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Full text of "Romania"

HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 






ROMAN IA 



(i 1 



r 



ROMANIA 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

consacré a l'étude 

DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 

PUBLIÉ PAR 

Paul MEYER et Gaston PARIS 



Pur remenbrer des ancessurs 
Les diz et les faiz et les murs. 
Wace. 



6" ANNÉE — 1877 




PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67, RUE RICHELIEU 



PC 
2 

Ré 
t.6 




NOTICE 

SUR 

UN MS. BOURGUIGNON 

(musée britannique addit. i $606) 
SUIVIE DE PIÈCES INÉDITES 



Parchemin, 161 ff.; o m ,2$ $ sur o",i8$; commencement du XIV e siècle 1 ; acquis 
par le Musée le 8 novembre 1845 de Th. Rodd, libraire qui a beaucoup acheté 
pour cet établissement, et provenant de Motteley, de Paris. Le libraire Mot- 
teley, qui était en même temps amateur de livres, a fait plusieurs ventes. L'une 
d'elles, la dernière, eut lieu en 1845, ma ' s ' e 2 décembre, selon l'indication du 
catalogue de vente (Paris, Guillebert), et naturellement, notre ms., acquis 
d'un intermédiaire par le Musée dès le 8 novembre de cette même année, n'y 
figure pas. Il faut donc croire qu'il a été acheté de gré à gré. 

Voici maintenant ce que ce volume nous apprend sur sa propre histoire. 
Vers le commencement du XIV e siècle il était en Bourgogne, où il paraît avoir 
été exécuté, à en juger par les formes du langage. En effet, il y a sur le verso 
du feuillet 5 de la pagination la plus récente quelques notes écrites, paraît-il, 
à cette époque, et dont j'ai déchiffré ce qui suit. D'abord ces mots d'une écri- 
ture très-fine : Henris (?) Fourriers de Semur. Puis, au-dessous, d'une autre 
écriture : Ces livres est (ici un nom gratté). Qui l'anblera as forches penduz sera. 
Je n'ai aucun moyen de déterminer si dans la première inscription il s'agit de 
Semur en Auxois (Côte-d'Or) ou de Semur en Brionnais (Saône-et-Loire). Du 
reste, ces deux lieux ne sont pas fort éloignés l'un de l'autre. Plus tard le ms. 
appartint à Fauchet, comme le prouve cette note placée entête du fol. actuelle- 
ment numéroté 160, mais qui était autrefois le premier : paraphrase des pseaulmes. 
Cest a moy Claude Fauchet. Çà et là sur les marges (ff. 3 5, 127, 1 33), quelques 
mots de l'écriture bien connue du savant président. Voilà donc un livre à signaler 
à celui qui s'imposera la tâche difficile de reconstituer la bibliothèque de 
Fauchet. Je ne crois pas qu'aucune citation de notre ms. ait été faite dans le 
célèbre Recueil de l'origine de la langue et poésie françoise, mais on sait que cet 

1. Saint Louis (25 août) figure au calendrier qui commence ce volume. 
Romania, VI I 



ouvrage ne donne qu'une idée bien incomplète des lectures faites par son auteur 1 . 

Le ms. add. 1 5606 se compose en réalité de 161 ff. comme je l'ai dit plus 
haut. Néanmoins la pagination qu'il a reçue à son entrée au Musée lui en donne 
162, parce qu'elle comprend un premier feuillet tout moderne (peut-être de la 
main de Motteley) où se lisent quelques renseignements sur le contenu du ms. 
Mais il y a en outre une autre pagination, faite au XV e siècle ce me semble, 
et souvent enlevée par le couteau du relieur, qui commence à iv, correspon- 
dant au fol. 2 de la nouvelle pagination, et conserve jusqu'à la fin sur cette 
dernière l'avance de deux unités. Il y a donc au commencement une lacune de 
trois feuillets. Ces trois feuillets se retrouvent à la fin du volume. Ils sont main- 
tenant numérotés 160 à 162, mais ils l'étaient autrefois j, ij et iij. Les anciens 
chiffres se lisent encore sur les deux premiers. C'est sur le fol. j (= 160), ai-je 
dit, que se trouve l'autographe de Fauchet. Nous verrons plus loin ce que 
contiennent ces feuillets, et pourquoi on les a rejetés à la fin du volume. 

Je vais maintenant donner une table très-sommaire des ouvrages ou opuscules 
renfermés dans le ms. add. 1 5606, soulignant les titres empruntés aux rubri- 
ques du ms. 

I. Le calendrier. 
II. De David li prophecie. — Vers. 

III. Paraphrase du psaume Eructavit (ps. XLIV). — Vers. 

IV. Traité de la messe. — Prose. 

V. La Conception de Wace. 

VI. Des poignes d'enfer. — Vers. 

VII. Prière intitulée : Salut dou sanc et dou cors Jehus Christ. — Vers. 
VIII. De Nostre Dame, prière. — Vers. 
IX. De Jhesu Crist, deux prières. — Vers. 
X. Sermon. — Vers. 
XI. Prière. — Vers. 
XII. Psaumes de la Pénitence. — Vers. 

XIII. La Bible du seigneur de Berzy. 

XIV. Des bestelotes, connu sous le titre de a Dit de l'Unicorne ». — Vers. 
XV. Des .ij. chevaliers. Sera publié plus loin. — Vers. 

XVI. Caton, traduction d'Adam de Suel. 

XVII. Ansoignemans de Doctrine. Le « Doctrinal Sauvage ». — Vers. 
XVIII. Pour chatoier les orguilloz. Sorte d'enseignement moral qui sera publié 

plus loin. 

XIX. Les Quinze Signes. — Vers. 

XX. De la Piure-chante. — Vers. 

XXI. Vie de saint Denis. — Prose. 

XXII. Le dit de Guillaume d'Angleterre. — Vers. 

XXIII. Li livres de sapience. — Prose. 

XXIV. Le Cloître spirituel. — Prose. 



1. La Bibliothèque nationale possède une vingtaine de mss. ayant appartenu 
au président Fauchet ; voy. L. Delisle, le Cabinet des mss. de la Bibl. nat. II, 
363-4. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON J 

Reprenons maintenant tous ces articles un à un. Je n'ai pas l'intention 
d'épuiser en une fois le ms. : mon but est pour le présent de faire connaître 
exactement les ouvrages ou opuscules qu'il renferme, et de publier deux d'entre 
eux. D'autres seront étudiés en une prochaine occasion avec des développe- 
ments qui ne sauraient trouver place dans ce mémoire. 

J'ai reproduit, autant que les ressources de notre imprimerie le permettaient, 
les abréviations dont la solution présente quelque doute, ainsi g pour con ou 
com, j> qui peut être per, par, por, etc. 



1. — Calendrier. 

Il serait désirable que l'on publiât une collection d'anciens calendriers appar- 
tenant à des temps et à des lieux aussi variés que possible. On arriverait sans 
doute ainsi à constater des particularités, principalement dans le choix des 
saints, propres à chaque province, à chaque diocèse peut-être, et de la sorte on 
aurait un élément précieux pour déterminer l'origine des mss. qui contiennent 
un calendrier 1 . Le seul ouvrage de moi connu (il y en a d'autres indubitable- 
ment) où se trouvent reproduits d'après des mss. un certain nombre d'anciens 
calendriers, est le Medii œvi Kalendarium' 2 de Hampson. L'un d'entre eux (I, 
461-72) est en français. 11 est tiré du ms. Harléien 275, fin du XIII e siècle, qui 
provient, paraît-il, de l'église de Ludlow (Shropshire). Il diffère beaucoup du 
nôtre. J'ai fait en diverses collections de mss. quelques recherches dans l'espoir 
de découvrir un calendrier analogue à celui qu'on va lire, mais sans succès. 

Dans la publication qui suit, j'ai cru pouvoir sans inconvénient remplacer 
les indications anciennes de quantièmes par la simple numérotation des jours 
de chaque mois. Ainsi, en regard de l' Apparition (Epiphanie), je place un 6, 
au lieu que le ms. porte / (lettre domin.) viïj id. J'ai omis les quantièmes des 
jours pour lesquels il n'y a rien de marqué. Cela économise un grand 
nombre de lignes. 

Dans le texte du ms. il y a des mots en rouge et d'autres en noir, les uns et 
les autres delà même main, selon toute apparence. Les premiers sont ici repro- 
duits en italiques, les seconds en simple romain. En outre il y a quelques 
additions d'une fine écriture qui ne semble pas de beaucoup postérieure à celle 
du reste du ms. Ces additions sont imprimées en petit texte. 

Les jours égyptiens sont ceux qu'on trouve marqués dans presque tous les 
calendriers du moyen-âge. Voyez à ce propos le mémoire de M. J. Loiseleur, 
intitulé : Les jours égyptiens, leurs variations dans les calendriers du mojen-dge 
(Mim. de la Soc. des Antiq. de France, t. XXXIII, 1873) 3 . 

1. M. H. Bradshaw, le bibliothécaire de l'Université de Cambridge, a com- 
mencé une collection de ce genre. Puisse-t-il un jour la publier ! 

2. Le titre complet, qui est fort long, a été donné ci-dessus, III, 296. 

]. J'ai publié en 1866 dans le Jarbuch /. romanische Literatur (VII, 49-5 1 ) 

Ïuatre listes de jours périlleux d'après des mss. de Paris, de Londres et de 
llasgow. Depuis j'en ai trouvé beaucoup d'autres qu'il serait trop long d'énu- 
mérer ici. 



On remarquera que quelques-uns des noms des saints ont la forme du génitif 
latin (Prof/, n sept.; Marci, 7 oct.; Galli, 16 oct.). Ils ont donc été trans- 
portés sans traduction, de quelque calendrier latin dans le nôtre. 



Janvex liai .xxxj. jour , li lene 
.xxx. jours. 

1 Li ans neaf. Jor eg. 

6 Li ■picions. 
1 3 Saint Hilaire. 
I $ Saint Mort. 

16 Sain Marceal. 

17 Saint Anthoine. 

20 S. Flavien. S. Sobachien. 

21 Santé Annès. 

22 Sain Vincent. 

25 Saint Poul. D. eg. 

26 Saint Policarpe. 

27 Sain Jehan Boiche d'or. 

28 Sainte Annès 



Fevrex liai .xxviij. 
xxix. 

1 Sainte Brite. 

2 Li chandelouse. 

3 Sain Blaive. 


jors , li lene 


4 

5 Sainte Agate. 
14 Saint Velantin. 
22 Sain Père. 
24 Sain Mathias. 


D.eg. 


Mars liai .xxxj. jor 


li lene .xxx. 


jors. 
1 Saint Aubin. 


D.eg. 


21 Sain Benoit. 





2 5 Li marsoinche ' , 
27 Li résurrections. 
28 



eg- 



Avris hai .xxx. jor, li lene .xxix. 
jors. 

4 Saint Ambroise. 

6 Sain Venebar. 

10 D. eg. 

12 Heufamie. 
14 Sain Valerien. 
20 D. eg. 

23 Sain George. 

27 Sain Mar avangelistes . 

28 Sain Vitour. 



Mai hai .xxxj. jour et li lene .xxx. 
jours. 

1 Sain Jacq. et S. Felipe. 

3 Sainte crois. D. eg. 

6 Sain Jehans. 

9 Sain Nicholas. 
10 Sain Gordien. 
12 Sain Paneras. 
20 Sain Bandere '. 
25 Saint Urbain. d. eg. 

28 Sain Germain. 

Jehuns ai .xxx. jors et li lene .xxix. 
jors. 
1 Sain Nicomede. 



Janvier. 15, Saint Maur. — 2 1 et 28, Sainte Agnès, dont la fête est le 
plus ordinairement placée au 2 1 ; voy. les Bollandistes, Janv. II, 807 a. 

Février, i, Sancta Brigïda. 

Mars. 25, L'Annonciation. L'Art de vér. les dates (éd. in-8°, II, 23), cite 
Marzacke. Cf. Hampson, II, Marseces. 

Avril. 6, S. Winebaudus, dont la fête tombe en effet ce jour. Boll., Avril, 
II, 572. — 12, Sainte Euphémie, Boll., Avril, II, 81. 

Mai. 20, Plutôt Baudere, s'il s'agit de S. Baudelius, de Nîmes, Boll. 
Mai, V, 194. 



NOTICE SUR UN 



2 Sain Marcelin. 

6 Sain Claudien. 

9 Sain Felecien. 

10 

1 1 Sain Barnabe. 

1 3 Sain Reneber. 

16 Sain Forgehu {?). 

18 Sain Marcelin. 

19 Sain Gervais. 

23 Vigile. 

24 S. Jehan batitre. 
2 5 Saint Eloi. 

26 Sain Jehan. 

28 Vigile. 

29 Saint pre, sain Pou. 



D.eg. 
D.eg. 



MS. BOURGUIGNON $ 

1 i Sain Tiburce. 

1 3 Saint Ipolite. 

14 Vigile. 

1 5 Nostre Dame me-ost. 
18 Saint Agapie. 

20 Sain Feleber. 

22 Sain Siphorie. 

24 Sain Bortelemier. 

25 Sain Lohis. Sain Genise. 

28 Saint Augustin. 

29 Sain Jehan. 

Septembres ai .xxx. jors et li lene 
.xxx. jors. 
i Sain Ladre. 
2 Sain Juste. 



Junios ai .xxx;'. jours et li lene .xxx. 
jours. 

1 Sain Thibaut. 

2 Sain Marcenée. 
4 Sain Martin. 

1 1 Sain Benoit. 

1 3 D. eg. 

18 Saint Arnou. 

20 Sainte Marguerite. 

22 Li Madelene. d. eg. 

25 Sain Jacq. S. Clitofe ^ 

28 Sain Nazaire. 

30 Germani, epî. 

Ost ai .xxxj.jour et li lene. xxix. jors. 



1 Sain pre. 
3 Saint Estiene. 

5 Sain Domenique. 

6 Sain Ci. 
9 Vigile. 

10 Sain Loirans. 



D. eg. 



eê- 



4 Sain Marcel. 

5 Sain Ferru. 

8 Nostre Dame. 

9 Sain Gorgone. 
1 1 Sain Prothi. 
14 Sainte crois. 
17 Sain Lamber. 

20 Vigile, li cartant. 

2 1 Sain Mathier. 

22 Sain Moris. 

24 Saint Andoiche. 

2 5 Sain Vandelin. 

27 Sain Florantin, 

29 Sain Michié. 



D. eg. 



Octovrez 



ai .xxx). jour 
.xxix. jours. 



et li lene 



1 Sain Romier. 

2 Sain Ligier. 
6 Sainte Foi. 



Juin. 13, Rjgnebcrtus, Boll., Juin, II. 694. — 16. S. Fcrrcolus (?) Boll., 
Juin, III, 7. 

Juillet. 2, C'est ainsi que j'ai lu : peut-être Marùncû C'est S. Martinianus, 
Boll., Juillet, I, 300. 

Août. 6, Saint Sixte, pape? — 20. S. Philibert. — 22. S. Symphorien. — 
2$. S. Gcnesius. — Septembre. 20. Les Quatre Temps. — Octobre, i, S. Rémi, 
maintenant, en prov. San Roumic. — 7. S. Marc. — 16. S. Gall. 



6 


P. MEYER 






7 Sain Marci. 




2 5 Sainte Catherine. 






9 Sain Denise. 




27 Sain Maxime. 






i i Sain Suplis. 




28 




D.eg. 


1 3 Sain Girart. 




29 Vigile. 






1 5 Sain Lienart. 




30 Saint Andrier. 






1 6 Sain Galli. 










18 Sain Luc avangelitres. 




Delors ai .xxx/. jour et li lene 


.xxix. 


19 Saint Aquilin. 




jors. 






22 


D.eg. 


1 Saint Eloi. 






2 5 Sain Crepien. 




6 Sain Nicholas. 






27 Vigile. 




7 

8 Nostre Dame. 




D. eg. 


28 Sam S/mon et Jude. 






3 1 Vigile de Toz Sainz. 




1 3 Sainte Luce. 
2 1 Sam Thomas. 














Novembres ai .xxx. jors 


et li lene 


22 




D. eg. 


.xxx. jors. 




24 Vigile. 






1 Li Tout Sains. 




2 $ Nativité de Deu. 






2 Des tr espacez. 




26 Sfl//rt Estienne. 






S 


D. eg. 


27 Stf/rt Je/jtfrt. 






8 Li .iiij. caronez. 




28 Li inoscent. 






9 Sain Théodore. 




29 Sam Thomas. 






1 1 Sain Martim. 




30 Li jour riloux. 






1 3 Sain Breccom. 




3 1 Sam Sauvestre. 






1 4 Saint Maclou. 










16 Saint Euchere. 




Après la sainte Agathe 


lene 


prime 


20 Saint Ysidore. 




querons 






22 Sainte Cécile. 




Lou semadi après li voille des Bran- 


23 Sain Climant. 




dons. 







Novembre. 8, Les Quatre Couronnés (Claude, Castor, Symphorien, Nicos- 
trate). — 13, Saint Brice (Brictio). 

Décembre. Delors. On a beaucoup disserté sur l'origine de ce nom. M. de 
Wailly a cité, à l'appui de l'opinion qui explique dcloir (c'est la forme la plus 
fréquente) par de loir, une charte dont il lit les derniers mots : au mois de l'oir 
dns (voy. Annuaire de la Soc. de l'hist. de France, 1 8 $2, p. 33-4). M. Bourque- 
lot, qui a réuni un très-grand nombre d'exemples du mot en question (Bibl. de 
l'Ec. des Ch. 6, III, 75), a contesté cette explication en se fondant sur ce que 
tous les textes connus (sauf celui cité par M. de Wailly) portaient mois de de 
deloir, et non mois deloir. Il ne sera donc pas inutile de citer un exemple qui 
vient confirmer l'opinion défendue par M. de Wailly. Dans une chronique 
d'outremer, on lit à l'année 1254: « Après, u mois del 1er morut pape Inno- 
« cent » (Hist. occid. des Croisades, II, 442). Un autre ms. porte mois de l'iver, 
leçon fautive, mais qui pourtant confirme la bonne. Il n'y a pas de doute sur le 
sens, puisque le pape Innocent IV mourut en effet le 7 décembre. — Toutes 
mes recherches pour trouver ce que c'étaient que les « jours riloux » ont été 
vaines. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 



II. — Poème allégorique 

SUR LE SIÈGE DE JERUSALEM PAR NaHUCHODONOSOR ET NaUUZAHDAN. 

Ce poème, qui est précédé de la rubrique assez peu appropriée De David li 
prophétie, est en somme un combat des vices et des vertus, sujet bien souvent 
traité au moyen-âge. C'est donc une sorte de débat, mais qui offre ceci en 
particulier qu'il est coulé dans le moule d'une allégorie d'ailleurs bien connue. 
Jérusalem, c'est l'âme du chrétien; Babylone représente l'enfer; et ainsi le récit 
du siège de Jérusalem par Nabuzardan (Rois, IV, xxv) représente le siège de 
l'âme par le diable. Il y a aussi des traits empruntés à la description de la Jéru- 
salem céleste de l'Apocalypse (ch. xxi). On n'ignore pas que ces allégories ont 
été courantes au moyen-âge. Il suffira de rappeler ici les deux poèmes en dialecte 
véronais de Jérusalem cœlesti et de Babylone infernali, publiés successivement par 
Ozanam ' et par M. Ad. Mussafia^. Il y a dans les œuvres de saint Bernard 
un sermon « de duodecim portis Jérusalem » (Migne, CLXXXIV, 1117), et un 
autre analogue dans celles de saint Brunon (Migne, CLXV, 89). Notre poème 
est tout à fait indépendant de ces écrits ; et j'ajouterai même qu'il m'a semblé, 
à en juger par une rapide lecture, avoir le caractère d'une composition origi- 
nale fondée sur des lieux communs de théologie. Son principal intérêt réside 
dans sa date, qui est précise et ancienne : l'auteur nous dit en terminant qu'il 
s'est mis à l'œuvre en 1 180. Je ne me rappelle pas avoir jamais rencontré un 
autre ms. de cet ouvrage. 



De David li prophétie. (/. 6 ?) 
Or m'amendez .j. pou, signor, 
Ne me tenez j> menteor 
De ce que je vos veul 9ter : 
De Jherusalem la cité, 
De la beauté, de la richace, 
De la bonté, de la autece 
Des murs de pierre preciose, 
Dont la cité est tote close, 
De la mervoilouse clarté 
Qui anlumine la cité, 
Et des portes et des antrées 
Defs'chieres pierres aornées, 
Et dou precios pavement 
Qui tote la cité porprent, 
Des tors de la cité nobile, 
Et des citiens de la vile 



Qui a Deu chantent los et grâces 
j> les rues et j> les places. 
Que vos faroie je lonc plait ? 
C'est la vérité entresait. 
De la cité nus ne pet dire 
Ne l'estoire ne la matière ; 
Meas vaut assez que je ne di, 
De certain lou vous afi [sic] , 
Car an tôt ce selonc la letre 
Ne devez pas vostre sen motre, 
Car c'est dit por allégorie. 
Et autre chose senefie 
Ceste Jherusalem terrestre : 
Ne sai commant poist cel estre 
De la Jherusalem céleste [b) 
Dont hont profecié li prophète, 
Tout ne pquant nos dit de l'une 



1. Documents inédits pour servir à l'histoire littéraire de l'Italie, Paris, 1850; 
notice, p. 1 18-54 ; texte, p. 291-3 1 2. 

2. Pièces A et B des Monumenti di dialecti italiani. Vienne, 1864 (Comptes- 
rendus de l'Académie de Vienne, t. XLVI). 

3. Fol. iij de l'ancienne pagination. 



Prophétie ont de chascune, 
Si com tesmoigne l'escriture, 
Ceste cité, ceste figure, 
Signor, quanque ce senefie 
Je n'ai pas lou sans que v9 die, 
Mas non:pquant tant vos an di, 
Selonc ce que Deu servons ci, 
Chascun, di, des bon(e)sheùrez, 
Ne di pas chascun des dâpnez : 
La n'avront ja li félon part, 
Car Babiloinne iert d'autre part, 
La cité de confusion 
Ou il avront lor mansion, 
Avec Sathan qu'il hont servi, 
Côme si home et si ami : 
C'est leu de peine et de martire, 
De plaint de plor, de duel et d'ire. 
De cestui lais la mencion, 
Car il n'i a se tormentnon; 
Et dira de Jherusalem 
Ce que j'en croi et que j'en sen. 

Hon trove an l'estoire anciene 
La Jherusalem terriene 
Li rois de Babiloinne assist, 
Et tant sit devant qu'il la prist ; 
Arst et destruit la Deu maison, 
Lou cecle (?), temple Salemon. 
Tôt âporta l'argent et l'or : 
Ce fut Nabugordonosor (sic). (c) 
Grant mal fit a Jherusalem, 
A icest tens Nabradanz ' : 
Les oz conduist des chevaliers, 
Et fut maîtres confanoers (sic); 
Princes queurs fut de la coisine 2 ; 
Au roi fit la cité encline. 



ieyer 

De fi savons selonc l'estoire 

Ceste destrucion fut voire. 

Li pueples ot Deu corrocié ; 

Si lor avint de lor pechié. 

La prise de ceste cité 

Vos veul traire a moralité; 

Hoez, selonc l'allégorie, 

Que ceste prise senefie. 

Ce devez vos tuit savor bien 

Que l'arme a chascun crestien, 

Ou est de pais la vision, 

Est citez Deu et mansion; 

De ceaus sera, laissus es ceaus, 

Jherusalem celestiaus. 

De Babiloine est rois et sire 

Deables, lai tient son âpire : 

C'est an anfer, ou li félon 

Seront a grant confusion. 

Icil nos essaut nuit et jor ; 

Il n'ot onques pais ne sejor. 

Chascun de nos essaut et tante 

De ce mal ou plus met s'entente, 

De la cité Deu deiuaine ? 

Vot avor li félons lou reyne. 

Antor ai ses engins dreciez, (d) 

Se prendre la pet mot ert liez. 

De ses angins, de sa boidie 

Vos 9tera une partie ; 

Et £ ce les vos veul 9ter 

Que vos les puissez eschiver. 

De toz mal est orguel reine 

Et çmancemens et racine. 

Ele ai .vij. vices principauz 

Qui 9duent les autres mauz. 

Ses premiers dux et vaine glore... 



i. Corr. Nabuzardan; cf. IV, Rois, xxv, 8 et suiv. 

2. Nabuzardan est toujours qualifié dans la Bible de « princeps militiae » ou 
« exercitus », ou de « magister militum. » Plus loin, fol. 9 b, le même person- 
nage est qualifié de « princes des queurs (= queux) et des meingiers.» Ainsi en- 
core, dans la rubrique du Sermon joyeux de la vie de saint Ongnon (A. de Montai- 
glon, Poésies françoises des XV' et XVI e siècles, I, 284), Nabuzardan est qualifié 
de « maistre cuisinier », et la même facétie se retrouve dans Rabelais, 
IV, xxxix. 

5. Sic, corr. [de] Deu demaine? 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 


9 


Ce poème, qui a environ 1 5 50 vers, se termine ainsi (fol. 


17, anc. pagin. 


fol. xix) : 





Por ce donra Dex l'erité Onques ne cesse ne ne fine, 

De Jherusalem la cité Toz tés la cité enlumine. 

Non ceos qui bien agenceront, Ele ai non vision de pais, 

Mas ceos qui en bien fineront. Dex nos hi moint et clars et lais ! 

C'est la clarté qui enlumine, Seignor, ver moi ne vos poist mie, 

Nos dit l'escriture divine : Se je ai blasmé lor folie : 

N'est de lune ne de soleil, Si s'amandent, si feront bien, 

Ains nuls hôs ne vit son paroil ; Plus feront lor prou que lou mien. 

Totes autres clartez sormonte, 

A sa beauté nule ne monte ; Mil ans ot et .c. [et] hoitante 

De lui veoir est H loiers Cant a travaillier mit s'entente 

Que Dex donra ses chivaliers Icil qui ceste estoire fit 

Iqui au pmenable jor De la naissance Jhesu Crist. 

De la clarté nostre Seignor. 



III. — Paraphrase du psaume ERUCTAVIT. 

Cet ouvrage, composé pour Marie de France, comtesse de Champagne de 1 164 
à 1 198 J , nous a été conservé en un nombre de copies relativement considérable. 
Voici la liste de celles que je connais : 
Paris, Bibl. nat. fr. 902, fol. 1 $9 ; incomplet; ms. exécuté en Angleterre. 

— — — 1 536, fol. 248 ; le prologue (14 vers) est omis. 

— — — 1747, fol. 85 ; ms. exécuté dans le midi de la France. 

— — — 2094, fol. 172. 

— — — 20046 (anc. S. G. fr. 1985), fol. 37. 

— — — 24429 (anc. La Vall. 41), fol. 1 17. 

— — — 25532 (anc. N.-D. 195), fol. 268; le prologue est omis. 

— Arsenal B. L. fr. 283, fol. 69 v°. 
Madrid, Bibl. nat., F 1492. 

Vienne, Bibl. palat., 3430, fol. 1. 
Inc. (fol. 18, anc. pagin. fol. xx) : 

Une chanson que David fist, 
Que Nostre Sire ou cuer li mist 



1. Voy. d'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, IV, 642. 
— M. Martin a pensé (Le Besant de Dieu, p. xli) que la « dame de Champa- 
gne » du v. 3 pourrait être Blanche de Navarre, femme de Thibaut III. 
M. Martin, qui se serait épargné cette erreur en consultant le livre de M. d'Ar- 
bois de Jubainville, ou simplement le catalogue des mss. français de la Bibl. 
nat., n*902, n'a pas fait attention que la « dame de Champagne » en question 
est qualifiée un peu plus loin de « suer le roi de France », ce qui ne peut 
s'appliquer qu'à Marie, sœur de Philippe-Auguste. 

2. Je donnerai prochainement la notice de cet important ms. 



P. MEYER 



Dira (= dirai) ma dame de Champaigne. 
Celui cui Damedex enseigne 
En espère de toz ses biens.... 



IV. — Traité de la messe. 

Inc. (fol. 3$, anc. pagin. fol xxxvij) : 

C'est ici I'antrée de la mosse : quant l'an doit oïr la mosse ne les 
ordenances qui(l) afierent a faire. Premièrement au çmancemant de la 
mosse l'on doit restraindre les sans an lui, que l'an ne doit panser ne 
regarder a chose que soit ohie ne vehue... 

Je n'ai pas pris la peine de rechercher d'où ce traité était traduit. Je me 
borne à remarquer qu'il se retrouve encore dans le ms. Barrois 305, chez le 
comte d'Ashburnham ; cf. Delisle, Bibl. de l'Ec. des ch., 6, II, 251. 



V. — Wace, la Conception de Notre-Dame. 

Inc. (fol. 37, anc. pagin. fol. xxxix) : 

Ou non Deu qui nos doint sa grâce, 
Oez que nos dist maistre Gace, 
En quel tans, cernant et j> coi, 
Au tans Guillaume lou bon roi, 
Fu 9mancié et estaubli 
De ceste estoire que je di 
Que la feste fu célébrée 
Que cjcehue et engendrée 
An ma dame Sainte Marie... 
Fin : 

Que il parsoniers nos en face 
j> sa pidié et £ sa grâce, 
Que por l'arme Sainte Marie 
Pater noster chascuns en die. 

Autres mss. de cet ouvrage bien connu : 
Paris, Bibl. nat. fr. 818, fol. 4. 

— — — 1 504, fol. 417. Copie moderne d'un ms. qui paraît perdu. 

— - - IS27- 

— — — 24429 (anc. La Vall. 41), fol. 73. 

— — — 25532 (anc. N.-D. 195), fol. 320. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON I I 

— — lat. 5002, fol. 1178° (ce n'est qu'un fragment de la fin). 

— — Ms. Noblet de la Clayette, p. 141. 
Tours, 927, fol. 61. 

Cambridge, Saint John Coll. B 9, fol. 1. 

On sait que cet ouvrage a été publié deux fois : d'abord par MM. Mancel et 
Trébutien ', d'après le ms. 25552, puis par M. Luzarche d'après le ms. de 
Tours 2 . Le ms. 25532 présente un début tout particulier, conçu en fort mau- 
vais vers dont Wace ne saurait aucunement être responsable. Voici les neuf 
premiers vers de cette leçon : au neuvième la leçon du ms. 25532 se raccorde 
au texte de Wace. 

Se aucuns est cui Dieu ait chier, 

Sa porele [sic, pour perole) et son mestier, 

Viegne oïr que je dirai. 

Ja d'un seul mot n'i mentira[i]. 

Maistre Guaces, uns clers sachanz. 

Nos espont et dit en romanz. 

En quel tans, comment et par cui 

Fut commencié et establi 

Que la feste fust célébrée... 



VI. — Descente de saint Paul en Enfer. 

Je ne m'étendrai pas sur ce poëme, ayant l'intention de l'étudier, avec 
d'autres sur le même sujet, dans un mémoire sur les légendes pieuses dans la 
littérature française, dont je rassemble les matériaux depuis bien des années. 
Je me bornerai à dire qu'il est fondé sur un apocryphe dont nous possédons 
deux rédactions latines. Celles-ci dérivent d'un texte grec que nous n'avons pas 
(ou du moins qui n'a pas été publié, que je sache), mais qui devait être de 
fort près apparenté à ï 'Atcoy.Hv<Ihç, toù àyiou ànoatôlov ïlaOXou publiée par 
Tischendorf, et de laquelle on a aussi une traduction syriaque. 

Cette légende, dont la popularité est attestée par la variété même des rédactions 
qu'on en possède, a une importance considérable pour l'histoire des croyances 
religieuses au moyen-âge. Bien que le fait de la descente de saint Paul en enfer 
et l'écrit qui la raconte aient été également repoussés par l'Eglise, néanmoins 
il n'est pas douteux que ce même écrit est la source principale des idées qu'on 
s'est faites des tourments réservés aux damnés. 

Je connais en français cinq rédactions rimées de cette légende. De la rédaction 
en quatrains que renferme le ms. 1 5606 je ne puis indiquer que deux autres mss.: 

1 . L'établissement de la fête de la conception de Nostrc-Damc, dite fête aux Nor- 
mands, par Wace, publié par Mancel et Trébutien. Caen, 1842, in-8\ 

2. La Vie de la vierge Marie, de maître Wace (p. p. V. Luzarche). Tours, 
1859. 



12 P. MEYER 

Paris, Bibl. nat., fr. 24429 (anc. La Vall. 41), fol. 133. (A) 
— — — 24432 (anc. N.-D. 198), fol. 91 c (B). 

La particularité de notre texte, c'est qu'à un certain endroit, au quatrain 
XXI, les vers octosyllabiques à rimes plates viennent remplacer les quatrains 
alexandrins. Toutefois ceux-ci reparaissent après une courte interruption 
et se poursuivent jusqu'à la fin. On connaît dans l'ancienne littérature française 
quelques poèmes où le mètre change ainsi sans raison apparente. De ce nombre 
sont les Enseignements Trebor (B. N. fr. 2^408 ; cf. Hist. litt., XXIII, 60), le 
Partenopeus et deux anciennes traductions de la Bible 1 . 

Le texte a été écrit à longues lignes, afin d'économiser l'espace, les pages 
étant trop étroites pour admettre deux colonnes d'alexandrins, tandis qu'une 
seule colonne eût laissé un espace blanc. En voici le commencement et la fin 
avec les variantes des deux mss. pour les 80 premiers vers : 

Des poignes d'enfer. 

I. Beau soignoret vos dames, faites que l'on vos ohie, (fol. 81 a) 
Que Dex doint a vos armes de paradiz la joie! 
Si je sa aucun bien que je dire ne doie, 

4 A vos ne toiche mie quex poicherres que soie. 

IL J'a apris a escole, sou sa por escriture ; 

De Deu heit la parole cilz qui de Deu n'ai cure. 
Mez ciz qui de Deu est et qui aime droiture 
8 Mont hi a lou cuer preu si antant a mesure. 

III. Or escoutez signor qui Damedeu amez, 
Que les poines d'enfer et les delors dotez, 
Je vos ferai antandre, se hoir lou voulez, 

1 2 Cornant pechierres hons est an anfer penez. 

IV. Des grans poignes d'anfer vos dira je partie, 
A garant l'escriture, si n'an mantira mie, 
Cornant pecherres hôs les dessert an sa vie, 

16 Qui Deu ne vet amer, ains maint an foie vie. (b) 

V. Soignour, desus cet arc(?) est .j. cielz 9passez, 
De lune et de solot et d'estoiles formez, 

Por cui trestoz li mons est hui anluminez. 
20 Soz celui est .j. autre qui est Dex apalez. 

VI. An après est li ciez ou est la maetez 

1. Sur lesquelles voy. Stengel, Mittheilungen aus franzœsischen Handschriften 
d. Turiner Umv Bibliothek y p. 18, note. 

1 -8 Les deux premiers couplets manquent dans B C. 

14 B C Par g. d' — 16 C en félonie, B et il maint en folie. 

17 BC cel air.— i8fiCd'e. listez. — 20 B C Deseur cel en a a. (C Desour 
cel a .j.) q. e. ciel a. — 21 C Après est li tiers ciels; B est li sièges et la grant m. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON I 3 

Ou li fiz Deu pmaint qui de virge fut nez, 

Qui j> les pecheors fut an la croix penez, 
24 Que deaubles avoit trestoz anprisonez. 
VII. Ainz ne fu nos mortez qui tôt ice veist, 

Fors l'apostre sain Pou qui tôt lou mont oïst. 

Cil vit jusque au tier ciel, la ou est Jhesu Crizt, 
28 Por sain Michié l'arcange que Jhesus li tramist. 

VIII. Icele grant autoce que glore est appalée, 

Por cuer de crestien ne pest estre pansée, 

Por lotre de nul cler ne pet estre provée; 
32 Benoite sera l'arme que laissus ert tornée. 
IX. Icele grant autauce vit sains Pau resplandir ; 

Ne lou pet reconter quant il n'ost lou lesir, 

Que nostre Sire Dex ne li vot consantir ; 
36 Ne li hôs n'est pas dignes qui doive ce oïr. (c) 

X. Soignors, or vos dira ce que vos hai promis : 

Con grant sont li tormant ou delorous pahis, 

La ou cil pecheor seront ansamble mis, 
40 Qui ne veulent amer ne Dé ne ses amis. 

XI. Sains Pou fut an anfer ainçoiz que il transist, 
Quar sains Michié l'arcange l'i mena et conduist. 
Dex vot que il cogneust les poignes et veïst 

44 D'enfer, et de mal fere £ ce chateïst. 

XII. Or orrez ja parler de l'anfernal delor, 

A garant a[n] traons sain Pou nostre doctor 
Commant sont tormanté li mavais poicheor, 
48 Que por la vainne gloire laissent lor creator. 
XIII. An l'abime d'anfer hai .j. harbre planté 
Dont li seges desor sont charbon âbrasé ; 
Les brainches sont de feu, li rain sont anflamé, 



2$ B cest estre; C qui ces .iij. ciex. — 26 C qui I'amor Diex conquist, 
B que Dameldieu conquist. 

29 fi C ajoutent La ou sainte Marie est roïnne clamée. 

30 B C par bouche de bon clerc (B cuer) ; B dite ne racontée, C ne puet 
estre escoutée. 

35 B C Fors le filz Dieu meïsmes qui por lui (C nos) vost morir. 

39 C en flambe m. 

44 B C Tant en poons savoir com saint Pois nous en dist. 

49 B C A l'entrée. — 50 B li cimes, C les branches (sic). — 51-2 bis B Les 
cimes sont de flambes et li rain borjonné | Le brandon plus ardant que n'est feu 
embrasé ; C Et de boutons dé fer estre tous boutonés | De boutons plus ardans 
que nus feus embrasés. 



14 P. MEYER 

52 Des broiches sont li rain antor anvironné. 
$ 2 bis Plus ardant et plus âpre que charbons alumé 

XIV. llluc vit sain Pou poicheors cruciez 

Les .j. pandre por mains, les autres por les piez, (d) 

Por les brainches desus anbroichiez, anfichiez, 
56 Les autres por les dois panduz por lor péchiez. 

XV. Sains Pou hai regardé par la senestre part, 
Si vit une fornoise de feu qui tos tans art ; 
La flame por .vij. leus les devise et départ. 
60 Or prions Damedeu, lou roi, que nos an gart 
60 bis De prisom au deauble, et nostrahe a sa part. 

XVI. Soignours, an l'apre (corr. la) fornoise habitent .vij. delors; 
.vij. diable l'atisent : c'est lor maistre labours; 
Et .vij. fiâmes an issent de diverses colours ; 
64 De chascune des fiâmes issent .j. grans ardouz. 

XVII. Anviron la fornoise hai .vij. cruex tormant 
Ou pecheors sont mis, mortel cruciaumant. 

.vij. deauble les gardent au trainchant feremant. 
68 Quant ont l'arme saisie, si la getent dedans. 

XVIII. Set plaies les apele(nt) la divine escriture : 

La premere est de noix et destroinant froidure, 
La tierce est de feu et de mervoilouse ardure, 
72 La quarte est de sanc angousoz sens mesure. 

XIX. La quinte des .vij. plaies et dô crual sarpent, 
Et la siste de foudres et d'avenimemant ; 
La septainne de paors et d'epaontemant : 
76 Or vos an gart Dex qui fit lou formemant ! 

XX. Quant icil .vij. deauble hont une arme saisie, 
Por ices .vij. tormans chascuns a soi la guie : 
Li .j. la lance a l'autre, ja ne sera guerpie ; 
80 De queque part qu'ele aile deauble l'ont saisie. 
XXI. Lor vient a la chaitive .j. delorouz essaut 
82 Qui por ses grans péchiez sofrera si grant mal. 



60 bis manque (naturellement) à B C. 

64 B De ch. des branches en i. .iiij. a., C De ch. des .vij. en i. .vij. chalors. 

66 B Ou p. reçoivent, C As p. revient. — 70 B ajoute ce vers qui paraît 
nécessaire, bien qu'il donne au quatrain un vers de trop : La seconde est de glace 
et de tranchant nature. 

73-6 riment en ens dans B, et par suite variantes considérables. 



NOTICE SUR UN 

En anfer hai une roe maie 
84 Queoutormantplungeetavole, 
De quoi feuz d'anfer dedesoz 
Les las, les orgoillors, les glos, 
Qui an celé roe sont mis. 
La roe briemant vos devis, 
Si c)me sain Pou nos reconte 
Qui sait que celé roe monte : 
Mont est pesans etanvoisouse, 
Et grans et griez et perilose 
A ces qui tormanté seront 
Et ç> droite déserte iront. 
Tote est 9passée por art [art. 
96 Et de totes [pars ?] trainche et 
Ansint escorche et art et cuit 
Qanque elle atant et a9çut. (p) 
.iij. goules ai soz celé roe ; 
100 An ces goules s'enbat et noe 
Et parmi eas sa voie tome. 



S S 



92 



i. BOURGUIGNON I 5 

De la puor qui de li ist. 

Tuit cil qui murent an pechié 

112 Sunta celé roe ataichié, [mans 
Et plurent por les [grans] tor- 
De totes manières dedans. 
Ilcil s/'ciquionttelguerLre^don 

1 16 Por ce qu'il orent a bandon 
Les biens dou monde, et il mû- 
rirent, 
Que Deu ne povres ne con- 
nurent ; 
Et selonc ce que mespris hont, 

120 Plus et mains tormanté i sont. 
Mot hi a tormanz sanz mesure, 
Mervoille est9mantnDzil dure; 
Mais oncor hont il une poinne 

1 24 Que plus les grive et plus les 

[poinne 

Que totes ces choses ne font : 

Ce est li duel, qui toz les font, 

De ce qu'i voient paradis 

1 28 Et la grant joie ou cil sont mis 
Qui an cest monde Deu ser- 
virent, 
Par coi la joie desservirent, [c] 
Je vos ai conté briement 
La dolor et lou dânement. 



132 



Mot est chascune grans et lée : 
104 An l'une ai glace et jalée 

Si froide, si cruel, si pesme 

Que nul mostre n'i pet esme ; 

Et a[n] l'autre ai métaux boil- 
108 Et la tierce si mau olans [lanz, 

Que tote la roe an salit 

Ne vos anuit il mie mes paroles oïr. 

N'i a celui de vos ne 9vigne morir, 

La boiche et lou palaix et la langue porrir; 
1 36 Richece ne beauté ne vos porra garir. 

Don ne veïstes vos morir vos ansessous 

Li quel vos hont laissié et terres et honours ? 

Ne savez ou il sont, s'ont mestier de secors. 
140 Dex gart nos et vos des anfernaus delours! 

Tuit an irons après, ja nan ert trestorné ; 

Mot por pet estre liés qui maint en cherité. 

Qui main an cherité il maint an Damedé, 
144 Et Dex est an celui qui maint an cherité. 

85 Corr. art desoz? — 89 D'ici à la fin du morceau en octosyllabiques (v. 132) 
les vers sont écrits en colonne. — 102 Vers omis. — 106 mostre, pour mètre? ou 
mostre[rj? Le vers est trop court. 



|6 P. MEYER 

Or prions Damedé qui an la crois fut mis, 
Premeremant £ nos et puis j> ses (corr. nos) amis, 
Que il oit merci des mors et aussimant des vis, 
148 Que an anferne soient mauvaisemant assis. 

Sain Pou et saint Michiez sont an anfer antre : 
Si hont de devant hos .j. tormant esgardé ; 
Sain Pou s'en arestist quant il l'out avisé, 
152 De la poor qu'i ot reclama Damedé : [d) 

« Marci, béas sire Pères qui mains en trinité! 
« Garde m'arme et mon cors de ceste tempesté. » 
Sain Michié [se] regarde, lou vit espaonté ; 
156 De la maim lou soigna, si l'a aseguré. 

Li tormant don saint Pou ot la paor si grant 
Vos sai je bien conter ; lui an trais a garant : 
Ce est une grant roe de nor feu tôt ardant : 
160 Mil toises hai de lonc et de large autretant. 

La roe est de [noir] feu menuemant tornant, 
Estanceles an volent menuemant sailant, 
Roiges, indes et noires, mont aspremant cuianz. 
164 De la menor porroit ardor uns aymant. 

C'est [la] j>re plus dure qui pet estre trovée, 
La pierre d 'aymant est £ ce apalée ; 
Mas s'ere ou feu d'anfer ja n'i avroit durée ; 
168 L'arme qui la ira mot est malaùrée. 

Fin (fol. 187 d) : 

Quant saint Michié li anges hot saint Pou tôt mostré, 
An .j. petit momant l'a ou soi [corr. ciel) tranporté : 
Paradis li mostra, lou règne Damedé, 
Ou li bon seront mis a grant bienaùrté. 

Soignour, de paradis ne vos sai reconter : 

[Car] tant ert grans la joie corn Dex voudra doner 

A ces cou (= qui /') serviront et lou voudront amer. 

Or prions Damedeu qui tôt pet governer 

Tel chose nos lai dire por quoi puissaïs monter 

Laissus an celé joie qui tôt tans doit durer! 

A la place des vers octosyllabiques ci-dessus rapportés, il y a dans les deux 
autres mss. neuf quatrains qui sont sans rapport aucun avec l'interpolation du 
ms. de Londres. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 17 

VII. — Salut dou sang et dou cors Jhesu Crist. 

Pressiours sanc, saintimes cors, 
Qui an la crois fut £ nos mors, 
Et pendi ton fil Jhesu Criz 
Qui lou monde forma et fit, 
Qui fut mors et occiz por moi, 
Et $> touz pecheors, bien lou croi ; 
p nos vos ferit de la lance 
Longin, c'est ma fine créance... 

Cette pièce se termine au fol. 88 c par ces vers : 

Cant vos tenrez vos jugement 
De tout lou mont 9munement 
Avec vos mère nostre Dame, 
Que vos aez de mon cors m'arme. Amen. 

VIII. — De Nostre Dame. 

Ave sainte Marie, digne de grant amour, 
Gloriose pucele, fonteigne de doçour, 
Rose tôt tans novele, li lis de douce odour, 
Estoile san décors, soloiz sanz tenebrour, 
Mère de miséricorde, Jhesu lou creator 
Qui premiers li vouastes cheasté et amor, 
Sans exâ de famé ne de nûs ancessor... 
C'est une prière composée de quarante-cinq vers distribués en deux tirades, 
l'une en our, l'autre en ez. 

Suit (fol. 89 a) : 

IX. — De Jhesu Crist. 

Ave Jhesu beau sire, li sov[e]rains puissans, 
Voie es a dësvoié, salus, veras amans ; 
Bienahùrez (est) li cors qu'a toi est atandans ; 
Grans guer[re]don donnés au cors humilians. 
La sainte Madelene esploitai saigemant ; 
Ains ne laisçai ^ home a ces siegle vivant, 
Ains s'abaissa vers vos très par desos .j. banc. 

Cette tirade monorime est suivie d'une autre en ier, dont les deux premiers 
vers (fol. 90 a) sont : 

Ave, Jhesu beau sire, qui tôt peuz justisier 
Qui p ta grant pidié daignas mort essaier... 
Romania. Vl 2 



l8 P. MEYER 

X. — Sermon. 
Exhortation à résister aux tentations. Inc. : 

Damedex nostre pères ouvra mont saigement (f. 90 c) 

En nostre premerain, si vos dira 9ment. 
Quant lou premerain home deauble anvahi, 
Ç angim lou trahit, si com (vos) avés ohi. 
Por ce vot Dex an terre que .j. saige home eùst 
Que il pust lou deauble anginier et seùst ; 
Mais nule créature ne lou pet bien faire 
Fors Dex tant soulemant de ceste ovre porfaire. 
Ceste besoigne anprist nos père Jhesu Cris : 
Ce fu li bons f> cui deauble fut sopris... 
Fin (fol 96 c) : 

Or vos hai ansegnié bêlement et apris 

9ment devés respondre contre vos enemis 

Qui tôt adès vos gaitent, et j> vos decevor 

Se metent a grant painne et au main et au soir. 

S'a ce que dit vos ai volez bien garde prendre, 

Nuns d'aux ne vos poura legierement sosprendre. 

Or prions tuit a Deu qui sofri paission (d) 

Qu'i nos voille garder de tel temptacion. 

Amen. 

XI. — Prière. 

Dex qui fe'is 9me veras père 
De ta fille ta sainte mère, 
Quant $> pidié de nos venis 
Prendre de char humanité, 
Sens déguerpir ta deïté... 
Fin (fol 97 a) : 

Douce mère, virge bénigne 
Qui de porter Deu futez digne, 
Sans corrumpre virginité, 
Voie, secors au desvoiés, 
Vostre chier fil j> nos proies... 

XII. — Les Psaumes de la Pénitence. 

Précédés (fol. 97 b) de cette rubrique [: Tornez ces foillot, si troverez les 
.vi j. salmes an romant mot bien. Cette version des psaumes de la Pénitence se 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 19 

rencontre dans une infinité de mss. du xm e au xvi L ' siècle. Elle est particuliè- 
rement fréquente dans les livres d'heures. Inc. : 

Dex, an tun jugement ne m'arguer pas, sire... (f. 97 c) 

XIII. — La Bible de Hugue de Berzi. 

Pièce "connue, depuis l'édition de Méon ', sous le titre de Bible au seigneur 
de Berze, que lui donne le ms. B. N. 837. Elle se rencontre dans quatre mss., 
outre celui du Musée : 
Paris, Bibl. nat., fr. 378, fol. 3. 

— — — 837, fol. 261. — Texte de Méon. 
Bruxelles, Bibl. des ducs de Bourgogne, 941 1-26. 
Turin, Bibl. roy., L. V. 32, fol. 174, — Scheler, Notice, etc., p. 89. 

Voy. sur ce petit poëme Y Histoire littéraire, XVIII, 816-21. 

Por faire l'arme saine (f. 1 00 b) 

Ciz qui plus voit plus doit savor, 
Que por oïr et por veoir 
Set l'on ceu que l'on ne savroit. 
Qui toz jors an .j. liu seroit 
Seichoiz que gueres n'apanroit. 
Tant ai aie, tant sui venu, 
• Que j'a lou siegle conneù 
Qui ne vaut riens a maintenir, 
Fors por l'arme dou cors morir... 
Fin (fol. 107 c) : 

Beal sire Dex, rois poetis, 

Ansint com je vos ai requis, 

An bien faire si me tenez, 

Ne ja ne vos an repantez 

De moi adracier a bien faire, 

Car qui 9mance bien a faire 

S5 doit tenir jusque a la some. (d) 

Sire qui pdonas a l'ôme 

Ses péchiez quant il se repant 

De bon cuer et veraiement, 

Fai moi, sire, tout aussimant 

p ton digne 9mandement. Amen. 

XIV. — De l'Unicorne. 
Aux sept mss. de ce dit qui ont été indiqués ici même, I, 207 2 , il faut ajouter: 

1. Barbazan-Méon, Fabliaux, II, 394. La rubrique de fr. 378 est « la Bible 
Hugue de Berzi. » Probablement Berzi-le-Sec, Aisne. 

2. La leçon du ms. 2162, indiquée dans la Romama, l. /., a été publiée sous 



20 P. MEYER 

Paris, Bibl. nat., fr. 2094, loi. 218. 

— Arsenal, B. L. fr. 283, fol. cliiij. 

_ _1 _ 288, fol. 77 v\ 

Turin, Bibl. roy., fr. 36 (L. II, 14), fol. 583. 

Des bestelotes, moralité. 
Mot par est fox ciz qui antant, 
Qui lou bien voit et lou mal prant. 
Premiex devroit a bien antandre, 
Et puis a trestoz faire antandre, 
Auq bon mo(n)t, se l'on l'i laisse... 

XV. — Des deux Chevaliers. 
Sera publié à la suite de cette notice. 

XVI. — Caton, traduit par Adam de Suel. 

Il existe, à ma connaissance, sept anciennes traductions françaises en vers des 
distiques de Denis Caton : celles d'Hélie de Winchester, d'Everard, d'Adam 
de Suel, de Jehan du Chastelet, de Lefèvre, et deux anonymes. La plus répandue 
a été celle d'Adam de Suel, dont je connais treize exemplaires, y compris le 
ms. 1 5606. Aux sept mss. (six de la Bibl. nat. et un du Musée britannique) 
qui ont été indiqués dans la Romania, I, 209, il faut ajouter : 
Dijon, 2982, fol. cix. 

Tours, 927, fol. 185. — Romania, II, 93. 
Berne, 354, fol. 1 17. 

Bruxelles, Bibl. des ducs de Bourg., 941 1-26. 
Madrid, Bibl. nat., F 149, fol. 49. 

Seignor, ains que je vos cernant (fol. 113) 

Espondre Caton an romant, 

Vos veul devisier la santance 

Don nostre maistre sont an tance, 

Quar li on dient et (= a) délivre 

Que cilz Catons qui fit ces livre... 

XVII. — Le Doctrinal Sauvage. 

On peut voir sur cet ouvrage bien connu Y Histoire littéraire, XXIII, 238-41. 
Je regrette que l'auteur de cet article n'ait pas donné les raisons qui l'ont 
conduit à supposer qu'il y eût « dans ce recueil fort confus des passages de 
« plusieurs mains différentes ». Je ne trouve, quant à moi, aucune trace de la 
diversité qu'a cru reconnaître M. Le Clerc : je pense que le Doctrinal est d'un 



ce titre : Le dit de l'Unicorne et del Serpent, en vieux picard..., par M. F. 
(lisez J.) Wollenberg. Berlin, Calvary, une 1/2 feuille gr. in-8° (extrait d'un 
programme universitaire publié en 1862). 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 2 1 

seul auteur, et d'un auteur à qui on peut avec probabilité attribuer d'autres écrits 
remarquables à plus d'un titre. Ce n'est pas le moment de traiter ici cette 
question, et je me borne à donner la liste des mss. du Doctrinal qui sont 
parvenus à ma connaissance. Dans cette liste, j'ai pris soin d'indiquer, autant 
que me l'ont permis les moyens que j'ai eus de me renseigner, les premiers vers 
de chaque texte, précaution nécessaire, parce que. par suite de transposition 
ou d'omission, les diverses leçons du Doctrinal présentent trois commencements 
différents. Il y a là une première indication pour le classement de ces leçons. 
Paris, Bibl. nat.,fr. 834, fol. 1. — Certes bcne chose est de bon entendement. 

— — — 837, fol. 334. — Or escoutez seignour que Diex vous bcndc. 

— Texte de Jubinal, Nouv. rec, II, 1 50. 

— — — 12483 (anc. Suppl. fr. 1132), fol. 123. —Certes bonne 

chose est de bon enseignement. 

— — — 191 52 (anc. S. G. fr. 1239), fol. 101. — Certes bonc 

chose est de bon entendement. 

— — — 25408 (anc. N.-D. 273 bis, fol. 2$. — Certes boene chose 

est H boen entendement. 

— — — 25462 (anc. N.-D. 272), fol. 195. — Signour or escoutès 

ke Diex vous beneïe. 
— — 2 5 547 ( anc - St-Victor 624), fol. 2. — Commence par un 
couplet qui paraît propre à ce ms., mais qui est taché 
au point qu'on ne peut plus en lire que quelques mots. 

— Ms. Noblet de la Clayette, p. 135. — Certes bone chose est de bon 

entendement. 

— Arsenal, B. L. fr. 283, fol. cccij '. 

Epinal, 189. Voy. Bulletin de la Société des anciens textes français, 1876, p. 75-6. 

— Seigneurs or escoutez que Dieu vous benye. 

Lyon, Palais S. Pierre, 28 (Cat. Delandine, n° 983). — Seigneurs or entendes 
que Deu vous benye. 

Metz, 105. Voy. Clercx, Catal. des mss. relatifs à V'Hisl. de Metz et de la Lor- 
raine (1856), p. 83. — Seigneurs or escouteis que Dieu 
vous benoye. 

Rennes, 147. Voy. Maillet, Description des mss. de Rennes (1837), p. 120. 

Bruxelles, Bibl. des ducs de Bourg., 941 1-26, fol. 93 \°. —Certes bone cose est... 

— — — 10459 : remaniement exécuté en 1444 par Jean de Sta- 

velot ; cf. Scheler; Notice sur deux mss. de Turin, p. 73 . 

— A moy entendus mes amis. 

— — — 105 — 5. — Glorieux Diex qui me fus 2 . 



1 . Il ne m'est pas possible de donner le début de la leçon contenue dans ce 
ms., une décision bien peu justifiable, je n'hésite pas à le dire, ayant autorisé 
le prêt à l'étranger de ce ms. qui est d'un prix infini, et par son ancienneté, et 
par le grand nombre d'ouvrages, dont plusieurs uniques, qu'il contient. 

2. J'emprunte les incipit des mss. de Bruxelles au Catalogue des mss. de la 
Bibl. roy. des ducs de Bourgogne, t. I. Le Doctrinal de sapience contenu dans le 
n° 10397, et <I ue mentionne M. Stengel, Durmart, p. 460, paraît être un 
ouvrage différent de notre Doctrinal. 



22 P. MEYER 

Londres, Musée brit., Harl. 978, fol. 124. — Oez seignurs entendez que Deu 
vus beneïe. 

— — — 4333, fol. 105 b. — Signor or eseoutés que Dex vos benoïe. 

— — Egerton 745, fol. 207 b. — Seigneurs or eseoutés que Diex 

vous beneïe. 

Oxford, Bodleienne, Digby 86, fol. 177. — S'il estoit uns fr aunes homme ki me 

vousist entendre. Stengel, Notice du ms. Digby, p. 69. 

— Jésus Coll. 29, fol. 20 1 . — Si eeofust un riche heome ki me vousist entendre. 

Berne, 113, fol. 202; copie à la Bibl. nat., Moreau 1727. — Certes bone 

cose est de bon entendement. 
Turin, fr. 134 (L. V. 32), fol. 62. Scheler, Notice, p. 731. 

A ces mss il faut ajouter l'ancienne édition (vers l'an 1 500) mentionnée par 
M. V. Le Clerc, Hist. litt., XXIII, 240. 
La leçon du ms. add. 1 5606 commence ainsi : 

Anseignemans de Doctrine. (f. 118 b) 

Soignor, or escoutez, que Dex vos benohie ! 
S'orrez bons mos noveas qui sont sanz vilenie, 
Ceu est de doctrinau qui ansoigne et chastie 
Lou siegle, qui se gart d'orguer et de folie. 

Certes bone chose est de bon antandemant... 
Fin (fol. 122 b) : 

Cest doctrinau doit on apanre et retenir, 

De bons ansoignemans ne puet nuls maux venir. 

Qui bien les retienra Dex l'an doint bien joïr. Amen. 

XVIII. — Pour chatoier les orguilloz. 
Pièce que je crois inédite, et qui sera publiée à la fin de cette notice. 

XIX. — Les quinze signes de la fin du monde. 

Le jugement dernier et la description des quinze signes qui doivent le précéder 
sont l'un des lieux communs de la poésie du moyen-âge. On peut voir sur les 
origines de cette croyance et sur la littérature qui en est sortie un mémoire de 
Mlle Caroline Michaelis dans YArchiv fiir d. Studium d: neucren Sprachen, XLVI, 
33-60. Le petit poëme que nous avons ici a eu le plus grand succès, tant en 
France, où il a été composé, qu'en Angleterre où il a été souvent copié. Mais 
tous les exemplaires ne sont pas également complets. Plusieurs commencent à 
ces vers qui manquent dans notre ms. par suite d'une omission, mais que j'ai 
rétablis en note : 

Se ne vous cuidoie anoier 

Ou destorber d'aucun mestier *. 



1. M. Scheler, qui disserte sur les différences des leçons de Bruxelles et de 
Turin, a malheureusement négligé de citer le commencement de chacune d'elles. 

2. Une preuve évidente de la grande popularité de cette pièce est que ces 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 2} 

D'autres plus loin encore (v. 49 du ms. 1 5606) : 

Qui or veut oïr la mervoille 

Envers qui rien ne s'aparoille 1 ; 
de sorte qu'à s'en |tenir aux indications des catalogues, on pourrait prendre 
pour des poëmes différents ce qui n'est qu'un seul et même poëme plus ou moins 
complet. Aussi ai-je soin, dans la liste qui suit, d'indiquer entre parenthèses le 
vers par lequel débute chaque exemplaire : 
Paris, Bibl. nat. fr. 834, fol. 126. — Oez trestous communément. 

— — — 837, fol. 112. — Oez trestuit communément. 

— — — 1533, fol. 33. — Or oez comunement. 

— — — 2094, fol. 194. — Oez trestuit communemant. 

— — — 2168, fol. 186. — Se ne vos cuidaisse anuier. 

— — — 12483 (anc. Suppl. fr. 1132), fol. 142. — Se ne vous 

cuidasse ennuier. 

— — — 19152 (anc. S. G. fr. 1239), fol. 24 v". — Se ne vos qui- 

dasse annuier. 

— — — 20040 (anc. S. G. fr. 1659) fol. 105. — Oies trestuit com- 

munément. 

— — — 25545 (anc. N.-D. 274 bis), fol. 104. — Oiez signor, 
communalment. 

Arsenal, B. L. fr. 288, fol. 97 r°, col. 3. — Je donne en note le début qui 
est particulier 2 . 



deux vers ont été reproduits sans changement dans un poëme sur l'histoire de 
J. C. et de la vengeance tirée de sa mort par Vespasien : 

Se ne vos cuidoie anoier 

Ou destorbe[r] d'aucun mestier, 

De la venganche vous diroie 

Que fist li rois Vespaziens... 
(Turin, ms. fr. 36, dans Stengel, Mittheilungen aus franzœs. handschr. d. Turincr 
Univ. Bibliothek (1874, P* 22 '- — L'emprunt ne s'est pas borné à ces deux 
vers ; toute la partie précédente du prologue paraît avoir été transcrite, 
autant qu'on peut en juger d'après les extraits cités par M. Stengel qui, ne 
s'étant pas aperçu de cette imitation, ne nous a pas donné les moyens de faire 
une comparaison complète. 

1 . Encore deux vers devenus populaires. Dans la traduction de l'Evangile de 
Nicodème par André de Coutances : 

En Jérusalem tel merveille 

Qu'a nule rien ne s'apareille. 

(Musée brit., add. 10289, f°'- 8° c). 
Dans le Fergus de Guillaume : 

Fergus esgarde la mervelle 

A cui nule ne s'aparelle. 

(Edit. Martin, 1872, 115, 9-10). 
Au début du Boucher d'Abbcville (Barbazan-Méon, Fabliaux, IV, 1) : 

Seignor oies une merveille 

Conques n'oïstes sa pareille. 

2. Or entendez .j. trouvement Court encontre le firmament. 
Qui ore est fet nouvellement Li planettes ne sont pas lent, 
Tel que nous n'avons pas evus, La nature des elemens, 
Confaitement Zodiacus Et la seducion des vens, 



24 P. MEYER 

Lyon,Bibl. de la ville, 584 (Cat. Delandine, n° 645)'. Qui oreviaut oïr la mervoille: 
Tours, 927, à la suite du mystère d'Adam, éd. Luzarche, p. 69. — Oiez, 

seignor, communément. 
Londres, Lambeth, 522, fol. 150. — Se jeo nevus quittasse ennuyer. 
Oxford, Corpus Chr. 36, fol. 46. — Se ne vos cremisse enuer. 
Cambridge, Univ. lib. Gg. I, 1, fol. 1 1 1 b. — Oiez tuz communalmcnt. 

— Caius Coll. 435, p. 139. — Se ge ne vos cuidaisse enuier-. 

— S. John Coll. B. 9, fol. lij b. — S'il ne vous devoit estimer. 
Berne, 3 54, fol. 60. — Se ne vos cremisse enuier. 

Des XV signez aez memore. (fol. 1 24) 



[6 



Oez trestuit cjmunemant 
Dû nostre sires nos reprant : 
De ceu que tote créature, 
Chascune selons sa nature, 
Requenoit meauz son creatour 
Que hôs ne fait ; s'a grant 
[delour. 
Mas hôs de lui servir se foint, 
De quoi nostre Sires se plaint 
Qui nos ama tant bonnemant, 
De canque ai soz loufirmemant 
Nos hai donné la soignerie, 
Etchascuns denoslouguerrie: 
Muez bestes, ors et lions, 
Oiseaus, serpans, de mer poi- 
sons, 
Ciel et terre, souloi et lune ; 
Et des estoilles n'i ai nule 
Qui ne face ceu qu'ele doit. 
Et hons que fait qui tôt ceu 
[voit ? 



Tant $> est ploins d'iniquité 

20 Qu'i n'ai de lui nule pidé. 
Plus velontiers ouroit 9ter 
9mant Rolans ala joter 
A Olivier son çpaignon 

24 Qu'i ne feroit la paission 
Que Dex sourit a grant aan 
£ lou poichié d'Aive et d'Adâ. 
Ç quoi sûmes nos orgoilous ? (b) 

28 Hé lias, chaiti, jamorronsnos! 
Ou est qui £ nos bien ferai 
Cant l'arme dou cors partira ? 
Certes, nostre ami ploreront : 

32 C'esttozli biens qu'inosfaront. 
Ha eciant nos occions, 
Nos qui Damedeu guerraons. 
Mot an aront grief jugemant 

36 Après ces siegle trespassant ; 
Car cant ses siegles fenira, 
Nostre Sires signe ferai, 
Ceu nos recûte Jeremies, 



Ou destourber d'aucun mestier 
Des .xv. signes vous deïsse, 
Que ja mentir ne vous queïsse, 
Toute la pure vérité... 



Car li uns est en Orient 

Et li autres en Occident, 

Et li autres vers mienuit. 

Pour Dieu, seingneurs, ne vous 

Ne vous doutasse a anuier [anuit. 

1. Ce ms. contient aussi (ff. 1 à 8) la Passion dont 'j'ai cité précédemment 
(Romania, V, 473) les premiers vers d'après un ms. de Tr. C. C. Le même 
ouvrage se trouve encore dans les mss. B. L. fr. 288 (fol. 18 v°) de l'Arsenal, 
3430 (fol. 1 12) de Vienne, et enfin a été intercalé dans les textes des XV signes 
tel que l'offre le ms. 20040. 

2. Voy. sur ce ms. Romania, IV, 385. 

14 Le ms. omet ici deux vers ainsi conçus dans le ms. de Tours : 

Font quanque il deivent sans tristor 

Et gracient tuit lor creator. 
38 // y a ici une omission, causée probablement par un bourdon, que je réparc 



MS. BOURGUIGNON 2$ 

56 Qui tant doit estre redotée : 
Dou cié chorra plue sanglante : 
Ne cuidiéspasquejevos mante: 
[(fol. 124 v°) 
Tote chose an ert colorée ; 

60 Mot aurat i âpre jornée. 
Li âfant qui a naistre seront 
Dedans les vantres crieront : 
« Marci, rois Dex omnipotans, 

64 « p ceu ne queresaint ja naistre 
« Que naisquesaint a ce iour, 
« Quetoterienssoufredelour.» 

Li primex jors sera itaus, 

68 Mas li secuns sera plus maus, 

Car dou ciel charront les es- 

[toilles : 

Ceu ert une grant merevoilles . . . 

La popularité de ce petit poëme s'est étendue jusqu'au midi de la France. Le 
ms. Bibl. nat. fr. 1745 (fol. cxxj v°et suiv.) en contient une version provençale 
dont voici le début. Je place à droite des chiffres de renvoi au texte précédent. 

No so cell home ta fello, 



NOTICE SUR UN 

40 Jerobabel et Hisaies, 
De Babiloigne Daniel, 
Et si l'aforme Ezechier, 
Aaron, Amon et Moisès, 

44 Tuit li autre pphete après, 
.j. pou devant lou jugemant 
Tuit li félon seront dolant. 
Dex montrera sa poeté 

48 Ou siegle de sa maeté. 



Qui or vet hoir merevoilles 
Anvers cui riens ne s'aparoille, 
Dreceoit son chief , si me regart : 
Je li dira bien de quel part 
Viendra la grant mesavanture 
Qui passera tote nature. 



52 



Or escoutez de la jornée 



Ar escotas so que ieu diray, 
Que totz escrigz trobat ho ay 
Els libris de antiquitatz 

4 Que son escrigz de veritatz, 
Si co l'escrig san Jeronimes 
Cant ell parletz dels .xv. signes. 
Al jorn de la fi d'aquestz mon, 

8 Can totas cauzas periran, 

Fara Dieus per sa gran benananssa 
En .xv. jorns tais demostranssa 



12 Si vas Dieus ha sa entencio 
Ni .j. pauc mi vol escotar, 
Que nol convenga a plorar. 
Cantz aquest secgle fenira 

16 Nostre Senher signes fara ; 
So nos recomta Jeremias, 
Zorobabel et Ysayas, 
E si ferma Ezechiel 

20 E la propheta Daniel, 



[3] 



d'après le ms. 837 : 

Quant icest siècle fenira 
Et Diex aus bons joie donra. 

Se ne vos cuidoie anoier 
Ou destorber d'aucun mestier, 
Des .xv. signes vos deïsse, 
Ainz que remuer m'en queïsse, 
Toute la pure vérité. 
Seignor vendroit il vos a gré 
A oïr la fin de cest mont, 



Que toutes choses fineront? 
N'a soz ciel homme si félon, 
Se vers Dieu a s'entencion 
Et .j. pou me veut escouter. 
Que ne l'estuece ja plorer ; 
Quar, quant li siècles fenira 
Nostre Sires signes fera ; 
Par .xv. jors voudra moustrer 
Signes qui font a redouter. 
Ce nous raconte Geremies. 



64-5 Corr. queresains, naisquesains. 

2 Dans loti escrigz, comme aux vers suivants dans antiquitatz, veritatz, et ailleurs 
encore, on remarquera que le copiste met à la fin des mots un z qui n'est justifie par 
rien. Cest p.-c. un simple ornement d'écriture. 



26 P. MEYER 

Nathan, Amon e Moyzens, Tota la terra n'er coltada, 

Motz d'autras prophetas après. Motz y aura aspra rozada. 

Um pauc enan lo jutjamen, Los efans que natz no ceran 

24 Cant li malvays ceran dolen, 40 Dedin los ventres cridaran 

Mostrara Dieus sa magestatz Ab clara vos motz autamen 

Et en terra sa pozestatz. Merce a Dieus omnipoten ; 

... r . E diren ho totz en ayssi : 

Qu> vol auzir las merav. has [49] (( R , ori Senher merci , 

28 Vas cuy res no si aparelha, % ^ ^ esser ^ 

Endregz son cor j. pauc m esgartz, y car venrem g n 

Et ieu diray h daus cal partz ^- ' n 

Venra la grans deszaventura g En ^ ^ ; 

32 Que passara tota mesura. ^ <( ^ ^ ^ ^.^ do]or , 

Ar entendes de la(s) jornada(s) [5 s] Ar tornaray a ma razo, 

Que tan deu esser redobtada(s) ; Et escotas tug mo sermo. 
Non cujes pas que ieu vos menta : 

36 De cel cayra plueia sancnenta, Lo premier jorn cera motz fers... 

XX. — La Pleure-chante. 

L'Histoire littéraire, XXIII, 253, n'a consacré que cinq lignes à cette pièce 
qui se recommande non moins par le mérite de la forme que par l'intérêt du 
fond. Elle a du reste été publiée deux fois. D'abord en 1834 par H. Monin 1 , 
puis en 1839 par Jubinal, dans les notes et éclaircissements de son édition de 
Rutebeuf (i re édition, I, 398; 2 e édition, III, 91-9). Elle a été très-souvent 
copiée. Voici une liste, probablement incomplète, des mss. où elle se rencontre : 
Paris, Bibl. nat. fr. 837, fol. 335 (texte de Jubinal). 

— — — 12483 (anc. S. fr. 1 1 32), fol. 210. 

— — — 191^2 (anc. S. G. fr. 1239), fol. 103. 

— — — 25408 (anc. N.-D. 273 bis), fol. 109. 

— Arsenal, B. L. fr. 283, fol. ceci. 
Lyon (Texte de Monin). 

Bruxelles, 9411-26, fol. 78 v°. 

Londres, Musée brit., Harl. 4333, fol. 101. — Cf. Romania, I, 208. 
Ashburnham place, Barrois 305; cf. Delisle, Bibl.de VEc. des Chartes, 6, II, 25 1. 
Turin, fr. 134 (ou L. V. 32), fol. 58. Cf. Scheler, Notice, etc., p. 73. 

De la plure-chante, hesloire. (fol. 1 27 a) 

De celui aut soignor qui an la crois fut mis 
Lou jor dou grant divanre, si com l'estoire dit, 
Saint ciz benoît e a bone fim pris 
Qui .j. pou entendra des biens que j'a apris. 

Mot vaut meuz plore-chante que ne fait chante-plore : 
Cil qui s'anvoise et chante e an pechié demoire 

1 . La Pleure-chante, prose (sic) morale et religieuse en roman du XIII e siècle. 
Lyon, 1834, 16 p. in-8°. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 27 

Prorera (sic) an anfer, ja n'ert qui lou secoire, 
Antre les Satanas qui sont nor cjme moure. 

Et de la plore-chante savez que senefie?... 

XXI. — Vie de saint Denis. 

Traduction de la vie latine qui se rencontre dans une infinité de mss., et qu'il 
ne faut pas confondre avec celle qu'on attribue à Fortunat, et qu'ont publiée les 
Bollandistes (9 oct.). — Inc. (fol. 130 a) : 

Des apostres qui anoncient la loi nostre Signour Jhesu Crit. 

Après la preciouse mort que nostres Sires, verax Dieu et verax hons, 
vout sofrir an la sainte veraie croiz j> lou salut dou monde, et après sa 
résurrection et sa gloriouse ascension, qu'i monta es sains ciels, et siet a 
la destre de son père,.... 

La même version se rencontre en plusieurs mss., notamment Bibl. nat. fr. 
696, fol. 1 ; 1040, fol. 145 ; Troyes, 19^. 

XXII. — Le Dit de Guillaume d'Angleterre. 
C'est le poëme que M. Fr. Michel a publié en 1840 dans le t. III de ses 
Chroniques anglo-normandes, d'après le ms. B. N. fr. 24432 (anc. N.-D. 198). 
Je ne connais pas un troisième exemplaire de cette pièce. — Inc. (fol. 140) : 
Por recorder .j. dit sui ci endroit venuz. 
Dex gart touz ceoz et celles dont serai entenduz ! 
De .j. roil (sic) voz veuz parler de qui fut maintenuz 
4 Li pahis de Ingleterre ; or est s'arme laissuz. 

En la joe des cielz ou tuit porrons aler 
La fome 9 lou roi dô je vos veul parler, 
L'Escriture tesmoinne car qui vet aut monter 
8 II ne doit pas grant fais desuz son col porter ; 

Et c'est escrit que richez qui ne vet dire tien 
N'antrerai en la gloire dou Dex maint et li suen... 

XXIII. — Le livre de Sapience. 

Compilation de maximes bibliques évidemment traduite de quelque auteur 
ecclésiastique des bas temps. — Inc. (fol. 152 a) : 
Li livres de sapience. 

Li 9mancemanz de sapience est la paors de Deu. Et dit Salemons li 
saiges : A ces qui dotent Deu riens ne lor faut, ne a ces qui l'ainment 
an vérité. Et David dit : Nostre sires [d) Dex fera la velonté a ces qui 

XXII.— Var. du ms. 24432. — 6 Se faison corn. — 7 que qui v. — 9 c'un 
r. — 10 ou D. — 10 N'enterroit. 



28 P. MEYER 

lou doteront ; et lor prières orra et les fera saus. Et sain Jehans dit li 
apostres : Qui dotera Deu, mont ferai biem. De ceu dit .j. saigez : Se 
tu doutes Deu si te doteront totes choses qui te verront... 

XXIV. — Ci ymence li salmons de Cloisîre espirituel, qui doit estre en 
chascune arme, et vient en moralité au cloistre matériel. (fol. 156 c) 

La sainte arme qui [corr. cui) force d'amour fait languir li fait dire la 
bonté de son ami et de son espouz, quar n'est pas merevoille cui agui- 
lons point se il saut. Si se vante la damoisele de son ami .qui la menere 
ou déduit ou celier au vin... 

Il me semble qu'il y a une lacune, dont je ne puis mesurer l'étendue, après le 
feuillet 1 $6 qui termine un cahier. Voici les derniers mots de ce feuillet et les 
premiers du suivant : 

Fol. 1 56... Cis cloistre doit estre poins de quarriaux de .vij. colors : 
li première est pidiez des amis charnez qui Deu servent ; li segons es 
despiz dou monde ; li tiers est despiz des choses tëporez. 

Fol. 157. C'est de la necteé de Jhesu Crist, de violete de umilité, de 
roses de pacience... 



Le ms. se termine, ainsi qu'il a été dit ci-dessus (p. 2), par trois feuillets 
maintenant numérotés de 160 à 162, mais qui autrefois étaient placés au com- 
mencement du volume. Les deux premiers portent encore les n"" j et ij ; quant 
au troisième, qui devait porter le n° iij, il a été rogné d'un peu près, et le 
chiffre a disparu. Ces trois feuillets étaient autrefois dans le corps du ms. Ils 
ont été coupés (probablement à cause de quelque faute de copie) et remplacés, 
de la même main, par de nouveaux feuillets, véritables cartons qu'on a insérés à 
leurs places respectives. Le folio 160 commence par ces vers Conques Dix 
n'ama ypocritc | Ja n'avra s'amor ne sa grâce... qui sont aussi les premiers du 
fol. 30. De même le fol. 161 a cédé sa place au fol. 3$. Quant au troisième, le 
fol. 162, je n'ai pas trouvé à quel feuillet il correspondait. On voit que l'usage 
de certains bibliophiles, qui font relier à la fin du volume les feuillets remplacés 
par des cartons, ne date pas d'hier. 

Je vais maintenant extraire du ms. addit. 1 5606 deux pièces que je crois 
inconnues. Viendront ensuite quelques observations sur la langue du ms. 

Les deux Chevaliers. 

Ces deux chevaliers étaient deux frères dont la vie était bien différente. 
L'aîné, tout en dévotion, ne songeait qu'à faire pénitence et à assurer son salut 
par des bonnes œuvres et des actes de piété. Le plus jeune au contraire menait 
une vie élégante et somptueuse. Il se peignait quatre fois le jour, nous dit le 
poète ; il passait son temps aux tournois et aux fêtes. Il y avait acquis un grand 
renom, et selon l'expression proverbiale de l'auteur « d'armes avoit passé 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 



29 



Gauvain » '. Un jour il tint une cour et y invita son frère. Celui-ci y vint, mais 
sa tenue faisait un singulier contraste avec celle des autres invités. Tandis que 
ceux-ci étaient tout au plaisir, lui songeait aux joies du paradis , et 
personne ne le vit rire. On s'en étonne : son jeune frère, perdant patience, veut 
le contraindre à paraître joyeux, et n'y parvenant pas, le défie. L'aîné rentre en 
son château et se met en défense, prévoyant bien qu'il allait être attaqué. Il le 
fut en effet dès le lendemain. Désireux d'éviter une inutile effusion de sang, 
l'aîné propose au cadet de vider leur querelle par un combat singulier. Celui-ci 
accepte, et, contre toute attente, est mis hors de combat et obligé de rendre 
son épée. Le vainqueur emmène son prisonnier dans son château, le fait désha- 
biller, et ordonne à deux chevaliers de lui appuyer leurs épées contre le corps 
au point que le sang coule. — « Ris donc maintenant! » lui dit-il. Mais celui-ci 
n'en a guère envie. — « Moi non plus, » reprend le frère aîné, « je n'ai point envie 
« de rire lorsque je songe aux peines de l'enfer. » Puis il lui pardonne, et 
désormais ils vécurent en bonne intelligence, le cadet consacrant, lui aussi, sa 
vie à la pénitence. De longues années après ces événements, le frère aîné se sen- 
tant mourir, recommanda à sa femme de lui faire ouvrir le cœur quand il serait 
mort. Elle le fit, et on y trouva l'image d'un crucifix. 

Je ne connais aucun autre texte, aucune autre rédaction de ce pieux récit. Il 
y a dans le ms. Bibl. nat. fr. 24432 (anc. N.-D. 198), fol. civv°-cvij, un petit 
poëme en quatrains intitulé le Dit des .ij. Chevaliers, mais qui n'a aucun rapport 
avec celui dont le texte suit. 



Dou pechié d'orgueil laissier. 

(fol. 110 b) [naire, 

Frainche gent douce et debo- 
.j. pou vos veuz prier défaire 
Pais por oïr raison certene. 

4 Jhesu Cris qui vit et qui règne 
9m (e) sires, com rois , orne Dex, 
Li nostre père droiturex, 
Rois dou ciel et [rois] des ar- 
ranges, 

8 Rois des apostres et des anges, 
Rois desus tote créature, 
Fiz de [la] Virgenate et pure, 
La saintime pucele monde, 

1 2 Li grans sires de tôt lou monde 
Qi_ sus tote rien ai puissance, 
Vos gart de tort et d'acusance, 
Et d'anc)brier et de contraire, 



16 Etnosdointasibonchiétraire 
C'atex ovres puissains amordre 
Qui soaint a rahôplir l'ordre 
Laissus an la gloire celestre, 

20 Por devers la partie destre 
Dou roi qui pas n'ainme boidie . 
Signor, ne cuidez que je die 
Chifles ne gas d'avau la vile, 

24 Ains vos di selonc l'avangile 
Qui dit an fine vérité 
Que hôs qui vient an charité (c) 
Qu'i vientan Deu et Dex an lui , 

28 Dex est toz jors avec celui 
Qui vit et se tient natemant 
An bonne foi onestemant, 
Ansinc com li lois lou omande. 

3 2 Mas ne cuidez que je vos mante 
A devisier la cjmandise, 



1. Cf. par ex. R. Vaqueiras : 

Vencut agr'a sobrier 

D'aventura Galvanh. [Lex rom., I, 365). 
26-7 vient, Corr. maint; cf. I Joan. iv, 16. 



}0 P. MEYER 

La loi, les poins, de sainte 
[Eglise : 
A pièce achivé ne l'avroie, 76 

36 Ou estre puet que ne savroie. 
y ceu ne m'an veis antremotf r]e, 
Mas je vos veis an romant 
.j. essample beal a oïr [motre 80 

40 Dun tuit iciz porront joïr 
Qui hi panseront de fin cuer, 
Car toz mal an métrons defuer, 
Orguel, avarice et anvie ; 84 

44 Mont an amanderont lor vie 
Et vers Deuetversnostre Dame; 
Prou hi avre[z] a cors e arme ; 
Nos an [ajvons bien tuit métier. 88 

48 Or oez que je veus traitier, 
Et de quoi vos fais mancion. 
D'une ante esirent dui ciun : 
L'ante, ceu fut .j. chivaliers, 92 

52 Mas ne seré ja âparliers 
De dire quex hons il estoit, 
Mas c'a bien faire s'afaitoit. 
Sa moiliers hot de li .ij. fiz 96 

56 Béas valos, saiges et soitiz ; 
Ceu furent li ciun de l'ante. [d) 
Norri furent an lor jovante 
[A] aise et furent chier an.ij., 100 

60 A tant que .j. jors fu avenuz 
Que chivaliers an fit li paires ; 
Puis morit : ausi fit li maire 
âmedui furent mis an terre. 104 

64 Li frère partirent an erre 
Hastivement lor heritaige 
An pais; de ceu firent que saige. 
Cha9s d'aux ot .j.belchateal, 

68 Bien séant, fort et riche et bel. 

Parti sont: or lor 9vientfomes; !o8 
Adonc esposerent .ij. dames. 
Noces hi ot grans et plenieres ; 

72 Gens hi ot de maintes meneres 

Qui grant joie et [grant] feste 

[firent, 



Que cant les noces départirent 
Chas9s frères an sa maison 
Se demora longe saison. 
Li ainez fut prouz et jantis, 
A Deu servir est antantis. 
An jehuner et an voillier 
Voloit lou sien cors trevailier, 
An bien et an armone faire ; 
Et chas9 jor vetoit la ère 
j> l'amor Deu nostre Signor 
Mot volontex, et san grinor 
Ne pet nos hôs soffrir sans 
Sa fome li façoit 9fort [mort. 
Qui tote sa vie savoit [(/. 1 1 1 .) 
Et mot grant pidié an avoit. 
Formant l'amoit et tenoit chier, 
Riens ne li sait que reprouchier. 
Ses sires mot la tenoit chiere, 
Que mot avoit bone menere. 
âdui meneent (mot) bone vie. 
Mas de tôt ceu n'ai nûlz anvie 
Li fraire(s) au signor qui estoit 
â son chatel ou s'afaitoit 
Et pignoit .iiij. foiz lou jor ; 
N'ere mie adès a sejor, 
Ains aloit sans delaement, 
Quant savoit .j. tornoiemant, 
Torneoit an estrange terre, 
Pris de chevalerie querre. 
Tant fit par sa chevalerie 
Qu' il hot [an] sa baichelerie 
D'armes, et grans pris et grans 
[los 
Plus c'onques n'ot li quens de 
[Los, 
Ne ciz de Bar ne ciz de Noi, 
Ciz de Blois ne ciz de Sain Poi. 
Mot hot grant pris et grant 
[renon, 
9 ne parloit se de lui non 
Près et loint an estrange terre, 
(Pris de chevalerie querre) 



101 Corr. tornoier? — m Le vers qui suit n'est sans doute que la répétition 



NOTICE SUR UN 

i 1 2 An torn[oi jement et an guerre. 
D'armes avoit passé Gauvain, 
Maint chivaliersprit de sa main 
Et maint an ferit sus l'escu. 

1 16 .j. jor hot .j. tornoi voincu, 
Lou pris hot deces qui hi furent. 
Canttornoéhont,sis'esmurent, 
Il et sa gent, por revenir [(b) 

1 20 An son pahis, qu'i vet tenir 
Grant cort de joe, qu'i savoit 
Que lou pris dou tornoi avoit. 
An son pahis est revenuz ; 

1 24 Amez i fut et chier tenuz ; 
Son frère mande que il vainne 
A sa cort, que pas ne remainne ; 
Et li predons ploins de pidié, 

128 Qui vers Deu hai tex amitié 
Qu'i ne panse a nule autre chose, 
1(1) vint : or oez la porglose : 
A la cort ot maint gentil home, 

1 $2 N'an porroie dire la some : 
Dames hi ot et damoiseles 
Acimées, nobles et baies, [joie : 
Après maingier commançai 

1 36 N[en]i ot dame (dame) qui soit 

[coe, 

Ains chantient por contancion 

Mains mos de diverses chansons 

Ciz chivalier espingnent tuit, 

140 Tex joie mènent et tex bruit 
Qu'il n'est nuls hôs, si les oist, 
An cui li cuers ne resjoïst. 
Mas li bons frères au signor 

144 Pansoit a la joie grinor, 
A la joie de paradis 
Qui est et qui sera toz dis. 
Ne li chaloit de lor paroles, 

148 De lor dis ne de lor caroles. 
Ç riens que vit ne ohit dire (c) 



MS. BOURGUIGNON }l 

Ne fut hôs qui lou vehit rire. 

Formant s'an merevoilent tuit : 
1 52 Au signor li dient plus d'uit: 

« Sire, » font il « [il] nos est vis 

« Quen'estmiebien vostre amis 

« Vostre frères, car il li pause 
156 «Decestegentquici s'anvoise; 

« N'est home qui hui lou viet 
[rire 

« Demandez j> quoi ceu est, 
[sire? » 

Li chevaliers ot la novele, 
160 Tôt maintenant son frère apale: 

« Frère,» fait il « qu'avez hahu? 

« Avez [vos] vostre sanc bahu ? 

« Estes vos iriés de mon bien ? 
164 — Frere,»faitil«neni,derien. 

— Dites moi donc pquex raison 
« Vos ne faites an ma maison 
« Joe ausi corn cil autre funt ? 

168 « Vos sospirez de cuer j>font, 

« Hui ne getastes .j. souris : 

« Ceu est f> ceu que je hai lo(s) 

[pris 

« D'armes plus que vos ; bien 

[lou sai, 

1 72 « Duel an avez. — Frère, nen 

[ai; 

(c Honques n'an hos ne duel 

[ne ire. 

— Riez do! ja vos covient rire ; 
« Riez ! car rire vos covient. 

1 76 — Non fera, car il ne m'a tiët, 
« Ne si ne suie ne autremant. 

— Ries ! car je lou vos «pmant, 
« Ou ja serois toz detrainchiez. 

180 — Frère, » fait il, « de fi 

saichiez [d] 

« Que j> ceu puis perdre la teste, 



fautive, du v. 102. On peut supposer que ce vers était écrit en renvoi au bas de la 
page dans le ms. sur lequel le nôtre a été copié, et que notre copiste l'a transcrit, 
d'abord à sa vraie place, dans le texte, puis une seconde fois par erreur à la place 
du renvoi. — 157 Ms. hôs. 



*2 



P. MEYER 

n'i fera feste, 



« Ne rira [ne 

« Ceu saichiez vos bien tôt 

[défi; 

i 84 — Non ? » fait il, « et je vos 

[deffi : 

« Se vos ocierra de ma main 

«Ainsquepartlijorsdedemain, 

« Cui qu'i poit ne cui qu'i soit 

[bel, 

188 « Se vostruizan vostre chatel. 

« Alez vos an ! » Et ciz s'an 

[tome, 

Qu'a la feste plus ne sejorne, 

Ains monte et puis se met an 

1 92 Et ciz démenèrent la joe [voe. 

Tant que ceu vint a l'aserir, 

Et il s'an vint por soi garir 

An son chatel ; il dest sa fome 

1 96 Son estre ; lor plora la dame , 

Des .ij. eauz 9mance alarmer. 

La nuit font lor portes fermer, 

Et quant ceu vint a l'andemain 

200 Li chevaliers leva bien main ; 

Sa gent ai fait d'armes garnir, 

Ne vet 9 l'an puisse escharnir. 

Son cors fit armer et sa teste, 

204 Car il crient lou fou de la feste; 

Et puis ai fait matre la sale 

Sus .j. grant destrier de Castale, 

Et si fit lou cheval quovrir ; 

208 Après fit les portes ovrir. 

Devant lui garde an la châ- 

[painne, 

Si hai veù mainte ansoigne, 

Maint panunceal et maint escu ; 

[(f. 1.2) 

2 1 2 Lor sot bien que la guerre fu. 

Dit a ses gens que [il] saut 

[soient, 

Et que j> chose que il voient 

Ne se movaint jusque il re- 

[veinne. 

216 Lor s'a part, de sa main se 

[soigne, 



220 



224 



232 



236 



240 



244 



248 



252 



256 



Si s'an va la lance baissie 
Tant qu'il vint a la chevauchie. 
Son frère apale d'une part : 
« Frère, » fait il « se Dex vos 
[gart, 
« Dites moi qu'avez an pansé ? 
« Avez por vostre cuer pansé ? 
« Volez me vos dô faire guerre? 
— Oïl, et getter mort a terre, 
« Car lou corros et l'acoison 
« Vos des hier â ma maison. » 
Li predôs tantost li respont : 
« Frère, j> Deu qui fit lou mont, 
« Il m'est avis et si me samble 
« Se mes gens et les vos as- 
[sanble 
« Se 9batent, ceu sera maus. 
« Moi et vos 9batons poraus, 
« j> tel covant que se je suis 
« Voincuz, vos auroissanzanui 
« Ma terre et tôt mon aritaige ; 
« La teste an prenez an otaige. 
« Et se vos estes j> mon cors 
« Voincuz, je vosanmanra lors 
« â prison dedâs mon chatel ; 
« Se vos ocierra si m'est bel. » 
Ciz qui cuidoit valor Rolant 
Vit son frère maigre et crolant, 

[(*) 
Bienancuidamaingiertieu .iiij. 
Ocirre lou cuide et abatre. 
Maintenant li ai dit por ire : 
« Je l'ostroi, » fait il, san plus 
[dire. 
Lor s'antrevenent li valsaul ; 
Chas9 lait core lou cheval, 
Andui orent trainchanz espiez ; 
Desus les escuz vorneciez 
S'antreferent j> tex vortu 
Que li .j. hai l'autre abatu 
Jus dou cheval âmé la prée. 
Au plus june mie n'agrée, 
j> ceu que d'armes ot grant pris : 
j> la raïne ai son cheval pris, 



NOTICE SUR UN 

Et puis avoit trait nu lou branc 
Vers lou bon predôme au cuer 
Sou va ferir £ tel air [franc. 

260 Sus l'escu qu'i an fit cheïr 

.j. grant chantel àmé lou pré. 

«Vos n'avez pas fait a mon gré, » 

Fait li predons, « p saint 

[Martin, 

264 « Mas vos aurois ja .j. tatin. » 
Lor lou fiert sus lou chapeler 
Dou eaume, si que chanceler 
Lou fit : tant estoit eslordiz. 

268 Tant duremant fut estordiz 
Qu'i ne sot a dire ho ne non. 
Autre foiz lou fiert li predon, 
Et ciz cheït toz estandu, 

272 A son frère ai lou branc randu ; 
Marcicrie, et li predons saut, [c) 
Se dit : « Vos an vanroiz an aut, 
« An prison, tôt a ma marci, 

276 « Et si vos desarmés ici 

« La teste, car plus ne vos 

[quier. » 

— Frère, » fait il « mot ve- 

[lontier. » 

Il se desarme, et li predons 

280 Apale de l'ost .j. garceon 
Qui lor ai randu lou destrier 
Que il monte por les estriers. 
Au garceon di(ent qu'il aile tost 

284 La novele conter an l'ost, 
Que pais est, et chascuns s'an 
[aile. 
Que ciz lor ai conté sanz faile 
Cil de l'ost oient la novele : 

288 N'i ot celui cui ne fust baie : 
Tuit se départent, si s'an vont. 
Et li frère ou chastel amont 
Sont venu mot ativemant ; 

292 Et li aînez soutivemant 



MS. BOURGUIGNON 33 

An apale .iij. chevaliers, 
Ardiz [et] coraigeuz et fiers : 
« Or tost ! » fait il « prenez 
[mon frère : 

296 « Une grant paor et amere 
« Li faites, car je lou cjmant, 
« Et si vos dira bien ornant : 
« Desarmez lou, a une espée 

300 «Taignechascunslongueetlée, 

« Et desoz chascune memale 

« Li anpointiez sus la forcele 

« Une espée et por darrier 

[l'autre ; 

304 « Ne n'i ait ja ne .j. ne autre (d) 

« Nefacesanblantde l'ocierre. 

« Poignez cant vos lou m'or-' 

[roiz dire 

« .j. pou, si que voe son sanc 

3 08 « Coler tôt contraval son flanc ; 
« Mas ne m'ociés pas mon frère : 
« Andouz nos porta une mère, 
« Et .j. paires nos angendra. 

3 1 2 « Mas je suis ciz qui lou vâdra 

« Sa felor, car trop fou lou 

[truis. 

«Predommeanfera,sejepuis.» 

Ausinc 9 li predons lou dit, 

316 Cil lou firent sanz contredit : 
Desarmé l'ont et desvetu. 
A pures braes trestot nu ; 
Chas9 ti ent une espée grant, 

320 Li .j. au destre bras l'en prant 
Et li autres £ lou senestre ; 
Or ai il bien trové son maistre, 
Car desoz chascune memale 

324 Li apoinent une alemale 
Trainchant, agùe e afilée ; 
Por darrier fu la tierce espée 
Droit adroit ou les autres sont. 

328 Li predons lor escrie adont, 



299 a est pour et, comme aussi au v. 368. — 309 Corr. Mas que? — 312 lou 
vandra? corr. li taudra? — 326 Je ne vois pas bien de quelle main était tenue celte 
troisième ip'ee. 



54 P- MEYER 

Si 9 por ire, fieremant : 

« Poignez! car je lou vos 364 

[cjmant. » 
Cil lou poignent, etiltressaut; 
332 Li sanc $ mé les plaes saut, 
Contraval li descent et raie 
A terre de chascune plaie. 368 

Cil sent la delor, si frémit 

[(f- H3) 
336 Ses frères lou voit, se li dit : 

« Ri, frère, ri! o[r] ri, o[r] ri ! 372 

— Non fera : j'a lou cuer 

[marri. 

« 9mant rira ne â quex guise 
340 « Quivoitnequisantsonjuïse? 376 

« De paor hai lou cuer marri 

« Ne ja n'atan nule marci, 

« Ains atan la mort arestaul ; 
344 « Et cop d'espée me font maul 380 

« Don ciz chivalier me font 
[guerre. 

« Si voi mon sanc cheïra terre. 

«Texduelaiquejenepuisdire, 384 
348 « De joe faire ne de rire. 

— NonPfrere, dites vos de voir? 

— Oïl. — Don povez [vos] 

[savoir 
« Que ausi corn vos estes ore 388 

3 5 2 « Ere je lor e plus ancore 
« Destroiz, car plus erent poi- 
[gnanz 
« Et angoissoz et detrainchanz 
« Les espées don je santoie 392 

356 « La delor, don pansisestoie; 
« Car je pansoie a la delor 
« D'anfer qui me tôt la quelor. 
« Car tex paor me fait anfers 

360 « Qu'in'aisusmoineosneners 396 
« Ne frémisse cant m'e[n] sou- 
tient, 
« Si que de joie ne me tient, 



« Ne nuls tans ne nule saison. 
« Or raies an vostre maison, 
« Car je ne vos ocierra pas, 
« Mas de mau faire soi[e]z las. 

« Pansez an bien dès ore mais, 
« Ansinc avrons moi a vos 
Ciz li otroe qu'i sera [pais. » 
Predons, gimais mau ne ferai. 
Il dit vor, car puis predons fu : 
Puis ne porta lance n'escu, 
Ains mena puis vie d'ermite 
Por amor dou saint Esperite. 
Et li predons qui hot esté 
An sainte vie maint esté, 
Et maint iver et maint termine, 
Sait de fi (que) sa vie define : 
Déclinant va, ne pet plus vivre. 
A sa fome dit a délivre : [doi. 
« Dame, je muer, foi que vos 
« Fariez vos or riens j> moi? » 
La bonne dame li respont : 
« N'est riens c'om puisse faire 
[ou mont 
« Que j> vostre amor ne feïsse. 
(Manque un vers) 

— Feriez ore, chiere dame ? 

— Oïl, sire, saichiez, por 

[m'arme. 

— Don vos pri cant je sera mors 
« Que vos facez ovrir mon cors; 
«S'an faites fors traire lou cuer, 
« Saichoiz que vos hi avroiz 

[buer. 
« Tant soulement faites j> moi 
« Lou cuer faitez fandre j> mi: 
« Si vorroiz qu'il avradedanz. » 
La mors li fut antre les danz : 
Cant ot ceu dit morir l'estut. 
Et la dame, si 9me il dut, (c) 
Fit vitemant, sanz sejorner, 



343 II faut entendre a estai. — 347-8 Ces deux vers se lient mal. Le second est 
p.-ê. le début d'une phrase dont la fin manquerait. 



NOTICE SUR UN 

400 Lou cors an tex guise atorner : 

Ovrir ; s'an fit traire lou cuer ; 

Et cant li cuers an fut mis 

[fuerisi, 

Fandre lou fit, saichoiz de fi : 

404 Dedanz trova .j. crucefi, 

(D)ou cuer moimes ; saichez 
[don 
Hons qui panse an Deu anj>fon, 
Veraement, de cuer antier, 

408 Deauble nou panst anginier ; 
Mas ne croit Deu neson povor. 
Et Dex ne se fait pas veor 
A cha9, ne il n'est mie tans, 

4 1 2 Mas dou deable ai bon desfans 
Hôs qui sert nostre creatour, 
Car avec lui et tôt antour 
Sont li messaige Jhesu Crit, 

416 Si 9 nos trovons an escrit. 
Qui or lou porroit tant amer 
Qu'i pohit son cuer antaumer 
Tant que li fiz Deu hi antrat 

420 Et que ses autex i orat(?), 
Buer seroit [ciz] nez de sa mère, 



MS. BOURGUIGNON ' ^ 

Et buer angendrezdeson père. 
Hé! Dex! ilne remaint c'annos, 

424 Carausi[bien],cesaichiezvos, 
Venroit Dex p nos consoilier. 
S'aprenez por lui a voilier 
Voiliez 9me por icelui 

428 Qui ses services abeli [(d) 
Tant qu'i l'avoit escrit ou cuer, 
Ne unques n'an hexit defuer, 
Ains vequit et usa sa vie 

432 An charité sanznule anvie. 
Hé! Dex! qui de son digne cors 
pist charité, et prit la mort 
De mort an crois j> nos secorre 

436 De nos poichiez, et vout res- 
Sa proie qui est aculie, [corre 
Cil nos destort de l'asailie 
Dou deable, qu'i ne nos face 

440 Dommaige et ne nos anlace ; 
Et ma dame sainte Marie 
Vers lui nos an soit an ahie, 
Sains Pou, s. Pères et s. Jehans 

444 Respondainttuit: Amen, amen. 
Si faut des .ij. chevaliers. 



Enseignement moral. 

Cette pièce est écrite en sixains de vers octosyllabiques rimant par aab aab, 
forme qui a été fort employée jusqu'à la Renaissance. C'est notamment celle 
des fables du xm* siècle publiées en 1834, d'après un ms. de Chartres, par 
Gratet-Duplessis ', et des Ténèbres de Mariage (fin du xv" siècle ou commence- 
ment du xvi e ), réimprimées par M. de Montaiglon dans ses Poésies françoises, 
I, 17. Tel est aussi le type du sixain donné dans Y Art de rhétorique, également 
réimprimé par M. de Montaiglon (III, 121) 2 . Quant au fonds il se compose de 
lieux communs de morale. On ne trouve dans ces strophes guère de ces traits 
précis qui donnent à certains dits relatifs aux états du monde un réel intérêt 
pour l'histoire des mœurs. Néanmoins, comme ce petit poëme ne se trouve pas, 
à ma connaissance du moins, dans nos mss. de Paris, j'ai cru utile de le 
publier. 



409 Vers corrompu? — 428 Corr. Cui. 
-437 est, corr. ert? 



434 Corr. l'amors. — 436 et vout? 



1 . On en trouvera une dans mon Recueil d'anciens textes, partie française, n° 32. 

2. C'était aussi une des formes du sixain dans la poésie provençale. En fran- 
çais la forme qui a prévalu est aab ccb. 



36 



P. MEYER 



^4 



?0 



Por chatoier les orgueilloz. 

(fol. 122 b) 
Por orguillors humilier 
Vos veul .j. 9te desploer 36 

Que j'a apris novalement, 
Dô maint se porront chatoier 
Quant il l'ouront pronuncier, 
S'il hont sanz neantandemant. 

On doit bien oïr e antandre 

j> ansoignier et j> aprandre 42 

Bon 9te et bon dit ausimant, 

Ceoz don on pet exâple panre 

Et de folie soi reprandre 

Et contenir plus saigemant. 

Qui saigement se vet tenir 

Ces monde li covient air 

Et vivre â pais et ôblement. 48 

Vos vaez sovent avenir 

Que Dex ne vet orguel sofrir 

Qui dure au siegle longemant. 

Mais l'amors dou monde nos 
[tient 
Si que de Deu ne nos sovient, 54 
Ains l'avons dou tout oblié, 
Sid) nos pait il et nos sotient 
Et nos donne ceu qui covient. 
(Manque un vers) 

Il nos daùt bien sovenir (c) 

Que Dex vot a onte morir 60 

Por nostre vie restorer, 

Et an ces monde vot venir 

Et humblement soi maintenir 

Ç> nos aidier a ceu covrer. 

Qui plus ai richesce e anour, 
Si doute moins nostre Signour, 



Et ait armone et charité ; 
Mas.j. pou fait sanblant d'amor 
Li riche(s) au pauvre eau menor 
Tant que il l'a deserité. 

Il n'i hai leauté ne foi, 
Nepointdebienne pointdeloi, 
Foi ne justise ne droiture, 
Ceu font li maistre de la loi, 
Li prince, li conte et li roi. 
Il ne lor chaut dou motre cure. 

Ou monde ai tant de convoitise 
Que nus n'ai riens qui lisofise, 
Ja tant, saicheois, n'avra 
[d'avor. 
La chars nos resaut e atise 
Qui nos destroint et nos justise, 
p acûplir tôt son volor. 

Ahine, luxure e anvie, 
Orguel, paroce et glotenie, 
Hont si conquesté ces pahis 
Qu'i n'i remant chatelerie 
Ne bore ne vile ne abaïe [avis. 
Qu'il ne proignent, ce m'est 

Si religios hont abis 
Si hont il autant de delis (d) 
Et plus que n'ont li seculere ; 
Por néant se cavrent, ce cuit, 
Car on sait bien il i sont tuit : 
Il hont changiéreglea menere. 

Orguel, rapine et troicherie 
Portent au moignes compai- 
[gnie, 
Au grans abés e au prelas ; 
Humilitez s'an est fuie 
Mot corrocie et mot marrie 



9 Bon, ms. ban. — 20-3 Cf. ces vers du po'éme de Boue : 
Quar no nos membra per cui vivri esperam, 
Qui nos soste tan quan per terra annam, 
E qui nos pais, que no murem de fam. 



NOTICE SUR UN 

66 Qui n'aime mie tex soulax. 

Trop duremant est esbaie 
Car chivaliers ne l'aïment mie, 
Ains li sont duremant contraire ; 
Ceu fait la chars, nostreenemie, 
Qui onques ne fit bonne anvaïe, 
72 NeriensquiaDieudahutplaire. 

Hé ! chetis mondes soufraitous 
Et decevans e angoisouz,[chié, 
Ploins de soufraite et de poi- 
Mondes cruex e orguillos, 
Nos ne vivrons que .j. jor ou 
78 Marnoshisumesaloichié! [.ij.; 

Ces mondes nos est essanple- 
[reis) 
Que nos devons nos cuers re- 
faire 
D'amer li et de matre cure, 
Car il i ait trop a refaire, [gaire 
Nuns [hom] n'i pet demorer 
84 Qui n'ait poinne et maie avan- 
[ture. 
Ou monde ai tant de mauvaitié, 
Huies sains, (et) demain desai- 
[tié; 
Li plus sains ai grant meladie, 
[(f. 123) 
Ou mort ou pris ou mehainié, 
Ou j>t câqu'i ai gaaigné 
90 A .j. cou, an tote sa vie. 

Fortune fait maint home riche, 
Et mat si aut et si l'anfiche 
Que il ne prise nule gent ; 
Mas an pou d'oire loudeffiche, 
Et vire .j. tour et lou refiche 
96 An povreté e an néant. 

Texestsainsquidemain morra, 
Tex rit et joue qui plor(e)ra 



MS. BOURGUIGNON 37 

Sanz recovrier et sans confort ; 
Tex va a maul qui recovra, 
Tex s'avance qui ne poura 
102 Tout acûplir devant sa mort. 

Ces mondes n'est que ruse et 
[fable, 
Il n'i ai riens qui soit esteauble, 
Tojors se cheange et se remue ; 
Mais l'autre siegle est delitable 
Ou est la joie pordurauble 
108 Qui ne se cheange ne remue. 

Qui bien panserot an sa vie, 
Ilnedevroitavoiranvie [ciers. 
D'estre orguillos ne boban- 
Or panse bien, si t'umilie, 
Et tu verras, n'an doter mie, 
1 14 Que tu ce dois petit prisier. 

Que vaut orguez? que vaut 

[arnois ? 

Que vaut bobans? que vaut 

[avors 

Qui a néant doit reparier ? 

N'i demorra contes ne rois, [b) 

Arcevauques, clors ne borgeos 

1 20 Que tôt ne convainne morir. 

Las ! tant hi ai de desconfort 
Que nuns ne sait de quele mort, 
Quant ne 9mant il doit fenir. 
Ja nul n'i avra qui an port 
Ne blou ne bife n'estaïfort, 
1 26 Fors c'un suaire a l'anfinir. 

Avers ert lor droiz aritaiges, 
Mar ant beal cors et bel visai- 
De tote humaigne creature[ges: 
Ja nul n'i avra avantaige, 
Tant hoit esté de aut .paige, 
132 Qui ne devainne porreture. 



108 Corr. ne ne mue. — 117 reparier, corr. revertir? 



3» P. M 

Certez, fous est a desmesure 
Cors, qui n'aut que fiens e or- 
[dure 
Et formez de si vil matere, 
Quant j» néant se deffigure, 
Et sait qu'il est a avanture 

1 38 D'estre demain mis an la bere. 

Japor la mort ne seroitquite : 
Il convient que l'arme s'esquite 
An purcatoire tôt ainceois, 
Ou tant ai poigne et maie luite 
Qui ne porroit estre descrite 
144 Ne an latin ne an franceois. 

Cil qui avront confession 
Et de très grant devocion 
Fin et loiau repantemant, 
Cil recivront purgacion. 
Nus n'avra ja remission 
1 50 S'il ne l'acheté duremant. 

Li desconfès mort an pechié 
Nematrontja, saichoiz, lou pié, 
Ne n'i avront espurgemant, 
Ainceoiz vanront trestuit soilié 
An la cort Deu estre jugié 
1 $6 Cant il tanra son parlemant. 

Li userier hi randront c>te 
Et dou chetau et de la monte, 
Apertemant, devant la cort. 
N'i demorra ne roi ne 9te 
Qui trop n'i ait delor et onte, 
162 Et qui ne soit tenuz bien court. 

Apoutoleset cheardenaus, 
Chiez et fontaine de tos maus, 
f> orguel et por soignerie, 
Qui riche sont d'autrui chetaus, 
Por atantiques et por seaus 



168 Et por apertes simonies; 



CildeGrant-montetdeCiteaus, 
Fraires tampliers et Opitaus 
An cui cheritez est perie, 
Qui font au segle lor aveaus 
p faux jugemans desleaus, 
Don toz li mons se plaint et 
[crie ; 
Fauz medisans et janglaous, 
Badeauz, bailis et termaous, 
Qui tant de mau ont jpchacié, 
Homecides et traïtour, 
Et puis après ci robaour 
N'i receront pas oblié. (d) 



174 



186 



192 



198 



Li plaidior et li arbitres, 
Qui hont juré sus les reliques 
Qu'i ne seront ou nul a tort ; 
Prevos de chateaus et de viles, 
Qui font de troiches et de 
[guilles 
Faux jugemans et faux racort ; 

Tesmoins pjures et orliers, 
Foiz-mantie[s] et bordeliers, 
Ploins de vice et de luxure, 
Faux chanjaors et faux dra- 
[piers, 
Il receront ou lor soumiers 
Tuit cheargié de fauces me- 
sures. 
Li plaidior religious 
Qui sont g[l]outon e anvious 
Et hont anvie d'autrui bien 

[Deux vers omis) . 
Que ne fut onques nule rien. 

Cil qui ont vescu sobremant , 
Sanz avor l'autrui malemant 
An leaté e an amour, 



134. Corr. n'est? — 152 Corr. N'i. — 167 Ms. arantiques. — 170 Ms. tram- 
iliers. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 39 

Et hont heu de povres gent 2 10 Qui nos fit toz a sa sanblance ; 
Pidié et donnent largemant 
204 j> amour Dé nostre soignour ; Qui nos anvoit humilité, 

Pais e amour et cherité 
Cil an iront la voie clere, Et an la fin tex repantance 

Au congié Deu e a sa mère, Que nos voiains la Trinité 

An padiz, droit, sanzdoutance, Laissus (es ciez) an une deité 

Ou il avront joe et lumere, 216 Ouiln'aitpointdedescordance. 
Avec Jhesu Crit nostre paire Amen. 



OBSERVATIONS GRAMMATICALES 

SUR LA LANGUE DU MS. ADDIT. I $6o6. 

On a vu au début de cette notice que le ms. addit. 15606 avait 
appartenu, dès le commencement du ; xiv e siècle, à un habitant de 
Semur, d'où la présomption légitime qu'il a dû être exécuté dans cette 
ville ou aux environs. Mais il y a deux Semur, l'un dans la Côte-d'Or 
(Semur en Auxois), l'autre tout au sud du département de Saône-et-Loire 
(Semur en Brionnois), séparés par l'intervalle de plus d'un degré. Si on 
avait des documents en langue vulgaire écrits dans l'une et l'autre de 
ces deux villes au temps de Philippe le Bel, il serait probablement 
possible d'y reconnaître des particularités de langage à l'aide desquelles 
la patrie de notre ms. pourrait être déterminée. Mais je ne connais pas 
d'anciens textes romans de Semur en Brionnois ; et pour l'autre Semur, 
les seules pièces qui me soient accessibles, celles qu'a publiées M. Gar- 
nier dans ses Chartes de communes et affranchissements en Bourgogne ', 
jettent peu de jour sur la question qui nous occupe, car la plus ancienne, 
qui est de 1262 (n° 389), nous étant parvenue à travers deux ou trois 
copies, n'offre pas un texte suffisamment assuré, et les autres ou bien 
sont trop récentes, ou émanent de la chancellerie des ducs de Bour- 
gogne. Mon impression est que la probabilité est en faveur de Semur 
(Côte-d'Or) ; j'imagine qu'à Semur (Saône-et-Loire) l'idiome se ressen- 
tirait davantage du voisinage des pays de langue d'oc. 

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de doute que notre ms. a été exécuté en 
Bourgogne, qu'il offre un spécimen précieux du dialecte bourguignon, 
dont on a beaucoup parlé, que personne, jusqu'ici, n'a étudié. On sait 
que Fallot divisait le domaine de la langue d'oui entre trois dialectes : 

1. Dijon, 1867-8, 2 vol. in-4 . 



40 P. MEYER 

le bourguignon, le picard et le normand. Burguy et même Diez ont 
admis cette division. Pour l'auteur de la Grammaire des langues romanes 
(traduct. 1, 114), le dialecte de l'Ile-de-France est une subdivision du 
bourguignon. Une erreur d'un autre genre a contribué à fausser les 
idées à l'endroit du bourguignon. C'est qu'on a admis, depuis Fallot ' 
(sans qu'il y eût pour cela l'ombre d'une raison), que les anciennes 
traductions des sermons de saint Bernard et de divers ouvrages de saint 
Grégoire étaient en dialecte de la Bourgogne, de sorte qu'on attribuait 
à ce dialecte des caractères qui ne lui conviennent aucunement, et qu'on 
se dispensait de rechercher ceux ^qui lui sont propres. J'avais, depuis 
longtemps, reconnu que les textes prétendus bourguignons, mis au jour 
par Le Roux de Lincy, différaient très-sensiblement, quant à la langue, 
des chartes de la Bourgogne, lorsque l'étude de poésies liégeoises, sur 
lesquelles j'avais à faire un rapport au Comité des travaux historiques, 
me conduisit à croire que les traductions de saint Bernard et de saint 
Grégoire appartenaient plutôt aux pays wallons qu'aux bourguignons 2 . 
Les personnes qui prendront la peine de comparer ces textes avec le 
ms. 1 5606 verront que la langue des premiers diffère très-notablement 
de celle du second. L'étude de notre ms. ne peut donc manquer de 
révéler des faits linguistiques nouveaux. Je me bornerai, dans les 
remarques qui suivent, à noter les points par lesquels la langue de ce 
ms. diffère de celle de l'Ile-de-France. Je prends surtout mes exemples 
dans les deux pièces ci-dessus publiées (les deux Chevaliers et l'Enseigne- 
ment moral), principalement dans le premier, désignante second par B ; 
les renvois (et c'est le plus grand nombre) qui ne sont accompagnés 
d'aucune indication autre que le n° du vers, se rapportent aux Deux 
Chevaliers. Je ferai usage, comme terme de comparaison, des chartes de 
Bourgogne publiées par M. Garnier, avec réserve cependant, sachant 
que ces textes sont loin d'être publiés avec toute l'exactitude désirable 5 . 



1. — Le fr. a devient ai. Ce fait, constant en lorrain, n'est ici que 
fréquent, ai (habei) 94, 128, començai 135, etc. L'inconséquence de 

1. Voy. Le Roux de Lincy, Les Quatre livres des rois, p. oxxvi. 

2. Voy. Romania, III, 432. 

3. M. d'Arbois de Jubainville, dans la Revue critiaue (1868, art. 173), et 
M. Bourquelot, Revue des Sociétés savantes (4 e série, X, 472) y ont constaté de 
nombreuses fautes de lecture. — J'aurai aussi fréquemment occasion de citer le 
poëme de Fioovant, dont l'unique copie connue présente avec notre ms. de 
nombreux points de ressemblance. Toutefois je ne vais pas jusqu'à dire qu'il y 
ait identité, les deux textes ayant chacun leurs particularités, et je pense que le 
ms. de Fioovant appartient à une région un peu plu"s septentrionale que le ms. 
add. 1 $606. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 4! 

la copie doit, en ce cas comme en d'autres, être expliquée par une 
double raison : d'abord par le peu de soins du copiste, qui, ainsi que 
beaucoup de ses pareils, n'avait pas de système orthographique arrêté ; 
ensuite par ce fait que les textes qu'il copiait n'ont pas été originaire- 
ment composés en bourguignon, de sorte qu'il a conservé dans sa copie 
beaucoup des formes originales. — On trouve aussi, comme en lorrain, 
et pour a (fol. 113, ci-dessus p. 20), et vice-versa (cf. ci-après n° $). 

2. — Devant / ce même a devient au, comme dans une infinité de 
documents bourguignons, vosgiens et lorrains, notamment dans Floo- 
vant : arestaul, maul, 343-4. 

3. — a, précédé d'un /* et déjà affaibli en g, a été absorbé par la semi- 
voyelle (y) que produit cette consonne, d'où gimais 370, en passant par 
gemais, giemaïs. Jemais est la forme ordinaire dans Floovant ; mais on 
trouve aussi jimais, par ex. v. 1550. 

4. — Le groupe latin dtr, au lieu de se réduire à ér selon l'usage général 
du français, devient air comme en provençal : paire, maire 61-2, S 209, 
fraire 95, B 170. 

5. — En français, Ve et Yi en position du latin aboutissent égale- 
ment à è [e ouvert), bêle de bella, messe de missa K . Ici cet è a pour 
correspondant un a devant / dans les paroxytons : baies 1 34, apale 160, 
219, sale (selle), Castale (Castille, anciennement Castelle) 205-6, memale, 
alemale (lame) 323-4, cavrent (couvrent) S 28, de même devant t : nate 
(nette) 10, 29, maire 205, B 81, mat (met) B 92. La même mutation 
est de règle dans Floovant, surtout devant /, voy. les assonances en è-e 
aux pages 28, 54, 62 de l'édition, quelquefois devant t : regrate 
v. 3 19. — a pour est p. 24 v. 6 ; pour et (la conjonction) 299, 368. — 



1 . Non pas dès les plus anciens textes de notre langue. Il y a eu en français 
une période où Ve venant de i en position ne sonnait pas comme Ve venant de t 
en position, et conséquemment faisait rime à part : ce qu'on voit dans la tirade 
121 de Rolant (éd. Mùller), où toutes les assonances correspondent à un i lat 
en pos. (arcevesque, messe, etc.), sauf une, Tulete (Tolède) qui est un mot 
étranger. Aucune des assonances de cette tirade ne reparaît dans les autres 
tirades en è-e de Rolant qui sont fort nombreuses, et où les mots assonants 
unissent e en position et ai. C'est de même qu'en provençal i en position 
donne des rimes en e estreit, tandis qu'c en position devient e lare (voy. dans 
Hugues Faidit, p. 81 b, les rimes en ela lare et ela estreit). En provençal la 
distinction s'est maintenue d'autant mieux que les rimes en e estreit se trouvaient 
augmentées des rimes venant de latin (lesquelles en français sont en ei ou oi) ; 
en français au contraire, à part Rolant, les assonances en 'e ou bien ne contien- 
nent pas à'i latins en position, ou les mélangent avec les e latins en position. 
Voir pour ces faits Bœhmer, Romanische Studien, I, $99 (cf. Romania, IV, 499- 
500), et Darmesteter, Revue critique, 1875,11, 267. J'ai vainement cherché à 
retrouver quelque chose de cette distinction dans le traitement que notre ms. 
bourguignon fait subira e et à i en position : la confusion paraît complète entre 
les deux sons originairement distincts, et la variété du traitement ne paraît 
dépendre que de la nature de la consonne qui suit. 



42 P. MEYER 

De même avant la tonique : apalez p. 12 v. 20, marci 342, mettront 
B 152. — Cf. Bonnardot, Remania, V, 319. 

6. — En d'autres cas assez variés, \'è français est représenté dans 
notre ms. par : valos (vallets) 56, clors (clerc) 119, motre (mettre) 
37-8, lotre (lettre) p. 1 3 v. 33, fome (femme) 69, 86, paroce B 50, 
mosse (messe) p. 10 (fol. 35 du ms.). Il y a des exemples semblables 
dans Floovant : froche (fraîche) v. 620, promet (prouesse) v. 2070, 
redroce v. 854, reçot v. 298 (cf. recet v. 305), Maiimot (Mahommet) 
v. 414, 479, mot (3 e personne singulier prés, de mettre) 269. Cette 
mutation est ordinaire dans l'Est. Ainsi S. Verolus, patron de Châtillon- 
sur-Seine, a changé son nom en S. Vorle. — Il y avait une certaine 
hésitation, sinon dans la prononciation, du moins dans la notation, 
car nous avons ci-dessus, p. 7, col. 1, richace, autece, et p. 13 v. 29 
autoce, v. 33 autauce, et on vient de voir qu'on rencontre aussi bien 
matre que motre. 

e, 1, en position, passent aussi à avant la tonique : vortu 251, vorne- 
ciéz (vernissé) 258, moïmes 415, chorra (fut. de cheoif) p. 25 v. 57 
(mais charront v. 69), vorrez 395. — Comp. torreent (anc. fr. terroient, 
tiendraient) dans la charte de Bèze (Garnier, I, 541) ; sorgens (sergents) 
en 1 386 (Garnier, II, 287), et dans Floovant moïmes v. 476, ^90, pordu 
v. 270, pormiv. 300, pordonnezv. 4jo,formetezv. 548, eschavoléev. 502. 

7. — e fr., en hiatus, avant la tonique, devient volontiers a : bahu 
(anc. fr. beiï, bû), hahu [eu) 16 1-2, daiït Q= de'ùst) B 25, dahut B 72. 

— Dans la charte de Bèze je lis haiïest ' (= eiïst, le sens n'est pas dou- 
teux), le mot que l'éditeur (I, $40) lit havesî. Citons encore reçaii dans 
une lettre du duc de Bourgogne Eudes IV (Garnier, II, 368), et dans 
Floovant, vaer v. 127. 

8. — e lat. tonique suivi d'n, mais non en position, devient oi (non ei 
comme en français) : ploins 127, B 78, 189, poignes (peines) p. 12. 

— De même e avant la tonique (dès lors la quantité n'importe plus) 
dans soignor p. 1 2 v. 1 , forme qui est ordinaire dans Floovant. 

i lat. et fr. devient e [é ou è?) dans des (dixi) 226, dest (dixit) 195. 

9. — ô tonique du latin, après avoir probablement passé par ue, se 
montre réduit à e dans pet (anc. fr. puet) 85, vet (anc. fr. vuet) 120. 

Avant la tonique s'affaiblit en e : predons 129, felor 313, delor 335, 
357, quelor (anc. fr. color) 358; fait dont on a ailleurs bien des 
exemples : seror, seloil (soleil), henorer, etc. — Menoie est constant dans 
la charte de Bèze (Garnier, I, 540-1). — s'affaiblit en a dans caronez 



i . Je ne vois pas bien quelle est la valeur de Ye dans ce mot, non plus du 
reste que dans ochrre 305, ociErra 365, etc. Cf. poiel (poil) Floovant v. 463, 
desienc (désire) v. 507, aielme (heaume) 909, etc., fuest, Garnier, I, 488. 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 45 

(couronnés), au calendrier, 8 nov., sans doute après avoir passé par 
queronez, forme qui se trouve dans Floovant, v. 38. 

10. — u tonique lat., suivi d'un n, s'affaiblit en e (è?) dans Une dune), 
exemple unique que nous offre d'une façon constante le calendrier de 
notre ms. — On pour un, p. 20 (fol. 1 1 3). 

11. — Les groupes latins en, in, suivis d'une consonne, sont arrivés 
graduellement en français au son an. Cette mutation a eu lieu plus 
tôt dans l'Est que dans le reste des pays de langue d'oïl '. Ici elle est 
constante, an (lat. in) 25, 26, etc. 

12. — Mais lorsque c ou g vient après les groupes latins en, in, ou même 
an, l'effet de la position est annulé, et le son i s'introduit dans an, 
quelle que soit son origine. Ainsi : frainche (franche) 1, maingier 243, 
brainches p. 13 v. 51, detrainchiez (anc. fr. detranchiez) 179, voincu 1 16, 
234, 238. — La charte de Bèze nous offre à plusieurs reprises Loingres 
(Langres), freinchises (Garnier, I, 540-1). De même venoinges (ven- 
danges), venoingier, estroinges (étranges) en 1387, dans un arrêt du 
conseil ducal de Bourgogne (Garnier, I, 287), controindriens [ibid., II, 
3 3 31 ; blainche dans Floovant v. 62, troinchier v. 153, 422. 

13.— Cet effet du c se manifeste, en dehors des groupes formés 
avec n, dans les groupes ecc, occ, ucc, qui deviennent oich, oie, selon la 
voyelle qui suit : poicherres p. 12 v. 4, poicheor p. 1 3 v. 47, p. 14 v. 5 3. 
boiche, calend. 27 janv., p. 15 v. 135, îoiche p. 12 v. 4, troiches, 
B 185. 

14. — La diphthongue française ai se réduit à a, comme en Lor- 
raine : fera (ferai, à la i re pers.ï 176, rira (rirai) 182, ocierra 18$, 
braes (braies) 318, plaes (plaies) 332, veraement 407. — ai est remplacé 
par é dans seré 52, exemple qui paraît isolé. 

15. — La diphthongue française oi se réduit de même à : valor 
241, povor, veor 409-10, joe 121, 167, 192, voe 191, vor (voir, 
\erum) 371, otroe (anc. fr. otroie) 369, borgeos B 1 19, desploer B 2. — 
De même dans la charte de Bèze, eynç os, anc. ir.ainç ois 1 Garnier, I, 541). 
On trouve aussi hors à côté de hoirs dans une charte de Rouvres icant. de 
Genlis, arr. de Dijon), de 1357 (Garnier, I, 4891.— Cf. Romama, V, 324. 

Notons au dans pause anc. fr. poise) 155, où au répond à un e long 
du latin. 

oi se réduit à e dans meneent 93 ; on pourrait donc au v. 112 restituer 
non torn[oi]emenî, leçon du v. 100, mais torn[e]ement, ou torn[o]ement (cf. 
tornoév. 118) 2 . Les imparfaits et conditionnels en -eent, au lieu de 

1. Voy. mon mémoire sur en et an toniques, dans les Mémoires de la Société 
de linguistique de Paris, t. I ; cf. Romama, II, 248. 

2. Théoriquement, il faudrait en français réserver la diphthongue pour la 
tonique, conjuguant : tornoi. tornoies, tornoic, torneons, torneez, tornoienl, mais 



44 P. MEYER 

-oient, sont très-fréquents dans la charte de Bèze : avant, fereent, regar- 
dereent, mostrereent, torreent (tiendraient), sereent, etc., mais cependant 
disoient, trovoient. 

oi s'affaiblit enfin en /, dans chantient (chantaient) 137, anoncient, fol. 
i?o, ci-dessus, p. 27. Une charte de Rouvres (cant. de Genlis, arr. de 
Dijon), 1357, nous offre de même pourrient (Garnier, I, 489), ferient 
(Ibid., 490Ï ; dans un acte de 1234 relatif à Semur-en-Auxois, mais 
émanant du duc de Bourgogne Eudes IV, je relève haurient, pourient 
(Garnier, II, 369). 

16. — La finale latine dus, eus, est ordinairement traitée en français 
comme une diphthongue, Yu persistant et Ye devenant le. Mais dans 
notre ms. Yu disparaît et est remplacé par un rqui, selon toute appa- 
rence, n'était pas prononcé avec le son qui lui était propre, mais servait 
à allonger la syllabe : Bortelemier [Bartholomœus) , calendrier, 24 août, 
Mathier {Maithœus), 21 sept. Andrier, 30 nov., peut être mentionné ici à 
cause de la forme prov. Andreu, Andrieu, qui indique un type Andr£us. 
— En 1262, il y avait à Semur-en-Auxois un prieur appelé Hervier 
(Hervœus), voy. Garnier, I, 364. De même dans Floovant fiers (fevus, 
prov. feu, fieu) 99, 139, 148 '. Ce qui me fait croire que IV ne sert qu'à 
allonger la syllabe, c'est l'emploi qui en est fait en d'autres cas où le 
son r n'est guère admissible : Roumier (Remigius), 5 oct., queurs p. 8, 
note 2, pressiours (précieux) p. 17, orguillors (orgueilleux) B 1 ; et dans 
Floovant : bur (buste, anc. fr. bue, bu) v. 218, armerz (armé) v. 437. ' 

CONSONNES. 

17. — Le t final roman, venant après une consonne, tombe assez 
régulièrement lorsque le mot suivant commence par une consonne : Sain 
Marceal, Sain Vincent, Sain Jehan, mais Saint Hilaire, Saint Aubin. Le 
calendrier publié ci-dessus p. 4-6 fournit à cet égard des exemples 
à foison. Citons encore ces p. 18 (fol. 97), etc., Reneber [Ragnebertus) 
calend. 13 juin, Feleber (Philibertus) 20 juin, Lamber 17 sept., don 
ou dont (= dont) qui est des plus fréquents, ces p. 24 v. 36-7, B 28. 



en fait je ne trouve pas de texte où cette règle, si constante en des cas ana- 
logues (par exemple pour \'ë dans je tien, nous tenons), soit régulièrement 
observée. 

1 . En français, la même mutation s'observe quelquefois. Les Chcnilier men- 
tionnés à la rime par Rutebeuf dans sa complainte d'Outremer (2 e édition de 
Jubinal, I, 115), ne sont point autres que les Caneliu ou Chcnelicu de maint 
autre texte, et dans ce nom, -ier comme -lu. ou -ieu, répond à une finale en 
-aus comme je le montrerai en une autre occasion. Dans le français Angiers, 
Poitiers, estrier (prov. Anjeus, Peiteus, estreup), -ier correspond sinon à -aus, du 
moins à des formes analogues ; cf. Romania, V, 380: 



NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 4$ 

— Floovant : Tar (Turcs) 430, tin (tint) 172, montan 453, don presqu'à 
chaque page. 

18. — / finale tombe fréquemment : Michié p. 1 3 v. 28, cié p. 25 
v. $7, et surtout après i : ci (pour cil) B 179, qu'i (pour qu'il) 
constamment. Le copiste, qui ne prononçait pas cette /, l'écrit où elle n'a 
point affaire : il [= y) 1 30, p. 1 5 v. 22, sil (= lat. sic) 322 roil p. 27 
(fol. 140), valsaul 247. — Dans Floovant aussi 1'/ est souvent omise : qu'i 
231, 286, 546. 

1 9. — Après nous voyons 17 se vocaliser en u dans Pou, calendrier, 
29 juin 1 , ou en i, dans Poi 108. Pour ce dernier cas, comp. dans Floo- 
vant v. 104, 107, mantai (mantellum), chatais (châteaux) 728. 

20. — /, dans le corps du mot, devient n dans nuns 8$ et 94 (où le 
copiste a écrit par erreur nûlz, mettant en trop soit 17z, soit 17. Nuns 
(nullos) se trouve dans une charte du seigneur de Tilchastel (Garnier, 
II, 417), et aussi dans Floovant. — Mont, qui est très-fréquent ici et se 
rencontre assez souvent en d'autres textes, est de la même façon formé 
de mulîum. 

21. — n final (roman) est parfois remplacé par m : maim p. 16 
v. 156, angim fol. 98 c (p. 18), biem p. 28 1. 2. — Très-fréquent dans 
Floovant : Floovam \6\, Joceram 818, (desrubam) 1 300, Maupriam 618, 
Tavergam 1 304. Les exemples seraient encore plus nombreux dans l'un 
et l'autre texte, si on n'était naturellement porté à transcrire par n 
l'abréviation marquée parle iiiulus. Cf. Romania, V, 327. 

22. — c spirant est figuré par ce dans dreceoii p. 25 v. ji, garceon 
283 ; ainceois B 141 ; franceois B 144, cf. saicheois B 4), cheange 
B 105-8, cheardenaus B 163. Le même usage se montre assez 
fréquemment dans les chartes bourguignonnes. 

23. — s devant une consonne tombe ordinairement : métiers 47, 
chaç)S 67, 41 1, vetoit 82, acimées 134, chatel 188, B attire ca\end. 24 juin, 
Clitofe (Christophle) 2$ juillet, etc. — Nostre et vostre sont, autant qu'il 
me souvient, toujours écrits en abrégé, et peut-être eût-il mieux valu 
transcrire l'abréviation par notre et votre. — Dans Floovant aussi maiité 
v. 23, maïté v. 91 (ci. ci-dessus maetezp. 12 v. 21), chetiaus (châteaux), 
croîtrai v. 99, etc. 

24. — s final tombe aussi dans ver p. 9 col. 2, lier p. 1 3 v. 27, or 
352, tieu 243 san p. 17 (fol. 88), 244, au p. 18 (fol. 97), B 62-3. 

25. — Notre ms. fait un fréquent usage de 17; initiale, non pas seule- 
ment aux divers temps du verbe avoir, où cet emploi pourrait être 
expliquépar une recherche étymologique (peu vraisemblable, il faut le dire, 
de la part de notre copiste), mais en des mots où Pétymologie est hors 

1. Cela n'est pas constant : il y a Poul au 25 janvier. 



46 P. MEYER, NOTICE SUR UN MS. BOURGUIGNON 

de question : Heufamie, calend. 12 avril, hexit (exivit) 430, hoir p. 12 
v. 1 1 , harbre p. 1 3 v. 49, /u (tfri) 392, etc. — Le même fait s'observe 
dans les chartes bourguignonnes, dans Floovant, et dans le Girart de 
Roussillon (bourguignon) de 1336, publié par M. Mignard. 

FLEXION. 

Je me bornerai à un très-petit nombre de remarques. 

L'article li est parfois employé avec des mots féminins : li lois 31, li 
maire 62. 

La déclinaison est médiocrement observée, ce qui, de la part d'un 
copiste assez ignorant et vivant au commencement du xiv e siècle, n'a rien 
que de fort naturel. 

Dans la conjugaison on remarque, en des verbes de classes différentes, 
des parfaits en i : morit 62 (mourut), morirent (en rime avec connurent) 
p. 15.V. 117, aresîist (arrêta) p. 16 v. 151. Floovant nous offre de 
même trovit v. 5 . — On trouve aussi dans un ms. bourguignon de la 
Bibl. nat. (lequel toutefois n'est pas de la même partie de la Bourgogne 
que le ms. Add. 1 5606) : apparit (dans mon Choix d'anciens textes, partie 
française 25, 46), morit (ibid. 99), cognuit, en rime avec aduit (ibid. 87). 

Menere p. 28 (fol. 1 56), si la forme est sûre, est un exemple du pré- 
térit dérivé du plus-que-parfait latin, forme qui a subsisté jusqu'à nos 
jours dans certains patois de la Franche-Comté ; voir ce que je dis sur 
ce point dans la Revue des Sociétés savantes, 4 e série, IV (1866), 352. 

La finale française -ons de la première personne du pluriel est souvent 
en -ains : puissains (puissions) 17, voiains B 214. 

De même la 3 e pers. du plur. : soaint (soient) 18, movaint 215, 
respondaint 444. Ces exemples, aussi bien de la i re pers. que de la 3% 
appartiennent tous au subj. — De même dans Floovant v. 1 52 perdesant 
(perdissent). — On sait qu'on a en lorrain pour le présent de l'indicatif, 
3 e personne du sing., de nombreux exemples où ant remplace le ent 
du français (voy. Romania, II, 253, note 4). 

Paul Meyer. 



DE 



LA POESIA POPULAR GALLEGA 



Buscando en la poesfagallega ejemplos de una forma especialde versi- 
fication, hemos ido recogiendo algunas composiciones populares de 
varias clases que no juzgamos indignas de ser coleccionadas. No todas 
emplean la forma local de la lengua gallego-portuguesa : como suele 
suceder en semejantes casos, algunas usan en todo 6 en parte de la 
lengua nacional. 

Los herederos del nombre, y hasta cierto punto descendientes de los 
antiguos Callaicos, conservan tradiciones de fisonomia céltica, queindica 
M., taies como la creencia en las aimas errantes y en la muerte prôxima 
comunicada por el aspecto de un difunto, etc. Acaso entre ellas pueda 
contarse la particular aficion al instrumento mûsico que la lengua 
castellana désigna con el nombre del mismo pueblo (gaita gallega) ; 
mas por lo que toca a" la poesia popular cantada no hallamos por nuestra 
parte huella segura de tradicion primitiva. Y si bien esta poesia ofrece 
algun género especial 6 caracteristico, el que esta ahora mas en boga le 
es comun con otras provincias de Espana, donde, no menos que en 
Portugal y en Galicia, sigue todavia dando nuevos retonos. Por él 
comenzaremos nuestro estudio. 

Coplas. Aunque en Galicia se da este nombre (su forma castiza es 
copras) à toda poesia popular, lldmanse asi especialmente, como tam- 



i. M. = D. Manuel Murguia en su erudita Historia de Galicia^ Lugo, 1866, 
I, 218 ss^ 577 ss. — M*. = Noticias y poesias que nos ha communicado el mismo 
s r Murguia. — S. = Poesias que nos ha comunicado D.Juan A. Saco Arce, Pbro, 
ventajosamente conocido por su Gramâtica de la lengua gallega. — T. = Noticias 
y poesias (hemos debido suprimir no pocas) que nos dicto el joven gallego 
P. Taboada. — C. =^Cantares gallegos (copias populares que les sirven de tema) 
de D. Rosalia Castro de Murguia. — G. = Germond y Helterich Aperçu del'hist. 
des langues neolat. en Espagne. — B.y P. = Los maestros de musica Barbieri y 
Piquer. — Creemos ineditas las poesias senaladas con M*. S. T. B. P y X (estas de 
vario origen). — Al Catedrâtico de nuestra facultad de ciencias, â la vezque 
biblîofilo, D. J. R. Luanco debimos el conocimento de la obra de Murguia y 
algunas poesias semi-populares. 



4& MILA Y FONTANALS 

bien en Castilla, las cuartetas sueltas, de versos generalmenteoctosilabos ', 
libres los impares y asonantados 6 aconsonantados el segundo y el cuarto. 
De este género hablaba ya el P. Sarmiento â mediados del siglo pasado 
en sus Memorias, 537, 98 : « ... en Portugal es tan natural la poesi'a de 
que se habla, que cada pastor es poeta y cada moza de cântaro poétisa. 
Esto que es comun en toda Espana es mâs particular en Portugal y 
Galicia... Ademas de esto, en Galicia las mujeres no son sélo poétisas, 
sino tambien mûsicas naturales... En la mayor parte de las copias hablan 
las mujeres con los hombres. » Aun en el dia, segun M., « no hay acto 
de la vida vulgar que no tenga sus copias; las mugeres principalmente 
parecen haber inventado este medio de dar à conocer sus sentimentos. » 
T. nos dijo que copias las compone todo el mundo, hasta los labradores, 
â diferencia de los versos (poesias que presumen de artisticas) « que 
quieren mas inteligencia. » 

Las copias abrazan todo género de asuntos y no consienten una clasi- 
fication rigurosa : las distribuimos aproximativamente en religiosas, 
reflexivas, locales (las que se refieren â un hecho histôrico, 6 una 
costumbre 6 preocupacion del pais), melanc61icas, amatorias y satiricas 
6 joviales, dejando para el fin las que presentan un carâcter mas inde- 
ciso, las dobles y las de versos no octosilabos. 

Entre las copias castellanas y portuguesas que se han coleccionado, 
no todas, â nuestro ver, pueden ser llamadas poesi'a popular : algunas 
no son poesi'a y otras no son realmente populares. No todas las gallegas 
que publicamos 6 reproducimos merecen el primer nombre, pero todas 
6 casi todas pueden ser hijas de una inspiracion popular genuina. Las 
hay muy bellas, algunas de una simplicidad de todo punto primitiva; la 
23 nos parece sublime. 

Ademas del nombre gênerai de copias se emplean otros , entre ellas 
el antiguo de cantiga. Las copias satiricas se llaman tambien, segun T., 
tiradillas para.escarnir 6 simplemente tiradillas. 

Es comun la denominacion de A-la-las, derivada del estribillo que 
acompana à menudo à las copias. El uso de este estribillo fue recordado 
por el fecundo versificador Zernadas, cura de Fruime (f 1777), muy 
buen gallego, pero por lo visto poco aficionado â las costumbres popu- 
lares : 

Porqué de sus tablas 

En el estribillo eterno 

Parece que unos batanes 

A coros estoy oyendo 2 . 



1. No creemos inoportuno recordar que nuestra métrica creenta en los versos 
una silaba mâs que la francesa. 

2. Zernadas, Rev. de Esp., n° ni. 



LA POESIA POPULAR GALLEGA 49 

Por el contrario en nuestros dias C. que esta" dotada de un vivo sen- 
timiento de la poesia popular, llama a este estribillo 
O dolce a., la., laïc. 
Que Iengua de amores fala '. 

Al enviarnos el n n 15 B. le dï6 el nombre gênerai de muneira y el 
particular de alborada, lo cual significa que se canta con mûsica de 
muneira, y que se destina ;i ser cantado â la hora del alba. 

Hay copias que se llaman de Nadal, de Aninovo, y de Reys. « Cap- 
tantes, nos dice M*, los mozos de lasaldeas para sacar dinero 6 cosa que 
lo valga : cada dia son peores y menos fieles â la Iengua del pais. )> 
Segun T., son todavia populares en algunas ciudades y se dice comun- 
mente : « Vamos â cantar ôs reys. » En los n os 70 y 136 se halla esta 
expresion. 

Tercetos. La poesia gallega tiene una clase de estancias que suele 
acompanarse con el pandero. Es la de tercetos de versos octosilabos, 
casi siempre libre el segundo y asonantados ô aconsonantados el primero 
y el tercero. Puede considerarse como una cuarteta en que los dos 
primeros versos se han concentrado en uno, el cual â lo menos forma 
las mas veces sentido separado y a menudo se compone de una frase 
vocativa. Esta forma que no observamos en las demas ppesias populares 
de Espana ni en la de Portugal 2 , recuerda naturalmente el ternario 
céltico : pero se ha de notar que este era monorimo. 

Ruadas. Fàrmase a veces una série de estos tercetos para acompanar 
el baile llamado rua 6 ruada 3. Segun T. este baile se llama tambien en 
algunos \ugares fuliada y suele danzarse en una plaza 6 era: un hombre 
canta y toca el pandero, mientras los demas nombres y las mujeres 
cantan y bailan, terminando con un sonido agudo y prolongado, llamado 
aîruxo 4. 

El ejemplo de ruada que da M. y que hemos creido oportuno repro- 

1 . Atestigua tambien este uso una « Letrilla (impresa) de los labradores 
gallegos a los regios desposorios de S. M. (Fernando VII con Maria Cristina, 
1829) en las funciones de la M. N. y M. L. ciudad de Santiago con su acos- 
tumbrado Ala, lala, lala, lala. — Ala, lala, lala, la ! V. tambien nuestro 
n* 65. 

2. Hay alguna danza catalana y letrillas castellanas en que el tema es un 
terceto generalmente con las rimas abb (como nuestro n° 112). — Los stornelli, 
6 sciuri italianos ofrecen mucha semejanza con los tercetos gallegos, con la 
notable diferencia de que los versos son endecasilabos, si bien a menudo el 
primero se reduce a la invocacion del nombre de una flor, v. g. Fior dï limone. 

3 . En unos villancicos cantados en el Nacimento del Hospital de Santiago 
leemos : « Hoxe é gran festa, meniûas, — Hoxe é dia deruar... » ; « Vamonos 
xa pra aldea — Pois aqui n'é bon ruar... » 

4. Este grito recuerda naturalmente como notâmos ya en nuestros Trov. en 
Esp. y ha notado por su parte M. lo de « pubem Barbara nunc patriis ululan- 
tem carmina Iinguis etc. » de Silio, pero no por esto creemosque haya derivacion. 

Romania, VI 4 



SO MILA Y FONTANALS 

ducir es una composition notable en su genero y sumamente animada y 
caracteristica. De su contexto se deduceque debiô ejecutarse en un lugar 
cerrado, acaso un huerto 6 patio. T. nos dicté el comienzo de otra que 
no parece de igual métro : 

Aqui mozas, aqui mozas, 
Aqui todas, aqui todas, 
Al rededor d'o pandeiro 



Lelele, Ielele lelelele 
Uh ! Uh ! 



Muneiras. Esta es la forma castellana de la palabra gallega muhineira, 
derivada de muhino (molino) y que significa molinera '. Mas bien que un 
género poético désigna una clase de aires 6 melodias que acompanan 
una danza de igual nombre. Todo, nos dijo T., se puede cantar como 
muneira 6 como fandango. Hay, sin embargo, un métro que corresponde 
à estas melodias, cuyo caracter esencial, segun ha observado M., es la 
division de los versos en hemistiquios. Mas el tipo perfecto de esta clase 
de versification existe cuando los versos son endecasilabos, de acento en 
la primera, cuarta y séptima silabas, que es lo que alguna vez ha sido 
llamado endecasilabo de gaita gallega 2 . 

