier; il faudrait 
du, et je pense que de est une simple faute dlmpression, car 
M, L. le donne en note comme variante de A (C dun^, et du 
est la leçon de L — 708 crepcUe est évidemment une faute 
pour coupelle (I coepelle), qu*il faut rétablir, en supprimant cre- 
pelle au Vocabulaire. *— 879 : 

Se du ladre cust vcu le dot t ardre, 
Ja n'en eust requis réfrigère, 
N'eau au bout de ses doiz aherdre ; 

N*eau {Ne eau) n'est que dans Marot (A Nau bout fun de 
ses dûii, C Nau bout d'icelhy doiiy F Et au bout de ses d!w'^, I Ne 
auireau bout de ses doiO ; mais cette leçon, d'après M. L., « seule, 
donne un sens clair au vers de Villon et a, en outre, le mérite de 
s'accorder avec le texte de rÉcriture (Luc, XVI, 24) »; je me 
demande si ce n'est pas Marot qui a %'oulu établir cet accord, 
et je trouve le vers plus clair en lisant A^ au bmt d'un de ses rf<jf;; 
avec A, car aherdre^ « toucher, s*attacher », va très bien avec le 
bout d'un doigt, très mal avec eau. — Huit* Lxxvn le poète 
parle de son plus que pere^ 

Qpi esté m*a plus doulx que mcre : 

Enfant cslcvé de maillon, 

Degeté m'a de maint bouf ijllon 

Cette constructîpn me paraît bien moderne, et Villon coupe 
d'ordinaire ses huîtains au quatrième vtrs; A et F s'accordent X 



t , Pourquoi préférer la graphie haurce^ qui est autuvaise, et n*est que dâiif 
A, i bouru qui est dans FCI? 



donner : A enfant levé, et j 
CI (que Marot s*esi cru obi 



VILLONIANA J75 

'adopterais cette leçon contre celle de 
le corriger en D'enfant), qti sap- 
primam les deux points après rnere, — 88 1 jungkresse : il faut 
certainement jattgkressezvçiC C (AI R ont traduit par menterresse), 

— 889 : 

Préservez moy, que ne face jamais ce. 

Cette leçon nVst dans aucun ms. : Vdefairefantaisce, IR que 
je tu }ace ce^ C qu€ ne face jamais cesse, A que n accomplisse ce, t^ La 
rime, ainsi que la mesure, dit M. L,, exige que le pronom r<? ne 
soit compté que pour une syllabe muette^ comme l'est encore, 
du reste, le pronom je dans le même cas. « Ce n'était pas la règle 
ancienne (voy.Tobler, Vomfrani, Vershau^ p. 141), et je pense 
qu'il faut lire : que face ja mais ce, — Huit, lxxxix : 

litm^ donne a mon advocat, 
Maisire Guillaume Chnrruau, 
Quoi que marchant ot pour estât, 
1025 Mon branc 

Qpe veut dire le v. 1024 ? Je crois qu'il faut lire : 

Qiioy? que Marchant ot pour estât. 
En effet, au v, 971, le poète dit : tnaistre Ythier Marcimnl, 

Auquel mon branc laissay jadis, 

ce qui se rapporte au huit. XI des Lais^ où il avait en effet laissé 
sonbranc a ce personnage; ici il le transfère i Guillaume Charruau. 

— 1043 cimusses, L chausse* — 1044 A C Se sans may hii assiei ou 
(Cne) lieue, F Sa moy boit asse^ ne iuygreue; I, si souvent remanié, 
a Tous les matins quant (éd. quand) il se lieue. « Malgré cet 
accord des trois mss., il semble que la leçon de I offre seule un 
sens raisonnable et représente un vers omis dans la source com- 
mune de A CF. » Cette source commune est bien douttuse, et 
raccord de Sa moy boit asse^ ne dans F avec Se sans moy boit 
asse:^ m*dansAC exclut 1 hypothèse d*un vers omis et indépen- 
damment refait ; on admettrait plutôt un vers omis dans la 
source de I; je crois que la leçon de AC peut se garder. — 
1058-9 : 

Le droit lui donne d*cschevin ; 
Quoy? Comme enfant ne de Paris... 



376 G. PARIS 

r.a construction est obscure, et les points mis à la fin ne 
réclaircissent pas : A et C ont Que iay en supprimant»^; le 
mieux est de lire (en mettant une virgule après le v.*io58) : 

Qu'ay comme enfant né de Paris 

— Les quatre derniers vers du h. xciv sont une plaisanterie 
que n'ont comprise ni les copistes ni les éditeurs anciens et 
modernes. Villon, qui vient de dire : 

Se je parle uu peu poictevin, 
Ice m'ont deux dames appris, 

s'amuse, en parlant d'elles, à employer leur dialecte; il indique 
d'abord, en termes vagues, où elles demeurent; puis il ajoute, en 
poitevin : 

1066 Mais i * ne di proprement ou 

1067 Iquelles ' passent tous les jours ; 

1068 M*arme ) ! i ne seu « mie si fou : 

1069 Car i vueil celer mes amours. 

Au V. 1066 Mais y ne dy n'est que dans A, F a Mais sy^ I 
Mais 7>, C Mais il ne dit; 1067 C seul a gardé YquelleSy F Et 
quelles^ A Par quelles (I a refait le vers : Or y pense:^^ tresUms les 
iaurs)y C et F ont en outre pensent pompassent; 1068 A est encore 
seul à garder)', I a />, C i7, F omet le mot; seu est remplaié 
par suy ou suis dans F CI, mais par scay dans A, ce qui est un 
indice précieux; 1069 i n'a été conservé nulle part. — La leçon 
adoptée pour le v. 1078 n'est que dans CI; A manque, F omet 
et ; je lirais : 

Iti'm, donne au Prince des Soiz, 

— 1022 est un vers difficile : Villon, dans ce huitain d'une 
charnalitc violente, donne \ un orfèvre cent clous de girofle. 



1. Ccst la forme d*ego en poitevin. 

2. l'orme piMtevine bien connue. 

; . Srarmt' ! est une exclamation toute poitexine, dont on peut voir divers 
exemples dans les gloss.iires de Favre et de Lalanne, et que Rabelais, qui est 
ûui de piMteviiK a encore employée. 

4. Stu est \a forme poitevine de sum . 



ViLLONIANA 

Non pas pour accomplir ' ses boetes. 



377 



niais pour cmioindre (A F I, C joindre) cul:^ (A C I, FœufO et coiUtles 
A, cmtetes C, caîtes I, croûtes F : l'accord de A FI à donner 
conimndre impose ce mot et par conséquent un mot de deux 
syllabes ' à la tiu^ mot qui, à cause des rimes {testes^ boetes, kttes)^ 
ne peut être que coeUs^ c'est-à-dire notre couettes. La difficulté 
est dans le mot r/, pour lequel il faudrait en^ et qui semble se 
trouver dans nos quatre sources V; mais vu l'altération de ce 
vers et la facilité de la substitution, je ne verrais aucune invrai- 
semblance à lire m; donc : Mais pour confoindre cul^ en coetes, 
— 1 130 et I i^^masiins plutôt que matins, — Le huit* cvii a été 
refait par Téditeur d'une façon qui ne me paraît pas satisfaisante. 
Villon, au huit, cvi, dit qu'il fait obîaeimt aux Mendiants et 
aux béguines de soupes, de flans, et (leur octroie la licence, 
ensuite, de) parler de coniemplaàon soub^ les courtines; puis il 
ajoute : 



i 



Si ne stils je p:is qui leur donne. 
Mais de tous enfans sont les mères, 
n68 Bt Dieu, qui ainsi les guerdonnc, 
Pour qui seuffreni peines anieres. 
Il faut qu'ilz vivent, les beaulx pères. 



C'est ainsi du moins que je lis avec les mss,» sauf les variantes 
insignifiantes (F seul lit scay au v. ro66, I seul lit En au v. 
1168 pour Et^ et A seul lit qnil:;^ au v. 1069). Le sens est très 
clair : « Et ce n'est pas moi qui leur fais ce don : ce sont les 
nières de tous les entants (c'est-à-dire toutes les fenmies), et 
Dieu, qui les récompense ainsi^ pour qui ils souffrent de dures 
peines. » M. Longnon lit au v. 1166 sçay avec F contre AGI, et 
remarque : « Avec suis, le vers n'a aucun sens, puisque Villon 
vient dans le huitain qui précède de faire un legs à ceux dont 
il parle ici* » Il me semble que la plaisanterie de Villon 



I . Je tic comprends pas bien le sens de ce mot, qui e«i dans A F ; I donne 
ampiir, Cacouppîer, qui vaudrait mieux. 

1, On ne peut donc admettre fOf//^/, en trois syllabes, comme le fait M, L., 
qui donne au mot quem un sens que je ne lui ai jamais vu au moyen âge, 

l. D'anciens imprimés ont en^ et de même Marot, qui tit d'aîlleur^ 
crtUtsi\y 



378 G. PARIS 

se comprend très bien avec le texte donné ci-dessus. Celui de 
Téditeur, tel qu'il le ponctue, ne m*est pas intelligible (il coupe 
d^ailleurs le huitain au 3* vers) ; 

Si ne sçai je pas qui leur donne ; 
Mais, de lou/. enfïanz sont les mères 
En Dieu, qui ainsi îes guerdonne* 
Pour qu'ils scuflfrent peines amcres, 
f] Faut, etc. 

— Je ne changerais pas non plus Tancienne leçon aux deux 
derniers vers du h, cix, où Villon rétracte avec une feinte 
humilité tout ce qu'il a dît des Mendiants : 

L*homnie bien fol est d'en mesdire. 
Car, soit a pari ou en preschîer 
1 188 Ou ailleurs, il ne fauk pas dire 
Se gens sont pour eux revencliier. 

Le sens est excellent et mordant; M. L. met deux points 
après le v, 1 188 et imprime ainsi, entre guillemets, le v. 1 189 : 

i Ces gens sont pour eux revenchier. n 

Cela me paraît bien inférieur et ne cadre pas avec le preschier 
du v. 1 187; d'ailleurs aucun ms. n'aCa : I a 5/, rajeunissement 
àc Sf^ FAC ont Ses, fauie qui s'explique facilement. — Dans 
te h. ex Villon donne des armes à frère Baude^ 

Que de tusta et ses gens d*âmies 
Ne Itiy riblenï sa caige vert '. 

M. L. lit au second vers, avec le seul ms, F, Ni smt rihkt; Il 
adopte cette leçon^ a bien qu'elle donne au vers une syllabe de 
trop, formée par IV muet final de riblét ^ parce qu^elle empêche 
de considérer le de du vers précédent comme une particule jointe 
au nom Tusca : de Tttsca^ considéré comme nom propre, serait 
aujourd'hui encore une locution vicieuse, que personne au 
x\* siècle n'aurait employée. « La remarque est fort juste; mais 



1, Fotir âe tusta an a Us partantes 1^ tiisc0^ de §mtû ; A donne ruhmt pour 
fiMnil; F lit NmwU riblee. 

a. On a vu plus haui que ce ne serait pas en e€et une raisoti; le gramt 
défaut de la la;on de f\ c*cii! d'être isolée. 



VILLOKÏAKA 379 

nous connaissons trop mal le nom, probablement défiguré, de ce 
chef de gens d'armes pour être sûrs qu'il ne formait pas avec 
de un seul nom, peut-être écrangcr J'ai imprimé caige vert^ et 
non, comme tous les éditeurs modernes, Caige Vert ou Caige 
vert, Cest Prompsauh qui a imaginé que ces deux mots dési- 
gnaient w la jeune amie ^) de Baude, et conjecturé que « peut- 
ènfc caige vert était un nom donné aux filles publiques «. Je ne 
vois à cela aucun fondement. — 1244 M* L. ne donne pas de 
variantes, mais I et Maroi ont avec raison que o, quo : o est 
nécessaire au sens. — 1260 je lirais forre^^ bien que /' ne soit 
pas donne dans les variantes; il est au moins dans Marot, 
— T544 les quatre niss, portent : 

Pounx'U {]u1lr me salueront Jetiannc ; 

]] m*est impossible de deviner pourqi^oi l'éditeur a cru devoir 
changer wf en f/r, qui ne cadru pas avec le vers suivant. — Le 
huit, cxxx est un des plus difficiles du poème; l'édition !e 
donne ainsi : 

Item, a sire Jehan Perdrier, 
Riens» n'a Françoys, son secoT^tt (Yere. 
Qk m^ont tousjours voulu aider, 
El de leurs biens faire confrère ; 
1410 Combien que Françoys, mon compère, 
Langue cuisant, rtambani et rouges, 
My commandemcni, my prière. 
Me reconimantii fort .i Bourges, 

Les quatre premiers vers n'offrent p.is de difficulté (si ce n'est 
qu'au V. 1408 il faut lire 5/ avec AGI); mais que veulent dire 
les quatre derniers ? Je crois d*abord que tout le huitain est 
sérieux, et que Villon avait de grandes obligations à François 
Perdrier, qui était son compère (on ne donnait pas, au moyen 
âge, ce titre sans qu'il tut réel), et qu'il ne peut l'avoir qualifié 
de V langue cuisante, flambante et rouge **; ensuite rouge 
comme épithète stable de langue est bien surprenant; enfin et 
surtout il me paraît impossible que le fém. sing. rouge^ quali- 
fiant languf^ soit arifublé d'une s (ysstm^ cité plus haut, est un 
substantif, et le ca^^ est d'ailleurs tout a fait isolé). Je remarque 
en outre qu'au huitain cxxxi et dans la ballade suivante 
Villon cherche (évidemment à l'usage de François Perdrier) une 



A^J 



JSO G, PARIS 

recette pour « cuire » les langues venimeuses, et robtteni de 
Macaire ', en train de cuire un diable a tout le poil^ et je sup- 
pose qu'il faut lire au v, 141 1 : 

Langues cuisant fianibans et rouges ; 

et en fait Langues (posiult!r par rouges) est dans F, flambans dans 
C; .\ la vérité F (qui otnet flambans) et Aï donnent aussi 
cuisans^ mais il est clair que les copistes ne comprenaient rien 
X ce vers, et ce qui est intéressant c'est de noter les traces du 
pluriel conser\'ées par eux pour Langues et flambans. Je com- 
prends donc : « Et cependant ^ François, mon compère, cui- 
sant des langues flambantes et chauffées au rouge, moitié 
ordre, moitié prière, me recommanda fort à Bourges » (où il est 
probable que Villon avait eu quelque affaire en justice, suscitée, 
d après lui, par des langues emwises). — 1472 a et non à. 

— 1486 N^acoutassent, tire évidemment N*acantassent, et modi- 
fier le Vocabulaire en conséquence. — 1558 S'y, je préférerais 
Sy. — ls6o Des trois mss. deux ont rien ne tne nuyt y un rien ne 
me nuist; M. L. imprime : rien ne m'enuyî : je ne vois pas pourquoi, 
bien que d'ailleurs ennuit pour ennuie se rencontre assez souvent. 

— 1566 pourquoi préférer la forme barbare de I, ramen-- 
troy^ à la forme correcte de C, ramentoy} — 1571 Se^ plutôt Sy 
avec C, — Je crois que, par exception, Villon a réuni par le sens 
le h. cxxxix au h. cxxxvni : je mets donc une virgule après 
I J74 et un point et virgule après ISJJ. — i6o6^u lieu de cest 
Antecrist, j'imprimerais c'eji Antecrist, et un point après. — Au 
V. 1612 le texte donne : 

Plus enflé qu*iing vcnîmeui escharbot; 

Mais il faut évidemment enflée^ et le Vocabulaire, au mot 
iTtttmeux^ remarque que dans ce passage ce mot ne compte que 
pour deux syllabes. Enflé n'est donc sans doute qu'une faute 



]« Qmj est ce Macaire? Le Vocabulaire-mdex n*en dit rieti. On pourraît 
penser à saiot Maczire, que sa légende met en rapport fréquent avec des 
diables ; mais il s'a^c p(ut6t d*un mauvais cutstmcr qui fouissait déjA au xrv* 
siècle d'une renocnnièc boétiettsc : le Martin de mmi BÊoem, par Geoffincii de 
Paris, parle du km ikiaannr , fm iMu^fOiw otî*n far amiemn (Jubîml, Mnr*. 

^Mil,p. iî7)' 

3. Cela ponc «ur te début, où V*iUori dÀ:ïafe ne rien laisser lun Ptrdrier 



VILLONIANA 38 1 

d*împression pour Enflée. On pourrait d'ailleurs imprimer 
vlimcux (AC ont vdimeux^ et et' envliniée C t lo). — 1622 dutt 
de A, malgré l^accord des autres mss., me parait préférable k 
suit. — 1625 les variantes de ce vers sont données d'une manière 
évidemment erronée; il semble bien qu'il faille lire : Ordure 
amans j ordure mus assuiL — 1638 L avec A osiers pour osier. — 
J'avoue ne pas comprendre le v. 1648, — Dans le rondeau de 
b p, 98, qui est un^rotestaiion contre les rigueurs de Fortune, 
les deux premiers vers du quatrain sont très peu clairs : 

Cecy plain est de desraîson, 
Qui vucille que du tout desvic, 
Plaise a Dieu que rame ravie 
En soit lassus en sa maison ; 

tout s'éclaircit parfaitement en lisant : 

Se si pleine est de des raison 

Que vueitlc que du tout dévie..... 



— La correction de M, L. au v, 1898 est extrêmement ingé- 
nieuse et plausible (bien que chieres ne soit pas très clair); 
j*hésiterais peut-être à l'introduire contre tous lesmss.; mais je 
ne vois pas de leçon qui me satisfasse et concorde avec le vers 
suivant. — La troisième strophe de la ballade de conclusion 
doit à mon avis être lue {d'Amours pour Atnours avec A) ; 

1! est ainsi» et tellcnicnt, 
Quant mourut n'avoit qu'un haillon ; 
Qpt plus \ en mourant, mallcmeat 
L^espoignoit d'Amours resguillon : 
Plus aigu que le ranguillon 
D'un baudrier luy faisoit sentir 
(C'est de quoy nous esmerveillon), 
Quant de ce monde voult partir *. 



1. Qmplm n'est pas une interrogation, et signifie : « ce qui est pire, plus 
grave, a 

2. Ponctuation. Supprimer la virgule au& vv. 119, 139» 445, 464» 679, 
855,960, 1082 (la deuxième), 1357, 1462,1470» 1759, 1948; virgule au lieu 
de point et virgule 107, 1468, 1755, au lieu de points 1085, 1469, 1586, 
1782 (je ne comprends pas du tout la correction inverse faite par M, L., 
P' 3 $9)» ^u li^u ^^ point d'interrogation 4>9 (trois fois); ajouter une vir- 






382 G. PARIS 

Codicille. I, 13. Je corrigerais Coureux en Courtns. — 51 
l*éditeur ajoute d, mais amitns fait trois syllabes : I. anciens^ 
jouvenceaux, — II, 37 réditeur imprime : 

Qp*€st ce que \o^} — Ce suis. — Qui ? — Ton cuer, 

et ne marque aucune variante; cependant Prompsault iraprimc: 



Qu*est ce que j*oy ? — Ce suis je. - Qui ? — Ton cucur. 

et DliHiK)ue non plus aucune variante. Quoi qu'il en soit dc^ 
mss., la leçoii de Pr. est seule acceptable pour le sens et la 
mesure. — 73 : 

Sur les pïanetcs d la 



le rythme ne va pas: lire Sur plmmt^ ivec F et répéter sur 
avant leur. — Les tirets qui indiquent la répartit*oii àts phrases 
entre les deux interlocuteurs me paraissent mal placés à divers 
endroits : je supprimerais le second du v. 65 et le premier «la 
V. 66, le premier du v, 67, le troisième du v, 75, et j'en 
mettrais un en côte du v. 76 *. 

Poésies diverses. 24 au lieu de Que fcnprendrm Vite Quen pren- 
droie. — 25 Argent ne pend : il faut avec Ppend^ : « je ne pends. » 

— 67 Bourde, vérité, au jour d'uy tnest un : vers sans rythme; le 
ms. a tout un,ti c*est ce qu*il faut, en changeant vérité en verte, 

— 83 Tant parle {ûn\ avec F. — Au refrain de ta ballade des 
Contre-itrités il faut certainement garder la leçon quatre fois 
répétée du ms. : Ne bien œnseillé i/u amoureux; M. L. a eu tort 
de suivre M. Bijvanck en imprimant : Ne bon arnseil que d'à. — 
148 pourquoi changer le bemiy (banni) du ms. en beny, qui, 
s'il veut dire <» béni », est contraire au sens? — 165 au Heu de 
supprimer vous pour la mesure, il faut changer irrité en trrté. 

— Sur la ballade de Bon Conseil, voy» Piaget, Rom*^ XXI, 429. 

— 183 rouiller f du ms., est préférable à touiller de l'édition : 
voy. Godefroy, \TI, 318 A, — 185, au lieu de supprimer trop 
pour la mesure, lisez, encore ici, verte pour vérité (cf* vv, 67, 



gule 1611; point au lieu de virgule 108, 66S; poini et virgule au lieu de 
point f)^; point dlnierrogation au lieu de virgule 1623» de point \\s ; 
supprimer le point d'cxdamatîon 1462, 
1, G toi suppr. la première virgule. 



^ 



VlLLONIAHlL 383 

163 et T 185). — 199, 200 pourquoi chmifjti discorl^ acort en 
discorde accord^ et 201 raniaifutn remaim} " 

Poésies attribuées. 7 je lirais La joye [et] confort. — ijw jt 
rnuset a vous m'en rapporte : corriger évidemment et a tous *. 

Je n'ai rien à dire des Notes et variantes, qui sont presque 
exclusivement des variantes K II s'est glissé dans les indications 
des leçons manuscrites, — comme c*est inévitable en pareil cas, 
— un certain nombre de fautes d'impression, qu'il faudrait un 
examen minutieux pour corriger*. 

J*arrive au Vocabulaire-index^ qui est assurément une des 
parties les plus méritoires du livre, C*est sous cette forme que 
M, Longnon a donné son commentaire du texte de Villon* On 
peut regrener l'absence de notes explicatives, car bien des 
passages restent difficiles à comprendre même quand 00 sait le 
sens de chaque mot; mais le cadre de rédition ne comportait 
sans doute pas un travail de ce genre. Tel qu'il est, le Vocabulaire- 
index est un vrai trésor d'informations presque toujours sures, 
souvent nouvelles, qui, grâce à l'abondance et à l'exactitude des 
renvois, facilite singulièrement Tétude de Tœuvre de Villon. Il 
comprend ~ comme l'indique son titre même — deux séries, 
confondues dans Tordre alphabétique, les noms propres et les 
mots ordinaires : la première est, il taut le dire, beaucoup plus 
originale et meilleure que la seconde, qui paraît avoir été rédigée 
un peu vite. Pour plus de commodité, je les passerai en revue 
séparément, en commençant par la première. Je ne signale 



1. D 52 supprimer les — et mettre une virgule à la fin; 165 et 176 point 
d^înterrogatîon. 

2, Supprimer la virgule jj, 187; mettre de simples virgules aux vv, 66 
cl 67; deux points au v, 43. 

\, La dîgrcs5tcm des pp. 19^-199 sur les poésies consacrées à rénumêni 
lion des beautés du corps féminin est un p<ru inattendue, mais elle esc assez 
curieuse ei contient des lexies inédits. Elle pourrait d'ailleurs être fort allon^ 
gcc ; voy. (outre la remarque de M. Piaget, Rom., XXI, 4}o) Tétude compa- 
rative de R. Kôhler (réimprimée dans ses Kttinert Schrijim, 111» Berlin^ 1900, 

P-22-ÎÎ). 

4. J*cti ai signalé plus haut deux ou trois. Je note encore sur le vers 8S$ 
k double empbi du sigïe A, l'omission du chiffre ij6o avant Gennemis, 
romissîon du sigle après C 129. 



J 



384 G. PARIS 

naturellemeni dans Tune et l'autre que ce qui me parait 
appeler iiQ complément ou une rectiticâtion. 

