Full text of "Romania"
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ROMANIA
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ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRÉ A l'Étude
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES
PUBLIE PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
Pur remenbrer des anccssurs
Les diz e les faiz e les murs.
Waœ.
30e ANNÉE — 1901
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, 67, AU I*^ (Ile)]
TOUS DROITS RÉSERVÉS
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NOUVELLES ÉTUDES
SUR LA
PROVENANCE DU CYCLE ARTHURIEN
XI
ARTHUR EN CORNWALL
Nous avons insisté à plus d'une reprise * sur le rôle, impor-
tant à nos yeux, que joue la Cornouailles anglaise dans les
récits arthuriens. Certains noms d'hommes (Modret ^, Gorlois,
Blery) et de lieux (Tintaguel, Camelot, l'îleSaint-Sarnson, etc.)
décèlent pour ces légendes une origine cornouaillaise directe ou
indirecte. Le récit qu'on va lire nous fournira l'occasion
d'insister sur ce point que nous croyons intéressant. Ce texte
n'a rien d'inédit. C'est un passage de la l^ita sancti Carantocù
Il est contenu dans le manuscrit Vespasian A XIV du fonds Cot-
ton au British Muséum, lequel date de 1200 environ. C'est un
recueil de vies de saints gallois exécuté environ un siècle aupa-
ravant 5. Toutes ces vies sont antérieures de trente ou quarante
ans au moins à VHistoria Britonum de Gaufrei de Monmouth,
ce qui en rend pour nous la valeur (légendaire) inestimable.
Nous reproduisons le texte d'après la publication de Rees *, que i
1. -Ro/miMW, XXIV, 334; XXV, 11,20; XXVIII, 12-14, 40, 336, 346-
347.
2. Ajoutez à Rhys {Arthur ian Legetid^ 392) Loth, Èttules corniqtus^ dans
Rn*ue celtique y 1898, 404, note 3.
3. Voy. Phillimore, dans Y Cynnurodor^ XI, 128.
4. Lives of th Catnbro-british Saints ^ Liandovery, 1855, gr. in-8, p. 99-
100. Cette édition, comme toutes celles de Rees, est détestable.
Romamia, XXX. t
>■
2 F. LOT
nous corrigerons au moyen de rédition des Bollaadistes. Toutes
deux reposent, du reste, sur le môme manuscrit Vespasien XTV ^
Et postea venit itcrum ad suam propriara regionem Keredidaun ', ad suam
spcluncam cum clerkîs multis, et ibi multas virtutes feck quas cnumerare
aliquîs non potçst. Et dédit ei ' Chrisius akare honorificabile de exceiso,
eu jus nenio intdligebai colorera. Et postea ad Sabriiwm amncm venit ut
navîgaret » cl misit altare in mare, quod et precedebat ubi Deus volebut
iUum venire. In istis temporibus Cato et Arthur regnabant in ista patria,
habitantes in Dindraiihov*; et venit Arthur drcuicns ut inveniiet serpentera
vaïidbsiraum, ingentem, lerribilem, qui vastaverat ^ duo deci m partes agri
Carrum. Et venit Carantocus * et salutavit Arthurara, qui gaudcns acce-
pit beoedictionem ab illo. Et interrogavii Carantocus Arthvimm utrum
audisseï ubi applicuissrt altare suum, et Arthur respondit : a Sihabuero pre-
cium numiabo tibi. » et illedi^^it : « Quid precium 7 (postulas?» Illc respon-
dit ; « Ut deducas serpeiuem qui m prope est tibi ut videamus si servus
Dci es* ». Tune beatus Carantocus perrexit et oravit ad Doniinum, et
illico venit serpe ns cura sonitu » magno, quasi viiulus ad matrem currens,
inclinavitque caput suura ante *° servum Deî, quasi servus obedïens domino
suo humilis '* corde^ et lenis*» oculis. Et misit 'î stolara suam drcacoïlura ejus,
et dedustit illum quasi agoum, nec exahavit pennas ncque ungulas, et erat
coUum ipsius quasî coUum tauri septem annorum, quod vix poterat stola cîr-
cumdare ^*,
Deinde perrexerunt una adarceraetsaluwverunt Catonera et bcne suscepti
sont ab eo. Et duxit illum serpentem in média aulaet cibavit'î illum corara
populo, et conati sum occidere illum. Non reliquit eum^*^ occidi quia dixtt
quod ex verbo Dei venisset ut deleret peccatorcs qui in Carrum erant et ut
ostenderct virtutera Dei per illum. El postea perrexit extra portant arcis et
Carantocus dissoîvit eum^*, irapcravit illi ut dîscedcns nemini noccrct nec
reverieretur araplius, et cxivit*?, hesitque, sicut ante dixit ordinatio Dci'*.
'^[Et accepit'* ahare quod cogitaveret (iic) Anhur in mensam facere, sed
I. AcUt Sanci.t t. Kl, de mai, $84. Les Bollandistcs devaient leur copie
de ce ras. du fonds Cotton à robligeance de Dugdale, Fauteur bien connu
du Mouasiicon an^Umnum^ {B désigne Tédition des BoUandistes, R celle des
Rccs).
t Kerîdiciam B. — \2 illi B. — 3 navigarît ^. — 4 Diudraithov B, Dîn-
drarthon H, — ^ 5 in ajoxHé par R, — 6 Carentocus partout dam B, — 7 perac-
tuni /?. ^ 8 et videamus si ser\'us Dei es iî, si servus Dei es ut videamus R,
— 9 sonatu B, — 10 auiem B tt R, — 11 humili R. — 12 levis R. —
— 13 dcdit R. — 14 circuire R, — îj ut cibaret R. — 16 illum R. —
17 exibit R. — 18 annon sicut dixit ordinatio Dci R. — 19 acceptum /?.
ARTHUK EK CORN WALL J
quîdquid=''apponcbatur suptfrilUm jacubatur iii ïongînquo. Et postuUvît rex
ab illo ui reciperet Orrum in sempiterno graphyo et postea edifica\nt ccclc*
siam ibi. Postea venit vox illi de celo ut mitterei altare in mare]**». Deinde"
misU Catonem" Arthuruni ut intcrrogarent** de aïtari, et nunciatum est
il lis quod in ostîum Gueltit appuierai. Bt dîxit rex : « Iierum'^ date illi
duodccim partes agri ubï aïtare inventumcssct. » Postea venit Caraniocus et
ediBcavk ibi ecdesiam, et vocata est ctvitas Carrov*^ Venit autcm vox illi de
caelo et dixit ut in exilium pergeret et relinqueret famtliam suam. Hic
înnumeri sepuîtî sum in istam** civitaicm nec nomîna illo ru m nomînantur.
Et ille soliîs perrexii ad Hiberniam insulam et sepultus est xvn. Kal. Janiî,
in civitatc sua praeclara et optima prc omnibus civitatibus suis que vocatur
civitas Chcrnach*7, Et niigravit in pace et pacem reliquit et pacem invenit ut
legitur : ir Beat! paciBci quia^^ filii Dei vocabuntur. » Et iterum propbeta
dicit : « Preciosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus. » Memor fuit
quod carnalis hujus mundî substantia fragilis est, orania quaravis modo
sint pulchra tamen corruptibilia. Zabulo^» vaido extitit contrariusî'\ multos
homines lucratus. O vere vita beata, o Dei digna donorum** ! O vere vir
bcate in que dolus non fuit! Neminem judicans, neminem contempnens»*,
nulli malum pro malo reddens, saepc tkbatpro blasphemantibus; qui manei
sine macula cum gaudto et gioria inter angelorum agmina in secuia scculo-
ru m* Amen.
Nous devons établir tout d'abord que la patria où régnent
Arthur et Cato est bien la G:»rnouailles insulaire, la Domnonée.
Cela ne saute pas aux yeux. Les premiers éditeurs se sont
mépris. Ils ont cru qu'il s'agissait do pays de Galles. Et cela
est bien naturel : riugiographe donne pour père à Carantoc le
roi Ceredic, lequel a donné son nom à k proviocc galloise de
Cardigan. C'est dans une caverne {spelunca) de ce pays que le
saint homme se retire ** C'est lu qu'est située la principale
X. La Vita la nomme (1. ^j)spfJufU4i Edih, Cest peut-être le rocher en
forme de chaire appelée EislM/a Carannog^ « siège de Carantoc », dans la
paroisse de Llangrannog. Cf. Rees, 598, n, i.
ao Lfs mots tnirt crochits sont visihknieut une inUrpolatwn, — 20 quoi-
quot R, — 2t dein ^. — 23 sk dam B, U passa ffc est itt intelligible. Selon
B iï y a Caronem et wn Catonem, corrige par conjecture Caio, li faut sans
iîouif lire Deinde raisit Caio ad Arthurum ut interrogaret de altari ou
Dcinde miserunt Caio et Arthur ut interrogareni de altari. — 2} interra-
garci B. — 24 sic, dans R, item B; lire nunc? — 2$ Carrou R, — 26 sunt
ista dvîtate B, — 27 Chernacli B. — 28 quonani /?. — 39 Tubulo R. —
30 comraxius /?. — ji donorum digna B. — 32 conteninens B.
4 t\ lot
localité qui lui est consacrée et qui porte son nom, Llan-
grannog*. Ncannioins il n'est pas douteux que le pays où il
aborde, lui et son autel, ne soit la Domnonée, puisqu'il s'em-
barque sur la Severn et passe la mer, Uager Carrum, ou aborde
Taute! et où il fonde une église S a perdu son nom pour
prendre celui du saint personnage : c'est aujourd'hui Crantock ',
ù Tembouchure du Ganne! Creek*, sur la côte nord de
CornwalL
La ville ou château où habitent les deux souverains Arthur
et Cato n*est pas loin de Carrov (Crantock) et porte le nom de
Dmdraiîkw '\ Personne n'a pu Tidentifier jusqu'ici. Mais nous
sommes sûrs que cette localité est en Cornwall. En effet, Din
Draithov n'est autre que le Din Trcdûi que le Glossaire de
Tévêque-roi irlandais Cormac (tué en 907) place au nombre
des forteresses goidéliqucs situées chez les Breian Cornu ^. Et
c'est en même temps évidemment le mystérieux Cair Draithov
que l'on trouve dans Nennius parmi les 28 civitates de l'île de
Bretagne ^
1. En Cardiganshirc, Cf. Rees, 596, note 2.
2. Le rccit est embrouillé, mais en le lisant attentive ment on voit que
VagcrCanum dévasté par le dragon ne fait qu'un avecla civitas Carnrv fondée
par le saint.
j. Cornwall» hundred de Pyder. Cf. Davies Gilbert, The purrochiaî history
ofCornU'ûll, III, 47,
4. Cmrtri est, je croîs, tout simplement Tanglais channeî. Le nom celtique
gtutUit a dû disparaître,
5* Telle est la vraie forme, et non Dindrartlxm, comme riraprime Rees,
6, Voy. Thffc ithh glûssaries, éd. par W(hîtley) S(tokes), Londres, 1862,
in-8, p. 29-50, au mot Mo^iifhne, Aux traductions de ce passage déjà citées
(Romanm, XXVII, 532) on doit ajouter celle, peut-être préférable, de
M, KuûO Meycr, dans Tranutctiom of ilie ScKidy Cymmrodorhn^ session
1895-96, 59-61.
7. Nennius, éd, Mommsen, 212 {Mon. Germ., Auciorn antuiuissimi^
t, Xni). — Le mérite de ce rapprochement ingénieux et probant revient à
M. Egerton Phillimore. Voy- Y Cymmrothr, XI, 90, note i. Je dois ajouter
il ce propos que je me reproche de n^avoir pas dépouillé plus tôt méthodi-
quement h collection du Cymmrodor pour en extraire les notes précieuses que
ce savant a ajoutces aux articles de ses collaborateurs. Elles m*eussent été d'un
grand secours. Je signale ooiammeot ce qu'il dit de la CbronUitu de &wcnt
(/Ai^., XI i6}-i68) pour remettre au point ma note à ce sujet {Romania,
ARTHUR EN CORNWALL 5
Ce nom a disparu. Ne peut-on au moins essayer de retrouver
l'emplacement de li capitale d*Arthur et de Cnto?
On a vu qu'elle ne doit pas être loin de Vagcr Carrov
(Crantock). Or, à lo milles anglais (16 kiL environ) à Test de
Crantock je vois une colline, la plus élevée de la région, qui
domine toute rextrémité de la Cornouailles. Du sommet, on
aperçoit le canal de Bristol, le cap Land's End, la mer dlrlande
et la Manche. Elle porte aujourd'hui le nom de Castle an
Dinas ' ; au xvi* siècle, on disait encore en langue celtique
Castill an Dinc\ c*est- à-dire « Château de la Montagne » '.
El sur le sommet que voyons-nous? Les ruines d'une impor-
tante forteresse circulaire, consistant en trois murailles^
concentriques de masses granitiques asî^emblées sans mortier;
entre chaque rempart un fossé. Le diamt;tre du castell est de
436 pieds anglais (130 mètres); sa superficie de 6 acres (envi-
ron 2 hectares).
XXVII, 1898, 572, note 2). Sur la malhonnêteté de réditeur William abitheï,
j'étais arrivé au même résultat (//»/(/,, ^66, note) que M. Philllmore, sans
connaître son article.
i, Cornwaïl, hundred de Penwilh, paroisse de Ludgven.
2. Voy. CarfU'^s Sunyy oj CornwaUy éd. de ï8iî, p. 541, Dwis ou iknh
est en Comwall ei Cumbcrland la forme qui tépond au gallois iiinas (voy.
Phillimore, dans Y Cyntmrciîar, XI, 45-44), Cette forme a amené dans l'esprit
des archéologues un rapprochement avec le mot Danish (Danois). De là
Thypoibésc absurde de cerîains érudits locaux que ces constructions sont
d'origine scaïuiiiuve. Les Danois ont bien fait des fortifications dans le
Cornwjll» mais là^ comme en France (à la Hagtw Diki\ près Cherbourg) et
en Angleterre (au cap Flamborough), ils se sont bornés à isoler du continent
un promoaioire par une levée de terre et un large fossé- Ainsi le promontoire
de Tolpcdffi Pfmvith, à j miles au S -E. du cap Land's End, si Ton en juge
par la description de Borlase (p. 544), a été certainement un hi^uf-dikt
danois Cet archéologue avait du reste supposé avec sagacité (p, 345) que ces
caps avaient dû être fortifiés par des envahisseurs étrangers (qu'il n'identifiait
pas). Mais, encore une fois, cela n'a aucun rapport avec les collines fortifiées
de Tintérieur.
3. Dimn en bntton. s*entend de la cime d'une montagne, fortifiée ou non.
4. Les descriptions du xix* siècle ne parlent que de deux remparts. Voy. te
Naihmal Ga^fHetr ; Gilbert» ùp. cit., IH» 47- 48» et surtout William Cotton,
Accmmt of ctttainhilUmlks siiuatrd nearihe Land's End in Côrnually dans VAr-
(hirologm^ vol. XXIl (1829X in-4, p. ^oo 'jo^^tiirc plan §, Mais Borlase, au siècle
F. LOT
Il me semble qoe nous avons là le Cair DraWmj ou Dun
DraitJxrv A^mànàè. Les détails donnés sur rarchitectorc par les
chercheurs locaux montrent d'une manière absolue, à mon avis,
que nous sommes en présence d'un Dûn irlandais * ; cela
confirme les assertions du glossaire de Cormac sur la
conquête de la Domnooée par les Scots aux iir'^ et iv* siècles \
Cette forteresse n'est pas la seule de son espèce, quoiqu elle
soit une des plus importantes. Toute l'ancienne Domnonée est
parsemée 5 de ces forts dont Torigine scotique est à mes yeux
indéniable. Tintaguel », Camaalot ^ résidences arthuriennes,
dernier, avait noté un troisième rempart, lequel paraissait inachevé. Voy.
Antiquitui histùfica! and moinimental of CornwaU^ Londres, 1769, in-foL,
p. 546. Le Glossaire lit Conmu voit dan^ D'tnn Tradùi (en irlandais Dun
Tr/tiut) les mots trt « triple et tllme « rempart »*, et l'interprète « tripîf
rnnpari de Crimthan le Grand, roi d'Irlande et de la Bretagne jusqu'à la
Manche », Mais il n'y a pas a tenir un corapte sérieux de cette fantaisie
étymologique.
1. Les nombreux et importants travaux sur rarchiteciure irlandaise, dus
d lord Dunraven, G, Pclrîe, Fergusson, Wood-Martin, Andersen, etc., sont
résumes dans un article de M. Pflugk-Hantung, paru dans les AVwr Haddher-
ger Jahrhûchcr^ I, 201-226.
2. Sur rétablissement des Scots en Grande-Bretagne, voy. Zimmer,
Netiftim vimiicatus^ 84-9 ;, et surtout Kuno Meyer, Early rektions bdwan
Gadand Brythyn^ dans les Transactions oj th socîtHy o( Cymmyôiiorion, session
de 1895-96, s 5-86. Les Irlandais ayant occupé le pays de Gallt^, on doit y
trouver également des forteresses scotiques. De fait, en relisant la description
de Dina<, Emreis^ au pied du Snowdon, nous pensons qu'il a dû y avoir là une
construction irlandaise, un dùn. Nous avons tenté de montrer qu^un conte
d'origine irlandaise précisément s*était atuché à cette localité (Rom an ta,
XXVlll, 1899, 538).
3. On s'en assure aisément en étudiant les cartes de cette région. Pour
rcxtrémitè de la Comwall, voy. Tarticle de Cotton, cité page précédente,
note 4.
4. TintagueL Comwall, hundrcd de Lcsnewîth. Cf. Gilbert, op. cit.^ I,
322- }4}. Une description et une vue de Tintaguel sont données dans Borlase,
5. Camalet, Somersctshire , à un mille au sud deNorth Cadbury. Voy. sa
description daiis IcXational GairtUn, 1, 443, Camakt^ ainsi appelé dans les
»♦ old record • (Sluart-Glennie, XXVI), est plus connu sous le nom de
Codbury castle. Le premier terme de ce dernier nom, qui est celui de deux
localités du Sotnersetshire et d'une du Wiltshire, est peut-ètre d'origine cel-
ARTHUR EN CORKWALL 7
sont des constructions irlandaises. Cette dernière me semble
un râth plutôt qu'un dtin \
Arthur règne donc en Cornwall, où notre récit le montre en
quête d'un dragon ^ dévastateur. Cette légende hagiographique
se rencontre avec les récits des Mabinogion et des Triades du pays
de Galles. ♦
Ainsi dans le mabinogi de Kuhvch et Ohuen c'est en Kernyw
qu'Arthur atteint et jette à la mer le monstre Jwrch tnuyth^.
Il commande aux habitants de Kernyw (Cornwall) et Dyfneint
(Devon et Somerset '*). De même dans la ViîaGildae deCaradoc
de Llancarvanj Arthur voulant assiéger dans Glastonbury
Melvas, ravisseur de la reine Guenièvre, cotnmovit exerciius îôîius
Cornulnae et DihnenmcK La Cornwall joue encore son rôle dans
rhistoire non moins fantastique de Chapalu (Cathpaluc *). La
mère du monstre, la truie Henwm (vieille et blanche), est gar-
dée par Koll i\ Glyn Dallwyr en Kernyw. Elle se sauve jusqu'à
Penryn Jtvstin, également en Kernyw, d*où elle se jette à Teau
pour aborder de Tautre côté de la Severn, en Gwent, à Maes
Gxveniih ou Aber Torogi en Gwent is-Cofd 7,
tique et doit sans doute être rapproché du gallois C4td-lyi, qui désigne une for-
teresse à plusieurs enceintes concentriques (cf. Tirlandais air lis). Ici cad se
rattache à la racine cudur « garder «^ selon J. Loth, Mttbwogmtf l^ 259,
note 1.
1, La différence principale entre le dûn et le râth^ qui sont tous deux des
forrificacions rondes formt^es de plusieurs enceintes concentriques, c*esi que le
premier est constitué par de grandes niasses de pierres asseniblées sans mor-
tier, et le second par des levées de terre précédées d*énorraes fossés, Voy.
Pflugt-Harttung, uri.dt.^ iio-aii.
2, Un dragon, puisque ce str petit a àii% ailes {pfmms) et des griffes (ungu*
las), Chest les Celtes» le même mot désigne le ver, le serpent, le dragon : cruim
chez les Goideb, pHv chez les Brittones. De même chez les Germains, le
3, Loih, Mabinogion^ I, 281.
4, Ihid,, I. 279-280.
5, Vita Gildae, éd. Mommsen» dans Mon* Gtrm., Auci, antiq,, XIII, 109,
6, Voy. Loih, II, ^48-249, et remportante étude de Freymond, Arius
Kampf mit drm Katimungtiùm. Halle, Nicmeycr, 1899, ln-8, 86 p. (Extr.
des Bfitrâgf ^ur roman. Plnhiogit^ Festschrifi Grôber),
7, Cette dernière mention, qui se trouve dans une version de cette triade,
éditée par Skeiie {Fùtir ancUnt booh of iVaUs, II, 45S-46o)« permet d*idcmi-
8 F, Lcrr
Même quand Arthur ne gouverne pas directement b Cor-
nouailles, le chef de ce pays est ou son vassal, comme Erbin,
qui y règne par sa permission', ou son parent, comme Gor-
mant ', frère d* Arthur par sa mère et fils du pcnnhynev de
Kernyw'. Notons enfin que Gwynnhyver ou Gwenwyvach
fier â coup sûr Pntryn An'itin que certains (dont La Borderie, Li'i x*ériiahUs
prophêtks df MftUfi) ont placé à tort en Galles. Ahr Torogi en Mocmouth
(Gwent is cùrtf) est très cenaîncment T embouchure du ruisseau de Troggy,
près de celle de la Wye. Pmryn Justin^ sur l'autre rive delà Sevem, ne peut
être que -^//5/ C/rjf. (Voy. Phillimore, dans Cymmrodor, XI, 89, en note.)
Amt C/j/f (paroisse et hundrcJ de Henbury, comté de Gloscester, à ^ m, â
Touest de Thornbury) était un passage {trajectus) connu dès Tépoque
romaine. Cette identification amène à un résultat intéressant. Penryn
Awstiti est dit en Krrnyiv dans toutes les versions de cette triade (Skene,
lik% cii.; Hed hooh of Hft^isi^ p. 307, n° 56 i Htngurt ms, 102, dans Cymm-
rodor^ VII, 151, dernière ligne)» 11 en résulte dune que la Cornouailles
insulaire s*cst étendue bien ;iu delù de la rivière Tamer, A vrai dire, elle a
embrasse toute Pan tique Domnonée. C'est donc à tort que j'ai dit (Romania^
1899» Î45» note 2) que, s'il est vrai que le Devon embrasse la Cornouailles,
la réciproque n*est nullement certaine ». Ces deux termes sont au contraire
(parfois) synonymes. (Yoy. encore Loth, Mabin., I, 195% noie 2.) Ce résultat
concorde avec un passage du Glosmn df Connue (cf. plus haut p, 4» et
Komania, XXVIl, 512-5^3)» qui prétend que les Goidels (Irlandais) ont
fondé chez les Breiotis Comhjxtes {Brttan Cormt) non seulement les Ibrteresses
de Din Tffdui (selon nous, Castell an Dinrs en Comwall), Dimi map L^tfjûin
(inconnu), mais encore GlmUvihnry, laquelli' tst en Somersetshire. Il parait
asi*cx probable qu'i une époque très ancienne le pont de Gloucester, qui
marquait la fin du Gwent(Loth, 1, 54, note i) et la frontière saxonne, formait
aussi rextrêmc limite du Kernyw. Dans le mabinogi de Gtraita^ la Sevem
forme ta limite des états d'Anhur et de Geraint roi de Kernyw (trad. Loth, II,
138» \^o),Dyn^Hmmn (que je n'ai pas réussi à identifier) paraît â la frontière.
De ridenlitè du Kernyw et de la Domnonée découlerait une dernière con-
séquence : c'est que le nom de Cornouailles ou Cornwall n'a rien à faire
avec les Commi de Chcsitr {Dnd) et WroxitiCT (Uricontum), comme on le
dit habîlucllement (Loth, La Borderie, etc.). Il s*applique simplement aux
Bretons occupant Tangle (corn) sud- ouest de F île. L*étudc des origines de la
Cornouailles française m'a conduit récemment à la même conclusion.
1. Mabitiùgion, trad, Loth, II, ijs-
2. fhià., I, 208-209,
3. M. J. Loth (ibid,^ 20^1 note i) suppose qu*un nom propre a été sauté et
que c^pennljynev était Kmhvr, comte de Cornouailles. C*est une erreur. Kadur
ARTHUR EN CORNWALL 9
lequel causa la bataille de Camlan en donnant un soufflet à
Gwenhnyvar (Guenièvre), femme d'Arthur, était muer de
Kemyw et Dyfneint \ On voit par cette liste, qui est loin
d'être complète % que la Cornouailles a joué un rôle important
dans les récits arthuriens des Gallois ^
L auteur de la Fie dé saint Carantoc était peut-être Gallois, si
l'on en juge par Tintérèt qu'il porte au Cardigan et à son pre-
mier roi Ceredic. Il a eu Tidée, lui ou sa source, de faire de
Carantoc un Gallois du Cardigan, ce qui me semble douteux^.
Il a donc pu puiser ce qu*il dit d* Arthur et du dragon dans une
source galloise écrite ou orale. Toutefois la mention de localités
aussi peu connues au xr siècle que Carrm (dont le nom était
est une forme forpée par Gaufrei de Monmouih et imitée par le Songe de
Rljonau'hy, cî, ci-dessous, pu.
1. Voy» Loth (I, 207) et triade (I, 210, note i).
2. Voy. encore Loth, I, 218, et II, isi,
%, Voy, encore (plus bas), p. 16, U bataille de Caralan.
4. Il noQs apprend ^^ue saint Carantoc est honoré en Irlande, où il a fondé
une ch'Uas, et que sa vie est lue partout : « opéra kguntur in Hibemia per
totam patriam. » Seulement en Irlande Cajranioc est connu sous le nom de
CtruiU'h (Rees, p. 98). La première pensée qui vient à Tesprit, c'est que l'au-
teur a identifié arbitrairement le Gallois Carantoc avec l'Irlandais Crrtiach,
Mais ce dernier nom ne peut s'appliquer qu'à un étranger ; en irlandais,
Ce macb s\gn\û^, en effet, « Cornouaillais ». (Voy, Kuno Meyer. dans Trartî-
actions,., Cymmrodorîon^ 1893^961 75.) Or, pour que les Irlandais dési-
gnassent Carantoc sous ce surnom, il faut qu'il ait été originaire de Kemyw.
S*il eût été Gallois, ils Teusseni appelé Bffti ou Brdnach, nom fréquent en
Irlande, où il est rendu depuis le xvii* siècle par Wahh, (Voy* Kuno Meyer,
ibiiL^ 76.) H me paraît donc vraisemblable que Carantoc était Cornouaillais»
mais que Tauteur de la Vie était Gallois. Voyant en Cardigan une paroisse
dédiée à ce saint, Lîangramio^^ il aura cru qu'il était originaire du Cardigan,
ei Taura rattache aunrois de ce pays. On connaît, en effet, le goût si singulier
et si peu chrétien des hagiographes du moyen âge pour la noblesse du sang*
Leur héros doit toujours être de bonne race. La curieuse généalogie imprimée
à la suite de la Vita savctt Carantoci (Rees, 100, depuis quodam tefnpore, et
îoi) fait aussi de Carantoc un fils du roi Ceredic, l'éponymc du Cardigan,
Elle raconte comment, les Scots ayant envahi le pays, les habitants veulent
placer à leur léte Carantoc, mais celui-ci prend un parti édifiant : il se sauve
et va faire son salut au désert. Cette généalogie constitue sans doute avec la
Vie irlandaise (perdue) de Cemach la source de notre Vite sancti Carantod,
fO F, LOT
déjà remplacé par celui de Crantock), Guelîit, Dindraiûm,
rendent beaucoup plus vraisemblable qu'il a recueilli ce récit,
modifié dans un intérêt religieux ', à Tabbaye même de Cran-
tock. Il y a tout lieu de croire, du reste, que Thagiographe a
recueilli dans ses voyages les éléments de son récit \ Nous
pensons donc, et ce sera notre conclusion, que cette vie
de saint prouve Texistence de traditions arthuriennes en
Cornwall vers rannce i loo au plus tard. Les habitants voyaient
dans Arthur un ancien roi du pays. Nous ne nous en étonne-
rons pas si nous nous rappelons que, non loin de Crantocket
vers la même époque (1U4), tes habitants de Bodmin affir-
maient aux moitiés de Notre-Dame de Laon que leur pays
était la patrie d'Arthur et montraient sa chaire et son four :
^ ... ONiendenmi uobis cathcdram et turnum ilUus, famosi
<i secundum fabulas Britanoorum, régis Arthuri ipsamque ter-
« ram cjusdem Arthuri esse dicebant '. »
t. Us moines de Cramock ignoraient évidemment roriginc de la possession
de î'^fff GiriTH». Ils mirent en œuvre les légendes locales sur le combat
d'Arthur et de Cido contre un monstre.
J* Il parait bien que l'auteur a visité Tlrlande. Saint Carantoc y au
foiKÎo beaucoup de chitate%, dont la principale est appelée Civitai Chermcb.
{\o\\ p«^c prècéd. note 4.) Chitas ne désigne pas une ville, mais un cîan, U|
réunion d«sdisdplo et serviteurs qui accompagnaient le saint celtique. Ccl
moittnd sans doute nrbndâi$a»mfMiiol. Dans le Mcaili existait encore, aill
XVt^ siècle» un C<mtbiml Ck^rw^^ « ONRgi^tîonde Camech ou Gernadi*^
Voy. 01>(mov*i», Tffefrtfkimi pom^ efjoht CrOuNkigain, p. 51. «té "
Ktioo Mm? , Iw, dt., 7^ On oc peut affirmer que ce soit là notre
Cktrmfè^ CiT kl y aeu detim Ctimmb, Vun mort un 16 mai. l'autre mort le :
m)g%,\of, CûjfU^ AOêmmOmm,., Ifïkntùr (Lovanii. i^S, ia>fo1 X?^
T^l; Cf OlmàÊr ^ anvitt(M. Slûte, i$7i. gt, \sl-a\ p. UM- Celui i
Mtuh (iMki) n'est pcobdblcaMi f^ le nôtre, qni a OLercé soo ap
«Emile Ldnitcr« m r^pmt Ugm (Re&, 9S)l
1. HéOMB M Uoo, MTmnb mmct» Hanx ImÊim*
^-^-^. ltf.« u t$i, aà. 9I1. Ko» Méam absenter <^
^iie k cMie ei k ter 4*iMM» 4e«iikot être à Boii
<»n>gQS, ée wtee fie h tùàt ithxùm à K
m fa KUOtttq. |e %nifc «nlflaent^ I b mille
«ne cdfiae^fçdlèe .^9fe«r*r Hdi (l onUes E.
«Ainnr â pecsise sm tOiiie cette iryiiii i
SOURCES CORh^OUAlLLAISES DE CAUFREI DE MONMOUTH II
xn
SOURCES CORNOUAILLAISES DE GAUFRE! DE MONMOUTH
CADOR DUX CORSIUBIAE ET GORLOIS DUX CORNUBUE
Nous avons déjà signalé Tinfluence de la Cornouailles
insulaire sur Gaufrei de Moomouth'. Nous croyons bon
de revenir encore sur ce sujet. I! nous paraît difficile de ne pas
voir dans le Cata qui, dans la Fie de saint Carantoc, règne en
Gjrnwali de concert avec Aahur et réside à Dindraithov %
le prototype du Cador dux Cornubiae dont Gaufrei fait le bras
droit d*Arthur et le général en chef de ses troupes*. Nous
avons la bonne fortune de posséder quelques renseignements
sur ce personnage, sans doute historique *. Une généalogie gal-
King Âr timr* s palace {Kaîiotml Ga^ilteer)\io^Tè&dc Tintaguell, à BanasPoioi,
un promontoire porte le oom de Kin^ Jrifmr's castk (Gilbert, lo<. cil.), et les
roches, bizarrement taillées, sont appelées u tasses et soucoupes o du roi
Arthur (Stuari Glennie, XXVIII): 50 près de Gimelford, un retranchement
est appelée Arthur* s Hall (ihiJ) ; 40 à Slaughter Bridge, entre Tintaguel ei
Camelford, une roche porte son nom (ibid .} ; j*» au nord de Liskeard, un
groupe de roche est appelé Kittç Arthur* s Ivd (r7»iW,); 6*» enfin, seloo le
même Stuart Glennie, Castît-an-Dinas aurait été, selon les traditions (?) :
« the hunting-seat of King Arthur, who, according to thelegends,chascd the
wild deer on ihe Tregon Moors » (lire Tre^ross ffttxyrs, grande lande maréca-
geuse, au sud de Castle-an-Dinas). Il n*indique malheureusement pas sa
source. Il serait curieux de constater la persistance d'une tradition arthuriennc
en ce lieu, que nous avons tenté plus haut d'identifier avec le Dhidraithyv
résidence d'Arthur dans la lie de saint Carantcc,
u Rofmtm, XXV lU (1899), }î6.
2» Voy. plus haut, p. 2.
}, Histotia Britonum, IX, i, 5, 9, 13, 15 ; X, 4, 5, 6 (San-Marlc, p* 12a,
125. 132,135, i4S-îi7)-
4. Il est dît dans les textes fils de Gérant map Erhin. Or^ Gereint est un
personnage parfaitement historiïjue. Il a gouverné la Cornouailles insulaire
à la fin du vti« et au commencement du viii« siècle. Cado aurait donc vécu
au vm* siècle. Est-il identique au Catfxnnus^ roi de Dotmioti/e, de la TiV de
saint Guémlé (Anaîecta Boïîandiana^ VII» 176, noie 2)? Nous le croyons,
mais la critique de cette Vie soulève des problèmes que nous examinerons
dans un article spécial. Disons seulement qu'il est inadmissible que Guénolé
ait vécu aux v« et vi* siècles, comme le prétendent La Borderie et les Bol-
landîstes. C'est un personnage du vin« siècle, et nous le prouverons.
12
F. LOT
loîse fait de Cado un fils du célèbre Gereint raab Erbin *, ce
qu'une autre généalogie rend en latin par « Cathov filius Geren-
tonis^ ^K Son nom est donné en passant dans le mabinogi de
Kulwch et Olwen : Cadwy vah Gereint \ Une triade en fait
(avec Gwalcbmci ou Gauvain et Cadeir) un des trois chevaliers
amoureux et généreux de la cour d'Arthur ^ Une autre en fait
(toujours avec Gwalchmei et (Cadeir) un des trois hommes les
meilleurs envers les hôtes et les étrangers K Des poètes font allu-
sion en passant à sa vaillance et à sa générosité ^. Aucun de ces
textes ne met du reste ce Cadwy en rapport avec la Cor-
nouailles. Enfin Cado semble avoir été considéré comme un
saint, et on trouve mentionné comme tel un Caiaw ou Cadoab
Gcra'mî^ mais en Cornouailles seulement, car aucune église du
pays de Galles ne porte son nom 7, Il ne parait donc pas dou-
teux que Gaufrei n'ait emprunté son Cador dux Cornubiae à la
tradition cornouaillaîse. Seulement, selon son habitude, il a légè-
rement modifié le nom ; de Cado % Catkw, Cadiv)\ il a tait
1, Éd, dans Y Cymntrodor^ VllI, 86, n'> x.
2. Dom Morîce, Hht. de Brd.^ Preuves, 1, coL 211. Nous étudierons plus
tard cette généalogie, dont b critique n'a pas été faîte sérieusement.
j. Dans Kulwch et le Son^e de Rhonahvy le texte porte : ac Aduy mah
GertiHiy erreur visible, pour a Cadwy mab Gertittl^ comme Ta fait remarquer
Phillimore {Cymmrodor^ XI, 90, note 4), dont l'émendadon est préférable à
celle de Loih (Mnhitwghu, I, aoj, note }, 511 ; II, 268, note 3),
4. Myfyrian ar€h:cohi^y^ éd. in- 4, p. 411, col. i, n<> 119,
5. Lotb, 11, 268, note 3.
6. Il semble bien, en effet, que le Ganuy cité dans les poèmes {My/yrkifi,
295, col. a; 325, col. i ; 328, col. 2; 339, col. ï)t doive être corrigé en
Gadxvy (= Cadwy). Le fait est cenaîn pour k p. 41t. col. i, n«» 119, où
Ganvy mah Grraint ah îirbiu n*esc autre que Gadwy {Caduy) mah Gftaini ah
Brhin. Cf. notes précédcnies.
7. Voy. Rice Rees, An essay on the wehh saints (Londres, 1836, in-8), 232.
Avertissons que le Cado dr Prydciu de Kuluch (Loth, 1, 247) n*a rien à faire
avec notre roi de Comouailks. Cette lo;on est très certainement une faute
pour Caw de Pryditî (Ecosse). Voy. Phillimore» hc.cil,, XI, 91, en note. Le
Cado Ut'H d'une tri.ide (Loth, II. 207) est Caton l'Ancien.
8. Dajîs la Vita Sancti Caratttnci, la forme Caio est visiblement laiiniséc.
Cador de Gaufrei n'est donc pas une déformation de Cadoc^ comme le dit
M, Philipot {Rommùt, XXV, 286, note 2). Cadoc n'est pas du reste breton
à rorigine, mais irlandais. C'est Thypocoristique irlandais du breton Catmael
KELLIWIC, RÉSIDENCE d'aRTHUR I3
Cad^r, Un texte gallois, en compojinon littéraire, inspiré de son
Historia Britonum, lui a pris Kadiur^, iarll de Kern}n\^ et porte-
épéc d'Arthur '.
je ne connais pas de texte ancien où il soit question de
Gorlois. Gaufreien faitun rf«x Cornubiae^, Or la forme Gùrîois
nVst pas galloise : elle est cornouaillaise ^ Cette coïncidence
ne saurait être fortuite, Gaufrei a certainement emprunté ce
nom (rien que ce nom probablement) à un récit de Cor-
no uailles.
XIII
KELLIWIC, RÉSIDENCE d'aRTHUR.
Je me suis efforcé de démontrer par des raisons d'histoire
ecclésiastique que le mystérieux Kelliwic, résidence d*Arthur
dans les Mahinogion et les triades, n*était autre que Bodmin,
capitale du Cornwall *. Je n'avais au moment où je rédigeais
cette note que des cartes du Cornwall à petite échelle. Ayant
eu récemment Toccasion d'étudier les admirables cartes
d'Angleterre du colonel Mudge, j'y ai trouvé la confirmation
de mon hypothèse. A un mille anglais (1,600 mètres) au nord-
est de Bodmin, je vois une localité de Cnlîiwilh où il me
semble bien impossible de ne pas reconnaître notre Kelliwic,
Et prés de U je trouve encore un bois, Calliwill (sic) toood, qui
achè%'e de me convaincre. On sait, en effet, que Kclti signifie
<t bocage, bosquet d'arbre « en gallois et en cornouaillais K 11
y a bien longtemps que cette localité a perdu toute importance.
« prince de bataille. » Voy. Philliniûre, loc, ciL, XI^ 92, ooie6). Catmaeî fut
en effet élevé par un ermite irlandais (Ktcs, p. 25), qui transforma son nom
suivant un procédé tamilier à sa langue (i« syllabe -f ô^ = « petit »).
1. Sofige de Rljonuwby, dans Loih, 1, 301, 3 12.
2* Hhtwria BriUmum^ VIII, 6, 18, 19, 20 (San-Marte, p. 106, Ii6-u8).
5. Rotmittia, XXVIII, 1899» 345-346. Par suite d'une fliuie d*imprcssioD,
les mots tt Ktllki'k om été sautés» p. 34.^» îigne 10, entre les mots Artlmt
et fu Keniyti\ ce qui rend le raisonnement difficile à suivre,
4. Loth, Mabinogion, I, iSi, note 2, et dans Revue aîiiqtu^ XIII, 482.
5. ïhid.^ 546, noie 1,
Î4 F. LOT
Sur la carte du colonel Mudge (iSi}), ce n'est même pas un
hameau, mais un simple point, peut-être rien qo*un Heu dit,
La vieille résidence de Kelliwic a do être délaissée vers le
XI* siècle au profit de la nouvelle ville groupée autour de
l'abbaye de Bodmin (Boi-tnenei), fondée ou rétablie vers 905 '.
Seulement G>rnouaillâis et Gallois consen^èrent encore long-
temps le souvenir de cette localité, et ces derniers môme, au
xtr siècle, lui attribuèrent rétrospectivement un évèché.
XIV
LE BLANC PORC DANS GUINGJMOR
y M rapproché ' le blanc sentier ou le blanc porc dans le lai de
Guingamor du Twrch Tnoyih (porc Trwyth) du mabinogi de
KuUïwch et de la truie Henwen d'une ancienne triade. Par une
de ces éloyrderies qui me sont malheureusement si habituelles,
j'ai négligé le rapprochement curieux, et même tout à fait
saisissant, avec un épisode du mabinogi de Manatayddan fils
de Llyr. On sait que celui-ci fait partie d'une des quatre
« branches » qui portent plus spécialement le nom de mabino-
gion^ Ce sont les plus anciennes de toutes, et leur origine irlan*
daise a été établie par Nutt * et Rhys^, Nous reproduisons deux
pages de la traduction de M. J. Loth * ;
Un matin Pr>'dcn et Manawyddan se levèrent pour aller à la chasse; ils
préparcreni leurs chiens cl sortirent de la cour (château). Certains de leurs
chiens partirent devant et arrîvèreni à un petit buisson cjui se trouvait à côté
d'eux. Mais il peine étaient-ils ailes au buisson qu'ils reculèrent immédiate-
ment le pcnl hérissé et qu*ils retournèrent vers leurs tuai très : " Approchons
du buisson, dit Pryderi, pour voir ce qu'il y a, a lisse dirigèrent de ce cûté.
1. Borlase, op, cit., j8o,
2. Hornnnia, XXV, 1896, $90-91. M. Schofieïd a sîgnabi les rapports
entre Guuigatmr et le Voyagr of Bran irlandais dans son étude TTr lay of
Guitigiimor {Han^ard Studin in Pbilalogy and Literature, voL V, 222-225.
J, Mabinogion Sttidm, Branuvtt, dans ihe Folk-îore Record, V (1882).
4. Dans Hibhert Uctura on Cfltk Heathemlom (1886) et Stiuim on tU
Arthurian k^^md (1891).
5, Midnnogion^ I, ï 05 -107.
LE BLANC PORC DANS GUINGJMOR îj
mais quand ils furent auprès tout à coup un ianglirr irun hhnc éclatant ' se
leva du buisson. Les chiens excités par les hommes s*éiancèreni sur lui. Il
quitta le buisson et recula à une certaine distance des hommes. Tant que les
hommes ne furent pas près de lui. il rendît les abois aux chiens sans reculer
devant eux. Lorsque les hommes le serrèrent de près, il recula une seconde
fôîs et rompit les abois. Ils poursuivirent le sanglier jusqu'en vue d'un châ-
teau très é\ç\ù paraissant nouvellement bâti, dans un endroit où ils n'avaient
jamais vu ni pierre ni trace de travail. Le sanglier se dirigea rapidement
vers le château, les chiens à sa suite. Qpand le sanglier et les chiens eurent
disparu a rimérieur, ils s*étonnèreni de trouver un château là où ils n'avaient
janiais vu trace de construction. Du haut du tertre, ils regardèrent et écou-
tèrent, mais ils eurent beau attendre, ils n'entendirent pas un seul chien et
n'en virent pas trace «• Seigneur, dit Pryderî, je m*en vais au château cher-
cher des nouvelles des chiens. >• — « Ce n'est pas une bonne idée, répondit
Manawyddan, que d'aller dans un château que tu n'as jamais vu. Si tu veux
m*écautcr, lu ni ras pas, Cest le même qui a jeté charme et cnchanieroent
sur le pav's* qui a fait paraître ce château en cet endroit, » — « Assuré*
ment je n abandonnerai pas mes chiens, dit Pryderi. w En dépit de tous les
conseils de Manawyddan, il se rendit au château. Il entra et n'aperçut
ni homme ni animal, ni le sanglier, ni les chiens, ni maison, ni endroit
habité. Sur le sol, vers le milieu, il y avait une fontaine entourée de marbre
et, sur le bord de la fontaine, reposant sur une dalle de marbre, une coupe
d'or attachée par des chaînes qui se dirigeaient en l'air et dont on ne voyait
pas l'extrémité ». 11 fut tout transporté de l'éclat de l'or et de l'excellence du
travail de !a coupe. Il s'en approcha et la saisit. Au même instant, ses deux
mains s'attachèrent à la coupe et ses deux pieds à la dalle de marbre qui U
portait. Il perdit la voix et fut dans rimpossibiltè de prononcer une parole.
1. Clacrwyri^ Un, n clair et blanc ».
2. L'enchantement du Dyved avait fait disparaître d'un coup de tonnerre
hommes, animaux, récoltes, demeures, âTexception de Manawyddan et Pryderî
avec leurs femmes Riannon et Kicva(Loth, I, loi). L'enchantement du Dyved
resta célèbre au moyen âge dans le pays de Galles. Au xiv^ siècle, le poêle
David ab Gwilym, appelle plaisamment a plusieurs reprises le sud-ouest de
Galles « Terre d'Illusion w. M. Rhys a rapproché ïn^énitus^mcni {A rthurian
Lêgtnd^ 291 sq.) l'enchantement du Dyved des Enchantcmtnti de Bretagne,
de Cycle du Graal, dans Gaucher de Dourdan, peut-être Chrétien» le Pcrcevaï
en prose, la Quaîe du GraaL (Cf. Nutt, Holy Graiî, 59, 87-89.) Les clercs
français auront très librement remanié dans un sens mystique un banal conte
celtique de sorcellerie,
\, Cf. dans Mael-Duin le filet d'argent qui descend du ciel et dont on ne
peut voir Pextrémité (d'Arboîs de Jubainville, Cours de littératun celtique^
V, 484).
i » ,. . — »»n <;tiu*vMt ■\:.niiK>ii. iCMiiTic Jc M.mdwydiian, éprouvki
, i.^r..^ ...-.»' ■«•i..;\ .i.NMvoi .\\\ ù '.m Muit. -jn cour Je rcnnerrri se "it
...^.., :» .. .\ .'.»•* nia;;v. vi v'uiciu w't sTUx-.-twnies iisparurent- »
*' » . V ■ *w -^'vi^* •.•ïr>;\>i'c ù;itï> '.iu:t-s: 'r-ccc^u'. De rnêmc
\-
» 'v ,
LA BATAILLE DE CAMLAN I7
que Modred s'eiiRiit devant Arthur Cornubiam versus et Tatten-
dit de pied ferme sur le fleuve Cambula ', qu'il faut îdcutifier
'évidemment avec le Camlan des Gallois. Pans la Fita Mcrlini^
Gaufrei emploie la forme Mlum Camblani^ qui s'en rapproche
encore davantage % et Wace reproduit cette dernière forme
dans le Brut :
Joste Gimblan fu la bataille
A Ecnirec de Co muai lie \
Dans ces conditions, il paraît impossible de ne pas identifier
ce fleuve avec la rivière Camcl en Cornwall, près de la fron-
tière nord-est. La bataille aurait eu lieu vers Canulford^ comme
, le veulent les antiquaires du pays*. II est il remarquer qu'entre
Xamelford et Tintaguell un pont gartle encore aujourd'hui le
nom de Slaughîcr Bridge K Bien entendu, il n'y a rien à tirer
de li pour riristoriciié de la bataille de Camlan <*. Il est bien
1. Éd, San-Marte, p. 156-
2. Éd. Francisque-Michel, v. 929, p, jy,
5. V, 13659-60. De remploi de Camblan dans le Brut résulte un nouvel
indice que Wace a utilisé non seulement VHistoria Bntotium, mais la Ti/a
. Aft^r/jrri, comme je Fai déjà supposé {Romania, XXVII, 1898, 39, note i). Le
k passage, v. 13692-95 : « Mt-rlin dist d'Arthur, si ot droit, Que sa fin
Cdotose seroit, etc. », semble bien inspiré de la même page de h Vita
Merlim.iCt Romania, XXVII, 554.)
4, Camelford, Comwall, paroisse de Lanieglos, hundred de Lesnewîth,
à 13 milles au N.-E. de Bodmin (^National Ga^tUetr^ I, 468).
j. Voy. Stuart Glcnnie, op. cit., XXVill. Je ne Vai pas trouvé sur la
CEtne de Mudge.
6. Ltîs Animks Camhrùr portent : « Gueiih Caniliinn in qua Arthur et
Medraut corrueruntet nionalitas magna. » La date de 557 ne doit pas nous
, impressionner (cette chronique ne porte aucune date d'année; la date résuhe
du calcul, du reste exact, des éditeurs). On en doit conclure simplement que
le clerc gallois du Dyfcd qui, au milieu du x« sîtclc, a rédigé ces annales
(voy. Phillimore, dans Y Cytnmtodoi\ L\, 1888, 145) croyait à l'historiciié de
cette bataille et la ^xaitÀ une date qui, selon nos supputations, coïncide avec
l'année 537. Mais nous ne pouvons affirmer qu'il ait eu pour cette époque
' des sources historiques dignes de foi ou qu'il n'ait pas admis comme histo-
riques des faits légendaires. Or, précisément, la bataille de 516, in qua Arthur
poriovitcnmm Domini nostrt, paraît inspirée de Bèdc (hélium Badonis) et de
Nennius (éd, Mommsen, 199-200)» Qui nous assure que pour Camlan il
V. LOT
plus admissible que la bataille suprême d'Artliur n'a été loca-
lisée sur les rives de la Camel que pour expliquer U préseuce
de débris d*armes, d'ossements, etc. '.
Quels sont les auteurs de cette localisation ? Les Cornouaîl-
lais sont tout désignés. Et il est à remarquer que ceux des
Gallois qui ont conservé le mieux le souvenir d'Arthur et de
Camlan sont les Gallois du Sud, leurs voisins, et non les Gallois
du Nord ^. Parmi ceux-là même on doit distinguer plus parti-
culièrement les Gallois du Gwent (Monmouthshire), proches
voisins des Domnonéens à Tépoque où le Kernyw s'étendait
jusqu'à Gloucester K Cest^ en effet, dans le code de Gufcnt et
non dans ceux éc Dyved (sud-ouest de Galles) et de Gwyncdd
(Nord-Galles) que se trouve le passage bien connu concernant
la bataille de Camlan * : Pan tjnbo y vrenhitm kerd ysîavell,
canet y bard kerd o Camlan ^ a hynny yn disson rac îenysgu yn y
tieuad.Ce qu'on traduit par ; « Quand la reine voudra un chant
« dans sa chambre, le barde chantera le chant concernant
« Camlan, mais à voix basse, de peur de troubler la salle, »
La traduction des derniers mots ne serre pas le texte d'assez
près : tervysgu veut dire « causer du trouble », <* occasionner une
querelle ». Cette nuance a son importance. Le sens exact est :
a Quand la reine voudra un chant dans son appartement
«' (ystavelf)^ le barde chantera le chant concernant Camlan,
u mais à voix basse, de peur d*cxcitcr de l'agi tation dans ta
w ncuadd » (c'est-à-dire dans la salle où se tiennent les hommes,
n'ait pis paiement utilisai une source ôcrite ou orale suspecte ? — Tout ce
qu*OD peut tirer de là, c'est qu'au milieu du x« siùcle les Gallois possédaient
un récit sur la lutte mortelle entre Arthur et Medraut, à k bataille de Cam*
lao, et cela est déjà précieux.
ï. Les rives de la Camd et de laTamer qui bordaient la frontière de Cora-
wall ont été certainement le théâtre de bien des combats du v^ au x« siècle.
On croît qu'une bataille entre les Cornouaillais et Egbert, en 823, s'est livrée
pris de Camel ford.
2. Nous reviendrons plus tard sur ce point» qui a des conséquences impor-
tzmes.
3. Voy plus hauti p, 7, note 7,
4. Gu'eniian Codt^ t. l, XXX VU, 5 6, dans Aneurin Owen, Andcnt Itnvs
and imiitutions 0/ iVaies^ éd, tn-fol., p. 531. Les manuscrits de ce code sont
du îtiv» siècle; le tcitic peut être du xii« siècle.
CARADICAN ET DINATIRON I9
hôtes, guerriers, etc.). Cette recommandation de chanter X
voix basse n'est pas une politesse à l'adresse des gens de la
muadd, c'est une précaution. On craint évidemment que léchant
sur Camlan n'éveille leur fureur et ne provoque des querelles.
Cest un nouveau témoignage de la susceptibilté des peuples
brittoniques au sujet de la fin d'Arthur \
XVI
DEUX LOCALITÉS ARTHURIENNES, CARADÏGAN ET DîNATlROK.
V Caradigan, Nous avons mentionné l'étrange identification
proposée par M. Zimmer ' pour Caradigan, résidence d'Arthur
chez Chrétien de Troyes et ses continuateurs. Nous voyons
dans cette XocàWié Cardigan y capitale du comté du même nom,
en Sud-Galles. On objecte qu'en gallois cette ville est appelée
Aber-Ttivi encore aujourd'hui : c'est à une époque indéter-
minée * que le nom du comté, en gallois Keredigiaun^ a été
appliqué à son chef- lieu par les Anglo-Normands, mais non,
semble-t-il, par les Gallois.
Une intéressante hypothèse de M. Phillimore nous avait
échappé*. Ce savant voit dans Caradigan, écrit aussi Caradi-
gnan, une localité située près de Bodmin en Cornwall,
1 . Nous avons supposé que le chant sur Cambn ctait la préface nécessaire
des iraditioDs sur Avalon et le retour dWnUm {Romattia, XXVIII, 1899, io,
note I). Peut-être conveoait-il de rappeler que le po<^te gallois Llewîs Glyn
Cothi appelle la bataille de Caralan bataiiU d*AvaUach (My/yrian Arckcol,,
548, V. 3; Loih; I, 210, noie 9), bien que cet auteur soit de basse époque
(xvc siècle). — M. Khys (Arthur um Lt^^éind, 50) donne une autre Interpréta-
tion 'de ce passage du code de Gwent. Le chant devait raconter rinfidélité
de Gueniévre, qui occasionna î* catastrophe, et ainsi exciter la reine â
demeurer dans le sentier de la vertu. C'est très ingénieux, et cette întcrpré*
tatlon n'est pas exclusive de la nôtre,
2 Gôtting. gdehrte Anieiggn^ ïSço, 527. Cf, Hômatiia, XXV» 1896, 9^
note I. Rhys qualifie cette identification de CariuH^'an avec Caer-Agned
(Edimbourg) de « desperate suggestion *» (Artburmt U^^ettd^ 595),
5, « We hâve not becn able to ascertain how carly Cardigan bccamc the
name of the tov-m *, dc-clanc M. Rhvs, op, ciL, 153, n l.
4. Voy. Y Qmmrodor, XI (1890-9!), 46.
20
LOT
Cardinham (= Car-dinan), à deux pus pnr conséquent de Ktl-
liwicy autre résidence arthurienne\ Mais en foit Caradignan
n existe pas. M. Phillimore a emprunté cette forme A des
ouvrages vieillis et sans autorité. Son hypothèse manque donc
de base, et identification de Dinaîiron qui suit nous ramène à
voir dans Caradigan tout simplement Cardigan.
2"^ Dinatiron. Dans le Percnml on voit Arthur tenir sa cour
à Dhiatiron ou Dinaderon (v, 3908 et 3929). J*avais longtemps
cherché et en vain à identifier cette localité» lorsque. Usant der-
nièrement un article deM. Phillimore, j y trouvai la mention de
VAntyrron ou Antarron^ petit coors d'eau qui a donné son nom
à Ysîrad Antarron^ <^ vallée d'Antarron ^>, « a place opposite the
place of Aberystwyth whcre a (ighi took place between ihe
Welsh and Norraans in î 1 13 ^ » Dinathon ou Dinadtron repré-
sente évidemment le gallois din Anîyrron ou din Antarnm^
t< forteresse d*A, », située non loin d' Aberystwyth, à la limite
du Nord-Galles et du Sud-Galles, une localité bien « armori-
caine », on le voit!
XVII
LA FOHÈT DE CAUSSE
Dans le Tristan en prose, il est question de la forêt de Calisse
ou de Calfisc \ qui semble la même que la forêi de Cbelibe de
la Qtustc du Graah, C'est, je crois, la grande forêt de Calédo-
nien appelée par les Gallois Cdyddon (prononcez Keliiljofi). La
forme Calisst ou Cakisc n'implique-t-elle point que les roman-
ciers français la tiennent du gallois par transmission ora!e ?L*i
ou ss du mot français rendrait le dd gallois, qui a le son du ib
doux anglais. Une transmission écrite de ce mut paraît exclue
Nous en avons une preuve : de CuleJoinc est dérivé Caledonius^
d'où l'imaginaire Celidoyne, fils de Nascien, de la Quesîe du
Graal K
1. Voy, plus haut, p. 13-14.
2, Y Cymmrodor, VU (1886), t03 ; d'aprfe b chronique galloise intitulée
Bntt y Tywyîogim,
J. Lœseth, S 5îO, p. îs6.
4. Éd. Furnivall (pour le Rojtburghc Club, Londres, 18^4, în-4)» p. 179.
5. /W,, M 5- 116, 119-iai.
ÈNIDE 21
XVIII
EN IDE
Dans les études sur la provenance du récit à'Érec et Énide
Tattention des romanistes et des celtistes s'est portée sur le nom
du mari, Èrec\ Personne, que je sache, ne s'est soucié de
rechercher rorigine du nom de la femme. La signification n'en
a pourtant rien de mystérieux. Le gallois enit^ prononcé enid
au xir siècle, s'entend de l'a alouette des bois' ». L'épouse du
héros portait ce nom gracieux. Chose à noter, le mot n'existe
pas en breton armoricain, du moins à ma connaissance. Inu-
tile d'insister sur les conséquences qu'on peut tirer de cette
remarque au sujet de la provenance du poème de Chrétien de
Troyes.
' Ferdinand Lot.
1. Cf. Romania, XXV, 7, u, 588-590.
2. Le dict. d'Owen Pughe donne « wood lark ».
LA BELLE DAME SANS MERCI
ET SES IMITATIONS
I
Il est banal de dire que chez Alain Chartier le prosateur
vaut mieux que le poète. On l'a depuis longtemps remarqué,
et il n'est pas difficile de voir d'où provient cette différence.
Chartier, qui se faisait de la poésie la même pauvre idée que
ses contemporains, ne voyait en elle qu'un passe-temps à l'usage
des hautes classes de la société: pour plaire à de riches et puis-
sants patrons, les poètes ne traitaient dans leurs vers que de
questions amoureuses, sans personnalité ni sincérité, avec les
mômes formules et les mêmes situations. Vivant à la cour,
Chartier se crut sans doute obligé de composer des poèmes
semblables à ceux de Guillaume de Machaut, de Froissart,
d'Oton de Grandson, de Christine de Pisan; de disserter subti-
lement sur des points du code amoureux délicats et controver-
sés ; d'énumérer comparativement — fût-ce même par ouï-dire
— le bien et le mal d'amour. Il n'eut pas assez d'originalité
pour s'affranchir de la mode, et il a banni de ses vers ce qui
nous toucherait le plus, ses tristesses patriotiques, ses découra-
gements et ses espérances. Au lieu d'un fier poème.
D'un hymne jaillissant tout armé de son âme ' ,
il ne sut écrire que des vers d'une banalité correcte et froide.
Aussi à tous les poèmes d'Alain Chartier,. au Livre des Quatre
Datms lui-même, préférons-nous aujourd'hui, à combien juste
titre, une ballade de Villon.
I. Vicomte de Borelli, Alain Chartier ^ un acte en vers héroîqtus . Paris,
1889.
LA BELLE DAME SANS MERCI 2}
Le prosateur vaut mieux que le poète, parce que la même
convention ne Tenchaînait p*is. Dans le Quadrilogm Jnvectif et
dans le Traité cks trots vertus, Chartier, qui s'était ressaisi et qui
avait changé son « sentement »i, se montre tel qu'il est, c'est-
à-dire, comme il dit lui-même, en proie à
Peine, paour, povrcté, perte el doute.
Nous ne sommes plus en présence d'un poète de cour qui
compose par devoir et sans conviction des vers d'amour : nous
avons devant nous un honnête homme, un grand patriote,
un « magnifique orateur », que les malheurs de la patrie
rendent éloquent, et qui parle avec autorité parce qu'il a
quelque chose à dire, Uamour conventionnel n'avait pu l'ins-
pirer au même degré.
Je n'oublie pas que Chartier lui-même a écrit quelque part
ces deux vers :
... Un moy n'est entendement ne sens
D'escrire» fors ainsi comme je sens '.
It s*est calomnié, ou plutôt cette déclaration qui lui fait hon-
neur ne s'applique pas ;i son œuvre poétique, à ses a joyeuses
escriptures », Le Livre des Quatre Danies^ par exemple, avec
au début la description nécessaire du printemps, avec les
lamentations non moins obligatoires du poète sur la « très
belle " qui le fait languir, avec les plaidoyers incolores des
quatre amantes, n'était pas l'expression des sentiments d*Alain
Chartier au lendemain de la fatale journée d*A/îincourt. Char-
tier n'a-t*il pas dit lui-même : <* Griefve douleur fait grant
engin » ? *
La Belle dame sans merci est un autre exemple de ce divorce
entre les événements extérieurs, les souffrances réelles, les luttes,
les «t griefves douleurs i> privées du poète, d'une part, et les
préoccupations poétiques des courtisans d'autre part. Le
poème date, à ce qu'on peut croire, de 1424. A ce moment la
France était à deux doigts de sa perte. Le roi légitime ne
régnait plus que sur une partie très réduite du territoire. Paris
i. Traité des trois x*€rtus, édil. Du Chesne, p. 262.
2. Dldogus familiaris amici et soddis, édit. Du Chesne, p. 462.
24 A. PIAGET
avait acclamé le roi anglais. Les villes étaient ruinées, les
églises brûlées; les habitants des campagnes, devenues désertes,
avaient dû fnir « aux boys comme bestes esgarees ». Les hor- i
reurs de la guerre civile s*ajoutaient aux horreurs de la guerre
étrangère. La France, dit Chanier lui-même, était comme la mer
« ou chascun a taot de seigneurie comme il a de force », ou
bien comme une nef dont tf les avirons sont conppez, le mast
rompu, la voille dessiree et le gouvernail desordonné ». Et il
conclut, dans son angoisse, que « la main de Dieu est sur la
France et que s;i fureur a mis en œuvre ce fiael de persécu-
tion )>.
Oubliant tout cela, maître Alain Chartier, secrétnire du roî
et archidiacre de Paris, se kmente en 1424 sur la mort de sa
dame et s'intitule << le plus dolent des amoureux »* Et il com-
pose, h l'usage des amants et des amantes, la Belle àame sam
merci y dont le succès fut si grand.
La mon lui ayant ce tollu » sa maîtresse, Chanier se repré-
sente chevauchant dans la campagne, fliisant les réflexions d*un
homme dont la vie est brisée, qui n'a plus goût à rien, pas
même à la poésie. Vaincu par la fatigue et la douleur, il s'arrête
dans un village pour prendre repos et nourriture. I! croyait y
être tranquille, à Tabri des importuns, tout au souvenir de sa
dame, mais bientôt le bruit des ménétriers et d'une joyeuse
fête arrive jusqu'à ses oreilles. Voulant fuir à tout prix ces
gens heureux qui dansent et qui rient, il se retire dans un coin
solitaire, pensant n'y être pas dérangé; mais il avait compté
sans deux de ses amis, qui, avertis de son arrivée, « moitié
force, moitié requeste *>, Tentrainent au milieu des danseurs.
Là le spectacle d*un amant malheureux lui fit pour un instant
oublier ses peines. Ce personnage, tout de noir vêtu et sans
devise, blême et pale, allait et venait en apparence comme tout
le monde, dansait avec une dame, plaisantait avec une autre,
s'efforçait enfin d'être aimable et gai. Mais notre poète vit
bien que cette gaieté était feinte et que le regard et les pas de
cet amoureux étaient sans cesse ramenés au même endroit,
comme poussés par une force invisible, auprès d*une dame
jeune, gente et fraîche. Alain, amusé un instant, se lassa bien vite
de la fête, car, dit*il, « joye triste cuer travaille », et il alla
s'asseoir à l'écart, sous une treille « si drue de feuilles « qu'on
ne pouvait voir au travers. Il venait à peine d'y entrer, de
LA BELLE DAME SANS MERCI 2^
s'asseoir, quand i*amoureux et sa daine, fatigues de la danse,
vinrent se placer non loin de lui. Dissimulé derrière la treille,
Abin ne perd pas un mot de leur conversation. Il entend
ramant qui soupire, puis qui passe des soupirs aux larmes et
des larmes aux plaintes. L'amoureux supplie sa dame d'avoir
pitié et au moins de le prendre pour « servant a. Alors s'en-
gage entre les deux personnages un long dialogue. L*amant a
recours aux grands arguments : il mourra pour sur s'il n'ob-
tient les faveurs de sa dame. Celle-ci répond tranquillement
l'amoureuse maladie
Ne met gueres de gens a mort.
Tous les arguments de l'amoureux sont immédiatement réfu-
tés. Il veut, par exemple, se prévaloir de ce qu'il a donné son
cœur X sa dame : qu'elle le vueiUc ou non, « ce don ne se peut
abolir »* Il s*attire la réponse suivante :
Je ne tiens mie pour donné Trop a de cueur qui entreprenl
Ce qu*on offre a qui ne le prcnt. D'en donner a qui le refuse.
La dame déclare enfin sans ambages qu'elle n'a pour l'heure
aucune envie d aimer et de se donner un maître. Elle est
franche et franche veut rester. Son soupirant fera donc bien,
s'il ne veut perdre son temps, de quérir ailleurs une plus gente
et plus belle dame « qui d'amours se vueille esjoïr ». Mais
l'amoureux ne se rend pas à cette déclaration. Il larmoie et
discute toujours. Ainsi la dame annonce qu'elle ne veut pas
aimer parce que les vrais amoureux sont très rares et qu'il n*y
a que faux amants au temps qui court. Faut-il, remarque
Famoureux gémissant, que les bons soient punis pour les mau-
vais et les déloyaux? La dame répond sommairement que, pour
éviter les mauvais, « il se fait bon garder de tous w.
A bout d'arguments, l'amoureux se lève et quitte la fête,
plus mort que vif. Alain apprit plus tard qu*îl « estoit mort
de courroux «.
Aucun poème, aucun traité d*Alain Chartier n'eut au xv*
siècle plus de succès que la Belk dame sans merci. Ce succès
nous étonne. On trouve sans doute dans le poème une aimable
facilité, un certain charme mélancolique, quelques vers francs
et pleins, quelques détails bien observés, à côté de beaucoup
de longueurs et de prolixité. Mais à part la marque de Char-
26 A. PIAGET
tîerj il n'y avait dans ce poème rien de nouveau. II est écrit
dans ces strophes de huit vers a trois rimes entrelacées, abahbcbc^ si
souvent employées au xv*^ siècle. Quant au sujet lui-même,
un poursuivant d'amour implorant merci de sa dame, quoi de
plus fréquemment traité dans la poésie du moyen âge?
Les dames de la lyrique française au moyen âge sont toutes
sans merci, et il faut remonter bien haut, jusqu'aux chansons
de toile, pour rencontrer des belles d'humeur plus facile. Les
amoureux, par contre, sont tous dolents et transis, et rem-
plissent leurs poésies de lamentations, de supplications et de
larmes. Chartier lui-même eut une maîtresse sans merci, et il
explique dans le début du Livre des quatre dames comment
depuis son enf;tnce il n'eut en amour que « courte joie et
longue doulour ». L'amoureux mis en scène dans le Débal de
Réveille matin aime depuis longtemps une femme accomplie,
« fors que pitié n'est pas en elle ». Oton de Grandson, pendant
plus de six mille vers, ne s'est-il pas lamenté à propos de sa
dame « plaine de refus » ? Froissart ne soupire-t-il pas après
le u gracieusdon de merci «.^ La belle dame sans merci d'Alain
Chartier n'était donc pas seule de son espèce : elle était bien
dans la tradition, et elle ressemblait à s'y méprendre à toutes
les dames chantées depuis deux siècles par les poètes.
Le cadre de la Belle dame sans merci n'est pas plus original,
La situation du poète, triste et malheureux, se promenant
dans la campagne et tombant par hasard au milieu d'une
joyeuse fête où il remarque un amoureux désespéré, lequel
suit des yeux « une dame belle et génie entre mil », n'est pas
nouvelle. On la retrouve X peu près pareille dans îe Débat de
deux amant s y de Christine de Pisan. Quant au poète, « embus-
ché ï» dans une treille, ne perdant pas un mot du dialogue de
deux amants, c'est également là une situation des plus fré-
quentes, dont les gens o courtois » du moyen âge ne voyaient
pas l'indiscrétion. Je ne citerai que \ejt4gement du rot de Bohême,
de Guillaume de Machaut: le poète, errant dans la campagne,
voit venir une dame et un chevalier ;
Si me pensai qu*aiiiis îcn ci amie : Si embrunchiés qu'il ne me virent
Lore me boutai par dedcm la feuDlée, [mie.
Ce qui dans le poème était peut-être nouveau, c'est la façon
assez peu respectueuse et parfois ironique avec laquelle la dame
LA BELLE DAME SAKS MERCI I7
parle de ramour. Le bon sens et Tesprit sont toujours de son
côté, tandis que Tamant joue un rôle assez piteux. On sent que
les sympathies de Chartier sont toutes pour la jeune dame, et
qu'il réserve ses jugements les plus sévères pour les amoureux.
Il prétend que les nobles eux-mêmes, qui devraient donner
Texemple,
Sont les plus avant en la fange,
Et ont leurs cuers habandoonez
A courte foy et longue langue.
Il se crut cependant obligé, en guise de morale, de faire la
leçon aux dames comme aux amants. Aux derniers^ Char-
tier recommande de fuir médisance et vantardise, les pires
ennemis d'amour; puis il invite les premières, au moins pour
la forme, à se montrer moins cruelles et à ne pas imiter la belle
dame sans merci.
Le poème de Charrier fit scandale à la cour du roi de
France. Après la composition de la Belle darne sans merci, Char-
tier était parti en ambassade, ne se doutant guère de Fcffet que
produisait son poème. Les « poursuivants d*amour », qui s'es-
timaient visés par les vers d*Alain, protestèrent contre la con-
clusion qui, d'après eux, se dégageait de la Belle datne sans
merct\et accusèrent Tauteur d'avoir voulu endurcir le cœur des
belles. Ils écrivirent aux dames de la cour une épître en prose,
dans laquelle ils insinuent, avec malveillance, que c'est le dépit
qui a fait parler maître Alain, et son peu de succès auprès des
dames. « Il est venu a leur congnoissance que aucuns ont
escript en vers rimez certaines nouvelletez ou ilz n*ont gueres
pensé. Et puet estre que envie, rebutement d'amours ou faulte
de cuer, qui les a fait deniourer recreuz en chemin et laisser la
quesie qu'ilz avoient encommencee avecques nous, les a fait
ainsi parler et escrire. Et ont tant fait, comme on dit, pour
destorner aux autres la joie a quoy ilz ont failli, que leurs
escrips sont venuz en voz mains, et pour Tattrait d'aucunes
paroiles doulces qui sont dedens vous estes amusées a lire leur
ivre, que on appelle La belle dame sans tturcy, r> Ces beaux
"ints recommandent aux dames non seulement de détourner
Teursyeux de « si déraisonnables escriptures », mais de « les faire
rompre et casser par tout ou trouver se pourront, et des faisans
ordonner telle pugnicion que ce soit exemple aux autres ».
28 A. PIAGET
Cette lettre est en prose dans tes manuscrits des œuvres
d'Alain Chartier et dans les éditions*. Elle a été mise en vers
au XV* siècle et se trouve, sous cette forme, dans un manu-
scrit intéressant de la Bibliothèque de Besançon, le n** 524, fol.
68*71. Voici quelques vers qui suivent la prose d'assez près et
n'apportent aucun détail nouveau ;
La copie de la letîre envoyée aux dames par riîhme contre
hdict mahîre Alain ^ en manière de supplication.
Humbkmcm supplient aux dames
Vox humbles et loyaulx servans
De penst'e, de corps et d'ames
Et leur doulce grâce attendans,
Qui les fais d'atuours poursuivans
Ont csïé et sont jusqu'à cy.
Pour estre en la fin rcccpvans
Le don d*amoureuse nierc)* ;
Comme ceulx qui(l2) ont ordonné
Leurs cuers en pensant a veillier,
Et leurs corps ont abandonne
Pour vous en servant traveillier.
Leur temps a grâce pourchasser.
Et leur vouloir a désirer.
Leurs bouche mis a supploier
Et leur pensée a souspircr;
Et de puis se sont embuchiez
En la forcst de longue actetite..*
Les dames ainsi prises à partie écrivirent à Chartier, encore
absent, le priant de faire taire ses accosateurs par une explica*
tion nette et claire. La lettre, datée d*Issoudun, le dernier jour
de janvier, est en prose dans les manuscrits et éditions*. Elle
est en vers dans le mcmc manuscrit de Besançon (que je
désigne par la lettre B), fol. 65-66 v**, et dans un manuscrit
du xv^ siècle appartenant à M. Max de Diesbach, à Fribourg
en Suisse (D)», fol, xxiîj-xxiij v^. L'épître en vers, plus
longue que la lettre en prose, a dix strophes :
Copie des lettres des datnes en riîhme envoyées
a maistre Àllain^,
Honnouré frère, roaisire Alain,
A vous nous nous recomman-
[dons,
Comme celles qui tout a plain
Vostre honneur et bien deman-
[dons.
Pour tant a présent vous man-
[dons S
1. Édit* Du Chesne, p. 525.
2. Édit. Du Chesne, p. 525.
j. Voir ji TAppendicc une description de ce raanuscrii.
4. Le litre manque dans D,
Var, 4 B en bien, — j B au présent.
■
LA BEUE DAME
SANS MERCI 39 ^^^^^1
^^H
Qu'aucuns sur vous ont ùit cn-
Amcroyent et a vetr ^^^^H
^^H
[queste
Vo$tre io/ croij^tre qu'empiricr, ^^^
^^^B
Et hont bailUC', en lieu de dons,
Et qui vouidroicnt que venir ^H
^^m
Aux dames certaine rcqucsie;
Peussics a vostre desiiier. 40 ^^M
^K
Laquelle fort et au vif touche
6
Pensés donques d'estre soubtil, ^^Ê
^^K
Vostre tresgracicux rcnon, 10
En donnant respnnsc affinée ;
^^H
Et tant par cscripi que par
Car droit le premier jour d^avril
^^H
[bouche
Journée est et heure as3^rgnee
^^^H
L*ont présenté, et se ce non,
Pour la cause estre examinée ; 45
^^H
Pour abattre le beau pennon
Lors par raysons judiciaires
^^^H
D^onneur que long temps ave/
Sera commaicie ou finec
^^H
fquis,
Entre vous et vot adversaires.
^^1
Et pour vous gitter du bon
7-
Et ta vous pensons a veoîr,
^^^H
[non 1 5
Se vous n'estes ou pris ou
[mort. îo
^^f
Que vers elles avés acquis.
B^
Mais (car de certain nous tenons
Donc Dieu vous gart, ains pour>
^^^^
Que moult prudent estes et saige)
[veoir
^^^h
Fiablement nous maintenons
Vous vueillic en bien, combien
^^H
Qpe de vous excuser l'usaige 20
(qu*au fort,
^^^B
Bien trouverez et beau iangaige
Se conscience vous remort
^^^1
Pour dcffcndre vosirc party,
Et sç^vcx comment on vous
^^H
Et sans mal passer ce passaige,
[charge.
^^^P
Quant vous en serez averty.
Mieulx voulriés encourir 1a
^r
Si vous envoyons la copie 25
De celle supplicacion,
(mort Sî
Qpe demourcr en telle charge*
^^B
Afïin que point ne soit sopie
8.
Honnouré frère, nous prions
^^^1
Ne teue leur cntencion,
Nostre Seignîour qu1l vous
^^^H
Ne selon leur relacion
[envoyé
^^^1
Ne demeurez pas comme în^
Autant que pour vous des irons
^^H
[famc, jo
De plaisir, solas cl de joyc, 60
^^H
Mais par vraye excusaiion
Et bricf retourner de b voyc
^^H
Mettei vous hors decellyblasnie.
Ou ja long temps ave/, csid%
^^^
Et ce sera pour vosirc honneur
Et vous prionti qu'on vous revOye
El f>our ceulx aussy resjouyr
En par^nne, a ce temps dVsté.
^^^M
Qui volen tiers vostre bon cur 3 s
9
Car se par de çà vous est 1 es 6$
^B
Verroyent, et mieulx a ouyr
Venu et appliquiez a port
^P
Far. 6 B Saucun. — dame. 9 B et
m.
— 12 B Leur présente. — 17 B
^M nous sçavons, — 27 B ny soit, — 38
D Ne tenez. — 51 D vray. - ja B |
■
ce blasme. — 52 B Vous %*euli. —
54
A comment ce vous charge. B Et 1
^m sçavez comme cest va charge. — $5 E
cDCoa's la mon. — 56 B celle. —
^■^^ 60 B de solas, — 64 B en ce temps. —
' 66 B appliquié au port.
H
,
JO
Et diligenment enqueslîés,
Votis verriés que ceulx qui a tore
Contre vous hont fait lour rap-
[pon
El requcstc en voire absence, 70
Qu'en abatunt tout leur câfort
On leur împoseroit silence.
A. PIAGET
10. Escript le derraÎB de janvier
A Yscldun, en un vergier,
De par les vostres bien vueil-
[lans 7)
Jane» Marie et Kaihcrine,
Qui ont esté et sont vucill^s
A tenir amour entérine*
Explicit la Lttn des danies envoyer a meistre Allain,
Les dames avaient assigné Chartier au premier avril. En
attendant, pour se disculper, maître Alain, toujours absent, se
hâta de composer une Excusation : il y fait un grand éloge des
dames, qui sont le « patron ^y de tout bien terrestre, et jure que
pitié, comme un joyau précieux, se trouve cachée dans le cœur
de chacune d'elles. Il proteste enfin de sa soumission et remet
sa cause aux dames :
Je suis aux dames ligement, D'honneur et de bon sentement
Car ce peu qu*oucques fcui de bien, Vient d'elles, a d'elles le tien.
H ne savait pas si bien dire. L'apocryphe baiser de Margue-
rite d^Écosse n'a-i-î! pas plus fait pour la gloire d'Alain Chartier
que ses longs poèmes et ses traités « élégants et substancieux »
si admirés au xv*^ siècle? Trop occupé par ses ambassades,
Alain Chartier ne put paraître à la « Court amoureuse >ï le pre-
mier avril, comme il en avait eu l'intention '. Mais les dames
et les « poursuivants d amour n ne se contentèrent pas de
VExcusatiofî de Chartier, On trouve dans trois manuscrits une
Rcsponse des darnes^ dans laquelle maître Alain et son poème
sont traités de la façon la plus dure : i*" ms. 3521 de la Biblio-
thèque de TArsenal à Paris, foL 74-73 v** (A); 2"^ ms. 524 de
Besançon^ fol. 77-79 (B); 3° ras. Diesbach, foL xxx*xxx v**,
incomplet (D) :
1 . Dans la dernière strophe de VExcusaiion, Alain annonce qu'il va se
tendre â la cour des daraes, Êdit. Du Chesnc, p. 531.
Var, 68 B Vous verres que ceulx quilz ont tort. — 7} B dernier. — 74 B
Yssodun. — 75 B Johanne. — ^ 77 B esté m, — ExpOcit dam B : Cy finissent
les lettres des dames par ntbmc envoyées a maistre Alain*
LA BELLE DAME SANS MERCI 3I
La Response des Dames faicte a maistre Allain,
I . Puis qu'ainsy est, Alain, feu » nostre amy,
Qp'en ton méfiait chiet mercy et amende,
Et tu escrips que dame est sans mercy,
Par quoy Amours le jugement commande 5
Du tout a nous et le cas recommande,
Autant vauldroit qu'Amours meismes jugast,
S*aultre conseil ta follie n'amende.
Qu'on te pendist ou que Ton te bruUast.
2. Car quant tu as escript premièrement
Que serviteur es et seras aux dames», 10
L*excuse aprez que mçtz première ment
Par tes escrips, esquelz tu nous diffames
Tant grandement que se fuissohs infâmes ;
Sy que le. sens pers, a ce qu'on t'oit dire.
Ne charge point ta frénésie aux femmes, 1 5
Mais prens conseil et recours a ton mire.
3. Tu tcsmoingnes que telles et sy belles
Sommes que Dieu y a tout bien comprins,
Et puis escrips que nous sommes cruelles,
Dont nous donnes villain blasme pour pris. 20
Et quant a ce que tu as tant apris
Que cruaulté metz sans division
Aveucq tous biens en sy pou de pourpris,
Tu es ainsy comme Tescorpion.
1. Au sens figuré.
2. Alain Chartier dit dans VExcusation en parlant dos dames (édit.
Du Chesne, p. s 29) :
Leur serviteur vueil demourer,
Et en leur service mourray.
Var, Titre dans B : Cy sensuit la responce faicte a maistre Alain par les
dames. D : Cy apprès sensuit une lettre tramise par les dames a maistre
Alain quant il ne volist revocquer la Belle Dame, et est quasi un deffiemant.
— I B Puisqu'il est Alain sceu nostre amy. — 2 A Qu'en tout D ou
amande. — 3 A Et en. — 4 D Pourquoy. — 5 B De tout. — 8 B ou que ou
feu on te boutast. — D ou quen feu te boutast. — 1 1 BD Lexcusation que
tu metz premier ment. — 12 B ouquel. — 13 B et suppose quen près de
nous [mot illisible]. — D Et suppose que près de nous affames. — 14
B sens par ainsi co [ ]. — D ainsi quon doit dire. — 15 B aux dames.
— 21 BD ad ce ou tu as. — 23 D et si peu.
32 A. PIAGET
4. Tu oingz, tu poins, tu flattes, tu offens, 2$
Tu honnoures, tu fais bien, tu le casses.
Tu t'acuses et puis tu t'en deffens,
Tu dis le bien, tu Tescrips, tu l'effaces.
Mais se ton bien et nostre honneur amasses,
N'escripvisses en franchois n'en latin 30
Chose par quoy tellement pourchassasses
Qu'on te nommast fils au prestre Manin '.
5. Se jeune estois, tu ferois a reprendre ;
Mais vieulx deviens, et nous savons bien toutes
Qu'on doit jeune chastier et viel pendre. 35
Ce sauras tu s'a nostre court te boutes.
Car se t'atens a mercy et ne doubtes
Toy submettré a nostre jugement,
I . Le prêtre Martin chantait et répondait tout ensemble :
Il sera le prestre Martin :
Il chantera et res pondra.
{Hôpital d'Amours 1 édit. Du Chesne, 745.)
J'estoic le prestre Martin,
Car je respondoye en chantant
Et parloye françoys et latin.
Uamanl rendu cordelier à T Observance d^ amour ^ édit. Montai glon, p. 30 et
124.
Hz sont chappellains et prelatz ;
Hz sont les drois prestres Martin,
Hz chantent hault, respondent bas ;
Ils parlent françois et latin.
(Coquillart, Droits nouveaux, édit. d'Héricault, I, 157.)
Moy mesmc je me veuU respondre
Et seray le prebstre Martin.
(Clément Marot, édit. Jannet, t. I. p. 221.) •
« Mais si ce curé eust eu un peu d'esprit, il n'avoit qu'a respondre qu'alors
ils estoyent prestres Martins, chantans et respondans. » {Apologie pour
Hérodote, édit. Ristelhuber, II, 182).
Var. 26 D tu les casses. — 27 B et puis tu te. D et puis se te. — 30 A
tu neusses escript. B la mescripvises nen françois nen latin D la nescripssc en
franchois nen latin. — 31 D pour quoy tellement pourchasses. — 33 A
jeunes. B se jeune testoye tu feroye. D se jcusne estoyes tu feroyes. —
34 B mais tu deviens et nous savons toutes. D mais tu devien vieulx et
nous s<;avons toutes. — 35 A pugnir homme jeune. B quon doit chastier
jeune. D chastier josnc homme.-
LA BELLE DAME SANS MERCI 33
Tu en morras, puis que mercy nous ostes,
Pour acomplir sans plus ton dampnement. 40
6. Se tu cuidez en nous trouver secours,
Sans corrigier ton faulx mensongier livre.
Tous tes cuidiers te seront a ce cours,
Et les amis qui te pourront poursuivre,
Ains que soyes de ton meffait délivre, 45
Se n'affermes plainement devant tous
Que menty as com hors du sens ou yvrc »,
Querant pardon a chascune de nous.
7. Et puis après ce fait et advenu
Cïesvertué Ton verra ton effort 50
Jusques ad ce que soyes devenu
Parfait leal et requeras confort,
Tu trouveras et le verras au fort
Que leaulté, doulceur, bonté, franchise.
Portent la clef du chastel ferme et fort 5 s
Ou honneur a nostre pitié soubzmisc.
8. Et ne croy point qu'on te tiengne a failly
De corrigier ton desleal ouvrage ;
Car il eschiet, depuis qu'on a failly,
Changier conseil, et est fait d'homme sage. 60
Rappelle dont ton orgueil et oultraige :
Car tu vois bien, se tu scez qu'honneur monte.
Que le vray sens de ton double langaige
Nous donroit tost aultrement blasme et honte.
9. Honnie soit d'entre nous qui vouldra 65
De tel honte le grief meffait couvrir,
I, Es tu fol, hors du sens ou yvre,
Ou veux contre moy guerre prendre ?
{Excusacion, éd. Du Chesne, p. 526.)
Var. 39 A pitié. — 40 BD eschever. — 41 BD trouver en nous. —
— 43 B cuidiers te feront a secours. — 44 B que ten feras. D que ten
saras. — 47 B as ou hors. — 48 A chascun. — 48 D s* arrête à ce vers. —
49 BEt après quant ce sera advenu. — $0 B Quesvertuer on. — 51 B que
seras devenu. — %2 B et requérant — 53 B Bien le trouveras. — S7 B Et ne
tiens pas quon te viengne assaillir. — 59 B eschief. — 64 B tout autrement.
— 6$ B Bannis soit dentre nous quil vouldra. — 66. B honte semblant.
Roman ia^ XXX 9
34 A, PIAGET
Ne qui jamais du pechié t*assouldra
Pour quelque mal qu'en ayes a souffrir,
S'on ne te voit a tout ce faire offrir
Que Ten t'a dit, sans y espargnier rien. 70
Car nul ne puet a hault honneur venir
Se il n'a chier honneur sur toute rien.
10. Tu dis moult bien, que on ne doit pas croire,
Pour cuidier toy et ton livre excuser,
Et que l'effort d'amours t'a fait recroire 75
De bien parler et de bon sens user.
Mais encores te voit on abuser
Comme heritê en ce que as escript
Que, s'on te veult de mespris accuser.
Tu en veulz bien respondre par escript ». 80
11. Or escrips ce que escripre vouldras;
Car en tout ce que tu sauras escripre
Le jugement a raison ne touldras
De ton mcffait qui nostre loz empire.
Pour ce choisy de ces deux le moins pire, 85
Sans pourchasser qui deffende ou debate :
Ou tu mourras, ou il t'en fault desdire ;
Car point n'affiert que femme t'en combatte.
12. Et pour mettre en ce conclusion,
Veu que a nous du tout te recommandes *, 90
Toutes sommes de ceste oppinion :
Sy t'en desdiz et humblement demandes
Grâce et pardon, et ton faulx livre amendes ;
En ce faisant tu respites la mort;
1 . Et combien que j'ay peu apris Poar quoy je puis cstre repris,
S'ilz en ont dît riens ou escript. Je leur respondray par escript.
{Excusation, édit. Du Chesne, p. 531.)
2. Ayez moy pour recommandé.
(Excusacicn. édit. Du Chesne, p. 5322.)
Far. 67 B de pechié. — 69 B a tout ce faire offrir. — 70 B Que on ta dit
pour ton honneur et ton bien. — 72 B cliier son honneur. — 74 B Pour
toy cuidier. — 75 B et que leffort damours ta fait retraire. — 78 B et en ce
cas escripre. — 80 B bien dctfendre. — 82 B Car pour tout ce que tu seras
escripre — 87 B ten m. — 88 B te combate. — 91 B Entre toutes sûmes
Jopinion. — 93 B grâce pardon et ton livre amendes. — 94 B Quen ce.
LA BELLE DAME SANS MERQ 35
Ou aultrcment gaigeras les amendes 95
D'un hérite qu'a herese s'amort.
13. Riens plus n'auras de nous, c'est somme toute.
Mais s'il t'appert qu'on te fasse injustice
Par trop veoir ou par n'y veoir goutte »,
Comme dit as glosant ton mallefice, 100
Requier Amours qu'il t'en face justice.
Par devant lui appellant en cas tel,
Et nous ferons pour monstrer ton mallice
Nos avocatz Dessarteaulx et Chastel.
Cyfinist la respotice des dames faute a maistre Alain.
Faut-il prendre au sérieux cette querelle ridicule ? Les cour-
tisans ont-ils réellement monté une cabale contre le secrétaire
du roi, coupable d'avoir blâmé les amants volages et vantards et
d'avoir voulu « mettre rigueur en la court amoureuse » ? Il
semble vraiment que cette grave affaire a occupé la cour en
1423, à Issoudun.
Dans le Laide Guerre^ de Pierre de Nesson, on trouve une
curieuse allusion à Alain Chartier, qui n'a pas encore été rele-
vée. Ce poème, inspiré à Nesson par le Lai de Paix de Chartier,
commence par ces vers :
Guerre, déesse des abysmes d'enfer.
Engendrée du félon Lucifer,
Tresbuchee du trosne impérial.
Mère aux péchiez mortel et venial.
Régnant en l'air sur le climat de France,
A tous subgiez de désobéissance,
Nos desloyaulx et forCsûteurs de fiefz,
1 . Mon livre qui peu vault et monte, Qpi prie et plaint que trop attent,
A nulle fin autre ne tent Et comme Refus le reboute.
Si non a recorder le compte Et qui autre chose y entent,
D'un triste amoureux mal content^ Il y voit trop, ou n'y voit goutte.
{Excusaciotty édit- Du Chesne, p. 551.)
2. Bib. nat. ms. fr. 1727, fol. 179 vo-189. Cf. Romania^ XXIII, 270.
yar, — 96 A qui en herese mort. B qui herese sa mor — 98 B mais si
tapert. — 100 B Comme dit es. — 101 B Requérant con ten face justice.
— 102 B Par devant nous appelant en tel cas. — 103 B Et nos (Ja fin du
vers manque). — 104 B Nos advocas {la fin du vers manque).
36 A. PIAGET
Oultrez ainçoys qu'ils soient dcftîez,
Emprisonnez par avant qu'assailliz
Hayne, rancune et malédiction.
En lieu de salut et dilection !
C'est Guerre qui parle; elle est furieuse contre Alain Chartier,
l'auteur du Lai de Paix :
On ne peut, ainsi que l'en dit sans faille,
Jamais grans fiens faire sans Tautruy paille :
Pour ce fault il que les gens j'apouvrisse ;
Et le rebours faisoit Torde vies * lisse ',
Qui, quant regnoit ou royaulme de France,
Donnoit a tous a grant foison chcvance.
Ainsi que dit son ribault, Charretier,
Qui d'elle fit une rime avant hier
En blasmant ceulx que je nourris et paix,
Et l'appelle le truant îay de Paix,
Et dit qu'elle est fille du roy des cieulx J,
Et qu'elle fait tant de biens et de mieulx,
L'ort* infâme, de loyaulté mescreu,
Qui [n'en] devroit estre en tesmoingne creu J,
Lui qui jadis fut, anmy d'Issouldun,
Présent son roy et trestout le commun,
Publicquemcnt banni a son de trompe ;
Mais le ribault le fait affin qu'il rompe
Tout nostre fait. Toutesfoiz ung garçon,
Qui moult nous [hjait^, qu'on appelle Nesson,
Sans nostre sceu et sans commandement
Le diffama ainsi publicquement.
Il est clair qu'Alain Chartier ne fut pas « banni à son de
trompe » de la cour du roi pour avoir écrit la Belle dame
1 . Ms. falloit lort vieille.
2. C'est-à-dire dame Paix.
3. Allusion au début du Lai dé Paix :
l^aix heureuse, filh du Dieu des dieux,
Engendrée ou Ihrosne glorieux...
(Édit. Du Chesne, p. $42.)
4. Ms. Lors.
5. Ms. Qui devroit csire tesmoingne creu.
6. Xesson est représenté dans le poème comme haïssant Guerre et sa
bande.
LA BELLE DAME SAKS MERCI 57
sans mrrd; en 1427 il était encore chargé d'une ambassade en
Ecosse; en 1429, suivant M, de lieaucourt, il assistait au sacre
de Reims, Il faut entendre autrement les vers de Nesson.
Excitées par les courtisans, qui n'aimaient guère Thonnête
secrétaire du roi et qui réclamaient pour Tauteur de la B^llc
dame sans merci u telle punition que ce soit exemple aux
autres », les dames trouvèrent spirituel de bannir de leur
(* court amoureuse » cet empêcheur de danser en rond. Pierre
de Nesson semble avoir été leur porte-parole. Les poursuivants
d*amour donnèrent à la cérémonie un certain apparat, et le
jeune roi jugea sans doute la chose très amusante» Tels
étaient les délassements des dames et des courtisans au
moment où la France se débattait dans les plus cruelles diffi-
cultés. La punition fut peut-être dure au cœur sensible
d'Alain. Mais aussi qu'allait-il faire dans ce guêpier?!
M. Gaston Paris (Romamay XVI, 41 r) a daté la Belle dame
sans merci de 1426. La mention de Chastel à la fin de la
Rêfxmsc des dames nous oblige à reporter le poème de Chariier
une ou deux années en arrière, Chastel n*est autre certainement
que Jean Chastel, secrétaire du roi, Tauteur du Pin^ qui avait
quitte Paris en 14 iS pour suivre le dauphin, et qui mourut
très probablement en 1423 '. Chanter aurait donc composé la
Belle dame sans merci à la fin de 1424 ; la Lettre des dames à
Chartier daterait du 31 janvier 1425. A ce moment-U\ précisé-
ment Alain Charrier était absent de- la cour. Le J i décembre
1424 Charles VU Tavait envoyé, avec Artaud de Grandval,
abbé de Saint-Antoine de Vienne, auprès de Temperj^ur Sigis*
mond en Hongrie. Peu après, Chartier était à Rome auprès du
pape. De là il se rendit à Venise, où il arrivait à la fin d'avril
ou au commencement de mai. Sa mission terminée, il rentrait
àlssoudun, où les dames, comme nous l'apprend Nesson, le
bannirent de leur cour, en présence du roL En mai et juin
1425, Charles VII fit à Issoudun quelques courts séjours '.
Il y a encore, me semblc-t*il, une autre conclusion à
tirer de la Rcsfkmse des dames, D*après l'auteur ou les auteurs de
ce poème, Alain Chartier se faisait vieux en 1425 :
i, Romania^ XXIU, 202. L'autre avocat des dames, Dessarttauh, est un
inconnu, au moins pour moi.
2. G, Du Frcsnc de Bcaucourt, Histoire de Charles VU, ^ Ht P ^-94'
38
A. PTAGET
Si jeune estois^ tu feroîs a reprendre,
Mais vicuh deviens, et nous savons bien toutes
Qu'on doit jeune cbastier et vieil pendre»..
Nous savons que Chartier est mort à Avignon vers 1430 '.
Quand est- il né?
Les anciens biographes d'Alain Chartier, croyant que VHis-
îoire de Charles Fil qui se trouve imprimée en tête de Téditioa
d'André Du Chesne était l'œuvre de notre poète, le faisaient
naître en 1386, cette chronique commençant par ces mois :
<t Au seiziesme an de mon eage, qui fut en Tan mil cccc et
deux... » Les éditions de 1528 et de 1594 attribuent en eflfet
cet ouvrage ;\ Alain. Du Chesne fut induit en erreur par ces pre-
mières éditions, mais il s'aperçut lui-même plus tard de sa
méprise. Cette chronique, comme on sait, a pour auteur Gilles
le Bouvier, dit Berry, né h Bourges en 1386, mort vers 1460,
On reconnut donc de bonne heure que la Chronique de
Charles Fil n'avait rien à faire avec Alain Chartier; mais
Tannée 1386 — qui s'applique à Gilles It Bouvier — resta
comme date de la naissance de Chartier, et c'esc celle qu'on
trouve dans la plupart des dictionnaires biographiques.
Tout le monde se rangea plus tard, comme définitive, ;\ la
date que proposa M. de Beaucourt, 1395 ^ Les anciens bio-
graphes avaient regardé Alain comme Tainé des frères Chartier.
M, de Beaucouri soutient, au moyen d'un acte de 1455, que
c*est Lî une erreur, et que Guillautne Chartier, qui fut évêque
de Paris, était Taîné, Or Suillaume mourut le premier mai
T472, au retour d'une procession soîennellc, en plein exercice
de ses fonctions épiscopales, « Il n'est pas présumable, dit M.
de Beaucourt, qu*il ait eu alors 87 ou 88 ans. Ce n*est pas un
homme de plus de So ans qui eut pu avoir le rôle actif que
nous lui avons vu jouer dans les troubles du Bien public. Nous
croyons qu'il faut placer sa naissance vers 1392, Dans cette
hypothèse, il aurait, X 40 ans, débuté à Poitiers comme pro-
fesseur de droit canon; serait devenu évéquc à 55 ans; aurait,
vert encore i\ 73 ans, pris part aux événements qui accompa-
gnèrent !a guerre du Bien public, et serait arrivé, à 80 ans, au
î, Romania^ XVI, 414.
2, Us Chartier, p, 16,
LA BELLE DAME SANS MERCI 39
terme de sa laboiieuse carrière* Qu*int à Alain, il ne peut être
né après 1395, puisque nous le trouvons composant, en 1415
ou 1416, après la bataille d'Azincourt, le Livre des quatre danus^
et bientôt investi des fonctions de notaire et secrétaire du roi.
Il devait être, dès lors, un « notable clerc ». Il y a donc, à
notre avis, toute vraisemblance à placer entre 1392 et 1395 les
naissances de Guillaume et d'Alain ». Voilà donc où l'on en
est quant aux dates de la naissance et de la mort d'Alain Char-
tier : frère puiné de Guillaume, il est né au plus tard en 1395 ;
il est mort vers 1430, Agé d'environ 35 ans.
II me paraît que Tune des deux dates est fausse, celle de la
naissance, Alain Chartier ne nous parle pas souvent de lui
dans ses oeuvres, comme Eustache Descharaps ou Christine de
Pisan, mais il en a dit assez pour que nous sachions qu*il n'est
pas mort jeune. Dans le Traite de F Espérance ou Consola i ion des
trois vertus^ Chartier nous apprend que son âge commence à
décliner : « Que vaut ta vie, dit Désespérance à Tauteur, dont
tu ne peux acquérir que misère, qui croist avccques tes ans et
senforce contre toy quand ta vertu se affoiblist? Ton aage
tourne ja vers déclin, et les maleurtex de ta nation ne font que
commencer'. » Quelques lignes plus loin, Chartier parle de
sa Jeunesse qui est passée et il se représente à Tentrée de la vieil-
lesse : a Tes meilleurs jours, continue Désespérance, et ton
joyeulx temps est le premier passé. Et dès que jeunesse faut,
la commence chagrin et soucy de pensée. Bon fait laisser aller
un espace de ton brief aage, pour toy préserver de cheoir en
vieille povrcté* » Il est vrai que dans le Prologue du même
ouvrage, Chartier parle de sa jeunesse :
Je souloye ma jeunesse acquitter Douloir méfait par ennuiqui trop dure
A joyeuses escriptures dicter... En jeune aage vieillir malgré nature.
Comment concilier ces données qui semblent contradic-
toires ? Faut-il admettre que Chartier a mis plusieurs années à
composer le Traité de F Espérance, qu'il n*a d'ailleurs pas
achevé ' ? Ou bien n'est-il pas plus simple de croire que, lors-
1. Êdit. DuChesne, p. 274.
2. Le Traitt'tit V Espérance, inachevé, est sLppééV Imparfait dans le ms.
de la Bib, nat. fr. 1642 : « Explicii TEïtil, autrement riraparfait, de maistre
^. PIAGET
qu'il écrivait cet ouvrage il était d'un âge où, suivant la façon
de considérer les choses, il est encore permis de parler de jeu-
nesse, et où Ton peut dire, d'autre part, que v l'aage tourne
ja vers dcclin »? Les hommes du moyen âge faisaient com-
mencer la vieillesse de bonne heure, à jo ans. Jean de
Courcy, par exempte, estimeque Fadolescence dure de 15 a IJ
ans, la jeunesse de 25 à 35 ans, l'âge d*homme de 35 à 50 ans,
la vieillesse de 50 Ji 70 ans, la caducité commence à 70 ans.
Qo.and est-ce que Tnge commence à déchner? on accordera
que ce n'est pas avant 40 ans. Or de quelle année date le Traité
de r Espérance} Le ms. 12455 du fonds français de la Bibliothèque
nationale le date de 1420 : « Prologue de maistre Alain Char-
tier sur le livre par luy composé de Testât de France durant son
exil, environ Tan mil quatre cens vingt, régnant le roy Charles
sixième, » Cette date est fausse, puisqu'il est question dans le
Traité lui-même de « Charles sepiiesme de ce nom a présent
régnant »», M. dePuymaigre croit que le Traité de F Espérance a été
écrit après les désastres de Crevant et de Verneuil, « peut-être
dans le courant de Tannée 1424 » *. Vallet de Viriville ^ et M.
de Beaucourt ^ le datent de 1428, à cause du premier vers du
Prologue :
An dixiesme an de mon doîcnt exil,
qui ferait allusion à Tentrée des Bourguignons X Paris en
1418 et ;\ la fuite du Dauphin et de ses partisans. M, Petit de
Julleville^ fixe la composition du Traité à 1429, André Du
Alain Chanier. » Jean Boucher tait également allusion à Veut inachevé de
cet ouvrage :
HcgArJcs bîca la treshaulte matière
Du dïci Charticr» si elle eftoit ^rttiere :
TroQvercz vous aucuD grec ou Ifttin,
Si vous veitlci dessus tard et matin,
Cbii Ait de Foy niieulx dit en rithme et prose
Ne d'£sper>nce, ainsi qu'il le propose ?
(Tmiplf de Rfmmmêf. Paris, iSi6, foL LXU v».)
i, Alain Charlitr et ks d/sastrcs de la frattce au AT« sièck, dans Ret'w du
Mondi tatbolique, 1^72, p. 223.
2, Au mot Ctmrtier (Aiaw) de la NoiarlU biographie gênerait,
3» Lis ChartitTy p. 16.
4. Hhtmrt dt k langm d dé la littérature française, t. Il, p. 371.
LA BELLE DAME SANS MERCÎ 4I
Chesne * i 1457 et Dehonay * a 1458. La variété des dates
proposées montre qu'il n'est pas facile de se prononcer. M,
Bijvanck ^ cependant croit avoir trouvé la date précise du
Traité de F Espérance : 143?. Chartier en parlant des juifs
dit : « Voyez qu'il a passé mil ccc Lxiii ans qu'ilz sont
exiliez,.. «. Cela nous reporte à Tannée 1433, et, dit M.
Bijvanck, <^ tous les faits mentionnés dans ce livre concourent
à nous faire accepter cette date : il doit avoir été écrit avant le
traité d'Arras, aux premiers temps du concile de Baie, au
milieu des guerres hussites, environ vingt ans après la bataille
d*Azincourt, lorsque fauteur, pour finir par lui, avait déjà
presque passé Tàge viril. Tous les problèmes qu'offre le Traité
de TExil ou de FEspérance sont résolus d'eux-mêmes, quand
on place sa composition en 1433 ». Tout cela serait parfait si
la date de 1363, qu'a eue sous les yeux M. Bijvanck, était assu-
rée. Mais les manuscrits sont loin d'être d'accord à cet égard.
Le ms. 832 de la Bib, nat. a 1364, le ms 1549 ^ T444> 1^
ms. 1642 a 144J, le ms. 12435 a 1363, le ms. 12436 a
1474, les mss. 12437 et 24440 ont 1364, le ms, 24441 a
1443- Les meilleurs mss,, les n*'* 12e, 1123, 1124, 11 28,
1133, 2265, 18583, ont tous 1354; ce qui fixerait la date du
Traité lie l'Espérance^ d'après le calcul de M. Bijvanck, à 1424.
Si Alain Chartier est né, comme le veut M» de Beaucourt, en
1395, il ne pouvait pas dire en 1424 (il aurait eu 29 ans), ni
même en 14 28 (il aurait eu 33 ans) ; mon âge « tourne ja
vers dedin ».
Le petit poème publié ci-dessus, la Responsc des dam^s^ nous
apporte une autre preuve du « déclin d*Alain Chartier
en 1425, D'après ce poème, Chartier était i Tentrée de la
vieillesse :
Si jeune cstois, tu feroîs a reprendre;
Mais vieulx deviens. *.......,,,.,
Si Alain Chartier n'avait eu que 30 ans en 1425, répithctc
de « vieux » eut été quelque peu exagérée.
1 . Lei Œ tares de maistre Alain Chariitr, p. 85 1-
2, Etude sur Alain Oxirtier^ P- 9S*
5. Spéùtmn 4^ un essai critique sur Us auvres de Fran^oU ViUon,
ijan.
A. PIAGET
D y a d'ailleurs, à accepter la date de 1395, non pas des
impossibilités absolues, mais de grandes difficultés. On est
d'accord pour dater de 141 5 ou 1416 le Livre dés Quatre Dames ^
le plus important des poèmes d'i\lain Chartier, Ce ne sont pas
les premiers vers du poète. Il est facile de voir, par exemple,
que le Lai ik Plaisance leur est antérieur : dans le Livre des
Quatre Danus^ Alain Chartier se représente comme amoureux
depuis deux ans; dans le Lii de Plaisance^ il se plaint au con-
traire d'être sans dame :
Sans dame suî, oncne me fu donnée
Loyale amour jusqu'à celle journée,
Car je n'jy pas sens pour y labourer»
Le Lai de Plaisance daterait donc de 1413 ou 1414. Chartier
aurait débuté bien jeune, a iS ans! Et il aurait v-ite acquis une
incontestable réputation de poète et de galant homme, <« Outre
que le Livre des Quatre Datiies est le plus étendu de ses poèmes,
dit Delaunay, pour être choisi comme arbitre par ces dames qui
plaident si longuement leur cause devant lui, il fallait que sa
réputation eût depuis quelques années au moins parfaiiement
justifié sa compétence dans ces délicates questions de Thonneur
et de la galanterie '. » Ce juge de vingt ans renvoie le débat à sa
dame, qui était sans doute plus jeune encore ! Delaunay, recher-
chant quels avaient pu être Téclat et la rapidité de ses succès,
explique que les dames de la cour, maltraitées par Eustache
Deschamps, accueillirent avec enthousiasme le nouveau poète, »
C'était de ces dames que le jeune Alain, en venant prendre
comme secrétaire [duroijla place d'un censeur importun et gron-
deur, devait attendre des ménagements adressés bien plus h ses
talents poétiques qu'aux agréments de sa personne et de son
extrême jeunesse. C'est ce qu'il comprit de bonne heure et ce
qui fut évidemment la première cause de ses succès. » N'insistons
pas sur cette explication de Textraordinaire succès du poète de
18 ans. I^ protection de « ces dames » expliquera- 1- elle égale-
ment les succès rapides d'Alain Chartier auprès du roi et du
dauphin ? M. de Beaucoun reconnaît qu*en 14 18 le jeune Alain
avait déjà dans l'entourage du dauphin tt un rôle actif
Delautuy, Étude sur Aiain Ojartier^ p* 31-
LA BELLE DAME SANS MERCI 43
et une sérieuse influence' ». Ce n'est pas tout, A peine
âgé de 23 ans, il parle au nom de l'Université et adresse une
épître latine au roi sur le maintien des libertés de l*Église
gallicane. Aussi Delaunay, pris de scrupules, se deroande-t-il si
vraiment Charrier a écrit lui-même cette épître : « Elle
pourrait avoir été plutôt dictée au jeune secrétaire par
ses chefs universitaires que rédigée tout entière par lut seul *. p
A 2) ans, le jeune Alain se permet de donner des conseils à
l'Université de Parts au sujet de la paix du royaume. Quelle
autorité^ si jeune, croyait-il donc avoir? Si Chartier est né,
comme on ledit, en 1595, il aurait fait, il faut favouer, une
carrière exceptionnellement brillante et rapide : de très bonne
heure secrétaire du roi, maître es arts, docteur en décret,
chancelier de Baveux, archidbcre de Paris, ambassadeur et
orateur près l'empereur, le pape, le duc de Bourgogne, le roi
d'Ecosse, il aurait trouvé le temps dans sa courte existence,
déjà si remplie, d'écrire encore des œuvres considérables qui
témoignent d'une maturité de pensée, d'une expérience et d'un
dégoût delà vie bien rares chez un jeune homme.
D'autre part, si Ton admet, comme M. de Beaucourt, que
Guillaume est iVmé des frères Chartier, il n*est guère pos-
sible de faire naître Alain avant 1395: cela donnerait un âge
par trop avancé à Tévèque de Paris, mort en 1472 dans le plein
exercice de ses fonctions.
Il faut croire que iM. de Beaucourt s'est trompé. Regardant
Guillaume comme plus âgé qu*Alain, il s* est vu dans Tobliga-
tion de rajeunir l'un et de vieillir Tautre outre mesure. Admet-
tons qu'en 1425 Alain Chartier avait 40 ans, — ce qui n*esi
pas exagéré, puisqu'à cette date on le traite de vieillard, — il
serait né vers 1385.
Reste ;\ expliquer l'acte du 8 août 1455» qui mentionne
Guillaume Chartier, « révérend père en Dieu, monseigneur
Tevesque de Paris, fih et héritier aisné de feu Jean Le Care-
tier» n. Que dit cet acte? Jean Le Carerier ou Jean Chartier,
1. G. Du Fresne de Beaucourt, Bhtmt àt Charlu VU, t, I, p. 11 -S.
2. Dt'launay, Etude ^ p. $>-
tj. Cet acte a cté publié deux fois» par Plaquer, dans les Piète^ pour servir
Tbtsiûirf des mtiun d des usages du Bessin dans îe miyytn dgé, Caen, iSij, p.
30, et par le vicomte de Toustain, dans la Rn*ue noHUaift^ bistûriqm H hio-
graphique^ nouvelle série, t. Il» Park îSh6, p. 6-
44 A. PIAGET
bourgeois de Bayeux, père d*Abin et de Gailbame, ivah fait
donation d'une rente de vingt sous toamots aux chapelains de
la chapelle de Notre-Dame de Téglise cathédrale de Bayctut,
le 13 mars 1387. En 1454, pour obtenir le paiement des arré-
rages dus, les chapelains voulurent se saisir d'une maison qui»
en 1387, appanenatt X Jean Charrier; mais ce dernier avaic
donné ou vendu cette maison a Guillaume Le Tybonnier, sans
le chnrger du service de ccne rente. Les fils et héririers de Le
Tybonnier firent opposition aux poursuites et appelèrent en
garantie Tévéque de Paris, Guillaume Charrier, qui prit la rente
à sa charge.
Peut-on conclure de ce docomenr, comme Tant £ait Pezet %
le vicomte de Toustain, M, de Bcaucourt, que Tévèque de
Paris était Tainé des fils Charrier et qu'Alain, par conséquent,
était frère puîné de Guillaume? Ce serait £iire dire à cet acte
plus qu'il ne contient. Tout ce qu'on peut affirmer, c*cst que,
en I4$S, Guillaume était Tainé des fils et héritiers vivants de
Jean Qiartier, — ce qui est bien possible. Mais on n'en peut
rien conclure sur les rapports de naissance d'Alain et de Guil-
laume. A la date de notre aae, en 145;, Alain était mon depuis
un quan de siècle. Dès le décès d'Alain, — mort sans enfants
ni héritiers directs puisqu'il était prêtre, — Guillaume était
devenu légalement le « filz et héritier aisné » de Jean Charrier.
La priorité de la naissance convient, du reste, de toutes
façons à Alain Chartier, dont l'activité se déploie de 1415 à
1429. Guillaume n'apparait que beaucoup plus tard sur la scène
publique. II fut, comme nous Tapprend Martial d'Auvergne,
le premier boursier du roi Charles VII :
Le (tu bon ro^r, esmeu de bonne colle,
Tcnoît des ders et boursiers a TescoUe ;
Et fut jadiz son cscolUer premier
Le boa evesque de Paris Châretler,
Qjû en son temps 6st grant fruit en Testude **
t . Pezet, ktcherdm histûri^nef mr ht maissana it la pargnit fAlaiti, Jmm
tl GuiJkwne Chariier^ et sur h maism où Us wnt nè%. Baveux, 1842
{Mèmmei dt la Soc. ift^ricultun, sc,^ arts a beiks-kUrts dt Baytux^ t, I, p.
254 et 2 J9),
2. Ui Vigiiht éi Chârks VU, t. H, p. 27.
LA BELLE DAME SANS MERCI 4^
Il est peu probable que le dauphin ait cutretenu, de sa
cassette toujours vide, des écoliers dans les différentes univer-
sités ; il avait d'autres soucis. Guillaume Chartier était donc
encore écolier après 1422, tandis que son frère Alain tenait
déjà une place considérable h la cour. Ses études furent bril-
lantes, et, en 1432, docteur en Tun et l'autre droit, il fut
appelé ù l'uni versitè de Poitiers pour y professer le droit
canon. Vers la même époque, il était simplement curé de
Saint^L;imbert, près Saumur. Dès lors, son avaocement fut
rapide : chanoine de Paris en 1457 *, il fut nommé évèque le
4 décembre 1447. Son activité dans les atîltires publiques se
place de 1450 à 1472.
Pour montrer enfin que Guillaume est le plus jeune des deux
frères, je serais tenté de dire : Relisez kCurial; Alain Chartier
n'y parle-t-il pas en frère aîné? Mais je suis loin d*oublier que
M. Hèuckenkamp ', professeur à l'université de Halle, est
venu dernièrement enlever à Chartier la paternité du Cnrial,
et que, suivant la remarque de M. G. Paris, ce texte « perd
toute la valeur autobiographique qu'on avait voulu lui don-
ï. Alain Chartier fut nommé chanoine de Pans le 7 mars 1418 (v. s.),
2. Le Cun'ai, par Alain Chartier, tfxie français du XV* sikU avec F original
ktin, publiés tTapris les matuiscritu H^lle, 1899, La publication de M. Hcuc-
kenkanip est faite avec beaucoup de soin. Le texte latin est reproduit
d'après cinq m.muscrits et d\iprcs Tédiiion parue en 1724 dans VAmplissima
Cùlluiiù de DD. Martene et Durand. Le texte français est b.isé sur quinze mss.,
sur Tcdition de 1489, iur l'édition de 161 7 et sur les variantes que
DuChesne a reproduites dans les marges de son volume. (M, H. a connu
trop tard le ms. fr. 2265 de la Bib, nat, et n'a pu obtenir de rensdgne-
q^ctus sur le ms, Ashbumham.) Il a étudié minutieusement tous ces mss.
et en a dressé un tableau généalogique où les mss, aujourd'hui perdus
figurent nombreux, il eût bien fait d'écarter quelques copies qui donnent
des variantes inutiles. Teî, par exemple, le ms. de la Bib. nat. fr. 835 (que
M. H, désigne par P*), qui est copié sur la première édition (désignée par
I). L'édition de 1617 (D) également devait être laissée de côté, puisque
Du Chcsne a simplement reproduit les anciennes éditions gothiques. Quant
aux variantes dans les marges (D'), ta plupart sont tirées du ms. Du Puy et
d*autres du ms. de maître Jacques Le Marié. Or, le ms. Du Puy est le fr.
1737 de la Bib. nat, (que M. H. désigne d'autre part par P'). Aux dix-sept
mss. que cite M. H.» j'en ajouterai trois, qui n'apportent sans doute aucun
élément nouveau, le ras. fr. de la Bib. nat, 55591 fol, 6-11 v^, le nu. de
4^ A. PIAGF.T
ner ^ ». D'après M. Heuckenkamp, le Ctirial^ adressé à Gontîer
Col, aurait pour auteur un humantste italien, Ambroise de
Miglie.
DD. Mnrienc et Durand, ayant trouvé le texte latin du
Curial dans le manuscrit qui est aujourd'hui le 978 de la
Bibliothèque de Tours, l'ont publié dans ÏAmplissima colkc-
lio^j à la suite du recueil des lettres de Jean de Montreuil,
avec ce titre : Epislola LXXVL Ambtvsii de Miliis ad Gonlhe-
rum, Dehoriaîur eum a curia. M, Heuckenkamp^ admettant
telle quelle cette attribution, s'efforce de montrer que la chro-
nologie, Li position sociale, rérudition d'Ambroise de Miglie,
son caractère, <f le peu de respect et la manière presque païenne
a%'ec lesquels il traite les questions de la foi catholique m, tout
en un mot prouve que cet Italien est Fauteur de Toriginal
latin, dont Alain Chartier n*est que le iraducteur.
Il faudrait reprendre chacun de ces points : bornons-nous à
la chronologie. Se basant sur l'envoi du Curial à Gontier Col,
M, Heuckenkamp date ce traité d'avant 1395 : « Cest à cette
année, dit-il, que Gonthier Col paraît pour la première fois
comme curial \ il est envoyé par Charles VI auprès de
Benoit XII. » Il n'y a là qu'une petite erreur de quinze ans.
Gontier Col était déjà curial en 1380, En mars 1380, il touche
des gages comme secrétaire du roi ^ Ainsi le Curial daterait
non pas, comme le veut M. Heuckenkamp, d'avant 1395,
mais d'avant 1380, A cette époque, Ambroise de Miglie était-
il déji en France? C*est peu probable : Jean de Montreuil,
son protecteur, n'avait pas vingt ans»
Toute la thèse de M. Heuckenkamp repose sur Ten-têTe du
Curial dans V Atnplissima collectio. Or, cette inscription est
Turin, L, 11, î2, ioK j6 (Pasini, 11» 475) qui, comme le ms. de Munich,
est copié sur Galliot du Pré, et le ms. d^Oxford. BodL Lib. Clark., XXXIV,
fol. 101 v«. — La comparaison des mss. a amené M. H. à découvrir une
lacune assci considérable dans la plupart des copies du Curial, et le texte
qu'il nous donne est, à tous égards, bien supérieur à celui qu*on avait
jusqu'ici.
K Romania, XXVIlî, 484.
2, T, II, col. 14591465.
5, Compin iit l'hdul dts rois de Fratiu aux XI ^^ el XV^ sikles^ publiés par
M. L. Douét-d'Arcq. Paris, 1865» p. 22.
LA BiXLE DAME SANS MERCI 47
Te rînvention de DD. Martene ei Durand, Dans le manuscrit
lui-même, qui date de 1435, le Curial est sans titre, et, comme
veut bien me le faire savoir M, G. Collon, bihliothécaire de
Tours, u rien, pas plus -i la fin qu'au commencement, n'en
indique Tauteur i>. Le traite est précédé et, sauf erreur, suivi
de deux lettres d'Ambroise de Miglie : DD. Martene et Durand,
ignorant que la lettre : Snades sepius eihorîaris n'était autre que
le Curial d'Alain Chartier, l'ont prise pour une épître d'Ambroise
de Miglie, adressée h Gontier Col *, L'échafaudage élevé par
M. Heuckenkamp s'écroule.
On ne trouve le nom d'Ambroise de Miglie dans aucun
manuscrit du CuriaL Est-il besoin d'autre part de mettre en
regard ce que nous apprennent les manuscrits, tant latins que
français, des œuvres d* Alain Chartier? Une vingtaine de ma-
nuscrits attribuent formellement le Cunalh maître Alain. Nulle
part celui-ci n'est donné comme le simple traducteur d'une
lettre d'Ambroise de Miglie. M. Heuckenkamp a établi que
les deux textes latins et français proviennent de deux écrivains
différents : le traducteur n'a pas toujours, semble-t-il, compris
l'original qu'il avait sous les yeux. Il n'y a qu'une conclusion
à en tirer : le texte français du Curial n'est pas d*Alain Char-
tier. Un inconnu a traduit le Tractatus de vita curiali^ et sa
traduction, qui eut beaucoup de succès, fit oublier le latin et
passa pour être de Chartier lui-même. Un autre traité latin
d'Alain Chartier fut également traduit au xv* siècle par un
anonyme, le Dialogus jamiliaris amici et sodalis *.
M. Heuckenkamp remarque avec raison que le Curial n'est
pas Tceuvre d'un novice qui vient d'arriver à la cour: i< Il a
fallu, dit-il, un certain temps, toute une série de contrariétés
et de désillusions pour que l'âme de ce jeune homme se rem-
plît du dégoût et de ramertume qu'il nous découvre dans son
épltre» » M. Heuckenkamp en conclut qu*Ambroise de Miglie,
duquel on ne sait presque rien, a seul pu écrire ce traité sur
1. Je n*ai pas eu sous les yeux Je ms, de Tours cl je ne sais à qui sont
adrcssces les deux lettres qui accompagnent le CuriaL Toute la question
d'ailleurs mérite d'être reprise plus ù loni,
2, jMs, fr. 1642» foL 7 : « S^eosuic la rranslacion d*un dyalogue en latiu
que fist en son vivant feu maistrc Alain Chanier, et fut transbté par • (lir),
48 A. PIACET
la misère des courtisans. Comment ne voit-il pas que tout cela
s'applique admirablement à Chartier ? Qu*il relise donc le cha-
pitre du Traité de t Espérance intitule : Indignaîkm fait remons-
Irame des abu:( cl vanitci qui régnent es cours des princes, Alain
Charrier s*y montre-t-il assez désabusé? N'est-il pas exactement
dans Tétat d\inie qye suppose le traité des misères de cour ?
J'estime donc que le Curial est bien d'Alain Charrier, Est-il
adressé à Guillaume, comme le disent les manuscrits? Je ne
vois pas ce qui empêcherait de le croire. Le manuscrit latin
5961, copié du vivant même de Févèque de Paris, est très
explicite : Scrihit magistcr Alanus Auriga sm fratri magislro
GuUkhm Aurige^ c^inonico parisiensi, et consiliario regio curie
parlanwUiy nunc vero parisiensi episcopOy de vita curial i tracîatum.
Les manuscrits 767 de Douai et 3391 de Vienne disent la même
chose. Enfin n'avons-nous pas le témoignage d'un contemporain
de Guillaume Cliartier, Jean de Lannoy, qui en 1464 écrivait ce
qui suit à son li!s Louis : « J'ay escript icy ensieuvant la coppie
d'unes lettres que maistre Alain Caretier a aultrefois escript,
touschant Testât de la court, a son frère quy de présent est
evesque de Paris, de treshonnorable et trcsiouable vie, quy
lors desiroit par son moyen estre retemi a îa court do roy, et
inaiotenant est bien d*aultre volonté, comme saige et quy la
court a expérimenté ^ »
Je me résume : Alain Chartier est né vers 1385 ; il est
Taîné des frères Chartier; il est bien l'auteur de la rédaction
latine du Curial,
{A suivre,) Arthur Piagbt.
I- Voy. Mangeart, Cat. des mss, de Vakmimtm^ Paris, 1860, p. 665.
LE DÉBAT
ENTRE ANTON DE MOROS ET GONZALO DAVILA
Les pièces de ce àchu saiirique, au nombre de neut actuelle-
mentj ont été copiées sur quelques feuillets du manuscrit ita-
lien 590 de la Bibliothèque Nationale (ancien 7763), assez
inexactenieni décrit par M. Mazzatinti, en premier lieu, dans
son Inventario dei mamscriiii iîaliani ddk biblioteche di Francia^
t.I(Rome, 1886), p. 115. puis dans son ouvrage intitulé : Ltf
Bibliokca dd rc d\4raginia tu Napoliy Rocca S. Casciano, 1897,
p. 105 *, Ce manuscrit, quoiqu'il ne porte aucune ancienne
marque de classement ou de propriété, semble bien avoir appar-
tenu A la bibliothèque aragon.use de Naples; il a certainement
passé par les mains de dames et de gentilshommes catalans
et castillans de la cour d'Alphonse V ou de Ferdinand I*^,
comme en témoignent qos inscriptions de noms sur le premier
feuillet : « La senyora VilaffVanqua de Panades ; la senyora
loland Dolzinelas (Olsinellas -); la senyora Elfa de Biure »,
et d'autres indices encore.
Du premier des îrobadores qui ont pris part à ce débat, Ton
ne connaissait rien jusq'u'ici pas même le nom; du second.
Ton connaissait et le nom et une petite pièce galante insérée
dans un chansonnier du Musée Britannique * et que Gallardo a
1. D'abord, touta les poésies noo italiennes de ce volume sont en castillan
et non en catalan ; puis le poème italien transcrit aux ff. 66 et suivants traite
delà mort de Pans et des lamentations d*HelcQe,ei n'est pas un« fnimincnto
dcl pocmetto di Paris e Vienna 9.
2. VUlafranca dcl Panadiis et ObinelUs sont deux localités de U jmu\ m^e
de Barcelone.
3* P de Gayangos, Catalogué ûf tbc manuscripls tu tht spanûh languagc in
tht Britiih Mmtnm^iAW, p» 29>. Ce cbanioanier a appartenu à Nicolas
d*Herbcray des Essarts.
50 A. MOKKL-rATîO
publiée '. L*Lîn et Tautre ont vécu vers le milieu du xV' siècle et
ont peut-être même dépassé cette époque. Aucun trait histo-
rique de leur dispute ne permet d'en fixer exactement la date.
II y est question (I, i) d*un « infant »>, qui pourrait ôtre l*un
des fils de Ferdinand I" d'Aragon, et d'un « président »
(V; 34), qu'il y a lieu d'identifier avec l'un ou Tautre des
personnages qui ont exercé sous Jean II ou Henri IV les fonc-
tions de président du Conseil royal. L'allusion à Juan de Mena
(V, 26) peut s'entendre du poète mort ou du poète vivant, de
celui-ci plutôtj je crois ; en ce cas, notre dispute serait anté-
rieure à Tannée 1456.
Anton de Moros était aragonais. Cela ressort d'un ccrtam
nombre de mots de sa langue qui ne s'expliquent qu'en les rap-
prochant du catalan % sans compter que le nom de Moros^qui
peut exister a vrai dire dans plusieurs provinces d'Espagne, se
retrouve en tout cas sûrement en Aragon : N. Antonio, dans sa
Wbliothcm noim, cite deux Moros et tous deux sont aragonais.
Nous connaissons de plus, au xnr siècle, un Lope de Moros,
auteur ou simple copiste de la pastourelle et du débat publiés
dans la Romania (t. XVI, p. 364), et qui appartenait certai-
nement à la région navarraise-aragonaise. Quant à Gonzalo
Davila, son adversaire lui-même semble bien le désigner
comme castillan (V, 69*70) :
Porquc os dciîan niirratichon,
vos salistes de Castilla,
et rien n'indique qu'il convienne de lui chercher une autre ori-
gine.
Ce débat, comme tant d'autres du même genre, qu'on peut
lire par exemple dans le chansonnier de Baena ou dans le recueil
des poésies de Montoro, consiste surtout en injures que
s'adiessent, chacun à son tour, les deux rimeurs : injures très
personnelles et souvent fort grossières qui atteignent le phy-
sique aussi bien que le morah Moros s en prend surtout à b
figure et à la taille de son adversaire ; il le dépeint faible (I,
1. Ensayo dt una hihîiokca esptinola dg îiîfros raros y curicsoi, t* I, col. 494.
2, Je n'attache aucune importance, bien entendu, à la graphie ny p<jur «,
qui pourrait être du fait du copiste.
LE DÉBAT ENTRE ANTON DE MOROS ET GONZALO DAVILA JI
28), petit (I, 31), laid (III, 23), mal bâti (III, 1 1) et « incom-
plet » (I, 20; m, 22; V, 88; VI, 72) : sur ce dernier défaur,
il insiste même plus que de raison et descend à des détails qui
ont dû effaroucher quelque ancien lecteur, car la neuvième
pièce, une réplique de Moros, a été brusquement interrompue,
sur un mot obscène, par la coupure de deux feuillets remplis
sans doute des dernières invectives qu*échangèrent les deux
îrohadorcs. En revanche, Moros loue Part et la science poétique
de Gonzalo Divila (V, 17), il le met sur le même pied que Juan
de Mena, le grand maître, le chef suprême de Técale du trobar
(V, l'y) :
En lodas estas comarcas
Johan de Mena vi alabar,
en el artc del trobar
vos y el &er tos monarcoSp
et lui-même se fait tout petit devant ces puissances, il est !e
petit chien blanchtiy Tautre le grand dogue (V, 30). Dâvila,
contraint de passer condamnation sur sa faiblesse physique et
sa laideur (IV, 12; VII, r, 33), attaque surtout la moralité de
Moros, qui remplissait probablement quelque emploi de
finances (\TI, 57 ; \TII, 84); il le traite d'usurier, de faussaire,
de bdratier, et par surcroît d'ivrogne (H, 6; IV, 47, 53; VI,
76). L'un et l'autre se renvoient répithète de juif ou de mar-
ratk^ {n""^ V et VI); Davila ajoute que son adversaire était fils
d'un rabbin et que le nom de Moros, nom du père putatif, en
cachait un autre mal famé (VI, 43, m).
Assez vivement et correctement écrites et, sauf quelques
passages peut-être altérés par le scribe, facilement intelligibles*
— bien plus intelligibles que beaucoup de poésies du recueil
de Baenaou du chansonnier de Montoro, — ces neuf pièces ne
présentent au point de vue de la langue, du style et de la ver-
sification rien de particulièrement remarquable. Je noterai seu-
lement dans le n** VII (v. 107 et 110) la citation de deux chan-
sons françaises : nouvelle preuve de la connaissance de notre
poésie lyrique en Espagne au xv* siècle, attestée déjà par
d*autres témoignages. J'ai relevé dans les notes les mots parti-
1. Sauf cependant ravani-dernière pièce (n« vni) que Moros lui-même
trouve 41 un poco escura «.
52 A. MOREL'FATIO
culicrs A hi langue aragonaise et ceux auxquels je n'ai pas su
trouver de sens ou qui m'ont paru mériter Inattention ties lin-
guistes.
Alfred Morel-Fatio*
12
i6
I
Anton de Moros
CONTRA GONÇALO DaVIL\
Esundo en c^ dd inùntei
por5avnn qu*era un aguila
en irobar Gonçalo d'Avila :
apostaron un dîamante.
Yo pense qu'era gigante,
trafcgudo matador,
y» par Dîos ! no se pastor
qu'en un dîa nos lo vante.
Qualquicr dara por sentençia
que no es fLCrte ni aperte;
bien pucde ser valyentc
mas no espanta su presencîa.
No se por la eloqueiicia
ho en dincros ser famoso,
que, qyanto por ser fermoso»
nunca casara en Vaîencia,
No es de niucho luvido
a nuestro Senyor quel crio,
pues que no lo acabo
de faa^er onbre conpiido.
Un dya yo vy vestido
un mono que era tamanyo ;
creo quVn qualque mal anyo
este Glabre (ue naddo.
£n la tîena do pelean
28
32
12
16
las gruas con las personas,
yo dudo honbrcs ni donas
tan magros y flacos sean>
Los que ulgun bien le dcsean
no rruegan Dios qu'enrriquezca,
mas (que) le de gracia que crczca
en foz de quantos lo vean
II
Respoesta
de gonçalo de a vil a.
Quien es aqueste merchante
de obra tan mal mcdida?
Quai sca su negra vida
y au 11 el aima por senblante.
Yo pense quVra algun D.i!ue
y es un baraïador,
de los que a Nuestro Senyor
vendicron cl mas culpante.
Qualquier que tenga prudencia
fallara, sy byen advierte,
que jamas se vyo por sucrte
tan vil onbre d'asistencia.
No caso por decendcncia
de lynage generoso,
mas por mas presumtuoso
que llcno de suficiencia.
Este Cayn atrevido
jure lugo por su Dio
b îraje^tido pour irtfe^udo\ cf. port, trefego^ « remua nt» vif*», aussi
tf rusé ». — 8 nos =: no se. — 10 aperte n'a pas de sens et ne rime pas avec
Xfalyente, Le texte doit être altéré. D'après la réponse (n» 11)^ qui suit la
même disposition métrique, \\ nous faudrait ici des rimes en erle. ^ 16 A
Valence où sont les plus belles femmes. — 17 tuvîJo, participe formé sur
le parfait; c'est un trait du dialecte aragonals.
LE DÉBAT ENTRE AKTON DE
qu;îl coraçon le movîo
20 a ver comigo rruydo ;
ca, scgun cl s*cs aWdo
en sus plcytos con enganyo»
por enxenpio devc oganyo
24 COQ la for«:a scr punido.
£n las partes do guerrcan
y se gana^n las caronas»
son sus matios mu y haronas,
i porquc d'onrra no s'arrcan;
ni su sangre las cnplean
syno on logros y vileza,
faisando, scgun se rreza,
l los contratos que menean.
Fyk.
Pues su rrequcstar es vîsto
d'îgnorancia procéder,
rreniesa le deve ser
%6 la mucrte de Jcsu Cristo;
y por tamo yo Tabsolvo
de lo dicho yde la rresu :
el lan bien en mi rrepuesta
40 perdone syl fa go polvo.
111
MOROS
CX)NTRA GONÇALO DaVÎLA
Por b burfa hos etisanyaes,
amigo senyor Gonçaïo,
MOROS ET COKZALO DAVILA 53
(de) la verdat vos sabe mato
4 quando tanto os agreujacs,
Con gran maîicia fablacîi,
que, a faîta de consonanics,
dczis laslimas tajantes :
H tn csro vos deportaes,
E yo, (a verdat dixîendo
y no arguyendo rrondalla,
no diria vuestra rruyn lalla
i2 entodo undia escrivrcndo,
Haunquc me fiigacs melcndo
y rrudo mas que pastor.
no saidreys con ntucha honor
i6 desu ly<a yo cntyendo.
Honbrc por cscamîo fecho,
sv niiraes vucsiras annas,
quando se echan tas gallinas,
deveys salir de so e1 lecho*
Para que leneys provecho,
pues menguo en vos la simicnte?
Ora de ximio syndiente,
Dios lome con vos despecho !
Tocaes me de Macabeo
con tcmor que no vos loque.
Rrcccbii este rrctoque»
2^ entrât (en) medio dcl lomeo ;
que yo ni los mîos no creo
nunca entrassen en synoga,
Tencos tirme a la soga,
52 don mosquito, vîcjo y fco.
20
24
29 Ce vers n*a pas de sens* Fa ut- il corriger - «1 /a su sangre mpUan^
ou bien : ni su iangrf eîlas emplmtt, ou encore : ni m sam^n' la icnpîfan} — 55
rre/mia pour remitida est X cette époque un caialanisme; mais le castillan a
connu aussi ce participe fort, puisqu'il Ta garde dans le substantif rrnma.
— 4 a^nujofs. Le verbe a^renjar, formé sur grtn^e^ appartient à la langue
juridique catalane-aragonaise. — to rorutalla, « conte ^ récit », estdupuratta-
lan. — 13 rtu'kndo équivaut à mtUno^ v, paysan grossierit, qui paraît fait sur
mtîffw. On connaît Tépithète melemiâo^ si souvent appliquée aux bergers dans
Encina, — j8 itiinas. Je ne vois pas le sens de ce mot, qui ne saurait être
pour haiittas, — jo iymga. Cette forme, pour synaçoga^ est fréquente au
xv« siècle; voy. par ex. G, Manrique, CanciontrOt t. lî, p. 141, et le Can-
dmifo àf Anton de Mantoro, p. 52 et 285
54
Y qucreys enamorada?
Parât mientes, escudcro,
sy os pican en un mortero,
56 no ay uiia bticna vegada.
Monja, ilonzella ho casada
quiercri buena proporcion,
que vos rouy chica rraciori
40 daryades en Talborada.
Enfengis de vnuy valyente ;
digo vos mal adcvino,
ca si todo cra(d)es venino,
44 00 podriades ser nuziente
Bien séria in pertinente
la aldca y rruyn alfaja,
que vos por fucrça la paja
48 tamascdes a la gente.
J)e3:ism?î que soy logrero
y de cartas falsador,
salvi sienpre vuesira honor,
5 S mentis vos, don agorero ;
intbrmaseys vos primera,
como îa irazon rrequiere»
no d'aquel que mal me quîere
56 mas de onbre vcrdadero.
IV
Respuesta
DK GONÇALO DE AviLA.
La sanya que vos toraaes
me poneys por entrevalo.
rrecelando vos del palo
4 *:*a mcnudo conportacs.
Sy la cicncia vos crraes
en accentos bien sonantes,
MORHL-FATIO
de las faltas semejantes
8 neciaraente m'înculpaes»
Nynguna malycîa prend o :
la obra que Dios se falla
gran îocura es rrerratalla>
12 lan dnco me discrivicndo.
De lo quai m'estoy rrîeado ;
no lo tengo ha desonor,
comos vos, Anton senyor,
16 los vicios que vos rreprendo.
Recordaos, don conirafecho,
dexat las cosas divinas,
que por causas muy mezquinas
20 vos aveys visto en esirecho.
Ponei la mano nei pecho,
ca si os mienbra on acidente^
en la vida cîerta mente
24 no tencys ningun derecho.
Enojaes vos, segun veo»
por vuestro judayco estoque,
perdcr con xaque por rroquc,
28 fallando con devaneo.
No fagaes d'ukrance arreo,
ca si bien vos interroga,
quien la vida vos prorroga
32 mcrcce muenede rreo.
Sy vuestra muger prestada
vos me daes y yo la quîero,
de lornar vo5 la profiero
56 bien corne ma y mal ïigada ;
y sera la tal jôrnada»
por mayor satisfacion,
en la plaça con prcgon
40 aîtas boxes publicada.
)6 Ce que Moros entend ici par vi^ada est dairemem indiqué plus bas
(VÏI, 17 et suiv.)^ dans une r»^pofise de Davila : « Y conozco, Porser ximio,
Que me bruma Y consuma Um vegada y me farta «. — 4>-|8 Je ne com-
prends pas le sens de ce quatrain. -• 27 Perdre le roi pour gagner une tour?
n faudrait, peut-être» lire perdet pour perder, — 29 uJtrûncf^ c'est le mot fran-
çais mttrance^ que les usages de Ja chevalerie avaient porté en Espagne. — 40
aîtas bo^éSt pour a aîtat hoies.
^^^^^^LE DÉBAT ENTRE ANTOK DE
MORO^^oSzAL^DÂm^S^^^^^^^^H
^^^B Yo no enfingo dertamente,
12
en arte de gaya cîencia ; ^^^^B
^^^H nus quai sera tan mezquino
pues si con mi ygnocencta ^^^^H
^ que h capa en cl camino
vos toco en la verdat pura» ^^^^H
^^^^ 44 no vos tome, si os la siente?
no deve\s tomar rrcncura : ^^^^B
^^^B Vuôstras amias, don pâcîente«
f6
conportat lo con paciencia. ^^^^H
^^^H son, sy suenyo nos ataja,
Bien conozco que tcneys ^^^^B
^^^H conbatîrnos con tinaja^
de ciencia un gran [a]syIo, ^^^^B
^^^^ 48 pvLCS cosiunbrc os lo consîente.
yo no se syno este estilo, ^^^^H
^^^ Yono soy cierto çlprimcro.
20
conponer ast al rreves. ^^^^1
^^^H segun vuestra gran furor.
De la cara fago en{v]es, ^^B
^^^V que os acusa unia herror
lo desuso pongo ayuso : ^^Ê
^M )3 ni syn duda el postnmero.
por ende, si cl artc abuso, ^^M
^^^B Amansaos, don baratero,
24
no bîvo d'esté intcrcs. ^^B
^^^^ que qualquier onbrc que viere
En todas estas comarcas ^^^^B
^m vuesiros actes y Icyerc,
Johan de Mena vi alabar, ^^^^H
^^^^ 56 vos porna aqucste sonbrero*
arte dcl trobar ^^^^^^M
^^^^^
28
vos y d set los monarcas. ^^^^^|
(Yo) so cl rrcmo de talcs barcas^ ^^^^H
^^^^^V Anton de Mqros
un blanchet(e) ccrca un alan; ^^^^B
^^^V CONTRA GONÇALO DE AviLA.
mas a vezes sotil can ^^^^H
^^^H Nunca os ialta que dcîir,
Î2
irostga bucnas avarcas. ^^^^H
^^^V vilezas contynuando ;
Syn meter la m a no al pecho ^^B
^m al diablo os aconiando,
se que al rrey y al présidente ^^B
^H 4 al quai vos mostraes st^rvîr.
dcvû te mer cier lamente, ^^B
^M Pues que bien sabeys mentir,
î6
como es rrazon y derecho ; ^^B
^^^^ sabet que os an coronado
mas, por mal que yo aya fecho ^^B
^^^V por poeta alamado,
a ninguno ho syn rrazon, ^^B
^V 8 maldizieme syn fallir.
nunca por esta ocasyon ^^H
^^^H Visca esta la difcrencia
40
aure fyrma de derecho. ^^B
^^^H de vuestro sabcr af m 10
Dcl pato no me rrecelo, ^^B
^^^H conio de la mar al rrio
vos teniendo lo en la mano, ^^B
^^^B 46 nos =- m os. — 30 bîancheU, petit chien de dame. Le mot se rencontre ^^|
^^^^ déji chez Tarchiprêtre de Hiia (str.
137^
\ et suiv.). Ce doit être le franc, ^^B
^M hkncffft. Dans le Cane, de &una, on trouve le féminin blauqudû. Un Alonso ^^B
^m de Jaen, répondant à Anton de Monii
oro,
lui disa'iit humblement : •< Y ante ^^B
^H vos soy )'o con raoco, CQm& goiq\i$ anU gran can {Canciontro dt Antàn de ^^|
H Montoro, Madrid, 1900, m Xcix). -
— )2 rrosiga^ « ronger peu à peu » _^^|
^P (Borao, Dicciotiario ât vocn ara^omits
, éd, ^^^
. de 1884), Cf. cat. ros^ar. — 54 ^^^^M
^L prisidente. Le prC'sident du Conseil roy
al ou Conseil de Cistille. — 40 Al lu- ^^^^H
^^^K stOD â la pratique appelée en droit catalan-
uagonàis ferma dt dtêt, ^^^^H
A. MORlX-l-ATIO
56
que, aunque soy viejo cano,
44 yos fare besar cl suelo ;
y maguer va soy avuelo, 72
si vos tomo entre mis potes,
vos dare tantos d'açotes
48 como faria a un moçuelo.
No euro ni satisfago 76
a todas vuestras malicias,
pues veo las supreficias
5 2 vcninosas mas que drago ;
aunque juro a Santiago, 80
que pues pintaes con tal ploma,
yr por solucion ha Roma,
56 nos caldra, queaqui aureys pago.
Muchas vczes el qu'es rrudo 84
y que trae mal apero
fiere en medio del tablero
60 y quebranta buen escudo.
Qui vio castellano mudo 88
ni lycbre ser perezosa
ni lealtat en rraposa
64 ni judio no ser agudo?
Vos, for aquesta rrazon 92
que vos he alegado agora,
vos previene del Atora
6« saber mas que Salamon ;
porque os dezian marranchon, 96
vos salistes de Castilla :
sy vos miran la rrczmilla,
verdat dira mi sermon.
Quien es marrano rrcbiente
y le de Dios mal estrena ;
luego os acuso la pena,
que aqui no basta argumente.
Que muy cercano pariente
soes de Mosse G)hen :
no vos lo tyenen a bien
fer ydoUtrar la gente.
Que aqui daes a entender
a gentes de miga boça
que soes de los de Mendoça
en lynage y en valer.
Demandaes a mi muger,
escudero muy fermoso?
Ella no ha me(ne)ster potroso
ni tal cidon cavalier.
No qiiiero otra poesia *
para confonder a vos,
syno la verdat y Dios
que nos pagan de falsia.
Lo que un ciego veria
bien se puede adverar,
que al rniyn no cal madrugar,
pues prol basta claro dia.
46 poh's. Kncorc un mot catalan. C'est le pluriel ôq pota^ « patte ». — 51
Siipft'ficias. Sens?— 56 nos = no os. -67 previene. Lire proviene, comme VI,
$6. — 71 rrc^niillay le gland du membre viril (Nebrija^f. Ce sens et celui de
« suppositoire » qui en dérive sont indiqués par Oudin et les autres lexico-
graphes qui l'ont copié. Le mot, au moins dans sa première partie, semble
d'origine arabe (voy. Dozy, Glossaire^ s. v.). Dans le no 563 du Cancionero de
Bihua, les éditeurs espagnols ont lu trsinilîa et n'ont pas relevé le mot à la
table : Miciiel a mieux lu rcsmilla : en fait, le manuscrit porte très clairement
re^milhi.— 82 miga hça me paraît être du catalan « Gens de demi-bourse (w/^a
bosHi), gens de peu ». Dans le n*» 467 du Cane, de Baena, ce même mot se
trouve à la rime avec Mendoca, mais là il ne semble pas avoir le sens de
bourse ». - 88 ciclon, cast. cicLin, « altero testiculo carens »>. Borao donne
coni;ne seconJ sens : « la res que tiene un testiculo interno y otro esterno,
i) anil^os internos. » — 92 nos -. no st\
^ LK DÉBAT ENTRE ANTON DE
MOROS Er GONZAtO 0A\1LA 57 ^^^^^B
^^^H Gargantero golondrino,
mas servaes otra manera, ^^^^H
^^^y aveys nos desonestaJo
qu*cn vilczas atî^ar, ^^^H
^K en averiâîuo juzgado
nunca os cessa el paladar,
^^^^ loo de tinâja scr vezino.
136 assi como cademera.
^^^H Enetnigo del tocino,
QjiVl pocu muy quleto
^^^B poeta mal bevedor,
devc estar y rreposado.