Este métro, ya en su forma mds libre é irregular, ya en su forma 
perfecta, no es exclusiva, pero si' muy caracteristica del pueblo gallegoy 
se acomoda al instumento musical favorito de este pueblo. Entre los 
refranes colleccionados por S. en su Gramdiica hay un numéro bastante 
crecido en versos de muneira : 

i Alegria, alegrote, 

Que anda o rabo d'o porco n-o pote. 

2 Compra n-a casa e vende n-a feira. 

3 Escudeiro mancebo, 
Déitate tarde levântate cedo. 

4 Fillos criados traballos dobrados. 
$ Gracias a Dios que cocemos 

Sete petadas e nove debemos 3 . 
6 Gracias a Dios y-âs nosas labores, 
As nosas barrigas parecen tambores. 

i. Hay 6 hubo un baile llamado modifia portuguesa. No es de créer que 
medie relacion entre esta palabra y la muhineira. 

2. En un art. inserto en la Revista histôrica latina II, 182 ss. (V. Romania, 
1875, p. 508) « De! decasîlabo y endecasilabo anapésticos » (denominacion 
que usamos en el mismo sentido en que se habla de trocaicos y jâmbicos neo- 
latinosi tratamos de esta espeue de versos y del dodecasîlabo que se combina 
ventajosamente, ya con el decasîlabo, ya con el endecasilabo anapésticos. 

3. T. que nos dicté corno muneiras los 1, < y 8 decia en este verso: « Catorce 
panes e quince debemos. » En el segundo verso del 8 decia : « Cuncas y 
pratos habés de ruxir. » 



LA poesi'a popular gallega 5 1 

7 Home sentado non fai bon mandado. 

8 Martes d'antroido cando has de vir? 
Casquinas d'ovos (casi) habés de ruxir. 

9 Marzo marzola torbon é rayola 1 . 

10 Quen vende é mente a boisa 11' o sente. 

1 1 Salto d'un souto e métome en outro. 

12 Ti que me levas y-eu que m'ajudo, 
Vamo-los dos ô cabo d'o mundo. 

Por unos versos de Zernadas ique nos ha comunicado S.) vemos que 
en el siglo pasado ya se consideraba como aire antiguo el métro de la 
muneira 2 : 



Minuet al aire antiguo. 
Si en Compostela la noble y leal 
Hoy cifie Carlos su regio laurel 
Lo hace en lugar de Jacob celestial, 
Porque se sepa que un rey, como es él, 
Debe a Santiago el imperio espanol etc. 3 . 

Aunque la repeticion de palabras y frases es distintivo comun de la 
poesi'a popular, se observa de un modo especial en la mayor parte de 
muneiras, cuya construccion ofrece una semejanza notable con las can- 
ciones de indole popular que llevan en el Cancioneiro del Vaticano el 
nombre de antiguos trovadores portugueses 4. 

La inspiracion de las muneiras es bien poco eievada; pero por razon 
de la importancia relativa del género no hemos sido escrupulosos en la 
eleccion de ejemplos. 



i. Es el refran comun a muchas lenguas contra la inconstancia del Marzo. 
Estos refranes suelen contener derivados depresivos del nombre del mismo mes: 
marzola, marzan este y otro gallego; marzadas otro castellano ; marsot y marstja 
dos catalanes ; marsegia uno mentonés. 

2. « Carta-cuenta 6 razon en suma de las festivas gozosas demostraciones con 
que la M. N. y M. E. ciudad de Santiago celebrô la solemne aclamacion de 
N. R. y S. D. Carlos III (1759). » 

3. Los modernos poetas gailegos no han fijado la atencion, segun parece, en 
el endecasîlabo anapéstico y cuando tratan de imitar las muneiras usan del deca- 
sîlabo ya interciso (5 -f $), ya anapéstico (muy comun en la poesîa castellena). 
Este es el métro de una que pasa indebidamente por muneira popular y que consta 
de varias estancias : « ll/ia noite n-a eira d'o trigo, etc. ». 

4. Comparense, por exemplo nuestros n os 115-120 con la ya famosa cantiga 
do amigo del rey Diniz : Ay frores ! ay frores do verde pyno ! — Se sabedes 
novas do meu amigo... Ay frores! ay frores do verde ramo! — Se sabedes 
novas do meu amado ». Monaci Canti ant. port. n° 1, V. tambien II, III, V, VI, 
VIII, y otras en el Cancioneirinho de Varnhagen. Fuera de Galicia hallamos con 
amiloga construccion en Asturias : « Ay Juana, cuerpo garrido, etc. iQuadrado 
Recuerdos y Bellezas de Espana, Asturias y Léon, p. 237) cuyos versos son 
cuasi todos endecasllabos anapésticos y el conocido « Cantan deOliverosé can- 
tan de Roldan », que se lee en un documenta apôcrifo inserto en las Cran- 
dezas de Avila del P. Ariz. 



5 2 MILA Y FONTANALS 

Mayos. La personificacion del mes de las flores que en otros puntos 
de Espana y en alguno del S. de Francia era una Maya, en Galicia es 
un Mayo. Segun T. los niîios hacen una choza de rétama y dentro se 
coloca uno que es el que canta; otros van al rededor y siguen el canto 
golpeandoelsuelocon estacas. « Los Mayos, nos dice M", van decayendo. 
En mi ninez, y no soy muy viejo, los he visto en esta poblacion que es 
la que guardaba mejor taies tradiciones. Un muchacho, cubierto de 
hinojo de pies â la cabeza, y coronado de rosas, era el Mayo. Este can- 
taba las copias que otros muchachos iban acompanando con el siguiente 
estribillo : 

Cantarei o mayo 

E mais ben cantado. 

Romances. Si juzgamos por las muestras que hemos reunido no 
abundan en Galicia; mas no por esto admitimosque haya en este pueblo 
una repugnancia innata hacia un género tan natural y difundido. Acaso 
se introdujeron 6 se compusieron en Galicia en menor numéro que en 
Portugal y en Asturias ; pero basta para explicar la actual carestfa la 
decadencia del espiritu tradicional y la mayor aficion à otros géneros 
mâs enlazados con la musica y la danza. Igual escasez se nota yuzgando 
por lo que se ha publicado), no tan solo en Aragon y en Valencia, sino 
tambien en Castilla y Andalucia, que tan fecundas fueron en romances. 

Publicamos dos religiosos, dos novelescos, uno de costumbres, dos 
que se pueden llamar humoristicos y uno de carâcter menos popular. 
Tenemos ademas noticia de los siguientes. 

Coelho ha publicado {Romania, 1873, p. 270), a mas de uno que cor- 
responde a" nuestro n° 1 34 otro de A Morte de Xesus : 

Juebes santo, juebes santo très dias antes de Pascoa... 

T. nos dictô estos versos que parecen principio de romance (castel- 

lano) : 

Santa Catalina hija de un rey moro 
Matôla su padre con (una) espada de oro 1 . 

M. publicô notables fragmentos del romance de Santa Irena que diô 
ya â conocer Almeida-Garret, aunque no en su Romanceiro y de que 
Th. Braga 2 Rom. gérai, p. 123, ha dado versiones de Santarem (Iria a 
fidalga), de Covilhâ (Santa Iria), del Minho (Santa Helena) y Cane, do 
archip. açoriano, p. 364, otra que lleva tambien el nombre de Santa Iria. 

1 . Sabido es que el asunto de Santa Catalina es favorito de la poesia popular. 
V., por ejemplo, Smith, Romania, 1875, p. 440. En Cataluûa se conserva un 
romance vulgar castellano del mismo asunto que empieza : « Ahiarribaen estos 
mundos Hay tierras muy regaladas. » 

2. A! citar las colecciones de este autor , mas fieles y copiosas que la de 
Almeida-Garret, debemos advertir que estamos muy distantes de admitir ciertas 
ideas que con especial insistencia en ellas se exponen. 



LA poesi'a popular gallega 5 3 

De Santa Irena que se dice haber dado nombre à Santarem hablan anti- 

guos breviarios lusitanos (V. Esp. sagr. XIV, 201 ss.). Aunque en la 

version gallega se conserva mâs fielmente el nombre de la Santa, el 

romance es indudablemente de origen portugues. La version de M. 

empieza : 

Estando cosendo n-a mina almohada... ' 

El mismo M. trae una version abreviada de la que Braga, Rom. gérai, 
p. 146. Arch. açor. p. 372, llama Xâcara d'o Cégo : 

Abrem os portinos âbreme postigo. 
Es un rapto, pero al rêvés de otras muchas canciones del mismo 
asunto, contra la voluntad de la robada. Esta alcanza la libertad en las 
versiones portuguesas; la gallega termina con la exclamacion : 
Adios mina casa ! adios mina terra 
Adios mina nay ! Ay meu beu que este boo pasar era ! 

T. nosdictô algunos versos estropeados de la Pastorinha (Pastorina) 2 : 
Braga, Rom. gérai, p. 173, Arch. açor., p. 373 : 
Linda pastorina ti que fas aqui 
N-este monte roso de tanto peligro ; 
Te advierto, nina si quieres venir conmigo, etc. 

Este romance que por su comienzo parece ha de ser una serrana al 
estilo antiguo, versa sobre el répugnante argumento de un recien venido 
que hace una apuesta contra la virtud de su hermana. 

Finalmente M* nos ha remitido los siguientes versos de un romance 
de costumbres, ûnicos que recuerda, à pesar de haberlo visto impreso : 
Elas eran très comadres é de un barrio todas très, 
Fixeron una comida para ir a san Andres. 
Una puso trinta ovos, otra puso vint'e seis... 

Mientras estan comiendo llegan los maridos y las apalean'. 

Advertiremos que los gallegos revindican la propriedad del famoso 
romance 6 cantar : figueral figuereido, fundândose en algun resabio no 
portugues del lenguaje [ninas 6 ninas, Ihorando, Iwmbre, cerca), en que si 
el hecho fuese histôrico debiera haber acontecido en Galicia y no en Por- 



1. En la version de Covilhâ Iria perdona a su matador; en las demas, inclusa 
la gallega, se le atribuye un lenguage menos propio de una santa. 

2. La actual ortografia gallega, a ejemplo de la castellana, emplea n y II en 
lugarde nh y Ih, usadas por los provenzales y conservadas por los portugueses. 
La h de unha y sus compuestos indica pequena aspiracion para separar la a de 
la n V. Saco Gramatica, p. 26. T. pronunciaba casi unga. 

3. En Cataluùa hay un romance de igual asunto aunque de diferente 
asonante : 

Las ninas son al forn a coure cocas finas 

Qu'en volen fé' un dinâ quels seus marks no hi siguin 

(Jalibert, curtet, curtet de la mala gelosia), etc. 



54 MILA Y FONTANALS 

tugal, poblado entonces de moros, y en que el solar de los Figueroas se 
halla en Galicia y bien lejos delmediodia '. 

Cantarcillos. No hemos logrado ninguna oracion infantil que se nos 
dice, y lo supondriamos aunque no se nos dijese, que existen en Galicia; 
pero si algunos cantarcillos de otra clase. Los n° s 1 39 y 140 ofrecen una 
versificacion muy libre como es comun en esta clase de obrillas, que se 
recitan, sin embargo, con un movimento ritmico muy decidido. M. da 
otro ejemplo de métro muy uniforme : 
Pico pico, mazarico 
Quen che dou tamano bico ? etc. 2 . 

Ensalmos. Damos très muestras de este género, â veces poco acce- 
sible. 

Dialogos. Aunque patrimonio de personas del pueblo y à menudo de 
campesinos, este género es mas bien vulgar que verdaderamente popular. 

« En las bodas de los campesinos, nos dice M*, suele presentarse una 
gran bolla torta de pan que se destina comopremio al que mejory mâs 
copias cante, improvisadas unas, otras de las que ya andan entre la 
gente del campo. Boda en que no hay regueifa (asi se llaman estas 
tortas) ? es de las mâs pobres y de ellas se burla la musa popular (V. el 
n° 19). » Las copias improvisadas en las bodas, que reciben tambien el 
nombre de regueifas, consisten û menudo en un diâlogo desafi'o, cuyos 
contendientes suelen ser un mozo y una moza. Estas improvisaciones 
tienen poco valor literario y « todo se cifra en la gracia y la facilidad de 
la improvisacion. » Como suele suceder en casos anàlogos los versos 
son prosaicos, pero la costumbre es poética. 

En el ejemplo que publicamos puede observarse la frecuente repeticion 
del dltimo verso de una copia como primero de la del adversario : 
costumbre muy adecuada ;'i la improvisacion y que, segun M., se observa 
tambien en las luchas poéticas de las cantadeiras, las cuales, por lo 
visto, son diferentes de las regueifas 6 copias cantadas en las bodas 4. 

1 . Estas razones aduce D. Teodosio Vesteiro que esta publicando una Caleria 
de gallcgos ilustres. — Obsérvese que el cantar tiene una construccion si- 
métrica que recuerda la que hemos notado en cantares portugueses y gallegos : 
pero esto no puede ilustrarnos acerca del lugar ni de la época de la composicion. 

2. Este cantarcillo se halla tambien, anque menos extenso, en Arch. açor., 
p. 180; en Castilla dicen tambien les ninos : Pito, pito, colorito. Donde vienes 
tan bonito ? 

3. « Lopez Tamarid en su Compendio de algunos vocabbs arâbigos, etc. dice 
que regaifa es voz arabe que significa torta. » M. — Engelmann GIoss. de 
mots esp. et port, dérivés de l'arabe pone : « Reguifa, arabe Raguifa, que P. de 
Alcaki traduce por horonazo de guevos, oblada y torta. » 

4. M. Ilama Regueifa a nuestro n° 145, pero nos dice que suele darse a 
semejantes composiciones el nombre de romance a falta de otro mejor. — El 
mismo nos informa de que los aldeanos de Galicia tienen tambien sus represen- 
taciones dramaticas, en parte habladas, en parte mimicas. 



LA P0ES1A POPULAR GALLEGA 55 

Villancicos. Estas composiciones, del genero lirico no hablamos de 
los romances narrativos referentes al mismo asunto , tan recomendables 
por su objeto y que tan poéticas costumbres recuerdan, son casi siempre 
semi-populares, es decir, debidas a letrados que se esfuerzan en hablar 
el lenguaje del pueblo '. Asi no es verdaderamente popular, â pesar de 
su aspecto rustico, el Villancete pelo Natal publicado por Varnhagen 
Trovas, p. 560 2 , ni lo son, a pesar de su sencillez y gracia, los dos 
romancillos que damos por muestra, excepto la estancia final del primero 
que es un simple canto de cuna >. 

Si hubiesemos de créer ;'i Terreros, Paleografia esparïola, la mûsica 
popular de Galicia (no menos que de Portugal) tendria lejana ascen- 
dencia, pues se hallaria « su aire y gusto » en las Cantigas de Alfonso. 
Comosea, lasmelodias publicadaspor M. y otras recogidas por P. ofrecen 
un sabor particular, distinto del de las del mediodia de Espana. Algunas, 
segun el mismo P., se asemejan â las de las montanas de Santander; 
una de ellas es cuasi igual â otra catalana. La de las Regueifas consiste 
en una cantilena muy poco variada y adecuada â la improvisacion. 
Conocida es en toda Espana la animada muneira con que se canta e' 
n° 1 16 y suponemos tambien los 1 14 et 1 1 5. La que nos canté T. como 
aplicableà toda especie de versos, aun â los octosilabos, es asaz insi- 
gnifiante. El canto de rua que publica M. tiene mucha viveza y, como 
las muneiras, la primera si'laba fuertemente acentuada. 

M. habla con natural entusiasmo de las melodi'as gallegas y algunas, 
en efecto, son muy bellas. Este sentimiento es comun a cuantos estu- 
dian los cantos populares con disposiciones estéticas. Aunque en estos 
cantos son en cierta manera indivisibles la letra y la melodi'a, la primera 
no siempre ofrece cuanto se desea y â veces ofrece lo que no se quisiera ; 
al paso que la melodia nos da un conjunto perfecto en su clase, sin 
elemento alguno que desagrade. 



1. Tambien puede componer poesia semi-popular un poeta iletrado , influido 
por modelos no populares : esto es comun en Italia. 

2. Cuasi todo los versos de este villancete son endecasilabos anapésticos, 6 
bien de 12, bien de 6, 6 3 silabas (quebrados de 12), es decir que tienen el 
movimiento de muneira. 

3 . Un villancico-muneira catalan : « Que li darem an-al noy de^ la mare » ha 
de provenir, en opinion nuestra, de un original gallego. Su musica es muy 
semejante al de « Tanto bailé » ; pero vemos que en Galicia solo conocen su 
estribillo que suelen decir en casteilano : Tantaratan que los higos (6 las uvas) 
son verdes Tantarantan que ya maduraran). El villancico 6 â lo menos el 
estribillo es tambien conocido en Castilla. 

4. Esbastante parecida al motivo del Robcrto : « Oh fortune, à ton caprice », 
despojado de su energia. Se asemejaria mâs si se modificase este motivo para 
aplicarlo a endecasilabos anapésticos, como el siguiente : « Oh ma fortune que 
soit ton caprice... » 



$6 MILA Y FONTANALS 

La variedad de instrumentos de mûsica usadosen Galicia atestigua la 
aficion â este arte. C. describe el efecto de alguno de ellos : 

Redoble das castafietas, 
Xas-carrâs-cas das conchifias ', 
Xurre xurre das pandeiras, 
Tambor do tamborilero, 
Gaitifia, gaita gallega, 
Xa non m' alegras dicendo : 
Muhifieira, muhifieira. 

Hay ademas las ferrinas ^sonajas) y la flauta y la sanfona (viellaï que 
en algunos casos se unen â la gaita para acompanar el baile llamado 
muneira 2 . 

Si este es el que conocemos y que suele representarse en la escena 
con el nombre de gallegada, es una danza decorosa, aunque muy alegre y 
animada y â la cual se da cierto carâcter c6mico. No la describe con 
este ultimo carâcter M. que habla del « vivo movimiento del galan » y 
de « la modestia y pudurosa parsimonia de las mujeres. » 

Recordando estos usos, el traje provincial que, al parecer, no ha sido 
aiin sustituido por la fea uniformidad moderna, las dos especies poéticas 
caracterfsticas del terceto y de la muneira, la indole de varias melodias, 
el contenido de algunas copias y las tradiciones y costumbres que se han 
conservado, puede decirse que Galicia posée unapoesfa nacional. Aunque 
sabemos cuan aventurado es atribuir este titulo â composiciones que 
expresan sentimientos comunes â todos los pueblos y que pueden haber 
nacido en un pais extrano 3, el conjunto de las obras poéticas que cono- 
cemos corresponde â la idea que generalmente se tiene del pueblo 
gallego : algo muelle, pero apacible y bondadoso, sin que deje de ofrecer, 
acaso mâs de lo que se creyera, propensiones sati'ricas. 



Nosa sefiora d'à Barca 
Ten o tellado de pedra ; 
Ben o pudera ter d'ouro 
Mina Virxe si quixera. 



2 S. 
Mina Virxen d'Aguas Santas 
Ten as culleres n-a fonte 
Para beber os romeiros 
Que vên cansados d'o monte. 



i . Conchas naturales, sin duda modelo de las castafietas, Ilamadas tambien 
en gallego (como en catalan) castanolas. 

2. A veces debe de acompafiarla el tamboril, conforme indica el estribillo : 
« Tantarantan. » 

3. Por su vecindad y parentesco con Portugal y por la estancia de muchos 
de ellos en Madrid y Andalucia los gallegos han tomado naturalmente poesias de 
estos paises, pero esto no significa que â su vez no hayan podido comunicarlas. 

4. Indicamos con letra cursiva b bastardilla lo que nos ha parecido exclusivamente 
castellano en algunas poesias en que domina el gallego, y lo que es gallego en las prin- 
cipalmente castellanas ; senalando las ultimas por la abreviatura (Cast.). 



Mina Santa Margarida, 
Mina Margarida Santa, 
Tendes a casa n-o monte 
Donde o paxarino canta. 

4 T. 

Non cantés cantigas ' locas 
Porque é muito pecado; 
Canta [boas] cantiguinas 
A Cristo Crucificado. 

5 S. 
Anque tocan as campanas 
Non tocan po-los que morren ; 
Tocan po-los que estan vivos 
Para que d'eles s'acorden. 

6 S 2. 
O secreto d'o teu peito 
Non contes ô teu amigo; 
A amistâ logo s'acaba 
Y-él che sirve de testigo. 

7 S. 
Mota bonita n-o mundo 
Non habia de nacer. 
Porque fai com' a mazâ: 
Todo-la queren corner. 

8 T. 
Vamos indo, vamos indo 
Para servicio d'o rey; 



POPULAR GALLEGA 

Os ricos quedan n-a terra 
E y-eu 3 que so pobre irey. 

9 M' 
A Virxen de Cerca vaise, 
O cabildo vay con ela ; 
Panadeirinas d'à praza 
Vinde a despedirvos d'ela. 

ioT : \ 
O portugues rebeludo, 
Criado de mala ley, 
Que che costaba en decir 
Velay vên o noso rey ? 

il M. 
Uns corren para Castilla, 
Outros corren para Cais, 
E solo Dios é quen sabe 
En donde a fortuna esta. 

12 M«. 
A Castilla van os homes, 
A Castilla por ganar; 
Castilla queda n-a terra 
Para quen quer traballar. 

En Alba hay boas mozas, 
En Campano a fror d'elas, 
En Leres o refaixallo, 
En San Vecente son bêlas. 



i. Los gallegos que tienen una tintura de lengua castellana suelen convertir la gutural 
suave en aspirada ; asi se cuenta de unos que querian ocultar su naturaleza y que la 
descubrieron, respondiendo â un <quien vive ? Unjaros en ver de Ungaros.^ T. decia 
constantemente cantija, pelijro, etc., por cantiga, peligro, etc. — En cuanto â la acen- 
tuacion T. hacia llana y no esdrujula la palabra cantiga, y aunque se nos dice que hay 
aldeanos que dicen cantiga, sera por influencia erudita reciente, pues creemos con 
Vignau {Rev. de Arch.) que si el pueblo hubiese recibido la vos cântica la hubiera con- 
traido. 

2. « El secreto de tu pecho — No se lo des a un amigo, — Que si la amistad que- 
brare — Te ha de servir de testigo ». Fernan Caballero, Cuentos y poesias populares, 
p. 208. Variantes en E. Lafuente Alcantara, Cane, popul. II, Copias, p. 33, nota, y otra 
muy parecida en la misma pagina . 

3. Esta y antes de vocal es muchas veces simplemente eufonica. 

4. Se refiere a la translacion de la imagen de la virgen de Cerca a San Agustin donde 
desDiies ha celebrado sus funciones religiosas el Concejo de Santiago. M. 

$. Se refiere, segun parece, â la separacion de Portugal. Es singular que, segun T., 
se canta en son de fandango portugues. 

6. En Castilla se canta : « A las Indias van los nombres — A las Indias por ganar — 
Las Indias aqui las tienen — Si quisieran trabajar. » 

7. Segun T. los cuatro pueblos que se nombran pertenecen a un mismo concejo. — El 
tema se presta a variantes. Asi en Asturias hallamos la copia citada por Jovellanos : 
« En Cangas hay bones moces — En Aviles la flor d'elles — En Luanco mielgues curades 

— Y en Xixon paraxismeres. » Algo semejante en Andalucia : « A Roma se va por bulas 

— Por tabaco a Gibraltar, etc. Fernan, p. 376. V. tambien Lafuente. p. 401 y 423 : 
En Cabanda venden cocios En Alcorisa pucheros, etc. 



s* 

14 T. 
Pontevedra é boa villa 
Da de beber a quen pasa ; 
A Fonte de Ferreria, 
San Bartolomé a prasa. 

i$B«. 
Vexo a Vigo, vexo a Vigo 
Tamen vexo a Compostela; 
Vexo Ponte de San Payo 
Camiiïo de mina terra. 

16 C. 
Castellanos de Castilla, 
Tratade ben os gallegos ; 
Cando van, van como rosas, 
Cando vên, vên como negros. 

,7 T. 
Si che vas a San Benito 
Non vayas ô de Paredes, 
Que tamen San Benito hay 
N-ese convento de Leres. 

18 M. 
Os soldados vanse, vanse, 
Vanse po Cudeiro arriba ; 
As rapacinas d'Orense 
Choran que cortan a vida. 

19 M*. 

A regueifa esta n-a mesa, 
Feita de pan de centeo ; 
A muhino qu'a moheu 
Non tina capa nin veo. 

20 T. 
Fuliada d'esta noche 
Manana sera sonada ; 
Qu'ela sea que non sea, 
Sempre sera fuliada. 



MILA Y FONTANALS 



2 1 M 2 . 

Cando rio fosse enriba 
E os carballos deren uvas, 
Han de ser homes de ben 
Os homes de barbas rubias. 

22 T (Cast.) s . 
Vâlgame Dios como canta 
La serenita del mar, 
Que los navios dan vuelta 
Para la sentir cantar. 
23 S. 
Quen me dera dar un ay 
Que s'oira alâ enriba, 
Que dixera mina nay 
« Aquela é mina filla. » 

24 M (Cast.) 4 . 
Yo quisiera tener madré 
Aunque fuese de una silva, 
Que aunque la silva picase 
Siempre era la madré mia. 

2$ M s . 
Non me prendas, silva verde, 
Que n'estou n-a mina terra; 
Nunca silva me picou, 
Que non me vingase d'ela. 

26 M e. 
Arriméme a un pino verde 
Por ver si me consolaba ; 
O pino como era verde, 
De verme chorar choraba. 

27 T t. 
Alto pino, alto pino 
Qu'ô ceo chegou a rama; 
Non me derrames pino 
Que me derramas a aima. 



1. Var. X. « Vexo Vigo, vexo Cangas, — Tamen vexo Redondela. » Asi debe decir 
segun M*. 

2. En Cataluna es el pelo rojo el de mala fama : « Home roig y gos pelut Primé 
mort que conegut. » 

3. « A Sereia quando canta —Canta no pégo do mar ; — Tanto navio se perde — Oh 
que tao dolce cantar! » Arch. Açor., p. $. 

4. Aunque el lenguage es castellano se da a la palabra silva el sentido gallego àezarza. 
— Ai quem me dera ter mae — Inda que fosse una silva — "Inda que ella me arra- 
nhasse — Serr.pre eu era sua filla » Braga Cane, pop., p. 106. 

j. « Silva verde nao me prendas — Olha que nao me seguras... »; « Una silva me 
prendeu... » ; « A silva que me prendeu... »; « Ha silvas que dan amores... » Braga 
C. p., 44 y 45. Se ve que esta palabra se toma en sentido metafôrico. 

6. Version castellana casi literal en Lamente, p. 283. 

7. Variante de los dos ultimos versos M* : « Debaixo d'o alto pino — Tina meu amor 
a cama. » 



28 M 1 . 
Soïdades danme os campos, 
As vinas, as vendimiadas 
Y os paxarinos cantando 
N-as tardes é madrugadas. 

29 G.-C. 
Airinos, airinos, aires, 
Airinos d'à mina terra ; 
Airinos, airinos, aires 
Airinos, levaime a ela. 

50 C.-S. 
Adios rios, adios fontes 
Adios regatos pequefios, 
Adios vista 2 d'os meus ollos, 
Non sei cando nos veremos. 

31 C. 
Hora, meu menino, hora 
Quen vos ha de dar a teta, 
Si tua nay vai ô muhino 

E teu pay a lena seca ? 

32 T. 
A subi-la é a baixâ-la 
A costa de Carracedo, 
A suhi-Ia é a baixâ-la 
Perdei a cinta d'o pelo. 

33 S. 
Agora que m'eu hei d'ir 
As pedrinas choraran : 
Chorai, pedrinas, anoite 
Que me vou po-Ia manan. 

34 S. 
Salvaterra non ten augua, 
Se non ten eu ll'a darei; 
Co'a augua d'os meus ollos 
Salvaterra regarei. 



POPULAR GALLEGA 

3S C.-M 3 . 

Qu'a rula que vïudou 
Xurou de non ser casada, 
Nin pousar en ramo verde, 
Nin beber d'augua crara. 

36 M '•. 
Na aima se me clavou 
A rais d'o teu querere ; 
Mentras n-o mundo vivere 
Outro amor non hey de tere. 

37MS. 
Adios non, si non m'o digas 
Qu'é che palabra muy triste ; 
Entre dos que ben se queren 
Costa caro despedirse. 

38 M. 
Si ti me tiberas ley 
En che tibera carino ; 
Escribirache unha carta 
N-as alas d'un paxarino f \ 

39 S'. 
Anque me vou, non me vou, 
Anque me vou, non m'olvido : 
Anque me marcho c'o corpo 
Non me marcho c'o sentido. 

40 C. 
Mais que ben quixo un dia 
Se a querer tên aficion 
Semprelle queda una mâgoa 
Dentro d'o seu corazon. 

41 M. 
Augua d'o Pilarde Cruûa, 
Augua d'o lindo beber, 
Quen amores tên ô lonxe 
Ma Ile valera non ter. 



19 



1 . Los portugueses tienen la palabra saudades (soledades cast. ; anyoransa, anyora- 
ment junto con anyorar y anyorarse cat., en ciertos casos regret fr. y desiderium lat.). De 
esta palabra han usado y abusado los poetas portugueses modernos. La forma gallega 
soidade se halla ya en el rey Deniz. 

2. Var. S. « fonte ». Acaso dijo « lume ». 

3. Var. M. « A rula... de y-augua. » 

4. Esta e es paragôgica (V. Saco, Gramatica, p. 20 y 21) y exigida por la musica : 
por esto resultan très consonantes seguidos; — « Hasta el aima me ha llegado — La raiz 
de tu querer, — Si no es verdad lo que digo — Mala puhalâ me den. » Lafuente, 
p. 143. — M. da esta copia y la siguiente como muestras de Ala-las. 

5. « Nunca me digas adios, — que es una palabra triste ; — Corazones que se aman 
— Nunca deben despedirse. » Lafuente, p. 689. 

6. Esto recuerda las aves mensageras de otras poesias populares. 

7. « Aunque me voy, no me voy, — Aunque me voy, no me ausento Aunque 

me voy de palabra — No me voy de pensamiento. » Lafuente, p. 188. 



6o 



MILA Y 



42 C.-NH. 
Cantan os galos pr'o dia, 
Erguete, meu ben, é vaite; 
ij Como m'hei d'ir, queridina, 
Como m'hei d'ir e deixarte. 

43 T. 
Cantâ, mininas, cantâ 
Si po-lo voso gusto é; 
Todas as herbinas cheiran 
Donde vos ponés os pes. 

44 T 2 - 
As estrellas menudinas 
Traen tempo composto ; 
Contigo, mina minina 
Nunca Jogrei ningun gusto (gosto ? 

4S S 3 . gozo?) 

Ehi tes meu corazon, 
As chaves par'o abrir ; 
Non eu tengo mais que darche, 
Ni ti mais que me pedir. 

46 C. 
Ahi tes meu corazon, 

Si queres matar ben podes; 
Pero como estas ti dentro 
Tamen si matas morres. 

47 T. 

meu amor qu'ha de ser 
Quedou de vîr aqui oxe ; 
Se ha de vîr inda non tarde 
Que ten camino lonxe. 

48 T. 
Adios, mina minina, 

A chorar mullei un pano ; 
Non pensei que namorar 
Costase tanto traballo. 



FONTANALS 

49 T«. 
Eu tirei una laranxa 
De Martin a Portonovo ; 
Dentro d'aquela laranxa 
Iba meu corazon todo. 

. *° T - 
Adios, mina minina, 

Adios, meu si e meu non, 

Regalo de mina vida, 

Prenda d'o meu corazon. 

51 C». 
Si mar tibera barandas 
Forate ver ô Brasil ; 
Mais o mar non ten barandas, 
Amor meu, por dond' hei d'ir? 

S 2 P (Cast.) 6 . 
A tu puerta estamos cuatro 
Todos cuatro te queremos; 
Mira, nina, en cual escolles 
Los demai cancaremos. 
$3 T. 
A perdiz anda n-o monte 
O perdigon n-o collado, 
A perdiz anda dicendo : 
« Ven acâ, meu namorado. » 

HT. 
Debaixo de l'escaleira 
D'o senor Gobernador 
Hay unha parra con uvas 
Quen sera vendimiador ? 

SS M. 
Falando c'unha menina 
Esmortecido quedei; 
Acoleime n-a sua casa 
E co'a menina casei. 



1. Nicomedes Pastor Diaz publicô ya esta copia en su novela Una cita. Como obra 
literaria es en miniatura una alba del género provenzal, pero preferimos acordarnos de la 
despedida de Julieta y Romeo. 

2. « As estrelhas pequeninas — Facem céo bem composto — Asim sao os signaes 
pretos — Menina, nesse teu rosto ». Braga, C. p., p, 79. 

3. Ehi y Ahi de la siguiente copia son una variedad dialectal; v. Saco, Gramatica, 
p. 232. — « Nao tenho mais que te dar — Nem tu mais que me pedir — Dar-te-hei 
meu coraçao — E a chave para abrir. » Braga, C. p., p. 90. 

4. « Toma, nina, esta naranja ■ — Te la doy porque te quiero — No la partas con 
cuchillo — Que va mi corazon dentro. » Lafuente, p. 108. 

5. Casi literal en Braga, C. p., 138. Sin duda alguna de origen portugues. 

6. « A tu puerta estamos cuatro, — Todos cuatro te queremos, — Escoge tu de los 
cuatro — V la demas buscaremos » Fernan, p. 296. — SegunM*. la palabra caricartmos 
no es gallega ; acaso dijo carrexaremos. 



LA P0ES1A 

$6T«. 

Muito quero a San Francisco 
Porque leva unha corona ; 
Muito mais che quero a ti 
Porque che chamas Ramona. 

anillo que ti me deches 
Era de vidro, e crebou ; 
Tan mala guia ti levés 
Como o anillo levou. 

$8 S». 
Quen tên os fillos pequenos 
Nunca deixa de cantar; 
Quen tên seu amor n-a guerra 
Nunca deixa de chorar. 

59 T. 

Péitate (Peita ?) o cabello, minina, 
E non seas pigriseira, 
Que o cabello é a gala 
D'unha minina solteira. 

60 G. 

Non hay cantiga n-o mundo 
Que non tina seu retran ; 
Nunca ninguen faga conta 
Senon d'o quo tênn-a man. 

6i S. 
Sirvir ô rey, queridina, 
Sirvir ô rey, gran regalo ! 
Sirvir ô rey, queridina, 
Nin d'à pe nin d'à cabalo. 

62 T. 

En m'amorei d'un soldado 
Por un pan de municion; 
O pan xa se va acabando, 
Non quero soldado, non. 

63 X. 
Marruxina, tu refaixo 
Por vida de San Pirino, 



POPULAR GALLEGA 

Non lo botes amarillo, 
Bota/o coloradino. 

64 C. 
Con esta mina gaitina 
As nenas hei d'enganar , 
Non sean elas tolinas, 
Non vengan à meu cantar. 

6$ M. 
O canto d'o galleguino 
É canto que nunca acaba, 
Qu'empeza con talalila 
Y acaba con talalala. 

66 S. 
Mariquina d'à forneira 
Tua nai onte coceu; 
Dame un anaco de bola 
Po-la nai que te pareu. 

67 S*. 
Todos me din que che deixe 
Que m'has de dar mala vida ; 
i Onde iras, boi, que non ares 
Sinon à cortaduria ? 

68 S. 

A muller d'o meu hirman 
Châmame cara lavada ; 
Pasa a y-augua po-la porta, 
Lâvate, mina cunada. 

69 S. 
Se non foran as vixigas, 
Senor San Bartolomé, 
Se non foran as vixigas 
Que bunitina era eu ! 

70 T *. 
A tua porta, minina, 
Vouche a cantar os Reis : 
O carabel tên deu follas, 
E a rosa dezaseis. 



61 



1. « Mucho quiero a San Francisco — Porque tiene cinco llagas; — Mucho mas te 
quiero â ti, — Porque Francisca te Hamas. » Fernan, p. 252. La misma y otras pare- 
cidas en Lafuente, p. 122. 

2. « O anel que tu me deste — Era de vidro e quebrou— O amor que tu me tinhas 
— Era pouco e acabou. Braga, C. p., p. 131. Con el final de esta copia portuguesa 

tienen semejanza la dos primeros versos deunade Lafuente, p. 321. «El amor que te ténia 
Era poco y se me fué... » 

3. « Quem tiver filhos pequenos — Por força ha de cantar; — Quantos veces as 
maes cantam — Con vor.tade de chorar.» Braga, C. p., 134. 

4. « Adonde iras, buey, qui no ares ? » es refran castellano. « Onde iras, boi que non 
ares ?A cortaduria. » Saco, Gramatica. p. 27s. 

5. « O cravo tem vinte folhas — A rosa tem vinte uma — Mas cravo anda em 
demanda — Por a rosa ter mas uma. » Braga, C. p., p. 63. 



62 M 

71 T. 

Botey as redes ô mar 
Para cullir unha boga ; 
Cullin a cabeza d'unha 
Para dar â mina sogra. 

72 T*. 
Velay vên touro bravo. 
Velay vên po-lo terreiro; 
O aire levoule a capa 

E vendabal sombreiro. 

75 T. 
Toma, cego, a limosna 
E no me tomes a mans. 
Perdone, mina sefiora, 
Pensei que todo era pan. 

74 T. 
Noite boa, noite boa 
Pa ser noite diferente 
Doume meu pay una tunda, 
Levei-n-a caladamente. 

75 T. 
Mina sogra morreu onte, 
Deixoume pote â ferrer; 
Déixame corner caldo 
Que tamen hei de morrer. 

7 6T. 
Indo para Santiago 
Doy [unha] volta ô capote ; 
Acordome mina sogra, 
Amai as popas ô pote. 

77 T. 
Non as quero, non as quero 
Castanas d'o teu majusto ; 
Lévoas n-a faltriqueira 
Para corner â meu gusto. 

7 8 T2. 
O meu hirman esta en Cades 
E mandoume unha navalla 
E letreiro que decia : 
« Se queres corner traballa. » 

79 T. 
Bota lena n-este lume 
— É verde e non quere arder. 



Y FONTANALS 

A muller de ruin home 
Meis lie valera morrer. 

80 F. 
Eu me casei por un afio 
Para ver a vida qu'era ; 
O afio vai acabando, 
Solterina quen me dera ! 

81 T. 
Unha vella è un candil 
Son dos demonos n-a casa, 
La vella rifie que rine 

O candil queima a grasa. 

82 M. 
Agora xa non se usa 
Pedir a filla ô seu pay ; 

Se non entrar po-la porta : 
Eh meu sogro, como vai ? 

83 T. 
Esta noite ha de chover 
Que leva cerco a luna ; 
Quera Dios non chovan palos 
En las costillasd'alguna. 

85 T. 
Unha vella é mais ben vella, 
Mais vella qu'o meu chapeu, 
Tratâronlle casamento, 
Levou as manos ô ceu. 

86 T. 
As mininas de Parada 
Non tên nada n-as orellas ; 
Cando vên dia santo 
Ponen cagadas d'ovellas. 

8 7 (Cast.)T. 
Madré, vengo de Madril 
De ver un rico fandango ; 
A la porta de l'Audencia 
Alli lo quedan bailando. 

88 T. 
A mina moller morreu, 
Enterrei-n-a n-o palleiro ; 
Deixeille un brazo fora 
Para tocar pandeiro. 



1 . T. sospechaba que esta copia era portuguesa y pronunciaba en ella las como u, lo 
cual hizo rarisimas veces en las otras. ]atrorn miP 

2. « Mi marido fué â las Indias — Y me trajo una nava)a — Con un letrero que 
dice : — Si quieres corner trabaja. » Fernan, p. 354- Lafuente, p. 370. 



LA P0ES1A 
89 T. 

San Antonio e mais a coixa 
Iban por un carreirino, 
E a coixa iba dicendo : 
Dame un netifio de vino. 

90 T. 
Non quero home pequeno, 
Que a mina ha de valer 
Que me parece n-a casa 
A basoira de barrer. 

9. S. 
Eu ben vin a morte nègre 
Comendo un racimod'uvas ; 
Vaite d'aqui, morte negra 
Desamparo d'as viudas. 
92 T<. 
Se ouver algun valenton 
Qu'en la calle s'atrevese, 
Xa pode traer consigo 
O cura qui confese. 

93 T (Cast.) 2 . 
Dama qu'estas a la sala 
Oxe non sales â fora, 
Se has de salir 6 non, 
Mândalo decir en copia. 

94 T. 
Nos d'acâ é vos d'alâ 
Somos tantos coma vos ; 
Nos comemos carnero 
E os cornos son para vos. 

95 S 3. 
Nos d'aca é vos d'alâ 
Somos tantos coma vos ; 
Temo-lo rio pro medio 
Murrinas sode-los vos. 

96 T. 
Xa non podo cantar mais 
Que se m'acaba a gracia ; 
Esta poquiûa que teno 
A levo pra mina casa. 
Xa non podo cantar mais 
Que se m'acaba a fala 



POPULAR GALLEGA 

Que augua de fonteirina 
Fai a fala [mui] privada. 

97 T. 
Este pandeiro que toco 
Éde pelleixo d'ovella : 
Inda onte comei herba 
E oxe toca que rabea. 
Este pandeiro que toco, 
Este que teno n-a man 
Este pandeiro que toco 
É de pelieixo de can. 

98 T. 
Mina nay doume unha tunda 
Co'aro d'unha pineira, 
Mina nay, tena vergonza 
Que vên a genre de feira. 
Mina nay doume unha tunda 
Co'aro d'unha camisa, 
Mina nay, tena vergonza 
Que vên a gente de misa. 

99 T (Cast.). 
Si te vas â los Madriles 
Ten cuidado con los gatos; 
Mira que cojen la carne 
Antes de ponerla al plato. 
Si te vas â los Madriles 
Repara en un caminino 
Que hay un can como un dcmoho 
Ficado en un barraquino. 

100 T. 
Oxe luns, mafiana martes 
Corta feira logo vên ; 

De mafiana en outo dias 
E a semana que ven. 
Cando ha de ser domingo, 
Domingo cando ha de ser, 
Cando ha de ser domingo, 
Miniiia, para te vêr. 

101 G*. 
Por amor de voso galo 
Traidora, mala vecina, 
For amor de voso galo 



63 



1. Esta copia parece mas propia de andaluces que de gallegos, cuyo defecto no es la 
fanfarroneria. 

2. Esta copia tiene respuesta que no recordô T. 

3. Esta copia y la anterior, aunque nos han llegado de tan diverso origen, se ve que 
se corresponden. 

4. Los eruditos editores de esta copia suponen, no sabemos si con bastante funda- 
mento, que alùde al olvido de la lengua gallega y dominio de la castellana. 



64 M 

Perdei a mina galina. 
Per amor de vosa lengoa, 
(Malo rayo ve la (vo-la) fenda) 
Por amor de vosa lengoa 
Perdei a mina facenda. 

102 C. 
Como chove menudiîïo, 
Como menudiîïo chove, 
Como chove menudino, 
Po-la banda de Laino, 
Po-la banda de Lestrobe. 

103 M. 
Pobres vaquiôas minas, 
S'o meu cuidado 
Como pesa n-a y-alma 
Pera n-o carro. 

104 T. 
Si vas a Santiago 



FONTANALS 

Cômprame un Santiaguifio 
Non m'o compres grande, 
Compram'o pequenino. 

105 C. 
San Antonio bendito 
Dademe un home 
Anque me mate, 
Anque m'esfolle. 

106 C. 
Sempre malla que che malla, 
Enchendo a cunca, 

E qu'é démo traballa, 
Acabarâ tarde nunca. 

107 X. 
Morre tangeiro 
Deixelo morrer 
Qu'outro tangeiro novo 
Ha de nacer. 



Tercetos. 



108 C. 
Campanas de Bastabales, 
Cando vos oyo tocar 
Morrome de soledades. 
109 M*. 
Estrellita d'o luceiro, 
Quen tên amores non dorme 
Se non sono primiero. 

1 10 T. 
Rabo de sardina crua, 
Tanto se me da por ti, 
Como po-los cans de rua. 



Elas de Laino son, 
Collen junco n-as brenas. 
Van a vender ô Padron. 
112 C 2 . 
Anque che son d'à montafia 
Anque che son montanesa, 
Anque che son non me pesa. 

njT. 
Ladran os cans, gente ven, 
Son os de noite pasada 
Quedano de vir e vên. 



Ruada. 



114 M 3 . 
Veûa pandeiro a ruar 
Qu'estas son as mazarrocas 
Qu'hoxe teno de fiar. 

O pandeiro toca ben, 
As ferrinas fanlle son ; 
Vivan os qu'amores tên ! 



Vivan as mozas gallegas, 
Vivan as bonitas mozas 
Y os galans d'à nosa terra. 

Mocinas a bailar todas ; 
Mocifios, arriba, arriba ! 
Ti tamen, meu Furabolos. 



1 . A ribeira cuando corre — No meio faz a zoada ; — Quem tem amores nom dorme 
— O somno da madrugada. Arch. açor., p. 71. 

2. Che (te) se usa a menudo sin necesidad gramatical y como formula de benevolencia. 
V. Saco, Gramatica, p. 165. 

3. Es decir : no es hora todavia de dar el grito ô atruxo. 



Non t'asanes, non, rapaz, 
Qu'as nenas son para ver, 
Os galans para mirar. 



POPULAR GALLEGA 

Veîia por onde quixer ; 
Toca, panderifio, toca, 
Mas que ch'o coiro rabée. 



65 



Cada un é pr'o que é : 
O pan esta pr'a foucina ; 
Antonino, saca pe. 



Estira a cofia, Maruxa, 
Dobra as mangas d'à camisa 
E qu'o denguino se luza. 



A ruada vaise armando ; 
Tira, Pepe, ese candil 
Qu'estan â porta chamando. 

Viran chuscos (Dio-lo queira) 
Pro ese chama n-o quinteiro 
Y os chuscos vên po-la eira. 



Inès, acude ô mantelo, 
Puntéa ben, que ti ben sabes 
Dalle brazo e junta os dedos. 

Entra meigo, non atruxes 
Garda, Xan, as castafietas 
E contame ond'oxe fuches. 



Muneira?. 

11$ B«. 

Cando te vexo n-a beira d'o rio 
Queda meu corpo tembrando de frio, 
Cando te vexo d'o monte n'altura 
A todo mon corpo lie da calentura. 

ii6S*. 
Tanto bailei co'a ama d'o cura 
Tanto bailei que me deu calentura ; 
Tanto bailei que nunca bailara 
Tanto bailei que me namoricara. 

117 X(Cast.) 3 . 
Tanto bailé a la puerta del cura 
Tanto bailé que me diô calentura ; 
Tanto bailé a la puerta del horno 
Tanto bailé que me dieron un bollo. 

118 M*. T. 
Vâllate Dios aquela qu'é vella 
Quer que lie fagan a cama de pedra ; 
Vâllate Dios aquela qu'é moza 
Quer que lie fagan a cama de folla. 

119 M**. 
Manga rachada foi â Castilla 



1. El Sr. B. llama â esta « verdadera muneira » en oposicion a la copia n. ij. 
Por todos estilos nos parece, en efecto, el tipo del género (deseariamos que este tipo fuese 
mas idéal). Hasta el dodecasîlabo que sigue â los très endecasilabos puede decirse que 
compléta el periodo musical, moderando el vivo movimiento de los versos anteriores. 

2. Esta murieiria « harto picaresca » segun dice con razon S., nos parece menos pri- 
mitiva que la anterior é imitation suya. Var. de los dos ultimos versos (M*) : Tanto 
bailei e tanto bailei — E tanto bailei que me namoriquei. 

3. Esta muneira castellana es una especie de traduccion libre y decorosa de la 
anterior. 

4. El primer verso esta compuesto de dos hemistiquios de cinco silabas. 

Romania, VI 5 



66 MILA Y FONTANALS 

E n-o camino topou unha filla ; 
Toda vestida de seda labrada 
Porque era filla de Manga rachada. 

120 G. M 1 . 
Isca d'ahi galina maldita, 
Isca d'ahi non me mate-la pita ; 
Isca d'ahi galina ladrona, 
Isca d'ahi pra cas de tua dona. 

12! C. 
As de cantar que ch'ei de dar zonchos, 
As de cantar que ch'ei de dar moitos. 

122 T. 
Pepa, Répéta caminsa lavada (?) 
Foy a muhino lambé-la forcada. 

.23 T. 
Birbirinchin d'o beira d'o mar 
Dille a teu pay que non podes andar. 
Larilari, laralari, lari. 
124. G. 
Tantarantan por onde van a Noya, 
Tantarantan po-la Corredoyra. 
Tantarantan ! 

125 T (Cast.) 2 . 
Al pasar la barca nie dijo el barquero : 
Moza bonita no paga dinero ; 
Al pasar la barca me dijo Farruco : 
Moza bonita no paga trabuco. 

126T:». 
Cabaleiro que vas de cabalo 
Malo fogo te salte n-o rabo, 
Très de riba, très de baixo 
Inda cais d'o cabalo abaixo. 

127 T*. 
Lagartifio vai foradino 

Que ven tua nai co'a cunca de vino, 

Lagartifio vai ô portelo 

Que ven tua nai co'a cunca d'o grelo. 

128 S s. 

Fun ô muhino d'o meu compadre 
Fun po-lo vento vên po-lo aire. 



1 . Solo el segundo verso es endecasilabo ; pero los demas pueden sonar en el canto 
como taies dando el valor de dos tiempos â la ultima silaba del primer hemistiquio. Asi 
se hace en algun caso analogo de la poesia popular catalana. 

2. Impares dodecasilabos. 

3. Los dos primeros y el ultimo decasilabos — Obsérvese que la palabra rabo se 
extiende por irrision â los hombres en algunos modismos gallegos. V. Saco, Gramatica, 
220 y 221. 

4. Impares decasilabos, pares dodecasilabos sino se contrae tua. 

5 . Esta muneira y las que siguen estân en hemistiquios de cinco. 



LA POESIA POPULAR GALLEGA 67 

.29 C. 
Mina santiria mifia santasa, 
Mina carifia de calabasa, 
Ei d'emprestarvos os meus pendentes 
Ei d'emprestarvos meu collar, 
Ei d'emprestarvos, cara bonita, 
Si me desprendes a puntear. 

.30 t<. 

Euteno un cansino que se chama José 
Que baila fandango co'a punta d'o pe, 

Eu teno un cansino que se chama Laredo 
Que baila o fandango co'a punta d'o dedo. 

M A Vil 

. '3i T». 
Esté é Mayo que Mahiiïo é, 
Este é Mayo que anda d'o pé. 
O noso Mayo, anque pequenino, 
Da de corner â Virxen d'o Camino. 
Velay Mayo cargado de rosas 
Velay Mayo que las trae mas hermosas. 
Angeles somos del cielo venimos, 
Si nos dais licencia â la Reina le pedimos. 
Angeles somos del cielo bajamos 
Si nos dais licencia â la Reyna la cantamos. 

ROMANCES. 

152 T. (Cast.) 3 . 

Caminando va José, caminando va Maria, 
Caminan para Belen [para llegar con el dia]. 
Cuando llegan a Belen toda la gente dormia. 
Abre las puertas, portero, portero de porteria, 
Abre las puertas, portero, à José, amais à Maria. 
— Estas puertas no se abren en cuanto no viene ei dia. 
Cuando fué la média noche la Virgen parida sia (sic). 
Con su nino en los brazos lloraba cuanto podia ; 
Echo mano a los cabellos a un lienzo que ténia 
Lo puso en très pedazos y al nino (le) envolviô Maria. 
Vienen ângeles del cielo, ricos panuelos traian. 
[Los] unos eran de lana (lino ?) otros de la lana fia, 
Luego volvieron a ir cantando el Ave Maria. 



1 . Dodecasllabos. 

2. Endecasilabos casi todos de acento en la septima : menos el ultimo y antepenultimo 
que son dodecasllabos. 

3. Coelho 1. c. publicô la version gallega de este romance, mas compléta al principio, 
mas truncada al fin. 



68 MILA Y FONTANALS 

133 T. (Cast.). 
Era la hija de un rey moro que otra hija no ténia, 
Rezaba cinco rosarios todos cinco era en un dia. 
Uno [era] por la manana y [otros] dos al mediodia 
Y dos en [la] média noche cuando su padre dormia. 
Cuando rezaba el rosario vino la Virgen Maria : 
,;Que haces aqui, [mi] devota, que haces, devota mia? 

— Estoy rezando el rosario que ofrecérvolo (sic) queria. 

— Si [tu] quisieres ser monja [ser monja de monjeria], 
O quieres subir al cielo con tan buena compafiia? 

— [Que] yo no quiero ser monja, (ni) tampoco de monjeria, 
Que quiero subir al cielo con tan buena compafiia. 

.33 M'«. 
Indou Dofia Silvela por un corredor arriba, 
Tocando n-unha vigùela n-a calle da Figuria. 
[Acordou seu pae da cama con estrondo que fazia : 
Que tendes, Dofia Silvana que tendes, a vida minha ?] 

— O Rey tina ahi très fillas, casadinas con familia, 
Eu por ser a mais bonita aqui me hallo rendida. 

— Que che farei, mina filla, si pra ti no hay compafiia ? 

— Esté calado, meu pay, qu'eu remedio lie pondria : 
Chame Conde d'Algalia casadino con familia 

Que matara y-a Condesa por casar co' sua filla. 
[E manda chamar Conde d'à sua parte e da filla]. 
Chamache Rey de palacio no sey que che quereria. 

— Que manda a su maxestâ? que manda a ma senoria? 

— Que matares a Condesa por casar con mina filla. 

— Porque a hei de matar, triste, s'eu motivo ningun tina ? 

— Presentarasm' a cabeza n-esta dourada vacia; 
E se non m'a presentaras arrebatareiche a vida. 
Tornou Conde d'Algalia mais triste que d'à leyria (?) 
Cerrou portas é ventanas cousa que nunca facia, 

E mandou cubri-la mesa figurando que comia, 
As bagoas que d'él caian por tod' a mesa corrian. 
Baixouse dofia Condesa a preguntarle que tina : 
Que ten Conde d'Algalia? porque chora, mina almina? 

— Mandoume Rey de palacio que che vos quitar' a vida 
E que si non che quitaba qu'el me quitaria a mina. 
Quérem'o Rey de palacio pra casar con sua filla. 
Presentareille a cabeza n'esa maldita vacia. 

— Non chore Conde d'Algalia qu'eu remedio lie pondria. 
Manda vir un cirujano que m'abra unha sangria 






1. Almeida, II, 44, conde Janno ; Braga, Rom. gérai, p. 68; conde Alberto (Porto), 
p. 71 ; conde Alves (Beira Baixa) ; Arch, açor., p. 259, conde Jano. No dudamos de que 
todas estas versiones (como tambien la catalana) provienen del conde Alarcos de Riano. 
La tradicion popular ha eliminado algunas frases de caracter juglaresco, pero, conforme 
notô Puymaigre con respecto â la version arreglada por Almeida, ha olvidado pormenores 
interesantes. Llenamos algunos vacios de la version gallega con versos de la de Porto, 
conservando en ellos la ortografia portuguesa. 






LA P0ES1A POPULAR GALLEGA 

Que pouquinino e pouco vaisem acabando a vida. 



6 9 



Déixame dar unha volta 
Despedirme d'os criados 
Déixame tamen pasear 
Dame fillo mais vello 



d'esta sala pra coucina 
con quen eu m'adivertia 
tod' esta mina casina. 
[que quero pentear] ' 



Traem 'acâ esoutro mais novo e dareille de mamar. 
[Marna, marna, meu menino] d'esté leite d'amargura 
Porque mafian d'estas horas veraisme n-a sepultura. 
Estando neno mamando xa començou de falar 2 ; 
Toda a gente po-la calle xa s'empez'a alborotar. 
Toc'a campana en palacio non sei ca la aberia 
Que morreu Dona Silvela d'unha morte repentina. 
[Morreu a filla do rey pela soberba que tinha :] 

cousa que Dios non queria. 

«34 S^. 



Descasar a ben casados 

1 



Xeneroso capitan 
Que vên a, esta guerra 
Pra quintar os soldados 
E levâ-los â terra, 
Cento leva quintados 
Trinta voluntarios foron. 
D'os quintados 
Un muy triste vay a guerra. 

— Porque vas triste, soldado, 
Porque te vas triste a ela ? 

— Eu non vou por pai nin mai 
Nin cormancinos que tena, 
Vou por unha dama é doncella 
Que levo medo que me morra. 

— Sete anos te dou d'ausolto, 
Que te volvas por' onda ela ; 
Os cabo d'os sete anos, 

Que te botes â guerra. 

— Volta, meu cabalo, volta, 
Volta antes que se morra. 



Chegando â ver a capilla 
De Rodomi 

cabalo se m'espanta; 
Eu tamen m'espulinei, 
Oin unha voz que decia : 
Non tenas medo, caballero, 
Non me tenas medo a min, 
Que son a dama e doncella 
Que algun tempo te servin. 

— Se es a dama e doncella 
Que algun tempo me serviches, 
i Porque no me falas â min ? 
Se es ti a dama é doncella 
Que algun tempo me serviches 

1 Porque non bicas â min ? 

— Os iabios con que te bicaba 
N'a terra xa os metin. 
Abur, caballero, abur, 

No podo estar mais eiqui, 
Porque os infernos estan 



1. La version gallega decia unicamente « Peinarei-n-o. » 

2. Segun es de ver, en esta version, asi como en la del Arch. Açor., por jDtra parte 
muy alterada, se halla, aunque incompleto en la nuestra, el pormenor del nino de teta 
que habla, que hubiera podido creerse intercalacion de Almeida. 

3. La versification esta tan revuelta que no hemos podido escribir este romance on 
lineas largas. — En la poesia popular de la Peninsula hallamos cuatro temas, mas 
inenos relacionados, expuestos en romances asonantados en /' : i° La adultéra sorpren- 
dida; 2 ' la adultéra que recibe â su esposo creyendo que es su complice; 3 un caballero 
â quien se anuncia la muerte de su esposa 6 de su dama ; 4 la dama ô esposa que 
habla al caballero desde el sepulcro. El i° en Duran n"' 1459, 1461; el 2 aislado y 
completo en un romance catalan (creemos haDer visto un canto italiano del mismo asunto 
y asonante) ; el 3" aislado en el drama Reinar despues de la muerte de Guevara aplicado 
a Inès de Castro; el 2% 3°y 41'abreviado el segundo) en Almeida, II, 123, Bernai Francez ; 
Rom. gérai, p. 34, Bernai Francez ; Arch. açor., p. 202 ss , Bernai y Pedro Françiolo. 
La composicion que publicamos esta formada del 4" tema anadido â una parte del romance 
del El Soldado ô Quintado conocido tambien en Portugal y Cataluna. 



70 MILA Y FONTANALS 

Agardando xa por min. Cantas mais misas me tengas, 

— Se t'agardan os infernos Mas tormentos son pra min. 
Venderei o meu cabalo dia da mina morte 

E terei misas por ti. Mal dia che foi por min, 

— Non vendas o teu cabalo, Por olvidarme de Dios 
Nen tenas misas por min E por membrarme de ti. 
Cantas mas misas me tenas, Si te casas, meu soldado, 
Mai penas son para min. Câsate en Valladoli ; 

— Se por ti aguarda o inferno A primeira filla que tenas 
Venderei as minas rentas Poneraslle com'â min, 

E terei misas por ti. Pra que cando chames, sepeas 

— Non vendas as tuas rentas, Acordarte ti de min. 
Nin tenas misas por min 

i3S S*. 
En xunguin os meus boicinos fun co'iles a arada 
E n-o medio de camifïo esqueceume a aguillada. 
E volviume a mina porta topei a porta cerrada 

— Abrem'a porta, muller abrem'a porta, malvada. 

— I Como ch'ei d'abrir a porta s'estou facendo a colada? 

— I De quen é aquel gato roxo qu'esta debaixo d'à cama ? 

— E un gato d'un vicino que veu pr'onda a nosa gâta. 

— Traem' aca a mina escopeta a ver si podo tirarle. 

— Non fagas eso, marido, non m'avergonçes a cara 

13 ^ M*. 
Levantéme po-lo lunes ô lunes po-la mafiana 
E collin os mens boinos e leveinos a labrar; 
Cheguei ô campo con eles, esquenceusem a aguillada, 
Volvin a casa por ela topei a porta cerrada. 
Abreme a porta, muller, que m'esquenceu a aguillada 
— Aguardade mais un pouco porqu' estou moi ocupada. 
Senteime n-unha pedrina fortuna non m'aparaba. 

Qulcn te me dura, marido, îendido en aquella sala 2 , 
Con las piernas amarillas, la cara desfigurada, 

Y )-o vcstida de luto, llorando de mala gana, 

Y los vecinos que digan « ahi llora la cautivada 3 » 

Y los curas a la puerta dïciendo « que saïga, saïga. » 

136 S'-. 
Elas eran once damas, todas amigas d'o Xuez 
Pegou tangano-màngano 5 n-eias non quedaron senon dez. 

1. Aunque abundan los romances del mismo asunto y alguno con el mismo asonante , 
ninguno recordamos directamente enlazado con el présente. Suprimimos por mas indeco- 
rosos algunos versos de la segunda version que por otra parte recibimos incompleta. 

2. Estos versos en que la adultéra expresa tan bellos sentimientos, en buen castellano 
y muy bien construidos, acaso sean obra de un poeta malicioso y no enteramente lego. 

3. Acaso equivalga al captiu caitiu, pr. y chétif, fr., en sentido de desgraciado, pero 
es probable que el que compuso estos versos puso cuitada. 

4 . Esta poesia, de un caracter muy popular, se funda en un juego de numéros como 
otras del mismo género. 

$. S. crée estas palabras formadas ad libitum. 



LA POESÎA POPULAR GALLEGA 71 

D'aquelas dez que quedaron foron a xugar probe ', 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon nove. 
D'estas nove que quedaron deron en corner bizcoito, 
Pegou otângano-màngano n-elas non quedaron senon oito. 
D'estas oito que quedaron deron en ir â San Vecente, 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon sete. 
D'estas sete que quedaron deron en cantar os Reis, 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon seis. 
D'aquelas seis que quedaron deron en beber vino tinto 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon cinco. 
D'estas cinco que quedaron deron en corner n-un prato 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon catro. 
D'estas catro que quedaron deron en ir â San Andrés 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon très. 
D'aquelas très que quedaron deron en corner n-as uvas, 
Pegou tangano-mângano n-elas non quedaron senon duas. 
D'estas duas que quedaron deron en andar â tuna, 
Pegou tangano-mângano n-elas e non quedou senon unha. 

.37 S*. 
Estando Sinor don Gato en silla d'ouro sentado, 
Ponendo médias de seda y-o seu zapato picado, 
Mandâronlle cartas novas se queria ser casado 
C'unha gatina morena d'unha pintina n-o rabo. 
gato co'a alegria rubiuse logo â un tellado. 
Unha pulga deuil' un couce é caiu gato embaixo 
Partindo catro costelas e a metade d'o espinazo. 
Mandou logo chamar curas pra dar conto d'o robado. 
Setevaras de chorizo, outro tanto d'adubado 
Unha xerrifia d'aceite pra facer millor guisado. 

138 M* (Cast.) 3 . 
Copia de Pepa Rosa cuando se iba a embarcar su marido. 
Puente y las Burgas, adios, y la Virgen del Cesi 
Sacra Virgen del Carmelo todas me asistan a mi ! 
Burgas Irescas y calientes calle oscura y nada mas 
Convento de San (sic) Domingo no vuelvo â verte jamas ! 
Convento de San Francisco, convento de los garbosos, 
Adios el Padre Guardian con todos los religiosos. 



1 . No sabemos que clase de juego es este. 

2. Fernan Caballero publicô y Wolf reproduce Span. Volkslieder, una version castel- 
lana de este romance. Una mujer de Menargues (pueblo catalan fronterizo de Aragon) 
nos dijo haberlo aprendido de los gallegos que pasaban por alli. 

3. Este romance vulgar, pero que recuerda los antiguos artisticos de trovadores, fue, 
segun crée fundadamente M., compuesto cuando la marcha del batallon provincial de Orense, 
â una de las campanas extrangeras emprendidas en tiempo de Carlos III. Por supuesto 
que el autor del romance no fue el que se supone su héroe, sino un poeta del pueblo. 
Nos dice el mismo M' que lo cantan los ciegos de la tierra de Orense (ciudad en que se 
hallan todas los lugares en él mencionados) causando cierto enternecimiento en el auditorio. 
Lo considéra como muestra del castellano hablado por los gallegos iletrados. La copia 
que nos remitiô no era compléta y ademas suprimimos no pocos versos, para abrevnr. 



72 MILA Y FONTANALS 

Una vez os digo adios hasta el dia judicial, 
Que aquel dia sera visto aquel dia y nada mas. 
Adios, nobles caballeros y otros de mi igualdad, 
Tenientes y coroneles que hay en esta ciudad. 

Yo te encargo, Pepa Rosa, que no te vuelvas casar, 
Pero quedas muy pimposa no te podras resguardar 
Non ponderan quince dras en el pesar se acabar. 
Nin vendran [losj cuatro meses sin volverte a proclamai - . 
Toma, hija, estos diez doblones para tu te remediar 
Que si tu madré se casa maldito los quiere dar (sic). 

— Adios, mi padre querido, esto si que es de llorar 
Que no alcanzaré licencia de poderlo ir a abrazar. 

Yo te encargo, Pepa Rosa, que no te vuelvas casar etc. 

— Valgate Dios, mi marido, esto si que es de llorar; 
No me dejas ningun pré para yo me remediar, 

Que de las tristes viudas todos suelen murmurar 
Y las piedras del camino tras de ellas son a tirar. 

Adios, campo del Posio donde ejercicio tomaba, 
Adios la calle oscura donde a muchos convidaba. 

Adios puente temerosâ, adorno de la ciudad, 

Donde pasan los comercios que vienen de terra y mar 

Santo Cristo milagroso, Virgen de la Trinidad 
Me liberté y me defenda de terra de mourindad. 

Cantarcillos 

i 59 M 1 . 
Jogo d'os pelouros. 

Xastre, Ay pete, pete, 

O démo t'arrastre, Vay pr'o burato 

Quo chova, que neve Coida d'os teus fillos 

O démo te levé. Qu'estan langreando. 
140 S. 
Jogo d'à roda. 

Ande a roda, Non me serve 

Ande a roda Non te quero 
Qu'eu quero Soilo a ti 

Qu'eu quero Soilo a ti 

Xa casar. Hei de querer 



1 . Corresponde al juego que llaman en Castilla à las juegas con la siguiente letra : 
« La coja — manoja — que pasa por el rio — y nunca se moja. = Paso el puente — 
reluciente — del color de la aguardiente. — Paso esta — tambien esta — paso el conde 
y la condesa. » M*. 



Estando a mora 
N-o seu lugar 

Ven a mosca 

Pr'a picar. 
A mosca n-a mora 
A mora n-a silva 
A silva n-o chao, 
O chao como é duro 
De todo ten man. 

Estando a mosca 
N-o seu lugar 

Ven a pita 

Pr'a pillar. 
A pita n-a mosca 
A mosca n-a mora etc. 

Estando a pita 
N-o seu lugar 

Ven o zorro 

Pr'a pillar 
O zorro n-a pita 
A pita n-a mosca etc. 

Estando o zorro 
N-o sen lugar 



Nube ncgra 
Dios te estienda, 
Nube rubia 
Dios te destruya ; 
Nube blanca, 
Dios te espar za. 
Très Apostoles santos 
Iban por un camino 
C'o meu sefior Xesucristo 
Atoparon. 



POPULAR GALLEGA 
l 4 I S'. 

Ven can 

Pr'o pillar. 
O can n-o zorro 
O zorro n-a pita, etc. 

Estendo can 
N-o sen lugar 

Ven lobo 

Pr'o pillar. 
O lobo n-o can 
O can n-o zorro etc. 

Estando lobo 
N-o seu lugar 

Ven pau 

Pr'a lie pegar. 
O pau n-o lobo, 
O lobo n-o can, 
O can n-o zorro, 
O zorro n-a pita, 
A pita n-a mosca, 
A mosca n-a mora, 
A mora n-a silva, 
A silva n-o chao, 
O chao como e duro, 
De todo ten man. 

Ensalmos 

142 M" 2 . 

O meus santos, pra d'ond'ides ? 
— Imos pr'o Monte Olivar 

— Que ides catar 

— Erbas é (de?) un ano 
Pra curar fistola, 
Chagas, feridas. 

— D'aqui vos volverés, 
Prometimento me farés 
Qu'ouro nen prata non tomares. 
Tomaréi a sal de mar 



7. 



1. Es una poesia que podemos llamar continua, por el estilo de ciertos cuentos nt- 
micos. Creemos que faltan al principio dos estancias : « Estando chao... Ven a silva. » 
« Estando a silva... Ven a mora. » 

2. Estos versos supersticiosos de poco valor literario cobran mayor interés por su anti- 
giiedad relativa. «Son del siglo XVII, nos dice M*, y los halle entre los papeles de la 
Inquisicion de Santiago, siendo Director del Archivo General de Simancas, en el cual se 
guardan. » Habla tambien de algunos castellanos conservados en el Archivo General 
de Alcalâ y de otros que remitiô el P. Caravantes, misionero gallego de ultimos de 
siglo XVII, al Santo Oficio. 



74 



MILA Y FONTANALS 



Agua da fonte perenal 

La lidra (cidra ?) 
E aceite de oliva. 
Con esto curares 

Madré, madrona 
Volvete o teu redor 



Chagas é feridas 
C'o poder de Deu 
E d'à Virxe Maria. 



43 M*. 



Estaba San Crimente 

En una pedra sentado 
Ven por ahi a Virxe Maria, 
Preguntando que estas facendo, San 
[Crimente. 

— Seiïora, estou morrendo de nivas 

[é dentés. 

— Quês que ch'as bendiça, San Cri- 

| mente? 

— Si Sefïora, de moi boa mente. 



Como fizo a lanzada 
Que deu Longinos a Noso Senor 
44 M*. 

— Pois eu ch'as bendigo 

Po-lo arrecido, 

E sol rayente 

Por saltador 

E roedor 

Que che volvran 

O bon amor, 
Como foi a lanzada 
Que deu Longinos a Noso Senor. 



Con licencia de mi padre 
Y de la sehora tia 
Yo auisiera preguntar 
Ese guapo a que venia. 



Dialogo 
145 M**. 



— A que veno eu ch'o direi 
Eiche de contar verdad ; 
Veno por pasâ-lo tempo 
Que'e cousa de mocidad. 



1. La copia de M* no era compléta y ademas suprimimos versos para abreviar. — 
Creemos que no sera inoportuno un sencillo indice de palabras gallegas de menos facil 
inteligencia : Amais (T.) : ademas. — Anaco : trozo. = Antroido : carnaval. = Asa- 
narse : enfadarse. — Atruxo (verbo atruxar) : grito al fin de las ruas. — Bâgoa : 
lagrima. — Basoira : escoba. — Beira (cast. vera, cat. vora) : orilla, borde. — Bico : 
pico. — Bicar : picary besar. — Bola : pan de maiz. — Burato : agujero. — Caminsa 
(tambien camisa) : camisa. — Capa : muela de molino. — Carballo : roble. — Car- 
rexar : acarrear. — Corta (de cuarta) feria ; miércoles. — Couce : coz. — Culler (cat. 
cullera) : cuchara. — Cunca : taza. — Cruna : Coruna. — Dengue : abrigo superior 
en el traje de las mugeres. — Deitarse : Dormirse. — Encherse a cunca : estar a su 
negocio. — Espulinarse : espeluznarse. — Esquecer esquencer : acordar. — Farruco : 
dim. de Francisco. — Ferrer : fogon. — Fiar : hilar. — Forcada : cucharon sin mango 
para probar la sopa. — Foucina : hoz. — Fuliada : reunion para arrancar la paja del 
maiz; por extension rua, segun T. (Saco dériva esta palabra de fulion y la define : 
fiesta nocturna). — Furabolos : (agujerea-bollos) entrometido. — Gando : ganado. — 
Gango : carica. — Grelo : flor de la espiga del nabo. — Chao : suelo. — Inda : aun. 

— Jungir : uncir. — Lamber : lamer. — Langrear : morir de miseria. — Lumia : 
calificacion como de mujer perdida, ladrona, bruja. — Magoa : herida. — Magusto : 
refresco. — Mazâ : manzana. — Mazarroca : mazorca hilada. — Menina y Minina : 
nina. — Nadal (tambien cat.) : Navidad. — Netino : cuartillo. — Niva (cat. geniva y 
tambien engiva) : encia. — Onte : ayer. — Pau : palo. — Petada : bollito, — Pe- 
louro : canto rodado. — Pineira : cedazo. — Pitelo : astilla. — Prestar : aprovechar. 

— Puntear : hacer puntadas (labor). — Quinteiro : corral. — Rabear : pasarlo mal. 

— Rachado : listado. — Refaixallo : aumentativo de Refaixo ? segun T. : robustez. — 
Roso : aspero. — Rubir : subir (notable ejemplo del cambio de s en r). — Soidades. 
V. p. 59. — Tolo (dim tolino) : tonto. — Tizar : atizar. — Trabuco (acaso no gallego) 
corrupeion de tributo. — Veo : el hierro que sujeta la capa del molino. — Zoncho: cas- 
tana cocida. 



LA POESIA 

— Si vês por pasâ-lo tempo 
Queridino, ben dixestes ; 

Si non sabe-lo camino 
Volve por onde vineches. 

— camino ben o sei 
Que ch'o vexo dend'aqui ; 
Pero teno de Ievar 

Unha rosa coma ti. 

Si quês que case contigo 
Has de facerme unha casa 
Que cueste dos mil dobloncs 
Asomadita â la plaza 

— Non me fables d'unha casa 



POPULAR GALLEGA 

Que me das n-o corazon, 
Que xa eu ch'a teno feira 
En Santiaguino de Herbon 

Pondreite por taberneira 
N-a ciudade d'o Santiago 

— N-a cuidade d'o Santiago 
Non quero ser taberneira 

. Non me criou mina nây 
Para ser revendedeira. 

— A tu mai é unha lumia 
O teu pai un nigromante : 
A casta toda ch'é boa... 
Mala polvora levante. 



75 



Alegria, meus amigos 
Mais alegria é pracer 
E que viva o rei d'os ceos 
Por sempre enxamais, amen. 

Rita, encende catro pallas 
E corramos a Belen 
Cantémoslle o ron ron ô neno 

Co'as bâgoas n-os ollos 
Quedou durmidino : 
Durme que che preste, 
Meu inocentino. 

Ay mina xoina, 
<jCantos trabalinos 
Ven pasar ô mundo 
Para redimirnos? 

D'ises pitelinos 
Qu'estas ehi facendo 



VlLLANCICOS 

14e S. 

E fagamosdurma ben. 

A ron ron, ron ron, meu neno 
A ron ron, ron ron, meu amor, 
Durme ben, meu queredino, 
Que che canteo ron ron. 
Ron ron, ron ron, ron ron, ron. 

147 S. 

Trai, Pepifio, au poucos 
Pra quentâ-lo neno. 

Trai, Pepino, trai 
D'ises pitelinos 
Pra quentâ-lo neno 
Que ten moito frio. 

Non te canses, nai, 
En facerme os gangos, 
Qu'eu vin â este mundo 
Pra pasar traballos. 



UNA 

PANERA DE REVI FRIBORDZEY. 

Proverbes patois du canton de Fribourg et spécialement de la Gruyère, 
recueillis par J. Chenaux, et suivis de comparaisons et rapprochements par 
J. Cornu. 



PROVERBES MÉTÉOROLOGIQUES. 

Mois. 
i En janvier la ney e lé frey enplyon le gurney. 

2 Xé fevrey né fevrôte, ma ven ce toi deblyôte. 
Xé fevrey né fevrûye, ma aménerè gran brûyé. 
I fô ce fevrey faxe xon devey. 

3 Xé fevrey fevrûye, ma meyne en tsan le jûye; xé fevrey né fevrûye, 

ma meyne mâle jure. 

4 I vô mî xù la curténa dû pî de ney tye un ômo xen mandze en 

fevrey. 

5 I vô mî on là xù lé femey tye un ômo xen mandze en fevrey. 

6 Entre ma e avri tsanta, cùcù, xé t'î vi. 

7 Bijé de ma, ven (ou ûra) d'avri, fan la rétséxé dû payi; ven (ou 

ûra) de ma, bijé d'avri fan la rina dû payi. 

8 Ven (pu ûra) de ma, bijé d'avri médzon mê de blyâ tye tbt lé 

payi. 

9 La verdyâ de ma né vô ren xù le prâ. 

io Verdyâ de ma, bijé d'avri fan la rina dû payi. 

1 1 Can i tône û mî de ma, fena e enfân dey von plyorâ (ou trenblyâ); 

can i tône û mî d'avri fena e enfdn deyvon xe redzoyi [ou piti e 
gran deyvon xe redzoyi) . 

12 Tôna de ma, venta de blyâ; tôna d'avri, rétsexé û payi. 

1 3 Can on a yù trè bî mî d'avri, on a grô ten de mûri. 

14 û mî d'û la plyôdzé derî lé bû. 

Jours. 

15 Lèdévendroly amerey mî creva tye î jôtro dzod rexenblya. 



PROVERBES FR1BOURGEOIS 77 

16 Xérî on bî dzoâ tye Camentrân, xé Pâtye îre lé lendemân. 

17 A la Xenté Lùxè (1 3 décembre) lé xô d'una pùdzé; 

A la Xent Anteyno (17 janvier) lé répê d'on mueyno ; 
A la Tsandelâja (2 février) lé répê d'un' epâja. 

18 Can i ney lé dzoâ de la Xen Xebaxtyân (20 janvier), on revey 

vent e dû yâdzo lé bû blyan. 
i9AlaXenVençén(2 2 janvier], u tô/ dzâle u Vot fen. 

20 Xé lé là pu veyré d'una montanyé a l'ôtra lé dzoâ de la Tsande- 

lâja, i xe fô recatxî xî xenàne. 

21 A la Xenté Adyeta ($ février) l'îwe avô la tsèreyreta. 

22 A la Xenté Adyeta demi xon fen demi xa palyeta. 

23 A la Xenté Adyeta la mîtyî de xa tsevançeta. 

24 A la Xen Matiâ (24 février), buna fena, djîta te jâ. 
2$ A la Xen Dzojef (19 mars), lé mutsôn û brotsef. 

26 A la Xen Dzoje* le crapote?. 

27 La plyôdzé a la Xen Midâ (8 juin), la plyôdzé xi xenâne xen 

plyacâ. 

28 Tô Xen (i er novembre) tô Pâtye. 

29 A la Xen Martén (1 1 novembre) la vatsé û len; xé né lî ye pâ, 

n'end e pâ ben lyen. 
$0 A Tsalande le mùxilydn, a Pâtye le lyexôn. 

PRONOSTICS. 

3 1 Can le dzénilye xe pyâlyon pè la lôdzé, ly e xùnyo de plyôdzé. 

32 Aprî la dzalâyé la lavâyé. 
Aprî la blyantxyâ la molyâ. 

33 Xé la léna renovale pè la démendzé, prépara pon e plyantsé. 

34 Gran moâ, granta cùa. 

35 Can le nyôle van contré Plyanfayôn, pren ta leyna e ton tacôn; 

can le nyôle van contré lé Valey, pren ta fô e ton covey. 

36 La plyôdzé dû matén né revîre pâ lé pelérén (ou n'enpatse pâ la 

dzornâ dû pelérén). 

37 Lé rôdzo dû matén fâ alâ le mulén ; lé rôdzo dû dévè lé ne fâ 

xetxî le lapé. 

38 Can i tône (ou tâne) xù lé bû nyù, i nevéçrè xù lé bû folyù. 

39 Tan tône ce plyâ. 

Tan nyolate ce plyâ, tan ly afôrhlye ce x'evâie (L. Ruffieux). 

40 Grôxa ûra e vîlyé fena n'an djyemê jû cori po ren. 

PROVERBES AGRICOLES. 

41 Pè le vani le derbi; pè le praî le xapî. 
û vani le derbi; a la combala laxapala. 



78 CHENAUX ET CORNU 

42 Pè le combale le nevê ; pè le gale le perê. 

43 Payi de fromén, payi de tormén. 

44 Payi de montanye, payi de xénalye. 

45 Avô lé hlyon déjô lé pon; 
Avô lé bey ren de tey ; 
Avô lé ryô adyù la xô ; 
Avô lé dâ ren né xâ. 

46 Djyemê an tardu né fù vajù. 
Vô mî tardù tye vajù. 

47 An de fen, an de ren. 

An de plyôdzé, an de fen; an de tsô, an de ren. 

48 Déjô lé grô l'andén l'ânâyé dû txyertén. 

49 L'aveynade fevrey fâ trenblyâ le xoley. 

50 Gran d 'aveyna e pey perhî xe recontron volontyî. 

51 Fen de tsô, fen de mô. 

52 î te fô ben f enâ, xé té vu ben aryâ. 

53 Can le prôme xon mare, tsîjoji (pu tseyjon) xen le gùrlâ. 

54 Plyanta te tsû a la plyaneyté dû rahlyôn e mey le a la plyaneyté 
dû bacon. 

S $ Totevi la xejôn ameyne la mexôn. 

PROVERBES DIVERS. 

56 Le jacùtârexon mendro tye le lare. 

57 Xi ce né di ren ly afîte. 
Xi ce di ren afîte. 

58 Ly e on bîl ojî tye l'agaxé, matrù xovén ly ènûye. 

59 Le jaluete rùhyé ne tsîjon (pu tseyjon) pâ avô la boârna (ou la 

tséménâ). 

60 Can on x' âme ben, on a totevi prû plyeçé. 

61 Can on n'a pâ xen c'ôn âme, i fô amâ xen c'ôn a. 

62 on a vùto de tbt prâ tye de l'an â. 

63 Lî y a ben dî jân a l'onbro, can lé xelâ ly e mùxî. 

64 Vè l'apotityêro i né fô ren letxî; 
Vè lé fâvre i né fô ren totxî. 

65 Ren aprén ce né côçe (ou ce né coçey). 

66 Xi ce n'a pâ n'a tye a aten d ré. 

67 On n'a djyemê jû yû un axilyâre xobrâ xù on tey. 

68 Xen c'on balye a la poârta redexén pè la boarna. 

69 Ben robâ né profite pâ. 

70 Lyen de xon ben, prî de xa perda. 

71 I betévilyâ pâ (ou ren) de butévalye. 






PROVERBES FRIBOURCEOIS 79 

72 De beyré lî y a pâ tan de mô, porvù c'on xatse retornâ a l'oçô. 
7^ Lî y a ren de bîçé tan mô lodjyâ po né puyey tsûmâ apri una 
médjyâ. 

74 Xi ce ly a dî bîçe ly a dî perde. 

75 On n'e djyemê blyamâ tye pè mendro tye xe. 

76 Xi ce n'a ren fî de mô n'a pâ pùeyré dû boryô. 

77 Mê on brâçe, mê i xen. 

78 Lî ya per lot dû brûlyo tye î carte. 

79 I né fô pâ brùçâ por ben avanhî; inûtilo d'aryâ devân de maneyî. 

80 La bùtsilyé né xâte pâ lyen dû tron. 

81 I fô xe fêré emi de la canalyé : le brave dzen né fan ren de mô. 

82 Xi ce n'a ren de Catén n'a ren de xagrén. 

83 Xi ce x'entsôténe xen cayôn x'enverne xen bacon. 

84 Ti le cayôn né xon pâ den le bùetôn. 

On vî pa xê ben dî cayôn, ma le plyé grô xon pâ î bùetôn. 

85 I fô ben cémenhî po ben furni. 

86 Xi ce n'e pâ contén, c'alixe vè lé contentyâ, 

87 Le bon conto fan le bon jemi. 

88 Ti le cùtî de fû talyon ben. 

89 on e plyé gran ten cùtxî tye leva. 

90 Can on e den la dançé, i fô la danhî. 

91 I fô lé dejoâdré po ramena l'oâdré. 

92 I né fô pâ xe deviçi devân d'alâ drémi. 

93 Xé tè werde la démendzé, la démendzé te werderè. 

94 Xen ce ly e a dû trè ly e a nyon. 

95 Le bon Dyù n'envûye pâ lé tsévri xen lé boxôn po lé nùri. 

96 Tsacôn por xe, le bon Dyù por ti. 

97 Yô lé bon Dyù va, i plyâ. 

98 Lêxen adî fêré xi c'enmandze le xérije. 

99 Tôt mihi dzaloj i. 

100 Dzaloji pâxe vûdeji. 

101 On né di pâ dzalyé a una môdzé ce n'a pâ {ou ren) de tatse. 

102 Le dzanlye xe môçron, la vrétâ rîxte a tsôma {ou la vrétâ xâbre 

a tsâma) . 

103 Le dzanlye de xti an fan vivre l'an ce ven. 

104 Lî ya ben mê tye le tsen ce dza pon. 

105 Tôte brave dzen xe valy on. 

106 Can on cônye le dzen, on lu demande pâ dû yô xon. 

107 La dzénilyé né dî pâ tsantâ devân lé pu. 

108 I f ô djyemê dzérâ de ren. 

109 Lêxen ôtye po l'avini : lî ya ben mê de dzoà derî lé vanî. 

1 10 En xe devéjén on x'entén. 



80 CHENAUX ET CORNU 

1 1 Awî de l'erdzén on a dî xùblyet a Xen Lyôdo. 

12 Dû jevi valyon mê tye yon, d'aprî lécoçémî de Mûdôn. 

1 3 Can lé mô ly e fey, le jevi xon prey. 

14 Xi ce n'a pâ l'expri a la tîça devrè Pavî î pî. 

15 Xi ce pè xon ben pè xun exyén. 

16 Can tsacôn x'eyde (ou eydye), nyon né xe creyve. 

17 Farna fretsé e pan tsô n'enrétséxon pâ l'oçô. 
Ben de prîçe e pan tsô n'enrétséxon pâ l'oçô. 

18 En farvadzén on ven fâvre. 

19 Xi ce xe fâ faya, lé là lé médze. 

20 Lî ya una fen a xàt. 

21 De female den una mej6n i n'en fô pâ mê tye de fornî û peylyo. 

22 Dî female e dî tsavô i n'end a pâ xen defô. 

23 I fô prendre lé ten cèmén i ven, le female cémén xon, e l'erdzén 

po xen ce vô. 

24 Can fen a plyece de parla (ou devéjâ), l'entèremén fô apreçâ (ou 

prépara). 

25 Moâ de fena, ya de tsavô, ly e la tsevancé de l'oçô. 

26 Xi ce fâ xen ce né dey aréve a xen ce né vùdrèy. 

27 Xi ce fâ cémén xon véjén né fâ ne mô ne ben. 

28 Tô té me fâ tô te fari, dejey la txîvra a xon tsévri. 

29 Ben farè, ben troverè. 

30 I fô c'on en faxe, xé n'e pâ a la réçè, ly e en alén beyrè. 

31 N'e pâ totevi fîça, can le hlyôtse xônon. 

32 Xi ce ly a prû filye e prû tey djyemê dzûyo né xe vey. 

33 I né fô pâ wîtyî l'erba a la rojâ e le filye a la tsandeyla. 

34 Le filye e le tsavô né xâvon pâ (ou né xan pâ) yô xérè lu oçô. 

35 Le filye de bon payijân, le motete de pure dzen, xon mare devân 

d'îçré vîlye. 

36 On pu pâ îçré en mîmo ten û foâ eu mulén. 

37 Xi ce ly a pueyré dî fôlye né dî pâ alâ û bû. 

Car dit un autre prov. : Xi ce va û bû va a la dyèra. 

38 Le frê né pâyon nyon. 

39 Djyemê frêle/ n'a atrapâ bon bref. 

40 Tôt fû tsançé. 

41 N'e ren d'îçré fû, x'on lé fâ pâ a veyré. 

42 Nyon n'e fû parey. 

43 Ly e bon d'îçré fû, ma awî rejôn. 

44 Ti le fû ly âmon xénâ e véri la xinyâla po vanâ. 

45 Xi ce balye la coârda a non fû entén xénâ mê tye xon xû. 

46 I né fô pâ ataryâ le fû. 

47 Xé n'îre ren de fû, né xérey ren de cure. 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 8l 

148 Tan plyé vîlyo, tan plyé fû. 

149 Yô li ya ren de fù, li ya ren de fumeyré. 

150 Lé f ù ly e on bon dyerçôn, ma on crûyo mètre. 

Lé fù e l'îwe xon di bon dyerçôn, ma dî crûyo meytre. 
i$i Gaba te, nyon né te gabe. 
1 $2 Djyemê gran gabâre n'e jû gran fajâre. 
155 Dî cû le gale vînyon a mâle. 

1 54 Prémî gânye eu x'ecoârtse. 

155 Go ta xù g6ta xe fâ la môta. 

1 56 Grâta te awî te jonlye. 

1 57 Grâta me, te grateri. 

158 Vô mi werdâ çû ce xon grâ tye d'en engrexî dî jôtro. 

1 59 Decûçe lé grô e lé ryô né béta pâ tun oçô. 

Car L'îwe, le xinyâ e le gran tsémén xon ti dî crûyo vêjén. 

160 Ly e la pùriré dî plyé grô ce xen lé plyé mô, 

161 Dî grobî nô jend an ti. 

162 Xen ce ven pa la hlyôta xen va pè lé tabâ. 

16} Xi ce n'entén (ou n'û, tye una hlyôtsè n'entén tye on xon. 

164 Can on parle dû là, i xô de la dzâ. 

165 Tôt xen ce blyantseiye n'e pâ laçî. 

166 A corédjî on lanbén né pè pâ ton ten; lêxé lo amolyî, xé ly 

amôlye gran ten n'amolyerè pâ po ren. 

167 N'e pâ lâre xi ce lâre robe. 

168 N'e pâ lé lot de xe leva matén, i fô modâ prû vùto. 

169 Xi ce lêxe fêré lêxe burlâ xa mejôn, 

170 Le lu d'oâ mâryon le cû toâ. 

171 Tsô epi xe fâ la lyéna. 

Prû lyite fan maya (L. Ruffieux). 

172 Fâ cémén té vùdri, ma cémén té fari ton lyî, té te cùtseri. 

173 Nyon né vu îçré majaley po lé fedzo. 

174 On né pu pâ prendre due mare û mîmo ni. 
On né trâve djyemê due mare den lé mîmo ni. 

175 Tôte le marmite ly an lu cûvîhlyo. 

176 Le marmiton ly an adî (ou totevij côtye bon letsôn. 

177 Maryâde vô, maryâde vô pâ : mô le môtse, mô le tavân, mô le 
pyâ, mô le molân, dyàblyo l'on, dyâblyo l'ôtro. 

178 A la cueyté xe mârye, a liji xe repén, 

Can on xe mârye a la cueyté, on xe repén a liji. 

179 Po xe pendre e xe maryâ i fô pâ gran ten lî mujâ- 

180 on e plyé vùto maryâ tye ben lodji. 

181 I fô xe maryâ po xe fêré a blyamâ; i fô mûri po xe fêré a gabâ. 

182 Mêôna, mê on vùdreyavey. 

Romania, VI 6 



82 CHENAUX ET CORNU 

i S 3 Mê melyâ, mê de dzénilye mê de jâ. 

184 De pu xe mehlye, de pu ly a a fêré. 

185 Xi ce ly e métré xe cùtse yô va. 

186 I vô mî làt médjî tye xàt dré. 

187 Prû médze e ren né bey, djyemê xû né xe vey. 

188 La mijêré ameyne la nyêjé. 

189 Mo xû mô n'e pâ xendâ. 

190 On mô né ven djyemê xolef. 

191 Can lé mô i ven, i trôtse. 

192 Môlavéjâ né vi pâ xen peyne. 
195 Fô de lot po fêré on mondo. 

194 Due montanye né xe recontron pâ, ma ben dû jômo. 

195 On pren mê de môtse awî dû mey tye awî dû vénêgro. 

196 Xi ce xe talye lé nâ la façé xe defâ. 

197 Trè dzoâ de noce, lé lendemân ren de pan. 

198 Xi ce va a nôçe va a côçe. 

199 Ben nye, ben denyé. 

200 Mê on pèle {ou plyâme) le jô, mê i xenton mô. 

201 Tsatye ojî trâve xon ni bî. 

A tsatye ojî xon ni xenblye bî. 

202 Lé plyé crûyo onbro po la mejôn d'on payijân ly e on tsaçî. 

203 I né fô pâ xe talyî le jonlye lé dévendro, x'on xe vu gratâ lé 
déxando. 

204 Ly e pertbî ce lî ya ôtye, frô ver nô ce nô nô baten ti le dzoâ. 

205 Djyemê crûyo ovrey n'a jû bun ùti (ou bune badye). 
Le crûyo jorey n'an djyemê bune badye. 

206 On né fâ tye xen c'on pâ, e pâ xen c'on va. 

207 Lî ya ren d'axé pahyén tye lé travô : ly atén adî c'on lé faxe. 

208 Lé pan nure ben dî xoârte de dzen. 

209 Awî le janhyân on médze lé pan blyan. 

210 Médzé dû pan ney, can t'î dzûno, xé té vu médjî dû pan blyan, 
can té xéri vîlyo. 

211 Ly e totevi la pançé ce meyne la dançé. 

2 1 2 Can l'enfân ly e batxî, le par en mancon pâ. 
Can la filyé ly e maryâyé, le martxyân vînyon. 

2 1 3 Le parole pâxon, le cû câxon. 

214 Le pat se fan le jeçatse. 

215 On né fâ pâ de mendre patse tye û mohî. 

216 Xi ce xovén dzùye, médze e bey, paye totevi ta xen ce dey. 

217 Po payî e mûri ly e totevi prû vûto. 

218 Tsatye payi, tsatye mûde. 

219 Xi ce vu prendre dû pexôn ne dî pâ avi pueyré de xe molyî. 






PROVERBES FR1BOURGEOIS 85 

220 Ly e pertô/ ce le peyre xon dure. 

221 Le peyre rubaton adî î grô pèrewè. 

222 A foârçé de fyèré dî peyre xù on tey, en rîxte adî côtye june \ou en 
xâbre adî côcunat. 

225 Lî ya mê de dzûne pî a la taneri ou a l'afiteméni tye de vîlye. 

224 Po prendre le piti i né fô pâ atendré ce xan frô dû ni. 

225 Le piti van adî devè [ou dùvè] lé bâ. 

226 Piti a piti \ou tsô pu) l'ojî fâ xon ni, 

227 Plyan va, lyen tséméne. 

228 I né fô pâ bréji lé pon, can on a paxâ l'îwe (lisez lé hlyon). 

229 Xi ce fâ una potsé farè ben on potsôn. 

230 Can ly e bon ly e prâ. 

231 On crûyo arandzemén vô mî tye on bon procès; xè côc6n te 
demande ta rôba, balyé la ley e ta tsèmijé awey. 

232 Trè procès gânyî, un ômo rinâ. 

233 Prometré e tini xon dû. 

N'e pâ lé lot de prometré, i fô tini. 

234 Prû prometré e pu [pu ren] tini, ly e le fû e le cure entretini. 

235 Promexa fâ dévala. 

236 Xi ce ven pûro ven crûyo. 

237 Xen ce ven pè lé raçî x'en va pè la fôrtsé. 

238 Xen ce ven de rapéna i x'en va de ruvéna. 

239 Can le rate xon xûle; la farna [ou faréna 1 vô ren mê. 

240 La rejôn ly e buna per làt. 

241 Renxê, ren le. 

242 Yô lî ya ren, nyon lî xe ten. 

243 Awî ren on n'a ren. 

244 Xen ce ven dû ren on lé pren po ren. 

245 Xi ce repôn ly apôn. 

246 Ben xovén on xenplyo revi vô mî tye dû bon jevi. 
Ben xovén on bon revi fâ mê d'efê tye on bun evi. 

247 Revi de janhyân, revi de tûcân; revi de. dzûne dzen, revi de ren. 

248 Tàt rexère e lot reçrén, lot retrâve a xon bején. 

249 Le rémaxe nâve ecâvon totevi ben. 

250 Xi ce xarey l'avini xèrey prû rétso. 

251 Ly e la mendra ry a dû tsè ce créjéne lé mê. 
La mendra rya dû tsè fâ lé mê de ya. 

2 5 2 Atân xi ce ten ce xi ce ly ecoârtse. 

25 3 Dû ten, dî female e dû goernemén né x'en fô pâ mehlyâ, pûxcé [ou 

dùcé) on n'avance ren. 
254 on are totevi mê de tèra tye de ya. 



84 CHENAUX ET CORNU 

25 $ Can tôt ûdrè ben, no lî xèrén pâ mê; ly e dyùxtamén [ou portân) 
adôn ce lî farî bon. 

256 Can lî y a po trè, lî ya po catro. 

257 Lé tren médze lé ben. 

258 Can on a fi trenta, i fô fèré trentyôn. 

259 Bon trîdze, bon devén. 

260 Trù ly e trù. 

261 Lé trù pâxe mejéra. Comp. : Can la mejéra ly e plyeyna, i tâme. 

262 Lé tru ameyne lé trù pu. 

26] Ly e le tsa ce brîjon tôte le cétale. 

264 Por prendre le rate le tsa trêjon lu gan. 

265 I fô nû tsahyâ por en nùri yon. 

266 Ben tsante e ben dançe fâ mihî ce pu tsevançe. 

267 Ben tsantâ e ben danhî né grâvon pâ d'avanhî. 

268 A tsavô balyî on né demande pâ xé ly e fran. 
A tsavô balyî on né weyte pâ le den. 

269 On né talye pâ lé pî a non tsavô lé prémî yâdzo ce x'axupe. 

270 Le tsen xen cua n'an pâ pueyrè de moçrâ lé cù. 

271 Can tôt ûdrè ben, farè bon d'îçré tsèrotôn; can ben tserdzerôn 

trù, ily ûdrè adî ben. 

272 I né fô pâ ùrdi mê tye c'on pu trama. 

273 On van de pùdze vô mî werdâ c'una filyé a maryâ. 

274 Ven ce dzâle, bijé ce dedzâle, fena ce pu parle, xon trè tsûje 

galyâ rare. 

275 Ven xù laçî poârte profi ; laçî xù ven poârte vénén, 

276 Mî vô îçré rûdjî de ver mena tye de x'engrexî de rapéna. 

277 Tsatye vélâdzo, tsatye lengâdzo. 

278 Frotâde le bote a non vélân : i dérè ce vô le lî burlâde [ou le lî yî 

burlâye) . 

279 Xi ce mode cémén vî revén cémén modzôn. 

280 Fâ bî vini vîlyo, ma fâ mô Pîçré. 

281 Fùdrey vini vîlyo devân tye de vini dzûno. 

282 A ten û ta la vrétâ ven adî a dzoâ. 

283 û pûro lé xa. 

284 On né xô dû xa ce xen ce lî ya. 

285 Tsatye peyna méréte xalêro. 

286 Vô mî xalyi frô dû la rùva tye dû lé fon. 

287 Dî xarvente de prîçe, di tsavô de môney, ce le bon Dyû nô pre- 

jervey. 

288 I vûdrey mî xavey tye d'avey. 

289 On né xâ ne ce va ne ce ven. 

290 A ten u ta tôt xe xâ. 






PROVERBES FR1BOURGEOIS 8$ 

291 Xi cé né xâ ren n'âblye ren. 

292 Xi cé x'en xen x'enprén. 

293 Xi cé xe xen ben n'a pueyré de ren. 

294 Lî ya pâ de xen cé valyon lé bon Dyù. 

29$ Ly e trù ta de bètâ de la xô, can la tsè xen dza mô. 

296 I n'e ren de xobrâ ta, porvù ce né falye pâ retornâ. 

297 Xi cé conte xù la xupa di jôtro va xovén drémi xen marendâ. 

298 I né fô pâ xûtâ dû prâ a la tsèreyré. 

Le txîvre e le tsevreyre xâton dû prâ a la tsèreyré. 

299 Crûyé ya e buna moâ djyemê xon jû d'acoâ. 

300 Xé la yê tséjey, ti le jojî xérân prey. 



COMPARAISONS ET RAPPROCHEMENTS. 



Les travaux de Bridel, peu nombreux du reste, sont tout ce qu'il y a 
d'important sur les proverbes de la Suisse romande. Ce sont les Instruc- 
tions pour mon fils Pierre-Louis, p. 127-136 du Conservateur suisse, ou 
Etrennes helvétiennes . Lausanne 1874 (tome VI) ', et les Proverbes en 
patois vaudois ou roman dans le même ouvrage, 1830, p. 429-436 2 . 
Aussi un nouveau recueil plus riche et mieux ordonné sera-t-il bien reçu 
de tous ceux qui aiment la littérature populaire. 

Il y a environ un quart de siècle que son auteur s'occupe de réunir 
les proverbes fribourgeois et surtout gruériens. Il en a publié quelques- 
uns dans le Journal de Fribourg de 1 860 , dans la Feuille d'avis de la 
Gruyère de 1870, dans l'appendice du Glossaire de Bridll et dans 
les Nouvelles etrennes fribourgeoises de 1866, 1869-1875. Ces publications 
sortant à peine du pays où elles voient le jour, un recueil général est 
des plus désirables. 

Les trois cents proverbes contenus dans cet article sont répartis en 
Proverbes météorologiques par ordre chronologique, en Pronostics, Pro- 
verbes agricoles et Proverbes divers, par ordre alphabétique, basé non sur 
le premier mot, mais sur le mot principal imprimé en caractères espacés. 

Le système orthographique est, à peu de différences près introduites 
pour le rendre encore plus simple, le même que dans les Chants et 
Contes populaires de la Gruyère, publiés dans la Romania de 1875. 



1. Recueil de Corbaz, p. 185-193 et Nouvelles etrennes fribourgeoises 1873, 
p. 95-100. 

2. Recueil de Corhaz, p. 140-145. 



86 CHENAUX ET CORNU 

Voici les recueils que j'ai consultés et que je cite selon l'ordre que j'ai 
suivi dans les comparaisons et rapprochements : 

Le doyen Bridel. Glossaire du patois de la Suisse romande avec un 
appendice contenant une série de traductions de la parabole de l'Enfant pro- 
digue, quelques morceaux patois en vers et en prose et une collection de pro- 
verbes (p. $30-544), le tout recueilli et annoté par L. Favrat. Lausanne, 
1866 (Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire de la 
Suisse romande. Tome XXI). 

L'abbé G. Pont. Origines du patois de la Tarentaise. Paris, 1872. 

Le D r Perron. Proverbes de la Franche-Comté. Besançon et Paris, 1 876. 

Le Roux de Lincy. Le livre des proverbes français. Seconde édition. 
Paris, 1859. 2 vol. 

Armanaprouvençau, 1857, 1 8 59- 1 86 5 , 1867-1873. 

Adelphe Espagne. Proverbes et dictons populaires recueillis à Aspiran 
(arrondissement de Lodève). Revue des langues romanes, 1873, P- 600-633. 

Le pasteur Fesquet. Proverbes et dictons populaires recueillis à Colo- 
gnac {arrondissement du Vigan, Gard). Même revue, 1874, p. 10 3-1 34. 

César Oudin. Refranes proverbios Espnnoles traduzidos en lengua 
Françesa. Con carias en refranes de Blasco de Garay. Troisième édition. 
A Bruxelles 1634. 

Theophilo Braga. Cancioneiro popular (p. 182-196) : Aphonsmos 
poéticos da lavourd). Coimbra, 1867. 

Orlando Pescetti. Proverbi italiani. Raccolti e ridotti sotto à certi capi 
e luoghi communi per ordine d , alfabeto. In Vinetia, 161 1 . 

P. Alessandro da Crecchio francescano. Scelta ai proverbi morali ita- 
liani offerta à saggi estimatori del senno antico. i a ediz. romana. Roma, 
1863. 

Eduard Boehmer. Churwàlsche Spriclwôrter. RomanischeStudien. Heft 
VII. 1876, p. 157-209 ». 

Rev. C. Swainson. A Handbook of wheather Folk-lore. Edinburgh and 
London, 1873. In-8°. 



PROVERBES MÉTÉOROLOGIQUES. 

1 Comp. Perron, p. 4 : « Janvier so et bê remplit cave et soulé », 
« Quand sec est le mois de janvier, ne doit se plaindre le fermier », 
p. 5 : « Poussière en janvier, abondance au grenier », « Janvier 



1. Ce recueil permettant par sa bonne disposition des renvois faciles, je me 
suis dispensé de citer in extenso les proverbes à rapprocher. R. signifie 
Rheinisch et E. Engaduusch. 



PROVERBES FRIBOURCEOIS 87 

d'eau chiche fait le paysan riche », et. p. 6 : « Janvier et février 
comblent ou vident le grenier. » De même en Italie : « Il gran freddo 
di gennaio empie il granaio » Prov. mor. 540, « Gran fred de Genar 
l'impieniss elgranar » Swainson. Handbook of Weather Folk-lore, p. 19. 
Comp. encore Prov. mor. 1 162 : ce Gennaio polveraio empie il granaio. » 

2 « Si février ne donne pas du froid, mars vient qui gâte tout. » Le 
Rév. C. Swainson cite sans indication de provenance ce dicton : « Si 
février ne févrote, mas vient qui le garotte », p. 42. Le Glossaire de 
Bridel, p. 531, donne les mêmes dictons, le second en patois de Valan- 
gin : «Sefévrî ne févreye, mar vin que debreye ». Comp. sur le mois de 
mars le dicton de Valangin : « Si mar ne marmotte, avri fà la potte » 
Gloss.de Bridel, p. 532. Le Roux de Lincy, I, 99 : Si febvrier ne 
faict des siennes, mars lui livre camp et guerre fière. » A Menton l'on 
dit : « Se Febraro non febregia, Mars marsegia » Rom. 1875, P- 493 • 
On exprime fréquemment la même idée par : « Il faut que février fasse 
son devoir, » Perron, p. 4 : « Il faut que l'hiver se fasse. » L'it. dit 
pareillement : « Se febbraio non febbreggia, marzo campeggia » Prov. 
mor., 930. Bœhmer, p. 207, 4. 

3 « Si février donne du froid, mars mène paître les oies; si février ne 
donne pas du froid, mars amène de mauvais vents. » VArm. prouv. de 
1857 cite un dicton différant peu de la seconde partie de celui-ci : « Se 
fevrié noun febrejo, touti li mes de l'an aurejo. » 

4 « Il vaut mieux voir en février deux pieds de neige sur le tas de 
fumier qu'un homme en manches de chemise. » 

5 « Il vaut mieux voir un loup sur le fumier qu'un homme en manches 
de chemise en février. » Perron, p. 5 : « Vaut meu voûre in loup 
enraigie q'en houme en ch'mise au mois d'janvie. » Le Glossaire de 
Bridel, p. 532, cite le même dicton en patois de Valangin : « Atant 
vodré vai on ludsu on fémî, qu'en homme detchepouénâ u mai d' févri. » 

6 Glossaire de Bridel, p. 532 : « Ettre mar et avri, tchante, coucou, 
s' t'ai vu. » Perron, p. 20 : « Entre mars et aivri, chante, coucou, si 
t'e vi. » Arm. prouv. 1857 : « En abriéu canto lou couguou, s'es 
viéu », et Rev. des lang. rom., 1873, p. 374 : « En abriu canto lou 
coucut, se viu. » 

7 Bise de mars, vent d'avril, font la richesse du pays; vent de mars, 
bise d'avril, font la ruine du pays. Le Glossaire de Bridel, p. 531, donne 
la première moitié de ce même dicton. 

8 « Vent de mars, bise d'avril, dévorent plus de blé que tout le 
pays. » 

9 « La verdure de mars ne vaut rien pour les prés. » 

10 « Verdure de mars, bise d'avril, font la ruine du pays. » 

1 1 Glossaire de Bridel, p. 531. Le Roux de Lincy cite deux dictons 



88 CHENAUX ET CORNU 

fort semblables, I, no : «quand il tonne en mars, le bonhomme 
dit : Hélas! Quand il tonne en avril, le bonhomme se réjouit»; et 
p. 134 : « En mars quand il tonne, chacun s'en étonne; en avril s'il 
tonne, c'est nouvelle bonne. « Voir aussi Swainson, p. 80. On trouvera 
dans le livre de M. Swainson, p. 56-57, des proverbes contradictoires 
sur le pronostic à tirer du tonnerre de mars. 

1 2 « Tonnerre de mars, vente de blé (signe de misère, le blé sera 
cher) ; tonnerre d'avril, richesse au pays. » Le Roux de Lincy a le même 
dicton, I, 92 : « Quand il tonne en avril, il faut apprêter son baril»; 
comp. Perron, p. 6 : « Quand é toune en fevré, faut pouthiâ là brousse 
au soulé, » et p. 7 : « Toinne en meû, poitche là fritâ a tzeu ; toinne 
en aivri poitche là fritâ a paigni. » 

1 3 « Quand on a vu trois beaux mois d'avril, il est bien temps de 
mourir »; c'est-à-dire qu'on doit être vieux, parce qu'il est extrêmement 
rare que le mois d'avril soit beau. Comp. Perron, p. 8 : « Jamais mois 
d'avril ne fut si beau qu'il n'y eût de la neige à plein chapeau, » 
« l'aipairue du mois d'aivri n'entre pas dans lou bari », « Jaimâ bour- 
geon d'aivri n'o aivu ne bê jû ne bé ri. » 

14 Glossaire de Bridel, p. 532. « Au mois d'août la pluie derrière le 
bois », c'est-à-dire qu'elle est toujours prête à arriver. Comp. Perron, 
p. 9 : « Le mois d'août trompe les fous ; il n'a jamais fait grandir le 
Doubs. » 

1 5 Glossaire de Bridel, p. 532. Perron, p. 16 : « Le vendredi aimerait 
mieux crever qu'aux autres jours ressembler. » Le Roux de Lincy, I, 
13$, a la même superstition relative au vendredi : « Vendredi de la 
semaine est le plus beau ou le plus laid. » 

16 « Ce serait un beau jour que celui de Carnaval, si Pâques était le 
lendemain. » 

17 Nous trouvons ce même dicton en France : « A la saincte Lucele 
jour croît le saut d'une puce » Le Roux de Lincy, I, 124; en Pro- 
vence : « Per Santa Lucia lous jours creissou dau saut d'una pucia » 
Ad. Espagne dans la Rev. des long, rom., 1873, p. 618 (xxxvi), et avec 
une variante : « A santo Lùcio li jour aumenton d'un saut de clusso » 
Arm. prouv., 1857; en Espagne : « Santa Lucia mengua la noche y 
cresce el dia » Oudin, Refr. esp., p. 235 ; en Portugal : « Dia de Santa 
Luzia cresce un palmo dia », et « Dia de Santa Luzia mingûa a noite 
e cresce dia » Theoph. Braga, Cane, pop., p. 182-3; et en Italie : 
« Da S. Lucia a Natal e allongato il di un passo di gai », « Da S. Lucia a 
Natal cresce il di un passo di can » Orl. Pescetti, p. 2 ijb, et « Per San 
Barnabà (1 1 giugno) il più lungo dell' esta; per Santa Lucia il più corto 
di che cisia » Prov. mor., 850. Le Roux de Lincy, I, 1 18 : « A la saint 
Antoine les jours croissent le repas d'un moine », « A la Chandeleur les 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 89 

jours croissent la durée du repas d'une épouse; » I, 96 : « A la fête de 
la Chandeleur les jours croissent de plus d'une heure. » 

18 « Quand il neige le jour de la saint Sebastien, on revoit vingt-deux 
fois le bois blanc (de neige). » En fr. : « A la saint Sebastien, l'hiver 
reprend ou se casse les dents » Swainson, p. 32. 

19 Le Roux de Lincy, I, 129 : « A la saint Vincent tout dégèle ou 
tout fend. » « A la saint Vincent l'hyver se reprend : tout gèle ou tout 
fend ou se rompt la dent. » A. Espagne, Rev. des lang. rom., 1875, 
p. 61 1 (vin) : « Per sant Vincent lou frech cousent », et Artn. prouv., 
1857 : « Persan Vincèn li glaceiroun perdon li dent li recoubron per 
lontems. » 

20 « Si le loup peut voir d'une montagne à l'autre le jour de la Chan- 
deleur, il se faut recacher six semaines. » Comp. Perron, p. 1 1 : 
« Quand l'ours met ce jour-là sa patte à la fenêtre, il la retire pour 
o^arante jours », « Ai lai chandelouset laivou lou sereillo beilleret se 
senangna aipré lai pousse passeret », « Quand las bos chantant ou 
que las miale floutant aivant lai Notre-Daime, é se recaichant ché 
semene de temps. » 

21 « A la sainte Agathe l'eau descend le petit chemin (le dégel com- 
mence). » 

22 « A la sainte Agathe, à moitié son foin, à moitié sa paille (la 
moitié de l'hivernage du bétail est passée). » Perron, p. 57 : « Ai lai 
Saint-Ogothe moitié de ton foin et de tai peillote », « Pour le deux 
février il faut avoir moitié de son fourrage au grenier. » Comp. en it. : 
« Mezzo gennaio, mezzo pane e mezzo pagliaio » Prov. mor., 680. 

2 ] a A la sainte Agathe la moitié de la récolte est employée. » 

24 « A la saint Mathias, bonne femme, laisse sortir tes abeilles. » 

25 « A la saint Joseph, le bout de la chandelle dans le baquet. » Dès 
le 19 mars le cordonnier ne travaille plus de nuit; si on allume sa chan- 
delle, il l'éteint dans l'eau du baquet dont il se sert pour ramollir le 
cuir. » 

26 « A la saint Joseph les petits crapauds (commencent à sortir). » 

27 « La pluie à la saint Médard, la pluie six semaines sans disconti- 
nuer. » Comp. dans Le Roux de Lincy, I, 126, un dicton semblable : 
« S'il pleut le jour saint Médard, il pleuvra quarante jours plus tard », et 
dans les Orig. du patois de la Tarentaise, par l'abbé G. Pont, p. 78 : 
« Se plé lo dzor de sein Médar, i plé karanta dzor pé tar. » Voir aussi 
VArm. prouv. de 1855 : « Quand plôu per sant Médard, de la recordo 
emporto un quart, » ou « plôu quarante jour pu tard. » Celui que cite 
Ad. Espagne, Rev. des lang. rom., 1875, p. 61 $ (xxiv) : « Quand plou 
per sant Médard las rendas diminuon d'un quart », aussi « quaranta 
jours dura lou bard » est plus différent. Comp. Perron, p. 14 : « S'il 



90 CHENAUX ET CORNU 

pleut le jour de saint Médard, le tiers des biens est au hasard,.... il 
pleuvra quarante jours plus tard ; à moins que la Saint-Barnabe ne 
vienne à lui couper le nez. » 

28 « Le temps sera à Pâques comme à la Toussaint. » 

29 « A la Saint-Martin, la vache au lien (à la crèche): si elle n'y est 
pas, elle n'en est pas bien loin. » 

50 Glossaire de Bridel, p. $30. Ce dicton appartient à tout le domaine 
roman, à la France : « A Noël au balcon, à Pâques au tison », « A Noël 
les moucherons, à Pâques les glaçons », « A Noël souvent moucherons 
et à Pasques sont les glaçons » Le Roux de Lincy, I, 1 1 2 ; à la Pro- 
vence : « Que per Noué se sourelha, per Pascas crèma sa legna » 
Ad. Espagne, Rev. des lang. rom., 1873, P- 609 (0> ou « Qu'à Nadal 
se sourelha a Pascas crèma sa legna » Rev. des lang. rom., 1873, 
p. 592, ou bien aussi : « Nouvè' u jo, Pasco au fio. Nouvè' u fio, 
Pasco au jo » Arm.prouv., 1857; à l'Espagne : « La de Navidad al sol, 
la florida al tizon » Oudin, Refr. esp., p. 102, et « Por Navidad sol y 
por Pasqua carbon » Ibid., p. 191 ; au Portugal : « Por Natal ao jogo, 
pela paschoa ao fogo » Braga, Cane, pop., p. 190, et « Natal ao 
soalhar e a paschoa ao lar » p. 183; et à l'Italie : « Da Natal al 
giuoco, Da Pasqua al fuoeo » Orl. Pescetti, p. 217b, « Natale al sole, 
Pasqua al tizzone » Prov. mor., 751. Comp. encore: « Décembre 
agghiacciato non dev' essere disprezzato » Prov. mor.. 312. Bœhmer, 
p. 208, 16. Comp. Perron, p. 10 : « Noël herbeux, Pâques neigeux. 
Noël herbeux, Pâques teigneux. » 

PRONOSTICS. 

3 1 « Quand les poules se pouillent à la remise, c'est signe de pluie. » 

32 « Après la gelée la lavée (la pluie) » Perron, p. 25. — « Après la 
gelée blanche la mouillée (la pluie). » Le Roux de Lincy, I, 99 : 
« Blanche gelée est de pluie messagière. » 

33 « Si la lune renouvelle le dimanche, prépare pont et planche (c'est 
signe de pluie). » 

34 « Long museau, longue queue. » Perron, p. 3 : « Té nâ, té 
coue ». C'est-à-dire que si l'hiver commence vite, il finit tard. Le Glos- 
saire de Bridel, p. 531, donne ce dicton sous une forme plus claire : 
« Can l'ivè a on Ion bè, 1 a asébénnalondzécùa. » Perron, p. 3 : « Quand 
l'hiver a une longue tête, il a une longue queue. » 

3 $ « Quand les brouillards vont contre Planfayon (que le vent d'ouest 
règne, amenant ordinairement la pluie), prends ton alêne et ton tacon; 
quand les brouillards vont contre le Valais (que la bise, vent du nord-est, 
règne, amenant ordinairement le beau temps), prends ta faux et ta 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 91 

pierre à aiguiser. » On veut dire par là qu'il faut dans le premier cas 
travailler à la maison, rapiécer ses habits, ses souliers ou les harnais; et 
dans le second cas faucher ses foins ou ses blés sans crainte de la pluie. 
Voir dans le Glossaire de Bridel, p. 550, deux dictons semblables, l'un 
vaudois : « Se le nyôle van d'amôn, pren l'aulyé e lu tacôn, se le nyôle 
van d'avô pren lu covay e la fô », l'autre de Valangin : « Quand la 
niole est dsu Tchumont, prêt l'eûlhe et poui le tacon ; quand é l'est dsu 
le Van-né, prêt la fortche et le raté. » 

36 Gloss. de Bridel, p. $31. « Plôdze du matin arrêthe pâ lo pèle- 
rin » l'abbé G. Pont, Orig. du patois de la Tarent., p. 82. Perron, 
p. 2$ : « La pluie du matin n'arrête pas le pèlerin », « Pluie du matin 
n'est pas journée. » Comp. en ital. : « Rossa la sera, bianco il mat- 
tino, è la giornata del pellegrino » Prov. mor., 839. 

37 <( Le rouge du matin (le ciel rougi par le soleil levant) fait aller 
les moulins (amène la pluie) ; le rouge du soir (le ciel rougi par le soleil 
couchant) fait sécher les plantes 1 1 amène la sécheresse). » Ce dicton 
mentionné déjà dans l'Evangile de S. Mathieu. XVI, v. 2-3 : Facto 
vespere dicitis : « Serenum erit, rubicundum est enim cœlum; et mane : 
Hodie tempestas, rutilât enim triste cœlum », est commun à la France, 
Perron, p. 24 : « Rougeu du maitin fan virie las melin. Las rougeu du 
souet fan soichie las touets », « Arc-en-ciel du matin, pluie sans fin ; 
arc-en-ciel du soir, il faut voir », « L'arc-en-ciel du souet rassue las 
gouillets. » « Rouge vesprée et blanc matin est la joie au pèlerin » 
(xv e siècle) Le Roux de Lincy, I, m, et « De rouge matinée lede 
vesprée » II, 475; à la Provence qui en a plusieurs versions : « Rou- 
jéirola de la sera, bel tems espéra », « Rougéirola dau mati ploja 
en cami » Ad. Espagne, Rev. des lang. rom., 1873, p. 618 (xxxvn et 
xxxviii), « Rouge de séro, bel tens espéro », « Rouge de sero, blanc 
dôu matin, es lou journau dôu pèlerin », « Rouge de matin escoumpisso 
lou camin » Ibid. en note; à l'Espagne : « Aurora ruvia, viento 
Uuvia » Oudin, Réf. esp., p. 32 ; et à l'Italie : « Il rossorde la serabuon 
tempo mena », « Il rossor de la mattina fa riempire la piscolina » Orl. 
Pescetti, p. 193b. Bcehmer, p. 209, 13. 

38 Glossaire de Bridel, p. 531 : « Quand il tonne sur le bois nu 
idépouillé de ses feuilles), il neigera sur le bois feuille. » 

39 Glossaire de Bridel, p. $ 3 1 : « Tant teunne qu'et pieu » (Valangin). 
Le Roux de Lincy, I, 1 34 : « Tant tonne qu'il pleust » du xv* siècle. 
Orl. Pescetti, p. 144 ^ : « Tanto tuona che piove, » p. 90 b : « E non 
tuona mai, che non piova » ; et p. 223 b : « Quando hà ben tonato e 
tonato, è forza che piova. » — «Quand le ciel est assez couvert, il pleut; 

1. Par lape on entend dans la Gruyère le rumex alpinus, patience des Alpes. 



92 CHENAUX ET CORNU 

quand les nuages ont assez couvert les sommets, ils se dissipent enfin. » 

40 « Gros vent et vieille femme n'ont jamais couru pour rien. » Il y a 
deux variantes de ce proverbe dans le Glossaire de Bridel, p. $38 : 
« Vîlyé fena e gran \èn né coriran jamê po rèn » du canton de Vaud, et 
« L'oûre et le vîlhè dget ne corret pas por ret » de Valangin. Perron, 
p. 25 : « Grand vent, grande pluie » ; et p. 26 : « Jaimâ grant vent ni 
veille fanne n'ont couru pou ran. » Le proverbe français : « Besoin fait 
vieille trotter», dont Le Roux de Lincy, I, 486, donne un exemple du 
xm e siècle, est le même, mais moins complet. Il en est de même du pro- 
verbe provençal cité par Fesquet, Rev. des lang. rom., 1874, p. 125 : 
« Besoun fo la vielho troutà e lous gambèts sauta. » 

PROVERBES AGRICOLES. 

41 « Par les roches, les sapelots; dans les prairies, les grands sapins. » 
« Sur les sommets, les sapelots; dans la petite vallée, le grand sapin. » 

42 « Dans les petits vallons, les amas de neige ; dans les gorges, les 
amas de pierres. » 

43 « Pays de froment, pays de tourment. » 

44 « Pays de montagnes, pays de clochettes. » 

45 « En bas la rivière, dessous le pont ; en bas le petit ruisseau , pas de 
maison; en bas le courant, adieu le sel; en bas le torrent, rien ne sait. » 



46 « Jamais année tardive ne fut improductive » Glossaire de Bridel, 
p. 552. « Année tardive ne fut jamais oisive' » Perron, p. 3. Comp. 
le proverbe espagnol : « Mas vale ano tardio que vazio » Oudin, Refr. 
esp., p. 122, et le proverbe portugais : « Melhor é anno tardio que 
vasio » Braga, Cane, pop., p. 184. 

47 Gloss. de Bridel, p. 5^3. « An de foin, an de rien. » Comp. 
Perron, p. 2 : Anna de van, annâ de ran. » 

«Année de pluie, année de foin; année chaude, année de vin. » 

48 « Sous le gros andain, l'année de disette. » Comp. Perron, p. 3 : 
« Année pluvieuse, année chancreuse. » 

49 « L'avoine semée au mois de février [est si pesante qu'elle] fait 
trembler le plancher supérieur des granges. » Glossaire de Bridel, p. 536: 
« Aveine de fevrî fâ pieyî 1' soli » ! Valangin). Le Roux de Lincy, p. 99, 
a un dicton tout pareil : « Belle avoine de février donne espérance au 



1. Les formes semblables de ce dicton en roman gruérin, en franc-comtois, 
en espagnol et en portugais, me paraissent appuyer solidement l'étymologie d'oisif 
proposée par Thomsen, Romama, 1875, p. 262. Comp. encore vouaisù, Gloss. 
de Bridel s. v., et p. 532. 



PROVERBES FR1BOURGEOIS 93 

grenier. » Perron, p. 44 : « L'avoine de février remplit le grenier; Ma 
trop ta. » 

50 « Grains d'avoine et pois percés se rencontrent volontiers. » 

5 1 « Foin de montagne inaccessible au bétail, foin de peine. » 
$2 « Il te faut bien faner, si tu veux avoir beaucoup de lait. » 

$3 « Quand les prunes sont mûres, elles tombent d'elles-mêmes. » 
Le Glossaire de Bridel, p. 533, a ce même proverbe une fois avec des 
variantes sans importance et l'autre fois avec une comparaison mal 
achevée : « Can le prôme san ben maure ; yé tsîzon sen le grùlâ; le félye 
san tôt de mémo, can 1 an fôta de maryâ. » Comp. les proverbes italiens : 
« Quando la pera è matura, convien ch' ella caggia » Orl. Pescetti, 
p. 176 b, « Quando la pera è matura, se ne casca senza tortura » Prov. 
mor., $3. Bcehmer, R. 82. 

54 « Plante tes choux sous la constellation du fumier et cuis-les sous 
celle du lard. » On veut indiquer par là qu'il faut beaucoup d'engrais 
pour faire croître les choux et beaucoup de graisse pour les cuire. Peut- 
être a-t-on voulu par ces constellations d'un nouveau genre tourner en 
ridicule ceux qui prêtent foi aux influences des astres. Comp. le fr. : 
« Ce n'est pas le tout que des choux, il faut encore de la graisse » Le 
Roux de Lincy, I 63. 

5 5 Perron, p. 4 : « La saison amène la moisson. » Le Roux de 
Lincy, II, 294 : « En temps, lieu et saison, le donner et moisson »; Car- 
tas en refr. de Blasco de Garay, p. 1 : « Cada cosa en su tiempo, y 
nabos en adviento » ; en it. plus simplement : « Ogni cosa hà la sua 
stagione» Orl. Pescetti, p. 141. 

PROVERBES DIVERS. 

$6 « Le zaxotsâre né vâlyan pâ mê tye le lâre. » (Jorat) « Les écou- 
teurs sont moindres que les voleurs. » Comp. Glossaire de Bridel, p. 538, 
Perron, p. 76, et Boehmer, R. 11$. 

57 « Qui ne dit rien consent. » Boehmer, E. 65. 

58 Glossaire de Bridel, p. 534. « C'est un bel oiseau que la pie, 
mais quand on la voit trop souvent, elle ennuie. » Perron, p. ix et 73 : 
« Ç'o in bel ouséque l'aiguaisse, mais quand on l'ai prou vu, on s'en 
seule. » 

$9 « Les alouettes rôties ne tombent pas dans la cheminée. » Comp. 
Le Roux de Lincy, I, 1 39 : « Les allouettes luy tomberont toutes rôties 
dans la bouche. » 

60 « Quand on s'aime bien, on a toujours assez de place (dans la 
maison). » 

6 1 « Qui ne peut comme il veut, veuille comme il peut » Le Roux 



94 CHENAUX ET CORNU 

de Lincy, II, 399. De même en italien : « Chi non puô quel che vole, 
voglia quel che puô » Orl. Pescetti, p. 241 , et « Chi non puô far corne 
vuole faccia corne puô », p. 92. 

62 « On a vite de tout assez sauf de l'honneur. » 

63 « Quand le soleil est couché, il y a bien des bêtes à l'ombre » Le 
Roux de Lincy, I, 132. En provençal : « Quand lou soulèu es coucha, 
i a forço bèsti à l'oumbro » Arm. prouv., 1861, p. 103. 

64 « Chez l'apothicaire il ne faut rien lécher ; chez le forgeron il ne 
faut rien toucher. » Comp. dans le recueil d'Orl. Pescetti, p. 42/? 
(== Prov. mor., 74) : « Al fabro non toccare ; al maliscalco non 
t'accostare ; allô speziale non assaggiare »; p. 196 b : « Non toccar i 
ferri de bottega » ; et p. 225/? : « Non trescar co' ferri de bottega. » 

65 « On n'apprend rien sans qu'il en coûte », ou « On apprend à ses 
dépens. » 

66 « Celui qui n'a pas n'a qu'à attendre. » Le proverbe cité par Le 
Roux de Lincy, I, 1 34, a un sens différent. Comp. Bcehmer, R. 242. 

67 « On n'a jamais vu un couvreur rester sur un toit. » 

68 « Ce que l'on donne à la porte redescend par la cheminée», c'est- 
à-dire l'aumône n'appauvrit pas. Comp. Prov. mor., 22 : « Ail' uomo 
limosiniero Dio è tesoriero », et 566 : « La limosina mantiene la casa.» 

69 « Bien volé ne profite pas. » Ad. Espagne, Rev. des lang. rom., 
1873, P- 627-8, a le même proverbe : «Beraubâ se flouris, jamais noun 
es granà », et « Be raubat a pas jamais prousperat.» Les Prov. mor. ont 
trois versions de ce proverbe, 880 : « Roba rubata a corta durata »; 
681 : « Mal guadagnato, maie speso », et « La roba di maie acquisto 
se la porta il vento. » Bcehmer, R. 182, 253, 254, 255, 256. Comp. 
encore 272, 273. E. 29-48. 

70 Glossaire de Bridel, p. 540. « Loin de son bien, près de sa 
perte. » 

71 « Pas de badinages avec les gens susceptibles. » 

72 Glossaire de Bridel, p. 536. « A boire il n'y a pas tant de mal, 
pourvu qu'on sache retourner chez soi. » Comp. Bcehmer, E. 87. 

73 «Il n'y a pas d'animal si mal logé qui ne puisse se reposer après 
avoir mangé. » 

74 « Qui a du bétail a des pertes. » 

75 « On n'est jamais blâmé que par moindre que soi. » 

76 « Celui qui n'a pas fait de mal n'a pas peur du bourreau. » En it. : 
« Chi delitto non ha timor non sente » Prov. mor., \2j; « Cammina 
dritto e non aver paura » Prov. mor., 156, et « Maie non fare, e paura 
non avère » Prov. mor., 676. Bcehmer, E. 4^. 

77. « Plus on remue, plus il y a d'odeur. » De même en provençal : 
« Au-mai va boulegas, au-mai sente » Arm. prouv., 1868, p. 109, et en 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 95 

italien : « Chi casca nel fango, quanto più vi si dimena, tanto più 
s'imbratta » Orl. Pescetti, p. 176. 

78 « Il y a partout de la tricherie excepté au jeu de cartes. » 

79 « Il ne faut rien brusquer pour bien avancer; inutile de traire 
avant d'avoir manié (le pis de la vache). » Comp. Bœhmer, R. 39, 97. 
E. 209. 

80 « L'éclat de bois ne saute pas loin du tronc. » Comp. dans le 
recueil d'Orl. Pescetti, p. 208 : « Ogni pianta serba délia sua radice », 
« Il ramo al tronco s'assomiglia », « La tacca somiglia ail' arbore », 
« La scheggia vien dal legno. » Bœhmer, R. 166, 178. 

81 «Il faut se faire ami de la canaille : les braves gens ne font pas de 
mal. )> Comp. le proverbe français : « De gens de bien ne vient que 
bien» Le Roux de Lincy, II, 281. L'it. dit : « Usa col buono, e sta 
ben col cattivo » Prov. mor., 994. 

82 a Celui qui n'a pas de Catin (d'amourettes) n'a pas de chagrins. » 
Comp. Perron, p. 74 : « Pour vivre heureux, pas d'amourettes, pas de 
procès et pas de dettes. » 

83 (c Celui qui passe l'été sans garder de cochon, passe l'hiver sans 
lard. » 

84 « Glossaire de Bridel, p. 595. «Tous les cochons ne sont pas dans 
les étables. » 

85 « Bien commencé demi avancé» Le Roux de Lincy, II, 248. 
« Chose bien commencée est à demi achevée » II 271. « Pèr bèn fini, 
fau bèn commença » Arm. prouv., 1868, p. 108. « Chi ben comincia 
ha la meta dell' opra » Orl. Pescetti, p. 50 (= Prov. mor., 199, avec la 
variante è alla). Bœhmer, R. 1 $, 16. 

86 « Que celui qui n'est pas content aille chez celui qui le conten- 
tera. » Comp. Bœhmer, R. 330. 

87 « Les bons comptes font les bons amis » Le Roux de Lincy, II, 
123. En it. : « Patti chiari, amici cari », ou aussi « Conti corti amicizia 
lunga » Prov. mor., 830. Comp. Bœhmer, R. 288. 

88 « Tous les couteaux de fou coupent bien. » 

89 II y a dans Le Roux de Lincy, II, 360, ce prov. : « On est plus 
en terre qu'en prez » qui n'offre guère de sens ; peut-être faut-il lire 
qu'en piez, ce qui équivaudrait au proverbe gruérin (P. M.). 

90 « Quand on est dans la danse, il faut la danser. » En italien : 
« Poi ch' io son intrato in danza, bisogna ch' io balli » Orl. Pescetti, 
p. 16 ib, et « Chi non sa ballare, non si metta alballo» Prov. mor., 1 58. 

91 « Il faut le désordre pour ramener l'ordre. » Comp. Perron, p. 
73 : « La misère met ordre. » 

92 « C'est folie se dépouiller avant d'aller coucher » Le Roux de 
Lincy, II, 262. En prov. : « Fau jamais se desabiha avans de se mètre 



96 CHENAUX ET CORNU 

au lié » Arm. prouv., 1863, p. 44; car, dit un autre proverbe qui en 
semble être le commentaire : « Qui le sien donne avant mourir bien tost 
s'appreste à moult souffrir » Le Roux de Lincy, II, 389, 395. « Que 
bailo soun ben davans mouri merito de pati » Fesquet, Rev. des lang. 
rom., p. 1 33. Et en esp. : « Quien da lo suyo antes de morir apareje se 
a bien sufrir » Oudin, Refr. esp., p. 226, et « Quien da lo suyo antes de 
su muerte merece que le den con un maço en la frente » Carias en 
refranes de Blasco de Garay, p. 91. 

93 Glossaire de Bridel, p. 532. « Si tu gardes le dimanche, le 
dimanche te gardera. » 

94 Le Roux de Lincy, II, 390 : « Qui est à touz, si est à nulz » 
(xv e siècle) . 

95 Glossaire de Bridel, p. 53$. « Le bon Dieu n'envoie pas le che- 
vreau sans le buisson pour le nourrir. » 

96 « Chacun pour soi et Dieu pour tous » Le Roux de Lincy, I, 19, 
et II, 267. Bœhmer, E. 252. 

97 « Où Diex veut se pleut » du xm e siècle, « Là où Dieu veult il 
pleut » du xv e siècle, Le Roux de Lincy, I, 21. Comp. encore II, 
477. « Souleio e plôu coume Dieu vôu » Arm. prouv., 1872, p. 99. 
« Quando Dios quiere, con todos vientos llueve » Oudin, Refr. esp., 
p. 199. « Quando Dio vuole, a ogni vento piove » Orl. Pescetti, p. 23b. 

98 « Laissons toujours faire celui qui met la queue aux cerises. » 

99 « Envye en tout art est en vie » Le Roux de Lincy, II, 296. En 
italien : « L'astio è frà gli artefici», et «Pinvidia fu sempre maritata frà 
gli artefici » Orl. Pescetti, p. 127. On connaît les vers d'Hésiode dans 
les Travaux et les Jours : 

ÇyjXoT H ie Y£(tov<x ^dtcov 

£IÇ à<p£VOV <77U£Û§OVTa. 

y.oà x,epa|j.£Ùç y.zpz\t.iï xdréei *al Téxxovi xâx.T(i>v. 
xal xT(»>xbç xtw'/w ç6ov£ei v.7x àotccç àoiSw (23-26). 

100 « Jalousie passe sorcellerie. » 

101 Glossaire de Bridel, p. 534. « On n'appelle pas tachetée une 
génisse qui n'a point de taches. » 

102 « Les mensonges se montrent, la vérité reste à l'ombre. » 

103 « Les mensonges de cette année font vivre l'année prochaine. » 
Proverbe des ouvriers qui, après avoir promis de faire l'ouvrage dans un 
temps indiqué, ne le font que plus tard. 

104 Glossaire de Bridel, p. 539. « Les chiens ne sont pas seuls à 
aboyer. » 

105 « Toutes les braves gens se valent. » 

106 « Quand on connaît les gens, on ne leur demande pas d'où ils 
viennent. » 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 97 

107 Glossaire de Bridel, p. 5 34. « La poule ne doit pas chanter 
devant le coq » prov. fr. En prov. : a Jamai davans lou gau galino dèu 
canta » Arm. prouv., 1862, p. 70, ou « Aqui ount' es lou gau fau pas 
que la galina cante » Rev. des lang. rom., 1873, p. $84, ou aussi 
« Ai! que vai mau, quand la galina fai lou gau », p. 58?. L'espagnol 
s'exprime autrement : « Con mal esta el huso, quando la barba no anda 
de suso » Oudin, Refr. esp., p. 48; mais l'it. dit pareillement : « In casa 
non ci è pace, quando gallina canta e gallo tace » Prov. mor., 549. 
Bœhmer, E. 257. 

108 « Il ne faut jamais jurer de rien. » 

1 09 « Laissons quelque chose pour l'avenir, il reste encore bien des 
jours derrière la montagne. » 

1 10 «En s'expliquant on se comprend. » 

[ 1 1 « Avec de l'argent on a des sifflets à Saint-Claude » , c'est-à-dire 
on peut acheter des sifflets à la foire de la ville de Saint-Claude en 
France, où l'on vendait autrefois beaucoup de jouets d'enfants. En 
esp. : « Por dinero bayla el perro » Oudin, Refr. esp., p. 190, et « Quien 
dineros tiene alcança lo que quiere », p. 218, Cartas en refr. de Blasco 
de Garay, p. 69. 

112 « Deux avis valent mieux qu'un », ou « Deux sûretés valent 
mieux qu'une » est un proverbe bien usité en français ; cependant Mou- 
don, petite ville du canton de Vaud, n'est pas ici pour la rime, ainsi qu'on 
serait tenté de le penser. Dans les franchises de cette ville de 128$, qui 
furent celles d'un grand nombre d'autres lieux, et entre autres de 
Gruyères, on lit les articles suivants : 

19 Si quis voluerit aliquem a regiquina repellere, dicens ipsum esse litigato- 
rem vel litis participem, débet hoc probare per duos testes. 

24 ... si ultra mensuram vuineratus extimare vellet opéras sive expensas, 
dominus vel qui loco domini interfuerit débet taxare et admensurare predicta, 
habitis secum duobus probis hominibus de Melduno. 

43 Macellario credendum est de expositione carnium per suum juramentum 
cum uno sequente idem jurando... 

61 I lie qui déportât pagam tabernarii invito tabernario et contradicente et 
ponente bannum taberne, tenetur domino in sexaginta solidis, si probatur per 
duos testes. 

62 ... si vadiatus negat debitum et vadians potest id ipsum probare per 
duos testes, non débet bannum domino. (Voy. les Chartes communales du pays 
de Vaud dans le tome XXVII des Mémoires et documents publiés par la Société 
d'histoire de la Suisse romande.) 

1 1 3 « Quand la chose est faite, li consaus en est pris » du x 1 1 1 '* s., 
Le Roux de Lincy, II, 376. En italien : » Domandar consiglio dopô il 
fatto » Orl. Pescetti, p. 190, et « Dopo il fatto ognuno è savio » Prov. 

Romania, VI 7 



90 CHENAUX ET CORNU 

mor., 337. Dans le Jorat (Vaud), on a une comparaison proverbiale du 
même sens : « L e comèfl la grayla aprî vénendzé. » Comp. Bœhmer, 
R. 299. 

114» Celui qui n'a pas l'esprit à la lête devra l'avoir aux pieds (sera 
obligé de faire du chemin pour réparer ses sottises). » L'italien dit : 
« Chi non ha cuore habbia gambe » Orl. Pescetti, 141b, et « Chi ha poca 
memoria deve aver buone gambe » Prov. mor., 248. 

1 1 $ « Qui perd le bien perd le sens » Le Roux de Lincy, II, 401 . De 
même en italien : « Chi perde la robba perde il consiglio » Orl. Pescetti, 
p. 180. 

1 16 Glossaire de Bridel, p. $36. « Quand chacun s'aide, personne ne 
se tue » Perron, p. 80. 

1 17 Glossaire de Bridel, p. $33. « Farine fraîche ou bien de prêtre 
et pain chaud n'enrichissent pas la maison. » « Bein d'église n'enritsai 
pâ », l'abbé G. Pont, Orig. du patois de la Tarentaise, p. 76. Perron, 
p. 53 : « Jeune femme et pain chaud sont des ruine-outau », « Jeune 
femme, bois vert et pain tendre font, bientôt maison à vendre. » Comp. 
les différentes versions du même proverbe citées par Ad. Espagne, Rev. 
des lang. rom., 1873, p. 627 (lxxiii) : « Be députa ou de campana 
jamais noun flouris ni noun grana », « Ben de campano ni flouris ni 
grano », « Argent de fremo e soun de campano noun flouris ni grano. » 
Ibidem, p. 632 (xin) : « Bos verd, fenno jouino, escoubo novo, pan 
caud, arouinoun l'oustau », « Bos verd e pan caud fan la rouino d'un 
oustau », « Pan fresc, proun fiho e bouesc verd metoun l'oustau eu en 
désert », « Boues vert e pa cald destruison l'oustal. » 

1 18 « En forgeant devient on febre » (xv e siècle) Le Rouy de Lincy, 
II, 1 30, et « En forgeant on devient forgeron ». « Atressi cum per far- 
guar | Es hom fabres per razo, | Es hom laires per emblar, | e tracher 
per tracio (P. Cardinal, Mahn, Ged. 758). L'espagnol dit : « El usar 
saca officiai » Oudin, Refr. esp., p. 80. Comp. Bœhmer, R. 30. 

1 19 Ce proverbe appartient à tout le domaine roman; en fr. : « Qui 
se fait brebis le loup le ravit » Le Roux de Lincy, I, 153, « Qui se fait 
bête le loup le mange », p. 148; en prov. : « Fasès-vous fedo, loup 
vous manjara » Arm. prouv., 1864, p. 24. « Que feda se fai, lou loup 
la manja » Rev. des lang. rom., 1873, p. 320; en ital. : « Chi pecora 
si fà, il lupo se la mangia » Orl. Pescetti, p. 172. L'italien dit aussi : 
« Chi colomba se fà, il falcon se la mangia » Orl. Pescetti, p. 172. 
Outre ces deux proverbes il y en a encore un autre exprimant la même 
vérité. Prov. : « Fasès vous mèu bèn dous, mousco vous manjaran » 
Arm. prouv., 1860, p. 73. De même en espagnol : « Hazed os miel, y 
corner os han moscas » Oudin, Refr. esp., p. 93. 

120 « Il y a une fin à tout. » 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 99 

121 « Des femmes dans une maison il n'en faut pas plus que de poêles 
dans une chambre, o 

122 « il n'y a femme, cheval, ne vache, qui n'ait toujours quelque 
tache » Le Roux de Lincy, I, p. 226. De même en espagnol : « Ni 
mujer sin tacha, ni mula sin raça» Oudin, Refr. esp., p. 147, et « Quien 
quisiere mula sin tacha que se este sin ella » Carîas en refr ânes de Blasco 
de Garay, p. 94; et en portugais : « Quen quercavallos sem tacha sem 
elles se acha » Braga, Cane, pop., p. 187. 

125 « I fâ preindre lo tein kemein â vein, lous omo kemein i son, 
l'ardzein pe cein kâ va » l'abbé G. Pont, Origines du patois de la Taren- 
taise, p. 81 . « Il faut prendre le temps comme il vient, les gens pour ce 
qu'ils sont iou« les femmes pour ce qu'elles sont. » Perron, p. 66), et l'ar- 
gent pour ce qu'il vaut ■» Le Roux de Lincy, I, 133. Bcehmer, R. 160. 
Comp. les proverbes moins complets : « L'en doit prendre le temps 
comme Dieu l'envoyé » Le Roux de Lincy, II, 336, et « Il faut laisser 
le monde comme il est » II, 310. De même dans les Origines du patois 
de la Tarentaise, p. 78 : « Fâ laïché alla lô mondo kemein â va. » 

1 24 Glossaire de Bridel, p. 536 : « Canfene bôtson (cessent) de parla 
l'entèremè/7 fô apretâ. » 

125 Glossaire de Bridel, p. 534 : « Mort de femme, vie de cheval, 
c'est la prospérité de la maison. » 

126 Glossaire de Bridel, p. 541. « Qui fait ce qu'il ne doit il lui 
advient ce qu'il ne voudroit » du xv e siècle, Le Roux de Lincy, II, 392. 
Comp. aussi II, 398. De même en italien : « Chi fà quel che non deve, 
gli intervien quel che non crede ». « Chi vuol far quel che non puote 
gli intervien quel che non vuole » Orl. Pescetti, p. 92. Bcehmer, R. 38. 
E. 39. 

127 « Celui qui fait comme son voisin ne fait ni mau ni bin.» Perron, 
p. 78. 

128 « Comme tu me fais, je te ferai, disait la chèvre à son chevreau. » 
Comp. Le Roux de Lincy, II, 373 : « Pour ce te fais que tu me refaces. 
L'une bonté l'autre requiert », et le proverbe franc-comtois et prov. : 
« Que tê fâ, fâ li, quement dit Pousé » Perron, p. 78, « L'alauseto dis: 
que ti fo, fai-li, » ou bien : « Que te fo fa-li, que te guinho, guinho-li » 
Fesquet, Rev. deslang. rom., 1874, p. 129, et la note de la même page. 
L'espagnol dit : « Quai hizieres, tal avras » Cartas en refranes de Blase 
de Garay, p. 12. Un autre proverbe de la Suisse romande du même 
sens est : « Coca por coca », « noix pour noix » Glossaire de Bridel, 
p. 541. 