Noms propres. Archïpiada : on connaît l'amusante décou- 
verte de M, E.Linglois(voy. Rom.yXXYl^ 103), qui amontréque 
souîi ce nom de femme se cachait Alcibiade. — Asne royè : cf. 
É. Picot, sur Guill, Alexis, I, 45. — Bourges : je ne vois 
pas pourquoi ce nom désignerait (T 141 3) Tarchevêque de 
Bourges, et non simplement la ville, — Dans l'intéressant 
article consacré à Mademoiselle de BRUvèRES, on lit : m Villon, 
en prononçant te nom de M"*" de Bruyères et en parlant de ses 
femmes qu'il qualifie u villotieres », songeait, sans doute, aux 

prises de bec que les écoliers de Paris avaient eues en 145 J 

(/. 1451, voy. p. Ml) avec les habitants de l'hôtel du Pet-au- 
Diable. » Mais Villon ne qualifie nullement de villotieres les 
*« femmes » de Mademoiselle de Bruyères : il Tautorise, elle etses 
bacfnlieres ', à prêcher, notamment datisle wdrr/;/Vd«///i''*, pour 
retraire, c'est-à-dire pour taire rentrer dans la bonne voie, ces 
villotieres ♦ qui mit le kc siaffilcÇÏ huit. CXXXIV). — Cayeulx 
(Colin de) : il me semble que les documents les plus nombreux 
et les plus authentiques donnent plutôt ù ce personnage le nom 
de Colin des Cayeux, ce qui cadre mieux aussi avec le nom de 
C\ de rEscailkr qu1l portait parmi les Coquillards. — Cotart : 
M. Schwob et M* Longnon lui-même ont trouvé, depuis la 
rédaction de cet article, des textes qui montrent que maître 
Jean Cotart était bien mort quand Villon composa la fameuse 



1- Le moi bachelière çst traduit par « jeune Elle »; mais il ne se trouve que 
dans ce pas&igc de Villon, et à mon avis il a été fabriqué par le poète pour 
servir de féminiD au mot bachtUtr au sens de a gradué dans une Faculté b : 
il a voulu railler les prétentions doctrinales des demoiselles qui sans doute 
assistaient Mademoiselle de Bruyères dans 5<;s prédications. 

î. Le mot />/// tnsioquc dans le t^ocalmhire et aurait pu y trouver place : il 
n'est p3i2> cUir pour le lecteur tnodcrnc. Le filé est la chanvre ou le lin qui a 
été cliangé en tîl ; il y avait sans doute a Paris pour la vente de ce produit un 
murché spécialp que M. Lot^non, avec sa connaissance de randenoe topo- 
graphie pansienne» aurait peut-être pu indiquer. 

y. Filiotiere est traduit par n femme de mauvaise vie »; c'est irO]»«ltre : 
lo e&cmplcs de viUotUr et viUotifrt dans Godefroy montrent que œs mots, 
qui se rattachent au verbe tiihitr, « perdre son temps à se promener fiar la 
Titlc ■, n*ont pas un sens si défa\*ortble. 



VJLLONIANA jSj 

hallaUc où it prie pour son âme. Aussi ne lui est-il fait aucun 
legs; bien au coiuratre^ le poète se reproche (T 1232) de ne pas 
lui avoir payé un patard qu'il lui devait, et s'acquitte en écri- 
vant une oroison pour son àoie. — DroMEofes. Ce nom que 
Villon donne au pirate qui Ht à Alexandre une réponse hardie 
ne se trouve ni dans le fragment de Cicéron cité par Nonius 
Marcellus (que Villon n'avait certainement pas lu), ni dans 
saint Augustin (Cité de Dieu^ \\\ 4), ni dans Viilère Maxime, 
auquel renvoie notre poète : il provient directement ou indi- 
rectement du Policraticus de Jean de Salisbury. J'ai fait sur ce 
point quelques recherches dont je donnerai prochainement le 
résultat dans la Romania, - Sur Macquaire, voy. ci-dessus, 
p. 380, n, I. — Ajouter : ** Marte, la Fùrj^e Marie, G T 932 » et : 
« Marie, Marie, fille du duc Charles if Orléans, P A s ». — 
MiCHAULT : j'ai cité ici-même (X\TO, 443) un curieux passage 
de Rnmrt le Contrefait, qui montre que la facétieuse légende de 
ce personnage existait déjà au xiV sièele. — Octoviek : M. L, 
nous dit bien qu'il s'agit d'Auguste; mais il n'explique pas le 
passage de Villon : D*Octovienpuist revenir h icms^ Cestquon luy 
couk au ventre soti trésor. Ce passage a sans doute pour source 
VHisîoria septem sapientum, qui, dans le conte VirgHius, appelle 
Octavien Terapereur que les autres versions laissent anonyme ou 
nomment Crassus, et qui, par sa cupidité, fut cause de la 
destruction de la Salvatio Romae^ sur quoi, pour le punir, 
on le fit périr en lui ingurgitant de For (le même roman, 
dans le conte Ga^a^ parle d'ailleurs, comme d'autres versions, 
du trésor d*Octavien, si célèbre au moyen âge). — Sur 
Ogier lk Danois on aurait pu remarquer que Fallusion de 
Villon (T 1803) se rappone à la suite féerique de ce roman, 
que notre poète avait sans doute lue dans la mise en prose. — 
PoL'RRAs(T II 57) est oublié, ainsi que son équivalent moderne 
Port-Royal, avec lequel M. L, a eu le mérite, le premier, de 
l'identifier. — « Saturxe, C 68, Saturne ou k Temps, » 
D'après tout le contexte il s*agit non du Temps, mais de la 
planète Saturne, dont Tinfluence était réputée particulièrement 
funeste. — Taillevrnt ; après avoir mentionné le livre de 
cuisine de Taillevent, M. L. remarque : « Il est à peine besoin 
d'ajouter que la recette qui lui est attribuée par Villon ne s'y 
trouve aucunement, » Mais V^illon ne lui attribue pas sa 



JtMWKIA xo 



25 



l86 G, PARIS 

recette : il dit au contraire (T 141 7) : Leqti^l n'en parle jus m 
sure. — Thaïs : je crois que Villon n\i songé ni à k maiir^iâe 
d*Alcx*indrc, ni àsainte Thaïs, mais qu'il a plutôtemployé ce nom 
comme les poètes latins du moyen fige, qui font de Thaïs (sans 
doute d'après Martial) le type de la courtisane. — Thibault 
D*AussiGNY. Dans le vers Dieu tmrcy et tacqtu Thibault ÇTj}'j^, il 
faut écrire Tacque : Villon donne à Téveque d^Orléans qu'il 
déteste le nom du favori de Jean de Berri au xiv* siècle, ce 
Taque Thibaut, abhorré du peuple, dont Froissart a raconté les 
mœurs honteuses et les exactions ; le souvenir de ce personnage 
était sans doute conservé dans le Berri, où divers passages 
du Testament prouvent que notre poète avait séjourné. 
Il faut donc rayer du Vocabulaire le mot tacquer^ admis du reste 
et traduit avec un point d'interrogation, — Victor (Saint) : il 
aurait peut-être été bon de dire que saint Victor de Marseille 
fut en effet, d'après sa légende, écrasé entre les meules d*un 
moulin. 

Mots ordinaires, A I*artlcle nccouîer 1, << manuscrit A 9 au 
lieu de « V a. ~ Aamter : suppr, acoutassent T i486(voy. ci* 
dessus). — Affuir : pour affnit T 1625 il faut plutôt lire assuit, 
comme je Tai remarqué plus haut ; en tout cas la traduction 
donnée ici, « fuit «, serait directement contraire au sens. — 
S^ahmer n'est pas précisément « s'attacher 1», mais « se mettre au 
service de 1». — Ari^née^ non « araignée », mais « toile d'arai- 
gnée «>, --AUnintr^ «i vexer» tourmenter », plutôt qu' « affliger » 
\attinir est une vamnte du même mot, et peut-être T 44 fau- 
drait-il lire ûtîaine;^^ qu'indique la var. de F). — Balure ; il 
faudrait ajouter T 1299. — Bau£é^ « quia les joues gonfiécs » : 
commctucesens peut-tt convenir au contexte, T 191} De asUvk 
nf koÊàfe^ signifie a emporté de cette vie comme par un coup de 
vent, smMé • (Godefroy, ciunt ce passage, en une mauvaise 
leçon» au Cùmflitmmi^ traduit hajfi par m rassasié •)* — Bemgu, 
non pas * chausses i», mats « poches ». — Bmtbçmrisf n*cst pas 
|ici)pireRient « combattre à la lance i>, mais « foAler avec un 
bouhourt •« sorte de grosse bnce sans fer: — Le sens pnopre de 
i*ii(t]/AOT est c tourbillon * plutàc <)ue < j^ou^re ». — L'équi- 
voque admise entre hrum et Wûn me parait tout à iait imagî* 
oaifie. — A hndft il Êiudntt citer ansa L 71. — dps s^nifie 
naci « liens, - - :!c chaînes *•, mais « billots dans lesquds on 
enfermait k ^ d*un prîsonnia^ êtsodo sur le dos >. — 



I 



ViLLONiANA 387 

Charretier est glosé par « charrier »; pourquoi? — Cfmstoy^ 
« réprimande» leçon morale », et non « chùtiment », - Chouty 
n'étant que dans Icjar^cm^ ne devrait pas figurer ici ; en outre 
il signifie « choucas » et non « chouette ». — Cltme T 1002 est 
le subj. prés, de clore et non Tind, prés, de clouer. — Complani 
L jî est rendu par « plainte, gémissement » ; c*est une distrac- 
tion évidente : cmnplant a ici son sens ordinaire, — Conclure est 
un terme technique des disputes d*école, parfaitement appliqué 
ici : c'est w réduire au silence, vaincre en argumentant »^et non 
ff exténuer, vaincre par la fatigue », — Cmirir : queureçst, bien 
entendu, subj. et non ind. présent. — Pourquoi à ff destruction >», 
comme traduction de desfa^otiy ajouter « avilissement d'un être 
vivant »? — Denier est à supprimer et à remplacer, dans les 
t^rois passages cités, par deiier^ « mourir m. — Embrochei^ dit 
cle vins T 249, ne peut signifier « rôtir » ; c'est « mis en perce ». 

Empretidre : j^auraîs écrit en prent, en preigne. — Endemenîe 

r^'esi pas traduit, et en fait n'existe pas : le texte, T 1573, 

r^orte endementes, qui est l*adverbe ctuiementres^ « pendant ce 

^^mps-li ». — Esclat, « tesson » : ou « morceau de bois » ? — 

^Sscorcherie C 210 est oublié, — Esnu^ « estimation, attente », 

:=^lutôt que « espérance, désir ». — Essangier T 1448, 

^^ nettoyer, lessiver », est oublié, — Au moi femstre il faudrait 

jouter L 120, ou fenesîre a le sens de « boutique de chan- 

€ur i> ou « d'écrivain ». La remarque sur Texpression clore 

^«^jr/rf n'est pas juste, cette locution ayant le sens de «^ fermer 

t>outique ». — Fillette^ « fille publique » : inutile. — Gasîaveanx 

C^ 9 signifie évidemment « grelots » ; le ms. qui nous a con- 

"^tcrvé la pièce où il se trouve étant unique, je proposerais de 

1 ire cascaveaux^ forme empruntée au prov, cascavel, casanmt, — 

Gte^y i' échelle » : je ne sais pas ce qui motive cène singulière 

traduction : ung gre^ T 999 est « un pavé », comme d*ordiiiaire, 

et c*est le peu de valeur de l'objet censé perdu par Villon qui 

fait le sel de la plaisanterie. — Grongnée, « coup de poing, litt. 

coup de groing » ; non, mais « coup sur le groing, sur le 

museau » (Godefroy, qui d'ailleurs explique bien le mot, dont 

il cite plusieurs exemples, fait un paragraphe à part pour le 

passage de Villon, où il le traduit par « emplâtre », d'après la 

malencontreuse idée de Prompsauh), — Sur groselles (mâcher 

des), cf. G. Alexis, I, 113. — Lart. hayterest à rayer; il provient 

d*une erreur que je ne m'explique pas : Dieu, dit Villon 





388 G. PARIS 

(T 103-4), tr<j/"^iVw i]ue le peclxnr soit vtlk^ Rims ne Imyi que 
pfrseirranfc, c'est-à-dire : ** Quelle que soit la dégraJation du 
pécheur, Dieu ne hait que la persévérance (dans le péché) »; le 
dernier vers signifierait d'après le Vocabulaire : « Rien ne réussit 
qye la persévérance « : cela n'aurait pas de sens, et hayt ne peut, 
bien entendu, être la 3'' p. pr, de Tind. de Imyter, — Jeu de 
trois mailles : ce n*est pas, comme semblerait Tindiquer rinsertion 
de cette locution daus le Vocabulaire^ une espèce de jeu : c'est 
un jeu quelconque où on ne joue pas plus de trois mailles. — 
Laboureux, « de laboureur », plutôt que « laborieux •♦. — 
Mercerot, « diminutif de wkrn^fr u; c*est évident; mais il aurait 
été plus utile de dire que mercier signifie « colponeur », et d'ex- 
pliquer pourquoi Villon s'appelle fKnrc nurceroi de Rennes, — 
Moustarde {Aller à la), « expression proverbiale ». Cela ne 
renseigne pas beaucoup le lecteur. Il était d*usagc autrefois, au 
moment du repas, d*envoyer chercher de la moutarde fraîche- 
ment broyée; c*étaient généralement les enf;mts qui étaient 
chargés de cette commission, et il paraît qu'ils y allaient 
d*habitude en bande ci en chantant des chansons plaisantes 
sur les événements du jour. De là cette locution si fréquente 
au XV' et au xvi* s. : « Les petits enfants en vont a la moustarde », 
pour dire un scandale dont tout le monde parle (voy, des 
exemples dans Uttré et Godefroy)', — Ow, « au », non, mais 
« dans le ^.—Peaultre T 693 est traduit par « gouvernail, timon 
de bateau », distraction évidente : l'amie de Villon lui faisait 
croire De vieil macliejer, que fusl peaultre : il s'agit naturel* 
lement des deux mots encore enregistrés dans nos diction- 
naires ntdcfjefer, « minerai grossier de fer », et peautre^ « étaîn *» 
(voy. Godefroy, qui cite entre autres notre passage). — Pour- 
quoi un (?) à la traduction de pelote par *' balle »? — Perchkr 
T 1244, « donner place à » ; c'est affaiblir inutilement l'expres- 
sion plaisante de Villon, — L'explication, empruntée à 
P. Lacroix, de prière de Picart me paraît très contestable. — 
Piei blans (Avoir les) ; M. Bijvanck a donné sur cette locution 



* I , On trouve employée de méinc la locution aller au vin, qui provient â*mi 
usage andoguc : on envoyait avant le repas les valets, souvent les enfants (les 
maris coniplaisatns dans les farces), chercher du vin chejs le lavcrnicr, et U 
encore les enfants s'acquittaient de leur commission en chiintaot des chan- 
sons. 



VILLONÏANA 389 

des remarques intéressantes, qu'il aurait été bon de reproduire. 

— Plombée T 1994, « bâton plombé » : il s*agit plutôt de 
boules de plomb attachées à un bâton (ce qui explique le et tel^ 
pelotes qui suit) : Godefroy cite en n88 des phmniees appelées 
pumesd'ûfetige. — Près prenant aurait» ù côté du sens de « collant »», 
celui de « dépourvu » ; j*en voudrais la preuve. — Quelongnt 
{Esire en) «< signifie être en faveur auprès d'une belle ». Ce 
n'est là qu'une application figurée : il s*agit proprement de 
Técheveau, de la fttsee qui est à un moment donné sur la 
quenouille. — Raire : les seules formes citées étant ret et re^^ 
il vaut mieux donner à Tinf. la forme rere^ qui est la bonne. 

— Rappeau^ k annulation du bannissement, rappel de l*exilé » : 
n'est-ce pas plutôt « appel » ? Colin des Cayeux avait cru qu'il 
serait sauvé une fois encore, conmie il Tavait été si souvent, 
par un appel à la justice ecclésiastique. — Recreu^ « reconnu, 
constaté V». Je ne sache pa.s que refren ait jamais ce sens; la 
signification habituelle du mot convient fort bien ici. — Remanety 
a rappeler (?) n, A supprimer : remaine D 201 (où, comme je Tai 
dit, il vaut d'ailleurs mieux lire ramahif) est évidemment Tindic. 
de retnener (de m. remaine ou ramaine A 63), comme remaint^ 
dans la ballade des Dames y où M. L. le rattache bien à ton à 
rtmaftoir, en est le subjonctif. — Re^ veut-il bien dire n pelure » ? 
Oster {ks difficultés possibhs) jus(jh au rei d'une pomme T 1850; 
je comprends : v jusqu'à ce que tout soit uni, lisse comme la 
surface d'une pomme ».*^ — Riblce, *< livrée à la débauche n; 
ribleur^ « débauché, adonné aux femmes ^k Cette traduction de 
ribler (et par suite de ribleur) vient de Tinterprétation sans 
fondement donnée à caige vert (voy. ci -dessus la remarque sur 
T 1 195) : riW^r signifie bien plutôt <t piller » (voy. Godefroy). — 
Rie T $54, « risée, moquerie »; mais rit est ici tout simplement 
le subj. de rire : Qui belle nest, dit la belle heaumière à ses 
écolières, ne perpètre Leur mak grâce, mais leur rie, c'est-à- 
dire : M Que celle qui n'est pas belle ne s'attire pas leur mauvaise 
humeur (aux hommes), mais leur rie, leur fasse bonne mine w. 

— Roquart, « invalide, vieux soldat en retraite, qui tient 
garnison dans une « roque » ou forteresse ». C'est une explication 
traditionnelle, mais elle n'en est pas meilleure : le sens de 
<i cheval hors de service », donné par Godefroy en dernier 
lieu, est établi par les articles de Ducz et d'Oudin qu'il cite à 
l'appui du prétendu sens de « vieux militaire », et aussi par 



à 



Î90 M. SCHWOB 

celui de Cotgrave : w an overworne sin eau nier, one that can 
neither whinny, nor w;ig the taile »* — 7>rw<* est déâiii dans 
le sens qu'il a actuellement à la loterie; mais la loterie n'existait 
pas au xv^ siècle : terne est le coup qui amène trois aux deux 
dés. — Umenr, « liquide » ; il eût été bon d'expliquer la locution 
altéré d'umeur^ sur laquelle joue Villon à l'endroit cité. 

Il reste encore dans le texte de Villon bien des incertitudes 
et dans l'interprétation de ce texte bien des obscurités. Les 
efforts des critiques de notre temps et surtout de M, Longnon 
en ont fait disparaître beaucoup; il faut espérer que des 
recherches et des réflexions nouvelles arriveront encore à en 
restreindre le nombre. Le sujet vaut la peine qu'il demande; 
car tout ce qu'on fait pour mieux établir et pour éclaircir le texte 
des œuvres du poète parisien a pour résultat de faire mieux 
apprécier et goûter Tart si original, si personnel, si spontané et 
en même temps si réfléchi dont elles sont l'expression. 

Gaston Paris. 

P.-S. — M. Marcel Schwob a bien voulu me communiquer 
sur le Testament quelques observations dont je suis heureux de 
faire part aux lecteurs de la Romania, On remarquera particu- 
lièrement celle qui concerne le huit, CXUII, où il semble 
bien qu'il y ait une allusion à Patelin. 

G. P. 



Gr, Test,, huit, CL 

lire 



hem i forfevre Du Boi-^ 



îtcni à l'Orfcvrc de boys 
(df bois F : tte boys C). 

U n'est pas ici question d'un orlevre nommé Du Bois, maïs 
d'un sergent à verge au Chàtelet^ qui était aide du question- 
neur. Ce personnage figure deux fois dans le Procès du duc de 
Nemours (Bib. Sainte-Geneviève, L 7, ms. 2000) aux dates du 
22 oaobre 1476 (f*» 174) et du 20 novembre 1476, 



VILLONIANA 39 1 

Jehan Lovset» questionneur ) ^ , 

T. ^M II j. 1»^ r j L i Tous sergens ;\ verge 

Jehan Mahé, dit l'Orfe\Te de bovs 1 . d . • 

; . ^ * ' I du Roy nostre seigneur 

Jaconn Bourdon ) j. ^, ^ ,, ^ 

•t, _, ( oudit Chastellet 

Huffuet Chantercau I ^ jy - 

Jehan Doublet ) 

La place qu'occupe dans le G. T. VOrfevre de boys entre 
Casin Cholet, sergent à verge ou Jehan Le Loup (également 
sergent de la ville de Paris) et le capitaine Jehan Riou, qui 
commandait les six-vingts archers de Paris, ne laisse aucun 
doute sur cette identification. Cf. pour les surnoms des sergents 
à verge : Journal de Jehan de Roye : « un sergent dont le sur- 
nom est l'Empereur du Houx ». Cf. aussi l'expression populaire 
« bijoutier en cuir », « leatherjeweller, » en slang américain. 

Huit. aV Item a Robinet Trouscaille; 

lire 

Item à Robinet Trascaille (F Robin TrassecaiUe), 

Robinet Trascaille figure dans les comptes royaux comme 
clerc de maître Jehan le Picart, général conseiller sur le fait et 
gouvernement de toutes les finances depuis Tannée 1449. En 
septembre 1457 il comptait comme receveur des aides à 
Château-Thierry. En septembre 1462 on lit dans un compte : 
« M* Robert Trascaille, secrétaire du Roy, pour un voyage a 
Lyon devers les gens de l'ambassade de Milan, XX 1. 1. » (Bib. 
Nat-, ms. fr. 325 11.) 

Huit. CXXXV Tu trouveras la que Macrobes 

Ne fist oncques tels jugemens ; 

La lecture Oncques ne Jisty de CT, me semble plus comique, 
et je ne doute pas que ce soit là le vers de \'illon. 

Huit. CXLIII Les Mendians ont eu mon oye. 

Villon n'a légué aucune « oye » aux Mendiants, mais « des 
souppes jacoppines » (plat réel ' dont la mention est ici une 



I. En voici la recette : « Souppe Jacopîne de pain tosté, de frommage du 
meilleur que on pourra trouver, et mettre sur les tostecz, et destramper de 
bouUon de beuf, et mettre dessus de bons pluviers nniz ou de bons chap- 
pons ». (Bib. Nat., ms. lat. (xv* s.) 6707, fo 184). 



392 G. PARIS 

allusion facétieuse aux Jacobins. Les autres legs — « oblacion 
de flaons » — c'est-à-dire rien — et « parler de contempla- 
tion » — autre raillerie — ne constituent que « moquerie » 
pour les Mendiants. 

Si je ne me trompe, voilà une allusion nette à l'oie de 
Patelin : 

Et si mangerez de mon oye... (v. 300) 
Me fais tu y mengier de Foe? (v. 1577). 

Ce ne peut-être une expression populaire. Cette explication me 
paraît solide et intéressante. Elle prouverait que Villon avait lu 
ou vu jouer Patelin dès 1461. 

Petit Testament, huit. XXI (voy. ci-dessus) : Troussevache 
était bien une enseigne. Voici le texte définitif qui clôt un long 
débat : 

L'an- desusdit vint entrer en saisine et possession Guillemete, vefvc et der- 
reniere femme de feu Estienne Boudin..., de soixante sols parisis de rente... en 
et sur la moitié d'une miison par indivis a deux pignons sur rue, deux petites 
cours derrière et le lieu, ainsi qu'il se comporte assis a Paris en la rue de Trous-' 
seuache^ ou pend pour enseigne n de uUuy qui trousse la vache »... aboutissant 
par derrière a sire Nicolas de Louviers en la censive de lad. église, etc. «. 

C'était donc une taverne dont l'enseigne représentait un 
vilain qui emportait une vache sur ses épaules, et où fréquen- 
taient les écoliers \ 

Marcel Schwob. 



1. Reg. d'ensaisinements deSaint-Martin-deS'Champs(Arch.nat.,5 1448', 
f» 56 ° o (A. 1467, rue Troussevache). 

2. Voy. E. Châtelain, }^otes sur quelques tavernes fréquentées par les 
étudiants du XV^ iikk : Troussevache est Tune d'elles. 



MÉLANGES 



C KT G SUIVIS D\^ EN PROVENÇAL 
(Supplément au mémoire publié dans h Romania^ XXIV, s^Ç et suiv.) 

Les recherches que j*ai publiées en 1895 sur b limite qui 
sépare ca,gu de cha^ja ont fourni des résultats incontestablement 
assurés, mais qui, sur certains points, pourraient être précisés 
davantage. Mes informations étaient tirées : i** de la nomen- 
clature topographique; 2^ des documents anciens; 3*^ de Tétat 
présent du langage. Toutefois j*ai du souvent, faute de textes 
linguistiques anciens ou modernes, me contenter de la première 
de ces trois sources. Dans ce cas, la limite que j'ai indiquée reste 
forcément un peu vague, d'abord parce qu'on ne trouve pas 
toujours, même sur les cartes à grande échelle, un nombre 
suffisant de noms de lieux offrant le phénomène étudié, ensuite 
parce que, depuis que la forme des noms de lieux s'est fixée, 
il a pu arriver que l'une des deux prononciations ait perdu 
ou gagné du terrain, auquel cas la limite fourtiie par la topo- 
nymie, exacte pour le passé, devient inexacte pour le présent. 
Cependant, là même où la nomenclature topographique a été 
nfia source unique, j'estime que la zone incertaine ne peut 
guère dépasser une dizaine de kilomètres. 

Cette opinion, exprimée dans mon mémoire (p. 54 1)* ^ ^^ 
confirmée par des vérifications récentes. 

Il y a peu d'années MM. Thomas et Teulié ont publié les 
résultats d'une exploration linguistique ayant le même objet que 
mon mémoire, mais limitée à Tespace compris entre larrondis- 
scment de Saint-Flour et rextrémité orientale de la Gironde'. 