^^^B vuestros huesos y color
en sus fechos moderado,
^ !04 lodos son cochos en vino.
140 savîo» coites y discreio.
^^^_ Muy suelto teneys el freno,
Vos fundacs vuestro intekcio
^^^H poeu gran chirlador;
en vilezas arguyr.
^^^^ qui vos fizo iTobador
prcclando vos de métilir
^^^^ ic8 de h fama dd qu*cs bucno?
144 en pubbco y en secreto.
^^^H Q}ii os Base lo ageno
El poeii verdadero,
^^^H y os dassç avînenteza,
en ciencia syngular,
^^^H con vuestra mucha pobreza
no se mcte a trobar
^^^^ 1 12 sy lo pornudes al scno?
148 pullas de castanyetero.
^^^^ Poeu mal deitidor,
Ya perdeys cl ccntenero.
^^^B DO aveys avido vcrguenya
no catando cortcsia,
^^^^ meter en copias a duenya
dezis tania villania
^K 1 16 rrobando le su valor?
152 como puta con pandero.
^^^K Los qu'est) ma 11 qu'es honor
Aunque os escuseys un poco
^^^m van di/Jendo por la via
por faa^er el }uego par,
^B que vuestra gran poesia
no podcys biun colorar
^^ 130 vos metaes al salvonor.
1)6 las faltâs de que vos toco.
^P Auiique fuera yo mas necio Bien sabcysqu*€l ninyo y el loco |
quan noie vuestra presencia,
mucho dizen îa verdat.
usaraes vos de prudencia
Don Gon^ab, perdonat
134 no salir con tal desfccio.
160 si lo dicho no rrcvoco.
Sy miraraes a Boecio,
Bien senbla qu'en la montinya
Aristotil ho Lucano,
no ïcneys que procurar»
no espcndieraes en bano
cavar, rregar ni podar
128 vueslro saber de gran precio.
164 canpo ni <;afran ni vinya»
Vuestra Icngua laslimera.
No quiero con %*os mas rrin}^.
maldiziente y veninosa,
porquc socs de) fatso quarto ;
a l(o) mcnos fabîasc cosa
de vuestro tedio m'apatio
« 152 (que) fuese cierta y verdadera;
168 como pelmazo de tynya.
j
98 nui. Ms. iw, — 1 10 dasse po
Mxdksie se trouve en aragonais. — 124 '
ditftào. Cat. dnficu *" inquiétude,
impatience». — i\\ mas paraît avoir
Ici le sens de /miv en catalan. — i\
6 cadfnt/ra = quaJernera^ « relieuse ».
— 149 anUfUfo. En catalan cenUner signifie « le cordonnet qui sépare les
èdievcaux pour que les fils ne s'embrouillent pas «. — i)l de^is. Ms. dt^ir.
^^s»
A. M0REL«FAT10 ^^^
Y por no esperar aul
do perdi mas sangre y huessos ^Ê
rreprcnsyon ni vituperio,
que vos cavallos en guerras ^H
buscat algun monesteriOf
27
m venu dos por bs sierras. ^H
^^^ 172 (y) raeiet persona y cabal;
Dcïis me que soy marrano : ^^^B
que, quan vendra a la rynal»
vos mentis, don vil judio, ^^^|
vos con pobreza y canssancio.
ca cîeno el [y nage mio ^^^H
envegecido en palacio ,
3î
no d CCI end e de tal mano. ^^^H
^^ 176
morircys al ospital.
De los pies a b cabeça ^^^H
Fyn
soy fîdalgo verdadero, ^^^H
Pcrdonat sy poca sal
syn mal quarto y falsa pîeça ; ^^^H
meto, por no aver espacio ;
ni soy û\o de togrero, ^^^H
poeta, de vos me agracio
36
salvo de lynpio escudero. ^^^H
r 180
para !odo este carnal.
Mas vos que tanto negaes ^^^H
no ser de sangre iudayca. ^^^|
VI
ta plâtica muy ebrayca ^^^|
40
deztt por que la servaes r ^^^H
Respoesta
Vuestro padre fue rraby, ^^^H
DE GONÇA!,0 DE AviLA
vos un muy gordo confeso. ^^^^|
Anton, vucstras copias vy.
£1 nonbre de Moros vy ^^^H
y quanto a lo que dczis
que os bolvteron del avieso, ^^^H
que d*aquellas no btv>'S,
45
segun consta por processo, ^^^H
^H
loando en el arte a mi,
En el quat son msertados ^^^^|
syn duda fueran ganados
los senyales verdadcros, ^^^H
con muy mas justo sudor
lestigos no lysongeros ^^^B
vuestros bienes sobomados
49
de vuestros ante passados ; ^H
con arte de trobador
con los quales syn falsia ^H
^^L^9
que con logro y desonor.
^sta los ojos, Anton, ^M
Quanto toca a los açotes
csues en la juderia, ^H
que dezis que me dareys.
do tcncys el coraçon, ^H
frescos los palos teneys
54
el aima y ta condicion. ^B
^^
que vos dieron en très motes.
Pero veamos de donde ^M
Quien y quando y quai lugar
ser logrero vos previene : ^H
no lo cunple ircpetir;
dertamente no vos vieiie ^H
basta que, syn los bcngar.
58
en ser Bjo de gran coode. ^H
Jos quesistes mccebîr :
Socs en quanto fazevs ^H
^H
pues *^Uai syn mas def ît.
Macabeo muy antigo, ^M
Ca no se nynyo ni vie|o.
aunque vos esto negueys ; ^M
visu vuestra covardyi.
cada quai tîeva consigo ^H
que de coccs cada Jia
6î
con las obras el t^tigo. ^^^H
^^H
110 carguc vuestro pellejo.
Dezisme que demande ^^^|
En peUgios bien excessos
a vuestra muger, scnyor; l^^^l
yo ni' e ^-isto en muchas ticrras.
bien se qu^es dona d on'^r ^^^^|
^^^^LE DÉBAT ENTRE ANTON DE
MOROS ET GOiîZALO DAVILA ^9
■
■
y notable por mi fe.
En su bondat yo no toco,
que si de vos he fablado
qualque lastyma fyngidft,
^M
mas digo que, si querrtys
108
por verdat sera creyda.
^1
por veniura ser tan loco
Pues sabet que os an presiado,
^1
que su virtui injun^s.
a culpa de vuesira madré.
^H
1
no cïdon me fallaneys.
Anton senyor, esse padre
^
Juzgastcs ser mi color
113
que de Moros es nonbrado ;
y huessos cochos en vino :
pero, quanto a la verdat»
todo es agua quanto orino.
vos soes fijo d'un judio :
J 76
don beudo, Iteno de herror.
De là quil vos no tomastes
esto sea en poridat ;
y d'aquel mesmo gentio
mucha parte, yo lo juro,
117
es don Yuda vuestro tîo.
y si vos lanto engordastes»
Arguysme que no tengo
syn falta vos asseguro
canpo ni vinya ni huerto.
^f 8t
qu'es obra dei vino puro.
y a por en, Anton, por cîerto,
Dczis que ofcody a mugcr;
121
de iogro no me raantengo;
cicrta raicnie mcntyrcys
muy mas va le con pobreza
quanias vezes lo dire)^,
morir en el espytal
^^{(^
sy mis copias quereys ver*
Yo vos dixe, Anton hermano,
que ser pobre con rriqueza,
difamado mucho mal
que no soy uno de dos
126
por todos en generaK
ni cornudo ni marrano ;
¥rs
sy d'csto vos seotys vos
Mucho dudo, don costal,
^^90
abenios alla con Dios,
Alegaes me cicrtos sabios
sy con vuestri»s pu 11 as mesmas
saqueys comigo el cabal
por enxenplo y no mimstes
IJO
d*estas catorze quaresmas.
a sus dichos, quando echastes
^■94
vilezas de vuestros labyos ;
agora dezis que quieto
el poeta deve estar :
si vos fuerades discreto,
no cunpiiera a mi quebrar
VH
GosçALO Davila
CONTRA Anton de Moros
Yo coniiesso que soy fco
V 99
cl uso de bien fablar,
Iten dezis que me fundo
y enano
ho surmano.
y me precio de mentir.
4
negro, fiaco, muy racnudo ;
D*esio os podeys desdezir
mas» Anton, segun yo creo,
H loj
aote Dios y todoî mundo,
ca ^n falta yo he ganado
no villano
ni marrano
tan buen credito en ta vida
8
ni logrcro ni cornudo.
H
surmano, La lecture du mot est sûre.
Qpe signifie-t-il?
•
i
4S
$2
60 A. MORLL'F
Ny unpoco so\', par Dios,
atvocado
sobomado,
12 ni me ptco dcssas artes;
ny mcnos hc como vos
cohechado
y rrobado
16 en un pleyto las dos partes.
Yconozco, por ser ximio,
que me bruma 56
y consuma
20 una v^ada y me fana ;
mas no furto ni vendimio
con la pluma 5q
tanta su ma
24 de bienes en falsa carta.
Ny me viene de nacion
mal jurar 64
ni acusar
28 faziendo falso testigo ;
y sabeys que a vos, Anton,
enmelar 53
y enplumar
32 vos pueden por lo que digo.
Otorgo mas que me fîzo
la natura 72
de figura
36 diforme quai vos quereys ;
pero nunca lyranizo
syn mesura, 74
con procura
40 que contrafazer sabeys.
Enforcan a les que troban,
no coplillas 78
ni fabllilas,
44 mas turtos fuera poblados ;
y dan vida a los que rroban
en las villas 82
ATIO
las manyllas,
rrigo y rrofa de CDytados.
Tnygo de mosquito âaco
syn 2Ùkn
el albaran,
y soy negro mas que pebre ;
pero Dunca perro cnsaco.
ci mal pan
o mai çafran
vendi, ni gato por liebre.
Ny soy d'aquellos notarios
concegiles,
îorpes, \-iIes.
que, cegados de cobdicia,
trasmudan los calendarios
con gentiles
y sotilcs
argumentos de malida.
Pues, Anton, tan mala vida
ya dexat
y maginat
que, s\*n fuzia d*esperança,
tras una piedra perdida,
con verdat
en tal hedat,
mas pierde quien otra lança.
Pero, pues a los sesscnta,
obstynado
en pecado,
teneys tan duro el pellejo,
yo fallo, segun mi cuenta,
que, mirado
vuestro fado,
es perdido mi consejo.
Vuestras famas d'entendido
son rrafczcs
y sohezcs,
fablando con rreverencia,
30-31 Dâvila menace ici Moros du châtiment infligé aux maquerelles :
« A las alcahuctas acostumbran desnudarlas del medio cuerpo arriba, y
untadas con miel, las siembran de plumas menudas » (Covarrubias, s. v.
emplumar). — 51 a/taraw, Técriteau, l'étiquette.
LE DÉBAT ENTRE ANTON DE
ca mayor es el rruydo
. que las nuezes
ve)mte vezes
86 de vuestro saber y ciencia.
Vuestros dichos desdonados
y desayres
o desgayres
90 dubdo callente cien capas ;
ca cierto vuestros dictados
y sus ayres
y donayres
94 son del tiempo de las chapas.
Ya he visto yo no pocos
mas letrados
pregonados
98 por plaças y por triquetes,
y vi menos que vos locos
tresquilados
y rrapados
102 a cruzes y panderetcs.
Pues por plaga tan excessa
cierto es
que vos podes
106 cantarante quieu vos mira :
Ge soy pobre de lyessa ;
y despues,
sy la sabes :
1 10 SenyoTy de cuer ge sospira.
Fyn
De tantas verdades yrj
no tomeys ;
mas, sy sabeys,
114 rreplicat, Anton, apriessa;
ca por cierto una mentira
no vereys
MOROS ET GONZALO DAVILA 61
ni fallareys
118 en quantode vos s*espressa.
VIII
Otras de Gonçalo de Avila
CONTRA Anton de Moros
Pues me quiso
por diviso
necio, que tar. mal départe,
en proviso
ya deviso
6 a que basta su estandarte ;
ca rreparte
y conpartc
donde tiene vos aviso,
ni mas arte
ni mas parte
12 qu'el diablo en parayso.
My rrespuesta
va mas presta
que verna su rrcsponsion,
pues que rresta
r.u rrcquesta
1 8 menguada de discrecion .
Gran lision
de presuncion
deve tener en la testa,
ca rrazon
con discrecion
24 a las bestias mucho cuesta.
Mas Tacusa
que Pescusa
lo que dizcn en Tafalla,
qu* es su musa
comamusa
30 y su dança Cornualla.
8}-84 Allusion au refran : « Mas es el ruido que las nueces ». — 90 cal-
lente est-il pour calleuten de calleniar =zcakntar ? —94 « Le temps des chapes,
le vieux temps. » Allusion à une époque où l'on avait emprunté à la France
le nom et la chose. — 102 On connaît l'expression tresquihr à cruccs^
« couper les cheveux de travers », et c'éuit une peine infamante; mais que
signifie Tad jonction de panderetes}
62
A. MOREL-FATIO
Syenpre ralla,
jamas calla
syno quando el palo s* usa,
ca, syn falla,
en su talla
36 gran vildat es interclusa.
En quademo
muy etemo
Lucifer tiene sumado
quando temo
de cisterao
42 en processus ha falsado.
De lo dado
y ganado
el bive todo el invierno,
mas menguado
y lazrado
48 qu'el Tantalo nel infiemo.
Por sus gestos
indigestos
y blasfemias d'albardan,
sus denuestos
denen prestos
54 grandes palos que le dan.
Tiene afan
de turjaman
en aaos tan desonestos
qu*el rrefran
« parla Rolan»
60 faze mucho a sus propuestos.
Con tal copa
s'axaropa
no cierto sobre mirraustre,
que su hopa
es una sopa
66 toda de puro v\-nastre.
No es de Castre
ot Alencasre,
mas, sy en algo de bien topa,
es desastre
de mal sastre
72 quando acierta en una rropa.
No san Gil
mas san Barril
célébra por no passar
d'un carril
mucho civil
78 que le faze enbaraçar.
Su rrymar
es publicar
su locura nuy gentil,
ca trobar
y bien fablar
84 no es d'onbre concegil.
£1 rrapaz
por ser audaz
lyeva de cada costado
del solaz
del bastonaz
90 el cuerpo todo brumado ;
y fynado
el cuytado,
por no moryr en agraz
desonrrado
y menguado,
96 lugo rrequiere por paz.
Sus trcpadas
rropas, dadas
en precio de sus desdones,
son chollâdas,
concertâdas
102 de traviessos rrapagones.
Sofiones,
rrepelones
41 cisUnWy A se dice del articulo de propriedad, para les que ya litigaion
(en el proceso de Aprcfjension) en alguno de los artfculos anieriores ; i dife-
rcncia del cxtcrno, que es para aquellos, que 6 no litigaron ô deducen des-
pues nucvo derecho » (Borao, /. c). — 59 parla Rolan ou par la RdaH,
Qu'est-ce que ce refran ? — 67 Castre, La grande famille castillane de Castro,
LE DÉBAT ENTRE ANTON DE
le dan y grandes colladas,
coxcorrones
y capones
io8 con que nunca medra aosadas.
Fyn
Sy menguadadas
ho sobradas
van mis copias y diciones,
las erradas,
del miradas,
1 14 an lugar (?) mis conclusiones.
IX
Anton de Mords
contra gonçalo de avila
Pues syn brida
ysin medida
fabla el poeu alabado,
la su vida
es ya fynida
6 y quanto el ha trabajado.
O cuytado,
amenguado,
entre gente entendida,
judicado
y notado
12 la verguença aver perdida I
En figura
vn poco escura
fabla el pœta de precio,
syn mesura
y derechura;
18 no lo apriso de Boecio.
Con desfecio
y menosprecio
se fundâ en tanta locura
que en atjeccio,
in interjeccio,
24 no se rrige por natura.
A lo que digo
MOROS ET GONZALO D AVILA 63
do en testigo
la verdat qu* es cosa pura ;
diz Tantigo
qu* es enemigo
30 quien las cosas mucho apura.
La escriptura
o lectura
syn verdat no vale un figo ;
es locura
y travesura
36 blasmar Pedro por Rodrigo.
Sus rrazones
y defenssiones,
sy bien mira el consistorio,
son baldones
y rrepullones,
42 (y) libelo difamatoryo.
Ya es notorio
su cursorio
en ques fundan sus passiones,
posessorio
de su avolorio
48 senbrar muchos mentirones.
£1 salir
he arguyr
con tanta indiscredon,
de boUyr
ni de payr
54 no demuestran perfeccion.
Salamon
ni aun Caton
nos preciavan de mentir ;
con rrazon
y discrecion
60 costunbravan corregir.
£1 prudente
y eminente
poeta de sentyraiento,
cierta mente
no consiente
53 payr. Cf. cat. pafnr, a digérer ». — $7 «w = wo se.
64
A.
MOREL-FATIO
66
sobrexir atan syn tiento.
torrezneras
Movimiento
y triperas
y turbamiento
I08
que lo suelen festejar.
es a la fama nuziente ;
De todo vicio
un tal viento
es juicio
en un momenio
synse verguença en la faz.
72
faze al sabio inpertinente.
usando ofîcio
Sy natura
de maleficio,
da y procura
114
biviendo de mal percaz.
inperfeccion o defeao,
Ya es secaz
que locura
d'algun gaïaz
aver rrancura
que le fa fer tal judicio,
78
ni gastar el intelecto !
car la paz
De discreto
sienpre a Dios plaz
gran secreto
120
y a los que aman su servicio.
es de Dios y gran fondura
Sy cholladas
ser directo
ni colladas
he inepto,
se dieron por rrapagones.
84
chico de grande estatura.
cabaladas
Pues ciencia
y bengadas
ho eloquencia
126 fueron por buenos garçones.
homan noble eniendimiento
>
Taies sermones,
la prudencia
ocasiones,
y paciencia
son de pro mal anegadas.
90
deven ser su fundamiento.
tentaciones
Yo no miento
y lisiones
ni m'arrepicnto
152
dcl gran Satan amostradas.
en judicar tal presencia,
Aun que rrudo,
pues gran cuento
no comudo,
y mas de cicnto
que miente qui tal dira,
96
conocen la diferencia.
tome escudo,
Su rrimar
el agudo :
es publicar
138
aqui ay quien lo défendra.
las cosas no verdaderas,
Si muger pendra,
mal fablar
el lo vera,
y difamar
mentira mi estornudo;
102
por plaças y por carreras.
cl la arreara
Cantoneras
y proveyra
y taverneras
144
. y otro le mctra cl enbudo...
ya tienen de que trufar ;
III synse, Cat. sensé. — 121 cfjolladaSy « coup donné sur le cou ». Borao
cite « choUa:(o, pezcozôn ». Cf. n© viii, v. 100.
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS
EN MOYEN-NÉERLANDAIS
L'étude des mois étrangers qui ont obtenu droit de cité dans
une langue est utile pour la connaissance non seulement de U
langue qui les a empruntés, mais aussi de celle à laquelle ils
ont été empruntés. Ccst pourquoi, ayant précédemment con-
sidéré Félément français en néerlandais au point de vue du
néerlandais, je crois qu'il y aurait peut-être quelque avantage à
étudier les mêmes taits pour y chercher des renseignements sur
la langue des régions ou de la région d'où les mots nous sont
venus au moyen âge. Leur intérêt principal es{ qu*ils per-
mettent de localiser des traits dialectaux. Je pars de cette idée
qu*il doit y avoir eu une région d'où nous venaient, en pre-
mier lieu, les mots français, au temps, bien entendu, où le
français central n'était pas encore la langue écrite générale. Les
sons du français se rencontrent chez nous le plus souvent sous
deux ou plusieurs formes; parmi ces formes il y en a toujours
une qui est la plus fréquente, qu'on pourrait appeler '< nor-
male )>. Or, ces formes normales doivent toutes provenir de la
même région, Qr de supposer que ka =^ ca français, qui est la
forme la plus usitée, viendrait du picard, tandis que la conser-
vation de / mobile final — autre forme normale — nous vien-
drait du wallon, cest ce qui nouii paraît difficile. Nous
insisterons donc dans la suite sur la fréquence plus ou moins
grande des différences formes, et la conclusion de cet article
sera alors Ténumération des traits « norjnaux j», la reconstitu-
tion de la physionomie linguistique du dialecte auquel nos
mots ont été empruntés en premier lieu et un essai de locali-
sation de ce dialecte.
Quand un mot, emprunté par nous au français, présente â^s
Homêmiëf XÂX z
66 ^^^V s. DE GRAVE
différences de forme avec le français actuel, ces différences
peuvent provenir de trois causes : i° ou bien la forme du mot
emprunté représente le mot français à une étape antérieure de
son développement ; ainsi nous disons palets^ et non païi^ parce
que ce mot a passé la frontière à un temps où le mot français
palais se prononçait encore pakis ; 2** ou bien la différence
s'explique par l'adaptarton de la prononciation du mot français
aux organes des Néerlandais; c'est le cas par exemple de sjets
pour chaise^ où la chuintante française a été remplacée par s sui-
vie de yody le néerlandais ne possédant pas de chuintantes;
y ou bien enfin la cause de la différence réside dans le fait que
le mot a été emprunté, non pas au français de rile-de~Francê>
mais à un dialecte limitrophe des Flandres et du Brabant.
Cest aux phénomènes de la troisième catégorie qu'est consa-
cré cet article. Seulement, on comprend que, pour les séparer
des autres faits linguistiques que révèle Fétudedes mots emprun-
tés par le néerlandais, on ne peut pas ne pas tenir compte des
deux autres cas. En effet, le plus souvent il nous faudra discu-
ter l'attribution des différences que nous constaterons à une des
trois causes possibles
C'est pourquoi nous choisirons comme point de départ ces,
différences elles-mêmes, que nous tâcherons de grouper avec
quelque logique ; puis nous essayerons de déterminer pour cha-
cune d'elles la cause dont elles proviennent, et nous arriverons
ainsi, par élimination, à connaître celles qui s'expliquent par
les dialectes.
Ces dialectes limitrophes des contrées où Ton parle et où Ton
parlait néerlandais', se ramènent à deux grands groupes :
le picard et le wallon, que sépare une ligne qui passe entre
Binche et Charleroi '. On doit donc s'attendre à trouver, dans
les mots dialectaux qui sont venus chez nous, des panicularî-
I
1, Nous nous servirons dans b suite de ce nom pour k langue génériile
parlée dans le royaume des Pi>3-Bas : nous ne tiendrons compte de la langue
fUmande qu'autant qu'il s'agit du moyen âge. J'ai essayé de justiBer <
dénomination dans mon Essai sur quelquti ^toupts de mots emprunta par
néfr landais au hiin écrit (Amsterdam, 1900), p, 8.
2, Voyez sur les détails : ]. Simon» Les Hmiies du fyicard ei du wallon^ daj)s
Milangti walhnSf Liège, 1892. Maiscp. Roinania^ XXI, p. J)4t
LES MOTS DiALECrAUX DU l-RANÇAIS EN NÉERLANDAIS éy
tés wallonnes à côté de traits linguistiques propres au picard.
Cest en effet ce que nous aurons souvent à constater.
Quant à h limite chronologique qu'on peut fixer à l'emprunt
de mots dialectaux, il est assez malaisé de se prononcer là-des-
sus. En général on peut dire que c*est avec la disparition de ces
dialectes comme langue générale d'une certaine région — et non
comme parler local des endroits situés sur la frontière — que
doit coïncider la cessation de l'emprunt fait a ces dialectes.
Notons en effet que la plupart des mots étrangers ne nous
viennent pas par suite du frottement qui se produit à la fron-
tière entre villages voisins : seuls les grands centres intellectuels
et commerciaux ont le pouvoir d'imposer des mots à une con-
trée étrangère avec laquelle ils ont des rapports* Or, cette
langue générale a disparu en Picardie vers la fin du xiv*^ siècle :
Froissart écrit encore en picard. Il est vrai qu'on a encore
après lui des chroniques en picard (Chronique de Floreffe) et
en wallon (Jean de Stavelot), mais ces œuvres ont un caractère
trop local pour qu'elles nous permettent de conclure à une
langue générale wallonne et picarde au xv* siècle.
Cette limite, les mots empruntés ne nous la font quVntrc-
voir, car la date de la première apparition d'un mot dans les
textes ne doit être que rarement celle où il a réellement com*
mencé à être employé. Pourtant il est bon d'indiquer pour
chaque mot l'époque où on le rencontre pour la première fois.
J'ai à cet effet muni chaque mot néerlandais d'un chiffre
allant de i à 4, qui correspond à une division de la littérature
néerlandaise en quatre périodes. Ces périodes se répartissent
ainsi : i°du commencement (environ 1250) à ij 15 ; 2° de 1315
à 1450 ; j"" de 1450 à 1600; 4** après 1600 '.
Conformément à ce qui fait I objet essentiel de ce travail, il
n'y sera en général question que des périodes i et 2^ et excep-
tionnellement des suivantes. Afin de ne pas l'étendre outre
mesure, j'ai renvoyé, quand c'était possible, à trois articles
publiés dans des revues néerlandaises, où j*ai traité des points
de détails', et à rfu^if cité plus haut.
i. Voir, pour U justification de cette division, mon Euai, p. 28.
2. Bijdragen tôt di hennis dit uil hei Franuh ovtrgenomm xcconleft in het
Nederîandsch (dans le ; Tijdschrift voor Nederlandscbe Utterkunde, 189^ et 1897,
et d&as Taalen LttUren^ 1897)'
m
s. DE GRAVE
VOYELLES
Voyelles toniques.
L INFLUENCE DE LA aUANTIxi SUR LE TIMBRE
§ ï , Règle : Les voyelles qui, en français, siMt longues et ouvertes
drciennmî fermées cf)e:^ nous.
Exemples : sjas 4 (chaise), tettaîett 4 {tâe-à-téte), frets 4
(fraise)^ fenotfurn 4 (pljéwtnéne) ; nobel i, loods î (loge), nmtbeî 3,
peupel 3 , etc.
J'ai pris soin de choisir des exemples dont l'origine française
n'est pas douteuse. Or, parmi ces mots, il y ea a où le chan-
gement de prononciation ne peut s'expliquer que par la quan-
tité longue de la voyelle française. Car il est vrai que dans nobel^
peupel f 0^ à français sont venus se placer à la fin d'une syllabe
(par suite de notre habitude de prononcer avant la liquide
rélément vocalique des groupes où entrenf des liquides) et que
dans ces mots le changement de la voyelle ouverte en fermée
pourrait s'expliquer par la « Dehnung » que subissent chez nous
les voyelles en syllabe ouverte, et qui» dans les mots germaniques,
amène chez nous le changement des voyelles ouvertes en fer-
mées. On pourrait faire valoir ce raisonnement également pour
kodSy emprunté lorsque Ve muet du français se prononçait
encore. Mais les autres {sjees, frea^ etc.) sont tous venus chez
nous ù une époque où Ve muet ne se prononçait plus, et il ne
saurait donc s*y agir d'une w Dehnung jj néerlandaise. Le pas-
sage du son ouvert au son fermé ne peut pas non plus s*expU
quer par l'absence de voyelles ouvertes chez nous : nous aurions
parfaitement bien pu dire nobbtl (avec <), comme dans knobbel),
mubbel (avec à ouvert, comme dans dubbel)^ fenotmn (avec é
comme dans ben, ren).
Il me paraît donc certain que c'est la quantité de la voyelle
qui a déterminé le changement, et on peut alors le comprendre
de deux manières. Ou bien, comme nous n'avons pas de
voyelles ouvertes longues », les i, ô, œ français sont devenus é^
1, Vâti Heltco» MidMtuiktlaitdsch Sprmkkunsi^ $ t.
LES NfOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS E\ NÉERLANDAIS 69
(5, éy absolument comme dans nos mots indigènes i^ à longs
deviennent fermés. Ou bien, comn:ie les voyelles longues
ouvertes sont plus rapprochées des voyelles fermées correspon-
dantes *, les i^ dj à longs ont sonné à nos oreilles plutôt comme
^, ô^ é.
Que ce soit un changement qui s'est produit chez nous indé-
pendamment des dialectes du Nord de la France, c'est ce que
prouve le fait que ces dialectes ne le connaissent pas*
Une conclusion A tirer de la règle que nous avons formulée,
c'est que fosse se prononçait encore avec d bref, au temps où
nous avons emprunté fosse j, qu'on rencontre une seule fois au
moyen âge ^
§ 2. Le terme de « voyelle longue ») manque de précision :
si Ton appelle « brève n la voyelle dont la durée est d'une
mora, le terme <c long » s'applique aussi bien ^ des voyelles
de deux morae qu*à celles de trois. Dans les exemples cités
tout à rheure, j'ai à dessein choisi des mots à voyelle de
trois morae^ et c'est à ces voyelles-là que dans la suite je me
propose de réserver le nom de « longues »»* Celles de deux
ffwrae seront appelées ici « moyennes' ».
Nous allons maintenant voir comment les voyelles brèves et
les voyelles moyennes du français ont été traitées chez
nous.
Si nous nous bornions à comparer les voyelles brèves du
français actuel avec les voyelles correspondantes des mêmes
mots sous leur forme néerlandaise, nous devrions renoncer à
trouver une règle fixe pour le traitement qu'on leur a fait subir.
En effet, tantôt é^ è brefs français restent ouverts chez nous
(chemisette y post^ parlât)^ tantôt ils deviennent fermés (^hsmf^
pravtxist). Même irrégularité pour les voyelles moyennes du fran-
çais (comp. bibîiotheek^ parool à kôlonel^ rapport). Est-ce il dire que
la quantité n*cst pour rien dans le changement de è^ ù en ^, (} ?
Cela n'est guère admissible, i cause de la constance de la règle
relative aux voyelles longues (§ r).
I, Passy, Changntirtiis phon/tiqttfSt $ 295.
a. Je renvoie, pour la partie îcxicographique de ce travail, une fois p(vur
toutes au Dictionnaire du moyftt-n/fj landais de MM. Verwijs et Vcrdani.
j. On sait que ce sont les termes du Dktiofinaire génfraî : nos distînctions
reposent sur les indications de ce dictionnaire.
70 s. DE GRAVE
Or, il ne £iut pas perdre de vue : i^ que la quantité d'une
voyelle française n'a pas été toujours nécessairement lamèmej et
que ce qui doit avoir déterminé le son de la voyelle chez nous,
c'est la quantité qu'elle avait au moment où ie mot a passé la
frontière; 2° que, dans les dialectes, la quantité des voyelles
n'a pas non plus été nécessairement la même qu'en français, de
sorte qu'il est possible que telle voyelle qui est fermée chez
nous ait été longue dans le dialecte, tout en étant brève en fran-
çais; 3° que la quantité telle que la perçoit un étranger n'est
pas nécessairement la même que celle que croit entendre un
Français.
Cest pourquoi nous n*aurons aucune chance de voir les
choses comme elles sont, si nous ne faisons pas abstraction de
la prononciation actuelle. Cherchons donc on autre point de
vue. Ten Brink ' a montré que la diphtongaison des voyelles
brèves libres du latin en français s'explique par le fait que ces
voyelles, placées en syllabe ouverte, s'étaient allongées (gtdehni}^
et que, par contre, les voyelles longues en syllabe fermée
avaient une tendance à s'abréger.
Maintenant, je me demande si ce phénomène de la « Deh-
nung )* n'a pas eu en français une extension plus grande qu'on
ne croît, et si, dans les mots savants comme dans les autres (où
une voyelle primitivement entravée était devenue libre par
suite de la chute d'une consonne), ce n'est pas la position de
la voyelle qui a détermine sa quantité. Ce n'est là qu'une
hypothèse, mais it me semble qu'en la prenant comme point de
départ nous pourrons arriver à quelques résultats assurés. Je
grouperai donc les mots d*aprés la position de la voyelle, et je
prie le lecteur de vouloir bien se reporter au petit tableau sui-
vant, où j'ai rangé les voyelles suivant qu'elles étaient primiti-
vement suivies d'une ou de plusieurs consonnes.
ï, Dautr und Klan^, Strassburg, 1879.
fl, iy à moyens en franc, a, è^ à brefs en franc.
Fermés en
néerlandais
Ouverts en
néerlandais
Fermés en
néerlandais
Ouverts en
néerlandais
A. Devant une
seule con -
sonne pri-
mitive, ou
muta c. li-
quida.
kiithedraal 3,
kapitaal 3, etc.
bihliotheek 4,
fideel 4, etc.
parool 4 y kami-
lool 4y sober i,
proper i , etc.
\ Fidel 4.\
UxUel 4.)
acrchaat 4,
automaat 4,
plaats I , etc.
filosoof I,
kroot 3 , per-
sooti I , helto-
troop4ypiloot4y
etc.
root se I,
galootse I, etc.
ÏMuceloot 1,
minioot i,
iralioot I,
ijavelote i ,
malloot 3,
Âvï/w/ 4, etc.
>/ 4, fregat 4,
B. Devant une
consonne
longue sim-
plifiée.
wfl/ I, plat I,
i/f/ji// 4, wfl;-
mot 2, 4'inr-
/0//<'2.
ibjrw)/ 2,
/wr/o/ 2,
5;fl/o/ 4,
kapot 4.
//
-aal (-allum),
p. ex. chevael i ,
metaal i, etc.'
-eel (-ellum),
p. ex. kasteel i ,
wasteel i,etc.
bal 4 y interval4
kolonel 4, Jia-
nel 4, carrons-
sel 4y protocol 4.
ss
te I, etc.
gros I, etc.
kk
f'^'ib i,/roÂ- 2,
If
Â-o/eT I, 5/0/3,
geroffel 1.
c. Devant un
groupe de
consonnes.
r -\- consonne
kaartïy paerci,
paert i, etc.
taveerne i,
apeert i, etc.
koord I, foor-
tse 7, poort I,
etc.
part iypark4.
vers 4, Jerm 4 y
ressort 4, rap-
port 4.
st
plaester 1, etc.
;>('.«/(• I , fcest 1 ,
etc.
propoost I,
provoost I, etc.
ra5/t'4, etc.
/V5/4, arrest l,
etc.
compost 3,
/>t)5/ 4
pi
5f-<'/)/é'r I.
kt,ks
5e*5^ 4,
collecte 4.
72 5. DE GRAVK
§3.1^ première rubrique nous apprend que : dumnt une
seule consonm toute voyelle ouverte française est deik'nue fermée che^^
nous, excepté dans quelques mots récents. Les mots })ôtel cx Fidel
ne sauraient infirmer h rèi^ie : hôtel (moyen-nécrL osteet} nous
est sans doute venu par la langue écrite, étant très fréquent sur
les enseignes, et Fidel, nom de cliien, n'est pas un mot vrai-
ment néerlandais. Rapprochée de ce qui a été dit au § i, cette
règle confirme doue notre hypothèse, car il est évident que, s'il
y a eu « Dehnung », elle doit s'être produite devant une seule
consonne. Ainsi toutes ces voyelles, quelle que soit leur quantité
actuelle^ auraient étc à un moment donné longues. Les mots
Jregat.fat s'expliqueraient alors par le tait qu'ils ont été emprun-
tés par le français à des langues étrangères et ont apporté en fran-
çais la quantité qu'ils avaient chez eux. Dans tous les cas ils
peuvent n'être venus ici qu'avec la quantité brève.
§ 4. Considérons les voyelles placées en latin devant une
consonne longue, qui a été réduite en français.
Devant ss, nous n'avons que des a, e^ ouverts.
Devant kk, t\ d restent ouverts. (La^forme cloec dont on ne sait
si elle se prononçait cluqne ' ou cloque ne se rencontre qu'une
seule fois et n'a par conséquent pas de force probante.)
Devant//". «, restent ouverts {Coefcr^ dont j'ai un exemple,
se prononçait sans doute avec u — on trouve d'ailleurs aussi
la forme coufer chez nous — et est alors identique à la forme
dialectale citée par Llttré comme berrichonne, mais qui sans
doute a été répandue au Nord, Groeffel n'est sans doute
qu'une graphie isolée : la forme se rencontre une seule fois).
Devant //, à reste a, ô reste à ou devient è.
Devant //, nous trouvons dans les mots empruntés par le
moyen-néerlandais rf eô fermés, mais dans ceux empruntés par
le néerlandais moderne u e ouverts. Il est vrai que, dans les
textes du moyen fige, on trouve quelquefois e au lieu de ce (gra-
phie néerlandaise pour ^*), maiscVsr rexception : nous y revien-
drons.
On voit donc que seuls devant ti et è devant // (dans les
mots tnédiévaux) deviennent fermés devant une consonne
1 , Je note par le signe w le son qu'exprime le français actuel par ûw, et
Remploie ù pour le son que le français actuel écrit ».
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EK NÉERLANDAIS jl
longue réduite. Je réserve pour plus lard la discussion de
ces deux cas ; pour le moment je me borne à formuler la règle
suivante: Devant une comonnc lon^m en latin ^ brève en français^
e, o ouverts restent ouverts en néerlandais^ sauf exceptions.
On comprend tout de suite que, si nous réussissions plus
tard :\ rendre compte des exceptions, celte règle corroborerait
notre hypothèse de tout ù Theure : elle est pour ainsi dire la
contre*partie de celle du § 3 .
§ 5. Il nous reste à résumer les données fournies par les
mots où é, sont placés devant deux consonnes latines. Nous
constatons que :
Devant pt, kt, ksy ê et sont restés ouverts.
Devant st et r -f- consonne, é et d sont devenus fermés dans les
mots empruntés au moyen âge, sont restés ouverts dans ceux
qui ont été empruntés par le néerlandais moderne.
Ici encore, avant d'examiner de plus près les cas particuliers,
nous formulons la règle suivante : Devant deux consonmts latines
è, 6 sont restés ouverts en néerlandais^ sauf exceptions ,
Et ici encore on se rend compte que, si les exceptions
peuvent être suffisamment expliquées, la règle fournit un appui
à notre hypothèse, car il va de soi que devant un groupe de con-
sonnes (sauf mwf^ cum liquida) il ne peut y avoir de «• Dehnung »,
§ 6. Parlons donc des exceptions. Et d*abord traitons
ensemble les trois cas d*allongement que présentent les mots
empruntés au moyen âge, tandis que dans les mots plus récents
il est inconnu. C*est le cas de è devant //, de è^ à devant st et
devant r + consonne. Le moyen-néerlandais lui-même ne connaît
pas rallongement des voyelles placées devant ces groupes; il
est vrai qu'il a une tendance à allonger les voyelles devant
r -(- consonne ' ; seulement dans les mots français c'est plus
qu'une tendance, c'est une règle.
Il me semble que le changement de quantité s'explique par
les dialectes du Nord de la France. La différence seule du trai-
tement des voyelles en question au moyen âge et en néerlan-
dais moderne suffirait pour donner à cette hypothèse beaucoup
de force. Mais il y a plus. On sait que, en picard et en wallon,
e bref du latin s'est diphtonguée en ie en syllabe fermée.
! . Franck, MiittînUdtrJândischt Grammatik, 5 S6.
74 s. DR GRAVE
sauf devant les consonnes nasales* ; ces formes diphtonguées sont
fréquentes dans toute la zone limitrophe des Flandres et du
Brabant; il paniii cependant qu'à Liège ie s'est introduit plus
tard qu'en Picardie- et qu'il est plus fréquent dans TOuesl
que dans TEst de la région en question '. On peut assurer que
c'est un phénomène relativement récent ; la cantiléne de
Sainte Eulalie ne le connaît pas. Or, cette diphtongaison s*ex-
plique probablement par rallongement de la vojelle -*. Il s*agit
maintenant de savoir si nous sommes en droit de la rapprocher
du changement de timbre que nous avons constaté en syllabe
fermée dans les mots français néerlandais : si oui, nous aurions
confirmé Thypothése d'après laquelle il y a un rapport entre
ce changement de timbre et la quantité de la voyelle.
Et alors il y a Heu de relever deux ordres de faits.
D'abord, le changement de timbre n'a affecté chez nous
que les e qui remontent à é latin, non pas ceux qui pro-
viennent de ê ï entravés. Exemples : rebel i, fcl i K Or, juste-
ment, la diphtongaison en f> ne se produit que quand la
voyelle remonte à ê latin.
Puis je constate un hh qui au premier abord semble aller
contre ma thèse : c'est que dans les dialectes la diphtongai-
son de è entravé a lieu devant tous les groupes de consonnes,
tandis qu'en néerlandais le changement de timbre ne se ren-
contre que devant les groupes de consonnes cités plus haut.
Mais n'oublions pas que Torthographe des textes du moyen
âge ne rend pas toujours exactement Tétat plîonétique réel de
la langue. Et si nous contrôlons par les patois actuels les données
1, G. Paris, Alexis^ p. 279; Tobler, Vrai Anid*, p. xxii ; Ten Brink,
Dautr und Kîang^ p. 47; Lûcking, Ait/jj, Mundartni^ p. 194 (^/?o«i,, VII,
p. lîS); Koschwitz, Coww/w/ar^p, 87.
2. Wiltnotte, dans Rom,, XVII, p. J57.
j. Je renvoie pour les détails à mes articles cités plus haut.
4. Ten Brink, 0, /., p. 47 et 48.
5. Je ne cite ici que des mots où è est placé devant U^ car ceux-là seule-
ment sont probants, parce qu'on peut les comparer avec e provenant de é,
placé également devant //. Sur fel, voye^ Mackel, German. Eîeni,^ p. 95, 98.
RtM rime avec ê qui provient de i entravé, par exemple Rtnart k Nouifel^
4757, elUs : rtheîks. Les mots en -lllum avaient de bonne heure substitué
-etlumà ce suffixe (Suchier, Aîtfri. Gramm,, p. 19).
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EK KfeERLAKDAIS 75
fournies par ces textes, voici ce que nous constatons ; en
Wallonie e, o brefs du latin sont diphtongues devant si et
r -|- consonne, tandis que devant ss ils sont restés intacts.
Malheureusement je manque de renseignements sur leHainaut;
mais le fait d*un allongement qui ne se produit que devant ces
deux groupes de consonnes reste acquis. Pour ce qui est de la
diphtongaison de é devant //, je Y ai rencontrée dans le patois
d'Ellezelles, en Hainuut'. Ces faits nous autorisent à sup-
poser, quoi que nous apprennent les textes du moyen âge,
qu'il y a eu un dialecte où la diphtongaison n'a eu lieu que
dans les trois positions où nous rencontrons chez nous le
changement de timbre.
Nous trouvons un appui pour cette supposition dans la des-
tinée qu'ont eue en anglais Jes mots français * : ainsi, français
y est devenu d long devant une seule consonne, et beMf^feste
Y ont un è long ; ces deux mots ont été empruntés de très bonne
heure; enfin fool, qui a également été emprunté très tôt, pré-
sente l'allongement de à devant IL
S'il en est ainsi, si les mots où la voyelle a été allongée
devant les groupes en question proviennent d'un dialecte, on
pourrait expliquer les mots où, au moyen âge, on trouve -el
pour -eel (voyez plus haut) et -est pour -tesî^ comme des
emprunts foits au français, A moins que -<•/ n'y soit une simple
graphie pour -eel^ et -est pour -ttsi^ cela est assez probable, car
actuellement on ne prononce plus jamais è dans ces mots,
§ 7, Il nous reste à rendre compte du double traitement Atà
devant//. Ce qui empêche d'y voir un développement dialectal à
côté d'un son français, c*est qu*aucune des deux voyelles, ni () ni
rf, n'appartient exclusivement au moyen âge. Le changement de
à cnà est d'autant plus étrange que a reste toujours ouvert devant
//* Je ne vois qu'une seule solution, c'est d'admettre que à français
onnait dans cette position à nos oreilles comme un son inter-
ï . Je renvoie pour les détails i mes articles îndicjufe ci-dessus.
2. Behrens, Beitrâ^e ^tr Geschichtr der fr^. Sf^achf in En^land^ p, 105,
88. Les rapprochements sont nombreux- qu'on peut i!:tablir emre les mots
français che2 nous et en Angleterre, La pUcc me manque pour m'étcndrc U-
dessus, mais je compte publier sous peu une comparaison détaillée qui
fournira des résultats curieux.
76 s. DE GRAVE
médiaire entre è et à néerlandais. Je me rends compte que
c'est là plutôt une supposition qu*une explication; pourtant je
ne crois pas que cette anomalie poisse infirmer notre hypothèse
sur le rôle de la quantité dans te développement des voyelles
françaises en néerlandais.
Voici les conclusions auxquelles nous conduit ce chapitre au
sujet des dialectes du Nord, Nous pouvons dire qu*il est pos-
sible que, dans un de ces dialectes, les voyelles a e ose soient
allongées devant st, r -[- cons. et / provenant de //, et que la
diphtongaison de é latin en te en syllabe fermée n*ait pas été
toujours ni partout aussi générale que le ferait croire la graphie
des textes du moyen âge.
n, PALATAUSATION DE VOYELLES VÉLAIRES
Il s* agit ici de deux séries de faits entre lesquelles il me
semble qu'il y a connexité :
I ô libre latin devient quelquefois û en néerlandais devant
r, l, n dans les mots que nous avons empruntés au français.
Exemples : lahure r ( : cure Ro. 7997, : tsure, D. Luc. 3973),
Blensefluer i (: aventuer S^g\\. 475, : natuer, 577), Copegule i
(fr. Coupegueule, Ro. 11220), nur i (fr. hure); habberguil 5
(v. fr. hauberjâul); kruin i (fr. courûnne)^ masteluini (v. fr. mesiil-
lon), ajuineniuun i (fr, oigmn), capruun i (fr. chaperofi), pusuun i
(fr. poison), ocsuen i ffr. occasio}i)^ mutîuen 2 (fr, mouton) \
A côté de ces formes on trouve devant r bien plus souvent
00 et eu (cp, plus loin, p. 89), et devant n oe, prononcé u et 6
(cp, plus loin, p. 99),
Les rimes de û latin avec ô latin ont déjà souvent été signa-
lées dans des textes du Nord de la France et en anglo-normand ^.
Elles peuvent s'expliquer de deux manières, en admettant ou
bien que û change sa prononciation ordinaire ou bien, comme
1. On trouve quelques autres exemples de ces rimes cher Van Helten,
p. 82. Cp. encore Rom., XXIX, p. 99, où M- Huet relève ce fait que le
traducteur n^eriandah des Mat Uns de Maerlant fait rimer eu avec «.
2. ]. VTsing, ÉUide sur le diakcte anqlo-normand ^ p. 73, et cp. Behrens, a.
U^ p. iî8 suîv. ; Dos Adamsspiel, hcr. v. Dr. Karl Grass» p. 122; Meyer-
Lûbkc»I,S5S-
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 77
je crois devoir le faire pour nos mots, que c'est ô qui se pro-
nonce comme tL
L'avis de presque tous ceux qui se sont occupés de ces rimes,
autant qu'elles se trouvent dans des textes français, c'est que
û s y prononce o ou œ, Vollmoller, qui avait prétendu que ô
s*y prononçait u', a été contredit de toutes parts.
Je laisserai de côté tout ce qui ne concerne pas directement
nos mots, et je tâcherai de rendre probable que, chez nous du
moins» la voyelle commune était ft.
M, Van Helten dans sa Grammaire^ ^ ainsi que M. Franck
dans la sienne ', admettent que chez nous c'est le û qui se pro-
nonce œ, et ils signalent tous deux la prononciation actuelle
de û germanique et français devant r comme œ dans la Flandre
occidentale.
A cela j'ai à opposer ces trois arguments : i*' Le mot actuel uur
(^iH'ure) ne se rencontre chez nous que sous cette forme : il
prouve que le changement deo en û s*est produit au moins une
fois, a^ Dans les mots en question on écrit exclusivement u
pour u latin; or, si la prononciation avait été a\ on aurait dû
s'attendre à rencontrer quelquefois une autre orthographe, car
œ s'écrit chez nous au moyen âge de différentes façons *. Eh bien,
jamais on ne trouve par exemple aventore. 3** De l'aveu même
des deux savants cités, les rimes ô : û ne se trouvtrnt pas exclu-
sivement dans des textes de la Flandre occidentale» Aussi M*
Maxeiner* fait-il bien de séparer ces rimes du changement de
en dî, particulier à cette région (voyez plus haut).
Voilà pourquoi je vois dans ce phénomène plutôt on chan-
gement de o en il et pourquoi je ne saurais rapprocher ces
rimes ni de la prononciation picarde de û comme œ *", ni de la
prononciation wallonne de li devant r comme a- s qui me
paraissent plus jeunes.
1, Mûncfntur Brut, éd. Vollmôlkr, p, xxvj,
2, P, 81 ; cp, p, 82» où M. Van Hehen dit qu'il admettrait au besoin ù : li.
5. a /., s 47
4, Van Hdten. p. 73 et suiv.
5, Theodor Maxeiner, Beitrûgeiur Gescbichti derjri, H^'ôrier im MUttlhùch'
6. Meyer-Lûbkc, $ 55.
7. W,, S J9» Cp. Ziitxbr.J,rom, PhiL, XXIV, p. 251.
s. DE GRAVE
S*il n'y avait que les mots en -orem qui présentassent ce
changement, on pourrait se demanderai, pour l'expliquer, il ne
vaudrait pas mieux prendre comme point de départ une étape
de l'évolution française de o, rapprochée de œ. Cest ce que fait,
pour le moyen-allemand, M. Maxeiner '; et ce qui nous amè-
nerait à admettre que c'est bien à un changement de œ que
nous avons atTaîre, c'est que le passage de a» à // s'accorderait à
merveille avec la tendance, très forte chez nous, à élever le timbre
de la voyelle française, ou plutôt à tenir compte, dans la pro-
nonciation, du timbre plus élevé des voyelles françaises com-
parées aux nôtres. Seulement, d'abord, ô latin, dans le Nord,
n'est devenu a' qu'assez tard (voyez plus loin), et puis nous
serions alors obhgés de séparer ces mots en -orem de ceux en
-onem,que nous avons réunis avec eux dans Ténumération pla-
cée en tête de ce chapitre. Or, justement, le rapprochement de
ces deux groupes nous permettrait d'expliquer ce changement
incompris de -onem en -aun,
M. Van Helten * croit devoir faire remonter ce changement
à Tépoque où le ti germanique se prononçait encore u chez
nous ; Vu de ces mots français en -onem serait alors devenu «
avec les mots indigènes. Mais il me parait évident que Fintro-
duction de ces mots français n'a eu Heu que longtemps après le
changement néerlandais de u germanique en k.
Le changement de o devant une nasale en ii n'a pas encore
été constaté dans les dialectes du Nord, abstraction faite de
fmmi\ qui seul a ù en picard *. Les rimes de ô avec û devant r etc.
sont fréquentes dans le Nord, ainsi que nous l'avons constaté.
Ainsi, ce n'est que dans cette dernière position que les mots
qui chez nous ont w = o latin pourraient s'expliquer par le dia-
lecte, tandis que cela très douteux pour les mots en -onem. Il
vaut mieux peut-être admettre, dans les dialectes du Nord et
chez nous, une action identique, mais qui se serait manifestée
dans tes deux régions indépendamment Tune de l'autre : il
n'y aurait rien que de naturel à ce que dans deux contrées.
2. 0. /.. p. 72,
}, Suchîer, Âltfri. Gramm.^ p. 16, Cp. Kurth, La frontUn Unguistifuê m
Bdgiqut, p. itS Cimier dans un liei]*dit d'Etlezelles).
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 79
dont l*une est germanique et dont l'autre est romane, mais
possède des éléments germaniques très nombreux % une même
tendance se fût manifestée spontanément. Cette tendance serait
ici la palatalisation d'une voyelle vélaire : en effet, ou ou «(pro-
nonciation probable de ô latin, voyez plus loin) se changeant
en (i, quVst-ce sinon le passage de la voyelle vélaire fermée à
la voyTîUe palatale arrondie fermée ? Les lèvres gardent leur
position, mais la langue s'avance. Or, ce changement phoné-
tique s'accorderait bien avec ce que nous savons de la pronon-
ciation française comparée à celle des Germains : on sait que
lesFrançiis parlent plus avant dans la bouche que les Germains;
ainsi une voyelle vélaire du français est beaucoup plus près de
la palatale correspondante du néerlandais que la vélaire cor-
respondante du néerlandais lui-même : quand les Français ont
prononcé ou ou w, il se peut que chez nous on ait entendu un
son qui se rapprochait de //, d'autant plus que Té^^olution de
ou en français atteste sa tendance à devenir palataL Cette expli-
cation ne convient naturellement qu'autant qu'il s'agit de mots
empruntés; est-ce à dire qu'elle n'est applicable qu'aux mots
français qui ont passé chez nous ? Je ne le crois pas, car dans
les dialectes aussi on a « emprunté » des mots au français du
Centre, et on n'a donc qu'à considérer ces mots qui ont il =
o latin comme des emprunts faits par le dialecte à la langue
générale.
L'explication que nous avons hasardée du phénomène de
devenant u trouve un appui dans un autre fait linguistique
auquel nous passons maintenant.
n, provenant de o bref entravé latin, et ly (u) provenant
de o long et u bref entravé btin deviennent dans quelques
mots, empruntés par nous, œ (écrit u)^ Exemples : brutse 3,
bruetse 3 (fr. broclje) ^, butse 2 (fr, bochc}y scuersc i (fr. icorce),
turke 2 (tr. lorch)^ kust 3 (v. fr. caste), hurs 4 (v. fr. cors)^
Buggcre i (fr. Bougre), dubbel 3 (fr. doublé)^ guds 3 (fr. goti^e)^
iursen 2 (v. fr. torscr), bmrde i (fr. bourde)^ bcurs l (fr. bourse)^
putrpcr, purper 3 (fr. pourpre), buckcl 2 (fr. boucU) , kutts 3 (fr.
couche).
1. Suchier, dans le Grundriss. I, p. 602.
2. Dans CCS mots £m, ue rcprésemeot^î, et u représente à.
80 s» DE GRAVE
Dans tous ces mots, la voyelle, au moyen Age, s*écrii sou-
vent Oy et dans quelques-uns de ces mots on prononce aujour-
d'hui ou H.
Constatons d'abord que ni les textes français du moyen âge
ni les patois actuels n'expliquent ce passage de o, n à â\ On
pourrait hésiter un moment pour kust^ keurs^ scmrse et turke^
où Ton a affaire à o bref entravé latin ; car on sait que dans
certaines parties de la Wallonie cette voyelle se diphtongue'.
Ainsi à Seraing ô entravé devient m devant r -\- cons. et s
-\- cons. ^ Or, dans les quatre mots cités ce sont 'fustement ces
groupes-là que Ton rencontre; on pourrait donc se demander
si, dans ces mots du moins, la voyelle en néerlandais ne s*cx-
pliquerait pas par une diphtongaison. Pourtant je crois qu'il
faut renoncer à cette explication, car si œ dans kust^ etc.
provenait d'une ancienne diphtongue, la voyelle serait sans
doute longue et fermée chez nous.
Dans quelques patois de TEst ô entravé et même ù entravé
deviennent quelquefois œ * ; mais il me paraît impossible d'ad-
mettre une influence exercée par des dialectes si éloignés. Dans
le Lexique Sainî-Pûlois je trouve d^aPd pour dàoudre^^ où œ
provient sans doute des formes fortesj car c'est un exemple
isolé : ô entravé latin resté dans ce patois o, et ii entravé latin a
le son u.
Enfin, ce qui paraît exclure la possibilité d'un développement
dialectal, c'est qu*yn des mots qui présentent le phénomène,
hurs^ ne se rencontre chez nous que dans la quatrième
période.
Il me semble donc certain que le changement de ô, û brefs
entravés en œ s*est produit chez nous. Or, les sons qui, chez
nous, répondent réguHèrement à û entravé sont o oo bien u ;
c'est, le son commun à ô entravé et ù entravé , c*est-à-dire a,
qu'il faut considérer comme le point de départ * .
1. Rom,, XVll. p, )éo.
2. 'Ititîchr, f. rvm. PhiL, ÏX, p, 486.
î. Homing, dans Fran;, Stud., V, p. 475, 479.
4, Htvuf Âti pdtoii gallorotitam^ V, p. 22.
j. Comme !c son à s'*Jcrii chez nous u en syllabe fermée, on pourrait
Tcxpllqucr dans quelques mots comme une graphie latiac. Voyei mon Essait
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NâERLANDAIS 8l
Le changement de o en it n*est pas tout à fait inconnu au
moyen néerlandais dans les mots indigènes; mais, abstraction
faite des cas tï ft Umlaut » \ qui naturellement n'entrent pas
en considération, il y est trop rare pour qu'on puisse s appuyer
sur les mots isolés qui le présentent quelquefois pour expliquer
le phénomène identique des mots français chez nous comme
un trait phonétique du- néerlandais. Il parait donc que nous
avons le droit de considérer le changement de o en œ comme
une adaptation du mot étranger aux organes de ceux qui s'en
servaient, et alors un rapprochement s'impose entre ce phéno-
mène et celui de tout à l'heure; en effet, ici comme là, la
voyelle vélaire a passé à la voyelle palatale arrondie correspon-
dante, c'est-à-dire elle s*est palatalisée. Et ce qui milite encore en
faveur de ce rapprochement, c'est que la prononciation actuelle
et la graphie des textes médiévaux montrent que, à aucune
époque ni dans aucune région, il ne s'est agi, dans ces deux
groupes de phénomènes, d'une modification générale: c'a été
toujours une tendance qui a triomphéquelquefois, par des causes
qu*il nous est actuellement impossible de démêler.
Le résultat de ce chapitre serait donc plutôt négatif pour
Tinfluence exercée par les dialectes français du Nord.
III. SUR LA DIPHTONGAISON DES VOYELLES LATINES LIBRES
EN NÉERL.VNDAIS
e BRKr, O BRtF LATIXS LIBRES.
I. On trouve en moyen-néerlandais les développements
suivants de è latin :
1. ie : fier i, grief i, relief i, jeniever i, sie^e 2.
2. é fermé : jetmoer i, rckef 2, scdgc 5 (siège), fever 2
(fr. fièvre),
3. f : geniver i.
p, 112, Mais cda n'est naturellement possible que pour les mots où la voyelle
provient de û latin, non pas de û, à latins.
I. Van Helten, p. 75,
Mamumië^ XXXr ^
s. DE GRAVE
On trouve pour ô btin * :
1, ne, eu^ : rmiibeî 3, gepeupel 3, fucr 2, cner 3, fuelge 2.
2, oe (pron. «) : /ïrtvtr r (fr. preuve) y foelge 2 (feuille),
3, a fermé : fm)/v/ i, popel i, /tw i (v. fr. fuer), koor i
(fr. chœur), colovere 3 (fr. couleuvre),
§ 2. Avant de passer à la comparaison de ces deux groupes, je
constate qu^^jenieifcr tijenever ne peuvent remonter au v. fr. gefm-
vre, genoivre^ de sorte qu'il faut admettre que la forme française
genièvre est plus ancienne que ne le feraient croire les textes *. Il
se pourrait que, primitivement, elle eût été plutôt dialectale»
§ 3. Nous remarquons que, en moyen-néerlandais, on ren-
contre des é ô diphtongues à côté d*é ô intacts.
Pour expliquer au lieu de ue, on pourrait avoir recours a
Torthographe du moyen-^néer landais, où Ton trouve souvent,
dans des mots indigènes, pour eu-^. Seulement, le lait que dans
colûvere on n prononcé un est prouvé par le dérivé klovenier ;
on prononce également dans kmr^ mais dans ce mot cela pour-
rait être un latinisme. D'ailleurs, khn*emer suffit pour prouver
que pour ue est autre chose qu'une simple graphie.
Puis il vaut mieux ne pas séparer c de 6. Et alors la première
solution qui s'offre à nous est d attribuer le double dévelop-
pement des voyelles ù la double origine, française ou dialectale,
des mots. Seulement^ tandis que, pour ë, les formes diphton-
guées sont en général plus anciennes que celles où la voyelle
latine a subsisté, c'est plutôt le contraire dans le second groupe ;
or, les formes dialectales sont les plus anciennes, de sorte que,
si nous voulons faire intervenir le dialecte, il faudrait alors que
dans ce dialecte Té fut diphtongue, tandis que l'ô restait intact.
§ 4. Existe*t-il un dialecte qui présente cette contradiction?
M. Suchier croit qu'il y a eu en effet des régions où ô libre latin
i. Nous y ajoutons les mots qui ont ô û devant h pv et où cts voyelles
ont été irai tt-cs comme ô (Suchier, AUfri. Gr , p. 40).
2. ut pourrait aussi repnisenter chez nous la prononciation w, mais les
rimci et d'autres considérations prouvent que c'est bien tr qu'il faut proDOn-
ccr dans les mots en question (Van Helteci, p. li),
3. Rom,^ VI, p. 4} 5. Le plus ancien exemple serait^ d*après le Dktiùn*
naite gén/raJ^ de 1694.
4. VanHchen, p. 7$ ci suiv.
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 83
restait o; sans se prononcer sur I extension géographique de ce
phénomène, il en relève des exemples dans des textes du Nord
et de FEst de la France '. Mais ces exemples sont trop isolés pour
que nous soyons autorisés à conclure à l'existence d*un dialeae
qui n'aurait eu que des o non diphtongues. D'ailleurs, on trouve
autre part encore des exemples de au lieu de ut\ et, ce qui est
curieux, ce sont partout à peu près les mêmes mots. Ainsi,
M. Suchier lui-même cite, en normand et en anglo-normand :
I** quelques mots qui ont devant / mouillée (iw7, oil) ; 2" aiol;
3** iloc, aifix- ; 4'' des formes verbales; ^^ jovene'. Or, dans les dia-
lectes du Nord et de TEst il avait relevé : r^ des mots avect>
devant / mouillée (foilk, orgoil, doly voil^ olh); 2** aid ^ filhJc \
y aiHXy poroc^ iloc ; 4*^ des formes verbales; 5° iox = hms{^'Ax\s
les Dial. Grèg.). Nous ajoutons, du Brut de Munich^ dol, çvre,
aiol, des DiaL Grég,^ aixfgles^ rmhk.O^ et du Rendus, dol aioh.
On voit que ce sont toujours à peu près les mêmes mots.
Il me semble que dans aiol Qifillok — *\ moins de les consi-
dérer comme des mots mi-savants >, ce qui est certainement le
cas pour avogUs et pour mobles — /doit être pour quelque chose
dans la conservation de <?; on sait que dans le manuscrit du
Roman de Troie publié par Joly devant / reste souvent o^.
On pourrait alors rapprocher de ces mots ceux où se trouve
devant / mouillée. Les formes verbales ne sont pas probantes, car
il se peut que y provienne des formes faibles. Dansatw, poroc^
iloc y la non-diphtongaison pourrait au besoin s'expliquer par
la position protonique (cp, poro).
Restent les mots jovttu^ bos^ auxquels on pourrait ajouter des
exemples de cokyvere, cité par Godefroy, qu'il est impossible
de localiser avec précision, mais qui parait bien appartenir
à FEst,
1. Aucassin^, p, 63.
2. Âttfri, Gramm., p. 41,
j. Wiese, Dû Sprachder Dialogt âts Papsks Gr^or, p. 17.
4. Éd. Van Hamel, p. cxxiv.
5. FiihU cuit encore au xvu< siècle une forme très répandue, V, N}TOp,
GrûmtHûiri historique f I, p. 15S.
6. Stock, Rom, StudUn, lU, p. 456; Sirauch, LaUin. Ô in dtr Norm,
Mwuiarti p. 7a, 77.
84 s. DE GRAVE
Ces mots-là semblent bien présenter lies u lutins non diphton-
gues, mais cette non-diphtongaison ^'explique difficilement, car
nous répétons que ce que nous savons de la langue du moyen
âge au Nord de la France ne nous permet pas de croire qu'il y
eût une région où o restait intact. Non seulement les textes
présentent la diphtongaison, mais les lieux-dits du Hainaut b
confirment {\nr vxvmpk Ntd'flfoun^ a Ellezelles, en 1276').
Et puisj si nous consultons les patois modernes, voici ce que
nous constatons^ : le mot joveiiem, v. fr, /«^/rt<r, existe dans la
région limitrophe de la Belgique sous les formes suivantes : à
Lille et Douai jante^ TounvAÏ jamne^ puis a partir de Trasues (à
l'exception de Mons, qui ajeum^loù cette forme s'explique par
l*influence du français central, plus forte dans une grande ville)
fone, jonney qui se maintient, en atternant ^vccjune, jusqu'aux
extrêmes limites de la Wallonie. Il est vrai que les renseigne-
ments des Fers ion s sont sujettes à caution; ainsi elles donnent
ô là même où Marchot ^ et Horning ^ ont constaté ti ; mais il paraît
bien que c'est un son différent de eu qu'on a dans ces patois.
Comment peut-on concilier ces données avec la diphtongai-
son que nous avons constatée plus haut ? Les textes wallons du
moyen âge présentent le phénomène de la réduction de lu
diphtongue qui provient de o (et qui est oc ou tic) :\ a, u ^,
Ne pourrait-on pas expliquer les des mots moyen-néerlandiiis
également par une réduction de la diphtongue ? Il est vrai
que, en wallon, celle de k à / accompagne le changement de oc
en 0, tandis qu en moyen-néerlandais nous avons gardé /V. Mais
cette apparente contradiction disparait quand on songe que nous
avions dans les mots indigènes /V, tandis que nous ne possédions
• Il n'est pas nécessaire que la réduction de oe à a se soit
I
I
I. Kunh, Lafrmtihe linguhtique^ p. 212.
2* Je prends cçs n?nsdgîiementî> dans les Venwns wallonnes de k ParaMe
de VBnfani prodiguf^ Lîcge, 1870,
5. Paioh dt Saini-Huhfrt, p. 20.
4. Zcilscbrift f. rom.PhM., IX, p. 485.
5. Cloetta, Poén$e moral, p. 6\.
6. Je suis heureux de me rencontrer sur ce point nvec M. W. Horn» quî
arrive à un résultat analogue pour les moib allemands. V, Zeilschr, J, fratt^,
Spracke und Literatur^ XXI, p. 46.
LES MOrrS DIALECTAUX DU FRAKÇ,\IS EN NEERLANDAIS 8>
déjà produite dans le dialecte duquel nous viennent nos mois.
Nous reviendrons sur ce point au chapitre V. Il se peut quVIIc
se soit produite spontanément che^: nous et dans le dialecte.
Mais il est certain que ce dialecte doit avoir eu cvet non tu.
Ces observations nous permettent de d<îtermincravcc quelque
certitude le point d'où nous viennent les mots en question ; ils
sortent d'une région où o s'était diphtongue en oect où rV n'était
pas encore i ; or pn\l devient puis a partir de Gosselies ; c'est donc
entre Tournai et Gosselies, c'est-à-dire en Hainaut, qu'il faui,;\ en
juger d'après les mots que nous venons de discuter, chercher la
patrie de la plupart de nos mots empruntes*
§ 5, Les mots où à ô latin répond chez nous eu doivent nous
être venus du français centrai. Mais comment expliquer ri* pour
te} Rien ne prouve qu'il y ait eu un dialecte où é ne se soit
pas diphtongue. Comme ces mots sont en général plus récents
que les autres, il est impossible d'y voir un développement dia-
lectal du français. Ils doivent doncprovenirdu français moderne.
Or, voici comment il me semble qu*ils s'expliquent. On sait
que, tandis que les dialectes avaient gardé la prononciation le,
avec l'accent sur 1 (attesté par nos mots empruntés au moyen
âge, ainsi que nous venons de le voir), en iVançais propre, l'accent
tombait dès les temps les plus anciens sur e\ Il semble que
c'est i\ cette prononciation qu'il faut taire remonter rtr pou ri>
dans les mots néerlandais : nous citerons des cas analogues
tout i\ l'heure (par exemple ui : 1).
§ 6. Il nous reste à parler du troisième son qui répond à ô
latin, oc (pron. w), et que nous avons constaté dans pmeve et
dans/W/t\ Proeic pourrait au besoin s'expliquer par l'influence
des formes faibles du xcrhc prouver ; malheureusement nous
possédons trop peu de verbes empnmtés pour qu'il nous soit
possible d*affirmer que cette explication est admissible, Fcrnmi
et vernooien, nous le verrons tout à l'heure, ne proviennent pas
nécessairement des formes faibles; d'autre part grirven peut être
formé chez nousde^fnV/. Il est vrai que le traitement des mots
français en anglais tburnirait une preuve en faveur de la géné-
ralisation des formes faibles ' .
1. Nyrop, 0,Ly p. 149,
2. Behrens, 0. /., p. 152, 160,
86 s. DE GRAVE
Quoi qu*il en soit, dans^/iV, etc., la voyelle doit être expliquée
phoiictiquement, et il n'y a aucun inconvénient à étendre la
mî^me explication à proevc. Quelle est cette explic;ition ? Il est
probable que ce sont des formes dialectales; nous avons vu plus
haut que, dans les patois actuels, on a parfois u pour o\ cest
sans doute d*une de ces régions-là que nous vient le son u. Et
comme ces régions sont situées au Nord et à l'Est, c'est de ce
côté-lù que nous viennent /t)t7/> et pron^e^ etc. Cela s'accorde bien
avfc ce que nous verrons plus tard, que, à côté d'une majorité de
formes qui nous viennent du Hainaut, nous en avons quelques-
unes qui remontent au wallon proprement dit.
§ 7. Nous allons maintenant aborder les combinaisons de ê,
ô avec yod, qui nous permettront de contrôler les conclusions
auxquelles nous sommes arrivés jusqu'à présent.
À é -{- yod répond chez nous exclusivement f, qui devient ^
(écrit ij) comme dans les mots indigènes : dcspijt i, delijt i,
projiji 2, prijs i.
A 6 -|^ yod répond chez nous :
I, 00 dans le corps du mot, mi quand la combinaison est
finale : poye 3 (fr. puï)^ ghi 2 (fr. ^/w/), '^^f'f^^i r (y-
fr. enuij avec substitution de préfixe), biscoot 2 (fr,
biscuit').
2** ûe(pron* u) : oesier i (v. fr. uistre), ho€i i (fr. bid).
V w/ (pron. œ*) : puyeZyglui 2, hiscnit 3.
4^ ei : vernei i (v. fr, enui), glei 2 (fr. glui), peie 2 (fr.
pni).
Cette diphtongue est assurée par la rime verneien :
Kcyen, WaK 281,5055.
S 8, On constate donc, en face d'une forme unique pour é +
yod^ une grande diversité pour ô + yod, I d une part et ui de
lautrc doivent être ramenés à des formes où ê et ô sont diphton-
gues. Est-ce à dire que ooi provient de la simple combinaison
de o latin -f" y^^ c*est-à-dire d'une région où ô ne s'est pas
diphthongué ? C'est possible : la diphtongaison de é combiné
avec yod ne va pas nécessairement ensemble avec celle de ô +
yod^ pas plus que l'inverse; du moins, d'après M. Wilmoite, îl
résulte des chartes de Liège que é + yod y devient ci au moyen
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NàERL.\NDAtS 87
ûge et ô + yod ni' j il est vrai que M. Horning conteste la
diphtongaison de ô + yod à Lièges
Mais il faut se garder de se prononcer tout de suite en faveur
de k non-diphtongaison de 6. D'abord oi peut être chez nous
une graphie pour «2 (pron, i'); ainsi au lieu de /rui/ on trouve
so\x\ cm froiî : il est donc possible que pote, etc., doive se pronon-
cer puie; et au fait tous ces mots ont actuellement la pronon-
ciation tti. D'autre part on peut faire valoir que biscoot remonte
certainement à o, que ifernooi rime avec joie {Jroy, Epis., 9555)
et que oester et hoei ne peuvent pas non plus provenir de ut\ II
paraît donc que la prononciation oi a existé.
Comment s'explique-t-elle? Y a-t-il eu un dialecte où é -|-
yod présente la diphtongaison de la voyelle, tandis que dans û
-j- yod h voyelle ne se diphtongue pas? Nous n'en avons pas
trouvé ; et d'ailleurs, d'après ce que nous avons vu dans les
paragraphes précédents, il y a lieu de se demander si oi ne serait
pas plutôt une réduction d*une triphtongue oei^ au lieu de
uei. Ce qui confirme cette supposition, c*est d'abord que nous
avons dans ooi un long; cette quantité s'explique quand nous y
voyons la réduction de(3f, mais reste inexplicable si nous admet-
tons que ce n est que la simple combinaison de ô latin avec yod.
Et puis, il y a les mots cités sous 4", qui ont ei pour ô -|- yod.
Cet ei ne peut provenir que de oéi^ accentué sur e, et atteste
donc à une époque ancienne Texistence de la diphtongaison
dans les dialectes limitrophes.
S 9. Comme la réduction de uei à ni a eu lieu dans le fran-
çais du Centre avant le xn*" siècle \ les mots qui ont ui doivent
être entrés chez nous après cette date. Il est probable que ce
sont des emprunts faits à la langue centrale. L'introduction des
mots qui ont ei devrait alors être antérieure à cette date, mais il
est possible que la réduction de la triphtongue ait eu lieu plus
tard dans les dialectes du Nord. Du moins, le Brut de Munich
contient au vers 3988 la forme puejs\ D'après Schulzke ^ ce
serait une simple faute, mais M. Fœrster considère pueis comme
1. Ront., XVII, p. 556 et 560.
2. ZtiUchrijtJ. rom. PhiL, XII, p, 257,
;. Suchier, AUfri, Gramm,^ p. 59.
4. BetonUî é -f i und ô + î «« dtr nomtann. Mundart, p. 2S.
88 s. DE GRAVE
une forme existant rcellement à Tcpoque du manuscrit du
Brtit \ D'ailleurs ce fait d'une réduction tardive dans le Nord
de la France s'accorde bien avec d'autres faits, dont il sera
question dans le chapitre des diphtongues,
A côté de oi, oo nous trouvons oei^ oe (pron. u\ u) et il me
semble que cet œ s'explique comme celui de foelie (§ 6).
Voici donc ce que ce chapitre nous a appris jusqu'à présent
sur les dialectes d'où viennent nos mots :
ô s*est diphtongue en oe (non en tte) accentué sur o,
à + yod s*est développé en une triphtongue oei, qui por-
tait l'accent tantôt sur o, tantôt sur (*. La diphtongue of a été
réduite à u dans une partie de la Wallonie, à o dans le Hainaiit,
et il est possible que cette réduction de oe a o se soit produite
spontanément chez nous,
e LONG, i BREF LATFNS LIBRES.
§ 10. Ces sons sont devenus dans les mots français qui ont
passé en néerlandais ivi ou (X>, qui renvoient à la diphtongue fran-
çaise ai. Il n*y a que deux mots qui aient n : lampreie, terme de
pêcheur, qui nous vient sans doute de la Normandie ; cowrriY,
dont le Dictionnaire de M. Verdam nous donne un seul exemple,
à côté d*une foule d'exemples de conroot ^ Ces deux mots
peuvent être négligés. La présence exclusive de f?/dans nos mots
noustournit une indication sur la date du passage de ei à oi en
français. En effet ,nous avons de très bonne heure commence à
emprunter des mots au français, et il est curieux qu aucun mot
ne présente plus ei. On pourrait peut-être admettre que dans
les dialectes du Nord, le changement de^/ en oi s'est produit plus
tôt qu'ailleurs. Cette supposition cadrerait bien avec le fait que
les plus anciens exemples de oi se trouvent dans des textes du
Nord'.
I, Voyez son -inidc, Roman. Studien, lïl, p. 184 suiv.
1. PrfU (MidiMn. JVûorJ.. 01, 1926) n*est pas le fr, preit^ proie, maïs une
graphie pour priff^ qui vient directement du latin praeda. ^
|. Meycr-Lûbke, S 72-
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN KÈERLANDAIS 89
O LONG LIBRE LATIN,
§11. Cette voyelle se rencontre chez nous sous quatre formes :
fermé : commcndoor i, Haxw 2, revisoor 3 ; funwos 3, plan-
tîoos I (v. fr. plantiôus}y pomboos 3 (fr, pompeux), etc.
oi : dangerois i, orgeliois i, Tsarirois 2, facîoir 3.
oe (pron. ti) : spinjoel (fr. épagmut), Blanckfloer i (rime
avec ^wr), majoer i (rime avec roer).
eu, ue : coadjuîeur 3, rigiur 3, successeur 3 ; atfwreus î, rfr/i-
r/ir«.ç I, sittgeretis 3 (v. fr. seignoreus),
§ 12. Le traitement de ô, û libres en français et dans les dia-
lectes nous oblige à entrer dans quelijues détails. En français û
fermé tonique libre qui résultait de ô, ù libres latins est d'abord
resté t^; d'après quelques savants il a ensuite commencé par devenir
au (diphtongue), puis il a passé à œ au xir siècle *. Mais il n'en
est pa.s ainsi dans les dialectes de FOuest ni dans ceux du Nord
et de TEst. Au moyen âge on trouve en normand 0, u; actuelle-
ment iT y a pris une grande extension^ mais u subsiste également
à côté de œ, qui vient du français littéraire ^ Dans l'Kst, les
textes du moyen âge présentent 0, u, w, oi\ et actuellement on
y prononce u et ù^. Voyons les détails des régions limitrophes
du moyen-néerlandais.
Aciuellement on trouve a depuis la mer jusqu a Liège '•, mais
ce son paraît être plus récent en wallon qu'en picard. En effet,
on le constate dès le xnr siècle dans les chartes du Vermandois
et de Tournai ^; dans la Chronique rime de Philippe Mousket
(milieu du xin* siècle) on trouve eu à côté de a, m, et eu y est assez
fréquent \ Par contre le Brui de Munich écrit presque eicclusi-
I. Suchier, AUfr\. Gramm^^ p. 29; Nyrop» Grammain^ p. 163.
3, Mcyer-Lùbke, S '^îî Suchîer, dans le Grundriu, I, p. 601 (cp. h
carte XI); Gôrlich, Fr^. Stud,, V, p. 376, 378.
3. Maxeincr, Bdtràgi tic, p. H*
4. Mcyer-Lûbkt% S 122 ; This, Mundart i*ûn Faîkenhtrg^ p. 24.
5. A Sàint-Pol (Rcviu pat, galL^ V, p. 141), Mous {^Versiom uaîlonn/St
p. 4 s), Saint-Hubert (Marchot, 0. /., p, 21), Vervicrs (Rev, />. f ., Il, p. 81),
Uégc{Rn^. p,g,, I, p, 196).
6. Ncumann, Afr^. Laut- und FlexionsUhre, p. 45,
7. Link» UdYr dû Spnui)i der Chron. rima, p. 12, t6. Pour les formes en
-ûiii et CD -our on pourrait rapprocher ce que dît Suchicr {*4fri. Gramm.^
90 s. DE GRAVE
vement o^ «, ou (ce qui peut être un trait d'anciennet2
Pûime moral (xiu* siècle) et les Dialogues du pape. Grégoire
n'écrivent que t>, «, ou ', les clianes wallonnes du xui*" siècle
publiées par Wilmotte dans Rom,^ X\TI, XVITI et XIX, con-
tiennent en majorité ou (oi), à côté de eu; mais la Chroniqut de
Floreffe \ dont la langue se rapproche beaucoup du liégeois \
écrite de 1462 à 1463, écrit **« (mais -t^wr); enfin ^ des chartes
de Couvin du xv*^ siècle écrivent en 5, Il paraît donc que eu est
plus récent en wallon et en hennuycr qu'ailleurs, M. Wil motte
dit ^ : <t Le liégeois a conser\'é très tard ou ^ ». D'après lui
m y est une imponation française.
Il paraît qu'en général s'est maintenu plus longtemps devant
r que devant les autres consonnes, A côté du témoignage déjà
cité de M. Suchier et des données fournies par la Chronique
de Floreffey voici ce que dit M. Fœrster^ : « Am aufTalligsten
ist, dass vvàhrend -osum =^ -eus, dagegen -orem nur --or m ; et
Gôrlich dit à propos des dialectes du Nord-Ouest* : « Zu berner-
ken ist dass à vor s frûher in ou uberging a!s vor r. «
§ 13. Rapprochons de ces faits le traitement des voyelles ô ù
en moyen-néerlandais. Nous y constatons.que, pendant les deux
premières périodes du moyen âge et jusque dans la troisième,
on y trouve à fermé plus souvent que œ. Cela s*expliquerair
p. 50) à propos du francien , « Die Francîschen Texte des xiii Jhts. zejgea
neben dem ^m in dcnselben Wôrtem auch 0, ou Das Schwanken, dasj
vor r in Francischen Hss. gan? allgcnneîn ist, erklârt stch vielJeicht daraus
dass das in der Normannischcn Literatursprache des xii Jhts. vorlierrschendc
durch das Francische eu nicht sofon verdrùngt wurde, sondcrn dass *lcr
Normannische Laut eine Zeit lang neben dem Francischen herging, Vor r
wâhrt dièses Schwankcn bis îns xv Jhi, » Dans Phil. Mousket ou pourrait
s*explîqucr également comme une graphie traditionnelle.
1, Mûnchata Brut, éd. VollmôlkT, p. xxn^
2, Puèmt moral, éd, Cloetta, p. 78; Wiese, DU Sprache âer DiaJcge du
Papstes Grff^or^ p, 18.
3, Zs.f.rom. PhiL.XXl, p. 7.
4, Bulletin deVAcad, Roy. de Bruxelles, 67* année, 3* série, t. 33 (1897),
p. 253 (Wil motte),
5, Hetme de Phtitr, puhl, en Beîg., XXIX, p. 217 (Wiîmotte).
6, Bulletin ^ p, 254.
7» Cligh, p. Lviu.
8. ^ p, î7<5
1
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 9I
au besoin, sans avoir recours aux dialectes, pour o devant r, mais,
comme devant s nous constatons le même phénomène, il vaut
mieux le mettre au compte du développement particulier de ce
son dans les régions limitrophes du néerlandais. Notons que la
diphtongue, ou pouvait devenir chez nous fermé, de même
que t*f, ainsi que nous 1 avons vu plus haut (comparez d'ailleurs
le chapitre des diphtongues). Les mots anciens et modernes
qui ont eu en moyen-néerlandais s'expliquent comme des
emprunts faits au français du Centre.
14, Comment faut-il expliquer oi dans les mots empruntés ?
^ abord, ai peut être une graphie néerlandaise pour ô long \
mais celle-là paraît être à peu prés limitée aux manuscrits hol-
landais, et c*est donc elle que nous trouvons peut-être dans ^*de
factùir^ qu'on rencontre dans les Coutumes de Leide; les autres
exemples de oi sont plus difficiles à locafiser, mais il me paraît
certain qu'ils ne sont pas tous hollandais. On ne peut donc pas
a priori repousser une autre explication de 0/. Or, on trouve oi
pour 0, ù latins dans des contrées limitrophes de la Belgique
on Ta constaté dans les énumérations du § 12. D après Horning*
ce serait même de oi que proviendrait eu dans les dialectes de
l'Rst. Et rien ne nous empêche de voir dans oi du moyen-néer-
landais cet oi dialectal. Nous aurions alors, comme si souvent,
une forme orientale à coté d'une forme plus occidentale.
§ i>. Enfin, dans les mots empruntés, nous trouvons aussi
quelquefois cv (pronoticé u) à coté de fermé. Cette double
prononciation s'accorde bien avec ce que nous verrons plus loin
dans le chapitre des diphtongues.
L'étude de ce son confirme donc le fait qu'on avait déjà con-
staté, que, dans les dialectes qui ont dû nous fournir au moyen
âge les mots français, o n'est devenu eu qu'assez tard*
Puis elle confirme peut-être également l'existence de 0/ prove-
nant de ô dans les dialectes wallons.
1, Franck, 0, /., S ^*
2. Ztitschr, f, rom. PhiL^ XIV, p. 590. Cp. Maxcîner, /. c.
92
s. DE GRAVE
W. LES AUTRT^S VOYELLES TONIQUES
Jusqu*à présent nous avons traite ensemble les voyelles qui
nous semblent présenter un développement identique. Nous
passons maintenant à Tétudc des particularités des voyelles
isolées.
$ 1, t FRANÇAIS, PROVENANT : T" DM a LIBRE LATIN ; 2*^ DE C
LATIN DANS LES xMOTS SAVANTS.
i** Règle : A cet e répond che\ nous, ait moyeu âge, ei d ruant
t latin, i^ fermé devant r, e ou ei datant L
Exemples : josseit i, prài i, -lâl i; cantrek i, mellde i,
livreie i ; cher i, competr i, -eirre (lat. -ator); caieel 2 ou cateil
i, oskeî ou osieil 3. Un seul exemple de ei devant r : procu-
reirre i .
Il n'est pas douteux que nous n'ayons, dans et pour r, affaire
à on trait dialectal do Nord et de FEst de la France. Voyons
donc ce que les textes et les patois nous apprennent sur ce phé-
nomène'. On le trouve depuis la Franche-Comté jusqu'en
Bretagne et en Touraine avec plus ou moins de rét^ularité; le
centre do développement paraît être en Lorraine, et de là il
devient toujours moins fréquent vers le Sud et vers l*Ouest,
Dans différentes régions ci est plus rare devant îr que devant
d'autres consonnes. D'après M. Wihnotte -dt est plus général
que -eir, -eir moins rare que -m(-fi;) et-n7-
Cette cemstatation que ei est plus fréquent devani / que
devant / est importante, car nous rencontrons ici, en com-
parant nos mots au français des dialectes, une difficulté ana-
logue à celle qui sV-st dressée devant nous dans Tétude de c
entravé : les conditions oii le phénomène dialectal se produit
chez nous ne scmhlent pas aussi généniles que dans les textes du
moyen âge.
Avons-nous le droit d'admettre qu'il y a eu un dialecte où rf
ne s'est produit que devant / ? C'est bien ce que semblent pos-
i. Pour dcî renseignements détaillés je renvoie à mes articles cités plus
haut.
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLAMDAIS JJ
tulernos mots français; car, si au besoin on pourrait admettre
que devant r a aurait pu devenir*? chez nous, il est certain que
letf devant / ne peut pas provenir d'un n plus ancien; il n'y a
aucune raison pour qu'un d plus ancien se soit changé en é dans
cette position»
Deux choses sont possibles : ou bien nos mots représentent,
pour le dialecte d'où ils sont sortis, un état plus ancien que les
textes, et iis prouveraient alors que le changement de e en ci
s'est d'abord produit devant /, plus tard devant les autres con-
sonnes; ou bien, ici comme plus haut, nous aurions une preuve
que rorthographe des textes du moyen âge n'est pas d'accord
avec la prononciation réelle de répoque dont ils datent; alors
ce dialecte peut n*avoir jamais connue'/ que devant t.
Les patois actuels semblent militer en faveur de la seconde
supposition ; seulement, les conclusions qu'ils nous permettent
de tirer, et que j ai essayé de justifier ailleurs, sont plutôt vagues :
i"^ il est possible qu'a Seraing, dans le Luxembourg du Centre,
et à Saint-Hubert a latin n*ait jamais été et; 2** ei devient plus
fréquent a mesure que de l'Ouest on va vers l'Est, et cela semble
confirmer les données fournies par la langue médiévale (voir
plus haut).
D^autre part, cette supposition d'un développement condi-
tionne! àcei n'est pas contredite par les deux faits suivants, qui
pourraient cependant être considérés comme des appuis pour la
première hypothèse.
D'abord, on trouve dans des textes très anciens, le Jonas et
la Paraphrase^ ei seulement devant / : ireist (pour ireii)^ asei:^^
seit, mmcieii^ apeleid A côté àt ploreTy rcgreter^ citer \
Puis, les mots français en anglais pourraient bien renvoyer
également à un dialecte où ei ne se serait développé que devant
^ car on y trouve ei : i** dans la terminaison -ata (Journcy)\ 2"*
dans -atum ; c*est du moins ce qui me paraît résulter de la
prononciation :' de cette terminaison dans la langue actuelle*.
l"" Dans les mots savants e latin libre est devenu chez nous
ei devant une voyelle, e fermé devant une consonne.
I, Koichwius, ComtntntaF, p. 148, 154» 178. Cp^ Lûckîng, Allfr;^. Mun-
dartrfîf p. 233.
94 ^- I3E GSATE
Excfnfphs : Mo^ik i (iltfrsfirX /tf'»^ ^ (v- fi'- /^>^) ; •
iarui t, diuran j, sansn i, etc.
Dam les dialecte» (tu Kord et de T Est on rencontre a, at
bien devant une voj^e que devant une consonne * ; cepenciant,
il n'est pas probable que à devant une voyelle dans nos mois
emprunté* au français doive être rapproché de ce d ' ^eœent
dialectal. Car pourquoi cette diphtongue ne se n: ait-eUe
que devant les voyelles? Aussi, f y vois plutôt un phénocnèw
du nteiafidais : nous aimons à intercaler un juif ou un tci entre
deux %'oyelles en hiatus : dans ce dernier cas, nous écrivons
souvent b consonne intercalée (juwal, fluwul^ issuivc, voycae
plus loin); dans le premier cas, on ne Técrit pas, mais on ne
l'en prononce pas moins {^e/ën, pron. :^eeyen; gcUden, pron.
geleeyen). Gmime le e français provenant de ê latin dans des
mots savants éuil un e ou%ert % il en est résulte cher nous
la diphtongue è", écrite n', qui se prononce absolument comme
et dans les mots indigènes.
5 2. u i^EAKÇAis. On sait que chez nous ft germanique est
devenu û^ comme u latin est devenu /len français. Il n*est donc
que naturel que, dans les mots français qui ont passé en néer-
landais, û soit resté /i. Les exemples abondent : saluut^ plunié^
confuus. Quand ces mots sont venus ici assez tôt pour participer
^ révolution de û germanique, ils se prononcent actuellement,
ainsi que cet w, œ' (écrit ni). Exemples : pruikQtrnujHe^^ sluis
{iclu$e), suiktr (sucre), etc. Et de même que tl germanique est
resté u devant r» on trouve dans cette position également û dans
les tnots empruntés, àquelqucdate qu'ils aient passe la frontière,
par exemple avonîuur.
Je ne trouve à relever qu une exception à la régie, c'est qu'il
y a deux mots où il s*est changé en i : Salisbireii i (angl. Salis-
bur% mais comme le mot se trouve dans le Laficeloi, il nous est
arrivé par Tintcrmédiaire du français Saksbirc\ il rime avec I
mmiren au vers in, 11141); almisse 3 (;\ côté de almuîsey v. fr.
almuce). On voit que les exemples sont rares. Le phénomène se
retrouve ailleurs. Vising * en cite quelques exemples pris dans des
4
t. ZcniUn« Dit Nachîuut l, p, 10.
2. Suchicr, Aît/r^. Gramm.yp, 18,
j, (7. /., p. 72. Cp. Suchicr, i^fri. Gnimm., p. u.
LES MOTS DIALECTAUX DU IKANÇAIS KK NÉERLANDAIS 95
textes anglo-iiormands, mais i! n'y voit pas un trait phonétique.
Il nous semble également que dans nos mots il s*agit plutôt d'une
graphie et d'une rime inexacte (cp. d'ailleurs dans le même
Lanceloi uren : mantrenj III, 3995).
V, DIPHTONGUES FRANÇAISES.
Il a été à plusieurs reprises question dans les chapitres précé-
dents du traitement qu'on to subir chez nous aux diphtongues
françaises. Notamment nous avons constaté que dans oe, oh, il
se pourrait que le premier élément seul eût subsisté chez nous.
Nous allons voir que c'est un phénomène constant.
ai, Qi^ ni,
§ I. Régie, A la fin du tmt ci datant um voyelle nous conser-
vmts au moyen âge la diphtongue^ en allongeant la première voyelle.
Devant um ou plusieurs cottsonnes an trouve a o u à côté de ai (eî),
oi, ui(i).
Exemples : paaien i (J>ayer)y gai 2 (fr. gaf), vraai 3 (fr. vrai) ;
prooi r, tornooi ijoie i ;puye2^ gluii; compaen i, naen i^ plein i,
Romein i ;
pats I (fr. pais), palaes 2 ; pais i, palais i ; peis ), pakis j ;
fransoes i, Walœs i (v. fr. Galois), conroot i, hiscoot 2/deduui i ;
Artois 2 (: vernœis)^ conduit i (: uit) ' *
§ 2. L'étude du développement de ces sons dans les dialectes
nous apprend que la réduction de ai à a est connue dans la
région limitrophe dêi. Flandres et du Brabant et s'étend jusqu'en
Bourgogne. Elle est plus fréquente dans TEst que dans TOuest,
mais nulle part elle n'est générale : la diphtongue subsiste à
côté de ^, La réduction de oi à et celle de ui à u sont moins
fréquentes que celle de ai à fl, et leur domaine ne coïncide pas
avec celui de ce dernier changement : le tbyer de la réduction
de ai à semble se trouver plutôt dans TOuest.
Cela nous fait croire que Cloetta a raison en parlant d'une
« tendance » qui se manifeste dans plusieurs dialectes à supprimer
1, Je renvoie pour les déiails de ce chapitre à raon article dans laaï m
LeUtrm, 1S97.
s. DE GRAVE
( dans les diphtongues en question ' ; nulle part cette réductï
n*a été une règle absolue* 11 est probable que, dans ces régions,
le premier élément était fortement accentué et a fini quelquefois
par absorber le second.
D'ailleurs, comme les mots en question tantôt ont chez nous
la diphtongue réduite, tantôt la possèdent intacte, et qu'entre
ces deux groupes il n*existe de limite ni chronologique, ni
lodle, il n'est pas nécessaire de supposer qu'il y ait eu un dia-
lecte où la réduction aurait été générale. Il est même probable
que la fréquence de la réduction dans nos mots empruntés doit
être mise au compte du moyen-néerlandais : nous n'avions pas
de diphtongues ai, oi, ni dans des mots indigènes ', et il
était naturel que nous les adaptassions a nos habitudes de pro-
nonciation ; ce qui prouve que cette adaptation fut pour beau-
coup dans cette réduction, c'est que nous avons gardé intacte la
diphtongue française ei, tandis qu'en wallon ci devient è :
justement nous possédons*!;/ dans des mots indigènes (cp, plus
loin te). Que, à la fin des mots et devant une voyelle, i ait été
conser\'é, celas'exphque sans doute également par la phonétique
du néerlandais : nous intercalons souvent un yod ou un w pouri
éviter Thiatus (cp. plus haut, p, 94), et après les mots qui se ter-
minent par une voyelle fermée nous prononçons un i (que
nous n'écrivons pas). Ainsi ai^ oi, ai finals, loin de nous cho-
quer, devaient nous être plutôt familiers. Et le fait qu'actuelle-
ment, à Falkenberg, l'élément i est encore conservé ù la fin des
mots et devant les voyelles, exactement comme chez nous,J
semble prouver que dans ces dialectes et che^ nous, c'est^il-dtn
dans un pays fortement germanisé et dans un pays germanique,
la même tendance s'est spontanément manifestée (cp, plus haut,
§ 3, A côté de ai on trouve eij et cela est très naturel : à ur
moment donné ai est devenu ei en français, et il est évident que
les mots empruntés au français après ce changement aient ri.
Seulement, %*oici une difficulté* Ce changement de ai en r; s'est
déjà produit de très bonne heure, et on se demande si les mots
qui che;î nous ont ai ou a ont tous été empruntés avant cette
1. Poème mcraî^ p. 77.
a« Vaa Helten, p. 119,
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 97
date ancienne (xi*' siècle) : cela est peu probable. Je crois que ce
fait s'explique de cette façon que, dans les dialectes du Nord, le
changement de ai en et s est produit plus tard. Cela résulte d'ail-
leurs également d'un fait constaté par M, Suchier et qui reçoit
ainsi par les mots que nous avons empruntés une brillante con-
firmation '.
Pour en revenir aux mots où ai est final, on se demande
comment il se fait que, dans cette position, on ne trouve jamais
ei au moyen âge. Il me semble que cette particularité s'explique
par le fait constaté par Ten Brink ' que, à la finale, «/ s'est main-
tenu longtemps dans la graphie de manuscrits qui pourtant
écrivent fî pour ai dans le corps des mots. Il se refuse à tirer de
ce fait des conclusions sur la prononciation ; mais, si je ne me
trompe, les mots empruntés par le moyen-néerlandais nous y
autorisent. En efiet, l'absence en moyen-néerlandais de r/ à la
finale ii' explique parfaitement bien, si Ton admet que, en fran-
çais, ai est resté plus longtemps ai dans cette position. D*ailleurs
le même phénomène s*est produit dans les mots français en
îleterre * .
4* La prononciation / pour«/ prouve que cette diphtongue
portait quelquefois l'accent sur i. Est-ce un trait dialectal ?
M. Suchier a déjà constaté que nulle part Taccent n'a été aussi
hésitant que dans cette diphtongue •♦ : dans Mousket nous
rencontrons des rimes qui supposent Faccentuation de wj surf,
et en moyen-haut-allemand elle est très ancienne î.
te,
§ 5. De même que ei est resté intact chez nous parce que
nous possédons celte diphtongue, de même si la réduction de ie
à I est infiniment moins fréquente que celle de tfi, tw, «i, c'est
que nous avons en néerlandais également la diphtongue «V.
1, Aucassm*^ p. 64,
2. Damr uttd Kh»g^ P Î4*
). Behrcns, 0. /., p. 124.
4, Zdtichrift fur rom. Phih^ 11, p, 269 {Pôéme moral t p. 67). Cp. Suchier,
AU/ri.Griimm., p, ^.
$, Tiialm Utteren,p, rjS.
tâmémis, XZX.
1
98 s. DE GRAVE
Voici quelques exemples, rangés d'après les manuscrits : R
putircy Pirs {Pierre)^ Lancelot tnenire, tirche, etc.; Reinaert
phitirCy citiren ^ Ces exemples sont naturellement trop ancie
pour nous permettre d'expliquer la réduction par celle de
en / que cette diphtongue néerlandaise a subie plus tard, apr
le moyen âge. Il me semble qu'on doit y voir un trait du di
lecte wallon *.
Nous avons rendu compte plus haut des deux prononciatioi
de te en moyen-néerlandais, qui s'expliquent par la différen
d'accentuation du dialecte et du français.
La réduction de iee à ie^ qui est constante dans les mots qi
nous avons empruntés au moyen âge, est picarde aussi bi<
que wallonne ^ et ne permet donc aucune conclusion.
VI. VOYELLES NASALES
aity en.
§ I. On sait que, dans les dialectes du Nord, en et ^«restei
séparés quand ils sont placés devant une consonne *. Aus
prononçons-nous dans les mots empruntés de bonne heure «
comme en. Les exemples abondent : attente i, consent i, rente
etc., etc. On trouve â côté quelques mots qui ont an : plantio
i (v. fr. pIentivos)y penitancie i, tampiceren 3, rantsoen 3, angien
pravande 3 ; la plupart de ces mots ont aussi des formes avec e
qui sont ou contemporaines ou plus anciennes. Quand mên
il n'en serait pas ainsi, nous aurions le droit de mettre an 2
compte du français central, car aucun de ces mots ne se trou>
parmi ceux où en, dans les dialectes du Nord, se pronon<
exceptionnellement an >, excepté penitancie.
On constate la séparation de an et de en dans les dialecte
depuis la mer jusqu'à la province de Luxembourg ^; c'est doi
1. Cp. Rom., XXIX, p. Qo.
2. Po^me moral, p. s^ : Rom., XVII, p. 556.
3. Mcycr-Lubkc, 'l 267.
|. Haasc, l\is l'iihiiUtH dcr pihird. inul iiuiU., Dt^nhiiiilrr in Bei^u^ auf 2i m
c vor i^i\l\-ktem n.
5. O. /., p. 41 et suiv.
6. \\ )4.
tES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS 99
— ainsi qu'on pouvait s*y attendre — du Sud que nous est
venue la grande masse des mots qui ont en.
on.
§ 2. En dehors de uun, dont il a été question plus haut, on
trouve chez nous au moyen âge oon (avec o fermé) et oen (pron,
un) pour o latin libre suivi d*une nasale ; dans Timmensc
majorité des mots on prononce oen, et il est même probable que
souvent l'orthographe aw, one cache la prononciation ww*.
Seulement, oen peut aussi être une graphie pour rendre o fernié,
et ainsi seules les rimes et la prononciation actuelle peuvent
rendre certaine la prononciation du son. Exeraplesdeo^: sdi^oen i,
(saismi), hatpoen i,garniioen 2, fatsûcn i, citroen ^^boen^, etc.;
de 00 : visiotne i ( ; trone)^ gonfanonc i ( : scme)^ etc, '
Cette prononciation de comme u est fréquente dans les
dialectes. Voici ce que nous apprennent là-dessus les textes
Dans les chartes d*Aire et du Vermandois on trouve oun i côté
de un S dans Mousket ou et u (qui est sans doute une graphie
pour le son u) ■*, dans le Brt4t on écrit toujours u (prononcé sans
doute également ï<)n ^^^^ ^^ Poème moral on est devenu oun,
puisow^, dans les chartes de Liège on trouve ow, m«, les Dia-
logtm du pape Grégoire écrivent '.
Les patois modernes ont le plus souvent à nasal, ce qui
n'est pas en contradiction avec une prononciation primitive
un ou an.
On se demande si la prononciation un est exclusivement
dialectale. Nos mots semblent prouver le contraire. Car on
trouve parmi les mots en -oen des mots relativement récents,
comme citroen 3, boen 3, Or, si dans citroen on pourrait attri-
buer t^ à r analogie des autres mots qui ont le suffixe *onem,
cela n*est guère possible pour boen. Voilà donc un mot qui
ï. Par exemple religbfui: dûem). Rose lOjjç.
2. Qiidques autres exemples chez Van Helteti» p. 90.
). Neuinann, 0. t,, p. 4;.
4, Link, U/ht'r die Sprachf dur Cbramquf rintre^ p, 12.
5, Éd. VoUmôlkr, p, xxiv-
6. Poème fnotitî, p. 79.
7. Rom,, XVII, p. s6o; Wiesc, o.L, p. 19,
100
s. DE GRAVE
remonte certainement au français littéraire. Si le français avait
déjà prononcé on avec à à l'époque où bon fut emprunté, nous
aurions dit bon (cp. salon , posltljon^ station^ balkony.
ein.
§ 3. Une petite observation à propos de ein. D'après M.
Suchier ein a fini par se confondre avec ain dans le son ain*;
d'après Nyrop^ le son commun était ein. Chez nous, on trouve
presque exclusivement ««, rarement ain.
Voyelles atones.
§ I. Les changements que subissent chez nous les voyelles
françaises en syllabe atone sont multiples : il semble presque
que toutes les transitions étaient possibles dans cette position.
Le tableau suivant donnera une idée de cette extrême diver-
sité.
a peut devenir
au
: fautsoen 2 (façon), saustelet 2 (chas-
telet), etc.
e
: melaetsch 3 (tnalade), bernas i (har-
nais), etc.
i
: britsiere i (v. fr. brachiere), cipau i
(chapeau), etc.
: gordijn 2 (gardien), dolfijn 3 (dalfin),
etc.
ai
: aisuer 1 (a:^ur).
e peut devenir
a
: tarmijn i , niatael 3 (tnétal), moitié 2
(meslee), etc.
i
: chivaetsie i (chevauchie), virgier 3,
irisoor i, etc.
: bordes 3 (breiesche), motael i (tnétal^,
etc.
u
: buscuut 2, musure i, etc.
eu
: freurie 2.
1. Cp. Nvrop, <7. /., p. 194, Rem.
2. Altjr^. Gramm.y p. 72.
}. O. /.. p. 189.
LES MCyrS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÈEULANDAIS TO!
(w) peut devenir a : calomne i {colonm)^ hanioor 3 {comp-
toir)^ caloor 3 {couleur)^ etc.
e \ greniaert 2 {grognard), dtmeinc
(domaine)^ etc*
; : almintejre i (v. tr, almosniere)^ gri-
niaert i (grognard), etc,
«I : culicre 2 (v. fr. coliere), duwarie i
(douaire), etc*
auiflauwijn 3 (v, ir, fluine), flauwiel 3
(v. fr. veluel), etc.
e : trewant i, lemierc i (v. fr» lumière), etc.
f : limierc i (lumière), triivant^ etc.
<? ;/or^f 2 (Jureî), cobebe 3 (cubebe),
a, «, tf, t, ï<.
fl, I, 0, u.
0^ K ' .
u peut deveuir
j/ peut devenir
oi peut devenir
«I peut devenir
Puis tous ces sons peuvent rester intacts en néerlandais, ce
qui augmente encore le nombre des variantes d'un même mot.
§ 2. Cette grande variabilité des voyelles atones existe aussi
dans les dialectes. M. Cloetta signale* « die ausserordentliche
Wandlungsfahigkeit der unbetonten Vocale » ; et ailleurs ^ il
parle de « la tendance générale en wallon à ramener Tatone à
t*une des voyelles i ou û », il mentionne le fait que « le wallon
favorise les voyelles 0, ii dans l'emploi de protonique j>, que « a
protonique est un trait caractéristique du wallon et, en général,
des dialectes orientaux », que « e protonique remplace d*autres
voyelles ». M. Neumann ^ relève dans les chartes d*Aire le passage
de toutes les voyelles atones à e, a. Enfin au pour a est -un phé-
nomène de l'Est; dans le Flooi'ant j'ai trouvé auloii (^^aloit 1 10),
auler (= aler 41), Aufricans (2153), paidefrai::^ (4^2): ce phé-
nomène doit avoir existé en wallon; sans cela nos mots pour-
raient difficilement le présenter. Car ce qui est certain, c'est que
I . Pour ne pas trop charger les listes, je renvoie pour les exemples de ces
sons i mon article de Taal en titUren,
1, Pcèmi morale p. 78.
5. Rom., XVÎI, p. 560 et suiv. ; R^v. d, pat* galî,, l, p. 227.
4. 0.i.,p. 6?.
102 S. DE GRAVE
c'est surtout au compte des diiilectes qu'il faut mettre l:i diversité
des voyelles protoniques qu'attestent nos mots. La difficulté
serait de trouver les formes « normales » ' pour chaque voyelle
protonique. Ce qui compliquerait ces recherches c'est que, parmi
les chatagemcnts, il doit y en avoir qui se sont produits sponta-
nément en néerlandais ; ce serait possible par exemple pour e
devenant a devant r. Mais ce qui pour le moment serait encore
tout à fait impossible, ce serait la localisation , d après les mots
néerlandais, des différentes voyelles protoniques dans la région
limitrophe ; il flmdrait, pour pouvoir entreprendre ce travail,
que les manuscrits moyen-néerlandais fussent localisés avec
plus de précision qu'ils ne l'ont été jusqu'à présent.
§ 3 . Dans quelques mots nous constatons chez nous le change-
ment en syllabe proionique de an en en, phénomène picard aussi
bien que wallon *, et que connaît aussi le français. Exemples :
mendeeren 3 (mander), commendoor i , Normandie 1 , FerntenJois i ,
nitngitren i, hlancmengurj . Toutes ces formes se rencontrent
dans les dialectes. Ouant à Bkncefloer (à côté de Blancefioer)^
cette forme s'explique peut-être comme une graphie inverse*
§ 4. M. Suchier croit ^ que e devant une voyelle s'est amuï
plus tôt en picard qu'ailleurs. Nous n'avons pas cet e
dans les mots français que nous avons empruntés. Exemples :
caplijs î, Ixwdiji i, aloor 2 (akoir). Seulement, remarquons
que chez nous la chute de la syllabe protonique se produit
là même où elle est suivie par une liquide. Exemples : kîeur
(couleur), kram (coNromw}^ prci (pon'i\ fr. poirée)^ pruik (perruque^ ^
fluwed (veluel)^ etc., etc. ; il paraît que devant une autre
consonne que /, r cette syllabe avait plus de consistance,
par exemple kaneeL La chute de la syllabe protonique s'explique
sans doute par la place, inusitée chez nous, où se trouve dans
les mots français l'accent tonique, et par la plus grande force
qu'a chez nous cet accent tonique. Il est donc douteux que la
chute de f dans les mots cités au commencement de ce para-
graphe doive être mise au compte du picard.
1. Cp. p. I.
2. Hiiasc,c /.» p. 46.
j, Ancasîin *, p. 68. Mais cp* Gaston Paris, Vie dr saint Gilks, p. xxii,
», 1 {Onon de Bi4immts, p^.xxxvi).
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EU NÉERLANDAIS I05
CONSONNES
C DEVANT a LATIW
§ î. L'histoire de c dans les mots empruntés n'offre d'inté-
rêt pour le but que nous poursuivons qu'autant qu*il est placé
devant a. Nous dîstingucTons deux cas, suivant que Ta latin qui
suit le c est resté a ou qu'il est devenu e^ ic.
1, c devant a, au moyen âge, reste chez nous le plus souvent
i, devient /i dans quelques mots. Les exemples dei abondent:
kampiûen i, kameel i, kanselkr 2, etc, etc»; voici ceux de is :
isapeel i (à coté de capeel i, fr. chapeati), isatrter \ (la forme carter
est rare), chantccrm 3, marisauclm i {maréchaucie'), qui ne se
rencontre qu'une seule fois ; puis des noms propres : Tsarel i
(Charles), Tsampanms i (Chattipenois), Tsaerttrms i (Char-
tftus\ etc,
2. C devant f , ie provenant de a latin devient le plus souvent
Is (i, r/;), plus rarement reste k. Exemples : sUr i (chiere), karts i
(coucfje), art s ter 2, rots i, brootse î, toorise 3; rok' i, broke i,
torki 3, hanht i. On remarquera quHl y a des mots qui ont les
deux formes» l'une avec k^ l'autre avec chtSy et que ces deux
formes sont toujours contemporaines.
Ce qui nous frappe tout de suite, c'est que dans cts deux
groupes c se comporte difl'éremment : devant a il reste ;\ peu
près toujours k^ devant e il devient plus souvent ts. Or
on sait que les mots qui ont k viennent du picard et que ceux
qui présentent ts doivent nous être %enus du wallon ou du fran-
çais ; en effet, le traitement de c devant a constitue une des
principales différences entre le picard et le wallon *. Comment
faut-il donc expliquer la différence entre c devant /ï et c devant
f, iVdans les mots français en néerlandais ? On ne peut pour-
tant pas admettre que ceux où c est placé devant a viennent du
picard et ceux où c se trouve devant c, i>, du français ou du
wallon. Ka et tst^ tsie sont toutes deux des formes « normales i>,
donc toutes deux représentent le développement du même
dialecte.
I, Mêûngis Wijthns, p. 108.
r04 s. DE GRAVE
Maintenant, est-ce que les renseignements que nous four-
nissent les textes du moyen .ige corrohoreni ce postulat ? I^i
question du traitement différent de cdnns ces deux positions a
déjà été soulevée par les romanistes. M. Tobler' admet le
double traitement, M. Suchier ' le nie, M. Beetz » également.
Et ce qui semble donner raison aux deux derniers, c'est que les
patois actuels ne distinj^ment pas deux développements différents
de c d'après la vovelle qui suit. M- Beetz dit : << Undenkbar ist
es, dass man auf unserem Gebîete /.. B. fruher cher und heute htf
sprecheiT konnte » ^. Pourtant nos mots sont là, qui disent le
contraire. D'ailleurs, ne pourrait-on p;is admettre que, dans le
domaine du picard, aussi bien que plus tard en France, une
langue générale se soit répandue et ait effacé des différences qui
existaient entre les différents parlers?
/ MOBILE FINAL.
§ 2, Le pic-ird a conser\^é le / qui était primitivement placé
entre deux voyelles et qui est devenu final jusqu'après le moyen
;îge. Sur les limites de ce phénomène les avis sont partagés,
M. Suchier* l'appelle <* picard, wallon et lorrain », et puisque
les Sermons de saint Bernard ^' et le Psautier lorrain ' récrivent,
il paraît en effet assuré pour le lorrain, du moins jusque dans le
xrV' siècle. Par contre M. Cloetta* nie son existence dans le
fùiim morale qui pourtant est wallon et qui date d'environ 1200,
Dans les lieux-dits i est écrit au xnr siècle dans la province
de Liège, par exemple fimel ^, d'accord avec ce qu'a constaté
M, Wilmotte'^, qui donne 1241 comme limite pour le liégeois;
en namurois, on la connu jusqu'à la fin du xm" siècle''.
1. l^ai Anki*, p. XXL Cp. Gaston Paris, dans Rom,, VI, p. 617,
2, Zntschr, /. rmu, PhtL, II, p. 276, n, 5.
}. Karl Btetx, c und ch wr latan, a (Dîirmstadï, 1887), p. 52.
5. Aucassin », p, 62.
6. Éd. Foerster^ passim.
7. Ed. Apfelstedt, p. xu.
8. Fourni morale p. 108.
9. Kurih, 0, /,, p. 1R6.
10. kom,^ XVII, p. séj,
11, ^Qm.t XrX» p, 81.
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS F,N NÉERLANDAIS lOS
Quant aux mots empruntés on trouve t dans ceux qui sont
anciens : virtuut i, Menfroot i, Joffroot i, conroot i ; îraitiet 2,
clergiet i ; puis tous le? mots en -Uit (fr. -té). Seul le mot
greii (fr. gré) fait exception, mats c'est sans doute le substan-
tif verbal de gmtn,
bL
§ 3. Dans le groupe hl {-ahlf, -/Wr^etc.) b devient chez nous
V. Exemples : paysivel 2, payavel 2, conincsiavd i (am^stahle),
kasuifd I (clmsuble) i^ favck i (Jable).
C*est là un trait dialectal du Nord et de TEst de la France,
du Hainaut aussi bien que de la province de Liège. Voycz^par
exemple le Cartulaire du Hainauî^ n** 52, paisivlcy etc. ; dans un
lieu-dit de Ghislenghien du \uv siècle * ahatiauUs^ et dans les
Sermons de saint Bernard respessaules^ etc., etc. *,
qu A L*IXITIALH, ,
§ 4. Dans la plupan des mots qui ont en français qu en
position forte, nous prononçons kw^ comme en latin. Exemples:
kwaliieii 4, kwart 3, kunjt i, ktmriier i (à côté de car lier r),
quaretl i (à côté de carul 2). Dans un mot récent, comme
hvalitcit, cette prononciation peut s'expliquer comme un essai
de latinisation \ mais dans les mots anciens deux autres expli-
cations sont possibles a priori. Les mots en question peuvent
avoir été empruntés avant le changement de kuf en k en fran-
çais et en picard, lequel sVst produit entre le \'][^ et le xir siècle K
Ou bien on pourrait voir dans la conservation de rélément
labia! un trait dialectal. D'après les Mélanges wallons ', kw st
prononce encore aujourd'hui ù Liège, Beaufays, Hervé, etc., jus-
qu'à Malniédy. En lorrain quattuor est devenu qot4éU *", Et en
Hainaut ? Je manque absolument de renseignements sur les
patois actuels de cette région. Dans Mousket et dans le Brut
1. Kurth, 0, !., p. 205.
2. Cp. Rom., XVII, p. 565.
j. Voyez n\on Essai, p. ia6.
4, Nyrop, 0, /., p. 345; Meyer-Lûbke, S 426.
j. P. 65 et suiv,, 82.
6. Homing, dans h Langue et h LiUéralur< fraii^ahei^ p 3'-
lOé S. DE GRA\^
on rencontre souvent la graphie inverse qu pc^ur c latin ;
Saint-Pol on prononce actuellement k, 11 paraît donc que la
prononciation kw est exclusivement waHunne, et dans nos mots
il ne nous reste qu a l'expliquer par la date ancienne à laquelle
ils sont venus ici (cp. la conclusion de cet article).
s DEVANT UNE CONSONNE.
§ 5. « prosthétique est inconnu dans les mots français en néer-
landais. Exemples : stoft 3 (étoupe), spinjoeî 3 (èpagntul), spons 3
(épongé)^ etc. La prosthèse est ioconnue en wallon actuel, mais
cela n'explique pas que, chez nous, on ne la constate jamais.
Behrens, après avoir relevé le même phénomène dans les mots
français en anglais, cite un passage de Seelmann, qui voit dans
l'absence de la prosthèse une preuve de rinfluçiice germanique *.
Nos mots français confirment cette façon de voir, surtout parce
que parmi les mots qui n'ont pas e prosthétique il y en a qui
sont trop jeunes pour provenir du dialecte.
§ 6, Dans le corps du mot, 5 devant liquide est amuï dans
nos mots et il subsiste devant explosive; on sait d'ailleurs que
dans la première position 5 est tombé en français plus tôt que
dans la seconde. Exemples : blaam i, melkk i^ile i^fantoom i,
achemant i, etc. ; bust ^, fcest i, pasuH i, etc. Nous nous sépa-
rons donc nettement du wallon, où s ne s'est jamais amuï ^
W DAKS LES MOTS GERMANiaUES, FRANÇAIS gU.
§ 7. Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, nous avons presque
toujours w dans les mots anciens. Exemples : walois i , umnbtm i ,
want I, warisoen i, wasteel i, wikeî i, etc. Les mots peu fré-
quents qui présentent^ s*expliquent comme des emprunts faits
à la langue centrale ; gahis i, gariic i, garant 2, garnt:;pen 2,
etc. On sait que w est un trait du picard et du wallon; dans
les Versions de la Parabole de F Enfant prodigue on trouve w dans
toute la région limitrophe, exception faite pour tes grands centres
(Douai, Mons).
w INTERCALÉ.
§ 8, Exemples : juweel i^flutueel 2, bruwet 3, mutmerde i
I. O /,, p. 182.
1. Mélanges wdlmi, p. loS.
LES MOTS DIALECTAUX DV FRANÇAIS EN NÉERLANDAIS tOJ
(a. fr, coourde)^ duwarie i, etc. M. Wilmotte relève * le même trait
dans les chartes de Liège. Mais il est trop général chez nous
pour être rapproché d*un phénomène dialectal isolé- Aussi je
['explique par la tendance que nous avons à intercaler des con-
sonnes pour éviter Thiatus et dont il a été question plus haut.
V DEVIENT W,
§ 9. Exemples : corwei i (corvée) fjenrtver i, claumer j (cla-
vier)^ pauwelioen i. Comme ce changement n*a jamais été gêné-
rai chez nous, il n*y a pas d*inconvénient ;ï le rapprocher du
phénomène identique que connaissent les dialectes wallons et
ceux de t'Est \
iv DEVIENT tu,
§ 10. Exemples : baljuw i répond à une forme haliu^ qu on
constate dans le Hainauc ^ et à Namur *. Mousket connaît le
phénomène* ; le Poème moral ne le présente pas^.
Vocalisation ou chute de /.
§1!. Dans la grande majorité des mots empruntés, / s est
vocalisée devant une consonne; dans quelques mots nous avons
gardé /, dans quelques autres / est tombée sans laisser de trace*
Les mots où / s*est conservée chez nous ne nous intéressent
guère pour la question qui nous occupe. Ils s^expliquent en
panie comme des germanismes (herald y rihaUiy soldij)^ en partie
comme des latinismes, soit que les mots aient été directement
empruntés au latin (altaar)^ soit que ce soient des latinisations
de mots français (olm) ', en partie sans doute par la date
ancienne où ils sont arrivés chez nous.
La fréquence de la vocalisation s'explique par \:\ date très
1. Rom,, XVn, p. 563.
2. Apfelstedt^ Psautirr lorrain, p. xLv; Wilmotte, Rc^n,, XJX, p. 81
(Namur), XVIII, p. 216 (Huy).
î. CatUilaire du Haimut^ n« 45*
4. Jbid.^ no 71.
5. Link» o, /,, p. 17.
6. Pocme mcral^ p. 99.
7. Esmi, p. 128. Dans Mmtalluun la conservation de / est duc s^ia doute
au caractère de nom propre du mot. Cp. Van Helten, p. 103, qui constate le
même phénomène dans des noms propres germaniques.
I08 s. DE GRAVE
ancienne à laquelle ce phénomène s'est produit en français,
mais en partie sans doute par le fart que, en néerlandais, /devant
une consonne devient également u. Du moins, si l'on songe
que, en allemand, / ne s'est pas vocalisée dans les mots indi-
gènes et que justement les mots français y ont également gardé
/ (à moins qu'elle n'y soit tombée sans laisser de traces) ', on
ne peut se défendre de croire que révolution des mots germa-
niques est pour quelque chose dans la constance avec laquelle
nous rencontrons chez nous / vocalisée. Je me suis demandé si
après a la vocalisation s'est chez nous produite plus tôt qu*après
fy a: on sait que c'est l'opinion de M. Fœrster*. Or, nous
trouvons chez nous une / dans pols^ solfer^ polver^ dolfijn, colpœn,
culctc (qui sont pourtant certainement des emprunts faits au
français) *, mais aussi àzws calkoen (formé dccbauchain avec sub-
stitution de suffixe), aïfijn^ ahnisse. Pourtant on ne peut nier que
les exemples de la conservation de /sont plus fréquents après o,
e qu'après a, ce qui pourrait être considéré comme un appui pour
la théorie de M. Fœrster, surtout parce que les mots qui ont un
a devant / sont les plus nombreux.
§ 12. Ce qui importe plus, ce sont les mots où / est simple-
ment tombée, car ceue chute peut çtre dialectale. Les exemples
sont rares chez nous : tmaes ^ (à côté de nmaus, fr. émnux) ;
abeel i (à côté de aiibeelijn^ fr. anbef)^ aber^otl 2 (fr. baubergeon) •*,
cassiedê i (fr. chalciee^ pic. calchie; nous avons aussi couisiede et
keltsiede "*), chivaeîsic i (à côté de cl}evautsie\ acôHoen i (v. fr.
aucohm\ vcrbabe^rt i (ébauhi)^ amutse 5 (fr. aumuce)^ favisage 2
(faux visage), kanded i (v. fr. cbaudel).
On sait que, généralement parlant, la chute de / est propre à
la Wallonie^. A en juger d'après les Versions^ la limite
1. Kassewitz, DUJran^, Wdrier im MUtelhochd.t p< 5î^
2. Cîigèi, p* LXIX.
5. Enai, p. 129.
4. La forme Itakhr^ott çsi une adaptation au néerl. JxiJshrr^. d*où pr
viennent haubert et hauberjon, La substitution dt ! k n dans U terminaison :
rencontre aussi dans patrœl 5 a côté de pahoon. L'inverse est plus fnîqueoi
ipiîjùen (eipQj^noï), hocraal pour bocrat»^ fr. bottgran, etc,
$ . Je ne comprends pas cette forme.
6. Hofn,^ XVII, p. $65 ; Potmt moral, p. 93.
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS £N NÈEKLANDAIS 10^
entre la vocalisation et la chute de / serait actuellement à peu
près entre la province de Namur et celle de Luxembourg, du
moins on trouve à peu près régulièrement /rf/ (=faut) à partir
de Havelange (p. 95). Dans les dialectes de FEst on reiTouve
la vocalisation %du moins en syllabe tonique.
Remarquons que dans nos exemples il ne s'agit que de la
L chu te de / après a et que, à un mot près, cette chute ne se
rproduit qu*en syllabe protonique. Le premier de ces taits s'ex-
plique par la fréquence des mots qui ont un a devant /; le
L'second nous fait hésiter à expliquer Tabsence de / comme un
'trait dialectal. Car il serait bizarre alors que / se fût con-
servé presque toujours en syllabe tonique : en effet nous ne
voyons pas que le wallon fasse une différence entre / dans ces
deux positions. Il est vrai que la séparation existe peut-être
aussi dans le Psautier lorrain'; seulement, on ne peut pas
rapprocher ainsi les dialectes de TEst de nos mots français. Aussi
je prétère considérer a au lieu de aw dans la syllabe proto-
nique des mots néerlandais cités comme un phénomène du
néerlandais. Il y aurait eu alors réduction de au à a, et, vu
rextrcme variabilité des voyelles protoniques que nous avons
constatée plus haut, ce changement n'aurait pas de quoi nous
surprendre. Dans inuus par contre, nous aurions affaire à la
chute dialectale de /, et la rareté de ce trait chez nous s'ac-
corderait bien avec le résultat auquel nous conduit Tétiide de
nos mots français : que les emprunts laits au wallon ne sont
qu'exceptionnels et isolés.
/ MOUILLÉE, n MOUILLÉ.
§ 13, On trouve chez nous quelquefois /, n au lieu de /, n
mouillés. Exemples : taie i (à côté de taelge i , fr, taille)^ ama-
keren 2 (à coté de amelgieren 2, fr. éniailUr\ artelrie 3 (à côté de
artillerie 2), nwntane i , lijn i {ligne)^ mitwot 3 ,
h\ réduction de / mouillée n'est pas inconnue aux dialectes
du Nord, mais il m'est impossible d'en déterminer la région.
t. Homing. dans fr^, 5/m/., V, p, 505; This, Falhtfé^rg^ p. 41.
2. Apfdsiedt» L^thr, Pi,, p, xxxvii.
IIO
s. DE GRAVE
On la trouve aa moyen âge à Arras ^ à Lille S à Namur^;
actuellement on dit à Saint-Pol attirai, bâtai, bàl ♦. Quant à n
pour h j*en ai trouvé des exemples à Saint-Pol à la fin des
mots ; les rimes de n mouillé avec n dans Mousket ne prouvent
pas que n mouillé y ait été réduit.
Dans c^s circonstances il est indiqué de voir dans le
phénomène attesté par nos mots un fait de phonétique néer-
landaise, et cela d*autant plus que chez nous il n'a jamais été
général et que ce n'a jamais été qu'une tendance. D*aiUeurs, il
sVxplique parfaitement bien quand on songe que nous n*avons
pas de / mouillée : il était donc nécessaire que ce son français
fût adapté à nos habitudes de prononciation. Or, le plus sou-
vent nous Tavons scindé en deux en en faisant / -(- yod^ n -|-
yod^ mais il est naturel que cette adaptation se fit parfois en sacri-
fiant Télémcnt palatal.
Intercalation de tîj m.
§ 14, Elle est fréquente chez nous : visenieere i (visiter),
winhî I (wihi% tnoniet 2 {mùtet% messengier r Qn^ssager%
kandeel i (clmud^f), singlatuen 1 (ciglaton), hrancaen 2 (v. fr.
bracon), jansoen 2 (Jaçon)\ pampier 3 {papier), komfoor 3 (chauf-
foir), ampart 4 (à part), camplijs i (v. fr. chaplets).
On constate en picard Tintercalation d'une nasale devant les
dentales et les gutturales >, en wallon aussi devant t^, w^.
Comme chez nous elle a lieu également devant p, il me semble
qu'il s'y agit d'un phénomène qui s*est produit spontanément.
Ce qui d'ailleurs rend ce fait encore plus probable, c*est que nous
le constatons aussi dans un mot très récent, qui n'a donc cer-
tainement pas été emprunté au dialecte (ampart), puis que nous
trouvons Tintercalation aussi dans le verbe spanseercn^ qui nous
vient de rallemand spa^ieren. Dans des mots germaniques nous
intercalons n devant I, i'.
u Mcver-Lûbke, S S*7*
2. Tailliiir, RnuHÎ d'mUs, p. 371,
5. /î^i./xrx, p, 82.
4. Revue des patois f^all.^ U, p. 116; III, p, 234, 2}!.
5. Ncuroânn» 0. /., p. 74.
6. Poème moral, p. *j; ; R^>m*. XVII, p 566 ; XJX, p. 85.
7. Van Hettet), p. 210 et 211, Cp. Hattddini'en van hct 2* Ne*ierl, Pbihl,
LES MOTS DIALECTAUX DU FRANÇAIS EN NÈERLAKDAfS I î I
Intercalation de b E^mu m et r .
§15, Exemples : kamfr i (chambre), komkomfner 3, nommer 3
(à côté de nomher 2), konimer i (à côté de comber 2).
On sait qu'en français on intercale un b entre m et r : dans .
les dialectes du Nord il n*en est pas toujours ainsi. D'après
Suchier' rintercalation n'a lieu ni en picard ni en wallon. Dans
Tailliar je trouve à Arras (121 1) ensanle^, mais à Douai (1268)
sambleront ', Dans les chartes d'Aire^ il y a un b^ à Tournai ^
il est le plus souvent absent. 1! est très difficile de se faire
une idée de l'extension du phénomène, parce que les formes
avec b peuvent ne représenter qu'une graphie française.
Quoi qu'il en soit, l'absence de h dans nos mots est un fait
du néerlandais, car : i"^ Aixxxsîomfmr (fr, r ombré) le èest étymolo-
gique et est pounant tombé chez nous; 2° les formes sans
b paraissent, en général, plus jeunes que celles qui ont b,
MÉTATHÈSE DE f.
§ ré. M. Suchier^ cite plusieurs exemples picards de con-
sonne -f- er qui devient consonne -f- re et il considère cette
métathèse comme un trait du picard '. Chez nous on constate
quelquefois une métathèse analogue : trenwntine } (térébenthine) y
concraleeren i (coticorder), profier i (porfier). Mais Tin verse a lieu
plus fréquemment : kersp i (cresp), kerstael r, bordes 3 (bretesche)^
pif sent 2, garnaat i, karttioiijn 3 (cramoisi). Il se peut que la
métathèse qui a lieu chez nous dans les mots français soiï un
trait du néerlandais, car elle se rencontre aussi quelquefois
dans des mots indigènes ",
I. Aucmsin ♦. p. 62,
a. P. 42^
3. P. 399'
4. Neumann, 0. /., p. 75.
5. Schwake, Vetmch tiner Darstdlung der Mundart von Tournai, p. la. Cp.
Doutrepont, dans ZeUsch\ f. fr^. Spr, u. Lit., XXn, p. 77.
6. Au^u^sin *, p. 66.
7. Cp. Sçhwakc, o* /., p. 14; Doutrepont* p. 77,
S. Van Hclten, p. 184.
/
112
S. DE GRAVE
CONCLUSION
En réunissant ce que nous avons appelé les traits dialectaux
' « normaux n qu*attestent les mots français empruntés par le
néerlandais, nous arrivons a la reconstitution d un dialecte qui
a connu les phénomènes suivants i f les voyelles y étaient
allongées devant une consonne simple et devant les groupes st,
r 4* consonne et //; 2° a latio libre y était devenu ei devant / et
devant une voyelle; 3"^« suivi d'une consonne y était resté dis-
tincte de an\ 4° les diphtongues qui provenaient de é, ô latins
y étaient accentuées sur le premier élément ; 5" ô libre latin était
resté plus longtemps («) qu*ailleurs; 6"* c devant a conservée y
était resté A% devant e^ te provenant de a huin il y était devenu
ch; 7^ /mobile final vêtait resté plus longtemps qu'ailleurs; 8° s y
était tombé devant les liquides; 9'' w; germanique y était resté w.
Le phénomène cité sous 6" nous permet d'affirmer que le dia-
lecte d*OLi proviennent nos mots se trouvait i TOuest de la ligne
qui sépare le wallon du picard. ï.e dialecte eti question est donc
picard. Et comme d'autres considérations (par exemple la fré-
quence moins grande de fi = a dans la partie ouest du picard,
et comparez plus haut, p. 85) nous interdisent de le localiser
trop vers l'Ouest, nous sommes tout naturellement conduits à
considérer le Hainaut comme la région d'où la plupart des mots
français nous sont venus au moyen âge. Cette conclusion est
corroborée par deux faits historiques : on sait que les comtes du
Haînaui ont longtemps régné sur toute la Hollande, et en outre
on connaît Timportance qu'avaient au moyen iige les villes du
Hainaut.
Leide.
Salvlrda de Grave.
MÉLANGES
PRÎMUS ET \4NrANEUS EN ROUMAIN
Le numéral ordinal p ri mus ne s*est conservé que dans une
petite partie du domaine roumain. II apparaît, sous la forme
invariable primai usitée aussi comme adverbe^ dans le parler
maccdo-roumain de Meglcn ', où il dispute le terrain au
turc pHinij employé avec la même valeur. En dehors de cette
région, il n'est attesté nulle part, comme mot populaire
dérivant directement du latin. M. Bojadzi ^ et D. Athanasescu ^
citent bien la forme macédo-roumaine primu^ prinmt, mais
elle a été sans doute inventée par eux, puisqu'on ne la trouve
dans aucun des textes publiés par M. G. Weigand *, Le mot
propre au maccdo-roumain pour exprimer l'idée de « pre-
mier » est /ïm/w, protul, emprunté au grec \ L'istro-roumain
ne nous offre aucune trace de primus; pnn, introduit du slave,
remplit ici la fonction du numéral latin '\ En daco-roumain,
primul est d'origine savante» Au xvi* siècle, on ne le trouve, à
notre connaissance, que dans la traduction du Vieux Testament
1. G.Wdgatid, Vkch(hM€glen, hti^ug, 1892, p. 18.
2. Eomanischf oder Mac^dono^Wîachischc S^rachkbre^ 2c éd., Bucarest, 1863,
P-43.
3. Gramaticà rotnituascd, Bucarest» 1865, p. 25,
4. Cf. G. Weigand, ZtutUer Jahrtibericht dts Inst, fèrrum. Sfracfx^ 1895,
P ni*
5. Kavallîotîs» npoTo::itpi«, éd. G* Meyer^W. Studifu, IV, 1895), n» 823;
G, Weigand, Die Sprache dcr Olympo-Walachm, Leipzig, 1888, p* 7î i Oie
Atùmuiun, Leipzig, 1894, t. lï, p. 326, etc.
6. G. Weigand, Sichsta Jahnsbirkhi des Imt, fur mm. Sfrad^e, 1899,
p. 322.
H^mtié, XXX g
tl4 MÉLANGES
de 1 5 82 (Palia £k la Oràstié). La présence à^primul s'explique ici
par la circonstance que les traducteurs de ce livre avaient devant
les yeux, en dehors du texte hébreu, grec et slave de la Bible,
aussi la version latine, d*où ils ont Siins doute pris ce latinisme,
A partir du xvni^ siècle, primid apparaît plus souvent, et ce
furent surtout les écrivains transylvains qui rintroduisirent dans
la langue littéraire. Aujourd'hui, on Tentend partout à côté de
iniîiy et il a pénétré même dans le parler populaire ^
Ce qui est intéressant, c*est la manière dont întli s'est déve-
loppé peu à peu en roumain et a supplanté la forme primus.
II est hors de doute que ïntfi, qui, en dehors du daco-rou-
main, s'entend aussi quelquefois en macédo-roumain % doit
reproduire une forme latine *antaneus, dérivée de ante'.
On se demande seulement comment on est arrivé à former un
mot comme celui-là, dont 00 ne trouve pas la moindre trace
dans les autres langues romanes, et pour quelles raisons ce nou-
vel adjectif numéral a remplacé primus en roumain. L'expli-
cation do phénomène nous est donnée par Falbanaîs, la seule
langue qui nous oflire quelque chose d'analogue au mot en
question. En etfct, on trouve en albanais, à côté de la prépo-
sition para^ traduisant le iat. an te, prae, le numéral paf^,
i pari^ correspondant à priraus^, et dérivant de la racine
indo-germanique per- (por-)^ Le parallélisme entre para,
pari, d*un côté, et an te, *anîaneus, de l'autre, est frap-
pant. Il nous montre que*antaneus n'a pu se former que
dans une région où an te s'est trouvé en contact iwccpara, pari et
où l'idée de « premier » était intimement liée à celle de <« avant,
devant ». On peut donc affirmer avec certitude que *antaneus
a été refait sur le modèle de part, et qu'il n*est autre chose
qu*un albanisme introduit dans le latin balkanique.
1 . Cf. par exemple la locution dim prima employée par le peuple à Vîdra
(Hongrie), dans Wcigand, Viertes Jahresbfrkht, 1897, p. 530.
2. G* Weigand, ZwtiUr Jahresherichtf^. 112, s. v. intem,
j, Cihac. Lha. d^étytn. daco-nm.^ élim, ki., p. 129; cf* Meyer-Lûbkc,
Gramm* des kftgitrs r ornant i^ X. Il, S 5^1*
4. G. Mcyer, Etym, H^orîerbuch d^raîb, Sprache^ Strasbourg, i89i,p, 32t.
j. Cf. K, Brugmann» Grundrus der ver^l. Gramm. dtr indqgerm. Sprachm^
Strasbourg, 1890, t. Il, p. 466*
PR! Sf us ET \imAXEUS EN ROUMAIN ÏIJ
L'explicarîon que nous avons donnée pour tnîti est surtout
intéressante, en ce qu'elle vient jeter un peu de lumière sur
un chapitre des plus obscurs de l'histoire de h langue
roumaine. Tandis que les éléments albanais du roumain qu^on
avait admis jusqu'ici pouvaient être d'origine rebtivemeat
récente, *antaneus nous ramène aux premiers temps de
l'extension du laiin dans la péninsule balkanique. Une forme
comme *antaneus n'a pu prendre naissance qu'au moment
où le latin était encore une langue pleine de vie et capable
de mettre en circulation des mots nouveaux. C'est donc à
une époque^ assez ancienne que *antaneus a di'i commencer
à être employé dans le latin du sud du Danube, ;\ côté de pri-
mus, qui a fini par disparaître dans la plus grande partie du
domaine roman orientai. Or, admettre que *antaneus est dû
à une ancienne influence de la langue des Illyriens ou des
Albanais sur le latin, c'est reconnaître d'emblée Texistence en
roumain d'éléments qui n'ont pu s'y introduire, à l'origine,
qu'au sud du Danube.
Ov, Densusianu.
AMAIZA
L'article suivant, dans le dictionnaire de Godefroy, a, je
crois, passé inaperçu jusqu'ici :
2. Masel, s. m., fourmi ;
Ces maseaiix, ces founnJs*
(BouNiN, S4ii. au roi, î* ^^ éd. Js860
Dans le patois berrichon on dit man', nia\eau, masiau^ pour fourmi, au sens
propre et au $en:> de picotement dans les jambes :
Les voitQres suspendues donnent des mâUs^ c'est-à-dire des eugourdisscmcats dios
les mollets. (G. Sand, U Meunier d'AngibauH, î. SJ.) »
Le mot existe aujourd'hui dans un assez vaste territoire du
centre de la France, qui semble à peu près homogène : Haut-Berry
I , Je oe sais à quelle édition s*est rùfùré Godefroy : dans Téditlon Hetiel»
à laquelle je me suis reporté, le Meunier irAngibaitH est divisé autrement, ce
qui a rendu assez longue F identification du passage. Mais j'ai 6ni pir le
retrouver et la ciuiion est exacte.
lié MÉLANGES
(ex. de Bouoin, jurisconsulte de ChAteauroux ' ; ex. de G. Sand ;
glossaire du Centre, de Jaubert); est de la Creuse (Bel-
legarde, communication de M. Thomas); la majeure partie du
Puy-de-Dôme (enquête personnelle), sauf Touest (région des
monts Dore et des Dômes) qui ne connaît que « fourmi », et
le sud-est qui emploie dans le même sens « belette ^ » ; ouest
de la Loire (Leigneux, communication de M, Fabbé Charles);
Velay (cité par Deribier de Cheissac); nord-est du Cantal (cité
par Laboudcrie^ et recueilli récemment par M- Edmont). En
faisant abstraction des suffixes, sur lesquels nous aurons à
revenir, tous ces dialectes nous offrent la même racine mai-.
On pense immédiatement à Tallemand ameise, et je crois le
rapprochement justifié. La plus ancienne forme de ce mot que
l'on possède est l'ancien haut allemand amei:^a. L*éiymologie
soulève, paraît-il, de grosses difficultés : mais les germanistes
semblent d*accord pour restituer une forme gothique à radical
*amaiî- (Grimm, Kluge, etc.). Pour aller de *amait- hamcix-^
il faut passer par *amai::^- : c*est à cette étape ^amaiz- que le
mot a pénétré en roman, La phonétique ne soulève aucune
objection : le changement de ai germanique en a roman se
retrouve dans une série de mots (waidanjan-^ pr. gaianbar^
V. Tr, gnaaignier^ etc.); le traitement de z (x ^" provençal,
s sonore dans le domaine français) est absolument identique
à celui, par exemple, de sazjan-^ ^siuirc-* pr. sa:;Jr, fr. saisir,
Qu*on n'objecte pas ici le non-dégagement de / dans les
formes berriaudes masenux et autres : ces mots appartiennent en
effet à une région où ce dégagement ne s'est point produit.
Quant à la chute de a initial qui s'observe partout, sauf dans
Texemple de Deribier de Cheissac aman^eda \ elle n'a rien de
surprenant, si l'on songe surtout qu'elle n'est pas attestée avant
la fin du XVI' siècle.
La racine éclaircie, passons aux suffixes. Le terrain sera vite
i. La phrase de Bouain, citée plus haut» où maseaux est immédiatement
suivi de sa traduction fourmi ^ montre bien que (^auteur employait à dessein un
terme local.
a. I] y a aussi quelques îlots de «> belette » dans le domaine mai-.
5, Encore id cet a peut-îi avoir èié mmcnc récemment par un pliénoméoc
inverse.
amajzâ 117
déblayé dans le Berry et dans la Loire : noQS n'avons qii*à noter
radjonction au radical des suffixes bien connus -elhi (nmsel^
-ean,,.^ Bounin, G. Sand), -j//w, -Uta {masel^ ni., niaseUe f.
[dérivé masetière\, Jaubert), -ôtta {fna^ftœ^ f,, à Leigneux). Ce
sont la des formations romanes. Mais en Auvergne, les faits
présentent une bien autre complication. Tous les exemples que
j'ai recueillis, ou qui m'ont été signalés, se classent en trois
groupes, qui remontent respectivement aux trois types régio-
naux, tous féminins, ^ma^ie^ (ex. unique à Grandrif, près
Ambôrt : forme actuelle mwitâ), *?na^de{est du Puy-de-Dôme:
formes actuelles nnvfde, etc.), et nia^^de (centre, nord-ouest et
sud du Puy-de-Dôme, Creuse, Cantal, Haute-Loire : formes
actuelles maièdê, maièJây etc.).
Les deux dernières formes, m(}:^de et maxfde^ proviennent évi-
demment d'un plus ancien *tnq:^ed€^ qui a éprouvé là la syncope,
ici le glissement d'accent. On serait tenté de réunir ;V leur tour
^mq;ed€ et mqxte^ en posant comme ancêtre une forme prcromane
^mifjçete, proparoxyton syncopé dans le second cas, et maintenu
dans le premier jusqueset après la sonorisation du / intervoca-
lique. Mais cette seconde hypothèse, si séduisante soit-elle, est
impossible : la chronologie phonétique y met son veto. Poser
en effet les deux évolutions concurrentes *mqiete -> mqite et
*m^^tVt* ^ mq^edi^ c'est admettre que le mot germanique a passé
en roman avant la sonorisation de / intervocalique ; d'autre
part, nous savons sûrement que Tintroduction de ce mot est
postérieure au changement germanique de / en ^. Or il est
certain que le premier phénomène est antérieur au second : à
défaut des éléments historiques qui permettent de dater les deux
phénomènes, il suffit de rappeler la série de mots, tels que
hotan -^ bouter^ où un t gothique, par conséquent antérieur à
l'époque de la Lauîverschiebung^ a été conservé en français,
parce qu'il a pénétré dans la langue après la sonorisation de /
intervocalique.
Il semble donc que le problème soit insoluble, à moins que
d'obligeants dialectes germaniques ne nous offrent un suffixe
présentant tantôt f, tantôt d. Précisément il en existe un qui
semble nous convenir. M. Duvau, dont l'obligeance et la
ï. Nous verrons plus loin que là voyelle finale primitive a dû être un i.
ii8
MELANGES
science de germaniste m'ont été d'un grand secours pour Fèla-
boration de cette petite note, m'a signalé en effet un suffixe
atone -idî ou 4fï qoe l'on rencontre assez frèc|uemment en
ancien haut allemand : c*est un suffixe neutre, qui sert à for-
mer des diminutifs (jnngidi^ petit d'un animal^ àt jung) et des
collectifs {owwidi^ troupeau de moutons, de miwi ^= mouton).
Rapproché des plus récents nmsel, inaseî^ etc., je crois qu*un
diminutif ne nous paraîtra point déplacé. Le mot, ainsi formé,
neutre en germanique, a dû être primitivement masculin ; le
passage au féminin a eu lieu en même temps que l'aphérèse
de r^ initial : on a dit / ama:^ede (m.)> puis la ma:^ede (f.). A son
tour, le nouveau genre a réagi sur la terminaison, en substituant
dans beaucoup de pariers un a à IV final '.
Nous pouvons donc désormais établir les séries : i** ûmqiiïîl
-* ma:{te; 2° amqiiidï -^ mqit'de -* ma:^d^^ mû:^edt\ On sait que,
en français comme en provençal, le d germanique intervoca-
lique introduit à cette époque a fusionné avec le d issu de /
intervocaliquc latin (qui devait disparaître en français'), et que
le / intervocalique germanique s'est confondu avec îe / issu de
// latin. La phonétique n'a donc aucune objection à faire? Il
reste malheureusement une petite difficulté, à propos du type
ma:^de. Les deux seuls mots analogues à ^amqi'^tdï que je con-
naisse dans cette région, Iqcrhna et p^rsica^ donnent en effet
îagriniâ QXper€\diây en regard de hmpàda -> làp^ià et de maiêde.
Il me paraît cependant difficile d'admettre que dans Iqmpeia ei
Iqgrema les deux e aient conservé une différence de timbre assez
sensible pour aboutir phonétiquement à deux résultats aussi
t. Ce mot présente de nombreux phénomènes secondaires dans les patois.
Citons : i^ l'intcrcalation d'un r entre d gi é final (ttmiidri, mwjiirê) ; 2*
Tadjonction d'un nouveau suffixe : ^i, èira {arim : mê^êdrii, m. ; miièd{iro
f,) ; I» dont Toriginc soulèverait une longue discussion (jnmjdi^ tnâiâdi {.) ;
î« des attractions vocalîques : méi^di^ ctc», pour *mâi^dê^ etc., et inverse-
ment mSiMi pour 'mâ^fdi^ etc.
2* La forme masc de Jaubcrt vient-elle de *amqi^U} ou du simple amaiia ?
Je rignore, car je ne suis pas sûr du genre, Jaubeii donne man masculin, et
wwrr^ auquel il n&nvoic, féminin : c'est pourtant -la môme forme, avec Tal-
tcmancc de r et f fréquente en Berry. De même ntarouai L et maiouat m. Il
serait oiseux de s'attarder plus longtemps sur des fautes d'impression.
URGERE 119
éloignés Tun de Tautre que i et /. Je crois que la question
demanderait à être étudiée de plus près.
Il me reste un souhait à formuler, c'est que Von retrouve,
soit dans les anciens textes, soit dans les dialectes germaniques
actuels, quelque trace du suffixe -idi, -iti accolé au nom de la
fourmi. Ainsi serait pleinement justifiée notre hypothèse : ren-
trée dans le domaine roman du mot vieux haut allemand tout
armé de son suffixe '.