129 Glossaire de Bridel, p. $41. « Qui bien fera bien trovera ou 
avéra » est un proverbe du xm e siècle. Le Roux de Lincy, II, 384 et 
481; prov. : « Qu bèn fara ben trouvara » Arm. prouv., 1868, p. 108; 



100 CHENAUX ET CORNU 

italien : « Chi ben farà ou fa, ben havrà » Orl. Pescetti, p. 81. Prov. 
mor., 192, « Fa bene il ben che fai, e bene tu n'avrai » Prov. mor., 
410, « A chi fa bene, Iddio manda bene » Prov. mor., 1. Une autre 
forme du même proverbe est : « Qui mal fera mal trouvera » Le Roux 
de Lincy, II, 39$. <c Tô fâ, tô vin », c'est-à-dire à qui fait tort, tort 
arrive. Perron, p. 74. « A chi mal fà mal va » Orl. Pescetti, p. 177b, 
« Chi fa maie, aspetti maie » Prov. mor., 19. En prov. nous avons les 
deux proverbes réunis : « Que ben farà ben troubarà ; que mau farà 
mau traubarà » Ad. Espagne, Revue des langues rom., 1873, P- 604. 
Bœhmer, R. 4. E. 120. 

130 « il faut qu'on en fasse (des sottises), si ce n'est pas à la crèche 
c'est en allant à l'abreuvoir. » 

131 « Il n'est pas toujours feste » Le Roux de Lincy, II, 3 1 5, ou « Il 
n'est pas tous les jours festes » I, 29, « quand les cloches sonnent. » 
Comp. Bœhmer, R. 169. 

1 32 Glossaire de Bridel, p. $40. « Celui qui a beaucoup de filles et 
de maisons, jamais plaisir ne se voit. » Perron, p. 91 : « Les filles et les 
chevaux sont des ruine-outeau », « Qui n'a que des filles pour des gendres 
sera à toutes heures en grand esclandre » Le Roux de Lincy, I, 234. 

133 De même en français : « Toille, femme layde ny belle prendre 
ne doibt (1. dois) à la chandelle » Le Roux de Lincy, II, 426; en 
espagnol : « La mujer y la tela no las catas {lisez catad) a las candelas » 
Oudin, Refr. esp., p. 1 1 1 , et en italien : « Ne donna ne tela non pigliar 
a lume di candela » Orl. Pescetti, p. 1 5 et 3 8b, parce que, selon le 
proverbe français : « A la chandelle la chèvre semble demoiselle » Le 
Roux de Lincy, I, 164, et selon le proverbe espagnol : « De noche a la 
vêla la burra parece donzella » Oudin, Refr. esp., p. 63. 

134 Glossaire de Bridel, p. 533-4. « Les filles et les chevaux ne 
savent pas où sera leur demeure. » « Les femmes et les chevaux ne 
savent pas leur rétro » Perron, p. 93. 

135 « Les filles des bons (riches) paysans trouvent de suite des maris, 
et les pauvres gens sont obligés de vendre ou de manger leur fromage 
avant qu'il soit vieux. » 

136 a On ne peut pas être en même temps au four et au moulin. » 
Comp. : <i On poué pâtrecaudâ é alla à la pretheauchon » l'abbé G. Pont, 
Orig. du patois de la Tarentaise, p. 74, « Non si puô attender alla casa 
e ai campi » Orl. Pescetti, p. 1 i8fr,« Non si puô esser in un medesimo 
tempo in Francia e in Lombardia » Orl. Pescetti, p. 119. 

137 « Il ne faut pas aller au bois qui craint les feuilles » Le Roux de 
Lincy, I, 60. 

1 38 « Les frais ne payent personne. » 

139 « Jamais trop gourmet n'a eu bonne sauce. » 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 101 

140 « Chaque fou a sa chance. » Un proverbe it. dit : « La fortuna 
ou Dio aiuta i pazzi ed i fanciulli » Orl. Pescetti, p. 24k et 74; un 
autre : « Pazzi e piccirilli Dio l'ajuta » Prov. mor., 814. 

141 Comp. « Fol semble sage, quand il se tait » Le Roux de Lincy, 
I, 238, « Folie gardé(e) vaut deux fois dite » II, 476, « Por ce est 
li fox qu'il face la folie » I 243 ; et le proverbe esp. : « El bovo si 
es callado, por sesudo es reputado » Oudin, Refr. esp., p. 71. 

142 Glossaire de Bridel, p. $37. « Chacun a sa marotte. » 

143 « C'est bon d'être fou, mais modérément. » 

144 « Tous les fous aiment sonner les cloches et tourner la manivelle 
pour vanner. » 

145 « Celui qui donne la corde d'une cloche à un fou entend sonner 
plus qu'il ne veut. » 

146 « il ne faut pas agacer les fous. » 

147 « S'il n'y avait pas de fous, il n'y aurait pas de folles. » 

148 « D'autant plus vieux, d'autant plus fou. » 

149 « Y a pâ de foua sein femire » l'abbé G. Pont, Origines du patois 
de la Tatenîaise, p. 76. « Il n'est jamais feu sans fumée » Le Roux de 
Lincy, I ; 70, « Où n'y a feu n'y a fumée», I, 71. De même en proven- 
çal : « I'o pas fioc en coumbo qu'entoucon noun ressoundio » Fesquet, 
Rev. des lang. rom., p. 128 (xcn). Comp. aussi la note : « Tant pregont 
non se fa lou fuec que lou fun non saille », « N'ey pas jamais ta 
pregoun lou houec que lou hum noun sortie » (Béarn). L'espagnol 
dit : « Donde fuego se hace humo sale » Oudin, Refr. esp., p. 68. 

1 50 Comp. Le Roux de Lincy, II, 1 10 : « Argent est un bon servi- 
teur et un mauvais maître. » 

151 « Vante-toi, puisque personne ne te vante. » Un autre proverbe 
de la Suisse romande est : « N'a pâ fôta de braga ce se brage e mîmu » 
Glossaire de Bridel, p. 537. 

1 52 De même en français : « Grand vanteur, petit faiseur » Le Roux 
de Lincy, II, 303, « De grans vanteurs petits faiseurs » II, 282, « Com- 
munément un grand diseur se trouve enfin petit faiseur » II, 127. Le 
provençal et l'espagnol expriment la même vérité par le proverbe : « Jamai 
cat miaulaire fugué bon cassaire » Arm. prouv., 1860, p. 89, « Gato 
maullador nunca buen caçador » Carias en refranes de Blasco de Garay, 
p. 16. Comp. encore l'expr. prov. : « Mê de braga tye de fê » Glossaire 
de Bridel, p. 5 37. Bœhmer, R. 98, 317. E. 18, 19. 

1 53 « Quelquefois les plaisanteries deviennent sérieuses. » 

154 « Qui gagne d'abord se ruine ensuite. » En italien : « Chi vince 
da prima perde da sezzo » Orl. Pescetti, p. 105 i?_, et « Chi vince da 
prima, maie indovina » Orl. Pescetti, p. 106. 

1 $ $ Glossaire de Bridel, p. 533. « Goutte après goutte se fait le fro- 



102 CHENAUX ET CORNU 

mage. » Bœhmer, R. 50. Comp. les proverbes français : « Goutte à 
goutte on remplit la cuve » Le Roux de Lincy, I, 66; prov. : « Gouto 
à gouto si vuejo la bouto » Arm. prouv., 1868, p. 108; et esp. : « Gota 
à gota la mar se apoca », « Grano no hinche harnero, mas ayuda a su 
companero », « Grano a grano hinche la gallina el papo » Oudin, Refr. 
esp., p. 90. Comp. encore Glossaire de Bridel, p. $35 : « Se tote gote 
cresan, tôte gôte decresan. » 

1 56 « Gratte-toi avec tes ongles. » 

157 Glossaire de Bridel, p. 541. « Gratte-moi, je te gratterai », 
c'est-à-dire : « Loue-moi, je te louerai. » 

158 « il vaut mieux garder ceux qui sont gras que d'en engraisser 
d'autres» (en parlant des gouvernements). 

1 <;9 Glossaire de Bridel, p. $3$ et $38. En esp. : « A par de rio ni 
compres viha, ni olivar, ni caserio » Oudin, Refr. esp., p. 27, « Ni hagas 
huerta en sombrio, ni edifiques cabe rio » p. 137, « Ni pesca cabo rio, 
ni vina cabo camino » p. 146. En italien : « Ne mulo, ne mulino, ne 
fiume forno per vicino » Orl. Pescetti, p. 23b. Car, dit un autre pro- 
verbe : « Un grand seigneur, un grand clocher et une grande rivière 
sont trois mauvais voisins » Le Roux de Lincy, II, 101; prov. : « Se- 
gnour, ribiero e camin, fan très marrit vesin » Arm. prouv., 1862, 
p. 104, « Segnour, ribiero e grands camins sont tous très de catious 
vezins » Alph. Roque-Ferrier, Rev. des lang. rom., 1874, p. }°7- 

160 « Les fautes des grands sont les plus scandaleuses. » 

161 « Des bourgeons nous en avons tous », c'est-à-dire chacun a ses 
défauts. 

162 « Ce qui est venu de la flûte s'en va au taborin. » « Ce qui vient 
de la flûte retourne au tambour » Le Roux de Lincy, II, 103. « Ce 
qui vient de pille— pille s'en retourne en guille-guille » Perron, p. 172. 
Comp. Bœhmer, R. 247. 

163 « Kan on eintein ke na clotse, on n'eintein k'on son » l'abbé 
G. Pont, Orig. du patois de la Tarentaise, p. 73; en français: « Qui 
n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son », proverbe dont on n'a pas 
d'exemples anciens, Le Roux de Lincy, I, 8; de même en provençal : 
« Quau n'entend qu'uno campano n'entend qu'un son », ou « Qu n'ause 
qu'uno campano n'ause qu'un son » Arm. prouv., 1864, p. 72, et 1868, 
p. 107; et en italien : « Bisogna sentir ambedue le campane innanzi che 
si dia la sentenza » Orl. Pescetti, p. 107b, et : « Non giudicare se senti 
una campana senza l'altra » Prov. mor., 758. 

164 « Quand on parle du loup, il sort de la forêt. » Le proverbe 
savoyard est : « Kan on parle du laou, al arive i baou » l'abbé G. Pont, 
Orig. du patois de la Tarentaise, p. 78, et le proverbe français : « Quand 
on parle du loup, on en voit la queue » Le Roux de Lincy, I, 182. 



PROVERBES FRIBOURGEOIS joj 

165 La forme de ce proverbe doit appartenir en propre à la Gruyère, 
car le français dit : « Ce n'est pas tout or ce qui reluist, ni farine ce qui 
blanchist » Le Roux de Lincy, I, 81, « Tout ce qui reluit n'est pas 
d'or « Perron, p. 70; le prov. : » Tout ço que luse n'es pas d'or » 
Arm. prouv. 1868, p. 107; l'esp. : « Todo lo blanco no es farina » 
Oudin, Refr. esp., p. 254, « Nô es todo oro lo que reluze » Oudin 
Refr. esp., p. 162, ou bien aussi : « No es oro todo lo que reluze ni 
harina loque blanquea » Cartas en refranes de Blasco de Garay, p. 24; 
et l'italien : « Oro tutto non è quel che risplende » Orl. Pescetti, p. 1 5, 
et « Dov'è l'oro luce; ma non è tutt' oro quel che luce » Prov. mor., 
321. Bœhmer, R. 22. E. 189. 

166 « A corriger un lambin ne perd pas ton temps; laisse-le 
amouiller, s'il amouille longtemps, il n'amouillera ' pas pour rien. » 

167 Glossaire de Bridel, p. 537. « N'est pas voleur celui qui vole le 
voleur. » Comp. Le Roux de Lincy, II, 307 : « H est bien larron qui 
dérobe un larron. » 

168 En français on trouve ce même proverbe dès le xm e siècle : 
« Au matin lever ne gist mie tous li esplois, » « Ce n'est pas le tout de 
se lever matin », ou « c'est peu de se lever matin, il faut encore arriver 
à l'heure » Le Roux de Lincy, II, 232 et I, 1 01, « Ce n'est pas tout de 
courir, il faut partir à temps » II, 258, ou « C'est peu que de courir, il 
faut partir à point » La Fontaine, fable du Lièvre et de la Tortue. Plus 
brièvement: « C'est tout de partir à l'heure» Le Roux de Lincy, ï, 101 . 

169 « Celui qui laisse faire laisse brûler sa maison. » 

170 « Les louis d'or font marier les gens difformes. » Perron, p. $$ : 
« Terre marie merde et l'argent peutes gens. » 

171 Glossaire de Bridel, p. $33. « Epi par épi on fait la glane. » — 
« En portant assez de charges de foin, on parvient à faire une meule. » 

172 « Kemein on fâ sa cutse on se cutse » l'abbé G. Pont, Origines 
du patois de la Tarentaise, p. 77. En fr. : « Comme on fait son lit on se 
couche » Le Roux de Lincy, II, 172. Comp. encore II, 395 : 
« Qui mal fait son lict mal couche et gist » G. Meurier (xvi e siècle), et 
en esp. : « Quien mala cama haze en ella se yaze » Oudin, Refr. esp., 
p. 207. Bœhmer, R. 86. 

173 « Personne ne veut être boucher pour le foie. » 

174 « On ne peut pas prendre deux mères au même nid. » 

175 « Il n'y a pas de si petit poutot qui ne trouve son convéquiot » 
Perron, p. 66. « A chaque pot son couvercle » Le Roux de Lincy, II, 
214. « Il n'y a si méchant pot qui ne trouve son couvercle » II, 21 5. De 



1. Amouiller, terme technique, c'est assouplir le pis de la vache pour la 
traire. Voir Littré, s. v., qui donne une autre signification de ce verbe. 



104 CHENAUX ET CORNU 

même en esp. : « No ay olla tan fea que no halle su cobertura » Oudin, 
Réf. esp., p. 160. 

176 « Les marmitons ont toujours quelques bons morceaux. » 

177 « Mariez-vous, ne vous mariez pas, mauvaises les mouches, 
mauvais les taons, mauvais les poux, mauvaise la teigne, diable l'un, 
diable l'autre. » Perron, p. 56 : « Marie-toi, ne te marie pas, pour sûr 
tu t'en repentiras. » 

178 Glossaire de Bridel, p. 537. « Qui en haste se marie à loisir se 
repent » Le Roux de Lincy, II, 390, « Celui qui trop tôt se marie peut 
bien dire au bon temps adieu » II, 89, « Qui mal se marie tost se mar- 
rie » II 395. Un autre proverbe de la Suisse romande, d'un sens plus 
général dit : « Sèn c'on a fê a la cuaité on s'en repè« a lézi » Glossaire 
de Bridel, p. 5 37. De même en esp. : « Quien de presto se détermina 
de espacio se arrepiente » Cartas en rejranes de Blasco de Garay, p. 1 3. 

179 « Pour se pendre et se marier il ne faut pas y penser longtemps. » 

180 « On est plus tôt marié que bien logé » Perron, p. 56. Aussi, 
dit le proverbe français : « Avant de te marier aye maison pour habiter » 
Le Roux de Lincy, II, 244. 

181 « Il faut se marier pour se faire blâmer; il faut mourir pour se 
faire louer. » Comp. le proverbe prov. : « Cau naisse pèr èstre poulit, 
si maridà pèr èstre riche e mouri pèr èstre brave » Fesquet, Rev. des 
lang. rom., p. 120 (xl). 

182 En esp. : « Quien mas tiene mas quiere » Oudin, Refr. esp., 
p. 231. 

183 Glossaire de Bridel, p. $34. « Plus il y a, mieux c'est; plus il y 
a de poules, plus il y a d'oeufs. » 

1 84 Le proverbe français est : « Qui de tout se tait de tout a pais » 
qu'on rencontre dès le xiii* siècle, Le Roux de Lincy, II, 388. De 
même en prov. : « Que de res noun se mescla de tout a repaus » 
Ad. Espagne, Rev. des lang. rom., 1873, p. 629 (lxxxvi), ou « Qui biou 
en pax dorm en repaus » Alph. Roque-Ferrier, Rev. des lang. rom., 
1874, p. 301; et en italien : « Chi fà i fatti suoi non s'imbratta le 
mani)> Orl. Pescetti, p. 86fr et 1 $8b, et « Non mischiarti in molti affari, 
se vuoi schivar de' giorni amari » Prov. mor., 744. 

185 « Celui qui est maître se couche où il veut. » 

186 « Il vaut mieux tout manger que tout dire. » Bcehmer, E. 102. 

187 « Qui mange beaucoup et rien ne boit ne se voit jamais 
rassasié. » 

1 88 « La misère amène le noise. » 

189 « Mal sur mal n'est pas santé ou ayse » Le Roux de Lincy, I, 
262 et 275, II, 343. 

190 et 191 Glossaire de Bridel, p. 535. Ce proverbe se rencontre 



PROVERBES FRIBOURGEOIS IOS 

dans tout le domaine roman ; en France : « Un malheur ne vient jamais 
seul » Le Roux de Lincy, II, 431, ou « Quand une fortune vient ne 
vient seule » (xv e siècle) Le Roux de Lincy, II, 378; en Provence: 
« Lou mau ven à quintau e s'en vai à tarnau » Rev. des lang. rom., 
1873, p. 631. Comp. aussi l'énigme, p. 306; en Espagne : « Mal sobre 
mal y piedra por cabeçal » Oudin, Refr. esp., p. 123, « Bien vengas 
mal, si vienes solo » Oudin, Refr. esp., p. 36, Cartas en refranes ^Blasco 
de Garay, p. 90, « El mal entra àbraçadas y sale à pulgaradas » Oudin, 
Refr. esp., p. 72 ; en Italie : « Le non vengon mai sole, » « Le disgrazie 
son corne le ciregie, una tira Paîtra » Orl. Pescetti, p. 25e, « Ogni mal 
vuol giunta » p. 1 34, « Il maie viene a carri, e va via a oncie » p. 1 34. 
Boehmer, E. 255. Comp. avec 191 l'inverse dans Perron, p. 65 : « Là 
où le bien vient, il torche ». 

192 « Mal advisé ne fut jamais sans peine » (xvi e siècle) Le Roux 
de Lincy, II, 342. « Mal avisé n'est pas sans peine » Perron, p. 70. 
« Mau avisa a toujours de peno » Rev. des lang. rom., 1873, p. 631 (vi). 

193 « Il faut de toute sorte de gens pour faire un monde » Perron, 
p. 41. 

194 Ce proverbe est de tout le domaine roman; de la France : 
« Deux hommes se rencontrent bien, mais deux montagnes point » 
Le Roux de Lincy, I, 79, ou sans rime : « Les hommes se rencontrent 
et les montagnes non j> I, 2 5 3 ; de la Provence : « Bèn se rescontron 
dos montagno, quand se rescontron dous gibous » Arm. prouv., 1867, 
p. 87; de l'Espagne : « Topanse los hombres y no los montes » Oudin, 
Refr. esp., p. 255 ; et de l'Italie: « Si riscontran gli huomini e non le 
montagne », « Dice il proverbio ch' à trovar si vanno gli huomini spesso, 
e imontifermi stanno» (Ariosto) Orl. Pescetti, p. 232. Il y a deux autres 
versions du même proverbe dans les Prov. mor., 490 : « I monti non si 
raffrontano, ma gli uomini si rincontrano, » « I monti fermi stanno, e gli 
uomir.i a riveder si vanno. » Bœhmer, R. 122. E. 173. 

195 « On prein pe mé de mutse avoué de mie k'avoué de venegre » 
l'abbé G. Pont, Origines du patois de la Tarentalse, p. 78 ; en français de 
même : « On prend plus de mouches avec du miel qu'avec du vinaigre » 
Le Roux de Lincy, I, 186. 

1 96 Le Roux de Lincy a plusieurs variantes anciennes de ce même 
proverbe : « Qui son nés coupe sa face désonoure » II, 469, ou « enledist 
sa face » II, 482, ou « il déserte son vis » II, 498. Le prov. moderne 
est : « Qui coupe son nez défigure son visage » II, 387. De même en 
italien : « Chi si taglia il naso, s'insanguina la bocca » Orl. Pescetti, 
p. 1 3 ]b. Bœhmer, R. 268. 

197 « Trois jours de noce, le lendemain pas de pain. » 

198 « Celui qui va à la noce va à la dépense. » 



lOÔ CHENAUX ET CORNU 

199 « Qui bien lie bien deslie » Le Roux de Lincy, II, 384; prov. : 
« Qui ben lia ben desli » i'Marcabrun), Bartsch, Chrest. prov. 2 , p. 60, 
10; esp. : « Mira que ates que desates » Oudin, Refr. esp., p. 129, 
« Quien bien ata bien desata » Cartas en refranes de Blasco de Garay, 
p. 29; italien : « Chi ben serra ben âpre » Orl. Pescetti, p. 39. 
Bœhmer, E. 30. 

200 « Plus on pile l'ail plus il sent mauvais. » 

2oi « A chacun oiseau son nid semble beau » Le Roux de Lincy, I, 
188 et II, 472, proverbe dont on a des exemples dès le xm e siècle. De 
même en prov. : « Cada aussel troba soun nis bel » Ad. Espagne, Rev. 
des lang. rom., 1873, p. 605, et en it. : « Ad ogni uccello suo nido è (ou 
pare) bello » Orl. Pescetti, p. 170. Prov. mor., 23. Comp. encore : 
« Ogni volpe porta amore alla sua tana » Prov. mor., 784. Bœhmer, 
R. 2. E. 6. 

202 « L'ombre la plus mauvaise pour la maison d'un paysan, c'est un 
château. » 

203 a II ne faut pas se couper les ongles le vendredi, si l'on se veut 
gratter le samedi. » 

204 « Il y a partout quelque chose (du désaccord) excepté chez nous 
où nous nous battons tous les jours. » 

20s Glossaire de Bridel, p. 541. « Maveis ovriers ne trovera ja bon 
ostil » (xin e siècle) Le Roux de Lincy, II, 143. L'it. dit pareillement : 
« Cattivo lavoratore a ogni ferro pon cagione » Orl. Pescetti, p. 185/?. 

206 Comp. les proverbes français : « Chacun fait ce qu'il peut » Le 
Roux de Lincy, II, 267, et « Outre pouvoir noient » (xm e siècle) II, 
365; l'esp. : «Quien quando puede no quiere, quando quiere no puede », 
et l'it. : « Chi non fa quando puô non puô far ou non fà quando vuole » 
Orl. Pescetti, p. 92k, 157, 161, « Chi non vuole quando puô, non puô 
quando vuole » Prov. mor., 259, « Fa corne puoi, non corne vuoi » 
Prov. mor., 404, « Chi fa a potere, fa a dovere » Prov. mor., 1 36. 

207 « Il n'y a rien d'aussi patient que le travail, il attend toujours 
qu'on le fasse. » 

208 « Le pain nourrit bien des sortes de gens. » Comp. l'italien : 
« povero pane, da chi se' tu mangiato! » Orl. Pescetti, p. 6$fr. 

209 « Avec les vieillards on mange le pain blanc. » Consolation 
donnée aux filles qui épousent des vieillards. Comp. le proverbe ital. : 
« Beata colei, che di vecchio pazzo s'innamora » Orl. Pescetti, p. 2jb. 

210 « Mange du pain noir quand tu es jeune, si tu veux manger du 
pain blanc quand tu seras vieux. » Comp. Le Roux de Lincy, II, 21 1 : 
« Manger son pain blanc le premier, » et les proverbes italiens : « Chi 
va a caval da giovane, va a piedi da vecchio a Orl. Pescetti, p. 230e, 
« Chi travaglia in gioventù, riposain vecchiaia » Prov. mor., 240. Comp. 



PROVERBES FRIBOURGEOIS IO7 

aussi dans le Glossaire de Bridel, p. 542, le proverbe de Valangin : 
« Djouveunn cavalî vîlh piotôn », et Bœhmer, R. 89, 250. 

211 (( Les pansards font marcher les penseurs »; prov. qui diffère de 
celui que cite l'abbé G. Pont, Origines du patois de la Tarentaise, p. 75 : 
« Après la panthe vin la danthe », et du proverbe français : « De la panse 
vient la dance » Le Roux de Lincy, II, 76. 

212 Comp. le proverbe prov. : « Bateja fa, peirin se presenton » 
Arm. prouv., 1861, p. 30. Un autre proverbe dit : « Quand notre fille 
est mariée nous trouvons trop de gendres » Le Roux de Lincy, I, 234; 
de même en esp.: «Ahijacasadasalennosyernos»Oudin,fte/r.«/7., p. 9. 

2 1 3 « Les faits se montreront et les ditz passeront » Le Roux de 
Lincy, II, 333. Comp. l'italien : « Le parole son femine, e i fatti son 
maschi » Orl. Peschetti, p. 169. 

214 « Les contrats lient. » On disait en ancien français : « Conve- 
nances (conventions) vainquent loi » Le Roux de Lincy, II, 277. Cf. 
P. Meyer, Rapports au ministre, p. 174. 

215 Glossaire de Bridel, p. 539. « Les moindres marchés qu'on fait 
sont ceux qu'on fait à l'église (en se mariant). » Comp. un autre prov. : 
« I vô de grô mî xe burlâ a l'oçô tye û mohî. » 

2 16 « L'homme qui moult boit tard paye ce qu'il doibt » Le Roux de 
Lincy, I, 25 5, « Qui trop boist tard paye ce qu'il boit (/. doit) » II, 408. 

2 1 7 « C'est toujours assez tôt de payer ses dettes et de mourir. » 

2 1 8 Français : « Autant de villes autant de guises » Le Roux de 
Lincy, II, 183, « Tant de gens, tant de guises » II, 418; esp. : « En 
cada tierra su uso » Oudin, Refr. esp., p. 82; ital. : « Tanti paesi tante 
usanze » Orl. Pescetti, p. 229, et « Tal paese tal usanza » p. 241. 
Bœhmer, R. 294. 

219 Glossaire de Bridel, p. 540 : « Can on vau dau pesôn, se fô 
molyî e si c'a fôta de fù ce lo tsertsay. » Prov. « Quau noun s'arrisco 
noun pren peis » Arm. prouv., 1867, p. 82; esp. « Sin mojarse el 
pescador nunca toma muy gran pez » Dialogo entre el amor y un cavallero 
viejo à la suite des lettres de Blasco de Garay, ou aussi : « Quien no se 
osa aventurar, no passa la mar », et « Quien no se aventura, no anda a 
cavallo ni a mula » Oudin, Refr. esp., p. 211; italien : « Non si puô 
haver de' pesci senza immollarsi h Orl. Pescetti, p. 30b, et « Achi nulla 
tenta, nulla riesce » Prov. mor., 21. Comp. Bœhmer, R. 314. 

220 Prov. « Li roucas soun dur pertout » Arm. prouv., 1868, p. 108. 

221 « Les pierres roulent toujours vers les gros tas de pierres. » « La 
pierre va toujours au murger ' » Perron, p. 65. 

1 . Murger, tas de pierres élevé entre les héritages et où chacun jette ou porte 
celles qu'il ôte de son champ ou de sa vigne (Perron). 



!08 CHENAUX ET CORNU 

222 « A force de jeter des pierres sur un toit, il en reste toujours 
quelques-unes. » 

223 « Il y a plus de jeunes peaux à la tannerie que de vieilles. » 
Comparaison expressive dont on se sert pour montrer qu'il meurt plus 
de personnes dans la jeunesse que dans la vieillesse. Le fr. dit : « Il va 
plus au marché peaux d'agneaulx que de vieilles brebis » Le Roux de 
Lincy, I, 1 38, et Fit. : « Più capretti e agnelli vanno in beccheria che 
pécore e becchi », « Cosi presto muojon le pécore giovani come le 
vecchie », « Non hà più carta Fagnello che la pecora » Orl. Pescetti, 
p. 149t. 

224 Glossaire de Bridel, p. 535 : « Po prendre lu ni, né fô pâ 
atè/zdre ce le zozî seyan via. » C'est-à-dire, pour prendre les petits 
(oiseaux) il ne faut pas attendre qu'ils soient hors du nid. 

225 « Le petit (le pauvre) a toujours la courte paille. » 

226 Patois savoyard : « A tsa paou Faougé fâ son ni » l'abbé 
G. Pont, Origines du patois de la Tareniaise, p. 82 ; en franc. : « Petit à 
petit l'oiseau fait son nid » Le Roux de Lincy, I, 189; en esp. : « Poco 
à poco hila la vieja el copo » Oudin, Refr. «p., p. 189 ; enit. : « A passo 
si va à Roma » Prov. mor., 72. 

227 Glossaire de Bridel, p. 538. En français : « Qui va doucement va 
seurement » Le Roux de Lincy, II, 409 ; en italien : « Chi va pian va 
san », « Pian pian si va lontano », « A penna a penna si pela un' 
ocha; a passo a passo si fa de gran cammino » Orl. Pescetti, p. 99/7; 
« Chi va piano, va sano; e chi va sano, va lontano » Prov. mor., 189. 
Bœhmer, R. 338. E. 68. 

228 « Il ne faut pas briser le pont, quand on a passé la rivière. » 

229 « Celui qui fait une grande cuillère en fera bien une petite. » En 
français : « Qui fait un fer cent en sçait faire » Le Roux de Lincy, II, 
392, « Celui qui fait bien un panier fait bien une charpigne (cor- 
beille) » Perron, p. 73; en italien : « Chi fà il carro lo sa disfare » 
Orl. Pescetti, p. 117. 

230 Perron, p. 138 : « Quand l'o bin, l'o prou ». « Quand c'est 
assez, c'est assez. » Comp. Bœhmer, £.15. 

2 3 1 Patois savoyard : « On mauvais arrandzemein va miu qu'on bon 
procès » Fabbé G. Pont, Origines du patois de la Tarentaise, p. 73; 
français : « Un mauvais arrangement vaut mieux que le meilleur procès» 
Le Roux de Lincy, II, 146; esp. : « Mas vale mala avenencia que buena 
sentencia » Oudin, Refr. esp., p. 121. Bœhmer, R. 147 et Nachtrag, 
p. 187. E. 179; aussi, ajoute le proverbe gruérin : « Si quelqu'un te 
demande ton habit, donne-le-lui et de plus ta chemise (plutôt que d'en- 
tamer un procès). » Comp. Perron, p. 74 : « Celui qui gagne un procès 
revient en chemise, et celui qui le perd revient tout nu ; » et en it. : 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 1 OÇ 

Di due già litiganti ecco il ritratto; l'uno in camicia, e l'altro nudo 
affatto » Prov. mor., 359. 

232 « Trois procès gagnés un homme ruiné. » Prov. mor., 630 : 
« L'uomo che litiga sempre perde. » 

233 De même en patois savoyard : « Promettre et teni son due », 
« Promettre va dza bin, mai teni é co miu » l'abbé G. Pont, Origines du 
patois de la Tarentaise, p. 80, « Dire et faire son doué » p. 75 ; et en 
fr. : « Ce sont deux, promettre et tenir » Le Roux de Lincy, II, 260, 
« Promettre et tenir sont deux » II, 376, « Promettre est facile, mais 
effectuer difficile » II, 376. Bœhmer, R. 370. 

2 34 « Beaucoup promettre et rien tenir est pour vrais fols entretenir » 
Le Roux de Lincy, II, 246, « De foie promesse se fait fox tous liez » 
(xur siècle) I, 238, « De bel promès est li fol en joy » II, 474, 
« Douces promesses fols lient » II, 290, « Promettre sans donner est à 
fol contenter » II, 376, « Promesse saunz doner est au fol confort » II, 
480. Le proverbe espagnol est plus général : « Buenas palabras y ruynes 
hechos enganan sabios y locos » Oudin, Refr. esp., p. 39. L'italien est 
comme le gruérin et le français : « Promener non è per dare, ma per 
matti contentare » Orl. Pescetti, p. 95; aussi : « A pazzi e a fanciulli 
non si vuol promener nulla » Orl. Pescetti, p. 173K Un autre proverbe 
pareil est : « Gli huomini si legano per le parole e i buoi per le corna », 
ou aussi « Le funi legano i buoi e le parole gli huomini » Orl. Pescetti, 
p. 169. 

235 Espagnol : « Quien fia promete en deuda se mete » Oudin, 
Refr. esp., p. 227; ital. : « Ogni promessa è debito » Prov. mor., 787, 
« Cosa promessa è mezzo débita » Orl. Pescetti, p. 66b, ou « Il pro- 
mener è la vigilia del dare » p. 205b. 

236 Glossaire de Bridel, p. $ 37. «Qui devient pauvre devient mauvais.» 

237 « Ce qui vient par le râteau s'en va par la fourche. » 

2}8 Glossaire àe Bridel, p. 539. « Ce qui vient par la rapine s'en va 
par la ruine. » 

239 Perron, p. 73 : « Quand las gouris sont trop gras, é cassant iout 
soût »; le prov. dit : « A ase sadou, lou blad i' es de pesoto » Arm. 
prouv., 1857, p. 64, ou « Quand lei pouerc soun sadou, lei cereio soun 
amaro » Arm. prouv., 1868, p. 107; l'esp. : « Al hombre harto las 
cerezas le amargan » Oudin, Refr. esp., p. 17; l'it. : « Colombo pasciuto 
ciregia amara » Orl. Pescetti, p. 197b. 

240 Glossaire de Bridel, p. $37. « En toute saison duit raison » Le 
Roux de Lincy, II, 294. L'italien exprime la même vérité par : « Ogni 
cosa vuol misura », ou « Tutte le cose voglion peso e misura » Orl. 
Pescetti, p. 146/7, et plus conformément au prov. gruérin : « Ogni cosa 
vuol la sua ragione » Prov. mor., 738. 



I 10 CHENAUX ET CORNU 

241 « Rien ici rien là »; l'esp. dit : « Quien ruyn es en sa villa ruyn 
es en Sevilla » Cartas en refranes de Blasco de Garay, p. 27. 

242 « Où il n'y a rien personne ne demeure. » 

243 « On beille rien pe rien » l'abbé Pont, Origines du patois de la 
Tarentaise, p. 75 . « On n'a rien pour rien » Le Roux de Lincy, II, 361 , 
« Rien pour rien » II, 41 3, « De rien rien » II, 286. Bœhmer, R. 221, 
;68. 

244 « Qui rien n'a rien n'est prisé (xv e siècle) Le Roux de Lincy, 
II, 404, « Vis est tenu partout qui riens n'a » (xm a siècle) II, 435. De 
même l'italien : « Povertà fà l'huomo vile,» ou « Povertà fà viltà » Orl. 
Pescetti, p. 187. 

245 Glossaire de Bridel, p. 540. « Qui répond envenime la chicane.» 
Comp. l'esp. : « A cartas cartas y a palabras palabras » Oudin, Refr. 
esp., p. 4; et l'it. : « Le parole son corne le ciregie, ch' unatira l'altra » 
Orl. Pescetti, p. 169. 

246 « Bien souvent un simple proverbe vaut mieux que deux bons 
avis. » 

247 « Proverbes de vieillards, proverbes de radotteurs; proverbes de 
jeunes gens, proverbes de rien. » 

248 « Tout garde et tout conserve tout retrouve à son besoin. » 
Comp. le prov. it. • « Chi ben ripone ben trova » Orl. Pescetti, p. 86/? 
(= Prov. mor., 276, avec une variante). 

249 Provençal : « Escoubo novo fai bèu sôu » Arm. prouv., 1864, 
p. 85; it. : « Spazzatura nuova spazza ben la casa » Orl. Pescetti, 
p. 231. Comp. Perron, p. 71 : « Toutes les servantes font balai neuf. » 
Bœhmer, R. 276. E. 224. 

250 « Qui connaîtrait l'avenir serait assez riche. » 

25 1 Glossaire de Bridel, p. $ 32 : « L e la mendré rùva dau tser ce 
crêne lu mê. » Le Roux de Lincy donne trois versions de ce même pro- 
verbe : « Du char la plus meschante roue est celle qui crie toujours » 
(xvi e siècle) II, 161 ; « La pire roe de la charrette fait greignor noyse» 
(xm e siècle) II, 477; « C'est la pire roue comme est très seur qui fait 
plus de bruit et rumeur » II, 263. Perron, p. 75 : « Moins la roue 
(d'un char) est graissée, plus elle crie. » L'italien dit de même : « La 
più trista ruota del carro è sempre quella che cigola » Orl. Pescetti, 
p. 2?7, ou aussi : « La peggior ruota è quella che cigola » Prov. mor., 

57'- 

2 $ 2 Pareillement en français : « Autant fait celui qui tient le pied 
que celui qui escorche » Le Roux de Lincy, II, 244, ou « Car qui 
escorche et pié tient par une voie se contient » I, 175 ; en provençal : 
« Autant fai aquéu que tèn coume aquéu qu'escourtego » Arm. prouv., 
1867, P- 87, et en it. : « Tanto mérita chi tien quanto chi scortica, » ou 



PROVERBES FRIBOURGEOIS 1 I | 

bien « Tanto è chi ruba quanto chi tien il sacco » Orl. Pescetti, p. 165. 
Bœhmer, E. 234. 

253 « Du temps, des femmes, du gouvernement, ne nous en mêlons 
pas, puisqu'on n'avance rien. » De même en italien : « Ne di tempo ne di 
Signoria non ti dar malinconia » Orl. Pescetti, p. 225. Bœhmer,/?. 369. 
E. 201. 

254 Provençal : « Avèn toujourmai debènque de vido » Arm. prouv., 
1864, p. 87. 

255 « Quand tout ira bien (sur cette terre), nous n'y serons plus; 
c'est pourtant alors qu'il y ferait bon. » Comp. 271. 

256 Perron, p. 80 : « Quand il y en a pour trois, il y en a pour 
quatre. » 

257 Glossaire de Bridel, p. 540. « Le train mange le bien. » Comp. 
Perron, p. 41 : « Le train mange le train », « Charroi gagné charroi 
dépensé. » 

258 « Quand on a fait trente, il faut faire trente et un (terminer la 
chose commencée). » Comp. l'it. : « Chi fè sei fè sette » Orl. Pescetti, 
p. 92. 

2^9 « En fréquentant les bons, on devient bon. » 

260 « Trop est trop » Le Roux de Lincy, II, 429. L'italien dit de 
même : « Ogni troppo è troppo » Orl. Pescetti, p. 147b. Prov. mor., 
783. 

261 Comp. les proverbes italiens : « Ogni troppo sta per nuocere », 
« Ogni troppo versa », « Ogni soverchio porta colpa » Orl. Pescetti, 
p. 147/7, « Il soverchio rompe il coverchio » Prov. mor,, 486, et « Chi 
troppo la tira, la spezza », « Il troppo storpia » Prov. mor., 129. 
Bœhmer, R. 1 54, 190. E. 85. 

262 Comp. le proverbe français : « Le trop et le trop peu rompt la 
feste et le jeu » Le Roux de Lincy, II, 3 ? 2, et les deux prov. italiens : 
a II molto e 1 poco rompe lo giuoco » Orl. Pescetti, p. 59, et « Tanto è 
il troppo quanto il troppo poco » p. \G^b. Aussi : « Il troppo guasta, 
ed il poco non basta » Prov. mor., $57. Bœhmer, E. 236. 

263 « Ce sont les chats qui brisent toutes les écuelles. » 

264 « Pour prendre les souris les chats tirent leurs gants. » 

265 « Il faut neuf chasseurs pour en nourrir un. » Perron, p. 42 : 
« Chaissoux, pauchoux, haibits dreilloux », « Pauchoux, pouilloux ; 
chaissoux, dreilloux », « Il faut sept chasseurs pour en laisser mourir un 
de faim », <c La chasse amène la besace », « Qui va à la chasse perd sa 
place. » Comp. le proverbe provençal : « Jamais cassaire a nourri soun 
paire » Arm. prouv., 1872, p. 29; les proverbes espagnols : « A puerta 
de caçador nunca gran muladar » Oudin. Refr. esp., p. 27, et « Tal 
dexa el caçador la casa como la caca la cama » Oudin, Refr. esp., 



I 12 CHENAUX ET CORNU 

p. 250, et le proverbe italien: « Chi vuol fare figli poverelli, li faccia 
cacciatori, e acchiappa uccelli » Prov. mor., 271. 

266 Glossaire de Bridel, p. 5 37. « Qui bien chante et qui bien danse 
fait un métier qui peu avance » Le Roux de Lincy, II, 73. 

267 Glossaire de Bridel, p. 5 37. « Bien chanter et bien danser n'em- 
pêchent pas d'avancer. » 

268 On a des exemples de ce proverbe en français dès le xm e siècle : 
« A cheval donné ne luy regarde en la bouche », « Cheval donné ne 
doit-on en dens regarder » Le Roux de Lincy, I, 160, « A chevell doné 
sa dent n'est agardé » II, 472. L'espagnol et l'italien disent de même : 
« A cavallo dado no le miren el diente » Oudin, Refr. esp., p. 5. a A 
caval donato non guardar {ou non si guarda) in bocca. » Orl. Pescetti, 
p. Sib. Prov. mor., 1 1. Comp. Bcehmer, R. 257. E. 7. 

269 « On ne coupe pas le pied à un cheval la première fois qu'il 
bronche. » 

270 « Les chiens sans queue n'ont pas peur de montrer le derrière » 
Car, dit un proverbe italien : « Chi disprezza l'onestà dimostra che non 
l'ha » Prov. mor., 207. 

271 « Quand tout ira bien, il fera bon être charretier; quand même 
on chargera trop, tout ira toujours bien. » 

272 « Il ne faut pas ourdir plus qu'on ne peut tramer. » Cf. Fla- 
menca, v. 1068 : « Assatz ordis, c'ora que tesca. » 

275 Comp. les proverbes français et espagnols : « Fox est cis qui 
famé veut gaitier » (xm e siècle) Le Roux de Lincy, 1, 235, « Qui a 
femme à garder n'a pas journée assurée » I, 229, « Filles sottes à marier 
sont bien pénibles à garder » I, 234, « C'est un fâcheux troupeau à 
garder que de sottes filles à marier » II, 26 $, « Qui a des filles est 
toujours berger» I, 234. Perron, p. 93 : « Celui qui a une fille à garder 
de nun ne doit causer. » L'espagnol dit tout pareillement : « Nina y 
vina, y peral y havar malos son de guardar » Oudin, Refr. esp., p. 147. 
Comp. l'it. : « Figlie, vigne e giardini, guardale dai vicini » Prov. mor., 
425. 

274 Glossaire de Bridel, p. 538, avec une variante sans importance. 
« Vent qui gèle, bise qui dégèle, femme qui peu parle, sont trois choses 
des plus rares. » Comp. Perron, p. 3 : « Vent qui gèle, bise qui dégèle 
et femme qui parle latin ne causent qu'ennui et chagrin. » 

275 ce Vin sur lait c'est souhait, lait sur vin c'est venin » Le Roux 
de Lincy, II, 221, ou « Lait sur vin c'est venin ; vin sur lait c'est sou- 
hait » II, 199. « Le vin sur le lait rend le cœur gai ; le lait sur le vin 
rend le cœur chagrin » Perron, p. 82. De même en provençal : ce Vin 
sus la es restaura; la sus vin est un vérin » Arm. prouv., 1872, p. 57, 
et en espagnol : ce Dixo la lèche al vino : Bien seas venido amigo » 



PROVERBES FRIBOURGEOIS I I 3 

Oudin, Refr. esp.< p. 6$, et « La lèche con el vino torna se venino » 
p. 104. 

276 ce Mieux vaut être rongé de vermine que de s'engraisser de 
rapine. » 

277 « Chaque village, chaque langage. » 

278 « Graissez les bottes d'un vilain, il dira qu'on les lui brûle », « De 
vilain jamais bon faict », « Faites bien le vilain et il vous fera mal » 
(xm e siècle) Le Roux de Lincy, II, 105. Gabriel Meurier (xvi e siècle) 
cite encore : « Dépends le pendant, il te pendra; oigne le vilain, il te 
poindra » Ibidem. On a dès le xm B siècle : « Oignez vilain, il vous 
poindra; poignez vilain, il vous oindra » Le Roux de Lincy, II, 106. 
Comp. Revue critique, 1870, II, 405. L'italien dit de même : « Chi s'im- 
prégna di villan, tutto l'anno gli duol la pancia », et « Chi fà servizio 
alvillan, si sputa in man » Orl. Pescetti, p. 237 b. 

279 « Celui qui part veau revient jeune bœuf », c'est-à-dire : les sots 
feraient mieux de rester chez eux, car ils ne reviendront pas plus sages. 
De même les proverbes italiens : « Andar bestia, e tornar bestia, » et 
« Andar vitello e tornar bue » Orl. Pescetti, p. 115. 

280 « La vieillesse est une belle chose, mais elle est pénible à sup- 
porter. » 

281 « Il faudrait devenir vieux avant de devenir jeune. » 

282 «Tôt ou tard la vérité se découvre.» Comp. 290. 

283 « Au pauvre le sac. » Comp. le proverbe italien : « Al villano la 
zappa in mano » Prov. mor., 64. 

284 « On tire du sa ke cein ke lai e » l'abbé G. Pont, Origines du 
patois de la Tarentaise, p. 81. « On ne tire du sac que ce qu'il y a. » 
Comp. Glossaire de Bridel, p. 535 : « On né pau salyi de la farnâ 
blyantsé d'on sa de tserbon. » 

285 « Tsake peina mouerte salaire » l'abbé G. Pont, Origines du 
patois de la Tarentaise, p. 80. En français : « Toute peine mérite 
salaire. » 

286 « Il est plus facile de sortir du bord que du fond. » 

287 « Des servantes de prêtres, des chevaux de meuniers, que le bon 
Dieu nous préserve. » 

288 L'espagnol dit de même : « Mas vale saber que aver » Oudin, 
Refr. esp., p. 120, Cartas en refranes de Blasco de Garay, p. 84. 

289 Le proverbe français est : « On ne scet qui meurt ne qui vit » 
Le Roux de Lincy, II, 362. 

290 L'espagnol dit : « El tiempo aclara las cosas » Cartas en refranes 
de Blasco de Garay, p. 22, et l'italien : « Ogni cosa al fin si scuopre » 
Orl. Pescetti, p. 203, et « Il tempo scuopre ogni cosa» p. 222t. Bœhmer, 
R. 216, 352. 

Romania, VI 8 



I 14 CHENAUX ET CORNU 

291 Glossaire de Bridel, p. 541 : « Si ce né sa rèn ne pau rèn depè- 
dre. » « Qui ne sait rien n'oublie rien. » 

292 « Qui se sent coupable s'enflamme » c'est-à-dire se fâche. 

293 « Qui se sent innocent n'a peur de rien. » 

294 « Il n'y a pas de saints qui valent le bon Dieu. » 

295 « Quand la viande est gâtée, il est trop tard d'y mettre du 
sel. » 

296 « Ce n'est rien de rester tard, pourvu qu'il ne faille pas retourner 
pour achever sa besogne. » 

297 Le Roux de Lincy donne quatre versions de ce proverbe répandu 
au-delà des Alpes et des Pyrénées : « A tart manjue qui à autrui escuele 
s'atent », ou « A tart prent qui à autrui s'atent » (xm e siècle) II, 195, 
« Qui s'attend à l'escuelle d'autrui a souvent mauvais diner » II, 196, 
ou « Qui sur l'escuelle d'autrui s'asseure, quand il pense manger il 
jeusne « I, 32 ; espagnol : « Quien à mano agena espéra mal yanta y peor 
cena » Oudin, Refr. esp., p. 231; italien : « Chi per altrui man s'im- 
bocca tardi si satolla » Orl. Pescetti, p. 219&. Prov. mor., 231. 

298 Glossaire de Bridel, p. 535. a II ne faut pas sauter du pré au 
chemin. » — « Les chèvres et les chevrières sautent du pré au chemin.» 

299 Glossaire de Bridel, p. $41. Espagnol : Quien en mal anda en 
mal acaba » Carias en refranes de Blasco de Garay, p. 22 ; italien : « Chi 
mal vive, mal muore » Prov. mor., 256, « Chi ben vive ben muore » 
Orl. Pescetti, p. 149b; car « Quai vita tal fine » Prov. mor., 256. 
Bœhmer, R. 241. 

300 « si le ciel tombait, il y aurait bien des bêtes à l'ombre, ou bien 
des alouettes de prises » Le Roux de Lincy, I, 97,. « Si les nues cheoit, 
les aloes sont toutes prises » (xv e siècle). Comp. Rabelais, liv. IV, ch. 16 : 
« Toutes fois on dict que les alouètes grandement redoutent la ruynedes 
cieulx, car les cieulx tombant toutes seroyent prises » Le Roux de Lincy, 
I, 139. En provençal : « Si lou ciel toumbavo, fouarso ousséou serien 
près a la leco » Alph. Roque-Ferrier, Rev. des lang. rom., 1874, p. 302, 
qui cite le proverbe latin : « Si cœlum caderet, multae caperentur 
alandae. » Italien : « S'el ciel rovinasse, si piglierebbon di molti 
uccelli «Orl. Pescetti, p. 184. Comp. le proverbe du Jorat (Vaud) : 
« Se n'îre on se e on ma, on béteray on tsevô àèn una botôlye, » et 
ceux de la Franche-Comté : « Avec un si on mettrait un cheval dans 
une bouteille, » et « Si toutes les bêtes étaient attachées, les liens 
seraient trop chers » Perron, p. 137. 



MÉLANGES. 



SPIGOLATURE PROVENZALI 



I. — Cercalmon, Car vei fenir a tôt dia. 

In un suo articolo intorno a Cercalmon 1 , il Mahn, discorrendo délia 
tenzone Car vei fenir a tôt dia, dice che « il Conte de Poitou menzionato 
nella nostra poesia, che deve ricompensare Cercamon, è di sicuroilnoto 
primo trovatore, di cui Cercamon ben era tuttavia contemporaneo. » 

Non so se il dotto autore scriverebbe ora di nuovo queste parole; so 
bene che non le avrebbe scritte mai, per poco che si fosse data la briga 
di esaminare la storia. Perché esse reggano, occorre una piccola modifi- 
cazione ; bisogna aggiungere un non : di sicuro il Conte di Poitou qui 
menzionato non è Guglielmo IX. 

Non ci vuol molto a provarlo. La lieta prospettiva che si mette 
innanzi colle parole lo coms de Peitieus ve, è poi ripresentata due volte 
ancora sotto altre forme : Gran be vos venra de Fransa, \ Si atendre lo 
voletz... Maistre, conte novel \ Aurem nos a Pantacosta. In tutti e tre i luoghi, 
io dico, si deve alludere ad una cosa stessa; almeno, per scindere in 
tre speranze ciô che secondo l'interpretazione spontanea appare corne una 
speranza sola, occorrebbero ragioni ben gravi. E ragioni, ne gravi, ne 
lievi, non ne esistono punto; anzi, le circostanze che emanano dalla ten- 
zone, presa nel suo senso più naturale, trovano una corrispondenza cosi 
esatta nella storia del tempo, da permetterci perfino di determinare, non 
solo in che anno, ma perfino in quai mese, sia stata composta questa 
poesia. 

Si cominci dal mettere senz' altro in disparte Guglielmo IX. Suppo- 

1. Der Troubadour Cercamon, nel Jahrb. f. roman. Litcr., I, 83. 



I l6 MÉLANGES 

niamo pure ch' egli, quando Cercalmon e Guglielmino vennero tra di 
loro a tenzone, fosse in Francia, dove infatti andô più volte. Ciô baste- 
rebbe per renderci ragione alla meglio délie due prime allusioni : ma e 
che faremmo délia terza? Cercalmon, corne si accennerà poi, era già in 
età provetta. Guglielmo IX succedette al padre nella contea essendo gio- 
vinetto quindicenne, l'anno 1086. Se si alludesse a questo conte, Cer- 
calmon verrebbe dunque ad essere, e di molto, il trovatore più antico 
di cui noi s' abbia ricordo, la storia positiva délia lirica cortigiana pro- 
venzale si spingerebbe ad un tempo, al quale fino ad ora s'era creduto 
di poter giungere solo per via d'ipotesi. Troppa grazia, perché sia lecito 
accettarla ad occhi chiusi ! Apriamoli, e vedremo subito svanire ilsogno. 
Non puô essere fiorito nel secolo xi il poeta che noi sappiamo essere 
stato maestro a quel Marcabruno : , che vivevae componeva tuttavia nel 
1 180 2 . 

Neppure Guglielmo X, figliuolo ed erede del IX, riesce ad appagarci. 
Scompajono le difficulté cronologiche : resta inesplicato il Gran be vos 
venra de Fransa. Si vuol nondimeno tener in serbo questo personaggio 
per un caso di nécessita? Si tenga pure : dal canto mio non credo di 
arrischiar nulla, assicurando che non si sentira più il bisogno di andarlo 
a ripescare. 

Infatti, non s'ha che a badare ai casi avvenuti alla morte di Guglielmo X, 
per acquistare la certezza più piena che nella tenzone in discorso si 
allude al successore di questo principe. Mi si permetta di riferire corne 
le cose andassero, dietro la scorta dei cronisti, e tra gli altri di Sugieri, 
che oltre ad essere stato spettatore autorevolissimo, ebbe anche parte 
attiva in quei fatti. 

Nei primi mesi dell' anno 11 37 Guglielmo X ebbe desiderio d'im- 
prendere un pellegrinaggio a S. Jacopo di Compostella. Egli non aveva 
figli maschi : bensi due femmine, Eleonora e Petronella. Prima di par- 
tire, dubitando del ritorno, consegnô in un testamento le sue ultime 
volontà, per assicurare la sorte délie figliuole, che, in grazia del sesso, 
correvano grandissimo pericolo d'essere spogliate : « Filias meas Régis 
domini mei protectioni relinquo, Leonoram collocandam cum domino 
Ludovico Régis filio, si baronibus meis placuerit, cui Aquitaniam et Pic- 
taviam relinquo, Petronella; vero filise meae, possessiones meas et 
castella quae in Burgundia, ut proies Gerardi ducis Burgundiae, possi- 
deo. » 



1. V. la biografia provenzale di Marcabruno; Diez, Lebenu. Werke dcr Troub., 
p. 42; Suchier, Dcr Troubabour Marcabru : Jahrbuch, XIV, 142. 

2. Diez, Lcben u. Wcrke d. Troub., p. ji. [C'est une erreur qui va être 
immédiatement corrigée. Voir l'article suivant. — P. M.] 

3. Bouquet, XII, 409. 



CERCALMON I I y 

Guglielmo pani, e non rivide più i suoi dominii; chè il Venerdi Santo, 
vale a dire il 9 di Aprile, egli spirava nel santuario stesso di Compo- 
stella, mentre si leggeva il Passio 1 . Recata nel Poitou la trista nuova, si 
mandarono subito messaggi a Luigi il Grosso, significandogli le disposi- 
zioni testamentarie del defunto. Il re non si fece pregare : Eleonora por- 
tava una dote che equivaleva oramai al regno di Francia ; la parte 
maggiore délie provincie del mezzogiorno veniva con queste nozze a 
riunirsi strettamente alla corona; un dominio quasi nominale da secoli, si 
trasformava in possesso pieno e immediato. Cosi Luigi, per beneficio 
délia fortuna, poteva mettere il colmo a quelP edificio, a cui aveva con- 
sacrato la vita intera : l'autorità regia era infine ripristinata in tutto il 
suo splendore. 

Orbene, stabilité le nozze tra Eleonora e l'erede del trono — Luigi 
ancor esso — si pensô ail' esecuzione. La solennità del fatto, il bisogno 
di accaparrarsi il rispetto dei nuovi sudditi, richiedevano magnificenza 
d'apparato. Una scorta agguerrita e numerosa era inoltre necessaria per 
far valere l'autorità del testamento e vincere le resistenze che si sareb- 
bero potute incontrare. Fra coloro che accompagnarono Luigi per con- 
sigliarlo e guidarlo, fu pure Sugieri 2 . Si parti nel Giugno; il i° di 
Luglio si giunse a Limoges?, e vi si ebbero accoglienze solenni. Quindi 
si prosegui il viaggio. Le nozze furono celebrate a Bordeaux, dove 
anche furono prestati gli omaggi4. Maeccoche, mentre duravano tuttavia 
le feste, giunsero nuove a Luigi che il padre era mortos. Che fare in 
cosî grave frangente? Luigi raccolse i suoi consiglieri, ed essi, tutti 
d'accordo, gli suggerirono di ritornare prontamente in Francia, affinchè 
per il meno non si perdesse il più 6 . A Goffredo, vescovo di Chartres, fu 
commessa intanto la cura délia nuova sposa e l'ufficio di provvedere ad 
ogni bisogno che potesse nascere. Ciô fatto, Luigi si affrettô a partire. ed 
andô a prender possesso del regno. 

Ora intendiamo pienamente, che significhi il bene che deve venir di 
Francia ed il nuovo conte che si aspetta. Pur troppo furono speranze 
fallaci, e Cercalmon, che vedeva tutto di color cupo, aveva ben più 
ragione dell' avversario, che lo voleva persuadere a stardi buon animo. 

«.W.,413. 

2. Id., 62. 

3. Id., 43$. Erra il compilatore dell' Indice, dicendo il 30 Giugno. Non badô 
che nel testo di Goffredo Vosiense c'è un doppio domani : in crastinum ; die 
crastina. 

4. W.,84. 

$. Luigi il Grosso moriil i° di Agosto. Ce lo attesta Sugieri (Bouquet, XII, 63). 
Contro una taie autorità non puô aver forza Orderico Vitale, che pone cotesta 
morte tre giorni più tardi (Ib., 761). Cf. d'Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes 
de Champagne, II, 331. 

6. Id., 84. 



Il8 MÉLANGES 

Si credeva che Luigi sarebbe rimasto nei nuovi stati : la subita morte del 
padre mandô a vuoto ogni cosa, e per lunghi e lunghi anni Limoges fu 
privata dello splendore di una corte. Bisognerà aspettare il 1 169, perché 
di nuovo risorga con Riccardo Cuor di Leone l'antica grandezza. E 
allora teniamoci pur sicuri che il povero Cercalmon non potrà più godere 
délia generosità del nuovo principe. 

E adesso caviamo il costrutto dalla nostra esposizione. Si tratta di 
fissare una data. Latenzone di Cercalmon e Guilhalmi deve dunque porsi 
tra la morte di Guglielmo X e la venuta di Luigi. Ma abbiamo qualcosa 
di più : il nuovo conte è aspettato per la Pentecoste. Che giungesse poi 
qualche poco più tardi, non vuol dir nulla per noi : la poesia è senza 
dubbio anteriore al 30 di Maggio, nel quai giorno, l'anno 1 1 37, cadeva 
quella solennité. 9 Aprile e 30 Maggio : ecco limiti abbastanza angusti : 
eppure si possono ristringere maggiormente. Bisogna dar tempo alla 
notizia délia morte avvenuta in Galizia di giungere in Poitou, ai sudditi 
del defunto di deliberare, ai messi di andare a Luigi il Grosso, di trat- 
tenersi, di ritornare colle nuove dell' adesione sua e del tempo fissato per 
le nozze. O forse i messi non erano ancora ritornati e l'insediamento a 
Pentecoste è un' ipotesi di Guglielmino? Se anche ciô fosse, dal 9 di 
Aprile non cesseremmo perciô di doverci portare verso la fine del 
mese. Questo da un lato. Dali' altro è da osservare che délia Pentecoste 
si parla corne di un tempo, vicino si, ma non imminente. Perô eccoci 
sicuri che la tenzone ebbe luogo tra il declinare dell' Aprile e il prin- 
cipio del Maggio. 

Abbiamo cosi guadagnato un punto fisso per la vita di Cercalmon. 
Questo punto non basta, se non possiam dire in pari tempo quale fosse 
allora presso a poco la sua età. Una frase di Guilhalmi schiarisce an- 
che questo dubbio : Maistre, egli dice, josca la brosta \ Vos pareis al test 
novel. « Maestro, fino ai capelli voi apparite con nuovo capo. » Cer- 
calmon si duole délia sua miseria; nessuno lo soccorre, nessuno dona più. 
O corne? dice l'altro. Ma se vi vedo messo a nuovo fino nei capelli! — 
Manifestamente il povero trovatore incanutisce ' . Egli non è dunque più 
giovane. Diamogli dai quaranta ai cinquant' anni : saremo nel vero, 
ce ne scosteremo di ben poco. 

Sicchè Cercalmon dovrà esser nato sulla fine del secolo xi ; l'età sua 
più florida cadra ail' incirca tra il 1 1 20 ed il 1 1 3 5 , ossia, coïncidera cogli 
ultimi anni di Guglielmo il trovatore e colla signoria del figlio. Poichè il 
venir meno délia stirpe dei conti di Poitou lo lascia cosi avvilito, saremo 
indotti a credere ch' egli avesse da tempo riposte in essi le sue speranze. 



1. [Cette interprétation est un peu forcée. Je dois ajouter que les deux vers 
.josca la brosta \ Vos pareis al test novel, sont pour moi fort obscurs. — P. M. J 



MARCABRUN I 19 

Spegnendosi cotesta schiatta, egli, che ha pur girato tanta parte di 
mondo ', non volge gli occhi altrove; crede non gli resti altro, che man- 
dare il canto del cigno. E cosi noi veniamo ad intendere sempre meglio 
quai parte considerevolissima abbiano avuto i conti di Poitou, signori ad 
un tempo del territorio Limosino, nell' affinamento délia nuova poesia, 
la quale da un' umile condizione si solleva alla dignità dell'arte. Con lei 
e per lei si sollevano anche i suoi cultori; i giullari pongono studio nel 
trovare, ed acquistano per tal modo anche un nuovo nome. Cercalmon è 
appunto uno di costoro ; anch' egli, grazie alla poesia, nonostante 
l'umile condizione, ebbe favore di principi, e sollecitô — forse non invano 
— la benevolenza di donne gentili. 

P. Rajna. 



II. 

MARCABRUN. 

L'excellente dissertation qu'on vient de lire m'a donné l'idée de publier 
quelques recherches qui ont pour résultat de fixer plus exactement qu'on 
ne l'a fait jusqu'à ce jour les limites de la carrière poétique en même 
temps que de la vie de Marcabrun. On sait que ce troubadour vécut 
pendant un certain temps avec Cercamon 2 , celui-là même dont M. Rajna 
vient de dater avec précision la poésie la plus importante. M. Diez a le 
mérite, ici comme pour beaucoup d'autres troubabours, d'avoir été le 
premier à composer avec critique la biographie du personnage, et à 
faire sortir quelques dates, au moins approximatives, des allusions histo- 
riques contenues dans quelques-unes de ses pièces 5. On ne saurait 

i . E urquet lot lo mon lai on poc anar. 

2. C'est ce que nous apprend l'une des deux notices (la seule qui ait de la 
valeur) que nous possédons sur ce poète : « Marcabrus si fo gitatz a la porta 
« d'un ne home, ni anc no saup hom qui [el] fo ni d'on. En Aldrics del Vilar fetz 
« lo noirir. Apres, estet tan ab un trobador que avia nom Cercamon qu'el 
« comensset atrobar, et adoncs el avia nom Panpcrdut, mas d'aqui enan ac nom 
« Marcabrun. Et en aquel temps non apellava hom cansson, mas tôt quant hom 
« cantava eron vers. E fo moût cridatz et ausitz pel mon e doptatz per sa lenga, 
« car el fo tant maldizens que a la fin lo desfeiron li castellan de Guian de cui 
« avia dich moût gran nral » (Vatican 5252, fol. 27). — Cette biographie a été 
publiée par Rochegude et par Raynouard d'après le ms. Saibante, maintenant 
égaré, mais qui n'est certainement rien autre qu'une copie du ms. 5232 du 
Vatican; voy. ce que je dis à ce sujel, Revue critique, 1867, II, 91. — Il est 
assez probable que le biographe de Marcabrun est aussi celui de P. d'Auvergne, 
car la notion que vers était le nom commun de toute espèce de chant, se 
retrouve dans la vie de P. d'Auvergne presque dans les mêmes termes que 
dans celle de Marcabrun. 

3. Leben und Wcrke der Troubadours, 1829, p. 42-51. 



120 MÉLANGES 

adresser le même éloge à l'article de ['Histoire littéraire où Emeric David 
a placé notre troubadour dans le xm e siècle, sans faire le moindre effort 
pour dater aucune de ses poésies, sans se douter que le sujet eût été étudié 
avant lui'. Tout récemment M. Suchier, mettant à profit les publications 
de MM. Mahn, Grùtzmacher, Milâ y Fontanals, qui ont rendu facilement 
accessibles la plupart des poésies de Marcabrun, et s'étant d'ailleurs 
procuré copie de presque tous les textes encore inédits, a publié sur cet 
ancien troubadour des recherches qui se recommandent par la précision 
des indications bibliographiques, et par la circonspection avec laquelle 
sont abordées, ou plutôt réservées, les véritables difficultés. Ce travail 
n'est pas à proprement parler une dissertation : c'est plutôt une série de 
notes mises bout à bout, et dans lesquelles on peut trouver d'utiles re- 
marques, moins toutefois sur Marcabrun lui-même que sur d'autres per- 
sonnages dont M . Suchier a jugé à propos de nous entretenir incidemment. 
Ainsi M. Suchier 2 soutient contre M. Stimming, le dernier éditeur de 
Jaufre Rudel (qui ne fait d'ailleurs que développer l'idée émise par Fon- 
cemagne et Paulmy et reprise par Diez), que la comtesse de Tripoli, 
pour l'amour de qui Jaufre Rudel fit le voyage d'outre-mer, doit être 
identifiée, non pas avec Mélissende, fille de Raimon I ?, comte de Tri- 
poli, mais avec Odierne, femme de ce comte et mère de Mélissende. 
Cette opinion, qui est la mienne, et qui pourrait être appuyée d'autres 
arguments que ceux qu'a invoqués M. Suchier, conduit à placer le voyage 
de J. Rudel et sa mort, non plus, comme dans l'autre hypothèse, après 
1 161, mais vers 1 1474. 

Revenons à Marcabrun. Entre les quarante pièces ou environ qu'on 
possède de lui, sept ou huit seulement contiennent des allusions histori- 
ques. Deux (Pax in nomine Domini et Emperaire per mi tnezeis) ont été 
placées à 1 146 ou 1 147, date qui, j'en dirai tout à l'heure les raisons, 



1. Hist. littèr. de la France, XX, $39-46. 

2. L. /., p. 126-9. 

3. Raimon II, selon Du Cange {Familles d'outre-mer, 481) qui fait de Raimon 
de Saint-Gilles le premier comte de Tripoli. 

4. Ce n'est pas toutefois que tout soit à approuver dans la discussion à laquelle 
se livre M. Suchier, et par exemple il est impossible de ne pas relever la singu- 
lière méprise dans laquelle il est tombé en rapportant (p. 1 28) la mort de Raimon 
de Tripoli au 27 juin 1152-, faisant, bien gratuitement, un mérite à M. Stim- 
ming d'avoir mis à l'année 1 1 5 2 cet événement, qui, dit-il, est placé « vers l'an 
1 1 52 » par Du Cange (Familles d'outre-mer, p. 482) et en 1 149 par D. Vaissète. 
M. Suchier, qui ne paraît pas très-familier avec l'histoire des croisades, s'est 
visiblement embrouillé dans ses notes. I L a confondu Raimon de Tripoli, tué vers 
11 52, sans qu'il soit possible de préciser davantage(Du Cange, p. 482 ; Vaissète, 
éd. orig., II, 454; éd. Privât, III, 760) avec Raimon d'Antiochc, tué le 27 juin 
1149 (Du Cange, p. 189, Vaissète, éd. orig., II, 454; éd. Privât, III, 759), et 
de la confusion de ces deux dates il a formé ce « 27 juin 1 1 52 » qui ne répond 
à rien. 



MARCABRUN 12 1 

devrait être un peu reculée; mais l'erreur, si elle existe, est sans grande 
conséquence. Dans une troisième [A la fontana del vergier) se trouve une 
allusion précise à la croisade de Louis VII, ce qui date la pièce de 1 147. 
Enfin, tous les critiques, à la suite de Diez, s'accordent à placer la com- 
position d'Aujatz de chan corn enanz se meillura en 1 180 au plus tôt. 

J'espère montrer que cette dernière pièce est au contraire l'une des 
plus anciennes que nous ayons de Marcabrun, et qu'entre celles dont on 
peut fixer la date, aucune n'est plus récente que A la fontana, qui est de 
1 147, ou environ. 

L'objet principal de ma dissertation est donc Aujatz de chan, mais 
d'abord, pour préparer le terrain, j'examinerai quelques autres vers. Et 
en premier lieu celui dont voici la traduction '. 

I. Pax in nomine Domini! Marcabrun a fait les paroles et l'air. Oiez ce qu'il 
dit ! comment, par sa bonté, le seigneur du ciel nous a fait près de nous un 
lavoir tel qu'il n'y en eut jamais, sinon outre-mer, là-bas vers [la vallée de] 
Josaphat, et c'est en faveur de celui qui est près d'ici que je vous exhorte. 

II. Soir et matin nous devrions, si nous étions sages, nous laver, je vous 
l'assure; chacun a le moyen de s'y laver; chacun, tandis qu'il est sain et sauf, 
devrait aller au lavoir qui est pour nous un vrai remède. Car, si avant [de 
nous être purifiés] nous allons à la mort, notre demeure, au lieu d'être là-haut, 
sera en bas. 

III. Mais avarice et manque de foi tiennent Jeunesse séparée de son compagnon 
(la libéralité -'). Ah ! quelle douleur, que le plus grand nombre vole là où on ne 
gagne que l'enfer ! Si nous ne courons au lavoir avant que nous ayons la bouche 
et les yeux clos, il n'y a si orgueilleux qui, au jour de sa mort, ne trouve plus 
fort que lui. 

IV. Le Seigneur qui sait tout ce qui est, tout ce qui sera et tout ce qui a été, 
nous y a promis (au lavoir) honneur par la parole d'un empereur. Et l'éclat 
de ceux qui se rendront au lavoir, savez-vous quel il sera? plus grand que celui 
de l'étoile qui guide les navires, à condition que nous vengions Dieu du tort qui 
lui est fait ici, et là-bas vers Damas 3 . 



1. Voir le texte dans mon Chou d'anciens textes, partie provençale, n° 10. 

2. Cette interprétation n'est pas donnée au hasard : nous voyons en effet 
dans la pièce Dirai vos en mon latin, que Joven avait pour frère Donar : 

Desviat a son cami 
Jovens que torn' a decli, 
E Donars, qu'era sos fraire 
Va s'en fugen a tapi, 
Cane dans Costans l'enganaire 
Joi ni jovens non jauzi. 

C'est ainsi que dans le Roman de Ham, par Sarrazin, Doner est le fils de Cour- 
toisie (édit. de la Soc. de l'Hist. de France, p. 223). 

3. On sait que le principal effort de la seconde croisade a été dirigé contre le 
sultan de Damas. 



122 MÉLANGES 

V. De la lignée de Caïn, le premier homme mauvais, il y a ici < tant de gens, 
desquels aucun ne porte honneur à Dieu. Nous verrons qui l'aimera de cœur, 
car, par la vertu du lavoir, Jésus sera avec nous, étant chassés les garçons * qui 
croient aux augures et aux sorts 3 . 

VI. Et les débauchés corne-vin, presse-dîner, souffle-feu, croupe-à-terre *, 

resteront dans b . Dieu veut épurer à son lavoir les hardis et les doux, tandis 

que ceux-là garderont les logis, et trouveront un fort adversaire ; c'est pourquoi 
je les chasse honteusement. 

VII. En Espagne, de ce côté, le marquis [R. Bérenger IV] et ceux du 
Temple Salomon souffrent le poids et le fardeau de la fureur des Sarrazins ; et 
Jeunesse recueille mauvaise louange; et le blâme, à cause de ce lavoir, tombera 
sur les plus puissants seigneurs, rompus, faillis, indifférents à la joie et à l'action. 

VIII. Les Français sont dégénérés s'ils disent non à la cause de Dieu; je les 

1. En Gascogne, ou du moins dans le midi de la France. 

2. Au sens méprisant comme en ancien français. Je crois que tornatz los garsos 
atras est une construction absolue, ce qui justifie l'emploi du cas régime; ou on 
pourrait encore faire de tornatz un impératif. Cf. Els Sarrasis tornar atras, dans 
Emperaire per mi mezeis. 

3. Les augures tirés du vol des oiseaux, les sorts obtenus en ouvrant à l'aven- 
ture certains livres. Sur les augures, voy. Du Cange, Albanellus; Diez, Leben u. 
Werkc der Troub., p. 22 ; Du Méril, Etudes sur quelques points d'archéologie et 
d'hist. littér., p. 120, note $; sur les sorts, Du Cange, Sortes virgiliana. Marca- 
brun était ennemi de ces superstitions. Dans sa pièce à Audric, il tourne en ridi- 
cule ce personnage qui croyait à l'augure tiré du vol des hobereaux. 

4. Il y a ici (v. 46-48) plusieurs mots composés, locutions populaires dont 
l'emploi est tout à fait dans la manière de Marcabrun, et qui méritent une note. 
Coma-vi veut dire « celui qui corne le vin », corna étant originairement un 
impératif, mais le composé étant employé comme si corna était la 3 e pers. sing. 
près. ind. Ce même nom se rencontre à la fin du xi e siècle dans la pièce 148 du 
Cartul. de S. Victor (Willelmus Cornavins), et un peu plus tard, dans le Cart. 
de S. Cyprien lez Poitiers, n° 362, Archives du Poitou, III. Cette expression 
ne vient donc pas, comme M. Milâ y Fontanals l'a supposé (Trov. en Esp. 
p. 7$, n. 9) de l'usage de servir le vin dans des cornes. — Coita-disnar est 
celui qui presse, qui hâte le dîner. — Buffa-tizo est celui qui souffle le feu; cf. 
gaitc-tison, relevé par M. Darmesteter, Formation des mots composés, p. 182; 
buffa-fuec est encore employé par Marcabrun comme terme injurieux dans Dirai 
vos senes duptansa (fr. 856, fol. 175 a), et bufar lo foc el carbo est à ses yeux une 
occupation méprisable (Mahn, Ged., n- 724, 7). A la catégorie de ces souffle- 
feu, ou garçons de cuisine, appartiennent encore ces guirbaut que Marcabrun 
poursuit sans cesse de ses invectives et à qui certains seigneurs confiaient impru- 
demment leurs femmes : E tenon guirbautz als tizos || Cui las comandan a gardar 
(Mahn, Ged., n° 609, 4). — Crup en cami est probablement le synonyme d'acro- 
pitz, qui se tient habituellement accroupi, par suite, vil, méprisable, terme très- 
fréquent chez Marcabrun. C'est vraisemblablement au même sens qu'est men- 
tionné (Dirai vos senes dubtansa, 856, fol. 174^) Selh qui crup en l'escura. 

$. J'aime mieux ne pas essayer de traduire inz el folpidor (v. 49) ; la variante 
en fera pudor n'est sans doute qu'une grossière correction du copiste, qui sert 
cependant à assurer la finale -pidor et 1'/ du commencement. Toutefois, comme 
1'/ et Ys se ressemblent fort, on pourrait risquer sospidor (*sospitorium formé sur 
sospes ?) au sens de lieu de refuge, endroit où on se repose. Ou encore ne 
pourrait-on dériver sospidor de suspicere, une cachette d'où on pourrait examiner 
les arrivants? Ce sens serait en rapport avec le v. 52, E cil gaitaran los ostaus. 
Tout cela est plus que douteux. 



MARCABRUN 123 

ai mis en demeure [de venir ici] 1 . Antioche, prix et valeur, ici Guyenne et Poi- 
tou, sont dans les larmes. Seigneur Dieu, en ton lavoir, donne repos à l'âme du 
comte, et ici que le Seigneur qui ressuscita protège le Poitou et Niort ! 

M. Mila" 2 , et M. Suchier après lui, affirment sans hésitation que le 
vers del Lavador a été composé en vue de l'expédition qui eut pour 
résultat la prise d'Almeria, c'est-à-dire vers 1 146 ou 1 147. Je ne crois 
pas cette date très-assurée. Alphonse VIII, roi de Castille et de Léon, 
portant le titre d'empereur depuis 1 1 3 5 , a été plus d'une fois en guerre 
contre les Sarrazins, et bien que l'expédition d'Almeria ait été la plus 
brillante, il n'y a aucune preuve que la pièce de Marcabrun ait été faite 
à ce moment. La dernière strophe me semble indiquer une date un peu 
plus ancienne. Pourquoi la Guyenne et le Poitou sont-ils dans les larmes ? 
Quel est ce comte pour l'âme de qui Marcabrun invoque la miséricorde 
divine? Ni M. Milâ ni M. Suchier ne paraissent y avoir songé. Le seul 
comte de Poitou, en même temps duc de Guyenne, qui soit mort vers ce 
temps-là est Guillaume VIII (ou X comme duc de Guyenne), décédé le 
9 avril 1 1 37, et je suis par conséquent porté à croire que le vers del 
Lavador n'est pas de beaucoup postérieur à cet événement. Je ne m'explique 
pas très-bien la mention d'Antioche dans ce couplet 5. Peut-être le poète 
s'est-il rappelé que le prince d'Antioche était le frère cadet de Guil- 
laume VIII. Quoi qu'il en soit, il est sûr que Marcabrun regrettait le 
comte de Poitou, et l'on peut par suite conjecturer qu'il avait fréquenté 
sa cour. Ce qui résulte encore de la dernière strophe de la pièce Alprim 
comens de l'ivernail : 

En Castella e vas Portegau, 
On anc non fo trames salutz, 

E Dieus los sau ! 
E vas Barcelona atretau, 
Puois lo Peitavis m'es faillitz, 
Serai mai cum Artus perdutz. 

Je cite ce couplet d'après la leçon du Vatic. 5232. Les trois autres 
mss. (tous trois de la même famille), qui contiennent la même pièce, ne 
font pas mention du comte de Poitiers, et terminent ainsi la pièce : 

En Castella et en Portegal 
Non trametrai autras salutz 
Mas : Dieus los sal! 

1. Qu'eu sal corn es, dans toutes les éditions, y compris la mienne, mais je 
traduis comme s'il y avait Queus (= Quels) ai cornes, ce qui est à peine une 
correction. 

2. Trovadores en Es pana, p. 79. 

3. Le sens adopté par M. Milâ ne me satisfait pas beaucoup. 



124 MÉLANGES 

Et en Barselona atretal, 
E neis la valor sontperduz. 

En Gascoigna, sai ves Orsaut, 
Me dizo qu'en creis us petitz 
On trobarez s'ieu sui perdutz. 

Comme on voit, le vers relatif au Peitavia été tout simplement omis, 
et le vers Serai mai cum Artus perdutz a été remplacé, ainsi que M. Su- 
chier l'a déjà remarqué, par un pur remplissage. Cette leçon a pourtant 
le mérite de nous avoir conservé l'envoi qui contient, indépendamment 
de Gascoigna, un nom de lieu facile, à déterminer, la vallée d'Ossau '. 

Ces vers, dans lesquels le troubadour dit que le Poitevin, assurément 
son protecteur, lui manque, sont postérieurs, et sans doute d'assez peu, à 
la mort du comte. Il semble, autant que les leçons divergentes que j'ai 
citées permettent d'en juger, qu'ils aient été composés au nord des Pyré- 
nées; l'auteur se proposait d'aller en Espagne, mais il paraît qu'il n'y 
était pas encore. La pièce Al prim comens serait donc un peu antérieure 
à Pax in nomine Domini, selon toute apparence composé au-delà des 
Pyrénées. 

C'est en Espagne aussi, et probablement à la cour de l'empereur 
Alphonse, qu'a été fait Emperaire per mi mezeis 2 , dont je vais traduire les 
deux derniers couplets : 

Si les fleuves n'étaient si gros, les Almoravides seraient en mauvaise passe : 
nous pourrions leur en donner garantie. S'ils attendent le retour de la chaleur et 
la venue du seigneur de Castille, nous les ferons maigrir de Cordoue. 

Puisque France, Poitou et Berry obéissent à un seul seigneur, qu'il vienne 
ici (ce seigneur) faire à Dieu le service de son fief, car je ne sais pourquoi vit 
le prince qui ne va pas faire à Dieu le service de son fief ! 

La période pendant laquelle la France et le Poitou ont obéi à un 
même seigneur est celle de l'union de Louis VII et d'Eléonore (115 7— 
11 52), et comme les derniers vers indiquent clairement que Louis VII 
ne s'était pas encore croisé, la pièce ne peut être postérieure au com- 
mencement de l'année 1 147; mais elle peut être antérieure de plusieurs 
années, puisque rien n'oblige de croire qu'elle ait été composée au 
moment de l'expédition d'Almeria. 

Voilà donc trois pièces postérieures, de bien peu d'années, selon toute 
apparence, à 1 1 37, et on en pourrait ajouter une quatrième [Emperaire 
per vostre pretz 5) qui est adressée à l'empereur Alphonse. Voici maintenant 



1. Voy. Romania, II, 432. 

2. Raynouard, Choix, IV, 130; Milâ y Fontanals, Trov. en Esp. p . 8 1 . 

3. Elle ne se trouve que dans le ms. de Modène, et les quatre premiers vers 



MARCABRUN 1 2 5 

une pièce qui me paraît composée du vivant du comte Guillaume VIII, 
c'est-à-dire avant 1 1 37. Dans ce vers, Marcabrun, exprimant une idée 
qui est l'un des lieux communs de sa poésie, dit : « Prix est descendu 
« de haut en bas, et tombé dans les balayures; les pères et les fils ne se 
« ressemblent guère, car je ne trouve personne, sinon en Poitou qui 
« s'y '= à Prix) attache. » 

Pretz es vengutz d'amon (d)avau 
E cazegutz en l'escobilh ; 
Greu parejaran mai egau 

Paire ni filh, 
Qu'ieu non truep un, eisetz Peitau, 

Que s'i atilH. 

M. Suchier est porté à croire qu'il s'agit de Richard de Poitiers, plus 
tard Richard Cceur-de-Lion, roi d'Angleterre, mais cette opinion est la 
conséquence naturelle de l'explication jusqu'à présent admise de la pièce 
Aujatz de chant corn enans se meillura. Je vais donc essayer de prouver 
que ce chant n'a pas été mis à sa vraie date. 

La pièce Aujatz de chant 2 est une sorte de lamentation, comme Marca- 
brun en a fait plusieurs, sur la décadence de Prouesse et de Valeur, de 
toutes les qualités qui aux yeux d'un troubadour constituaient la per- 
fection. Il est inutile de la traduire (d'autant que le sens de plusieurs 
vers n'est pas clair pour moi) : il suffira de rapporter les passages où se 
trouvent des allusions historiques : 

Je ne vois guère (dit Marcabrun) maintenir droit ni raison, quand par richesse 
un garçon est empereur. 

en ont été publiés dans VHist. littér. XX, $41. Sachant qu'elle avait été copiée 
pour Sainte-Palaye, je me proposais de la publier d'après les copies déposées à 
l'Arsenal ; mais, m'étant fait remettre le vol. qui contient les extraits du ms. de 
Modène (B. L. fr. 55, t. VI), j'ai constaté que le feuillet contenant la pièce de 
Marcabrun avait été coupé au canif. Cette mutilation n'est pas la seule dont ait 
eu à souffrir ce volume. J'ai cru utile de dresser et de publier la liste des feuillets 
enlevés, y joignant la concordance avec la description du ms. de Modène due à 
M. Mussafia. La voici : 

fol. 31, Forniers per mos.... (Mussafia, n° 474). 

fol. 43, N' Albert eu sui.... (Mussafia, n° 5 241. 

fol. 44, A l'honor Dieu.... (Mussafia, n° 541). 

fol. 56, Emperaire.... (Mussafia, n° 681). 

fol. 68, Ben grans avolesa.... (Mussafia, n° 719). 

fol. 76, Cabra juglar.... (Mussafia, r.° 741). 

fol. 85, Amies Marchabrun.... (Mussafia, n° 760). 

fol. 87, Tôt a estrun.... (Mussafia, n° 761). 

1. D'après B. N. fr. 749 (Mahn, Ged. n° 798). D'autres mss. ont une leçon 
assez différente, mais où est conservée la mention du Poitou. 

2. Raynouard, Choix, IV, 303; la leçon du ms. du Vatican est imprimée 
dans YArehiv de Herrig, LI, 29. Je fais aussi usage du ms. fr. 1749, qui seul a 
les deux derniers couplets. 



126 MÉLANGES 

Dreig ni razon noi, vei maintener gaire 1 
Quan per aver es us gartz emperaire. 

Voici maintenant la fin, qui est à citer en entier : 

Coms de Peitieus vostre pretz ameillura 
E d'en Anfos de sai, si gaireil dura, 
Car Avignon e Proensa e Belcaire 
Te meils per seu no fes Tolzan sos paire. 

S'aquest n'Anfos fai contenensa pura, 
Ni envas mi fai semblan de frachura, 
Sai vas Léo en sai un debonaire, 
Franc de razo, cortes e lare donaire. 

De malvestat los gart sant' Escriptura, 
Que no lor fassa cafloquet ni peintura. 
Cel qu'es e fo regum rex e salvaire 
La sospeiso del rei n' Anfos m'esclaire ! 

Comte de Poitiers, votre valeur s'améliore, comme aussi celle d'Alphonse, 
pour peu qu'elle persiste, car il tient mieux Avignon, Provence et Beaucaire, 
que son père ne faisait le Toulousain. 

Si cet Alphonse se contente de me faire bonne mine (?), et se montre chiche 
à mon égard, j'en sais un, vers Léon, qui est de bonne race, franc, courtois et 
large dans ses dons. 

Puisse la sainte Ecriture les garder de mauvaiseté, 2 . Veuille celui 

qui est et qui fut roi et sauveur des rois, dissiper l'inquiétude que j'ai à l'endroit 
du roi d'Aragon ! 

Voici comment M. Diez, dont l'opinion a été adoptée par M. Suchier, 
explique ces allusions : « Le comte de Poitiers est sûrement Richard 
«d'Angleterre, et le second Alphonse II d'Aragon, qui, depuis 1 1 67, 
« gouvernait la Provence. Son père, Raimon-Bérenger IV, comte de 
« Barcelone, avait sans succès fait la guerre au comte de Toulouse.... Un 
« passage de cette même pièce rend plus que vraisemblable que Marca- 
« brun avait atteint un âge assez avancé; c'est quand il s'irrite de ce qu'un 
« enfant (ein Knabe) soit empereur à cause de ses richesses. Nous ne 
« croyons pas qu'il puisse être question d'un autre que de l'empereur de 
« Constantinople, Alexis II, qui, en 1 180, monta sur le trône dans sa 
a treizième année » [Leben u. Werke der Troubad. p. $ 1). 

Tous les faits exposés par M. Diez sont vrais, mais je ne crois pas 
qu'aucun d'eux ait le moindre rapport avec la pièce de Marcabrun. 



1. La leçon (inédite) du ms. fr. 1749 est différente pour ce vers : Pretz ni 
valor ne vezem tener gaire. 

2. Je n'entends pas le vers que je remplace par des points, et l'explication 
donnée par M. Milâ, p. 104, note, n'est pas admissible, puisqu'elle conserve le 
texte, où il y a au moins une faute, celle de l'hémistiche. 



MARCABRUN I 27 

Une première remarque est qu\? priori il n'est pas très-naturel de faire 
vivre jusqu'au delà de 1 180 un poète de qui, pour le reste, les dernières 
œuvres à peu près datées se rapportent à l'an 1 147. L'invraisemblance 
s'accroît si on considère que Marcabrun n'est pas mort de vieillesse, 
puisque, au témoignage de sa vie, il périt de mort violente. Enfin, si 
Marcabrun a vécu jusqu'au temps de Richard Cœur-de-Lion, comment 
expliquer que sa biographie soit si brève et si pauvre, tandis que pour 
les poètes de ce temps nous avons des notices assez riches en faits ? 
Notons que Marcabrun n'est pas un poète de peu d'importance, et qu'il 
a été tenu longtemps en grande réputation, comme le montrent d'assez 
nombreuses mentions de son nom dans la littérature de la fin du xne et 
du xm e siècle >. 

Maintenant j'en viens à l'examen des faits. Et d'abord, le vers Quan 
per aver es us garîz emperaire. Je crois que M. Diez se méprend lorsqu'il 
traduit gartz par « enfant » ou « jeune garçon » (Knabe). En effet, garz 
est ici une expression méprisante comme dans le cinquième couplet de 
Pax in nomine Domini, traduit ci-dessus, comme dans tant de textes 
provençaux ou français du moyen-âge, comme garcio dans les docu- 
ments latins du même temps. Le sens nettement injurieux de ce mot est 
encore accusé par le contexte : Quan per aver... « quand pour richesse... » 
Il n'en faut pas davantage pour mettre Alexis II hors de cause; outre 
qu'il est douteux qu'un troubadour ayant passé sa vie en Gascogne et en 
Espagne se soit jamais beaucoup intéressé à la succession des empereurs 
d'Orient. L'empereur espagnol Alphonse devant être supposé à l'abri de 
toute injure de la part de notre troubadour, qui fut son protégé, l'allu- 
sion ne peut se rapporter qu'à un empereur d'Allemagne dont l'élection 
ait été l'objet de contestations. Cette circonstance ne s'étant pas pré- 
sentée pour Frédéric Barberousse, qui succéda sans débat aucun à son 
oncle Conrad III, nous n'avons plus à choisir qu'entre Conrad III (1 1 58) 
et Lothaire II (1 127), l'un et l'autre élus avec l'appui de la cour de 
Rome. Comme dans sa pièce Lo vers comens quan vei del fau, Marcabrun 
accuse Rome de vénalité : 

Puois avers fai Roma venau, 

(Arch. xxxin, 35 \b.) 

nous ne devons pas être surpris si notre poète a soupçonné que l'ar- 
gent avait joué un certain rôle dans une élection à laquelle le Saint-Siège 
avait contribué. Reste l'expression us gartz qui, appliquée à un empereur 
d'Allemagne, est, j'en conviens, un peu dure. Mais Marcabrun avait un 
caractère violent et porté aux extrêmes. Ses poésies en donnent la 



Ces témoignages ont été énumérés dans Flamenca, p. xxvn et 421 



128 MÉLANGES 

preuve, et si des seigneurs peu patients le firent tuer, ce n'est pas appa- 
remment pour leur avoir dit des douceurs. 

Mais qui était cet empereur, Lothaire ou Conrad ? Cela dépendra des 
solutions que nous adopterons pour les autres personnages de la pièce. 

Le comte de Poitiers, selon Diez, serait Richard d'Angleterre. Sans 
doute, si on suppose que le « garçon » qui est devenu empereur est 
Alexis II, mais cette hypothèse écartée il devient infiniment plus probable 
d'admettre qu'il s'agit du même comte de Poitiers que nous avons vu 
regretté par Marcabrun, à savoir Guillaume VIII, mort en 1 1 37. A partir 
de ce moment, jusqu'au divorce de Louis VII et d'Eléonore, le Poitou 
est uni à la France, de sorte que le premier comte de Poitiers que l'on 
rencontre après Guillaume VIII est Richard que nous venons d'écarter. 
Guillaume VIII adopté, Conrad III est éliminé, puisqu'il n'a été élu qu'un 
an après la mort de Guillaume VIII, et par conséquent le « garçon » 
devenu empereur doit être Lothaire II. 

Passons à Alphonse qui tient mieux Avignon, Provence et Beaucaire 
que son père ne tenait le Toulousain. Est-ce Alphonse II d'Aragon 
comme le prétend M. Diez? C'est impossible : non pas seulement parce 
que l'époque où régnait ce prince ne concorde pas avec les résultats que 
nous venons d'obtenir, mais encore parce que l'hypothèse de M. Diez, 
prise en elle-même, soulève diverses objections dont ni ce savant ni 
M. Suchier ne se sont avisés. L'Alphonse à déterminer doit être seigneur 
d'Avignon, de Provence et de Beaucaire, et fils d'un seigneur de Toulouse. 
Or jamais Alphonse d'Aragon n'a occupé Beaucaire, qui par le traité 
de 1125 a été, comme toute la rive droite du Rhône, attribué au comte 
de Toulouse. Puis, jamais Raimon-Bérenger IV, le père d'Alphonse II, n'a 
occupé le Toulousain. Qu'il ait fait ou non la guerre au comte de Tou- 
louse, il importe peu : le texte dit que le père de l'Alphonse en question 
tenait le Toulousain. 

Les conditions indiquées sont au contraire parfaitement remplies par 
Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse de 1112a 1148. Il possédait 
Beaucaire, comme aussi, aux termes du traité de 1125, Avignon en 
partie, et le marquisat de Provence 1 . Son père, Raimon de Saint- 
Gilles, qui passa en Orient les huit dernières années de sa vie (1096 à 
1 105), paraît s'être tout à fait désintéressé du gouvernement de sa terre, 
de sorte que Toulouse put être impunément occupée pendant plusieurs 



1. Si on objectait que dans le texte il y a « Proensa », et que par là il 
faut entendre, non le marquisat de Provence seulement (c'est-à-dire la partie 
située au nord de la Durance), mais la Provence entière, je répondrais que la 
« Proensa », sans restriction, est aussi comptée dans le poème de la Croisade 
albigeoise (v. 3227) au nombre des terres de Raimon VI, encore qu'il n'en eût, 
tout de même que son grand-père Alphonse-Jourdain, qu'une partie. 



FRANÇAIS R = D 129 

années par le comte de Poitiers Guillaume VII, celui qui fut troubadour. 
En voilà assez pour rendre raison des paroles du poète. 

« Si cet Alphonse se montre chiche à mon égard, » dit Marcabrun, « j'en 
sais un du côté de Léon qui est courtois et généreux. » — Il me semble que 
la phrase est construite de telle façon que le personnage auquel il est fait 
allusion en second lieu doit, comme le premier, s'appeler Alphonse (S' ti- 
que st n'Anfos... Sai vas Léo en sai un...). S'il en est ainsi, nous n'avons 
pas à hésiter sur notre choix : ce généreux prince n'est autre qu'Alphonse 
de Castille et de Léon, celui que nous avons vu si clairement désigné 
dans plusieurs des pièces de Marcabrun. C'est à celui-là par conséquent, 
et non pas à Alphonse II d'Aragon, que se rapporte le dernier vers de la 
pièce. 

En résumé, les quatre personnages désignés dans cette pièce sont le 
comte de Poitiers Guillaume VIII, l'empereur Lothaire II, le comte de 
Toulouse Alphonse-Jourdain, le roi de Castille et de Léon Alphonse VIII. 
Guillaume VIII étant mort en 1 1 37, il faut que la pièce soit antérieure à 
cette date ; de plus, comme Alphonse de Léon n'y reçoit que le titre de 
roi, on peut croire qu'il n'avait pas encore pris le titre d'empereur. Par 
conséquent Aujatz de chant corn enans se meillura est probablement anté- 
rieur à 1135. Et c'est ainsi que cette pièce, bien loin d'être l'œuvre de 
la vieillesse de Marcabrun, est au contraire la plus ancienne parmi celles 
de ses poésies qu'on peut dater; les plus récentes étant jusqu'à présent 
A la fontana del vergier, où il est fait une allusion précise à la croisade 
de Louis VII, et Cortezamens voil comensar qui est adressé 

A Jaufre Rudel oltra mar, 
et par conséquent doit être aussi rapporté à l'année 1 147, ou environ. 

P. M. 



III. 
FRANÇAIS R = D. 

Nos lecteurs n'ont pas oublié l'excellent article dans lequel M. Tobler 
a démontré que mire vient de medicu(m) et grammaire de grammatica 
(voy. Romania, II, 241-244). J'accepte pleinement sa double découverte, 
et je ne diffère avec lui que sur un point, qui fait l'objet de la présente 
note. Il s'agit de savoir comment on a passé de medicu à mire. M. T. 
pense que, si l'on trouve dans les formes mirie mire miereun r à la place 
du d disparu, il faut le regarder « non comme issu du d, mais comme 
intercalé, parce qu'il apparaît aussi à la place de consonnes dont le 
changement en r est d'ailleurs inconnu. En effet, nous trouvons non- 

Romania, VI 9 



I }0 MÉLANGES 

seulement remire pour remedium, omecire pour homicidium, Allyre pour 
Illydius... mais aussi navire, que j'aime mieux considérer comme forme 
secondaire de navie (pr. navei, navigi, esp. navio), dérivé certainement 
de navigium, que comme provenant d'une forme nouvelle navilium ; de 
plus artimaire ou artumaire, forme secondaire d'artimage, dérivé incon- 
testablement d'artem magicam, enfin grammaire de grammaticum (et 
grammaticam). C'est ainsi qu'à côté de m/'e pour medicum se place la 
forme mfrw, etc. » Dans un article tout récent de la Zeitschrift de Kuhn 
(voy. ci-dessous, p. i $ $), le savant philologue est revenu sur cette question 
et l'a résolue de même, à propos du mot vrille, que M.Bugge a rattaché 
(Romania, III, 160) à viticula. « Rien n'oblige, dit M. Tobler, à admettre 
ici après le v initial une épenthèse de Yr dont il n'y a peut-être pas 
d'autres exemples ; en revanche rien n'empêche de penser que l'hiatus 
qui se produisit après la chute du / ait été détruit ici de la même manière 
que j'ai admise dans la Romania pour mire, remire, navire, grammaire, 
et que Bugge [Rom., IV, 362) admet aussi pour hure. J'ajouterai les 
exemples suivants : daumairede dalmatica, Dial. Greg., 2^6, 8 ; convirer 
(il faut lire ainsi au lieu de conjurer) de con-vitare, Troie 24609 ; firie, 
Ch. Roi. 1278, à côté défie, fire de ficatum ; esbarist ( : guarist) dans 
G. de Coinsy6$9, 428, esbarie ( : marie) ib. 267, 253 et 483, 57, 
esbaris ( : esmaris) 36, 410, 46$ d'esbaïr ; garigna Baud. Seb. XII, 172 
(il est vrai que Boca propose d'écrire gaïngna); soron Mont S. Mich. 
108s, seront Jeh. de Journi 503, 913 de secundum ; le mot dévorer 
« maudire », qu'il faut naturellement séparer de dévorer « manger » 
(Littré les confondi, et qui vient de devotare (on ne trouve pas, que je 
sache, en anc. fr. la forme devoir) ; afiree — afiee qu'il faut lire, suivant 
moi, au lieu d'atiree dans Gautier de Coinsy 565, 373 ce n'avint onques 
Que fust perdue n'adirée Riens qui a toi fust aîiree ; la locution a estuire 
( : déduire) du Roman de la Rose 4073 est sûrement a estuide ; de même 
dans l'autre mot estuire, qui se trouve avec le sens d' « étui » dans 
Barbazan-Méon, IV, 247, 2 5 1 , r pourrait bien être inséré, ou ne serait- 
ce pas une forme féminine parallèle à estui? Volenterif, d'où provient, 
dans Phil. de Thaon Best. 600, l'adverbe de six syllabes volenterivement, 
et qui est plus fréquent sous la forme volentrif, montre également IV qui 
ne se trouve pas dans volenteïf (abrégé en volentif) ; je ne me rappelle 
pas avoir vu plenterif à côté de plenteïf, mais il faut joindre à cette liste 
le fr. mod. plantureux, anc. plenturos et aussi plenteiiros, Amad. 6764, 
dont IV a remplacé le v disparu de plentivos pour plenteïvos (pour Vu, cf. 
fr. mod. machurer) »... Dans Alexis 62 b tous les mss. appellent Acaries 



1. M. T. montre ici en quelques lignes que l'anc. fr. plentor, invoqué par 
M. Littré, n'a jamais été rencontré, et que le pr. plendor n'est qu'une faute de 
lecture pour plen dor. 



FRANÇAIS R = D \ J I 

l'empereur romain Arcadius, et il me semble risqué de remettre le d latin 
à la place de l'r : cet r, d'après ce qu'on vient de voir, est justifié sans 
qu'il soit besoin de recourir à la confusion supposée avec saint Acaire. 
Enfin rappelons le fr. mod. sureau; certainement de l'anc. fr. seiï on 
peut tirer sans intermédiaire un dérivé seiï-r-el ; la difficulté est que seiïr 
à côté de seii se trouve déjà dans l'ancienne langue ; la forme prise par 
le dérivé aurait-elle influé sur celle du primitif? Ou bien l'r remplace-t- 
il des consonnes tombées même à la fin des mots? C'est sûrement le cas 
dans leur, lor= la ou, qu'on rencontre dans plusieurs textes des provinces 
du Nord (voy. Gœtt. Gel. Anz., 1874, p. 1046)... Je pense encore que 
le mot car, qui se rencontre souvent dans Baud. Seb. à la place du 
pronom relatif que et de la conjonction que (si je ne me trompe, seule- 
ment devant des voyelles), est identique à que; ce n'est sûrement pas le 
car issu de quare : Or oies l'aventure car il li avenra, IV, 540 ; Tant ala 
par la ville car il vint a un four, VII, 626, et très-souvent. » 

Les exemples allégués par M. Tobler doivent être sensiblement res- 
treints. L'étymologie de hure, proposée par M. Bugge, toute séduisante 
qu'elle soit, est loin d'être certaine. Conjurer, dans le roman de Troie, 
peut fort bien rester. Esbarir, forme que je ne connais, aussi bien que 
M. T., que par Gautier de Coinci, ne me paraît pas pouvoir venir 
à'esbaïr ; le sens ne convient pas partout; ainsi dans ce passage: 
Nostre nef est si esbarie Par pou qu'ele n'afonde et noie, 5 2 1 , 1 98 : je le 
traduirais plutôt par « ébranler ». Pour garigna il faut lire gaingna. 
Je ne crois pas à la distinction établie entre les deux dévorer: M. T. 
lui-même la rend peu vraisemblable en remarquant que devoer n'existe 
pas en ancien français ; la transition du sens n'est pas impossible, 
surtout si on considère qu'il s'agit là d'un mot à moitié savant : on peut 
trouver un intermédiaire dans le sens de « faire périr, tuer », donné 
aussi à dévorer (Jubinal, Contes, I, 85). Afirer pour atirer dans G. de 
Coinci est une conjecture un peu bien hardie. Volenterif dérive évidem- 
ment de voluntarius ; cf. maladif, tardif, pr. asprieu, etc. Quant à plantu- 
reux, je l'explique par plenteivuros, adj. d'un subst. plenteivure, tiré de 
plenteif ; dans le Dolopathos, v. 2770, on trouve planîiverose comme 
variante à planteurose. J'exclus tous les exemples plus ou moins douteux 
qui présentent une r finale, parce qu'en tout cas ils appartiennent à un 
autre genre. 

Restent donc les mots mire remire homecire Allyre navire artumaire 
grammaire daumaire firie soron estuire. Retranchons soron (soronc au 
xiv e siècle, dans Littré, s. v. selon), qui est une variante de selon et 
où l'r est par conséquent issue d'une / intérieure. On voit tout de 
suite que tous les mots dont l'étymologie est sûre présentent dans leur 
type latin une voyelle accentuée suivie d'une dentale, d'un F et d'une 



\]2 MÉLANGES 

voyelle finale: médi(c)um, remedium, homicidium, lllydium, grammati{c)a, 
dalmati[c)a, studium 1 . Il faut y joindre Gire, forme fréquente en anc. fr. 
de Aegidius *, et envire [envirie dans Phil. de Thaon : Meyer, Recueil, 
p. 287). Trois mots feraient exception, d'après M. T., et présenteraient 
une gutturale en place de la dentale. Le premier, navire, provient incon- 
testablement de navillum, fréquent en bas-latin ; le v. fr. a souvent la 
forme navilie ; je ne citerai que Roi. 2627 ( à c °té de navirie 2642) ; plus 
tard navile, p. ex. Viol. 799. — Firie est plus compliqué, mais n'est 
pas plus douteux. Le mot essentiellement populaire ficatum a eu, comme 
on sait, en roman, des destinées fort diverses, ou plutôt a subi des 
dégradations successives : le roum. ficat, le sarde figdu, le vén. figd ont 
seuls conservé l'accentuation latine ; l'it. fégato, le pg. figado (esp. 
higado) nous montrent un déplacement d'accent ; ce déplacement amène 
naturellement l'affaiblissement de Va, que nous trouvons dans le jigido 
des glosses de Cassel, et dans le féghet bolonais; une fois cette forme 
admise, elle se transforma, par analogie avec les nombreux mots sem- 
blables, en fidicum : de là le piém. fidich, le bergam. fidech, le lombard 
fldegh ; de là aussi le prov. fetge (suisse fedge), qui ne peut venir de 
ficatum, et la triple forme française fie, feie (Joie) el firie qui est à fidicum 
ce que mirie est à médicum. — Reste artumaire ou artimaire, qui 
viendrait « incontestablement » de arîem magicam. Je le conteste 
cependant, et je le tire de arte mathematica, qui aurait donné régu- 
lièrement artimatimaire ou armatimaire ; on ne s'étonnera pas , dans 
un mot savant passé dans le peuple, de cette syncope qui ne manque 
pas d'ailleurs d'analogies. Artimaire et daumaire viennent ainsi confirmer 
la brillante explication de grammaire que nous devons à M. Tobler. La 
forme artimage représente d'une autre façon le suffixe âtica. 

Reste à savoir comment la dentale des mots en question s'est changée 
en r. A mon avis, elle a passé par /. Lï devant/ atone en hiatus a donné 
très-fréquemment r en ancien français : citons concire evangire nobire 
mire apostoire, plus navire qui vient d'être cité, et les noms propres 
comme Basire Mabire Aulaire ; la forme plus ancienne de ces mots est 
concilie evangilie nobilie mille apostôlie navilie Basilie Mabilie Euldlie. Les 
mots que nous étudions ont dû avoir pour première forme : midie remidie 
homecidie Allidie artimâdie gramadie dalmddie fidie estûdie envidie 3, puis 
mille remille homecilie Allilie artimdlie gramdlie dalmdlie fille estâlie envilie, 
puis mirie remirie homecirie Alllrie artimdrie gramdrie dalmdrie firie estûrie 
envirie, et enfin mire remire homecire Allyre artimaire grammaire daumaire 

1. On sait que M. Ascoli a démontré que le suffixe -atico- est devenu -adio- 
avant de prendre la forme -aggio en it., -âge en français. 

2. Et aussi, si l'on veut, A(r)cdrie de Arcâdium. 

3. Cette forme existe dans le Psautier d'Oxford, CXV1II, 139. 



UN SIGNE D'INTERROGATION EN NORMAND I 5 3 

(firé) estuire (envire). La plupart ne nous ont été conservés que sous une 
de leurs formes ; celle en / manque à tous. Cependant elle se rencontre, 
et elle a subsisté jusqu'à nos jours, pour un mot que j'ai laissé en dehors : 
Aegidius a donné, en passant par Gidie (Gide s'est conservé comme nom 
propre), Gilie [Roi 1 392), d'où Gile Gilles, et Gire, forme fréquente (en 
prov. aussi Gili et Giri), et conservée dans plusieurs noms de lieux. Je 
crois pouvoir aussi retrouver la forme en / d'artimaire dans Rolant : Par 
animal l'i conduit Jupiter (v. 1392) ; il est facile de corriger artimdlie, en 
sorte qu'avec artimage, qui représente artimddie, on aurait, pour ce mot 
aussi, la série complète. 

La cause de l'altération du à (primitif ou secondaire! dans tous ces 
mots est évidemment l'influence exercée par le yod voisin, bien que le 
changement direct de à en / ne soit peut-être pas sans exemples en 
français. Mais je ne sais s'il faut faire remonter à la période romane 
une tendance du d à s'altérer dans cette situation. Quelques exemples 
ladins — comme salvdrec — ne prouvent rien, et je ne pense pas qu'on 
puisse rapprocher du phénomène français celui que présente l'espagnol 
dans des formes comme julgo mielga (medica) et les suffixes en -algo 
[=adgo, azgo) '.Il faut cependant noter en castillan homecillo, qui répond 
visiblement à la forme homecilie que j'ai supposée entre homecidie et 
homecirie ; quant à Gil, le nom de ce saint provençal a dû être emprunté 
au lieu de son culte. 

Vrille, pour en revenir à ce mot, vient donc de ville avec une r simple- 
ment épenthétique comme dans breuilles*, fronde, gouffre, chanvre, l'it. 
frustagno, et un assez grand nombre d'autres mots romans. 

G. P. 

IV. 

UN SIGNE D'INTERROGATION DANS UN PATOIS FRANÇAIS. 

L7 final tombe en général à la fin des mots dans le normand actuel ; 
par suite il suivi d'une consonne ou placé après le verbe a été réduit à i; 
ainsi : i viindra, viindra-t-i? Or le normand négligeant en général les 
liaisons à la fin des mots, du moins après t, on a fini par ne plus savoir 
quelle était la valeur du t de viindra-t-i, lequel a continué exceptionnel- 
lement à se faire sentir, et ti a été considéré comme représentant, au 

1. Sur ces formes et d'autres analogues, voy. les savantes recherches de 
M me C. de Vasconcellos, Studien zur rom. Wortschœpfung, p. 2 3 s— S S - 

2. Breuilles, entrailles de poisson. C'est le pluriel d'un mot fém. brueille, qui 
se rencontre dans des textes du XIV e siècle, et qui n'est autre que le mot buillc, 
« entrailles, » expliqué ici dernièrement (Rom. V, 582). 



I 34 MELANGES 

lieu de i seulement, le pronom de la troisième personne. Mais la langue 
ne s'en est pas tenue là, et après avoir perdu le sentiment de la valeur 
étymologique de ti, elle a oublié quelle était la valeur personnelle véri- 
table de cette particule, pour n'y voir qu'un signe d'interrogation qu'on 
pouvait employer indifféremment à la première comme à la troisième 
personne ; c'est ainsi, — sans doute par analogie avec les expressions 
comme ton père ira-t-i? ton frère l'ém'-t-i? où le sujet est un substantif 
et par conséquent de la troisième personne, — qu'on a dit à la pre- 
mière : j'iré-til'f l'ém'-ti? locutions dans lesquelles ti joue exclusivement 
le rôle de particule interrogative. 

D'après cela le présent de l'indicatif du verbe aie se conjugue ainsi 
interrogativement en normand : 

y' vèe ou y' vouèe-ti? j'alôn-ti? 

va-tuî aloû? 

va-ti ? vôn-ti ? 

Parmi ces formes il faut remarquer, outre l'emploi assez général dans 
les patois du singulier je comme pluriel, la contraction, à la seconde 
personne pluriel, du pronom vous avec la terminaison verbale es, con- 
traction qui a déterminé la chute du v. initial de ce pronom ! . 

Charles Joret. 



EMPLOI DU PRONOM POSSESSIF A LA PLACE DE L'ADJECTIF 
DÉMONSTRATIF EN NORMAND. 

Un des phénomènes grammaticaux les plus curieux que présente le 
patois normand est l'emploi du pronom possessif à la place de l'adjectif 
démonstratif celui. Quand cet adjectif a-t-il disparu? Il n'est guère facile 
de le savoir en l'absence de documents vraiment populaires des trois 
derniers siècles. Pourquoi a-t-il disparu? Il est tout aussi difficile de le 
dire, puisque si celui devait presque nécessairement se transformer, par 
suite de la répugnance du patois moderne pour la diphthongue ui, il 
pouvait subsister sous la forme celieu ou mieux celi (s7/). 

Quoi qu'il en soit, le parler populaire a complètement rejeté celui, celle, 
ceux, et il se sert à la place de /' siin, la siéne, lé siïn(s). Par exemple : 

V siin qui /' ai n' n'a manti. 

La siéne qui V vè a d' bouôu-z us. 

Lé silns qui V vodrôn viindrdn /' qu'ri. 

i . Le phénomène que signale ici M. Joret n'est pas propre au normand ; il se 
retrouve en français, et je l'étudierai incessamment dans la Romanin. — G. P. 



l'adjectif démonstratif en normand 155 

De même, au lieu de celui de, on dit /' siin de ou mieux à. Ainsi : 

Ch' es /' siin à son père. 
Il me semble qu'on peut voir dans ce dernier exemple le point de 
départ de l'emploi de /' siin pour celui ; on a dû passer sans peine, en 
effet, de l'expression ch' es /' siin = c'est celui qu'il possède, où /' siin 
désigne la possession entière et complète, à l'expression ch' es l siin à 
son père = c'est celui que possède son père, où /' siin ne désigne plus 
la possession que d'une manière pléonastique ; mais précisément à cause 
de cela cette idée accessoire de possession attachée à l'origine à /' siin a 
dû finir par s'effacer, puisqu'elle était suffisamment exprimée par les 
mots à son père, et /' siin n'a plus été considéré que comme un pronom 
représentant le substantif en dehors de toute idée de possession ; dès 
lors il pouvait figurer dans des phrases où cette idée ne se rencontre plus 
et par suite se substituer au démonstratif. 

Charles Joret. 



CORRECTIONS 



SUR LES GLOSSAIRES PROVENÇAUX DE HUGUES FAIDIT. 

MM. Gaston Paris, Tobler et Paul Meyer ont successivement proposé 
ici (I, 234, Hi 3 57 et 347) diverses corrections, pour la plupart excel- 
lentes, au texte imprimé de ces grammaires. J'ai glané après eux 
quelques menues observations qu'il ne sera peut-être pas sans utilité de 
recueillir. Plusieurs, dans le nombre, se rapportent à des passages déjà 
examinés par ces savants, mais sur lesquels mon opinion diffère de la 
leur. 

]oa. « Derengar — de série militent exire. » La correction militum 
proposée par M. Gaston Paris me semble inutile, militem étant ici régu- 
lièrement à l'accusatif. Cf. 36 a, « espelir — avem de ovo exire. » 

30b. « Escracar — tussiendo spiritum emittere. » Corr. sputum. 

33 a. « Sosteirar — sepelire. » Corr. sosterrar. 

33 b. « Suar, souar — sudare. » Il aurait fallu, je pense, imprimer 
sovar. Le v se sera ici introduit, après la chute du d, comme dans auvir, 
lauvar, etc. L'o dans cette forme a lieu de surprendre, car l'a latin 
devient en provençal u, et non estreit. Peut-être faudrait-il corriger 
suvar. 

33 t. « Trepar — manibus ludere. » On peut sans hésitation, ce me 
semble, corriger pedibus. 

40a. « Caf — impar vox indignantis. » Cette ligne et la suivante 
paraissent avoir été interverties. Je mettrais « Baf — vox indignantis » 
en tête. Impar s'expliquerait ensuite parfaitement. 

40 b. «Pals — pallium. » Corr. palum. 

42a. « Brams — clavis {sic). » Corr. clames. Il y avait peut-être 
clams (la forme provençale pour la latine) dans le ms. d'où dérive celui 
que reproduit l'édition. 

42 a. « Tams — par. » On peut, je pense, adopter la correction Cams 



SUR LES GLOSSAIRES DE HUGUES FAID1T I 37 

= Cham ' , à laquelle M. Tobler a songé, mais qu'il a hésité à proposer. 
Le traducteur aura ici employé par, comme il "se sert ailleurs de sic ou 
de idem, pour ne pas répéter le nom propre. 

42 a. « Calms — planicies sive herba. » Lise:: sine. Chaumes (aussi char- 
mes) est, en plusieurs pays de langue d'oc et de langue d'oil, le nom des 
terres incultes. C'est ainsi qu'on appelle à Angoulême « Chaumes de 
Crage ' » un plateau aride et rocailleux auquel conviendrait on ne peut 
mieux la définition du Donat. 

43 a. « Tancs — pannum, lignum acutum. » Outre les significations 
relevées par M. Tobler dans Rochegude, tanc a aujourd'hui et avait cer- 
tainement aussi autrefois celle de heurt on en a précisément un exemple 
dans le passage des Leys d'amors (I, 216, ligne 6), auquel renvoie 
M. Tobler . C'est peut-être cette signification que traduisait le mot 
auquel s'est substitué sous la plume du copiste le pannum de notre 
texte. 

43 a. « Flars — lumen magnum. » Comme flars se trouve ailleurs 
{Flamenca, 7492), on ne peut songer à corriger jars (phare). Est-ce le 
même mot que ce dernier, avec / épenthétique ? 

44a. « Fatz — favus. » Corr. fa[t]uus. 

44<a. « Blaus — bludus » A lividus, correction de M. Tobler, je 

préférerais blundus (qui est dans Ducange) comme plus près du ms. La 
signification fondamentale de blaus parait d'ailleurs être flavus. 

44b. « Pahz — pacem vel stultus. » Pour stultus (ital. pazzo) il n'y a 
pas de difficulté, mais pacem n'est pas possible. Dans tous les mots de 
cette liste, h représente un i palatal provenant de c ou d'i et associé à 
une dentale. On remarquera de plus que les substantifs, dans notre dic- 
tionnaire, sont partout ailleurs traduits par le nominatif latin. Je pense 
d'après tout cela que pacem est ici une faute de copisie pour pactum. 

4$ a. « Abas — abbas. » Ce mot, Va final y étant atone, n'a pu être 
introduit ici que par une erreur de copiste. On peut, je pense, corriger 
sans hésitation « Albas — albus ». 

4$fr. « Fleis — fit contentus. » M. Tobler suppose que fleis est un 
subjonctif et, en conséquence, corrige sit 2 . Ne serait-il pas préférable d'y 



1. Cf. la Crau de la Provence et, dans le Donat, 43 b « craucs — sterilis », 
64 e, « crauca — terra sterilis », comme a justement corrigé M. Gaston Paris. 

2. L'opinion de M. Tobler est partagée par M. Mussafia <Voy. Die calala- 
nische metrischc Version der Sieben Weisen Meister, au glossaire), qui cite à l'appui 
un exemple provençal (de Folquet de Lunel) et deux exemples catalans. Mais 
h fleis de Folquet de Lunel, qu'il faut certainement rattacher à fleissar, identi- 
que au flixar catalan Cet non à fléchir, comme l'a fait Raynouard par méprise}, 
ne paraît pas être le même que le fleis du Donat. En effet, ce dernier figure parmi 
les rimes en eis larg, tandis que k fleis de Folquet est étroit, puisqu'il rime avec 
eys, reys etercys, tous mots rangés, dans le Donat, sous la rubrique eis estreit. 



I >8 CORRECTIONS 

voir le parfait de fléchir, employé neutralement et dans une signification 
métaphorique et morale, ce qui expliquerait la traduction? 

4jb. « Leis — ledits. » Peut-être cette traduction, contrairement à 
ce que croit M. Tobler, n'est-elle pas à rejeter. A côté du parfait *lexi, 
que suppose nécessairement l'it. lessi, a pu exister un participe *lexus, 
qui serait la source de notre leis. 

46b. « Sems — semis vel munias. » Corr. minuas. 

47 a. « Grens — barba. » 

« Bens — \ , 

« Lens - ( /du ^" X ' a ^ " 
Juxta labia, transporté mal à propos après letus, a sa place nécessaire 
après barba. Quant à letus, qu'il faut évidemment corriger lentus, on doit 
l'attribuer exclusivement à lens. Bens restera ainsi sans traduction. Mais 
ce mot est ici inadmissible. Il faut donc ou le rejeter ou le corriger 
« vens », en ajoutant venîus pour le traduire 1 . 

48 a. « Saumatiers — custos saumarii ». Saumatier existe encore, à 
côté de saumarier. Il ne faut donc pas hésiter à conserver ici cette 
forme. 

48 b. « Teliers — illud quod in tela texitur. » Corr. in quo tela. 

48 e. « Sorbiers — Sorbarius vel corbellarius. » Sorbellarius, proposé 
par M. Tobler, ferait, ce me semble, une répétition oiseuse. Je pense 
qu'il faut rattacher corbellarius à cornus par 'cormellarius. Le cormier et 
le sorbier ne sont, comme on sait, que le même arbre à des degrés diffé- 
rents de culture. Pour la substitution de b à m, cf. debremba qui est, en 
languedocien moderne, l'inverse de remembrar et encore berma = mermar 
(même dialecte). 

49 a. Verps — lupus. » Je soupçonne que lupus devait être suivi d'une 
épithète dont le traducteur, ne pouvant la découvrir dans le latin, a laissé 
la place vide, et que verps signifie loup-garou. Ce qui me le fait supposer, 
c'est que le nom de cet animal fantastique est en limousin Le-berou, mot 
composé dont le second élément (le premier n'est autre que lupus, for- 
tement altéré) a avec notre verps une parenté visible. 

49 a. « Aderms — inhabitabilem facis. » Adermir (aermif) existe à côté 
de adermar. La correction de M. Tobler est donc inutile. 

49 t. « Aertz — inharet. » Je crois qu'ici encore M. Tobler corrige à 
tort. Aertz peut être une forme de ] e personne du singulier aussi légitime 
que dertz qui précède presque immédiatement, car tz=z etz=d. C'est 
ainsi qu'on trouve quelquefois notz pour nodum, nutz 2 pour nudum, mot: 

1. Cf. dans Flamenca, v. 3597, mil bes = mil ves. On trouvera aussi bens 
lui-même, pour vens, dans la paraphrase des Litanies publiée par M. l'abbé Lieu- 
taud (Un troubadour aptêsien), v. 259. 

2. Le provençal moderne dit nus et de même nis (nidum). — D'autres 



SUR LES GLOSSAIRES DE HUGUES FAIDIT 1 39 

pour modum (Flamenca, 6250, 7561), formes qu'il serait imprudent de 
corriger. 

<,2a. « Fenis — débiles. » Glose confirmée par un passage d'un texte 
publié depuis les remarques de M. Tobler. Voy. le Bulletin de la Société 
des anciens Textes, I, 61 : « E fonc tan caytieus e tan dessemblatz e tar 
fenis que anc nos poc sofrir. » C'est donc l'idée d'exténué et non, comme 
le suppose M. Tobler, celle d'efféminé que traduit ce mot. Mais d'où 
vient-il ? D'après sa place dans le dictionnaire, il devrait correspondre 
à un type latin en inus ou is(s)us. Mais c'est peut-être tout simplement 
le participe passé de fenir. pris au sens où nous l'employons souvent 
encore, et introduit ici sous cette forme, soit par erreur, soit plutôt par 
l'effet d'une licence déjà généralement admise. Cf. Croisade albigeoise, 
v. 6455 : 

Que los mortz eh fenis metau els monimens. 

$2d. « Ganditz — destinans (?) timoré. » M. G. Paris a proposé 
declinans d'après 56/; : « gandir declinare cum fuga. » On pourrait aussi 
penser à festinans. 

<rfa. « Solorius — solitarius. » Il n J y a pas lieu à correction pour 
cette glose. Le témoignage assuré que réclame M. Tobler en faveur de 
solorius est fourni par Peire Vidal {Bem pac d'ivern e d'estiu : 
Ma domn'a pretz soloriu 
Denan mil combatedors. 
M. Bartsch traduit ce mot par sonnenklar ; mais c'est là une interpréta- 
tion purement arbitraire. 

53b. « Zocs — pes ligneus propter ludum » (lis. lutum avec M. G. Pa- 
ris). La place de ce mot devrait être parmi les rimes en ocs large, 
comme l'a justement remarqué M. G. Paris. Il peut se faire cependant 
qu'il n'y ait pas eu ici de confusion dans le ms. En effet on prononce 
aujourd'hui souc en plusieurs lieux, par exemple dans la partie centrale 
du département de la Dordogne. Mais au nord du même département 
l'o reste pur, au moins dans la forme masculine 'soc), car au féminin il 
s'altère, sans pourtant passer à You. Il devient seulement u : sucho sabot), 
d'où suchier (sabotier). 

54a. « Bols — equs nimis pulsans. » Il faut, je pense, corriger pois, 
substantif de polsar (= valde anhelare, J2&). Le traducteur aura mis 
equs, etc., au lieu de morbus equi, etc. maladie d'un cheval poussif. 

55 b. « Tors — pars ». La place de tors est bien parmi les ors largs, 
comme le prouve la prononciation moderne, qui est tros et non trous. 
Cf. le moderne morcho = *mysca pour myxa. De ces exemples on peut 

exemples de z = d, après r, sont Ricarz et Btrnarz, au cas oblique, qu'on peut 
voir dans le Recueil de M. Meyer, p. 16^. 



1 40 CORRECTIONS 

conclure que l'a latin provenant de y n'avait exactement ni la même 
qualité ni le même son que Vu indigène. Pareillement, quand y passait à 
Vi t cet / devait être plus larg que Vi latin d'origine. Témoin geis (gypsum) 
qui figure (45 b) parmi les rimes larges, tandis que teis, feis, peis, ceis, 
eis sont rangés parmi les étroites. 

$6fr. « Bortz — ludus. » 

« Bortz — manuum sonus. » 
Peut-être manuum doit-il être transporté delà seconde ligne à la première. 
Voy. dans Raynouard (II, 21 \b) un passage d'Arnaut Daniel où bortz est 
associé à treps (danse). Dans ce cas sonus, resté seul, pourrait être corrigé 
en spurius, qui en diffère moins que les deux autres mots, de significa- 
tion pareille, auxquels a pensé M. Tobler. 

57 b. a. Cotz — permutatio. » Je corrigerais volontiers percutatio (notre 
traducteur s'est permis de pires barbarismes), considérant cotz comme le 
substantif du verbe cotar qui manque à Raynouard et à Rochegude, 
mais dont on peut voir un exemple au v. 7882 de Flamenca '. 

5 Sb. « Grutz — farrum. » Farrum est ici pour far = gruau, qui est le 
sens de grutz. Ce mot existe encore, tout au moins en Languedoc, où on 
l'applique spécialement au gruau de maïs. 

$9 a. « L'us — unus 2 . ■» M. Tobler propose de corriger fus; mais ce 
mot se trouve quelques lignes plus bas. Lucius, indiqué par M. Meyer, 
aurait donné lutz. On pourrait ici corriger jus, et à la page 77, ligne 
avant-dernière, de Raimon Vidal 3, soit également jus, soit fus. 



1. Selon une remarque de M. Tobler, dont j'ai connaissance par une note de 
la publication déjà citée de M. Mussafia (p. 16, note 5), j'avais pensé d'abord 
à tirer notre cotz de cotir, verbe dont il y a un exemple au t. II, p. 218, des 
Lcys d'amors, et auquel je croyais pouvoir rapporter aussi le coton de Flamenca. 
Mais ce cotir paraît n'être que quatere, refait sur percutir, etc. L'o par consé- 
quent y doit être étroit, tandis qu'il est large dans notre cotz comme dans le 
coton de Flamenca. 

2. [Voici, en regard l'une de l'autre, les deux leçons, i° de l'édition de 
M. Guessard , qui reproduit le ms. XLI, 42 de la Laurentienne ; 2' du ms. B. N. 
lat. 7534 (fol. 36 v°) qui passe pour être la copie de ce dernier ms. : 

Edition Ms. 7534 

in us In us dies 

Lus dies lune Lus Lumen 

l'us unus Lus unus 

Us unus 
On est donc conduit à supposer que la bonne leçon était : In us : Lus, lumen ; 
— lus, dies lune; — l'us unus. — Je sais bien que le correspondant régulier de 
lucem est lutz, et que par conséquent ma conjecture se heurte à l'objection déjà 
opposée par M. Chabaneau à lucius; mais il est certain que lus, de lucem, a de 
bonne heure été admis par certains troubadours. Ainsi dans une pièce de Guil- 
lem Rainols d'Apt, — que M. Bartsch attribue à tort à Bertrand de Born, 
Grundriss, table des troubadours, 80. 6, — on trouve lus (Ged. d. Troub. n° 3 1 3 , 
4) en rime avec us, reclus, etc. Cette pièce a été composée vers 1216. — P. M.] 

3. M. Tobler propose de changer res, qui se lit au même endroit, en ros, 



TEXTE LORRAIN DU XII e SIÈCLE 141 

6$a. « Estelha » La traduction doit être frangii. Cf. l'espa- 
gnol estrelhar. 

64b. « Esca — illud cum quo ignis accendiiur vel esca cara cani. » On 

pourrait proposer <t vel esca. — caro cani », supposant que le second 

esca est provençal comme le premier, ce qui du reste ne serait pas indis- 
pensable pour justifier la correction. 

6^b. « Iscla » La traduction est sans doute insula. Cf. le 

provençal moderne isclo. De là la forme islha qu'on trouve quelquefois. 

65b. « Osa — [audet]. » Cela n'est pas possible. Il aurait fallu, très- 
probablement, répéter simplement osa (fr. heusè), qui est aussi un mot 
de la basse latinité. C'est, je pense, parce que ce mot et les trois autres, 
placés sous la même rubrique, avaient en latin la même forme qu'en 
provençal que le copiste, ou peut-être l'auteur lui-même, s'est dispensé 
de les traduire. 

Camille Chabaneau. 



II. 

DIALOGUS ANIME CONQUERENTIS ET RATIONIS 

CONSOLANTIS. 

(Supplément à l'article publié ci-dessus, V, 269-552.) 

Sur la traduction de ce texte en dialecte lorrain du xne siècle, 
M. Mussafia nous adresse quelques observations critiques, portant sur 
la lecture ou le sens de certains mots douteux. Ces observations sont 
reproduites dans les lignes ci-dessous, la plupart en entier, avec quel- 
ques détails de discussion quand il y a lieu. J'y joins une correction 
proposée par M. Boucherie d'après une théorie qui lui est personnelle et 
que ce n'est pas le lieu de discuter incidemment. 

Ces remarques judicieuses témoignent de l'attention avec laquelle 
MM. M. et B. ont examiné ce texte parfois difficile ; nous les en remer- 
cions et comptons mettre quelques-unes de leurs critiques à profit dans 
la prochaine publication d'un texte patois du xv e siècle, tiré d'un autre 
manuscrit de la bibliothèque d'Epinal. 

III 10. Nuns ni mi donent deffendeme avee (nullus adminiculum subtri- 
buit) ; avee è forse auee = aiue coll' e superfetaneo ; io avrei stampato : 
ni mi donent deffendeme[nt...] auee, oppure d. e auee. 

jugeant impossible l'admission de ce mot parmi ceux qui ont s fixe à la finale. 
Mais les Leys d'amors confirment ici, loin de le contredire, le témoignage de 
Raimon Vidal. Voy. t. II, p. 180. 



I42 CORRECTIONS 

IV 6. Li loir et les donnes portent forces as lois (premia et dona legibus vires 
tulerunt) ; loir è per certo hier = loyer, esatta traduzione di premia. — 
Observation juste, en vertu de laquelle il faut supprimer ce qui est dit 
sur loir au bas de la page 327, orthographier loir et ajouter ce mot 
ainsi écrit à la liste de ceux qui réduisent la diphthongue ié en i (voy. 
les exemples réunis page 325). 

IV 15. Nule chose n'est esquise, nule aut[re] vertet nen est chachie nen 
atrové[e] (Nichil exploratum est, nichil patefactum est, nichil investiga- 
tum est, nichil repertum est). La traduzione segue cosi fidelmente l'ori- 
ginale, che si puô dubitare di aut[re] vertet. Sarei tentato di vedere nell' 
autvertet del codice qualche cosa che corrisponde al patefactum est ; cfr. 
XXVII 62. — Le passage auquel renvoie M. Mussafia est tel : A moi 
sait aiuverés tes pardons, où sait aiuverés (= fr. soit ouvert) répond au 
latin pateat. Mais d'une part il semble difficile de voir quelque ressem- 
blance formale entre aiuverés ou plutôt ajuueres du ms. et autuertet. Et 
d'autre part la syntaxe s'oppose, non moins que la grammaire, à ce qu'il 
y ait en cet endroit autre chose qu'un substantif féminin donnant le sujet 
et réglant l'accord du verbe et du participe est chachie nen atrovêe. Si 
l'on admet vertet comme lecture de la dernière partie du groupe de 
lettres autuertet, la correction proposée aut[re] vertet offre un sens très- 
plausible et très-clair. 

VII 2. Il y a ici dans la traduction une lacune qui m'a induit en 
erreur à propos d'une correction au manuscrit. Les deux phrases du 
texte latin : Omnes... ut leprosum tangere horrent. Jacet caro astricta ferro, 
jacet pressa catenis, jacet H gâta vinculis, jacet vincta compedibus, sont ren- 
dues en français par ce peu de mots : Tui me enhorrisent cumme lipros de 
liens et de boes. Dans l'hypothèse que la lacune portait sur la phrase 
tout entière, Jacet... compedibus, liens a été corrigé en fiens (== latin 
fimus, cp. français « fiente ») et rattaché, ainsi que boes, à lipros de la 
phrase précédente. M. Mussafia remarque avec raison que liens est la 
bonne leçon, traduisant vinculis comme boes (= v. fr. buies) répond à 
compedibus. La lacune dans la traduction est donc moins considérable 
que je ne l'avais supposé : elle ne porte que sur la première partie de la 
phrase, de jacet à ligota. 

XXVII 32. Nota noblamant = nombr.; altro esempio di / = r e d'om-' 
missione délia nasale. — Noblamant = nombramant, notation individuelle 
du lorrain nombralemant, lequel répond au français nombrablement. La 
nasale est tombée d'autant plus facilement dans la première syllabe que 
la lettre initiale est déjà n. Les nombreux exemples cités à la page 327 
^auxquels il convient d'ajouter et = en, IV 2, XXVII 36) témoignent 
que n n'avait pas encore pris d'une façon définitive la valeur nasale. 
Cette modification du son primitif a été certainement moins générale et 



FRAGMENT D'UN CONTE CATALAN 14} 

moins profonde dans les dialectes orientaux que dans le français propre- 
ment dit. C'est ainsi que les chartes de Metz présentent, au xiir siècle, 
les noms propres Martin, Colin, Jacquemin, Huwin Huin, etc., écrits au 
sujet Martis, Colis, Jacquemis, Hwis, etc.; qu'au xiv e siècle elles offrent 
des mots comme seblance (cp. enseble du « Dialogue », VII, 9), des 
futurs tels que varrai vaurai, terrai tarrai = français viendrai tiendrai. 
De même le patois bourguignon dit parre éparre pour « prendre ap- 
prendre », tarre « tendre », tarré « tiendras, tiendra ». — Sur la fluidité 
de la nasale, voy. Romania, II, 1 $8-9. 

XXIX 8. Garde de to fai et nate et niant corrumpue (serva rectam 
fidem ; tene sinceram fidem) . In de to deve celarsi la traduzione di rec- 
tam ; se no, non ci sarebbe et dinanzi nate. — J'avais déjà indiqué par 
une note que ce passage est corrompu. 

XXXI 2. Porte pale viare et sac cors, famellos et aies soif, telle est la 
leçon du ms. traduisant ces phrases latines : Pallida ora gère, aridum 
corpus porta, esuri et siti. Sur quoi M. Mussafia remarque : Par mi certo 
che fra cors e famellos manchi una parola, forse soies. 

XXXII 1 1-12. Corriger, d'après M. Mussafia, te cuisses en fecuisses = 
t'escuisses, subj. de eschuir « esquiver, éviter », en traduction de caveas. 

Une autre correction plausible, indiquée par M. A, Boucherie, est la 
modification de emlesges, XIII 9, en emlerges, ce qu'on peut faire, vu le 
manque de signification précise du titulus qui se trouve au-dessus de le 
dans em leges du ms. Ce serait alors un composé de in et du comparatif 
neutre largius, soit* inlargiare, d'où emlergier, sens qui coïncide parfaite- 
ment avec celui de dilatare de l'original latin (Revue des langues romanes, 
1876, p. 276). 

François Bonnardot. 

III. 

FRAGMENT D'UN CONTE CATALAN. 
("Supplément à l'article publié ci-dessus, p. 453-65.) 

8. Non potrebbe il traduttore non aver ben compreso justise e tra- 
dotto ensegna? 

24. Laguiar mi pare buona lezione, identico al laguiar del primo 
esempio recato dal Raynouard, tolto dalle Leys d'amor. Pare che abbia 
il significato di « indugiare, perder tempo. » Non ho a mano il fr. per 
confrontare ' . 

1 . [L'original français porte : 

Brièment vos iert l'histoire dite, 
Car je n'ai cure de délai.] 



144 CORRECTIONS 

44. Tota tôt'. 
64. FUI, 

146. Infant. » 

155. Amie, 

16$. Perché credere che il traduttore non capi ? Tradusse bene soi 
quart m si quart. L'essere scritte queste due voci insieme nulla rileva. 
Anche i traduttori italiani, voltando dal francese, usavano se quarto, se 
quinto. 

189. Daçi, vos vos. 

217. Daquella in una parola. 

219. Lo moch ? Non U? Se veramente lo ', è forma da notarsi, e fa 
riscontro a los dativo. 

254. Se la spiegazione em pinet col mezzo di poenitet me vuol dire che 
anche il verbo catal. è usato quai impersonale, direi di no ; penedir dà 
anche alla prima persona penet pinet. 

287. Auchs va benissimo. È il sostantivo verbale di aucar ahucar 
(cf. 286): « vide i cani e udi le grida. » Cosa vorrebbe infatti dire 
« udi gli uccelli ? » 2 . 

A. Mussafia. 



1. [Il y a bien lo dans le ms. — A. M. -F.] 

2. [J'accepte toutes ces corrections et remercie vivement le savant professeur 
de Vienne d'avoir bien voulu me lire avec autant d'attention. — A. M. -F.] 



COMPTES-RENDUS 



Ueber die Mathaeus Paris zugeschriebene Vie de seint Auban, 
von Hermann Suchier. Halle, Niemeyer, 1876, in-8°, vj-60 p. 

A propos de la Vie de seint Auban, publiée par M. Atkinson (voy. Romania V, 
384), dont il voulait d'abord écrire une simple récension, M. Suchier s'est vu 
amené à étudier la métrique anglo-normande, objet, comme on a pu le voir 
dans mon article sur cette publication, des bizarres conjectures de l'éditeur. 
M. S. ne s'en est pas tenu à la formule générale d'après laquelle les auteurs 
anglo-normands auraient eu l'intention de composer des vers réguliers suivant le 
modèle des vers français qu'ils connaissaient, mais n'auraient pu y réussir, d'une 
part parce qu'ils ne possédaient pas suffisamment les règles de ces vers qu'ils 
voulaient reproduire , d'autre part, parce qu'ils ne prononçaient pas le français 
comme les Français. Il a voulu pousser plus loin la précision des recherches, 
et abordant, comme il le dit, un terrain vierge, il a essayé de déterminer les 
règles de versification qu'ont suivies les poètes anglo-normands, et subsidiaire- 
ment les modifications phonétiques que subissait en Angleterre la langue fran- 
çaise. L'auteur avoue lui-même qu'il ne disposait pas de matériaux assez nom- 
breux pour donner à toutes ses assertions une base suffisamment large et solide; 
mais les faits, bien classés et appréciés sainement en général, qu'il a rassemblés, 
sont acquis et forment une importante contribution à cette histoire de la langue 
française en Angleterre, qui est aujourd'hui un des grands desiderata delà science, 
et pour laquelle il existe encore si peu de travaux préparatoires. Discuter cha- 
cune des opinions de M. Suchier demanderait un long travail ; je me bornerai à 
dire que je ne partage pas toutes ses idées, surtout sur la versification ; ainsi 
tous les vers cités page 32 me paraissent, à vue de pays, devoir et pouvoir 
très-facilement être corrigés. Je suis porté aussi, en admettant même ses 
vues générales sur les divers rhythmes anglo-normands, à croire à de fréquentes 
irrégularités, et à voir par exemple dans des poèmes comme Gilote et Johane (et 
tant d'autres) de simples tâtonnements vers une forme rhythmique à peine en- 
trevue, plutôt qu'une imitation de la versification germanique (d'autre part j'ac- 
corderais à l'accentuation saxonne une influence plus ancienne que ne le pense 
l'auteur, p. 39: éve, d'où 0/, de ovuéc, ne s'explique pas autrement). — P. 3 
je ne vois pas de raison bien sûre pour regarder comme anglo-normande la belle 
Dispute du corps et de l'âme, publiée par Wright, et qui, comme on sait, a été 
décalquée en espagnol au xm e siècle. — M. S. a reconnu, p. 35, que le poème 
Or vient le tcns était l'œuvre d'un Français ; mais il ne va pas assez loin en 
disant « qu'il semble exagérer les fautes de langage anglo-normandes; » c'est 
une grosse parodie, qu'il ne fallait pas citer et employer ici. — On est fort sur- 
pris de voir M. S. placer encore (p. 4$) Jean de Garlande au xi e siècle. 

G. P. 
Romania. VI 10 



146 COMPTES-RENDUS 

Ueberlieferung und Sprache der Chanson du Voyage de Char- 
lemagne à Jérusalem et à Gonstantinople. Eine kritische Unter- 
suchung von D r Ed. Koschwitz. Heilbronn, Henninger, 1876, in-8°, 
vm-92 p. 

J'ai parlé de la remarquable étude sur le Voyage de Charlemagne, publiée par 
M. Koschwitz dans les Romanische Studien (Romania, IV, 505). L'auteur 
l'a reprise à d'autres points de vue dans ce nouvel ouvrage, qui se divise 
en deux parties. La première ajoute au rapprochement déjà institué entre les 
diverses versions françaises et étrangères la comparaison de la version galloise, 
dont M. K. s'est procuré une copie, et qu'il est, paraît-il, en état d'utiliser par 
lui-même. — La seconde partie, de beaucoup la plus longue, s'occupe de la 
langue du poème. C'est un. travail excellent, très-complet dans sa sobriété, et 
qui, comme toutes les études du même genre, aboutit à des résultats d'un inté- 
rêt général pour la connaissance de l'ancien français. M. K. est arrivé sur plu- 
sieurs points à préciser, à compléter, à rectifier ce qui avait été dit avant lui. 
Je ne partage pas toujours son avis, mais il est toujours assez bien motivé pour 
qu'on doive en tenir compte. J'aurai bientôt l'occasion de reprendre toutes les 
questions traitées en ces derniers temps par MM. Mail, Bcehmer, Koschwitz, 
Scholle et d'autres encore. Je me borne pour le moment à recommander le tra- 
vail de M. K. à tous ceux qui s'occupent de philologie française. 

G. P. 

Beitrœge zur vergleichenden Geschichte der romantischen 
Poésie und Prosa des Mittelalters, unter besonderer Berùcksich- 
tigung der englischen und nordischen Litteratur, von D r Eugen Koelbing. 
Breslau, Kcebner, 1876, in-8°, quatre-256 p. 

M. Kcelbing a réuni dans ce volume six études fort intéressantes, et dont 
chacune apporte un véritable enrichissement à la littérature comparée. 1 . Sur les 
versions anglaises de la légende de Théophile (voy. ci-dessous, p. 1^3). — 2. Sur 
la version anglaise de la légende de S. Grégoire, dans son rapport avec le poème 
français et l'imitation de Hartmann d'Aue; c'est une utile addition aux études déjà 
faites sur ce sujet, et qui vont prochainement être résumées par M.- A. Weber 
dans l'édition critique du Grégoire français qu'il prépare. — 3 . Sur les versions 
anglaises du Partonopeus. Un fragment anglais, récemment découvert, permet à 
M. K. de présenter avec plus d'assurance sa thèse déjà fort vraisemblable de 
l'existence d'un poème français sur Partonopeus antérieur à celui qui nous est 
parvenu (cf. Romania, IV, 148). — 4. La saga noroise d'Elis ok Rosamunda et sa 
source. Une comparaison minutieuse de la version Scandinave à'Elic de Saint- 
Gile avec le poème français amène M. K. à l'opinion que la saga représente une 
forme plus ancienne de la chanson, notamment en ce qui touche le dénouement 
tout-à-fait différent dans les deux récits. A cette occasion, l'auteur rétracte les 
opinions qu'il avait précédemment exprimées, se faisant l'écho de M. Brynjûlfsson, 
sur la source et la valeur des poèmes de ce genre. Il va peut-être maintenant 
trop loin dans un sens opposé à sa première erreur (cf. Romania, II, 357), et, 
en tout cas, des phrases comme celle-ci font sourire : « Nous autres Allemands, 
nous avons tout particulièrement le droit d'être fiers (stolz) de ce que nos poètes 



géorgian, Essai sur le vocalisme roumain 147 

du moyen-âge n'ont pas trouvé un seul des produits de cette poésie digne de passer 
dans leur langue (p. 134).» Voilà un orgueil fort innocent; mais avec beaucoup 
de gloires de ce genre, on ne ferait pas une littérature bien riche ! M.K. rend de 
grands services en analysant les sagas au profit des romanistes; mais croit-il 
que tous comprennent l'islandais? Il devrait bien traduire ses citations. — $. 
Études sur les plus anciens rimur islandais. Ce travail, le plus long du volume, 
est d'un intérêt plus spécial, bien que M. K. montre que ces rimur ont sou- 
vent de la valeur pour la critique des originaux étrangers dont ils sont issus. — 
6. Skaufhalabalkr, ancien poème islandais du cycle de Renart, publié avec des 
remarques. Le récit mis en vers par le poète islandais paraît être de son inven- 
tion ; mais il atteste sans doute une certaine diffusion dans les pays Scandinaves 
de ce cycle de récits qu'on a appelé « l'épopée animale. » 

G. P. 

Essai sur le vocalisme roumain, précédé d'une étude historique et 
critique sur le roumain, par C.-D. Géorgian. Bucarest, Gœbl, 1876, in-8*, 
104 p. 