1. A. Thomas, La limité de c. gêxphiifs dn'ani a en HaïUe Auvergne, Le 



394 A^lBh MèLAKGES 

I/enqucte de M. Thomas fut faite en août et septembre 
1895, au temps même où s'imprimait mon mémoire; celle de 
M» Teulié eut lieu au mois de septembre 1896. Elles sont l*unc 
et l'autre indépendantes de mes reclierches, et n'emploient pas 
la même méthode, puisqu'elles portent exclusivement sur Tétat 
actuel de la langue. Cependant elles aboutissent sensiblement 
aux mêmes résultats, tout en atteignant un plus haut degré de 
précision. En outre, Tenquête de MM Thomas et Teulié 
démontre un fait que j'avais constaté ailleurs, à savoir que les 
prononciations ca, ga et riw, ja peuvent gagner du terrain ou 
en perdre. Ainsi M. Thomas a constaté qu*à Bourcenac, village 
de la commune de Saint-Cirgues-de-Malbert (arr. d*Aurillac), 
les personnes âgées prononcent klmbro, hatchOy i//a/(capra, 
vacca, gallum), tandis que les plus jeunes, afin d*éviter les 
moqueries des gens du chef lieu de canton (Saint-Cernin), situé 
plus au sud, prononcent cabrOy baco^ gal\ C'est précisément le 
fait que j'ai noté dans les Alpes-Maritimes et dans les Basses- 
Alpes, et sur lequel je reviendrai tout à Theure. M- Thomas 
remarque encore^ que, dans le domaine de r/w, ja, il est assez 
rare de trouver des noms de lieux en<:/i, ga; qu'au contraire, 
danslc domaine de rtj, ga il est fréquent de trouver des noms de 
lieux en cba^ja. C'est toujours le même fait, A savoir la propa- 
gation vers le nord de la prononciation explosive ca, ga, con- 
sidérée comme plus raffinée, au détriment de la prononciation 
cha, ja. Mais cependant Tinverse peut avoir lieu ; il a certaine- 
ment pu arriver (quoique je n'en aie pas, pourmâ part, trouvé 
de cas certain) que dm, ja aient empiété à une époque plus ou 
moins récente sur le domaine de ca, ga. Par conséquent je n'ac- 
cepterais pas dans son sens absolu l'observation de M. Thomas 
lorsqu'il dit que <* pour la Dordogne encore plus que le Cantal» 



même, Li îimiU de c, g explosifs ànmnt 4, de Puynùrmand {Gironde) à Cendritut 
{Dordogm). H* TcuUé, La limite «/f c, g exphaifs dnutU a dam le Lot et Vrit de 
la Lhrdo^ne. Ces trois mc^ moires occupent les pages 221 à 275 du BulUHn de 
la Scciéti dês parUn de France, t, 1 (n« 10-12, publiés en 1897). On voît que 
M. Teulié a comble^ h Ucune laissée par M. Thomas entre ses deux explora- 
tions 

t . Bulletin cité, p, aa^» 230* 

2, fbid , p. 2)6» 



C IT O SUIVIS D .-f EN PROVENÇAL 395 

rétiide des noms est insuffisante à ttahlir Li limite précise où 
s'anrèient vers le nord les sons ca, ga * »>. Il se fonde sur des noms 
de lieux tels que Car sac y Caminadfy Laajssa^n^\ etc., qui se 
trouvent dans la région où on prononce cija. Cela est vraî 
maintenant, mais depuis quand? Une autre remarque de 
M. Thomas doit être retenue ; ** Il est curieux, dit-ii, de voir 
que certains mots en h\ ^^ débordent sensiblement vers le nord. 
C'est le cas, sur presque toute la ligne, pour cosau^ jardin, et 
pour costanhoy châtai.^ne, *> Des exceptions du même genre 
sobscrvent sur d'autres points de la limite, et il est h croire 
que Tétat ancien de la langue n'en était pas exempta 

Je vais maintenant compléter sur quelques points mes 
recherches de 1895. Mon supplément d'information concerne 
les Alpes- Maritimes et les Basses-Atpes, qut^ j'ai parcourues à 
diverses reprises au cours de ces dernières années, en quête de 
matériaux pour mon grand recueil de documents linguistiques 
du Midi de la France, 

Alpes«Marïtimes, « Pour la vallée du Var, disais-je en 1895, 
mon enquête n'est pas complète. » Elle ne ! est pas encore 
maintenant, mais toutefois, gr:\ce à un voyage qui m'a conduit 
dans le nord de la vallée (jusqu'à Entraunes), je possède quelques 
renseignements nouveaux. Je dois dire en passant que j'ai pris 
depuis peu l'habitude de parcourir les cadastres, compoids, livres 
terriers des communes où je fais des recherches. Lors même 
que ces livres sont en français, ce qui est le cas pour la haute 
\uUée du Var*, on a toujours chance de rencontrer des lieux- 
dits conservés sous la forme vulgaire. 



1. Bulletin cité, p. 2>5. 

2. Indiqué dans nrion mcmoire (p. 570) comme le point le plus sepien- 
tnonail de la prononciation m, 

^, Aîn?»i à Seync (B. -Alpes), au xv* siècle, on prononçait fit en ccnalns 
mots, contre l'usage le plus gênerai {Homania^ XXVII, j6o). 

4, Dans U haute vallée (au-dessus d'Entrevaux) fitalien nVst employé, 
dans les documents administratifs, qu'à panir du dernier tiers duxvni* siècle. 
Il faut se rappeler que cette partie de la vallée du Var, formant l'ancienne 
vigucric de Guillaumcs, n'a été réunie aux états Sardes qu'en 1760, le roi de 
Sardaigne concédini au roi de Fiance» en échange, certaines terres situées 
sur la rive droite du Var» au sud d'Entre vaux, A Puget-Théniers» qui faisait 
partie du comté de Nice^ et appanenalt aux ducs de Savoie depuis 1588, 



A Sdjnt'Mifttci 



KEUueos 



k fim aotieii fCgMir temer esc dé 1697. j'y itlèrc ks 
Cbakme^ ChmtUer^ ChuKfisn^ ks Qm^^ 
r, qui iiidiqocm, pour l'épâ|iK inrictior^ h | 
dacioiiifti. AaodlraKU, 4vis les mocs de k kagoe 1 
00 prODCMice Af. A Guilkomes, plus ao sod, faî spalé' A»- 
dkmkrij, nom <run hameau ; i'is^ deposs, refeié éam» on Enr 
terner de Ctiilbotncs, éait veis 1650 oa ï66o, & 
nom de qturuer % tmeémOre^^ ffcgftwrhf, dndierr*. Da 
p«T Gfil// Ti^/. n pamt donc bkti étaUs qœ k prononciaiioffi 
cha, fa eiisuit aocieniiement dans h bauce isolée du Var. 
comme dans celle de la Ttnée % et n'a été rein|ikcie i|iir tardif 
vemeot par ca^ ga. S^tl en est ainsi, les documents andciis 
doivent contenir des traces plus ou moins fréquentes de T^i- 
ctenne prononciation, et c'est en e^ ce qu'U tst possibk de 
constater. Il y a i b tnairie de Guillaumes divers t c gtsti e s de 
comptes du XVT sîèck rédigés en prov-en^* J'en ai pris de 
nombreux extraiu que \c publierai procfaaîiienient. J'y rdève 
dmUmanagfs (compte de 1547, fol* 5); iksbnn (compte de 
f $62, ioL ai ; compte de i >78, fol. i >X chascun (ibii.^passimy^ 
chamin (ihid.)^ ratio Çitid,}» 

A Puget-Théniers, toujours dans la vallée, mais bien au sud- 
est (à }okil.) de GuîlUomes, fai relevé, dans un cadastre italien 
du xnn* siècle, chaurausos ^, bùKO al chiastdans ^^chiaUncû^ dkm- 
diln *, mais les nombreux livres de comptes en bngue vulgaire 
que j'ai étudiés à Pugct-Théniers (de ly'id ai 1629), ne con- 
firment pas cette prononciation. 



roMge àt ritalieo renioote ao xvii* siècle. Antérieurement l'administratioci 
locale se scrvitt du Utin et (i partir du svt« siècle) do provençal. 

1. Mémoire dcè, p» S49^ 

2, Œ hanùihim, Mbiral, sous lAKanoux. 

\. « Pré à Vrnfhiifrr de levant. • Cf. Mistral, rncasht\ et fztufkjupawi, ncrni 
d*uac commune du cani« de Barcelonnetce 

4. Probablement un endroit planté de chou3i; ro\\ Mistral» CJ^trumo. 

5. Mémoire cité, p, 548. 

6. Q^rtier sur la r. g, du Var, au-dessou» de Puget. 

7. R. g. du Var, près du château, 

8. R. g« du Var, au-dessus du pont de la Trinité, 



c ET a SUIVIS lyi ev provençal 397 

Basses- Alpes. De la haute vallée du Var on passe dans 
celle du Verdoii (Basses-Alpes) par le col des Champs, qui 
n*est guère accessible que cinq mois de Tannée. J*ai fait cette 
excursion, en sens inverse. Tan dernier, au commencement 
d octobre- Les principaux villages de la vallée du Verdon, en 
sa panie supérieure, sont Allus et Colmars ^ Plus au sud, à 
une trentaine de kilomètres de Colmars, se trouve un gros 
bourg, Saint-Aûdrè-de-Méouilles, et enfin, tout au sud du 
département, Castellane, chef-lieu d*arrondissement* Les 
archives de cette petite ville possèdent des documents en 
langue vulgaire. J*en ai publié quelques extraits ^ et j'en 
publierai d*autres encore, mais Saint-André, Colmars et Allos 
n ont pour ainsi dire plus d'archives anciennes, et paniculière- 
ment ne contiennent aucun spécimen de Tidiome local. 

J'ai indiqué, dans mon mémoire (p. S î 0» ^ Taidede quelques 
noms de lieux (dont il serait facile d^augmenter le nombre), 
que Colmars appartenait à la région de r/w, ja. Ayant passé 
deux jours X Colmars, j*ai constaté que T usage local était d'ac- 
cord avec les indications qui se déduisent des noms de lieux. 
\|inc M^yrel, la maîtresse de Thôtel de France, qui a répondu 
avec beaucoup d*obligeance à mes questions, prononce îsahre^^ 
capra^ tsambre caméra, isamin caminum, tsarbe canna- 
bem , tsarriere carrariam, tsau calidum, djautcs joues. 
Mais elle m'a dit en propres termes que les gens plus 
raffinés, croyant mieux parler, disent ca- et non isa. Elle 
même dit inditFéremmcnt capéu (chapeau) et isapêu, A 
Saint-André, il m'a paru que ca^ ^a dominait. Il est curieux 
de constater, ici comme dans les Alpes-Maritimes, que le pas- 
sage de ca i cha ou Isa s'opère en pleine vallée et que la pre- 
mière de ces deux prononciations passe pour plus correcte ou 
plus élégante. Je crois que, par suite de cette sorte de purisme» 

1. Colmars, place forte déclassée, est un ch.L de c. de l'arr. de Castellane» 
Allos est chef-lieu d\m canton qui ne conlientpas d'autre commune qu'Allos 
même. En vertu de la tradition historique Allos fait partie de Tarrondissement 
de Barcclonneitc, encore qui) soit sans communication directe avec cette viiJe 
pendant plus de six mois de Tannée, le col d*Allos ou de Vaigelaye n'étant 
accessible qu*en été et pendant une partie de Tautomnc. 

^, Rvmûnia^ XXVn,4îî ci suiv. 

). La finale c&t plutôt un t légèrement ouvert qu'un 0, 



m 



398 



MÉLANGES 



cha a perdu beaucoup de terrain. Peui-êtrc cette prononciation 
descendait-elle autrefois jusqu'à Qistellane, et ainsi s'explique- 
rait le nom de Chasleuil (à 8 kiL de Gistellanc) qui m'avait 
embarrassé *, 

Le même fait s*est produit a Forcalquier. Actuellement la pro* 
nonciation ra, ga est générale, sauf en un petit nombre de mots, 
comme on peut le vérifier dans les poésies de M. Eugène 
Plauchud. Mais il y a trois ans, publiant des documents tirés 
des archives de FurcalquîiT\ je suis revenu sur une assertion 
un peu sommaire et trop absolue de mon mémoire de 1895, 
et j'ai montré que cha se rencontrait fréquemment A côté de ca, 
dans la seconde moitié du xv^ siècle : chaînes^ chalrraria, chamin^ 
chastrols^ etc. Depuis j*aï publié tout ce qui subsiste du précieux 
livre-journal de maître Ugo Teralh, notaire et drapier de For- 
calquier, que j'ai découvert dans la reliure d*un registre des 
archives de la même ville, et dans ce texte, qui est de deux 
mains bien distinctes, la notation cha est à peu près constante *. 

On voit par là que, dans les études de phonétique historique, 
il faut tenir compte non seulement des modifications régulières 
que les sons subissent au cours des âges, mais encore, en cer- 
tains cas, de la propagation des formes. Certains phonèmes 
nés dans une région, peuvent se propager peu à peu dans une 
autre sous des influences variables. 

Voilà, pour le présent, tout ce que je suis en état d'ajouter à 
mon mémoire de 1895» Il reste encore bien des recherches A 
faire, bien des documents à trouver, pour arriver sur tous les 
points au degré de précision que le sujet comporte, 

P. M. 

LE SUFFIXE -ESIMVS EN FRANÇAIS 

Le suffixe latin -esimus, qui se trouve dans les ordinaux 
comme vicesimus, centesimus, millesimus, etc, a été 
récemment débouté de toute prétention étymologique directe 
sur le suffixe français qui remplit les mêmes fonctions dans 



I . Voir mon mcmuirc, p« >>3. Ce nom nV$t d'ailkurs poi^ tout à É^l isolé* 
L'un des quartiers du territoire de Cas tel Une est appelé ChamatutiL 
1. /taw4«ïa, XXVU, 421. 
\. J'ai signalé les exceptions» dans ma notice, p. 8. 



LE SUFFIXE 'BSIMUS EN FRANÇAIS 599 

deuxUfm^vingtîénUy centième y etc. *. Je ne viens pas demander la 
révision du procès, que je tiens provisoirement pour bien jugé. 
Je veux seulement attirer laitention sur un fait qui n*a pas été 
suffisamment mis en lumière fusqu*ici, à savoir que le suffixe 
-esimus n'a pas disparu du latin vulgaire de la Gaule et qu*il 
a donne des formes populaires correspondantes. 

Le maintien de quadragesima et de quinquagesima, 
devenus respectivement *quaresima et *cînquesima en latin 
vuli^aire, et représeiités par le français caresnu (aujourd'hui 
carême) et cinqt4esme % ne prouve pas précisément la vitalité du 
suffixe, mais il nous fournit un précieux étalon pour le dévelop- 
pement phonétique de -esimus, dont Te est long. 

En français propre, centesimum, millesimum, etc., ont 
dû aboutir à ccniesme centéfm^ miksme miUme , etc., comme 
*quaresima à quaresmt carême. Ces formes se trouvent 
quelquefois, mais il est scabreux de les distinguer des formes 
savantes qui auraient pu être calquées sur le latin \ Toutefois 
dans la région orientale, où Te long entravé se diphtongue, 
centesimum aboutit à centoisme ccntoime ccnîaime. Ces formes 
populaires ne sont pas rares. Sans avoir institué tle recherches 
spéciales sur ce point, j'en puis citer plus d'un exemple. Dans 
un manuscrit bourguignon de la paraphrase du psaume 
Eruciavit , qui écrit baloime de b a p t i s m u m , croime de c h r i s m a, 
je Us fwvoimr, on:^oitm, doioime, îreioimt^ quator^oinie et quinioime^ 
à côté, i! est vrai, de septième et disicmc^. Dans [a Bible de 
Macé de la Charité on trouve centoiuie et vinietquatroysme y dans 



1. Voir rarticle de M. Marchot întitylé La numération ordincdt en ancien 
français â^ns\ A Zeiitchr.fur tom. Phil.^ XXI, 102 et s. Depuis, M. Staaf est 
revenu sur la question (/^ suffixe -ime, -îème en français, dans Studur i tnodeni 
Sprâktfetenskap; cf. R(fmania, XXV III, 292); mais il ne s'est pas occupé de 
-esimus. 

2. Nom de la Pentecôte dans le pays walloti^ d'où le néerlandais sinkscn, 
î. C« sont manifestement des formes savamesqui figurent dans une date 

'ainsi conçue : « Tan miîesnii ducentesme trente et cincesnie » (Godcfroy, IX, 95). 

Dans la Chronique de S. Magîoire on voit rimer karesme avec cinquantisme : il 

faut évidemment corriger dnqmnksme (Godefroy, ihid.). Dans te Poème moral 

on a : <r la ceniente part » (Godefroy, IX, 18) : ici çenteme me paraît populaire. 

4, Bibl. nat. franc. 2094* f*^ I9<5 à '93- 



400 KàtAKOËS 

lu Ké^^te Je Suint Benoît, novoimf, Jisoime; dans le manuscrit 
Salis des Ordepmtwes Tafu:rfi,utaimnte^tkwaimmfjON:^aimfHijCic, V. 
U est inutile de poursuivre; je crois que la preuve est faite. 

A. Thomas, 

PROVENÇAL NADW 

Dans Flamenca, lorsque Guillaume de Nevers annonce au 

curé de Bourbon rArchambaut qu'il a Fintention de devenir 
son clerc, il le prie de loi faire tailler une chape d'étoffe grossière : 



5680 



Fais mi talUr capa redonda» 
Granda e larga e priondar 
De saîa negr'o d^esimbru. 
De nacUu o de galabru. 



Ce nacliu m'avait inquiété lorsque je préparais ma première 
édition, il n'y pas loin de quarante ans. J'avais dû avouer (p. 343, 
note) que je n'entendais p;is ce mot; et au glossaire j'avais tra- 
duit naditt par « sorte d'étoffe », ce qui n'était pas compromet- 
tant. Lorsque je fis la seconde édition, l'idée me vint que cl et 
l'une des formes de d se confondent facilement, et qu'on pour- 
rait, sans taire violence au texte, lire nadiu; mais n'ayant aucune 
preuve de l'emploi de nadiu comme nom d'étoffe, j'écrivis au 
vocabulaire : k^ Ce mot, d ailleurs inconnu, parait désigner une 
étoffe grossière. On pourrait lire nadiu sans que le sens devint 
plus clair. » 

C'est bien ftadiu qu'il faut lire. La dernière feuille du volume 
venait d'être tirée lorsque» prcourant les Registres camulaires 
de Saint'Flùur , édités tout récemment par M. Bouder, j'ai ren- 
contré ce passage (p. 19)) : 

Plus atdit, per son vcsttr : per ,j. chapayro de naâitit costa .xîj. s. 

M. Boudet a placé un sic après nadiu. Mais le rapprochement 
avec le vers précité deFlafit^ma montre que le mot est fort bon. 
Il y a plus: le mot est dans Du Cangc» non pas sous kativus, 
où je l'avais cherché, mais sous nadivus, avec cet exemple tire 
d'un document marseillais de fii8 : « De panno nadhv^ qui 



1. Tcpus les excmplei sans référence spéciale viennent de Godetroy. 



^ 



DAf'OISSJr 401 

fit in ipsa provincia in qua quisquc moratur. » Et Du Cange 
renvoie à mantellarium (sous mantum), où est cité un autre 
exemple, tiré d'une lettre d'Innocent III, dans lequel figure 
encore nadivus: a capas nigras... de nadivo ». Enfin, dans le Livre 
des métierSy cité par Godefroy, sous naïf, on lit : « L'en apelc 
drap nayf, a Paris, le drap duquel la chaane et tisture est tout 
d'un. » M.Bonnardot traduit mîf, dans le glossaire qu'il a joint 
au Livre des tnétiers (édition de l'Histoire générale de Paris), par 
tf naturel, pur, sans mélange, uni ». Cette interprétation me 
paraît assez probable; mais on a vu que le document précité de 
1218 entend pannus nadivus dans le sens de « drap du pays ». 

P. M. 

DJVOISNE 

Dans les diverses éditions du Roman de la Rose par Méon, 
par Francisque Michel et par Marteau, j'ai noté ce pass;ige : 

Ncfies entées ou framboises, 
Bcloccsd^Auesnes, jorroises. 
Raisins noviaus lor envoies. (V. 8531, édit. Marteau.) 

A l'historique du mot beloce, le second vers est cité, tel qu'il 
est ici, dans le dictionnaire de Littré et aussi dans le Diciiomiaire 
général. Godefroy, dans son Complément^ le donne avec les trois 
variantes : « baloches d'Avoisnes, beloces, botiloces d'Avoisnes. » 

Avoisnes ou Avesnes, écrit avec une majuscule, serait donc 
d'après tous les exemples le nom de la ville dont les bcloces* 
auraient eu une certaine réputation. On les définit pourtant 
« petites prunes sauvages » et Le Roux de Lincy (Prov,, I, 59) 
cite ce dicton qui ne leur fait pas honneur : « Au malautru la 
beloce. » 

Il saute aux yeux qu'il faut corriger ce vers et l'écrire ainsi : 

Beloces, davoisnes {pu davesnes), jorroises. 

Le mot est dans Godefroy sous la forme davoine : 
Gu- ce n'est pas chose trop dure 



I. [On sait que ce mot paraît remontera un gaulois bullocea; voy. 
Meyer-Lûbke, Die Betonung im Gallischai, p. 5. -- Red.] 

XXX, 26 



402 



MÉLANGES 

D ardai r on petit d'escripmrc 
dui ne vault pas une daimrte, 

{RcmfàUi Am&rii^ 2059» Koertmg.) 



Godefroy est arrivé, je ne sais cornaient, à expliquer ce mot 
par « courroie '> (avec un point d'interrogation, il est vrai). 
Mais voici un exemple qui en montrera la vraie signification, 
et qui en même temps autorisera à rectifier le vers : 

Pruna asinina (P/m.), poltrons ou davesnes. 

(Ch, Estienne, Dicl. latin, éàlx, 1552.) 

Ce sont de petites prunes jaunes, de forme oblongue, que 
Ch, Estienne, sous Ctrêu prnna, appelle encore poltrons. Elles 
sont très communes en Normandie, et ne valent guère mieux 
que les beloces. Au Havre, on les appelle encore daimnes. On 
lit d'ailleurs dans Cotgrave : <* Dauesnes. Horse-plumes », et ; 
« Dauoines. A kirui oj Plummes; or as Dauesnes. » 

Marteau, s'appuyant sur une note longue et bien amusante de 
Lantin de Damerey, qui a vu dans « beloces d'avesne ou boulaces 
{sic) *i « une poignée d*avoinc avec sa paille ramassée en une 
espèce de bouquet ou de boule -*, traduit ainsi le vers de Jean de 
Meun : 

Genrs bouquets d'avoine liés f 

A, Delboulle*. 



l.[Lc' mot exista aussi dans la région rhodanienne. On lit datfantrios^ « pru- 
niers >s dan^ une charte dauphinoise (Facsimilés hcliographiques de rÉcoIe 
des Chartes, n'» 374). Mistral enregistre davaigm et renvoie à dravagno^ qui 
a été oublié- Le Dkt. forê^im de Gras donne davaign^t dravaigm^ dra^ 
vomHm, «T prune », et dravagnat, drawutnni^ « prunier «. La Clà doparld i^ii 
(Saint -Etienne) de P. Duplay a davaigm ^ *• prune n, davaignie^ « prunier ». 
Puitspelu, dans son Dictionnaire du patois lyonnais, enregistre davagni et 
davMgHÎ^ « prune » ; il remarque que le moi se retrouve dans l'Orléanais sou» 
la forme davaine, ci qu*uii Orlilanais lui a dît avoir toujours compris 
« prune J'Avcsnes », ce que Puitspelu rejette avec raison. Il ne veut pas non 
plus dtdiaplMntt nom, en français ^ d'une espèce de prune, trop savant et trop 
moderne» et écarte aussi damauemi^ qui ne pourrait donner que damaigm, — 
— Il semble pourtant que le mot se rattache ati gr, %!i^ft.7^r^^ù^ , gr . mod. 
(Legrand) ôa;aaixT,vov. Le changement du second a en se retrouve dans Tit, 
amoutMo^ Taccentuation de cet ô dans antàsdnc (voy. Storni, Anh. glûttiyl. iia!,^ 
ÏV, 387, et cC Hom.t IX^ 625). Le clungemcnt d*m en v parait, il est vrai» 
assez surprenant, mais dans les mots étrangers des accidents de ce genre 



UN PROVERBE ALTÈRE 



403 



UN PROVERBE ALTÉRÉ 

n'est personne qui ne connaisse ce proverbe : 
A l>eau demandeur, beau rcfuseur, 

cité dans la Cotnédie des prcmerbes^ act. III, se. 2, ut ailleurs avec 
de légères variantes, par ex. dans Gabriel Mcurier : 

Tel demandeur, tel refuseur, comme oo dit : A telle demande, telle réponse. 

Dans Cotgrave : 

A bon demandeur, bon refuscur. 
Et encore dans Le Roux de Lincy : 

A bon demandeur, bon esconduiseur (xve s.). 

Il me semble probable et même certain qu'on a dû dire plus 
anciennement, et d'une manière plus signifiante et antithétique : 

A haut demandeur, haut refuscur. 