Albert Dauzat,
VKGERE
Kôrtîng ne nous donne aucun représentant roman de urgere
et je ne crois pas qu'il en ait été signalé ailleurs. J'ai récem-
ment relevé dans an patois d* Auvergne que je connais beaucoup^
à Vinzelles, le terme difr^è pour dire : pousser, ramener [le
bétail] vers retable. C'est évidemment wr^'^r^, dans un sens bien
latin : le d peut être récent et prosthctique (très commun dans
la région, où « oter « devient souvent douta^ douîiy etc.) ou
provenir d*une combinaison d[e]-urgere du latin vulgaire
(cf. pellerc et depellere). La forme actuelle ne peut nous
indiquer si le latin vulgaire avait conservé l'accentuation clas-
sique urgêre*.
Ce mot, qui est inconnu de la plupart des habitants de Vin-
zelies, et que j'ai entendu pour la première fois, il y a quelques
1. [Le rapprochement Ca'tc par M^Dau^cat est xxH séduisant^ et il est possible
qu*ll soit conforme à la réalité des choses. Il présente cependant une dt^cultê.
Si la forme primitive du mot germanique est amait-» ce qui semble bien pro-
bable (cf. anglO'Sax. ^ttuHe4, angl. tmmet et anl\ la forme amaiz- ne s'est
produite qu'à Tépoque du haut allemand, et on ne comprend pas bien comment
à cette époque cUe s'est introduite dans le centre de la France. Je ne connais
pas d'exemple semblable du traitement de t germ, (h. aU. ^) tntervocaliquc:,
car le sac ire auquel renvoient le prov.5â^/r et Icfr. sahîr est sans doute, non
un représentant de 'satjan (qui offrirait d'ailleurs un x sui^i de j), mais un
dérivé roman de sac a; voy. Rom., XXIX, 149, 588. — G, P.]*
2. En effet, dans cette région, tous les infinitifs' issus de îa finale -cre ont
éprouvé, à une époque récente, un recul d'accent qui les a assimilés aux des-
cendants de ^re ayant conservé ô pénultième (cf. ma Morpl)ohgU du patois
de Finxilles, p. 172),
120 MÉLANGES
mois, dans la booche d'une vieille femme, nous prouve entre
mille combien Tétude des patois est utile — et urgente — pour
les philologues romanisants*
Albert Dauzat.
CANOA
La hîstoria de esta palabra se halla intimamente enlaza<b
con una cuestiôn bibliografica.
La parte ktina espanola del diccionario de Nebrija se impri-
mio por primera vez en Salamanca el aiio de 1492, segoin lo
reza el colofôn, puesto en la hoja sexta de k signatura L :
jJzUi Anlomi nebrissensis grammaîici Ltxicon ex scrmotte lalîna in
hispaniemem imprcssum Salmaniicm Anno a natal i christiam
M.cccc^xcAj, La parte espanola latina fue tambîén împresa por
primera vcz en Salamanca^ pero e! colofôn no îndica el ano :
é^lii Antonii Nebrlssen. granntmiici dictionum hispanarutn in
liUinum sertnmetu îranslaîio explicita est : aîque impressa Sal-
vianîiciV. Sin embargo^ es tal la semejanza de! papel, letra y
estampa, qui a primera vîsta parecen las dos partes de un
mismo ano, y asi lo han creido algunos, aunque no de un
mismo modo : el Conde de la Vinaza se inclina al de 1492;
Floranes, atendîendo a los datos que suminisrra el prologo de
la parte espaiîola y de que liablaré en seguida, supone que la
parte latina de su ejemphr es reimpresiôn en que se conservé
el antigoo co!of6n> y que ambas son de 1495 '.
En el prôlogo mencionado escribe asi Nebrija : Insta! nohis
annus aiatis primus et quinquagesimus, quia naît mmus annoantca
quam Jobanne setundo rege ad Ulmeîum est fœliciUr dimicatum; lo
qui; en la traduccion del misoio suena asi : « Se me allega La
el ano de cincoenta e uno de mi edad; porque naci un aiîo
antes que en tiempo del rei don juan el scgondo fue la pros-
péra batalla de Olmedo»; ahora bien, conio esta se dio el ï9
de mayo de 1445, el prôlogo séria escrito en 1495. Pero aqui
se présenta D, Juan B;iutista Mufioz alegando en el Elogîo de
I. Vinaza, BiMioUai bistôrica de Jafilologla casUUana^ col. 1457; Mèndèz-
Hidalgo, Tipograjia espanoh, pp. 118, 298,
cjyo.i
121
Nebrija ' que de otros lugares contestes se colige con evidencia
que el autor del Diccîonario luciô d principios de 1442, y que
por coûsiguiente errô la fecha de la batalla de Olmedo, lo que
atrasaria el prologo al ano de 1493 : lastima que el docto aca-
démico no haya citado esos pasajes, que yo tampoco he tcnido
facilidad de buscar. Como qiiiera que sea, el vocabulario his-
pano4atino fue publicado algim tiempo después del latino-
hispano segùn lo vio Clemencin *; y esta fecha de 1493 basta
para que no disuenc la referencîa que ahi mismo hace Nebrija,
corao va publicada, a la Gramatica castellana, cuya impresion
se termine cl 19 de Agosto de 1492.
En la parte espaiiola se lee este articule : « Canoa, nave de
un madero. monoxylum, i. » Si esto se hûbiese impreso en
Ï492, resultaria que la voz carioa era conocida en Europa an tes
que Colon volviese de su primer via je (Marzo de 1493), y ten-
drian razôn los que ban buscado el origen de ella fuera de
America. Mas es cenisimo qiie ésa fue una de las primeras pala-
bras indigenas que los dcscubridores aprendieron en el Nuevo
Mundo. En la relaciôn del primer viaje decia Colon que el
sâbado ij de Octubre, « EUos vioieron a ta nao con almadias,
que son hechas del pie de un drbol, como un barco luengo, y
todo de un pedazo, y labradomuy a maraviUa segun la tierra, y
grandes en que en algunas venian cuarenta 6 cuarcnta y cinco
hombres, y otras mas pequenas, i*ista haber délias en que
venia un solo hombre ►>; por donde se ve que el Almirante
aun no sabia el nombre; por varies dias después sîgue valién-
dose del termine abnadla, Cisas, que ora copia textualmente,
ora extracta los originales deColôii,pone enel 3 de Diciembre:
« Hatlo una caleta en que vide cinco niuy grandes almadias que
los indios llaman canoas, como fustas inuy hermosas y labradas
quediz era placer vellas; » de aqui podria cenjetorarse que ya
conocia el nombre propio. En la carta que el Descubridor escri-
bio, estando todavia en el mar el 15 de Febrero de 1493, al
escribano de racién de los Reyes Catôlicos, lo empleaba como
cosa a que cstaba acostumbrado : « EUos tienen en todas las
islas muy muchas canoas, de nrnnera de fustas de rcmo : délias
I. Memorias de h Academiû ât h Historia, ÏII, p. 2.
2. îK, vr, p. 475*
1 22 MÉLANGES
mayores, deltas menores, y algunas y muchas son mayores que
una fusta de diez y ocito bancos : no son tan anchas, porque
son de un solo madcro; mas una fusta no terna con cUas al
rcmo, porque van que no es cosa de créer, y con estas nave-
gan todas aqucllis islas, que son innumerables, y traen sus
meradcrias * », Estacarta circula extraordinariamente, y â poco
fue traducida al latin é impresa en Roma; quiza no es temera-
rio suponcr que esta traducciôn rccordô a Ncbrija que en su
diccionaria latino habia pucsto este articulo : « Monoxyloa
.i. por navczita de un madcro », donde estaba el équivalente
exacto de canoa, no hallado por Cosco, autor de aquelLi tra-
ducci6n, y que de ahi le vino la idea de poner la voz americana
en cl diccionario espanol. Kn las cdtciones posteriores (tengo à.
la vista las de Zaragoza, iSHi y Sevilla, i5ié)puso las dos
partes de acuerdo, rcdacundo ari el artkulo en la primera:
« Monoxylon J, la canoa nave de vn madcro n : nuevo indi-
cio, si no prucba» de que en 1492 Ignoraba la palabra.
En la relaciùn que del segundo viaje enviô i la ciudad de
Sevilla cl Dr, Chanca, cscribia, hablando de los Caribcs : « Van
por marcicntoi^ cincuenta léguas a saltcar con muchas canoas
que iiencn,que son unas fustas pequenasdeunsolo madero *. n
À lamisma, n d otras relaciones andlogas, que trajeron las doce
navcs con que se dio X la vêla Antonio de Terres el 2 de
Tcbrero de 1494» se rcfi ère Pedro Mdrtir de Angleria, cuando
descrihiendo las costumbrcs de los caribcs dice : u Lintres
habent uniligneos, multicapaccs, Catioas vocant ^
En rcsumen, canoa es voz americana, y la primera que entr6
en cl dîccionario castcUano; por consiguiente el de Nebrîja, en
que se Iialla, no pudo iniprimirse, cuando mds temprano, sino
muy adclantado el afio de 1493 : aserto que abonan los datos
cronolùgicos que la misma obni suministra.
R. J. CUERVO.
1 . Nâvarr. :mi de loi viajts y descubrimientos que hkieron par mar
ifii fifkiûoies il. / si^h XV, I, pp- 22, 26, 75. 171. Casas en la Hiitùria
df lai InJias (1, p, ^99 : Madrid ^ ^^7^) dice que cl ij de Oaubrc « vcnian i
los navios en sus barcos y barquillos que Ilamaban canoas (en btln se llamaa
mMûxilia (iic] », como si tuvicw prcscoïc d libro de Nebrija.
2. Njvâfrctc, 0. c, ], p. 2CX4.
î. Ofm tfiièkntm, p. 81 (Amsterdam, 1670); es h carta 146. fechadi d
S de Dîdcmbre ée 1494.
SABANÀ
12?
SÀBANA
Rlôlogos cuya lengua nativa no es la castellana han sopuesto
que la voz sabàna en su significaciôn de Uanura es acepcion
metafôrtca de sàbana^ pieza de lienzo 6 algodôn que forma parte
de la ropa de cama, Littré nos dice que savane sale del caste-
Uano savanùy « proprement drap de lit, qu'on trouve avec le sens
de savane pour la première fois dans Oviedo, Hisl, de las Indias^
XXV, 2 » ; el Stanford Dktionary of anglicised words and phrases
(Cambridge, 1892) asienta que savanna es el castellano savatta,
<t Hterally a sheet : a treeless plain, a prairie », y anade :
« Generally used in référence to Tropical America » '.
La semejanza cnire una sdbaiia blanca y una tlanura verde
no es niuy obvia que digamos, y sin duda este escrùpulo ha
sugerido la idea de reforzar el fundamento de la metdfora : el
Dicctonariû de Webster (Springfield, r868) nos ensena que en
castellano sàbana, ademds de su significado propio, tiene el de
llanura cubierta de nieve, y el etimolôgico de Skeat (Oxford,
1882) apunta que la acepcion de llanura proviene del aspecto
que ofrece 011 llaiio cobierto de nieve. Quien considère que tal
denominaciuo aparece por primera vez en las islas del mar
Caribe, no podra menos de mirar tal expliciciàn corao aegri
smnnia.
Inùtil es toda esta disciision, porque sàhana y sahâna Iian
sido y son dos voces distintas y de todo punto diferentes.
En primer lugar la pronunciaciôn esdrùjula correspond icnte
d la cantidad y i la acentuaciAn de sabànum y ai^x/sv, estd
comprobada desdc los monumentos mis antiguos de nuestra
lengua ;
Despoiaron las sabanas que cubrieti cl altar ;
(Berceo, Mil, 878).
Con una lucnga sabana lo ouieron cobtjado ;
{Rimado de Paîocto, i joi).
I . Debo advenir que en cl Dktionnaire général de la langue française de
Hatzfeld, Darmcstcter y Thomas se asienta ya el origen amcricano de «te
vocablo.
124 HÉLANGES
Versos (particularmentc el priniero) en que el hemistiquîo
octosilabo comprueha la prononciaciùii esdmjula, igualmence
que en estos otros de los mismos au tores :
Quando te lo dixîereinos, terraste por pagado
(Berceo, S, Dom,, 257).
Dexé los sus apostolos buen conviento complido
(Id., Sacrif,, 29).
Porcjue dende cl su subdîto lorae cn3tiemp!o e comida;
{RimaJo de Falacio, 1325),
Deseredar su proximo, traerlo a pobredai.
(i^..i362).
Para el aiio mîsmo en que se descubrio Amérîca esta com-
probada idéntica pronoiiciaciôn por b Gramatica de Nebrîja,
que cuenta â sàbana entre los esdriijulos aaibados en a (II, 4).
Conserva base un sigio despucs, como vemos en la silva de con-
sonantes esdrùjulos de Rengifo, que da como taies d sàbana y
almajâbanûy y asi ha seguido hasta hoy
AIK entre blandas sibanas reposa
(Hojeda, Crîstiaddt I);
mârcanle el acento en la primera silaba los Diccionarios de
Frandûsini (1638) y Sobrino (1705), y la Academia en todas
las edidones del suyo ' .
I. Ociosa parecerd esta probanxa; pero no lo es deî lodo, ya que D. J.Cal-
cano {El caiUîlano tn Veneiwla, S 4' * - Caracas, 1S97) prétende apoyar b etU
mologfa de Webster, ascgurando que en castellano se ha dicho saMna por lo
que hoy dccimos subam, y para probarlo alega este verso del Alejandro :
« Non le fazicn mcngua sauanas neti tapedes » C'9>9)» Y ^^^ pasaje de ia
Historia dtl tthîiùn y castigo de los morium dd rcino de Gtanada (II» 6), doode
dicen las ediciooes de Milaga, 1600 (fol jô), y Madrid, 1797(1» p» 144):
« Dexarian [uo dtjarian] las almalafas y sauanas [1797 : sabanas] y se pon*
drian [no pimdrian] mantos [no montai] y sombreros ». Supongo que la fuerz^i
y chiste del argumento esta en dar por cierto que la leciura de los m.muscri-
tos y cdiciones antîguas debe rcgularse por los ci non es ortogrificos de la
Acadetiiia : si Dingûn esdrùjulo lleva acento en el MS. del Alejandro (véase
iiUahas en el facsftnîleque da R(os, Hist. crH.^ IIl), si ninguno lo Ucva en
las dos cdiciones de Mdrmol, { seri porquc en castcllano no los habfa?
Il
SABJSA 125
En balde se buscanin ejemplos de sabaria anteriores al descu-
brimiento de America, y abundan lestimonîos concluyentes de
que esa voz era propia de les naturales de las islas del mar
Caribe; su aceniuacion esti coniprobada a cada paso en los ver-
sos de Juan de Castellanos, y su ortogratla es muestra curiosa
, de la evolucion de la escritura conforme d la de la pronuncia-
ciànen Espana y en America. Pondran csto a la visra los tesci-
monios siguientes :
Ovicdo : « Este nombre çavana ' se dize a la tierra que estd
sin arboledas, pcro con niucha 6 aha hierva, ô baxa » {Hist,
\gcfi. ynaî, de las Indias^ V, 5, t, I, p. 144 : Madrid, 1851-5),
« Que si desto no se aseguraba, que él se tornaria à salir ;i la
çavana 6 a lo raso « (/i., V- 6, p. 146), <( Llaman çavam los
indios, conio en otro lugar lo tengo dicho, las vegas é cçrros é
costas de riberas, si no tienen drboles, é d todo terreno que estd
sin ellos, con hiervaô sin ella » (/i., VI, 8, p. 183). Todo e^to
trataiido de la Isla Espanola. ♦
Qsas, hablando de la misma :
8 Esta province tienc dos partes, la una de llanos y campinas, que los
indios IJamaban (ahanas, de yerba muy hermosa» como parte y fin que son de
la Vega Real y grande, y duran dicz y doce léguas algunas délias, con algu-
nas manchasde arboledas... » (Hist. de las Indias^ V^ p. 258 ; Madrid, 187 >-é),
Juan de Guzmdn, habiendo dicho que catwa es voz de la
isla de Santo Domingo, anade :
«c Desta mîsnia isla salieron otros vocablos que cstàn repartidos por todas
las Indios, los cuales aunque son usados de nuestros cspanoles, no saben los
mfômos nuestros, que alU cMin, de dénde fueron aqucllos vocablos, sino
son aîgunos curiosos ; porque canoa por el barco de un palo, ^abatia por la
campana rasa... y otros innumerables son de aqucsta tal fnsula >» (Las Gtàr-
gkasdi Public Virgiîio Maron, I, notaciôn 38 : SaUmanca, 1586) '»
I . En cl Glosario que va al fin del tomo IV, advicrte eî cdJtor que *< los
£spanolcs de la conquista pronunciaron çavana »; de donde colijo que as(
estard en los originales de Ovicdo. Yo he resiablecido la ortografia conforme
d las ediciones que de esta parte de la Historia salieron en vida del autor
(SeviUa, 1S5S, y Salamanca, 1547, ff. ji, 65 ; pues en ambas es idèniica la
foliacîôn).
1. Tomo la cita de Cabrera, Diccionario ât etimologias de la kngua Wi-
UUuna, 1^ p. 91-2. Su^îongo, por la fecbade la edicién, que Gu^miln escri-
blWa çabam à çavana.
126 » MÉLANGES
Juan de Qstelknos, retîriendo el mismo hecho de cuya
narraciôn- es uno de los pasages de Oviedo, dice :
Aqui lîegô con hasta diez soldados»
Dexando l<}s demas en h (avana;
Vio inJîos en c»no2s bien armadoSi
Que le hablaron lengua castellana.
(Elé^tas dé mroms iîustns de îndias, V, 2, p. 102 : M;tdrid, 1589),
Aqui tenemos pues la pronunciacîôn de los conquistadores,
que se halla muchas otras vqcqs^ en el oMsmo escritor, segiin
queda dicho.
a Cômo alla nunca hay inuierno que llegue a firio, y la humidad del delo
y del suelo es tanta, de ahi proviene que las tierras de niontana prodazen
infinita arb«>leda, y las de caniphîa, que ILinian çaïujnas, îiifinita yerua »
(Acosta, Historia natural y moral de hts IndiaSj IV% 50, fol* 175 : Barcelona,
159Î)-
Desde principîos del sîglo xvn, cuando ya en la ortografia
se confundian la ç y la :{, hallamos escrito labana, Antonio de
Herrem^ describiendo en sus Décadas la Espafiola, dice que
Diego VeUizqucz poWô el ano de 1503 <« a Satvaticrra de la
Zabana^ que significa Uanura y praderia en lenguaje de lodios «
(Dfjfr,, VI : Madrid, 1601-1615 *). Asi en la Dragonka de Lope,
ff. 350 v^j 394 v'^j 407» 432 V" (ioipresa con la Hcmmsura di
Angélica^ Madrid, 1602); Fr. Pedro Simon en el cuerpo de las
Noticias Insîoriaks de las conquhtas de Tierra firme escribe çavana^
(por ejemplo, pp, 321, 324 : Cuenca, 1626-7); pem en
Tabla para la intdigenda de algunos vocablos d^sîa Hisiorta se]
lee : « Zabana, se llama toda la tierra que no tîene monte, sea^
llana, ô doblada. » Con :^ esta también en la Historia général de
las cmiqiiisîas del Nuwo Reyrto de Granada por Fernindez de
Piedrahita(I, i, 3, p* 18 : Amberes, 16S8).
En el siglo xvui, parece que, perdida la tradiciôn en Espana,
y conservada la palabra de viva voz entre los americaûos, éstosi
la escribieron con s como la pronunciaban, y en la Metrô-
poli, por oirla asi, la escribieron de igual manera. Con esta
ortografia esti en la Historia de la pnwincia de S. Antoftino
t. Es curioso que en la edicién matntense del stgio xvui s« ha3ra puesto
çabana.
LE CRI DE LA BETE DANS LE DAXIEL DU STRICKEk ÎZJ
del NueiH) Reyno de Gratiada de Zamora, natural de Bogota (pp.
15, 131 : Barcelona, 170 r); en la Historia delà cmquisia y
poblaciôn de la provincia de Vene^iula por Oviedo y Banos,
jiatural también de Bogota y vecino de Caracas (pp. 34, 35 :
Madrid, 1723); en la Historia de la provincia de la Compania de
Jésus dt*l Niicw Reyno de Graruida de Cissani (p. 26 : Madrid,
1741); en el Diccianario de Alcedo (Madrid, 1786-9), etc.
A juzgar por el siguienie articido del Diccionario de voces
espanolas geograficas, publicado por la Acadcniia de la Historia,
podiera decirse que à principios del siglo xix los espanoles que
no tenian que ver con las cosas de America, desconocian com-
pletamente nuestro vocablo : « Sdbana, s. f. Lo mismo que
:^abana, Véase; » y no se ve, porque olvidaroii ponerlo. La acen-
tuacion pudieron sabcrla por Alcedo, que, para no dejar duda,
escribe sabàna, poniendo el acento en la peoùltiraa,
R. J. CUERVO.
LE CRI DE LA BÈTE DANS LE DJNIEL DU STRIO^ER
Dans le fiintastique roman en vers du poète allemand
le Stricker ioiitulê Daniel se trouve un épisode dont la couleur
celtique me paraît indéniable; je veux parler de celui de la
» bête î) qui garde rentrée du pays de Cluse, gouverné parMatur,
Tennemi d'Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, La
bête, «t fondue en or », avait la gueule bouchée par une
bannière (banier), Otaît-on la bannière, la bète poussait un cri
si affreux que ceux qui l'entendaient tombaient à. terre privés
de sentiment. Arthur et ses compagnons, Iwcin, GaweinetPar-
cival, éprouvent les effets désastreux du cri de la bête. Heureu-
sement Daniel lui renfonce la bannière dans la gueule. Par la
suite, quand les Bretons qui assiègent le château de Cluse se
voient pressés par d'innombrables adversaires, ce héros, non
moins avisé que brave, a Tldée d'utiliser les propriétés delà bête
pour triompher de Pennemi* Il conseille à Arthur et aux siens
de se boucher les oreilles et retire la bannière. Les assiégés
tombent aussitôt évanouis, et la ville est prise sans coup férir,
grâce à cet ingénieux stratagème \
li Le poème de Danid a été édité par G. Roseah;igen, Breslau, KoeVoer,
128 MàLANGES
La croyance i Texistence d^ètres dont le cri fait mourir^ ou
tout au moins prive de sentiment^ se retrouve dans la littératurt
galloise. Le mabinogi de Lludd et Lîevelys cite au nombre
des trois fléaux de Tile de Bretagne w un grand cri qui se
« faisait entendre chaque nuit de premier mai au-dessus de
ce chaque foyer. H traversait le cœur des humains et leur causait
« une telle frayeur que les hommes en perdaient leurs couleurs
w et leurs forces, les femmes leurs enfants dans leur sein, les
« jeunes gens et les jeunes filles leur raison. Animaux, arbres,
« terre, eaux» tout restait stérile ' ». Une triade ajoute quelques
détails : «Trois oppressions vinrent dans cette île et disparurent:
« l'oppression de March Malaen^ qu*on appelle Toppression du
« premier mai, l'oppression du dragon de Prydein, Topprcssic
« du magicien. La première venait de l'autre côté de la mt
« La seconde, etc. ^. »
Ainsi le monstre fantastique, ennemi des Bretons, dont
cri au premier mai * causait de tLlles calamités, s'appelait Marà
Malaen^ c'est-à-dire ^ cheval de Malaen ))j^et son souvenir est
resté longtemps dans le peuple**. Il ne me paraît pas douteu
que la croyance aux cris surnaturels ne soit venue en Galles i
rirlande. 11 est question en effet dans Tépopée irlandaise de cris
magiques poussés par des héros (Cuchulainn), par des femmes
(Mâcha ^) ou par des objets inanimés (les vagues, la pient
de couronnement, un bouclier), et on retrouverait sans doute
des témoignages de cette croyance encore aujourd'hui*
On a cru longtempe que le Stricker avait eu un modèle pro-
1S94» în-8, Bartscli en a donné en 1857 une longue analyse en icic de sot
édition du Kati der Grosse du Stricker, p. viii â xxxiv. Les passages «onc«f-
nani « la b^te 9 se trouvent dans l'éd, Rozenhagen, v. 758 sq. (p. ig sq,},
et dans ranalysc de Bartsch, p. xii, xvn, xvni et xxiv.
1. ïrad. J, Loih, I, 176.
2. Trad. J. Loth, II, 278.
^. Les prodiges (apparition s> enièvements, fléaux de toutes sortes) ont liai
généralement chez les Gallois et les Irlandais le i**" mai, le i» août ci k
1*' novembre, qui sont les points de départ des trois saisons celtîqu<;s,
4. (t Un dicton gallois, à propos de tout bien dissipée dit que c*est parti sut
le cheval de Uzhçn {Camhro-Britûn, I, t2>). » (J. Lotîi, II, 27S, note 5.)
5, Le cri de Mâcha occasionna*» la Neuvaînc des Ulates », qui condamnait
les habitants miles de l*Ulster à subir une fois en leur vie les douleurs de
LE CRI DE LA BÉTE DANS LE DANIEL DU STRICKER
129
vençal ou français ** M. Rosenhagcn a montré * que le Daniel
est une composition originale. Seulement rnuteur en a pris les
éléments de droite et de gauche. Il p.iraît difficile d'admettre
qu'il ait pu avoir directement connaissance des légendes cel-
tiques. Il a dû emprunter Tépisode de hi « bète » a quelque
poème ou conte français aujourd'hui perdu.
Selon M. Rosenhagen, le Daniel aurait été composé entre
1210 et 121 s ', Le mabinogi gaîluis de Lludd et Llevdys est sans
doute contemporain, car il s'inspire de Gaufrei de Monniouth,
oû plutôt du Bri4t Tysilio* , qu'il a combiné pour fabriquer son
petit roman historique, avec des contes populaires sur les Kora-
nieiî^ le cri du premier mai et le magicien endormeurï. Mais,
bien entendu, ces contes ont un passé reculé. II n'est pas dou-
teux au surplus que rintcrmédiaire français, présumé, do Daniel
n*a pas puisé dans le mabinogi : tous deux ont, pour cet
épisode, une source commune, incontestablement celtique.
Pour terminer, je suggérerai que la ft bcte » (le march Malaen
des Gallois) est peut-être Ténigmatique ksU glatissant dont il
est question incidemment dans quelques romans de la Table
Ronde.
Ferdinand Lot.
renfaniemcnt « pendint cinq jours et quatre nuits ou pendant cinq nuits et
quatre jours ». Voy. d'Arbois de Jubainville, Cours de lia. ait., V, 275, 3x4»
403 J98.
1. 1^ Stricker se réfère à AJbcric de Besançon, ce qui est certainement un
mensonge dans le goût du temp» (cf. note suivante).
2. Unkrîudmngtn ùher Daniel i>om BlulHndfii Taî vom S tricher, Kiel, Schardt,
1890, in-8 (voy. Rùm,, XIX, 371; XXIV, 6oi, 633).
3. Op.cit,, ti).
4. Le Brut Tystlio est une traduction g;iIloisc de VHistoria Britonum de
Gaufrei (d'après des mss. disparus aujourd'hui).
5. Les Koranuit sont dcsctres fantastiques (ils viennent du pays dePwyU),
qui surprctiaient toute conversation sur la surface de Fîle, si bas que Ton
parlât. (Xuant au magicien voleur de nourriture et cndomieur, il a une
saveur irlandaise qui ne trompe pas (vay. en particulier les pp. 1 81-181 de k
trad. J. Loih).
COMPTES RENDUS
Dr« Gustav Schlbssinger. Die altfï*aiizœslschen ^^œrter in
a Machsor Vîti^^ n naeh der Âusgabe des Vereins
H Mekize Nirdamim »>. Mainz, Joh. Wirth*sche Hofbuchdruckerci,
A, -G., 1899, 104, in-S.
Le travail de M, G. Scbicssîiiger est une utile contribution à Tétiide
des glosscs hébréo-romanes ou des loazim, comme i*ai proposé de les
appeler '. Malheureusement^ il ne me semble pas que l'auteur ait des notions
suffisantes d'ancien français, ce qui est regrettable dans une matière où il est
presque plus utile de connaître notre vieille larigue que celles de la Bible et
du Talmud. Je ne discuterai pas dans ce compte rendu la plupart des élymo-
lagies données par lui, ni la manière dont il croit pouvoir assigner aux gloses
les caractères du dialecte bourguignon : je pourrais tout aussi bien démontrer
que les gloses sont catalanes ou picardes. Je me bornerai à apporter quelques
rectifications de détail aux explications qu'il propose.
Je cite les loazim d*aprcs le fol. des mss. Le Machsor Vitry^x contenu dtss
deux mss. du British Muséum, Add. 27200 et 27201, Le catalogue du B. M,
en doone la description suivante : « Originally compîled by R. Simbah, a
pupil of Rashi. VoL IlaJso contains rTlSN ''piD with a Qjramentiry slighUy
iniperfect, Vellum. ff. 182 and 268. Folio ; xiii-xrve s. » Il se trouve en outre
dans un ras. d'Oxford, que je n'ai pas eu à ma dbposition, H est regretublc
que M. Schlessingcr n*ait pas songé à voir lui-même le manuscrit ou tout
au moins à faire collatîonner les toa^im : il m'aurait tout d'abord évité ce
travail long et fastidieux, et ensuite il aurait gagné beaucoup de temps en
n'étant pas obligé de raisonner parfois sur des données fausses.
1. iragiéfs n'existe pas en anc. fr. Le loaz ne peut d'ailleurs être ainsi inter-
prété : il faudrait C^^ilts ou même t?N^^i*^'û. Il faut évidemment lire S au
|icu deT3et Ton a ïy^^-^s = fris, part» passé à^ frire et exemple intéressant
du sens de frire qui devait plus tard se développer dans le mot friandise,
S a) est écrit Tffns et non ©li2- 1, 19 û. — 8» Lire ]W^13 (ibidem) et
ir Cf- Pmtims dt thèm Ûti Ëihts dti*£coU des Chartes, 18^8, p. iç-ié, Li thèse même
ett en court de publtcauon d»a» U Het^m des Études fmim. Cf. H ooiedc M. Schlessingcr
«onceniAot cette «ppelUtîon hébraïque» p. 7.
scHLESsrNGER, DU alîfrani. WorUr in « Machsor Vitry » 131
oon WinS. — 9* Ri«î de sÛr à proposer, mais à chercher à\i côté de rûsti en
changeant le 2 etil. — Lire avec le ms. ï, 11 â : «T-aînti? «21K et
iranscrire : érbe savûkéyre. — 33. Lire avec le ms* 1, 48 a tTlfSp et noo
i:?:iSp, — 25. Lire en ponctuant I, 60 1/ HÏ^S- — ja- «) et ^) ont la même
onhographe, 1, 62 </. — 56. Transcrire cuïture et non « cautère )*, — 37.
Transcrire espigle, forme militant en faveur de Tét^'m. *spictda. — 44.
Ponctué 1» 71 a "^^E^g, à transcrire carpir et non te charpir j». — 45. Inutile
de corriger S^^lînSs. —47- Lire inB^tl?, 1» 73 à, — 48. Aucun philologue
ne peut admettre la triple superposition à^eschaper^ nclnimpir^ tnniicier, pour
arriver à la forme eschamocitr^ qui donnerait tsaimoier : c*est ingénieux
comme un tour de passe-passe, mais ce n'est pas plus sérieux. On pourrait
peut-être interpréter par un composé du verbe cimnwiier avec la particule : §s,
d*oû : ESC HAMOSiER»* faire sortir en frappant i», puis simplement * faire sortir»
(cf. latin excuUre). — > i. Lire avec ï, 74 r yiiUO et non ]^n2:D» A Iran-
scrire memeruç (^^nitféruim), « Menbroin » n*existe pas, que je sache, en
anc. fr. — 58. Le ms. 1, 165 a porte K'^^DlSs» qu'il faut changer en
«•^I^'Se et lire plomure (cf. Godefroy, VI, 227 à). — 62, A effacer Tobser-
vation concernant rafne et rafle. — 6^ Le ms. porte L 176 a KiT^TK, non
>K3**>^K. — 66. A lire évidemment KS^£Etî.'^"ip et a transcrire crêspe fole,
la feuille frisât à comparer ave amerfoilk. On pourrait même, fon de ce der-
nier exemple, transcrire, en s'en tenant au texte du manuscrit, crêsfole pour
un cresttfoîe où le /> se serait assimilé à Vf suivant. — 68. Lire avec le ms. I,
176 cnVsi^OH et transcrire AMER FoiLE» ce qui est iroportam à signaler pour
comprendre la notation de 127. — 80. Lire K*i^"^11^K avec le ms. II, 17 a, —
9S.Ainsiponauédansll,6l fr Ml'^pSs HZ'^N. 11 faut changer en Ml^^^Sè
ny^H et lire : èrbe felcaibe. Ce traitement de c devant a (cf. d'ailleurs car-
pir) n'est pas — soit dit en passant — pour corroborer le raisonnement
qui tend i nous montrer dans ces gloses les caractéristiques d'un
dialecte bourguignon. — 97, A lire S^IS et à transcrire poil. Gode-
froy, VK 249 c. — A transcrire littéralement gonnelasques qui
semble, comme l'indique Tauteur , devoir être en rapport étroit
aircc goHêk. — 102. tuS^S, U, 65 c. — 103, Ponctué traS, II, 66 h.
— loj. Probablement à lire cyntsSs = flétris. — iii. Le ms. porte,
n* 74 t, TS^^SKinrp. — 113 Ne doit pas être corrigé en y^xSw,
comme le dit Tautcur. yfïSlîT est autrement intéressant : il nous donne
la figure saisissante de la prononciation d'un groupe (<? + /) où Vï
tend à se vocaliser : ce n'est pas encore smiçê^ et ce n'est plus salçrx
c'est : SOLÇEZ (prononcer ol apparemment comme l'anglais a//). — 1 16
et 117. La main qui a ajouté les gloses en caractères latins est très moderne
(ivn* s. apparemment). — 120. Ponctué II, 109 v y^t2'*^2K' — 121. Ponctué
U, m V, WW^S. — iiî* Peut-être faut-il lire sanbrh ou sahvue, c.-A-d.
tkamvrt, — 124. H, iia r donne : «133^'' et non ^K1i:^>. — 127. Glose
marginale de mëtne gsnre et main que 116 et 117* L( loax est ponaué H,
132 COMPTES RENDUS
lis r : HVlhl, à transcrire : baldaire. Cf. ci-dessQS 68. — ijo. 11 y a bien
dans le ms» II, 1 ï8 i', sa douleur st-ra pour lui. La phrase est ainsi ponctuée
^lS T3 Hlt27 llSil N*C? Sa dolur sera por lui. — 131. Le ms. II, 121 r
4 ; tm^mpJK. c.-à-d. ENCOSÉREs. Cette forme vaut mieux que celle i^uc
propose Téditeur, Uf^impS». Pourquoi le second 1 avant le u? ? — 1)2. I,
122 V ponctué : Nplîa. — i j6, II, 129 r ponctué : KD^nj. — 14). H» IÎ7 ^
ponctué : 1i:2H ^S doit être lu lé at*r (français actuel k Ixiier, aîl.
du Eiîi), — J46. SURPONDRE (?) de super -^ ponere} — 161 Lire 745,5 et
non 74S,îS' *- 165. — Peut-être lire nK^131p:U7 ^ sancotra et à rap-
procher d'un loaz de Gerschom de Metz, Men. 42 h K'^l3S"'p3tï? •» —
167. Je serais curieux de trouver — ailleurs que sur les bocaux des phar-
maciens — le « Schriftlatein w humulm^ et heureux de savoir ce qu*est le
if Mittellntcin », Certes l'auteur n'a pas tort de repousser Tétymologie de
hop pour homlon. Mais il a tort de raisonner sur hmihhn conmie sur homhn. 11
y a la un problème délicat â résoudre *. — 170. Le mot est ainsi ponctué, 1^
128 ^ ; Ma^^riDTp — cortivXyne. U n*y a aucune difficulté et je ne ooiii-
prends pas ce qui a arrêté rauteur, — 171. Transcrire armèles» sans diffi-
culté.— 174, ï, 154 6, donncKiTiH qu^il faut corriger en NIÎ^Netlire évrb.
gr* tjnap. Jamais ûhtr n*eût donné fwri en aucune langue romane et 1K ne
peut être transcrit que ou non point « 1. — 175, I, i jS d W3pl, — 177. Ms.
ni3 =/or<f. —178 Ponctué ansia.
Louis Brandik,
Orson de Beau vais, chanson de geste du xji« siècle» publiée d'après le
manuscrit unique de Cheltenham, par Gaston Paris. Paris, Firmin-
Didot et Oe« 1899 (Société des anciens textes français).
On sait d'avance qu'une édition préparée par M. Gaston Paris non seule-
ment satisfer.t les exigences, si rigoureuses qu'elles soient, du philologue et
du linguiste, mais encore qu^dlc témoignera d'un bout à Tautre d'une con*
naissance — presque sans égale aujourd'hui — de la vie du moyen ige.
L*édition que voici ne fait que confirmer cette observation.
Si je viens ajouter ici a Toeuvre de Tédlteur quelques remarques insigni-
fiantes, c'est que mon intérêt pour Orson de Beauvais avait été éveillé en 1873
par une lecture que le possesseur du manuscrit unique avait bien voulu me 1
x< ÇS»op, cii,^ article lanadire^
a« Cf. 9p, rtV.. article b0mhm,
|. Cf. oft. àt., article èvre, — Un autfc rapprochemeat avec les loaatcn de Gcrichoin
permettrait d'eipU^acr i6. l^^l ne serait autre que hufed, c*eit-à -dire -7^0*3^
donaé par le mi. 4*Oxford (cf. moo article fur ce mot op. cU,). Mai* 37 reste une éoigme
potir mu*
Orson de Beauvais, p. p. g* paris 135
permettre lors «le mon séjour dans le garJen-ioum de Chelicnham . Une ana-
lyse rapide, écrite au crayon, était tout ce que j'emportais alors comme résultat
de ce petit travail*.
Le scribe, comme le constate M. Paris, était lorrain. Quelques petits traits,
comme la confusion des propositions per et por, me font aoire qu'il apparte-
nait plutiSt au midi de la Lorraine* et je chercherais sa patrie dans le dépar-
tement actuel des Vosges ou dans la région avoisinante. On retrouve la plu-
part des formes dialectales du texte d'Orsofi dans quelques-uns des Documents
rares ou itiMiti de TMitoirt du département des Vosges^ Épinal, 186S ss, ; voyez
par exemple les chancs publiées au t. I, p. 172; au t, III, p. 28, 29, 144.
L'auteur d^Chson était, suivant M. Paris, soit du Beauvaisis, soit du Vcr-
mandois. Je serais peut-être un peu moins aSîrmatif, mais dans le fond je lui
donne raison. Déjà îa terminaison ornes, de la i^* personne pL du verbe,
fréquente dans (}rion, nous contraint d^éloigiier le texte de la Lorraine et de
le rapprocher plutôt de la Flandre ou de la Picardie,
La chanson a été composée, suivant l'éditeur, vers n8a-ii8$ au plus
tôt (p. xxxvj, xxxvii, Lxxvii), Arras, réuni â la France en 1191, fait encore
partie de la Flandre» ei Jérusalem, arrachée aux chrétiens en 1187, paraît
encore être paisiblement occupée par eux. Ces raisons ne rae semblent pas
tout à fait probantes. Un poète qui avait vécu avant 1187 pouvait, bien qu'il
composât son oeuvre au commencement du xm^ siècle, supposer pour
l'époque de Charles Martel Tancien état de choses. Il n est pas non plus
nécessaire, tant s'en faut, que la composition de sa chanson ait été antérieure
à la réunion d*Arras à la couronne. Je ne trouve pas dans Orson de trait lin-
guistique qui oblige à le placer avant le %im siècle. Je signale ici mile
employé comme singulier (2068), wï7 comme pluriel (5227).
L^éditeur juge que la Bexion à deux cas a été parfaitement observée, sauf
pour quelques mots de la troisième déclinaison latine. On trouve employées
comme nominatifs les formes nei'cui 2090, garçons 708, Mihn 656, 1806*,
et comme accusatifs les formes On 827, conpaig 61. Le poète, quoique s'ef-
forçant de former des rinies pnres, est souvent tombé dans l'assonance, ce
qui nous enlève la ressource ordinaire de la recherche philologique. Cepen-
dant remploi, au n. sg., de mveu:^ à côté de wiVj, de Mûon ^ côté de Mxks^
plaide singulièrement en faveur de Thypothèse qu'il employait comme nomi-
natifs, selon les besoins du vers ou de la rime, tantôt fa forme de Tancien
nominatif {U murs), tantôt celle de l'ancien accusatif (k mur) y. Cette même
I. [En remcrcÎAtii mom ami H. Suchier de ses iotérc&ssmtes observations, ]t me per-
mets d'âiouter une remarque h. qaelqiies*tines d'entre elles. Dans h plupart dcji autret»
je lui donne volontiers riison; pour ceruines, d'un caractère plus général, notamment
celles qui concernent l'époquCi le dialecte, etc.^ je laisse au lecteur le soin de décider.
- G. P.|
1. On tait que nwi 3)17 comme n. s^« art déjà dam Chrétien de Troyei.
%, [Je ne croîs pas la conséquence juste : les forme:« nettui, garçons^ ctc.^ ne sont
i^
r34 COMPTES RENDUS
hypothèse estsugg<irée encore par une autre réflexion. La laisse I se compose
d'un vers en ait (dontU ver sunihien fait) et de cinq en ais. Or, comme le poète
a rimé en ais les douze vers de la laisse LXV, il est à supposer que les six
vers de la laisse I rimaient aussi exactement. Il est d'autant moins probable
quHl ait commencé sa chanson par une rime imparbite que dans le vers en
question il vante la bonne qualité de ses vers. J^écrirais donc sans hésiter
dont les vtn sunt bien fais, et de même partout où un rajeunissement scm-
blable de la flexion peut servir à rétablir la rime, comme au v, 277 quant
a fors fu paranSf qui est le seul vers en ans dans une laisse toute en ont.
Comme le texte â'Orsôn dans le manuscrit unique est fort corrompu»
l'éditeur a dû faire» pour ïe rendre lisible, des centaines de corrections,
presque toutes heureuses. La contribution qu'y apporteront les remarques
suivanies est bien modeste.
5 Contais, nom de lieu du Berri. Peut-être Touchay (Cher)?
102 affQuter, qui suivant le Glossaire serait pour esgouter, semble identique
à l'espagnol agotar. Voir encore agouter dans Godefroy.
110 ms. Bor m drap ne escrin. Cette leçon {Bor pour Sort, p. xtit) roe
semble soutenable.
172 L'éditeur a changé en qui tous les qiu employés comme nominatifs do
relatif. Il aurait pu laisser subsister ce trait lorrain, d'autant plus que le poète,
qui en élide parfois la voyelle (p. xxrx), ne doit pas non plus avoir ignoré ce
qm du scribe.
196 Ne iaut-il pas Clmaïons comme au v. joa ? Le second et serait alors à
supprimer,
198 Bakciif situé entre Clidlons et Rome, est peut-être Tun des deux
Baldissero en Piémont, B. Catmvest, B. Torimse, qui existaient déjà Tun et
Tau ire au moyen âge.
2} 8 aseûrei dans deux rimes consécutives. J'écrirais au v. aj8 fttf iUU mie
ansiei (259 // t*int as marcheam.,.),
244 doi maxeltir, « doigt annulaire », semble dû à une confusion faîte pir
le poète entre maisseier^ terme propre aux dents (2124), et mecimî^ terme
propre à un doigt. Voir pour ce dernier mot Godefroy, art. mtcinalt et Du
Cange, art. dtgitus (nttdUinalis),
aj6 Ici lédiieur a admis hs comme forme de l'article. J'écrirais ks^ qui se
trouve panout ailleurs. C'est une particularité de certains scribes d'écrire
quelquefois pour f et ^ pour Or Le nôtre est du nombre, comme Tattesteot
bien des leçons (191, 2j), c^^)*
297 Celkrne, C'^t sans doute Saleme.
pu, M. Suchier le sait micax que personne, des fautes contre la dêclînuson à deux
cis r ce font de nouveaux nominaiifs tirés des anciens accusatifs sur le modèle de la
déclinaison la plus usuelle (cf. Mu^safia, Zur Kritik und ïnitrprtt. tom. Texte, Vil»
p. t;» n. )). Je ne me permettrjîs donc pas de£iire au texte les changements proposés
par M. S,]
Orson de Beauvais^ p* p, g, paris. 133
50a HrU^ forme familière aux miîmes documents de la Lorraine qwî écrivent
juritr pour jurer, etc.; donc à corriger cngaincIncK
349 anmntir reste douteux ; peut-être desmtniir.
580 Vaniaul H a montré a son d^i n^eîi. Les vers de la laisse étant tous en
tr — sauf 572 où Ton peut écrire nmi irm^ rctûrner —, j'écrirais ici fnuisu-
Itr comme 4u v. 244, On s'attend à une épithète de dM,
381 , 604 diut, bute de lecture ou de transcription pour duii, La forme diui
n'est pas lorraine.
439 Nt faiki iteil pîait pour avoir andtirrr : « Ne souffrez pas pour de
Targent une telle affaire. i> L'éditeur (art. tndunr du Glossaire) trouve ici une
difficulté que je ne vois pas *. Cp, mfrir tu andurer 4$o, 575.
666 et 667 Les deux vers se terminent par // traUor Jtîon. On pourrail écrire
au second vers a ^rant deslrucion, phrase favorite du poète.
679 Fort ingénieusement M. Paris remplace ici ûrme^y certainement fautif,
par a ars. J'aurais pensé tout simplement à un mot comme errant,
H77 L'éditeur introduit ici la forme de la négation wf«, bien qu'il n*y ait
qu'un seul passage (5172) où cette forme soit dans le manuscrit. Je propose
d'écrire au v. 1177 ^' quant il n*out k pi, et au v. 5172 : // »en (6d. ncn) a
céans fx>mntequi de ce me desdie.Je suppose que en appartient au verbe desdie,
et qu'il fait double emploi avec de cei, Nat est tellement commode pour les
vieux poètes, quand ils ont besoin d*une syllabe pour allonger le vers, que le
nôtre, dans ses 374$ vers, Tauralt employé plus de deux fois, s'il Taviit
connue.
1197 Après avoir identifié VEslùîU (comp. estôiîk 1258, oroïle 83 3) avec
Esiellaen Navarre, l'éditeur corrige Rofuevau et Espiue cnRoticex'au et Estorgt,
Or il existait alors entre Roncesvalles et Viscarret, tout prés du premier
de ces deux endroits, un couvent du nom d'Espinal avec un hôpital, servant
sans doute aussi d'hôtel. Ce nom pourrait se cacher sous Hspinc, et cette der-
nière forme, toute défigurée qu'elle est, appartenir au poète.
1243 Ms. îa terre et le pontis, éd. la terre et le pais : peut-être la terre dt Pan-
Hf.
1301 Ms. a (éd. oi) est soutenable.
1517 Le roi Basile invite Milon et les Normands à entrer dans son armée.
Sire, ce a dit Miles ^ nous iommes remenant. Je comprends : « Nous demeu-
rons, nous ne partons pas. » L'éditeur» art. remenant du Glossaire, attribue À
ce passage un autre sens que je ne saisis pas *.
1, fl^ forme tirier est-elle propre au lorrain r J'en doute. Je crois que l'on a dit
tirer et tir ter comme tréet tm, viier et viiiery etc.]
2. [Je ne pais, comme le fait M. S.» admettre ymVr» tndurer ^ ew</iir«ç; j'ai précîlé-
mcnt indiqué au Glossaire comment j'entends remploi pcriplinslique de faire.\
j» [Une telle construction me parait peu admissible]
4. [U y 1 dans cet article du GUmairt une confu&ion dont je ne dèeouirre pista
cause : rexplicttioti de M, S. est éndente.)
Ij6 COMPTES RENDUS
1582 t'i oy /ï * ; car o» peut dire : s^ ht plat si,
1455 L'éditeur, p. tlxî, constate que dans 567 vers qui se répartissent »ur
iS laisses il n*y a que le vers 14$$ où Vo de b rîme ne soit pas suivi de
nasale : de France Ja milîour. Je crois que ce vers est à corriger tnde France
lé non. Le vers 141 ï» qui fait aussi exception (/t- vorn commant a /o^, seraatissi
défiguré (peut-être /V vom mant potir Maljon),
1529 Ci cfjti'oiî jurmi hric, son curèrent par de/ors, dans une laisse de
}o vers en ois. Il faut sans doute remplacer par de for s par tn df/ots.
1560 Peut-être t]tt*ûut k jor ^ainf^nit^.
i6îî Dans le Sic^e de Barbastre, Argenté est wne rivière aui environs de
cette ville.
16 j8 Ms, Jeî cotmois a Ja masse que H ai amviee, dit ta princesse sarrastne
Oriente. 11 s'agit probablement d*une mancht- (pic, ntance) qu'elle avait envoyée
i Milon. L'éditeur a mis « Tamàgne', mais c'était son p^re, ci non elle, qui
avait envoyé Vavuïgnc à Milon (v, 1651 et 1664) ».
1880 /i; L n.
1968 se jour ^ 1. h jour,
2} 86 Ms. et éd, Chevanthet^ corr, Cfmmirhoe et comp. ma remarque au
V. 256,
2467 a esconble, peut-être a se conhU,
1518 soti pfre, qui suivant p. 190 serait à corriger en son Jrere, pourrait se
rapporter à la dame.
2540 qtii tant /h vers Hu^ùti. Mieux vaudrait /5f pour/w.
2558 Dt}i fu,,. a son palais ; plutôt an,
2590 Ms, Cl éd. Quil Datcrmt croonles grans pom lor#wlf, J*écrirais Qui il
cravanUront (supprimant Dooti),
2620 Et H ijomme Doon cotintencent a Imchier, La correction de l'éditeur (de
httchier en chacier) me semble superflue, vu les vers 2577 ** ^éjo»
2659 Plutôt rettifi et 2662 fie /. il clkicier*,
2700 rendre serait ici plus tiaturei que kndre,
2^90 a Turs^ L as Turs.
açsi U hardi conhatant, répété dans le vers suivant, pourrait être remplacé
par et h fort mandetneni,
3056 Se trait devers le roi, al prant a amiguîtr. Dans le manuscrit il y a
sans le moindre doute araignier, comme aux vers 3078, 31 Ji» etc. K
3167 ciudrc est une forme lorraine plus difficile à éliminer que U forme
lorraine jurie du v. 3179. Je proposerais par exemple n'ait espee hailîii *.
f , [Mih ici le pronom paraît bien être atone.]
j, [CL la n, 2 de la p, xxiv^ où il faut corriger *iiï en pnt.]
\. [Oririite lui «rait envoyé un pule ticlariant (1V43), S^^ pourrait autsi être qualifié
é.'enyeigne\ manee me parait trop précis en rtgafd de cette désignation ^^guc)
4. [Pourquoi ch a ngçr l'flfi»flfi>r du ms. >]
^. [Il fnut donc retrancher du Glostaire Vxîi. ùiniguier,]
6. (Je doute qne eindre ^oit vraiment une forme lorraine. Je renvoie dans le Glossaire
Orson de Beauvais, p. p. g, paris 137
3J7Î J*ècrirais Î*IU€ pour LilU.
5430 liS orisons de tôs kiapotra^ c'est probablemcni ïc icxie du Symbùîum
aposioïicum divisé en douze phrases que Ton répariissait entre les douie
apàires. Un tel texte, de provenance française, se trouve par exemple dam
Hahn, BihL der Symln)k, y éd,, 1897, p. 76.
3$o) L'éditeur, p. xxv, note i, n^admet pas ducheé îd. On pourrait
cependant écrire de ma grant ditçhei,
ÎS48 diïacU^à\i de latarge.ne me semble pas inadmissible, vu les exemples
dans Godel'roy,
5S70 (Dûnt plûra U dus Ors...) La duchesse s^anfut. Ce s'an fut, pris par
erreur au vers suivant» pourrait être corrigé en si fisi K
3)94 Corrigez traiien ait. Le /r fautif provient du mot précédent.
Halle S.
H. SucmER,
Je profite de l'occasion pour insérer ici deux rcctî6catîons que je dois à
l'obligeance de mon savant confrère et ami A. Longnon.
Par une singulière distraction, j'ai dit dans mon Introduction (p. LXXix,
n, 2, qu'Orsott de Beamms n'était pas mentionné dans Aubri de Trois- Fon-
taines^ J'avais cependant noté il y a longtemps le passage suivant de ce chro-
niqueur (Pertz, SS.f XX m, 716): /Imw 779. lient sub Karolo Ma^no quedam
hisioria eontigit de innoceniia et veftditimtt Ur sortis Beh'ûunsis ducis et de inc^r-
Ùratione ejus in Colimbria stib Y'soredo et de liberatiofit ijus per Miknem filium
^us H de tratiitore Uçone Bituricemif qui Bdisendem nxorem Ursonis et ttrram
Sfiimit^ sed ad malnm exilum pervenit. Ce résumé est fait évidemment d'après
notre chanson telle que nous l'avons : le roi y est identifié avec Charlemagne.
Le nom de Belissent donné à la femme d 'Orson, au lieu d'Ac4linê, n'est dû
sans doute qu'à une erreur de mémoire du chroniqueur.
Au V. 2199 on voit paraître Gui de Vermandois, qui tient d'Ugon, devenu
le maître des possessions du duc Orson de Beauvais, Sautier^ ks pors et les
âistrois^ et qui est appelé au v, 2414 Gui de Sautier, J*ai dit à la Table géogra-
phique» ;i l'art. 5rtw/i>r : n Ce nom est sans doute altéré, et je ne sais comment
Tinterpréter. »» M. Longnon me fait remarquer qu'il faut lire Santier, et qu'U
s'agit du Santerre, nom sous lequel on désignait cette partie de la Picardie
qui comprenait Montdidier, Roie, Chaulnes, Lihons, Harbonnières et Brai-sur-
Somme. A côté de la forme Santerre^ qui a prévalu, et qui est rendue
en latin par Sana Terra dans des diplômes de 877 et 883 (voy.
Allas historique f texte explicatif, p. lay)» on trouve des formes
àrintroduaiQii, où toutefois (stufU mention p. xxit) j'^î otibHé d'h
sertation qu« je m'étais proposé d'écrire sur cette forme; je U dontit
I. [C'est plutôt au v. j^ji que j'admetinis que s* an fut (= t'en /m.i
¥, précédent; on pourrait le rempUcer par entra,]
rj8 COMPTES RENDUS
cuîines dans divers actes cites par Gamîcr dans son Dictionnaire iopo^raphiquâ
du diparUment di la Somme (t, II, pp, joi-i) : Sangtets en 1503, 1440, etc.
Sanguis tersus en 1509, 1522, etc. , SaticUrs en 1517, 1428, etc.» Sanihers ea
ï}B^^Santers en 1390, 5«wtori en j ^Sj ^ Sainthers en 1487. enfin 5fl«/iffi 1379.
Onvoit que celte dernière forme n apparaît qu'à une époque bien récente, naais
notre poème, où Santiers figure à la rime, est la preuve qu'elle est beaucoup
plus ancienne. Il est probable d*aiileurs qu'elle est impliquée dans le dérivé
Santerimse soîum qu'on trouve déjà dans la PhiHppid^ de Guillaume le Breton
(et au xivc siècle dans le Chronicon Sithiense de Jean d'Ypres). — G, P,
Canchoiifi und Partur^fs des aîtfranzœsisehen Troovere
Adam de le Haie le Boohu d'Aras, herausgegeben von R. Ber-
cer. Erster Band : Canchoks, Halle, Niemcyer» 1900; petit in-8 de
vni-530 p.
On ne croirait pas qu*une édition dç textes pût avoir une physionomie,
refléter, comme un livre de philosophie ou de critique, un caractère ou un
tempérament. Celle-ci prouve le contraire : elle n'est point banale. Certaines
parties sont excellentes ; d'autres, non moins importantes, ont été omises
ou négligées ; même dans les premières on se heurte à des partis pris qui
étonnent, à des outrances ou à des excès de zèle qui rebutent, à des erreurs de
goût ou de jugement qui déconcertent, M. B, a consacré plus de dix ans à
cette édition ; il y a li une ardeur juvénile mise au ser\'ice d'une tâche austère
et ardue, une belle continuité d' efforts auxquels on voudrait rendre un
hommage exempt de réserves. Mais le critique doit mettre au-dessus de tout
ce qu'il croit être la vérité.
Ht d*abord, bien qu'il ne soit pas habituel de faire ici des observations de ce
genre, j'aurai le courage de dire tout haut ce que penseront certainement tous
les lecteurs de M. Berger, — même, j'imagine, ses lecteurs allemands. Sa
taçon d'écrire est plus que fatigante : elle est franchement énervante- Ses
phrases sont des microcosmes où se coudoient les idées et les objets les plus
di^arates* Et quelles constructions ! Dans une proposition relative vient
s'intercaler une incidente, gonflée d'une parenthèse, elle-même distendue
par une nouvelle incidente : le verbe n'arrive parfois que quinze ou vingt
lignes après le relatif ou b conjonction qui l'ont annoncé. Il Êiudrail, pour
se reconnaître dans ces emboîtements indéfiniment multipliés, tout un sys-
tème d'engins indicateurs que ne possède point la typographie, L*œil parcourt,
éperdu, cette brousse épaisse, cherchant un point de repère qui permette à
l'esprit de se reposer un instant. Pour ma part, je Ta voue en toute humilité,
il n'est peut-être pas une phrase de M. B. que je n'aie du relire deux ou trois
fois avant d'en embrasser tous les replis. Que Fauteur veuille bien songer
combien la vie est courte, combien celle du philologue est chargée d'occupa-
ÛODS : il prendra en pitié ses lecteurs, et fera cet effort — il est jeune encore
Adan de le Haie, Canchms^ hgg. von Berger 139
' et pcui se réformer — d'alléger et de filtrer son style, de distribuer en cinq
ou six phrases ce qu^il accumule en une seule.
J^ai parlé d'omissions. Dans une édition qui vise à être si complète, on
s*attendrdit à trouver un tableau, au moins sommaire, de la langue de l'au-
teur; ce tableau est renvoyé it une publication ultérieure. Mais i) y a plus :
la langue du poète. M, B. a prétendu la reconstituer; or dés les premiers vers
on est frappé par une graphie très particulière, au moins un peu surprenante.
Onatrendrart quelques explications sur ce point : M. B. lesremet, elles aussi,
à plus tard. N'eût-il point pu trouver» dans un volume de s 50 pages, un peu
de place pour des éclaircissements et des justifica rions indispensables ? Les
huit ou dix pages qui lui étaient nécessaires pour ccl^ il eût, certes, trouvé
a les élaguer ailleurs. Nous ne parvenons même pas à bien comprendre ce
qu'il a voulu, bien qu'il s'en soit expliqué à trois reprises (p. 4, 6, 29). 5ion
.but a été, dit-il, « de rétablir la langue d'Adam, d'après le dialecte stria
{nach der strengm Mundart) d'Arras », de restituer à son auteur « le vête-
ment linguistique qu*tl croit lui appartenir ». Mais sur ta graphie adoptée,
rien de précis. Cette graphie est -elle phonétique? Non, é%'idemment, puisque
M. B. écrit longuement^ fraint. Elle vise donc simplement à reproduire la
graphie usitée dans les documents anésiens contemporains du poète. Mais
on en voudrait la justification j d'autant qu'il semble qu'il y ait beaucoup
de réserves à faire : j'ai lu un assez grand nombre de ces documents et je
vois ici plus d'une forme que je rencontre pour la première fois. Et, dans
Tapplication de ce système, que d'inconséquences (auxquelles, je le recon-
nais, il était presque impossible d'échapper) ! Pourquoi, a côté de 1 n'est (IIJ,
2, i)\ il mptut (XX, 2, })? à côté de Marner (VI, 4, 2), disnuer (I, s, i)?
Pourquoi mndit (XI, i, 2) à côté de cacum (V, î, î)?et M. B. n'admet-îl pas
que ramuîsscment de Vi s'est produit plus tôt devant les sonores que devant
les sourdes? Pourquoi écrire es devant ch (1, 3, i), est devant *(X1V, 4, 7),
m (XIV, I, 3), /^ (XIll, 3, î), s (I, 2, i), sam devant les labiales, sans devant
r (1. 4 5)? M. B, croit-il que, dans le dernier cas, b consonne finale de
CCS mots se prononçait plus que dans le premier? Pourquoi borner i quel-
ques mois la suppression de Vs finale, et ne pas écrire par exemple gtan (ou
'^gram) vahurs (1, 2, 7) comme sam vttr (IV, 6, 2) ?
Dans cette graphie, que de bizarreries ! Pour n'en citer qu'une, la non-
synérvse est ordinairement indiquée par un tréma sur la première voyelle :
jûi (VU, s, 4), trâkiroié (XXIX, 5, 1), géir (II, 4, 2); mais alors pourquoi
h^ane (XXVI, 5,6)?
Il n'y aurait pas à tout cela grand inconvénient si M. B., â côté de sa gra-
phie personnelle, nous faisait connaître celle des manuscrits; mais on com-
prend que cela lui éuit impossible, i moins de grossir du double ce gros
1. Le prunier cbi£&c dé&igne le otnnéro d*onlre de U chAnton, le fécond la itrophet
te troitî^iu, le ven.
140 COMPTES RENDUS
volume. Il faut avouer néanmoins qu'il a éié un peu chiche de variante"
graphiques, A intcrpréier rigoureusement ses indications, ou Tabsence d'in-
dications, oh risque d'attribuer aux manuscrits des formes qu*ils ignorent.
Quelques-unes sont en réalitC' forgées par M. B., comme houdîe pour hoisdU
(sur ce mot, voy. plus loi») ou nnpUus^om empleus (XXVÏII, j, ii), que je
crois un barbarisnne *»
La ponctuation est à ravenani de la graphie. C'est un point sur lequel je
n'aime pas, en général, à chicaner les ^diteurSj chacun ayant là-dessus son
système» qu'il faut respecter. M. B. est évidemment libre de mettre une vir-
gule après une conjonaion ou locution conjonctive (car, cant plus suefte,
IX, f, 5) même quand elle régit une proposition (yt, U XI, 5^ i ; si voi-
renunt, ke XV'II, i, 7), entre le sujet, quand il est complexe, et le verbe {ki
des bons tst^ soitej Jîaire! VIII» 2, 8), inversemem de n*en pas mettre avant et
après un ablatif absolu {sauve nttsperanche VII, 2, 7), de mettre un point
d'exclamation au milieu d*une phrase qui n'a rien d'exclamatif (/i dùtis matts
me rmotweïf ! avufc k printans X, i, t), un point d'interrogation après une
proposition conditionnelle {se fat merchi? fi venrai XIX, 3, 1). Mais il est
des cas où la ponctuation fausse le sens. Par exemple : Ki pour gouir^
é^amùur souframh gage {l\\ 14); le sens est meilleur en plaçant la virgule
après tTamour. M- B. objecte qu'on aurait ainsi un décasyllabe coupé
eo 6 -j- 4 ; mais ces coupes sont précisément très fréquentes (voy. plus loin),
— De chiaus ki sont au-dessus^ D* amour {W : 5, ]) : effacer la virgule.
L'expression eslre au-dessus df^ que M. B. n'a pas comprise, comme le montre
sa traduction, signifie « être maître de, n'avoir rien à craindre de ». Cf. Au
dessus àf me kereîe — Ai esté deus ans (X, 2, 1), où kereîe ne signifie pas pro-
prement « douleur d'amour », mais « difficulté, embarras » en général, — Mais
as hiaus entent tus — A che kHi ont entrepris f — La va merchis! (XXIII, 4,
8-îO)- !1 faut entendre : « Aux amants loyaux va merci [et elle les aide] en
ce qu'ils entreprennent. » Il iaut donc supprimer tout signe de ponctuation
après le V. 9. — Em i*ous ai mis de ravine — Cner et cors, vu et tenon —
Coi ke soit degueredon, — Jou n^ai mais kî pour mi fine! (XXVI, 5, 1-4). Il
faut mettre deux points après le v. 2 et un point après le v. 4. — rra/» me
fisies longuement — Amis^ a mi proiierentt — se vous m^amies hiaument f — ]e
vous amoie ensement.., (XXXJ, 3, 1-4). Deux points après le v. 2, virgule
après j. (Au \\ î, mefistes est le parfait de mesfaire : « Vous avez eu lort de
me prier si longtemps à ce sujet. »)
En parlant plus haut de négligences, j'avais surtout en vue la classîâcation
de» manuscrits. C'était une des parties les plus délicates, sans doute, tuais
I
I
I
I
I
ï. Parfoi* U forme du mot importe grandement au sens : ainsi fXXXï, 1, ç-6) M.B.
ne donne pas b îeçon de Pb** (je m*«n rapporte, il est vrai, à De Coussemaker), «tm
iemb ami^ qui va à IVncontre de foti système, lequel consiste à voir ici, certiiDcmeni
A tort, une chaotoa dialoguée.
n de le Haie, Canclwns^ hgg, von Berger 141
aussi les plus essentielles de la tâche de M. Berger, On ne peut supposer un
insiani qu*il ne s*en soit poini douté ; mais il a fait comme s'il ne s'en dou-
tait point. Nulle part il n'a exposé son système en un tableau d'ensemble :
on est obligé de le chercher dans les indications éparses — et jamais
appuyées de preuves — qui sont données en tête des chansons, ou pluti^t des
premières chansons. Or, ce système est, â mon avis, insoutenable. M. B.
dasse ensemble (en tête des chansons 1, U, III) les mss, :
«) 0, Pb*. Pb7, Pb«, Pb^*;
6) A, Pbs, Pb", Pb'\ Pb^sR*;
y) Pb'ï occuperait une situation intermédiaire.
Or, cette classification se décèle immédiatement comme fautive en ce qu*elle
rend impossible la consiituiion du texte : des leçons divergentes sont en effet
appuyées par l'accord de deux, ou même trois de ces familles supposées,
0*admcis pour plus de simplicité, et sans croire usàm la pensée de M. B.,
que Pb'i forme A lui seul une famille.) Voki quelques exemples, qu'on
pourrait multiplier à rin6iii :
Leçon rejetée :
: et tant m*i sont (} familles);
: tTun ivloir (-^ fa m.);
; qui plus s'umilU (j fam*);
: iw>(r« fam. -|-Pb'*);
: sur k peint (2 fam. -f les
% mss. de b Pantbèrf);
m, I, I : prii (2 fam.);
ï,
I,
9
h
h
9
I.
4,
4
n,
I,
2
n,
2f
2
Leçon adoptée :
ci tant m* en sont (2 fam,) ;
tfun mgart (2 fam.);
ht bien i'w. (^ fam»)i
puisse (2* fam* -^ Pbî)j
sour r espoir {2 fem.);
— 2» j : m puis je (j fam.);
— 2, 7 ; Vamoit autant (2 fam.);
— 3, 2 : soufrar$t } fam.);
— 3, 6 : w<f dame {"^ (am.);
— J, 10 ; poîtr enfant (2 fam.);
tspris (î fam.);
m puis (2 fam,);
raloit autant (2 fam.);
crttmnt (2 fam.);
la hk(2 fam.);
a enfant (2 fam.).
On le voit, M, B. éuit acculé i une difôculté insurmontable; il en est
sorti en jetant lui-même son système par-dessus bord et en constituant son
texte en dehors des principes qu'il avait posés. Ce texte est lisible, mais ce
n*esi à aucun titre un texte critique.
Je ne puis refaire ici tout le travail préliminaire de rédition et ne prétends
point indiquer la situation exacte de chaque tnanuscrit; mais je puis au moins
fixer celle de quelques-uns des manuscrits principaux, et poser ainsi les bases
d'une classification nouvelle. Je les partagerais en deux groupes seulemeûl,
dont le second comprendrait uniquement A» R» et Pb?, et le premier
tous les autres (sauf ceux de la Panthère, dont je ne m'occupe pas) ; dans
celui-ci, les plus rapprochés seraient Pb*, Pb ■, Pb** et O ^
I. Stuf excepûoDs, naturel lemeot : c'est aidiI que pour la cbanfcra II» O empruate
det teçoas lux deai famillet.
142 COMPTES RENDUS
Tout d'abord ?b^\ loin d'occuper une « situation iniermédiaire », appar-
tient certainement au premier groupe et se rapproche de très près de Pb*,
comme le prouvent une quantité de leçons communes, évidemment fautives :
IQ, a, 7 : VamoU autant (H- Pb ') (pour TaioU antant) ;
^ 4, 1 : hià* (pour ttle), faute du rubricateur dans l'original de$deu& mss. ;
— 7 ; î«»if (pour/ttiVcnV);
$» 4 : m cmf (pour m t4fure) ;
i« } : fraint (potiT f^mi} :
' — I, 8 : ke iiêmandfr (pOQT ke rrprout'er);
VI, 4, 5 : c^' î§ Imsi (pour chi laisQ;
Vil, 5,4 : Pb'ï ruja douii J4 fCêms€\ Pb* «/ /a «/aii/i! «Wjf w (pour m fa
de H doutr n eusse auiSi);
Cûtitre V0 cuer (pour amirt vas caus);
en toute contenance cote (pour «if coêttenaftchc eoie);
trais (pour trait).
V,
IX, 4. 2 •
xin,4. i
PbT n'appartient pas au premier groupe (sauf de rares exceptions, où U hnt
admettre quii a connu un manuscrit de ce groupe) \ mais se rapprocha très
nettement de A et R » :
I, 2, 10 : distourher (qui est peut-être la bonne leçofi);
IV, 5, 7 î kar fenvalmius (id.);
XVn, 2, 6 : ^/u/ (avec H'), faute évidente (pour fnds) admise par M. B*
dans son texte ;
XVII!, t, 4 : en nu soufrattcfje (avec R '), faute admise par M. B. ;
XXIV, 2, 4 : iwûW5/r^ (avec R'X faute admise par M, B, »,
Pb>« est de tous les manuscrîts le plus difficile à classer : il semble pour
quelques chansons avoir fait des emprunts aux deux groupes * ; mais en géné-
ral il se rapproche beaucoup plus du premier, spédalemetît de Pb*, Pb«, Pb**
comme le prouvent les fautes suivantes, qull a en commun avec Fun ou
Tautre de ces manuscrits :
I. Pârntcmple Xlfl, 4, i, traU pour traïr (avec O. P\A, Pb'î); XXXV, i, 8 Jb" voit
(ïï^rec Pb»», Pb»S)' —Cf. le ubleau dcSchwân (p» 33%), où Pb7 est aussi donné comiae
très voisin de A et R ^
3. J'empronte Tiadiciûon de ce» troii dernières fautes i un compte rendu que
M. Goy ptjbliera prochiinemcnt dans U Rn^M Critique, et qn* ri a bien voulu me com-
muniquer en manuscrit. [Ce compte rendu a paru dans le numcrD du 14 janvier].
î. Danî îa chanion K Pb»* a deux fautes communes avec A ! trouver (j, j, pour
mtnm) et cuer joli (J, 7» pour emi joli). Ce sont sans doute ce» fautes qui ont ameaé
M, B« à das^r Pb** comme il Ta fait. Mais outre qu'on peut admettre pcmr ctitte
chanion un emprunt k la féconde famille, ces fautes pouvaient se produire spontané-
ment : la première peut être une résolution fautive d*nnc abréviation et La seconde
tnmt été pfofoqaêe ptr coofosion avec une foimnle très fréqoaite.
Adan de le Hale^ Canchus^ hgg. vun Berger 143
I, I, 9 : «/ tant mi sont (avec Pb*, Pb'^ Pb«»)';
m, î. 6 : iii#dam*(avecO,PbS Pb», Pb'v. Pb«»);
V, I, 5 : eascuns amans {avcc O, Pb*, Pb«, Pb'ï);
VI, I, 5 ; m'en cùvmra (avec Pb* cl Pb'*);
— 2, 8 : Hplm isetQd,);
— 4, 3 : fraint (avec Pb«*);
— 4, 4 : non (id.);
Vn, I, 4 ' ««« (avec PbS Pb', Pb's et Pb'*);
— — : w«*iw (avec Pb", Pb'*)*.
Ce serait une besogne fastidieuse ei trop longue que d'entrer dans le
détail et de montrer en quoi une édition critique différerait de celle-ci ; je
ne crob pas du reste qu'elle en différât très sensiblement, M. B. s*étant réglé
plutôt sur le sens que sur sa classification des manuscrits >,
Je ne puis m^occuper Jonguement des » remarques critiques et exégétiques »
qui suivent le texte de chaque chanson. On me permettra du moins à leur
sujet une observation générale. Il y a vraiment ici excès de citations,
d'exemples, de rapprochements. On demande grâce, on succombe sous Tamas
des richesses. Telle chanson, dont le texte compte 44 vers (n» XX VI), exige
47 pages de commentaire, plus d'une page par vers! Si M. B. faisait école,
udlc croyable masse arriverait à former une bibliothèque d^anciens textes 1
Et corabîen ne faudrait-il pas attendre la pubUcation de ceux qui sont encore
inédits I II y a même trop de remarques grammaticales. Je les crois, quant
au fond, excellentes, autant qu'un examen rapide et très incomplet m*a per-
mis d*en juger ; mais je proteste contre le système : y a-i-il îieu de refaire
une grammaire de Tancienne langue à propos de diaque texte publié? Si
encore le volume était pourvu d'un index (comme par exemple YAuberù de
M. Ebeling, qui n'a pas échappé complètement à ce défaut)! Mais non* Le
lecteur désireux de chercher là sa pâture est obligé de se plonger dans les
1. M* B. ajoute îet PbM; c^est une cncor évidente, puisque U le^oti de PbM cft
déjà dûnoée à )a li^c précédeute, inexactemeat, il est vrai : ce manutctit porte : îâmt
amt vtrs li aMi mi ptmtr,
2. Dtns U même chanju^n (4, ;)« i eo croire b note, Pb>* «arait eocoK ooe dote
commune (tfiHîf pour aini) avec Pb' et Pb»'; mai» il y a là une crreor : ce» trois mM.
portent correcicmcoi oiVi,
|. Dans les trois premières chansons je n*ai relevé qu'on passige un peu important.
m, S, 7-9. tl faut certainement préférer la leçon rejetée en note, qui donn« un tent
e^œlleut et qui est appuyée par Taccord de toute la seconde famîîlc et de Pb7, tandis
que 11 le^ou adoptée ifa pour elle que A et R '. — M. B. dans «es restitutions Cait
preuve psrfois d'une cnceSAÎve hardiesse : il substitue dans quatre passages (Vf« i. é;
Xni, $,6; XXV, I, }; app. I, i, 9) au mot bien connu hoiiâi* le mot beudit, que ie
ae crois pas avoir jamais cjiistc en ce sens; il n'y a pas U une simple erreur de lectnre,
comme le prouve la note (p. 116) où M. B. défend $a confecmre; les six mas. que j'ai
consnltci pour le premier pissage donnent tout hmdù ou kmdiê; de même les deux
, setib qui contiennent le denucr.
144 COMPTES RENDUS
profondeurs de cette seha selvaggia ed aspra e forte. Beaucoup de remarques
enterrées là risquent bien de ne point passer dans la circulation, et ce sera
parfois dommage.
Les notes « exègétiques « sont précédées d'une traduction» qui m*a semblé
en général exacte '; je remarquerai pourtant que dans les passages difficiles»
M. B. me paraît enclin à préférer le sens le plus compliqué, le moins naturel.
Ainsi X!» 4,6» il faut certaiiK-ment ponctuer : re^gars f>our otfvrir cors, pour
cuers dtdans ravir. La métaphore du cœur arraché au corps, du corps sans
coeur, est médiocrement gracieuse, mais elle est claire et très fréquenté (voy.
Chrétien de Troyes, C/î^/j, 4460. SiSo); or, avant de ravir un coeur (au sens
propre), îl faut Tarracher de la poitrine qui le renferme. M. B, traduit bizarre-
ment ; M regard pour ouvrir les cœurs, corps pour entraîner les cœurs en IuL «
— m, 5, 6, ss. : il abandonne un texte très clair parce qu*il s'obstine à ne
pas le prendre dans son sens tout simple et tout uni. Voici le passage qui
rembarrasse : Vom ai servie toudis — hialment^ — maii m chantant — nt puis
de XK>us esîreouU — ni eu phignant , M> B. comprend : « Ma liaison avec vous
m'empêche de chanter », ce qui, dit-il, est ;ibsurdc, puisque cette chanson
est précédée de deux autres où le poète exprime son amour, précisément au
moyen du chant. Mais dans ces vers l'auteur constate au contraire qu'il
chante pour sa dame, mais que celle-ci ne Têcoute pas. — M» B. va parfois
jusqu'à renoncer à un texte clair, ou du moins intelligible, pour en forger un
qui Test beaucoup moins : lll, 5, lO-ti, la leçon de che n'avés pas sivatU —
k cutr au vis est assurée par l'accord de deux familles et donne un sens excd-
leoi. Celle que lui substitue M. B. {de che n'avés pas ser\^ant — au cutr k
vis}) n'est dans aucun manuscrit» — Pour quelques passages difficiles,
l'explication juste a été donnée a M. B., en un mot, par M, Tobler ou
M, Suchicr : même dans ce cas, il ne se résigne pas â sacrifier son commen-
uire^et il est assez piquant de le voir, dans le texte, tourner et retourner
en tous sens deux ou trois interprétations évidemment fausses, alors que
la bonne est indiquée en note(IIL ii li Hl, 6, j; XX, s, i; XXVI, 4, 2).
Les remarques métriques donneraient Heu aux mêmes observations que les
notes critiques et exègétiques. Il y a là une foule de constatations dont les his-
toriens de notre versification tireront parti ; mais ici encore Texcés est sen-
sible. N'est-il pas évident que les trois quarts des allitérations signalées sont
purement fortuites? Alors à quoi bon les relever? En revanche, certaines
particularités n'ont pas été signalées qui eussent mérité de l'être : par
exemple, la fréquence relative des enjambements (XI, 2, 4-5 ; XIX, 2» 2-| ;
1,7-8) et de cenaines coupes du vers décasyllabique assez rares chez la plu-
part des autres poètes >. — M. B. n% si je ne me trompe, signalé aucune
f . Je dots dire que je h'ai examiné «ttcntiranciit que tes dôme premières chsnsans.
a. Coupeten s +S ^ XII, ^,9; XV, 2, î; $. j; 5, 4.— Coupcien 64-4 îH.î, |;
IV, }, 4 ce s ; XIII. a, i ; XIV, 4, a; XVII, 3, a* — Coupes en 7 -K 3 r ti, 4, 1;
XVII, a, 4; 4, 4; XXIX, a. a.
Adan de le Haie, Cafichons, hgg. von Bekgek 145
imitatîon métrique doni les chansons d*Adam auraient été Tobjet ; je puis au
moins indiquer une sorte de parodie : la première it sotte chanson « du ms.
d'Oxford {Anhiv, CIV, îji) est sur le rythme et les rimes de la XIV* de
notre poète ',
H y a en somme dans ce iivre beaucoup de bon, à côté de singulières
lacunes, dont la source paraît être dans un tour d'esprit qui se plaît au com-
pliqué et a horreur du simple ^ Mais ce qui y manque le plus, ce sont en*
core les qualités de forme, Que M. B. consente à sacrifier quelques-unes
r de ses notes, à clarifier sa pensée» à l'exprimer avec plus de concision et
l^e netteté» et la crîiique n'aura plus â tempérer d'autant de réserves les
éloges qu*elle accorde bien volontiers â tant de patience, de persévérance,
à une érudition déjà si étendue et si nourrie.
A, Jeanroy.
Je m'associe au jugement de M. Jeanroy sur le singulier ouvrage de
M. Berger, qui certainement commande le respect et inspire la sympathie
par le labeur considérable dont il est le lémoin et par l'enthousiasme ardent
que fauteur appone à sa tâche, mais qui en même ten^ps provoque le sou-
rire et cause par moments au lecteur une involontaire cataspéraiion. Ce que
je dois malheureusement constater, c'est que M. Berger a eu beau lire
plume en main de très nombreux textes, recevoir les leçons et les conseils
tile M, Suchier, savoir par cœur les livres de M, Toblcr, il n'est pas arrivé à
posséder de Tancien français, qu'il aime si passionnément, cette connais-
sance familière et pour ainsi dire instinctive qui faitqu'on entre dans le génie
d*une bngue, qu'on devine ce qu'on ne sait pas^ ou du moins qu'on ne se
trompe pas lourdement sur le sens et b portée de ce qu'on lit. M. Jeanroy
j 'donne une approbation générale aux traductions de M. B. ; s'il les avait
regardées de prés, il les aurait jugées moins favorablement. Je ne les ai pas
toutes lues, mais celles que j'ai examinées montrent que l'auteur, en des cas
uop nombreux, u*a pas saisi du tout te sens de son texte, et naturelle-
1. Je |oins ici une ou deux observations de détail qui ne se rattachent directement
à rien de ce qui précède. Le couplet 3 de la chanson XV pourrait bieo cire iroîté d'un
couplet célcbre Je Gact Brillé, jadis attribué i Aubouin de Sczanne (voy, G. Paris,
lotrod, à Guillaunu de fhh.p.av); une pensée très Analogue (qu'éprouver son amie
c'est Aimer en égoïste) est commentée dans le roman de la rwUfte, p. 116. — Le cou*
plet 2 de la chanson XVIIÏ parait être une imiucion de Foiquet de Marseille (Ewften-
Ittft jnf'tfufii» dans Bartsch, CbrestomatbU^ p, 1*1). — P. 6a, note, vers la de la cita-
tion : n faut certainement Hrt d'EiCitvalon et nou déiç* Axnilon, Le rot d'Escavalan est
un personnage de Percei'al et de Méraugh,
2. Faut-il ajouter encore que les fautes d'impression y abondent? M. B. a cru devoir
en corriger une quinzaine» dont quclqucs-unciinsignîlîantci.Il estloiti de compte : on
poamit lui en tiignakr des quantités d'autret, notamment dans les textes, où elles
sont particulièrement gênantes.
XXX. to
14^ COMPTES RENDUS
ment cela a eu pour conséquence que le texte a été mal êlabïi et surtout ma]
ponctué (sans parler des points d'exclamation que M. B, prodigue avec une
pudrile abondance). Je dois reconnaître qu'en donnant la traduction des chan*
sons qu'il publiait M. B. a fait acte de courage et de loyauté : bien des édi-
teurs ne soutiendraient pas, s'ils ralTrontaient, Téprcuvc à laquelle il s'est
soumis. Mais il faut dire qu'elle a mis en lumière ce manque de comprélien-
sion que j'indiquais. Je ne veux, dans les chansons d'Adam, donner que deux
exemples, que je prends tout â fait au hasard.
Chanson XV (4 mss. seulement, avec peu de variantes), I 7-to : Li ma!
tfamormse vie Ne tne jmtt fors catillier De goU et de desirier. Au v. 2, M. B.
corrige vie en envie parce que vie reparaît â la rime (V, 7) ; mais la raison est
insuffisante (voy. couvent deux fois ch, XX). Il traduit : «* Die Leiden des
Uebesverlangens lassen mich lediglich den Kitzel (Reix) voîî Wonne und
von Verlangen empfinden. » L'exen:iple qu*il apporte à Tappui de Templor
de chatouiUier dans ce sens est fort douteux ; il faut c'atillier : « Les maux ne
font que me munir, m'armcr, de joie et de désir. » — II 8- 10 : 5ï ne me het
ne n'a kier^ Ains ai un salut levier Par contenanche a le fie. Ces jolis vers sont
fort clairs : « EUe ne me haït ni de m'aime; mais j'ai d^elle, de temps en
temps, un salut par contenance, » M. B. a lu (certainement à tort) aUm
dans deux de ses mss., et il remarque : « Dasungewôhnliche aîeiiexM natûr-
lich und irrigerweisc in Pb '* în das gebrauchliche und auch bei unscrero
Dichter wieîJerholt vorkommende, abcr gar nicht hierher passende a le fit^
«f zugleich • oder « soglcich », das das unentbehrliche Attribut zu contt- j
nanche gar nicht ersctzen kônnte, und von da aus in Pb* in mehr zen traies lï /a
fie geàndert worden. » Mais a le fie signiBe « quelquefois, souvent » (voy,
Godcfroy, qui traduit à tort « ii la fin, enfin ») et convient parfaitement ici;
contenance, qui est encore français dans ce sens, n'a aucunement besoin d*un
attribut. Et qu'est-ce q\i*alesiil « Aksie kommi mit der afrz, und prov.
bckannten Dissimilation» wie sic sich auch bei altfr. fenir gegenûber/«er u.
a. zeigt» von einem Infinitiv aliùer tur zentrales^ aîaisier, lat. 'allatiare, das
eutweder von dem Adj. latus « brcit » kommt und dann « ausweitcn i>,
« vcrbreîtern », « brcit machcn n bi;deutet, sodass par contenanclit altiU
« mil einem breit gewordencn Gesichtc w, d. h, wie wir auch sagen, « mit
eioem vorFrcude breiten Gesichte m heisst oder andererseiis wohl besser
von ad latus « zur Scite « kommt und dann <r zur Seite wenden » bedcutet,
sodass par contmanch aUste dann « mit zur Seite gewendetcm Gesichtc,
Kopfe », « mit seitltch gewendeter Gcstalt u heisst, wie man sie wohl bei
eîncni flùchtigen mit Geichgihigkeit dargebrachtem Grusse zu zeigen
pflegt I». C*est de la divagation pure. £t M. 6. traduit en conséquence :
« Vielmehr bekorome ich einea lelchten Gruss mit sdtlich gewendetem
Antiii£c. * —III igarchon est peu exaacment rendu par « Knabc » ; y^okison
n'est pas très bien traduit par « Veranlassung » ou « Grtjnd ». — IV 8 : Ou nt
set mais cuigaitier, inintelUgîble dans le texte et dans la traduction ; il faut sans
doute lire On, et, avec R* : On ne set mais cui aiâier ; ic on (une dame) ne sait
Adan de le Haie, Cancbons, hgg. von Berger 147
plus (aujourd'hui) à qui être sccourable ». Cela reste douteux, — V, 4 : le
poète vient de dire que la prijvtnde qu^il re<;oit (ce « saîut léger ») lui suffirait
k la rigueur pour vivre longtemps dans la prison de sa dame; tuais il ajoute :
Ei se croistre daigtioil mt îwmorty Viaus Vêle ntc rie, S^en aroU miîlour vu.
Et fermt a merchiier^ c'esi-à*dirc, très clairement i « Et si elle daignait aug-
menter ma ration, rien qu'en me souriant, j*cn aurais une vie meilleure, et elle
mtïriterait mes remerciements. » Voici Finimaginable traduction de M. B. .
« Und selbst wenn sie geruhte» meine Prûgelvcrabfolgung (oder auch « die
Verrâterei g«^en mich »» « meine Verunglimpfung ») 211 vcrgrôssern, wâr s
auch nur, dass sîe mîr zulache, etc. » Et il faut voir le commentaire! —
Envoi : Ue dKsie cambon jolie Feissea H messagierifdsse, « j'aurais fait, j'aurais
bien fait », est mal rendu par a hattc ich einen Boten an sie miichçn u^ollen, *
Qî. XX, I 8-9 : Car casams hee a tksennr^ Puis k'il i tent : « Dcnn jeder
verlangt danach, (dasselbe) zu vcrdienen, sobald er danach strebt. » Je ne sais
ce que M. B. entend par la, et notamment par « dasselbe ». Je pense quc<to<r-
vir est pris ici absolument, et que le sens (d'accord avec ce qui précède) est :
• Car chacun aspire à mériter du moment qu'il sV adonne (à servir
Amour))». —Il, 8-9 je ne comprends pas le sens ât disaervir \ M, B. traduit
« zu nichte geben » et il explique : « Dessertir als Infinitiv = soi desservir
« sich schâdigen. « Mais desservir au sens de « rendre un mauvais office »,
qui d'ailleurs conviendrait ma! ici, n'apparaît pas avant fc xvii* siècle. Peut-
être faut-iî lire avec Fh^^ dessertir^ — VI : M. B, a mis en note la traduction
évidemment juste que lui a communiquée M* Suchicr; mais, ici comme
ailleurs, il laisse subsister dans le texte la sienne, qui est un contresens;
pourquoi? — VHnt>oi est curieux; le poète l'adresse à un ami et lui dit :
« Robert Nasan, je vous ai fourni un gentil garant pour un chant que j'ai
promis de vous fournir. De grâce, sire, tenez-le pour quitte, car je vous offre
ce chant pour remplir mon engagement envers vous ; pour rien au monde
je n'eusse voulu y faillir; qui obtient du crédit sur la foi d'un tel répondant
doit bien tenir sa parole. « Il est probable, d*après le ton de cet Envoi, que la
caution était une aimable dame, qu'Adam demande à Robert de déclarer
quitte, puisqu'il a payé sa dette. M. B. traduit pl^e par « gage » (Pfand), ce
qui est tout à fait inexact* ce mot s'appUquant toujours à une personne, et là-
dessus déclare que cet envoi se prête « zu einer grob materialistischen Inter-
prétation » : l'envoi voudrait dire qu'Adam donne sa chanson en gage à
Robert Nasart pour un prôt d'argent ! Je n'ai pas le courage de reproduire
tout le raisonnement de l'auteur sur cette belle imagination. Mats je dois
citer l'explication qu'il donne d'une strophe des Congà de Baude Fasloul
relative à Robert Nasart, explication qui lui a suggéré celle de l'envoi en
question. Eau de prend congé de Robert Nasart et de Colart Baudin et déclare
qu'il leur donne une part dans ses biens fait, c'est-à-dire dans les mérit» qu'il
va acquérir par sa vie sanctifiée (M. B. traduit : « dass (auch ich) ihnen an
dcn Tiûr widerfahrenen Wohlthaten Anteil geben muss », ce qui n'a pas de
sens); puis il ajoute : Hontes qui nCest monté[i] ou front Fait a savoir tous cheus
148 COMPTES RENDUS
UioniKe des gages sui LiV«ûfr/,c'est-i-dire : « La honte (la marque delalépfëj
qui mVst montée au froni fait voir i tous que je suis aux gages (au service)
de [s;iimj Léonard », c'est-à-dire, je crois, u que je suis en liens », à moins que
, saint Léonard ne soit un patron des lépreux, ce que je ne me rappelle pas avoir
vu ailleurs. M» B.veut lire au dernier vers i Qtu disgagiés fui U îiuart, expli-
quant liuari par *locardum (I), ce qui voudront dire : « denn ich wurde
eingelôst, (der ich) der Schuldner eines Pfandleihers (gewesen bin), » Com-
prenne qui pourra. Et il ajoute avec une tranquille satisfaction : « La situa-
tîon est assez claire »> ; je laisse â ceux qui ne la trouveront pas telle le soin de
réclaircir dans son commentaire. Je note seulement qu'il traduit ainsi les
deux vers précédents (en îlsatît à tort kl pour ki) : « Eine Schamrôte» die mîr
în die Stim gestiegen isr» giebt Allen kund, worin dicsclben (c*est-à-dire les
bienfaits que j^ai reçus) bestehen. » Il est impossible de patauger d'une façon
plus déplorable.
M, Berger s'est beaucoup occupé de cette pièce de Baude Fastoul, ei il
annonce l'intention de la réimprimer. On peut déjà juger par ce spécimen
de ce que seraient le texte, la traduction et le commentaire. Ce n'est pas le
seul. A propos de V Envoi de la ch. U (suppr. le ? au v. 2), il imprime et tra-
duit (p. 62, n.) la str. VI des Congés, ainsi conçue dans le manuscrit unique
imprimé par Barbazan et Méon :
Je me tenroie a trop félon
Se jou a segnieur Nicolon
Depj Castel ne vois congié quere.
N'avoit mie cuer de félon
Au tans le bailliu Nevelon,
Ains que cîs quens venist a terre.
Mal ait li goûte kî î'enfetTC,
Ki si son cors destraint et serre
Que ja mais n'ert de revelon !
Neporquant, s'il fust d*Engleterre,
Et fust cha a fuis pour guerre,
Samble il bien rois d^Eskavalon.
Le sens de cette strophe est : «c Je me mépriserais si je ne deniandais congé a
Nicole du Castel. 11 n'avait pas un coeur mauvais au temps du bailli Névclon.
avant ravènement du comte actueL Maudite soit la goutte qui le tient, qui
tourmente et enserre tellement son corps qu'il ne sera plus jamais J*un
joyeux repas 1 Pourtant, quand il serait Anglais et se serait réfugié ici à cause
d'une guerre, il a l'air d'un roi d'Escavalon, w Ce comte est le comte Robert,
dont ravènement remonte à 1249 • ^''^^l à une époque antérieure que Nicole
du Castel était bien portant et brillant. Malgré tout, il a encore l'air d'un roi,
et, pour la rime, le poète dit « d'un roi d'Escavalon sj, roi qui figure dans le
Pacn'ol et dans plusieurs autres romans de la Table Ronde. M. B. met un
point après Nntl&n, une virgule après krre, corrige (1) à l'avant-demicr vers
EtfusicfM mjouis, pour fer i{=-g/$ir}, lit au dernier desc'Avahn (Barb.-M. des
Kat*ahn) et traduit bravement : « Ehe dieser Graf in die Erde gînge, niôge
die Gicbt vcrwûnscht sein, die ihn fesselt und die seine Person so drOckt
und 50 bcdrângt, dass sie nie mais mehr dîc eines heitcren Menschen (I) sein
wîrd I Qeichwohl wûrde cr, wenn er aus Hngland ware und Kicrselbst
PoTANïNE, Motifs orientaux dans Fépopée occiâentme 149
begrabcn wûrdc, wetin er âuch schon ruhte, wohl sogar in Avalhn als
Kônig erscheineni » Et il n'appelle Nicole du Castel que « le comte Nicolas
du Castel ». Les explications philologiques et autres qui accompagnent cette
traduction seraient divertissantes si on n'éprouviîi au contraire un sentiment
p<inible à voir tant d'efforts cl de bonne volonté si complètement fourvoyés.
Espérons que M. B. lâchera de mieux s'initier au sens intime de notre vieille
langue et de notre vieille poésie avant d'entreprendre son édition du poème
intéressant et difRcîle de Baude Fastoul.
Je ne voudrais pas terminer cette note sans dire encore une fois que la
publication de M. Berger est faite avec amour et lui a coûté beaucoup de
travail, et qu*on trouve dans son prolixe commentaîrc, quand on surmonte
la |>cinc que donnent ses intenninables phrases coupées d'incises et de paren-
thèses et l'agacement que produit son commentaire toujours surabondant et
trop souvent erroné, plus d'une remarque dont on peut faire son profit. Je
souhaite que le second volume, qui doit réunir les /wïr/wrfî d*Adara de h Halle,
contienne encore plus de bon grain et surtout beaucoup moins de paille que
celui-ci.
G. P.
PoTANtNE. Vostotcîinye motivy v sredneviekovom evro-
peiskom eposiei Moskva, 1S99, pp. S93 (Les motifs orientaux dans
l'épopée du moyen Age) '.
M, Potanîne étudie dans ce volume les récits tartares» mongoliques, kir-
guises» kal mou les ettoungouses au point de vue des analogies qu'ils présentent
avec différents épisodes de répopéc française, germanique et russe. Comme
on pouvait s'y attendre, il est le plus souvent question, dans ce travail, de
motifs qui n appartiennent pas à « la grande poésie épique i*, M. G. Paris,
dans son étude sur la chanson du Fikrim^eàe Charltmagiu,^ attiré fattention
sur le fait que Té pi sodé des gabs rappelle un des récits des Mille tt une nuits
ainsi qu*un conte tartare publié par Radloff {Kom.^ IX» p. 9). M. Potanîne,
qui parait ne pas connaître Tarticle de M. G. Paris, ajoute au texte de Rad-
loff des variantes caucasiennes, russes et mongoliques (p. 60-68). 11 a aussi
réuni un nombre considérable de contes populaires qui représentent des
variantes du thème si répandu de la femme innocente persécutée. Suivant le
plan de son trAvail,ces contes sontciassés sous la rubrique de « Berte au grand
pied » (pp» 5-24, 251-259). — Dans on chapitre intitulé « Saint Gilles >\ il
étudie la poursuite d'un cerf miracuJeux par le chasseur mongol Lombou.
poursuite qui rappelle les chasses de Flavius, de Placidas et de saint Hubert.
— Plus curieuses sont les analogies avec \ts principaux « lieux communs
épiques » qu'il a signalées dans \ts, chroniques et les contes mongols et
chinois. Tel est, par exemple, le motif des enfances du héros. Comme Char-
I, Sur h contenu de ce livre, cf. ^mh., XXIX, t(0.
150 COMPTES RENDUS
lemagne dans Mainet, Tchinguiss-Khan, dans un conte kirguise, traité de
bâtard par ses frères, s*enfuit de la maison paternelle. D'après la chronique
chinoise Yung-TcJxio-mi'chi, une aventure semblable est attribuée à l'un des
ancêtres de Tchinguiss, Bodoutchar, et Tchinguiss lui-même rend de
grands services à un roi de Corée, nommé Vanne, auprès duquel il se
trouve dans sa jeunesse, comme Charlemagne en rend à Galafre. Il est
l'objet d'une trahison de la part d'un fils de Vanne et sort victorieux de cette
épreuve (p. 37, comp. 233-250), comme Charlemagne est en butte aux
embûches du fils de Galafre et les déjoue. — Un autre groupe de récits
mongols représente les rois Kharalik et Abatai rapportant d'un pays lointain
une sutue sainte qui amène avec elle le bien-être général. M. P., en étu-
diant ce trait d' « importation d'un nouveau culte », rappelle qu'on attri-
buait à Charlemagne l'honneur d'avoir apporté en France les célèbres
reliques de Saint-Denis. De ces rapprochements et d'autres semblables, il
croit pouvoir conclure qu'il existait sur toute Tétendue du vaste domaine
qui sépare l'Extrême Orient de la France un fond commun de récits légen-
daires, et que les épopées des peuples de l'Europe y ont toutes puisé large^
ment. Cette thèse, que l'auteur poursuit avec trop peu de critique et de
méthode, l'amène malheureusement souvent à des théories qui ne seront
acceptées ni par les philologues ni pai les folkloristes. Ces derniers trouve-
ront néanmoins dans son long et savant travail des matériaux précieux et
instructifs.
E. Anitchkof.
PÉRIODIQUES
Zeitschrift fur romanische Philologie, XXIV, 4, — P, 465, O. DU-
trich, Ueber lVoTt\usammenseiiung,auj Grundder neu/raniùsischenScfyri/tspraclie;
suite de cette importante étude. - P. 489, H. Tiktin, Der KonsonaniUmus
dts Rumànisclyen ; suite. — P» SC>ï' P» Savi-Lopez, Studi d^antico napùlttano.
1. Vinfinitù cmiiugato. On avait à peine remarque jusqu'ici cette particularité
curieuse du napcvUtain du xv^ siècle, qui s étend à Tinfinitif et au gérondif et
participe présent, lesquels, quand le sujet de la proposition est au pluriel,
peuvent s'adjoindre les désinences {-mo et -no) de la ir« et de la 3* pcrs. du
pluriel fune fois -10, désinence de la 2« pers. plur.); M, S.-L. montre que ce
phénomène éphémère et sporadique n'est au fond qu' « un scgno di spropo-
sîtaia cocreiua grammaticale, che non ebbe le suc radici ncHa parlata popo*
lare ». H, -t^e : cette terminaison, qu'on rencontre souvent en ancien
napolitain pour des mots terminés en -I tia, renvoie à une terminaison latine
en -Itie, comme le montre la forme parallèle /iî^i^ ou /a^f= facie; ces formes
— qui, comme on sait, se retrouvent en hispano-roman — ne sont pas dues
à rinfluence espagnole; elles appartiennent au contraire à la période antique
de la langue et n'ont cessé de perdre du terrain jusqu'à disparition complète
devant les formes provenant de -îtia. — P. 508, G. Ebeling,Zw Friedica^mrs
Ausgakt dts Metaugis, NL E.» qui avait donné dans VAnhiv fur das Stndium
der neuertn Spradxn une critique extrêmement longue (27 pages) des joo pre-
miers vers de cette édition, examine ici en près de 40 pages les 1700 vers sui-
VAQts : à ce uux, îl lui aurait fallu encore au moins cent pages pour les
4000 vers restants, et il eût été vraiment plus simple et plus commode pour
tout le monde qu'il donnât une nouvelle édition du poème; aussi paraii-il De
pas songer à insérer dans un, deux ou trois autres journaux la suite de sa
critique. Pour conserver « l'indépendance de son jugement {^Archh\ GUI,
450) «, M. E. n'a pas voulu prendre connaissance des comptes rendus du
Meraugis qui ont paru avant le sien, ce qui fait naturellement qu'il reproduit
souvent des remarques ou des correaions qui ont déjà été faites : il me
semble qu'il y a la un véritable abus, et que les directeurs de revues scien-
tifiques feraient mieux de ne pas se prêter à cette façon de procéder. Le résul-
tat final de l'examen de M. E.,en ce qui concerne rétablissement du texte^
est» comme celui du compte rendu qui a été donné ici, que la classification
152 PÈRIODiaUES
des mss. admise par Téditeur n*est p⣠la bonnt» et que c'est le ms, T qui
aurait dû être la base de rédition. Jl invite M. Frîedwagner à donner de
Mtraugis une petite édition (comme Vu fait] M. Fôrster pour les poèmes de
Chrétien) où il constituerait le texte sur ce principe et profiterait des obser\'a-
lions de ses critiques : le conseil est bon et mérite d'être suivi. Le commen-
taire minutieux de M. E. est d'ailleurs fort savant, comme on pouvait
Tattendre de Fhabile éditeur d'Juhrée^ et contient beaucoup de remarques
précieuses; mais sera-t-il bien commode d'aller les chercher où l'auteur les a
mises? Parmi les propositions d'amendement au texte, presque toujours exceî-
lentes, il en est quelques-unes d'assez forcées et contestables, et Tétymolc^ie
suggérée pour adès (ad de ipso) n*cst guère persuasive» non plus que celle
de [xcTjv pour mon^ qui n'est dailîeurs pas nouvelle» — P, 545, A. Homing,
Zur Bekindlung von Ty mià Cy, M. H. développe et appuie rhypothèse qu*il
avait jadis émise, d'après laquelle, dans certaines sphères sociales et à une
certaine époque, dans des mots qualifiés demi-savants, cy, iy, ce(i) ont abouti
uniformément à la prononciation ^ {s douce), tandis que dans les mots vrai-
ment livresques ces groupes phonétiques sont devenus ç (^v)** L'auteur rend
en effet extrêmement probable cette thèse intéressante. Subsidiaire ment i'
revient à celle» plus générale, qu'il avait sou tt;nue jadis, sur l'importance dei
Taccent dans le traitement du groupe - 1)- et il essaie de Tappiiyer de nou-
veaux arguments. Je regrette de ne pouvoir actuellement la discuter à fond, et
je ne puis que répéter ce que j'en ai dit jadis (Rom., XX 111, 615), a savoir que
les arguments de Tauteur et les faits cités par lui ne m'ont pas convaincu ;
mais ces arguments et ces faits méritent la plus sérieuse consîdéraiicn.
Vermischtes. Zt4r tVoftgeschkhte. P, 556, Horning : esp, akchigar < allcc-
iicare; fr. suie i élève des doutes^ qui paraissent fondés, sur Vétymologie
celtique indiquée par M, Thumeysen (Rotn., XXIX, 615); fr, (roche : connue
rit, traki^QK.^ de iradùce en passant par *traduca •traudca. — P, SS^^
Ed. Schïieegans, Neptunus-lutin ; fauteur suit les étapes de la curieuse trans-
formation du sens et de la forme de ce mot et cite beaucoup de laits intéres-
sants; ra'étant aussi occupé de ce sujet, sur lequel j'aurai prochainement
l'occasion de revenir, j'aî trouvé dans Fétude de M. Schn. plus d'un jcnsd-
gncment qui m'avait échappé. Sur la survivance demi-savante qu'il admet
pour le mot neptunus, je ne serais pas tout â fait de son avis, et il ne me
paraît nullement invraisemblable que des clercs du xiik siècle, comme Gcr-
vais de Tilbury et Thomas de Cantimprè, reconnussent sans peine le mot
latin neptunus dans le mot français miîun ou mion {ce dernier encore très
usité au xiv« siècle: voy. A. Rigault, le Procà de Gukhard, évoque de Troyes^
jjoS*ijîj^ p, 125-126, et mon article sur ce livre dans le numéro de sep-
jembre 1S98 de la Grande Rei'ue). — P. 564, A. Schuïiz-Gora, v, fr» Jais (voy»
Rom,, XXVni, iij) * exemples de ce mot tirés de Foucm de Candie, qui
confirment Tidentificalion de kis avcc/fl/«5. — P, 565. O. Schulu-Gora, v,
7r* «scarimant : Tautcur rapproche ce mot du bas grec ^xapatiayxav (%, d. d^ori-
gine perse), qui désigne un vêtement ample et magnifique en usage dans les
pèRîODianEs
cérémonies à la cour de By?,ancc, et qui, sous les formes scarawangumut îcnra-
tttanga, apparaît dans Liudprand çt des ccri vains postérieurs (toujours affecté
à ce vêtement officiel de la cour byzantinL). J*avais pensé aussi â ce rappro-
cheroent très séduisant ; ce qui me le rend douteux, c*est d*abord la substitu-
tion consume d'un r au second a (ce que M. Sch.-G. aussi trouve surprenaot)»
c'est ensuite le tait qufscarimant est toujours adjectif et sert d'épithète d paik
ou à bliaut (je ne comprends pas comment M* Sch,-G. dit qu'au v. 537 dti
Pèhrituige on peut conserver la leçon la teU d^escarimant du nis. : le vers aurait
une syllabe de trop); le ^nispajjiaYX'^v est toujours un vêtement, jamais une
étoffe» encore moins peut-il servir à qualifier un vêtement ou une étoffe. Mais
à la rigueur on peut croire que le sens de ce mot étranger s*est altéré dans la
transmission orale (cf. le sens iie «riche étoffe* qu'a pris en moy. h, alL le v.
fr. hliaU). — P. 566, Schuchardt, Die romanhchm Nanten derGIockt; remarques
intéressantes sur un article de M, Wôlfllîn relatif au moi campana^ tioîa^ sifftnim^
caccabulus^ etc. — P. 569» Schuchardt, Zur Méthode dtr Wôrtgesrhkhie. A pro-
pos du mot fr, gahitit que M. Meyer-Lùbke (voy. Rom,, XXI V» 510) a rat-
taché à rit. gtidfile, M. Sch., qui donne un dessin du gabieu (toupie de cor-
dicr), montre que les deux mots n'ont aucun rapport, étudie les synonymes
àtigabkn dans différentes langues, et donne aux philologues qui veulent faire
de rétymologie technologique Tcxceilent conseil d'apprendre d abord un
métier manuel pour bien se rendre compte de la forme et de l'emploi de
tous les objets qui s*y rapportent et comparer ensuite les noms qu'ils
reçoivent dans les diverses langues. — P- 571. Schuchardt» fr» calthre ;
rétymologie cti est certainement Tar. qàlib, écarte sans qu'on voie pour-
quoi par y^Dict. ghthaL — P. 571. Sdiuchardt, ragus. *fd\er\ ce nom d'une
monnaie byzantine (JoUana, foUaris) a passé dans le mag. fiUer, — P, 573,
Schuchardt, Ir. thif. \M. Sch. se demande si tie, qui a été rattaché au germ,
tiuhan(voy. Rom,^ XXIX, 208). ne viendrait pas de theca, le gr. OfjJtr^
ayant pu prendre en lat, vulg. une forme *théca à côté de la forme usuelle
thêca. Il est certain quVn français propre thêca >► tie irait tout seul;
mab il ne faut pas oublier que tU est la seule forme usitée en Saintonge, à
côté de lait lige < tactûca, migf -r mica, ûrttigf < urtica, etc. Ni le
vocalisme ni le consonantismç ne recommandent 'theca, même en
admettant que Te ait pu être ouvert. — A. T.] — P. 572, Schuchardt, vén,
fûlpo (c{, Zfitsctïi\, XWV, 416) : r/ provient d'une dissimilation, mais le/» est
devenu/ et non autre chose sous rinfluence|de la prononciation slave.
BesFRECHUNGEV, p. 574, Brûckncr, Charaktnistik der germanhchen Ek-
nunte tm Italiemschett (M. Goldschmidt). — P. 579, /^ livré de comptes de
Jacme Olnier, p. p. A. Blanc, II, t (Ed. Schneegans). ~ P. 581, R. l'obier,
Di4 aHproi*eniaUsc}K Venim der DiUkha Catûuis (R. Zenker). — P. 585,
Riese, Uatcniichungeu ftber die Vtherliefernng dir Enfattcei VtvUen (Ph. A.
^ Beckcr: arrive aux mêmes conclusions que moi, /îfw,, XXIX, 659). — P. ^87,
^Gmmli mrico dtlla Utteratura iiaUana, XXXV, 2-5 (B. Wiese). — P, S89,
Uomania, XXIX, 1 (G.Grôber; M,-L. : conteste les explications de L. Havct
154 PÉRIODiaUBS
pour ûbri el aiUeursy — P* S9i, Archiv fur dos Studium der neueren Sfradn
und Litteraturen, XCVIil (W. Cioètta). — P. 592. Schuchardt, DU Kntà
àner < Kriiik *k [M. Sch. n*est pas satisfait du compte rendu que fai con-
sacré dans ÏSiRùmania, XXIX, 438, au fascicule II de ses Romantschr Eiym^
logiuH, H est panîoiliérement sensible au reproche que je lut ai adressé de
« faire trop bon marché de la phonétique » ; il se plaint de roa « critique t^
qui, à son sens, n'en est pas une; il se plaint de mon « respect », dontQ
semble soupçonner, bien à tort, la sincérité; il se plaint d'avoir parlé àufl
sourd, et quesais-je encore? Sa plainte est éloquente. Je ne crois pas du tout»
ai-je dit, a turbare, et pour rien au monde je ne déserterais *trûparç
que la phonétique peut seul avouer. Là -dessus, M. Sch. s'écrie : « Pro-
fessions de foi, serments d*amour, allusions à un Jossier secret, tout, cxcepît
le langage de la science ! >» Que répondre à cela ? A mon avis, U sdence i
parlé par la bouche de M. Gaston Paris et elle m'a convaincu que •trô-
pare était bien Tauteur de Irouvtr et qu'il ne pouvait pas y en avoir un
autre. Je n*ai pas de dossier secret, mais je ne crois pas qu'il y ait Itcu à ren-
sion. — A.T,]— G, P.
SiEBENTEK JaHRESBERICHT DIS INSTITUTS FUR RUM^EKISCHE SPRACHE ÎU
LeH^zig, hgg, von,.. G. Wcigand. Leipzig, Barth., 1900, tn-8, vij-250 p,
— D'août à octobre 1899, M, W. a parcouru la petite Valachie et les terri-
toires de langue roumaine de Serbie et de Bulgarie; il nous donne les résul*
tats de son enquête, complétés par des recherches de M. Byhan sur quelque»
points du Banat, sous le titre Du rumânischen DiaîekU der Kleincn lP'$jIachtà,
Serhifn<; und Bulgariftts, — M, A. Storch a étudié Tassimilation vocal ique«
yokalbarmonu im RumânischefË . Le phénomène semble de grande importance
dans les diverses variétés du roumain, et tout essai de collection et de classe-
ment des formes obscures qu'il pourrait expliquer doit être le bien\*cao.
M. Weîgand a indiqué par avance dans la préface â ce Jahresherichl les défau;îs
de travail de M. S., travail très incomplet encore et d'une critique trop peu
sévère. Une précision plus grande dans le classement serait aussi désirable*
M. Grammont,dans sa thèse sur la dhsimihtion consonaniique^ avait esquissé
un plan complet et rigoureux que devraient suivre toutes les monographies
de ce genre. Vovci les résultais provisoires auxquels aboutit M. S, : 10 Tassi-
milation (dans les mots, car M. S. n*a pas étudié les groupes) peut être pro-
gressive ou régressive ; 2° dans le premier cas elle se produit le plus souvcn;
sous rinfiuence de la protonique initiale, dans le second sous celle de b
tonique; j» elle substitue plus fréquemment dans le premier cas une
voyelles a, J, 0, «, l â un e ou un î, dans le second un e ou un 1 aux «ut!
voyelles.
Le travail méthodique de M. E. Neumann : Die Bildung der Personalproniy'\
mina im Mumâmscbtn n'apporte rien de nouveau et gagnerait à être nés
réduit
Mario Roques,
CHRONIQUE
Le 5 octobre dernier est décédé à Paris M, Adolphe Hatzfeld, survi-
vant de bien peu à l'achèvement du Dictionnain gMéral de la iatigae française
qu'il avait entrepris, avec Arsène Darmesteler, en 1871, Il était né à Paris, le
17 décembre 1824, d'une famille Israélite (il se convenit, jeune encore, au
catholicisme). Entré i FEcole normale, il s'y prépara à l'agrégation de phi-
losophie; mais, à la suite d*une brouille avec Cousin, il jugea prudent de ne
pas poursuivre cette route que la rancune du terrible philosophe lui aurait
probablement barrée. Reçu docteur es lettres en 1850, il fut nommé profes-
seur de littérature étrangère à k Faculté de Poitiers, puis à celle de Gre-
noble> Des raisons d'ordre privé l'ayant décidé à quitter renseignement supé-
rieur pour reuseiguemeni secondaire, il se fil recevoir agrégé des lettres et
revint à Paris, qu'il ne devait plus quitter. On le nomma d'abord au lycée
Charlemagne, fitialement au lycée Louis-le- Grand, où il tint pendant près
de trente ans b classe de rhétorique avec une rare distinction. Beaucoup
de ses élèves, iirrivés â de hautes positions littéraires, se sont plu à recon-
naître tout ce qu'ils devaient à Tascendant qu avait pris sur eux cet esprit a
la fois vigoureux et fin. Taine fut du nombre, et ne nia jamais sa dette.
HatJifeld avait étudié de bonne heure les questions que soulève la signifi-
cation des mots, ou, comme on dit aujourd'hui, la sémantique. Dès 1^5 1,
mis en rapport avec Louis Quicherat, qui préparait son Dictionnaire frafiçai^
latin, il s'efforçait de lui faire comprendre la nécessité de classer les sens dans
l'ordre logique de leur développement, et non» comme on le faisait ordinai-
rement, en allant du sens le plus usuel au sens le plus rare, Il n'y réussit pas,
et Louis Quicherat fit son dictionnaire tout seul et à sa guise, Hatzfeld songea
dés lors à entreprendre pour son compte une œuvre Icxicoîogique. On trou-
vera ailleurs * des détails sur sa longue collaboration avec Arsène Darmes-
teter pour la préparation du Dictionnaire gmérd. Privé par une mort préma-
turée du concours d'Arsène Darmesieter, Hatzfeld ne cessa de prodiguer i
Toeuvrc commune, qui était encore loin d'être mise au point, les soins les
I. Journal des savants, oct. et nov. 1890 (art* de NJ. Gaston Paris), et Arsène Dar-
mcÂteter, Reliqwi scUniifiques^ L p. xxi cl *. (art. 4c James Dirmcsictcr).
rilÉ
15^ CHRONIQUE
plus vigilams et les plus jaJoux. Logicien de tempérament, il comprenait
toute rimport*ince de Thistoirc ; mais il lui maniquait les connaissances spé-
ciales nécessaires pour devenir, dans toute la force du terme, un historien.
Il avait le respect» plutôt que le sens de la philologie, et il mettait une cer-
taine coquetterie à se défendre d'être philologue. Sa sollicitude allait toujours
de préférence aux iilémcnts essentiels du lexique, les seuls qui, à ses yeux,
valussent la peine d*être mis en plein relief; aussi la place faite dans h Diction-
naîrc gcneraî aux mots techniques s*y est-elle de plus en plus réduite. De
un certain manque d'éi|uilibre entre le commencement et la fin, défaut dû aus:
en partie à des exigences de librairie, que le remplacement d'Arsène Darra
teter par un nouveau collaborateur, M. Antoine Thomas, n'a pu empéchi
de se produire. Malgré tout, \^ Dictionnaire général fait grand honneur à celui
qui Ta conçu et dirigé jusqu*au bout, et à la science française en général; les
distinctions qui viennent de lui être accordées cette année môme, et qui om
été une grande joie pour les derniers jours d'Adolphe Hatzfcld, auront
certainement l'aveu da monde savant tout entier.
L'activité d'Adolphe Hatxfeld s*est exercée dans les sens les plus divers, en
dehors du Dictiomtairf gênerai. II a été le collaborateur de Louis Ratisbonne»
qui vient lui aussi de disparaître, pour un drame en vers, Héro et Uatidre,
représenté à la Comédie française en 1859; il a publié des livres sur la R/pu*
Nique et le Parménide de Platon, sur la Poétique d'Aristote, sur saint Augus-
tin ; il laisse une étude prête k voir le jour sur Pascal. Dans le cadre des
études de la Rontania, nous rappellerons qu*il a été le collaborateur d'Arsène
Darmesteter pour le Seizième siècle en France (1878), et que M. A. Thomas a
tenu à honneur d'associer le nom d'Adolphe Hatzfeld au sien en publiant
les Cvqmïîei îexiccfraphiques qui ont paru ici même (XX, 464 et 616).
— Le docteur Durand (df, Gros), dont nous a%'ons plusd'une fois signale
et discuté les recherches sur la philologie provençale et spécialement sur les
pjtois du Rouergue (XI, 458; XllI, 177; XIV, 517; XVIII, 517, etc.), est
décédé le 17 novembre dernier. Il était né à Gros (Aveyron) le 16 juin 1816.
Les études sur son patois n'étaient pour lui qu'un passe- temps. Ses principaux
travaux concernent diverses branches de la physiologie et de la psychologie.
— Vient de paraître à la librairie Bouillon, dans la BiMiotbêque française dm-
moyen dge, le premier volume de la nouvelle édition de Flamenca, par Paul
Mcyer, édition entièrerocm refondue. Ce premier volume contient le texte,
précédé d'un court avant-propos, et le glossaire, qui n'occupe pas moins de
1 10 page». Le tome second renfermera l'introduction, la traduction et
table d« noms propres,
— Nous avons annoncé il y a longtemps (XVII, 645) le projet de
M. Eilen Lôseth, de Christiania, connu par son excellent livre sur le
Tr titan en prose, de publier le roman de Robert le Diable (il annonçait en
même temps la publication du Ptrcn'aï de Gerbert, à laquelle il a renoncé» et
que doit faire prochainement M. Wilmotte), Ce projet va aboutir. M. Lôscih
CHROKiaUE 157
mettra prochaineinent sous presse l'édition critique du roman en vers de
Rebâti U Diable^ d*apTès les deux manuscrits connus»
— M, J. Vising publiera prochainemeni deux poèmes anglo-normands, la
Plainte à-Amoun (voy. Rcm.^ XXIV, 4) et la Vision ât saint Paul.
— MM* Brandin, Jeanroy et Steffens se proposent de publier le recueil
complet des « jeux partis » du xin< siècle.
— Dans le second fascicule de la Ri vis ta Dalnuittca de 1900 % M. Rartoli
a inséré un intéressant article sul nedaUno mdigena di Daimatia ou dalmaiico^
« qui a expiré !e 10 juin 1898 » en !a personne d* Antonio Udina (dont Ta
Rivista donne le portrait). M, Bartoli Indique aux Dalmates non slaves, très
curieux de l'histoire de leur patrie, un champ d'études qu'ils n'ont guère
abordé jusqu'ici. Nous avons rendu compte du premier essai, si digne de
Tatteniion des romanistes, que le jeune et lélé philologue a déjd publié sur ce
sujet. Il nous en fait espérer d'autres, et nous serons heureux, k Toccasion
de les signaler â nos lecteurs.
— Dans le t. XIX de la Tijdschr. v, Ned. TaaU en LetUrhmde (1900)»
M. Siilvcrda de Grave a inséré une très intéressante étude sur quelques mots
français passés en néerlandais ancien ou moderne, Âhra\ « entremetteuse »,
n'est autre que le nom propre Auherte, attribué dans le fableau bien connu â
une entremetteuse, et peut-être déjà typique (comme Rtcheut, que M. de Gr.
cite à propos); il fan remarquer que d'autres appellatifs français sont devenus,
grâce à k diffusion de notre littérature, des noms communs en néerlandais
sans l'être devenus chez nous : ainsi eems^tunc, u ûh d'Aimon n, penUkruî,
« Pantagruel »* (on peut rapprocher l'emploi du mot laban en danois).
Baanrtii remonte non kbanntret^ mais àb forme ^ primitive bantre;^; on
trouve aussi haamoUt qui semble d M, de Gr. devoir s^expliquer aussi par
une forme française, et où on peut voir en etïet une forme orientale bancroi
{p <; é). — Le néerL cortu (ou corre)^ « charogne «», viendrait d'une forme
picarde carone^ cela paraît assej: douteux, et le berrichon (Littré) carne n'a
rien à faire avec clnirognt (voy. carne dans le Dict. gén.). — Ayant constaté
que le néerl. sprhigaaï vient du fr. eipringa.t (xiii* s,), M. de Gr. recherche
1res ingénieusement l'origine de celui-ci, qu'il regarde comme provenant de
la forme espringahk (dissimilèc de espnngarJc) par un jeu de mots avec un
*cspringaU qui aurait été le subst. verbal d^rspringaler , ^* danser «, lui-nléme
formé ù!*fspringuiUr, fréquent, d'esprittguirr, contaminé avec galtr {fspritigok^
d'où tspingok, serait une forme du français orientai). C'est acceptable, bien
qu*un peu compliqué; toutefois on ne peut regarder ces rapprochements
comme déônitifs, et Torigine à'tspringah reste douteuse, ainsi que le rapport
I. Ce rccucil, qui parait iZara (împrimcric Artalc) et qui termine s» seconde année,
mérite toute sympathie. Nous y remarquons une ciuiic de M. L. Benevenia sur This-
loire de Zâra au xir siècle, et m commeaccment du xui' où on trouve» d'iniéres*
lantes obicrvâtions sur U prise de Zara par les croiitt en laoj.
IjS .CHRONiaUE
de ce mot nvcc t'sprin^mrdf. — Le mot fr. carabin, passé en neeriandait {Mrn^
bijn), à étc par M. A, Kluwcr rattache j un berrichon (?) crapitf, v samv-
sin, grain de peu de valeur *» (d*où « homme de rien », puis « soldjt
d*ordre inférieur ») M. de Gr. rectifie dans le détail plusieurs des explica-
tions de M, Klu>'ver, mais il n*en rejcnc pas ressenticl. Ce rapprochement
paraît bien douteux, et l'éiymologie de carabin est encore à trouver. —
G.P,
— livres annoncés sommairement :
Alcidc Macé» De emendanào Diferentiarum hbro qui mcrihUur u t>e pro-
prietate sermon um » et tsuioti Hispaiensis fsse fertur. Condate Rhedo-
nura, 1900» in-8, de 168 pages. —M. Alcïde Macé prépare une édition cri-
tique du De PropnHate sertnônum ; les longs prolégomènes qu*îï vient de
menre au jour nous montrent que ce n*cst pas une petite affaire et qu*il
nV épargnera pas sa peine. Cet opuscule, jusqu^ici mal connu, sera-l-il de
quelque importance pour b philologie romane? Voilà ta seule questioq
qui nous intéresse ici, et on n*y pourra répondre en pleine connais
sanccdc cause que quand ropuscule sera publié critiquemeni, P, 9-11J
TautcUT fait une petite dissertation sur le lemmc 96 du De Pr\
prittatt sermonum, où il faut tire^ d'après lui : « Tuga, quibus aqua
dcducitur,.. n. Il croit à Texistence d*un mot neutre tugum (et non
tu g a au féminin, comme le donnent les éditions), dès le temps de Cioé-
ron, parce que Cicéron parle d'un personnage du nom de M. Tugio
Cela est bien aventuré: mais ce qui est plus grave, c*cst que M- M. ve
tirer de tugum le français tuyau (en jetant par-dessus bord te pro\*e
ttM et Tespagnol tudillo, dont le d aurait pourtant dû lui servir de gan
fou), voire même l'espagnol tueco (de *t u g ecc u m !) et tuetano (de 'tugc
tan u m M), dont le sens n'a qu'un rapport éloigné avee celui de tugum.
Il aurait été mieux inspiré en rapprochant le lemme 96 d*uQ passage
Grégoire de Tours, souvent cité, où Diez a vu le plus ancien exemple ^
mot français douvt^ et qui se trouve dans le De Gloria nmrtyrum^ 24 1
M. Knischlii togii occuitis, tandis que les anciennes éditions ponent^
occuUis. Reste i examiner si Pétymologie courante, par le grec îoyï^, peut
être maintenue^ ce qui semble peu probable, en présence de Taccord deGti
goirede Tours avec le De Proprietatt sermmmm pour le t initial. — A- T.
La satire des femmes dans la poésie lyrique française du mayen âge.
tîon,,... pour Tobtention du doctorat en philosophie, par Théodore
Neff. Paris, Giird et Brière, 1900, in-8, x-iï8 pages (dissertation
Chicago). — Travail mal conçu et rédigé en un français plus que média
L'auteur, ayant copié sur fiches les attaques contre les femmes qu*il a i
contrées dans les poésies françaises du xili» au xv* siècle, a classé
' extraits sous un certain nombre de chefs qui ne sont pas toujours !
choisis : inconstance, stupidité (mot qui doit être entendu au sens de Ta
CHRONiaUE 159
glaîs stiêpidity), faiblesse d'esprit, irritabilité, manie de critiquer ci humeur
quereileusef loquacité^ etc. Puis il a relie ses citations par des observations
• qui manquent un peu de finesse, pour ne pas dire plus. Mais d'abord l'au-
teur sait-il ce qu'on entend par «r poésie lyrique al Presque toutes ces cita-
tions sont empruntées.^ des fableaux, a des dits, à des poésies morales. On
ne voit pas qu'il ait rien tiré des trouvères. Et puis, il est évident que tous
les textes qu'il cite n'ont pas la portée qu'il leur attribue. Il est ridicule
de ranger Marie de France parmi les contempteurs du sexe féminin parce
qu'elle a traduit une ou deux fables où les femmes jouent un vilain rôle.
Beaucoup de fableaux n'ont pas d'autre but que d'exciter un gros rire chez
des auditeurs peu raffinés; il n'y faut pas chercher d'intention satirique»
ou, si cette intention existe réellement, ce ne sont pas toujours nos poètes
du moyen âge qui ï'y ont mise, puisqu'ils ne faisaient qu'arranger de
vieux contes d'origine lointaine. M, Lee Neff aurait dû tout d'abord appré-
. cicr sommairement la portée des témoignages qu'il invoque et qu'il a le
tort de mettre tous sur le même plan. Ceùi été Fobjet d'un chapitre d'in-
troduaion. Peut-être a-il jugé ce travail au-dessus de ses brces. Mais à tout
le moins nous dcvaît-îl une bibliographie exacte et précise. Celle qui
occupe les premières pages de sa dissertation est toujours superficielle et
souvent inexacte.
Per la biblio^rafia dei Candonrrvs spagntéoU, Appunti di Adolfo Mussaha.
Vienne, 1900, in-4. — Kssai de classification des CafKtoneros castillans du
3tv« siècle, où Témineni professeur déploie ses qualités bien connues de
sagacité et d'ingéniosité. Peut-être cependant les résultats obtenus ne
pjLraîtront-ils pas répondre suffisamment au travail dépensé. Il eût mieux
valu attendre encore. On vient de publier le Canciùnero de Montoro et
une description détaillée d'un autre chansonnier, jusqu'ici inconnu» con-
servé dans la maison de Castaneda : M. Mussafia ne connaît pas ces pubh-
cations. Il lui manque aussi une connaissance exacte des chansonniers de
la bibliothèque du Roi à Madrid. Eo ce qui concerne S., je rappeUerai que ce
ms. est maintenant à la Bibliothèque nationale de Paris, comme l'indique
la préface du Cataîopie des manuscrits espagtwh ci portugais. — A. M, -F.
Essai sur quelques groupes de mots empruntés par U néerlandais en latin krit^ par
J. J. Salvf.rda de Grave. Amsterdam, Mùîlcr, 1900» gr. in-8, 165 p.
(extrait des yerhandelingm der K, Akademie %*an Wetemchappen te Amster*
dam, N. R., D. III, n. i). -- Dans ce travail fait avec ta plus grande cir-
conspection et une critique toujours en éveil» M. de Grave s'occupe des
mots empruntés par le néerlandais au latin écrit, et recherche, ce qui
û'avait pas encore été fait et ce qui fait rentrer son étude dans notre cadre,
ceux qui ont passé par Tintcrmédiaire du français. Il les divise en trois
groupes : ceux qui (à cause de leur forme ou de leur sens) ne peuvent
\'emr que du latin, ceux qui ne peuvent vtnir que du français, ceux qui
pourraient venir de l'un ou de Tautre, ci dans ce dernier groupe il dis-
tingue ceux qu'il y a lieu de aoirc plutôt directement venus du latin et
l6o CHRONiaUE
ceux qu'il y a lieu de croire qui ont passé par le franç^iis. Le résultat est
que de beaucoup le plus grand nombre des mots latins usiics en néerlandais
ont éiè empruntés au français, et que le nombre de ceux qui ont été sûre-
ment empruntés au larin est extrêmement restreint* Ce résultat est fort
curieux et montre Tinfluence exercée de mut temps sur les Pays-Bas par
la culture et la littérature françaises. Le présent mémoire n'est d'ailleurs
qu'un fragment du grand travail qu'a entrepris M. de Gr. sur les mots
français en néerlandais er dont nous donnons dans le présent numéro un
chapitre important a nos lecteurs,
A hiiiory of criticism and lituary tmtf in Europe ^ from the earlitst Uxts to tljc
présent day, by George Saintsbury. Vol. 1, classicaland mediaîval criticisra,
Edimbourg and London, W. Blackwood» J900. In-8, XV'499 pages» —
Si nous mentionnons ici cet ouvrage» qui reste un peu en dehors des
études que poursuit la RotfmmUj tant par le sujet que par la manière dont
ce sujet est traité, c'est il cause des chapitres consacrés à la critique (il ne
s'agit guère que de critique littéraire) au moyen âge. Ces chapitres, au
nombre de trois, sont intitulés : I « avant Dante d, Il « Dante m, III « les
quatorzième et quinzième siècles. » Dante, et dans l'espèce le De vulgari
fhquio, représenterait, pour ainsi dire, îc point culminant de la critique au
mov^cn âge, ce qui, si on s'attache à faire l'histoire du développement des
idées critiques, est un point de vue fort contestable, le De vuigari tloquio
étant resté à peu près ignoré au moyen âge et n'ayant, en tout cas, exercé
aucune iniluence. Disons toutefois que le chapitre sur Dante, empreint
d'une admiration un peu excessive, est riche en idées personnelles. Ci et
là des erreurs (par ex,, p. 422, ce qui est dit de la langue à*oc et de
l'Espagne, il propos de Vulg. tïoq., 1, viij). Dans le chap. intitulé « avant
Dante o, il n'est question que de la littérature latine du moyen âge. Les
auteurs dont s'occupe (iwrfois un peu longuement) M. S. ne sembismt pas
avoir été choisis à la suite d*un examen bien approfondi de cette littérature-
Rien, par exemple, sur Richard de Fournival et sa Bihlionomia. On regrette
que M- S., qui a prouvé par d'autres travaux sa connaissance de la littéra-
ture française en géntTal, n'ait rien dit du sens httèraire qui se manifeste,
dès le Xiii* siècle, chez certains poètes de langue vulgaire (par es, chez ceux
qui apprécièrent Chrétien de Troyes, et au midi chex Raimon Vidal). Le der-
nier chapitre, relatif aux xiv« et xv« siècles, fait une part aux oeuvres
non latines ; mais il est très sommaire, et beaucoup de ce qu'on y trouve
est étranger au sujet.
Li Propriétaire-Gérant, V* E. BOUILLON.
MACÛH, PSOTAT PRÊKES, IMPltUlEUItS.
L'ÉLÉMENT HISTORIQUE
DANS
FIERABRAS ET DANS LA BRANCHE H DU
CORONEMENT LOOIS
FIERABRAS
La chanson de FierabraSy dans la version, du dernier tiers du
XII* siècle, seule parvenue jusqu'à nous, est composée de deux
parties d'inspiration très différente * . La seconde, où nous lisons
les aventure» merveilleuses des douze pairs enfermés dans une
tour à Aigremore avec la belle Floripas, est une œuvre de
remanieur, toute d'imagination ou d'imitation littéraire, non
de tradition.
La première partie est d'allure moins romanesque : elle nous
conte la ruine de Rome par les païens et les premiers combats
livrés par l'armée de Charlemagne venue au secours des chré-
tiens. Tout ce récit existe à peine, à vrai dire, dans notre
chanson^ qui le suppose connu et se contente en général de le
rappeler par de brèves allusions. Mais nous en avons gardé
deux formes plus complètes : Philippe Mousket a fait entrer
dans sa Chronique rimée ' l'analyse d'une chanson dont le con-
tenu était tout semblable à celui du début de Fierabras, et dans
1. Cf. Bédier, La composition de FierabraSy Romattia, XVII (1888), p. 22.
2. V. 4664-4717, éd. Reiffenberg, I, 188-190.
JSflMMMI, XXX* Il
lél M, ROaÛES
le manuscrit de notre chanson conservé ;\ la bibliotlièque de
Hanovre le poème du xn' siècle est précédé d'un prologue, la
Destrtiction de Rofne% qui nous conte avec force détails les
événements survenus sur les bords du Tibre avant l'arrivée de
Charles et de ses pairs.
Le récit de Mousket ne correspond piis exactement aux allu-
sions de Fierabras, L'extrême brièveté de la Chronique et de
cette partie de la chanson expliquent sufRs;imment chez Tune
et l'autre Tabsence de quelques traits; d'autre part il est peu
probable que Mousket ait rien ajouté de lui-même au poème
qu'il analysait. Il est plus remarquable que la Destruction^ si
riche en détails, n'ait pas tous les traits du résumé de Mousket
ou de Ficrahnu ou même soit en contradiction avec ceux-ci^ et
c'est là un point sur lequel nous devrons revenir.
En tenant compte de ces divergences *, et quel que soit d'ail-
leurs le rapport des trois versions, les événements qu'elles
racontent peuvent se résumer ainsi : « Les Sarrasins ont pris
Rome (D, M, F), brûlé les moustiers (D, M, F) et en pani-
cuher Saint-Pierre (D, F), pris er brûlé Château-Miroir
(D, M) et tué le pape (D, M, F). Château-Croissant »' tient
encore avec le duc Garin (M). — Charlemagne, averti par
message, envoie immédiatement Gui de Bourgogne (D, M, F)
et Richard de Normandie (M, F), qui guerroient avec succ^
sous les mors de la ville jusqu'à rarrivée de l'empereur (M, F). »
C'est là sans doute une légende, mais où n'apparaissent ni les
traits merveilleux, ni les souvenirs littéraires dont est remplie
la seconde partie de Ficrabras, et nous ne pourrions accepter a
priori de lui appliquer le jugement de Léon Gautier, qui préten-
diît « établir scientifiquement que le roman de Fierabras ne
repose directement sur aucun fondement historique^ ».
■
1. Éd. Grôbcr, R&mania^ 11(1875), P 1* *^- Brandin» U manuscrit de
Hanovre de Fierabras et ât la Desiructim de Rotne, Romania^ XXVIII (1899),
P 4«9-
2. Pour éviter toute confusion nous ferons suivre chacun des traits de
noire résumé de rindkation de sa source : D, Destruction de Rome ; M, ana-
lyse insérée dans la Chronique de Mousket ; F, Fierabras,
l. Ccst-â-dire le Môle d'Hadrien^ le Chlt eau Saint-Ange, cf. Ratmnia^ IX
(1880), p. 45.
4. L, Gautier, Les Épopées françaius, 3« éd., t. III» p* 87.
l'élément HISTORîaUE DANS PIERABRAS 1^3
Léon Gautier songea d'allteurs loi-même à rapprocher l'in-
vasion sarrasine dont parle Fkrabras et les incursions dans
la campagne romaine des mahomètans d'Afrique ou de Sicile,
mais les Sarrasins é^ Fierabras et Texpédition de Charlemagne à
Rome étaient pour lui un souvenir des Lombards de Désier et
de Texpédition de 773 ; il ne s'arrèra pas à ce rapprochement *.
A. Graf, dans une note plus précise quoic]ue très brève encore,
a rappelé, à propos du récit de la Destntction, le siège de Rome
Lpar les Sarrasins en 846 % et C. Voretzsch a nettement tden-
^tifié, sans apporter do preuve à Tappui de son opinion, les évé-
nements contés par la Desiniction et l'expédition de 846, seule
expédition sarrasine qui ait pénétré jusqu'à Rome ^ Enfin,
dans un intéressant article des Mélanges d'arclmlogie et d'his-
toire de r École française de Rotne*, <i Le poème de la Destruc-
tion de Rome et les origines de la cité Léonine » M, Ph. Lauer
a montré entre les faits de 846 et le récit de la Destruction des
analogies frappantes K
Au mois d'août 846, une armée sarrasine arrive à Rome par
le Tibre* On envoie pour Tarrèter les schlae Saxotmmy Fri-
sonttm €i FratKorum^ c'est-à-dire tes pèlerins étrangers; ceux-ci
sont écrasés ù Porto, et les Musulmans viennent s'installer autour
de Saint-Pierre, que n'entourent pas encore les murs de la cité
Léonine; les trésors que renferme la basilique sont mis à sac.
Une nouvelle tentative des Romains contre les envahisseurs
1. L« Gautier, /. &%, p. 54*
2. Rotmi ntîîa mtmoriat nelk immagmaiiom dd twdio evo, Tonno, 1882 ,
1.1, p. 22Î, ,
3. Ufi¥r die Sage imi Ogkr âem Dâmtt^ Halle, t^ï, p. 8u
4. XIXe année, fasc IIMV. avril-juin 1899, p* 507-361 ; cU Rôtmfm\
XXIX (1900), p, T56.
5. J^avais moi-même dans un travail lu en 189H à rhcole des Hautes
Études (cf. Anmmire de P École des Hautes Etudes ^ 1899, p, 59), mais reste
manuscrit, exposé des conclusions très semblables k celles de M. Ijtuer. Cet
accord, d'autant plus remarquable que j'érudijîs Fterahas^ et non la Den-
trudlon comme M. Lauer, n*cst pas sans doute une vérification de nos
coodusioûs communes» mais c'est peut-être la preuve qu'elles ne sont pas
Sans vraisemblance. C'est ce qui m'a encouragé 1 mentionner ici un travail
resté inédit avant ^^tn extraire quelques additions ou recti5cation$ Â rarticle
iie M. Lauer.
164 M. ROQUES
SOUS les murs même de la ville n'a pas plus de succès. Pourtant,
après an ùchec autour de S,iint-Paul, les Sarrasins se retirent
Li chronique de Benoit, moine de Saint-André-du-Soracte
attribue le mérite de ce départ des Sarrasins au marquis Gui,
chef d'un exarchat lombard» qui ne peut être que Gui de
Spulère. Cest de Spolcte aussi que \'ient l'armée franque, qui,
d'après certaines chroniques, se met à la poursuite des Sarrasins,
Enfin^ dans un capitulaire de 846 dont M. Lauer a montré
toute Timportance, nous voyons figurer comme ambassadeur de
l'empereur Lothaire dans le sud de Tltalie un comte Gui, qui
doit être le même personnage. Peu de temps après Tinvasion,
le 27 janvier 847, mourut le pape Serge IL Je ne sais si la
tristesse de Finvasion y fut vraiment pour quelque chose; Ton
peut du moins affirmer que, dans les mémoires, il se fit un
rapprochement entre la mort du pape et l'expédition sarrasine.
Cest ainsi que k Vie du pape Léon IV ' fait mourir Serge II
« repentina morte n pendant rinvasion, et de même Pru-
dence deTroycs et le moine Benoit.
Le récit des chroniqueurs' et la légende des poètes s'ac-
cordent sur trois points importants : la prise et le sac de Saint-
Pierre, la mort du pape pendant l'invasion, le secours apporté à
Rome par un Franc ^ le duc ou comte Gui. Aucun de ces traits
n'est banal : Ogitr^ Olinel, le Corommeni Loof's nous content la
prise ou Tattaque de Rome par les Sarrasins, mais ils ne
parlent pas d'un pillage de Saint-Pierre, ils ne font pas périr le
pape pendant l'invasion; d'autre part, le 00m de Gui n'est pas
très fréquent dans notre trésor épique. Cela me paraît suffisant
pour permettre d'identifier les événements de 846 et ceux qui
Yorment la trame de la Destruction de Romc^ de Fierabras et du
poème analysé par Mousket,
I
9
Les conclusions de M. Lauer sont beaucoup plus précises.
Dans les événements de 84e il trouve Torigine, non seulement
1. Ub, Pmiif., Duchesnc, II, 106.
2. Je n'ose pas dire» rhisioirc ». Nous n'avons pas de documents origioaux,
les clironiques ne s'accordent pas et ne fournissent pas d'éléments de ciitiqtie
sufBsants. Nous ne pouvons atteindre qu'un ràiit ancien, sans nous pronaii*
L'èLÊMENT HISTORiaUB DANS FIERA BRAS l6^
des traits essentiels- et sommaires communs aux trois versions,
mais aussi de tien des détails conservés par la seule Destruction
dé Rome, Ce poème prend dès lors pour lui une valeur particu-
lière. <t Le poème de la Datructkm^ dit-il, tout remanié qu'il
est, a conserve un fond ancien presque intact, le tableau très
vivant et très exact de l'invasion sarrasine d*aoùt-septembrc
846. La contamination n'a atteint que le dctaiL L'auteur avait
lison de dire :
V. I Ni sera lablc dite ne mensonge pro\vc.
C'est une chanson peut-être presque contemporaine i Tori-
jine, comme U chanson de Raoul de Cambrai, œuvre peut-être
l'un témoin oculaire, de quelque Franc de la scJyola Francûrum
^échappé au massacre, de quelqu'un dest/«rt'i de Loihaire ou de
Tun de leurs écuyers ^ «
Mais le travail de M. Lauer n\i porté que sur la Destruc-
tion : n*y a-t-il pas quelque arbitraire a n*étudier qu'une
seule des trois versions du siège de Rome que nous possé-
dons, i moins d'avoir montre par avance qu'elle a gardé
mieux que les autres la légende primitive ? Or les rapports de la
Destruction, du Fierabras et du poème connu par Mousket sont
loin d*étre clairs, et M. Lauer n'a pas cru devoir les éclnircir.
Il parle même « du poème connu de Philippe Mousket et
retrouvé par Grôber avec le titre de Destruction de Rmie^ »,
alors que le résumé de Mousket et la Destruction nom pas le
même contenu : Mousket nous fait connaître un poème complet
avec un dénouement normal, la défaite des païens sous les murs
de Rome ; la Destruction s'arrête sur une expédition des Français
à la poursuite des Sarrasins rentrés triomphants en Espagne.
Il est évident en effet que la Destruction de Ronw^ dans la
forme que nous a gardée le manuscrit de Hanovre, a été com-
posée comme un prologue à Fierabras, tel que nous le possé-
dons, avec son action romanesque transportée (^ es vaus soz
Moriraonde »>. La Destruction se termine au point précis où
commence Fierabras.
ccr sur l'authenticité dé5 t'aits rapportés, et nous ne devons prétendre ici qu'à
identifier une légende vague avec un récit qui situe précisémcoi les fûts.
I, Lauer, /. c, p. 525.
a. £.. f.,p. Î27.
î66
M, ROaUES
Faut-il admettre avec Grober que cette Destruction et le
Ficrabras remanié forment on tout, sont l'œuvre homogène d*un
seul auteur, ou, au contraire, se représenter la Destrtictim comme
ou prologue ajouté à cette rédaction de Ficrabras ^out des raisons
de clarté? Cette dernière opinion paraîtra seule vraisemblable,
si l'on remarque que la chanson de Ficrabras fait allusion à des
faits que la Desirucîimi ignore. L'auteur d'un prologue fait après
coup a bien pu oublier de les rappeler, mais on n'en compren-
drait pas l'absence flans une œuvre d*un seul jet. C'est ainsi
que le rôle de Richard de Normandie sous les murs de Rome
avant rarrivée de Charles, rôle important si l*on en juge par
les allusions de Ficrabras et le résumé de Mousket, est inconnu
de la Destruction ' ; ainsi encore, Ficrabras suppose au moins
une entrevue de Ftoripas et de Gui de Bourgogne devant
Rome% tandis que dans la Desîrmiion Gui n'arrive à Rome
qu'après le départ des païens. On pourra trouver une autre
preuve à Tappui de cette opinion dans le fait que la Dcstructioti
et Ficrabras ne sont pas d'accord sur la personnalité de Gui de
Bourgogne, Pour l'auteur de la Destruction^ Gui est le neveu de
Charlcmagnc :
Fils crt de sa soror et de sa parenté ».
C'est évidemment le même que le héros de la chanson
Gui de Bourgogne^ le fils de
Sanson de Borgoîgne qui gentils est et ber.
S'a la serour Karl on le fort roi coroné,
El si en a li dus ,i. vallct engendré*.
4
î. Le nom de Richard de Normandie n*apparaït qu'une fois dans la tk»-
tnutim (v. 541) à propos de Stvari de Hongrie^ qui
Cosios germaînf cstoît Richard de Hormaudie.
a. Cf. Fiirahrasy éd. Kroebcr et Scrvois, v. 2257-234^ :
.1. chevalier de France ai Ioniens cnimé :
Gui* a nom de Borgoigne» moût 1 a bel armé.....
Des que je fui 1 Rommc, m*a tout mc^ cuer cmbli*
l, Dtstruction de Rome y v. 1180.
4» Oui de Bourgopu^ v. 216 sqq.
l'élément historique dans FIERJBILiS 167
Fierabras fait dire à Gui :
On ra*apçle Guion, de Borgoigne suî nés.