L'Etude historique et critique sur le roumain annoncée par le titre de cette bro- 
chure n'a pas encore paru ; c'est la seconde partie seule qui a été imprimée et 
présentée par l'auteur, comme thèse de doctorat, à la Faculté de philosophie 
de Leipzig. M. Géorgian est un de ces jeunes Roumains, si dignes de nos sym- 
pathies, qui veulent faire profiter l'histoire et la philologie nationales des progrès 
accomplis dans d'autres pays par la science. 11 est venu étudier à Paris et en 
Allemagne, et son ouvrage de début montre qu'il est au courant des derniers 
travaux accomplis dans le domaine de la philologie roumaine. Il faut surtout lui 
savoir gré d'avoir voulu donner à ses recherches une base historique, qui, jus- 
qu'à présent, a trop fait défaut aux études de ce genre ; ainsi il a dépouillé fruc- 
tueusement des livres imprimés en roumain avant notre siècle (surtout des livres 
religieux), et il en donne une liste utile; il a trop souvent négligé de nous faire 
connaître et de se demander quel dialecte exact est représenté par ces livres. Sur 
le vocalisme roumain, M. G. a des idées très-personnelles, qu'il présente avec trop 
d'assurance, mais qui ne laissent pas d'être intéressantes et parfois très-justes. 
Malheureusement elles manquent absolument de précision et de clarté, et ce 
défaut, contre lequel le jeune auteur aurait en tout état de cause à se mettre en 
garde, a été aggravé d'une manière bien fâcheuse par la forme qu'il a choisie. Il 
est regrettable qu'il n'ait pas fait revoir son ouvrage par quelqu'un de ses amis 
français au point de vue de la langue; il est on ne peut plus rebutant et souvent 
impossible de suivre sa pensée, déjà assez flottante, à travers des phrases mal 
construites, mal coupées, composées de mots qui ne sont pas français ou ne sont 
pas pris dans le sens français. Qu'on joigne à cela un déluge de fautes d'impres- 
sion tel qu'il ne s'en est jamais vu, et on comprendra qu'il est à craindre que 
cette brochure ne soit mise de côté par maint lecteur sans plus ample examen. Ce 
serait injuste. Il n'est personne qui ne puisse s'instruire dans le travail de M. G., 
même sans accepter ses idées, et nous avons jusqu'ici si peu de renseignements 
précis sur le roumain, qu'il ne faut pas rejeter un secours réel, parce qu'il est 
maladroitement présenté. Espérons que M. G., averti par la critique, s'astreindra 



148 COMPTES-RENDUS 

une autre fois à donner à son exposition plus de clarté, à ses déductions plus de 
rigueur, et surtout plus de correction à son langage. Il y a dans son essai plus 
d'un bon endroit, qui promet à la philologie romane un utile auxiliaire. 

G. P. 



La Fosse du Soucy, étude philologique, par A. Joly. Paris, Vieweg, 1876, 
in-8°, 16 p. 

On désigne sous le nom de Fosse du Soucy, et plus anciennement de Soucy 
tout court, un endroit où la rivière d'Aure, réunie à la Drôme, se perd dans les 
sables d'une colline, près de Bayeux, à trois kilomètres de la mer. Que veut 
dire ce nom? M. Joly écarte avec raison le rapprochement avec diverses loca- 
lités appelées Soucy (forme mérovingienne Sauciacus, qui représente Sabuc- et 
non pas Salie-, plus le suffixe gaulois -iac latinisé en iacus, et non un adjectif 
latin en iacus devant lequel il faudrait sous-entendre campus). Les formes an- 
ciennes (XV e siècle) du mot lui donnent pour finale une 5, Soussis. M. J. rap- 
proche avec beaucoup de vraisemblance ce mot du mot solsis, qui se trouve 
dans le roman de Thcbes (où il relève les variantes des trois manuscrits), et dans 
la Chronique des ducs de Normandie, et qui signifie clairement « abîme, gouffre. » 
Mais quelle est l'étymologie du mot solsis? M. J. la trouve dans un dérivé de 
solsus, sols part, de solvere, qui a en effet existé et s'est conservé dans absous. 
Solvere voudrait dire « rompre, » ce qui fait quelque difficulté, parce qu'en 
roman il n'a jamais que le sens de « payer » ou « résoudre. » Il faut d'ailleurs 
considérer que la seule charte du XIII e siècle où on parle du Soucy l'appelle 
sorsiz, et que l'acte le plus ancien ensuite (140 5), s'il porte au dos soussiz, a dans 
le contexte soursiz. Que IV de sorsiz soit devenue /, il n'y a là rien de très-éton- 
nant. Je serais tenté de rapprocher sorsiz, qui serait la forme primitive de solsiz, 
de sorbere. Sorbir se disait pour engloutir (voy. Roquefort; de m. asorbir, 
p. ex. Alexis, 61e var.). Sorbere a pu avoir pour participe sorpsus, et peut-être 
cette forme expliquerait-elle, avec le mot français, le correspondant provençal, 
que M. J. n'a pas cité, somsis pour sorpsis, sompsis. Somsis est dans Boéce, 
v. 182 : E pois met l'arma en effern cl somsis. Diez (Altrom. Sprachd. 65) 
remarque sur ce mot : « Raynouard le traduit par profond (Abgrund*), et effec- 
tivement ce sens doit lui appartenir, puisqu'il existe à côté un verbe somsir, 
abîmer, parf. 3 e pers. sumpsi Lex. rom. 1 525b, part, somsig Ferabr. v. 2016 2 ... 
Somsir s'est-il formé de subeiderc (couper par dessous, défoncer ?) comme 
somrire de subridere? Ce qui y contredit, c'est que la flexion est autre que celle 
û'aucire (occidere) et circoncire. » Plus tard, Diez (Et. Wb. II c sumsir) a 
donné une autre étymologie, tirant ce mot de summersus, d'où sumrsire 

1 . Diez traduit ici le prov. et non la version de Raynouard, en supprimant avec sa conci- 
sion habituelle le redressement exprès de la petite erreur de celui-ci, qui prend somsis pour 
un adjectif. M. Bartsch, dans le glossaire de sa Chrestomathie provençale, a reproduit par 
distraction ce qu'il lisait dans Diez : « Somsis, profond, Abgrund ; » mais ces deux mots ne 
sont pas synonymes, et le second seul est bon. 

2. Ce n'est pas tout à fait sûr. Le ms. porte : Tuh foran ja peritz e comfig e negatz ; 
Bekker a corrigé somsig en s'appuyant sur Boéce, où il lit somsig au lieu de somsis. J'avoue 
que je ne m'explique pas cette forme somsig au participe. Le vers français correspondant 
(2000) est : Tout fuissent ja noie, péri et affondré. P. ê. le pr. avait-il p. descomfig e n. ! 



bacchi, Bibliografie 149 

sum[r)sir. Cette étymologie pourrait aussi bien que celle que j'ai proposée 
convenir au français ; elle présente une contraction qui me paraît douteuse. 
Remarquons que le prov. a une forme sossic, citée par Diez, qui se rencontre 
tout à fait avec le fr. soussiz. — Le verbe fr. sousir, cité par M. J., doit 
avoir le même sens que le pr. sumsir, c'est-à-dire « s'abîmer, s'engloutir. » Le 
seul passage où il se trouve {Chron. d. d. de N., v. 25143) autorise cette inter- 
prétation aussi bien que celle d' « éclater, se fendre, » adoptée par M. Joly. 

En résumé. M. J. a établi la signification primitivedu nom de lieu Soucy, devenu 
Fosse du Soucy depuis qu'on n'en comprend plus le sens ; il a expliqué les vieux 
mots solsiz et solsir. Quant à leur étymologie, celle qu'il propose ne paraît pas 
probable, tant à cause du sens qu'à cause du mot provençal, qu'on ne peut 
guère séparer du mot français. Celle de Diez et la mienne peuvent convenir aux 
deux mots ; ni l'une ni l'autre n'est évidente. 

G. P. 

Série délie edizioni délie opère di Giovanni Boccacci, latine, vul- 
gari, tradotte e transformate. — Bologna, Romagnoli, in-8°, 162 pages. — 
(Le titre imprimé sur la couverture est ainsi conçu : Bibliografia Boccacesca.) 

Bibliografia dei vocabolari né 1 dialetti italiani raccolti e posseduti 
da Gaetano Romagnoli, compilata da Alberto Bacchi della Lega. Bologna, 
Romagnoli, in-8", 96 p. 

La Bibliografia Boccacesca est, tout de même que l'ouvrage publié par M. Pa- 
panti dont nous rendions compte dans notre précédente livraison, un hommage 
rendu à Boccace, à l'occasion du centenaire célébré le 21 décembre 1875. Je ne 
sais si la nécessité de faire paraître ce livre à jour fixe a forcé l'auteur, M. A. 
Bacchi della Lega 1 , à rédiger avec précipitation un travail qui se prêtait moins 
qu'aucun autre à l'improvisation, mais on ne saurait accorder que cette biblio- 
graphie soit exécutée avec le soin et la méthode indispensables en pareille ma- 
tière. L'auteur s'excuse dans sa préface sur ce que son travail est la première 
bibliographie de Boccace qui ait été publiée ; assertion qui n'est pas rigoureu- 
sement exacte. Car les répertoires de bibliographie générale (Brunet, Graesse, etc.) 
fournissaient un premier fond très-considérable ; et M. Bacchi sait bien que dans 
le plus grand nombre des cas il n'a fait autre chose que reproduire les descrip- 
tions de ses devanciers, principalement de Graesse, qui lui-même avait copié 
Brunet. Cette façon de procéder a divers inconvénients. Outre qu'on s'expose à 
reproduire d'anciennes erreurs, il est impossible de ramener à un système uni- 
forme des descriptions prises de seconde main. Puis, bien souvent, ces descrip- 
tions comportent des signes qui manquaient à l'imprimerie de M. Romagnoli, et 
l'auteur a eu le tort de ne pas reconnaître qu'il vaut mieux à coup sûr dévelop- 
per les abréviations que d'écrire par ex. MULIE4, pour mulierum. 

Nous avons en France d'excellents modèles de bibliographies spéciales. Je 
citerai notamment la Bibliographie cornélienne de M. E. Picot. Si on compare 
pour la méthode générale cet ouvrage à la Bibliografia Boccacesca, on découvre 
dans cette dernière une quantité d'imperfections, tant dans la description des 
éditions que dans leur classement. Ainsi le système qui consiste à remplacer le 

1 . Son nom paraît au bas de l'avertissement. 



I $0 COMPTES-RENDUS 

titre de l'édition par lo stesso ou la stessa est absolument inadmissible dans une 
bibliographie spéciale. C'est se faire la tâche trop facile. Puis il faudrait que les 
traductions fussent groupées par langue, chaque groupe ayant son titre spécial. 
Il faudrait surtout que l'auteur eût quelque connaissance des langues étrangères, 
évitât les fautes d'orthographe dans les titres, et n'intercalât pas, comme cela a 
lieu p. 73, une traduction danoise entre deux traductions anglaises. Il faudrait 
enfin que chaque article fût pourvu d'un numéro, et que l'ouvrage fût suivi d'une 
table avec renvoi à ces numéros. Ces remarques nous dispensent d'entrer plus 
avant dans la critique d'un travail qui est à refaire sur de nouvelles bases. 

Le second ouvrage de M. Bacchi était d'une exécution plus facile. C'est un 
catalogue d'une collection mise en vente, et, par conséquent, la partie la plus 
épineuse du travail, à savoir la recherche des ouvrages, se trouvait toute faite. Il 
n'y avait qu'à mettre ensemble les vocabulaires de chaque dialecte, et à les 
classer dans chaque groupe selon l'ordre alphabétique des noms d'auteurs. Ces 
vocabulaires étant presque tous très-modernes, la description n'en présentait 
aucune difficulté. M. Bacchi me paraît avoir convenablement accompli sa tâche, 
et son petit répertoire est bon à garder. Mais il ne faut pas perdre de vue que la 
collection qu'il a décrite est fort incomplète, et que par exemple on n'y voit 
pas figurer les anciens glossaires que M. Mussafia a mis à profit dans son Bei- 
trag zur Kunde der Norditalienischen Mundarten (1875). 

En même temps que ces deux opuscules, nous avons reçu de M. Romagnoli 
un autre répertoire bibliographique, la Bibliografia statutaria e storica italiana 
compilata da L. Manzoni. Bologna, 1876, vol. I, xxiv-569 p. — Ce travail, 
qui n'est pas de la compétence de la Romania, nous a paru très-bien fait. 

P. M. 

Devinettes ou Enigmes populaires de la France, suivies de la 
réimpression d'un recueil de 77 indovinelli, publié à Trévise en 1628, par 
Eugène Rolland, avec une préface par Gaston Paris. Paris, Vieweg, 1877, 
in- 12, xvi- 178 p. 

Le titre de ce joli petit volume dit assez ce qu'il contient et le recommande 
suffisamment aux amateurs de littérature populaire. Les commentaires de M. Rol- 
land aux textes qu'il a recueillis, soit dans des livres, soit dans la bouche du 
peuple, attestent de son érudition dans ces matières. On pourrait lui reprocher 
d'avoir admis quelques énigmes qui ne sont pas vraiment populaires, mais il faut 
reconnaître que la ligne de démarcation est bien difficile à tracer. Dans la pré- 
face, M. G. Paris s'est attaché à montrer l'intérêt de ces études, le nombre et 
la délicatesse des questions qu'elles soulèvent. Aux rapprochements qu'il fait à 
propos de l'énigme 71 (sur les poissons), il faudrait ajouter que le commence- 
ment de l'énigme russe se trouve dans Symposius (n° 1 1) : 

Est domus in terris, clara quae voce résultat; 

Ipsa domus resonat, tacitus sed non sonat hospes ; 

Ambo tamen currunt, hospes simul et domus una. 
Elle reparaît dans la Disputatio Pippini cum Albino (voy. Zeitschrift fur deutsches 
Alterlhum, N. F. II, 543). Le même texte contient une variante de l'énigme 
d'Homère (Rolland, n° 80), qui n'est mentionnée non plus ni dans le livre, ni 
dans la préface. 



PÉRIODIQUES 



I. Revue des langues romanes, 2* série, t. II, n° 19 (15 octobre). P. 169- 
88, Montel et Lambert, Chants populaires du Languedoc (suite). — Bibliogra- 
phie : Marie de Compiegne d'après /'Évangile aux femmes, par M. Constans 
(A. B.); Les folies du sieur Lesage, édition Aubert des Mesnils (A. Roque-Fer- 
rier), article très-défavorable. — Périodiques. Sous cette rubrique, M. Bou- 
cherie rend compte des deux premières publications de la Société des anciens 
textes français. 

— N° 11(15 novembre). P. 225, Milà y Fontanals, Notes sur trois manus- 
crits. Le premier, et de beaucoup le plus important de ces mss., est un chan- 
sonnier provençal appartenant à un professeur de l'Université de Saragosse. 
Ce chansonnier, dont les premiers feuillets manquent, a été exécuté en Cata- 
logne, probablement au XV e siècle, ou tout à fait à la fin du XIV e ; du moins 
c'est ce que divers indices me font supposer, M. Milà ayant négligé de nous ren- 
seigner sur la date et sur l'apparence extérieure de ce recueil. En revanche il 
en a dressé une table qui est utile et intéressante, encore bien qu'il eût été pos- 
sible d'adopter une disposition typographique plus commode. Il y a dans cette 
table un assez grand nombre de petites erreurs qui paraissent en général être 
des fautes d'impression. Le ms. se divise en trois parties dont la première con- 
tient une longue suite de pièces de Serveri de Girone : la plupart ne se trou- 
vent nulle part ailleurs. La seconde partie est occupée par des pièces de l'épo- 
que classique , dont on connaît des copies nombreuses , et probablement 
meilleures. On y trouve aussi quelques-unes des anciennes biographies de trou- 
badours. Enfin, la troisième partie comprend quelques poètes de l'École de 
Toulouse (milieu du XIV s. environ) qui, pour la plupart, n'ont jusqu'à présent 
été signalés nulle autre part. — Le deuxième ms. étudié par M. Milà est un roman 
catalan en prose, jusqu'ici inconnu, qui a pour sujet les prouesses de Curial 
(ne pas confondre avec l'ouvrage d'Alain Chartier qui porte le même nom) et ses 
amours avec dame Guelfa. M. Milà publie le début et la fin de ce roman, com- 
munication utile, mais où la ponctuation laisse bien à désirer. Le ms. est con- 
servé à la bibliothèque nationale de Madrid, comme aussi celui du troisième 
ouvrage signalé par M. Milà, qui est une ancienne traduction béarnaise de la 
Disciplina clericalis. Selon M. Milà, ce dernier ms. appartiendrait à la deuxième 

1 . Nous devons nous excuser de l'irrégularité qu'on aura remarquée dans le compte- 
rendu des Périodiques, et que ce dernier numéro ne fait pas encore cesser; nous repren- 
drons dans le prochain tout notre arriéré. 



I<2 PÉRIODIQUES 

moitié du XIV e siècle. Je le crois plutôt du XV ; c'est l'époque que je lui avais 
assignée lorsque j'eus occasion de le voir à Madrid, et les extraits transcrits par 
M. Milà révèlent un fait intéressant qui est en accord avec cette attribution : 
c'est que la traduction béarnaise est faite non pas sur le latin, mais sur la ver- 
sion française du commencement du XV e siècle qu'a publiée l'abbé Labouderie. 
La comparaison des trois textes le montre surabondamment : 

Texte latin, p. 28. — Fuit quidam sapiens versificator egregius, sed egenus et men- 
dicus, semper de paupertate sua amicis conquerens, de qua etiam versus composuit, 
talem sensum exprimentes : « Tu qui partiris, monstra cur pars mea mihi desit; culpan- 
dus non es, sed die mihi quem culpabo, nam si constellatio mea est mihi dura, a te quo- 
que id factum esse indubitabile est; sed inter me et ipsam tu orator et judex es. » 

Trad. franc. Trad. bèarn. 

il fut jadis un moult sage versifieur, mais Et fut un sabi bersificayre, mas paubre era 

povreestoitetbesoingneux,et se complaignoit e nesseiros, et se complanha tout jour a sons 

adès a ses amis de sa povreté, et en fist vers amiz de paubretat, e ne fit sertans vers qui 

qui avoient tele sentence : « Tu qui pars, dy aben tau sentence : « Tu qui partes, digues 

moy pourquoy ma part y fault. Tu ne fais perquez ma part y faut 1 . A tu no fey punt a 

mie a blasmer de ce, mais dy moy qui je en blaymar d'asso, mai digues me a qui io ne 

blasmeray, car se ma destinée est a moi dure, blaymerey, car sy ma destinée e ma fortune 

non pourquant certaine chose est que tu me es a my dures, creyes que certane cause es 

fais ceste durté; mais tu es advocat et juge que tu no me feys punt 2 aquesta durtat ; 

entre moy et ma destinée. » mas tu es avocat et jutge entre myn e ma 

fortune. » 

— P. 241, Alart, Documents sur la langue catalane des anciens comtés de Rous- 
sillon et de Cerdagne (suite). — P. 254-7, A. Roque-Ferrier, De la double forme 
de l'article et des pronoms en langue d'oc. Supplément au mémoire publié anté- 
rieurement sur le même sujet dans la Revue, voy. Romania, V, 406. — Biblio- 
graphie : Darmesteter, Traité de la formation des mots composés dans la langue 
française; Meunier, Les composés qui contiennent un verbe à un mode personnel ; 
compte-rendu par M. Boucherie, qui émet, p. 272, à propos des accusatifs en 
-ain et -on (Aude-Audain, Picrre-Pierron) une opinion singulièrement arriérée- 
M. Quicherat a indiqué, il y a dix ans, dans son traité de la formation française 
des anciens noms de lieu (p. 62-3, cf. Revue critique, 1869, II, 348) l'origine de ces 
formes. — Périodiques : Compte-rendu de la Romania, n° 1 9. Entre les corrections 
que M. Chabaneau propose à la charte du pays de Soûle publiée ci-dessus, p. 371-2, 
par M. Bémont et moi, j'accepte volontiers celle de la ligne 25 : « Qui anc ab lor 
fes nuille maie carte, » et aussi l'explication de pogge, forme féminine de podium 
ayant le sens de « terre en friche. » Mais traduire nasse (1. 28) par « nièce », 
c'est tomber dans une de ces erreurs auxquelles se prêtent si facilement nos anciens 
textes du Midi. Je n'ai pas expliqué ce mot parce qu'il l'a été, et très-suffi- 
samment, par Du Cange, au mot nassa: c'est une pêcherie. On en a une infinité 
d'exemples. Dans le compte-rendu de ce même numéro de la Romania, M. Bou- 
cherie trouve « tout à fait extraordinaire » que j'aie dit que le langage des habi- 
tants de Courtisols n'est qu'un patois champenois. Il n'y a d'extraordinaire ici 

1 . Dans la Revue, on lit yfant. 

2. Le traducteur béarnais, qui ne comprenait pas la phrase française, a cru bien faire en 
ajoutant une négation. 



PÉRIODIQUES 45 5 

que l'étonnement de M. B., qui serait certainement bien embarrassé s'il lui fallait 
définir ce qu'il appelle la colonie ou l'agglomération de Courtisols. S'il avait eu 
connaissance des textes en patois de Courtisols qu'a publiés M. Tarbé dans ses 
Recherches sur l'histoire des patois de Champagne (I, 135-7), •' n ' eut P as été d'un 
avis autre que le mien. P. M. 

II. JAHRBUCH FUR ROMANISCHE UNI) ENGLISCHE LlTERATUR, XV, 3. — 

P. 267, Haefelin, Recherches sur les patois romans du canton de Fribourg (nous 
publierons prochainement une critique spéciale de M. Cornu sur ce travail). — 
P. 312, Witte, Formation du pluriel du substantif dans l'anglo-saxon de la dernière 
période. — P. 369, Albers, Sur le Faust de Marlowe. — P. 393, Lucking, Sur 
la cantilene de Sainte Eulalie (observations qui ont perdu leur intérêt depuis la 
publication du fac-similé héliographique de ce texte ; ainsi il faut lire v. 26 oram 
et non orem, et v. 21 A czo (= fo), ce qui met fin aux longues discussions sur 
ce mot). — P. 397, Compte-rendu, par M. Liebrecht, de l'admirable recueil de 
contes siciliens de Pitre. 

XV, 4, P. 407, Haefelin, Recherches (suite et fin). — P. 445, Fragment de la 
chanson de Hervis, p. p. Schadel (112 vers, sur un feuillet de parchemin con- 
servé à la bibliothèque de Darmstadt). — P. 450, Liebrecht, zum Decamerone 
(curieux rapprochement entre une partie de la 5 e nouvelle du second jour et un 
conte bouddhique récemment publié par M. Schiefner). — P. 452-497, Biblio- 
graphie. Ce fascicule est le dernier du Jahrbuch. Le I er avril prochain paraîtra 
à la librairie Lippert, à Halle, la première livraison de la Zeitschrift fur romamsche 



III. Englische Studien, herausgegeben von D r Eugen Kœlbing. Heil- 
bronn. — T. I, liv. 1, 1877. — Le Jahrbuch f. roman, u. englische Literatur, 
dont nous avons annoncé, dans la chronique du dernier numéro, la cessation, 
faisait une part raisonnable à la philologie anglaise, qui en outre était accueillie 
dans les revues spécialement consacrées aux langues et littératures germaniques 
en général. Voici qu'un savant, connu déjà par d'intéressants travaux de littéra- 
ture comparée, M. Kœlbing, vient de fonder pour les études anglaises un re- 
cueil qui, sans s'astreindre à une périodicité régulière, paraîtra par cahiers de 
dix à quinze feuilles. Les articles pourront être écrits en allemand, en anglais 
ou en français. Pour que cette clause fût mise en pratique dès le premier numéro, 
l'un des compatriotes et des collaborateurs de M. Kcelbing a écrit en anglais 
quelques pages (p. 181-6) qui ne sont malheureusement pas exemptes de fautes 
d'impression et même de grammaire. A part ce court article (qui a pour objet le 
texte d'une pièce de Ben Jonson), à part quelques notes de M. F. Liebrecht 
sur des superstitions populaires, le cahier tout entier a été rédigé par M. Kcel- 
bing. Ne pouvant mentionner ici que ce qui se rattache aux études romanes, 
nous laissons de côté la collation du ms. de VOrmulum, qui forme le premier 
article. P. 16, Die jungere englische Fassung d. Theophilussage , supplé- 
ment à un précédent travail de M. Kœlbing sur les rédactions anglaises 
de la légende de Théophile'. Les deux versions ici publiées en regard l'une de 

1. E. Kœlbing. Beitrœge zur Vergleichenden Geschickte d. romantischen Poésie u. Prosa 
d. Mittelalters... Breslau, 1876; p. 1-41. 



1^4 PÉRIODIQUES 

l'autre sont précédées d'une introduction où M. K. fait voir que le Théophile 
en vers français du ms. Musée br., Bibl. roy. 20 B XIV est traduit d'un texte 
latin qui se trouve dans un ms. cottonien. — P. $7, Zwà mittelenglische Bearbei- 
tungcn d. Sage von S. Patrik's Purgatorium. M. Kcelbing connaît de cette légende 
quatre versions françaises en vers et trois anglaises, qu'il compare longuement 
les unes aux autres, sans arriver à déterminer leurs rapports ; et finalement il 
publie l'un des textes anglais. L'exposé de M. K. est ici, comme en d'autres 
cas, pénible et compliqué. L'auteur ne possède pas assez l'art de bien diviser 
un sujet, et de donner du relief aux points importants. M. K. ne paraît pas 
avoir connu la vie de saint Patrice du ms. Ee. 6. 1 1 de l'Université de Cam- 
bridge. En voici le début et la fin : 



En honurance Jhesu Crist (p. 13) 

Ke tut le mund furma e fist, 

Un' aventure voil cunter 

Dunt plusurs se porrunt amender, 

Ki cest escrit vouldront oïr 

E en lur quers bien retenir. 

Le oïr ne vaut une chastanie 

Ki del retenir ne se penie, 

Eynz vaut mieuz de tut lessyr 

Ke oïr e tost ublier. 

Seignurs, pur ceo le vusay dist 

Ke vus ky orez cest escrist, 

Si bien i ad sil retenez, 

E si n'i ad si l'amendez ; 

Ceo voil a tuz iceus requere 

Ki meuz de moi le saverunt faire. 

De ceo ne voil jo plus parler, 

A mun purpos voil repeirer; 

Deu vus doint bon achèvement ! 

Ore oyez le commencement ; 



Si cum jo l'ay escrist truvé 
Vus voil dire la vérité, 
Ne ja de ren n'y mentiray, 
Sulunc l'escrist ke truvé ay. 

En Yrlaunde esteit jadys 

Un hom ky ert de grant pris : 

Sen Patriz esteit sun dreit nun. 

Mult ert de grant religiun, 

En Deu servir s'entente mist 

Ki pur lui meint miracle fist ; 

Taunt cum il ert en ceste vie 

Anviz pur luy dunat aye. 

En icel tens ceus de la terre 

Vers Damnedeu teneyent guerre, 

Kar bien faire ne voleint, 

Si repleni de mal esteint; 

Seyn Patriz en out grant dolur. (b) 



Fin 



Or vus hastez, bel duz amis, 

Kar quant le servise est (/. ert) chanté 

Le priur et tut le clergé 

A grant processiun vendrunt, 

E la porte vus uverunt ; 

E s[e] il vus ne trovent pas, 

Il quiderunt ignés [le] pas 

Ke [vus] seez a mort liveré, 

Si cum les autres unt esté, 

E meintenant arere irrunt, 

La porte après eusfermerunt. 

Quant le chevaler ceo entent 

Il se haste mult durement, 

La beneïcun li unt dune, 

E il s'en est avant aie. 



(P-57) 



Le chevaler tant se pena, 
E si hastivement munta, 
Ke meïmes l'ure sus veneit 
Ke la porte uverte esteit; 
Et quant le priur l'a veù, 
A mult grant joie l'ad receii, 
Od sei el muster le mena 
U autre quinze jurs juna, 
E demura en oreisuns, 
En junes, en afflictions. 
E tuz iceus ke cest oyrent 
A Dampnedeu grâces rendirent. 
Quant tut le terme fu passé, 
Kar la quinzenie aveit juné, 
Le chevaler ad la croiz prise, 



PÉRIODIQUES I S $ 

A Deu servir ad s'entente mise : E Dampnedeu l'a recuilli 

Pur son servise meuz parfere La sus en par[a]ïs celestre, 

Le seint Sepucre alat requere, U il ad fet as sous bel estre. 

E quant il fu d'iloc venu Ore nus doint Deu par sa merci 

Abit de moyne ad receii. Ke nus le façum altresi. Amen. 

Tut sun purpens ad tut esté 

De servir Deu en honesteté (sic) Explicit liber de Gaudio Paradisi ter- 

Dekes sa aime del cors départi ; restas. 

Ce poème a 1790 vers. Pour la bibliographie du sujet, M. K. aurait peut- 
être trouvé quelque utile renseignement dans « Le voyage du Puys de Saint- 
« Patrix, réimpression textuelle, augmentée d'une notice bibliographique, par 
« Philomne-te Junior. Genève, Gay, 1867 » ; cf. le compte-rendu de 
M. Gaidoz, Revue critique, 1869, art. 75. A la p. 60, M. K. cite le début de 
la version contenue dans le ms. Harleien 273 ; les trois derniers vers cités sont 
ainsi conçus : Jesu requis, ne l'os desdire \ De latin la dei escrere \ E par lais 
en romanz fere. Ma copie porte: Je su... estrere \ E pur...* — P. 121-69, 
Zur Ueberlieferung und Quelle des mittelenglischen Gedichte : Lybeaus Disconus. 
Dans cet article, M. K. donne, par comparaison à l'édition de Ritson, 
les variantes d'un ms. de Naples déjà signalé autrefois dans les Reliquiae 
antiquae de MM. Th. Wright et J.-O. Halliwell (II, 6$), y entremêlant, sans 
beaucoup d'ordre, des remarques sur le rapport du poème anglais avec le Bel 
inconnu, publié (et bien mal publié!) en 1860 par M. Hippeau, et avec le Wiga- 
lois de Wirnt de Gravenberg. P. M. 

IV. Bulletin de la Société des anciens texte? français, 1876. — 
P. 37, Assemblée générale du 8 juin 1876; discours du président; rapports du 
secrétaire et du trésorier. — P. 64-132, Fr. Bonnardot, Notice du manuscrit 189 
de la bibliothèque d'Epinal, contenant des mélanges latins et français en prose et en 
vers. L'extrême variété des pièces contenues dans ce curieux volume explique 
l'étendue de la notice, qui donne de nombreux extraits, intéressants par la singu- 
larité de la langue. 

V. Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung ; N. F., III, 4. 
— P. 414-423, Ad. Tobler, Etymologies françaises. On connaît l'érudition, la 
méthode et la pénétration ingénieuse du savant professeur de Berlin ; aussi ses 
travaux sont-ils toujours instructifs et intéressants, même quand on n'admet pas 
ses conclusions. 1 . Vrille. A propos de l'étymologie viticula, démontrée ici (III, 
160) par M. Bugge, M. T. remarque qu'il ne connaît du mot qu'un exemple en 
ancien français, qui malheureusement donne déjà ville et non veille; je lui signale 
la forme désirée dans un passage fort curieux du Martyre de saint Baccus, com- 
posé par Gieffroy de Paris en 13 13 (Jubinal, Contes, etc., I, 255 ; au v. 9, 
lisez fueilles (p. merveilles) et veilles, au v. 17 veillettcs p. viellettes, et au v. 29 



1 . Soit dit en passant, la même version se trouve dans le ms. fr. 2198 de la Bibl. nat. 
où on lit : J'en suy requis ne l'os(e) dédire \ De latin le doy estraire | Et pour les lays a 
romant faire (fol. }o). 



I 5 6 PÉRIODIQUES 

veilles pour vielles) ; ce passage a en outre l'avantage d'éclaircir complètement le 
sens de celui qu'a cité M. Tobler. Il rattache à ce mot des remarques sur IV 
intercalée dont j'ai contesté les résultats plus haut (p. 129). — 2. Rouette. 
Dans cette note excellente, M. T., après avoir montré que rouette est un doublet 
de riorte (retorta) et non un dérivé de roue, donne un certain nombre d'exemples 
de cette interversion de eo en oe, c'est-à-dire qu'il explique par une tendance 
générale des formes jusqu'ici énigmatiques. Une note contient sur les emprunts 
faits par l'auteur des Miracles de N.-D. de Chartres à Gautier de Coinci, une 
observation exacte. — 3 . Javelot. M. T. rattache ce mot à glaive, par l'inter- 
médiaire d'une forme glavelot. La chute d'une / à cette place est peu probable ; 
mais, si elle avait eu lieu, le g n'aurait pu se changer en /, car ce changement 
est antérieur à l'époque où on peut placer la chute de 1'/ dans glavelot (notons 
que glaive au sens de lance n'est pas, à ma connaissance du moins, antérieur au 
xm e siècle). M. T. compare cheville de clavicula ; je pense qu'il reconnaîtra que 
ce mot vient, comme je l'ai dit ici (V, 382), de capitula. — 4. Piètre. Cette note 
démontre que piètre est bien pedestris, en apportant des exemples en v. fr. de 
peestre au sens du latin. Il faut y joindre peestre dans un passage corrompu et 
que je n'ai pas compris en le citant dans Alexis, p. 214. — $. Afolcr. Ce 
verbe, dans !e sens de « endommager, blesser, » ne doit pas être séparé du 
même verbe au sens de « rendre fou, » et a la même origine : c'est ce qu'éta- 
blit fort bien M. Tobler. — 6. Esluet. Cet article, le plus ingénieux de tous, 
n'est pas le plus convaincant. M. T. pense que estuet est une altération de est 
ves = est opus, où on a d'abord, prenant cette locution pour une 3 e personne, 
changé 5 en t, puis d'où on a tiré tout un verbe. II n'y aurait lieu de discuter 
cette étymologie, appuyée de toutes sortes de raisonnements, qu'en en propo- 
sant une autre, et c'est ce que je suis hors d'état de faire. — En terminant, 
M. T. explique oil, non plus par hoc illud, mais par hoc ille. Cette réponse 
aurait été originairement restreinte aux cas où il s'agissait de la 3 e personne, 
sujet du verbe sous-entendu ; les autres personnes entraient dans des locutions 
semblables. Exemples : Vendras tu? — je (d'où plus tard aie, ce qui paraît 
un peu dur ; d'ailleurs ne faudrait-il pas giè?). Ai je tort? — tu. Viendra il ? 
— il ; et de m. nos, vos. il servait également pour le pluriel. Ncnil 
s'expliquerait de même par nen il. Se non è vero, è ben trovato. 

G. P. 

VI. Revue des sociÉTÉs savantes, 6 e série, t. II, septembre à décembre 
1 87 s ■ — P. 42 1 -4. Plainte adressée au duc de Lancastre contre un juge de la cour 
de Gascogne, vers 1387, document gascon communiqué par M. Marchegay, et 
curieux à différents égards. Malheureusement on y peut reconnaître un assez 
grand nombre de fautes de lecture dont plusieurs à la vérité se laissent aisément 
corriger (proaussas, l.proanssas; — rouhos, 1. ronhos, etc.) 

T. III, mai-juin 1876. — P. 429-49, P. Meyer. Rapport sur des communi- 
cations de MM. Blanc, Charvet, Eyglier, de Fleury, Gomart, Luzel, Mireur et 
Tartière. Entre ces communications, les seules qui se rattachent aux études ro- 
manes sont celles de M. Blanc, qui consistent en deux textes provençaux (de Vence) 
d'un intérêt assez ordinaire, et celle de M. Mireur qui est importante. C'est le 



PÉRIODIQUES I57 

relevé de toutes les notions que les archives communales de Draguignan fournis- 
sent sur des représentations de mystères en cette ville. La plus ancienne de ces 
représentations est de 1437, la seconde en date est de 1552, la plus récente de 
1670. A l'aide de ce document et de plusieurs autres, M. Meyer a dressé une 
liste de tous les mystères provençaux que l'on possède' , ou dont l'existence est 
constatée par des mentions relatives à leur représentation. Leur nombre total 
s'élève à 2 1 ou 22 ; mais il est certain que plusieurs de ces mystères ont été joués 
en français. 

VII. Revue critique, juillet-décembre. — Art. 152. Ayer, Grammaire com- 
parée de la langue française (art. important de M. Darmesteter). — 156. An- 
dresen, iïber deutsche Volksetymologie (H. Gaidoz ; plusieurs remarques concer- 
nent la langue française). — 171. Bougeault, Histoire des littératures étrangères. 

— 183. Palmer, Carnet d'un chasseur d'étymologies (à propos de l'anglais, l'au- 
teur traite souvent de mots romans). — 186. Rime di Petrarca... p. da Carducci 
(ouvrage hors ligne, qui fait vivement désirer la suite). — Méray, La Vie au 
temps des Trouvères. — 240. Wissmann, Etudes sur le poème de King Horn. — 
241. Imbcrios et Margarona, p. p. Meyer (E. Legrand). 

VIII. Literarisghes Centralblatt, juillet-décembre. — 37. Y seint greal... 
éd. by Williams, III (texte gallois; le v. IV contiendra le Charlemagne gallois). 

— 38. Imbcrios et Margarona... hgg. von Meyer. — 40. Li dialogc Grégoire le 
pape... hgg. von Fcerster (important article de M. Tobler). 

IX. Jenaer literaturzeitung, juillet-décembre. — 35. La mort du roi Gor- 
mond... p.p. Scheler (art. de M. Fcerster à joindre à celui de la Romania V, 
377 ; la remarque la plus intéressante concerne le mot tambre, et non cambre, 
dont la forme et le sens sont établis). — 48. Neumann, die germanischen Ele- 
mente in der prov. und. franz. Sprache, I; Schultze, die germ. Elemente der franz. 
Sprache (le second de ces écrits, d'après M. Stengel, est une pure aberration ; le 
premier est loin d'être satisfaisant. Nous partageons cette opinion et nous enga- 
geons l'auteur à ne pas donner suite à son entreprise avant de s'être mieux mis 
en état de la conduire à bonne fin.) — 49. C. Michaelis de Vasconcellos, Stu- 
dien zur romanischen Wortschctpfung (E. Stengel ; nous donnerons un article étendu 
sur cet ouvrage important) ; Meyer, das Leben des Trobadors Gaucelm Faidit 
(E. Stengel ; article sévère). — 50. Carmina chricorum (article de M. Wein- 
kauff sur cette petite publication anonyme et fort mauvaise). 



1 . Il y en a six, dont cinq sont entiers. Le sixième est le fragment sur lequel voy. 
IV, 1 $2. On connaît aussi un fragment de mystère mayorquin. 



CHRONIQUE. 



Nous communiquons à nos lecteurs le document suivant, daté de Berlin, 
i"' février 1877 : 

« La mort de Frédéric Diez, arrivée le 29 mai 1876, a fait naître, dans le 
cercle de ses élèves et de ses admirateurs, la pensée de rattacher à son nom 
glorieux une fondation destinée à faire progresser la science, créée par lui, de 
la philologie romane, à encourager de nouveaux adeptes à marcher dans la voie 
ouverte par le maître, de façon à entretenir dans les générations futures l'esprit 
qui a dirigé ses travaux, et en même temps à rafraîchir perpétuellement le sou- 
venir de son mérite inoubliable. 

« Les soussignés, qui ont pris l'initiative de cette 
FONDATION DIEZ, 
adressent leur invitation non-seulement à tous ceux qui, directement ou 
indirectement, ont été disciples du maître, quelle qup soit leur patrie, car ils ne 
sont pas les seuls à jouir du fruit de son activité, s'ils en ont profité plus que 
les autres. Ils adressent avec confiance leur demande de participation à tous 
ceux qui ont à cœur en général le progrès et l'honneur de la science, tant aux 
Romans, dont Diez le premier a fait comprendre les langues dans leurs vrais 
rapports entre elles et dans leur développement individuel, qu'à ses compatriotes, 
au milieu desquels il a, pendant de longues années, travaillé avec tant de fruit, au 
nom desquels il ajoute une gloire scientifique que bien peu peuvent égaler, et dont 
les écoles lui doivent, pour une branche importante de l'enseignement, la possi- 
bilité d'un progrès que les générations prochaines pourront seules apprécier dans 
toute sa portée. 

« Les contributions qui nous seront adressées seront employées à encourager le 
travail scientifique dans le domaine des études romanes, mais nous ne pouvons 
dire encore quel sera le mode précis auquel on s'arrêtera. On songerait parti- 
culièrement à appliquer les intérêts du capital qu'on espère réunir à récompenser, 
à des périodes qui seraient à déterminer, des travaux éminents relatifs à ces 
études, sans avoir égard à la nationalité des auteurs, et en admettant au juge- 
ment, si on trouve la chose possible, des personnes compétentes des divers pays. 
En second lieu, on pourrait penser à la création de prix pour les meilleures 
réponses à des questions posées ; peut-être aussi à la création d'une bourse à 
cette Université où Diez a enseigné pendant cinquante ans. Il y a lieu d'espérer 
qu'après la clôture préalable de la souscription, qui aura lieu le 50 décembre 
1877, on pourra arrêter des statuts de concert avec une des plus grandes insti- 



CHRONIQUE I 59 

tutions scientifiques de l'Allemagne*, qui se chargerait d'administrer ia fonda- 
tion. Jusque-là, les membres soussignés du comité se déclarent prêts à recevoir 
les fonds, dont la réception sera annoncée publiquement plus tard. Les sommes 
envoyées seront, pour le moment, déposées dans la maison Mendelssohn et C", à 
Berlin, qui s'est déclarée disposée à tenir provisoirement la caisse du comité, et 
à laquelle les comités qui se formeraient à l'étranger peuvent envoyer directe- 
ment leurs contributions. 

« Le comité aurait volontiers invité des personnes qui partagent les sentiments 
de ses membres pour le maître décédé, mais qui demeurent à une grande dis- 
tance de Berlin, à joindre leurs signatures à celles qui se trouvent au bas de 
cette invitation ; il s'en est abstenu, pour ne pas rendre trop difficiles les démar- 
ches communes qu'il faudra faire par la suite. Mais il sera profondément recon- 
naissant aux personnes qui ailleurs, notamment à l'étranger, aideront l'entreprise 
en faisant connaître le plan de la fondation, en provoquant des souscriptions, et 
en les transmettant au comité. Déjà les professeurs G. J. Asgoli à Milan, 
K. Bartsch à Heidelberg, N. Delius à Bonn, A. Mussafia à Vienne, 
G. Paris à Paris, ont accepté de s'associer de cette manière aux efforts du 
comité de Berlin. 

« Le comité pour la fondation Diez : 
Cons. Bonitz (Berlin) Prof. Groeber (Breslau) 

Prof. Mahn (Berlin) Prof. Mommsen (Berlin) 

Prof, von Sybel (Berlin) Prof. Tobler (Berlin) 

Prof. Ebert (Leipzig) Prof. Herrig (Berlin) 

Prof. M^etzner (Berlin) Prof. Mùllenhoff (Berlin) 

Prof. Sughier (Halle) Prof. Zupitza (Berlin). » 

Nous n'avons pas besoin de dire que l'œuvre entreprise par le comité de Berlin 
a toute notre sympathie. Nous serions heureux que la France contribuât pour une 
large part à encourager des études auxquelles elle doit tant, et à rendre honneur 
au maître vénéré qui a été, chez nous aussi, l'initiateur du mouvement philolo- 
gique actuel. Nous engageons donc nos lecteurs à contribuer, autant qu'ils le 
pourront, à donner de la publicité à l'appel du comité Diez. Nous accueillerons 
aussi avec plaisir les suggestions qu'on pourrait nous adresser relativement au 
meilleur emploi à faire des fonds recueillis. Le comité n'ayant pas encore de 
vues absolument arrêtées à ce sujet, il nous semblerait bon que les diverses opi- 
nions qui peuvent se former se produisissent en public. 

— M. Schuchardt, précédemment professeur de philologie romane à Halle, 
vient d'être nommé en la même qualité à l'Université de Graz (Styrie). 

— M. Arsène Darmesteter soutiendra prochainement à la Faculté des lettres 
de Paris deux thèses pour le doctorat, l'une en français, sur les ressources que 
possède la langue française actuelle pour la création de mots nouveaux, l'autre en 
latin, sur les diverses rédactions de Floovant. 

— On parle de fonder à la Faculté des lettres de Montpellier une chaire de 
langue et littérature française du moyen-âge. 

i . L'Académie de Berlin. 



IÔO CHRONIQUE 

— M. Meyer a trouvé à la Bibliothèque nationale deux mss. des sermons 
français de Maurice de Sully qui avaient échappé à ses premières recherches. Il 
est persuadé qu'on en rencontrerait d'autres dans des bibliothèques insuffisam- 
ment explorées, et prie les lecteurs de la Romania qui en connaîtraient de vou- 
loir bien les lui signaler. 

— On vient de trouver à la Bodleienne, dans une vieille reliure, deux feuillets 
contenant en tout 120 vers du ms. du poème de la croisade que nous avons fait 
connaître dans le premier article de notre tome cinquième. Ce ms. est français 
(non pas anglo-normand, comme les deux que nous avons fait connaître) et du 
milieu environ du XIII e siècle. Nous publierons très-prochainement ces 120 vers 
et le fac-similé photographique de l'une des pages retrouvées. 

— Nous avons le plaisir d'annoncer à nos lecteurs que la Rivista di filologia 
romania, dont nous leur avions annoncé la cessation, va au contraire continuer 
à paraître ; et dans de meilleures conditions, avec l'appui de l'Université de 
Rome. 

— Il paraît depuis le $ janvier, à la librairie Viaut (42, rue Saint-André-des- 
Arts), une publication périodique, intitulée : Mélusine, revue de mythologie, lit- 
térature populaire, traditions et usages, dirigée par MM. H. Gaidoz et E. Rolland 
(paraît deux fois par mois, in-4 , 16 pages; prix : France, 15 fr.; Etran- 
ger, 16 fr.). A partir de notre prochain numéro, nous rendrons compte de 
chaque fascicule de Mélusine; nous ne pouvons aujourd'hui que recommander 
vivement à nos lecteurs une publication aussi intéressante, que nous avons appe- 
lée de nos vœux (voy. Romania, 1875, p. 159), et qui est dirigée par deux 
savants aussi compétents que zélés. 

— En même temps que Mélusine poussait son premier cri de ce côté des Alpes, 
paraissait sur l'autre versant, chez Loescher (Torino-Roma-Firenze), le premier 
numéro de la Rivista di letteratura popolare, diretta da Fr. Sabatini. Nous comp- 
tons aussi rendre compte de la Rivista. Nous avouerons que le Proemio du 
directeur nous a paru contenir des idées bien vagues, et qui risqueraient fort, si 
on les précisait, d'être décidément fausses. Nous avons été aussi surpris de voir 
énumérer, parmi ceux qui ont inauguré les études auxquelles la Rivista est con- 
sacrée, « Gil Christ nella Scozia (s'agit-il de l'orientaliste Gilchrist?), » et' 
Grimm in Danimarca (!). Mais si l'éditeur ne semble pas avoir une prépara- 
tion très-solide, il a de bons collaborateurs, comme le montre déjà le premier 
numéro de la Rivista, et nous espérons que son entreprise sera soutenue par le 
public. 



Le propriétaire-gérant: F. VIEWEG. 



Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. 



LE 



DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 



Le petit poème qu'on va lire se trouve dans le ms. de la Bibliothèque 
royale de Copenhague fr. n° lv (anc. fonds royal n° 2061). C'est un 
manuscrit in-4 , sur vélin, composé de 161 feuillets à deux colonnes de 
36 lignes chacune, et contenant, d'après le catalogue d'Abrahams ', les 
ouvrages suivants : 

1. F° 1 r°- 1 3 9 v" : Roman delà Rose. 

2. F 149 v°-i 54 r° : Li dis de l'empereour Covstant. 

3. F 1 54 r°-i 54 v° : Poésie amoureuse. 

Début : A vous, singnour, qui des boins iestes : 
Ouvvrés les ieus, dreciés les testes. 

Fin : Et qui ore voira canter 

Par courtoisie une canchon 
Bien desiervira le pardon. 
Explicit. 

4. F° 1 5 4 v°- 1 6 1 v° : Chi commcnche de l'evesque de droit. 

Début : Catons li sages en son livre 

Moult pourfitant doctrine livre. 

Fin : Se me pensai que li contéres 
Estoit voir disans u mentéres, 
Et si me voloit abourder ; 
Si l'alai moût fort conjurer 
Se il me disoit voir ou non, 
Car je n'ai pas intention 
Que proprement peuist avenir. 

1. Description des mss. fiançais de la Bibliothèque royale de Copenhague. Co- 
penhague, 1844. 

Romania, VI l l 



1 62 A. WESSELOFSKY 

Enfin quant vint au départir 
Me connut que songiet l'avoit 
Brisebare, et [dont] songiet soit. 
Saciés que plus avant n'en sai : 
Par tant le rent que l'acatai. 

La notice d'Abrahams tomba sous mes yeux comme je venais d'impri- 
mer [Russiche Revue, IV, p. 181-202) sur la légende qui fait l'objet du 
Dit une étude que l'on trouvera plus loin, augmentée et refondue. Je 
reconnus tout de suite, aux extraits donnés dans le catalogue, que c'était 
une version poétique du conte de l'Emperew; Coustant, publié par 
MM. Moland et d'Héricault. Par la gracieuse entremise de M. le prof. 
Smith, M. Thor Sundby eut la bonté d'en prendre pour moi une 
copie : j'offre ici tous mes remerciements à l'éminent savant qui 
m'a permis d'être à sa place l'éditeur de ce poème ; il est inutile de 
dire que sa copie était faite, non- seulement avec exactitude, mais avec 
l'intelligence que peut seule donner une connaissance approfondie de 
l'ancien français. Je préparai cette copie pour l'impression, et M. G. 
Paris a pris la peine delà revoir et d'en corriger les épreuves. Différents 
traits qu'il est inutile de signaler par le menu rendent l'attribution de 
ce petit poème à un auteur picard extrêmement vraisemblable. 



LI DIS DE L'EMPEREOUR COUSTANT. 

Enyviertamps, quant li frois dure, 20 As oevres Fortunne pensis, 

Que desgatee a li froidure Comment li plus poissant delmont, 

Ierbes et flours, qui ont esté Qui par leur droit anciestre amont 

Par le viertu dou temps d'esté Furent sur se roe monté, 

5 Em praieries et en cans; Ont esté de li desmonté 

Et que ces oisiaus de lor cans 25 Et gieté en la boe jus 

Tapir a li yviers destrains, (Moult par est desghissés ses jus), 

Et li pluiseurs perent d'estrains Et aucun de moût petit pris 

Cambres, sales en lieus de joins, A elle si en grasce pris 

10 Ne nuls n'est a painnes si goins Telle fois et si haut l'eslieve 

Qu'en esté, si liés ne si gais; 50 Que en son sa roe le lieve 

Par ces bos corneilles et gais Et l'i tient tant qu'il est en vie; 

Ot on braire et criier de fain ; Aucunne fois ra elle envie 

Et qu'en lor sason sont li fain, D'aucun que sour sa roe met, 

1 $ Car li paisant en repaissent Que de celle honour le démet 

Lor biestes, qui mie ne paissent 3 5 Tout jus ou en estât moien : 

L'ierbe en camp ne enceminnee; N'i convient prieur ne moien. 

En cel tamps en ma cemminee Dont me prist talent d'un dit fere 

M'iere pour le froidure assis D'un enfant de moult bas afaire 

10 Si manque — 29 f. est que s. — 30 roce — 31-32 intervertis — 33 Daucuns — 
34 Qui 



LE DIT DE L'EMPEREU 

Que Fortunne eslever vout si 
40 Que elle le fist sans nul si 

Par en son sa roe monter, 85 

Tous rois de sentamps sourmonter. 

Et pour çou mes engiens s'aoevre 

De la matere mettre a oevre, 
4$ Et ma volentés moult agriesse. 

90 

Il ot jadis un roi en Griesse 

Qui Floriiens fu appiellés, 

Moult fu poissans et redoutés, 

Rices et très larges donneres. 
50 De Bisence fu empereres. 9$ 

Une femme ot de grant valour, 

Qui fu fille l'empereour 

Augustus, qui tint Rommenie 

Et le roiaume d'Italie 
$5 Qui Lombardie est appiellee. 100 

De Augustus tieunt la contrée : 

De se fille tout l'iretage 

Avoec se fille a mariage 

Donna Florien au corps gent. 
60 Moult s'entramerent loiaument, 105 

Moût démenèrent bonne vie 

Et par moult loial compaingnie 

Furent un poi de tamps ensanle. 

Mes ensi avint, ce me sanle, 
65 Que d'enfant morut la royne 1 10 

Qui moût estoit de bonté finne; 

Li rois si grant doel en mena 

Conques puis famé n'espousa : 

Donc l'amoitil biend'amour tendre 
70 Queainspuisnevoultfameprendre; 115 

Sanlans fu a la tourterielle : 

Tout son vivant plora s'ancielle. 

Li enfes qui li demoura, 

De quoi la dame trespassa, 
75 Ce estoit une damoisielle 120 

Sour toutes créatures bieile : 

Sebelinne fu appiellee 

Et Sébile en droit nom nommée. 

Sa mère si bien resanloit 
80 Que sa propre façon sanloit : 

Li rois pour çou trop miex l'ama, 12$ 

A boinnes gardes le kierka; 



R COUSTANT 1 5 

Dis norices li fist avoir, 
Plainnes de bien et de savoir, 
Famés as contes, as marcis 
Les plus poissans de sen pays: 
Moult lor proia del bien garder. 
A un castiel le fist porter 
Qui estoit el cief de sa tierre 
Si fort que il ne cremoit guerre. 
Li rois qui moult fist a loer 
Vieunt a Bissence séjourner 
Qui loinc de cel castie! estoit. 
Une nuit en son lit gisoit, 
Moult anguisseus et moult pensis 
Pour sa femme l'empereys ; 
Tenrement se prist a plorer 
Et doucement a regreter : 
« Ahi ! dame sage et courtoise, 
Queme de vostre mort me poise ! 
Vo valours et vo courtoisie, 
Vo biauté, li haute lingnie 
De quoi vous estiés descendue, 
M'ont toute ma joie tolue 
Et en grant douleur embatut. 
A ! dame, que sont devenut 
Li grant délit et li solas 
Que j'avoie de vous, elas ! 
Tout me font muer en tourment : 
Adiès me sont el coer présent. » 
Ensi fu grant part de la nuit. 
Un poi devant le mienuit 
Li rois de son lit se leva, 
Son cambrelent en apiella, 
Par devant lui le fist venir, 
Si se fist caucier et viestir. 
Hors de sa cambre s'en issi 
Et jus del palais descendi : 
Par les rues prist a aler 
Pour lui un petit oublier. 
Une famé oy qui crioit 
Moult haut, car d'enfant travail- 
[loit ; 
Li rois regarda amont l'iestre, 
Son mari vit a la feniestre, 
Qui es estoilles regardoit 
Et a Dieu doucement prioit 



40 Quelle li f. s. nul si 
75 Ceistoit — 110 font 



S 1 fille — 52 femme — 56 De se fille — 70 Quant a. 



164 

Qu'elle ne peust ajesir. 

Le roi ne vint pas a plaisir, 

Car de sa famé li souvint 

1 30 Et pour çou plus au coer l'en tint. 
Le cambrelent a apiellé 
Et puis apriès li a parlé 
De l'ord vilain puant félon 
Qui a Dieu a fait s'orison 

1 3 5 Que sa dame ne puist agire : 
11 a desiervi grant martire. 
Mais peu apriès çou demoura 
Que cieus dévotement pria 
A Dieu que sa femme agesist; 

140 Et Dieu droit en celle eure fist 
La dame d'un fil délivrer 
Dont chi apriès orés parler. 
Cieus astronomiiens estoit ; 
lui un sien ami avoit 

14^ A cui il dist ces mots ensi : 

« Or saciés, » fait il, « tout de fi 
Que mes enfes, qui chi est nés, 
De Griesse sera couronnés, 
Empereres de ceste ville, 

1 50 Rois del roiaume de Sesille, 
De Romme emperere sera, 
Nuls destourner ne l'em pora 
Pour destrainte ne pour pooir, 
Car a famé en avéra l'oir 

1 $$ Qui fille est no roi Floriien. » 
Li rois ces mos entendi bien, 
Car li preudons qui çou disoit 
Si grant joie en son coer avoit 
Qu'il ne se sot garde donner 

160 Que nuls le peust escouter. 
Li rois Foy, moult l'em pesa : 
Il fist tant et tant pourcaça, 
Ains que uit jour fuissent passé, 
Corn a le valeton emblé 

16$ A le mère, et a lui bailliet 
Qui le coer en ot forment liet. 
Dedens sa cambre le porta, 
Sen cambrelent lui mena : 
Andoi l'enfant desvoleperent, 

170 Mais onques si biel n'esgarderent. 
Mais le coer ot d'ire enflamé 



WESSELOFSKY 

Li rois, si qu'il n'en ot pité : 
Tantost a un rasoir saisi, 
Des le boudinne le fendi 

1 7 $ Amont duskes a la forcielle. 
Ou corps de le creaturielle 
Vaut Floriiens se main bouter, 
Car le coer en voloit oster. 
Li cambrelens li dist ensi : 

180 « A ! biau sire, pour Dieu mierci ! 
Mors est, assés en avés fait. 
Bailliés le moi tout entresait : 
Dedens le mer Tirai jeter. » 
Li rois li fist acreanter. 

18$ Cieus atout l'enfant descendi 
Du palais et puis s'em parti 
Et de la citté est issus : 
De pité fu tous esmeus. 
Sour la mer une abie avoit 

190 Qui par raençon se censoit 
Cascun an a l'empereour, 
Car tout cil de Griesse a cel jour 
Paiien et mescreant estoient; 
Et pour çou au roi se censoient 

195 Li moine de celle abeye, 
U elle fust lues escillie. 
Li cambrelens qui l'enfant porte 
Sour un fumier devant le porte 
De l'abeiie l'a gieté 

200 Tout sanglent et envolepé 

D'un vermeil couvertour de soie; 
Puis se mist tantost a le voie, 
Si a a sen singneur nonciet 
Que il avoit l'enfant noiiet. 

20$ Li rois l'en crut, qui moult Tama. 
Li portiers bien main se leva, 
Le porte de l'abie ouvri, 
L'enfant sour le fumier oy 
Qui anguisseusement crioit 

210 Pour le martire qu'il sentoit : 
Li portiers tantost y couru, 
Et quant il a l'entant veu 
Si vilainnement atourné, 
Il en ot au coer grant pité : 

21 5 Entre ses dous bras l'emkierka, 
Par devant l'abbé l'emporta. 



127 Que elle — 1^ De lor v. — 134 le second a manque. — 140 drois — 
145 astronomijes — 148 griesses — 172 quil en 0. — 176 creaturelle — 184 acreater 
— 195 maiscreant — 196 fu — 207 labeye, cf. v. 129. 



a Sire, » dist il, « voiiés mer- 
[veilles : 
Ains ne veistes lor pareilles. » 
A tant li a moustré l'enfant. 

220 Li abbes en ot pité grant : 
Il a fait un mire venir 
Savoir s'on le poroit garir; 
Cieus dist que bien le gariroit, 
Qui bien son leuier l'en donroit : 

225 Dous cens besans a demandés, 
Mais tant est leur markiés aies 
Qu'il en dut cent besans avoir. 
Il fist dou garir son pooir : 
Et li chars qui fu joveneet tendre 

230 Se prist volentiers a reprendre, 
Si qu'en poi d'eure fu garis. 
Li abbes en fu esjoys : 
En sains fons le fist baptisier; 
Il meismes le vaut sacier. 

235 Et pour çou qu'il ot cousté tant 
Li missent il a non Coustant. 
Baillier li fist boinne nourice 
Qui ne fu ne folle ne nice; 
Plus monteplioit en un mois 

240 K'uns autres ne fesist en trois; 
Et quant il ot entendement, 
Li abbes, qui l'amoit forment, 
Li a fait boin mestre livrer 
Pour lui aprendre et doctrinner 

245 D'iestre, de parler et de lettre; 
Et quant il se seut entremettre, 
Il le fist devant lui trencier 
Et avoecques lui cevaucier; 
De très rices dras le viestoit, 

250 Car moût grant honneurs li estoit 
Quant uns si nobles damoisiaus, 
Si gens, si courtois et si biaus, 
Siervoit a table devant lui ; 
Mais par tamps en ara anui. 

255 Li abbes ot d'un grant afaire 
Par devant l'empereour a faire • 
II monta sour son palefroi, 
Coustant mena avoeques soi. 
Dedens Bisence s'en entrèrent 

260 Et par les rues tant alerent 



le 1 

il 



.65 



Qu il sont ens el palais monté : 
L'empereour ont salué. 
Floriiens qui moult fu courtois 
Assist l'abbé les lui au dois 

265 Et le fist delés lui mangier. 
Coustant siervi de sen mestier 
Par devant l'abbé sen signour : 
Forment pleut a l'empereour. 
A l'abbé demanda errant : 

270 « Qui vous donna ce! biel enfant? » 
Cieus qui garde ne s'en donna 
Tout le voir tantost l'en conta, 
Comment li portiers l'ot trouvé 
Devant le porte envolepé 

275 D'une vermeille kieute pointe ; 
La vérité si l'entracointe 
Que Floriyens sait tout de voir 
Que c'est cieus qui devoit avoir 
Sa fille et tout son hiretage, 

280 Dont dolans est en son corage. 
« Abbes, » dist il, « donnés le 
[moi : 
Moût est dingnes pour servir roi; 
Et se par vo volenté l'ai 
Le treu dis ans quiterai. » 

285 II ne li osa escondire, 

Mais moult en ot el doel et yre; 
Il prist a l'empereur congiet, 
Em plorant a Coustant laisiet. 
Li enfes plora tenrement 

290 Qui son singnour amoit forment. 
Trois jours fu Coustans a séjour 
A Bisence l'empereour 
Roi Floriien, qui li atire 
La besongne de sen martire ; 

295 Nequedent envis le faisoit, 
Car li enfes moult lui plaisoit, 
Mais il savoit tout de ciertain 
Que c'estoit li fieus d'un vilain, 
Et pour çou l'empereur sanloit, 

300 Se sa fille espousee avoit, 
Qu'elle en seroit deshonneree 
Et sa couronne avilenee. 
« Coustant, » dist il, « d'un mien 
[afaire 



236 Le — 273 portier 
293 Rois florijens 



276 tr dans entracointe est peu lisible — 290 singnoure 



1 66 a 

Vous estuet un mesage faire 

305 A cel castiel (se li nomma 
Et le voie li ensengna) : 
Men prouvost me saluerés, 
Et ces lettres vous li donrés, 
Et li dites qu'il ne laist mie 

310 Sour corps, sour membres et sour 
[vie 
Çou ne face que je li mande 
Parcest escriptchi et commande. » 
Coustans dist que bien li dira : 
Il prist congiet et si monta. 

3 1 5 Douze journées y avoit, 
Mais il erra a tel exploit 
Qu'il vint en dis jours au castiel 
K'a merveilles vit fort et biel ; 
Mais s'il seust çou que il porte. 

320 II n'entrast ja dedens le porte. 
Il a encontre un garçon 
Qu'il vit descendre d'un dougnon; 
Dou prouvost li a demandé, 
Et il li dist en vérité 

325 Qu'il estoit assis au disner. 

Pour çou n'i volt Coustans aler 
Devant çou c'om eust mengiet. 
Dalés le porte ot un vergiet; 
Coustans en cel vergiet entra, 

330 Son ceval apriès lui saca; 
Desous une ente s'est couciés, 
Car il estoit moult traveilliés, 
Et la s'endormi desous l'ente. 
Il devoit bien songier a ente : 

335 Plus y dormi que dusc'a nonne. 
La fille au roi qui moult fu bonne, 
Très noble et sage damoisielle, 
Avoecques li mainte pucielle, 
Nobles et bien emparentees, 

340 Sont dedens le vergiet entrées : 
Coustant desous l'ente trouvèrent ; 
A grant merveille regardèrent 
Sa façon, sa coulour rosine, 
Sen biel corps, sa gente poitrine ; 

345 Entr'elles assés en parlèrent 
Et de biauté moult le loerent. 
Moût plot a le fille le roy, 



WESSELOFSKY 

Et secreement dist a soi : 

« E ! Dieus, corn très rice trésor 

3 50 Mieus ameroie que très or 
Le visse moi par mariage, 
Que tout le mont en yretage. 
Rien n'i a oubliyé Nature. » 
Tant qu'elle vit a sa çainture 

3 $ $ Une aumousnière de rice oevre ; 
La pucielle le prist, se l'uevre : 
Le lettre sem père y trouva, 
Tantost le saiel em brisa : 
Ensi le vaut Dieu consentir 

360 Qui ne voloit mie souffrir 

Que ses boins siergans fust ocis, 
Dont puissedi vint grans pourfis. 
Sebelinne lisi la lettre, 
Qui bien s'en savoit entremettre : 

365 Le mort Coustant y a trouvée, 
De dolour fu toute esplouree : 
Car ses pères li rois mandoit 
Au prouvost que lues qu'il tenroit 
Coustant, qu'il le fesist morir 

370 Secreement, et que oir 

On n'en seuist jamais nouvielle. 
Forment desplut a la pucielle; 
Une damoisielle appiella, 
Celi en qui plus se fia: 

375 « Diex ! » dist ele a li, « quel 
[damage, 
Quant ou venir de son eage 
Convient môrir ce damoisiel ! 
Ains a nul jour ne vie si biel. 
Ciertes pas ne le soufferai, 

380 Ains se je puis exploiterai 
Que je l'averai a mari, 
Car onques mes homme ne vi 
Qui tant peust a men coer plaire. 
A ! douce amie deboinnaire, 

385 Conseillés m'ent, se m'en savés! » 
Et elle li dist : « Vous avés 
Dou vuit parcemin saielet 
Que vos pères vous a donet 
Pluiseurs escroes grant pieça ; 

390 Et pour çou le vous saiela 
Que vos lettres en fesissiés 



309 dist 310 membre — 313 Coustant — 316 
gent — 371 On ne s. — 375 ele manque 



manque — 326 coustant 



LE DIT DE L EMPEREl 

S'aucun besoing en eussiés. 

Prendés ent une, si metés 

Çou dont cils enfes soit sauvés. » 
395 Sebelinne s'en esjoi : 440 

« Douce amie, » dist elle a li, 

« Aies pruekes le parkemin ! » 

Et celle se mist au kemin. 

Et si est moult tost retournée 
400 A tout l'escroe saielée, 445 

Encre et pane avueques porta, 

A Sebelinne tout bailla. 

Et celle s'asist a escrire 

Et ensi commença a dire, 
405 Corn celle qui moult ot science : 4 5° 

« Jou, emperere de Bisence, 

De Griesse et de Sesille rois, 

Qui soustenere sui des drois, 

A vous, mes fiables prouvos, 
410 Mant et commanc que aussitos 

Que ces lettres avrés oiies, 45 s 

Que del messagier, qui baillies 

A vous les avra de par moi, 

Faciès autant dou corps de soi 
41 $ Que de moi meismes fériés, 

Et que tantost vous li faciès 46° 

Sebille ma fille espouser; 

Et se çou volés refuser 

Ne men commandement despire, 
420 De vilain et cruel martire 

Vo corps martiriyer feroie, 465 

Si tos que trouver vous poroie : 

Car je me tienc de çou pour fis 

Que venir em poet grans pourfis 
425 A vous et as sougis del renne; 

Et apriès men deciet y tienne. » 470 

Quant tout son voloir mis y a, 

Le lettre sagement ploia 

Et le mist dedans l'aumousniere. 
430 Biellement se traisent arrière, 

Dedens lor cambres repairierent, 475 

Coustant desous l'ente laissierent. 

Et quant il ot assés dormi 

Il s'esveilla, moult s'esbahi 
43 $ Quant il vit le soleil si bas : 

Del vergiet issi tout le pas 480 



R COUSTANT ] 67 

Et si monta ens cl palais 
U li prouvos tenoit ses plais. 
Par devant li s'agenoulla : 
Très hautement le salua 
De par le rice empereour. 
Quant li prouvos de sen signour 
Oy le damoisel parler, 
Tantost le courut acoler, 
Car son singnour amoit forment, 
Et li dist : « Dous amis, comment 
Le fait mesire et ses barnages? » 
Et li valès qui moult fu sages 
Courtoisement li respondi : 
« Bien, beau sire, le Dieu mierci ; 
Par moi cest escript vous envoie 
Et forment vous commande et 
[proie 
Que faciès ce que dedens a. » 
Tantost le lettre li bailla. 
Li prouvos la lettre lisi ; 
Quant le commandement oy 
Si fort, moult s'en esmerveilla ; 
Le damoisiel moult regarda : 
Riens n'i vit qui li messesist, 
En son secré meismes dist : 
« Bien sanle de grans gens extrais, 
Et a çou aquier je me pais 
Que mon signeur tieng a si sage 
Qu'il n'euist ja par ce mesage 
Fait ce commandement a moi 
Se il ne seuist bien pour quoi. 1 
Lors a Sebelinne mandée. 
Elle est ens illueques entrée, 
Avoecques li grant compaingnie 
De pucielles de sa maisnie; 
De rice atour fu acesmee, 
D'oneur et de biauté parée. 
Tout cil dou palais sus salirent 
Si tos que la pucielle virent ; 
Li prouvos ala contre li 
Et doucement li dist ensi : 
« Ma damoisielle, cieus variés, 
Qui tant par est courtois et nés, 
Mesagiers est a mon signeur 
Vo père et nostre empereeur. » 



401 auuec — 404 Et si c. — 411 aues — 413 Le vous es aura — 425 As vous — 
4)\ lors — 439 si —441 empereur — 447 mesires — 459 maissesist — 463 mesi- 
gneur — 464 la — 468 illuec 



i68 



Quant Sebelinne l'entendi, 
Son afaire moult bien couvri, 
Coustant par le blance main prist, 
Moult le bienvegna et li dist : 

48$ « Biaus ciers sires, que fait mes 
[pères, 
Qui de Bissence est empereres? » 
Quant Coustans oy que c'estoit 
La fille au roi que tant prisoit, 
Moult s'i prist a humelyier, 

490 Et si se vaut agenouillier, 

Mais celle en ses bras le retint. 
Li prouvos a Sebille vint, 
D'unne part le traist a conseil 
Et li dist : « Forment m'esmerveil 

495 D'unmant que mes sires m'a fait. » 
Lors li a tout contet le fait 
De le lettre qu'elle escrisi. 
Sebelinne moût s'esbahi 
Par sanlant et fist l'esmarie 

500 Et li dist : « Or ne faites mie 
La cose de vous seulement, 
Mais par le conseil de le gent 
A mon père l'empereour, 
Des haus hommes anciennour, 

$0$ Et par lor conseil en ouvrés : 
Mandés les et se leur moustrés; 
Car s'aucunne cose y queoit 
Qui desplaisans men père soit, 
La coupe si en averiés 

510 Se de vo conseil le faisiés. » 
Li prouvos s'i est acordés, 
Lors a les haus hommes mandés; 
Il y vinrent a rice atour, 
Et quant il furent en la tour 

$1 $ Devant le prouvost descendu, 
11 lor a l'escript despondu 
Et le cruel commandement. 
Par le commun assentement 
Fu li mariages gréés ; 

$20 Coustans ne fu pas appiellés 
De cel autre ne de celui, 
Ains coururent tantost a lui 
Tout li plus gros qui la estoient, 
Si le congoent et fiestoient 



WESSELOFSKY 
525 Et 



font aussi grant honnour 
Que nel fesissent lor singnour. 
Coustans s'esmerveilla forment, 
Et nonpourquant moût sagement 
S'en maintient et biel s'en acointe. 

$ 30 Le fille au roi, qui moult fu cointe, 
Sebille li font espouser, 
Et font par les rues crier 
Pour le fieste plus essaucier 
Corn n'i ouvrast de nul mestier 

$3$ Tant ke uit jour fuissent passé; 
Et s'ont le barnage mandé 
A dis Hues tout en tous sens. 
L'endemain y vint tant de gens 
Corn n'i pooit osteus trouver ; 

$40 Cascuns s'i penoit de fiester 
Pour l'empereur a gré siervir 
Que il dévoient moult cremir. 
Cil et celles qui la estoient 
Coustant a merveilles looient 

$4$ De sens, de biauté, de maintiens. 
A Bissence fu Floriyens 
Qui de Coustant moult desiroit 
Savoir, se li prouvos l'avoit 
Par son commandement occis. 

5 50 Au quint jour qu'il s'en fu partis 
Fist sen afaire apareillier 
Et ne finna de cevaucier ; 
Si est droit au castel venus. 
S'oy qu'il estoit esmeus 

$ ^ De toutes les menestraudies 
Et de toutes les mélodies 
Qu'il convenoit a faire joie. 
Un varlet vit en mi sa voie 
Li rois et se li demanda 

560 Pour quoi laiens si grant joie a. 
Cieus lidist: « Sire, le pour quoi 
Devés vous bien savoir, je croi : 
C'est pour les noeces de Coustant, 
Le biel, le courtois, l'avenant, 

$6$ Qui prise a Sebille vo fille, 
Pour çou s'esjoist si la ville; 
Car a vo prouvost le mandastes 
Par vos lettres et commandastes 
Que on li fesist espouser; 



487 que e estoit — 
anque — $50 que il 



r. coustant pr. — so8 despl. a m. — $26 nul — 528 moût 



LE DIT DE L'EMPEREU 

570 Et il ne l'osa refuser 

Que fais n'en fust li mariages. » 
Et dist li rois : « Il fist que sages 
Quant il fist no commandement. » 
Puis dist en lui secreement : 605 

$7$ « Fols est qui ce voet destourner 
Que Dieus a volut ordener: 
James painne n'i meterai, 
Mes tous jours a oir le tenrai. » 
Il cevauca dusk'as degrés; 610 

580 El palais est li cris aies 
Que l'emperere fu venus: 
Cescuns est contre lui venus. 
Quant Sebelinne l'oy dire, 
Esprise fu de doel et d'ire, 61 5 

$8$ Car de çou forment s'esmari 
Corn ne li tolist son mari. 
Et nompourquantcontreluivinrent 
Andoi, et main a main se tinrent: 
Par devant lui s'agenouillierent 620 

590 Et hautement le bienvegnierent; 
Et quant il vit les deux enfans 
Devant lui main a main tenans, 
Plains de grascieuse biauté, 
Pris fu d'amour et de pité : 

595 Ens es bouces les a baisiés 62$ 

Et se mist ses mains sour lor ciés ; 
De tout le sien les raviesti. 
Sebelinne moult s'esjoy : 
Or a elle tout son voloir. 

600 Li rois fist de Coustant sen oir; 630 

Explicit de i'empereour Coustant 



R COUSTANT 169 

Bien le siervi a gré Coustans. 
Mes puis ne veski que dous ans 
Li rois apriés cest mariage : 
Coustans saissi tout Piretage, 
A empereur fu receus; 
De ses hommes fu cier tenus. 
Si tos corn il fu couronnés 
Fu de li li abbes mandés 
Qui le nouri et aleva : 
Par sen conseil toudis ouvra. 
A cel tans mescreant estoient 
Tout cil qui en Griesse manoient, 
Mes par le conseil a l'abé 
Mist partout le crestienté, 
Tout le peuple fist baptisier ; 
Mainte capielle et maint moustier 
Y fist faire et mainte abeye, 
Dieu ama moult toute sa vie. 
Tout cil de Bissence la bielle 
I receurent la loi nouvielle, 
Et pour cette nouvielleté 
Ont Bissence sen nom mué : 
Le nom leur singneur li donnèrent, 
Le roi Coustant, que moult amè- 
nent : 
Pour ce que si nobles estoit 
Et que nobles oevres faisoit, 
L'appielloient Coustant le noble : 
Et pour çou ot Coustantinnoble 
Li cyté de Bissence a nom, 
Qui encore est de grant regnon. 

de Coustantinnoble. 



Le moyen âge a entouré le nom de Constantin le Grand d'une cou- 
ronne de légendes, formant un cycle à part qu'il serait intéressant d'étu- 
dier. Le conte et la légende se sont surtout attachés à certains épisodes 
de sa biographie, plus ou moins historiques, qui ont tout particulièrement 
fait travailler l'imagination populaire. C'est ainsi que se sont produits les 
récits sur son enfance, sur son baptême par le pape Sylvestre, sur l'infi- 
délité de son épouse, sur la fondation de Constantinople, etc. Dans la 



572 sage — 587 Et manque 



maiscreant 



manque — 623 Li. 



170 A. WESSELOFSKY 

mémoire des peuples de l'Occident ce monarque est resté le type d'un 
empereur puissant; le souvenir de ses richesses s'est conservé dans la 
formule traditionnelle « l'or Constantin », le pendant du « trésor 
Salemon. » 

Dans l'esquisse qui suit je me borne à étudier les légendes qui ont 
rapport à son enfance. Elles se sont conservées dans trois rédactions diffé- 
rentes, ayant toutes à leur base la même tradition. 

La première de ces rédactions se trouve dans deux versions françaises 
du xm e siècle, l'une en prose, l'autre en vers, celle que je publie ici pour 
la première fois. Dans l'une et dans l'autre le nom du héros principal est 
Coustant; il s'entend que c'est Constantin le Grand, puisque le nom de 
Coustant y est mis en rapport avec la dénomination de Constantinople. 
C'est ainsi que le texte en vers nous dit que l'empereur Coustant était 
aimé de tous, et 

Pour ce que si nobles estoit 
Et que nobles oevres faisoit 
L'appielloient Coustant le noble, 
Et pour cou ot Coustantinnoble 
Li cytés de Bissence a non. 

Le récit en prose cherche à concilier les données légendaires avec 
celles de l'histoire, la tradition de Coustant, qui aurait donné son nom à 
Byzance, avec les droits que l'histoire attribue à Constantin. C'est 
ce qui explique, selon moi, les dernières lignes de la version en prose : 
« Et engendra li enpereres Coustans en sa famé un oir masle ki ot a 
non Coustentins, ki fu puis molt preudom. Et si. fu puis la cités apielée 
Coustantinoble, pour son père Coustant ki tant cousta, ki devant avoit 
esté apielée Bisanche. » On trouvera plus loin un autre exemple de cette 
confusion des noms de Constant et de Constantin. Quant au contenu des 
récits français sur l'enfance de Constantin, on peut à juste titre le qua- 
lifier de légendaire. 

La seconde rédaction nous est fournie par deux textes : l'un, en latin, 
se trouve dans la chronique de Jacques d'Acqui, annaliste italien du xm e s. ; 
l'autre, en italien, dans le Dittamondo de Fazio degli Uberti (xiv e s.). 
Le résumé sommaire de la légende, que nous a conservé ce dernier, ne 
permet pas de décider s'il a utilisé le récit de la chronique, ou si, comme 
le chroniqueur, il a puisé à une source plus ancienne. Quoi qu'il en soit, 
les deux versions ont un caractère commun : le thème légendaire de la 
rédaction française leur sert de base, mais il y a eu introduction d'une 
nouvelle circonstance épisodique et l'on y remarque surtout la tendance 
à mettre les données légendaires d'accord avec les noms et les faits de 
l'histoire. 

Comme troisième rédaction je n'ai sous la main qu'un récit serbe : 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT I71 

l'altération du thème primitif y provient non de l'influence des rémi- 
niscences historiques, mais d'une confusion avec un autre cycle, égale- 
ment légendaire. 

Plus loin nous apprécierons le contenu de ces légendes concernant 
l'enfance de Constantin. Mais dès ce moment quelques considérations géné- 
rales ne seront pas hors de place. Le récit de l'enfance était déjà répandu 
dans l'Europe occidentale au xm e siècle, dans deux versions différentes. 
Si l'une d'elles a eu le temps de se modifier sur le sol européen (j'ai en vue 
la rédaction de Jacques d'Acqui et du Diltamondo), il est facile de conclure 
de ce fait que la légende primitive y est arrivée à une époque plus 
reculée, — et probablement de Byzance. Le récit serbe en donne la 
preuve : vu l'influence considérable de la littérature byzantine sur celles 
des peuples jougoslaves, cette voie de transmission nous paraît plus pro- 
bable que l'hypothèse contraire, d'après laquelle les Serbes auraient 
puisé leur récit à une source européenne. 



1. Les récits français. — La nouvelle en vieux français ' nous parle 
d'un empereur du nom de Muselin, régnant à Bysance et versé dans 
l'astrologie. Un soir, par un beau clair de lune, l'empereur cheminant 
par les rues de Constantinople en compagnie d'un de ses chevaliers, ils 
vinrent à passer devant une maison où gémissait une chrétienne en 
couches. Ils entendent son mari sur le solier prier Dieu d'accorder à 
sa femme une heureuse délivrance, et bientôt après le conjurer de 
ne pas lui venir en aide. L'empereur indigné somme cet homme 
de lui donner l'explication de son étrange conduite. Le mari lui déclare 
qu'il est astrologue. « J'ai lu, » lui dit-il, « dans les étoiles que si 
l'enfant venait au monde à une certaine heure, il serait malheureux et 
mourrait d'une mort violente ; que, né à une autre heure, il serait au 
contraire favorisé de la fortune. » Ainsi s'expliquait la prière contradic- 
toire qui avait surpris l'empereur. Le père affirmait que Dieu avait 
exaucé sa prière et que son fils était venu au monde à une heure pro- 
pice : il épouserait, continuait-il, la fille de l'empereur de Byzance et 
deviendrait lui-même empereur. — Muselin révoque en doute la pro- 
phétie, mais l'astrologue lui affirme qu'il doit en être exactement comme 
il l'a dit. Alors l'empereur se propose de rendre absolument impossible 
l'accomplissement de la prédiction : il fait enlever l'enfant par un de 

1. Moland et d'Héricault, Nouvelles françaises en prose du XIII e siècle, 
p. 3-52. 



172 A. WESSELOFSKY 

ses chevaliers, qu'il charge de lui ouvrir le ventre ; il veut lui arracher le 
cœur de sa propre main ; le chevalier l'en empêche et promet au souverain 
de jeter à la mer l'enfant, qu'on croyait mort; mais, saisi de compassion, 
il l'expose sur un fumier devant un couvent. L'enfant est trouvé par 
l'abbé, qui le confie aux soins d'un médecin; celui-ci demande cent be- 
sants d'or pour le soigner, mais il doit se contenter de quatre-vingts. 
De là le nom donné à l'enfant : Coustant, ce pour cou k'il sanbloit k'il 
coustoit trop au garir. » L'enfant guéri, l'abbé le met à l'école où il fait 
des progrès étonnants. Devenu un beau garçon de quinze ans, il tombe 
par hasard sous les yeux de l'empereur qui était venu voir l'abbé. Le 
monarque apprend l'histoire de l'enfant trouvé , et le demande aux 
moines. Ils le lui accordent volontiers; alors l'empereur cherche un nou- 
veau moyen de se débarrasser de ce truand qui doit épouser sa fille. Il 
l'envoie à son châtelain de Byzance avec une lettre qui enjoint de tuer 
sans délai le porteur. Or la lettre tombe entre les mains de la princesse 
qui s'éprend du beau jeune homme et, le voyant endormi de lassitude, 
lui enlève la lettre, à laquelle elle en substitue une autre écrite de sa 
main : celle-ci contenait l'ordre au châtelain de fiancer le nouvel arrivé 
avec la fille de l'empereur, ce qui eut lieu immédiatement. Lorsque 
Muselin arrive après la noce, il reconnaît que contre les décrets de la 
providence il n'y a rien à faire. A sa mort lui succède sur le trône son 
gendre Coustant, qui eut pour fils Coustantin ; mais Byzance se nomma 
Coustantinople « pour son père Coustant qui tant cousta. » 

Les faits essentiels du Dit en vers de l'empereur Coustant sont iden- 
tiques à ceux de la nouvelle en prose : il n'y a de changé que les 
noms des personnages. Florien, empereur païen de Grèce et de 
Byzance, y est l'époux de la fille d'Auguste, souverain de la Romanie et 
du royaume d'Italie qui porte le nom de Lombardie. La femme de 
Florien meurt en couches, lui laissant une fille nommée Sébile ou Sebe- 
line : 

77 Sebelinne fut apiellée 

Et Sebille en droit non nommée. 

L'empereur est inconsolable. Une nuit, tourmenté par ses tristes 
pensées, il va rôder par la ville avec son cambrelent. Le récit qui suit 
reproduit toutes les circonstances de la nouvelle en prose : gémissements 
d'une femme en mal d'enfant, prière contradictoire du mari qui est 
« astronomiens » ; au moment où l'enfant vient au monde, le père prédit 
à son ami, qui est à côté de lui, ce qui attend le nouveau-né : il sera 
empereur de Byzance et de Rome et roi de Sicile, et épousera la fille de 
Florien. L'empereur, qui a entendu la conversation, fait enlever l'en- 
fant, etc. — Quelques détails de peu d'importance constituent seuls la 
différence entre la version en prose et celle en vers : le médecin à qui 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT I 7 5 

s'adresse l'abbé réclame une rémunération de 200 besants d'or et se 
contente de 100, ce qui explique le nom donné à l'enfant : 

23 $ Et pour çou qu'il ot cousté tant 
Li missent il à non Coustant. 

L'enfant, venu à Byzance avec l'abbé, est reconnu par l'empereur qui 
l'obtient à force de prières et l'envoie dans un « castiel » à son « prou- 
vost » avec la lettre dont nous savons le contenu. Coustant, qui arrive 
à l'heure du dîner, s'endort dans un « vergiet », où vient à passer Sebe- 
line. Alors a lieu la substitution de la lettre, et le récit se termine par le 
mariage de Sebeline et de Coustant,, que l'empereur est forcé d'accepter 
comme un fait accompli. Deux ans plus tard, Florien meurt et Coustant 
lui succède sur le trône. Quant à Constantin, fils de ce dernier, il n'en 
est pas fait mention. 

Les rapports précis du récit en prose et de celui en vers nous sem- 
blent difficiles à déterminer. Malgré la ressemblance parfaite de leur 
contenu, chacun des récits le développe à sa façon, ce qui n'exclut pas 
leur dépendance réciproque. On y trouve des traits d'une conformité 
presque littérale : voy. la nouvelle en prose, p. 50 : « Li empereres, ki 
fu sages, lor fist molt grant joie et mist les II mains sour lor II îiestes, et 
les i tint grant pieche, et c'est la manière de la beneiçon as paiiens » ; 
dans le Dit v. 5 96 il y a : £/ se mist ses mains sour lor dès. — Sebeline 
admire Coustant « ki se dormoit et estoit vermaus comme rose » ; elle 
dit à son amie : « Bielle compagne, a ilichi rice trésor ! » (nouv. en prose, 
p. 21): dans le Dit v. 342-5 : « A grant merveille regardèrent Sa 
façon, sa coulour rosine » ; v. 349 : « E Dieus, com très rice trésor! » etc. 
— La différence de nom entre Muselin et Florien et les noms nouveaux 
de Sebeline et d'Augustus soulèvent la question de savoir lequel des 
deux conteurs a pu modifier le texte de l'autre. 

2. Récits italiens. — La légende rapportée par Jacques d'Acqui et 
reproduite dans le Dittamondo a pour base la même tradition que les 
textes français que nous venons d'analyser, mais elle a dû se prêter à 
un rapprochement avec les faits historiques qui n'est pas des plus 
adroits. Dans le conte original, l'empereur, désirant détourner l'accom- 
plissement de la prophétie, persécute de toutes les manières son gendre 
prédestiné, et le charge d'une lettre qui contient un arrêt de mort; à 
cette lettre en est substituée une autre, et ce qui devait arriver arrive : la 
fille de l'empereur épouse l'homme que déteste son père. — Il s'agissait 
de concilier cette donnée avec les faits historiques. L'histoire a connais- 
sance des hostilités de Galère et de Constantin, fils du coempereur 
Constance Chlore. Dans le conte, le gendre prédestiné est de naissance 
obscure, un enfant trouvé : Constantin était le fils illégitime de Constance 



174 A - WESSELOFSKV 

et de sa concubine Hélène, qui ne devint que par la suite son épouse 
légitime ' ; l'origine princière de cette dernière appartient à une légende 
postérieure ; celle qui concerne sa provenance de Trêves est déjà répandue 
au ix e siècle. — Dans le récit de Jacques d'Acqui Constantin n'est 
d'abord pas reconnu par son père. — On voit que la légende et l'histoire 
présentaient certains points de repère, des coïncidences qui ont été mises 
à profit, bien que d'une manière incomplète : l'inimitié de Galère contre 
Constantin n'est pas relevée dans le récit de J. d'Acqui, et il y manque le 
motif de cetteinimitié traditionnelle : la prophétie du mariage. Néanmoins 
lorsque vers la fin du récit Constantin épouse la fille de Galère, je 
n'hésite pas à reconnaître dans ce fait un trait de la légende primitive. 
En effet, ce mariage n'est pas historique ; d'un autre côté il nous est 
raconté avec des détails typiques, dans lesquels on ne peut s'empêcher 
de voir l'altération d'un épisode identique du conte de l'enfant trouvé. 
Des marchands, frappés de la ressemblance de Constantin avec l'empe- 
reur Constance, mais ne se doutant pas qu'il est réellement son fils, 
veulent profiter de cette ressemblance : ils emmènent l'enfant chez 
Galère, munis d'une lettre soi-disant de Constance, dans laquelle celui- 
ci prie Galère de fiancer sa fille avec celui qui est censé être le fils de 
Constance. Il n'y a donc point, comme dans l'ancienne légende, une 
substitution de lettre, mais il y a substitution fictive de personne, ce 
qui amène, comme dans le conte, un heureux dénouement. Il est difficile 
de se représenter ce qui a pu donner lieu à cette modification ; il est clair, 
en tout cas, que dès que des personnages nouveaux — les marchands 
— ont été introduits dans le conte et que c'est à eux qu'a été attribuée 
l'idée de la lettre mensongère, il en est résulté infailliblement des modi- 
fications subséquentes : le fait de la prophétie et des pièges tendus par 
l'empereur n'ont point trouvé place dans la nouvelle transformation 
quasi-historique du récit original. 
Voici le texte de Jacques d'Acqui 2 : 

Sicut scribitur in cronica Treverensi, quidam rex fuit habens filiam, nomine 
Helenam ; et mortua matre, stat Helena in cura suae nutricis. Cui puellae in 
visio beati apostoli Petrus et Paulus apparuerunt, monentes eam quod statim 
cum sua nutrice in forma peregrine vadat Romam, quia de ea Deus disposuit 
suam voluntatem. Venit Hélène predicta visio secundo et tertio. Tune cum 
nutrice sua de domo recedit; vadunt Romam; in Roma obviant imperatori 
Constantio. Helena pulcra placet sibi, illam cognovit et annulum pro jocale 

i. Voy. les témoignages de Zosime, d'Orose et de saint Jérôme dans Massmann, 
Kaiserehronik III, 846-7; Manso, Leben Constantins d. Grossen, 3 e appendice; 
Burckhardt, Die Zeit Constantins des Grossen, p. 349, note 2. 

2. Chronicon Imaginis Mundi (éd. Gustave Avogadro) dans les Historiae 
patriae Monumenta édita jussu régis Caroli Alberti. Scriptorum t. III (Aug. Tau- 
rin. 1848), p. 1390-92. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 17^ 

eidem dédit, in quo erat figura imperatoris cum scriptura tali : anullus impera- 
toris Constantii. Imperator vero ab ea recedens, remansit Helena puella gra- 
vida; quae se videns gravidam fore, habitat in Roma cum sua nutrice. Venit 
tempus partus et peperit filium masculum in figura similitudinis imperatoris 
Constantii, quem ex nomine patris Constantinum denominavit. Crevit puer et 
ad scolas Judaeorum et Grecorum vadit. Vadit et revertitur et semper transit 
per viam quorundam mercatorum de Tuscia, qui videntes puerum pulcrumet in 
simiiitudine imperatoris Constantii, calide cogitant de puero isto maximum 
lucrum habere. Tune enim erat maxima discordia de imperio inter Romanos et 
Grecos. Dicebat enim rex Byzantii quod monarchiam habebat totius orientis 
et occidentis, et Romani etiam dicebant habere eamdam monarchiam. Isti vero 
supradicti mercatores naves multas parantes, cum magno honore et litteris 
falsis bulla romana roboratis, Bisantium navigio pervenerunt, et ad imperato- 
rum Bisanti euntes litteras eidem présentant in hec verba : « Valerio Grecorum 
et Bisantii imperatori Constantius Romanorum imperator pacem bonam. Consi- 
derans cursum temporis et etiam dampnum corporum et animarum et divinum 
judicium futurum super delinquentes, adeo disposui tecum pacem habere de 
discordia, qui est inter nos propter nomen imperandi, et peto quod hec pax 
firmetur a te bono animo et corde perfecto, ut filiam tuam conjungas matrimo- 
nialiter cum filio meo Constantino, quem ad te mitto cum fidelibus meis latori- 
bus litterarum presentibus. Vale semper pacifice. » Recepta littera imperatoris 
Constantii Romanorum ab imperatore Valerio Grecorum gaudium non modicum 
factum est (et) per totam Bizantium civitatem; et deconcilio procerum civitatis 
et imperii statim data est filia imperatoris Valerii Constantino, quem credebant 
filium imperatoris Constantii romani. Omnia sunt parata. In recessu dédit 
imperatrix fi lie in cingulo lapides pretiosos insertos immensi valons. Naves 
omnes ascendunt, thesaurum maximum super naves ponunt, Constantinum cum 
sponsa sua deducunt; versus Romam ostendunt velle navigare et viam ordina- 
tores facti accipiunt incontrarium : quandam insulam vacuam in nocte ascendunt, 
Constantinum et suam sponsam super insulam ponunt. In nocte média omnes 
illi facti ordinatores navem ascendentes pueros vacuos cum aliquali cibo super 
insulam in lecto dormientes sub uno pulchro papilione dimisserunt. In crastino 
enim quedam navis romana inde transiens, Deo volente, illos ambo de insula 
elevavit, scilicet Constantinum et sponsam suam, et illos usque Romam dedu- 
xit. Dum autem perveniunt ad urbem, vadit Constantinus cum sua sponsa ad 
vicum ubi sua mater manebat, et matrem et nutricem matris tristes et vivas (?) 
inveniens, illis sua presentia gaudium renovavit. Omnia jam predicta Constan- 
tinus narravit. Ad quem mater : Ergo hec tua socia est filia imperatoris Gre- 
corum? Tune dixit Helena sponsae Constantini : Non tristeris filia, quia non es 
decepta : hic enim Constantinus, maritus tuus, filius meus est vere imperatoris 
Constantii romani, et ego sum filia Flavii régis Alamanie de Treveris... Hoc 
facto puella, uxor Constantini, dat Hélène soceri sue omnes lapides pretiosos, 
quos in cingulo insertos occulte de Grecia portatos apud se habebat. Quos 
statim Helena vendidit et ex eis maximum thesaurum suscepit. Suscepto 
thesauro vadit stare magnifiée in opposito palatii in Roma, ubi imperator Cons- 
tantius morabatur ; ibi enim Helena, faciens magnificentias suas, tempore 
congruo cum filio suo Constantino se honorifice presentavit coram Constantio 
imperatore, et quiquid jam dictum est Constantio imperatori apparuit, osten- 



\-]G A. WESSELOFSKY 

dens eidem anullum quem ab imperatore susceperat quando illam primo carna- 
liter cognovit. Quis imperator exauditis valde est gavisus, et cognita veritate 
de matrimonio filii sui Constancii et filie imperatoris Grecorum, statim pacem 
firmavit, et Helenam matrem Constantini in uxorem accipiens, Constantinum 
legiptimavit. Qui imperator Constantius antiquus moriens, filius suus... in 
imperium successif, et in Greciam transiens, regnum Bizantii dilatando et 
mûris maximis decorando Constantinopolim a suo nomine denominavit, que 
usque hodie sic vocatur. » 

La rédaction de la légende de Constantin, telle qu'elle nous a été 
conservée par Jacques d'Acqui, était connue de l'auteur du Dittamondo, 
1. II, ch. xi. Les éditions de 1474 et de Monti présentent dans le texte 
des altérations qu'il serait facile de corriger à l'aide de la chronique 
latine, si les manuscrits du Dittamondo n'offraient une leçon satisfaisante. 
Voici le texte de Monti : 

Cloelio re padre di Elena fue, 
La quai giovine inferma a Roma venne, 
Divota a Cristo quanto si puô piue. 

Libéra e sana quai fu mai divenne, 
Onde per sua beltà Costanzo allora 
Vago di Iei più di seco la tenne. 

Un anel d'or le donô in sua dimora, 
Che più non voile, e poscia un fanciul fece 
Simile al padre e bellissimo ancora. 

Costui avendo tre anni con diece, 

1 1 Per mar andando, fu menato a un rè, 

Che allor regnava tra le genti grece. 

Tanto fu data a mercadanti fè, 
Che'I rè la figlia sua gli diede a sposa, 
Ma qui non dico il modo, ne il perché. 

16 Rubogli poi tornando d'ogni cosa, 

17 E soli li lasciô corn piacque a Dio; 
Rimase lor la ricca veste ascosa. 

Tornando a me Costanzo il signor mio 
20 Elena sposa impératrice feo, 

Poscia che'l ver con l'anello scoprio 1 . 

Notons que chez Fazio degli Uberti le beau-père de Constantin est 
simplement qualifié de « rè » ; il le distingue de Galère, sur lequel il ne 
dit que ce peu de mots : 

1. Je donne les variantes des manuscrits que j'ai consultés : Ms. de la bibl. 
nat. de Paris, Ital. n° 81, f. 60 recto, = vers 1 1 : A'nganno fu per mar me- 
nato a un ri ; Ms. de Venise, Marc. cl. IX, c. XI : A'ngegno per mare fu menato 
a un ri: Jacques d'Acqui : calide cogitant. — Vv. 16-17 : ms - de P ar ' s '■ ^ u ~ 
barli poi, tornando, d'ogni cosa — Lasciarli soli, e corne piacque a Dio ; ms. 
Marc. id. — V. 20: ms. Par. : sposa e 'mperatrice; ms. Marc: sposa e 
imperatice; Jacques d'Acqui: Helenam... in uxorem accipiens. 



LE DIT DE L EMPEREUR COUSTANT I77 

Poco Galerio mi fu buono reo, 
E perô poco di lui ti ragiono 
Chè 'n due anni dir posso che'l perdeo. 

Poscia Costanzo, ch' assai mi fu buono, 
Passé in ponente, e délie opère sue 
Ancor pensando contenta ne sono, 

après quoi vient l'épisode sus-mentionné. — Je serais porté à supposer 
que Fazio degli Uberti avait sous les yeux un texte de la légende 
semblable au récit de Jacques d'Acqui ; la distinction de Galère et du 
souverain anonyme, beau-père de Constantin, serait son œuvre person- 
nelle : une concession de plus à la vérité historique. 

3 . Légende serbe ' . — Selon la légende serbe Constantinople n'aurait 
pas été bâtie de main d'homme, elle aurait apparu d'elle-même. Un 
empereur, qui a trouvé à la chasse une tête de mort, fait marcher son 
cheval dessus. Alors la tête lui dit : « Pourquoi me foules-tu ? je puis 
encore te nuire quoique morte. » L'empereur descendit de cheval et 
emporta le crâne chez lui; il le brûla et réduisit en poudre les restes, 
qu'il enveloppa dans un papier et serra dans un coffre. Là-dessus il se 
mit en voyage. Sa fille, déjà adulte, prit les clefs du coffre, l'ouvrit, 
trouva le papier, mouilla son doigt sur sa langue, le trempa dans la 
poudre, le lécha et remit le papier après l'avoir soigneusement replié. Là- 
dessus elle devint enceinte, et le souverain reconnut que la faute en était 
à la tête de mort. Quoique encore vierge, elle mit au monde un garçon. 
Or il arriva qu'un jour l'empereur prit dans ses bras le petit enfant, qui 
lui saisit la barbe. Curieux de savoir si l'enfant avait fait cela exprès ou 
par ignorance, l'empereur fit remplir un bassin de charbons ardents, et 
un autre de ducats. L'enfant porta aussitôt la main sur l'or 2 . Alors le 
monarque craignit que la menace de la tête ne s'accomplit. Lorsque le 
garçon fut devenu jeune homme, l'empereur l'envoya dans le vaste 
monde : « Tu ne te reposeras, » lui dit-il, « qu'à un endroit où tu trou- 
veras deux maux aux prises l'un avec l'autre. » Le jeune homme erra 
par le monde et arriva sur l'emplacement de Constantinople, où il trouva 
une épine autour de laquelle s'enroulait un serpent, de sorte qu'ils se 
piquaient l'un l'autre. « Voilà mes deux maux, » s'écria le jeune homme, 
et là-dessus il s'éloigna de l'arbuste en faisant un circuit; puis, quand il 
eut marché quelque temps, il fit halte en vue de l'épine et se dit : 
« Voilà où il faut que je m'arrête. » A ces mots il se retourna pour 



1. Karadzic, Dictionnaire de la langue serbe, 2 e éd. s. v. Carigrad ; Hormayr, 
Archiv fur Geschichtc, Statistik, Literatur und Kunst. Wien, 1825, 16 e année, 
n. 100, p. 66$, dans Massmann, Kaiscrcronik III, p. 870-1. 

2. Massmann rappelle à cette occasion le récit biblique de l'épreuve de Moïse 
enfant. 



I78 A. WESSELOFSKY 

regarder en arrière, et il vit que, depuis l'arbuste jusqu'à l'endroit où il 
était arrivé, une muraille s'était élevée sur ses pas; s'il n'avait pas pro- 
noncé ces paroles en s'arrêtant, le mur serait arrivé jusqu'à l'épine. 
Le peuple ajoute qu'à Constantinople l'espace que le jeune homme avait 
encore à franchir pour revenir à l'arbuste est resté sans muraille. Plus 
tard le jeune homme devient empereur de Constantinople après avoir 
détrôné son aïeul. 

Que dans le jeune homme de la légende serbe il faille sûrement voir 
Constantin, c'est ce dont témoignent les rapports qu'on établit entre lui 
et la fondation de Constantinople. — Nous tâcherons de déterminer les 
rapports qu'il y a entre cette légende et le Dit de Constantin, tel qu'il 
s'est conservé dans les versions françaises. 

Sous l'impression de la prophétie, l'empereur veut détourner le ma- 
riage de sa fille, qui néanmoins s'accomplit. Dans les contes populaires 
que nous reproduisons plus loin pour servir de terme de comparaison 
avec les légendes françaises, le jeune homme, persécuté par le père de 
l'épouse qui lui est prédestinée, se marie malgré tous les obstacles, et 
ordinairement le persécuteur succombe. Ce trait s'est conservé dans la 
légende serbe : le vieil empereur est forcé de céder son pouvoir à un 
personnage qu'il a persécuté et qu'il exile. Si ce personnage n'est 
pas son gendre mais son petit-fils, cette modification pourrait s'expli- 
quer, comme en général toutes les différences de la légende serbe 
d'avec le conte de Constantin, par l'introduction d'un nouvel élément 
épique : la naissance miraculeuse du héros prédestiné. Des contes et des 
mythes antiques nous parlent de femmes fécondées par un fruit qu'elles 
ont mangé, par de l'eau dans laquelle on a trempé une fleur magique, etc. ; 
dans la tradition serbe le même rôle est dévolu à la poudre de la tête 
de mort. Celle-ci y remplit deux fonctions : c'est d'elle qu'émane la pré- 
diction ', c'est elle aussi qui joue le rôle du gendre fatal de la légende 
de Constantin, ou plutôt elle le partage avec l'homme né de sa cendre, 
c'est-à-dire, avec le petit-fils de l'empereur. 

Mais il est peut-être plus aisé d'expliquer les rapports qui existent 
entre la légende serbe et les récits français de Constantin, non pas par 
l'adjonction d'un épisode accessoire, mais par la simple substitu- 
tion d'un récit à un autre, avec conservation des mêmes protago- 

1 . Le crâne prophétique rappelle moins le récit du chroniqueur russe (la mort 
d'Oleg) et de ï'Orvarodds-saga, que l'épisode suivant de la bylinc de Vassili 
Bouslaévitch : Au haut d'une montagne Vassili rencontre un crâne humain 
desséché ; il le pousse du pied pour l'écarter. Alors la tête de mort lui dit : 
« Sache que j'ai été le crâne d'un chrétien, » et elle lui prédit qu'un jour lui 
aussi sera foulé aux pieds et roulera comme elle. La prophétie s'accomplit : 
Vassili, voulant sauter par dessus une pierre, tombe et se tue sur place. 
Voy. aussi le crâne prophétisant dans la légende de saint Macaife. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 1 79 

nistes. L'idée dominante de la légende de Constantin l'enfant trouvé, 
c'est celle de la fatalité, de la nécessité du destin; la même idée a 
donné lieu à plusieurs autres récits épiques, formant un cycle particu- 
lier. Par analogie un récit de ce genre se serait substitué à celui que la 
tradition rattachait ordinairement au nom de Constantin. C'est ainsi que 
se serait formée la légende serbe, qui a un pendant dans la nouvelle 
suivante du Tutinameh turc '. 

Dans l'Yemen vivait un marchand du nom de Djewehr-Schinâs, qui 
avait une fille unique. Se promenant une fois dans les champs, il heurta 
par hasard du pied un crâne humain, sur lequel se trouvaient ces mots : 
« Quand cette tête était encore vivante, elle a causé la mort de quatre- 
vingts hommes, et longtemps après son trépas elle doit encore faire périr 
quatre-vingts hommes. » Djewehr-Schinâs emporte le crâne à la maison, 
le pile et en serre les restes dans une cassette qu'il cache dans un coffre. 
— En l'absence de Djewehr-Schinâs^ sa fille en agit avec la poudre du 
crâne exactement comme la princesse de la légende serbe, et devient 
aussi enceinte. On donne à son fils le nom d'Ibn-el-Ghaib, le fils du 
mystère. Celui-ci étonne par les manifestations précoces de sa sagesse, 
tout autant que l'enfant merveilleux de la légende serbe. 

La continuation de la nouvelle du Tutinameh diffère de la légende; si, 
néanmoins, j'appelle l'attention sur certains détails du récit turc, c'est à 
cause de quelques points de vue généraux qui en dérivent. 

Quelque temps s'écoule et il arrive dans l'Yemen des marchands de 
pierres précieuses; Djewehr-Schinâs en achète quelques-unes; mais le 
sage Ibn-el-Ghaib en prend aussitôt deux qu'il met de côté, les recon- 
naissant comme fausses. Djewehr-Schinâs, qui s'en rapporte à l'enfant 
en tous points, rend aussitôt les pierres aux marchands, qui ne savaient 
pas eux-mêmes que parmi leurs pierres précieuses il y en eût de fausses; 
s'étant convaincus que l'enfant a raison, ils supplient Djewehr-Schinâs 
de le leur céder, lui promettant en retour tout ce qu'il exigera. D'abord 
le vieillard ne s'y prête pas, mais le garçon le prie lui-même de lui per- 
mettre de se joindre aux marchands. « Je serai leur compagnon de 
voyage, » lui dit-il; « je verrai le monde. Si tu as connaissance de mon 
origine mystérieuse, les autres, qui l'ignorent, me percent de leurs rail- 
leries et me traitent de fils sans père. Laisse-moi partir, nous serons 
ainsi exempts des plaisanteries, des railleries. » Le garçon part avec les 
marchands pour le Semâk, leur patrie, où il dévoile l'infidélité de la 
femme du visir Kâmbin. 



i. Tutinameh, ùbers. v. G. Rosen, II, p. 8$ sqq. : Geschichte von dem Schddcl 
durch den achtzig Mcnschcn das Leben vcrlorcn. — Wickerhauser, Die Papa- 
geimarchcn, p. 206 sqq. : Der TodlenschaJcl. 



l8o A. WESSELOFSKY 

Ce récit est le remaniement d'un conte analogue qu'on trouve dans 
le Tutinameh persan et dans la 3 e nuit du Çukasaptati indien. Benfey a 
indiqué les rapports qui existent entre celui-ci et un épisode du roman de 
Merlin 1 : le devin Pushpahasa, qui sait ce que valent les protestations 
d'innocence d'une femme infidèle, éclate de rire en les entendant; c'est 
comme Merlin qui, dans une situation identique, explique son rire 
étrange précisément de la même manière. Si, comme le pense Ben- 
fey 2 , la version turque a considérablement altéré le canevas primitif 
du Çukasaptati, j'indiquerai, de mon côté, un trait qui unit plus intime- 
ment cette version à la légende de Merlin : Ibn-el-Ghaib et Merlin sont 
nés l'un et l'autre dans des circonstances extraordinaires, comme le 
jeune homme de la légende serbe : ils n'ont pas de père reconnu; ces 
trois enfants sont des devins, comme l'Eracles du roman de Gautier 
d'Arras. 

Eracles, dans la première partie du roman, offre encore une analogie 
remarquable avec Ibn-el-Ghaib. Il vient aussi au monde au milieu de 
circonstances mystérieuses, dont le récit en style pieusement chaste aura 
remplacé les détails plus primitifs et plus crus du conte. De même que 
Ibn-el-Gaib prie son grand-père de le céder aux marchands, Eracles 
s'adresse à sa mère, la priant de le vendre. Tous deux ont le don de 
divination et le manifestent de la même manière : tous deux se connais- 
sent en pierres précieuses et en femmes; en outre Eracles possède encore 
le don d'apprécier les chevaux. En choisissant une épouse pour l'empe- 
reur, il démêle aussi les pensées intimes de la femme à travers le voile 
de son extérieur, et il se met à rire, tout comme Merlin et Pushpa- 
hasa : 

Eracles fait une risée 
De çou k'il a pensé tel rage, 
K'il voit bien leus tout son corage (v. 2262 ss.) ; 

Eracles en prent à sousrire (v. 2287) ! 

c'est encore lui qui dénonce à son époux l'infidélité de l'impératrice Ata- 
nais. 

Il serait difficile de douter de l'origine byzantine de ce roman; les 
légendes grecques du « sage vieillard », nouvellement publiées', accrois- 



1. Orient und Occident I, 2, p. 344 sqq.; voy. ibid. la notice de Liebrecht, 
p. 341 sqq. 

2. L. cp. 34$. 

3. V. Gidel, Histoire de Ptocholéon, dans l'annuaire de l'Association pour 
l'encouragement des études grecques en France, 6 e année (1872) : Mémoires et 
Notices, p. 53 sqq. — Legrand, dans la Collection des monuments pour servir à 
l'élude de la langue néo-hellêniaue, i re série, n° 19; id. ibid., nouvelle série, 
n° 1 : Recueil des chansons populaires grecques : Histoire du sage vieillard, 
p. 2 57 sqq. — Wagner, Carmina greca medii aevi, p. 277-303. — Voy. aussi 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT I S I 

sent encore la probabilité de cetie hypothèse, il convient peut-être de 
rechercher une source pareille pour la légende serbe sur la fondation de 
Constantinople et pour le cycle plus étendu où elle s'est introduite d'une 
façon particulière : le cycle de Constantin l'enfant trouvé. Au-delà de 
l'original byzantin se présentent des légendes orientales qui engagent à 
poursuivre plus loin les études comparatives. Le paragraphe suivant 
en donnera un premier échantillon. 



Les légendes de Constantin, ou plutôt les ramifications d'une seule 
légende, dont nous venons de donner l'analyse, rentrent dans le cycle 
de ces récits fatalistes, dont le rameau le plus connu est la légende tra- 
gique de Judas '. On y voit partout cette idée fondamentale que nul ne 
saurait échapper à son sort. A un enfant né dans une hutte, de parents 
obscurs (à quoi la légende serbe substitue la donnée d'une naissance 
mystérieuse, et la chronique latine celle d'une naissance illégitime), un 
avenir brillant est réservé : il deviendra riche et aura une riche épouse; 
il deviendra même empereur, souvent au préjudice d'autres, qui mettent 
tout en œuvre pour empêcher le sort de se réaliser : l'enfant ou le jeune 
homme est persécuté, voué plusieurs fois à la mort, mais il échappe 
toujours; et comme tout doit lui réussir, ses adversaires ou lui cèdent 
ou disparaissent par la mort 2 . De même que dans le récit serbe c'est 
Constantin qui détrône son grand-père , de même dans un conte alba- 
nais il est prédit à un roi qu'un de ses petits-fils le tuera. Alors le sou- 
verain fait jeter à la mer et noyer tous les enfants mâles que mettent au 
monde ses deux filles. Mais le troisième garçon qui avait été jeté à la 

D'Ancona, Le Fond del NoveUino (Romania, t. III, p. 164-5), notes à la 3 e nou- 
velle. 

1. Voy A. D'Ancona, La leggenda di Vergogna... c la leggenda di Giuda 
(Scelta di curiosità letterarie n° 39) p. 86 sqq. 

2. Nous avons le pendant de la légende de l'époux prédestiné dans celle de 
la fiancée du destin. Elle se retrouve dans la version en prose (pobyvalstchina) 
de la byline de Sviatogor (Rybnicof, 1, n° 8, note aux pp. 39-40- — Sviatogor 
rencontre un forgeron battant deux cheveux fins sur une enclume. « Qu'est-ce 
que tu forges ià? » lui demande le bogatyr. « Je forge le sort des époux pré- 
destinés l'un à l'autre. » Sviatogor est curieux de savoir quelle femme lui 
écherra, et le forgeron lui fait savoir que sa future habite la capitale d'un 
royaume au bord de la mer, et qu'il y a déjà trente ans qu'elle y gît dans la 
pourriture. Sviatogor part pour la tuer : suivant les indications données il 
trouve une fille qu'il frappe de son épée; puis il s'éloigne. Mais le coup d'épée 
n'avait fait que iendre une croûte semblable à de l'écorce de sapin, qui recou- 
vrait le corps de la jeune fille, et elle en sort éblouissante de beauté. Le bruit 
s'en répand. Sviatogor l'ayant épousée sans la reconnaître, lui demande quelle 
est la cicatrice qu'elle a sur le sein; il apprend ce qui en est et force lui est 
d'avouer qu'il n'y a pas moyen d'échapper à son sort. 



I 82 A. WESSELOFSKY 

mer n'est pas noyé, les flots l'ayant rejeté sur la plage où le trouvent 
des bergers qui l'élèvent. Devenu un vigoureux jeune homme, il délivre 
la fille de l'empereur d'un monstre auquel elle était exposée, et il obtient 
sa main en récompense; mais pendant la noce il tue par mégarde son 
aïeul, dont il devient le successeur '. 

Les contes dont je donne plus loin l'analyse ont plus d'affinité avec 
le dit de Constantin. Je ferai observer préalablement qu'ils contiennent 
tous en commun la donnée de la lettre, sous la forme qu'elle a revêtue 
dans la nouvelle française, « la lettre d'Urie. » Le récit serbe n'en fait 
pas mention; ne s'y serait-elle pas effacée PChez J. d'Acqui nous l'avons 
vue jouer un rôle important ; il est vrai que l'emploi qu'on en fait est 
autre, mais les contes suivants font naître la conviction que c'est là une 
modification ultérieure et que la « lettre d'Urie » est la conception la 
plus ancienne. 

Dans un conte sicilien 2 , un roi s'égare à la chasse par un orage mêlé 
d'une pluie torrentielle; il passe la nuit dans une maison isolée et y 
entend le vieux propriétaire s'entretenir avec les étoiles. Interrogé par 
le roi, le vieillard lui apprend ce que les astres lui ont révélé : sa femme 
a mis au monde un garçon, et la reine une fille, et ce fils épousera la 
fille du roi. Rentré à la maison, le roi constate que la première partie 
de la prédiction s'est accomplie ; alors il se fait apporter tous les garçons 
nés le même jour que sa fille. On lui en apporte un seul qui, sur son 
ordre, doit être tué, et dont la langue doit lui être présentée comme 
preuve de cette mort; mais les serviteurs ont pitié de l'enfant, qu'ils 
exposent dans la forêt, tout en montrant à leur maître la langue d'un 
chien et la chemise de l'enfant tachée de sang de chien. Sur ces entre- 
faites le petit est trouvé par un marchand ismaélite nommé Giumentu, 
qui l'adopte. Devenu un grand jeune homme, il va commercer en Espa- 
gne, où la fille du roi s'éprend de lui. Questionné par le roi, il lui répond 
qu'il est le fils de Giumentu et qu'il épouserait volontiers la princesse, si 
ses parents le lui permettaient. « Retourne donc chez toi et reviens- 
directement, » lui dit le roi. Le jeune homme se met en route, mais ses 
parents adoptifs lui interdisent leur maison dès qu'ils apprennent son 
plan de mariage; à cette occasion il apprend pour la première fois son 
histoire et comme quoi il n'a ni père ni mère. Il s'éloigne inconsolable, 
et voilà que dans une forêt silencieuse, pendant qu'il est assis sous un 
arbre, se lamentant sur la rigueur du sort, lui apparaît un vieillard qui 
se donne pour son père, l'emmène en Espagne sur son cheval et le con- 

i. Hahn, Griechische und albancsische Marchcn, II, 98 : Perseus. 
2. Pitre, Fiabe, novclk, racconti ed altre tradizioni popolari siciliane t. II, n° C : 
Lu mircanti smailitu Giumentu. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 183 

duit au palais du roi, à qui il se fait reconnaître : « Je suis, lui dit-il, 
celui qui t'a, dans le temps, prédit l'avenir de ta fille. » Le roi veut le 
chasser, mais le vieillard lui apparaît sous des traits imposants : c'est un 
empereur qui parfois erre dans le monde, lisant l'avenir dans les astres. 
Alors le roi, n'ayant plus rien à objecter, fiance sa fille au fils de l'empe- 
reur. 

Rédigée de la sorte, cette légende se montre défigurée sous plusieurs 
rapports : il y manque la lettre classique d'Urie, laquelle s'est préservée 
dans le livre populaire italien de Florindo e Chiarastella '. Je connais ce 
livre par l'extrait de Teza 2 . Galisse, roi d'Espagne, rencontre à Rome 
un villageois qui lit dans les étoiles l'avenir de son fils : l'enfant portera 
un jour la couronne d'Espagne. Le roi fait enlever l'enfant Florindo et, 
croyant l'avoir mis à mort, il l'abandonne dans une forêt. Florindo est 
recueilli et élevé par Tosco; quand on lui apprend qu'on ne sait pas de 
qui il est le fils, il va au loin errer dans le monde, à la recherche de son 
père, et arrive à Saragosse où, dans un jardin, il voit Chiarastella, la 
fille du roi; celle-ci le prend à son service en qualité d'écuyer. Galisse 
prend du goût pour lui et veut l'avoir à sa cour, tandis que Chiarastella 
est invitée à aller faire une visite au frère de Galisse, le roi du Portugal. 
Florindo, qui en est chagriné, déplore son malheureux sort; le roi ayant 
reconnu le jeune homme et craignant l'accomplissement delà prédiction, 
l'envoie chez son frère avec une lettre où il recommande de tuer le por- 
teur. Arrivé en Portugal, Florindo y retrouve sa bien-aimée, qui, se 
doutant de la trahison, se fait montrer la lettre, à laquelle elle en substitue 
une autre, où elle écrit l'ordre de la fiancer au jeune homme. Vient le 
jour de la noce et en même temps l'annonce de la mort de Galisse, après 
quoi Chiarastella et Florindo entrent en possession du trône d'Espagne. 

Passons maintenant aux métamorphoses que notre légende a subies 
chez d'autres peuples, et voyons d'abord la version allemande i : Une 



1. Historia de Florindo et Chiarastella. Venetia, Giov. Andr. Valvassore detto 
Guadagnino, 1$$$, in-4 . V. Passano, / Novellari italiani in verso, pp. 57-59, 
et Pitre 1. c, note au n" C, qui renvoie au n° VI de la collection de De Gu- 
bernatis (Novelline di S. Stefano : il rè di Spagna), qu'à mon grand regret je 
n'ai pu consulter. Voy. Vittorio Imbriani, Lanovellaja fiorentina (Livorno, Vigo, 
.1877) n* XXXIV : Fiorindo e Chiara Stella. Les héros du conte florentin portant 
les noms de Florindo et Chiarastella, j'en conclus que nous n'avons là qu'un 
rifacimento du livre populaire. [Il en est de même du conte recueilli par M. de 
Gubernatis; il n'est donc pas à regretter que notre savant collaborateur ne l'ait 
pas connu. — G. P.] 

2. E. Teza, / tre capelli del nonno Satutto p. 19-40. Voy. aussi A. Weber, 
Ueber einc Episode im Jaimini-Bharâta, dans les Monatsberichte d. kœn. preuss. 
Acad. d. Wiss. 1869, p. 380-381 (d'après une communication de R. Kœhler). 

3. Gebr. Grimm, Kinder und Hausmàrchen I, n° 29 : Der Teufel mit den drei 
goldencn Haaren. — Cf. Bœhle, Marchcn fiir die Jugend n" 8 ; Meier, Deutsche 
Volksmàrchcn aus Schwaben n° 79. 



184 A. WESSELOFSKY 

pauvre femme avait mis au monde un fils, auquel il fut prédit que dans 
sa quatorzième année il épouserait la fille du roi; le monarque, ayant eu 
connaissance de la prophétie, en ressentit un vif déplaisir; il se rendit 
chez les parents de l'enfant et, feignant de la cordialité : « Bonnes gens, 
leur dit-il, vous êtes bien pauvres, et votre enfant doit vous être à 
charge; confiez-le-moi, j'en prendrai soin. » Après bien des hésitations 
les parents s'entendirent avec le souverain, et lui livrèrent l'enfant 
moyennant une forte somme d'argent. Alors le roi mit le petit dans une 
caisse et le jeta dans une eau profonde; mais la caisse ne coula pas à 
fond, elle fut portée jusqu'à un moulin, à deux lieues de la capitale, et 
repêchée par le meunier qui recueillit l'enfant et l'adopta. Un jour, par 
un temps d'orage, le roi s'était abrité dans le moulin. En voyant l'enfant 
il demanda au meunier si c'était son fils; puis quand il découvrit que 
c'était l'enfant fatal, il chercha un nouveau moyen de le faire périr : il 
pria le meunier de lui permettre d'envoyer le fils adoptif porter une lettre 
à la reine. Cette lettre était conçue en ces termes : « Dès que ce garçon 
sera arrivé, qu'il soit immédiatement tué et enterré. » L'enfant se mit 
en route et le soir il descendit dans une maison de brigands; là, pendant 
son sommeil, les brigands lui prirent la lettre; l'ayantlue, ils eurent pitié 
du jeune garçon. Suit la substitution d'une lettre avec le contenu que 
nous savons; l'enfant trouvé épouse la princesse, et le roi arrive trop 
tard pour prévenir le mariage. 

Le conte norvégien ' dans Asbjcernsen offre beaucoup de conformité 
avec le conte allemand : l'enfant trouvé y est fils d'un meunier; les 
astrologues prédisent qu'il épousera la fille du riche Peer Krœmmer. 
D'abord il est jeté à la rivière dans une caisse, puis on l'envoie à la mort 
avec une lettre perfide, à laquelle des brigands touchés de pitié en 
substituent une autre. 

Dans une légende danoise dans Grundtvig 2 , le nom du riche est 
Ribber-Krœmmer : il demande à de pauvres gens un abri pour la nuit; 
mais il n'y a pas de place dans leur cabane parce que l'hôtesse est en 
couches. Riber-Krœmmer couche dans l'étable. C'était du temps où 
Jésus-Christ et Pierre l'apôtre parcouraient la terre ; cette nuit-là ils 
s'abritent dans une grange, tout près de l'endroit où était Ribber- 
Krœmmer, qui entend leur conversation. L'apôtre demande quel sort 
est réservé au nouveau-né; le Seigneur répond qu'il épousera la fille du 
riche. A l'aube, Ribber-Krœmmer enlève l'enfant de la cabane et le jette 
à l'eau dans une corbeille. L'enfant est sauvé par un pêcheur qui l'élève; 



1. Asbjœrnsen og Moe, Norskc Folkccvcntyr, 2 e éd., n° $ , Rige Peer Krœm- 
'-r; voy. la traduction allemande de Bresemann (Berlin, 1847), I. 29. 

2. Grundtvig, Garnie danskc Minder I, n° 215; Ribber-Krœmmer. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT l8$ 

puis il est reconnu par Ribber-Krcemmer qui l'envoie porter une lettre à 
sa femme et à sa fille. La lettre contient l'ordre de mettre à mort le 
porteur. Chemin faisant le jeune homme entre dans une église où Jésus- 
Christ et Pierre l'apôtre lui demandent la lettre, la déchirent et lui en 
remettent une autre, où ordre est donné de fiancer immédiatement le 
messager à la fille de Ribber-Krcemmer. — Plus loin la légende se déve- 
loppe de la façon commune à tous les récits de ce cycle. 

Une autre rédaction du conte danois (Grundtvig, 1. c, n° 214 : Rige 
Per Mœller) nous présente la même légende plus riche en développements. 
L'hôtellerie du riche Pierre Mœller est ordinairement pleine de gens 
assis sur les bancs tout le long des murs. Un soir bien tard, où il y avait 
abondance de visiteurs, il arrive un étranger qui s'assied sur un des 
bancs. Bientôt après un pauvre couple, mari et femme, demande à passer 
la nuit : la femme était enceinte et pouvait enfanter d'un moment à 
l'autre. « Je puis vous faire asseoir sur un banc, » leur répond l'hôte, 
« je n'ai pas d'autre place. » Quand vint le temps de mettre au monde 
et que la femme ne put plus y tenir, l'hôte la fit entrer dans le four, où 
elle mit au monde un fils. Cependant dans l'hôtellerie tout le monde 
s'entretenait de cette pauvre femme en couches, et l'inconnu arrivé peu 
auparavant prédit que, quand l'enfant serait devenu un homme, il 
épouserait la fille unique du riche Pierre Mœller. « Il n'en sera rien, » 
se dit l'hôte, et quand, quelques jours plus tard, le pauvre couple va se 
mettre en route, il leur propose de garder l'enfant. « Vous êtes pauvres, 
vous avez même peine à vous sustenter, et chez moi il sera fort bien, je 
le traiterai comme mon propre fils. » Ils acceptent l'offre et se mettent 
en route. Alors Pierre Mœller prend l'enfant, lui crève les yeux et 
l'expose dans un épais fourré. Quelque temps après vient à passer près 
de cet endroit un riche suivi d'un pauvre. Le pauvre demande au riche : 
« Quest-ce que ces cris qui partent de la forêt ? Ce sont probable- 
ment les corbeaux qui se sont abattus sur le corps d'une bête 
morte, » répond le riche tout en continuant son chemin. Mais le pauvre, 
voulant savoir ce qui en était, attache ses chevaux et pénètre dans la 
forêt. Il trouve l'enfant qu'il emporte en l'enveloppant de ses haillons. 
Sa femme n'ayant point d'enfant, les pauvres gens adoptèrent l'enfant 
trouvé. La seule chose qui les affligeait, c'est qu'il était privé de la vue. 
Quand il fut en âge, il était hors d'état de faire paître les oies, parce 
qu'il les écrasait en marchant dessus. Il fallut prendre une petite fille 
pour les mener brouter, et le garçon marchait à côté d'elle. Un jour 
un inconnu s'approcha d'eux; il passa la main sur les yeux de l'aveugle, 
qui y vit clair. — Cependant Pierre Mœller avait depuis longtemps 
entendu parler de cet aveugle qu'on avait trouvé, et il devina que c'était 
l'enfant dont il avait voulu se défaire. Il alla trouver le pauvre couple, 



I 86 A. WESSELOFSKY 

il leur dit qu'en entreprenant un voyage au loin il avait oublié de 
donner à sa femme une commission, et il leur demanda s'ils ne consen- 
tiraient pas à envoyer leur enfant porter une lettre. Dans la lettre il 
enjoignait à sa femme de retenir le porteur, de faire chauffer le four et 
de l'y faire brûler. Le garçon se met en route ; un homme le rencontre, 
qui lui demande où il va et se fait montrer la lettre. Quand il en a pris 
connaissance, il la rend au jeune homme et lui indique le chemin de chez 
Pierre Mœller. L'enfant va trouver la femme de Mceller et lui remet la 
lettre, où il lui était commandé de bien recevoir le garçon, de le vêtir et 
de le choyer comme son propre fils. Quelque temps après, Pierre Mœller 
revient à la maison, et y trouve l'enfant plein de vie. Il demande une 
explication à sa femme ; celle-ci lui montre sa propre lettre dont elle a 
suivi exactement les recommandations. Alors Pierre Mœller médite un 
autre projet de se défaire du jeune homme : il lui impose des travaux 
pénibles. Ce n'est qu'après leur réussite que la légende parle du ma- 
riage de l'enfant trouvé avec la fille de Pierre Mœller, celui-ci périssant 
misérablement. 

Dans le conte finnois d'Antoine Puuhara ', deux sages qui passent la 
nuit dans une chaumière prédisent le sort d'un enfant qui vient de naître. 
Dans cette même chaumière était descendu un riche marchand de peaux 
de renard; pendant que l'hôtesse est en couches, il entend le plus jeune 
des deux sages dire à l'autre : « Sois secourable à cette femme pendant 
ses souffrances. Cela fait peine de l'entendre gémir. » A quoi le plus âgé 
des deux réplique : « Il n'est pas encore temps. » Puis il se retourne 
sur sa couche. Lorsque le plus jeune réitère sa demande, l'autre répond : 
« Maintenant j'ai fait ce qui était en mon pouvoir. » Il dit, et le nouveau- 
né était déjà entre les bras de l'accouchée. Le plus âgé des sages prédit 
que le nouveau-né héritera du riche marchand. Le lendemain ce dernier 
se rend chez le propriétaire de la chaumière et le prie de lui donner son 
fils à élever. Le père y consent. Parti avec l'enfant, le marchand l'expose 
dans une forêt sur les branches d'un arbre: un bûcheron le trouve et le 
recueille; il est reconnu dans son nouveau logis par le riche marchand, 
qui lui prépare une nouvelle épreuve : il l'envoie porter à sa famille une 
lettre où il enjoint de le pendre à un bouleau. Des écoliers en promenade 
le rencontrent endormi, et à la perfide lettre ils en substituent une autre, 
qui amène immédiatement les fiançailles du jeune homme avec la fille 
du riche; celui-ci arrive trop tard pour y mettre obstacle. 

Dans un conte hongrois 2 , Jésus-Christ et l'apôtre Pierre entrent chez 

i. Erman, Archiv fur die wissaischaftliche Kundc Russlands. XVI Jahrg., 
p. 236-247. 

2. Stier, Ungarischc Volksmdrchcn n° 17: Des armen Mann&s Sohn und die 
Kaufmannstochter. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 1 87 

un garde-forestier dont la femme vient d'accoucher. Le père de l'enfant, 
qui prend le Sauveur pour un prêtre, lui demande sa bénédiction : le 
Christ lui annonce que, quand son fils sera devenu homme, il épousera 
la fille d'un riche marchand qui se trouve justement là dans leur chau- 
mière. Le marchand s'indigne à la pensée que sa fille sera fiancée à un 
homme de basse condition ; mais le Christ lui répète qu'il en doit être 
ainsi. — Il n'est pas dit dans le conte qu'on ait exposé l'enfant dans la 
forêt, ni qu'on l'ait jeté à l'eau. — Devenu homme et ayant appris la pro- 
phétie qui le concerne, le fils du forestier va à la recherche de sa fian- 
cée; il rencontre dans une hôtellerie le riche marchand qui, aux réponses 
du jeune homme, reconnaît en lui son gendre prédestiné. Aussitôt il se 
présente à lui comme son futur beau-père et il lui promet de lui donner 
une lettre pour sa femme, afin qu'elle l'unisse sans retard avec sa fille. 
Mais la lettre contenait tout autre chose : elle recommandait de battre 
le porteur et de le chasser de la maison. En chemin le jeune homme 
s'endort, des écoliers font une substitution de lettre, et le conte se 
termine par les fiançailles. 

Un conte tchèque ' parle d'un roi qui s'est égaré à la chasse et en est 
réduit à passer la nuit chez un charbonnier, dont la femme vient de 
mettre au monde un garçon. Le roi, qui ne dort pas, voit apparaître à 
minuit trois vieilles femmes blanches; elles tiennent en main des lumières 
et s'approchent de l'enfant pour lui prédire son sort. La dernière lui 
prédit qu'il épousera la fille du roi. Celui-ci se fait céder le garçon, à 
quoi le charbonnier se prête d'autant plus volontiers que sa femme vient 
de mourir en couches. L'enfant est jeté à la rivière dans une corbeille, 
et il est sauvé par un pêcheur qui se charge de l'élever; puis il est 
reconnu par le roi, et il va porter à la reine une lettre où il est enjoint de 
le mettre à mort; une vieille femme y substitue une lettre qui est cause 
des fiançailles du jeune homme avec la princesse. 

Dans un récit croate 2 un comte dit à un paysan, depuis longtemps à 
son service, que s'il leur naît à chacun d'eux un enfant, à l'un un garçon, 
à l'autre une fille, ils les marieront. La paysanne met au monde un fils, 
qui est élevé dans la maison du comte, et celui-ci devient père d'une 
fille. Un jour, le comte irrité contre le paysan fait exposer son fils dans 
la forêt. Le garçon y est retrouvé par un aubergiste qui l'élève; il est 
découvert par le comte qui l'envoie porter une lettre à la comtesse. Suit 
la substitution de lettre par des écoliers errants, et puis viennent les 
fiançailles. 



1. Erben, Sto prostonarodnich pohddek. V Praze 1865, p. 1-7; Waldau, 
Bôhm. Mârchen, p. $27. 

2. Valjavec, NaroJne pripoujcdke. U Varazdinu, 1858, 10., pp. 157-1 62. 



I 88 A. WESSELOFSKY 

On voit que la rédaction croate, qui omet la prophétie, a perdu 
quelque peu le caractère fataliste du cycle. Dans le conte serbe, 
récemment publié par M. Jagic ', ce caractère est assez évident. 
En voici l'analyse. Un voyageur passe la nuit dans une maison où il naît 
un garçon ; deux anges y prédisent que le bonheur du nouveau-né est 
entre les mains du voyageur; alors celui-ci achète l'enfant aux parents 
et le délaisse dans une forêt sur les branches d'un arbre. Le petit est 
trouvé et élevé par un berger ; on le nomme « l'enfant trouvé. » Plu- 
sieurs années après, le même voyageur, passant devant l'habitation des 
bergers, entend prononcer le nom étrange de l'enfant, et après s'être 
renseigné sur son compte il l'achète aux gens qui sont chargés de l'éle- 
ver. Désirant s'en défaire, il lui remet une lettre qui recommande de tuer 
le porteur. Chemin faisant le messager rencontre un jeune moine qui 
échange la lettre, etc. Lorsque le voyageur est de retour chez lui, 
« l'enfant trouvé » est déjà fiancé à sa fille. Cependant le beau-père 
continue à tendre des pièges à son gendre. Un soir il le charge d'aller 
puiser de l'eau, et il ordonne aux domestiques de précipiter dans le 
puits le premier qui s'y rendra dans la soirée. Mais la belle-mère et la 
femme retiennent le jeune homme, qui n'y arrive qu'à minuit. Sur ces 
entrefaites, le beau-père, qui a voulu se convaincre qu'on a exécuté ses 
ordres, arrive au puits le premier, et c'est lui qu'on y jette. 

Dans un conte polonais 2 le riche mais avare Zlotolub se réfugie pen- 
dant l'orage dans la cabane d'un pauvre à l'agonie, dont la femme est en 
couches et dont les cinq enfants meurent de faim. Sortant de la chau- 
mière Zlotolub exprime les impressions que cette scène a faites sur lui. 
« Pourquoi, se dit-il, ces gens-là se marient-ils ? Voilà cinq enfants affa- 
més, déguenillés, et un sixième va leur naître pour subir le même sort ! » 
— Il faut savoir que pendant ses voyages Zlotolub a appris le langage 
des oiseaux, et voici ce qu'il leur entend dire : un moineau criaille à un 
autre que le maître de la cabane est mort et que sa femme est accou- 
chée d'un fils qui épousera la fille du riche marchand. Zlotolub prend le 
nouveau-né et le jette en chemin dans le creux d'un tilleul; une femme le 
trouve et l'élève comme son fils. — Plus loin le conte, tout en reprodui- 
sant les données connues, y ajoute quelques détails nouveaux. A l'âge de 
sept ans « l'enfant trouvé » (tel est le nom donné au petit) sauve la vie à 
Zlotolub, qui pendant son sommeil va être mordu par un serpent veni- 
meux. Dans un entretien le marchand apprend que celui auquel il doit 



1. Archiv fur slawischc Philologie I, 2 ; Aus dem siïdslawisclun Marchcnschatz, 
p. 288, n° 14; Wer ivas thut, ailes fur sich. Je n'ai pu voir le livre de Baring- 
Gould, Household-stories, et notamment son n° 6, auquel renvoie une note de 
R. Kœhler au n' 14 de la collection de Jagic. 

2. Clinski, Bajarz polski t. III, p. 195-213. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT I 89 

la vie est l'enfant trouvé qui lui est si odieux; il s'en empare de nouveau 
et le jette à la rivière. Un meunier le retire de l'eau, et un moine, qui 
passait la nuit au moulin, l'emmène au couvent. Une seconde fois l'enfant 
sauve son ennemi delà fureur des loups; une conversation s'en suit, et 
Zlotolub, qui reconnaît le garçon, le frappe de son couteau et s'enfuit à 
l'aventure. Cependant la femme et la fille du marchand trouvent sur la 
route le pauvre blessé, l'emportent et prennent soin de lui. Il y a déjà 
huit ans que l'enfant est chez elles, et cependant Zlotolub n'est pas 
encore revenu; sa famille ne sait ce qui lui est arrivé. Un beau jour on 
engage le jeune homme, que tout le monde a pris en affection, à aller à 
la recherche de Zlotolub. Il réussit à retrouver le chef de famille, auquel 
il sauve la vie pour la troisième fois, en le tirant des flammes. Le mar- 
chand le reconnaît, il se nomme et apprend qu'il y a déjà longtemps que 
l'enfant trouvé est de la famille. Le jeune homme veut aussitôt rentrer à 
la maison, car il lui tarde d'annoncer l'heureux résultat de ses recher- 
ches; mais Zlotolub le retient et envoie à sa famille un jeune compagnon 
de voyage, porteur d'une lettre à sa femme, à qui il recommande de le 
fiancer à sa fille sans plus tarder. Il espérait ainsi faire échouer la pro- 
phétie des oiseaux au sujet de son futur gendre. En route le messager 
est assailli par des brigands qui le lient à un arbre; la lettre, qu'il a 
laissée tomber, est ramassée par l'enfant trouvé qui la remet à la femme 
de Zlotolub; celle-ci a soin d'exécuter l'ordre de son mari. Zlotolub 
arrive lorsque la cérémonie est déjà célébrée, mais il conçoit de nouveaux 
projets : il enjoint à deux de ses confidents de creuser une fosse sur la 
route et d'y enterrer le premier venu qui y tomberait, fût-ce un parent 
ou lui-même en personne. Le lendemain matin il charge l'enfant trouvé 
d'une commission qui doit le faire tomber dans le piège. En chemin le 
jeune homme s'attarde à sauver des mains des brigands une femme qui 
se trouve être sa mère. Zlotolub, qui était sorti pour s'assurer de la 
mort de l'enfant trouvé, tombe lui-même dans la fosse, et on l'y enterre. 
Dans les contes russes ' qui appartiennent à notre cycle, les princi- 
paux personnages ont des noms constants : ce sont « le riche Marco » 
et « Basile l'infortuné » (celui-ci se nomme parfois André ou Jean). 
Marco est un marchand fort riche qui a en haine les mendiants et qui 
lance ses chiens sur ceux qui s'approchent de ses fenêtres. Viennent un 
jour deux petits vieillards aux cheveux blancs ; Marco veut les faire 
chasser, mais sa fille de cinq ans, « la belle Anastasie », le supplie de 
leur donner un asile, ne fût-ce que dans rétable. Or, ces vieillards 
n'étaient ni plus ni moins que Jésus-Christ et un de ses saints (parfois c'est 



1 . Afanasjef, Contes populaires russes, nouv. éd., III, n. 173 a et b; 
ane troisième rédaction t. IV, p. 426-429. 



190 A. WESSELOFSKY 

le Christ seul qui paraît, ou bien c'est un ange du ciel). Vers l'heure des 
matines le cierge s'allume lui-même devant les saintes images ; les vieillards 
se lèvent, tirent de leurs sacs des vêtements sacerdotaux et se mettent à 
officier. Anastasie, qui voit tout cela de sa soupente, voit aussi arriver 
un ange qui s'adresse à un des vieillards : « Seigneur, lui dit-il, dans 
tel et tel village, à tel et tel paysan il est né un fils; comment veux-tu 
qu'on le nomme et quelle part de bonheur doit lui échoir ? » A cela le 
Seigneur répond : « Son nom sera Basile, son surnom l'Infortuné, et 
par compensation il aura la fortune du riche Marco. » Le lendemain, les 
vieillards partis, Anastasie raconte à son père tout ce qu'elle a vu et 
entendu. Dans la crainte de voir la prédiction se réaliser, le père fait 
atteler sa voiture et se rend au village dont on a parlé. Là il apprend 
que le plus pauvre des paysans vient d'avoir un fils qui a reçu le nom de 
Basile, mais qui n'est pas encore baptisé, parce que personne ne veut 
être le compère d'un pauvre. Alors Marco offre d'être parrain et propose 
au père une somme d'argent pour qu'il lui donne son fils à élever. 
« J'en ferai un homme, » lui dit-il. Après bien des hésitations le pauvre 
y consent; Marco prend l'enfant et, en route, il le fait jeter dans un 
ravin ; c'était en hiver. — Le surlendemain des marchands passent par 
ce chemin; ils sont porteurs d'une somme de douze mille roubles qu'ils 
doivent au riche Marco. Arrivés au ravin, ils entendent les cris d'un 
enfant et ils envoient leur commis savoir ce que c'est. Le commis descend 
dans le ravin et il y voit une verte pelouse, au milieu de laquelle est assis 
un enfant qui joue avec des fleurs. Les voyageurs le prennent avec eux 
et ils arrivent chez le riche Marco, qui reconnaît aussitôt son filleul. Il 
propose aux marchands de les tenir quittes de toutes leurs dettes s'ils 
lui donnent l'enfant. Ils y consentent et se remettent en route. — Un 
soir, Marco prend l'enfant, le met dans un baril et le jette à l'eau. Le baril 
est jeté aux pieds des murs d'un couvent où Ton reçoit l'enfant : il y passe 
seize années et apprend à lire et à écrire. Marco le revoit et, contre une 
forte somme d'argent, le marchand le reprend à l'abbé et aux frères, leur 
disant qu'il veut en faire son premier commis. Suit l'épisode delà perfide 
lettre; Marco y écrit à sa femme : « Aussitôt la lettre reçue, va à la 
savonnerie avec le porteur de ce message et précipite-le dans une chau- 
dière bouillante. » Chemin faisant, Basile rencontre un vieillard, qui lui 
demande où il va et ce que c'est que la lettre qu'il porte. Il en rompt le 
sceau et la donne à lire à Basile. Celui-ci, les larmes aux yeux, se de- 
mande : « Qu'ai-je pu faire à cet homme pour qu'il m'envoie au trépas? » 
Le vieillard alors lui dit : « Ne t'attriste pas ; le bon Dieu ne t'aban- 
donnera point. » — Et il souffle sur la lettre qui se recachète; mais il 
y avait écrit dedans : « Ma femme, dès que tu auras reçu cette lettre, 
marie Anastasie avec le messager. » Ce qui a lieu en effet. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 191 

Un conte petit-russien », tout en conservant le nom de Marco le riche, 
offre un exemple intéressant des altérations que subissent souvent les 
traits essentiels d'une légende dans la transmission orale. — Le riche 
Marco s'est arrêté sous les fenêtres d'une chaumière, et c'est là qu'il 
désire passer la nuit; il entend un enfant pleurer d'une voix « angé- 
lique. » « Vous avez là un méchant marmot, » dit-il aux gens de la 
chaumière, « il ne fait que pleurer toute la nuit; vendez-le-moi. » On le 
lui donne, et il le jette au milieu de la forêt, dans un tas déneige. — On 
voit que dans cette version de la légende, l'action du marchand n'est pas 
motivée : on a oublié la prophétie. — Une colonne d'air chaud descend 
du ciel sur l'enfant et une douce atmosphère l'enveloppe dans la neige, 
de sorte que l'enfant ne souffre pas du froid. Non loin de là un paysan 
avait fait ses meules de foin; en allant chercher du foin, il aperçoit une 
clarté extraordinaire, et, s'en approchant, il trouve l'enfant dans son 
nimbe et le recueille chez lui. — Quelque temps après, Marco s'arrêtant 
près de la maison du paysan entend de nouveau l'enfant pleurer de sa 
voix angélique. De nouveau il l'achète, l'enferme dans un van et le 
jette à l'eau. Des moines le repêchent et l'élèvent dans leur couvent. 
Troisième apparition de Marco, qu'attire la voix angélique de l'enfant qui 
chante. Marco l'achète pour la troisième fois, et il l'envoie remettre à sa 
femme une lettre où ordre est donné de mettre à mort le porteur. Ce- 
pendant, grâce à une intervention divine, l'ordre contenu dans la lettre 
se transforme en celui de marier aussitôt le porteur avec la fille du riche. 
Après la noce le jeune homme se met en route et chemine, chemine... 
Suit le récit des travaux pénibles qu'il accomplit. D'ordinaire, dans les 
contes européens de ce cycle, c'est le beau-père de l'enfant trouvé qui les 
lui impose, dans l'intention de faire périr son futur gendre. Dans la 
version petite -russienne cette circonstance manque; le jeune homme part 
de son propre gré et ce n'est qu'à la fin du conte que nous voyons se 
dessiner le rapport de cet épisode avec l'ensemble. 