Mais l'adjectif baît^ haut, a hardi, audacieux »s ayant à 
peu près cessé d*être en usage aux xv'et xvi* siècles, et n'étant 
plus compris, fut remplacé par heau^ qui avait la même conso- 
nance, puis par bon avec une signification ironique. Et ce qui 
me le fait croire, c'est ce passage de Chastellain où il dit du roi 
Louis XI {Œuvra y éd. Kervyn de Lettenhove, IV, 97) : 
« Mais a batid demandeur, hardy estoit dissenteur, n Au lieu de 
dissenieur^ Chastellain aurait aussi bien pu employer refuseur^ 
qui était déjà en usage vers le milieu du xiv* siècle : 

Helas f as povres gens sont muk de refuseur. 

(Gilles lî Muisis, Œuvres y ï, 339, Kervyn.) 

A* Delbdulle'. 



sont admissibles. — Le fr. a possédé aussi la forme répondant au ïatio 
damascena. damai situ {Qoxgrzvt^ etc.), au sens plus précis de « prune de 
Damas » (nous disons aujourd'hui damas), d*oû Vmi^l.damstn^damsin^ dam- 
im. — Réd.] 

l. [Il £iut cependant noter que déjà au xni< s. on trouve : A hon demandeur 
bon f5cottdmr(L€Roux de Lîncy, II, 472) ; de ra^medans un recueil manuscri 
que j'ai copié, où il y a seulement escondiseur. — P. M.] 



404 



MELANGES 



ROMANCWM ET GÀLLICUM 

I! ne nous paraît pas sans intérêt de signaler aux romanistes 
un document de 1460 où le romancium, 1 Genève, est distin- 
gué du gallkum : le premier désigne évidemment le parler local, 
le second le français de France. Le passage en question se trouve 
dans la publication si méritoire de M, Émiic Rivoire, Registres 
du Conseil de Genève (Genève, 1900), t. I» p. 463. 

(Du jeudi 30 octobre 1460.) 

Guillelmus Geûville.tenens permanuni nobitem Humbertum de Bona, 

alta voce dixit quod ipsî duo nomine Communitatts et populi hic existentis 
iiluc vénérant, et quod ccrtas raciones dcscripserant in duo foliis papiri, que 
în suis manibus lencbai ipsc Getixille, vidclicet unum ipsorura foîiorum in 
galico et aiiud in romancio, propter quas asserebant dictam levam lien non 
debere nec exigi, ymo cassa ri et revocari ; que duo folia papiri eidem D. 
archîiipiscopo ' tradîdit, iliaque peciit legi^ quibus receptis per D. archîepîsca- 
pum^ et ibidem folio galicali ïecio per Mich. Montions, consindicum, de 
manda 10 prefati Domini archiepiscopi, ipsi Genville et deBona supplicaverunt 
eidem Domino archiepiscopo, nomine Communitatis, ut super cootentts in 
ipsis foliis eisdem providere velit, tpsam levam revocando. 

Eug. RriTER. 

MAYENCE ET NJMÈGUE DANS LE CHEVAUEH AU CYGNB 

M. A, -G. Krùger, dans un article que nous avons piibtié 
(t. XXni, p. 445-449) sur le ms. de Berne du Chevaiier au 
Cygne y a fait remarquer que ce ms., ainsi que deux autres, 
renvoie comme source de son récit à une « estoire » conservée 
à Mayence, et il ajoute : « Cette allusion à Mayeîice offrira 
peut-être une nouvelle voie pour des recherches sur Toriginc 
de la célèbre légende du Chevalier au cygne, surtout parce 
qu'il y a encore d'autres textes qui mettent la scène à Mayence, 
par exemple la Chronique de l'abbaye dt Bragfte, écrite en tiii, 
et le poème allemand de Loljengrin, 011 le combat entre Lohen- 
grin et son adversaire Telramont a lieu près de Mayence. « 

M. J.-F.-D. Blôte, qui s*occupe depuis plusieurs années. 



t. L*ftrchevèquc dcTarentaise, administrateur du diocèse de Genève. 



MAYENCE ET NIMEGUH DANS LE CHEVALIER AU CYGNE 405 

STCc tant d'érudition et un zèle si persévérant, de Thistoire du 
Chevalier au cygne, qualifie, dans un récent article sur « la 
légende du Chevalier au cygne dans la Chronique de Brogne ' ^, 
cette conclusion d' « un peu précipitée ». Pour lui Fassertion 
du chroniqueur de Brogne est de pure fantaisie et n a pas 
d'appui dans un texte antérieur'; il en est de même de celle de 
l'auteur du Lohcngrin, Quant aux vers du poème français, en 
admenant qu'ils soient originaux, ils disent, d'après KL Blôte, 
précisément le contraire de ce qu^on veut leur faire dire. Le 
poète allègue bien au début une « estoire » qui se trouverait à 
Mayence; mais dans le récit même il place le combat aNimak 
(Nimègue), et la source alléguée, sans doute imaginaire, n'est 
placée ;\ Mayence que pour la rime. Ainsi la triple concordance 
qu'on a cm remarquer n'a aucune valeur, et Mayence doit être 
écartée purement et simplement delà légende du Chevalier au 
cygne. 

Sans insister sur ce qu'aurait de singulier Taccord fortuit, 
dans le déplacement de la scène, du chroniqueur namurois et 
de Fauteur du Lohengrin^ je veux seulement montrer ici que, 
contrairement à l'opinion de M. Blôte, il est extrêmement 
probable, pour ne pas dire sûr, que la chanson française 
mettait primitivement la scène à Mayence, et que Nimaie est 
une substitution postérieure, due à l'influence d'une autre 
version. 

D'abord, comme Ta remarqué M. Krùger, il n'y a que trois 
mss. du poème français qui aient ici gardé Maiencc; le quatrième 
du groupe qui contient cette laisse sous la même forme que le 
ms. de Berne, lems. B. K. fr. 12558, en général le plus ancien 
et le meilleur de tous, change ici Maience en Nimaie^ bien que 
cette substitution détruise la rime : cela prouve que cette 
substitution a pu être pratiquée dans tous les autres passages, 
où elle était très facile, Nimaie n'étant pas à la rime. Le ms, Biir- 
rois (aujourd'hui à Ashburnham Place) a employé un autre 
procédé : il donne en oiance pour a Maience. Les autres mss. 



î. Zeitschrift fur deuhches AUiftum^ XXIV (1900), p. 407-420, 
2. M. Blôie montre fort bien que îe chroniqueur s'est trompé en rattachant 
Mana&scs de Brogne à la famille de Godefroi ; maïs cela ne prouve pas du tout 
qu'il ait introduit arbitrairement Mayence Jans Thistoire qu'il raconte. 



J 



406 MÉLANGES 

(dont le ms. B. N. fr. 162 1, publié par Hippeau, est te type) 
ont supprimé le verset modifié toute la laisse. Nous avons donc 
ici la preuve de l*intervention des remanieurs pour remplacer 
Maiencc par Ntmak. 

Mais ce qui montre le mieux que Maience est bien la leçon 
primitive, non seulement ici» mais dans le récit même, où tous 
les mss* français donnent iV/m^J/V, c'est la comparaison de hGran 
Conquista de L/Z/m^/mr. Cette traduction d'une vaste compilation 
relati%'e aux Croisades nous donne deux versions du Chevalier au 
cygne K La première est un résumé placé à la fin delà traduction 
du poèrae perdu que j*ai appelé Isomberte {Rom., XIX, 320), 
Tune des versions des Enfants-cygnes. On y lit (h I, c, Lxvin, 
p, 1% a): E desfa tnmiera lo leva este cisne fasîa la costa de la mar, 
fasîa do caie el rio de! Rin en ella, é luego jueron par el rio arrilm 
fasîa que Uegaron à una ciudad que es en el imperio de Ahmania à 
que dicen Macn^a.., Eesta lidfttécerca de aquella ciudad de Maen:;a^ 
antc el emperador de Akmanla. Vient ensuite le poème lui-même, 
traduit d*après la version qui nous est arrivée. On y Ut 
(c. LXix, p. î9 a) : Una cinquesma fiio certes aquel empèradùr 
sobre dichoen una cimiad muy antigua, que agora llaman Maen^a, 
Il est vrai qu'un peu plus loin {ibid., p. 39 b}on lit : E teniendo 
esc emperador cor tes en Akmania^ en esa ciudad de Nimeya,., ^ Mais 
cela prouve simplement que le manuscrit français auquel 
remonte la traduction espagnole avait, comme ceux que nous 
avons cités, substitué Nimaie à Maienct dans les passages 011 la 
rime permettait de le faire. 

La plus ancienne version française ' du Chevalitr au^cygne qui 



f . Sans parler du passage de la Chanson (TAntioehe auquel je vîeiidnit tout 
il rhcure. 

2. Dans la suite on retrouve encore plus d'une fois Nimfya, comme dans les 
mss. français. 

' |, Comme racniion latine on lienl généralement pour la plus ancienne 
celle de Guillaume de Tyr; mais celle de Gui de Bazoches, qui se troti%-c 
dans une lettre écrite vers 1170. est sans doute antérieure. Je la cite parce 
que}cne Tai vue mentionnée nulle part depuis que Wattenbach Ta imprimée 
{Nttm ArchiVy u XVI, p. S6), et parce que je crois pouvoir restituer avec 
certitude un mot que Wattenbach n'a sans doute pas bien lu et n*a pas pu 
expliquer. Uauteur parle des gloires du Hainau et cite entre autres un héros 



MAYENCE ET KIMÈGUE DANS LE CHEVALIER AU CYGNE 407 

nous soit parvenue est certainement le court résumé qui est 
donné dans la Chanson d'Aniioche à l'occasion du différend qui 
s'est élevé entre Robert de Normandie et Godefroi de Bouillon 
parce qu'on a désigné celui-ci pour faire le combat singulier 
qu'on a prévu (mais qui d'ailleurs n'a pas lieu) contre un 
champion sarrasin \ Je le donne ici d'après le ms. B. N. fr. 
12558 (f** 100 r; même leçon dans 195, f° 148 rf), dont le texte 
diffère un peu de celui de l'édition (t. H, p. 180) : 

« Moût est (Godefrois) de grant parage, par Dieu qui fisi le tron. 

Bien avés 01 dire qui il fu et qui non : 

Son avie aduist uns cisnes a Nimaie el sablon, 

En mi le plain gravier au plus maistre donjon, 

Tout seul en un batel, aine n*i ot compaignon, 

Bien chaucié et vestu d*un paile d'auqueton ; 

Plus reluisoit ses chiés que penne de paon : 

Aine Dieus ne fîst un home de si bêle façon. 

Li cors fu moût pleniere, de la Surrexion : 

L'empererel » retint par itel guerredon 

KMl li dona moillier en celé région J, 

Une soie parente, d*un sien cosin Begon * ; * 

Terre bone e fegonde dona il au baron, 

E si le ravesti de Tonor de Buillon ; 

Puis li guia ses os, porta son gonfanon ; 

Volentiers l'en servi sans nule mesprison, 



qui accompagna Godefroi à la croisade (je n'ai pas actuellement le loisir de 
rechercher qui il a en vue). Voici ce qu'il en dit : 

Hic (= ict)tTZX ille ncpos faulis {W, satulis) militis cjus, 

Per vada cui Rheni dux fuit albus olor; 
Huic celcbris via Jherusalem duce cum Godefrido 

Multo Partorum sanguine parta fuit. 

1 . Tout cet épisode est d'ailleurs interpolé, et l'a été précisément en vue 
d'amener le récit concernant l'aïeul de Godefroi, récit auquel le texte du 
poème ne fait aucune allusion. 

2. Exemple à joindre à ceux que l'on connaît de l'affixation de / = /^ à un 
mot précédent autre qu'une particule ; le texte imprimé a : Sel retint Vempe- 
mes, 

3 . Le texte imprimé donne : Sel retint Vempereres par tel dez'ision Qu'il s'en 
poroit raUr sans nule contençon. Puis li dona moillier en celé région. 

4. Nos deux mss. ont Feiron, mais Begon du texte imprimé paraît meilleur. 



408 MÉLANGES 

Tarn que lî cisncs vint a le sainte saison', 
Le vassal en mena en un petii dromon, 
Par mi la mer salée, sans sigle et sans noton : 
Ains ncl pot retenir li roi» par ncsun don ; 
Moût en furent dolent li gent de sa maison ; 
Onques puis n'en oïrent autre di; vision. 

Le caracttTC primitif de ce récit est visible* Il ne connaît pas 
encore 1 épisode du combat singulier livré parle chevalîer,et n*a 
d'autre contenu que l'arrivée et le départ, également merveilleux, 
de ce personnage énigmatique* Il ressemble de fort près au 
récit (incomplet) qui concerne «^ Gérard Cygne » dans la Kar- 
lamagnus Saga et a celui que donne Hélinand dans sa chronique. 
Le f^iii que la ville où aborde le bateau conduit par le cygne 
est ici Nitiiègiie semblerait donc une forte preuve à Tappui de 
rantériorité de cette ville dans la tradition française. Mais il 
est extrêmement probable que nos mss*, ici comme ailleurs, 
ont substitué Nimaic à Mairnee, ce qui était facile, le mot 
n'étant pas à la rime* La Conquista, qui donne ce passage (L II, 
c.cr, p, 252 a) d'après un texte analogue à celui du ms, 12558 
(mais où était interpolée la mention du combat contre Rainier 
de Saissoigne), porte : ca à su abttdo trojo un cism al arenal de 
Nimaya la Grande^ à que agora dicen Maen:^a. Ce singulier essai 
de conciliation s'explique sans doute par le fait que le ms, 
français suivi par le traducteur portait en marge ou en interligne 
Nitftaif à côté ou au-dessus de MaUtut. 

On pourrait toutefois prétendre que ces diverses apparitions 
de Maycnce dans Toriginal de la Coîtqaisia remontent toutes à 
la mention première dt- Maytnce dans la laisse de début, 
mention qui renvoie simplement à une source écrite, plus ou 
moins fictive, conservée à Mayence. Mais le poérae lui-mcmc 
contient, si je ne me trompe, des traces visibles de la localisa- 
tion primitive a Mayence de l'arrivée du Chevalier au cygne (et, 
plus tard, du combat livré par lui). M. Blote (p, 416) trouve 
tout naturel que pour aller de Nimègue àBiUiillon le Chevalier 
au cygne passe par Coblence : cela parait toutefois asseye invrai- 



t. Le leicte imprimé porte i a h ice saison, qui est pctit-ètre tnriUeur; 
cependant la leçon de 12s s8 et 795 peut sigtjîficr que le cygne revînt à 

Pii^ues. comme H rî:tit venu. 



UN FKAGMEKT DE MARCO POLO 4O9 

semblable, tandis que Coblence se trouve tout natureHement 
sur la route de Maycncc à Booillon *. 

Notons encore que Mayence est mentionnée plus loin comme 
résidence impériale (v. 6357 ss.) : M. Blôte voit précisément 
là la preuve que si Maknce avait été mentionnée au début» on 
l'aurait laissé subsister comme on Ta fait ici; mais il n*y avait 
plus aucune raison de changer le nom, puisque Mayence n'était 
plus donnée comme lieu du combat : seulement ce passage 
semble indiquer que pour Fauteur (et cela s'accorde fort bien 
avec son temps) c'est à Mayence qu'était la résidence ordinaire 
de Tempereur. 

Je crois donc, en résumé, que la version proprement française 
de notre légende — celle qui Ta rattachée à la famille de 
Bouillon — mettait a Mayence le débarquement du Chevalier 
au cygne (et son combat judiciaire, inséré plus tard dans le 
récit), que cette version primitive a laissé diverses traces dans 
nos manuscrits, 011 d'ailleurs on a généralement substitué 
Nimègue à Mayence, et que le chroniqueur de Brognc, en 121 ï, 
suivait un manuscrit français, plus ancien que les nôtres, dans 
lequel cette substitution n'avait pas encore été opérée. 

G. P. 



UN FRAGMENT DE MARCO POLO 

La petite bibliothèque de Vevey (canton de Vaud, Suisse) 
s'est récemment enrichie de nombreux documents manuscrits 
provenant de la famille Hugonin, Tune des plus anciennes et 
des plus considérées du pays. En inventoriant ces nouvelles 
acquisitions, mon ami M. Hugéne Couvreu s'avisa que la 



1. \jà. géographie àc l'cpisode intercalé par îc poiite dans ce voyage du 
Chevalier au cygne est certamement très fantastique; toLiiefois les vers 562055» 
sont curieux et semblcni attester une tradition locale conservée à Coblence; 
je les donne d'après le ms* 12558 (f» 57 fr) : Et cil df Covdena et sergent et 
geïdon. Et a riche l>orjoîi qui sont de g tant renorif Firent faire un charnier^ que de 
fi U set on, Aprh la grant bataille et la destrucion ; Em portèrent Us mon par 
hone fHtenciony Que nn menjuccnt îeu ne serpent ne gripon ; Puis Us acci*tterent 
de antc et de sahlon ; À tesmoin en airai la gent de cd mmi \ La furent enfoui, 
s*i ol ([tant ptouri^m ; Encore i tst la crois qui fait la mostrùis&ti. 






4IO MÉLANGES 

reliure d un cahier de comptes de la fin du xvi* siècle ctaii 
faite d'un double feuillet de parchemin écrit en français et en 
caractères gothiques. Ayant détaché cette couverture, iirenvoya 
à M. Alfred Millioud, aide-archiviste à Lausanne, qui y 
reconnut un fragment de la relation des voyages de Marco Polo. 
Depuis lors, le manuscrit est exposé dans une des vitrines de 
la salle du Vieux- Vevey, au musée de la ville. E aété obligeam* 
ment mis à ma disposition pour une étude personnelle, dont 
les résultats sont consignés ici. 

Le parchemin est fort endommagé, sali, troué et grané^ ei 
offre une grande déchirure au haut du premier feuillet. Les 
marges ont été rognées pour la reliure, ainsi que l'indiquent 
les chiffres manquants à la numérotation des chapitre r 57 et 1 18 
(f*" 2, V*'). Dans Tétat actuel, la feuille dépliée mesure environ 
VI centimètres de largeur sur 20 de hauteur. H y a 26 lignes à 
la page. Quand la fin d'un mot ne coïncidait pas avec celle de la 
ligne, le scribe a fait usage d'une sorte de tiret ou de trait 
d'union. Les grandes lettres initiales de chaque chapitre sont à 
l'encre rouge. Un trait rouge barre les majuscules initiales des 
titres. Ces titres, ainsi que les numéros des chapitres, sont 
soulignés en rouge. Au jugement de M. Hippolyte Aubert, 
directeur de la Bibliothèque Publique de Genève, Técriture, 
très nette, est de la fin du xiv* siècle. Une main postérieure, 
Sims doute du xv*, a écrit en marge des premières lignes du 
chapitre 12? (f" ï, t^) une n (ou un u) et un 0, surmontés de 
signes d'abréviation. On retrouve en marge des premières 
lignes du chapitre j j8 (f**2, v**) une n (cette fois bien distincte) et 
un (% de la même écriture, surmontés également de signes 
d'abréviation et suivis des mots difficilement lisibles ; des ^fans\ 
Il me parait évident qu'il faut lire mia ou quelque chose 
d'approchant, La fuite et la capture des éléphants de combat 
(chap. 123) et la coutume chinoise d'exposer tes enfants 
nouveau-nés (chap. tjS) devaient frapper d'étonnement un 
lecteur français du moyen âge. 

Entre les chapitres 135 et i}6 (f** 2, r**), qui .se trouvaient à 
l'extérieur de la reliure, une troisième main a tracé les lignes 
suivantes, mémorial d'une naissance ou de quelque autre 
événement local ou domestique : 

Le VII Décembre 1577. ung fâmedi 
anvtron les III heure* après niidî. 



UN FRAGMENT DR MARCO POLO ^îX 

Le premier feuillet du manuscrit veveysan correspond à la fin 
du chapitre r2i et a la plus grande partie du chapitre 122 de 
Ttidition Pauthier; mais ce dernier chapitre (Ci dist emore de 
reste bataille) est numéroté 123, comme dans rédition publiée 
en 1820 par hi Société de Géographie de Paris d'après le 
manuscrit franco-italien B. Nat. fr. iiié. Le second feuillet 
correspond à la fin du chapitre 134, aux chapitres 135, 13e, 
137 et aux premières lignes du chapitre 138 de Fédition 
Pauthier, aux chapitres 135-139 de Tancienne édition : les 
numéros conservés concordent avec ceux de Pauthier. 

On sait que les manuscrits français dérivés de !a rédaction 
des voyages de Marco Polo faite pour Thihaud de Cepoy se 
divisent en deux groupes : d'une part (a) les manuscrits A, 
B, C, dont s'est ser\i Pauthier; d^autre part {b} deux manus- 
crits d'Angleterre, le manuscrit 5219 de l'Arsenal et le manus- 
crit 37 de Stockholm (G); sans compter pltisieurs copies sans 
valeur pour l'établissement du texte'. Grâce à Tobligeance de 
M. Camille Couderc, qui a bien voulu collationner pour moi 
quelques passages sur le manuscrit 5649 du fonds français de 
la Bibliothèque Nationale (C) et le fac-similé de celui de 
Stockholm, j'ai pu me rendre compte que notre fragment otfre 
un texte fort rapproché de ce dernier, quoiqu'il ne semble pas 
en être une copie. On ne saurait préciser davantage sans la 
connaissance des manuscrits de Londres, d*Oxford et de 
r Arsenal. 

Afin que de mieux informés en puissent tirer un meilleur 
parti que moi, je transcris ci-après, aussi fidèlement que 
possible, la leçon du fragment nouvellement découvert. Les 
lacunes résultant du mauvais état du parchemin ont été comblées 
à Taide du manuscrit de Stockholm ou de Tédition Pauthier. 
Une ou deux lettres, ajoutées par moi pour corriger des fautes 
évidentes, sont imprimées, entre crochets, en italiques. 



I. Voyez Tartide de M G. RnvTiLiud, dans In Romatiiii, XI» 429, 



j 



4r2 



MÉLANGES 



pô I, ro 



I 



[a toû^ km chastiaus et les hommes] par deiTus bien armes pour con- 
b{atre. Et puis ordcna ses honi]mcs a chcual z a pie mmX bien z Tagc- 
ment [comme sage roys quji eftoîî puis le mift alencontre des tartars 
a la bataille les quiex il ne trouuercnt mie efbahis ains fe dndrent bien 
ordeneement z (âgcnvnt contre leur anemis. Et qimiu il furent f\ près 
quît ni auoit mais lors que de laffembU-r lî cheual des tartars quant 
il virent les olilans fefpoentercnt en tcle manière quil ne les porent 
auant mener vers leur anemis ains fcntournoient tous iours arrîcre. El 
lî roys r fa gent a tout fes olifans aloient tous iours auant. 

Ci dift encore de ufti bataille. 

Et quant H lartar orcnft c]e veu fi en orent prî»nt ire z ne fauoîent 
quil peufTent faire, Cfar] il v[^]oïent bien quil ne pooienl auant mener 
leui cheuaus a la bataille z quîl auoîcnt tout prrdu. Mais leur cheue- 
laine fift comme cius qui tout ce auoit pcnfe. Et commanda maintenant que 
chacuns defcendift z mirent leur cheuaus ou bols qui près deaus eftoit t 
mirent main aus ars de quoy il fe feuent moux bien aidier nniex que 
nule geni qui fotent z iraïrent tant de faîetes a ces oUfans quil les 
naurerent et tuèrent la plus grant partie eo po deure z des hommes aulH. 
Et cil de la auffi traioient aus tariars mais li tartar cdoiem miex 
amie z miex fe fauoîent aidier des ars que cil ne faîfoient fj que qttam 
li olifant fentirent langoifTe des faicies qu[l IJeur venoient aufli menu 
comme pluie û fen tournèrent arriéres en fuie que pour riens du mond 
nalaflent auant v^rs les tartars. Et fen aloi 



fl 



cm fuiant en faifani fi g[ram bruit quil setnbloii que tout lij mofide« 
dcuft fondre z fe niireni [dedens le bois et aloient ça et] la rompant 
les chaftiaus. Et quaiw [li Tartar virent ce que l]i olifant eUoient tourne 
en fîiîe fl raontereni tantoft fur leurs cheuaus z alcrent fur leur anemb 
r recommcncbierent mm/t afprem^t la bataille aus efpees z aus maces z fc 
coururent lî .1. fur lautre mo»t felcnaflement c fe donnoient xooux grons 
cops. Car la gent le roy cftoîcnt trop plus que li tartar nêftoient. Mais 
il ncl^oie^rt pas fi bowne gent damies ne fi vfee en guerre, car autre- 
ment ne peuflent auoi[rj dure Ji lanar contreaus a fi po de gent 
quil auotent, la criée z la noife edoit fi grande z dune pan t dautre 
que on ni oift mie d[ieu ton]cr. Et eftoit la bataille moux grant z mont 
pefme z dune pûr[t] z dautre. Mais U lanar en auoient le meilleur. 