Ht fils d*ane des filles lu duc Milon d*Ainglcr,
Cousin germain Rolhnt qui tant fait a douter ».
L'auteur du prologue a très bien pu confondre le Gui de
Fierahras avec le héros célèbre de Gui de Bourgogne \ la substitu-
tion inverse du Gui, fils de Milon, inconnu par ailleurs de
r épopée, au « roi des enfants » serait invraisemblable. Ainsi le
Fierahras du xn*= siècle n*est pas la suite ou le développement
de la Destruction^ il en est indépendant, et toute étude sur la
légende du siège de Rome en devra tenir compte.
La Destruction, prologue ajouté au Fierabras, n'est pourtant
pas constituée seulement d'emprunts à ce poème. Elle contient
des traits qu'il ignore et qui sont traditionnels, puisque nous
les retrouvons dans le résumé de Mousket. Elle connaît par
exemple avec Mousket Garin de Pavie, que ne nomme pas
FierabraSy^i de même Château-Croissant et Château-Miroir, Sup-
posons donc que la Destruction procède en quelque manière de la
version ancienne de Fierahras connue de Mousket. Cette ver-
sion disparue serait représentée par trois dérivés, la Destruction,
le résumé de Mousket et notre Fierabras. Dans cette hypothèse
encore Tétude de la Destruction ne saurait dispenser de celle des
deux autres poèmes, et même Taccord de Mousket et de Fiera-
bras sur le rôle de Richard de Normandie devant Rome devra
nous mettre en garde contre la Destruction^ qui Tomet.
L'on peut enfin se représenter la Destruction comme indépen-
dante du poème connu par Mousket et comme remontant à une
forme plus ancienne de Li légende. Dans cette hypothèse, la
û*j/rM^//Wi aura la valeur d'un témoignage, l'accord de Mousket
et de Fierabras une valeur égale, et nous pourrons croire de
préférence l'un des deux, mais non pas rejeter Tautre par
avance.
Nous pourrons d'ailleurs, même en ce cas, trouver contre la
Destruction des raisons de défiance. L'influence du Fierabras
du xu*^ siècle a pu nuire i la bonne conservation, dans le pro-
K V. 3406 sqq.
f6$ M. ioosje
togue du nt de Hanovre, de la cradirion origioale.
Dans Mou>._-, ^ ^rin de Pavîe est encore vivani au moment
de rarrivfa des Français^ il combat i leurs côtés après a^otr
\or T - ' ' Chltcatt-Croissant ; La T n fait
tuer . I -asrns. Pour M. Laner, cc rgence
s'eirpliqueratt peat-ètre par ane simple inexactituiïk de
Moasket '. N'est-ce pas platdt que, Fterabras ayant cessé ée
s'occuper de ce personnage inutile à l^histoire des reliques de
Saint'Dents, il fallait bien le faire périr avant la fin dn pro-
logue?
Hors même de Tinfluence de Fkrahras^ la Dcstmctim z
faussé la tradition ; ce qu'elle dit de Château-Miroir peut nous
en être une preuve, I^ situation de ce château y est incertaine;
tantôt il semble qu'il soit dans Rome :
De Ij cité de Rome veoit hom ti cbné;
£n son de Miraour en seul aikun monté,
Mouh cnir'cls longemem ont le fu csgardé (479 sqq.);
untôt^ et plus souvent, c'est une défense avancée de la viUc,
on fort détaché placé sur le Mont Che\Tel et sans communica^
tîon permanente avec Rome :
Deii k*a roont Chevrel n'i ont règne tin!
5Mvans et Garin sont d chastel monté
La cft ë Miraour..... (644-666).
Cependant M, Lauer a vainement cherché dans la campagne
romaine une trace de ce <r miroir » ou de ce Mont Chevrel, et
il a supposé ' qu*il avait « dû exister » à Porto quelque phare
que nous rappellerait
Il Mirnour doni hotn a tant parlé :
Ki par le hait estage a son chef hors bouté
.XXX. lieues voit bien et de long et de !é (666 $qq.)«
Cest qu'en effet ce Château-Miroir est dans Rome, comme le
laisse entendre le résumé de Mousket, et non hors de la ville :
il n*est pas autre chose que le Miroir merveilleux bâti par Vir-
gile où se voyaient les ennemis de Rome et dont nous parlent
I, L. 4%, p. py, note i,
a. L c, p, 30'
L'èLèMENT HISTORIQPE DANS FIERABKAS I&9
le Roman des Sepi Sages ^ Renard contrefait^ CUomadès^ etc. '. Ce
Miroir est lui-même une forme de la Saîvatio Romae^ et celle*
ci est toujours placée dans Rome, le plus généralement sur le
dpitole *. D'ailleurs le Mont Chevrel n'est que le Capitole, mûtis
Caprittus K L'auteur de la Destruction, en plaçant le Miraour
hors de Rome, a déformé une tradition qu'il ne compre-
nait plus : les détails du poème qui ont leur origine dans cette
situation de la forteresse sont de pure invention. Les scrupules
de méthode qui pouvaient empêcher d'étudier isolément la
Destruciimi se fortifient ainsi d'une légitime défiance pour les
faits que ce poème est seul à rapporter.
Cette défiance nous empêchera de prêter trop de valeur aux
analogies signalées par M. Lauer entre les événements de 846
et le récit de la Destruction, — Laban menace les Français J'un
tribut :
Quatre deniers par an pour lour chieCs rachatcr (149};
pouvons-nous voir là un souvenir du tribut payé quelque
temps aux Sarrasins par le pape Jean \iri ^ ? — Les Sarrasins
viennent d'Espagne par mer. Païen ou chrétien, un héros d'épo-
pée ne peut être qu'un chevalier, la piétaille étant de peu d'in-
térêt* tout naturellement les Sarrasins de la Destruction auront
dans leurs bateaux des destriers et du fourrage pour les nour-
rir ;
Moult fu grans li chalans et ovrés par roestrîc ;
Laens sont les esuibles as destrers de Surie,., (333)
Et de foen et d'avainc, qe servent li destrer(233),
sans que le poète ait songé aux chevaux réellement amenés par
les envahisseurs de 846 *. — Nous ignorons le nombre des
Sarrasins qui vinrent à Rome ; h Fie de Serge II parle d'une
j . Œ Graf, Roma.,.y I, 206, et Comparctti, Virgiîiô nd midio evô^ Livorno,
1872, II, 74.
a. Cf. Graf, /. c, I, ï88.
3. Cf. P, Rajnai Un' iscriiianr rteptsitm dd nji^ dans A rchivio stor ko ita-
/*ôiw. XIX, 1887. p. 48.
4. Laucr, L c, p. 329.
5. Uucr»/. c, p. 339.
lyo M. ROQUES
multiiudo gentii Sarracmorum ad XI milia\ La Destruction
parle de a. C, fois .M. », de « .Vil fois .C. mil t», de « ,C.
fois ,C. millier^ « ; il serait bien étonnant en effet que, contre
les chevaliers chrétiens, les païens ne fussent pas une multitude,
et sans doute ces chiffres expriment la même idée que le mulii-
tudô de la Vie de Serge : Ton n'en conclura pas qu*ils y
répondent î. — A peine débarqués les païens pillent, brûlent et
tuent, en particulier les prêtres, clercs, moines, ermites et non-
nains, tout comme les Sarrasins de 846 d*après les chroniques *.
Le poète pouvait-il attribuer aux envahisseurs une autre con-
duite ? — La Destruction parle d'un assaut donné à Rome par
les païens ; les chroniques ne signalent rien de tel en 846; seul,
Raoul de Fulda dit : a Cum non possent urbeni inrum-
pere...» j»; M. Lauer en conclut qu'il y eut un assaut tenté et
voit là une analogie de plus avec la Destruction ^ D*un assaut de
Rome en 84e nous ne pouvons rien affirmer, pas même que
Raoul de Fulda veuille réellement en parler, mais, dans la Destrm-
tion, l'abstention des Sarrasins aurait été bien extraordinaire.
— Un autre combat sous Rome où les Sarrasins ont l'avantage 1
dans la Destruction correspondrait à une réelle défaite des
Romains, dont nous parle Prudence de Troyes'. La coïnci-
dence n'est guère plus frappante que pour les autres traits, —
M. Lauer remarque que Savari de Hongrie, dont la Destruction
seule fait mention, est, d'après ce poème, «< de mult grant baro-
nie », ce qui n'est pas pour nous étonner, et parent du pape :
« Cela va h merveille avec ce qu'on sait de Serge II. Ce pape
appartenait à cette noble famille... etc, * ». Mais le pape pou-
vait-il pour un poète épique être autre chose qu'un haut
baron ? — Le poète aurait fait de Gui de Bourgogne un neveu
de l'empereur parce que Gui I de Spolète avait épousé Ite, qui
î. Lilfer pontificaUs, Duchesnc, IL 99.
2. Dfjtruction, v. 217, 585 et 12^.
5- Uuer, /. c, p. 329.
4. Lauer^f. c, p, 350.
5. M, G, Scr,, l, 365.
6. Le, p, JÎ7,
7. Lauer, l. c, p, j|8.
8. L,c,,p. 53a.
l'élément HISTORiaUE DAKS FIER A BRAS fjl
parait avoir été une nièce de Timpératrice Judith, femme de
Charles le Chauve^ Nous avons vu que la généalogie de Gui
est toute ditfèrente dans Fitrahras^, — Enfin M. Lauer croit
retrouver le combat de Porto dans le combat autour du
MiraûurK Ce rapprochement ne saurait subsister, si Château-
Miroir est dans Rome.
Avec ces analogies, que M. Lauer avait crues dignes de fixer
Taltention, nous devons rejeter le jugement trop favorable
porté sur la Destruction de Rofue; ce poème n'a d'historique que
les éléments communs aux trois versions du siège de Rome.
Les événements de 84e ne suffisent pas à rendre compte de
tous CQS éléments communs : les chroniques ne nous parlent ni
de Château-Croissant*, ni de Château-Miroir, et nous n'y
voyons paraître aucun personnage qui puisse être le prototype
du duc Garin ou de Richard de Normandie ^
Nous ignorons si le Môle d'Hadrien eut en 846 à subir
quelque assaut des Sarrasins, mais il était naturel de le suppo*
ser, et de même, puisque le poète transformait les razzias des
païens en une dévastation complète de Rome, nous ne devons
pas nous étonner qu'il ait fait piller et brûler Château-Miroir,
1, Lauer, l. c, p. $46.
2. Mousket confond aussi le Guî de Fitràbras et Gu! de Bourgogne
Ki nouvîaus chevaliers cstoît,
Et des joveDCs enfAns âYoit
Devant çou la couronoe prise (v. 4680 «i4)<].).
Maïs il paraît bien évident que Mousket, trompé par le nom de Gu» de
Bourgogne, a inséré dans son résumé de Finahnn un rappel de la chanson
de Gui de Bourgogne qui n^avaii rien de commun avec la première épopée.
L*erreur était si naturelle qu'il n'y a aucune conclusion à tirer de l'accord de
Mousket et de la Destruction,
î. I, c, p. 536.
4, Rappelons que la mention dans Fifnibras de Château- Croissant» au
moins sous ce nom, ne peut pas être antérieure au début du xi« siècle.
$. M. Lauer n'a pas eu à s'occuper de Richand, que la Dfstrttdiort nomme
à peine, mais il a vainement tenté d'identifier le duc Garin, et mes recherches
D'avaient pas eu meilleur succès.
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L'ètèMENT HISTORlQyE DANS FlERABRÀS Ijf
les pones à l'empereur. Henri IV entreprend immédiatement le
siège des points fortifiés de Rome que tenaient encore les
Grégoriens ' : le Septizonium, le Capiiole, le Château Saint-
Ange. Le Septizonium mis en ruines tombe bientôt au pouvoir
d*HenrirV j le Capitule, ou résistaient les Corsi, a le même sort,
Tempereur y pénétre et brûle les maisons des Corsi*. A ce
moment Henri IV peut écrire : « Tota Ronia in manu nostra
est, excepio illocastello, m quo inclasus est Hildebrant, scilicet
in domo Crescentii v, « Cette maison de Cresccntius, le Château
Saint-Ange, le Château-Croissant de l'épopée française, servait
en effet de dernière forteresse à Grégoire VIL Henri IV dirige
sur ce point tous ses efforts. Ils devaient être vains. Grégoire
avait depuis quelque temps déjà envoyé à Robert Guiscard des
messagers pour implorer son secours. Le pape %*aincu, Henri IV
devenait menaçant pour la puissance normande, Robert réunit
donc une armée imposante, 30.000 hommes. Normands,
Lombards et Sarrasins, et marche sur Rome. Henri IV effrayé
se retire. Après quelques combats dans les rues de Rome et de
nombreux pillages, Robert délivre Grégoire VII du Château-
Croissant et le rétablit au Latran ; il devait ensuite Femmener
avec lui a Salerne,où le pape mourut^.
Si Ton pouvait admettre une contamination des deux cpi*
sodés de 84e et de 1084, les faits qui dans Fierabras restaient
obscurs trouveraient ici une explication. La résistance de Châ-
1. BrrnoUf Chrofiicon {M G.5i%, V, 440): « 1084.., Papa autem in castel-
lura saocti Angcli se reccpit omnesque Tiberinos pontes et firniiores Roma-
norum munttiones în sua cbtinuît potesute. «
2. Pjndulphus Pisanui, Vita Greg. VU (LU. pont,, Duchesne, II, 290) :
o Rex dpuoliuni ascendit» domos oraneis Corsorum subvertii» « — Bontzo,
Ad AwkumiM. G., Lih, de HU^ I, 614) : « Cipîtolîna domo dcstructû... *
5. Lettre i révô^^ue de Verdun^ Théodore, dans Geitu Trcitrortim {M.
G.Sf., Vm, î8s).
4, Cf. sur lousces faits, outre les textes déjà cités : Anti. Sandi DfuhaU (M.
G, 5^., XVII, 8); Vita Atiidmi tfihiopi Lucftah (ibiJ,, Xll, 20); ikn^onis
ad. H. !V imp, /ift., VI, 6 (/W., XI. 666) ; Guillelmus Apulus, Gesta
Rob, Whc, IV, )}6 {i^d,, IX, 290); Undulfus, Mtdiolan, Hlsi., IV, a-j
(ièid,, VIÏI, 100); Lupus Protospatarius (ibid , V, 61); Wido Ferrar. cpisc.
( Af, G,,Lib. àt îiu^ l, S49) et beaucoup d'autres textes conformes. — Cf,
aussi Grcgorovîus, GcschkhU der Stadt Rom.
174 M- ROQUES
te,iu-Croissant et la ruine du Capitole ne seraient plus dues k
l'imagination d'un conteur et n*auraient plus rien de contradic-
toire. Quant au normand Guiscard, sauveur du pape, il serait le
prototype du Richard de Normandie de notre chanson. La tra-
dition, la tradition française du moins, pouvait bien retenir de
Robert Guiscardcequi lui importait le plus, qu'il ètaitnorniand
et qu'il avait sauvé le pape de Tinvasion étrangère, mais elle
ignorait le duc Robert; elle connaissait au contraire un duc de
'Normandie, célèbre déjà dans l'épopée, celui qui guide â Ron-
ce vaux les 20.000 Normands de la « quinte eschiele », Ricbart
le vieil, et elle pouvait attribuer àcelui*ci les exploits de l'aven-
turier du xi^ siècle. Peut-être la confusion nous paraîtra-t-elle
plus probable encore si nous remarquons que Renier n'appelle
jamais Guiscard autrement que Robert Ricarî^.
La fusion intime, dans la tradition, d^èvéoemenis survenus à
plus de deux siècles d'intervalle surprendra sans doute. Pour-
tant elle pouvait être singulièrement facilitée par les remar-
quables analogies des deux épisodes. En 846 comme en 1084,
c'est de Rome, séjour du pape, qu'il s'agit et c'est un Franc qui
vient au secours du Saint-Siège ; Serge II meurt peu après l'in-
vasion, Grégoire VII quitte Rome avec Guiscard et meurt moins
d'un an après à Salerne sans être rentré dans la capitale. Les
deux sièges de Rome se ressemblent par un fait bien plus
important encore ; la prise et le piltage de Saint-Pierre» En
quelque lieu et dans quelque cerveau que se soit produite la
fusion qu'il me paraît si tentant d'admettre, elle a dû être puis-
samment aidée par là.
Je croirais même volontiers que c'est de Saînt-Pierre que
nous viennent directement les deux traditions des sièges de
Rome et peut-être le mélange intime que nous en connaissons.
Elles ont dû être rapportées en France par quelqu'un de ces
nombreux pèlerins qui cheminaient sur la route de Rome, et Ton
peut assez bien se représenter dans quelles conditions- La basi-
lique de Saint-Pierre était un des premiers monuments que Ton
montrait à la pieuse curiosité de ces pèlerins, et là sans doute.
I. B, N, fr. 24 J70, Je dois à M. G. Paris l'indication de ce fait. Cf. entre
autres exemples : f« 146 d ; 14^^; 149^; 150 i; i$i^; t^} i; i$4 a;
160 h, c ; 163 1*.
l'élément historique dans fiera bras
m
quand on avait étalé à leurs yeux les richesses du trésor, quand
on avait attire leurs regards sur le luxe des ornements, on ne
manquait pas de leur expliquer pourquoi le monument gar-
dait des traces de ravage, pourquoi le trésor n'était pas aussi
riche qu'il eût pu l'être, pourquoi tel objet était moderne ou
telle partie de la construction restaurée. Cela intéressait vive-
ment les chrétiens, toutes les chroniques romaines ou étran-
gères en font foi \ Le siège par les Sarrasins, le pillage par les
soudards d*Henri IV, devaient être ainsi contés aux pèlerins par
les clercs de Saint-Pierre. Qu'un de ces visiteurs, connaissant
déji par quelque chanson les événements de 846 ou les appre-
nante Rome pour la première fois y eût mêlé ceux de 1084, il
n'y aurait à cela rien d'impossible.
Qtte tradition cléricale de la légende de Fierabras résoudrait
une difficulté soulevée par mon hypothèse sur les sources his-
toriques et la constitution de cette légende. Maîtresses de
Rome, les bandes de Guiscard y firent les plus grands ravages,
pillèrent, brûlèrent et massacrèrent non moins que les troupes
impériales. Ni le peuple, ni ces bourgeois qui avaient ouvert
les portes à Henri IV ne durent garder de larmce normande un
souvenir reconnaissant. Si Guiscard put passer pour un sau-
veur, c'est seulement chez les grégoriens et chez ceux qui
avaient comme les clercs de Saint-Pierre souffert de l'invasion
allemande ^
I . Le pîlkge de SAint-Pierre est le trait essentiel, parfois unique, de tous
les récits des événements de 846. Cf. p. ex* Ami. S. Gcrmani fftinon'S (Af. G»
5c., m, a) : « ... Quo anno Saraceni basilïcam Sancti Pétri et Pauli vastavc*
nint ». 0. encore Prudence de Troyes : w 846 ... Ablaiis eu m ipso al tari,,,
otfimbus omamentis atque tbesaurls... » et les traces de coups aux images
sacrt:ts doni parle Benoit du Mont Soracte. La vie de Benoit 11! (Ir7>. potiti/,,
Duchesne, 11) relève soigneusement les dépenses faites par ce pontife pour
remplacer les ornements calevés à Saint-Pierre.
a. On pourra encore m'opposcrque des événements de la fin du xi* siècle
n'ont pas pu fournir matière à composition épique. Je ne puis traiter ici cette
difficile question, mais Tobjection ne me paraît pas décisive. Je suis porté à
croire en effet que les événements Je 846 ont été l'objet d'une première mise
en œuvre épique et que dans Je moule ainsi façonné est venu se couler le
rèdt des événements de 1084, A défaut de chanson française, il a existé sans
doute iRome un récit très légendaire de l'invasion sa rnsîne, cl, le miracle
176
M. tOQPES
n
LA BRANCHE lî DtJ COmHBMEST lOOrS
La deuxième branche du Corontmeni ùmhs* nous cook,
comme Fierabrasj une invasion sanrasine en Italie, mais idb
succès des païens ne vont pas jusqu'à la prise de Rome. La |
Sarra^s» que mènent
Li rds Gala&es et li rcis Tcnebrer
U rds Cremui cl CorsoU ramiret (501 sqq*).
ont pris Chiiprt (Capoue), fait prisonniers le roi Goaiferj
d'EspoUce, sa femme et sa tille.
Et trente mile de cbattis qu'uas que dues»
S^ 0*0(01 secofs, qui tuit moiront a glaive (f )a sqq.).
Ils sont venus jusqu'auprès de Rome. « L'apostoile i> tco» '
vainement d'acheter leur retraite au prix du « grant trésor de'
l'arche », il obtient seulement qu*un combat singulier dédden
du salut ou de la ruine de Rome. Les Sarrasins ont pourclii]r|
pion G>rsolt
TavcRier
Qui contre Deu vuek Rome desraisnicr (559 sqq.).
Les chrétiens trouvent un défenseur en Guillaume FU
venu à Rome en pèlerinage avec seulement « seissante dej
valiers a armes », Après un long combat où Corsoh
d'un coup d'épée le sùmeron du nés de Guillaume, cclui-d fit)
par abattre le païen. Un engagement général suit dans lequel '
roi Galafre est fait prisonnier. Mais, épargné par Guillaume,!
se fait baptiser et fait rendre aux chrétiens les prisonniers
dont parie Benoit et ailleurs la tempcte qui engloutit les Sarrasins» et
asseï vraisemblable de supposer que dans la bouche des clercs de Saim-Pvc
le récit dei événements de 1084 avait pris une allure aussi peu historique.
L'inHuencc des légendes relatives au premier siège, le milieu spécial ota 1
doute été recueilli te récit du second mettent celui-ci hors des conditions <
naires.
i, Édit. LangîobG^m-. Ttxt*i, 18S8), laisses XV-XXXIl,
l'élément HTSTOR. dans la BR. Il DU CORONEMENT LOOIS IJJ
Capouc, Le roi Gualfier, délivré, donne à Guillaume sa fille et
la moitié de sa terre.
Ce récit, à ladilTérence de celui de Fierabras^^ été tenu par tous
les savants qui s'en sont occupés depuis Paulin Paris pour une
légende d'origine historique. Après quelques hésitations sur
les faits dont le souvenir nous aurait été ainsi gardé, l'on s* était
accordé à y reconnaître un épisode d'une expédition de Feni-
pereur Louis II dans ritalie do Sud, le siège de Salerne par les
Sarrasins en 873 ; même, on avait remarqué entre ce récit et
celui du Cbronicon Sakrnitanmn^ qui nous relate le siège sup-
porté par Salerne et le duc Guaifier, des analogies qui parais-
saient convaincantes'* Dans une dissertation dont la Romanm
a déjà indiqué toute la valeur ', Die htslorischan Grundlagcn der
:^*eiten Branche des a Couronnement de Lùttis^ », M. R. Zenker
a montré que ces analogies sont très douteuses, étant donnés
surtout la date relativement récente et le caractère très peu his-
torique du Chronicon Salernitamim^ et que les différences sont bien
plus frappantes : dans le Couronmment^ il n'est question ni de
Salerne, ni de Tempereur Louis; on ne voit pas que Guillaume
ait pu remplacer dans la iradiiion ni Louis, ni son neveu
Gomier, un enfant de quinze ans, qui dans le Cbronicon décide
de la victoire; le duel décisif de Guillaume avec Corsolt est
bien différent des combats singuliers, tout épisodiqucs, qui
auraient eu lieu sous les murs de Salerne. La seule analogie
certaine consiste dans la présence et le rôle de Guaifîer, dont le
nom est assez rare et Li lutte contre les Sarrasins assez caracté-
risûque pour rendre i peu près indiscutable Tidentification avec
Guaitier de Salerne.
Pour expliquer les autres traits de la *^ianson ♦ M. Zenker
recourt aux luttes des Normands contre les Sarrasins : Guillaume
serait Guillaume Fitrebrace, fils de Tancrède de Hauteville, et
le Couronnement^ ou du moins la branche II, garderait le souve-
1. Cf. Linglois, InUodncthn, xJtxii et suiv., et Jcanroy, Uomania^ XXV,
357 et suiv.
2. Romania, XXIX, 119 (G. Paris). Cf, aussi Revue mtiqm^ 11 juin 1900,
p. 492 (Jcanroy).
3. Halle, Niemcyer, 1899, în-8, il p. (Sondcrabzug a us Ar^rd^if ^r Roma-
nhchn pbîîoîo^ie. Festgàbe fur Gustav Grôber).
lyS M. ROQUES
nir de ses exploits dans le sud de l'Italie et en Sicile» Le pèleri-
nage de Guillaume à Rome serait emprunté à un événement de
1016, l'arrivée à Saleme de Normands, ^ dont Guillaume
Fierebrare n*étaic naturellement pas, — sous le costume de pèle-
rins. Les analogies que découvre M. Zenker entre ces faits et la
chanson ont été discutées par M. G. Paris et M. Jeanroy; je
crois comme eux qu'elles sont illusoires ou banales.
L'hypothèse de M. Zenker, comme celles qui Tavaient précé-
dée, laissait inexpliqué le transfert de l'action de la Campanie
ou du sud de lltalie à Rome. Pour résoudre cette difficulté, Ton
s'est accordé à invoquer l'ignorance géographique des trouvères,
a Pour eux », dit M. Langlois, et M. Zenker cite textuellement
ce passage, « le siège du pape était un centre où venaient se
grouper tous les événements qui se passaient au deU de
Montjeu. Le fait avait lieu en Italie, donc ce pouvait être prés de
Rome*.» L'explication est ingénieuse; elle ne va pas, dans sa
généralité, sans quelque exagération. Nous voyons très bien
distinguées dans Ô^vVr Rome, SutrijBari, Otrante; ni 0/w/, ni
Ogier ne confondent les villes qui sont sur la route des Alpes
à Rome; ce sont, il est vrai, des villes de l'Italie du Nord bien
connues des pèlerins; mais il n'en est pas de mcmcdes localités
mentionnées dans Aspremont, qui cependant n'a pas substitué
Rome à Reggio et à la Calabre.
M* Langlois a tente lui-même une autre explication : le
changement de théâtre remonterait au premier auteur de la
rédaction que nous avons conservée. Dans la légende du siège
de Salerne, le pape n'avait pas de rôle, pas plus que dans le
ChronkonSaltrniianum, Un remanieur le 6e intervenir, et le lieu
de l'action en fut changé* Dans cette hypothèse, le remanieur
cesserait d*ètre mauvais géographe, mais il resterait conteur
bien maladroit ou bien négligent* D'après M. Langlois on recon-
naît à l'examen de la branche II du Couronmment que la scène
n'était pas i l'origine aussi près de Rome que dans la rédaction
conservée. En eflfet, au début de l'action, personne i Rome, ni
Guillaume, ni le pape» ne songe aux Sarrasins ; ceux-ci sont à
Capoue. Tout à coup, dans la même journée, les chrétiens
entrent en pourparlers, puis en lune avec les Sarrasins, aux
I. Langlois, /. cit., XL.
l'élément HISTOR, DANS LA BR. II DU COROSEMENT LOOIS lj<)
portes de Rome* « Dans la premiLTe partie de récit, Capoue
et Rome sont assez distantes pour que dans celle-ci on ignore
ce qui se passe dans Tautre; dans la seconde partie, au con*
traire, les deux villes sont a peu près(?) confondues *. »
Il y aurait là une étrange inconséquence, si Topinion de
M. Lmglois sur la situation respective des chrétiens et des
païens au début de Taction était tout à fait juste. Mais il n*est
pas exact qu'à ce moment les intidèles soient à Capoue : on
nous apprend seulement qu*ils y ont été et qu'ils ont pris la
ville, le roi et les habitants,
Ciujr Sarrazm espleiiierent d'aler,.. ;
Pris om de Chapre les maistres rernietez.
Li rm Guaifiers î est etn prison ez, etc. (300-507),
Mais, dès que commence la chanson, c'est bien Rome qu*ils
menacent. C'est de Rome qu*il s'agit dans le songe de
Guillaume :
Devers Rossic vint uns feus embrasez,
Qpi esprenott Rome de trestoz lez (290 sqq ).
Bertran ne parle nullement d'aller défendre Capoue, mais de
délivrer les prisonniers et de sauver Rome :
Païen nos cjuîerent a cent et a milier.
Or lost as armes, n'jvons que delaier;
Dcfendoos nos senz point de Taiargicr (37^-375).
C*est qu'en effet les païens ont très bien pu venir de Chapre
aux environs de Rome durant le temps que les messagers
mettaient à parvenir jusqu'au pape. Je ne prétends pas que
l'auteur de notre rédaction ait fait ce calcul; je crois seulement
qu'il n'a pas commis d'absurdité en plaçant à Rome toute Fac-
tion dans le même jour où les messagers viennent annoncer au
pape la prise de Chapre, et qu'il n'y a aucune explication à
chercher de ce ûiii. Mais Thypothese de M. Langlois n'a plus dès
lors de fondement. En aucun passage on ne peut retrouver de
traces du changement supposé de Chapre en Rome, D'un bout
à l'autre de la chanson le lieu de l'action est Rome et rien que
I. Lmglois» p. xu.
Komt ; !i privj de Chaprc est du pissc sur IîtcucI on ne revient
pas.
Ce'st Ron:e que \'\tnr.tni izvtqutT les Sarrasins • ; les Romains
'/apprêter.: â défendre leur ville comme une ville assîcgêe = ;
c'e-st sur Ln tertre en vue de Rome qu'a lieu le combat de
Guiliaunîe et de Qirsoît». Enfin îe Tibre joue un rôîe dans
l'action : les Sarrasins vaincus s'enfuient vers îe Tibre :
I^ cl al Tcivre n'i voidrent aurgier (1269;:
et quand Giîafre, fait prisonnier et baptiî>é, veut feindre de par-
lementer pour délivrer les prisonniers chrétiens, c'est près du
Tibre qu'il se fait amener :
Se me metez
Si près dtl Teivre que ge puisse huchier (i 306).
Ix- fleuve a été en effet la route suivie par les Sarrasins. Ils
sont venus par mer ; entrés dans le Tibre, ils ont débarqué
sur le rivage ♦; c'est sur leurs navires qu'ils s'enfuient :
Lor ncs trovereni qui lor ont grant mestier;
lin/ sont entrez, s'esloignent le gravier (1270 sqq.).
Hnfin, et cela me parait ruiner définitivement l'hypothèse dé
M. Langlois, c'est dans leurs bateaux que sont les prisonniers
de Chaprc :
Ix* dromont font a la rive sachier,
Fors en ont trait les chaitis pnsoniers(i 327-1 328) ^
Ce ne sojit pas là d: ces traits qui font partie du « matériel
roulant »» de l'épopce, il me paraît difficile de les attribuer à
riningiuatioii de quelque remanicur.
Nous en conclurons que la légende primitive, tout comme
l.i rédaciion actuelle, contait non le siège de Capoue, qui n'est
qu'un épisode antérieur, mais une tentative des Sarrasins
1. Ci'ion. l.iHHi^ V. .163-466, 502, 560.
2. V. 42), -ni, 157» 59»' ^^^^y ï2()).
\. V. 606, yo), 957, !()«), ii)C.
■\- V. ny. 1)1-
). (!l. ciiùorc V. 1276. 1298, 1354.
l'élément HISTOR. dans la BR, U du CORONEhSESn' lOOfS i8i
contre Rome, c*est-à-dïrc qu'ici encore le siège de S46, avec
Tarrivée des Sarrasins par le Tibre, a seul pu donner naissance
à notre légende. Le nom deGuaitîer, devenu roi de Salerne, le
souvenir des luttes soutenues par les villes campaniennes, sont
venus s'ajouter au récit du siège de S46; mais ils ne forment
pas «f l'élément historique essentiel de notre poème * ».
Mario Roques.
Je demande la permission d'ajouter quelques mots ;\ Tarticle
qu*on vient de lire en ce qui concerne la branche II du
Couronmmeni . Dans une leçon faite au Collège de France en
décembre 1896, et que M. Roques n'a pas entendue, j'étais
arrivé à des conclusions très voisines des siennes, bien que
moins précises \ Je copie ici les notes que j'ai gardées : a II
parait impossible de ne pas reconnaître dans notre poème un
certain souvenir des faits de 871 ; mais ce souvenir, à mon
avis, est très vague, et se borne à fort peu de chose. Il a peut-
être existé un poème sur le siège de Salerne où figurait le nom
de Guaifier (M, Jeanroy a rele%^é Tallure légendaire du Cbro-
nicon Sakrnitanum^ au x*' siècle); mais ce nom, avec le souvenir
d*un siège, est tout ce qui en a passé dans le nôtre. Le sujet de
celui-ci est très différent : c'est la délivrance de Rome des Sarra-
sinsj faite par un chevalier français, appelé Guillaume, qui du
itiême coup délivre un prince cliréiien, prisonnier des infidèles.
1, U reste encore dans Thistoire de ceue branche H du Couronnaueut de
nombreuses obscurités. Par quelle confusion Guaifier de Salerne y est-il
ftppdé Guaifier iCEs^oîke} Quel per^ynndge ii été remplacé par Guillaume
lorsque cette chanson a pris place dans le Couroitnanati ? Et, puisqu'il nous a
paru que le siège de 846 était à la base de ce poème, dans quel rapport est-il
avec Putahrasl Autant de questions que je me coniCTite de poser, dans Hm-
puissance où je me sens de les résoudre.
2. JeTaî indiqué dans la Remania^ t. XXIX^ p. itç»
l82 G. PARIS
et plus tard épouse sa fille*. (On retrouve cette donnée, comme
on Ta remarqué, dans Oger^ et aussi dans Fierabra^, avec
le combat singulier ; mais là les champions chrétiens se trouvent
avec Charlemagne et Tost française, ce qui change tout le carac-
tère du récit). Or les événements rapportes dans notre chan-
•son sont des événements tout aussi historiques, au sens large
du mot, que ceux de 871. Rome fut plus d'une fois menacée
par les Sarrasins ; en 846, notamment, une flotte musulmane
remonta le Tibre, ne put s'emparer de la ville, mais pilla les riches
trésors de Saint-Pierre et de Saint-Paul; une armée chrétienne
de délivrance ne put prendre les trésors, mais mit en fuite les
Sarrasins, dont une tempête détruisit en pirtie les vaisseaux. En
856 le pape Léon IV les défit à Ostie. En 877, nouvelle incur-
sion, et victoire du pape Jean VÎIL En 916 enfin le papeJeanX
les écrasa au Garigliano avec t'aide de Tempereur Bérenger
(voy* Voretzsch, Ogier.p, 80), et cf. Gautier, t. III, p. 54). La
prise de Capoue dans notre chanson n'est pas due à une simple
confusion avec Salernc : en 840, Capoue fut prise par les Sar-
rasins, et si bien btiilée que les habitants, quand ils revinrent
(cL Cûur,^ 1. xxxi), reconstruisirent leur ville ;\ deux lieues de
l'ancienne, sur remplacement de Tantique Casîlinum. Notre
chanson ne renvoie peut-être à aucun fait précis, mais elle
contient des traces de souvenirs confus groupés autour de
I. Dans une note marginale j'ajoutais des remarques qui répondent en
partie à une des questions de M. Roques : « Il n'est même pas du tout certain
que rintervemion de G u ai fier ne soii pas toute récente et étrangère À la
première forme du poème. Dans le Charroi (v, 15455,) Guillaume raconte
son combat contre Corsout comme ayant été livré pour le roi Louis (Que fe
te /rt* sans aucune mention de Guaifier (et il semble à plusieurs passages
du Cour,, — vv. 88î» 1422, 2258, — que Guillaume soutient surtout à Rome
les droits de Tempereur, suzerain du pape). Et d'autre part il dit (CIjarrùi,
94 ss,) avoir reçu il y a un an (donc un certain temps après cette aventure
avec Corsout) un message du duc Guaificr d'£spolice Im* oBrant sa fille et la
moitié de sa terre, sans doute pour le défendre contre les Sarrasins; il ne
dît pas qu'il eût jamais dû épouser cette fille : on ne s*cxplique ce passage
que comme le débris d'un poème où un Guillaume, ainsi mandé par le duc
Guaifier, le délivrait des Sarrasins (sans qu'il fût question de Rome), puis
épousait sa tille. »
l'élément HISTOR. dans la BR. II DU COROSEMENT LOOIS iSj
trois noms : Rome, Capoue, et Guaifier de Salerne devenu
Guaifier d'EspoIicc* ».
j'examinais ensuite le personnage de Guillaume Fierebrace et
l'épisode de la mutilation de Guillaume; mats ces questions
sont étrangères à Tarticle de M. Roques, auquel je n'ai voulu
qu*apportêr cette petite confirmation. J'ajouterai seulement
que dans mon opinion Tordre du Charroi et du roman en
prose, qui placent rèpisode de Rome avant le couronnement
de Louis cl Aix, et non après comme le poème que nous avons,
est le plus ancien. II fait mieux sentir que le poème de Corsont
est tout i fait étranger au reste du Couronmtmnt , et que le
héros n'en est pas le même ^
G. P,
I, Note marginale : « Dans le titre même donné à ce prince il y a une
confusion avec d*autrcs personnages, Gui d*Espolice, Oton [d 'Es police], tous
deux mentionnés dans une autre partie du poème. Cela prouve que c^s tradi-
tions remontent i pne époque où Salerne était encore peu connue en France»
tandis que le nom de Spoïcic, siège d*tm duché, et dont les ducs jouèrent
un grand rôle aux ix« et x^ siècles, était très souvent prononcé, — Les poètes
ne s'apercevaient pas de l'absurdité qu'il y avait à donner Capoue pour capi-
tale A un duc de Spoléte, •>
2- Si nous divîi^ons le C0wro«Mfwi'«f (sans parler des derniers vers) en quatre
pariies (î. Couronnement de Louis du vivant de son père^ IL Corsouî^ IIL
Second couronnement de Louis après la mort de Charles et guerres de
Guillaume contre les ^-assaux rebelles, IV. Guerres de Guillaume pour Louis
en Italie contre les Romains et les Allemands)» nous constatons que le sur-
nom de Fierebrace n*est donné i Guillaume que dans H et dans les vers de I
qui forment tninsition avec II ; il est inconnu de III, de IV et des der-
niers vers, que ceux-ci forment ou non une branche à part.
ÉTUDES SUR ALISCANS
Dans toute la geste de Guillaume il n'y a pas de poème qui
soulève plus de difficultés quAIiscans. D'une part, cette belle
chanson présente des inconséquences intérieures frappantes, qui
sont pour la critique autant de problèmes attrayants. D*autre
part, elle cadre si mal avec les chansons apparentées de la geste
qu'elle fournit toute une série de problèmes plus généraux que
les premiers, mais tout aussi attrayants, et d'une importance
plus grande. Les critiques se demandent depuis bien des années
le mot de cette énigme. Comment expliquer, en effet, qu'une
si noble chanson de geste contienne tant de contradictions, et
s'agence si mal avec les autres poèmes qui traitent la même
matière ? Il fout lui supposer bien de la beauté, pour que tant
de générations d'hommes aient passé par-dessus ces contra-
dictions.
I
INCONSHQUKNCES INTERIEURKS DU 1>0ÈME
Commençons par l'examen des difficultés intérieures du
poème. Déjà P. Paris a dit quAIiscajis n'est pas l'ouvrage d'un
seul poète ^ Jonckloet est du môme avis*. Guessard et Montai-
glon, dans leur édition du poème, ont combattu cette opinion,
de même que L. Gautier K M. G. Paris a autrefois émis l'opi-
nion que notre poème, le Loqnifcr, et le Moniage Rainoart^
1. ///>/. ////. de lu France, t. XXII, p. 515 ; les Manuscrits François, t. III
p. 153.
2. Guillaume d' Orange, t. II, p. 50.
3. Guessard et Montaiglon, Aliscans, p. xxxiv et ss. ; Gautier, Épopées
t. IV, p. 473-
ÉTUDES SUR ALISCANS 185
étaient Toeuvre d'un même poète \ mais il a certainement aban-
donné cette opinion \ En effet, d après les études qui ont paru
dernièrement, soit à part, soit dans les re%*ues philologiques,
il est clair que la théorie de P. Paris est la seule acceptable.
Aucun critique, que nous sachions, ne pense aujourd'hui que
la chanson d'Aliscans soit Fouvrage d*un seul poète, si ce n'est
M. Ph.-Aug. Becker K L'origine complexe d\4liscans est main-
tenant généralement admise. Etre de l'avis contraire serait, ce
nous semble, fermer les yeux, départi pris, aux inconséquences
du poème, à ses disparates de style et de langage. D'ailleurs, on
peut poser en principe général qu*iin monument tellement variée
et remontant originairement à une aussi haute époque, ne peut
guère Être Fœuvre d'un seul poète. Nous sommes même tenté
d'aller plus loin, et dédire que le grand nombre de scènes d'une
beauté si grande et si variée est en lui-même suspect, et indique
une origine complexe. Nous reviendrons sur ce point.
On peut relever les difficultés intérieures suivantes dans
Alhcans :
T, Le commencement brusque, si justement admiré : A icel
jor ke la dohr fn grans^ — commencement unique entre les chan-
sons de geste, — nous paraît appartenir à une chanson tronquée,
comme nous tâcherons de le montrer par la suite, c'est-à-dire
que ce début célèbre peut être un effet du hasard et non pas du
génie du poète.
2. Pour qui connaît la légende épique de Bertran, il est diffi-
cile de croire à la prise de ce héros par les Sarrasins telle que la
raconte notre poème ^ La renommée poétique de Bertnm est
1 . G, Paris» La Litt. franc, au moyeu dge, 1890, p. 69 ; cf. Archivf. das Stud,
d. m-Ui'r, Spr., XClll, p. 439,
2. [Ce qui reste toutefois assuré et ce qui résulte de l*examen des manuscrits,
c'est qu\'//i.ïrjm,dansrétat actuel de nos sources» n'a pas de limite finale, et ne
forme bien qu'un seul poème avec ce qu'on a appelé Loquiftr et le Mottiiti:^u'
Raifwuart. L'agglutination est Tœuvre d'un renunîeur» non d'un poète ori-
ginal; mais c'est uniquement dans ce conglomérat qu'AHuuns est parvenu
jusqu'à nous. ^ G. P,]
\, Becker, Dk altfran^ôùichf Wilhchma^^e, Halle, 1896, p, 48; Der sftd-
frani. Sa^enkreis, H aile » 1898, pp* 73» 74
4. Aux vers 292-322» édition Guessard. Quand nous n'indiquons pas
l'édition, c'est à celle-là que nous renvoyons. Le vers ^536 de cette édition
§on mâtfme^ et dépasse et beaoamp oeUe de b pliçoit des
penoonagei de h geste. Oo le xmi igiaer dans des momuneats
t^CÊÊnmmimmi de Lâmis, San ràkesilOBÎaKi^pBe. Wd docte
qee Tw» ifqpOBcn W m deccslifcfs épiques, indépenJanis
i TorigiDe, qm ont été peu à peu sibûtdoonés à un béitK plus
heoftax'. M. RoIîb proteste airec raison amiir œ trait de ootie
pocmc'. En effet, k capcure de Bertran nous surprend. D cîent
de dire i Vfvien : Tat^œm d poing mfptûa dmnr U hrmmi^ Fm
Mraifm vers Sarraiim aidam (20} , ^04)* Après un si fier ian-
gage, on soil vers nous annonce sa capture avec odle de six
autres comtes ()îi). II semble que Beruan ait été sacrifié a
Vivictî; car celui-d, blessé à mort, échappe néanmoins aux
Sarrasins, Ce procédé ne serait pas nouveau. De même, on sjicri-
fiera plus tard Benran à un héros bien autrement nouveau que
Xlvien : ce sera Renouart qui délivrera Bertran. Encore si Ber-
tran. une fois libéré* accomplissait des merveilles dignes de lui .
Mais il n^en est rien. Pendant cinq nulle vers il est resté captif;
mis en liberté, il ne joue aucun rôle. Sa seuk utilité, c'est
de rehausser les rôles de Vivien et de Renouan).
î- Vivien, blessé à mon, est le seul des jeunes héros qui ne
soit pas fait prisonnier. Cela n'est pas naturel. Les Sarrasins
savent qui est Vivien (234 ss,, 370 ss.), et ik devraient désirer
le prendre vivant, car il est évident que lui et Guillaume sont
les chefs des chrétiens* . Ne peut-on pas croire qu'un remanieur
a prolongé la vie de Vivien libre, afin de préparer la belle scène
de sa mort*?
4. La question des sept cousins qui sont pris est fort
embrouillée et attire depub longtemps l'attention des critiques*.
â élé compté deux fois par une erreur que nous ne corrigeions pas, L'éditioa
et M. iU^iiii Leipiig, 1894^ est fort udkçQ ce qu'elle donne les variantes de
fil dio pnodpaux manuscnis.
f . ex M. Dcmaboo, Aynuri de Narhnnet t. 1, p. cxxzi.
2* idto, Alùamt, p« L\it.
I* Uéfbodc des vûcbien (au vers 71 ss.) nous montre Vivien plus cour»-
^ma ^ot Bertran*
4« Difi» le CovfMonif le plus grand désir des Sarrasins est de prendre Vivien :
117*140^ 20J, 204; 272-274; 511-516; S42-HS. etc,
5. Voy. Tavis de M. Jeanroy, RommM^XXVl, p. 199.
6> Hous ne citerons que M. Rolio, pp. lvii, 59, note 4,
ÉTUDES SUR AUSCAKS
1S7
I
I
I
On trouve dix listes de ces prisonniers, dont quatre sont évidem-
ment incomplètes. Il y a beaucoup de variation dans les noms.
Quatre seulement se retrouvent dans toutes les listes, à savoir :
Bertran, Guichart, Gérart et Guielin. De plus, en ce qui touche
ces listes^ aucun ms. ne parait conséquent. Une telle confusion
dans une liste de sept noms est bien étrange.
5, Comment Guillaume apprend-il la capture de ses neveux?
Nous n'en savons rien. Au vers 431, Guillaume s*écrie qu'il a
perdu Bertran et la fleur Je son lignage. Il est clair qu'il ne sait
pas que quelques-uns de ses neveux sont pris, car aux vers lîjo-
15^3, où Aérofle offre de libérer les prisonniers, Guillaume
croit que c'est un piège. A son arrivée à Orange, Guibourc lui
demande trois fois ce que sont devenus les jeunes héros. La
première fois, il répond que tous ont trouvé la mort en Aliscans:
Nul ncn i a nait la testé' copee (1828). La seconde fois de même :
Mort sont mi Imne^ nen est nus escapans (1842). A la troisième
demande, Guillaume répond que Vivien est mort, mais que les
autres sont emprisonnés dans un bateau (188455,). Comment
peut-il sa%-oir cela? Évidemment nous sommes ici en présence
d*une contradiction embarrassante.
6, Aux vers 1503-1529, nous assistons au duel entre
Guillaume etBaudus. Guillaume désiirçonne Baudus, mais ne le
tue pas. Ce fait a paru invraisemblable aux critiques*. Il est
à remarquer que dans le IVHhhalm ce duel n'a pas lieu.
7, Aux vers 1902 ss., Guibourc engage Guillaume à aller en
France chercher du secours. Les vers qui suivent (1905-19 11)
sont presque incompréhensibles,
8, Il est étonnant de voir combien sont vagues les données
géographiques à\4liscans, surtout dans la première partie. Si la
scène est près d'Arles, comme le disent les critiques, comment
expliquer que rien ne rappelle l'entourage de cette ville? On ne
mentionne pas même le Rhône ',
9, Est-ce que le roiTibaut prend part aux événements racontés
dans le poème? Il y a des passages qui indiquent qu'il est
présent^ ^d*autres qui supposent le contraire K Nous savons
1. Rolio, p. X.
2. Cf. i'avisde M. Jeanroy, Romanm, XXVI, p. 19J.
j, Tibaut est raemionné aux passages suivants : 239,58}, 491, 1048, 112,
l88 R. WEEKS
cependant qu'il était ladversiiire par excellence de Guillaume
dans les plus anciens monuments touchant Orange.
10. Guillaume, à peine arrivé à Orange, quitte la ville, en y
laissant Guibourc exposée aux pires dangers, car Orange est
dépourvue de défenseurs et de vivres '. On ne comprend pas
commentai ville pourra résister un seul mots, à plus forte raison
pendant les quatre mois qui vont passer avant larrivée du
secours ^.
I T. Guillaume réussit à s'échapper d'Orange, grâce à Farmure
d'Aérorte. Cependant il n'est plus question de cette armure. En
arrivant à Orléans, Guillaume a si peu Tapparence d'un Sarrasin
qu'on le prend pour un espion : or un espion se serait certaine-
ment déguisé en chrétien» A Laon non plus, on ne mentionne
rien qui rappelle larmure du roi sarrasin. On n'a qu'à comparer ,
les passages qut dépeignent Guillaume en messager avec la des-
cription de rarmure d'Aérofle pour voir qu'il ne porte pas
cette armure K
12. En quittant Orange, Guillaume monte le beau cheval
arabe qui! a pris a Aérofle. Il est difficile de croire que ce cheval
soit celui dont se moquent les courtisans du roi a I-aon -*.
ij. L'épisode d*Or!éans offre plusieurs difficultés. Il ne fait
guère que retarder l'action. Il sert tout au plus à f;iire savoir à
Guillaume que le roi se trouve à Laon et non à Saint-Denis, et
qu'Aimeri sera à la cour : le poète aurait pu faire aller son héros
tout droit à Laon, sans cette intervention. On ne peut pas dire
que Tépisode sert à avertir Aimeri de l'arrivée de son fils à h
cour, car il ressort du texte qui! serait venu quand même. Cet
épisode a Tair d'être un reste d'une action autrefois importante
pour Hiistoire, mais qui n*a plus de raison d'être K
<i99t 1776, 1908, 5466, 4141, 4390, 6;6i, S2}9i ^l^l* Voy. 2o$sî Rolin^
variante 6B00, et ravant-derniêre ligne de là p. 131 des variantes; dosst uoc
remarque de M. Jeanroy, Rotminia^ XXVl, p, 205.
1. Voy. les vers 1622 ss,, 1660, 12\2 ss,, 2451 ss., 2679 ss,
2. Voy. le vers S $69. L, Gautier admire ce départ : ÉpojH'rs, IV, p. 477,
f, Voy. les vers 136655,, 14U ss., 1575 ss.» 1702 ss,» 20125s., 205j$s,;l
et comparez pour l'apparence de Guillaume ; 2088 ss., 2317-2348, 2|)4>|
2537, 2566-2577 ; aussi Jonckbloet, 1 309-1353.
4. Aun vers 1172-1175» 1313-1355,2006,2068,2165,2290-2295,3331-
5. Voy. Roltn, pp. uv ss.; Guessard défend cet épisode, p. tx.
ÉTUDES SUR AUSCASS 1$^
14. Nous sommes surpris de voir que personne ne reconnaît
Guillaume, qui cependant devait être assez généralement connu
en France d'après les vieilles traditions du Courmttement et du
Charroi * ,
15. On dirait, à lire les vers 2393-2400, que le roi sait ce
qui amène Guillaume, Il ne peut cependant pas connaître la
défaite d^Aliscans, si Guillaume arrive tout droit du champ de
bataille.
16. On nous dit (2547 ss,) que Toccasion de \i f este joïe (226 j{}
est le couronnement de Bîanchefleur. On peut s'étonner de ce
qu'Ernaut n'en ait rien dit a son frère. Mais de ce couronne-
icnt il n'est plus question dans tout le poème. Il serait
d*aiHeurs bien tardif, puisqu*Aélis, la tille de la reine, a déjà
treize ans, voire quatorze (3860-3868, 8230 ss.),
17. Guibourc avait dit ;\ Guillaume que tous ses frères vien-
draient au secours d'Orange (19 14-19 15), mais Garin et Aïmer
n'arrivent pas. L*absence d'Aïmer est expliquée avec soin, mais
on ne dit rien de Garin (2596-2603). Faut-il croire que Garin
est mort, ou qull n'est pas considéré comme un frère de
Guillaume ?
iS. Ernaut vient d'apprendre a Oriéans le désastre d'Aliscans.
U arrive a Laon avec son. père et avec trois de ses frères,
auxquels il a assurément tout dit. Personne, cependant, ne
paraît être sous le coup d'un si horrible malheur. Pour s'en
convaincre on n\i qu'à lire le passage banal 2658-2705.
19, Avec l'arrivée sur la scène de Renouart (3146), lesprit
même do poème paraît changé. Jusqu'ici Ion s'est senti le cœur
serré d'angoisse. Dorénavant le rire va dominer. Guillaume
lui-même semble oublier Orange et Guibourc. Kous voyons
Renouart l'engager a partir (3462-3463). Il faut plus de huit cents^
vers pour amener Guillaume aux portes d'Orange. Il est diffi-
cile de croire que toute cène fin du poème soit de la même
souche que le commencement.
20. Les quatre frères et le père de Guillaume le quittent à
Oriéans pour aller chacun dans ses terres et lever une armée. En
I. jiîiicaui, 22.20» 2221, 2556*2}9i. Pour ïe premier de ces passages» b
bonne leçon se trouve dans l'excellent ms. </, où le vers 2220 est suivi du vers :
G. wûnt, ne font pa$ conefi.
i
IJO K. WEEKS
les quittant, Guillaume marche tout droit vers Onmge. Il entre
dans la ville sans coup fcrir, et monte dans son palais. Il regarde
par une fenêtre, et voit arriver ses frères avec leurs forces! C'est
bien le cas de dire avec le poète : Héf Ditx^qés frères! œm
cascuns se prova! (4942). Voy. aux vers 5945-4130 et suivants.
21. La rentrée de Guillaume dans la ville a elle-même Faîr
apocryphe. Les Sarrasins viennent de prendre et de brûler
Orange, mais^ ne pouvant pas s'emparer de la citadelle, ils s*en
vont tous par fa ire en^in. Ils ont à leur disposition des centaines
de mille hommes, et Desranié a juré sa barbe de se venger de
Guibourc ; pourtant ils s'en vont tous, laissant le champ libre
aux chrétiens !
22. Au commencement de la scène de la sale pai^ee, on nous
a dît qu'Aïmer est en Espagne, où il guerroie jour et nuit contre
les Sarrasins. A notre grande surprise, nous le voyons arriver
devant Orange en même temps que les autres frères (4232SS.).
Comment expliquer cette arrivée inopinée?
23. Aux vers 4499 ss., Guibourc présente a Renouart une
belle armure qu'il revêt pour la bataille. Cependant, Aucebier
et d'autres qui le rencontrent dans le combat rappellent va-nu-
pieds, et se moquent de ses haillons (6214, 6299-6301, 6447,
6483, 6584-6587, 6910, 6911).
24. Aux vers 5238 et 5262, on parle de l'Aupatri, qui
cependant a été tué au vers 222. De même, au vers 1778, le
ms. d portQ hlpairei (Rolin omet cette variante), comme au vers
5238 *. Si l'Aupatri a été rué au vers 222, comment peut-il
reparaître ici ?
25. Nous lisons aux vers 5930-5931 : Perdu avei Vivien le
vaillant; Deso^cel arbre gist mort sor un estant. Vivien est mort au
^vers 865. Quatre mois ont passé depuis lors. On remarquera
(\uegîsl est au présent. Comment expliquer ce passage?
26. Dans la laisse qui commence au vers 5867, Renouart et
Desramé se rencontrent en bataille. Nous nous anendons à un
dueL Cependant Desramé frappe non Renouart, qui malmène
les Sarrasins, mais Gaudin, dont le nom n'a été mentionné
qu'une fois dans les trois mille vers précédents (5349), et
4
H
I, Pour cette forme làpatri, voy. le ins. m, 222, ic ms* C(BcnieX 52|d,
et aussi A» KcHcr, Romi^rt^ p» 56, au vers 19.
trvDv.s su^AyscANS 191
encore ce passage est-il suspect. La mention de Gaudin ici est
infirmée aussi par le bon ms. J^ qui fait se battre Gaudin plus
tard tout comme un autre (Rolin, variantes 6779-6790). Il est
clair, cependant, que la blessure qu'il aurait reçue de Desramé
était dangereuse (8384-8385). Autre fliit qui peut avoir son
poids : le ms, L porte au lieu de Gaudin, au vers S901, Hubert,
nom inconnu d'ailleurs. Qu'est-ce qui a motivé cette substitution
apparente de Gaudin à un autre ?
27. Il y a beaucoup de confusion dans l'énumération des frères
de Guillaume qui prennent part au combat de la lin du poème.
Le nombre des frères varie de quatre à six, Garîn, par exemple,
est-il présent ou non ? Le ms. m paraît être seul à le mention-
ner nominativement (variante 4635).
28. H y a des passages d'après lesquels on ne dirait pas que
Guillaume fut un fils d'Aimeri (6249-6251, 6645-6647).
29. A la fin d'^//Vmni (7363-7366), Guillaume va relever le
corps de Vivien, qu'il fait placer entre deux écus et enterrer.
On dirait, à lire ce passage, que Vivien vient de mourir, mais
nous savons que quatre mois ont passé depuis son trépas. Cette
difficulté est â rapprocher de celle qui a été mentionnée sous le
n° 25.
30. Enfin, le grand nombre de belles scènes, d'une beauté
tellement variée, nous paraît indiquer qixAUscans ne peut être
Tœuvre d'un seul poète, mais que le poème compte plusieurs
auteurs et réunit peut-être les morceaux les plus remarquables
de plusieurs poèmes. Si cesscènes étaient quelque peu pareilles,
ce problème ne se poserait sans doute pas; mais nous croirons
difficilement qu'un seul poète ait pu créer une telle série de
tableaux de maître chacun si ditférent des autres. Nous mettons
donc hardiment le nombre et le caractère de ces scènes entre les
difficultés du poème.
Voilà les principales difficultés intérieures \i'Aliscans\ mais il
s'en faut de beaucoup que nous les ayons signalées toutes. Ces
difficultés ne sont pas, à coup sûr, d'égale importance, mais,
réunies, elles donnent à penser, surtout quand on y ajoute les
contradictions entre Aliscans et les autres chansons de la geste
méridionale-
192
R. WEEKS
II
INCONSèQUENCES EXTÉRIEURES DU POàME
Les inconséquences extérieures, les inconséquences pour ainsi
dire cycliques, à^Aliscans sont peut-être moins nombreuses que
les premières, mais elles sont d'un caractère bien autrcmeni
important. Car ici nous allons nous trouver constamment en
présence de problèmes dont la solution décidera peut-être de
Fage de plusieurs poèmes apparentés, delà nature de monuments
perdus, de l'évolution enfin de toute une geste. Le manque
d'éditions critiques va nous gêner beaucoup dans cette recherche.
Si l'on avait de telles éditions d'Jliscans, du Caveuattty de Fûu-
con et du Charroi^ notre tâche serait plus facile et nos conclusions
seraient plus sûres. Cependant il faut profiter des moyens tels
qu'ils sont, en sachant gré aux savants qui ont déji\ éclairé bien
des coins obscurs de la geste de Guillaume.
Un examen superficiel suffit pour montrer quAliscnns cadre
fort mal avec les poèmes qui sont censés lui être les plus appa-
rentés, tels que le Cinrmtnt et Fouccni dt* Caudie, Jamais grande
chanson de geste ne fiât plus mal agencée avec les autres chansons
du même cycle. Aliscans est en désaccord frappant avec le Coit-
nani et avec Faucon. Mais la chose est plus compliquée encore,
car ces deux chansons sont en désaccord Tune avec l'autre. Ceci
est doublement étonnant si nous réfléchissons que tous les
critiques considèrent Aliscans et Fouam comme deux suites d'un
poème antérieur, et que la plupart voient dans le Coitrmnt ce
' poème antérieur.
Passons sommairement en revue les principales contradictions
entre Aliscans^ le Coirnant Fivicn et Foucon de Candie^ surtout
celles qui touchent à la « bataille d' Aliscans »k
I. La scène de la bataille d*Aliscans, selon le Gn*. et Foucûft,
se trouve en Espagne ^ Dans Aliscans, malgré le vague surpre-
I. C(n\, 62, 267-274, ÎII-31S, 527, 1059, m 1, etc. Tour Foucon de Cûniit
nous Q*âvons que rédition tronquée de Tarbé, Reims^ 1860. Il ressort du
quatrième vers d*cn bas de U p. 6 : Lk Burirlone quant il issit, que la scène
de U bataille est en Espagne, comme nous le montrerons. Œ p. 83.
ÉTUDES SUR ALISCANS I93
nant des données géographiques, il est clair que la scène de la
bataille est près d^Orange '. Selon la tradition, elle se trouve près
d'Arles \
2, De même, TArchant, selon le Cov, et Fouant^ se trouve en
Espagne; selon Aliscans^ près d*Orange ^
3, Vivien, enserré par tes Sarrasins, envoie chercher son oncle
Guillaume. Celui-ci part d'Orange selon Aliscans et le Cav,^ de
Barcelone selon Foucon *.
4* Dans Aîiscans et dans le CW., Desramé est le chef des
Sarrasins, tandis que dans Foucon il ne paraît que postérieure-
ment ;\ la bataille d'Aliscans-
5. Tibaut ne joue aucun rôle dans le Covetuinî, Dans Aîiscans
son nom paraît, mais on a peine à le croire présent, car un
si grand personnage devrait signaler sa présence par quelques
hauts fivits, et il ne t^it rien. Dans Foucon, au contraire, il joue
le grand rôle.
é. Selon le Cùik et Aîiscans, Bertran joue un rôle important
dans la bataille d*Aliscans; d'après Foucon^ il nY'tait pas même
présent.
7. Dans Aîiscans, Bertran est un des prisonniers dont la
libération est due à llenoart. Selon Fonum, n'étant pas présent,
il n'a pas pu être pris.
8. Selon Aîiscans, le nombre des prisonniers est de sept,
seulement leurs noms sont assez embrouillés, comme nous
venons de le voir. Dans Foucon trois seulement sont pris :
Guichart, frère de Vivien, Gui et Guielin'.
9. Dans ^/m?w^, c*est Renoart qui libère les prisonniers;
dans Foticon^ c'est Girart, Bertran» Foucon et d'autres^.
1, AliKattf, ij6o.
2. Jonckbioct, GuiUaumf ^Orange, II, p. 56 ss.; Gautier, Èpopén^ IV,
[p. 472 , G- Paris, La lJU,p\ au Sdoye^ Agf, p. 68; Rolin, .4/ïjm«i,pp.XLii-Liv.
p«tc. Pour TArchant, voy. les mômes passages.
j. Cm'.,86, \i^, t66, 278, 350, JO>6, 1241, etc.; Fô«û>«, p, 16, Crjean-
roy, Romania^ XXVI^ p. 181.
4. AUic.^ ijéo; le Cm»,, 8J7-841, 979, i2is;fo«ro«, p, 6, au quatrième
vers d'en bas,
\, Fotum, pp. 4, 7, is, 16, Cf. Prist ût Cordres^ IniroducUm^ p. Xiv. Les
passages à.*Alncam ont dé)l été cités.
6. Foucon, pp. iSi 16.
XXX
«î
Î94 R- WEEKS
10. Dans Aliscans^ BauJus se bat .ivec Guilkume et réussit à
échapper. Dans Faucon il meurt \
11. Selon Aliscans^ Guillaume se sauve de la déroute, monté
sur le cheval d'Aérofle; selon Fotiamy sur celui de Baudus^ Ce
cheval joue un rôle important dans ta légende. Il a même
pénétré dans le Moniagc * .
12. Aimeri de Narbonne paraît dans la seconde partie
d'AIiscans; selon Faucon il est déjà mort *.
13. Selon le Cov.^ tous les fils d' Aimeri sont vivants. Ils
paraissent tous dans JUscans, si ce n'est que Garin est absent
selon certains mss., présent selon d'autres*. Selon Foucm, trois
seulement sont en vie^\
14. Dans Aliscans, Guillaume part lui-même pour chercher
du secours, après Tinvestissement d'Orange par les Sarrasins.
Dans Foitcon il envoie un obscur messager, Girart'»
15. Selon Aliscans et le Cov.y Gaudiii le Brun, personnage
imponant pour k critique, joue un rôle dans la bataille d'Alis^
cans, mais non pas selon Faucon.
Et ainsi de suite. Si nous avions une édition complète de
Foîican^ nous pourrions sans doute augmenter considérablemeni
le nombre de ces divergences, même à ne compter que celles qui
touchent la bataille d'Aliscans.
La chanson d'Aliscans renferme donc non seulement des
inconséquences intérieures, mais des disparates pour ainsi dire
cycliques. De ces trois poèmes, Aliscans, le Ccm. et Faucon^
lequel a raison ?
On déciderait difficilement en faveur d'Aliscans, dont le
témoignage se trouve plus ou moins infirmé par suite des
inconséquences intérieures do poème, résultat peut-être de
I. FoHCûtt, p. 4.
a. Ihid.^ p. 4.
J. Jonckbloct, Guillaume iTOraugi^ U, p. 144; Arcbivf, d, SUidium âtr
ntuiftH SpracfsfHf XCIII» p. 434*
4, FoHCûnt pp. 4, 29, 67,
5. Pour le léraoigaage du Cw., voy. le vers ïBio, et cf. le vcra 14$» Le
ms. m paraît t'tre le seul ms. d'Aliscans qui meutionne Garin; voy. à la p, 71
des variantes de Rolin.
6. Foucon^ pp. 29, 44. Il se peut qu*Emaut soit encore en vie aucommen*
cernent du poème* Il faudrait consulter les manuscrits.
7, Ibid.,p. 5.
ÉTUDES SUR A use ANS 19 J
remaniements inhabiles. Pour le Cov.^ nous ne pouvons pas
lui donner raison non plus, car il est rempli d*impossibiUtés,
comme on s'en convaincra par le relevé suivant.
m
INCONsèaUKKCES DU COFEKA^ riHEN
1. Au commencement du Ctyv. on nous donne les noms des
cousins qui accompiîgnent Vivien (57 ss. ; cf. 336 ss.). Aux vers
739 ss. (cL 88} ss.) nous apprenons que plusieurs de ces mêmes
héros ne sont pas avec Vivien, mais qu'ils sont avec Guillaume.
En effet, ils viennent d*Orange avec Guillaume, 1144 ss.,
107, ss., 51543 ss.
2. On dit au vers 69 que Vivien fait la guerre depuis sept
ans en Espagne. Comment expliquer alors que Desramé ne
paraisse rien en savoir, et se félicite de ce qu*il n'y a plus de
^ guerre entre lui et Guillaume, qui représente les Narbonnais
(89 ss.)?
3. Vivien, serré de prés par les Sarrasins, réussit à se
réfugier dans un vieux château, 729 ss. Cela ne parait guère
vraisemblable, ce château laissé ainsi sans défenseurs si prés
des chrétiens, comme exprès.
4. Tout de suite après ç'étre réfugiés dans ce chiteau,
Vivien et ses hommes se mettent a tuer leurs chevaux pour se
nourrir (775 ss.). C'est avec raison que les critiques ont relevé
ce fait, qui paraît supposer un siège prolongé.
5. Vivien envoie un messager à Orange pour que Guillaume
vienne avec les forces qu'il a rassemblées. Mais à l'arrivée du
messager, nous apprenons que Guillaume est dépourvu
d*hommes (738-743; 837-842; £117-1125).
6. On dit de Guillaume, au moment de son départ d'Orange
(1210-1214), q^*Avant quatre jours il sera dans une bien mau-
vaise passe. Il s'agit évidemment de ce que nous appelons la
défaite d'Aliscans, Mais Vivien est en Espagne. Comment
croire que Guillaume puisse aller avec une armée jusqu*en
Esp;igne et livrer une bataille dans l'espace de quatre jours?
7. Il est difficile de croire que les chevaliers qui sont avec
196 H. WEEKS
Vivien, déjà réduits à manger leurs chevaux au moment du
départ du messager, puissent tenir bon jusqu'à ce que Guillaume
ait rassemblé une armée (î 1 58-ï 142 ; 121 5-1220).
8. Vivien fait une sortie inopportune, et reçoit des
blessures fatales. S'il avait attendu encore quelques heures,
tout aurait été bien. On a Taîr de vouloir le faire mourir.
9. hntîn, pour ne pas trop multiplier les choses suspectes
dans le Gw., l'action do poème est fon vague, et la topographie
du champ de bataille Test davantage. Ceci est d'autant plus
frappant que le poème possède de réelles beautés'.
IV
où TROUVKR LA LÙCKNDH l>R[MÎTIVE
Où trouver la légende primitive de la bataille d'Aliscans ?
Nous croyons que la seule source française qui conserve la tra-
dition primitive est Faucon de Candie, poème dont on a dit
beaucoup de mal ^ Remarquons que la bataille d'Aliscans est
le portique de la chanson d'Jliscans. Si Ton peut trouver le
mot de cette bataille étrange, on aura une compréhension plus
ou moins juste du poème. Il f;aut commencer par abandonner
les tentatives, parfois grotesques, de dresser le champ de
bataille d'AHscans dans le voisinages d'Arles, Comment croire
en effet qu on ait pu omettre toute mention du Rhône, si jamais
1. Plusieurs de ces difficultés du Coi\ ont été signalées par M. Bccker et
par M, JeaDroy : Dir altfraniàsiscffe WUhthmagt^ pp, 4} ss. ; Rùmania^ XXVî.
pp. 18 ï ss,
2, Nous n*avons relevé que deux ou trois disparates de peu de conséquences
dans Fouwtt, La plus importante est cclîe-ci : la mère de Foucon appelle
Vivien et Guichart ses frères (p. 7). A ta p. 117, on dit Guichart le fils de
Guérin Almanoîs, Foucivt, donc, fait de Vivien un fîls de Garin. Seulcmcm le
poème a certainement connu la légende, plus ancienne, tjui fait de Vivien le
fils d'une sœur de Guillaume. A la p. 86 on rapporte que Tibaut s'est vanté
d'avoir tué à Guillaume U fil de sa ifror. Ces mots se rapportent à ce qu'a dît
Tibaut à la p. 85, où il nomme Vivien. Cf. AUstam, éd. Rolin, au vers 59,
et çt aussi le WilUbalm,
ÉTUDES SUR ALISCANS 197
ce fleuve a figuré dans les légendes primitives d*où vient
Aliscans ?
Nous allons tâcher de montrer que l'emplacement de la
bataille d' Aliscans était en Espagne; que le combat décrit dans
le C(n>, n*est pas la bataille d' Aliscans ; que le récit de la bataille
au commencement à' Aliscans est fortement altéré; que les
données sur la bataille d' Aliscans dans Foucon sont les plus
anciennes et les plus fidèles qui nous soient conservées en fran-
çais ; que Guillaume n'est pas parti d'Orange pour venir en aide
à Vivien ; que Bertran n'a pas pris part à la bataille d'Aliscans,
et que, par conséquent, il n'a pas été fait prisonnier; que Guil-
laume a tué Baudus, et qu'il lui a pris son cheval ; qu'une fois
rentré à Orange, Guillaume n'a pas quitté la ville, mais qu'il a
envoyé au roi de France un messager ; que Tibaut, et non pas
Desramé, était le chef des Sarrasins dans les sources les plus
anciennes à* Aliscans -y bref, que là où Aliscans et les autres
poèmes sont en désaccord, ce n'est pas à Aliscans y comme l'ont dit
la plupan des critiques, qu'il faut demander la légende la plus
ancienne, mais plutôt à ces poèmes. Quand ces autres poèmes
sont en désaccord avec eux-mêmes, comme cela arrive souvent,
la légende authentique, au moins pour tout ce qui touche la
bataille d'Aliscans, se trouve dans Foucon de Candie.
(A suivre.)
Raymond Weeks.
LA
PROCESSION DU BON ABBE PONCE
CHANSON HISTORIQUE ET SATIRIQUE DU XîII* SIÈCLE
I
Au coors du siècle qui vient de finir, rattention des érudî
sVst portée plus d'une fois sur les chansons relatives à notre
histoire nationale, Paulin Paris en publia quelques-unes, dès
t8j3, dans le Rotnancero français^ et, en 1834, Jules Desnoyers
mettait au jour une intéressante série de « chansons histo-
riques et politiques desxvr et xvii* siècles *.« Quelques années
plus tard, Le Roux de Lîocy Hiisait paraître son Reaml de chants
hisloriques français depuis le XII'' jusquau XVIt siècle^ et cette
publication semble avoir excité l'émulation de collecteurs qui
limitèrent te champ de leurs investigations à une époque ou à
une province déterminée^.
De Texamen des recueils auxquels je fais allusion il résulte
que> si les chansons historiques nous sont parvenues assez nom-
breuses pour les XVI*, xvir et xvni* siècles, elles sont relative-
ment rares pour le moyen âge. Les collecteurs ont tenté de
dissimuler cette pénurie en admettant des chansons qui ne
sont point toujours absolument historiques — chansons de
i
4
I, BulUtitt 'de la Société de t histoire de France^ année 1Ô34, docuraents ori-
ginaux, pt 261 à 300, Cf. p. 16 $-169 du même volume,
a. Jcciterai« comme exemples de Tune et de Tautre méthode, le Noui^ûu
siècle de Louis XIV ou choix de chansons liistoriques et satiriques^ presque toutu
inédiies {it%J^-\j 12% Paris, 1857, in-i2, elles tomes III, IV et V du Roman*
uro champenois, de Prosper Tarbé^ Reims, 1864-1865, in-d, comprenant ce
que Fauteur appelle les cfxints historiques et légeitduirts.
LA PROCESSION DU BON ABSfe POKXE I99
genre ou chansons d'amoor * — ou bien encore de fragments
d'ouvrages versifiés qui n'ont rien de la chanson; mais de tels
artifices ne trompent personnel De loin en loin cependant, les
émdits glanaient dans les aianuscrits quelque chanson du
XIII* siècle, inspirée par un événement contemporain, et
comme exemple d'aussi heureuses trouvailles on peut citer la
chanson de la Procession du bon abbé Ponce, dont Paulin
Paris a donné le texte en 1855 dans V Histoire îiitéraire de la
Frûnce\ et la chanson sur la bataille de Taillebourg que M. A.
Thomas a publiée et commentée en 1892 dans les Annales du
Midi^.
Le commentaire d*une chanson relative à un événement
aussi important que ta bataille de Taillebourg n'offre point de
sérieuses difficokcs ; il est susceptible d*ctre poussé du premier
coup à un degré fort voisin de la perfection. Il n'en va pas de
même lorsque le sujet de la chanson est un fait d^histoire
locale, comme la Procession du bon abbé Ponce dont je vais
tout d'abord présenter le texte, d'après Tunique manuscrit qui
nous l'a transmis *.
De la procession
Au bon abbé Poinçon
Me covient a chanter :
Hons de religion
Ne fist mais tel pardon*
Par son pais aler.
Tout a fait agaster?
Et tour mis a charbon ;
S'il ne fusi si proudom
10 D ne Fosast panser.
De la procession
Là croiz et te baston
Ont chargié Guienot%
I. Il en est du moins ainsi dans ic lonie I" du Hccutil de Le Roux de
Lincy.
a. Cène dernière critique s'applique au Romancero champenois.
5. T, XXIII, p. 82r-822,
4. T- IV, p. 362-570.
5. Le nis. iVançais 846 de la Bibliothèque nationale, où elle figure au fo 4$.
6. Au moyen âge, pardon, au sens de pèlerinage, n'était nullement spécial à la
Bretagne, comme le croit le plus récent des commentateurs de la chanson.
7. agoiitr doit s'écrire ici en un seul mot, et non agaster comme l'ont fait
les précédents éditeurs. Sur ce synonyme de gasUr, tu ravager » voir
Godefroy, Diciicnmire de Vancknne îangiu française^ t, I, p. 159.
8. Guitnoi est un diminutif bourguignon de Gui ou Gtiion, et c^est à tort
200
Qui ot a compaignon
I s Gauterot de Greingnon,
Ranfroi et Denisoi,
El maint autre vallot
Et maint vilain félon ;
Jusqu'où Val de Suson*
20 N*ont laissiC* chacelot '.
Jchanz de Triehastel î
1 vint et bien et bel
A la procession;
Avec lui maint donzel,
2$ Qui portent penoncel
Le conte de Chalon :
A. LONGKON
La moichc et le brandon,
N*i quiert autre joel :
Ne veinera mais cembel *
30 A Roins ne a Loon.
Li Loichars s de Preîngei *
Vint devers Pclcrcy 7
Par mi Vilemurvi ^ :
Nostre abbes li mandey
3 S Que dcstruisist Lcrey^
Et si nou Icssest mi ;
Et il a tout saisi
Jtisques vers Pelerey '<> ;
Ne Frajgnoy ^* ne Poncey '*
que l'auteur d'un article paru dans le Réveil hùurguigmn, du 10 décembre
1900, prétend qu' <* il faut lire Guillemot, que Ton orthographie parfois Guie- !
mot. »
I . Val-Suïon (Côtc-d*Or, c^n de Saint-Seine).
2* Ce mot, mal interprété par les deux derniers commentateurs de la
chanson, a été relevé par Godefroy, Dictionn. de Fane. L française,!, il,
p. 29, qui ne le fait suivre d'aucune explication. lî faut y voir une mauvaise
transcription âcclmseîot^ diminutif de cfmsel (en bas latin cûJij/*), jadis en usage
en Bourgogne, et qui est la source du nom de lieu Chazeloi, en usage dans
les dép. de Saône-et- Loire, de la Haute-Saône et de TAm.
3. Ccst, dans les textes français du xui* et du xive siècle, b forme la plus
ordinaire du nom de Thil-Qiâtel (Côte-d'Or, C" d'Is-sur-TilIe)»
4. Mal interprété par les deux derniers commentateurs, cemM est un mot
bien connu de notre vieille langue, où il a le sens propre de « provocaiiofi
guerrière *, plus ordinairement celui de « combat j».
5. L'un des commentateurs a rendu Imchart par « garde forestier n.
M* Bouriier y voit un terme populaire^ a lichard », au sens de « glouton »,
« vorace «, Ces interprétations sont également inacceptables : îokfmrt n*est
autre chose qu'un dérivé de lu se us, une variante de hschart, dont on peut
voir des exemples dans Godefroy, Dictionn. de Pane. L française, t, V, p. 35 ;
huessart^ «< louche », est encore usité dans le Mor\*an (Chambure, Glossaire
^du Morvan, p. ^o}). On trouve en 1234, aux environs de Saînt-Scinc, le sur-
nom latin Luicardus,
6. Prangcy (Haute-Marne, co« de Longeau)»
7. Pdlercy (Côte-d*Or, co» de Saint-Seine),
8. Villermervry (Haute-Marne, c» d'Auberive).
9. Lér}' (Côte-d'Or, c»» de Saint-Seine).
10. Pdlcrey, (11) Fresnois, (f 2) Poncey (Côte-d*Or, c» de Saim-Seinc.)
LA PROCESSION
40 Ne mbi pas en obli.
Par devers Duymois"
Vint Girars li cortois,
Plus blans que flors de lis,
Avec lui SCS Irois ' ;
45 Très ci qu*en Digenois î
Ont gasté le pais :
Wi laissent, ce m'est vis,
Orge, froment ne pois.
Chargiez .VII^x. chamois ♦
50 En ont devers aus mis,
Sanz les bues viennois f
Dont il ont cent et trois,
Chargiez lor accersis *,
Qu'il mointicni en Ausois 7;
5 i 11 nés rendront des mois»
Qu'il ne Font pas apris.
DU BON ABBE PONCE
Girars lorna son vis
Par devers J, maroîs :
Se ne fust Vesinois *»
60 Beligney ' fust maumis.
Girars s*est bien garnii
De portes, de postîz,
Por fermer sa maison :
N'i coxnent plaisseïz *%
65 Ne autre rolleîz ',
Se de vtez marrien non.
Orli doint Dex moisson !
D'arches est bien garniz.
Fox est qu'au viel oison
70 Enseingne le pasquiz.
Li fili au bon Hugon
D'à ceaus près de Noiron **
Seii bien terre gastcr ;
201
1. Le Duesmois, le ^t« Duhmetms de la première moitié du moyen
âge. II était situé au sud de Saint-Seine et son souvenir survit dans le surnom
de Fontaine-en-Duesmois et de Vilbînes-eo-Duesmois (Côte-d*Or, c9^ de
Bagneux-les-Juifs).
2. Le mot Iroh reproduit id la vieille appellation française des Irlandais^
c'esi»à-dire Téquivaient de l'anglais iri$h,
3. Le Digenois, le pagtis Diviotunùs de la première moitié du moyen âge,
à rodent de Saini-Seine.
4. Récemment interprété par « chariot " , ce terme n*a encore été signalé
en aucun autre texte* 11 peut désigner une béte de somme.
5. M, Bourtier a parfaitement traduit *r bœufs viennois »» et je ne m'ex-
plique pas comment le rédacteur du Réveil bourguignon a pu croire qull
s'agit sans doute ici « de bceufs gras dits plus urd viâlai {voir La
Monnoye) ».
6. Terme encore inexpliqué, bien que les derniers commentateurs y voient
une forme vulgaire du latin accfrsilus.
7* L*Auxois, pagus Ahensh^ à Touest de Saint-Seine.
8. On ne sait trop si Vesmols esc un nom d'homme plutôt qu'un nom
de Heu.
9. Bligny-Ie^ic (Côte-d'Or, €<>« de Saint-Seine).
10. ClôtuR' formée de branches entrelacées.
1 1 . Palissade de troncs d'arbres ou de fascines roulées.
12. S*îl eitste trois communes du nom de Noiron au département de k
202
N'î a bl&sié monton,
7 S Gdinc ne chapon,
Qu'i ne face tuer,
Nuns ne Ten doit bl mer
LONGNON
Qui entende raison »
Car filz d^esmeriUoîi
80 Doit par droit oiseïer.
La Procession du bon abbé Ponce est imprimée ici pour h
quatrième fois, et la lumière n'est point encore faite sur la date
des événements qui Tont inspirée. Cette chanson parut tout
d'abord, en 1855, dans V Histoire littéraire de la France, et, par
suited*un évident lapsus, Paulin Paris attribue au milieu du xiv*
siècle, au lieu du xiir siècle, ce qu'il appelle « le récit chanté
d'une invasion à travers plusieurs villages de Bourgogne, %^ers
« le Val-Suzon. » — « Dans Tabbè Poinçon, » dit-il, « nous
(t croyons reconnaître Ponce, le célèbre abbé de Vézelai, qui
« mourut le 14 octobre 1161, après une vie fort agitée. Les
« ministres de la colèie du bon abbé contre les gens du bourg de
« Vézeki,qui venaient d'établir une commune, se nomment Gui
« ouGuienotjGauterotde Greignon,Rainfroi,Denisot, Jchande
« Trichastel, les vassaux du comte de Chalon, le garde fores-
« tier de Pringey, Girart avec ses Irois et le fils au bon
« Hugues. Les lieux et villages pillés sont le Val-Suzon, Pelé-
tf rey, Villemurvi, Lerey, Fraignois aujourd'hui Fresnois,
« Poncey, Beligny aujourd'hui Bligny, Vesinois et Noiron V. »»
L'opinion émise par Paulin Paris au sujet de l'abbé Poinçon
a été acceptée par M. le chanoine Bourlier, vicaire général dy
diocèse de Dijon, qui a réimprimé le texte de la chanson,
d'après VHisloirc littéraire^ au mois d'août dernier, en un article
intitulé Une chanson satirique bourguignonne au moyen âge ^
L'article est divisé en trois parties : la première renferme le
texte de la pièce, la seconde est consacrée à ses « particularités
littéraires, historiques et géographiques » ; la dernière enfin, qui
a pour objet la « glose et traduction » delà chanson, renferme
Côic-d*Or, Koirûu-lés-Cîtcaux, Koiron-sous-Bè/e et Noiron-sur-Seine, il
semble qo on tic puisse hésiter ici qu'entre les deux premières, et j'incline
vers Noiron-lés-Otcaux (c*» de Gcvrey), i huit lieues au sud-est de Saint-
Seine.
I. HUtùirt littérairt de ta Frana, t, XXin, p. 820.
2* Bulletin d'histoire^ de Httératun et dart rcligitux du diocèst de Dijon^
no du 15 août 1900, p, 174 à 186» Œ p. 204, note 4.
LA PROCESSION DU BON ABBÉ PONCE 203
quelques inexactitudes contre lesquelles protestent^ tacitement,
quelques-unes des notes jointes au texte reproduit ci-
dessus.
M- Bourlier, qui habite Tancienne capitale de la Bourgogne,
a déterminé avec plus de précision que son devancier les
diverses localités mentionnées dans la chanson, et Ton ne peut
que louer cette partie de son travail. Mais il est moins heu-
reux dans la partie historique de son commentaire : « Quand
« parut l'œuvre, » dit-il, « du moins dans la forme où elle nous
« est parvenue, il y avait près de deux cents ans que Pons de
« Montboissier, le légendaire abbé de Vézelay, était mon; à
« peu près le temps qui nous sépare du héros de la chanson
deMarbrou* A une telle distance, Thorizon de Thiscoire ne
se présente à l'œil du peuple que chargé de brumes épaisses.
« Les dates, les noms, les souvenirs se brouillent. Les person-
<t nages sont passés h Tétat de types, sinon de mythes. Ce qui
u est vrai pour nous modernes, Test à plus forte raison pour
« le moyen âge, qui ne lisait pas. La notion du temps s'obli-
térait dans les esprits de ce temps avec une facilité étrange.
De ptos, pour des gens qui avaient conscience de vivre dans une
« ère nouvelle depuis rétablissement du régime communal, la
« tendance naturelle était de mettre indistinctement au compte
« d*un passé dont on ne voulait plus tous les actes d'arbitraire
« ou de violence qui se i attachaient i cette révolution ou qui
« rainaient précédée, à peu près comme aujourd'liui le public
« demi-lettré de France ne voit plus guère dans tout ce qui a
«f précédé la Ré%^olution française qu'un bloc chronologique
" informe, qualifié d'ancien régime '. » — « Il se pourrait donc,
conclut M. Bourlier, « que Tabbé Poinçon, tout historique
« que fût le personnage, et précisément à cause du souvenir que
« la postérité avait gardé de lui, eût été traité plus ou moins
« en personnage de légende par notre chansonnier, et il faut
« en dire autant des autres noms qu'il a groupés autour de
H celui-Ii. Du fait de réloignement du temps et de Tintention
tt satirique, il y a eu confusion des dates, grossissement et
« simplification des faits et des physionomies ^ d
Aux yeux du nouveau commentateur de la Procession,
1. Btilktin,,.., dudiochf de Dijon ^ n© du l\ août 1900, p. 180.
2. Ihid., p, 181.
204
A. LOKGNON
,., Girars 11 cortois
Plus bUns que Hors de lîs.
ne serait autre que Girard de Roussillon, le fameux héros
épique^ Girard de Roussillon, qualifié « H vielz », par Tauteur
du Rolande Quant au personnage nommé dans le dernier cou-
plet de la pièce,
Lî ûh au bon Hugon,
c'est, au sentiment de M. Bourlier, « un fils de duc de Bour-
o gogne, à coup sûr, puisque de 1075 à 13 15 cinq ducs de
« Bourgogne ont porté successivement le nom d'Hugues. Il
« importe peu desavoir », ajoutc-t-il, « lequel des cinq rauicur
a a voulu nommer, ou même s'il a eu en vue un des cinq,
a plutôt qu'un autre ^. »
Des trois identifications de personnages qu'a produites M*
Bourlier, aucune à mon avis n'est acceptable, et j'essaierai tout
à l'heure de le montrer. Je me bornerai pour le moment à cons-
tater qu'elles n'ont point certainement convaincu un troisième
commentateur de la Procession, qui a tiré de cette chanson la
matière de deux articles tout récemment publiés en un journal
bi-mensuel de Dijon, le Ràvril hurquignon ^
On doit savoir gré i Tauteur des deux articles du Réveil
bourguignon d'avoir corrigé, dans la chanson reproduite parlai,
cinq menues fautes de copie ou d'impression que présente le
texte de Paulin Paris; mais le nouveau commentateur de la
vieille chanson bourguignonne a été moins bien inspiré en
déniant à cette pièce tout caractère historique, et surtout, alors
qu'il a vu le manuscrit où elle figure, en la considérant comme
une oeuvre du temps où les ducs de Bourgogne dominaient en
t. BitlUim «/» iioche di Dijon^ n» du 1$ août 1900, p. tSi.
2. Ibid., p. 182»
l r Le premier de ces articles d*un atioDynie a paru sous le titre Vab^
PMnçm, dans le ûuraéro du 25 novembre 1900 ; le second, inséré dans ic
numéro du lô décembre, est intitulé Utu chamon hourgul^mnm. Ils ont
motivé un nouvel article de M. le chanoine Bourlier, A propos d*un Uxtf bùur-
fu^noH publié dans V t HUloirt liUèraire dt la Fra^ia », inséré dans le
Bullitin d^histmre^ ctc,, du diocèse di Dijon, du i> décembre 1900, p.
26}-269,
LA PROCESSION DU BOK ABBÉ FONCE 20 5
Picardie, c'est-à-dire, si jVntends bien, du xv* siècle. Le
manuscrit est en effet dû xiir siècle, comme Tindique le
tome I" du catalogue de la Bibliothèque nationale '. Je concède
volontiers au rédacteur du Réveil bourguignon que la Procession
du bon abbè Ponce n'est point un chef-d'œuvre poétique^ mais
je ne crois pas possible d'admettre le sentiment qu'exprime cet
écrivain dans les termes suivants : a Un moine malicieux de
<( Fabbaye de Saint-Seine, venu de Picardie au temps où y domi-
« naient les ducs de Bourgogne % y aura apporté diverses pièces
is rimèes, notamment une contre les Dominicains, ainsi que
« celle dont nous nous occupons et qui offre dans ses trois pre-
« miers couplets Timage d'une procession. Ce terme même de
« procession sent son origine religieuse, et le cinquième vers du
« premier couplet où Ton parle de pardon^ porte à croire que ce fut
« dans un couvent de la Bretagne que fut fabriquée en premier
« lieu la chanson à laquelle le moine démocrate de Saint-Seine
« ajouta d'autres couplets empruntés à une satire contre les
« nobles, en ayant soin de substituer partout des noms bour-
« guignons aux noms picards ou bretons. Le placage et le
et replâtrage ont été parfois maladroits ', »
Pour Fauteur de l'opinion que je viens de citer, l'origine
picarde de la chanson résulterait, si je ne m'abuse,du trentième
vers :
A Roim ne a Loon.
Le rédacteur du Réveil kvtrguipton n'est pas plus heureux en
ce qui touche le principal personnage de la chanson. Ses
devanciers ont reconnu dans le nom de Tabbè Poinçon une
1. Bihliothèqui Impértaky dipartemmt des mamiscrits. Catalc^ue des manttscriti
français^ t. ï, p. 110-114, ûû se trouve décrit le ras, 846 du fonds français
(ancien 7522* et précédemment Cangé 66). Ccst par erreur que le rédac*
teur âuRcfeil hurgutgnvn a dît que la chanson figurait dans un second manu-
scrit de la Bibliothèque nationale « dit de Cangc »,
2. Cest en vertu du traitii d*Arras, de 1435. que les ducs de Bourgogne
établirent leur domination sur les « villes de la Somme », ou, en d'autres
termes, sur la Picardie proprement dite. Depuis 1418, cependant, Philippe
le Bon jouiss.tit des chdtellenies de Péronne, deRoye, et de Montdldter, cons*
tituant la dot de Michelle de France, sa premicrc femme.
3. Likéveit bourguignon, vp du 10 décembre 1900.
2o6
LONGNOX
forme oblique de Pons ou Ponce^ Pontius; il n*y voit, lui,
qu'une sorte de sobriquet aaqoel il attribue le sens de « ton-
neau ' », que présente en effet le mot poinçon, non seulement
en patois bourguignon, mais encore en français.
H
Mon sentiment se rapproche beaucoup de celui qu'ont suc-
cessivement exposé Paulin Paris et M. le chanoine Bourlier.
J'admets comme eux Torigine historique de la Procession du
bon abbé Ponce, mais au lieu d'y voir un lointain écho de
rexistence agitée de Fabbé Ponce, sous lequel le bourg de
Véadty conquit ses libertés communales, j'y reconnais un écrit
inspiré par un événement contemporain, et je suis, dans une
assez large mesore^ en état de prouver le bien fondé de cette
opinion.
Les huit couplets de la chanson sont relatifs à une sorte de
guerre privée au cours de laquelle les auxiliaires de Tabbé
Ponce exercent leurs ravages aux environs du monastère de
Saint-Seine, Leur objectif principal est Léry; ils dévastent
également trois villages voisins, Fresnois, Pellerey et Poiicey,
tous trois situés dans la vallée de llgnon. Bligny-Ie-Scc
échappe cependant à leurs déprédations, qui s'étendent depuis
Léry, à quinze kilomètres au nord de Saint-Seine jusqu'i Val-j
Suzon, à dix kilomètres à Torient du même lieu. S*il n'était
question de Noiron au dernier couplet, le théâtre des hostiUtés
serait fort nettement circonscrit. Il comprend la meilleure
partie des possessions de Tabbaye de Saiot-Seine : Léry était
en effet le siège d'un prieuré dépendant de Tabbaye de Saint-
Seine, à laquelle appartenaient plus ou moins complètement les
villages de Fresnoy, de Pellerey, de Poncey, de Bligny-le-Sec
et de Val-Suzon *.
l, Li Rntii hHrguigfwn, n» du 25 ncr\*einbrc 1900.
a. Une bulle du pape Innocent IV, en date du 4 novembre 1245, énumè
rant \c$ possessions de Tabbaye de Saint-Sdne^ mentionne au moins quatre
de ces localités : • L>Tiacus» Piliriacum et Ponciacum villas cum capellis et aliis
peninentii.% suis..., Fnuietum cum pertinent i is âui s » (Second cartubire de
l*abbiyc de S^iînt-Seine» no», latin 9874 de la BibL nat., p. 3). Le monastère
LA PROCESSION DU BON ABBÈ PONCH 20?
Tous les villages que je viens de dire sont i une distance de
vingt lieues, pour îe moins, de l'abbaye de Véztlay. H est donc
absolumeot inaprobable que le nom de Poinçon désigne ici
Ponce de Montboissicr, qui gouverna Vézelay de 1138 à u6i.
Il s*agit bien plutôt de quelque abbé du monastère de Saint-
I Seine. Il est vrai que le nom de Ponce ne figure point sur la
liste des abbés de Saint-Seine insérée dans la Gallia chris-
tiana *; mais cette liste est inexacte, car le cartulaire de Saint-
Seine mentionne à plusieurs reprises un abbé qu'il appelle
Pontius^ lequel gouvernait le monastère en 1240, 1241 et
1242% et qui par suite d'un lapsus assez bizarre est devenu
Pierre, Peîms, dans la Gallia christiana ^ L'errèur est absolu-
ment certaine, car Tabbé Ponce est nommé Pontius, en toutes
lettres, dans les actes qui parlent de lui, et ce vocable est
reproduit dans chacun des travaux manuscrits relatifs à
Tâbbaye de Saint-Seine conservés à la Bibliothèque natio-
nale ^,
Au mois de juillet 1240, le monastère de Saint-Seine avait
encore à sa tète un abbé du nom de Jean, qui, au courant de
la môme année, résigna ses fonctions entre les mains de
Tévéque de Langres, Robert^ lequel lui assigna i cette occasion
les revenus de Francheville, Tua des domaines de Fabbaye. En
temps ordinaire, Francheville énit employé pour la dotation
de Tabbé aussi bien que pour celle du chambrier, ce qui amena
sans doute quelques réclamations de la part des intéressés. Se
défendant alors de vouloir troubler la tranquillité du mona-
stère *, fex-abbé renonça à Francheville et reçut en échange le
possessionné à Val-Suzon dès r2î8 (ihiâ, p. 22), Quanta BUgny-le-Scc. son
église ctait depuis 1198, une succursale de IVglise paroissiale de Saint-Seine,
si Ton en croit CourtéptSe. « et de la justice de Fabbc, dès ce temps »
(Description du duché àe Bùurgognt^ 2<= édition, t. IV, p. 24s).
1. T. IV, p, 696-70Î.
2. Le texte à<^% piêc« du cartulaire de Saint-Seine où figure Tabbé Ponce
est reproduit dans TAppendicc du présent travail.
3. T, IV, coL 699.
4. Fonds ïatin, tus. 11819, ^ 243 r», et nis. 1269e, \9 157 v«-i58 ro,
5. « Tandem dictus Johannes nolcns conventum propter hoc aliquo modo
conturbare... «(voir plus loin, p. 210). Deux des copies du cartulaire de Saint-
Seine que possède la Bibliothèque nationale, les mss. 12824 «t 17085 du
210 A. LONGNON
sonnages secondaires; mais, dès maintenant, l'on peut afiirnier"
que la Procession du bon ;ibbé Ponce fut composée entre
1240 et 1248, plus vraisemblablement vers 1241, Elle appar-
tient au milieu du règne de saint Louis, pcriode ijuî semble
relativement riche aujourd'hui en chansons historiques.
Auguste LONGNON,
APPENDICE
L — DONATIO PRIORATUS DE LERIACO (1240),
Nos, Pontius jibbas totusque conventus Sancti Sequani, univcrsis pré-
sentes litteras înspccturis rd geste notiiîam cuni saltiie. Cum vcncrabilis
pater noster Robertus, Dei gratia Lingonensls episcopus, resignationem
do mini Johaimis quondam ab bâtis San cl i Sequani in manu sua recepisset, ci,
de volutuate eiassensu convcntus^eidem î n omnibus rébus providisset de rébus
que ad vîllam Franche Ville pertinebant» tam ad proprietatem abbatis quara
camcrarii, et eadem provisio sigillo dominî episcopi et conventus fuisseï
sigîllata, tandem dictus Johaiwcs, noleiisconveiiium propter hocaliquo modo
conturbare propter res sîbl assîgnatas ad necessarios usus conventus pertinen-
tes, Cl in aliis rébus consensii et voluit» et de coosensu ci voKiniatc con-
ventus rébus provideri, scilicet quod nos dedimus et conccssimus sepc-
dicio Johanni, pro sua provisionc. prioraiiîm de LerÎJCû ' et candem villam
de Lenaco cum hominibus, justitiis, nemoribus et aliis provcntibus ejusdenii
ville, pcrtiiientibus ad ecclesiain Sancti Sequani. et erum ad dïctum priom-
luiu, et in omnibus reddiiibus quos habcmus in vïUa de Eschallo ' et in villa
de Saliva >, et apud Paluz grangiam de Oigniaco «, et apud Pusois grangîam
de Fomcniaco*, et in omnibus rébus que ad proprietatem et dominîum nos-
trum pertinent in locis supcrius jam expressis, cxceptis viginti solidis qui
dcbeotur convcntui pro annlversario veiierabilis pat ris domini Galterî, Lin-
gonensis episcopi, prima die maii. Hanc provisionem venerabilis pater noster
1. Léry (Côtc-d'Or, co« de Saini-Seine).
2. Écbalot (Cûte-d'Or, c^ d'Aignay-te-Duc).
J. Salives (C6tc-d'Or» co«de Grancey).
4. l^ ferme de l'abbaye d*Oigny, à Palus (C6te*d*0r, C9^ de Granccy,
co» de Salives).
S- Peut-être une ferme de Tabbaye de Fomenay à PoiscuI-lês-Saulx (Côte-
d'Or, c*>« d'Is-sur-Tillc).
LA PROCESSION DU »OK ABBÈ PONCE 2 I I
Robcrtus, Lingoncnsis episcopus cotifirniavit, qiijni confirmationcm ratam
habuimus et habemus, et ut ratum et siabilc permaneat predicto Johanni lit»
tt:r.is nosinis tradidimus, sigillorum nostrorum niuniminc roboratas. A^tum
atino Domini M» CO XL*».
(Second cartulaire de Tabbaye de Saint-Seine, copie de Dora Aubréc, nis,
latin 9874 de la BîblioîhL'<;iuc nationale» p. 69; cf. copie de Bouhier» m s.
latin i7oHi, pp. 88-89,)
II. — DK JURAMKNTO DK TURCiitO, DE MARGELLA hT DE UNGOKtS (1241).
Nos, Irater Fontius, humilis abbas Sancti Sequani, et ejusdem ccclesiecon-
vemus, notum facimus omnibus litteras inspecta ris qaod nos, in capiinlo
constitutif de comuTunî consensu et singuloruni.tactis sacrosanctîs evangeliisj
juramento firniamus quod nos numquam vïllam de Margella ' cum ejus
appetidiciis, ncc ctiam Turceium ' cum ejus appendicîis, nec etiam prioratum
nostmm Lingonensem ^ slienabimus alicui clerico vel laico, ncc pcrpetuo
ncc ad vitam, volentes et contcndentcs quod si aliquis nostmm contra hoc
factura et juramentura ire prcsunrpserit, ab ecclesia nostra expellatur, et
numquam de cetero in ipsa nostra ecclesia, nec ad vitam nec ad mortem,
rrcipiatur. Statuîmus etiam quod abbas qui pro tcmpore fuerit^ statîm post
cunRrniationt:m s^am ad hujusmodi juramentum teneatur» et similiter qui-
cumque habiium monachalem in eccïesia nostra susceperit, statîm post prp-
fcssioncniab ipso factam, hujusmodi faciat juramentum, alioquin înter fratres
non recipiatur nec pro nostro monacho habeauir. Actum an no Domini
millcsimo duceniesimo quadragesimo primo.
(Second cartulaire de l'abbtj de Saint-Seine, copie de Dora Aubrèe, p. 70;
cf. copie de Bouhier, p. 90.)
JIL
CARTA DE MATTHËO DE NOIËLLES (mars Ï242» n. St.).
NoSt Anserius, archidiaconus Divionensis, notum facimus umversîs pré-
sentes litteras inspecturis quod Matlheus domicellus et Maria uxor ejus, filia
domini Guidonis, domini de Coyum ♦, laude et assensu Guidonis et Pomicetc»
libcrorum dicte Marie, vendiderunt etconcesserunt in hereditatcni perpetuani
vcnerabili viro Pontio, abbati Sancil Scquani, et conventui ejusdem ecclesie
quicquid juris habcbant et possidebant apud Blaseium Castrum ci Blaseium
1. La Margelle (Haute-Marne, c*»" d*Auberive).
2. Turcey, C6te-d'Or« c*>" de Saint-Seine).
j, Langrcs, (Haute-Marne).
4. Coyon, depuis Sainte>Marie-sur-Ouche (Côic-d'Or, co«» de Som-*
on).
212 A. LONGNON
Villam S tam in hominibus quam in decimis, rcdditibus, cxitibus, mansis
et possessionibus, et omnibus aliis rébus; et, de his omnibus se coram nobis
omnino dcvestientes, dictes abbatem et conventum Sancti Scquani corpo-
raliter investicrunt, et tenentur eisdem abbati et conventui corumque succès-
soribus contra omnes légitime et fîdcliter in perpetuum garantire. De pretio
siquidem dicte venditionis, videlicet de ducentis quater viginti libris divio-
ncnsium, se tenucrunt coram nobis a dictis abbate et conventu in
numcrata pecunia etsibi tradita penitus et integrum pro pagatis; promittentes
nihilominus, tam dictus Mattheus et Maria uxor ejus quam dicti Guide et
Pomiceta, liberi dicte Marie, per sacramentum eorum coram nobis cerpora-
Htcr prcstitum, quod de cetero contra hanc venditionem, per se aut per alium,
non venient nec venire consentient aut permittent. Et in hujus rei testime-
nium ad preces et instantiam partium prescntibus litteris sigillum nestrum
apposuimus. Actum anno Domini Mo CC® XLI®, mense martie.
(Second cartulaire de Tabbaye de Saint-Seine , copie de Dem Aubrée,
pp. 40-41 ; cf. copie de Bouhier, pp. 52-53).
I. Blaisy-le-Chûtcau, auj. Blaisy-Haut, et Blaisy-la-Ville, auj. Blaisy-Bas
(Côte-d'Or, c«n de Sombernon).
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS
AUX XnU ET XIV< SIECLES
Lorsqu'en 1884, j'ai fait paraître îd même la Plmiélique lyon-
naise an XI V^ stick \ on ne connaissait comme textes lyonnais,
que les Q^uvrcs de Marguerite d'Oingt et un certain nombre
de documents d'archives. Depuis lors, Téminent directeur de
l'École des chartes a démontré rorigine lyonnaise des Vies de
Saints en prose contenues dans le ms. franc. 818 de la Biblio-
thèque nationale (fol. J ^4-275) ^ Grâce à Tobligeance de
M. Léopold Delislcj j'ai eu :\ ma disposition pendant plusieurs
mois ce précieux nis, et j*ai pu vérifier, à diverses reprises, cha-
cune des formes dont je me suis servi. L^s Lé^endts en prose ^
apportent à h flexion du vieux lyonnais, en général, un contin-
gent considérahie^ mais cVst dans la flexion du pronom per-
sonnel et du verbe que Tintérêt de cet apport se fm surtout
sentir : la forme dialoguée qu'affectionnent les légendaires
nous a conservé, en effet, un très grand nombre de ces pre-
t. Rommtia, t. XïII, p, 542-590,
2. Voyez la savante Xoticr de M. Paul Mcycr, sur le Rfcueil df miracles de
la Vierge rettftrmtf dans le nts, Bibî, }{at. fr, StS^ Paris, 1895.
3. La première moitié de ces légendes pieuses a été publiée en 1895 par
MM, A. Mussafia et Th, Gartner : AUfrtvt^mhclye Prosûle^emien amder bs, der
PtiriifrXathnaîbihliotM f>. .*Î7.f, l Theil» Wien und Leipzig, 1895, La partie
publiée va du fol. 154 au fol. 226» et comprend treize légendes sur vingt-
six. Deux ans auparavant» M» Mussafia avait publié le texte de la légende de
saint Christophe (fol. 207*^-2 ii*"), suivi du texte latin de la même légende,
que renferme le ms. BibL Nat, lat. j8oi, le tout accompagn^j d'un savant
commentaire bibliographique et linguistique. Le Z«r Chriatophîegende de
M. MussaHa forme le fasc. ix du t. 129 des Sitiung^hrùhte der Km.Ahati^
der iVhsencîiaften in H^leti ; il a été tiré à part (Wien, 189J),
2f4 H. PHÎLIPON
mières ci secondes personnes du singulier ou du pluriel, qui
apparaissent si rarement dans les textes purement narratifs^ et
qui sont absolument inconnues des documents darchives.
Sans le ms. fr, 8i8, la flexion du vieux lyonnais présenterait
de nombreuses lacunes, et son étude n'offrirait, en somme, qu*un
assez mince intérêt; gnke à lui, au contraire, il n'y a guère
de dialectes dont la morphologie soit aussi complète que celle
du dialecte lyonnais.
Je vais éoumérer maintenant lus textes en vieux lyonnais
dont je me suis servi.
A. Œuvres de Margmriie d^Oyn^t, prieure de Pakteins^ publiées
d'après le manuscrit unique de la Bibliothèque de Grenoble par
E, Philipjn^ avec une inlroduclion de M.-C. Gnij^uey Lyon,
N. Scheuring, éditeur, 1877.
Li prieure de Poleteins ou Pelotens appartenait ;i Tune des
plus anciennes familles du Lyonnais ; son père Guichard, sei-
gneur d'Oingt, testa en 1297 *. Marguerite était déjà en reli-
gion au mois de février 1286; au mois d'août 1288, elle avait
succédé a Jeanne de Villars dans les fonctions de prieure ; elle
mourut en 13 10. Oîngt est aujourd'hui une commune du can-
ton du Bois-d'Oingt, arrondissement de Villefranche, Rhône ;
cette localité est située à une trentaine de kilomètres, à vol
d oiseau, au nord-ouest de Lyon, et c'est là ce qui explique les
légères différences flexîonnelles qui existent entre la langue des
Méditations et celle des documents rédigés à Lyon même.
A en juger par Técriture, le ms. unique qui nous a conserve
les œuvres de Marguerite d'Oingt a dû être écrit dans le pre-
mier tiers du \iv^ siècle*. Il débute par des Méditations en latin,
pagina Meditaiionum (f*'* i à 12 et p. i à 33 de mon édition);
ces méditations sont datées du dimanche de la Scptuagésime de
Tan 1286. A la ligne 6 du f' 15 (p* 3^ démon édition) com-
mence le récit en dialecte lyonnais d'une Vision que Tauteur
î> Le lesijmcni de Guichard d'Oîngi est conservé aux Archives nationales»'
P I \6q, cote 888 ; il a <îtê publié par Valemîn-Smith à la suite de ses Cùh-
suif rations sur la Domhts^ Lyon, 1856, p. 49 à 53; Marguerite y est appelée
mouiatis ft prwrhsa nwnastaii tf*' Ptihtryfts*
2, Voyei la description du ms. ;i la p. xxvu de l'Introduction. Le ins. ne
porte pa« de foliotagc ; il a été paginé à une époque récente.
MORPHOLOGIE DD DIALECTE LYONNAIS 215
du recueil des écrits de la sainte prieure appelle Spéculum SancU
Mar^arcle vir^inis^priorisseât Pelolens, Li note en latin qui pré-
cède ce récit nous apprend quHl avait été envoyé par la prieure
dePelotensà Hugues, prieur de la Valbonne \ qui Tavait apporté,
en 1294, ^^ chapitre général préside pardom Boson, prieur de
Chartreuse. A la fin du Spéculum^ une autre note, également
rédigée en latin, nous dit que Marguerite mourut en 13 10, La
note du début qualifiant cette sainte femme à^ priorissaconâam
de Pelotens, il faut nécessairement que notre recueil ait été com-
posé postérieurement à 15 10, Li Vision de ta prieure de
Pelotens se divise en trois chapitres et va de la p* 36 à la p, 48.
Elle est suivie de Li Via Seinîi Biatrix, virgina de Ornaciu
(p. 49 a 78), qu un attribue généralement à Marguerite d'Oingt %
sans qu'on ait pu toutefois, jusqu'à ce jour, donner une preuve
directe du bien fondé de cette attribution. Viennent ensuite
cinq lettres (p. 78-90) dont la tangue est fortement mélangée
de bourguignon mais où le lyonnais domine. Notre recueil se
termine par trois miracles de la prieure de Pelotens rédigés en
pur lyonnais (p. 90-93)-
B, Le Canabeau du pî'age de Givors de 122$^ publié pour la
pretnière fois par Georges Guigue, Lyon, s, d, 15 pp. gr. in-8. I^
péage de Givors fut concédé a rarchevéque de Lyon, Renaud de
Forez, en 1208, par lettres patentes de Philippe-Auguste; le
tarif ou carcabeau de ce péage nous a été conservé par une copie
de 1375 environ, qui contient la liste des préposés chargés de per-
cevoir les droits d'entrée, de l'an 1225 à I an 1375.
C I. TariJ des droits qui devaient être perçus sur les marchandises
entrant dans la ville de Lyon ^ vers 1295, publié par M.-C. Guigue,
dans le Cartulaire municipal de la ville de Lyon^ p. 419-423,
d*après l'original conservé aux archives de la ville de Lyon.
C [L Tarif du péage de Lyon^ 1277-15 15, ibidem^ p. 406-409,
1. La Valbonne, hameau de Saint<Michel d*Euzci, G^irti. La cliarireuse de
la Valbonne fut fondée au xni* siècle.
2. Voyl'z not;inîmeni la notice que Victor Le Clerc a consacrée à la prieure
de Pelotens dans VHi^toire tUtùaire de la Fram*, t, XX, p. 307 et sui%*.
Béatrice était originaire d'Omacicux, canton de la Côte-Saint-André» Isère ;
elle fut pendant quelquïfs années religieuse à Pelotens et mourut en ijoj
environ.
21 6 E. PHILIPOK
d'aprcs une copie du commencement du xiv siècle conservée
aux archives départementales du Rhône : titres non classés:
C irr. Tarif municipal des droits d'oaroi à percevoir sur les
marchandises entrant dans Lyon, voté le 4 décembre 1358 par
le Consulat. J\ii public ce tarif dans la Rûmania, x, XIII, p, 575-
579, d'après une copie contemporaine conservée aux archives
de la ville de Lyon, CC. 186, f^' 4 v° à 8 r\
D 1. Li contios de allar abatrc Peyratui, décembre IJS*^- Ce
compte et le suivant ont été publiés diaprés les c»riginaux con-
servés aux archives de Lyon, par M, A, \'achez, à la suite de
ses intéressantes Notices sur la destruction du château de
Peyraud, en Vivarais (Lyon, 1879), et sur celle du château de
Nervieu et delà maison forte de Foris, en Forez (Lyon^ '877);
malheureusement les éditions de l'érudit lyonnais sont trop
incorrectes pour pouvoir ser\ir de base à une étude linguistique;
aussi ai'je dû prendre copie de ces importants documents aux
archives de Lyon, C'est de cette copie que sont tirées mes
citations.
Du, Li contios p allar abatre Ncrveu et Fouris en Forets^
décembre 1350.
E. Le livre de raison d*un bourgeois de Lyon au xïv* siècle
(ni6-i342), publié par G. Guigue, dans Lyon-Rcum^ n"* d'oc-
tobre 1882, p. 206-221.
F î. Syndicat ou procès-verbal i élection des conseillers de la ville
de Lyon pour r année ijs) (19 décembre 1352), publié par
M,-C. Guigue, dans le Cartulaire municipal de la ville de Lyon^i
p. 455-460, d'après l'original conservé aux archives de Lyon,
BB, 367.
F lU Syndicat ou procés-verhal de f élection des conseillers de ta
villede Lyon pour Vannét ijjù (18 décembre 1355), ibidem, p. 462-
465, d'après Toriginal conser\é aux archives de Lyon, BB. 367.
F UL Syndicat ou procés-verbal d'élection des conseillers de la ville
de Lyon pour Famiée ij}^ (22 décembre 1358), ibidem, p. 466-
470» d'après Foriginal conser\éaux archives de Lyon, BB. 367.
G. Compte présenté à la \ille de Lyon, en 1384, par Jehan
de Durche. J'ai publié ce document d'après Foriginal conservé
aux archives de Lyon, CC, 378. à la suite de la notice intitulée
Un Lyonnais à Paris au XI F* siècle ^ Lyon, A, Brun, 1885.
H. Règlement fiscal promulgué par le consulat de Lyon en
nS'* J'ii» publié ce document dans Lyon-Revue^ n" d'octobre
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 2T7
à décembre iSSj, d'après Toriginal qui se trouve aux archives
de la ville de Lyon, partie non inventoriée.
I î. Leide de Tarchevêché de Lyon de 1300 environ (arch-
du Rhône, armoire Abram, vol 23, n^ i); — lu Reconnaissance
aux citoyens de Lyon du droit de peser leurs marchandises à
domicile, 1 325 environ {ibidem^ arm. Abram, voL 25, n** 4); —
m. Taille communale de 1341 (arch. de la ville de Lyon,
ce. 294, pièce i); — v. Convention passée en 1358 entre le
consulat de Lyon et Bernard de Varey^ sur le fait des fortifica-
tions (arch. de la ville de Lyon, CC. 189, P' 31 v** à 33 r*');
— VII. Fragments d'un terrier lyonnais (Sainte-Consorce et
Marcy-le-Loup, Rhône), xiv* siècle. Ces différents textes ont
été publiés, d'après les originaux, dans la Romania,i.Xllly\>> 567-
S88-
J. Comptes des fortifications de Lyon (1^46-1 378), publiés
par G. Guiguc, dans Les Tard- Venus en Lyonnais^ Fore::^ et Beûu-
jolais, pièces justificatives, p. 393-419, extrait des archives de la
ville de Lyon, CC. 191, f'* î-42,
K i et ih Comptes municipaux de h ville de Lyon de 1364
et 1380 (arch. de Lyon, CC. 373 et CC, 13).
L. Terrier de Saint-Germain-au-Mont-d'Or et de Poleymîeux,
Rhône, de 1260 environ. J ai publié ce terrier dans la Revue
lyonnaise^ n'^ de juin 1885, p. 418-430, d'après Toriginal qui
se trouve aux archives du Rhône, fonds de Saint-Jean, arm*
Jonas, vol. 35, n" i.
M. Terriers de Mionnay (Ain). Ces terriers sont conservés
aux archives du Rhône, fonds de Tabbaye de Saint-Pierre, par-
tie non inventoriée ; ils ont été rédigés dans cette paroisse de
Mioonay où se trouvait la chartreusine de Poleteins. Je les ai
publiés dans la Revue des Patois^ V^ année, p. 29 ;\ 35*,
W Légendes en prose du ms. fr. BibL N.ition. 818. Mes cita-
tions sont faites d'après le manuscrit.
O. Terrier de Ponce de Rochefort. A en juger par lecriture,
ce document paraît dater de la seconde moitié du xiii'' siècle;
il se trouve aux archives du Rhône, partie non inventoriée;
I. Les autres textes bressans, et notamment le Terrier de Mgé et celui de
MailU-Ssole, sont cites ici d*après les D<kimunti îinguhtiqitis du déparUnwnt ât
VAin que j*ai publi*i5 dans le Ktcml ie textes dialectaux de M. P. Mcycr.
arS E. pHiLipoN
j*en ai donne d*importants extraits dans la Ronwnia, r, XXJ1,J
p. 39 et suivantes. Les citations faites J*après ces extraits sont
cotées Ivî. Rochefon est aujourd'hui un hameau de la commune
deSaint-Martin-en-Haut, cant* de Saint-Symphoiicn-stir-OiîïC,
arrond. de Lyon, Rhône,
P, Compte rendu aux religieuses de Saint-Martin-le-Paul
(Rhône) par Pierre de la Bête, clcrc^ leur re^etmr, 1 5 sep-
tembre 1373, publié par M.-C. Guigue, dans le Polyphque de
Saint-Paul de Lyon, p, 209.
Article défini.
Masc. siKG. !.//•; — 2. */<r/ ; don à côté de dfi dans E et F 11, H î, 1 1,
I V» 8, VII 22, j poisim ; — 3. etÙ, E. H» I If, m ; aJ A, C, F, I, K, L» N ;
ou F, G. I n» fv, j ; — 4. în- f . — ^ut-J.,i4. i>'F u; — 2. del, ddsl vn,
p, N i64<*, dem et deu^ devant voyelle I i, 23, M, f» 2 v*», Jri 1 vir. 44,
doui C, D, F K H I, s, î, I m, î. v, 9, 24. Jtm.v I v, j, do;^ l, u, ï.
dou I V, 4; — B, als F in, us A, N, a/, A 59, I i, 2 ; ûm^, C, K, L, 4, 10,
aui F I, I vu, 47, aux B, aw A 45 ; om F, J, ou^ D, H, I m, 25, iv» 22, ùu
E ; -^ 4. /ai.
Ftu. siKG. 1, //; - 2. */*? ^; devant voy. de k et </i' /' ; — 3. a /a;
devant voy. j /û et a /* ; — 4. /a; devant voy. /<j et T, — Plur, 1 , /<^5 ; —
2^ */'- /<îi ; — 3. iï ^J ; — 4. /<*i.
Les formes de Tarticle masculin n'ont pas besoin d*explîcation :
ce sont ;\ peu de chose près les mêmes que celles du vieux
français; quant au féminin //il la, il suppose le développement
d*une palatale qui a changé Va enr, d'où /;V, bientôt réduit à /i\
Neutre, sujet et régime» h A 57,68, D u, I iv, 12, 55-
Nos textes nous offrent plusieurs exemples certains du main-
tien do neutre en vieux lyonnais ; en voici quelques-uns :
Quant veneit h matin; — h tjuart jor de chaletules^ dans
Marguerite d*Oingt, p» 37 et 68 ; — trovtes de Geneveys payera h
cent vj gnrs^ I> iv, 12 ; — h quintal d( femella hatua ei f errata
paiera lo quart dou gros I iv, j 5 .
iNSTHUMEKTAt. I ff/, û Its.
Se il aveunt volunîa de lei^ar tôt lo ntmido al petit dei A 45 ; —
a les does mans N 24^
Locatif : el, al i r/j, al^ ; en la; m Its,
I . Les formes qui ne sont suivies d*aucune indication de provenance sont
celles qui 5c rencontrent dans tous nos textes.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 219
De alla gloriousa roba qui! prit el très noble cors de Nostra
Donna A 43 ; — el servis de son creatour A 56; — el num de
nostron seignor N 198*; — el contencifnen D i; — deit estre
li livra de Lion de xiiij unces el marc de Lion I 11 ; — el teins de
vtndeimes l; -r al primer ost O y 22; — els temps des jeunes N
191*; — els seglos dels seglos N 164**; — al:^jors de les festes N
191*; — en la dicta cita H i ; — en le^ quanx festes D 11.
Substantifs féminins.
V* Déclinaison. — Elle comprend les substantifs féminins
de la première déclinaison latine et ceux de la cinquième qui
leur avaient été assimilés, tels que materia, facia*. Suivant
que Ta final latin était pur ou précédé d'un son palatal, le sin-
gulier se termine en -a ou en -1 (='j^). A l'origine, tes sub-
stantifs en -I se terminaient en -ie, plur. -ieSy et Ton trouve encore
dans nos textes quelques débris de cette formation primitive :
graciCy glorie N230*'; bestieSy chargieSy chastagnieSy gracies y mais
le plus souvent -ie et -ies se sont réduits respectivement à -1, -es,
A. Sing. arma, terra A $2, 54, îatta II, 25, rota D i, 3, campanna F n,
fenna, pena, cJx>sa N 224^, 19 1<*, 220*>, via vita, partia N 214* Qt passim,
ftia N 170*».
Plur. armes A 41, choses A 40, mesures I iv, 3, onles au las B, fennes^ perres,
roses N 214 •, ^^ parties D i, 42, f êtes N 211c.
B. Sing. lumeri\ g^ract\ faci A 40, 36, 44, N 208* hestt\ clxirgi B, C passim,
aigui I IV, 47, N 189c, maneri H i, 1$, vendeymi I iv, i, Frattci\ Proifetici I
IV, 37, 40, Indiy Ltici'S 17 1«, 266*, malaiii N 2I9*>, A56, f/ via A, joi N 208J
eftvei N 26î«, g^raci N passim, e/^ieisi, tri, fattgi, hataiUi N 224J, 260^, 217c,
220^,01551, du b. ht. c 3L s SI a, compaigni,diotneini, gloi ri, ploiin N 228'>, 2i2«i,
24$*>, 213*», 218*, t^' viam N 214*, I vi, 32, raibi *rabiam N 229«.
Plur. besties C, D I, 45, H i, 25, N 204«, cfjargies D i, 45, cJmtagnies B,
xngnies H i, 22, gracies li 256»:, tnaladiesli i84*,t/i«via N 217*»; — aiguës I
III 21, places, fatig es, victoires, vitideimes N 220*, 220*, 214*, 253c.
I. La substitution du suffixe -W- au suffixe féminin primitif -/f- remonte,
dans un certain nombre de noms, à l'époque classique :Iuxuria, materia
dans Cicéron ; facia au contraire est une création de la décadence latine; cf.
AnecJota Helvet, dans les Gramm. latini de Keil, 131, 20. — Sur le suffixe
-f?-, voyez Brugmann, Gruudriss, t. Il, 5 109, et Lindsay, The latin Ijiitguage,
p. 344.
220 E. PHILTPON
Cette action de la palatale sur Va suivant a cessé de se pro-
duire à une époque qu1I est, bien entendu,, impossible de déter-
miner exactement, mais qui est, en tout cas, antérieure à la
chute en moyen-rhodanien du d médial venu de t. Ce qui le
prouve, cVst que Tyod qui s'est développé au coptact des deux
voyelles ainsi mises en présence est resté sans influence sur Ta :
seya C^seia N 220% feia N 170^; il en est de même de la palatale
venue de i voyelle par suite d'un rejet d accent : partià parti ta,
via vitam, et tous les participes passés fém. dérivés de -ita :
Jînia^i 2i^\ scniia N 244% etc. Ainsi s'explique tout naturelle-
ment la différence du traitement subi par vjà vitam pour un
plus ancien *vida et par vi pour un plus ancien hjc viam.
A la différence de ce qui s'est passé dans le HaïU-Dauphiné *,
l'action de Tyod s'est fait sentir, en lyonnais, alors même que
la gutturale qui a développé cette palatale se trouvait séparée
de l'a originaire par une consonne persistant en roman : sainti
AetN passim, constreirtti, esireinti N 213% 261^, faite Du 13,
lin, i7,/rttv//*fructa, I r, 3, /7n// electa N 248% fm/// tracta
N 168^, enjtnnti inj u net a, /ram// Fi; de même en bressan
faiîi dans la charte de Lent (1276) dont l'original se trouve
aux Archives nationales P 1391, cote 572. C*est une nou-
velle raison d'attribuer les Légendes du ms. fr, 818 au dia-
lecte lyonnais ou au dialecte bressan des environs de Lyon, à
rexclusion du dialecte dauphinois \
On peut rattacher à la i'* déclinaison féminine les participes
p.issés et les substantifs verbaux en -ata, ainsi que les subs-
tantifs en -as, -atis qui leur ont été assimilés. Au singulier, la
posttonique paraît avoir été de très bonne heure absorbé par
r^ accentué; au pluriel, au contraire, on trouve encore au
xui* siècle quelques rares exemples de la persistance de Ve venu
de a atone suivi d'une s de flexion : poesîaes (potest- -^- -aias)
dans les iJgcndes, i"' 220'', bicherays, assigays *adsediatas
dans un terrier de Mionnay (Ain) de la fin du xiu'= siècle; cf.
salâtes dans iint leide de Vietme de 1505 (art. ij), et achatays
dans les comptes consulaires de Grenoble de 1338-40 (art.
t. L*abbé Devaux, Esiai sur la lanpie ful^aire du Dauphin^ sfptentriùiml au
moytn âge, p. 324 et 225.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS
221
56*); mais d'ordinaire la diphtongue ae^ ay nous apparaît
réduite à e :
Sing. suj. darta clarit- -h -ata, huta A 43, N 214J» mai^^nia N 233**.
Rég. cJaria A 59, N iié^i, ^uantia quaiitit- -h -atcm N 2iJ^, tmnttiii
*muhitatcm K J)4S ianda N2ï6^ nVa I iv, N z^i^^iuUia castitalcm N
3 14** ; /^''"^ N 2^oJ, /MJîij D II, 1 1 .
Plur, suj, divcniUs k 71, crus A 40» disphyrs, tmtres^ I iv^yj.
Rég* War/^i A 44 \ portes^ livres ïi i 32, df^asUs N 215**, û^/ji^/^^ H l 25,
copes L I, jaW« N 224*', citts N 227*, Hkrtes F k
Accusatifs en -an. — Un assez grand nombre de substan-
tifs féminins en -a ont leur cas oblique en -an; ce sont prin-
cipalement des noms de femme, de rivière ou de lieu.
Noms de femmes d OKintNK latine : Blandhmn, Rosan I vn,
3Î, 18, Jaqntmetan, Tevenan E, Johannan, Marietan^ Peroncllan,
Jofmnnetan^ Jai]uetam, Silvistran^ L, ^i^ 38, 28, 3, 6, 36. De
même en bressan : Beneitan^ Esîruenan^ Jaqucîan^ Johamiûn,
iMcatty Marictan dans le Terrier de Maillisola de 1341
(S§ 44, 28, 33, 3, 48, 56), Jobanmtan, Marîinan, Perrctan,
Perronetan, Poncetan, dans le Terrier de B%é dressé entre
1294 et 1323 (§§ 29, 23, 13, 24, 60), Crislinan dans un ter-
rier de Montluel de 1325 environ (§ 4), Jordanan dans un
Terrier de Mionnayde 1300 environ (§ 21), Filippatu Jaijuetan,
Mathian^ Ptrûiidlan^ dans les textes foréziens publiés par la
Romania (XXII, 17). Après une palatale, Va s est régulièrement
changé en c et la diphtongue je s'est ensuite réduite à / :
Blanchirt pour un plus ancien *Blamhien I vu, 30, Ckmencyn
dans le Censicr de la Commandtrie de Cfmi^elleS'Sur'Lyon {Roma-
nul, XXII, p, 24, L 3), Lwencin dans un Terrier bressan en
regard du nomin. Larenci I vu, 27 K
M. l'abbé Devaux cite, d'après un texte du xvn*^ siècle, les
forïnes dauphinoises Perneian^ Pernetam^ Clamian, Tbicvtnan et
Philipam^ auxquelles on peut ajouter Kaialinan qui se lit à côté
I. L*abbi^ Devaux, Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné sepUntrional att
Moym-Agf, p. 107»
a. Clartis ne peut pas venir, comme le dit M. Tabbc Devaux (p. 108), d^
clarîtatcs qui aurait donné ^clartas; tl faut de toute nécessite supposer
un bas latin *claritatas. lien est de mimt: au divtrsUeSj lattdes^ etc*
3. Sur la réduction i -J>r de '-iVm (=/-j-aM-), cf. Stbastim N 214^, Cra-'
tin Christimum N passim, Crfi/iria N 258*.
222 E, PHILIPON
(le Bcrcngcyrin^ dans k resiamcnt de Giiiguc Alkniant (an.
1275 0-
Enfin, k-s Légendes (fol. iSj^) déclinent Eva, Evàm.
Noms de femmes d'origine OERMANiauE : Guilkrman E,
Huginmn I vu, 22, Bererdan et Bemcrdan dans le Terrier de
MaUllsola(§§ 5ïi 33>
Noms de rivières : VAmonany affluent de TOignin (Ain), le
Conan^ affluent de la Brevenne (Rhône), le Futan et le Sèran^
affluents du Rhône (Ain), le Soanan. affluent de TAzergue
(Rhône), \tSolnan^ affluent de la Seille (Aio), le Suran, affluent
de FAin (Ain); VOignin, affluent de TAin, et le Moidin^ au
département de TAin.
A ces noms que je cite d'après M. Thomas*, j'ajouterai
celui de Sonnan ou Sùunan{}\ la Saône, qui se lit nombre de
fois dans le Terrier de B;if>é dressé sous le gouverneniem
d' Edouard de Savoie, celui du i/>;* de Pcrrosan qui apparaît au
Terrier de Maîllisola (§ 7) et celui de Gandam donné à un petit
ruisseau dans un acte de Clunv (n. 159).
Noms de lieux : MaiUisoîan ^ Breissolan aujourd'hui Bres-
solles, cant. de Montluel, Ain, dans un terrier de Montluel
de I J25 environ, Osan^ cant. de Pont-de-Vaux, Ain, en regard
A'Osa qui se lit dans une charte de Cluny de 946 * et A'Ousa
qu'emploie le Terrier de B;\gé (§ 12), Senman^ au département
de Saône-et-Loire.
Noms communs et adjectifs ; puîan N 225* et au plur.
pHtans^ 209''; — unan unam, et tnan tnortan au Terrier de
Bâgé (§§ 60 et lî), m la comba heneyîan dans un terrier bugey-
sien de 1345 (Arch. de la Côte-d'Or, B 776, toi. 65).
I » Uabbé Devaux, Eisai sur h langue vulgaire du Daufhiné septentrional^
p. 553. n- I, et p. 4^-
1, Les nottn de rivières et la dklinaisùn féminim tTotigine gernmni^i^
dans Roman ta, i, XXJl, p. 4S9.
). A» Bernard et A. firud. Recueil de cktrtes de Vablmyt de Cluny ^ U 1,
n* 68iJ.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 223
Je relève les formes fenafiy lavtmany caxrrnan et unan dans un
Noël en patois savoisien paru à Lyon en 1556 ^
Les noms d'hommes en -as font également leur cas oblique
en -an : Satbanas et Satbanan N iii^ et 234*, \4cbarias et
Acbarian I vu, 32 et 34; cf. Jonas et Jonan, au Canuiaire de
Saint-André-le-Bas," de Vienne (n*** 33 et 79).
n« Déclinaison. — Elle comprend les féminins de la III*
déclinaison latine et se subdivise en deux classes au singulier,
suivant que la forme romane a été tirée d'une forme latine
dépourvue d's au nominatif ou qu'au contraire le type latin
avait, à ce cas, une s de flexion, d'origine latine ou romane.
A. Sing. SU), mare A 54, N uy^EmoUler^, 2i6<^, moller I vu, 4, moiliir
K I et II passim, moyttier L; cf. le comparatif fém. nu^er N
216^; maïs aussi lei N 206^.
Rég. m OTc; N 214^ ti fassim, muUier et moiller N 214^ 242* et
passim^ Ui N 206^.
Plur. suj. muillers N 2i4«.
Rég. muillers N 213»*, moilUrs N 214».
B. Sing. suj. dolorsy odors. resplandors, wior^ N 216*», 21 5», 2i6<*, 2iS«,/fW
N 207*. 127*', marnions N 224*», doucors^ temors^ amors
A 41, 53 régions ^regionis N 2I2<, tvr/ii^ N 227»*.
Rég. dolor^ honor, mori N 2I4«, 214-=, 2i6*, fei N 217^, doiiçour A
42, mayson, I vu, $1, r^ion N 234«,/dqoM I iv, 19.
Plur. suj. JlorSf maisons N 214**, amors, savors A 41, 43 ^^ff'l, tfr^N 207»*,
227<i.
Rég. odors, maisons N 214J, 213J, dolors A 60, f^'en;^ N 211*»,
régions N 2I2«, y>ar- N 211*.
in« Déclinaison. — Elle comprend un petit nombre de
substantife féminins imparisyllabiques :
Sing. suj. stierN 220* mais d(:]a suer s dans Marg. d*Oingt, p. 93.
Rég. seror N 220*, serour E.
Plur. suj. et rég. serors I vu, 15, sorors A 77.
I . Noel;;^et clxinsom uonveUcmenl compose^ tant eu vulgaire françoys que sinvy-
sien dict paloys par M. Xicolas Martin, musicien en la cité Saini-Jean-dt-Mo-
rientie en Satvye, à Lyon, chez Macé Bonhomme, 1556 : Nocl iv. M. Th.
Gartner cite dans sa Râtoromaniscl)e Gramm. (Heilbronn, 1883), p. 89, les
accus, plur. donans, watans, fenanSy etc. ; déjà, en 1872, M. Ascoli avait
signalé Pexistence d*accus. plur. fém. en -ans, dans la partie du canton des
Grisons située au sud des Alpes; cf. G. Paris, Les accusatifs eu -ain, Roma-
nia, XXIII, p. 336 et 337.
224
E. PHILIPON
Substantifs masculins
r* Déclinaison. — Elle comprend tous les substantifs cor-
respondant à ceux de la seconde déclinaison latine, masculins
et neutres.
Sing. suj. anos B, contios H i, dyablos A 51, diahhs N 216^^ livras A $6,
mttmbroî A ^6 ^ tnnphsN 184*, pohîos N ib^^^piuhhsï'; — cbani
A 41, crestim N 212^, i^wierj C,Jiui A 37, wio«^ mundusAj},
Reg, ^M^ro I ïv, 10, cuvro B, rfvflWtï A 51, ^iah gïadium N 214*,
Hvro A 36, N 2Î7», maistro N 200**, pobb N 2(1'»» remtio
remedium K 213J, temph}^ 184**; — ck}pdm K ni, draper
H pass., 7fr N 214*, fil A 37, mor^/ mundum A 37, /v/W l
I, 4.
Plur, suj. anoC i, bùscimgo N 214**, «/rt</a N 21 5», waisiro N I7î'i^ wïtfw-
^0 A 44; — </fd[/><T H, /î/ N 2SS", mmtrer^ 21 5«,
Rég. exemples A 36, fromagios I iv, 10, //ï/roi N 169^^, tmmhûs N
21 s*» /<m/>/£)i N 326*>; — carrmi A sj, cUvaîUn N 214*,
drapers H,yî/^ N 2i5«, /^/f^r/x I i, 14.
Les pluriels neutres *fructa et ligna ont donné les fémi-j
nins fruyti I i, 5, leigni N 21 1*.
Les Z/^f-^^^fj distinguent encore les noms qui ontun thetne"
en ^er- de ceux qui ont un thème en *o- : les premiers ne
reçoivent pas d*s au nomin, sing. : maisire N 201 *; mais par la
suite, ils furent assimilés aux seconds ilivros^ metsires K 36^46,
Piper avait passé i la seconde déclinaison latine : peyvros I
IV, 64, suppose en effet un primitif *piper us, *pipri.
Dans la langue des LcgcndeSy la voyelle d\ippui avait un
son flottant entre f et : Wiiûfr^r magister et m^ij/r^} magistri
N 201^ et 173*^. Notez le maintien de la désinence latine dans
auiri alteri A 59, N 154% tuntri^ vosiri N,et par analogie li dm
N Ï57''. Tuii suppose un pré-roman *tuti,
La tonique a attiré Tu posttonique dans amius amicusN, cf,
riu rivum I, 16. Le type amius^ amiu amicus, -uni une fois
formé a été étendu par analogie au pluriel // amiu N 213 ^\
La diphtongue iu s*est développée en im dans amieu N 260* ;
de même riu est devenu rieu dans Rieussec, nom d'une famille
de Lyon \ Cest de la même manière que s*expliquent les noms
t n y a dans rHèrauU une conmiUDe du nom de Rieussec ^u'uq acte de
MORPHOLOGIE nui DIALECTE LYOKKAIS 22 J
de lieux en -icu (= j-j-acum) tels quJmberim Ambari-
-acurn, Cey:^éneu Caesari-acu-m, etc., à cette seule diffé-
rence près qu*ici ieu est primitif aa lieu d'être, comme dans
amieu et rieu, un développenieni de iu. Il se pourrait toutefois
que dans certains cas -ien fût une transformation de -ievu^ cf.
le vieux lyonnais siou sébum, pour un plus ancien \ùwu; ryoUt
Ctiseau^ Soloyntemi, à côté riou de Cyireu en v. forézien {Rûma-
nia, XXII, 8).
II* Déclinaison. — EOe répond à la 3^ déclinaison latine
parisyllabique des substantifs et à la 3* déclinaison des adjectifs,
Cest à l'influence analogique de I qu'est due Tabsence de Vs
étymologique au nomin. pluriel,
Sing, SU), chim N 187*^', cnrtiui I vt, 2, kotti N 189**, Opitalx C n, oi^
hosiis, N 268*, pans 1 îv% s.pêissonî I iv, 47, reis N 208^^, sal^ C i, sans A
^jfSancs, N 254*»; — Jolmi N 2t2*, ekrnaitiA 46,)^rani N 210», nohhs I iv.
Rég. ctmr. N 209*, coriil K l, ost N 268*, pan Ci, j^^ H l, 22, sanc A 59,
N 235^; ^ Johni, grant N 212*, 208^, ttobh N 2é\^*
Plur. suj. parmi N 209» ; — panl^ rtiplamkut N 20%^ y ptrdmahh N 214I*,
Rég. ar^ N 209<î, pans C i, sirvtns K 1; granit lah N 209*, aoS^, pérdn-
rahlûs N 2ï4<i.
Les substantifs qui n'ont pas d*s de flexion au nomin. sing.
latin en sont très régulièrement dépour\ms en lyonnais, dans
les plus anciens textes.
Sing. suj. pare N 213s 2ï8*, 255% 256^, I vl 14» fiare M 21 3*», 214^ A
6i,L29.
Rég. pitre N 213*, frare A 57. I Vii, 32, fraro L 34.
Plur. suj. frare \ vu, }2,ftaro N 226^, arbro N 215*,
Rég. fraras N 314*», arhres I vn, 44.
A dater du milieu du xiV siècle l'analogie de I a fait ajouter
une s au cas sujet du singulier : /rares I vu, 4^, E, coupures E
et Ta fait enlever au nomin. pluriel.
Certains substantifs qui en latin ont la pénultième brève
déplacent Taccent en lyonnais.
1069 appelle Rivus Sk<us, cf. E. Thomas, Diction, topogr, du département de
!* Hérault, p. 169. Les Rifutord du Diaioo, des Postes sont d'anciens Rivas
tortus.
XXX
n
226
E. PHILIPOK
Sing suj. bom N 208*, honi A 35, ftons B,
Rég, fe*?**» N 2o8t», 2 r4»», 2J7«, K i passim,prodomen N 2o8l>, ^ofiJbomriT Li;,
34, Urmen N 216^', F I à lit; cf. orrf^rifi N 228» et Urmtnw N 189'*,
Plut, suj, homen N 227*, 254*», 2}7«, 268'^.
Rég. ^me«^ N 200I. 21 J», 214^, C i, D i, bomem I 11,2, lïrifn^ A 41, C t
Itrmeni H I, JO.
Je n ai pas d'exemple à citer du nomin. sing. à'ordm et de
Urtmn; il se pourrait que de même qu'en dauphinois on ait
eu au nomin* orden;^ et tcrnt^n:(\ Notez que Vi du thème était
resté bref en roman, autrement nous aurions (Wm, tcrmin.
Ht" Déclinaison. — Elle comprend les substantits dérivés
de substantifs latins qui déplacent l'accent aux cas obliques du
sing. et au pluriel, ainsi que quelques comparatifs.
Sing. suj.^w/M A6}, N léS^/wj/r^ N 2ns lerre lairo, N 214^ Siigner N
poisim, nies D i ; aidart^ arart a rat or, creare, enchantan^ emperart^ mengare^
orare^ salmre^ luan^ 199»*, i86s 258s îîy^, 268«, 225s 248'--, 255*, 25 J^;
Tisire M 56; — ntnUr, metlUr N l'^i^^ 20S«*.
Rég. infant A 63, iàgnor A 36 et N lkiSiim,pastor}s 207», emperaor N 217s
ttuhanteor, gaigfteor, saiveor^ N 227*1, 215^, 230**, tortuour 1 iv, 44, creatùr N
256^*, creaiourA, ptysour { n, 2, salvour A 64 ; Tisfor, M 37 ; — ntajottr F.
Plur- suj. seignar N 212**, larron N 2iy, enfant N 213», na*ou M 73» ukH*
fifor K 178'*» ahfrgiour^ cfMittghur H t, 23, 27, acl^tour I iv, 68.
Rég. mgnon N 267, segniours l i, 2, fkt'Wi L, anuors^ empereors N 214**,
226J, pûd^ors A jl, herber^wn^ pûutvion F ï vmdoun H 1, j6; — maiors,
méilîùn N 261», 254'.
A partir du xiV siècle, et déjà même dans les oeuvres de
Marguerite d'Oingt, on trouve au nomin. sing, une s analo-
gique : creareSySalvares A 46, 60, aiheiares^ H i, 12, affanaresl
tu, 23, albergiares H 1, 23, goitmares H î» 3, pechares l ni, 43,
pesares I n, IroUares I i, 21, Le nom d*horame TmVt; M 36, 68,
*tixitor atteste encore Torthographe primitive, crmre^salvare.
Le suffixe -îtor a été ajouté au thème des verbes de ta lll'
conjugaison pour former des substantifs : desfendire N loô**,
Tisire, M 36 destruisire N IS?*** roais son emploi est beaucoup
moins fréquent que celui du suffixe -ator, qui apparaît même U.|
où on attendrait le suffixe -itor: revendares li^ 3, veftdares Hi, 9,
Au féminin, on employait le suffixe -atrix: enchantcris N
I. L*abbé Dcvaux, iùc, ciL^ p. js8, et Suchîer, loc, cit., p. 128,
MORPHOLOGIt DU DIALKCTK LYONNAIS
2^y\pec})rris N 210''^ rcvenderis. Il csi probable que IV d'cnclmn-
teris^ revenderia, est dû a rinfluencc rétrugrade de Vi.
IV Déclinaison. — Il existait en bas latin une Jcclinaison
hybride PetruSf gen. Peironis ou Pctroniy ablat. Pétrone ou
Petrono. Cest elle qui explique les noms suivants : ]acquemos et
Jacqnemon(tI), nom de famille, ^Pupos et Pupan (Romania, XIII,
582, 583), Piros^ Peron I vu, 4 et 5, Guillernios I vii,é6,et GwiV-
l€rmon{d) nom de famille. Hugos, Hogun I, i, 12; 6, 10;
Malhms et le nom de famille bien connu à Lyon MathaHyn. Les
textes bressans nous offrent P/Vrt?^, PtT(^« {Terrier de Maillisola^
§S 6, 7), Andréas, Andrtvon {ihid.j 27, 25), Benei^, Bemiton et
le nom. Beneiions refait sur le cas oblique {ibid.f}^^, 49), Marion
de Marim (ibid.^ i), Crestinons au Jcrrter de Bage (§ 19, est
aussi un nom in. refait sur Cnsîimn^ cas oblique du v. lyonnais
Crestins ou Crisiins C h r i s t i a n u s N passim * Les textes foré-
sîens emploient P^rroj, Peron, Pupon {Komania^ XXII, 17),
Enfin M. Tabbè Devaux cite d'après des textes dauphinois,
Andrevon, Peron, Felipon, Permm, Johannon; Guilîermon^Guigim^
Hugon^ Odon \ Cest la déclinaison en -us, -unis qui explique
les doublets si nombreux dans Tonomastique des familles fran-
çaises : Ctaudin^ Claudinon ; Fargt^ Farjon ; Martin, Murtinon^ etc.
Un certain nombre de noms communs et d'adjectifs
suivent cette déclinaison ; clerc^ clerjon; magns^ tnagon N iï5^
noslre, nostron; vostre, vostron.
Les neutres latins en -us sont indéclinables; eors corpus
N227**, Uns tempus» las latus, etc.
Adïectîf possessif conjoint
SINGULIER
j« personne. — Masc. sing. 1. mos A, E, N; 2. mon; — Plur. 1, nu N
175*; 2* ftios N 261» MtpaiSim; moin N 159c, 209»,
Fém. sing, mi E, L, JO, N 22}'', ma\ — Plur. nus,
2* personne. Masc. sing. 1. toi N 174* et ^}nim\ 2. M"; — Plur. 1. /» N
227*; 2. /aj, toiu K h
Fém. sing. // N 266^ /a; — Plur. /^j,
}« personne. — Masc. sing. 1. sos\ 2. son^ ian N 228»; — Plur. 1, si A
47, N 2ï }^ cl ^iiiVw ; 2. iûf , Jï?M5 K 1.
Fénn. sing. 11 E, I vu, 47, 60, L 5» N 266» et passitn\ sa E et passtm» —
Plur. sfs, A 77.
I. L'abbé Devaux, ioc, d/., p. 362, n^^ i,et p. 366, 43.
2l6
E; PHrLIPON
PLURIEL
iw personne. — Masc. sing. 1. nostri A 59, 59, 51, nosire N passim,
noUresA 0; 2. «iJi/r(?« A, D r, 11, H 1, ii, N 175*, 263s ftostrom N 215**,
nolront E, — Plur. 1. tjostri A 39, 50, Ji, N 227*»; 2* ww^rw N K L
Fém. sing. noiira; — - Plur. nostres.