Mentionnons encore, pour terminer, un conte albanais 2 . Il avait été 
prédit à un riche marchand que le fils cadet d'un certain pauvre lui dé- 
penserait toute sa fortune. Le marchand prie le pauvre de lui céder son 
enfant et le lance à la rivière. Les flots rejettent l'enfant sur le rivage, 
et un berger le recueille et l'élève. Quand il a atteint l'âge de quinze ans, 
le marchand arrive chez le berger et y remarque le beau jeune homme, 
il le reconnaît et apprend du père adoptif qu'il y a déjà quinze ans que le 
jeune homme est dans la maison. — Suit le message et la lettre contenant 



1 . Dragomanof, Traditions et contes populaires de la Petite-Ri 
'S enfant a la voix angêliaue et Marco le riche. 



Russie, p. 329-332: 
L 1 

2. Hahn, 1. c. I. 



192 A. WESSELOFSKY 

l'ordre de tuer le porteur. Chemin faisant le jeune homme rencontre un 
saint, qui se fait montrer la lettre et en substitue une autre. Rentré chez 
lui, le marchand revoit l'enfant trouvé déjà fiancé à sa fille. Alors il 
écrit au garde de ses vignes une autre lettre, où il lui enjoint de tuer 
tout homme qui. à une certaine heure, entrera dans la vigne; puis il 
y envoie son gendre, sous prétexte d'en rapporter des raisins. Le gendre 
part aussitôt, mais il arrive avant l'heure indiquée; il cueille autant de 
raisins qu'il lui en faut, puis il rentre chez lui par un autre chemin. Le 
marchand va voir si sa commission est faite, et le gardien le tue. Ainsi 
l'enfant trouvé entre en possession de la fortune de son beau-père, et il 
sait bien la dépenser. 

La dernière perfidie du marchand albanais, qui n'atteint pas son but, 
de même que les pièges dressés par Zlotolub et le voyageur du récit 
serbe, se sont introduits dans notre légende par analogie : ils proviennent 
d'une autre légende fataliste assez répandue, fondée sur l'adage : Ne creuse 
pas une fosse à ton prochain, tu pourrais bien y tomber toi-même ' . La 
ballade bien connue de Schiller nous autorise à nommer cette variante 
de la tradition fataliste : « Légende de Fridolin » ou le « Message à la 
forge » (Der Gang nach dem Eisenhammer) . Ce n'est pas ici le lieu de 
nous étendre sur le caractère particulier de ce cycle légendaire 2 et sur 
ses rapports avec celui qui nous intéresse en ce moment. Je me borne 
à mentionner l'écho que cette tradition a trouvé dans un sermon allemand 
du xv e siècle 3 ainsi que dans d'anciens prologues russes, où elle se re- 
trouve sous la date du 18 avril, comme un emprunt au TMCTepixiv*. Ce 
dernier indice témoigne en faveur d'une origine byzantine s , et je le prends 
d'autant plus en considération qu'il faudra, selon toute probabilité, faire 
découler de la même source le dit de Constantin.— Voici le récit du 
■rcatepaév : Pendant une famine un père avait vendu son fils à un sei- 
gneur; en se séparant de son enfant, il lui avait enjoint de ne jamais 
passer devant une église pendant le service divin sans y entrer et y rester 
jusqu'à la fin de l'office. Le jeune homme observa strictement les recom- 
mandations de son père. Un jour qu'il avait remarqué que la femme de 
son maître était en liaison criminelle avec un serviteur, il n'en dit rien 
à personne et se borna à prier Dieu de leur pardonner leur péché. Mais 
la maîtresse, craignant le scandale, devint furieuse contre celui qui l'avait 



1 . Weber 1. c. p. 25-6. 

2. Voy. la note de M. G. Pans à propos de la version catalane publiée par 
M. Morel-Fatio [Romania, V, 454). 

3. Germania, III, 3 ; Fr. Pfeiffer, Predigtmarlein, n° 3 1 , p. 437-440. 

4. Buslaef, Esquisses historiques, I, p. 448-449 : Monuments de l'ancienne litté- 
rature russe, I, p. 81-83 (Légende du serf dévot, deux variantes). 

$. C'est aussi l'avis de M. Gaston Paris, 1.1. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 193 

surprise, et elle le calomnia auprès de son mari, lui persuadant que ce 
jeune homme avait l'intention de le tuer. Alors le seigneur résolut de lui 
faire subir le dernier supplice, et il convint avec « l'éparque» que celui-ci 
tuerait l'homme qui se présenterait à lui porteur d'un suaire (couBaptov = 
sudarium, oubrousù). Le jeune homme fut envoyé, mais en chemin il entra 
dans une église où il s'attarda ; pendant ce temps on fit périr à sa place 
le vrai coupable, celui qui avait déshonoré le seigneur et son épouse '. 
La plupart des légendes que nous avons mentionnées (sauf les légendes 
albanaise, italienne, polonaise et serbes font suivre le récit que nous 
connaissons par un autre, qui leur est commun à toutes : le beau-père, 
qui n'a pas eu le temps de prévenir le mariage fatal, impose à son 
gendre toute sorte de travaux pénibles, l'exposant ainsi à de grands pé- 
rils ; mais le jeune homme en sort sain et sauf, et c'est le beau-père qui 
finit par en pâtir. Cet épisode, provenant d'un autre cycle, qui a pour 
sujet les « travaux pénibles » ou les « missions périlleuses », se serait 
adjoint à notre légende eh Europe, et à une époque assez reculée, puis- 
que les versions russe, petite-russienne, tchèque, croate, allemande, 
hongroise, finnoise, danoise et norvégienne sont également complétées 
par le récit des travaux pénibles, qui s'y rattache de différentes manières : 
on le trouve ordinairement vers la fin du conte, après le mariage de 
l'enfant trouvé; il n'y a que la légende danoise de Grandtvig, n° 214, 
qui le mette avant, et nous avons vu que le conte petit-russien n'a 
pas réussi à le lier intimement à l'ensemble de l'action. L'épisode des 
«travaux pénibles », ainsi que celui de « Fridolin », sont donc dans 
notre légende d'une introduction relativement récente, n'en sont pas des 
traits originaux et essentiels ; c'est ce que prouvent d'un côté le récit de 
Constantin, que nous avons analysé; de l'autre, un conte qui se lie au 
nom de l'empereur Conrad, et qui s'est conservé chez Godefroi de Vi- 
terbe 2 , dans les Gesta Romanorum ?, ainsi que dans quelques autres 
monuments. Voici le texte de Godefroi : 

Conradus imperator secundus nulli violatori pacis parcebat. Unde cornes 
Lupoldus violator pacis timens occidi ab imperatore, fugit in silvam remotissi- 
mam, ibique cum uxore sua solus in tugurio latitabat. Contigit imperatorem ex 
venatione sua fortuito casu illuc divertisse, et ea nocte peperit comitissa mas- 
culum. Quo vagiente, vox de celo ait : imperator, infans iste erit tibi gêner 
et hères. Hac voce tertia vice audita ; , surgit imperator diluculo, et 

1 . Cette légende présente des points de conformité avec celle de l'orphelin 
Ahmed, qui se trouve dans l'introduction au roman arabe des Sept vizirs. 
V. Weber 1. c. p. 45-6 et Scott, Taies, anecdotes and letters, translated from 
Arabian and Persïan, p. $ 3 . 

2. Ed. Pistonus, p. 333 ; Pertz, Scriptorcs, XXII, p. 243. 

3. Ed. Oesterley, n° 20 et les notes. 

4. Cf. Gesta Rom. 1. c. : « Eodem nocte mulier filium peperit et César vocem 

Romania, VI 1 3 



194 A - WESSELOFSKY 

inventis duobus suis famulis, dixit : Ite et occidite illum infantem et cor ipsius 
representate michi. Qui euntes accipiunt infantem, set miserti ipsius, non 
occidunt, sed super arborem ponunt, atque relinquunt. Régi autem représentant 
cor leporis pro corde infantis. Rex autem eos remuneravit. Transiens postea 
inde dux quidam, invenit et déportât infantem et adoptât eum in filium. Impe- 
rator longe post in domo ducis videt puerum et habet suspectum, ne sit ille 
quem precepit occidi, et assumit eum quasi pro cliente, et precepit ut ad 
reginam litteras suas portet, in quibus praecipiebat regine, ut visis litteris 
faciat eum occidi. Puer autem rem ignorans pergit et in domo sacerdotis ' 
hospitatur, qui ei dormienti litteras subripuit etaperuit, et visa ibi morte pueri, 
alias litteras scripsit in hune modum : Cum videris hune puerum, regina, 
statim da et fi 1 i a m nostram in uxorem, sicut diligis vitam tuam. Et istas litteras 
reposuit in marsupium pueri. Puer nescius abiit, et ita filia régis statim tradita 
est ei 2 . 

J'ai fait observer plus haut que ce n'est guère que superficiellement que 
cette tradition est mise en rapport avec Conrad; les Gesta Romanorum 
allemands substituent à ce nom ceux de Hannibal, Hambribal, Hanibu- 
bal 5. Ces oscillations impliqueraient, peut-être, qu'un nom plus ancien, 
le nom primitif, se serait perdu. 

En abordant les versions orientales de notre légende, je m'arrêterai 
avant tout à un conte ossète 4. [1 y avait une fois un prophète fort pieux 
qui n'avait pas d'enfants. Cet homme, qui pénétrait le sens caché de la 
parole divine, avait appris par une de ses lectures qu'il lui naîtrait une 
fille, que Dieu ferait échoir en partage au fils d'un coussak (esclave ou 
serf du prince; . Désirant prévenir l'accomplissement de cette prophétie , 
il pria le prince de lui céder la femme du coussak avant la naissance de 
l'enfant : il emmène cette femme enceinte dans les champs et l'éventre 
d'un coup de sabre; puis il la laisse morte sur place. « Et, comme 
c'était œuvre divine, l'enfant sortit du ventre de sa mère et rampa jus- 
qu'à ses mamelles, dont il se mit à sucer le lait. » Un prince, qui n'avait 
pas d'enfants, se trouvant à la chasse, aperçoit le petit, le fait porter 
dans sa maison, l'élève et en fait son fils adoptif. « Il faut que je lise mon 
livre », se dit un jour le prophète, et il lut que l'enfant était en vie. 
Alors il se rend chez le prince et lui dit qu'il a absolument besoin d'en- 
voyer une lettre au sujet d'une affaire fort importante, et que le seul à 



audivit dicentem : Accipe, accipe, accipe... Et secunda vice audivit vocem 
dicentem ad ipsum : Redde, redde, redde .. Et ecce tertia vice audivit vocem 
dicentem sibi : Fuge, fuge, fuge, Conrade ! hic puer primogenitus gêner tuus 
erit. 

i. Gesta Rom. : in quandam ecclesiam. 

2. Dans la suite il devient lui-même empereur, sous le nom de Henri III. 

3. Graesse, Gesta Rom., II, 198; Massmann, Kaiserchronik, III, 1095-96. 

4. V. Collection de renseignements sur les habitants du Caucase, v. II : Djante- 
mir Schanajef, Contes populaires ossètes, p. 6-7 : Le prophète aimant Dieu. 



LE DIT DE L EMPEREUR COUSTANT 195 

qui il puisse confier ce message est le fils du prince. Le jeune homme 
part avec une lettre où ordre est donné de ne pas le laisser sortir vivant. 
Il était encore nuit lorsqu'il arriva à la maison du prophète. Epuisé de 
fatigue, il s'endormit sur le seuil, et pendant son sommeil la lettre lui 
glissa de dessous l'aisselle. Sur l'aube, la fille du prophète aperçut le 
beau garçon, dont elle s'amouracha. C'était œuvre de Dieu : elle ra- 
masse la lettre et, l'ayant lue, elle la déchire ; puis elle se hâte d'en 
écrire une autre selon son cœur et la glisse dans la poche du jeune 
homme. Ce fut avec ce message qu'il se présenta à la femme du prophète. 
Celle-ci était tout heureuse de voir arriver un gendre. Puis, ainsi que la 
jeune fille l'avait recommandé dans la lettre, on lui prépara tout ce qu'il 
lui fallait pour son trousseau et on la laissa partir avec le jeune homme. 
Quand ils se présentèrent au prophète, celui-ci s'écria tout stupéfait : 
seul vrai Dieu, rien ne se fait donc sans ta volonté! 

Les autres variantes orientales parvenues à notre connaissance, l'in- 
dienne et l'arabe celle-ci déjà mentionnée par Grimm), ont déjà ajouté 
à leur thème primitif la légende de Fridolin. Tel est le conte indien ', 
qui fait naître à Sudhârmika^ roi de Kerala, un fils portant le signe du 
bonheur, six orteils au pied gauche. Après le décès des parents, la nour- 
rice de l'enfant le porta à la ville de Kuntala. Là, dans le palais du mi- 
nistre Dhrishtabuddhi, l'enfant se fait remarquer des sages, qui, frappés 
de son extérieur et de ses manières, conseillent au ministre de lui accor- 
der une attention particulière, vu que, à en juger d'après certains indices, 
le destin lui réservait la royauté. Cette prophétie déplut au ministre, qui 
résolut de faire périr le nourrisson. Mais les hommes chargés delà sinistre 
mission eurent pitié de l'enfant, et ils se bornèrent à lui couper son 
sixième orteil, pour le montrer au roi comme preuve de l'exécution de 
ses ordres. Ils exposèrent l'enfant dans une forêt, et il y fut recueilli par 
le prince des Kulinda. — Puis le récit parle de l'éducation, des progrès 
rapides et des exploits guerriers de l'enfant trouvé, auquel on donne le 
nom de Candrahâsa, souriant comme la lune; le prince des Kulinda 
l'adopte. Un jour, Dhrishtabuddi, en audience chez le prince, reconnaît 
en Candrahâsa le garçon sujet de la fatale prophétie. Il s'alarme à cette 
découverte, et, craignant pour la mort de ses deux fils, il écrit à son fils 
Madana, soi-disant au sujet d'importantes affaires d'état, mais en réalité 
il lui donne l'ordre d'empoisonner le porteur. Pour que le message arrive 
au plus vite, on en charge le jeune Candrahâsa. Près de la ville des 
Kuntala il s'endort sous un manguier et là Vishayâ le remarque : c'est la 
fille du ministre. Elle s'éprend de l'enfant trouvé. Voyant une lettre sortir 
de la poche du jeune homme, elle la prend, la décacheté et est saisie 

1. Weber 1. c. p. 14-25. 



I96 A. WESSELOFSKY 

d'épouvante en apprenant la cruelle mission; mais, revenant aussitôt à 
elle, elle substitue dans la lettre aux mots : Donne-lui du poison, 
ceux-ci: Donne-lui Vishayâ (en mariage); elle recachète la lettre, et, 
l'ayant remise dans la poche de Candrahâsa, elle rentre à la maison. Suit 
le mariage de Candrahâsa avec Vishayâ, puis la colère du ministre, qui, 
rentré chez lui, résout de faire périr son gendre par tous les moyens. Il 
soudoie un homme pour le tuer près d'un temple non loin de la ville, et 
envoie Candrahâsa dans le temple y porter une offrande de fleurs. Mais, 
chemin faisant, celui-ci est mandé auprès du roi, qui lui transmet le gou- 
vernement, tandis que Madana, le fils du ministre, qui s'est chargé de 
l'offrande, est mis à mort. A cette nouvelle, le père se tue lui-même. 
Dans un conte arabe, chez Galland ' et Cardonne 2 , nous voyons un 
père persécuter son fils, et cette persécution est motivée d'une façon si 
particulière que nous y reconnaîtrions un trait nouveau, si nous n'avions 
pas ce même détail dans un conte indien, connu probablement déjà au 
v e siècle 3. — Le marchand Kebal (chez Cardonne c'est Mohallek), qui 
appréhende le ressentiment de sa despotique mais riche épouse, tue sa 
concubine, belle esclave qu'il a achetée dans un de ses voyages. Il vou- 
drait aussi faire périr le fils qu'elle lui a donné (dans le récit de Cardonne 
ce fils n'est pas nommé, dans celui de Galland il se nomme Kebal), mais 
il n'arrive pas à ses fins : il expose l'enfant dans un lieu désert où le 
trouve un berger, qui se charge de l'élever; puis il le jette à la mer dans 
un sac de cuir, et l'enfant est sauvé par un pêcheur qui l'élève. Ensuite 
le père envoie son fils porter une lettre, dans laquelle il est dit de tuer le 
porteur ; cette lettre tombe entre les mains de la fille du marchand ; elle 
y substitue une autre et devient ainsi l'épouse du jeune homme. Kebal, 
qui a juré la perte de son fils, fait encore une dernière tentative : il 
donne ordre à ses gens de massacrer l'homme qui descendra vers une 
certaine heure son escalier, cet homme étant son ennemi secret. A l'heure 
indiquée, il envoie son gendre par cet escalier; mais la fille du marchand, 
pressentant un malheur, retient son mari, et pendant ce temps Kebal est 
haché par ses propres gens, au moment où il descend lui-même l'es- 
calier, pour s'assurer que son ordre est exécuté. 

Une étude attentive des versions occidentales de notre conte donnerait 
peut-être lieu de les classer en groupes, suivant les différences les plus 
saillantes du récit. C'est ainsi que dans certains contes, c'est le riche qui 
arrive chez le pauvre, dans d'autres c'est le pauvre qui demande un gîte, 

1. Nouvelle suite des mille et une nuits, contes arabes, II, 172-183 : Cruauté de 
Mohallek. 

2. Mélanges de littérature orientale, II, 69-82. 

3. Weber 1. c. p. 42-44. 



LE DIT DE L'EMPEREUR COUSTANT 1 97 

etc.; l'épisode de la lettre substituée se prêterait aussi à une espèce de 
classement, qui pourrait servir à préciser les limites géographiques de la 
propagation de tel ou tel groupe légendaire. Dans l'aperçu qui suit, 
nous nous bornerons à une comparaison sommaire des rédactions 
orientales et occidentales, qui nous amène approximativement aux con- 
clusions suivantes : 

1 . Le Dit de Constantin (surtout dans la rédaction française) et la tra- 
dition de Conrad, de même que le conte ossète présentent la forme 
la plus ancienne de la légende, dépourvue encore de tout détail secon- 
daire. Voici leur formule : prophétie + lettre d'Urie '. 

2. Les contes orientaux (à l'exception du conte ossète), de même que 
le conte polonais, serbe et albanais, se sont complétés par la légende de 
Fridolin, qui y joue un rôle épisodique. Leur formule serait donc : pro- 
phétie + lettre d'Urie + légende de Fridolin. 

3 . La plupart des légendes européennes ont pris un développement 
ultérieur : elles sont complétées vers la fin par un détail puisé à un cycle 
hétérogène, celui des travaux pénibles. Cette adjonction, qui ne se re- 
trouve pas dans les rédactions orientales, se serait faite en Europe. 

4. Si les traditions mentionnées souslen 1 ontpénétréen Europe comme 
une importation de l'Orient, le nom de Constantin, se rencontrant dans 
des variantes et des relations très-divergentes, témoigne en faveur d'un 
intermédiaire byzantin. Ne serait-i! pas présumable que dans le récit des 
Gesta Romanorum nous avons affaire à la légende même de Constantin, 
où on n'aurait fait que substituer des noms nouveaux et plus connus aux 
anciens tombés en oubli ? Une telle substitution est loin d'être rare; il 
est intéressant de noter qu'elle a eu lieu une autre fois au détriment des 
noms de Constant ou Constantin. Je veux parler de la « Vaticinatio 
Sibyllae. » Dans ce texte singulier, où on prédit les destinées de l'empire 
d'Orient, le nom du dernier empereur est Constant: « Et tune exsurget 
rex nomine et animo Constans. » Il faut probablement entendre 
Constantin, d'accord avec la tradition byzantine selon laquelle, de même 
que Constantin a été le fondateur de Byzance, le dernier souverain de 
la cité se nommera aussi Constantin. Il régnera 122 ans : « Et ipsius 
regnum 122 annis terminabitur. » C'est là un détail qui n'est pas dénué 
d'intérêt, parce qu'il peut servir à expliquer l'étrange indication d'une 
pièce en provençal, de Bertran de Paris de Rouergue : comme quoi l'em- 
pereur aurait mis 1 20 ans à bâtir Constantinople : 

Cm vint ans obret c'anc als no fe 2 . 

1 . On trouve aussi une « lettre d'Urie » dans le conte courde des Trois 
Frères dans Lerch, Forschungcn uber du Kurdcn, p. 48 suiv. 

2. Bartsch. Denkmaler der provenzalischen Litteratur, p. 8$ suiv.; v. p. 87, 
v. 31. 



I98 A. WESSELOFSKY 

Cette prophétie a passé littéralement dans le traité De Vita Antechristi, 
publié sous le nom d'Adson, avec cette seule différence que le nom de 
l'empereur n'y est indiqué que par son initiale : Cujus nomen erit C. — 
Ce C. fut interprété depuis comme Charlemagne, et, par suite, le traité 
même attribué à Alcuin ; c'est ainsi que l'on eut une nouvelle donnée 
pour la légende de Charlemagne, empereur « revenant ». 

En terminant, je ferai observer que, de même quela légende allemande 
fait s'égarer l'empereur Conrad à la chasse, c'est par une aventure de 
chasse que commence la légende serbe, pour finir, comme le récit de 
Jacques d'Acqui, par la fondation de Constantinople, qui fait pendant à 
celle du couvent de Hirschau par Henri III '. 

Alexandre Wesselofsky. 



1. Grimm, Deutsche Sagen, T éd., n° 486, p. 162. Voy. Simrock, Deutsche 
Marchen (Stuttg. 1864), n" 72 : c'est, en substance, le récit de Godefroi, il n'y 
manque que les noms historiques. Un roi qui n'est pas nommé s'égare à la 
chasse du cerf (Hirschjagd), ce qui s'harmonise parfaitement avec la fondation du 
couvent de Hirschau mentionnée dans le conte de Grimm. 



DELLE VOCI ITALIANE 

CHE RADDOPPIANO UNA CONSONANTE PRIMA DELLA VOCALE 
ACCENTATA. 



È un fatto ovvio nella storia délia lingua italiana, corne la consonante 
scempia che succède alla vocale accentata soglia raddoppiarsi ; al modo 
che si vede in acqua da âqua, leggo da lëgo, legge da lêge[m], figgere da 
fïgere, pittima da epithëma, macchïna da machina (donde anche, 
invece, mâcina) , femmina da fêmina, e simili. Questo fatto si puô tra- 
duire in altri terminicosî, che, quando la vocale accentata èlunga, essa 
s'abbrevii, e la lunghezzasua passi alla consonante successiva (lêgem , 
legge), e quando è brève, s'allunghi la successiva consonante per assi- 
curare cosî la brevità délia vocale (âqua, âcqua). Giacchè (si badi), seè 
vero che la quantité latina, corne taie, è andata perduta nell' italiano, 
non è men vero perô che anche in italiano la vocale accentata ha attual- 
mente una certa differenza quantitativa ; poichè, si pronunzia con una 
certa lunghezza se ha dopo di se una consonante scempia lpiâno=p\ anus, 
mârto = mânus), e con maggior rapidità se le succède una consonante 
doppia o un gruppo di consonanti [câldo = cal (i) du s, fïbbia = 
fïb(u)la). Onde bensi puô dire che, pronunziando âqua corne âcqua, 
non si sia fatto che impedirle di diventare âqua (corne mâno). Su questo 
fenomeno, del raddoppiamento délia consonante successiva alla vocale 
accentata, si potrà recar forse maggior luce raccogliendo e confrontando 
tutte le voci ov' esso ha luogo; ma è già, corne dicevo, un fatto ovvio 
ed abbastanza esemplificato e dichiarato '. 

Se non che, anche prima délia vocale accentata avviene non di rado che 
una consonante si raddoppii: il sepelirelatino è per noi sepellire, ed anzi 
seppellire, scélérat us è scellerato, rhetor ica è anche rettorica, oltrechè 
retorica, e cosi via. Or cotali raddoppiamenti sono stati avvertiti appena. 



i. Vedasi Diez, Grammatik dcr romanischen Sprachcn ; vol. I, trattato délia 
Prosodia. — Schuchardt, nella Romania, III, 14. 



200 F. D'OVIDIO 

Il Diez stesso non fa che accennarne alcuni esempj in promiscuità coi 
raddoppiamenti posteriori all'accento l ; ne altri,, ch'iosappia, ne ha fatto 
soggetto di più spéciale ricerca. Non mi è parso dunque inutile raccogliere 
tutte le voci che presentano il raddoppiamento in questione, ed indagare 
le ragioni che in ciascuna di esse possano averlo determinato. 

Ma, prima di trascrivere e dichiarare le voci cosiffatte, gioverà ch'io 
significhi quali norme io abbia tenute nello spogliare il vocabolario délia 
lingua italiana. 

Anzitutto, non ho fatto alcun caso di quelle parole, che presenterebbero 
bensi, prese isolatamente, il raddoppiamento in sillaba protonica, corne 
tôlier are per tôle rare, serrare per serare, lecceto per ilicetum, colle- 
rico per cholericus, ma che devono la lor doppia consonante sempli- 
cemente ail' influsso délie parole a loro strettamente affini, fornite délia 
normale geminazione postonica, quali sono iollero da tolero, serro da 
sero, leccio dailiceus, collera da choiera 2 . E tanto meno mi son 
curato di quelle parole che, sebbendi radicale latino, pur non continuano 
direttamente alcuna voce latina ; bensi si derivarono, mediante qualche 
suffisso, da qualche voce latina già venuta alla forma italiana; com'è il 
caso, poniamo, di arrugginire, il quale si derivô da rùggine, quando 
questo s'era già cosi ridotto, da aerugine[m] che era origina- 
riamente 5. 

In secondo luogo, non ho preso in considerazione quelle voci che già 
in latino oscillavano tra la consonante scempia e la doppia, com'è il caso 
di solenne (e -//-), di pugilato (e -//-), Bretîagna (lat. Britannia , ma già 
Britto), di betonica (e -«-), e di alcuni derivati di nomi dal suffisso in 
-ëla 4, corne candelara candeliere (e -//-). Non so risolvermi a collocar 
qui anche mercenario-mercennajo. In qualche vocabolario latino s si trova, 
a proposito di mercenarius, avvertito che forse sarebbe più retto 



i. V. Gramm. d. r. Spr.; vol. I, il capitolo sulle Consonanti italiane, e pro- 
priamente il paragrafo sulla Geminazione. 

2. 11 Colèra (morbus) è la stessa parola, p}.épa (vôaoç, corne chi dicesse 'la 
biliosa), rivenutaci corne parola teenica medica, e con accento greco. Il quale 
accento sarebbe utile gli fosse mantenuto, assieme al génère maschile, per 
maggior distinzione da collera, quando pur non fosse, com'è, dell'uso più 
comune (cfr. Giusti : Nina, risolviti, Non far l'austera.... Viene il choléra). 

}. È notevole l'analogia che occorre tra le vicende delta consonante secondo 
ch'è prima o dopo l'accento e le vicende délia vocale secondo ch'è atona od 
accentata. Corne si ha soleva {= sole bat), di contre a suolc (= sôlet), cosi 
si ha leghlimo (= Iegi timus)di contre a legge (= lége|m]). Ma d'altra parte, 
corne si ha suonare (= son are) per influsso di suono, cosi si ha toWerdrc per 
influsso di tùWero. E finalmente, corne da pïedc (non più pedefm]) si derivô 
piedino, cosi da ruggine (non più aerûgine[m]) si derivô arrugginire. 

4. Almeno,se han ragionequeilessicografiche accettano loquella, querella, 
dopo loquela, querela. 

5. V. Klotz, Lateinisches WôrUrbuch. 



RADDOPPIAMENTI PROTONICI 20 1 

mercennarius-— *mercëd(e)narius; ma, quando pur questa forma 
con -nn-, invece cheteoricamente ricostruita, fosse reale e documentata, 
resterebbe sempre dubbio, se il nostro mercennajo fosse il pertinace con- 
tinuatore délia forma latina in questione, o non piuttosto un postumo e 
casuale ritorno del semplice mercenario alla n geminata. 

In terzo luogo, ho irasandato, corne ognuno intende, quelle voci, ove 
la consonante doppia non è che il risultato délia assimilazione di due 
consonanti che erano o diventarono attigue. Questo è il caso di addome 
= abdomen, annegazione= abne galion e[m], annegare (sommzrgere) 
= 'adnecar e, accattare = 'adcaptare, edi tutti glialtrineocomposti 
di a{d)e co'n), corne arredo e corredo (circa -redo, vedi Diez, Etymolo- 
gisches Worterbuch der romanischen Sprachen, 15, 544), addobbare (germ. 
-dubbari), assannare, ecc, formati sull'analogia dei composti tradizionali. 
E van pur qui ascritti, senza parlar di matt i no = mat[\i]tir\u m , anche 
c/ffà = civ[i]late[m], battaglia = *batvalia ianche per influsso di 
battere), mannaja=* manvaria,gennaio = *)anvarius, burrasca = * bor- 
jasca = boreasca (cfr. burrina = borina, bolina; e (ioppâç= (âopéaç) , 
zafferano =arabo za' farân, assassine/ = arabo hasciscin, caffè = arabo 
qahvah. Equi spetterà pure camminare, il quai verbo, secondo I'Ascoli, 
non è altro che " camb-inare da *camba [=gamba), analogo interamente 
a ped-inare '. Forse con gli altri esempj di doppia consonante risultante 
da nesso assimilato potrebbe qui imbrancarsi anche il ' lupo mannaro', 
quasi significasse ( lupus m an ua ri us 5 (=manv-), 'il lupo checammina 
con le mani, che ha mani per piedi anteriori'; giacchè, almeno secondo 
una versione assai comune délia credenza popolare, l'infelice uomo, pur 
comportandosi corne lupo, non cessa d'avere gli organi umani. Ma è più 
probabile che d'altro non si tratti, se non d'un 'lupus "humanarius, 
(cfr. Xu*<£v0po)TCOç), cioè 'lupo umano'; cosicchè avrô ad attribuirlo alla 
categoria D, a; per cagiene, s'intende, délia forma toscana, chè a Roma 
(manaro) e nel Mezzodi (menaro) troviamo la consonante scempia. Fi- 
nalmente, il verbo difettivo arrogere, che se fosse vera la infelice deri- 
vazione del Delius, da ad-augêre, ci darebbe un esempio di -r- (da 
-d-) in -n-, non è che arrogare con alterata conjugazione (v. Diez, 
Gramm. d. r. S., II, 126, ed Eiym. W., II, 5 ; eefr. il rôgito délia lingua 
notarile). 

In quarto luogo, ho omesso quelle voci ove il raddoppiamento non è 
che apparente graficamente. P. es. grillanda pare aver geminato 1' / di 
ghirlanda ; ma siccome questa si pronunzia in realtà ghirllanda (v. Vescovi, 
nel Vocab. dell'uso toscano del Fanfani, p. 773; e Schuchardt, nella 



i . Per lo -mb- in -mm- vedasi Diez, Gramm. d. r. S.; vol. I, Consonanti latine, 
c propriamente b, in fine. 



202 F. D'OVIDIO 

Romania, III, 16-17), anzi in altre epoche si sarebbe scritta proprio cosi, 
senza tanti scrupoli (v. Rajna, / Cantari di Carduino ecc, Bologna, Ro- 
magnoli, 1873 ; p. LXV-VI), cosi la metatesi grillanda non ha fatto che 
smascherare meglio la doppia. Per la stessa ragione ho omesso pure 
mammalucco (fr . mameluque), che è l'arabo marnluk, che noi pronun- 
zieremmo naturalmente mamm-lukk. 

In quinto luogo, non ho qui tenuto conto di quei raddoppiamenti, corne 
eppoi, accanto, dappoi, comecchè, comecchessia, soprattutto, e simili : 
raddoppiamenti che appariscono quando si faccian conglomeramenti di 
due parole, di cui la prima abbia, corne appunto l'hanno e, a, da, corne, 
sopra, ecc, il potere di raddoppiare, anche quando le parole si scrivano 
separatamente, la consonante iniziale délia parola seguente (p. es. e tu, 
pronunzia ettù). Questi raddoppiamenti, che altri chiama ' sintattici', e 
che, a scanso d'ogni più lontano equivoco, io inclinerei a chiamar 'pa- 
ratattici', sono stati già illustrati da altri ' e da me stesso 2 altrove;e 
sebbene meritino forse ancora studj e dichiarazioni ulteriori,tuttavia non 
hanno in verità niente a che fare col soggetto onde qui vogliamo trattare, 
ed al quale oramai senz' altro ci volgiamo ; dopo avère perô ancora 
avvertito, che del raddoppiamento di z, corne di quello che pare facile e 
spontaneo a questo singolare suono, risultante del resto quasi sempre da 
nesso di consonanti assimilato, non cioccuperemopunto. 

I raddoppiamenti di consonante in sillaba protonica pajon determinati 
da molteplici condizioni, sicchè li verremo enumerando distribuiti in 
altrettante catégorie. Délie quali la prima 

A) è una categoria sui generis, alquanto distinta da tutte le altre, e 
taie che non esige una enumerazione compiuta, ma s'accontenta di una 
mera esemplificazione. Comprende essa quelle voci in cui una consonante 
è rinforzata da una consonante continua (y, /, r) che immediatamente le 
succéda : par che essa comunichi alla consonante précédente, che di solito 
è b, d, una parte délia sua forza durativa. Questo è il caso di abbiura 
(arcaismo per abjura; lat. abjurare), abbieito (=abjectus), obbietto, 
obbiezione, subbietto, addiacenîe (=adjacente[m]), addiettivo (=adjec- 
ti vus) ?; di obbliquo, obblio ; di abbrivare (= *ab-ripare), Abbruzzo 



1. V. Rajna, nel Propugnatore, vol. V ; e Schuchaudt, nella Romania, III, 
1-30. 

2. Propugnatore, vol. V. 

3. Dovremmo annoverare qui anche ia forma comune Macchiavelli. Il nome 
originario fu Mal-chiavello, cioè Malo-chiodo (vedi il vocabolario sotto 'chiavello' 
= clavulus con suffisso mutato), dello identico significato, quindi, che Mal- 
aguto, ed analogo a Malaspina, Malebranche (assai più antico di Dante), Mala- 
nima, Malvezzi, Malagrida, ecc. Si sarebbe aspettata l'assimilazione (Ikj in kkj), 
ma si ebbe invece la soppressione dell' /, cioè Machiavello (vedi il Sonetto suo a 
Giuliano de' Medici : « Ma perché un po' del pover Machiavello Vostra Magni- 



RADD0PP1AMENTI PROTONICI 20 J 

(Aprutium). Giova perô avvertire, e che queste voci, tranne la 
penultima, hanno anche la forma con consonante scempia (cfr. pûblico, 
ecc), e che la forma con la doppia la devono forse in parte pure alla 
influenza analogica délie parole corne abbattere, addurre, supporre, opporre, 
che contengono un prefisso o identico o rassomigliante. La seconda 
classe 

B) è di quelle parole sdrucciole, che raddoppiano la consonante che 
précède immediatamente la vocale accentata. Pare che 1' accento abbia in 
parola sdrucciola una maggior forza che in parossitona, epperciô la voce, 
preparandosi alla pronunciazione di un tal accento più energico, dia alla 
consonante stessa che lo précède una energia maggiore. Appartengono 
a questa classe ' : accidia (dbajola), accolito (ày.cAcuOsç, acolûthus, 
lsid. Orig. 7, \i, 29), assintoto [s-; (xtj^tîtwtoç), ammennicolo [-min-; 
adrrnnïculum), Bambillonia (Babilonia) 2 , bassilico (s-; (kaiXr/.cv) , 
bassilica (s- ; una délie vene del braccio), bottarica ^bottarga, -t-, i&x 
-xp'.yi, buccolica (-C-; bucolica), cattolico (catholicus,y.a0oAr/.6ç) ?)i 
commedia (comœdia), effimero (èçr ( [xspo;) , faccimolo (-C-; 'malia'; 
facinora?)4, giannizzero (-«-), immagine (-m-), ippocrito (-/?-; hypô- 
crha) , meccanica(-c-; (jt/rç^avtx-/)), melliloto (-/- ; melilôtus, [xeXfXwxoç) , 
mucellagine \-cill-, -cil-; mucïlagoemuccilago), pettegolo {-a, puti- 
culus?, cfr. putto -a, dial. putelï), rettorica (-t-; rhetorica), soffistico 
(-/-), turribolo (-r-; thuribulum), Pitîagora {-t-; Pythagoras), 
Flamminio {-m- ; Flaminiusï, Pollonia (-/-). 

Su alcune di queste parole si puô legittimamente sospettare che abbian 

ficenza si raccordi » ) e Machiavelli; forse si ebbe il plurale Ma'chiûvelli, donde 
si riconiô il singolare Machiavello. Comunque, la tendenza che si ha a pronun- 
ziare e scriver Macchiavelli, nasce dal solito influsso raddoppiativo del / sulla 
consonante antécédente, ed è ajutata anche dalla inopportuna analogia del nome 
macchia. 

1. Quando noto la parola senz'altro, vuol dire che essa non ha che la forma 
con la consonante doppia ; quando aggiungo in parentesi '■■b-, p. es., vuol dire 
che sussiste storicamente anche la forma con consonante scempia. Ma quale délie 
due sia più usata attualmente, facendosi qui una mera questione fonologica, non 
accenno e non cerco. Ometto anche di notare i derivati : notato, p. es., imma- 
gine, lascio stare immaginare, immaginoso, ecc. ecc. 

2. Vedi Rajna, I, cit. 

3. Scherzose formazioni analogiche, allusive a questi due ultimi vocaboli, 
sono la buccolica per ' la question delta bocca, del mangiare', e accattolica (viverc 
ail') per ' accatto (viver d')' [cfr. il Porta, nel Fraa Zenever : « Che fin che lu el 
batteva la cattolega, L'eva franch l'interess de la bùccolega »]. Forse a ribadire 
la scherzosa allusione che è in accattolica potrebbe aver contribuito in piccola 
parte il pensar che si fece agli ordini monastici cattolici dei mendicanti. Ad ogni 
modo, altri scherzi analoghi si hanno, p. es., in Sassonia per 'paese sassoso', 
Moscona per ' luogo pieno di mosche', 'candele di cera di Scgovia' per'candele 
d: sego', e via via. Ognuno, già, ricorda i mariti di Cornovaglia dei poemi 
cavallereschi. 

4. Ma pare s'abbia anche faccitimulo. 



204 F - d'ovidio 

influito parole aventi con esse qualche accidentale analogia fonica nella 
prima sillaba. Per esempio, accidia, assintoto possono facilmente essere 
state imbrancate tra le parole corne accendere, assomigliare, contenenti il 
prefisso a (d) ; e in accolito si potè persino sentire un accolto. In imma- 
gine, immaginare, si potè vedere quasi un composto di in-; del che 
sarebbe opportuna conferma il sentirsi in alcune parlate italiane me in- 
magino (Ascoli). La terza categoria 

C) è di quelle parole, le quali, avendo due o più sillabe prima diquella 
ove cade l'accento principale, vengono spontaneamente ad avère un altro 
accento, minore, sulla sillaba iniziale ; il quai minore accento è naturale 
che produca anch' esso, benchè di certo con minor costanza ed efficacia 
che non faccia l'accento principale, il raddoppiamento délia successiva 
consonante. Ad esempio, la forma straîtagemina per stratagemma=str a- 
têgëma = c~py.~r l -;r l [j.j.) è in sostanza stratta-gémma, quasi corne viva- 
ménle, liéve-ménte, ecosl via. Le altre voci che spettano a questa catego- 
ria sono : abbecedario (abecedarium), accademia (-c- ; acadëmïa, 
più tardi -emïa, , A-/.ot.or l \j.e:a), Alkmagna (-/-; Alemania e -nnia) 1 , 
allifante ed ellionfante [=elefante; commistovi anche, nella forma ellionf- 
e lionf-, indebitamente il nome del 'leone'l, allimbicco (sp. alambique, 
arabo ai-an bîq), appostolico (-p-), Appollonia (-p-), avvoltojo (-v-), 
babbilonia[(-b-j, ballacôcora (dialettale toscano per 'albicocca'; v. Caix, 
Saggio sulla storia délia lingua e dei dialeiti italiani, p. 137), Caîterina 
(-*-; xaôapoç), cemmamella (e cemanella, ciaramella, antichi francesismi, 
dachalumelle= piccola calamus), cioccolatte (spagn. chocolaté, dalmessi- 
cano chocollatl), cocco^r/7/oi*cocodrilus,crocodïlus,y.poy.so£iXoç), 
coccoveggia (napol. cuccuvaja ; àacucubar e),commestibile (da comedo), 
ceppicone (storpiatura popolana di "occipiî-one; v. Caix, op. cit., p. $7, 
141), etternale (arc), effemeride (ephemeris, £ÇY][xsptç), faccellina (-c-), 
Ferragosto ( Feriae Augusti), fummosierno (specie d'erba, da fumus 
terrae, [cfr. fummo=fumo]), mattematico (-/- ; mathematicus), 
missirizzi (-5-), oppenione (-pi-), pallafreno (-/-; paraveredus), pelle- 
grino (-r- ; peregrinusi, pappagallo (d'incerta origine, v. Diez, Ety- 
molog. Worlerb., I, 303 ; ma tutte le altre lingue, romanzee non romanze, 
hanno un solo />), pellicano (pelicanus, pelecanus, ^sXsxâvoç), 
Raffaele (Raphaël), rebbicone (e ribecone, accrescitivo di ribéca, dall' arabo 
rabâb; v. Diez, Et. W., I, 348), Ruffignano [Rufinia nus, nome loc; 
Flechia), scellerato (sceleratus), seccomoro (e sicomoro, sycomorus), 
seppellire {-p-; sepelire), suppellettile (supellex), soddisjare {-d-; 

1. Invece, da Alamani a, -nnia, venne Alkmagna, donde la forma aferetica 
Lamagna, e, preso il La per articolo, la Magna ; a ribadir quest'ultima forma 
contribuendo il correr che si fece col pensiero all'aggettivo magna, che dovè 
parer ben conveniente alla famosa t vagina gentium ». 



RADDOPPIAMENTI PROTONICI 20^ 

satisfacere , tittimaglio -malo {-t- ; ti86|xaXoç , Zaccana. [-c- ; 
Zacharias). Attanasio (-t- ; Athanasius). 

Anche per moite di queste parole non è illegittimo il sospetto che 
abbiano ricevuto, se non laspinta, almen la conferma, al raddoppiamento, 
dal ricordar che esse fecero inconsapevolmente altre parole, omofone ad 
esse nelle sillabe iniziali, e talora non affatto incongrue nel significato. 
Alcune, come accademia, avvoltojo, soddisfare, arieggiavano i composti 
dal prefisso a(d), su(b) ; pellicano ricordo forse la 'bianca pelle', secco- 
moro il secco, pappagallo il pappare, Ferragosto 'ûferro, ceppicone il ceppo. 
La quarta categoria 

D è di parole parossitone, délie quali non è facile assegnare un motivo 
che le abbia indotte a raddoppiar la consonante précédente ail' accento. 
Ne abbiamo, ad ogni modo, un doppio tipo. Alcune presenterebbero, 
quando il raddoppiamento non ci fosse, il tipo monotono di una série di 
sillabe composte di consonante più vocale e l'iniziale puo esser sola 
vocale come *a-lu-me (allume), * ca-po-ne \cappone\ ; e in queste il rad- 
doppiamento potrebb' esser venuto da tendenzadissimilativa. Le altre ci 
presenterebbero dopo 1' accento una doppia consonante o un nesso di 
consonanti, come *so-la-zzo (sollazzo), *Ve-le-tri (Velleiri), e in queste 
potrebbe il raddoppiamento esser nato da tendenza ad assimilare il peso 
délie consonanti precedenti con quello délie susseguenti all'accento. 
Comunque si debba pensare di questo non facile punto, ecco intanto le 
due spartizioni accennate : 

a) : alloda -dola lalauda), /' alloro {\Ua-\au rus), allume (alumen), 
bellico (umbilïcu's), bubbone(foj$w),borrace[sa\é] i-r-; arabobûraq), 
bottega (apothëca), cammino (-m-; camïnus, y.d\uvoç), cappone 
(capo -ônis, *axwv), Fittone [=Pitone; Python), fittone [barba 
maestra délia pianta] (<pu-c<5v ? da cui perô forse "fitto, donde 1' accres- 
citivo fittone? e insinuatavisi poi, ad ogni modo, 1' idea di 'fitto nel 
suolo' ?), graffito igraphium, graphis? e poi, ad ogni modo, in- 
sinuatavisi 1' idea del 'graffio'i, mammone (voce orientale ; ma in tutte le 
altre lingue ha un sol m ; greco antico \v.\jm , medio e moderno ;j.aï;j.cO ; 
in alcuni nostri dialetti meridionali maimone\, mannaro (vedi sopra), 
mellone [-1-; melo -ônis), miccino (da mica ? \,parassita (parasltus, 
TrapiaiTOç), petrosellino ipetroselïnum, TCeTpoaéXivov), scruttino {-t-) e 
squittino [=scrutinio, -inarè), scaffale (medio-alto-ted. schafe; dialett. 
nostro merid. scafale), tappeto (tapetum), zinnale (-n- ; * si nalis), 
Bartolommeo (-m-, Bartholomaeus y , Niccola [-C-] eNiccolà [-c- [onde 
par continuarsi parallelamente e un N'.y.iAïçitalo-dorico, e Nicolâus = 
Y.-/.;'/,:*:; c], Tolommeo {-m-; Ptolemaeus), Tommaso (-m-). Non so 
se allogar qui vassojo, che è certo ' il luogo dei vasi ' ; forse con un in- 
completo suffisso -ojo per -tojo. 



206 F. d'ovidio 

b) -.allegro (alâcre-) allocco (ulucus), allodio (latino medioevale 
alodium; e le altre lingue neolatine hanno un -/-, fuorchè il francese 
dice alleu), baccello (a me pare potersi derivare da bacillum, baston- 
cello), cammello {-m-; camëlus), Cammillo [-m-; Camillus), dammasco 
(e domasco, con a in o per contatto di m; Damascus), galloppa 
[=groppa, v. Diez, Et. W., I, 224), gammurra (camùrus ?),mannocclrio 
(-«-; cfr. manipolo), nappello (-/?-), ommetto (-m-; omittoï, oltarda 
(avi[s]-tarda), pannocchia (panicula), pennecchio (peniculus) e 
pennello, pappardo [papâven, Pollacco (-/-), sollazzo (solatium), soffismo 
(sofisma, uéçia^a), suggello (sigillum), uccello favicello-), Velletri 
(Velitrae), Lancillotto (-/-). 

Che anche in talune di queste voci v siano stati influssi di false ana- 
logie, non v' è dubbio. Senza stare ad almanaccare su tutte quelle in cui 
una tal cosa si pu6 presumere, ci basti toccare di sollazzo e suggello, ove 
facilmente s' è immaginato un composto del prefisso sub-. Su cammino 
= camïnus certo influi, indebitamente, cammino (iter). 

Quanto poi a ottarda e uccello, non parrebbe che lo sparir del dittongo 
au (per av[i] = avi-) sia affatto innocente del raddoppiamento délia 
consonante che gli succedeva ; tanto più se si consideri corne, quando il 
dittongo resta, resti pur scempia la consonante [augcllo, e méridionale 
auciello). Se non che, di una assimilazione corne quelladiattà (*civtate), 
non è a parlare, non avendosi qui attarda ne accello. Ammenochè non si 
supponesse che *avtarda, "avcello passassero in *o\tarda, * ovcello 
(con a in 0, pel contatto di v), donde ottarda, uccello (per occ-). 

E qui convien che si tocchi di alcuni verbi, di cui le singole voci, 
isolatamente prese, dovrebbero la loro doppia consonante a ragioni 
diverse, cosicchèil verbo complessivamente considerato non si saaquale 
délie catégorie fin qui poste ascriverlo. L'infinito garreggiare (-r-), e gar- 
reggiava [-r- e simili, entrerebbero nella categoria C, corne strâttagémma 
ecc. Invece [io) garreggio (-r-), (eglî) garreggia (-r-) e simili, entrereb- 
bero nella categoria D, b, corne cammello ecc. E finalmente garréggiano 
(-r-) entrerebbe nella categoria B, corne catîolico ecc. 

Dicasi lo stesso di eccheggiare (-c-) ; e pressappoco lo stesso di sagginare 
(sagino|), di proccurare {-c-), proffilare (-/-), provvedere (-v-). Di proffe- 
rlre (-/-) non si puô dir neanche questo, giacchè ha addirittura alcune 
voci ove la doppia viene ad essere postonica, corne prôffero '. E forse 
puô stare che sia prôffero la causa di profferire, e quest'ultimo la causa di 
tutti i raddoppiamenti che han luogo dopo il prefisso pro-. I quali perô, 
donde che sian nati, non intendo perché non si estendano anche a pro- 
porre, procedere, proteggere, profittare e simili. 

1. Lo stesso si ha a dir di quel brutto immitare (-/»-). In cui perô influi 
l'erroneo suppostodi un prefisso in-. 



RADD0PPIAMENT1 PROTONICI 207 

Ne a minori incertezze dàn luogo varj composti dai prefissi ab- e ad- 
come abbominare \-b-), abborrire (-&-), abbondare (-&-), addirare [-d-), 
addoprare (-d-), addornare [-d-) ; ai quali uniremo obbedire (-b-) e ubbidire 
(obedire) '. Se queste forme sien dovute ail' analogia dei molti verbi 
comincianti per a- o-, corne abbellire, opporrc; ovvero ail' essersi trovate 
certe voci verbali nelle condizioni délie voci délie varie catégorie da 
noi enumerate, come per es. abdmino corne cathôlicus, obedire 
come pèlicdnus, e quindi aver raddoppiato esse [abbômino, ôbbe- 
dire) ed essersi trascinate cosi appresso tutte le altre voci ; se a uno 
di questi motivi, dico, o a tutti e due insieme, o ad altri ancora, deb- 
basi la geminazione che si osserva in cotali verbi, io non ho modo di 
risolvere ;e,inverità, hopiùdesiderio che speranza, che altri possa darne 
una dichiarazione appieno soddisfacente. 

Ne s'è finita coi prefissi, che pajono esser davvero, in questa faccenda, 
la pietra dello scandolo. Il prefisso in- dà luogo a forme or con -n- riso- 
lutamente scempia, come inorridire ; or con risoluta geminazione di n, 
come innamorare ; or finalmente oscillanti tra le due, come inondare 
{-nn-), innalzare {-n-). In italiano in e non son le sole parole, si puôdire, 
che abbiano, senza essere interamente atone come gli articoli, serbata 
la consonante finale; ma, stante la tendenza irresistibile dell'organo to- 
scano a ridurre ad uscita vocalica anche le voci desinenti in consonante, 
geminando la consonante finale e aggiungendovi un e 7 , in e non si 
ridussero spesso a inné, nonne, persin nella scrittura î. Onde non riesce 
difficile intendere Yinn-amorare, inn-alzare, inn-abissare e via via, che 
sarebbero dovuti ail' abitudine fatta dall' orecchio toscano ail' inné per in. 
E forse l'essere più o men carica di consonanti la parte verbale del 
composto dovè contribuire a determinare la scelta tra -in e inn- (come 
si vede appunto in inn-a-mo-ra-re, da un lato, ed in in-orr-i-di-re 
dall'altro. 

A false analogie son proprio dovute dissenteria [s-; dysenteria, 
ïjzï/-epiz),dissuria, (dysuria, SucoupCa), raccamare [ricamare; verbo 
arabo raqama), rammanzina {-m-, romanzina), rammaricare (*re- 
amaricare), ammendare [emendare], arringo-are (creduto da a-\-*ringare, 
mentre non è che aringo, fr. harangue, dal germanico hring, oggi ring 
'circolo', in cui fu posta a tra h e r per eufonia ; cfr. pitocco = ^xar/éç), 



i. Quanto ad annaffiare, esso è inaffiare con prefisso scambiato. Ed annaspare, 
che potrebbe aver la identica spiegazione, potrebbe perô, stante la frequenza 
délia forma naspo per <75/>o, in molti dialetti, essere semplicemente un derivato di 
naspo, come annasare di naso. 

2. Quibus è letto daiToscani cjuibusse, dixit dissitte. E altre provincie 
dialettali fanno su per giù io stesso; 1 Calabresi dicono quibussu, dkchisitti. 

3. V. Raj.na, I. cit. 



208 F. D'OVIDIO 

subbisso [-b-; fatto sopra abisso, creduto composto del prefisso a, mentre 
è àêucaoç, abyssus). E qui va anche ascritto il sussurro, (che da molti, 
contro tutte le consuetudini toscane vecchie e nuove, si scrive per 
susurro, sûsurro), ed è da mandare a spasso, assieme con stassera ed 
altre cose simili. E qui pure, giacchè si parla di false analogie, citeremo 
emanceppare peremancïpare, vedutivisi dentro 'i ceppi'. 

El sarà un'altra categoria di voci forestière, le quali assumono facilmente 
la consonante doppia, per ciô che non riconnettendosi ad altre voci 
italiane restano esposte più délie altre a trasformazioni arbitrarie. 
Avremo baccalà (Diez, Et. W., II, 242), caccdo (spagn., portogh. franc. 
cacao, messicano kakahuatl), caccïvacca {<- ; voce portogh. 1, dettaglio 
[détail), gecchire (franc, jéquir, antico-alto-tedesco jehan; Diez, Et. W., 
I, 205), gettajone (presso gli scrittori latini gith), gïnnetto (spagn. ginete), 
Ghibcllino, lacchè (Diez, Et. W., I, 239), mattalotaggio (-?-; matelotage), 
occitano (=provenzale, da oc, che sogliamo pronunziare occ), palette 
(paletot), passagaglio -allô (spagn. pasagalle), pottaggio (potage), quiddità 
(lat. scolast. quiditas, da quid, che suolsi pronunziare quidd), taffettd 
(pers. talfteh), tonnellata (-n- ; spagn. tonelada), traccheggiare (Diez, 
Et. W., II, 242). 

Notiamo finalmente parecchie voci che restano dubbie, stante la eti- 
mologia incerta od affatto oscura. Sono : aggina, ammannire {-n- ; da 
mano? Diez, Et. W., II, 152, vi ripugna), arlecchino, abbaino, acceggia, 
baccalare (-C-), battifolle, belletta, billéra, billén, cammeo, facchino (v. il 
dizionario di Bellini e Tommaseo, che su questa voce riferiscono alcune 
congetture), ferrajuolo (-r-), gabbano (Diez, Et. W., I, 109, 193), 
gabbanella {-b-), gabbeo, galleria, gallone (cfr, gal-ante, gala; Diez, Et. 
W., I, 195 ; e vi fu uno, non ricordo piùchi, che mise avantil'etimo a la 
per 'nastro'J, gallïrico, garretta (-r-), gattabuja, ginnaremo,guarguattagio, 
marrone, marruffini, mattajone, mattarozza \-t-), mattone, mellina ^da 
Malines, corne dicono ?), mullaghera, pappoleggio (-/>-), parroffia [-r-], sag- 
gina,scoffone, scuffina, sdonnino, sessitura, sevecchime, solleccola, solluchero 
(salivicula? CAix,op. cit., p. 93), subbillare {-b-) esobillare (sibilare? 
odasubula, corne alcuni dicono?), taffemglio, tattamella, tellïna, tin- 
nudculo, tottavilla, zaccagna, zaccarale, zecconato, zeppolino. 

Finita la enumerazione e distribuzione délie voci, ci resta ancora una 
parte importantissima délia nostra ricerca : quali sieno le consonanti che 
più volentieri soggiacciano al raddoppiamento. Ripercorrendo le nostre 
liste (escluse, s'intende, la categoria A, e queste ultime voci incerte), ci 
troviamo talora avanti a dubbj penosi, non sapendoci risolvere a inclu- 

1 . La propensione del toscano pel -U- l'ebbe già avvertita, con la sua solita 
perspicacia, il Flechia (Archivio glotlologico italiano, vol. II, pag. 318). 



RADDOPPIAMENTI PROTONICI 20Ç 

dere o ad escludere quelle voci, ove il raddoppiamento, piùchea ragioni 
fonetiche. le quali del resto non devono aver quasi mai taciuto intera- 
mente, è dovuto a influsso di parole, affini di suono e di significato, cui 
esse ricordavano. Comunque, fatta la statistica con la maggior discrezione 
possibile, troviamo, che a tutte va innanzi, per facilita a raddoppiarsi, 
la /, che si raddoppia ben ventotto volte. Le vien subito dopo il t ! , che 
si raddoppia ventuna volta. Sussegue la m, con venti esempj. Il c 
gutturale si raddoppia sedici volte. Dodici volte il p ; dodici la n ; nove 
la f, ed altrettante il b ; otto la s, ed altrettante il c palatale ; sette volte 
la r ; e cinque il ci. Infimi sono il g palatale e il v, che han due soli 
esempj ognuno. Di g gutturale non ho neanche un esempio. 

D'indagare le ragioni di questo diverso, quasi direi, coefficiente di 
geminabilità dei varj suoni, non ho ora il tempo ne la maniera. Corne 
neanche mi sento in grado di risolvere, se i motivi da noi sopra accennati 
per le singole catégorie sieno stati essi la prima spinta al raddop- 
piamento, e la consonante, già in se disposta a raddoppiarsi, abbia 
sol approffittato délia buona occasione per farlo ; ovvero se sia stata la 
consonante la prima a far premure, dirô cosi, pel suo raddoppiamento, 
e i motivi suddetti abbiano solo determinata la concessione del raddop- 
piamento medesimo ; se insomma catolico, p. es., lo abbian fatto cattolico 
più per rafforzare 1' accento e dar maggior corpo alla parola che per 
sfogare la velleità raddoppiativa del f, o viceversa. Inclinerei, in verità, 
al primo supposto ; benchè forse per qualche singola voce, o forse per 
quasi tutta la categoria D, si possa anche preferire il secondo. 

Altra questinne non iieve è quella che concerne l'età dei nostri raddop- 
piamenti, délia quale crediamo non potersi, almen per ora, dir altro se 
non che essa vada risoluta in modo spéciale per ogni singola voce. Nella 
schiera di parole che si son passate in rassegna ve n'ha di quelle in cui 
il raddoppiamento è récente, corne ve n'avrà certamente di quelle vete- 
rane, che assunsero la doppia consonante persin dai tempi anteriori alla 
formazione délie varie lingue neolatine. Già sul principio di questo scritto 
furono notate alcune parole, corne pugilatus ecc, che accanto alla 
forma con consonante scempia aveano già nel latino classico la forma con 
la doppia. E si puô qui aggiungere che puranco di quelle norme che 
diventarono generali in questa o quella lingua neolatina, o proprio ca- 
ratteristiche di qualcuna di esse, i primi accenni si trovano nel latino dei 



i . Dei venti e un caso di -t- raddoppiato, otto sono di -th- (cMolico, Atta- 
nasio, Pittagora, Catterina, mattematica, ûttimaglio, bottega, Fittone), e dei sedici 
di c gutturale tre sono di ch (meccanica, eccheggiare, Zaccaria). Ma ciô non noto, 
se non per osservare însieme che errerebbe di molto chi, in questi undici casi, 
tenesse il raddoppiamento per una trasformazione o compensazione délia primi- 
tiva aspkazione. 

Romania. VI l 4 



2 10 F. D'OVIDIO 

migliori tempi. Nei quali, per esempio, s'ebbe offa accanto a ôfella 
(oggi ofella e offella) , che sembra accennare di già alla tendenza al rad- 
doppiamento délia consonante postonica '. E di tapetum (-wforçç), 
benchè in latino non s'abbia mai altro che con -p-, pure è legittimo so- 
spettare che in età ancora antica volgesse a -pp-, tostochè accanto 
all'italiano tappeto troviamo il francese tapis, e non tavis, corne in massima 
s'aspetterebbe che fosse se venisse da tapetum, e il tedesco teppich. Ma 
certo recentissimo è bellico ed eccheggiare e simili. La nostra raccolta, 
quindi, mette assieme i portati di età storiche diversissime. 

E corne 1' intento storico è, s' è già detto, quello a cui abbiamo mirato, 
qui noi dovremmo finire, senza guardar punto alla questione pratica 
ortografica. Ma non possiamo rassegnarci a dipartirci dal nostro soggetto 
senza trarne almeno un criterio générale, un &jci[jui8iov quasi direi. La 
quantità non scarsa di questi raddoppiamenti protonici ci deve, mi pare, 
rendere non troppo restii ad accoglierli nell'uso ortografico. Dove la 
forma con consonante doppia ha interamente soppiantata quella con la 
scempia, non v'èneanche questione dafare, e nessuno, io credo, pensera 
a scrivere alodola, scelerato, solazzo, alegro, botega e simili. Dove la 
forma con consonante doppia, quantunque comparsa, in certe epoche e 
in certe provincie, nella letteratura, non è riuscita a farsi strada, ed è 
morta, o, tutt' al più, è rimasta circoscritta a poche o a moite parlate 
toscane, sarebbe un'affettazione, letterariao popolaresca, secondo i casi, 
il rimetterla ora in campo, in luogo di quella ch' è più usata e più eti- 
mologica : una taie affettazioue commetterebbe chi scrivesse mattematica, 
proccurare esimïU. Ma dove tra le due forme ha luogo ancora un certo 
contrasto, quivi pu6 avère anche un certo campo il gusto, e sin il ca- 
priccio, individuale. L' essere colui che scrive un erudito, a cui stia 
sempre innanzi alla mente il tipo etimologico, od uno vago di seguire 
quanto sappia di più récente e di più popolare; 1' essere egli nativo 
d'una provincia italiana ove le parlate locali spesseggino di doppie, o 
dove invece le scempie tengano il campo ; 1' avère trovata V una forma 
o F altra in libri prediletti o avversi ; il volere spingere la concisione fino 
a risparmiar le lettere o la facondia fino ad abbondare di quelle; tutte 

i. Corne si trovano anche già certi scempiamenti ; p. es., canalis da 
canna. Ea questo proposito, raccoglieremo qualche esempio di scempiamento 
italiano ; senza perô volerne fare oggetto di ricerca e di dichiarazione. Citiamo : 
obate (-bb-), comiato (-mm-), comando, comune, comcnto, -tarw (-mm-), cinabro 
(cinnabaris, xtvvdcêapt;), canochiale (-nn-), csagerare, Emanuele (-mm-), gra- 
matica (-mm-) , parafasse (-II- ; îtapo&XaÇiç ), parosismo (-ss- ; 7rapo?uff[i6ç ), sca- 
monca (scammonëa,(7xa[j.!xwv£ta), ufizio (-§-). Cfr. malato (maie aptus; ma 
preso per participio di malare, ammalare, verbi denominativi di maie ; cfr. invece 
malattia), brulico (da * b [rjullico da bulli o? Caix, op. cit., p. 102), comodo, 
•pratico (practicus Fulgent. Myth. 2, 1 ; TipaxTixô; ; a scempiare il -tt- con- 
tribuai l'analogia di fanatico, companatico, matematico e simili). 



RADDOPPIAMENTI PROTONIC1 211 

queste e simili altre cose sogliono determinare colui che scrive a scapric- 
ciarsi a prediligere piuttosto 1' una che V altra forma; predilezione, del 
resto, che spesso è affatto momentanea e mutabile. Tuttavia, io crederei 
che un criterio giusto avesse ad esser questo. Quanto aile parole che 
entrano più nel linguaggio dotto, preferirei la forma più etimologica ; 
direi la poesia bucolica, per esempio, e direi, scrivendo di matematica, 
gli asinloti; perché queste son parole tecniche che restano nel dominio 
di pochi, i quali facilmente possono convenire di attenersi alla forma più 
etimologica emeno sformata. Ma direi sempre cattolico, meccanica, perché 
1' uso comune è questo, e scrivendo altrimenti si va incontro alla mara- 
viglia di molti e al sorriso di parecchi, senza che metta conto di suscitar 
quella o di sfidar questo. 

Francesco d'Ovidio. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 

RECUEILLIS DANS UN VILLAGE DU BARROIS 

A MONTIERS-SUR-SAULX (MEUSE) 

{Suite). 



XII. 
LE PRINCE ET SON CHEVAL. 

Il était une fois un roi qui avait un fils. Un jour, il lui dit : 
« Mon fils, je pars en voyage pour une quinzaine. Voici toutes les clefs 
du château, mais vous n'entrerez pas dans telle chambre. — Non, mon 
père, » répondit le prince. Dès que son père eut le dos tourné, il courut 
droit à la chambre et y trouva une belle fontaine d'or; il y trempa le 
doigt; aussitôt son doigt fut tout doré. Il essaya d'enlever l'or, mais il 
eut beau frotter, rien n'y fit; il se mit un linge au doigt. 

Le soir même, le roi revint. « Eh bien ! mon fils, avez-vous été dans 
la chambre? — Non, mon père. — Qu 'avez-vous donc au doigt? — 
Rien, mon père. — Mon fils, vous avez quelque chose. — C'est que je 
me suis coupé le doigt en taillant la soupe à nos domestiques. — 
Montrez-moi votre doigt. » Il fallut bien obéir. « A qui me fierai-je, » 
dit le roi, « si je ne puis me fier à mon fils ? » Puis il lui dit : « Je vais 
repartir en voyage pour quinze jours. Tenez, voici toutes mes clefs, mais 
n'entrez pas dans la chambre où je vous ai défendu d'entrer. — Non, 
mon père ; soyez tranquille. » 

A peine son père fut-il parti que le prince courut à la fontaine d'or; 
il y plongea ses habits et sa tête ; aussitôt ses habits furent tout dorés et 
ses cheveux aussi. Puis il entra dans l'écurie, où il y avait deux che- 
vaux, Moreau et Bayard. « Moreau, » dit le prince, « combien fais-tu 
de lieues d'un pas? — Dix-huit. — Et toi, Bayard? — Moi, je n'en fais 
que quinze, mais j'ai plus d'esprit que Moreau. Vous ferez bien de me 
prendre. » Le prince monta sur Bayard et partit en toute hâte. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 21 J 

Le soir même, le roi revint au château. Ne voyant pas son fils, il 
courut à l'écurie. « Où est Bayard ? » dit-il à Moreau. — « Il est parti 
avec votre fils. » Le roi prit Moreau et se mit à la poursuite du 
prince. 

Au bout de quelque temps, Bayard dit au jeune homme : « Ah ! 
prince, nous sommes perdus! je sens derrière nous le souffle de Moreau. 
Tenez, voici une éponge; jetez-la derrière vous le plus haut et le plus 
loin que vous pourrez. » Le prince fit ce que lui disait son cheval, et, 
à l'endroit où tomba l'éponge, il s'éleva aussitôt une grande forêt. Le 
roi franchit la forêt avec Moreau. « Ah! prince, » dit Bayard, « nous 
sommes perdus! je sens derrière nous le souffle de Moreau. Tenez, 
voici une étrille; jetez-la derrière vous le plus haut et le plus loin que 
vous pourrez. » Le prince jeta l'étrille, et aussitôt il se trouva une 
grande rivière entre eux et le roi. Le roi passa la rivière avec Moreau. 
« Ah! prince, » dit Bayard, « nous sommes perdus! je sens derrière 
nous le souffle de Moreau. Tenez, voici une pierre; jetez-la derrière 
vous le plus haut et le plus loin que vous pourrez. » Le prince jeta la 
pierre, et il se dressa derrière eux une grande montagne de rasoirs. Le 
roi voulut la franchir, mais Moreau se coupait les pieds; quand ils furent 
à moitié de la montagne, il leur fallut rebrousser chemin. 

Cependant le prince rencontra un jeune garçon, qui venait de quitter 
maître et retournait au pays. « Mon ami, » lui dit-il, « veux-tu 
échanger tes habits contre les miens ? — Oh ! » répondit le jeune gar- 
çon, « vous voulez vous moquer de moi. » Il lui donna pourtant ses 
habits; le prince les mit, puis il acheta une vessie et s'en couvrit la tête. 
Ainsi équipé, il se rendit au château du roi du pays, et demanda si l'on 
avait besoin d'un marmiton : on lui répondit qu'oui. Comme il gardait 
toujours la vessie sur sa tête et ne laissait jamais voir ses cheveux, tout 
le monde au château le nommait le Petit Teigneux. 

Or, le roi avait trois filles qu'il voulait marier : chacune des princesses 
devait désigner celui qu'elle choisirait en lui jetant une pomme d'or. Les 
seigneurs de la cour vinrent donc à la file se présenter devant elles, et 
les deux aînées jetèrent leurs pommes d'or, l'une à un bossu, l'autre à un 
tortu. Le Petit Teigneux s'était glissé au milieu des seigneurs; ce fut à 
lui que la plus jeune des princesses jeta sa pomme : elle l'avait vu 
démêler sa chevelure d'or, et elle savait à quoi s'en tenir sur son compte. 
Le roi fut bien fâché du choix de ses filles : « Un tortu, un bossu, un 
teigneux, » s'écria-t-il, « voilà de beaux gendres ! » 

Quelque temps après, il tomba malade. Pour le guérir, il fallait trois 
pots d'eau de la reine d'Hongrie : le tortu et le bossu se mirent en route 
pour les aller chercher. Le prince dit à sa femme : « Va demander à ton 
père si je puis aussi me mettre en campagne. » 



214 E - C0S QI> IN 

« Bonjour, mon cher père. — Bonjour, madame la Teigneuse. — 
Le Teigneux demande s'il peut se mettre en campagne. — A son aise. 
Qu'il prenne le cheval à trois jambes, qu'il parte et qu'il ne revienne plus.» 

Elle retourna trouver son mari. « Eh bien ! qu'est-ce qu'a dit ton 
père ? — Mon ami, il vous dit de prendre le cheval à trois jambes et de 
partir. » Elle n'ajouta pas que le roi souhaitait de ne pas le voir reve- 
nir. Le prince monta donc sur le vieux cheval et se rendit au bois où il 
avait laissé Bayard. Il trouva auprès de Bayard les trois pots d'eau de 
la reine d'Hongrie; il les prit et remonta sur le cheval à trois jambes. 
En passant près d'une auberge, il y aperçut ses deux beaux-frères qui 
étaient à rire et à boire. « Eh bien ! » leur dit-il, « vous n'êtes pas allés 
chercher l'eau de la reine d'Hongrie? — Oh! » répondirent-ils, « à 
quoi bon? Est-ce que tu l'aurais trouvée? — Oui. — Veux-tu nous 
vendre les trois pots?— Vous les aurez, si vous voulez que je vous 
donne cent coups d'alêne dans le derrière. — Bien volontiers. » 

Le tortu et le bossu allèrent porter au roi les trois pots d'eau de la 
reine d'Hongrie. « Vous n'avez pas vu le Teigneux?» leur demanda le 
roi. — « Non vraiment, sire, » répondirent-ils. « En voilà un beau que 
votre Teigneux ! » 

Quelque temps après, il y eut une guerre. Le prince dit à sa femme : 
« Va demander à ton père si je puis me mettre en campagne. » 

« Bonjour, mon cher père. — Bonjour, madame la Teigneuse. — Le 
Teigneux demande s'il peut se mettre en campagne. — A son aise. Qu'il 
prenne le cheval à trois jambes, qu'il parte et qu'il ne revienne plus. » 

Elle retourna trouver son mari. « Eh bien! qu'est-ce qu'a dit ton 
père ? — Mon ami, il vous dit de prendre le cheval à trois jambes et de 
partir. » Elle n'ajouta pas que le roi souhaitait de ne pas le voir revenir. 
Le prince se rendit au bois sur le cheval à trois jambes. Arrivé là, il mit ses 
habits dorés, monta sur Bayard et s'en fut combattre les ennemis. Il 
remporta la victoire. Or, c'était contre le roi son père qu'il avait livré 
bataille. 

Le tortu et le bossu, qui avaient regardé de loin le combat, retour- 
nèrent auprès du roi et lui dirent : « Ah ! sire, si vous aviez vu le vaillant 
homme qui a gagné la bataille! — Hélas! » dit le roi, « si j'avais encore 

ma plus jeune fille, je la lui donnerais bien volontiers ! Mais avez- 

vous vu le Teigneux? — Non vraiment, sire, » répondirent-ils. « En 
voilà un beau que votre Teigneux ! » 

Survint une nouvelle guerre. Le prince envoya sa femme demander 
pour lui au roi la permission de se mettre en campagne. Puis, s'étant 
rendu au bois sur le cheval à trois jambes, il mit ses habits dorés, 
monta sur Bayard, et partit pour la guerre, encore plus beau que la 
première fois. Il gagna la bataille, et le tortu et le bossu, qui regardaient 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 21 5 

de loin, disaient : « Ah! le bel homme! le vaillant homme! — Ah ! 
sire, » dirent-ils au roi, « si vous aviez vu le vaillant homme qui a gagné 
la bataille! — Hélas! » dit le roi, « que n'ai-je encore ma plus jeune 
fille! je la lui donnerais bien volontiers Mais avez-vous vu le Tei- 
gneux ? — Non vraiment, sire. En voilà un beau que votre Teigneux ! » 

Il fallait encore deux pots d'eau de la reine d'Hongrie pour achever 
la guérison du roi. Le prince fit demander au roi la permission de se 
mettre en campagne, et s'en alla au bois sur le cheval à trois jambes. Il 
trouva les deux pots près de Bayard ; il les prit, puis il repartit. En 
passant devant une auberge, il y vit ses deux beaux-frères qui étaient à 
rire et à boire. « Eh bien ! » leur dit-il, « vous n'allez pas chercher l'eau 
de la reine d'Hongrie? — Non, » répondirent-ils; « à quoi bon? En 
aurais-tu par hasard ? — Oui, j'en rapporte deux pots. — Veux-tu nous 
les vendre? — Je veux bien vous les céder, si vous me donnez vos 
pommes d'or. — Qu'à cela ne tienne! les voilà. » 

Le prince prit les pommes d'or, et ses beaux-frères allèrent porter au 
roi l'eau de la reine d'Hongrie. « Avez-vous vu le Teigneux ? leur 
demanda le roi. — Non vraiment, sire, » répondirent-ils. « En voilà un 
beau que votre Teigneux! » 

Bientôt après, le roi eut de nouveau à soutenir une guerre. Le prince 
se rendit au bois, comme les fois précédentes, sur le cheval à trois jambes. 
Arrivé là, il mit ses habits dorés, avec lesquels il avait encore meilleur 
air qu'auparavant, monta sur Bayard et partit. Il gagna encore la bataille. 
Comme il s'en retournait au galop, le roi, qui cette fois assistait au 
combat, lui cassa sa lance dans la cuisse afin de pouvoir le reconnaître 
plus tard. 

De retour dans le bois, Bayard dit à son maître : « Prince, je suis 
prince aussi bien que vous : je devais rendre cinq services à un prince. 
Voulez-vous partir avec moi? Mais maintenant où est mon royaume, où 
est tout ce que je possédais ? » Le prince le laissa partir seul, et revint au 
château sur le cheval à trois jambes. 

Le roi fit publier partout que celui qui avait gagné la bataille recevrait 
une grande récompense. Beaucoup de gens se présentèrent au château 
après s'être cassé une lance dans la cuisse; mais on n'avait pas de peine 
à reconnaître que ce n'était pas la lance du roi. 

Cependant le prince était arrivé chez lui, et sa femme avait envoyé 
chercher un médecin pour retirer la lance. Le roi vit entrer le médecin; 
comme celui-ci restait longtemps, il entra lui-même et reconnut sa 
lance; il ne savait comment expliquer la chose. Le prince lui dit : « C'est 
moi qui ai tout fait. La première fois, j'ai trouvé les trois pots d'eau de 
la reine d'Hongrie près de mon cheval : je les ai cédés à mes beaux- 
frères moyennant cent coups d'alêne que je leur ai donnés dans le der- 



2 1 6 E. COSQUIN 

rière. La seconde fois, ils m'ont donné leurs pommes d'or pour avoir 
les deux autres pots. » 

Le roi fit alors venir le tortu et le bossu : « Eh bien! » leur dit-il, 
« où sont vos pommes d'or? — Nous ne les avons plus. » On leur 
donna à chacun un coup de pied et on les mit à la porte. On fit la paix 
avec le père du prince, et tout le monde fut heureux. 

Notre conte correspond au n° 136 de la collection Grimm, qui est moins 
complet. Voir les remarques de G. Grimm sur ce conte et aussi celles publiées 
par M. R. Kœhler en 1867 sur un conte italien (Jahrbuch fur romanische und 
englischc Litcratur, t. VIII, p. 253) et en 1870 sur plusieurs contes siciliens de la 
collection Gonzenbach (n°' 26, 61 et 67), dans lesquels nous retrouvons, en les 
complétant les uns par les autres, les divers éléments de notre conte lorrain. 

Nous insisterons sur certains rapprochements déjà indiqués dans ces remarques 
et nous en ajouterons de nouveaux. 

L'introduction de notre conte lorrain se retrouve, plus ou moins ressemblante, 
dans différents contes européens. A ceux que M. Kœhler a analysés dans 
ses remarques sur le conte italien, nous pouvons en ajouter d'autres, très-voi- 
sins aussi du nôtre pour l'ensemble du récit : un conte du Tyrol italien (Schnel- 
ler, n° 20), deux contes du « pays des Saxons » en Transylvanie (Haltrich, 
Deutsche Volksmarchen ans dem Sachsenlande in Siebcnbûrgen, 1856, n" 1 1 et 1 $), 
et un conte flamand (Deulin, Contes du roiCambrinus, 3 e éd., 1874; voir, p. 151, 
le conte intitulé Caillou qui biques!...). Mentionnons encore un conte catalan 
du Rondallayre publié par M. Maspons y Labros (3 e série, 1875, p. 21) et 
le conte breton de Koadalan, recueilli par M. F. -M. Luzel (Revue celtique, 
n° 1, 1870), lesquels, dans le cours du récit, s'écartent de notre conte. 

En Orient, nous avons d'abord à citer un épisode d'un poëme des Kirghizde la 
Sibérie méridionale (Radloff, Probcn der Volksliteratur der tùrkischcn SLcmme Siïd- 
Sibiriens, t. III, 1870, p. 261). Kosy Kœrpcesch, parti à la recherche de sa 
fiancée, arrive auprès d'une « fontaine d'or » ; il y trempe sa chevelure, qui 
devient toute dorée. Une vieille femme qui lui apprend où est Bajan, sa fiancée, 
lui conseille de se déguiser en teigneux. Il arrive pendant la nuit à la yourte de 
Bajan et se couche par terre. La jeune fille, s'étant réveillée, voit la yourte 
tout éclairée. Ce sont les cheveux de Kosy qui sont sortis de dessous sa coiffure 
et qui brillent. Elle reconnaît que Kosy est là. 

Mais ce qui se rapproche d'une taçon bien plus frappante de l'introduction de 
notre conte lorrain, c'est un conte qui a été recueilli dans l'île de Zanzibar, 
chez les Swahili, population issue d'un mélange de nègres et d'Arabes (Sivahili 
Taies, with an english translation, by Edward Steere. London, 1870, p. 381). 
En voici le résumé : 

Un sultan n'a point d'enfants. Un jour, il se présente devant lui un démon 
sous forme humaine, qui lui offre de lui en faire avoir, à condition que sur 
deux, le sultan lui en donnera un. Le sultan accepte la proposition; sa femme 
mange une certaine substance que le démon a apportée et elle a trois enfants. 
Quand ces enfants sont devenus grands, le démon en prend un et l'emmène dans 
sa maison. — Au bout de quelque temps, il donne au jeune garçon toutes ses 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 2 I 7 

clefs et part pour un mois en voyage. Un jour, le jeune garçon ouvre la porte 
d'une chambre : il voit de l'or fondu; il y met le doigt et le retire tout doré. 
Il a beau le frotter, l'or ne s'en va pas; alors il enveloppe son doigt dans un 
chiffon de linge. Le démon, étant revenu, lui demande : « Qu'avez-vous au 
doigt? » — « Je me suis coupé, » dit le jeune garçon. Pendant une autre 
absence du démon, le jeune garçon ouvre toutes les chambres. Il trouve dans 
les cinq premières des os de divers animaux, dans la sixième des crânes humains, 
dans la septième un cheval vivant. « O fils d'Adam! » lui dit le cheval, « d'où 
venez-vous? » Et il lui explique que le démon ne fait autre chose que de 
dévorer des hommes et toutes sortes d'animaux. Il donne au jeune garçon le 
moyen de le faire périr. Le jeune garçon suit ces conseils, et, débarrassés du 
démon, le cheval et lui vont s'établir dans une ville, bâtissent une maison, et le 
|eune homme épouse la fille du sultan du pays. 

Ce n'est pas seulement l'introduction de notre conte lorrain, c'est presque 
tout l'ensemble du récit que nous retrouvons dans le Cambodge (Bastian, die 
Valkcr des œstlichen Asicns, t. IV, 1 868, p. 350). En voici le résumé d'après 
l'analyse fort écourtée de M. Bastian : 

Après diverses aventures, Chao Gnoh, enfant extraordinaire, est recueilli par 
la reine des Yakhs (sorte d'ogres ou de mauvais génies), laquelle l'adopte pour 
fils. Elle le laisse libre de se promener à son gré dans les jardins du palais; 
mais il ne doit pas s'approcher de l'étang d'argent ni de l'étang d'or. Poussé 
par la curiosité, Chao Gnoh va voir l'étang d'or, y plonge le doigt, et, ne pou- 
vant enlever l'or dont son doigt est resté couvert, il se voit obligé de le bander 
et de dire à la reine qu'il s'est blessé. Puis il visite les cuisines du palais et y 
trouve des monceaux d'ossements et aussi une paire de pantoufles merveilleuses 
avec lesquelles on peut voyager dans l'air, un bonnet qui donne l'apparence 
d'un sauvage (sic) et une baguette magique. Il prend ces objets et s'élève en 
l'air par la vertu des pantoufles. Comme il se repose sur un arbre, la reine des 
Yakhs l'aperçoit et lui crie de revenir; mais il ne l'écoute pas. Alors elle met 
par écrit toute sa science magique, appelle autour d'elle tous les animaux et 
meurt de chagrin. Son fils adoptif, étant venu aux funérailles, lit les formules que 
la reine a écrites et les apprend par cœur. Puis, prenant son vol, il arrive dans 
un pays où justement un roi célébrait les noces de ses filles, à l'exception de la 
plus jeune qui ne trouvait personne à son goût. Le roi fait venir tous les jeunes 
gens de son royaume, mais aucun ne plaît à la princesse, puis tous les hommes 
d'âge, mais sans plus de résultat. Alors il demande s'il est encore resté quel- 
qu'un. On lui répond qu'il n'y a plus que le sauvage (Chao Gnoh) qui joue là- 
bas avec les enfants de la campagne. Quand la princesse entend parler de Chao 
Gnoh, elle se déclare aussitôt disposée à l'épouser, malgré le mécontentement 
de son père, qui la bannit avec son mari dans un désert. Quelque temps 
après, le roi exprime le désir d'avoir du poisson et envoie ses gendres lui en 
chercher; mais ceux-ci ne peuvent en trouver, car Chao Gnoh, grâce à son art 
magique, a rassemblé tous les poissons autour de lui après avoir lui-mêmechangé 
de forme. Enfin, après bien des supplications de la part de ses beaux-frères, il 
consent à leur en céder, mais seulement à condition qu'il leur coupera le bout 
du nez. Ensuite le roi a envie de gibier ; mais ses gendres ont beau chasser : 



2l8 E. COSQUIN 

Chao Gnoh a rassemblé autour de lui tous les animaux de la forêt, et il ne leur en 
cède que contre le bout d'une de leurs oreilles. Mais bientôt, poussés par les 
génies qui sont indignés de voir mépriser leur ami (Chao Gnoh), des ennemis 
fondent en grand nombre sur le pays du roi, et ses gendres sont battus. Comme 
le roi demande s'il ne reste plus personne, on lui parle de Chao Gnoh, et 
celui-ci, muni par les génies d'armes magiques et d'un cheval ailé, a bientôt 
fait de mettre l'ennemi en déroute. A son retour, le roi, rempli de joie, le fait 
monter sur son trône. 

Dans ce conte de l'extrême Orient, comme dans notre conte lorrain, se 
trouvent à la fois l'épisode des objets cédés par le héros à ses beaux-frères et 
celui de la victoire remportée par lui, épisodes qui, dans un grand nombre de 
contes européens de ce type, ne sont pas réunis dans le même récit. 11 ne sera 
peut-être pas sans intérêt de nous arrêter un instant sur le premier de ces deux 
épisodes. 

Dans un conte sicilien (Gonzenbach, n° 61), Peppe cède à ses frères les 
oiseaux qu'il a tués, à la condition qu'il leur imprimera sur l'épaule une tache 
noire. Dans un conte grec moderne (Hahn, II, p. 198), le héros ne donne 
à ses beaux-frères une fiole du lait de biche qui doit rendre la vue au roi 
qu'après qu'ils se sont laissé marquer au derrière {sic) du sabot de son cheval. 
Dans un romance espagnol cité par M. Kœhler, Juan remet successivement à 
ses frères l'eau merveilleuse, le lait de lionne et les étendards pris sur l'ennemi, 
en échange de quoi ses frères lui donnent les poires qu'ils ont reçues du roi 
(dans le conte du Tyrol italien mentionné plus haut, le prétendu « teigneux » 
cède à ses beaux-frères une fiole de sang de dragon contre les « boules d'or » 
— dans un autre conte du même pays, contre les « pommes d'or » — qu'ils 
ont reçues des princesses); puis ils se laissent couper une oreille et enfin 
marquer au fer rouge d'un signe de servitude sur l'épaule gauche. Dans un conte 
russe, également cité par M. Kœhler, c'est contre un petit doigt du pied, puis 
de la main, et contre une lanière sanglante taillée dans leur dos que les beaux- 
frères du héros reçoivent de lui trois animaux merveilleux qu'ils étaient allés 
chercher. 

Ces conditions du conte russe se retrouvent identiquement dans un poème des 
Tartares de Sibérie, très-voisin de notre conte et dont voici l'analyse (Radloff, 
t. II, 1868, p. 607 etsuiv.) : 

Sudaei Maergaen, trahi par sa femme qui veut le faire tuer, abandonne son 
pays. Près de mourir de faim dans une forêt, il dit à un ours qu'il rencontre de 
le dévorer. L.'ours a peur de lui et s'enfuit. Sudaei Maergaen le rattrape, le saisit 
et le lance par terre : la peau lui reste dans la main. Il s'en revêt et arrive dans 
un pays où il effraie les gens. Il entre dans une maison, dit qu'il est un homme 
et demande à une jeune fille pourquoi il y a tant de monde rassemblé. Elle 
répond que c'est le mariage de ses deux sœurs.. Son père, un prince, veut lui 
faire épouser un certain individu; elle refuse. Le père se fâche: « Alors», dit-il 
en se moquant, « veux-tu prendre l'ours que voilà? » La jeune fille répond 
qu'oui. Elle le prend en effet pour mari, et ils vont se loger dans une vieille 
écurie. — Un jour, les beaux-frères de Sudaei Maergaen reçoivent du prince 
l'invitation d'aller veiller sur certaine jument, dont le poulain disparaît chaque 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 2IO. 

année. La femme du prétendu ours a entendu, et elle va rapporter la chose 
à son mari. Sudœi Maergsn lui dit d'aller demander pour lui un cheval au 
prince. Celui-ci lui donne un mauvais cheval et voilà Sudaei Maergasn en cam- 
pagne; mais en chemin il lui arrive un autre cheval, celui avec lequel il s'était 
enfui de son pays, et ce cheval lui apporte tout un magnifique équipement. Il 
trouve près de la prairie où est la jument ses beaux-frères endormis sur 
leurs chevaux. Quand la jument a mis bas son poulain, Sudaei Maergaen voit un 
énorme oiseau fondre dessus et l'enlever. 11 bande son arc et abat l'oiseau. Pour 
avoir cet oiseau, ses beaux-frères, qui ne le reconnaissent pas, lui donnent sur 
sa demande une phalange de leur petit doigt. Quelque temps après, le prince 
dit à ses deux gendres d'aller tuer un tigre qui lui mange son peuple. C'est 
encore Sudasi Masrgsn qui le tue, et il le cède à ses beaux-frères à condition de 
leur tailler des lanières dans le dos. Après diverses aventures, il dévoile devant 
le prince la conduite de ses beaux-frères. 

L'épisode de la bataille est, dans plusieurs contes européens, remplacé par 
l'épisode d'un tournoi où le héros remporte le prix (par exemple, dans le conte 
du Tyrol italien cité plus haut). 

Toute cette partie de notre conte se retrouve dans une légende du moyen âge, 
celle de Robert le Diable [Gœttingische Gclehrte Anzeigen, 1869, p. 976 seq.). 
Robert le Diable, pour expier ses péchés, se fait passer pour muet et pour 
idiot et vit méprisé de tous à la cour de l'empereur de Rome. Celui-ci a un 
sénéchal qui a demandé en vain la main de sa fille. Pour se venger de ce refus, 
le sénéchal vient assiéger la ville avec une armée de Sarrasins. L'empereur 
marche contre lui. Robert, qu'on a laissé au château, trouve dans le jardin, près 
d'une fontaine, un cheval blanc avec une armure blanche complète; en même 
temps une voix du ciel lui dit d'aller au secours de l'empereur. Il part, rem- 
porte la victoire et disparaît pour aller reprendre au château son rôle de fou. 
Deux fois encore il gagne la bataille; la dernière, l'empereur, voyant le chevalier 
inconnu s'éloigner à toute bride, lance une pique pour tuer son cheval, mais 
il le manque et atteint Robert à la jambe. Celui-ci s'échappe néanmoins, 
emportant dans sa blessure la pointe de la pique. Il la cache dans le jardin et 
panse sa blessure avec de l'herbe et de la mousse. La princesse l'aperçoit de sa 
fenêtre, comme elle l'a déjà vu précédemment revêtir son armure et monter à 
cheval; mais, comme elle est muette, elle ne peut rien dire. L'empereur fait 
publier que celui qui lui présentera la pointe de la pique et lui montrera la bles- 
sure faite par lui à l'inconnu, aura sa fille en mariage. Le sénéchal parvient à 
tromper l'empereur et déjà il est à l'autel avec la princesse, quand celle-ci, par 
un miracle, recouvre la parole et dévoile tout. Robert veut continuer à faire 
l'insensé, mais un ermite, qui a eu une révélation à son sujet, lui dit que sa 
pénitence est terminée, et Robert épouse la princesse. 

Les contes que nous venons de résumer ne nous présentent pas l'épisode de 
la poursuite à laquelle échappe le prince en lançant derrière lui divers objets 
magiques. Cet épisode existe dans les contes tyrolien, catalan et breton men- 
tionnés plus haut; il figure également dans d'autres contes analogues au nôtre : 
dans un conte autrichien (Vernaleken, n° 8), dans un conte norwégien (Asbjcern- 
sen, n° 14, P' vol. de la trad. allemande) et dans deux contes lapons, dont l'un 



220 E. COSQUIN 

ressemble fort au nôtre (voir la Revue Gtrmania, année 1870, n ' 6 et 7 des 
contes lapons traduits par M. Liebrecht; ces deux derniers, à partir de cet 
endroit, passent dans un autre groupe de contes). Nous le retrouvons aussi dans 
un grand nombre de contes différents de notre conte lorrain pour l'ensemble du 
récit. Ainsi M. Kœhler cite des contes écossais, irlandais, allemands, hongrois, 
polonais (Orient and Occident, t. II, 1862, p. 107, 1 1 1 et suiv.). Nous pouvons 
encore mentionner, en Europe, un conte catalan (Rondallayre, i re série, 1871, 
p. 46), un conte sicilien (Gonzenbach, n° 64), un conte italien recueilli à Rome 
(Miss Busk, The Folk-lore of Rome, 1874, p. 8), un conte roumain deTransylvanie 
(Revue ÏAasland, année 1856, p. 2121), un conte allemand du même pays 
(Haltrich, n° 57), un conte des Tsiganes de la Bukovine (Mémoires de l'Aca- 
démie de Vienne, t. 23 (1874) p. 327), un conte grec moderne (Hahn, n° [), 
un conte irlandais (P. Kennedy, The Fireside Stories of Ireland, Dublin, 1875, 
p. 61), un conte islandais (Arnason, trad. anglaise, 2 e série, p. 521), un conte 
finnois (Gœttingische Gelehrte Anzeigen, 1862, p. 1228), un conte russe (Guber- 
natis, Zoological Mythology, II, p. 60) ; en dehors de l'Europe, mais dans les 
limites de l'empire russe, un conte samoyède {Gœttingische Gelehrte Anzeigen, loc. 
cit.) et un conte kirghiz de la Sibérie méridionale, recueilli par M. Radloff dans 
son ouvrage déjà plusieurs fois cité (t. III, p. 383). 

Dans l'extrême Orient, nous pouvons rapprocher de ce même épisode de notre 
conte le passage suivant d'un livre siamois (Asiatic Rcsearches, t. XX, Cal- 
cutta, 1836, p. 347). Un jeune homme, nommé Rot, s'enfuit du palais d'une 
yak (sorte d'ogresse), en emportant divers ingrédients magiques. Poursuivi 
par la yak, au moment où il va être atteint, il jette derrière lui un de ces ingré- 
dients : aussitôt il se dresse d'innombrables bâtons pointus qui arrêtent la pour- 
suite de la yak. Celle-ci les fait disparaître par la vertu d'une autre substance 
magique, et déjà elle est tout près du jeune homme, quand celui-ci, au 
moyen d'un nouvel ingrédient, met entre elle et lui une haute montagne. La 
yak la fait également disparaître. Alors Rot fait s'étendre derrière lui une 
grande mer, et la yak, qui se trouve au bout de son grimoire, est obligée de 
battre en retraite. 

C'est de l'Inde que les Siamois ont reçu toute leur littérature avec le boud- 
dhisme. On peut donc en conclure que ce thème de la poursuite vient de l'Inde. 
Nous en avons, du reste, la preuve directe. Nous le retrouvons en effet dans un 
conte populaire actuel du Dekkan et dans un des récits de la grande collection 
formée par Somadeva de Cachemir au xi e siècle de notre ère, la Kathâ-Sarit- 
Sâgara (I' « Océan des Histoires »). 

Dans le conte populaire indien (Miss Frère, Old Deccan Days, 2" édit. 1870, 
p. 62, 63), un jeune homme, poursuivi par un Raksha femelle (sorte de mauvais 
génie, de démon), à qui il a dérobé divers objets magiques, met successive- 
ment entre elle et lui, par la vertu de ces objets, une grande rivière, puis une 
haute montagne, et enfin un grand feu qui consume la forêt à travers laquelle 
elle passe et la fait périr. 

Dans le conte sanscrit de Somadeva (Voir l'analyse du 7' livre dans les 
Comptes-rendus de l'Académie de Leipzig, 1861, p. 203 seq.), — conte qui 
ressemble beaucoup à un autre de nos contes lorrains, Chatte Blanche, que 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 22! 

nous donnerons plus tard, — le héros, Çringabhuya , pour échapper à la pour- 
suite d'un Râkshasa, jette successivement derrière lui divers objets que lui a 
donnés sa fiancée, fille d'un autre Râkshasa : de la terre, de l'eau, des épines et 
du feu, et il se trouve entre lui et le Râkshasa d'abord une montagne, puis un 
large fleuve, puis une forêt qui enfin prend feu, et le Râkshasa renonce à le 
poursuivre. 

XIII. 

LES TROCS DE JEAN-BAPTISTE. 

Il était une fois un homme et sa femme, Jean-Baptiste et Marguerite. 
« Jean-Baptiste, » dit un jour Marguerite, <« pourquoi ne faites-vous 
pas comme notre voisin ? il troque sans cesse et gagne ainsi beaucoup 
d'argent. — Mais, » dit Jean-Baptiste, « si je venais à perdre, vous me 
chercheriez querelle. — Non, non, » répondit Marguerite, « on sait 
bien qu'on ne peut pas toujours gagner. Nous avons une vache, vous 
n'avez qu'à l'aller vendre. » 

Voilà Jean-Baptiste parti avec la vache. Chemin faisant, il rencontra 
un homme qui conduisait une bique. « Où vas-tu, Jean-Baptiste ? — Je 
vais vendre ma vache pour avoir une bique. — Neva pas si loin, en 
voici une. » Jean-Baptiste troqua sa vache contre la bique et continua 
son chemin. 

A quelque distance de là, il rencontra un autre homme qui avait une 
oie dans sa hotte. « Où vas-tu, Jean-Baptiste? — Je vais vendre ma 
bique pour avoir une oie. — Ne va pas si loin, en voici une. » Ils 
échangèrent leurs bêtes, puis Jean-Baptiste se remit en route. 

Il rencontra encore un homme qui tenait un coq. « Où vas-tu, Jean- 
Baptiste ? — Je vais vendre mon oie pour avoir un coq. — Ce n'est pas 
la peine d'aller plus loin, en voici un. » Jean-Baptiste donna son oie et 
prit le coq. 

En entrant dans la ville, il vit une femme qui ramassait du crottin 
dans la rue. « Ma bonne femme, » lui dit-il, « gagnez-vous beaucoup à 
ce métier-là? — Mais oui, assez, » dit-elle. — « Voudrez-vous me céder 
un crottin en échange de mon coq? — Volontiers, » dit la femme. Jean- 
Baptiste lui donna son coq, emporta son crottin et se rendit sur le champ 
de foire; il y trouva son voisin. « Eh bien ! Jean-Baptiste, fais-tu des 
affaires? — Oh ! je ne ferai pas grand'chose aujourd'hui. J'ai changé ma 
vache contre une bique. — Que tu es nigaud ! mais que va dire Margue- 
rite ? — Marguerite ne dira rien. Ce n'est pas tout : j'ai changé ma 
bique contre une oie. — Oh! que dira Marguerite? — Marguerite ne 
dira rien. Ce n'est pas encore tout : j'ai changé mon oie contre un coq, 
et le coq, je l'ai donné pour un crottin. — Le sot marché que tu as fait 



222 E. COSQUIN 

là ! Marguerite va te quereller. — Bah ! Marguerite ne dira rien. — 
Parions deux cents francs : si elle te cherche dispute, tu paieras les deux 
cents francs; sinon, c'est moi qui te les paierai. » Jean-Baptiste accepta 
et ils reprirent ensemble le chemin de leur village. 

« Eh bien ! Jean-Baptiste, » dit Marguerite, « avez-vous fait affaire ? 

— Je n'ai pas fait grand'chose : j'ai changé ma vache contre une bique. 

— Tant mieux. Nous n'avions pas assez de fourrage pour nourrir une 
vache; nous en aurons assez pour une bique, et nous aurons toujours du 
lait. — Ce n'est pas tout. J'ai changé ma bique contre une oie. — Tant 
mieux encore. Nous aurons de la plume pour faire un lit. — Ce n'est 
pas tout. J'ai changé l'oie contre un coq. — C'est fort bien fait; nous 
aurons toujours de la plume. — Mais ce n'est pas encore tout. J'ai 
changé le coq contre un crottin. — Voilà qui est au mieux. Nous met- 
trons le crottin au plus bel endroit de notre jardin, et il y poussera de 
quoi faire un beau bouquet. » 

Le voisin, qui avait tout entendu, fut bien obligé de donner les deux 
cents francs. 

Ce conte se rapproche beaucoup du conte tyrolien la Gageure (Zingerle, II, 
p. 1 52), dans lequel Jean troque successivement sa vache contre une chèvre, la 
chèvre contre une oie et l'oie contre une crotte de poule qu'on lui donne comme 
une chose merveilleuse. Ainsi que dans notre conte, la femme de Jean se montre 
enchantée de tout ce qu'a fait son mari et Jean gagne les cent florins de la 
gageure. 

En Norwége, on raconte aussi la même histoire (Absjœrnsen, trad. ail. I er vol. 
n° 18). Gudbrand troque sa vache contre un cheval, le cheval contre un cochon 
gras, le cochon contre une chèvre, la chèvre contre une oie, l'oie contre un coq, 
et en dernier lieu, comme il a faim, le coq contre une petite pièce de monnaie, 
le tout à la grande satisfaction de sa femme. 

Dans un conte russe (Gubernatis, Zoological Mythology, I, p. 176), le dénoue- 
ment est beaucoup moins édifiant. Après avoir troqué de l'or contre un cheval, 
le cheval contre une vache, la vache contre une brebis, la brebis contre un 
cochon de lait, le cochon de lait contre une oie, l'oie contre un canard, et 
enfin le canard contre un bâton avec lequel il voit des enfants jouer, le paysan 
rentre chez lui, où sa femme lui prend le bâton des mains et lui en donne dru 
et ferme sur les épaules. 

Dans un conte anglais (Halliwell, Popular Rhymes and Nursery Taies, 1 849, p. 26), 
« M. Vinaigre », qui se trouve en possession de quarante guinées, les emploie à 
acheter une vache à la foire. En revenant, il rencontre un joueur de cornemuse; 
pensant que c'est un excellent métier, il échange sa vache contre la cornemuse. 
Son essai d'en jouer ne réussit pas ; il a grand froid aux doigts: il échange la cor- 
nemuse contre une paire de gants bien chauds qu'il troque eux-mêmes ensuite, 
étant fatigué, contre un gros bâton. II entend un perroquet perché sur un arbre 
qui se moque de lui et de ses échanges. De fureur, il lui lance le bâton, qui 
reste dans l'arbre. Quand il rentre chez lui, il est battu par sa femme. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 22} 

Rappelons enfin le conte allemand n" 83 de Grimm. Jean s'en retourne dans 
son village après avoir reçu de son maître, pour sept années de fidèle service, 
un morceau d'or gros comme sa tête. Fatigué de porter cette charge, il est 
enchanté de la troquer contre un cheval. Le cheval le jette parterre; Jean se 
trouve très-heureux de le troquer contre une vache, la vache contre un cochon 
de lait, lecochonde lait contre une oie et l'oie contre une vieille meule à aiguiser, 
avec laquelle un rémouleur lui a dit qu'il fera fortune. Jean, ayant soif, veut 
boire à une fontaine : en se baissant il heurte sa meule, qui tombe au fond de 
l'eau. Ainsi débarrassé de tout fardeau, Jean continue joyeusement sa route pour 
aller retrouver sa mère. 

Dans la Semaine des Familles (année 1867, p. 72), M. André Le Pas a publié 
un conte belge du même genre, fortement moralisé. Le pauvre Jean a reçu de 
saint Pierre une robe d'or; il se laisse entraîner par le diable, qui se présente à 
lui successivement sous la forme de divers personnages, à une suite d'échanges 
qui finalement ne lui laissent entre les mains qu'un caillou. Mais, en récompense 
d'un bon mouvement qui l'a empêché de jeter le caillou à la tête de méchantes 
gens, un ange lui rend la robe d'or. 



XIV. 
LE FILS DU DIABLE. 

Un jour, un homme riche s'en allait à la foire. Il rencontra sur son 
chemin un beau monsieur, qui n'était autre que le diable. « Vous devez 
avoir du chagrin ? » lui dit le diable. — v Pourquoi ? » répondit 
l'homme, « n'ai-je pas tout ce qu'il me faut? — Sans doute; mais si 
vous aviez des enfants, vous seriez bien plus heureux. — C'est vrai, » 
dit l'homme. — « Eh bien ! » reprit le diable, « dans neuf mois, jour 
pour jour, vous aurez deux enfants, si vous promettez de m'en donner 
un. — Je le promets, » dit l'homme. 

Au bout de neuf mois, jour pour jour, sa femme accoucha de deux 
garçons. Bientôt après, le diable vint en prendre un, qu'il emmena chez 
lui et qu'il éleva comme son fils. Le petit garçon devint grand et fort : 
à treize ans, il avait de la barbe comme un sapeur. 

Le diable avait des filatures. Il dit un jour à son fils : « Je vais sortir; 
pendant ce temps tu surveilleras les fileuses, et tu auras soin de les faire 
bien travailler. — Oui, mon père. » Tout en surveillant les fileuses, le 
jeune garçon voulut se faire la barbe. Tandis qu'il y était occupé, il 
aperçut dans son miroir une des femmes qui lui faisait des grimaces par 
derrière. Il lui allongea une taloche : les vingt-cinq femmes qui filaient 
furent tuées du coup. 

Bientôt le diable rentra chez lui. « Où sont les femmes? » demanda- 
t-il, « ont-elles bien travaillé? — Elles sont toutes couchées; allez-y 



224 E - COSQUIN 

voir. » Le diable voulut les réveiller; voyant qu'elles étaient mortes, il 
fit des reproches à son fils. « Une autre fois, » lui dit-il, «ne t'avise pas 
de recommencer. — Non, mon père, je ne le ferai plus. » 

Le diable alla chercher vingt-cinq femmes pour remplacer celles qui 
avaient été tuées, puis il dit à son fils : « Je vais sortir ; veille à ce que 
les fileuses ne perdent pas leur temps. — Oui, mon père. » Pendant 
l'absence du diable, le jeune garçon eut à se plaindre d'une des fileuses; 
il lui donna un soufflet, et les vingt-cinq femmes tombèrent mortes. 

Étant allé ensuite se promener au jardin, il vit une belle dame blanche 
qui l'appela et lui dit : « Mon ami, tu es dans une mauvaise maison. — 
Quoi? » s'écria le jeune garçon, « la maison de mon père est une mau- 
vaise maison ! — Tu n'es pas chez ton père, » dit la dame blanche, « tu 
es chez le diable. Ton père est un homme riche qui demeure loin d'ici. 
Un jour qu'il allait à la foire, le diable se trouva sur son chemin et lui dit 
qu'il devait avoir du chagrin. Ton père lui ayant répondu qu'il n'avait 
pas sujet d'en avoir, le diable reprit : « Si vous aviez des enfants, vous 
seriez plus heureux. Eh bien! dans neuf mois, jour pour jour, vous 
aurez deux enfants si vous consentez à m'en donner un. Ton père y 
consentit, et c'est toi que le diable est venu prendre. Maintenant, mon 
ami, tâche de sortir d'ici le plus tôt que tu pourras. Mais d'abord va 
voir sous l'oreiller du diable : tu y trouveras une vieille culotte noire ; 
emporte-la. Plus tu en tireras d'argent, plus il y en aura. » Le jeune 
garçon dit à la dame qu'il suivrait son conseil et rentra au logis. 

Le diable, à son retour, fut bien en colère en voyant encore toutes 
les femmes tuées. « La première fois qu'il t'arrivera d'en faire autant, » 
dit-il au jeune homme, « je te mettrai à la porte. » L'autre ne deman- 
dait que cela; aussi, quand le diable l'eut chargé de nouveau de sur- 
veiller ses fileuses, il les tua toutes d'un revers de main. Cette fois, le 
diable le chassa. 

Le jeune garçon, qui n'avait pas oublié la culotte noire, se rendit 
tout droit chez ses parents. D'abord on ne le reconnut pas; bientôt 
pourtant, comme il ressemblait un peu à son frère, on voulut bien le 
recevoir comme enfant delà maison; mais son père n'était nullement 
satisfait de voir chez lui un pareil gaillard. 

Bien que les parents du jeune homme fussent riches, ils allaient eux- 
mêmes à la charrue; son frère l'emmena donc un jour avec lui aux 
champs. Comme ils étaient à labourer, un des chevaux fit un écart. 
« Donne un coup de fouet à ce cheval, » cria le frère. Le jeune gars 
donna un tel coup de fouet que le cheval se trouva coupé en deux. Le 
frère courut à la maison raconter l'aventure à son père. <c Que veux- 
tu? » dit celui-ci, « laisse-le tranquille : il serait capable de nous tuer 
tous. » Cependant, le jeune garçon revint à la maison avec la charrue 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 22 5 

sur ses épaules et une moitié de cheval dans chaque poche; il avait 
labouré tout le champ avec le manche de son fouet. « Mon père, » dit- 
il, « j'ai coupé le cheval en deux d'un coup de fouet. — Cela n'est rien, 
mon fils; nous en achèterons un autre. » 

Quelque temps après, c'était la fête au village voisin; le frère du jeune 
garçon lui demanda s'il voulait y aller avec lui; il y consentit. Son frère 
marchait devant avec sa prétendue ; l'autre les suivait. Ils arrivèrent à 
l'endroit où l'on dansait. Pendant que le jeune homme regardait sans 
mot dire, un des danseurs s'avisa de lui passer la jambe par plaisanterie. 
« Prends garde, » lui dit le frère du jeune homme, « tu ne sais pas qu'il 
pourrait te tuer d'une chiquenaude. — Je me moque bien de ton frère et 
de toi, » dit l'autre, et il recommença la plaisanterie. Le jeune garçon 
dit alors à son frère et à la jeune fille de se mettre à l'écart auprès des 
joueurs de violon, puis il donna au plaisant un tel coup, que tous les 
danseurs tombèrent roides morts. Son frère s'enfuit, laissant là sa pré- 
tendue. Le jeune garçon la reconduisit chez ses parents; arrivé à la . 
porte, il lui dit : « C'est ici que vous demeurez? — Oui, » répondit la 
jeune fille. — « Eh bien ! rentrez. » Il la quitta et s'en retourna chez 
lui. 

Son frère avait déjà raconté au logis ce qui s'était passé. « Les gen- 
darmes vont venir, » disait-il ; « notre famille va être déshonorée. » Le 
jeune homme, étant rentré à la maison, barricada toutes les portes et dit 
à ses parents : « Si les gendarmes viennent me chercher, vous direz que 
je n'y suis pas. » En effet, vers une heure du matin, arrivèrent vingt- 
cinq gendarmes; on leur ouvrit la porte de la grange et ils y entrèrent 
tous. En les voyant, le jeune garçon prit une fourche et en porta un 
coup à celui qui marchait en tête : vingt-quatre gendarmes tombèrent 
sur le carreau. Le vingt-cinquième se sauva et courut avertir la justice. 
Cependant l'affaire en resta là. 

Le lendemain, on publia à son de caisse par tout le village que ceux 
qui voudraient s'enrôler auraient bonne récompense. Le jeune homme 
dit alors à ses parents : « J'ai envie de m'enrôler. — Mon fils, » répon- 
dit le père, «nous sommes assez riches pour te nourrir; tu n'as pas 
besoin de cela. — Mon père, » dit le jeune homme, « je vois bien que je 
ne vous causerai que du désagrément; il vaut mieux que je quitte la 
maison. » Il partit donc et se rendit au régiment. 

Un jour, le colonel lui donna, à lui et à deux autres soldats, un bon 
pour aller chercher de la viande : ils devaient en rapporter quinze livres 
chacun. Ils allèrent chez le boucher, qui leur livra la viande. «Com- 
ment! » dit le jeune garçon, « voilà tout ce qu'on nous donne ! mais je 
mangerais bien cela à moi tout seul. Allons, tuez-moi trois bœufs. — 
Mon ami, » répondit le boucher, « pour cela il faut de l'argent. » Le 
Romania, VI I S 



226 E. COSQJJIN 

jeune homme mit alors la main dans la poche de la culotte noire, et, 
comme il ne savait pas compter, il jeta sur la table de l'argent à pleines 
poignées. Le boucher ramassa l'argent et tua trois bœufs. « Mainte- 
nant, » dit le jeune garçon à ses camarades, « nous allons en rapporter 
chacun un. » En l'entendant parler ainsi, les deux soldats se regar- 
dèrent. « Si cela vous gêne, » dit-il, « je n'ai pas besoin de vous. » 
Il demanda une corde au boucher, attacha les trois bœufs ensemble et 
les chargea sur ses épaules. Dans les rues, chacun s'arrêtait pour le voir 
passer et restait ébahi. Le colonel, lui aussi, ne put en croire ses yeux. 
Le lendemain, il l'envoya au vin; le jeune homme en apporta trois ton- 
neaux attachés sur son dos avec une corde. 

Tout cela ne plaisait guère au colonel ; il aurait bien voulu se débar- 
rasser d'un tel soldat. Pour le dégoûter du service, il l'envoya au milieu 
des champs garder une pièce de canon que trente chevaux n'auraient 
pu traîner, et lui ordonna de rester en faction pendant toute la nuit. Le 
jeune homme, trouvant le temps long, se coucha par terre et s'endormit. 
Au bout d'une heure, s'étant réveillé, il prit la pièce de canon et la porta 
dans la cour du colonel ; quand il la posa par terre, le pavé fut enfoncé. 
Puis il se mit à crier : « Mon colonel, voici votre pièce de canon ; main- 
tenant vous ne craindrez plus qu'on vous la prenne. » 

Le jeune homme s'était engagé pour huit ans; comme il était novice 
en toutes choses, il croyait n'être engagé que pour huit jours. Au bout 
des huit jours, il se rendit près du colonel et lui demanda si son temps 
était fini. « Oui, mon ami, » dit le colonel, « votre temps est fini. » 

il quitta donc le régiment et alla se présenter chez un laboureur. La 
femme seule était à la maison ; il lui demanda si l'on avait besoin d'un 
domestique. « Mon mari, » dit-elle, « est justement sorti pour en cher- 
cher un ; attendez qu'il rentre. » Le laboureur revint quelque temps 
après sans avoir trouvé de domestique, et le jeune homme s'offrit à le 
servir : il ne demandait pas d'argent, mais seulement sa charge de blé 
à la fin de l'année. Le laboureur et sa femme se consultèrent : « Sans 
doute, » se dirent-ils, « le garçon est gros et grand, mais avec quinze 
boisseaux il en aura sa charge. » Le marché conclu, le laboureur lui 
montra ses champs et lui dit d'aller labourer. La charrue était attelée de 
deux méchants petits chevaux : le jeune homme, craignant de les couper 
en deux au moindre coup de fouet, déposa son habit par terre, coucha 
les deux chevaux dessus et se mit à labourer tout seul. La femme du 
laboureur l'aperçut de sa fenêtre. « Regarde, » dit-elle à son mari, « le 
nouveau domestique qui laboure tout seul. Jamais nous ne pourrons le 
payer ; tout notre blé y passera. Comment donc faire pour nous en 
débarrasser ? » Quand le garçon eut finit son labourage, il revint à la 
maison avec un cheval dans chaque poche. Le laboureur et sa femme 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 227 

lui firent belle mine. « Pourquoi n'êtes-vous pas venu dîner? » lui dirent- 
ils. ■ — « J'ai voulu finir mon ouvrage, » répondit le garçon ; « tous vos 
champs sont labourés. — Oh ! bien, » dit le laboureur, « vous vous 
reposerez le reste de la journée. » Le jeune homme se mit à table; il 
aurait bien mangé tout ce qui était servi, mais il lui fallut rester sur sa 
faim. 

Le lendemain, le laboureur, qui voulait le perdre, l'envoya moudre 
dans certain moulin d'où jamais personne n'était revenu. Le garçon 
partit en sifflant. Etant entré dans le moulin, il vit douze diables, qui 
s'enfuirent à son approche. « Bon ! » dit-il, « voilà que je vais être 
obligé de moudre tout seul. » Il appela les diables, mais plus il les appe- 
lait, plus vite ils s'enfuyaient. Il se mit donc à moudre son grain et, 
quand il eut fini, il renvoya à la maison un cheval qu'il avait emmené 
avec lui. En voyant le cheval revenir seul, la femme du laboureur eut un 
moment de joie, car elle crut que le domestique ne reparaîtrait plus. 
Mais bientôt il revint, amenant avec lui le moulin et le ruisseau jusqu'au- 
près de la maison de son maître. « Maintenant, » dit-il, « ce sera plus 
commode; je n'aurai plus besoin d'aller si loin pour moudre. — Mon 
Dieu! » disaient le laboureur et sa femme, « que vous êtes fort ! » Ils 
faisaient semblant d'être contents, mais au fond ils ne l'étaient guère. 

Un autre jour, le laboureur dit au jeune homme : « J'ai besoin de 
pierres; va m'en chercher dans la carrière là-bas. » Le garçon prit des 
pinces et des outils à tailler la pierre et descendit dans la carrière, qui 
avait bien cent pieds de profondeur : personne n'osait s'y aventurer à 
cause des blocs de pierre qui se détachaient à chaque instant. Il se mit à 
tirer d'énormes quartiers de roche, qu'il lançait ensuite par-dessus sa 
tête, et qui allaient bien loin tomber sur les maisons et enfoncer les 
toits. Le laboureur accourut bientôt en criant : « Assez! assez! prends 
donc garde! tu écrases les maisons avec les pierres que tu jettes. — 
Bah ! » dit le garçon, « avec ces petits cailloux ? » 

Le laboureur, ne sachant plus que faire, l'envoya porter une lettre à 
un sien frère, qui était geôlier d'une prison, et lui dit d'attendre la 
réponse. Le geôlier, après avoir lu la lettre, fit enchaîner le jeune homme 
et l'enferma dans un cachot. Le jeune homme se laissa faire, croyant que 
telle était la coutume, et que c'était en cet endroit qu'on attendait les 
réponses. Il finit pourtant par trouver le temps long; il brisa ses chaînes 
en étendant les bras et les jambes, et donna dans la porte un coup de 
pied qui la fit voler sur le toit. Puis il alla trouver le geôlier. « Eh bien ! » 
lui dit-il, « la réponse? — C'est juste, » répondit le geôlier, « je l'avais 
oubliée. Attendez un moment. » Il écrivit à son frère de se débarrasser 
du garçon comme il pourrait, mais que, pour lui, il ne s'en chargeait 
pas. Le jeune homme mit la lettre dans sa poche et partit; puis, se ravi- 



228 E. COSQUIN 

sant, il emporta la prison avec le geôlier, et la déposa près de la maison 
du laboureur. « A présent, » dit-il à son maître, « il vous sera bien 
facile de voir votre frère. Mais, » ajouta-t-il, « est-ce que mon année 
n'est pas finie ? — Justement, elle vient de finir, » répondit le labou- 
reur. — Eh bien! donnez-moi ma charge de blé. » A ces mots, les 
pauvres gens se mirent à pleurer et à se lamenter. « Jamais, » disaient- 
ils, « nous ne pourrons trouver assez de grain, quand même nous pren- 
drions tout ce qu'il y en a dans le village. » Le jeune garçon feignit 
d'abord de vouloir exiger son salaire, mais enfin il leur dit qu'il ne vou- 
lait pas leur faire de peine, et même il leur donna de l'argent qu'il tira 
de la culotte noire. 

En sortant de chez le laboureur, il marcha droit devant lui, si bien 
qu'il arriva sur le bord de la mer; il s'embarqua sur le premier vaisseau 
qu'il trouva. Mais un des gens du vaisseau, sachant qu'il avait une 
culotte dont les poches étaient toujours remplies d'argent, lui coupa la 
gorge pendant son sommeil et s'empara de la culotte. — Je l'ai encore 
vu, ce matin, qui se promenait avec cette vieille culotte noire. 

L'ensemble de notre conte a une grande analogie avec le conte hessois le 
Jeune Géant (Grimm, n° 90), avec un conte norwégien (Taies of the Fjeld, trad. 
d'Asbjcernsen par G. W. Dasent. Londres, 1874, p. 48), un conte du « pays 
des Saxons » en Transylvanie (Haltrich n° 16) et un conte tchèque de Bohême 
(Waldau, Bœhmisches Mœrchenbuch, 1860, p 288). Nous aurons occasion de 
revenir sur ces contes qui présentent divers traits frappants de ressemblance 
avec deux autres de nos contes lorrains, voisins de celui-ci, Bénédicité et Le 
Laboureur et son Valet. 

Comparez aussi un conte roumain de Transylvanie, publié en 1856 dans la 
revue VAusland (p. 692) : Juon a été allaité pendant douze ans et il est devenu 
d'une force extraordinaire. Il entre au service d'un laboureur et ne demande 
pour gages que le droit de donner à son maître un soufflet au bout de l'année. 
« C'est bon », pense le maître, « je saurai bien me débarrasser de toi avant ce 
moment là. » Il envoie Juon labourer avec les autres valets. Juon leur dit de se 
reposer et laboure le champ à lui seul. Le laboureur s'effraie. Il envoie Juon 
moudre dans le moulin du diable, d'où jamais personne n'est revenu vivant. 
Juon moud tranquillement son grain et revient sans le moindre mal. Alors le 
laboureur lui dit de curer un puits et, quand il y est descendu, il fait jeter dans 
le puits de grosses pierres et enfin une meule de moulin. Juon fait un petit effort 
et sort du puits avec la meule sur la tête en guise de chapeau (ce détail se 
retrouve dans notre conte lorrain Bénédicité). Alors, d'un revers de main il étend 
le laboureur raide mort, lui coupe la tête et s'en va ailleurs. 

Nous avons résumé dans les remarques sur notre n° 1, Jean de l'Ours, l'en- 
semble d'un conte avare du Caucase et d'un conte des Kariaines de Birmanie. 
Ces contes renferment l'un et l'autre un épisode qui se rapproche de notre Fils du 
Diable, et surtout des deux contes lorrains mentionnés plus haut. Le voici : 

Dans le conte avare, Oreille-d'Ours, doué d'une force prodigieuse, entre 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 229 

comme valet au service d'un roi. Celui-ci se disposait à envoyer cent hommes 
couper du bois. Oreille-d'Ours s'offre à rapporter du bois en suffisance, si on 
lui donne à manger ce qu'on avait préparé pour les cent hommes. Il rapporte 
d'un coup cent arbres et rentre ainsi dans la ville, éventrant le mur de l'un, 
renversant la maison de l'autre. Le roi, effrayé, songea s'en débarrasser. Il l'en- 
voie successivement faire des réclamations de sa part à une kart (sorte d'ogresse) 
et à un dragon. Oreille-d'Ours lui ramène la kart et le dragon eux-mêmes. Enfin 
le roi le fait attaquer par toute une armée qui le crible de flèches; mais les 
flèches ne font pas sur Oreille-d'Ours plus d'effet que des puces (nous retrouve- 
rons aussi ce détail dans notre conte Bénédicité). Oreille-d'Ours, se voyant 
ainsi attaqué, déchire en quatre une jument que le roi lui avait donnée à garder ; 
il lance le premier quartier, et, du coup, il étend mille hommes par terre; il 
recommence jusqu'à ce qu'il ait anéanti l'armée du roi. 

Dans le conte kariaine, les gens deviennent envieux deTa-ywa et de sa force, 
et ils cherchent à le faire périr. Ils font rouler sur lui une grosse pierre sous 
prétexte de la lui donner pour bâtir une maison à sa mère, puis un gros arbre 
qu'ils disent être pour lui faire du feu ; enfin ils l'envoient chercher un tigre dont 
il devra faire une offrande pieuse pour la guérir de la fièvre. Peine inutile. 
Ta-ywa se tire de tout sain et sauf. Un jour une jeune fille qu'il aime lui apprend 
la méchanceté des gens. « S'il en est ainsi, » dit-il, « si on ne m'aime pas, je 
m'en vais. » 

Relevons, pour terminer, dans les collections de contes populaires étrangers 
quelques ressemblances de détail. 

L'introduction de notre conte se rapproche de celle d'un conte grec moderne 
de l'île de Syra (Hahn, n° 68). Un démon déguisé se présente à un roi et lui 
promet qu'il aura plusieurs enfants s'il consent à lui donner l'aîné. Elle est 
encore plus voisine de celle d'un conte italien de Vénétie (n° 13 de la collection 
Widter et Wolf publiée en 1866 dans le Jahrbuch fur romanische und englische 
Literatur). Un prince sans enfants désire tant en avoir qu'il en accepterait du 
diable lui-même. Un étranger paraît et lui dit : « Promettez-moi de me donner 
un enfant, et moi je vous promets que dans un an vous en aurez deux. » Rappe- 
lons aussi le commencement du conte swahili de l'île de Zanzibar, analysé dans 
les remarques de notre n° 12. 

Dans un conte slave de Moravie (Wenzig, Wcstlawischer Mœrchcnschatz , p. 67), 
le diable s'offre à battre tout le grain d'un laboureur qui lui promet pour 
salaire sa charge de blé. Le diable emporte tout le blé. 

Enfin, dans le conte tchèque indiqué plus haut, Nesyta, jeune homme mer- 
veilleusement fort, entre au service du diable. Il délivre une pauvre âme qui 
s'envole sous la forme d'une colombe blanche après lui avoir dit de demander 
au diable pour salaire un vieil habit qu'il verra pendu à un clou : les poches de 
cet habit sont toujours remplies d'or et d'argent. C'est là, comme on voit, le 
pendant de l'épisode de la culotte noire que la dame blanche dit au héros du 
conte lorrain de dérober au diable. 



2J0 E. COSQUIN 

XV. 

LES DONS DES TROIS ANIMAUX. 

Il était une fois trois cordonniers, qui allaient de village en village. 
Passant un jour dans une forêt, ils virent trois chemins devant eux; le 
plus jeune prit le chemin du milieu, et ses compagnons ceux de droite 
et de gauche. 

Au bout de quelque temps, celui qui avait pris le chemin du milieu 
rencontra un lion, un aigle et une fourmi, qui se disputaient un âne 
mort. Le jeune homme fit trois parts de l'âne et en donna une à chacun 
des animaux, puis il continua sa route. 

Quand il se fut éloigné, le lion dit aux deux autres : « Nous avons été 
bien malhonnêtes de n'avoir pas remercié cet homme qui nous a fait si 
bien nos parts; nous devrions lui faire chacun un don. » Et il se mit à 
courir après lui pour le rejoindre. 

Le jeune cordonnier fuyait à toutes jambes, car il croyait que le lion 
était en colère et qu'il voulait le dévorer. Lorsque le lion l'eut rattrapé, 
il lui dit : « Puisque tu nous as si bien servis, voici un poil de ma 
barbe : quand tu le tiendras dans ta main, tu pourras te changer en 
lion. » L'aigle vint ensuite et lui dit : « Voici une de mes plumes : quand 
tu la tiendras dans ta main, tu pourras te changer en aigle. » La fourmi 
étant arrivée, l'aigle et le lion lui dirent : « Et toi, que vas-tu donner à 
ce jeune homme ? — Je n'en sais rien, » répondit-elle. — Tu as six 
pattes, » dit le lion, « tandis que moi je n'en ai que quatre; donne-lui 
en une, il t'en restera encore cinq. » La fourmi donna donc une de ses 
pattes au cordonnier en lui disant : « Quand tu tiendras cette patte dans 
ta main, tu pourras te changer en fourmi. » 

A l'instant même le jeune homme se changea en aigle pour éprouver 
si les trois animaux avaient dit vrai. Il arriva vers le soir dans un village 
et entra dans la cabane d'un berger pour y passer la nuit. Le berger lui 
dit : « Il y a près d'ici, dans un château, une princesse gardée par une 
bête à sept têtes et par un géant. Si vous pouvez la délivrer, le roi son 
père vous la donnera en mariage. Mais il faut que vous sachiez qu'il a 
déjà envoyé des armées pour tuer la bête et qu'elles ont toutes été 
détruites. » 

Le lendemain matin, le jeune homme se dirigea vers le château. 
Quand il fut auprès, il se changea en fourmi et monta contre le mur. 
Une fenêtre était entr'ouverte ; il entra dans la chambre après avoir 
repris sa première forme et trouva la princesse. « Que venez-vous faire 
ici, mon ami ? » lui dit-elle. « Comment avez-vous fait pour pénétrer 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 2}l 

dans ce château ? » Le jeune homme répondit qu'il venait pour la déli- 
vrer. « Méfiez-vous, » dit la princesse, « vous ne réussirez pas. Beau- 
coup d'autres ont déjà tenté l'aventure; ils ont coupé jusqu'à six têtes à 
la bête, mais jamais ils n'ont pu abattre la dernière. Plus on lui en 
coupe, plus elle devient terrible, et si on ne parvient à lui couper la 
septième, les autres repoussent. » 

Le jeune homme ne se laissa pas intimider; il alla se promener dans 
le jardin, et bientôt il se trouva en face de la bête à sept têtes, qui lui 
dit : « Que viens-tu faire ici, petit ver de terre? tu es sorti de terre et 
tu retourneras en terre. — Je viens pour te combattre. » La bête lui 
donna une épée, et le jeune homme se changea en lion. La bête faisait 
de grands sauts pour le fatiguer; cependant, au bout de deux heures, il 
lui coupa une tête. « Tu dois être fatigué, » lui dit alors la bête, « moi 
aussi ; remettons la partie à demain. » 

Le jeune homme alla dire à la princesse qu'il avait déjà coupé une 
tête; elle en fut bien contente. Le lendemain il retourna au jardin et la 
bête lui dit : « Que viens-tu faire ici, petit ver de terre ? tu es sorti de 
terre et tu retourneras en terre. — Je viens pour te combattre. » La bête 
lui donna encore une épée et, au bout de quatre heures de combat, le 
jeune homme lui coupa encore deux têtes. Puis il alla dire à la princesse 
qu'il y en avait déjà trois de coupées. « Tâche de les couper toutes, » 
lui dit la princesse. « Si tu ne parviens à abattre la septième, tu périras. » 

Le jour suivant, il redescendit au jardin. « Que viens-tu faire ici, petit 
ver de terre ? tu es sorti de terre et tu retourneras en terre. — Je viens 
pour te combattre. » Au bout de huit heures de combat, il coupa trois 
têtes à la bête et courut en informer la princesse. « Tâche de lui couper 
la dernière. » lui dit-elle, « puis fends cette tête avec précaution, et tu 
y trouveras trois œufs. Tu iras ensuite ouvrir la porte du géant et tu lui 
jetteras un des œufs au visage, — aussitôt il tombera malade; tu lui en 
jetteras un autre, et il tombera mort. Tu lanceras le dernier contre un 
mur, et il en sortira un beau carrosse, attelé de quatre chevaux, avec 
trois laquais : tu te trouveras auprès de moi dans ce carrosse, mais avec 
d'autres habits que ceux que tu portes en ce moment. » 

Le jeune homme retourna dans le jardin. « Que viens-tu faire ici, 
petit ver de terre? tu es sorti de terre et tu retourneras en terre. — Je 
viens pour te combattre. » Ils combattirent pendant dix heures : la bête 
devenait de plus en plus terrible ; enfin le jeune homme lui coupa la 
septième tête. Il la fendit en deux et y trouva trois œufs, comme l'avait 
dit la princesse; puis il alla frapper à la porte du géant. « Que viens-tu 
faire ici, poussière de mes mains, ombre de mes moustaches ? » lui dit 
le géant. Le jeune homme, sans lui répondre, lui jeta un des œufs au 
visage, et le géant tomba malade; il lui en jeta un second, et le géant 



2J2 E. COSQUIN 

tomba mort. Il lança le troisième contre un mur, et aussitôt parut un 
beau carrosse, attelé de quatre chevaux, avec trois laquais. La princesse 
était dans le carrosse et le cordonnier s'y trouva près d'elle; elle lui 
donna un mouchoir dont les quatre coins étaient brodés d'or. 

Toute la ville sut bientôt que la princesse était délivrée. Or il y avait 
là un jeune homme qui aimait la princesse et qui avait essayé de tuer la 
bête à sept têtes. Quand la princesse et le cordonnier s'embarquèrent 
pour se rendre chez le roi (car il fallait passer la mer), ce jeune homme 
partit avec eux. 

Un jour, pendant la traversée, il dit au cordonnier : « Regarde donc 
dans l'eau le beau poisson que voilà. » Le cordonnier s'étant penché 
pour voir, l'autre le jeta dans la mer, où il fut avalé vivant par une 
baleine. Le jeune homme dit ensuite à la princesse : « Si tu ne dis pas 
que c'est moi qui t'ai délivrée, je te tuerai. » La jeune fille promit de 
faire ce qu'il exigeait d'elle. En arrivant chez le roi son père, elle lui dit 
que c'était le jeune homme qui l'avait délivrée, et l'on décida que la noce 
se ferait dans trois jours. 

Cependant il y avait sur un pont un mendiant qui jouait du violon. 
Les baleines aiment beaucoup la musique ; celle qui avait avalé le cor- 
donnier s'approcha pour entendre. Le mendiant lui dit : « Si tu veux me 
montrer la tête du cordonnier, je jouerai pendant un quart d'heure. — 
Je le veux bien, » répondit la baleine. Au bout d'un quart d'heure il 
s'arrêta. « Tu as déjà fini ? — Oui, mais si tu veux me le montrer jus- 
qu'aux cuisses, je jouerai pendant une demi-heure. — Je ne demande 
pas mieux. » Au bout de la demi-heure, il s'arrêta. « Tu as déjà fini? — 
Oui, mais si tu veux me le montrer jusqu'aux genoux, je jouerai pen- 
dant trois quarts d'heure. — Je le veux bien. » Au bout des trois quarts 
d'heure : « Tu as déjà fini ? — Oui, j'ai fini; il paraît que tu ne trouves 
pas le temps long. Si tu veux me montrer le cordonnier depuis la tête 
jusqu'aux pieds, je jouerai pendant une heure. — Volontiers, » dit la 
baleine. Et elle le montra tout entier au mendiant. Aussitôt le cordon- 
nier se changea en aigle et s'envola. Le mendiant s'enfuit au plus vite, 
et il fit bien, car au même instant la baleine, furieuse de voir le cor- 
donnier lui échapper, donna un coup de queue qui renversa le pont. 

Le jour fixé pour les noces de la princesse, on devait habiller de neuf 
tous les mendiants et leur donner à boire et à manger. Le cordonnier 
vint au palais avec ses habits froissés et tout mouillés; il s'assit près du 
feu pour se sécher et tira de sa poche le mouchoir aux quatre coins 
brodés d'or, que lui avait donné la princesse. Une servante le vit et 
courut dire à sa maîtresse : « Je viens de voir un mendiant qui a un 
mouchoir aux quatre coins brodés d'or : ce mouchoir doit vous appar- 
tenir. » La princesse voulut voir le mendiant et reconnut son mouchoir; 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 2]l 

elle dit alors à son père que ce mendiant était le jeune homme qui avait 
tué la bête à sept têtes. 

Le roi alla trouver celui qui devait épouser sa fille et lui dit : « Eh 
bien! mon gendre, voulez-vous venir voir si tout est prêt pour le feu 
d'artifice? — Volontiers, » répondit le jeune homme. Quand ils furent 
dans la chambre où se trouvaient les artifices, le roi y mit le feu et le 
jeune homme fut étouffé. 

La princesse se maria, comme on l'avait décidé, le troisième jour ; 
mais ce fut avec le cordonnier. 

Ce conte a été apporté à Montiers-sur-Saulx par un jeune homme qui l'avait 
appris au régiment, comme le n" 3. 

Les trois thèmes dont se compose notre conte, — partage fait par le héros 
entre plusieurs animaux et dons qui lui sont faits par eux, délivrance d'une prin- 
cesse, prisonnière d'un géant ou d'un autre être malfaisant, et enfin délivrance 
du héros lui-même retenu captif au fond des eaux, — ces trois thèmes, à notre 
connaissance, ne se rencontrent pas d'ordinaire combinés dans un même récit 
(ils le sont dans le n° 23 des Novellinc di S. Stefano, déjà citées, de M. de Guber- 
natis). En revanche, dans les collections déjà publiées, ils se trouvent plusieurs 
fois isolément ou groupés par deux. 

Ainsi, dans un conte grec moderne d'Epire (Hahn, n° 5), même service rendu 
par le prince aux animaux, même don à lui fait par ces animaux, qui sont aussi 
un lion, un aigle et une fourmi. Moyen analogue employé par la princesse, sa 
femme, pour le délivrer, après qu'il a été avalé par un drakos (sorte d'ogre), 
habitant au fond d'une fontaine (elle fait voir au drakos des pommes qu'elle lui 
donnera s'il lui montre son mari). 

Dans un conte allemand (Wolf, Deutsche Hausmarchcn, i.8jj, p. 82 seq.), se 
retrouve le partage. Vers la fin du récit, le héros pénètre sous la forme d'une 
abeille dans le château où la princesse sa femme est enfermée, et celle-ci trouve 
moyen de se faire dire par le géant comment on peut le tuer (nous verrons ce 
trait dans un autre de nos contes lorrains). C'est aussi sous la forme d'un lion que 
le héros combat contre un dragon. — Dans un autre conte de la même collection 
(p. 377 1, le héros a été entraîné iu fond d'un étang par un petit homme gris à 
qui son père l'a promis avant sa naissance; il est délivré par un magicien qui se 
le fait montrer à mi-corps, puis tout entier, par le nain, d'abord pour une 
montre, ensuite pour un miroir. Dès que le héros se voit hors de l'eau, il se 
change en oiseau et s'envole. (Dans le conte italien de M. de Gubernatis men- 
tionné plus haut, c'est d'abord une boule de cristal, puis une boule d'argent, 
enfin une boule d'or que la femme du héros donne au sorcier qui retient son 
mari sous terre.) 

Comparez encore, pour cette troisième partie de notre conte, le n° 1 8 1 de Grimm, 
conte de la Lusace, intitulé YOndine de l'Étang, un conte du Haut-Palatinat 
(Schœnwerth, Aus der Oberpfalz, II, 219), un conte flamand (Deulin, Contes 
du roi Cambnnus, p. 92 seq.), un conte écossais (Campbell, n" 4, variante). 
Dans ce dernier conte, pour se faire montrer son mari par l'ondine, la prin- 



2]4 E. C0SQU1N 

cesse joue de la harpe sur le rivage de la mer, comme dans notre conte le 
mendiant joue du violon. 

Dans un conte breton (F. -M. Luzel, 5" rapport, p. 36) où figure aussi le par- 
tage, un ancien prétendant de la princesse, femme du héros, jette celui-ci à la 
mer du haut d'une falaise. Une sirène le prend et l'emporte dans sa grotte. Un 
jour elle consent à l'élever sur la paume de sa main au-dessus des flots. Aus- 
sitôt il souhaite de devenir épervier et s'envole auprès de sa femme qui, le 
croyant mort, allait se marier avec le prince qui l'avait jeté à la mer. — Dans 
un conte allemand de la collection Prœhle {Kinder-und Volksmœrchcn, 1853, 
n° 6), c'est pendant une traversée, comme dans notre conte, que le héros est 
jeté à la mer par un rival. 

Venons aux deux autres thèmes qui composent notre conte. Nous retrouvons 
encore le partage dans un conte tyrolien (Zingerle, II, n° 1). Grâce aux dons que 
lui ont fait le lion, la fourmi et la cigogne, le héros parvient à délivrer une 
princesse gardée par un dragon. — Comparez aussi le conte de Prœhle, deux 
contes italiens de la collection Comparetti (1875), n°* 32 et $$, et un conte 
norwégien (Taies of the Fjeld, trad. d'Absjœrsen, p. 223). 

Dans un conte sicilien de la collection Pitre (t. II, p. 21 5), Beppino partage 
un âne mort entre une fourmi, un aigle et un lion. Pour pénétrer dans le palais 
où sa femme est tenue emprisonnée par un magicien, il se change en aigle et en 
fourmi. Il combat un lion, le tue, l'ouvre : il en sort deux colombes. Beppino 
les saisit, en tire deux œufs et les brise sur le front du magicien, qui meurt. — 
Comparez un autre conte sicilien (n° 6 de la collection Gonzenbach) : Joseph, 
changé en lion, combat un dragon. Quand il l'a tué, il faut qu'il ouvre la 
septième tête, d'où sortira un corbeau qui a un œuf dans le corps. Cet œuf, il 
faut le jeter au front du géant qui garde la princesse, femme de Joseph, pour le 
faire périr. 

Dans ces deux contes, ainsi que dans le nôtre, l'idée première s'est obscurcie. 
Elle se retrouve sous sa forme complète dans un grand nombre des contes de ce 
type. Ainsi, dans un conte lapon, intitulé le Géant, dont la rie était cachée dans 
un œuf (Germania, année 1870), une femme qui a été enlevée par un géant, lui 
demande où est sa vie. Il finit par le lui dire : dans une île au milieu de la mer 
il y a un tonneau ; dans ce tonneau, une brebis; dans la brebis, une poule; dans 
la poule, un œuf, et dans l'œuf, sa vie. Grâce à l'aide de plusieurs animaux, le 
fils de la femme retenue prisonnière (dans là plupart des contes de ce type, c'est 
son prétendant ou son mari) parvient à s'emparer de l'œuf et fait ainsi mourir 
le géant. 

Comparez un conte écossais (Campbell, n" 1) et divers autres contes, norwégien, 
allemand, russe, cités par M.ReinholdKœhler à propos dece conte dans la revue 
Orientund Occident (t. II, p. 101). Nous y ajouterons plusieurs contes bretons (Le 
Corps sans âme, n° 5 de la collection de contes bretons publiée à Brest en 1870 
sous le titre de Le Conteur breton, par MM. A. TroudeetG. Milin ; Le Corps sans 
dîne, dans le i or rapport de M. Luzel, p. 112; cf. $ e rapport, p. 13), divers 
contes italiens (Gubermtis, Zoological Mythology, t. II, p. 314. — Comparetti, n°'32 
et 55), un conte russe (ibid., II, p. 338 et 395), un conte lithuanien (Contes 
des paysans et des pâtres slaves, trad. par M. Al. Chodzko, p. 218), un conte du 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 2}$ 

« pays des Saxons » en Transylvanie (Haltrich, n° 33), deux contes islandais 
(Arnason, trad. anglaise, 2 e série, p. 456 et 5181, etc. 

En Orient, nous pouvons rapprocher de cette partie de notre conte un conte 
des Tartares de la Sibérie méridionale (tribu des Barabines), recueilli par 
M. Radloff dans le 4" vol. de ses Proben der Volksliteratur der tùrkischen Staminé 
Sûd-Sibiriens (Saint-Pétersbourg, 1872. p. 88). Dans ce conte, une femme qui 
a été enlevée par Tasch-Kan feint de consentir à l'épouser et lui demande où se 
trouve son âme. « Je vais te dire, » répond Tasch-Kan, « où est mon âme. 
Sous sept grands peupliers il y a une fontaine d'or; il y vient boire sept marais 
(sorte de cerfs), parmi lesquels il y en a un dont le ventre traîne à terre; dans ce 
maral il y a une cassette d'or; dans cette cassette d'or, une cassette d'argent; 
dans la cassette d'argent sept cailles ; l'une a la tête d'or et le reste du corps 
d'argent. Cette caille, c'est ma vraie âme. » Le beau-frère de la femme a tout 
entendu. Il peut ainsi la délivrer. 

Dans un conte arabe (Histoire de Seif-Almoulouk et de la Fille du Roi des Génies, 
faisant partie de certains manuscrits des Mille et une Nuits), un génie finit par 
dire à une jeune fille qu'il a enlevée où est son âme. Son âme est dans un pas- 
sereau qui est enfermé dans une petite boîte; cette boîte se trouve dans sept 
autres; celles-ci, dans sept caisses; les caisses, dans un bloc de marbre au fond 
de la mer. 

Un livre siamois (Bastian, die Vœlker des Œstlichen Asiens, t. IV, 1868, p. 340) 
raconte que Thossakan, roi de Ceylan, pouvait, grâce à son art magique, faire 
sortir son âme de son corps et l'enfermer dans une boîte qu'il laissait dans sa 
maison pendant qu'il allait en guerre, ce qui le rendait invulnérable. Au moment 
de combattre le héros Rama, il confie la boîte à un ermite, et Rama voit avec 
étonnement que ses flèches atteignent Thossakan sans lui faire de blessures. 
Hanouman, le compagnon de Rama, qui se doute de la chose, consulte un devin, 
lequel découvre, par l'inspection des astres, où se trouve l'âme de Thossakan; 
Hanouman prend la forme de ce dernier et se rend auprès de l'ermite, à qui il 
redemande son âme. A peine a-t-il la boîte, qu'il s'élève en l'air en la pressant si 
fort entre ses mains qu'il l'écrase, et Thossakan meurt. 

Dans un livre hindoustani (Garcin de Tassy, Histoire de la Littérature hindouie 
et hindoustanie, t. II. p. $$7), un prince « éventre avec son poignard un poisson 
dans lequel un div (espèce d'ogre) avait caché son âme». 

Enfin, dans un conte populaire actuel de l'Inde recueilli par miss M. Frère 
(Old Dcccan Days, 2° éd., Londres, 1870, p. 13), une princesse, retenue pri- 
sonnière par un magicien qui veut l'épouser, obtient de lui par de belles paroles 
qu'il lui dise s'il est ou non immortel. « Je ne suis pas comme les autres, » 
dit-il. « Loin, bien loin d'ici, il y a une contrée sauvage couverte d'épais 
fourrés. Au milieu de ces fourrés s'élève un cercle de palmiers, et, au centre de 
ce cercle, se trouvent six jarres pleines d'eau, placées l'une sur l'autre : sous la 
sixième est une petite cage, qui contient un petit perroquet vert, et, si le per- 
roquet est tué, je dois mourir. Mais il n'est pas possible que personne prenne 
jamais ce perroquet; car, par mes ordres, des milliers de génies entourent les 
palmiers et tuent tous ceux qui en approchent. » 

Dans le fameux conte égyptien des Deux Frères, qui remonte au moins au 



2?6 E. COSQUIN 

xv° siècle avant notre ère et qui a été traduit d'abord par M. de Rougé [Revue 
archéologique, 9' année, 1852, 2° partie, p. 385 seq.) et ensuite par M. Maspero 
[Revue des Cours littéraires, t. VII, 1871, p. 780), Bàtàû dépose son cœur sur la 
fleur d'un cèdre. Il révèle ce secret à sa femme, qui le trahit. On coupe le cèdre : 
le cœur tombe par terre et Bàtàû meurt. 

XVI. 