UN FRAGMENT DE MARCO POLO 413 

z de malc heure fu commenciee la bataille pour le roy z pour fa gent. 
Car tuit y furent mort z occis. Et quant la bataille ot dure duqucs a 
miedi. (i ne porrent plus endurer la gent le roy la force des tartars 
ains fe miflrent adefconfiture. z tournèrent [e]n fuie. Et quant li tartar 
les virent defconfîs (i aloient derrière chacant z occiant z abatant lî maie- 
ment <\ue cefte (/. c'estoit) vne merueille z vne pitiés a veoir. Et qwant il 
les orent vne pièce chacies fi ne les vaurrent plus fieuir mais retour- 
nèrent arrière z entrèrent ou bois pour prendre ces olifans qui eftoient 
laient fui z conuenoit taillicr les grans arbres z mettre au deuant deaus pour 
prendre les z auoec tout ce ne les pooient il [auojir fe ne fuilTent H 
homme quil a voient (sic) prins que miex les fauoient coftnoiftre que li ' ' 

tartar z cil les prenoient. car li olifant ont le greigneur entendement que 
nulle be 

III Fo 2, ro 

quil neft nus fe il ne le veoit qui le peuft croire Et porte cis nauies au 
manzy z au cauy 11 grant quantité de marcheandifes que ced merueilles. 
Et puis quant eles retournent (i reuienewt chargies dautres marcheandifes 
aufll. Si que cefl trop grode chofe des marcheandifes qui vont z vienent 
par ces .II. ([/Juns Or vous conterai dune autre contrée qui eft 
vers miedi. 

De la cite de linguy, x[x] 

C. VI. XV. 

Et quant on c(l parti de la cite de fmguy matu fi cheuauchc on 
vers miedi .VI. iornees trouuant villes z chaftiaus affes adont 
troeuue on la cite de linguy z par ce non meeme (a) * apele on 
la contrée z eft la dite cite chies du règne. Et eft moui noble et moût 
riche z font bonne gent darmes z y a aufti moût de grans marcheans il 
ont venoiffons affes z de toutes chofes pour viure a grant quantité. 
Cefte cite fiet fur le Hun que ie vous ai dit. Et y a affes plus grandes 
nés que es autres contrées. 



De la cite de pinguy. 

Quant on fe part de la cite de linguy deffus dite fi cheuauchc on 
.III. iornees par miedi z au chief de ces .III. iornees troeuue on 
la cite de pinguy qui moût eft grant z noble, il font ydre z ardent leur 

I . Cette lettre étant placée à Textrémité de la ligne, on comprend facile- 
ment que le mot apele ait été récrit en entier au commencement de la ligne 
suivante. 



c. VI. XVI 



4M MéLANGES 

mors, z font au gront .k. z oni raotiûoie de charttcs* il font àc ps^ 
marchMndjfes z de grans tnefûers t ont tbJc a moui grant plenic. Oâx 
cite eft aleotree de la grunt contrée de maagy c en cfH^c cite Ce chit|Qet 
Ti marchant des niarcheatidifes quil font mener en ta gr^nt contrée k 
mangy c<;fte cite reni grant profit au grtfm .kaan r ol a autre chose qui i 



[c.v] l.XVlf 



teuoir face. 



IV 



Dt la cite de cùmganguy. 



El quant on eft pam de pinguy il chcuauchc on .111, iomees vtn nU 
Et au chkf de ces .111. iorn<;es iroeuue on le grani flum ^ kcj» 
moraii qui vient de la l^rre du preftre iehen dont nous vous auc» 
conte par deuant le quel fltim e(l moui grans z larges plus âat 
mille, z û ell moui parions ù que grans nés vont bien dedeiis. ttyi 
mcmt de bons poi0bQs z de grans. Et fachies que li graa» X, a en a 

M 

flun .X. V. nayies z plus pour porter fcs os aus îlles dynde de me 
qtmni il en [est] befoîng. Car la mer ell a vne iomee près de cdlSL 
Et porte bien chacune nef .XV. cheuaus les hommes t les amaeuro i li 
vitaille qui leur faut z auoec ce a en chacune nef bien .XX, oian» 
niers Et fur ce (lum en ce liu dont nous contons a vne cite par itai 
vne autre par de la z a lune non comganguy qui eft m£»rt grawk î 
lautre a non cayguy qui ett petite. Et quant on pafle ce Ûum d 
entreon en la grant contrée du mangy. Et vous conterai comioem adt 
grflnt contrée du mangy fu conquife par te grant kaan. 



[C] VI. XVI 11 



Comment îi gram kaan conquiji k grmt contres du ma*igy 

11' fu voirs que de la grant contrée du mang}' e^ît fire^ vnTûiiea 
nommoit facfur qui mùui eftoit poîfTans roys de trcfor c de gent t^ 
<|ue po auoit ou monde greigneur de lui fors que le grant .loiQ. M» 
fachies quil neftoicnt mie ou paîs homme darmes que tous leur deJ» 
neftoît autres que de (cm 

Ernest Muret, 



1 . L'j majuscule très allongé, à Tencre rouge, se prolonge jusqu'ao faas à 
la page, le long des cinq dernières lignes. 




I Histoire de la langue roumaine» par Ovîde Densusianu. Tome 

I premier. Fascicule 1. Paris, Leroux, J901, in-8, xxxi-128 p. 

^^b>M. Ovide Densusianu, que connaissent bien les lecteurs dQ la Romania^ a 
^Bitrepris une oeuvre considérable et difficile. Il y apponc une pr^^paration 
peu commune, une méthode cxcellenie, et, ce qui mérite d'ùirt express<i- 
ment signalé, un esprit purement scientifique. On ne pourra apprécier cette 
œuvre d'une manière définitive que quand elle sera terminée, cl ce ne sera 
sans doute pas tout de suite, vu les proportions dans lesquelles elle est 
conçue ; mais dès à présent on peut dire qu'elle fait honneur 1 l'auteur et à 
la jeune école philologique roumaine, et à coup sûr M.Tobler, auquel l'auteur 
Ta dédiée ainsi qu*à moi, comme ayant été ses premiers maitres, ne me 
démentira pas si je dis que l'élève fait aussi honneur aux écoles où il a puisé 
les éléments de sa science et de sa méthode. Je me borne dans le présent 
article à annoncer cet important ouvrage, et à faire connaître le contenu du 
premier fascicule. Il est riche de faits et d'idét:s, et mérîie d'être lu non 
seulement par ceux qui font une étude spéciale du roumain, mais par 
tous les romanistes» M> D- est au courant de l'étal !e plus récent de 
la science jusque dans les plus petits détails ; il soumet toutes les opinions 
qu*il rapporte à une crhiquc personnelle et presque toujours judicieuse, et 
le point de vue particulier auquel il se place lui permet souvent d*écïajrer 
d'une façon nouvelle des phénomènes dont d'autres savants se sont occupés 
avant lui, 

L'Introduction est une brève et très instructive histoire de la philologie 
roumaine; Tauieur montre combien ont prédominé, cheî les Roumains, les 
préoccupations d'un patriotisme souvent mal éclairé, et proclame son ferine 
propos de s'affranchir de toute arriére-pensée étrangère à la science. Nous 
ne saurions trop recommander à la méditation» et cela dans tous les pays, les 
idées qui y sont exposées, et que résume ta conclusion : « Ce n'est pas en 
cachant la vérité qu'on sert honnêtement son pays; en procédant ainsi, ni le 
patriotisme ni la science n'y trouvent leur profit. Le vrai patriote n*est pas 
celui qui cherche à dénaturer les faits et à se tromper soi-même, et le savant 
oublierait son devoir s'il évitait de dire la vérité, quelque pénible qu'elle 



i 




416 COMPTES RENDUS 

doive être ' . » Ce i»ont là de nobles et fortes paroles, qut, nous TeipécioiUt 

trouveront en Roumanie l'écho et la sympathie qu'elles méritent. 

Le livre I est intitulé Les Origines. Il comprend jusqu'ici trois chapitres 
L Aperçu gén&al, La rùmanisalton de la péninsule balkanique i II, £.*i 
aulocblonc; IIL Le latin, ce dernier encore inachevé. Dans les deux prcmii 
se pose nécessairement ïa question du centre de formation Ju roumain. L'iu! 
ne fiiit qu'indiquer la solution qu'il développera dans la suite *Je son ou 
Elle est intermédiaire entre ce qu*on peut appeler U solution dadenncçtk' 
solution sud-danubîcnne. Il pense que tous les parlcrs latins qui s^éicoies 
aujourd'hui de la Moldavie à Tlsiric constituent la suite d'un Uîin viJÏgajre 
s'est parle sur les deux rivcs du Danube, et dont les diffcrences 
taies répondent aux diverses régions de ce vaste territoire: il croît ^m*^ 
resté des Ronmni en Dacie après l'évacuation d'AurcHcn, et que Inf 
langue, plus ou moins mêlée à celle des Romani de Mésie, de Micàkœ 
et d'Illyric, se continue dans le roumain actuel du rov^ume. Ccst du 
ce que je crois comprendre dans ces pages préUmiDAires. où Tautoir ae 
failqu'effîeurer cet important sujet. Il sera temps de discuter sonopr 
il l'aura motivée historiquement et philologiqucmcnt ; on verri 
trouvé des fais ^^ui obligent à admettre la persistance en Dacie, après Aiut* 
lien, d'une population romaine Comme d'ailîeurs ceux qui peoseot que It 
population romaine de la Dacie la quitta tout entière sous Aurélîenadmrtteâ 
forcément qu'elle transporta sa langue dans la Mésie où elle s'étiblii* L 
question est. au moins au premier abord» plus historique que Ungui$ti<|i>c 
il serait cependant intéressant de savoir si le routnain du royaume a cornet 
des éléments qui ne peuvent s*étre formés que sur le sol de raockase 
Dacie, Nous lirons avec grand intérêt ce que tauteur nous commurai^ikn 
sur ce point de ses recherches et de ses raisonnements. 

Sur la part de l'élément autochtone dans le roumain, M. D. se moairrtrè 
circonspect, et son bon sens — qui est d*un bout à Tautre k nuqsi 



!. M. D* A écrit sou livre en fraïis-airî. ce dont on doit le remercier, cm oc Irm | 
intéresse un cercle plus étendu que celui àcs personnes qtij Hseni cotinmnieiit U rot* 
niiiin.etqtiit même parmi les romanistes, ne s^nt p<is aussi nombreuses qu'on poitffadif 
croire. L*autcar, en général, mante fort bien notre Unguc ; il laisse cependant fustÉ 
écUapper quelques tournures légèrcinent «ncorrccics ou même uu peu éqoi*^^*» 
(par exemple l'emplot trop multiplié de Vadverbe hitti^ de nt pas manquer de potti t» P» 
itiifser (U, eic), qui ^ippeltentient ume révision un peu plus rigoureuse de U piiTtà 
quelque ami fra rusais. 

2. L'histoire de la romanîsadort partielle de la péninsule balLifiique olfît Ofllti^ 
mtni bien des lacunes, qu'il n'a pas été au pouvoir de l'auteur de camblci Ce fi^ 
ajoute d'hypotliêciqae aux faits avérés est généralement très plausible. M rer«»t é 
plusieurs reprises sur le fait qae le latin vulgaire d'Orient a de botiDt ' ^» 

Tâct beaucoup moins fréquent et intime que le Ittin vulgaire di J* 

d'Italie et de Gaule, avec le latin littéraire et scalaire, ei sur le cara^urc ^«. j.yjs»' 
ment t rustique a de ce latin ^ qui tient à ce que Tusage du latin dans les dasia lip 
rieures oe se maintiat pas en. Orient, comme en Occident, i côte de Ttna^f^pdl*^ 



O. Densusianu, Histoire dt- la lattguc nmnuiint' 417 

caractéristique de son livre — lui fait réduire à leur valeur, purement imagi- 
native, bien des systèmes ambitieux et illusoires. Si les Daces, les Tliraces 
et les lïlynens parîaicni» comme il y a lieu de le croire, des langues étroite- 
nient apparentées, les éléments « autochtones m que l'on peut trouver ou 
soupçonner dans le roumain ne donnent aucune indication sur l'endroit où il 
s*est formé. Ces éléments sont d ailleurs bien peu nombreux ci presque tous 
suspects. M. D. n*en trouve qu*un qui soit au moins très vraisemblable» le 
changement de et, es latin en />/, /»-<, qui se retrouve à peu prés tel quel en 
dalmate (vegliote) et en albanais, et qui db lors a de grandes chances d'être 
d'origine illyrieune'. On peut aussi admettre en roumain quelques mots 
illyriens. Tout ce qu^ona allégué d'autre en faveur d'une influence illyrienne, 
ihrace ou dace sur le roumain en général ou Tun de ses dialectes est plus 
que douteux et ne résiste pas X une critique calme ei méthodique* 

Le chapitre sur le latin est extrêmement intéressant et judicieux. C'est un 
tableau du latin vulgaire tel qu'on peut le reconstituer aujourd'hui, avec les 
lumières spéciales que projette sur certains points Tètude du roumain. M. D. 
admet en effet, avec les restrictions convenables, Tunité fondamentale du 
latin parlé dans la Rûmatm^ imité qui ressort déjà du relevé qu'il dtunne des 
particularités grammaticales des inscriptions latines propres a TEurope orien- 
tale, où ne se trouve rien qui ne reparaisse dans les inscriptions du reste de 
TEmpire. Ce tableau de latin vulgaire ne comprend encore que la phonétique ; 
la morphologie, lasyntaxeetle lexique seront étudiés dans le fascicule suivant. 
La partie déjà publiée est traitée avec un soin, une information el une circons- 
pection dignes de tout éloge* Elle sera mise à profit par tous les rom anistes, 
surtout si Fauteur a soin de munirson livre^ quand il serj tenniné, d*un index 
aussi complet que possible ^ 

Il ne nous reste qu'à souhaiter le prompt achèvement d*une œu vre qui 
manquait à la philologie romane et qu on n'osait espérer voir paraître de si 
tôt. Il y fallait en effet une connaissance générale de toutes les langues 
néolatines et des travaux dont ces langues, ainsi que le latin lui-même, ont 
été Fobjet, et une connaissance approfondie du roumain dans ses diverses 
formes. Il y fallait en outre un esprit vraiment scientifique, un )ugemeni clair 
et prudent, un sens historique et linguistique aiguisé. Il nous semble que 
M. Densusianu réunit toutes ces conditions, et il y joint, ce qui n^éiait pas 



I . Ici et co pluiictirs autres tnidroits. M, D. rencontre des liypothè»ei brillâmes cl 
aventurées de M. G. MohI ; il se comporte presque toujours k leur égird jvec un scep- 
ticisme qui me parait lotit à fait juKtîÂé. 

3. Quelques obscrvaiioos de détail sans aucune importance : p. jj et p. 74, ce qui 
e*t dît de dignum et mots pareils est peucbir; p. 7V» sur camisia Pauteur n a pu 
connmîtrc les retuarques récentes de M. Mcyer-Lùbkc<Dj> Httanunf^ tmCaliischrti.'p, 16), 
qui sont plus complètes que le* lieiinc* ; p. 109 : • les formes avec « (devant s] étaient 
seules employées en latin vulgaire Mjtsci : * les foniics sans « •* ; p. m, le fr. laiftt 
remont* à sanctum (de m» prov, samh)» cl non a * saut u m, 

f(iii*tamiA, XXX ._ 



41 8 COMPTES RENDUS 

moins nèccsi&AÎrc, uoc grande àrdtw et atie rare puissance de tnv^. Kotis 
espérons qu'il nous sera po&sîbic Je donner de son ou%Tage« qttmd le p f c o ii c r 
volume au moins en lurgL paru, un compte rendu plus dètaïUé, — et plus 
compétent, — que celui-ci, qui ne prétend être qu^one inoonce. 

G. P, 



Die Betoniuig Im Ganischen, von Wîlhclm Meyer-Lûske. Wlcn, 
Gcruld, 1901, tn-â, 72. p. (cKtrait des Sitiungibericbu de rAcadèmîe et 
Vienne, classe de philologie et d'histoire, t. CXLIII). 

Le mémoire de M. Meyer-Lûblce est consacré à réfuter la théorie de 
MM. Thurneysen et Zimmer d après laquelle l'accent aurait toujours fwrté 
en ancien gaulois sur la syllabe initiale du mot. L'auteur se fonde, pour déter- 
miner la pbce de l'accent, sur le développement phonétique, en français et en 
provençal» des noms de lieux gaulois ou considérés comme tels, et il conclut 
par CCS mots : « Les noms de lieux gaulois portent presque toujours t*mcoent 
sur b syllabe pénultième lorsque la voyelle en est longue, ou sur la 
syllabe antépénultième. Ionique la voyelle de la pénultième est brève. » 
D'après cela, le gaulois aurait eu exactement la même loi d'accentuation que 
le latin, sauf exceptions. Or il y a malheureusement des excepiîons — c*€st 
pour cela que M. M,-L« dit c presque toujours » — et ces exceptions sont 
déconcertantes. Les noms comme Nemu (Nîmes), Gap^ Troyis,àt Nemau* 
sum« Vappincuro, Tri casse s, indiquent une accentuation propAroxy- 
todique dont la cause nous écliappe. Maïs à côté de Kemst nous avons 
Nemoun, autrefois Nrmojf qui repose sur Ne ma usu m, prononcé comnse 
paroxy tonique. M. M.-L. fait justement remarquer qu'on ne peut pas parler 
ici d'influence exercée par le système de Taccentuation latine, lequel 
aurait transformé Kémausum en Kemiusum^ puisque c*est la grande 
cité de Nemausum, où b culture latine a été précoce et intense» qui pré- 
sente, dans jion nom actuel^ une accentuation anti-latine, undis que le nom 
de Nemours, bourgade obscure, est conforme aux habitudes latines. Aussi 
admct-tl qu*il y avait en gaulois deux accentuations différentes pour le 
même mot» tout en faisant parfois des efforts pour reconstituer une uniié 
primitive peut-être chimérique. Mais il ne croit pas que nous puissions arriver 
à percer le fond du mystère, et, content d'avoir montré que les faiseurs de 
théorie se sont trop hâtés^ il finit sur cette phrase : « L'accentuation d'une 
langue dont La tlexion nous est pour ainsi dire inconnue, et dont le vocabu- 
laire ne nous est accessible que sous la forme de noms de lieux ou de cours 
d*cau à signihcatton inceruine, ne pourra jamais être fixée avec certitude* m 

Dans le détail. M. M.-L. présente beaucoup de vues intéressantes, 
toujours ingénieuses^ mats auxquelles on éprouve quelquefois le regret de 
ne pouvoir s'associer sins réserve. 11 semble que son mémoire soit 
A la fois trop lon^ et trop coun. Trop long, car pour prouver que 



MeyeR'Lubjœ, Die Belonung im Gallisctjtn 419 

MM. lliurncysen et Zimm^r avaient ton , il ne falUit pas tant d*exemples * ; 
trop court, car si l'auteur tenait à mettre en œuvre des matériaux si nom- 
breux, il fallait^ pour en faire une critique approfondie, des recherches plus 
étendues et de plus longs développements. M. M.-L. puise à pleines mains 
dans V AUceUiicher Sprachschali de M* Holder, et il ne paraît pas se douter 
que beaucoup des identifications données par M. Holder n'ont aucune valeur. 
Il s'en laisse même imposer au point de ne pas reconnaître que Cavaroccay 
Corme ancienne du nom de Chavroche (Allier), de Chavetoche (Corrèze) et de 
mainte autre localité, est tout roman, et on s'étonne de le voir hésiter, lui qui 
est d'ordinaire si net, à proclamer que La Gtnehrét (Vienne) est le latin Juni- 
pereta et n*a rien de celtique. 

Voici les observations qui se sont présentées à notre esprit à la leaure de 
ce mlmoire. L'importance du sujet fera excuser la longueur de quelques 
discussions. 

P. 10. M. M.-L. $*efforce de rendre compte du nom de pays Berry^ si 
diâférent de celui de la ville de Bourges. Le nom de la ville représente Bîttj- 
Hges, ou plutôt l'accusatif Bitiirigas, fréquemment attesté à l'époque 
mérovingienne. M. M.-L. croit que Berry correspond à Bituricum, et il 
considère ceBituricum comme une latinisation effectuée par le déplacement 
de l'accent et la substitution de la désinence -îcumà la désinence -iguni. 
Cette hypothèse soulève beaucoup d*objections. Il est extraordinaire que la 
désinence atone -igas du nom delà ville ait été maintenue telle quelle et que 
la désinence -îgum du nom du pays ait été ainsi retravaillée. D'autre pan, 
le provençal Beiriu ne peut pas s'expliquer par Bit u ri c u m , qui aurait donné 
Bdric : on a beau citer amiu pour amie ; il faudrait que amiu appartint à 
la région provençale voisine du Berry (tandis qu'il est catalan) pour nous 
faire accepter cette explication. Il y a longtemps que Bfiriu me préoc- 
cupe. Je le considère comme sorti d'un adjectif •Biturigîvum, refait sur 
Bi tu ri g es ^vcc le suffixe -îvum, et qui s'est de bonne heure réduit 
i •Btturgivum, Bîturivum, Pour l'absorption du g, comparez le prov, 
dapinisser^ de "deexpergiscere, 

P. lo-ii. M. M.-L. disserte longuement sur 'Apï^yivoua, nom donné par 
Piolémée â la capitale ât^ Viducasses, aujourd'hui Vkux, dans la Table de 
Peutinger Aregcnuc. U est dominé par cette idée que le nom gaulois est 
représenté aujourdliui par Argmùu. Mais il n'y a aucun rapport entre le nom 
lie la capiuîe des Viducasses et le nom du fleuve breton Arguenon, que àts 
géographes improvisés ont estropié en Argetwu 

P. 14, M. M.-L. déclare qu'il renonce àexpliquer.'/r/fj, comme il l'avait fait 
juitrefoiSy en partant d'une forme gauloise A relate acccnluée sur la première 
sjflbbe; il s'attache ensuite à démontrer que la syllabe I a était â la fois 



I. n y a pourtant an oubli fichetix, c'est celui de U riche série des noms en 
«oiilum. qui mèritaii une atteatioo spécliile; l'auteur en mendoniic un ou deux 
îiKîdemmeat. 




420 COMPTES RENDUS 

longue ut tonique; finalement^ il déclare que Texplication que j ai donnée i 
h formation du nom roman Arks est la bonne. Mais on ne peut approuver 
mon explication sans accorder du même coup que la syllabe la était atone, 
puisque ïa voyelle a ne peut devenir ecn provençal que quand elle se trouve 
immédiatement après la s>'lbbe accentuée dans un proparoxyton : Arks 
représente le proparoxyton Arlaium. Je n^ai rien à dire contre la loDgueur 
du la syllabe 1 a, d'autant plus que ta quantité Arêlâtè (vocatif) se trouve 
chei Ausone; mais rien m: prouve que Arelatum n'ait pas été lui aussi un 
proparoxyton. M. M.*L. croit reconnaître le même nom dans A Ira te, qui 
figure sur une monnaie mérovingienne et que M. Holder identifie avec ArUi 
(Haute-Loire): j'ai peur que rideniification ne vaille rien au point de vue his- 
torique ; en tout cas h désinence provençale -tt (car la Hauic-Loirc est notoi- 
rement du domaine provençal) ne peut remonter à une désinence *atum 
accentuée sur 1* a. 

P. IJ. Loiret est un diminutif français de Loire; l'hypothèse d'après 
laquelle il se rattacherait au nom que lui donne une vie de saint, Lîgcricus 
(que M. M.-L. corrige en *Ligef iccus), est tout â fait invraisembUWc. Si 
les Gaulois avaient fait un diminutif, c'eût été probablement 'Ligeriscus; 
comprez Angcriscus, «le petit Indre », aujourd'hui Vlndrois, 

P. l6* M. M,-L. donne comme formes actuelles de Agi n nu m Ajan et 
A fui»; A fan est sans doute un lapsus pour A^en, qui correspond bien a 
Aginnum; quant à Ajain, qu'il a emprunté à M. Holder, et qui est le nom 
d'une commune de la Creuse, j'ai fait voir qu'il remontait à ^Acanium 
(RnKcelL.XX, 438). 

Ibid, On ne peut pas affronter sans commentaire Fienm et Axuenna 
comme le fait M, M.-L,, car dans yienne il y a Fr <Vicus, et rét3anologie 
*EHm < Axuenna irait directement à rencontre de la théorie de Tauteur, 
puisqu'elle supposerait que Axuenna est pour Je moins un proparoxyton. Je 
ne sais comment expliquer Axuenna, forme concurrente de A xona, nom de 
la rivière que nous appelons aujourd'hui Aistu. M. Longnon dit que Fiennf 
estVicus Axonac, mais il ne donne pas son sentiment sur Axuenna. 

Und, Cavennae, qui vient de M, Holder comme nom primitif de 
Cl^vannes (Aîn), est du gaulois de fantaisie : tous les Chxvûnmu Chabanna 
et Qtbannts de France remontent au nom commun capanna. 