2e personne. — Masc. sing. 1. twiri A 60; i^j/« N 217*»; 2. mstiwt A
49, N îl8«, 229*»; tostrom N 215**, t/i>iiru A 56, N 2o8«. — Plur. l^voifriN
220^»; 2. VOitros N 217»>.
Fcm. sing, vostra A, N. — Plur. vosires N.
je personne. Sing. 1. hr.l vi, 14, N; 2. lor A 41, 91. I vi, 14, N; /awr
A 72, I IV, 76, V, 6, VII, 4. — Plur. 1, hr paaim ; 2. lor A, N, iiwir l IV, 75 ;
— lors A 91, N passm\ hurs H i» 7» 1, v, i, 4; /«ri D i, il, H l, 8, ii 7.
L'explîcatioa des formes du possessif conjoint ne souffre pas
de sérieuses difficohcs.
Au masculin sing, meus est devenu fiws, après avoir passé
par *meos, forme attestée par les Serments, et sans quHl soit
besoin, comme pour le français, de supposer un pré-roman
*mieus, Vc échappant fréquemment à la diphtongaison dans
notre dialecte. La nasalisation s*est produite dans mim
(=*nieon). Au sujet pluriel, m/ représente un plus ancien w/Y
= mei. Au xiv* siècle mas se prononçait ttious^ cL tous tu os,
sous suos, dans un compte municipal de Lyon de 1364.
La forme féminine mi qui était aussi usitée en Dauphiné
serait due, diaprés iM. l'abbé Devaux, à une faute ^ provenant
sans doute de Texprcssion provençale de midons » *; cela me
parait d*autant moins vraisemblable que le féminin si se refuse
absolument à cette explication. Il serait préférable de voir dans
les féminins wi, //, si des formes analogiques dues a Tinfluence
des fénjinins //, i7/i\ fi7/i, dstii c'est d'ailleurs 1 explication
qu'en donne M. Mussafia'.
On pourrait également supposer la série mea, •mw, ^mjâ^
^mje^ mi^ cf. vi via. Ti et ji seraient dos â Tanalogie de mi, A l'ap-
pui de cette seconde hypothèse, on peut alléguer la forme mya en
rime aveci'm dans les Grisons et le Tyroh. Quant aux formes
tna^ ta, sa^ elles sont apparemment d'importation française.
1. L'abbtr Dcvaux, loc. cit,, p. 37$.
2, A. iMuîtsaiia, Zur Chrutùplikgmde^ \, CXXIK des Sitiun^shrkhte dit
Kuis, Akad.dtr misemchafUn ttt (Viettt p. 27, note i»
}, W, Meycr-Lûbkc, Cfimm, des Ling, rom,, u II, S ^^*
.MORPHOLOGIE UV DIALECrH LYONNAIS
229
Adjectif possessif absolu.
Masc-
5ii)et
•/ïMi.
— rég, *min *tin, *sifi — Plur. suj.
Fém, sing. *mein, 'iein^ Vm; — Plur. ^mêins^ Uim^ *$dm*
tre wfiw, tin, *sifj.
fe rclcvc dans les Légendes en prose les exemples suivants de
remploi du possessif absolu : 1. Quant que tn lai querres sera
^pnn{{o\, 171*); — rû que H apôtres m'a fait est min; — 2. iot
quant que jo ai est tin (foL 256^); ~ qui nozHjlont ohdr alcoman-
I demeni de Fempereor ne a tins; — totes les cimes qui sont teins
I (foL 266*"). — 3. per alcuns cysimeni sins D i, 47.
»Au pluriel je n'ai à citer que nostre : Cist hotn est nostre N
3o8\
Les masculins singuliers min^ tin^ un sont attestés par le
pron, poss. lo sin et par radjectif pron* poss. cest tin. Ils repré-
k sentent de plus anciens *micn^*tien, sien; cette dernière forme
I persiste dans Texpression malf^re sien N 169% malgré lui» mais
aussi malgra sin N 226*^; cf. mau gre suen N i6o^
Nos textes ne contiennent pas d'exemples du sujet singulier.
De même que le pluriel sujet et régime, le singulier sujet parait
être une formation analogique. *Mieny forme antérieure de
mm, vient lui-même de*m/«w m eu m, peut-être apr^s avoir passé
piir *mian, cf, Lyan Lugdunum (Romania ^ XIII, 548)*- En
tout cas, on ne peut pas, comme pour le français, alléguer l'ana-
logie de vendent ^vendunt^ puisque dans notre dialecte Tu post-
tonique devient o : vemlont^.
Le féminin de même que le masc, paraît être sorti de l'accu-
satif singulier : on ne trouve pas, en lyonnais, le singulier m/V
que M. Meyer-Lobke signale dans les dialectes duSud-Est ^ Il
est vrai que le singulier mein ne se rencontre pas non plus
dans nos textes^ mais le pluriel teins Timplique nécessairement,
il est en outre attesté par le pronom possessif /a m/«, la tin, la
sin des patois du canton de Vaugneray, Rhône'.
P
1. Œ Puitspelu, Dktionnairt étymotcgiqut au faims lyonnais^ p. XLin.
2, Mcyer-Lûbke» loc. cit.^ II» J 90.
5. /MÎ, U, 5 90. et 1,5278.
230 E. PHILIPOX
Mein étonûe, au lieu de min(^*nit€ti) qu'on attendrait. Si
Ton pouvait supposer la réduction de *mkn \ *mm, toute diffi-
culté disparaîtrait, cf. ben (bene) Imntt bin qui sont de simples
variantes graphiques {Romania, XIIl^ 545); malheureusement
il n\y a pas d'exemple du passjge de ic k e. L'é latin a bien
pour correspondants en vieux lyonnais e et ù% mais c' est évi-
demment antérieur à ie^ comme le prouve sa prédominance
marquée dans les Légendes^ notre plus ancien texte lyonnais'.
D*aillcurs, la diphtongaison ne paraît pas s'étpe produite devant
fi, ce qui prouve que la nasalisation de fêtait un fait accompli,
en lyonnais, à l'époque où cette voyelle a commencé à se diph-
tonguer.
Quoi qu*il en soit, ce qu'il y a de certain, c*est que le pro-
nom possessif absolu ne connaît que la forme la min. On peut
donc supposer, i côté de mein^ une double forme min.
Pronom possessif.
Masc. sinp. SU). *// mim^ *U tins, *Ii sms; — rég, *h mitt, •/û ttn, h na;
— Plur. SU). *îi min, *H tin, U sin; — rég. *los mim, *hs tim, los sins,
Fcm. sing. suj. U iwi«(5)N 202**, *li iin^^li jiw ; — rég. k min,^la tittylasin.
Masc, pi UT. rég, hs nosirosK a 16*.
1. Per ço que jo desirro vostra salut as si corne jofoy (con,fay)
la minA'^G, — 3 issi quel avit cspandu la sin N 23 1**; — St
aucuns draper s vosl marchiandar d*atro meiter qtu del sin H i, 7 ;
— plus crois que U sin D i , 47 ; — lo dit Piero et lû:^ sin^ en
quittent P; — d'atra ntain segm'a et aprova de la sin, I v, 4.
Le patois de Saint-Genis-les-Olliéres (Rhône) emploie encore
au}Ourd*hui : lo min et la min.
Cette forme féminine min dérive, comme je croîs ravoir
démontré ici méme^ de l'accusatif me a m, après avoir passé
1 . Sur la question délicate et non encore résolue du rapport de ^ et de «#,
voyez Meycr-Lùbke, t. I, 5 ^1V^79*
2. Homania^ i, XV, p. 430, U possesiif tonique du singuîitr en lyonnais.
— M. Meyer-Lûbke dans sa htWi: Grammaire da langues romanes, t. II, p. 124
de ta traduction française, soutient au contraire que le féminin min remonte
mi — *mia et qu*il doit son existence * à la tendance qui poussait 1 assimiler
aux masculins correspondants les formes féminines qui s'en éloîgiiaicni
par
MORPHOLOGIE DV DIALECTE LYONNAIS 2}I
^mjm, La persistance de h nasale finale n'a rien de plus
surprenant au féminin qu'au masculin, et d'ailleurs la conju-
gaison lyonnaise maintient constamment celle de la terminai-
son -eh a m, qui après la chute du b médial et le rejet d'accent
s'est trouvée à bien peu près dans la même situation que !e pos-
sessif me à m : avin pour un plus ancien *avieri ou ^avfyen
\\2.hthzm ^ desctndin descendebam, dans les Fies de saints
du ms, fr. 8i8.
Adjectif-pronom possessif.
Le lyonnais avait deux adjectifs-pronoms possessifs pour le
singulier, Tun formé sur le nominatif latin et l'autre sur Taccu-
satiL De l'emploi du premier, je n'ai ù citer que des exemples
féminins : la sua partia^ I vu, 12, 14, 42, la sua part, I vu,
13, 44, la vercheri sua et per la vercheri soa, dans des fragments
de terriers du xiv* siècle conservés aux archives du Rhône.
Voici maintenant des exemples de radjectif-pronom posses^
sif tiré de Taccusatif latin : a cest tin Immni U 261^; per un
notairo^a saidlar un sin wis^ Ini, 34 ; —per recovrarla tin moil-
hr N lyy**; — jodeprâo la tin grant benignita N 203 '^; — per la
tin saint i pidia N 229* ; — de la sin gloriousa mare A 49 ; — per
la sin part ta de la terra de la Buisseri, 1, 27 ; — per la sin part,
L 28; — per una sin vigni dans un fragment de terrier conservée
aux Archives du Rhône ; per h un ifohir N245^ ; — una son (corr,
sin) filli N 248*'. De même au pluriel : H vostre enchante men:;^^
227**; ' — per la lot part de les choses Tfwntas Pachon, I, vi, 27,
trop 1. C'est bicQ invraisembbbîe. Lidentilc du masculin et du féminin se
conçoit lorsqu'elle est due à Inaction régulière des lois phonétiques, mais que
Von ait de parti pris fait disparaître la différence existante entre les deux
genres pour les confondre en une seule forme, c'est ce que l'on fera malaisé-
ment admettre. Les exemples cités par M. M,-L. aux §562 et 6j ne sontnulle-
rocm concluants; certains sont de date rciativement récente, d'autres, comme
tottgui refait sur iong et antie sur anti, n'ont rien a voir ici puisqu'ils distinguent
précisément Icmasc. du féminin. Si, comme le dît M.M.-L., on avait refait le
possessif féminin lyonnais sur le masc, correspondant, il est infiniment
probable que ce possessif serait aujourd'hui mitm ou mîna et non pas min.
23:
E. PHILIPOK
Adjectli démonstratif,
I. — ECCE ILLE
MaK. sing, 1. cil, ceï N, iaî N l^^ ; — cli A 36, 41, 44. cis. D i, 1 m,
3 ; — cmi A 75 ; —yc^ctii H 1, 10, 12 ; - 2. cd\ — ycd A J9. — Plur.
1, n7 A s }, 59, N passim ; — 2. ^Wi N ; cttii N ; — (^/o5 A 58, 59 ; celïûi
H I, 22 ; — r/5, kts }i passim^ cts l vi, 13.
Fém. sing. 1. nV/i A 63, N, a/i N 245'*, 268= ; ra7/i A 62 ; — 2. ff//fl A
H, I, N ; aia A 63, 73, N. - Plur. 1. tv/« N ; — 2. crlks A 62, D, H, 1 v,
5, N 190** ; — ciUi A 73, 91, I v, 10, N 189** ; — iulksl v, 3,
n.
EcCE ISTE
Masc. sing, 1, dit N 198^ 2o8^ etc. ; — cit A 40 ; — 2. f«/ A 41, D, I,
N ; — «f A 37 ; — astui N 21 5*», c^iuy I iv, 64, C4tui F ï, — Plur. 1. cù! N,
iWi/ N i8os d( A 58; — 2. fiîioi H i, setos E,
Fém. sing. 1. cisii N 114b ; kisti N I79<1, citi A pamm^ H 1, 32,N/aiJiiii;
— 2. t'^iiû C I, F II, N passim ; cela A pâssini, N 21 i*i, D i, Ci; ri/a A
50, 51 ; ^//û H I» 2S- — Plur. 1. cestcs N, K 1 ; — yctUs A 63 ; — iquem K
I ; — 2. mUs K I, N ; — ctUi A 60, 73, N 208** ; — kestes N 194*, 2î4<,
M. Mussafia voit dans ^^j un dérivé de ecce-iste', mais étant
donnée la fréquence del*apocope de 17 devant j, en lyonnais^, je
crois plutôt qu'on doit y voir le représentant d*ecce-îllos. De
même n^, qu'emploie Marguerite d'Oingt, à Texclusion de cil^
me paraît représenter ecce-ille-|-5 de flexion.
Cette s introduire dans le but de différencier le nom. sing.
du nom. plur. apparaît pour la première fois d une façon régu-
lière dans Marguerite d'Oingt : r/^, ctu\ ; c'est également la
forme avec s qui est de règle dans les textes administratifs lyon-
nais de la seconde moitié du xiv*= siècle; par contre, fes Vies de
Saints emploient presque toujours la forme étymologique, cil
ou cel^. Cette constatation vient à Fappui de ce que dit M, P,
Meyer de l'ancienneté relative des légendes en prose contenues
dans le ms. fr. 818 '.
1. Mussafia, toc. cit,, p. 26.
2. Voy€2 les exemples que j'en ai donnés dans la Romània, t. Xlfl, p, Sf 8,
5 . Paul Meyer, Notice sur le recueil de Miracles de ta vierge renfermé dans
le mi. BihL Nat. Jr. StS^ p. 12 et 21. Sur la date de la composition des
légendes, voyez f» 24 un miracle de la Vierge qui, au dire du légendaire^ avait
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 233
Pronom démonstratif.
I. — ECCE ILLE
Mas. sing. 1. cil N, «/ H i, 4, 2$, I i, i, lo, N ; — c^:ç C 11 ; ceui C 11 ,
c:((ni^, c^oux H i. — 2. <:«/ N ; — celui F i, celuy H i, 2, cdluy F 11, cellui N
2i3<ï. — Plur. 1. cil A 45, $8, etc., I i, $, III, 21, N passim ; — cils, cil^ F
I, C II ; — cisVi. — 2. t«iy N, tr^w^ A 47, 91, N, cetis 1 1, 20, ceuh F i ; —
c«w5 A 74, ctottjc K I ; — ces I vi, 13, N 2i4<i et passim; —cellos D i, F 11, H i ,
7, 10, 17, I IV, 85, V, 7, «^5 F I, H, I, 22, I ni, 4, V, 2, 8 ; — icelos F i»
ycellos H I, 13.
Fém. sing. 1. cilliy C 11, N, cili Ci ; 2. cela A 63, N, cella ^4 4$ , I v, 6.
Plur. 1. celés C i, N ; —ycelles F i, m ; 2. ceUs A 3 38, 39, 73, }i, celles H
I, 22, I V, 5, icelles l v, 7, ycelles H i, 22.
n. — EcCE ISTE
Le pronom démonstratif tiré de iste était d'un usage beau-
coup moins fréquent que celui qu'on avait dérivé de ille. Voici
les seuls exemples que j'en puisse citer.
Masc. sing. 2. cestui N 192^', 208», 2io«, — celuy A 42. —Plur. ±, cist
N 193** ; icw/N 204<*.
Fém. sing. 1. iciti N 214c ; 2. cestei N 215*», cetei N 21 3«.
Iciii est dû à l'analogie des fém. ////, cilli ; quant à cestei il
remonte peut-être à iste hic ?
ni. — EcCE HOC
Neutre suj. et rég. O) A, N, qo D, H, I, ^o E ; — ico A, N, iqo C i , D i ,
II.
Nos textes ne font aucune différence entre ico et co que les
documents administratifs rédigés à Lyon écrivent CTp ; toutefois
co est d'un usage plus fréquent. Voici quelques exemples de
l'emploi de ces deux pronoms neutres : co eret uns gran:^ ebay-
meriTi A 43 ; — il demanda que co estoit N 172^ ; — c^oest a saveir
I V, I ; eles ne poent outra co desirra nient A 41 ; — ico li dit
tant benignament A 56 ; — qtuint illi avit ico dit N 563**.
eu lieu le samedi « la terce kalanda de juin, Tan de Tincarnacion mil et ce et
XXXVII ». Le trois des calendes tomba efTcctivement un samedi en 1237. La
légende de Saint Mamcrt est datée de Tan 1209 (f" 27 5«*). f
234 ^' PHIUPON
Le lyonnais, comme d*aiilcors le bugeysien, le bressan et le
vaudois % avait un autre pronom neutre : cen^ dont l'origine
n'est pas claire et qui prenait parfois a« nominatif une s de
flexion ; oy H fut semblant que ccn:; fui sturs Margareia A 93 ;
— to^ li mmti non e que un po de c}ma a regar de cen A 40 ; — tôt
un que tu nio wm^ donar N 266" ; — ne d'atro qui de cen se deyve
entrameire H i, 1 1 ; — jmj cenl v, 4 ; — les geni li contèrent cen
que estoit avenu N 172^
Cen s'expliquerait-il par ecce-liunc avec changement de
genre? Ce pronom subsiste dans les patois actuels, qui l'ont
même développé en cenqui pour *cen iqui, ceci. On emploie aussi
les formes /Vf « et iquien : comme icen et comme iqnieny comme cela ;
pour le maintien de la gutturale vélaire, cf. /^wi, ici N 227 ^
ProDOms personnels conjoints.
MASCULIN ET FÈMIMiN
i« PERSONNE sing. 1. jo\ — ;« A 54» 56, K 1 ; — % et 3> mt\ m\
Piur. 1, 2, 3, noi.
2« PERSONNE sttig. 1. /w ; — /*' N 24CK ; — 2 et 3. te\ C N 264<i.
Hur. 1* tv^ ; - - 2 iw, — iï> A 40 ; — 3. tvi*
Y PERSONNE, masc. sing. 1. d, — il; ^ 2, /i, — ly Kl; —S.b.
Plur. 1. il ; — v/ H I, 17 ; — 2. hf\ — tour A 45, 47, F i et 11. I v» 6 ,
— 3. los,
Fém, sing. 1. Uli ; — 2, là N léjJ, U A, N. — ly à c6té de li K 1, —
3. la, r,
Plur. 1. eles, iUes ; — 2* /or; — 3. Us.
NEUTRE
1. oy hoc A î6, 4î, 51, D I» H 1, s, 9, I îi 5 ; — ay hàc A 62, 75, 74;
C ï, F I, îi. ai E, F II, Jbv A 74 ; — o A s i ; — i7 N 239* ; — 3. /o A 40» 41,
47, 67; — dA 4S, si, 69, 7i, C I, F, H u j, 7, N, ou F u.
î. L, Fjvrat, Oïmmire du patois dt la Stiisst romaftde, p. $08 t « Qp*ét-c
cein que t'as catzi dein ta vesic ? » {Lhiiimre de Guyatitm-T^^ en patois àts
environs de Lau&anoe) ; voyez aussi mon étude sur Le ptUois de Jujurieux,
p. 41*
3. NUier du Puitspelu, Dictionnaire ètymckgique du patùis lyonnais ^ v« ciit-
qui. J'ai constaté ]*existence de ces di^C'rentcs fornies dans te patois de Sâinf
Genis-Ics-OUières (Rhône); de même dans le patois de Jujurieux (Ain) : 10
lyi i ât tin, je lui ait dit cela. Cette forme paraît inconnue des patois du Dau-
phiné étudiés jus<|u\i ce jour*
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS
iJS
M. rabbé Devï
ïplî
la forme i7/j ills
la
pronon-
ciation mouillée » de //, d'où la série *///)'û, *illye, illi. Il a évi-
demment raison, mais c'est là un fait d'ordre plus général que
ne semble le croire le sa%'ant romaniste. En lyonnais, tout au
moins, on peut dire que Fa posttonique précédé d'une liquide
passe à i (= */i*), toutes les fois que cette liquide est elle-même
îmmédiatemtrnt précédée d'un i voyelle persistant sous sa forme
latine : iri ira N 21 1*", ciri *cira. Le même phénomène se pro-
duitàla tonique : rfwirrr dans Marguerite d'Oingt. p. 44, irriei N
lii^-yOcirier D i ^7, retiri dans la Bernardu Buyandîri, acte I, v,
166 \ /ir/dans un Noël lyonnais du xvm'^ siècle, wr/, diguirt^
déchirer, dans le patois de Saînt-Genis-les-Ollières*. Quant à
elles il las, cette forme est avec illi dans le même rapport que
} charges avec clmrgi ' ,
n faut noter dans les Légendes en prose remploi au neutre de
it à l'exclusion de r/, qui n'est employé que pour le masculin.
Ia's textes écrits ;\ Lyon et Marguerite d*Oingt se servent indif-
féremment de tn ou de ûy hàc.
L'omission du pronom personnel n*est pas rare : per ço les
apello vcraies quar serant perdurables N 176* ; — en tes trians. Sire
DeuSj coffumdo mon es périt N 199* — cela possession mut achetar
à ion num N 266^ ; — faire porra H i, 7-
Quant à remploi du pronom neutre comme régime direct,
en peut dire qu*il est de règle dans tous nos textes : inii tu
qmjo proveise N 178* ; — mais moût faisit esconduament N
2 1 2** ; — di nos N 208' ; — il porriunt Jayre légèrement A 4 5 ; —
cui illi revelavei A 69 ; — se aucons drapers vost marcbiandar
d'atro mtiter que del sin^ faire porra ^ H 1, 7. Toutefois on
trouve dans les œuvres de la prieure de Poleteins quatre
exemples de Temploi de Lk
1 . La Bernarda Bttyandiri^ tra^i-eomidU en patois lyùnnais du XV i h siècle»
publiée par E. Philipon, Lyon» H. Georg, 1885^
3. Voyez l'étude que j'ai fait paraître sur ce patois dans la Rn'ue des
patois^ t. L p. 277,
j. Fiîta fait exception, mais c'était un mot du langage adminisirauf et par
conséqucm mi-savant, comme le prouve d'ailleurs le maintien de Vi latin.
Dans le bressan ci le bugeysien ivia^ i'i originaire ne persistant pas en roman^
li: phénomène ne s'est pas produit.
t
256 E. PHILïPOîJ
De même qu'en ancien français, !e régime Jirea se place
parfois avant le régime indirect : Se lu lo tne doncs à baivreK i6j^^
— qui el les te gardest, N 215^; — aporta lo nui N lo^'^; — si
fjenemi los me toucessani N 2 1 j' '.
Pronoms personnels al)solus ou toniques.
i« PERSONNE, masc. et fém. sing. l./oN 207*; — 2. met N 264J et/»-
sim^^ tfw K 211*. — Plur, rtûs.
2« FERsoNKK, Hiasc. et fém, sing, 1, iu N 179s 202s 225^, 264^; -^
2- rri N 264J cipassim, — /<• N 2oï *. — Plur. vos.
j« PERSONNE, masc. sing. 1. el N 264*^; — 2. lui N passim, A 59, 60, E,
luy A 57, 42, D 1, H 1, 2» I, V 4; — jfi N 227», 254^, s^y 1 n, 2 L, ^ Plur.
1. 'i/; — 2. ^ii N 179J, 11 j*, etc.; «/^ N 213'^; *«^N 2i4*;<?//oi H i, j, ij.
Iiv, 47, F n; Woj F i, I v, 8; —/or A 58,^ 2i3<*, 226^, hur A 58, 1 v, è.
Fém. sing. 1. *ï7/i"; — 2 i^'N 238*, 253*», 256*»; /iflci As4; îiey A 56, 57,
60; /y<r A >i ; /f N 224*1, 2Jî^ A 54, — set A 59, 62 ; J« A jB ; sey A 41 ; n'
A 65, — Plur. 1. 'elles; — 2. hur A 63, P.
Exemples. L1. jo qui ero stmiotis^i 207^ ; — 2.di nui N 227
— mosira ntei N 20 r; — garda tei N 201'^; ~ non aie^ vergaini
de mei N 264*^; — a met N 264* ; — œ^tm luit N 2 1 1^ ; — dona nu
de mostrarN 21 2^\ — Plur. nos,
II. 1. tu,qi es maleJstrus N 264^; — tu sacrifia as detisN 264^
— tu^ douce moiller^i 202''; — 2. apensa tei N 264^ ; — jo luerei
tei N 265' ; — jo tei preio N 228, qe un aoret tei sol N 229* ; — •
qe tei, verrai deu lot pusent, acrcssant N 229**; — a tei N 264"; — en
tei N 266"*; — renî^mbreise te de tna hnmilita N aia**; — tl
non de nostron seignor le levé N 20 1^ — Plur. vos,
IIL Masc* sing. 1* el nuinws ma trameis a tei N 264*^; —
8 . nosîre sire, , , vesttt sei N 2 20 ** ; — transfiguret seiN 2 1 r ** ; — il
avit despûillie se meismo N 220**; — ckie'^ scy (cliez lui) I, n, 2; —
avoi sei, N 227'; — per sei N 205 *• — Plur. 1. *els; — 2. entre
els N 179"^; — davani eli N 213^; — per dlos H i, 5 et 13; —
tnaugre lor (maigre eux)N 213**, 226^; — etfuront entre lor dtys
cuors A 58.
Fém. sing. 2* ami lei N 23S*; — ver lyei A 54; — aratida
lye A 51;^ — un se départit de H A 54; — chacuna per sei A 59;
I. Sur Tordre des pronoms régimes, voyci Meyer-Lûbke, t. III, 5 715-721
et 794.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS Sjy
^^Wjota set A 62; ^ ilïi travavet m se A 58; — ilîi irahiî
lûtes les autres assi A 63,
Plur, iota s'en eniravtt dedenilonr:, — eî les autres traiant tota
cela a hur^ et iotes s'en entravont dedeniliey A 6} ; — par lot4r (pour
elles)?.
Au lieu des expressions françaises « malgré lui, malgré eux »,
où a maJgré » joue le rôle d*une véritable préposition, les
Légendes ont conservée à « mal gré » son sens primitif d'ablatif
absolu et le font suivre des adj. poss. sin, hr : mal gré sien N
169% malgra min N 266*^, malgra sin}i 249% 252^ maugré hr
N 213^226^, 227^.
Pronom relatif ou conjouctif.
M.1SC, sing. 1* qut\ 2. cui^ dt cuy I v, 4, dr eut N 227*»; 3. ctd A 47, 54,
E, I IV, 66, V, 2, N 21 1\ cuy I v, 2, H i, 4, 7 ; 4. qui\
Pïur. i. qui, quy ; %. *dr my ; S* cui A 47 ; 4. qttf^
Fém, sing. 1. qm A 37, 40, 41, qui N 214'', I vu, 28, H 1, 8, E, qui A
55 ; 2. f/^ V'**' A S S î 3. c»i A 69, E pau, ; 4* qin'.
Plur, 1, quf A 75 ; 2- ^Z** ^/w** A 59 ; 3 </ que I v, ^ ; 4. q*^, tv que A 58.
Le cas régime l'ui eu jus est fréquemment employé sans
la préposition de; il se place alors avant le nom : per cui esgard
N 214'' ; —per lo cui comaudcnient luit H eletnent senmit^ 220'';
— H puyssanci a la cui volunta iotes choses se encUmnt A 40* —
Le sens primitif du datif cui s'obscurcit de bonne heure, aussi
nous apparait'il assez souvent précédé de la préposition à : a cui
nos sûmes K 179' ; il en est de même du génitif f«/ ; et de cuy
sunt prises! v, 4. Dans en quei, en t/ue, de que N 214'', A 38, N
208'', il faut reconnaître le neutre qutd,
qui est employé au sens absolu dans : ^qi hporrit trovar que
lo li enmcnii N 227\
I4
Pronom relatif absolu.
Masc. sing, 1. // quai^, li qua;, li qumti ; 2. del qmil ; 3» ff quuJ D t, a/
'^! K If ou quai F I ; 4. /<> quai.
Plur. 1. li quai, H cal l i, 25 ; %, drl cau^ A Si^dou; quaux D i, 11 ; 3.f/
qaui F I ; 4. la quau^,
Hém. sing. 1. H quaus A 57, /* qmtux H I, 26, ïllî, t'y —^, de la quai I v,
6, F de la dît A 66 , 3* 'î tu quai D 11 ; 4, h quai.
Plur, 1, les quau{ A jojt's quaux H i, 28 ; 2. *de lesquaHesi 3* a ks qmlles
F iti a les quaîes F ru , 4* les quais Kl» lei quas A 61, tes quaus A 38, 19.
Î38
H. PHtUMH
J'ai cherché le relatif absolu dans les L^pmkï sans pouvoir le
'Tîcontrer ; il peut s'y trouver néanmoins, mais à coup sur soaj
emploi Joit y être fort rare. C'est une nouvelle raîsoo de croire
rencontrer ; il peut s'y trouver néanmoins, mais à coup sur soa^M
à rancienneté relative Je ce texte lyonnais.
PREMIÈRE CONJUGAISON
INDICATIF PRÉSENT
», INRNITIFS EN AR; p. INFlNmFS EN If^R.
1. d, âisUro A î6, awo, aoro^ conjuro^ thmando, dono^ doto K 260^, 178^'t
178', IJO*», 17 s*, 21 2*; — ^. preo A 77, mtù^ nieipreiio, otreio, fireio, rtmtH^
ciOfVengo N 212*, 227^» 268^ 184s 22 JS H^^- — 2- *• coniamles^ parlée-
phrts N 269*, 108*», ao8^ ; — ?» appartiîhs, coiles N 209^ 21 ii\ — 3, *. reçaf'
dit, rttotmt A 46, 42, achaUi C l, portit C 11 et m, Jemoref K m, P» 15 r»,
»u»«/#/ J. pûssti K n, rfstei P ; — ttchate porU C ï, monte D l et il, parti H i,
S, aimf, ficûutr N 207 *l, 208*; — ^, t43iwi'nfïci (Arch. conom, de Lyon
ce J75 pasiim); mtttguit N 21 J*; — âwV«, appareille N 207**, 2o8«. — 4 1.
amrm^ dont m ^ nafrtm N, 216*, 179**, l86^ saluem, îocm N jS*' ; — /fowiw
A 62, préityn Kl, c^miiif</f», maïuim K i passim.eschjpen N 22>c ; — ^. hlêam,
tmnpam, navigim, preiem N i86^ iSiS 2}8**, iSj*», — 6- *. aAi^, awai,
dimamias, rtfmas N 258^, 215*», 184^, 213**; -- ^. aproimm, tspeciti, Uh-
sm^ fmm^t^^ N 211*'» 208*', 214». — 6- ». amont, rcgardont A 46, 41, passant
C m, tfn^MMl F II, porionl J, tnû/Uont K it, amont, donont^ gardant N 214^,
*79*- t**i*; — ?■ ^ro«* P 11, oisignont 1 v, 10, despleymt I iv» 75, tadb«f
K I» #iifr^p^oii#» mnMfpM/, ptchont N ï8}-, I79«i, 185^.
La finale -ont est sporadiquement remplacée par -uni : JSf^
deltciunî A 46, passunt B, ordcnunt F iv, et même par -tfnl :
dbMUil F I, quittant P, mais ces deux dernière formes sont vnû-
semblablement dues à des erreurs de lecture.
A la y personne du sing., on trouve la finale -a : ama^ nodê
A 47, sacrifia S 210*.
I
mVXRFAVT
La.
» A So, onm^ pmunn S lS}^ 174* ; — p. ^pnwo:
> K t77^. — 3. s. ^yirllii«f« fùsav$s N 222\ 266^ ; ^ ^
rN 2i|S >^^* — 3* ^ (mfcntavtt^ asavtt^ '.
f A 19, St. 1^ 0; ^ny«K A 57, wn^tv, govimam D i er 1
m; 19, £«fftv, r4sjiLrtif. i«i««v K l8o^, 172^, 1&4'; — ^ -Ajrr#f
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYOKNAIS 1^9
Vêt^ €UfHevtt^frragin*el, eihtdifvft A 75, 40, 69, 75, 57 ; midavet, rmhracavet,
nludiavet, prfowt, percofutt A 50, 51, 59, 66, 52, Uynavei (arch. de Lyon,
ce Î7J, pass.); chacavi^ otseignavt^ outrmve N I7S<=, 178"*, aiydai^t D i,
halliave I m, 16, — 4. *. regardavam N 165^ » — p» ^itj^pk^^awi N 163* ; —
4SveiUavam^ gmignavam N 216^, 109=. — S. r^ardevas, corr, regardavoi N
209'» ; - |i* cuidevQS N 186^ ; cuidavas N i89«. — 6. a. mtravont, tornavmit
A 6}, j9,(/awiïJ«0w/. pîoravont, se ^aifWHldi>crttN 178**, 21 î^, 2t4'» ; — ^. 'preie-
vont; dtipieaiKmt^ gitavont A 58, 57, hrisavont cljacavont^ espanclxtvont^ rnenga-
vont, poiaifont.pmavoni}^ a22*,254t',2i8*, 269^ 243^, 22b^, approchaifont K i.
PARFAIT
1. a. fli/«, f<)r»^i N l68<^ ; — acUtay^ donnay G, dtmui, partais gardai N 219**,
256^, aoi** ; — ^. agfuoiUd N î 59'*, baiUiay G, /oj^m (arch. de LyoD,CC, 37 J^
f» 19), comtnçai N 3d8*, M/ïji K il — 2. a, /jo«ij, j<w//fli N 220^, 208^^ ; —
% iuccîs N 2$6«*. — 3. a. avcntct, demamitt, nitrd, trovd A 61, 67, Inrt B»
/<9ni// D I, domt El tufmtet I iv, 14, a/Ze/ K i, comandett creét^ trtmhlet N 240^',
172*», 76* ; — avmiét A 57, iii«7, </jrt^f/, o/^i/, poruit N a26«, 228«, 256«,
226*; -* aïiiet K l, aventiet, parliet, porlyd A 5 s, S S, 77, montiet D i et I
m, t, modiet E, /v«j*V/ H, menul Kl;— aportit^ coUit Q li^aîit K I, ïevit
K tu et N 2 je*, jo/»/i (arch. comm. de Lyon, CC. 573, fo 6 v*>), s'artstit^ iro-
vit^s 265 «1, 268*»; — p. «>^w^fftY/, rwyrf^(, tfforcei, priet A 51, 64^ 61, 92,
laiisei^ mmgtt^ 238*^, 185^; — eHbractit^ ensetgneit N 228^, 2 H*'; -- Aai-
xyv/, comenciei^ cudytt^ hyssUi, oireyet A 75, 43, 54, ^2, 61, appûreiUut D
n. /W/»W I in, 9, K I, s'agenoiUet, pdet^ priitt N 212^, 268»» cheimhiet K I ;
— iHiiliit K 1, G, s^gnii G, aidit N 266^. — 4- «* phremos, oremm N 25 j*" ;
detnandesmos N 170^, troi^smo^ N 20 ï S 204** ; — p* cuydemos D n, 6, «Jifirw-
rfw<w N 188^, 226» ; trai'aiUams^ ^SS** î preiamos N 238<:. corr. prekmos. —
6. 1. comandesUs, donestei N 181*», smpirtsUs N 165*»; — [i. commcesUi^
efforusUs, îocrifiestes N 220", 2iH»>, 2JS«. — 6. «. kveront B, cof<TOtt G, tf/fe-
r<wil D I, passefont K liî, am^ni-mw/, dontront^ let^ciont N 174*1^ 212*^; ^ûtdei^
ront F I ; — aportirront, guastierofttt y tueront D i, allieront, amiandierofit, cotif'
ron^ dmneTonty ptsieront Kl; — ^. hnstrmit, comenarotU^ puierofitt jf queise"
ront^ vireront N 222^, i\l^, 171^. IÎÏ4<, aiH; — bailliront, laissiront li
140^, 234«'* M.iis dans Marguerite d*Oingt : at. comatutaront , pomronty reiar-
naront^ Irm^aioîit, p. 59^ 73 et 78; ^. agenolieront, balliermtt^ coimmcerunt K
59» 58 et par analogie de a : airiaront, cometicarunt ^ hnssaront A 58, 65, 73,
De même dans un document administratif lyonnais de h tin du xiv^ siècle:
aydaron K r, 45. Ce dernier document omet assez souvem le t final : donk-
nwi, Cidiiron^ portierott.
FUTUR
1, «. appellarei^côinandiirei N 178^, î86» ; anttnereiy Cùmanderei^ r^poseret^
N 217^, 222s 240*», gardereyk $4 ; — % emeignerei, mettgerei}^ 175», 217**,
gikreî N 18 5«. — 2» alegraru^ Umptarei N 236c, i8$< ; aoreres, gardfr€S^
24Û E. PHILIPON
reposerez, trmrrfs N 222*, 240^, 269'» ; — p. deîifrn, laisseras N 169*» 226-
— 3. semhkra F rv, Irmmra C i ; durera A 41, sfmhhra F i, aclxitera^ srfura
N 221 *» et » ; — ^. fïiW/m N 209*, payera I iv, i. — 4. a, rfcôirargm, N
195** ;^(ît'^f^M, trovereni N 222* et «, tichiperem N 69c ; îat^rfti N 252^ ; —
p. haiUerem N 222«. — 6- trovareh A 60; irtnttns K Î84** ; gardereis^ purk-
reis, hirvfrHs N 173», 220*, 22i<* ; ircn'tris N 218**; — ^, *hailkreis\ menge-
rh N 2o8f. — 6* st. agottarent, conr. agoitarant A 45, itarani I iv, 75 ;
itérant, livrerant^ recçvrerant N 214**, 220*, 218^, appel kr an l F 11, aclfeteratit
H I, 15. arreterant I rv, 75, ordonerant I m, i, ovrrr<î«l T v, 2 ; — p. paierant
H I, 22, hissnanl 1 iv, 74, veyeteranî I U'» 75, enseigturani , hnt^ttgerant N
laoJ, 209^; — tm^igirant A 41, baUlirani H i, 131 cenunciniHî H vu, /tfmi-
r<i«/ 1 n% 75.
CONDITIONNEL
1, «. *amarin ; prcverm N 24^ ; — p, tnetigerin N 185^, — 2. a. axHiUarm^
gardants N 220^, 179I»; poser tes N 220^; — ^. agenôilleries N 2iî«. —
3. a. eâifiareit N 190* ; amerit^ oserit^ torntrit A 44, 53. 74, délivre rit,
tHfnerim 21 5^, 209», traitrit P, sacrifient X 269» ; — p, j^^/i-nV 24 1*, toclicrit
F II ; laysurit A 90. — 4. a, ^amariam^ *ameriam ; — 3. 'mengeriam, —
5. «* *amarias ; tormenterias N 209'». — 6, z. *amarionl ; s'alegreriont, ifnv-
rerimt N 214*, 271*, sacrifierioni N 214»; aoreiriont 226^; — ^, fireriont
N 217*.
IMPÉRATIF
2. 3. demanda, A 61, ameina, apensa, commdu^ dona, escouta N 185*, 178^,
i8o«, 266*^, ï8i*» ; — p* ««/i', Wiï, clxingi^ comtmnà^ tiri N 220*, iSé'^, 175'^.
266^% 169^, '<ï'^' N i8ot», metigui }^ 184b, ^wWi/ N 184-'. — 4. «» amonestem^
parlent ^ plorem^ remembrem, torntm N 2i6«, 21^^^ 2i6«, 214^, 2i6«; a/m N
2J2K ; — ^. appareiUem^ laissetUt mengem N 2i6«, 269*. — 5- at, cùmidcrai^
àHas, pensai A 6o» 42» 44, alas^ donai.ploras N 238**» 184J» 21J<1; — p, /W-
jiVj, deliei, drec^i, etruies^ kissies N i86«, 184**, 214*, 2IS^ 214J.
SUBJONCTIF PRÉSENT
1, alyc A 77, atlo N 203*. — 2* doits N 228^ ; deUvreis K l poîsim; —
iraiHiilleis, sactipis N 2$8*>, 182*; d//fj N204^. — 3. duHt A 48, ^r»»/ N
Jl^tperduntE^gart N24'*» /ar/ A 56 ; donet, smet A 40, éj» 6û,fl/d K l, tiKhet
F ir, oûret, resiùret N 267^% 268^ ; aidei, alher^et^ deliet N 213*» 240*», 218* ;
ffln/W/ F I, Il et tll, N 179=, tdeit I IV, 6, iorruyt (arch. de Lyon, CC. 191,
f« 1 v<»), dei^neil A 48, tociteit F 1 et m, preieit^ gikit N 207, 228*. - 4, «.
a/ûw, aiegram X 2î8s 221*, mmam, ostam, tornam N 208^, 2i8«» 190» ; — p,
hUçam, hrisam^euidmn^Uam N 186»», 222», 20 j«, 208*, — 6, «, (iW«V A 56,
ûlkii^ aoreis, monireii^ penieis N 200*, 175*. 224^, 17$^ ; —alUs^ prmis^ tt»mi$
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 24 1
N 209c, 181*, 167* — p, laisies N 159*, laisis, prêts N iioA, 184c. —
6. OL. jurant Vi à i\\ entrant J, f« 2 P», aillant , amant, demandant N 224», 192c,
2I5*>; — p. laissant, mespreisant, travaillant N 266«, 192c.
SUBJONCTIF PRÉSENT A FORME INCHOATIVE
1. a.achateiso,alegreiso, aoreiso,appelleiso\^ 174^», 212^,256*, 16 j^^mostreiso,
parleiso N2i8<*, 23$«; — tueisso}^ 210^. — ^.anuncdso, enseigneiso, sacrifieiso^
269», X75*, 210^, vengeiso, vireiso N 169^, 224»; — 2. «. comandeises, deli-
vreiseSy mostreises, susciteises N 2i8«*, 189», i66«>, 189^, parleises N 207«>; — J.
bailUises, jugeises, toclteises N 215c, 212c, 266*; — a. comandeisses N 206*,
2 $6^; — p. aïbergeisses, baiseisses, briseisses, lesseisses N 230*», 196», 178*»,
228«; — mengises N 230^ en regard de mengeises N léS^». — 3. «. ameise,
comandeise, dureise, entreise'ti 191^, 2i6<*, 215»*, 243**, oreise, poseise, remem^
breise, sentieise N 240^», 244**, 2 13^, i^^^forseneise N 214'»; — ^fi. aide ise, cor ro-
ceise^deigneise, outreisejailleise^ i^Y, 178*» 205^, 244»*, 212*; — a. ameisse,
Jorseneissey perdoneisse, N 191 b, 214*», i66<i ; — fi.outreisse, sacrifteisse N 257*,
178c. — 4. pensesan, clxtcessam, N 249», I75<i. — 5. cuidese^ N 209<i. —
6. amonestesant^ i66«, allessant, tornessant N 214c, 21 3**, tormenteisont (corr.
tormettteisant) N 216**.
IMPARFAIT DU SUBJONCTIF
1. alegresso, mengesso N 207». — 2. oslesses N i62«, pensesses N 220«l ; —
delivrisses N 256^. — 3. «/«/ D i, 36, delivrest G 31, amenés t y aportest, escJxil-
fest N 177s 21 IS 223a, gardestyposestytormentest N 21 5'^, 190c, 258*» ; —deliest
mengest, mesprisest, N 164^, 2i9«i, 205«i; — amencist N 21 8*, fliWm/N 202« ;
— amenety aoret, briset N 209**, 255«i, 202 ^ ; — rasit N 258^». — 4. menés-
samm D 11, sanessam, chacessam N 163*» ; aoresam, monde sam N 229^, 163^ ;
sacrifisam N 229*". — ^.sacrifiestes, efforcestes; N 255c,2i8'>. — S.ci.alessanty
amessoftty aportessant, tornessant N 239», 2o6«, 205c, 239* ; — administressent,
corr. administressanty (Cartulaire d*E. de Villeneuve, p. 22) ; — p. serchessant
A 75, cbacessiant G 16, enviessant, sacrifiessant^ 245*, 208*; — estrame-
sant, panesant A 57, aportesant, disputesant, gardesant N 195», 180^, 204»; —
p. brisesantyserchesant N 202*, 208^»; — a.gardissant N263a; — p. otreissant
N 226*ïjk eragissant A 52.
INFINITIF PRÉSENT
2. OL,chantar,demandar A 41, 4S,aportar D i, i^^allar Du, 11, ^i/ar B,
/rrflr E, wfiiar F i, /wrar H i, 10, adobarK i, gardar I v, 4, /i^wr I 11, i, t/wi-
tor G, sdvar N 175*; — adobart à côté d'adobar, alart, donart, plantart, por-
lart etc, K I ; — entra, desirra, tiecessita, regarda, révéla A 4$» 41, 50, 40,
62, passai II, 6, ^m/w K m. — p. abeyssier, agenoUer, comencier, cumunier,
datnagier, deleitier, despleyer, ejforcier, ensennicr, gaygnier, laysier, mengier^
Rommnia^ XXX. r^
242 E. PHIUPON
r^raciir, remirer, travaUyer A 74, 59, 75, 65, 52, 39, 58, 51, 36, 52, 65,
67, 49, 44i 51, acirier^ apointier^ avancier, coi lier, cùnsellitr^ porchacier D J,
eydier, logier^ D II, Imiîîkf^ etnpiritr, eppuhUer^ pliidier^ F i^ pleydtier F II,
alber^ier, chargitr^ paier H i, 23, i, 4, changter I ïv, 75, guagier I iti, 21,
/fï//i>r ! IV, 79, \foiditr I V, 2, dn>r, Utr K 11» aiViVr, baillier^ hapUitr^ en/or-
cUr, kisifr, mengkr^ n^kr, travaillitr N 268», 215^, ifis**! M^t 214*, 185**,
241=, 184'* ; — appardîicrt K lu
PARTICIPE PRÉSENT
Masc. et fém. : trapercans A 43, phrani N 214* ; — «. entrant 1 IV, 22, <^^
morant D i, 43. chaniant, orant N 187s 3^$c ; p. pnagani N 20$^.
Neutre mvariabîe : simbUn;^ A 43, 55, 92 ; — tnvtiîîani^ en cùnsîderanX^
A 52, 60; — pbrani N 213^,
PARTICIPE PASSÉ
a, — Masc. sing. suj. élevas^ alas A 43, 67, f/o«<iJ D l, 27, parlas D U22,
gitas H ï, 12, tmra/ I rv, 28, atnas, lai'as N 226^, 217»; — Rt-g. dana A 47,
Ofhetu D I, 27, fn^ra I iv, 26, aparta, N 227», — Plur, suj. grava, forma A 45,
53, aila D i, 6. or^/o/ia H i, 1 1, amasia, amena N 239*, 219*; — Rég. saksB,
armas D i, 6, tiomas H i, 17, salvas N 212^, />aî^ï P.
Fém. sing, lormenta, conte npla A 76, 44, /wna D 1(, 11, epHia E, wr» I ï,
i8,a/H?rfa, </o«a, r/M«/a N 172% 2:7*», liï*». — Plur. crées A 40, appelés B,
/iL'r^j D, î, 52, ûc/w/^î H I, 25, moires 1 iv, 75, copes L, donnes K i, degates'H
2IS*<, aveintcs K 229*»,
Neutre, suj. et rég. demanda A 55, dispettssa D i et 11, row/a I v,8, i?aiw,^
proiM N 213*, 214^.
Les textes rédigés à Lyon représentent fréquemment par aa.
Va du p.irticipe passé, lorsqu'il se trouve à la finale en roman,
sans doute pour empêcher de le confondre avec Va posttonique
qui était mi-muet : apellaa, dotma^ menaa D i et it, fouc:;fla^
ovraa H i, 10, 11, 3, aresîaa I lu, 20.
p. — Masc, sing. su], dennies, espa^hies^ nusprisies A 65, 37, >8, chargies B,
dipecies Vin, pUies 1 îv, 36» bailUes E, hîecmjrics N i86\ 2i8«; — Rt^g. appa-
reylia, derachia A 59, 75, bailUa D i^paia I m, ï^^outreia K 2|CK. — Plur, suj,
Percia A 80, corrigiez «npegia H 1, 20, 13, setgnia, lia N 240^, 217'», bapUta
N 2o8«i; — Rég, pecJ^ A 53, hallies I m, 18, allûtis K i, baiUies, laisiia N
214*.
Fém. sing. appartyllia A j8, f^rfin B, paia H i, 25, damera, empiria 1 v,
5, esclmigia I» 8, /ww, cotmncia K 222^. 217^. — Plur, cbargies, enbronehies
A 75 » sS» MiiV-r D II, ^it*/Àï«^/>i H I, 25, duplexes I iv, 75, appareillm N 215*,
trat^iUf^ N 2}2c. /ittiÉç F,
Neutre : /aûi E, trai^llia i v, 4, /<aï7//d K 267*^*
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 243
VERBES ISOLÉS
Alar. — Indic. prés. 1. wi pourrai N 208c, 266^ ; 2. vais N 202e ; 3. %fayi
A 66, vait N 210*» ; vaist N 215*; veit A 41, vet K 11 ; 4. alUm N passim;
5. aïas N 2}8<*; 6. vont A 44, 59, 1 vu, 14, ^ pasHm. — Imparf. 1. alavo
N 17XC; 3. fl/flwN i87««. — Part". 1. fl//« N i68c, etc.— Fut. 1. irei
N X7i«; 4. iremN 209*; 6. irflw/ N 165 J». — Impér. 2. vai N 202*=;
4. allem N ; 5. allas N.— Subj. prés. 1. alyo A 77. — Imparf. 3. vaist N
21 5« et aUst D i, 36. — Infin. aîar N 240«, <i//ar D 11, 11.
EsTAR, ISTAR, ITAR. — ludic. prés. 3- ytc D 1, II, iiet F iv. — Imparf
1. w/flt'oN 21 M ; 3. eslave^ 187^ 202c, itave N i86«i; 6. estavont N 20$ï>,
M/ot/ofi/ N 260b. — Parf. 3. estet N 169s 204*», A 68, isUit N 261», iUit N
259c; estiet A 93, K i, ;f/i^/ A 67 ; 6. yteront D 11, i, ytieronl D i, 24. —
Futur 2. esteres N 260**, i7fr« N 201^; 6. itarant I iv, 75. — Impér. 2. ista
N259'>. — Subj. prés. 3. itet N 259c, iteit F iv, yleit I iv, 75. — Subj.
inchoatif 2. w/m« N 204^». — Imparf. 6. istessant N 205'=. — Infin. prés,
«ter N 257», istar N 2^()^,ytar D i, 4, 26. — Partie, prés, ilans K i, ^^/jw/
D I, 41. -Partie, passé masc. esta K i, N 2x8^ ita A 74, F i, N 184"*; yta
D I, II ; fém. esta N 243'*.
*Dar. — Fut. 1. dard N i67^,darey A 60; 3. dara H i, 12 ; 5. dareis N
i8i«. — Condition. 3. darit N 221*.
DEUXIÈME CONJUGAISON
Aveir. — Indic. prés. 1. «>• A 36, K i, ai E, N ; 2. ai N ; 3. a, at I 11, 2,
m, 5 passim; 4. avem N 215s 222^, aven N 233«i, 255**, avein A 69, 72;
5. ai'es; S.ant A, C, E, F, I m, 4,K i-iv,M 51, N, Ijant P, an N 184c. —
Imparf. 1. atnn Km, 16 r©, N 246^ ; 2. tïW5 N 266'» ; 3. avie N 218'^, flri7
K III, 15 vo, N 227*, F; aveit A 36, 38, flw)'/ A 37, avet A 74 ; 4. aviam N
226c, avian N 237c; 5. avias X 2i5«i, 217^»; S.aviantA 58, 59, 62, I m, 8,
IV, 245*, avian (arch. de Lyon CC. 62 passim) ; aveiant A 44 ; ot'io»/ X,
2X7<1, 227a ; aveunt A 45, 61, av«w/ A 58, 74. — Parf. 2. ans N 238c, om5
A 77 ; 3. <>/ A 39, 68, D 1, 7, D 11, 11, I m, 10 N ; 4. aumes^ 154**; ow«
N x88« (corr. omos); 6. owron/ A 76, orotit K m, N. — Fut. 1. am N22ia,
l^S^; 2. ar«N 258c ; 3. ara I iv, 5, K I73<:; 4. arem N 217s 222-»;
5. areis N 174, 222* : 6. aranl H 11, 10, I v, i, N 215*, 222^ ; arent A 42,
45. —Condition. 2. aries N 169c, 220^; 3. arit F 11, N 268», ari£ F m; -
Impérat. 2. fl^« N 22i«i; 5. ^^'5 A 54, ais N 189-', 214J. — Subj. prés. 1.
aio N 191**, 228a; 2. a/« N 21 5^; 3. ail pour un plus ancien *aiet; acil N
228^; 4. fljw N i69t>; 5. ais N 17$^, 203**; 6. aiant F 11, N 217», ayantV i.
— Imparf. 1 ausso N 189* ; 2. ansses N 222*, aM5« N 220c ; 3. aust N 164 *>,
244 ^^^P^ ^* PHILIPON
2S4^ aitt N 210**^ 227^; 4. attsaoi X 2ioi>; 6* aussani N 20^1'» amante iSS"».
— Infin. pa^s, aî/n> A 44, D i, 4, D 11, 10, K 266b. — Partie, passe masc,
ans N 210* ; di* 2S3<* ; — fém. mtu N 143**, awa N 243'* ; — neut. suj. au N
Chaer. — indic, prés. 3. cbes N 189^. — Iniparf. 6. cfMÙwnt N léS^. —
Parf. 3> clhiift I67^ f/xii/ N iSi**; cbaisil X 254^% d/m A 86 ; 6. chalront 167»»:
chahiioni N 255*. — Fut. 2. cîjarres N 249*-' ; 6. dmrrant F i, N 2l6'. —
Subj. prés. 1. c/m/V» N 1761»; 3. cime N 259*»; 4. chaiam N 216^. — lofin.
prcs. cîmer N iS>«, r^/r 26 5 J, clmir K 1, — Partie, passé masc* dieui N 187^ ;
fém dmta N 259% t'/^w/<i N 259'^'.
Develr. — Prés, de Tindic, 1, àei N 228^ ; 2- i/m N 21 v^' ; 3- àtit B, D
1 « II» H ï, 10, B» «/«'W K i; 4. devan N 26tV ; 5. deirs N 2 18* ; 6- dHvQnt
B, M 28, N ajé»», dnvoni C 11, deyvunt C iii. r/«w*^ N 229*. — Imparf,
1* devin N 223-^ ; 2. dnnâi N 222^* ; 3. devU N 229 s 244»^, dnnt D 1 et lï, K ï
et lit, N 2 44«i, 268* ; dn'tii A 91 ; 6, dnnanni D 1, 26, dnnant K i et K tti^
2 y^^dtvioni N 222* ; dn»eymi Kl — Fut, 3. f^rt'ra I v, 2 ; 6. devrani H ï,
46, I V, ï. — Condition. 3» </m/ N 252^ ; 6. deriont N 229», — Subj. prés.
B^dtyvtt P, deivtt I, v, 6, */m'* H i n ; 0. déyvant P, deivaiil et i/wîw<
F I. H, m. -^ Imparf. 2. t/^»Jieî5 N 2 1 s« ; 3- c'f'w^^ N l 'jo^.dtnt A 64, f/*(t»f A 77 ;
4. dfttsamK 198^; 6. Jettsiatit N 164*^. — iDfîn.prcs, drveirl n, 4. — Partie,
prés, dn'ffti P, — Partie, passé, rtiasc. dfu^ F 1 ; dm F i et n, delteu et dthu
K t, F ni; ^ fém. 'débita. ^
•DoLEiR. — Indic, prés. 3. dont N 172*^. — Partie, prés, dôlm^ N 245%
dclfttt X i64'i.
MovER* — Ind, prés. 3. mot J 1 ; 6. remaiH>Ht N 76*=. — Parf- 3. wï*^! N
260c, J10 WM«V A 7$ ; 6 escomùviront N 155*». — Jnfîn. prés, mcvtr N 189* ;
mais fwwr/, movére N 160*. — Partie, passé fém. esmoua K 238*.
•Plovêir. — Parf. 3. pl&vU N 238*.
PoFJR, -— Indie. prés. 2. y^i X 266^; 3. ^>/ A 4^, H 1, 21, I n, 1, H
227**, /wi/i X 24a'. pmi A 46 ; 4- poem X uj*» ; 5./w5 A 44, 60, K 2i6* ^
6. poûHt A 40» F iir» K I, X ijy^pount A 4^, pont A 41, 45,/kywfi/ F il, —
Imparf. 1. /►om X 217* ; 2. putes X 235*^ ; 3. poUt K i, /»<>/> X 184^% ^iiiV N
227^ /H)// A 44, D 1, II, /H>vf A 67, puit X 226^', /îof/ A >o^ 66, X i*'4'*;
Ô, poiatti D u, X 2^6^,pityani A 44, /vw«/ A74, /wtowf X 17s**, /*o«r«/ A 41. —
Parf, 1. pui(t) A 64, 73 ; 3. poyt A 67» pnyt A 65, />wf/ X 257**; 4. /»ww>rî
(eorr. poimos) X 207«; 6. poeront X 266^. — Futur 1. ^rm X 221-*;
2* /»rri'y X 266** ; 3. porta X 21 5*, H i, 1 ; 4, porrem X I7û<* ; 5- porrm X
219s /vrrw X 184^ ; 6. ponaiH F i, ji, H i, 17, I iv, 7^, X 1\%*, portent A
45, 46. — Condition, 1. porrin X 207*», porri A 60 ; 2» pories A 72, porria
K 140^ î 3* /<»rri7 A 61. 64» 70, X 24 H, pourrit P ; /)or/'f/ A •J2^ pornii A
47, N 241* ; 4. porrîam X ï88^ ; 5» poi«r^ A 72, portes X 184*^; 0. porriant
A 41» 67, paniaimt H u 22 ; pûtrinnt A 4^^ porriont X 220', — Subj. pré^,
l.poyuoA S6i /tost//(i X 73»", t7)\ /Wi'/aj X 240*'; /k)iiw X 227*»; 2. p^nu^Hi
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 24 >
N 228c; 3. poclxt I V, ît p^f^ H VII, I \% 4, N 216*» poict)^ X 219** ; puyîsft
P; 4. pûscham N 21 6s pocfxim N 256^», puidmm K 185^ ; 6, /wâ^jV K 200**,
214^ ^ffopsm N 181* corr. poyssti{});6^ poissant N 229»^. puissant F 1, N 179»,
puyssiant A jo, I il, 2, poussant >s ïj4^^ poscfmnt N 74*, 2ï6f, y>a:/jafi/(ardi*
de Lyon, CC 191, fo i vo)«. — Imparf. 3- poisi 1, v, S, N 71*. 26SS /^r«i/
N 71^, poU A 59, 62, N 267a» poyt A 58, />w<7 A 55 ; 4» petmam corr. ^mj-
^airt N 188^, — Infin, préi. /kvjV K 266^, /^vr N iSs»*, /wi/i-zV, />««>, />o/r F
11, F I, pUiT I V, 3. — Partie, prés, poissm:^^ N. — Partie, passé masc. poù
N 229*», fém* 7^i«ï cf. iJWii, iovikï et le pAloh poyu, poyu[t}i.
On voit que le présent du subjonct. lyon. est un compro-
mis entre le français et le provençal à forme inchoative /w^r^j,
avec prédominance marquée de cette dernière forme.
Remaneir. — Parf 3. rtwast et remansit N 228^. — In fin. prés, nmandr
N 228»!.
Saveir * sa père, — Ind, prés. X, my h 66^ sai X 269'*. sei N 202*1 ; 2 i^i
N 17Î*, ses N 202** ; 3. sat N 214**» 259'= ; 4. «ar^w K 260*» itfîv« N 274»:
5. ifiR«f A 60 ; 6. Mtwi/ N 179*". -- Impiirf 2* savks N i66'>; 3> mivtV,
iïit'ify/ A 90, 47, 5iK'w K 179^ savU 1 ti, 6, K 26}^; 4. savîam N 198*»;
6. idrtiin/ N 214*, savtottt N 267»» satfvnt A 75, — Parf, 3 it>/ A 67, N
187'i; 4. sttumes }s 207'=; 5. sautes "S 217»»; 6. seront N 164». — Fut, 2*
sares N rj^^. — Condition. 3. sarii A 70, — ImptT. 2. Jii»/V*j K 243'^, sacltes
N 17}** ; 5, soiMs N 180*, sathkis N 240K — Subj, prés, 1. saipo N 205^ ;
2. wfftï'î N 184**; 3. saches 171c; 4. sacham N 249^ Jû/xafw N 207*1 ;
> 6« 5<îrMs N 174^; 6, sacïjani N 171**; scadHint P. — Imparf. 2. sausses K
21 s<^; 3- i^wi/N 164*», idii/ N 170J, sont A 40, la/ N 262^ ; 5. sattsii N i87»;
6, mtmut N 195^*, — InJîn* prés, iaw/r 1 1, 20, savcr N 184*. — Panic,
passé masc, sau N 176», 245'*; fém. sing. ifli-rra N 248». — Subst, verbal :
iém. Juki' N 26e'',
•Seeir sedére. - Indic, prés. 2- sas N 233*»; 3. ^* stit A 43, J»/ K
t88*i, f** irV/ A 39 ; 6. se seiont N 252^ — Tmp.irf, 3» se sàe N 208^, i^ seit N
267^ ; 6, segiont N 255"». — Part. 3. sht N 268^% j J5iu/ N 229^». — Impérat.
2. iie N 170e, — Partie, prés, smnt N 268*. — Partie, pass. fém. sîng. ojîj-
|f*d 'adsed iata , assegia, asstfa M î ; plur, assegays, asigays M i.
•SoiEiR, — fnd, prés. 3. xo/ N 230^; iniparf. 3. solit^ sotit N 184*» 202*>»
s(*ieit K 293^; S. iolias N 179''; 6. W/ow/ N zjé'-'.
Temer lïmére. — Ind. prés. 1, teittto N 261 ^ 266"^; 2. teimes'V 266«;
3. trime K 21 3 ^ ; A temem N liO'i ; 5, tetmes N 192» ; 6. Uimont X J 56*,
— Impart. 3. /<»/'V N 2ïO mais aussi tdmm.'et N 233^, 250^% pjr suite d*une
confusion avec l. — Parf. 3, ternit N igi^tteirisit Xaés*". — Fyc ±.ieimerei
I. Le bugeysicn dit irés régulièrement à la 2< pers. du plur, sdtes saptiis.
La 3* pers. du plur. est sant^ cf. ant^ fant, mnt.
mA
246 B. PHILIK)N
K 256 ^* — 'linpér- 2. tens N 156^. — Subj. prés, 6- irtmis N 192»; 6- in-
mant N 156*», ^^ Imparf. 6. trirnesant N 215*. — Infin. prés, iemrrK 192*.
•Valeir. — Indic.prés. 3. l'ow^ N 214* ; 5- vaks A 56 ; 6 vnhnt D li,E,
— Imparf. 3. i'*ilif N 19^*, l'a/i/ A 53^ N 263=. — Parf, 3.mrxi:/i/N 74e. ^ —
Fut. 3. voudra H i, 2t ; 6. tniutront N 34. — Subj-'prés, 3. vaîlUl fv, 74.
VeiR, — îndic, prés, 1. tW N 26H ; 2. ivu N 256^ ; 4. i^i«r« N 22$< ;
S, t^^ N 2i6t'; 6. t-ftjwf A 47, i^iûnt N 220*». — Imparf. 1. imn N ijj^ ;
3- veif N 202*», iY»7 A 44, 64, 69» N 267*, m/ A 57 ; irrt A 6? ; 6. v*-/©»! N
262t>. — Parf. 1. viu N 264'*; 2. mj A 77 ; 3. vit A 40; 4. iy/wkw N
160*; 5. lYÙUs N j6s^; 6. t/iVowf A 75, N 215». — Fut. 1. verrei N
2Sj^ t-^rry A 78; 2. tfrres N 24^^»^ 3. vfrra N; 4. tvrrm N 234»;
5. îvrrmN aié^jt^rr^yj A92,ïvnfy^ A 60; 6. ifrrant N 256*, verrfut A 47.
— Condition. 2. tvrriVi N 220"^; 3. lï^m/ A 69, — Impér. S. vtti N 219^.
— Subj. pr^. 1, veiû N 175^ 213*1; 6. tridri/ N 258'!. — Imp^rC 2- iwiri
N 245**; 3. 'i^iiit N 219**, 255^, T'^// N 2î>»; Wïi7 A 68 » 5. i^^fiïi N 209^ ;
6. iïtmrt«/ N 173*. — lafin. prés. Vfdr N I97*»,tv<îr N 170»», iWr N z\y. —
Partie, prés, xteiml N 207^, 254*». ~ Parik. passé masc. vmi N 22oi>, vtu A
40; — fém, sing. ttua N 175^.
VotEîR — Indic, prés. 1, wil A 49, 56, N 240^- ; 2. vms N 229% xx^m N
171^,1^ A 78; 3. t\}ui l u» î. N 266t>, i*05t H 1, 7 ; 4. tK>lnn N 247^,
vùUn K I ; 5. ttVri N 213*; Ô, îY»/i^fî/ H i» 10, F i, 1 v, 8, N, 261*^, t^/aiti \
V 10. N 2I4«. — Impari. 1. voHn N sij^; 3. vf^lU N 207J, î-û/zV A 38, K267J ;
ivld A 36; 6. it)/*V« K 21 8^; 6. voilant I rii^ i\^ D i* voUont A 74» 91, tW-
//c'jr/ I IV, 7S, iWi<»«/ K 268» ; — Parf. 2. wwn'j N 207» ; 3- tï>«iri7 A 67, 90,
N 71*1 75*» ^75**» 268**, vumt K 1 et ni, t'oi^ïj/ N 207»», vonstsi N 25c ♦,
6. wuciront N 241*, t^sinmi N 34**; — vomiront K2>4^. — Futur 2;
ifoudus A 61, N 269** ; 3, voudra A 47 ; 5* voudrais K 241*» ; 0. vmdrani F
l-iv, N 217c, «'wif an/ I IV, 73, mudretit A 45. — Condition. 1. voudrin X
174*; 3- isiudnt K 223J; 6. Xfoudriont K 217'=. — Impérat, 2. f^ïV/^i K
256*; 6. xviîîms N 2I4S t«<7/ti N 222*. — Subj. prés. 2. voyUti K 'j'j,
voillts N 228*» ; 3* voiîU^ 169*, volîie H i, i j ; S.i'oUeis N I7S^ —Imparf,
1- wwdjo N 193** ; 2. vousisses N i6i<i ; 3- itwm/ N 254*», iwmV, ttjxiï A 6i^
$7; — 110/1/ A 73 ; 6. lotissant A 73. — Infin. prés. voUir N 240^*, D I, }6,
H î, 26, — Partie, passé masc. i*olu N 228^».
TROISIÈME CONJUGAISON
T VFRBFS DONT LE PARFAIT EST FORMÉ SUR LE TYPE DlDl
INDICATIF PRÉSENT
1, confondu, estendo, eîpando, perdo^ rendo, respondo N a S 7*» 222*». 26 a*».
21 J«, 27DC, 184*:, — 2. entens N 256^. — 3- tntl J, irn/ H ï, 2, 1 1, t, «IfiiVfi/
A 7)% m/^/, s'ispant^ rupont N I84^ 21 JS 208^. — 4. rr»J«'rw N I78<<, 260*,
fispitftdem S 215^, ^ 5t ^nude^y cf. querei N 209c. — 0. vindont H i, i, I
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 247
I, 20, enjoignont F 11, atendont^ deffendont^ entendent, rendant N 2i4i>, 20i<i,
l66«, 220*>, s*acoindont N 166*.
IMPARFAIT
1. descendin N 225^ ; — escrisevo A 73. — 2. ^descendies ; entendies N 1 59^.
— 3. attendeyt, meteyt, offendeit, rendeyt, respondeit A 52, 51, 63, 59, 52; —
deffendie, descendie, escoisendie, rendie, resplandie, vendie N 230€, 212'*, 184c,
i88s 223*, 209«; rendit N 2^0^, confondit N 264^;—metii'et A 51.— 4. V«-
cendiam; cf. franiam N 222'». — 5. querias N 217^». — 6. rendiant A. 63,
dessendiant, tespondiant N 243**, N 2o8<ï; — atendiont, rendiant, resplandiont,
tmdiont N 226c, 182», 21 1«, 266^.
PARFAIT
1. *descendei; — desundi. — 2. ^descendes; — dessendis, espatidis N 220«,
26 ic. — 3. deffendety desundet, entendet, escoissendet, estendet, fondet, perdet.res-
pondet N 206c, 220**, 208<ï, 213^ 260^ 21 1«, 185^ 2i7<ï; — estendeit,rendeit,
respondeit }i 257», 230c, 229^; — entendit, rendit, respondit A 56, D i, 20, A
55 is^espandit N 21 1*. — A.descendimos; cf. toîsimos N 24c. — 5. ^descendistes,
^descendîtes ; cf. feistes ti/eites (= */istes et */^5) N 221c, 18 1^. — 6. /vw-
deront, renderont, responderont, tenderont N 209^, ii*]^, 183^», 232**; — </«-
cendiront, estendirunt A 73, 58, espandiront, rendiront N 26i«, 20i<i.
FUTUR
l.deffendrey A 54, despendrei N 21 3c. — 2. perdres N 21 5S 262». - 3. per-
dra F I, 2, rendra N 215*, vendrai iv, 2, N I74«. — 4. rendrem,respondrem
N 2i5<ï, 183c. — 5. ^perdreis; d.mordreis N i8i« ; temeris N X65C. — 6. ren-
dront I IV, 2, vendront H i, 6.
CONDITIONNEL
1. *descendrin; cf. dirin, farin N 223^, 23S<ï. — 2. descendries, somondries
N 220c. — 3. rendrit N 223«i. — 4. *descendriam ; cf. avitfm. — 5. ^descen-
drias ; cf. tormenterias N 2 1 s»*, 209*». — 6. *descendriont ; cf. recivriant N 2o6«.
IMPÉRATIF
2. aient, fent N I79»>, 209*1; «/«i N 257b, enten N 243«». — 4. atendem N
193*. — 5. attendes, desfendes l^ 208c, 213*1.
SUBJONCTIF PRÉSENT
1. perdo N 265*. — 2. entendes, perdes N 175», 261». — 3. rende H i, 2,
rfiMi^/ N 268c. — ^.fondant, rendant, vettdam N 218*, 222*. — 5. respïandeis
Il iSy, — respondis N 179^. — 6. entendant, escoinsendant N 167c, 217c.
248 E. PHILIPON
IMPARFAIT
1. *descendesso ; entendisse N 207*. — 2. *iiescendesses, cf. venqtiesses N 247c.
— S.pendesty rendest N 209^, 197'»; pendist^ rendist N 232c, 2x3*; tsUndit
N 2io«. — 4. retidessam N I75«i. — 5. *descendessis ; cf. reconoisstssis N 179»,
6. *descendessaul, cf. ardessant N 202»»; — perdissant N 2x3*, respondissant N
179b.
INFINITIF PRÉSENT
entendre A $5, revetidre D i, 36, ^rir^, prendre N 21$**, c ; cf. ronpre:^ (arch.
de Lyon, CC. 373, passim) dont le ^ final indique la prononciation ouverte
de Ve.
PARTICIPE PRÉSENT
resplandeni N 185», 214**; cf. maldiseni^ 2i4<l; — resplandent N i64<ï, re5-
plendent, pendent N 268c, 226c, vendent C 11.
PARTICIPE PASSÉ
Masc. sing. suj. et plur. rég. estendus A 60, vendus C i, perdus^ escondus
X 208«, 5i8« ; — sing. rég. et plur. suj. conjondu, despendu, fendu^ espanduK
210**, 208c, 209«I, 2o8«.
Fém. sing. rejetidua J, vendua C i, E, pendua, perdua, rendue N 210c, aoi"*,
226c. — Plur. perdues D 11, 23, vendues I i, 10.
Neutre suj. défendu, entendu H i, 12, 5.
VERBES DIVERS
Absoldre, DisîvoLDRE. — Ind. prés. 1. absolve N 223*». — Parf. 3. disso-
luit X 26iï>. — Subj. prés. 3. assoîiet K i.
Aduyre. — Ind. prés. 3. déduit A 46 ; 6. aduyont I i, 9. — Impér.
2.fl//ttiN 22i*>; 5. aduiles N 271*. — Infin. prés, aduyre, duyre K i. — Par-
tic, passé masc. déduit F, souduit N 255«i.
Ardre. — Indic. prés. 1. ardo X 186** ; 3. art X 216*» ; 4t. ardent N i69*>,
183^; 6. ardont X 184c. — Imparf. 3. ardie X 247*»; ardeit N 252*»;
6. ardiont X 247J. -- Parf. 3. arsit X 229» ; 6. arsiront X 21 1«. — Fut. 1.
ardrei 261*» ; 3. ardra X 204« ; 4. arJrem X 183» ; 6. ardrant X 169c. —
Imparf. du subj. 3. arsist X 77», arsit X 202*»; ardest X 2ii«; 6. ardessant
X 202». — Infin. prés, ardre D 1, 34. — Partie, prés, ardens X 20x«, ardent
X 2571'. — Partie, passé masc. ars X 183J; fém. flrxa X 232*.
*Battre. — Imparf. de l'indie. 3. batteit^ 256c. — Subj. prés. 4. Cùmba-
tam X 2i8«. - Imparf. 3. balist X 227-; 6. avatessant X 202» (qu'ils abat-
tissent).
MORPHOLOGTR DU DIALECTK LYOKNAIS 249
Beivre. — Indk, prés, 6. béeront A 41. — Imparf. 2. btvies N 201 •»;
8. hevk N 225^, 202«.— Parf. 3. heiit N 228*, bit N loy, 167*^; 6. htvirent
pour *^'/ii?n/ (Arch. de Lyon, CC* 575), biurmtt A 74. — Fut. 1. herei N
117'* ; 6. htratit N 189'*, barant A 41. — Infin, prés, bdvre N 256**, kyre A
9}. — Partie, passé bet4 K 167'*.
•CtORE- — Indic. prés. 3, ntcht N iSj*^» — Impart. 3. cJoyi A 52;
6. ehuini A 37. ^ Parf. 3. r/w/ N 23 5^, — Imparf, du subj. 6. ccndtttmnt
N l8o^.
CoKOisTRE. — lod, prés, t, conoisso k 36, N 169^, N 319^», cùf^misso}^
221** ; 2* coigmh (corr. côig^noisï) N 259*^, cognais N 254' > 4- £^wcm//f N
2SS»*; 6. «7f>où^tï«/ N i82«. — Imparf. 1. conoimn N 208- ; 3 cx)gnoyistil A
5Î* co^noissei N 249^% cognoissest N 25 î<» cûnoissie N 205*; 6. foriomo^// pour
*cofwhsiant N 226^, — Parf. 1. «;^;imï' N r8)* ; 3. reco^nhd A 78, cognui
N 206*» ; 4. conoissimos N 2to** ; 6. cognomireni N 230*, cv^nnisiront N 254^,
— Fut. 1. conohtrd N 185"; 2. conoUtres N 222*, recoignestns N 260*1. —
Iiïipér. 2. cogttois N 253*' ; 5< fOgnoysshiA 60. — Subj. prés. 2- conùissix N
176*» ; 3. cognoisu'^ 128*» ; 4. c^inoismm N i86c, cognoman N 2S4»>; 5. cûmiS'
ms N 179* ; 6. cognoi^sant N 226^, cntwissant N 186-^. — ï m parf, 3. Cxngftîsii
N 265^; B, reconoissesis N 179*; 4. tt^r^ofijam N 158*»; 6. fc>«o/J5«50w( pour
*conmi$tisani K 195"*, — Infin. prés, f<ï»oi5/frN i85«*,r«o«<JÙ/f<; N l'j^^^cog mitre
A 47, — Partie, prés. réi^qpfKïmw^ N 221*, ccgnoissm^ N 253»; ccgrmssent N
260^. — Partie, passé niase. cmoissui K 220* ; troiKHiiM N 321^, cogtmssu ^^l^\
fént. sing. cortc^mwaN 222^,
CONTREINDRE, ESTEIN'DRÉ, ESTREINDRE, CtC. — Ind. prés, 2» CômtmnS N
2î4>»; 3, esidnt N 255*. — Imparf. 6. dtstragmni N 18 j«* — Parf,
2, tsiamsis N 261- ; 3, esteimit N 177^, 2J2**, Jeinsit N 25 jK — Impér,
2- ^i^«« N 257*'. — Subj, près. 1. tsUigno N 2S7'>, — Imparf. subj. 6. cw-
treigtmant N 71". — Infin. prés. tUrtindre N 206**, — Partie, passé fèm.
sîng. C4>nstmrtti, estrnnii N 21 3^ 26 t*»,
CoRDRE. — înd. prés. 3. acori N 189' ; 5. correx N 253*^ ; 6. corront N
214»», socoront N 227^ — Imparf, 3- coreyt A 52. — Parf, 3. Cùrrit N 262*^*
flfil N 254'*; B.corriront N 181**, coriront A 79»-', N 262^.— Fut. 2. coràras^
corr. A)r</iw N 7}*» ; 3* soccordra N 7}*. — Condition. 3, record ri l A 65, —
Impér. 2. secorres N 254^. — Subj, prés, 3. ^orre 190*'. — Infinitif prés.
fOr(/r« N 222", encorâre N 214^», socordn N 217^. — Partie, prés, cortat N
2îî«, — Part, pas. corru N 238^.
Creire, —Ind, prés, 1. crey h j6. *|6, D t, rm N 258» ; 2. rr«N 229** ;
3, creil N 226** ; 4, cr/rrri N 170**, crtiem N 221* ; 5. crées N 209^, creei N
17$» ; 3 creont N 175'*, rrritw/ N 222». — Imparf, 3- creie N 171*; 3, aoiatt^
corr. rr«awf N 255'», — Parf. 1, crrm N 219J, 221 ^; 3, crett N 260**, m/
N 7T''; creissii D 1» 46; 4- creiimes eorr. aeismos N 210*1; 6- crtetoni N
187», creiront N 182*. — Fut. 4: creirem N 198* ; 5. tv^rm N 170*»; 6. ^rm*
ranl N 176^. — Condition. 6. creriont N l6^f. ^ Impérai, 2. rm N 245** î
S. frfri N 175», — Subj, prés. 1. creio ^U6j^; 2. creies N 179*»; 4. creiam
250 E, PHIUPON
K 221»» crfian N ip**; 6. crm N 175*; 6. cniani N i6l^ \ acressanl }i
229*. — ImparC 6. creissant N iSyi^, 240=. — Infin. prés, creire K 244^ —
Partie, prés, crani^i 221* ; créent N 230^. — Partie, passé masc. creu N 216**;
fém. creua N lyS^.
Creytre. — Imparf. de Tindic. 3. creyseit A 64. — Parf. 3- s*" criut A 75 ;
créisit^ decrrymt A 51, 75, cresiit N 265**, creisùt N 247^^, — Fut. 3^ creyha
llV, I, -— Subj. prés. 3. cnist N 195**, ffmi# N 246» - — In fin. prés, creyin
A 5^. — Partie, près, creisteni N 175*. - - Partie, pûss. masc. cremn N266**.
CuDRE. — Imparf. de l'indic, 6. cosiani K m, — Parf. 3. cunt K lïî. Cùsit
N 2}o*- — Infiti. prés. a*f/f* Km.
Deceyvre et les autres dérivés de caperc. -- Ind. prés. i. dicivoJi 1^6^;
2. decis K 259»; 3. «/m/ N 259*», récit N 254*; 4. decurm X 202<>; 6. r^rf-
vont N 254 <^. — Imparf. 3. recivu N 202-*; 6. rcdviont N 2î2^; recn^iant
A 6$. — Parf. 1. r«:ï(i) N 219*1 ; 2. r^orij N 25 1*^, decis K 259* ; 3. conçu
N 190s r^ïi N 22î<*, 268*, resit E, i/irr/ N 214*»; décist N 214^ r^/*/ N
74 1», 212^; —recevit K J, r^fn'i/ et ivcm/ N 254s 195'^ ; s'aperçnit X 240*»;
6. rfceviront A 58, X 261s ncivitontN 257^- — ï^^^- i- rechrei X 206*»
2$S**; 3» recivrts X 235»; 3. rerti^ii N 2^5 1'; 6. recivrant X 214**, receirmt
I V, 7. — Condition, 6. recivrimit X 206 «. — Impérat. 2. r^m A 57, rr^i
X 237^, reci X i68«, 20 « , B* recivh N 186=. — Subj. prés. 1. recnnc N
254*, recim X 246*; 2> reuives X 230*^, rfm'^i X 265 1*; 3- </^it'^ X 214*»»
tedv* "S 237c; 4. redvam X 26o« ; 5. dedt*eis ^ ^V^* rmvh X i86t;
0. remant X 185 «. — Impart 3. rwrt^r; X 254c ; recemt^ 245'»; 6. reum^
sattt X 221 *. — Infin. près, décore, peraym^ rectyire A 51, 52, 65; reciivre
N 228*; decivre N 217^, concivre N 240 ^ redire F II, I il, i, N 76», 214^,
^ Partie, pas. nusc. recepi F i, P, rrrr/ N 75^, 220b, ^rrW X 178*, recuit N
224*1; — fém. recepta^ receptes K i-nr ; — masc. r^tus X 206*, reccu F i, N
202 • ; fém. reciua X 213*'.
•Destruïre. — Indic. prés. 3^ destruil N 187*'. ^ Imparf. 3. destrusU
N 230^ — Fut. 6. destruirant X 183». — Subj. prés. 3. destruie X 184K
Partie, pas. masc. destruit X 210 <^ ; fém. desîruiti X 245*.
DtRH. — Ind. prés. 1. diu X 190S 260^, 265*, maiidio X 246^ ; 2. dii M
186*; 3. dit X ; 5. */iV<i X 234!» 6, diout D i, 22, X 222*. — Imparf,
2. dimi X 217* ; 3. diiit X 213»», i2^,disit D 1, 10, X 77*, 235^ ; 6* disiani
X 236*^, disiont, disiiont N 270*, 213*'. — Parf. 2. disis X 207*, 256*;
3. diseit, diiit X 229^ 256»; J»i/ X 226*, dit A 56eiX; 5. disita K
198»; 6. distront X 241*, 255^. — Fut. 1. direy A 36, «iï>« N 165*;
2. ^i>« X ; 4. J/rrm X 21^^ ; 5. dirdi N 220**; 6. dirattt X 25 s**. ^ Coq-
dition. 1. dirim X 25 IS dirîn X 223 "^ ; 3, dirit X 240*; 6. ^»>w»f/ X aoj^^
— Impér. 2. i/iX 269^: 4 <fw^iw X 240^ — Subj. prés. 1. Jtt> N 226 «;
2. ^rVi X i8$t>; 3. dit X 2î8s 5- dicài X 254*»; 6. ^/ûn< X 220<*. —
Imparf. 3- dlnn X 185*. 256*. di$it X 265^ 6. diseiant, disisiant X aïo»,
219* ; contradiiissant X 167*. — lofin. prés. </iV<t X. — Partie, prés, masc.
MORPHOLOGIE DU DÎALFXTE LYONNAIS 25 1
EscutRE. — Inii. prés. 4. acrions. — Imparf. de Tind, 3- ticrhie N ïSa**;
Margueriic d'Oingt écrit X !a i^e pers, escrisei'Ot p. 73, par analogie del. —
Parf. 3. escrist N yS'^^ /scrit N 164». ^ Subj. prés. 4. esctt'am N 234^. —
Imparf. du subj, 6. acriesant N 234 s escrisassmt qu'il faut sjns doute cor-
riger en escrisesiatU N 234'*. — Inf. prés, r/cnr^ N 26 *. — Partie, passé masc.
fscrij; escril A 36, 37; escrist 190*^; ^ fém. «m /a A 37.
EsTRE. — Indic. pT&i, 1, Jwi A 54, N 227*, soi N 238'= ; 2. es A 54» N
240-^' et U forme inchoatîve enes N 200^» iSSl- ; 3. '•^f A 41, I \\ 4, etc. ;
4. suffKs N 204 **; /jwoi N 217 ^, 220<i, 249», tmos N i86« ; 5* eiics N 217*»;
6. suni A 47, C I» 1 V, 4, N 2i4<i» iûni A 40, D i, H c, ij, N 214*. —
Imparf. a 1, ero N 307», 223* ; 2. erês N 21 5«; 3. eut A 36, 51, 69, K î,
ernt A 40, en D ï, I Ml, 10, N 226^' ; 4. *fram',B* 'tras; 6. miw^ A 37, 48,
51, K IV, N 238*»» Wran/ K t, eyrant K t, rwj* N 2^6^ ; #rtt/f/ A 38, 43,
fraff/ N 266^; — g. 3. «/«/ N 241*; 4. estiam N i8Hc, eslian N 238*:;
6* C5/iai N 213^; 6. estiant A 41 ^ 69» 71, tsliannt D t et tt, itlant I ttl, 36,
yUani A 51, 63, eîtiont N210K — Parf. l, fui N 208c; 2. *Juia\ s/fut
A 37, I lîT» i, ftt K 2 39«; 4. fumo^ N 238< ; 5. '/uslei ou *fmitês\
6^ /wniwf lin, 45, /»rc?fr( A 44, Sj.futon K i i/uirani N 260*^, fueroni Kl. —
Fot. 1, ttrW K 240'' ; 2. j^« N 221 ^, 266*' ; 3, s^ta A 47, F 1» H i, 12, N
214^; — tri N 239*, 266^, yert A 90, krt N 24$<*; 4. f^f^wi N 170'*,
itS^; 5. wmV N 173* ; 6. ierani A 4I1 F i et 11, H 1, 4, 8, N 215»*. -
Condition, 1. ierim N 262*, serin N 167»*; 2- «W« N 2IJ<^î 3* srrit
H r, 4, To, I IV, 73, N 175^ 227*, P; -- fttrti A 59; 4. * sfriam ;
B* ^sérias ; 6* * striant, * seriont, sartont A 44; —Jurant N 2I4<*. — Impérai.
2. iiiis N 259'»; 4- ^ seitm (c!. ditftn N 240*»); 5. i«V K 16s'', 175 *».
— Subj. prés. 1, wi(» N 176^, 227**; 2. s^ies N 266»*, s$is N 176*»;
3. iciV A 45» F J, H i, I, N 239 ^ iï7/ A 69 ; 4. seiams N 237 S seiam N
2îS<:, 224c; 5. seie;^ N t7>^ .<^/5 N 214* ; 6, setant A 44, F ï, H i, ïi, K
255 •» imwf I IV, 75, siitnt X 225 1», — Imparf. 1. fusso N 207*, fuso N
120*1 ; 2./«w^ N 238^, fuses N 210^ ; 3- ftst D i, F m, N 223», 22y*, fut
A 38, 59» K ly fu A 47 ; 4. fussaim D Ti, s> /«i^^'w N 221 ■ ; 5- *fusseis et
^pisiiii B^ fussent A 44, 59, N 17$ ^, fusant N 238'^, fumnt G 16 ; —jurant
forent N, — Infin. prC^s. estre A 37, H r, 13, N 254 ^
Suivi d'un participe passif, W a le sens du franc, /m ijo soi leva N 243<l'
Notons est ans, a été N 220* et £re ans, avait été : sancs non ère aus espandus ;
^epuîluta nan tte aua faiti^ N 190«.
Faire, — Ind. prcs. 2. fais K lyj^.fas N 266c; 3. faitD n, 5, N 213 s
fat ], N 261 '^i A^ faisem N i^S^^faistem N 2SsJ,/arV« N 217^; B. faites
N 2to^: 6. /ïï/// A 41, F 1 et 11, H 1, 15, J. K i, 2 14 s 244 **• — Imparf.
l.faisin N 271*; 2. fa i sirs N 184** ; 3. fayseit A 45, é-^, jeyset A %i, faseit
A SI : --faisie N 218-- : — faisit A 71, N 266b, /m fV D l. 34, îl, 9. N 248- ;
4. fii^ian K I, fo 4 r» ; 6. faysiant A 42 ; — faisiontyfaissiûnt N 267 », 255 »>, —
Farf. î,/f Kî, 39: 2. /m N 256^ 259^»; 3. P D i. 15, K i, j, X 210^; fist
N 226 ^y 228 c, 77 • ; —faisiit N 228 «^ ; 4- /i«« pour *fimoi à côté de toisimot
2)2 E. PHILIPON
N 24^" ; 5. fiisies N 221 c ; 0. finmt N 268*. — Fut. 1. farei N 2(i6-* ,
2. /ir#*i N 266 <l ; 3. fara N 221 ^ ; 4. farem N 171 *, 254 -^^ ; 6. farafii F l el
li et IV, H I, 12. - Condition. %. furiti N 235 ^^/rrin^i 2}6c ; 2»/tïnVi N
220s 3. farif N isé"-; 6, /drmw/ N 241 »> ; /i/n/:/ (sic) N 254^. — Inipérat,
1t, Jaili 26(i^ ,, ^, faisfiu K 240^^ Jaiseti N 224'^ ; 5. /aides, faiUi K 209*,
210^. — Subj. prés, l.fitcû K 73 <* ; 2. /'ï^^'Jf N 75*^ ; 3./^^ H 1, 12, N 240^;
A.façam N 259*^; B*ficeis N 321S fads N 169*»; Q. /(i(aHt N 189^» /û*V-
5fl«/ N 225 '•» faisan tF î, /niant F n, /ac^ant F iv. -- Imparf. 2. /tinfi N
266 J ; 3*>t^/ N 267^ >ij/ b II, 6»>i/ N 268»» ; — yWw/ X 22)» ; 4^ fiissatu
N 165^; S. /tissant, fnsant N 71*, 226"", 268', — Infin. prés. y<t;/r^ D 1,
I et ^,/ayre A 56, /trt j, K iîi,^i/if F !, J, — Partie, prés. /aissenl N 245 **;
faisan^ j,/WwmI Du, 16 ; — Partie, passé masc. /aii K 187»^» I^ ^ »» 9 i
/ûi7 N, /fl D I, ï»/a/ N259^'; — fém, sing. /aiti D 11. ij, I m, 17, N
17 1*^ , plur. /a i tes fias îi m.
Freindre. — Indic. înipârf. ^. framamS 222 1'; 6 frai^niont K 261 «.
— Par*, 6. /rassinmt, Jraisiiotft N 198^, 257** — Impérai. 2>Jraîn N 169**.
^ înfin. prés, freindre H t. — Partie, pas. masc. /reint A 78 ; — fém.
fraites N 164 ** ; frainti F l-
•FuiRE ou 'roiRR fugère, — Parf, S./orVN 208». — Fut. BJinratji}^
186^, — Subj. prés. A^ ptiam N 207^», 251**; 8. /niant N 179**,
LiERE, Leirk. — Indic. prcs. 3. leit N 178 s eskit N 189^=, — Parf.
3. fîeisit N I9S**; 6* eitisiront N 2^1''. — Impérat. 2. elei N 264*; 5. rlii-
Sfl N 18)»^. — Infin. prés, leire N 26o«. iiere A 38» o7/m^ F u. -- Partie,
pas. masc. Wn^ N 29}*»; /Wï N 238*'; fém. /W/i* N 265 '^j eleiti N 248*,
• Luire, — Parf. j. /w/iî/ N 75 <^.
MiHTRE. — Ind. prés. 1. prometto N 254**, tramrto K 2I3« ; 2. w/'v N
211^; 3. promet I v, 9, met N 254 ^ ; 6, protnetotit F ir, entrantetont H I, $•
— Imparf. 1. promet in N 26}-'; 3. w*'/o'/ A si ; nirtivet A S t. — Parf.
2. ntesis N 220*', trameûi N 270'*; 3. trameist N iSé», wW/ N 40c. iwi'l
K 254 1» ; wi^t N 240^ ; m*i7 A 74 » D 11, 7 ; mesist N 19s <*, 74*^; w**"^'' ^' 75^;
wr/*/ A 74, rntnmietit D 11, 46, trametit Kl;— 6. mmirentl D 1. 26,
mHiirvnt N 245**, 268 c, mesiront N 231» ; met iront K 57; mHsttont N 230»^,
miitront X 2j8'*. ^ Fut. 1. mettrei N 271 ^; w^'^yj N 75*^; 3. wf//rj N
2J5*» ; 4» metrem N 238*» ; 6. meirant N 260». — Condition. 2. metries N
220 -' ; 3. wWnV A 46. N 207*^, me tri A 74. — Impér. 2^ tramet N 260»* ;
5. metes N 234**. — Subj, prés. X. mette N 261 « ; 2* wt^^^'i N 204*" ;6; nutant
F I et 11, —Imparf, 2- nmissrs N 251»*; 3* meisist, mmit, mesisi N 232».
252*^^ 173**; — wiV A j2 ; 8. mrsissant K i8o<* ; — minant A 74. — Infio.
prés, wr/rf A $7, D II, 17. — Partie, passé masc. mis D i, ^6, nieis N 215^,
Irf/fwri N 208^; fém. sing. meysa I 11, 3, promeisa N 244*, messa K I ; plur-
mal maei N 212*^, rwri5/j K i, mises J ; n^uixt promyes A 95.
Mordre. — Imparf. de Findic. 3- mor^ie N 184'. — Parf. 3. morsii N
265 «I. — Fut. 6* me>r(treis K i8t^;6* monlrant N 181 «. — Partie, passé
fRftsc mort N 194*.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 2))
Naistre. — Indic. prés. 6. uainittt N 222 «» nasqunt N 254^. — Parf.
3. mnijuit N i84<i, 254*; itaisit N iS9<*. — Fut. 3. naistra K i8j*. — Subj.
pfcs. 6. ttasijmml N 254'^. — Impiarf, 6. renasqufssmt N 175^. — Partie.
prés. Hatssrtt^ N 175», - Partie, pas. masc. na^ N 185*».
NoYRE. — Indk. prés. 6. »0iont N 254^* — Parf. 3. funstil N 227**» —
Imparf. du subjotict. 3. nuissist N léCK. — Infin* prés, fwyn A 56, «oirr K
228*,
OciRRE; — îndic. prés, 3. octt N 214*»; S. ocides N 208*. — Imparf.
6, ochiont N 211c. — Parf. 2. occis N 262* ; 3* ût-w/ N 211"», ocit X 2571»;
6. oscistront N 226^, ocistnmt K i%i^, — Fut, 1. occirei N 257*5 ; 6. sWir-
rani N 175*». — Condition, l.omirïiN 208^ •occisçram. — Impérat.
S. ociei N 182*, — Subj* prés. 1. ocio N 261*; 3^ ocU N 214»; 0. tvwiw/
N 256«. — ImparL 3 octht N 254 s ocijf/ N 164*, oc4it N is j*» ; 6. ocUssant
K 212*, — Infin, près, ocire, ocirre N 22^*, 21 1*** — Partie, pass. masc ocis
K 164*; — fém. ùcisa N 189J.
•Oindre. — Imparf. de!'indic. 6. cfnhnt N 232*». — Partie, pass. mas*:.
N 219**.
Paître. — Iinparf. de l'indic. 3. refntissie N 2S>*>. — Parf. i./kiri^wi N
271* ; 3. rfpausit N 55*. — Infin. pr<b. piùtre N 206**, — Partie, pass. fém.
rffmistia E; repûyisufs A 41.
Paraître. — Ind. prcs. 3. af^pitreist N 184^, a/WfrtV I m, 41. — Impart.
3, p<iri$eyt A 60» appathuit A 40» <>9 ^»* 265 <*; — piùressit N 154** ; 6. a/>/><i-
Tf/ssmtt A 6} ; pariumt A 60. —Parf. 3. tf/J/Jûn/ A 92,N76*, a/wriV N 25$ »»;
/wr/l N 229» ; — apparcissit N 216^, appamsît Ni72«l, 25$'*, rfparehsil
N 226^' ; 6. appaninrùtt N 161 c. — Fut. ^, ptu istrcnt N 73* pour *parcùtrant,
— Subj. prés. 2. aptifissi's}^ 204 ^'; 3. patrisse N 229», apparmst I v, 4, —
Imparf. 3 apparissit A6j ; 6. patinant A 6Q\apparfissesant N 200^. — Infin.
prés, apparaître K 185'^. — Partie, passé masc. apparissus N 251 «; — fém.
apparissi4a X 240 >'.
Pu INDRE, — Impérat. 5 pUwiijm'S N 21 jJ.
Playre. — Ind. prés, 3. plait N 215*; 6, /ï/<kwr N 189s — Imparf.
3, plaisic X léo**. — Parf 3. phtiit N 209 ^ 260*. — Fut. 3. phtyra A 56,
pUira I IV, 7î, />/ci/ïi X 228^. — Subj. prés. 2. piacrs X 169*1; 8* pfactt A
$6, dfipiacf X 181 *. — Imparf. 3. //eiti/ G, -- Infîn, prés, playrt A 61.
Prendre. — Indic. prés, %, prenna h $4^ prmdo X 216^; 3. />r^/ N
21 J*»; B. prenant X 2i6*. — Imparf, 1. prefiitt X 266 •»; B^ prenril A S2,
prrttieK 255 *= - Parf. 2- <//>/« fi X 175^; S.preiit X 219'*, 256"^, y>ni/ N
2$^^\prit A77tD i,3,K; 4. tipreianifs (corr. aprtiimos) X î6o'» ; 5. presistti
X 166J; 0, prciitrout X 232 <-, pristrottt X 241 *» ; pm'drotti X 252*». pridruttt
A 59 ; ptinvU K iv ; — pra iront N 2ji^, pnisirotit X ajç*», 266**. — Futur
S* pr^^tidranl H i» 10» X 213 J; aprendrrant X 2 34 1. —Condition, B.pfrtt-
dnl H I, 22. " Impcrat, 2, preti X 21$ J, 256'»; 5- pretttu'i X 185 ", (i/»fyw**j
N 217^'. — Subj, prés. 3. preîgttei F H, pregnie H J, 4. /^rrnr/ F ï ; 4. premtm
X 2i6c; 5. prfigneis N 175**; 0. prcignant F n, prtgmtnt X 172^% F iV,
254 ^' PIMLIPON
gênant F i, — Imparf. l^preùso K 207* ; 3, pfaht N 173*^» 265% prfisisi N
227^; priisit^ 226*^ ; 6./>mia«/A67 ; —pnshant N 225 •^preisùant K 22$»
(sic), pnsissant N 271*, — liifin. prés, piefuhtl n, 2» N 215^', — Partie,
passé ma5c./>irwD t, I7,N 216s 7J^ (en rime avec iet)^ prh I v, 2. — F<îm*
plur. prtyses K i, ^ri>i I v, 4.
QjUERRE, — lï\A, pr6s. 1. quno^ ijero N 186**, 263*, requiitro A 56;
2. i/w/cri N 179*; 3» qi4^r \ 217'^ ; 4. qmrem N ip'^ ; 5» querr^ N 209 < ;
6. qiuront N 252^ — Imparf. 3. mqutrit N 261*; 5. qutrias N 217**;
ô. qmrkmt N 2îO«. — Part. 2- conqucrh K 253 *>; 3- '/wïï/ N 248t. — Fui.
2. qiéirrts N 171^; 5. querreis N 186'*; 6. qufrtrant N 214*». — Impérat*
4* qnertm N 168 ■, rtquerrrm N 199^. — Subj, prés. 3. qa^rre N 261^;
4, requeram N 217^; 6- querant N 215*'. — Imparf. 2. t^qurtshses N 251^.
— Infiii, prés, qurrre^ conquerre N 184!^'^ '9^^'. aqture N 26CK, mais aussi
quirrir A 56, — Partie, passé masc. aqutru^ lOfiqurru, rcqueru N 206^, 192 S
253 «».
"RElMBRE(redimere). — Parf, 2- reemsh N 206 ^ , 3. rttmsit K 2i8K
— Subj, imparf. r//wm^N J54d — Partie, pass. masc. rcens N 201 K
•Remembre. ^ Impérat. 4. renhuhrnn K 214*».
•Résoudre rcsurgere. — Fuu 3. mdra N 159'»; 6* resordnmt N 170s
190K — Condit. 3. resordreU N JS7K — Infin. prés, ruorâre N 159*.
Rire. — Parf. 3. rht, rit N 159*, 2571». — Partie, prés, svrisatti A 57.
Rompre. — Inf. dnomprt, L v, 3. — Part^pass. niase. plur, rég. ro^ D IL
*Saudre •salhre. — Fut. 3. stjudru N 359»; 5. iaudirts N 218*; nuis
impérat, 2« Siitl K 259**, infin. prés, mllir^ 259*», etc.
SiGRE. — Indic. prés, 1. i<^a N 262 *•; 2.persfcsN ijj"*; — 3, i'emùl
B, i'cmiftd W u T5 ; 6- Jfj^ow/ A 7$, K 214^, j«"jçfi//wf/ N î66v i'muifgimî
Du, 15.— Imparf. 3. î/^«ï> N 187*, ii^iV N 249* ; prrstigit N 217J ;
6. ifguiont, svigiorit.pcrse^'iovt N 213»» 232»», 257**. — Parf, 1. if^^î K 159»*;
2* i<X"*^ N 207*»; 3* sfgH N 236*, s*emcguit K ïV. — Fut. 2. acomejfrn'K
2 $9*; 0. sf gif mit N 238 «, srguinmt N 164*. — Condition. 1. stgufrû
•sequcram N 213c. — Impérat. 2. i**" N 2J9»ï, 198*; 5. ^r^q N 259».
— Subj. prés. 3- ^fgfi N 206**; 6. s^ftisr^^uanl K tv. — Infin. prés, Sfgrtt
cmsegre N 2is«î, 260s si^i^e F t. — Part. pass. masc. sigu N 248-, /yri«vw
Kl.
SoMONDRE. — Parf. 2. ummtsii N 168^. — Iniîn. prés, iôttmtdre N i68*»,
— Partie, pass. masc. somom N 168*», 207*,
t. Nizier du Puitspclu, Diction. étytmU du ptttcis lyonnais^ p. 33a v*
quhi(u), Qtimier remontcrait-tl â un primitif *quifiicarf formé sur quiHus
comme dupUcare a été formé sur duplum. Ce n'est gucrc probable^ ctr
•quiciiearc aurait donné en v, iyon, quet^tfr comme predicare a
donnû prigitr ^ quant au *quc tiare proposé par Putispelu, il est bien
hypothétique*
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 255
•Taire. — Imparf. du subj. 6. se taisesant N 167*1, se taisessant N 193'^.
Les Légendes en prose emploient déjà au sens de « se taire » le verbe se quei-
sier N 207 « qui a fait fortune dans les patois, mais dont Tétymologie n*est
pas absolument claire ». On lit au fo 167c la 3* pers. sing. de l'ind. prés, se
queise.
*Terdre tergere. — Parf. 3. iersit N 195».
TouDRE tollere. — Indic. prés. 3. tout N 214^. — Imparf. 6. tolliont
N 182*. — Parf. 4. toîsimos N 24c ; 6. toUiront N 2ii*i. — Fut. 3. tomira
N 208»; 4. toudrem N i8o«; 6. toiiàrant N 215 c. — Subj. prés. 3. touse N.
— Imparf. 3- tousit N 240^ ; 6. touccssant N 2i3«. — Infin. prés, toudre N
217**. — Partie, pass. masc. tout N 216^.
Traire. — Ind. prés. 1. trao N .266«, traio N 165*1. — Imparf. 3. traset
A 41 ; 6. traiant A 63 ; traisiont N 255 *». — Parf. 1. trais N 35 et traisiu N
201 <i; 3. traisit N 201 * ; 6. traisiront N 212*, traissiront N 198*, traysiront
A 59. — Fut. 6. retrairant N 260^, — Condition. 2. trairies N 220 c. —
Impérat. 2. train N 261 *>, trai N 228*». — Subj. prés. 3. traie N 261 c. —
Imparf. 2. traisesses N 220'*; 3- /rûwiV N 258c; 6. traissesatit N 220^. —
Infin. prés, traire N 220«, A 53. — Partie, pass. fcm. sing. traiti N i68c.
Veincre. — Indic. prés. 1. z'^n^o et îW«ço,N 227*1, tWw^oN 25 7 b; 3.w*w/
N 247 *♦; 4. veuquen N 225^5 6. veincont N 216. — Imparf. 3. veinquie N
263*. — Parf. 3. venqueit N 248», veuquit N 185*1. — Fut. 1. venqrei N
185c. — Condition. 3. wMçri/ N 248*. — Subj. prés. 1. wm</o N 256*»,
veiuqa^ 2'y']^ \ 4. veincam ^ 216 *>. — Imparf. 2. veuquesses N 247 «;
3. venquet N 190*>; 6. venquessant N 185 <:. — Infin. prés, veinqre^ 227*1,
veittcre N 2i6''', îvwcré? N 256*. — Partie, pass. masc. fe'WfMj N 2i6«, fém.
veucua N 25 1»-*.
Vivre. — Indic. prés. 1. revivo N 157* ; 4. vivent N 224*1 ; 6. viivnt N
213 *l. — Imparf. 3. vivet A 55, vivit N 266»:. — Parf. 3. vcsquit N 252'!.
— Fut. 6. vivrant N 214^, vivrcnt A 46. — Condition. 2. vivries N 252'!.
— 3. vivent N 191'!, î'/VnV E. — Subj prés. 1. viw A 56 ; 3. vivet A 55,
iTir N 213^; 4. vii'tfw N 253*:; 6. vivant N 216*». — Imparf. 3. vcsqit N
248 *> ; 6. v.'squisant N 253», visquesant N 205 *.
QUATRIEME CONJUGAISON
INDICATIF PRÉSENT
1. consinto^ oio, partiOySetvOy soffro^ sustino^ mento^ 211*1, 2Z5'i, 230^, 25 iJ,
237*», 259», 275*=. — 2. repen:;;^}^ 228»-'. — 3. huH , consiut ^ ment, sert N 228»:,
208*», 214*», 20ia, saut N i6oï>, I IV, 68,. — 4. assaillent, consentent,
offrent y repentem N 187':, 209^1, 260 >:, 166^; parteyn K i, soffren N 234 b. —
5. ^sente:^; sentis N 213*1, sttffris N 234b. — 6. purtont, sailhnt, servent,
suffront N 254*>, 172*1, 173*1, i86b, salïoitt, sinloitt A 42, 41, falliont H i,
20, betieiont, 258^, salliwtt A 40.
256 E. PHILIPON
IMPARFAIT
1. stijfrin N 221 *», oim N 243 J, ohein N 262». — 2. * parties \ cf. at
266*». — 3. sayîeity senteyt A 41, 51; — covrie, gisie, offrit, oie, f
saillie N 214*, 165 »>, 2o6*>, 244 <*, 207*, 187*; — saiUily soffrit N 258c
— defaylievet A 66, sentievet, sentivet A 52, 51. — 4. *partiam, cf. iirwi
221*. — 5 *partias; cf. vendias. — 6. Jfrt'/anw/ ou serviannt, D
tentant N 261 «, rendiant A 63 ; defailliont^ dormiont, ovriont, serviont N ;
266^ 230**, 207 b.
PARFAIT
1. ^ parti, — 2. suffris, vestis N 256»>. — 3. saillist N 228c; o/ri7,
partit, suffrit N 2s6»>, 265 c, 230s 185 »>, oy/, 5fl//ï7, A 77, 43; — fen
^o8». — 4. oim^5 N 201 « ; venismos N 201 ^. — 5. sailîistes^ 165 <*, w#fi
214»; offrîtes N 255c. — 6. ovriront, ouirout, sailliront , serviront , suj^
N 207^ 259»», 205*, 205*, 255^ 1S2 ^, partiront A 59, K iv; c(, sali
Kl.
FUTUR
1. partirei, saillirei, sentirei, soffrirei N 240^, 196 c, 258*, 240*
2. partires, sentires, servir es , soffrires N 240^, 266 <*, 185 s 264», — 3.
lira, suffrira N 228 ^ 221^. — 4. offrirent, saillirem N 173*, 203*, pat
N 232^. — 5. orreis, partireis, sentireis, soffrireis^ 191**, 205 *>, 181 «, :
— 6. partirant, saillirant N 2I3<*,204<*; — partirent, setttirtftt A 48, 4
CONDITIONNEL
1. suffririu'S 222*1. — 2. vestiri/s N 220^. — 3. part ire it N I98*>;
i'/>i7 N 201**. — 4. *partiriam. — 5. *partirias. — 6. *partiriant.
IMPÉRATIF
2. /wr/, te repin, sail K 256*1, 227 ï>, 207 *>; offrit 259*- — 4. oir^w/j
/rtrw N 2i6«, 2iib. — 5. cv^ N i86.l', 2oS^; floris{* = ff or eis) N lôs^.
SUBJONCTIF PRÉSENT
1. saillo, fcro, feiro X 228 ^ 208 «, 211^.-2. oies, partes, sailles N ;
177 c, 204 1». — S.partet N 249c, o/V, 5a/7/<; N 160^, 215*. — 4. if5r>
partiiin \ 215 b. — 5. 5j/7/«5 K 205 <*; repentis, saillis, soffris N 181 <*, :
i86a. — 6. ilesen'dnt, oiant, saillant, suffrant N 255*», 2io*>, i83«, :
tig liant F i.
IMPARFAIT
1. oisso, servisse X 243 ^^ 207*. — 2. * partisses. — 3. coillist, pari
270s 206^] dt'fiillit, oyt, partit, tarit A 70, 55, 65, 40. — 4. ^partissai
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONKAIÎi ^57
5. *partissis(==. * partisseis). — 6. œnsmtesanty servessant N 2i}b, ijyd; dormis-
sani, saillissant, soffrissant N 165 c, 265*, 204 <*; partisant, servisant, N 248 «,
205*.
INFINITIF PRÉSENT
ouvrir K l, /erir, suffrir, N 208"*>, 256^, msspariîr I iv, i, oir A 50.
PARTICIPE PRÉSENT
repinten^y sailletti N 169», 208*; dormeni A $2; baillent N 257ï>.
PARTICIPE PASSÉ
a. Masc. recoillii, N 2jo*>, vistii A 4} ; commtiy oi N 211 *>, 207^, /jj/// A
44. — Fém. sing. fl</MrwiM A 61, partia Fi, v.'Stia N 260^; — Plur. saillies
N 256*.
p. Masc. suffert\^i\%^\ — Fém.a>wr/flN 208*.
Verbes à forme inchoative
INDICATIF PRÉSENT
l.offresco}^ 16^^, beneisOy nureisso, obeissoy N 2 s 7^ 264c, iSy, offreiso
soffreiso, ufreiso N 256» et 226»:, 228», 185*, mais soffro N 257*». —
2. deguerpeiSy gareis N 257*», i86*>. — 3. f^areisty langueist N 184a, 176» ;
s^aiapeit, flacheit *flacciscit, langueityrugeit N 167c, 165*», 176*» i89<*.
— 4. *obeissem, — 5. ^obeisse^y *obeissis. — 6. emplHsont N 226 «, mais
btneiont N 258c.
IMPARFAIT
±, beneisin N 258c, mais obeiny o/w, suffrin N 262*, 243 «J, 22 1^. —
2. *beneisies, — 3. beneissit N 261 >», mais beneiCy convertiCy garrie N I7i*>,
25 1«, 148», gemity offrie N 255s 206^»; — 4. *benfisiam, — 5. *bmfisia^.
— 6. bemisionty eschaneisont y gemissont N 202 *>, 254t>, 207*, mais aussi fre-
miont y gariont^i 2}0^ y i^i^, couvertiont N 182*, ofrj'iow/ N 156*.
PARFAIT
1. *beneisi. — 2. beneisis N208'ï, 257»:. — 3. bemisit N 256 1», flurit N
208^, sorbit N 229c, defenit F, /r^»i/7 A 54. — 4. *beneisimoSy oiinos N 201 «.
— 5. *bmeisisUs, — 6. *beneisironty garironty obéiront t^ 207"*, 213 *.
FUTUR
1. finirei N 209'*. — 2. sevelires N 226c. — 3. refreidera N 2i6i>, xf//-
/rf>aN22il>. — 4. obeirem, perirem N 261**, 69c, offrirent N 173». —
B. fladtireis}i 165^. — 6. eslabliranty N i'j()^yfineronty coxx.fiuerant K 1.
258 E. PHILIPOK
COXDITIOXSEL
1. *heueirin. — 2. *heneiries. — 3. *heueireity piririt A 74. — 4. *henei-
riam. — 5. *heneirias. — 6. * heneiriant ,
IMPÉRATIF
2. ccmverteis, deguerpeis X 261», 2^^^, ofreis^ empleis, raempUis N 231c,
232c, 2I2C, suffreis A 57; conitrtis \ 2)8*>, mais aussi henei^ ohei^ offri N
256*», 262», 259». — 4. *beneisem, — 5- *beneisfs, *benmis, mais fm^i N
228»», /om X 16s K
SUBJONCTIF PRÉSENT
1. finetsOygaretsOy guerpeiso N 258s 264**, 2)8», pfrtiso N 26.1 •; nureissOy
resfufisso}s 264c, 22$*'; murissOy oisso X 224», 243^*; garentescho N 226c. —
2. converteiseSy deguerpeises^ uvreises K 258*, 257 »>, 176*»; garissfs N 184*;
sufrfschs X 224*, 229». — 3. ccmtrtfisey florfise, nureise X 206 <*, 251»
206^; garnisse y surbfisse X 76**, 206*^, (cf. pour la forme pareisse paresca,
X 229»), convertesset F iv; cn'resche, putiesche X 2i6<*, I54<*; convertiscfie
N 169c mais^^n^fVX 205*», 206 <*. — 4. grepam X 217*» et non grepeisam
qu'on attendrait en regard dedeguerpt'ises'S 257^. — 5. *heftfiseis; ^hewisiSy
convertis y dtgrepis X 189*». — 6. consentesani X 2i }^ ; dfgrepissantygarissaniy
obéissante 187*», 2ïO*>, 218'J.
IMPARFAIT
1. ofrissûy X 256»; oisso X 245<*. — 2. *hcneisses. — 3. gareist N 184*;
eniplisty ettrichisty garist X 262b, 206»^, 186 *>; hencisit X 172 c. — 4. garissam
X i6j*>. — 5. *hcnei>i'is, *bcneisis. — 6. degrepissanty ravissant X 187*»;
195».
INFINITIF PRÉSENT
euveyliry guerpir A 46, $0, /rnir, Jiorir }\ 215 b, 208**; esmoUisir N 214*;
*benir et bai ire X 227^.
PARTICIPE PRÉSENT
oh'iii\U'f!; A 58, mais olh'dicns A 38, rugiens X 232*».
PARTICIPE PASSÉ
Masc. /v;/«-/< X 261*', /'.»//< A 41, i^arii X 184", punis H i, 2i; — heneit,
w'W»;", //m;/, 1,'i/n N 2J2»:, 229*, 214J, 207 -. — Vém. sing./'wm, oia^garia'S
251 ". 207 1\ 264 J; plur. //.»r;V> X 2) J-».
MORPHOLOCtE DU DfALKCTE LVONNAï5i 259
La conjugaison inchoative soulevant des questions extrê-
mement complexes et dont beaucoup sont encore h résoudre, je
crois bien foire en donnant ici le paradigme de cette conjugai-
son, dans le patois de Saint-Genis-les-OItières.
hidmtif présent : Huresso, w je fleuris »» fiurè, rturè, fluresson, fluressî,
fluresson; — paresso « je parais », eic.
Imparfait : flurcssiin^ fluressiô, fluressiê, fluressiàn, Buressiô, fluressiàJi;
— paressîn, etc.
Parfait : fluressé, flurcssé» fluTcssé» fluresston et fliiressiron, Huresslte,
fluression et fluressiron ; — paressé, etc.
Futur i : fiurirè, fluriré» flurira, fluriràn, flurirc, fluriràn.
Futur 2 (peu usité) : H urètre, fliirèiré, fîurètra» flurètrïn, flurètrè, flurè
tran; — parèirè, etc. ,
CotUitionnrl i : fluririn, rtuririô, flurirê, floririân, floririô» dorîriàn.
Comlitiouitd 3 : flurètrin, Éîurètriô, flurètrë, flurétriàn, flurétriô, flurètriàn;
— parètrin, etc.
impératif ifiuTè, fltiressin, fluressî.
Subjonctif présent : Buresso, fturesse, fluresse, fluressà», fturessé, flurjssàn ;
— paresso, eic.
Imparfait : fluressèso, flaresst:ic, iîuressès:;, t!uressissiâii, floressissiô» flu-
rcssissiàii.
infinitif présent : (lu ré; — parètre,
Participe prfSf Ht : Huressàn.
Participe i^assé musc, flurC* ;//»/. fîuria.
Se conjuguent de même qu^ftitré un grand nombre de verbes
4e la 4* conjugaison latine :
Indic. pr^. avart-tsio « j'avertis a, bétesso « je bâtis A^culiesio « je cueille >»,
^ntiio « je finis », murtsso « je meurs », noresso « je nourrb ii, pmtesso « je
punis », etc. — Imparf. avarttuiin, — Parf. avartnsé. — Fut, l. auirtirK
— Fui 2. amrUtrè, — Canditioo. i. avarlirin, — Cotiditïon. 2. amrlHriu»
avartè. — Subj. prcs. ai>artesso, — Imparf. aivrtcssho. — Infin.
'mmrté, — Partie, prés, avartessân. — Partie, pass. avorté, -yà.
Cautère « couvrir », san^é « servir », sofré « souffrir n suivent la conjugai-
son tnitXt : ïndic. prés, serva^ syèr^ sh^ siervon^ sarvî, sifn'on i — Subj. préî.
sitrvû^ iî>r(Y, sîerifr sarimt^sarfé^ san'àu mais à Tiniparf. de Fiiidic. sanrssinf
^nessiJ, etc. A Craponne» la r« pets. sing. de l'indic. prés, et le sing, du
près, du subj, présentent seuls la forme simple : senv^ uiri'è^ sani^ sarvesson^
\^$Ênrs$l^ sarvessoit: — servo, serve ^ serve ^sarvessèn^ sartrssé, santisàrt,
A Saint-Gcnis dorme « dormir » échappe i la conjugiison îocohatîve. Il
en est de même de tous les verbes des 2^ et j»^ conjugaisons latines. Toute-
fois les dérivés de capîrre qui ont pkissc en lyonnais comme en fran^jais
dans la conjugu^ison en -rre ont en lyonnais la torme inchoative : Ind. prés.
l60 Ë. PHILIPOH
aparcevtssû; imptrf. aparcevessiin; parf. aparcnfesst; fut. aparcfvr^ €^ apÊTCê-
viiri; condition, afkmrvrîn et aparcevètnn\ itnpèrit. aparcevè^ subj. prés,
i^rcevesso; impirf. apan^rsûso; inlin. prés, apitr€e%*è.
Observations. — A Tindicanf présent, la r* pers. plur, a
l'accent sur IV, probablement par suite d'une confusion avec la
3* pers. plur, Cest à une confusion analogue qu'est due sans
doute la 2^ pers. sing. de Timparfait florasiâ qui ne répond
nullement au v, lyon. floressks, à a pris en patois un son très
ouvert voisin de ain\ c*est ce son que je note par an zjloressiàn,
Jhrétràn, etc. Le par&it floressé représente un type florèsc-ixni
sur la représentation actuelle de \ par <•*, voyez né nidum, avarié
« avertir n,/iné a fini ». A côté du (futur et du conditionnel
primitif /t?nV^, y/or/rin qui répondent au v. lyon, fiorirei^ florin
rin^ le patois a les formes secondaires fhrètri pour ^fiareistrei
(^ riorescere habeo), floritrin pour floreistrin Ç=^ florescere
habebam), de tous points conformes au v, lyon. pareistrd
(=pirescere habeo), * paresîrin^ ce qui confirme remploi en
lyonnais, comme en espagnol et en roumain, du suffixe verbal
inchoatif -êsco, à rexclusion de -îsco*
VERBES ISOLÉS
*£ ISSIR. — Subj. prc5, 6. fùsani N i6oK
•Faillir, — Fut. 3, faudra N 2i4«>,
MoiUR, — Ind. prés. 1. moto N 256**; 6. mûronl N aij^. — Parf.
S^pt^rii N 17 J**, 169*» mtitit N 265^'. —0. tnofirent^ léy^^poar 'moriront, —
Fut. 2. mcrrtsN 166** i 5- murrtis}^ I7j«. — Subj^prés. Imuirf pour *muitv
N 164''; — murisio}^ 214*; 2. tMûins N îj'j^; 4. woramN 25 J*, muntm^
N 255c; fî. muires N lï > *>, munis K 174*»» — 6. murant N 254^. — Imparf.
3. woriJ/N 226^. — Infio. prés. wwnV N 216*», — Panic. passé masc. iiwr/
K passim. — Partie, prés, trtorttti N 196'», muren^N 190»^.
TtS'iR, — Ind. prés. ±. tino, sustim N 227^», 259»; 2. /i>rj N 32 J^»
3. l*WKm, N i$i^, susiin K i; 6. n«t)iil N passim, P. ^Imparf. 3* tmmi
6û, N 226c, /iWyl A sj; — Unie N 269* ; — <^mï7 N 268*, 6. tmiurU N 20t«,
/fwrti»ï/ A 59, K IV; tintant A $9; — <e««<»w/ N 2^1*». — Part. 3. Arwii K 1,
AK iSy»!. — Fut. 3. itnitra N 216*, apartindra I v, 2; 6- tlmlrant H i, 16,
N i69«. — Impér. 2» tin N 180*=. ^ Subj. prés* 1- tino N 18$^, 3- tigniê
H l. II, rtiinie I m, 6 . — Imparf. 3. ttnist N 208^, ttnit A 36. — Inôn. près.
itntr \ 41, I V, 4. — Partie, p-issé masc. ttHu^ N 184»; ^«k I v, 6»
V£Hlit. — Ind. prés. 1. tnm N I68^ 202^; 3 entrevint H 1, 11, annWN
228^, vin C iï; 6. vinont C 11 K 2i7'>, vinimt N 229», ax^ignont F l, t%iiiM
C t* — Impirf. 3. irnfit A 37, tr»ï> N 268 % tfw»/ A 71, N 268»;
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 26 1
4.tvffûim N 221 «; 6. vetitanl A 58, reniant N 204», ivniunŒ 253*. — Parf.
1. vmtfiN 198c. — 2. ifnis N 253c; 3. venit A 54, 70, 74, 93, K i, m,
IV, X 75c, 238**; 4. venismos N 201 *>, venimes (corr. venimos) N 169*»;
5. vtnistes N 214», 238^; 6. veniront A 59, 73, N 240«, 268*»; — vindrent
(corr. vindront) N 172c. — Fut. l.vindreili 173*, ivnJrei N 206*; 2'Vhtdres
X I75*>, I96*>, 3- coimndra A 45, viWra I iv, 3, X 215c; 6. vindrantl^2jï^.
— Condition 3. vindreit X 2o6«, convindrit A 47; 6. vindriant X 172»,
vindriotit N 228«i. — Impér. iWw X 256», tin X 227 b; 5. i'«h<^ A 60, l'^w^
X 218*. — Subj. prés. 2. iY"^i X 179*»; 3. viegnet A 45, vignU H i, 9,
avigne, I v, 9, l'ijfiw X 213c, sovingnt X 253**; 4. vignam X 248**, vignan
X 249*; 5. xvigneis X 2i8*>, 260^ v/)^w«5 X 2i8*>; 6. vignant F i, 11, m, X
2i7«, vinant F m. — Imparf. 1. venisso X 201*», 217c. — 3. venist X 213^,
twj7A75; 6. ivwiwflw/X 239*, 204**, zrMW5^«/(Arch. de Lyon, CC 373).—
Infin. prés, venir F 11 et passim. — Partie, passé masc. venus E, IV 256"=,
devenu X 229 1>; fém. venua X 239*, 259c; fém. plur. aveifttes^i 229i>.
»':
2é2
E. PHILIPOM
PARADIGMES DE LA CONJUGAISON
1 a
Indicatif préflent
II
am-0
prei-o "
po-y-o
am-es
prei-es
po-s
am-et
prei-et, -e.
po-t, puo-t
am-em
prei-em
po-em
am-as
prei-es
po-cs
am-ont
prei-ont
Imparfait
po-ont, po-y-ont
am-avo
prei-evo, -avo
po-in, po-y-în
am-aves
prei-eves, -aves
po-€S, po-y-cs
am-avet, -ave
prei-evet, -avet, -ave
po-et, po-y-et, -eit, -il
am-avam
prei-evam, -avam
po-am, po-y-am
am-avas
prei-evas, -avas
po-as, po-y-as
am-avont
prei-evont, -a vont
Parfait
po-ant, -ont,po-y-ant,-oot
am-ei, -ai
prei-ei, ai
po-i
am-es, -as
prei-es, preïs
po-is
ara-et, -eit, -iet
prei-et, preït
po-it
am-esmos, -cmos
prei-esmos, -emos
po-imos
am-estes
prei-estcs
po-istes, -ites
am-eront, -ieront
prci-eront, preïront
Futur
po-cront, po-iront
amar-ei, -er-ei.
preicr-ei
porr-ei
amar-es, -er-es
preier-es
porr-es
amar-a, -er-a
preicr-a
porr-a
amar-em, -er-em
preier-em
porr-em
amar-cis, -is, -er-eis, -is
prcicr-eis, -is
porr-eis
amar-ant, -er-ant
preier-ant, preïr-ant
Conditionnel
porr-ant
amar-in, -er-in
preier-in
porr-in
amar-ies, -er-ies
preier-ies
porr-ies
amar-eit, -er-it
preier-it
porr-it
amar-iam, -er-iam
preier-iam
porr-iam
amar-ias, -cr-îas
prcicr-ias
porr-ias
amar-iont, -cr-iont
preier-iont
porr-iant, -iont
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS
263
DU VIEUX LYONNAIS
m
IV a
Wb
Indicatif présent
vend-o
part-o
gar-€isso
vcn-s
parz
gar-eis
ven-t
part
gar-eist
vend-em
part-em, -en, -eyn
gar-eîssem
vend-ez
part-is
gar-eissis
vend-ont
part-on t
Imparfait
gar-eissont
vend-in
part-in
gar-eissin
vend-ies
part-ies - -
gar-eissies
vend-ie, -eit, -it
part-ie, -eyt, -it
gar-eissit
vend-iam
part-iam
gar-eissiam
vend-ias
part-ias
gar-eissias
vend-iant, -iont
part-iant, -iont
Parfait
gar-eisssiant, -eissiont
vend-i
pan-i
gar-i
vend-b
part-is
gar-is
vend-€t, -cit, -it
part-it
gar-it
vend-imos
part-imos
gar-i mos
vend-eistcs, isics
part-istes, -ites
gar-istcs
vend-eront
part-iront
Futur
gar-i ront
vendr-ei
partir-€i
garir-€i
vendr-cs
parti r-€s
garir-es
vendr-a
partir-a
garir-a
vendr-em
partir-cm
garir-em
vcndr-cis, -is
partir-eis
garir-eis
vendr-ant
partir-ant
Conditionnel
garir-ant
vendr-in
panir-in
garir-in
vendr-ies
partir-ies
garir-ics
vendr-it
partir-cit, -irit
garir-cit, -irit
vcndr-iam
partir-iam
garir-iam
vendr-ias
partir-ias
garir-ias
vendr-iaDt,riont,
panir-iant, -iont
garir-iant, -iont
264
E. PHILIPON
am-a
am-em
am-as
atn-o
am-eis, es
am-eit, -et
am-am
am-eis, -is
am-ant
am-eiso, -eisso
am-eises, -cisses
am-eise, -eisse
am-esam, -essam
ain-esez,-essez
am-esant, -essant
am-esso
am-esses
am-cst, -eist, -et
am-essam, -csam
am-estes
am-essant, -esant
Impératif
prei-i
prei-em
prei-as
Subjonctif
prei-o
prei-eis, -es
prei-cit, -et
prei-am
prei-eis, -es, -îs
prei-ant
voill-es
voill-em
voill-ieis, -is.
poyss-o
poyss-es '
poyss-et
poyss-am
poyss-eis
poyss-ant
Subjonctif à forme inchoatiTO
prei-eiso, -eisso
prci-eises, -eisses
prei-eise, -eisse
prei-esam, -essam
prei-esez, -essez
prei-esant, -essant
posch-o
posch-es
posch-e
posch-am
posch-eis
posch-ant
Imparfait dn subjonctif
am-ans, am-ant
Mas.sing. am-as, am-a
plur. am-a, am-as
/•Vm.MW^.am-a
plur. am-es
prei-esso preisso
prei-esses, prdsses
prei-est, -eist, preît
prei-essam, preîssam
prei-estes, preïstes
prei-essant, preîssant
Infinitif présent
prci-cr
Participe présent
prei-anz, prei-ant
Participe passé
prci-es, preia
prei-a, prei-es
prei-a
prei-es gr
po-isso
po-isses
po-ist, -it
po-issam, po-ussani
po-issez, -issîs
po-issant
po-eir
po-issenz, po-issent
po-us, po-u
po-u, po-us
po-ua, povua
po-ues, povues
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS
26s
Impératif
vent
vend-em
vend-€s
vendo
vend-es
vend-et, -c
vend-am
vend-eîs, -is
vend-ant
par-eisso, -isso
par-eisses, -isses
par-eisse, -isse
par-eissam, -issam
par-eissis, -isseis
par-eissant, -issant
vesd-esso, -isso
vend-esses, -isses
vend-est, -ist, -it
vend-essam
▼end-essis
▼end-essant« issant
vend-re
vend-enz, vend-ent
part
part-em
part-es, ■
gar-eis, -is
gar-eissem
gar-eisses, -eissis
Subjonctif
part-o
part-es
part-et, -e
part-am
part-eis, -is
part-ant
bencî-o
benei-€S
benei-e
benei-am
\k nei-eis
benet-ant
Subjonctif à forme inchoative
ovr-escho, -eisso gar-escho, -cisso, -isso
ovr-csches, -eisses gar-esches, -eisses, -isses
ovr-esche, -eisse gar-esche, -eisse, -isse
ovr-escham,-eissara gar-cscham, -eissam, -issam
ovr-escheis, -eisseis gar-escheis, -eisseis, -isseis
ovr-eschant.-eissant gar-eschant, eissant, -issant.
Imparfait du Subjonctif
part-isso gar-isso
part-isses gar-isses
part-ist, -eist, -it gar-eist -ist
part-issam gar-issam
part-issis gar-issis
part-issant, -esant gar-issant
Infinitif présent
part-ir gar-ir
Participe présent
part-enz, part-ent gar-issenz, gar-issent.
Participe passé
Afa5f.5ffi^.vend-us,vend-u part-is, part-i
plur, vend-u, vend us part-i, part-is
Fém, sittg. vend-ua part-ia
plur, vend-ues part-ies
gar-is, gar-i
gar-i, gar-is
gar-ia.
gar-ies
266 E. PHILIPON
INDICATIF PRÉSENT
r* PERSONNE DU SINGULIER. — Elle a conscrvé presque par-
tout Va étymologique : aoro, preio, ardOy conoissOy vhWy obeissOy
mais crey, ay, say^vei, t'o/7 *voleo. Ce n'est point là d'ailleurs
un fait particulier au dialecte lyonnais; on retrouve Vo final à
la première personne du prés, de l'indic. dans les dialectes du
Moyen-Rhône qui ont été étudiés jusqu'à ce jour, et notam-
ment en bressan', en dauphinois % en bugeysien ' et en
savoyard -♦.
Cet s'est étendu par analogie à la r^' pcrs. du présent du
subjonctif : alyo, perdo^ dio, tim, oisso. Il apparaît môme dans
les verbes qui ne l'ont pas au présent de l'indicatif : aio.chaiOj
poysso, saipo, veto. On le retrouve également à l'imparfait de
l'indicatif de I : alavo^ pensavOy et à l'imparfait du subjonctif des
quatre conjugaisons : alegresso, ausso, entendisso, servisso.
2* ET 3* PERSONNES DU SINGULIER. — L'a posttouique devient
très régulièrement e devant j, à la 2* pers. du prés, de l'indic.
de I : parles y plores; de même à l'imparfait : apellaves; et.
fetiues, roses à côté de femiûy rosa, dans N, f° 214. A la 3* pers.
on a la double forme parie et poriet; cette dernière manque
dans les Lé.^endesen prose. Comme ces légendes, dans le texte qui
nous est parvenu, sont probablement antérieures d'une cin-
quantaine d'années aux (vuvrcs de Marguerite d'Oingt, il est
certain qu'au temps où vivait la prieure de Poleteins le / final
ne s'entendait plus. Il a probablement été ajouté à la finale
primitive à partir de la fin du xiii* siècle, moins peut-être par
suite d'une préoccupation étymologique que dans le but d'in-
I . Cf. réuiJc sur le DiakcU brr>^afi aux XII h et À'/F* siècles que j'ai
publiée J.iiis I.i Hrvut- Jci Piitiùs, t I, p. 27, et mon édition de : LofjuemetKTon
f^ouro hiivry ./.' Brcis<\, Pari^, Wcltcr, p. 17-50.
2 L'abbc Dcv.uix, Av. cit., p. 3S4.
^. }:. IMiilipon, L' patois de JujuricuK, p. 13.
4. Sof'h^ et Jjjiisons conifKise; tant eu itiJi^aire fratiçoys qtu Savoysien dicl
patois par .\f. \icM< Mat lin mii.icieu eu la cite de Saiut Jean de Moriemte en
.S\/.t'\.'. I.von. 1536 : oto;,pfio;^, i/7«>;; (Nocls, 2,4, i), auiu^ {:tami\craiguui^
//.>:•■» (Clî.uisons 2, 1, 10 et 7). Vovc/ aussi La plaininte pionosticalion faite
par .'■'/ a.:iL'li\'ue de Cl-aniherv. Chanihcrv, n^c} : dio^teuo.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 267
diqiier la prononciation ouverte de Ve; on prononce, en effet,
aujourd'hui encore, en bressan et en bugeysien : çanté cantat.
Quant au changement de Ta latin en e^ il remonte sans doute
à l'époque où le t se prononçait encore : porte serait ainsi au
provençal poria ce que le lyonnais fetines est au provençal
femnas, M. Meyer-Lùbke, au contraire, ne croit pas que la 3''
pcrs. -e(J) soit due à un développement phonétique; il y voit
on emprunt faità la 2*" pers. -es^ qu'il n'explique pas d'ailleurs V
A Fappui de sa manière de voir, !e savant romaniste allemand
aurait pu alléguer les formes ama^ revcla qu'emploie Margue-
rite d'Oingt, p. 47, et la forme sacrifia des Légendes en prose,
f* 210* ; mais ces formes sont trop isolées au milieu de centaines
de formes en -e, ou -d, pour qu'on puisse y voir autre chose
que des fautes de copie,
i^' PERSONNE DU PLURIEL. — -êuius, -ïmus, -imus ont
abouti à -em, de même qu'en provençal : avem, rendem, eonsen-
îem. Cette finale -em a conquis la V" conjugaison ; amem^
donerriy prêtent. Il est à peine besoin de dire que cet -em se pro-
nooçait -è, et, comme le prouvent les graphits azen.faisen,
soffreriy comanden ; avein^ parieyriy îrovtin. La graphie -dî/j, -eyn
semble indiquer un t très étroit, comme celui des patois actuels
où pension se prononce presque pinsion ; elle nous apporte en
outre la preuve de la prononciation tonique de -em ^ Le verbe
être nous fournit la double forme sûmes et esmos^ emos^ pour
TexpUcation de laquelle je ne saurais mieux faire que de ren-
i. Grûmm. des langues î ornants ^v, 11,5 10-
2. J'ignore où M. M.-L. a trouvé la forme îàiô (Usez i'Jw /ô?) qu'il ûonnc
comme lyonnaise (?) (t. Il, 5 ^M)\ \^ connais bien la fomie chàniô et c'est
également celle que donne Nizierdu Puitspclu, D/r/iort, étymoL du patois lyonnais ,
p. cxui; mais cette forme ne prouve rien, puisque c'est une y et non pas,
comme semble le croire M. M.-L-, une i^c pers. du plur. On sait en effet
que dès le xvri« s. le patois lyonnais avait perdu la ir^pers. du plur. et qu'il
Tavait remplacée par la j^; et dans ta Brrnarda Buyandiri : 4. trovm I, v. 22;
4, cotisenrran en regard de 6, apf^tleran II v» 129 et I v. 145 ; 4. an ei 6. an
Il V, }o et I V, 53 ; 4 faran II 60, etc. De niCme dans le patois de Saint-Genis-
les-Ollières à la i« pers, du plur. fiiiron nous eûmes et ii uinm, ils curent,
fi i(^n été, nous avons été, et 1 smt éiâ, ils ont éié,/> ciminton et 1 chainton ^ i^\c,
11 nVn est pas ainsi en bugeysien où Ton a 4. çantén et 6. ç'anton ; cf. Patois
de JujitntuXf F* 43»
a68 E, pHïLrpo^ï
voyer au lumineux article de M. Gaston Paris sur La première
pasonne du pluriel en français ^ .
2" PERSONKES DU PLURIEL. — Elles Ont toutes été formées sur
les types Intins correspondants, conformément aux rèi^les de la
phonétique lyonnaise : anms, laissies(d, mesprisies *mi uns pre-
lia tu s); dei'cs; gueres; sentis. Dans les patois actuels du canton
de Vaugncray -es a fait place h /, probablement après avoir passé
par -ie : devi^ bein\ cf. à la 3^ pers. sing. du parfait les variantes
allet^ al lie t et alit ; comencei comenciet et aidit. Cette transforma-
tion de -es en -1 est ancienne : on la constate déjà dans la Bernar-
da Buyandiri : dependi II, v. 365, avi I, v, 63, Dites, estes, faites
n'exigent pas d'explication spéciale; quant :i occides^ c'est évi-
demment une forme savante.
3" PERSONNES DU PLURIEL. — Sauf les exceptions dont nous
allons parler, les y* pers. du phir, se terminent toutes en -ont :
ûinant^ devant , vendotit^ partout. Cet -ont est parfois mais rare-
ment noté 'unt dans Marguerite d^Oingt : se delectunt, p. 46,
salliunt^ p. 40, et dans les textes administratifs rédigés à Lyon :
deytmnî C, ni. Contrairement à ce que dit M. M.-L. en parlant
des dLilectes du Sud-Est, Tuniformisation des voyelles paraît
s'être produite en lyonnais plutôt qu'en français; c'est du
moins ce que l'on semble en droit de conclure de la forme
ptaont ^jilsLcunt, en regard du franc, plaisent: a il ant roz
\ori choses qui lor plaont w dans les Légendes pieuses^ f** 189*.
*Habunt, *facunt, vadunt ont donné en \\ lyon. ant^
fant^ vant, mais*sapunt, qui est devenu en bugcysien sant, a
donné en lyonnais satmit ^. Comme de raison toutes les troi-
sièmes personnes du futur se terminent en -ant. Osèrent et
agostareni dans Marguerite d*Oingt, p. 45, sont sans aucun
doute des fautes de copie.
IMPARFAIT
Dans I, -ab- est représenté par -av- comme en provençale
Nous avons vu que la désinence -o de la r* pers. du présent
1, Romania^ t. XXI, p. 351 cl suiv.
2, Cr le ^vâni mémoire de M. PtuI Mcycr sur Ui irouièmts pitsmutês 1
fiuritl tn frovençai, dans Roftiania, t. IX, p. 192-21 J.
5* Dans le Fonri cis*lîgéricn on a au contraire dentnrianl^ mentant \
analogie Je II i IV; cf. Homania, XXll, p. 19; cf. Dcvjux, /at% cit., p. }t^.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 269
avait passé, par analogie, à la î'* pers. de Vimparï, lalavo, istavo^
preiavo. Les finales des personnes 2, 3, 5 et 6 s'expliquent comme
celles des persormes correspondantes du présent- Quant à la finale
de 4, elle est en -mn : amavam^ au lieu de -em du présent : atuem ;
cela tient à ce que, comme on va le voir, les conjugaisons II-IV
ayant un imparfait ditFérent de celui de I, Taction analogique
qu'elles ont exercée sur le présent de I ne s'est pas produite à
rimparfait. Notons que dans les Légendes pieuses et dans les
textes administratifs lyonnais la semi-voyelle est le plus sou-
vent sans influence sur Va accentué : preiavOy embraçaves^ leyssa-
V€ty brisavont. Dans Marguerite d'Oingt, sur seize exemples
de rimparfait de la conjugaison en -ter, cinq seulement nous
montrent le changement de l'^ en e : charrcyevct, comemevet^
cudievei^ mais aussi cuidavet, erragievel et estudicvet à côté de estu-
diavet. Malgré la prédominance dans nos textes de la forme
"javelj je considère la forme -jevet comme primitive; pour
moi, les imparfaits en -javet sont dus uniquement à Tanalogie
del a. Si c'était -ja'ct qui était venu prendre, au xin'siècle, la
place d'un plus ancien -javet, nous le retrouverions dans les
patois lyonnais sous la forme -jcve; or ces patois ne connaissent
que la tbrnie -jâve (^ javet) : bti:^âve^ secoyove à Saint-Genis-les-
Olliéreset dans tout le canton de Vaugneray, Rhône '. Le dia-
lecte bressan s'est comporté comme le dialecte lyonnais : lèi'ove,
drecbove^ bûliove^ dans un vieux Noe! de Bourg *, pour des pri-
mitifs */^^âr, *drc£héve, %alîéve. Par contre le bugeysien main-
tient toujours très nettement la distinction entre l a et 1 b : çan-
tâvi et buiévéK II en est de même du valaisan : tsàtâvé et beu-
dyéi>é*y du savoisien amdvcci travaiîlèue %etdu vaudots : passâvè
et cat:^ht^ des i rave et approlslvé^.
Tandis que les parlers de la Bresse 7, du Bugey *, de la
NÎJtitr du Puitspelu, loc, a/., p. cxv.
2, Philibert Le Duc, Lon Noy^l Brayssan, p. 5 et 6.
}. E, Philipon, Lt (Htiols de la commune Je JuJurUux, p- 4},
4. J, GilHcroti, Pdtoii de k commmit de Vionitai (Bas-VaUis), p, 92-94.
5. F. Brjii.hti, Dicthnnaire du fvitùis savoyard du canton d'Albertville, p. 26.
6. L, Fa vrai, Glossaire du ftatois de la Suisse romattde par Bridel^ p. 509 et
507. 4S7-
7. Philibert Le Duc, La Noêls Bressans i falive, corimn, venive,
^, E* ?hi[ïpon^ Patois de JujnrietiXt p. 45 : valyéve, vendyàr, durnive^
^70 E. PHILIPOÎC
Suisse roniaiide ' et de la Savoie * ont maintenu le b latin d^ins
toutes les conjugaisons, le lyonnais, comme le dauphinois % Ta
bisse tomber partout ailleurs que dans I : -fJum.'iêham et -ibam
ont abouti indistinctement à -in^ après avoir franchi les étapes
'tan et-îVw : avin^ tkvin^ desandin, suffrin. Cette finale -m sup-
pose rimiiormisation en -ibam des différents types latins:
après b chute du b, !*î s*est consonantisé et a rejeté son
accent sur Va\ puis cet a^ ne se trouvant pas à la finale en
roman, est devenu r ; cf. parlià parius, via via. Q.uant au
maintien, de Tm latine finale, cf. le lyonnais mfn meam, lin
*tcam, sïn *seam. M. Tabbé Devaux a donné des
jre. pçj^ j^i sij^g^ çji .|pj Ljji^ explication qui ne me parait
pas admissible : suivant lui, on aurait remplacé la i''^ pers, du
sing. par la r'*' pers.du plur. dans le but d'éviter une confusion
possible avec le prétérit, de telle sorte que poin représenterait
*potibamus et non pas *potibam^ Malheureusement pour
cette explication, la r*' pers. du plur, est poiam et non pas/H>i« \
Les secondes pers, du sing. sont en -tes (^^=- î bas) : avies, bcvies^
ventes. Quant ù la 3" pers,, son explication ne va pas sans
quelque difficulté, par suite de la diversité des formes qu'elle
présente dans nos textes. Les Légendes en prose ^ les Œuvres de
Margîicrite d*Oingi^ et les textes administratifs lyonnais
P- 53^ 0» 35- J<^ relève dans les terriers de U Bresse méridionale et de la
Dombes du xiv« siècle les formes d!«?îv/, dcvitmt, povet^ diid, tout ci Uruit
{Rtv, des Patois, I 28). Le patois de Coligny a tenim, ^tnivû mats p^uvéA
{ibid,^ L 176).
I. GilUéron, Patois dt h commumdi Viommi, p. 96-104 : déviivi,bétwi^^
vitth'i; L, Favrat, toc, cit., p. 458 : failUvé h côté àc f aillai (p. 452, 454),
voïliéi*an^ renascdvan (p. 508) en regard de cogniisai cognnscebai (p.
510), v<?livé avivotij dmvùn, Jamvon à càié à* avion datis \^ Ct qu'è ifaino^
en p^uois de Geoèvc (p, 520-521).
a. F. Brachet. Dictionmirt du paloii iavo/ard tel qu'il est parle dans te canton
d^Alhertinlk, p. 22 i 28 : Unih^^ saiéve^ rèOh^,
3. L'abbé Devaux» kc. cit., p. 587, 588.
4. L*abbc Devaux. toc. cit., p. 388.
5. Je reconnais qu*on tîe peut pas, comme pour min meam, invoquer
ranaïogie de rin franc. riVw; mais, d'autre pan, je répugne à voir dans poin
la conséquence de je ne sais quelle sorte à'anusvara,
6. Je relève dans Marguerite d'Oingi îc? exceptions sentigutt^ itniivei et
defayliivel (p. ja, ) 1 , 66) en r«^ard de Smteyt ei SayleU (p, 51 et 41),
MORPHOLOGIE DU DlALRCTE LYONNAIS 27 1
emploient indifféremment, — mais dans des proportions qui
varient pour chacun de ces textes, — les deux formes -/>[/], sou-
vent réduit à -(7, -ibat^ Qlfit -ébat, rarement écrit -ci : avk
N 2t8^ avit N 227% aveit A 36; — devk N 229% deviî N 268%
D T et 11, K I et ni; dn^eit A 91, K 1; — paiet K 1, poif N 184%
poit A 44j D I et n, puit N 226' ;poet A 50, N 184^; — ifalie N
193% valit N 263% A 53; ^ ardie ci ardeit N 247^ 232^ ; —
côttoissie N 205" ; cogttoissrit N 25 1% cognoysseit A 5 3 ; — coriî N
234'' ; correit N 25 3^ coreyt A 5 2 ; — disif N 2 1 3*', disit N 235% D
1, 10; — diffcndie^i rendit ^ 2^0^; ^esteit^i 24 r"; — faisie^
218% faisit ou fiisit N 266^ D î, 34, n» 9, A jî \fayseU A 45 ;
— battit N 256=; — tenie N 269% tenii N 268'; ieneii^ 226% A
60; — vente N :68s venit A 71 ; vevcit A 37'. Force nous est
donc, soit d'admettre pour b 3* pers. sing. le maintien des
types -êbam et -ibam, soit de voir dans -eit une graphie de/
très fermé, en passe d'aboutir à -i7.