LA FILLE DU MEUNIER. 

Un jour, un meunier et sa femme étaient allés à la noce. Leur fille, 
restée seule au moulin, alla chercher sa cousine pour venir coucher avec 
elle. Pendant qu'elles disaient leurs prières, la cousine aperçut deux 
hommes sous le lit. « Tiens! » pensa-t-elle, « ma cousine vient me 
chercher pour coucher avec elle, et il y a quelqu'un sous son lit. » Puis 
elle dit tout haut : « Ma cousine, je vais aller mettre ma chemise, que 
j'ai oubliée chez nous. — Je peux bien vous en prêter une des miennes. 

— Merci, ma cousine; je n'aime pas à mettre les chemises des autres. 

— Revenez donc bientôt. — Oui, ma cousine. » 

La fille du meunier l'attendit longtemps. Enfin, ne la voyant pas 
revenir, elle se décida à se coucher. Tout à coup les deux voleurs sor- 
tirent de dessous le lit en criant : « La bourse ou la vie! — Nous 
n'avons point d'argent, » dit la jeune fille, « mais nous avons du grain : 
prenez-en autant que vous voudrez. » Ils montèrent au grenier. Comme 
il n'y avait pas de cordes aux sacs, la jeune fille leur dit d'aller au jar- 
din chercher de l'osier pour les lier, et quand ils furent sortis, elle ferma 
la porte. 

Les voleurs avaient une main de gloire ' , mais la jeune fille ayant eu 
soin de pousser le verrou, ils ne purent rentrer. « Ouvrez-nous, » 
lui crièrent-ils. — Passez-moi d'abord votre main de gloire par la cha- 
tière. » L'un des voleurs la passa, et, tandis qu'il avak la main sous la 
porte, la jeune fille la lui coupa d'un coup de hache. Aussitôt les deux 
compagnons prirent la fuite. 

Au point du jour, on entendit le violon : c'étaient les gens de la noce 
qui revenaient. Le meunier et sa femme étant rentrés au logis, la jeune 
fille ne leur dit rien de ce qui lui était arrivé. 

Quelque temps après, le voleur dont la main avait été coupée se pré- 
senta pour demander la jeune fille en mariage. Il s'était fait faire une 
main de bois, qu'il avait soin de tenir toujours gantée; il se disait le fils 
de M. Bertrand, homme considéré dans le pays : aussi les parents de la 
jeune fille furent-ils très-flattés de sa demande. 

1. Voir les remarques pour l'explication du mot main de gloire. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 27,-J 

Le voleur dit un jour à la jeune fille : « Venez donc voir mon beau 
château au coin du petit bois. — J'irai ce soir, » répondit-elle, mais elle 
resta à la maison. Quand le voleur revint, il lui dit : « Vous n'êtes pas 
venue au château ; vous m'avez manqué de parole. — Que voulez- 
vous? » répondit-elle, « je n'ai pu y aller; j'irai demain... Mais pourquoi 
portez-vous toujours un gant ? — C'est que je me suis fait mal à la 
main, » dit le voleur. 

Le lendemain, la jeune fille monta en voiture avec un cocher et un 
laquais. Au coin du petit bois, elle vit une maison d'un aspect misérable. 
« Voilà, » dit-elle, « une triste maison. Restez ici, mon cocher, mon 
laquais; je vais voir ce que c'est. » Elle alla donc seule vers la 
maison et aperçut en y entrant sa cousine, que le voleur égorgeait. 
« Pour Dieu! pour Dieu! » criait-elle, « laissez-moi la vie! jamais je 
ne dirai à ma cousine qui vous êtes. — Non, non! qu'elle vienne, et elle 
en verra bien d'autres ! » La fille du meunier, qui était entrée sans être 
remarquée, se hâta de sortir en emportant le bras de sa cousine que le 
voleur venait de couper. Il y avait sous la table une trentaine de gens 
ivres, mais personne ne la vit. 

« Mon cocher, mon laquais, » dit la jeune fille, « fuyons d'ici; c'est 
un repaire de voleurs. » De retour au moulin, elle raconta ce qu'elle 
avait vu. Comme le prétendu devait venir le soir même, on appela les 
gendarmes, on les habilla en bourgeois et on les fit passer pour des amis 
de la maison. 

En arrivant, le voleur dit à la jeune fille: «Vous m'avez encore manqué 
de parole; vous n'êtes pas venue voir mon château. — C'est que j'ai eu 
autre chose à faire, » répondit-elle. Vers la fin du repas, le voleur lui 
dit : a Entre la poire et la pomme, il est d'usage que chacun conte son 
histoire : mademoiselle, contez-nous donc quelque chose. — Je ne sais 
rien, » dit-elle, « contez vous-même. — Mademoiselle, à vous l'honneur 
de commencer. — Eh bien! je vais raconter un rêve que j'ai fait. Tous 
songes sont mensonges; mon bon ami, vous ne vous en fâcherez pas. — 
Non, mademoiselle. » 

« Je rêvais donc que vous m'aviez invitée à venir voir votre château. 
J'étais partie en voiture avec mon cocher et mon laquais. Au coin du 
petit bois, je vis une maison d'un aspect misérable. Je dis alors à mon 
cocher et à mon laquais de m'attendre, et j'entrai seule dans la maison. 
J'aperçus mon bon ami qui tuait ma cousine. Tous songes sont men- 
songes; mon bon ami, ne vous en fâchez pas. — Non, mademoiselle. — 
Pour Dieu! pour Dieu ! » criait-elle, « laissez-moi la vie! jamais je ne 
dirai à ma cousine qui vous êtes. — Non, non, qu'elle vienne et elle en 
verra bien d'autres! » Je ramassai le bras de ma cousine que mon bon ami 
venait de couper, et je m'enfuis. Messieurs, voici le bras de ma cousine. » 



238 E. COSQUIN 

Les gendarmes saisirent le voleur, et on le mit à mort, ainsi que toute 
sa bande. 

L'introduction de notre conte est presque celle d'un conte lithuanien de la 
collection Schleicher (p. 9). Douze voleurs se glissent l'un après l'autre dans 
une maison par un trou qu'ils ont creusé sous le mur. Mais, à mesure qu'ils 
passent, la fille de la maison leur abat la tête. Le dernier des voleurs se doute 
du sort qui l'attend : il retire brusquement la tête, mais non sans que la jeune 
fille en ait coupé la moitié. Il se la fait refaire en bois (!) et se présente comme 
prétendant à la main de la jeune fille. 

Nous trouvons aussi une introduction fort ressemblante à celle de notre conte 
dans un conte tyrolien (Zingerle, I, n° 22) et dans un conte italien (Comparetti, 
n° 1). Comparez encore l'introduction d'un conte sicilien (Gonzenbach, n° 10). 

A partir de l'endroit où le voleur se présente comme prétendant, notre conte 
se rapproche d'un autre conte lithuanien (Ibid., p. 22) et surtout d'un conte 
anglais (Halliwell, Popular Rhymes and Nursery Taies, p. 47), d'un conte norvé- 
gien (Taies of the Fjeld, trad. d'Absjœrnsen, p. 231), d'un conte des Tsiganes 
de la Bohême et de la Hongrie (C. R. de l'Acad. de Vienne, classe historico- 
philologique, 1872, p. 93, et 1869, p. 158) et du conte hessois n° 40 de la 
collection Grimm, le Brigand fiancé (von les remarques de G. Grimm sur ce 
n° 40). 

Un conte allemand (Schambach et Mùller, Niedersœchsische Sagenund Mœrchen, 
1855, n° 25, p. 307), dont l'introduction est à peu près identique à celle du 
conte lithuanien résumé plus haut, présente tout l'ensemble de notre conte 
lorrain. 

La main de gloire qu'ont les voleurs dans notre conte est un objet magique. 
D'après M. F. Liebrecht (Heidelberger Jahrbiicher, 1868, p. 86), elle est formée de 
la main desséchée d'un voleur pendu, dans laquelle on place une chandelle faite 
de graisse humaine, etc. La vertu de ce talisman, c'est de priver de leurs mou- 
vements les personnes qui se trouvent dans le voisinage ou de les plonger dans 
un profond sommeil 1 . M. Liebrecht croit que le mot main de gloire (mandeglore, 
mandegore) vient du mot mandragore. — Dans le conte sicilien n° 10 mentionné 
plus haut, le voleur qui s'est introduit dans le palais pour se venger delà reine, 
met sur l'oreiller du roi un certain papier magique qui endort le roi d'un 
sommeil d'où rien ne peut le tirer. (Comparez la fin du conte sicilien n° 23.) 

Nous avons entendu raconter à Montiers-sur-Saulx une variante commen- 
çant comme la Fille du Meunier et qui se rapprochait ensuite du conte sicilien 
n° 10. Dans l'un et dans l'autre, le brigand épouse la jeune fille ; puis il l'en- 
mène dans un endroit solitaire, l'attache à un arbre et l'accable de coups. 
Dans le conte sicilien, pendant qu'il est allé chercher ses compagnons pour 
achever sa victime, passent un paysan et sa femme qui conduisent au marché 
une charge de sacs de coton. Ils mettent la jeune fille dans un de ces sacs et 
elle échappe ainsi au brigand, après divers incidents. Dans la variante lorraine, 

1. Voir à ce sujet une curieuse citation des anciennes coutumes delà ville de 
Bordeaux, dans le Magasin pittoresque, t. XXXIV (1866), p. 37. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 2}Q 

dont malheureusement nous ne nous rappelons la fin que confusément, ce doit 
être dans un ballot que la jeune fille échappe. — Comparez, parmi les contes 
mentionnés plus haut, le conte lithuanien (Schleicher, p. 10) et le conte alle- 
mand de la collection Schambach et Mùller, p. 309. 



XVII. 
L'OISEAU DE VÉRITÉ. 

Il était une fois un roi et une reine. Le roi partit pour la guerre, 
laissant sa femme enceinte. 

La mère du roi, qui n'aimait pas sa belle-fille, ne savait qu'inventer 
pour lui faire du mal. Pendant l'absence du roi, la reine mit au monde 
deux enfants, un garçon et une fille; aussitôt la vieille reine écrivit au 
roi que sa femme était accouchée d'un chien et d'un chat. Il répondit 
qu'il fallait mettre le chien et le chat dans une boîte et jeter la boite à 
la mer. On enferma les deux enfants dans une boite, que l'on jeta à la 
mer. 

Peu de temps après, un marchand et sa femme, qui parcouraient le 
pays pour vendre leurs marchandises, vinrent à passer par là ; ils aper- 
çurent la boite qui flottait sur l'eau. « Oh ! la belle boîte ! » dit la 
femme; « je voudrais bien savoir ce qu'il y a dedans : ce doit être 
quelque chose de précieux. » Le marchand retira de l'eau la boîte et la 
donna à sa femme. Celle-ci n'osait presque y toucher; elle finit pourtant 
par l'ouvrir et y trouva un beau petit garçon et une belle petite fille. Le 
marchand et sa femme les recueillirent et les élevèrent avec deux enfants 
qu'ils avaient. Chaque jour le petit garçon se trouvait avoir cinquante 
écus, et chaque jour aussi sa sœur avait une étoile d'or sur la poitrine. 

Un jour que le petit garçon était à l'école avec le fils du marchand, il 
lui dit : « Mon frère, j'ai oublié mon pain; donne-m'en un peu du tien. 
— Tu n'es pas mon frère, » répondit l'autre enfant, « tu n'es qu'un 
bâtard : on t'a trouvé dans une boîte sur la mer, on ne sait d'où tu 
viens. » Le pauvre petit fut bien affligé. « Puisque je ne suis pas ton 
frère, » dit-il, « je veux chercher mon père. » Il fit connaître son inten- 
tion à ses parents adoptifs; ceux-ci, qui l'aimaient beaucoup, peut-être 
aussi un peu à cause des cinquante écus, firent tous leurs efforts pour le 
retenir, mais ce fut en vain. Le jeune garçon prit sa sœur par la main 
et lui dit : « Ma sœur, allons-nous-en chercher notre père. » Et ils 
partirent ensemble. 

Ils arrivèrent bientôt devant un grand château; ils y entrèrent et 
demandèrent si l'on n'avait pas besoin d'une relaveuse de vaisselle et 
d'un valet d'écurie. Ce château était justement celui de leur père. La 



24O E. COSQUIN 

mère du roi ne les reconnut pas; on eût dit pourtant qu'elle se doutait 
de quelque chose; elle les regarda de travers en disant : « Voilà de 
beaux serviteurs! qu'on les mette à la porte. » On ne laissa pas de les 
prendre; ils faisaient assez bien leur service, mais la vieille reine répé- 
tait sans cesse : « Ces enfants ne sont propres à rien ; renvoyons-les. » 

Elle dit un jour au roi : « Le petit s'est vanté d'aller chercher l'eau 
qui danse. » Le roi fit aussitôt appeler l'enfant. « Ecoute, » lui dit-il, 
« j'ai à te parler. — Sire, que voulez-vous? — Tu t'es vanté d'aller 
chercher l'eau qui danse. — Moi, sire ! comment ferais-je pour aller 
chercher l'eau qui danse ? je ne sais pas même où se trouve cette eau. 
— Que tu t'en sois vanté ou non, si je ne l'ai pas demain à midi, tu 
seras brûlé vif. — A la garde de Dieu ! » dit l'enfant, et il partit. 

Sur son chemin il rencontra une vieille fée, qui lui dit: « Où vas-tu, 
fils de roi ? — Je ne suis pas fils de roi; je ne sais qui je suis. La mère 
du roi invente cent choses pour me perdre : elle veut que j'aille chercher 
l'eau qui danse; je ne sais pas seulement ce que cela veut dire. — Que 
me donneras-tu ? » dit la fée, « si je te viens en aide ? — J'ai cin- 
quante écus, je vous les donnerai bien volontiers. — C'est bien. Tu iras 
dans un vert bocage; tu trouveras de l'eau qui danse et de l'eau qui ne 
danse pas; tu prendras dans un flacon de Peau qui danse, et tu partiras 
bien vite. » Le jeune garçon trouva l'eau demandée et la rapporta au 
roi. « Danse-t-elle ? » dit le roi. — « Je l'ai vue danser, je ne sais 
si elle dansera. — Si elle dansait, elle dansera toujours. Qu'on la 
mette en place. » 

Le lendemain, la vieille reine dit au roi : « Le petit s'est vanté d'aller 
chercher la rose qui chante. » Le roi fit appeler l'enfant et lui dit : 
« Tu t'es vanté d'aller chercher la rose qui chante. — Moi, sire! 
comment ferais-je pour aller chercher cette rose qui chante ? jamais je 
n'en ai entendu parler. — Que tu t'en sois vanté ou non, si je ne l'ai 
pas demain à midi, tu seras brûlé vif. » 

L'enfant se mit en route et rencontra encore la fée. « Où vas-tu, fils 
de roi ? — Je ne suis pas fils de roi, je ne sais qui je suis. Le roi veut 
que je lui rapporte la rose qui chante et je ne sais où la trouver. — Que 
me donneras-tu si je te viens en aide ? — Ce que je vous ai donné la 
première fois, cinquante écus. — C'est bien. Tu iras dans un beau 
jardin; tu y verras des roses qui chantent et des roses qui ne chantent 
pas; tu cueilleras bien vite une rose qui chante et tu reviendras aussitôt, 
sans t'amuser en chemin. » Le jeune garçon suivit les conseils de la 
fée et rapporta la rose au roi. « La rose ne chante pas, » dit la vieille 
reine. — « Nous verrons plus tard, » répondit le roi. 

Quelque temps après, la vieille reine dit au roi : « La petite s'est 
vantée d'aller chercher l'oiseau de vérité. » Le roi fit appeler l'enfant et 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 24 1 

lui dit : « Tu t'es vantée d'aller chercher l'oiseau de vérité. — Non, 
sire, je ne m'en suis pas vantée; où donc l'irais-je chercher cet oiseau de 
vérité ? — Que tu t'en sois vantée ou non, si je ne l'ai pas demain à 
midi, tu seras brûlée vive. » 

La jeune fille s'en alla donc; elle rencontra aussi la fée sur son chemin. 
« Où vas-tu, fille de roi ? — Je ne suis pas fille de roi ; je suis une pauvre 
relaveuse de vaisselle. La mère du roi veut nous perdre; elle m'envoie 
chercher l'oiseau de vérité, et je ne sais où le trouver. — Que me don- 
neras-tu si je te viens en aide ? — ■ Je vous donnerai une étoile d'or; si ce 
n'est pas assez, je vous en donnerai deux. — Eh bien! fais tout ce que 
je vais te dire. Tu iras à minuit dans un vert bocage; tu y verras beau- 
coup d'oiseaux ; tous diront : C'est moi ! un seul dira : Ce n'est pas moi ! 
C'est celui-là que tu prendras, et tu partiras bien vite; sinon, tu seras 
changée en pierre de sel. » 

Quand la jeune fille entra dans le bocage, tous les oiseaux se mirent à 
crier : « C'est moi ! c'est moi ! » Un seul disait : « Ce n'est pas moi ! » 
Mais la jeune fille oublia les recommandations de la fée, et elle fut chan- 
gée en pierre de sel. 

Son frère, ne la voyant pas revenir au château, demanda la permis- 
sion d'aller à sa recherche. Il rencontra de nouveau la vieille fée. « Où 
vas-tu, fils de roi ? — Je ne suis pas fils de roi, je ne sais qui je suis. 
Ma sœur est partie pour chercher l'oiseau de vérité, et elle n'est pas 
revenue. — Tu retrouveras ta sœur avec l'oiseau, » dit la fée. « Que 
me donneras-tu si je te viens en aide ? — Cinquante écus, comme 
toujours. — Eh bien ! à minuit tu iras dans un vert bocage ; mais ne 
fais pas comme ta sœur : elle n'a pas écouté mes avis et elle a été changée 
en pierre de sel. Tu verras beaucoup d'oiseaux qui diront tous : C'est 
moi ! tu prendras bien vite celui qui dira : Ce n'est pas moi ! tu lui feras 
becqueter la tête de ta sœur, et elle reviendra à la vie. » 

Le jeune garçon fit ce que lui avait dit la fée : il prit l'oiseau, lui fit 
becqueter la tête de sa sœur, qui revint à la vie, et ils retournèrent 
ensemble au château. On mit l'oiseau de vérité dans une cage, l'eau qui 
danse et la rose qui chante sur un buffet. 

Cependant il venait beaucoup de monde pour voir ces belles choses. 
Le roi dit : « Il faut faire un grand festin et y inviter nos amis. Nous 
nous assurerons si les enfants ont vraiment rapporté ce que je leur ai 
demandé. » Il vint donc beaucoup de grands seigneurs. La vieille reine 
grommelait . « Voilà de belles merveilles que cette eau, et cette rose, et 
cet oiseau de vérité. — Patience, » dit le roi, « on va voir ce qu'ils 
savent faire. » Pendant le festin, l'eau se mit à danser et la rose à 
chanter, mais l'oiseau de vérité ne disait mot. « Eh bien ! » lui dit le roi, 
« fais donc ce que tu sais faire. — Si je parle, » répondit l'oiseau, c< je 
Romania, VI 1 6 



242 E. C0SQU1N 

rendrai bien honteux certaines gens de la compagnie. — Parle toujours, » 
dit le roi. — « N'est-il pas vrai, » dit l'oiseau, « qu'un jour où vous 
étiez à la guerre, votre mère vous écrivit que la reine était accouchée d'un 
chien et d'un chat ? N'est-il pas vrai que vous avez commandé de les 
jeter à la mer ? » Et comme le roi faisait mine de se fâcher, l'oiseau reprit : 
« Ce que je dis est la vérité, la pure vérité. Eh bien ! ce chien et ce chat, 
les voici; ce sont vos enfants, votre fils et votre fille. » 

Le roi, furieux d'avoir été trompé, fit jeter la vieille reine dans de 
l'huile bouillante. Depuis lors, il vécut heureux et il réussit toujours 
dans ses entreprises, grâce à l'oiseau de vérité. 

Voir dans la collection Grimm les remarques de Guillaume Grimm sur le 
conte allemand n° 96 et celles de M. Reinhold Kcehler sur le conte sicilien n° $ 
de la collection Gonzenbach. 

Aux contes de ce type mentionnés dans ces remarques il faut ajouter un conte 
islandais (Arnason, Icelandic Legcnds, translated by Powell and Magnusson, II, 
p. 427), un conte breton de même titre que notre conte lorrain (le Conteur bre- 
ton, par A. Troude et G. Milin. Brest 1870), plusieurs contes siciliens ln° 36 
de la grande collection de M. Pitre, qui donne l'analyse de contes italiens ana- 
logues recueillis en Toscane, en Piémont, dans le Milanais, dans la Vénétie); 
deux contes italiens (n os 6 et 30 de la collection Comparetti, 1875); deux 
contes catalans du Rondallayre (i re partie, 1871, p. 63 et 107) ; un conte russe 
(Gubernatis, Zoological Mythology, II, p. 17). 

On remarquera que, dans le conte breton, l'oiseau de vérité, « jusqu'à ce 
qu'il soit pris, est l'oiseau du mensonge. » Il en est de même dans notre conte 
lorrain. 

Un trait particulier de ce conte lorrain, c'est que, pour perdre les enfants, 
la vieille reine les accuse de s'être vantés de pouvoir mener à bonne fin telle ou 
telle entreprise périlleuse. C'est là un thème fort connu et qu'on a déjà ren- 
contré dans notre collection (voir le conte n° 3 , Le Roi d'Angleterre et son Fil- 
leul), mais que nous n'avons jamais vu, croyons-nous, entrer comme élément 
dans les contes de ce type. Le plus souvent, dans ces contes, la belle-mère ou 
les sœurs de la reine, cherchent, elles-mêmes ou par des émissaires, à éveiller 
chez les enfants (qui, là, ne sont pas au service du roi leur père) le désir de 
posséder les objets merveilleux, et à les pousser ainsi à leur perte. 

Au milieu du xvr siècle, en Italie, Straparola insérait parmi ses nouvelles 
un conte analogue (n* 3 des contes extraits de Straparola et traduits en alle- 
mand par Valentin Schmidt. Berlin, 1817), qui a été imité par M me d'Aulnoy 
sous le titre de La Princesse Belle-Étoile. 

Un roman du moyen-âge, imprimé en 1499 et analysé dans les Mélanges tirés 
d'une grande Bibliothèque (t. F., p. 4 seq.), YHistoire du Chevalier au Cygne, 
présente, dans son introduction, un grand rapport avec les contes que nous 
étudions. Une reine met à la fois au monde six fils et une fille. Ils étaient 
tous d'une beauté parfaite et portaient en naissant chacun une chaîne d'or au 
cou. La sage-femme, par ordre de la reine-mère, dit que la reine est accouchée 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 243 

de sept petits chiens. Un écuyer de la vieille reine, chargé par elle de faire périr 
les enfants, en a pitié et les dépose près d'un ermitage. Ils sont élevés par 
l'ermite. Quand ils ont environ sept ans, un chasseur les voit dans la forêt et 
parle d'eux à la vieille reine qui, comprenant ce qu'ils sont, envoie le chasseur 
pour les tuer. Celui-ci se contente de leur enlever, à cinq garçons et à la petite 
fille qu'il trouve, leurs colliers d'or, et les enfants sont changés en cygnes, etc. 

D'autres romans du moyen-âge reproduisent ce trait d'une reine accusée 
d'avoir mis au monde des petits chiens (op. cit. t. H. p. 189, t. O, p. 131). 
Dans un conte siamois (Asiatic Researches, Calcutta, 1836, t. XX, p. 348), la 
femme d'un roi est accusée par une rivale d'être accouchée d'un morceau de 
bois. Ce détail se retrouve dans le conte arabe bien connu des Mille et une Nuits, 
les Deux sœurs jalouses de leur cadette. Ce conte arabe se rapproche de tous les 
récits indiqués ci-dessus, ainsi qu'un conte avare du Caucase, traduit par 
M. Schiefner, dont voici le résumé (Mém. de l'Ac. des sciences de Saint-Pétersbourg. 
3 e série, t. XIX, 1873, n° 12). 

Trois sœurs, cardeuses de laine, s'entretiennent un soir ensemble, et chacune 
d'elles dit aux autres ce qu'elle ferait si le roi la prenait pour femme. Le roi 
entend leur conversation : il épouse l'aînée, puis la seconde, qui ne peuvent 
tenir leur engagement, enfin la troisième. Celle-ci a dit qu'elle donnerait au roi 
un fils aux dents de perles et une fille aux cheveux d'or. Pendant que le roi 
est à la guerre, elle met au monde, en effet, un fils aux dents de perles et une 
fille aux cheveux d'or. Ses deux sœurs, jalouses, font jeter les enfants dans une 
gorge de montagnes et envoient dire au roi que sa femme est accouchée d'un 
chien et d'un chat. Le roi ordonne de noyer le chien et le chat et d'exposer 
la mère, à la porte du palais, aux insultes des passants. 

Cependant les deux enfants sont nourris par une biche, qui les conduit, deve- 
nus grands, dans un château inhabité, où ils vivent ensemble. Un jour que la 
jeune fille se baignait dans un ruisseau voisin du château, un de ses cheveux 
d'or est entraîné par le courant jusque dans la ville du roi. Une veuve le montre 
aux femmes du roi. Celles-ci comprennent que les enfants sont encore vivants. 
Elles envoient la veuve pour chercher à les perdre. La veuve remonte le ruisseau, 
trouve la jeune fille seule et lui parle du pommier qui parle, qui bat des mains 
(sic) et qui danse. La jeune fille meurt d'envie d'avoir une branche de ce pom- 
mier et son frère va la lui chercher au milieu des plus grands dangers, auxquels 
il échappe. La veuve vient ensuite parler à la jeune fille de la belle Jesensoul- 
char : si son frère l'épousait, cela ferait pour elle la plus agréable compagnie. Le 
jeune homme, apprenant le désir de sa sœur de lui voir épouser la belle Jesen- 
soulchar, se met aussitôt en campagne. Un vieillard à longue barbe qu'il ren- 
contre assis sur le bord du chemin le détourne de son entreprise : la belle 
Jesensoulchar habite un château d'argent tout entouré d'eau; il faut l'appeler 
trois fois, et, si elle ne répond pas, on est changé en pierre. Le rivage est couvert 
de cavaliers ainsi pétrifiés. Le jeune homme persiste, et il lui arrive ce qui est 
arrivé aux autres. Ne le voyant pas revenir, sa sœur s'en va à sa recherche. 
Elle rencontre le même vieillard, qui lui dit que, si Jesensoulchar ne répond pas 
la première et la seconde fois, il faut lui crier : « Es-tu vraiment plus belle que 
moi avec mes cheveux d'or, que tu es si fière? » La jeune fille suit ce conseil et 



244 E - C0SQU1N 

Jesensoulchar se montre : aussitôt tous les cavaliers changés en pierre revien- 
nent à la vie. Le jeune homme épouse Jesensoulchar et l'emmène dans son châ- 
teau, ainsi que le bon vieillard. C'est ce vieillard qui, à l'occasion d'une visite 
faite au roi par les jeunes gens, révèle le mystère de leur naissance. 



XVIII. 



PEUIL ET PUNCE. 



POU ET PUCE. 



Ain joû, Peuil et Punce v'ièrent 
aller glaner. Qua i feurent pa lo 
chas, lov'là que veirent ine grousse 
niâïe quev'nôt. Peuil deit à Punce : 
« I va pleuve, faout n'a r'naller. 
Mé, j'areuil bée me hâter : je ne 
marche mé ' veite, j' s'reuil toûjou 
mouillie ; j'm'a vira tout bellotema 2 . 
Té, r'va-t'a atout perte ? ; t'ais do 
grandes jambes, t'erriverais chie nô 
ava lé pleuje, et t'feraislo gaillées4 
a m'attada. » 

Punce se mot a route, saouta, 
saouta. Elle feut bitoû à la mâson. 
Ellerellumé l'feuil, elle apprôté lo 
gaillées et elle lo moté cueïre da 
l'chaoudron. Ma v'ià qu'a lo remia, 
elle cheusé s d'dâ et s'y nia. 

Ain peuou aprée, Peuil ratre : 
« Ah ! qu'j'â frô ! qu'jâ frô ! j'seuil 
tout mouillie. Punce , vérousque 
t'ie ? Vinâ m'baillée do gaillées; j'io 
mingerâ a m'rachaouffa. » Mal'avô 
bée crier : Punce ne rapondôme. 
I s'moté à la chorcher, et voïa 
qu'elle n'atôtome tout là, i peurné 
ine cûyie e i tiré ine assiettaïe de 
gaillées. Ma v'ià qu'à lé proumère 
cûriaïe , î croque Punce. « Ah! 



Un jour, Pou et Puce voulurent 
aller glaner. Quand ils furent par 
les champs, les voilà qui virent une 
grosse nuée qui venait. Pou dit à 
Puce : « Il va pleuvoir , il faut 
nous en retourner. Moi, j'aurais 
beau me hâter : je ne marche pas 
vite, je serai toujours mouillé; je 
m'en irai tout doucement. Toi, 
retourne-t-en toute seule, tu as de 
grandes jambes, tu arriveras chez 
nous avant la pluie, et tu feras les 
gaillées 4 en m'attendant. » 

Puce se mit en route, sautant, 
sautant. Elle fut bientôt à la maison. 
Elle ralluma le feu, elle apprêta les 
gaillées, et elle les mit cuire dans 
le chaudron. Mais voilà qu'en les 
remuant, elle tomba dedans et s'y 
noya. 

Un peu après , Pou rentre : 
« Ah ! que j'ai froid ! que j'ai froid ! 
je suis tout mouillé. Puce, où est- 
ce que tu es ? Viens me donner des 
gaillées; je les mangerai en me 
réchauffant. » Mais il avait beau 
crier, Puce ne répondait pas. Il 
se mit à la chercher, et voyant 
qu'elle n'était pas là, il prit une 
cuiller et il tira une assiettée de 
gaillées. Mais voilà qu'à la pre- 



i . Mie, en vieux français. 
}. On dit : à part soi. — 
$ . Chut , du verbe choir. 



2. Bellotement, bellement, doucement. 

Mets du pays, fait de pâte cuite dans du lait. 



CONTES POPULAIRES LORRAINS 

quée malheur ! Punce o croquaïe ! mière cuillerée 
Qu'o ce que j'vâ feïre ? Je n'reste 



mé tout cei, j' m'a va. » 

Qua i feut da lé rue, i parte pa 
1' Val-Deyé'. I passé d'va ain vou- 
lût; P voulot lî deit : « Qu'o ce 
que t'ais don, Peuil ? » 

— « Punce o croquaïe. » 

— « Eh bé ! mé, j'm'a va char- 
rie 2 . » 

Qua i feut d'va chie l'père Vau- 
din 5, l'couchot lî deit : « Qu'o ce 
que t'ais don, Peuil ? » 

— « Punce o croquaïe, 
« Voulot charrie. » 

— « Eh bé! mé, j'm'a va chan- 
ter. » 

Ir'tournépad'véechie Loriche4; 
l'fourmouaïe lî deit : « Qu'o ce que 
t'ais don, Peuil ? » 

— « Punce o croquaïe, 
« Voulot charrie, 

« Couchot chante. » 

— « Eh bé ! mé, j'm'a va dan- 
ser. » 

Ain peuou pu Ion, l'atôt à coûté 
d'ia mâson d'meussieu Sourdats, 
que faïôt d'I'oueïlle. Y avôt ine 
femme que sortôt avo deuou bouï- 
rottes 6 . La femme lî deit : « Qu'o 
ce que t'ais don, Peuil ?» 

— « Punce o croquaïe, 
« Voulot charrie, 

« Couchot chante, 

« Fourmouaïe danse. » 



245 
il croque Puce. 
« Ah ! quel malheur ! Puce est cro- 
quée ? Qu'est-ce que je vais faire ? 
Je ne reste pas ici, je m'en vais. » 
Quand il fut dans la rue, il partit 
par le Val-Derrière ' . Il passa 
devant un volet : le volet lui dit : 
« Qu'est-ce que tu as donc. 
Pou ? » 

— « Puce est croquée. » 

— « Eh bien! moi, je m'en vais 
battre. » 

Quand il fut devant chez le père 
Vaudin ">, le coq lui dit : a Qu'est- 
ce que tu as donc, Pou ? » 

— « Puce est croquée, 
« Volet bat. » 

— « Eh bien ! moi, je m'en vais 
chanter. » 

Il retourna par devant chez Lo- 
riche 4; le fumier lui dit : « Qu'est- 
ce que tu as donc, Pou ? » 

— « Puce est croquée. 
« Volet bat. 

« Coq chante. » 

— « Eh bien! moi, je m'en vais 
danser. » 

Un peu plus loin, il était à côté 
de la maison de M. Sourdat s, qui 
faisait de l'huile. Il y avait une 
femme qui sortait avec deux cru- 
ches. La femme lui dit : « Qu'est- 
ce que tu as donc, Pou ? » 

— « Puce est croquée, 
« Volet bat, 

« Coq chante, 
« Fumier danse. » 



i . Le Val-Dcrrierc. C'est dans cette rue de Montiers qu'est née, 
siècle dernier, celle dont nous tenons ce conte. 

2. Charrier, c'est-à-dire traîner en grinçant, battre. 

3. Le père de notre conteuse. 

4. Un homme du village. 

5. Encore une personne du village. 

6. Comparez buire, burette. 



à la fin du 



246 E. COSQUIN 

— « Eh bé! mé, j'm'a va casser — « Eh bien ! moi, je m'en vais 
mo deuou bouïrottes. » casser mes deux cruches. » 

Ainco pu Ion , i s'trouvé pré Encore plus loin, il se trouva 

deuou Grand-Four '. Tout jeuste- près du Grand-Four '. Tout juste- 

ma, l'père Quentin 2 l'chaoufïôt ment, le père Quentin 2 le chauffait 

pou affourner l'pain, et i r'miôt pour enfourner le pain, et il remuait 

l'boû que brûlot avo s'feurgon. le bois qui brûlait avec son fourgon. 

L'père Quentin lî deit : « Qu'o ce Le père Quentin lui dit : « Qu'est- 

que t'ais don, Peuil ? » ce que tu as donc, Pou ? » 

— « Punce croquaïe, — « Puce est croquée, 
« Voulot charrie, « Volet bat, 

« Couchot chante, « Coq chante, 

« Fourmouaïe danse, « Fumier danse, 

« La femme é cassé so deuou « La femme a cassé ses deux 

bouïrottes. » cruches. » 

— « Eh bé ! mé, j'm'a va — « Eh bien ! moi, je m'en vais 
t'fourrer m'feurgon aou cû. » te fourrer mon fourgon au c... » 

Comparez dans le recueil des frères Grimm le conte hessois de même titre 
(n° 30). M. de Hahn a trouvé à Smyrne un conte grec moderne analogue inti- 
tulé Grain de Poivre (n° $6) : on y voit figurer un petit garçon appelé Grain 
de Poivre à cause de sa petitesse et qui tombe dans un chaudron bouillant, le 
vieux et la vieille qui l'élèvent chez eux, une colombe, un pommier, une fon- 
taine, la servante de la reine, la reine et le roi. A la fin, le roi, affligé de ce 
qu'il vient d'entendre, jette sa couronne par terre et dit à son peuple : « Le 
cher petit Grain de Poivre est mort; le vieux et la vieille se désolent; la 
colombe s'est arraché les plumes ; le pommier a secoué toutes ses pommes ; la 
fontaine a laissé couler toute son eau; la servante a cassé sa cruche; la reine 
s'est rompu le bras, et moi, votre roi, j'ai jeté ma couronne par terre. Le cher 
petit Grain de Poivre est mort. » 

Dans un conte norvégien du même genre, d'Asbjœrnsen, traduit récemment 
en anglais par M. Dasent (Taies of the Fjcld, p. 30), les personnages sont : un 
coq, qui se noie dans un tonneau de bière que sa poule vient de brasser; la 
poule, un moulin à bras, une chaise, une porte, un poêle, une hache, un trem- 
ble, des oiseaux, un bonhomme et une bonne femme. Pour terminer, la bonne 
femme jette sa soupe contre le mur. 

M. Pitre a trouvé en Sicile trois contes de ce type (n° 134). 

Mentionnons enfin un conte probablement français : Mouche des bois est morte 
(Magasin pittoresque, t' 37 (1869), p. 82). 

Il est curieux de voir comme l'idée générale de ce conte s'est localisée à Mon- 
tiers-sur-Saulx. On pourrait suivre Peuil à travers les rues du village et s'arrêter 
avec lui devant telle ou telle maison, jusqu'au Grand-Four^ le four banal, sup- 
primé à l'époque de la Révolution. 

(A suivre.) Emmanuel Cosquin. 

i. Le four banal. — 2. Le fournier du four banal avant 1789. 



MÉLANGES 



LES NOMS PROPRES LATINS EN -ITTUS-ITTA 

ET LES DIMINUTIFS ROMANS EN -ETT-. 

Selon Diez ', qui suit l'opinion de Pott, la terminaison diminutive -ETT- 
ne serait pas d'origine latine, mais d'origine allemande; cependant le fait 
qu'elle appartient à tout le domaine roman hormis au valaque engage 
à supposer une base -ITTUS -ITT A dans le latin populaire, plutôt que 
de recourir à une autre langue pour en rendre raison. Mais il y a 
ici plus qu'une hypothèse, il y a certitude. Des noms propres de femmes 
tels que 

Attiîta Gallitta Pollitta 

Bonitia Julitta Pussitta 

Caritta Livitîa Seneciîta 

Favitta Lucitta Suavitta 

Frunitta Nonnitta Vilitta 

ont été recueillis par Otto Jahn 2 et par Josef Klein?, qui les rapproche 
avec raison de ceux en -etîa et -ita si nombreux en italien et en espagnol. 
A ces féminins tirés d'inscriptions et de manuscrits vient s'ajouter Sua- 
vittus, cité par Jahn, Hermès, III, p. 191. Le suffixe que présentent ces 
noms est certainement le même que celui qu'on rencontre si fréquem- 
ment dans les noms propres romans, d'où il a passé aux substantifs et 
aux adjectifs. 

J. Cornu. 

1. Grammatik der romonischen Sprachen, II, 371-373; trad., II, 343. 

2. Hermès, III, p. 190-191. 

3. Kosenamen auf 1TTA, Rheinisches Muséum fur Philologie. N. F. Bd 31 
(1876), p. 297-300. 



248 MÉLANGES 

II. 

TANIT=TENEBAT DANS LES SERMENTS. 

C'est à tort qu'on a voulu, dans le serment des soldats de Charles 
le Chauve, corriger les mots los tanit pour se débarrasser d'une forme 
qu'on ne pouvait pas expliquer 1 . En effet, si la raison que j'ai donnée 
dans la Romania (1875, p. 454-457) pour prouver que Vi de dijt 2 est 
bien à sa place est bonne et valable, elle le sera aussi pour établir que 
tanit est l'équivalent de tenebat. 

Quant à Va de la première syllabe, il n'offre pas de difficultés, vu 
l'incertitude des atones dans les Serments et vu les exemples très- 
nombreux où Va répond à g ou i. On rencontre en ancien français, 
Saint-Alexis, ms. L ankmes 74a 122 d animas, anktne 82 e anima; 
Voyage de Saint-Brandan publié par Suchier dans les Romanische Studien, 
/Amez457TiMETE, mknerent 538 *minarunt, manuserie 1462; Sermo de 
sapientia à la suite des Dialogues Grégoire lo pape, sknior p. 284/41 
285/1/4/14 seniorem, skniorie p. 285/12/14/24 *senioria, jkleie 284/7 
gelata, pknierement 288/3 1 , ^nemisp. 290/1/2/5, Amendeir p. 296/28/3 5 ; 
Sermons de Saint Bernard fklenies p. 531, knemins p. 533 et 537. En 
provençal, la Croisade contre les Albigeois a kvesques episcopus, benkzir 
3727 benedicere, benkzic 8541, benktet 6620, benkzit 7048, sent 
Dknis 71 12 Sanctum Dionysium, enkmics 9054 inimicos, trkiït 3767 
tributum. On trouve de même en italien, Fioretti ai S. Francesco, édi- 
tion de Vérone 1822, celkbro p. 151 = cerebrum, incontknente à côté de 
incontenente, immantknente à côté de immantenente et immantinente, trkbuto. 
A ces exemples on peut ajouter ceux que cite Ascoli, Saggi ladini 75 et 
81 3. 

Tanit est un imparfait : c'est un temps permis par la syntaxe, et pour 
la forme il est aussi bien justifié que sit, qui, à moins d'être un latinisme, 
ne saurait avoir pour base que * siat, demandé par l'ensemble des langues 
romanes, et qu'il serait mal à propos de séparer de seie soie, seies soies. 

1. V. Romania, 1874, p. 371 note, et Jahrbuch fur romanische und englische 
Sprachc und Literatur, XIII, p. 384-385, et XV, p. 87-88. 

2. La forme dijt (dist, p. 457, est une faute d'impression) n'est du reste pas 
aussi extraordinaire qu'elle me le paraissait d'abord àcause de la combinaison ft. 
non pas qu'on la rencontre ailleurs, mais on trouve encore dans quelques anciens 
textes la combinaison fs qui se réduit plus tard constamment à 5. La vie de 
saint Alexis, le Psautier d'Oxford, la Chanson de Roland, le Voyage de saint 
Brandan publié par Suchier dans les Romanische Studien et les quatre livres des 
Rois en fournissent nombre d'exemples. 

3. Ceux que donne Diez, Altromanischc Sprachdenkmalc, sont sans valeur à 
l'exception de tAmer, Livre des Rois, p. 17, comme Suchier et Grœber l'ont 
déjà remarqué avec raison. 



Tarai dans les serments 249 

Car si seit soit était le latin sit, il ne pourrait garder son t. Il y a, il est 
vrai, sostendreiet dans la cantilène de sainte Eulalie et dans le fragment 
de Valenciennes saveiet Bartsch, Chrest. p. 5/17, astreiet p. 5/18/3 1, 
fereiet 5/31, mettreiet 7/15, avec le maintien de \'e = a après l'accent; 
mais pouvons-nous leur accorder de l'importance pour le texte des Ser- 
ments ? Quant à los Die/, l'a expliqué suffisamment, Altromanische 

Sprachdenkmale, p. 1 3 . 

J. Cornu. 



SPIGOLATURE PROVENZALI. 
II ». — La Badia di Niort. 

I biografi di Guglielmo IX, conte di Poitiers, sogliono narrare una 
scandalosa storiella, la quale desta non poco interesse anche in chi si 
occupa délia storia dei costumi. In Italia ne diffuse la cognizione il 
buon Galvani 2 , del quale non importa ripetere le parole, eco quai sono 
del Ginguené' e del MilloH. La notizia del Ginguené mérita invece 
proprio di essere riferita : « On conserve encore à Niort la tradition 
d'un trait de libertinage unique peut-être dans son genre. Guillaume y 
avait fait bâtir, pour son usage, une maison de débauche, en forme de 
couvent, divisée en cellules, gouvernée par une abbesse, ou prieure, et 
où toutes les sortes de prostitution étaient soumises, comme le sont les 
exercices monastiques, à des pratiques régulières. » 

Una tradizione di questo génère conservata per sette interi secoli, 
sarebbe davvero un bel caso. Se non che essa è puramente e sempli- 
cemente un sogno dello scrittore, il quale, con una leggerezza inescusabile 
— e dico poco — , frantende e travisa ciô che leggeva nel Millot. 
Questi, alla sua volta, aveva avuto 1' infelice idea di mutilare e di voler 
esporre la notizia originaria, fornita da un cronista contemporaneo. 
Intendo parlare di Guglielmo di Malmesbury , già prima citato da 
parecchi; tra gli altri, per disteso dalP Alteserras, fin dalla meta del 
seicento. Riportiamo noi pure qui subito il passo del monaco inglese, 
unica fonte di tutto quanto fu detto in proposito. Do il testo quale sta 
scritto nella Raccolta di Dom Bouquet (XIII, 19) : 



1. V. VI, us. 

2. Fiorc di Storia letteraria e cavallcresca dell' Occitania. Milano, Turati 

184$- Pag- 77- 

3. Histoire littéraire de la France, XIII, 43. 

4. Histoire littéraire des Troubadours, I, 3. 

5. Rer. Aauitan., I. X, c. 13. T. II, p. 495. 



2^0 MÉLANGES 

« Denique apud castellum quoddam Ivor habitacula quaedam quasi 
monasteriola construens, Abbatiam pellicum ibi se positurum delirabat : 
noncupatim illam et illam, qusecumque famosioris prostibuli esset, Abba- 
tissam vel Priorem, caeteras vero officiales instituturum cantitans. » 

Dove si dice Ivor, l'editore annota doversi correggere Niort; e Nior 
aveva letto infatti, almeno stampato anche l'Alteserra. Si la correzione 
vada esente da ogni dubbio, non ardisco decidere. 

Orbene : adesso che abbiamo davanti la notizia nella sua primitiva 
integrità, rivolgiamo a noi stessi una domanda. È dessa credibile ? — 
Un' ombra di dubbio se la permise di già il Millot : « Un tel projet, s'il 
fut réel, prouveroit bien», etc. 1 . E l'ombra si dilata presso il Diez. 
Neppur egli impugna propriamente il fatto : lo dichiara peraltro non 
troppo conciliabile collo spirito religioso del tempo 2 . 

Quanto a me, non mi fermo al dubbio : arrivo alla negazione. Fosse 
pur Guglielmo potente quanto si vuole, quanto si vuole libertino, credere 
ch' egli giungesse a formare il disegno di una regola di meretrici e a 
dargli, se non altro, un principio di esecuzione, è proprio troppo. — Ma 
e l'autorità del cronista? Vorremo dunque accusar costui d'aver inventato 
di pianta ? — Nient' affatto. Guardiamogli bene in faccia, e l'autorità 
sua andrà salva, senza che occorra per ciô dare uno schiaffo alla ragione. 

Non so intendere perché non si sia mai fatto bene attenzione a quella 
parola cantitans. Lo stesso Diez la traduce con un' espressione affatto 
generica : habe ausgesagt. Eppure, secondo me, essa ci porge spontanea- 
mente la chiave dell' enimma. Il Conte cantitat di voler nominare questa 
e quella donna badessa priora del suo strano monastera. Ciô significa, 
a mio vedere, ch' egli manifestava le sue intenzioni in una poesia, in un 
vers. Ilbuon monaco, che aveva, e non a torto, un' opinione assai trista 
dei costumi suoi, credette dicesse da senno. Non peccô di mala fede; al 
contrario! Fu solo di una buona fede un pochino eccessiva ! Se a costui 
fosse venuta alla mano, o alla memoria l'altra poesia di Guglielmo, En 
Alvernhe, part Lemozi, oramai sarebbe stato uomo da pigliar sul serio 
anche le prodezze délia penultima strofa. Che procedesse con sincerità, 
lo mostra, e la parola citata, e il non avère, ben altrimenti dal Gin- 
guené, trasformato in fatti ciô che il suo testo non gli poteva dare che 
corne disegni : « Abbatiam pellicum... se positurum delirabat. » Egli 
inganna : ma soltanto perché hacominciato dall' ingannaresè medesimo. 

Mi piace di camminare con molta cautela, e perô sottopongo a riprova 
l'ipotesi. La dimentico dunque un momento, e nemmeno penso più ail' 

1 . Loc. cit. 

2. Lcben und Werke d. Troub., <, : « Der englische Geschichtschreiber erzaehlt 
unseinen Zug von ihm, der sich mit der Religiositaet der Zeit kaum in Einklang 
bringen laesst. » 



LA BAD1A DI NIORT 2$1 

incredibilità intrinseca délia cosa narrata, per esaminare sotto un altro 
aspetto le parole del cronista. Non s'intende proprio come mai il Mal- 
mesburiense, che sa tanti particolari di questa bella faccenda, non dica 
sillaba dell' esito. Eppure scriveva dopo la morte del Conte. In che 
modo, a fatti compiuti, la notizia gli era giunta cosî circostanziata per 
un verso, cosi monca per l'altro? — Vedo : avrà avuto unicamente 
sotto gli occhi l'editto con cui il dissoluto fondatore creava le titolari 
délie nuove dignità da lui istituite ! Certo la supposizione spiegherebbe 
a maraviglia anche quei futuri, positurum, instituturum, che, riflettendo 
bene, mettono pur essi qualche spina nel cervello. Peccato che cotesto 
editto sia ancor più difficile a digerire délie famose bolle di Papa Inno- 
cenzo, colle loro funicelle e col piombo! 

Pertanto, prese come notizia storica, le parole del cronista sono un 
gineprajo di difficulté. — E se si considerano come riflesso di un vers? 

— Il poeta bandisce ch' egli ha stabilito d'istituire unabadiadi femmine, 
generose dei loro favori. Già vanno sorgendo gli edifici in vicinanza d'un 
suo castello. Egli chiama Maria, chiama Maddalena. Ai loro meriti ben 
si addicono i massimi onori : l'una sarà dunque badessa, l'altra priora. 
Altre — e le vien nominando — saranno suore nella degna brigata. 

— io m'inganno, o non si saprebbe immaginare un' orditura che 
meglio rispondesse al carattere délia musa di Guglielmo, quale ci si 
rivela nelle altre poésie. Si pensi più specialmente al vers già citato, En 
Alvernhe, part Lemozi. Quasi arriverei a dire che anche la struttura délia 
strofa doveva essere somigliante : un tessuto di quadernarii e di otto- 
narii. 

Qui sento il bisogno di chiarire, se pure è possibile, un punto alquanto 
bujo. Ciô che il Conte di Poitiers sta edificando, non è un unico fabbri- 
cato, bensi habitacula quaedam, quasi monasteriola. Confesso d'esser poco 
dotto in fatto di fraterie ; ma certo, tra gli ordini femminili allora 
esistenti, non ne conosco alcuno che possa in ciô aver servito di modello 
a Guglielmo. E intanto, se, quanto aile forme, la nuova badia non è 
riflesso délia realtà, l'idea del poeta perde gran parte del suo sale. Che 
dunque pensare ? — Un' ipotesi sembra conciliar tutto cosî bene, che 
non so rattenermi dal riguardarla come probabile. Si non c'erano mo- 
nache, c'era bensî una regola di frati, la quale, non solo ammeteva, ma 
richiedeva il modo d'abitare che risulta dalle parole del Cronista. Tutti 
conoscono i Certosini, et non occorre di sicuro ch' io sciupi tempo a 
descrivere un loro convento. Ma forse non tutti ricordano che quest' 
ordine nacque alla fine del secolo xi. Fu nel 1084 che Bruno si ritrasse, 
con sei compagni, nelle montagne presso Grenoble. Dopo sei anni egli 
partiva di cola, lasciando in suo luogo un successore, e se ne andava a 
fondare un secondo monastero nella Calabria, dove morî nel 1 101 . L'isti- 



2^2 MÉLANGES 

tuzione era dunque recentissima, allorchè dovette esser composta la 
nostra poesia. S'aggiunga che era cosa francese, se mi si permette di 
usare il vocabolo in un senso un poco anacronistico. Che avesse attratto 
anche l'attenzione di Guglielmo, non si puo a meno di supporlo. 
Orbene : Bruno aveva istituito un ordine maschile : il Conte si dà l'aria 
di volerlo estendere ail' altro sesso, completando, in certo modo, l'opéra 
del fondatore 1 . I Certosini avevano la regola più austera traquante se ne 
fossero ancor viste : appunto per ciô tornava di modellare su di loro la 
badia bordellesca. Quanto più vivo il contrapposto, tanto maggiore 
Pefficacia. Temevamo che mancasse il sale : eccone invece in abbondanza, 
e del vero sal nigrum. Si potrebbe esser tentati di cercare nell' ipotesi 
anche un appiglio per determinare con esattezza il tempo délia compo- 
sizione. Non ne trovo alcuno che abbia almeno una certa consistenza ; 
quanti pajono offrirmisi, sono debolissime radici, le quali si schiantano, 
se appenamiprovo ad aggrapparmici. Bisogna aver ben présente al pen- 
siero che la parodia délia vita monastica è per l'autore un mezzo, e non 
il vero suo oggetto. 

L'oggetto vero, la parte sostanziale, consiste in quella série di nomi, 
tra cui si ripartivano gli uffici del monastero. Di ciô non saprei dubitare. 
Dubiterô invece, e non poco, che le elette di Guglielmo fossero femmine 
da conio, corne parrebbe dire, e dovette credere il cronista. L'analogia 
di materia coll' En Alvernhe, m'inclina ad immaginarle piuttosto donne 
maritate e di condizione onorevole, quali sono appunto la molher d'En 
Gari e d'En Bernart. E forse queste due eroine délia poesia conservata 
apparivano anche nella perduta. Ma qui è opportuna una riserva. Non 
oserei affermare che il poeta si servisse dei nomi veri ; un ardimento 
cosiffatto sarebbe forse stato rischioso anche per un pari suo. E nem- 
meno escluderei senz' altro la possibilità che i suoi personaggi fossero in 
parte invenzioni spiritose. Purchè gli ascoltatori credessero alla loro 
realtà, e guardandosi attorno, fantasticassero identificazioni più meno 
probabili, l'effetto era ottenuto, era raggiunto lo scopo. 

E quai era cotesto scopo ? — Se non m'inganno, satira e riso ad un 
tempo. Duro peraltro fatica a immaginare il mio poeta vindice disinte- 
ressato délia morale offesa. Forse Guglielmo aveva vendette da com- 
piere, sdegni da sfogare, contro beltà restie a lui, e, a suo credere, 
non rigide ugualmente con tutti. Checchè sia di ciô, il tuono da lui 
assunto doveva esser burlesco. Solo scherzando, un Don Giovanni suo 
pari poteva permettersi di esporre alla berlina la scostumatezza altrui. 

Ma queste sono semplici congetture, abbastanza superflue, se si vuole. 



1 . Le Certosine legittime furono istituite assai più tardi, al tempo di Guido, 
quinto générale delP ordine di S. Bruno. 



DÉCLINAISON DE L'ARTICLE DANS LE VALAIS 255 

Lo scheletro délia composizione perduta ci sta davanti nelle parole del 
cronista ; lo spirito che vi doveva scorrer per entro, è certo quello 
stesso che vive e si agita nelle altre poésie di Guglielmo. Ognuno 
dunque soffii di nuovo nella vecchia creta l'anima che n'è fuggita, rivesta 
di polpe le ossa, ed operi egli medesimo la risurrezione. Quanto a fan- 
tasmi, non ci contentiamo mai pienamente che dei nostri proprii. Cosî è, 
e cosi dev' essere. 

Prima di finire, rimetto un momento il piede su terreno più sodo per 
aggiungere una piccola osservazione. La storiella délia badia non è pro- 
babilmente il solo tratto biografico di Guglielmo dovuto semplicemente 
ai suoi versi. Chi metta a riscontro quanto si afferma nella vita pro- 
venzale, che il Conte « anet lonc temps per lo mon per enganar las 
domnas, » coll' avventura riferita nel tante volte citato En Alvernhe, 
dovrà, per lo meno, aprir l'animo al sospetto, che su questa poesia e altre 
del medesimo stampo si fondi tutta l'asserzione. Un terribile seduttore, 
Guglielmo era senza dubbio ; ma dal conoscerlo taie, ail' immaginarselo 
un seduttore errante, che corresse anni ed anni il mondo per mera 
smania di trofei femminili, ci corre assai. Qui, checchè si dica, sentiamo 
di essere nel mondo délie finzioni poetiche. Badino dunque i poeti a non 
dire di se in versi, ciô che poinon vorrebbero ripetuto ecredutoinprosa. 
piuttosto — sarà più giusto — badino i signori critici a distinguere i 
dominii délia fantasia da quelli délia realtà, e a vagliare con diligenza 
meticolosa le notizie loro trasmesse da chi non era in grado di sceverare 
lui stesso la pula dal grano. 



Pio Rajna. 



IV. 



DÉCLINAISON DE L'ARTICLE 

MAINTENUE JUSQU'A CE JOUR DANS LE VALAIS. 

Qu'il y ait au monde un coin de terre parlant une langue romane 
où l'on continue à distinguer par la désinence dans l'article le nominatif 
de l'accusatif, voilà un archaïsme fait pour nous étonner et difficile à 
croire sans preuves. Mais les preuves, je les ai. Je les tire des traduc- 
tions de la Parabole de l'enfant prodigue en patois des vallées d'Anniviers 
et d'Hérens (Valais), Glossaire de Bridel, p. 431-434, traductions qui 
présentent d'ailleurs tant de phénomènes intéressants qu'elles font vive- 
ment désirer une étude approfondie sur ces deux dialectes. 

Saint-Luc (Val d'Anniviers). 
Nominatif. 
1 2. lé plou zouvenno a détt à chon pare. 



254 MÉLANGES 

1 2. lé pare lau j a partagia chon binn. 

1 3. lé plou zouvenno féss ramacha ton. 
22. lé pare a détt à chau chervitiau. 

Accusatif. 
1 8 et 2 1 . i'é petzchia contre lo paradett. 
Comp. encore : 
20. chou pare lo l'a iouk... é lo la bijia. 

22. couvrik-LO. 

23. amena oun vé gras, é touâ-io. 

Evoléna (vallée d'Hérens). 
Nominatif. 

1 2. li plou zoveno dé dau ditti à chon pane. 

1 2. li pane lau j a jaiti lo partazo de chon bin. 

1 3. li fiss li plou zoveno... èth alla loin ein oun pahik ethrange. 
22. li pane ditti à chon chervitau. 

2 5 . Quan li primié dé fiss qu'ire pe le zan ej ouk tornâ pré de la michjon, 
i a avouik lo train de dansse. 

27. li valetti li a refondouk : Vouthrifrâri e tornâ et li vouthri pane i'a 
bauchia lo vé grâ. 

28. li pane e chaillck. 

3 1 . li pane loui a refondouk. 

Accusatif. 
18. I me faut parti po alla trovâ lo pane. 
1 8 et 2 1 . io e petschia contre lo chiel. 

22. Couésche-vo de me porta lo plou biau perpouin et mette-io à moun fiss. 

23. Amena topari foura lo vé engraschiaet bauche-lo. 
25 et 27. Voir ci-dessus au nominatif. 

32./ fallek faire lo festin. 

A Evoléna on paraît même distinguer au pluriel le nominatif de l'accu- 
satif. Celui-ci est lé : 

1 $. l'a cogna den cha michjon de la campagni po alla vouardâ lé caïon; 

Celui-là li : 

16. i l'oure ithâ prau countain de mingié de raschine que mingevon u 
poissi. 

J. Cornu. 



FRANÇAIS R POUR D. 

M. G. Paris [Romania, 1877, P- I2 9 ss -ï revient après M. Tobler 
sur les mots français qui présentent une r issue d'un d latin : il montre 
o  ue les seuls exemples authentiques sont mire = medi(c)um, remire = 



FRANÇAIS r POUR d 2^ 

remedium, Iwmecire = homicidium, Allyre = Illydium, grammaire=gram- 
mati c a , daumaire = dalmati[c)a , estuire = studium , G/rç = Aegidium , 
*ewre = invidiam< *fire=fidi[c)um pour ficatum fpiém. /Mc/i), flrti- 
maire = artem mathemati[c am. Dans toutes ces formes IV représente un 
d latin, ou un à roman issu de t latin, qui à l'époque de la transforma- 
tion était suivi d'un i suivi lui-même d'une autre voyelle ; les épels mirie, 
firie, envirie montrent que IV, quoique née du voisinage de \'i, ne repré- 
sente que le d seul ; 1'/ s'est maintenu un certain temps après la nais- 
sance de l'r; si plus tard il est tombé, c'est en vertu d'un phénomène 
indépendant du premier. 

M. P. cite d'autres formes où une r française remplace dans les mêmes 
conditions non un d, mais une / : navire = navilium, concire = concilium, 
evangire = euangelium , mire = milia, Aulaire = Eulalia, et de même 
nobire, Basire, Mabire. Vi s'est maintenu aussi après la naissance de l'r, 
car on a navirïe. M. P. remarque que le nom Aegidium a donné non- 
seulement Gire, mais aussi Gilie : il en conclut que les autres mots où r 
provient d'un d ont aussi passé par une forme qui en avait fait /.On aurait 
eu successivement di, li, ri, r. Le degré artimalie, intermédiaire entre 
artem mathematicam et artimarie, serait caché dans une leçon artimal du 
Rolant. Le français homecilie serait encore représenté dans le castillan 
homecillo. 

Cette théorie est séduisante par bien des côtés, mais je ne puis m'em- 
pêcher d'y voir de grandes difficultés. La conjecture sur artimal est d'au- 
tant plus sujette à caution que dans le passage où cette forme se trouve 
elle est immédiatement suivie d'une /, dont 1'/ de la forme corrompue 
peut fort bien provenir. Le castillan homecillo et le français hypothétique 
* homecilie ne remontent pas à une source populaire commune, carie 
mot français, ayant conservé la protonique, ne peut pas être populaire; 
si le mot castillan a été emprunté à la langue française, il est assez 
naturel que le suffixe -Mo se soit substitué à une finale étrange comme 
-idie ou -irie. Enfin Aegidius n'est pas très-probant. De ce qu'un nom de 
saint, de bonne heure populaire dans un très-vaste territoire, a donné 
dans les divers lieux des formes dialectales diverses, on ne peut pas con- 
clure qu'un mot savant comme estuire, Iwmecire, remire ait passé succes- 
sivement, en un même lieu, par des phases où ces variétés dialectales se 
retrouvent 1 . Enfin, a priori, il est peu croyable qu'un mot comme 
medicus, dont on a conservé tant de représentations romanes, ait passé 

i. Ce n'est pas Gide qui est mis pour Gilie, mais au contraire Gilie qui est 
pour Girie. C'est un provençalisme. Dans des comptes en provençal dépouillés 
par M. P. Meyer (Romania, 1876, p. 489) ecclcsia donne non-seulement gleysa, 
glicissa, glitra, etc., mais aussi glcylha et guicya. C'est très-justement que 
M. G. Paris explique le castillan Gil par un emprunt au provençal. 



2 $6 MÉLANGES 

par la forme * mille sans qu'il reste de cette forme la moindre trace; et 
l'invraisemblance augmente quand on considère combien nous avons 
d'exemples de 17 dans les mots où elle a réellement existé, comme 
navllie, apostolie, Mablle et Mabllle, Cilles, évangile. 

La solution de la difficulté doit être cherchée, si je ne me trompe, 
dans une remarque chronologique. Le changement de d en r s'est cer- 
tainement opéré assez tard. Il est postérieur au changement du t en d 
dans grammaîlca, dalmatica, ficatum, mathematlca. Il est postérieur à la 
chute du c dans ces mots et dans medicus. Il est postérieur à la chute des 
protoniques, car il se manifeste dans le mot savant homeclre qui a été 
formé postérieurement à cette chute. Il est postérieur à la chute des 
épitoniques finales, puisqu'on a un e dans mire, remire, esîulre (cf. mi = 
médium, mol= modlum) : cette observation nous fait voir en outre que 
remire et estuire, lorsqu'ils se sont formés, étaient des mots savants. On 
peut donc supposer que la naissance de l'r n'est pas antérieure à la 
période carolingienne. 

Or, pendant cette période, peut-être même avant, le d ou t placé 
entre voyelles avait pris le son du l grec moderne, du îh anglais de 
other, du d espagnol moderne tel qu'il s'est conservé dans certains dia- 
lectes. De là les épels adludha, cadhuna, Ludher, Lodhuuigs dans les 
serments de 842, avec dh pour t ou d, comme u consonne pour p ou b 
dans auant saulr. De là bien plus tard les épels tels que emperethur= 
imperatorem, lothet=laudat, etc., dans le ms. L de l'Alexis (G. Paris, 
Alexis, p. 93 s.) et dans d'autres textes influencés par l'écriture saxonne 
(Ibid., p. 95). Par conséquent, dans les mots tels que mirie = medi{c)um, 
le groupe ri ne vient de dl que par l'intermédiaire de cl. On a eu succes- 
sivement *mldie, r mille, mlrle, mire. 

Entre "milie et mlrle il est inutile de chercher des intermédiaires. La 
consonne à occlusion incomplète est formée tout comme la consonne à 
occlusion incomplète z par la pointe de la langue, et tend comme elle 
à s'échanger avec l'r linguale. M. Joret (Mètn. de la Soc. de llng., III, 
p. 161) a signalé dans le patois du canton de Seignelai les prononcia- 
tions mêle, pèle pour mère, père. A Jersey l'r médiale a trois prononcia- 
tions suivant les paroisses, r linguale non vibrée (comme l'r des Anglais), 
z et l : ainsi le mot heureux se prononce heureux, heuzeux et heuleux. 
Comme le rhotacisme du z a lieu dans les deux sens (ainsi chaise de 
cathedra et Jeru de Jesu, Joret, p. 161), il est vraisemblable que a pu 
se changer en r aussi bien que r en §. 

On peut donc formuler ainsi la loi phonétique qui a réglé la formation 
des mots comme mire : « A une certaine époque, postérieure au change- 
ment de f et d en c, à la chute du c épitonique médial, à la chute des 
voyelles protoniques et des épitoniques finales, et à la création d'un 



UN CODICE DEL CICLO Dl GUGLIELMO 2<J7 

certain nombre de mots savants, le groupe consonantique ci, partout où 
la langue française le possédait alors, a été remplacé par un autre groupe 
consonantique ri, issu directement du rhotacisme de la consonne c au 
contact d'un i consonne. » 

L. Havet. 

VI. 

UN NUOVO CODICE 
di chansons de geste del ciclo di Guglielmo. 

I manoscritti contenenti tutta una série di chansons de geste del ciclo di 
Guglielmo, le marquis au court nez, non sono davvero cosi copiosi, che 
l'abbattersi in uno, ignorato fino a qui, non sia da riguardare corne una 
buona fortuna, degna di essere comunicata ai compagni di studio. 
Eccomi dunque a intrattenere un pochino i lettori délia Romania di un 
bel codice, che, grazie alla cortesia del nobile proprietario, ebbi di 
récente l'opportunità di esaminare in una délie più insigni biblioteche 
private che sieno e in Italia e fuori, la Trivulziana ' . 

Non mi dilungherô in descrizioni. Il codice è membranaceo, scritto, a 
quanto pare, nella seconda meta del secolo xm. Consta adesso di 229 
carte, una délie quali, tra la 207 a e la 2o8 a , fu saltata per isbaglio da chi 
appose anticamente i numeri progressivi. Altre cinque, che erano segnate 
1, s 9, 78, 90, 178, furono strappate da qualche vandalo dei secoli 
scorsi, per avidità délie miniature — non troppo pregevoli del resto — 
che ornavano il principio délie singole chansons. Non so quai buona 
Stella abbia preservato i fogli 22, 38, 141, 191, che offrivano pure il 
medesimo allettamento. Ogni facciata si divide in due colonne ; e cias- 
cuna di queste porta 40 versi. Solo nei quattro primi fogli (2-5) le 
colonne hanno un verso di meno, vale a dire 39. In totale veniamo ad 
avère una somma di quasi 36500 versi. 

Ecco la série délie chansons contenute nel codice. Indico distintamente 
il numéro dei versi conservati e dei perduti. Questi ultimi, s'intende, 
calcolo per approssimazione. Se non che, mercè 1' impronta lasciata 
dalle miniature, l'errore che posso commettere è solitamente minimo : di 
uno verso due, e non più. Dove, per cause speciali, rimane maggior 
incertezza, aggiungo un punto interrogativo. 

I. (f° 2a-22a\ Enfances Guillaume, mancanti del principio. 3185 v. 
+ 140? 

1. È dare un' eccellente notizia il far sapere che, dei manoscritti di questa 
preziosa raccolta, un uomo egregio, il conte Giulio Porro, sta preparando un 
catalogo. che vedrà probabilmente la luce in un tempo non lontano. 

Romania, VI 17 



258 MÉLANGES 

II. ^f° 22a- $&a) Couronnement Looys. 2593 v. 

III. (f° 38(2-476) Charroi de Nîmes. 1464 v. 

IV. (f° 476-586) Prise d'Orange, mutila in fine, v. 1825 + 44. 

V. (f" 6oa-j-jb) Enfances Vivien, mancanti del principio e délia fine. 
2880 v. + 217. 

VI. (f" 79^-896) Covenans Vivien, mutilo in principio ed in fine. 
1760 v. + 1 54. 

VII. (f° 91 a- 142a) Bataille d'Aleschans , mancante del principio. 
8164 v. + n. 

VIII. (f° 142a- 1676) Bataille Loquifer, mutila in fine. 4136 v. 
+ 120? 

IX. (f° 169^-191 #) Moniage Renoart, mutilo in principio. 3584 V. 
+ 16? 

X. (f° 191^-23313) Moniage Guillaume. 6866 v. 

È cosa meritevole di nota, che questa série non combina precisamente 
con quella di nessuno tra i codici enumerati dal Gautier ' . Non ci trovan 
luogo le chansons più recenti; in particolare il Foulques de Candie, 
ammesso invece nel codice 774 (già 7186?) délia Nazionale di Parigi, 
che del resto combinerebbe col trivulziano. L'omissione accresce pregio 
d'antichità al manoscritto, od agli esemplari da cui esso dériva. 

A titolo di saggio, trascrivo le prime tirades del Couronnement Looys. 

1. (f° 22 a) Oez seignor que diex uos soit edant 

Le gloriex par son comandemant 

Plest uos oir d'une estoire vaillant 

Bone et cortoise gentil et auenant 
5. .j. nain iuglierres nesai por quoi seuant 

.j. mot adiré ius que Ien Ii cornant 

De looys ne 1ère ne uos chant 

Et de guill. au cort nés le uaillant 

Qui tant soffri sus sarrazine gent 
10. De meillor home ne cuit que nus uos chant 
Seignor baron pleret uos dun essemple 

Dune chancon bien fête et auenante 

Quant diex eslut nonante et .x. reaumes 

Tôt le meillor torna en douce france 
1 $. Lemainne roi ot anon 2 challemainne 

Cil aleua volentiers douce france 

Diex ne fist terre qni enuers li napende 

Il alaprendre bauiere et alemeingne 

Et normendie et aniou et breteingne 
20. Et lombardie et nauarre et touquane 

1. Epop. franc., III, 23. 

2. col titulus. 



UN CODICE DEL CICLO DI GUGL1ELMO 259 

Rois qui de france porte coronne dor 

Preudon doit estre et vaillant de son cors 

Et silest hon qui li lace nul tort 

Nedoit guérir na plain nabos 
2$. Desi qui let recréant ou mort 

Sainsi nu fet dont pert france son los 

Ce dit lestoire coronnez est atort 
Quant lachapele fu beneoite aes 

Et li moustiers fudediez et fes 
30. Cort iot bone tele ne verrez mes 

.xiiij. conte gardèrent le pales 

Por laioutice lapoure gent iuet 

Nus neseclaimme qui très bon droit nen et 

Lors fist len droit mes or nufet len mes 
3$. A cortoisie lont torne limauues 

Par sans 1 loiens remainrent li droit plet 

Diex est preudon qui nos gouerne et pest 

Si conquérons anfer qui est punes 

Lesmauues princes dont ne sordrons mes 
40. Leior iot bien .xviij. euesques, etc. 

L'intéresse del codice è accresciuto dalle sue particolari vicende. 
Scritto e miniato, per quanto a me pare, nella Francia, passô da gran 
tempo le Alpi; e non le Alpi soltanto. Ce ne dà la prova una nota, sul 
verso dell' ultimo foglio. « Regilliose [sic) ac honeste domine franche ha- 
batisse monasterii hordinis sancte clare de raguse detur libenter. » A 
Ragusa ed in un monastero di donne! Notevole anche quella raccoman- 
dazione di concedere senza difficoltà il libro. A chi ? Aile monache? Non 
è improbabile, dato che sapessero leggere. Certo le chansons contenute 
nel volume, l'ultima soprattutto, potevan dirsi una lettura molto edifi- 
cante. Comunque sia, ecco un indizio da aggiungere agli altri mille, 
per convincersi quanto fosse ampiamente diffusa la conosenza délia 
lingua d'oïl. Ma corne mai il libro era capitato in fondo alla Dalmazia? 
Forse portato dalla stessa madonna Franca o dai suoi parenti ? Per verità 
il nome mi fa quasi nascere la tentazione di credere costei francese, o 
di nascita, o di schiatta. Ma anche senza questa ipotesi, il fatto si spiega 
colla massima agevolezza. Ragusa era soggetta al leone di S. Marco, 
e poteva dirsi una colonia di Venezia. Ora, è ben noto che la regione 
veneta era diventata oramai una seconda patria per la letteratura 
epica francese, e perô anche per i codici, che ne contenevano i docu- 
ment). 

L'esame délia scrittura permetterebbe soltanto di assegnare alla 

1. L. faus. 



260 MÉLANGES 

dimora del codice sulle rive dalmate una data approssimativa. S'ha un 
bel fare : la paleografia, specialmente per certi luoghi e certi secoli, deve 
contentarsi di segnare confini assai larghi. Ma qui, per buona sorte, non 
siamo ridotti a mendicar luce incerta. La stessa mano che segnô il nome 
di madonna Franca, pose li accanto un' altra nota : « Joanes superantio 

dei gratia veneçie dalmatie atque crouaçie dux et dimidie » Seguono 

alcune altre parole, semicancellate. Poichè non ce ne viene alcun lume 
maggiore, tralascio di riportare anche quai tanto che ne ho decifrato. 
Senz' altro affannarci, eccoci a cavallo. Se abbiamo doge Giovanni 
Soranzo, vuol dire che ci troviamo fra il 1 3 giugno 1312, e l'ultimo di 
dicembre del 1 328. Una data di antichità davvero assai rispettabile. 

Par da supporre che cotesto nome non sia stato messo li senza una 
qualche occasione spéciale. Forse era giunta allora la notizia délia nuova 
elezione. Questa è, a mio credere, l'ipotesi più verosimile. Tuttavia lo 
stimolo potè anche venire da qualche altra circostanza. È da tenere a 
calcolo che il Soranzo ebbe a darsi non poco pensiero délia Dalmazia. 
Egli ridusse ail' obbedienza le città di Zara, Spalatro, Traù, Sebenico, 
che s'erano ribellate 1 . I particolari dei fatti non ci sono noti abbastanza, 
per fondarsi sopra induzioni ben determinate. 

Poteva sembrare che il convento di santa Chiara avesse a rimanere 
ben a lungo un asilo tranquillo per il manoscritto. Niente affatto. Dio sa 
per quali vicende, aile prime peregrinazioni ne tennero dietro altre. 
Quando precisamente, non si puô dire ; fatto sta che al principio del 
secolo xv, fors' anche alla fine delxiv, — quii criterii paleografici diven- 
tano unica scorta — il volume era già aMilano. Eil proprietario di allora 
affermava il suo diritto, scrivendo in fine, sulla faccia interna délia rile- 
gatura : « Iste liber est nicholy de vicomercato porte nove parochie 
Sancti protaxij ad monachos Mediolanj 2 . » Ho cercato inutilmente un 
Nicola negli alberi genealogici délia famiglia Vimercati, che la Trivul- 
ziana possiede. Bensi nelle memorie délia famiglia stessa, raccolte da 
Carlo Ulderico Galluccio e manoscritte nella medesima biblioteca, è ricor- 
data una carta del 1434, in cui si fa menzione di tre nobili fratelli, 
Giovanni, Lancilotto e Corradino? « de capitaneis de Vicomercato natos 
nobilis viri Domini Nicolai. » Non so dire se costui sia il medesimo 
Nicola Vimercato in casa del quale, a Ricengo, tenendo la signoria Gian 
Galeazzo, si rappattumarono l'anno 1398 i Guelfi ed i Ghibellini di 



1 . V. la Cronaca di Andréa Dandolo ; Muratori, R. It. Scr. XII, 411. 

2. La parola Mediolanj è scritta colla solita abbreviatura. 

3. Probabilmente quelle- stesso che fu segretario del duca Filippo Maria, e 
che n'ebbe in ricompensa molti privilegi, corne risulta da una carta del 1423. 
V. Tettoni, Teatro Araldico, VIII, appendice. 



DU PASSAGE D'SZ A R ET D'R A S Z 261 

Crema 1 . È possibile ridentificazione dei due, e quella di entrambi, o 
delP uno di essi, coll' antico possessore del codice 2 . Ma più che di possi- 
bilité non vorrei certo parlare, nonostante che i tempi pajano combinarsi 
assai bene, e che il silenzio délie généalogie faccia supporre poco fré- 
quente tra i Vimercati il nome di Nicolô. Da questa famiglia il mano- 
scritto non usci probabilmente che per passare — forse insieme coi docu- 
ment e le memorie ricordate or ora — nella nobile casa dei Marchesi 
Trivulzio. Potè cosi restarsene in pace sul suolo lombardo, ed evitare 
le nuove peregrinazioni — se non peggio — che gli sarebbero toccate, 
se avesse mutato la dimora di un privato cittadino colla sontuosità del 
castello e délia libreria Viscontea di Pavia. 

P. Rajna. 

VII. 

DU PASSAGE D'S Z A R, ET D'R A S Z 

dans le nord de la langue d'oc. 

Le passage d'sz à r et réciproquement d'r à sz au xiv e siècle, dans 
une certaine partie de la langue d'oc, a été surabondamment établi par 
M. Meyer dans les trois articles qu'il lui a consacrés?. En donner de 
nouveaux exemples serait donc assez inutile, s'ils se bornaient à con- 
firmer un fait désormais indubitable, sans apporter aucun élément nou- 
veau à la question. Tel n'est pas le cas de ceux qu'un heureux hasard 
nous a fait rencontrer, dans des études qui du reste n'avaient rien de 
commun avec la philologie, et c'est ce qui nous engage à les publier. Ils 
concernent en effet une région où ce phénomène n'avait pas encore été 
signalé, et de plus ils ont l'avantage d'apporter avec eux des dates 
précises. Ces exemples sont pris dans la nomenclature géographique de 
l'Auvergne, du Limousin et delà Marche, provinces qui forment, comme 
on sait, la limite septentrionale de la langue d'oc. Ils nous ont été 
fournis exclusivement 4 par de précieuses assiettes d'impôts du xv e siècle 
réunies par Gaignières et conservées aujourd'hui à la Bibliothèque natio- 

i. Fino, Annalï di Crema, 1. 3 (I, 127 nella ristampa fatta a Crema nel 
1841). 

2. Un «Georginus de Vicomercato », cheabitava appunto nella parrocchia di 
S. Protasio « ad monachos » si vede apparire tra i novecento del consiglio, 
eletti l'anno 1388, in un documento publicato dal Calvi, Patriziato MiLmese, 
p. 384. Forse era il padre, certo poi un parente, del Nicolô nostro. 

3. Romama, IV, 184-194, 4<S$-8 ; V, 488-90. 

4. Nous pourrions encore citer en dehors de cette source et pour une région 
un peu différente : Chirassimont (Loire) ; au xni c et au xiv" siècle : Chasal- 
Symont (Aug. Bernard, Cartul. de Savigny. p. 915 et 936); en 1492 : Charas- 
simont (Ibid.. p. 954). 



2Ô2 MÉLANGES 

nale sous les numéros 23898 ''Basse- Auvergne), 23901 (Marche-, 
23902 (Haut-Limousin), et 23903 (Bas-Limousin) du fonds français. Il 
n'est pas inutile de faire remarquer que ces assiettes d'impôts, comme 
tous les documents administratifs d'un intérêt général à la même époque 
et dans les mêmes pays, .sont rédigées en français; mais évidemment les 
noms de lieux y ont été reproduits sous leur forme courante, — sauf en 
ce qui concerne les terminaisons féminines, — et les phénomènes pho- 
nétiques qu'ils nous présentent sont bien le fait du provençal vulgaire de 
cette région au xv e siècle. 

Nous allons donner d'abord le tableau complet' des cas où nous 
avons remarqué le changement d'sz en r et dV en sz; puis nous résu- 
merons brièvement les conclusions que l'on en peut tirer. Pour plus de 
commodité nous désignons par A, B, C, D les manuscrits 23898, 23901 , 
23902 et 23903 dont nous avons parlé plus haut. Comme ce sont des 
recueils sans pagination de pièces rangées chronologiquement, les dates 
sont les seuls renvois, quoique peu précis, que nous puissions indi- 
quer. 

1. — Changement d'sz en r. 

Formes en sz. Formes en r. 

Authezat (Puy-de-Dôme) : Olîaza- Alteyrat A 1445; Auîeyrat A 1459, 

cum (Carîulaire de Sauxillanges, 1468. 

p. 296); Autezat A 1438, 1440, 

1441 ; Autheizat A 1467; Alîezat 

A 1478. 
Azerat (Haute-Loire) : Azarac 1286 Aurai A 1440, 1468; Areyrat A 

(Baluze, MisceL, éd. Mansi, I, 1459; Arera A 1467; Arezaî A 

297); Azerat A 1445, 1478. 1458, 1441. 

Berbezït (Haute-Loire) : Berbezi Berbery A 1438, 1440, 1441 , 1459, 

141 5 (Titres de la mais, de Bour- 1467, 1468, 1478. 

bon, n° $005); Berbezy A 1445, 

1480. 
Billezois 2 (Allier). Billerez A 1459, 1467, 1468, 

i . Il semble au premier abord qu'il faille ajouter à cette liste S. Illidius = 
S. Alyre (Puy-de-Dôme); mais il n'en est rien. La formation Illidius = Alyre 
appartient à une série de mots, récemment étudiés par MM. Tobler, Paris et 
Havet, où l'r apparaît de bonne heure à la place du d. Ce qui prouve bien que 
ce n'est pas là un phénomène contemporain de celui que nous étudions, et qu'il 
ne faut pas y voir le changement de d en z puis de z en r, c'est que dès le 
xiv* siècle on trouve constamment Aliri, Alirt et jamais Alizi, Ahze dans les 
nombreux exemples que nous avons de ce mot (4 exemples en 1356, 1 5 s 7 : 
Bibl. nat., Franc. 22295, pièces 2 et 10; Franc. 24031, fol. 1 et4; iSexemples 
pour le xv e siècle : A passim). 

2. Quoique nous ne connaissions pas la forme latine de ce mot, ce ne peut 
être évidemment que l'adjectif Biliacensis, dérivé de Billy (Biliacum) qui est dans 
le voisinage. Les habitants de Billy s'appellent aussi Billezois. 



DU PASSAGE D'SZ A R ET D'R A S Z 26 3 

1481, 1527; Bilherez A 1478, 
1480, 1482. 
Cerreyrat A 1459, 1467, 1468; 
Cereiraî A 1478. 



Cerzat (Haute-Loire) : Sarazago? 
980 (Cartul. de Brioude, p. 27) ; 
Cereisat A 1458, 1440, 1 44 1 ; 
Cerezatk 144$ ; Cereysat A 1480. 

Chambezon (Haute-Loirei : Chambe- 
don, xi e s. {Cartul. de SauxilL, 
p. 482); Chambezon A 1445, 
1480. 

Mazeïrat 1 (Haute-Loire) : Maceria- 
cum 756 (Cartul. de Brioude, 
p. 47); Mazerac 1287 (Baluze, 
Miscel., I, 300); Mazeïrat, Ma- 
zeyrat A 1445, 1468, 1478. 

Molompize iCantal) : Molinum Pi- 
simi 823 ( Deribier du Chatelet, 
Dz'cr. staf. du Cartta/, IV, 3 $61; 
Molempizy A 1445, 1459; Mo- 
lempezy A 1467, 1468, 1478. 

Nozerolles (Haute-Loire) : Noza- 
riolas 971 (Cartul. de Brioude, 
p. 267); Nozeyrolles A 1440, 
144$, 1459, 1467, 1468, 1478. 

Perpezat 2 (Corrèze) : Perpezacx 11 e s. 
i Labbe, Bibl. nova, II, 599); 
Perpezat D 1424, 1438, 1454 
et suiv. 

Perpezat (Puy-de-Dôme) A 1438, 
1445, 1459, 1467, 1468, 1478. 

Peyzat (Dordogne, canton de La 
Nouaille) ; Peysacum 1408 (de 
Gourgues , Dict. topogr. de la 
Dordogne); Peysat, Peyzat C 
1424, 1435, 1437, 1454. 

Sermentizon (Puy-de-Dôme) : Char- 
mentazos 1357 (Bibl. nat. Lat. 
177 14, f° xiii ); Sermentazoux 



Chamberon A 1438, 1440, 1 44 1 ; 
Chamberron A 1459, 1467; 
Chambeyron A 1468, 1478. 

Mareratk 1438, 1440,1441, 1459, 
1467, 1468. 



Molempery A 1438, 1441 ; Molem- 
pyry A 1440. 



Noreyrolles A 1437, 1441 ; Nore- 
zolles A 1438. 



Perperat D 1440, 1443, 1446. 



Perptrat A 1440, 1441 . 

PeyratC 1438, 1441, 1442, 1447, 
1448. 



Sermentaroux A 1441, 1468. 



1. Nous réunissons sous un même titre les mentions simultanées de Mazcirat- 
Aurouzc et de Mazcirat-Chrispinhac, car les documents donnent toujours une 
même forme en r ou en z à ces deux localités, saut en 1468 où l'on trouve 
Marcral pour la première et Mazcirat pour la seconde. 

2. Nous réunissons sous ce titre Perpczat-h-blanc et Perpezat-le-noir. 



264 MÉLANGES 

A 1438, 1440, 1445, 1459, 
1467, I478. 

Vezezoux (Haute-Loire) : Ecclesia 
Vesedonensis , Villa de Vesezon 
1 1 14 {Cart. de SauxiL, p. 496, 
497) ; Vezesoux A 1 44 5 ; Veze- 
zoux A 1478. 

2. — Changement dV en 
Formes en r : 

Aubeyrat 1 A 1438, 1441, 1445, 
1459, 1467, 1468, 1478. 

Auteyrac (Haute-Loire) : Alteriacum 
925 (Cart. de Brioude, p. 129); 
Auîeyrat A passim. 

Azeïrat (v. supra). 

Chénérailles (Creuse) : Chanaleillas 
1267 (Bibl. nat. Lai. 17116, 
p. 393); Chanereilles B 1451. 



Dompierre (Haute-Vienne) : Dom- 
pere, Dompierre C passim. 

Laurier e (Haute-Vienne) : Laureira 
1222 (Chr. de Saint-Martial, p. 
par Duplès-Agier, p. 1 1 1) ; Lou- 
riere C 1424, 1454, 1456. 

Lignareix (Corrèze) : Linares, Ly- 
nayreis D passim . 

Nozerolles (v. supra). 

Vallilias 969 (Cartul. de Brioude, 
p. 107); Vareilles A 1438, 1441, 
1459, 1467, 1468, 1480, 1481, 
1482. 

Vergheratk 1438; VergeratA 1441 ; 
Vergheirat A 1459, 1467, 1468, 
1478, 1480, 1481, 1482. 



Vereroux A 1438, 1440, 1441 ; Ve- 
reyroux A 1459, 1467, 1468. 



Formes en sz : 
Aubazat (Haute-Loire) ; Aubezat A 

1440; Albazat A 1480. 
Autezat A 1438, 1 44 1 . 



Arezat A 1438, 1441. 
Chanezailles 143 1 (Arch. nat., KK 

648, pièce 127), 1441 (Bibl. 

nat. Franc. 21423, f u 9 r°) ; 

Chanezeilles B 1440. 
Dampeize C 1424. 



Loziere C 
'447, 



448. 



438, 1441, 1442, 



Linazes D 1424. 

Norezolles A 1438. 
Kazef7/es 2 -Limandres (Hte-Loirei : 

Vazeilles A 1440, 1 44^ , 1478, 

1527. 

Vergezat (Haute-Loire) A 1445, 
1 527 ; Verghezat A 1440. 



1. Cf. Albairac (Hérault); Jean d'Aubayrat, 1394 {Titres de Bourb., n° 3954, 
à l'erratum). 

2. Cet exemple vient infirmer l'étymologie de Vareilles proposée par M. Meyer 
(Romania, IV, 192) : Basilea. Vareilles dérive très-régulièrement de Vallilias 
(= Valhculas; cf. supra Canaliculas = Chénérailles); et si tous les départements 
avaient des dictionnaires topographiques, on retrouverait sans doute partout la 
même forme primitive. Ainsi pour les cas que nous avons pu vérifier, Vareilles 
(Saône-et-Loire) est au xi e siècle Valilias (Cari, de Savigny, p. 1052); Vareilles 
(Creuse) est en 1477 Valeilhes (Bibl. nat., Franc. 21423, f° 45 v°). Quant à la 



DU PASSAGE o'SZ. A R ET D'R A S Z 26$ 

On remarquera que le passage d'r à sz ne paraît pas tout à fait aussi 
fréquent que celui d' sz à r; mais comme d'ailleurs ces deux faits sont 
évidemment le résultat d'une même cause, à savoir la confusion entre 
les sons r et 5 z, il n'y a pas lieu de les étudier séparément. 

Les exemples réunis ci-dessus nous montrent donc que ce phénomène 
s'est produit à la fois au xv e siècle dans l'Auvergne, le Limousin et la 
Marche. Toutefois, dans ces deux derniers pays, il semble s'être mani- 
festé avec beaucoup moins de force et pendant un temps beaucoup moins 
long que dans le premier 1 . De plus les exemples que l'on y en trouve 
sont un peu isolés et aucun lien topographique bien étroit ne parait les 
rattacher les uns aux autres. Dans l'Auvergne, au contraire, sauf un cas 
isolé (Billezois , la confusion entre r et s z semble avoir été restreinte à 
la partie méridionale de l'ancien Bas-Pays (sud du Puy-de-Dôme et nord- 
ouest de la Haute-Loire). En effet, dans les nombreux documents rela- 
tifs à la Haute-Auvergne que nous avons parcourus 2 , nous n'avons 
découvert aucun exemple du même fait. 

Ce groupe de la Basse -Auvergne, qui nous fournit à lui seul 
1 1 exemples du passage d's z à r, se prête particulièrement à une étude 
chronologique. Malheureusement nous ne pouvons remonter à l'origine 
du phénomène puisque le plus ancien document que nous ayons (1458) 
nous offre déjà 7 cas où sz a passé à r. Du moins pour les années sui- 
vantes peut-on dresser une véritable statistique philologique qui ne 
manque pas d'intérêt : 

En 1440, sz persiste dans 4 cas, passe à r dans 7; 

— 1441, — 2 9î • 

— J44S> 10 1; 

— '459. 4 7; 

— 1467, s — 6; 

— 1468, 4 8: 

— 1478, 8 - 5; 

— 1480, — 11 o. 

On voit qu'après une lutte assez longue, sz reprend définitivement le 
dessus vers 1480 pour se maintenir jusqu'à nos jours. En effet le carac- 
tère de ce phénomène est ici tel que M. Meyer l'avait constaté pour le 

forme Vazeilks, d'ailleurs beaucoup plus rare, elle se rattache, comme on voit, 
à Vanilles. 

1 . Nous n'avons remarqué aucune trace d'un fait semblable dans les textes 
limousins du xv c siècle, d'ailleurs peu considérables, que nous avons pu consulter 
(Leymarie : Limousin historique, p. 24-31 (1403); 192-198 (1400-1424), 404-5 
I1416), 410-414 (1436). 

2. Le n° 23897 du fonds français de la Bibl. nat. renferme pour la Haute- 
Auvergne des assiettes d'impôts de 142, 41425. 1426, 1430, 1432, 1447, 1478, 
1484. 



266 MÉLANGES 

Languedoc proprement dit ' : il est essentiellement temporaire et n'a 
presque pas laissé de traces de son existence. Dans trois cas seule- 
ment (et encore un seul est-il hors de doute, les formes anciennes man- 
quant pour les deux autres) le changement d'r enjz a été consacré 
par l'usage : Aubazat, Vazeilles, Vergezaî. De ce fait on peut con- 
clure assez vraisemblablement que la confusion entre r et sz a dû se 
produire dans le nord de la langue d'oc sensiblement plus tard que dans 
la région étudiée par M. Meyer, c'est-à-dire, selon toute apparence, 
dans les premières années du xv° siècle. Si en effet on la faisait com- 
mencer au milieu du xiv« siècle, comme il est certain qu'elle durerait 
encore jusque vers la fin du xv e , il serait surprenant qu'ayant vécu si 
longtemps elle eût laissé si peu de traces durables. 

A. Thomas. 

VIII. 

TERMES DE PÊCHE : JARRET, BOUGUIÈRE. 

JARRET. 

{Spams smaris, Linn., Smaris vulgaris, Cuv.) 
M. Littré a rangé sous la rubrique de jarret (en latin poples) le 
« poisson du genre des spares », également appelé jarret 2 . Ce sont pour- 
tant deux mots différents, entre lesquels il n'y a qu'une simple coïnci- 
dence d'homophonie. L'étymologie du premier étant connue, il ne reste 
plus qu'à chercher celle du second. Qui voudrait en effet accepter 
l'aventureuse hypothèse de Carpentier? « Hesychio [àpaÇ est piscis 
genus, unde dictus videtur jarretus. » Je n'ai pas rencontré d'exemple 
dans l'ancienne langue, ce qui n'est pas étonnant, ce poisson qui vit 
dans la Méditerranée n'étant un comestible ni de luxe ni de grande 
utilité. En revanche il s'en rencontre un dans la Vida de S. Honorât par 
Ramon Feraut (éd. Sardou, p. 176, col. 1, in fine) : 

Can l'endeman li pescador 

Tireron la ret contra lor, 

Non troban bugua ni gerllet. 

1 . Un autre caractère commun qu'il est à peine besoin de relever, c'est que 
dans notre région comme plus au sud, la confusion se produit entre les sons sz 
et r sans distinction de provenance, que d'une part l's soit primitive (Molinum 
Pisimi — Molempcry), que le z vienne d'un c spirant (Maccriacum = Marcrat) ou 
d'un d [Chambcdon Chamberon), que de l'autre IV soit primitive ou vienne d'une / 
[Canaliculas = Chanezeilles). 

2. M. Littré a sans doute trouvé ce mot dans Legoarant : cf. sub voc. mène, 
où jarct est écrit avec une seule r, faute typographique sans doute comme 
picard au lieu de picarel; M. Littré a oublié de donner la facile étymologie de 
mine {marna, [taivï], tiaiviç) et de mendole {* maenidula) : Honnorat tirait le pro- 
vençal mcndoh, moundola, amendoula, cmcndoula de mendosus. 



JARRET, BOUGUIÈRE 267 

Le ms. de la B. N., n° i ^509, porte garllet. Raynouard, qui a connu 
ce passage, traduit (III, $81) jarllet par jarlet. On chercherait sans doute 
inutilement jarlet dans les dictionnaires français. Du reste, jarret lui- 
même manque dans Napoléon Landais, Bescherelle et Poitevin; il est 
également oublié par le Thresor de la langue francoyse 1606, Furetière, 
Ménage, Richelet, le dictionnaire de Trévoux, l'Encyclopédie 1 , etc. 
Cotgrave a « Jarre, the name of a cod ded. » 

Bellon nous apprend que le « smaris seu cerus quem girulum vocant » 
portait à Venise le nom de girolo et à Marseille celui de giaret 2 . D'après 
Rondelet, il était appelé cerres à Naples, gerres à Marseille, giroli et 
gerruli à Venise, garon à Antibes>. Aujourd'hui, suivant Honnorat, on le 
nomme en Provence : gerla*, gerle à Nice s; gerre, jarre, jarret dans 
les Bouches-du-Rhône é . 

Le spams smarisi a été connu de Pline le naturaliste sous le nom de 
gerres et sans doute aussi de gerrïcula. M. Littré, dans sa traduction de 
Pline XXXII, 55, 5), n'a point pressenti ou admis cette identification : 
il traduit donc littéralement par gerricule et gerrïs. M. Lebaigue (Dict. 

1 . On y trouve garlet avec renvoi à carrelet. De même dans Honnorat garllet 
= carrelet. Il n'y a pas à tenir compte de ces formes pour trouver l'étymologie 
que nous cherchons, le carrelet étant bien différent du spams smaris. 

2. Pétri Bellonii Cenomani De Aquatilibus... Parisiis, MDLIII, p. 226, 
228. 

3. Gulielmi Rondeletii Libri de piscibus mariais... Lugduni, MDLIIII, p. 140. 
Les deux premiers mots ont une terminaison latine, les deux suivants sont au 
pluriel. Cette synonymie a été reproduite par Lacépède, sans indication d'ori- 
gine {Œuvres du comte de Lacépède. Nouv. éd. par Desmarets. Hist. nat. des pois- 
sons, IV. Paris, 1850, p. 454, note 7). 

4. Dans Achard gerlo. Il le tire de je ne sais quel celtique gerl = petit. 

$. C'est aussi ce que dit le D' Risso : Ichthyologic de Nice. Paris, Schœll, 
1810, in-8°, p. 238. C'est là, sans doute, qu'Honnorat a trouvé ce renseigne- 
ment. 

6. A ces formes on serait tenté d'ajouter encore celle de : « Jarlet, s. m. vl. 
Jarllet, = Jarlet, poisson. » Il est vrai qu'Honnorat n'a pas reconnu ce poisson 
puisqu'il n'en donne pas le nom scientifique, mais évidemment jarlet n'est qu'une 
forme un peu différente des précédentes. — Toutefois nous ne l'admettons pas 
comme contemporaine, elle n'est qu'ancienne. La rédaction d'Honnorat peut 
faire illusion et donner à penser qu'il a trouvé* jarlet chez le peuple et dans 
le vl. [= vieux langage] , jarllet chez Raynouard. I! n'en est rien. Jarlet comme jarllet 
sortent tous deux du Lexique Roman. On ne saurait être trop circonspect à 
l'égard d'Honnorat. C'est à lui, par exemple, que Diez [Etym. Wtert., I, 249) 
a emprunté la forme prétendue moderne abech, due originairement à une faute de 
Raynouard {l'abech, pour labech, dans le Lex. rom., II, 12). 

7. Outre les noms déjà vus, le s pat us smaris porte encore chez Honnorat ceux 
de pataclet, gavaroun (Risso, Ichth., p. 239, gavaron = spams maris, gerle encore 
jeune), picard. Ce dernier qualificatif est usité en français, et il était, au dire de 
Rondelet (p. 140), employé en Espagne et dans la Narbonnaise ; il convient d'en 
rapprocher celui de spigaro dont on se servait à Rome (Bellon, p. 228). Garou, 
sur les côtes de la Méditerranée désignerait le spams smaris d'après Littré et 
Legoarant : garou n'est sans doute qu'une mauvaise lecture du garon de Ron- 
delet (voir ci-dessus). 



268 MÉLANGES 

lat.-fr.) traduit aussi ou plutôt transcrit gerres par gerris. Facciolati ni 
Freund ne donnent de version personnelle; ils citent, sans soulever 
d'objection, un ancien glossaire : « gerres ^aivcâeç. » Cette interpréta- 
tion côtoie le sens. La mendole (Spams maena Lin., Spams mendola 
Lac, Maena vulgaris Cuv.) est apparentée de fort près au spams smaris, 
et à Toulon par exemple une variété de la mendole serait appelée jarret '. 
La confusion pourrait avoir encore été faite ailleurs. Ainsi Honnorat 
donne picarel comme synonyme à mendola; il agit de même à l'article 
gerle i 02 . Gerle, qui manque dans Littré, est donné par Landais comme 
synonyme de spare mendole, et par Bescherelle comme l'équivalent niçois 
de « mendole, gros poisson du genre picarel », ce qui est contradictoire, 
outre que Risso affirme que le gerle est le nom nicéen du spams smaris. 
Lacépède lui-même, qui avait justement reproduit comme synonymes du 
spams smaris le gerres de Pline, le cerres napolitain, les gerruli et les 
giroli de Venise, n'a pas su que gerle était le même mot, et il le donne 
malencontreusement (p. 1 38) comme synonyme de mendole. 

Toutes ces contradictions ne doivent pas nous tromper. Le peuple est 
parfois embarrassé pour donner un nom à toutes les variétés végétales ou 
animales. Il pourra donc lui arriver de les englober sous une appellation 
unique. Ce n'est pas ici le cas. Bellon, Rondelet et Risso ont étudié sur 
les lieux; eux-mêmes n'ont nullement confondu la smaris {giaret Bellon, 
gerre Rondelet, gerle Risso) et la maena [mendola à Marseille, Bellon, 
p. 22 y, Rondelet, p. 1 38; amendoulo à Nice, Risso, p. 239), et le peuple 
faisait aussi la distinction, ainsi qu'il est prouvé par les noms vulgaires 
que rapportent ces savants?. Par conséquent le gerres de Pline, c'est-à- 
dire notre gerre, gerle, etc., n'aurait pas dû être traduit par [;,atviç 
= maena = mendole. Gerres et maena se distinguent entre eux comme 
chez les Grecs cjxapiç et (jwuvt'ç : 

BcaxovTai [j.atvtosç loi zpxyoi rfi' àOspivai 

xal c^apioeç xai (3Xévvoç ioe crrâpot à^çoxôpot xe 

1 . Honnorat au mot jarret. Je regrette de n'avoir pas retrouvé la source où a 
puisé le lexicographe provençal. 

2. Je me défie d'autant plus de l'exactitude de cette traduction de gerle i° par 
mendole qu'elle est empruntée par Honnorat à Garcin, textuellement, y compris 
la faute de piscarel au lieu de picarel, ce qui prouve peu d'attention. Une ligne 
plus bas gerle 2 est traduit par spare smaris. 

3. 11 y a plusieurs espèces de smaris et de mcndoles; nous ne parlons que de 
la distinction du genre, ce qui est déjà suffisant. Et même la variété synony- 
mique des smaris et des mendoles permettrait de supposer que les pêcheurs 
connaissent quelques espèces. Pour la détermination scientifique voir Cuvier et 
Valenciennes : Histoire naturelle des poissons, VI (1830), p. 287-320. Ces auteurs 
ne considèrent pas la smaris et la mendole comme des sparoïdes, ils en font une 
famille à part : celle des ménides. 

4. Nous choisissons cet exemple d'Oppien (I, 1 08) parce qu'on y trouve réunis 



JARRET, BOUGUIÈRE 269 

Pour en revenir à Pétymologie àe jarret, nous aurons : 

GERRES, G1RRES 1 'GERRULUS 

gerre, — jarre gerle, — 'jarle 

giaret, jarret gerllet, — garllet, jarlet 2 

BOUGUIÈRE. 

Dans l'exemple de Ramon Feraut cité plus haut on a vu figurer le 
bogue (Spams boops, Linn., Boops vulgaris, Cuv.ï. Quoique ce poisson 
soit bien connu?, M. Littré l'a oublié. Du reste dans sa traduction 
de Pline xxxn, 53, 3 > il avait eu des doutes sur ce mot, et plus méticu- 
leux que le « Thresor de la langue françoyse », Furetière, Ménage, 
l'Encyclopédie, etc., il préférait user d'un latinisme : boca. 

Ce poisson était nommé chez les Grecs $6a%, ^:r/r, £wç ou (3ûç4 et 

la 7u.apt; = gerres = gerre, la jj.aivU = maena = mendole et le bogue dont il 
sera question plus loin. Les trois genres de poissons sont voisins l'un de l'autre : 
« faciès non omnibus una, nec diversa tamen », mais ils conservent leur indivi- 
dualité, et c'est dans ce sens qu'il convient d'entendre Athénée (édition Meineke, 
Leipzig, Teubner, 1858, in-12. II, p. 68, Z 313): ZKi-jinzxo^ 5è ev oEUTÉpw 
c O|aoîwv ôjJ.oi(x yrjctv EÏvai tt, [/.aivîoi pôaxa xat ^(laptoa; v.il. Aristote ne les con- 
fond pas: au livre VIII, 30, il parle de la smaris et de la mainis, au livre IX, 2, 
il cite le $g>£. Le romaïque ne paraît pas avoir fusionné ces sens, puisqu'il a con- 
servé ces trois noms pour les trois genres : «ruapioa ou ixapioa (forme déjà 
connue par Bellon), — [mcivoûài, — pôrca ou poOua. — On n'adoptera donc pas 
l'interprétation de Henri Estienne, au mot ^.apiçi « aliqui msenidas esse putant.» 

1. L'édition de Pline par J. Sillig (V, 185 1, p. 53) donne gerres, — celle de 
Ludw. Jahn (IV, 1859, p. 311) girres avec la majorité des mss. Cuvier et 
Valenciennes ont employé le mot de gerres dans un sens tout nouveau. Ils 
désignent sous ce nom un genre inconnu à la Méditerranée (p. 336-63). 

2. Cotgrave, « tant sa curiosité a été grande et exacte à lire toute sorte de 
livres, vieux et nouveaux, et de tous nos dialectes », n'a omis aucune des formes 
que nous avons rencontrées dans Rondelet et Bellon. C'est évidemment chez le 
premier qu'il a trouvé gerre, picarel et garon, chez le second qu'il a pris le 
« marseillois » giaret, cette belle infidèle de la prononciation provençale. Voilà 
donc le lecteur amoureux du contrôle averti que les noms de poissons donnés par 
Cotgrave devront dorénavant être recherchés dans Bellon et Rondelet, Rondibilis, 
comme dit Rabelais (Pantagruel, III, 31). 

3. Élevé à la taille du thon dans Du Cange au mot bogua, le bogue a trouvé 
son lit de Procuste au mot boca, où il est précipité au rang de « pisciculus ». A 
moins d'avoir lu les Libri de piscibus marinis, il est difficile de savoir que la cita- 
tion ainsi indiquée par les Bénédictins : Tract, de piscibus cap. 65 ex Cod. reg. 
6838. C. Box vcl boca Plinio, etc., est tirée de Rondelet; même remarque pour 
l'article gerrulus. 

Bellon (p. 230) nous apprend que ce poisson était appelé boga à Marseille et 
à Rome. De son côté Rondelet écrit (p. 137): «Venetiis booba, in reliqua Italia, 
Liguria, Gallia Narbonêsi, Hispania bogue nominatur.» Dans Cotgrave : bocqueet 
bogue; dans Nicot : boque. Risso khth., p. 242 : bugo à Nice. Achard, Garcin : 
bogo. 

4. 'Çlvov-irir, 8è Tapa ~ôv pof ( v, dit Athénée (Z 287, éd. cit., II, 21), explica- 
tion fournie aussi par les scholies d'Oppien d, 1 10). 

La traduction rapportée par H. Estienne «"pwxa; esse ta; ^•jxou.a-.vîoa:, maenas 



270 MÉLANGES 

chez les Romains boca, bocas (?) et box 1 . Cette première désignation 
conservée dans les langues romanes s'est perdue dans le romaïque. Mais 
ce poisson a été aussi appelé $6iùty. Cuvier et Valenciennes ont élevé des 
doutes à ce sujet [loc. cit. p. 262) : « Quant au nom de $sco^ que lui 
affecte Rondelet et que Linnaeus lui a conservé, on ne voit ni d'où il 
est tiré, ni pourquoi il conviendrait à un poisson dont les yeux n'ont 
point une grandeur excessive 2 . » Que cette qualification convienne peu, 
c'est possible. Le bogue n'a pas des yeux de bœuf, mais il n'est pas davan- 
tage remarquable par sa voix : ce serait une supposition oiseuse que de 
croire pour ce motif que le nom de bogue venu jusqu'à nous ait changé 
de sens en route. Il n'est pas moins arbitraire de méconnaître le $5u>&. 
Il importe du reste de le remarquer, Rondelet n'est pas l'inventeur de 
ce nom de (3éwô. Athénée (Z.287, p. 21 de l'édition précitée) dit en 
effet : 'Apta'cocpàvYjç 0' BuÇàvrioç xay.wç çvjacv t^jâç, Xèyzw xbv t'/Qûv 
pôr/.x, §éov (3ôw-x licel \u%pbq i>xap%a>v [j.eyaXojç wza; éyv.. Elï) av oôv 
6 (âow!», (3obç 5<p6aXi«ùç Ixiùv. Précisément cette forme, dont on ne 
rencontre que ce seul exemple, est la seule qui ait survécu dans le 
roma'ique où elle s'est transformée en $6%a ou (âojza' — bogue. 



candidiores, quos vulgo girros s. girrulos vocant », demande à être discutée. Ger- 
rus et girrulus, mots dont on ne connaît pas la date, répondent au latin clas- 
sique gerres, gerricula, ils doivent donc être écartés, puisqu'ils désignent le spams 
smaris (picarel, jarret, etc.). — Quanta Xeuxofjuxivlç, je ne sais trop qu'en dire. 
Chassang et Alexandre le traduisent par « anchois blanc », Rondelet (p. 140) ne 
fait pas difficulté de l'identifier au sparus smaris. Aristote n'en parle pas, et 
d'après Athénée ce serait un autre nom du bogue: Ka).oijvTat Se Tiveç xoù >,evxo- 
|j.atvtôs;; âç évioi (îôaxaç ôvo[mLÇou<ti xta. Ce qui ne laisse pas de jeter quelque 
doute sur cette traduction de Xsuxo[mciv{; par pôaij, c'est que d'après Aristote 
(Hist. des anim., VIII, 30) la [mtviç, comme le a^apt;, est blanche en hiver et 
noire en été : xai ix },E'j-/.OT£pu>v to£àiv èv tû %ipt: xaôtirTavxai xoù yivovrat jj.éXav£Çj 
et c'est aussi ce que répète Pline (IX, 81, éd. Jahn-Mayhoff, II, p. 132). « Mutant 
colorem candidum maenae et fiunt aestate nigriores. » D'où cette supposition pos- 
sible que >.£-jxo[xaivt; désignerait le [xouviç d'hiver. 

1 . Freund et Lebaigue prétendent à tort que le boca est un poisson de mer 
inconnu. C'est de boca et non de bocas que dérivent les formes romanes énumé- 
rées par Diez (Etym. Wcert., I, 172). La majorité des mss. de Pline (éd. Jahn, 
IV, p. 311) donne boca, 1 bocha, 1 focha, 2 box. La forme bocas est peut-être 
fautive, elle est employée par Festus : « Bocas genus piscis a boando, id est 
vocem emittendo, appellatur. » Quant à boare lui-même, « boare id est clamare 
a graeco descendit. » — Isidore de Séville (op. atq. ind. Bon. Vulcami Brugensis. 
Basileae [1 577], XII, 6, col. 297) : « Boccas dicunt etiam boves marinos, quasi 
boacas. » Isidore commence son énumération des poissons par les monstres 
marins : « balenae, cete, equi marini, boccac, cerulei, delphines, porci marini, » 
etc., à peu près comme Pline dans son IX e livre. Je suis donc persuadé qu'il 
parle non pas du boca = bogue, mais des « vituli marini quos vocant phocas » 
(Pline, IX, 19, éd. Jahn-Mayhoff, II, 1875 , p. 117). A qui connaît la réputation 
du phoque, cette explication paraîtra soutenable. 

2. Cette objection a été reproduite par Valenciennes dans le Dictionnaire de 
d'Orbigny. 

3. Cf. le booba vénitien cité plus haut. La traduction allemande habituelle est 



UNE BALLADE HIPPIQUE ÎJ\ 

Nous arrivons à bouguière. C'est un « filet très-délié », disent Poi- 
tevin et Littré, — « employé en Provence », ajoutent Landais et Bes- 
cherelle. Buguiera, dit Honorât, « grand filet horizontal, dont on se 
sert dans les environs de Nice, et qu'on jette le soir à la mer, d'où on 
le retire le matin, et dans lequel on prend les gades-sey, les caraux, les 
trachures. » C'est aussi ce qu'avait écrit le docteur Risso'. Le même 
auteur ajoute plus loin (p. 259) : « [On pêche] le smaris, la mendole, 
les bogues, l'élevé, le passeroni, le marron à la bughiere. » 

Le sens étymologique de bouguière, filet peu ou prou « délié», est 
donc «filet à prendre les bogues » 2 . Et telle est la signification de bogara 
en italien, de boguera en espagnol et de bogueiro en portugais. 

J. Bauquier. 

IX. 

UNE BALLADE HIPPIQUE. 

La Bibliothèque de Pavie contient sous la cote CXXXI. A. 16 un 
petit manuscrit du commencement du xvi e siècle, qui, après un court 
traité de musique (début : In prïncipio septem sunt litere musicales, videlicet 
a. b. c, etc. 1 renferme un certain nombre de chansons françaises et 
italiennes, avec la musique, généralement peu intéressantes. J'y ai copié 
la ballade suivante ; elle est curieuse mais très-gravement altérée, et 
très-probablement tronquée. On voit que les chevaux chantés par la 
poésie du moyen-âge conservaient leur gloire à côté des coursiers illustrés 
par les poètes de l'antiquité qu'on venait de remettre en honneur. Je ne 
sais à qui appartenait le Montagne qu'elle célèbre. Je donne cette pièce 
avec les corrections que j'ai pu y introduire; il est clair qu'elle en appelle 
encore mainte autre. Parmi les chevaux mentionnés, les uns seront 
reconnus de tous les lecteurs, les autres me sont aussi inconnus qu'à eux. 

Vous qui parlés du gentil Buciphal, 
De Galatée qui tant eut de regnon 
Au temps qu'Estor i estoit a chival, 

Ochsenfisch ou Ochsenauge. Diez a sans doute tort de traduire par Meerbrassen. 

1. fchthyologic, etc., p. xvij : « La Bughiero : c'est un grand filet qu'on jette 
le soir à la mer, de manière à le faire plonger horizontalement. On le laisse 
toute la nuit dans le même lieu, et le matin on vient le soulever, pour surprendre 
ainsi les poissons voyageurs, tels que les gades-sey, les caraux, trachures, etc. » 

2. Cuvier et Valenciennes (loc. cit. p. 26$) : « Les pêcheurs emploient à cette 
pêche des filets particuliers, qu'ils nomment bughiera, et croient la rendre plus 
heureuse en suspendant à leur navire de petites figures de bogues, ciselées en 
argent. » 

1 L'initiale manque — 2-3 Ces deux vers sont intervertis — 2 Desgalete... ha de 
r. — 3 t. destor qui e. 



2J2 MÉLANGES 

C'on dit celui de Mezense le bon, 
3 De qui Virgille loua sy fort le nom 
Pour ce qu'il voult o le bon duc morir 
Et ne digna le servage souffrir 
D'estranges mains, n'estre soubz leur ensegne. 
Parler n'en faut ne plus en enquérir, 
10 Fors seullement du bon courcier Montagne. 

Se Broyefort en maint estour real 
Le fit si bien qu'il eut bruit a seyson, 
Et Pirion le rosin Marcial 
Et rous Baiart qui fu au filz Hemon, 

1 5 Legier, Vignoses, Caldor et Calon, 
Et Grimande qui tant souloit courir, 
Que Maugis heut quant il vint secourir 
Au bon Regnault encontre Charlemagne, 
Les feis de ceulx ne faut plus soustenir 

20 Fors seullement du bon courcier Montagne. 

Pour prince aiant vouloir de conquérir 
Ne sey courcier n'aultre gennet d'Espaigne, 
S'en presse veult soy bouter ou yssyr, 
24 Fors seullement le bon courcier Montagne. 



G. P. 



6 Pour ce qu'il vouloit en le bon dut — 8 Destre m — 9 Parler nensant, 
née. — 1 1 et m. estât r. — 17 Qui mangis... vient — 21 Pour ce pr. - 
25 Sempresser v. 



COMPTES-RENDUS 



Garmina medii aeui maximam partem inedita — Ex bibliothecis helueticis 
collecta edidit Hermannus Hagenus. Bernae. Apud Georgium Frobenium et 
soc. mdccclxxvii. lxix-236 p. petit in-8°. Environ 150 pièces disposées 
sous 136 numéros. Huit représentations de dessins acrostiches. Index des 
noms propres, index des commencements des pièces, classement des pièces 
par sujets. Liste des mss. employés, dont le plus grand nombre est du 
X e siècle : 29 de Berne, 3 de Genève, 2 d'Einsiedeln, 1 de Leyde). — Prix : 
$ fr. 3 s c - 

M. Hagen, de Heidelberg, professeur à Berne depuis une douzaine d'années, 
est connu des philologues par un certain nombre de travaux estimables (ainsi 
ses Anecdota hclvetica qui forment un volume de supplément dans la collection 
Keil des grammairiens latins, ses biographies de Pierre Daniel et de Bongars; 
son catalogue des mss. de Berne 1 ) : il publie aujourd'hui une collection de 
poésies latines du moyen-âge. Cette collection comprend des hymnes liturgiques, 
des pièces historiques ou légendaires, des poèmes moraux, des traités en vers 
sur les mathématiques, la musique, les jeux. Ce nouveau volume est très-inté- 
ressant, et fait souhaiter la publication des autres poésies du moyen-âge, conte- 
nues dans les mss. de Berne, et que le même éditeur se réserve de donner au 
public. — La grande majorité des pièces que M. Hagen a groupées dans ce 
recueil sont antérieures au XII e siècle. 

Comme le titre l'indique, elles ne sont pas toutes inédites : tel est le cas de 
beaucoup des hymnes liturgiques; pour celles-ci le dépouillement des mss. de 
Berne reste plein d'intérêt, parce qu'il fait voir comment les textes actuels, dont 
la forme a été consacrée par l'usage de l'Église, avaient été remaniés et corrigés 
au point de vue de la versification et de la prosodie 2 . Pour d'autres réimpres- 
sions M. Hagen se justifie par un motif qui est tout à fait légitime, à savoir le 

1 . Une série d'énigmes en sixains, tirées des mss. de Berne, a été fournie 
par M. H. à l'anthologie de M. Riese. Je ne connais pas son travail intitulé 
Antikc und mittclalter fiche Rœthselpoesie (Bienne 1869). 

2. Parmi des exemples innombrables, j'en citerai seulement un où le rema- 
niment est manifeste : c'est la première strophe de la pièce xxnr (de Sédulius), 
où, en remplaçant le dimètre iambique fautif Hostïs Herodes impie par Crudelis 
Herodes deum, on a détruit la disposition abécédaire. Herodes de ce même 
exemple montre que, si l'on pouvait ramener toutes les hymnes chrétiennes à 
leur forme primitive, on trouverait à glaner çà et là quelques particularités de 
prosodie non encore inscrites dans le Thésaurus de M. Quicherat. 

Romania, VI 18 



274 COMPTES-RENDUS 

désir de ne pas interrompre arbitrairement des séries de pièces contenues dans 
un même manuscrit, et de respecter les points de repère de l'histoire des lettres. 
On ne peut qu'approuver un tel scrupule, mais à la condition que d'autres 
scrupules s'y joignent. Quand une pièce de Fortunat figure au recueil général 
des œuvres du poète, il est naturel de ne point la réimprimer sans dire le fait 
au lecteur, et il n'est point inutile de collationner le texte déjà connu. Pour 
avoir négligé cette précaution, M. Hagen s'est trouvé admettre dans une seule 
et même lecture, au vers 1 5 de la pièce lu, un non-sens, une faute de quantité, 
et une monstruosité paléographique. Le contexte indiquait surabondamment 
qu'il était question du patriarche S^6, il fallait une syllabe longue devant obiit*, 
enfin le ms. donnait sedh par un d et une h : le texte de l'éditeur présente la con- 
jonction^/. Si M. H., qui a cru devoir copier sa pièce xxn sur le ms. deBerne^, 
parce qu'en principe il ne faut pas interrompre la série du ms. 455, avait en 
outre pris la peine de chercher cette pièce dans Du Méril [Poésies populaires 
latines antérieures au XII e siècle, p. 142), il eût vu que la pièce xxm, tirée aussi 
du ms. de Berne 4$$, en est la continuation; au lieu d'avertir en note que xxn 
est hymnus abecedarius a littera A usque ad G, il eût pu noter que les pièces xxn 
et xxm ne forment à elles deux que le commencement d'une hymne abécédaire 
dont la fin (depuis jusqu'à Z) manque dans le ms. de Berne et est donnée 
par Du Méril comme par ses devanciers. Du Méril (Poésies inédites du moyen âge, 
p. 286) aurait pu lui fournir aussi une version de la pièce lui, sur l'histoire de 
Joseph, avec cinauante-deux strophes au lieu de vingt, bien que cette version soit 
tirée d'un ms. où la fin manque. Du Méril encore lui eût donné pour liv les 
variantes d'un ms. de Paris (Poés. ant. au XII s., p. 241), pour lxi vingt-cinq 
strophes au lieu de trois (Ibid., p. 135), pour lx les variantes d'un ms. de 
Paris et quelques-unes de celles d'un ms. de Clermont (Poésies populaires latines 
du moyen âge, p. 297) 2 . 

Il est d'autant plus fâcheux que M. Hagen n'ait pas songé à consulter les 
ouvrages de Du Méril, qu'il y aurait trouvé non-seulement des notes d'explication 
très-érudites et très-utiles, mais encore ce que lui-même ne possédait qu'à un 
degré insuffisant, la connaissance et le souci de la versification. 

1 . Il y a longues années que le vers en question figure dans le Thésaurus poeti- 
cus lingua latinœ de M. L. Quicherat pour établir la quantité de Séth. J'aurai 
souvent dans la suite à tirer parti de l'ouvrage de M. Quicherat (2 e édition, 
1875), qui est le seul répertoire de la prosodie latine qu'un philologue puisse 
consulter utilement. C'est d'après M. Quicherat que je cite plus loin nombre de 
passages des poètes antiques. 

2. Du Méril, Poés. pop. lat. du m. a., p. 321 note 2, cite l'épitaphe de 
Rollon en entier d'après la pierre : M. H. au n° cxxxvi, iv en reproduit la 
première moitié d'après un manuscrit. — ■ La pièce XXVIII est celle dont Du 
Méril, d'après Sinner, cite un fragment dans ses Poésies populaires latines anté- 
rieures au XII e siècle, p. 249 n. 1 . La pièce v, sur l'arrivée à Rome de l'em- 
pereur (Lothaire : voir E. D[uemmle]r, Historische zeitschnft de Sybel, 1877, 
2, p. 345 ss.) rappelle le chant sur l'arrivée de Louis le Débonnaire à Orléans, 
que Du Méril cite au même endroit. — Voir d'autres indications d'éditions an- 
térieures dans l'article de M. Duemmler. Un compte rendu, de M. A. Rfiese], a 
paru dans le Literarisches Centralblatt, 1877, P- 3 10 - A propos de l'allusion 
à César (eviij $9), relevée par M. Riese, voir P. Meyer, Le roman de Flamenca, 
p. 284 n. 1. 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 275 

M. Hagen en effet, soit par négligence, soit par scepticisme, soit faute de 
préparation spéciale, n'a tenu presque aucun compte de la versification et s'est 
ainsi privé d'un des plus sûrs entre les instruments de la critique. Dans les 
manuscrits foisonnaient les fautes de quantité, les vers trop longs ou trop courts, 
les interversions, les rimes inexactes : toutes ces fautes indistinctement, qu'elles 
vinssent de l'ignorance des auteurs ou des lapsus des copistes, ont été repro- 
duites par l'éditeur à peu près sans aucune tentative de correction. Son premier 
soin pourtant eût dû être de scander chaque pièce, de s'interroger sur chaque 
difficulté, de chercher des distinctions entre les auteurs, les époques, les scribes, 
les genres poétiques, les rhythmes, de cataloguer les simples licences, les mala- 
dresses, les fautes formelles, les corruptions, de faire partout un dosage exact 
des éléments de barbarie. S'il eût pris cette peine il eût bien vite reconnu que 
les vers n'ont jamais été de la prose, même aux temps mérovingiens, à plus forte 
raison après Charlemagne ; il eût fini par s'apercevoir que la versification du 
XII 1 ' siècle était aussi correcte que celle de Prudence ou d'Ausone, et qu'elle 
offrait à la critique autant de ressources que la versification la plus raffinée du 
IV e siècle. 

Les fautes tout à fait grossières, parmi celles qu'on a le droit d'attribuer aux 
poètes eux-mêmes et que par conséquent l'éditeur doit respecter, sont réparties 
dans le recueil de M. Hagen entre un nombre restreint de pièces, dont la plupart 
comptent parmi les plus anciennes. Ainsi dans les deux courts acrostiches à 
Aelfred du ms. de Berne 671 (le texte d'ailleurs en est manifestement corrompu), 
on trouve l'hiatus formastî habens ix 5, le spondée sïmul ix 4, le dactyle Gratiae 
x 1 ; dans la pièce de Taion, du ms. de Berne 611, l'hiatus contra horrenda à la 
césure xj 9, les mesures amantes $, impiis 9, ad regiâ[m] caelï 10, finienda 7, 
s\i{p)pllaa i 9; dans les acrostiches intolérables du ms. de Berne 212, péris lxx 
8, dèin lxix 26 et lxx 24, noxd ablatif lxx 11, âmens lxxj 13, cogito lxxj 
18 et 22, honôratque lxxiij 19. rcplctus Ixxij 6, diâbli Ixxiij 28, P'ithco 
{Pylhio ? ) Ixxiv 20, et l'hiatus entre m finale et h initiale lxxv 24 ; dans 
l'acrostiche également intolérable du ms. de Genève 22, câsam 21, sêuerus 26; 
dans la pièce Ixxix efflàgitamus 81, uôuebas 101, uapurabat 103, fiât 81, ada- 
mantinis 3 1, pancgyricus (y long) 16, sermoque 61 et 110; dans la pièce lxxxij, 
oct'iï'S \6,fûgere infinitif 57, et, dans lxxxj, feras subjonctif 7, sans compter les 
hiatus à la césure dans lxxxj 2 et lxxxij 70; dans les pièces didactiques du 
ms. de Berne 358, torcûlaria xiv 50, lana = leaena xiij 49, atrium xiv 70, 
Wbrare et libra xv $ et 105, xvj '12, xviij 112, xix 11, mhabitabiles xix 29, 
n'sassa xvj 6, ...oque xix 33 ; dans des pièces sapphiques du haut moyen âge, 
par compromis entre la versification ordinaire et la versification rhythmique, 
l'emploi d'une longue à la seconde syllabe (Cuiûs deuotum xxxvj 9, Qui débet v 
3, Nobls aeternum et Nobïs ut xlvj 3 et 7) ou à la sixième ou à la neuvième 
syllabe (Prouidus custos generis hûmani i 1 ? , E quibus Maurus sëdulus minister 
xxxvj 21, Totius mundi mâchinam gubernat xxxj 19, Hodie laetus segregasti 
mundo xxxvj 6, Sic dei iussis libère pârendo xxxvj 27, l'allongement facultatif 



1. Cf. sïipUcantis dans Gautier de Châtillon, Alcxandr. 1,280. Déjà suplex, 
au temps de Constantin, dans Optatianus Porphyrius (xiv 11 et 25 L. Mueller). 



276 COMPTES-RENDUS 

d'une finale (v 23 et 28, xxiv 20, xxiij passim, xxxvj passim, xlij passim, 
xlvj passim, xlvij passim, xlix 2), l'admission de l'hiatus (xxxvj 2, 3, 5, 9, 
1 3 , 13, 33), sans compter puëri xxxvj 9 et 22, sëgregasti xxxvj 6, ueniàaue et 
riiueâque au nominatif xlvij 18 et 26, //ôdie xxxj 3, më/05 v 2; dans des qua- 
trains en dimètres iambiques, également du haut moyen âge, et très-probable- 
ment aussi sous l'influence de la versification rhythmique, des hiatus (xxxv 12, 
xxxviij 12, xxxix 1 et 12. Ixij 15, Ixv 4), des allongements facultatifs de 
finales (xxxv 9, lxij 8), blandimenta xl 6, martyribus par y long xxxviij 9, 
/n«/m xxv 9, ëam (?) accusatif lxij 36, rcmôuens xxxix 8; dans des vers asclé- 
piades, complets ou tronqués d'une syllabe, des allongements de finales (xliij 
passim, xvij 29), ou des abrègements (Sprcuere penitus teaue secuti sunt xliij 7). 
Dans des sixains d'adoniques rhythmiques (pièce 1) où mclle et carnis (57, 62) 
sont des nominatifs, où uermis (69) est mis pour uermibus,t\ probablement ($0) 
Ignis cum floris pour Hymnis (cf. xlviij 4) cum floribus * on a glorja 104, pla- 
tilnus 86, exîtus (?) 73 ; dans la pièce rhythmique sur la mort d'Héric, duc de 
Frioul (liv) on a Jonicus trisyllabe au vers 3, et inversement Aauileia penta- 
syllabe au vers 7. Des adverbes en e, tirés d'adjectifs de la seconde déclinaison, 
ont la finale brève (probablement par confusion avec les adverbes comme saepë, 
facile, maie, benë), dans plusieurs des pièces barbares déjà citées : rectëx.4 , 
prouidë Ixxxj 6, unicëQ) lxix 28, perfide, ualdë, pie Ixx 5, 6, 17, congrue 
Ixxv 2$, ualdë lxxvj 29, maxime Ixxix 75, trinë xvj 35. On rencontre isolé- 
ment les prosodies fautives hëri (hier) cvij 63, mâdida cxxx 1 6, mobilis 2 cxxxj 
30, rôborata cxxxv iv-4, Iïdiana cxxvj 12. Dans les vers hexamètres ou élégia- 
ques (si l'on fait abstraction de l'exemple déjà cité formasû habens), l'hiatus est 
permis à la césure du troisième pied (xj 9, Ixxxj 2, Ixxxij 70, cxxxvj iv-3) 
ou du quatrième pied (devant une h, p. 123 note), en vertu d'une tolérance 
dont il y a des exemples dans Virgile et qu'admettaient certains grammairiens 
(Thurot, Extrait de divers mss. latins pour servir à l'histoire des doctrines gramma- 
ticales au moyen-âge, Notices et extraits, t. 22, 2° partie, p. 448) ; une fois on 
trouve hors de la césure le plus excusable des hiatus, celui qui a lieu entre 
une m finale et une h initiale ( Ixxv 24). La licence de l'hiatus était donc 
contenue dans des limites étroites : les versificateurs étaient moins enclins à 
admettre l'hiatus qu'à risquer les élisions les plus dures, comme celle de seu 
Ixxij 23. 

La nomenclature des fautes attribuables aux poètes n'est pas encore complète; 
mais il est temps de faire remarquer que plusieurs de celles qui viennent d'être 
cataloguées, et toutes celles qui seront citées maintenant, sont loin d'être impar- 
donnables. Les formes rèpletus, atrium, librare, libra, mâtris sont nées d'une 
interprétation trop large de la règle des syllabes communes (cf. Thurot, p. 421) : 
on doit excuser au même titre sëcreta xxi 3; sëgregasti xxxvj 6,theutrum cvij $$, 
rêtranseat cxiij 1 $, rëples cv 41, ainsi que onûger (xiij 60) qui très-probablement 

1 . La strophe paraît désigner le dimanche des Rameaux, et In tempus uïri 
signifie sans doute in tempore ueris. — Le mot acceptor au v. 3 1 signifie auceps : 
il a été pris à contresens par le scribe, qui a mis en titre versvs de acgi- 

ÎUTRE ET PAYONE. 

2. On a signalé immobilis déjà dans Ennodius. 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 277 

a pour origine le onûgros de Virgile ' ; rëseissa et ïnhabitabiles s'expliquent par 
l'incertitude qui existait pour un homme du haut moyen âge à l'égard de la 
séparation des mots. La scansion puêri tient à un phénomène familier aux 
romanistes : à l'époque où l'accent latin changea de nature et devint un ictus, 
il abandonna toute voyelle antépénultième suivie d'une autre voyelle, et se 
transporta sur la voyelle pénultième; c'est ainsi que filleul vient de filiôlum et 
non de filiôlum, paroi de pariétem, et le vieux français moillier de muliérem. De là 
muliëre vc 16 et le 2, comme dans les exemples cités par M. Quicherat, comme 
dans le vers 660 de YOrestis tragoedia, comme dans plusieurs vers de Dracontius 
(De Duhn, p. ni); voir les Extraits de M. Thurot, p. 432. De fausses 
analogies, comme celles de fieri, des adjectifs en -inus et -anus, des supins 
en -itum, des secondes personnes en -« ont donné naissance aux fautes 
fiât, adamantinis (cf. Thurot, p. 428) platânus (cf. balânus, Thurot, ibid.), 
exilas, péris : de même diëi, stâturus , iûgum ont amené par analogie rêi 
(de res) Ixxxvj 7, stâtutus lxxvij 2 et stâtim immédiatement) exiv 5, iûgis 
(Sédulius ap. Quicherat) et iûgiter iv 27 et cxxxj 10; sus pécari a amené 
suspicione exiv 8 2 . Iuliana peut se défendre par les immunités particulières aux 
noms propres : à plus forte raison on ne sera pas scandalisé de Exsûperius vijc 
108, de Mauricius vijc 62 et 122, de Anicius (a long) ixxiv 9, de Patricius (? 3 ) 
Ixv 31, et on ne verra qu'une pure variété de prosodie dans Agauno (a bref, au 
diphthongue) vijc 14. On ne sera pas plus surpris de voir un poète du haut 
moyen-âge se tromper sur la mesure de [AâpTvp, tojôioç ou fiéXoç qu'on ne le 
serait de voir un versificateur contemporain estropier un nom sanskrit ou arabe : 
on s'étonnera plutôt de la correction relative des mots transcrits du grec. Les 
Carmina en fournissent un grand nombre qui ont un article dans le Thésaurus de 
M. Quicherat, et dont par conséquent on connaît le traitement dans la langue 
des poètes classiques et des premiers poètes chrétiens; or, en dehors de platânus, 
de martyribus par 31 long, de Pïtheo et de mëlos, les seules variétés de prosodie 
que ces mots présentent dans M. Hagen et que M. Quicherat n'ait pas catalo- 
guées sont sôphus vij 23, sôphia iv 20 et Ixiv 20*, panëgyricus par y long Ixxix 
16, epitrlta lxxxvij 2 et 6, pâpam ij 3, amen vij 36, Zûbulon xlv 12, puis une 
forme qui est de Sédulius (Hërodes xxiij 1, de même Ixiij 1) et une forme (Stè- 
phanus Ixiv 3) que Dracontius avait employée (Satisfactio )7U :i ; enfin trois 

1. Si étrange que cela puisse être, il semble que l'analogie de pâtris, combinée 
avec celle de mater et de frâter, ait fait de même écrire pâter à Dracontius 
(1, 12 De Duhn). 

2. Le poète a dû écrire suspicione, comme porte le ms., et non suspitione. 

3. Si au lieu de patricior on lisait Patrici, os. 

4. Aussi sôphus xvi 86, sôphia lxxx 35 et 43, et, avec le respect de l'accent 
grec observé aussi par Prudence et Fortunat (v. Quicherat), sôphia iv 4 et 27, 

X 6, LXXV 20. LXXIX 76, LXXX 29, GXXIX 2. 

5. La pièce xxxu est d'une versification trop peu sûre pour qu'on soit tenu 
d'admettre Athënae et diadïma aux v. 9-10 : encore diadëma s'expliquerait-il par 
la conservation de l'accent grec. Voici des quantités dont plusieurs sont fautives 
au point de vue de la science linguistique moderne, mais sur lesquelles les ver- 
sificateurs du moyen âge n'avaient pratiquement aucun moyen de se renseigner : 
ne xix 16, sacrôsancti xi.vii 13, thëôricus cxxix 6, gâzôphylâcium xiv 57. mônas 
i.xxxv 9, 10, hïmiolia t.xxxyh 6, côluri xvm 31, diâmetrum xvi 86, diâtonicus 



278 COMPTES-RENDUS 

formes plus correctes que celles qu'ont employées Fortunat, Juvencus et Paulin 
de Noie, à savoir Grëgôrius = rpriyopto; Ixvj 3, Zëbedaeus = Ze£. cv 45, Satâ- 
nan de Sax-àv lxix 35. Partout ailleurs, qu'elles soient fautives ou qu'elles soient 
légitimes, les variétés de prosodie des Carmina reposent sur la tradition des bons 
poètes chrétiens. Si des erreurs ont été commises dans la transcription du grec, 
elles sont donc d'ordinaire imputables aux versificateurs des bas temps de 
l'empire, non à ceux du moyen âge proprement dit. Gëômetrica xix 3 est fondé 
sur un précédent de Juvénal ; une foule d'autres formes sont fondées sur des 
précédents de Lactance, de Juvencus, d'Ausone, de Prudence, de Paulin de 
Noie, de Sidoine, d'Avit, de Sédulius, d'Ennodius, de Fortunat, d'Arator. 
Ainsi Pilatus cvij 88 (Lactance), tetragonus etc. lxxxij 11, lxxxiv 7 et 13 
(Ausone), zïzânia xiv 25 (Prudence, Fortunat), hcrëmita ijc 21 (erëmus Prud. et 
Avit, pour conserver l'accent de ïpïjjtoç; cf. Thurot, p. 430), idolum vijc 
18 (Prud., Sédulius, Fort.), pour conserver l'accent de etSo&ov ), paractitus 
xxv 1 5, xlv 22, Iv 72, lx 94, lxv 26 (Prud.; pour conserver l'accent de 
TCapàxXïiToç H ), Sabâoth j 2 (Prud.), Gabriel xxij 1 8, xlvj 9 (Prud., Paulin), Simon 
vij 39 (Prud.), Isac lxxij 33 disyllabe (Prud., etc.) allëlûja ij 24 (Paulin), 
diâbli Ixxiij 28 (diàbolus Paulin, cf. zâbulus Riese, Anthologia, 204, 7 et 
Alcuin t. II, p. 281, Migne 2 ), phisis lxxx 14 et 22 (physicus de même dans 
Sidoine et Ennodius), phïlologïa lxxx 40 et 46 (philosophas Sid. 3 ), butyrum iijc 
29 (Sid., Fortunat 4 ), Thaïes xvij \0 (Sid.), Abcl par a long lxxij 28 (Avit), 
protoplastus lxxxviij 3 (Avit, Fortunat), Sâmîîrïtaruis cv 25 (Sédulius), Maria 
xxij 4, xxiv 4, xlvj 17, lxx 13 et 34, je 10 (Sédulius, Fortunat, Arator, à cause 
de l'accent de Mapta), ecclësia* xvj 1 54, lxvj 2 (Ennodius, Fortunat), monastë- 
rium cxxxj 13 (Fort.), triâdis etc. xvj 21, 51, $9, 73 1 74, 98, 99, 160, 161 , 
162, 179, 182, 199 (Fort.), Judith lxxvj 16 (Fort. : Quicherat s. v. Anna), 
Aron disyllabe lxxij 23 (Fortunat?) Hierusâlem et Hicrosôlyma avec hic comptant 
pour une longue 11 lv $6 et 34 (v. Quicherat), Ioseph trisyllabe lxix 16 (Juvencus, 
Paulin), lohannes ou Juhanncs lij 38, lxij 9 et 20, lxv 15 (et. Quicherat), ksus 



lxxxvii 10, (cf. diàbolusi, diatessaron xvi 120, Trôgus lxxxviiI 20, 24, 35 
61, Senônia lxxvii 18, Massuïcensis lxvi 2, Gënouëfa cxxxiv 1, Tâdo 1 25, 11 
1,25, vu 10, 14, Sofrïdus ni 1, Leodfridus (co diphthongue) vin 4, Gaufridus 
ne 1, Frcde ix 3, CWo (0 initial bref) lxvi 16, Ardvini ou Ardïûni lxvi 20, 
Sichclmus lxvi 2 1 , Adalbertus (a initial long) lxvi 22, iBouo lxxix 3, fîë/M 
lxxii 29, Bâriônâ xxxiv 7, Constantinôpolitani cxxx note. 

1. M. H. imprime toujours paracletus par un e, contre l'autorité constante 
des mss. C'est paraclitus qui est la bonne orthographe : elle repose sur l'iden- 
tité de son à laquelle étaient arrivées au temps des poètes chrétiens les deux 
voyelles è et 1 *. On a de même Polyclitus = Polyclétus ( = IIoXûx).eitoç) dans 
Prudence, Agapitus = 'AyâmrjTo; Thurot 428. Pour l'équivalence de i et ê cf. 
en sens inverse dans le livre de M, H. Burdêgala me 30 note. Pour l'abrège- 
ment des longues épitoniques cf. antiphona (Aldhelm, cf. Thurot 428), et aussi 
paradisum xxvn 24. 

2. Plus correctement zâbulus, Hagen cxxxiv 6. 

3. Cf. phïlosophia, Gautier de Châtillon Alexandr. 1, 20. 

4. Cf. bolismus = PoO)»i(aoç, Vital de Blois Aulul. 121 Osann. 

5. Aussi ccclësia Hagen xxxiv 2, xxxvri 5. 

6. Cf. Gautier de Châtillon, Alexandr. 1, 421 et 541. 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 279 

disyllabe ou Jcsus, initial xlj i.xliv 1, Ixiv 1, lxv 22, lxxij note, après une 
voyelle Ixxiij et probablement lxiv 1 $, Jésus lxxij j, Icsus trisyllabe Ixx 26 (voir 
dans M. Quicherat les divers traitements du moti. Sur la tradition des derniers 
siècles de l'empire, en même temps que sur l'enseignement formel des grammai- 
riens du moyen âge, reposaient aussi certaines variétés de prosodie qu'on 
admettait pour des mots purement latins : ainsi trigintâ etc. xvj ^ et 80, xviij 
57, postcâ cvij ^(Quicherat; et. Thurot, p. 437). Virtûs, qui se rencontre 
trois fois (iv 27, v 35, lv 27), a son analogue dans le senectûs de Dracontius 
[Satisfactio 224) ' : cette scansion vient peut-être de quelque règle mal for- 
mulée, destinée primitivement aux nominatifs singuliers comme bonus et manûs 2 . 
Ce ne sont pas des fautes que suetus (lxxj 20) qui se trouve dans Horace, que 
rûdit (xiij $9) qui se trouve dans Perse (cf. Thurot, p. 434), que côfidie clxxvij 
2) qui paraît autorisé par Plaute. Térence et Catulle, que hïïic (xviij 78 et liij 
17) qui se trouve dans Stace, que ëi (Ixxx 9, exix $, xviij 16) qui se trouve 
dans Ovide (Halicut. 34), que cûî (xxxiv 1 1, xlviij 1 1, à côté de cui monosyllabe 
xxvj 50, Ixjv 36, lxxj 33) dont on a deux exemples, sans compter les exemples 
de 01 'i iv. Quicherat) ; que dëinceps (vijc 139) qui est dans Prudence et que 
justifie le dëhinc de Virgile; enfin Lusîtani xjx 41 est autorisé tant bien que mal 
par Prudence, praeuâricatio vijc 29 et Saxônica lxxiv 30 par Fortunat, Pictâ- 
menscs iijc 3 1 par Fortunat et par les grammairiens du moyen âge (Thurot, 
p. 433, cf. Andegâui, p. 428). Ainsi donc les fautes personnelles des versifica- 
teurs de M. Hagen se réduisent à un nombre peu considérable. 

Les licences de métrique, tout comme les licences de prosodie, reposaient sur 
des traditions antiques. Par exemple, il était admis au moyen-âge qu'une finale 
brève compte pour une longue, dans l'hexamètre, à la césure du troisième pied ; 
les exemples de cet allongement par la césure fourmillent dans le recueil de 
M. Hagen. Le moyen âge n'avait fait que régulariser (voir les textes des gram- 
mairiens. Thurot, p. 448) l'exception admise par Virgile dans quelques vers tels 
que Non te nulliûs exercent numinis irai. Parfois l'allongement porte .sur la césure 
du second pied (Hagen xj 10, lvj 9, 1 1, lvij 2, lxxiv 3 (née), Ixxvj 10, cxxjx 1 1, 
et dans un vers élégiaque iv 2) ou sur la césure du quatrième pied (H. xj 1, 
Ixvj 13, lxix 4, lxx 17, lxxij 3, 7, 29, lxx'iij 20, 23, lxxiv 29, lxxxvj 7, 17,31, 
32. Ixxvij 19) : or Virgile avait écrit Pingue super oleum infundens ardentibus extis 
et Doua dchinc auro grauiâ sectoaue elephanto. Dans le recueil de M. Hagen on 
trouve même des finales allongées en dehors de la césure, c'est-à-dire dans le 
temps faible ; mais il n'y a de cette liberté que quatre exemples, qui tous portent 
sur des monosyllabes : nêc lxxx 45, fâc cv 24 et 40, car cxxxv iii-2 3 . 

En dehors des vers dactyliques les finales brèves sont fréquemment allongées; 
dans le recueil de M. H., comme on l'a déjà vu, le fait se présente pour la 
strophe sapphique, pour le vers asclépiade complet ou tronqué, pour le dimètre 

1. Cf. seruitus dans Gautier de Châtillon, Alexandr. 10, 296. 

2. Le menés de Dracontius (6, $6 De Duhn) viendrait d'une confusion avec 
les mots en 4$. 

3. Comparez es dans un dimètre iambique (lxii 7). — De même fâc dans 
Vital de Blois, Aulularia 645. — Alcuin avait commencé un hexamètre par Mêl 
apis (correction de Jaffé pour Me lapis, Einharti vita Caroli magni 2 , p. 8). 



280 COMPTES-RENDUS 

iambique. C'est une licence excessive si l'on veut, mais en tout cas cette licence 
est particulière au haut moyen âge. Aucune des pièces qui la présentent n'est fournie 
par un ms. postérieur au X" siècle; on n'aurait aucun droit de l'admettre dans 
une pièce du XII e siècle par exemple, et je doute fort qu'elle fût encore pratiquée 
au X ,; . 