P. 17. M. M,'L. pense que pour chemise il faut partir de camisia et que Vi 
du français et du provençal peut être dû à t'influence des livres; c*est bien 
invraisemblable Le roumain et te rhétique postulent un i bref, soit; mais 
le français et le provençal ne postulent pas moins impérieusement un i long. 
P. 18. La longue digression sur Lisitux n'est pas claire» L'auteur oublie que 
Liste ux est Limuts dans les plus anciens textes français, et que Wace, par 
exemple, le fait rimer avec Baiems^ lieues et trieues. Il faut donc panir d*une 
forme populaire 'Lixôuias, dont l'origine précise reste ^ déterminer. En 
tout cas, le son uu s'explique, non, comme le dit M. M.-L., par ô -h î, mais 
{»r 6 -h " » ï*' * ^"^ disparaître de bonne heure. 



Meyer-Lûbke, Dit Betonung im GaUischn 421 

P. 23, Uauteur hésîte beaucoup sur b genèse de Vdùhrègxtc (Gard). Il le 
place dans la série des mots composés dom le second ciémem est brîga ; puis 
a se dcm^Ltîde sî l'on ^Kceniuait V o lob rigii comme paroxyton, ou comme 
propAroxyton ; finalement il semble considérer comme primitive une forme 
Volohrica, proparoxy tonique» qui se serait développée comme fa brica, 
devenu /aW^tf par suite d'un déplacement d'accent qui n'est pas aotérieur à 
la période romane. Les textts du moyen âge donnent souvent Vol obrica, 
et il est bien probable que telle est la forme primitive. 

P* ij. Je lis avec stupéfaction qiie« fir/o«Jt-sur-Bouionne est remarquable 

parce qu'il représente le nom plur. Brivae ou le loc. plur. in Brivis, 

comme Aix de in Atjuis. » L'auteur, entraîné par le Sprachsclxiii, a 

oublié ce qu*il avait dit à ïa p. 19: Britmx représente simplement Brigio- 

, 5um. 

P. 27. M. M,-L. croit que Aiitun^ autrefois Ostefm (dans le Saini Ugn 
Ostedittt) j remonieà \ine prononciation avec double accent Aiigustodùiium, 
et non à la forme syncopée Austod unum, qui, dit-il» aurait donné en ancien 
français *Osttin. Mais autant il est naturel qu'îï y ait un accent secondaire 
sur rinitiale de Eburodunum, d'où Embrun^ autrefois Ebreiin, parce que 
le premier élément Hburo-estun proparoxyion» autant il est invraisemblable 
que dans Augustodunum l'accent secondaire n'ait pas frappé la sylbbe 
-gus-. Je ne vois pas pourquoi le -si- de Austodunum n'est pas aux yeux 
de M. M.-L* une raison suffisante pour explitjuer le maintien de la voyelle 
proionique dans Osteûtt^ surtout quand je constate qu'il cite lui-même Crrvon 
de C e r v e d 11 n u m (lisez C e r v e d o n e ), Brancimi de B r a n c e d u n u m , Tor- 
z^éùn de Tolvedunum, etc. Cette question du maintien ou de la chute 
de îa voyelle protonique aurait gagné à être traitée d'une façon spéciale ; elle 
offre encore bien des obscurités. 

îbid. M, M,-L. donne sans sourciller T identification Camhon < Cambîd u- 
num.Or Cambidunum n'est pas formellement attesté en Gaule, A l'article 
Cambodunon, M.Holdercite plusieurs monnaies qui ^n^m Camhidonno^ 
Camdonno, etc., en faisant remarquer qu'il faut les attribuer à Kempîtn, en 
Souabe, et non à Cambon (qu*on écrit ordinairement Campbon)^dÀns la Loire- 
Inférieure, Je n'ai pas à me prononcer sur Tattribution des monnaies à Kemp- 
ten ou .'i Campbon, et je suppose que M. M-L. n a pas plus que moi étudié 
la question au point de vue numismatique. Mais j'aurais voulu le voir protes- 
ter contre le sans-géne phonétique de cenains celiis^mts qui nous disent que 
Cambidonno est pour * C a m b i d u n u m . La phonétique romane nous 
montre clairement qu'il y a eu des mots gaulois en -dono ou en -donc 
et d'autres en -donno, quil faut distinguer des mots en -dû no. Le type 
Cambidonno paraît être représenté par Oximh^ùn (Haute-Î.oire) ' et par 



t. Romaniû, M, t6). 



421 COMPTES RENDUS 

Chambéûn ÇLûko), C*est au contraire un u^jc en -donuni que nous devons 
n^connaltrc non .seulement dans le Mulsedonum dont il sera «^uc^tion un 
peu plus loin, mais, par exemple, dans Vtse^oux (Haute-Loire), appelé eecUsia 
Vtiedottensis au commencement du xn« siècle '. On ne fera de progrès dans ta 
connaissance du gaulois que par la méthode phonCliquc b plus intransigeante. 

îhid. Je ne puis prendre au sérieux ridentification, au point de vue philolo- 
gique, du nom gaulois Uxellodunum avec le nom d'un village de b corn* 
mune de Vayrac, Lt Puy (fhiolu^bicn que l'auteur rapproche ingénieusicnnciit 
fssolu de Besûlù^ nom catakm de Bisuldunum. Je ne suis même pas sûr que 
le nom gaulois des localités qui s'appellent aujourd'hui Issoudun ou Exoudun 
fût U X e I î o d u n u m ), car U x e 1 1 o devait avoir un u long, qui se retrouve 
aujourd'hui dans Ussfl fCorrèzc), au moyen âge UnseL Le plus ancien 
document où figure le nom û'issaudun (Indre) est de Tan 9S4 : il porte une 
fois Uxcîodunum et trois fois Auxellodunum (La Tliaumassièrc, 
Cottt, du Berry^ p. 6<^7). La diphtongue a u s e:it conser\*ée dans ta forme pro* 
vençale du nom de cette ville, comme on peut le voir par le vers t8 du sir- 
ventés Pok ah haros de Bertran de Bom, où tous les manuscrits donnent 
Hsîaudun ou Issaudun. Il serait donc sage de partir d'un tA7>e primitif •Auxel- 
lodunum» devenu par métathésc *ExaullodununK 

P. îj. M, M.-L. emprunte T identification Mulcedunum > Muiùdan k 
M. Holder, et il se trouve fort empêché pour expliquer le rapport des deux 
mots* Ils n'en ont aucun. Mumdan, en patois Mtntiisido, autrefois Moisùdd^ 
vient de *Moxitanum, que Ton peut lire, par exemple, dans b chronique 
d'Adémar de Chabannes, sous la forme déjà en partie romanisée Mox/danum : 
b phonétique locale ne peut pas admettre autre chose qu'un t primitif pour 
rendre raison du d médial. Quant à Mulcedunum, il nV'xiste pas. 
M. Holder Ta emprunté â Juks Quicherat, qui Tavait déduit d*un Mulsc- 
donura, mentionné dans b vie de saint Géraud d^Auriîlac, que le vicomte 
de Gourgues a eu Tidee étrange d'identi6er avec Mussidan. Je ne sais pas 
quelle est Tidenti^cation qui con\nent au point de vue historique ; mais il y 
a en Limousin un Mulsedonum bien authentique, mentionné sous cette 
lorme au commencement du x« siècle, et qui s'appelle aujourd'hui Mùnaanx 
(Cx»mèj&c), au moyen âge Mohfà et Molctè, 

P» 56 et X Ce que dit M. M.-L. des mots en -durum est tout ^ (ait nou* 
veau. îl pense que les cel lisants ont tort de voir dans cette désinence un ancien 
d û ru m , car toutes les vraîsemhlance-s sont en faveur de d û r ura , mot de sens 
incertain, mais qui peut avoir >ignifié • porte », comme le dit le biographe Je 
saint Oyand,qui interprète Isarnodorum par « pone de fer »* A propos de 
NanUrrtyïtkUicMT rétraae — devant les objections de M. G. Paris — U théorie, 
qu'il avait d'ailleurs exprimée avec réserve et qu'on a exagérée depuis, d'après 



i« Hfimanht VI, 264^ 



NOACK, Dif Stroplxnausgan^ in der altfr, Lyrtk 423 

likjufrllc l'accent aurait une influence sur le traitemeni des consonnes en 
français. 

P. 45, Limogei ne peut pas venir de Limo(i)ca5^ comme le limousin 
mija vient de mica, car la forme indigène ancienne esi Lttnol^ts, qui semble 
postuler • L e m o d i c o s , comme meige remon te à m e d i c u m . J e ne m'cx- 
plîquepas d*ailleurs l'origine de ce d, qui appamîi dès >4i dans k suscnpnon 
d*un «ïvêque au concile d'Orléans : Roricim cpisco^ns eclmae l^modue. 

P, 50. M, M,-L. explique fort bien que le nom de la rivière d'Eure repose 
stirAtûra» pour Autûra, et non sur •Aiitùra; il aurait été bon de rap- 
peler que Wace (ait encore Eure de trois svllabes et le met à la rime avec par* 
Irûn, Unturty, cure, 

P, çi. Ce qui est dit de la rivière â'AlUer n'est pas clair. AUitr se rattacha 
bien, comme le dit M, M.-L., à Elâris» forme employée, par Sidoine 
Apollinaire; mais il faut ajouter qu'il y a eu substitution de k désinence -ter 
à b désinence normale, qui devrait être -tr, ou bien que dans le latin vulgaire 
Elaris est devenu *Eïarius, L'effort que fait l'auteur pour rattacher El ari s 
à E laver» forme employée par César et par d'autres, est sans résultat, 

Ihid, M. M.-L, suppose que Lactura a pu être d'abord un proparoKV- 
ton et qu'il y a eu ensuite déplacement d'accent dans b période romane, d'où 
Laiiâra, Ltctoure. Mais l'orthographe avec u est si rare qu'on peut n'y attacher 
aucune importance et partir de Lactôra. 

P. 5a. M. M,-L. se refuse à admettre que le gaulois ait connu raccentuation 
C ô n d a t e à . côté de C o n d îI t e , à cause d es no mbreu ses form es (Condat ^ 
Cand/) qui attestent Conddte. Quant à Candes^ Condes, Coftdrrs et Cosm, 
qu'on explique ordinairement par Côn date, il est porté à les considérer 
comme des formations régressives. C'est bien in\Taisemblable, La forme 
Condidâ, qui désigne Cosneà la fin du vi« siècle, témoigne clairement que 
le mot était proparox y tonique, 

P- 55. Fanius doit s'expliquer par une métathése : "Veienls, pour 
V^enetis, comme Cfxtrtres, de 'Carton is, pour Carnutis, et rancien 
^nçm sennt, de *svdonum pour synodum. 

A. Thomas. 

F. NoACK. Der Strophenausgang in seinem Verheeltnis 
zum Refrain und StrophenKruQdstock in der refï*aln- 
haltigen altfraiizcBsIsçheii Lyrik; Mnrburg, 1899, in-8 de 
163 p, (Ausgabenund Abliandlungen, n" XCVIIt). 

Pour bien comprendre ce travail, iî est nécessaire d'avoir présent à l'esprit 
l'article de M, Stengel sur la formation de la ballette et sur le rapport qui, h 
l'origine du genre, unissait le refrain au reste de la strophe ^ M» Stengel 

I. Ztiitckrift fèr/tûniatiscbe Spraeht und Litirrotar, XVI II (1896), p. 8$-ll4. Dis* 

moQ dépouniement de cette rc%uc (voy. plui haui, XXVIllt468) j*ai dÛ me bornera 
réiumer bnèvemient les coiictuston^t de cet article, aa lieu de le discufer en dctatl« 
comme je l'eu use désiré. 



J 



e 

1 



424 COMPTES RENDUS 

divise cdle-ci en trois parties : !<• le corps {Grundstock}; 20 b coda (jel 
duis comme je puis le mot Ausgafijt^); 5*^ le refrain. Selon lui, dans les 
anciennes formes du genre^ le refrain étaiï identique à la coda au double 
point de vue de la rime ei du nombre des syllabes; puis la coda s*éloigoa de 
plus en plus du refrain pour se rapprocher d'auunt du corps de la strophe, de 
sorte que, eu fin de compte, la strophe de la ballette ne différa plus que par^B 
le refrain de La strophe de la chanson. Cest cette théorie qu'un élève de^l 
M. Stengel, tividemment sous l'inspiration de son maître, qui a du reste 
collaboré à son travail, essaie aujourd'hui d*appliquer à révolution de la 
strophe de la rotrouenge\ M, Noack divise les strophes de rotrouenges co 
trois groupes : dans le premier le refrain coïncide parfaitement avec la coda; 
dans le second il ne coïncide avec elle qu'imparfaitement ; dans le troisième 
il ne coîncide^plus du tout. Chacun de ces trois groupes à son tour se sutwli 
vise respectivement en deux, deux et trois catégories (je néglige naturcUemcntj 
les particularités de détail). 

Prenons comme type du premier groupe le schéma aa \ h \ B. Dans la 
première catégorie (5 14-Ï7) la coda (b) est indépendante du corps de U 

strophe, soit par la rime, soit par le nombre des s\'llabes : J g 1 lo l 

Dans la seconde (g 18-24) la coda est rapprochée du corps de la strophe par] 
une rime reliant le premier vers de Tune au dernier vers de Tautre (ici rédi 
à un vers unique) : a \ ab \ AB, ou par laddition d'un vers ou <r dîesis m * 
(ici *ï}qui, associé avec le premier de la coda (b), produit ta même succession 
de rimes que dans le corps : ab ab \ a \ bc \ BC. ^ 

Le deuxième groupe se divise également en deux catégories. Dans ^ê^Ê 
première (5 2 $-47) la coda est rapprochée du corps de la strophe en ce que " 
son premier vers est calqué sur le vers précédent : aa | o^ { BB ; dans U 
seconde la coda coïncide exactement avec le corps ou la fin de celui-ci :, 
abab \ ab \ CB. 

Le troisième groupe se divise en trois catégories : dans la première (J S**^ 
5) la coda est rapprochée du corps (cL II a) : ah ab \ bec \ DDD; dans ^ 
seconde (S 54-68) la coda coïncide avec le corps ou la fin de celui-ci (cL Ufr) 
ab ab \ ab \ CC ; dans la troisième (J 69-76) la coda se confond avec h 
corps : aaa \ aa | BB. 

Voili une construction qui est à la fois savante et si m pie « et qui plaît 
par sa rigoureuse symétrie; mais elle a^ ce roe semble, le double ton 
de reposer sur une pétition de principe et de ne pas tenir un compte suffi- 
sant des faits. 




I. Je crois ponvair employer indlffèremmeot ce ternie et celui de « ch^juoo A 
r<frain •. 

a. Ce terme, emprunté *u grec, cit. comme on le »it, employé p«r Dante dam le 
Dr rmljiari Ekkfitgntiu (II, to) ; il désigae rendrott où se fait la transition de U 
strophe (fm1/f) ex la partie non divisible (coda). Voy, G, Giuliani, Oprrf Ulint diJ 
Ùemit MigUieri, {, p. 70^ et la note 181^ et aussi J. Mari* dans Studj di filolùgia r<om9w^mw\ 
t. Vîir* ;«. 



SUl 



NoACK, Der Sîrophenausgan^ in der altfr. Lyrik 425 

La pétition de principe consiste i assimiler la strophe de la rotrouenge à 
celle de la ballette. La théorie de M. St. sur la formation et révolution de ce 
dernier genre nie paraît vraisemblable, au moins dans ses grandes lignes : 
dans une chanson â danser, chantée alternatîvt^mcnt par un soliste et un 
chœur, il est naturel que le choeur se règle sur \< soliste : celyi-ci représente 
la pan d'invention, rinitiative: celui-là n'a qu'à le suivre; et les mouvements 
symétriques de la danse supposent également une symétrie dans les mélodies 
qtii la dirigent. Mais en est-il nécessaire; ment de même dans la strophe de la 
rotrouenge? Ici k refrain peut être chanté par un chœur, sans doute, mais 
Tessence du genre n'implique pas forcément la participation du choeur, et le 
refrain peut être chanté aussi bien par celui qui exécute la chanson '. Or on 
ne voit pas pourquoi le refrain n'aurait pas formé une partie indépendante 
du couplet, ayant son existence et sa physiononomie propres. 

G^s observations me paraissent particulièrement incontestables si on les 
applique» non aux exemples les plus anciens du genre, plus rapprochés de la 
source populaire, mais aux chansons purement courtoises, où le refrain n*est 
qu'un ornement artificiel. Ici il me paraît de la dernière évidence que nous 
avons aflaire, malgré la présence du refrain» à une strophe de chanson ordi- 
naire, dont il faut chercher l'origine dans les procédés propres à la poésie 
courtoise, et non dans Thistoire de la poésie populaire. Soient les formes 
suivantes (citées par M. Sien gel, p. 18-19) : 

abab \c\ € dl>D 
abab \b\ ac CC 

Il est évident que nous avons là une application très simple du principe 
de la tripartition, et c est considérer les choses sous un angle bien singulier 
ou plutôt c'est vouloir ne rien comprendre à la construction de la strophe 
courtoise que dVxplïquer le cinquième vers comme une ^ diésis n, une 
îmercalatîon postérieure destinée à ménager ta transition entre le corps de la 
strophe et la coda. 

Cette fausse interprétation conduit M, K. i des hypothèses plus que 
fantaisistes : ainsi (§ 34. p. 20) il cite uiuic une série de formes strophtques 
« où le refrain est réduit à un vers unique, où cependant la construction 
modifiée (?) de la coda suppose originairement un refrain de deux vers » : 
ainsi a a \ a b \ B |B] 

abab \ b i\ C [C] 

On ne voit absolument pas pourquoi le refrain ne correspondrait pas 
uniquement au dernier vers de la strophe*. 



1. Cerciins refrains nWt pu être chantes qae par le îongleur s'adressant îi un aydi* 
toire : Or orrt^ja CûPmHi k htU Aiglantine esffhifa (Romani^n, I, a). 

a. Dans la jolie chanson de (i. de Bçrnevillc (Raynaud, \i7). en. . . , « 

M. N. suppose (Jl Ht 6) ^ue. originairement (on ne von pa* au juste ce qu'il enteni 
|»r là), le refrain comportait un ¥crs de plus [Bl. Ht il suppute pc^ur cela sut une 



42^ COMPTES RENDUS 

J'ai dit plus h^iuc que la théorie de M. N. ne tenait pas un compte sutTisant 
des faits. 11 est évident qu elle acquerrait surtout de la vraisemblance st la 
série d€s transformations strophiques qu'il propose avait une base chronolo 
gïque, si aux formules qu'il place en téie de cette série correspondaient les 
pièces les plus anciennes^ et ainsi de suite. Mais il n'en est rien. Je sais bien 
qite la plupart des textes lyriques dont il s'agit, étant anonymes» sont diffîctJes 
à dater exactement. Mais d'autre part on ne saurait fermer les yeux à un fait : 
c'est que M. N, considère comme le dernier terme de l'évolution précîsémcni 
la forme strophiquequî appâtait dans les textes les plus anciens, les plus sûrement 
voisins de la source populaire. Pour lui ce dernier terme (5 69, p. îj) est 
constitué par une forme où la coda se confond avec le corps» où elle a pdtr 
conséquent disparu : a a a , .hB. Mais cette forme est précisément celle des 
chansons de toile, où il est naturel de voir l'origine et non riiboutissement 
de toute cette évolution. Ici, et cela est significatif, le parallélisme imaginé 
par M. N, ne se trouve p.ts une seule fois; s'il existe au regard de la rime, il 
n^existe pas au regard de la mesure, et inversement. Je dirai plus : il ne 
pouvait pas exister rigoureusement : eu effet s'il y eût eu correspondance 
exacte, dans la rime et la mesure, entre le refrain et les derniers vers de la 
strophe, comme celle-ci se compose de vers isomètres et monorimes, le refrain 
ne se fût plus distingué de la strophe : aussi le vers refrain, quand il est de 
même mesure que le vers de la strophe, est-il séparé de celle-ci par une brève 
exclamation ou un vers plus court, qui marque nettement le commencement 
du refrain (Roman^en, li 4; I, ^)- 

L'exposé de ces théories n*occupe que la moindre partie du volume de 
M. Noack. Le reste esi constitué par divers appendices : le premier (p*4i-50 
est consacré aux refrains de caractère musical le second (p. 46-59) aux 
w mots refrains n et aux changements apportés dans la teneur du refrain ; 
il n'y a guère là qu'un exposé de &its, qu'on saura gré à M. N. d'avoir 
recueillis. Dans un troisième appendice (p. S9-7^)» ^- Stengel donne un 
commode tableau des fomîes étudiées par M. N.,avec renvois aux paragraphes 
afférents. Viennent ensuite deux chapitres, quelque peu inattendus, l'un 
(p. 71-78) sur « les chansons avec des refrains », l'autre (p, 78-97) sur troit 
genres qu'on s étonne de trouver ici réunis, la chanson de toile, la pastourelle 
et la chanson. 

Bn somme, les théories de M. K. peuvent être caduques; mais il a eu «tu 
moins le mérite de réunir et de classer une grande quantité de faits dont les 
historiens de la versification feront leur profit. 

£1 est regrettable qu'il se soit glissé parmi ses constatations un assejE grand 



I 



hAlIctte (Oxford, i\" aS), construite sur le mcme vompii. mais où râ44ition du second 
vers refrain est une pure hypothèse de M. Siengcl. C'est donc édifier une hypothèse 
»ur une bypothèie. — Rien singulier auss» est fe choix de certains exemples t dtnt k 
n* Î096 (î î4. 8) le refrain est constitué pr le seul mot mari*\ Quelle peut être alors 
U tMs« du panflèHsme cherche par M, N. entre le refrain et les deux dcmiei^ vers de U 
«odar 



NoACK, Der Stroptmmus^ang in âer altfr. Lyrik 427 
nombre d'erreurs. Je n'ai uaturellement pas vérifié toutes ses formules ; 
mais dans le petit nombre de celles que j'ai étudiées, plusieurs se sont trou- 
vées inexactes; beaucoup d'autres sont corrigées à V Errata, Ainsi, sur les 
îi formules données dans les quatre premières pages (6-9) (auxquelles je 
me borne)» neuf ont été corrigées par l'auteur. Les suivantes(soit huit autres) 
auraient dû l'être aussi. 

.^ ^1 13 ijj Pi 
S 14, n*» I (Raynaud, 67) : la formule est „ „ « * 11 nV a nuï doute 

<|uel 'avant-dernier vers soit de 2 syllabes: str, ÎI, v. }, corr, hedi m* arme a dm 
J'ira lai (au lieu déferait a dm), ce qui rétablit la rime. Lcms, Pb^ (fol. 153) 
donne une strophe de plus, où se retrouve exactement le même compas*. — 

SHd., no 5 (Raynaud. iS9S):la formule est ^/^ ^j\'j't^ ^7 ~^^'''* 
no 7 (Raynaud, 16S8) : c'est gratuitement que M. N. suppose la nécessité 
«J*ajoutcr (d'après V Errata il faut en effet substituer lA] ï (A) ) un vers au 
refrain (voy. plus haut). — §15, n» i (Raynaud» 1259) : les deux derniers vers 
ont féminins. — îbid., no 6 (Raynaud, 1489) : supprimer c d ç d\cts quatre 
'^•ers n'existent pas; cet exemple est par conséquent à déplacer. — îbiâ., w 7 

<^Ra\*naud 71) : les vers 7-8 font refrain : écrire par conséquent g g ~ 

Jihid,^ n« 8 (Raynaud 1976) : ici c'est V Errata qui a tort : les deux derniers 

46). — Ibid,, no 2 

(Raynaud, 204 ; texte, p. Ï07) : Pavant-dernier vers estde 6, non de 7 syllabe^ 
O" ^* 23, corr. c^nn autre en c*autrt), 

A la suite de ce travail» dont ce dernier appendice forme peut-être la 
panie ta plus précieuse, stmt impriméts 66 chansons à refrain, toutes iné- 
cîites '. Cette publication a été faite par M. Stenge! sur les copies de 
JA, Noack. Je regrette d'avoir à dire qu'elle n'est pas de tout point irrépro* 
<:hable. Peut-être les copies de M. N. n'étaient-cllcs point parfaites. Peut-être 
aussi M, Stengel» absorbé par des travaux plus importants et plus délicats, 

fî"a-t-il pu y consacrer tout le temps ou le soin désirable. Les observations 
qu'elle me suggère sont, sinon très importantes, au moins, comme on va le 

voir, assez nombreuses. (Comme j'avais moi-même des copies» au moins 

{xartielles, de ta plupart des pièces en question, je pourrai assez souvent 

communiquer la ie<fon des mss.). 