Les V^ et 2*^* pers. du plur. sont en -iam^ -ian^ et -m, lat.
-îbamus, -t bâti s, avec consonnantisation de X'\ latin : -aviam^
avian, saviam^ estlan, franiam, wniam dans les Légendes en prose ^
fei:^ian dans un Compte lyonnais de 1364 (Arch. de Lyon, CC.
373 f*" 4 r**); — aviaSy tfolias^ estias dans les Légendes,
Les 3** pers, du pluriel reproduisent, comme il fallait s'y
attendre, la di%'ersité de formes des 3^^* pers. du sing. avec, en
plus, ralternance de a et de ou « : aviani A 58, I m, 8,N
245% avian (Arch. de Lyon, CC. 62, passim), aviont^i; avciant
A 44, aveont et nvcunl A; — déviant D i, K i, dtviont N 222vj
- ^eveyan K i; — puyant A 44, poiant D 11, N 236**, poimt N 175*';
^ saviant, saviont N 214", 267**; saveont A 75 ; — voUant D 1, I
3», 15, wlliont I IV, 75, tWitm/N 268'; vùkont A 74 ; — rendiant
^63, rendiont N 182*; — respondiant N 208'', rcsplandiont N
Z26é^; — distant, disionl N 236^ 270-*; — estiant A, D i et il, I
Mil 36, estionî N 210*!; — faysiant A ^2, faisiont N 267*; —
^arisant A 60; — iraiant A 63, traisiont N 255**; — tentant N
1261% tintant A 59 , teniont N 23 1''; tetteant A 59, K ïv ; — venianfj
^'f niant N 204% 253*; veneanî A 58.
I, D'âpre M> Devaux (p. 387, 388), le haui-daiipliinûis ne coiinai trait que
â« is-pe-ibam : avie, avit, voîit, fmîH^ f(mt\ mais les formes verbales de
%«stes dauphinois sont extrêmement rares, et d'autre part M. Devaux lui-
i^àxne a rcteviî la forme fisid facit^b^t dans un tc:(te de Dempténeux.
li-jl E. PHILIPOM
On voit en somme : i*» que les personnes î, 2, 4 et J
remontent nécessairement au type-ibam; 2'' que pour la y et
la 6' personnes, on trouve dans tous ms textes^ à coté de formes
très nombreuses tirées de -i bac ou -ibant» un certain nombre
de formes en -eit ou et, -dant ou f^w/qui semblent bien remonter
au type -êbam; y enfin, que ces dernières formes sont à peu
prèsînconnues des textes rédigés à Lyon même, qu'elles se ren-
contrent de loin en loin dans les Ugemks pieuses et fréquem-
ment dans les œuvres de la prieure de Poleteins qui était origi-
naire de la partie septentrionale du Lyonnais; ce sont à peu près
les seules qui apparaissent dans les anciens textes bressans ou
Jombistes : devet^ dnrii, disct, tenet^ teneit^ mais dnnunt. Visi-
blement nous sommes à la limite des pays de -fbam et de
-ebam mais les exemples que nous venons de citer montrent
qu'à bien considérer les choses c*est la forme provençale qui
domine et de beaucoup dans nos textes. Cest donc à tort que
M. Zacher ' et après lui M. Tabbé Devaux^ ont cru devoir
rattacher à la conjugaison française Timparfait lyonnais de II,
m et IV.
PARFAIT
!'•= Conjugaison. Nos textes nous fournissent pour la r^
pers, du sing. la double forme : alki et donat. A la 2* pers., je
n'ai à citer que des formes en -as : posas ^saoUas^ la forme sucHs
pouvant remonter aussi bien à ^studrs = "succias qu\i *sucms.
Je n'hésite pas, pour ma part, à considérer les formesen -ai et en
-aSy qui sont les plus nombreuses m^is aussi les moins anciennes,
soit comme des emprunts au français, soit même comme des mots
purement français qui, à l'exemple de tant d*autres, se seront
glissés dans nos textes. La raison sur laquelle je me fonde, c'est
que la langue du xvn'' siècle ne connaît que les formes en f, les
seules aussi dont se servent les patois actuels, et noumment
celui de Saint-Genis-les-Ollièrc.>, pour les T'^et 2* pers. du sing.;
or cet f, quoi qu'en dise M* Meyer-Lûbke, ne saurait provenir de
-a/(^=-a(v)i) * et encore moins de -ai, tandis qu'il a pu très
normalement sortir soit de -f-i',soit de -e-s par les intermédiaires
1, A. Zadicr, BeHtàgt xum Lyoner Diakkt, p. jy.
2. L'abbé De vaux, /cv. n/.,p. 588.
5» Mcycr-Lùbkc» Grammaiu dti langues romanes, i. II, S ^75'
MORPHOLOGIE DO DIALECTE LVONNAIÔ 27}
-•iW,-*«-j qu*attestentlcs 3" pers. du sing. en -iet, J ajoute que,
dés le xïu* siècle, on a des exemples de la réduction de cette finale
'in à -1/ : aidit, bailliront, hùssironï^ dans les Légendes en prose ^
f** 266**; ces exemples deviennent nombreux au siècle suivant :
hailUt^ fegniî^ dans le Compte de Jehan de Durche. D*un autre
côté, il serait véritablement par trop étrange que le lyonnais qui,
comme nous allons le voir, a fornié la y pers. du sing. et les
trois pers. du plur. sur le type dédi ou dîdi, ail eu recours
au^type amavi pour former les deux premières personnes du
singulier.
La 3*^ pers. du sing. se termine en -d ou -aV, -ieî ou -it^ : il
est difficile dédire si ellea été tirée du simple dédi, stéti pour
•stésti, ou du composé -*didi. M. Zacher croit que les finales
€n 'ici ont été introduites dans les verbes en -ar par suite d'un
emprunt à la conjugaison des verbes en -ter; mais ce n*e5t nul-
lement certain, car on trouve comencet aussi souvent que comen-
ciet; et-?V/ a fort bien pu sortir de e; cf. les doubles formes lyon*
naises peci et pieci^ pera et piera ^ .
La V pers. du pkir, est en -emos^ -esmos : cuyJemos dans le
compte des dépenses occasionnées ;\ la ville de Lyon par la
(destruction du château de Neyrieu, avmnccmos et Inmesmos, qui
est du sans doute à lanalogie de la r* pers. du plur. du
verbe substantif amos^ dans les iJgetuies en prose. Cette finale
-emoSf inconnue du provençal commun, se retrouve dans un
compte municipal de Tournon (1459-1461) : luhakmos^ gaste-
mos \ ainsi que dans les Comptes consulaires de Grenoble
(1338-1340) : donetms, patmos^. De même aussi dans la Cou-
tume de Saint-Bonnet-le-Château (Loire) : anireiesmes, confère
mtsmcs; cf. ivlgmsmes, fm'sesttu's\ci dans le Livre de raison des
1 . Il s*e5t peut être produit une confusion entre les doux types* Il est cer-
tain que le type dldi expliquerait mieux h forme en -èit. Le type dêdi
oc me parait admissible qu'A Li condition de considérer Vi de fi, dt comme
le représeniiint de l'i postioiiique latin.
2. Zacher, loc^cit,^ p. 56, et Romanm, t. XIII, p- 545.
3. Ce compte a été public par M. Clédat dans la Revue des patois^ t. Il,
p, 241 ei suiv.; les mots cités au texte se trouvent aux 5S 74 et 162.
4. Ces comptes ont été publiés par M. Tabbé Devaux, en léte de son
savant Essai sur la lan^ut vulgaire du Dauphiné stpUntrionaly p. 48-65 ; les mots
dtés se trouvent aux articles t» 2, 46.
5. Paul Meyer, Rtaml d'amims textes, i. 1, p. iSo.
^74 ^* PHILIPON
seigneurs de Forez (1322) : ttemos^ A la différence de ce qui
s'est passé en provençal, la seconde pers, du plor., tout comme
la r% a maintenu la posttonique : comandesta, efforcestes dans
UsUgendesen prose, de telle sorte que, pour ces deux personnes,
les formes lyonnaises se rattachent par le choix du type de déri-
vation au provençal et par le traitement de la désinence au
français.
Dans les textes administratifs lyonnais, ainsi que dans les
LègevdeSi les 3*' pers. du plur, se terminent en -cront^ -ieront,
-iront, Cest, comme de raison, la forme réduite -ironî qui est
aujourd'hui en usage dans les patois : chantiron, potliron^ tmn-
giron\ Marguerite d'Oingt emploie pour les verbes en -aria
terniinaison -aront, qu'on s'est trop hâté de rattacher au bour-
guignon % car on lit dans la Coutume de Saint- Vallier (Drôrae),
art. 7 : cotnandarent, portarenî *.
II' Conjugaison. — AvEiR. Nos textes nous ont conservé les
formes otis^ ot, ornes pour *omos, oronl écrit aussi ouronL Li î"
pers, sing* devait être V ou ^oui et la 2" du plur, *mislcs', cf,
sautes pour *saustes, La forme aus habuîsti, qui se lit dans les
Légendes en prose (fol. 238'**), est un reste de la flexion primitive :
^auij aus, *aut, *aumos *austes ^auront.
La 3* pers, sîng. phvit suppose un type *p I u v-|-i vit à moins
qu'on ne préfère considérer le v comme épentliétique; cf. le
bugcysien rova, franc, roue. ; quant à mwi/, cette forme répond
à un hypothétique *movu-j-ivit,
PoEiR. — On trouve les variantes poer, pmr, paueir ctpu^ir.
Marguerite d'Ûingt emploie deux fois la V' pers. sing, puit^
î. Cf. monètude sur heiparkrs du FùreiCh-LigêrUn, Remania, \X\\,^, j6.
2. M, Meyer-Lùbke (t. Il, p. î54) croit i^ue ta 3' pers. du plur. de I se
termine en -1*0/1, en p^ttois lyonnais; c>st une erreur : le patois de Saint-
Genls-les-Ollières et ceux des communes voisines terminent cette pers. en
'iront,
), Ce rapprochement proposé par M. Zacher, loc, cit.t p. $6» a été accepta
par M. l'abbt^ Devaux, ioc. cit., p. $92,
4. P. Meyer, Rfcutii dt anciens ttxUs, t. !, p. 173,
5. Sur le p^irfait des verbes dérivés de verbi^s latins en -<îre, voycï Mcyer*
Lûbke« U, î)7-3^»ct Suchier, Zutuhr, fur mn. PhU,, H, 2S5,ct le Fraisait
€i U Pr(n*ençal, p. 115.
I
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 27$
dont le t final est emprunté à la 3*" pers. sing. Cette dernière
s'écrivait indifféremment /ïtiy/ et pny (^=^*potu + ivit). H esta
peine besoin de dire que je ne prétends pas que potuivit ait
jamais existé; ici comme dans les cas analogues, c'est la dési-
nence romane venue de -Tvi- qui s'est ajoutée au thème
roman venu de pot ni; quant li imr fx^yt de putuît avec
rejet d'accent, ot habuit et sot sapuit s'y opposent.
Le patois de Saint-Genis-les-OHières (Rhône) conjugue pué^
pué, pué ', puiyon, puik\ ptuyon en regard de due « je dos », dtU,
duéy deviron^ d€vîU\ deviron -\ On peut donc restituer le para-
digme du parf, de deveir de la façon suivante : dm, duis^duiîy
drûimos^ dtvisîes^devironi.
La i"" pcrs. plur. est poitnos potuimus et la y pocrarU pour
^poeiront potuêrunt et poiront,
Savhr, — Au point de vue du traitement phonétique, le
parmit de saveir ne diffère pas de celui d*aveir : }. sol pour un
primitif *jaw/î/ (=sapuit, *saupit); 4. saunm pour *saunws
(=*saupi mus) ; 5 , sautes pour un primitif *sauptes; soront pour
^sauront. Pour la r* et la 2*= pers, du sing. on peut restituer les
formes son^ (cf. vifi) et sons, (cf. ous h a b u i s).
Seeir sedêre. — Sist et s'assist à la j^ pers. sing,, avec une
i analogique qu'on trouve également en v. franc, représentent
un plus ancien *seist.
Veïr est pour *veeir vidêre, — La r^ pers. du sing, viu
suppose un type *vidui qoi aurait donné *veiui\ ^viui^ puis
viu, La 2"" pers. tWx, par dissimilation de *viis (^^ vesis) pour
*viisî, reproduit exactement le lat. vi d is t i, La 3*^ pers, vil pour
*iv// s'explique dVUe-mème; veimes (corr, ve if nos) çst pour un
plus ancien *veiinws vidimus, de même veistes est pour
^veiistes i quzm kinrùnt pour *veiront^ c'est le latin vider uni,
VoLEiR. — Le parf. en -ui a été remplacé par un parfait sig-
-xnaiique refait sur le type ^dlcsi^ scripsi et développé au moyen
^u pseudo-suffixe-ivi*: 3.t^Mn/,i'«jjiV= *volsivit,La y pers.
tl On sait qu'en patois lyonDiis / a abouti ik f : avarié^ franc, avertir,
2, Le patois de Craponne a duiyon pour la u^ et la Y pers. plur.; cf. Ni/.,
u V.ylûc. ciL, p. cxx. Notez dans le patois de Saint-Genis le contraste entre
Cl 6 pniyon et 4 et 6 deviron,
\, Sur le parfiii btin en -vî, voyez Brugmann, GrutiJriss, u IV, S 875 cl
^^niâult, Du parfait m grec et tn latin^p, 6 j cl 92. Le pseudo-suffiiçe -ivî est
I
I
2y6 fe. ^HIUPoM
du plur. vohironiy immrmU remonte à *volsifunt. Les Légendes
en prose nous offrent la double forme vousiront qui suppose un
lat. *volsërunt. L'attribution d'un parfait en 5 au verbe wfeiV
n*est point propre au dialecte lyonnais : le môme fait s'est pro-
duit en anc. franc,, mais c'est là un trait qui différencie nette-
ment les parlers lyonnais des parlers du Haut Dauphiné, les-
quels ne connaissent que la forme provençale voîguit\ Disons
à ce propos que dans la Légende de Théophile^ le verbe voUir
a également un parfait sigmatique : voucit (ms. fr, 8i8,f'" yi*
et 75*)*; ^'^^ ^"^ raison de plus de croire à Forigine lyon-
naise de cette légende'.
Comme exemple de parfait sigmatique tenant lieu d'un par-
fait latin en -ui, on peut citer encore plaisit N 260*, qui s'ex-
plique sans doute par un type *plâc- s(i) -ivit.
III* Conjugaison. — Le parfait de III paraît avoir été formé
en ancien français sur le simple dêdi qui en bas latin av^ait
remplacé -dïdi dans les composés de do ^. Les formes lyon-
naises, au contraire, pourraient dériver de -didi : ren-
det rendeiî, respondd rcspondcit^ tsîendet esUndeiî\ dans Margue-
rite d'Oingt, 'di s'est réduit à-tV : rendit^ reipotidit^ cL nuistront
et mistrontK De même à la 3* pers. du plur. la forme avec
dû au phénoniènc bien connu de Fattraction exercée par le sufBxe sur U
voyelle thématique: îvi est sorti de fînT-vî.
1. L*abbè Devaux, loc.dt,, p. 391.
2. Cr K. Bartsch et Horning, La langue et la Litiirature françaises, col.
462-490; les exemples de tioucit^ que Téditeur a corrig«i à ton en vomist\ se
trouvent col. 463, v, 8, et coL 480, v, 1 ; mes citations sont faites d'après le
ms. fr. 818.
j. Les raisons que M. Tabb^i Dcvaux allègue en faveur d'une provenance
dauphinoise ne me semblent pas décisives ; le savant auteur ne s*expH4)ue
pas d'ailleurs sur h présence de la forme vaucii dans la Légende de Théo-
phile.
4. Cf. Gaston Paris et E. Langbis, Cbrettomathie du Moyen-Age^ p. 1.111, et
Suchîcr, Le francuùet le ProtvPi^a^ traduction française, p. 112. Le savant
professeur de l'université de Halle croit que le remplacement de ta voyclic
du composé parcelle du simple est le fait de la langue populaire; c'est appa-
remment le contraire qui est la vérité.
5. Mais je n'affirmerais pas qu*il en soit ainsi : Vi de rendeit est peut-être
dû à n posttonique du latin. Ce qui fait difficulté, c*est qu'il semble bien
que la forme sans i est la plus ancienne.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 277
€ est de règle dans hs Légendes en prose. De la 2* pers. du sing.
il ne nous est parvenu que des exemples avec r. Pour i, 4 et
5 , les exemples font complètement défaut* On peut néanmoins
avec une suffisante vraisemblance restituer ainsi le paradigme
primitif: rendei, rendes, rendcî, rendenws, retidistes, renderont.
Les verbes dérivés des composés de do étant accentués à la
3* pers. sing, du parfait sur la voyelle radicale, on se demande
pour quelle raison les romanistes allemands se refusent à les
faire entrer dans !a catégorie des verbes qu'ils appellent a forts n.
Sans doute il n'y a pas de déplacement d*accent A la 2' pers, sing,
comme dans les verbes dits forts (dis dcùs , mis mesis)^ mais
cela lient uniquement à la nature de la consonne mèdiale et
au traitement que le roman lui a fait subir; il n'y a pas lu,
j'imagine, de quoi justifier la division de III en deux classes.
Ce que Ton vient de dire des composés de do s applique éga-
lement aux verbes tels que fundere, pandere, tend ère
et à leurs composés, qui par analogie des premiers ont formé
leurs parfaits en d idi ; cf* le lyon. estendeit en regard de rendais
Voici maintenant, parmi les verbes simples de III, ceux qui en
lyonnais ont maintenu au parfaii Face entuat ion primitive : bit
bibit, mais i la 5^ pers. du plur. beviront^ sans doute pour un
plus ancien bi-veinmi ou bevieronî *bibêrunt ou bibérunt*.
Disty a dit », mais aussi dini diseit^ *dïxivit, avec dissimi-
lation, et à la 2* pers. du sing. disis dixisti. La 3' pers. duplur.
disîront^ avec un / épenihétique, remonte à dixéruni.
Fist fecit est pour un plus ancien /<?/j/, comme l'attestent
la 2* pers» du sing, feis fecisti, et la 2* pers. du plur. feistes,
Escrist reproduit très exactement le lat, scripsit,
*Meist (cf. tramdsî} fiteil, misl^ mit, mais aussi tfusist et ntetit
que nous retrousserons plus loin. De même à la 3' pers. du
plun meistronî et misîront misérunt à côté de meisironi et
meîiront,
La 3* pers. plur. ocistront suppose une forme sigmatique
•occisêrunt.
Prdst, prist *prensitàla3^ pers. sing-, preisironi ci pris-
iront, preidroni et pridrunt à la 3* pers. plur. n'ont pas besoin
I, On sait que pour la j* conjuguaison on trouve b forme irunt à côté de
U forme habituelle irunt,
i
278 ^ E, PHILIPON
d'explication, non plus qnapreismos, La 2 ^
ei la 2*" pers. plur. presistes reproduisent le type latin cor-
rcspondant; quant à prcisironiy c'est une forme secondaire que
nous retrouverons plus loin.
Rien ne s'oppose à ce que Ton voie dans quùî ^oux^quiest le
dérivé direct de quaesiii.
Citons encore les 3*^' pers, sing. remasî en regard àtrcmansit^
et rist en regard de risit,
recisî, decist; recis^ decis; récita dtxit pour de plus anciens
receisî, decast; receis^ dems; recette deceil remontent au lat»
-ccpisti, -ccpit. La 2* pers, est probablement due à raction]
analogique de la r* et de la 3% action à laquelle a échapp
prais en regard de preisî.
PARFAITS SECONDAIRES
Un très grand nombre de verbes dérivés de verbes primitifs
latins (verbes en -ère) ont en lyonnais un parfait secondaire,
c'est-à-dire accentué à la 3* pers. sing, non pas sur la voyelle
radicale, mais sur la désinence- Une question se pose tout
d*abord. Faut*il voir dans les parfaits secondaires de III un
emprunt aux parfaits formés sur le type -didi, de telle sort^|
que nuih et mesit^ par exemple, seraient dos à l'analogie de rf^-
pmdit = ? Pour les parfaits secondaires formés sur le thème du pré-^
sent de Tîndicatif, on pourrait à la rigueur le soutenir ; meîi
serait alors à met ce que rcspcftidit est à respont; mais pour U
parfaits sigmatiqucs tels que misit, disit, cela me paraît inad^^
mîssible, et je crois préférable de supposer a%*ec M, Paul Meyc
que la désinence -ivi- s'est propagée dans IIL Ce n'est pas 11
d'ailleurs une simple hypothèse : si nous étions en présence d^
la propagation des parfaits tirés de-didi, comme ces parfaits
terminent, dans nos textes, en -et ou -eit à la 3*^ pers, sing,
cn-erûnt ou -etront à la y pers. plur,, il est de toute évidenc
que nous rencontrerions des formes telles que metet ou mttril^
meteranï ou tmtnrmi; or tous les parfaits secondaires, en lyon
nais, se terminent en -it et 'iront : c'est donc bien qu'ils se rat
tachent au type en -ivi-.
Cette désinence -ivi- a pénétré dans III de différente^—
façons : ou bien elle s'est ajoutée au thème de Tindic, prés«]^
ou bien, et c'est laie cas le plus fréquent, elle est venue se jux-
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 279
taposer au thème des parfaits sigmatiques. Voici d'abord des
exemples du premier mode de formation : chait, dmironl,
cognmsironi, corriî, appareissit; metit, tiuiiront, remanit^requerit^
s'emeguif, ternit y fjfrm/, *recepivit, vcnquit.
Comme exemples du second procédé je citerai : arsit^ arsi-
tout y closity cusit, disit, *escrisit, (d\ à Timparf. du subj. cscrtses-
sant), esteinsitjfeinsîi^ mesit, mcsirmt, presiront, à côté de prêts-
front y remansit, remassit^ reemsii, tcrsit, traisit, traisiranî, iousii,
tolsimos, La désiner.ce -ivi- s*est également ajoutée aux parfaits
en -si refaits par voie d'analogie, le plus souvent sur le parti-
cipe passé : chaisi chaisironl à côté de chait chaironî^ creissit à
coiédccreît credidit et de creiront^cleisirotiî, frassirmit, marsity
samonsit, îeinsiî.
Naquit et vesquit s'expliquent comme les formes françaises
correspondantes.
PARFAITS EN -Vî
Les parfaits en -ui de II ont été étendus par analogie à
quelques verbes de 11]^ mais ce mode de formation a pris
beaucoup moins d'extension en lyonnais qu'en français. Voici
les exemples que j'en puis citer : dissoiuit^ cognui cognutf mais
an^si œnoissinws^ cognoissiront ^ creiu *credui à côté Atcreit cre-
didit et de creissit, se criut à côté de creisit dans Marguerite
d'Oingt ; cette dernière forme est la seule que connaissent les
Légendes en prose. — Receivre^ deceivre n'ont que des parfaits en-/,
mais on trouve aperçuit dans les Ugcnd^s^ qui nous fournissent
aussi paissui; par contre, par ai tre fait au partait pariî et pareissit.
Plaire a son partit en -/ : plaisii; î! en est de même de chaer :
chait, cfmisit, cimisiront, et de beivre ; bit, beviront, en patois bevi
eibeviront.
FUTUR
La i'^'' pers. sing. se termine toujours en -ei ou -ey, au lieu
de -ai qu'on attendrait. Il en est de même en bressan : darey \
et en dauphinois *. Le « musicien » Nicolas Martin, qui a fait
1. Revue des paim, t. I, p. 27.
2. L'abbé Devaux, toc, ciL^ p. 396.
iSo E. pHrupoN
paraître en 1556, à Lyon, des Noels et Chansons « composez
tant en vulgaire françois que savoysien », mais que je soup-
çonne fort d'avoir été Lyonnais, écrit aussi amûrey, dar^y (chan-
sons 2 et 6), tindrey (no<:\ 3), Il est probable que cette notation
ei n'est point une simple variante graphique de -ai, mais qu'elle
répond bien à une différence de prononciation : on prononce
encore dans les patois et à Lyon même : je clmnteral (jchanîeré) et
non, comme en français, /> cbanieré. La 2^ pers. du sing. se termine
en -es, à Li différence de ce qui se passe aussi bien en provençal
qu'en français : garderez, prendras, partira. Les patois prononcent
aujourd'hui tuchainUré, (chànieré), Li 2* pers. plur. se terminait
originairement en -ey, -«>; cet e devait se prononcer très fermé,
car dès le xni* siècle il a abouti à t : troveris à côté de îroverri^y
temiris à côté de mordras dans les L^endes en prose. Au xvu*
siècle -n'a complètement disparu; je ne relève, en effet, dans la
Bernarda Buyandiri que des formes en -i : maingeryU^ w 130.
serty II, V, 46, fary II, v. 42, ari II, v. 357, stry II, v, 129 *.
Le patois de Mornant dit de même vos cbanlari; dans les patois
du canton de Vaugneray» cet i a été rempbcé par /, conformé-
ment i la phonétique de ces patois, cf. Jiné finit u m à Saint-
Genis-les-OUières. — La y pers. plur. se termine toujours en
-ani ; livrerant^ rendrant^ partiront^. C'est là un trait qui diffé-
rencie très nettement le vieux lyonnais du vieux dauphinois
qui ne connaît que -ont '. La voyelle thématique a persisté dans
I, sous la forme de a, en provençal, et sous celle de e, en fran-
çais : amarai et amerai. Nos textes nous offrent les deux
formes ; comandcrei et comandarâ^ troveris et trcvaris dans les
Ligmdis pUuses, garderey et tnivarm dans Marguerite d'Oingt»
arreierant et iîaranî dans des documents administratifs lyonnais.
Visiblement, c'est par le lyoniiais que passe la ligne de partage
I
I
I
I
s. L'abbé De^^iux (îcc. al.» p. 197) a consutc la réduction de ^ i -i en
Diitphtoé dés le xvi< sièdc.
3. Ai» ({ne k femarquc arv«c nison M. Zacher, b ^nalc -m/, que Ton rcn*
OMitre de loto en loin à côté de -«ni dans les textes admtimtraiîfs K^ontiais,
CSC de tooieéviéeDoe «1 emprunt au français : le» pafois ne conna'tssent que
-mU^ Qpmi à -«#, qu'on iroiîvt, raremou d^aflkurs, dans Marguerite d*Oti^,
ce tCesL qa^llle vamate i^phique de ««/ : cf . le patois actuel -4»! a%xc un
m très OQVCR. n)KSta de ê.
|. VM\kk DeinoE, l«. rtf*,p, 596, $97.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 28 1
de a et de^. Le dauphinois ne connaît que la forme avec a^i
de même le bugeysien : çanîam^. Le bressan, au contraire,
n'emploie que des formes avec e : 3. clxunera, 5- gardcray,
6. chankran dans lo Guetnen d'an pouro labory de Brcissy (161 5),
V. 153, II, i6î'.
Si j ai cru devoir insister quelque peu sur les formes du
futur en dialecte lyonnais, c'est à cause du secours qu'on en
peut tirer pour la localisation des Vies de Saints contenues dans
le ms. fr. 818 de la Bibliothèque nationale : remploi presque
constant du type en -erai : JWfrûi et Tusage exclusif de la finale
-ant à la 3'' pers. ptur. mettent hors de cause le dauphinois et
le bugistepourne laisser en présence que le lyonnais et le bres-
san. Ce que Ton vient de dire des Légendes pieuses s'applique
également à la IJgende de Théophile qui, comme Ta remarqué
avec pleine raison M. P. Meyer, parait bien avoir été non seule-
ment copiée, mais même rédigée dans la région lyonnaise^.
CONDiTlONKEL
La désinence -in de la i'*p€rs. sing. est pour un plus ancien
^ien (*-ibam); à la 2* pers. la diphtongue -ie- a été maintenue
par ïs finale, cf. besii ci hcsties, La y pers, a ^û se terminer
originairement en -ri?/, -iV, d.avie, mais on ne trouve plus dans
nos textes que la forme réduite -iî K Cest encore là un trait
qui distingue le lyonnais du dauphinois, où -iet se maintint à
côté de -it jusqu'au xvn^ siècle^. De même que M. tabbé
1. //'ji/.,p. 395, 596.
2, E. Philipon, Lt patois de Jujurieux, P- 43^
5. Les Lamenta tiofts dUitt pauvre laboureur de Bresse^ piir Bernardin Uchard,
poème en patois brussas, édké par E. Philipon, p. 47. Dans le Lyonnais la
ligne de partage passe entre Mornani : àjantara et Suint-Genis-lcs-Ollicres :
cMnteta; cf^Nizier du Puitspelu, Diction, étymol. du patois lyonnais, p. cxiv
et note 3.
4, P, Meyer, Notice sur le recueil de miracles de lu Vierge renfermé dans le ms,
hibL nat.fr, 818, p. 8. Pour moi commu pour mon savant maître, M. P*
Mcyer, les Lé^endts en prose ont ùtù originairement composées en lyonnais,
mais pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, je crois que le ms.
bibl, nat. franc. 818a. éi«i exécuté en Bourgogne et pour un bfiurguignon.
5. Arie dans F m en regard de arit dans F n est un exemple unique.
6* Uabbé De vaux, foc, cit.^ p. J98.
282 E. PHILÎPON
Devaux, "fincLine à considérer comme un emprunt au français
les finales en -et ou -eit -cbat qui apparaissent assez fréquem-
ment dans les textes lyonnais et dauphinois ; toutefois il est
possible que, dans un certain nombre de cas, une confusion se
soit produite entre la notation /et h notation ci qui représentait
un son très voisin de 1; cf. à la 2* pers. plur. du fut, traiteras et
troveris \ Dans les Légendes pieuses ^ la i''^ pers. plur. est en -iam
pour*-/iimjet la 2* en -tas ^j-|-at(i)s; dans les deux cas,
Tentrave a protégé la voyelle originaire. A la 3*" pers. du pluriel
nos textes hésitent entre -jWi/ et -iant; mais ici, contrairement
à ce que nous avons constaté pour l'iraparf. de l'indicatif, c'est
la forme en -ioni qui domine: les Légendes n'emploient que
'tout pour I^ Marguerite d'Oiogt nous fournit parriant et par-
riunt \ porrianî se rencontre aussi dans on compte lyonnais du
xjv^ siècle (H I 22) et vindriant dans les Légendes (N 172*),
Malgré cette prédominance de la finale -iont dans les textes des
xm* et XIV* siècles, c'est la finale -iani qui a fini par triompher;
c'est elle seule en effet qu'emploie la Bernarda Buyandiri, et c*est
elle seule aussi que Ton trouve dans les patois du canton de
Vaugneray, à Touest de Lyon,
Les Légeftdes en prose emploient à la 1'*= pers. sing. rontpero,
segueroet ocisiro (N 215' et 208^). Ces diverses iormessont pro-
bablement un débris du plus- que- parfait de Tindicaiif % (pour
le remplacement par de Va posttonique, cf. les r*"* pers. sing.
de rimparf. deTind. de I : alQvo,istai*o). Il en est de même de
furet ààxxs Marg. d'Oingt, p. S9,et àz Jurant dans les LégCfides^
f" 214*^. On doit probablement voir aussi un reste du plus-que-
piirlait dans itérant, ibid,, f*' 214^,
L'impératif de 1 a naturellement lalternance : demanda^
cbangi\ pmsas^ laissies. De même qu'à l'indicatif, la r* pers. du
K Ce qui contribue i obscurcir h question^ c'est la divergence des patois :
t;iT\dis qti*on dit djantarit à Mordant on dit Mnitrit à Saint-Geniâ-tes-OUières.
De même en bugcjsico çantitèt. La Bernarda Buyanâm ne confiait que U ter-
minaison '4È : Imvntt I 209» pourrtt I 199, vtrret I 15$.
2« M. Mussafia {Zttr Christophïtgendc, p« 97), croit e{\i*oci%iro est pour ocis-
dro (•occisèraro); peut-être serait-il plus simple de supposer occi^érsm
ou peut-^ue même oc ci se rem par analogie de monerem.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 28}
plur, de I ;i été empruntée aux i*^" pers. des autres conjugai-
sons : alkm et atendem.
SUBJONCTIF PRÉSENT
La i^* pers, sing. a emprunté sa désinence -o au prés, de
Tindicat. ; alyo dans Marguerite d'Oingt, p. 77, creio dans les
Légendes^ f" 167^. Il est certain qu';^ Torigine Ja voyelle finale
était un a; nous en avons la preuve dans la r^ pers, sing. du
subjonct. à forme inchozxlvt poscho N 17SS qui est évidemment
pour un plus ancien posclm^ prov. posca. Notez d'ailleurs dans
les Z/j^^M^/i, foL 227^, la i*"* pers. fmssa en regard d^ poysso dans
Marguerite d'Oingt, p. 56. A la 2"= et à la 3* pers. du sing. on
trouve quelques rares débris do prés, du subj. de I : donSy gart^
perdant; mais d*ûrdinaire Tanatogie a fait prévaloir le type
legam, de même qu'en français: ailes, doneî; deives, deivet;
perdes, rendet; partes, parîet. Il est a peine besoin de dire que le
passage de ^ ù ^ s'explique ici comme au prés, de Tindic. de I.
Certaines formes supposent le type audiam : i. muire, 2.
moires, 5. muires, mais, par contre, 4. muram, 6. murant; —
tigniéy reîinie, mais Hno; vi^ne, vigneis, vignani^ mais vhianî. Dans
I, à côté des terminaisons habituelles -esy -d, des a*" et 3'' pers.
sing*, on trouve aussi -met -eit. Des terminaisons semblables
se rencontrent également dans les textes bressans : gardty[t\^
bauge)[t\, à côté de garda, ;y/r dans h Guemm d'en pâtira lahory
de Breiîsy de Bernardin Ucliard (i6r>)\ dans les textes dau-
phinois des xin' et xiv*' siècles : torneyt, avreit, pourteyi à côté de
potirtet\Qi dans les Noels et Chansons « en patois savoysien »(?)
de Nicolas Martin (1556) : almyseit, gardeyli]^ tùuchyt à côté
de volîkt (Noels i, 6, 4). On s*est donné beaucoup de mal pour
expliquer cette finale -eii^ mais il ne me semble pas qu'on y ail
réussi. Tout d'abord, il f^iut se garder de l'attribuer, comme le
fait M. l'abbé Devaux, aux subjonctifs secondaires en -eiso que
nous étudierons bientôt \ D autre part, on a eu tort de partir
de ridée que cette finale *d, -cît était accentuée; rien n'est
moins certain* Nos textes les plus anciens ne connaissent guère
que la forme -et pour I a : donet, sonet A 40, 65, 60, aoret, resta-
1 , Voyei rédition que j*ai donnée de ce poC'me patois, p. 47 et 48>
2. L*abbé DevauK, /oc, n(., p. 599,
284 E. PHILIPOK
rei N 267% 268'; la forme -cil n'apparaît d'une façon un peu
fréquente que dansi ^ : tkigndt A 48, prekiî N 207, mais ausst
aidet^ albergeî N itj», 240^. Tout compte fait, ce n'est que
dans les textes les plus récents que la forme -ffV domine^ dételle
sorte que Ton peut tenir pour certain que la forme -et est la
forme originaire. Nous avons vu que -^i était également la dési-
nence habituelle de !a y pers, sing. de Tindic, prés., et personne
que je sache n*a encore prétendu qu'elle y fut accentuée. Elle ne
Tétait certainement pas davantage à la 3* pers. sing. du sub-
jonctif présent de II à IV : deyvtî P A côté de dtyve H i, 11,
pochet 1 V, 3 et poch I v, 4, rendei N 268' et rende \, v j\^ par-
Ut^ 249^ et sailkN 2IÎ*, convertisse! F iv et converteise N 206**,
Pourquoi donc Taurait-elle été uniquement à la 3*^ pers, sing.
del?
D'ailleurs si -^/, -eit avaient porté Taccent, nous aurions très
certainement des exemples de leur changement en -ï. Cest ainsi
qu'à la 2* pers. du pluriel nous trouvons allis à côté à*aUeis
et tornis en regard de penseîs. De même à la 2'' pers, plur. du
futur trovcreis et traveris. Or, bien que les 3" pers. du sing. du
subj. près, soient extrêmement nombreuses dans les textes que
j'ai étudiés, je n*ai pas un seul exemple à citer du passage de
'iit à -iV. Enfin, alors qu'à la 3^ pers, du sing. on a ralternance
-d, -aV, à la 2*^ pers. do plur. on ne trouve jamais que -m ou
son substitut -iV: Cest donc bien que le son noté e ou n à la J*
pers. du sing. n'était pas le même que celui noté et ou * à la
2*" pers. du plur. Les patois nous en apponent d'ailleurs la
preuve décisive, puisqu'on dit aujourd'hui ;\ Saînt-Genis-les-
Ollières quà chante^ et que vos chànîi^ qtCà verte et que vos venê.
Il ressort de ce que Ton vient de dire que -eit n'est
qu*une variante graphique de -f/, qui représentait probablement
le son de IV ouvert, cf. en bugeysien çanlê et çantassé, dremassê.
On ne rencontre pas, il est vrai, la terminaison -eit dans les
conjugaisons II à IV, mais cela peut venir du petit nombre
de nos exemples; par contre la terminaison -et abonde : deh^t
I V, 6 et o, pcKhet, I v 3, valliet I iv,74, rendit N 268% renmmt.
remagnet F i à iv, prenet F i, venquet N 256^, vitgnei A 45, partei
N 2J^<)^^voUiet dans le Noël 4 de Nicolas Manin, etc.
Les l'^'et 3** pers. plur. sont en -am (lat. -âmus);-*ï«/(lat-
-ant) : aiam^ stiatn, rendam^ partant^ dtivant, veiartty entendant,
sufrant, et par analogie : alam^ hrisam; entrant, laissant.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LVOÏ^NAIS iSj
A la 2" pers. pliir*, au contraire, il semble bien que cVst la
forme amctis qui a servi de type commun ; doneis^ sachets^
Jeciveis, dkeis, saiikis. Cet ti s'est asaez fréquemment réduit à
I ; tamis, laisis (^^=^ *laisieis), ais (=*aieis) sas (=^*seieis),
creis, recivis^ saillis,
SUBJONCTIF SECONDAIRE
On lit dans la coutume de Saint-Bon nct-le-Château (1272),
art. 49 : « Li cossol devunt jurât..* que leîalment meneissont
la villa ", et plus loin, dans l'engagement pris par le seigneur de
Saint-Bonnet : a autreiem que nostri er... jureisant ladita fran-
cheisa »K Des formes analogues se rencontrent fréquemment
dans les Légendes en prose : en voici quelques exemples qui ne
laissent pas de doute sur leur valeur syntactique : ^* Sire Deus,
remenbreis te de ma humilita, que jo ni'alegreiso en tagloiri »,
f** 212'*; « jo te preio que tu li comandeises que los visiteise »,
P* 218*^; *' jo te comando que tu briscises celki ydoh », f*' 204**;
<c tlli amoneste lo larron que emblcise, al liomen irons que
forsenneise «, (° 214^; « mais a totes les maneres de tormenz
per co que plus torraentcisont », corr. « tormenteisant »,
f»2l6^
De même dans la Bernarda Buyandin :
N'a tu rien pou d'una viriai
Que le îombcise â la renversa?
(Actel, V. 8ï,82.)
Et je ne crayou pas qu'elle crîysc d*alarnaa,
(Acte II, V. 190,)
Qu'y secouaize aîlieiir se breye
Je me passcray ben de semblable livreyc
(Acte I, V. 200^ 201.)
Cette forme de subjonctif paraît être restée spéciale à la con-
jugaison I, au moins jusquauxvn* siècle^; de nos jours elle est
employée dans toutes les conjugaisons : je relève les exemples
suivants de Temploi du subjonctif présent secondaire, dans un
I. P. Mcyer, Rtcueild'aftciins ttxUs^ 1. 1, p, 179 et ï8o.
a. Exception faite bien entendu pour les verbes du type cognosco,
•paresco.
lié E. PHtLlPO\'
recueil de pièces en patois de Condrieu, paru vers 1850, p. 7
et 14' :
Ht pu poirque in choquia ayéze bin sa pôr...
Et ou yé bien domageou que noutron bon râa
Leu passéze po in revuya coque fia.
Les œuvres patoises du poète de Rive*de-Gîers, Roquille,
nous fournissent un très grand nombre d'exemples de la même
formation; en voici deux ou trois :
Ht |c volo, plus tord, que de voutron vilbjo
In chamin vidnal fassésc \o partaja.
(U D/puiè man^tuK chmt IL)
Ht te vodn6s qu'iti directeur de mioes
Scyèse ainsi vex6 par de varmines
Qu*al cindzurése in paré procédé I
{Lo Pereyoux, chaol L)
O convient qu'a donnése a chaque rejiton
Lyvro, Polychinar, PantAÎn et mirliton.
{Lô Df'jmtô tnatiquà^ chant II. ')
Notons encore dans une pièce en patois de Mornant igniday-
sant^ rejtignayse K
Le patois de Saint-Genis-les-Ollières (Rhône) emploie
concurremment les deux formes du présent du subjonci. :
chànto et chànteiso^ cominço et cominceiso^ devo et dei^isOt marda
et fnordeisot veno et veneiso.
Le parler de Saint-Étienne connaît lui aussi le subj. prés, en
-eiso et dès la fin du xvu'' siècle, il Tapplique à toutes les con-
jugaisons ; s' of^fh^7/\7^f , ponchize, fa^eise àzns les œuvres des Cha-
1 . Lf Biautais et ku redskuUu de vai U Roches de CondriyiiLf in vers f>aloue\
par Louis Chaunurtin, Saint-Éiienne, R. Pichon, s. d.
2. Œuvres complètes de GmUaume RoquiîU de Rhe-de-Gier (Loire), Saint-
Élîennc, iÔ8j, p. 100, 101, 86. En 1789» Rivc-dc-Gier était une petite vilïc
du Lyonnais, archiprètré de Mornant» élection de Saint-Etienne; c'est appa-
remment cette dcmicrc circonstance qui explique son rattachement au dépar-
tement de la Loire; cf. Aimanach de Lyon pour 17S9.
f. Hymnaa la concorda otix fifros de Mornant ^ par £. C. Condamin tils,
Lyon, 1846^ p. 34 et 26*
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 287
pelon *; qua m léssêse, que fi chayésa, que saloupèie^ dans les
œuvres du poète stéphanois P. Phîlippon '.
Il eo est de même du parler bressan :
Son cor repose en tarra : é no fa prie Di
Q.u*i buteyze 5' un arma didan son paradi.
{Lo Guemeny v. 104.)
Le Guemen emploie également à la j* pers. du sing. ' ^ogey^e
(v. 266)j mengei^^e (y , iGj^y faUiey^e (v. 322). De même dans
la Piemonîeyi^a de Beroardin Uchard, l'auteur de Gtanun :
Qu'on fasseyze bracqua totore lo canon*..
No' te prian, bon Di, oncoretJc bon car.
Que lo Prinsso Crctin lu buteysc d*ac6r »,
Comme exemples de Femploi du subjonctif secondaire en
dauphinois on peut citer : 3 . atrapeise, troueist, trouei:;e, atîa-
kisi\ possei:(f (franc, puisse) et poissci:^e, se tenase dont il faut rap-
procher la 3*" perSt sing. du suhj. normal : eidei ». En savoisien
le type en -eiso a fait disparaître le subjonctif présent primitif
partout ailleurs que dans III : i. ânuise^ travaillàse, aiàsse, 3.
1, Œuvrts ccmplètes dé Jean Chapdùn, augmeniUs da (euwes de MM. Antoine
et Jacques Clmptlon^ Saim-Étienne, 1820, p. ijoei 245. Jean Chapebn mou-
rut à Tàge de 47 ans en 169). Les formes citées »c trouvent aux pp. 100, 130,
24$.
2. ŒuvFf s Complètes de Babochi(B. Philîppon), Saint-Étiennc% 1876, p, 146»
147, 149-
5. Us Lamentations d'un pauvre laboureur de Bresse, par B, Uchard, édition
PhilipOQ, p. 14, 21, 23, 47 et 48.
4, La Piedtnontoixe en vers bressan, pOLT Bernardin Uchard, Dijon, 16 19,
réimpression de 1855, p. 34» 35 et 4J. A côtd* de ces formes en -eyse, -<Fjrçr,
B. Uchard emploie aussi des 5** pers, du sing. en -<?){/] qui appartiennent
manifestement h la forme ordinaire du subj, fvù'i. fassey à côté â\i fasseyse
(p. î4), suffrây i^ii rime avec rey (p. 49), failky (p. 45) en regard du Jaltiey^e
du Guemen et dans ce dernier po^me : gardfy, gardet, v. 8a, p. i j et îo. Cesi
donc bien évidemment à tort que M, l'abbé Devaux (p. 40Î, noie 2) consi-
dère les formes bressanes en -cy comme appartenant au mode de formation
que nous étudions ici.
5 . Ces exemples sont empruntés au Banquet de le faye et au batifel de la
gistn^ édition Lapaume, p. 33, 70, 71, 74 et 23. D'après Téditeur, ces pièces
seraient Tune ci Tautrc Tocuvre de Laurent de Briançon, recteur de l'Uni-
aiassd, tegnàse, mais i. rAfc, 3* rAiri *. I^ bugeysien fle con-
naît plus que la forme ea -èsso aujourd. -asst : j- çantassé^
humasse f valyassé, vtnJyassé^ tenyassé^ dretnassi^.
Ainsi dans la région du Moyen-Rhône on faisait et on fait
encore usage, dans nombre de dialectes, de deux présents du
subjonctif, l'un formé sur le type /(j^tiw, l'autre sur un type que
nous aurons à déterminer, l*un qui se terminait en -et^ -fit à la
y pers. sing. et Tautre qui se terminait en -mif, -eisse à cette
même personne. Il faut rapprocher de ces subjonctifs moyen-
rhodaniens en -eisOj -eisso lessubjonct. lorrains en -ohse: 5, deli-
vroisse^ sauvoisse, aaroisse^ chantôissCy dûuhtotse; 6. trembhissmt ,
escoutùissent (I^ Psautier de Afd:^» édition Bonnardot, p. 63,
ï79ï 93 ^ 9î)i seulement, tandis que dans le moyen-rhoda-
nien cène forme de subjonct., d'abord spéciale àl,ne s'est éten-
due aux autres conjugaisons que vers h fin du x\^ sicde,
en lorrain elle a envahi toutes les conjugaisons dès le xiv* siècle :
disoissf, recevoissent (ihid.^ p* 179, 201 ').
M, Meycr-Lùbke, dans sa Grammaire des langues romanes
(t. n, p. 211 de la traduction française), a proposé deux expli-
cations des formes lorraines. D'après la première, on pourrait
y voir un compose du subj. en -oie avec le subj. en -sse^ et cette
hypothèse, ajoute le savant romaniste, est d'autant plus vrai-
semblable que le subj. en meizvt défaut dans le Psautier lorrain.
versité de Valence et qu'on croit être né à Grenoble; elles auraietit été oom-
posées vers 1560 (?).
1. Brachet» Dktiojt, du patois savoyard (canton d'Albertville)» p, 2î-î7-
2. E* Philipon, Le patois delà commune de Jujurieux^ P* 43- ^ forme de U
5« pen*»iDg. exclut, comme on le voit, rhypothèse que j*avais cniisc d*un
remi^ement du présent du subjonaîf par Timparf, de ce mode; on doit
prokibkmcm en dire autant de la a« pcrs. du plur. çanta$$d\ cf. la 2^ p< pi*
Je rimparf. du subj. en v. lyon. atmstes.
). A côté des subj. secondaires en -tUso^ -oisse^ on trouve aussîdans FEst,
mais non dans ta région do Moyen-Rhôtie, des subj. en -m>» -ûw» -eye dont
je ne puis m^occupçr ici ; c*c5t à ces derniers et non, comme l'a cru M. t'abbé
Dcvaux, AUX subj* en -eiso, que s'appliquent les explications proposées par
MM. Mussafia (Sit{urtgshfncbk dtr IVkner s4kad^miey X. CIV, p, 40), Gillié-
TQt\ (Le patois de Fionnai, p. 86), et Odin (Étude sur le verbe dans U patois de
Hlonay, p, ^4); cf. W, Foerstcr, Lyouer Yipptt^ p. XL, ciSuchier, Le Frunçais
elle Pfwtnçûi^ p. ua.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LVOMNAtS iH^f
Malgré cette vraisemblance, M. M.-L. incline plutôt à voir dans
lessubj. en -oissc des créations analogiques d'aprts poisse possit,
par rintermédiaire de voisse^sub]. d\illtr et d'estoisst* Comme le
subj. d'aller est en lyonnais alyo et non veisso^ et que d*auire
part poysse possit n'a bien évidemment exercé aucune in-
riuence sur anietse^ il est clair que cette seconde explication
ne saurait convenir aux formes lyonnaises. La première ne vaut
pas mieux, puisque le subj. lorrain en -cyisse n'est pas, comme le
croit M. M.-L., on composé des subj. en -oie et en -sse; c*est
tout simplement le subj. inchoatifen -éscam qui a été étendu
par voie d'analogie aux verbes de ta première conjugaison
d'abord, puis à tous les autres. La meilleure dcoionstration que
j'en puisse faire, c'est de donner ici, en regard Tun Je l'autre,
le paradigme du subj* secondaire en lyonUviis et celui du subj.
prés, des verbes à forme inchoarive.
Vieux lyonnais. — Subj. secondaire : i. atneiso^ 2, ameises;
3. amcisè et ameisse, 4, amessam^ 5. amese^y 6, amessanL
Subj. des verbes inchoatifs : r. Jîneiso, 2. fineises^ j. Jineise
et fi misse, 4, *finessam^ 5. *fines(i^ é.fifusanL
Patois de Saint-Genis-les-Ollieres, — Subj. second. :
i.chanteiso^ 2. chanteises, 3. chanteise, 4. chanlessan, j. chàn-
tcssé, 6. chantessanL
Subj. inchoatil". i. fittesso pour un plus anc. Jineisso, 2,
finesses^ }, fines se, ^.fifussàn, ^, finesse, é^finessant,
IMPARFAIT DU SUBJONCTU
Les conjugaisons I et III ont formé leur imparf. du subj, sur
le type hypothétique *legissem, en lyonnais comme en pro-
vençal : alegresso^ meni;^ejso\ traisesses^ venquesses, rendessam^ tou-
cessant, tolsisscnt. Par contre, Il a suivi le type monuissem
3mme en français : ausso^ tkusses^ saust ou le type audissem ;
nst^ poissas, (cf. (e franc, puisste:^ pour "pouissie:^), veïsses^vousisl
i:\volissant* De même, bien entendu, IV : servisso, partist, par-
Usant. Nos textes confondent continuellement -iss- et -ess- :
peudest^ venquessant en regard de pemlisî, perdissant. De même
i, M. Mcyer-Lùbkc(l. II, % 307)016 d'après un acte savoyard de 1552
dîment^ cîxvauclmiint.
^vmmmimt XXX
«î
290 E. PHTLIPO^Î
quoique beaucoup plus rarement d ins I : deîivrîsses^ gardissani
-iss' a définitivement triomphe dans les patois : amissiOy chan-
tissio. Je vois là une transformadoa phonétique aidée peut-
être par Tanalogie de IV. La chute de Vs devant t est (n
q y ente après j : csîendh^ pendit ^ mais alesl^ delivrest^ pemiesi. U
V" et la y pers. du plur. ont un a non étymologique du à
ranalogiedu subj. présent : aoresam^ rtndessam, garisam; apor*
lésant, toticessant, pansant.
Dans les patois du canton de Vaugneray (Rhône) les formi
de rimparfait du subjonctif sont d'une explication difficile
voici les paradigmes :
I. — a. chant'àoy -ise^ -ise^ -essàn^ -es5e\ -essàn,
g. chanî'issio^ -issiôy -issië, -issiàn, -issiô, -issiàn.
Le patois de Saint-Genis ne connaît au singulier que
forme X, tandis qu'au pluriel il emploie indifféremment 2 et ^.
Au témoignage de N. du Puitspelu, la forme ^ serait la seule
usitée à Craponne, mais est-ce bien certain ?
IL ày-éso, 'ése, -ése, -issiàn^ -issià^ -issiàn; dev-iso pôy-^so en
regard du subj. prés, poy-o, c< que je puisse n, sày-éso en regard
de sày-o « que je sache » ; vaîèso^ vol^so.
Le verbe avd a avoir » emploie concurremment avec âyéi* :
ussio habuissem.seul reste du paradigme du v, lyon. idemm^
deusscs, deusty deussam^ deusse^^ deussani; et encore la j* pers.
sing. est-elle nssie au lieu de nst.
IIL — a. vind-esso, -esse, -esse, -essàn, -essé, -essàn, — ^^vind-
iso^ 'ésCf~êse, -essiàn, -essiô^ -essiàn. — v. vind-éso, -est, -«*i^
-issiàUj -isiîôy -issiàn.
La forme x est usitée à Craponne, et les fonnes g et X i Saint-
Genis.
Le verbe substantif a les deux (orm^f ussio et sàyèso,
rV. — %. dorm- éso^ -ése^ t^se, -essàn^ -essé, -essàn et -/V;ti«,
'issiÔ, 'issiàn, à Saint-Genis; ;\ Craponne, venissio^ -issio^ -issii,
'issiàn, -issié, -issiàn,
3, Les verbes qui suivent la conjugaison inchoative forment
leur imparfait du subjonctif en ajoutant la terminaison -éo xu
thème du présent du. même mode : fluressiso^ -^e, -isef -issiàn,
'issîâj 'issiàn. A Craponne le plur. paraît emprunté au sub|.
prés, ijinésséso ^tjin^ssàn^ -essé^ -essàn* Le plur. -essàn parait bien
attester que fe sing. -ésa est pour un plus ancien -esso. H est
difficile de dire si cette fioaleaété empruntée à III ou si au con-
M
MÔRPIIOLOÛIE DU DIALECTE LYONKAîS 2^1
traire, il ne faat pas y voir un simple redoublement de la finale
--esso pour -essa -ëscam qui est dans le subj. prés, flurcs.^o.
La même question se pose pour le simple dormèso (^^^chr-
ftmsa)y en regard du subj. prés. dôrmo\ j/inclinerais pour ma
part à y voir la forme inchoative, tandis que la forme simple
serait représentée parle plur. dormissiàn.
mFÏNÎTIF
Le présent de ce mode est en -ar ou en -ter dans I suivant
que la terminaison -are est ou n'est pas précédée d'un son pala-
tal primaire ou secondaire: chantar en regard de ro/w^ntr, irum-
giet\ Dans II le latin -ère a abouti régulièrement à -er, -eir :
aveir^ deifeir, poer et pocir^ mver et saveir.
Nos textes, à la différence des textes français, distinguent
soigneusement le partie, prés, de I des partie, prés, des autres
conjugaisons : plorani, dtmorani, chantant ; — mais devenir pois-
sm:^^ scient, vêtent, pendent, vendent, cognoissent; comU^ sailleni^
buiUent^ etc. C'est donc à tort que M. Zacher se refuse à recon-
naître sur ce point la parfaite identité des conjugaisons lyon-
naise et provençale \ Rappelons qu'en lyonnais en se prononce
encore aujourd'hui mi; d'oii il suit que c est bien à l'influence
analogique de I qu'on doit les formes patoises payant ^ déviant,
rendant, fhiéssant.
L'étude du participe passé relève de la phonétique, aussi me
bornerai-je à renvoyer à ce que j*en ai dit dans la Ronwnia,
t. XIII, p* S43,et dans la Revue des Patois, t. I, p. 14 et 15,
DES VERBES INCHOATIFS
On sait qu'en latin les suflixes inchoatifs -âsco, -êsco,
Isco, sont sortis par analogie des verbes où le suffixe indo-
européen *-skû- s'était ajouté il des thèmes en -â, -e, ou î :
hi-â-scô en regard de hi-â-tus « ouverture », nâ-scôr
(=ç^-jaî), part- nà-tus; crè-scô, part, cré-vi, qui-c-
scô, parf. qui-ê-vi, rub-ê-scô en regard de rub-ê-s
«rouge»; vi-ê-scô, parf. vi-c-tus; hî-scô, sci-scô,
parf. scI-tum^
Les suffixes de nouvelle formation -âsco-^ -isco-^ ^îs€0- s'ajou-
i. Licher, /or. rt/., p. 58.
2. Brugmann, Grundriss, i, IV, J 674.
291 È. PHILIPON
tèrent respectivement au radical des verbes dont le thème $e
terminait en -à, -i, -î : am-âsco : aniô {=^amà-o), flor^scù :
fioré-ây obâorm-tscù dormî-ô; c'est là ce qui explique pourquoi,
malgré l'analogie de pô-scô, nô-jfà, il ue s* est pas développé de
suffixe -tiir(7- ' . Les finales -âsco, -iscû, -isco finirent par devenir
absolument indépendantes du caractère du thème auquel on les
ajouuit; de là des formes telles que contic-iscô : tace-a^ innot-èscù
àtnôiu-m, mit-isco de miti-s. On en vint même à tirer des
inchoatifs de verbes primitits (conj. III) : gcmisco dans Clau-
dien, de gcnw^ gemère^ procédé qui s*est développé en roman,
cf. TitaL capisco.
Le roman a laissé perdre à peu près complètement la finale
-âsco'; par contre il a développé les finales -êsco, -îsco;
seulement, il les a confondues en une forme unique qui est,
suivant les langues, tantôt -Isco^ tantôt -èsco. Cest là d'ailleurs
une confusion qui remonte à Tépoque romaine : conticesca et
conîiciscùj miîcsco et mitisco^ bruîesco et brutisco.
En italien, c'est la forme -isco qui a triomphé : florisco flo-
resco, languisco isLugucsco y appariscenk, partie, prés de Tinu-
site appariscOj finisco, parîisco. De même en provençal : florisc^
^/fwVr *plovîscit, plcviscat dans une charte du moyen âge;
pu nisc\ par Use mais pa reisser * pa r ê s c ê r e , su b j , prés . r . paresca .
De même aussi en français : v. itàiic, JhtiriSy garis, punis ^ pari-
santj mih parais parésco et bànç, mod. paraître = *parûislre
par-êscere; cL crotstre crè-scere.
En Espagne, en Portugal et en Roumanie au contraire c'est
la forme -ésco qui Ta emporté : esp. fiorecer, parecer; roum.
floresc, doresc dolesco; nuîresc. Il en est de même dans les dia-
lectes de ristrie Qitnésk)^ de rEngadîne et de la vallée du Haut-
Rhin *. Les dialectes du Haut et Moyen-Rhône ont aussi donné
la préférenceà la forme -csco : pat. de Vionnaiî :îirM floresc o,
drèttUsè do r m isco ^; pat. de Coligny : nuràsou pour un plus
ancien *nureiso^. On a cité plus haut, d'après Bernardin Uchard,
1, Cof^nosco doit en effet s'épçler c^fnà-Kô,
2, Le V. prov. inùsser tr4sc<:rc, partie, pass. iraicut ùài exception*
j, Mcyer-Lùbke, t, II, S 301.
4. Gil Héron, Patoù de îa cùmmum de yiûntm^^ p. 10$ et 104.
5. Clcdai, U Patoisde Coligmyetde Saint- Amour, Rotmnia, t. XIV, p. 36^.
MORPHOLOGIE DU DIALECTE LYONNAIS 29}
le V. hTes^znrogeyse^faHieyse {Ij>Guemen, v, 266 et 322). Le subj,
prés, bugeysien dremasse a dû passer aussi par *dran€ysse. Le dau-
phinois nous à Aouné posseiniey françu, pwwf, et /^mi-f, qui repré-
sente bien certainement te 11 4" èscat. Enfin on peut citer en v.
lyon, nureissoy fineîsô, gareiso, gareniescfjo en regard de pareisse
piirescat et de rmij^r crê-scatj en lyon. moderne jîoresso^
finesso ' ^
C'est également la forme -êsco qu'on retrouve dans le dia-
lecte du Psautier de Metz : disoisse^ reccvmssmt (édition F, Bon-
nardot, p, 179 et 201)'*
M, Meyer-Lûbke (Gramm., H, 269) donne de Talternance
dialectale -csco, -isco une explication différente de celle que
je viens de proposer; suivant le savant professeur, -^sc serait le
suffixe le plus ancien et -tsc une reformation qui s'expliquerait
par Tintroduction du suffixe dans la classe en -/, ce qui signifie
apparemment que le bas latin ayant uniformisé en -ésco les
finales -isco et -csco, certaines langues ont adopté cette
finale de nouvelle formation, tandis que d'autres sont allées cher-
cher dans le latin classique le suffixe -isc- abandonné par
le latin populaire. Malheureusement rien jusqu'à ce jour n'est
venu prouver l^uniformisaiion suffixale qu'on allègue et tout
donne a penser, au contraire, que le suffixe -isc-, qui avait ses
racines dans le plus ancien latin et qui prit à la fin de Tempire
un développement considérable \ ne cessa jamais d'être en
usage, surtout en Italie. Quant à la différence entre le traite-
ment français de parêscere et celui de flore s ce re, je Tat-
tribue à ce que florêre a passé à la conjugaison en -i>,
tandis que parère est resté dans la conjugaison en -eir;
1. 11 va sans dire que hemiw^ olmsso sont pour de plus anciens *henftiso^
*oheeiiso\ cf. les formes simples htitiont^ oh-intigemiismxt a côté à\sà)aneuont^
gariiSîi et converUues, nutfisso et mormo, etc.
2. Sur les verbes închoaiifs» voyez Diez, Gramm, dts Imgim romatus^ t. Il,
p. 136, 141; i8s, 189; 211, 219; 24s, 249, et MeyerLûbke, Gramm, âis
languie romand^ t. II, p, 268-273.
j. Un des exemples les plus curieux qu'on puisse citer de Textension de (a
forme inchoative dans les bas temps, c*est assurément le verbe hrntisco^ hru~
Usco « s'abrutir » qu'emploient Laaance, Sidoine et Fortunai* Notons <jtie
Sidoine» qui sùjournait fréquemment àLyon,sesertdelaforme&f'M/<^co, tandis
que Lactance et Fortunai écrivent brutisœ.
294 ^' PHILIPON
d'ailleurs on peut, dans cet ordre d'idées, opposer au v. franc,
parois parésco Titalien appariscente.
La forme inchoative a pris dans la conjugaison lyonnaise un
développement exceptionnel que j'ai constaté chemin faisant et
sur lequel je n'ai pas à revenir ici. Je me bornerai à quelques
brèves observations sur le traitement phonétique du suflSxe
verbal -êsco. La i"" pers. sing. de Tindic. présent suffrciso,
nureisso suppose la série -esco^ -ecso^-eyso ou -eyssû\ cf. le v. lyon.
coysi coxâ, layssier laxare *, La 2*" et la y pers. sing. -m, -eist
reproduisent très exactement -éscis et-êscit. Laa* et laj* pers.
sing. du parf bnieish\ bermsît, om pour correspondant en lyon,
mod, Jluressé^ fluressé zvec passage régulier de Vt final en roman
à c; cf nr nidum* Ce temps a été tiré du thème de Tindic.
prés, au moyen de la finale -ivi. Le v. lyon. emploie encore la
forme simple \ flurtî^dejenit, mais les patois ne connaissent plus
que la forme inchoative. Nos textes n'emploient pour le futur
et le conditionnel que la forme simple ijenirei; bentirirtypiririn;
les patois ont développé les formes inchoatives iflurèiré^
jJuritrin pour de plus anciens )îur<!j[/]ri^', fturis\î\rin, A Fimpé-
ratif, le v. lyon. hésite encore entre Tune et 1 autre forme :
2. œnverîeis^ ofreis et btnei^ offri; >. emples, floris. Le suffixe
-é se a- du suhj. prés, a été traité de deux façons différentes :
fineiso pour un primitif *finem\ cf. aygui et garenîesclyo pour
un primitif *garenteschi, cf. blanchi; garisses et suffresches^ flo-
reiie et (xvr esche pour des primitifs fioreiset et ^ovresclnt ** Le
simple apparaît encore dans 3. beneity 4. grepam^ dcgrepis pour
un plus ancien *dfgrepfis, L'imparf. du subj,,quiapris le suffixe
inchoatif en patois i fluressèso^ ne connaît dans nos textes que 11
forme simple. C'est aussi celle qui domine au partie, prés. ;
fugicnSy rcsplandcnty en regard du mot mi-savant ohedissen:;^^
obediem dans Marguerite d*Oingi.
E. Phïlifon,
1. On sait que dans les vieux textes lyonnais *ir t \ coriisi, dans Margue-
rite d*Oingt (p. 16), poer dans I v, j; d'ailleurs rien n*empéche de voir
dans nunhso une réduction de 'nurfiisso,
2, Sur le traitement de l'a posttonique en v. lyonnais, voyez Romania^
i, XIU, p. 55S.
NOTICE DU MS. 10295-304»
DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE BELGIQUE
(légendes en prose et en vers)
Le manuscrit que je vais décrire ne paie pas de mine. C'est
un in-foL en papier (29 cent, sur 20) écrit à longues lignes, sauf
les parties en vers octosyllabiques, qui sont à deux colonnes.
L'écriture est cursive et ne vise nullement à l'élégance, bien
qu'en général fort lisible. On y peut reconnaître deux mains
contemporaines qui, Tune et l'autre, appartiennent visiblement
h la première moitié du xV^ siècle. La première s'airête au
fol. 206 recto, et reparaît de temps à autre dans la suite; la
seconde commence au fol. 206 v°. L'époque où écrivait le pre-
mier copiste peut être déterminée avec précision. A la fin
de la vie de saint Antoine (art. 12) on lit : « Escript le jour de
la Magdelaine par Jehan Wag' (Wagon?), Tan mil iiij"" xxviij. »
Puis, à la suite de la vie de saint Martin (art. 26) : « Explicit
finis le vie saint Martin, qui fu parfaite par Jehan Wag', Tan
mil iiij' xxviij en jungnet, le xxviij^ jour. » Plus loin, à la fin de
la vie de sainte Catherine (art. 30), se lisent quelques mau-
vais vers où le copiste nous fait savoir qu'il a transcrit cette
vie à Ath (Hainaut), un samedi, « le nuit de le fieste », en
1428. J'ignore quelle est cette fête, mais cela n'a pas grande
I. On sait qu'à la Bibliothèque royale de Belgique, pour la partie inven-
toriée par l'ancien bibliothécaire Marchai, chaque ouvrage contenu dans un
manuscrit a un numéro spécial. Ce système, bien inusité et bien incommode»
n'a pas été appliqué avec rigueur.
2$6 V. MEYER
importance. De plus, à b fin des fables de Marie de France
(art. 42), nous trouvons des vers non moins médiocres où le
copiste déclare avoir terminé la transcription desdites fables la
nuit de la Pentecôte 1429. Nous pouvons donc affirmerque notre
manuscrit a été exécuté en 1428 et 1429.
A la 6n, au bas du fol. 385 v*, on rencontre une mention
qui n'est pas ordinaire, celle deceruines dépenses relatives à la
confection du livre :
Item, pour papier» le maîn } s. S 4., monte. , . 20 s.
Item, pour le loyage ' 40 s.
Item, pour les gnmdcs lettres. , • . . , , . .. 31 s.
Item, pour les doans ' . . , s s.
Notre manuscrit a fait partie de la riche bibliothèque de
Charles deCroy, prince de Chimai, qui fut parrain deCharlcs-
Quînt i. On lit en etfet, au fol. 586, cet ex-libris :
En ce livre sont contenues plumeurs vyes de sains et de saintes, en H nie
et ea prose, lequel est a Mons. Charles de Ooy, comte de Chimay.
Charles.
Voyons maintenant le contenu. C'est une compilation dans
laquelle sont entrés des éléments très variés, et qui, selon
toute apparence, n'avaient jamais été groupés en un seul volume.
Le principal de ces éléments devait être un recueil de légendes
françaises en prose, plus ou moins analogue à ceux que j*aî
déjà analysés dans le Bulletin de la Société des anciens textes
(années 1885, 1888, 1892^ ^897), ou ailleurs. Ce recueil devait
erre apparenté d'assez près à celui qui occupe une place consi-
t. La reliure.
1. tes clous placés sur les plats de U reliure.
\. Voir ce que je dis sur le sort de cette bibliothèque» qui a été de bonne
heure dispersée, dans AUxandrf ït Grand dam la Hitératurt francise,
W, 50Î, note, Cf. H. Martin, Hiit, de U BiN, d* TAnfnaï, p, 129, ci
Suchier» Œuirts poétiquts di Beaumanoir, l, xvin. Les débris de h Biblio-
thèque du prince de Chimai ne se mrouvent pas ^utcment à Bruxelles et à
Paris : il en existe aussi d^ ép«ives à MjdriJ (Durrieu, BiN. d^ tÉ^. dm
Ck,, LIV, 27 s), à Valencienncs {CaiaL général, XX \', 29 s), i léna, à Oxiord
(S. Berger, La Biblt françmsi m WÊoym dgi, pp. 228 et 41 }).
NOTICE DU MS. 10295-304 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 2^7
dérable dans le ms, français 6447 de Li Bibliothèque nationale.
Cest à la notice que i*ai publiée, eu 1896, de ce manuscrit ',
que je me référerai de préférence dans les pages qui suivent.
Les légendes du ms. de Bruxelles sont, en général du nombre
de celles qui ont été souvent copiées. Il faut toutefois faire une
exception pour ta vie de saint Quentin que je n'avais trouvée
jusquici que dans un manuscrit de Saint-Pétersbourg dont je
viens de publier b description ^ Mais en outre Técrivain à qui est
dû le ms. de Bruxelles a utilisé un recueil de sermons français sur
lesteresdes saints^ que je ne connais pas. A ce recueil sont em-
pruntés, selon les apparences, les articles 17 a 22 *, et proba-
blement aussi les articles 13 à 16. Il faut mettre à part Thistoire
de sainte Marie-Madeleine (art, 23), qui est fort intéressante
et que je n'ai pas rencontrée ailleurs sous la même forme. Enfin
notre écrivain a prisj je ne sais si c'est dans un seul recueil ou
dans plusieurs, neuf légendes en vers (art. 6 à 9 et 28 à 32),
dont quatre seulement étaient connues : les vies de saint Alexis
(art, 7), de sainte M.irine(art. 28), de sainte Julienne (art. 29),
de sainte Catherine (art. 30), Le fait que ces petits poèmes
forment deux groupes, séparés par de nombreux récits en prose,
donne à croire que le copiste a en à sa disposition deux recueils
de légendes versifiées. Il a joint à ces pieuses compositions trois
ouvrages qui sont ordinairement copiés séparément, VYsopei de
Marie de France (art. 42), Vlmagc du monde (art* 43) et la
Cirnsolaliond^ Boece, traduite par Renaud deLoulians(art. 44).
La Bible des laies gens (art, 45) est un poème didactique et
moral qui n'a pas été signalé jusqu'à présent,
1. — (Fol. i) La vie saint Chriitofte. Moût puct yestre Ik-s cui Nostre S.
doone um de grasce
(6447, art, 28O
2. — (Fol. 10) Chi après s^tnsieut k vie mmii. saint Sehastiien, En cel tanps
que Deocleckns et Maximiens esioiem empereour a Rome
(6447, art. 2S.)
I. Dans les Notices it extraits des ntanuscrits, X. XXXV, p, 435-510 (tiré i
pan chei Klincksieck). Voir particulièrement, pour les légendes, les pages
472 et suiv. Chaque ;micle a son numéro d'ordre.
1. Notices et extraits, XXXVI, 677 et suiv.
V La légende de saint Etienne (17) a même conservé son texteempmnté à
r Évangile.
298 p. MEYER
3* — (FûL 14 vo) Chi après $*emieut h vie me dame sainte UneU et dis ,jt/«".
vierges. Al tanps que nostre S. Jhesucris avoit ïe siècle aucques converti a la
sainte loyeta la sainte foy de baptesme.,
(6447» art. s6.)
4. — (Fol. 19) Chi après s*ensieut le vie des .vij, dortnans. El tans que
Decius César maintenoit rem pire de Rome estoîeni en la chîté de Fesîc ,vij.
homes, jovencs bacefer et ât/ belle fourme, dont tî uns cstoit apcUés Maxî-
mianus et H autres Malcus et U tiers Martinianus, ,..
(Cette version n'avait été rencontrée jusqu'à présent que dans It^ mss.
770 de Lyon et 1008 de Tours; voir Buiîetin des auc. textes, 1888, p, 92. et
Ï&97. P- SîO
5. — (Fo!. 22) Chi api h s*ensieut k vie et Je passion Momignettr saint
Quentin, Tout chil qui sens ont et discrétion doient volentiers oîr et entendre
les paroUes et les discrétions ' des sains manirs, car elles sont a la loenge
Nosire Signeur Jliesucrist et a la gloire de ceuls qui la paine en souffrirent,
par quoy il deservireni a avoir le parraenabïe gloire. Pour ce vous vocl je
tommenchier a dire le vie et le passion Monseigneur saint Quentio par
bries ves paroles...
(Version qui n'a été rencontrée jusqu'à présent que dans le tns. de Saint*
Péiersbourg; voir Notices et Extraits, XXXVI, 689),
0. — (Fol, 39 vo) La vie saint Basille, 88 quatrains.
Or escoutés, segneur, que Dicus vous beneîc.
Le glorieus dou de!» li fîls sainte Marie 1
Je vous voel raconter de la vierge Marie
Une moût haute istore qui duit bien esire oye.
L*istore dont je voel or comcncier mes dis
Commenche Approlme cùnsuettuUnis ;
Et qui ne m'en voet croire voit lire les cbcub :
Il trouvera pour voir tout ce que je vous dis.
L'istore doit bien yestre devant cters rechitée,
Et devant bie gent ne doit yestre celC'c, *
Car elle est de latin en français translatée.
Sans mettre et sans ostcr, fors tant qu'elle est rimée,
Jou ay au translater mise grant estudie
Et pour le mieus rimer villiét mainte nuttie.
Que de toutes gens fuist plus volentiers oie;
Je vocl or commcnchier. Dîeus m'en soii en aici
it Ms, de Saint-Pétersbourg : les poroîfs M vies.
NOTICE DU MS. IO295-304 DE LA BIBL. NAT. DE BELGiaUE 299
A saint Basille doient preudomme prendre exemple;
En la vierge Marie avoit moût grant fiance
Qpi bien set ses amis au grand besoing deffendre,
Cens qui en li siervir ont mise leur entente.
Bien doivent, ce me samble, justes et peceour
Siervir si haute dame ou tant a de douçour,
Qjii adiès en priieres est vicrs Dieu nuit et jour,
Et pour nous racorder est adès en labour.
Or voel a mon (sic) matere d[es] or mais retourner ;
Dou courtois saint Basille vorai premiers parler
Qpi siervi Nostre Dame de boin coer sans fauser,
De juner, devillier, de preschier et d'orer.
Sains Basilles li grans, dont raconter vous doy,
Evesques de Sebaste en dpadocc estoit.
A celui umpsa Rome .j. empercre avoit (/b/. 30).
Juliien Tapostate', ensi noumés estoit.
Juliien l'apostate, dont je fas mension,
Avoit * estét crestiien et de religion.
Moines fu et diacres, et par sa traîson
Renoya Jhesu Crist qui souHri passion.
Juliien l'apostate, dont vous m'oés conter,
Fist maint grant tourment en sainte crestîenté.
Maintes dignes églises par terre craventcr
Et mains glorieus sains a martire livrer.
Juliien l'apostate par sa grant felonnie
Dist de la mère Dieu mainte grant vilonnîe.
Que. quant elle enfanta, pucelle n*estoit mie.
Et que Joseph li fevres si Tavoit engrossie...
Rn (fol 34) :
Loée soit la dame, loéc soit ) la roîne
Qpi, parmi la priiere monsigneur saint Basille,
Garda crestienté de la gent sarrasinc !
Coée soit la dame unt corn elle en est digne !
Meut est fols, ce me samble, qui ne le siert bien S
Car chis qui bien le sicrt en ara boin leuwier ;
Juste ne peceour ne s'en doit dcffier,
Car elle voet cascun qui bien le sicrt aidier.
I. Ms. la postaU, ici et plus loin. — 2. Corr. 0/? — 3. Suppr. soii. —
4. Le second hémistiche est trop court.
JOO p. MEVER
Prions dévotement a le \nergene Marie,
Qui as boins crestitens fist secours et aîc,
Qjjc de mal nous deflfengc et imgne en son service.
Et voelle mettre pais par toute sainte EgUsc. Amen.
Explicit fims.
(Ce poème, qui commence comme une chanson de geste, ne pamîi ^
se rencontrer ailleurs. C'est visiblement une oeuvre du xrv^ siècle ou tootc
plus de la fin du xiii^. Malgré sa date relativement récente, on y remarqK
quelques a&sonnances. Il a pour objet non pas exactement la vie de oàz
BAStle» mais un épisode détaché de cette rie : le récit 4e ht rencontre dosaiK
ax'ec l'empereur Julien et de la mon miraculeuse de ce dernier. Cet éfisodea
étt^ sou N'en t copit^^ prt^et on en connaissait défi filtisietirs \*ensaoiis îasigim:
voir ce que je dis i ce sujet dans ma notice sur tin manuscrit d'OàiaMoa^
tenant d anciens miracles de b Vierge en vers Êrançais, NaHca d alnÊk^
XXXrV\2* partk,44 L auteur du poème die, â la v^èriic. comme source oniqof«
une rédaction particulière oomoiei^aot paj AffroimU amsmgtitdimù. Mais q iv
faut peut-^tre pas prendre son assertion au pied de la lettre. Il a sans éom
enca vueun sermcm de Fulbert de Qiaaiie5(l%oc, Fmi9vl,iai,, CXO, poi
fofi commeiice pir : • Apfimlnte coosnetadfaMS es< , apod Chrisdaaov
avçlOiUiii pitniiii ifies nataltiios àhscrvxre... •; es îl est ornaâi que dm
^ nswnm^ dont od t on très gruid oomte de aiptes» rhtsmire de sém
Railr et de JttlSita est rapportée, ai^ec divers nîrades diratioés à démooticr
IlBWrumUoft pnimmif 4e la Vkfge dus les attres Inunaînes; arâ «
dN« «OT^ aoM OBOiDés Wèropcm, et il m paoit feien pmWle çae
le poêle cowMBsail !■ lé^eode de svnt Baie par des nfiots plus amples-
(Fût H "<*) If tm mmt Jkxiu
E^m Vmttm de Dm le poei
AlolK, pdHH dÉv G. PMi
CflCkvirj
NOTICE DU MS. 10295-304 t>E LA fiIBL. ROY. DE fiELGiaUE ^Ot
Voel recorder .j. dit dé boin entendement
De .ij. saintes piersonnes; oés moy boinement.
Douce gens, la prumiere est sainte Dieudonnée :
En Jhesucris siervir mist toute sa pensée ;
Si bien se seut porter en la povre valée
De ça jus que lassus est es cieus couronnée.
Li père et li mère Dieudonnée ensement
Furent par mariage ensanle longuement ;
Ains que euissent enfant prioient Dieu souvent
Q^ie .j. fieut ou une fille leur donnast Dieus briement.
Dieus, qui ne set as justes a leur besoing falir,
Leur donna une fille dont vous pores oîr.
Moût rices gens estoient, bien le fîsent nourir ;
Mise fu a TescoUe dès que sot retenir.
Elle aprent a TescoUe et lisoit son sautier
Aussi bien que font cil qui lissent (51c) au moustier.
Tel biauté li veut Dieus a .xv. ansenvoiier
C'on ne trouvast plus bielle tant c'on peuîst cierquier.
Avoecq le grant biauté que Dieus ot en li mise
Estoit parfaitement de boine[s] meurs enprisc.
Pour sa bielle façon et pour sa bielle guise
Des plus haus dou païs fu viers les siens requise.
A xiij. ans espousa le fil d'un haut baron,
Sage, dous et courtois et de bielle façon ;
Voir» on ne trouvast pas en celle nassion
Nulle plus bielle paire que celle dont parlons.
A noeces firent joie trestout, jovenes et vieus ; (foL 48)
Mais la prumiere anée veut li glorieus Dieus
Qpe la jovene espousée se delivrast d'un fieus,
Dont tout cil dou lignage en furent moût joieus.
Mais la joie dou monde, douce gent, petit vaut :
Ce n'est c'un passement qui au grant besoing faut ;
' Mais le mort qui n'espargne ne le bas ne le haut '.
Grant duel fîsent pour li si parent H plus haut.
I. Il doit y avoir ici une lacune causée par la répétition du mot fxiut à
quelques quatrains de distance. L'auteur devait conter que le mari de la
datne était mort.
}02 P. MEYER
En souspînnt dîst elle : « Douce vierge Marie,
Gîmmcnt ai ge si los pierdu ma compagnie ?
DoufsJ Dieu, je ne quidoie, quant asarablames, mie
Qpc le mort en fcsisi si tos la départie.
ft \fais je prouaiéc a Dteu de boin coer et apielle.
Si voir corn il nasqui de la vierge pucielle»
Qjie jamais jour a homme, par nesune querelle,
M'arai conjonction ne amistc^ carneilc.
« Ja ne don rai paratre au petit orfenin ;
Pries me tcnray de ly au soir et au matin.
N'aray autre mari ; moût l'aime de coer fin,
Dîeus asoille &on père, qui de Tiauwe ôst vin 1 »
Elle met à Técolc son fils Jean, qui A deux ans était déji « plein d'enten-
dement ». A sapritTeellc quitte un jour ses vêtements de deuil, et revêt \m
robe qu'elle poïUit le jour de son tnariage. Se regardant en un miroir, elle
s*efrraie de se voir si belle, et forme le projet de quitter le monde. Elle par-
tage SCS biens, donne à son fils la part qui lui revient, distribue la sienne aux
pauvres. etj vêtue « à guise de garçon*), elle s'en va, sans prendre congé dç
personne, et s'embarque pour Rhodes, où elle se retire en un moutier, Ccpen*
dant son fils grandissait et ne tardait pas à devenir le meilleur clerc du pays.
La fille du roi lui fil des avances quû repoussa avec indignation, mais elle
eût plus de succès avec un chevalier, qui l'engrossa. Sommée de diJclarcr
son séducteur, elle accusa le clerc Jean qui fut exLlê dans un désert. U avait
emporté avec lui encre et parchemin pour écrire, mais le diable lai renversa
son encrier. Dieu fit un miracle : le clerc n'eut qu'à porter sa plume à sa
bouche, pour écrire en lettre d'or (d'où le surnom de Jean Bouche tfor). Fina-
lement son innocence fut reconnue. Il fut délivré et devint évéque de ta
cité. Peu après sa mère revint dans son pays, selon un ordre reçu en songe*
Elle ne fut reconnue de personne, pas même de sa propre mère, et occupa
une cellule de recluse. Vers ce temps, Tévéque Jean fut accusé de trahison :
on lui attribua une lettre missive écrite, d'une écriture toute semblable à U
sienne, par le démon. Condamné sur cette preuve, malgré ses protestations,
il fut dépouillé de ses vêtements épiscopaux et renfermé dans un monastère
après avoir eu la main coupée. Mais la Vierge, qu*il implorait, le guém
miraculeusement. Dès lors le roi, convaincu de son innocence, le rétabli! sur
son siège épiscopal \ Sur ces cniretaiies, Dîcudonoéc fut avertie en songe que
1. Il y a un récit analogue dans une vie de saint Jean Damascène ; seule-
ment ce n'est pas le diable qui fabrique la lettre, maïs un jeune homme que
le saint avait élevé (Vincent, Spec, Mi/or,, XVIII [éd. de Douai, XIX], cb. civ
et cv. Même récit, avec des circonstances peu différentes, dans la vie écrite
en grec par !e patriarche Jean {AA.SS., ma», JI, 114),
>îOTlCE DU MS. I029$-ÎÔ4 DE LA BIBL, ROY. DE BELGIQ.UE JOJ
l'heure de sa mort approchait. Elle ne se fît pas connaître, mais avertit son
fils.de venir la voir il un certain moment. Ce moment était celui où elle
venait de rendre l'Ame. Douleur de la mère et du fils.
Sains Jehans Bouce d'or, qui moût fait a prisier (/. 58 v»)
Fist le cors de sa mcre moût bien apparillier ;
Puis fu elle portée dedens le grant moustier.
En trestout le lignage n'a voit que couroucier,
Ne en trestous les autres qui furent la entour ;
Et quant fu entterée cascun fist grant dolour ;
Puis fu elle eslevée, que le douç creatour
Fist grans vertus pour li ou paîs tout entour.
On trouva, .j. uublet ou elle avoit escrit
Les paines et les maus et le crueus labit
Q^e pour Dieu ot souffiert en estragne païs.
Toute sa vie i fu et en fais et en dis.
De son fil vous dirai et puis si ferai fin.
Bien avés oî dire que par [un] faus couvin
Fu il' menés ou desiert u il ot maint hustin,
Qui trestoute sa vie siervi Dieu de coer fin.
L'anemi qui tous jours contre *les boins estriveC/!. 59).
Li espandy son encre ; ce fu oevre ketive.
Mais Dieus, qui est nommés, en saluant, car vive,
Veut que les lettres d'or fesist de sa salive.
Puis le cuida moût bien Tanemi engignier,
Quant on li fist a tort le diestre main trencier ;
Mais la Vierge Marie le gari sans dangier :
Q)ii siert si boine dame il ne puet perillcr.
Douce gent, cel evesque ' dont je vous ay parlé S
Saint Jehan Bouce d'or ensi est apiellés ;
Tant vesqui en ce siècle qu*il ot le grant clarté
Des cieus que Dieus nous doinst par sa grande bonté.
Expiicit finis de Dieudonnée et de saint Jehan Bouce d'or son fil.
(Poème jusqu'ici inconnu qui parait dater, comme les deux précédents, du
Xiv« siècle. La légende mise en œuvre est connue d'ailleurs, bien qu'elle
I. Suppr. f7. — 2. Ms. ce let'esqtte. — 3. Ici, et aux vers 3 et 4 de ce
quatrain, le copiste avait écrit un / final, selon l'usage du nord de la France,
qui a été raturé.
}04 P. MEYER
n'ait pis itc,:^squ*:d, Vob\f. d'une é:jJ« approfondie =. Eîe a fourni le sujet
c j Miracle it sain: Jean Oir.-5os^:>aie, le six-.err^ des Mirjs^ Je Xastn Ddhu
p-riiir: p^r O. Paris et Uivise R'-/r«rî ». Li le so3 de La mère du saint esi
Antnjse !, Je ne saurais dire si l'idée de reniplajer oc nom par odni de Dieu-
doiit tvi propre a l'auteur du poème ou si ceiui-ci Ta emprantêe à quelque
léger^de que je ne connais pas.)
9. — CFol. 59) /> tv ;ajn/^ Azrfrf.
Q.4i a talent de Dieu servir
Si vîegne avant pour moy oyr,
H i More voel conter nouvelle,
Piecha n'oistcs la pareille.
Sachiés que ce n'es: pas d'Ogier
Ne de Rolant ne d*01ivier.
Mais d'une sainte damoisielle
Qpi par unt fu courtoise et bêle.
La grant clané de son der vis
Nus sages ders, unt soit apris.
Ne le « saroft dou tout de\'iser,
Mais .j. petit en vocl conter :
Le chief ot bloncq corn lins parés,
Bien fait le vb et bouce et nés,
Coulour avoit en sa masielle.
Moût cstoit bielle damoisielle.
Le grant biauté de sa faiture
Ne le puis exposer par escriture ^
Orescoutcs; que Dicx vous garde!
La damoisielle ot a non Barbe ;
Dyoscorus oc non ses père.
Mais je ne sai coment sa mère :
Haus bons estoit et moût courtois
Toudis faisoit moût grans conrois ;
Siergans avoit et vavasais.
Qui sier\'oient par son palais.
Paxiens estoit et mescreans,
E[t] la pucielleen Dieucreans (r)
Oi{e] prions a la pucelle (/a/. 63 h)
Sainte Barbe, la Dieu ancelle,
Q^ejelle prie au Creatour
QM*il nous donne joie et honnour;
Tels oe\Tes nous doinst maintenir
Que nous puissiemes parvenir
Lassus en paradis tout droit.
Dittes amen, que Diez Totroit !
Explicit le vie sainte Barbe,
rCct'.e vie, d'environ 320 vers, ne peut guère être antérieure i la fin du
XII r siècle. L'original est dans Surius, au 4 décembre. Sainte Barbe était
particulièrement honorée dans les diocèses de Malines, Gand et Bruges. Il
existe une autre vie versifiée de sainte Barbe dans le ms. 61$, fol. 96, d'Avi-
gnon Cxvic siècle;. Iille est en quatrains et parait dater du xv« siècle, ou, tout
au plus, de la fin du xive.)
1. M. dWncona en dit quelques mots dans son mémoire sur la Sloria di
San (iioiatnii Bocailoro {Pœtnetti popolari ilalianij p. 38).
2. T. 1, p. 254. Le même miracle avait été publié peu auparavant par
M. Wahlund.
3. Anthusa dans la légende latine de saint Jean Chr)'sostome, Anthura
cIk/ Jacques de Varazze (éd. Grasse, p. 611).
4. Il t.iut supprimer le.
). Vers trop long : il faut supprimer k et remplacer exposer par un
verbe de deux syllabes, tel que dire.
NOTICE DU MS. IO295-304 DE tA BIBL, ROY. DE BELGIQUE 305
10. ^ (Fol. éjN-o) Le vu monsigmnr sain i Jorge. Chi aprùs s'cnsicui le
vie mons, saint Jorge le glorieus martir, comment il fu martiriics, lequel
martire en ramembrancc cascuns hommes d'armes le doit porter en bataille et
en tous lîeus pcrilleus; et qui c'onques le lira ou ora lire, ja Icel jour nus
maus ne ii avenra ne nus encombriés, mais qu'il ait bonne foy et ferme
créance ou Père et ou Fil et ou benoît Saint Esperii, et en mons. SAÎni Jorge,
qui li seront en ayuwe a tous Iesbcsoing[s]qu ilaront, El qui en dévotion le
portera, ja son anemi n'ara pooir ne victore sur lui. Mess, sains Jorges,
chieus glorieus martîrs, fu de très grant lignie et fu nés de la chitc de Capa-
doce. En si corne il pieu t a Dieu, il vint en une contrée que on api elle Libie......
(Cette version, qui, on le voit par le début, a un caractère assez populaire,
n*est pas celle qu*0îi rencontre ordinairement dans nos légendiers français,
par ex. dans le m&. 6447, art. 27. Un texte très analogue à celui que nous
avons ici est copié isolement dans le ms. 570 de TArsenal, ioL 106,)
11, — (Fol. 68 vo) Lr tne sainte Eufrosint, En le chité d*Alixandre, qui
est en Egipie, eult detnorant .j. moût vailant preudomme et moût gentil, et
qui de tous faisoit a lionnourer, et wardoit les mandemens que Diex com-
manda. Cils si se maria et prist a femme une pue i elle qui bien es toit convîn-
gnable a sen lignage. Plaine elle estoii d*onnesté et de boines meurs, mais
elle ne pooit avoir fruit de scn ventre
(Version dont je ne connais pas d'autre exemplaire. L'original dans les
AA, SS., Il févr. ; Rosweyd, Vitx pairum [Migne» LXXIII, 643]; Rn\ des
i. rtm.^ n, 26.)
12* ^ (Fol. 75 vt>) Lt vie saint Antonne. Priestrcs Evagres a sen très
chicr fil Ynocense salut en Dieu. I^ translation exposée et tnise d'une langue
en une autre a le parolle si coevre souvent le sens et rentendement^ por tant
que H orison qui sicrt as causes et as figures aournée et faite par loncq ser-
mon a paîne demoustre et explique le cose qui puet ycstre plus briefment
déclarée; et pour tant, ceste cose eskieuwans, ay en tel manière transposét
le vie de saint Antlioine a te priiere que riens en ceste transpositions ne
faut dou sens, combien que aucunes desparolles y defallcnt, Lî aucuns, pour
mieus leur coses aourner, recopent leur sîlabes et leur lettres, mais laisse tout
çou, si quiers les sentences.
Très chiers frères, comme boinc et glorieuse cose est que de yestrc iuwiel
as moisnes ou yaus sourmonter par Tinstancc de vîertut...
(Cette version, lourde et littérale, ne parait pas se retrouver ailleurs. On
connaît deux autres versions françaises de la vie de saint Antoine, voir ma
notice sur le légendter de Saînt-Péterï»bourg, Notices et exlraits^ XXXVI, 688.
L'originaJ est dans Migne, LXXUl, 12s,)
13. — (Fol, lo? voj U vie saint Bietnmieu, Quant li aposteles de Jhesu-
cris s espandirent par le monde pour prechier le foy de Jhesucrist^ sains
Bertolomees li aposteles vînt en Inde le maiour, qui est en la lin du monde,
AsMMHidi KXX 20
i
306 V. M£Y£R
dont li prîst a crier uns demodakes qui travilUés estoû dou duble que en
son corps avoit appostde de Dieu : • Tes proncres m'espnîiideni et ardent
plus que nus feus »...
(Version abrégée dont je ne connais pas d'autre exemplaire. Même obser-
vation pour les trois articles suivants.)
14- — (Fol. 104 v^) Z> ine saint Mahteu apostde. Sains Nîahieus tu
aposteles et cvangelistres. W prêcha en Anthioce. La avoit Jj, encantcurs,
Zaroas et Arphastaf ; cil se muoient en diverses fourmes et enfantosmoient les
gens, et se faisoîent croire et aorer comme Dieu...
16- — (Fol. 105 vc») ht vu sainte Agnès, Sainte Agnès fu de Rommc, de
hautparage. £llereceupt martire, qu'elle n'avoitque .xiij. ans^ pour Taniour
de Jhesucrist. Li fieux au prouvost de Romme Fama...
10* — (Fol. los vo) Le vie saint Pinçant. Sains Vincens fu ncs de le
cbitét d^Aufrique, et fu cousins giermains a mons. Saint Leurent, et cstoit
diacres d*Au6ique. Li empereres Dachiiens le fist venir devant lui...
17. — (Fol. 106) Li itf saint Eitievene, Natus est nobis fxkJte sah'Oior, tpii
est Dominus jimus ChrisbiSyincivitate David [L\jc, II. 11]. CcsparoUes disent
li angeles as pasteurs : Hui est neis a nous H sauveres del monde, c*cst Jhe-
sus Crist, et pour çou devez vous grant joie mener. ,.
(Cette vie de saint Etienne est proprement un sermon pour la fètc du saint,
2é décembre, et on peut en dire autant des deux articles qui suivent.)
18- —(Fol. to7 v«} Lt vie saint Jehan ei*angeîiste et afosteU. Nous arons
rcndenuin dou jour saint Estievene, et au tierch jour de Kocl, le ficste dou
gloncus ami Nostre Signeur, Monsigncur saint Jehan» qui fu aposteles et evan-
gdistres et frères monsigneur saint Jake de (jalisce...
19. — (Fol. 108) Dei Jnoc^ns. Après çou que li sauveres dou monde fu
nés en Bethléem, pour çou que Erodes li rois de JhcrusaJera vît que li .iij.
rois qui quis l'avoient ne revenaient nient par lui, bien cuida qu'il fuissem
deçult pr le vision de restotlc^ dont d'iaus enquist pau, jusques a chou qu'il
oy dire chou que dit en avoient li pastour a cui li angele s'estoit apparut ..
20. — (FoL 109 vo) Lt vie saint Piere apostek. De us grans luminaires
Ast Diex : le soleil pour çou que sour tierc lutsist par jour, et la lune pour
chou que par nuit peuwist on en la mer dou monde ténébreuse coistr, v^ct
discerner îa voie de son salut...
(Est-ce encore un sermon ? Je serais porté a le croire, et je pense quHl en
est de même "des articles 21 et 22.)
31. — (FoL m) Le vie saint Jehan Baptiste. David, li rois de Jbertisalem,
cstaubli a son tamps.xxtiij. souverains priestrescl temple pour chou que plus
grandement, plus ticment et plus reveranmcnt y fust Diex gracies^ siervis et
loés,..
NOTICE DU MS. IO29S-304 DE LA BIBL. ROY, DE BELGIQUE 307
22» — (FoL II}) Le vie iahit Denis, Sains Denis fu nés a Athènes, en
Grcsce ; il fu boins clers eo grieu, ei lani cstoii soubdeus et saiges, que» a
l*eure que Nostre Sires fu mis en crois, il vit bien, par leselemens» quecieus
Diex qui ûst ciel et terre ei loutc autre nature estoh en paine,,*
23. — Vie de sainte Marie-Madeltnne, Grtte rédnction de la
légende de Marie^Madeleiiie mérite Tattention. Elle a une
illure toute particulière. Elle ne suit que de loin les vies
latines. Elle s*en écarte sur un point important. Dans le récit
du miracle connu sous le nom de « miracle du seigneur de
Marseille », la ville où habitait ce seigneur est non pas Mar-
seille, comme dans la plupart des textes latins ' ou français,
non pas Ballata, Barlate^ Baletc, comme dans VAlérmatw in
intis sanctorum et textes dérivés *, non pas Aquilée comiue
dans une des versions françaises ^, mais Arles, ville qui est ici
ippelée Arles le blanc. On sait que cette qualification est
'donnée à la ville d'Arles en divers textes du moyen âge, mais
on n'en connaît pas rorigine^ Le personnage qui est l'occa-
sion du miracle était, selon notre rédaction, un seigneur
d*Aquitaine. Peut-être y a-t-il lieu de supposer que Toriglnal
portait a Aquilée », et que Tauteur ou le copiste de notre ver-
sion aura commis une confusion. Je ne me propose pas de
chercher ici à l'aide de quels éléments a été composée la rédac-
tion du ms. de Bruxelles : cette recherche exigerait de trop
longues explications et doit être réservée pour un travail ï
part. Je veux seulement dire : 1° qu'il se pourrait que la rédac-
tion que je vais faire connaître par quelques extraits fût la mise
en prose d'un poème perdu; 2** que fauteur de ce poème perdu
'ou de notre rédaction en prose a utilisé une vie latine formée
de divers éléments assez faciles à déterminer, au nombre des-
» quels il faut placer la légende de Tenlèvement du corps de la
'sainte parle moine Badilon et de son transport a Vézelai,
légende qui remonte selon toute apparence au xi* siècle, et
non pas seulement, comme on Ta cru, au xm* ou au xiv^ ^,
1. Voir Histoire littéraire ^ XXXII, 9s»
2. Voir ma notice sur le légcndier français classé selon l'ordre de Tannée
liturgique. Nûtim et extraits, ÎCXXVI, 38 (an. 88).
3. Ibid.
4. Voir Chabaneau, Rivm des langues rcmaneSt 4* série, II, $34.
5. Cest ce que j*ai prouvé, Rùfmnia, VU, %i\.
3 68 p. MEYER
(FoL ii3 v») Le vU Marii Magiklainé, Gcnticu damoisidle dcbotriAirc,
courtoise et largue, âllc de rîce cjstelain, Magdaloch^ suer dou Ladre,
chevalier nobttei et de Marte qui Dieu servi, fu Marie Magdelainc» bielle ci
plaisjns, cointe et de noble atour, joveoe et jcuwans, souef et délicieusement
nourie, sî que a la vanitét dou monde et au delis de sa car s'abandonna
toute en la ferveur de sa joveneche, et luxurieuscment se maintînt, que son
non et sa grasce et s*onneur perdi ; car tant fu folle que a tous fu commune,
si que communemein Tapielloit on la peceresse, et son non li avoit ja son
grant pekiét toi ut,..
(Fol. 114 ^°) Adont se départi li Magdelaine des aposteles ; avoecq I'ud
des Jxx. aposteles, qui Maxîmins ot non, entra en la mer et vint a Marseîle,
et d'illuecq a Arle le blanche, u, par sa prédication et par les miracles que
Diex faisoit par se priiere, convierti moût de peuple a la foy de Jhesucrist, si
que cil que conviertis ot Ksent saint Maximin vcsque de la citét '. (FoL
M î) Tant ardanmcnt prêcha la Magddaine que, par sa prédication, con-
vierti si.j. chevalier d'Acquit.iîne, que la première crois qui oncquesfu carde
pour vîseter le Sépulcre li carca, car de sa damme de femme ne pooit enfant
avoir; se li requist que Dieu priast que ,j* lioir maHe leur donnast^ et li pro-
mîst et voa que il et la damne yroieni en la sainte tiere viseter le sépulcre
Tbesucrist comme pellerin.,.
(FoL ii6) Mais au tamps le fort roy Cartemame, en Tan de grasce .vîjc.
.xlviij., fu Géras de Rousselon, dus de Bourgongne, qui de Biertc sa femme
ne peut oncques enfant avoir; si s*apenserent que de Dieu fcroient leur hoir,
dont large furent as povres, et, entre les autres, fondèrent et si fisent faire une
abbie par grant devoltion. S'oîrent parler des miracles le douce Magdelaine,
et envolèrent .j. moine» qui Badelp nommés estott, quere le saint corps;
si vint a Arle le blancc que destruite avoicnt li pâiien, et quisi
tant que le tombiel trouva sous lequel le cors saint ta sainte Magdclaine
gisoii comme apostolessc et reposoit et estoit» La dont atendi U nuit,
et le Iroissa, et prist le corps et Tcnporta a Verselai, ou, entre lui et son abbét,
l'aporlerent en l'abie, avoecq la sainte procession qui vint contre lui» Si ot
adont moût grant miracles, et moût en y a encores souvent, mais a Fescrire,
a Toïr et au retenir poroient tomer as fais; si doit bien $ou6Bre çou que cht
en est cscript.
24. ~ (FoL lié) Le vie samU Marthe. Sainte Marthe, li boine hostcsse
Nostrc S.j fu née de Bethanie, d*un castiel priés de Jherusalem, noble de
lignage et de royaul lignie. Ses pères ot non Sirus et se mcre Eukarie. Marie
Magdelaine fu se soer et sains Ladres fu ses frères, que Nostrc S. resuscita.
£Ue fu soubgite au commandement de la loy.*,
(Version dont on possède plusieurs copies; voir ma notice sur Trou légm^
t. L*idée que Maximin aurait été faitévéque d'Arles est bien singulière.
NOTICE DU MS. IO295-304 DE LA BIBL. ROY. DE BELGIQUE 309
ditrs français attribua à Jean BeUt, art. 152, dans Notices et extraits, XXXVI,
467.)
25. — (FoL 120 vo) De saint Andrieti. Sains Andrieus H appostcles fu
frère saint Piere ; ce fu li plus deboinaires de tous les apposteles. Ensi qu*il
preçoit .j. jour sur le mer en une chitét que on apielloit Patras, li mers jetta
a rive .j. homme noiiét. Sains Andrieus pria Nostre Signeur qu'il le resusci-
tast...
(Cest probablement encore un sermon. Je n'en connais pas d'autre copie.)
26. — (Fol. 121) La vie Monsigneur saint Martin. Grant joie fist on en la
chitét de Tours, quant du boin saint homme religieus on fîst vcsque qui
Martin avoit non, et fait ou encores cascun an au jor que estorés et ordenés
y fu
(Môme observation qu'à l'article précédent.)
27. — (Fol. 124) Le vie et le rnartire saint Leurcn. Apriès che que sains
Sixtes fu maitiriiés, si comme vous ores » chi après, li chevalier qui avoicnt
pris saint Leuren le baillierent et livrèrent a Partemie, qui estoit baillicus e
justice après Valeriien le provost. Et tantost l'ala nonchier a Decius Tempe-
reour, et si li dist qu'il avoit mis en prison saint Leuren qui diacres estoit
Sixte l'evesque des crestiiens...
(6447, art. 35; cf. Bulletin des anc, textes, 1885, p. 60.)
28. — (Fol. 128) Le vie de Marine d^Egipte, viergene.
Moult est fols qui son ombre cace. Cil qui oncques ) en abonde
Mais cis qui le vens ensauce %
N*est mie granment plus sénés.
Trop a grant pooir vanités :
As hommes a ses las tendus;
Tout li mondes y est ceûs.
Aucuns par viertus hors en ist ;
Mais la grignour partie i gist.
Bien est es las de vanité
Qui au vent a son coer tourné.
Moût plaist a celui qui a caut
Li vens, mais assés tes li faut ;
Ensi est il des biens del monde
Ne se garde se vient la mors
Qui fait l'ame partir del cors.
Çou est la vraie médecine (J'ol. 1 37)
Qui la sainte vierge Marine
Garda tous jours de l'anemi
Et a le mort le conduisi
En joie durable et entière
Ou Diex nous maint par sa proiere
Amen. Explicit.
1. n faudrait si com vous ave\ oî, au passé, car la vie de saint Laurent fait
suite ordinairement, dans les légendiers français, à la vie de saint Sixte, mais
ici cette dernière est placée plus loin (art. 35).
2. Corr. vent ensace,
%. Corr. Cil a cui auques}
310 p. MEYER
(Poème d'environ looo vers dont on connaît depuis longtemps un manu-
scrit au Vatican ; voir Keller, Romvarty p. 605. L'original est dans les Ff7«
Patrum, Migne, LXXUI, 691.)
29. — (Fol. in) Le vie sainte Julianne.
Or escoutés, boins crestiiens ; U ces parolles sont escriptes.
Qui or ora si fera bien. Qui pour l'amour Dieu les ora
Cil qui vora a Dieu penser Son gueredoh en recevera,
Doit bien oïr et escouter. Car ce dist Diex li justideres :
Ichou n'est pas controuveûre Cil est de son règne hiretieres
Ains le lissons en escripture. Qui lui aime et sa parolle
Passions ' a non li livres Et se doctrine et se escolle
(Poème dont on connaît deux autres copies et un fragment d'une troi-
sième; voir mes Documents mss, de V ancienne littérature dt la France, p. 199).
Cette vie a été publiée par Hugo de Feilitzen Li ver del juise, appendice
(Upsala, 1883).
30. — (Fol. 146 v<>) Le vie me damne sainte Kateîine, vierge.
Nous trouvons ' en nos escris Li deus ot le non de son père
C'uns empereres fu jadis Et après lui fu emperere ;
Qui Coustantins fu apiellés. Il tint la tiere a grant repos;
Cils ot .j. fîl vaillant assés. Moult fu preudons et de bon los
Le poème se termine par ces vers où le copiste date sa copie.
Dyttes amen, que Diex Totroit! (fol. 158 ^)
Et ossi priiés pour celi
Qui l'eut escript par samedi,
Le nuit de le fieste a At,
Que il eut fait par nuit bien tart,
L'an \\\Y et xxviij
Avecquc mille, je le vous dy.
ExpUcit finis le vie sainte Kateline.
(Poème dont on a signalé jusqu'à ce jour huit copies, dont l'une est un
simple fragment; voy. Bulletin des anciens textes, 1896, p. 40.)
31. — (Fol. 1 58 v<») /^ vie sainte FMiahethde Hongrie.
Sire Diex plains de [grant ?]douçour, Que on le puist en bien retraîre
Fontaine de bien et d'onnour, Ensi que nus ne m'en reprende.
Or me laisse tel cose faire Ne de mes dis ne me reprende'.
1. CoTT . passioniers .
2. Corr. trouvomcs.
3. Cette répétition de rime paraît fautive.
NOTICE DU MS. IO29J-34O DE
D'une sainte vorai conter
Leur il* Élit moult boin escouter :
Sainte Elizabet est nommée;
Moult est de haute renommée,
Lassus [règne] el saint paradis
O les angeles, o les eslis
Car moult par fu de sainte vie.
Fille le roy de Hongerie
Fu la damme boine eûrée
Qui unt par est de Dieu amée.
Ensi com[e] jel truis el conte,
Elle fu donnée a .j. compte.
L'andegrave Tôt espousée
De Turinges, moult Ta amée,
CsLT elle fu et jovene et bielle
LA BIBL. ROY. DE BELGIQUE 3II
Et moult proisie damoisiclle,
Et puis qu'elle fu mariée
De tous biens fu enluminée.
Sains Esperis l'enlumina,
Nostre Signcurde coerama,
Ensi con vous encores orés.
Uns enfes en .j. pus noiiés(/. 165 /')
A la tombe fu envoiiés
De la sainte boineùrée,
Et elle fu tant reclamée
Que li enfes revint en vie
Par Dieu et par la sainte prisie
Amen. ExpUcit finis.
(Seule copie connue de ce poème. 11 existe trois autres vies en vers de
sainte Elisabeth de Hongrie, dont la plus connue a pour auteur Rutebeuf.)
32. — (Fol. 165 vo) Le vie saint Etistasse.
Au umps l'empereur Traiien
Estoit uns bons de grant engien
Qui Placidas avoit a non ;
Maistre de Tost Tapielloit on
L'empereur mener en bataille '.
Sour tous hommes estoit, sans faille,
En la court l'empereur amés ;
Rices bons yert et hounerés.
Mais unt y a qu'il ne creoit
En celui qui iburmét l'avoit ;
Et nequtdent tant se pena
Et si sainte vie mena
Que Dieus ne le vot oublier,
Aîns le vot a soi apieller,
Si ques vous orés en l'istore
Qjii très bien doit yestre en memore.
Ql Placidas dont je vous conte
Avoit femme fille d'un conte.
Et deux fîex de très grant biauté
Qui après eurent grant bonté
Or dcprions le roy de glore (/. 175)
Que tout cil qui en leur mcmorc
Les sains martirs souvent oront
Et qui de cœr leur prieront
A leur besoing, que Dicx les mccc
La deseure en la très » grant leechc
Qui est a Eustasse otroiie
Et a toute sa compagnie.
Che nous voelle otroiier li rois
Qjii pour nous moru en la crois
Au jour dou très grant venredi.
Diites Amen, *queDiex l'otri !
Explicit finis.
I. S'il n'y a pas ici une faute, il faut construire : « on rappelait maître de
mener en bataille l'ost de l'empereur. » — 2. Suppr. très.
312 p. MEYER
(Seule copie connue ; 1230 vers. On a signalé jusqu'à dix autres vies en vers
du même saint ; voir ma notice sur quelques mss. français de la Bibliothèque
Phillipps, dans Notices et extraitSy XXXIV, \^ partie, 224-6; cf. RamantUy
XXIII, 503.)
33. — (Fol. 175). Le vU saint Ypoîite. Vous avez oît parler de saint Leu-
rcn le glorieus martir, comment il reçut martirepour l'amour Nostre Signeur,
et comment sains Justins li priestres a saint Ypolites l'ensevelirent moult
honnerablemcnt. Après Tacommuniemcnt, quant la messe fu cantée, li bons
euwireus sains Ypolites s'en départi apriès le tierç jour et revint en sa mai-
son; si donna pais a toute sa maisnie, et si les acommenia du sacrefîce de
l'autel
(6447, art. 64. Ce ms. présente au début une variante particulière, mais la
leçon du ms. de Bruxelles est celle qu'on rencontre le plus ordinairement,
voir par ex. Notices et extraits, XXXVI, 429.)
34. —(Fol. 178 vo) Le vie saint Lambiert. — Gloire honnour et loenge
doit yestre a tous crestiiens de raconter les passions des sains martirs
(6447. art. 36.)
35. — (Fol. 185 yo). I je vie saint Sixtes. Ce fu eltamps que Decius César
fu enipereres que cil qui Nostre S. apielloient estoient martiriié et souflfroient
grief tourmens pour l'amour de lui...
(6447, art. 63.)
36. — (Fol. 188) I je vie saint Longis. Moutdevroit volentriers cascuns oïr
et entendre de vrai coer et de bonne pensée retenir les passions et les vies
des sai ns apostres
(Bulletin^ 1885, p. 51 ; 1888, p. 9; 6447, ^^' H)
37. — (Fol. 191 vo) U vie saint Quir tache. En après le regnement et
noble empercour Coustentin entra el règne Juliiens li empereres qui fos estoit
et plains de grant cruauté
(6447, art. 43). Il est assez rare que cette légende se rencontre sans celle
de l'invention de la Croix, qui la précède ordinairement.)
38. —(Fol. 193) I^vie saint Babille. Saint Babille fu evesque d'Antioce,
qui fu nu tamps Numerien qui laloy des paiiens tenoit etadreçoit lesymages
et les ydi)lcs eniaillies de cuir et d'arain ensi comme se elles eusent viertu
d'aidier autrui
(6447, art. 29.)
39. — (Fol. 194). Le vie sai ni Marins et sainte Marthe et Attdifar et
Aharnch. H! tamps Claudiicns l'empcreour, avoit a Romme .j. homme
atout s:i fcinnie et ses dcus enlans. Li pcres avoit nbn Marius et leur mère
Martlu...
(6447, art. 30.)
NOTICE DU MS. IO295-304 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 3 I3
40. — (Fol. 197) Le vie de .iij, frère jumiaus. El tamps que Speosipus et
Meleosippus et Eleosipus, cil troy frère vinrent avant, dont courut par toute
la chité de Lengics renommée qui courut tost nonçant a toUs que troi
cnfans j unitaus frères
(6447» art. 32.)
41. — (Fol. 200) Le vie et le martire saint Cosmes et saint Damyien. Cil
qui sont crestiien et Nostre Sire aiment et croient doivent volcnticrs oîr et
entendre les parolles qui de li sont
(Bulletin, 1888, p. 91 ; 6447, art. 66.)
42* — (Fol. 206 v«) Chi commetiche Ysopès en rontmanch.
Cil qui sevent de Tescripture
Dcvroient bien mètre lor cure
Es bons exemples et es dis
Et es livre et es escris
Qpe li philozophe trouvèrent
Et escrisent et ramcmbrerent...
On lit à la fin (fol. 230 vo) :
Dites amen, que Diex Totroie !
Et se doinst Diex santét et joie
A celui qui recopiiét l'a
Par fait le nuit c'on vous dira
Tout droit c*on dist de Pcntecouste ;
C'est boin a savoir et peu couste,
Avoecqùe mille et quatre cens
Et .XXIX., tout droit devens
5>e cambre leur il se dormoit.
Dittes amen, que Diex Totroit 1
(Cette copie tardive des fables de Marie de France a été utilisée dans la
récente édition qui forme le tome VI de la Bibliotheca normannica de M. Su-
chier, voy. p. xi et 339.)
43. — (Fol. 231) [Limage du monde'].
De la dignité Dieu
Quant Dieu fist le monde premiers
Il ne l'en estoit nus mestiers,
Qp'autex fu devant con après :
Dieu fu, Dieu est, Dieu yert adès.
Il n'en fu amendé de riens,
Qpe onqucs ne li failli nus biens...
Fm (fol. 286 \^) :
La est la vie pardurable,
La est cascunecose cstable.
314 P. MEYER
Ensi que jamès ne faudra,
Ne jamès mors ne Tasaura,
Car sans fin i sera toudis
En toute joie et tous delis.
La nous maint li Père et li Fis
Et avoecq li sains Esperis.
Ameo.
(Texte de la première rédaction. Les deux prologues (Qui bien vuet entendre
a cest livre, et Qui vuet entendre a cest cornant) et le dernier chapitre, ou épi-
logue, n*ont pas été transcrits. Il n*y a pas de figures.)
44. — (Fol. 287) Chi commence de Boice, de Consolation^ li premiers livres.
Fortune, merc de tristece,
De doleur et d'affliction
(Cest la traduaion, faite par frère Renaut de Louhans, dont on a une infi-
nité de copies.)
45. — (FoL 557) Le laU Bible.
Aleit ay amont et aval,
Rcgardét le bien et le mal ;
Assés ay oït et veut
El es escriptures lisut :
Bien \^i comment N-a li affaire.
Et que cils siècle ne vaut gaire ;
S'ai pensct ma vie adrecicr
.\ une bible commenchier
Qu'cstraitc ay de sainte Escripturc.
Premiers y diray do l'ordure
\\t des visces et des peciés
lX>nt li mondes est entecics.
Des vienus N-oraî après dire
Pour mieus os visces contredire.
Et puis (urlerai do la mort
Qui vieles^À")et les jovencs mort :
Puis redirons dou Jugement
Et aprrt de ces i:ries tourmens
Qmc li peowur souricrront
Qui on peciés trou\es seront,
Quan: seront tix^uwrs es infers .
Après referai aucuns vers
De[s] grans joies de paradis ;
De œ ferai les plus biaus dis,
Pour plus faire a désirer
A ciaus qui les oront nommer.
Li blâmes fait le cose desplaire
Et loenge si le fait plaire.
Por ce font li bien a prisier (r)
Et li peciét a desprisier
Et les poines a deviser
Et les joies a reconter
C*on le bien hors dou mal eslise.
Et c'on le bien et aime et prise,
El c*on les pedés eslaidise,
El s'on i est c'on hors en issc
Et c on crime celé dokwr
Qu*il ' soutferont li peceour:
Et c'on vive en id manere
Que on cele grant \oic aquicre
Dont vous onès après parler.
Se vous le volés escoutcr.
i I iv \J^*: ."c v?v
NOTICE DU MS. IO295-3O4 DE LA BIBL. ROY. DE BELGiaUE 315
Fin (fol. 363 vo):
Ains tel plentét ne fu veûwe: Diex! que je tieng celui pour sour
Tout sera jetét a lagant ; Qpi plus se paine de conquerre
Olivier aront la courant * ; Celle joie qui est en terre,
Jamais ne soufFeront contraire. Qui petit vaut et petit dure,
Ce meîsmes ne fait mie a taire Que celui qui est sans mesure
Qp'en celle glorieuse vie Et qui jamais ne fînera,
N*ara ne orguel ne envie, Mais toudis nouvielle sera !
Ne plait ne tençon ne descorde, Li doux Diex qui Ta establie
Mais pais et amour et concorde ; Et le nous a apparillie,
Cascunsyert* liés d'autrui bien. Se par no peciés ne remaint.
Nuls ne dira la : « C[e] est mien », Par sa bontét nous y amaint ! ^
Car cascuns y ara trestout. Amen.
ExpUcit finis h Bible des laie[s] gens.
(Ce long poème — il a environ 2.000 vers ~ ne m*a pas paru d*un bien
vif intérêt.)
46. — (Fol. 364) Le vie et le martire nussire saint Denis de Franche. Apriès
la précieuse mort que Nostre Sires Jhesucrist, \Tais Dieus et vrais hom, vot
souflfirir mort en la vraie crois pour le salut du monde, et apriès sa resurec-
tion et sa glorieuse asention es sains chieus ou il sist a la dicstre son père...
(On a plusieurs copies de cette version qui n*est pas à confondre avec
celle que renferme le ms. 6447, art. 33, et qui a été parfois copiée à part,
en dehors des légendiers; voir Romania, VI, 27; Bulletin, 1888, p. 90.)
1. Nouvel exemple d'une locution rencontrée jusqu^ici chez Gautier de
Coinci, GeofFroi de Paris et Coquillart. On a supposé (Romania, XVIII, 1 34)
qu'0/iviVr avait été substitué par erreur à alevin. Je montrerai, ailleurs, en
produisant d'autres exemples, que cette explication n'est pas admissible.
2. Corr. sera} car y ert n'est pas probable.
3i6
P. MEYER
TABLE
Agnès (s^dmc), 15-
Alexis Csaim), 7.
André (saint;, 25.
Antoine (saint), 12.
Babylas (saint;, 38.
Barbe (sainte;, 19.
Barthélemi (saint), 13.
Basile (saint), 6.
BibU des laies gens^ 45 .
Boioce, Consolation^ trad. par Renaut
de Louhans, 44.
Catherine (sainte), 30.
Christophe (saint), i.
Corne et Damicn (les saints), 41.
Denis (saint), 22, 46.
Dieudonnée (sainte), 8.
Hlizabeth (sainte), 31.
Etienne (saint), 17.
Euphrosyne (sainte), 1 1 .
Eustache (saint), 32.
Georges (saint), 10.
Hippolyte (saint), 33.
Iniage du monde, 43.
Innocents (les), 19.
Jean-Baptiste (saint), 21.
Jean Févangéliste (saint), 18.
Julienne (sainte), 29.
Jumeaux (les trois frères), 40.
Lambert (saint), 34.
Laurent (saint), 27.
Longin (saint), 36.
Marie de France, Ysopet^ 42.
Marie Madeleine (sainte), 23.
Marine (sainte), 28.
Marthe (sainte), 24.
Martin (saint), 26.
Mathieu (saint), 14.
Onze mille vierges (les), 4.
Pierre (saint), 20.
(^pentin (saint), 5.
(Juiriaque (saint), 37.
Sebastien (saint), 2.
Sept dormants (les), 4.
Sixte (saint), 35.
Vincent (saint), 16.
Paul Meyer.
LA BELLE DAME SANS MERCI
ET SES IMITATIONS
II
LE PARLEMENT D'AMOUR DE BaUDET HeRENC *
Le Parlement S amour y que composa Baudet Herenc pour réfuter
la Belle dame sans merci ^ se trouve dans les manuscrits suivants :
Paris, Bib. nat. fr. 924, fol. 27. Accusacions contre la belle dame
sans tnercy. — Fol. 39 v°. Explicit.
— BiB. NAT. fr. 1 131, fol. 108 V**. Sans titre. —Fol. 116
V**. Explicit,
— BiB. NAT. fr. 1642, fol. 253. S'ensuivent les accusacions
faictes et données par Désir et Espoir contre la dame sans
mercy, — Fol 261 v**. Cy finissent les accusacions faictes
contre la dame sans mercy ou elle demanda et eut estât par
absence de conseil.
— BiB. NAT. fr. 1727, fol. 136. Sans titre. — Fol. 144 v°.
Explicita
— Bib. NAT. fr. 2230, fol. 148 v°. Après s'ensuit comment la
belle dame sans mercy fut traittee enjugetnent en la court
du dieu d'Amours pour respondre aux articles contre lui
imposées y ^ic. — Fol. 160. Explicit le traittié du juge-
ment de la belle dame sans mercy en la court du dieu
iAmours.
1 . Le titre de Parlement d* amour ne se trouve que dans les éditions du
Jardin de Plaisance et d'André Du Chesne. D'après les manuscrits il faudrait
intituler le poème de Baudet Herenc ; Us Accusations contre la Mie dame
sans nurci, le Jugement de la belle dame sans merci ou le Procès de la belle dame
sans merci,
2. Voy. une description de ce ms. Rotnama, t. XXIII, p. 191 et suivantes.
3l8 A. PIAUET
Paris, Bjb. nat. (t. 2264, foL 19 v**. Cy commana U proc^ix cmttrf
la belle damtm sans fmrcy, — Fol. 32. Explicit le
pTixeix contre la belle dam me sans mercy,
— BiB. NAT, fr, 20026, fol. 28, Sans titre, — FoL 39
V". Explicit le trahie du jugement de la belle dame sans
mercy en la court du dieu d\Amours.
— B10. XAT, tV, 24440, fol. 121 v^. Comment le jugement fui
Jait cmttÉ la belle dame sans tnerci et comme elle en
appel la, [D une écriture plus moderne : Le parlement
d'amour.] — FoL 129.
— Arsenal, n"* 3521, fo!. 76. Tralthi jmt par Baudart
Hereng correspoiuianî a la belle dame sans mmcy^ — FoL
85.
— Arsenal, n° 3523, foL 165. La Responce de la belle âmm
sans mercy. — FoL 186 v".
Besançon, n** 554, fol. 32, Accusation contre la Belle dame sans
mercy faicte par tnaistre Baudet, — FoL 44 v*^.
Fribourg (en Suisse), Ms. appartenant à M, Max de Diesbach,
fol. XLiiij V, La Cruelle Jemme en amours et comment elle
ju jugie et accuser devant Amours, — FoL lvj v". Explicit
comment la belle dame sans mercy fut jugie et accusée devant
Amours et appellee la cruelle femme en amotérs.
La Haye, ms. T. 328, fol, 29, Accusations contre la belle Jame
sans mercy. — FoL 38 v°. Explicit la Response et accusa-
don de la belle dame sans mercy.
Londres, British Muséum, Royal 19, A. III, fol. 17. Sans titre.
Incomplet du commencement. — FoL 28 v**. Explicit
les Accusacions cmtîre la belle dame sans mercy,
Rome, Bib. Vatïcane, Vat. 4794, fol. 31. Condamnatiott delà
dame sans mercy, — FoL 45 v°.
Saint-Pétersbourg, n** 565, fol. 132 v**. I^ Procis contre la belle
danu sans mercy dont elle demanda deslay, — FoL 144 v**.
Explicit le Jugement de la belle dame sans mercy,
Turin, ms. L. IV. 3 (Pasini, II, 489), foL 99. Balade faicte
par tnaistre Alain. — FoL 108.
Éditions :
Jardin de Plaisance^ édit, Verard, foL ocxxix v^. Comment le
parlement d^ amours fut tenu au jardin de plaisance contre la
belle dame sans tnercy, — FoL cxui v**.
LA BELLE DAME SANS MERCI JÏJ
Le Parlenunî d'amour a été publié par André Du Chesne, d'après
le 1115. Du Puy (auj. fr. 1727, de b Bib. nat.), dans les
Œuvres de maisîre Alain Cfmrtier, Paris, 17 17, p. 695-
710'.
Baudet Herenc composa le poème du Parktnent d*amour^ —
qu'il appelle improprement une « ballade », — pour Toffrir
en guise d'étrennes à la belle dont il attendait depuis longtemps
« la douce merci », Accablé par la dureté de sa dame, il s'était
jeté sur une couche : tout en donnant, il lui sembla être
transporté dans le plus beau des vergers du monde, rempli de
fleurs et de claires fontaines. Au milieu de ce verger se trouvait
un « auditoire »,oia Ton voyait représentées l'histoire de Paris
et d'Hélène et celle de la « Chastelainedu Verger *). Là se tenait
le Parlement d'amour, dont Franc Vouloir était président,
Espoir procureur. Désir avocat, Souvenir greffier et Doux
Penser huissier. Le poète assiste au jugement de la Belle dame
sans merci. Cette dame, si fière autrefois, pleure à chaudes
larmes et ne trouve pas un avocat qui veuille la défendre.
Désir raconte la triste aventure du loyal serviteur d*amour qui
fut par elle « descontit mortellement », et il conclut à la con-
damnation de la Belle dame sans merci.
Baudet reprend point par point le poème d'Alain Chartier et
s'efforce de réfuter, sans le moindre esprit d'ailleurs, les argu-
ments mis dans la bouche de la jeune dame. Les yeux sont faits
pour regarder, avait-elle dit- Baudet répond :
On scet bien que les yeux sont faU
Pour a leur plaisir regarder-
Mais des faiib regards contrefaiz
Qu'aucuns font se doit on garder,
Qui semblant monstreni d'amender
Les griefs douleurs cju'aux amans donnent.
Et ib font leur bien retarder
Par la traison q\i*ûz ordorment.
Se le cucur n*est aux yeulx d'accori.
Regard du tout Tarn an t abuse,
Et par leur desloyal discort
En tristesse nuit et jour muse,
I. Voy. Romama^ t, XXIIl, p. 206.
320 A. PIAGET
Pensant qu'en douleur son temps use.
Et ceste femme en tel party
Mist l'amant par la fausse ruse
Du regard qui d'elle party '.
Baudet Herenc expose que la dame sans merci, « ceste
femme rigoureuse», s'est conduite, «au rebours de la nourriture
d'Amours », qu'elle a tenu des propos horribles, indignes de
bouche féminine, et que cette « villaine » et « faulse sorcière »
ne mérite plus le nom de « dame »,
Mais doit estre femme femmee
Cruelle et plaine de faulx tours.
Il découvre, enfin, que « ceste femme très despite » n'a voulu
rien de moins que déshonorer la plus parfaite créature de ce
monde, l'homme :
Dieu a fait avec[ques] Nature
Uomme tant discret, noble et saige,
Que sur toute autre créature
C'est le plus parfait, ce bien sai ge,
Duquel le féminin image
Est issu(e) pour sa [grant] noblesse :
Pour quoy femme luy doit hommage
Et. garder que s'onneur ne blesse.
Ah ! que galamment ces choses-là sont dites, et combien la
« belle ou n'a que reprendre », dont Baudet se disait le « serf »,
dut être charmée de la « ballade » de son poursuivant!
Ce médiocre poème ne contient aucune allusion historique qui
permette de le dater ; mais on peut croire qu'il a été composé
peu après l'apparition de la Belle danie sans merci. Baudet Herenc,
jeune et amoureux, débutait dans la poésie; il avoue lui-même
qu'il n'avait jamais encore appris le « mestier de rimer » :
Car oncques n'apprins le mestier
De rimer en aucun affaire.
Qui pour lors me fust bien mestier.
Or, en 1432, le même Baudet connaissait si bien le « mestier
de rimer » qu'il composait un art poétique. Le Parlaient (Tanwur
est sans doute antérieur au Doctrinal de seconde rhétorique^,
1. l'^dit. Du CIk'mk-, p. ycx).
2. Voy. sur Baudet Herenc, Romania, XV, p. 135 et XXIII, p. 256.
LA BELLE DAME SANS MERCI 32 1
m
LA DAME LOYALE EN AMOUR
Manuscrits :
Paris, Bib. nat. fr. 924, fol. 71 [de la main de Jacques Thi-
boust] : La loyalle dame enaniours, — Fol. 89 v". Expli-
cit la loyalle dame en amours ^ etc.
— Bib. nat. fr. 1 131, fol. 117. Sans titre. — Fol. 130 v**.
ExpUcit.
— Bib. nat. fr. 1169, fol. ioj,Ladame halle en amours.
— Fol. 126 v° ExpUcit la dame leale en amours.
— Bib. nat. fr. 1642, fol. 240. S'ensuit le jugement cofnme
la dame quon disoit estre sans mercy fut trouvée loyalle en
amours. — Fol. 252 v**. ExpUcit le jugement et arrest
donné par la court et parlement du dieu d^amours au
prouffit de la belle dame sans mercy, laquelle a esté trouvée
loyalle en amours.
— Bib. nat. fr. 2264, fol. 32. Si commance rexcusacion de
la belle damme sans mercy. — Fol. 40. Incomplet. Der-
nier huitain :
Mais il y a une autre loy.
— Bib. nat. fr. 24440, fol. 129. Sans titre. — Fol. 142 v<>.
— Arsenal, n** 3521, fol. 86. La dame leale en amours.
— Fol. 99 V**.
Besançon, ms. d? 554, fol. 45. Parlement contre la belle dame
sans mercy. — Fol. 63.
Fribourg (en Suisse), ms. Diesbach, fol. Lvij. Cy comtnence ly
■ second livre sur la belle dame et est appellee la leale dame en
amours. — Fol. Lxxiiij v°. ExpUcit le second livre fait
pour la belle dame et dœise comment ly dicte belle dame fut
appellee par jugetnent devant amour la leale damme en amours
contre ce que ly livre précédant cestuy rappelle la cruelle
femme en amours.
La Haye, ms.T. 328, fol. 50. Sans titre. — Fol. 64. ExpUcit la
loyalle dame en amours nommée par sentetice.
I XXX 21
J22 A. PIAGET
Comme Baudet Hcreiic, Tauteur de la Davu' loyale en amour
recherchait les faveurs de sa « très douce maîtresse », dont rien
ne pouvait fléchir la rigueur. Pour soulager sa peine, il s'en fut
à lâchasse un beau matin, et rencontra datis une vallée déserte
la belle dame sans merci elle-même, tout éplorée à la suite de
sa condamnation. Elle allait commencer le récit de ses malheurs
quand soudain, au milieu d'une clarté éblouissante, les messa--
gers du dieu d'Amour vinrent les ravir tous les deux. Emportés
à travers les airs, ils traversèrent successivement un ciel rouge,
rempli d amants qui furent orgueilleux, un ciel ven, rempli
d'amoureux inconstants, et un ciel bleu et blanc, habité par
les amoureux fidèles et loyaux. Le dieu d'Amour, mû par un
sentiment de justice et de pitié, fit juger à nouveau le cas de
la belle dame sans merci, qui se vit restituer le titre de dame,
et même de dame loyale en amour, qu'avait voulu lui ravir
Baudet Herenc. '
Ce poème est anonyme, et rien ne permet de le dater d'une
fa<;on précise. Il se place chronologiquement entre le Parlement
tfamnir de Baudet Herenc, auquel il répond, et la Cruelle danu
en amour y qui en est une réfutation. Ce dernier poème a été
composé par un rimeur de Tournai, et il est fort probable qu'il
en est de même de la Loyale danu. Dans cette ville florissait, à
l'époque où parut la Bdk dame sans merciy un petit cercle litté-
raire fort curieux. Le Prince d*amour de la Cour amoureuse dite
de Charles VI, Pierre de Hauteville, vécut à Tournai jusqu'en
1424 environ, puis à Lille, où il mourut en 1447. C'était un per-
sonnage assez original, qui avait, de par ses fonctions de Prince
d'amour, quelque pratique littéraire. Il avait groupé autour de sa
personne un certain nombre de rimailleurs, bons vivants
et amoureux, qui formaient les Compagnies du Chapel vert et
de la Verdi priori* C'est ;\ ce groupe qu*appartenaient très pro-
bablement les auteurs de la hmledamey de la Cruelle dumeti de
V Hôpital d'amour. On peut croire également que Baudet Herenc,
Tauteur du Parlement d'amour^ fut en relations avec Pierre de
Hauteville, vers 14)0, à Lille*. Il y avait à Lille, au xv« siècle.
i. Nous savons qu'en 1448 Baudet Herenc lut des ballades devant le duc
d'Orléans. ^ Chalon-sur-Saône. Mais ce fait ne prouve rien sur l'origine et U
patrie de ce poète.
LA BELLE DAME SANS MERCI 323
une famille Herenc, dont l'un des membres, maître Jehan
Herenc, notaire, releva dans l'église des Frères Mineurs, le
27 août 1480, à l'occasion d'un procès, « l'épitaphe de laitton »
de « noble homme Pierre de Haulteville, dit le Prinche
d'Amours, seigneur d'Ars en Beauvoisis, en son temps eschanson
du roi Charles VI* de ce nom et au jour de son trespas conseil-
ler et maistre d'ostel de monseigneur le duc de Bourgongne '...)>
Je reproduis le texte de la Loyale dame d'après l'excellent
ms. 1169 de la Bib. nat. (A), corrigé, quand cela est nécessaire,
par les mss. de Paris 924 (B), 24440 (C), Diesbach (D) et
Arsenal 3521 (C), dont je donne les variantes. J'ai conservé
la graphie du ms. 1 169, contemporain du poème, où les formes
françaises et les formes provinciales sont mélangées, comme
elles l'étaient probablement en réalité.
La datm leale en amours.
1 . Se tristre penser me fust joye
Et plains et plours me fussent ris,
El mercy pour refus avoye,
Ne vouldroye aultre paradis.
Mais il m*est bien aultrement pris, 5
Qiiant de ma tresdoulce maistressc
Ne puis avoir n'estre servis
Fors de refTîis qui trop me blesse.
2 . Et puis que je ne puis trouver
Envers elle aucune allegancc, 10
Je sçay qu*il me fault retourner
A cellui lequel a puissance
De ses servans mettre en plaisance :
C'est le treshaultain dieu d'Amours,
Affin que par sa bien veuUance 1 5
J*aye confors de mes dolours.
I. Sur Pierre de Hauteville, voyez entre autres A. de La Grange, Pierre de
HMiUvilU et ses testaments. Anvers, 1891 ; Ctyoixde testaments touniaisUns anté-
rieurs au XVI sikh, par A. de La Grange. Tournai, 1897. Cf. Journal des
Savants^ juin 1898, p. 340-342 ; Comte de Marsy, Pierre de Hauteville, dit le
AionnieTf seigneur étArs en Beauvaisis, sunwmmè le Prince d'Amours, Bcauvais,
1900.
Var. } C jauoie — 8 E fort me blesse — 9 B Et puisque je ne scay —
la C Vers celui — 15 C Affin que par beniuolance.
324 A. PIAGET
5 . Sy me submez en sa mercy
Pour acquérir joye prochaine ;
De ses biens doy estre enricy
Puis que faii a remède humaine. 20
11 puet bien allegier ma paine.
Comme droiturier enseignent
Et de toute joye mondaine
Trcshaultain et puissant seigneur.
4 . G: fu ens ou mois de septembre 25
Qiie tresdollent me complaindoye :
Incontinent il m*en ramenbre,
A poy sou:»tenir me pouoye ;
Car en ce point esté avoye
Trois jours sans boire et sans mengier, 50
Que nulle chose ne savoye
Fors le dieu d*Amours invocquier.
5 . Moy estant en ce dur martire,
Un jour, bien matin, m*esveiilay.
Désirant appaisier mon \Te, 3 5
Ma dolcur et mon grant esmay ;
Pour ce prestement m'en allay
Aux champs atout un esprevier.
Et deux espaignois y menay,
Comme il appartient en gibier. 40
o. Ainsi les champ> trachant aloye,
Aîoes de gibier querant :
Sy en :rouvay une en ma voye
Que mon oisel tu convoitant.
Trop e>:oi: îone. 1 mon samblant, 45
E: >e vollo:: de>: rjide elle
Que par >o:: bien voiler ûst tant
Que n:c:: oisel ûilli a elle.
•- «.'a sa — :o B IV sor r.c:\ C io:: — 20 E Puisque hiit — 22 Bet
>v-.CC.
s
— li ? Vreshau.: et trespaissaai — 25 ECcfotpir
V.- s: :vo < :- Ar : -. . RJ? Ir.jr.jer.ier.: mea nemembne — )i BCDEdc
'a>vnc ;; ^.^ 'J.-;; r-.cr. r::-! r. . r.'.esueilla: — ;8 A Au, C moo — B
Iv v;;:. jij\\;::.v *. .; i::^.^- — ,: H A.r.>: indunt les chamf6 ~ 42 B
. vv> .; ? Q.: — iT ik\^ :■: > . r :>:ùe. C nïJc — 48 A obd «.
LA BELLE DAME SANS MERCI ^2$
7. Qpant mon esprevier ot failli,
L'essor commencha a pourprendre, so
La challeur et le vent cueilly
Sy hault que ne le pus comprendre,
Et sambloit qu'il volsist contendre
A moy eslongier durement ;
Si commencha sa voye a prendre 5 5
En sus de moy trop mallement.
8. Plus de deux heures le sievy,
Courant a tire de cheval,
Mais oncques ne le consievy.
Lors me trouvay en un grant val 60
Qui sambloit tresbien lieu ou mal
Deuist souvent estre excersez ;
G)uvers y ot de noir cendal
Mains sarcus de corps trespassez.
9. Geste valee me dura 65
Plus d'une demi lieue grant.
Assés de paine y endura
Mon cheval ; pour ce fus engrant
D'estre oultre ce lieu desplaisant
Ou nulle verdure n'a voit, 70
Ains sambloit lieu obéissant
A Deul, qui bien le regardoit.
10. Tant plus tenoie ce chemin,
Tant plus me sambloit anoyeuze
La voye, et quant vins vers la fin 75
J'oys une voix trespiteuse,
Par semblant triste et dolereuse,
G)mme se fust corps rendant ame ;
50 A le sor, B Laisser — s 1 C chasseur — 5 2 C que ne le sceuz com-
prendre, D puis, E le m. — s 3 B Semblant fist quil voulsist contendre, E quil
vouUoit — 55 A voys — 58 B a force — 59 DE la — 61 B trop bien lieu
ou val, C qui bien ressembloit lieu, E trop bien — 62 A excerse, B exercer,
C excercee — 65 BD Couuert y ot de maint, C couuert — 64 A maint sarcu
de corps trespasse — C sercueu de corps trespassee — 65 A volée — 66
BC demye, DE demie — 68 C fus je — 70 D Ou nesune verdeur nauoit,
E Ou aucune verdeur — 72 B A dieu qui bien la regardoit — 73 D le —
78 A ce, B Comme se ce fust aucune ame.
326 A. PIAGET
Mais ne fu pas trop outrageuse,
Car bien resembloit voix de dame. 80
11. Ce non obstant, je chevauchoye,
Tousjours au dieu mon souvenir
Q.ui les cuers amoureux maistroye ;
Sy perchus devant moy venir,
Tout pas pour pas, a beau loisir, 85
Une dame plaine de plours.
Trop sambloit estre en desplaisir,
Qui bien regardoit ses atours.
12. Tantost que la vy j'aresuy
Pour veoir la manière d'elle. 90
Un petit mon cheval tiray,
Et, en ce faisant, oys qu'elle
Nommoit Malebouche rebelle.
Et se plaindoit trop durement
D'aucune oultrageuse querelle 95
Dont on l'accusoit fiausement.
1 3 . Tellement venoit gémissant
Et plourant pour son dur af&ire
C'oncques ne me fu regardant
Sy fu par devant mon viaire. 100
Prestement se cuida retrairc,
Sy me hastay du saluer,
Et elle, comme débonnaire.
M'en sceut bien autant présenter.
14. Dont trop grant pitié me rendi 105
De ce que unt fu esplouree ;
Pour ce du cheval descendi
Et le lessay règne avalée ;
Sy lui requis d'umble pensée
Que tant contrainsist son vouloir 1 10
79 B Mais pas nestoit trop — 80 B Car bien sembloit voix dune dame —
82 BD a dieu — C Tousiours moy au dieu souuenir — 83 B cuers amou-
reux auoie — 85 B Tout pas a pas — 87 C Trop bien sembloit en des-
plaisir — 91 B E mon cheual ung peu — 94 E moult durement — 100 B
Et fut — loi C Et tantost — 103 B Mais elle, D Et celle— 105 C me
tendy - 106 D que fu tant - 108 AC Et lessay la, B Et luy — 109 C
En requérant, D Ht Uiy - i to C Quelle contraingnist.
LA BELLE DAME SANS MERCI 327
Qji'elle me deïst la riens née
Qui plus faisoit son cuer dolloir.
15. A Lasse ! » dist elle, « mon doulx sire,
fl Ce vous puet moult peu pourfiter.
(( Vous ne m'en poés estre mire : 115
a Ne vous chaille d'en enquester.
« Car de sa doleur reciter
« Empir'on assez, ce me samble.
« Joye et dolleur, au vray conter,
« Ne peuUent remanoir ensamble. 120
16. f Car se ma doleur ramentoy,
« Tant plus me croistera tristresse,
« Combien que je n'ay que bien poy
« De joye. Mais trop plus se blesse
« Chil qui deux fois cheoir selesse 125
« Que chil qui chiet tant seullement
« Une fois; dont esse simplesse
« De cheoir tout a ensient. »
17. « Ma dame, il est bien venté
« Ce que vous dittes, je congnois. 1 30
« Mais on prent bien joyeuzeté
a Par bon conseil, aucune fois.
« On ne doit pas en tous endrois
« Croire le veul de son coraige,
« Et aussi nous demoustre drois 135
« Qpe folour n'est pas vasselaige.
18. Lors dist elle : « Bien vous vcuildire
n Partie de ma desplaisance,
o Combien qu'en France et en l'empire
1 1 1 B Qpelle me dist la chose née, C Et quelle me dist — 1 1 3 A Las, C
Helas — 115 B Vous ne me — 118 B On empire — 120 B demourer —
122 B Tant plus macroistra ma tristesse, C me croistra ma tristesse, DE
croistra -^124 C me blesse — 125 B Celui qui, C Car qui deux fois —
128 Btout en essient, C a cssient, D tout a escient, E a cnscient — 129 B Ha
dame, C bien m. — 130 CDE vous congnois — 131 C Mais on peut bien
— 132 BE aucunes fois — 135 A ne dem., B Aussi nous demonstrent les
drois, C Car aussi nous remonstre drois — 136 B Que foloycr nest que
bagaige — 137 A veult, B Lors dist bien je vous vueil dire, E Lors me
dist elle je vous vueil bien dire — 139 C ou icnipire.
328 A. PIAGET
« On a bien de moy congnoissance. 140
« On m'a mis sus, par ygnorance,
n Un criesme dont j'ay si grand deul
« Que je ne puis prendre plaisance,
« Ains suis de morir en escueii. »
19. Ainsi que la dame parloit, 145
Moy cuidant dire sa pensée.
Une clarté aonda droit
Sur nous, qui unt fu esmareo
Et d'estranges rais diappree
Qu'elle sambloit, tant estoit nette, i $0
De fine flambe figurée,
Plus dere qu'esclistre ou commette.
20. Dont nous eusmes si grant freeur
Que paulmés cheïsmes a terre.
Car la clarté par sa vigueur i $ $
Nous sceut en peu d'eure conquerre.
Riens n'eust valu effort de guerre :
Sans deffence nous convint rendre
Et le vray dieu d'Amours requerre
Pour sa doulce mercy attendre. 160
21. Si comme estiemes en tel transe.
Une tresdoulce voix oys
Qui nous dist : « N'ayés pas doubtance,
« Car nous sommes a vous tramis
« Du tresamoureux paradis, 165
« Comme messagiers invisibles,
a Affin que soyés advertis
« Des doleurs qui vous sont nuysibles. »
22 . Et puis fu a la dame dit :
« Le dieu amoureux treshautain, 170
« Dont nul leal cuer ne mesdit,
« Veult estre adverti et certain
'< De ton fait, car nul cas villain
140 C de mon — 144 B Ains tost mourir désire et vuéil, E enlescueil —
146 C ce fers manque — 147 B arriva — 149 C et estrangîez rais —
154 C Que tous pasmes cheusraes— 155 C Que sa clarté — 156 C a poy
— 157 B effort ne guerre, C cffroy de guerre — 158 B luy conuint — 159
C dieu m. — 160 C Pour la sienne mercy — 161 C Si comme estions en tel
estranse — 170 E Le dieu damours noble et haultain.