L'o final est commun partout excepté dans la terminaison du datif et de l'ablatif 
(Thurot 438); il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'on rencontre presque à 
chaque vers passiô, amo, amandô, amantu, ergo, quando, porro lxx 20 (et. Qui- 
cherat), ilicô evij 16 (cf. Quicherat), denuo evij 71, ...oque, sermoque; en sens 
inverse on a duôdecim xvj 102 et 108, comme dans Lactance duôdecies. — Il est 
partout admis dans les poèmes des mss. bernois, et il l'a été pendant tout le 
moyen âge, qu'une brève reste brève devant les groupes initiaux se, st, sp (on 
avait dans Horace saepë stylum et praemià scribae), et de même deyant sf ou sph 
(xviij 8), sm (xiij 8), z (xvj 82, xix 27), pt ou phth (Ixxxvij 1). C'est tout à fait 
une exception que effoderê scro[bes] xiv 24; cette exception aussi s'appuyait sur 
des précédents comme dans Virgile telâ scandite. — Dès l'antiquité il a été admis 
qu'une voyelle brève suivie d'une consonne finale pouvait, devant une h initiale, 
former une syllabe longue (Diomède, p. 430, 18; Donat, Ars p. 369, 5 et Ser- 
vius p. 424, 1 $ et Sergius p. 479, 2; Pompejus p. 116, 1.1 ; Victorinus p. 28, 
3, etc. : éd. Keil; cf. De Duhn ad Dracontium p. 1 1 1). Il est tout naturel de 
trouver cette règle appliquée dans nombre de passages : j 1 3, xv 73 et 1 18, 
xvj 185, xvij 66, xviij 103, xxiij i,xxix 8, xxxj 13 et 14, xliij 11, xlvij $, Ij 
33 et 37, lxij 8, 27 et 48, lxiij 4 et 10, Ixxj 29, Ixxv 12 et 18, lxxvij 10, lxxx 
1 $, Ixxxij 92. 

En résumé, les vers du recueil Hagen, comme tous les vers du moyen âge, 
sont soumis à des règles plus ou moins rigoureuses selon les époques, mais enfin 
ils sont soumis à des règles. Aussi un grand nombre de corruptions dues au 
copiste se révèlent d'elles-mêmes à tout lecteur qui lit assez lentement pour 
sentir l'harmonie du rhythme : et bien souvent, dès qu'on est averti par l'oreille 
de la faute, la correction est facile et certaine. Ainsi viij 7 pedi (qui d'ailleurs 
est peu intelligible) aurait \'e bref : il faut pelagi per marmora. — viij 17, ad 
limina : il faut un mot tel que ostia. — xj 4 : Florea cuncta gerit [et] prata 
uirentia gestat. — xvj 44, le vers veut ipsë, et non le génitif barbare ipsac. — 
xviij 67, circumeunt ne fait un choriambe qu'à la condition d'être écrit en un 
seul mot. — xxj 10, Claustra pudoris permanent : I. (?) Claustrum... permanet; 
au vers 13 I. proccdït au lieu de procedens. — xxv 1 1, atrae : 1. atra; 12, reso- 
luit, I. résolue. — xxvj 39, et est de trop. — xxvij 19, captiuatâ : il faut sans 
doute captiua est. — xlvij 10 ss., uiuit est impossible; d'ailleurs ce mot ne donne 
aucun sens. Il faut bibit. — xlix 6 s. (vers sapphiques), M. H. change pellat 
langorem en pellat languorem, alors que le mètre indique pellat angorem ; il garde 
à la fin du vers pietatëm patris, qui est vide de sens, au lieu de corriger pietate. 
— lvj i, qui quaerls uitam honestam : lire qui uitam quaeris honestam. — 
lxv 5, Regina sieut auium ne fait pas un dimètre iambique : il faut alitum. — 
lxvl 10 : E propriis finibus ne peut commencer un hexamètre : heureusement la 
correction est facile. Christi au v. 19 est si peu vraisemblable, qu'il faut ou 
admettre une corruption du texte, ou supposer que le poète avait fait de Christi- 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 281 

minister un composé. — Siue (Ixxxviij 26) ne peut former un demi-pied : corriger 
scu. — La pièce vijc se compose, de 219 hexamètres léonins, où la rime porte 
sur deux syllabes : cette circonstance rend nécessaires les corrections nolet (11), 
uictus (36), audens (176); au v. 213. pour rimer avec sodalem, on peut être 
tenté de substituer talem à similcm. Au v. 105 Velle sï' scruari est inadmissible; 
il faut probablement lire au vers 104, comme M. H. l'indique en note, Quam... 
fractam... labcjactam à l'accusatif, et ensuite Velleque. Au v. 1 $$ le mètre veut 
Frcna[qui\. — ijc 20 : la correction de Me en Mi est indispensable. — ic 9 : 
la rime montre qu'il faut changer non pas malum en malo, mais assuatum en 
assueto. M. H. paraît avoir compris que les pécheurs tirent du crime leur pied 
chargé de hontes : mais ce serait là une locution bizarre, et, ce qui tranche le 
doute, pracgraue talum est un solécisme. Évidemment un vers s'est perdu entre 
8 et 9. — c 9 s., lire Vt... fiât... esca uolucrnm Vcl... fiât [utj esca natantum 
(ms. fiât escat). — ciij 19, passcruli uolïtptarent, 1. uolitarent. P. 174 n., v. 2, 
bien que ferë ait été employé par Ausone, il faut garder fore, et la rime indique 
de changer nolkt en nolet ; j'adopte les deux corrections de M. H. et je ponctue : 
Si bonus ista legit, gaudet, quia quae (ms. qui) legit egit ; Si malus, inde dolet, 
qui[à] sit malus ; et fore nolet. — civ 6, naris et non nares, pour la rime. — 
cvij 5 5 , la rime veut regala patrum (et non primum). — cviij 76, Tune taudis 
titulos est trop court : il faut Tuae. — cxj 8, Vt nulla swdisparilitate graue/rt ; 
lire disparitate. — exij 8, Et fétus eadem uelle orare suos : 1. uorare. — cxxxj 29 : 
Quisquis [ad] aeternum mauult conscendere regnum. — cxxxij 10 : Ibit [et] ad 
lectum nuda puella tuum. — cxxxiij 19, Post haec : ôter haec. 

M. Hagen n'a effectué aucune de ces corrections, pour la plupart assez évi- 
dentes; en outre, plus d'une fois, il a ajouté aux fautes des mss. des fautes nou- 
velles. Ainsi dans la pièce xv, au vers 6, il faut deux iambes de suite et l'on a 
situmque mensa : M. H. propose situmque emensa. Au vers 29 il faut un mot 
anapestique, le ms. a abies, que M. H., en note, avoue pouvoir être conservé : 
dans le texte il imprime abietis. Dans xvj 67 et Ix 95 il signale des lacunes, 
mais il dispose tellement les mots subsistants que, de quelque façon qu'on essayât 
de remplir les vides, le vers ne pourrait se scander. Dans xxx 15, la lecture 
egregie de la seconde main et de M. Hagen semble moins incorrecte que le egregi 
de la première main (encore cela n'est-il pas parfaitement sûr, voir Gell. 14, 5); 
mais du moins egregi, qui a l'accent sur la seconde (Gell. 13, 26 = 25, 2; 
Priscian. 7, 18, p. 302, 16 Hertz) fait le vers, et egregie ne le fait pas. Dans 
xlvij, 31, le ms. donne tétras, qui ne se comprend pas; on voit seulement qu'il 
faudrait un mot iambique : M. Hagen imprime taetris (qui ne se comprend pas 
mieux que tétras). Dans Ixvj 3, par exception, M. Hagen corrige le ms.: il suit 
Senebier, qui à laude avait substitué laudes : par malheur il fallait garder la 
forme laude, dont la finale est allongée par la césure comme au v. 8 celle de 
anhelante. P. 122, note, en déchiffrant un texte formé par acrostiche, M. H. lit 
au commencement d'un hexamètre cruci sancta, alors que la disposition de 
l'acrostiche permet de lire sancta cruci. Dans la pièce lxxix il propose de lire au 
commencement d'un hexamètre indicans (v. 69), et, à la fin d'un hexamètre 
(v. 72) il préfère à la leçon renides (qui d'ailleurs est bonne pour le sens) la va- 
riante rendes. Dans lxxxiij 2, vers léonin qui finit par gliscas, il choisit non la 



252 COMPTES-RENDUS 

bonne leçon qui place à l'hémistiche discas, mais une variante qui y place lector. 
Dans Ixxxiv, à la fin du dernier vers élégiaque, il remplace mcnteque uoceque 
uale, qui n'a ni rhythme ni sens, par mente uoceque uale, qui ne donne pas plus 
l'un que l'autre. Dans viic 34, vers hexamètre dont les premières syllabes ont 
été coupées, il donne le choix entre les restitutions [In cae]de et [In fi] Je. Au v. 
109, où praelia d'ailleurs convient parfaitement, il propose « praemia vel pretia », 
comme si ces deux mots avaient la même mesure. Dans vie 32, le commence- 
ment d'hexamètre Paulatim correpe statum lui déplaît, et il écrit Correpe paulatim 
statum, ce qui fait d'un coup deux fautes de quantité. Dans vc 17, il préfère, 
pour finir un dactyle, para à pete. Dans ivc 32, où il faut rimer avec laborem, 
il propose de remplacer memorem par memorans; dans ciij 23, où il faut rimer 
richement avec membrana, de remplacer plana par plena. — iic 9 ss., sine te Deus 
omnia curât, Cumque sui iuris sint iusti cum perituris, Praemia cum pénis iustis 
moJeratur habenis. Il y a deux mss., dont l'un porte la leçon authentique sui 
iuris (c'est-à-dire eius iuris, iueius manu) et l'autre ms. donne sine turis : M. H. 
écrit sine curis, ce qui fournit une faute de quantité sans donner de sens plau- 
sible. Dans evij 71 il corrige quant Est graue nephas en quam Est graue, 
quam nefas : il était facile d'écarter la faute en insérant non pas quam, mais 
quamque. Au vers 1 00 il y a cedor, peneque miser misère dor (poenae dor, je suis 
livré au châtiment) : M. H. a imprimé paeneque miser misère edor, c'est-à-dire, 
sans doute, les verges me dévorent presque, ëJor paenë. Dans cix 32, on est 
étonné de voir rimer Carnotis avec iuuentutis : or le ms. a canutis. Canutus, 
mot bas-latin qui figure dans certains glossaires, équivaut à canus ou senex (c'est 
le français chenu) ; Carnotis au contraire n'a ici aucun sens. 

M. Hagen, n'ayant point scandé d'une façon continue les vers qu'il impri- 
mait, n'a pu songer à donner l'index des mètres et rhythmes employés. Voici 
cet index : 

Hexamètres: ix, x, xj, lxvj, lxvij, lxix, lxx, lxxj, lxxij, lxxiij, lxxjv, lxxv, 
Ixxvj, lxxvij, lxxx, lxxxvj, lxxxix, vic,cxxiv, cxxxj, CXXXV4, cxxxvj 7. — Hexam. 
léonins : lxxix partim, lxxxiij, lxxxv, Ixxxvij, Ixxxviij, ixc, viic, vc, ivc, 
iiic, iic, ic, c, cj, cij, ciij, civ, cv, cvj, evij, cxxvij, cxxviij, cxxix, cxxxv 1, 2, 
7, 8, cxxxvj 6, 8. — Distiques semblables à ceux de Caton ', Ivij. 

Distiques : ij, iij, iv, lij, Ivj, Ixviij, lxxviij, Ixxxj, lxxxij, Ixxxiv, ex, cxj, exij, 
exiij, exiv, cxv, cxvj, cxvij, cxviij, exix, cxx, cxxj, cxxij, cxxv, cxxvj, cxxxij, 
cxxxv 3, $, 6, cxxxvj 2, 3, y, — en vers léonins : cxxx ; — avec similitude du 
premier hémistiche de l'hexamètre et du. second hémistiche de Pélégiaque : vij. 
viij. — Hexamètres et élégiaques mêlés : vj, cxxxvj 4. 

Trimètres iambiques : xvj. 

Asclépiades à deux choriambes : xiv; — « asclepiadeo métro » -mi- -vu- 
vu- lxxvj adnot. — Hendécasyllabes : xix. — Vers adoniques : lxxvj adnot. 

Vers vu --vu --: xvij; — vers uv--: xiij ; — vers uu- y -v-- : xv. 

Strophes de trois trochaïques septénaires : lj, Iv; — strophes de quatre dimè- 



i. M. H. n'a pas mis en relief la disposition en strophes de deux hexamètres. 
Ct. la suscription (de seconde main) catonis dans le ms. A. — Je pense que le 
y distique doit venir avant le 4 e , comme dans la copie écrite par Daniel. 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 28; 

très iambiques : xxj. xxij- xxiij, xxv, xxix, xxxiv, xxxv, xxxvij, xxxviij, xxxix, 
xl. xl|. xliv, lix, ixij, Ixij bis, lxiij, lxiv, Ixv; — strophes sapphiques : j, v, xviij, 
xxiv, xxxj, xxxiij, xxxvj, xlij, xlvj, xlvij, xlviij, xlix. cxxxiv. — strophes al- 
caïques : xij ; — strophes asclépiades (sur le type Scribcris Vario d'Horace): xliij. 

Versification rhythjoque. — Quatrains iambiques : dimètres xx, xxvj, 
trimètres xxx. Trimètres en strophes de cinq vers : liv. Strophes pseudosapphi- 
ques (3 trimètres iambiques et un adonique) : lx. Strophes de deux adoniques 
allittérés (voir à la p. 290! : viijc ; de six adoniques allittérés : 1. — Trochaïques 
septénaires en tercets : xxviij, xlv; en quatrains : liij. Dimètres trochaïques, en 
quatrains avec refrains : Iviij, Ixj. 

Octosyllabes irréguliers : xxvij, xxxij ; —strophes formées de courts vers 
rimes disposés diversement : cviij, cix '. 

Strophes monorimes, formées de trois vers rhythmiques (dont chacun contient 
un hémistiche de trois trochées et demi et un hémistiche de trois trochées), avec 
un quatrième vers qui est métrique : cxxxiij 2 . 

Acrostiches.— Initiales : v (hlothariys), ixetx (AELFRED).Dessinscompliqués 
écrits en rouge dans les mss., reproduits :i en caractères gras par M. Hagen 
p. 21 5 ss. : Ixix-lxxvj. — Pièces et fragments abécédaires, c'est-à-dire dont les 
strophes commencent successivement par les diverses lettres de l'alphabet : xxij- 
xxiij (abcdefg, hiln), xxv |fgh, avec une strophe indifférente), lx (de a à z, y 
compris k, avec une strophe indifférente), lxj (abc) ; en outre l (strophes de six 
adoniques rhythmiques, l'initiale revenant dans tous les vers de la même strophe; 
manquent k, y et z); M. Hagen aurait dû laisser dans le texte même l'abrévia- 
tion de Christus (Xpus) quand elle fournit à l'acrostiche la lettre X. 

L'étude des diverses pièces, faite au point de vue de la versification, suggère 
des conjectures plus ou moins plausibles sur l'histoire du texte de ces pièces. 
M. H. suppose que la pièce Ixij est formée de deux hymnes distinctes : en la 
scandant on trouve à l'appui de cette opinion un argument. En effet la première 



i. M, H. n'a pas fait ressortir typographiquement la disposition des strophes 
en couples, cvm est composé de cinq couples de strophes; cix d'une strophe 
isolée, mais dont les deux moitiés sont égales, et de deux couples. Le nombre 
des syllabes n'est pas toujours rigoureusement le même dans les vers qui se cor- 
respondent : voir cvm 21-51, 40-49, 5^-64, cix 46-57. 

2. Le vers métrique est ordinairement un hexamètre, parfois c'est un élégia- 
que (521. La bizarrerie de cette composition de strophe s'explique par ce fait, 
que quelques-uns des vers métriques ainsi accouplés aux vers rhythmiques sont 
tirés d'Ovide. Une pièce toute pareille, où presque tous les vers métriques sont 
tirés des poètes anciens, a été publiée par M. Wright, the Latin poems commonly 
attributed to Walter Mapes, p. 1 52, puis par Du Méril, Poès. pop. Lit. du m. a., 
p. 155. Voir en outre les pièces données par M. Wright, p. 159, 163, 229, et 
par Du Méril, p. 275. — On notera que le v. 14 a une syllabe de trop. Ces 
quatrains sont intéressants pour l'histoire des études littéraires au moyen âge. 
Ils concernent la vie et les ouvrages d'Ovide. 

3. Ces pièces, évidemment écrites en carré, ont été reproduites en rectangle, 
ce qui déforme les dessins. Cette déformation est surtout fâcheuse pour la 
pièce Lxxm, où l'acrostiche dessine la coupe d'une église (p. 219). — Ces 
compositions bizarres sont imitées de Publilius Optatianus Porphyrius, poète 
du temps de Constantin. 



284 COMPTES-RENDUS 

partie admet l'hiatus (1$) tandis que la seconde admet l'élision (18 et Ji)- 4 . La 
pièce lxxxj 'épitaphe de Wifordus) présente cette particularité que les vers insi- 
gnifiants y sont léonins (1, 2, 4, 6, 7, 8) tandis que la rime manque dans les 
vers qui donnent des détails précis (5,9, 10, 11, 12) et dans un vers où le 
subjonctif feras aurait Va bref(v. 3). Cela peut faire conjecturer qu'on a approprié 
pour Wifordus une épitaphe léonine composée pour un autre 2 . — Dans la cri- 
tique de l'épitaphe de l'abbé Jean (pièce ciij) il n'y a que deux vers non léonins 
sur vingt-cinq : ils sont sans doute transcrits textuellement de l'épitaphe criti- 
quée. — La pièce cxxix, formée de treize vers dont onze sont léonins, doit être 
séparée des deux vers terminaux qu'y ajoute le ms. de Berne. Ces deux vers 
n'ont aucun rapport au sujet; ils sont léonins aussi, mais la rime y porte sur 
deux syllabes et non comme dans tout le reste de la pièce sur une seule. Ce sont 
des sentences de morale religieuse comme celles qu'on trouve si souvent, dans 
les manuscrits, isolées ou plaquées au hasard. — Une observation analogue doit 
être faite sur la pièce cxxxij. Celle-ci n'est pas léonine : les deux derniers vers 
sont des léonins à rime riche qui se trouvent isolément dans un ms. de Munich. 
Or ces deux vers ne font que répéter la pensée contenue dans les deux vers 
précédents, et forment avec eux une redondance que la forme dialoguée du 
morceau rend intolérable. M. H. admet un changement de personnage, mais 
cette hypothèse soutient mal l'examen. — Les divergences qui existent entre 
la leçon du ms, de Munich et celle du ms. de Berne peuvent donner à penser 
que dans ce dernier l'addition du distique vient d'une citation faite de mémoire*. 
L'éditeur ne s'est pas toujours efforcé autant qu'il serait souhaitable de com- 
prendre les textes techniques, et sa ponctuation laisse souvent à désirer. Pour 
être bref je me contenterai d'indiquer quelques rectifications, xvj 74 ss., ...decer- 
nitur. In se reuertens hoc modo qui (le nombre $) dicitur : Namque ipse, per se, 
ecteros uel impares, Ductus, repraesentare se dinoscitur. Cinq multiplié par lui-même 
ou par un autre nombre impair, donne un produit où les unités sont au nombre 
de cinq. Ductus signifie encore multiplie au vers 179. — xvj 104 ss., Medii, duos 
quos (les nombres 6 et 12) inter, octo cum nouem Sunt ; unus ex his (le nombre 9) 
mox per ipsum terminum Superatur a duodecim, quo sex tegit (12 — 9 = 9 — 6). Con- 
fertur octo lege nec non musica, Nam parte tali uincit illum praeminens, Qua parte 
sex hic uincit... (10 — 8 = 8 — 6 : praeminens est le nombre 10, cf. 127 et 188). — 
xvi 1 58 ss., Pcrfcctus inde surgit octonarius, Cybus uoeatus ipse primus omnium, 
Crescens diade : motione primula Tétras diade duplicata prouenit; Diade mota gignit 
octonarium. Perfectus et, tegit (?) quod hune, senarius, Cybi quod omnis sunt tôt 
eminentiae. — Ixxxvj 19. Il faut lire quod au lieu de quid et mettre une simple 
virgule après orbis. Le sens de ce vers et du suivant, traduit en notre langage, 
c'est que le rayon du cercle est égal au côté de l'hexagone régulier inscrit. — 
La pièce Ixxxvij énumère les intervalles musicaux de quinte, quarte, octave, 



1. Il n'y a rien à tirer du v. 34, qui est corrompu. 

2. Notons que sextis in nonis ne peut désigner le jour des nones. — ; Cette 
locution est intéressante parce qu'il est rare de voir ces sortes de formules écrites 
en toutes lettres et garanties par le mètre. 

3. C'est un exemple frappant d'interpolation ayant pour source un « passage 
parallèle. » 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 28$ 

douzième, quinzième, et les rapports numériques (rapports de longueurs de 
cordes) qui correspondent à ces intervalles, à savoir 2/3, 3/4, 1/2, 1/3, 1/4. 
Les vers relatifs aux intervalles de douzième et de quinzième doivent être lus et 
ponctués ainsi : Addita diplasiae (et non triplasiae) trïplam format diapente, 
Constans ter quinis post quas est quadrupla phthongis. — M. H. donne p. xvij 
une explication fort ingénieuse de l'énigme cxxxv, vii, mais j'avoue que le pre- 
mier vers m'embarrasse beaucoup. Je ne vois pas comment on peut désigner le 
Vulturne par cette proposition : Est domus in terris, sed uiuit semper in undis ; je 
ne comprends ni comment un fleuve (ou un vent) vit dans l'eau, ni comment il 
peut être appelé une maison, unedemeure ( . Le premier hémistiche pourrait à la 
rigueur s'expliquer par une imitation maladroite de la jolie énigme de Sympho- 
sius sur le fleuve et le poisson 2 (Est domus in terris, clara quae uoce résultat, Ipsa 
domus resonat, tacitus sed non sonat hospes, Ambo tamen currunt, hospes simul et 
domus una); mais que faire du second hémistiche? — La pièce lxxxv donne la 
recette d'un tour bien connu. Etant donnés 1 $ pions blancs et 1 $ pions noirs, 
on les dispose de telle façon que, si on compte 1 $ fois de 1 à 9 et que chaque 
fois on supprime le 9 e , les 1 5 noirs soient tous sacrifiés alors que les 1 $ blancs 
restent au complet. D'après le titre, Sors cuiusdam de XV Christianis totidemque 
Iudaeis, les deux couleurs représentent des chrétiens et des juifs. Chez nous les 
enfants exécutent le tour avec des cartes, soit en faisant des deux couleurs les 
Blancs et les Nègres, auquel cas ils sacrifient les cartes noires, soit en en faisant 
les Français et les Anglais, auquel cas ils sacrifient les rouges; pour retenir la 
disposition des couleurs on se sert des voyelles du vers mnémonique Populcam 
virgam mater regina ferebat, chaque voyelle exprimant le nombre que son rang 
indique, a 1, e 2, i 3, 04, u $. Cette disposition des couleurs est résumée dans 
le ms. de Berne par un distique, qui suit la pièce principale écrite en hexamè- 
tres léonins. M. Hagen n'a pas remarqué que les indications de cette pièce sont 
en désaccord avec le distique, que le titre, où le ms. donne par erreur le chiffre 
XX au lieu de XV, est par là en contradiction tant avec le distique qu'avec la 
pièce, que le vers 4 a une syllabe de trop et que la rime de l'hémistiche y 

1 . [Lire sans doute au v. 1 Est deus pour Est domus. Cf. sur l'énigme du 
poisson Romania vi (1877) p. 150. — G. P.j 

2. On me fait remarquer justement que cette énigme pourrait désigner non le 
fleuve et le poisson, mais l'écaillé de la tortue: et que même, dans cette hypo- 
thèse, elle s'expliquerait mieux. Toutefois les sujets des énigmes avoisinantes, 
l'existence d'une autre énigme sur la tortue, et surtout l'explication que four- 
nissent le ms. de Saumaise (VII e - VIII e s.) et l'Histoire d'Apollonius de Tyr, obli- 
gent de s'en tenir à l'interprétation reçue. — Post-scriptum. Je dois à M. Ém. 
Châtelain la copie d'une énigme sur le Vulturne, fournie par un ms. du Vatican 
(Reg. 1351, f° 131 v°) uniquement rempli de poésies de Baudri de Bourgueil 
(voir L. Delisle, Romania I, 1872, p. 46): 

Vna nouem constat trisillaba pars démentis : 

Cuius si quando dematur sillaba prima, 

Quod remanet miles quondam pugnauit in armis ; 

Si médium tollas, facient remanentia plagam ; 

Demas postremam (/.-mum), uolucrem duo cetera signant ; 

Totum iungatur, fluuium signare uidetur. 

Nec uoces id agunt : sed uocum significata 

Hec tôt uulturnus, per partes, posse uidetur. 



286 COMPTES-RENDUS 

manque. Il a donc transcrit dans son texte, sans les corriger, les fautes du ms. 
de Berne : le lecteur n'est pas peu surpris de voir qu'en même temps, dans ses 
notes critiques, il cite sans en tirer parti des variantes excellentes empruntées à 
l'anthologie de M. Riese. 

J'ajoute, sans m'astreindre à un ordre rigoureux, des observations diverses 
relatives à des pièces diverses. 

La pièce lxxix est attribuée par M. H. à Alcuin parce que dans le ms. elle 
est précédée de deux pièces d'Alcuin. Mais ces deux pièces, comme en général 
les poésies d'Alcuin, sont d'une versification facile et agréable 1 tandis que la 
pièce lxxix est aussi gauche et aussi barbare qu'elle est ennuyeuse. Il semble 
que l'auteur s'y soit pris à deux fois pour la fabriquer, ou qu'il l'ait fabriquée avec 
des fragments hétérogènes. Ainsi la tirade 1-6 est léonine (la rime manque au 
vers $, mais ce vers, où l'indicatif tenet inséré entre rexerit et agat fait solécisme, 
a dû être inséré après coup) ; une autre tirade léonine, très-longue, va du vers 
62 au vers 9$ (le v. 89 a dû être inséré après coup, et au v. 93 il est facile de 
placer à l'hémistiche fidos qui rime avec amicos), mais la tirade finale ne contient 
que 3 vers léonins sur 22. Le vers 13, léonin, est isolé au milieu d'une série 
de vers dont la plupart ne le sont pas : or ce vers, où nostro cothurno est dit 
ridiculement pour nosîra lyra ou toute expression analogue, semble calqué mala- 
droitement sur un vers de la grande tirade léonine, le v. 64, où sophocleo cothurno, 
copié de Virgile, offre un sens présentable. — Il y aurait fort à faire pour 
rendre cette pièce lisible : voici quelques indications. Au v. 8 garder parentum. 
Vers 8 ss. : Nempe tuo canos sensus in pectore gestas, Et manibus libros ; et cultos 
semine campos Ore geris (ms. teris) uel mente refers, ut, plenus adoris (ms. odo- 
ris) Frugifcri, spinisque carens, sis culmus opimus. Quo (c.-à-d. ideo) granum 
superi condaris in horrea taeli! Il semble qu'il faille intervertir 13-17 et 18-21 
(dans 19 lire spermate au lieu de spermata). 26 ss. : ponctuer Omnibus es factus, 
iubet ut pius omnia Christus Esse, manet nostrum sub quo constanler in aeuum 
Omne quod est; licet etc. La rime indiquerait de garder au v. 37 magnificum, de 
changer au v. 35 pio en pii, de lire au v. 66 mysteriarchis (= mysleriarches ; le ms. 
a misteri archesi, leçon dont \'i final devait à l'origine être superposé à IV). Au 
v. 45, au lieu de quantum décor asst, lire tantum décorasse. Mettre un point après 
sagaci(^j), deux points après corporis (50); mentis sanimus (49) doit être lu non 
pas mentis si animus, mais mentis, animus, avec allongement par la césure. Au 
v. 66 corriger si en sit. Aux v. 80 s. ponctuer lapillo Cingi quo petimus, « Fiat 
hoc » simul ejflàgitamus . Aux v. 83 s. mettre post... tuum entre deux virgules, 
au v. 91 mettre une virgule avant decus, aux v. 99 s. ponctuer quia, nobiscum 
praesens... jraudem, uerbis, aux v. 1 1 2 ss. lire Et paupertinis ponens compluscula 
uerbis, Impendi... frustror uehementi, Aeternum cupio laetus... 

La pièce lxxvij a été publiée d'après un ms. de Paris dans un ouvrage que 
M. H. n'a pu voir avant de donner son édition, De l'état des sciences dans 



1 . Le vers 2 de la pièce lxxviu est presque identique à un vers d'une autre 
pièce d'Alcuin (Migne. t. II, p. 745, lxvi 10.) — Post-scriptum. M. Dùmmler 
dit (Histor. ztschr.) avoir montré dans le Neues archiv f. altère deutsche geschichts- 
kunde, II, p. 222, que les pièces lxxix et Ixxx datent à peu près de l'an 987. 
Le destinataire de lxxix serait Constantin de Fleury. 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 287 

retendu* de la monarchie françoise sous Charlemagne ; dissertation... par M. l'Abbé 
Le Bœuf..., Paris, 1734, in- 1 6, 98 p. suivies d'un feuillet non paginé qui con- 
tient la pièce d'Alcuin (la dissertation en question a été reproduite dans la col- 
lection Leber des dissertations relatives à l'histoire de France, t. 14, mais sans 
la pièce d'Alcuin). Le Beuf note sur le premier vers : « Dans un Manuscrit de 
Saint Germain des Prez, Num. $24. les dix premiers vers se trouvent dans la 
grammaire de Smaragde, intitulés : Versus cujusdam. Le premier est ainsi : Est 
mihi servili scripulus... Scripulus vaut mieux que Scrupulus du Ms. de la Biblio- 
thèque Royale [Le Beuf désigne lui-même le Regius 5304, qui en réalité porte aussi 
scripulus]. Il semble que ce soit un nom propre, et peut-être celui de Crispulus 
renversé pour faire le vers. » C'est dans le ms. de Saint-Germain que Le Beuf 
a puisé ses suppléments aux lacunes du Regius, v. 6 saevi, v. 8 nigro. Voici la 
collation des deux mss. de Le Beuf (je mets en italiques les abréviations résolues): 
B. N. ms. lat. 8674 (ancienne cote $304) f° 1 iov° : versus ai.cuini ad samu- 
HELE/n SENNENSIS ciiiTATis EPiscopusi. i scripulus (sic, et non scrupulus) — 
3 bis om. — 3 ter comme Lugd. — 4 competa — 6 saeui om. — 8 nigro om. — 
9 bis Sic mihi acra — 1 4 nette — 1 6 s^eua — 1 8 satient — bachis — 2 1 multoni 

— 22 laudis — 24 samuhel — secla — Suit sans titre, et séparée seulement par un V 
la pièce lxxviij 1 : 2 aquae om. — 7 librum felicibus — 1 1 tuus ou tuas? — Suit : 
Monocolos dicitur cantus unimembris (sur divers termes de musique)' 2 . 

B. N. ms. lat. 13029 (S. G 635, olim 524), f° 12 r°, addition en marge : 
vint- 9 Gvi' J DAm 1 ditione — 3 bis om. — 3 ter etiam (que om). — 4 cadit 

— competa — $ n. q. certe est — 6 saeui — 9 bis à 24 om. — Au vers 9 
bis la leçon mihi doit être substituée au mala du ms. de Leyde. 

Les exécrables acrostiches Ixx-lxxiv sont attribués par le ms. à ioseph abbas 
scottvs et la pièce lxxij est suivie d'une tirade dont voici le dernier vers : 
Tuque mémento mei, dicor qui nomme Ioseph. Or la pièce lxxiv (dans le dessin 
acrostiche, de sorte que la iecture et l'orthographe même sont certaines) atteste 
que l'auteur se nomme Puplius Albinus. Très-probablement les deux dénomina- 

1 . Comparer à cette pièce le n° X des suppositicia dans le Martial de Schnei- 
dewin. 

2. Le ms. contient, comme l'indique le catalogue, un commentaire sur Martianus 
Capella, puis le livre de Priscien à Symmaque sur les nombres : ce dernier s'arrête 
à ces mots, Vnde incipit nom«/i exutraq. parte circûscriptû IMI ud etiâ sic CM. 
(Hertz, t. II, p. 407, 26). Suit, sans séparation, une série de gloses sur des noms 

grecs, depuis le /° 109 V , Nicticora noctis pupilla. Anastron. side sidère 

jusqu'au f> 110 v°, Balneû dictO apotubalineon .1. a cosolatione ue\ recreatione 
animi. Soltf enT mestis et infirmis mederi. Orestes fiiius fuit agamenonis régis. 
Qui postquâ reuersus est. eu pâtre suo a bello troiano. euenit ut matrem sua 
occidertf. Post cuius necé statï furuit. Tandëq. in se reuersus. scripsittragoediam 
de suis erroribus. et bello maxime troiano. dicta autem tragoedia. ue\ ab hirco. 
qui graece tragos dicitur et dabatur bellorû scriptoribus in praemiû. ue\ a uilibus 
munusculis. quae graece tragemata uoeantur. Suivent, toujours sans séparation, 
des vers détachés de l'Apotheosis de Prudence, dont voici les numéros d'après l'édi- 
tion de Parme de 1788 : 194, 195, 196, 197 (cloacinae auttiphone), 308 (eu), 
3 1 $ (géalôgus avec une sorte d'accent et un trait courbe que je suppose être des signes 
de quantité), 479 (jusqu'à frigentibus inclusivement, avec un blanc d'une dizaine de 
lettres à la fin de la ligne). A la ligne, versus algiim, etc. — On notera la 
plaisante doctrine qui fait d'Oreste lui-même l'auteur de i'Orestis tragoedia. 



288 COMPTES-RENDUS 

tions sont exactes : Ioseph est le nom réel et Puplius Albinus le nom littéraire 
d'un même personnage. Comme Alcuin aussi avait pour nom littéraire Albinus 1 
(cf. lxxvij 25), je suis bien tenté de croire que la mention alcvinvs abbas en 
tête de la pièce lxix vient d'une confusion, et que cette pièce comme les sui- 
vantes est de Joseph. Elle n'est pas moins exécrable à tous les points de vue, 
elle présente le même système de dessins acrostiches, elle a en commun avec 
elles la quantité barbare dëin et les formes barbares Jessus pour Iesus et ylidrus 
pour chelidrus. 

L'orthographe de ces acrostiches est à noter. Ils offrent de nombreux 
exemples de s pour ss ou ss pour s : 

Iessus lxix 1, lxx acrost., lxxj 26, lxxij 5 (Iesus lxxiij 7), — iusis lxx 6 (iussu 
lxxv note) — profusso lxxij 22 — missit lxxij 27 — impraesa (= impressa) lxxiij 
1 3 (cf. conpossuit dans les titres de lxix et lxx, à côté de conposuit dans le titre 
de lxxv). Ces exemples ont ceci d'intéressant, qu'ils viennent de l'auteur lui- 
même et non d'un scribe; en effet, dans toutes les pièces en question, le nombre 
des lettres est rigoureusement réglé par l'acrostiche. L'auteur écrivait thriumphal 
lxix 9, ydrum lxx 2, ammota (p. amota) lxx 8, ascultet lxx 14, pûlulet lxxj 30, 
altitronus lxxij $ (altithrono lxxiij 7), prumta lxxiij 26, cispes lxxiij 36, Puplius 
lxxiv acrost., Carlus (mais Cârôlus dans la pièce lxxv, signée de Teudulfe). 

Les vers 34-57 de la pièce viic, qui a pour sujet la légende de la légion thé- 
baine, ont été mutilés par le relieur du ms., dont le couteau en a fait dispa- 
raître les premières syllabes. On peut, pour faire comprendre la suite des idées, 
restituer le passage à peu près de la façon suivante. J'emprunte quelques sup- 
pléments à M. Hagen. 

Nuntius haec récitât, sed grex pius impia uitat, 

Quod rex hortatur contemnens quodque minatur, 

[lmpaui\de fortis, uacuus formidine mortis, 
3$ [Caelica (cf. 169)] terrenis praeponens gaudia pénis. 

fVnuj,] ut afflictus déclinât uiuere uictus (uirtus ms.), 

\Praemia] morte breui meriturus perpetis eui : 

[« Nunc, ait,} ille status 2 ruât, efficiat cruciatus : 

\Mox pate\ïi\., talis quid agat furôr imperialis; 
40 [Vi Xp]ï 3 murus non est aliqua ruiturus ; 

[Caelum] dent igitur, liquido nobis aperitur. 

[Omnis] daemonicus, quod Christo non sit amicus; 

\Christum] diligimus: quod spernit, amare nequimus, 

[Atque nef\as remur, si templa deum ueneremur 
45 [Ausimusu\e sacrum fidei uiolare lauacrum. 

[Sacra qui idem fugimus, tamen ad tua iussa uenimus, 

[lusta Do 4 dantes, nec, rex, tibi danda negantes. 



1. Post-scriptum. Alcuin a même porté le double nom Publius Albinus, Jaffé, 
Monumenta alcuiniana p 902. Cette remarque est de M. Dùmmler. D'après le 
même savant, Joseph est un élève d'Alcuin. 

2. Cet édit, cette proscription?? Cf. Tertullien, De spectaculis init. : quis 
status fidei, quae ratio ueritatis, quod praeceptum disciplinae. 

3. C'est-à-dire Christi. 

4. C'est-à-dire Deo. Le ms. a lô, dont le jambage initial doit être un reste 
dud. 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 289 

[Non uolumus] flecti (scelus est), sed corpore plecci : 
[Vltio tam] uobis opus est, quam passio nobis. » 

jo [Miles ujt ista refert, rex iram talibus effert : 
■s ego majndatum légale sinam uiolatum, 
\Nec sine u/]ndicta transire meos mea dicta : 
[Praemia digna] ferent, ausis quod talibus herent; 
[Noscent] iussa dari, sacra non debere negari; 

5 $ [Si ne]quh hortatus, compescat eos cruciatus. 
[Nec tajmen est totum punire gregem mihi uotum : 
[Quis\ uelit hos temere pariterque uiros abolere ? ' 
Sorte placet numeri uel perdere uel misereri : 
Ite, reseruatis aliis decimos perimatis, 

60 Vt nece paucorum labet improbitas aliorum. » 

Chacune des trois pièces vc, ivc, cv est donnée par les trois mss. de Berne 
702, 710 et 434, que M. H. désigne par les lettres ABC (A et B sont des xi e 
et xii e siècles, C du xv) : il est regrettable que M. H., qui dans sa préface 
paraît attacher une juste importance à l'histoire des mss., n'ait pas saisi cette 
occasion de tenter un classement généalogique. Bien que les trois pièces réunies 
ne fassent guère plus de cent vers, les variantes fournissent les éléments d'un 
classement très-vraisemblable. C n'a en commun avec A ou avec B aucune faute 
manifeste; au contraire A et B ont en commun, à l'exclusion de C, la faute 
para ou pera pour pete (vc 17), la faute quod pour quem (vc 1 1), la faute rapiat 
pour rapiet (ivc 16), la faute sed pour uel (ivc 7), la taute impune pour sine fine 
(cv 17 et 18), l'omission du vers Diuiciis cedis animumque tuum maie ledis 2 . 
M. Hagen, induit en erreur sans doute par l'ancienneté plus grande de A et de 
B, et par l'incorrection extrême de C. a admis dans son texte toutes ces fautes 
de AB sans en excepter une. Ce n'en sont pas moins des fautes, et, jusqu'à 
démonstration contraire, elles établissent que AB, par opposition à C, constitue 
une famille; que par conséquent AC'prime B et BC prime A. De là cette con- 
séquence, que dans vc 12 il faut lire, avec BC, tollit et non tollens, danscv 26, 
avec BC encore, Christe Dei uerbum, qui despicis omne super bum (et non avec A, 
esse superbum, c'est-à-dire tô -riva ïlvat 'juspr^avov, locution barbare que M. H. a 
adoptée); que dans cv 24, il faut fâc haereat ista cicatrix (hereat B, habeat C; 
cf. fâc ad au v. 40) et non fac fiât plaga cicatrix qui est une correction du 
copiste de A. Le classement montre encore que dans les vers cv 17-23, qu'A 
seul donne correctement, les perturbations de B et celles de C sont indépen- 
dantes les unes des autres; cela n'est d'ailleurs nullement invraisemblable, ces 
perturbations étant amenées de part et d'autre par la quasi-identité des vers 
16 et 18. — Au v. 18 il faut At (at B, et C); le ast de A a été inventé pour 
faire une longue devant la leçon fautive impune. 

La fin de la pièce civ est corrompue. Les vers mal bâtis 21-23, 9 U ' f° nt 
double emploi avec 17-18, ont sans doute été remplacés par ceux-ci, puis, par 
erreur, reproduits tout en queue. Le réviseur qui a fait 17-18 ne tenait pas à 

1. Je ne sais si le point d'interrogation est dans le ms. : cela est de quelque 
importance pour la restitution. 

2. ivc 12 bis; ce vers, qui s'enchâsse très-bien dans le contexte, ne ressemble 
nullement aux interpolations de C, telles que ivc 1 1 bis ou cv 4 bis. 

Romania, VI 1 9 



29O COMPTES-RENDUS 

rimer aussi richement que le premier auteur, et il a fait rimer concubitus avec 
unus*. Je lirais, en effectuant diverses corrections : 

14 Est tamen ipsorum distantia suppliciorum, 

1 5 Quae sic pensantur, ut crimina perpetiantur 

16 Poenas maiores maiora, minora minores : 

(21) (Ergo [ms. 0] scelus foedum, quasi si caper appelât hoedum 

(22) Cum capra non desit, [tantusl dolor orbis adhaesit, 

(23) Vt minor est nullo, punitur non minus ullo). 

17 Ergo concubitus quem sexus perficit unus, 

18 Culpa minor nulla, punitur non minus ulla ; 

19 Vnde timcns - penas, sceleri non laxet habenas 

20 Qui non laxauit, retrahat qui foeda patrauit. 

L'absence de tout titre et de toute explication fait de la pièce viiic une 
énigme bien propre à exercer la patience du lecteur. J'avais renoncé à y rien 
comprendre, quand la solution m'a été fournie par mon frère Julien. Les dix- 
neuf lignes qu'offre le ms. donnent, pour chaque année du cycle de dix-neuf ans, 
la correspondance entre le terme paschal et le régulier de cette année. L'ordre 
est celui des années du cycle; le terme paschal est désigné par les locutions 
nonae aprilis, octonae kalendae, etc.; le régulier est ensuite exprimé dans le texte 
en toutes lettres, et à côté en chiffres ; dans le détail tout concorde parfaitement 
avec la grande Table chronologique contenue au 1" volume de Y Art de vérifier les 
dates. — Chaque vers se»compose de deux adoniques rhythmiques très-barbares 
entre les initiales desquels il y a allittération ; voici un essai de restitution (très- 
approximative) : 

None aprilis No[ue]runt quinos, V 

Octo(ne) kalende Assim depromunt, I 

Idus aprilis Etiam sexis, VI 

None quaterne Nafm'que dipondjo, 1111 

5 Item undene Ambiunt quinos, V 

Quatuor idus Capiunt ternos. III 

Terne kalende Titulant senos, VI 

Quatuor déni Cubant in quadris, III I 

Septenf idus Septeno.? kgunt 3 , VII 

10 Sene kalende Sorciunt ternos, III 

Déni septem Donant [et] assim, I 

Pridie nonaj '» Porro quaternoj r ', 1 1 1 1 

Nouene notant(ur) Namque septenos, VII 

Pridie idus Panditur quinis, V 

15 [Ipse] kalende (aprilis) Exprimunt unum ,; , I 

Dvodene namque Docte quaterner 7 , Il II 

1. Nous avons un autre vestige de ses remaniements au v. 10, où le premier 
hémistiche, qui rime avec colubris, devait dans la composition originale être 
terminé par lugubris : le réviseur, ne trouvant pas au mot assez de propriété, a 
refait un hémistiche avec tristis. 

2. Ou tremens; ms. tamen s penas. 

3. Ms. septenos idus septem aeligunt. 

4. Ms. nonarum. 

5. Ms. quaterni. 

6. Ms. unum exprimunt. — 7. Ms. quaternis. 



Carmina mediiaeui, p. p. hagen 291 

SPeciem qu'intam SPeramus dvobus, Il 

QVarfe ' kalende QVinque conicjunt, V 

Quindene tribus Constant - adeptis. III 

Voici encore quelques corrections de détail : 

v 1 3 : Tactra ceu nubes radios corusci Solis inuadit, Boreasque spirans Verberat 
nubis lencbrosum amictum, Emicat et sol: Haud secus... (ms. cum, nubcs). — xiij 
10, ut cingit..., ut instaurant..., ut texatur..., ut mordet..., uernant..., ornât... : 
la grammaire veut un indicatif. Le vers n'admettant pas texitur, il faut lire 
nexatur; d'ailleurs, pour le sens, nexare est ici préférable à texere. — xvj 69 : 
[Mund]o attributus iungitur quinarius, [El]ementa mnndus quod subit post quattuor. 
{Hic (ou 1s) co\agulatus etc. — xvj 90 : Quis esse perfectum [neget senarium]. La 
perfection du nombre 6 est exprimée au vers 165. — xvj 143 s. : Sic paruulis 
in men[se den]te[s septimo] Surgunt, et hi mutantur orbe septimo. — viic 126 s. : 
Aspera nonne pati dubia sub sorte parati Régi paremus plagasque necemque time- 
mus ? Il faut paremus ? plagasne. — ciij 7 : Vngens et pungens et mitibus aspera 
iungens : M. H. a cru devoir changer ungens en urgens. Mais le versificateur 
joue ici sur ungere et pungere comme dans le proverbe oignez vilain il vous 
poindra; il ne faut donc pas hésiter à garder la lecture du ms. 3 . Au v. 14 ensis 
indique qu'il s'agit d'une date de mort, et non, comme le dit la note, d'une 
date de naissance; je compléterais donc la lacune en lisant Quod febrius mensis 
fuit huic ^[uasi moriijfer ensis (ou kt\]fer). — viic 102 s., il faut ponctuer : 
Cum sex centenis (600), geminisque noucm (18), duodenis Quattuor (48) occisis; 
total, 666 soldats massacrés lorsqu'on décime pour la première fois la légion 
thébaine. En effet la légion en comprenait 100.3.2+2000.3 + 10.3+9.4=: 
6666 (vers 7 s.). Il en reste donc 6000 : la seconde fois on en tue 600 (vers 
136 : duo sustinuere trecenti). Il résulte de là que Sorte in sex acta au v. 137 
n'a pas de sens : peut-être faut-il lire Sorte in se exacta; reliqua nec parte subacta, 
Cuius, etc. — cxxxiij 2, actoris et cuius, auctor iste Riese : plutôt auctor is et cuias. 

— Il suffira d'indiquer très-brièvement les corrections suivantes , parmi 
lesquelles plusieurs portent sur de simples fautes d'impression, ij 7, filio, 
I. Offuio. — vij 10, populi, 1. populis. — xu\^,triens, 1. nitens. — xiv 43 ,uni) ms , I. 
uuifens (cf. xv 72 snperat. ivc 26 inuatur). — xvj 121, quaterno. — xix 29, 
T\um ternae] inhabitabiles. — xxj 9, tumescit. — xxiv 20, trinus etirnus, 1. unus. 

— xxx 5, haec die ms., haec dies Hagen, 1. hac die. — xxxvj 10, prostas, 1. 
praestas. — xxxviij 8, ignosce. — xlij 13, cunctis, I. cuncti ; 16, crimine, 1. cri- 
mina; 17, hora, 1. ora. — xliij 23, quoque. — 1 13, contectis plumis, 1. contectas; 
26, exstinctus sole, I. exstincto; subens, 1. rubens; 29, plumis, I. plumas (?) ; 37, 
ipsi. 1. ipse; 43, Hic [in]uolatu (?); 55, [per]plaudunt (?) ; 64, garder liquens; 
\ 10, triumphis, 1. triumphes et non triumphus ; 119 s., Xpus sepulchro, Xpus 
resurgit. — liv 2, redundaniia. — Iv 27, Vertis, I. Virtus (?); 41, Nos, 1. Hos ; 
50, Tollat, 1. Tollet ; 59, beatorum, 1. beatarum. — lvj 2, atque; $, garder beatis; 
9, detraxit; 20, sordidulam, I. sordidulum. — lvij 5, praecaue, nunc (ms. aun, 

1 . Ms. quaterne. 

2. Ms. constant tribus. 

3. Cf. Baldo dans Du Méril, Poésies inédites du m. a. p. 250 1. 15 : Intus 
cniin pungunt sua uerba, jonnsecus ungunt. 



292 COMPTES-RENDUS 

non) fclix, ne te, dum nescis (var. cernis) et audes (var. audis) etc.; au v. 8 lire 
avec le manuscrit de Daniel mortales. — lx <),mari\s] — Ixij \ 2, acquits ; 24, eius. — 
Ixiij $, quicquid. — lxix 6, oue, 1. ore ; 1 16, fin de la première note, orbi, I. 
orbis. — lxx 9, seu, 1. sed ; 26, ultorue natus illorum, I. ultor uenatus ilidrum (cf. 
ylidrushh, 32). — Ixxij 52, nuirsus es inferni, 1. murus es infcrnis ; P.i2i,«., /. $, 
flos campi. — Ixxv 2 1 , ordinis atquc. — lxxviij 7, utcre, quisquc [legis] librum 
(on pourrait aussi lire legcs; ici quisquc vaut quisquis ;P.\j6, n., I. 2, prolui.— 
Ixxij 23, numéros, 1. numcrus; au v. 43 garder ^u/\s (= qmbus); 73, /«crû, 1. 
probablement /u<yk ; 86, /tyuê, 1. Atquc; 86, ///... habcnt, 1. tfiV... /zato; 95, 
Hoc facto mss., Hoc fato Hagen, I. Hoc /w/o. — Ixxxiv 44, conuocat ms., con- 
probat? Hagen, I. conlocat. — lxxxviij 4, cxsâdium et non cxcldium; 11, te/n- 
/wa et non temporc; la rime indique de lire aduentu (11), assoaatus (20), cxcclsis 
(23). — viic 7, uicibus; 73, /zinc : /zuic. — viic 119, je ne puis comprendre 
pourquoi M. H. change 50/dcw (que le ms. d'ailleurs écrit correctement par un 
c) en solatio ; 180 s., I. Hanc gladius (ms. gladiis) strauit, abus hanc opulens 
satiauit, Vitigenam (Hagen Nitig.) rorcm bibit haec, uomit Ma cruorem; 197 s., 
Quod (et non Quid, scil. corpus effctum) me tantorum comitcm probat esse uiro.um, 
Vcl (et non Vt) fuga, etc. — vie 25, Inde et non Vnde; un point après manerc; 
33, perdifficilcm en un seul mot, 40, inuehit (préférable pour le sens à inuenit, et 
dont inueit n'est qu'une orthographe incorrecte). — vie 48 ss. Je proposerais, 
quoique avec doute, la lecture suivante : rerum. Nec ficri quemqiiam Jugitiuus 
possc bcatum Indicat ipse dolor (jugitiuus , c.-à-d. qui se transporte avec l'homme), 
qui dejugientibus extat. Nunc etc. (ms. quid de fugientibus extat)! 1 ; ^ s., Scd non 
ut ualcant languoris perdere causas : Qui dclct aut metuit, patet hune non esse 
bcatum (ms. ne ualeant, qui metuit; cf. $8 His dolct aut metuit). — iic 24, utpote 
grandem, et non ut puto. Ces mots se rapportent à culpam. — ciij, changer sic 
en si au v. 21 et écrire au v. 23 si pro membrana. — evij 68, per iniqua en 
deux mots; 99, grauis. — eviij 32, fis, Vire fit. — exi] 12, fenus, lire funus. 
Aux v. 28 et 36 corriger nota, notum en uota, uotum (et non nutum), et dans 
cxvij 18 lireindicat (non indicat qui n'est nullement « sensui aptius)» ; cxvij 14, 
bono. — cxviij 9, partes, 1. artes? Ce serait à vérifier sur l'inscription originale, 
qui sans doute existe encore. — cxxiij 3, Et, UreAt. — cxxxiij 5, ms. quidem, 
H. quidam, plutôt pridem. — cxxxiv 36, coruscac. — Corrections de ponctua- 
tion : îv, un point après 10 et non après 12; 25, la virgule après superbi. — 
vij 31, la virgule avant uobis; 43, ôter les deux points après aue, mettre un 
point-virgule après tellus. De même viij 21. — xvj $8, un point-virgule après 
dant mille. — xxxij 10, ôter la virgule après diadema. — 1 2 ss., Ad astratendit 
Alta sublimis; Aspergens etc. — lij 39, ponctuer plus fortement après uterque. 
— Ixij 1, ôter la virgule après Rex. — lxiv 3, la virgule avant nisibus. — 
lxviij 2, praeclara entre virgules. — lxxiv 1 5, ponctuer tu pater, patriac decus, 
et etc. — Ixxvij, un point après le v. 13, deux points après le v. 14, une virg. 
après le v. 20; au v. 24 un point et virgule après sedeas. — lxxviij, au v. 1 1 
deux points après disce; au v. 13 une virgule après iuuenis. — lxxx 9, la virg. 
avant ci; 13, bouum uena... illud : Gens; un point après 22 et une virg. après 
23 ; un point après 3 1 , une virgule après 34 ; et un point d'interrogation après 
40. — lxxxij 48, ôter la virgule avant quae. — Ixxxiij, des virgules avant 



Carmina medii aeui, p. p. hagen 293 

puncto et après relicto. — Ixxxix 6, deux points après des. — viic 152, une 
virgule après sed ; 201, ôter la virgule qui suit amoenam et la mettre avant 
requiem. — vie 11 ss., odium, timor — mentes ; Quattuor — omnis. Vix. — iic 
22 s., une virgule après annis, une autre après aqua. — cj 12, une virg. après 
dissimiles. — cv, une virgule après 45, deux points après 47. — evij 7-8, un 
point d'exclamation après inania, un point après tenuisset) 32, la virgule après 
peius et non avant; un point-virgule après $$ ; une virgule après 95 ; ôter la 
virgule après 102. — eviij, ôter les virgules après 16, 20, 38, et dans 18; en 
mettre après 19, 55 ; un point-virgule après 17. — cxj 19, pas de virg. après 
res. — exij 23, virgule après frondibus. — exiv 6, une simple virgule après arte. 
cxvij $, la virg. après similis. — cix 9-10, ôter toute ponctuation après murius, 
et mettre un point après focus. — cxx, un point après 4. — cxxvj 1 j, ôter la 
virgule avant ut (qui n'est pas corrélatif à ità). — cxxvij 14, un point après 14. 
— cxxviij, ôter la virgule après 6. — cxxix, ponctuer fortement après 9. — 
cxxxvj iv-2, une virgule après foitis. 

Au point de vue de la lexicographie j'ai noté au courant de la lecture les 
formes suivantes, remarquables tantôt pour le sens et tantôt pour la forme (je 
laisse de côté la plupart des noms propres, dont M. Hagen a donné un index) : 

senior (seigneur) vij 2, 

? mûie x 4, 

? taltan x 5 (1. talentum?), 

ïidùs Ixvj 8, Phïlugëus Ixvj 8, ? tërîpes lxvj 9, 

Sirenae (confusion produite par l'ace. Sirenas) xiij \] } 

fêta (fécondée par) xiij 62, 

cérastes fémin. xiij 74, 

moriere = periere lij $2, 

barca xiv 11, 

gauisus ob quod xxiv 1 1 , 

triumphare actif xxxvij 24, 

cothurnus lxix 23, lxxviij 14, 64, 

uassàlô lxxj 9, 

ruricolus lxxiv 29. 

rutilis lxxv note 

scripulus lxxvij 1 , 

sinscalcus lxxvij 2, bïdîclarius lxxvij 2. 

lauander lxxvij 3 ter, 

focarius lxxvij 3 ter, 

caminator lxxvij 23, 

progenies (ancêtres) Ixxix 4, 

phillâra lxxix 30, 

sintagma lxxix 41 (la pièce lxxix fourmille de mots grecs : S^wayiia serait-il 
le titre d'un ouvrage du destinataire Constantin?), 

cosmi triquadri lxxix 74, 

desma lxxix 77, 

psalmatio lxxix 90, 

cêphal — xe<pccVnv lxxx 48, 



294 COMPTES-RENDUS 

taphus = Tâyoç lxxxj 8, 

putelis lxxxj 9, 

miles, chevalier (romain) cxxxiij 10, 

trianglus lxxxvj 7, lïuellus Ixxxvi 14, 

quadratorium lxxxvj titre, 

flatus (âme) viic 74, 92, 93, ivc 18, lux (œil) viic 76, 

ru//i (génitif) viic 167, 

de ficubus (= _/(CU5) iiic 7, de fratre (= a fr.) cxxx 1 1, 

«omo (= maritus) iiic 16. /z/ia (= puc/fo) ciij 20, 

quod (= cur) iiic 2 1 . 

Deipieîas (pitié) tic 7, 

febrius mensis ciij 14, 

^h<jc ««cio viic 186, 

quo pro ciij 9, 

quahter (= quomodo) cvij 12. 

remaneri cvij 14, 

alba, frocum, capellus (vêtements) cvi] 13, 16, 17, 

dmodo (et non a.' modo ; c'est unadv. fréquent au moyen âge) cvij 41. 

merci (c'est le mot français) cvij 76, 

ôdio (je hais) cvij 85, 

consepelisse cxvij 16, 

uc//e 5110 cxxiv 2, />o«c îuum cxxvj 6, 

Dans la pièce lxxxij et la suivante il y a lieu de relever les noms donnés aux 
pièces du jeu d'échecs. Dans lxxxij on a, outre le roi et la reine, toute une 
hiérarchie féodale, des comités (les fous), des équités (les cavaliers) et aux fron- 
tières de l'échiquier des marchiones (les tours) : voir les v. 37, 39, 42 (v. 41 s. 
Extremos retinct fines, inuectus uterque Bigis, seu rochus, marchio siut magis : le 
rochus, ou plutôt le marquis). — xiij 75, dans un vers qui au dire de l'éditeur 
est fere Mus putredine deletus, il est hardi de lire colubres. Mysteriarchus lxxix 66 
est un autre barbarisme. — lxxvij 21, Multo, qui est imprimé par une grande 
M et qui figure dans l'index des noms propres, n'est ni un homme ni un être 
mythologique, et n'a aucun droit à la majuscule. Ce mot désigne le ueruex du 
v. 18 : c'est tout bonnement le mot français mouton. Voir Diez, Wcerterbuch, au 
mot montone. M. H. a fait aussi un nom propre de heremita iic 21 . — cv 15, 
M. H., trompé par tôt du v. 14, change quod en quot. Mais il faut garder quod 
{= ut) qui est un romanisme : in tôt, quod despero, en tant de choses, que je 
désespère '. 

Au point de vue de l'orthographe, en outre des formes qui ont déjà été 
relevées, les mss. dépouillés par M. Hagen présentent quelques formes à noter : 
salplimusti salplamus (pour psall.) xxvj 28 et 33, ignos (pour hymnos; cf. 1 50?) 
xlviij 4, grax et gragem (a pour e) vii 32, 56, filex = filix xiv 25 ; dans I 44 
l'auteur avait dû écrire hangeli pour angeli. L'emploi de l'jf est très-rare, et je 
crois qu'au moins dans les cas où l'i que les mss. lui substituent forme une rime 



1. Sur l'emploi de quod voir Osann, Vitalis Blesensis Amphitr. 196; cf. dans 
le même poème 341 sic quod dicor =sic ut dicar, et ajouter l'exemple Aulul. 195. 



Le Martyre de sainte Agnès, p. p. sardou 295 

pour l'œil, M. H. aurait dû le conserver : ainsi chclis lxxix 62. La même obser- 
vation s'applique aux rimes entre c = ac (ou e —oc) et e ordinaire '. Dans viic 
1 14 la rime suppose l'orthographe magcstri. — Frax cvij 81 est pour fraus et doit 
se prononcer comme fraus; c'est ainsi que dans les textes français cheuax vaut 
chcvaus. M. H. avertit (cxxxiij 2) que actor qu'il laisse dans le texte vzuiauctor : 
la même remarque n'eût pas été superflue cxxvj 3. — Au point de vue de la 
prononciation, il y a lieu de relever les rimes ficum, iniquum iiic 4; precor, 
aequor iic 26; aequum, mecum ic \y, cum qua, saliunca ic 19; ainsi que la rime 
fuit, profecit, iecit, ne sit cxxxiij 28. 

Au point de vue de l'histoire, on pourrait faire sur le livre de M. Hagen 
beaucoup de notes intéressantes. Je souhaite qu'une personne compétente entre- 
prenne cette tâche. 

Il est temps de conclure par une appréciation d'ensemble. L'édition des Car- 
mina est utile et soulève mille problèmes curieux; M. Hagen a rendu service à 
la science en opérant le dépouillement des mss. de Berne, et çà et là il s'est 
acquitté du devoir d'éclaircir son texte. Mais on ne peut méconnaître que le 
travail a été fait trop vite, que les éditions antérieures n'ont pas été collationnées, 
que le sens n'a pas été étudié d'assez près et que la ponctuation a été mise 
souvent au hasard, que le choix entre les variantes a été fait sans méthode, que 
plusieurs des corrections qui ont été proposées violent des règles élémentaire?; 
qu'enfin, chose presque incroyable, l'éditeur semble n'avoir pas eu conscience 
des différences qui distinguent un texte en vers d'un texte en prose. De telles 
négligences feraient sans doute grand tort, dans l'estime de M. Hagen, à un 
philologue non allemand : c'est du moins ce que peut faire présumer l'aigreur 
d'une certaine antithèse établie par lui, assez hors de propos, entre une qualité 
germanique et un défaut danois 2 . Mais mêler les questions de jalousie nationale 
aux questions de science est un travers où ne tomberont pas les lecteurs fran- 
çais : à coup sûr ils reconnaîtront avec une cordialité complète le soin que 
M. Hagen apportera à ses éditions futures. Il leur suffira que sa prochaine pu- 
blication de poésies du moyen- âge atteste une connaissance sérieuse de la versi- 
fication, acquise soit à l'école de la science allemande, soit à l'école de 
M. Thurot et de M. Quicherat. 

L. H A VET. 

Le Martyre de sainte Agnès, mystère en vieille langue, provençale. Texte 
revu sur l'unique manuscrit original, accompagné d'une traduction littérale 
en regard et de nombreuses notes, par M. A.-L. Sardou. Paris, Champion, 
[1877]. In-8°, xvi-i 12 p. (Publication de la Société des lettres, sciences et 
arts des Alpes-Maritimes). 

Le mystère de sainte Agnès a été découvert à Rome et publié en 1869 par 

1. Smaragdus scande trôchei Iv 2, tout comme Virgile avait scandé chorëas ; 
et le ms. porte trochei. Ici encore il est pour le moins superflu de rétablir un a 
devant \'e. 

2. La qualité germanique est la force, le défaut danois est l'insolence (je ne 
puis dire pourquoi Danicac insolcntiac a une majuscule et vis germana une mi- 
nuscule). Je ne sais au juste à qui s'adresse la phrase en question (p. vi) : si 
c'est de M. Madvig qu'il s'agit, il méritait l'honneur d'être nommé. 



296 COMPTES-RENDUS 

M. Bartsch. Cette édition, malgré quelques imperfections, est sans contredit 
l'une des meilleures qu'ait publiées ce savant. Le travail de M. Sardou ne 
diffère pas assez de celui de son devancier pour qu'il y ait lieu d'en rendre 
un compte détaillé. Le motif qui a poussé l'éditeur de la Vie de saint Honorât à 
donner une fois de plus la mesure de ses connaissances en provençal, c'est que 
« l'édition donnée par M. Bartsch, avec sa longue introduction et ses nom- 
breuses notes en allemand, n'a pu profiter qu'aux personnes familiarisées avec la 
langue de Gœthe » ; motif dont la portée nous échappe; car la « longue intro- 
duction et les nombreuses notes » du premier éditeur contiennent une foule de 
notions utiles qu'on chercherait vainement dans l'introduction et dans les notes 
du second, de sorte que les personnes qui ignorent « la langue de Gœthe» ne sont 
guère plus que par le passé en état de profiter des recherches de M. Bartsch. 

La nouvelle édition se recommande, en apparence du moins, par un mérite 
plus sérieux: celui d'une nouvelle révision du ms. de Rome. Cette révision pou- 
vait être fructueuse. L'un de mes anciens élèves, M. Clédat, qui en 1875 appar- 
tenait à l'école de Rome, a collationné, et non sans utilité, le ms. de Sainte 
Agnes. Mais le même travail, fait par M. Sardou, ne me paraît pas avoir 
produit de résultats bien importants. Il y a par exemple, aux folios 70 et 71 
du ms. plusieurs morceaux ajoutés après coup, soit par le copiste, soit, plus 
probablement, par l'auteur lui-même. Ces fragments ont été intercalés par 
M. Bartsch (p. 7 à 10) hors de leur place, et embarrassent visiblement le dia- 
logue. M. S. les a rejetés en appendice, ne sachant qu'en faire, et a conservé 
diverses fautes de lecture commises par M. Bartsch. Cependant l'examen du ms. 
a révélé à M. Clédat l'endroit du texte où ces additions doivent prendre place 1 . 

M. S. s'est mis au travail sans soupçonner que depuis l'édition de M. Bartsch, 
personne se fût occupé de Sainte Agnes. Il en résulte qu'il a manqué l'occasion 
de vérifier sur le ms. des conjectures proposées par divers érudits, et parmi 
lesquelles plusieurs sont certaines. Ainsi il y a (Bartsch, I. 520, Sardou, p. 32) 
un vers lu par le premier éditeur : El bosc clar deua uist al palasih amfos, et par 
lui corrigé d'une façon arbitraire autant qu'invraisemblable. M. Sardou a lu 
comme M. Bartsch (sauf dena au lieu de deua) et adopté sa correction. Mais, 
dès 1869 2 , j'avais proposé la bonne lecture : El bosc dardena (d'Ardcna) justal 
palaihs Amfos, qui a été adoptée par M. Bartsch lui-même 3 . Depuis, j'ai su par 
M. Clédat que ma conjecture était réellement la leçon du ms. 

M. S. n'a, heureusement, pas trop touché au texte de M. Bartsch, qu'il eût 
été assurément fort en peine d'améliorer. Toutefois il a proposé çà et là quel- 
ques modifications qui sont loin d'être toujours heureuses. Je citerai par ex. 
celle du v. 82 : As en Sinproni, c vos digas. M. S. pense que le vers a une 
syllabe de trop, et propose la suppression de vos. M. S. ne se rend évidemment 
pas compte de l'accentuation de Sinproni. 

Les onze pages de l' « Introduction » sont consacrées à des matières fort 
étrangères à Sainte Agnes. Ainsi M. S. s'y livre à des attaques aussi dénuées de 

1. Le travail fort instructif de M. Clédat vient de paraître dans la Bibliothèque des 
Écoles françaises d'Athènes et de Rome. 

2. Revue critique, 1869, II, 185. 

3. Grundriss, p. 6. Au lieu de palaihs Amfos, M. B. a proposé palais ausor, ce qui 
rétablit la rime avec le second vers. 



Die Sieben wcisen Meister, hgg. von mussafia 297 

bon sens que d'à propos contre ma traduction de Flamenca, me reprochant 
charitablement d'avoir omis dans cette traduction des pages entières parce que 
je n'étais pas en état de les comprendre. Si donc M. Guessard a joint aux chan- 
sons de geste qu'il a publiées, non une traduction, mais un sommaire, c'est 
qu'il était incapable de traduire les textes qu'il éditait. Au lieu de me chercher 
une querelle d'allemand au sujet d'un ouvrage publié en 1865, M. S. eût mieux 
fait de prendre à partie quelque travail plus récent, par exemple le rapport que 
j'ai fait l'an dernier au Comité des travaux historiques sur son édition de la 
Vie de saint Honorât. — M. S., qui tient absolument à n'être d'accord avec 
moi sur aucun point, me blâme encore d'imprimer : « Quel reis Esclaus nil reis 
d'Ongria » ; il préfère écrire avec Raynouard : « Quel reis Esclaus nïl... » et 
part de là pour dire que je suis « de l'école allemande ». Le plus allemand 
des deux n'est pas celui qu'on pense. Le système de Raynouard n'avait plus 
guère, à ma connaissance, qu'un adhérent, M. le D r Mahn ; maintenant il en 
aura deux. Quant au système que je suis, c'est celui que M. Guessard exposait 
(en grand détail, et sans se faire faute de démontrer l'erreur de Raynouard) à 
l'École des chartes, devant des auditeurs au nombre desquels se trouvait, si j'ai 
bonne mémoire, M. Sardou lui-même (1857-8). 

A la suite du texte est jointe la copie, avec transcription en notation mo- 
derne par M. l'abbé Maillard, de plusieurs morceaux de musique que contient le 
mystère. C'est peut-être là tout ce qu'il y a de bon dans l'édition. 

P. M. 

Die catalanische metrische Version der sieben Weisen Meister, 

Von Adolf MrssAFiA. Wien, Gerold, 1876, in-4 , 85 p. (Extrait des Mé- 
moires de l'Académie de Vienne, t. XXV). 

On connaissait depuis longtemps, par divers renseignements qu'a rappelés 
M. Mussafia, l'existence à Carpentras d'une version catalane du Roman des 
Sept Sages. M. Mussafia, auquel on doit déjà de si importants travaux sur 
diverses versions de cet ouvrage célèbre, pria il y a quelques années M. Fcerster, 
qui parcourait alors les bibliothèques de France en quête de manuscrits inédits, 
de lui copier ce texte. J'allai de mon côté à Carpentras, en décembre 1873, 
pour prendre non une copie, mais une analyse du roman catalan en vue du 
cours que je faisais alors au Collège de France, et ayant appris juste à temps 
le projet qu'avait mon savant ami de publier le texte même, je pus collationner 
pour lui quelques passages qu'il m'indiqua. Je retrouve en outre dans mes notes 
un certain nombre de passages transcrits textuellement, et grâce auxquels je puis 
apprécier la copie de M. Fcerster. Cette copie est fort bonne, comme on devait 
l'attendre d'un paléographe aussi exercé: mais il faut ajouter qu'il a eu à la faire 
un mérite particulier, car le manuscrit est extrêmement difficile ou du moins 
offre sur certains points des difficultés particulières, notamment en ce qui con- 
cerne la distinction de is et ts, de c et t, et certaines abréviations. Je trouve 
entre mes notes et les passages correspondants du texte imprimé un certain 
nombre de différences, en général peu importantes, et où je suis d'autant moins 
sûr d'avoir raison que j'ai travaillé très-vite et que je n'ai pas copié les vers en 
question avec l'attention qu'on apporte à une copie qui doit être imprimée. Je 



298 COMPTES-RENDUS 

signale quelques-unes de ces divergences, qui peuvent avoir de l'intérêt. V. 17, 
Bencills, et de même v. 3 1 , Enalls (= Encills); il faut sûrement lire Bcncilles, 
Encilks; la double / est surmontée d'une barre qui indique une abréviation; on 
trouve de même Lentuls et d'autres mots. — V. 22, j'ai lu Car veg que conqutst 
i avets au lieu de prest a. — V. 24, j'ai lu gazardonats (voy . la note). — V. 30, 
qucstia pour que s'u. — V. 123, qualcon (quoique). — V. 126, molts gens 
(moites gents). — V. 2 1 3, le ms. a corteseten un seul mot; ne pourrait-on garder 
ce diminutif au lieu d'adopter la correction proposée en note? — V. $94, j'ai 
lu pauc, mais il est certain que le ms. se prête aussi à la leçon patit. — V. 1095, 
j'ai lu jaquets, et souvent que où l'imprimé porte qui. — V. 1339, prêts (prccs). 

— V. 2218, j'ai lu stalonar pour scalonar; c'est certainement la bonne leçon; et 
il est probable que estolon, cité dans la note, doit être corrigé enestalon. Le sens 
de ces mots est « étançonner (cf. le roman français des Sept Sages, éd. Leroux 
de Lincy, p. 53), étançon » ; pour Pétymologie, cf. Littré, au mot Etalon 2. 

— V. 2404, le ms. porte bien Cant ho, mais il faut corriger Catho. — V. 2892, 
tant : j'ai marqué dans mes notes que le ms. pourrait permettre de lire cant, qui 
est meilleur pour le sens. — V. 2946, fiyla {fila). — V. 3045, sta (sia); voy. 
sur ce vers la remarque de la p. 32. — V. 3 188, stort (estort). — On parle de 
réimprimer le poème catalan, pour la Société des langues romanes, d'après l'édi- 
tion de M. Mussafia; il sera bon de collationner soigneusement le texte sur le 
manuscrit : la connaissance et l'étude de l'ensemble permettra de lire sûrement 
plus d'un passage douteux. Il serait à propos d'ailleurs, dans une réimpression, 
d'introduire dans le texte les excellentes corrections que M. Mussafia s'est borné 
à indiquer en note, et à rejeter en note les leçons fautives du manuscrit. Ce ma- 
nuscrit est déplorablement corrompu, et la lecture du poème, dans l'état où il 
nous est arrivé, ne peut se faire avec le moindre agrément. 

Outre cette restitution perpétuelle, M. M. a joint à son texte une introduction 
grammaticale, des notes explicatives et un glossaire des mots difficiles, qui sont 
assez nombreux. Il est superflu de recommander aux philologues la lecture de 
ces pages ; tout le monde connaît la science, la critique et la pénétration de 
M. Mussafia. De tous les disciples de Diez, c'est celui qui a le plus largement 
compris la tradition du maître. Il est également chez lui dans chacune des pro- 
vinces du domaine roman; il n'en est pas une où il n'ait fait, non-seulement 
d'utiles applications de la meilleure méthode, mais d'importantes conquêtes. 
C'est la première fois qu'il s'occupe de l'ancien idiome catalan, et il n'a pas 
traité ce sujet sans en avoir éclairé plusieurs faces 1 . Quant au commentaire 
que pouvait demander le texte au point de vue de l'histoire littéraire, M. M. 
ne l'a pas donné cette fois. Ce n'est pas que ces recherches lui soient moins fami- 
lières que les études purement grammaticales : j'ai déjà rappelé ses travaux 
antérieurs sur les différentes versions des Sept Sages. Mais il réserve ce travail 
pour un mémoire spécial. A vrai dire, je ne vois pas bien avec quoi il le remplira, 
à moins qu'à propos du texte catalan il n'entreprenne une étude générale sur 
les rédactions occidentales des Sept Sages. Le texte catalan n'a pas pour cette 
étude un intérêt particulier ; il est facile en effet de reconnaître qu'il dérive de 



1. Voy. sur ce travail les intéressantes remarques de M. Chabaneau dans la Revue des 
langues romanes de décembre 1876. 



Die Sieben weisen Meister, hgg. von mussafia 299 

la rédaction française publiée par Leroux de Lincy et que je désigne par LA II 
doit même en dériver directement, car il ne s'en éloigne que fort peu, et toutes 
les modifications qu'il a apportées à son original s'expliquent par deux causes : 
le désir d'abréger (et en effet la rédaction catalane est relativement fort courte) 
et le désir de mieux motiver. Il serait trop long de montrer ici par le menu 
l'application de ces deux tendances : je ne pense pas qu'on puisse songer à attri- 
buer à ce poème, d'ailleurs assez médiocre, une origine indépendante de L 2 . 

II est un seul point où la rédaction catalane se sépare deL, non pour abréger 
ou pour motiver, mais au contraire pour allonger sans motif. Elle ajoute à l'histoire 
d'Hippocrate (Medicus\, qui tua son neveu par jalousie et s'en repentit lorsque, 
devenu malade, il ne l'eut plus pour le soigner, un épisodeinconnu auxautres versions 
des Sept Sages. Hippocrate. dit le poème, avait une femme qu'il aimait et dont 
il se croyait aimé. Un jour tous deux à leur fenêtre regardaient un troupeau de 
porcs, parmi lesquels était une truie 3 . « L'homme qui mangerait de la chair de 
cette truie, dit Hippocrate, serait perdu sans remède. — Quoi! sans remède? 
dit la femme. Vous me faites trembler. — Il n'y en aurait qu'un, reprit le sage 
physicien, ce serait de boire du bouillon '* ; mais si on n'avait pas de bouillon, on 
mourrait sans faute.» On devine la suite: l'épouse perfide fait tuer la truie et en 
sert la chair à son mari; en même temps elle fait briser la marmite et jeter le bouil- 
lon. Hippocrate, dès qu'il a goûté cette chair, change de couleur; quand il apprend 
qu'il ne pourra pas avoir de bouillon, il sait qu'il est perdu et à qui il le doit. 
Cependant il dissimule, et feignant de discuter avec sa femme chérie les condi- 
tions de leurs testaments respectifs, il la fait asseoir près de lui sur une pierre 
glacée, dont le froid lui entre dans le corps et la tue même avant lui. Ainsi il 
meurt vengé. Cette histoire se retrouve, beaucoup mieux motivée, dans le 
roman du Saint Graal (voy. P. Paris, les Romans de la Table-Ronde, I, p. 266 ss.); 
il ne paraît pas cependant que ce soit là que l'ait prise le poète catalan : car le 
dénouement est un peu différent. Dans le roman français Hippocrate dit au roi 
son beau-père, qui voudrait le guérir, que le seul remède serait une lame de 
marbre qu'une femme aurait réchauffée en s'y étendant nue, et c'est ainsi qu'il 
arrive à faire périr sa femme. Les deux récits ont une source commune, qui 
bien probablement est originairement byzantine. Il faut remarquer que le roman 
français raconte les aventures d'Hippocrate à propos de « l'île d'Ipocras », où 
se trouveraient encore les ruines de son palais. Or il est certain que beaucoup 
de traditions s'étaient de bonne heure attachées au nom d'Hippocrate dans l'île de 
Cos, sa patrie (aujourd'hui Lango) : elles y étaient très-vivantes au moyen-âge et 



1 . Sur cette désignation et sur la classification des rédactions françaises en prose du 
roman des Sept Sages, je renvoie à la préface de mon édition de deux de ces rédactions, 
qui paraîtra incessamment. 

2. On pourrait être tenté de prendre pour une trace d'une forme bien plus ancienne la 
substitution, dans Avis, d'un perroquet à la pie du roman français. Mais cette substi- 
tution était suggérée par le talent du perroquet pour la parole : elle s'est faite égale- 
ment, et d'une façon tout indépendante, dans le poème anglais publié par M. Wright, 
qui dérive d'une autre rédaction française en prose (A). 

3. Le v. 102} dit truycs; mais on voit par le v. 1026 qu'il s'agit d'une truie spéciale. 
C'était une truie en chaleur, comme nous l'apprend le texte que je vais rapprocher du 
catalan. 

4. Il faut comprendre le bouillon de la chair de la truie. 



$00 COMPTES-RENDUS 

elles y subsistent encore '. L'auteur du roman catalan 2 a été induit par le seul 
nom du héros à ajouter cette aventure à. celle qu'il venait de raconter sur Hippo- 
crate 3 . 

Un passage curieux des Leys d'Amors contient un résumé du Roman des 
Sept Sages qui a sans doute pour base un texte provençal : « Tôt le romans dels 
.vij. savis procezish aperpauc per aquesta figura '< : quar can le filhs del empe- 
rador fo jutjatz a penjar per l'emperador son payre, cascus dels .vii. savis lo 
distriguec un jorn que no fos pendutz ab un ysshemple que li dizia cascus per 
esta forma : Si pendes aquest etan, ayssi ten prengua coma al borgues de son 
bon lebrier; e pueys venia l'altres e dizia : Si to filhs fas penjar, ayssi ten 
prendra cum fe ad aytal baro de son austor s . La emperayritz quar volia mal a 
son filhastre filh derenperayre, cant era la nueg am 1 1 marit, deffazia tôt can 
li savi havian fag e dig de jorn am d'autres ysshemples quel fazia et aduzia a 
son prepauzamen, pel contrari d'aquels dels philozophes, perque l'efans fos 
pendutz. Enpero Dieus finalmen lo gardée si que l'efans romas coma denan, e 
ela fo despessada 6 . » Ce sommaire, évidemment fait de mémoire, ne nous 
apprend rien sur les particularités qui pouvaient distinguer le texte d'où il pro- 
vient. Rien n'empêche qu'on n'y reconnaisse notre poème catalan" : l'écart des 
deux dialectes, au XVI e siècle, n'était pas assez grand pour que ce poème offrît 
quelque difficulté à des lecteurs toulousains 8 . 

G. P. 

La reine Esther, tragédie provençale. Reproduction de l'édition unique de 
1771, avec introduction et notes, par Ernest Sabatier. Nîmes, André 
Catélan, 1877. Pet. in-8°, xLi-83 p. 

La pièce dont on vient de lire le titre est restée inconnue à tous les biblio- 
graphes. Elle paraît n'avoir eu qu'une seule édition, dont on ne connaît qu'un 
exemplaire, celui qui a servi à la réimpression faite par les soins de M. Sabatier. 
Cet exemplaire unique, qui appartient à la bibliothèque municipale de Car- 
pentras, a perdu son titre ; on l'a rétabli à la main d'après un exemplaire qui, 
paraît-il, ne se retrouve plus. Le titre restitué est ainsi conçu : « La Reine 
Esther, tragediou en vers et en cinq actes-, a la lenguou vulgari, coumpousadou a la 
manière dei Juifs de Carpentras. A la Haye, chez les Associés. » La date de la 
publication, et aussi tout ce qu'on sait de la composition de cette pièce, est 

1. Voy. Dunlop-Liebrecht, p. 173, 481. 

2. Ou peut-être la source où il a puisé. 

3. On trouve une allusion à cette histoire dans un texte catalan et aussi dans un texte 
français, qu'on peut lire tous deux dans Comparetti, Virgil. II, 107. 

4. Il s'agit de la figure que les auteurs appellent paradigma, d'après la rhétorique 
latine, c'est-à-dire « exemple, » et dont les prédicateurs, disent-ils, font grand usage. 

<,. Austor doit être une faute pour auzel, et l'allusion se rapporte ainsi au conte Avis. 

6. Leys d'Amors, t. III, p. 290. 

7. Je n'attache aucune importance à la circonstance que l'impératrice est despessada 
ici et brûlée dans le poème catalan. Nous avons affaire à un résumé fait de mémoire, 
par conséquent peu exact, et d'ailleurs tous les textes s'accordent à la faire brûler. 

8. Cet article était imprimé quand j'ai lu dans la Revue des langues romanes {2' sér., 
III, 103) la note supplémentaire de M. Chabaneau où il cite aussi le passage des Leys 
d'Amors. Il ne regarde pas austor comme un lapsus calami; je ne pourrais y voir en 
tout cas qu'un lapsus memoriae. 



La Reine Esther, p. p. sabatier 301 

fourni par un avis au lecteur imprimé à la fin du volume, où on lit que la tra- 
gédie d'Esther a été composée « par l'illustre rabin Mabdochée A.struc de la 
ville de l'isle, perfectionnée et augmentée par le très-digne rabin Jacob de Lunel, 
de la ville de Carpentras. » La date est ainsi indiquée : « Ce 1 5 Tevet, an de 
la création du monde 5535 », ce qui correspond, nous dit M. Sabatier, au 18 
décembre 1774. 

M. S. a réuni dans sa préface (p. xxx et suiv.) quelques renseignements sur 
ces deux rabbins desquels le premier vivait vers la fin du xvn e siècle. Il est du 
reste impossible de déterminer en quoi ont consisté les perfectionnements et les 
augmentations apportés par le second à l'œuvre de son devancier. M. S. sup- 
pose avec toute probabilité que le titre pompeux de « Tragédie de la reine 
Esther » et la division en cinq actes appartiennent au réviseur. « La pièce », 
nous dit M. S , « était primitivement connue sous le nom de lou Jo de Hamanv 
(p. xxxiv). Si ce n'est là qu'une conjecture, elle est du moins très-vraisemblable. 
La « Tragédie d'Esther », en effet, est entièrement construite dans la donnée 
des jeux dramatiques du moyen âge. C'est un mystère, tout comme le Ludus 
Sancti Jacobi ou le mystère de sainte Agnès. Cette circonstance nous permet de 
rendre compte ici d'une composition qui par sa date sort un peu des limites 
chronologiques dans lesquelles la Romanïa se renferme habituellement. 

La Tragédie d'Esther, ou Jeu de Haman (si ce titre, que je préférerais, a 
quelque authenticité) offre à divers points de vue un vif intérêt. Il est curieux 
de voir le mystère du moyen âge fleurir encore au xvn e siècle. Des témoignages 
récemment mis au jour 1 conduisaient à la même conclusion, mais avec une bien 
moindre certitude, car plusieurs de ces témoignages, bien que tirés d'archives 
du midi de la France, se rapportent très-vraisemblablement à des mystères 
français. D'autre part, on savait bien que les Juifs avaient composé, jusqu'à 
une époque assez récente, des chants religieux en provençal, et M. S. en 
avait donné la preuve 2 , mais on ne pouvait guère soupçonner qu'ils avaient 
emprunté aux catholiques le drame religieux. Enfin, la pièce elle-même, comme 
texte de langue, mérite d'être étudiée. Quant au mérite littéraire, il est nul : ce 
drame est aussi pauvre de style que d'idées; il est écrit en un patois abominable, 
où les mots français abondent s , et où les vers faux sont tellement nombreux 
qu'il est difficile d'en faire peser toute la responsabilité sur le premier éditeur. 

M. S., à qui il faut d'abord savoir gré d'avoir rendu accessible un document 
aussi rare, a joint à son édition une intéressante préface, où on remarquera de 
précieux renseignements sur la condition des Juifs de Carpentras pendant le 
xvn e et le xviii' siècle. Il a aussi joint à son texte des notes assez nombreuses 

1. Dans la Revue des Sociétés savantes, voy. ci-dessus, p. 156-7. 

2. Voy. Romania, III, 498. 

5. Voici, à titre d'échantillon, quelques vers (p. 27) : 

Garou, garou, lou rey vaou averti toutare. 

ciel ! lou pitouyable récit ! 

Moun sang dans mes venes se glace. 

Lou rey es dounc a la merci 

De dous cruels remplis d'oudace. 

Faou qu'avertigue d'aques pas 

Noste bon rey et vénérable 

Per évita un meichant trépas 

Que !y preparoun dous misérables. 



J02 COMPTES-RENDUS 

et en général utiles. Toutefois, l'édition n'est pas de tous points satisfaisante: il 
s'en faut même de beaucoup. L'usage de ce texte eût été plus aisé si l'éditeur 
avait pris la peine de numéroter les vers. Un court glossaire n'eût pas été 
sans utilité. L'emploi de l'apostrophe n'est pas toujours très-régulier, ainsi, 
dans une indication scénique qui se reproduit plusieurs fois (et qui est en fran- 
çais), pourquoi imprimer en sanallant? en s'en allant eût été plus clair. Il ne 
peut y avoir aucune raison pour imprimer, p. 14, L'attenour d'aou chapitre (la 
teneur du chapitre). Pourquoi lit-on presqu'à chaque page l'y, l'a, quand le 
sens exige ly, la? Page 20, aneou doit être lu an cou. Alors même que ces 
fautes existeraient dans l'édition originale, il n'y aurait lieu de les reproduire que 
dans une édition ayant le caractère d'un fac-similé, ce qui n'est point le cas de 
la publication de M. Sabatier. Les accents aussi sont employés avec peu de 
conséquence. Le commentaire enfin laisse sans explication maint passage diffi- 
cile, et peut-être corrompu. 

En somme, la publication de M. Sabatier pourrait être meilleure; toutefois 
elle sera bien accueillie de ceux qui s'intéressent à la littérature provençale. 

P. M. 

G. Flechia. Intorno ad una peculiarità di flessione verbale in 
alcuni dialetti lombardi. Roma, 1876, in-4 , 7p. 1 . 

Diez a admis (trad. fr. II, 121) avec Biondelli, que les 1" pers. plur. qu'on 
trouve en milanais, en bergamasque, etc., comme um porta, am porta, noter am 
porta (= portamus), se composaient du thème verbal, plus de la caractéristique 
m préfixée au lieu d'être suffixée. Ce serait là une bizarrerie sans exemple, non- 
seulement en roman, mais en indo-européen. M. Flechia la fait disparaître, en 
montrant que dans ces formes um, amesl un reste dehomo. On a d'abord dit : on 
porte pour nous portons, puis, comme on ne trouvait plus assez marquée l'expression 
delà i re pers. du piur., on a rétabli le pronom : c'est comme si on disait en français 
nous on porte. C'est une singularité d'un autre genre, mais elle n'a rien d'inexpli- 
cable, et elle a son pendant exact dans l'usage toscan, qui dit noi si pranza pour 
nous dînons, si pranza étant l'équivalent de on dîne. M. FI. montre quelque chose 
d'analogue dans les langues celtiques, et j'ajouterai que dans plusieurs patois du 
centre et de l'ouest de la France, on a remplacé nous : « Où allez-vous ? — 
On va à Angers », etc. Il paraît même s'être produit la confusion inverse à 
celle des dialectes italiens, c'est-à-dire que on s'est fait suivre de la première 
personne du pluriel. Une chanson populaire, — dont je ne connais pas d'ailleurs 
la provenance, — dit : « La belle, si nous étions dedans sur au bois, Ons i 
mangerions fort bien des noix, Ons i mangerions à notre loisir. » Remarquez 
dans le premier vers la forme française nous. La consonne finale de mangerions ne 
se prononçant pas, on pourrait y voir aussi bien mangeriont, 3 e pers. du plur., 
ce qui serait une manière de faire rentrer dans la locution l'idée de pluriel, mais 
non celle de personne. — La perspicacité de M. Flechia a débarrassé la gram- 
maire romane d'une anomalie que les meilleurs philologues n'avaient pas su 
expliquer. G. P. 

1. Extrait du t. III, 2' série, des Atti delta reale Accademia dei Lincei. 



PÉRIODIQUES. 



I. — Revue des langues romanes, 2 e série, t. II, n° 12 (15 décembre 1876). 
P. 282-302, Montel et Lambert, Chants populaires du Languedoc (suite). — 
Bibliographie : Mussafia, Die Calalanische Version der sieben weisen Meister (C. Cha- 
baneau, utiles observations). Les folies du sieur Lesage, édition Aubert des 
Mesnils (A. Roque-Ferrier, 2° art.;. E. Rolland, Faune populaire de la France 
(A. B.). — Périodiques. 

— T. III, n° 1 (15 janvier 1877). P. 1, Milâ y Fontanals, Anciennes énigmes 
catalanes; elles sont tirées d'un chansonnier catalan du xv e siècle, où elles ont 
été insérées après coup, probablement au xvi e siècle. — P. 9, Alart, Trois 
formules de conjuration en catalan (1397), tirées d'un registre de notaire. La 
troisième de ces formules est semblable à Yensalmo galicien que M. Milâ a publié 
dans le dernier numéro de la Romania, sous le n° 142 (p. 73). M. Alart, qui 
s'est aperçu de cette coïncidence, nous informe qu'en un endroit, illisible dans 
l'original, où il avait cru pouvoir lire ou restituer « al puig de Sant Johan » on 
peut aussi bien lire « al puig de mont Olivan », en s'aidant de la prière gali- 
cienne qui porte monte Olivar. — P. 13-36, Chabaneau, Grammaire limousine, 
additions et corrections. — Bibliographie : Vaschalde, Anthologie patoise du 
Vivarais (A. R.-F.). 

— N 0> 2-4 (15 février- 1$ avril). P. 57, Noulet, Histoire littéraire des patois 
du Midi; appendice bibliographique (suite). — P. 73-87, Montel et Lambert, 
Chants populaires du Languedoc (suite). — Bibliographie : P. Meyer, Recueil 
d'anciens textes, 2 e livraison (A. B.). — Périodiques. Dans le compte-rendu du 
t. XVI des Mémoires de l'Académie de Clermont-Ferrand, est rapportée une 
inscription tumulaire de 1 270, où on lit, à la suite du nom, les cinq vers suivants : 
Tu que la vas ta boca clauza \ Guarda est cors qu'aisi repauza | Tais co tu iest e ieu 
si fui | E tu seras tais co ieu sut. | Di pater noster e no t'enui*. La même idée a été 
souvent exprimée, notamment dans la vieille inscription citée par Du Cange au 
mot essere : Cod estis fui, et quod sum essere abêtis. P. M. 

II. Rivista di FILOLOQIA romanza, vol. II, fasc. 3-4. — P. 129. Braga, 
Sobre a poesia popular da Galiza (contient des vues bien hasardées). — P. 144, 
Suchier, Tavola del canzoniere provenzale di Cheltenham. — P. 193. Ferraro, 
Saggi di canti popolari raccolti a Pontelagoscuro. — P. 221, Wesselofsky, Un 
capitolo di Antonio Pucci (traite le même sujet que la première partie du Cheva- 
lier a l'es pie; l'auteur compare en outre un conte russe). — P. 173 et 228. 

1. Pour la locution e no t'enui, cf. Gir. de Rouss., ms. d'Oxford v. 10 : « La cançons 
est molt bone, e no\iiïs anui. » 



304 PÉRIODIQUES 

Caix, Studj etimologici (propositions étymologiques pour les mots laggare = 
a. fr. laier, gire, sgomentare, strapazzare, bettola, guocco, loja, ripentaglio, 
arbuscello, agio, assettare, cantimplora). — Comptes-rendus, Périodiques et Notizie. 
— Nous n'avons pas encore de nouvelles décisives sur le sort de ce recueil, 
dont la disparition attristerait tous les romanistes. 

III. Archiv fur das Studium der neueren Sprachen 1 . — LU, p. 1 77— 
240, Scholle, La prononciation et la chute de l's d'après les chartes de Joinville (bon 
travail). — P. 281-292, Mahn, Sur la poésie épique des Provençaux (n'apporte 
pas de faits ni d'arguments nouveaux). — P. 293-324, Hoffmann, Les drames de 
Jodelle. — P. 392-402, Lœffler, Sur la conjugaison française (moderne). — P. 
403-414, Gaspary, L'étude du dialecte napolitain (intéressant). — Nous relevons 
parmi les Mélanges un article de M. Wittstock (p. 447-457) sur les mots français 
dans le poème des Nibelungen, et une note de M. Sachse (p. 459) sur le nom de 
Roland. 

LUI, p. 1-16, Grùnwald, iïber die keltischen Elcmente im franzœsischen (insigni- 
fiant). — P. 17, Brinkmann, Grammalische Untersuchungen, I : Je n'ai garde (Y au- 
teur essaie de démontrer que dans cette locution ne est une forme de en, semblable 
au ne prov., et cherche en français d'autres exemples de ce ne = en; son article 
est un tissu de contre-sens). — P. 425-32, Gaspary. iiber eine Eigenthùmlichkeit 
des neapolitanischen Dialektes (bonnes remarques concernant l'influence des voyelles 
finales sur la tonique; cf. Diez, trad. fr., II, 55). 

LIV, p. 155-182, 337-366. Brinkmann, Études de métaphores : l'âne, le 
mulet, le chat (voy. t. XLVI et L). — P. 182-210, Buchholtz, Sur la gram- 
maire italienne (1. L'infinitif présent au sens passif (p. 188-9 no ' s ')- 2 - La prépo- 
sition a. 3. Le gérondif). — P. 241-302, Sachs, Sur l'état actuel des études rela- 
tives aux dialectes romans (discours lu, en partie, à l'assemblée des philologues 
allemands; il contient des renseignements utiles, mais naturellement fort incom- 
plets). — Dans les séances de la Société, signalons une intéressante communica- 
tion de M. Lùcking (p. 404) sur le déplacement de l'accent en français. — 
Mélanges: Hardung, l'article partitif en portugais (p. 116-118); Eyssenhardt, 
Giusto de' Conti; Poésie de Conclave (468-473). 

LV, p. 83-90, Mahn, La langue provençale et son rapport avec les autres 
langues romanes (faible). — P. 189-200, Brinkmann, Sur l'usage de la préposition 
de devant le nom en fonction de prédicat. — P. 241-296, Kressner, Les bestiaires 
du moyen âge (peu approfondi; l'auteur a joint un fragment de VElucidari pro- 
vençal, qui, étant traduit du latin, n'avait ici aucun intérêt particulier). — 
P. 363-382, Marelle, Contes et chants populaires français. — P. 327-362, 
Brinkmann, Études de métaphores : le bœuf. — P. 407-438, S. Grégoire, p. p. 
Horstmann (en anglais). — Séances de la Société; p. 201, Lùcking, Sur l'ac- 
centuation des mots français {populaires) tirés du grec. 



1 . Par suite de diverses circonstances, inutiles à mentionner ici, nous n'avons pas 
rendu compte de YArchiv depuis longtemps. La dernière notice, relative à la première 
moitié du t. LU, se trouve dans notre t. III (1874), p. 3 1 > . Nous donnons aujourd'hui le 
dépouillé sommaire de quatre volumes et demi, ce qui nous remet à peu près au 
courant. 



PÉRIODIQUES }0$ 

LVI , p. 11-57, Kressner, Nachrichten ùber das altfranzœsische Epos 
Aymcri de Narbonne, I (analyse et extraits d'après le ms. B. N. 24369). — 
P. 51-58, Kressner, Epigrammes du xvi' siècle, tirées d'un ms. de Lausanne (Y édi- 
teur croit qu'elles sont de Marot, et il y est question du colloque de Poissy! Elles 
sont calvinistes, fort mordantes, mais assez médiocres.) — P. 155-187, Bunte, 
ùber eine franzàsische Bearbeitung des Hyginus. Cet ouvrage, dédié à F'rançois I e ' 
quand il n'était que duc d'AngouIème, et composé par Robert Frescher, « maistre 
es ars et bachelier en théologie, » est conservé dans le ms. Blankenb. 237 de la 
bibl. de Wolfenbûttel. — P. 187-221 et 281-309, Marelle, Contes et chants 
populaires français (ces articles ont été tirés à part ; nous en parlerons à un 
autre endroit). — P. 241-263, Mahrenholtz, Molière und die rômische Komedie. 
— P. 265-280, Meissner, die bildlichen Darstellungen des Reineke Fuchs un 
Mittelalter (très-incomplet naturellement, mais judicieux et utile, notamment 
pour l'Angleterre). — P. 343-377, Brinkmann, Etudes de métaphores : la chèvre, 
le mouton, le porc. — P. 391-417, Horstmann, Zwei Alexiuslieder (en ancien 
anglais). — P. 418-55. Comptes-rendus des séances de la Société pour l'étude 
des langues romanes. Nous y remarquons p. 420 une note de M. Kastan sur 
le créole, p. 422; une de M.Mahn sur les mots almanach et ambassadeur, p. 423 ; 
une de M. Lœschhorn sur les origines du Tamingof the Shrew). G. P. 

IV. Il Propugnatore, IX. — P. 328-362, Imbriani, Sul testo del Candelaio 
di Giordano Bruno (suite). — P. 373-409, Corazzini, Del contrasto di Ciullo 
d'Alcamo (nous reviendrons sur cet article, ainsi que sur d'autres travaux relatifs 
au même sujet, notamment sur une lettre que nous a adressée M. Caix, dans 
une notice spéciale). — P. 409-424, Storie popolari in poesia siciliani, publ. da 
Salomone-Marino (suite). — P. 430-468, Razzolini, Sauarci con alauante varianti 
délia Divina Commedia. — P. 471-501, Bibiiographia. 

V. Revue historique de l'ancienne langue française, ou Revue de phi- 
lologie française, recueil mensuel publié sous la direction de M. Favre 1 , janvier- 
mars. — Ce singulier recueil contient des dissertations sans valeur, tirées 
d'ouvrages anciens, sur la langue française, sur le latin, sur les idiomes 
celtiques, etc., des versions déjà connues de la Parabole de l'Enfant prodigue en 
divers patois, des réimpressions de textes déjà publiés, et plutôt gâtés qu'amé- 
liorés par le nouvel éditeur, plus une reproduction avec additions (mais où les 
renvois sont omis) du Glossaire français de Du Cange; cette reproduction com- 
prend 12 pages au bout de trois mois, ce qui en relègue l'achèvement à une 
période assez longue. Tout cela est d'ailleurs aussi incohérent que possible. Il 
est à désirer, si cette revue doit continuer, que M. Favre s'adjoigne des colla- 
borateurs : il pourra ainsi procurer quelques publications utiles; mais pour sa 
part il devrait se borner à fournir ses presses. 

VI. Romanische Studien, VIII. — Foth, Die Verschiebung lateinischer Tem- 
pora in den romanischen Sprachen. Cet excellent travail, qui remplit tout le 

1. Librairie Champion, quai Malaquais, 15. Prix : 1 5 fr. 

Romania, VI 20 



306 PÉRIODIQUES 

fascicule (p. 243-336 du t. II), se divise en deux parties : les Faits et les Causes. 
Nous signalerons surtout le 3 e chapitre de la i re partie : Formes temporelles 
romanes d'une origine jusqu'à présent incertaine. Ce chapitre comprend cinq para- 
graphes : 1) le futur conditionnel en espagnol, portugais et roumain (l'auteur pense 
qu'il provient à la fois du futur antérieur et du parfait du subjonctif latin); — 
2) le parfait provençal moderne (il faut l'expliquer simplement par l'influence de 
la 3 e personne du pluriel sur les autres, et les faits analogues qu'on observe en 
roumain s'expliquent de même); — 31 l'infinitif employé en italien à la place de 
formes personnelles du verbe (M. Canello a eu tort de voir l'imparfait du sub- 
jonctif dans diverses formes, usitées seulement chez des poètes et à la rime., et 
qui offrent simplement un emploi particulier de l'infinitif) ; — 4) l'imparfait du 
subjonctif dans le sarde de Logudoru (il faut le rattacher à l'imparfait du subjonctif 
latin) ; — j) le parfait de l'indicatif dans le sarde de Logudoru (les formes en -si sont 
modernes et ne proviennent pas du plus-que-parfait du subjonctif latin). — Sur 
tous ces points nous sommes à peu près d'accord avec l'auteur, et nous sommes 
heureux de pouvoir renvoyer à sa démonstration claire et convaincante. La 
seconde partie de son travail, les Causes, de nature plus philosophique et où il 
remonte jusqu'à l'usage du latin classique, offrirait plus de points contestables; 
cependant nous croyons qu'en gros les vues simples et ingénieuses qu'il expose 
sont conformes à la vérité des faits. Le mémoire de M. Foth (c'est, croyons- 
nous, son premier écrit) mériterait, par la clarté de la forme et l'intérêt du 
sujet, d'être traduit dans notre langue. — La note de la p. 259 contient une 
erreur empruntée à Grimm (dans « il fut la lire » il fut est synonyme de « il 
alla »), et une méprise étrange, due sans doute à une faute d'impression dans le 
livre où M. F. a puisé sa citation : « dès les temps où fut écrire notre chanson » 
n'a jamais pu être français; lisez /uf écrite. 

VII. Bulletin de la Société des anciens textes, 1877. — P. 38-40, 
P. Meyer, Notice du manuscrit Canonici Miscell. 278 de la bibliothèque bodléicnne, 
à Oxford (ce qu'il contient de plus intéressant est un texte bilingue, français et 
flamand). 

VIII. Germania, XXI, 1. — P. 18-27, Kcehler, Sur la Màgus-Saga (inté- 
ressantes remarques sur trois épisodes de ce récit; cf. Romania,W, 474 ss.). — 
P. 67-80, Liebrecht, Petites notices (mythologiques). — P. 81-83, Kcelbing, 
compte-rendu d'un travail fort mal fait de M. Bieling sur la Vie de S. Grégoire; 
M. K. publie d'après le ms. anglais qu'a fait connaître M. B. un morceau qui 
est maintenant imprimé tout au long dans le Recueil de P. Meyer. 

IV '. P. 383-399, Liebrecht, La gageure des trois commères (analyse compara- 
tive de contes latins, français, italiens et russes; M. L. ne mentionne pas celui 
de La Fontaine). — P. 399-400, Liebrecht, Tpru, purt (cf. Romania, III, 315). 

IX. Zeitschrift fur deutsches Alterthum, N. F. IX. — P. 65-68, 
Waitz, Sur le Concile d'amour (remarques critiques, d'après de nouvelles sources, 

1 . Les livraisons 2 et 3 de ce volume, ainsi que la 4 e du précédent, ne nous sont 
point parvenues. 



PÉRIODIQUES }Oy 

sur cette pièce curieuse, publiée par M. Waitz dans le t. VII de la Zeitschrijt 
et racontant un concile de nonnes, censément tenu à Remiremont, où on déli- 
bère sur les mérites respectifs, en amour, des chevaliers et des clercs). — P. 68- 
86, Poésies latines de l'époque carolingienne, publiées par Dùmmler. 

X. ZBITSCHHIFT FUR DEUTSCHE PHILOLOGIE, VIII (1877I. — P- IOI-IO5, 

Kcehler, La source de la ballade de Bùrger Lenardo et Blandine (on savait qu'elle 
provenait de Guiscardo et Ghismonda, première nouvelle de la quatrième journée 
du Dkamcron ; M. K. montre par quels intermédiaires elle est arrivée au poète 
allemand). 

XI. Beitr.ege zur Geschichte der deutschen Sprache dnd Literatur, 
III. — P. 304-334, Zarncke, Zur Geschichte der Gralsagt [cti important mémoire 
concerne spécialement deux points: i° d'après M. Z. le fameux Kyot, que 
Wolfram d'Eschenbach cite comme la source principale de son Parzival (cf. Ro- 
mania, IV, 148-150), n'aurait jamais existé; Wolfram n'aurait eu sous les 
yeux que le Perceval incomplet de Chrestien, et il l'aurait complété et modifié à 
sa guise; il serait trop long de discuter ici cette hypothèse : disons seulement 
qu'au premier abord elle nous semble avoir certaines apparences pour elle; 
il est au moins certain que tout ce qui dans le Parzival s'éloigne de Chrestien 
a une physionomie très-différente de celle du roman français que nous con- 
naissons; 2° le passage de Guillaume de Malmesbury où il est parlé de Joseph 
d'Arimathie comme étant venu en Angleterre et ayant été enterré à Glastonbury 
serait interpolé, et on n'aurait cherché à Glastonbury la tombe de ce saint per- 
sonnage que longtemps après Guillaume et après la diffusion des romans fran- 
çais. Beaucoup d'autres remarques intéressantes seraient à relever dans cette 
notice concise : ainsi l'auteur montre que Peredur (l'équivalent de Perceval dans le 
Mabinogion) ne peut signifier ni « le chercheur du bassin », ni « le compagnon 
du bassin », etc. La dissertation de M. Zarncke marquera en tout cas une date 
dans l'histoire des études sur ce sujet si curieux et si obscur). 

XII. Mémoires de la Société de linguistique de Paris, III, 2. — P. 210- 
248, Joret, Le patois normand du Bcssin. Nous n'avons ici que le commencement 
de ce mémoire, qui sera sans doute tiré à part et que nous apprécierons mieux 
quand il sera complet. Disons seulement qu'il y a parfois de la confusion dans 
la disposition comme dans les termes. Il vg sans dire d'ailleurs que c'est un 
travail méthodique et qui fait époque dans l'histoire des études sur le dialecte 
normand, études déjà nombreuses, mais jusqu'ici assez mal dirigées. 

XIII. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, XXXVII, $. — P. 317, 
Raynaud, Etude sur le dialecte picard dans le Ponthieu (ce travail a paru dans une 
brochure séparée; nous en rendrons compte sous cette forme). — P. 443, Note 
(de M. Delisle) sur les poésies de Richard de Poitiers, très-intéressante; on y 
montre que Richard est auteur de sept petites pièces de vers anonymes, et non 
sans valeur historique, publiées récemment par M. Wattenbach. 

— XXXVII, 6. — P. 444-470, L. de Mas-Latrie, Guillaume de Mâchant et 
la Prise d'Alexandrie (M. de M.-L., à propos de ce poème de Machaut, qu'il va 



$o8 PÉRIODIQUES 

publier, étudie la biographie de l'auteur, mais les renseignements dont il a cru 
l'enrichir paraissent devoir être rapportés à un homonyme de Machaut fvoy. 
Revue Historique, mai 1877, p. 215-217); ce qu'il dit sur le poème du Voir Dit, 
considéré par lui comme un pur roman, comme « une Nouvelle Hèloïse du moyen- 
âge >>, n'est pas soutenable devant ia lecture de ce singulier poème, où des évé- 
nements très-réels, au moins quant au fond, sont certainement retracés). — 
P. 470-528, L. Delisle, Notice sur vingt manuscrits du Vatican (nous relèverons 
surtout, dans cette précieuse notice, le curieux morceau d'un Philippus de 
Vitriaco, que M. D. n'identifie pas avec assurance au célèbre évêque de Meaux; 
la question est à étudier). — Dans la Bibliographie, signalons l'analyse de 
l'Etude biographique sur François Villon par A. Longnon (H. Lot), nouvelle 
édition, mais singulièrement augmentée, de son article dans la Romania. 

XIV. Mélusine, revue de mythologie, littérature populaire, traditions et 
usages, dirigée par MM. H. Gaidoz et E. Rolland, n" 1-6 (janvier-mars). — 
Nous ne pouvons donner ici le sommaire de ces six numéros, tort bien remplis, 
mais d'articles courts et par conséquent nombreux. Nous signalerons les sui- 
vants, comme intéressant de plus près nos lecteurs. 1. Baudry, Traditions popu- 
laires de la Neuville-Chant-d'Oisel (Normandie); Brueyre, Contes créoles (suite 
au n° 2). — 2. Quépat, Jean Bout-d'homme, conte messin; Joret, Superstitions 
du Bessin. — 3. Marion, Prière populaire de la Nièvre; Traditions populaires 
de Warloy-Baillon (Somme). — 4. Devic, Le temps long, conte du Quercy ; 
Carnoy, Jean l'Avisé, conte picard; Charencey, Traditions populaires du dépar- 
tement de l'Orne. — 5. Carnoy, Jean l'Idiot, Jean de l'Ours, les Fées et les deux 
bossus, contes picards; Smith, les Fugar. — 6. Rolland, V Homme qui vient du 
ciel, conte du Vivarais. — 'Tous les numéros contiennent en outre des chansons, 
prières, jeux, dictons, formulettes, etc., recueillis à bonnes sources et souvent 
accompagnés d'images et de mélodies. Enfin Mélusine donne une excellente 
bibliographie des publications nouvelles qui intéressent la mythographie et la 
littérature comparée '. 

XV. La Academia, rivista de la cultura hispano-portuguesa, latjno- 
amerigana, n° io, mars. — P. 150-151, Girbal, Carlomagno en Gerona 
(quelques renseignements sur le culte rendu à Charlemagne à Girone, et repro- 
duction de la remarquable statue qui lui fut élevée au xiv e siècle dans la cathé- 
drale de cette ville). 

XVI. Italia 2 , III. — Caix, Le débat sur la langue italienne. Dans cet inté- 
ressant article, M. C. expose les différents systèmes auxquels a donné lieu, en 
théorie et en pratique, la constitution d'une langue littéraire commune pour toute 
l'Italie. Les étrangers trouveront dans ces pages le moyen de s'orienter facilement 
dans un labyrinthe fort embrouillé. On sait quel est le point de vue du savant 
auteur lui-même (voy. Romania, IV, 146); il s'en faut d'ailleurs que tous ses 
compatriotes y soient ralliés. 

1. M. Reinhold Kœhler a consacré dans la Jenaer Literaturzeitung, 1877, n° 16, un article 
extrêmement sympathique aux six premiers numéros du journal de MM. Gaidoz et 
Rolland. 

2. Recueil trimestriel publié par M. K. Hillebrand, chez Hartung, à Leipzig. 



PÉRIODIQUES 309 

XVII. Boletin de la Sociedad de amigos del pais de Valencia. — Enero- 
junio (1875?). P. 13-96. Estudio histôrico critico sobre los poctas Valencianos 
de los siglos xin, xiv y xv, por don Rafae! Ferrer y Bigné. Cette énuméra- 
tion des poètes vaienciens, accompagnée de quelques renseignements biogra- 
phiques et de la liste des œuvres de chaque poète, est utile et semble assez 
complète. Il me semble que l'auteur doit plus d'un renseignement à la Rcsenya 
dels antichs poetas catalans de M. Mihi (Jochs florals de 1865) qu'il ne cite nulle 
part. A. M. -F. 

XVIII. Revue critique, janvier-mars. — 1 3 . De Montaiglon et de Rothschild, 
Poésies françaises, t. XI (G. P.) — 14. Darmesteter et Hatzfeld, Morceaux choisis 
du xvr' siècle (Ch. Marty-Laveaux ; voy. p. 1 18 une réponse de MM. D. et H.). 

XIX. Literarisches Centralblatt, janvier-mars. — N° 1 . Carducci, Rime di 
Petrarca (Schuchardt). — 2. Diez, Ueber romanische Wortschœpfung (Schuchardt). 

— ^. La divina Commedia, éd. Scartazzini (Schuchardt ; vraie encyclopédie dan- 
tesque). — 6. Ayer, Phonologie de la langue française; Scheler, La transforma- 
tion française des mots latins; Meunier, Les composés qui contiennent un verbe à un 
mode personnel; Darmesteter, Traité de la formation des mots (Schuchardt). — 
8. Wace, Roman de Rou, éd. Andresen (Suchier). 

XX. Jenaer Literaturzeitung, janvier-mars. — 3. Grégoire lo Pape, Aiol 
et Mirabel, hgg. von Fcerster (Suchier; cet article contenait sur les relations de 
la Société des anciens textes avec M. Fcerster des assertions inexactes que M. S. a 
rectifiées dans un numéro suivant). — 4. Kcelbing, Bcitragc zur Cesch. der ro- 
mani. Poésie; Ueberlieferung und Sprache des Voyage de Charlemagne (Suchier). 

— 8. Kcelbing, Englische Studien (Suchier). — 10. Laurentius, Zur Chanson de 
Roland (Stengel); Kcelbing, La Chanson de Roland (Stengel). 

XXI. Zeitschrift fur oesterreighische Gymnasien, 1877. — P. 197-213, 
Li chevaliers as deus espees... hgg. von W. Fcerster; compte-rendu de M. Mus- 
safia, très-long et naturellement très-instructif. J'y relèverai une particularité 
d'un intérêt actuel pour les lecteurs de la Romania. Le poème en question con- 
tient le mot mile = mire = medicum ; M. M. en prend occasion pour dire que 
suivant lui, dans tous les cas où r répond en a. fr. à d latin, le d a passé par /. 
C'est la même opinion que j'ai exprimée ici (VI, 129) et à laquelle M. Havet a 
substitué, dans l'article qu'on a lu plus haut, une nouvelle explication. Mile offre 
au moins, avec Gile, une autre forme en /. M. M. renvoie à une note ancienne 
sur ce sujet (au mot invilia = invidia) dans son glossaire de la légende de Sainte 
Catherine en ancien véronais; il a en effet rassemblé dans cette note, que j'aurais 
dû citer, plusieurs exemples du changement de di en /i, dans ces conditions, 
dans des dialectes de la Haute-Italie. 



CHRONIQUE 



Fondation Diez. — En face du comité dont nous avons publié la dernière 
fois le manifeste, il s'en est formé un autre, dont nous reproduisons également 
la circulaire : 

« Vienne, i i avril 1877. 

« En souvenir de Frédéric Diez, le fondateur de la philologie romane, mort 
l'année dernière, on a l'intention d'instituer une 
Fondation Diez 
qui aura pour but de provoquer, d'encourager et de récompenser le travail 
dans ce domaine scientifique. 

« Il y a quelque temps, de Berlin, on a fait un appel aux souscripteurs pour 
cette fondation. Un appel semblable part aujourd'hui de Vienne, et, si nous ne 
nous trompons, la circonstance que la monarchie austro-hongroise réunit des 
nationalités si diverses, loin de nuire au succès de notre entreprise, le facilitera. 
Car la Fondation Diez n'exclut pas seulement de prime abord la prédominance 
d'une nation quelconque; elle est particulièrement destinée à réconcilier et à 
rapprocher Romans et Germains. Ceux mêmes qui ne sont pas en état de 
mesurer complètement la valeur de la philologie romane apprécieront dans cette 
fondation un beau symbole d'union, qui mérite leur participation cordiale. 

« Cette entreprise a été saluée avec sympathie, aussi bien qu'en Allemagne 
et en Autriche-Hongrie, en Angleterre, en France, en Italie et en Roumanie. 
D'autres pays se joindront peut-être à ceux-là. On ne pourra penser à une 
organisation définitive de la fondation qu'après quelque temps, car elle sera 
nécessairement déterminée par le chiffre des souscriptions. 

« MM. Braumùller (Graben) et Gerold (Stefansplatz), libraires, ont consenti 
à recevoir les souscriptions; on peut aussi les adresser aux soussignés: 

D r Fort. Demattio, Cons. aul. dr. Fr. chev. de Miklosich, 

professeur à l'Université d'Innsbruck. professeur à l'Université de Vienne. 

D r Att. Hortis, D r Ad. Mussafia, 

directeur de la bibl. mun. de Trieste. professeur à l'Université de Vienne. 

D r E. Martin, D r H. Sghuchardt, 

professeur à l'Université de Prague. professeur à l'Université de Graz. » 

Cette circulaire avait été préparée par deux remarquables articles de M. H. 
Schuchardt, l'un dans le supplément de YAllgemeine Zeitung du 18 février, 
l'autre dans la Gegenwart du 7 avril. Nous traduisons en grande partie le premier 
de ces deux articles, qui a peu de chances d'être répandu dans les pays 



CHRONIQUE 311 

romans, et nous ne doutons pas que les sentiments élevés du savant professeur 
de Graz ne fassent sur nos lecteurs une excellente impression : 

« En dehors de son but propre, qui est elle-même, la science peut en avoir 
d'autres; il n'y en a certainement pas de plus noble que celui-ci : rapprocher et 
réconcilier les peuples. La vraie science est internationale, et en dépit d'autres 
internationales, rouge ou noire, elle considère ce titre comme un titre d'honneur. 
On comprend que la grande guerre qui a troublé tant de relations ait eu son 
contre-coup même dans le domaine de la science; ce que l'on comprend moins, 
c'est que la provocation ne soit pas toujours partie du côté français. Autant la 
passion était excusable après un tel désastre, autant la magnanimité était com- 
mandée après une telle victoire. Or il n'a pas manqué, parmi les Français, de 
savants dont la douleur patriotique n'a pas égaré le jugement impartial; et il 
n'a pas manqué, parmi les Allemands, desavants qui ont abusé du prétexte scien- 
tifique pour des agressions politiques. Si l'on ne regarde pas la paix comme 
une simple trêve pour préparer la guerre, il faut souhaiter que les liens rompus 
se rattachent, plus solidement même qu'auparavant, et c'est surtout aux hommes 
de science à prendre cette tâche à cœur. Ils seraient dignes de blâme s'ils ne 
saisissaient pas chaque occasion de travailler à combattre les maientendus et les 
mauvais vouloirs entre les peuples. Or on ne peut en trouver une plus favorable 
que celle à laquelle sont consacrées les lignes suivantes. 

« La descendance commune des langues romanes ne s'est jamais effacée de la 
conscience de ceux qui les parlent, mais elle n'est devenue que tardivement l'objet 
d'une étude scientifique. Et le rapport de ces langues entre elles et avec le latin 
n'a pas été de prime abord bien compris : il était réservé à un allemand, au 
professeur Fr. Liez, de Bonn, de nous donner du développement des langues 
romanes dans le temps et dans l'espace un tableau exact, clair et lumineux. Il 
est le fondateur de la linguistique romane, et même, nous pouvons le dire plus 
généralement, de la philologie romane, car la critique des anciens textes et l'in- 
vestigation des origines littéraires ne pouvaient se faire que sur les bases de la 
linguistique comparative. Le grain qu'il a semé a mis du temps à lever; mais 
dans la dizaine d'années qui vient de s'écouler on a largement regagné l'arriéré, 
et surtout grâce à l'active participation des Romans. Depuis l'année 1870 ils 
ont produit des travaux beaucoup plus importants que les Allemands (je laisse 
ici de côté un homme dont l'activité s'étend, avec le plus grand succès, sur 
toutes les provinces linguistiques et littéraires de ce domaine, parce qu'il enseigne 
et écrit en roman aussi bien qu'en allemand 1 ). C'est surtout, parmi les pays 
romans, la France et l'Italie qui comptent ici; nous devons aussi des contribu- 
tions précieuses au Portugal et à la Roumanie; seul, le pays qui il y a trois 
siècles nous a donné le D'uilogo de las lenguas n'a à nous montrer que des mains 
vides 2 . Grâce à la place que l'étude des langues romanes occupe depuis 
longtemps dans nos Universités nous avons sur les Romans un certain avantage, 
qu'ils commencent d'ailleurs à nous disputer; mais qu'est-ce à dire en regard 
de l'avantage immense qu'ils ont sur nous? Les instruments qu'il nous faut nous 



1. Tous nos lecteurs comprennent qu'il s'agit de M. Ad. Mussafia. 

2. M. Schuchardt oublie ici les travaux de notre éminent collaborateur M. Milâ y Fon- 
tanals, qui, tant pour la linguistique que pour la littérature, se placent au premier rang. 



$12 CHRONIQUE 

fabriquer à la sueur de notre front, ils les ont naturellement dans la main. Ne 
finiront-ils pas par s'en servir avec une légèreté et une sûreté tout autres que 
nous? Ne trouveront-ils pas toujours dans nos travaux de petits ou de grands 
défauts? 

« La politique n'est pas tout-à-fait étrangère à cet accroissement d'intérêt 
que la France et l'Italie apportent à ces études. Tant que l'unité politique de 
l'Italie n'était pas accomplie, l'unification linguistique semblait pour les Italiens 
le centre de toute philologie; maintenant qu'ils ont atteint le but désiré, ils sont 
arrivés aussi à un jugement plus calme et plus libre, et avec un zèle digne des 
plus grands éloges ils ont abordé l'étude de ce particularisme linguistique qui 
n'a eu chez aucune nation romane un développement aussi riche et aussi beau. 
La France, trahie par le sort des combats, s'est mise à estimer doublement les 
arts de la paix; et quand deux romanistes parisiens, dont l'un était avec le 
maître de Bonn en relations particulièrement intimes, fondèrent en 1872 une 
revue pour leur science, ils prirent comme devise ces vers d'un vieux poète 
français : 

Pur remenbrer des ancessurs 

Les faiz e les diz e les murs. 

« De Paris, le goût de la philologie romane s'est propagé dans le sud de la 
France, et il y a rencontré un mouvement littéraire qui lui était propice de 
toutes façons. Les Catalans en Espagne et les Provençaux en France sont depuis 
longtemps favorables à l'idée de la décentralisation; ils l'ont étendue au domaine 
politique, mais ce n'est que dans le domaine littéraire qu'ils l'ont réalisée, bril- 
lamment réalisée. L'auteur de Mireio compte parmi les premiers poètes de 
notre temps : il s'appelle Mistral. Aux fêtes littéraires où fraternisaient Cata- 
lans et Provençaux, étroitement unis par la langue, a succédé à Montpellier en 
1875 une fête d'un caractère plus général, où la littérature et la linguistique distri- 
buaient leurs prix en commun, et où, à côté des intérêts particuliers delà langue 
d'oc, on insistait sur la communauté intime de tous les Romans. Il est bien 
possible que le souvenir des victoires allemandes n'ait pas été étranger à cette 
ardeur, mais il n'a reçu, dans cette cordiale et joyeuse fête, aucune expression 
le moins du monde haineuse, et on peut espérer que la Chanson du Latin, pour 
laquelle est ouvert cette année un concours poétique, ne sera pas un chant de 
guerre, mais un hymne de paix. Il ne doit pas se trouver de Bertrand de Born 
pour enflammer à la guerre contre la patrie de celui qui a tant contribué à faire 
battre plus vivement le pouls de la jeune Romania, et qui le premier, par 
d'excellentes traductions et de lumineux commentaires, a fait connaître aux 
Allemands les œuvres des vieux troubadours. Sous sa direction Romans et 
Allemands se sont réunis pour un travail commun. Sa vie s'est écoulée simple 
et modeste; l'éclat d'honneurs publics n'a pas répondu à ses mérites; cherchons 
à réparer cette omission. Car c'est maintenant ou jamais qu'il faut veiller à ce 
que la gloire de la paix ne s'efface pas trop devant celle de la guerre. 

« C'est à Rome que la pensée d'un monument pour Frédéric Diez s'est fait 
jour pour la première fois; la direction de la Rivista di filologia romanza a 
offert cent lire pour ce but. Mais de quel genre doit être ce monument? Qu'on 
élève un monument à chacun avec ce qui a été la matière ou l'objet de son tra- 



CHRONIQUE 313 

vail : aux héros de la guerre avec du bronze et de la pierre morte, aux héros de 
la science avec des matériaux plus fins et vivants. Telle a été aussi la pensée du 

comité berlinois qui a lancé dernièrement un appel pour la Fondation Diez 

Pour le dire sans réserve, je trouve cette pensée excellente, mais je trouve 
la forme qu'on lui a donnée trop étroite... Un monument qui prétend répondre 
dignement au caractère personnel et scientifique de notre maître doit reposer 
également sur les épaules de l'Allemagne, delà France et de l'Italie; les Romans 
doivent être, non point tolérés ou à l'occasion invités, mais associés à l'œuvre 
dès l'origine. Espérons que le plan de la fondation Diez sera modifié dans ce 
sens. On ne peut pas dire qu'il soit trop tard : on ne saurait décider avant toute 
discussion publique une chose qui ne peut réussir que grâce à la participation 
d'un grand nombre de personnes. On ne peut pas dire non plus que le plan 
proposé soit impraticable : l'exécution en serait assurément rendue plus difficile, 
mais dans la proportion même où il augmenterait de valeur... Qu'on ne soit 
pas trop timoré ou trop raide; qu'on mêle à la froide réflexion un peu d'enthou- 
siasme; qu'on gagne les Romans par une attitude cordiale et par des concessions 
légitimes, et ils ne se refuseront certainement pas à se joindre aux Allemands 
pour instituer la fondation Diez. Je ne vois pas où elle pourrait avoir son siège 
mieux qu'à Rome, et là des congrès internationaux de romanistes pourraient 
facilement s'y rattacher. L'Italie offre aux Allemands et aux Français un domaine 
neutre, international, en même temps qu'un but favori de voyage; en Italie les 
études romanes sont rapidement devenues florissantes, et c'est là que travaille 
l'homme auquel après Diez. — nous le reconnaissons sans envie. — la linguis- 
tique romane a le plus d'obligations 1 . Quant à Rome, le berceau des langues 
romanes et de la civilisation occidentale, elle offre au philologue roman mille 
attraits cachés. II étudie dans les librairies des papes, des Chigi, des Barberini, 
les commencements des littératures romanes, il suit dans les catacombes les pre- 
miers pas des langues romanes, il songe à Sant' Onofrio à une de leurs gloires 
les plus brillantes 2 , et il admire sur les lèvres romaines la force et la grâce dont 
elles sont susceptibles. Enfin Rome appartient non-seulement aux Romans, mais 
aussi aux Allemands. Non point certes à cause du « saint empire romain de 
nation germanique; » c'est depuis que nous avons perdu Rome matériellement 
que nous l'avons conquise intellectuellement : pour nos poètes, nos artistes, nos 
savants elle est devenue une seconde patrie, et notre Institut archéologique est 
établi sur le Capitole. En face des ruines qui ont enseveli tant de peuples, d'em- 
pires et d'institutions, les dissonances nationales s'éteignent plus aisément, et, 
quand, à l'époque où l'amandier fleurit, le tiède zéphyr nous caresse en passant 
sur ce grand sépulcre, nous croyons sentir le souffle du « printemps universel » 
qui « rajeunit la face du monde. » Peut-être sont-ce là des rêves ; et cependant, 
pour être le centre d'une fondation qui a pour but de faire fructifier en tous 
sens le souvenir d'un homme éminent, qui cherche à augmenter, non pas seule- 
ment l'activité de la science, mais l'amitié des peuples, il me semble toujours que 
Rome est indiquée entre toutes les villes, qu'en tout cas elle se présente plus 
naturellement que Berlin. » 

1. Inutile de nommer M. Ascoli. 

2. C'est là qu'est enterré le Tasse. 



514 CHRONIQUE 

Cet article a été accueilli avec sympathie par plusieurs journaux allemands 
(Augsb. Allgem. Zeitung, 3 avril ; Neuc Freie Presse, 7 mars ; Magazin fur die 
Litter. des Auslands, 7 avril), anglais (The Academy, 17 mars), italiens (Opinione, 
18 mars; Gazzetta d'Italia, 25 mars; et roumains (Timpul, 2-3 mars; Curieml de 
Jassi, 25 mars). Dans son second article, M. Schuchardt est revenu sur ce sujet 
surtout pour expliquer qu'il n'y avait dans sa proposition aucune hostilité contre 
Berlin, et pour proposer déformer des comités multiples qui recueilleraient des 
souscriptions pour une Fondation Diez, en laissant pour le moment indéterminé 
l'emploi précis qu'on ferait des fonds recueillis, qui, de l'accord général, doivent 
être consacrés, sous forme de bourse ou de prix, à encourager et récompenser 
les jeunes gens qui s'occupent de philologie romane sans distinction de nationalité. 
C'est conformément à ces idées que le Comité de Vienne a lancé l'appel que 
nous avons donné plus haut. 

Entre le Comité de Berlin et le Comité de Vienne, nous n'avons pas à nous 
prononcer, il est clair que les fonds, dans quelque caisse qu'ils aillent provisoi- 
rement séjourner, finiront par se réunir, et nous ne doutons pas qu'il ne leur 
soit donné, au bout du compte, la destination à la fois la plus large, la plus 
libérale et la plus pratique. Nous rappelons que les souscripteurs peuvent 
adresser leurs offrandes à M. Gaston Paris (7, rue du Regard, à Paris), et nous 
engageons vivement tous ceux qui s'intéressent à la philologie romane et qui 
comprennent les obligations qu'elle a à notre cher maître, tous ceux aussi qui 
partagent les généreuses idées de M. Schuchardt, à contribuer au monument 
qu'on élève à l'auteur de la Grammatik der romanischen Sprachcn, à celui dont on 
peut dire à juste titre : 

Hinc cui Barbaries, illinc Romania plaudit. 
Nous publions une première liste des souscriptions qui jusqu'à présent nous 
ont été adressées : 

La Société philologique de Cambridge . . 270 fr. 

G. Paris 500 

Michel Bréal 20 

Alfred Morel-Fatio 20 

Gabriel Monod 40 

Arsène Darmesteter 10 

Louis Havet s 

A. Barbier de Meynard S 

Louis Léger S 

"875 fr. 
G. P. 

— L'Académie des sciences morales et politiques propose, pour l'année 1879, 
le sujet suivant : 

« Rechercher les origines et les caractères de la chevalerie, ainsi que les ori- 
gines et les caractères de la littérature chevaleresque. 

« Déterminer, dans la chevalerie et dans la littérature qui en est l'expression, 
quelle part peuvent avoir eue : i° l'élément celtique (gallois, breton et gaélique); 
2 l'élément germanique et Scandinave ; 3 le christianisme et l'esprit religieux. 



CHRONIQUE 315 

« Examiner si une part d'influence doit être aussi attribuée à la civilisation 
arabe et moresque, au moins sur la branche méridionale de la littérature cheva- 
leresque. 

» Etudier l'influence qu'ont exercée la chevalerie et la littérature chevaleresque 
sur les mœurs et les idées de la France et de l'Europe depuis le XI e siècle 
jusqu'à la dernière période de la chevalerie, caractérisée par le chevalier 
Bayard. 

« Déterminer les rapports et les oppositions entre la morale chevaleresque, 
telle qu'elle se dégage des Chansons de geste et de l'ensemble de cette littérature. 
et, d'autre part, la morale de l'Eglise et l'esprit de la législation féodale. 

« Ce prix est de la valeur de quinze cents francs. 

« Les mémoires devront être déposés au secrétariat de l'Institut le 3 1 dé- 
cembre 1878. » 

— M. Schipper, professeur de philologie romane à Kcenigsberg, ayant été 
appelé à Vienne en qualité de professeur de langue et littérature anglaise, il a 
été remplacé par M. Vollmœller, privat-docent à Strasbourg. 

— La Société archéologique de Béziers vient de publier la sixième livraison 
(2 e du tome II) du Breviari d'amor, dont l'édition était restée en suspens depuis 
onze ans. Cette livraison contient les vers 2091 3-26364. A la différence des 
précédentes, elle est entièrement l'œuvre de M. G. Azais, le savant secrétaire 
de la Société. Voici comment s'est faite cette édition qui, somme toute, malgré 
ses imperfections, fait honneur à la Société archéologique de Béziers. Le texte 
des cinq premières livraisons a été établi par M. P. Meyer, d'après les mss. 
Bibl. nat. fr. 857 (A), 9219 (B), 858 (C), 1601 (D) ■ ; la copie du ms. A avait 
été faite pour la plus grande partie par M. Michelant. La notice des mss. publiée 
en 1862 avec la première livraison (p. x-xx) est de M. Meyer, qui a aussi revu 
les épreuves des cinq livraisons, sauf celles des feuilles 9 a 11 du t. I. Lorsque 
M. Meyer se mit à l'œuvre, en décembre 1860, il n'avait encore que des notions 
très-vagues sur l'art de faire une édition critique. Personne ne le lui avait appris, 
et, à cette époque, personne en France n'eût pu le lui apprendre. Aussi crut-il, 
bien à tort, pouvoir se dispenser de collationner régulièrement les mss. C et D ; 
le premier, parce qu'il était de tout point détestable ; le second, parce que ce 
texte y avait subi de la part de son copiste catalan diverses modifications. Or, 
comme M. Mussafia l'a plus tard montré dans le troisième fascicule de ses Hand- 
schriftlicke Studien 2 , les deux mss. de Paris A et fi, comme l'un des deux mss. de 
la Bibl. imp. de Vienne, appartiennent à une seule et même famille qui est ca- 
ractérisée par l'omission d'un certain nombre de passages. Ces omissions, qui 
sont de celles qu'on appelle en terme d'imprimerie des bourdons , furent 
reconnues par M. Meyer, et corrigées d'après C et fi (à défaut du bon ms. 
de Vienne et des mss. de Londres), dès qu'il lui fut possible de colla- 
tionner les épreuves sur les mss. , c'est-à-dire à partir de la troisième 
livraison, publiée au commencement de l'année 1864 3 ; mais il avait fallu 

1 . Parfois on a fait aussi usage de la version en prose catalane contenue dans le ms. 
esp. 353 (anc. S. Germ., fr. 137). 

2. 1864. Extraits des comptes-rendus des séances de l'Académie de Vienne, t. XLVI. 

3. A cette livraison est jointe l'introduction de M. G. Azaïs. 



}l6 CHRONIQUE 

lire les épreuves des deux premières livraisons loin de Paris, et c'est ainsi que 
le texte de ces deux livraisons (vers 1-10693) est fort inférieur à celui des trois 
livraisons suivantes. La quatrième livraison, qui s'arrêteau v. 1 5797 ettermine le 
premier volume, parut à la fin de 1864, et la cinquième (i re du t. II) en 1866. 
Cette même année, M. Meyer, ayant été nommé archiviste aux Archives de 
l'Empire, se trouva dans l'impossibilité de continuer l'édition, qui dès lors resta 
interrompue. La livraison qui vient de paraître a été préparée par M. Azais à 
l'aide d'une copie exécutée pour la plus grande partie par M. Michelant, et dont 
le commencement seulement avait été jadis revu par M. Meyer. 

— Nous recevons de M. Krebs la communication suivante relativement à un 
ms. que vient d'acquérir la Taylor Institution, à Oxford : 

« Ce ms., in-8% est composé de 62 feuillets de vélin et orné d'une majus- 
cule en or et couleur. Il contient : 

« i° Fol. i-4ifl, / Trionfi di Petrarca, commençant par ces mots : « Incho- 
minciâ i trionffi di messer Franchescho Petrarcha... 

« Nel tempo che rinova i mie sospiri. » 
et finissant (fol. 41 a) : 

« Hor che fie dunque a rivederla in cielo. » 

« Ce texte des Trionfi, comparé avec celui de l'édition la plus correcte 
(Padova, 1820), offre plusieurs variantes. 

« 2° Après 3 pages vacantes, les fol. 43- 54 ^ contiennent la biographie de 
Dante, écrite par Leonardo Bruni Aretino. Cette « Vie de Dante » a été publiée 
dans plusieurs éditions de la Divina Comedia. On la trouve notamment dans celle 
de Florence, 1819, in-fol., t. IV, p. j-ix. Mais le texte du ms. est précédé 
d'une introduction 11 1/2 pages), qui paraît inédite, et offre des variantes qui 
méritent notre attention. 

« 3' Après une autre lacune de 2 feuilles (fol. $7-62 a), une biographie de 
Pétrarque. Elle commence par ces mots : « Francescho Petrarcha, huomo di 
« grande ingegno e no di minore virtu, naque in areçço del orto », et finit ainsi : 
« Cosiacchi mérita corne acchi non mérita dare sipuo. » 

« Sait-on si cet abrégé d'une biographie ancienne de Pétrarque a déjà été 
publié? » 

— M. W. Fcerster. qui publiera incessamment les deux premiers volumes 
de son Crestien de Troyes, annonce en même temps qu'il va diriger, chez Hen- 
ninger, à Heilbronn, l'impression d'une Altfranzôsische Bibliothck, comprenant 
des textes publiés et inédits, avec introductions, notes et glossaires. 

— On annonce la prochaine apparition, chez Trùbner, à Strasbourg, de l'édi- 
tion de Rcnart, par M. Martin, depuis longtemps attendue impatiemment. 

— On nous adresse naturellement un grand nombre de livres dont nous ne 
pouvons donner de comptes-rendus détaillés. Ce n'est pas la bonne volonté qui 
nous manque, c'est le temps, l'espace et les forces. Cependant il est bon que les 
auteurs ou les éditeurs qui veulent bien nous envoyer leurs publications les 
voient au moins annoncées, et d'autre part c'est rendre service à nos lecteurs 
que de leur faire connaître même superficiellement les ouvrages relatifs à nos 



CHRONIQUE 317 

études qui passent sous nos yeux. Nous donnerons dorénavant, à la fin de la 
chronique de chaque numéro, la liste des livres qui nous auront été adressés. 
Nous joindrons parfois, mais sans aucune régularité, un mot d'appréciation à 
tel ou tel ouvrage; il va sans dire que ni l'insertion dans la liste ni l'appréciation 
sommaire n'impliquent que nous renonçons à donner du livre un véritable 
compte-rendu. A partir du prochain numéro les livres seront mentionnés dans 
l'ordre où nous les avons reçus; aujourd'hui nous relevons au hasard ceux que 
nous trouvons sur notre bureau : 

V. Imbriani, XII Conti pomiglianesi, con varianti avellinesi, montellesi, bagno- 
lesi, milanesi, toscane, leccesi , ecc. , illustrât! da Vittorio Imbriani. 
Napoli. Detken et Rocholl, 1877. in 12, xxxij-290 p. — La Novellaja 
fiorentina, nella quale è accolta integramente la Novellaja milanese. 
Livorno, Vigo, 1877, in- 12. xv-640 p. — Recueils aussi précieux par la 
sincérité des textes que par la science et l'esprit des commentaires. 
S. -A. Guastalla, Canti popolari del circondato di Modica. Modica, Lutri e 
Secagno, 1876, in- 12, cxxx-104 p. — Nous n'avons là que le premier 
volume d'un recueil qui fait très-bonne suite à ceux que nous possé- 
dons déjà de chants populaires siciliens; la préface contient des renseigne- 
ments fort intéressants. 
L. Delisle, Inventaire général et méthodique des manuscrits français de la 
Bibliothèque nationale. Tome I, Théologie. Paris, Champion, 1876, in-8°, 
clix-201 p. — Cette importante publication sera indispensable à toutes les 
bibliothèques publiques et à tous les travailleurs qui s'occupent du moyen- 
âge; M. Delisle nous fait espérer qu'elle marchera vite. Elle est précédée 
d'une introduction très-instructive sur l'origine des divers fonds manuscrits 
de notre grande Bibliothèque. 
P. Rajna, Le Fonti dell' Orlando Furioso. Firenze, Sansoni, 1867, in-8°, xiij 
532 p. — Ouvrage capital, et où l'ancienne littérature française tient natu- 
rellement une grande place. 
Récits d'un Ménestrel de Reims au XIII e siècle, publiés pour la Société de 
l'Histoire de France par N. de Wailly. Paris, Renouard, 1876, lxxij-332 
p. — Edition critique, avec notes et glossaire, du charmant ouvrage 
imprimé une première fois sous le titre de Chronique de Rains, une seconde 
fois sous celui de Chronique de Flandres. 
P. Kruger, Ueber die Wortstellung in der franzœsischen Prosalitteratur des 

dreizehnten Jahrhunderts. Berlin, 1876, 60 p. (Inaugural-Dissertation). 
L. Clédat, Cours de littérature du moyen-âge professé à la Faculté des lettres 

de Lyon. Leçon d'ouverture. Paris, Thorin, 1877, in-8°, 29 p. 
A. Fleck, Derbetonte Vocalismus einiger altostfranzœsischen Sprachdenkmaeler, 
und die Assonanzen der Chanson des Loherains. Marburg, 1877, in-8°, 
29 p. (Inaugural-Dissertation). 
A. Luchaire, De lingua Aquitanica. Paris, Hachette, 1877, in-8°, 6$ p. 
(thèse latine de doctorat). — Bon travail, où l'auteur parle des rapports 
phonétiques du basque et du dialecte gascon en homme qui connaît l'un et 
l'autre. 



3 I 8 CHRONIQUE 

La Chanson de Roland. Genauer Abdruck der Venetianer Handschrift IV, 
besorgt von E. Koelbing. Heilbronn, Henninger: Paris, Vieweg, 1877, 
in-8°, 17$ p. — Reproduction diplomatique, qui sera fort utile aux savants, 
puisque M. Holmann n'a pas encore publié celle qu'il a imprimée 
depuis longtemps. 

Der Miinchener Brut, Gottfried von Monmouth in franzœsischen Versen des XII. 
Jahrhunderts... hgg. von K. Hofmann und K. Vollmoeller. Halle, Nie- 
meyer, 1877, in-8°, lij-124 p. — Traduction en vers de G. de Monmouth, 
indépendante de celle de Wace et presque aussi ancienne, conservée (incom- 
plète) dans un ms. de Munich, publiée avec une importante introduction 
philologique. 

Adam, mystère du XII e siècle, texte critique accompagné d'une traduction par 
L. Palustre. Paris, Dumoulin, 1877, in-8% xij-187 p. — Beau livre, mais 
sans valeur scientifique. L'éditeur ne dit même pas si pour son texte 
« critique » il a revu le manuscrit, et n'indique pas les leçons de l'édition 
précédente quand il s'en écarte, ce qu'il fait souvent à tort. La traduction 
montre qu'il est loin d'avoir toujours bien compris, ce qui était d'ailleurs 
impossible avec la leçon qu'il prétendait traduire. 

Gcsta Apollonii Rcgis Tyrii metrica ex codice Gandensi edidit E. Dummler 
Halle, 1877, in-4% 20 p. (Preisverthcilungsprogramm). — Edition faite 
avec soin (et c'était fort malaisé) d'un poème (incomplet) du X" siècle, 
qu'il ne faut pas attribuer, comme le faisait Haupt, à Walafrid Strabon. 

Wace's Roman de Rou et des ducs de Normandie... hgg. von H. Andresen, 
I. Heilbronn, Henninger; Paris, Vieweg, 1877, xcvi-238 p. — Nous par- 
lerons en détail de cette importante édition ; disons tout de suite qu'elle 
annule absolument celle de Pluquet. Voyez l'article de M. Suchier dans le 
Centralblatt, indiqué ci-dessus. 

A. Delboulee, Glossaire de la vallée d'Yères. Havre, Brenier, 1879, in-8°, 
xv-344 p. — Travail d'amateur. Voy. Revue critique, 1877, n° 20. 

Cordât (L'abbé), Noëls vellaves, 1631-1648, publiés par l'abbé Payrard. Le 
Puy, Freydier, 1876, xxxij- 1 26 p. — Ces Noëls, du second tiers du 
XVII" siècle, sont précieux comme document pour l'histoire du patois du 
Velay; en eux-mêmes ils sont assez gais, mais sans grande valeur. 

F. Canalejas, De la poesia heroico-popular castellana. Madrid, Saiz, 1876, 

in- 12, 75 p. — Se rattache au beau livre de M. Mila y Fontanals sur le 
même sujet. 

G. Pitre, Saggio di giuochi fanciulleschi siciliani. Palermo, Montaina, 1877, 

in-8°, 29 p. 
A. LoiNGnon. Etude biographique sur François Villon. Paris, Menu, 1877, 

in- 1 2, 223 p. — L'étude publiée dans la Romania, t. II, ne forme qu'une 

partie de ce volume, où l'auteur a fait connaître des découvertes encore 

plus importantes que les premières. 
F. Maspons y Labros, Tradicions del Vallès, ab notas comparativas. Barce- 

lona, 1876, in- 1 2- iv, 150 p. — Plusieurs de ces traditions (notamment 



CHRONIQUE }I9 

la seconde, qui appartient au cycle des Femmes-Cygnes) sont intéressantes, 
ainsi que les remarques de l'auteur ; mais il raconte dans un style trop fleuri. 

F. Zabncke, Der Graltempel. Vorstudie zu einer Ausgabe des jùngern Titurel. 
Leipzig, Hirzel, 1876, in-4 , 182 p. 

O. Knalkr, Zur altfranzcesischen Lautlehre. Leipzig, 1876, in-4 , 4^ P- (Pro- 
gramm). — Observations sur la langue de Richart le Bel. 