-vers sont» non en ,^ _* mais en ^ , (voy. le texte p 
ïô 7 72^' ^ 



I. Voici cette strophe : 

Or le prie, Potidiinai» 

Si chier cou Itu] ccste dame is 

Qpc don chanter ne te soit g*s 

Ne painne 
La douce pucelte de toui biens tpleine] 

3* Sauf le n-* I, déjà publié parRirtsch {ZetUcbr . fur rom, Pbil.. VllI, %ji). 



i 



4^8 COMPTES RENDUS 

I, 24, note : dans reiprc$sîon metn aus fuisiaus, /u$sd ne signifie ccr- 
tainemeni pas § boyau culier, derrière ». Elle signifie simplement, ci 
roriginecn est daire, * réduire i la pauvreté », — IIl, 24 : la lacune se trouve 
uniquement dans la copie de M. Noack, par suite d*un « bourdon •; le ms. 
a correcicmeni : £i fors de grmt tristesse Dame de jurant nobUce. — V\ 4 : 
lire avec PbJ : w wi, îm, qtulpart; 14, lire avec le même ras, : eut (non ^7 
ws en donrti (ce sens est confirme par les vers jo-t). — VI, 5 : le m%. m : 
par m'ame. Je sens les matis d'amer por ivs. Et i*ôs, etc. M. St, veut iransponcr 
les mots l>ar marne à la fin de la première proposition, pour obtenir deui vers 
de dix syllabes rimant ensemble. Mais on peut concevoir ces mots comme 
formant un vers isolé et la suite (je sens les maus d'amer por vos) comme 
un vers sans rime ; on sait que le fait est fréquent dans les refrains, préexistant 
aux chansons, qui y ont été postérieurement introduits. En fait, nous pos- 
sédons de celui-ci au moins deux autres rédactions, où il se divise en 
deux membres, non rimes, de 8 -j- 6 syîL, et les mots par m'ame n'y figurent 
pas : Je smt Us matts d'anur por vos ; smte^ les vos por moi ? (n» 1096; Thibaut 
de Champagne, éd*"» Tarbé, p. 10); Four vas les sent, les maus d* amer i sentes 
les vous pour moi? {Hectuil de Motets, L 205) ; v. 10 fram], corr. jranc ; v. u : 
le ms. a tor et non cor (par confusion avec la locution au chiej du tor)\ v. 21 
xmr] ms. : *i^; v. 28 mavès], corr, la leçon du ms, laues en Vai^rr 
(cf. XXVU, v. 10). — Xï, 20 : M. St. lit <wi^»V; il voit U une autre 
forme de aoullier^ qu'il traduit par « enivrer « ; il faut lire aenpé; sens : 
« vos regards.,, qui décela (de peur et doutancc) m'ont rempli. ., »; sur 
aengier^ voy. Zeitichtiftfûr rom. PhiL, ÎÏI» 6î6; v. 29 : la correction ne satis- 
fait pas : lire les mehaigne. — XIV, 20 : au lieu de paies, L paU\ v. i%aiessié% 
L ahessié\ v. 48, I. chantans, — XV, 12 : sui\ lire avec le ms, fm\ \c% 
exemples de/oîr transitif ne sont pas rares (voy. Godefroy, IV, 6^1, col, 
2). — XVI : le schéma est abab..., non abba. — XVIII, 7 : il manque 
une syllabe ; suppléer, au début du vers, ma ; v. 15, î6, il est inutile de réta- 
blir la déclinaison : le texte est du xrv siècle et Fauteur ne la respectait 
plus (cf. V. 7, 10, lî [atourni], 21); le v. 22 est trop long dune s>llabc : 
suppr- louti V. 25 : pri je\ 1. prigt/, — XX, 4 : Ft] lire la avccPa et Pb< iqtn 
la me Pb*) : les trois mss. qui ont H ont d*3utres fautes communes; 41 : 
la leçon absurde acolee (il s^agit d'une chanson) n'est que dans Pb'* et Pb'?: 
lire, avec les autres mss.,dont la leçon n'est pas indiquée, n7o/«r. La pièce XLI 
(Raynaud, 1 182) n est sûrement pas une imitation de celle-ci : les v, 5 et 9 
ont 6 syllabes au lieu de 7; la forme du n^ 1 22 de Raynaud (P. Mcycr, 
RmmU no \\)tsi encore plus éloignée. — XXl, 1 1 ; <ol] corr. tost, — XXIÎ, 
\\ 8, 16, supprimer je. — XXIII» ij, 29; pourquoi corriger vomist^ Jaw- 
puisque les formes picardes sont conservées ailleurs? Même observation pour 
la pièce suivante; v, ^4 mule^ faute d'impression pour nule. — XXV, i» e$- 
mtn*elle (ms.)i v. 5 me febloié] ms* : m'a/ebloie; v. 11, effacer le point : le 
sujet est li maus (v. 12); v, 15 : sens? v. jî i« mais (sans virgule); v. 54 : 
conserver che — XXVI, 16 joren a dû être mal lu; R» a correctement ;<m> m 



^ 



NoACK, Der Strophmusgang in der altfr. Lyrik 429 

(cf, V. 17), ^ XXVÏII, 8 : nf, lire non (Pb«7): v. 25 : bim^i] iembîan[i\ ; v. jo 
îQfVorer\ l, Vaiavûrtr^ v. 51 ià\ U; v. 39 : vanttr ne satisfait pas : corr, car 
Se mpuùen(4>reanUrQ), La strophe VI est presque traduite de Bernart de Ven- 
ladour, Ab Joi niou, str. VI (Mahn, IVfrke, I, 17). — XXIX, 22 : la cijar 
Dku (sans virgule), — XXXI. C<itte pièce est sur le modèle de 86Ô (de 
Richartde SeraiUi). — XXXIl. Les v. 11-12 tiom pas de sens : lire toi {non 
OJj) et effacer le point dlnterrogation aprtSîS dépôt t\ v. 14 chaicun]\^ ms. a 
correctemcni chasc'arr Gautier de Coinci fait ailleurs allmion au méaie voeu : 
Cbascun att U dût par dttt Utu: ravtrdie (Bansch» Romaniin^ p. xtij). — 
XXXIII, couplei II, la lacune est mal indiquée : il manque deux vers après 
1 1 et rîeo après i j ; v, 16 : sifnf] 1. jrVu*;; v. 24 : fwn\ corr. oiiour\ 25 çiii'],ms. 
qui\ 26 Hior]^ faute de lecture; il y a nous d€[vom], etc.; str, III : il faut une 
rime en ent aux v, 1 et 6. — XXX Vï, 56 tmiiié\^ L moitié \ v. 41 a VibistU 
Otdain], {.aie hiieU (kdain. — XXXVI ï, j mati]^ ms. rneri; v. lé mi], 1. 
m*û — XI J, 1 1 vii] ms. mû. — XLII, jî pectine < piscina; le plus ancien 
exemple du mot, dans le Dict, génna], est de Rutebcuf. — XLIIL Le n* 
1460 {ArcbiVf XLIl^ 264) n*en est sûrement pas imité; il y a au contraire un 
rapport étroit entre 1406 et 1447, qui eu est une parodie bachique. — 
XLV, 2j imi]^ ms, fcrt\ v/43 vitgtu {ei)\, ms. vitgne / ; v, 44 virg. après w^; 
V. 66 se]\ ms. iVJ^, — XLVIII, 38 on Va], L avec deux mss. je Vai (rauteur 
avait évidemment reçu quelque bienfait de Jean Billebaui qui est ici nommé). 

— L, Pourquoi ia{i)Hs (v, i ]} et laim (v. 1 1 et 22)? v. p : tvij, ms. vù\ v, 
56» l. ht set merchi? (point d'interrogation au lieu de virgule); ^^ Saï$]t 1. 
sais : c'est évidemment le corrélatif de kis^ que Ton n'a rencontré jusqu'à pré- 
sent que chez le Reclus de MoUiens (voy. Rom., XXVIIl, 1 12, et ZeiiscJjr, 
fût rem. PhiL, XXIV, 564) : le sens exigé est bien « ici » et non « là » ; 
V, 48 amiûns]^ le ms. a atnons ou aniotis ; il faut évidemment corriger 
Amwfti: sur cette famille, voy. Chansons ei Dits artt'iiens. Index. Cette pièce 
est non une « cluitison à refrain »» mais une « chanson avec des refrains »; 
die n'avait donc aucun droit à éire publiée ici. Je ne suis pas sûr que dans 
ces refrains M. St. ait eu raison de rétablir partout des vers de 12 syllabes. 

— U. La copie que M- St. a eue entre les mains était âs$ùz négligée. V. 5 
vifut]^ ms. veut; v. 7, 13 toi], ms. tout; 8 dex] dieu (le ms. n*observc pas 
la déclinaison) ; 16 par] par. — LU, 10. Le ms. a correctement renvoisiei; 
s, 34 corr. a sa ivUnie. — Lllî. 51 mn\^ 1. nen. LV est en effet sur le 
même compas que 1424 (de Moniot de Paris); mais c'est sûrement Richart 
Je Semtlli qui a fourni le modèle, car il est plus ancien que Monîot; v. 47 
<ifTa/l, faute d'impression pour avrat, — LVI, 28 var. (non notée) de Pb* *" 
qmr trop font vilain tort. — LIX, 34 : le ms. a bien i\ — M. St., désirant 
trouver un exemple de plus de chansons où le refrain coïncide exactement avec 
b coda» propose {fakreshericht, IV, j, Î77)*^^ réunir en un seul les v. 6-7 de 
chaque couplet et de supprimer dans le refrain Je premier Hemi, Mais rien 
n'autorise ce changement : le v. 6 rime toujours avec le précédent ; le v, 9 
est de même mesure que te v. 8, et le décasyllabe que Ton obtiendrait par la 



4Î0 COMPTES RENDUS 

suppression proposée serait^ du point de vue de b ct^burc, bitn mal consirull. 
— LXJ. Les deux ctun^^ons n^ 45 1 et 454^ dont k seconde serait na/c 
«f Umarbeitung i» de la première, sont en réalité id en tiques. — LXll. D y a 
dans cette pièce deux imitations de Bernart de Ventadour, que )*ai déjà rcle- 
vées (Df noiiraiihus metiii stui poeiis, p. 88). — LXV» 56 tancure (P*) donne 
un meilleur sens et rétablit la rime. — LXVL Cette pièce, dont le premier 
couplet seul et le refrain sont surmontés de notes, n*est pas un motet, 
bien quelle soit intitulée ainsi dans le texte même; cela prouve simplement 
que ce mot pouvait se prendre dans un sens très large. C'est une chanson 
à refrain, comme toutes celles qui font partie de cette curieuse colleciioti^ 
d'un caractère populaire très marqué et très analogue aux îaudi des diici/fitnati 
italiens. Celle-ci, d'une singulière énergie de style, est déplorablrmcni 
altérée» et il aurait fallu la munir de beaucoup plus de points interrogtttfs 
que ne Ta fait Téditeur, La copie partielle que j'en ai ne me permet pas d*en 
lemcr la restitution. Ce qui me paraît clair au moins» c'est que chaque 
strophe se terminait par un vers de 12 syllabes (rimant en «rr, é ou ûr) 
Cl un de 6 (en eusf). Le premier est ordinairement aisé à rétablir : Il : 
Donqiifî que rtspondrai qttant nu vendras jugùr ; IV : Ei H cors fu la bouru ou 
Vmmr Ju puisW; V : Si grant pdne tmtam en [ttes cors] marner (?); VI Se kiem 
ipemiom tresimn, no[stre] grUk' (le ms. a en effet grktr, non grUu); VUI 
0*M«/ latu^ pour tufus eut ouvert h coste; v, 59 [f]itff/;tVJ : il semble en effet 
qu'il y avait d'abord quelque chose d'approchant ; mais le mot a été nette- 
ment corrigé en detra[nyhie; v. 64 au lieu de «/, qui n'est pas dans le ms., 
suppléer ert. Le refrain, dont M. N. n*a pas su découvrir tout ce qui restât, 
se compose» dans l'état actuel du ms.,des mots : Fiiege Mark, doua et pUeusê, 
Impilre^ nous... Le dernier vers, incomplet» devait se terminer par un mol en 
^ (er, ter) rimant avec le dernier de chaque couplet, 

A. Jêanrûy. 



I 
4 



La Vie de sainte Catherine d'Alexandrie, as containe^i in the 
Paris Manuscript La Clavette, puhl.by Henry E, Todd. Extrait des Pithlica- 
lions o/lhe Modem Language Aaociation of America,yo\. XV, w» i, p. 17-72. 

La Vie de sainte Catherine en vers, par un certain Gutt ^ignalè^ par 
P, Meyer dans sa notice sur le ms. de La Clayette, est une ceuvre &an> 

grande valeur. L'auteur dit en terminant, avec une satisfaction \nsible, malgré 
sa profession de pieuse modestie : 

Gui en roman z ci (ms. si) &e descucYic, 

Qui * â chict menée s'ucvre, 

El rcnt gracci a jcsucritt 

De ta peine et de ton cscrit» 

Qia'îI i fl si bien ichcvé. 

Et fi De li 1 riens grevé. 

M ne Ti pjis fet por le monde : 

jâtt% vicet oe le cooionde 

Qu'il (açc riens por vdoe gloire i 



La Fie de sainte Catherine, publ by Todd 451 

gloire, en tout caîi, ne lui viendra pas de k publication de son pocnje, 
•t une fort plate traduction d'une l<5gendc en elle-mènic assez absurde 
maigre sa grande diffusion. M. Todd n'a pas eu tort toutefois dlmpnmcr ces 
1.972' vers : un teKtc du xiii'- siècle mérite toujours d'être publié. 

On sait que le ms. de La Clayette n'est *^u*une copie du xviiic siècle; cette 
copie présente des fautes, dont la plupart remotiteni sans doute au manuscrit 
sur lequel elle a été faite» M. Todd en a corrigé judicieusement un grand 
nombre; parfois il a inutilement changé la lei;on^ ou au contraire il a gardé 
une leçon qu'il aurait dû amender. Voici quelques passages où son texte peut 
être amélioré », 

V. 99 Si isi Intel a sont estant,], en son estant. ^ 12^ A OsttM, I. A ostiex. 

— 11} ût qui y \, QU cil. — 205 î. Et Ven li a dit (sic ni s,) tout lof ère, — 239 
// *i*û cure de sens de btstes^ [. de sanc, — 414, 417 atise^ corr. acuse (: refuse), 

^^j— 4S7 ms. : Nos volons qiie eîe iisott^ éd. i ioit^ 1. plutôt ci soit, — 475 Verûi 
WmÊp^tiJ^ corr. l^raie^ comme au vers suivant. — 48^, 486, donnoies^ sa%*oient^ 
^^■rr. donroies, sûvroient, — 565 r^, l. te. — 575 porrm, !. fwra, — 604 ms. 
^^Bl foi en Dieu tout mon penser mis En Dieu; éd. Et fai en Dieu mon penser mis. 
En Dieu ; il vaut mieux supprimer En Dieu et lire trestout. — 697 Et qu*i 
firoie je/ablûnt ? K que, — 718 qu^eust, côrr. qu'ait, — ']^^ fust, corr, /u, — 
829 De ce qtu il forment le grieife^ corr. Ce que il ot f, le i^rieve, ^- 8sî ss. L Se 
nos n*az*ons meilieur prouwnce Et bon tesmoin^* de Vescrilure Des dtex ou as mise 
ta cure. Se ne moutré[s\ Ital escrtt, Nos croiromes en Jesucrtst, — 887 vaudroit, 
K vandroi^, — 897 Qu*el ne vaut mie demorant, ï. Quel n*en aut, — 908^. 
salu^, lulu^y corr. saîu^ t^lu, — 1037 Qui, corr. Qu'iL — 1099 qw\ corr, 
quii, — ïioS nos, [. t*os. - i î 12 porvoir, impr_ por imr, — 1138 ongitoient^ 
[. onptoteni. — 1180 S*a, I. Ro. - 1219 ss» doivent être ainsi restitués : Toi 
fors i ï'i7, toijors i dure Qui i peut Jere son estagei Le pats ont par héritage Cil 
qui te mont vellent despire, — iz^l il, corr- 1. — 1257 nos, L vos, — 1268 s'i, 

— 128s la fosse aus larrons , corr, aus lions, — 1525-25 Por ce que Ions ert li 
sejors Et la graut soufrance de pain La cvntrainsist ; cela ne fait pas de sens ; il 
faut : Por ce que îioscurs sejors Et ta grant soufraite de pain. — 1544 ti, l. H, 

— 1450 Et les gentes que li rois tknent, corr. ijut les rais. — 1458 vue, l. 
nue* — 146 1 L Qu'el muire, ou ausdieus sacrefit. — 1485 la copie a cielir, que 
l'éditeur corrige en ciel, maisc*est cueur. - r 5 59 Ne ne tient pas, corr. Ne /i. — 
i6iS'i6 mettre des pluriels au lieu des singuliers. — 1621 les lemailles, corr. 
alemetes. — 1635 Qui, L Que (virgule après 1654). — 1681 csconestable et sire^ 
\, et conestable, — 1703 Et ks lesse a leur délivre, corr, a ter a, — 1813 nVw, 



1. Et ûoti 197 1 ; il y 4 une faate de cUiftrage entre les vcis numérotés S^^o et f ^5 
(ce chiffre devrait être au vers précédent). 

2, Je ne relève pas les endroits où le texte est altéré «lans que \t puisse le rectifier, 
ni ceux où il me parait y Avoir une lacune, ni ceux où je ponctuerais lutremeni que 
réditeur. Le système d'impression est en général fort bon r ne pourrai-je obtenir, 
malgré mes réclamations acharnées, i|u'on imprime fvu^nt tt non fmtnl (v, 564)? 



432 

irapr. iwn 



COUVTES RENDUS 



1850 ss. (point après 1819), L î»am doute : Au menhtrt tpêi 
menace De la teste j aire z'okr E! dematuU confié d'orer, — 1555 ms. De u qat 
je dis Ht me sent, leçon excellente, en imprimani *iisHe (éd. que jtlmi m m,), — 
Î851 fhnt, corr, dott. — 1870 mm, L mie (: amie), - i^S Nets des meUt^ 
mcttu^ l est Tftairtl mirade avcnu^^ L des osselei, G. P. 



Observations sur quelques vers de la farce de Maître 

Pierre Pathelln. par Kr. Kyrup (extrait du Ruilt'titi dt rjidiinnie 
royale des Sciences fl des Lettres de Danemark, 1900, n<» j)* Copenliaguc, ia-K. 

M. Nyrop prépare depuis longtemps, pour h Société dês anciens kxits 
(rancis ^ une édition critique Jl» Patelin, qui, nous l'espcrons, ne Urdcra pas à 
paraître, et qui, destinée en niénie temps « aux savants ci au grand public o, 
ne peut manquer d'être bien accueillie des uns et de l'autre. Il ;i étudié avec 
amour jusque dans le plus petit détail le texte de cette œuvre ù bon droii 
célèbre, qui présente encore bien des obscurités, et il détache ici de «ton com' 
mentairc w quelques obserN'ationîi sur une trentaine de vers choisis au liasa^rd ». 
Ces observations attestent toutes autant J*érudition que de pénétration et de 
véritable instinct du génie de notre langue, ce qui n'étonne pus d ailleurs chez 
lautcur de la Grammaire hlstoriqiu de la langue française. Il cM a présumer que 
M» Nyrop tcur a donné, dans ce spécimen, plus de développement qu'il ne 
compte leur en accorder dans Tédition même ; cela lui a permis d'ailleurs de 
présenter plusieurs remarques curieuses sur le langage ou les moeurs de b 
vieille France, Nous donnerons le relevé de ces intéressantes observations» en 
ne nous arrêtant qu'à celles qui nous semblent appeler quelque note cottiplé- 
mentairc ou rectificative. 

V- ^4. Martin Garant, pour « un garant «; lauteur cite plusieurs exemples 
de ces personnifications, notamment avec le nom de Martin ; on peut ajouter 
Martin Bdion. — V. 96, je crois plutôt que la réflexion de Guillemettc, dite 
à part, s'applique â son mari, et que marchant a le sens de « trompeur, intri- 
gant ». — V, 250, le denier à Dieu est encore usité à Paris dans les locations, 
où il se donne à Tintermédiaire (généralement le concierge), irmis n est plus 
destiné aux pauvres. - V. 268 Premi là pour prene;^ la paraît une bonne inter- 
prétarion. — V, 27 ? : Ce n est qu'une lott^aig ne ^ouru* cti n*est qu'un allonge- 
ment inutile, une perte de temps « ; M. N. rapproche des expressions pui- 
santes analogues dans diverses langues. ^V , '^2\ : que fais tu ? pour « com- 
ment vas tu ? » est suspect, et plusieurs d^ exemples allégués sont très dou- 
teux; ce qui est habituel en ancien fir., c*csi î quel U fais tu} ^ V, 140^ 
intéressantes remarques sur Temploi du nom Pampelnne ; mais je ne sais pa» 
pourquoi M. N. révoque en doute Texplication si plausible donnée par 
M, Longnon au RûussUlon mentionné par Villon. — X. 589, emploi satirique 
du nom de Guillaume, — V. 427 : Ceiteivous tout ctache. M. K. réunit, tam 
en français flitiéraire ou dialectal) que dans d'autres langues des exemples 



K, Nyrop, Observations sur la farce de Paihelin 433 

d'où il conclut que je me suis trompé en pensant que cette locution était une 
autre forme de celle que nou!^ avons «ians : « ils se ressemblent comme deux 
gouttes d'eau n ; ÎL s*appuie surtout sur ce que « aucune forme [de notre 
locution) ne parle de crachats comme terme de comparaison w ; fâl cité 
cependant les vers 164 ss. de PttttUn nnJme iQui i*om attrolî cradfé 'lousdeux 
incûntrc la paroy^ Si serit; ifoiis sam différence; mais M. N. dît : « Ces vers 
grotesques (?) paraissent plutôt appuyer Texplication que je soutiens ». Je ne 
vois pas bien comment ils Tappuient ; ils me semblent apposer tout à fait U 
mienne. Celle de M. N. est que dam cette façon déparier crachr « est évidem- 
ment*., une métaphore burlesque pour produire, créer. C*w/ son père iout cra- 
ché est une expression abrégée qui signifie : il ressemble h son père comme s*il 
Tavait craché de sa bouche ». Les deux panies de cette explication soin con- 
tradictoireSj car dans la seconde crad^r a son sens propre^ et non le sens de 
m produire, créer» , d'ailleurs ce qu*on crache ne ressemble nullement ù celui 
qui l'a craché'. D'autre p^n^sicracber aie sens de « produire, créer », on doit 
pouvoir substituer ce mot à l'autre ; or que signifierait : ^' C'est son père 
tout produit, tout créé ^ a ? Pour moi Torigine de la locution est bien dans la 
ressemblance quoHrent deux crachats (lancés contre un mur, c'est-ù-dîre bien 
visibles, comme l'explique fort à propos îe pass*ige de Pateîin) : « C'est son 
père tout craché a veut dire 1 « Il est aussi semblable i son père que s'il 
avait été craché aussitôt après son père et de la même bouche. » — V. 491, 
explication très plausible de la locution w garder Hxure. — V. 504, sens 
métaphorique de prune, — V. 510, explication de Bon gré m^mneî — 
V. Sî- ' ^^ ttefat4t point cmtvrir de dnitime Icij ne hailkr ces brocards, M. N* 
rejette avec raison les explications proposées, mais celle qu*il donne est peu 
satisfaisante, et le rapprochement avec Joncher, jùif chérie, etc. (dont il aurait 
pu donner bien d'autres exemples) est sans doute illusoire (il y a très loin de 
clmume à joncs). Couvrir de chaume signifie proprement, comme encore 
aujourd'hui, « couvrir utie maison de chaume » ; mais le rapport du figuré 
au propre m'échappe V — V. 546, bonnes remarques sur s»iint Mat h urin, patron 
des fous. — V. 600 : Bn sançlantt et ejiraine^ excellemment commenté. — 
V- 606, 609, 650, 6)6, remarques sur l'emploi de i^ean rose^ anciennement, 
pour faire revenir d'une pâmoison, sur l'usage de frotter aux mour.mis la 

I, Il est vrai que M. Nyrop cite deux expressions ,ingl,tiscs du xvtïi* sîccle, de 
Smoltcn et de Swift, qui appuient vraimcnï son complication ; He isuflikrytm ai if bt bad 
httn spit ùHl of your <iU'n moutb; Sb^ ti m îike hrr hnsbanJ as if fbf iitrf spit out tf hi% 
mûuthf niitis on peut croire qu'il y 3 li^ dêji une erreur J'inicrprctAtkin. Cest alnsî 
qu'on dit en français (voy, Li«ré) : // Itii rtaemhh comme deux gont tes d'emt (d.ins Paie* 
lin : comme um gmttte d'eau), ce qm, si on l'aoatytc» n'a pas Je sens, 

j. Dcmcmc les expressions synonymes fvcbé {Patelin), Ciigà(bo\onaH),escdrrado e /»/«• 
/<irfi»t tfcripfoe cscarrado (ponugats), (out cbié (français), suydl ud a/tutsen (danoÎ5), Uiti» 
cette nouvelle explication, où est mclée ridée d'un auteur commun, le rappriKhcmcnt 
avec " se ressembler comme deux goutti:s d'eau ■ devient plus lointain. 

j. On trouve dans Patelin même coiti*rir et eouierture pour ■ tromper* tromperie ». 
Ramamia, XXX ^8 



434 COMPTES RENDUS 

plante des pieds, sur Tétole dans les exorcismes^ sur Texanicn àcs urîtves 
dans lj médecine du moyen âge. - V. 746 : En ut^ trcs t?rt viîtain hrou(s)lUr^ 
Om lart es pois n'esclkut si bien. Je crois qu*il faui, avec Génin, ponctuer (ur- 
tenieiit iiprès le v. 746, et c*est un point d'uncrro^aiion que je metinis. 
Pjtclin, parlant du bon tour qu'il vient de jouer a Guillaume» dit : // est en 
luy trop miritx smitt Qunng crucifix en un^ moustier. Et Guilleniettc» f<iisaiit 
chorus : En ung kl ' ori villain hrouti^:r ? One ïari ts pois n'e^hcut sibitn t « Èinc 
dupé lui va comme uu crucifix dans une égîise ou le ïurd dam les fK>is ». 
Le V, 747 be suiBt certainement à lui-même, — V. 785, 825, explications Je 
syntaxe, — V. 944 sur les cmdUci de Lorraine, il eût «ité bon de citer un 
passage d'un fiibleuu (XXXI, 120 *îui montre que leur réputation remon- 
tait ju moins au \m^ siêde, — W 955, je doute de rcxpUcatton de ce vers, 
qui csi sans doute iniimemeiîi uni au vers suivant. -~ V. 997, loio, 1 1 x 5, 
1129, lt75, 1215 {s'il cht en coche^ bien expliqué; iioiez que *7 est au 
neutre), 1545 (je me demande si les exemples où y a ne conque que pour 
une :»ylljbe ne sont pas des tautes de copie ou d'impression), \\io{a%i coup 
td qttitle), explications de forme ou de sens. G. P. 