LA BELLE DAME SANS MERCI 329
« Ne puet impugny demourer,
« Ains, sommierement et de plaîn, 175
« Veult droit pour chascun ordonner. »
2} . «f Pour ce veult devant sa personne
« Ta cause estre déterminée,
« Pour veoir s'elle est fause ou bonne. «
Puis me dist : « La chose ordonnée 180
« Est par Amours et disposée
« Qpe tu compaignes ceste dame ;
« Son vjcul et plaisir s*i agrée,
« Adfin que de ce fait soit famé. »
24. Après ces mos fusmes ravis r85
Et en hault en l'air eslevés,
Et noz corps materiez vis
Angeliquement ordonnés
Et près impalpables muez ;
Et plus, car par especial 190
Nos membres sambloieiit formés
De matere de fin cristal.
25 . En ce point fusmes, ce me samble.
Portez devers soleil levant,
Moy et elle tous jours ensemble. 195
Lors entrasmes incontinant
En un chiel a merveilles grant
De parfaitte rouge couleur.
Ou je perchus a mon samblant
Hommes et femmes en doleur. 200
26. Lors me dist mon intelligence :
En che point sont les orghilleux
Qui point n'ont eu en révérence
Les treshaultains fais amoureux.
Et qui ont esté curieux 205
D'amer presumptueuzeté.
17s C Mais souuerainement de plaîn — 183 C Si veult et plaisir luy
agrée — 186 B Et hault en lair tous esleues, C Et en lair bien hault esleuez
— 187 E vife — 189 C Après impalpables, DE Et puis — 190 C Et depuis
par especial — 191 C Noz membres soiez formez — 196 C La entrasmes
— 197 E merveille — 199 C Ou japparcçu, E Que je perceus — 202 E sont
m. — 203 BD Qui nont point eu — 206 B Damer presumptu eu sèment.
330 A. PIAGET
DoDt par leur samblant desdaingneuz
Ont leaulz amans despîté.
27? Decestuycn un autre vinsmes
Qpi de fin vert fu coulouré, 210
Ou quel pluiseurs personnes vismes
Chascun d*cstrange vert paré,
Et tressouvent renouvelle.
Bien sambloient gens misérables.
Et c*estoient ly condempné 215
Qui furent en amours muables.
28. Oultre ce chiel, ung en trouvasmes
De bleu et de blanc my parti.
Tout au travers le trespassames.
De cestui en vis me party, 220
Car mainte amie et maint amy
Y rechevoient unt de joye,
De ce suis je bien adverti,
Qpe recorder ne le poroye.
29. Et me dist chil qui me portoit : 22$
<i Chy sont les amoureux loyaulx
« En qui humilité manoit,
a Et non mie les desloyaux.
« Gardez vous d'estre en amours faulx,
« Se bon conseil croire volés, 230
if Et ne plaindés point les travaux
« Dont tel joye acquerre poés. »
)o. Dessoubz cestui chiel ot flDndé
Un chiel comprendant grant espère.
Car tout avoit avironné 255
Les autres, et fu de matere
La plus resplendissant et dere
Que je vy onques en. ma vie.
Nul autre a ly ne se compère,
Tant fu ceste clarté polie. 240
208 B Ont despite loyaulx amans — 209 D vismes — 212 E estnnge m.
- 218 B imparty, E imparti — 219 B Tout a trauers,C Tout en trauen —
221 A Car maint — 223 B De ce fus je unt, D De ce fus je — 224 B Qpe
racompter, C Que partir je ne men pouoye, D pouoye,E ne le sauro3re —
226 D Ce sont — 227 D Esquclz — 230 D auoir volez, E auoir vouliez —
2)1 D pas — 2)2 C Dont tel gloire — 233 B ot fraude, E Dessus cestuî del
cTt fonde — 2J4 C chiel m. — 25s B enuironne — 2j6 C de m.
LA BELLE DAME SANS MERCI 33 1
31. La avoit un trosne comprins
De tresexcellente haulteur,
Sur lequel Amours fu assis
Comme souverain empereur.
Mais unt fu de dere couleur 245
Advironné et d'ardans rais
Qu'il n'est si vif ymagineur
Qui de sa fourme ait veu les trais.
32. Dessoubz avoit, a tous costez,
Judicatoires sièges grans, 250
De fines pierres aoumès,
Entretailliés de dyamans
Et d'escarboudes tant luisans
Qu'a poy regarder les pooye,
Sur lesquelx estoient seans 255
Pluiseurs gens que bien congnoissoye.
33 . Premiers y vy Honneur seoir,
Leaulté, Vérité. Celer,
Souvenir, Doulx regard, Espoir,
Pitié, Mercy et Doulx penser, 260
Bel accueil. Gracieux parler.
Franc volloir. Désir et Largesse,
Qpi n'y fait pas a oubliier.
Car c'est de donner la maistresse.
34. Et ou millieu du chiel plus grant, 265
Plus que nulle riens par dessus,
Y avoit une estoille errant.
Laquelle on appelloit Venus,
Qui ses rais avoit estendus
Par dessus tous ceulx de la court, 270
Tant doulcement qu'a dire plus
On pourroit bien faillir tout court.
35 . La fu la dame jus posée
Et moy, puis oys prestement
Que sillence fu imposée. 275
246 A Aduironnes, B Enuironne et dardant rais — 248 A rais — 250
BCDE Judiciaires — 25 1 B couronnez — 253 A tous, E Et descarbloucques,
C reluisans — 256 B Plusieurs gens que je — 263 BDE Qui ne fait — 265
B Ens ou ^dun — 271 A que dire — 272 D On pouoit — 274 E puis y ot.
332
36.
n.
58.
A. PIAGET
Et lors tmesureement
Amours parla moult doulceroent
Disans : « C'est nostre volenté
ic De faire leal jugement,
« En nostre royal magesté, 280
« Pour une cause commenchie
« Entre Espoir, nostre procureur,
i< Qui fil par Désir prononchie,
« En cas de criesme au déshonneur
« De celle dame et pour l'erreur 285
« Hoster, que nostre court n*empire.
« Espoir et Désir, sans faveur,
A Dittes ce que vous volez dire. »
Lors est Désirs avant passés
Et dist : « Amoureux dieu haultain, 290
La court est advertie assés
Pourquoy d'elle je me complain.
Je dis que par son cuer villain
Et par son regard plain de vice
Elle a un annoureux certain 295
Murdri, estant en son service.
Comme autresfois ay proposé'.
Je tens qu'elle soit conderopoee.
Pour avoir vostre dit laussé,
D'estre entièrement dégradée 300
De non de dame estre appellee.
Et gettee en chartre de deul
Et par plains et plours gouvernée.
.\ ce contens comme je seul. »
I . .Mlusion au pa^^sage sui\*ant du Parltmfnt d^Amemr :
lVurqiK>y. Am*>urt. cv^nclun? vu«l.
A\«n: Fsfv>tr w procureur,
i^ue ce^ie femme »it en duciî
Knv!o«. e: sur taîne et doale;:r
GArdec en u e ag r kfv c luig«nir.
Ft .)a'a^-«cqacs ce soit |ES>dee
IV nom de iaae. qui d'oaacwr
rXv; estre iwarne et i^ardee.
HJit. Ehi Chcsae, p. 701^
270 B .\îors très amesurcement, D E: lo\-s — 277 B
27S B Disant bien est nu vx^uîente — 27g B De dire — 28 j B C^ par
%k5ir j prononcte - 2^4 BC oc, E e: *le deshonneur — 2S$ BCDE I>e
o»:e. C et t. — 207 C jiy - :oS B Je sens — 209 B rostre e«iit — )oo B
que Jesîre enrierer'.erît ^irJee — ;o: B estre m.
LA BELLE DAME SANS MERCI 333
39. Tantost Amours araisonna 305
Geste dame et lui dist sans yre :
« Sachiés que lieu sa raison a ;
« Il vous convient response eslire :
« Fort content a vostre martire.
« S'excuSier ne vous en savés, 3 10
« Vous pores bien avoir du pire,
« S'en ce quelque coupe y avés. »
40. Adont la dame simplement,
A deux genous, toute esplourec,
Dist : « Amours, vous savés comment 3 1 5
« Je suis chy venue esscullee,
a De conseil nue et esgaree.
« Plaise vous a moy ordonner
u Aucun conseil, s'il vous agrée,
« Pour ma bonne cause garder. » 320
41. « Qpel conseil voulez vous avoir? »
Celle dist : « Je veul Vérité
« Et Loyaulté, qui scet de voir
« Mon coraige et ma volenté. »
Lors Amours dist a Loyaulté 325
Et a Venté : « Levés sus
« Par vostre debonnaireté,
a Puis que ne veult fors vous sans plus. »
42 . Vérité descendy adoncques
Et Loyaulté la demoiselle. 3 30
Deux milleurs ne créa Dieux onques.
Puis vinrent parler a la belle
Et celle qui de peur chancelle
Les a d*une part appellecs
Ou elle leur dit sa querelle, 335
Puis sont arrière retournées.
43 . Vérité première parla
307 B Sachiez que son lieu raison a, DE quel lieu — 309 A Soi —
311 B pourriez, E pourries --312 BCD S'aucunc coulpe en ce aucz,
E S aucune coulpe en ce cas aucs — 316 B asseullcc G exillce — 319 C ce
vers manque D sy vous — 320 G cause monstrer — 322 h Elle dist — 328 B
que vous sans plus G Puis quel ne veult — 333 B Et elle qui de paour
decautelle — 334 BG appeliez, E appelles - 355 Bla querelle — 536 BGE
retournez— 337 B premier commença, G premier si parla.
Î34 A. PIAGET
Et dist : « Treshault et puissant sire,
«t Ceste dame requise ni*a,
« Ce que ne ly veul escondire, 340
« Puis qu'elle m'a volu eslire.
« Sy requier que, se sur personne
« De la court me convient riens dire
« Pour sa cause, on le me pardonne.
44. « Il est vray ad ce que j'entens 345
« Que Désir met sus ceste dame,
« Et Espoir, qui chy est presens,
« Injure, vilonnie et blasme,
« Pour lui hoster sa bonne famé
a Par leurs propos chy rechitez, 350
«t Qu'elle soit réputée infâme
« Par Êùs que je tiens répétez.
45 . « Or ne volons nous mie prendre
<' Contre la court conclusions
« Declinatoires, pour prétendre 355
c( Par quelques excusacions
«t De plaidier par dillacions,
« Car nous n'y querons accessoires,
« Mais voulons par vives raisons
« Proposer noz fais peremptoires. 360
46 . « Et disons en nostre mageur
« Qpe, selonc droit, poons prouver
« Tantost que la dame a bon cuer
ft A vous servir et honnourer.
« Vous lui avez volu donner 365
« Franchise, tout a son vouloir,
« Pour a son plaisir en user,
« Qpi qui s'en puist plaindre ou doloir.
47 . « Et que se pluiseurs amoureux
339 B dame cy requis ma — 340 B ne le vueil — 342 C Je requier, E
sus. — 344 D Ion _ 346 BD sur — 347 B qui la est, D que cy — 550
B Par les procès cy — 351 D Qjielle en est députée — 352 C propo-
sez — 353 B Or ne pouons nous — 355 B pour reprendre — 356 BCDE
Par aucunes excepcions — 357 B De plaisir pardilacions ~ 358 A qaerroos
— 3 $9 A unies raisons — 360 D nous fais — 362 B voulons prouuer, D
pouons trouuer — 368 B Qui que sen peult, D qui que.
LA BELLE DAME SANS MERCI 335
« La requièrent aucunement, 370
« Elle puet choisir Tun d*iceulx
« Qjii sera mieulx a son talent,
« Selonc vostre loy proprement,
Car par la libené qu'elle a
« Peut retenir tout franchement 375
« Serviteur tel qu'il lui plaira.
48. « Mais il y a une autre loy
« Faicte en faveur de leaulté ;
« Car puis qu'une dame a pour soy
« Chobi servant a volenté, 380
« Et de lui prins la feaulté,
<i Se depuis autres la requièrent,
« Elle, sans variableté,
« Peut refuser tout ce qu'il quiercnt.
49. « Oultre, par le dessus dit droit, ^5
a Qpant aucune dame regarde,
« Et aucun ce regard rechoit,
A Autrement qu'elle n'y prent garde,
<« Se par sa pensée musarde
« Son cuer juge trop de legier, 390
(f Du vray jugement se retarde
« Par la couppe de fol cuidier.
50. « Or savés vous, trespuissant dieu,
«> Qpe ceste dame, des long temps,
« A son cuer assis en un lieu, 395
« En accomplissant vos commans,
« Envers un qui est ses servans,
« Qu'elle a tousjours Ical trouvé,
« Auquel mercy fu ottroyans,
« Comme il avoit bien conquesté. 400
51. « Sur quoy ma bouche vous dira
371 G lung deulz, D lun de ceulx — 375 C Se non vostre loy — 374 B
pour, C parm. — 375 C tout pleinement — 376 CD qui luy — 377 A un
autre. — 379 C car puis que dame — 382 BCD Et depuis, A le — 384
B Doit rduser tout ce quilz, C Doit — 385 A le m., C Aultre — 387 B le
regard, £ son regard — 389 E Et par sa pensée — 390 B Son cueur y mect
— 391 A se regarde — 392 CE du fol — 393 A vous m., C Or vous saues
treshaultain dieu — 394 ^BE de longtemps — 396 B voz sermans — 397 B,
Enuers ung de voz bons seruans, C son seruans — 400 D Comme il lauoit.
336 A. PIAGET
a Tout le fait au plus près du droit :
« N'agaires elle se trouva '
« En un lieu, la ou s'esbatoit
« Et a son pouoir se penoit 405
« lUec de chanter et danser,
a Ainsi que Caire le devoit,
« Sans nulle mauvaistié penser.
52. « Et fu la feste resjoye
«t De tout ce que dire on saroit, 410
« Et tant joyeusement servie
« Qpe nulz amender n*y poroit.
« Mais Fortune, qui pas ne doit
« Arrester ne dormir nul somme,
« I amena par son exploit, 415
« Ce jour, pour ly nuisir, un homme'.
53. a Tout prestement que Tôt choisy,
« Assez parchut se contenanche,
« Car tousjours avoit enfouy
« Son visaige dedens sa manche, 420
« Et, soubz umbre de dechevanche,
« S'esbatoit de simple manière,
« Faingnant d'estre plain d'ignorance,
« Mais soubz gros bec langue legiere.
54. (c A la fois aloit et venoit 425
« Parmi les gens en traversant,
« Aussi de pluiseurs s*acointoit,
A Or assis et puis en estant,
« Son regard en travers portant,
« Atfublé de decepcion, 430
« Et sur aucuns entrcjettant
« Manière d'infomiacion.
55. « 11 avoit bel son vouloir faire :
« Nul de son fait ne se gardoit.
I . C'est -à-dirc Alain Chartier lui-même.
402 B Tout ce — 404 CB ou on, D iau on. — 410 BE on sauoit — 412 E
pouoit — 414 H ung somme — 416 B pour lui nuisir, C pour lui muser, D
pour luy greucr, E pour y muser, — 4^7 B quil ot, C Tout aussi tost que leuz
- 422 B Debatoit - 424 E Mais son gros — 426 B Prenant les gens — 427
B Ainsi, E Et de pluiseurs il, — 431 A entrciettans — 452 E Manière
dabusion — 434 D ne sesgardoit.
LA BELLE DAME SANS MERCI 337
ff Bien savoit parler et bien taire, 435
« Les oreilles doubles a voit.
« Son samblant bien a point mcnoit,
n Chy sa parolle, ailleurs s'entente,
« Et celle qui peu y pensoit
a Ne se gardoit pas de sa tente. 440
56. « Sy avint que, par aventure,
« Désir par un ardant vouloir
« Avoit mis s'entente et sa cure,
« Comme il en a bien le pouoir,
c( A un gentil homme esmouvoir 445
« De sa desordenee Hame,
« Et tant fait, moiennant Espoir,
« Q.ue celle avoit chosy pour dame.
57. « Combien qu'elle n'y ot pensée
« Ne de lui riens ne ly challoit, 450
« En un seul lieu estoit fermée
« Que son cuer hostaige tenoit ;
« Et ainsi faire le devoit
« Par droit, a mon entendement,
« Puis que de leaulté vouloit 455
« User, sans amer doublement.
58. « Par ainsi amoit sans partie
« Chil de la dame énamoure,
« Car vous Faviés desja partie
(f Et son fait ailleurs ordonné, 460
« De deux pars promis et juré.
« Sy n'estoit pas chose legicre
« De si tost avoir discorde
ce Lealle ' amour, ferme et entière.
438 B Si sappareille, C Et sa paroUe — 439 D Et elle — 440 B point de
— 441 D Syauient — 4.12 B pour ung — 443 C sa tente — 445 B homme
espoir — 44*6 B De sa très desordonee — 447 BE Et tant fist, C Et tant fut
— 448 E Qjic celle fist choisir — 430 B Ne de rien ne luy challoit — 452
B Q}ù son cueur atachie tenoit, C Qui la son hostaige tenoit, D Qui, E
Ou son cueur — 455 B Puis que la loyaulte, E lui voulloit — 456 E User
sans double sentement — 457 C Par ainsi estoit - 459 C Vous lauiez
ailleurs partie — 460 C Et son fait par vous ordonne — 461 Bpars w., C Des
deux — 462 C Ce nestoit.
XXX 22
358 A. PIAGET
59. « Mais neantmains il ne laissoit mie 465
« V«rs eUe sa requeste a faire,
« Pensifs, plain de merancolie,
« Moult contendant a lui complaire,
« Car tousjours prendoit son repaire
« En tous les lieux ou elle estait, 470
« Et si ne se vouloit retraire
<( De ce que plus fort lui nuisoit ;
60. « Anchois ly contoit sa raison,
(c Dont elle estoit moult anoyable,
« Car elle estoit hors de saison, 475
u Sans quelque tiltle raisonnable.
« Pas ne ly sambloit recevable,
« Considéré ce que j*ay dit,
« Et pour ce, sans parler muablc,
u 11 n*ot d'elle fors Tescondit. 480
61 . K Car pas n'estoit neccessité
« Qu elle lui donnast a entendre
(c Qu'a autruy ot abandonné
« Mercy a quoy vouloit prétendre.
« Elle monstroit que condescendre 485
u Ne vouloit pas a sa prière,
« Pour ly eschiever et dépendre
« De fauseté et sa manière.
62 . « Ossi leaulté ne veult mie
A Que dame ait mercy de chascun. 490
« Mcrchy ne seroit que follie,
u Qui la metteroit en commun.
« Mercy en peut bien avoir un
465 B il m., E Mais m. — 468 BD Moult entendant — 473 B ^^U E Tous-
jours luy — B distribue les vers de la str, 60 de la façon suivante : 14357826
— 474 B amiable — 475 B hors de raison, E Car celle — 476 B Sans
quelque cause — 477 E manque — 480 D délie que — 481 DE point, E
nestoit m. — 482 E lui demandast — 485 B Quaultre ains habandonne
— ' 484 B a quoy il vouloit tendre — 480 C Ne se vouloit a sa — 487 B
Pour leschiuer et deffendre, C Pour eschiuer et pour, E Pour soy
— 488 C est — 489 D Ainsy — 491 C Mais ce ne seroit — 492 B Qjiî le
mcctroit si en commun, C De les mettre tout en commun, D Qpi le, E met-
troit — 493 B Mercy ne peult auoir que ung, C Merci peust on bien auoir
Jung, E Mercy peut tresbien auoir ung.
LA BELLE DAME SANS MERCI 339
« Et non plus, selonc leauté,
« Combien qu'il en sont bien aucun 495
« Qpi ne sont pas de ce costé.
63 . « Ainsi cellui recommenchoit
M Par plus d'une fois sa requeste,
« Et envers elle prononchoit
« Pluiseurs fois pour fumir sa questc ; 500
ff Mais petite fu sa conqueste :
a Riens a conquester n'y a voit.
« Pour ce se party de la feste,
« Quant il perchut qu'il s'abusoit.
64. « En ce point tant poursievis fu $05
« Qu'il ne savoit tenir manière,
« Dont son fait fu appercheu :
« Car cil estoil muchiés darriere
« Une haye de verde oziere,
« Dont je vous ay parlé devant, 5 10
« Qui oy refus et prière,
« Dont il ne se tint pas atant.
65 . « Car tout ala en escript mettre
« Ce que ot veu et escouté,
a Et, tant par bouche que par lettre, 5 1 5
« Publiquement Ta raconté,
(c Et oultre, de sa voulenté,
« Pour ce qu'elle l'autre escondy,
« Il l'a par son escript nommé :
a La ïfdle dame sans mercy. 520
66. « Puis que dame a merchy donné
« Une fois, il doit bien souffire,
(c Qjji n'a cuer trop desraisonné
« Et de tous les autres le pire.
« Depuis n'y chiet que l'escondire, 525
495 B Combien quil en soit aucun — 496 B Qui ne soit pas, C soit de
ccste costc — 497 B Aussi — 499 E procuroit — 500 A fois m., B pour sui-
vît — 505 D Ence party poursuyant fu, E poursuiant — 506 B Qui ne sauoit
— 508 A Car il estoit, C Dun qui estoit, E Car ung estoit — 5 10 E Dont il
vous ert parle — s 14 E Ce quil — 516-517 Ces deux vers sont intervertis
dans B — 521 C Puis que dame a merci de homme — 522 C il peut —
5^3 E trop habandonne — 524 B les m., E Et de trestous aultres le pire —
525 B Et puis ne" chiet, C siet, E ne chiet.
340 A. PIAGET
M Car mieulx vault leauté amer
« Qjj'tîstre condempnee ou martire
« Du vert chiel qui tant est amer.
67. « Mais il resambie, bien le sçay,
« Ceulx qui contrefont l'amoureux, 5 30
« Qui livrent a chascun assay,
« Par faulx samblant, double et piteux,
« Qpi otiroye mercy a ceulx
« Qpi scevent juer de ce tour :
« Avoir convient plain deux orcheux ^535
« De mercy, pour se folle amour !
68 . « Ce n'est pas amour, mais hayne,
« Ce sont, ensieuvant la ghignarde,
« Rosiers poingnans plus durs qu'espinc :
« Toutes y doivent prendre garde. 540
« C'est deul et pitié c'on ne larde
« Ceulx qui ainsi veullent avoir
« Mercy a toutes. Quoy qu'il tarde,
« Bien leur en porra mescheoir.
69. « Du umps qu'il estoit amoureux, 545
« Qui tant regrette sa maîtresse',
« Estoit mercy si trespiteux ?
« Faisoit il lors tant de largesse ?
« Mieulx vault c'on la tiengne a rudesse,
« Si se face dame escondire 550
« Que par trop tenir de simplesse
« On s'en puisse gengler et rire.
I. C'est-à-dire Alain Chartier qui, dans les six premières strophes de la
Belle dame sans merci, se lamente sur la mort de sa maîtresse.
527 B condempne au — s^^ B Mais il ne ressembla — 531 B a m., BCD
essay — 532 BE doulx et piteux, C doublier piteux, D Par semblant Caulx
— 554 A Quil, B Qpi nesceuent — 535 B Avoir conuient plaintes a ceulx,
C Auoit comme plain deux hostieulx, E Auoir comment deux orceulx —
536 BC sa folle, D si, E sy — 537 B mais est hayne - - 538 B Si son chc-
uant la guide garde, £ Aussy ncst pain blanc mais guignarde — 5 39 E plus
fort — 541 C ou pitié — 54$ CD Ou temps — 546 C Qjie tant — 549
B Mieulx quon tiengne, C Quon le treuue en rudesse, D quon le — 550
CD Si se sache, £ De toutes dames lescondire — 5 S ^ ^ user de simplesse
— 552 B Ou ne puisse jangler ne rire, C Ou sen puisse jengler ne rire, D
ou rire, E On se puisse gengler ne rire.
LA BELLE DAME SANS MERCI 34I
70. « Fault il, se dame est amoureuse
« D'un qu'elle ara leal trouvé,
« Qu'elle ait volenté tant crueuse 555
« Que de laissier sa Icaultô,
« Pour un de nouvel amusé ?
« On le deveroit nommer foie,
« Se si tost avoit transmué
« Son cuer, pour un peu de parollc. 560
71 . « Sy me samble qu'on a grant tort
« De ly avoir ainsi nommée.
« Il vaulroit autant que la mort
« Fust a toutes abandonnée
« Que ce que telle renommée 565
« On leur portast communément.
« Au fort, mieulx vault tel, que trouvée
« Y fust mercy trop follement.
72. « Se de ccste dame a mesdit,
« Sy a il fait de vous, Amours, 5 70
« Assez et non mie petit,
« Qpi sont tresfaulx et mauvais tours.
« Il a nonché es haultes cours
« Qu'en toutes plaches mesdisans
« Ont vos pooirs et voz honnours 575
« Tout apparty depuis dix ans'.
73 . « Estes vous dont sy pou cremu
« Qu'on se loge sur vostre garde ?
« C'est de vous pou de bien tenu.
X Mais je ne prens pas a ce garde. 580
. « Quant Bien Celer son avant garde
« Voudra bien conduire et mener,
I. Si vous pry, amoureux, fuyez Car ilz ont trop mis puis dix ans
Ces venteus et ces mesdisans... Ijc pays d'amours a pastiz
Edit. DuChesne, p. 523.
554 B Dun que ara — 556 C D délaisser — 558 BDE la, C Qui bien la
deuroit — SS9 B De si tost auoir — 562 B De lui, C De lauoir en ce point
ncmimee, D De la — 569 C de m., D il a mesdit — 573 La si noncie —
575 B Ont les pooirs et bons honnours, D vous pooirs et vous — 576 B
Trop, E Tous apatis — 577 B doncques, E creniir — 578 B soubz vostre
garde, D quon est loge — 579 C Cest de vous de bien peu tenu, D Cest de
vo court bien peu tenu, E bien petit tenir — 580 C Mais il ne prent —
— 581 C vostre avant garde.
342 A. PIAGET
« Il faulra forte arrière garde
« Aux mesdisans pour rencontrer.
74. « Ce me samble grant nicheté 585
« De telx parlers mettre en avant.
« Ont gengleurs tant de poesté
« Ne tant de forche maintenant ?
« Que sont devenuz ly vaillant
« Qui tant ont honnouré les dames ? 590
« Ou sont ceulx qui ont conquis tant
« Par leaulté d'amours et d'armes ?
75. « Qu'est devenus Palamedès,
« Lancelot, Tristran et Gauvain?
« Qu'est devenus Dyomedès, 395
« Qpe ne tiennent icy la main ?
« Fault il, par un parler villain,
« Aux dames perdre renommée,
« Que ly bon ont, et soir et main,
« En maint lieu si tresbien gardée ? 600
76 . « Il se fait a vous excuser
« Que de ce n'est que l'escripvain,
« Disans qu'on ne le doit blasmer
« S'il est d'autrui fait recitain ».
a Mais, saulf sa grasce, il est certain 605
« Que de son vouloir la nomma
« Sans mercy, ou coupplet darrain,
« Dont par ce l'acteur se fourma.
77 . « Ce point est contre ly tout cler :
« Il ne peut dire le contraire. 610
I . Allusion à un passage de VExcusacion de maistre Alain :
S'en doit tout le monde amasser Pour le chetif livre casser.
Contre moy. a tort et en vain, Dont je ne suis que Tescrivain ?
Édit. Du Chesne, p. 531.
$84 C pour lencompter, D pour rancontrer, E pour rencontrer — 586 D
de telz paroles, E De telz paroUes mettre auant — 589 A deuenu — $90 C
Qui gardoient lamour des dames — 596 A Qui, B Qjie ne tiennent il cy, C
Quilz ne tiennent, D Que ne tiennent ilz cy, E il cy — 597 BCD pour —
599. BC Que les bons ont soir et main — 601 BD II se voult, CE II se veult
— 602 CE Que ce nest fort que, D nest fors — 603 BC Disant — 604
BE daucun fait — 606 BCD la — 607 BD au — 608 B Dont le propre
acteur se fourma, C pour ce acteur se forma, D ce aaeur.
LA BELLE DAME SANS MERCI 343
« Far son escript roffre a prouver,
« Qmï en vouldra le procès faire.
« Mais de son fait me voudray taire
« Et retourner a la querelle,
« Pour entendre par quelle affaire 615
« Désir de criesme nous appelle,
78 . « Disans que ceste dame cy ,
« Fausement et desloyaument,
a A ce vray amoureux murdri
« Par le regard d'abuzement 620
« Et refusé tant durement
« Que la mort s'en est ensievye,
« Combien que ne savons noycnt
« S'il est trespassé ou en vie.
79. a Ad ce respons que son regard 62 s
« Lui sambla jugant son vouloir.
' c( La dame dist que de sa part
« Ses yeulx ne fist oncques mouvoir,
« Par quoy y peliist perchevoir
« Que le cuer d'elle fust content 6}o
« Pour lui ne bien ne mal vouloir,
a Et de ce fait a moy s'attent.
80. « Qpant Nature premiers créa
a Les yeulx ou sexe féminin,
« Amoureux regard leur donna, 635
« Humble, trescourtois et begnin.
« Se, par nature, il sont enclin
a A regarder d'amoureux trais,
« Y fault il supposer venin,
« Disans qu'il sont faux contrefais ? 640
81 . « S'aucun, par ses yeulx abuzés,
ff Juge ce que son cuer désire
« Et dame n'ara, de son lez,
« Pensée nulle qui y tire :
611 C approuver ■— 615 E Mais du sourplus me — 61$ B par quel, E
attaindre — 616 C Le sens de crisme — 622 C mort en est — 625 BCE que
ce regard — 626 B Luy semblant, C Lui sembloit — 629 B Par quoy il
pcult apparcevoir, C Pour quoy il peust apparcevoir, E peust — 654 C en
sexe — 6}$ B Amours regard — 637 B De par nature, D Et se par nature
ilz — 638 B damours les traiz — 639 C II fault il.
344 A. PIAGET
« Ce fait Dcsir, qui le fait frire 645
« I^t nommer doulx regard murdrier ;
« Xeantmains ne fait, bien Toze dire,
« Se non son naturel mestier.
82. « Et, pour sov excuser, disoit
« Que france vouloit demourer; 650
u Mais chilz croire ne le vouloit,
« Ains se penoit de la rouver.
i« S'elle lui eust fait espérer
« Mercy devoir trouver en elle,
« Faulsc se fust faicte nommer 655
« Kt a cause tresbonne et belle.
85. a Après ce. Désir ly met sus
« Que bien se congnoist en faulx dez,
H En changant ceulx du mains au plus '.
« Ne s»\^' ^^ *îui est avouez, 660
«< Mais, s'il se fust bien informez
ic Des responses par elle diaes,
« Nul/ faulx tours n'y euist trouvez,
u Se non prières escondities.
84 . « l-'ncoTv a Désir proposé 665
« Parolle oultnigeuse et trop ficre,
u Dis.in> que tenu et amé
" A plus d'un parti, sans renchiere '.
«■ l\ir nia toy, c'est laide manière
u De proposer contre une dame 670
. Ch.osc qui îj >ove honneur tîere
. De dcs'p.v^nr:ei:r ou villain blasme !
. lamais n'eust !.ii: airoit son r>^^:r: I.e faisoît joacrma] a point
I *j:r.Anî. c.î: Ci*N:<r "fr.'rcr jôe: Pour ce qu'elle chaogeoit le$d«.
Edit. Da Chcsoe. p. 708.
. l-î ceste' •emn:c er. r.iir: cui:::^- Par malice, qui convoitier
A Sv^n •ai:!\ icv.ci' dcra::\ î.u: î'eisi d'amer plus d'nng party.
Edit. Da Chesne. p. 702.
OîN r .;;:• l.ri tai: Jire - r^r B E: rcr.:me7 — 647 E Et s>- ne fait Œ
:• cl'.io: sire c;i BC Mais ^e .Tv-.re ce Li, E len — 652 CdelapritT,
J.c '.a iciv.uo: 0; ; K iVlle .jl: eL:>: :"i:nî espercrer — 654 B Qucmercr
.;•<: v-wî B : •.: ch.;:-.*::;:- ceu'.x je ::'jL:r.> en plus. C Et changier, DB
!\r.\i::v: cc;:\ .i.^;: :'.;-.::>. F K: ..'.uniiier cetlx du nuins ou du plus-
vV lî c^: .u:;::*.-- rc: B r.\ t;j>:. »."E i" r.y eust — 666 C trop m. — ^
^...î :;*;v.; r-: c ;.i >:e::::; c*-: B Par déshonneur, BCDE et.
LA BELLE DAME SANS MERCI 34S
8$ . « Elle est de ce pure innocente :
« Amours, si vous en requiert droit,
« Tesmoing Leaulté cy présente, 675
« Qpi d'enfance bien la congnoist.
« On diroit bien mains, qui voudroit,
« Et on voit advenir souvent
« Qpe forche de cuidier déchoit :
« Petite pluye abat grant vent. 680
86. « On ne puet son honneur acroistre
« De dire d'autruy vilonnie,
« Mais soy amenrir et descroistre ;
« Car c'est une espèce d'envie,
n En cuer de fel jengleur nourrie, 685
« Qui ja nul bien ne pensera
« Combien qu'il ne s'en tenroit mie.
« Envis mucrt qui appris ne l'a.
87 . « Désir dist qu'il ne puet yssir
« Du sac que ce qui est dedens »; 690
« Pluiseurs ont de ce biau taisir.
« Mais nulz mesdisans n est contens,
« Ains cuident accroistre leurs sens
ce Et leur los par losengeries,
a Disans mains parlers au contens 69 s
« Des dames et de leurs parties.
88. « Que ly a Bel Accueil meffait,
c< Qui ainsi l'appelle abuseur ?
« On peut bien veoir que ce fait
« Luy procède d'aucune erreur. 700
« Bel Accueil est le conducteur
«< De toute honneste compaignie,
« Et puis qu'en ly a tant valeur
I. Ht en dit qu*il ne peut du sac Issir que ce qui est dedans.
Kdit. Du (^liesne. p. 706.
673 B Elle est de ce point, E pure et — 676 BCD la — 677 B En diroit
bien mais qui — 678 C Mais on voit — 680 A auant, C Petit de pluie, D
Et pettite pluye — 682 C De dire a autrui — 68} C Ains soy, E amender
— 687 A tenron, C tairoit — 689 D nen — 690 D que ce que — 693 B leur
sens — 694 BCDE losengcrie - 695 BD Disans mcsparler, C Disans faulx
parlers ou contens, E Mesparlers ou contens — 696 BCDI: leur partie, C
ou — 701 C est le conditeur — 703 H Puisquen luy a fait tant valeur, C
Puisquen lui a tant de valeur.
34^ A. PIAGET
« Raison n'est pas qu'on en mesdie.
89. « Quant a ce qu'il ont propozé 705
« Qu'elle a dit que pas n'estes saige,
« Mais de losengier compozé
« Et que mentir est vostre usaige ',
M Guident il avoir avantaige
« A tels mauvais parlers retraire 710
a Pour porter aux dames dommaigc,
« Dont l'entendement est contraire ?
90 . « On prende bien garde a la clause
« Qui de ce point fait mencion,
« Et on pourra voir qu'il n'ont cause 715
« D'y mettre variacion,
« Car ce n'est son intencion
« Que de l'amour de ceulx parler
« Qpi untost, sans quelque raison,
« Veullent estre amez sans amer. 720
91 . « Il ont dit que tous amoureux
« Elle a appelle gouliars,
« Et que le plus secré d'iceulx %
« Quelque part qu'il soient espars,
« Veullent tresbien que toutes pars 725
« Les gens dient qu'il sont amés
a Et que nul, soit large ou escars,
« Ne sera ja de moy famés.
92 . « Quant ad ce point, c'est mal reprins
« De lui imposer sus telz maulx, 730
« Car elle n'y a nulz comprins
1. Édit. Du Chesne, p. 510 et 707.
2. Vers copiés du Parlement d* Amour :
Et puis dit que tous amoureux Veut bien qu'on die a la court
Sont gouliars ou temps qui court Qu'aucune il en tienne court
Et que le plus secret iticeux Édit. Du Chesne, p. 708.
705 E a propose — 706 E plus nestes — 707 B losengeries, C losengiers
— 710 C tel mauvais parler ~ 711 D a damme, E a dame — 71 j C a la
cause — 714 E Qui de tout ce fait — 715 B Et on pourra vcoir quilz ont
cause, C On pourra veoir quon a cause — 716 E De mettre — 717 B Car
se nest, D Car ce nest pas — 725 C les plus sccrez — 724 C quilz fussent
espars — 725 BCD quen, E que de toutes — 726 C gens m. — 728 B de
moy amez — 730 CD sur.
LA BELLK DAME SANS MERCI 347
« Qpi sont mauvais et desloyaulx,
« Dont on ne puet trop de mal dire ;
« Mais des humbles et des loyaux
« Ne voudroit elle pas mesdire. 755
« En ceste clause que les faulx
93 . « Aussi ce qu'elle respondoit
K A cest amoureux mal content
« A nulle autre fin ne tendoit
« Sy non appaisier son tourment, 740
« Par quoy il sceuist vraiement
« Qu'il perdoit a celle sa paine,
« Et qu'il peuist plus plainement
a Parchevoir sa requeste vaine.
94. a Et, pour la matere conclure 745
« Et nostrefait mettre en briefté
c( Et esclarchir la cause obscure «
'( Disons ainsi que Leaulté
« A voit rechu le feaulté
« Et sairement de ceste dame, 750
ff Laquelle a bonne volenté
« De la servir tant qu'elle ait anic.
95 . « Par quoy elle ne devoit mie
w Estre en plus d'un lieu amoureuse
« N'a plus d'un seul amant amie, 75 s
« Pour prière tant fust piteuse ;
« Ainchois devoit estre songneusc
« De bien sa promesse garder
« Et d'escondire curieuse
« Pour son bon renon amender. 760
96 . « Et par ainsi n'est pas coupable
« Se, pour ce, l'amoureux est mort.
o Désir en seroit plus dampnable,
(« Car désirer le fist a tort
« Et le mist en mer long de port 765
« Par désirer Sims congnoissance ;
752 B En celle, C En ceste cause — 756 B Ne vouloit — 759 C Qui a
autre fin, D aultre foy — 741 C Par quoy il parceust clerement — 742 C a
elle, D perdroit — 746 B mètre en vérité — 748 B Disant, C Disans — 750 E
serment — 755 A doit - 75s B amee — 757 E estre gracieuse - 761 E
point — 765 A feroit, E plus cappable.
34^ A. PIAGET
« Car trop désirer sans confort
« Fait cheoir en désespérance.
97. « Le tresardant vouloir Désir
«r Contendoit sa voulenté faire, 770
« Et ne pensoit qu'a son plaisir
« Et a son desirier complaire,
« Et pooit plus Tamant deffaire
« Que la dame, a ce que je sens,
« Car il ne se pooit retraire, 775
« Tant ly fist Désir de tourmens.
98. « Et ainsi Désir Taveugla,
« Par quoy tantost espoir perdi,
« Car sa raison trop mal régla
« Tant qu*en desespoir descendu 780
« Puis qu'espoir s'en estoit fouy,
« La mort i vault calengier droit,
« Et chilz pas ne s'i deffendy,
« Car Désir son sens empeschoit.
99. « Et pour ce, puissant dieu haultain, 785
a Qui de tout ce le vray savez
« Et que vous en estes certain,
o Je dis ainsi que vous devés
« Ses fais savoir tous aprouvez
« Pour de ce la sentence rendre 790
o Et en jugier, se c'est voz grez,
« Car prestz sommes de droit attendre.
100. « En concluant que ceste dame
« Soit de son honneur réparée,
« Et remise en sa bonne famé, 795
« Et lealle femme appellee,
« En revocant la renommée
« Qu'on lui a porté jusques cy,
« Car trop a esté surnommée
771 B Ne pensoit fors qua — 773 C Ce pourroit, DE Ce — 776 A
tourment — 778 B Pour quoy, C Pour quoy espoir tantost parti — 781
D son estât fuy — 782 A il, BE y voult, C La mort y veult chalangier, D La
mort y pot — 783 B Ainsi plus ne se deffendy, C se deffendi, E se — 788 E
aussy — 789 CDE Ces — 790 B de w., C Pour ce de ce la — 791 A El
jugier ce cest vosire, B Et jugiez — 792 D de tant attendre — 793 C Si
concluons — 769 B dame — 798 B portée, D jusqua cy.
LA BELLE DAME SANS MERCI 349
« D'appeller dame sans mercy. » 800
101 . Lors reprist Désir la parolle
Avec Espoir le procureur,
Tout plainement sans parabollc
En disant : « Trespuissant seigneur,
« Vous savez que comme accuseur 805
« Nous avons propozé noz fais,
« Qyii se preuvcnt, sans nul erreur,
« Par les livres qui en sont fais.
102 . «Et quant est aux fais des deHfenccs
« Qu'elle a fait contre propozer, 810
« Ossy de toutes les offenses
« Dont oy Tavez accuser,
« Sans autres tesmoings depozer,
« En vous nous nous en rapportons.
« A ce nul ne peut oppozer : 815
er Vous savez qui est faulx ou bons. »
10} . « Tantost ly dieu d'Amours parla
Et dist : « Nous sçavons, tout de voir,
a Qpe ceste dame, qui est la,
« A de piecha fait son devoir 820
« De nos haultains biens rcchevoir
« Soubz le penon de leaulté,
« Pourquoy ly feïsmes avoir
« Un servant a sa volentc.
L04. « Or avons nous bien entendu 825
« Toutes ses excusacions,
« Et comment Désir contendu
« Avoit par ses conclusions ;
« Et pour ce jugier en voulons
« Par entre vous tous nos subgés, 850
« Cy presens, affin que soions
« Tousjours droituriers reputcz. »
807 C Qpilz — 809 C au fait des infâmes, E aux fins de — 81 c C les dif-
fames — 812 C Dont lauez ouy excuser — 81 3 B Sans aucuns, C autre tes-
moing disposer — 814 C A vous— 816 D bon — 818 B Disant nous —
821 B De no2 amis bien receuoir — 822 C Soubz le pouoir — 823 BC
nous lui fismes — 826 B ces, C Du tout ses — 827 E Et comme — 829 C
Et par ce.
3S0 A. PIAGET
105 . Adonc se mirent tous ensemble
En conseil et lonc temps parlèrent
A Amours, si comme il me samble, 835
Et pluiseurs livres retournèrent.
Puis incontinent appellerent
Les parties pour oyr droit,
Et prestement il ordennerent
Qui la scentence renderoit. 840
106. Je croy que Gracieux Parler
Fu ordonnés d'icelle rendre.
Sy commencha a recorder
Toutes les fins, pour mieulx entendre,
A quoy chascuns vouloit prétendre, 84$
Puis prononcha moult douchement
En langaige doulx a comprendre
Et que vous orrez prestement :
107. « La court vous dist, par jugement
« Et par arest, que ceste dame 850
« Va délivre tout plainement
« Des conclusions et du blasme
« Contre elle prinses comme infâme,
« Et veult qu'elle ait nom pour tousjours,
« Sans ce que nul plus la diffame, 855
« Ia dame lealle en amours
108. « Et oultre, pour pluiseurs meffais
« Dont la court voudra poursievir
« Desyr et Espoir qu'il ont fais
« Aux serviteurs d* Amours sentir 860
K Et la mort de maint consentir,
« On les adjoume sans delay
« Par devant Amours pour servir
« Au premier jour du mois de may. »
Tantost que Parler gracieux, 865
109
Ot ainsi sa raison finee.
8)3 A se murent, B Adoncques se mirent ensemble — 834 B Et en con-
seil long temps parlèrent —835 AB Aux acteurs — 839 B Et présentement
ils ordonnèrent, C Et présentement ordonnèrent — 840 C Lequel la
sentence rendroit — 843 C a regarder — 848 A oiez, B Ce que, C Ce que
vous orrez en présent, E Ce que — 851 B deliuree — 854 E a tousiours
— 859 B qui — 861 C damant consentir, E mains — 864 C Le premier.
LA BELLE DAME SANS MERCI 3 5 I
Prestement je me trouvay seux,
Lès mon cheval, en la vallée
Ou la dame avoie trouvée,
Cuidans comme tous esperdus 870
Qmc ce fust songe ou destinée
Des parlers qu'avoie entendus.
1 10. Mais neantmains je consideray
Qpc ce fu quelque advision
Pour hoster mon cuer hors d*esniay 87$
Et de grief lamentacion,
Tant que bonne informacion
Eusse fait pour perchevoir
De ma dame Tintcncion
Et moy garder de décevoir. 880
111. Sy supplie a tous ceulx qui veullcnt
Ou service amoureux entrer
Que d*ardant Désir ne s'aveullent.
Car moult est dur a encontrer,
Si comme venté monstrer 885
Le vault adonc pour cestc dame :
Le service fait bon doubter
Ope si tresdur mort et entasme.
Explicit la Dame leale en atnours.
(A suivre.) A. Piaget.
867 C Je me trouuay untost tout seulx — 870 D tout — 871 A se — 872
C que f». — 873 D si consideray, E je m. — 874 C quelque occasion —
877 AB Et pour aucune occasion — 878 B Qpeusse, C apparceuoir —
880 E Et me — 881 B Si supply — 882 B Ou seruice damours — 884 B
dur a enumer — 886 D Le veult adonc par — 888 B Qpi si tresfort mort
et entame, C Qpi si tresdurc mort entame, D Qpi, E Qpe ung franc cuer
mort et entame.
VILLONIANA
En préparant le petit livre sur Villon que je viens de publier
dans la collection des Grands écrivains français ', j'ai naturelle-
ment revu avec soin et les sources de la biographie du poète
et le texte de ses œuvres. Je n'ai pu dans ce livre, destiné aa
grand public, donner que les résultats de cette revision, et,
encore, pour le texte, en très petite partie. Je veux ici les com-
muniquer plus complètement et, si possible, les justifier^ au
moins en ce qui concerne le texte. Quant à la biographie, la
plupart des différences qu*on peut remarquer entre celle que
je donne et celle que M. Ijongnon a mise en tête de son
I. François Villon. Paris, Hachette, 190X, in- 12. M. Longnon a bien voulu
nie communiquer sur ce volume quelques observations que je prends OGcasûo
de noter ici, en en remerciant mon savant ami. P. 31, 1. 7, « rue de il
Baudroie », 1. « rue de la Baudroicrie a. — P. 47. Cest certainement ans
Gesta pontificum Ccnomannensium que Villon a emprunté le nom deHarmtÊT'
gis qui tint le Maine. Le doute n*est pas possible en présence de oc pungc
des Gesta : a (lujusconsccrationi interfuit cornes Andegavi, sdlîcet FuIcoFul-
conis filius, et venerabilis comitissa uxor ejut Aremburgis^ filia coraîtîs Hdic
quam paterno jure comitatus Cenomannensis contingehat (D. Bouquet, L Xlt
p. 551). » Les chroniques angevines mentionnent bien Erembourc, nutt
uniquement conmie comtesse d'Anjou. On na pas signalé de ms. des GutÊ
en dehors du Mans, et c'est là que ce passage, par quelque rencontre fonniK,
sera tombé sous les yeux de Villon. — P. 70. Hutin du Moustier, d'aprts
M. L., fut, en 1463, non point pendu, mais simplement arrêté : il viiait
encore en 1491. — P. 75. C'est par un lapsus que j'ai fait honneur àWnai
d'Orléans du sarcasme patriotique prêté par Rabelais à Villon : le héros »
xiiie siècle en est l'écolier Hugues le Xoir, qui avait hérité de la répuotioi
facétieuse de Primat (voy. Longnon, Htude biogr, sur François Villon^ p. ^)
— P. 168. L'ordre des publications de M. Longnon relatives à Villon n'a p»
été indiqué avec une clarté et une correction suffisantes. Dis le jomil
VILLONJANA 35 î
édition reposent sur les découvertes faites depuis 1892 par
M. Longnon lui-même et par M, Marcel Schwob, J'ai dit dans
mon livre avec quelle libéralité M. Schwob m'avait conimuni-
que tous les documents réunis par lui et les conclusions qu1l
en tirait, ainsi que plus d'une interprétation nouvelle des textes
déjà connus. Il publiera prochainement un ouvrage étendu où
il mettra en œuvre tout ce qu'il a trouvé ou conjecturé sur
fauteur des Testaments, et je ne puis qu y renvoyer d'avance les
lecteurs de mon esquisse. Sur quelques points où j*ai cru pouvoir
proposer une interprétation nouvelle (par exemple sur Torigine
angevine, du côté maternel, de Villon ; sur l'existence possible
dun jeu de mots dans le legs qu*il fait à son protecteur
Guillaume de ses îenks; sur l'idée que Villon, sorti de la Faculté
des arts, étudia en décret; sur Fallusion au duc de Bourbon
contenue dans le huitain CXX du Testament), mon livre con-
1S73 était distribué le tirage à part de l'article, paru dans le cahier d'avril de
la Homania, iniitulc François Villon et ses 1/gatmnSy tandis que la Xoticé sur
Vilion^ d*A. Vitu^ n aéié imprimée qu'au mots de mai (voy» sur ces deux tra-
vaux mon anlcle dans la Rnth- critiquf de 27 septembre 1875). En 1875»
Longnon n'avait pas encore dccouvcn 1* interrogatoire de GuiTabarie et la
cition de Pierre Marchant ; en revanche , il avait relevé sur le registre de
Faculté des Arts les mentions de François iU Monkorhier. C*est dans son
pAude biographiqut sur Françon Villon (Paris, 1877) qy*il publia les documents
si importants qui concernent le vol du collège de Navarre et d'autres pièces
L ^u*U avait trouvées depuis son premier travail. 11 faudrait donc refaire ainsi cette
artie de mon exposé ; « Un liiicrateur qui avait consacré à Villon de longues
études, A. Vitu, découvrit et publia au mois de mai 1873 la double lettre de
rémission accordée en 14^6 à «r François des Loges, autrement dit de Vtllon 1»
et à « François de Monterbier, maistre es arts » ; mais M. Longnon les avait
I découvertes de son côté et publiées dés le mois d*avril de la même année ; il
^ivaJt en outre relevé sur le registre de la Faculté des arts les mentions de
«t François de Monicorbier » et fixé ainsi le vrai nom du poète ; il avait pu dès
lors, grâce à ces documents et à une interpréiition plus précise des passages
autobiographiques des poésies, tracer une esquisse de la vie du poète, à
laquelle il avait joint les renseignements les plus abondants sur ses légataires.
lEn 1877, il donnait de ce double travail une édition accrue et complétée,
où figuraient pour la première fois Tcnquéte faite en 14 $7 sur le vol du
collège de Navarre, Tinterrogatoire de Gui Tabarie et la déposition si précieuse
<tc Pierre Marchante II enrichit ce travail^ en 1892, etc. «
554 *^' ^^^^^
tient des explications suffisantes. C'est donc aux œuvres et i
leur interprétation que je m'attacheriii presque exclusivement ici*
L'édition de M. Longnon ' est faite avec un soin, une intelli-
gence et une critique au-dessus de tout éloge. Elle constitue
vis-à-vis des éditions antérieures non pas un progrès, mais une
révolution. A moins de la découvene, bien peu probable, de
nouveaux manuscrits, elle peut être considérée comme défini-
tive. Elle ne peut guère subir que de légères retouches de
détail. J'espère bien que mon savant confrère et ami en donnera
quelque jour une nouvelle, où il apportera certainement plus
d'une amélioration due à ses propres réflexions; je veux lui
soumettre ici un certain nombre de propositions dont il jugera
peut-être bon de tenir compte.
Ma première observation portera sur la façon dont les poésies
de Villon sont rangées et intitulées. Nous avons d*abord le
Petit Testament (qu'il me paraît préférable d'appeler Lais avec
le poète), puis le Grant Tesianwnt (ou mieux le Testatneni tout
court). Vient ensuite le «^ Codicille ». <^ Le CodicUlt\ dit M. L.
(p. Lxxxii), n*existe à proprement parler dans aucun manu-
scrit, car les pièces qu'on s est accoutumé â ranger sous cette
rubrique ne sont jamais réunies dans les recueils du xv* siècle. »
Les mots « qu'on s'est accoutumé, etc, » sont empreints d'une
visible exagération. L'attribution du titre de Codicille aux pièces
que M. Longnon range sous cette rubrique ne se trouve en
effet dans aucune édition antérieure à la deuxième de celles qu*a
données P. Licroix (1877). Ces pièces, dans les éditions anté-
rieures à Marot, sont placées, sans titre, entre le Grant Testanuni
et le Jargon; de même dans l'édition de Marot, qui en a un peu
modifié Tordre et qui les intitule : Autres œuvres de Villon ' ; de
môme dans les éditions subséquentes, qui y ajoutent, depuis
Prompsault, un certain nombre de pièces tirées des manuscrits.
CVst le bibliophile Jacob qui a imaginé le groupement adopté
par M. Longnon/ Celui-ci range, comme P. Lacroix, sept pièces
sous k rubrique Codicille ; puis il donne sept autres pièces sous
1. Piris» Ij:menre, 1892.
X En outre on sait que Marot, suivi avec raison par tous les éditeurs venuv
après lui, a mis en tête du livre le Petit Testament^ qui en occupait la lin.
VILLONIANA Î5Î
le titre de Poésies diverses^ puis le Jargon, et enfin quatre pièces
sous le titre de Poésies attribuées à Villon. Cet ordre et ces titres
me paraissent défectueux. Le titre de Codicille est à supprimer
purement et simpîenient ^ Il foudrait, semble-t-il, mettre en tête
les Lais (bien que telle ou telle ballade doive ou puisse avoir été
composée avant*), puis les ballades morales ou plaisantes de Bon
conseil, des Cmtre-vérités^ des Proverbes^ des Menus propos, des
Ennanis de la France^, puis les pièces composées entre 1456 et
1461 et qui sont ù peu près toutes sûrement datées : le Dit de la
naissance Marie (déc, 14 $7), la double ballade sur le même
sujet (id.), la ballade du concours de Blois (id.), la ballade à
Monseigneur de Bourbon (1458 ?), l'épître en forme de ballade ù
ses amis(i46i), le Débat du cœur et du corps (iJ-), la ballade de
Fortune (id.); ensuite le Testament (fin de 1461 ou commen-
cement de 1462 *) ; et enfin les quatre pièces composées lors de
la condamnation et de la gnke (janv. 1465) : quatrain-épi-
taphe, ballade des Pendus, ballade à Garnier, ballade au Parle-
ment. Tel est le seul ordre logique d'une édition de Villon »,
et il n'y a aucune raison de s'asservir aux traditions de Tédition
de 1489*, dont Tordre était de tout point détestable et n'a pas
1. Le titre de Testament et codkilk^ qui figure en tèie des ancietrnes édi-
tions, me paraît être une simple imitation du titre mis en téic du Testammi
t't codkitle de Jean de Meun.
2. J'ai essayé dans ïc chapitre II de mon livre d'assigner à plusieurs de cc5
pièces une date au moins relative.
3. Et aussi le rondeau, assex drôle, sur Jenin V^i^mu (où il faut répéter
le second vers à la fin). Je suis d*avis avec M, Piagei (Rom., XXI, 427) de
supprimer la ballade des Paures fjûusseurs ; mais iî me semble que Tattrihution
à Villon de la balade contre les ennemis (et non contre les médisants) de la
France a un fondement assez solide.
4. Escript Vai Fan soixante et un^ dit le poète; mais il ne faut pas oublier
que pour lut Tannée 1461 va jusqu'à Pâques 1462(17 avril).
y. Il est vrai qu'on n*a pu le tixer complètement que depuis qu'on connaît
U date de la condamnation du poète.
6. Je n'ai pas fait mention du jargon : ctironologiquement« il doit i^ans
doute se placer entre le Testament et les pièces reUtîves aia procès, St je don-
nais une édition de Villon, je laisserais de côté ces sept ballades, dont on
ne peut avoir un texte satisfaisant et qui rrintèrciscnt que des spécialistes, ou
tout au moins je les reléguerais en appendice.
3J6 .G* PARIS
encore été suffisamment amendé par Maroi, Prompsault et
leurs succes^ieurs *,
M* Longnon garde en principe les i ec /, u et v, tels qu'ils
sont dans les mss., miiisil ajoute des accents et des apostrophes ;
ce procédé hybride me paraît quelque peu barbare ^ Je n'hésî*
icrais pas à distinguer à la moderne i de ;, u de v ', ou alor^ je
reproduirais fidèlement la graphie du xv^ siècle, sans accents
et sans apostrophes.
La critique du texte de Villon doit naturellement se fonder
sur 1 étude de sa langue et de sa versification. Cette étude,
M. Longnon Ta certainement faite pour son compte, mais le
plan de son ouvrage ne lui permettait pas de la communiquer
au public : on voit seulement çà et là par quelque remarque ou
correction certains principes qu'il en a dégagés. Sur tel ou tel
point on peut différer d avis avec lui ; je ne relèverai ici que ceux
qui me paraissent avoir quelque importance pour la constitution
du texte.
Au premier rang figure le traitement de IV atone final (ou suivi
d's ou de ni) qui suit immédiatement la voyelle accentuée. On
sait que dès le xni'' siècle on trouve des exemples de la suppres-
sion de cet e dans la mesure des vers, donc dans la prononciation,
mais que jusqu'au xvi'-' siècle on a aussi des exemples de son
maintien ^ : la règle moderne consiste en général à éluder la
difficulté en n'admettant cette finale qu'à la rime ou devant une
voyelle initiale sur laquelle Vc s*élide '. Comment Villon se
comportc-t-il à cet égard ? M. Longnon a corrigé, à Faide des
1 . Les titres des pièces n'ont pas non plus d*atitonié. Ceux des ballades
insérée dans le Tfsiameni ont été fabriquas par Mirot et devraient dispa-
raître.
2. M. Longnon veut bien me dire que c*esi son avis» et que ce rètait dcjà
aussi cil 1892 : le système qu'il a suivi lui a été imposé, parce qu'il av^ît
été employé pour rédition de la PléiatU publiée par la même maison.
f. C'est ce que je iVis, pour plus de commodité, dans les citadons qut
suivent.
4. Voy, Toblcr, V(nH franiosiichen Venbau, }« cd», p* 41 ss.
$. Les mots en -ti ne peuvent jamais figurer dans rintéricnr du vers;
pour les roots en -tnt^ où cette exclusion était trop incommode, on les y
admet (bien que non sans scrupule, sauf pour les formes d'imparfaits en
-ûitnt et pour aitnt et ment) en ne comptant pas Vi,
VtLLONIANA }57
miouscrits, plusieurs passages où les anciennes cdirions présen-
taient la supprfôsion de IV. Mais il me semble qu'il a quelque-
fois été trop loin dans cette voie. Plusieurs de ses remarques
sembleraîent indiquer qu*il n'admet pas cette suppression chca
Villon. Or on ne peut la nier, et il est bien obligé de la laisser
lui-même assez souvent dans le texte.
D est parfaitement vrai que dans la très grande inajorilé des
cas V^'illon, tant à la rime que dans Fintérieur du vers, compte
cet t comme faisant syllabe. J'en relève tous les exemples
assurés^ en les rangeant dans un ordre méthodique. Je ne
mgnale pas ici les mots employés à la rime.
I. Mots où IV est final, i) -a* ' : csptt T ^ i io6, charrtïtt T
1686, Pompée C 104, et plusieurs participes passés féminins :
chargea T i8}8, procréée C 182, huée A i, enwiee A 47,
tntrei A 122. — 2) -iV : amie L 104, vie T 84, 1484, 1576,
A 102, Marie A 5, die T 1541, supplie D 5, erie D 82 (refrain),
relie T 1 104, espanie T 959. - 3) -aie : aie L ^5, T 419, retraie
T 870, vraie D 29, 165. — 4) -aie : tnannoie T 540 (refrain),
fùii C 189^ joie T 1740, A 7, 17» 28, t^ne D 179, soie T 109,
127, hraieT 1380, emme T 1548. 1824, et une série d'impar-
faits du présent : fuioie T 206, faisoie T 472, amoie T 476,
prenoie T 496, soufroieT 676, aimeT 12? j, ou du futur : ante-
rde T i^^^ ferme C 123, prendroie D 24. — j) -oue : moueT 440,
l0ut T 1468, joue T 1702, — €)'ue i sue T ^17^, lue T i8iî,
institue T 1940, descendue A 2.
n. Mots où IV est sui%M d'j. \) -ees : eslevees T 504, allumées
T s 30, assemblées T 626, plombées T 1904, — 2) -tes : veciis
T 696, seigneuries T 1 748, pies £151. — \yaies : braies T 14Î4.
— j\)'Oies : soies T 1692^ broiesT 1715. - $)'Oues \oues *ï 182 J.
— 6)'eues : queues T 1119. — 7}~^s : nues T 698. — 8)-iif>J :
truiesT 1818.
1. Je ne marque pas d'accem sur 1*^ tonique; il est parfaitement inutile.
2. Je conscr\*e naturellement, pour les renvois» les divisions de M, Lon-
gîton : L=£fliV (ou Petit Ttitamtni)^ T ^:= Testament (Grani T,), C =^ Codi-
cille, D -= Poésies diitrses, A =^ Pùésia attribuées,
;, Li Bnale -fVfest, dans les mss, et les anciens imprimés, et aussi dans
l'édition Lotignon, souvent écrite -ye ; j'écris toujours -rV, et de même -<ii>.
4. Ici M, Longnon admet la suppression de IV en gardant Tancietine leçon
^ueîîi^ mais il vaut mieux lire : Puis sm Dieu set quel sueur.
358 G. PARIS
m. Mots OÙ IV est suivi d'ni. i) -tent : mendient T 235, rient
T 580, dient T $S$, prient T 1 352. — 2) -aient : aientT 23 1, 1 166,
/)ji^w/ T 1598. — 3) -oient : soient L 199, T 671 (deux fois),
884, 1298, 13 15, 143 1 (refrain), 1^27, faisoientT 511, estaient
T 801, 1138, mettroient T 1148. — ^-uient \ fuient C 35.
Mais à côté de ces nombreux exemples, qu'il suffit de signa-
ler, il y en a qui montrent au contraire le complet amuïssement
de- Ve, soit à l'intérieur du vers, soit même à la rime. Ils
méritent d'être regardés de plus près.
I. Mots en e final :
Ou il luy fauldra sa vie querre L 183.
Jusques a l'entrée de vieillesse T 171 ».
Chantée me fut ceste homélie C 20s *.
Mais, par sainte Marie la belle T 932.
A menue gent menue monnoye T 1681 ».
Le mot eau est toujours écrit et compté sans e final (T 14,
i493> 1597.076).
II. Mots où IV est suivi d'i :
Mes braies, estans aux Trumclieres L 10^.
III. Mots où Ve est suivi d'w/ :
Ne me tendroient î, non une matinée T 1497*.
Il faut d'ailleurs ajouter ici les cas où un e intérieur après une
voyelle et devant une consonne est omis dans la mesure'; c'est
1. Ainsi portent les mss. et Tancienne édition ; Marot avait corrigé /tis^u'd;
M. Longnon n'a pas voulu s*écarter de la tradition ancienne.
2. On pourrait à la rigueur garder cijattte, qui est dans les sources, et com-
prendre : n II me fut chanté cette homélie «, mais il vaut mieux croire que
chanté est ici pour chantée.
3. On voit que dans ce vers notre fait se produit deux fois; les sources
donnent minue la seconde fois et menu la première.
4. Notez que le mot braies se trouve ailleurs (T 1454) comptant pour deux
syllabes.
S- Cette forme, donnée par le plus ancien ms., est préférable à tiendraient.
6. La facture du vers de Villon ne permet pas d'admettre que tendraient
ait ici une terminaison féminine. ^
7. L> est tantôt omis tantôt marqué dans les mss. et édd. ; je le laisse par-
tout subsister.
VILLONIANA JJ9
toujours, chez notre poète, dans les futurs de la première con-
jugaison : prierai I 35, muerai T 155, paiera T 1040, D 15,
salueront T IJ44. Il n*y a pas d^exemples contraires '.
Mais le plus remarquable à coup sûr, c'est que deux fois
Villon a mis à la rime des mots terminés parr ou rj atone après
voyelle, en supprimant IV et en les faisant rimer avec des mots
à terminaison masculine sur la même tonique.
lirni, donne a Michaut Cul d*oue
Et a sire Chariot Tara nue
Cent souz. S'îIjê demandent : m Prins ou ? m
Ne leur chaut. T 1^58,
Cette rime a embarrassé les copistes : celui de C a cm pou-
voir écrire Cul dou^ et ceux d*A, de F et de I (orit^inal de Tédi-
lion princeps) ont écrit om au v. 1357. Marot remarque même
que a le vulgaire parisien prononce oue (^iquie», en sorte qu*on
aurait le phénomène, inverse de celui qui nous occupe, de l'addi-
tion d'un e final atone ; mais cette remarque de Marot est très
suspecte : rien ne la confimie dans ce que nous savons de la
prononciation parisienne au xvr" siècle, et il est bien plus pro-
bable que nous avons dans Cul d'ûu(e) un exemple de la chute
de Ve final en hiatus.
L'autre exemple est d'ailleurs au-dessus de toute contesta-
tion :
Fors qu'on dit, a Rains et a Troies...
Qpc six ouvriers font plus que trois. T 614.
Trais, que donnent les sources, est ici certainement pour
rroiés^ et la suppression de IV n'est pas douteuse.
Dans ces conditions, on s* étonne que M, Longnon déclare
aussi résolimient fautives d'autres leçons où, comme dans ces
exemples, IV de mots semblables n'est pas compté dans la
mesure (p. ex. sur L 104, T 177s), et on se demande si ce
I . Notons seulement que le mot iraiement compte pour trois syllabes aux
Icux endroits où il figure (T 593, A 1 54); cependant au premier trois mss. sur
quatre ajoutent si, qui obligerait il ne compter vraiement que pour deux &yl-
360 G. PARIS
parti pris ne lui a oas tait rejeter des leçons préférables à celles
qu'il a admises. T 120 on Ut dans CI*:
Ceux donc qui me font telle oppresse
En mcurctc ne me vouldroicnt veoir ;
AF suppriment tte^ et Péditeur lit nvcc eux (il faut en tout cas
meurti) :
En mourté me vouldroîeni veoîr .
mais j'avoue que je ne vois pas quel sens peut avoir le vers
ainsi constitué, et je préfère admettre que Villon n'a fait que
deux syllabes de vouldroient (comme de kndroient au passage cité
plus haut, p. 358).
Au V* T 809 ss. tous les manuscrits donnent :
Qui me dîroît : « Qui vous fait m être
Si très avant ceste parolle,
Qui n'estes en théologie maistrc ?
A vous est prcsumpcion folle « .
M- Longnon remarque sur le v. 809 : « Malgré l'unanimil
des sources, il faut substituer ici et plus bas (aux vers 81 1 et 8 1 2)
le singulier au pluriel, car autrement, même en coinptanr les
quatre premières lettres de théologie pour une seule syllabe, le
vers 8ïi aurait une syllabe de trop. » II est cependant bien
grave d'aller contre une leçon que donnent les quatre seules
sources, d'ailleurs en général indépendantes, et je préfère ne
compter (comme fait Marot) thù^logie que pour trois syllabes.
Au v, 1775 du Testament Kédition porte :
Soient absolz quant ilz seront morts ;
mais en note on lit : » I^ mot fV:^ doit estre (jiV) supprimé dans
le vers imprimé par nous. « Mais quelle est la leçon des manu-
scrits ? S'ils donnent tous il:^ (comme le fait I), j'hésiterais à le
supprimer.
Le cas le plus intéressant est celui du vers i de lastr* III de la
fameuse ballade d^s Pendus, Nous avons été accoutumés à le lire :
La pluye nous a debuez et lavei;,
\
I, La note de l'éditeur est d^ailleurs défigurée par une faute d'impression
après la leçon de CL on lit mittrtîè}^ qui se rappone on ne sait à quoi.
VILLONIANA 36 1
leçon de I; M* L. regarde cette variante' comme « imaginée
par un scribe qui ne comptait pas IV de pluye comme une syl-
labe ». Et il imprime :
La pluye nous a buez et laver..
C'est la leçon de C P R (du moins lediteur ne mentionne*
t*il pns de variantes pour ces ms.s.), et on doit sans doute Tac-
cepter comme bonne, car bien bueid^ F, et but^ de J, semblent,
comme debuei de I, provenir de scribes qui ont remanié le vers
en ne comptant /»/wje' que pour une syllabe. Mais il fout avouer
que la césure entre nous et a est déplaisante, et qu'il n'y en a
guère, dans les décasyllabes de notre poète, qu'on puisse en
rapprocher*
Pour ce qui concerne, en dehors de ce cas, la mesure des
mots, Villon est, comme on peut s'y attendre, tout à fait
moderne, c'est-à-dire qu'il supprime, comme le fait la langue
moderne, IV ou a intérieur en hiatus devant une voyelle, bien
qu'il récrive encore souvent (twir, gfoiiertj etc.)*. Une seule
exception se présente, au premier vers àw^Ttsîament :
En l'an de mon Irentiesme Aage,
Marot, qui imprime et^e^ remarque déjà : « Il fait eage trisyl-
labe comme péage, si fait le Roman de la Rose, « Mais ce qui
est tout naturel au xrir siècle est fort invraisemblable en 146 1,
et en effet le mot Jdijg'f, qui reparaît trois autres fois dans l'œuvre
de notre poète (T 1276, 1832, D 48), ne compte jamais que
pour deux syllabes. En outre le sens quH aurait ici est très sur-
prenant et ne se retrouve pas ailleurs. M. L. le traduit par
a année » '; mais que signifierait : u En Tan de ma trentième
année ? »> Il est clair que Villon a voulu reproduire en tète
1. Dans sa note le sigle î, indiquant le texte imprimé, a d'ail leurs été
oublié i l'impression.
2, W prononce encore ancien^ crtstim en trois syllabes (cf. plus loin la
remarque sur C t, ij) et il y aurait quelques autres particularités â relever.
$. Il le traduit de même au v. 18^2, mais là le sens ordinaire suffit très
bien. Quant au passage de Fauchet qu'il cite : « en mon aage soixante et
dixiesme », je n'y vois qu*une bizarrerie.
}62 G. PARIS
de son Testament f en le modifiant comme il fallait, le premier
vers du Roman de la Rose :
Ou vintiesme an de mon a^ge ;
é
s*îl avait fait aagf de trois syllabes, il aurait écrit tout simple-
ment : I
Ou tretidesnie an Je mon aagc : 1
il a changé la formule précisément parce que aage était
devenu pour lui disyllabique * ; mais il a dû la changer aussij
peu que possible, et écrire :
En Tan trcntiesme de mon aage.
Il est singulier, assurément, que les quatre manuscrus ' sa
cordent à déplacer le mot trentifjnie; toutefois je n*hésiterai
pas à adopter la leçon que je viens de donner».
Je passe maintenant à la rime, et je dirai d'abord un mot des
voyelles. Il va de soi que h distinction entre les rimes mascu-
lines et féminines est constamment observée, sauf les deux cas,
cités plus haut, de Culdot^s) et de Troi(e)s. Pour la voyelle
tonique il y a quelques observations à faire, h
On a remarqué depuis longtemps que Villon fait rimer er eiJJ
ar suivis de consonnes, dans des terminaisons masculines ou
féminines. C est, dit Marot, une preuve qu'il était Parisien, ce
que confirme H. Rstiennc*. Je veux seulement faire observer
que, dans les rimes masculines de ce genre, qui sont toutes en
ert : art^ il admet aussi bien IV provenant d*a suivi dV simple ^
{appert part part despart T lu) que IV provenant d'e suivi d'r t^
(Robert fmuhert part poupart L xv, Robert Lctwbart T Lxiv),
1. Ce n'est pas à cause d'au — en le» îbrme qu'il emploie ircs souvent.
2. Je n*ai pas revu les manuscrits pour ces notes critiques ; je m'en raf
porte aux indications de M. Longnori, que j'ai tout lieu de croire eauèct
Cl qui sont d'ailleurs, pour ce vers, confinnécs au moins en partie
Prompsauh.
y On trouvera plus loin des remarqucî» sur les formes souirain, vtrii^^
vtimntx. Notons encore qu'au v. C j8 Villon élidc Vt dt feusm malgré l'i
finale.
4, Voy. Thurot, 1. 1, p. 4,
VILLONIANA "" 363
et cjuc: dans les rimes féminines en erre : arre il admet, à côté
de f provenant de ê ou de e (erre [nom de la lettre r] Barre
erre [iter] rm/«iTrr T Lxxni)» ue (réduit à f) provenant d'ô
(Barre fuerrc terre qutrre L xxuij /trr^' 5arrf fuerrc serre
T Lxvi) et même ne^ écrit w, provenant d'ê (Barre barre
qucrre poirre T xcvm), ce qui indique la prononciation
oua \ aussi écrirais-jc volontiers fuerre (pron. Joiuure comme
dans le nom de la rue connue) : je doute de Texistence réelle
d\m ferre prononcé far re ; en tout cas cette forme ne me paraît
pas « nécessaire pour la rime >> (n. sur L 180)'. Ixs autres
rimes de cette catégorie sont en erdr : arde (Garde perde
T Lxxvîî), erdre : ardre (ardre aherdre T Lxxiir), erne : arne
ÇGaUrne Marne iverne gouverne T cxîjv), ertre : artrt (tertre
Miminmrtre T cxxxvi).
Les voyelles devant les nasales offrent plusieurs particularités :
eme rime avec ame (diadème ameT xxxvni), ien avec an (anden
Vùkrien an crestien T cxxxvi), ce qui indique la prononciation
tan; en revanche, dans la ballade des Parisiennes (p. 85), iemus
et aines riment sans difficulté (de m. Estienne di>u:^aineT CLxvn).
Jin semble rimer avec oin dans la ballade des Conlre-i&ités
(p. Î38), mais ce oVst pas absolument le czs : avec les mots
en oing, poing soing coings rimant aux str. II et III, rime
le mot baing^ mais le ms. porte hing, et cette forme, qui
s'explique par J*influence de la labiale initiale^ aurait dû être
conservée ; a la str. I on a en rime foifi(g% qui est pour fein
sous la même influence, ci fain <famem où il faut également
fadmettreV — La rime aine : ainr se trouve dans la ballade
des Dames du temps jadis et dans celle des Contredits de Franc
Gontier^ mais les deux fois elle est employée avec une certaine
hésitation. Dans la première, deux strophes et Tenvoi nVint que
aine; la str. Il seulement présente les rimes moine essoitu roytu
Saine. Dans la seconde on n'a queow aux str, I et III, que aine à
la str. IL II est clair que le poète prononçait ouène^ ce qui ne
faisait avec aine =^ ène qu'une rime assez imparfaite.
En dehors des nasales oi rime assez souvent avec ai : ejcploi^
laii L xxxiiij BeHefaye pensove T cLXix» nio\ may C î-3, pirfjf aise
î. Sur 1« diverses formes de ce raot, voy. Thurot, L Î7J.
2. Voy. Ront., Xî\, 125,
j64 G. PARIS
C 1500-2 \ et il rime aussi zveci : toiles ^roselks Vaui^elhs tellrs
T 657-6}, vairre erre T clxvi, clers loirs T cxxrn, scct cessoit
T CLXVi, où il faut noter que IV est originairement, comme
provenant d*a» un e distina de celui des autres mots*. Il
semble bien que la prononciation du poète était sur ce point
assez incertaine ^ H laut noter la forme jfw/ pour soiff qui est
attestée par la rime T 729, et qui paraît être une particularité
du langage de Villon*.
Notons encore les rimes de ié avec ieu. ou plutôt la pronon-
ciation flottante du nom Louviers ou Lûuvtmx^ qui rime en iers
(T 1047) ou en ieux (L 266), la rime de jeu partie, de gésir
avec jeu < jocum (T cxuvni), la suppression du mouillement
de 17 dans Ruc(iy T IJ65 ti groselles T 660, Il y aurait bien
d'autres petits traits à signaler; mais je ne relève ici que ce qui
peut être utile à la critique du texte, et fai déjà été plus long
que je ne voulais,
M reste cependant un point assez délicat, qui intéresse la pro-
nonciation et la graphie : c'est le traitement de Tancien ïVpro-
venu de a tonique sous l'influence d*une palatale précédente.
Villon, dans la très grande majorité des cas, ne fait pas rimer cet
ii avec é^ et îl sépare ces deux produits d'à tonique comme le
t . Il faudrait y joindre morUsise T 1480. dont Vorthographe Afictenne est
mor toise. De m. /raïj T 1937 est pour f rois,
1. Cf» Ci-dessus yvr/, et très pour trù T 1940.
l. Plus d*un exemple est d'ailleurs douteux : ainsi mai pour mai est une
forme très fréquente amenée par la labiale (Rom.^ 1. c); pour pùtsf on peut
admettra la forme analogique pcsf En revanche dans le h. T CI b^tei ccuritf
rimant avec teiifs et ktUs pourraient s'écrire baisles et coites (sur ce moi» voy,
la remarque ci -dessous).
4. On la retrouve encore, «t à la rime, dans Ronsard (Thuroi, f, Î7î): cf.
aussi Meyer-Lûbke^ Gramm.^ '♦ S 7^ ^ 7^9 ^^ ^^^^ conservait la graphie,
qu'un seul m s, a changée ; au contraire T 1264 (le Vocab. a par erreur 1 164}
quatre mss» sur six ont soif. M, Bijvanck s'est appuyé sur cette particularité
pour soutenir que les deux pièces de Villon ajoutées au ms. Tont été de
la main même du poète, parce qu on y trouve siu/^ undis que dans toutes
|cs autres ballades taites sur le même premier vers on Ut sai/i M. Longnon
(p. xcv-xcvi) a combattu cette hypothèse par de bonnes raisons^ mais îl
admet que h graphie seuf remonte i Villon : le copiste de V a travaillé dtrec.
lement sur l'autographe du ptîète (celui de O. qui travaillait sur V, a écrit mjj.
VILLONIANA jfij
faîsdit rancicnni: langue ' ; les manuscrits au contraire omettent
souvent Vi dans les cas où Fusagc moderne Fa supprimé.
Dans plusieurs passages rornission de cet i détruit, au moins
en apparence, la rime, qui, sur ce point, est chez Villon très
exacte, La graptiie -chitr par exemple est fidèlement conservée
auxstr. L 21 (ffouchier tic,)y T 24 (lechier etc), T p. ^Q{eniechii^
pfcbié), T 102 (archicrs etc*), T 109 {presâner etc.), T p. 72
{rocbier et treize autres mots pareils), T i \?t{Rkhier etc.). Il est
donc fâcheux de lire T \x\i\ pocheiç^ embroche^, et surtout, dans
les six rimes pareilles de la ballade a s^amie (p, 60), chur^ mais
moKher^ sercljtr, dessécher, marcher au lieu de -chien cette ballade
contient d'ailleurs une rime inadmissible, car Villon ne fait
jamais rimer -r/;i>r "qu'avec lui-même; or on lit au v. 3 de la
strophe II :
Rkns ne mVusi sccu hors cic ce fait hasier;
cette leçon n*est que dans les anciens imprimés (I) : des trois
manuscrits, C F donnent hachier (C hacher)^ A a changé {Rien ne
iiteustscetide cepitarriic!}er)\ Qu*est ce que^JW?M. Longnon
a oublié le mot dans son Vocabulaire^ et cependant ce mot
avait grand besoin d'explication , étant complètement inconnu * ;
il n'est bien certainement qu'une faute d*împression pour haclner.
Les variantes sont rapportées, semble-t-il, avec quelques inexac-
titudes dans la note; mais il paraît bien qu'il faut lire ;
Rien ne mVust sccu hors de ce fait hachier,
ce que j'avoue d*ailleurs ne pas cotnprendre*
Pour -gié-, nous trouvons correctement dangiers Angiers
Lvî, dangier laidangier T xlviii, langagières messagieres i la
str, Ide la ballade des Parisiennes (p. 85), A la str. III on Ut
gueres et harangierej : il faut pour la rime lire guieres^ avec R
et haranguiereSf forme concurrente de harangieres.
I. P, 48 00 trouve bachelier ^n rime avec hrmkr^ tnais il faut r^taMir U
forme ancienne hachekr,
1, Marota aussi refait le vers : Rien ne meutt sceu hn de ce faire fascber (oh
hn est resté par une faute évidente).
}, Dans les notes de l'cd. Cousielier on suppose, d'après Bord, que kastùr
(sic) est le même mot que harîer, ce qui est inadmissible,
4. Cette forme, qui s'est développée sous l'iniluence du gu > g de
guttis <:guûiris, n est pas rare au xv* siècle ei se trouve même avant.
i
5^6 G- PARIS
Pour 'tié- nous trouvons pitié traiclié L xxv ; pour -dit*
dricr aid{îyr T cxxx.
Après/ mouillée, les mss., conformément à l*usage mûderiK.
n'écrivent généralement pas T/ (voy, T cxxiii), mais b nmc
prouve qu'il existait : L i escollier collier conseiller (verbe) c»-
seillcr (nom); il serait donc préférable de l'écrire. — Apmt
mouillée on le trouve écrit dans espargnitr L xx, où la T\m
avec Basanier Four nier lordouanier montre qu*il se prononyiir
(de même T 80); il vaudrait donc mieux écrire L xxx an^m
p'ottgnUe rcnfrongniee rongnier.
Toutefois, à coté de ces formes traditionnelles, on ne
contester que Villon emploie quelquefois les formes modcr
où Vi a disparu. Pour -dé- > -ce- (dont il n*y a pas d'eaempli
avec on peut sans doute citer T 112, où les rimes suiu;
lamhroissie percée Macee ' tatixee *. Il y aurait une rime
plus probante au huit, T cxx, où Tédition porte :
Et vueH qu'ils soient informe/
En meurs, <^uoy que couste baturc ;
Chaperons auront enfoncez
Et les poulces sur h saincturc.
Mais jamais Villon n'emploie la rime en e sans la consonne
d'appui (voy. plus loin); enfmcei n'est que dans I :il ùut
évidemment lire enfourtne^ avec FÇetiJcrmei A C); le motfir^-
tner signifie a enfoncer »>, comme le montrent trois exemples
donnés par Godefroy, qui traduit à tort dans les deux premicn
informer par « donner une mauvaise forme, déformer », et dins
le troisième en/orme par ^' formé, taillé 'K
Pour la réduction de -chié' à 'Ché- nous avons une prctt^e
dans T Lxxni, où les rimes sont : njrigere muscljouere cb(J)tTt |
(subst.) cf}{f)er€ (adj*); toutefois on remarquera que le poeîr
a pris soin de mettre ces deux mots ensemble dans la seconde
partie du huitain.
En regard de tratiié : pitié il faut mettre regretter souhait
dans les Regrets de la belle heaumiert (p. 39), et en tç^gixik
1. Mme < Matthaeum devrait, scmbk-t-îl, être Mode (ei la k^'
Sîaci renvoie en effet à Madé); toutefois on ne trouve guère que AteiM
2, Mot savant, qui n*a jamais eu tïi.
VILLONIANA 567
Perdrier : aidier les rimes de^ esclmude:;^ vnyde^ cttidei de la ballade
aux Enfants perdus (p. 93).
D autres infractions à Tusage ancien, qui portent non plus sur
i>< i, mais sur ie <é, sont dues à Tanalogie : alege plegeT XL,
grève gr(Ji)eve gre%}t l{i)eve T xck
Malgré ces traces de Tusage moderne, je crois qu'il vaudrait
mieux^ sî Ton régularisait rorthographe des poésies de Villon,
rétablir partout Tusage ancien, sauf dans les quelques cas qui
viennent d'être cités ^
Je n'essaierai pas ici de réunir les renseignements, assez peu
précis d ailleurs, que les rimes peuvent fournir sur la pronon-
ciation des consonnes; je me borne à rechercher comment
Villon entend la rime en ce qui les concerne, soit pour celles
qui suivent la voyelle tonique, soit pour celles qui la précèdent
(consonnes d'appui).
Les consonnes finales des rimes masculines ou féminines sont
toujours strictement identiques; je ne tiens pas compte des
variantes de pure graphie comme s et :^ ou x, m et «, d et /, qu*il
serait peut-être bon de faire disparaître tout à fait d'une édition
critique*. Villon poussait en cela l'attention fort loin, puis-
qu'il écrit don T xxii au lieu de dotu pour rimer avec dWi, ce
qui provoque un blâme de Marot. Il faut en tout cas faire dis-
paraître de son texte certaines leçons où cette règle est violée,
non seulement en apparence, mais en fait. Voici celles que j*ai
relevées. P. 41, à la str, 6 des Regrets de la MU heaumiert^ on
lit, rimant avec voultii, souhtî{J\ et trakti:^ :
Ce beau ner, droit, grant ne petit,
ce qui n'est pas admissible et qui n'est d'ailleurs dans aucun
des quatre mss. : AGI donnent pctli^ qui pourrait peut-être
passer, grâce à une licence dont je parlerai tout à l'heure ; mais
il vaut mieux lire avec F (toujours digne d'une attention par-
ticulière) : droit et bien fetii. — T lxvi :
Pour le révoquer ne le diz,
rimant avec refroidi : il faut di^ forme ancienne. — T cxx au
1, A noter encore la forme musier (T 1491 : rosier) pour muser, qui
montre bien que T usage était incertain.
2. Le fr àt Jacob T 57 rimant avec /rt?/>, le d Je qmd T J9J} rimant avec
Trkci^ se pronotifaient, suivaQt l'usage ancien, ff ctt.
368 G. PAKIS
Heu de fiens^ rimant avec bien, il faut rien, que donnent
d*ailleurs lous les manuscrits. — Dans la ballade contre les
ennemis de la France les v. i et 3 de chaque strophe riment
en 'tans ; ù la str* H, par conséquent, il faut (avec D) chantans et
contans au lieu de chantant et contant : chantans comme nom.
sing. est un archaïsme dont nous allons trouver d'assez nom-
breux exemples dans notre poète.
O^tte question de Vs finale dans les rimes de Villon est
assez curieuse. Je ne parte pas de la ballade (p. 36) où» croyant
reproduire le vieil langage fran^oisy il ajoute des s à tort et à
travers (non seulement aux nominatifs singuliers comme apos-
îollesy coeffei, servans, vens^ emperieres^ nobles^ decorei^ Ijontwrei^ tene^^
dauphins, mcs^ ainj^ie^^ — mais aux accusatifs comme mauffe^^
granSt Dieux, adore:^ et même A Constant inchles et Doles) ; mais
même en dehors de ce pastiche malhabile il se permet pour
rimer de munir d'une s finale des mots qui n'y ont aucun
droit : c'est sans doute précisément cet essai d archaïsme indts*
cret qui loi en avait suggéré Tidée. Les exemples les plus nom-
breux se trouvent dans des noms (substaniife ou adjectifs) éli-
sant fonction de sujets; ainsi p. 41 (Regr. de la belle heaum,}
en rime avec esiains et altains au pluriel :
Nez courbes, de beaulté loiogtains...
Le vis pally» mon et destains.
Et de même : le bel Ijonnestes (T 637), absolu:;;^ (T 887), pat\
(T 1018), Mac robes ÇT 1547), /ïraM/:^ (A 39). Plus choquante
est Vs à'esiourdis dans ce vers,
Par mon clerc Prctnin rcstourdis (T 565),
et celle de ra<i^J pour cadet T 135. Mais la plus surprenante est
celle qu'il faut ajouter au mot féminin yssue dans le vers
Cest d*umainc beauhc Tyssues;
elle est cependant exigée par la rime bossues, et elle se trouve en
outre non seulement dans A mais dans I, et Marot s'est gardé
de la supprimer. Villon s est donné ici une licence que l'on ne
saurait assurément approuver.
Li voyelle tonique peut être séparée du phonème final, con-
sonne ou voyelle, par une ou plusieurs consonnes* Dans la
VILLONIAKA ^69
rime exacte, ces consonnes doivent être, comme le phonème
final, identiques, et elles le sont toujours chez Villon pour les
rimes masculines. Mais dans les rimes féminines il se permet
des irrégularités parfois très fortes. En voici la liste : ame asne
T Lxxxvii, — ntasles Charles T xxn, Merle mesle T lxxïv, enfle
Temple T Lxni, branle tremble T cin, peuple seule T clxii, bible
evangille T lxxxv, — prophètes fesses T uv, fusîe fusse T xxv '.
En regard de ces imperfections il faut signaler au contraire la
recherche visible, et d'ordinaire très heureuse, des rimes riches
qui caractérise notre poète. Il lui doit une bonne partie de
Teffet produit par ses huitains, où une seule rime revient quatre
fois, et surtout par ses ballades, où cette répétition est triplée*
Il faut noter le soin qu'il prend, quand i! ne peut pas rimer
richement toutes les strophes d'une ballade, de ne réunir au
moins que des rimes riches dans une même strophe. Les rimes
décidément pauvres au point de vue de la consonne précédant
la voyelle tonique sont rares dans son œuvre.
Ces remarques préliminaires m'ont déjà permis de proposer
quelques corrections au texte. En voici d'autres que je soumets
au nouvel éditeur.
L 28 trespersanl, 1. trespersans avec A. — 44 impr. cl plutôt
quV/r.— 64 c€ présent lais ; malgré Taccord des mss., je lirais
cis presens laiSy d'après le v. 275 et !e rappel de T 755. — 147
plutôt Pesches que Perches (à cause de poires qui suit), sans pré-
tendre d'ailleurs que ce passage obscur soit établi sûrement.
— Au huit. XXI Villon lègue au boucher Jean Trouvé des ensei-
gnes convenant à sa profession, le Moutan^ le Bœuf couronné,
ï6$ Et la Vache que pourra prendre
Le viltaîn qui la trousse àu col.
S*il ne la rent, qu*on le puist pendre
Et estraogler d'ung bon licol t
I. Je DC relevé pas les rimes dont b différence consiste simplement dans
|j présence ou Tabsencc d*uiîe s devant une consonne : cette *, à rêpOijtic
dcVilloo» était purement graphique. Des rimes comme asks marmotn (p. 106),
cûsteipehks (p. 106-7)» *^ revanche» sont fautives en ce que les voyelles ne
sont pas les mêmes; encore plus défectoeuse est la rime crmU$ (croûtes) cru/n
(crottes) (ib.).
R»m«mim XXX ±a
370 ii. PARIS
Cela ine parah fon peu clair. Au v. 165, A et B ont tjui^ let
C quon (C quon m peull), l\ s*agit à mon avis d'une enseigne
qui représentait un vilain ponant (troussant) une vache sur son
cou (de la le nom de la rue Tmnsscvache). Je lirais donc (d
c'est à peu près la leçon de Marot) :
Et la ViîcU : qui pourm prendre
Le villain qui la trousseau col,
S'il 5c là rcni, etc.
— 183 Villon lègue à Perrenet Marchant trois bottes de paille
pour les étendre par terre afin de « faire Tamoureux mestier »,
Où il luy fauldra sa vie querrc,
Car il ne scet autre mestier.
L'accent que M. Longnon, ~ à l'exemple de Prompsault et
autres, — met sur Où me paraît détruire le sens : le poète veut
dire que si Perrenet n'a pas cet instrument de travail, il sera
réduit à mendier (ce sens est confirme par la kçon Jmldroit de
F). — Aux vv, 207-8, Villon, parlant des pcnrej ùrpMim det-
ponrven^ auxquels il fait un legs dérisoire, s'écrie :
lU mangeront maini bon morceau.
Les enfant, quant ilz seront vieulx'
Cette leçon peut se soutenir, mais elle soulève une question
singulière. Elle est celle que donne aussi M. Bijvanckp mais il la
donne comme de son cru et note que tous les mss. et Marot
ont : quant je seray vuulx; M, L. au contraire n'indique aucune
variante dans les manuscrits, La chose est d'autant plus surpre-
nante que M. L. dit (p. cix) qu'il n a pu profiter, pour les Lais,
de l'édition de M, Bijvanck. Il faut donc supposer qu'il a égale-
ment, de son chef, changé je seray en i/^ seront ^ puis qu'il a
oublié de noter la leçon des manuscrits. Mais il n'y a pas de
raison de changer cette leçon. M. Bijvanck dît bien (p. 109)
que, grâce fi sa correction, « le vers terne et équivoque devient
d'une ironie poignante et lumineuse »; mais, malgré les rai-
sonnements paléographiques qu'il donne en note, Faccord de
nos quatre sources à changer f/:^ senmt en ie seray est inadmis-
sible, et le vers se défend très bien tel qu'il est. Villon ne fait
pas ici un testament in articuh mortis : il suppose son legs exé-
VILLONIANA ^'t
cuté immédiatement ', et il se voit d'avance, vieux, jouissant
avec attendrissement du bien-être qu'avec ses « quatre blans »
il aura procuré aux *< povres orphelins *>» — V. 250 j'imprime-
rais pilons (ou pijons) et non Pigons : ce n'est pas ici une
enseigne. — 308 le ms- F donne : Mais num ancre trouuay
gele^ A et B estoii g, ; M, L. regarde Irouuay comme « impos-
sible en présence du mot irouué^== trouuay ait vers suivant », et
préfère estait^ mais en ajoutant s\ avec M. Bijvanck,pour éviter
rhîarus. Je doute qu'on ait dit au xv^ s. se geler pour gekr^
et je ne vois nulle impossibilité i ce que Villon ait répété la
même expression dans deux vers consécutifs ^,
Testament^ VI, 489 :
Du pseaulnie de Dtui iaudem.
Trois mss. sur quatre suppriment de^ et c*est la bonne leçon;
Villon, comme beaucoup de ses contemporains, fait {p)5mume
de trois syllabes comme Ixûunie, et la graphie avec e l'indique
déjà. — 61 ci donné par ACF est meilleur que si. — 88 le
poète rappelle sa libération due i Louis XI et ajoute :
Dont suis, tant que mon cuer vivra,
Tenu vers luy nrhuoiilier.
Ce que fcray tant qu'il mourra ;
ce n'est pas clair; A et C ont jusquil^ rapportant évidemment
i7âO roi ^ mais ce serait une assez singulière idée au poète de
dire qu'il sera reconnaissant au roi jusqu'à la mort de celui-ci,
Gjnsidérant la richesse habituelle des rimes de Villon, je n'hésite
pas i corriger mourra en mtmvra (: délivra recouvra vivra) et à
comprendre : « tant que mon coeur battra » ; la lecture tmurra
pour ffwuura a très bien pu se produire chez des copistes indé-
pendants, — Le h, xii est célèbre par sa difficulté; Marot Tavait
1, Pordùnni quHîi Sûimt pttnrveui Au moins pour (tasser cest yvtr (vv. 199.
aoo),
2, Remarques de panctuation. Supprimer la virgule aux vv. 25, jj» 77,
145,247, 261, 265; ajouter une virgule aux vv. 7, 10, 246; mettre un point
au lieu d'un? au \\ >o; ajouter un second — -àw w 271.
;. C'est une interpr<l>tation des scribes, Marot, qui garde tant quHl^ tradui^
de même : « jusqy*à ce qu^il tnourra m.
1*^
372 G. PARIS
« racoustré » à sa façon, et s'en vanie dans sa préface; M.Bij-
vanck dans la sienne Ta à son tour longuement comraenté et
restitué à sa manière; M, L, a (comme le critique hollandais)
cru devoir changer au v. 94 Esgmse:;^ qui est dans tous les mss.
en Esguisani (Bijv. Aguisrns^\ mais à mon avis c'est détruire
bien gniiuiiement un sens qui est très clair si on lit et ponctue
ainsi :
Travail mc^ lubressenteiiiens^
Esguiscz coniiiîc une pelote,
M'ouvtit, ctc, :
« La souffrance a éclatrci mes sentiments insubies, [qui jusque
la étaient] aiguisés comme une pelote n, cVsi-à-dire complète-
ment émoussés »». — 109-10 :
Combien qu^eti pechîé ^oie mort.
Dieu voit.,.
l. Dieu vit avec A (F Dieu k veult); la leçon de CI (ces deux
textes, on le sait, sont étroitement liés) est fautive ; c*est le
Dt'tis vivît biblique, très naturellement opposé ici au nwrt du vers
précédent. — 135 cescades F, cicades A, k codes C» les codes I :
donc lire plutôt ce codés que le codés, — 193 AGI donnent que
iay (ou que ic) ame (sic A, meilleur, à cause de la rime, quaimé
ou aynie)^ F seul quoy ; je lirais : H est verte (et non vérité, cf* ci-
dessous, p, 382) que fay ofné. — Le huit, xxvu est inintelligible
dans rédition; il faut te lire ainsi :
Le dkct du SaigCf trop le ûz
210 Favorable, bien n'eo puis mais,
Qui dit : « Esjoys toy, mon filx»
En toQ adolescence » ; mais
Aiîlcurs sert bien d'ung auïtre mes.
Car ■ « Jeunesse et adolescence »
3tS ^ Cesi son parler, ne moins ne mais —
« Ne sont qu'abus et ignorance w.
La leçon adoptée par Fédition au v. 209, est très beoulx dict^^
n*est que dans I; A et F ont des leçons altérées; C donne Ij
I . M. Bijvanck gardiut le fondi c&mnu peloU de 1, qui ne peut tenir contre
la leçon d'A CF.
teçon ci-dessus.
VILLONIANA 375
due certaine par la rînie et le sens : « J'ai
pris trop en ma faveur In parole du Sage, qui dît, etc. » Au
V. 21 î les quatre mss. donnent sert; h mauvaise leçon sers
remonte à Prompsault (qui sauf cela a bien établi et compris
le huitain); le sujet est le Sage : « Ailleurs il sert un mets
bien diSirent » en qualifiant 1 adolescence comme il le fait
(c'est, comme le remarque Prompsault, le verset de TEcclé-
siaste : Adokscentia et voîuptas varia sunt, opposé à l'autre du
même chapitre : Laetare, juvetiis, in adoksccnîia tua)*, — Au
V, îS^ (Ballade des Dames) tous les mss. (ils sont six) portent :
Oii sont il^ {ili = elles, comme dans plusieurs autres passages);
M, L. change iV;( en c//«'j parce que souveraine, qui est aussi dans
les mss., est une forme inconnue de Villon, qui n'emploie que
somrain; mais au lieu de lire Of4 sont elles je préférerais lire avec
C ; Ou sont il^, ou, Vierge sauvraine} — Le huit, xlvi manque
dans A; l'édition en donne ainsi les six premiers vers :
14 S Aussi, ces povres fameletes,
Qui vielles sont et n'ont de qiio\\
Quant ilz voient ces puceîleies
Emprunter elles â requoy,
Hz demandeiit : ■ Hé f Dieu, pourquoy
250 Si tost nasqulrcnt n*à {|uel droit ? «
Ainsi imprimés et ponctués, les vv. 249-250 se comprennent
mnl : nasquirent ne peut s'appliquer qu'aux vieilles femmes qui
parlent, et alors il ne devrait pas être à la Y personne ; il faut lire a
Z)r>fi avec C(I/?rt), sans guillemets ni point d'interrogation* Mais
le V. 148 me reste inintelligible; la leçon adoptée est celle de CF,
donc autorisée (I a refait En admene:^ et a requoy), mais que
veut^elle dire? Le Vocabulaire traduit emprunter (évidemment
il faut entendre s'emprunter) : « se donner (en parlant d'une
femme) »; cette traduction est prise à Godefroy% mais elle n'est
guère admissible : emprunter est tout le contraire dt prêter^.
f . Le mot Saige et le renvoi à ces passages ont été oubliés dans le Voca-
bulaire-îodex.
2. Il y a ici une bizarrerie. Godefroy donne notre passage tel que ci-dessus
et cite » Gr. Teyt., XLVI, éd. Cl. Marot 4; mais Marot a : Endtmtnées et a
f§C9y ; Godefroy se sera embrouillé dans les variantes de Prompsault.
3. Il est vrai que Godefroy donne deux exemples, ûrés de chartes, où
emprunter signifierait <* prêter », mais ils sont plus que douteux.
A
374 G- ^^^^^
— 478 au[x] pie^, — Sja au lieu de emprent il vaut mieux
imprimer enprenî avec CL— 580 le poète, parlant des femmes
qui a n'aiment que pour l'argent « et qu'on « n*aime que pour
l'heure », ajoute :
Rondement ayment toute gent ,
Et riens lorsque bource ' ne pleure ;
j'avoue que je préfère la leçon de C I :
Et rient lorsque bourse pleure ;
rient pouvait bien facilement être changé en riens. — 590 tel:^
n'est que dans F, ces est dans AGI, et vaut mieux (en suppri-
mant la virgule après 590 et 591)» — 63s ifc murtrier; il faudrait
du, et je pense que de est une simple faute dlmpression, car
M, L. le donne en note comme variante de A (C dun^, et du
est la leçon de L — 708 crepcUe est évidemment une faute
pour coupelle (I coepelle), qu*il faut rétablir, en supprimant cre-
pelle au Vocabulaire. *— 879 :
Se du ladre cust vcu le dot t ardre,
Ja n'en eust requis réfrigère,
N'eau au bout de ses doiz aherdre ;
N*eau {Ne eau) n'est que dans Marot (A Nau bout fun de
ses dûii, C Nau bout d'icelhy doiiy F Et au bout de ses d!w'^, I Ne
auireau bout de ses doiO ; mais cette leçon, d'après M. L., « seule,
donne un sens clair au vers de Villon et a, en outre, le mérite de
s'accorder avec le texte de rÉcriture (Luc, XVI, 24) »; je me
demande si ce n'est pas Marot qui a %'oulu établir cet accord,
et je trouve le vers plus clair en lisant A^ au bmt d'un de ses rf<jf;;
avec A, car aherdre^ « toucher, s*attacher », va très bien avec le
bout d'un doigt, très mal avec eau. — Huit* Lxxvn le poète
parle de son plus que pere^
Qpi esté m*a plus doulx que mcre :
Enfant cslcvé de maillon,
Degeté m'a de maint bouf ijllon
Cette constructîpn me paraît bien moderne, et Villon coupe
d'ordinaire ses huîtains au quatrième vtrs; A et F s'accordent X
t , Pourquoi préférer la graphie haurce^ qui est autuvaise, et n*est que dâiif
A, i bouru qui est dans FCI?
donner : A enfant levé, et j
CI (que Marot s*esi cru obi
VILLONIANA J75
'adopterais cette leçon contre celle de
le corriger en D'enfant), qti sap-
primam les deux points après rnere, — 88 1 jungkresse : il faut
certainement jattgkressezvçiC C (AI R ont traduit par menterresse),
— 889 :
Préservez moy, que ne face jamais ce.
Cette leçon nVst dans aucun ms. : Vdefairefantaisce, IR que
je tu }ace ce^ C qu€ ne face jamais cesse, A que n accomplisse ce, t^ La
rime, ainsi que la mesure, dit M. L,, exige que le pronom r<? ne
soit compté que pour une syllabe muette^ comme l'est encore,
du reste, le pronom je dans le même cas. « Ce n'était pas la règle
ancienne (voy.Tobler, Vomfrani, Vershau^ p. 141), et je pense
qu'il faut lire : que face ja mais ce, — Huit, lxxxix :
litm^ donne a mon advocat,
Maisire Guillaume Chnrruau,
Quoi que marchant ot pour estât,
1025 Mon branc
Qpe veut dire le v. 1024 ? Je crois qu'il faut lire :
Qiioy? que Marchant ot pour estât.
En effet, au v, 971, le poète dit : tnaistre Ythier Marcimnl,
Auquel mon branc laissay jadis,
ce qui se rapporte au huit. XI des Lais^ où il avait en effet laissé
sonbranc a ce personnage; ici il le transfère i Guillaume Charruau.
— 1043 cimusses, L chausse* — 1044 A C Se sans may hii assiei ou
(Cne) lieue, F Sa moy boit asse^ ne iuygreue; I, si souvent remanié,
a Tous les matins quant (éd. quand) il se lieue. « Malgré cet
accord des trois mss., il semble que la leçon de I offre seule un
sens raisonnable et représente un vers omis dans la source com-
mune de A CF. » Cette source commune est bien douttuse, et
raccord de Sa moy boit asse^ ne dans F avec Se sans moy boit
asse:^ m*dansAC exclut 1 hypothèse d*un vers omis et indépen-
damment refait ; on admettrait plutôt un vers omis dans la
source de I; je crois que la leçon de AC peut se garder. —
1058-9 :
Le droit lui donne d*cschevin ;
Quoy? Comme enfant ne de Paris...
376 G. PARIS
r.a construction est obscure, et les points mis à la fin ne
réclaircissent pas : A et C ont Que iay en supprimant»^; le
mieux est de lire (en mettant une virgule après le v.*io58) :
Qu'ay comme enfant né de Paris
— Les quatre derniers vers du h. xciv sont une plaisanterie
que n'ont comprise ni les copistes ni les éditeurs anciens et
modernes. Villon, qui vient de dire :
Se je parle uu peu poictevin,
Ice m'ont deux dames appris,
s'amuse, en parlant d'elles, à employer leur dialecte; il indique
d'abord, en termes vagues, où elles demeurent; puis il ajoute, en
poitevin :
1066 Mais i * ne di proprement ou
1067 Iquelles ' passent tous les jours ;
1068 M*arme ) ! i ne seu « mie si fou :
1069 Car i vueil celer mes amours.
Au V. 1066 Mais y ne dy n'est que dans A, F a Mais sy^ I
Mais 7>, C Mais il ne dit; 1067 C seul a gardé YquelleSy F Et
quelles^ A Par quelles (I a refait le vers : Or y pense:^^ tresUms les
iaurs)y C et F ont en outre pensent pompassent; 1068 A est encore
seul à garder)', I a />, C i7, F omet le mot; seu est remplaié
par suy ou suis dans F CI, mais par scay dans A, ce qui est un
indice précieux; 1069 i n'a été conservé nulle part. — La leçon
adoptée pour le v. 1078 n'est que dans CI; A manque, F omet
et ; je lirais :
Iti'm, donne au Prince des Soiz,
— 1022 est un vers difficile : Villon, dans ce huitain d'une
charnalitc violente, donne \ un orfèvre cent clous de girofle.
1. Ccst la forme d*ego en poitevin.
2. l'orme piMtevine bien connue.
; . Srarmt' ! est une exclamation toute poitexine, dont on peut voir divers
exemples dans les gloss.iires de Favre et de Lalanne, et que Rabelais, qui est
ûui de piMteviiK a encore employée.
4. Stu est \a forme poitevine de sum .
ViLLONIANA
Non pas pour accomplir ' ses boetes.
377
niais pour cmioindre (A F I, C joindre) cul:^ (A C I, FœufO et coiUtles
A, cmtetes C, caîtes I, croûtes F : l'accord de A FI à donner
conimndre impose ce mot et par conséquent un mot de deux
syllabes ' à la tiu^ mot qui, à cause des rimes {testes^ boetes, kttes)^
ne peut être que coeUs^ c'est-à-dire notre couettes. La difficulté
est dans le mot r/, pour lequel il faudrait en^ et qui semble se
trouver dans nos quatre sources V; mais vu l'altération de ce
vers et la facilité de la substitution, je ne verrais aucune invrai-
semblance à lire m; donc : Mais pour confoindre cul^ en coetes,
— 1 130 et I i^^masiins plutôt que matins, — Le huit* cvii a été
refait par Téditeur d'une façon qui ne me paraît pas satisfaisante.
Villon, au huit, cvi, dit qu'il fait obîaeimt aux Mendiants et
aux béguines de soupes, de flans, et (leur octroie la licence,
ensuite, de) parler de coniemplaàon soub^ les courtines; puis il
ajoute :
i
Si ne stils je p:is qui leur donne.
Mais de tous enfans sont les mères,
n68 Bt Dieu, qui ainsi les guerdonnc,
Pour qui seuffreni peines anieres.
Il faut qu'ilz vivent, les beaulx pères.
C'est ainsi du moins que je lis avec les mss,» sauf les variantes
insignifiantes (F seul lit scay au v. ro66, I seul lit En au v.
1168 pour Et^ et A seul lit qnil:;^ au v. 1069). Le sens est très
clair : « Et ce n'est pas moi qui leur fais ce don : ce sont les
nières de tous les entants (c'est-à-dire toutes les fenmies), et
Dieu, qui les récompense ainsi^ pour qui ils souffrent de dures
peines. » M. Longnon lit au v. 1166 sçay avec F contre AGI, et
remarque : « Avec suis, le vers n'a aucun sens, puisque Villon
vient dans le huitain qui précède de faire un legs à ceux dont
il parle ici* » Il me semble que la plaisanterie de Villon
I . Je tic comprends pas bien le sens de ce mot, qui e«i dans A F ; I donne
ampiir, Cacouppîer, qui vaudrait mieux.
1, On ne peut donc admettre fOf//^/, en trois syllabes, comme le fait M, L.,
qui donne au mot quem un sens que je ne lui ai jamais vu au moyen âge,
l. D'anciens imprimés ont en^ et de même Marot, qui tit d'aîlleur^
crtUtsi\y
378 G. PARIS
se comprend très bien avec le texte donné ci-dessus. Celui de
Téditeur, tel qu'il le ponctue, ne m*est pas intelligible (il coupe
d^ailleurs le huitain au 3* vers) ;
Si ne sçai je pas qui leur donne ;
Mais, de lou/. enfïanz sont les mères
En Dieu, qui ainsi îes guerdonne*
Pour qu'ils scuflfrent peines amcres,
f] Faut, etc.
— Je ne changerais pas non plus Tancienne leçon aux deux
derniers vers du h, cix, où Villon rétracte avec une feinte
humilité tout ce qu'il a dît des Mendiants :
L*homnie bien fol est d'en mesdire.
Car, soit a pari ou en preschîer
1 188 Ou ailleurs, il ne fauk pas dire
Se gens sont pour eux revencliier.
Le sens est excellent et mordant; M. L. met deux points
après le v, 1 188 et imprime ainsi, entre guillemets, le v. 1 189 :
i Ces gens sont pour eux revenchier. n
Cela me paraît bien inférieur et ne cadre pas avec le preschier
du v. 1 187; d'ailleurs aucun ms. n'aCa : I a 5/, rajeunissement
àc Sf^ FAC ont Ses, fauie qui s'explique facilement. — Dans
te h. ex Villon donne des armes à frère Baude^
Que de tusta et ses gens d*âmies
Ne Itiy riblenï sa caige vert '.
M. L. lit au second vers, avec le seul ms, F, Ni smt rihkt; Il
adopte cette leçon^ a bien qu'elle donne au vers une syllabe de
trop, formée par IV muet final de riblét ^ parce qu^elle empêche
de considérer le de du vers précédent comme une particule jointe
au nom Tusca : de Tttsca^ considéré comme nom propre, serait
aujourd'hui encore une locution vicieuse, que personne au
x\* siècle n'aurait employée. « La remarque est fort juste; mais
1, Fotir âe tusta an a Us partantes 1^ tiisc0^ de §mtû ; A donne ruhmt pour
fiMnil; F lit NmwU riblee.
a. On a vu plus haui que ce ne serait pas en e€et une raisoti; le gramt
défaut de la la;on de f\ c*cii! d'être isolée.
VILLOKÏAKA 379
nous connaissons trop mal le nom, probablement défiguré, de ce
chef de gens d'armes pour être sûrs qu'il ne formait pas avec
de un seul nom, peut-être écrangcr J'ai imprimé caige vert^ et
non, comme tous les éditeurs modernes, Caige Vert ou Caige
vert, Cest Prompsauh qui a imaginé que ces deux mots dési-
gnaient w la jeune amie ^) de Baude, et conjecturé que « peut-
ènfc caige vert était un nom donné aux filles publiques «. Je ne
vois à cela aucun fondement. — 1244 M* L. ne donne pas de
variantes, mais I et Maroi ont avec raison que o, quo : o est
nécessaire au sens. — 1260 je lirais forre^^ bien que /' ne soit
pas donne dans les variantes; il est au moins dans Marot,
— T544 les quatre niss, portent :
Pounx'U {]u1lr me salueront Jetiannc ;
]] m*est impossible de deviner pourqi^oi l'éditeur a cru devoir
changer wf en f/r, qui ne cadru pas avec le vers suivant. — Le
huit, cxxx est un des plus difficiles du poème; l'édition !e
donne ainsi :
Item, a sire Jehan Perdrier,
Riens» n'a Françoys, son secoT^tt (Yere.
Qk m^ont tousjours voulu aider,
El de leurs biens faire confrère ;
1410 Combien que Françoys, mon compère,
Langue cuisant, rtambani et rouges,
My commandemcni, my prière.
Me reconimantii fort .i Bourges,
Les quatre premiers vers n'offrent p.is de difficulté (si ce n'est
qu'au V. 1408 il faut lire 5/ avec AGI); mais que veulent dire
les quatre derniers ? Je crois d*abord que tout le huitain est
sérieux, et que Villon avait de grandes obligations à François
Perdrier, qui était son compère (on ne donnait pas, au moyen
âge, ce titre sans qu'il tut réel), et qu'il ne peut l'avoir qualifié
de V langue cuisante, flambante et rouge **; ensuite rouge
comme épithète stable de langue est bien surprenant; enfin et
surtout il me paraît impossible que le fém. sing. rouge^ quali-
fiant languf^ soit arifublé d'une s (ysstm^ cité plus haut, est un
substantif, et le ca^^ est d'ailleurs tout a fait isolé). Je remarque
en outre qu'au huitain cxxxi et dans la ballade suivante
Villon cherche (évidemment à l'usage de François Perdrier) une
A^J
JSO G, PARIS
recette pour « cuire » les langues venimeuses, et robtteni de
Macaire ', en train de cuire un diable a tout le poil^ et je sup-
pose qu'il faut lire au v, 141 1 :
Langues cuisant fianibans et rouges ;
et en fait Langues (posiult!r par rouges) est dans F, flambans dans
C; .\ la vérité F (qui otnet flambans) et Aï donnent aussi
cuisans^ mais il est clair que les copistes ne comprenaient rien
X ce vers, et ce qui est intéressant c'est de noter les traces du
pluriel conser\'ées par eux pour Langues et flambans. Je com-
prends donc : « Et cependant ^ François, mon compère, cui-
sant des langues flambantes et chauffées au rouge, moitié
ordre, moitié prière, me recommanda fort à Bourges » (où il est
probable que Villon avait eu quelque affaire en justice, suscitée,
d après lui, par des langues emwises). — 1472 a et non à.
— 1486 N^acoutassent, tire évidemment N*acantassent, et modi-
fier le Vocabulaire en conséquence. — 1558 S'y, je préférerais
Sy. — ls6o Des trois mss. deux ont rien ne tne nuyt y un rien ne
me nuist; M. L. imprime : rien ne m'enuyî : je ne vois pas pourquoi,
bien que d'ailleurs ennuit pour ennuie se rencontre assez souvent.
— 1566 pourquoi préférer la forme barbare de I, ramen--
troy^ à la forme correcte de C, ramentoy} — 1571 Se^ plutôt Sy
avec C, — Je crois que, par exception, Villon a réuni par le sens
le h. cxxxix au h. cxxxvni : je mets donc une virgule après
I J74 et un point et virgule après ISJJ. — i6o6^u lieu de cest
Antecrist, j'imprimerais c'eji Antecrist, et un point après. — Au
V. 1612 le texte donne :
Plus enflé qu*iing vcnîmeui escharbot;
Mais il faut évidemment enflée^ et le Vocabulaire, au mot
iTtttmeux^ remarque que dans ce passage ce mot ne compte que
pour deux syllabes. Enflé n'est donc sans doute qu'une faute
]« Qmj est ce Macaire? Le Vocabulaire-mdex n*en dit rieti. On pourraît
penser à saiot Maczire, que sa légende met en rapport fréquent avec des
diables ; mais il s'a^c p(ut6t d*un mauvais cutstmcr qui fouissait déjA au xrv*
siècle d'une renocnnièc boétiettsc : le Martin de mmi BÊoem, par Geoffincii de
Paris, parle du km ikiaannr , fm iMu^fOiw otî*n far amiemn (Jubîml, Mnr*.
^Mil,p. iî7)'
3. Cela ponc «ur te début, où V*iUori dÀ:ïafe ne rien laisser lun Ptrdrier
VILLONIANA 38 1
d*împression pour Enflée. On pourrait d'ailleurs imprimer
vlimcux (AC ont vdimeux^ et et' envliniée C t lo). — 1622 dutt
de A, malgré l^accord des autres mss., me parait préférable k
suit. — 1625 les variantes de ce vers sont données d'une manière
évidemment erronée; il semble bien qu'il faille lire : Ordure
amans j ordure mus assuiL — 1638 L avec A osiers pour osier. —
J'avoue ne pas comprendre le v. 1648, — Dans le rondeau de
b p, 98, qui est un^rotestaiion contre les rigueurs de Fortune,
les deux premiers vers du quatrain sont très peu clairs :
Cecy plain est de desraîson,
Qui vucille que du tout desvic,
Plaise a Dieu que rame ravie
En soit lassus en sa maison ;
tout s'éclaircit parfaitement en lisant :
Se si pleine est de des raison
Que vueitlc que du tout dévie.....
— La correction de M, L. au v, 1898 est extrêmement ingé-
nieuse et plausible (bien que chieres ne soit pas très clair);
j*hésiterais peut-être à l'introduire contre tous lesmss.; mais je
ne vois pas de leçon qui me satisfasse et concorde avec le vers
suivant. — La troisième strophe de la ballade de conclusion
doit à mon avis être lue {d'Amours pour Atnours avec A) ;
1! est ainsi» et tellcnicnt,
Quant mourut n'avoit qu'un haillon ;
Qpt plus \ en mourant, mallcmeat
L^espoignoit d'Amours resguillon :
Plus aigu que le ranguillon
D'un baudrier luy faisoit sentir
(C'est de quoy nous esmerveillon),
Quant de ce monde voult partir *.
1. Qmplm n'est pas une interrogation, et signifie : « ce qui est pire, plus
grave, a
2. Ponctuation. Supprimer la virgule au& vv. 119, 139» 445, 464» 679,
855,960, 1082 (la deuxième), 1357, 1462,1470» 1759, 1948; virgule au lieu
de point et virgule 107, 1468, 1755, au lieu de points 1085, 1469, 1586,
1782 (je ne comprends pas du tout la correction inverse faite par M, L.,
P' 3 $9)» ^u li^u ^^ point d'interrogation 4>9 (trois fois); ajouter une vir-
382 G. PARIS
Codicille. I, 13. Je corrigerais Coureux en Courtns. — 51
l*éditeur ajoute d, mais amitns fait trois syllabes : I. anciens^
jouvenceaux, — II, 37 réditeur imprime :
Qp*€st ce que \o^} — Ce suis. — Qui ? — Ton cuer,
et ne marque aucune variante; cependant Prompsault iraprimc:
Qu*est ce que j*oy ? — Ce suis je. - Qui ? — Ton cucur.
et DliHiK)ue non plus aucune variante. Quoi qu'il en soit dc^
mss., la leçoii de Pr. est seule acceptable pour le sens et la
mesure. — 73 :
Sur les pïanetcs d la
le rythme ne va pas: lire Sur plmmt^ ivec F et répéter sur
avant leur. — Les tirets qui indiquent la répartit*oii àts phrases
entre les deux interlocuteurs me paraissent mal placés à divers
endroits : je supprimerais le second du v. 65 et le premier «la
V. 66, le premier du v, 67, le troisième du v, 75, et j'en
mettrais un en côte du v. 76 *.
Poésies diverses. 24 au lieu de Que fcnprendrm Vite Quen pren-
droie. — 25 Argent ne pend : il faut avec Ppend^ : « je ne pends. »
— 67 Bourde, vérité, au jour d'uy tnest un : vers sans rythme; le
ms. a tout un,ti c*est ce qu*il faut, en changeant vérité en verte,
— 83 Tant parle {ûn\ avec F. — Au refrain de ta ballade des
Contre-itrités il faut certainement garder la leçon quatre fois
répétée du ms. : Ne bien œnseillé i/u amoureux; M. L. a eu tort
de suivre M. Bijvanck en imprimant : Ne bon arnseil que d'à. —
148 pourquoi changer le bemiy (banni) du ms. en beny, qui,
s'il veut dire <» béni », est contraire au sens? — 165 au Heu de
supprimer vous pour la mesure, il faut changer irrité en trrté.
— Sur la ballade de Bon Conseil, voy» Piaget, Rom*^ XXI, 429.
— 183 rouiller f du ms., est préférable à touiller de l'édition :
voy. Godefroy, \TI, 318 A, — 185, au lieu de supprimer trop
pour la mesure, lisez, encore ici, verte pour vérité (cf* vv, 67,
gule 1611; point au lieu de virgule 108, 66S; poini et virgule au lieu de
point f)^; point dlnierrogation au lieu de virgule 1623» de point \\s ;
supprimer le point d'cxdamatîon 1462,
1, G toi suppr. la première virgule.
^
VlLLONIAHlL 383
163 et T 185). — 199, 200 pourquoi chmifjti discorl^ acort en
discorde accord^ et 201 raniaifutn remaim} "
Poésies attribuées. 7 je lirais La joye [et] confort. — ijw jt
rnuset a vous m'en rapporte : corriger évidemment et a tous *.
Je n'ai rien à dire des Notes et variantes, qui sont presque
exclusivement des variantes K II s'est glissé dans les indications
des leçons manuscrites, — comme c*est inévitable en pareil cas,
— un certain nombre de fautes d'impression, qu'il faudrait un
examen minutieux pour corriger*.
J*arrive au Vocabulaire-index^ qui est assurément une des
parties les plus méritoires du livre, C*est sous cette forme que
M, Longnon a donné son commentaire du texte de Villon* On
peut regrener l'absence de notes explicatives, car bien des
passages restent difficiles à comprendre même quand 00 sait le
sens de chaque mot; mais le cadre de rédition ne comportait
sans doute pas un travail de ce genre. Tel qu'il est, le Vocabulaire-
index est un vrai trésor d'informations presque toujours sures,
souvent nouvelles, qui, grâce à l'abondance et à l'exactitude des
renvois, facilite singulièrement Tétude de Tœuvre de Villon. Il
comprend ~ comme l'indique son titre même — deux séries,
confondues dans Tordre alphabétique, les noms propres et les
mots ordinaires : la première est, il taut le dire, beaucoup plus
originale et meilleure que la seconde, qui paraît avoir été rédigée
un peu vite. Pour plus de commodité, je les passerai en revue
séparément, en commençant par la première. Je ne signale
1. D 52 supprimer les — et mettre une virgule à la fin; 165 et 176 point
d^înterrogatîon.
2, Supprimer la virgule jj, 187; mettre de simples virgules aux vv, 66
cl 67; deux points au v, 43.
\, La dîgrcs5tcm des pp. 19^-199 sur les poésies consacrées à rénumêni
lion des beautés du corps féminin est un p<ru inattendue, mais elle esc assez
curieuse ei contient des lexies inédits. Elle pourrait d'ailleurs être fort allon^
gcc ; voy. (outre la remarque de M. Piaget, Rom., XXI, 4}o) Tétude compa-
rative de R. Kôhler (réimprimée dans ses Kttinert Schrijim, 111» Berlin^ 1900,
P-22-ÎÎ).
4. J*cti ai signalé plus haut deux ou trois. Je note encore sur le vers 8S$
k double empbi du sigïe A, l'omission du chiffre ij6o avant Gennemis,
romissîon du sigle après C 129.
J
384 G. PARIS
naturellemeni dans Tune et l'autre que ce qui me parait
appeler iiQ complément ou une rectiticâtion.
Noms propres. Archïpiada : on connaît l'amusante décou-
verte de M, E.Linglois(voy. Rom.yXXYl^ 103), qui amontréque
souîi ce nom de femme se cachait Alcibiade. — Asne royè : cf.
É. Picot, sur Guill, Alexis, I, 45. — Bourges : je ne vois
pas pourquoi ce nom désignerait (T 141 3) Tarchevêque de
Bourges, et non simplement la ville, — Dans l'intéressant
article consacré à Mademoiselle de BRUvèRES, on lit : m Villon,
en prononçant te nom de M"*" de Bruyères et en parlant de ses
femmes qu'il qualifie u villotieres », songeait, sans doute, aux
prises de bec que les écoliers de Paris avaient eues en 145 J
(/. 1451, voy. p. Ml) avec les habitants de l'hôtel du Pet-au-
Diable. » Mais Villon ne qualifie nullement de villotieres les
*« femmes » de Mademoiselle de Bruyères : il Tautorise, elle etses
bacfnlieres ', à prêcher, notamment datisle wdrr/;/Vd«///i''*, pour
retraire, c'est-à-dire pour taire rentrer dans la bonne voie, ces
villotieres ♦ qui mit le kc siaffilcÇÏ huit. CXXXIV). — Cayeulx
(Colin de) : il me semble que les documents les plus nombreux
et les plus authentiques donnent plutôt ù ce personnage le nom
de Colin des Cayeux, ce qui cadre mieux aussi avec le nom de
C\ de rEscailkr qu1l portait parmi les Coquillards. — Cotart :
M. Schwob et M* Longnon lui-même ont trouvé, depuis la
rédaction de cet article, des textes qui montrent que maître
Jean Cotart était bien mort quand Villon composa la fameuse
1- Le moi bachelière çst traduit par « jeune Elle »; mais il ne se trouve que
dans ce pas&igc de Villon, et à mon avis il a été fabriqué par le poète pour
servir de féminiD au mot bachtUtr au sens de a gradué dans une Faculté b :
il a voulu railler les prétentions doctrinales des demoiselles qui sans doute
assistaient Mademoiselle de Bruyères dans 5<;s prédications.
î. Le mot />/// tnsioquc dans le t^ocalmhire et aurait pu y trouver place : il
n'est p3i2> cUir pour le lecteur tnodcrnc. Le filé est la chanvre ou le lin qui a
été cliangé en tîl ; il y avait sans doute a Paris pour la vente de ce produit un
murché spécialp que M. Lot^non, avec sa connaissance de randenoe topo-
graphie pansienne» aurait peut-être pu indiquer.
y. Filiotiere est traduit par n femme de mauvaise vie »; c'est irO]»«ltre :
lo e&cmplcs de viUotUr et viUotifrt dans Godefroy montrent que œs mots,
qui se rattachent au verbe tiihitr, « perdre son temps à se promener fiar la
Titlc ■, n*ont pas un sens si défa\*ortble.
VJLLONIANA jSj
hallaUc où it prie pour son âme. Aussi ne lui est-il fait aucun
legs; bien au coiuratre^ le poète se reproche (T 1232) de ne pas
lui avoir payé un patard qu'il lui devait, et s'acquitte en écri-
vant une oroison pour son àoie. — DroMEofes. Ce nom que
Villon donne au pirate qui Ht à Alexandre une réponse hardie
ne se trouve ni dans le fragment de Cicéron cité par Nonius
Marcellus (que Villon n'avait certainement pas lu), ni dans
saint Augustin (Cité de Dieu^ \\\ 4), ni dans Viilère Maxime,
auquel renvoie notre poète : il provient directement ou indi-
rectement du Policraticus de Jean de Salisbury. J'ai fait sur ce
point quelques recherches dont je donnerai prochainement le
résultat dans la Romania, - Sur Macquaire, voy. ci-dessus,
p. 380, n, I. — Ajouter : ** Marte, la Fùrj^e Marie, G T 932 » et :
« Marie, Marie, fille du duc Charles if Orléans, P A s ». —
MiCHAULT : j'ai cité ici-même (X\TO, 443) un curieux passage
de Rnmrt le Contrefait, qui montre que la facétieuse légende de
ce personnage existait déjà au xiV sièele. — Octoviek : M. L,
nous dit bien qu'il s'agit d'Auguste; mais il n'explique pas le
passage de Villon : D*Octovienpuist revenir h icms^ Cestquon luy
couk au ventre soti trésor. Ce passage a sans doute pour source
VHisîoria septem sapientum, qui, dans le conte VirgHius, appelle
Octavien Terapereur que les autres versions laissent anonyme ou
nomment Crassus, et qui, par sa cupidité, fut cause de la
destruction de la Salvatio Romae^ sur quoi, pour le punir,
on le fit périr en lui ingurgitant de For (le même roman,
dans le conte Ga^a^ parle d'ailleurs, comme d'autres versions,
du trésor d*Octavien, si célèbre au moyen âge). — Sur
Ogier lk Danois on aurait pu remarquer que Fallusion de
Villon (T 1803) se rappone à la suite féerique de ce roman,
que notre poète avait sans doute lue dans la mise en prose. —
PoL'RRAs(T II 57) est oublié, ainsi que son équivalent moderne
Port-Royal, avec lequel M. L, a eu le mérite, le premier, de
l'identifier. — « Saturxe, C 68, Saturne ou k Temps, »
D'après tout le contexte il s*agit non du Temps, mais de la
planète Saturne, dont Tinfluence était réputée particulièrement
funeste. — Taillevrnt ; après avoir mentionné le livre de
cuisine de Taillevent, M. L. remarque : « Il est à peine besoin
d'ajouter que la recette qui lui est attribuée par Villon ne s'y
trouve aucunement, » Mais V^illon ne lui attribue pas sa
JtMWKIA xo
25
l86 G, PARIS
recette : il dit au contraire (T 141 7) : Leqti^l n'en parle jus m
sure. — Thaïs : je crois que Villon n\i songé ni à k maiir^iâe
d*Alcx*indrc, ni àsainte Thaïs, mais qu'il a plutôtemployé ce nom
comme les poètes latins du moyen fige, qui font de Thaïs (sans
doute d'après Martial) le type de la courtisane. — Thibault
D*AussiGNY. Dans le vers Dieu tmrcy et tacqtu Thibault ÇTj}'j^, il
faut écrire Tacque : Villon donne à Téveque d^Orléans qu'il
déteste le nom du favori de Jean de Berri au xiv* siècle, ce
Taque Thibaut, abhorré du peuple, dont Froissart a raconté les
mœurs honteuses et les exactions ; le souvenir de ce personnage
était sans doute conservé dans le Berri, où divers passages
du Testament prouvent que notre poète avait séjourné.
Il faut donc rayer du Vocabulaire le mot tacquer^ admis du reste
et traduit avec un point d'interrogation, — Victor (Saint) : il
aurait peut-être été bon de dire que saint Victor de Marseille
fut en effet, d'après sa légende, écrasé entre les meules d*un
moulin.
Mots ordinaires, A I*artlcle nccouîer 1, << manuscrit A 9 au
lieu de « V a. ~ Aamter : suppr, acoutassent T i486(voy. ci*
dessus). — Affuir : pour affnit T 1625 il faut plutôt lire assuit,
comme je Tai remarqué plus haut ; en tout cas la traduction
donnée ici, « fuit «, serait directement contraire au sens. —
S^ahmer n'est pas précisément « s'attacher 1», mais « se mettre au
service de 1». — Ari^née^ non « araignée », mais « toile d'arai-
gnée «>, --AUnintr^ «i vexer» tourmenter », plutôt qu' « affliger »
\attinir est une vamnte du même mot, et peut-être T 44 fau-
drait-il lire ûtîaine;^^ qu'indique la var. de F). — Balure ; il
faudrait ajouter T 1299. — Bau£é^ « quia les joues gonfiécs » :
commctucesens peut-tt convenir au contexte, T 191} De asUvk
nf koÊàfe^ signifie a emporté de cette vie comme par un coup de
vent, smMé • (Godefroy, ciunt ce passage, en une mauvaise
leçon» au Cùmflitmmi^ traduit hajfi par m rassasié •)* — Bemgu,
non pas * chausses i», mats « poches ». — Bmtbçmrisf n*cst pas
|ici)pireRient « combattre à la lance i>, mais « foAler avec un
bouhourt •« sorte de grosse bnce sans fer: — Le sens pnopre de
i*ii(t]/AOT est c tourbillon * plutàc <)ue < j^ou^re ». — L'équi-
voque admise entre hrum et Wûn me parait tout à iait imagî*
oaifie. — A hndft il Êiudntt citer ansa L 71. — dps s^nifie
naci « liens, - - :!c chaînes *•, mais « billots dans lesquds on
enfermait k ^ d*un prîsonnia^ êtsodo sur le dos >. —
I
ViLLONiANA 387
Charretier est glosé par « charrier »; pourquoi? — Cfmstoy^
« réprimande» leçon morale », et non « chùtiment », - Chouty
n'étant que dans Icjar^cm^ ne devrait pas figurer ici ; en outre
il signifie « choucas » et non « chouette ». — Cltme T 1002 est
le subj. prés, de clore et non Tind, prés, de clouer. — Complani
L jî est rendu par « plainte, gémissement » ; c*est une distrac-
tion évidente : cmnplant a ici son sens ordinaire, — Conclure est
un terme technique des disputes d*école, parfaitement appliqué
ici : c'est w réduire au silence, vaincre en argumentant »^et non
ff exténuer, vaincre par la fatigue », — Cmirir : queureçst, bien
entendu, subj. et non ind. présent. — Pourquoi à ff destruction >»,
comme traduction de desfa^otiy ajouter « avilissement d'un être
vivant »? — Denier est à supprimer et à remplacer, dans les
t^rois passages cités, par deiier^ « mourir m. — Embrochei^ dit
cle vins T 249, ne peut signifier « rôtir » ; c'est « mis en perce ».
Empretidre : j^auraîs écrit en prent, en preigne. — Endemenîe
r^'esi pas traduit, et en fait n'existe pas : le texte, T 1573,
r^orte endementes, qui est l*adverbe ctuiementres^ « pendant ce
^^mps-li ». — Esclat, « tesson » : ou « morceau de bois » ? —
^Sscorcherie C 210 est oublié, — Esnu^ « estimation, attente »,
:=^lutôt que « espérance, désir ». — Essangier T 1448,
^^ nettoyer, lessiver », est oublié, — Au moi femstre il faudrait
jouter L 120, ou fenesîre a le sens de « boutique de chan-
€ur i> ou « d'écrivain ». La remarque sur Texpression clore
^«^jr/rf n'est pas juste, cette locution ayant le sens de «^ fermer
t>outique ». — Fillette^ « fille publique » : inutile. — Gasîaveanx
C^ 9 signifie évidemment « grelots » ; le ms. qui nous a con-
"^tcrvé la pièce où il se trouve étant unique, je proposerais de
1 ire cascaveaux^ forme empruntée au prov, cascavel, casanmt, —
Gte^y i' échelle » : je ne sais pas ce qui motive cène singulière
traduction : ung gre^ T 999 est « un pavé », comme d*ordiiiaire,
et c*est le peu de valeur de l'objet censé perdu par Villon qui
fait le sel de la plaisanterie. — Grongnée, « coup de poing, litt.
coup de groing » ; non, mais « coup sur le groing, sur le
museau » (Godefroy, qui d'ailleurs explique bien le mot, dont
il cite plusieurs exemples, fait un paragraphe à part pour le
passage de Villon, où il le traduit par « emplâtre », d'après la
malencontreuse idée de Prompsauh), — Sur groselles (mâcher
des), cf. G. Alexis, I, 113. — Lart. hayterest à rayer; il provient
d*une erreur que je ne m'explique pas : Dieu, dit Villon
388 G. PARIS
(T 103-4), tr<j/"^iVw i]ue le peclxnr soit vtlk^ Rims ne Imyi que
pfrseirranfc, c'est-à-dire : ** Quelle que soit la dégraJation du
pécheur, Dieu ne hait que la persévérance (dans le péché) »; le
dernier vers signifierait d'après le Vocabulaire : « Rien ne réussit
qye la persévérance « : cela n'aurait pas de sens, et hayt ne peut,
bien entendu, être la 3'' p. pr, de Tind. de Imyter, — Jeu de
trois mailles : ce n*est pas, comme semblerait Tindiquer rinsertion
de cette locution daus le Vocabulaire^ une espèce de jeu : c'est
un jeu quelconque où on ne joue pas plus de trois mailles. —
Laboureux, « de laboureur », plutôt que « laborieux •♦. —
Mercerot, « diminutif de wkrn^fr u; c*est évident; mais il aurait
été plus utile de dire que mercier signifie « colponeur », et d'ex-
pliquer pourquoi Villon s'appelle fKnrc nurceroi de Rennes, —
Moustarde {Aller à la), « expression proverbiale ». Cela ne
renseigne pas beaucoup le lecteur. Il était d*usagc autrefois, au
moment du repas, d*envoyer chercher de la moutarde fraîche-
ment broyée; c*étaient généralement les enf;mts qui étaient
chargés de cette commission, et il paraît qu'ils y allaient
d*habitude en bande ci en chantant des chansons plaisantes
sur les événements du jour. De là cette locution si fréquente
au XV' et au xvi* s. : « Les petits enfants en vont a la moustarde »,
pour dire un scandale dont tout le monde parle (voy, des
exemples dans Uttré et Godefroy)', — Ow, « au », non, mais
« dans le ^.—Peaultre T 693 est traduit par « gouvernail, timon
de bateau », distraction évidente : l'amie de Villon lui faisait
croire De vieil macliejer, que fusl peaultre : il s'agit naturel*
lement des deux mots encore enregistrés dans nos diction-
naires ntdcfjefer, « minerai grossier de fer », et peautre^ « étaîn *»
(voy. Godefroy, qui cite entre autres notre passage). — Pour-
quoi un (?) à la traduction de pelote par *' balle »? — Perchkr
T 1244, « donner place à » ; c'est affaiblir inutilement l'expres-
sion plaisante de Villon, — L'explication, empruntée à
P. Lacroix, de prière de Picart me paraît très contestable. —
Piei blans (Avoir les) ; M. Bijvanck a donné sur cette locution
* I , On trouve employée de méinc la locution aller au vin, qui provient â*mi
usage andoguc : on envoyait avant le repas les valets, souvent les enfants (les
maris coniplaisatns dans les farces), chercher du vin chejs le lavcrnicr, et U
encore les enfants s'acquittaient de leur commission en chiintaot des chan-
sons.
VILLONÏANA 389
des remarques intéressantes, qu'il aurait été bon de reproduire.
— Plombée T 1994, « bâton plombé » : il s*agit plutôt de
boules de plomb attachées à un bâton (ce qui explique le et tel^
pelotes qui suit) : Godefroy cite en n88 des phmniees appelées
pumesd'ûfetige. — Près prenant aurait» ù côté du sens de « collant »»,
celui de « dépourvu » ; j*en voudrais la preuve. — Quelongnt
{Esire en) «< signifie être en faveur auprès d'une belle ». Ce
n'est là qu'une application figurée : il s*agit proprement de
Técheveau, de la fttsee qui est à un moment donné sur la
quenouille. — Raire : les seules formes citées étant ret et re^^
il vaut mieux donner à Tinf. la forme rere^ qui est la bonne.
— Rappeau^ k annulation du bannissement, rappel de l*exilé » :
n'est-ce pas plutôt « appel » ? Colin des Cayeux avait cru qu'il
serait sauvé une fois encore, conmie il Tavait été si souvent,
par un appel à la justice ecclésiastique. — Recreu^ « reconnu,
constaté V». Je ne sache pa.s que refren ait jamais ce sens; la
signification habituelle du mot convient fort bien ici. — Remanety
a rappeler (?) n, A supprimer : remaine D 201 (où, comme je Tai
dit, il vaut d'ailleurs mieux lire ramahif) est évidemment Tindic.
de retnener (de m. remaine ou ramaine A 63), comme remaint^
dans la ballade des Dames y où M. L. le rattache bien à ton à
rtmaftoir, en est le subjonctif. — Re^ veut-il bien dire n pelure » ?
Oster {ks difficultés possibhs) jus(jh au rei d'une pomme T 1850;
je comprends : v jusqu'à ce que tout soit uni, lisse comme la
surface d'une pomme ».*^ — Riblce, *< livrée à la débauche n;
ribleur^ « débauché, adonné aux femmes ^k Cette traduction de
ribler (et par suite de ribleur) vient de Tinterprétation sans
fondement donnée à caige vert (voy. ci -dessus la remarque sur
T 1 195) : riW^r signifie bien plutôt <t piller » (voy. Godefroy). —
Rie T $54, « risée, moquerie »; mais rit est ici tout simplement
le subj. de rire : Qui belle nest, dit la belle heaumière à ses
écolières, ne perpètre Leur mak grâce, mais leur rie, c'est-à-
dire : M Que celle qui n'est pas belle ne s'attire pas leur mauvaise
humeur (aux hommes), mais leur rie, leur fasse bonne mine w.
— Roquart, « invalide, vieux soldat en retraite, qui tient
garnison dans une « roque » ou forteresse ». C'est une explication
traditionnelle, mais elle n'en est pas meilleure : le sens de
<i cheval hors de service », donné par Godefroy en dernier
lieu, est établi par les articles de Ducz et d'Oudin qu'il cite à
l'appui du prétendu sens de « vieux militaire », et aussi par
à
Î90 M. SCHWOB
celui de Cotgrave : w an overworne sin eau nier, one that can
neither whinny, nor w;ig the taile »* — 7>rw<* est déâiii dans
le sens qu'il a actuellement à la loterie; mais la loterie n'existait
pas au xv^ siècle : terne est le coup qui amène trois aux deux
dés. — Umenr, « liquide » ; il eût été bon d'expliquer la locution
altéré d'umeur^ sur laquelle joue Villon à l'endroit cité.
Il reste encore dans le texte de Villon bien des incertitudes
et dans l'interprétation de ce texte bien des obscurités. Les
efforts des critiques de notre temps et surtout de M, Longnon
en ont fait disparaître beaucoup; il faut espérer que des
recherches et des réflexions nouvelles arriveront encore à en
restreindre le nombre. Le sujet vaut la peine qu'il demande;
car tout ce qu'on fait pour mieux établir et pour éclaircir le texte
des œuvres du poète parisien a pour résultat de faire mieux
apprécier et goûter Tart si original, si personnel, si spontané et
en même temps si réfléchi dont elles sont l'expression.
Gaston Paris.
P.-S. — M. Marcel Schwob a bien voulu me communiquer
sur le Testament quelques observations dont je suis heureux de
faire part aux lecteurs de la Romania, On remarquera particu-
lièrement celle qui concerne le huit, CXUII, où il semble
bien qu'il y ait une allusion à Patelin.
G. P.
Gr, Test,, huit, CL
lire
hem i forfevre Du Boi-^
îtcni à l'Orfcvrc de boys
(df bois F : tte boys C).
U n'est pas ici question d'un orlevre nommé Du Bois, maïs
d'un sergent à verge au Chàtelet^ qui était aide du question-
neur. Ce personnage figure deux fois dans le Procès du duc de
Nemours (Bib. Sainte-Geneviève, L 7, ms. 2000) aux dates du
22 oaobre 1476 (f*» 174) et du 20 novembre 1476,
VILLONIANA 39 1
Jehan Lovset» questionneur ) ^ ,
T. ^M II j. 1»^ r j L i Tous sergens ;\ verge
Jehan Mahé, dit l'Orfe\Te de bovs 1 . d . •
; . ^ * ' I du Roy nostre seigneur
Jaconn Bourdon ) j. ^, ^ ,, ^
•t, _, ( oudit Chastellet
Huffuet Chantercau I ^ jy -
Jehan Doublet )
La place qu'occupe dans le G. T. VOrfevre de boys entre
Casin Cholet, sergent à verge ou Jehan Le Loup (également
sergent de la ville de Paris) et le capitaine Jehan Riou, qui
commandait les six-vingts archers de Paris, ne laisse aucun
doute sur cette identification. Cf. pour les surnoms des sergents
à verge : Journal de Jehan de Roye : « un sergent dont le sur-
nom est l'Empereur du Houx ». Cf. aussi l'expression populaire
« bijoutier en cuir », « leatherjeweller, » en slang américain.
Huit. aV Item a Robinet Trouscaille;
lire
Item à Robinet Trascaille (F Robin TrassecaiUe),
Robinet Trascaille figure dans les comptes royaux comme
clerc de maître Jehan le Picart, général conseiller sur le fait et
gouvernement de toutes les finances depuis Tannée 1449. En
septembre 1457 il comptait comme receveur des aides à
Château-Thierry. En septembre 1462 on lit dans un compte :
« M* Robert Trascaille, secrétaire du Roy, pour un voyage a
Lyon devers les gens de l'ambassade de Milan, XX 1. 1. » (Bib.
Nat-, ms. fr. 325 11.)
Huit. CXXXV Tu trouveras la que Macrobes
Ne fist oncques tels jugemens ;
La lecture Oncques ne Jisty de CT, me semble plus comique,
et je ne doute pas que ce soit là le vers de \'illon.
Huit. CXLIII Les Mendians ont eu mon oye.
Villon n'a légué aucune « oye » aux Mendiants, mais « des
souppes jacoppines » (plat réel ' dont la mention est ici une
I. En voici la recette : « Souppe Jacopîne de pain tosté, de frommage du
meilleur que on pourra trouver, et mettre sur les tostecz, et destramper de
bouUon de beuf, et mettre dessus de bons pluviers nniz ou de bons chap-
pons ». (Bib. Nat., ms. lat. (xv* s.) 6707, fo 184).
392 G. PARIS
allusion facétieuse aux Jacobins. Les autres legs — « oblacion
de flaons » — c'est-à-dire rien — et « parler de contempla-
tion » — autre raillerie — ne constituent que « moquerie »
pour les Mendiants.
Si je ne me trompe, voilà une allusion nette à l'oie de
Patelin :
Et si mangerez de mon oye... (v. 300)
Me fais tu y mengier de Foe? (v. 1577).
Ce ne peut-être une expression populaire. Cette explication me
paraît solide et intéressante. Elle prouverait que Villon avait lu
ou vu jouer Patelin dès 1461.
Petit Testament, huit. XXI (voy. ci-dessus) : Troussevache
était bien une enseigne. Voici le texte définitif qui clôt un long
débat :
L'an- desusdit vint entrer en saisine et possession Guillemete, vefvc et der-
reniere femme de feu Estienne Boudin..., de soixante sols parisis de rente... en
et sur la moitié d'une miison par indivis a deux pignons sur rue, deux petites
cours derrière et le lieu, ainsi qu'il se comporte assis a Paris en la rue de Trous-'
seuache^ ou pend pour enseigne n de uUuy qui trousse la vache »... aboutissant
par derrière a sire Nicolas de Louviers en la censive de lad. église, etc. «.
C'était donc une taverne dont l'enseigne représentait un
vilain qui emportait une vache sur ses épaules, et où fréquen-
taient les écoliers \
Marcel Schwob.
1. Reg. d'ensaisinements deSaint-Martin-deS'Champs(Arch.nat.,5 1448',
f» 56 ° o (A. 1467, rue Troussevache).
2. Voy. E. Châtelain, }^otes sur quelques tavernes fréquentées par les
étudiants du XV^ iikk : Troussevache est Tune d'elles.