Ho<ch, Untersuchungen ûber die Quellen und das Verhaeltniss der provenza- 
lischen und der lateinischen Lebensbeschreibung des ht. Honoratus. Ber- 
lin, 1877, in-8% 63 p. (Inaugural-Dissertation). — L'auteur pense que la 
vie latine de S. Honorât est issue de la biographie provençale de R.Feraut 
(cf. Romania, IV, 237 ss.). 

— Nous avons reçu trop tard pour lui consacrer cette fois l'analyse détaillée 
qu'il mérite le premier numéro de la Zeitschrift fur romanische Philologie. Disons 
seulement que l'exécution matérielle en est fort belle, et que les articles sont 
aussi intéressants que variés. 

— Il nous reste juste le temps et la place de publier le document suivant, 
relatif à la Fondation Diez, que nous venons de recevoir d'Italie : 

Appello agïi studiosi italiani concemente la « Fondazione Diez. » 
Com'è noto, in Allemagna s'è da qualche tempo introdotto l'uso lodevolis- 
simo d'onorare gl'illustri trapassati, piuttosto che con istatue altri siffatti 
monumenti, con délie « fondazioni », le quali, intitolate dal loro nome, giovino 
in qualche modo al progresso délie scienze discipline in cui quegli si furon 
segnalati, tornino comunque in qualche benefizio delP universale. Taie è, per 
esempio, la « Fondazione Bopp », istituitasi, alcuni anni sono, per promuovere 
gli studj glottologici in générale. 

Ora, da molti Ira i discepoli e ammiratori dell' illustre romanologo Federigo 
Diez, morto il 29 maggio dell' anno scorso, si è sentito il vivo desiderio d'inti- 
tolare dal. suo nome un&fondazione che abbia per iscopo di promuovere studj e 
lavori nel campo di quella filologia romanza délia quale egli ben puô chiamarsi 
il fondatore, e, incoraggiandone il progresso sulla via tracciata dai gran Maestro, 
giovi cosi ad ampliare e fecondare le nobili resultanze da lui conseguite e serbi 
a un tempo ognor viva e présente la memoria de' suoi meriti imperituri. 

Quindi è che da alcuni dei principal! filologi e romanisti alemanni volendosi 
mandare ad effetto questo pensiero, già nato pur nell' animo di parecchi stu- 
diosi anche fuori dalla Germania e particolarmente in Italia, s'ordinô dapprima 
un Comitato in Berlino, poi un altro in Vienna, facendosi appello da entrambi { 
a quanti v'hanno, in qualsiasi paese, discepoli e ammiratori del gran romano- 
logo per l'istituzione di una 

« FONDAZIONE DIEZ » 
e invitandosi a prendervi parte anche tutti coloro a cui in générale sta a cuore 
il progresso del lavoro scientifico, siano essi di stirpi latine, le cui lingue il 

1. La circolare del comitato berlinese porta la data del r febbraio 1877 e le firme 
dei professori Bonitz, Ebert, Grœber, Herrig, Malin, Maetzner, Mommsen, Mûllenhoff, 
von Sybel, Suchier, Tobler, Zupitza. Quella del comitato viennese, la data dell' 11 aprile 
1877 e le firme dei professori Demattio, Hortis, Martin, Miklosich, Mussafia, Schuchardt. 



320 CHRONIQUE 

Diez insegnô primo a rettamente conoscere nelle loro reciproche attenenze e 
nella loro intima natura, siano essi suoi connazionali, che per opéra di questo 
illustre concittadino videro cosi notevolmente accresciuto l'onore degli studj 
alemanni. 

Non s'è ancora definitivamente fermato il modo in cui dovrà essere usufrut- 
tuato il capitale che si vuol cosi raccolto al fine di promuovere il lavoro scienti- 
fico nelP àmbito degli studj romanzi. Ma l'intento principale è di conseguire un 
reddito con cui premiare, a determinati periodi, quelle più meritevoli opère che 
si pubblicheranno nel campo degli studj neo-latini, e ciô sempre senz' alcuna 
distinzione circa la nazionalità degli scrittori, e, per quanto sia possibile, pur 
facendo che ai giudizj prendano parte de' periti d'ogni paese. Si vorrebbero 
anche assegnare de' premj aile migliori Memorie intorno a terni da proporsi. 
Chiusa poi la raccoita dei fondi, pel che è fissato il 31 dicembre del 1877, la 
« Fondazione Diez » sarà annessa a uno dei primarj Istituti scientifici, da cui 
ne dispenderà indi innanzi l'amministrazione. 

I sottoscritti docenti italiani di filologia neo-latina, costituitisi in « Comitato 
per la fondazione Diez », rivolgendosi ora corne fanno anch'essi ai loro con- 
cittadini per invitarli a concorrere a codesta bell'opera, non dubitano punto che 
questi ben sentiranno corne incomba alla primogenita fra le stirpi latine di 
mostrare in quest' occasione la sua viva gratitudine e la sua profonda venera- 
zione a quel glorioso che fondava la scienza délie lingue romanze, e di contnbuir 
cosi ad un tempo ail' incremento d'una disciplina, la romanologia, che dovrà far 
parte essenziale délia cultura de' popoli neo-latini. Essi tengono per fermo che 
gli studiosi italiani, in questa nobile gare internazionale, risponderanno degna- 
mente alla fiducia espressa negli appelli che ci vengono d'oltralpi e chegia hanno 
trovato pronta adesione anche in Francia, in Inghilterra ed in Rumenia. 

II contnbutto, al quale sono invitati gli studiosi italiani, sarà incassato dal 
libraio-editore signor Ermanno Loescher (che ha casa a Torino, a Roma e a 
Firenze), pregato dai sottoscritti a far da tesoriere. Chiusa la colletta con la 
fine dell' anno, e previa pubblicazione di un conto particolareggiato di quanto 
si sarà raccolto e dei nomi dei singoli contribuenti, i fondi saranno trasmessi al 
comitato di Berlino dal quale è partito il primo impulso e col quale non puô 
dubitarsi che abbia a procedere di pieno accordo anche il comitato di Vienna, 
comuni essendo gl' intenti e diventando perciô corne necessaria anche la piena 
concordia nei mezzi. Se perô qualche offerta promessa fosse vincolata a par- 
ticolari condizioni, non per questo i sottoscritti l'accetteranno con minor rico- 
noscenza. 

Milano e Torino, il 20 aprile 1877. 

Graziadio Ascoli (Milano), — Napoleone Caix (Firenze), — 
Ugo Angelo Canello (Padova), — Francesco D'Ovidio 
(Napoli), — Giovanni Flechia (Torino), — Arturo 
Gkaf (Torino), — Ernesto Monagi (Roma), — Pio 
Rajna (Milano). 



Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG. 



Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. 



LA PRONONCIATION DE IE 

EN FRANÇAIS'. 



Messieurs les directeurs, 

L'un de vous m'a exprimé récemment le désir de me voir formuler 
par écrit quelques idées sur la phonétique romane dont je lui avais dit 
un mot de vive voix. C'est pour répondre à ce désir que je rédige la 
présente note. Bien qu'elle soit un peu longue, ce n'est point une 
dissertation en règle : c'est seulement une esquisse de la théorie que je 
crois probable. — Il s'agit de savoir comment, des formes latines pédem , 
pietâtem, cdnem, cârum, on est arrivé aux formes phonétiques actuelles 
du français : pyé, pityé, xyê, xêr. 

Ici y représente une consonne, par opposition à i qui est une voyelle. 
La consonne y est sonore après une sonore : vyè = vénit; après une 
sourde elle est sourde : tyê = îénet. Sonore, elle est identique au jod 
allemand; sourde, au ch de ich. Seulement le jod et le ch allemands sont 
toujours au commencement ou à la fin d'une syllabe : jahr,je,ich-komme, 
màd-chen ; au contraire, dans les mots français comme vient, tient, pied, 
chien, etc., la consonne y est à l'intérieur de la syllabe. Ainsi, tandis que 
les Allemands coupent mâd-chen, Gret-chen, nous coupons main-tiennent, 
E-tienne; de même ga-bion, ques-tion, pré-cieux, etc. ; de même encore 
Vu consonne dans ce-lui; Vou consonne dans An-toine, la-douane, le-fouet ; 
VI dans râ-cler, Hon-fleur; Vr dans pa-trie, em-pereur, nom-breux. — 
Même la consonne de ie initial tend à s'enfermer dans l'intérieur de la 
syllabe : iï-nyên = une hyène, de-lyèbl = de l'hièble. Le y ne peut com- 
mencer la syllabe que s'il est précédé d'une voyelle : âplwa-yé, dwa- 
yê, etc. Après un groupe de deux consonnes le groupe ie prend le son 
disyllabique iyé (fè-vri-yé) etlaconsonney commence la syllabe; les très- 
rares personnes qui prononcent encore ie monosyllabe disent fèv-ryé, 
ka-lï.d-ryé, buk-lyé, môt-rye; de là dans les patois fev'crier, calend'érier, 
boukëlier, sanghelier, monteriez. 

Quant à la voyelle e qui suit la consonne y, elle est en tout assimilée 
par la prononciation actuelle de Paris à Ve, de date et de source 

i. M. Stanislas Guyard, à qui j'avais communiqué une épreuve de cet article, 
me fait remarquer qu'il a exprimé des idées assez voisines des miennes, Journal 
asiatique, 1876, 1, p. 444. 

Romania, VI 2 I 



J22 L. HAVET 

quelconque, que précède n'importe quelle autre consonne. Je crois certain 
qu'aujourd'hui, pour une oreille parisienne, pied rimerait parfaitement 
avec pâté, mai, aimer, amadoués, montre-les ; — tienne avec mène, peine, 
humaine; — hyène avec pêne, reine, chaîne, traîne; — chien avec vin, bain, 
plein, tu plains, il plaint, tu peins, il peint. 

Je ne crois pas qu'aucun dialecte roman traite le groupe ie d'une autre 
façon. Pour ce qui est de la consonne y, elle sonne exactement de même 
dans l'italien fievole = flebilis, où son origine est consonantique, et dans 
l'italien fiera = fera, où elle est issue d'une diphthongaison de l'e. Pour 
ce qui est de la voyelle e, l'italien admet les rimes impero :: vero :: Piero, 
intesi :: sospesi :: richiesi, era :: ver a :: schiera (Dante), l'espagnol admet 
les assonances deber :: jiïez :: sien :: bien :: enforqué :: prêt :: curé :: 
fuê :: torcer :: je :: ser :: esté :: oireis :: aprender :: esté :: bien :: dél :: 
rey ::-diez (Michaelis, Romancero del Cid I). Ainsi donc, dans le roman 
contemporain, le groupe ie est une syllabe comme da, bo ou //, formé 
d'une consonne et d'une voyelle, et traité en conséquence dans les vers, 
partout où la versification est au courant de la langue. Il n'y a plus en 
roman de diphthongue ie. 

Il n'en a point été toujours ainsi. En ancien français, pendant une 
longue suite de siècles (et aussi, si j'ai bonne souvenance, dans l'espa- 
gnol du Poème du Cid par exemple), ie est un élément à part et n'assone 
qu'avec lui-même. Le plus ancien français distingue trois e, dont l'un 
correspond à ë ou ï latin, l'autre à ë dans une syllabe fermée, le troi- 
sième à a (ainsi mette = mïttat, bele= bëlla, père =patrem appartiennent 
à trois assonances incompatibles), et en outre il distingue de ces trois e 
la diphthongue efu [e + nasale) et la diphthongue ei; avec aucun de ces 
cinq éléments ne peut assoner la diphthongue ie. Cres-ti-ien = christianum 
assone bien avec chielt — calet; il peut assoner avecpiet, ciel, consei-llier, 
moi-llier; mais il n'assone pas avec ma-ri-er = maxitare, bien qu'ici la 
chute du t ait mis \'e en contact avec un i. Dans de telles circonstances 
il est clair que Yi du groupe ie ne pouvait avoir comme aujourd'hui la 
valeur d'une consonne y. Vi était certainement une voyelle, et le groupe 
ie était une diphthongue tout comme à la même époque ai, au, eu. Et je 
suis porté à croire que dans la diphthongue ie la plus intense des deux 
voyelles était Yi. Il est aisé de prononcer crés-îi-ien, con-séi-l'ier , pai-ier, 
txan-djier. Au contraire un i moins intense que Ye est au moins très- 
difficile à faire entendre d'une façon distincte dans des groupes pareils; 
un son aussi fugace, après une voyelle comme i, une diphthongue comme 
ai, une consonne comme j ou /', se serait de très-bonne heure fondu 
avec le phonème précédent. L'hypothèse de la prononciation ie rend 
d'ailleurs bien compte de la contraction en i si fréquente dans les dia- 
lectes. Enfin elle fait comprendre comment il a pu y avoir si longtemps 



LA PRONONCIATION DE le EN FRANÇAIS }2} 

un abîme entre ma-ri-e et moi-ti-e. — La diphthongue u était donc une 
diphthongue décroissante ' . 

Quel était le son de la seconde voyelle dans la diphthongue ie ? Là 
dessus le français contemporain ne peut nous renseigner : dans pied, 
tienne, hyène, chien nous avons quatre variétés d'ebien distinctes, à savoir 
c fermé, e ouvert bref, e très-ouvert long, e ouvert nasalisé. Selon toute 
apparence l'e avait dans la diphthongue le même timbre qu'il a gardé en 
italien après le changement de l'i intense en une consonne y, à savoir 
le timbre de notre e ouvert bref de mettre, jette, Joseph, tu es, marais. Il 
est, je crois, généralement et justement admis que Ve bref latin avait 
précisément le timbre de notre è ouvert : il y a donc moins loin de 
pëdem à put que de pëdem à piét.— Le son de la diphthongue, en ancien 
français, était donc iè. 

La diphthongue française ie a deux origines principales, à savoir e 
accentué, et après un phonème lingual postérieur quelconque (/, e, y, t\ 
d\ /', n , k, g 2 ) un a accentué. A ces deux sources il faut joindre le 
suffixe -arium. Ainsi on a de la première source piet = pedem, vient = 
uenit; de la seconde source chier = cârum, chiere = câram, aidier pour 
*aid'ar = adiutâre, paiier = pacàre, crestiien = christiânum, chien = 
cdnem ; de la troisième source premier = "primairo = primârium. 

Voici comment je me figure la transition pour la première source, par 
exemple le passage de pëdem à pièt. Le latin classique dit pUèm avec è 
aigu ; le latin vulgaire d\i pèdè avec è intense ; sous l'influence de l'intensité, 
l'ancienne voyelle aiguë se prolonge et devient double en durée, ce qui 
mène à pèèdè. De la même façon, à une autre époque, le classique fïdem, 
devenu en latin vulgaire fèdè, se prolonge en fèédè. Les deux diphthon- 
gues monochromes èè et èè subissent ensuite l'influence d'une tendance 
qui s'est manifestée souvent dans le langage et qu'on pourrait appeler loi 
de réfraction des voyelles longues : les deux parties dont se compose la 
diphthongue prennent chacune une nuance distincte, de sorte que pëdem 
aboutit à pèèt, pièt, fïdem à fèit. Dans pièt on passe du timbre plus 
fermé au plus ouvert, dans fèit du timbre plus ouvert au plus fermé. 

Pour la seconde source, a précédé d'un phonème lingual postérieur, 
les degrés èè et èè ont dû aussi précéder le degré iè; je serais d'ailleurs 
porté à croire que èè a été précédé de aè, de sorte qu'on aurait eu suc- 
cessivement k a arum, k&aro, k&èro, kèèro, d'où plus tard kier, chier. Le 
son aè aurait été la transformation commune de tous les a accentués non 
placés dans une syllabe fermée; après un phonème lingual postérieur, à 

1. J'ai proposé ce terme Romania, t. III (1872), p. 323. 

2. Je crois avec M. Thomsen [Mèm. de la soc. de ling., III, p. 106 ss.) que 
le français a possédé, dans les mots comme guetter, aider, etc., des consonnes 
mouillées, analogues à celle des langues slaves. 



J24 L. HAVET 

une date ancienne, le premier élément a serait devenu plus lingual, et 
se serait assimilé au second élément è [ka,èro kèèro = cârum, kscènè 
kèènè = cdnem '), tandis qu'après un phonème non lingual la diphthon- 
gue aè aurait persisté plus longtemps; plus tard les aè subsistants auraient 
donné ae puis a/ devant une nasale [maint = mdnet, encore maent dans 
l'Eulalie 2 ) ; enfin la diphthongue aè, en dehors des mots comme cârum, 
cdnem et mdnet, se serait assez longtemps maintenue (avant de se méta- 
morphoser en é comme à Paris, en è comme en Normandie, en ei comme 
en Bourgogne) sous la notation e. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, 
je crois très-probable que, dans cârum et cdnem comme dans pédem, la 
diphthongue iè est issue par réfraction d'une diphthongue monochrome èè. 
Je n'aborderai pas ici le problème ardu que soulèvent les mots de la 
troisième source?. 

L'histoire de Yo latin est généralement très-analogue à celle de Ye et 
l'histoire de Vu à celle de Yi. De même que credere etfïdem donnent par 
réfraction d'une voyelle monochrome creidre etfeït, de même dans l'Eu- 
lalie bellatiorem donne bellezour et sùam donne souue. De même que pëdem 
donne pèèdè puis par réfraction pèèdè, pièdè, de même bônum donne 
boàno puis par réfraction bôàno, buàno. L'italien contemporain dit d'une 
part pyèdè par un e ouvert intense, d'autre part bwonô par un o ouvert 
intense. 

L'idée de la réfraction vocalique m'a été suggérée par une observation 
sur la langue russe, que je dois à M. Stanislas Guyard. En russe, Yo 
accentué, et de même le iat' accentué 4, sont des diphthongues, des 
voyelles réfractées. Dans l'une et dans l'autre de ces deux voyelles le 
son est d'abord très-fermé, ensuite très-ouvert; et, en général, la pre- 
mière partie de la voyelle est la plus intense des deux s. 

Le génitif goda du mot god, année, se prononce gààda; l'infinitif 
êyat\ se transporter, se prononce yèèyat' ; seulement Yô et l'è, dans la 
seconde partie des diphthongues réfractées russes, sont plus ouverts que 
notre o de botte et notre e de.tette. L'é russe vaut de même yôà 6 . 

i. Ici Y a qui se lingualise est enfermé entre un phonème lingual qui le pré- 
cède et une voyelle linguale qui le suit. L'a s'est de même lingualise sous une 
double influence linguale dans les types câcat, iâcet, iâctat ; et il y a été traité 
exactement comme l'eût été un ê latin. 

2. Je dois une partie de ces combinaisons à M. A. Darmesteter. 

3. Le traitement de *ccrasea, qui donne cerise, ciricgia, montre que le traite- 
ment du suffixe -arium doit être expliqué par voie phonétique, et non écarté 
sous prétexte de confusion avec le suffixe -erium. 

4. Le iat' est la lettre russe qui a la forme d'un b minuscule barré. 

$. Le iat' contient en outre une consonne initiale y, qui après une consonne 
disparaît, mais mouille la consonne précédente. 

6. La réfraction vocalique, d"après une observation que j'ai faite à plusieurs 



LA PRONONCIATION DE le EN FRANÇAIS } 2 <; 

Dans les langues romanes la seconde partie de la diphthongue réfractée 
est devenue la plus intense. Il en est de même en russe, au témoignage 
de M. Guyard, pour Vo et le iat' (et aussi, je pense, pourl'c) de certaines 
syllabes fermées. Ainsi dans le mot god, année, « Vo équivaut à l'anglais 
wa de wasp » : gôbt ou gwot. La langue russe nous offre donc le dipho- 
nème croissant à côté de la diphthongue décroissante. 

De tous les dialectes français, celui où la diphthongue décroissante iè 
se changea le plus tôt en un groupe croissant iè ou yè fut le normand 
d'Angleterre. Là, très-peu de temps après la conquête, on voit l'ancienne 
diphthongue ie rimer sans difficulté avec Ve issu de Va latin tonique non 
influencé dans le sens lingual, par exemple avec Ve de amer, ame, amez. 
Or, en Normandie, le son le plus ordinaire de cet e est fort ouvert (de là 
dans le patois de comédie les formes caractéristiques allais, v'nais pour 
allez, venez, etc.), et il a dû l'être toujours, sans quoi il se serait confondu 
avec Ve fermé issu à'e long ou d'i bref latin. Sur le continent et à Jersey 
on entend encore cet e ouvert ; à Guernesey on l'écrivait au xvr siècle 
ei ou ey et on le prononce aujourd'hui aï. Il n'est donc pas douteux que 
Panglo-normand devait, comme l'italien moderne, prononcer yè et non yè. 

Aujourd'hui on prononce arrière avec un e ouvert long, au xvn e siècle 
on disait arriére avec un e fermé, et dans mon hypothèse on avait com- 
mencé par dire arrière avec un e ouvert bref. Il est prudent, en général, 
d'admettre, entre le français de la chanson de Roland et le nôtre, plutôt 
un grand nombre de révolutions phonétiques qu'un petit nombre. 

La diphthongue iè doit être distinguée soigneusement d'une diphthon- 
gue iè qui est fréquente dans les patois, mais que le français de Paris 
contracte d'ordinaire en i, et qui a pour source un e ou un i combiné 
avec un i secondaire. Ainsi dix — decem, six — sex, pis — peins, pis = 
pectus, prix= pretium, église — ecclesia, le suffixe -ise = -itia, lit = lec- 
tum, dépit = despectum, parfait = perfectum, confit = £onfectum, délite = 
delectat, prie = *precat, lie = ligat, nie = necat, nie = negat, scie = secat, 
chie = cacat, gist = iacet, disme = décima, engin = ingenium ', pire = 
peior, sire = se(n)ior, lire = légère, élire = eligere, suffire = sufficere, 
empire = imperium, martire = martyrum, mire = medicum, formes qui 
dans les patois se retrouvent pour la plupart avec un diphonème yè à la 
place de Vi parisien. 



reprises et dont M. Guyard m'a confirmé l'exactitude, se manifeste en outre 
dans l'acuité de la voix. Le génitif goda se prononce en réalité g°àd a , avec un 
ton descendant analogue sans aucun doute au circonflexe antique. Ce ton descen- 
dant se fait entendre même quand la voyelle n'est pas susceptible de deux variétés 
de timbre : p"aix e -, plutôt (comparez pHxi, étant tombé), 
i . De même vint = *uëniit, de uënire, et par analogie tint. 



}26 L. HAVET 

Dans le français proprement dit le diphonème ne se conserve que 
devant une r qui fait partie de la même syllabe [tiers = tertium, 
mestier = ministerium, mostier = monasterium, concierge = * conser- 
uium, cierge = cereum, vierge = uirginem), et aussi dans nièce = 
*neptia, pièce = pecia, à côté de épicc = *specia. Le timbre fermé de \'e 
a été modifié dans le français contemporain partout où cette voyelle n'est 
pas le dernier phonème du mot; mais on l'entendait encore au commen- 
cement du xvn e siècle. Le Grand dictionaire des rimes françoises, selon 
l'ordre alphabétique, à Cologne, cb. bc. xxiv. [par De la Noue], atteste 
positivement que nièce et pièce, ayant «vne masculin en la penultiesme », 
ne peuvent rimer avec les mots en esse bref ou long (p. 26, col. 3); à 
propos des mots en erge, comme héberge, serge, verge, asperge, \\ s'exprime 
ainsi (p. 52 col. 2) : « Ceux ci ont en la penultiesme l'E qui se prononce 
comme la diphthongue ay à laquelle pronontiation il faut tirer l'E mascu- 
lin de la terminaizon suyuante quand on luy aparie » ; puis il énumère 
les mots de la rime ierge, à savoir cierge, concierge et vierge, et rappelle 
qu'on peut les apparier à la terminaison précédente « en accommodant 
ceste cy à sa pronontiation. » Il est donc certain que la bonne pronon- 
ciation était alors nièce, pièce, cierge, concierge, vierge '. 

Il me reste à mentionner un dernier phénomène. Une fois Vi de la 
diphthongue ie devenu une consonne y, cette consonne est devenuemalaisée 
à prononcer après une chuintante, et par suite a été éliminée. Ainsi au lieu 
de chier, chieure, peschier, bouchier, porchier, boulangier, lingiere, giel, etc., 
on dit aujourd'hui xêr, xèvr, péxé, buxé, porxé, bulâjé, lêjêr, jèl. Il y a 
des romanistes dont l'oreille est en retard de quelques siècles et qui se 
figurent entendre aujourd'hui la différence entre les assonances en e et 
l'assonance en ie. Je les prie de se demander de bonne foi si chèvre ne 
rime pas avec lèvre, cher avec pair, et le boucher avec je bouchai. La 
consonne y a été éliminée après un autre y et après gn : kôséyé = con- 
seillier, éparn'é = espargnier, nétwayè = netoiier 2 . — Elle se maintient, 
je ne saurais dire pourquoi, entre une chuintante et Ye nasal : xyê — 
chien, jyê — Gien *. Mais entre un y et un e nasal elle disparaît : dwayè 
= doiien. 

1 . De la Noue permet de faire rimer tiers avec rentiers. Il est certain que de 
bonne heure il s'est confondu avec il partout où il ne se contractait pas, ou 
plutôt que, quand il ne s'est pas contracté, c'est qu'il s'était confondu avec il. 

2. Dans les infinitifs comme aidier, guetter, baisier, baissier, chaucier, empeirier, 
Vi a disparu en français moderne. Mais les formes aider, guetter, baiser, baisser, 
chausser, empirer ont été refaites sur aide, guette, etc., et non tirées des formes du 
vieux français. C'est une action analogique et non une action phonétique. Il est 
clair que empirer est formé sur empire, non tiré de empeirier. Hors de la conju- 
gaison Vi reste toujours après t, d, s, z. r : lavandier, moitié, casier, peaussier, 
arrière. 

3. / je, dans la prononciation actuelle, ne représente pas le latin ille gémit et 



LA PRONONCIATION DE le EN FRANÇAIS ^2J 

En résumé, je pense que la source commune la plus ancienne de la 
diphthongue française est èè; que de là est sorti par réfraction vocalique 
èè puis iè; qu'ensuite la diphthongue décroissante s'est changée en un 
groupe croissant, iè puis yè ; qu'enfin le groupe yè, dernière forme com- 
mune à tous les iè du vieux français, s'est partagé, à la suite des vicissi- 
tudes les plus complexes, de façon à donner naissance aux diverses 
prononciations yè, yê, yé, yè, et après certains phonèmes è, ê, é, ê. 

L. Havet. 



le v. fr. (7 gient : je est au pluriel jèn comme pê au pluriel pin' ; c'est encore 
une affaire d'analogie. Je crois que M. G. Paris (Romania, IV, 1875, p. 122 ss.) 
n'a pas assez songé à distinguer ce qui vient de la phonétique et ce qui vient de 
l'analogie. 



LA 



VIE DE SAINT JEAN BOUCHE D'OR 



M. Alessandro d'Ancona, le savant professeur de Pise, a publié en 
1865 dans la Scella di curiosilà letterarie inédite rare, la « Leggenda 
di Sant Albano » et la « Storia di San Giovanni Boccadoro. » M. d'A. a 
accompagné son édition d'une savante introduction où il passe en revue 
les nombreuses versions de ces deux légendes. 

En parlant des versions françaises, M. d'A. dit (p. 39) : « In Francia 
le varie versione délia nostra leggenda non portano mai il nome del 
Boccadoro. » Il y a cependant un poème dans le ms. de l'Arsenal, 
B. L. fr. 283, fol. 78 v°, qui a pour titre : « Or dirons de saint Jehan 
Bouche d'or. » Nous ne connaissons point d'autres manuscrits de ce 
poème. 

Un conte tout-à-fait semblable fait partie du « Roman de la Vie des 
pères. » Il a été publié par Méon, N. R. II, 129, et porte le titre : « De 
la damiselle qui ne volt encuser son ami ou de celé qui mit son enfant 
sus l'ermite. » Seulement ce n'est pas de la fille d'un roi qu'il s'agit dans 
ce conte: le père est un simple bourgeois, et le héros du récit est un 
ermite sans nom. L'histoire de l'encre répandue par le diable et rempla- 
cée par de l'or y est naturellement omise, puisqu'il ne s'agit pas de 
Chrysostome. 

L'auteur du poème de saint Jean Bouche d'or, qui s'appelle Renaut 
(voy. v. 19 et 860 du texte publié ci-après), nous apprend (v. 17 
ib.) qu'il a trouvé son sujet dans la « Vita patrum. » Je ne crois pas 
qu'on puisse attacher grand prix à cette assertion. C'est ainsi p. ex. 
que l'auteur du conte Del tumbeor Nostre Dame, publié dans la Romania 
( 1 87 5 , p. 315), dit aussi avoir puisé dans « la vie des anciens pères», et 
M. Fœrster, l'éditeur de ce conte, a vainement cherché son original 
dans ce recueil. Il ressort de là, nous le croyons, que les poètes préten- 
daient quelquefois avoir puisé dans la Vie des pères, qui était sans doute un 



LA VIE DE SAINT JEAN BOUCHE D'OR 529 

recueil d'une autorité très-respectée, uniquement pour donner plus de 
valeur à leurs récits, comme tant de chroniqueurs et de romanciers 
disent avoir trouvé leurs histoires à Saint-Denis. Nous nous abstenons 
donc de fonder entre ces deux contes, sur cette assertion du poète, un 
rapport de dérivation qui serait, par d'autres raisons encore, difficile à 
établir. 

Parmi les autres contes français mentionnés par M. d'Ancona comme 
représentant la tradition sur Saint Jean Bouche d'or, il n'y a qu'un 
miracle qui présente réellement de la ressemblance avec le poème de 
Renaut. C'est le « Miracle de Nostre Dame de Saint Jean Crisothomes 
et de Anthure, sa mère, cornent un roi lui fist coper le poing et N. D. 
lui refist une nouvelle main. » Ce miracle, publié une première fois par 
M. Cari Wahlund (Stockholm, 1875), vient de l'être de nouveau par 
MM. G. Paris et U. Robert, pour la Société des anciens textes français ■ . 
Dans cette version aussi saint Jean est accusé à tort par la fille d'un roi 
de l'avoir rendue grosse; il est exilé et rappelé comme dans les contes 
précédents. Mais le récit a reçu deux additions, l'histoire de la mère de 
saint Jean, Anthure, et un autre tour joué à saint Jean par le diable : le 
diable écrit, en contrefaisant l'écriture de saint Jean, une lettre injurieuse 
pour le roi; le roi découvre cette lettre, croit Jean coupable et lui fait 
couper la main ; Notre Dame lui en rend une nouvelle. 

Le « Miracle de Nostre Dame de Saint Jehan le Paulu, hermite, etc. » 
n'a qu'un trait de commun avec le poème de saint Jean Bouche d'or, c'est 
qu'un petit enfant demanda à être baptisé par Jean. Tout le reste de 
l'histoire est différent. L'ermite se rend réellement coupable de la faute 
qui est imputée à tort à saint Jean Bouche d'or ; puis il tue la fille du roi 
pour cacher son crime. C'est, en deux mots, la même histoire que celle de 
la « Leggendadi Sant Albano», publiée par M. d'Ancona, et simplement 
renouvelée dans les deux versions italiennes publiées à la suite par le 
même savant, et intitulées : « La istoria de San Giovanni Boccadoro. » 
Il existe un autre poème français en vers octosyllabiques dans le ms. Bibl. 
Nat. 155?, fol. 42 1 , intitulé : « De saint Jehan Paulu. » Voici le contenu 
de ce poème, que nous croyons inédit : Le pape Basile a une vision. Il est 
porté par un ange dans le purgatoire et voit là les différents tourments 
des âmes trépassées. Basile s'étonne beaucoup d'en voir une qui rit. 
Il lui demande ce qui peut la rendre aussi joyeuse, et elle répond : Il va 
naître une fille à Rome qui sera la mère de Jehan Paulu, et celui-ci me 
délivrera d'ici par ses prières. Après cette vision, Basile va trouver la fille 
dont l'âme a parlé, il prend soin de la marier. Elle a un garçon qu'on 
appelle Jehan. Jehan prend la résolution de délivrer l'âme du purgatoire 

i. Miracles de Nostre Dame par personnages (1876), p. 269-309. 



}}0 A. WEBER 

et s'en va dans ce dessein dans un désert près de Toulouse. L'histoire 
de la fille du roi de Toulouse, qui vient ensuite, est tout-à-fait la même 
que celle de la fille du roi dans la Leggenda di Sant Albano. Ici aussi est 
ajouté le miracle de l'enfant nouveau-né qui apprend à Jean qu'il a 
obtenu le pardon de ses péchés. 

Une introduction semblable à celle-là se trouve dans le récit alle- 
mand sur saint Jehan Bouche d'or (cité par M. d'Ancona, p. ji), em- 
prunté au « Passionale », imprimé à Nuremberg en 1488. Le conte 
allemand contient deux traits particuliers qui sont destinés à expliquer 
le nom de Bouche d'or. Le premier ne sç trouve point dans les ver- 
sions mentionnées ci-dessus : saint Jean enfant entre dans une église 
et adresse une prière à la Vierge ; celle-ci lui dit de la baiser sur la 
bouche : Jean le fait, et depuis ce temps on voit autour de ses lèvres un 
cercle d'or luisant. Le second trait est le même que dans le poème 
français de saint Jean Bouche d'or : il se rapporte à l'écriture d'or de 
saint Jean et se rencontre encore dans les deux versions italiennes de la 
« Istoria di San Giovanni Boccadoro. » 

Voici maintenant le texte du poème français de Saint Jehan Bouche 
d'or, tel qu'il est contenu dans le ms. de l'Arsenal B. L. fr. 285 
f° 78 v° : 

Or dirons de saint Johan bouche d'or. 



Se chil qui les romans ont fais 
Des outrages et des mesfais 
Eusent lor sens apreste 
A dire de divinité, 
$ Moult eusent esploitie mieus. 
Tout autresi corne li mieus 
Est dous vers le fiel qui'st tant 
Si est plus dignes li depors [fors, 
C'on dit qui reconforte l'arme, 

io Et plus plaist Deu et nostredame 
Et as bons sainsquisunten gloire. 
Bien doit on tenir en mémoire 
Lor vie, et porasgens aprendre, 
Por chou k'essample i puisent 
[prendre, 

1 $ Si iert leur nons plus tenus chier. 
Un miracle veul comenchier 
Que vita patrum nous raconte; 
Bien doit on raconter cest conte, 
Si corn nous raconte Renaus: 



20 Moult en est li miracles biaus. 

Il fu jadis uns moût haut rois 
C'ainc n'ama guerres ne desrois, 
Mais pais et droiture et raison. 
Cil rois avoit en sa maison 

2$ Un capelain de sainte vie: 
En son cuer avoit grant envie 
Des Deu besans multeploier, 
Si les voloit si emploier 
Qu'il les peust al doble rendre. 

30 A chou devroit chascons entendre 
Selonc ce que on a, savoir 
Ke droit conte peust avoir, 
S'il en a cinc ou dis ou un : 
Car li don ne sunt pas conmun ; 

3 $ Dex les a livres a mesure, 
Rendre les convient a usure, 
Quant covenra au demander; [der, 
Sauf chou que Dex veut conman- 



27 Des .v. besans 



LA VIE DE SAINT 

A cascon en doit il servir, 

40 Que qui chou ne veut aconplir 
Certes mau rechut les besans. 
Or ores com li bon Jehans 
Ki puis ot a non boucc d'or, 
Multeplia le Dieu trésor, 

4$ Que Diex li ot mis entre mains. 
On reconte, chou est del mains, 
C'on ne poroit conter le dime 
Con il cremoit le roi hautime : 
Ja ne finast de verseiller, 

50 Ne de juner ne de veiller, 

A bien faire iert tous ses acors; 
Dame iert li ame et sers li cors, 
Moult ert honestes ses usages, 
Et tant estoit cortois et sages 

^ Ke ja hom n'aperceust s'uevre. 
Envers le pule bien se cuevre; 
Car quant entre le gent venoit, 
Feste et leeche demenoit : 
Estre savoit a cascon fuer, 

60 Mais il avoit dedans son cuer 
Plante, si qu'il vivoit sans gile 
Selonc les dis de l'euvangile. 
On quidoit qu'il amast le monde; 
Le cuer avoit et net et monde, 

65 Trop par estoit de nete vie. 
Diables en ot grant envie, 
Por la sainte que il menoit; 
Nuit et jor entor lui aloit, 
Qu'il le cuidoit faire pechier; 

70 En grant se met del trebuchier, 
En mainte manière l'assaut: 
Mes ses asaus riens ne li vaut. 
Fois et créance ert ses escus, 
Qu'il ne pooit estre vericus. 

75 Diables en ot grant engaingne; 
Tôt autresi conme l'araingne 
Devant le moske met le roi, 
L'empira et mist mal au roi 
Par une trop fause querele. 

80 Li rois ot une fille bêle 

Que tos li pulles loe et prise; 
Moult iert cortoise et bien aprise, 
Ses eures sot et son sautier, 
Volentiers aloit au mostier ; 



JEAN BOUCHE D'OR JJI 

8$ Sovent au capelain parloit, 

Qui maint bel mot li enseingnoit: 
N'i entendoit nule folie. 
Diables l'a si asaillie 
Et pointe d'un agu quarrel 

90 Amer li fist un damoisel, 
Et chil ama la damoisele: 
Endeus aus esprist Pestincele. 
Li dansiaus tant s'i acointa, 
Tant vint a li qu'il l'enpreingna ; 

95 Car diables a porcachie 

Le fruit qu'en lui a semencie. 
Nel pot pas covrir lonc termine ; 
Moult se desmente la mescine; 
Car bien savoit qu'ele iert de- 
[chute. 

100 Quant diables l'a aperchute, 
Aproismies s'est joste s'oreille, 
De félonie le conseille : 
« Damoisele, que vaut vo plainte? 
« Tout entresait estes enchainte. 

105 « Quant li rois le sara, vos père, 
« Et la roine, vostre mère, 
« Lues en seres mise a gehine. 
« Or soies tant cortoise et fine 
« Que vostre ami en desconbres; 

1 10 « Mius est que autrui enconbres, 

« Que vos drus kiece en mortel 

[main. 

« Dites qu'aveis este sa drue, 
« Que vos en seres bien creue. 

115 « Un oef n'en puet mie vos estre, 
« Se vos faites ocire un près- 
Tant l'a diables encantee [tre. » 
Que moult en est entalentee, 
Del prestre mètre a danpnement. 

1 :o Ne demora pas longuement 
Qu'aperchute s'est la roinne 
Au contenement le mescine 
Et au mangier quel le faisoit ; 
En tel guise se demenoit, 

125 Chascon jor sanble que dévie: 
Sa mère conut bien teil vie, 
Si corne feme d'autre fait : 
Entresait seit qu'ele a mesfait. 



42 comme — 5 5 est 
12} quele f. 



75 est — 81 Qui — 100 perchute — 107 mis a gesine 



[ 7 



1S 



180 



552 A. WEBER 

Celé a la face pale et tainte; 

130 La mère l'a de tant atainte 
K'ele seut la mésaventure. 
Au roi conta la contenure, 
Qui moult grant dolor en de- 
[maine; 
En une canbre soi l'en maine, 

135 N'i ot fors la roine et lui. 
« Fille, fait nos as grant anui 
« Et lait reprovier et hontage, 
« Qui enchainte ies par soignen- 
[tage ; 
« Chertés, moult par en ai grant 
[honte. 

140 « Or me di tost et si me conte 
« De qui tu ies ensi honie, 
« Jehis le hors, nel çoille mie, 
« Dites le moi sans demorance: 
« Moult en iert pris crueus ven- 
[jance 

14$ « De celui qui t'a enpreingnie. » 
Diables qui l'a enseingnie 
S'est a cel conseil enbatus, 
Par qui mains hom est abatus, 
Et mis a honte et a desroi. 

1 50 En plorant regarda le roi, 
Quiet a terre, sa face moille, 
As pies son peire s'agenoille, 
Puis si le baise faintement, 
Puis li a dit moult piteument : 

1 $ 5 « Merchi, » fait ele, « beaus dous 
[sire ! » 
« Ne vaut noient: il t'estuet dire 
« Le non de celui qui 'st mesfais, 
» De qui tu as rechut le fais 
« Qui si par est hors et vilains. » 

160 « Sire, Jehans vos capelains, 
« C'on quide de tel netee, 
« M'a tolue ma castee. 
« A premiers le bien m'enseigna, 
« Et au darain m'enpreigna; 

16$ « De mal faire est bien ensein- 

[gnies. » 

Quant li rois Tôt, si s'est seingnies: 

« Jehans? » dist il, « dis tu 

[achertes? » 



90 



191 



200 



205 



« Oil, beaus très dous sire, 
[chertés. » 
Li rois la roine regarde : 
« Et qui se donast de ce garde, 
« De si saint home corn Jehan? 
« Il en ara honte et ahan : 
« Par la corone que je port, 
« Arives est a moult mal port ! 
« Trop par est or cis blasmes 

[lais. » 
Li rois manda en son palais 
Ses plus haus barons a droiture, 
Si lor dist la mésaventure: 
Aine ne se volt plus atargier; 
A ses homes a fait jugier 
Le chapelain qui nel savoit, 
Et coupes et pecie n'avoit ; 
Mais diables qui het sa vie 
Li a tôt ce fait par envie. 
Et quant le virent li baron 
Escrie l'ont corne un larron 
Qui est repris a ses desrois. 
« Jehan, Jehan, » ce dist li rois, 
« Ta chastee est redoissie ! 
« Por quoi as ma fille engroissie? 
« Ta falsete est perrilleuse : 
« L'aighe coie est plus resoi- 

[gneuse 
« Que n'est la rade, et plus de- 

[choit : 
« Car cil s'en garde qui le voit. 
« Li prives lerre est li plus maus. 
« Sauf te quidoie et tu es faus : 
« Tu m'as done venin por basme. » 
Quant Jehans ot le vilain blasme, 
Il se seigne, ne set que dire : 
Poi prisast on son escondire. 
Tote la cours sor lui resone. 
Li rois en jurre sa corone 
Qu'il ert demain menés en l'ille 
Ou li mers bat et li vens hille. 
« De ta déserte aras le droit. » 
Or vos dirai quels l'ille estoit. 
Uns rochiers ert de mer enclos; 
De bos estoit tos plains li clos ; 
Trop avoit en la desertine 



1 38 par sonseingnage 
— 195 lerres 



151 Qua la terre — 158 les fais — 171 conme — 17 j ore 



LA VIE DE SAINT 

210 Ours et lions et sauvechine, 
Cuivres, dragons, serpens volans : 
Quant ert repris alcuns dolans 
C'on devoit a mort traveillier, 
La ert menés por esillier, 

2 1 5 Et les bestes le devoroient 
A grant dolor, qui la estoient. 
En tel afaire, en tel ahan 
Dut li rois esillier Johan 
Par le dit a la damoisele. 

220 Li sains hom cort a la capele, 
Si a tôt maintenant aers 
Parcemin et taillie quaiers, 
Et de son enke plain cornet, 
Ses pennes et son kenivet, 

22 j Tôt portera o lui li sire; 
Car alcun bien voldra escrire 
En l'ille desor le rivage; 
Car ne doute beste salvage, 
Ne il n'a paor ne doutance 

230 Conment qu'il ait sa sostenance; 
Car en nostre segnor se fie 
Qui ses sergans pas ne défie, 
Mais tos jors est près del def- 
[fendre. 
Li rois le conmanda a prendre 

235 A ses sergans pour dévorer 
Car il ne velt plus demorer; 
Et cil i vont isnele pas, 
Si l'amainent plus que le pas, 
Celui qui n'iert mie mesfais. 

240 La fille al roi ert el palais, 
Si li dist, quant le vit venir : 
« Ice vos doit bien avenir, 
« Dans fais prestres, malvais le- 
[chiere ! » 
Li sains hom a levé sa chiere, 

24$ Quant entendu a la parole; 

Lors a regardée la foie : [dit ? 
u Qu'est che, maie feme, qu'as 
« Certes, malement as mesdit. 
« Dex set moult bien que n'i ai 
[coupes 

250 « En cel mesfait, dont tu m'en- 

[coupes. 

« Moult comparras chier ton 

[desroi ; 

« Car je depri al sovrain roi, 



JEAN BOUCHE D'OR 333 

« Qu'il te rende ta false plainte 

« Si que del fruit dont es en- 

[chainte 

255 « A nul jor délivre ne soies, 
« De si adont que me revoies. » 
Li sergant le mainent atant : 
De totes pars le vont bâtant. 
N'aresterent jusqu'à la rive; 

260 De laidengier cascuns estrive. 
Aprestee trova la nef: 
Docement i entre et soef 
Li capelains dont li oil larment, 
Et li sergant, qui moult bien s'ar- 
ment 

265 Por les lions et por les ors; 
L'aighe trespassent a grant cors 
Jusqu'en l'ille que vont requerre: 
Le saint home metent a terre, 
Puis si se sunt ariere enpaint; 

270 Et li capelains qui remaint 
S'est a la terre agenoillies, 
De lermes a ses ex moillies. 
Une sainte orison comence : 
« He! vrais Dex, qui al diemence 

275 « De tes manoevres reposas, 
« En paradis Adan posas, 
« Dont puis fu mis hors con 
[mendis, 
« Por le fruit que li desfendis; 
« Las ! por coi aerst il la pome 

280 « Que conperé ont tôt li home 
« Que nature ot formes et fais ? 
« Il meismes en ot tel fais, 
« Qu'en travail fu tant con fu vis, 
« Et puis ens en infer ravis, 

285 « En ténèbres, en oscurte, 
« Por le fruit de maleurte, 
« Honte en ot li ame et li cors; 
« He ! vrais pères misericors, 
« Duel ustes de vo créature 

290 « Qui estoiten la vil closure, 
« U tôt aloient, fol et sage; 
« En terre envoias ton mesage, 
« A celui fu dit li salus 
« Qui est voie, vie et salus; 

295 « Celé parole car devint, 

«< Al noel a naisçance vint, [cierent, 
« Li angle as pastors le non- 



334 A - WEBER 
« Qui forment s'en esleecierent ; 

« L'estoile fu des rois veue, 
300 « Cascuns le vit en sa venue, 

« Cascuns mut seus de son en- 345 
[pire, 

« Et vos les asanblastes, sire : 

« L'estoile a vos les amena ; 

« Cascuns offrande vos dona, 
305 « Cascons solonc ce que lisanble, 350 

« Vos les presistestos ensanble; 

« Al saint temple fustes offers ; 

« Li justes Simions, vos sers, 

« Vos rechut de joie aemplis : 
310 « Lors fu ses désirs aconplis 355 

« Lonc la parole qu'il savoit, 

« Que sains espirs dit li avoit : 

« Ains que la mort paor te face, 

« Verras tu ton Deu en la face ; 
315 « Il le voit voir a son talent ; 360 

« Si corn jo croi tôt vraiement 

« Qu'ensi avint icis recors, [cors, 

« Si salves vos m'ame et mon 

« Et envoies sustance et vie. 
320 « Dyables m'a fait par envie 365 

« Cest duel, qui 'st de mal ense- 
[gnies. » 

Il lieve sus, si s'est segnies. 

L'orison fu en latin dite : 

Por ce l'ai en romans escrite 370 

32$ Que li lai le puissent aprendre, 

Fermer en lor cuer et entendre. 

Ki le dira de bon corage, 

Miex l'en ert a tôt son aage. 
Lisainshomqu'iertatortmenes, 375 
330 Ert de tos biens enlumines. 

Envers le ciel regarde en haut, 

Hardiement s'en entre el gaut, 

Aine les bestes ne resoigna. 

Ore oies con Dex li dona 380 

335 Grant honor en la desertine. 
Li dragon et la serpentine, 
Li lion et les autres bestes, 
Dont il i ot moult de rubestes, 
Encontre le saint home aloient, 385 

340 Aorerent et inclinoient 

Humblement corn fuissent oeilles. 



Les vertus Deu et ses merveilles 
Ne porroit bouche d'orne dire. 
Tant ala par le bois li sire 
Qu'il vit un arbre en un destor, 
Dont li erbe estoit drue entor : 
De rain, de fueille est bien vestus. 
La est li preudom arestus, 
Et si li plot a remanoir, 
La voldra faire son manoir. 
Des rains et de la foille aporte, 
Closure i fait, entrée et porte. 
Quant ce ot fait li Deu amis, 
Si se segna, dedens s'est mis : 
La voldra alcun bien escrivre. 
Mais il ne set de coi puist vivre, 
Ne de quel part socors li viegne ; 
A Deu, se lui plaist, en soviegne 
Par sa grâce, par sa pitié. 
La nuit, quant il fu anuitie, 
Li sains hom ne s'oblia pas : 
A génois vait isnel le pas, 
Dist conplie dedens sa celé, 
Le jor de la virge pucele, 
Et après vigile des mors. 
Les bons us ou il ert amors 
Voldra, se il puet, maintenir, 
La droite voie veut tenir. 
Se bien a ore dusc'a ore, 
S'il puet, miex le fera encore. 
Dedans sa novele maison 
Fu tote nuit a orison; 
S'il dormi, ce fu a génois, 
Piech'a qu'il n'ot les ex saols ; 
Matines dist a l'ajornee ; 
Quant clere fu la matinée, 
A Deu moult saintement rendi 
Et prime et tierce et miedi ; 
En son cuer fait veu et promese, 
S'armes eust, il cantast rnese ; 
Epistle et évangile dist. 
Apres un des quaiers eslist, 
Si apresta son escritoire, 
Comenchier veut un saint estoire 
El non del poissant roi celestre. 
Il ne voldra mie useus estre: 
Qui en huiseuse s'amolie, 






3 3S la manque - 366 Li 



LA VIE DE SAINT 

Penser li fait mainte folie. 
Son parcemin et penne taille 

390 D'entrer en la haute bataille, 
Dont dyables a grant envie, 
Qu'il comence si sainte vie, 
Ou ot mainte bêle aventure. 
Forment li plaisoit l'escripture, 

395 Son fain oblie pour la joie. 
Mais al diable mult anoie : 
Bien sot, se la vie est escrite, 
Ou il ore tant se délite, 
Que soventes fois le lira, 

400 Apres cestui altre escrira. 
« Jo le quidai avoir vencu, 
« Mais il a pris le haut escu, 
« Dont bien s'est envers moi co- 
Son cornet a li fel aers, [vers. » 

405 Tôt l'encre en a espandu fors. 
Li sains hom volsist estre mors, 
Quant il vit son enke espandu. 
« He! las, ore ai jo tôt perdu, 
« Puis que mes enques gist par 
[terre. 

410 « He ! las, qui m'a fait ceste 
[guerre ? 
« Maie cose a en cest contor. » 
Li sains hom garda tôt entor, 
L'anemi vit par devant lui, 
Qui grant joie ot de son anui : 

415 11 en rist et fait lie chiere. 

« Hai ! » fait il, malvais leciere, 
« Par toi est abatu mes enkes ! 
« Quides tu donc que tu me 
[venkes? » 
« Oie voir, abatus seras. 

420 « Or me di cornent escriras ? 

« Tôt ton enke as perdu : al 
[mains 
« Or seront huiseuses tes mains, 
« Qui si se penoient d'ovrer. 
« Or n'aras enke ou recovrer : 

425 « Tu as perdu veu et promesse, 
« Ne jamais ne canteras messe. 
« Et de quel cose vivras tu? 
« En tel dessert t'ai enbatu 
« Ou il n' a ne pain ne ferine, 



JEAN BOUCHE D'OR 



3*S 



430 « Mais ors et autre salvagine, 
« Dont tes cors est en grant péril. 
« Tôt tes cors est mis en exil ; 
« Car trop cointes estre soloies. 
« Se mon conseil croire voloies, 

435 « Jo te racorderoie al roi. » 
Quant li sains hom ot le desroi, 
Lieva sa main, sor li fist signe 
De la crois qui tant par est digne, 
C'anemis aprochier ne l'ose. 

440 Le satenas laidist et cose 

Que moult l'a fait el cuer dolant. 
Pus li a dit par maltalent : 
« Jo te conmant, fel anemis, 
« Par celui qui 'n la crois fu mis, 

44$ <( OH' re Ç ut mort et pasion 
« Por geter l'ame de prison 
« Qui en enfer estoit en cartre 
« Que mais ne te puisses enbatre 
« En cest ille, tant con g'i ère. 

450 « Fui t'en de ci, malvais leciere ! 
« Trop m'as porsui longement. » 
Cil s'en fui isnelement. 
Li sains hom est dedens sa celé, 
Le fil a la virge pucele 

455 Proie moult que socors li face. 
Envers terre cline sa face, 
Sor sa main a mise sa kene, 
En sa bouche boute sa pêne. 
Si le tornie et maine et tire, 

460 Et en après de cuer sospire : 

En grant torment estoit ses cors. 
De sa bouce a retraite fors 
La penne ki ert atempree : 
De color d'or bien destempree 

465 A veu tôt le tuel plain. 

Devant ses ex a trait sa main, 
Longement l'esgarda li prestre : 
« He ! Dex, quel color puet ce 
[estre ? 
« En porroit on escrire letre? » 

470 Par assai le comence a mètre 
Apres l'autre letre qu'est noire, 
Mais celé resplent, qui est oire : 
Tote l'autre letre enlumine. 
« Hai! sainte vertus devine! 



429 le premier ne manque. 
- 472 ore 



430 autres 



que — 444 qui en 



462 retrait 



»6 

47$ 



490 



495 



500 



505 



510 



5'$ 



« Se de tel enke plus eusse, 
« Con bieaus escris faire peusse ! ^20 
« Dex, con m'en fust grâce 
[donee ! » 
Quant il ot dite sa pensée, 
En sa bouche le tuel boute: 
Le tuel vit plain de tel goûte, 
Si bêle con d'itel color. $2$ 

Son fain oblie e sa dolor 
Oblie, Dex le sostenoit ; 
En sa bouche l'enke prenoit, 
Sa salive devenoit ors, 
Et quant escopir voloit hors, 530 

Sa colors muoit a droiture 
Si con ançois fu par nature, 
Et a l'escrire estoit ors fins. 
Ains que venue fust sa fins 
Vit on l'escrit que tant fu gens, $3 $ 
Moult en loerent Deu les gens : 
Tant con vesqui et ot durée 
Ot puis a non bouce dorée, [veille. 
Et drois fu pour la grant mer- 
Jehans nuit et jor se traveille $40 

De Deu servir et sa puissance; 
Moult est povre sa sostenance : 
D'erbes vivoit et de racines, 
Mais les douçors qui erent fines, 
Ne li mannes, bien en sui cers, $4$ 

Qui peut le pulle ens es dessers 
Ne lor plot miex, quant les man- 
[goient, 
Que les herbes Jehan faisoient ; 
Car Dex le saveur i metoit, $ 50 

Qui son ami pas n'oblioit : 
Sovent le faisoit visiter. 

Or le lairai de lui ester, 
Si dirai de la fille al roi 
Qui sus li mist par son desroi s 5 s 

Que par lui ot cel enconbrier. 
Trois ans passèrent tôt entier, 
Qu'ele onkes ne pot agesir; 
De santé ot moult grant désir, 
A grant dolor use sa vie. 560 

La mesestance ot deservie, 
Cal saint home sus mis avoit 



Et nuit et jor ses poins detort : 
Tel duel a a pôi ne s'afole. 
« Lasse! dolante! con fui foie 
« Quant j'encopai l'orne saintime 
« Qui si bien ert del joi hau- 
[tisme ! 
« Car ore apert sor ma semence. 
« Ore en voi jo bien la provence 
« De la parole qu'il descrist 
« Envers le saint cors Jesu Christ : 
« Quant il issi de cest palais, 
« Oians trestos, et clers et lais, 
« Proia que grose remansise, 
« De ci a tant quel reveise. 
« Bien a Dex fait sa volente : 
« Quatre ans ai ja ençainte este, 
« Lonc tans ert mes cors encon- 
« Car il est piecha dévorez, [bres; 
« Jel porchaçai, lasse! caitive! 
« Moult sui dolante quesui vive.» 
Si grosse estoit a poi ne crieve, 
Tôt dis gisoit, onques ne lieve. 
Li rois en tel despit I'avoit 
K'il ne l'ooit ne le veoit. 
En une chambre estoit repuse, 
Enserrée conme recluse; 
Ades gist en un lit enverse; 
Une seule feme i converse, 
Qui li aporte sa vitaille. 
Ensi languist, ensi travaille : 
Tant a mal, nus nel porroit dire ; 
La mort sor tote rien désire. 
El demora en tel manière : 
Dex acompli bien la proiere 
De son ami, con droituriers. 
Set ans fu grosse tos entiers 
Li lasse qui est en tempeste. 
A un jor d'une haute feste 
Vint en sa cambre la roine, 
Si araisone la mescine : 
« Fille, con pesme vieaves! 
« Car me dites, se vous saves, 
« Se enchainte estes ou emflee. 
« Del roi en ai este ciflee [peske : 
« Sovent, quant il de vos m'en- 



492 dex — s 1 1 Qui — $47 Que — $6i enchaintes 



LA VIE DE SAINT 

« Dame, vo fille porte un veske; 

$6$ « Quant il ert nés, bien le gardes, 
« A Papostoile le rendes » 
« Si me rampone e contralie. » 
« Dame, certes par ma folie 
« Ai le mal; quant jel porchaçai, 

570 « C'est a bon droit, se honte en 
« Le col ai durement chargie[ai. 
« De mon mesfait, de mon pechie, 
« C'a tort le mis sor le saint 
[home: 
« Il n'i ot copes, c'est la some: 

Sis « D'un danzel fu, que jo amoie ; 
« Por mon père, que jou cremoie 
« Que nel fesist livrer a mort, 
« Johan en encopai a tort : 
« Grant honte en ot e sans mes- 

$80 « Une proiere Toi faire [faire. 
« A Deu, qui bien est avérée. 
« Que je ne fuisse délivrée 
« De si qu'il revenist arrière. 
« Ja del fruit, bêle mère chiere, 

$8$ « N'iere délivre, c'est mes sors, 
« Si arai veu cel saint cors. » 
La roine oi le meschief : 
Pour le mesfait sengna son chief, 
Quant ot le pechie desloial : 

590 « Fille, por coi fesis tel mal? 
« Corecie as Deu e ses sains. 
« Moult ert preudom li chapelains 
« Ki a tort fu deshonores. 
« Piecha est mors e dévores : 

59$ « Jamais nul jor ne le verras; 
« Or di cornent deliverras, 

Quant sans lui ne pues des- 

[Ioier? » 
« Dame, qui porroit envoier 
« Sergans en l'ille fiers et os, 
600 « Il i troveroient des os 

« De ceaus qui iluec sont ocis: 
« Car assez en i a on mis; 

1 Tôt coillissent e mais e bons : 
« Se troves estoit uns des suens, 

60$ « On les feroit laver ensamble, 
« Si en bevroie, ce me samble : 
« De l'aighe u seroit atoucies 



JEAN BOUCHE D'OR 337 

« Un de ses os, de fi sachies, 
« Délivre estroie sans doutance, 

610 « Tes est ma fois e ma créance. 
« Dame, ore aies merci de moi. » 
« Fille, soffres: g'irai al roi 
« Cest oevre raconter e dire. » 
La dame qui li cuers sospire 

éi s Est en plorant al roi venue, 
Et si li est as pies cheue, 
Devant trestous les pies li baise ; 
Ne quidies mie c'al roi plaise : 
« Levés, » fait il, « sus, bêle 
[amie ! » 

620 « Sire, jo n'en lèverai mie, 

« S'arai un don que jo demant. » 
« Dame, jo ferai vo conmant, 
« Bien porres vostre plaisir dire. » 
« Sui en certaine, beaus dous 
[sire ? » 

625 « Oil, dame, coi qu'il me grieve. » 
La roine a cest mot se Iieve, 
Aproismie s'est les s'oreille, 
Le fait sa fille li conseille, 
Son forfait e sa félonie. 

630 Ensi con ele Tôt gehie, 
La vérité a descoverte, 
Dont celé a encor sa déserte 
Por celui qui moult Deu cre- 
E de fin cuer loial l'amoit : [moit, 

635 A tort noma le capelain. 
Li rois a levée sa main, 
Si s'est plus de cent fois segnies : 
« Las! » fait il, « con sui engi- 
[gnies! 
« Bien sai que Dex me requerra 

640 « Son sergant e demandera: 
« A tort li fis tolir la vie. 
« La foie a le mort deservie 
« Que li porchaca sans pardons. » 
« Avoi ! sire, ce est mes dons 

64$ « De le lase dont paroi ci, 
« Que vos aies de li merci ; 
« Se Deu plaist, ne vous des- 
[dires. » 
« Dame,» fait il, « et vous Tares ; 
« Certes de ce sui moult dolans. » 



569 ie p. — 580 li 0. 
Romania, VI 



; 87-88 intervertis 



700 



705 



538 A. WEBER 

650 Ele li prie des sergans 

Qui por les os en l'île iront 

Et a lui les aporteront. 

« Qu'en ferez vous, amie chiere ? » 

Ele li conte la proiere 69$ 

655 Que li capelains fist par ire. 

(Bien l'en oi Dex nostresire), 

Que jamais ne deliverra 

De ci adont k'il revenra ; 

C'est la créance a la dolente 
660 Qui soffert a mainte tourmente, 

S'on pooit rien de lui trover 

Pour la caitive délivrer, 

Ou alcun os qui de lui soit. 

Tout maintenant deliverroit : 
665 Se Dex veut, bien peut avenir. 

Li rois a fait sergans venir. 

Si lor dist son comandement. 

Cil sont arme isnelement 

De bones armes pour desfendre ; 
670 Aie en sont sans plus atendre 

Jusc'as nés qui sunt a la rive. 

De bien faire cascuns estrive 

Encontre les bestes salvages. 

Dont tout estoit plain li bos- 710 
[cages: 
675 Moult les redoutent li sergant. 

Envers l'ille s'en vont nagant 

Por socorre la damoisele. 

Jehans estoit devant sa celé, 71 S 

Si lavoit herbes et racines, 
680 Cex voit venir par aatines, 

D'elmes, d'aubers apareillies: 

Moult s'est li sains hom mer- 

[veillies, 720 

Quide que le viegnent destruire. 

Envers le ciel ses deus mains 

[puire, 

68$ Puis dist : « Dex ! oies ma 

[proiere ! 

« Ci voi venir une gent fiere : 725 

« Mètre me volent a martire. 

« Se vostre plaisir i est, sire, 

« Que mais n'i ait de mon tem- 
[poire. 
690 « Receves l'ame en vostre gloire ! 730 



« Ja me porront trover tôt prest, 
« Puis que li vos plaisirs i est 
« Que plus n'i ait de mon eage. » 
Li capelains vint al rivage 
Encontre cex qui arrivoient. 
Moult s'esmerveillent quant le 
[voient : 
Ne seivent con puist avenir. 
Jehans dist : « Bien puissies 

[venir ! 
« Plaist vous ci herbergier o 

[nos ? » 
« Sire, » font il, « qui estes vos, 
« Qui entre ces bestes mânes ? » 
« Segnor, » fait il, « ci fui 

[menés, 
« Set ans a, par fause acoison : 
« Johans li capelains ai non. » 
« Johans? vives vos donc, biaus 
[mestre? » 
« Oil, merci al roi celestre, 
« Qui m'a done vie et peuture. » 
Cil li contèrent l'aventure 
Que por ses os furent venu. 
« Segnor, bien vous est avenu : 
« Totensamble me renmenres; 
« Soffres un poi, ja me rares. » 
Il est corus ses livres prendre, 
Puis en revint sans plus atendre: 
En lor nacele reçut l'ont, 
Et a grant joie s'en revont. 
Tant ont de nagier estrive, 
Qu'il sunt en lor terre arive. 
Moult désirent que li reis sache 
Le gaing qu'il ont fait en lor 

[cache : 
Onques en bos n'en terre nueve 
Ne fu faite si bêle trueve. 
Deus messages au roi envoient 
Qui bien et bel parler savoient : 
Conte li ont cornent amainent 
Le saint home, dont joie mainent, 
Sain et sauf et plain de vertu. 
Quant li rois ot la grant vertu, 
Bâti son pis en repentance, [gance 
Crient que Dex n'en prange ven- 



663-4 Ces deux vers sont placés dans le ms. après le v. 658 — 669 armes manque 
— 674 bosages. — 687-8 intervertis — 727 Le saint home et — 728 0. de gr. 



LA VIE DE SAINT 

Del tort que al saint ome fist. 
Trestote la cite fremist, 
Quant il oirent la novele; 
Tôt blasmerent la damoisele 

7 ^ S Par qui fu meus li desrois. 
Encontre va a pie li rois. 
Et la roine a grant pite. 
A l'entrée de la cite 
Encontrerent le capelain. 

740 Li bons hom a levé sa main, 
Ses a beneis et segnies. 
Li rois li est cheus as pies 
Et la roine s'agenoille; 
La face et li mentons li moille. 

74$ Car elle plore tenrement : 
Merci li proie doucement 
Des mais que fait li ont a tort. 
Jehans qui de Deu a confort 
Lor respont a moult simple face : 

750 « Jel vous pardoins, et Deus si 
« Ce porchaça la pecherece [face. 
« Ki de moi ert si menterese : 
« Encor dure cis blasmes lais. » 
Conduit l'en ont dusc'al palais 

755 Li rois a trestot son empire. 
La damoisele Foi dire : 
Moult grant désir a del veoir ; 
Par lui quide merci avoir 
De la dolor qui tant est maie. 

760 Aporter se fait en la sale 
Devant le roi ki est ses père; 
Pitié en a eu sa mère, 
De honte et d'angoisse noirci : 
« Bêle fille, cries merci [vaille. » 

76$ « Au saint home que il vous 
Ses mains joint celé qui travaille, 
Plains gete dolerous et haus : 
« He ! capelains nés et loiax , 
« A grant tort vous mis sus la 
[rage. 

770 « Oiant mon père et son barnage 
« Je di que coupes n'i eustes 
« Et que mon pechie ne seustes. 
« Sire, merci de ceste lasse 
« Kia tel duel sa vie passe; [lor.» 

775 « C'est drois que conper ma fo- 



JEAN BOUCHE D'OR 359 

Quant li sains hom ot la dolor, 
Pitié ot de sa mesestance. 
« As tu dont vraie repentance? v 
« Oil, se Jésus me secore ! », 

780 La roine de pitié plore, 

A génois vait, forment li grieve. 
Li capelains amont l'en lieve, 
Si li dist moult piteusement 
Qu'ele laist son doulousement. 

785 « Certes ne puis, dolor me donte : 
« Mon enfant voimorir a honte. » 
« Se Deu plaist, s'iert reconfor- 
En une cambre l'a menée, [tee. » 
La lasse qui grant duel demaine. 

790 Li sains hom la roine enmaine: 
L'uis serra après lui li prestre. 
Ne laissa fors que la dame estre , 
Qui moult ert plaine de tristor. 
« Dame, or prions al creator 

795 « Qu'il nos envoit confort et joie, 
« Et ma proiere essauce et oie 
« De ce que jo li voil requerre. » 
Les deux génois a mis a terre, 
S'a conmencie s'orison 

800 Ki moult fu de sainte raison : 
« Biaussire Dex, puis queJonas 
a El ventre del poisson gardas, 
« Et moi as garde vers les bestes 
« Qui tant par estoient rubestes, 

80$ « Si voir con ceste honor m'as 
[faite, 
« Qui moult bien doit estre 
[retraite, 
« Or te proi de ceste esgaree 
« Que jusques ore as enserrée : 
« Délivre le par ta puissance ; 

810 « Rent moi le fruit de tel sam- 
[blance 
« Con il aferist al termine. » 
Il a segnie la mescine 
Qui en dolor a mes maint jor : 
Onques n'i ot plus de sojor, 

81 $ Mais maintenant tôt a délivre 
D'un enfant malle se délivre, 
Si forme corne de set anz ; 
De tes paroles con d'enfans 



79 S n. voit 



34° 



LA VIE DE SAINT 



Ot le cors doctrine et sage; 

820 Onques nul jor de son eage 
Ne vit plus bêle créature. 
Délivre est de sa porteure: 
Saine se lieve isnelement 
La danzele, nul mal ne sent; 

82$ Le saint home aert par les pies, 
Qui a terre ert agenoillies : 
« Saine sui et point ne me grieve. » 
Jehans 11 capelains se lieve, 
Et voit l'enfançon qui parole 

830 Si l'aplanie, si l'acole. 

Tantost li requistcil baptesme, 
Et le saint oile et le saint cresme. 
Tantost l'enfant baptisa on, 
Et del capelain ot le nom. 

835 Deu loent tôt de cel miracle, 
Que Dex a fait, de cestsegnacle. 
Li rois l'onore et si princier, 
Et li autres pules l'a chier. 
Ses livres mist a lacapele: 

840 Quant seue fu la novele 

Que ses livres tôt d'or escrist 
Qu'en sa bouche destempre prist, 
Par miracle Deu en loerent, 
Et puis Boucc d'or l'apelerent : 



JEAN BOUCHE D OR 

845 Por sa sainte conversion 

Sains Jehan Bouce d'or a non. 
Sa vie fu nete et saintisme, 
Puis plot a deu le roi hautisme. 
K'il fu veske de la cite. 

850 De sa vie vos ai conte; 

Et quant fine fu li bon mestre, 
Orison fist al roi celestre 
Que femes qui enfans portoient, 
S'a lor besoing le reclamoient, 

8 5 $ Que l'enfes mort ne receust 

Devant qu'en fons baptisies fust, 
Et la mère a honor vesquist ; 
Dex li dona ce qu'il requist : 
Tenir l'en doit on en mémoire. 

860 Por Renaut qui a fait l'estoire 
En romans si cortoisement 
Deprions Deu omnipotent, [fais, 
Le segnor dont tos biens est 
Que il nos pardoinst nos mesfais, 

865 Et otroit droite penitance, 

Si con cil qu'est de tel puissance. 
Et quiconques escrite l'ait 
Foi et plente de tos biens ait, 
Et si ait permanable vie! 

870 Amen, amen, cascuns en die. 



Chi fine saint Johan Bouche d'or. 



Alfred Weber' 



Londres, 12 février 1877. 



818 tos — 839 mis — 842 Et quen s. 
1 . Ce texte a été revu et collationné sur le ms. par M. G. Paris. 



TRAITÉS CATALANS 

DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 



Il y a quatre ans, à l'occasion de quelques remarques sur le texte du traité 
grammatical de Raimon Vidal, j'exprimais l'espoir qu'on recouvrerait peut-être 
un jour le recueil signalé autrefois par Jaime de Villanueva en son Viaje l'itéra- 
rio à las iglesias de Espana, comme renfermant, entre autres opuscules, les 
Règles de trobar compuestas por Ramon Vidal de Besalû, y explicadas por Jofre 
Foxa ' . 

Ce recueil, que Jaime de Villanueva avait vu dans la bibliothèque des Carmes 
déchaussés de Barcelone, ne s'est pas retrouvé, et paraît irrévocablement perdu, 
mais on en a découvert une copie faite au siècle dernier avec assez de soin, 
semble-t-il, sinon avec une parfaite connaissance de la langue et du sujet. Cette 
copie, ayant fait partie de la bibliothèque du marquis de la Romana. et 
conservée jusqu'à ces derniers temps au ministère de Fomento, à Madrid, a 
été récemment transportée à la Bibliothèque nationale de cette ville. C'est là que 
notre savant collaborateur M. Milâ y Fontanals l'a étudiée le premier: il en a 
donné une notice et des extraits dans quatre articles publiés par la Revista de 
Archivos, Bibiwtecas y Museos, n ' des $ et 20 octobre, 5 et 20 novembre 1876. 
Me trouvant l'an dernier à Madrid, peu de jours avant la publication du pre- 
mier de ces articles, j'eus l'occasion d'étudier la précieuse copie dont l'existence 
m'avait été révélée quelque temps, auparavant par une communication person- 
nelle de M. Milâ, et m'étant convaincu que les traités contenus dans ce recueil, 
sans avoir peut-être toute la valeur que je leur avais supposée, offraient cepen- 
dant un réel intérêt pour l'histoire des littératures provençale et catalane, je 
me fis faire une copie de la plupart d'entre eux. Cette copie a été exécutée par 
M. A. Paz y Melia, de la Bibliothèque nationale de Madrid, qui s'est acquitté 
avec le soin le plus méritoire de la tâche qu'il avait bien voulu accepter. 

Le recueil de Madrid, déjà suffisamment décrit par M. Milâ dans les articles 
sus-indiqués, contient neuf traités, dont voici l'indication selon l'ordre du ms. 

r j Mirall de trobar. Lo autor de esta obra jou Joan de Castellnou. A la fin 
se trouve un explicit où figure un autre nom, celui de « Berenguer de Noya. » 

2. Règles d'en Jofre DE Foxa. 



1. Romania, II, 348. J'aurais dû dire « Jofre de Foxa ». mais je suivais 
lanueva et Torres Amat. 



54^ P- MEYER 

3. Règles d'en Ramon Vidal. 

4. De doctrina de corn pendre (lis. compondre) dictats. 

5 . Compendi de Joan de Castellnou. 

6. Doctrina de cort por Teramayguis de Pisa. 

7. Lo Doctrinal de trobar [par Ramon del Cornet] am la glosa correccio 
e declaracio sua, antor Juan de Castelnou. 

8. Las Flors del Gay Saber par Guilhem Molinier. 

9. Libre de concordanses appellat Diccionari, ordenat per en Jachme March. 
De ces neuf traités, deux seulement à ma connaissance se trouvent ailleurs : 

les Reglas de trobar de Raimon Vidal dent on connaît depuis longtemps deux 
mss. à Florence, et le Compendi de J. de Castelnou dont un ms. ancien existe â 
Barcelone 1 . Le premier de ces deux ouvrages mérite d'être réimprimé d'après 



1. M. Milâ en a donné le début dans ses Trovadores en Espaha, p. 478-9. 
Voici ce début, et de plus la table des rubriques, d'après le même ms. de Bar- 
celone(X n. 10, 26) : 

« Aquest es lo compendi de la conaxença dels vicis que poden esdevenirenlos 
dictats del gay saber, axi fora sentença con en sentença. E ayci es la premera 
partida on son contenguts e declarats los vicis que hom pot atrobar fora 
sentensa; lo quai compendi a feyt Johan de Castellnou, un dels .vij. man- 
tenedors del consistori deTolosa de la gaya sciencia, al noble e discret en Dal- 
mau de Rochaberti, fi II que fou del molt noble en Dalmau de bona memoria, 
vezcomte de Rochaberti. 

« Car mant hom dupte quais son aquelles letres que muden lur so cant los es 
ajustada aquesta espiracio A, perçonos disem que quant A es pausada après c, /, 
n, p,s, losfay mudar lor propri so; e podets veser per aquests versets. Aprop 
/, c, n, p, s, muda lur so con ades vesets : — De c : cm pach-em pacha, estrech- 
estrecha, gach e gâcha. — De /, batalh, veylh, filh, e palh, talh, e metalh, perilh 
etfalha. — De n havets gasanh- gasanha, endenh- endenha, banh.... 

Fin et table, fol. xxxviij v° : 

« Rayso per que los dictayres del compendi no s'es gardas (sic) del (sic) vicis 
fora sentencia per tôt son procès e régla. 

« Alcu per ventura se merevella car nos non som gardât en nostre procès dels 
vicis tots qu'er' havem declarats, e nos diem quels creem haver esquivats en las 
eximplis que havem pausats per rims en l'altre procès que havem fet. Empero, 
sins em pecat en re, volem estar a correccio d'ornes entendens. 

Del vici appellat replicacio, .j. De la figura appellada poloptotas, .xj. 

Dels exceptions de replicatio, ij. De la figura appellada paracinetios 

De la segona natura de replicacio, .ij. .xij. 

De la terça manera de replicacio, .iij. Del vici appellat ffre, .xij. 

De les escusations de replicacio, .iij. — mot pesan, .xiij. 

Del vici appellat rim tornat, e de les — hiat, .xiiij. 

escusacions d'aquell, .iij. — metasisme, .xiiij. 

Del vici appellat rim tornat, .iiij. — collusio, .xv. 

Del vici appellat pausa tornada, .iiij. — liamen compost, .xv. 

Del vici appellat bordo tornat, .iiij. — fais accen, .xvj. 

De rim faxuch e de totes ses maneres, — pedas, .xv. 

.v. — contradicios, .xviij. 

De la figura appellada anadioplosis, — separacios, .xviij. 

.viiij. — una digre^sio, .xviiij. 

De la figura appellada epinaleusis, — estil mudat, .xviiij. 

.viii. — iteracio, .xx. 

De la figura appellada epizesis, .xj. — foravertats, .xx. 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE $43 

la copie de Madrid pour des raisons que je ferai connaître tout à l'heure; quant 
au second je m'en tiendrai au prologue et à la table données ci-dessous en note. 
J'imprimerai aussi, non pas dans l'ordre de la copie de Madrid, mais autant 
que possible selon l'ordre chronologique, plusieurs des autres traités. 

I. — Raimon Vidal, Las Reglas de trobar. 

Mon intention n'est pas de disserter sur l'ouvrage de R. Vidal qui est depuis 
longtemps estimé à sa valeur, mais de montrer que la copie de Madrid peut 
servir à améliorer en plusieurs passages le texte que nous possédons de ce traité 
dans la seconde édition de M. Guessard (1858). On en connaissait jusqu'à pré- 
sent deux mss., tous deux conservés à Florence, l'un à la Laurentienne, l'autre 
à la RiccardienneL Le traité est intitulé las razos de trobar dans le second de ces 
mss.; il n'a pas de titre dans le premier. Dans l'édition de 1858 le texte est 
essentiellement celui du ms. laurentien, l'autre ms. ayant fourni un assez grand 
nombre de variantes. Mais ces variantes ne sont probablement pas toutes celles 
que le ms. pourrait fournir, et tant qu'on ne sera pas complètement informé des 
rapports et des différences des deux mss., il sera bien difficile de porter un juge- 
ment assuré sur leur valeur relative. 11 y a là une lacune que comblera bientôt, 
je l'espère, la nouvelle édition des Grammaires provençales qu'a annoncée 
M. Stengel, et à laquelle l'impression de la leçon de Madrid apportera un élé- 
ment utile. Si, comme il y a apparence, les trois mss. sont indépendants, le 
troisième fournira en bien des cas le moyen d'opter entre les leçons différentes 
des deux autres. 



— error, .xxj. Dança, .xxxij. 

— desonestat, .xxj. Discorts, .xxxiij. 
Perque ha hom acustumat, de cantar Tensors (sic), .xxxiij. 

de dones, .xxj. Partiments, .xxxiij. 

Del vici appellat jactança, . xxij . Pastorella, .xxxiiij. 

— sobrelaus, Retranxa, .xxxiiij. 

— verbositat, Planchs, .xxxiiij. 
Diffinicions de trobar, . xxviij . Scondiz, .xxxiiij. 

Perque fon tractât logaysaber, .xxviiij. Dels accens que havem dits segons 
De compas, .xxx. romanç, .xxxiiij. 

Diftinicions de bordo ; mostra qu'es De ryins acordants, .xxxv. 

rims, .xxx. De ryms senrials* et leials, .xxxv. 

Mostra que es cobla, ne quants bor- De ryms consonants, .x.xxvj. 

dos deu haver, .xxx. De rims simples leonismes, .xxxvj. 

Mostra que es vers, .xxxj. De rimps perfeig leonismes, .xxxvi|. 

Cançons, .xxxj. Dels dictats no principals ; d'estam- 
Sirventesch, .xxxij. pida, .xxxviij. 

Finito librosit laus et gloria Christo | Qui dédit céleri laudetur mente fideli | 

Vivat in celis Franciscus Rubei nomine felix ! 

Le texte de la copie de Madrid présente des variantes importantes, de sorte 
que ce traité ne saurait être convenablement publié sans le secours des deux mss. 

1 . Je ne compte pas le ms. de Paris qui n'est qu'une copie de celui de la Lau- 
rentienne, voy. l'édition de M. Guessard, p. lxij. 

*Sonans? Cf. Leys d'Amers, l, 154. 



544 p - MEYER 

En attendant que la comparaison des deux mss. de Florence soit possible, 
je puis au moins constater que le ms. de Madrid permet d'apporter de très- 
notables améliorations au texte que M. Guessard a tiré de ces deux mss. Mes 
notes en donnent la preuve; je me bornerai ici à viser particulièrement les 
notes des §§ 8, 1 2 et 1 5 où l'édition présente des omissions importantes, pro- 
duites par ce qu'on appelle en typographie des bourdons. 

Le texte de Madrid se rapproche souvent de celui du ms. Riccardi, là où ce 
dernier diffère du ms. laurentien, et en ces cas il n'y a pas à douter, selon moi 
que la leçon du laurentien doit être rejetée. Avant même de connaître le ms 
de Madrid, le Riccardi, à en juger par les variantes qu'en à tirées M. Gués 
sard, m'avait toujours paru fort digne d'estime. Comme ce n'est pas un ms 
ancien, mais une copie de la fin du xvi e siècle ou du commencement du.xvir 
il n'est point surprenant qu'il s'y rencontre des erreurs de copie. Il y en a 
aussi, et beaucoup, dans le ms. de Madrid, mais non pas aux mêmes endroits, 
et ainsi ces deux médiocres copies peuvent servir à constituer un bon texte. 

Pour la commodité des citations et des notes, j'ai divisé le traité de Raimon 
Vidal, tel que le présente l'édition de M. Guessard, en 50 paragraphes. De ces 
50 paragraphes, 20 (17 à 36 inclusivement) manquent dans le ms. de Madrid. 
Je ne saurais dire si cette lacune existait déjà dans le ms. de Barcelone, ou s'il 
faut en laisser la responsabilité au copiste à qui nous devons le ms. actuellement 
conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid. 

Mon but étant simplement de faire connaître la copie de Madrid, j'ai dû 
m'abstenir d'y introduire aucune correction. Çà et là, pour faciliter la lecture 
et épargner au lecteur la peine de chercher aux notes une restitution nécessaire, 
j'ai rétabli entre f ] un mot omis, mais les passages corrompus ne sont pas 
corrigés, et je me suis borné à les signaler en note. Je n'ai rien tenté, ni dans 
le commentaire ni dans le texte, pour la restitution des vers cités, dont la 
leçon est souvent inintelligible : ce sera l'œuvre d'une édition critique, pour 
laquelle il y aura lieu de mettre à contribution, non pas seulement le ms. du 
traité de R. Vidal, mais encore ceux des troubadours. 

REGLES D'EN RAMON VIDAL 

1 . Per ço com eu Ramon Vidais ay vist e conegut que pauchz homens 
saben ne han sabuda la maneyra del trobar, vull heu far aquest libre per 
dar a conexer es a saber quai trobador han meyls trobat ; atressi en 
quai manera deu hom instruir menar lo saber de trobar. Si eu mi al- 
lonch en causa que poria dir pus breus, nous en devetz maravellar, car 
eu vey e conesch que man saber en son tornat en tenso, car so tant breu- 
ment dit; perque mi allongaray per tais lochs quis porion ben leu dir 
pus breu. Atressi matex si y fas errada e si y lays, pot se be avenir per 
oblit, per ço car eu non ay ges ausidas totas las causas qui son el mon, 
o per ventura hi poria fallir per enfalagamen ' de pensar. Perque tots 
hom prims e subtils m'en deu rasonar 2 pus conega la causa : car eu crey 

i. — \ G. (Guessard) fallimentz. — 2 Mieux G. n'o m'en deu uchaizonar. 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE :4s 

be que mant hom mi blasmara o dira que en algun loch hi degra mays 
mètre, que sol ell lo quart no sabra far ne conexer, ni saubra dir, si non 
ho trobes tant be aselmat o assermat î. Atressi matexvos dich que home 
prim hi haura que, sitôt s'estay be, coy4 sabrien millorar o may trar o 
mètre, car a greu trobaretz nengun sauber tant fort ni tant primament 
dit c'us hom fort prims no y pogues millorar e mays mètre. Per qu'es 
dix que negu saber, pus basta ne be estay, negus homs nol deu tocar 
ne moure s. 

2. Primerament sapies que totas gens, christians, juheus, sarrahins, 
senyor, emperador, rey. princep, duch, comte, vezcomte, comdor, vez- 
comdor, cavalier (G. p. 70), clerch, burgues,vila home pauch e gran, 
menon ' dia trobar e xantar, en axi qu'en volon obrar e qu'en volon en- 
tendre, qu'en volon dir, qu'en volon ausir, car a greu seretz, en 
negun loch tan privât ne tan sol, pus que gen hi ha pauca molta, que 
ades non haujatz cantar un autre tots ensemps, que neys li pas- 
tor de la montanya e 2 tôt lo maior solaç qu'il han es de xantar; e tuyt li 
mal e li be del mon son en menbrança e en memoria mes per trobar que 
per als. E ja no trobaretz pretz, be dich, ne mal dich, pus que trobayre 
l'aya dit ne mes solamen en rima, que tots tempz ne sia en remenbransa ; 
e trobars e xantars egalment son cap de totas gallardias ;. 

3 . En aquest saber de trobar son egalment li trobador et li ausidor ' 
motas vetz enganat. E diray vos quo ne per que ne son enganat li ausi- 
dor qui re en trobar no entenen : per ço que, corn ausiran un bon xan- 
tar, faran semblan que fort be Pentendon, e ja res non entendran. E fan 
ho perço cor se cuydan que hom los tenguesper pechs. si dizion que no 
l'entendisson : axi enganon lur matex, car un dels majors del seyns del 
mon es qui vol apendre e demandar ço que no sap , perque assatz deu 
haver major vergonya aquell qui no sap, que aquell qui demana e vol 
apendre 2 . 

4. Atressi, aquells qui cuydon entendre e res no entendon, e per altre 
cuydament ' no ho apenrion, romanon malament enganat. Ez eu no dich 
ges que totz los homenz del mon puscafar eu primzentendentz, ne que 
de llurs enugs ne de llurs vicis se tornen per la mia paraula 2 ; e anch 
no fon tan gran orde de error, pusca hom hi pusca parlar e y sia be entes, 

3 assermat est visiblement une addition, et en même temps une correction. Jatte 
par un copiste. — 4 G que i. — $ C'est à peu près la leçon du mss. Riccardi. 

2 — 1 Suppléez tôt ; G. meton totz jorns lor entendimen en. — 2 e est de 
trop. — 3 Même leçon que le Ricc, qui, d'après ï édition, omet les mots son cap. 

3. — 1 E li auzidor, qui est nécessaire, aussi donné par le Ricc. — 2 Cinq des 
lignes de l'édition manquent ici. 

4. — 1 G. per otracujament. — 2 Le texte correspondant de F édition est inintelli- 
gible. J'avais proposé (Romania, II, 349) une correction que ne confirme pas le ms. 
de Madrid. 



H^ P. MEYER 

que no trobe qualque hom qui apren o enten ; per que eu, sitôt no 
enten que totz los pusca far prims ne entendenz, eu si vull far aquest 
libre per la una partida. 

5 . E sapies que aquest saber de trobar anch may no fo mes ne ajostatz 
tant be en un sol loch, mas que cascuz so ac en son cor, segonz que fo 
primz e entendenz ; ne creatz que nulls homz n'aya estât maestre n'en sia 
estatz perfeyts, car tant es lo saber car e fis que nulls (G. p. 71) hom 
no s'en dona garda, mas del tôt conexera totz homz primz e entendenz 
qui be esgart aquest libre. Empero, eu no dich ges que sia perfeytz ne 
maestre, mas tant ne diray, segonz so que cuig, en aquestlibre, que totz 
homz qui be l'entendra ne haia bon cor ne soptil en trobar, ne poyra far 
sos cantars ses tota vergonya. 

6. Primerament deus saber que totz homs qui vol entendre en trobar 
deu saber que nenguna parladura no es tan natural ne tan dreta a tro- 
bar del nostre lengatge corn aquella francesa, del Lemosi, e de totas 
aquellas terras qui entorn li estan o son lur vesinas, e atressi de totes 
aquelles qui son entre ellas ' ; e tuyt ly homs qui en la terra son nat e 
noyritz han la parladura natural e dreyta. Mays quant us d'els es eyxitz 
de la parladura per una rima que altre mostre, per altre, can meyls 
ho coneix 2 ceyl qui ha la parladura reconeguda que null altre. E aquell 
no cuydon ja mal far corn fan corn la gitan de sa natura, axi com se cuy- 
don que llur lenga sia. Per que eu vull far aquest libre a dar a conexer 
la parladura a ceylls qui la r parlen dreyta, e per ensenyar a ceylls qui no 
Lemozi la sabon. 

7. Perque deves saber que la parladura francesa val mays, e es pus 
avinent a far romane e retronxas ' et pastorellas; e aycellas de Lemosi 
valon 2 mays a cansos, a serventes, a verses ; e per totas las altres del 
nostre lengatge, son s en major auctoritat li cantar de la parladura de 
que de null altre. 

8. E mant hom ditz que porta ne pa, ne vi, no son paraulasde Lemozi, 
per ço cor se dison atressi en las autras terras axi com en Lemozi : per 
que no sabon ques dizon. Car totas aquellas paraulas que hom ditz en 
Lemozi axi com en las autras terras, atressi son de Lemozi com de 



6. — Mieux G.: con aqella de Proenza de Lemosi de Saintonge d'Alver- 
gna de Caerci. Per qe ieu vos die qe qant ieu parlarai de Lemosis,qe totas estas 
terras entendas e totas lor vezinas, e totas cellas qe son entre ellas. — 2 
Corrompu : G. per una rima per alcun mot qe li sera mestier, cujon las genz 
qi non entendon qe la lur lenga sia aitals, qar non sabon lur lenga, perqe mielz 
lo conois... 

7. — 1 e retronxas qui se trouve aussi dans Ricc. (retromas) manque dans G. 
— 2 G. mas cella de L. val. — 3 De même dans Ricc. mais plus correctement, de 
totas las autras dels nostres lengatges, e per aizo son; G. per totas las terras 
Je nostre lengage so. 



TRAITAS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 547 

las autras terras. Mas aycellas que hom ditz en Lemozi ' d'autra guisa 
que en las autras terras son propriament de Lemozi. Perqu'eu vos dich 
que totz hom qui en trobar vulla entendre, deu saber la parladura del 
Lemozi. En après deu saber aquellas 2 de la natura de la gramatica, si 
fort primament vol trobar ni entendre, car tota la parladura de Lemozi 
se parla naturalment e dreta per caz e per nombre e per génères e per 
temps e per personez e per mous. E axi poretz be entendre e ausir si 
me escoutatz. 

9. Sapies que totz homs qui s'entendra ' en gramatica deu saber que 
vuit parts son ; e totas las paraulaz del mon son de las unas d'aquestas 
vuit; ço es saber : del nom o del verb o del particip o del pronom o 
del adverbi o del conjunctiu o de la proposicio o de la interjeccio. 

10. E ultra tôt aço qu'eu t'ay dig, devez saber que paraulas hi a de 
très guizas : la una es ajectiva, l'autra substantiva, l'autra comuna, 
[l'autra] ni la primera, ni l'autre, sustantiu ne ajectiu. Sustantivas son 
aquellas que en pluralitat o en singularitat mostren persona o gent ' o 
temps, sostenon o son sostengudas. Ajectivas son aycellas del nom o 
del pronom o del adverbi 2 o del particip; que aycellas del verb, ne del 
conjunctiu 5 ne de la preposicio, ne de la interjeccio, per ço cor no han 
pluralitat ne singularitat, ne demostron genre ni persona ni temps, ni 
sostenon ne son sostengudas, potz aquestas appellar neutras. 

ii. Las paraulas ajectivas son axi com bos, beyls, bona, beyla, fortz, 
vils, soûls, plaren, sobres ', am, vau, amalautïsch , enautisch; e totas las 
autras del mon qui demostron sustancia. En axi com qui desia cant a 2 
o que fay o que sofre ; e son per aço appellades ajectivas car no les pot 
portar en entendimen si sobre sustancia no les gita. 

12. Las paraulas sustantivas son axi com boneza, cavaliers, cavallz, 
dona, poma, eu, tu, meus, seus, fuy, estar ; e totas las autras del mon qui 



8 — \ . Ce passage est inintelligible dans G. par suite d'un bourdon : car totas 
paraolas qe ditz hom en Lemozi d'autras guisas que en autras terras, aqellas 
son propriamenz de Lemozi. On voit qu'entre Lemozi et d'autras 22 mots ont été 
omis. — 2 Mauvaise lecture : G. alques. 

9. — 1 G. s'entenda. 

10. — 1 Corr. genre 2 adverbi a évidemment pris la place du verbe qui 

est un peu plus loin, et réciproquement. — 3 G., après avoir, comme le ms. de 
Madrid, annoncé dans la première phrase de cet alinéa la distinction des mots adjec- 
tifs et des mots substantifs, confond ensuite ces deux espèces : adjectivas et subtan- 
tivas son totas acellas qe an pluritat et singularitat, e mostron genre et 
persona e tempo, e sostenon son sostengudas/ aisi con son sellas del nom et 
del pronom e del particip et del verb; mas cellas de l'adverbi e delà conjunctio. 

11. — 1 G. soffrenz. — 2 G. vau, grasisc, engresisc, cant a. Au § 13, 
où les mêmes exemples reparaissent, le ms. de Madrid a enegresisch au lieu d'enan- 
tisch. La leçon engresisc de G. {Laurent.) est au moins douteuse. Les mots e totas 
las a. d. m. q. d. s. du ms. de Madrid sont de trop ici, puisqu'ils appartiennent 
à la définition des mots substantifs, voy. l'alinéa suivant. 



348 P. MEYER 

demostron sustancia visible o ' no vizible; e han nom per ço sustantivas 
cor demostron sustancias e sostenon las adjectivas ; e potz ne far una 
rayso complida sens las adjectivas 2 , axi corn qui dezia : eu suy reys 
d'Arago, eu suy rich hom. 

13. E sapies que las paraulas adjectivas son de très maneyras : las 
unas masculinas, e las autras femeninas, et las autras comunas. Las 
masculinas son axi corn bas, beyls, e totas aycellas que hom ditz en en- 
tendimen de masculi, e no las pot hom [dir mas] ab sustantiu masculi. — 
Las femeninas son axi corn bonas, beylas, e totas aquellas que hom ditz 
en entendiment femeni. — [G. p. 73] Las comunas son axi com fort, 
vils, sotils, plazents, sofrenz, am, vau emalautisch, enegresisch , e moutas 
d'autres qu'en hi a d'aquesta manera. E son per aco apellades comunes 
car hom les pot dir tam be ab sustantiu masculi com ab femeni, com ab 
cascuns 1 . E axi matex n'i ha très maneras de sustantivas com d'ajec- 
tivas. 

14. Las paraulas sustantivas femeninas son beleza, bonea, dona, poma, 
e totas. cellas que demostron sustancia femenina. — Las masculinas son 
cavaliers, mercaders, cavayls, meus, tieus, e totas las autras qui demostron 
sustancia masculina. — Comunas son eu, tu, suy, estau, e totas autras 
don se pusca demostrar axi be femeni com masculi; en axi com qui 
dezia : Verge es aquell hom, verge es aquella femna. 

1 $. Primeyrament vos parlaray del nom e de las paraulas qui son de 
la sua natura, com las ditz hom en Lemozi. Et sapiatz que en lo nom ha 
cinch declinacionz, e cascuna de aquelles ha dos nombres : lo singular, 
lo plural ; el singular parla de una causa sola en lo nominatiu e en tots 
los altres cases; el nominatiu plural, e totz los altres cases del plural 
parlon de moutas en cascun cas, los quais cases son sis : ço es saber 
nominatiu ', genetiu, datiu, acusatiu, vocatiu, ablatiu. 

16. Apres ayço devetz saber que gramatica fa cinch genres : ço es 
saber, masculi, femeni, neutre, cornu et omne. Mas en romane, totas las 
paraulas del mon sustantivas e ajectivas son, axi com eu vos ay dig 
desus, masculinas, femeninas, comunas, e de llur entendiment, de' peti- 
tas en fora c'om pot abreujar per raho de neutre, ayeest s'alongon *. 



12. — 1 Ce, qui est visiblement fautif. — 2 Nouveau bourdon dans G. qui a 
omis les mots e potz... adjectivas. 

13. — 1 G. a subst. masc. com ab féminin, a féminin com a masculin et 
com ab comun. 

1 $. — 1 Nouveau bourdon dans G., les trente et un mots qui précèdent, depuis 
[nominatiu] e en tots los altres cases, ont été omis. 

16. — 1 G. en, et commence une nouvelle phrase à ce mot. J'avais déjà rectifié la 
ponctuation (voy. Romania, II, 349) et proposé las au lieu de en; la leçon du ms. 
de Madrid conduit au même sens que ma correction. — 2 Ici le ms. de Madrid omet 
la valeur de sept pages de l'édition. 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POETIQUE 349 



37. [G. p. 80] Ausithavetz dels masculins; arausdiray dels femenins. 
E dich que en lo nominatiu e en lo vocatiu singular ditz hom eylla, ceylla, 
aquesta, altra, cesta; e en los autres cases singulars dits hom ley celluy, 
altra, altruy, aquista, cesta, cestuy; e en totz les cases plurals ditz hom 
eylas, ceylas, altras, altruys, aquistas, cestus, las, mas, sas. 

58. Aquestes son les paraules que hom ditz totas vegadas en totz 
lochs : eu, me, te, se, tu, nos, vos ', les altres paraules del pronom ço es 
saber, meus, teus, seus, nostres, vostres, s'alongon e s'abreujon, axi corn 
dels noms masculins. — Las femeninas, ço es saber meua, teua, seua, 
vestra, nostra, vestrada, nostrada 2 , s'alongon e s'abreujon axi corn los 
femenins del nom. 

59. En ayço qu'eu vos ay dig podetz haver entendut corn ne en quai 
manera se menon las paraulas del nom e del particip e del pronom 
[G. p. 81] en allongament e en abreugament; e en semblantz vos parla- 
ray ara del adverbi,, e del conjunctiu e de la preposicio e de la interjec- 
cio. E sapies que paraules hi ha del adverbi que hom pot dir longas e 
breus, segonz que hauras mester, en axi corn mays o may, als, [al], lar- 
gamen, largamens, bonamens, bonamen, examen, examens, altramens, altra- 
men : Atresi ditz hom totes aquelles d'aquesta maneyra. E las autres 
paraules del adverbi , e totas aquellas del conjunctiu e de la preposicio e 
de la interjeccio, totz hom prims las deu ben gardar; car tota via e en 
totz lochs las ditz hom de una guisa. 

40. Huymais vos parlaray del verb. En la primeyra persona del sin- 
gular ditz hom suy, en la terça persona del plural ditz hom so, axi corn 
qui volia dir eu suy beylls, o aquell so beyl. E per ço vos ay parlât d'estas 
duaz personas car man trobador an mesa la una persona per [l'jaltra '. 

41. Atressi hi ha autres paraules de[l] verb en que li plus dels tro- 
badors han fallit, e axicon tray, atray, retray, tre, retre, meynscre, descre, 
parti, sofri, trahi, ri. Per ço cor en aquestes très paraules han fallit li 
plussor dels trobadors, parlar vos n'ay per xastiar los trobadors. 

42. E devetz saber que estray, tray, atray, retray, son de presentz 
temps e del indicatiu e de la terça persona del singular. E deu las 
hom dir axi corn qui dezia, aquell tray lo cavall del stable, aquel retray 
bonas novas, aquell se tray de ço que havia prornes, aquell atray gran be als 
seus. — En la primera persona deu hom dir : eu trach lo cavall del stable, 



38.— 1 Dans G. les mots cités manquent, et le commencement de la phrase (aqestas... 
locs) est mal à propos rattaché a l'alinéa précédent. — 2 Vestrada et nostrada 
manquent, je crois avec raison, dans G. 

40. — î Assez différent et plus complet dans G. qui donne toute la conjugaison 
du présent. 



3 50 P. MEYER 

eu retrach bones noves, eu m'estrach de ço queus havïa promes, eu atrach 
gran be amas x . [G. p. 82] On en Bernât de Ventador fallich, en axi que 
mes la terça persona per prima en dos canta[r]s, en aquell qui dig : Er 
cant vey la fulla \ Jus dels arbres caser; e atressi en aquell qui dix : Eras 
no vey luzir soleyl. Del primer cantar falli en aquella cobla : 
Ja madona nous maravelles 2 
Contra lo da[m]p[nat]ge 
E la pena qu'eu tray, 
Axi dix tray, e degra dir trach. E en l'altre fallic en aquella cobla que dix : 
Ja madona nos maravell 
Sil prech quem do s'amor nim vay 
Contra la fealdatz 3 quem retray. 
Perque aço es mal dit. E atressi [degra] dir eu tray per vos gran mal. 
E per aventura mant hom dira no pogra dir trac ne retrach, que la 
rima anaba en av. E aquell deu hom respondre que ell degra cercar pa- 
raules en ay que nofossen biaxades ni falsadesen persona ni en cas. Que 
s'estray, atray ditz hom en aquella guisa matexa. 

43. Atressi matex so de présent temps e del indicatiu e de la terça 
persona e del singular cre, descre, meynscre ; e en la primera persona ditz 
hom crey, descrey, mescrey. E ayta mal estay qui diu eu cre aquell crey 
a la nostra parladura, com qui desia eu ve, aquell vey, m'amia, car en 
la primera persona ditz hom vey, e en la terça ditz hom ve, atressi ditz 
hom en la primera [G. p. 83] crey, e en la terça ditz hom cre; e atressi 
ditz hom de totz los autres. On en Guerau de Bornell hi falli en la sua 
bona canço qui dix Gemante 1 \ Sens fallimen | Un xan vallen, en aquella 
cobla qui ditz 

De no 

M'en vau meten 

Per sobrardiment 

En burda 

Mantenguda 

Quen tray 

Vos tayl assay 

Que a la mia fe 

Be cre 

Aquest cre, que es de la terça persona, pausa ell per la primeyra, 
per que fallich malamen. — Atressi men 2 blasmi en Peyrol qui dix 
Ezenam la con la mia fe 
Quant vey mon danges mi matex non cre. 



42. — 1 Con. als mieus. — 2. Erreur du copiste, car ce vers appartient à la 
citation d'après. — 3 Corr. bay ... foldat. 

43. — 1 Corr. Gen m'aten. La citation qui suit est toute corrompue. — 2 m'en 
ou ne? 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POETIQUE }$I 

E en Bernât de Ventadorn qui dix 

Totas las dupte las meynscre. 
En altre loch on dix 

E per pauch de joy nom recre. 
A tuyt aquest cre devon dir crey meynscrey, recrey; perque tuy aquist 
an fallit en aco. 

44. [G. p. 84] Atressi te dich que sofri, feri, trahi, vi, noyri, e totaz 
aquellas d'aquesta natura, son del présent temps e del indicatiu, e de la 
primera persona del singular; e en la terça persona ditz hom : prench 1 , 
sofrich, fcrich, grazich, vich. Don en Folques fallich qui dix en la terça 
persona trasi, en aquella canço qui dix : Aran gens veus, en abtant pauch 
d'afayn en aquella cobla que dix 

Que aura mays aytan de bona fe 
Cant mays mils si matex 110 trasi. 

Aquest trasi es ditz en la terça persona per trasic, es hom en la pri- 
mera persona ditz trasi ; e atressi matex de totz les autres d'aquesta 
natura: e trac vos en semblan en P.Vidal que dix, en la terça persona, 
C'Alexandris trasic 

Lo quai dix be ço que dir dévia, perque séria ayta mal dix aquell vi 
un home, auci, feri un home, co qui desia eu vich, eu fisch 2 un home 
E atressi matex faras de tots los autres semblantz a aquestz. Perque 
podeu assatz entendre, pus eu vos ay probat que aytant bon trobador 
hi son fallitz, li malvat en que y podon errar. E qui be ho volrra enten- 
dre esgardar primament, d'aquestz trobadors meteys en trobara mays 
de malvadas paraulas qu'eu non ay dichas, e d'altres mays qu'eu non 
sabria dir ne conexer, ne nulls homs primz per be conexem que fos, si 
fortment no s'i treballaba3. 

45. Las autras paraulas del verb, per ço cor eu no sabria dir totas 
aquellas sens gran affayn, totz homz prims las deu gardar be, e usar 
corn auzira las genz parlar d'aquellas terras, e que deman a aquells qui 
han la parladura regoneguda , e que esgar los bons trobadors corn las 
han dichas, car yl no podon haver sauber gran, meyns de gran us, si tôt 
se saben l'art ■■ . 

46. [G. p. 85] Per haver maior entendimen, vos vull dir que paraules 
hi ha don hom pot far dos manz ', axi corn, leyal, cal, eau, vilan, 
cascu sino pot hom dir quant le leyal canço 7 . E axi trobam que ho 

44. — 1 Corrompu. — 2 Corr. ferich. — 3 La fin, depuis perque podeu, 
diffère sensiblement de G., c.-à-d. du ms. de la Laurentienne, mais est à peu près 
identique à la leçon du ms. Ricc. 

45. — A peu près identique à Ricc. Le texte correspondant de G., depuis e usar 
corn auzira, est inintelligible. 

46. — 1 Lis. avec G. rimas. — 2 Cela n'a aucun sens; lisez avec G. leyal, 



552 P. MEYER 

han menât li trobador. Mas li primer, ço es talen, leyal canso, lo pus 
dreU. Vilan sins sufrens meyls laugeramenf*. 

47. Dit vos ay en quai loch del nom en que hom ditz mel e cera '; 
ereus vull dir que cant son verb ditz hom meylor, peyn 2 , ayso qu'en ? volia 
dir eu millor eu peior. 

48. Perque totz homs prims qui be vulla trobar e entendre deu ben 
haver esgardadas e regonegudas e privadas las paraulas de Lemozi, e de 
las terras qu'eu vos ay ditas ', e que las sapia abreujar e allongar et va- 
reiar e dreyt dir per tots los lochs qu'eu vos ay ditz ; e deu si ben gardar 
que per nenguna rima que mester haia no la meta fora de sa proprietat, 
ni de son cas, ni de son genre, ni de son nombre, ni de sa part, ni de 
son nominatiu 2 , ni de son temps ni de sa persona, [ni de son alonga- 
men], ni de son abreujament. 

49. E atressi matex deu guardar, si vol far un cantar, un romane, 
que diga raso e parladures continuades e propies e avinents, e que son 
cantar ne son romane no sien de paraules biaxades ni de dues parladu- 
ras, ni de razos mal continuades ni mal seguides. E, per exempli, axi 
corn en Bernât de Ventadorn dix que tant amava si doms que per re no 
s'en podia partir ne s'en partira. E en la quinta cobla ex dix 

Als altras son huy mays escazeguts 1 
Cascuna pot sis vol a sos ops cayre 2 . 

50. Et tuyt ceyll qui dizon amich per enemich ' e mey per me, e man- 
iener e retenir erenger 2 , han fallit, can paraulas francesas son, no les deu 
hom mesclar ab les lemozinas, ni aquestas ni negunas altras francesas. 
E de las paraules biaxades dix eu P. d'Alvergeu 5 [G. p. 86] amich per 
amichs, e xasti per xastichs*; ez eu no crey, que terra sia el mon hon 
hom diga aytals paraulas, mas el comdat de Fores. E si be ço es, per 
un petit de terra no deu hom acullir aytals paraulas s. Ez eu no puch dir 
ges totas las paraulas malvadas, ne las rayzos, mas tant ne cuig dir, que 
totz homz prims quis vulla aprimar en aquest saber 6 . 



talen, vilan, canson, fin ; e pot hom ben dir, quis vol, Iiau, talan vila, chanso, 
fi. — 3 Lis. so li p. d. — 4 G. Vilan, fin, sufren miels abreviamen. 

47. — Curieuse faute de copiste. G. melhor pejor, eraus.. le copiste a été 
trompé par la première syll. de melhor et par era, et en a fait mel e cera. — 2 Lis. 
avec G. peior. — 3 G. aisi con qi. 

48. — 1 Les derniers mots sont conformes à la leçon de Ricc. — 2 Mieux G. ni 
de son mot. 

49. — On conçoit que B de Vent, a dû dire A las ... escazutz. — 2. Lis. traire. 

50. — i Cela n'a aucun sens; G. amis per amies. — 2 G. e mantenir per 
mantener, e retenir per retener. — 3 Même leçon que dans Ricc; le texte de G. 
à cet endroit est corrompu et très-abrégé. — 4 Ricc. (et c'est, je pense,la bonne leçon): 
amiu per amie, castiu per castic. — $ E si be... paraulas manque dans Ricc. aussi 
bien que dans G. La leçon du ms. Ricc. se termine par la critique de quelques vers de 
P. Raimon de Toulouse et de Gaucelm Faidit. — 6 Cette phrase manque dans Ricc; 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 5 $ 5 

Plazens plasers, tant vos am eus dezir 
Que res nom pot plazer ses vos nim platz. 
Pecar faretz doncs sim volets auzir, 
Pus als nom platz, nem pot abellir ; 
$ Qu'eu fora richs sim dexasatz sofrir 
Qu'eu vos pregas ans c'altrem fazes gay. 
Bem poriatz storcre de morir 
Sol queu plagues mos fis prechs retenir, 
E far semblan co m'en pogues jauzir ; 
10 E sius volgues que altran volgues may 1 . 



II. — Doctrina de corn pondre dictât s. 

Ce petit traité, ou doctrinal, comme on disait jadis, contient l'exposé som- 
maire, mais très-précis, de seize genres de poésie. Dans une première partie 
(§§ 2 à 18) l'auteur fait connaître, pour chacun de ces genres, la matière qu'il 
comporte et la forme qui lui est propre; puis il dit un mot de la musique qui 
lui convient. Dans une seconde partie (§§ 19 a 33) il explique le nom de chacun 
de ces genres : en d'autres termes, il donne, avec plus ou moins de succès, 
l'étymologie. La « doctrine pour composer ditiés » (ainsi pourrait-on traduire 
le titre en ancien français) se donne comme étant une dépendance des « Règles 
de trouver » de Raimon Vidal, à la suite desquelles elle se trouve placée dans 
le ms. En effet par ces mots du § 1 : « per les rahons dessus dites quez eu t'ay 
mostrades » l'auteur se rattache à un traité précédent, qui ne paraît pas être 
autre que celui de R. Vidal ; et les mots « quez eu t'ay mostrades » semblent 
indiquer que l'auteur du second traité est aussi celui du premier. En outre 
l'emploi du mot «règles» dans le dernier § («axi son complides les dites règles») 
paraît établir un rapport avec le titre du premier traité « Las règles de trobar ». 
Enfin il faut reconnaître que les « Règles pour trouver » justifient assez peu 
leur titre, et que le court traité dont le texte suit en forme assez naturellement 
le complément. 

Il y a donc des raisons d'une certaine valeur pour attribuer la Doctrina de 
corn pondre dictais à R. Vidal. Cependant je ne me prononcerai pas à cet égard, 



elle est ainsi conçue dans G. [ms. Laur.) : E ieu non puesc ges aver auzidas totas 
las paraulas del mon, mas en so qe a estât dig mal per manz trobadors ni las 
malvazas razons ; pero gran ren en cug aver dig en tant per qe totz homs prims s'en 
poira aprimar en aquest libre de trobar e d'entendre de dir de respondre. 
Cette leçon n'est pas très-correcte, ainsi il faudrait je crois saber au lieu de libre; 
elle peut néanmoins servir à corriger celle de Madrid, où il y a lieu de restituer s'en 
poira après vulla à moins de supposer que la fin de la phrase a été omise. 

1 . Je ne sais pas du tout de qui peuvent être ces vers qui me paraissent bien peu 
dignes de Raimon Vidal et même de l'époque où il vivait. Il y faut faire les restitu- 
tions suivantes : V. 3, Pecat ; — v. 4 ni nom p.; — v. $ s. denhessetz ; 
— v. 6, altram ; — v. 7, estorser ; — v. 8, queus p.; — v. 10, altram 
valgues. 

Romania, VI 2 $ 



354 p - MEYER 

imitant la sage réserve de M. Milâ ', qui remarque que tels des genres mention- 
nés par ce petit traité, par ex. la gelozesca, semblent dénoter plutôt la fin du 
XIII e siècle que le commencement. Je n'insiste pas sur ce point parce que la 
gelozesca, pour ne nous avoir été connue jusqu'à présent que par un texte des 
Leys d'amors (I, 350), pourrait cependant avoir été en usage depuis une époque 
assez ancienne. Mais, ce qui me frappe par dessus tout, c'est la différence de 
ton et de manière qui existe entre la Doctrina et les Règles. Autant la première 
est méthodique et systématique, autant les Règles sont libres d'allures, se pré- 
sentant un peu au hasard, sans plan déterminé, s'étendant, se développant selon 
la fantaisie de l'écrivain. L'auteur de la Doctrina est un simple maître d'école; 
l'auteur des Règles est un poète ou, à tout le moins, un homme d'imagination 
autant que de sens. Il me semble que si Raimon Vidal avait écrit la Doctrina, 
il eût accompagné ses définitions de remarques où on eût retrouvé le cachet de 
son esprit vif autant que judicieux, et surtout qu'il les eût appuyées d'exemples. 
Si la Doctrina est de lui, nous pouvons être assurés que nous n'en avons que le 
résumé ou, si l'on veut, le squelette. 

Il est intéressant de comparer les définitions de la Doctrina avec celle des Leys 
d'amors. Cette comparaison, dans le détail de laquelle je ne puis entrer ici, sera 
facilitée par le tableau de concordance qui suit : 



canso, 2,18; 


Cf. Leys, 


h 34°; 


vers, 3,19; 


— 


1,338; 


lays, 4, 20; 


» 


» 


sirventesch, $, 21 ; 


— 


1, 340 ; 


retronxa, 6, 22 ; 


— 


1,346; 


pastora, 7, 23 ; 




l, 346 ; 


dança, 8, 24; 


— 


f. 340; 


plant (planh), 9, [2 5 J ; 


— 


1,336; 


alba, 10, 26 ; 


» 


» 


gayta, il, 27; 


» 


» 


estampida, 12, 28 ; 


» 


» 


sompni, 13, 29; 


» 


» 


gelozesca, 14, 30 ; 


» 


» 


discort, 1 $, 31 ; 


— 


I, 342; 


cobles es par ses, 16, 32 ; 


» 


» 


tenso, 17, 33 


— 


I, 344- 



Les Leys traitent en outre du partimen (I, 344), soigneusement distingué de 
la tenson, et de l'escondig (I, 348). Elles mentionnent sommairement le sompni, 
la gilozesca et Y estampida (I, 348 et 350) sans les définir, et donnent des 
exemples de coblas esparsas dans la partie des rimes (I, 174) et dans celle des 
couplets (I, 252-4). Quant au lays, à Yalba et à la gayta, les Leys n'en parlent 
point. Ces trois formes existaient pourtant dès la plus belle époque de la poésie 
provençale ; les deux dernières empruntées à la poésie populaire, la première 
empruntée selon toute apparence au français. Ce qui est à noter ici, c'est que 
le lays est décrit comme un genre de poésie consacré à des sujets pieux, ou du 

1. Revista de Archivos, 20 octobre 1876. 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE }$$ 

moins moraux (g 4 et 20). Le lai français et les deux lais provençaux que nous 
possédons ' ne sont nullement dans cette direction Mais il y eut des lais répon- 
dant à la description de la Doctrina, celui par exemple que Raimon Féraut dit 
avoir composé sur la Passion : 

Cell que vole romanzar la vida sant Alban, 



E los verses del lay fetz de la Passion. 
Les différences dans les définitions sont, à mon avis, assez marquées pour 
qu'il y ait lieu de considérer les deux traités comme tout à fait indépendants l'un 
de l'autre. Je crois la Doctrina antérieure aux Leys, et je ne crois pas que les 
auteurs des Leys aient connu la Doctrina : il y a là une raison de plus pour 
n'attribuer point à R. Vidal la Doctrina. 

DE DOCTRINA DE COMPENDRE 1 D1CTATS. 

1 . Aço es mariera de doctrina, per la quai poras saber e conexer 
que es canço, vers, lays, serventesch, retronxa, pastora, dança, plant, 
alba, gayta, estampida, sompni, gelozesca, discort, cobles esparses, 
tenso; per la quai raho, per les rahons dessus dites quez eu t'ay mos- 
trades, poras venir a perfectio de fer aquestes sens errada, ses repren- 
dimen, com fer ne volrras. 

2. E primerament deus saber que canço deu parlar d'amor plazen- 
ment, e potz mètre en ton parlar eximpli d'altra rayso, e ses maldir e 
ses lauzor de re, sino d'amor. Encara mes, deus saber que canço ha 
obs e deu haver cinch cobles ; eyxamen n'i potz far, per abeylimen e per 
complimen de raho, sis set vuit nou, d'aquell compte que mes te 
placia. E potz hi far una tornada, dues, quai te vulles. E garda be 
que en axi com començaras la raho en amor, que en aquella manera 
matexa la fins be e la seguesques; e dona li so noveyl co pus bell poras. 

3. Si vols far vers, deus parlar de veritatz, de exemples e de prover- 
bis de lauror ', no pas en semblant d'amor; e que en axi com comen- 
çaras, ho proseguesques eu fins, ab so novell tota vegada. E aquesta es 
la diferencia que es entre canço e vers, e que la una rayso no es sem- 
blant de l'altra. E cert aytantes cobles se cove de far al vers, com a la 
canço, e aytantes tornades. 

4. Si vols fer lays, deus parlar de Deu e de segle, de eximpli de 
proverbis de laurors ses feyment d'amor, qui sia axi plazent a Deu co al 
segle; e deus saber ques deu far e dir ab contriccio tota via, e ab so 

1 . Le lai Markiol et le lai nom par (sans pair) dans le ms. fr. 1 261 s . 

RUBRIQUE. Sans doute pour compondre, composer. 

3. — 1 Lauror pour lauzor «louange», le sens ne paraît pas douteux; cf. plaren, 
R. Vidal §11. Toutefois, au § suivant le même mot reparaît n'étant plus précédé d'o, 
ce qui pourrait faire penser aux proverbes des laboureurs, proverbis de lauradors. 



3 $6 P. MEYER 

novell e plazen, de esgleya d'autra manera. E sapies que y ha mes- 
ter ay tantes cobles com en la canço, e aytantes tornades; e segueix la 
raho e la manera axi com eu t'ay dit. 

5 . Si volz far sirventz, deus parlar de fayt d'armes e senyalladament ' , 
de lausor de senyor, de mal dit de qualsque feyts qui novellament 
se tracten; e començaras ton cantar segons que usaran aquells dels 
quais ton serventez començaras; e per proverbis e per exemples poretz 
hi portar lez naturaleses que fan, ço de que fan a rependre a lausar 
aquells dels quais ton serventez començaras. E sapies quel potz fer d'ay- 
tantes cobles co laùn d'aquetz cantars que t' he mostratz, e potz lo far 
en qualque so te vulles, e specialment se fa en so novell, e maiorment 
en ço de canço. E deus lo far d'aytantes cobles com sera lo cantar de 
que pendras lo so; e potz seguir las rimaz contra semblantz del cantar 
de que pendras lo so ; atresi lo potz far en altres rimes. 

6. Si vols far retronxa, sapies que deus parlar d'amor, segons Testa- 
ment en quen seras, sia plazen cosiros; e no y deus mesclar altra 
raho. E deus saber que deu haver quatre cobles, e so novell tota vegada. 
E deus saber que per ço ha nom retronxa car lo refray de cadauna de 
les cobles deu esser totz us. 

7. Si vols far pastora, deus parlar d'amor en aytal semblan com eu te 
ensenyaray, ço es a saber, si t' acostes a pastora e la vols saludar, 
enquerer manar corteiar, de quai razo demanar dar parlar 
li vulles. E potz li mètre altre nom de pastora, segons lo bestiar que 
guardara. E aquesta manera es clara assatz d'entendre, e potz li fer sis 
vuit cobles, e so novell so estrayn ya passât. 

8. Si vols far dança, deus parlar d'amor be e plasentment en qualque 
estament ne 1 sies. E deus li 2 fer de deutz ni cobles? e no pus, e res- 
post, una dues tornades, quai te vulles; totes vegades so novell. E 
potz fer, sit vols, totes les fins de les cobles en refrayn semblan. E 
aquella raho de que la començaras deu continuar, e be servar al comen- 
çament, al mig e a la fi. 

9. Si vols far plant d'amor de tristor, deus la raho continuar; e pot 
lofer en quai so te vulles, salvant de dança. E atressi potz lo fer d'ay- 
tantes cobles con la[s] dels damunt dits cantars, e encontra semblés 2 
en dessemblants; e no y deus mesclar altra raho si no plahien, si per 
compacio no y ho podies portar. 

10. Si vols far alba, parla d'amor plazentment; e atressi lauzar la 
dona on vas de que la faras; e bendi l'alba si acabes lo plazer per lo 

$. — 1 Corr. d'ensenyament? 

8. — 1 Corr. que? — 2 la? — 3 Corr. dedentz .iiij. cobles? les Leys spécifient 
trois couplets. 

9. — 1 Corr. en contrasemblants ; cf. la fin du § $. 



TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE JJ7 

quai ames 1 a ta dona. E si no 1' acabes, fes l'alba blasman la dona e 
Palba on anaves. E potz hi fer aytantes cobles corn te vulles, e deus hi 
fer so novell. 

1 1. Si vols fer gayta, deus parlar d'amor o de ta dona, desigan (?) e 
semblan que la gayta te pusca noure o valer ab ta dona, e ab lo dia qui 
sera avenir', e deus la far on pus avinentment pugues, preyan totavia la 
gayta ab ta dona que t' ajut ; e potz hi far aytantes cobles com te vulles; e 
deu haver so novell. 

12. Si vols far estampida, potz parlar de qualque fayt vulles, blasman 
o lauzan o merceyan, quit vulles; e deu haver quatre cobles e respone- 
dor, e una o dues tornades, e so novell. 

1 3. Si vols far sompni, deus parlar d'aquelles coses quit seran vijares 
que haies somiades, vistes parlades en durmen ; e potz hi far cinch 
sis cobles, e so novell. 

14. Si vols far gelozesca, deus parlar de gelozia, reprenden con- 
trastan de fayt d'amor; e deu haver responedor, e quatre cobles, e 
una dues tornades, e so noveyll estrayn ya feyt. 

1 5 . Si vols far discort, deus parlar d'amor coma hom qui n' es désem- 
parât; e coma hom qui no pot haver plaser de sa dona e viu turmentatz ; 
e que en lo cantar lia hon lo so deuria muntar, qu'il baxes. E fe lo con- 
trari de tôt l'altre cantar. E deu haver très cobles, e una dues tor- 
nades e responedor. E potz mètre un dos motz mes en una cobla que 
en altra, per ço que mils sia discordant. 

16. Si vols fer cobles esparses potz les far en quai so te vulles; e deus 
seguir las rimes del cant de que trayras lo so. E atressi les potz far en 
altres rimes; e deven esser dues très cobles, e una dues tornades. 

17. Si vols far tenso, deus la pendre en-algun so que haia bella nota, 
e potz seguir les rimes del cantar no. E potz fer quatre sis cobles 
vuit, sit vols. 

18. Encara mays te vull mostrar, per ço que sies pus entendenz en ton 
trobar, que canço es appellada canço per ço con es causa naturalment 
pauzada en manera de cantar; e per homens autz e bays, ço es saber 
que a totz aquells platz pretz, amors e cortesia e solaç, ensenyamentz, e 
tôt ço que ella parla. 

19. Vers es appellatz per ço vers cor parla de proverbis, e de razonz 
naturals, de eximplis de veritats, de presentz temps, de passât e de esde- 
venidor. 

20. Lays es appellat per ço lays quis deu far ab gran contriccio, e ab 
gran moviment de cor vers Deu vers aycellas causas de que volrras 
parlar. 

10. — 1 aniest? 

11. — 1 Les idées se suivent mal; je soupçonne quelque lacune. 



$ $8 TRAITÉS CATALANS DE GRAMMAIRE ET DE POÉTIQUE 

2 i . Serventetz es dit per ço serventetz per ço com se serveix e es 
sotsmes a aquell cantar de qui pren lo so e les rimes; e per ço cor deu 
parlar de senyors o de vasalls, blasman o castigan o lauzan o mostran, 
o de faytz d'armes o de guerra o de Deu o de ordenances o de novelle- 
tatz. 

22. Retronxa es dita per ço retronxa per ço cortotes les cobles deven 
esser estronçades a la fi ; e per ço lo refrayn de la primeyra cobla ser- 
veix a totes les altres cobles. 

23. Pastora es dita per ço pastora cor pren hom lo cantar de aquella 
persona de qui hom lo fa ; e pot esser dita pastora si la persona garda 
oveylles oques 1 porchs d'altres diverses bestiars. 

24. Dansa es dita perçocom naturalment la ditz hom dança[n] bayl- 
lan, car deu [aver] so plazent; e la ditz hom ab esturment, e plau a cascus 
que la diga e la escout. 

[25. Plant....] 

26. Alba es dita per ço alba car pren nom lo cantar de la ora a que 
hom lo fa, e per ço cor se deu pus dir en l'alba que de dia. 

27. Gayta es dita per ço gayta cor es pus covinent a fer de nuyt que 
de dia, per que pren nom de la hora que hom la fa. 

28. Stampida es dita per ço stampida cor pren vigoria en contan 
en xantan pus que null autre cantar. 

29. Sompni es appellat per ço sompni cor lo cantar parla de ço que 
li par que havia vist de nuyt, ha auzit en sompnian. 

30. Gelouzesca es dita per ço gelouzesca per ço cor gelozamen parla 
de ço que dir vol, contrasta[n] ab alguna persona en son cantar. 

3 1 . Discort es dit per ço discort cor parla discordament e reversa, e 
es contrari a totz altres cantars, cor gita de manera ço que diu. 

32. Cobles esparsesson dites per ço cobles esparses cor se fan espre- 
sament en quai so te vulles. Empero convesc' que li seguesques hom 
manera axi coma canço. 

3 3 . Tenso es dita tenso per ço com se diu contrastan e disputan sub- 
tilmen lo un ab l'altre de qualque raho hom vulla cantar. 

34. E axi son complides les dites règles ordenades per doctrina en 
trobar, per la quai doctrina cascus qui be les gart e les veja, si es sub- 
til d'entencio, pora leugerament venir a perfeccio de la art de trobar. 

(A suivre.) Paul Meyer. 



23. — 1 prov. aucas, des oies. 
52. — 1 Corr. conven. 



LA NOVELLA BOCCACCESCA 



DEL SALAD1NO E DI MESSER TORELLO. 



Parecchi scritti si vedono addotti dagli indagatori délie origini del 
Decamerone per illustrare la Novella 9 a délia x a giornata : V Avventuroso 
Ciciliano, il Conde Lucanor, e varie versioni d'un' avventura meravigliosa 
di Carlo Magno ' . Quest' avventura — un portentoso ritorno, che préserva 
l'impératrice dall' aver due mariti ad un tempo — non è che una deter- 
minazione spéciale d'un tema ampiamente diffuso, e comune soprattutto 
presso le nazioni germaniche. Appartengono alla stessa famiglia, nell' 
occidente, la leggenda del cavalière di Mcerungen 2 3 d'Enrico il Leone 5, 
di Thedel da Walmoden4, e altre ancora s ; nell' oriente, per dire il poco 
che è a mia cognizione, un caso di Vidushaka, presso Somadeva 6 , e 
un' avventura d'Abulfauaris nei Mille e un giorno i . Pare che in servigio 
del Decamerone si sia badato poco a passare in rassegna questa numerosa 
famiglia; se no, un esempio del Dialogus Miraculorum di Cesario [Dist. 
8 a , cap. 59), che da nessuno vedo citato al proposito nostro 8 , avrebbe 
di certo richiamato l'attenzione. Eccolo tutto intero, per comodo dei 
lettori 9. 

« In villa quae dicitur Holenbach miles quidam habitavit nomine 
Gerardus; huius nepotes adhuc vivunt, et vix aliquis in eadem reperitur 
villa quem lateat miraculum quod de illo dicturus sum. Hic sanctum 
Thomam Apostolum tam ardenter diligebat, tam specialiter prae caeteris 



1. V. principalmente Landau, Die Quellen des Decam., $7, 67, 144; id., 
Beitrage zur Geschischte der italien. Novelle, 171. 

2. Grimm, Deutsche Sagen, n. $29. 

5. Simbock, Deutsche Volkbùcher, t. I; Grimm, Op. cit. , n. 526. 

4. Simrock, Op. cit., IX, 497. 

5. V. Simrock, Deutsche Mythologie, 3 a éd., 17e. 

6. L. III, c. 18; t. II. 29 nella traduzione del Brockhaus. 

7. G. clxxxiij; p. 228, nell' éd. del Panth. littèr. 

8. Bensi la ricorda il Simrock nel luogo citato délia sua Mitologia. 

9. Seguo una stampa di Colonia del 1591. Ma l'edizione migliore — che mi 
duole di non avère alla mano — è certo l'ultima, procurata dallo Strange (Co- 
lonia, Heberle, 185 1). 



360 P. RAJNA 

sanctis honorabat, ut nulli pauperi in illius nomine petenti eleemosynam 
negaret : multa praeterea privata servitia, ut sunt orationes, ieiunia et 
missarum celebrationes, illi impendere consuevit. Die quadam, Deo per- 
mittente, omnium bonorum inimicus diabolus ante ostium militis pulsans, 
sub forma et habitu peregrini, in nomine sancti Thomae hospitium peti- 
vit : quo sub omni festinatione intromisso, cum esset frigus, et ille se 
algere simularet, Gerardus cappam suam foderatam, bonam satis, qua 
se tegeret iens cubitum, transmisit. Mane vero, cum is, qui peregrinus 
videbatur, non appareret, et cappa, quaesita, non fuisset inventa, uxor 
marito irata ait : Saepe ab huiusmodi truttanis illusus estis, et adhuc a 
superstitionibus vestrisnon cessatis. Cui ille tranquilloanimo respondit : 
« Noli turbari; bene restituet nobis hoc damnum sanctus Thomas. » 
Haec egit diabolus ut militem per damnum cappae ad impatientiam 
provocaret, et Apostoli dilectionem in eius corde extingueret : sed militi 
cessit ad gloriam quod diabolus praeparaverat ad ruinam, et inde ille 
amplius est accensus, unde iste confusus est ac compunctus. Nam,parvo 
emenso tempore, Gerhardus, limina beati Thomae adiré volens, cum 
esset in procinctu positus, circulum aureum in oculis uxoris in duas 
partes dividens, easque coram illa coniungens, unam illi dédit et alteram 
sibi reservavit, dicens : « Huic signo credere debes. Rogo etiam ut quinque 
« annis reditum meum expectes; quibus expletis, nubas cui volueris. » Et 
promisit ei : qui, via vadens longissima, tandem, cum magnis expensis 
maximisque laboribus, pervenit ad civitatem sancti Thomae Apostoli; in 
qua a civibus officiosissime est salutatus, et cum tanta charitate susceptus, 
ac si unus illorum esset, eisque notissimus. Gratiam eandem adscribens 
beato Apostolo, oratorium eius intravit et oravit, se, uxorem, et 
omnia ad se pertinentia illi commendans. Post haec , termini sui 
reminiscens, et in eodem die quinquennium completum considerans, 
ingemuit,etait:« Heu, modo uxor mea viro alteri nubet!» — Impedierat 
Deus iter eius propter hoc quod sequitur. — Qui cum tristis circumspiceret, 
vidit praedictum daemonem in cappa sua deambulantem ; et ait daemon : 
« Cognoscis me, Gerharde? — Non, inquit, te cognosco, sed cappam. » 
Respondit ille : « Ego sum qui in nomine Apostoli hospitium a te petivi, et 
« cappam tibi tuli, pro qua et valde punitus sum. » Etadiecit: « Ego sum 
« diabolus, et praeceptum est mihi, ut antequam homines cubitum vadant, 
« in domum tuam tetransferam, eo quod uxor tua alteri viro nupserit, et 
« iam in nuptiis cum illo sedet. » Tollens eum, in parte diei ab India in 
Theutoniam, ab ortu solis in eius occasum transvexit, et circa crepuscu- 
lum in curia propria illum sine lesione deposuit. Qui domum suam sicut 
barbarus intrans, cum uxorem propriam cum sponso suo vidisset come- 
dentem, propius accessit, eaque aspiciente, partem circuli in scyphum 
mittens abscessit. Quod ubi illa vidit, mox extraxit, et partem sibi dimis- 



NOVELLA BOCCACCESCA DEL SALADINO 36 1 

sam adiungens, cognovit eum suum esse maritum, statimque exiliens in 
amplexu eius ruit, virum suum Gerardum illum esse proclamans, sponso 
valedicens : quem tamen Gerardus illa nocte, pro honestate, secum reti- 
nuit. » 

La novella boccaccesca consta di due fatti principali : l'accoglienzadel 
Saladino nella casa del cortesissimo gentiluomo lombardo, ed il porten- 
toso ritorno, che impedisce le nuove nozze. Orbene : il riscontro offer- 
toci da Cesario differisce essenzialmente dagli altri, inquantochè ci 
somministra il parallèle- per tutto il racconto, non già solo per l'una o 
l'altra délie due parti. Questa rispondenza più compléta è cosa di molto 
rilievo. E s'aggiungono, a fare ufficio di rincalzo, certi accordi minuti. 
Se messer Torello riceve al partire un anello dalla moglie, Gherardo ne 
divide uno colla sua ; se questi fissa aile seconde nozze un termine di 
« uno anno, un mese ed un di, » dopo che manchino sue notizie, l'altro 
ne pone uno di cinque anni, dalla partenza in génère. E corne nella casa 
del gentiluomo pavese i finti mercatanti sono vestiti e regalati di robe e 
giubbe ricchissime, in quella dell' alemanno il non meno finto pellegrino 
riceve una cappa ', datagli, è vero, solo in prestito, ma délia quale egli 
pensa a regalarsi da se medesimo. E coteste robe rappresentano poi la 
medesima parte nel secondo incontro : sono riconosciute, o in tutto o a 
mezzo, qui da messer Torello, là da Gherardo. S 5 avverta inoltre che il 
legame tra le due parti del racconto è sostanzialmente il medesimo; solo, 
l'identità si trova dissimulata dagli accidenti, diversi presso i due scrit- 
tori, e ben più complicati, com'è troppo naturale, in quello di essi che 
mira a comporre un' opéra d'arte. Ma le ultime scène soprattutto con- 
vengono a meraviglia : il banchetto nuziale, l'anello gittato nella coppa, 
il pronto riconoscimento da parte délia donna, il precipitoso levarsi dalla 
tavola e correr nelle braccia del marito, le esclamazioni 2 ; per ultimo, 
la condotta cortese che si tiene verso il nuovo sposo. In verità, non si 
potrebbe desiderare un accordo più pieno. 

Dei particolari qui enumerati, molti trovano corrispondenza anche in 
altre versioni 5; tutti, nonchè riuniti insieme, nemmeno sparsamente. 



1. Bocc. : « Due paia di robe, l'un foderato di drappo e l'altro di vaio, non 
miga cittadine ne da mercatanti, ma da signore, e tre giubbe di zendado... » 
— Ces. : « Cappam suam foderatam, bonam satis ». 

2. Bocc. : « Gridô : Questi è il mio signore, questi veramente è messer To- 
rello. » — Ces. : « Virum suum Gerardum illum esse proclamans ». 

3. Per citare qualche esempio, un termine dopo ii quale la moglie possa 
rimaritarsi — dieci anni — è fissato anche da Carlo Magno presso Enenkel 
(Von deb Haqen, Gesammtab., II, 619). Ed un anello, là dove si parla délia par- 
tenza, appare anche in questo medesimo testo (v. 21); se non che non ne è poi 
più questione, ne esso serve punto al riconoscimento. Al riconoscimento serve bensi 
quello di Vidushaka, gettato in un secchio d'acqua, corne il nostro nella coppa 



}Ô2 P. RAJNA 

Perô uno stretto vincolo di parentela tra la novella e il miracolo è da 
ammettere di nécessita ; rimane dubbio soltanto il preciso grado e la 
specie. 

Ebbe propriamente il Certaldese davanti agli occhi il testo del credulo 
monaco di Heisterbach? — La cosa non si potrebbe dire inverosimile. Il 
Dialogus miraculorum, dal tempo délia sua composizione — si stavascri- 
vendo nel 1222 — aveva avuto tutto l'agio di diffondersi, e s'era 
realmente diffuso. Non so davvero se i manoscritti delP opéra intera 
abbondassero nel trecento in Italia; so per altro che una copiosa vena, 
derivata di là, venne ad arricchire quelle raccolte di esempi, di cui face- 
vano tanto uso i predicatori, ad edificazione e terrore dei credenti. Per 
venire a qualche caso concreto, in forma abbreviata, trovo il racconto 
che c'interessa, con altri molti délia stessa provenienza, in un Alphabe- 
ium narrationum, di cui il manoscritto ambrosiano ch' io conosco ' non 
sarà di certo il solo esemplare. 

Eppure, a non voler correr rischi, bisogna dubitare. Già, più si va 
avanti cogli studii, e più si vedono intralciarsi le généalogie dei racconti 
nel medio evo. Non c'è oramai narrazione di cui non si vengano a 
conoscere e non s'abbiano a supporre parecchie versioni, spesso cosi 
prossime da dare facilissimamente luogo a scambii. Nel nostro caso, il 
dubbio è aggravato da certe concordanze sporadiche, che Cesario non 
ci puô spiegare, tra taluno degli altri rappresentanti germanici certa- 
mente ignoti al Boccaccio, e la novella italiana. Poco importa senza 
dubbio che il mezzo anello del Dialogus sia un anello intero nell' Enrico 
il Leone e nel Cavalière di Mœrungen. Ma non si puô dire altrettanto délia 
maniera corne questo anello vien trasmesso dal marito alla donna. Nella 
leggenda di Enrico, il reduce sconosciuto fa chiedere alla duchessa un 
sorso di vino. Ella riempie un bicchiere, e glielo manda. Enrico beve, e 
deposto poi l'anello nella coppa, fa che questa sia riportata alla moglie. 
Siam già, per qualche rispetto, più vicini a messer Giovanni che nel 
racconto di Cesario. E il cavalière di Mœrungen ci fa ancora avanzare di 
un passo. Qui il pellegrino, dopo averbevuto e messo l'anello nel residuo 
del vino, commette al coppiere di ripresentare la tazza alla signora, e di 
pregarla da parte sua che non isdegni di berci alla sua volta. Orbene : 
una circostanza dà valore spéciale agli accordi — non cito quelli che 
sian comuni a Cesario — con quest' ultima narrazione. Essa ha contatti 
peculiari col miracolo narrato dal monaco. Anche il viaggio del cavalière 
di Mœrungen ebbe per meta la terra di S. Tomaso. Ciô tutto che viene 



del vino. Curioso che nel racconto indiano, corne nel boccaccesco,cotesto anello 
è dono délia donna ! 
1 . Segnato T. 45. sup. 



NOVELLA BOCCACCESCA DEL SALADINO 36$ 

a dire ? — Fa sospettare che il miracolo in discorso si narrasse anche 
in una forma ancor più prossima al racconto boccaccesco, di quella nota 
a noi. Questa, anzichè madré, potrebb' esser nonna, zia, cugina; le 
strette somiglianze provenire da rapporti indiretti, non precisabili coi 
materiali di cui dispongo per ora. Contuttociô s'intende bene che Cesa- 
rio rimane sempre il legittimo rappresentante di cotesti suoi ipotetici 
parenti, i quali, adesso almeno, — dato che siano esistiti davvero — ci 
sono noti solo da lui e per lui, in quanto cioè le loro fattezze siano ad 
esso comuni. 

Ciô posto, continuiam pure a discorrere del racconto di Cesario, corne 
di una vera e propria fonte délia nostra novella. Non è la sola; niente 
affatto. Siccome peraltro è quella che unica ci accompagna da un capo 
ail' altro délia narrazione, sia pure ad una certa distanza e con tempo- 
ranee scomparse, sembrerebbe ragionevole supporre che da lei si sian 
prese le mosse. Tuttavia non avvenne forse cosi. Certo, il disegno géné- 
rale del quadro appar condotto dietro questo modello; se non che al 
quadro stesso messer Giovanni non pensô, a mio credere, se non dopo 
aver concepita l'idea di taluna délie cose che nel modello non erano. 
Badiam bene : siamo alla giornata décima del Decamerone, quella in cui 
« si ragiona di chi liberalmente ovvero magnificamente alcuna cosa opé- 
rasse » . Ora, la magnificenza e libéralité del Saladino erano troppo famose, 
perché potessero mancare qua dentro. « Fu in donare magnifico, e délie 
sue magnificenze se ne raccontano assai, » ci dice il Boccaccio medesimo, 
nel Commento ail' Inferno, c. iv, v. 1 29 '. Pertanto, a quel che mi pare, si 
dovette partire di qui; indi metter gli occhi sul miracolo, corne sopra di 
una materia, che, acconciamente foggiata, poteva diventare espressione 
efficace del concetto che s'aveva nella mente. Ciô, ben inteso, dato che 
la novella fosse scritta appunto per esser posta nella nicchia in cui la 
troviamo. Che cosi fosse, qui al termine dell' opéra, credo assai vero- 
simile. 

Ma, comunque sia, è indubitato che nell' applicazione del racconto di 
Cesario alla persona del Saladino, consiste la peculiarità délia novella 
boccaccesca. E di cotale applicazione par bene di scorgere il movente. 
Vera una certa intrinseca analogia tra il fatto narrato dal monaco tedesco, 
e casi che si raccontavano del famosissimo soldano. Si rifletta al suo 
picchiare in vesti di romito alla porte del « conte Artese », e più ancora 
alla cortesia che egli riceveva sconosciuto in Ispagna da « Ugo di Mon- 
caro », e che poi a mille doppii ricambiava in Oriente : cose queste che 
noi apprendiamo da una nota al terzo libro dell' Awenturoso Ciciliano 2 . 

1. T. I, 293, nelP ediz. Moutier. 

2. Il Lami (Novelle letterarie, XV, $6 fu il primo a citar questa nota per 
illustrare le origini délia novella del Decamerone. 



364 P. RAJNA 

Di cotesta nota gioverebbe conoscere la fonte : francese, senza dubbio. 

E invero, che il Saladino viaggiasse trasfigurato per il mondo, era 
tradizione diffusissima. A noi giova sentire che cosa dica in proposito lo 
stesso Boccaccio, là dove, nel luogo già citato del Commente dantesco, 
parla, non più da novelliere, ma da storico : « Fu vago di vedere e di 
cognoscere li gran Principi del mondo, e di sapere i loro costumi : ne 
in ciô fu contento solamente aile relazioni degli uomini; ma credesi che, 
trasformatosi, gran parte del mondo personalmente cercasse, e massi- 
mamente intra' Cristiani, li quali, per la Terra Santa da lui occupata, 
gli erano capitali nemici. » 

Credesi : ecco la critica che fa capolino. Invece parla délia cosa senza 
ombra di scetticismo il più antico commentatore di Dante, Jacopo délia 
Lana, délie parole del quale quelle del Certaldese mi pajono corne un' 
eco : « Questi (il Saladino) fue Soldano di Babilonia, lo quale fue saga- 
cissima e savia persona : sapeva tutte le lingue, e sapeva molto bene 
trasformarsi di sua persona; cercava tutte le provincie e tutte le terre 
si de' Cristiani corne de' Saraceni, e sapeva andare si segretamente che 
nulla sua gente ne altri lo sapea '. » E seguita dicendo, corne da un 
astrologo gli fosse detto che Goffredo di Buglione (!) lo doveva ucci- 
dere. Volendo prevenire il fato coll' ammazzare egli Goffredo, in abito 
di pellegrino si conduce a Parigi. Un abate, incontratolo per via, lo 
riconosce e lo chiama. Il Saladino nega dapprima il suo essere ; poi, 
visto che il negare non vale, e avuta promessa di segretezza, manifesta 
anche l'intento del viaggio. L'abate va a contare il fatto al re, il quale 
manda fuori Goffredo in mezzo alla sua propria scorta. Il Saladino si 
persuade di non poter eseguire il disegno; vuol partire; è preso, e muore 
poi in corte. 

La tradizione dei misteriosi viaggi del Saladino è pure uno dei 
motivi su cui poggia il cinquantesimo esempio del Conde Lucanor 2 . 
Invece essanon ha che vedere colla ventiquattresima fra le Novelle antiçhe, 
poco opportunamente rammentata dal Liebrecht' e da altri. Là si tratta 
semplicemente di una visita, poi ricambiata, al campo cristiano ; 
non già di una peregrinazione oltremare. Bensi questo racconto, che 
appartiene in origine a Carlo Magno 4, se pure anche Carlo non l'ha 
ereditato Dio sa da chi, serve a mettere sempre più in evidenza fino a 
quai segno il cavalleresco soldano avesse assunto natura leggendaria. 
Senza dubbio farebbe cosa giovevole chi prendesse a studiare in un 
lavoro spéciale « il Saladino nella tradizione del Medio Evo. » Pur 

1. P. 16, nell' éd. Civelli (Milano, 1865). 

2. Escrïtores en prosa anteriores al siglo XV; Madrid, 1860; p. 420. 
5 . Nelle note alla versione del Dunlop, p. j 1 1 . 

4. G. Paris, Hist. poèt. de Chm., 291. 



NOVELLA BOCCACCESCA DEL SALADINO $65 

troppo non tutto quanto si narrava sarà giunto fino a noi. O perché 
Francesco da Buti, commentando il solito verso dantesco, dopo averci 
solleticato la curiosità col dire che di lui « sicontano moite belle istorie », 
ci rimanda con un ingratiss