Juan Rui/., Arcipreste de Hita, Llbro de Buen Amor. Texte du 
xjve siècle publié pour la première fois awtic les levons des trois manuscrit» 
connus par Jean Ducamjn, Agrégé de FUniversiiè, Professeur au Collège 
de Cistres. Toulouse, Privât, 190Ï (Tome VI de la Bibliothèque MéH- 
diona!c)LVi -f 343 pdg. in-S, 

El présente trabajo empieza por la descripcidii de los très manuscritos dcl 
libro de Juan Ruîz, acompanada de très facstmiles. 

El càdice mis importante es en lodos conceptos el Ilamado de Salamanci» 
que perteneciô al Colegio Mayor de San Bartolomé, en dicha ciudad, y que 
en tiempo de Carîos IV pasà à îa Biblioteca Real K UcvgL al ^n uaa firma que 



I, Gétiiti donne tel. wns variante, et attribue expretsément cette îe^îon 211 m»* 
Bigot î esKc X bon escient que M. N. substitue Uej à ir/? 

a. ijc p«sstge cit ittintellîgible d4]is rëditiou î lb«x : Aiu^ *st U miauâru et ta rt^ê^ 
Ei si a iTûîlIé hfwfttff, 

j, Rudolf Bccr, Handicbrifttnsi:hàtie SfHttitetu, 1894, pig. 4^5 y 437, dicc que tût 
libn» de Ui» Cole^ittt Mjyurc« pasarou ,i Jt Biblioteca Heal por ordea Je HatIo* UU 
yel Sr Ducamin »e atieiie li esu indicjictoo. Ko val«iria la pcna reciificar esta âtîniii- 
dàn 9i tio contradijeri explicilos teitimonios rcferente!) al cùdicc de juan Kuix. ha 
riempodc Carlos lit (m. 1788). elcodice tiguraconcl titulode « C4>pUs del Arcipreste* 
eu e! r^tâlof^ de la Bibliotec^i dcl <x)le^iodc San Itartalomi} publîcâdo por 1). j<^Hcpil 
de Koxas y (Contreras, Marques de Alvciitos en su Hist. dfl Coi, vitf^ Jf S. Barthd^^ 
tgmo ïtî delà 1* parte» pàtç. pS (aûo Ï770), y en tiempo de Orlos IV not voelve à 
afîrtnar SÂnchc?» al puhHcir por ver priiDcra la& pi>evîas de Juan Rui« (ano I79t>)* qtt# 
el nis. c^taba todavia en Saiamanca. Iah lihroit. de los (^olcgio»i Mayorcs no ia^CMfoa 
en la Biblioteca Real ha%ta el ûUtniu ftno de) rcinado de Orlos IV, en 1807; do ei 
este tuj^ar de mis porntcnorc». 



J, Ruiz, Libro de Buen Anwr, p. p. Ducaniin. 435 
mcrcce dctencmos tiii momciito; Don Tomis Antonio S4nchcz, el primer 
cdiior de Juan Ruîz, la leyô « Alfonsus Peratinez » ô a A. Paratinez, 
que siû duda fue t\ copiante » % 7 anade : » como el apcllido Peratineic 
me es dcsconoddo, sospecho si debe decir Marttnez, y que este es cl 
Arcipreste de Talavcra, A!fonso Martinez de Toledo (su patria), que coptd 
las pocsias de! de ïiita para su uso », La suposiciôn no puede ser m*ls traida 
por los cabellos. El Sr Ducamin advirtiô que Sinchez habia Icido niai ci 
nombre* y estampa sin resolver la abreviaiura final AJffomusptraHnm'^ debo 
advcrtir que la sflaba it esti abreviada y puede leerse ar, y respecto de la 
abreviatura final no cabe sino leer Algoftsm Paratmensii ; el copista Alfomo 
era, pues, natural de Par mimai ^ pucblo si tua do en el parti do de Pcnaranda 
de Bracamonte, provincia de Salamanca, cerca de Zorita de la Frontcra y de 
la raya de Avila; asi' que el ctidice no anduvo mucha tierra desde las manos 
de su copista hasia la ciudad de Salamanca que por tantos siglos lo poseyd, 
y esta procedencia primera del manuscrito es muy imponjntc para la crftîca 
dcl texto, pues nos expïica la rauhilud de leonesismos que unto chocan en la 
obra del Arcipreste y que todos p^rtcnecen i este su côdice principal, como la 
/ de ciertos grupos de consonantes iseîmaua 997, 1491, etc.), la preferencia 
por cl hiaio de la sflaba final (mfiihrios 607* îahrios 810), la frecueute m 
en fit! de palabra {arpom ^é.ptardam'jB, iontetem 95, iam lOj, etc.), quiri 
algunas vacilaciones de la vocal proicinica {îiçion 88, hxuria 219, 257, caniS'- 
tiîh 1174), y sobre todo, el contïnuo trucque de / y r agrupadas(cfj^flj 958, 
fahrar 156, ensienprô p. j,,, pana 295, prapt 1440, prie^o^ 254, pobîe 159, 
247, 251, ccblar 289, nonhk 526, ifnplam 484, hîasa 965); recucrdese que 
Sdnchez » crefa estas formas plado^ tompîar^ ^ig^o^ propias del mismo Juan 
Ruiiî y explicaba por ellas las consonaticias falsas matar : carnaL 

Del segundo côdice que estudîa el Sr D., eï que fue de Gayoso, y hoy es 
de la AcademîaEspanola, nada tengo que dccir; su descripciôn es tan com- 
pléta que hasta nos da el glosario de voces notables que en el ms, subrayô 
un lector del sigto xv. 

Del lercer cddtcc» à de Toledo, hoy en la Biblîoieca Nacional, convîenc 
advcrtir que la Vision de Filiberto» que acompana i las poesiasdejuan Ruiz, 
fué publicada por Octavio de Toledo, quieii dîd la m bien una descripcîôn dcl 
côdice eti la Zdtschrift Jùr rom. PhiL, II, 1878, p. 50-60, 

No se conocen mis que estos très mss., aunque alguicE dics erradamcnte 
que son cuatro *. Cîaro que otros muchos dcbieron haber existido de obra 
lan Icida, pcro ban desaparecido ; por ejcmplo, entre los « Libros de mano 
queestan en el esiudio dcGonzalo [ArgotcJ de Molina » (scgùnel ms. B. Nac. 
Q-ÎI7, Ibl 349) se cita el Cancionero dd ArcipresU, del titmpo de AJfmiso Xi, 

I. Sinchez, QfUccién 4* Ponias casUitanas miterions <d xigto XV , xomo 1, p. toj, y 
tomo ÏV, p. m. 

1. Coka, de Paes, tmUr» al s. XV t tomo IV^ p% xi« 
y, Grumlriiî der rom. PbihL^ îîi 2, p%. 405, nota 5. 



j 



43 6 COMPTES RENDUS 

pero este, como los demis lîbrosdel desgraciada bihliôfilo, nadic sabc dnnde 

para. 

Las copias modemas, que el Sr D. estiidia en las pdg. xxxit-XL, no tîcncn 
imporîancia, pues se sacaron de los très nriss, conocidos, cuando estaban en 
igual estado de conservaciàn que hoy. 

Juzga después el Sr D. Us edidones ameriores A la suya. La primera» de 
1790^ es dcfeccuosfsima, pues i pesar dçl infûrnie de la Academia de la Histo- 
ria, rcdactado por Jovcllanos, se creyô el editor Sdnchez en el deber de 
ccrcenar los pasajes que podian herir los sentimienios morales 6 rcligiosos, 
y aun en lo no suprimido întrodujo algunas enmîendas furtîvas para templar 
cîertas crudczas. Odioa, en 1842, no hace raAs que reimprimir À Sànchez. La 
tcrcera edicién, de Janer, en 1864, suplid las omisiones senaladas en la 
primera con puntos suspensives, pero no revisd lodo el tcxto, de modo que 
le pasaron inadvertidas îas enmicndas ocultas de Sândiei, y sus ycrros. La 
necesidad de una nucva ediddn del Arcipreste era évidente, pero i los que 
pensaban acometer la emprcsa les arredraban las dificultades; cl profcsor de 
Friburgo Sr Baist hace mis de 20 anos que ténia copiados los manuscritos 
(Zdtschrift^ II, 41)» pero habia desisiido dcï emperio. AI llevarlo i cabo d 
Sr. D, satisface un deseo gênerai» y si la edidôn vieja de Juan Ruiz era la 
peorque teniamos de todos los textos importantes de la Edad Media, el Sr D. 
nos rcsarce cumplidamente de esta injusia interioridad dandonos del Libre de 
Butn Amof una cdicidn que asombra por lo esmerada. 

En la transcrîpdôn de los mss. procura una cxaaitud hasu ahora dcscono- 
cida; no solo senala con cursiva las abreviadoncs del original, sino que 
ademis rcproduce los pomicnores grdficos mis intcrcsantes, como son ; 
tildes de interpretaciôn dudosa; dos dases de 1, corta y alargada, que en 
alguQos casos pueden evltar dudas de si fa lecciôn del editor seri à no buena, 
pues cuando la 1 alargada va junto i otras Ictras de trazos verticales conos 
(/ u n m) no da lugar à confusiones ; y en an, di versas formas de s que usan 
los c6dices. Eisia varicdad de s es la principal dificultad que prcsentan los mss. 
espanoles. Bajo esteaspecto, creo podcrlos dividir en cuatro grupos : 

i) Los buenos niss. del sigio xiii ofrecen una f tnictal ô medîal, und s 
(inal, y una z; cl mismo sistema que prevaleciô siempre entre los escribiemes 
mis csmerados, hasta imponerse en los primcros siglos de la imprcnia. Con 
el empleo de: letra m;b cursiva se perturbé esta senciHez de las stgutcntes 
maneras. 

2) En el siglo xiv la z se escribe cada vez tï^s semejantc i la s; pero 
siempre distinta de ella por tener en lugar de la curva supcrior de la s un 
trazo horizontal liguramente prolongadu i derecha é iiquierda; asl e&taa 
cscritos los privilcgios de Alfonso XI, con igual sistema de f s z que los dct J 
siglo XiU, salvo esta 6gura de la z que los editores modemos transcrîbeti 
por s, pero que nunca se debe confundir coq ella, ni jamis se escribe con f. 

3) Fuera de los privilegios, en la letra mis cursiva de aibalacs la cuestion se 
compHca; de una parte la dlfcrencia entre i y ^ se hace apenas percepiihle, 



J. Ruiz, Libro de Btien AmWy p. p. Ducamio. 437 
pues el traio homotital superior pferde su prolongadùo izquicrda, de modo 
que h i vienc A qucdar con la formi de una ç gricga ; de otra parte la s 
toma una segunda forma cursiva igual a ia a griega, que se usa tcmbien 
en algunos mss. juntamente con fa f en medio de palabra; y la ç^^i loma 
tainbieti b forma de a que solo se distingue de la a = ^ en teoer el trazo 
superior algo mas prolongado ; este es el cstado que reflejan los côdices 
Gayoso y Toledo del Libro de Buen Amor. Los mss. menos cursivos no usan 
la «^:f, ni las en raedio de palabra, sine sola la fcon fonna mis 6 menos de 
enlace, de modo que en medio de palabra toda 's 6Ç équivale a ^,aunquc por 
la rapides de los enlaces su rasgo horizontal esté casi suprimido ; à este estado 
pertencce el côdice de Salamanca de Juan Rui2. Los c6dices de letra no 
cursiva condnuan la tradiciôn de los privilegios de Alfonso XI con la sola 
diferencta de dar â la ^ la figura de Ç ; véase como muestra el facsimil del 
Cancionero de Baena, A esta misma clase pertenccen, scgun creo, las demis 
obras que enumera cl Sr Cuervo en la Rfv, Hh^niquc^ II, 29, como escriias 
con ï en lugar de i, 

4) La confusion de î y ^ que liasta ahora es merametite grâfîca, hija del 
rasgueo de la pluma, lo fué también hîja de la pronunciacîôn scseante, que 
aunque no atestiguada por los gramiiîcos basta cl siglo xvî (v. Cuervo, Rev, 
Hisp>t II, 39), exïsii6 naturalmente mucho antes; hay mss. queconfunden la 
(s^sÇ en tôdos sus empleos» por cjemplo el de la Refuodiciàn de la Crénica 
General de Iî44ï BîbL Nac. T-282» que escribe : fincfen, qui^o, 
rreÇ"iento'; estas confusiones nos prueban que el copisia seseaba en b 
pronunciaciôn y qucrfa corregirse en la escritura, sin acertar siempre» 

Hc colocado los côdices del Arcipreste en la 3* clase, El de Salamanca no 
ofrece dudas; escribe generalraente ç con valor de ^ (en 65 ^ el ms. pone 
de<7irj c" 722 ^ fa^) y menos veces emplea con igual valor ta i, que cuando 
es final de palabra se distingue bien de la u con valor de j; asi afaa 717, 
vea 646 tienen la tj con el trazo superior prolongado hada la derecha, 
mientras Venua 648, e a 709 tienen la 7 con el trazo superior rccogido 
hacia abajo, formando una cspecie de 8, y aunque la <3 00 tcnga este 
entrante, como pasa en defpuëî 710, voa 719 v^, nunca liene el saliente que 
tîene cuando équivale à una ^. Por esto el Sr D., i quien muclios tacharin 
de minucioso por haber distinguido s Ç 1, aun podia haber erapleado otra a 
con su trazo superior mas prolongado, pues el copista las baci'a de dos clases 
en fin de palabra, scgim que la leira tcnfa el valor de i ô de ^. En mcdio de 
palabra al ligar cursiva m en te la a = ;f i la Ictra sigu tente desaparece su 
caracter disiintivo (no desaparece en côdices menos cursivos, aunque es 
verdad que estos usan casi solo la Ç" y no la t), por ejemplo en faaiendo, 



I. V, mi libro sobre -Z^a teyenâa de hs Infantes di Lara, pâg. 404; cïi él comcii 
crrorcs graves, como suponer que dozicntos y tr«zitnto» se dcbîân cscribir con f, sobre 
lo cuil V. el yacitadg csiudio del Sr Cticr\*o, Rn\ Hùp., II, p. 17» linca 8. 



i 



438 



COMPTES RENDUS 



opla 623 



' siguientcs, <^ 709 y siginentes» etc. ; pero aun en este caso nuncsi 
puede haber conl'usiùn con la 5, pues en mcdio de palabra no la escribe sino 
con la fomia bîen distinta de 1 *. Creo, pues, que se podfa sîmplilîcar la 
ortografia del ct^ice de Salamanca represcntando por ^ corrienic lanto la ç 
como h a, ya sea ésia medial y de trazo superior corto» <^ final y aUrgada. 
Sentiido esto, la ortografia del côdîce de Salamanca no difîere de la dcl 
àiglo xiti 6 delà csmerada dcl xv, xvi, sino en el mayor uso de la f que 
aparece muchas \tcG^ como final, mientras en el sigio xtii solo tiene ese uso 
en ciertos vocablos monosilabos. 

Los cddices de Gayoso y Toledo comparados con el de Salamanca son un 
punto mas cursivos ; usan la 5 medial con valor de f, y apenas usan la r", de 
modo que la confusiiSn de 5 y :ç es ) a grande. Sin embargo no es compléta 
como indica el Sr D. (p. XLVi), pues, cuando final, se distingue la ^ = ^ 
de la 7 —S por una ligera prolongacion del rasgo superior, como en d 
cédîce de Salamanca; asf en el de Gayoso la final de fa^i 667 ^, 450 4 se 
distingue bien de la de l'ui 6674. 

Por estas descosidas observacîones se podrd apreciar la Inipoitancla que la 
menuda exaciitud de la edicîàn del Sr D. encierra para el esiudio del texto 
que pubîica. Quiza las tildes, que hoy nos parecen sin significaciôn aJguna, 
tengan, el mejor dia» alguna explicaciôn. Pero aunque no la tengan, su 
reproduccî<5n ofrece la ventaja de acostumbrar la visia d los pormenores mas 
usuaîes de los mss. Esta ser4 una de las principales utilidadcs de la nue\a 
ediciôn, la de servir como de preparaciôn para el estudio dirccto de los T%\%i, 
cspanoleSfhaciendo que los que nunca los hayau visto fijen la atenciôn sobre 
sus particularidades mds notables, que de oira manera pasarian inadvertidas 
al que no cstuviesc muy avezado d su estudio ; comosucediôhasuel pnsente 
i todos los edîtores de nuestros textos, que confundieron, con un acuerdo 
increible, la Ç con la s, 

Por lo que hacci la exactitud gênerai de la transcripcitVn dd Sr D.» séria 
gastarmis ticmpo del que merece el fruto posible, si quîsieramos cotejar lo» 
mss. con la edtdôn para darde esta una fe de erratas; en lo que he visto no 
lulïé sino yerros de poca monta, inévitables en loda impresirtn (mcr- 
çed 2^^; dicjê, confusamente escrito 449^; pre^io 664 j^; rraionr^ 
6774). Solo advertiré que en 7;, el ms pone diraf; que en 20 1 la O no es 
sino una E empezada, no acabada de poner y tachada, y que entre las 
copias 7 y 8 el ms, dcja un blanco, quîzi para un cpigrafe que tndicase que 
allf acaba la oraciôn i Dios y empieza i la Virgcn. 

La forma en que el Sr D. dispcmc los très mss. es cômoda para su cotejo. 
Publica cntero cl de Sabmaiici, llenando sus lagunas con el de Gayoso, y 



I. La U dicho §es dcpaso. «e emplea umbiea sicmpreen priiidpio de palabra, como 
m» se nte la miWiicuta, que entonces es S. El Codice et Salamaiici di«e en i|a 
feya en 191 fubij. en 89 , fynon. En 700», 71c ^ fc esta e*chto am U 
misma f corfivaqQe la de perfooit, pre fente de las mistnas copia*. 



J. Ruïz, Libro de Buen Amor^ p. p, Ducamin. 439 
lâmo este como el Je Tolcdo son dados en forma de variantes, con algunos 
trozos mtegros para que se pueda ju/gar mejor de su ortografia* Para scr 
completo^ el Sr D. da tambiéo las variantes de 10 versos de Juan Ruiz citn- 
dos en un revoltiîlo de frases y dichos, que cl ediror ûene con razén pnr 
apuntamicntos de un juglar y que se encuentra copiado al fin de una Cr<^nica 
de b Biblîoteca Real. A la copia 206 podfan aûadîrse las variantes que 
ofrece una cita de Aïfonso Martfnez de Tolcdo, en cl cap, IV de la i* parte 
de su Corbachù : 

Quîcti pLidîcrc scr suyo no k* enâjenado, 

que libcnad y fratiquc/a no es por oro comprado «. 

Para justîficar la elecciAo del côdicc de Salamanca como base de la cdici6n 
cl Sr D. dice (pdg. xliv) que ademds de ser el m;ls complcto, « représenta 
por si solo una familia cnfrente de Gayoso y Tolcdo que pertcnecen à otra m, 
Crcoque no es enteramenie propio hablar de dos « familbs » de mss., pues 
se trata de dos « redaccioncs jo diferentesen que el Arciprestc diô al ptibllco 
su Libro de Buen Âmoi\ de modo que cl edîior modcrno no podia cscoger 
como texto fundamental otro que el que rccîbtô dcl autor la Ollima mano, y que 
por lo demis, es el mismo que ha escogido cl Sr D. Los cddices de Toledo y 
Gayoso contienen la redacci^^n primera, y màs brève, fechada en i^jo; cl 
c6dice de Salamanca corn ic ne la redaccion dcftnîtiva fechada en 1343. hecha 
por Juan Ruiz cuando estaba preso por mandado del Arzobispo DonGil, y Se 
distingue de la anterior, i primera vista, en varias adîcioncs, como son la de 
la oraciôn inicial en que cl autor ruega por verse libre de la prisiôn; cl 
prdlôgo en pro&â disculpando la intcnciàn de la obra; la Qlntica de loores 
de Santa Mar^a, quejàndose del agravîo que sufre, sin duda en laprisiôn (copia 
1671), y los dos episodios 910-949 y 13:8-1;)!, en que figura la trota 
conventos Urraca. Todo esto falta en Gayoso-Tolcdo, que solo nombran d 
Urraca al tencrquedarle un nombre en el epitafio (copia 1376). Sanchez, no 
dindose cuenta de esta doble redaccidn, crcia errada la fecha ijjo del 
ciidicc de Toledo, y solo verdadera la de 1343 del de Salamanca, pues si cl 
Ardprcstc se qucja de la prisicin al principio y al fin de su Obra, parece que 
toda clla lacompuso en la Ciirccl donde le enccrrô Don Gil, el cual en 1330 
aûnno cra Arzobispo de Toledo-, La doble fecha hacc probable una doble 
redacctôn para el Sr Mencndcz y Pelayo en fa Aniologla deUrkm cast,^ III, 
pâg. ucvxi, y para el Sr Baist, en cl Grundriss der rom. Fhil,, 11, 2, p, 406 ; y 



f. Aii dicc b cdicion de Scvilla 1547, I^ de Lograno 1539, y otra mi» antîgua de 
la BibL Kac, I-1274, que crco sea de i$oo, dicen comprAda. Este p^tAge xû fuc 
cittfdo ptir Sanche7^« CttUfcion, {«104. 

2. Colecr. dâ pofi. anter^ai s, Xl\ toino IV. pdg. iv-v. Igual argumento en ci lomo I, 
p. toi* Rias, Hhtor. rrit. d^ la liL, ÏV. 169. n. crée, por cl contrario, verdadera k 
fecht 1110, y ticne por extrafias al Lîbro dcl Arciprestc Us poesias sneltas en que 
alude a la uriniAn. 



440 COMPTES RENDUS 

esîii conjetura toma carâcier de evldcncîa en vista de la comparacidn compléta 
de los iTcs ct^diccs que nos ofrece k cdici^n del Sr D. 

Esta^ ademis de coniener una lecciôo siempre rods fiel que la de bs 
cdiciones anteriorcs, y de senalar ïas falias de hojas en el texto (que Sdnchez 
y Jancr nos daban por complcto, con grave dano dcl scntido), comienc la 
importante novcdad de 17 copias inéditas del Lihrode Bucn Amor\ 16 de cllas 
(4î6-4>i)habian escapade i Sdnchez y Janer por no haber repasado deieni- 
damcnte los trcs côdices; y otra (jSj), cuya exisiencia advirtiô S;inchcx en U 
numeracii^n total de las copias» fut- negada por Janer con sin igual ligerezii. 

Mercce tambîén senalarse como curiosidad de la oueva ediciùn, pâg. 9, cl 
cantir popular X cuya tonada trobô Jaan Rulz los Gozos de Santa Maria r 

QpAndo los lobos pr«so lo an ji don Juan en cl canipo... 

El trabajo del Sr Ducamin puede pasar por définitive; es, siq dtida, U 
mejor edicîôn que tenenios de ningiîn texto antiguo» pues supera i todas en 
la Bel rcproducciôn de îos mss,, con sus mis întercsantes particukrîdades, 
hasta tal punto que câ casi una fotografia ttpograHca de los mîsmos. Si este 
rr;4bajo, nccesario para iniciar en las dificuUades de los textos cspanoles, 
debia liacerse con esmcro sobre algûn autor, va que séria prolijo hacerlo 
sobre todos, en ninguno mejor empleado que en Arciprcste de Hita ; y cl 
Sr D. al realizarïo prcsta un senalado servicio i U ciencta, y honra à los 
maestros de la Universîdad de Tolosa de quienes recibîô su educacîdn 
Hlolôglca y 4 los cuales dedica su libro,