MÉLANGES
C KT G SUIVIS D\^ EN PROVENÇAL
(Supplément au mémoire publié dans h Romania^ XXIV, s^Ç et suiv.)
Les recherches que j*ai publiées en 1895 sur b limite qui
sépare ca,gu de cha^ja ont fourni des résultats incontestablement
assurés, mais qui, sur certains points, pourraient être précisés
davantage. Mes informations étaient tirées : i** de la nomen-
clature topographique; 2^ des documents anciens; 3*^ de Tétat
présent du langage. Toutefois j*ai du souvent, faute de textes
linguistiques anciens ou modernes, me contenter de la première
de ces trois sources. Dans ce cas, la limite que j'ai indiquée reste
forcément un peu vague, d'abord parce qu'on ne trouve pas
toujours, même sur les cartes à grande échelle, un nombre
suffisant de noms de lieux offrant le phénomène étudié, ensuite
parce que, depuis que la forme des noms de lieux s'est fixée,
il a pu arriver que l'une des deux prononciations ait perdu
ou gagné du terrain, auquel cas la limite fourtiie par la topo-
nymie, exacte pour le passé, devient inexacte pour le présent.
Cependant, là même où la nomenclature topographique a été
nfia source unique, j'estime que la zone incertaine ne peut
guère dépasser une dizaine de kilomètres.
Cette opinion, exprimée dans mon mémoire (p. 54 1)* ^ ^^
confirmée par des vérifications récentes.
Il y a peu d'années MM. Thomas et Teulié ont publié les
résultats d'une exploration linguistique ayant le même objet que
mon mémoire, mais limitée à Tespace compris entre larrondis-
scment de Saint-Flour et rextrémité orientale de la Gironde'.
1. A. Thomas, La limité de c. gêxphiifs dn'ani a en HaïUe Auvergne, Le
394 A^lBh MèLAKGES
I/enqucte de M. Thomas fut faite en août et septembre
1895, au temps même où s'imprimait mon mémoire; celle de
M» Teulié eut lieu au mois de septembre 1896. Elles sont l*unc
et l'autre indépendantes de mes reclierches, et n'emploient pas
la même méthode, puisqu'elles portent exclusivement sur Tétat
actuel de la langue. Cependant elles aboutissent sensiblement
aux mêmes résultats, tout en atteignant un plus haut degré de
précision. En outre, Tenquête de MM Thomas et Teulié
démontre un fait que j'avais constaté ailleurs, à savoir que les
prononciations ca, ga et riw, ja peuvent gagner du terrain ou
en perdre. Ainsi M. Thomas a constaté qu*à Bourcenac, village
de la commune de Saint-Cirgues-de-Malbert (arr. d*Aurillac),
les personnes âgées prononcent klmbro, hatchOy i//a/(capra,
vacca, gallum), tandis que les plus jeunes, afin d*éviter les
moqueries des gens du chef lieu de canton (Saint-Cernin), situé
plus au sud, prononcent cabrOy baco^ gal\ C'est précisément le
fait que j'ai noté dans les Alpes-Maritimes et dans les Basses-
Alpes, et sur lequel je reviendrai tout à Theure. M- Thomas
remarque encore^ que, dans le domaine de r/w, ja, il est assez
rare de trouver des noms de lieux en<:/i, ga; qu'au contraire,
danslc domaine de rtj, ga il est fréquent de trouver des noms de
lieux en cba^ja. C'est toujours le même fait, A savoir la propa-
gation vers le nord de la prononciation explosive ca, ga, con-
sidérée comme plus raffinée, au détriment de la prononciation
cha, ja. Mais cependant Tinverse peut avoir lieu ; il a certaine-
ment pu arriver (quoique je n'en aie pas, pourmâ part, trouvé
de cas certain) que dm, ja aient empiété à une époque plus ou
moins récente sur le domaine de ca, ga. Par conséquent je n'ac-
cepterais pas dans son sens absolu l'observation de M. Thomas
lorsqu'il dit que <* pour la Dordogne encore plus que le Cantal»
même, Li îimiU de c, g explosifs ànmnt 4, de Puynùrmand {Gironde) à Cendritut
{Dordogm). H* TcuUé, La limite «/f c, g exphaifs dnutU a dam le Lot et Vrit de
la Lhrdo^ne. Ces trois mc^ moires occupent les pages 221 à 275 du BulUHn de
la Scciéti dês parUn de France, t, 1 (n« 10-12, publiés en 1897). On voît que
M. Teulié a comble^ h Ucune laissée par M. Thomas entre ses deux explora-
tions
t . Bulletin cité, p, aa^» 230*
2, fbid , p. 2)6»
C IT O SUIVIS D .-f EN PROVENÇAL 395
rétiide des noms est insuffisante à ttahlir Li limite précise où
s'anrèient vers le nord les sons ca, ga * »>. Il se fonde sur des noms
de lieux tels que Car sac y Caminadfy Laajssa^n^\ etc., qui se
trouvent dans la région où on prononce cija. Cela est vraî
maintenant, mais depuis quand? Une autre remarque de
M. Thomas doit être retenue ; ** Il est curieux, dit-ii, de voir
que certains mots en h\ ^^ débordent sensiblement vers le nord.
C'est le cas, sur presque toute la ligne, pour cosau^ jardin, et
pour costanhoy châtai.^ne, *> Des exceptions du même genre
sobscrvent sur d'autres points de la limite, et il est h croire
que Tétat ancien de la langue n'en était pas exempta
Je vais maintenant compléter sur quelques points mes
recherches de 1895. Mon supplément d'information concerne
les Alpes- Maritimes et les Basses-Atpes, qut^ j'ai parcourues à
diverses reprises au cours de ces dernières années, en quête de
matériaux pour mon grand recueil de documents linguistiques
du Midi de la France,
Alpes«Marïtimes, « Pour la vallée du Var, disais-je en 1895,
mon enquête n'est pas complète. » Elle ne ! est pas encore
maintenant, mais toutefois, gr:\ce à un voyage qui m'a conduit
dans le nord de la vallée (jusqu'à Entraunes), je possède quelques
renseignements nouveaux. Je dois dire en passant que j'ai pris
depuis peu l'habitude de parcourir les cadastres, compoids, livres
terriers des communes où je fais des recherches. Lors même
que ces livres sont en français, ce qui est le cas pour la haute
\uUée du Var*, on a toujours chance de rencontrer des lieux-
dits conservés sous la forme vulgaire.
1. Bulletin cité, p. 2>5.
2. Indiqué dans nrion mcmoire (p. 570) comme le point le plus sepien-
tnonail de la prononciation m,
^, Aîn?»i à Seync (B. -Alpes), au xv* siècle, on prononçait fit en ccnalns
mots, contre l'usage le plus gênerai {Homania^ XXVII, j6o).
4, Dans U haute vallée (au-dessus d'Entrevaux) fitalien nVst employé,
dans les documents administratifs, qu'à panir du dernier tiers duxvni* siècle.
Il faut se rappeler que cette partie de la vallée du Var, formant l'ancienne
vigucric de Guillaumcs, n'a été réunie aux états Sardes qu'en 1760, le roi de
Sardaigne concédini au roi de Fiance» en échange, certaines terres situées
sur la rive droite du Var» au sud d'Entre vaux, A Puget-Théniers» qui faisait
partie du comté de Nice^ et appanenalt aux ducs de Savoie depuis 1588,
A Sdjnt'Mifttci
KEUueos
k fim aotieii fCgMir temer esc dé 1697. j'y itlèrc ks
Cbakme^ ChmtUer^ ChuKfisn^ ks Qm^^
r, qui iiidiqocm, pour l'épâ|iK inrictior^ h |
dacioiiifti. AaodlraKU, 4vis les mocs de k kagoe 1
00 prODCMice Af. A Guilkomes, plus ao sod, faî spalé' A»-
dkmkrij, nom <run hameau ; i'is^ deposs, refeié éam» on Enr
terner de Ctiilbotncs, éait veis 1650 oa ï66o, &
nom de qturuer % tmeémOre^^ ffcgftwrhf, dndierr*. Da
p«T Gfil// Ti^/. n pamt donc bkti étaUs qœ k prononciaiioffi
cha, fa eiisuit aocieniiement dans h bauce isolée du Var.
comme dans celle de la Ttnée % et n'a été rein|ikcie i|iir tardif
vemeot par ca^ ga. S^tl en est ainsi, les documents andciis
doivent contenir des traces plus ou moins fréquentes de T^i-
ctenne prononciation, et c'est en e^ ce qu'U tst possibk de
constater. Il y a i b tnairie de Guillaumes divers t c gtsti e s de
comptes du XVT sîèck rédigés en prov-en^* J'en ai pris de
nombreux extraiu que \c publierai procfaaîiienient. J'y rdève
dmUmanagfs (compte de 1547, fol* 5); iksbnn (compte de
f $62, ioL ai ; compte de i >78, fol. i >X chascun (ibii.^passimy^
chamin (ihid.)^ ratio Çitid,}»
A Puget-Théniers, toujours dans la vallée, mais bien au sud-
est (à }okil.) de GuîlUomes, fai relevé, dans un cadastre italien
du xnn* siècle, chaurausos ^, bùKO al chiastdans ^^chiaUncû^ dkm-
diln *, mais les nombreux livres de comptes en bngue vulgaire
que j'ai étudiés à Pugct-Théniers (de ly'id ai 1629), ne con-
firment pas cette prononciation.
roMge àt ritalieo renioote ao xvii* siècle. Antérieurement l'administratioci
locale se scrvitt du Utin et (i partir du svt« siècle) do provençal.
1. Mémoire dcè, p» S49^
2, Œ hanùihim, Mbiral, sous lAKanoux.
\. « Pré à Vrnfhiifrr de levant. • Cf. Mistral, rncasht\ et fztufkjupawi, ncrni
d*uac commune du cani« de Barcelonnetce
4. Probablement un endroit planté de chou3i; ro\\ Mistral» CJ^trumo.
5. Mémoire cité, p, 548.
6. Q^rtier sur la r. g, du Var, au-dessou» de Puget.
7. R. g. du Var, près du château,
8. R. g« du Var, au-dessus du pont de la Trinité,
c ET a SUIVIS lyi ev provençal 397
Basses- Alpes. De la haute vallée du Var on passe dans
celle du Verdoii (Basses-Alpes) par le col des Champs, qui
n*est guère accessible que cinq mois de Tannée. J*ai fait cette
excursion, en sens inverse. Tan dernier, au commencement
d octobre- Les principaux villages de la vallée du Verdon, en
sa panie supérieure, sont Allus et Colmars ^ Plus au sud, à
une trentaine de kilomètres de Colmars, se trouve un gros
bourg, Saint-Aûdrè-de-Méouilles, et enfin, tout au sud du
département, Castellane, chef-lieu d*arrondissement* Les
archives de cette petite ville possèdent des documents en
langue vulgaire. J*en ai publié quelques extraits ^ et j'en
publierai d*autres encore, mais Saint-André, Colmars et Allos
n ont pour ainsi dire plus d'archives anciennes, et paniculière-
ment ne contiennent aucun spécimen de Tidiome local.
J'ai indiqué, dans mon mémoire (p. S î 0» ^ Taidede quelques
noms de lieux (dont il serait facile d^augmenter le nombre),
que Colmars appartenait à la région de r/w, ja. Ayant passé
deux jours X Colmars, j*ai constaté que T usage local était d'ac-
cord avec les indications qui se déduisent des noms de lieux.
\|inc M^yrel, la maîtresse de Thôtel de France, qui a répondu
avec beaucoup d*obligeance à mes questions, prononce îsahre^^
capra^ tsambre caméra, isamin caminum, tsarbe canna-
bem , tsarriere carrariam, tsau calidum, djautcs joues.
Mais elle m'a dit en propres termes que les gens plus
raffinés, croyant mieux parler, disent ca- et non isa. Elle
même dit inditFéremmcnt capéu (chapeau) et isapêu, A
Saint-André, il m'a paru que ca^ ^a dominait. Il est curieux
de constater, ici comme dans les Alpes-Maritimes, que le pas-
sage de ca i cha ou Isa s'opère en pleine vallée et que la pre-
mière de ces deux prononciations passe pour plus correcte ou
plus élégante. Je crois que, par suite de cette sorte de purisme»
1. Colmars, place forte déclassée, est un ch.L de c. de l'arr. de Castellane»
Allos est chef-lieu d\m canton qui ne conlientpas d'autre commune qu'Allos
même. En vertu de la tradition historique Allos fait partie de Tarrondissement
de Barcclonneitc, encore qui) soit sans communication directe avec cette viiJe
pendant plus de six mois de Tannée, le col d*Allos ou de Vaigelaye n'étant
accessible qu*en été et pendant une partie de Tautomnc.
^, Rvmûnia^ XXVn,4îî ci suiv.
). La finale c&t plutôt un t légèrement ouvert qu'un 0,
m
398
MÉLANGES
cha a perdu beaucoup de terrain. Peui-êtrc cette prononciation
descendait-elle autrefois jusqu'à Qistellane, et ainsi s'explique-
rait le nom de Chasleuil (à 8 kiL de Gistellanc) qui m'avait
embarrassé *,
Le même fait s*est produit a Forcalquier. Actuellement la pro*
nonciation ra, ga est générale, sauf en un petit nombre de mots,
comme on peut le vérifier dans les poésies de M. Eugène
Plauchud. Mais il y a trois ans, publiant des documents tirés
des archives de FurcalquîiT\ je suis revenu sur une assertion
un peu sommaire et trop absolue de mon mémoire de 1895,
et j'ai montré que cha se rencontrait fréquemment A côté de ca,
dans la seconde moitié du xv^ siècle : chaînes^ chalrraria, chamin^
chastrols^ etc. Depuis j*aï publié tout ce qui subsiste du précieux
livre-journal de maître Ugo Teralh, notaire et drapier de For-
calquier, que j'ai découvert dans la reliure d*un registre des
archives de la même ville, et dans ce texte, qui est de deux
mains bien distinctes, la notation cha est à peu près constante *.
On voit par là que, dans les études de phonétique historique,
il faut tenir compte non seulement des modifications régulières
que les sons subissent au cours des âges, mais encore, en cer-
tains cas, de la propagation des formes. Certains phonèmes
nés dans une région, peuvent se propager peu à peu dans une
autre sous des influences variables.
Voilà, pour le présent, tout ce que je suis en état d'ajouter à
mon mémoire de 1895» Il reste encore bien des recherches A
faire, bien des documents à trouver, pour arriver sur tous les
points au degré de précision que le sujet comporte,
P. M.
LE SUFFIXE -ESIMVS EN FRANÇAIS
Le suffixe latin -esimus, qui se trouve dans les ordinaux
comme vicesimus, centesimus, millesimus, etc, a été
récemment débouté de toute prétention étymologique directe
sur le suffixe français qui remplit les mêmes fonctions dans
I . Voir mon mcmuirc, p« >>3. Ce nom nV$t d'ailkurs poi^ tout à É^l isolé*
L'un des quartiers du territoire de Cas tel Une est appelé ChamatutiL
1. /taw4«ïa, XXVU, 421.
\. J'ai signalé les exceptions» dans ma notice, p. 8.
LE SUFFIXE 'BSIMUS EN FRANÇAIS 599
deuxUfm^vingtîénUy centième y etc. *. Je ne viens pas demander la
révision du procès, que je tiens provisoirement pour bien jugé.
Je veux seulement attirer laitention sur un fait qui n*a pas été
suffisamment mis en lumière fusqu*ici, à savoir que le suffixe
-esimus n'a pas disparu du latin vulgaire de la Gaule et qu*il
a donne des formes populaires correspondantes.
Le maintien de quadragesima et de quinquagesima,
devenus respectivement *quaresima et *cînquesima en latin
vuli^aire, et représeiités par le français caresnu (aujourd'hui
carême) et cinqt4esme % ne prouve pas précisément la vitalité du
suffixe, mais il nous fournit un précieux étalon pour le dévelop-
pement phonétique de -esimus, dont Te est long.
En français propre, centesimum, millesimum, etc., ont
dû aboutir à ccniesme centéfm^ miksme miUme , etc., comme
*quaresima à quaresmt carême. Ces formes se trouvent
quelquefois, mais il est scabreux de les distinguer des formes
savantes qui auraient pu être calquées sur le latin \ Toutefois
dans la région orientale, où Te long entravé se diphtongue,
centesimum aboutit à centoisme ccntoime ccnîaime. Ces formes
populaires ne sont pas rares. Sans avoir institué tle recherches
spéciales sur ce point, j'en puis citer plus d'un exemple. Dans
un manuscrit bourguignon de la paraphrase du psaume
Eruciavit , qui écrit baloime de b a p t i s m u m , croime de c h r i s m a,
je Us fwvoimr, on:^oitm, doioime, îreioimt^ quator^oinie et quinioime^
à côté, i! est vrai, de septième et disicmc^. Dans [a Bible de
Macé de la Charité on trouve centoiuie et vinietquatroysme y dans
1. Voir rarticle de M. Marchot întitylé La numération ordincdt en ancien
français â^ns\ A Zeiitchr.fur tom. Phil.^ XXI, 102 et s. Depuis, M. Staaf est
revenu sur la question (/^ suffixe -ime, -îème en français, dans Studur i tnodeni
Sprâktfetenskap; cf. R(fmania, XXV III, 292); mais il ne s'est pas occupé de
-esimus.
2. Nom de la Pentecôte dans le pays walloti^ d'où le néerlandais sinkscn,
î. C« sont manifestement des formes savamesqui figurent dans une date
'ainsi conçue : « Tan miîesnii ducentesme trente et cincesnie » (Godcfroy, IX, 95).
Dans la Chronique de S. Magîoire on voit rimer karesme avec cinquantisme : il
faut évidemment corriger dnqmnksme (Godefroy, ihid.). Dans te Poème moral
on a : <r la ceniente part » (Godefroy, IX, 18) : ici çenteme me paraît populaire.
4, Bibl. nat. franc. 2094* f*^ I9<5 à '93-
400 KàtAKOËS
lu Ké^^te Je Suint Benoît, novoimf, Jisoime; dans le manuscrit
Salis des Ordepmtwes Tafu:rfi,utaimnte^tkwaimmfjON:^aimfHijCic, V.
U est inutile de poursuivre; je crois que la preuve est faite.
A. Thomas,
PROVENÇAL NADW
Dans Flamenca, lorsque Guillaume de Nevers annonce au
curé de Bourbon rArchambaut qu'il a Fintention de devenir
son clerc, il le prie de loi faire tailler une chape d'étoffe grossière :
5680
Fais mi talUr capa redonda»
Granda e larga e priondar
De saîa negr'o d^esimbru.
De nacUu o de galabru.
Ce nacliu m'avait inquiété lorsque je préparais ma première
édition, il n'y pas loin de quarante ans. J'avais dû avouer (p. 343,
note) que je n'entendais p;is ce mot; et au glossaire j'avais tra-
duit naditt par « sorte d'étoffe », ce qui n'était pas compromet-
tant. Lorsque je fis la seconde édition, l'idée me vint que cl et
l'une des formes de d se confondent facilement, et qu'on pour-
rait, sans taire violence au texte, lire nadiu; mais n'ayant aucune
preuve de l'emploi de nadiu comme nom d'étoffe, j'écrivis au
vocabulaire : k^ Ce mot, d ailleurs inconnu, parait désigner une
étoffe grossière. On pourrait lire nadiu sans que le sens devint
plus clair. »
C'est bien ftadiu qu'il faut lire. La dernière feuille du volume
venait d'être tirée lorsque» prcourant les Registres camulaires
de Saint'Flùur , édités tout récemment par M. Bouder, j'ai ren-
contré ce passage (p. 19)) :
Plus atdit, per son vcsttr : per ,j. chapayro de naâitit costa .xîj. s.
M. Boudet a placé un sic après nadiu. Mais le rapprochement
avec le vers précité deFlafit^ma montre que le mot est fort bon.
Il y a plus: le mot est dans Du Cangc» non pas sous kativus,
où je l'avais cherché, mais sous nadivus, avec cet exemple tire
d'un document marseillais de fii8 : « De panno nadhv^ qui
1. Tcpus les excmplei sans référence spéciale viennent de Godetroy.
^
DAf'OISSJr 401
fit in ipsa provincia in qua quisquc moratur. » Et Du Cange
renvoie à mantellarium (sous mantum), où est cité un autre
exemple, tiré d'une lettre d'Innocent III, dans lequel figure
encore nadivus: a capas nigras... de nadivo ». Enfin, dans le Livre
des métierSy cité par Godefroy, sous naïf, on lit : « L'en apelc
drap nayf, a Paris, le drap duquel la chaane et tisture est tout
d'un. » M.Bonnardot traduit mîf, dans le glossaire qu'il a joint
au Livre des tnétiers (édition de l'Histoire générale de Paris), par
tf naturel, pur, sans mélange, uni ». Cette interprétation me
paraît assez probable; mais on a vu que le document précité de
1218 entend pannus nadivus dans le sens de « drap du pays ».
P. M.
DJVOISNE
Dans les diverses éditions du Roman de la Rose par Méon,
par Francisque Michel et par Marteau, j'ai noté ce pass;ige :
Ncfies entées ou framboises,
Bcloccsd^Auesnes, jorroises.
Raisins noviaus lor envoies. (V. 8531, édit. Marteau.)
A l'historique du mot beloce, le second vers est cité, tel qu'il
est ici, dans le dictionnaire de Littré et aussi dans le Diciiomiaire
général. Godefroy, dans son Complément^ le donne avec les trois
variantes : « baloches d'Avoisnes, beloces, botiloces d'Avoisnes. »
Avoisnes ou Avesnes, écrit avec une majuscule, serait donc
d'après tous les exemples le nom de la ville dont les bcloces*
auraient eu une certaine réputation. On les définit pourtant
« petites prunes sauvages » et Le Roux de Lincy (Prov,, I, 59)
cite ce dicton qui ne leur fait pas honneur : « Au malautru la
beloce. »
Il saute aux yeux qu'il faut corriger ce vers et l'écrire ainsi :
Beloces, davoisnes {pu davesnes), jorroises.
Le mot est dans Godefroy sous la forme davoine :
Gu- ce n'est pas chose trop dure
I. [On sait que ce mot paraît remontera un gaulois bullocea; voy.
Meyer-Lûbke, Die Betonung im Gallischai, p. 5. -- Red.]
XXX, 26
402
MÉLANGES
D ardai r on petit d'escripmrc
dui ne vault pas une daimrte,
{RcmfàUi Am&rii^ 2059» Koertmg.)
Godefroy est arrivé, je ne sais cornaient, à expliquer ce mot
par « courroie '> (avec un point d'interrogation, il est vrai).
Mais voici un exemple qui en montrera la vraie signification,
et qui en même temps autorisera à rectifier le vers :
Pruna asinina (P/m.), poltrons ou davesnes.
(Ch, Estienne, Dicl. latin, éàlx, 1552.)
Ce sont de petites prunes jaunes, de forme oblongue, que
Ch, Estienne, sous Ctrêu prnna, appelle encore poltrons. Elles
sont très communes en Normandie, et ne valent guère mieux
que les beloces. Au Havre, on les appelle encore daimnes. On
lit d'ailleurs dans Cotgrave : <* Dauesnes. Horse-plumes », et ;
« Dauoines. A kirui oj Plummes; or as Dauesnes. »
Marteau, s'appuyant sur une note longue et bien amusante de
Lantin de Damerey, qui a vu dans « beloces d'avesne ou boulaces
{sic) *i « une poignée d*avoinc avec sa paille ramassée en une
espèce de bouquet ou de boule -*, traduit ainsi le vers de Jean de
Meun :
Genrs bouquets d'avoine liés f
A, Delboulle*.
l.[Lc' mot exista aussi dans la région rhodanienne. On lit datfantrios^ « pru-
niers >s dan^ une charte dauphinoise (Facsimilés hcliographiques de rÉcoIe
des Chartes, n'» 374). Mistral enregistre davaigm et renvoie à dravagno^ qui
a été oublié- Le Dkt. forê^im de Gras donne davaign^t dravaigm^ dra^
vomHm, «T prune », et dravagnat, drawutnni^ « prunier «. La Clà doparld i^ii
(Saint -Etienne) de P. Duplay a davaigm ^ *• prune n, davaignie^ « prunier ».
Puitspelu, dans son Dictionnaire du patois lyonnais, enregistre davagni et
davMgHÎ^ « prune » ; il remarque que le moi se retrouve dans l'Orléanais sou»
la forme davaine, ci qu*uii Orlilanais lui a dît avoir toujours compris
« prune J'Avcsnes », ce que Puitspelu rejette avec raison. Il ne veut pas non
plus dtdiaplMntt nom, en français ^ d'une espèce de prune, trop savant et trop
moderne» et écarte aussi damauemi^ qui ne pourrait donner que damaigm, —
— Il semble pourtant que le mot se rattache ati gr, %!i^ft.7^r^^ù^ , gr . mod.
(Legrand) ôa;aaixT,vov. Le changement du second a en se retrouve dans Tit,
amoutMo^ Taccentuation de cet ô dans antàsdnc (voy. Storni, Anh. glûttiyl. iia!,^
ÏV, 387, et cC Hom.t IX^ 625). Le clungemcnt d*m en v parait, il est vrai»
assez surprenant, mais dans les mots étrangers des accidents de ce genre
UN PROVERBE ALTÈRE
403
UN PROVERBE ALTÉRÉ
n'est personne qui ne connaisse ce proverbe :
A l>eau demandeur, beau rcfuseur,
cité dans la Cotnédie des prcmerbes^ act. III, se. 2, ut ailleurs avec
de légères variantes, par ex. dans Gabriel Mcurier :
Tel demandeur, tel refuseur, comme oo dit : A telle demande, telle réponse.
Dans Cotgrave :
A bon demandeur, bon refuscur.
Et encore dans Le Roux de Lincy :
A bon demandeur, bon esconduiseur (xve s.).
Il me semble probable et même certain qu'on a dû dire plus
anciennement, et d'une manière plus signifiante et antithétique :
A haut demandeur, haut refuscur.
Mais l'adjectif baît^ haut, a hardi, audacieux »s ayant à
peu près cessé d*être en usage aux xv'et xvi* siècles, et n'étant
plus compris, fut remplacé par heau^ qui avait la même conso-
nance, puis par bon avec une signification ironique. Et ce qui
me le fait croire, c'est ce passage de Chastellain où il dit du roi
Louis XI {Œuvra y éd. Kervyn de Lettenhove, IV, 97) :
« Mais a batid demandeur, hardy estoit dissenteur, n Au lieu de
dissenieur^ Chastellain aurait aussi bien pu employer refuseur^
qui était déjà en usage vers le milieu du xiv* siècle :
Helas f as povres gens sont muk de refuseur.
(Gilles lî Muisis, Œuvres y ï, 339, Kervyn.)
A* Delbdulle'.
sont admissibles. — Le fr. a possédé aussi la forme répondant au ïatio
damascena. damai situ {Qoxgrzvt^ etc.), au sens plus précis de « prune de
Damas » (nous disons aujourd'hui damas), d*oû Vmi^l.damstn^damsin^ dam-
im. — Réd.]
l. [Il £iut cependant noter que déjà au xni< s. on trouve : A hon demandeur
bon f5cottdmr(L€Roux de Lîncy, II, 472) ; de ra^medans un recueil manuscri
que j'ai copié, où il y a seulement escondiseur. — P. M.]
404
MELANGES
ROMANCWM ET GÀLLICUM
I! ne nous paraît pas sans intérêt de signaler aux romanistes
un document de 1460 où le romancium, 1 Genève, est distin-
gué du gallkum : le premier désigne évidemment le parler local,
le second le français de France. Le passage en question se trouve
dans la publication si méritoire de M, Émiic Rivoire, Registres
du Conseil de Genève (Genève, 1900), t. I» p. 463.
(Du jeudi 30 octobre 1460.)
Guillelmus Geûville.tenens permanuni nobitem Humbertum de Bona,
alta voce dixit quod ipsî duo nomine Communitatts et populi hic existentis
iiluc vénérant, et quod ccrtas raciones dcscripserant in duo foliis papiri, que
în suis manibus lencbai ipsc Getixille, vidclicet unum ipsorura foîiorum in
galico et aiiud in romancio, propter quas asserebant dictam levam lien non
debere nec exigi, ymo cassa ri et revocari ; que duo folia papiri eidem D.
archîiipiscopo ' tradîdit, iliaque peciit legi^ quibus receptis per D. archîepîsca-
pum^ et ibidem folio galicali ïecio per Mich. Montions, consindicum, de
manda 10 prefati Domini archiepiscopi, ipsi Genville et deBona supplicaverunt
eidem Domino archiepiscopo, nomine Communitatis, ut super cootentts in
ipsis foliis eisdem providere velit, tpsam levam revocando.
Eug. RriTER.
MAYENCE ET NJMÈGUE DANS LE CHEVAUEH AU CYGNB
M. A, -G. Krùger, dans un article que nous avons piibtié
(t. XXni, p. 445-449) sur le ms. de Berne du Chevaiier au
Cygne y a fait remarquer que ce ms., ainsi que deux autres,
renvoie comme source de son récit à une « estoire » conservée
à Mayence, et il ajoute : « Cette allusion à Mayeîice offrira
peut-être une nouvelle voie pour des recherches sur Toriginc
de la célèbre légende du Chevalier au cygne, surtout parce
qu'il y a encore d'autres textes qui mettent la scène à Mayence,
par exemple la Chronique de l'abbaye dt Bragfte, écrite en tiii,
et le poème allemand de Loljengrin, 011 le combat entre Lohen-
grin et son adversaire Telramont a lieu près de Mayence. «
M. J.-F.-D. Blôte, qui s*occupe depuis plusieurs années.
t. L*ftrchevèquc dcTarentaise, administrateur du diocèse de Genève.
MAYENCE ET NIMEGUH DANS LE CHEVALIER AU CYGNE 405
STCc tant d'érudition et un zèle si persévérant, de Thistoire du
Chevalier au cygne, qualifie, dans un récent article sur « la
légende du Chevalier au cygne dans la Chronique de Brogne ' ^,
cette conclusion d' « un peu précipitée ». Pour lui Fassertion
du chroniqueur de Brogne est de pure fantaisie et n a pas
d'appui dans un texte antérieur'; il en est de même de celle de
l'auteur du Lohcngrin, Quant aux vers du poème français, en
admenant qu'ils soient originaux, ils disent, d'après KL Blôte,
précisément le contraire de ce qu^on veut leur faire dire. Le
poète allègue bien au début une « estoire » qui se trouverait à
Mayence; mais dans le récit même il place le combat aNimak
(Nimègue), et la source alléguée, sans doute imaginaire, n'est
placée ;\ Mayence que pour la rime. Ainsi la triple concordance
qu'on a cm remarquer n'a aucune valeur, et Mayence doit être
écartée purement et simplement delà légende du Chevalier au
cygne.
Sans insister sur ce qu'aurait de singulier Taccord fortuit,
dans le déplacement de la scène, du chroniqueur namurois et
de Fauteur du Lohengrin^ je veux seulement montrer ici que,
contrairement à l'opinion de M. Blôte, il est extrêmement
probable, pour ne pas dire sûr, que la chanson française
mettait primitivement la scène à Mayence, et que Nimaie est
une substitution postérieure, due à l'influence d'une autre
version.
D'abord, comme Ta remarqué M. Krùger, il n'y a que trois
mss. du poème français qui aient ici gardé Maiencc; le quatrième
du groupe qui contient cette laisse sous la même forme que le
ms. de Berne, lems. B. K. fr. 12558, en général le plus ancien
et le meilleur de tous, change ici Maience en Nimaie^ bien que
cette substitution détruise la rime : cela prouve que cette
substitution a pu être pratiquée dans tous les autres passages,
où elle était très facile, Nimaie n'étant pas à la rime. Le ms, Biir-
rois (aujourd'hui à Ashburnham Place) a employé un autre
procédé : il donne en oiance pour a Maience. Les autres mss.
î. Zeitschrift fur deuhches AUiftum^ XXIV (1900), p. 407-420,
2. M. Blôie montre fort bien que îe chroniqueur s'est trompé en rattachant
Mana&scs de Brogne à la famille de Godefroi ; maïs cela ne prouve pas du tout
qu'il ait introduit arbitrairement Mayence Jans Thistoire qu'il raconte.
J
406 MÉLANGES
(dont le ms. B. N. fr. 162 1, publié par Hippeau, est te type)
ont supprimé le verset modifié toute la laisse. Nous avons donc
ici la preuve de l*intervention des remanieurs pour remplacer
Maiencc par Ntmak.
Mais ce qui montre le mieux que Maience est bien la leçon
primitive, non seulement ici» mais dans le récit même, où tous
les mss* français donnent iV/m^J/V, c'est la comparaison de hGran
Conquista de L/Z/m^/mr. Cette traduction d'une vaste compilation
relati%'e aux Croisades nous donne deux versions du Chevalier au
cygne K La première est un résumé placé à la fin delà traduction
du poèrae perdu que j*ai appelé Isomberte {Rom., XIX, 320),
Tune des versions des Enfants-cygnes. On y lit (h I, c, Lxvin,
p, 1% a): E desfa tnmiera lo leva este cisne fasîa la costa de la mar,
fasîa do caie el rio de! Rin en ella, é luego jueron par el rio arrilm
fasîa que Uegaron à una ciudad que es en el imperio de Ahmania à
que dicen Macn^a.., Eesta lidfttécerca de aquella ciudad de Maen:;a^
antc el emperador de Akmanla. Vient ensuite le poème lui-même,
traduit d*après la version qui nous est arrivée. On y Ut
(c. LXix, p. î9 a) : Una cinquesma fiio certes aquel empèradùr
sobre dichoen una cimiad muy antigua, que agora llaman Maen^a,
Il est vrai qu'un peu plus loin {ibid., p. 39 b}on lit : E teniendo
esc emperador cor tes en Akmania^ en esa ciudad de Nimeya,., ^ Mais
cela prouve simplement que le manuscrit français auquel
remonte la traduction espagnole avait, comme ceux que nous
avons cités, substitué Nimaie à Maienct dans les passages 011 la
rime permettait de le faire.
La plus ancienne version française ' du Chevalitr au^cygne qui
f . Sans parler du passage de la Chanson (TAntioehe auquel je vîeiidnit tout
il rhcure.
2. Dans la suite on retrouve encore plus d'une fois Nimfya, comme dans les
mss. français.
' |, Comme racniion latine on lienl généralement pour la plus ancienne
celle de Guillaume de Tyr; mais celle de Gui de Bazoches, qui se troti%-c
dans une lettre écrite vers 1170. est sans doute antérieure. Je la cite parce
que}cne Tai vue mentionnée nulle part depuis que Wattenbach Ta imprimée
{Nttm ArchiVy u XVI, p. S6), et parce que je crois pouvoir restituer avec
certitude un mot que Wattenbach n'a sans doute pas bien lu et n*a pas pu
expliquer. Uauteur parle des gloires du Hainau et cite entre autres un héros
MAYENCE ET KIMÈGUE DANS LE CHEVALIER AU CYGNE 407
nous soit parvenue est certainement le court résumé qui est
donné dans la Chanson d'Aniioche à l'occasion du différend qui
s'est élevé entre Robert de Normandie et Godefroi de Bouillon
parce qu'on a désigné celui-ci pour faire le combat singulier
qu'on a prévu (mais qui d'ailleurs n'a pas lieu) contre un
champion sarrasin \ Je le donne ici d'après le ms. B. N. fr.
12558 (f** 100 r; même leçon dans 195, f° 148 rf), dont le texte
diffère un peu de celui de l'édition (t. H, p. 180) :
« Moût est (Godefrois) de grant parage, par Dieu qui fisi le tron.
Bien avés 01 dire qui il fu et qui non :
Son avie aduist uns cisnes a Nimaie el sablon,
En mi le plain gravier au plus maistre donjon,
Tout seul en un batel, aine n*i ot compaignon,
Bien chaucié et vestu d*un paile d'auqueton ;
Plus reluisoit ses chiés que penne de paon :
Aine Dieus ne fîst un home de si bêle façon.
Li cors fu moût pleniere, de la Surrexion :
L'empererel » retint par itel guerredon
KMl li dona moillier en celé région J,
Une soie parente, d*un sien cosin Begon * ; *
Terre bone e fegonde dona il au baron,
E si le ravesti de Tonor de Buillon ;
Puis li guia ses os, porta son gonfanon ;
Volentiers l'en servi sans nule mesprison,
qui accompagna Godefroi à la croisade (je n'ai pas actuellement le loisir de
rechercher qui il a en vue). Voici ce qu'il en dit :
Hic (= ict)tTZX ille ncpos faulis {W, satulis) militis cjus,
Per vada cui Rheni dux fuit albus olor;
Huic celcbris via Jherusalem duce cum Godefrido
Multo Partorum sanguine parta fuit.
1 . Tout cet épisode est d'ailleurs interpolé, et l'a été précisément en vue
d'amener le récit concernant l'aïeul de Godefroi, récit auquel le texte du
poème ne fait aucune allusion.
2. Exemple à joindre à ceux que l'on connaît de l'affixation de / = /^ à un
mot précédent autre qu'une particule ; le texte imprimé a : Sel retint Vempe-
mes,
3 . Le texte imprimé donne : Sel retint Vempereres par tel dez'ision Qu'il s'en
poroit raUr sans nule contençon. Puis li dona moillier en celé région.
4. Nos deux mss. ont Feiron, mais Begon du texte imprimé paraît meilleur.
408 MÉLANGES
Tarn que lî cisncs vint a le sainte saison',
Le vassal en mena en un petii dromon,
Par mi la mer salée, sans sigle et sans noton :
Ains ncl pot retenir li roi» par ncsun don ;
Moût en furent dolent li gent de sa maison ;
Onques puis n'en oïrent autre di; vision.
Le caracttTC primitif de ce récit est visible* Il ne connaît pas
encore 1 épisode du combat singulier livré parle chevalîer,et n*a
d'autre contenu que l'arrivée et le départ, également merveilleux,
de ce personnage énigmatique* Il ressemble de fort près au
récit (incomplet) qui concerne «^ Gérard Cygne » dans la Kar-
lamagnus Saga et a celui que donne Hélinand dans sa chronique.
Le f^iii que la ville où aborde le bateau conduit par le cygne
est ici Nitiiègiie semblerait donc une forte preuve à Tappui de
rantériorité de cette ville dans la tradition française. Mais il
est extrêmement probable que nos mss*, ici comme ailleurs,
ont substitué Nimaic à Mairnee, ce qui était facile, le mot
n'étant pas à la rime* La Conquista, qui donne ce passage (L II,
c.cr, p, 252 a) d'après un texte analogue à celui du ms, 12558
(mais où était interpolée la mention du combat contre Rainier
de Saissoigne), porte : ca à su abttdo trojo un cism al arenal de
Nimaya la Grande^ à que agora dicen Maen:^a. Ce singulier essai
de conciliation s'explique sans doute par le fait que le ms,
français suivi par le traducteur portait en marge ou en interligne
Nitftaif à côté ou au-dessus de MaUtut.
On pourrait toutefois prétendre que ces diverses apparitions
de Maycnce dans Toriginal de la Coîtqaisia remontent toutes à
la mention première dt- Maytnce dans la laisse de début,
mention qui renvoie simplement à une source écrite, plus ou
moins fictive, conservée à Mayence. Mais le poérae lui-mcmc
contient, si je ne me trompe, des traces visibles de la localisa-
tion primitive a Mayence de l'arrivée du Chevalier au cygne (et,
plus tard, du combat livré par lui). M. Blote (p, 416) trouve
tout naturel que pour aller de Nimègue àBiUiillon le Chevalier
au cygne passe par Coblence : cela parait toutefois asseye invrai-
t. Le leicte imprimé porte i a h ice saison, qui est pctit-ètre tnriUeur;
cependant la leçon de 12s s8 et 795 peut sigtjîficr que le cygne revînt à
Pii^ues. comme H rî:tit venu.
UN FKAGMEKT DE MARCO POLO 4O9
semblable, tandis que Coblence se trouve tout natureHement
sur la route de Maycncc à Booillon *.
Notons encore que Mayence est mentionnée plus loin comme
résidence impériale (v. 6357 ss.) : M. Blôte voit précisément
là la preuve que si Maknce avait été mentionnée au début» on
l'aurait laissé subsister comme on Ta fait ici; mais il n*y avait
plus aucune raison de changer le nom, puisque Mayence n'était
plus donnée comme lieu du combat : seulement ce passage
semble indiquer que pour Fauteur (et cela s'accorde fort bien
avec son temps) c'est à Mayence qu'était la résidence ordinaire
de Tempereur.
Je crois donc, en résumé, que la version proprement française
de notre légende — celle qui Ta rattachée à la famille de
Bouillon — mettait a Mayence le débarquement du Chevalier
au cygne (et son combat judiciaire, inséré plus tard dans le
récit), que cette version primitive a laissé diverses traces dans
nos manuscrits, 011 d'ailleurs on a généralement substitué
Nimègue à Mayence, et que le chroniqueur de Brognc, en 121 ï,
suivait un manuscrit français, plus ancien que les nôtres, dans
lequel cette substitution n'avait pas encore été opérée.
G. P.
UN FRAGMENT DE MARCO POLO
La petite bibliothèque de Vevey (canton de Vaud, Suisse)
s'est récemment enrichie de nombreux documents manuscrits
provenant de la famille Hugonin, Tune des plus anciennes et
des plus considérées du pays. En inventoriant ces nouvelles
acquisitions, mon ami M. Hugéne Couvreu s'avisa que la
1. \jà. géographie àc l'cpisode intercalé par îc poiite dans ce voyage du
Chevalier au cygne est certamement très fantastique; toLiiefois les vers 562055»
sont curieux et semblcni attester une tradition locale conservée à Coblence;
je les donne d'après le ms* 12558 (f» 57 fr) : Et cil df Covdena et sergent et
geïdon. Et a riche l>orjoîi qui sont de g tant renorif Firent faire un charnier^ que de
fi U set on, Aprh la grant bataille et la destrucion ; Em portèrent Us mon par
hone fHtenciony Que nn menjuccnt îeu ne serpent ne gripon ; Puis Us acci*tterent
de antc et de sahlon ; À tesmoin en airai la gent de cd mmi \ La furent enfoui,
s*i ol ([tant ptouri^m ; Encore i tst la crois qui fait la mostrùis&ti.
4IO MÉLANGES
reliure d un cahier de comptes de la fin du xvi* siècle ctaii
faite d'un double feuillet de parchemin écrit en français et en
caractères gothiques. Ayant détaché cette couverture, iirenvoya
à M. Alfred Millioud, aide-archiviste à Lausanne, qui y
reconnut un fragment de la relation des voyages de Marco Polo.
Depuis lors, le manuscrit est exposé dans une des vitrines de
la salle du Vieux- Vevey, au musée de la ville. E aété obligeam*
ment mis à ma disposition pour une étude personnelle, dont
les résultats sont consignés ici.
Le parchemin est fort endommagé, sali, troué et grané^ ei
offre une grande déchirure au haut du premier feuillet. Les
marges ont été rognées pour la reliure, ainsi que l'indiquent
les chiffres manquants à la numérotation des chapitre r 57 et 1 18
(f*" 2, V*'). Dans Tétat actuel, la feuille dépliée mesure environ
VI centimètres de largeur sur 20 de hauteur. H y a 26 lignes à
la page. Quand la fin d'un mot ne coïncidait pas avec celle de la
ligne, le scribe a fait usage d'une sorte de tiret ou de trait
d'union. Les grandes lettres initiales de chaque chapitre sont à
l'encre rouge. Un trait rouge barre les majuscules initiales des
titres. Ces titres, ainsi que les numéros des chapitres, sont
soulignés en rouge. Au jugement de M. Hippolyte Aubert,
directeur de la Bibliothèque Publique de Genève, Técriture,
très nette, est de la fin du xiv* siècle. Une main postérieure,
Sims doute du xv*, a écrit en marge des premières lignes du
chapitre 12? (f" ï, t^) une n (ou un u) et un 0, surmontés de
signes d'abréviation. On retrouve en marge des premières
lignes du chapitre j j8 (f**2, v**) une n (cette fois bien distincte) et
un (% de la même écriture, surmontés également de signes
d'abréviation et suivis des mots difficilement lisibles ; des ^fans\
Il me parait évident qu'il faut lire mia ou quelque chose
d'approchant, La fuite et la capture des éléphants de combat
(chap. 123) et la coutume chinoise d'exposer tes enfants
nouveau-nés (chap. tjS) devaient frapper d'étonnement un
lecteur français du moyen âge.
Entre les chapitres 135 et i}6 (f** 2, r**), qui .se trouvaient à
l'extérieur de la reliure, une troisième main a tracé les lignes
suivantes, mémorial d'une naissance ou de quelque autre
événement local ou domestique :
Le VII Décembre 1577. ung fâmedi
anvtron les III heure* après niidî.
UN FRAGMENT DR MARCO POLO ^îX
Le premier feuillet du manuscrit veveysan correspond à la fin
du chapitre r2i et a la plus grande partie du chapitre 122 de
Ttidition Pauthier; mais ce dernier chapitre (Ci dist emore de
reste bataille) est numéroté 123, comme dans rédition publiée
en 1820 par hi Société de Géographie de Paris d'après le
manuscrit franco-italien B. Nat. fr. iiié. Le second feuillet
correspond à la fin du chapitre 134, aux chapitres 135, 13e,
137 et aux premières lignes du chapitre 138 de Fédition
Pauthier, aux chapitres 135-139 de Tancienne édition : les
numéros conservés concordent avec ceux de Pauthier.
On sait que les manuscrits français dérivés de !a rédaction
des voyages de Marco Polo faite pour Thihaud de Cepoy se
divisent en deux groupes : d'une part (a) les manuscrits A,
B, C, dont s'est ser\i Pauthier; d^autre part {b} deux manus-
crits d'Angleterre, le manuscrit 5219 de l'Arsenal et le manus-
crit 37 de Stockholm (G); sans compter pltisieurs copies sans
valeur pour l'établissement du texte'. Grâce à Tobligeance de
M. Camille Couderc, qui a bien voulu collationner pour moi
quelques passages sur le manuscrit 5649 du fonds français de
la Bibliothèque Nationale (C) et le fac-similé de celui de
Stockholm, j'ai pu me rendre compte que notre fragment otfre
un texte fort rapproché de ce dernier, quoiqu'il ne semble pas
en être une copie. On ne saurait préciser davantage sans la
connaissance des manuscrits de Londres, d*Oxford et de
r Arsenal.
Afin que de mieux informés en puissent tirer un meilleur
parti que moi, je transcris ci-après, aussi fidèlement que
possible, la leçon du fragment nouvellement découvert. Les
lacunes résultant du mauvais état du parchemin ont été comblées
à Taide du manuscrit de Stockholm ou de Tédition Pauthier.
Une ou deux lettres, ajoutées par moi pour corriger des fautes
évidentes, sont imprimées, entre crochets, en italiques.
I. Voyez Tartide de M G. RnvTiLiud, dans In Romatiiii, XI» 429,
j
4r2
MÉLANGES
pô I, ro
I
[a toû^ km chastiaus et les hommes] par deiTus bien armes pour con-
b{atre. Et puis ordcna ses honi]mcs a chcual z a pie mmX bien z Tagc-
ment [comme sage roys quji eftoîî puis le mift alencontre des tartars
a la bataille les quiex il ne trouuercnt mie efbahis ains fe dndrent bien
ordeneement z (âgcnvnt contre leur anemis. Et qimiu il furent f\ près
quît ni auoit mais lors que de laffembU-r lî cheual des tartars quant
il virent les olilans fefpoentercnt en tcle manière quil ne les porent
auant mener vers leur anemis ains fcntournoient tous iours arrîcre. El
lî roys r fa gent a tout fes olifans aloient tous iours auant.
Ci dift encore de ufti bataille.
Et quant H lartar orcnft c]e veu fi en orent prî»nt ire z ne fauoîent
quil peufTent faire, Cfar] il v[^]oïent bien quil ne pooienl auant mener
leui cheuaus a la bataille z quîl auoîcnt tout prrdu. Mais leur cheue-
laine fift comme cius qui tout ce auoit pcnfe. Et commanda maintenant que
chacuns defcendift z mirent leur cheuaus ou bols qui près deaus eftoit t
mirent main aus ars de quoy il fe feuent moux bien aidier nniex que
nule geni qui fotent z iraïrent tant de faîetes a ces oUfans quil les
naurerent et tuèrent la plus grant partie eo po deure z des hommes aulH.
Et cil de la auffi traioient aus tariars mais li tartar cdoiem miex
amie z miex fe fauoîent aidier des ars que cil ne faîfoient fj que qttam
li olifant fentirent langoifTe des faicies qu[l IJeur venoient aufli menu
comme pluie û fen tournèrent arriéres en fuie que pour riens du mond
nalaflent auant v^rs les tartars. Et fen aloi
fl
cm fuiant en faifani fi g[ram bruit quil setnbloii que tout lij mofide«
dcuft fondre z fe niireni [dedens le bois et aloient ça et] la rompant
les chaftiaus. Et quaiw [li Tartar virent ce que l]i olifant eUoient tourne
en fîiîe fl raontereni tantoft fur leurs cheuaus z alcrent fur leur anemb
r recommcncbierent mm/t afprem^t la bataille aus efpees z aus maces z fc
coururent lî .1. fur lautre mo»t felcnaflement c fe donnoient xooux grons
cops. Car la gent le roy cftoîcnt trop plus que li tartar nêftoient. Mais
il ncl^oie^rt pas fi bowne gent damies ne fi vfee en guerre, car autre-
ment ne peuflent auoi[rj dure Ji lanar contreaus a fi po de gent
quil auotent, la criée z la noife edoit fi grande z dune pan t dautre
que on ni oift mie d[ieu ton]cr. Et eftoit la bataille moux grant z mont
pefme z dune pûr[t] z dautre. Mais U lanar en auoient le meilleur.
UN FRAGMENT DE MARCO POLO 413
z de malc heure fu commenciee la bataille pour le roy z pour fa gent.
Car tuit y furent mort z occis. Et quant la bataille ot dure duqucs a
miedi. (i ne porrent plus endurer la gent le roy la force des tartars
ains fe miflrent adefconfiture. z tournèrent [e]n fuie. Et quant li tartar
les virent defconfîs (i aloient derrière chacant z occiant z abatant lî maie-
ment <\ue cefte (/. c'estoit) vne merueille z vne pitiés a veoir. Et qwant il
les orent vne pièce chacies fi ne les vaurrent plus fieuir mais retour-
nèrent arrière z entrèrent ou bois pour prendre ces olifans qui eftoient
laient fui z conuenoit taillicr les grans arbres z mettre au deuant deaus pour
prendre les z auoec tout ce ne les pooient il [auojir fe ne fuilTent H
homme quil a voient (sic) prins que miex les fauoient coftnoiftre que li ' '
tartar z cil les prenoient. car li olifant ont le greigneur entendement que
nulle be
III Fo 2, ro
quil neft nus fe il ne le veoit qui le peuft croire Et porte cis nauies au
manzy z au cauy 11 grant quantité de marcheandifes que ced merueilles.
Et puis quant eles retournent (i reuienewt chargies dautres marcheandifes
aufll. Si que cefl trop grode chofe des marcheandifes qui vont z vienent
par ces .II. ([/Juns Or vous conterai dune autre contrée qui eft
vers miedi.
De la cite de linguy, x[x]
C. VI. XV.
Et quant on c(l parti de la cite de fmguy matu fi cheuauchc on
vers miedi .VI. iornees trouuant villes z chaftiaus affes adont
troeuue on la cite de linguy z par ce non meeme (a) * apele on
la contrée z eft la dite cite chies du règne. Et eft moui noble et moût
riche z font bonne gent darmes z y a aufti moût de grans marcheans il
ont venoiffons affes z de toutes chofes pour viure a grant quantité.
Cefte cite fiet fur le Hun que ie vous ai dit. Et y a affes plus grandes
nés que es autres contrées.
De la cite de pinguy.
Quant on fe part de la cite de linguy deffus dite fi cheuauchc on
.III. iornees par miedi z au chief de ces .III. iornees troeuue on
la cite de pinguy qui moût eft grant z noble, il font ydre z ardent leur
I . Cette lettre étant placée à Textrémité de la ligne, on comprend facile-
ment que le mot apele ait été récrit en entier au commencement de la ligne
suivante.
c. VI. XVI
4M MéLANGES
mors, z font au gront .k. z oni raotiûoie de charttcs* il font àc ps^
marchMndjfes z de grans tnefûers t ont tbJc a moui grant plenic. Oâx
cite eft aleotree de la grunt contrée de maagy c en cfH^c cite Ce chit|Qet
Ti marchant des niarcheatidifes quil font mener en ta gr^nt contrée k
mangy c<;fte cite reni grant profit au grtfm .kaan r ol a autre chose qui i
[c.v] l.XVlf
teuoir face.
IV
Dt la cite de cùmganguy.
El quant on eft pam de pinguy il chcuauchc on .111, iomees vtn nU
Et au chkf de ces .111. iorn<;es iroeuue on le grani flum ^ kcj»
moraii qui vient de la l^rre du preftre iehen dont nous vous auc»
conte par deuant le quel fltim e(l moui grans z larges plus âat
mille, z û ell moui parions ù que grans nés vont bien dedeiis. ttyi
mcmt de bons poi0bQs z de grans. Et fachies que li graa» X, a en a
M
flun .X. V. nayies z plus pour porter fcs os aus îlles dynde de me
qtmni il en [est] befoîng. Car la mer ell a vne iomee près de cdlSL
Et porte bien chacune nef .XV. cheuaus les hommes t les amaeuro i li
vitaille qui leur faut z auoec ce a en chacune nef bien .XX, oian»
niers Et fur ce (lum en ce liu dont nous contons a vne cite par itai
vne autre par de la z a lune non comganguy qui eft m£»rt grawk î
lautre a non cayguy qui ett petite. Et quant on pafle ce Ûum d
entreon en la grant contrée du mangy. Et vous conterai comioem adt
grflnt contrée du mangy fu conquife par te grant kaan.
[C] VI. XVI 11
Comment îi gram kaan conquiji k grmt contres du ma*igy
11' fu voirs que de la grant contrée du mang}' e^ît fire^ vnTûiiea
nommoit facfur qui mùui eftoit poîfTans roys de trcfor c de gent t^
<|ue po auoit ou monde greigneur de lui fors que le grant .loiQ. M»
fachies quil neftoicnt mie ou paîs homme darmes que tous leur deJ»
neftoît autres que de (cm
Ernest Muret,
1 . L'j majuscule très allongé, à Tencre rouge, se prolonge jusqu'ao faas à
la page, le long des cinq dernières lignes.
I Histoire de la langue roumaine» par Ovîde Densusianu. Tome
I premier. Fascicule 1. Paris, Leroux, J901, in-8, xxxi-128 p.
^^b>M. Ovide Densusianu, que connaissent bien les lecteurs dQ la Romania^ a
^Bitrepris une oeuvre considérable et difficile. Il y apponc une pr^^paration
peu commune, une méthode cxcellenie, et, ce qui mérite d'ùirt express<i-
ment signalé, un esprit purement scientifique. On ne pourra apprécier cette
œuvre d'une manière définitive que quand elle sera terminée, cl ce ne sera
sans doute pas tout de suite, vu les proportions dans lesquelles elle est
conçue ; mais dès à présent on peut dire qu'elle fait honneur 1 l'auteur et à
la jeune école philologique roumaine, et à coup sûr M.Tobler, auquel l'auteur
Ta dédiée ainsi qu*à moi, comme ayant été ses premiers maitres, ne me
démentira pas si je dis que l'élève fait aussi honneur aux écoles où il a puisé
les éléments de sa science et de sa méthode. Je me borne dans le présent
article à annoncer cet important ouvrage, et à faire connaître le contenu du
premier fascicule. Il est riche de faits et d'idét:s, et mérîie d'être lu non
seulement par ceux qui font une étude spéciale du roumain, mais par
tous les romanistes» M> D- est au courant de l'étal !e plus récent de
la science jusque dans les plus petits détails ; il soumet toutes les opinions
qu*il rapporte à une crhiquc personnelle et presque toujours judicieuse, et
le point de vue particulier auquel il se place lui permet souvent d*écïajrer
d'une façon nouvelle des phénomènes dont d'autres savants se sont occupés
avant lui,
L'Introduction est une brève et très instructive histoire de la philologie
roumaine; Tauieur montre combien ont prédominé, cheî les Roumains, les
préoccupations d'un patriotisme souvent mal éclairé, et proclame son ferine
propos de s'affranchir de toute arriére-pensée étrangère à la science. Nous
ne saurions trop recommander à la méditation» et cela dans tous les pays, les
idées qui y sont exposées, et que résume ta conclusion : « Ce n'est pas en
cachant la vérité qu'on sert honnêtement son pays; en procédant ainsi, ni le
patriotisme ni la science n'y trouvent leur profit. Le vrai patriote n*est pas
celui qui cherche à dénaturer les faits et à se tromper soi-même, et le savant
oublierait son devoir s'il évitait de dire la vérité, quelque pénible qu'elle
i
416 COMPTES RENDUS
doive être ' . » Ce i»ont là de nobles et fortes paroles, qut, nous TeipécioiUt
trouveront en Roumanie l'écho et la sympathie qu'elles méritent.
Le livre I est intitulé Les Origines. Il comprend jusqu'ici trois chapitres
L Aperçu gén&al, La rùmanisalton de la péninsule balkanique i II, £.*i
aulocblonc; IIL Le latin, ce dernier encore inachevé. Dans les deux prcmii
se pose nécessairement ïa question du centre de formation Ju roumain. L'iu!
ne fiiit qu'indiquer la solution qu'il développera dans la suite *Je son ou
Elle est intermédiaire entre ce qu*on peut appeler U solution dadenncçtk'
solution sud-danubîcnne. Il pense que tous les parlcrs latins qui s^éicoies
aujourd'hui de la Moldavie à Tlsiric constituent la suite d'un Uîin viJÏgajre
s'est parle sur les deux rivcs du Danube, et dont les diffcrences
taies répondent aux diverses régions de ce vaste territoire: il croît ^m*^
resté des Ronmni en Dacie après l'évacuation d'AurcHcn, et que Inf
langue, plus ou moins mêlée à celle des Romani de Mésie, de Micàkœ
et d'Illyric, se continue dans le roumain actuel du rov^ume. Ccst du
ce que je crois comprendre dans ces pages préUmiDAires. où Tautoir ae
failqu'effîeurer cet important sujet. Il sera temps de discuter sonopr
il l'aura motivée historiquement et philologiqucmcnt ; on verri
trouvé des fais ^^ui obligent à admettre la persistance en Dacie, après Aiut*
lien, d'une population romaine Comme d'ailîeurs ceux qui peoseot que It
population romaine de la Dacie la quitta tout entière sous Aurélîenadmrtteâ
forcément qu'elle transporta sa langue dans la Mésie où elle s'étiblii* L
question est. au moins au premier abord» plus historique que Ungui$ti<|i>c
il serait cependant intéressant de savoir si le routnain du royaume a cornet
des éléments qui ne peuvent s*étre formés que sur le sol de raockase
Dacie, Nous lirons avec grand intérêt ce que tauteur nous commurai^ikn
sur ce point de ses recherches et de ses raisonnements.
Sur la part de l'élément autochtone dans le roumain, M. D. se moairrtrè
circonspect, et son bon sens — qui est d*un bout à Tautre k nuqsi
!. M. D* A écrit sou livre en fraïis-airî. ce dont on doit le remercier, cm oc Irm |
intéresse un cercle plus étendu que celui àcs personnes qtij Hseni cotinmnieiit U rot*
niiiin.etqtiit même parmi les romanistes, ne s^nt p<is aussi nombreuses qu'on poitffadif
croire. L*autcar, en général, mante fort bien notre Unguc ; il laisse cependant fustÉ
écUapper quelques tournures légèrcinent «ncorrccics ou même uu peu éqoi*^^*»
(par exemple l'emplot trop multiplié de Vadverbe hitti^ de nt pas manquer de potti t» P»
itiifser (U, eic), qui ^ippeltentient ume révision un peu plus rigoureuse de U piiTtà
quelque ami fra rusais.
2. L'histoire de la romanîsadort partielle de la péninsule balLifiique olfît Ofllti^
mtni bien des lacunes, qu'il n'a pas été au pouvoir de l'auteur de camblci Ce fi^
ajoute d'hypotliêciqae aux faits avérés est généralement très plausible. M rer«»t é
plusieurs reprises sur le fait qae le latin vulgaire d'Orient a de botiDt ' ^»
Tâct beaucoup moins fréquent et intime que le Ittin vulgaire di J*
d'Italie et de Gaule, avec le latin littéraire et scalaire, ei sur le cara^urc ^«. j.yjs»'
ment t rustique a de ce latin ^ qui tient à ce que Tusage du latin dans les dasia lip
rieures oe se maintiat pas en. Orient, comme en Occident, i côte de Ttna^f^pdl*^
O. Densusianu, Histoire dt- la lattguc nmnuiint' 417
caractéristique de son livre — lui fait réduire à leur valeur, purement imagi-
native, bien des systèmes ambitieux et illusoires. Si les Daces, les Tliraces
et les lïlynens parîaicni» comme il y a lieu de le croire, des langues étroite-
nient apparentées, les éléments « autochtones m que l'on peut trouver ou
soupçonner dans le roumain ne donnent aucune indication sur l'endroit où il
s*est formé. Ces éléments sont d ailleurs bien peu nombreux ci presque tous
suspects. M. D. n*en trouve qu*un qui soit au moins très vraisemblable» le
changement de et, es latin en />/, /»-<, qui se retrouve à peu prés tel quel en
dalmate (vegliote) et en albanais, et qui db lors a de grandes chances d'être
d'origine illyrieune'. On peut aussi admettre en roumain quelques mots
illyriens. Tout ce qu^ona allégué d'autre en faveur d'une influence illyrienne,
ihrace ou dace sur le roumain en général ou Tun de ses dialectes est plus
que douteux et ne résiste pas X une critique calme ei méthodique*
Le chapitre sur le latin est extrêmement intéressant et judicieux. C'est un
tableau du latin vulgaire tel qu'on peut le reconstituer aujourd'hui, avec les
lumières spéciales que projette sur certains points Tètude du roumain. M. D.
admet en effet, avec les restrictions convenables, Tunité fondamentale du
latin parlé dans la Rûmatm^ imité qui ressort déjà du relevé qu'il dtunne des
particularités grammaticales des inscriptions latines propres a TEurope orien-
tale, où ne se trouve rien qui ne reparaisse dans les inscriptions du reste de
TEmpire. Ce tableau de latin vulgaire ne comprend encore que la phonétique ;
la morphologie, lasyntaxeetle lexique seront étudiés dans le fascicule suivant.
La partie déjà publiée est traitée avec un soin, une information el une circons-
pection dignes de tout éloge* Elle sera mise à profit par tous les rom anistes,
surtout si Fauteur a soin de munirson livre^ quand il serj tenniné, d*un index
aussi complet que possible ^
Il ne nous reste qu'à souhaiter le prompt achèvement d*une œu vre qui
manquait à la philologie romane et qu on n'osait espérer voir paraître de si
tôt. Il y fallait en effet une connaissance générale de toutes les langues
néolatines et des travaux dont ces langues, ainsi que le latin lui-même, ont
été Fobjet, et une connaissance approfondie du roumain dans ses diverses
formes. Il y fallait en outre un esprit vraiment scientifique, un )ugemeni clair
et prudent, un sens historique et linguistique aiguisé. Il nous semble que
M. Densusianu réunit toutes ces conditions, et il y joint, ce qui n^éiait pas
I . Ici et co pluiictirs autres tnidroits. M, D. rencontre des liypothè»ei brillâmes cl
aventurées de M. G. MohI ; il se comporte presque toujours k leur égird jvec un scep-
ticisme qui me parait lotit à fait juKtîÂé.
3. Quelques obscrvaiioos de détail sans aucune importance : p. jj et p. 74, ce qui
e*t dît de dignum et mots pareils est peucbir; p. 7V» sur camisia Pauteur n a pu
connmîtrc les retuarques récentes de M. Mcyer-Lùbkc<Dj> Httanunf^ tmCaliischrti.'p, 16),
qui sont plus complètes que le* lieiinc* ; p. 109 : • les formes avec « (devant s] étaient
seules employées en latin vulgaire Mjtsci : * les foniics sans « •* ; p. m, le fr. laiftt
remont* à sanctum (de m» prov, samh)» cl non a * saut u m,
f(iii*tamiA, XXX ._
41 8 COMPTES RENDUS
moins nèccsi&AÎrc, uoc grande àrdtw et atie rare puissance de tnv^. Kotis
espérons qu'il nous sera po&sîbic Je donner de son ou%Tage« qttmd le p f c o ii c r
volume au moins en lurgL paru, un compte rendu plus dètaïUé, — et plus
compétent, — que celui-ci, qui ne prétend être qu^one inoonce.
G. P,
Die Betoniuig Im Ganischen, von Wîlhclm Meyer-Lûske. Wlcn,
Gcruld, 1901, tn-â, 72. p. (cKtrait des Sitiungibericbu de rAcadèmîe et
Vienne, classe de philologie et d'histoire, t. CXLIII).
Le mémoire de M. Meyer-Lûblce est consacré à réfuter la théorie de
MM. Thurneysen et Zimmer d après laquelle l'accent aurait toujours fwrté
en ancien gaulois sur la syllabe initiale du mot. L'auteur se fonde, pour déter-
miner la pbce de l'accent, sur le développement phonétique, en français et en
provençal» des noms de lieux gaulois ou considérés comme tels, et il conclut
par CCS mots : « Les noms de lieux gaulois portent presque toujours t*mcoent
sur b syllabe pénultième lorsque la voyelle en est longue, ou sur la
syllabe antépénultième. Ionique la voyelle de la pénultième est brève. »
D'après cela, le gaulois aurait eu exactement la même loi d'accentuation que
le latin, sauf exceptions. Or il y a malheureusement des excepiîons — c*€st
pour cela que M. M,-L« dit c presque toujours » — et ces exceptions sont
déconcertantes. Les noms comme Nemu (Nîmes), Gap^ Troyis,àt Nemau*
sum« Vappincuro, Tri casse s, indiquent une accentuation propAroxy-
todique dont la cause nous écliappe. Maïs à côté de Kemst nous avons
Nemoun, autrefois Nrmojf qui repose sur Ne ma usu m, prononcé comnse
paroxy tonique. M. M.-L. fait justement remarquer qu'on ne peut pas parler
ici d'influence exercée par le système de Taccentuation latine, lequel
aurait transformé Kémausum en Kemiusum^ puisque c*est la grande
cité de Nemausum, où b culture latine a été précoce et intense» qui pré-
sente, dans jion nom actuel^ une accentuation anti-latine, undis que le nom
de Nemours, bourgade obscure, est conforme aux habitudes latines. Aussi
admct-tl qu*il y avait en gaulois deux accentuations différentes pour le
même mot» tout en faisant parfois des efforts pour reconstituer une uniié
primitive peut-être chimérique. Mais il ne croit pas que nous puissions arriver
à percer le fond du mystère, et, content d'avoir montré que les faiseurs de
théorie se sont trop hâtés^ il finit sur cette phrase : « L'accentuation d'une
langue dont La tlexion nous est pour ainsi dire inconnue, et dont le vocabu-
laire ne nous est accessible que sous la forme de noms de lieux ou de cours
d*cau à signihcatton inceruine, ne pourra jamais être fixée avec certitude* m
Dans le détail. M. M.-L. présente beaucoup de vues intéressantes,
toujours ingénieuses^ mats auxquelles on éprouve quelquefois le regret de
ne pouvoir s'associer sins réserve. 11 semble que son mémoire soit
A la fois trop lon^ et trop coun. Trop long, car pour prouver que
MeyeR'Lubjœ, Die Belonung im Gallisctjtn 419
MM. lliurncysen et Zimm^r avaient ton , il ne falUit pas tant d*exemples * ;
trop court, car si l'auteur tenait à mettre en œuvre des matériaux si nom-
breux, il fallait^ pour en faire une critique approfondie, des recherches plus
étendues et de plus longs développements. M. M.-L. puise à pleines mains
dans V AUceUiicher Sprachschali de M* Holder, et il ne paraît pas se douter
que beaucoup des identifications données par M. Holder n'ont aucune valeur.
Il s'en laisse même imposer au point de ne pas reconnaître que Cavaroccay
Corme ancienne du nom de Chavroche (Allier), de Chavetoche (Corrèze) et de
mainte autre localité, est tout roman, et on s'étonne de le voir hésiter, lui qui
est d'ordinaire si net, à proclamer que La Gtnehrét (Vienne) est le latin Juni-
pereta et n*a rien de celtique.
Voici les observations qui se sont présentées à notre esprit à la leaure de
ce mlmoire. L'importance du sujet fera excuser la longueur de quelques
discussions.
P. 10. M. M.-L. $*efforce de rendre compte du nom de pays Berry^ si
diâférent de celui de la ville de Bourges. Le nom de la ville représente Bîttj-
Hges, ou plutôt l'accusatif Bitiirigas, fréquemment attesté à l'époque
mérovingienne. M. M.-L. croit que Berry correspond à Bituricum, et il
considère ceBituricum comme une latinisation effectuée par le déplacement
de l'accent et la substitution de la désinence -îcumà la désinence -iguni.
Cette hypothèse soulève beaucoup d*objections. Il est extraordinaire que la
désinence atone -igas du nom delà ville ait été maintenue telle quelle et que
la désinence -îgum du nom du pays ait été ainsi retravaillée. D'autre pan,
le provençal Beiriu ne peut pas s'expliquer par Bit u ri c u m , qui aurait donné
Bdric : on a beau citer amiu pour amie ; il faudrait que amiu appartint à
la région provençale voisine du Berry (tandis qu'il est catalan) pour nous
faire accepter cette explication. Il y a longtemps que Bfiriu me préoc-
cupe. Je le considère comme sorti d'un adjectif •Biturigîvum, refait sur
Bi tu ri g es ^vcc le suffixe -îvum, et qui s'est de bonne heure réduit
i •Btturgivum, Bîturivum, Pour l'absorption du g, comparez le prov,
dapinisser^ de "deexpergiscere,
P. lo-ii. M. M.-L. disserte longuement sur 'Apï^yivoua, nom donné par
Piolémée â la capitale ât^ Viducasses, aujourd'hui Vkux, dans la Table de
Peutinger Aregcnuc. U est dominé par cette idée que le nom gaulois est
représenté aujourdliui par Argmùu. Mais il n'y a aucun rapport entre le nom
lie la capiuîe des Viducasses et le nom du fleuve breton Arguenon, que àts
géographes improvisés ont estropié en Argetwu
P. 14, M. M.-L. déclare qu'il renonce àexpliquer.'/r/fj, comme il l'avait fait
juitrefoiSy en partant d'une forme gauloise A relate acccnluée sur la première
sjflbbe; il s'attache ensuite à démontrer que la syllabe I a était â la fois
I. n y a pourtant an oubli fichetix, c'est celui de U riche série des noms en
«oiilum. qui mèritaii une atteatioo spécliile; l'auteur en mendoniic un ou deux
îiKîdemmeat.
420 COMPTES RENDUS
longue ut tonique; finalement^ il déclare que Texplication que j ai donnée i
h formation du nom roman Arks est la bonne. Mais on ne peut approuver
mon explication sans accorder du même coup que la syllabe la était atone,
puisque ïa voyelle a ne peut devenir ecn provençal que quand elle se trouve
immédiatement après la s>'lbbe accentuée dans un proparoxyton : Arks
représente le proparoxyton Arlaium. Je n^ai rien à dire contre la loDgueur
du la syllabe 1 a, d'autant plus que ta quantité Arêlâtè (vocatif) se trouve
chei Ausone; mais rien m: prouve que Arelatum n'ait pas été lui aussi un
proparoxyton. M. M.*L. croit reconnaître le même nom dans A Ira te, qui
figure sur une monnaie mérovingienne et que M. Holder identifie avec ArUi
(Haute-Loire): j'ai peur que rideniification ne vaille rien au point de vue his-
torique ; en tout cas h désinence provençale -tt (car la Hauic-Loirc est notoi-
rement du domaine provençal) ne peut remonter à une désinence *atum
accentuée sur 1* a.
P. IJ. Loiret est un diminutif français de Loire; l'hypothèse d'après
laquelle il se rattacherait au nom que lui donne une vie de saint, Lîgcricus
(que M. M.-L. corrige en *Ligef iccus), est tout â fait invraisembUWc. Si
les Gaulois avaient fait un diminutif, c'eût été probablement 'Ligeriscus;
comprez Angcriscus, «le petit Indre », aujourd'hui Vlndrois,
P. l6* M. M,-L. donne comme formes actuelles de Agi n nu m Ajan et
A fui»; A fan est sans doute un lapsus pour A^en, qui correspond bien a
Aginnum; quant à Ajain, qu'il a emprunté à M. Holder, et qui est le nom
d'une commune de la Creuse, j'ai fait voir qu'il remontait à ^Acanium
(RnKcelL.XX, 438).
Ibid, On ne peut pas affronter sans commentaire Fienm et Axuenna
comme le fait M, M.-L,, car dans yienne il y a Fr <Vicus, et rét3anologie
*EHm < Axuenna irait directement à rencontre de la théorie de Tauteur,
puisqu'elle supposerait que Axuenna est pour Je moins un proparoxyton. Je
ne sais comment expliquer Axuenna, forme concurrente de A xona, nom de
la rivière que nous appelons aujourd'hui Aistu. M. Longnon dit que Fiennf
estVicus Axonac, mais il ne donne pas son sentiment sur Axuenna.
Und, Cavennae, qui vient de M, Holder comme nom primitif de
Cl^vannes (Aîn), est du gaulois de fantaisie : tous les Chxvûnmu Chabanna
et Qtbannts de France remontent au nom commun capanna.
P. 17. M. M,'L. pense que pour chemise il faut partir de camisia et que Vi
du français et du provençal peut être dû à t'influence des livres; c*est bien
invraisemblable Le roumain et te rhétique postulent un i bref, soit; mais
le français et le provençal ne postulent pas moins impérieusement un i long.
P. 18. La longue digression sur Lisitux n'est pas claire» L'auteur oublie que
Liste ux est Limuts dans les plus anciens textes français, et que Wace, par
exemple, le fait rimer avec Baiems^ lieues et trieues. Il faut donc panir d*une
forme populaire 'Lixôuias, dont l'origine précise reste ^ déterminer. En
tout cas, le son uu s'explique, non, comme le dit M. M.-L., par ô -h î, mais
{»r 6 -h " » ï*' * ^"^ disparaître de bonne heure.
Meyer-Lûbke, Dit Betonung im GaUischn 421
P. 23, Uauteur hésîte beaucoup sur b genèse de Vdùhrègxtc (Gard). Il le
place dans la série des mots composés dom le second ciémem est brîga ; puis
a se dcm^Ltîde sî l'on ^Kceniuait V o lob rigii comme paroxyton, ou comme
propAroxyton ; finalement il semble considérer comme primitive une forme
Volohrica, proparoxy tonique» qui se serait développée comme fa brica,
devenu /aW^tf par suite d'un déplacement d'accent qui n'est pas aotérieur à
la période romane. Les textts du moyen âge donnent souvent Vol obrica,
et il est bien probable que telle est la forme primitive.
P* ij. Je lis avec stupéfaction qiie« fir/o«Jt-sur-Bouionne est remarquable
parce qu'il représente le nom plur. Brivae ou le loc. plur. in Brivis,
comme Aix de in Atjuis. » L'auteur, entraîné par le Sprachsclxiii, a
oublié ce qu*il avait dit à ïa p. 19: Britmx représente simplement Brigio-
, 5um.
P. 27. M. M,-L. croit que Aiitun^ autrefois Ostefm (dans le Saini Ugn
Ostedittt) j remonieà \ine prononciation avec double accent Aiigustodùiium,
et non à la forme syncopée Austod unum, qui, dit-il» aurait donné en ancien
français *Osttin. Mais autant il est naturel qu'îï y ait un accent secondaire
sur rinitiale de Eburodunum, d'où Embrun^ autrefois Ebreiin, parce que
le premier élément Hburo-estun proparoxyion» autant il est invraisemblable
que dans Augustodunum l'accent secondaire n'ait pas frappé la sylbbe
-gus-. Je ne vois pas pourquoi le -si- de Austodunum n'est pas aux yeux
de M. M.-L* une raison suffisante pour explitjuer le maintien de la voyelle
proionique dans Osteûtt^ surtout quand je constate qu'il cite lui-même Crrvon
de C e r v e d 11 n u m (lisez C e r v e d o n e ), Brancimi de B r a n c e d u n u m , Tor-
z^éùn de Tolvedunum, etc. Cette question du maintien ou de la chute
de îa voyelle protonique aurait gagné à être traitée d'une façon spéciale ; elle
offre encore bien des obscurités.
îbid. M, M,-L. donne sans sourciller T identification Camhon < Cambîd u-
num.Or Cambidunum n'est pas formellement attesté en Gaule, A l'article
Cambodunon, M.Holdercite plusieurs monnaies qui ^n^m Camhidonno^
Camdonno, etc., en faisant remarquer qu'il faut les attribuer à Kempîtn, en
Souabe, et non à Cambon (qu*on écrit ordinairement Campbon)^dÀns la Loire-
Inférieure, Je n'ai pas à me prononcer sur Tattribution des monnaies à Kemp-
ten ou .'i Campbon, et je suppose que M. M-L. n a pas plus que moi étudié
la question au point de vue numismatique. Mais j'aurais voulu le voir protes-
ter contre le sans-géne phonétique de cenains celiis^mts qui nous disent que
Cambidonno est pour * C a m b i d u n u m . La phonétique romane nous
montre clairement qu'il y a eu des mots gaulois en -dono ou en -donc
et d'autres en -donno, quil faut distinguer des mots en -dû no. Le type
Cambidonno paraît être représenté par Oximh^ùn (Haute-Î.oire) ' et par
t. Romaniû, M, t6).
421 COMPTES RENDUS
Chambéûn ÇLûko), C*est au contraire un u^jc en -donuni que nous devons
n^connaltrc non .seulement dans le Mulsedonum dont il sera «^uc^tion un
peu plus loin, mais, par exemple, dans Vtse^oux (Haute-Loire), appelé eecUsia
Vtiedottensis au commencement du xn« siècle '. On ne fera de progrès dans ta
connaissance du gaulois que par la méthode phonCliquc b plus intransigeante.
îhid. Je ne puis prendre au sérieux ridentification, au point de vue philolo-
gique, du nom gaulois Uxellodunum avec le nom d'un village de b corn*
mune de Vayrac, Lt Puy (fhiolu^bicn que l'auteur rapproche ingénieusicnnciit
fssolu de Besûlù^ nom catakm de Bisuldunum. Je ne suis même pas sûr que
le nom gaulois des localités qui s'appellent aujourd'hui Issoudun ou Exoudun
fût U X e I î o d u n u m ), car U x e 1 1 o devait avoir un u long, qui se retrouve
aujourd'hui dans Ussfl fCorrèzc), au moyen âge UnseL Le plus ancien
document où figure le nom û'issaudun (Indre) est de Tan 9S4 : il porte une
fois Uxcîodunum et trois fois Auxellodunum (La Tliaumassièrc,
Cottt, du Berry^ p. 6<^7). La diphtongue a u s e:it conser\*ée dans ta forme pro*
vençale du nom de cette ville, comme on peut le voir par le vers t8 du sir-
ventés Pok ah haros de Bertran de Bom, où tous les manuscrits donnent
Hsîaudun ou Issaudun. Il serait donc sage de partir d'un tA7>e primitif •Auxel-
lodunum» devenu par métathésc *ExaullodununK
P. îj. M, M.-L. emprunte T identification Mulcedunum > Muiùdan k
M. Holder, et il se trouve fort empêché pour expliquer le rapport des deux
mots* Ils n'en ont aucun. Mumdan, en patois Mtntiisido, autrefois Moisùdd^
vient de *Moxitanum, que Ton peut lire, par exemple, dans b chronique
d'Adémar de Chabannes, sous la forme déjà en partie romanisée Mox/danum :
b phonétique locale ne peut pas admettre autre chose qu'un t primitif pour
rendre raison du d médial. Quant à Mulcedunum, il nV'xiste pas.
M. Holder Ta emprunté â Juks Quicherat, qui Tavait déduit d*un Mulsc-
donura, mentionné dans b vie de saint Géraud d^Auriîlac, que le vicomte
de Gourgues a eu Tidee étrange d'identi6er avec Mussidan. Je ne sais pas
quelle est Tidenti^cation qui con\nent au point de vue historique ; mais il y
a en Limousin un Mulsedonum bien authentique, mentionné sous cette
lorme au commencement du x« siècle, et qui s'appelle aujourd'hui Mùnaanx
(Cx»mèj&c), au moyen âge Mohfà et Molctè,
P» 56 et X Ce que dit M. M.-L. des mots en -durum est tout ^ (ait nou*
veau. îl pense que les cel lisants ont tort de voir dans cette désinence un ancien
d û ru m , car toutes les vraîsemhlance-s sont en faveur de d û r ura , mot de sens
incertain, mais qui peut avoir >ignifié • porte », comme le dit le biographe Je
saint Oyand,qui interprète Isarnodorum par « pone de fer »* A propos de
NanUrrtyïtkUicMT rétraae — devant les objections de M. G. Paris — U théorie,
qu'il avait d'ailleurs exprimée avec réserve et qu'on a exagérée depuis, d'après
i« Hfimanht VI, 264^
NOACK, Dif Stroplxnausgan^ in der altfr, Lyrtk 423
likjufrllc l'accent aurait une influence sur le traitemeni des consonnes en
français.
P. 45, Limogei ne peut pas venir de Limo(i)ca5^ comme le limousin
mija vient de mica, car la forme indigène ancienne esi Lttnol^ts, qui semble
postuler • L e m o d i c o s , comme meige remon te à m e d i c u m . J e ne m'cx-
plîquepas d*ailleurs l'origine de ce d, qui appamîi dès >4i dans k suscnpnon
d*un «ïvêque au concile d'Orléans : Roricim cpisco^ns eclmae l^modue.
P, 50. M, M,-L. explique fort bien que le nom de la rivière d'Eure repose
stirAtûra» pour Autûra, et non sur •Aiitùra; il aurait été bon de rap-
peler que Wace (ait encore Eure de trois svllabes et le met à la rime avec par*
Irûn, Unturty, cure,
P, çi. Ce qui est dit de la rivière â'AlUer n'est pas clair. AUitr se rattacha
bien, comme le dit M, M.-L., à Elâris» forme employée, par Sidoine
Apollinaire; mais il faut ajouter qu'il y a eu substitution de k désinence -ter
à b désinence normale, qui devrait être -tr, ou bien que dans le latin vulgaire
Elaris est devenu *Eïarius, L'effort que fait l'auteur pour rattacher El ari s
à E laver» forme employée par César et par d'autres, est sans résultat,
Ihid, M. M.-L, suppose que Lactura a pu être d'abord un proparoKV-
ton et qu'il y a eu ensuite déplacement d'accent dans b période romane, d'où
Laiiâra, Ltctoure. Mais l'orthographe avec u est si rare qu'on peut n'y attacher
aucune importance et partir de Lactôra.
P. 5a. M. M,-L. se refuse à admettre que le gaulois ait connu raccentuation
C ô n d a t e à . côté de C o n d îI t e , à cause d es no mbreu ses form es (Condat ^
Cand/) qui attestent Conddte. Quant à Candes^ Condes, Coftdrrs et Cosm,
qu'on explique ordinairement par Côn date, il est porté à les considérer
comme des formations régressives. C'est bien in\Taisemblable, La forme
Condidâ, qui désigne Cosneà la fin du vi« siècle, témoigne clairement que
le mot était proparox y tonique,
P- 55. Fanius doit s'expliquer par une métathése : "Veienls, pour
V^enetis, comme Cfxtrtres, de 'Carton is, pour Carnutis, et rancien
^nçm sennt, de *svdonum pour synodum.
A. Thomas.
F. NoACK. Der Strophenausgang in seinem Verheeltnis
zum Refrain und StrophenKruQdstock in der refï*aln-
haltigen altfraiizcBsIsçheii Lyrik; Mnrburg, 1899, in-8 de
163 p, (Ausgabenund Abliandlungen, n" XCVIIt).
Pour bien comprendre ce travail, iî est nécessaire d'avoir présent à l'esprit
l'article de M, Stengel sur la formation de la ballette et sur le rapport qui, h
l'origine du genre, unissait le refrain au reste de la strophe ^ M» Stengel
I. Ztiitckrift fèr/tûniatiscbe Spraeht und Litirrotar, XVI II (1896), p. 8$-ll4. Dis*
moQ dépouniement de cette rc%uc (voy. plui haui, XXVIllt468) j*ai dÛ me bornera
réiumer bnèvemient les coiictuston^t de cet article, aa lieu de le discufer en dctatl«
comme je l'eu use désiré.
J
e
1
424 COMPTES RENDUS
divise cdle-ci en trois parties : !<• le corps {Grundstock}; 20 b coda (jel
duis comme je puis le mot Ausgafijt^); 5*^ le refrain. Selon lui, dans les
anciennes formes du genre^ le refrain étaiï identique à la coda au double
point de vue de la rime ei du nombre des syllabes; puis la coda s*éloigoa de
plus en plus du refrain pour se rapprocher d'auunt du corps de la strophe, de
sorte que, eu fin de compte, la strophe de la ballette ne différa plus que par^B
le refrain de La strophe de la chanson. Cest cette théorie qu'un élève de^l
M. Stengel, tividemment sous l'inspiration de son maître, qui a du reste
collaboré à son travail, essaie aujourd'hui d*appliquer à révolution de la
strophe de la rotrouenge\ M, Noack divise les strophes de rotrouenges co
trois groupes : dans le premier le refrain coïncide parfaitement avec la coda;
dans le second il ne coïncide avec elle qu'imparfaitement ; dans le troisième
il ne coîncide^plus du tout. Chacun de ces trois groupes à son tour se sutwli
vise respectivement en deux, deux et trois catégories (je néglige naturcUemcntj
les particularités de détail).
Prenons comme type du premier groupe le schéma aa \ h \ B. Dans la
première catégorie (5 14-Ï7) la coda (b) est indépendante du corps de U
strophe, soit par la rime, soit par le nombre des s\'llabes : J g 1 lo l
Dans la seconde (g 18-24) la coda est rapprochée du corps de la strophe par]
une rime reliant le premier vers de Tune au dernier vers de Tautre (ici rédi
à un vers unique) : a \ ab \ AB, ou par laddition d'un vers ou <r dîesis m *
(ici *ï}qui, associé avec le premier de la coda (b), produit ta même succession
de rimes que dans le corps : ab ab \ a \ bc \ BC. ^
Le deuxième groupe se divise également en deux catégories. Dans ^ê^Ê
première (5 2 $-47) la coda est rapprochée du corps de la strophe en ce que "
son premier vers est calqué sur le vers précédent : aa | o^ { BB ; dans U
seconde la coda coïncide exactement avec le corps ou la fin de celui-ci :,
abab \ ab \ CB.
Le troisième groupe se divise en trois catégories : dans la première (J S**^
5) la coda est rapprochée du corps (cL II a) : ah ab \ bec \ DDD; dans ^
seconde (S 54-68) la coda coïncide avec le corps ou la fin de celui-ci (cL Ufr)
ab ab \ ab \ CC ; dans la troisième (J 69-76) la coda se confond avec h
corps : aaa \ aa | BB.
Voili une construction qui est à la fois savante et si m pie « et qui plaît
par sa rigoureuse symétrie; mais elle a^ ce roe semble, le double ton
de reposer sur une pétition de principe et de ne pas tenir un compte suffi-
sant des faits.
I. Je crois ponvair employer indlffèremmeot ce ternie et celui de « ch^juoo A
r<frain •.
a. Ce terme, emprunté *u grec, cit. comme on le »it, employé p«r Dante dam le
Dr rmljiari Ekkfitgntiu (II, to) ; il désigae rendrott où se fait la transition de U
strophe (fm1/f) ex la partie non divisible (coda). Voy, G, Giuliani, Oprrf Ulint diJ
Ùemit MigUieri, {, p. 70^ et la note 181^ et aussi J. Mari* dans Studj di filolùgia r<om9w^mw\
t. Vîir* ;«.
SUl
NoACK, Der Sîrophenausgan^ in der altfr. Lyrik 425
La pétition de principe consiste i assimiler la strophe de la rotrouenge à
celle de la ballette. La théorie de M. St. sur la formation et révolution de ce
dernier genre nie paraît vraisemblable, au moins dans ses grandes lignes :
dans une chanson â danser, chantée alternatîvt^mcnt par un soliste et un
chœur, il est naturel que le choeur se règle sur \< soliste : celyi-ci représente
la pan d'invention, rinitiative: celui-là n'a qu'à le suivre; et les mouvements
symétriques de la danse supposent également une symétrie dans les mélodies
qtii la dirigent. Mais en est-il nécessaire; ment de même dans la strophe de la
rotrouenge? Ici k refrain peut être chanté par un chœur, sans doute, mais
Tessence du genre n'implique pas forcément la participation du choeur, et le
refrain peut être chanté aussi bien par celui qui exécute la chanson '. Or on
ne voit pas pourquoi le refrain n'aurait pas formé une partie indépendante
du couplet, ayant son existence et sa physiononomie propres.
G^s observations me paraissent particulièrement incontestables si on les
applique» non aux exemples les plus anciens du genre, plus rapprochés de la
source populaire, mais aux chansons purement courtoises, où le refrain n*est
qu'un ornement artificiel. Ici il me paraît de la dernière évidence que nous
avons aflaire, malgré la présence du refrain» à une strophe de chanson ordi-
naire, dont il faut chercher l'origine dans les procédés propres à la poésie
courtoise, et non dans Thistoire de la poésie populaire. Soient les formes
suivantes (citées par M. Sien gel, p. 18-19) :
abab \c\ € dl>D
abab \b\ ac CC
Il est évident que nous avons là une application très simple du principe
de la tripartition, et c est considérer les choses sous un angle bien singulier
ou plutôt c'est vouloir ne rien comprendre à la construction de la strophe
courtoise que dVxplïquer le cinquième vers comme une ^ diésis n, une
îmercalatîon postérieure destinée à ménager ta transition entre le corps de la
strophe et la coda.
Cette fausse interprétation conduit M, K. i des hypothèses plus que
fantaisistes : ainsi (§ 34. p. 20) il cite uiuic une série de formes strophtques
« où le refrain est réduit à un vers unique, où cependant la construction
modifiée (?) de la coda suppose originairement un refrain de deux vers » :
ainsi a a \ a b \ B |B]
abab \ b i\ C [C]
On ne voit absolument pas pourquoi le refrain ne correspondrait pas
uniquement au dernier vers de la strophe*.
1. Cerciins refrains nWt pu être chantes qae par le îongleur s'adressant îi un aydi*
toire : Or orrt^ja CûPmHi k htU Aiglantine esffhifa (Romani^n, I, a).
a. Dans la jolie chanson de (i. de Bçrnevillc (Raynaud, \i7). en. . . , «
M. N. suppose (Jl Ht 6) ^ue. originairement (on ne von pa* au juste ce qu'il enteni
|»r là), le refrain comportait un ¥crs de plus [Bl. Ht il suppute pc^ur cela sut une
42^ COMPTES RENDUS
J'ai dit plus h^iuc que la théorie de M. N. ne tenait pas un compte sutTisant
des faits. 11 est évident qu elle acquerrait surtout de la vraisemblance st la
série d€s transformations strophiques qu'il propose avait une base chronolo
gïque, si aux formules qu'il place en téie de cette série correspondaient les
pièces les plus anciennes^ et ainsi de suite. Mais il n'en est rien. Je sais bien
qite la plupart des textes lyriques dont il s'agit, étant anonymes» sont diffîctJes
à dater exactement. Mais d'autre part on ne saurait fermer les yeux à un fait :
c'est que M. N, considère comme le dernier terme de l'évolution précîsémcni
la forme strophiquequî appâtait dans les textes les plus anciens, les plus sûrement
voisins de la source populaire. Pour lui ce dernier terme (5 69, p. îj) est
constitué par une forme où la coda se confond avec le corps» où elle a pdtr
conséquent disparu : a a a , .hB. Mais cette forme est précisément celle des
chansons de toile, où il est naturel de voir l'origine et non riiboutissement
de toute cette évolution. Ici, et cela est significatif, le parallélisme imaginé
par M. N, ne se trouve p.ts une seule fois; s'il existe au regard de la rime, il
n^existe pas au regard de la mesure, et inversement. Je dirai plus : il ne
pouvait pas exister rigoureusement : eu effet s'il y eût eu correspondance
exacte, dans la rime et la mesure, entre le refrain et les derniers vers de la
strophe, comme celle-ci se compose de vers isomètres et monorimes, le refrain
ne se fût plus distingué de la strophe : aussi le vers refrain, quand il est de
même mesure que le vers de la strophe, est-il séparé de celle-ci par une brève
exclamation ou un vers plus court, qui marque nettement le commencement
du refrain (Roman^en, li 4; I, ^)-
L'exposé de ces théories n*occupe que la moindre partie du volume de
M. Noack. Le reste esi constitué par divers appendices : le premier (p*4i-50
est consacré aux refrains de caractère musical le second (p. 46-59) aux
w mots refrains n et aux changements apportés dans la teneur du refrain ;
il n'y a guère là qu'un exposé de &its, qu'on saura gré à M. N. d'avoir
recueillis. Dans un troisième appendice (p. S9-7^)» ^- Stengel donne un
commode tableau des fomîes étudiées par M. N.,avec renvois aux paragraphes
afférents. Viennent ensuite deux chapitres, quelque peu inattendus, l'un
(p. 71-78) sur « les chansons avec des refrains », l'autre (p, 78-97) sur troit
genres qu'on s étonne de trouver ici réunis, la chanson de toile, la pastourelle
et la chanson.
Bn somme, les théories de M. K. peuvent être caduques; mais il a eu «tu
moins le mérite de réunir et de classer une grande quantité de faits dont les
historiens de la versification feront leur profit.
£1 est regrettable qu'il se soit glissé parmi ses constatations un assejE grand
I
hAlIctte (Oxford, i\" aS), construite sur le mcme vompii. mais où râ44ition du second
vers refrain est une pure hypothèse de M. Siengcl. C'est donc édifier une hypothèse
»ur une bypothèie. — Rien singulier auss» est fe choix de certains exemples t dtnt k
n* Î096 (î î4. 8) le refrain est constitué pr le seul mot mari*\ Quelle peut être alors
U tMs« du panflèHsme cherche par M, N. entre le refrain et les deux dcmiei^ vers de U
«odar
NoACK, Der Stroptmmus^ang in âer altfr. Lyrik 427
nombre d'erreurs. Je n'ai uaturellement pas vérifié toutes ses formules ;
mais dans le petit nombre de celles que j'ai étudiées, plusieurs se sont trou-
vées inexactes; beaucoup d'autres sont corrigées à V Errata, Ainsi, sur les
îi formules données dans les quatre premières pages (6-9) (auxquelles je
me borne)» neuf ont été corrigées par l'auteur. Les suivantes(soit huit autres)
auraient dû l'être aussi.
.^ ^1 13 ijj Pi
S 14, n*» I (Raynaud, 67) : la formule est „ „ « * 11 nV a nuï doute
<|uel 'avant-dernier vers soit de 2 syllabes: str, ÎI, v. }, corr, hedi m* arme a dm
J'ira lai (au lieu déferait a dm), ce qui rétablit la rime. Lcms, Pb^ (fol. 153)
donne une strophe de plus, où se retrouve exactement le même compas*. —
SHd., no 5 (Raynaud. iS9S):la formule est ^/^ ^j\'j't^ ^7 ~^^'''*
no 7 (Raynaud, 16S8) : c'est gratuitement que M. N. suppose la nécessité
«J*ajoutcr (d'après V Errata il faut en effet substituer lA] ï (A) ) un vers au
refrain (voy. plus haut). — §15, n» i (Raynaud» 1259) : les deux derniers vers
ont féminins. — îbid., no 6 (Raynaud, 1489) : supprimer c d ç d\cts quatre
'^•ers n'existent pas; cet exemple est par conséquent à déplacer. — îbiâ., w 7
<^Ra\*naud 71) : les vers 7-8 font refrain : écrire par conséquent g g ~
Jihid,^ n« 8 (Raynaud 1976) : ici c'est V Errata qui a tort : les deux derniers
46). — Ibid,, no 2
(Raynaud, 204 ; texte, p. Ï07) : Pavant-dernier vers estde 6, non de 7 syllabe^
O" ^* 23, corr. c^nn autre en c*autrt),
A la suite de ce travail» dont ce dernier appendice forme peut-être la
panie ta plus précieuse, stmt impriméts 66 chansons à refrain, toutes iné-
cîites '. Cette publication a été faite par M. Stenge! sur les copies de
JA, Noack. Je regrette d'avoir à dire qu'elle n'est pas de tout point irrépro*
<:hable. Peut-être les copies de M. N. n'étaient-cllcs point parfaites. Peut-être
aussi M, Stengel» absorbé par des travaux plus importants et plus délicats,
fî"a-t-il pu y consacrer tout le temps ou le soin désirable. Les observations
qu'elle me suggère sont, sinon très importantes, au moins, comme on va le
voir, assez nombreuses. (Comme j'avais moi-même des copies» au moins
{xartielles, de ta plupart des pièces en question, je pourrai assez souvent
communiquer la ie<fon des mss.).
-vers sont» non en ,^ _* mais en ^ , (voy. le texte p
ïô 7 72^' ^
I. Voici cette strophe :
Or le prie, Potidiinai»
Si chier cou Itu] ccste dame is
Qpc don chanter ne te soit g*s
Ne painne
La douce pucelte de toui biens tpleine]
3* Sauf le n-* I, déjà publié parRirtsch {ZetUcbr . fur rom, Pbil.. VllI, %ji).
i
4^8 COMPTES RENDUS
I, 24, note : dans reiprc$sîon metn aus fuisiaus, /u$sd ne signifie ccr-
tainemeni pas § boyau culier, derrière ». Elle signifie simplement, ci
roriginecn est daire, * réduire i la pauvreté », — IIl, 24 : la lacune se trouve
uniquement dans la copie de M. Noack, par suite d*un « bourdon •; le ms.
a correcicmeni : £i fors de grmt tristesse Dame de jurant nobUce. — V\ 4 :
lire avec PbJ : w wi, îm, qtulpart; 14, lire avec le même ras, : eut (non ^7
ws en donrti (ce sens est confirme par les vers jo-t). — VI, 5 : le m%. m :
par m'ame. Je sens les matis d'amer por ivs. Et i*ôs, etc. M. St, veut iransponcr
les mots l>ar marne à la fin de la première proposition, pour obtenir deui vers
de dix syllabes rimant ensemble. Mais on peut concevoir ces mots comme
formant un vers isolé et la suite (je sens les maus d'amer por vos) comme
un vers sans rime ; on sait que le fait est fréquent dans les refrains, préexistant
aux chansons, qui y ont été postérieurement introduits. En fait, nous pos-
sédons de celui-ci au moins deux autres rédactions, où il se divise en
deux membres, non rimes, de 8 -j- 6 syîL, et les mots par m'ame n'y figurent
pas : Je smt Us matts d'anur por vos ; smte^ les vos por moi ? (n» 1096; Thibaut
de Champagne, éd*"» Tarbé, p. 10); Four vas les sent, les maus d* amer i sentes
les vous pour moi? {Hectuil de Motets, L 205) ; v. 10 fram], corr. jranc ; v. u :
le ms. a tor et non cor (par confusion avec la locution au chiej du tor)\ v. 21
xmr] ms. : *i^; v. 28 mavès], corr, la leçon du ms, laues en Vai^rr
(cf. XXVU, v. 10). — Xï, 20 : M. St. lit <wi^»V; il voit U une autre
forme de aoullier^ qu'il traduit par « enivrer « ; il faut lire aenpé; sens :
« vos regards.,, qui décela (de peur et doutancc) m'ont rempli. ., »; sur
aengier^ voy. Zeitichtiftfûr rom. PhiL, ÎÏI» 6î6; v. 29 : la correction ne satis-
fait pas : lire les mehaigne. — XIV, 20 : au lieu de paies, L paU\ v. i%aiessié%
L ahessié\ v. 48, I. chantans, — XV, 12 : sui\ lire avec le ms, fm\ \c%
exemples de/oîr transitif ne sont pas rares (voy. Godefroy, IV, 6^1, col,
2). — XVI : le schéma est abab..., non abba. — XVIII, 7 : il manque
une syllabe ; suppléer, au début du vers, ma ; v. 15, î6, il est inutile de réta-
blir la déclinaison : le texte est du xrv siècle et Fauteur ne la respectait
plus (cf. V. 7, 10, lî [atourni], 21); le v. 22 est trop long dune s>llabc :
suppr- louti V. 25 : pri je\ 1. prigt/, — XX, 4 : Ft] lire la avccPa et Pb< iqtn
la me Pb*) : les trois mss. qui ont H ont d*3utres fautes communes; 41 :
la leçon absurde acolee (il s^agit d'une chanson) n'est que dans Pb'* et Pb'?:
lire, avec les autres mss.,dont la leçon n'est pas indiquée, n7o/«r. La pièce XLI
(Raynaud, 1 182) n est sûrement pas une imitation de celle-ci : les v, 5 et 9
ont 6 syllabes au lieu de 7; la forme du n^ 1 22 de Raynaud (P. Mcycr,
RmmU no \\)tsi encore plus éloignée. — XXl, 1 1 ; <ol] corr. tost, — XXIÎ,
\\ 8, 16, supprimer je. — XXIII» ij, 29; pourquoi corriger vomist^ Jaw-
puisque les formes picardes sont conservées ailleurs? Même observation pour
la pièce suivante; v, ^4 mule^ faute d'impression pour nule. — XXV, i» e$-
mtn*elle (ms.)i v. 5 me febloié] ms* : m'a/ebloie; v. 11, effacer le point : le
sujet est li maus (v. 12); v, 15 : sens? v. jî i« mais (sans virgule); v. 54 :
conserver che — XXVI, 16 joren a dû être mal lu; R» a correctement ;<m> m
^
NoACK, Der Strophmusgang in der altfr. Lyrik 429
(cf, V. 17), ^ XXVÏII, 8 : nf, lire non (Pb«7): v. 25 : bim^i] iembîan[i\ ; v. jo
îQfVorer\ l, Vaiavûrtr^ v. 51 ià\ U; v. 39 : vanttr ne satisfait pas : corr, car
Se mpuùen(4>reanUrQ), La strophe VI est presque traduite de Bernart de Ven-
ladour, Ab Joi niou, str. VI (Mahn, IVfrke, I, 17). — XXIX, 22 : la cijar
Dku (sans virgule), — XXXI. C<itte pièce est sur le modèle de 86Ô (de
Richartde SeraiUi). — XXXIl. Les v. 11-12 tiom pas de sens : lire toi {non
OJj) et effacer le point dlnterrogation aprtSîS dépôt t\ v. 14 chaicun]\^ ms. a
correctemcni chasc'arr Gautier de Coinci fait ailleurs allmion au méaie voeu :
Cbascun att U dût par dttt Utu: ravtrdie (Bansch» Romaniin^ p. xtij). —
XXXIII, couplei II, la lacune est mal indiquée : il manque deux vers après
1 1 et rîeo après i j ; v, 16 : sifnf] 1. jrVu*;; v. 24 : fwn\ corr. oiiour\ 25 çiii'],ms.
qui\ 26 Hior]^ faute de lecture; il y a nous d€[vom], etc.; str, III : il faut une
rime en ent aux v, 1 et 6. — XXX Vï, 56 tmiiié\^ L moitié \ v. 41 a VibistU
Otdain], {.aie hiieU (kdain. — XXXVI ï, j mati]^ ms. rneri; v. lé mi], 1.
m*û — XI J, 1 1 vii] ms. mû. — XLII, jî pectine < piscina; le plus ancien
exemple du mot, dans le Dict, génna], est de Rutebcuf. — XLIIL Le n*
1460 {ArcbiVf XLIl^ 264) n*en est sûrement pas imité; il y a au contraire un
rapport étroit entre 1406 et 1447, qui eu est une parodie bachique. —
XLV, 2j imi]^ ms, fcrt\ v/43 vitgtu {ei)\, ms. vitgne / ; v, 44 virg. après w^;
V. 66 se]\ ms. iVJ^, — XLVIII, 38 on Va], L avec deux mss. je Vai (rauteur
avait évidemment reçu quelque bienfait de Jean Billebaui qui est ici nommé).
— L, Pourquoi ia{i)Hs (v, i ]} et laim (v. 1 1 et 22)? v. p : tvij, ms. vù\ v,
56» l. ht set merchi? (point d'interrogation au lieu de virgule); ^^ Saï$]t 1.
sais : c'est évidemment le corrélatif de kis^ que Ton n'a rencontré jusqu'à pré-
sent que chez le Reclus de MoUiens (voy. Rom., XXVIIl, 1 12, et ZeiiscJjr,
fût rem. PhiL, XXIV, 564) : le sens exigé est bien « ici » et non « là » ;
V, 48 amiûns]^ le ms. a atnons ou aniotis ; il faut évidemment corriger
Amwfti: sur cette famille, voy. Chansons ei Dits artt'iiens. Index. Cette pièce
est non une « cluitison à refrain »» mais une « chanson avec des refrains »;
die n'avait donc aucun droit à éire publiée ici. Je ne suis pas sûr que dans
ces refrains M. St. ait eu raison de rétablir partout des vers de 12 syllabes.
— U. La copie que M- St. a eue entre les mains était âs$ùz négligée. V. 5
vifut]^ ms. veut; v. 7, 13 toi], ms. tout; 8 dex] dieu (le ms. n*observc pas
la déclinaison) ; 16 par] par. — LU, 10. Le ms. a correctement renvoisiei;
s, 34 corr. a sa ivUnie. — Lllî. 51 mn\^ 1. nen. LV est en effet sur le
même compas que 1424 (de Moniot de Paris); mais c'est sûrement Richart
Je Semtlli qui a fourni le modèle, car il est plus ancien que Monîot; v. 47
<ifTa/l, faute d'impression pour avrat, — LVI, 28 var. (non notée) de Pb* *"
qmr trop font vilain tort. — LIX, 34 : le ms. a bien i\ — M. St., désirant
trouver un exemple de plus de chansons où le refrain coïncide exactement avec
b coda» propose {fakreshericht, IV, j, Î77)*^^ réunir en un seul les v. 6-7 de
chaque couplet et de supprimer dans le refrain Je premier Hemi, Mais rien
n'autorise ce changement : le v. 6 rime toujours avec le précédent ; le v, 9
est de même mesure que te v. 8, et le décasyllabe que Ton obtiendrait par la
4Î0 COMPTES RENDUS
suppression proposée serait^ du point de vue de b ct^burc, bitn mal consirull.
— LXJ. Les deux ctun^^ons n^ 45 1 et 454^ dont k seconde serait na/c
«f Umarbeitung i» de la première, sont en réalité id en tiques. — LXll. D y a
dans cette pièce deux imitations de Bernart de Ventadour, que )*ai déjà rcle-
vées (Df noiiraiihus metiii stui poeiis, p. 88). — LXV» 56 tancure (P*) donne
un meilleur sens et rétablit la rime. — LXVL Cette pièce, dont le premier
couplet seul et le refrain sont surmontés de notes, n*est pas un motet,
bien quelle soit intitulée ainsi dans le texte même; cela prouve simplement
que ce mot pouvait se prendre dans un sens très large. C'est une chanson
à refrain, comme toutes celles qui font partie de cette curieuse colleciioti^
d'un caractère populaire très marqué et très analogue aux îaudi des diici/fitnati
italiens. Celle-ci, d'une singulière énergie de style, est déplorablrmcni
altérée» et il aurait fallu la munir de beaucoup plus de points interrogtttfs
que ne Ta fait Téditeur, La copie partielle que j'en ai ne me permet pas d*en
lemcr la restitution. Ce qui me paraît clair au moins» c'est que chaque
strophe se terminait par un vers de 12 syllabes (rimant en «rr, é ou ûr)
Cl un de 6 (en eusf). Le premier est ordinairement aisé à rétablir : Il :
Donqiifî que rtspondrai qttant nu vendras jugùr ; IV : Ei H cors fu la bouru ou
Vmmr Ju puisW; V : Si grant pdne tmtam en [ttes cors] marner (?); VI Se kiem
ipemiom tresimn, no[stre] grUk' (le ms. a en effet grktr, non grUu); VUI
0*M«/ latu^ pour tufus eut ouvert h coste; v, 59 [f]itff/;tVJ : il semble en effet
qu'il y avait d'abord quelque chose d'approchant ; mais le mot a été nette-
ment corrigé en detra[nyhie; v. 64 au lieu de «/, qui n'est pas dans le ms.,
suppléer ert. Le refrain, dont M. N. n*a pas su découvrir tout ce qui restât,
se compose» dans l'état actuel du ms.,des mots : Fiiege Mark, doua et pUeusê,
Impilre^ nous... Le dernier vers, incomplet» devait se terminer par un mol en
^ (er, ter) rimant avec le dernier de chaque couplet,
A. Jêanrûy.
I
4
La Vie de sainte Catherine d'Alexandrie, as containe^i in the
Paris Manuscript La Clavette, puhl.by Henry E, Todd. Extrait des Pithlica-
lions o/lhe Modem Language Aaociation of America,yo\. XV, w» i, p. 17-72.
La Vie de sainte Catherine en vers, par un certain Gutt ^ignalè^ par
P, Meyer dans sa notice sur le ms. de La Clayette, est une ceuvre &an>
grande valeur. L'auteur dit en terminant, avec une satisfaction \nsible, malgré
sa profession de pieuse modestie :
Gui en roman z ci (ms. si) &e descucYic,
Qui * â chict menée s'ucvre,
El rcnt gracci a jcsucritt
De ta peine et de ton cscrit»
Qia'îI i fl si bien ichcvé.
Et fi De li 1 riens grevé.
M ne Ti pjis fet por le monde :
jâtt% vicet oe le cooionde
Qu'il (açc riens por vdoe gloire i
La Fie de sainte Catherine, publ by Todd 451
gloire, en tout caîi, ne lui viendra pas de k publication de son pocnje,
•t une fort plate traduction d'une l<5gendc en elle-mènic assez absurde
maigre sa grande diffusion. M. Todd n'a pas eu tort toutefois dlmpnmcr ces
1.972' vers : un teKtc du xiii'- siècle mérite toujours d'être publié.
On sait que le ms. de La Clayette n'est *^u*une copie du xviiic siècle; cette
copie présente des fautes, dont la plupart remotiteni sans doute au manuscrit
sur lequel elle a été faite» M. Todd en a corrigé judicieusement un grand
nombre; parfois il a inutilement changé la lei;on^ ou au contraire il a gardé
une leçon qu'il aurait dû amender. Voici quelques passages où son texte peut
être amélioré »,
V. 99 Si isi Intel a sont estant,], en son estant. ^ 12^ A OsttM, I. A ostiex.
— 11} ût qui y \, QU cil. — 205 î. Et Ven li a dit (sic ni s,) tout lof ère, — 239
// *i*û cure de sens de btstes^ [. de sanc, — 414, 417 atise^ corr. acuse (: refuse),
^^j— 4S7 ms. : Nos volons qiie eîe iisott^ éd. i ioit^ 1. plutôt ci soit, — 475 Verûi
WmÊp^tiJ^ corr. l^raie^ comme au vers suivant. — 48^, 486, donnoies^ sa%*oient^
^^■rr. donroies, sûvroient, — 565 r^, l. te. — 575 porrm, !. fwra, — 604 ms.
^^Bl foi en Dieu tout mon penser mis En Dieu; éd. Et fai en Dieu mon penser mis.
En Dieu ; il vaut mieux supprimer En Dieu et lire trestout. — 697 Et qu*i
firoie je/ablûnt ? K que, — 718 qu^eust, côrr. qu'ait, — ']^^ fust, corr, /u, —
829 De ce qtu il forment le grieife^ corr. Ce que il ot f, le i^rieve, ^- 8sî ss. L Se
nos n*az*ons meilieur prouwnce Et bon tesmoin^* de Vescrilure Des dtex ou as mise
ta cure. Se ne moutré[s\ Ital escrtt, Nos croiromes en Jesucrtst, — 887 vaudroit,
K vandroi^, — 897 Qu*el ne vaut mie demorant, ï. Quel n*en aut, — 908^.
salu^, lulu^y corr. saîu^ t^lu, — 1037 Qui, corr. Qu'iL — 1099 qw\ corr,
quii, — ïioS nos, [. t*os. - i î 12 porvoir, impr_ por imr, — 1138 ongitoient^
[. onptoteni. — 1180 S*a, I. Ro. - 1219 ss» doivent être ainsi restitués : Toi
fors i ï'i7, toijors i dure Qui i peut Jere son estagei Le pats ont par héritage Cil
qui te mont vellent despire, — iz^l il, corr- 1. — 1257 nos, L vos, — 1268 s'i,
— 128s la fosse aus larrons , corr, aus lions, — 1525-25 Por ce que Ions ert li
sejors Et la graut soufrance de pain La cvntrainsist ; cela ne fait pas de sens ; il
faut : Por ce que îioscurs sejors Et ta grant soufraite de pain. — 1544 ti, l. H,
— 1450 Et les gentes que li rois tknent, corr. ijut les rais. — 1458 vue, l.
nue* — 146 1 L Qu'el muire, ou ausdieus sacrefit. — 1485 la copie a cielir, que
l'éditeur corrige en ciel, maisc*est cueur. - r 5 59 Ne ne tient pas, corr. Ne /i. —
i6iS'i6 mettre des pluriels au lieu des singuliers. — 1621 les lemailles, corr.
alemetes. — 1635 Qui, L Que (virgule après 1654). — 1681 csconestable et sire^
\, et conestable, — 1703 Et ks lesse a leur délivre, corr, a ter a, — 1813 nVw,
1. Et ûoti 197 1 ; il y 4 une faate de cUiftrage entre les vcis numérotés S^^o et f ^5
(ce chiffre devrait être au vers précédent).
2, Je ne relève pas les endroits où le texte est altéré «lans que \t puisse le rectifier,
ni ceux où il me parait y Avoir une lacune, ni ceux où je ponctuerais lutremeni que
réditeur. Le système d'impression est en général fort bon r ne pourrai-je obtenir,
malgré mes réclamations acharnées, i|u'on imprime fvu^nt tt non fmtnl (v, 564)?
432
irapr. iwn
COUVTES RENDUS
1850 ss. (point après 1819), L î»am doute : Au menhtrt tpêi
menace De la teste j aire z'okr E! dematuU confié d'orer, — 1555 ms. De u qat
je dis Ht me sent, leçon excellente, en imprimani *iisHe (éd. que jtlmi m m,), —
Î851 fhnt, corr, dott. — 1870 mm, L mie (: amie), - i^S Nets des meUt^
mcttu^ l est Tftairtl mirade avcnu^^ L des osselei, G. P.
Observations sur quelques vers de la farce de Maître
Pierre Pathelln. par Kr. Kyrup (extrait du Ruilt'titi dt rjidiinnie
royale des Sciences fl des Lettres de Danemark, 1900, n<» j)* Copenliaguc, ia-K.
M. Nyrop prépare depuis longtemps, pour h Société dês anciens kxits
(rancis ^ une édition critique Jl» Patelin, qui, nous l'espcrons, ne Urdcra pas à
paraître, et qui, destinée en niénie temps « aux savants ci au grand public o,
ne peut manquer d'être bien accueillie des uns et de l'autre. Il ;i étudié avec
amour jusque dans le plus petit détail le texte de cette œuvre ù bon droii
célèbre, qui présente encore bien des obscurités, et il détache ici de «ton com'
mentairc w quelques obserN'ationîi sur une trentaine de vers choisis au liasa^rd ».
Ces observations attestent toutes autant J*érudition que de pénétration et de
véritable instinct du génie de notre langue, ce qui n'étonne pus d ailleurs chez
lautcur de la Grammaire hlstoriqiu de la langue française. Il cM a présumer que
M» Nyrop tcur a donné, dans ce spécimen, plus de développement qu'il ne
compte leur en accorder dans Tédition même ; cela lui a permis d'ailleurs de
présenter plusieurs remarques curieuses sur le langage ou les moeurs de b
vieille France, Nous donnerons le relevé de ces intéressantes observations» en
ne nous arrêtant qu'à celles qui nous semblent appeler quelque note cottiplé-
mentairc ou rectificative.
V- ^4. Martin Garant, pour « un garant «; lauteur cite plusieurs exemples
de ces personnifications, notamment avec le nom de Martin ; on peut ajouter
Martin Bdion. — V. 96, je crois plutôt que la réflexion de Guillemettc, dite
à part, s'applique â son mari, et que marchant a le sens de « trompeur, intri-
gant ». — V, 250, le denier à Dieu est encore usité à Paris dans les locations,
où il se donne à Tintermédiaire (généralement le concierge), irmis n est plus
destiné aux pauvres. - V. 268 Premi là pour prene;^ la paraît une bonne inter-
prétarion. — V, 27 ? : Ce n est qu'une lott^aig ne ^ouru* cti n*est qu'un allonge-
ment inutile, une perte de temps « ; M. N. rapproche des expressions pui-
santes analogues dans diverses langues. ^V , '^2\ : que fais tu ? pour « com-
ment vas tu ? » est suspect, et plusieurs d^ exemples allégués sont très dou-
teux; ce qui est habituel en ancien fir., c*csi î quel U fais tu} ^ V, 140^
intéressantes remarques sur Temploi du nom Pampelnne ; mais je ne sais pa»
pourquoi M. N. révoque en doute Texplication si plausible donnée par
M, Longnon au RûussUlon mentionné par Villon. — X. 589, emploi satirique
du nom de Guillaume, — V. 427 : Ceiteivous tout ctache. M. K. réunit, tam
en français flitiéraire ou dialectal) que dans d'autres langues des exemples
K, Nyrop, Observations sur la farce de Paihelin 433
d'où il conclut que je me suis trompé en pensant que cette locution était une
autre forme de celle que nou!^ avons «ians : « ils se ressemblent comme deux
gouttes d'eau n ; ÎL s*appuie surtout sur ce que « aucune forme [de notre
locution) ne parle de crachats comme terme de comparaison w ; fâl cité
cependant les vers 164 ss. de PttttUn nnJme iQui i*om attrolî cradfé 'lousdeux
incûntrc la paroy^ Si serit; ifoiis sam différence; mais M. N. dît : « Ces vers
grotesques (?) paraissent plutôt appuyer Texplication que je soutiens ». Je ne
vois pas bien comment ils Tappuient ; ils me semblent apposer tout à fait U
mienne. Celle de M. N. est que dam cette façon déparier crachr « est évidem-
ment*., une métaphore burlesque pour produire, créer. C*w/ son père iout cra-
ché est une expression abrégée qui signifie : il ressemble h son père comme s*il
Tavait craché de sa bouche ». Les deux panies de cette explication soin con-
tradictoireSj car dans la seconde crad^r a son sens propre^ et non le sens de
m produire, créer» , d'ailleurs ce qu*on crache ne ressemble nullement ù celui
qui l'a craché'. D'autre p^n^sicracber aie sens de « produire, créer », on doit
pouvoir substituer ce mot à l'autre ; or que signifierait : ^' C'est son père
tout produit, tout créé ^ a ? Pour moi Torigine de la locution est bien dans la
ressemblance quoHrent deux crachats (lancés contre un mur, c'est-ù-dîre bien
visibles, comme l'explique fort à propos îe pass*ige de Pateîin) : « C'est son
père tout craché a veut dire 1 « Il est aussi semblable i son père que s'il
avait été craché aussitôt après son père et de la même bouche. » — V. 491,
explication très plausible de la locution w garder Hxure. — V. 504, sens
métaphorique de prune, — V. 510, explication de Bon gré m^mneî —
V. Sî- ' ^^ ttefat4t point cmtvrir de dnitime Icij ne hailkr ces brocards, M. N*
rejette avec raison les explications proposées, mais celle qu*il donne est peu
satisfaisante, et le rapprochement avec Joncher, jùif chérie, etc. (dont il aurait
pu donner bien d'autres exemples) est sans doute illusoire (il y a très loin de
clmume à joncs). Couvrir de chaume signifie proprement, comme encore
aujourd'hui, « couvrir utie maison de chaume » ; mais le rapport du figuré
au propre m'échappe V — V. 546, bonnes remarques sur s»iint Mat h urin, patron
des fous. — V. 600 : Bn sançlantt et ejiraine^ excellemment commenté. —
V- 606, 609, 650, 6)6, remarques sur l'emploi de i^ean rose^ anciennement,
pour faire revenir d'une pâmoison, sur l'usage de frotter aux mour.mis la
I, Il est vrai que M. Nyrop cite deux expressions ,ingl,tiscs du xvtïi* sîccle, de
Smoltcn et de Swift, qui appuient vraimcnï son complication ; He isuflikrytm ai if bt bad
httn spit ùHl of your <iU'n moutb; Sb^ ti m îike hrr hnsbanJ as if fbf iitrf spit out tf hi%
mûuthf niitis on peut croire qu'il y 3 li^ dêji une erreur J'inicrprctAtkin. Cest alnsî
qu'on dit en français (voy, Li«ré) : // Itii rtaemhh comme deux gont tes d'emt (d.ins Paie*
lin : comme um gmttte d'eau), ce qm, si on l'aoatytc» n'a pas Je sens,
j. Dcmcmc les expressions synonymes fvcbé {Patelin), Ciigà(bo\onaH),escdrrado e /»/«•
/<irfi»t tfcripfoe cscarrado (ponugats), (out cbié (français), suydl ud a/tutsen (danoÎ5), Uiti»
cette nouvelle explication, où est mclée ridée d'un auteur commun, le rappriKhcmcnt
avec " se ressembler comme deux goutti:s d'eau ■ devient plus lointain.
j. On trouve dans Patelin même coiti*rir et eouierture pour ■ tromper* tromperie ».
Ramamia, XXX ^8
434 COMPTES RENDUS
plante des pieds, sur Tétole dans les exorcismes^ sur Texanicn àcs urîtves
dans lj médecine du moyen âge. - V. 746 : En ut^ trcs t?rt viîtain hrou(s)lUr^
Om lart es pois n'esclkut si bien. Je crois qu*il faui, avec Génin, ponctuer (ur-
tenieiit iiprès le v. 746, et c*est un point d'uncrro^aiion que je metinis.
Pjtclin, parlant du bon tour qu'il vient de jouer a Guillaume» dit : // est en
luy trop miritx smitt Qunng crucifix en un^ moustier. Et Guilleniettc» f<iisaiit
chorus : En ung kl ' ori villain hrouti^:r ? One ïari ts pois n'e^hcut sibitn t « Èinc
dupé lui va comme uu crucifix dans une égîise ou le ïurd dam les fK>is ».
Le V, 747 be suiBt certainement à lui-même, — V. 785, 825, explications Je
syntaxe, — V. 944 sur les cmdUci de Lorraine, il eût «ité bon de citer un
passage d'un fiibleuu (XXXI, 120 *îui montre que leur réputation remon-
tait ju moins au \m^ siêde, — W 955, je doute de rcxpUcatton de ce vers,
qui csi sans doute iniimemeiîi uni au vers suivant. -~ V. 997, loio, 1 1 x 5,
1129, lt75, 1215 {s'il cht en coche^ bien expliqué; iioiez que *7 est au
neutre), 1545 (je me demande si les exemples où y a ne conque que pour
une :»ylljbe ne sont pas des tautes de copie ou d'impression), \\io{a%i coup
td qttitle), explications de forme ou de sens. G. P.
Juan Rui/., Arcipreste de Hita, Llbro de Buen Amor. Texte du
xjve siècle publié pour la première fois awtic les levons des trois manuscrit»
connus par Jean Ducamjn, Agrégé de FUniversiiè, Professeur au Collège
de Cistres. Toulouse, Privât, 190Ï (Tome VI de la Bibliothèque MéH-
diona!c)LVi -f 343 pdg. in-S,
El présente trabajo empieza por la descripcidii de los très manuscritos dcl
libro de Juan Ruîz, acompanada de très facstmiles.
El càdice mis importante es en lodos conceptos el Ilamado de Salamanci»
que perteneciô al Colegio Mayor de San Bartolomé, en dicha ciudad, y que
en tiempo de Carîos IV pasà à îa Biblioteca Real K UcvgL al ^n uaa firma que
I, Gétiiti donne tel. wns variante, et attribue expretsément cette îe^îon 211 m»*
Bigot î esKc X bon escient que M. N. substitue Uej à ir/?
a. ijc p«sstge cit ittintellîgible d4]is rëditiou î lb«x : Aiu^ *st U miauâru et ta rt^ê^
Ei si a iTûîlIé hfwfttff,
j, Rudolf Bccr, Handicbrifttnsi:hàtie SfHttitetu, 1894, pig. 4^5 y 437, dicc que tût
libn» de Ui» Cole^ittt Mjyurc« pasarou ,i Jt Biblioteca Heal por ordea Je HatIo* UU
yel Sr Ducamin »e atieiie li esu indicjictoo. Ko val«iria la pcna reciificar esta âtîniii-
dàn 9i tio contradijeri explicilos teitimonios rcferente!) al cùdicc de juan Kuix. ha
riempodc Carlos lit (m. 1788). elcodice tiguraconcl titulode « C4>pUs del Arcipreste*
eu e! r^tâlof^ de la Bibliotec^i dcl <x)le^iodc San Itartalomi} publîcâdo por 1). j<^Hcpil
de Koxas y (Contreras, Marques de Alvciitos en su Hist. dfl Coi, vitf^ Jf S. Barthd^^
tgmo ïtî delà 1* parte» pàtç. pS (aûo Ï770), y en tiempo de Orlos IV not voelve à
afîrtnar SÂnchc?» al puhHcir por ver priiDcra la& pi>evîas de Juan Rui« (ano I79t>)* qtt#
el nis. c^taba todavia en Saiamanca. Iah lihroit. de los (^olcgio»i Mayorcs no ia^CMfoa
en la Biblioteca Real ha%ta el ûUtniu ftno de) rcinado de Orlos IV, en 1807; do ei
este tuj^ar de mis porntcnorc».
J, Ruiz, Libro de Buen Anwr, p. p. Ducaniin. 435
mcrcce dctencmos tiii momciito; Don Tomis Antonio S4nchcz, el primer
cdiior de Juan Ruîz, la leyô « Alfonsus Peratinez » ô a A. Paratinez,
que siû duda fue t\ copiante » % 7 anade : » como el apcllido Peratineic
me es dcsconoddo, sospecho si debe decir Marttnez, y que este es cl
Arcipreste de Talavcra, A!fonso Martinez de Toledo (su patria), que coptd
las pocsias de! de ïiita para su uso », La suposiciôn no puede ser m*ls traida
por los cabellos. El Sr Ducamin advirtiô que Sinchez habia Icido niai ci
nombre* y estampa sin resolver la abreviaiura final AJffomusptraHnm'^ debo
advcrtir que la sflaba it esti abreviada y puede leerse ar, y respecto de la
abreviatura final no cabe sino leer Algoftsm Paratmensii ; el copista Alfomo
era, pues, natural de Par mimai ^ pucblo si tua do en el parti do de Pcnaranda
de Bracamonte, provincia de Salamanca, cerca de Zorita de la Frontcra y de
la raya de Avila; asi' que el ctidice no anduvo mucha tierra desde las manos
de su copista hasia la ciudad de Salamanca que por tantos siglos lo poseyd,
y esta procedencia primera del manuscrito es muy imponjntc para la crftîca
dcl texto, pues nos expïica la rauhilud de leonesismos que unto chocan en la
obra del Arcipreste y que todos p^rtcnecen i este su côdice principal, como la
/ de ciertos grupos de consonantes iseîmaua 997, 1491, etc.), la preferencia
por cl hiaio de la sflaba final (mfiihrios 607* îahrios 810), la frecueute m
en fit! de palabra {arpom ^é.ptardam'jB, iontetem 95, iam lOj, etc.), quiri
algunas vacilaciones de la vocal proicinica {îiçion 88, hxuria 219, 257, caniS'-
tiîh 1174), y sobre todo, el contïnuo trucque de / y r agrupadas(cfj^flj 958,
fahrar 156, ensienprô p. j,,, pana 295, prapt 1440, prie^o^ 254, pobîe 159,
247, 251, ccblar 289, nonhk 526, ifnplam 484, hîasa 965); recucrdese que
Sdnchez » crefa estas formas plado^ tompîar^ ^ig^o^ propias del mismo Juan
Ruiiî y explicaba por ellas las consonaticias falsas matar : carnaL
Del segundo côdice que estudîa el Sr D., eï que fue de Gayoso, y hoy es
de la AcademîaEspanola, nada tengo que dccir; su descripciôn es tan com-
pléta que hasta nos da el glosario de voces notables que en el ms, subrayô
un lector del sigto xv.
Del lercer cddtcc» à de Toledo, hoy en la Biblîoieca Nacional, convîenc
advcrtir que la Vision de Filiberto» que acompana i las poesiasdejuan Ruiz,
fué publicada por Octavio de Toledo, quieii dîd la m bien una descripcîôn dcl
côdice eti la Zdtschrift Jùr rom. PhiL, II, 1878, p. 50-60,
No se conocen mis que estos très mss., aunque alguicE dics erradamcnte
que son cuatro *. Cîaro que otros muchos dcbieron haber existido de obra
lan Icida, pcro ban desaparecido ; por ejcmplo, entre los « Libros de mano
queestan en el esiudio dcGonzalo [ArgotcJ de Molina » (scgùnel ms. B. Nac.
Q-ÎI7, Ibl 349) se cita el Cancionero dd ArcipresU, del titmpo de AJfmiso Xi,
I. Sinchez, QfUccién 4* Ponias casUitanas miterions <d xigto XV , xomo 1, p. toj, y
tomo ÏV, p. m.
1. Coka, de Paes, tmUr» al s. XV t tomo IV^ p% xi«
y, Grumlriiî der rom. PbihL^ îîi 2, p%. 405, nota 5.
j
43 6 COMPTES RENDUS
pero este, como los demis lîbrosdel desgraciada bihliôfilo, nadic sabc dnnde
para.
Las copias modemas, que el Sr D. estiidia en las pdg. xxxit-XL, no tîcncn
imporîancia, pues se sacaron de los très nriss, conocidos, cuando estaban en
igual estado de conservaciàn que hoy.
Juzga después el Sr D. Us edidones ameriores A la suya. La primera» de
1790^ es dcfeccuosfsima, pues i pesar dçl infûrnie de la Academia de la Histo-
ria, rcdactado por Jovcllanos, se creyô el editor Sdnchez en el deber de
ccrcenar los pasajes que podian herir los sentimienios morales 6 rcligiosos,
y aun en lo no suprimido întrodujo algunas enmîendas furtîvas para templar
cîertas crudczas. Odioa, en 1842, no hace raAs que reimprimir À Sànchez. La
tcrcera edicién, de Janer, en 1864, suplid las omisiones senaladas en la
primera con puntos suspensives, pero no revisd lodo el tcxto, de modo que
le pasaron inadvertidas îas enmicndas ocultas de Sândiei, y sus ycrros. La
necesidad de una nucva ediddn del Arcipreste era évidente, pero i los que
pensaban acometer la emprcsa les arredraban las dificultades; cl profcsor de
Friburgo Sr Baist hace mis de 20 anos que ténia copiados los manuscritos
(Zdtschrift^ II, 41)» pero habia desisiido dcï emperio. AI llevarlo i cabo d
Sr. D, satisface un deseo gênerai» y si la edidôn vieja de Juan Ruiz era la
peorque teniamos de todos los textos importantes de la Edad Media, el Sr D.
nos rcsarce cumplidamente de esta injusia interioridad dandonos del Libre de
Butn Amof una cdicidn que asombra por lo esmerada.
En la transcrîpdôn de los mss. procura una cxaaitud hasu ahora dcscono-
cida; no solo senala con cursiva las abreviadoncs del original, sino que
ademis rcproduce los pomicnores grdficos mis intcrcsantes, como son ;
tildes de interpretaciôn dudosa; dos dases de 1, corta y alargada, que en
alguQos casos pueden evltar dudas de si fa lecciôn del editor seri à no buena,
pues cuando la 1 alargada va junto i otras Ictras de trazos verticales conos
(/ u n m) no da lugar à confusiones ; y en an, di versas formas de s que usan
los c6dices. Eisia varicdad de s es la principal dificultad que prcsentan los mss.
espanoles. Bajo esteaspecto, creo podcrlos dividir en cuatro grupos :
i) Los buenos niss. del sigio xiii ofrecen una f tnictal ô medîal, und s
(inal, y una z; cl mismo sistema que prevaleciô siempre entre los escribiemes
mis csmerados, hasta imponerse en los primcros siglos de la imprcnia. Con
el empleo de: letra m;b cursiva se perturbé esta senciHez de las stgutcntes
maneras.
2) En el siglo xiv la z se escribe cada vez tï^s semejantc i la s; pero
siempre distinta de ella por tener en lugar de la curva supcrior de la s un
trazo horizontal liguramente prolongadu i derecha é iiquierda; asl e&taa
cscritos los privilcgios de Alfonso XI, con igual sistema de f s z que los dct J
siglo XiU, salvo esta 6gura de la z que los editores modemos transcrîbeti
por s, pero que nunca se debe confundir coq ella, ni jamis se escribe con f.
3) Fuera de los privilegios, en la letra mis cursiva de aibalacs la cuestion se
compHca; de una parte la dlfcrencia entre i y ^ se hace apenas percepiihle,
J. Ruiz, Libro de Btien AmWy p. p. Ducamio. 437
pues el traio homotital superior pferde su prolongadùo izquicrda, de modo
que h i vienc A qucdar con la formi de una ç gricga ; de otra parte la s
toma una segunda forma cursiva igual a ia a griega, que se usa tcmbien
en algunos mss. juntamente con fa f en medio de palabra; y la ç^^i loma
tainbieti b forma de a que solo se distingue de la a = ^ en teoer el trazo
superior algo mas prolongado ; este es el cstado que reflejan los côdices
Gayoso y Toledo del Libro de Buen Amor. Los mss. menos cursivos no usan
la «^:f, ni las en raedio de palabra, sine sola la fcon fonna mis 6 menos de
enlace, de modo que en medio de palabra toda 's 6Ç équivale a ^,aunquc por
la rapides de los enlaces su rasgo horizontal esté casi suprimido ; à este estado
pertencce el côdice de Salamanca de Juan Rui2. Los c6dices de letra no
cursiva condnuan la tradiciôn de los privilegios de Alfonso XI con la sola
diferencta de dar â la ^ la figura de Ç ; véase como muestra el facsimil del
Cancionero de Baena, A esta misma clase pertenccen, scgun creo, las demis
obras que enumera cl Sr Cuervo en la Rfv, Hh^niquc^ II, 29, como escriias
con ï en lugar de i,
4) La confusion de î y ^ que liasta ahora es merametite grâfîca, hija del
rasgueo de la pluma, lo fué también hîja de la pronunciacîôn scseante, que
aunque no atestiguada por los gramiiîcos basta cl siglo xvî (v. Cuervo, Rev,
Hisp>t II, 39), exïsii6 naturalmente mucho antes; hay mss. queconfunden la
(s^sÇ en tôdos sus empleos» por cjemplo el de la Refuodiciàn de la Crénica
General de Iî44ï BîbL Nac. T-282» que escribe : fincfen, qui^o,
rreÇ"iento'; estas confusiones nos prueban que el copisia seseaba en b
pronunciaciôn y qucrfa corregirse en la escritura, sin acertar siempre»
Hc colocado los côdices del Arcipreste en la 3* clase, El de Salamanca no
ofrece dudas; escribe generalraente ç con valor de ^ (en 65 ^ el ms. pone
de<7irj c" 722 ^ fa^) y menos veces emplea con igual valor ta i, que cuando
es final de palabra se distingue bien de la u con valor de j; asi afaa 717,
vea 646 tienen la tj con el trazo superior prolongado hada la derecha,
mientras Venua 648, e a 709 tienen la 7 con el trazo superior rccogido
hacia abajo, formando una cspecie de 8, y aunque la <3 00 tcnga este
entrante, como pasa en defpuëî 710, voa 719 v^, nunca liene el saliente que
tîene cuando équivale à una ^. Por esto el Sr D., i quien muclios tacharin
de minucioso por haber distinguido s Ç 1, aun podia haber erapleado otra a
con su trazo superior mas prolongado, pues el copista las baci'a de dos clases
en fin de palabra, scgim que la leira tcnfa el valor de i ô de ^. En mcdio de
palabra al ligar cursiva m en te la a = ;f i la Ictra sigu tente desaparece su
caracter disiintivo (no desaparece en côdices menos cursivos, aunque es
verdad que estos usan casi solo la Ç" y no la t), por ejemplo en faaiendo,
I. V, mi libro sobre -Z^a teyenâa de hs Infantes di Lara, pâg. 404; cïi él comcii
crrorcs graves, como suponer que dozicntos y tr«zitnto» se dcbîân cscribir con f, sobre
lo cuil V. el yacitadg csiudio del Sr Cticr\*o, Rn\ Hùp., II, p. 17» linca 8.
i
438
COMPTES RENDUS
opla 623
' siguientcs, <^ 709 y siginentes» etc. ; pero aun en este caso nuncsi
puede haber conl'usiùn con la 5, pues en mcdio de palabra no la escribe sino
con la fomia bîen distinta de 1 *. Creo, pues, que se podfa sîmplilîcar la
ortografia del ct^ice de Salamanca represcntando por ^ corrienic lanto la ç
como h a, ya sea ésia medial y de trazo superior corto» <^ final y aUrgada.
Sentiido esto, la ortografia del côdîce de Salamanca no difîere de la dcl
àiglo xiti 6 delà csmerada dcl xv, xvi, sino en el mayor uso de la f que
aparece muchas \tcG^ como final, mientras en el sigio xtii solo tiene ese uso
en ciertos vocablos monosilabos.
Los cddices de Gayoso y Toledo comparados con el de Salamanca son un
punto mas cursivos ; usan la 5 medial con valor de f, y apenas usan la r", de
modo que la confusiiSn de 5 y :ç es ) a grande. Sin embargo no es compléta
como indica el Sr D. (p. XLVi), pues, cuando final, se distingue la ^ = ^
de la 7 —S por una ligera prolongacion del rasgo superior, como en d
cédîce de Salamanca; asf en el de Gayoso la final de fa^i 667 ^, 450 4 se
distingue bien de la de l'ui 6674.
Por estas descosidas observacîones se podrd apreciar la Inipoitancla que la
menuda exaciitud de la edicîàn del Sr D. encierra para el esiudio del texto
que pubîica. Quiza las tildes, que hoy nos parecen sin significaciôn aJguna,
tengan, el mejor dia» alguna explicaciôn. Pero aunque no la tengan, su
reproduccî<5n ofrece la ventaja de acostumbrar la visia d los pormenores mas
usuaîes de los mss. Esta ser4 una de las principales utilidadcs de la nue\a
ediciôn, la de servir como de preparaciôn para el estudio dirccto de los T%\%i,
cspanoleSfhaciendo que los que nunca los hayau visto fijen la atenciôn sobre
sus particularidades mds notables, que de oira manera pasarian inadvertidas
al que no cstuviesc muy avezado d su estudio ; comosucediôhasuel pnsente
i todos los edîtores de nuestros textos, que confundieron, con un acuerdo
increible, la Ç con la s,
Por lo que hacci la exactitud gênerai de la transcripcitVn dd Sr D.» séria
gastarmis ticmpo del que merece el fruto posible, si quîsieramos cotejar lo»
mss. con la edtdôn para darde esta una fe de erratas; en lo que he visto no
lulïé sino yerros de poca monta, inévitables en loda impresirtn (mcr-
çed 2^^; dicjê, confusamente escrito 449^; pre^io 664 j^; rraionr^
6774). Solo advertiré que en 7;, el ms pone diraf; que en 20 1 la O no es
sino una E empezada, no acabada de poner y tachada, y que entre las
copias 7 y 8 el ms, dcja un blanco, quîzi para un cpigrafe que tndicase que
allf acaba la oraciôn i Dios y empieza i la Virgcn.
La forma en que el Sr D. dispcmc los très mss. es cômoda para su cotejo.
Publica cntero cl de Sabmaiici, llenando sus lagunas con el de Gayoso, y
I. La U dicho §es dcpaso. «e emplea umbiea sicmpreen priiidpio de palabra, como
m» se nte la miWiicuta, que entonces es S. El Codice et Salamaiici di«e en i|a
feya en 191 fubij. en 89 , fynon. En 700», 71c ^ fc esta e*chto am U
misma f corfivaqQe la de perfooit, pre fente de las mistnas copia*.
J. Ruïz, Libro de Buen Amor^ p. p, Ducamin. 439
lâmo este como el Je Tolcdo son dados en forma de variantes, con algunos
trozos mtegros para que se pueda ju/gar mejor de su ortografia* Para scr
completo^ el Sr D. da tambiéo las variantes de 10 versos de Juan Ruiz citn-
dos en un revoltiîlo de frases y dichos, que cl ediror ûene con razén pnr
apuntamicntos de un juglar y que se encuentra copiado al fin de una Cr<^nica
de b Biblîoteca Real. A la copia 206 podfan aûadîrse las variantes que
ofrece una cita de Aïfonso Martfnez de Tolcdo, en cl cap, IV de la i* parte
de su Corbachù :
Quîcti pLidîcrc scr suyo no k* enâjenado,
que libcnad y fratiquc/a no es por oro comprado «.
Para justîficar la elecciAo del côdicc de Salamanca como base de la cdici6n
cl Sr D. dice (pdg. xliv) que ademds de ser el m;ls complcto, « représenta
por si solo una familia cnfrente de Gayoso y Tolcdo que pertcnecen à otra m,
Crcoque no es enteramenie propio hablar de dos « familbs » de mss., pues
se trata de dos « redaccioncs jo diferentesen que el Arciprestc diô al ptibllco
su Libro de Buen Âmoi\ de modo que cl edîior modcrno no podia cscoger
como texto fundamental otro que el que rccîbtô dcl autor la Ollima mano, y que
por lo demis, es el mismo que ha escogido cl Sr D. Los cddices de Toledo y
Gayoso contienen la redacci^^n primera, y màs brève, fechada en i^jo; cl
c6dice de Salamanca corn ic ne la redaccion dcftnîtiva fechada en 1343. hecha
por Juan Ruiz cuando estaba preso por mandado del Arzobispo DonGil, y Se
distingue de la anterior, i primera vista, en varias adîcioncs, como son la de
la oraciôn inicial en que cl autor ruega por verse libre de la prisiôn; cl
prdlôgo en pro&â disculpando la intcnciàn de la obra; la Qlntica de loores
de Santa Mar^a, quejàndose del agravîo que sufre, sin duda en laprisiôn (copia
1671), y los dos episodios 910-949 y 13:8-1;)!, en que figura la trota
conventos Urraca. Todo esto falta en Gayoso-Tolcdo, que solo nombran d
Urraca al tencrquedarle un nombre en el epitafio (copia 1376). Sanchez, no
dindose cuenta de esta doble redaccidn, crcia errada la fecha ijjo del
ciidicc de Toledo, y solo verdadera la de 1343 del de Salamanca, pues si cl
Ardprcstc se qucja de la prisicin al principio y al fin de su Obra, parece que
toda clla lacompuso en la Ciirccl donde le enccrrô Don Gil, el cual en 1330
aûnno cra Arzobispo de Toledo-, La doble fecha hacc probable una doble
redacctôn para el Sr Mencndcz y Pelayo en fa Aniologla deUrkm cast,^ III,
pâg. ucvxi, y para el Sr Baist, en cl Grundriss der rom. Fhil,, 11, 2, p, 406 ; y
f. Aii dicc b cdicion de Scvilla 1547, I^ de Lograno 1539, y otra mi» antîgua de
la BibL Kac, I-1274, que crco sea de i$oo, dicen comprAda. Este p^tAge xû fuc
cittfdo ptir Sanche7^« CttUfcion, {«104.
2. Colecr. dâ pofi. anter^ai s, Xl\ toino IV. pdg. iv-v. Igual argumento en ci lomo I,
p. toi* Rias, Hhtor. rrit. d^ la liL, ÏV. 169. n. crée, por cl contrario, verdadera k
fecht 1110, y ticne por extrafias al Lîbro dcl Arciprestc Us poesias sneltas en que
alude a la uriniAn.
440 COMPTES RENDUS
esîii conjetura toma carâcier de evldcncîa en vista de la comparacidn compléta
de los iTcs ct^diccs que nos ofrece k cdici^n del Sr D.
Esta^ ademis de coniener una lecciôo siempre rods fiel que la de bs
cdiciones anteriorcs, y de senalar ïas falias de hojas en el texto (que Sdnchez
y Jancr nos daban por complcto, con grave dano dcl scntido), comienc la
importante novcdad de 17 copias inéditas del Lihrode Bucn Amor\ 16 de cllas
(4î6-4>i)habian escapade i Sdnchez y Janer por no haber repasado deieni-
damcnte los trcs côdices; y otra (jSj), cuya exisiencia advirtiô S;inchcx en U
numeracii^n total de las copias» fut- negada por Janer con sin igual ligerezii.
Mercce tambîén senalarse como curiosidad de la oueva ediciùn, pâg. 9, cl
cantir popular X cuya tonada trobô Jaan Rulz los Gozos de Santa Maria r
QpAndo los lobos pr«so lo an ji don Juan en cl canipo...
El trabajo del Sr Ducamin puede pasar por définitive; es, siq dtida, U
mejor edicîôn que tenenios de ningiîn texto antiguo» pues supera i todas en
la Bel rcproducciôn de îos mss,, con sus mis întercsantes particukrîdades,
hasta tal punto que câ casi una fotografia ttpograHca de los mîsmos. Si este
rr;4bajo, nccesario para iniciar en las dificuUades de los textos cspanoles,
debia liacerse con esmcro sobre algûn autor, va que séria prolijo hacerlo
sobre todos, en ninguno mejor empleado que en Arciprcste de Hita ; y cl
Sr D. al realizarïo prcsta un senalado servicio i U ciencta, y honra à los
maestros de la Universîdad de Tolosa de quienes recibîô su educacîdn
Hlolôglca y 4 los cuales dedica su libro,